Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06912.jsonl.gz/116

Si l’aspirine réduit sans aucun doute et de manière significative et cliniquement pertinente le risque cardiovasculaire (RCV) en prévention secondaire, son effet dans la prévention primaire reste mal établi. En effet, l’éventuel effet bénéfique est probablement contrebalancé par l’augmentation du risque hémorragique, risque tolérable en prévention secondaire mais peu souhaitable en prévention primaire. Afin de mieux estimer cette balance entre risque et bénéfice, les auteurs de cette méta-analyse ont mené une revue systématique de la littérature et ont identifié les études cliniques randomisées publiées jusqu’en novembre 2018, ayant adressé spécifiquement cette question. Treize études incluant plus de 160 000 participants (plus de 1 million d’années-sujets) ont été analysées, la plupart basées sur une bonne méthodologie, bien que les risques de biais ne soient pas négligeables. La méta-analyse des données montre que chez ces patients ayant un RCV médian de 9,2 % à 10 ans, l’aspirine réduit ce risque significativement (HR 0,89, NNT 265, IC 95 % 181-500), mais augmente le risque de complications hémorragiques (HR 1,43, NNH 210, IC 95 % 162-294). Les résultats sont similaires dans les sous-groupes de patients à haut risque et chez les diabétiques. Les auteurs concluent prudemment que l’aspirine est associée à une diminution du risque cardiovasculaire en prévention primaire, avec un risque de complications hémorragiques comparable, ce qui permet de mieux aborder l’intérêt du traitement en décision partagée avec le patient.
Commentaire : les résultats d’une méta-analyse sont pertinents si la revue systématique est bien menée et complète, si les études incluses sont pertinentes et de bonne qualité et si la méta-analyse est méthodologiquement irréprochable. Ceci semble être le cas pour cette publication, avec une revue systématique parfaitement menée et une extraction appropriée des données. La qualité des études n’est pas parfaite, mais acceptable et l’utilisation d’une méthode bayaisienne pour la méta-analyse (plutôt que fréquentiste) permet d’intégrer les résultats de chaque étude en fonction du résultat cumulatif des études précédentes : ceci correspond non seulement à la tendance actuelle mais renforce la solidité de l’analyse. Le pendule de l’aspirine en prévention primaire semble donc s’être arrêté… en position neutre (même si les intervalles de confiance des NNT/NNH sont larges) ! Cela va-t-il aider la discussion avec les patients (ou les futurs non-patients, on est en prévention primaire !) et permettre la décision partagée tellement souhaitée ? Pas certain… En effet, il s’agit en quelque sorte d’évaluer le risque individuel de chacun des composants – sans outils bien validés pour cette évaluation individuelle – et de parier sur l’avenir : la médecine personnalisée au quotidien, mais un peu dans le brouillard ! Qui parmi nous prend de l’aspirine en prévention primaire ?