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Selon le virologue Didier Trono, professeur à l'EPFL, membre de la task force Covid, le variant Omicron (dénommé d'abord B1.1.529) a fait son apparition début novembre déjà: "Il a été détecté au début du mois en Afrique australe: non seulement en Afrique du Sud, mais aussi au Botswana. Assez rapidement, on a vu que d'autres cas avaient essaimé en Belgique, en Israël, à Hong-Kong", explique-t-il au micro de Forum samedi.
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Trente mutations d'un coup
Selon lui, il est caractérisé "par l'émergence de beaucoup de mutations qu'on avait vues – mais jamais ensemble – dans d'autres variants. C'est assez surprenant: d'habitude on voit les mutations s'accumuler les unes après les autres et là, tout d'un coup, il y en a un qui a près de trente mutations dans ce qu'on appelle la protéine spike, qui est la clef que le virus utilise pour entrer dans la cellule".
Et de préciser: "On ne sait pas exactement d'où c'est sorti: il se peut que ce se soit passé chez un patient qui était immunodéprimé, ce qui favorise l'infection un peu chronique. Et il est inquiétant parce que certaines des mutations ont été vues dans d'autres variants comme favorisant l'infectivité. D'autres ont été vues comme permettant au virus d'échapper un tant soit peu à l'immunité conférée par l'infection préalable ou par les vaccins".
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Vaccination et rappel
Les scientifiques sont désormais dans l'expectative vis-à-vis d'Omicron: "On voit qu'il se propage. Tous les laboratoires du monde qui peuvent le faire ont commencé à étudier quelles sont les propriétés de ce virus, notamment face à l'immunité conférée par les vaccins. On ne peut pas se prononcer pour l'instant: on doit faire attention. On espère qu'il n'a pas complètement perdu toute capacité à être reconnu par l'immunité donnée par les vaccins administrés en Suisse: c'est très peu probable", rassure le virologue.
Didier Trono souligne: "Cela doit encourager tout un chacun à, premièrement,et, deuxièmement, à recevoir – maintenant que le gouvernement l'a autorisée – une ".
Mais cette troisième dose sera-t-elle vraiment utile face à un variant qui possède autant de modifications génétiques? Pour le professeur, beaucoup de ces mutations "ne sont pas supposées empêcher la capacité du virus d'être reconnu par les anticorps dits neutralisants. Cela ne nous inquiète pas trop. On sait aussi que les mutations dont il est porteur, lorsqu'elles sont isolées dans d'autres variants, ne suffisent pas à rendre le virus complètement résistant à l'immunité que nous donne les vaccins Moderna et Pfizer – ceux que l'on reçoit en Suisse. Donc on peut espérer que non, il ne sera pas complètement résistant".
Quant à la troisième dose, les scientifiques savent que "pour ce vaccin, comme pour beaucoup d'autres vaccins, une troisième dose est nécessaire à rendre l'immunité plus forte, plus robuste, pour faire monter les taux d'anticorps neutralisants. C'est un peu comme quand vous peignez un mur dont la couleur n'était pas la même avant: une troisième couche, ça ne fait pas de mal, ça permet d'effacer les taches. Là, c'est la même chose avec la troisième dose pour le vaccin".
Nouveau variant, nouveau vaccin?
Moderna, Pfizer, AstraZeneca ont déjà fait des communications en promettant déjà un nouveau vaccin face à ce nouveau variant: est-ce juste du business ou est-ce nécessaire?
Didier Trono estime que c'est une annonce "de type assez générique. On le savait, les vaccins à ARN donnent une flexibilité telle qu'il devrait être relativement facile de les adapter à de nouveaux variants: il suffit de changer la recette, si vous voulez. C'est quelque chose qui peut être fait très rapidement en laboratoire même si, après, il faut des mois pour produire le vaccin en question à des quantités qui soient suffisantes pour inoculer une grande partie de la population. Je pense que ces compagnies se veulent rassurantes en disant que cela ne met pas par terre tout notre marché, tout ce qu'on a comme moyens à disposition pour aider via la vaccination".
Il va toutefois falloir attendre au moins deux ou trois semaines pour réellement connaître les propriétés virologiques et immunologiques du Covid-19-Omicron. Et les questions à se poser, pour lui, ce sont: "Est-ce qu'il infecte beaucoup plus? Est-ce qu'il résiste aux anticorps soit monoclonaux, soit aux anticorps qui sont déclenchés par une infection préalable par d'autres variants, ou les anticorps qui sont déclenchés par la vaccination?"
Les personnes non-vaccinées ou non-immunisées, des réservoirs à mutations
Le virologue confirme que nous sommes embarqués dans un combat au long cours: "Le virus est sur toute la planète. Tous les gens non-vaccinés ou non-immunisés par une infection – et on sait qu'une infection peu symptomatique donne une immunité qui est peu durable et peu forte – servent de réservoir pour que le virus se multiplie et fasse des fantaisies, si je puis dire, c'est-à-dire développe des mutations qui vont peut-être lui conférer des propriétés nouvelles".
Pour lui, il ne faut pas sous-estimer cette pandémie: "On a, au niveau planétaire, un problème qui est extrêmement important, contre lequel seule peut nous prémunir la vaccination ou alors l'infection. Mais, on le sait, dans ce cas-là, avec des conséquences qui peuvent être extrêmement graves voire fatales".
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Interview radio: Thibault Schaller
Version web: Stéphanie Jaquet