Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06922.jsonl.gz/118

L´état-major de la DDC s'est rendu mardi à Paris. Le Comité d'aide au développement de l'OCDE a passé en revue la coopération suisse. Les examinateurs lui donnent de bonnes notes. Mais la Suisse peut faire mieux, avec davantage de moyens financiers.
Les représentants des pays membres de ce comité spécial de l'Organisation de développement et de coopération économique avaient, comme d'habitude, un volumineux dossier à consulter. Il comprenait entre autres un mémorandum présenté par la Suisse et un rapport détaillé des examinateurs mandatés par l'OCDE (en l'occurrence français et néerlandais).
Le dernier examen international des deux instances gouvernementales concernées par cette procédure, à savoir la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC) et le Secrétariat d'État à l'économie (SECO), remonte à 1995. La Suisse, à cette occasion, avait obtenu de bonnes notes pour le sérieux et la qualité de ses programmes.
Ces dernières années, le Comité d'aide au développement de l'OCDE s'est peu à peu montré plus exigeant, pour ne pas dire plus sévère et plus critique, dans l'analyse des politiques et des programmes de ses pays membres. La Suisse ne s'en plaint pas, au contraire, car, dit le communiqué publié à l'issue du rendez-vous parisien, «la confrontation avec d'autres approches dans le débat international enrichit sa propre réflexion sur la manière d'améliorer constamment la qualité de son aide».
Les bonnes notes que l'OCDE donne à la Suisse trouvent leur explication dans la proportion de l'aide bilatérale accordée aux pays les plus pauvres (37 pour cent alors que la moyenne dans les autres pays industrialisés ne dépasse guère les 25 pour cent), mais aussi dans la philosophie de base qui consiste à associer le mieux possible les autorités et les populations locales à la conception et à la réalisation des programmes de développement.
Les experts applaudissent également aux efforts faits par la Suisse pour atteindre une plus grande cohérence dans ses interventions présentant un impact sur le développement. De bons points également et en vrac pour ses initiatives jugées novatrices dans le domaine du désendettement, pour sa politique d'information grand public ou encore pour ses activités en Tanzanie (la DDC s'y est notamment engagée dans l'établissement d'un service minimal de santé et dans l'amélioration des infrastructures de transport dans les régions rurales).
Là où les examinateurs se montrent beaucoup plus avares de compliments, c'est sur le volume de l'aide publique au développement. Actuellement 0,34 pour cent seulement du produit national brut sont affectés à l'aide publique au développement alors que l'objectif est officiellement fixé à 0,4 pour cent. L'OCDE invite donc la Suisse à atteindre rapidement cette barre en profitant de la conjoncture économique et budgétaire actuellement favorable.
On attend également de la Suisse qu'elle accentue la concentration géographique de son aide (une trop grande dispersion en diminue forcément l'impact), qu'elle oriente encore plus clairement sa coopération vers des programmes de réduction de la pauvreté et qu'elle réforme ses méthodes d'évaluation. La réalisation de ces objectifs dépend bien sûr d'une collaboration plus étroite entre la DDC et le SECO dont les experts ont constaté qu'elle allait en s'améliorant.
Une fois terminé le tour de table des remarques, louanges et critiques avancées par les membres de ce Comité, la délégation suisse, emmenée par l'ambassadeur Walter Fust, a bien évidemment expliqué ses propres points de vue et méthodes. Elle dit reconnaître la validité de ces analyses et compte bien en tirer des indications utiles pour l'avenir.
Mais elle leur apporte quelques bémols, estimant que les examinateurs n'ont pas toujours su apprécier à leur juste valeur «certaines particularités voulues du système d'aide suisse» qui font, par exemple, que deux instances dans des ministères séparés (affaires étrangères et économie) soient chargées de la coopération internationale. Ce qui dégage aussi des énergies positives.
Reste que, du point de vue de l'observateur extérieur, dans ses relations avec le Sud, la Suisse effectivement ne donne pas toujours l'image d'un pays qui appliquerait en toutes circonstances les mêmes principes et la même transparence. On pense à l'accueil des capitaux du tiers monde et aux affaires de corruptions et d'argent sale que ces trafics laissent supposer.
On pense aussi à certaines garanties à l'exportation accordées à de gigantesques projets gigantesques qui ici et là font peu de cas des populations locales et qui sont vigoureusement contestées par plusieurs organisations non gouvernementales. Mais ça, c'est déjà une autre histoire. Le rapport final de cet examen, lui, sera publié d'ici la fin de l'année.
Bernard Weissbrodt