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BlackRock demande aux entreprises de mieux tenir compte de la société.
Nous entrons dans l’ère du capitalisme «durable»: une tentative de rendre l’économie plus résiliente et plus en phase avec les besoins humains sur le long terme.
Depuis la fin de la guerre froide, l’évolution du capitalisme mondial s’est traduite par une croissance considérable des entreprises à l’échelle de la planète, leur conférant un pouvoir considérable que les gouvernements nationaux ont eu de plus en plus de mal à réguler de manière cohérente et efficace.
Le capitalisme «durable» reconnaît cette tendance et demande aux entreprises de tenir davantage compte de leur responsabilité sociétale, en prenant en compte les intérêts de toutes les parties prenantes avec lesquelles elles sont engagées – pas uniquement les actionnaires.
Il demande aux investisseurs de faire de même dans la manière dont ils évaluent les entreprises.
Ceci ne signifie pas que les entreprises ne doivent plus maximiser la valeur aux actionnaires. Celle-ci doit être maximisée lorsque les dirigeants des entreprises ont une vue plus holistique, responsable et inscrite sur le long terme.
La lettre de Larry Fink, le patron de BlackRock, envoyée en début d’année aux dirigeants des entreprises dans lesquelles le gérant d’actifs est investi reflète cette évolution. Elle affirme que les entreprises doivent faire davantage que simplement dégager des profits. Pour prospérer sur le long terme, Fink affirme que les entreprises doivent avoir un impact sociétal.
Voici les arguments du dirigeant:
- «La société exige que les entreprises, à la fois publiques et privées, se mettent au service du bien commun.»
- «Pour prospérer au fil du temps, toute entreprise doit non seulement produire des résultats financiers, mais également montrer comment elle apporte une contribution positive à la société.»
- «Les entreprises doivent bénéficier à l’ensemble de leurs parties-prenantes, dont les actionnaires, les salariés, les clients et les communautés dans lesquelles elles opèrent.»
Dans un commentaire de cette lettre, un journaliste du New York Times observait qu’il pourrait s’agir d’un moment charnière pour Wall Street, qui soulève toute une série de questions sur la nature même du capitalisme.
En effet, lorsqu’un gérant d’actifs avec plus de 6.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion se met à parler ouvertement de ce type de sujet, le moins que l’on puisse dire est que le monde de l’entreprise est obligé de tendre l’oreille.
Ces déclarations ne sortent pas de nulle part. Elles reflètent une réflexion et des tendances en place depuis un certain temps, lesquelles ont pris de l’ampleur après la crise financière de 2008 et au regard des défis imposés par le changement climatique.
Le message a été bien reçu et ce bien avant la missive de Fink. Ainsi, 237 patrons de multinationales se sont récemment engagés à rendre publiques des données sur l’impact lié au changement climatique.
Revoyons certains des points mis en avant dans la lettre.
«La société exige que les entreprises, à la fois publiques et privées, se mettent au service du bien commun.»
Cette affirmation reflète le constat que les entreprises, en particulier les multinationales, ont une influence énorme dans le monde d’aujourd’hui et que les gouvernements sont moins efficaces à les réguler, car ils sont contraints par des frontières et parce que les institutions dans de nombreux pays ont perdu en efficacité.
Dans cet environnement, les dirigeants d’entreprises sont de plus en plus conscients que leurs décisions ont un impact non seulement sur leurs actionnaires, mais sur l’ensemble de la société et sur l’environnement.
En l’absence d’une régulation efficace, les entreprises sont peu incitées à prendre des décisions qui bénéficieront à l’ensemble des parties prenantes, actionnaires ou pas.
«Les entreprises doivent bénéficier à l’ensemble de leurs parties-prenantes, dont les actionnaires, les salariés, les clients et les communautés dans lesquelles elles opèrent.»
Les parties prenantes sont de plus en plus sensibles aux questions de durabilité. La redistribution des richesses entre salariés et actionnaires n’a pas été égale avec la croissance du capitalisme, amplifiant les inégalités entre couches de la société. Cela n’est guère durable sur le long terme.
Si l’on fait abstraction des salaires, les entreprises sont de plus en plus sollicitées pour offrir les meilleures conditions de travail possibles pour pouvoir attirer les talents dont elles ont besoin, lesquels sont de plus en plus sensibles aux engagements sociétaux des entreprises. Les clients et les communautés demandent également des solutions durables, qu’il s’agisse de produits sains, d’emballages qui ne produisent pas des déchets inutiles ou d’émissions réduites de gaz à effet de serre.
«Pour prospérer au fil du temps, toute entreprise doit non seulement produire des résultats financiers, mais également montrer comment elle apporte une contribution positive à la société.»
Toutes les entreprises ne fournissent pas des biens et services qui servent au bien de la société. Mais toutes emploient des salariés et elles devraient les traiter équitablement, leur payer un salaire décent et leur fournir un cadre de travail sûr.
Les grandes multinationales peuvent également piloter des améliorations du cadre du travail tout au long de leur chaîne de valeur. Elles peuvent réduire leur empreinte carbone et réduire les déchets qu’elles produisent.
Celles qui ont prospéré en fabriquant des produits dangereux ou nocifs peuvent rectifier le tir, car il en va de leur survie sur le long terme.
Les entreprises se sont engagées relativement tôt sur les sujets liés au développement durable. Mais jusqu’à une période récente, il s’agissait avant tout d’un outil de communication, même si des actions concrètes étaient engagées.
Aujourd’hui il faut aller plus loin, y consacrer des ressources suffisantes et le faire au pas de charge.