Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07124.jsonl.gz/1564

Cette image trouvé sur Facebook est utilisée pour illustrer une phrase d’Albert Einstein: « Je crains le jour où la technologie remplacera les interactions humaines. Nous aurons alors créé une génération d’idiots ». L’image est censée démontrer que c’est fait.
On suppose d’abord que la femme à gauche de l’image est la mère. Son bébé est couché au sol, dans une posture relaxée.
Le décor et les bagages font penser à une salle d’attente d’aéroport. Il fait plutôt chaud d’après l’habillement de la mère. Celle-ci est concentrée sur son téléphone portable.
On peut tout imaginer. Je la vois entre deux avions. Elle se repose du voyage pendant que son bébé est tranquille. Elle consulte peut-être les nouvelles sur le net. Peut-être envoie-t-elle un message à quelqu’un qui les attend.
Sur Facebook dominent des commentaires négatifs et des jugements moraux sévères sur le comportement supposé de cette mère. Elle se voit reprocher de ne pas s’occuper correctement de son bébé.
L’idée est simple: le bébé serait abandonné au sol dans la saleté, pendant que sa mère s’occuperait d’autre chose – de son portable en l’occurrence.
À croire qu’ils n’ont jamais eu d’enfants, ou que montrer une compassion pavlovienne sans rien connaître d’une situation suffit à célébrer leur bienveillance narcissique.
Exemples de commentaires:
Elle devrait trouver un endroit plus sûr, sans bactéries;
elle est inconsciente;
elle ne devrait pas se reproduire;
je suis si triste pour le bébé.
Quels jugements rapides! Que de projections! Que de méchantes pensées.
Le bébé est-il vraiment en danger? La supposée mère s’occupe-t-elle mal de lui? Sans rien savoir d’eux on ne peut qu’interpréter.
Néanmoins les bébés humains ne sont pas si fragiles. Si le bébé est allaité il reçoit les anticorps maternels. Il y a parfois des bébés de quelques semaines dans les rues et les magasins, et l’on ne sait pas toujours ce qu’ils touchent. Ils survivent.
On peut aussi penser qu’il fait moins chaud au sol qu’à mi-hauteur. Le bébé souffre moins de l’éventuelle grande chaleur.
Les microbes? Il y en a partout. Dès qu’une mère ouvre une porte dans un lieu public puis caresse le visage de son bébé, elle le recouvre de microbes! Les tout petits se débrouillent d’ailleurs très bien pour sucer les objets qu’ils trouvent à portée de main. Ils y survivent!
Sans compter ceux qui jouent sur la pelouse des parcs, où ils se roulent dans des miettes de crottes d’animaux et dans la poussière laissée par les semelles des promeneurs.
L’image voulait montrer une membre de la génération « idiote » selon Einstein. Or les jugements projetées sur la situation ne sont que des suppositions et des préjugés.
Quand l’indignation rate autant sa cible elle devient une maladie inflammatoire aiguë, l’indignationnite. Moins dangereuse et plus fréquente que la contritionnite elle peut néanmoins provoquer des états confusionnels chez ceux qui en souffrent.
Conclusion:
1. Les humains sont des sprinters hors pair. Il montrent une rapidité phénoménale quand il s’agit de juger une personne ou une situation sans rien y connaître.
2. Rien ne permet d’affirmer que le bébé soit en danger.
3. Rien non plus ne permet de dire que la mère s’en occupe mal ou que la technologie (son portable) prenne l’ascendant sur elle.
4. « Indignez-vous! », disait quelqu’un. Il n’avait pas prévu les dérives narcissiques de l’indignation. À sa suite on pourrait préciser:
« Ne vous indignez pas à tout bout de champ. Observez avant de juger. Analysez avec rigueur. Vérifiez. Ne vous fiez pas entièrement à vos émotions. Ne pleurez pas pour rien ou trop peu. »
Entre autres. Non mais tu t’es vu quand tu chiales pour un bébé que tu ne connais pas et qui va probablement très bien? Une indignation ça va; trois indignations, bonjour les dégâts.
Et Einstein dans tout ça? J’aurais bien aimé le voir avec un téléphone portable…