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Ecrire sur ce qu'il est convenu d'appeler la grippe aviaire, comme nous avons la chance et le plaisir de pouvoir le faire dans ces colonnes, c'est avant toute chose tenir la chronique de la préparation à une pandémie grippale. Les modernes prophètes de malheur que sont les virologistes de la grippe se gardent bien de formuler ici un pronostic temporel quant à la survenue de cette catastrophe. Celle-ci surviendra immanquablement nous disent-ils en substance. Nous ne savons pas quand mais chaque jour qui passe nous rapproche de l'échéance. On n'ose imaginer ce que Jules Verne, Edgar Poe ou Philip K. Dick auraient pu tisser sur une telle trame. Pour notre part, il reste, bien modestement, à relater au mieux ce qui se dit et se trame chez ceux qui, dans le vaste monde, sont à divers titres en charge des préparatifs de cette guerre annoncée contre l'ennemi viral. A commencer par l'OMS.Et force est aujourd'hui d'observer que cette organisation tentaculaire commence à perdre patience sur le chapitre de l'approvisionnement en vaccins contre la grippe pandémique ; un approvisionnement qui, selon elle, «nécessite plus que jamais une intervention et un financement à long terme au cas où apparaîtrait un virus auquel presque toute l'humanité serait vulnérable».«Il manque actuellement plusieurs milliards de doses de vaccin pour protéger la population mondiale contre une pandémie de grippe. Cette situation pourrait donner lieu à une crise de santé publique, vient ainsi de déclarer le Dr Marie-Paule Kieny, directeur de l'initiative de l'OMS pour la recherche sur les vaccins. Le plan d'action mondial indique ce qu'il faut faire, dès à présent, pour augmenter la capacité de production et remédier au manque de vaccins. En l'espace de trois à cinq ans, on pourrait commencer à obtenir des résultats qui sauveraient de nombreuses vies en cas de pandémie.»Sans doute faut-il ici rappeler que ce plan d'action mondial repose sur les avis de plus de 120 experts travaillant pour les programmes nationaux de vaccination, les autorités nationales de réglementation, des organismes scientifiques et des fabricants de vaccins dans les pays industrialisés et les pays en développement. Il convient aussi de rappeler que ce plan énonce, par ordre de priorité, des solutions pratiques pour suppléer au manque de vaccins en cas de grippe pandémique. Ces solutions sont regroupées en «huit stratégies» prévoyant des activités à court terme (résultats tangibles obtenus en moins de cinq ans), à moyen terme (entre cinq et dix ans) et à long terme (plus de dix ans) qui doivent être entreprises simultanément.«La vaccination est une arme cruciale pour limiter les conséquences d'une pandémie de grippe. Une action immédiate et concertée pour augmenter l'approvisionnement en vaccins pourrait se révéler extrêmement payante, souligne pour sa part le Dr David L. Heymann, sous-directeur général de l'OMS chargé des maladies transmissibles. De plus, il est indispensable que les pays continuent de se communiquer leurs données sur les virus grippaux et les séquences géniques pour soutenir l'effort mondial en matière de vaccination.»En pratique, ce plan d'action mondial définit une approche en trois points pour remédier au manque de vaccins : 1. Vacciner davantage de personnes contre la grippe saisonnière pour, outre les protéger contre cette forme de grippe, provoquer une augmentation de la demande qui incitera l'industrie à produire plus.2. Accroître la capacité de production, par exemple en améliorant les rendements et en construisant de nouvelles unités de production.3. Intensifier la «recherche-développement». Il s'agit ici de parvenir à concevoir mais surtout à fabriquer des vaccins plus performants et plus efficaces qui conféreraient une protection après l'administration d'une seule dose et/ou une immunité durable à large spectre. Il s'agit aussi de produire des vaccins de manière plus efficace dans des délais notablement moins longs.«En tenant compte des seules forces du marché, nous estimons que, d'ici 2008-2009, la production du vaccin antigrippe pandémique ne dépassera pas 2,34 milliards de doses par an, explique-t-on au siège genevois de l'OMS. A l'heure actuelle, la capacité de production du vaccin contre la grippe saisonnière est de 350 millions de doses. De telles quantités sont bien inférieures à la demande qu'engendrerait une pandémie de grippe, face à laquelle on sera certainement amené à envisager de vacciner les 6,7 milliards d'habitants de la planète. La pénurie redoutée vient en particulier de ce qu'il faudra probablement deux doses de vaccin par personne pour que chacun soit protégé.»On postule d'autre part que les nouvelles technologies joueront un rôle important dans la mise au point du meilleur vaccin possible. Dans l'idéal, le vaccin devrait être à la fois sans danger et hautement protecteur, une seule dose suffisant à protéger tous les groupes cibles (nourrissons, personnes âgées, etc.) durant au moins un an. Il ne nécessiterait d'autre part qu'une faible quantité d'antigène viral et pourrait être conservé sans réfrigération. Enfin, il pourrait être fabriqué facilement et à peu de frais à grande échelle. Avant de cauchemarder, rêvons un peu.Rêvons encore à la lecture des espérances de l'OMS : «La mise en uvre du plan d'action mondial exige des pays, de l'industrie et de la communauté sanitaire mondiale un effort concerté et soutenu ainsi que des investissements importants. On estime à 1 dollar par dose l'investissement en capital nécessaire rien que pour construire de nouvelles installations de production. Les investissements réalisés en application du plan amélioreront considérablement la production et l'utilisation des vaccins contre la grippe saisonnière, responsable chaque année de trois à cinq millions de cas de maladie grave et de 250 000 à 500 000 décès dans le monde.»Référence Le plan d'action mondial «pour accroître l'approvisionnement en vaccins contre la grippe pandémique» (Global pandemic influenza action plan to increase vaccine supply, en anglais seulement) est disponible à l'adresse : http://www.who.int/ vaccines-documents/DocsPDF06/863.pdf.