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Le livre de la sagesse humaine
L'Ecclésiaste
La philosophie du livre de l'Ecclésiaste paraît souvent étrange au lecteur de la Bible. Nous avons eu plusieurs questions à ce sujet. C'est pourquoi nous sommes heureux de présenter ce texte, paru dans le Journal "Le Témoin".
Le texte original, de John Phillips, a paru en anglais dans le mensuel de L'institut Biblique Moody, à Chicago.
Nous devons à Salomon trois livres bibliques: le Cantique des cantiques, une romance écrite lorsqu'il était jeune et amoureux; les Proverbes, un recueil de maximes rédigé alors qu'il était au sommet de sa forme intellectuelle; et l'Ecclésiaste, un ouvrage qui exprime les regrets de l'auteur quand, à la fin de sa carrière, il jette un regard désabusé sur les ruines de sa vie gâchée.
Après Salomon, bien d'autres personnes ont expérimenté au travers de situations pénibles la véracité de certaines déclarations de l'Ecclésiaste. Cecil Rhodes, par exemple, n'avait que 27 ans lorsqu'il fonda en Afrique du Sud la prestigieuse compagnie des mines De Beers. Huit ans plus tard, il dirigeait toute l'industrie d'exploitation des diamants en Afrique du Sud, et à 36 ans il devenait Premier ministre du Territoire du Cap. A sa mort, il léguait à l'empire britannique une région aussi étendue que l'Allemagne, la France et l'Espagne réunies: ce qu'on appelait alors la Rhodésie du Sud et la Rhodésie du Nord, aujourd'hui le Zimbabwé, la Zambie et le Botswana.
Cecil Rhodes, peut-être l'homme le plus riche du monde, comptait parmi ses amis un homme des plus pauvres, William Booth, fondateur de l'Armée du Salut. Un jour qu'ils voyageaient ensemble en train, Booth donnant une tape amicale sur le genou de son ami lui demanda: "Dis-moi, es-tu heureux?" Et le magnat du diamant de s'exclamer: " Moi, heureux? Loin de là! "
Rhodes et Salomon ont constaté tous deux qu'une vie sans Dieu est vide; ni le pouvoir, ni la fortune, ni la position sociale ou le prestige ne peuvent rendre un homme heureux. L'auteur de l'Ecclésiaste était tourmenté, malheureux, hanté par le spectre de la mort qui menace tout être irrégénéré et tout croyant rétrograde.
On peut comparer Salomon à l'araignée de la fable: elle tissa un jour son fil à partir du chevron élevé du toit d'un grenier, et arriva à l'embrasure d'une fenêtre. Là elle fila sa toile. Ce coin du grenier bourdonnait d'insectes, et bien vite l'araignée prospéra. Mais un jour qu'elle parcourait sa toile, elle remarqua qu'un fil flottait dans l'air. Elle le happa au passage, sans réaliser qu'il s'agissait de la trame de son ouvrage. En un clin d'oeil, tout son univers s'écroula.
Dans sa jeunesse, Salomon avait établi une importante ligne de communication entre lui et Dieu, telle une corde solidement ancrée dans l'invisible. Puis il prospéra et devint célèbre. Il oublia alors l'importance du lien qui le reliait au ciel et rompit sa communion avec Dieu. Aussi tout son univers ne tarda-t-il pas à s'écrouler. Dans le livre de l'Ecclésiaste, Salomon apparaît comme un vieillard désillusionné: il voit son propre fils se conduire en insensé, et lui-même a perdu l'estime de son peuple. Il se rend compte qu'il est responsable de la division et du déclin qui s'amorcent et qui sonnent le glas du royaume de David.
Le livre de l'Ecclésiaste est une prédication. Salomon déclare: " Moi, le prédicateur (litt.), j'ai été roi d'Israël à Jérusalem" (Ecclésiaste 1:12). Sa voix n'est plus celle d'un prince; c'est celle d'un prédicateur qui dévoile le néant des actions de l'homme qui se conforme à l'esprit du monde.
Voici un plan d'approche de ce livre de "l'Ecclésiaste - prédicateur":
1. Son sujet (chap. 1:1-11)
- a) Il introduit son discours (v. 1-2)
b) Il annonce son thème (v. 3-11)
2. Son sermon (chap. 1:12–10:20)
- a) Il a recherché... (chap. 1:12–2:26)
b) II a vu... (chap. 3-6)
c) Il a étudié... (chap. 7-10)
3. Ses conclusions (chap. 11-12)
- a) Il répète ses plaintes (chap. 11) b)
Il tire une leçon (chap. 12)
1. Son sujet
"Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité" (1:2). La vie sans Dieu est vide, futile et sans but, comme la poursuite du vent. Salomon aurait-il trouvé le sujet de son sermon dans l'un des Psaumes de son père? Peut-être le Psaume 39, qui dit: "Voici, tu as donné à mes jours la largeur de la main, et ma vie est comme un rien devant toi. Oui, tout homme debout n'est qu'un souffle... Tu châties l'homme en le punissant de son iniquité, tu détruis comme la teigne ce qu'il a de plus cher. Oui, tout homme est un souffle" (v. 6 et 12).
Les mots "sous le soleil" apparaissent 29 fois dans l'Ecclésiaste. Par cette expression, Salomon veut démontrer que la vie n'a que peu de sens si notre horizon est limité aux choses d'ici-bas et aux plaisirs des sens – en un mot, à tout ce qui se fait sous le soleil.
2. Son sermon
Il le commence en énumérant ce qu'il a recherché. Peu d'écrivains dans l'histoire étaient aussi aptes à traiter de sujets si variés. Sa position de roi le favorisait, mais aussi et surtout l'éducation reçue dans une atmosphère de profonde piété, par un père dont le coeur et la ferveur d'esprit lui permirent de rédiger près de la moitié du livre des Psaumes. Enseigné par l'Ecriture sainte, Salomon eut même deux rencontres personnelles avec Dieu; il avait en outre de grands dons naturels, une richesse prodigieuse, un entendement clair et un esprit avide de connaissances. La paix et la prospérité caractérisèrent presque tout son règne.
D'abord il a recherché la sagesse, et il s'est plongé dans des études philosophiques. Il s'est imaginé qu'il serait heureux en devenant la sommité intellectuelle de son époque. 1 Rois 4:30-34 nous montre que son savoir prodigieux attirait des visiteurs venus de loin, tous désireux de l'entendre sur des sujets tels que la psychologie ou l'histoire naturelle. Mais cette recherche n'a pas satisfait son âme (1:17). Là n'était pas le chemin du bonheur.
Puis il a recherché le plaisir et s'est livré à la jouissance des sens. Il s'est cru tout permis dans ce domaine et s'est adonné à la débauche. Cependant ses expériences sur ce chemin-là l'ont conduit à dire que tout n'est que folie (cp. 2:2).
Puis il s'est lancé dans le monde des affaires. Ses navires princiers sillonnaient toutes les mers et ses caravanes atteignaient les terres lointaines. Les marchés de Jérusalem étaient envahis de produits exotiques. Comme le roi Midas de la légende, il devint si riche que même ses ustensiles de cuisine étaient d'or. Mais malgré ses succès commerciaux et sa renommée, il avoua: "J'ai haï la vie" (2:17).
Dans ses diverses recherches, il ne trouva aucune réponse à ses aspirations profondes. C'est pourquoi il parle ensuite de ce qu'il a vu. Observateur attentif, il a compris que tout est vanité: le temps en dehors de l'éternité, la feuille nouvelle privée de vie en elle-même, l'homme mortel sans l'immortalité, le pouvoir s'exerçant sans droiture, la prospérité quand il n'y a pas de postérité, et ainsi de suite. Rien ne l'a satisfait. Pour lui, la vie était vide, sans but et vaine. Pourtant, se lamente Salomon, "Dieu fait toute chose belle en son temps; même il a mis dans leur coeur (le coeur des hommes) la pensée de l'éternité" (3:11).
La plainte de Salomon rejoint celle d'Augustin, avant qu'il ne rencontre Christ: "Tu nous as faits pour toi, ô Dieu, et notre coeur est inquiet jusqu'à ce qu'il trouve son repos en toi." L'âme, ce chef-d'oeuvre de la création divine, est infinie dans ses dimensions, et rien sous le soleil n'est assez grand pour la remplir.
Puis Salomon décrit ce qu'il a étudié. Il répète à diverses occasions: "J'ai appliqué mon coeur à connaître..." Il pèse, analyse toutes choses avec soin, puis il devient cynique en concluant
- à propos des bonnes oeuvres: "Il y a tel juste qui périt dans sa justice, et il y a tel méchant qui prolonge son existence dans sa méchanceté" (7:15). Autrement dit, à quoi sert-il d'essayer d'être bon?
- à propos de la sagesse: "J'ai éprouvé tout cela par la sagesse. J'ai dit: Je serai sage. Et la sagesse est restée loin de moi" (7:23).
- au sujet de la mort: Salomon ne peut supporter que la mort soit le lot de tout homme, qu'il soit sage ou insensé, bon ou méchant, optimiste ou pessimiste, heureux ou malheureux, doué ou simple d'esprit.
- à propos des femmes: II erre dans son harem, prête l'oreille aux chuchotements de voix étrangères, découvre des intrigues et des querelles, et se lamente: "J'ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le coeur est un piège et un filet, et dont les mains sont des liens... Voici ce que j'ai trouvé, dit l'Ecclésiaste, en examinant les choses une à une pour en saisir la raison... J'ai trouvé un homme entre mille; mais je n'ai pas trouvé une femme entre elles toutes" (7:26-28). Il n'avait pas réussi à trouver l'âme soeur!
Convaincu de l'aboutissement tragique réservé à l'homme égoïste, il déclare alors sans ambages: "Les mouches mortes infectent et font fermenter l'huile du parfumeur" (10:1). Autrement dit, à quoi sert le parfum de la beauté, de la sagesse, de la richesse ou du savoir, lorsqu'il est infecté par l'égoïsme?
3. Ses conclusions
Salomon se lamente, désespéré: "Tout ce qui arrivera est vanité. Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse... mais sache que pour tout cela Dieu t'appellera en jugement... Car la jeunesse et l'aurore sont vanité" (11 :8-12:2). Benjamin Disraeli, le célèbre homme d'Etat britannique, était doué, brillant, populaire et heureux. Pourtant ses réflexions résonnaient comme l'écho des plaintes de Salomon. Il a écrit:" La jeunesse est une erreur, l'âge adulte une bataille, la vieillesse un regret." En effet, les humains dont l'horizon se limite aux choses de ce monde n'ont rien d'autre à ajouter.
Puis Salomon énonce ses conclusions au sujet de la vie: "Souviens-toi de ton Créateur pendant les jours de ta jeunesse... Ecoutons la fin du discours: Crains Dieu et observe ses commandements. C'est là ce que doit faire tout homme" (12:3 et 12:15).
Elevant son regard au-dessus des brumes et des brouillards d'ici-bas, Salomon perçoit une lumière provenant d'un monde qui se trouve au-delà du soleil. Aussi engage-t-il les jeunes à mettre Dieu dans leur expérience et à vivre en sachant qu'un jour ils devront lui rendre des comptes. Il les exhorte à agir présentement, sans attendre que la vieillesse les surprenne, avec ses infirmités et ses défaillances, ses habitudes et ses problèmes spécifiques. Dans un passage sublime sur le plan poétique (12:3-9), il dépeint l'approche difficile de la vieillesse.
L'Ecclésiaste est un livre destiné à l'homme moderne, cet homme entraîné dans l'engrenage de la vie, aveuglé par l'humanisme et le matérialisme, et qui cherche à trouver en dehors de Dieu des réponses à ses questions. Cependant il est temps de nous détourner de la tristesse qui émane de ce livre pour découvrir une réponse glorieuse aux questions qui se posent à chacun de nous, une réponse donnée par l'apôtre Paul. Son message est d'un niveau bien plus élevé que celui de Salomon dans ses dernières paroles: "Christ est ma vie, et mourir m'est un gain" (Philippiens 1:21). Or, cette réponse a échappé à Salomon!
John Phillips