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L'été dernier, j'ai vu le film Captain America, héros de bande dessinée dont j'aimais tendrement les aventures, étant petit. Comme les critiques en disaient du bien, je fus plutôt déçu, car la forme en était jolie, mais la substance en était légère, ou molle. Le cube cosmique n'avait pas la dimension qu'il avait dans les séries dessinées qui à son sujet mêlaient les dieux aux surhommes, et Captain America, dans ses combats, était sans crédibilité: les méchants étaient vaincus trop facilement. Ce film essayait de concilier de manière impossible le réalisme et l'esthétisme et, à cet égard, le Hugo Cabret de Scorsese me l'a ensuite rappelé!
Il y a, néanmoins, une partie que j'ai trouvée bonne, dans le film de Joe Johnston, parce qu'elle assumait pleinement l'essence mythologique des super-héros: c'était quand le héros, dans le costume bariolé que la bande dessinée lui a créé, joue dans un spectacle de music-hall accompagné de danseuses - Apsaras de l'Amérique! -, de feux d'artifice, de fausses étoiles dorées - comme dans les films de Méliès que justement montre Hugo Cabret. Alors, l'atmosphère féerique et poétique du monde des super-héros est restituée. Cela devient comme les ballets orientaux représentant les aventures de Râma, de Hanuman, des guerriers divins du Râmâyana. C'est baroque, coloré, fabuleux, et c'est ainsi, à mon avis, qu'on devrait représenter les histoires de super-héros!
Dès qu'on refuse d'abandonner le réalisme, on se fourvoie. Plus les mondes sont en eux-mêmes étranges, plus les actions incroyables des personnages passent aisément. Car contrairement à ce que croient beaucoup d'esprits épris d'absolu, la vraisemblance dépend non des lois établies par le matérialisme philosophique, mais de la façon dont les actions des personnages se tiennent entre elles et correspondent au monde dans lequel ils évoluent: de la cohérence interne, disait Tolkien.
S'appuyer sur une forme jolie, un style raffiné, ne sauve de rien. Les Batman de Tim Burton, le Watchmen de Zack Snyder se situent dans un monde parallèle qui autorise beaucoup. Même Thor, que j'ai bien aimé, se situe en grande partie dans les étoiles, à la façon de La Guerre des étoiles, et quand le dieu du tonnerre évolue sur Terre, c'est dans une ville stéréotypée, qui paraît sortir - mais délibérément - d'une vue théorique de ce qu'est une petite ville américaine. Même l'assez réussi dernier volet des X-Men se plaçait dans une frange cachée de l'histoire connue: dans un monde ontologique, par rapport au nôtre: celui, indirectement, des idées de Platon, devenues soudain des êtres humains!