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La division allemande des opérations spéciales :
10 janvier 2005
es forces spéciales sont un outil stratégique que les armées développent en réponse aux défis de notre ère. En Allemagne, une récente réorganisation a vu le rassemblement de forces spéciales et spécialisées dans une division.
Quiconque s’intéresse sérieusement aux formations et Grandes unités de la Bundeswehr, aujourd’hui, se demande ce que la suite leur réserve. Les Forces terrestres sont en effet dans la transition entre « Neuen Heer für Neue Aufgaben » et « Heer der Zukunft ». En parallèle, la transformation est planifiée dans le cadre de « Heer 2010 », et la restructuration à peine achevée va de nouveau commencer. Il est vrai que d’après la conception de la Bundeswehr, la transformation est l’organisation d’un processus d’adaptation continu et anticipé à des conditions-cadres changeantes, afin d’augmenter l’efficacité de la Bundeswehr à l’engagement et de la maintenir dans la durée. Les menaces perceptibles actuellement et à l’avenir exigent avant tout des forces légères et très flexibles pour la gestion des conflits.
En considérant la division des opérations spéciales (Division Spezielle Operationen, DSO) sous cet angle, on constate que cette Grande unité compte des forces spéciales et spécialisées qui en font une organisation d’avenir. L’inspecteur général a défini de la sorte leur mission dans sa directive pour le développement des Forces armées du 1er mars 2004 : pour les forces d’intervention, rendre les forces spéciales et spécialisées capables de mener des opérations d’évacuation et de combattre des forces irrégulières ; pour les forces de stabilisation, intégrer une partie des forces spéciales et spécialisées à la masse des troupes d’aide au commandement et de logistique, également au niveau division.
Missions, structures et équipement
Avec le déclin des confrontations militaires directes, les menaces d’un autre type ont augmenté dans des proportions effrayantes. Le monde s’agite davantage et connaît des crises ou des conflits latents et aigus. Les engagements sont devenus nombreux. A partir de la constitution, on peut déduire l’obligation de garantir la protection et la sécurité de citoyens allemands à l’étranger et soldats à l’engagement. Cela nécessite la capacité de parer aux menaces correspondantes et d’assurer le rapatriement, l’évacuation et le sauvetage dans des situations menaçantes, y compris face à une force hostile. Ces tâches doivent être accomplies par l’ensemble des Forces armées ; toutefois, la DSO est l’instrument national et aéromobile de gestion de crises, et elle doit remplir 4 missions opératives :
Les engagements de prévention des conflits et de gestion des crises ainsi que la lutte contre le terrorisme international forment les tâches les plus probables des Forces armées allemandes, et la planification en vue de répondre à ces défis a commencé en 1999. L’un des résultats a été en 2001 la fusion entre le commandement des forces spéciales et l’état-major de division « commandement des forces aéromobiles / 4e division » à Regensburg, et leur transformation en division des opérations spéciales. En matière de terminologie, une distinction a été établie entre les forces spécialisées (deux brigades aéromobiles et des troupes divisionnaires) et les forces spéciales (le KSK).
Ainsi, la DSO se compose de la brigade aéromobile 26 basée à Sarrelouis, de la brigade aéromobile 31 basée à Oldenburg et du DSK basé à Calw. Chaque brigade aéromobile comprend deux bataillons de parachutistes, un bataillon d’appui aéromobile avec des éléments sanitaires organiques et une compagnie du génie aéromobile. A l’échelon divisionnaire, la DSO compte une compagnie d’état-major, deux compagnies de transmissions aéromobiles, deux compagnies d’exploration aéromobiles et la compagnie d’application pour l’exploration en profondeur. Une partie des troupes a du être restructurée, et d’autres nouvellement créées. Le bataillon d’appui est ainsi nouveau, car il rassemble les unités logistiques et sanitaires. Une compagnie de DCA aéromobile doit encore être mise sur pied. Par ailleurs, les bataillons aéromobiles intègrent des sections de chiens avec des animaux aptes à la détection de personnes et d’explosifs, ainsi que des sections spéciales de parachutistes.
La DSO est ainsi en mesure, avec l’appui supplémentaire d’éléments appartenant aux armes spécialisées, de tenir constamment à disposition les forces de circonstance exigées pour le combat contre des forces irrégulières et l’évacuation, ainsi que les forces pour des opérations spéciales (par le KSK). A l’avenir, une brigade (la 26e) sera classée dans les forces d’intervention et une autre (la 31e) dans les forces de stabilisation. Avec 14 garnisons dans 6 Länder différents, le stationnement n’est certainement pas idéal. Un avantage réside cependant dans l’obtention de la relève.
Le commandement des forces spéciales, à Calw, joue un rôle particulier. Après une certaine ouverture durant la phase initiale, on souhaite dans le futur limiter les informations disponibles, et ceci pour de bonnes raisons. Parmi les engagements de cette jeune formation, on se souvient de celui mené dans le cadre de l’opération Enduring Freedom en Afghanistan. Mais la création de l’unité n’est pas encore achevée : le volume en personnel d’environ 1000 soldats n’est pas encore atteint, en raison des exigences très élevées dans la procédure de sélection.
Le KSK est capable de mener de manière indépendante une partie importante d’une opération ou de travailler en collaboration avec les forces spécialisées. De ce fait, il sera soit engagé dans le cadre d’une force de circonstance, soit renforcé par des forces spécialisées. Le KSK est particulièrement qualifié pour l’acquisition de renseignements-clefs, la libération d’otages et de prisonniers ainsi que l’élimination d’objectifs ponctuels d’ampleur opérative. Une collaboration étroite a lieu avec les forces spéciales des nations alliées par l’échange d’expériences dans l’instruction comme à l’engagement.
La caractéristique déterminante pour l’équipement de la DSO reste la compatibilité intégrale avec le transport aérien, jusque et y compris le parachutage. Etant donné le volume défini en poids, les décisions en matière d’acquisition résultent d’une harmonisation minutieuse entre l’efficacité à l’engagement, la mobilité ainsi que les capacités d’endurance et de survie. Au-delà, l’objectif poursuivi consiste à améliorer les capacités dans les catégories conduite, aide au commandement, acquisition de renseignements et exploration. Le tout est compris comme un processus permanent dans le sens de la transformation.
Les premiers systèmes « fantassin du futur » sont livrés actuellement. Ils représentent aujourd’hui le meilleur système disponible et orienté vers l’avenir. Comme véhicule d’engagement, les forces spécialisées vont acquérir le Mungo. En 2004, la DSO a reçu les premiers Wiesel 2 de Rheinmetall Landsysteme GmbH (RLS) ainsi que les Bv 206S en version sanitaire ; ce véhicule développé par la firme suédoise Hägglunds sera également livré par RLS. La version de commandement du Wiesel suivra prochainement, puis la version lance-mines. Le Wiesel 1 est employé depuis des années en version TOW et canon 20 mm ; ce dernier sera transformé en véhicule d’exploration moderne.
Pour les compagnies du KSK, le véhicule d’engagement retenu est l’AGF (Aufklärungs- und Gefechtsfahrzeug), qui se base sur un Wolf dans sa forme la plus moderne (Mercedes Benz G 270 CDI). La particularité du KSK sera l’acquisition de petites quantités afin d’améliorer l’équipement selon des besoins identifiés. Une compréhension juste de la transformation passe par un processus d’adaptation permanent et par l’amélioration progressive de l’efficacité à l’engagement. Même si la disponibilité opérationnelle de la DSO sera seulement atteinte à la fin de la décennie en matière de personnel et d’équipement, les défis posés aux « forces de la première heure » et les engagements en cours ne permettent pas d’attendre jusqu’à cette date.
Texte original: Jürgen Erbe, "Division Spezielle Operationen", Europäische Sicherheit, Oktober 2004