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Au contraire du baroque, le rococo danse, le rococo joue, comme on joue au théâtre, le rococo chante, comme chantaient les castrats napolitains, le rococo s'exalte, le rococo s'excite même de façon à mieux montrer sa ferveur à l'égard de Dieu.
Sous les pinceaux de Jean-Baptiste Tiepolo
on peut voir cette ferveur
à l'égard de Dieu. Par exemple
"la Montée au
Calvaire", l'un des rares grands sujets de l'épopée
christique traité par le maître vénitien. Nous sommes
ici à rebours de tout ce qui a précédé. C'en
est fini du clair-obscur essentiel, c'en est fini de l'immobilisme, c'en
est fini du silence, c'en est fini de cette forme de confidence primordiale
entre le spectateur et le silence de l'oeuvre. Nous sommes devant quelque
chose qui vit à soi seul, qui s'exalte à soi seul, qui danse
et chante à soi seul.
Regardez toutes les lignes montant jusqu'au sommet du Golgotha. Regardez même les couleurs! Ces rouges, ces bleus, ces blancs, ces ors, ces jaunes, ces chairs et leurs variations: elles aussi montent jusqu'au Golgotha! Voyez la façon dont Tiepolo littéralement s'amuse avec l'espace. Tout cela est fondamentalement scénique. Ce tableau, à l'opposé d'un Caravage, d'un Meylan, d'un Guido Reni, d'un van der Werff ou d'un Piazzetta, nous introduit dans ce rococo pictural.
Cela prépare aussi une architecture. Les peintures baroques nous avaient amenés au choeur du Gésu à Rome. Maintenant c'est ce tableau de Tiepolo qui nous amène dans l'architecture rococo et, en l'occurrence, dans l'architecture rococo bavaroise. De nouveau, on est loin de la célébration austère du mystère divin. Ici tout éclate, tout explose mais avec une maîtrise admirable.