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«L’objectif est de stimuler la science”
«Construire le plus grand télescope du monde à l’ESO” était le titre de la conférence de Tim de Zeeuw à l’Université de Berne. «Pour être en mesure d’aider la science et de permettre aux pays de travailler ensemble – c’est quelque chose que je fais vraiment avec plaisir », assure le directeur général de l’ESO.
PlanetS: Quel est le plus gros problème que pose la construction du plus grand télescope du monde?
Tim de Zeeuw: Je dirais que ce n’est pas un problème mais un défi passionnant. Prenons par exemple ALMA, le radio télescope dans le nord du Chili. ALMA améliore de deux ordres de grandeur nos capacités, en comparaison avec ce qui se faisait avant: ALMA comprend beaucoup plus de télescopes, les détecteurs utilisent la meilleure des technologies, et ALMA est situé à mi-chemin de l’espace. ALMA est situé à 5000 mètres d’altitude, à un endroit où il y a tellement peu de vapeur d’eau qu’il est très facile de détecter les ondes radio submillimétriques. Si ALMA été situé à Bern, nous ne pourrions détecter que les ondes en provenance de l’atmosphère.
Construire un télescope à 5000 mètres est extrêmement difficile, techniquement et humainement. C’est également une collaboration mondiale car c’est très cher. L’Amérique du Nord, l’Asie de l’Est, principalement le Japon, et l’ESO ont décidé de faire équipe. Vous devez faire face à des différences intéressantes dans la culture, par exemple la philosophie de l’argent. C’est toutefois gérable parce qu’il y a un objectif commun.
Quel est le défi intéressant apporté par l’E-ELT, European Extremely Large Telescope, que l’ESO a commencé à construire sur le mont Armazones, à environ 20 kilomètres au sud de Paranal?
Pour l’ELT, le miroir principal a un diamètre de cinq fois le plus grand des miroirs actuels de l’ESO. Cela veut dire que les images peuvent être cinq fois plus nettes. Mais il faut alors être certain que le telescope suit les objets avec cinq fois plus de précision, sinon l’image sera floue. La taille de la structure requise pour cela évolue comme le cube. Cela représente un énorme défi au niveau de la conception, qui ne peut se faire que avec l’aide d’ordinateurs. La construction de l’ELT coute un peu plus d’un milliard d’Euros. Arriver à lever ces fonds prends aussi du temps. Mais malgré la crise financière qui a frappé la plupart des pays membres, ils ont augmenté le budget de l’ESO pour arriver a construire l’ELT. Je suis très heureux d’avoir pu contribuer à ceci. Nous espérons actuellement une première lumière en 2024.
Y a t-il une taille limite ?
Il y a eu à l’ESO à la fin des années 90 un projet précurseur, le OWL ou Overwhelmingly Large Telescope avec un miroir de 100 mètres de diamètre. Les ingénieurs et les scientifiques ont réalisé que, en principe, il était techniquement possible de le construire. Mais les risques étaient grands et la conclusion a été qu’il n’était pas possible de trouver le financement. Je ne crois pas que nous allons penser à la construction d’un télescope de 100 mètres de sitôt. L’ELT sera pour un bon moment le plus grand télescope optique et infrarouge proche du monde.
Quelles seront les découvertes les plus importantes de l’ELT?
Il est possible que l’ELT soit capable de détecter la composition de l’atmosphère d’une planète en orbite autour d’une autre étoile et peut-être de démontrer qu’il existe une activité biologique. Je ne parle pas de vie intelligente. Nous ne savons pas si l’ELT sera le premier à la détecter, mais c’est une des possibilités passionnantes. A ce moment les gens ne seront pas surpris parce que notre société a déjà philosophé sur des planètes en orbite autour d’autres étoiles depuis 400 ans, et nous avons tous vu beaucoup de science-fiction.
Dans un autre projet, qui est intellectuellement très excitant, on espère être en mesure de mesurer directement l’expansion de l’univers. Je simplifie: Vous regardez des quasars qui sont loin dans l’univers. Vous mesurez les raies spectrales aujourd’hui, et vous le faites dix ans plus tard, avec l’espoir de mesurer un déplacement des raies spectrales puisque pendant ces 10 ans l’univers était en expansion. Ce sera très difficile à mesurer car votre instrument doit être ultra stable.
En tant que Directeur général de l’ESO, vous devez remplir un grand nombre de tâches de gestion. Êtes-vous toujours en mesure de travailler comme un astrophysicien?
Il me reste un peu de temps pour la recherche. Je supervise deux étudiants diplômés, un à Munich et un en Hollande où je peux encore me rendre. Et je reste membre de certaines équipes qui font de la recherche avec les télescopes de l’ESO. J’aide les jeunes en leur fournissant des conseils et en commentant leurs articles.
Est-ce que la recherche vous manque ?
Moins que je pensais. J’apprécie vraiment l’autre partie de mon travail. L’objectif est de stimuler la science ce qui exige beaucoup. Il y a des aspects techniques, financiers, politiques et gouvernementaux qui doivent être pris en compte pour être en mesure d’aider la science et les pays à travailler ensemble, et ça c’est quelque chose que j’aime vraiment faire. Et en plus vous rencontrez les gens les plus intéressants que vous n’auriez jamais pensé rencontrer, j’ai même rencontré James Bond.
Était-ce lors du tournage du film “Quantum of Solace” au VLT, à Paranal?
Oui, la résidence de Paranal a été dynamitée par James Bond. Il lui a fallu seulement 8 minutes! Mais nous l’avons reconstruite, bien sûr. En fait, les scènes à l’intérieur de la résidence ont été filmées à Londres, mais les scènes à l’extérieur étaient bien à Paranal. Daniel Craig était très sympathique, un peu timide, mais impressionné lorsque nous lui avons montré les télescopes. Et à la fin, il a demandé un souvenir de Panaral à la personne en charge de la logistique à la réception.
Vous avez reçu beaucoup de gens célèbres sur Paranal. Avez-vous un souvenir particulièrement agréable?
L’ancien président Chilien, Sebastian Pinera, a annoncé « nous venons sur votre montagne and je viens avec des collègues car nous allons signer un accord avec 4 pays ». Les présidents du Mexique, de la Colombie, et du Pérou étaient sur la plate-forme du VLT lorsque Pinera, dans son discours, dit «Les quatres telescopes derrière moi sont indépendants, mais ils sont beaucoup plus forts lorsqu’ils sont ensembles, c’est le but de notre Alliance Pacifique». Un peu plus tard, le roi d’Espagne est arrivé. Il a demandé une tasse de café et a voulu parler avec les quatre présidents. Plus tard, au cours d’une réunion scientifique, le président du Mexique a pris des notes: il s’est avéré être un astronome amateur. Il y a toujours quelque chose d’excitant qui se passe à Paranal.
Vous avez visité l’Université de Berne et le PRN PlanetS. Quelle est votre impression?
Ce genre d’initiative où vous avez plusieurs institutions travaillant ensemble pour maximiser les objectifs scientifiques ayant à la fois l’instrumentation et la théorie est le modèle qui a également été utilisé dans d’autres Etats membres de l’ESO. Il fait avancer la science et fait que la Suisse tire le meilleur parti de sa participation à l’ESO. A Berne, j’ai été très impressionné par la taille des infrastructures techniques dont je n’avais pas idée. Je connaissais les études théoriques, mais aussi des observations faites avec des instruments qui ont été construits ici et qui ont volé dans l’espace. Je pense donc que c’est une excellente initiative.
Plus d’informations sur l’ESO et son directeur général, Tim de Zeeuw: www.eso.org