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...un 30 avril.
Le 30 avril 1877, l'Académie des sciences enregistre un pli cacheté déposé le 18 octobre précédent par un certain Charles Hortensius Émile Cros, 34 ans. Le document décrit un procédé d'enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l'ouïe, nommé paléophone. Ce qui signifie : voix du passé. Sans entrer dans les détails, l'appareil imaginé est constitué d'une membrane vibrante dotée en son centre d'une pointe qui repose sur un "disque animé d'un double mouvement de rotation et de progression rectiligne". Animée par la membrane, l'aiguille trace un sillon sur le disque, et, inversement, lorsqu'on fait repasser la pointe dans le sillon, la membrane restitue le signal sonore.
C'est simple, c'est efficace, sauf que Cros ne trouve personne pour financer la fabrication d'un prototype. Il a beau frapper à toutes les portes, macache ! Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Le 10 octobre 1877, l'abbé Lenoir (signant Le Blanc !) décrit dans La Semaine du clergé l'invention de Charles, en la rebaptisant phonographe. De l'autre côté de l'Atlantique, l'article est-il tombé sous les yeux du Steve Jobs du XIXe siècle, Thomas Edison ? En tout cas des rumeurs courent bientôt que lui aussi travaille sur une machine à enregistrer les sons. Charles Cros s'en inquiète. On va lui piquer son invention ! Il court à l'Académie des sciences, réclame à hue et à dia qu'elle ouvre son enveloppe pour marquer officiellement son antériorité. L'enveloppe est bien ouverte le 8 décembre, mais deux jours après la première démonstration d'enregistrement d'une voix humaine par Edison. Et, le 17 décembre, l'inventeur milliardaire dépose une demande de brevet pour son phonographe. Cros a les crocs. Mais rien n'y fait. Il reste sans voix.
source http://www.lepoint.fr/journalistes-du-point/gwendoline-dos-santos