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Les sondages sur les élections fédérales australiennes du 7 septembre 2013 annonçaient une défaite du parti travailliste (ALP, Australian Labor Party). Cela s’est confirmé dans les urnes, les travaillistes perdant même plus de 4 points par rapport à la précédente législature.
Cette défaite était cependant attendue depuis longtemps. L’ALP a été impliqué dans plusieurs controverses, y compris une bataille pour son leadership entre Kevin Rudd et Julia Gillard et entre les différentes factions. Ils ont également dû faire face à un environnement misogyne réticent à collaborer avec la première femme Première Ministre d’Australie. L’opposition conservatrice était en outre résolument déterminée à monter en épingle le déficit budgétaire, et la presse, dominée par le magnat réactionnaire Rupert Murdoch, a pesé de tout son poids pour détruire les projets de mise en œuvre d’une taxe sur le carbone.
Pour les électrices-eurs désirant passer d’une politique de cour d’école à une politique centrée sur les enjeux actuels, le choix de Tony Abbott, leader de l’aile droite de la coalition conservatrice, pouvait sembler a priori le moins mauvais. Toutefois, ce pour quoi les électrices-eurs ont voté en choisissant Abbott se révèle de plus en plus en clair. Maintenant beaucoup estiment qu’ils se sont trompés et que garder les travaillistes au pouvoir aurait été après tout plus prudent.
L’ALP a largement déçu notamment à cause de son éloignement, ou plutôt de sa coupure avec ses racines ouvrières traditionnelles. Sous l’impulsion de Bob Hawk et Paul Keating à la fin des années 1980, les thèses néolibérales ont été promues et ce changement s’est traduit par la privatisation de nombreux biens publics, le flottement de la devise australienne (qui était arrimée au dollar US) et l’abaissement des droits de douane. Il n’y a eu aucune remise en cause de ces mesures. Aussi bien sous Rudd que sous Gillard, l’ALP a étendu ces politiques et a, dans le domaine de l’asile, appliqué une politique draconienne contre les réfugié-e-s. La vérité est que l’allégeance bipartisane au néolibéralisme détruit la politique australienne.
Comme l’ALP commence à construire l’ère post Gilliard et Rudd sous la conduite de Bill Shorten, c’est le moment de repenser sa place dans la politique australienne. Il est temps de se reconnecter avec ses origines ouvrières. Un bon point de départ serait de régler cette évidente contradiction: le parti se décrit lui-même comme un parti socialiste et démocratique et représente les travailleuses-eurs, alors qu’il continue de soutenir la croissance des inégalités en Australie et ailleurs à travers son soutien aux politiques néolibérales. L’ALP se cache derrière le populaire congé parental et les réformes du système éducatif, mais soutient la structure inégalitaire du système qui appauvrit les travailleuses-eurs.
*Chercheuse, Université d’Oxford. Paru dans Pages de gauche n° 128, décembre 2013, www.pagesdegauche.ch