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2008
Haro sur la publicité ?: Sur les chaînes de télévision publique en France
Haro sur la publicité ?
Le débat est récurrent, mais en annonçant une probable suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publique en France, le président Sarkozy a puissamment soufflé sur la braise. Les télévisions du monde entier sont alimentées à des degrés divers par la manne publicitaire et par le produit des concessions. Cela va de la BBC qui ne diffuse aucune publicité sur ses huit chaînes à la RTVE espagnole qui a supprimé toute redevance et tire l'essentiel de ses ressources des annonceurs.
Ce débat est multiple: il pose la question de la différence (éventuelle) entre service public et télévision privée; il amène à se demander si les TV sans publicité présentent une qualité médiatique supérieure. Chacun répondra à ces deux questions en fonction de ses attentes et de ses impressions personnelles. Et, surtout, peut-être, il suggère une mainmise ou au moins une influence prépondérante, pernicieuse, des annonceurs qui feraient peser une hypothèque sur la liberté de l'information. Les éditeurs, les producteurs et donc les journalistes d'un média vivant en partie de la publicité seraient moins crédibles parce que contraints de ménager leurs financiers. Le risque de conflit d'intérêt étant partout, même indirect, on éviterait de mettre en cause non seulement la main qui nourrit directement mais aussi toutes celles qui pourraient y contribuer et même l'ensemble de l'économie parce que certains pourraient en prendre ombrage. A partir de là, c'est la publicité, la concurrence, les entreprises dans leur ensemble et finalement l'économie de marché qui sont en cause, puisque celles-là sont, jusqu'à preuve du contraire, les composantes essentielles de celle-ci.
Reste un “acteur“ (avec sa liberté d'acheter ou de tourner le bouton) dont on ne connaît pas vraiment l'avis: le public. Son sentiment à l'égard de la publicité est-il tel qu'il est prêt à payer une redevance sensiblement augmentée pour en être débarrassé et pour le mirage d'une télévision plus éthique, plus pure? On ne jurerait pas que, dans sa majorité, il soit profondément réfractaire à la publicité, soit parce qu'il la trouverait systématiquement débile, soit parce qu'il en craindrait les effets sur son libre arbitre. On ne jurerait pas non plus qu'il soit convaincu que, dégagés des contraintes éventuelles de la publicité, la télévision, la radio voire les journaux monteraient de plusieurs échelons dans la qualité des éditions et des programmes...
Médias et publicité: quelle influence ?
Bien sûr, il serait intéressant de faire le bilan de situations dans lesquelles tel ou tel média diffusant de la publicité aurait été influencé formellement par des annonceurs ou - pire, diront les journalistes - en “vertu“ d'une sorte d'autocensure pour éviter de déplaire. Mais tout média n'est-il pas aussi un peu l'otage d'un groupe social? En commençant par son public cible, la pensée politique dont il se réclame, le choix des nouvelles qu'il diffuse ou ignore? Allons-y pour un coup d'ego: Entreprise romande est-il moins crédible dans toutes ses informations parce qu'il a pour vocation la défense et l’illustration des entreprises? Le soussigné s'est-il opposé à l'initiative contre la fumée dans les établissements publics parce que les fabricants de cigarettes ne sont pas loin, toute argumentation relevant alors de l'alibi? C'est en tout cas ce qu'un lecteur a suggéré. On rappellera simplement que, d'autre part, l'article incriminé reconnaissait clairement les dangers du tabac et incitait les jeunes à ne pas commencer de fumer...
“Le journaliste doit être l'honnête homme d'un monde complexe“ a dit récemment Jean-Claude Péclet, chef de la rubrique “Economie“ du quotidien Le Temps, en recevant le Prix Jean Dumur. Le débat sur l'indépendance des médias, leur qualité et la publicité est plus ouvert que jamais. Auquel on pourrait ajouter la question des attentes, des enthousiasmes ou de la désaffection du public. Votre avis?
Entreprise romande / N° 2970 mars 2008 / Didier Fleck
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