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Archeoplus.
La Villa romaine de Pully.
L’époque romaine, en Suisse, s’étend entre l’intégration du territoire à l’Empire romain, probablement vers 35 avant J.-C., et la chute de l’Empire romain d’occident, en 476.
Pendant les deux premiers siècles de notre ère, l’atmosphère de paix qui règne dans l’Empire va favoriser l’essor économique et culturel dans nos régions. Les populations indigènes créent alors des villes sur le modèle romain, ou s’installent dans des villes récemment créées par les Romains. Le vicus (petite ville) de Lousonna, à Vidy qui se développe dès la fin du 1er siècle avant J.-C., prend vite de l’importance car il se situe au croisement de plusieurs voies de passage, terrestres et fluviales, entre l’Italie, la Gaule et Avenches (capitale des Hélvètes). La villa de Pully se trouve à un emplacement stratégique, à environ 5 km de Lousonna, sur l’axe routier qui reliait l’Italie et la Gaule en passant par le col du Grand Saint Bernard. De plus, elle jouit d’une magnifique vue sur le lac et les Alpes.
La prospérité qui règne dans la région voit l’édification de nombreuses villas dans les campagnes entourant les villes. Sur le territoire de la Suisse actuelle, les premières villae apparaissent vers 20-25 après J.-C. Au cours du 1er siècle après J.-C., l’occupation des campagnes devient de plus en plus dense, jusqu’à atteindre son maximum au 2e siècle. Malgré un net recul dès le 3e siècle, les traces d’occupation dans les villae persistent jusqu’au 4e siècle.
Les villae rusticae sont le type d’exploitation rurale le plus répandu durant l’époque romaine. Elles sont composées de deux parties, une réservée au propriétaire (pars urbana) et l’autre regroupant les bâtiments composant l’exploitation agricole (pars rustica). La pars urbana se distingue des autres par son luxe, les pièces d’habitation des villae les plus riches sont parfois ornées de mosaïques, de peintures murales ou de placages en marbre ou en stuc. Les pièces s’articulent autour d’une cour à colonnades avec des jardins et des pièces d’eau. Il n’est pas rare d’y voir des thermes et des pièces chauffées par hypocauste (chauffage au sol). La pars rustica est composée des bâtiments nécessaires à l’exploitation agricole et aux habitations du personnel. On y retrouve des entrepôts, des granges, des écuries, étables, etc.
Il existe un autre type de villa, beaucoup plus rare dans les provinces occidentales, les villae suburbanae. Elles ne sont pas liées à une exploitation agricole, mais servent uniquement de lieu de détente et surtout de prestige à leur riche propriétaire.
Les premiers aménagements de l’époque romaine datent de la seconde moitié du 1er siècle après J.- C. et la villa connu son âge d’or pendant les 2e et 3e siècles.
Au fil des siècles, la villa connaît plusieurs aménagements différents, mais son plan présente toujours les caractéristiques d’une villa à péristyle (colonnade).
Elle est composée de nombreuses pièces dont deux, sur le versant sud- est de la colline, sont de forme atypique, en hémicycle, un des murs était conservé sur plus de 4.50 m de hauteur. L’une d’entre-elles accueille aujourd’hui le musée de la Villa romaine. La villa comporte également
un grand bassin de 36 m de long et des thermes (partie de la maison constituée de plusieurs pièces comportant des bains chauds et froids).
Le mur d’une des pièces en hémicycle était décoré d’une peinture murale longue de 15,60 m et haute de 1,40 m qui a été reconstituée sur le mur de la villa à l’intérieur du musée. Elle représente une course de char et a été remarquablement bien conservée. Un des personnages de la course pourrait représenter le propriétaire de la villa. En effet, les spécialistes pensent que cette représentation de course de char pourrait représenter les différentes
étapes de la vie du propriétaire de lavilla. A l’étage supérieur, une mosaïque ornait le plancher.
Parmi les quelques restes de mobilier recueillis, un grand nombre de tessons de céramique proviennent des ateliers de Lousonna-Vidy. On constate donc les échanges qu’il pouvait y avoir entre le vicus et lavilla. Mais on trouve également des tessons de céramique provenant d’Italie ou du Sud de la France, dès le milieu du 1er siècle après J.-C.
Aucun élément lié au monde agricole n’est connu dans les environs de lavilla, de plus, elle semble être inspirée du plan des villae suburbanaeitaliques, avec ses pavillons en hémicycles qui ne trouvent pas de parallèle dans nos régions. Dans les provinces occidentales de l’Empire, les villae suburbanae sont très rares et les luxueuses demeures semblent toujours être liée à une activité agricole. Mais aucun vestige ne peut venir confirmer l’hypothèse d’une villa
suburbana à Pully.
La villa était encore habitée au 4e, voir même au 5e siècle. En effet, on a retrouvé de la vaisselle ainsi qu’une monnaie de l’Empereur Constantin (306-337). L’occupation de la villaétait probablement réduite à quelques pièces seulement.
On a retrouvé quelques sépultures de périodes postérieures dans les ruines des pièces abandonnées.
Retrouver des tombes du Haut Moyen Age dans les ruines de bâtiments romains n’est pas rare. Parfois, une tombe peut faire l’objet d’un culte particulier et le lieu de la sépulture devient petit à petit l’emplacement d’un moment funéraire et, par la suite, d’une église.
Peut-être est-ce le cas à Pully, où la partie des thermes de la villa sera transformée en église chrétienne à fonctionfunéraire.
Remontez sur la terrasse et traversez-là en direction du lac. Empruntez le petit passage à côté de l’église et vous vous retrouvez sur une esplanade avec une vue magnifique sur le lac, les montagnes et le vignoble de Lavaux. Approchez-vous du mur. Au-dessous, vous voyez une vigne, puis à droite un petit chemin entouré de murs de pierre, et encore plus une série de grandes maisons. C’est sous ces dernières qu’a été découverte la nécropole des Désertes.