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GENÈVE L'ancien cadre des Services industriels de Genève est jugé pour corruption au Tribunal de police de Genève. L'homme, qui s'était fait une spécialité des projets éoliens, est accusé de corruption dans deux affaires distinctes. Il conteste tout.
Le patron de Reninvest SA, une société tessinoise active dans le domaine éolien, est aussi assis sur le banc des accusés. Il aurait versé de l'argent à l'ancien cadre des SIG, afin de le récompenser pour son rôle dans les négociations entre l'entreprise tessinoise et la régie genevoise. Lui, également, rejette les accusations.
La présidente du Tribunal de police Isabelle Cuendet a souligné à l'ouverture des débats n'avoir jamais vu un dossier aussi plein de contradictions. Les protagonistes de l'affaire changeaient parfois de versions au cours d'une même audience d'instruction. La procédure a rempli 18 classeurs fédéraux.
Il aurait demandé 100'000 francs
La première affaire concerne la société Swisswinds, spécialisée dans le domaine éolien en Valais. L'ex-cadre des SIG aurait réclamé au responsable de cette entreprise 100'000 francs afin de ne pas nuire au projet de partenariat entre Swisswinds et les Services industriels de Genève.
La proposition aurait été faite lors d'une rencontre entre les deux hommes à Lausanne en mai 2010. Le patron de Swisswinds a dénoncé assez rapidement après la tenue de cette réunion cette tentative de corruption. L'accusé, de son côté, a nié devant le tribunal, la réalité d'un tel rendez-vous.
Pour le prévenu, le patron de Swisswinds aurait inventé cette réunion pour lui nuire. «On ne s'entendait pas à l'époque, il voulait me faire la peau, car il ne voulait pas que je touche à son pré carré en Valais», a-t-il expliqué. Le représentant de Swisswinds a répété mercredi sa version des faits devant le tribunal.
Un livre bien rémunéré
La deuxième affaire implique la société tessinoise Reninvest. La femme de l'ex-cadre des SIG travaillait pour cette entreprise à l'époque des faits. En plus de son activité administrative, elle avait été mandatée pour écrire un livre intitulé «Ces pionniers suisses de l'éolien».
L'ouvrage ne se voulait nullement littéraire. La femme de l'accusé a puisé une grande partie de son inspiration dans un livre qu'avait écrit son mari sur les avocats pénalistes belges. Seules les interviews des personnes qui y figurent sont véritablement de sa main. Le reste est plus un travail de copié-collé.
«Il s'agissait d'un outil de promotion, avec des personnages connus», a dit le patron de Reninvest devant le tribunal. Selon l'acte d'accusation, l'entreprise a payé à la femme de l'ex-cadre des SIG la somme de 180'000 francs afin d'obtenir les droits d'auteur du livre.
Pour le Ministère public, ce montant est exagéré. Il soupçonne que derrière ce versement se cache un dessous-de-table. L'ex-cadre des SIG aurait reçu une partie de l'argent pour son implication dans les négociations ayant abouti à différents accords de partenariat entre Reninvest et les SIG, visant à développer des parcs éoliens.
Eviter des remous
Le responsable de Reninvest a tenté de justifier la somme payée à l'auteur «des pionniers suisses de l'éolien». A la demande des SIG, Reninvest a dû se séparer de l'employée. «Je voulais éviter une procédure pour licenciement abusif», a expliqué le patron tessinois. «Nous voulions aussi ce livre pour notre usage».
La femme a aussi un fils autiste. «Elle n'aurait pas trouvé du travail à l'époque». Cette situation était moralement pénible, a confié le directeur de Reninvest. Le livre a contribué à la conclusion de contrats importants dans l'éolien, a-t-il ajouté. «Avec le recul, j'aurais payé plus».
Le procès se poursuit jeudi avec le réquisitoire du premier procureur Stéphane Grodecki et les plaidoiries des avocats. Le verdict sera rendu dans une semaine.
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Désastres en série
Les Services industriels genevois ont mené durant longtemps une hasardeuse politique dans les énergies renouvelables. Depuis 2009, les SIG ont perdu 68 millions avec les projets JUEL I, II et III portant sur 29 parcs éoliens dont aucun n'est sorti de terre. La régie avait aussi investi 344 millions dans EDH, active dans l'hydraulique, dont la valeur a chuté. En septembre 2013, le directeur général André Hurter avait été obligé de démissionner. Il est toujours prévenu d'entrave à la justice.