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Ignaz Paul Vital Troxler (1780–1866) était médecin, philosophe, pédagogue et homme politique. Dans la large gamme de ses activités, il a toujours associé la théorie à la pratique. Que ce soit comme pédagogue ou comme politicien, il s’est impliqué totalement dans l’amélioration et l’extension de l’enseignement à l’école obligatoire. Sa préoccupation principale était cependant l’enseignement tertiaire. Troxler a su approfondir des réflexions pédagogiques essentielles et s’est employé, par le biais d’initiatives politiques, à poser en Suisse les bases de l’enseignement gymnasial (lycée) et les hautes écoles. Son activité au sein de la Société pédagogique d’Aarau («Aarauer Lehrverein»),* s’inscrit également dans ce contexte. Contrairement à certains libéraux, il ne défendait pas le courant élitiste mais percevait très clairement l’importance d’un bon système scolaire pour le fonctionnement et le développement d’un Etat démocratique. Sans formation scolaire de qualité, l’individu ne peut évoluer vers une citoyenneté responsable et critique.
Déjà, au temps de la République helvétique (1798–1803) Troxler chercha – il avait tout juste 18 ans – à contribuer de façon active à la transformation de la Suisse en un pays unifié et doté d’une Constitution démocratique. Plus tard, dans un fragment de son autobiographie, il écrivit au sujet de l’époque de la République helvétique:
«Mon attention [se focalisait] sur le grand événement qu’avait été la Révolution française et les conséquences qu’elle avait eues pour ma patrie. J’ai commencé à réfléchir de façon générale et à penser par moi-même, j’ai lu les quotidiens allemands et français, mon amour de la liberté s’est éveillé […].»1
Troxler adhéra avec enthousiasme aux idées de la Révolution; elles devinrent la ligne directrice de toute son existence. Deux de ses professeurs devaient profondément influencer sa pensée libérale. Après avoir étudié au lycée de Soleure, il s’inscrivit au lycée de Lucerne où il suivit les cours de Thaddäus Müller (1763–1828) qui y enseigna la rhétorique de 1789 à 1796 avant de devenir curé de la ville de Lucerne jusqu’à sa mort. C’était un représentant de l’enseignement catholique qui soutenait les activités réformatrices du vicaire général de l’église de Constance, Ignaz Heinrich von Wessenberg. La formation de Troxler fut également marquée par l’influence de Franz Regis Krauer (1739–1806), professeur de rhétorique et de poésie au collège jésuite de Lucerne à partir de 1769. Après l’éviction de la Compagnie de Jésus en 1773, Krauer reprit son enseignement au lycée à présent nationalisé, et Ignaz Paul Vital Troxler chercha, tout comme le faisait Müller, en tant que représentant de l’enseignement catholique, à promouvoir le développement de l’école moderne. Ce fut Krauer qui recommanda Troxler, alors âgé de 18 ans, au préfet lucernois Vinzenz Rüttimann pour un poste au sein des services gouvernementaux helvétiques.2
Troxler se mit alors véritablement au service du nouvel Etat: il fut d’abord nommé, dans ses jeunes années, commissaire à la guerre pour le district de Münster (Beromünster) et secrétaire du sous-gouverneur. Rüttimann l’appela ensuite à Berne au centre du pouvoir helvétique. Troxler reconnut cependant du premier coup d’oeil le visage de Janus de la République helvétique: d’une part, liberté et égalité sur le papier; d’autre part des réglementations et des décrets, le plus souvent venus d’en haut, sans fondement démocratique et soutenus par des baïonettes étrangères.
«Malgré toute l’activité prodiguée à l’extérieur, je ressentis un grand vide intérieur et la honte de devoir, si jeune et inexpérimenté, contribuer aux décisions du gouvernement et influer sur le destin d’un peuple. Je sentis se réveiller en moi le désir d’étudier et d’enseigner, tandis que l’arbitraire, l’hypocrisie et les hésitations de la diplomatie et de la politique ne déclenchaient en moi qu’horreur et dégoût. Déjà à cette époque, je discernais, de façon imprécise et pourtant tout à fait réelle, la recrudescence du pouvoir de la vieille aristocratie […].»3
En septembre 1800, Troxler prit sa grande décision. Au lieu de poursuivre sa carrière politique, il irait à Iéna et à Göttingen pour y étudier la médecine et la philosophie. La véritable orientation professionnelle de ses études était la médecine. Il exerça ensuite comme médecin à Vienne, dans sa ville natale de Beromünster et à Aarau. En 1806, de retour dans son canton natal de Lucerne, Troxler expérimenta pour la première fois la «recrudescence du pouvoir de la vieille aristocratie», lorsqu’il y dénonça les conditions médicales insuffisantes pendant une épidémie. Un mandat d’arrêt fut immédiatement émis contre lui et pour la première fois, il dut s’enfuir à Aarau avec armes et bagages.
Vinzenz Rüttimann, ancien supérieur hiérarchique de Troxler à l’époque de la Société helvétique, réussit à fomenter un coup d’Etat à Lucerne en avril 1814 après la chute de Napoléon, portant ainsi de nouveau l’aristocratie au pouvoir. Troxler, au contraire de Rüttimann, demeurait fidèle aux idéaux de la Révolution française et de la Société helvétique. Il rédigea une pétition, prenant résolument la défense de la souveraineté populaire. Troxler interprétait la révolution de Lucerne – ainsi que les évènements similaires intervenus dans d’autres cantons – comme un gel momentané de la situation induit par l’oligarchie aristocratique, l’objectif étant cependant de reprendre possession de la liberté. Il s’agissait maintenant d’associer les traditions helvétiques aux aquis de la Révolution française. Désormais, l’idée fondamentale d’une alliance entre tradition et modernisme devint déterminante dans l’univers intellectuel de Troxler.5
En 1819, Eduard Pfyffer (1782–1834), politicien libéral responsable de l’école et de la formation, procéda à la réforme de l’école supérieure (gymnase et lycée) de Lucerne. Il la transforma en une petite académie et créa de nouvelles chaires professorales. Pfyffer réussit à nommer Troxler, qui avait lui-même été élève du lycée, à la chaire de philosophie ainsi qu’à celle d’histoire générale et d’histoire suisse. C’est ainsi que Troxler commença ses activités politico-pédagogiques: en dispensant aux élèves et aux étudiants des connaissances théoriques nécessairement axées sur la pratique. Ce concept pédagogique fut décisif pour le façonnement de l’avenir de la Suisse. En 1819, tout de suite après avoir débuté à Lucerne, Troxler publia un texte sous le titre «Le prince et le peuple, d’après les théories de Buchanan et Milton».6 Troxler y traduisait les pamphlets de George Buchanan (1506–1582) et de John Milton (1608–1674) écrits au XVIIe siècle à l’époque de la révolution anglaise, suivis d’un commentaire rédigé par lui–même.
Buchanan, humaniste et historien écossais, défendait la souveraineté du peuple et justifiait le tyrannicide. Le poète anglais Milton plaidait en faveur de la souverainté du peuple basée sur des raisons religieuses et légales, de la restriction des pouvoirs du prince et de la prééminence du Droit.7 Le texte de Troxler s’élevait essentiellement contre l’aristocrate bernois Karl Ludwig von Haller (1768 –1854) dont l’œuvre maitresse «La Restauration des sciences politiques» (1816 –1834) devait laisser son nom à l’époque. Il continuait en cela à développer sur le plan idéologique son concept de la souveraineté du peuple. Troxler récidiva en 1821, attaquant directement l’œuvre de Hallers «Sur la Constitution des Cortes espagnoles». Pour la majorité pro-restauration du gouvernement lucernois, ce fut la goutte qui fit déborder le vase et le 17 septembre 1821, Troxler fut licencié sans préavis.8
Après son renvoi, Troxler retourna pour la deuxième fois à Aarau, où il avait déjà exercé la médecine pendant une courte période. A côté de son cabinet médical, il voulait à l’avenir donner des conférences philosophiques et recherchait activement une possibilité de mettre son projet à exécution. Le «bürgerliche Lehrverein» (Société pédagogique civile) fondé en 1819 par Heinrich Zschokke (1771–1848) avec lequel Troxler se trouvait déjà en contact depuis longtemps, vint alors à point nommé.
Le tout jeune canton d’Argovie, composé de diverses régions, avait besoin de bonnes institutions d’enseignement pour mener à bien son intégration. Dans ce but, Heinrich Zschokke, le conseiller d’Etat Johann Nepomuk von Schmiel et l’éditeur Heinrich Remigius Sauerländer fondèrent le 2 mars 1811 la «Société pour la culture patriotique» («Gesellschaft für vaterländische Kultur»). Deux ans après sa fondation, la «Société culturelle» comptait déjà 130 membres, dont des hommes politiques aussi bien que des ecclésiastiques des deux confessions. Ses objectifs étaient «la promotion de tout moyen d’accès à de véritables connaissances en matière d’histoire, de nature et des forces de l’Etat ainsi qu’à la recherche pour l’amélioration de la science, de l’art et du bien-être dans la patrie».10
Suivant l’esprit et la tradition de la «Société helvétique» du XVIIIe siècle, la société culturelle procéda, à partir de 1814, à une assemblée générale annuelle à Bad Schinznach. A côté de la société fondatrice d’Aarau, des filiales virent progressivement le jour dans les divers districts du canton. Avec le temps, les activités de la société englobèrent les caisses d’épargne locales, les écoles ménagères pour les filles, les institutions pour jeunes handicapés et pour les enfants abandonnés ainsi que de nombreuses associations de secours aux pauvres et organismes de charité. L’éducation des jeunes et le renforcement du système scolaire restèrent toujours l’élément fondateur et central de la Société culturelle.11
En 1802, des particuliers éclairés avaient fondé à Aarau un collège supérieur d’enseignement général à partir duquel s’était développé le lycée classique. Cet établissement fut nationalisé en 1813. Pour Zschokke, le système d’éducation argovien n’était cependant pas encore vraiment au point. Sa préoccupation majeure, au cours des années suivantes, fut de combler les «lacunes» correspondantes. Par exemple, un nouvel institut de formation privé devait combler une de ces lacunes, pour que «des jeunes gens qui n’auraient même pas imaginé avoir accès à l’enseignement puissent suivre des cours dans les matières et connaissances qui leur seraient utiles et hautement profitables, tout comme le pourraient également le fabricant, le commerçant, l’artisan, l’agriculteur ou toute personne désirant désormais tenir avec dignité sa place au sein de l’Etat».12 Sous l’impulsion de Zschokke, certains «scientifiques officiellement en fonction» au sein de la Société culturelle s’associèrent en un «bürgerlicher Lehrverein»,* afin de «combler les manques du système en dispensant des leçons gratuites».13
Le but du Lehrverein était de veiller à ce que les jeunes gens de 18 à 30 ans, ne voulant pas suivre les cours d’une université, reçoivent tout de même le bagage intellectuel nécessaire en sciences politiques et éducation civique. Dès le début du mois de septembre 1819 parut une annonce officielle invitant les intéressés à s’inscrire pour le premier cours. Les participants reçurent l’appellation de camarades d’études [Lehrgenossen] ou camarades [Genossen] afin de souligner qu’il ne s’agissait pas d’élèves ou d’étudiants au sens traditionnel, mais bien plutôt de membres d’une association coopérative dirigée en commun. En utilisant le principe de coopérative, les fondateurs voulaient consciemment mettre en valeur une importante tradition suisse et fixer pour la première fois avec le Lehrverein les principes coopératifs-démocratiques d’une institution éducative.
Chaque camarade d’études recevait l’assistance d’un tuteur et s’il venait de loin, il pouvait faire son choix dans une liste de logements privés. Quarante camarades d’études s’inscrirent pour le premier semestre, ce qui était un grand succès. Les locaux se trouvaient dans un étage de sa maison d’Aarau, que Zschokke avait mis à disposition.14
Au début, les cours avaient lieu seulement pendant le semestre d’hiver. Le programme du premier semestre comportait douze matières, chaque camarade d’études devant en choisir au moins trois. Des conférences en sciences politiques, en histoire et en droit, toutes concernant la Suisse, étaient au programme au même titre que l’enseignement technique et les sciences naturelles.
L’«histoire de la Confédération suisse» occupait la première place du programme d’études élaboré par Zschokke, tandis que la deuxième place revenait au «Droit naturel et connaissance de la Constitution et des lois nationales».15 Ces deux matières, choisies par de nombreux camarades d’études, devaient justement fournir les connaissances de base en politique et encourager l’essor d’une conscience nationale.
Les autres matières étaient l’économie politique (sylviculture, industrie minière, statistique), la science policière (actions en faveur des pauvres, des malades, du travail et des assurances), la science de la guerre, le génie civil et la construction hydraulique, la chimie, la minéralogie, la mécanique, les poids et mesures, le dessin ainsi que des exercices concernant la présentation et la rédaction de comptes-rendus. Pour Zschokke, il était primordial que les compétences spécialisées dispensées soient basées sur la vie. Dès le début, il fallut écarter la science de la guerre et la chimie qui n’avaient pas recueilli assez d’inscriptions. Cependant, d’autres matières vinrent s’ajouter au cours des années suivantes, comme l’histoire universelle, l’histoire de l’Europe, la géographie, la géométrie avec application à la géodésie, le droit humain (dans le cadre du droit naturel), le droit international, le droit national et le droit canon et enfin des instructions pour la «connaissance des classiques ou des meilleurs écrivains de tous pays, anciens et nouveaux».16 Le concept était donc tout sauf rigide.
Outre les conférences auxquelles les camarades d’études s’inscrivaient et qu’ils complétaient avec leurs propres lectures, il y avait des séances de travaux pratiques, comme par exemple, sur la façon de rédiger un document ou sur l’élaboration d’un «exposé oral bien construit».17
Sur le plan méthodique-didactique, il était décisif pour les pères fondateurs d’accorder une priorité absolue à la pratique dans les matières enseignées et à la personnalité des professeurs. Le programme d’études du bürgerlicher Lehrverein était unique en Suisse et dynamitait littéralement toute représentation imaginable de l’institution scolaire de l’époque. Par rapport aux écoles cantonales [gymnases/lycées], les camarades d’études jouissaient d’une bien plus grande liberté, qui devait cependant se voir restreinte avec le temps par le biais de règles plus définies – par exemple, en ce qui concerne la fréquentation des tavernes: «Aucun camarade ne doit fréquenter la taverne avant 5 heures du soir, ni y rester plus tard que 9 heures du soir.»18
Après la fin du programme de cours, les camarades d’études recevaient un certificat portant sur les trois matières obligatoires étudiées, ainsi que sur l’assiduité et la conduite morale. Au début, l’«Association culturelle» était l’instance de contrôle du Lehrverein. Puis, en 1823, le gouvernement plaça – en raison de la nouvelle loi scolaire et de la prise en charge de la direction par Troxler – cet institut privé sous l’autorité de l’administration scolaire cantonale.19
Cependant, la marge de manœuvre plus importante par rapport à l’école cantonale avait aussi des inconvénients. Le programme d’études était basé sur un semestre et ne proposait aucune structure en dehors de ce cadre. A chaque semestre on pouvait s’inscrire à nouveau sans engagement.20
Au bout de quatre ans se profilèrent de sérieux problèmes concernant le nombre d’élèves. Si l’institution comptait 40 camarades d’études au début de 1819, ce chiffre baissa de moitié au cours des quatre années suivantes, diminuant jusqu’à 21 élèves. On chercha rapidement des solutions, trouvées d’une part dans l’ouverture du Lehrverein pour des personnes habitant à l’extérieur des frontières cantonales et d’autre part dans la personne même de Troxler.
Un an plus tôt, Troxler avait été élu président de la Société helvétique et avait esquissé clairement son programme politico-pédagogique dans son discours d’investiture: «Ce qui est perdu, ce qu’il faut gagner». Le discours de Troxler ressemblait beaucoup un appel au renouvellement intellectuel de la Confédération et posait les bases de son activité dans le Lehrverein à partir de 1823. Il s’agissait, selon Troxler, de créer un Etat qui soit à l’image de la nature de l’être humain et qui soit porté par les forces de l’Ancienne Confédération:
«L’Etat conçu comme un vaste ensemble de personnes, n’est pas différent dans son essence de la nature humaine inhérente à chaque individu.»21
Et plus loin:
«Ainsi, seul dans un Etat véritablement humain le peuple mènera une existence ouverte et libre et cette existence ne pourra s’épanouir que par la réalisation de l’union de ce qu’on appelle la liberté politique et civile, en général et dans toutes ses particularités […]. La force nationale seule est la source véritable de la vie.»22
Troxler avait déjà défini son objectif politique à l’époque de la République helvétique. Il désirait participer à la transformation de la Suisse en un pays uni, doté d’une Constitution démocratique. Selon sa conception personnaliste de l’être humain, les Droits de l’homme devaient s’inscrire sur la base du droit naturel. Pour lui, les droits populaires en faisaient également partie et ils ne pouvaient se limiter à des élections. Avec d’autres personnes partageant les mêmes idées, il pensait depuis longtemps déjà que la solution la plus raisonnable pour la Suisse, après les douloureuses expériences de la période helvétique, résidait dans le concept d’un Etat fédéral. Une Constitution fédérale, créée par un conseil constitutionnel, élu et approuvé par une votation populaire, était considérée par Troxler comme la Constitution moderne par excellence.23 Troxler désirait atteindre cet objectif en formant des personnes qualifiées au sein du Lehrverein.
Parallèlement à l’exercice de la médecine, Troxler travailla à titre bénévole de 1823 à 1830 pour le Lehrverein qu’il dirigea pendant quatre ans (1823–1827). Pour lui, cette époque fut celle de l’apogée de son activité pédagogique.
Dès le début, Troxler écrivit, au sujet du rôle important du Lehrverein, qui portait à présent le nom de «Lehrverein für eidgenössische Jünglinge» [Association d’enseignement et de formation pour des jeunes hommes confédérés]:
«Ici, l’élève est dirigé par la motivation intérieure, éveillée en lui par la connaissance de soi et du monde; par le biais de l’autorité, la supervision et l’influence de ses professeurs; finalement par la population d’Aarau, laquelle n’a pas trouvé de meilleur garant contre l’oisiveté et la brutalité, contre l’indécence et la débauche que dans sa prospérité et son activité, dans son éducation et son application laborieuse.»24
Troxler décida d’approfondir encore l’élargissement et la nouvelle orientation que Zschokke avait amorcés:
«Le Lehrverein […] traversa en 1823 une période de changements essentiels et adopta une orientation différente, dans ses objectifs et dans sa forme, de ceux qu’il avait eus jusqu’alors. Un grand nombre de nouveaux enseignants rejoignit les anciens, l’institution renforça ses liens avec l’école cantonale, et put donc se considérer comme sa propre continuation, puisque le Lehrverein jouait un rôle équivalent à celui d’un ‹lycée›, et comblait ainsi le fossé existant entre l’école cantonale et l’université. Il en résulta un caractère scientifique accru pour l’Institution du ‹Lehrverein›, comparé au précédent bürgerlicher Lehrverein, devenant pour ainsi dire un établissement préparatoire à l’université et à l’entrée dans la vie.»25
Sept élèves venant du canton de Lucerne ayant suivi Troxler à Aarau, la communauté compta à nouveau près de 30 élèves. Le nombre des participants s’éleva encore, grâce aux inscriptions croissantes de camarades d’études en provenance d’autres cantons. A présent, les cours étaient dispensés toute l’année, été comme hiver.26
Troxler voyait l’«adolescence» comme une période décisive, car elle marquait les années où éducation et développement, formation et auto-éducation se recoupaient dans des directions opposées. L’époque de l’adolescence, selon Troxler, était le pivot de l’existence. C’était aussi à ce moment qu’on décidait de l’orientation professionnelle et par là, de l’intégration active du jeune homme à la société humaine: en tant que professionnel en devenir et en tant que futur citoyen. La formation et l’éducation en fonction de la nature humaine pourvoyaient l’Etat en citoyens capables et responsables, sans lesquels la République en tant que telle ne pourrait exister.
Troxler modifia radicalement le programme d’études. Il rétablit la philosophie au centre de l’intérêt intellectuel, à la place des matières basées sur la pratique. Elle devint pour lui la matière centrale de l’enseignement car l’utilité du futur métier ne lui apparaissait alors plus aussi déterminante que ne pouvaient l’être les divers apprentissages, systèmes éducatifs et exercices menant à la force d’âme. La langue maternelle et la philosophie prenaient alors leur entière signification, elles étaient «les ancres et les voiles de toute éducation»:
«La réalité et le temps présent, formant la base de toute éducation obéissant à une nécessité naturelle, sont la langue maternelle et la philosophie, cette interprétation du sens de l’éternité et du divin, si souvent méconnue et déformée. Je souhaiterais nommer ces deux matières les ancres et les voiles de toute éducation, qui, bien que n’évinçant pas totalement la théorie dominante en matière de formation, en limiterait les outrances jusqu’à finalement la remplacer entièrement.»27
Troxler élargit donc le programme d’études à la philosophie, la philologie et la connaissance de l’antiquité. Lui-même enseigna dans le cadre des cours de philosophie, outre le droit naturel également la logique, la métaphysique, l’anthropologie et la morale. Alors qu’il était au Lehrverein, Troxler élabora ses conférences philosophiques qu’il intégra à deux de ses œuvres maîtresses sous forme de livre, à savoir la «Métaphysique ou la nature de la connaissance humaine» (1828) et la «Logique, science de la pensée et critique de toute connaissance» (1829). En plus de la philosophie, Troxler enseigna aussi l’histoire universelle, l’histoire de l’humanité et l’«Encyclopédie des sciences».28
Le programme d’études comportait alors en tout 58 matières. En même temps que les cours s’intensifiaient, le corps enseignant augmenta. Troxler attirait de nouveaux professeurs, et les professionnels et les profanes disparaissaient peu à peu. Durant le semestre d’hiver 1823/24, cinq professeurs sur dix étaient des réfugiés politiques venus d’Allemagne, dont Friedrich List (1789–1846), un économiste de premier plan qui avait été professeur titulaire en économie publique et pratique étatique à Tübingen jusqu’en 1822.29
Afin de pouvoir assumer l’augmentation des frais – par exemple, la construction d’une bibliothèque qui absorba une partie des ressources disponibles – on introduisit le paiement de frais de scolarité pour les élèves aisés.30
Avec sa prise de fonctions à la tête du Lehrverein, Troxler et son institution devinrent également l’objet d’une surveillance par les autorités cantonales. Ce n’était pas un hasard, car les autorités argoviennes étaient au courant des querelles que les activités de l’esprit critique avaient déclenché à Lucerne. Le Conseil scolaire cantonal écrivit, en tant qu’autorité de contrôle, qu’il était nécessaire «qu’une surveillance précise et continue soit exercée [sur le Lehrverein]. Pour l’exercice de cette surveillance, il serait opportun que les membres de Conseil scolaire cantonal se rendent de temps en temps aux conférences à l’improviste et qu’on planifie des examens semestriels ou annuels».31
Il faut préciser que le Lehrverein ne donnait matière à aucun problème et qu’il bénéficiait à tout moment du soutien des autorités. Les autorités constatèrent avec satisfaction le début de l’établissement régulier des certificats. En outre, Troxler donna l’impulsion nécessaire au développement d’un programme scolaire suisse de littérature. Il s’agissait d’un nouveau genre d’écrits assez courts, reliant souvent un rapport annuel ou l’annonce d’une réunion avec un traité scientifico-pédagogique. Dans ce cadre, Troxler initia une réflexion au sujet des bases de la pédagogie et se prononça sur des sujets actuels concernant la politique éducative. Le plus souvent, ces «annonces» programmées paraissaient en fin de semestre.
L’approche théorique de Troxler se focalisait sur la relation harmonieuse de l’élève au professeur par opposition à l’obéissance aveugle, destructrice du processus d’apprentissage:
«Il n’y a rien de plus contraire à l’éducation et à la formation, rien qui soit dès le départ plus dévastateur, que l’ordre brutal et la contrainte. C’est seulement lorsqu’il y a accord de plein gré que s’ouvre la voie vers le changement moral, et l’individu apprend encore plus facilement qu’il obéit.»32
Il faut cependant inclure dans ce processus d’apprentissage la discipline et l’obéissance ainsi que la reconnaissance et le respect de l’autorité du professeur en la matière de la part de l’élève, qui alors seulement accède à l’indépendance et à la liberté:
«L’élève doit volontairement se plier aux directives et à l’autorité de l’éducateur, et seuls le respect et l’amour doivent servir de guides. Celui qui veut former les mœurs doit davantage gagner les cœurs que celui qui veut agir sur l’esprit. Pour agir sur l’esprit, il ne faut que la suprématie de l’enseignant pour trouver l’attention de l’élève. Pour former les mœurs, cependant, il faut que l’élève en éprouve le besoin, qu’il reconnaisse la bienveillance de son éducateur et qu’il s’en remette à son autorité. Ceci est d’autant plus important que c’est l’unique voie vers l’indépendance. L’individu doit malgré tout être libéré, tout au moins dans son cheminement personnel, quand il passe de l’école au monde extérieur, ou quand il va à l’université. Toutefois, s’il n’a pas réussi à acquérir l’indépendance, il n’est rien d’autre qu’un esclave affranchi.»33
Les camarades d’études avaient entre 18 et 30 ans. Pour Troxler, cette tranche d’âge était un âge porteur pour poser les fondements d’une conscience politique:
«Ainsi, la tranche d’âge du jeune homme ne va pas de pair avec la fin de l’éducation, ainsi que l’inconséquence d’une vision superficielle pourrait porter à le croire. L’éducation à laquelle cette tranche d’âge met habituellement fin n’est qu’une infime partie de la véritable éducation humaine, et elle n’est donc que la partie extérieure, superficielle, positive de l’éducation elle-même. Ce n’est pas en opposition avec vous-même, mais plutôt en vous-même, dissimulée en vous-même, par l’argumentation et la critique, que vous trouverez l’éducation intérieure, vivante, invisible, laquelle doit être évidente chez un jeune homme et effective chez un homme adulte, le développement autonome et libre. […] La tranche d’âge du jeune homme est le passage de l’éducation inculquée par d’autres à l’autonomie culturelle développée par l’éducation de l’individu par et pour lui-même.»34
La pensée formulée par Troxler est encore d’actualité aujourd’hui. Pour lui, l’entière liberté de l’école, tant de l’Etat que de l’Eglise, était au centre:
«L’éducation aspirant à une formation purement humaine est libre et dans ce dessein, elle ne tolère ni ne souffre aucun obstacle venant de l’extérieur.»35
Pour Troxler, ce genre d’éducation libre et publique était «une nécessité essentielle et une condition fondamentale de la République».36
Sous la direction de Troxler, le Lehrverein devint avec le temps un pôle d’attraction pour les Suisses en provenance de tous les cantons, ainsi que pour les étrangers.37 De nombreux camarades d’études s’inscrivaient pour plusieurs semestres et projetaient de s’inscrire à l’université après l’examen final. S’il y eut au début des échanges féconds avec l’école cantonale d’Aarau, cette institution, qui elle aussi se perfectionnait positivement, devint de plus en plus une concurrente pour le Lehrverein. Finalement, des querelles détruisirent la bonne entente, et Troxler se brouilla avec le recteur de l’école cantonale, Rudolf Rauchenstein. Quand en 1826 s’ouvrit une école professionnelle, le Lehrverein se trouva de plus en plus sous pression, ce qui se traduisit également par une nouvelle baisse du nombre des élèves.38
Cependant, la fin du Lehrverein n’était en rien une disparition liée à la crise et encore moins à l’éclatement de la communauté scolaire. Quand Troxler fut nommé en 1830 à la chaire de philosophie de l’Université de Bâle, il dut interrompre ses cours au Lehrverein dès le printemps de la même année.39 Les bouleversements politiques qui s’annonçaient à présent dans de nombreux cantons suisses étaient la preuve que le Lehrverein avait rempli une mission importante. On allait maintenant passer à la politique concrète.
Les conséquences des activités du Lehrverein n’auraient jamais pu se révéler aussi positives pour le développement de la Suisse si Ignaz Paul Vital Troxler n’avait pas marqué cette institution de son empreinte. Troxler possédait une nature extraordinairement combattive. Il convainquait par sa rigueur et son assurance et s’impliquait toujours de manière très personnelle dans la réalisation du projet en cours. Il inspirait la sympathie et l’ouverture d’esprit à la jeunesse, en particulier à ses étudiants et leur donnait la certitude, par son enthousiasme, de participer à la réalisation de l’avenir. Il les motivait à rester toujours politiquement actif et à faire adopter en Suisse les réformes nécessaires.
La grande empathie que développait Troxler envers ses étudiants, s’exprimait dans les discours que les camarades d’études tenaient lors de la fin du semestre. Ces discours contenaient une foi profonde dans le progrès et la nature humaine, la recherche de l’enseignement et de l’éducation du peuple, les vues libérales sur l’Eglise et l’Etat, et portaient également sur l’enthousiasme pour l’histoire patriotique et le patriotisme.40 Sous l’égide de Troxler fut fondée l’association des «amis de Zofingue», qui instaura une solidarité confédérale et renforça l’idée d’Etat fédéral.
La nomination de Troxler à l’Université de Bâle coïncida en Suisse avec le début du mouvement de la Régénération. Le Lehrverein était, comme on devait le constater au cours des années 1830, l’une des plus importantes institutions générant à cette époque d’indiscutables impulsions politiques. Les camarades d’études étaient alors un peu plus de deux cents et certains d’entre eux jouèrent un rôle central en tant que pédagogues, fonctionnaires ou politiciens à l’époque de la Régénération. Ils contribuèrent à surmonter le fardeau de la politique de la Restauration, à éliminer en de nombreux endroits les reliquats de la politique aristocratique et à encourager de cette manière la réorganisation libérale de la Suisse.41 Dans ce contexte, citons deux exemples.
Dès 1830, la volonté de réforme commença à se manifester également dans le canton d’Argovie, acquérant même une tournure révolutionnaire. Quand le 27 septembre 1830 le gouvernement argovien reçut une pétition, il y avait parmi les signataires Karl Rudolf Tanner (1794–1849) et Gottlieb Hagnauer (1796–1880) qui avaient été enseignants au Lehrverein.42 Ils formaient le noyau de l’«Association de Lenzbourg». D’autres anciens camarades d’études célèbres les suivirent, tels Eduard Ignaz Dorer et les frères Johann Peter et Kaspar Leonz Bruggisser. Le 7 novembre 1830 eut lieu à Wohlenschwil une légendaire Assemblée populaire que Troxler avait activement soutenu depuis Bâle. Il fut plus tard nommé citoyen d’honneur de la ville de Wohlenschwil à titre de remerciement.
Dans le canton d’Argovie, le mouvement populaire atteignit son point culminant le 6 décembre 1830 lors du «Freiämter Sturm» [une émeute populaire locale motivée par les revendications d’égalité de la minorité catholique argovienne, ndlt.] qui modifia le canton de façon révolutionnaire et le fit entrer dans le camp des cantons libéraux de la Régénération.43 Le 10 décembre 1830, le Grand Conseil du canton d’Argovie accepta le principe d’un Conseil constitutionnel élu et de l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Tandis que le Conseil constitutionnel produisait une nouvelle Loi fondamentale, la population avait la possibilité d’influer sur les décisions par le biais de pétitions. Finalement, l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution d’inspiration libérale en 1831 en fit la première Constitution cantonale acceptée en votation populaire au canton d’Argovie.44
Quelques années plus tard Troxler écrivit au sujet de ces bouleversements politiques cantonaux:
«L’histoire et l’expérience nous enseignent que seule une influence accrue et plus directe du peuple sur les affaires publiques peut nous garantir un gouvernement populaire et la bonne marche de notre vie quotidienne. Le scepticisme et la défiance vis-à-vis du peuple, la suspicion et le mépris sont les plus grands péchés contre la République et la source même d’une aristocratie spirituelle et profane, ou plutôt, d’une oligarchie.»45
Le Lehrverein joua également un rôle très important dans la démocratisation et la scission en deux entités du canton de Bâle. Stephan Gutzwiller (1802–1875), ancien camarade d’études devenu par la suite avocat, en marqua le début dans le canton de Bâle. En 1830, il était membre du Grand Conseil et rédigea – mécontent de l’état des choses à l’intérieur de son propre canton – une pétition adressée aux autorités de la ville. Elle fut remise le 26 octobre 1830 au maire et généra une situation qui mena en 1833 à la scission entre Bâle-Ville et Bâle-Campagne. Bâle-Campagne reçut, avec le soutien de Gutzwiller, une Constitution d’inspiration libérale dans laquelle on pouvait même trouver, tout comme dans celle de Saint-Gall, le droit de veto législatif, prédécesseur du référendum facultatif. Le canton de Bâle-Campagne devint ainsi le pionnier du développement de la démocratie directe en Suisse.46
A peine arrivé à Bâle, Troxler, comme d’habitude, ne limita pas ses activités à la fonction d’enseignant. Il se fit l’avocat de la défense des revendications, selon lui, légitimes de la campagne baloise face à la ville et apporta un soutien actif à Gutzwiller, son ancien élève. De nouveau, son engagement politique lui coûta son poste.
Dans d’autres cantons également, d’anciens camarades d’études ou d’anciens professeurs du Lehrverein soutenaient activement les activités révolutionnaires et les mouvements populaires paysans. Troxler devint ainsi, avec ses anciens étudiants, un personnage-clé de la révolte au canton de Lucerne.47 A partir de 1830, les fondements républicains d’un Etat fédéral furent mis en place et un processus de développement démocratique put s’installer, qui permit, à partir de l’introduction de la démocratie représentative, la poursuite de l’évolution vers la démocratie directe.
«L’esprit libre, noble, républicain, […] est celui qui, dans la société, vit pour la culture patriotique et met tout son intérêt dans le fait d’être d’utilité publique, qui reconnaît que celui qui veut la liberté doit également souhaiter la domination de la raison, et donne ainsi tout son poids à la formation intellectuelle et morale.»48
Cette citation de Troxler, extraite de la sixième publication du Lehrverein, résume bien sa démarche anthropologique et sa conception personnaliste de l’être humain. Lutter pour la liberté politique et sa préservation signifiait toujours pour Troxler l’éducation globale parallèlement à l’amélioration des forces intellectuelles et morales de l’ensemble des citoyens. Une telle vision, qui mettait définitivement en avant une pensée profondément humaniste, s’inscrivait résolument contre les tendances utilitaristes alors prédominantes dans la première moitié du XIXe siècle.
Après son renvoi du corps enseignant de Bâle, Troxler revint une fois de plus à Aarau. En raison de sa grande implication au temps de la Régénération argovienne et de son soutien à l’Assemblée populaire de Wohlenschwil, cette commune lui accorda le droit de citoyenneté et la possibilité d’être élu et de siéger au Grand Conseil, ce qui se produisit en novembre 1832. En tant que membre du Grand Conseil, Troxler mit au point avec le plus grand soin la nouvelle Loi scolaire argovienne. Elle incluait l’essentiel de sa démarche pédagogique, ainsi qu’on peut encore de nos jours le trouver dans l’introduction au texte de la Loi scolaire argovienne:
«Le Grand Conseil du canton d’Argovie, vu les art. 28–35 et 38bis de la Constitution cantonale,
– agira dans le but d’établir dans le canton d’Argovie des écoles dans lesquelles la jeunesse
– sera élevée dans le respect du divin, de son prochain et de l’environnement,
– formée pour devenir des citoyens indépendants et conscients de leurs responsabilités,
– éduquée pour devenir des membres agissants en faveur de la communauté et des personnes matures de cœur et d’esprit,
– et où la jeunesse pourra développer ses forces créatrices au contact du monde de la connaissance et du travail.»49
Avec le Plan d’études 21 [«Lehrplan 21»], la Suisse alémanique est actuellement confrontée à des réformes très contestées en matière de politique de formation. Il est prévu d’introduire un véritable changement de paradigme pour s’éloigner de l’idéal de la formation humaniste – comme Troxler et d’autres l’ont développé et promu – pour se retrouver face à une orientation selon des «compétences» utilitaristes, se limitant à de simples «connaissances d’utilisateur».50
La discussion actuelle gagnerait certes en développement et en profondeur, si l’on s’orientait aux réflexions pédagogiques de Pestalozzi51 mais également à celles de Troxler à l’époque de l’apparition et du développement des écoles primaires, secondaires et supérieures en Suisse. •
Source: Argovia, Jahresschrift der Historischen Gesellschaft des Kantons Aargau, Band 126, Aarau 2014, p. 140–154
(Traduction Horizons et débats)
1 Troxler, Ignaz Paul Vital. Einige Hauptmomente aus meinem Leben (1830), in: Rohr, Adolf (Hg.): Ignaz Paul Vital Troxler (1780–1866). Politische Schriften in Auswahl, BandI, Bern 1989, p. 389
2 Vgl. Roca, René. Ignaz Paul Vital Troxler und seine Auseinandersetzung mit der Helvetik. Von der repräsentativen zur direkten Demokratie, in: Arlettaz, Silvia et al. (Hg.): Menschenrechte und moderne Verfassung. Die Schweiz im Übergang vom 18. zum 19. Jahrhundert. Akten des Kolloquiums an der Universität Freiburg/Schweiz,
18.–20. November 2010, p. 97–106
3 Troxler, Hauptmomente, p. 390s.
4 vgl. Furrer, Daniel: Ignaz Paul Vital Troxler (1780–1866). Der Mann mit Eigenschaften,
Zürich 2010, p. 9s.
5 vgl. Rohr, Adolf: Einleitung zu Troxlers politischem Schrifttum, in: Rohr, Troxler, BandI, p. 24
6 vgl. Troxler, Ignaz Paul Vital: Fürst und Volk nach Buchanan’s und Milton’s Lehre, in: Rohr, Troxler, BandI, p. 24–33
7 vgl. Rohr, Troxler, Band I, p. 33–38
8 vgl. Roca, René. Wenn die Volkssouveränität wirklich zu einer Wahrheit werden soll … Die schweizerische direkte Demokratie in Theorie
und Praxis – Das Beispiel des Kantons Luzern,
Zürich 2012, p. 92s.
9 Ort, Werner. Der modernen Schweiz entgegen. Heinrich Zschokke prägt den Aargau, Baden 2003, p. 250
10 Zweckartikel der Gesellschaft für vaterländische Kultur, zit. nach Drack, Markus T. Der Lehrverein zu Aarau 1819–1830, Aarau 1967, p. 12
11 vgl. Drack, Lehrverein, p. 11–18
12 Zschokke, zit. nach Halder, Nold. Geschichte des Kantons Aargau 1803–1953 in zwei Bänden, Erster Band: Gründung, Aufbau, Festigung 1803–1830, Aarau 1953, p. 318
13 zit. nach Halder, Geschichte, S. 318
14 vgl. Ort, Werner. Heinrich Zschokke 1771–1848. Eine Biographie, Baden 2013, p. 441
15 vgl. Drack, Lehrverein, p. 30s.
16 zit. nach Drack, Lehrverein, p. 31
17 vgl. Ort, Zschokke, p. 441s.
18 zit. nach Ort, Schweiz, p. 245
19 vgl. Halder, Geschichte, p. 318
20 vgl. Ort, Schweiz, p. 245
21 Troxler, Ignaz Paul Vital. Was verloren ist, was zu gewinnen. Rede in der Versammlung der Helvetischen Gesellschaft, 8. Mai 1822, in: Rohr, Troxler, BandI, p. 45
22 Troxler, Rede, 8. Mai 1822, p. 47, 60
23 vgl. Roca, Troxler, p. 63
24 Troxler, zit. nach Halder, Geschichte, p. 319
25 Troxler, zit. nach Drack, Lehrverein, p. 54
26 Furrer, Troxler, p. 341s.
27 Troxler, Ignaz Paul Vital. Neunte Anzeige des Lehrvereins zu Aarau, 1826, zit. nach Spiess, Emil: Ignaz Paul Vital Troxler. Der Philosoph und Vorkämpfer des schweizerischen Bundesstaates dargestellt nach seinen Schriften und den Zeugnissen der Zeitgenossen, Bern 1967, p. 314
28 vgl. Drack, Lehrverein, p. 75
29 vgl. Ort, Zschokke, p. 442
30 vgl. Drack, Lehrverein, p. 58–60
31 zit. nach Ort, Schweiz, p. 248
32 Troxler, Ignaz Paul Vital. Fünfte Anzeige des Lehrvereins zu Aarau, 1824, zit. nach Rohr, Schriften, p. 121
33 Troxler, ebd., p. 121s.
34 Troxler, Ignaz Paul Vital. Siebente Anzeige des Lehrvereins zu Aarau, 1825, zit. nach Spiess, Troxler, p. 313
35 Troxler, zit. nach von Wartburg, Wolfgang. Die grossen Helvetiker. Bedeutende Persönlichkeiten in bewegter Zeit 1798–1815, Schaffhausen 1997, p. 256
36 Troxler, Ignaz Paul Vital. Achte Anzeige des Lehrvereins zu Aarau, 1825, zit. nach Rohr, Schriften, Band I, p. 129
37 vgl. von Wartburg, Troxler, p. 253–256
38 vgl. Halder, Geschichte, p. 321
39 vgl. Ort, Zschokke, p. 443
40 vgl. Staatsarchiv Aarau: Archiv des Kantonsschulrates, Lv. Akten (Akten des Lehrvereins 1823–1830); Matrikel- und Protokollbuch des Lehrvereins 1823–1830
41 vgl. Drack, Lehrverein, p. 147–167: Liste aller Schüler
42 vgl. Drack, Lehrverein, p. 143–146: Liste aller Lehrer
43 vgl. Drack, Lehrverein, p. 103s.
44 vgl.Halder, Geschichte, p. 351–355
45 Troxler, Ignaz Paul Vital. Ein wahres Wort über das jetzige Vaterland, mit Rücksicht auf eine Schmähschrift namenloser Verläumder, 1839, in Rohr, Troxler, Band II, p. 468
46 vgl. Roca, René. Die Einführung des Vetos im Kanton Baselland. Ein wichtiger Schritt für die Entwicklung der direkten Demokratie in der Schweiz, in: Baselbieter Heimatblätter, Nr.1/78, Liestal 2013, p. 1–12
47 vgl. Roca, Volkssouveränität, p. 111–134
48 Troxler, Ignaz Paul Vital. Sechste Anzeige des Lehrvereins zu Aarau, 1824, zit. nach Rohr, Schriften, Band I, p. 125
49 Schulgesetz vom 17. März 1981 (Stand 1. Januar 2011), Kanton Aargau, 401 100 (www.gesetzes-sammlungen.ag.ch)
50 vgl. www.lehrplan.ch.
51 vgl. Brühlmeier, Arthur. Menschen bilden. 27 Mosaiksteine: Impulse zur Gestaltung des Bildungswesens nach den Grundsätzen von Johann Heinrich Pestalozzi, zweite, leicht veränderte Auflage, Baden 2008
ro. Vor 150 Jahren, am 6. März 1866, starb Ignaz Paul Vital Troxler (geb. 1780). Er war Arzt, Philosoph, Pädagoge und Politiker und leistete auf allen diesen Gebieten Herausragendes. Troxlers Wirken sind im Gedenkjahr verschiedene Veranstaltungen gewidmet: Nach einer Tagung an der Universität Basel (3. bis 5. März) zu den Schwerpunkten und Kontexten seiner Philosophie fand am 6. März in Aarau ein Festakt statt. Am 19. Mai wird nun noch ein Symposium im ehemaligen Kloster St. Urban durchgeführt. Die Tagungsberichte und Programme sind unter www.troxlergedenkjahr2016.ch einsehbar. Es ist das Verdienst des Vereins «Troxler-Gedenkjahr» und besonders von Franz Lohri, dass mit den Anlässen eine Schweizer Persönlichkeit gewürdigt wird, die allzu stark in Vergessenheit geraten ist, deren Gedanken aber an Aktualität und Tiefe nichts verloren haben.
Im Rahmen des Gedenkjahres ist das Buch von Max Widmer zu Troxler vom Futurum Verlag erneut aufgelegt worden. Der Band enthält Max Widmers Troxler-Biografie in einer um die Quellennachweise ergänzten Neuauflage sowie eine Studie von Franz Lohri zu Troxlers vielseitigem Wirken.
Max Widmer/Franz Lohri: Ignaz Paul Vital Troxler. Schweizer Arzt, Philosoph, Pädagoge und Politiker. Mit einem Geleitwort von alt Bundesrat Kaspar Villiger, Futurum Verlag, Basel 2016. ISBN 978-3-85636-249-2
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