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23/08/2014
Certains semblent penser qu'en abolissant l’État les individus seront libres, mais uniquement libres de crever de faim. Cette vision pessimiste de la nature humaine est fausse, car elle ne tient pas compte de la nature de l’État et de ce que son abolition implique. En réalité, l'abolition de l’État réalisera (maximisera) la liberté positive des individus (leur capacité à faire des choses, comme se nourrir) et pas uniquement leur liberté négative (leur possibilité de faire des choses sans en être empêché par autrui).
Premièrement, toute entreprise d’État n'étant pas soumise à la concurrence (soit qu'elle jouit d'un monopole, soit qu'elle jouit de transferts imposés de ressources de la poche des individus à la sienne), elle ne cherche pas à être la plus rentable et se montre donc moins productive et moins compétente qu'une entreprise privée. L'abolition des entreprises d’État devrait rendre tout un pan de la production plus efficace, provoquant une baisse des prix pour les consommateurs (donc pour tout le monde), une amélioration de la qualité des biens et services vendus, et un accroissement de la production. Cet accroissement de prospérité correspond à une hausse de la liberté positive des individus qui auront davantage de capacité à réaliser ce qu'ils souhaitent faire.
Deuxièmement, l'abolition de l’État implique la fin de tous les monopoles artificiels créés par la force par l’État. En effet, sans l’État pour préserver un monopole (par des régulations, des interdictions, ou des transferts à l'entreprise) tous les monopoles disparaîtront, à l'exception des monopoles naturels (c'est à dire des monopoles qui représentent des situations d'efficacité de production où les prix proposés sont les plus bas que les consommateurs peuvent espérer obtenir). Aucun monopole privé non préservé par l’État et non naturel ne peut survivre, car une nouvelle entreprise tentera toujours de s'emparer du marché en proposant des prix plus bas que le monopole, contraignant le monopole à la concurrence (et donc à l'efficacité). Les monopoles s'appuyant sur des avantages d'économie d'échelle peuvent être brisés par des entreprises débauchant les clients du monopole en leur proposant un contrat impliquant des prix équivalents au monopole pour les premiers temps (permettant à l'entreprise offensive de réaliser les économies d'échelles nécessaires pour se mettre au même niveau que le monopole) et ensuite une baisse des prix (au niveau de la rentabilité, mais en dessous des prix artificiellement hauts du monopole). Quant aux cartels, ils ne tiennent pas pour les mêmes raisons, ainsi que parce que leurs membres finissent toujours par baisser leurs prix pour débaucher certains clients de ses partenaires (ce qui, lorsque les autres membres le découvrent, met fin au cartel).
La fin des monopoles artificiels provoquera une baisse des prix pour les consommateurs, une amélioration de la qualité des biens et services vendus, et un accroissement de la production. Ici aussi donc, accroissement de la liberté positive.
Troisièmement, l'abolition de l’État permettra la suppression des frais de fonctionnement inhérents à la démocratie, et des rentes versés aux politiciens et aux hauts bureaucrates. En outre, les Hommes de l’État (politiciens et bureaucrates) pourront trouver un emploi en fonction de leurs compétences réelles (et non supposés par le vote, ou biaisées par la corruption et le copinage) et ainsi être davantage productifs. Ces éléments impliquent aussi un accroissement de prospérité général.
Quatrièmement, en situation de panarchie (de cohabitation spontanée de communautés et de sociétés fondées sur des règles ou des valeurs différentes après l'abolition de l’État) les individus sont libres de se rassembler dans la communauté de leur choix et d'y fixer les règles auxquelles ils adhèrent, sur la base de leur raison, de leur volonté, et de leur propriété, par unanimité. Dans une telle situation, il est tout à fait possible de mutualiser volontairement des biens ou des services, et d'assurer par exemple un revenu minimum décent à tous ceux qui n'en ont point. Enfin, ma vision optimiste de l'individu me pousse à voir en lui un être naturellement porté à la solidarité et au partage. Ce dernier point vient rassurer celles et ceux qui craignent que l'abolition de l’État, malgré les gains de prospérité obtenus, implique une possible baisse de la liberté positive et de l'autonomie pour les plus malchanceux.
Comme on peut donc le constater, absence d’État, libre-marché, ne rime pas avec appauvrissement, bien au contraire. Il faut en plus ajouter qu'avec tous les gains de prospérité obtenus, les individus seront tous bien plus riches et auront les moyens d'investir davantage, d'entreprendre, de créer, et ainsi de s'enrichir tout en enrichissant les autres.
20/08/2014
Bien que je n'ignore pas que l'abolition de l’État se traduira concrètement probablement par une lutte sans relâche à tous les niveaux, je souhaite donner ici une sorte de schéma théorique de comment abolir l’État en Suisse. Mon propos est de montrer que cette abolition peut tout à fait se faire pacifiquement et progressivement.
A noter que je ne dis pas que les anarchistes qui rêvent de violence révolutionnaire et de lutte armée sont toujours dans leur tort. Au contraire, il peuvent parfois être dans leur bon droit. Mais toute action de ce type ne peut être, pour être légitime, qu'une défense proportionnée à un acte d'agression (par exemple à la répression armée des Hommes de l’État). Dans le contexte suisse actuel, une voie pacifique et progressive me semble tout indiquée.
La question de la désobéissance civile est aussi intéressante. Si une majorité d'individus cessaient de payer taxes et impôts, je me demande combien de temps la machine étatique pourrait rester en place. Mais je suppose aussi que cela pourrait se traduire par une période plutôt troublée. A creuser.
Une abolition pacifique et progressive de l’État doit se fonder sur deux principes. Premièrement, il convient de transférer tout ce qui est possible de l’État aux individus. Deuxièmement, lorsqu'il n'est pas possible de directement transférer les compétences et les fonctions de l’État aux individus (par exemple pour des raisons politiques), il faut alors les transférer à un niveau de compétence étatique inférieure pour rapprocher au maximum l’État de l'individu et le rendre plus facilement maîtrisable par ce dernier (on tend ainsi à rendre à l'individu le maximum de souveraineté possible sur lui-même).
Ci-dessous, voilà une illustration de ces deux principes.
1. Faire prévaloir le droit cantonal sur le droit fédéral.
2. Donner les compétences et les fonctions que remplit l’État fédéral aux individus ou aux États cantonaux.
3. Abolir l’État fédéral et transformer la Suisse en confédération.
4. Faire prévaloir le droit communal sur le droit cantonal.
5. Donner les compétences et les fonctions que remplit l’État cantonal aux individus ou aux États communaux.
6. Abolir les États cantonaux.
7. Donner les compétences et les fonctions que remplit l’État communal aux individus.
8. Abolir les Etats communaux. L'Etat est ainsi aboli.
Ceci étant posé, il s'agit à présent de décrire dans le détail comment donner les compétences et les fonctions de l’État aux individus. J'y reviendrai donc prochainement.
30/06/2012
Abolir l’État ?
Libéralisme, libertarisme, marxisme, communisme, anarchisme, toutes ces idéologies politiques ont en commun d'avoir comme finalité l'abolition de l’État.
Pour les uns essence néfaste de la coercition, pour les autres instrument maudit de domination de classe, l’État n'a pas une place très positive dans les grandes philosophies politiques qui ont marqué l'Histoire et qui continuent d'influer très largement sur la construction de nos sociétés contemporaines.
Comment se fait-il que moi, en tant que socialiste, je me refuse alors à soutenir l'abolition (ou le dépérissement) de l’État ?
Ma croyance que l’État est nécessaire à la construction d'une société humaine harmonieuse s'ancre plus profondément dans ma croyance que l’individu contemporain n'est pas suffisamment solidaire, partageux, juste, altruiste, bref en un mot sociable, pour se passer d'un médiateur impersonnel organisationnel comme l’État.
Un autre être humain, un individu transformé, plus évolué, pourra peut-être réaliser l'utopie d'une société sans État.
Mais dans la situation présente, je pense que nous ne saurions nous passer d'organisation collective sous la forme étatique et démocratique.
Cette vision de la nature humaine contemporaine est-elle réactionnaire comme le prétendent certains libertaires ?
Ce n'est pas moi qui trancherait cette question.
Sur ce, je cesse d'occuper l'espace virtuel de la blogosphère genevoise pendant quelque temps, histoire de me couper du monde pour mieux le réinventer.
Votre serviteur,
Adrien Faure,
idéologue en vacances