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Variations dans le type d'une
race.

A quel moment les "styles" deviennent si divergents qu'ils devraient être considérés comme des races?
Par Jon Kimes
Rien n'est plus agréable que d'avoir une race qui est cohérente dans sa globalité, et dont tous les éleveurs luttent pour un même idéal. Cela permet un éventail d'opportunités plus large dans les programmes d'élevage, et la possibilité d'exposer sous des juges du monde entier. Les exposants peuvent exposer partout à l'étranger et forger des amitiés au niveau mondial.
Si le but d'élever des chiens de pure race est de faire avancer et de promouvoir une race que l'on a choisie, ce but est-il compromis lorsque le concept de l' "idéal" dans une race en particulier varie d'un pays à l'autre ? Lorsque les types de "styles" varient au point que les styles peuvent seulement être rationalisés comme des races (différentes) ? Il y a eu, depuis plus d'un siècle dans un certain nombre de races, des déviations entre le "type de travail" et le "type d'exposition ", mais quand le "type d'exposition" se décline lui-même en de si diverses variations qu'il peut conduire à une "nouvelle" race, peut-on dire que les éleveurs ont échoué dans leur travail?
Je trouve cela une circonstance fascinante à contempler en étudiant des races variées, et j'en viens à comprendre certains des schémas qui semblent aboutir à ces différences.
Développement dans le pays d'origine
L'une de mes observations est que les premiers chiens imports aux USA établissent le "type" pour des générations, et bien que la race continue à se développer dans son pays d'origine, en modifiant ou en améliorant les chiens, les chiens américains continueront d'évoquer le type du cheptel original.
Le Welsh Corgi Cardigan, par exemple, fut importé aux USA au début des années 1930. Une des premières femelles importées s'appelait Cassie, elle était également une femelle de fondation pour les bases de la race en Angleterre. L'Amérique n'aurait pu partir sur un meilleur pied. Vers les années 1970 il y eu des murmures de "type Cardigan Américain contre type Cardigan Anglais". Est-ce que les éleveurs Américains avaient emmené la race vers une nouvelle direction, en s'écartant des imports originaux ? En fait, c'est plutôt le contraire qui est arrivé. Dans les années 1970, il y avait beaucoup de Cardigans dont les pedigrees remontaient aux tous premiers imports, et ils ressemblaient beaucoup à ces premiers chiens importés.
Pendant ce temps, les éleveurs Anglais continuaient d'améliorer la race, faisant les silhouettes plus élégantes avec de belles sorties d'encolure, des têtes plus jolies, une ossature plus ronde et dans l'ensemble, un bel animal, plus singulier que les chiens de travail originaux. En fin de compte, le problème fut résolu car plusieurs élevages Américains importèrent davantage de chiens, élevèrent pour rejoindre l'aspect Anglais, si bien que de nos jours, le type de race est raisonnablement cohérent dans le monde entier
Les Akita furent au début importés en nombre en Amérique par les militaires stationnés au Japon pendant la seconde guerre mondiale. Les specimens amenés aux USA développèrent ici des lignées, produisant de beaux chiens qui devinrent la définition initiale du type Akita pour la plupart des gens dans le monde. Cependant, ces imports originaux n'étaient ostensiblement pas le type de l'Akita "originale" sinon le produit de croisement d'Akita natifs avec des chiens Européens, pour le combat, autour du début du siècle. Après la seconde guerre mondiale, les Japonais étaient déterminés à purifier la race et à la recréer telle qu'elle était connue historiquement. L'Akita Inu Japonais actuel ressemble de près aux autres races Spitz Japonaises, tandis que l'Akita Américain a maintenant été reconnu par la FCI comme une race distincte. Voici un cas intéressant de la révision d'un type par le pays d'origine d'une race.
Le Golden Retriever aux USA est un exemple d'un type très similaire aux imports originaux, alors que les Anglais ont continué d'embellir le type en tête, d'augmenter l'ossature et la substance. Un virage intéressant est la prévalence de la couleur gold pâle dans les lignées Européennes. Il est de l'opinion de certains que le standard de race Américain s'interprète comme considérant cette teinte gold plus pâle comme indésirable. La teinte des couleurs ajoute une complexité supplémentaire à ces éleveurs qui essaient de tirer parti des efforts d'élevage Européens.
Modifications dans le pays d'adoption
Un bon exemple des divergences dans une race dans le pays d'adoption est celui du Cocker Spaniel, qui eut pour résultat la division du Cocker Spaniel en une race Anglaise et une race Américaine. Le Cocker Spaniel aux USA fut élevé vers un type qui différenciait des importas originaux en étant plus petit, avec un museau plus court, un stop plus profond, l'arrière de son crâne plus arrondi et une silhouette plus compacte et aux lignes corporelles plus exagérées. Alors qu'elle était encore considérée comme une race unique, il y avait des partisans de chaque type, mais vers la fin des années 1930 il était recommandé par le Club parent de ne pas mélanger les types. En 1946, les versions Américaines et Anglaises du Cocker Spaniel furent séparées en deux races par l'American Kennel Club.
La façon dont le Colley en Amérique est conceptualisé différemment de la version Britannique demeure pour moi encore une énigme. Comme pour beaucoup d'autres races, d'excellents spécimens Anglais furent initialement amenés aux USA; en fait, cette race était de rigueur au début du siècle dernier, avec plusieurs des plus riches familles aux Etats-Unis parties prenantes dans l'élevage des meilleurs Colleys. Il y eut un accord des deux côtés de l'Atlantique sur le fait que le type en tête était l'une des caractéristiques-clé de la race. La version Anglaise est plus douce et plus en forme de coin et l'on peut supposer qu'elle ne demande pas cette attention obsessionnelle sur chaque détail que les spécialistes Américains réclament. Je pourrais dire quelque chose de très similaire pour les Shetlands, les éleveurs des deux côtés de l'océan s'étant basés sur leur version respective du Colley comme modèle.
Quand les Styles deviennent Races
La question demeure donc : A quel point les "styles" dans une race deviennent-ils si divergents qu'ils devraient être considérés comme des races à part entière ? Ma théorie est que lorsque les caractéristiques-clés dans une race ne sont plus en accord dans leur ensemble, la divergence est irréconciliable. Dans de tels exemples, il s'agit souvent de la différence de perception des points-clés d'un type en tête idéal qui mène à l'envie de séparer des styles en races. Le Colley Américain et le Colley Anglais pourraient-ils ne faire qu'un lorsque le désaccord principal porte sur le type en tête, qui est considéré être ce point-clé caractéristique de ce type de race?
Sans aucun doute, une part de la divergence peut provenir du cheptel de fondation des premiers éleveurs. Le Soft Coated Wheaten Terrier, dans ses premiers temps en Amérique arborait un poil qui ne ressemble en rien au manteau soyeux, brillant et flottant qui est une caractéristique-clé de la race dans son Irlande native. Ce qui devient une norme aux yeux Américains peut aussi bien sembler une aberration dans le pays d'origine. L'éleveuse Maureen Holmes, une autorité dans le Soft Coated Wheaten Terrier, critiqua le cheptel Américain et statua que les éleveurs Américains étaient en train de ruiner la race. Sans des paliers correctifs pris très tôt, soit établis par les éleveurs eux-mêmes ou par les juges de race, il est possible qu'une race soit entraînée loin sur un chemin qui mène inévitablement à ce qu'elle devienne entièrement une autre.
La FCI est devenue le Kennel Club le plus mondial, il identifie le pays d'origine d'une race et utilise le standard de race de ce pays comme le standard de race officiel. En bref, cela revient à standardiser une race et à ne pas permettre sa fracture entre des sous-types régionaux. Les expositions FCI peuvent se tenir dans le monde entier, et c'est partout les mêmes standards de race qu'on utilise. Mais standardiser une race dans le monde entier devrait être l'apanage des éleveurs qui s'associent. Ceci est réalisé la plupart du temps avec succès grâce aux échanges de cheptel et grâce aux juges qui se spécialisent dans une race. Il faut être honnête et engagé, et admettre qu'il arrive aux passionnés d'une race dans un pays de sortir des traces. Comme nous travaillons non seulement pour élever de meilleurs sujets dans nos races, mais aussi des chiens plus solides, nous aussi, nous devons tous être conscients de ne pas fermer notre pool génétique disponible aux autres lignées dans le monde.
La plus récente barrière pour continuer d'intégrer des lignées extérieures est la direction prise par de nombreux pays d'interdire la coupe des queues. Bien que cela ne soit pas un problème génétique, il peut en résulter une séparation des races si les éleveurs le permettent. Bien que certains passionnés, tels que dans la plupart des races de Spaniels, semblent accepter les queues naturelles comme écourtées dans le ring, d'autres sont résolument décidés à ne pas intégrer cette déviation de la tradition. Les passionnés de Welsh Corgi Pembroke, par exemple, ont une longue histoire d'indépendance concernant le cheptel importé, et semblent encore peu enclins à accueillir les chiens à queue dans les rings Américains. Le temps dira si les éleveurs du reste du monde seront désireux d'exporter leur meilleurs sujets en Amérique si de tels chiens sont garantis de n'avoir aucune chance en exposition.
Jamais auparavant autant d'Américains n'ont concouru autour du monde avec des chiens élevés chez eux, ou travaillé dans un échange mondial et réciproque de lignées de valeur. Pourtant, la divergence des styles dans de nombreuses races demeure toujours aussi intense. Il sera intéressant d'observer où cette décade nous emmène.
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Extrait du numéro de novembre 2014 de Dogs in Review, avec l'aimable permission de l'auteur, Jon Kimes, juge dans plusieurs races et éleveur américain de Welsh Corgis Cardigan.
Traduction: Béatrice Quinio pour le journal du Corgis Club de France.