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Dieu - Illusion ou réalité ?
par Francis Schaeffer
TITRE V - LA PRE-EVANGELISATION: UN DEFI
CHAPITRE 1 - Plaider la cause de la foi chrétienne auprès de notre génération.
La défense de la foi
L'apologétique chrétienne a deux buts: le premier est la défense du christianisme; le second est sa communication claire et intelligible à une génération donnée.
Il est légitime et nécessaire de défendre la foi car, à toutes les époques, le christianisme historique est exposé aux attaques. Défendre ne signifie pas être sur la défensive. Le mot défense ne doit pas nous gêner. Les tenants d'un système quelconque en contact avec leurs contemporains doivent donner des réponses satisfaisantes aux questions qui leur sont posées. Le mot "défense" n'est pas employé, ici, dans un sens négatif puisque, dans toute conversation, dans toute communication en forme de dialogue, il importe de répondre aux objections.
Cette attitude est nécessaire pour moi-même si, comme chrétien, je veux conserver mon intégrité intellectuelle et préserver l'unité de ma vie personnelle, spirituelle et intellectuelle. Elle l'est également pour ceux dont je suis responsable.
Quelle que soit l'époque, il est déraisonnable de penser que la génération suivante continuera d'adopter le christianisme historique sans autre. Il faut l'aider à discuter les erreurs des arguments de son temps et à contester les connotations, opposées au christianisme, du vocabulaire en usage. Nous devons préparer les jeunes chrétiens à affronter la culture monolithique du XXe siècle, en leur enseignant sur quel point particulier et nouveau l'attaque est maintenant dirigée.
Partout où je vais, aux Etats-Unis comme dans d'autres pays, je constate que les enfants de chrétiens sont perdus pour le christianisme historique. Cela n'arrive pas seulement dans quelques milieux particuliers et dans certains endroits, mais partout. Ces enfants sont perdus parce que leurs parents sont incapables de les comprendre et de les aider quand ils en ont besoin. Ce manque de compréhension se rencontre non seulement chez les parents, mais souvent aussi dans les Eglises, dans les Facultés de Théologie et dans les oeuvres missionnaires. Certaines de ces Facultés (autres que les Facultés "libérales") perdent plus de dix pour cent de leurs meilleurs étudiants avant la fin de leurs études. Nous avons laissé la nouvelle génération démunie face à la pensée du XXe siècle.
La défense de la foi pour soi-même et pour ceux dont on est responsable est donc un acte conscient et réfléchi. Etre chrétiens "évangéliques" et avoir le Saint-Esprit en nous ne nous libèrent pas automatiquement de l'influence ambiante. Le Saint-Esprit peut, certes, faire ce qu'il veut, mais la Bible ne sépare pas son oeuvre de la connaissance; aussi l'action du Saint-Esprit ne supprime-t-elle pas notre responsabilité de parents, de pasteurs, d'évangélistes, de missionnaires ou d'enseignants.
La communication de la foi
Ceci dit, l'apologétique ne doit jamais se contenter de parer les attaques. Nous avons aussi la responsabilité de communiquer l'Evangile.
L'apologétique chrétienne ne ressemble pas à la vie que l'on mène dans un château-fort, pont-levis levé, en se contentant de jeter de temps à autre une pierre par-dessus les remparts. L'apologétique chrétienne ne correspond pas à la mentalité d'assiégés qui disent: "vous ne pourrez jamais nous atteindre ici". Si le chrétien adopte cette attitude, en théorie et en pratique, il perdra tout contact avec ceux dont la pensée est celle du XXe siècle. L'apologétique ne doit pas être simplement une discipline académique, un nouveau genre de scolastique. Il faut la penser et la mettre en pratique dans les heurts que suscite le contact vivant avec la génération présente. Le chrétien doit avoir le souci de présenter, non pas seulement son propre système bien équilibré – à la manière d'un système métaphysique grec –, mais plutôt un système qui reste au contact permanent de la réalité, la réalité des questions posées par ses congénères.
Personne ne peut devenir chrétien sans comprendre ce que dit le christianisme. Or, beaucoup de pasteurs, de missionnaires et d'enseignants chrétiens paraissent impuissants lorsqu'ils essayent de s'adresser aux personnes cultivées ou à la masse de ceux qui les entourent. Ils ne semblent pas comprendre que leur devoir est de parler aux gens qui vivent aujourd'hui: le passé est révolu et l'avenir n'est pas encore là. L'aspect positif de l'apologétique est donc la communication de l'Evangile à la génération présente en des termes qu'elle puisse comprendre.
Il est important de se rappeler qu'il est impossible d'envisager une véritable apologétique en dehors de l'action du Saint-Esprit et d'une relation vivante, dans la prière, avec le Seigneur. La bataille à mener n'est pas, en effet, une bataille seulement contre la chair et le sang.
Cependant l'insistance avec laquelle la Bible déclare que la connaissance est nécessaire au salut doit nous conduire à apprendre ce qui est utile à la communication de l'Evangile. Le christianisme historique ne s'est jamais dissocié de la connaissance et il insiste sur le fait que toute vérité est une. Voilà ce qu'il convient de mettre en pratique et d'enseigner, même si la pensée et la théologie du XXe siècle le nient.
L'invitation à agir doit reposer sur une base suffisante de connaissances. C'est dans cette perspective que Jean dit avoir écrit son Evangile: "Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceci est écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom". (Jean 20:30-31) Le mot "miracle" désigne les événements historiques de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ racontés dans cet Evangile. Dans la langue du XXe siècle, nous traduisons le mot "miracle" par "preuve spatio-temporelle". "Jésus a donc apporté beaucoup d'autres preuves spatio-temporelles". Remarquez que ces preuves, qui, par leur nature même, peuvent être observées, ont été données en présence des disciples qui les ont vues. En outre, ces preuves ont fait l'objet d'une description écrite qui peut être analysée selon l'usage normal du langage tel qu'il est fixé dans les grammaires et les dictionnaires.
L'ordre de ces versets est important. En premier lieu, les preuves spatio-temporelles ont été mises par écrit et peuvent être, par conséquent, examinées soigneusement. En second lieu, elles constituent, par nature, une évidence solide et suffisante que Christ est le Messie prophétisé dans l'Ancien Testament, et aussi le Fils de Dieu. En troisième lieu, la foi n'intervient qu'après vérification faite de la vérité du message, à la lumière de ces preuves.
Le prologue de l'Evangile de Luc présente la même démarche pour acquérir la vraie connaissance (Luc 1:1-4): "Puisque plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous" (ils sont arrivés dans l'histoire, dans l'espace et dans le temps, devant "nous") "tels que nous les ont transmis ceux qui dès le commencement en ont été les témoins oculaires" (cette histoire peut être vérifiée par des témoins) "et qui sont devenus serviteurs de la parole, il m'a semblé bon à moi aussi, après avoir tout recherché exactement depuis les origines, de te l'exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile" (ce qui peut être vérifié peut aussi être communiqué par des mots, par écrit), "afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus".
Il n'y a pas de saut dans le vide, il est possible de "connaître la vérité". Une fois cette introduction comprise, nous sommes prêts à lire le reste de l'Evangile de Luc, en commençant par le verset qui suit: "Au temps d'Hérode, roi de Judée, il y eut un sacrificateur..." Par le prologue, nous savons que Luc a choisi la vérité historique comme cadre de son récit et qu'Hérode, Zacharie et le Christ y trouvent place.
La connaissance précède la foi. Cela est capital pour comprendre la Bible. Affirmer, et telle devrait être la pensée de tout chrétien, que seule est vraie la foi en Dieu fondée sur la connaissance est un discours explosif au XXe siècle.