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Un match de cricket en pleine mer: so british!
A son bord, une trentaine de joueurs britanniques, en tenue blanche comme il se doit. A la stupéfaction des passagers d'un paquebot qui croise au large, ils sautent tout d'un coup par dessus bord. Car la partie se joue à Solent, le bras de mer qui sépare l'Ile de Wight de la côte sud de l'Angleterre, sur un banc de sable qui émerge pendant une trentaine de minutes des flots, le jour de l'année où la marée est la plus basse.
Tous les ans à la même époque, le Royal Southern Yacht Club d'Hamble, retrouve le club de voile de l'île pour un affrontement au sommet sur les quelques mètres de sable détrempé des "Brambles", le nom donné au lieu. Une tradition vieille de trente ans. En ce mercredi 28 septembre 2011, le point bas de la marée est attendu en fin de journée. Mais les joueurs jettent l'ancre une heure avant l'heure H. "On attend que l'eau se retire", explique Philip Gage, sans perdre des yeux le sonar qui mesure la profondeur de l'eau. "C'est vrai: c'est totalement absurde, mais il n'y a rien de plus amusant que les choses absurdes", concède-t-il, tout sourire.
Mais l'avant-garde de la troupe est déjà à la mer pour voir où en est la décrue: l'eau arrive encore à la poitrine. Quand elle arrive à la cheville, c'est la ruée. Tout le monde se précipite vers le "terrain." Sur le sol détrempé, l'action est surréaliste. Des joueurs se jettent à l'eau pour intercepter la balle, les batteurs s'étalent dans les flaques. Derrière eux, s'entassent une centaine de spectateurs sous un beau soleil d'automne. Beaucoup sont aussi trempés en esquivant les tirs. Un chien Labrador divague autour du terrain, un cycliste fait des ronds sur un vieux vélo.
"C'est du cricket de l'extrême", s'enthousiasme Tony Scarth, 54, un technicien. "C'est aussi typiquement britannique. Qui d'autres que les Anglais joueraient au cricket dans la mer?" "Le truc, c'est de lancer la balle juste au bord d'une flaque, comme ça, le batteur se retrouve avec le visage éclaboussé", explique le navigateur britannique Robin Knox-Johnston, 72 ans. Auteur du premier tour du monde en solitaire et sans escale, il est cette fois à la manoeuvre sous le dossard du Royal Southern.
Quand l'Independance of the Seas, un immense bâtiment qui fait route vers l'Espagne, passe à proximité, il salue les joueurs d'un coup de corne de brume. Mais la mer commence à reprendre possession des lieux: au coup de sifflet final, les joueurs se précipitent vers leurs bateaux. En quelques minutes, le terrain n'est plus qu'un souvenir.
Le Royal Southern a gagné. De retour au club dans la soirée, le capitaine de l'équipe Mark Tomson célèbre toute la beauté du jeu dans un discours inspiré: "Il y a peu de jours dans une année qu'on attend comme celui-là: son anniversaire et celui de son mariage - quand on arrive à s'en souvenir - le jour où votre femme accepte de faire l'amour et le match de cricket aux Brambles!".
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