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Ce matin, j'ai croisé mon ami Ioan. Il semblait plongé dans une profonde réflexion philosophique, son chien le regardait d'un air compatissant, comprenant combien sont douloureuses les interrogations existentielles, fort heureusement épargnées à sa race, (et encore allez savoir !)
J'étais sur ma bicyclette, rayonnante, joyeuse comme un pinson :
- Tu m'as l'air bien content ! me dit-il.
- Heureuse, répondis-je. Vive les révolutions, vive la liberté, à bas les dictatures !
Mon ami sourit avec indulgence face à cette joie imprudente, teintée de cette innocence bienveillante qu'ont les grands optimistes. Une petite lueur ironique pétillant au fond du regard. « Ceci me rappelle une histoire.. » me dit-il. Il laisse une pause et puis m'invite à écouter la fable suivante d'Esope :
Un renard distrait se laissa emporter par les courants rapides d'un fleuve. Fort heureusement, il parvint à s'accrocher aux branches des berges et résista tant bien que mal sans parvenir à se hisser hors de l'eau. Une bande de sangsues se collent alors sur tout son corps et se nourrissent abondamment de son sang. Un hérisson compatissant passant par là lui propose de le débarrasser de ses persécutrices.
- Non ! Non ! Laisse-les sur mon corps- se défend le renard. Elles se sont déjà abondamment nourries et elles ne peuvent me tirer davantage de sang au risque d'exploser. Si tu les arraches, de nouvelles viendront, affamées, et me suceront le peu de sang qui me reste... Laisse-les donc sur mon dos, ces sangsues déjà repues.
Après une dictature, une nouvelle dictature un peu comme ces sangsues de la fable ? Pour ces peuples il est urgent de décider ce qu'ils veulent et comment, car, comme dit Joseph de Maistre, en démocratie une nation a le gouvernement qu'elle mérite. Et retenir qu' "une vraie révolution, c'est quand les rôles changent et pas seulement les titulaires. "