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Au-delà des montagnes
La version du duo disco Pet Shop Boys de Go West illustre l'ouverture et la fermeture de Mountains May Depart, qui retrace les destins d'une femme (Zhao Tao) et des hommes de sa vie, de 1999 à l'an 2025.
Certains critiques ont qualifié ce film de mélodrame futuriste, mais il s’apparente surtout à une fresque historique qui dépeint les changements sociaux et économiques vertigineux de la Chine contemporaine qui passe de l'état communiste à une superpuissance émergente, aux possibilités de marché extrêmes.
Jia a dit qu'il a choisi ce hit électro des Pet Shop Boys (une reprise d'une chanson des Village People) pour capturer l'énergie et l'optimisme de la jeunesse chinoise dans les années 1990, alors que le pays commençait à s’ouvrir rapidement.
Il y a quelque chose de confus à propos du dernier opus du maître chinois Jia Zhang-ke (Platform, Plaisirs inconnus): en dépit de son histoire prometteuse et de l'expressivité formelle très léchée, une maladresse de ton, difficile à cerner si intentionnelle ou non. Inappropriée, comique parfois, elle est difficile à cerner et déconcerte les spectateurs. Jia travaille sur un certain niveau d'ironie mais malmène la dimension mélodramatique exacerbée du film, en particulier dans le dialogue en anglais qui domine le troisième acte.
Divisé en trois chapitres sur 25 ans (1999, 2014, et 2025), le film commence au tournant du siècle, et suit les méandres d’un triangle amoureux entre trois amis, laissant entrevoir les chemins possibles de leurs destinées à travers une génération. Tao (Zhao Tao, épouse et muse de M. Jia) est une jeune femme heureuse et joyeuse, aimée tant par le modeste mineur de charbon Liang et leur copain ampoulé et fortuné, Jinsheng. En proie à ses désirs contradictoires, Tao choisit le plus riche en espérant garder l’amitié du plus démuni mais ce dernier quitte la région pour cesser de souffrir, le cœur brisé, tandis que les deux autres se marient et ont un enfant que le père prénomme Dollar. Lorsque le film passe en 2014, il semble que la dureté de l'existence a joué un rôle dans l'élaboration de la vie de tous les trois, en particulier Liang, qui est devenu malade, rentre chez lui et retrouve son amour perdu dans l'un des passages les plus émouvants du film. Dans la troisième partie futuriste, Dollar devient le protagoniste, et doit faire face à aux choix de vie de ses parents et des non-dits hérités.
L’état économique et humain de la société chinoise est étudié tout au long de ces trois chapitres, traité comme un vecteur transformateur indépendant du contrôle des caractères. Chaque chapitre est présenté dans un format différent : pour 1999 en 1,37:1, pour en 2014 1,85:1, et pour 2025 2.35:1. De la vision du monde naïve des personnages au XXème siècle, la portée du film se développe dans les deux décennies successives, introduisant certaines vérités sur la vie de chacun des personnages au-delà de leurs éléments initiaux.
Le concept regorgeait de possibilités narratives et de rebondissements dramatiques mais, le cinéaste ayant axé son intrigue sur ce va-et-vient amoureux, les enjeux du film sont rapidement minés malgré un jeu irréprochable des comédiens et une architecture minutieusement structurée. Stylistiquement, le film se démarque de la compétition cannoise avec ses choix formels audacieux: quelques séquences sont tournées dans un format numérique moins cher, proposant parfois des effets de distorsion et la manipulation de l'image de façon inattendue. Malheureusement, le troisième volet s’égare en dissertant, à travers la figure du fils, sur l'injustice de la vie, le pouvoir de choisir, et la peur de la mort, mais surtout la recherche psychanalytique inéluctable de Dollar qui s’amourache de son professeur de chinois à défaut de retrouver sa mère, restée en Chine, offrant une chute plutôt maladroite au film.