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En contexte de crise économique, les comparaisons historiques avec la Grande Dépression sont devenues un exercice incontournable. La parution de la thèse de doctorat de Philipp Müller, qui porte sur les politiques suisses de lutte contre la récession des années 1930, arrive en ce sens à point nommé. Fruit du dépouillement de quatorze fonds d'archives, complété par un survol exhaustif de la littérature existante sur le sujet et par un travail important de compilation de statistiques, cet ouvrage colossal de plus de 800 pages sort remarquablement de la mêlée. Philipp Müller offre une vision aussi précise que tranchée de la thématique, tout en évitant les écueils de la technicité et du jargon économiques. Décortiquant l'élaboration intérieure de la politique helvétique - au coeur de la "salle des machines de l'État fédéral" - le livre s'inscrit ainsi dans la continuité des travaux de sociologie financière historique de la Suisse, amenés par Jakob Tanner, Cédric Humair et Sébastien Guex, le directeur de thèse de Müller1. À mi-chemin entre les monographies spécialisées et les ouvrages généraux sur la Suisse de l'entre-deux-guerres, ce texte comble une lacune historiographique et saura s'imposer, à n'en pas douter, comme une référence dans un champ de recherche encore en friche.
Le propos central de La Suisse en crise consiste à expliquer l'inertie de la politique économique helvétique durant la Grande Dépression. Alors qu'à l'étranger les années 1930 sont caractérisées par un développement important de l'interventionnisme étatique, à l'instar du New Deal américain, associé souvent à des tournants politiques déterminants, de l'avènement du nazisme à celui du Front populaire, la Confédération helvétique se distingue inversement par un conservatisme rigide. Jusqu'à tard dans la décennie, les milieux dirigeants suisses ne s'écartent en effet pas d'un programme é