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amateur d’aphorismes mémorables, il a accumulé pour ses actionnaires et par conséquent pour lui-même, des profits fantasmagoriques. Certes, il a connu aussi des pertes sèches, certains de ses exercices se terminant ‘par des baisses de plus de 50%, réactions enregistrées parfois par des valeurs individuelles de grande qualité comme Nestlé ou Pernod Ricard, qui entre parenthèses ont mieux performé sur la durée que le fameux Berkshire Hathaway, mais ce n’est pas là notre propos.
Warren Buffet est un ennemi acharné de l’or : il se plait à comparer sur une longue durée l’évolution du prix de la relique barbare par rapport à celle d’une composition de quelques titres. Rappelons que le génie de la finance a commencé à investir à l’âge de 12 ans les quelques dollars épargnés par la vente de journaux dans la rue. Le résultat est sans appel : placés dans un fonds banal reflétant le S&P 500, les quelques dizaines de dollars initiaux auraient actuellement une valeur de 600’000 dollars alors qu’investie en métal précieux, la mise de base ne vaudrait que 35 fois plus. Même un banal carré de chocolat aurait connu une meilleure performance relative.
Il convient cependant de nuancer cette comparaison d’apparence irréfutable .Fils d’un modeste agent de change, lui-même traumatisé par l’interdiction d’alors de détenir de l’or, Warren Buffett n’a pas été élevé dans cette culture d’autant plus qu’il a passé la majeure partie de son existence dans ce qu’on peut appeler la campagne, épargnée par la guerre et ses nuisances perverses. Rappelons que les guerres menées au 20ème siècle par les Etats-Unis ont toujours eu lieu en dehors de leur territoire, qui a certes connu des crises mais pas d’occupation ni de famine ou de marché noir, hormis l’épisode de la prohibition. Dans le reste du monde toutefois, bien des nations ont pâti, outre du désastre des conflits, de ce qu’on appelle maintenant les effets collatéraux, à savoir la volatilisation des monnaies ou une inflation hors contrôle ou encore le troc de survie. Dans ces malheureux pays dévastés, la détention d’or, essentiellement sous forme de pièces était la seule planche de salut et de survie. Tout le monde a rencontré au moins une fois dans sa vie une vieille personne qui rappelait que dans ces périodes tragiques, avec une pièce d’or, on pouvait toujours obtenir au moins un pain ou un morceau de viande.
La guerre du Golfe en 1991 avec l’invasion du Koweït par l’Irak a radicalement brassé les cartes de l’or. Traditionnellement, les Koweitiens étaient très friands de métal précieux sous forme de lingots. Face à l’arrivée des troupes de Saddam Hussein, ceux qui le purent, prirent en catastrophe la fuite dans leurs véhicules après les avoir chargés de leur précieuse épargne. Ils comprirent rapidement qu’une voiture, aussi puissante soit-elle, ne peut supporter le poids de quintaux de métal d’autant plus qu’il convient de privilégier la nourriture, l’eau, des vêtements de rechange etc. Le désenchantement fut brutal et modifia la donne : progressivement, au niveau mondial, au détriment des particuliers désabusés, l’or sous forme de lingots, se concentra auprès des banques centrales qui déplacent rarement leur stock. Le dernier attelage qui reliait le prix de l’once à celui du baril de pétrole s’est aussi totalement distendu.
Qu’en est-il des pièces qui ont le privilège d’être anonymes contrairement aux lingots numérotés et partant aisément identifiables? Doivent-elles encore figurer dans un patrimoine ? La réponse est oui sans hésiter. A une cadence folle notre monde se digitalise au niveau des payements, des réservations d’hôtels ou d’avions etc. : mais que se passerait-t-il en cas de pannes accidentelles ou provoquées criminellement ? la question n’est pas théorique car des black-outs ont été souvent observés dans des domaines aussi divers que les ATM, la fourniture d’électricité, le déroulement retardé d’élections, le blocage d’Internet, de banques qui ont dû abruptement fermer leurs guichets ou encore d’échange quasi instantané de billets de banques qui en une nuit valaient moins que le papier qui les représentaient.
L’or ne s’inscrit donc pas dans le patrimoine génétique de M, Warren Buffett et c’est tant mieux pour lui ; pour nous autres, simples péquins de la Vieille Europe, l’approche et la mémoire sont plus complexes. Entretenons au moyen de quelques pièces connues ce petit réflexe de défiance garante de survie.