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Veyrier, un site emblématique de l’archéologie dans la région genevoise
L’histoire des découvertes effectuées sur le site paléolithique de Veyrier permet d’évoquer bon nombre de savants et de chercheurs impliqués non seulement dans la mise au jour et l’étude de ce site et des objets qui y ont été trouvés, mais également dans l’ensemble des découvertes réalisées dans la région genevoise au XIXe siècle. Beaucoup d’objets qui constituent les collections archéologiques du Musée d’art et d’histoire en sont issus.
La surveillance du site (1903-1953)
Burkhard Reber (1848-1926), pharmacien d’origine argovienne, politicien, collectionneur, conservateur du Musée épigraphique depuis 1908, se passionne pour le site de Veyrier dès son arrivée à Genève en 1879 et suit très régulièrement les travaux des carriers, récoltant ainsi quelques objets épars. Tentant en vain de faire protéger le site déjà en partie détruit, il le documente par des photographies prises entre 1880 et 1900. Convaincu que ce site pourrait s’étendre sur une plus grande surface que les seules carrières de Veyrier, il prospecte le pied du Salève et, en 1903, repère un nouvel abri au lieu-dit Sur-Balme, qui lui semble en tous points identique aux abris de Veyrier. Il date quelques silex et d’abondants restes de faune de la «période intermédiaire» entre le paléolithique et le néolithique, qu’il qualifie ensuite de période azilienne, caractérisée notamment par la présence de microlithes. Reber se considère, avec justesse, comme le dernier observateur du site survivant. Sa façon embrouillée d’écrire et son habitude de mélanger des généralités sur un sujet avec des informations précises sur un gisement, amoindrissent hélas la valeur de ses textes. Ses relations avec les autres chercheurs s’intéressant à Veyrier, notamment Alfred Cartier, ne semblent pas avoir été toujours bonnes.
Dès 1934 et durant près de quarante ans, à la suite de Reber, Adrien Jayet (1896-1971), géologue, professeur et chercheur de terrain, suit très attentivement le travail des carriers à Veyrier. Son témoignage est précieux, surtout pour l’approche stratigraphique de l’intérieur des abris et leur insertion dans une stratigraphie générale du gisement. Les objets ramassés en contexte remanié n’ont pas une origine assurée.
Les dernières tentatives de fouilles (1928-1976)
C’est à Raoul Montandon (1877-1950), architecte passionné d’archéologie, que l’on doit la dernière découverte de site paléolithique à Veyrier. Auteur d’une somme de toutes les découvertes du Canton de Genève assortie d’une très bonne carte archéologique publiée en 1922, ce fin connaisseur de l’archéologie locale se penche sur l’aspect chronologique des occupations de Veyrier et leur raccord avec les stades glaciaires. Il participe à la synthèse publiée par Cartier (évoquée plus haut), en dessinant le plan général des carrières et les objets lithiques. En 1916, il fouille un abri à Sous-Balme en compagnie de Louis Gay (archéologue et compagnon d’expédition – comme Montandon lui-même – de Georges Amoudruz, le fameux vidangeur-spéléologue-collectionneur à qui le Musée d’ethnographie doit sa collection d’objets des Alpes occidentales). Cet abri, en partie démoli à l’explosif par les carriers, ne livre aucun artefact, mais un squelette complet ainsi qu’une grande quantité de charbons de bois et de faune, parmi lesquels des ossements de renne, qui évoquent une contemporanéité avec les carrières de Veyrier, et de très nombreux os de batraciens qui vaudront au site le surnom d’Abri des Genouilles.
Dans une ultime tentative de recherche, deux équipes tentent de retrouver des vestiges des abris. Fiasco tant pour l’équipe du Département d’anthropologie de l’Université conduite par Alain Gallay, qui se rend sur le site pour conduire un sondage durant l’hiver 1975-76 puis en 1980, que pour l’équipe de la circonscription Rhône-Alpes menée par J. Hubert et P. Persoud, mandatés pour cartographier le site de Veyrier en 1975: à leur passage, il n’y a plus trace des abris Mayor, Taillefer et Jayet, et il ne reste que le fond de l’abri Thioly, où ils récoltent deux dents de renne et une phalange de cheval. Ces deux essais infructueux mettent fin aux recherches archéologiques à Veyrier. Il ne reste rien du gisement à l’heure actuelle, les carrières étant devenues des gravières…