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Max Jacob est né à Quimper, dans le Finistère, le 12 juillet 1876, quatrième d’une fratrie de sept, à quelques dizaines de mètres de la cathédrale. Ses parents, juifs non pratiquants, laïcs et républicains, tiennent une boutique de tailleur et d’antiquités fondée par les grands-parents et se sont très facilement intégrés à la société quimpéroise.
Le jeune Max vit au rythme des fêtes catholiques dont il admire la splendeur avec envie, car, contrairement à ses camarades de classe, il ne peut y prendre part. Du reste, en ces temps fortement antisémites, il est le souffre-douleur des autres élèves. Au point que sa santé se dégrade et que ses parents l’envoient à Paris pour être soigné par le docteur Charcot.
Il a treize ans et découvre la vie. La maison de santé du célèbre médecin est fréquentée par une jeunesse aisée et distinguée qui fait l’éducation du petit Breton sauvage, lymphatique ou trop gai. Max découvre les beaux-arts, la musique de Wagner, Beethoven et Debussy, l’opéra, l’opéra-comique et l’opérette, mais également l’art de la conversation. Il avoue: "C’est là, sans doute, que pour la première fois mon cœur battit."
De retour à Quimper, il fait des études brillantes, s’inscrit à l’Ecole Coloniale de Paris comme son frère aîné, part faire son service militaire, est réformé au bout de trois mois après avoir épuisé ses instructeurs et passe de longs moments dans l’appartement familial situé au-dessus de la boutique à dessiner, principalement des Bretons et des paysages locaux. Il s’adonne frénétiquement au piano, "écorchant" avec entrain les symphonies de Beethoven et chantant à tue-tête "La Damnation de Faust" de Berlioz. Il est tellement enthousiasmé par la musique qu’il envisage même de devenir professeur de piano, mais sera remercié pour "insuffisance" ...
Autoportrait de Max Jacob réalisé au crayon en 1901. [Autoportrait de Max Jacob réalisé au crayon en 1901. DP]A Paris, le voilà critique d’art puis chroniqueur dans une revue dirigée par Alphonse Allais. Il enchaîne toutes sortes de petits métiers, tire le diable par la queue, puis rencontre à la Galerie Ambroise Vollard un jeune peintre espagnol fraîchement débarqué dans la capitale, et sans le sou, qui l’invite dans son atelier. Son nom? Pablo Picasso.
Récit de Max: "Picasso m'accueillit les deux mains tendues, comme s'il m'avait toujours connu, et me montra en baragouinant, mi-français, mi-espagnol, encore plus de toiles qu'il n'y en avait chez Vollard. Nous nous serrions les mains avec le feu de l'amitié qu'on ne connaît plus après la vingtième année. Il y avait là une dizaine d'Espagnols qui, sur une lampe à alcool, faisaient cuire des haricots flageolets et buvaient de l'alcool à la gargoulette... Je crois être resté fort avant dans la nuit à écouter les guitares ou à chanter les motifs de Beethoven, la musique étant une langue internationale."
C’est Picasso qui encourage Max à devenir poète; les deux artistes font un séjour à Céret, dans le Vallespir, et en profitent pour assister à une fête à Figueras, en Catalogne. L’occasion pour Max de découvrir la sardane et la cobla, l’ensemble instrumental qui l’accompagne, et d’en faire un poème intitulé "Honneur de la sardane et de la ténora".
>> A écouter: la chronique radio "Monsieur Max: Le Laboratoire central" qui évoque le poème '"Honneur de la sardane et de la ténora"
Tous deux sont amis avec Guillaume Apollinaire et les trois compères créent en 1917 un "drame surréaliste en deux actes et un prologue; chœurs, musique et costumes selon l’esprit nouveau" intitulé "Les Mamelles de Tirésias", dans lequel Max incarne les chœurs. L’œuvre déclenche un beau scandale et Max prend dans un article la défense d’Apollinaire, tout en assassinant la musique en conclusion: "La musique de madame Germaine Albert-Birot est gaie, uniquement et uniquement gaie."
Vingt-sept ans plus tard, les "Mamelles" trouvent enfin un compositeur prêt à relever le défi de cette œuvre iconoclaste, en la personne de Francis Poulenc.
>> A voir: Un extrait de "Les Mamelles de Tirésias" de Francis Poulenc. Opéra de Lyon 2010
La musique est partout présente dans l’oeuvre de Max Jacob, il y a notamment plusieurs textes sur le piano. Et en 1922 est créée son opérette désopilante "Isabelle et Pantalon" sur une musique de son ami Roland-Manuel, que le ténor Marcel Quillévéré avait ressuscitée en 1976 à Quimper pour le centenaire de la naissance de Max. Hélas, il reste peu de traces de cette soirée jacobienne...
>> A écouter: la chronique radio "Monsieur Max: Une histoire de piano"