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Le delta intérieur du Niger occupe une superficie de 35 000 kilomètres carrés. Chaque année, la crue du fleuve commence vers le mois de juin et culmine en septembre pour se terminer en décembre. Les eaux, à leur retrait, laissent des pâturages où se pressent plus de cinq mille têtes de bétail. Plusieurs groupes cohabitent dans le delta, qui commence vers Ke Macina et se termine près de Tombouctou au nord : les Peul, pasteurs, les Soninko (Marka ou Maraka en bamana, appelés Sarakole au Sénégal) résultant d’un très ancien mélange ethnique avec une composante peul, les Somono (issus des Bambara, leur nom signifiant « pêcheur » en bamana) et les Bozo « autochtones », appellation d’origine bamana, car eux-mêmes, qui forment trois sous-groupes, se désignent comme Sorko (ou Sorogo), Hain, ou Tie ; ce dernier sous-groupe se subdivise lui-même en deux entités parlant des dialectes légèrement différents : le tieyaxo et le tiema cèwè. Certains auteurs (comme Sundström 1972 : 41, 89) ont commis une grave erreur en faisant des Sorko un groupe distinct des Bozo.
Les Bozo vivant dans la région de Mopti, où a été collecté ce siège en 1998, sont les Sorko ou Sorogo. Leur langage est le sorogama. Ce sont, comme les autres sous-groupes de ce peuple de langue mande (famille Niger-Congo) des pêcheurs, pratiquant depuis une date assez récente quelques travaux agricoles, entre autres la riziculture. Z. Ligers (1964 : 67) a sommairement parlé de l’artisanat du bois chez les Bozo, ses recherches, effectuées dès 1954, étant centrées sur l’enregistrement de mythes et l’étude des rites.
Quand les sièges, ou plus exactement les escabeaux ou tabourets (ce sont les deux mots français employés par l’informateur Abdoulaye Diallo, Peul de Mopti) sont sculptés dans un seul billot de bois par un fabricant de pirogues, sur l’ordre du fiancé, cela indique que la future mariée est vierge, et appartient à un niveau social élevé. C’est le cas du tabouret reproduit ci-contre. Toute sa vie, elle a dû le conserver, sous peine d’attirer sur elle un mauvais sort. Ce qui précède signifie que la propriétaire de ce siège est sans doute décédée, et que la fabrication remonte à quelques décennies.
Les escabeaux d’usage quotidien, sans valeur symbolique, sont faits de planches assemblées. Les Somono et les Soninko bozophones en utilisent d’assez semblables, auxquels ils donnent le même nom.