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Actuellement, il y a en Suisse environ 600 viticulteurs et viticultrices qui produisent selon les directives bio. La superficie totale sur laquelle la viticulture biologique est pratiquée est de 2 500 hectares (19% de la superficie totale du vignoble)[1]. Les vignes ne mesurent souvent que quelques dizaines d’ares et sont très proches les unes des autres, ce qui augmente la quantité et le risque de dérive des pesticides dans ces parcelles. Ce n’est pas seulement une nuisance, mais un désavantage économique pour les viticultrices bio, car la plupart des produits phytosanitaires utilisés en viticulture conventionnelle sont interdits en viticulture biologique.
Dérive = lors de l’application de produits phytosanitaires, les mouvements d’air emportent des parties du mélange pulvérisé hors de la surface traitée et peuvent se déposer sur des surfaces voisines non traitées.
Dans le cadre d’une étude pilote menée en 2021, le FiBL a examiné l’influence de la dérive sur cinq vignobles bio. Des échantillons de feuilles, de fruits et de vins ont été prélevés à différentes distances des parcelles voisines exploitées de manière conventionnelle (voir fig. 1). Outre un dépistage général des pesticides, une méthode individuelle a été utilisée pour tester les deux fongicides, le fosétyl et l’acide phosphonique. Ces deux substances ont un comportement différent de celui des autres pesticides (voir encadré 2).
Pesticides dans tous les échantillons de feuilles et de fruits
Au total, 16 substances différentes ont été trouvées sur l’ensemble des échantillons de feuilles et de fruits, et il s’agissait presque exclusivement de fongicides. Les niveaux combinés de fosétyl et d’acide phosphonique sur les feuilles étaient en moyenne environ deux fois plus élevés que la quantité totale de pesticides détectés par le dépistage. Parmi les autres pesticides, le fongicide « Folpet » a été le plus fréquemment détecté. Selon l’agence américaine de protection de l’environnement « EPA » (Environmetal Protection Agency), il peut entraîner des troubles du développement chez les animaux et figure sur la liste des substances potentiellement cancérigènes pour l’homme. [2]
Acide phosphonique : les résidus d’acide phosphonique reflètent le comportement unique de cette substance, qui est stockée dans le bois pendant l’hiver et transportée à nouveau dans les feuilles et les fruits pendant la période de végétation. L’acide phosphonique est utilisé comme substance active phytosanitaire, mais il peut aussi être le produit de la dégradation du fosétyl. Contrairement à d’autres pesticides, l’acide phosphonique est à la fois mobile (en termes de mobilité) et extrêmement stable (en termes de dégradation) dans les plantes. En raison de cette stabilité dans les plantes, on suppose que les résidus s’accumulent pendant plusieurs années.[3]
Une comparaison entre les rangées montre que la concentration de résidus de pesticides dans les échantillons foliaires de la rangée 1 (en bordure de la parcelle bio) a nettement diminué d’un facteur 5 par rapport à la rangée 2. Cette forte diminution de la première à la deuxième série indique que les résidus ont été causés par la dérive.
Entre l’épandage des pesticides et la récolte, de nombreux pesticides sont dégradés, c’est pourquoi, malgré la dérive, on ne trouve heureusement que rarement des résidus significatifs dans les vins bio. L’acide phosphonique stable constitue une exception. Tous les vins analysés dépassaient également la valeur d’intervention pour les produits biologiques en ce qui concerne l’acide phosphonique. Pour les autres pesticides, ce n’était le cas « que » pour deux sur quatre.
Valeur d’intervention : en viticulture biologique, la valeur d’intervention est un seuil spécifique fixé pour limiter la quantité maximale de résidus de pesticides autorisée dans les vignobles cultivés en bio. Übersetzter Text Cette valeur indique la quantité de résidus de pesticides pouvant être présents dans les raisins ou le vin pour que les produits puissent continuer à être certifiés biologiques. Si les résidus de pesticides mesurés dépassent ce niveau d’intervention, les raisins ou les vins concernés peuvent perdre leur certification bio ou des mesures supplémentaires doivent être prises pour garantir le respect du cahier des charges bio. [4]
Qu’est-ce que cela signifie pour les producteurs de vins biologiques ?
Malgré la dérive, on ne trouve dans les vins bio qu’une fraction de la pollution des vins conventionnels. Du point de vue de la législation alimentaire, les vins produits sont toujours autorisés à la vente. Mais cela a quand même des conséquences négatives pour les viticulteurs bio, car ils ne peuvent pas commercialiser de tels vins en tant que vins bio. Il en résulte des pertes de chiffre d’affaires. Les vins biologiques contenant des résidus dépassant la valeur d’intervention sont interdits à la vente jusqu’à ce que les causes soient élucidées.
L’étude du FIBL a également montré que les viticulteurs bio n’ont qu’un contrôle limité sur la quantité de pesticides chimiques de synthèse qui se répandent sur leurs vignes par dérive. Néanmoins, ils déploient actuellement des efforts considérables pour protéger leurs vignobles.
La mise en œuvre des mesures est toutefois difficile, car les vignobles sont généralement divisés en petites parcelles. Il ne reste donc actuellement aux personnes concernées que la possibilité de s’adresser en tant que quémandeurs à leurs voisins pratiquant l’agriculture conventionnelle, afin de chercher des solutions contre la dérive.[5]
Que faire?
Les lois existantes n’offrent pas une protection suffisante aux producteurs et aux consommateurs qui souhaitent renoncer à l’utilisation de pesticides chimiques de synthèse. Bio Suisse demande donc un renforcement des directives d’autorisation et d’application pour l’utilisation de pesticides sur les cultures voisines, l’application systématique du principe du pollueur-payeur ainsi qu’une surveillance et des contrôles renforcés par les autorités cantonales compétentes et l’Office fédéral de l’environnement.
En avril 2023, la valeur d’intervention pour l’acide phosphonique dans les produits bio a été augmentée de 0,05 milligramme par kilogramme[6]. Les exploitations bio profitent certes de cette adaptation de la valeur limite. La mesure semble toutefois impuissante.
Le législateur a un devoir à remplir
L’étude du FIBL confirme une fois de plus ce que l’on sait depuis longtemps : un grand nombre de pesticides chimiques de synthèse se retrouvent régulièrement dans des endroits où ils n’ont pas leur place. L’épandage de pesticides dans l’agriculture intensive va à l’encontre du principe fondamental de précaution du droit de l’environnement, car les pesticides sont généralement utilisés de manière préventive et en grandes quantités. D’un point de vue juridique, la question se pose également de savoir si la dérive sur les parcelles bio est compatible avec la garantie de la propriété et la liberté économique (droit de produire biologiquement). Toujours est-il que le « passage de la frontière » se fait depuis le voisin qui pratique l’agriculture conventionnelle. Le législateur est appelé à intervenir. Une agriculture durable est un objectif constitutionnel de la Suisse (art. 104 BV). C’est pourquoi les exploitations biologiques respectueuses de l’environnement doivent être mieux protégées.
Sources: