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Mon cousin qui lisait la bible en hébreu m’avait dit que certaines traductions étaient inexactes.
Question d’un visiteur :
Bonjour
Mon cousin qui lisait la bible en hébreu m’avait dit que certaines traductions étaient inexactes. Ainsi, aux noces de Cana, la réponse de Jésus à Marie ne serait pas « mon heure n’est pas encore venue » mais la forme interrogative en hébreu qui se traduirait par « mon heure serait-elle venue? » ce qui me paraît logique car je n’imagine pas que Jésus puisse ne pas faire confiance à sa mère.
De même, quand Pierre et Jean courent au tombeau le matin de la résurrection, il est écrit dans certaines traductions que Pierre voit les linges « posés à terre » et le linge qui entourait sa tête « roulé à part dans un autre endroit » Or, la traduction officielle liturgique est beaucoup plus exacte au vu des multiples études sur le linceul qui montrent que Jésus est « sorti » du linceul sans rien déranger, sans rien arracher, en se « dématérialisant ». Cette traduction dit: Pierre « aperçoit les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ».
Que pensez-vous de ces remarques?
Merci pour votre réponse.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir
Il est vrai que dès lors que l’on désire entrer dans le détail du texte biblique, il est plus sûr de se référer à une petite étude de ce qu’il y a dans le texte original en hébreu pour le premier testament et en grec pour le nouveau testament. Avec cette petite difficulté que Jésus a dû bien souvent s’adresser aux gens en ataméen, ou en hébreu quand il s’agissait de discussion théologique avec des scribes, parfois en grec avec des personnes non juives. Il y a eu une traduction de ses paroles qui sont portées dans les évangiles.
C’est intéressant de chercher quelles paroles hébraïques étaient derrière le grec de l’Evangile. Bien entendu, comme nous n’avons pas (ou pas encore) retrouvé d’original de prises de notes en hébreu ou araméen des paroles de Jésus, prises sur le vif de ses paroles, c’est absolument impossible d’être tout à fait affirmatif dans cette rétroversion. En ce qui concerne la parole de Jésus aux noces de Cana, il y a bien un adverbe négatif « oupo » : « pas encore » dans le grec de l’Evangile. Pour émettre des hypothèses sur l’hébreu original (probablement), on s’appuie en général sur la traduction de la Bible hébraïque en grec en 300 avant jésus (les Septantes). En ce qui concerne cet adverbe « oupo« , il se trouve dans la traduction des Septantes traduisant effectivement un négatif dans l’hébreu, par exemple dans Genèse 29:7 « Il dit: Voici, il est encore grand jour, et il n’est pas temps de rassembler les troupeaux; abreuvez les brebis, puis allez, et faites-les paître. » en hébreu « Lo-at » : « pas temps de ».
Dans cette phrase, il me semble qu’effectivement, Jésus rabroue sa mère en disant qu’elle n’a rien compris et qu’il n’est pas temps pour lui de commencer son service de messie… néanmoins Jésus fait ensuite ce qu’elle demande et il apparaît qu’elle avait raison, il était temps de se lancer. Loin de dévaloriser Marie, cela me semble tout à fait remarquable. Et d’autant plus remarquable que Marie, après cela, se place comme disciple de son fils, dans la suite du texte, prenant ses dispositions pour que la parole de Jésus soit suivie, et le suivant elle même à la fin du récit !
En ce qui concerne la traduction de la liturgie, elle est belle à lire à haute voix et à entendre. Cependant elle ne peut pas, de ce fait, chercher la plus grande fidélité de détail avec l’original. Pour cela il vaut mieux s’appuyer sur la traduction de la TOB ou de la NBS, dan sleurs éditions les plus récentes et leurs notes en bas de page qui cherchent encore plus à aller auprès du texte. Pour Jean 20:7 que vous cherchez à creuser : « aperçoit les linges posés à plat (le mot grec est keimai, qui est assez vague, signifiant situé là, parfois être couché, donc peut-être « mais à plat », si l’on veut), ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus (ce n’est pas si précis dans l’original, il y a juste marqué que ce linge « était sur sa tête », il n’y a ni « enroulé », ni « Jésus »), non pas posé avec les linges (la traduction, décidément flottant un peu, traduit maintenant le keimai non pas par posé à plat mais simplement par « posé »), mais roulé à part à sa place (c’est un peu inventé, car il n’y a pas marqué « à sa place » dans l’original, mais « à l’écart ayant été roulé dans un seul lieu ») »
Ce texte ne suggère pas que Jésus est sorti sans rien déranger dans les linges, au contraire il est bien question que le ligne qui recouvrait sa tête a été roulé et déplacé par rapport aux bandelettes (othonia) qui entouraient son corps.
Bravo de creuser la Bible, de fouiller, de s’intéresser. C’est comme cela que l’on avance.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
puisqu’on en est aux langues et leurs interprétations, pour ceux que cela intéressent, faite une simple recherche google en tapant : » Notre père » en Araméen… C’est beau comme une cathédrale ! On dirait presque une chanson dans le rythme et le phrasé. Seul le Amen de la fin reste compréhensible par tous !
Personnellement cela me touche et m’émeut de me dire que Jésus parlait ainsi…
Ce n’est qu’une supposition: Jésus parlait araméen avec ses collègues, mais il est bien possible que les prières de ce type se disaient à l’époque de Jésus plutôt en hébreu qu’en araméen ? Le « Notre Père » est inspiré de la prière juive appelée le Kaddish qui était une prière liturgique dite en hébreu à l’époque de Jésus et ne sera dite en araméen qu’après la destruction du temple en 70 (une génération et un terrible événement plus tard). Mais après tout, peut-être que Jésus était en avance, et que particulièrement pour cette prière qu’il confie à ses disciple pour leur culte intime seul à seul avec Dieu chacun dans sa chambre, il l’aurait dite dans la langue courante (l’araméen) et non la langue liturgique (hébreu) ?
C’est compliqué de supposer un Nouveau Testament en hébreu…et d’en faire l’exegèse
Il faut bien le faire parfois, voire souvent. Par exemple avec le prologue de Jean et le logos, qui est plus les hébraïques (dabar ou amar) que le logos grec. Quand Jésus parle de « vérité » c’est plus le concept hébraïque qu’au sens du grec philosophique, ou quand il est question de psychè traduit maladroitement parfois par âme comme en grec classique, alors que la conception de l’humain n’est pas la même dans la bible ?
je vais donc de ce pas allez écouter le notre père en hébreu pour combler mes lacunes ! 😉
J’ai essayé de le faire avec la fonction translate d’une petite startup californienne en croissance, en passant du texte français à l’hébreu, puis au grec, puis à nouveau au français on obtient une transformation du texte qui continue d’avoir du sens, mais un sens différent, ce qui est peut-être un peu à l’image de ce qui s’est passé avec les différentes traductions :
En partant de
Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.
Amen.
On arrive à :
Notre père qui êtes aux cieux,
je sanctifierai ton nom,
Que ton royaume vienne,
Vous ferez votre volonté sur la terre comme au ciel.
Donnez-nous notre pain aujourd’hui.
Pardonne-nous pour nos transgressions,
Tout comme nous pardonnons à ceux qui nous ont blessés.
Et n’essayons pas
Mais il nous a sauvés du mal.
Amen.
Joyeux Noël
Pas mal du tout, votre ami.
seul le « n’essayons pas » est assez curieux. Mais intéressant.
Joyeux Noël