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Réalisé par Penelope Spheeris en 1992, « Wayne’s World » est une comédie à la prémisse simple mais efficace. Considérée par beaucoup d’Américains comme l’une des meilleures comédies jamais réalisées, ce film semble avoir été quelque peu oublié par les Européens et un retour plus que mérité s’impose pour l’anniversaire de ses 25 ans.
Wayne Campbell et Garth Algar sont deux adulescents (…La vingtaine ? La trentaine ? Qui sait.) dont la plus grande passion est la musique hard-rock. Ils animent une émission locale dans le sous-sol des parents de Wayne où les deux comparses reçoivent des invités, parlent de diverses choses, et font de la musique. Un soir, Wayne fait la rencontre de Cassandra, jeune chanteuse et bassiste d’un groupe qui rêve de se faire connaître. Tout va changer lorsque Benjamin Oliver, un véreux producteur, décide de mettre le grappin sur l’émission des deux jeunes hommes et d’attirer Cassandra dans ses filets… Bien entendu, Wayne va devoir se battre pour reconquérir la fille qu’il aime avant qu’elle ne tombe dans les bras du riche producteur et sauver son émission avant qu’elle ne perde son essence même.
Live From New York…
Avant de connaître un énorme succès au cinéma en 1992 (ainsi qu’une suite au succès tout aussi respectable en 1993), Wayne’s World, comme dans le film, n’était que synonyme d’une émission de télévision. Mike Myers -pas le tueur des films Halloween-, acteur canadien que la francophonie connaît surtout sous les traits de l’agent secret Austin Powers (YEAH, BABY !), créé le personnage de Wayne Campbell en 1987 pour l’émission canadienne It’s Only Rock’n’Roll, programme à sketches comiques diffusé sur CBS pendant l’été de 1987. Membre du casting de Saturday Night Live de 1989 à 1995, Myers reprend son personnage et lui offre un side-kick, Garth Algar, joué par le tout aussi talentueux Dana Carvey. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec le concept de l’émission, Saturday Night Live est une émission américaine filmée en direct (pour la majorité de l’épisode) depuis New York et diffusée sur NBC, composée de plusieurs sketches joués par les membres du casting et par l’invité de la semaine. Toute les semaines durant la saison de diffusion, une célébrité se voit attribuer le rôle de « host » tandis qu’un invité (un-e chanteur-se ou un groupe) assure la partie musicale de l’émission. Existant depuis 1975, SNL est devenu une référence dans le milieu de la comédie et beaucoup de ses personnages, dont Wayne et Garth, sont devenus cultes.
Carvey fait partie du casting de 1986 à 1993 et les deux personnages deviennent récurrents durant toute la période où les deux acteurs sont présents dans le casting de l’émission. Dans les sketches originaux, Wayne et Garth reçoivent de nombreux invités dont Leslie Nielsen pour leur première apparition, Bruce Willis, John Goodman, Tom Hanks, Aerosmith (que l’on reverra dans Wayne’s World 2), Jeremy Irons et Sting pour les plus connus en Europe. Sur le ton de l’humour, les deux jeunes adultes discutent de l’actualité musicale et du cinéma en adoptant souvent une attitude « d’adolescents qui se moquent de toute forme d’autorité » comme lorsqu’ils reçoivent le chef de la police locale ou que la mère de Wayne passe dans le fond avec de la lessive… Les sketches sont composés également d’autres parties, comme les top 10 et les séquences rêvées, dont un rêve particulièrement connu où les deux hommes s’imaginent dans la chambre de Madonna, qui pour l’occasion joua à leur côté dans une parodie de son clip « Justify My Love ».
Du petit écran au cinéma
Wayne’s World, comme beaucoup d’autres sketches de SNL, devint incroyablement connu et apprécié surtout grâce à ses personnages reconnaissables en un clin d’œil et à ses nombreuses répliques cultes comme « Party time! », « Excellent! », leurs salutations « Mégateuf, Wayne. » « Mégateuf, Garth. » (pour la version française) et la très mémorable exclamation « Schwing! » qui se dit quand…et bien, pour signaler qu’une fille est très jolie, pour expliquer cela de manière convenable. Voyant bien que les sketches gagnent en popularité, Lorne Michaels, créateur et producteur de SNL, décide d’adapter l’idée originale de Myers en long-métrage. Wayne’s World (1992), Wayne’s World 2 (1993) s’inscrivent à vrai dire dans la courte liste des films adaptés de sketches de SNL qui connurent un réel succès. Avec The Blues Brothers (1980), il s’agit des trois seuls films, sur un total de onze, qui ne furent pas mal accueillis par les critiques. Alors pourquoi un si grand succès pour un film qui à la base réunit les mêmes ingrédients que n’importe quel sketch culte de l’émission ? C’est sans doute parce que Wayne’s World, comme The Blues Brothers, fait évoluer des personnages amusants dans un « vrai » scénario qui contient une intrigue, au lieu de partir du principe que l’unique présence de personnages originaux suffira à soutenir un sketch qui semble avoir été difficilement étiré pour correspondre à la longueur d’un film. Là où Coneheads (1993), par exemple, part d’une idée qui semble drôle pour la télévision, mais plutôt grotesque pour le cinéma (une famille d’aliens humanoïdes aux têtes coniques essaye de s’adapter à la vie sur Terre), Wayne’s World a l’avantage d’avoir des personnages plus crédibles dans la vie et plus « insérables » dans un long film, sans que ce dernier semble n’être qu’un recyclage de situations comiques déjà vues dans l’émission, comme l’a été The Ladies Man en l’an 2000. Wayne’s World comporte des personnages drôles, mais qui ne reposent pas seulement sur une seule blague et c’est ce parfait mélange d’allusions à SNL et de situations inédites qui raviront les fans de l’émission et les personnes qui n’en ont même jamais entendu parler.
Un film « excellent! »
Au-delà du talent comique évident de Mike Myers et de Dana Carvey, le film comprend d’autres personnages qui lui apportent non seulement une bonne dynamique, mais qui sont également joués par des acteurs remarquables, dont les performances soutiennent le film tout autant que les deux acteurs principaux. Tia Carrere (que l’on a pu voir dans la série Sydney Fox) interprète avec une pure énergie rebelle la belle et talentueuse Cassandra, tandis que Rob Lowe (The Outsiders, St. Elmo’s Fire, Parks and Recreation) incarne à la perfection le séduisant mais très hypocrite producteur qui n’en a qu’après l’argent. Parmi ces deux personnages lucides, Wayne et Garth traversent le film avec un incroyable enthousiasme qui nous rappelle comment les films avec des « duos de gentils idiots » comme Dumb and Dumber (1994) ou Les Aventures de Bill et Ted (1991) font du bien au moral, tant leurs protagonistes ne semblent jamais être réellement abattus par les évènements de la vie.
Côté réalisation, « Wayne’s World » surprend par de nombreux effets comiques qui rendent ce long-métrage unique et hilarant : des effets kitsch (des paillettes apparaissent lorsque Cassandra est vue pour la première fois…), des rêves éveillés et surtout, chose qui est peu vue au cinéma, plusieurs passages qui brisent le quatrième mur ; en d’autres termes, Wayne et Garth s’adressent directement à la caméra pour délivrer des messages que seul le public peut entendre.
« Wayne’s World » est une comédie intelligente dans sa bêtise, avec certes un scénario peu original, mais qui tient largement la route et dont l’intérêt réside surtout dans des personnages drôles qui vous laisserons à jamais des répliques cultes à n’en plus finir et un thème musical que vous vous surprendrez à fredonner. Alors augmentez le volume et que la fête commence !