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Alfred D. n'a certainement pas pu aller à l'école avec assiduité, comme beaucoup d'enfants soumis à la "vilaine mise". Au contraire des pensionnaires de l'Institut Sainte-Thérèse à La Verrerie (sur la photo), qui apprennent à compter en 1936. PHOTO GLASSON - MUSEE GRUERIEN - BULLE
Ces assistés que l'on misait aux enchères
Pauvres d'autrefois · Jusqu'en 1928, la mise des pauvres aux enchères sur la place publique était monnaie courante. C'était la «puta misa» ou «vilaine mise» que pratiquaient les communes fribourgeoises.
anne hehli
Un village du canton de Fribourg, à la fin du XIXe siècle. Sur la place publique, en plein mois de décembre, Alfred, Paul ou Eugénie attendent, transis de froid. Chichement vêtus, orphelins, enfants hors mariage ou tout simplement pauvres, ils sont à la charge de leur commune. Leur sort sera bientôt scellé par la «puta misa» ou «vilaine mise».
Selon le principe des «enchères à l'envers», ces pauvres seront cédés par la commune à la famille d'accueil qui demande le plus bas prix pour leur donner le gîte et le couvert. Ainsi, la commune ne versera qu'entre 20 et 50 centimes de pension (pour des enfants) en moyenne à celle qui les prendra en charge. De cette façon, ils n'occuperont pas de place dans un hospice ou un orphelinat, où leur «entretien» coûterait au minimum un franc par jour à la collectivité. L'enchère à l'envers consiste donc à diminuer le plus possible le prix de pension.
Un sort que subissaient hommes, femmes, vieillards, parfois handicapés ou malades, enfants orphelins, abandonnés ou dont les parents ne pouvaient prendre soin.
Exemple d'Avry-dt-Pont
Des sources retrouvées dans les archives communales d'Avry-devant-Pont décrivent la procédure en détail. Cette commune a pratiqué la «vilaine mise» comme beaucoup d'autres dans le canton. Le Conseil communal s'est même donné la peine d'édicter des règles, en 1886, 1888 et 1889. Durant ces années, les «vilaines mises» sont organisées au rythme d'une fois par an, en général le premier mercredi... après Noël! Mais aussi suivant des circonstances particulières (v. ci-après).
Les règlements révèlent les conditions de vie dures des «misés à l'envers», frappés par les affres du paupérisme. Mal habillés, les enfants sont peu éduqués. La commune se décharge d'ailleurs de toute responsabilité à ce sujet. L'avenir n'est pas un souci...
Sept fois misée
De 1880 à 1930, 55 personnes originaires du village sont placées chez des particuliers (52% de femmes et 43% d'hommes). Certaines personnes sont misées plusieurs fois au cours de leur vie et déplacées de famille en famille au gré des décisions communales. Par exemple, une femme a été misée pas moins de sept fois. Le Conseil communal a certainement vu là un moyen de faire naître à son avantage la concurrence entre les enchérisseurs.
A la suite de l'ouverture d'un hospice dans le village en 1891, le Conseil communal préfère regrouper les assistés dans ce bâtiment. La «puta misa» se poursuit, mais on y a recours moins fréquemment.
Une pratique choquante
La «mise à l'envers» est choquante pour les esprits contemporains. Il est nécessaire de mettre cette pratique dans son contexte. Le canton de Fribourg était pauvre au tournant du XXe siècle: l'agriculture se modernise et demande moins de main-d'oeuvre, l'industrie est peu développée, les familles nombreuses sont légion. Dépourvus de possession et de capital, les pauvres n'ont d'autre perspective que de devenir domestiques, journaliers ou servantes. De plus, ils faisaient beaucoup d'enfants hors mariage qui dépendaient de l'assistance et qui étaient souvent misés.
Des centaines d'enfants ont certainement été mis aux enchères dans le canton, mais pour l'instant aucune étude globale n'existe. Fribourg n'est pas le seul canton à avoir pratiqué ce système, apparemment en vigueur dans toute la Suisse romande.
Vendu pour 30 francs
La «mise à l'envers» est interdite par la loi sur l'assistance et la bienfaisance de 1928, mais sera encore pratiquée. Max, qui a témoigné dans L'Illustré du 16 février 2000, dit avoir été misé pour 30 francs à l'âge de 8 ans en 1930! Les autorités et les gens de terrain connaissaient la situation et la décriaient. Mais aucune autre mesure concrète n'a été prise. I
La misère des tresseuses
Pour certaines familles, l'accueil des misés à l'envers permet de mettre un peu de beurre dans les épinards. Ainsi, la branche du tressage de paille, en crise à la fin du XIXe siècle, va amener des artisanes d'Avry-devant-Pont à «acquérir» des pauvres pensionnés par les communes. A l'époque, les tresseuses travaillent à domicile, nouant les pailles brutes, qui sont vendues à des fabricants de chapeaux (pour la plupart basés en Argovie). Ce secteur est en crise endémique dès 1880, d'après l'historien Roland Ruffieux*, auteur d'un article sur le sujet. Le village d'Avry-devant-Pont restera pourtant un centre important de cette industrie domestique. Il regroupe 128 tresseuses en 1880 et 36 en 1910.
Le travail de la paille s'effectue à perte. Une tresseuse habile peut obtenir 1 franc par jour en 1860. En 1880, son gain journalier se réduit à 20 centimes. Il est de 20 à 30 centimes en 1909, pour 12 à 15 heures de travail. «Un salaire de misère», reconnaît le préfet de la Gruyère à cette époque. Les tresseuses qui ne peuvent compléter leur revenu tombent parfois à l'assistance et sont elles-mêmes misées à l'envers. AH
* L'industrie des pailles tressées en Gruyère au XIXe siècle: Histoire d'une décadence, «in Annales fribourgeoises», tome 47, 1965-1966.
Alfred D., «misé à l'envers» à neuf ans
Le garçon dont l'histoire suit fait partie des 34 enfants soumis à la «vilaine mise» dans la commune d'Avry-devant-Pont durant les années 1880-1930. Onze sont orphelins tout comme lui. Six autres enfants sont accueillis dans des familles d'agriculteurs qui pratiquent le tressage de la paille.
A l'âge de 9 ans, Alfred D. est «misé à l'envers» en juin 1885 avec son frère Alexandre. Orphelins de père, les enfants perdront leur mère peu après leur placement; elle n'avait que 25 ans. Les parents étaient agriculteurs et tresseurs de paille. Après la mort de leur père, la subsistance de la famille n'a pas dû être facile. La situation s'est encore aggravée avec la maladie de la mère, qui a entraîné un manque dans un revenu déjà modeste.
A 10 et 12 ans, Alfred a encore vécu deux autres placements. Il a habité d'abord chez une veuve tressant la paille, avec son frère. Ils devaient posséder un savoir-faire transmis par leurs parents, mis à contribution par leurs familles d'accueil.
Puis Alfred est placé dans la famille d'un agriculteur dont la femme est tresseuse de paille. Son frère le suivra. Les enfants sont séparés lors de leur dernière mise à l'envers. Alfred rejoint alors une autre famille «d'agriculteurs-tresseurs». Il a passé son enfance à Avry-devant-Pont, dans des familles différentes dont il ne devait pas se sentir membre.
Les prix d'entretien varient beaucoup. De 40 centimes par jour, la pension passe à 34 puis à 30. Des montants inférieurs aux moyennes pour un garçon de cet âge à cette époque, parfois plus de la moitié, qui ne peuvent s'expliquer par les quelques vêtements et souliers octroyés par la commune. A titre de comparaison, un fourneau à bois d'occasion est vendu en mise par la commune pour le prix de 51 francs en 1888!
De plus, la pension ne cesse de diminuer, alors que l'utilité d'Alfred auprès de sa famille d'accueil ne cesse de grandir. Ses 12 ans lui permettent d'accomplir des travaux demandant plus de force et de précision. Le seul motif d'explication est le fonctionnement de la mise à l'envers. Les familles d'accueil potentielles entrent en concurrence: elles proposent des prix, le Conseil communal décide en espérant sortir le moins d'argent possible de ses caisses.
Les registres restent muets sur Alfred jusqu'en 1893, lorsque le Conseil communal sollicite son émancipation de l'école pour le placer en service. Il a presque 17 ans et est donc destiné à être domestique. Plus tard, Alfred devient le piqueur d'Avry-devant-Pont, l'ancêtre du cantonnier. On le retrouve ensuite terrassier. Des activités qui ne l'empêchent pas de fonder une famille nombreuse: Alfred a au moins six enfants! AH
Les sources
Les articles sur la pauvreté sont adaptés du mémoire de licence d'Anne Hehli, «Le paupérisme rural en Gruyère 1880-1930. Hospices et assistance au quotidien: le cas de la commune d'Avry-devant-Pont», présenté en 2003 à la Faculté des lettres (en histoire contemporaine) de l'Université de Fribourg. Ce travail est disponible auprès de la Bibliothèque cantonale et universitaire à Fribourg et à la Bibliothèque publique de Bulle. Les sources utilisées sont communales (correspondance, procès-verbaux des assemblées du Conseil communal et de l'assemblée de commune), préfectorales (rapports annuels des préfets de la Gruyère au Conseil d'Etat) et judiciaires (protocoles des affaires pénales du Tribunal de la Gruyère).
C'est à travers la vision des autorités qu'on perçoit les pauvres, car il ne subsiste pas de trace de leur part. Une vision souvent dénuée de pitié, où la morale prend le pas sur les aspects économiques.
Dans les parcours qui suivent, seuls les prénoms des assistés sont mentionnés, dans un souci de discrétion.
Ces assistés que l'on misait aux enchères

Claudia
Je vous ecris d'un pays musulman , en ce monmet meme ( Dimanche matin ) , les fideles chretiens qui vivent dans cette Terre de l'islam , sont maintenant entrain de faire leur priere dans les 4 eglises et Cathedrales de la ville ; eglises et Cathedrales visibles pour tout le monde , le plus beau de tout e7a , tu trouveras une personne e0 la sortie de chaque eglise qui donne une fleure e0 toute personne qui sort de sa priere une personne , un muslman.Svp Nous sommes tous des citoyens du monde , Nous devons gagner en Maturite9 , et cesser de Croire que l'autre a toujours Tort .
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