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Dominique VALBELLE
Sorbonne Université
Qui vivait à Panébès — « la ville du jujubier » — durant la deuxième moitié du deuxième millénaire avant Jésus-Christ ?
30.10.2019
Sous le Moyen Empire, les souverains d’Égypte, depuis Sésostris Ier, ont multiplié les campagnes militaires pour annexer, sans y parvenir, le pays de Kouch, le royaume le plus puissant au sud de la deuxième cataracte du Nil. Au contraire, ce sont les rois kouchites qui occupèrent le sud de l’Égypte durant la Deuxième Période intermédiaire, avant que Thoutmosis Ier ne parvienne à les vaincre vers 1500, fondant à moins d’un kilomètre de leur ancienne capitale, Kerma, un ménénou destiné à administrer les territoires qu’il venait de conquérir jusqu’à Kourgous, au-delà de la quatrième cataracte, et à y promouvoir l’idéologie monarchique égyptienne.
Les travaux archéologiques et épigraphiques de la Mission Suisse-Franco-Soudanaise de Kerma/Doukki Gel (Soudan - province du Nord) ont mis au jour les vestiges de cette institution fortifiée entretenue jusqu’à l’époque ramesside par le pouvoir pharaonique. Ils ont également révélé l’existence, sous et parmi les vestiges de ce ménénou, d’une architecture totalement inconnue, différente de celle de la ville voisine de Kerma. La coexistence de ces trois cultures distinctes dans un périmètre de quelques kilomètres carrés renvoie aux affrontements entre les Égyptiens et leurs opposants coalisés comprenant, ainsi que divers textes nous l’apprennent, non seulement des Kouchites, mais aussi des populations d’autres régions du Soudan, comme le pays de Pount et sans doute le Darfour ou le Kordofan. Le site de Doukki Gel constitue un terrain privilégié pour observer les relations que ces peuples ont entretenues au cœur de l’ancien pays de Kouch pendant la majeure partie du Nouvel Empire.