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Le jour où l'armée a bloqué la ville, le 21 février 2020, la radio locale de Codogno s'est transformée en radio "zone rouge", se rappelle dimanche dans le 19h30 Francesco, l'un de ses employés. "Le maire et la protection civile nous donnaient les informations à transmettre à la population, si les magasins allaient rouvrir, les horaires de la pharmacie..."
Depuis lors, Codogno a retrouvé un semblant de normalité, même si beaucoup avouent craindre que leur ville soit à tout jamais étiquetée comme la ville des pestiférés. Il y a tout juste un an, les malades d'un virus encore inconnu se comptaient par centaines dans la petite localité lombarde de 15'000 habitants, se souvient l'un d'entre eux, Pietro: "Je ne me suis même pas rendu compte que la ville était bloquée. J'étais à la maison, avec de la fièvre, et j'en suis sorti seulement quand l'ambulance m'a emmené à l'hôpital."
"Comme Berlin-Est dans les années 60"
Le premier jour de blocage sera aussi gravé à tout jamais dans la mémoire de Giuseppe, le pharmacien de Codogno qui a reçu la médaille du mérite pour avoir aidé sa communauté. "Ce matin-là, tout le monde s'est précipité ici, des dizaines de personnes qui voulaient être rassurées, car nous avons été les premiers à être isolés en Italie, c'était comme se trouver à Berlin-Est dans les années 60", raconte-t-il.
Pour le maire Francesco Passerini, qui a dû à l'époque prendre seul la décision courageuse de fermer la ville, ce funeste mois de février 2020 sera également difficile à oublier. "Je me rappelle avoir appelé le comité de la Croix Rouge qui ne comprenait pas ce qu'il se passait", explique-t-il. "Alors j'ai compris et j'ai convoqué le Conseil communal, j'ai signé le document qui bloquait totalement la ville."
Codogno a enregistré 154 morts en mars 2020, contre 49 un an plus tôt, rappelle le maire. Les employés du cimetière "n'arrivaient pas à suivre", poursuit-il.
Des images qui choquent toute l'Europe
Coupée du monde, la ville de Codogno n'a alors plus vu aucun train s'y arrêter. Les images de l'armée empêchant les gens d'y entrer ont choqué l'Europe entière. Mais le mal était déjà fait. Après s'être décalé sur la province de Bergame, à 70 km au nord, le virus va ensuite se répandre comme une traînée de poudre dans toute la Lombardie, poumon économique du pays qui devient pour un temps l'épicentre de la pandémie mondiale.
Deux semaines plus tard, Codogno est oubliée car toute l'Italie et l'Europe sont alors confinées. La petite ville, quant à elle, pleurait déjà ses plus de 300 morts.
Sujet TV: Valérie Dupont
Adaptation web: Fabien Grenon