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En avril 1940, Marcel Montfort, officier instructeur de l’infanterie, dirige une mission militaire secrète en France, dont fait partie le major EMG Gonard et qui se situe dans le cadre de la planification d’une coopération en cas d’invasion de la Suisse par la Wehrmacht. Il commande successivement le régiment d’infanterie 3, la brigade frontière 1, la brigade de montagne 10, la 1re, puis la 2e division, les écoles centrales II et III. Il dirige ensuite pendant quatre ans la RMS.C’est sa dernière montée au créneau : il faut reprendre le poste du colonel brigadier Masson. Marcel Montfort s’y porte, comme à chacun de ses commandements, avec la détermination, la rigueur de pensée, la passion d’efficacité, la modestie dans la maîtrise qui ont constamment marqué son action de chef et d’écrivain militaire.
Un écrivain, pas un polémologue ou un contemplatif de l’art de la guerre. Il écrit, lui le moins paperassier des commandants, pour que la connaissance et la compréhension des faits suppléent à l’expérience, étayent et stimulent la décision intelligente et résolue, orientent et nourrissent l’instruction. Le rédacteur en chef de la RMS poursuit le même but que le commandant de régiment et d’écoles centrales, le divisionnaire qui mettait sur papier rose ce que ses officiers devaient avoir dans leur sabretache s’ils ne l’avaient pas dans la tête. Exigeant sur le chapitre de l’instruction et de la discipline, Montfort l’est, sans concessions; mais il sait pourquoi et le fait comprendre simplement. La guerre n’est pas une partie de plaisir ; sa préparation ne peut pas l’être non plus. Ce pouvoir de rendre évident le vrai et le juste entre pour beaucoup dans l’autorité magnifiquement naturelle de Marcel Montfort.
Il faut dire aussi que les événements lui ont donné amplement raison. L’un des tout premiers en Suisse, il a discerné, bien avant les campagnes de Pologne et de France, le visage nouveau que l’emploi massif des blindés donnerait aux opérations et à la tactique, et réclamé une défense antichar, ce qui bousculait pas mal d’idées reçues. Envoyé en observateur sur le front français pendant la « drôle de guerre », il en revient – ses subordonnés s’en souviennent – avec l’appréciation la plus pessimiste de l’impréparation au combat des troupes qu’il a visitées.
La vérification d’une vision réaliste peut contenter un théoricien. Chez Montfort, elle stimule l’imagination, l’invention, le besoin de traduire en actes utiles les leçons acquises et les prévisions qu’elles appellent, avec cette soif de vraisemblance qu’a si bien notée Bernard Barbey dans P.C. du Général. C’est ainsi qu’il conçoit, en octobre 1940, l’idée, approuvée par Guisan, d’un détachement combiné de chars, d’infanterie portée et d’aviation, colporteur d’actions offensives qui doit tenir en haleine nos troupes en manoeuvres ou à l’instruction. On pourrait donner bien d’autres exemples d’un comportement où le courage intellectuel, la vivacité d’esprit et le sens du possible rejoignent de façon exemplaire la plus concrète des pédagogies.
Qualités éminentes dont les lecteurs de la RMS bénéficient pendant une quarantaine d’années, au fil d’articles clairs, solides et nets comme l’écriture même de Montfort. Mais il n’aurait pas été l’homme et le chef qu’il fut, s’il n’y avait eu, au-dessus de tout cela, la pureté de sa vocation militaire, la droiture d’un caractère désintéressé et une exceptionnelle force d’impulsion.