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Max E. Ammann est un travailleur engagé qui oeuvre en coulisses et il a posé de nombreux jalons dans le sport équestre dont il a marqué de nombreuses étapes de son empreinte. Il connaît la scène du sport équestre international comme nul autre, ses archives sont pleines de trésors photographiques et documentaires du temps passé.
Tirage de l’ordre de départ à la finale de Coupe du monde de Paris en 1987. De gauche à droite: Leslie Burr Lenehan, le directeur de la Coupe du monde Max E. Ammann et Nick Skelton | © Archives Max E. Ammann
Le livre anniversaire de la Fédération Suisse des Sports Equestres «Les 120 ans du sport équestre en Suisse» est sa dernière oeuvre en date. Son interview dans le «Bulletin» nous permet d’en savoir un peu plus sur cet homme fascinant.
«Bulletin»: Quel est le plus ancien souvenir que vous gardez des chevaux et du sport équestre?
Max E. Ammann: Il y a toujours eu des chevaux dans ma vie. Mon père dirigeait un commerce de fruits et une entreprise de transport à Ermatingen en Thurgovie, entreprise fondée en 1901 par mes grands-parents. En ce temps-là, les acheteurs principaux de nos produits vivaient à Constance en Allemagne et la marchandise était acheminée à plus de 15 kilomètres au-delà de la frontière avec une charrette tirée par un chien. En 1908, mes grands-parents ont acheté leur premier cheval car la voiture à chien n’était plus assez grande. Les affaires marchaient bien et en 1911, une première livraison de fruits a été acheminée à Zurich avec les CFF. Quand mon père a repris l’entreprise vers 1940, il possédait cinq chevaux pour collecter les pommes et les baies avec une charrette chez les paysans des environs. Dès que j’ai été assez grand, j’ai pu aider à charger les produits les après-midis après l’école et on passait d’un paysan à l’autre avec cet attelage à deux chevaux. De retour dans l’entreprise, les fruits étaient pesés et répartis en lots pour être transportés le soir avec le train à Zurich et à St-Gall. Les chevaux étaient des demi-sang français et hanovriens que nous montions et que nous attelions quelquefois le dimanche pour une promenade ou une excursion.
Le premier concours que j’ai suivi était le concours de Pâques d’Amriswil en 1945 qui proposait également du sport d’attelage, et ensuite en 1947, les concours de St-Gall et de Frauenfeld. Ces concours ont incité mon père à participer à des concours d’attelage avec ses chevaux. C’est ainsi qu’entre 1946 et 1954, j’ai participé aux concours en Thurgovie en tant que passager sur les attelages à deux et à quatre chevaux de mon père.
Par contre, je n’ai jamais été un meneur ou un cavalier de compétition actif. En ce temps-là, je m’intéressais plus au football et à l’athlétisme.
Avez-vous toujours su que vous vouliez vous consacrer au sport équestre professionnellement parlant?
Non, mon parcours professionnel semblait m’entraîner dans une autre direction. A 16 ans, j’ai fait un apprentissage commercial dans une entreprise de transport et j’ai ensuite travaillé jusqu’en 1963 dans des entreprises de transport et des compagnies maritimes à Bâle, à la Chaux-de-Fonds, à Zurich, à Hambourg et à St-Gall.
Cela étant, j’ai découvert mon intérêt pour l’écriture et l’histoire. Nous recevions alors le «Schweizer Kavallerist», le prédécesseur de l’actuel «Kavallo», à la maison. J’y ai découvert une annonce qui proposait deux brochures sur les Jeux Olympiques de 1936 et de 1948, éditées par le «Schweizer Kavallerist». Je les ai commandées et c’est alors que j’ai découvert ma passion pour le travail de mémoire historique des événements du sport équestre.
Quand le tournant vers le sport équestre et le journalisme s’est-il produit?
En ce temps, il n’existait pas d’école de journalisme et celui qui voulait se lancer dans ce métier devait se rendre dans les rédactions pour obtenir des commandes afin de tenter de s’imposer dans le milieu. C’est ce que j’ai fait tout en continuant à travailler dans la branche des transports.
L’année 1959 allait changer ma vie de façon totalement inattendue. Je faisais alors mon école de recrue à Fribourg, où j’ai attrapé une grave maladie qui a entraîné une paralysie.
Malgré cela, je suis parti à New York au début des années 60 pour un travail dans la branche des transports. Or, j’ai très rapidement gagné plus d’argent grâce à mon activité de journaliste que dans le transport. J’ai alors travaillé comme correspondant étranger à New York jusqu’en 1973 pour des quotidiens et des hebdomadaires suisses, allemands et autrichiens pour couvrir les domaines de la politique, de l’économie, de la culture et du sport. Par ailleurs, de 1969 à 1973, j’étais rédacteur en chef du journal suisse d’Amérique «Amerikanische Schweizer Zeitung».
A partir de 1964, j’ai écrit des reportages sur le sport équestre pour des publications spécialisées comme le «Schweizer Kavallerist», la revue française «Information Hippique», la revue allemande «Reiter Revue», la revue néerlandaise «Hoefslag», la revue américaine «Chronicle of the Horse» ainsi que la revue canadienne «Corinthian» - sans oublier naturellement mon travail pour «L’Année Hippique» publiée par Cornaz et Bridel. En tant que journaliste, j’ai toujours été plutôt un analyste, ce qui offrait manifestement un contraste bienvenu avec les journalistes équestres bien implantés. J’établissais des classements mondiaux annuels pour les disciplines Saut, Dressage, Concours Complet et Attelage et plus tard également les tableaux annuels des pays d’élevage. Ces classements annuels étaient publiés dans les revues spécialisées déjà citées ainsi que dans «L’Année Hippique» à partir de la fin des années 80.
Lorsqu’en 1973 je suis rentré en Suisse avec la famille, j’ai été choisi comme rédacteur en chef du «Luzerner Tagblatt» et j’endossais également la fonction de président de l’Association des journalistes de Suisse centrale. Cet emploi me laissait une certaine liberté, ce qui m’a permis de suivre les importants concours mondiaux. C’est ainsi que j’ai découvert qu’outre les CSIO en extérieur, il existait également de magnifiques concours indoor.
Pour le sport équestre européen, les années 70 ont été une période particulièrement créative. Le CdM des cavaliers de Saut à La Baule (FRA) en 1970, les Jeux Olympiques de Munich (GER) en 1972 et le CdM des cavaliers de saut à Hickstead (GBR) en 1974 ont permis au sport équestre de bénéficier d’une publicité inconnue jusqu’alors. A titre d’exemple, la rédaction de chaque journal d’une certaine importance en Allemagne avait ses propres experts en sport équestre! C’est aussi à ce moment que j’ai pris la succession de Karl Erb au sein de l’agence de presse suisse Dukas pour assurer la couverture médiatique du sport équestre.
Conférence de presse des CE de Saut de 1985 à Dinard (FRA) sous la direction de Max E. Ammann, tout à droite sur l’image: (de g. à d.) Fabio Cazzaniga, Walter Gabathuler, Heidi Robbiani, Philippe Guerdat, Willi Melliger | © SVPS/Roland von Siebenthal
Et comment en êtes-vous arrivé à endosser également de plus en plus de fonctions exécutives dans le sport équestre?
A partir de 1973 et à chaque fois que c’était possible, je suivais les concours de Saut, de Dressage, de Concours Complet, d’Attelage et de Voltige dans toute l’Europe. Je fus l’initiateur, le cofondateur et le premier président de l’Alliance Internationale des Journalistes Equestres (IAEJ). Tout cela m’a permis d’acquérir une grande compréhension et des connaissances approfondies sur le sport équestre, et ce également en tant que cofondateur et premier secrétaire général du Club international des cavaliers de saut d’obstacles (IJRC).
J’ai donc également été à l’origine de la création de la Coupe du monde des cavaliers de Saut dont je fus directeur jusqu’en 2003 et pour laquelle j’ai lancé et rédigé le règlement correspondant.
En 1983, et fort de cette expérience, j’ai également participé à la création de la Coupe du monde des cavaliers de Dressage.
En 1999, je présidais une commission FEI chargée de réfléchir à l’avenir du sport d’attelage et d’élaborer une proposition pour la Coupe du monde des attelages à quatre. Entre 2001 et 2005, je fus directeur de ladite Coupe du monde dont j’ai rédigé le règlement.
A 65 ans, après un quart de siècle (!), j’ai quitté ma fonction de directeur de la Coupe du monde de Saut d’obstacles. Deux ans après, je me retirais également de la Coupe du monde des attelages à quatre.
Cela étant, vous êtes cependant toujours resté fidèle à votre fibre journalistique.
Durant cette période, j’ai participé à l’organisation de nombreux concours internationaux, de coupes du monde et de championnats en Suisse et à l’étranger. En 1991, j’ai organisé le Championnat d’Europe de Voltige à Berne en 1991 ainsi que le CDI Berne, et en 1992 à nouveau le CDI Berne, j’ai été accrédité à huit Jeux Olympiques et j’ai dirigé les points de presse et les conférences de presse de concours renommés. Ainsi, le journalisme a toujours représenté une partie importante de mon activité. Par exemple, en 1984, j’ai rédigé le premier dossier de presse sur la Coupe du monde des cavaliers de Saut, dossier qui fut ensuite publié chaque année. Il a été suivi par les dossiers de presse annuels de la Coupe du monde des cavaliers de Dressage et de celle des meneurs d’attelage à quatre.
Par ailleurs, j’ai écrit de nombreux ouvrages sur le cheval et le sport équestre, en particulier des recherches historiques sur divers aspects du sport équestre (cf. encadré).
Aujourd’hui encore, j’adore écrire, par exemple la chronique «Standpunkt» publiée régulièrement dans la «Schweizer PferdeWoche».
Quel a été l’aspect le plus passionnant de votre travail pour le livre anniversaire de la FSSE?
Ce livre a été un défi spécial pour moi. Au début, nous avions envisagé de collaborer avec plusieurs journalistes équestres, à savoir avec Georges Zehnder (ancien de la «PferdeWoche»), avec Thomas Frei (ancien du «Kavallo») et avec Alban Poudret («Cavalier Romand»). S’ils n’ont pas pu s’investir complètement dans ce projet pour diverses raisons, ils nous ont cependant fourni une aide indispensable en coulisses. D’autres spécialistes ont également apporté leur précieuse contribution et fourni des informations importantes. En effet, si je connais très bien le sport équestre international, pour des thèmes comme l’histoire de la fédération, la cavalerie mais également le sport national, j’ai dû assimiler une quantité de connaissances et me familiariser avec ces sujets - un tel projet vous occupe 24 heures sur 24.
Nous avions une très bonne équipe de projet où chaque membre a parfaitement exécuté les tâches relevant de son domaine de compétence. C’est ainsi que j’aime travailler!
Quels sont vos prochains projets?
J’ai deux idées un peu folles que j’aimerais réaliser ces prochains temps mais elles ne concernent pas le sport équestre.
L’art est ma deuxième passion. Et s’il existe déjà d’innombrables ouvrages sur l’art et sur les artistes, il manque cependant un livre sur les gens gravitant autour de l’art et des artistes: les collectionneurs, les conservateurs, les galeristes, etc. et j’aimerais leur consacrer un livre!
L’idée pour l’autre projet m’a été soufflée il y a quelques années par le juge de saut suédois Anders Ekberg en marge du concours international de saut d’Helsinki. Il m’a dit: «Maintenant, il ne manque plus que ta propre biographie!» J’ai tout d’abord repoussé l’idée - qui donc peut s’intéresser à ma personne et à ma vie? J’y ai ensuite réfléchi et j’ai tout mis sur papier, ce qui représente 450 pages manuscrites. Il ne s’agira pas d’un ouvrage destiné à des fins commerciales mais bien d’un livre-souvenir au tirage réduit pour ma famille et mes amis.
Par ailleurs, je devrais faire de l’ordre dans mes archives - donc je ne risque pas de m’ennuyer ces prochains temps!
Interview menée par
Cornelia Heimgartner