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Alfred Jarry, Les jours et les nuits, Mercure de France, 1948
Quelques mois après qu'Ubu roi, représenté au théâtre de l'Œuvre, eut fait connaître le nom d'Alfred Jarry, Les jours et les nuits, roman d'un déserteur paraît au Mercure de France. On est en 1897 et l'affaire Dreyfus commence à diviser l'opinion. Aussi a-t-on pu voir dans Les jours et les nuits une œuvre antimilitariste, attaquant plus spécialement la médecine militaire. Mais Sengle, le héros du livre, n'est pas un déserteur au sens strict où l'on entend ce mot dans l'armée. Sa manière de déserter, c'est de se dédoubler pour jouer avec son double. «Deux thèmes majeurs se laissent facilement apercevoir : désertion militaire et désertion érotique», écrivait le grand spécialiste de Jarry, J.H. Saintmont. Le rêve et la réalité alternent comme le jour et la nuit, d'où le titre. Au bout du rêve du soldat Sengle guettent le narcissisme et la folie.
Comme l'a écrit Maurice Saillet dans son essai Sur la route de Narcisse, «les fervents d'Alfred Jarry ont une secrète préférence pour Les jours et les nuits, qui n'est pas plus satisfaisant, au point de vue du roman classique, que l'Ulysse de James Joyce (il y aurait un parallèle intéressant à établir entre ces deux monstres narratifs), mais prend à distance, comme poème, la valeur d'une porte entrebâillée sur le mystère de son auteur».