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Lors d’une votation cruciale pour l’histoire suisse récente, 50,3 % des votants rejettent l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE). La Suisse est coupée en deux et elle décide de faire cavalier seul.
Esther Mamarbachi, journaliste et politologue, à propos de la votation sur l’EEE
Ce 6 décembre 1992, Saint-Nicolas ne se contente pas de distribuer des biscômes et des bonshommes de pâte, il cache au fond de sa hotte une surprise de taille : en disant « non » à l’adhésion à l’EEE, le peuple a suivi les mots d’ordre d’une alliance insolite, associant des mouvements de la droite nationaliste et de la gauche écologiste. Le Conseil fédéral et les partis centristes traditionnels essuient une cuisante défaite. Cette votation marque le début de la polarisation et de la personnalisation de la vie politique en Suisse.
Le résultat du scrutin est incroyablement serré et il met au jour les fossés qui divisent le pays. Près de 80 % des Suisses romands se prononcent en faveur de l’adhésion, s’opposant ainsi radicalement aux trois autres régions linguistiques. Les milieux économiques font l’apologie des marchés internationaux, tandis qu’une partie de la population craint que l’externalisation du travail et les fusions à grande échelle n’entraînent une augmentation du chômage et de la population étrangère. La Suisse doit-elle s’isoler du reste du monde ou au contraire s’ouvrir vers l’extérieur ? En 1992, cette question divise le pays.