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Autres vues aériennes de Vinzel
A gauche le château de la Bâtie et à droite le château de Vinzel
Aucun doute possible, «bâtie» dérive de «bastide», à savoir château-fort ou maison forte. L'actuel château des hauts de Vinzel fut construit au XVIIIe siècle, on cite la date de 1722 sur l'emplacement d'un bâtiment moyenâgeux solide, trapu, protégeant le village et ses précieux vignobles. A cette époque, Vinzel, partie de la seigneurie d'Aubonne, fut inféodé (1306) par Humbert de Thoire-Villars au chevalier Jean de Senarclens, dont la famille possédait également la seigneurie de Dully et le château du Rosey, à Bursins.
Vers 1600, le noble Urbain Quisard possédait le domaine qui devint quelques décennies plus tard la propriété du noble Jean-François Baddel, seigneur de Bassins, lequel le revendit pour 28 000 florins, le 12 mai 1669, au Bernois Nicolas Jenner. Cette famille, qui fut maîtresse des lieux durant près d'un siècle, arrondit les terres et rendit l'habitation plus confortable. En 1757, Gottlieb Jenner, conseiller de la Ville de Berne, vendit son bien pour 50 000 francs à André-Jaques Baraban, syndic de Genève, qui améliora lui aussi l'état de la propriété.
Nouveau changement de propriétaire à la fin du XVIIIe siècle: La Bâtie était acquise par les Frossard de Saugy, famille à laquelle succéda par alliance Franz de Reding, originaire de Schwytz, un «gentilhomme-forestier» qui s'intégra parfaitement au village et sut se faire aimer de ses habitants.
Après la mort de Franz de Reding, décédé le 24 mars 1908, puis celle de sa femme, La Bâtie échut à leur fille Marie-Louise, épouse du célèbre écrivain fribourgeois Gonzague de Reynold. La petite-fille de Franz de Reding, Elisabeth de Reynold, épousa l'historien Carl J. Burckhardt et habita le château jusqu'à sa mort le 6 octobre 1989.
Autrefois il n'y avait qu'un château à Vinzel, en haut, soit La Bâtie. L'actuel château de Vinzel celui d'en bas - n'était qu'une sorte de dépendance de celui d'en haut. Ce n'est qu'après la Guerre de 1914-1918 que les deux domaines devinrent distincts.
«Il est intéressant en outre de savoir, disait Mme Burckhardt, que mon aïeul (arrière-arrière-grand-père) Alfred de Saugy avait cinq fils et cinq domaines à La Côte: Malessert à Perroy, Châtagnéréaz à Mont-sur-Rolle, La Bâtie à Vinzel, le Clos de Payerne à Vich et le domaine de Saint-Bonnet à Dully. Ces cinq héritages expliquent donc les «cousinages» actuels entre châteaux de la région!»
Sachons encore que le célèbre botaniste genevois Auguste-Pyrame de Candolle (1778-1841), qui avait épousé une demoiselle de Saugy, rapporta un jour du Liban cinq plants de cèdres: un par domaine! Celui de La Bâtie, d'une beauté rare, est toujours solide au poste. Il est du reste classé, tout comme le château, avec le magnifique escalier double fleuri de roses qui flanque la belle façade, et les profonds massifs de buis qui ceignent géométriquement le parc de leur élégant vert sombre.
La carrière de Carl J. Burckhardt lui procura bien entendu de hautes relations. Pas étonnant donc que La Bâtie ait été souvent le théâtre de réceptions. Ici, on eut entre autre les visites de plusieurs conseillers fédéraux dont Pilet-Golaz, du Général Guisan et même du président de la République fédérale d'AIlemagne, Théodor Heuss.
Mais les Burckhardt, très attachés à Vinzel, ne s'en tenaient point aux réunions mondaines ou aux rencontres culturelles... Un jour, ils offrirent à la population du village, rassemblée au «Café du Coeur de La Côte», une mémorable soirée Gilles et Urfer. En 1964, ils louèrent deux autocars pour transporter leurs concitoyens à l'Expo nationale de Lausanne.
«La Bâtie, affirmait encore Elisabeth Burckhardt, c'est un beau château, certes, mais simple en soi: il est surtout plaisant parce qu'il est partie intégrante d'une véritable exploitation viticole. En fait, c'est un patrimoine, une sorte de chaîne, dont je me sens l'un des maillons. Et je suis heureuse de savoir qu'il y aura ici une continuité familiale: mes deux filles, Henriette et Sabine, aiment beaucoup, elles aussi, ce magnifique domaine.»
Effectivement, quelques mois après le décès de leur mère, Henriette Chiesa et Sabine de Muralt héritèrent de La Bâtie.
Bibliographie