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LETTRE CXLI. A MADAME DE BERINGHEN. Ce 25 juin 1696.
Vous voulez bien, Madame, qu'en vous demandant de vos nouvelles je vous en dise des nôtres. Vous serez bien aise d'apprendre que mon neveu a eu l'honneur de baiser les pieds au Pape, et que Sa Sainteté a témoigné toute sorte de bonté pour lui et pour moi : ce que je suis bien aise de faire savoir à des amis tels que vous, principalement à cause des bruits impertinents que les moines ont fait courir, que j'étais très-mal avec Rome. Tout le contraire paraît par la réception qu'on lui fait dans toute cette Cour, et il n'y a pas eu seulement le moindre nuage.
Le curé de Doui dit que son affaire, mise en compromis entre mes mains, demeure indécise par le défaut de la ratification des religieuses, qui en effet est nécessaire.
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LETTRE CXLII. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, 16 juillet 1696.
Je vous envoie, Madame, l'approbation de l'indulgence que vous souhaitez, et je souhaite en tout favoriser et accroître la dévotion de votre sainte maison. Je n'ai jamais eu un moment de doute sur les bonnes intentions de Madame de la Vieuville. Je plains son sort dans la dureté de M. son frère, et je chercherai tous les moyens de lui procurer plus de repos. Vous m'avez mandé, Madame, votre retraite entre les mains du P. de Morets, et j'attendais, je vous l'avoue, de trouver un autre nom après le mot de retraite ; mais c'est toujours en me reposant sur votre choix. Je salue de tout mon cœur Madame d'Arminvilliers.
La Sœur Bénigne (1), qui vous honore toujours à son ordinaire, est attaquée d'un mal d'yeux qui lui a donné le mouvement de faire faire une neuvaine à sainte Fare. Je vous prie de l'avoir pour agréable, et de me mander le prêtre que j'en pourrai charger.
LETTRE CXLIII. A MADAME DE BERINGHEN. A Germigny, 16 août 1696.
Vous pouvez, Madame, faire entrer et coucher les personnes dont vous me parlez dans votre lettre. J'ai mandé à Sœur Bénigne ce que vous avez fait pour elle : elle vous fait mille remerciements, et en effet se trouve mieux. La sainte ne refusera pas des vœux aussi agréables que les vôtres, unis aux saints sacrifices d'un si digne prêtre. Le P. Séraphin a fait selon sa coutume, une homélie excellente il a une méthode admirable à partager son évangile, et en tire
(1) Madame Cornuau, qui avait suivi Madame de Luynes à Torci.
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une fructueuse morale. J'ai vu dans une lettre du P. de Riberoles quelque chose qui m'a fait peur, et qui en même temps m'a consolé. Vous me ferez beaucoup de plaisir de me donner part de vos nouvelles, et j'envoie exprès pour cela. Je salue Madame d'Arminvilliers, et suis à vous comme vous savez.
LETTRE CXLIV. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, ce 21 septembre 1696.
J'ai reçu ici, Madame, par les mains de M. Morin, la lettre que vous m'aviez annoncée par celle que j'ai reçue à Paris. Je vous dirai franchement que je trouve le sujet de la sortie fort léger, pour aller voir le médecin de Chaudrez. S'il fallait à tous les nouveaux, ou médecins, ou charlatans qui s'élèvent, faire sortir les religieuses, la conséquence en serait trop grande. On peut exposer le mal, et recevoir les avis nécessaires sur cet exposé. Quant à l'inspection de la personne, c'est là un de ces soulagements d'imagination auxquels on renonce quand on s'est consacré à Dieu. Je suis à vous, Madame, comme vous savez.
LETTRE CXLV. A MADAME DE BEBINGHEN. A La Fortelle, 30 septembre 1696.
J'ai reçu, Madame, le récit du mal de Madame de Saint-Menoux ; et vous pouvez l'assurer que la première chose que je ferai à Paris sera la consultation du médecin de Chaudrez et des autres. On m'a dit que vous souhaitiez exposer le saint Sacrement pour la Saint-Placide, et j'y consens. Je serais bien fâché, Madame, que vous comptassiez mon passage ; et j'espère bien vous rendre à mon retour de la Trappe une plus longue visite.
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LETTRE CXLVI. A MADAME DE BERINGHEN. A La Ronse près Evreux, ce 6 octobre 1696.
J'ai été à Mantes à deux lieues du médecin de Chaudrez, et résolu, Madame, d'y aller moi-même le consulter pour notre religieuse, si je n'eusse appris que pour aucune considération il n'écoutait aucune consultation, et voulait. voir la personne ; ce qui m'a enfin fait résoudre par une indulgence peut-être excessive, d'accorder le congé à cette religieuse et à la compagne que vous voudrez lui donner, plutôt pour la satisfaire que par aucune espérance de soulagement, cet homme étant incapable, autant que j'en puis juger, de lui en donner aucun. Je lui conseille donc de renoncer pour l'amour de Dieu à cette frivole satisfaction : si elle ne peut s'y résoudre, déterminez-lui vous-même, si vous l'avez agréable, un terme fort court; et prions Dieu tous ensemble qu'il ne m'impute pas ma facilite à péché. J'espère être lundi à la Trappe, et quatre jours après aux Clairets. Je prie Dieu, Madame, qu'il soit avec vous.
Cette lettre servira d'obédience avec la vôtre à Madame de Sainte-Menoux et à sa compagne.
LETTRE CXLVII. A MADAME DE BERINGHEN. A Versailles, ce 14 janvier 1697.
Je prends part, Madame, à la sainte résolution que Mademoiselle votre nièce a prise, et je prie Dieu qu'elle continue à vous donner une entière satisfaction.
Je vous donnerai satisfaction sur le sujet de la dignité de votre église, mais il est bon d'être ensemble pour concerter tous les termes avec une commune satisfaction.
J'ai reçu la ratification du compromis avec M. le curé de Doui.
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Il faudrait voir dans le compromis si les termes n'en sont point expirés, ou s'il y a quelque chose qui lui ôte sa validité ; c'est de quoi je me ferai rendre compte, et je tâcherai ensuite de vous tirer d'affaire. Je suis, Madame, autant à vous cette année que les précédentes, et cela ne durera pas moins que ma vie.
LETTRE CXLVIII. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, ce 28 mars 1697.
J'envoie, Madame, pour vous assurer de la continuation de mon estime, et vous demander de vos nouvelles. M. le curé de Doui attend votre production. On me presse aussi du côté de la Ferté-Gaucher, au sujet de la chapelle dont nous avons parlé. Je ne ferai rien précipitamment ni sans un grand concours avec vous. Je tâcherai de vous voir après Pâques, et j'en ai un grand désir. Je salue Madame d'Arminvilliers et la postulante, sans oublier ses chères Sœurs, et en particulier ma filleule. Je suis à vous, Madame, comme vous savez.
LETTRE CXLIX. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, 24 avril 1697.
Je vous envoie, Madame, la permission pour Mademoiselle Pynondel, que vous demandiez par votre lettre du 13. Par celle du 28 mars, vous m'assuriez que vous produiriez pour l'affaire du curé de Doui incontinent après les fêtes. Il est ici, et fort pressé pour ses décimes, en sorte qu'il est nécessaire de lui pourvoir. Cependant je n'entends rien de votre part, et je ne vois rien dans votre lettre du 18. Je vous prie d'exciter ceux que vous avez chargés de cette affaire, et me délivrer des pressantes et justes poursuites de ce curé. Il n'y a nulle autre difficulté pour les autres permissions, et je ne doute pas que vous n'ayez suppléé à ma réponse, surtout pour Madame de Saint-Alexis.
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LETTRE CL. A MADAME DE BERINGHEN. ; A Paris, 17 juin 1697.
Je me porte très-bien. Madame, de Farmoutiers et d'Arminvilliers. C'est un lieu charmant, et la compagnie l'est encore davantage. Je ne puis encore vous dire quand je pourrai vous aller voir; mais je vous assure que je le désire beaucoup. Je salue de tout mon cœur Madame votre sœur et Mesdemoiselles vos nièces, surtout la novice, dont j'espère que vous aurez beaucoup de satisfaction.
LETTRE CLI. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, 1er août 1697.
Je n'ai point du tout ouï parler, Madame, qu'on ait demandé les sacs, et votre procureur n'a point paru. Le curé a été ici durant trois semaines de suite, pressant le jugement et mourant de faim, ses revenus étant saisis par vos ordres. S'il vous plaît de lui donner main-levée, je vous donnerai tout le temps que vous souhaiterez.
Il a été un temps que Madame de Notre- Dame ne se serait point éloignée de recevoir Madame de la Vieuville. Ce qui s'est passé aux Clairets ne la fait pas désirer, et je ne sais quel parti prendre. Je suis à vous, Madame, de tout mon cœur.
LETTRE CLII. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, 15 août 1697.
J’ai reçu, Madame, hier seulement votre lettre du 6. Le fait est que le curé meurt de faim, et qu'il presse le jugement avec raison.
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Que puis-je faire, si votre avocat nous tient aussi longtemps qu'il en a la mine? Faites en ce cas, je vous prie, travailler un autre, et en diligence; car ce pauvre curé n'en peut plus. Je le connais; mais enfin il a raison de vouloir finir. J'ai écrit à Madame de la Vieuville. Je prévois que la fin sera de venir languir et peut-être mourir bientôt en son couvent, où l'on ne craint rien tant que son retour. Je salue Madame d'Arminvilliers de tout mon cœur.
LETTRE CLIII. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, ce 10 juillet 1698.
Je vous supplie, Madame, que nous ne changions rien du tout au temps que nous avons arrêté pour votre bénédiction. Ma conscience ne me permet pas de reculer davantage; et je vous avoue que je fus un peu étonné du délai que vous me proposâtes. La raison tirée de la grille me parut si légère, que naturellement tout autre que moi l'aurait prise pour un prétexte. D'autres croi-raient que vous ne faites pas l'état que vous devez d'une si sainte et si nécessaire cérémonie, ou même que vous reculez à faire la profession d'obéissance. Pour moi je vous connais trop pour adhérer à ces pensées, qui pourtant ne peuvent pas ne point passer dans l'esprit.
Pour le sermon de Mademoiselle votre nièce, vous savez bien que nous avions arrêté le P. de la Pause, pour joindre ensemble l'une et l'autre cérémonie. Mais de cela, Madame, vous en serez la maîtresse, et je serai de ma part très-aise de vous contenter sur le P. de la Ferté. Je ne vous oblige à aucune célébrité, mais seulement à ce que l'Eglise commande. Pardonnez-moi, Madame, si je vous dis si franchement toutes choses ; croyez que c'est un effet de ma sincère amitié. Je serai samedi à Meaux, où j'attendrai de vos nouvelles : je m'attends à un oui formel; car pour moi il n'y aura point dans mon discours de oui ou non, ni aucun doute.
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LETTRE CLIV. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, ce 13 août 1698.
Je n'ai, Madame, qu'à louer Dieu de la déclaration de votre obéissance pour votre bénédiction. Vos excuses m'avaient fait beaucoup de peine, parce que je les trouvais, à ne rien dissimuler, peu dignes de vous, aussi bien que peu convenables aux obligations de ma conscience. Vous ordonnerez comme il vous plaira des prédicateurs, et je m'en repose sur vous.
Quand Madame de Roquepine vous mènera Madame sa belle-fille, je serai très-aise que vous la traitiez comme Madame sa mère.
Je suis bien aise que la Relation vous ait contentée. Je vois de tous côtés qu'elle a ouvert les yeux à tout le monde. Dieu soit loué de ce bon effet et du triomphe manifeste de la vérité. Nous le verrons, s'il plaît à Dieu, bientôt déclaré à Rome, où la Relation paraît avoir produit le même effet qu'à Paris et dans toute la France. Madame d'Arminvilliers me fait plaisir de me dire par vous ses sentiments, et je vous salue, Madame, toutes deux de tout mon cœur.
LETTRE CLV. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, 7 septembre 1698.
Avant que de partir d'ici, Madame, je suis obligé de vous avertir que je vois, par les visites, qu'il y a de vos églises où l'on me rapporte qu'il faut faire des réparations considérables. Vous voyez bien, Madame, qu'il est de votre intérêt d'en être avertie, afin qu’il y soit pourvu avant l'hiver. Je suis aussi fort pressé par le curé de Doui. Nous sommes en vacation et vous ne jouirez pas de vos avocats, si vous ne les pressez fortement. Je pars pour Dammartin, et de là, lundi pour Paris, pour être ici incontinent
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après le départ du roi pour Fontainebleau, où je compte d'aller vers octobre, et, en allant ou venant, d'avoir l'honneur de vous voir. Je vous conjure, Madame, de me mettre en état de finir avec le curé de Doui. Vous savez, sans rien ajouter, ce que je vous suis.
LETTRE CLVI. A MADAME DE BERINGHEN. A Compiègne, ce 13 septembre 1698.
Ce n'est pas une raison canonique pour dispenser de la clôture que l'assistance à une bénédiction. Vous savez bien, Madame, que c'est là mon sentiment, et qu'il faut s'en tenir aux termes du Pontifical. Le saint abbé de la Trappe, à qui vous déférez tant, s'est expliqué là-dessus. Le diocèse ne fait rien à cela. Quand je permis à Madame de la Vieuville de venir à la bénédiction de feu Madame de Berci qui lui avait succédé, c'était la ramener dans son monastère d'où j'eusse bien voulu qu'elle ne fût jamais sortie. Madame de Jouarre prendra bien cette excuse. Au lieu de me permettre le délai de la sainte cérémonie de cette bénédiction, ma conscience me reproche de l'avoir trop différée, et de ne m'être pas assez opposé à l'indifférence qu'on a à la recevoir. Ainsi, Madame, nous nous fixerons, si vous l'avez agréable, au 19 octobre, qui est le jour le plus commode à M. le Premier, aussi bien qu'à moi. Il ne me reste qu'à vous assurer vous et Madame votre sœur de mes très-humbles services.
LETTRE CLVII. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, 20 janvier 1699.
Le soin que vous avez des pauvres est digne, Madame, de votre charité. J'ai écrit de Meaux à M. de Villacerf pour les terres de Madame de Besmaux, et il m'a mandé qu'il en prenait soin. Je ne puis, Madame, vous témoigner assez ma reconnaissance
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de toutes vos bontés et je n'ai rien qui soit plus intimement dans G cœur que l'estime et, je le puis dire, la vénération que j'ai ur vous. Madame votre sœur y entre en part et je souhaite bénédiction à la chère famille et en particulier à ma filleule.
LETTRE CLVIII. A MADAME DE BERINGHEN. A Versailles, 26 mai 1699.
Je vous prie, Madame, de faire examiner votre novice par M. Culambourg, en qui vous et moi nous nous fions.
Je ne refuserai point le dimissoire qu'on demande pour le sieur Gabriel Drouet, qui doit entrer à l'Institution.
Je me repose, Madame, selon vos souhaits, pour me mettre le plus tôt qu'il sera possible en état de visiter la plus noble partie du troupeau.
LETTRE CLIX. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, jeudi 8 juillet 1699.
M. de Pontas peut examiner votre troisième novice. Les PP. Barbier et de Latour peuvent confesser, et les parents entrer dans le monastère. Le pouvoir de confesser est donné aux gens de savoir et de mérite, que la rencontre adressera à Farmoutiers sans qu'on puisse m'en avertir. Voilà une réponse laconique : la conclusion ne sera pas moins courte : c'est que personne au monde ne désire plus votre satisfaction que moi. Je pars demain pour Paris, jusqu'à la Saint-Etienne.
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LETTRE CLX. A MADAME DE BERINGHEN. A Germigny, 9 août 1699.
Je ne puis voir partir ce messager sans vous faire, Madame, mille remercîments pour Mademoiselle de Pons et sa compagnie que vos bontés ont charmées. C'est un effet ordinaire dans ceux qui ont la joie de vous approcher. J'espère, Madame, l'avoir bientôt.
LETTRE CLXI. A MADAME DE BERINGHEN. A Germigny, 12 octobre 1699.
Votre lettre m'a trouvé, Madame, prêt à monter à cheval, c'est-à-dire en carosse, pour aller coucher à Jouarre après un an t demi d'absence. L'abbé et le président sont à Paris, où ils apprendront avec joie l'honneur de votre souvenir ; vous pourrez faire entrer Madame de la Marchère, et faire confesser M. l'abbé Prion autant que vous le jugerez à propos pour celles qui le désirent. J'espère bien entonner la Messe pontificale. J'irai à Lu-sanci et à la Ferté-sous-Jouarre, et me rendrai ici mercredi. Je salue de tout mon cœur Madame d'Arminvilliers et toute la religieuse et sainte jeunesse.
+ J. Bénigne, év. de Meaux.
LETTRE CLXII. A MADAME DE BERINGHEN. A Versailles, 29 novembre 1699.
Je suis très-aise, Madame, que M. de la Roque, notre ancien théologal, prêche l'Avent et le Carême chez vous. Il est approuvé pour cela et pour les confessions même des religieuses. C'est un
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Homme de piété et de doctrine. Je ne puis, Madame, vous remercier assez de toutes vos bontés, ni vous témoigner combien je vous suis acquis, et à la sainte maison.
LETTRE CLXIII. A MADAME DE BERINGHEN. A Versailles, 4 décembre 1699.
Je serais fâché, Madame, que vous sussiez d'autre que de moi la disposition que je fais de la personne de votre curé pour la cure de Tancrou. Nous aurons le loisir de penser à son successeur. Je suis, Madame, comme vous savez, plein d'estime et de confiance pour vous. Je ne crois pas pouvoir confier cette paroisse à un plus capable d'y mettre l'instruction en vigueur.
LETTRE CLXIV. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, ce 19 décembre 1699.
Il est vrai, Madame, que je vous ai ôté un bon curé; mais il m'était nécessaire au lieu où je l'appelle. Nous aurons tout loisir de conférer ensemble sur le sujet de son successeur.
Il vaque à votre nomination une cure considérable, et qui a bien besoin d'un bon pasteur : c'est celle de Moron dans votre voisinage. Comme je sais vos intentions très-pures pour fournir l'Eglise de bons pasteurs, je vous indique les sieurs l'Enfant et Folien vicaires de Coulommiers, et les sieurs Landis vicaires de Saint-Nicolas de cette ville, comme les meilleurs sujets du diocèse. Vous ne sauriez trop prendre garde à ce bénéfice, dont le dernier possesseur n'a pas été de grande édification. Je salue Madame votre sœur de tout mon cœur.
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LETTRE CLXV. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, ce 2 octobre 1700.
Comme j'espère, Madame, être dans peu de jours dans le diocèse, où je verrai moi-même les présentations et provisions de la cure de Farmoutiers, je vous rendrai compte de cette affaire, et je vous prie seulement de charger quelque homme de créance de voir avec moi ce qui sera dans nos registres, afin de vous en instruire.
Quant aux pensionnaires qu'on vous propose, dont l'une vous convient et l'autre non, je m'accommoderai toujours à vos sentiments, sans que vous y paraissiez qu'autant que vous le jugerez à propos ; et pour cela il faudra que vous me mandiez les qualités de l'une et de l'autre et les circonstances qui peuvent déterminer, pour fonder mon consentement ou mon refus là-dessus. Je ne doute point, Madame, que vous et Madame d'Arminvilliers n'entriez dans nos sentiments sur la perte que nous avons faite de M. le procureur-général, et je vous en rends grâces très-humbles.
LETTRE CLXVI. A MADAME DE BERINGHEN. A Germigny, ce 18 octobre 1700.
Je viens, Madame, de recevoir votre lettre du 15 octobre; je vous envoie la confirmation de votre élection, et je retiens M. Fouquet selon votre intention.
Quant à la pensionnaire que vous agréez, j'y consens. Je me tiendrais honoré de donner l'habit de novice à Mademoiselle d'Helicour; mais je me réserverai plus volontiers pour la profession, si Madame la comtesse de Cayeux l'a agréable. J'entendrais avec joie le révérend Père général : je lui envoie tout pouvoir.
Quant à la démission, on a peine à trouver des provisions, le
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n'étant arrivé de longtemps : on cherche pourtant; et si vous envoyez à Meaux de mardi en huit, on vous donnera connaissance de tout : mais vous voulez bien que je vous dise que c'est à vous à prouver; et que faute de preuve de votre part, non-seulement la présomption, mais le droit même est tout entier et incontestablement à l'évêque. Néanmoins je veux bien encore faire rechercher tous les éclaircissements qui vous peuvent être favorables, s'il s'en trouve, voulant toujours prendre avec vous les partis les plus honnêtes.
Je salue toute la bonne compagnie, et suis comme vous savez très-sincèrement attaché à ce qui vous touche.
LETTRE CLXVII. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, ce 26 novembre 1700.
Je suis bien aise, Madame, que vous ayez agréé l'expédient que j'ai pris. Il fallait finir cette affaire, et ne pas laisser plus longtemps un si grand troupeau sans pasteur : si les pièces qu'on a montrées à Meaux à M. Loyseau sont telles qu'on me les a rapportées, elles sont plus que suffisantes. Quoi qu'il en soit, c'est assez que vous ayez un bon sujet, et celui que vous avez désiré. Vos protestations vaudront ce qu'elles pourront à l'avenir : elles n'empêchent pas l'effet présent que nous souhaitions tous deux : je ne crois pas au surplus, que vous trouviez rien que vous puissiez opposer au titre d'évêque qui se soutient seul. Je salue Madame votre sœur, et suis toujours ce que vous savez.
LETTRE CLXVIII. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, ce 20 décembre 1700.
M. le curé de Farmoutiers est fort satisfait de vos bontés. Je vous prie de les continuer et de lui faire justice sur l'affaire des
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menues dîmes. Je lui ai expressément ordonné de ne rien entreprendre sans me rapporter auparavant une bonne consultation. Vous voulez bien que je vous dise franchement que le bruit de tout le pays est que le troupeau est au sieur Raoul. Eu ce cas, votre conscience serait chargée seule de la prétendue exemption de la dime. Je finis, Madame, en vous assurant très-sincèrement de mes services.
LETTRE CLXIX. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, ce 15 février 1701.
J'enverrai, Madame, au premier jour l'obédience pour Madame de Saint-Bernard et ma Sœur de Saint-Augustin, limitée à trois jours de séjour à Paris.
Je n'ai donné aucun ordre à M. le curé que de n'entreprendre aucun ,procès qu'avec bonne consultation dont il m'aura rendu compte. Pour dire autre chose, il faudrait que je fusse instruit d'un droit certain, ce que je ne sais pas; et en ce cas je ne ferais rien qui vous regardât sans vous en parler auparavant, cela étant du devoir paternel, de la satisfaction que j'ai toute entière de vous et de l'amitié qui est entre nous de tout temps.
LETTRE CLXX. A MADAME DE BERINGHEN. A Paris, ce 25 février 1701.
Vous voyez bien, Madame, que je ne me presse pas d'envoyer mon obédience, et que j'ai attendu de votre part les éclaircissements que j'ai reçus par votre lettre du 8. Je suis donc déjà déterminé à ne point donner d'obédience pour la Sœur de Saint-Augustin. La grande difficulté est de savoir si l'on peut passer a une moindre observance. Jusqu'ici je ne le crois pas : j'y aviserai pourtant. Je ne sais pas aussi quel secours on attend de vous
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pour le temporel, et je vous prie de vous expliquer sur ce sujet un peu davantage; car la Sœur de Saint-Bernard m'en écrit aussi. Vous verrez la réponse que je lui fais. Pour le choix de la religieuse qui pourra l'accompagner, je m'en rapporte à vous, et serai toujours disposé, Madame, à ne rien faire qui ne vous contente.
LETTRE CLXXI. A MADAME DE BERINGHEN. A Versailles, ce 3 juillet 1701.
Pour répondre, quoique trop tard, Madame, à vos lettres du 12 et du 24 juin, dont la dernière m'a été rendue un peu tard, vous ne doutez point que je n'aie beaucoup de joie de l'entrée que vous donnerez à Madame votre nièce et à Madame de Surville. Vous y pouvez joindre Madame des Goths et Mademoiselle Burel, à condition qu'elles ne coucheront point au dedans.
Mon conseil ecclésiastique trouve quelque difficulté à ce que je ratifie les pensions de Mesdames vos nièces. Je reverrai les écrits que j'ai sur cela, quoiqu'ils ne soient pas dans la dernière régularité. Il ne s'agit pas du fond, mais de la manière dont j'entrerai dans la chose, qui pourrait tirer à conséquence.
Je m'en vais dans le moment donner l'obédience pour la Sœur Louise Molin de Saint-Antoine, converse : peut-être ne pourra-t-on pas l'envoyer aujourd'hui. La religieuse peut partir en attendant et sur la foi de l'obédience, où je mettrai expressément que c'est sans la dispenser de la grande règle.
Je joins à la permission les deux personnes dont vous me parlez dans votre lettre du 24, aux mêmes conditions de ne point coucher en dedans. Je retournerai pour le mois d'août, et reprendrai avec joie le dessein de vous aller voir. Je salue Madame votre sœur et vos chères nièces.
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LETTRE CLXXII. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, ce 5 septembre 1701.
C'est par mon ordre, Madame, que M. Culambourg est venu ici : c'est qu'en rappelant plusieurs choses que vous m'avez dites et que j'ai apprises d'ailleurs, j'ai cru qu'il avait de l'éloignement de servir dans les couvents, et qu'il songeait à se retirer : c'est pourquoi ne voulant pas que le diocèse le perdît, je l'ai destiné à être ici avec nous dans l'Hôtel-Dieu. J'ai voulu savoir ses sentiments; et comme il a témoigné que cet emploi était de sou goût, je vous supplie, Madame, de vous y accorder : vous me ferez beaucoup de plaisir. Il pourra rester à Farmoutiers huit ou quinze jours, si vous l'avez agréable, et cependant on disposera tout ici pour le placer. Tous savez, Madame, ce que je vous suis.
LETTRE CLXXIII. A MADAME DE BERINGHEN. A Meaux, ce 15 janvier 1702.
Je vous rends grâces, Madame, du renouvellement des assurances de vos bontés, et je vous assure que j'y réponds fidèlement. Quant à la pension de Mesdames vos nièces, la difficulté de mon côté est que j'entre là-dedans en les approuvant; ce qui est de conséquence pour l'exemple. J'ai revu depuis peu les papiers de cette affaire, et il est certain que l'expédient de M. Nouet n'était pas bon. Je prendrai nouveau conseil à Paris, et j'assemblerai quelques docteurs pour faire ce qui sera le plus favorable à votre maison, autant que la conscience le pourra permettre. Je salue Madame votre sœur et Mesdames vos nièces de tout mon cœur.
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LETTRE CLXXIV. AUX SOEURS DE LA COMMUNAUTÉ DE SAINTE-ANNE, DE LA FERTÉ-SOUS-JOUARRE. A Meaux, ce 3 juin 1702.
Il est venu à ma connaissance, mes Filles, que quelques-unes de vous prenaient des mesures pour avoir une supérieure des Filles de Sainte-Geneviève de Paris : c'est ce qu'on n'a pas dû faire sans permission. Avertissez donc celles qui se sont mêlées de cette affaire, de demeurer en repos jusqu'à ce que Monsieur votre supérieur étant arrivé, j'aie concerté avec lui ce que le bien de la maison demandera. Notre-Seigneur soit avec vous, mes Filles.
LETTRE CLXXV. A MADAME DE BERINGHEN. A Germigny, ce 30 septembre 1702.
Je vous recommande, Madame, Mademoiselle Croyer, qui est digne de votre protection par sa foi et par son courage. Sa piété ne peut être mieux cultivée que par des mains comme les vôtres, ni avoir un meilleur guide que vos instructions et vos exemples. Depuis le temps qu'elle est entrée dans l'Eglise, je ne l'ai vue ni vaciller ni varier, et je n'ai point encore connu dans une si jeune personne une plus sûre vocation. Je voudrais bien que celle de votre novice pour la vie religieuse fût aussi bonne. On me parle diversement du succès de la nouvelle épreuve, et c'est de vous, Madame, que j'attends la vérité,
Puisque M. Culambourg ne peut, à ce qu'on me dit, se résoudre pour Farmoutiers, je ne veux point que le diocèse le perde ; je le placerai bien, et je vous prie de m'aider à le conserver.
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LETTRE CLXXVI. QUESTIONS FAITES A BOSSUET, par les religieuses de la visitation, avec les réponses.
Première question. Comment se défaire de soi-même, puisque nous sommes toujours avec nous ?
Réponse. Saint François de Sales dit que l'amour-propre ne meurt jamais qu'avec nous, c'est-à-dire avec nos corps : il faut toujours que nous sentions ses attaques sensibles et ses pratiques secrètes ; mais nous devons nous beaucoup humilier, nous défier de nous-mêmes, et sans nous décourager, nous confier pleinement à Dieu, en tâchant de rendre involontaires ces mouvements qui nous sont si propres et si naturels durant cette misérable vie.
Seconde question. Qu'est-ce que porter devant Dieu à l'oraison, non-seulement un fond soumis, mais un laisser faire? Qu'est-ce que ce laisser faire ?
Réponse. Ce mot signifie deux choses, le faire de Dieu et le laisser faire de la créature. Quand l'âme cesse de vouloir agir par elle-même, et qu'elle s'offre à Dieu avec des dispositions propres à recevoir l'opération de sa grâce, alors elle est dans l'état que Dieu désire d'elle.
Troisième question. N'est-ce point une oisiveté que de demeurer sans rien faire, sous prétexte de laisser faire Dieu ?
Réponse. Ce n'est pas ne rien faire que d'être soumis à Dieu; au contraire c'est alors que l'on fait davantage ce qu'il veut de nous. Un arbre l'hiver ne produit rien ; il est couvert de neige, tant mieux : la gelée, les vents, les frimas le couvrent tout : pensez-vous donc qu'il ne fasse rien pendant qu'il est ainsi tout sec au dehors ? Sa racine s'étend, se fortifie et s'échauffe par la neige même : et quand il s'est étendu dans ses racines, il est en état de produire de plus excellents fruits dans la saison. l’âme sèche, désolée,
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aride et en angoisse devant Dieu, croit ne rien faire ; mais elle se fonde en humilité, et elle s'abîme dans son néant : alors elle jette de profondes racines pour porter les fruits des vertus et de toutes sortes de bonnes œuvres, au goût de son Dieu.
Quatrième question. Quel est le moyen le plus court et le plus sûr, pour parvenir à la vraie humilité, si difficile à acquérir ?
Réponse. Saint Bernard y répond admirablement, lorsqu'il dit que le chemin à l'humilité c'est l'humiliation. Quand on se sert de tout ce qu'il y a dans la vie chrétienne de contraire à l'orgueil de l'homme pour avancer dans la vertu, c'est assurément le chemin le plus court. Porter le fardeau de la loi de Dieu, le poids de sa divine conduite et tout ce qu'il lui plaît de nous envoyer par sa providence; s'anéantir sous sa main puissante; marcher et avancer toujours ainsi dans le chemin de la vertu, et ne s'arrêter jamais, c'est le vrai moyen pour parvenir à l'humilité.
Cinquième question. L'Ecriture dit dans un endroit : « Je ferai que vous fassiez ce qui est de mes ordonnances (1) : » comment cela doit-il s'entendre ?
Réponse. Il faut demander à Dieu qu'il fasse que nous marchions toujours dans ses voies par l'opération de son esprit, avec la plus humble dépendance des mouvements de sa grâce, et marcher ainsi sans discontinuer un seul moment.
Sixième question. Il est dit encore ailleurs : « Soutenez les attentes du Seigneur(2).»
Réponse. C'est qu'il y a des temps où Dieu veut envoyer des secours particuliers : mais il en faut attendre les moments; et l’âme doit être ferme, constante et patiente pour soutenir cette longue attente avec la soumission et l'abandon qu'il demande d'elle.
1 Ezech., XXXVI, 27. — 2 Eccli., II, 3.
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LETTRE CLXXVII. AUTRES QUESTIONS PROPOSÉES A BOSSUET AVEC LES RÉPONSES.
Première demande. Comment peuvent s'accorder ces paroles : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1),» avec le mystère de la prédestination ?
Réponse. La bonté générale et paternelle de Dieu pour tous les hommes, n'empêche pas le choix particulier et spécial qu'il fait de certains au-dessus des autres, pour les appeler à son royaume, et en faire les membres vivants et inséparables de Jésus-Christ.
Seconde demande. De quoi sert-il de demander dans ses prières d'être du nombre des élus, puisque si nous n'en sommes pas de toute éternité, nous ne pouvons changer notre sort ?
Réponse. Quand nous demandons à Dieu ce qu'il veut de toute éternité, ce n'est pas pour le changer, mais pour nous y conformer : autrement il ne faudrait jamais prier, puisque Dieu sait bien ce qu'il veut faire pour toutes choses, et qu'il ne le sait et ne le veut pas d'aujourd'hui, mais de toute éternité.
Troisième demande. Comment s'accordent ces paroles de Notre-Seigneur en saint Matthieu et en saint Marc : « Ceci est mon sang, le sang du Nouveau Testament, qui est répandu pour plusieurs (2), » avec celles de saint Paul aux Romains, chapitre V: « Comme c'est par le péché d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie : » et ces autres de saint Jean, chapitre II : « C'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais pour ceux de tout le monde? »
Réponse. Saint Paul nous apprend que « Dieu est le Sauveur de tous, mais principalement des fidèles (3) ; » et on peut ajouter par d'autres passages, principalement dos élus. Jésus-Christ est
1 1 Tim., II, 4. — 2 Matth., XXVI, 28; Marc, XIV, 24. — 3 I Tim. IV, 10.
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donc le prix de tous, parce qu’il n’y a personne qui ne puisse jouir du bénéfice de sa rédemption : mais il y en a plusieurs pour qui il s'offre par une prédilection particulière et avec effet ; et ce sont ceux-là qu'il appelle plusieurs. En un mot, il s'offre pour tous, mais principalement pour ceux qui par une foi sincère reçoivent le fruit de sa mort ; et cette foi, c'est lui qui la donne.
Quatrième demande. Si Jésus-Christ n'a répandu son sang efficacement que pour les élus, personne n'étant assuré d'être de ce fortuné nombre, comment peut-on croire et dire qu'il est mort pour soi en particulier?
Réponse. Tous ceux qui sont baptisés, tous ceux qui reçoivent les sacrements, et qui tâchent de les bien recevoir, sont assurés dès là que Jésus-Christ est mort pour eux, puisque tout cela n'est qu'un effet et une application de sa mort : mais la vraie marque qu'on a en soi-même que Jésus-Christ est mort pour soi en particulier, c'est de faire ce qu'il lui plaît, d'attendre tout de sa grâce, et de s'abandonner entièrement à son infinie bonté.
Cinquième demande. Les raisonnements que j'ai faits malgré moi, ont produit un très-grand trouble dans mon esprit : car d'après ceux que je viens de marquer, je me suis trouvée dans l'impossibilité de m'occuper d'aucun mystère, à cause des réflexions qui me viennent; et même je me suis trouvée insensible à tous les mystères par ce principe, que si je n'étais pas du nombre heureux des élus, Jésus-Christ ne les avait pas opérés pour moi. Vous voyez que tout cela conduit à de, grandes inquiétudes, et empêche entièrement les sentiments de reconnaissance et d'amour.
Réponse. Ces pensées, quand elles viennent dans l'esprit, et qu’on ne fait que de vains efforts pour les dissiper, doivent se terminer à un abandon total de soi-même à Dieu, assuré que notre salut est infiniment mieux entre ses mains qu'entre les nôtres ; et c’est la seulement qu'on trouve la paix. C'est là que doit aboutir toute la doctrine de la prédestination, et ce que doit produire le secret du tendre souverain Maître qu'il faut adorer, et non pas prétendre le sonder. Il faut se perdre dans cette hauteur et dans
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cette profondeur impénétrable de la sagesse de Dieu, et se jeter comme à corps perdu dans son immense bonté, en attendant tout de lui, sans néanmoins se décharger du soin qu'il nous demande pour notre salut.
Sixième demande. Il y a longtemps que je suis tourmentée de ces réflexions, que j'ai tâché de dissiper, en croyant en général tout ce que l'Eglise croit : mais je trouve que cela me cause tant de peines dans le temps où je devrais être toute occupée de Dieu, que je me suis crue obligée de vous exposer toutes mes difficultés, et de vous supplier de me les résoudre.
Réponse. La fin de ce tourment doit être de vous abandonner à Dieu, qui par ce moyen sera obligé par sa bonté et par ses promesses de veiller sur vous. Voilà le vrai dénouement pour nous, durant le temps de cette vie, de toutes les pensées qui viennent sur la prédestination : après cela il se faut reposer, non sur soi, mais uniquement sur Dieu et sur sa bonté paternelle.
Septième demande. Comment s'accordent ces paroles de saint Paul aux Romains : « Je trouve en moi la volonté de faire le bien ; mais je ne trouve pas le moyen de l'accomplir (1) ; » avec ces autres : « C'est Dieu qui inspire le vouloir et le faire (2). »
Réponse. On trouve dans la grâce de Dieu le moyen d'accomplir le bien, mais non pas dans toute la perfection, parce qu'on ne l'accomplit qu'imparfaitement dans cette vie, où l'on est toujours combattu, et où l'on a par conséquent toujours à combattre; et parce que la grâce ne nous est donnée qu'avec mesure et n'agit en nous que par degré, pour nous mieux faire sentir notre dépendance et nos besoins, et nous fonder dans l'humilité. Il faut donc uniquement espérer en celui qui seul nous donne la victoire. Ainsi lorsqu'on trouve le bien en soi, quelque petit qu'il soit, on doit croire que ce commencement, tel quel, vient de Dieu ; et il le faut prier d'achever son œuvre, en se donnant à lui de tout son cœur et à l'opération de sa grâce.
Huitième demande. Comment une personne qui ne connaît point eu. elle de grands crimes, peut-elle se dire et se croire la plus
1 Rom., VII, 18. — 2 Philip., II, 13.
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méchante des créatures, et demander à Dieu dans ses prières qu'il la retire de l'état de mort où elle est, qu'il lui rende la vie, et les autres demandes de cette nature?
Réponse. Nous portons dans notre fond le principe, la source de tous les désordres et la disposition à tous les péchés, auxquels nous serions livrés et précipités de l'un à l'autre, si Dieu ne nous en préservait malgré notre pente naturelle. Ceux donc que Dieu a préservés ont reçu un grand don, mais qui les rend plus ingrats, plus infidèles et plus coupables que les autres qui n'en ont pas reçu de si grands, si leur vie, leur reconnaissance et tous leurs sentiments ne répondent à une si grande miséricorde. Et oseraient-ils le dire et se le persuader? Ainsi ils se doivent regarder comme les plus grands pécheurs, parce que Dieu juge de l'ingratitude d'une âme par les grâces qu'elle a reçues. On se doit aussi regarder comme coupable devant Dieu de tous les péchés dans lesquels nous tomberions, si nous n'étions soutenus : on se doit regarder comme mort devant lui, parce que s'il nous laissait un moment à nous-mêmes, notre perte serait inévitable. Mais il est bon, et il ne nous abandonne point que nous ne l'abandonnions les premiers. Enfin le salut est dans la confiance en la bonté de Dieu : « Qui espère en lui n'est point confondu (1),» et on ne saurait trop y espérer, pourvu qu'en même temps on tâche de travailler, en s'appuyant uniquement sur sa grâce qu'il nous donne abondamment, en proportion de nos désirs et de notre confiance.
LETTRE CLXXVIII. SUR L'ÉTAT DE SÉCHERESSE.
Je vous dirai d'abord que dans cet état de sécheresse, vous ne devez pas faire plus qu'une terre sèche et aride. Que fait-elle, toute épuisée qu'elle est d'humeur et pleine de crevasses? Elle demeure toujours exposée simplement au même soleil qui la dessèche. Pensez ainsi dans les sécheresses, que votre âme est une misérable terre. Ne faites donc qu'exposer en l'oraison cette terre
1. Rom., IX, 33 ; X, 11.
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à son divin soleil, qui a causé ses aridités, non par son ardeur, mais par son absence : croyez-moi, n'en faites pas davantage. Car cette soif de votre pauvre âme dit toutes choses à Dieu par son humble exposition : comme c'est lui qui vous a retiré toute l'humeur et l'onction pour les choses divines, il sait bien aussi qu'il ne faut que la divine rosée pour contenter votre soif. Je voudrais que vous aimassiez cet état plus qu'aucun autre, parce que nous apprenons du Prophète que l’âme aride et desséchée de toutes les douceurs des consolations, est plus capable de voir la vertu et la gloire de Dieu. Ne fut-ce pas dans le désert que Dieu fit éclater ses miracles, tirant l'eau d'une roche ? Et n'est-ce pas dans les aridités de l’âme que Dieu se fait mieux connaître, en l'arrosant de cette divine eau quand elle n'en attend rien?
Je vous déclarerai ici deux sentiments bien opposés ; c'est que quand vous êtes dans la sécheresse, j'aime l'état où vous êtes, et que je le crains : je l'aime, parce que vous tombez dans cette heureuse pauvreté d'esprit laquelle nous rend dignes d'être remplis de Dieu, puisque alors la place est toute pour lui ; mais aussi je crains cet état, parce qu'il est facile dans cette disposition de se laisser aller en cent actions à une manière d'agir fort naturelle, ou de donner au moins quelque peu à ses sens : l'esprit peut être touché raisonnablement de cette crainte, considérant sa faiblesse et la légèreté.
Vous devez donc penser que vous n'êtes que comme un enfant, qui a été porté jusqu'ici par la force de la grâce, n'étant pas capable de marcher de lui-même : si bien que cette tendresse de vertu naissante venant à être tentée par ce genre d'épreuve intérieure, elle vous doit faire appréhender quelque relâchement. Car il n'est pas croyable combien d'une part, il est facile en cette disposition d'aridité d'agir humainement, et de perdre cette délicatesse de conscience si nécessaire pour conserver la pureté de l’âme ; et de l'autre, combien Dieu se retire pour une petite liberté : et par une même suite, il n'est pas croyable combien alors l’âme est digne de compassion dans les efforts qu'elle fait pour se remettre dans la voie, sans y pouvoir réussir.
Soyez donc en cet état de votre âme, plus rigoureuse à vous-
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même que jamais, plus proche de vous pour conduire vos sens, et plus ennemie des moindres satisfactions. Car il n'est guère de tentation plus dangereuse que celle des aridités intérieures, parce qu'elles viennent pour l'ordinaire de l'épuisement et du dessèchement du cœur, causé par les images des créatures et l'attache qu'on leur porte. Il en est comme d'un parterre sec et aride, qui n'est pas capable de pousser aucune belle fleur par le défaut d'humeur nécessaire pour être fécond. Ainsi l’âme dans cet état d'aridité, venant à perdre l'onction dont elle a besoin pour agir, que peut-elle produire? Le cœur étant desséché, elle est réduite à un état de langueur qui lui ôte ses fonctions, et il ne lui reste presque plus de moyens de produire les belles fleurs des vertus.
Au reste ne vous lassez point dans cet état et dans ces épreuves, de vous défaire de toutes ces images inutiles et de ces fantômes qui se présentent à l'esprit et qu'on appréhende trop peu, parce que de leur nature ils sont indifférents et qu'ils n'ont rien qui fasse peur. Cependant il n'est que trop vrai qu'ils sont les sources malheureuses de ces sécheresses déplorables, et que semblables à une éponge ils tirent du cœur toute l'onction et l'humeur qui pourrait y nourrir et y entretenir la piété. C'est pourquoi dans ces états de sécheresse on ne saurait trop parmi les autres soins avoir celui d'écarter, autant qu'il est possible, les pensées vaines que l'imagination ne cesse de présenter à l'esprit. Faites donc votre étude particulière et votre propre occupation de vous dégager doucement l'esprit de tous ces fantômes de distraction. C'est la plus nécessaire application que vous puissiez avoir, parce que le défaut le plus dangereux pour ceux qui veulent s'avancer dans la vertu, c'est de donner une trop grande liberté à leur imagination, qui pour cela est toujours grosse de cent images extravagantes qui accablent l’âme et l'épuisent. Ces peintures ridicules laissent après elles de si vives impressions, que le cœur en est tout desséché, et perd tout goût et tout sentiment pour les choses divines. Est-on ensuite fondé à se plaindre qu'on souffre de si grandes aridités? Serait-il possible qu'avec cette espèce de libertinage d’esprit que se permettent si fréquemment ces âmes si
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peu mortifiées, elles fussent capables de sentir de l'attrait et du goût pour l'oraison?
Le meilleur avis qu'on puisse donc vous donner, c'est de ne souffrir jamais volontairement ces pensées inutiles qui vous assiègent ; et quand vous ne feriez pas plus tous les jours que celui qui écarte incessamment des mouches qui l'importunent, vous travailleriez toujours beaucoup, et votre temps serait utilement employé. Vous pourriez dire alors à qui vous demanderait : Que faites-vous tous les jours? Je ne travaille qu'à me défaire de toutes les extravagances de mon imagination, et qu'à m'en éloigner doucement pour me tenir proche de mon Dieu. Que cette occupation est efficace pour conserver l'onction de l’âme, et qu'elle attire puissamment les douces influences de la grâce !
Mais, me direz-vous, si ces mouches me poursuivent avec une importunité opiniâtre? Hé bien, souffrez humblement l'importunité, sans vous plaindre et sans vous lasser pour cela de les chasser, vous tenant toujours bien renfermé dans votre fond. Nous sommes toujours en cette, vie comme dans un désert et au temps de la tentation : il faut donc demeurer dans le désert de son cœur, lors même qu'il ne s'y trouve rien de bon et de doux, sans que la tentation et les peines des sécheresses puissent jamais nous en faire sortir. Du reste, priez avec persévérance, avec soumission, avec confiance; et les secours de la manne et des eaux du rocher ne vous seront pas refusés, pour vous soutenir au milieu de la disette et des aridités de ce désert.
LETTRE CLXXIX. SUR L'EXCELLENCE DE L'AME.
L'âme est si admirablement élevée au-dessus de la condition du corps, que vous diriez qu'elle approche plus de Dieu qui l'a créée que du corps auquel il l'a attachée. A vrai dire, il n'y a qu'elle seule, de toutes les créatures qui sont dans ce bas monde, dans laquelle on peut remarquer quelques traits ou quelques linéaments visibles des perfections de Dieu. Elle est spirituelle comme
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Dieu, incorruptible et éternelle comme Dieu : elle est libre, elle a me providence, elle a sa volonté dont elle dispose. Ne semble-t-il pas qu'elle jouisse des privilèges de l'éternité, lorsqu'elle anticipe sur le futur, qu'elle fait revivre le passé, qu'elle dispose du présent, etc. ?
Mais jamais elle ne paraît plus semblable à Dieu que lorsque s'élevant au-dessus de tout ce qui est créé, elle va se perdre dans le vaste abîme de ses perfections infinies ; et que voyant qu'elle ne les peut comprendre, elle les admire et les adore, et consent d'v demeurer perdue pour jamais, sans s'en vouloir plus retirer. Car qui la verrait dans cet état, dirait que e serait plutôt un Dieu qu'une créature : quand elle revient de là, il lui semble qu'elle est perdue, parce qu'elle n'est plus dans son aimable centre ; elle ne cherche plus rien que Dieu. Enfin cette âme est quelque chose de si grand et de si admirable, qu'elle ne se connaît pas elle-même ; et saint Augustin s'écriait là-dessus, comme ravi hors de lui-même : Je ne sais pas moi-même ce que vous m'avez donné, ô mon Dieu, mon créateur, en me donnant une âme de cette nature : c'est un prodige que vous seul connaissez ; personne ne le peut comprendre ; et si je le pouvais concevoir, je verrais clairement qu'après vous il n'y a rien de plus grand que mon âme.
Jamais nous n'eussions pu connaître la nature de ce précieux don de Dieu, ni jamais nous n'eussions remarqué la grande estime qu'il en fait, si l'Ecriture sainte, pour s'accommoder à notre façon d'entendre n'eût usé d'une métaphore où sous le voile de six paroles, elle nous cache et nous laisse entrevoir six grandes merveilles dans la création de notre âme : Inspiravit in faciem ejus spiraculum vitœ (1) : « Il souffla sur sa face l'esprit de la vie.» Pesez toutes ces paroles. Premièrement elle nous dit que notre âme a été produite avec le souffle de Dieu : ce n'est pas qu'il ait en effet une bouche pour souffler à la façon des hommes, mais c’est pour nous faire entendre qu'il estime cette âme et la tient chère comme une respiration de sa propre vie. Il est bien vrai qu’il l’a tirée du néant comme le reste des créatures; mais l'Ecriture,
1 Gen., II, 7.
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en nous disant que c'est un souffle de sa poitrine, nous veut exprimer qu'il l'a produite avec une affection si particulière et si tendre, que c'est comme s'il l'avait tirée de la région de son cœur : Inspiravit. De plus l'Ecriture sainte ne nous dit pas que Dieu a produit notre âme de ses mains comme notre corps, ni qu'il l'ait créée en parlant, comme le reste des êtres, mais en respirant ou soupirant : pour nous faire entendre que c'est comme s'il eût enfanté une très-chère conception, qu'il avait portée dans ses entrailles durant toute l'éternité : c'est comme si elle disait qu'elle procède de l'intérieur de Dieu ainsi que la respiration ; et que comme le souffle ou la respiration n'est qu'une sortie ou une rentrée continuelle de l'air qui s'en va visiter le cœur, qui ne le quitte qu'un seul moment, et puis y retourne aussitôt pour le rafraîchir et pour lui conserver la vie : de même notre âme n'est sortie de Dieu que pour y rentrer, il ne l'a respirée que pour l'aspirer de nouveau. Que si elle a comme soulagé son cœur quand elle en est sortie, il semble qu'elle le rafraîchisse en quelque manière, et qu'elle le console quand elle retourne à lui par quelque aspiration amoureuse. O si nous savions ce que notre âme est au cœur de Dieu ! Elle ne saurait vivre sans lui, et il n'est pas content sans elle. C'est plus incomparablement que la respiration n'est à notre cœur. Qui m'empêcherait la respiration ferait étouffer mon cœur : ne puis-je pas croire que je fais violence au cœur de Dieu, quand mon âme ne suit pas les divines inspirations qui l'attirent amoureusement à lui pour se reposer dans son sein?
Après tout cela nous n'arriverons pas à la profondeur des mystères qui sont cachés sous l'intelligence de ces paroles : Il souffla sur sa face une respiration de vie. Je conçois bien que ces paroles sont grosses de quelques grandes vérités qu'elles voudraient enfanter dans nos esprits, si nous étions capables de les concevoir : car elles semblent nous dire que notre âme est un esprit que Dieu met en nous, et qu'il produit par voie de spiration. Quelle merveille est-ce ici ? Souvenez-vous que Dieu n'a que deux voies pour produire tout en lui-même : en l'une il parle, et il produit son Fils unique, que nous appelons son Verbe : en l'autre il ne
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parle pas; mais il soupire, et il produit de son cœur, c'est-à-dire de sa volonté, son divin amour, que nous appelons son Saint-Esprit ; et cet Esprit adorable est la clôture et l'accomplissement de tout ce qu'il fait en lui-même. Et considérant si Dieu ne fait pas quelque chose de semblable au dehors de lui, il semble qu'il a produit toutes les créatures par deux voies, en parlant et en soupirant. Premièrement, il créa tous les êtres qui composent ce grand univers ; mais c'est en parlant : Fiat lux, fiat firmamentum (1) : et quand il vient après tout cela à produire notre âme, ce n'est pas en parlant, mais c'est en soupirant. C'est ainsi que l'Ecriture sainte nous en parle ; puis elle ajoute que cette dernière production de l'esprit fut la clôture et l'accomplissement de toutes les œuvres de Dieu au dehors de lui-même, et qu'il se reposa comme dans une divine complaisance d'un si bel ouvrage.
Où est une âme tant soit peu éclairée, qui ne soit pas transportée de joie, si elle considère ici la convenance et la liaison admirable que Dieu a voulu mettre entre son esprit et notre esprit? Le Saint-Esprit est un sacré soupir du cœur de Dieu, qui le comble d'une joie infinie en lui-même ; et notre âme est un souffle de la poitrine de Dieu, qui lui donne de la complaisance au dehors de lui-même. Le Saint-Esprit est la dernière des ineffables productions de Dieu en lui-même, et notre âme est la dernière de toutes les admirables productions de Dieu en dehors de lui-même. O Dieu d'amour, à quel ravissement nous emporterait cette vérité, si elle nous entrait bien dans l'esprit, et si nous la pouvions comprendre ! Qui est-ce qui ne dirait pas avec saint Augustin et saint Bernard : O mon âme, qui as la gloire de porter l'image de Dieu, ô mon âme, qui as reçu ce grand honneur d'être un esprit de son esprit, d'être sortie comme de sa poitrine, d'être un soupir de son cœur amoureux et tout plein de bonté pour toi ! Aime donc ce Dieu de bonté qui t'a tant aimée ; aime uniquement, aime ardemment, et te consume dans les flammes de son divin amour. Amen, ainsi soit-il.
1 Gen. I, 36.