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Quels sont les défis de la diversité dans le monde d’aujourd’hui ?
La diversité est une notion complexe et multiscalaire qui rend compte de réalités diverses selon qu’on se place au niveau global ou national, à l’échelle d’un pays ou d’une institution. Au sein de toutes les sociétés humaines au sens de la civitas telle qu’appréhendée par Montesquieu, le premier défi lié à la diversité est d’ordre structurel, pour ne pas dire épistémologique. On pourrait l’articuler de la manière suivante : tous les humains sont-ils considérés égaux par leurs semblables ? Une telle interrogation peut paraître anachronique pour certains, mais elle est fondamentale pour bien cerner les multiples problèmes relatifs à la diversité dans le monde contemporain. La réponse normative à cette question est bien connue : faut-il rappeler les nombreux instruments juridiques internationaux, tels que la Charte des Nations Unies de 1945, la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, les différents pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques, ainsi qu’aux droits économiques, sociaux et culturels, signés par la plupart des États ? Mais la réalité est tout autre, et ce à toutes les échelles.
À l’échelle des États, la problématique de la diversité est différemment articulée selon qu’on se trouve dans un contexte démocratique ou autoritaire. Après ce qu’il est convenu d’appeler la « troisième vague de démocratisation », la plupart des constitutions du monde – y compris celles de régimes dictatoriaux – prônent l’égalité pour tous, même si la vraie réalité est tout autre. Dans ce contexte, s’interroger sur les défis de la diversité au sein de régimes autoritaires revient souvent à poser la question des droits humains, tant les personnes issues des minorités y subissent toutes formes d’injustice et d’inégalité bien souvent belligènes.
Dans les États démocratiques relativement homogènes d’un point de vue identitaire, on peut concevoir l’égalité de toutes les citoyennes et tous les citoyens. Les défis de la diversité y sont généralement liés à l’orientation sexuelle ou à la place réservée aux personnes déficientes. L’enjeu majeur est la promotion d’une plus grande culture de tolérance et d’inclusion de la différence liée au handicap.
Dans les pays démocratiques hétérogènes où l’état de droit est une réalité, les défis de la diversité subsistent de manière protéiforme. En effet, au sein de nombreux États démocratiques pluri-identitaires – multiraciaux, multi-ethniques et/ou multiconfessionnels – les personnes issues des minorités sont souvent victimes de discriminations systémiques : elles ont généralement un niveau d’éducation moins élevé et sont affectées par un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale. En outre, lorsqu’elles ont un niveau d’instruction et d’expérience professionnelle identique à celui de personnes issues de la majorité, cela n’est bien souvent pas pris en compte. Ce type de discrimination est à l’œuvre dans différents domaines tels que la santé, le logement, l’éducation ou la sécurité. Il n’est pas nécessaire de mentionner ici les récents évènements qui se sont produits aux États-Unis et qui mettent tristement en exergue la relation dyadique entre diversité et égalité.
Quel que soit le type d’organisation, un des défis majeurs liés à la diversité réside dans une meilleure prise en compte des différences, qu’elles soient culturelles, philosophiques ou personnelles, en favorisant une réelle inclusion de toutes et tous à travers notamment plus d’égalité. Pour cela, la diversité doit être envisagée comme un atout, une richesse qui nourrit ce qui fait tenir ensemble nos morphologies sociales.
Quels sont les défis pour l’Institut ?
L’Institut est une institution académique qui a beaucoup évolué par rapport aux entités universitaires dont il est le produit. Aujourd’hui, les statistiques montrent d’importants défis en matière de diversité, que ce soit au niveau de sa composante étudiante, au sein de l’administration ou au niveau du corps enseignant. Ces défis sont complexes et sont aujourd’hui une priorité pour les instances de gouvernance de l’Institut, qui peuvent notamment s’appuyer sur la Commission sur le genre, la diversité et l’inclusion.
En outre, l’Institut soutient différentes initiatives destinées à promouvoir davantage de diversité au sein de notre communauté, et l’on peut se réjouir de l’engagement de nos étudiants qui sont de plus en plus sensibles à cette problématique. C’est notre responsabilité collective d’œuvrer pour une plus grande diversité au sein de l’IHEID en favorisant plus d’inclusion tout en continuant à promouvoir une culture de l’excellence, pierre angulaire de notre identité. Il serait sans doute utile que toutes les composantes de l’Institut, dans le respect des spécificités propres à chacune d’entre elles, soient davantage exposées aux différentes manières d’appréhender la question, dans un esprit d’ouverture et de générosité propice à un mieux vivre ensemble. Et c’est fort·e·s de notre diversité que nous pourrons exprimer ce qu’il y a de meilleur dans notre communauté, et ainsi continuer à rayonner.
Cet article a été publié dans la nouvelle édition de Globe, la Revue de l'Institut, #27, printemps 2021.
© UN Photo/Cia Pak. États-Unis, New York, Central Park. Enlightened Universe, pièce monumentale du sculpteur espagnol Cristóbal Gabarrón, créée à l’occasion du 70e anniversaire de l’ONU. L’œuvre représente 70 personnages grandeur nature se donnant la main autour d’un globe, créant une chaîne de citoyens du monde, respectueux de la nature et aux responsabilités partagées. 24 octobre 2015.