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Le néo-marxisme est un terme générique appliqué à beaucoup d’approches théoriques réutilisant des termes et des concepts du marxisme tout en y incorporant et en y rajoutant des éléments théoriques d’autres théories, telles que la psychanalyse par exemple. Ce terme s’est institutionnalisé dans les années 1920 lorsque plusieurs mouvements se sont créés pour redéfinir le marxisme en supprimant certains concepts jugés trop orthodoxes et dépassés, ou alors pour tenter d’expliquer des phénomènes laissés de côté par le marxisme classique. Les mouvements les plus connus sont l’école de Francfort et le marxisme structural français. Ces mouvements sont nés essentiellement de chercheurs des sciences sociales.
Le néo-marxisme en détail
Le néo-marxisme est né de la limite des théories du marxisme classique. En effet, certaines questions de l’histoire ne pouvaient pas être résolues par le marxisme classique, les outils n’étant plus suffisants. C’est alors que nombre de chercheurs, adeptes du marxisme mais voulant le faire évoluer, ont cherché à le rendre hybride et à le mêler à d’autres théories. C’est ainsi que l’analyse marxiste s’est alliée au structuralisme ou à l’existentialisme en France, à la psychanalyse en Allemagne et à d’autres sciences ailleurs dans le monde. À cette multidisciplinarité s’est ajoutée une tentative de mise au goût du jour de certains concepts marxistes qui commençaient à vieillir. Ces concepts n’avaient que très peu évolués depuis leur théorisation par Karl Marx et, quasiment un siècle plus tard, leur adaptation à l’analyse de la société contemporaine était nécessaire.
La révolution marxiste remise en cause
Le concept de révolution, par exemple, est remis en cause très vite. En effet, après la révolution bolchévique et la première guerre mondiale, plusieurs chercheurs marxistes ont souhaité se distancer de la notion de révolution sociale violente pour ne garder que le terme de révolution, cette dernière pouvant être faite sans bain de sang, soit par une révolution sociale non-violente, soit par des révolutions dans d’autres domaines. La révolution n’est donc plus une fin en soi pour le néo-marxisme, c’est une des conséquences que peut entraîner une crise trop forte mais ce n’est pas l’aboutissement des problèmes sociaux, c’est un dernier recours. Les horreurs vues durant la première guerre mondiale ont laissé une mauvaise impression, et à ce moment-là de l’histoire personne ne souhaite plus de sang. C’est dans ce contexte qu’est né le néo-marxisme, et la révolution marxiste a donc très vite été mise à mal.
Néo-marxisme et le développement
Le néo-marxisme a également beaucoup théorisé et influencé les études sur le développement économique des pays, notammen à travers les théories du développement alternatif que sont les théories de la dépendance ainsi que les théories du système-monde. En effet, ces théories utilisent des éléments du marxisme pour présenter l’exploitation des pays en développement par les pays développés. La description de cette exploitation est celle d’une exploitation venant de l’extérieur du territoire national, alors que Marx insistait sur le fait que son cadre d’analyse restait l’Etat nation. Des petites modifications de ce type ont permis la naissance des théories néo-marxistes et par conséquent l’expansion du marxisme à des domaines à l’intérieur desquels il ne s’était jamais aventuré.
Néo-marxisme et féminisme
Certains courants du féminisme sont également nés en partie grâce au néo-marxisme, en ce sens que les théories marxistes ont été appliquées au rapports sociaux entre hommes et femmes, et les outils du marxisme ont pu mettre en évidence plusieurs problématiques qui régissaient ces rapports, notamment les rapports de domination et de dépendance. Ces problématiques ont permis l’émergence du féminisme socialiste et, plus en général, elles ont renforcé le développement des études de genre.
L’école de Francfort
Cette école est née dans les années 1950 autour de quelques intellectuels allemands rassemblés au sein de l’institut de recherches sociales de l’Université de Francfort. Elle reste la plus grande école désignée comme néo-marxiste dans le domaine des recherches en sciences sociales. Cette école retenait du marxisme et de l’idéologie du siècle des Lumières l’idée que la science doit être utilisée afin de critiquer l’ordre en place et non de le promouvoir. C’est alors que la critique du capitalisme va de pair avec les critiques des différents régimes à connotation marxiste déjà en place, notamment celui de l’Union Soviétique.
Une autre caractéristique de l’école de Francfort est la tentative de lier la dialectique de Marx, avec la dialectique des philosophes idéalistes allemands tel que Hegel. Cette liaison entre ces deux dialectiques pourtant éloignées l’une de l’autre permet à l’école de Francfort d’en faire une dialectique qui leur permettra de promouvoir une méthode particulière à leur école. Cette école a la particularité d’être extrêmement syncrétique. Elle mélange les théories sociales de Marx avec celle de Weber, Freud, Comte et les philosophes allemands contemporains, de Hegel à Nietzsche. Les noms les plus connus d’intellectuels ayant représentés l’école de Francfort sont, entre autres: Théodor Adorno, Herbert Marcuse et Jürgen Habermas. Ces derniers ont été fortement critiqués pour leurs théories sociales inspirées de plusieurs sources et quelque peu hybrides, mais ils ont constitué une étape extrêmement importante dans l’histoire des sciences sociales en Allemagne.
Bibliographie commentée
Habermas, J. (1997). Après Marx. Paris: Hachette littératures. (Oeuvre originale publiée en 1976)
Dans cet ouvrage fondamental du néo-marxisme, Habermas tente de montrer comment la pensée du philosophe a été aliénée par Staline et l’Union Soviétique. À cause de cela, Habermas décide de reposer les bases du matérialisme historique selon la nouvelle donne de la société. Il repense des bases saines pour le matérialisme tout en y ajoutant l’influence de la sociologie allemande et française ainsi que quelques apports de l’anthropologie. Cet ouvrage permet de se rendre compte du travail effectué par les néo-marxistes autour des concepts de Marx.
Marcuse, H. (2005). Heideggerian marxism. Lincoln: University of Nebraska Press. (Oeuvres originales publiées entre 1928 et 1933)
Cet ouvrage de Marcuse est un recueil d’articles publiés dans les années 1920 et marquant un des tournant de la pensée de Marcuse en tant que néo-marxiste. Alors qu’il travaille les concepts du marxisme en résonnance avec la phénoménologie d’Heidegger, Marcuse laisse tranquillement tomber ce philosophe controversé pour entrer plus à fond dans les travaux de Hegel. Cet ouvrage est très lisible et il est une bonne manière de voir comment les intellectuels de l’école de Francfort ont remanié et retravaillé les concepts du marxisme en fonction de leur autres influences.
Références
Bidet, J., Duménil, G. (2007). L’altermarxisme: un autre marxisme pour un autre monde. Paris: Presses Universitaires de France.
Durand-Gasselin, J.-M. (2012). L’École de Francfort. Paris: Gallimard.
Gartman, D. (2013). Culture, class, and critical theory: between Bourdieu and the Frankfurt school. New York: Routledge.