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Les sondages avaient montré que l'initiative pour une caisse unique serait refusée. Mais la surprise tient surtout à l'ampleur du refus, même dans la Suisse latine.Ce contenu a été publié le 11 mars 2007 - 17:14
Si la différence de sensibilité entre latins et alémaniques reste perceptible, l'incertitude liée aux effets financiers de l'initiative était trop grande pour la plupart de citoyens, quelle que soit leur origine.
Les sondages avaient prévu depuis bien longtemps l'issue du scrutin. Ils avaient également prévu que les cantons latins seraient plus favorables que les cantons alémaniques à ce projet de la gauche. Sur ces deux points, ils avaient raison.
Certes, les sondages laissaient entrevoir un possible «oui» dans les cantons francophones et dans le Tessin italophone. Mais au final, seul deux d'entre eux – Neuchâtel et le Jura – ont répondu aux sirènes de l'initiative.
Il n'en reste pas moins que même s'ils ne l'ont pas accepté, les cantons latins ont refusé l'initiative beaucoup moins nettement que les alémaniques. Ceci peut s'expliquer pour deux raisons.
D'abord, parce que beaucoup de cantons latins payent aujourd'hui des primes plus élevées que la moyenne nationale. Romands et Tessinois ont donc beaucoup moins hésité à remettre en cause un système considéré comme un fardeau par beaucoup de ménages.
Ce n'est pas un hasard si Genève, où les primes sont les plus chères du pays, n'a refusé l'initiative que par 45,8% des suffrages alors qu'à Appenzell Rhodes Intérieurs, où les primes sont les moins chères du pays, la part ses opposants a atteint un score quasi stalinien de... 91,7%!
Un autre critère peut expliquer ces scores: la différence de sensibilité par rapport à l'Etat. Plusieurs scrutins ont déjà montré par le passé que les Romands étaient plus favorables à un interventionnisme accru de l'Etat que les Alémaniques qui ont une vision plus libérale.
Un trop grand flou
Il n'en reste pas moins que trois quarts des Suisses ont sèchement refusé le projet de la gauche. L'ampleur du refus pose question.
Il convient d'abord de constater que le modèle de caisse unique n'est pas forcément une panacée. Plusieurs exemples à l'étranger en témoignent.
Au Royaume-Uni et au Portugal, par exemple, le système de caisse unique a pour conséquence un système sanitaire peu performant et une médecine à deux vitesses. Quant à la France, elle dispose avec sa caisse unique d'un très bon système de santé. Le problème, c'est que la fameuse «Sécu» est, financièrement parlant, un puis sans fond qu'il faudra bien un jour assainir.
L'autre grand problème rencontré par l'initiative de la gauche, c'est que personne n'a pu dire avec précision quelles auraient été les conséquences financières pour les ménages. Le texte parlait de primes fixées selon la «capacité économique» des assurés. C'était vague, trop vague.
Dans le cadre de la campagne, opposants et partisans de l'initiative se sont affrontés à grands coups de chiffres, des chiffres très différents et ne reposant sur rien de concret, car, en fin de compte, il aurait été de la tâche du Parlement de fixer les contributions. Or personne ne pouvait préjuger de sa décision.
Un tel flou financier a très certainement fait peur à beaucoup de citoyens. Bon nombre d'entre eux auront certainement préféré maintenir le système actuel, certes cher mais déjà connu, que de se lancer dans une aventure sans garanties.
Le problème demeure
Le vote de dimanche ne change en tout cas rien au problème de base, celui de coûts de la santé – et donc de primes d'assurance – en perpétuelle augmentation.
Une chose est sûre, les recettes de la gauche ont une fois de plus été balayées. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'idée de fixer les primes proportionnellement au revenu échoue lamentablement. En 2003, une précédente tentative avait déjà été repoussée, là aussi par pratiquement trois quarts des suffrages.
Mais ce n'est pas pour autant que le résultat de dimanche offre une voie royale à une libéralisation accrue du secteur de la santé. Différents sondages et débats ont déjà montré que les Suisses semblent à la fois attachés au principe de solidarité et hostiles à une coupe dans les prestations.
La marge de manœuvre pour endiguer l'augmentation des coûts reste donc très restreinte.
swissinfo, Olivier Pauchard
Faits
L'initiative sur la caisse unique a été refusée par 71,2% des citoyens
Seuls deux cantons (Neuchâtel et Jura) l'ont acceptée
Taux de participation: 45,8%
En conformité avec les normes du JTI