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Tout au long du 20e siècle, Genève est au centre des négociations de paix, sous l’égide de la Société des Nations, puis de l’Organisation des Nations Unies. Un rôle matérialisé par l’auguste Palais des Nations.
Ce contenu a été publié le 23 octobre 2020 - 16:30
Passionné par les sociétés humaines et l'art d'en rendre compte - une curiosité nourrie de voyages, de rencontre et de lectures - je couvre principalement les grands thèmes abordés par les organisations internationales basées à Genève. Initiales fb
Que d’efforts, de succès et d’échecs retentissants pour aller Vers la paix perpétuelle, l’essai fondateur du philosophe allemand Emmanuel Kant, publié en 1795. La paix n’est plus considérée comme une pause entre les guerres, mais comme un programme à même de régler et de pacifier les relations internationales.
C’est durant les deux guerres mondiales qui ont ravagé la première moitié du 20e siècle que les bases d’un droit international sont instituées. La Société des Nations a posé les premières pierres, avant que l’Organisation des Nations Unies ne reprenne l’ouvrage avec des puissances européennes sorties hagardes de guerres totales partiellement interrompues entre 1918 et 1939.
Dans son ultime ouvrage, Le monde d’hier, souvenir d’un Européen, (1942) l’écrivain autrichien Stefan Zweig restitue avec émotion le climat qui accompagne la naissance de la SDN: «Celui qui a vécu ce temps-là se souvient que les rues de toutes les villes retentissaient de cris d’allégresse pour accueillir Wilson [le président des États-Unis], comme le sauveur du monde, que les soldats ennemis s’étreignaient et s’embrassaient; jamais il n’y eut en Europe autant de foi que durant ces premiers jours de la paix.»
Mais quelques pages plus loin, le Viennois déchante: «Chacun sait aujourd’hui — et nous étions un petit nombre à le savoir à l’époque déjà — que cette paix avait été l’une des plus grandes, sinon la plus grande possibilité morale de l’histoire (…) Mais les vieux généraux, les vieux hommes d’État, les vieux intérêts avaient déchiré et mis en pièces, réduit à des chiffons de papier sans valeur cette grande conception. La promesse sacrée, faite à des millions d’hommes, que cette guerre serait la dernière (…) fut cyniquement sacrifiée aux intérêts des fabricants de munitions et à la fureur des politiques qui surent sauver triomphalement (…) leur fatale tactique des conventions et des délibérations derrière des portes closes.»
Une enceinte fragile, mais indispensable
La SDN hier et l’ONU aujourd’hui encore ne peuvent agir que dans l’espace que veulent bien leur laisser les États membres, en particulier les plus puissants. À cette aune, les avancées sur lesquelles les États se sont accordés sont loin d’être négligeables. Que ce soit la reconnaissance du statut de réfugié et d’une agence pour leur venir en aide (le HCR), les conventions internationales incitant à un meilleur respect des droits de l’homme, les normes techniques établies en matière de télécommunication ou de droits sur la propriété intellectuelle, l’ONU a permis aux États de trouver un consensus.
Rien n’est définitivement gagné pour autant, comme le montre le regain de tension entre grandes puissances dans un monde désormais multipolaire. Mais avec l’ensemble des pays comme membres, la plus grande place accordée à la société civile, l’ONU reste une institution majeure pour tenter de contenir les rapports de force entre ses États membres.