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C’est une bonne chose que cette interdiction obsolète des courses sur circuit en Suisse ait disparu», déclare Marcel Fässler. Car maintenant, nous ne faisons au moins plus rien d’interdit lorsque nous courons sans autorisation spéciale, justifie le triple vainqueur du Mans. Mais rien n’est encore gagné car les plus pessimistes disent déjà cela: «Nous nous sommes battus pendant plus de 60 ans pour que cette interdiction de circuit disparaisse. Maintenant, nous allons nous battre pendant plus de 60 ans jusqu’à ce que nous ayons un circuit». Lorsque le 31 mai, le Conseil des Etats a approuvé, après le Conseil national, la proposition de la commission des transports et a ainsi levé l’interdiction des courses publiques en circuit avec des véhicules à moteur en Suisse, la communauté du sport automobile a poussé un cri de joie.
Bien sûr, l’aspect sécuritaire ne tenait plus. Depuis l’accident du Mans (F) en 1955, qui a coûté la vie à plus de 80 personnes et qui est à l’origine de ce blocage, les circuits ont évolué, tout comme les voitures de course. Chaque course de côte et chaque rallye sur les routes publiques en Suisse est plus dangereux qu’un Grand Prix de Formule 1 sur des pistes avec de larges zones de dégagement. Le fait que la Formule E ait pu faire des tours de piste à Zurich en 2018 et à Berne en 2019, grâce à une autorisation spéciale, ne cadrait pas avec le tableau. On le répète, le sport automobile sur les circuits urbains est dangereux – qu’il s’agisse de courses électriques ou de bolides à combustion.
Non, un circuit moderne en Suisse n’échouera certainement pas à cause des règles de sécurité. Selon les experts interrogés par la Revue Automobile, il y a trois raisons principales qui pourraient bloquer encore longtemps la construction d’un circuit en Suisse: l’économie, la politique et, enfin, le sport lui-même. Le plus grand obstacle, estime également Paul Gutjahr, ancien commissaire de Formule 1 et aujourd’hui membre de la direction de l’association nationale Auto Sport Suisse (ASS), est l’économie. Qui est intéressé par la construction d’un circuit en Suisse et où doit-il se situer? Les cantons et les communes ne financeront pas un tel projet, il suffit de se souvenir des plans de construction de stades empêchés à Berne et à Zurich. En politique, la protection de l’environnement et les Verts ont le vent en poupe, ces derniers continueront à trouver des raisons (et des soutiens) pour empêcher de telles courses. Souvenez-vous des nombreuses tentatives visant à ramener au moins les Jeux olympiques d’hiver dans les montagnes suisses. Enfin, les organisateurs de grandes séries de courses glamour avec de nombreux constructeurs automobiles au départ ne sont pas intéressés à relancer le marché suisse. Sans oublier les dommages financiers causés par les chaos qui ont frappé la Formule E à Berne.
Oui, il y a eu des projets de circuits en Suisse, dont trois récemment, dit-on à l’Office de la ciruclation et de la navigation du canton de Fribourg. Mais même si l’on trouvait un lieu, de l’argent et deux ou trois petites séries de courses, la construction d’un circuit dans notre pays reste improbable. Car celui-ci doit être entretenu et financé. Une piste multifonctionnelle avec plusieurs variantes de parcours, avec la possibilité d’organiser des concerts et d’autres grands événements en plein air ou des entraînements à la sécurité routière – cela n’est guère nécessaire et serait probablement encore moins apprécié. Les pistes pour les entraînements de conduite, même si elles sont petites, sont disponibles. Le seul circuit homologué en Suisse, celui de Lignières (NE), ne peut pas être agrandi par manque de place. Les festivals se heurtent déjà à des riverains de plus en plus nombreux et remontés contre les nuisances sonores – n’évoquons même pas le ronronnement de la conduite en cercle.
Il y a ce collègue qui a essayé d’organiser un rallye dans le canton de Berne. Notez bien qu’il s’agissait d’un simple rallye, comme il y en a eu et il y en a encore beaucoup dans notre pays, même à l’époque de l’interdiction des circuits. Il a échoué en beauté: il en a eu assez d’être la cible des propriétaires fonciers, des communes et du canton: «Ce virage appartient à cette commune, mais le suivant à une autre, et la route entre les deux est cantonale – et de toute façon, le couvercle de la dépression là-bas, il est sur un terrain privé …». Il était probablement plus facile de supprimer de la Constitution une interdiction depuis longtemps dépassée que de construire un circuit en Suisse.
L’interdiction a enfin disparu, et c’est super, souligne à nouveau Marcel Fässler. Lui et Paul Gutjahr veulent faire éclore des idées. S’il n’est pas possible de construire un circuit, il est peut-être possible de créer un circuit non permanent sur le site d’un aéroport ou dans une zone industrielle. Cela serait un début.