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Pendant sept ans, sans être dérangé, l'avocat Francesco Moretti a blanchi des millions de francs pour le compte de la mafia.Ce contenu a été publié le 02 juin 2003 - 16:36
Arrêté par hasard en août 2000, cet ex-avocat comparaît depuis lundi devant la Cour d'assises de Lugano. Il risque gros.
Le procès contre Francesco Moretti s'est ouvert à Lugano avec d'imposantes mesures de sécurité.
L'entrée du Palais de justice était protégée, et l'accès aux journalistes et au public contrôlé par une dizaine de policiers.
Il faut dire que le profil du personnage est très particulier. Dans son élégante étude du centre-ville de Lugano, à deux minutes à pied du poste de la Police cantonale et du Palais de justice, Me Francesco Moretti a reçu, pendant des années, de respectables collègues du barreau, des magistrats, des policiers.
Tous des amis auxquels il offrait, à chaque Noël, de luxueux cadeaux.
L'argent des boss de la mafia
Mais, dans cette même étude fermée par la police le 23 août 2000, l'avocat d'origine calabraise, arrivé au Tessin à la fin des années soixante, avait aussi reçu des boss de la mafia.
Des chefs de la «n'drangheta», la mafia calabraise, ceux du «clan de Plati» notamment qu'il rencontrait lorsqu'il se rendait au pays. Et qui transportaient à Lugano de l'argent liquide à recycler discrètement.
Pour eux et pour d'autres familles de la mafia sicilienne, comme celles des Cuntrera et Caruana établies au Venezuela, Francesco Moretti, 62 ans aujourd'hui, a blanchi l'équivalent de quelque 60 millions de francs, de 1993 à 2000.
Les gains illicites de la mafia. Et issus notamment d'un trafic de huit tonnes de cocaïne transportée d'Amérique du Sud en Italie via le Canada.
Me Moretti, un veuvage et deux divorces, quatre enfants de ses deux derniers mariages et une jeune maîtresse polonaise, aurait pu continuer ses jutueuses activités pendant longtemps.
En effet, l'avocat n'avait jamais été inquiété par les autorités suisses, malgré deux condamnations - en 1981 à Mendrisio et en 1986 en Italie et deux ans de radiation du barreau.
Les retombées du «Ticinogate»
Jusqu'à l'été 2000, lorsque le scandale judiciaire dit du «Ticinogate» secoue la magistrature luganaise. Quelques jours après l'arrestation du juge Franco Verda pour corruption, un ex-juriste cantonal accuse Francesco Moretti d'avoir trempé dans l'affaire dite des «permis faciles».
Le genre de permis de séjour délivré au contrebandier napolitain Gerardo Cuomo, grand ami de Franco Verda et ex-client de Me Moretti.
Après les révélations de l'ancien fonctionnaire, qui fait à son tour l'objet d'une enquête, la police fait une descente à l'étude de l'avocat. C'est le 23 août 2000 et Me Moretti vit son dernier jour de vacances au Mexique.
Dans un coffre-fort de l'homme de loi, la police met la main sur quelque 11 millions de francs en liquide. Le lendemain, Francesco Moretti est arrêté à son arrivée à l'aéroport de Lugano-Agno et incarcéré au pénitencier luganais de La Stampa, dont il n'est plus ressorti.
Deux ans et sept mois d'enquête
L'enquête sur le rôle exact de Me Moretti a été longue et difficile. Elle a fait appel aux témoignages de nombreux repentis de la mafia calabraise.
En fin de compte, il aura fallu deux ans et sept mois au procureur général tessinois Bruno Balestra pour signer l'acte d'accusation, déposé en janvier dernier.
Le magistrat est convaincu que l'ex-avocat a joué pendant une dizaine d'années le rôle de caissier de clans mafieux basés en Calabre, Sicile, à Naples et aux Etats-Unis.
Bruno Balestra doit désormais convaincre les jurés de la Cour d'assises qui siègera du 2 au 13 juin à Lugano, sous la houlette de la juge Agnese Balestra-Bianchi.
Les chefs d'inculpation contre l'ex-homme de loi sont lourds. Ils vont de la participation à une organisation criminelle à l'escroquerie, en passant par l'infraction aggravée à la loi fédérale sur les stupéfiants et le recyclage d'argent répété.
swissinfo, Gemma d'Urso, Lugano
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