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Sylviane Chatelain
Née en 1959, vit à St. Imier (2003)
Werke (Auswahl)
Le livre d'Aimée.
Bernard Campiche Editeur, 2002
Le Manuscrit.
Bernard Campiche Editeur, 1993
De l'autre côté.
Bernard Campiche Editeur, 1990
Übersetzungen (Auswahl)
Sylviane Chatelain. Das Manuskript.
eFeF-Verlag, 1998
Le livre d'Aimée
Bernard Campiche Editeur, 2002
Aus: Sylviane Chatelain. Le livre d'Aimée. Bernard Campiche Editeur, 2002
Aimée avait refermé la porte. Elle avait descendu les marches du perron. Elle ne portait pas sa robe. Elle avait gardé une chemise de nuit droite et claire qui lui couvrait les genoux. Et sa mince silhouette franchit une ombre après l’autre, glisse à la surface du mur, frôle la grille, la dépasse. A sa droite elle tourne à angle droit une première, une deuxième fois, s’arrête derrière l’école et escalade le mur. Les pierres sont descellées à cet endroit, elle connaît le passage, elle l’a sans doute emprunté déjà pour aller jouer dans la cour. Elle est suspendue un instant dans le vide avant de se laisser tomber au pied d’un arbre. Elle a emporté son sac, une bougie, une boîte d’allumettes. Personne ne peut la voir, accroupie contre le mur dans la faible lumière de la bougie. Ils ont jeté sans soin les livres dans les caisses. Elle les examine rapidement, en choisit quelques-uns, les range dans son sac. Elle souffle la bougie, hésite un instant. Son sac est trop lourd, elle ne pourra pas se hisser avec lui au haut du mur. Elle s’approche de la grille, l’entrebâille. Il n’y a personne, toutes les lampes sont éteintes. Elle se faufile dans la rue et s’en va. Elle se hâte, mais elle a de la peine, déséquilibrée par le poids du sac qui touche presque le sol.
Fr, 30.05.03, 17:00
Sa, 31.05.03, 09:40
Das Manuskript
eFeF-Verlag, 1998
De l'autre côté
Bernard Campiche Editeur, 1990
Aus: Sylviane Chatelain. De l'autre côté. Bernard Campiche Editeur, 1990
C'étaient des mots que nous disions penchés sur le bord d'un gouffre. Nous les jetions dans le vide. Pour en mesurer la profondeur ou celle de notre peur. Ou pour en rire. Ils sont nos rires quand nous comprenons que quelques pas seulement séparent le lieu d'où nous partons de celui où notre pied levé pour avancer encore ne trouve plus sous lui, quand il cherche à se poser, que la peur, le vertige et ce grand cri noir enroulé sur lui-même.
Nos rires et le désir avant de mordre dans la chair des fruits et dans les teintes de l'aube, encore.
Des mots dansés sur le bord du gouffre et rien ne peut m'en distraire Je ne les cherche plus, je ne pense plus. En même temps qu'ils se forment au-dessus des ammes, ils sont sur mes lèvres.
Je suis vieux. Je reste assis le plus souvent. Les autres me nourissent. Je suis devenu l'instrument. J'appartiens aux mots qui me traversent, ceux qui les écoutent. Qui les prononce?
Ecoutez la meute, écoutez-les galoper dans la nuit, se précipiter dans une ronde qui n'en finira jamais.
Je suis l'instrument par lequel s'exprime la voix, celle qui de tout temps, indifféremment, s'est servie de nos bouches, la voix de tous, la voix de l'autre.