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La Société de géographie de Genève se constitue en 1858, au milieu d’un siècle caractérisé par l’essor de nombreuses associations géographiques et savantes. La société de géographie la plus ancienne est celle de Paris, fondée en 1821. Depuis lors, des sociétés pareilles surgissent un peu partout dans les grandes villes et dans les capitales européennes (comme Londres, Berlin et Saint-Pétersbourg) ainsi qu’ailleurs (New York et Tokyo, par exemple). Ce mouvement géographique touche son apogée vers la fin du 19e siècle avec la présence d’au moins une centaine d’associations éparpillées dans le monde et un nombre global d’adhérents dépassant les 50'000, issus pour la plupart de couches sociales aristocratico-bourgeoises et avec de forts intérêts – matériels ou intellectuels – pour les régions d’outre-mer.
Géographie et impérialisme
La question de savoir pourquoi, à cette époque, les milieux dirigeants des pays industrialisés s’intéressent à la géographie – et fondent même, en l’espace de quelques décennies, des dizaines d’associations géographiques – n’est pas dépourvue d’intérêt pour l’historien ou pour le géographe. Dans une période où l’industrialisation et la culture de l’Occident sont en pleine expansion, l’étude de la géographie se révèle primordiale afin d’imposer l’hégémonie occidentale dans le reste du monde, d’autant plus que ce dernier, au 19e siècle, n’est pas géographiquement bien connu. L’exploration et la cartographie se font alors systématiques, dans le but de fournir au capitalisme occidental les instruments nécessaires pour contrôler – voire conquérir – de nouveaux territoires, en particulier d’outre-mer, sous prétexte de faire progresser les populations autochtones (généralement retenues inférieures) à travers une influence «civilisatrice» (autoproclamée supérieure). Il existe donc un lien très étroit entre l’émergence du champ disciplinaire de la géographie et l’impérialisme du 19e siècle, qui a d’ailleurs fait l’objet, à partir des années 1970, de théorisations et d’études scientifiques – surtout en histoire – d’approche à la fois marxiste et postcoloniale.
Le cas de la Suisse et de Genève
Si l’historiographie internationale atteste désormais une participation très active des sociétés de géographie au développement des idéologies et des pratiques impérialistes poursuivies par les puissances coloniales européennes, personne ne s’est jamais penché sur le cas de la Suisse. Or, ces dynamiques sont-elles existantes au sein des associations géographiques helvétiques du 19e siècle? Est-il possible d’établir l’existence d’un impérialisme suisse (et de le caractériser) à travers l’étude historique de la Société de géographie de Genève et de ses «sœurs» de Berne, Saint-Gall, Aarau, Neuchâtel et Zurich?
C’est par cet angle qu’en 2012 j’ai abordé l’histoire de la Société de géographie de Genève, ancêtre des associations géographiques helvétiques, non pas pour en tirer une monographie commémorative, mais pour comprendre ses relations – matérielles et intellectuelles – avec l’impérialisme colonial du 19e siècle. Les résultats ont été publiés dans mon mémoire de maîtrise intitulé La Société de géographie de Genève et l’impérialisme suisse (1858-1914), réalisé à l’Université de Lausanne et disponible sur demande.
Un article de synthèse de cette recherche a été publié en langue italienne dans la revue scientifique GeoStorie qui en a permis la diffusion en libre accès: Geografia associativa e imperialismo svizzero. Il caso di Ginevra (1858-1914) (fichier PDF).
D’autres contributions sont parues dans les périodiques scientifiques suivants (mais elles ne sont pas encore disponibles en ligne):
- Les origines coloniales de l’Association des sociétés suisses de géographie (années 1870-1880), in: Géo-Regards, vol. 9, 2016.
- Sociétés de géographie et impérialisme suisse au 19e siècle. Un tour d’horizon, in: Revue Suisse d’Histoire, vol. 67, 2017.
- La philanthropie coloniale des sociétés suisses de géographie au Congo (1876-1908), in: Itinera, vol. 44, 2017.
Enfin, j’ai eu le plaisir d’avoir été récemment interviewé par le journaliste Frédéric Burnand (Swissinfo.ch) qui a réalisé un beau reportage intitulé Les sociétés de géographie, think tanks d’une économie suisse déjà globalisée.
Fabio Rossinelli
Lausanne, le 14 août 2017