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Haut Potentiel Intellectuel & Surefficience
Les termes "haut potentiel intellectuel" (HPI) et "surefficience" décrivent des types de fonctionnement psychique qui se rencontrent seulement à partir d'un niveau élevé de compétences cognitives et qui le plus souvent se recoupent.
Haut potentiel intellectuel et surefficience peuvent être mis en lien avec les notions d’hypersensibilité du système nerveux et de perméabilité à l'environnement, à des degrés différents et avec des implications différentes pour chaque personne concernée.
Ni l’un ni l’autre ne sont à considérer comme des pathologies ni, conséquemment, ne correspondent à des diagnostics. Ces fonctionnements singuliers peuvent toutefois être à l’origine d’un vécu de souffrance important, en particulier lorsqu’ils ne sont pas identifiés ou reconnus par la personne elle-même ou son entourage.
Haut Potentiel Intellectuel (HPI)
Le haut potentiel intellectuel (HPI) est formellement identifié et démontré lorsque les performances cognitives, telles que mesurées par les tests psychométriques standardisés de Quotient Intellectuel (QI) de la batterie Wechsler, se révèlent supérieures à environ 97,5% des personnes de la même tranche d'âge. Seuls les psychologues sont habilités à administrer ces tests.
Les résultats quantitatifs obtenus à ces tests ne doivent cependant en aucun cas être utilisés comme indicateur unique, mais doivent être couplés à une anamnèse individuelle et familiale ainsi qu'à l'expertise clinique du psychologue qui les administre. Ils ne doivent pas non plus être fétichisés car ils ne représentent qu’une partie du tableau clinique pouvant éclairer le fonctionnement singulier d’un individu. Il s’agit en revanche de la seule méthode reconnue par la communauté scientifique pour confirmer formellement l’hypothèse d’un fonctionnement de type haut potentiel intellectuel, parfois également appelé "douance" ou "surdouance".
La question de la précocité intellectuelle, traduite quant à elle par l’expression « enfant précoce », a pour sa part été peu à peu abandonnée car il a été démontré depuis que ce type de fonctionnement ne se résorbe pas avec l’âge et que l’écart ressenti avec la majorité de la population demeure à l'âge adulte. Ceci que la réussite effective sur le plan personnel et professionnel soit ou non au rendez-vous.
Aujourd'hui encore de nombreux adultes ne sont pas conscients de la singularité de leur fonctionnement intellectuel ou ne trouvent pas les mots corrects pour comprendre le sentiment de différence qui les habite. Les percevant comme possédant de bonnes ressources, leur entourage est parfois peu enclin à sympathiser avec une souffrance ou un sentiment d'inadaptation sociale pourtant pleinement légitimes.
Surefficience
La surefficience est une notion plus clinique que psychométrique, plus chaude en quelque sorte, issue de l’expérience des professionnels du monde psychothérapeutique (psychologues, psychanalystes, psychiatres, coachs) qui l’ont observée en consultation. Elle traduit une relation à l’environnement (sensible, intellectuel, affectif) singulière par rapport à la majorité de la population. On l’observe à partir d’un niveau intellectuel élevé qui peut cependant ne pas remplir toutes les conditions quantitatives formelles d’un haut potentiel intellectuel.
La surefficience est caractérisée par un traitement des informations perceptives, proprioceptives, émotionnelles et cognitives sensiblement plus extensif, holistique, et rapide que la moyenne de la population générale. En résulte parfois une grande capacité d’intuition, laquelle peut toutefois être accompagnée de difficultés à justifier un raisonnement ou une analyse de la situation s’avérant pourtant corrects (fulgurances).
Une sensibilité artistique ou créative n’est pas rare, sans toutefois être systématiquement présente.
La capacité à faire des liens entre différents domaines sensations et réflexions, à mentaliser et à mémoriser le vécu propre, est accrue d’où une tendance importante à la remise en question et aux boucles réflexives (introspection, capacités d'analyse et prévalence du doute quant au bien fondé de sa propre opinion et de son propre comportement).
La curiosité presque anthropologique à propos de soi et de la marche globale du monde peut générer chez la personne surefficiente de nombreuses réflexions constructives, utiles et novatrices, tout comme une souffrance sourde et diffuse en lien avec un flux de pensée parfois difficile à canaliser. La proximité avec un trouble de l'attention est à ce sujet souvent évoquée.
Parfois perçue par son entourage comme idéaliste, révoltée ou souvent insatisfaite, la personne présentant un fonctionnement surefficient ne parvient pas à fermer les yeux sur ce qu'elle perçoit comme des défauts fondamentaux pouvant être rectifiés, tant chez elle-même qu'au niveau familial, professionnel et sociétal.
Un sentiment de non-appartenance ou de décalage avec les groupes sociaux (groupe familial, scolaire, professionnel, politique, religieux etc) n’est pas rare ce qui, couplé à une grande sensibilité affective, peut contribuer à provoquer des symptômes anxio-dépressifs invalidants.
Au rang des difficultés que peut rencontrer une personne surefficiente on relève fréquemment des difficultés attentionnelles, de planification ou de motivation (procrastination) en lien avec une surcharge d’informations à traiter. Cet aspect du fonctionnement peut être interprété comme un déficit (souvent temporaire et contextuel) d’inhibition des informations non-pertinentes. C’est-à-dire des difficultés à faire le tri entre les informations utiles et celles qui pourraient avantageusement être ignorées dans une perspective de prise de décision.
Cette facette du fonctionnement surefficient est encore plus évidente et potentiellement problématique en cas d'hyperesthésie, lorsque certains sens paraissent excessivement aiguisés (hypersensibilité olfactive, tactile, visuelle, auditive etc).
L’hyperempathie, ou capacité accrue d’identification au vécu affectif ou cognitif d’autrui, est également un élément constitutif de la surefficience. La quasi impossibilité d'ignorer l’état affectif (parfois inconscient) de l’interlocuteur peut conduire la personne surefficiente à « se charger » d’émotions et de représentations qui ne sont pas nécessairement les siennes, en particulier dans son contexte familial et professionnel.
Ces différentes caractéristiques de fonctionnement, qui touchent aussi bien les perceptions que la cognition et les affects, aboutissent à une façon d’être au monde très connectée, réflexive et intense, qui peut déstabiliser tant la personne elle-même que son entourage, créant de nombreux degrés possibles de malentendus.
Il est important de relever que toutes les facettes décrites ci-dessus ne sont pas systématiquement présentes ni ne sont exhaustives. Il est également primordial de considérer qu'il peut exister d'éventuels troubles associés (troubles de l'humeur, troubles anxieux, troubles de l'attention etc), dont les caractéristiques peuvent parfois se confondre avec ces descriptions et colorer le vécu individuel de chaque personne concernée par ce fonctionnement.
© Blaise Petitpierre 2018
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