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Edition 2020
Lauréat-es 2020
Maéva Badré, Faculté des sciences
Pour son travail de Bachelor « Développement d’un contraceptif aux frontières du domaine médical : l’exemple de la contraception thermique et du Remonte-Couilles Toulousain »
Ce travail s’intéresse à la manière dont un contraceptif a pu se développer en périphérie de l’espace perçu comme légitime où il pourrait être attendu, le domaine biomédical, et en réponse à une norme contraceptive genrée. Envisager une contraception qui ne soit pas féminisée et médicalisée implique d’engager une réflexion sur la construction des masculinités hégémoniques et leur rapport à la médecine. Cela a eu lieu dans des groupes militants nés suite aux mouvements féministes des années 70, ce qui a permis une production nouvelle de savoirs: des expérimentations, basées sur le fait qu’une température testiculaire inférieure à celle du corps soit nécessaire pour que la spermatogenèse ait lieu, ont été menées. C’est ce qui a permis le développement du Remonte-Couilles-Toulousain, un moyen de contraception toujours utilisé actuellement, se présentant sous la forme d’un sous-vêtement maintenant les testicules à la température corporelle, permettant ainsi à ses utilisateur·ice·x·s de se contracepter.
Aude Bavarel, Faculté des lettres
Pour son travail de Bachelor « Injustices, vices et vertus épistémiques : regard social sur l’accès au savoir et à sa production »
Les études d’épistémologie sociale ont depuis longtemps montré que les caractéristiques sociales qui nous constituent, comme par exemple, notre identité de genre ou notre classe sociale, influencent les connaissances et le savoir que nous pouvons acquérir. Une femme dans un milieu principalement masculin et sexiste est généralement moins écoutée et recevra moins d’attention et de reconnaissance qu’un collègue masculin. Mon travail consiste à montrer qu’il est possible d’utiliser cette approche spécifique à l’épistémologie sociale pour approfondir la théorie des vertus et vices épistémiques (i.e. des traits de caractères qui limitent ou facilitent l’accès à des connaissances). Ces derniers, bien qu’ils soient souvent considérés comme des traits de caractères personnels, ne sont pas neutres ni indépendants des caractéristiques sociales qui nous constituent. Par exemple, il est plus compliqué pour une femme étudiant dans un milieu majoritairement sexiste et masculin de développer la vertu épistémique qu’est la confiance en soi.
Julien Calligaro, Faculté des sciences de la société
Pour son travail de Master « Home queer home : pratiques de l’espace domestique de couples LGBTIQ+
dans la région genevoise »
Ma recherche s’intéresse aux pratiques de l’espace domestique des couples queers dans la région genevoise. Elle a pour but de montrer comment se construisent les identités au regard de l’hétérosexisme de l’espace public et quelles sont les tâches nécessaires pour se sentir chez soi. Sur la base d’entretiens semi-directifs et de visites de logement, les résultats indiquent que les pratiques routinières et relationnelles de l’espace domestique ne prennent que partiellement pour base l’orientation sexuelle : certains éléments sont spécifiques aux couples queers, d’autres rejoignent ce que l’on rencontre chez les personnes hétérosexuelles. Si l’espace domestique est pensé par les couples queers comme un espace loin des rapports de domination liés notamment à l’orientation sexuelle, ces couples doivent, dans les faits, faire face à des injonctions à hétéronormativité provenant de l’extérieur. Ma recherche met également en avant l’importance de l’échelle du corps et de la dimension relationnelle pour penser le chez-soi.
Carole Christe, Faculté des sciences de la société
Pour son travail de Master « Des corps en formation : Socialisations sexuées et productions des savoirs dans
l’apprentissage professionnel de la danse contemporaine »
Ce mémoire de master en études genre est issu d'une ethnographie de plusieurs mois dans une école de danse contemporaine en Suisse Romande. Il se penche sur la façon dont les savoirs qui y sont enseignés concernent non seulement les ‘savoir-faire’ techniques et artistiques professionnalisants, transmis lors des cours, mais également les ‘savoir-être’ - des styles de vie qui se retrouvent au quotidien dans l'espace social et culturel de l'école. Ces derniers concernent par exemple l’alimentation ou la façon de prendre soin de son corps. La recherche d’un développement personnel bienfaisant et l’appel à la singularité artistique se trouvent confrontés à la logique compétitive du marché du travail qui suit l’école. L'angle des socialisations sexuées a été choisi afin d'amener une perspective de genre et de classe en particulier dans le but d'analyser la production des savoirs dans un lieu de formation artistique.
Elise Ehalt, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation
Pour son travail de Master « Les conséquences émotionnelles du sexisme ambivalent »
Dans le cadre de mon mémoire de master en psychologie, j’ai mené une étude sur les conséquences émotionnelles du sexisme hostile et du sexisme bienveillant, deux formes du sexisme ambivalent. Cette recherche a porté sur plusieurs composantes de l’émotion : les évaluations cognitives, les tendances motivationnelles, les sentiments subjectifs, ainsi que l’activité des muscles faciaux. Les réactions de cinquante-six participantes confrontées à différents types de commentaire (sexiste hostile, sexiste bienveillant, neutre, ou uniquement hostile et bienveillant), énoncés par une voix d’homme ou de femme, ont ainsi été étudiées, grâce à des questionnaires auto-rapportés et à des mesures physiologiques. Les résultats indiquent que le sexisme bienveillant et le sexisme hostile ne se distinguent pas sur le plan des différentes dimensions de l’émotion. En revanche, les situations sexistes ambivalentes entrainent des conséquences émotionnelles spécifiques, en comparaison aux propos bienveillants, hostiles ou neutres, comme par exemple des évaluations cognitives d’intensité et de négativité plus importantes, ainsi que des ressentis de colère.
Eugenia Portioli, Faculté de traduction et d’interprétation
Pour son travail de Master « Gender: between translation and jurilinguistics. A semantic-terminological analysis following the decision of the German Federal Constitutional Court of 10 October 2017 on the recognition of a third gender option »
Comment traduire l'expression d'une fracture profonde au sein d'une culture et la restituer dans une autre langue ? Cette étude se propose de confronter le texte de la décision controversée du 10 octobre 2017 de la Cour constitutionnelle allemande, portant sur l’introduction d’un troisième sexe, avec ses traductions partielles et non officielles, en anglais et en italien. Elle explore notamment, dans une optique multidisciplinaire, les concepts de genre, de sexe et d’identité, ainsi que leur transposition dans les différentes langues-cultures. La recherche se concentre notamment sur les vides sémantiques dans les langues de la jurisprudence, les limites et les contraintes de la traduction juridique, et sur les choix traductifs. Le défi que représente la traduction d'un mot rencontre la tâche difficile, peut-être impossible, de donner une voix aux identités réduites au silence, et de reconnaître le désir des personnes concernées d'être reconnues, en tant que sujet de droit, dans leurs identités, au sein des autres espaces linguistiques.