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Lors de ma soutenance de thèse, un membre du jury m'a fait remarquer que, pour alimenter ma réflexion sur l'Académie de Savoie (créée en 1820) et mesurer ses liens possibles avec le Romantisme, j'aurais dû la comparer avec les académies provinciales qui en France avaient aussi vu le jour alors. Cela m'a un peu étonné, car, dans ma thèse, j'ai établi des rapports qui m'ont semblé plus légitimes, avec d'autres institutions.
L'Académie de Savoie n'a pas, organiquement, de relation particulière avec la France, car elle émane de l'Académie de Turin, dont était membre un des fondateurs, le comte Mouxy de Loche. Ontologiquement, elle se réclamait de l'Académie florimontane, créée en Savoie (à Annecy) au début du dix-septième siècle - avant même l'Académie française. Et j'ai étudié la relation au Romantisme à travers la fondation, à la même période, de l'Université de Bavière, bien sûr d'une plus grande ampleur, mais dont le caractère romantique est avéré et qui, sous cet aspect, a été étudiée par Georges Gusdorf, spécialiste de la question.
Quoique créée sous des auspices catholiques par le roi de Bavière, cette université a accueilli des Philosophes de la Nature qui pouvaient être protestants voire panthéistes, comme Schelling, et, en tout cas, s'efforçaient de mettre dynamiquement en relation les principes religieux et les phénomènes naturels. Georges Gusdorf ne parle aucunement de cette manière de l'université française dans les temp,s qui ont suivi la chute de Napoléon - ni, bien sûr, des académies provinciales, dont le caractère romantique n'est pas avéré.
Sans doute, Gusdorf prend trop comme s'il allait de soi que le Romantisme, en France, s'était fait d'abord à Paris parce que la culture était centralisée, aussi regrettable cela fût-il à ses yeux. Il méconnaît les efforts romantiques des régions francophones non françaises, comme le Québec, la Belgique, la Suisse et la Savoie - négligeant d'évoquer bien des auteurs qui y ont vécu, se contentant de parler des seuls Joseph de Maistre et Amiel. Mais il évoque encore moins les auteurs régionaux de France même - l'essor du Félibrige, les Francs-Comtois, les Bretons...
Cependant, je ne pense pas que les académies provinciales de France aient eu la moindre influence sur l'Académie de Savoie, et il n'était, certes, pas de mon sujet d'aborder la question du romantisme régional en général.
Il est vrai que j'ai comparé, notamment dans le chapitre politique, la littérature savoisienne à la littérature provençale - emblématique: j'ai souvent nommé Frédéric Mistral, parfois cité Paul Mariéton. Mais plusieurs auteurs dont je m'occupais avaient aussi écrit en dialecte - et puis la comparaison avec ces auteurs était légitime, parce que, dans les deux cas (provençal et savoyard), la prégnance du merveilleux populaire était patente.
Je ne pense pas que j'avais réellement à citer et étudier les académies provinciales de France, lorsqu'il s'agissait de la Savoie. D'un point de vue scientifique, il était, à la rigueur, plus légitime d'étudier l'Académie de Turin, ou d'autres académies italiennes. J'ai l'impression que la science est souvent brouillée par la question nationale, dans l'université française. Peut-être ailleurs aussi.