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Issu de la bourgeoisie, c'est la rencontre avec H.G. Wells et Edgar Poe qui pousse Maurice Renard à se lancer dans la littérature. Il publiera peu de livres mais d'une constante qualité. Le docteur Lerne, sous-dieu paraît en 1908. Il y développe le thème du savant fou traité par Wells dans L'île du docteur Moreau. Le fait que le narrateur lui-même soit l'objet de l'expérience de greffé favorise l'empathie et l'anxiété du lecteur face à ce nouveau monstre qu'est le docteur Lerne, digne successeur du baron Frankenstein. Réédité régulièrement (Mercure, Marabout, Belfond, Tallandier), Maurice Renard est l'un des plus grands maîtres français du fantastique et de la science fiction, salué par le public, comme par André Breton. La peur qui sourd de ses oeuvres reste la nôtre car l'heure des apprentis sorciers, bien loin de reculer, est toujours à venir. L'atmosphère terrifiante s'installe progressivement et ne nous lâche plus. Tout en restant proche de la réalité, Maurice Renard parvient à faire croire à son lecteur qu'une telle aventure pourrait lui arriver ; lui-même a d'ailleurs qualifié son travail de " merveilleux scientifique ". Nous entrons dans un monde où les manipulations génétiques haussent le docteur Lerne au rang de dieu, de sous-dieu étant plus exact, et pour reprendre J.B. Baronian " le symbole pathétique de l'homme en proie au désir de se substituer à Dieu, farouchement hanté par le démon de la création. " qui conclue ainsi : " Lu trop souvent au premier degré, Maurice Renard mérite plus que de l'attention : une revalorisation complète. Son imaginaire (...) renvoie toujours à l'essentiel. "
Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde. Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie. Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en ligne et en carrés, et récite des tables de multiplications en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse. Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné.
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Longtemps éclipsée par les Brontë et Jane Austen, Elizabeth Gaskell a été redécouverte et rééditée depuis quelques années en Angleterre, sans doute grâce à la sûreté et à l'originalité de son talent - Dickens la surnommait sa «chère Schéhérazade» -. Elle écrivit tardivement, publia dans des revues, comme le Blackwood's magazine, et connut très vite le succès dès son premier roman Mary Barton paru anonymement.
La sorcière de Salem (Loïs, the witch) est la description de la paranoïa implacable d'une petite ville. Nous sommes en 1691 et Loïs Barclay arrive à Salem pour rejoindre un oncle - elle vient de perdre sa mère et son père et a donc quitté son Angleterre natale. Elle se retrouve seule et isolée dans cette Nouvelle- Angleterre où va avoir lieu l'un des épisodes les plus tragiques de la toute jeune Amérique, celui des Sorcières de Salem, qui marquera pour longtemps la conscience collective.
En s'appuyant sur des faits historiques, comptes rendus des procès et suites de l'affaire, Elizabeth Gaskell parvient à rendre magistralement la montée du péril, l'atmosphère de délation et de haine, la folie collective qui vont broyer à jamais des êtres de chair et de sang.
Il est permis de penser que le destin de Loïs Barclay nous touche d'autant plus qu'Elizabeth Gaskell a mis beaucoup d'elle-même dans ce personnage d'orpheline perdue dans un milieu hostile. Son sens de la justice et de la responsabilité va de pair avec sa faculté de communiquer l'émotion face à l'innocence bafouée et à la folie des hommes
Gaston Bachelard (1884-1962) est le premier à avoir pris comme principal sujet de recherche l'imagination de la matière. Ses neufs grands ouvrages (traduits dans plusieurs langues) ont renouvelé durablement la critique.
Avec La terre et les rêveries du repos, Bachelard analyse les rêves d'enracinement comme d'intimité et étudie « la vie souterraine comme image du repos ».
« Je ne crois pas nécessaire de camper ici un portrait de Bachelard. Toute la presse s'en est chargée dans la dernière année de sa vie. Elle n'a rien laissé ignorer de cet homme trapu, râblé et d'une corpulence tout à fait 1900. Tout le
monde sait maintenant qu'il avait le visage même du philosophe, tel du moins que le rêve l'imagination populaire. On en a admiré la chevelure romantique et la barbe peu soucieuse du ciseau.
Ses familiers, ses étudiants savent seuls qu'il avait l'accueil jovial, la parole vive et que son rire était toujours prêt à fuser aux bons mots et même aux calembours, à ceux des autres comme aux siens que la conversation faisait
jaillir.
Bachelard forçait la sympathie dès l'abord : il n'est pas si commun de voir un grand esprit sous l'apparence d'un homme simple et comme ordinaire. Il avait conquis la mienne dès notre première rencontre, un an après la publication de son Lautréamont. »
José Corti, Souvenirs désordonnés.
Blesse, ronce noire.
Ce sont les derniers mots que georg trakl fait prononcer à sa soeur, gretl, dans le poème révélation et anéantissement, écrit peu avant la bataille de grodek (1914) d'où, la drogue aidant, il ne devait pas revenir. lorsqu'on considère les photographies conjointes du frère et de la sueur, on peut se demander qui fut le premier à dire les mots de la douleur, de l'amour et de la faute et dans quelle secrète complicité naquirent les poèmes.
Dans l'espace de la proximité ouvert entre ces deux faces d'amants et d'artistes, on peut rêver abondamment sur le sens de la dilection, de l'écriture et de la déréliction. claude louis-combet.
Ce poème satirique eut un retentissement considérable dès sa parution durant la période de transition entre le Moyen âge et l'âge moderne : c'est en quelque sorte une encyclopédie des connaissances, des disciplines morales, de
l'ensemble des classes sociales.
Chaque chapitre atteint à un caractère universel et éternel en caricaturant un vice humain représenté par un fou. Tout le monde est embarqué sur le navire (clergé, noblesse, roture, magistrature, université, négoce, paysans, cuisiniers), et l'auteur ne s'oublie pas en se dépeignant dès l'ouverture comme un fou bibliomane, qui accumule les traités de sagesse sans pour autant devenir plus sage.
Ce fut aussi une date dans l'histoire du livre, car A. Dürer, notamment, créa la majorité des planches pleines de verve qui illustrent chaque chapitre.
Ce catalogue des folies du monde, répertoire quasi exhaustif des péchés, erreurs et travers où se fourvoie l'humanité, n'a malheureusement rien perdu de son actualité ; il suffit pour s'en convaincre de feuilleter au hasard et de choisir dans la table des matières : "des livres inutiles, de la cupidité, de la galanterie, de goinfrerie et beuverie, de tout remettre au lendemain, de la luxure, de l'envie et de la haine, de la fin des empires, de nier qu'on est fou, du jeu, des fraudeurs et frelateurs."
Métamorphose : le mot évoque des phénomènes étonnants que l'on observe dans la nature. Il évoque aussi des fables que l'on considère souvent comme insignifiantes. Pierre Brunel y a trouvé l'un de nos mythes les plus profonds. Empruntant des exemples à toutes les littératures, des plus anciennes aux plus contemporaines, des « Eddas » scandinaves au « Koji-ki » japonais, il étudie plus particulièrement quelques textes majeurs : « Les Métamorphoses » d'Ovide, « L'Âne d'or » d'Apulée, « Alice au pays des merveilles » et « De l'autre côté du miroir » de Lewis Carroll, « Les Chants de Maldoror »de Lautréamont, « La Métamorphose » de Kafka, etc. Il y met en évidence des contradictions qui sont peut-être, pour ce mythe, la garantie de sa survie. Paru initialement dans la série « Mythes » (que Pierre Brunel a d'ailleurs lui-même créée avec la collaboration de Pierre Sellier) de la collection U prisme, Armand Colin, en 1974, ce classique des études en littérature comparée était épuisé depuis une quinzaine d'années.
Nicolas Vanlin, Fabula.
Achevé en 1936, Le Navire de bois constitue le premier volet de la trilogie romanesque publiée à titre posthume, Fleuve sans Rives. Comme Andreas de Hoffmannsthal, Le Procès de Kafka et L'Homme sans qualités de Musil, la trilogie fait partie des grandes oeuvres en prose de notre siècle restées inachevées. Comme dans ses autres oeuvres, et notamment son théâtre, Jahnn conduit ses personnages jusqu'au point de rupture où les forces, soudain libérées, se déchaînent. "Ce que nous accordons aux tragiques du passé, écrivait Hans Wolffheim en 1966, à propos de l'auteur du Navire de bois, nous devons le concéder au poète moderne : d'être, au-delà des conventions bourgeoises, un créateur de mythes, de proposer donc des Images archétypiques de l'homme qui font peut-être éclater ces conventions. Il se pourrait qu'on y découvre plus de vérité que dans les icônes confortables de nos normes sociales." Chez Jahnn, comme chez Kafka, des acteurs cheminent sans but, presque sans chemin. Ils n'avancent plus, de peur de reculer. Ils voudraient marcher, s'élancer, mais ils craignent de marcher à l'envers. Jamais plus les pas ne s'enchaînent. Tout l'effort de l'écrivain consiste à les égarer davantage, à les perdre, car l'idée du "chemin" est encore une entrave : "quand on dit que le chemin est plus important que le but, c'est en souvenir d'un début où ils ont été identiques." (Jünger, Les Ciseaux). Pour complaire à sa fiancée, la fille d'un capitaine de marine, Gustav décide à l'improviste de l'accompagner dans un voyage sur un étrange navire de bois, véritable labyrinthe, transportant une cargaison mystérieuse vers une destination inconnue. Seule femme à bord, Ellena devient l'objet des fantasmes de tous les hommes. Un jour, elle a disparu ; en tentant de la retrouver, Gustav provoque involontairement le naufrage du navire. À la fois roman de haute mer, de la veine des Melville et Conrad, mettant l'homme aux prises avec les éléments, et intrigue policière, comme Le Procès de Kafka, ce récit allie un réalisme intense à un univers intérieur et symbolique : le mystère ou l'absurdité de l'existence, la solitude des êtres, leur obscure culpabilité.
Écrivain inclassable, John Cowper Powys est un mystique qui allie la spiritualité de Shelley à l'extase sensuelle de Keats. Poète philosophe sans mystère ni syllogisme, à jamais en quête de l'authentique, toujours prêt à dénoncer la futilité de la dialectique abstraite, il nage à contrecourant de son temps, savourant sa marginalité.
Né en 1872, au presbytère de Shirley, dans le Derbyshire, J.C. Powys est l'aîné des onze enfants du Révérend Charles Francis Powys et de son épouse Mary, femme discrète, étrange, qui toute sa vie préféra " l'ombre à la lumière ". Sans doute sa situation d'aîné de famille nombreuse expliquet- elle ce tiraillement entre " esprit de clan " et désir de solitude, ce besoin d'affirmer son identité, tandis que son éducation austère, sous-tendue de principes philosophico-religieux, justifierait ce désir d'explorer les méandres de la conscience à travers essais ou romans palpitant de passions intenses et nerveuses. Installé aux États-Unis de 1905 à 1934, John Cowper Powys fut vite reconnu comme un brillant et inlassable conférencier par les milieux universitaires américains. Il y écrivit de nombreux essais, parmi lesquels, Le sens de la culture, en 1929, L'Art d'oublier le déplaisir, en 1928, L'Apologie des sens, en 1930 et six romans dont Givre et sang, en 1925, Wolf Solent, en 1929, Les sables de la mer, en 1934 et, en 1932, Les Enchantements de Glastonbury. Sa remarquable Autobiographie, parue en 1934, est le dernier ouvrage qu'il écrivit aux États-Unis. Pour John Cowper Powys, l'écriture tient lieu d'exorcisme. Prompt à s'abandonner à un pessimisme de barde janséniste, il prêche ici la maïeutique du détachement. Sa philosophie de l'oubli, qui n'est
pas étrangère à la pensée nietzschéenne, invite l'homme à se libérer de ses propres chaînes, à entrer en libre possession de son âme, de sa vie. Devant la douleur, il préconise le détachement, avec des accents qui rappellent Schopenhauer et les messages orientaux : immergeons-nous dans une sorte d'amnésie en comprenant que le monde solide, opaque n'existe pas. L'art de vivre, pour Powys, est une éducation de l'oubli. Toute sa vie, il fut torturé par des images de violence, des obsessions sadiques, que sa conscience morale rejetait et que, par bonheur, il a léguées à ses personnages, collectionneurs de livres interdits, érudits en proie aux puissances du Mal, simples d'esprit, géants poursuivis par le désir du meurtre... Tous pourtant, à un moment ou l'autre de leur vie, sont soulevés par la révélation de l'amour, par cette exaltation qui les relie au monde animal, minéral ou végétal. Francine de Martinoir, La Croix, 1er décembre 1997. Du même auteur chez José Corti : Petrouchka et la danseuse ; L'Art de vieillir ; La Religion d'un sceptique ; Esprits-frères. Sur nos pages web : http://www.jose-corti.fr/auteursetrangers/powys.html
José Corti : un être rare, inconnu ou presque du grand public. Mais un modèle : l'éditeur qui n'a jamais publié ce qu'il n'aimait pas. Et il n'aimait que l'écriture la plus haute, la création la plus aiguë, la littérature la plus noble (Gérard Guillot, Le Figaro). Quand on écrira l'histoire de José Corti qui, à sa manière si différente de celle de Gaston Gallimard, de Bernard Grasset, de Robert Gallimard ou de Robert Denoël, restera dans la littérature, on notera sans doute ce délicieux anachronisme d'un grand raffiné qui a voulu maintenir sa passion des livres hors des circuits dévastateurs de l'argent-roi (Jean-Marie Rouant, Le Quotidien). Toute la démarche de José Corti est une célébration de la lecture. Il la servit par les poèmes et les récits sur lesquels il apposa son label " Rien de commun il la servit par des textes d'analyses qui sont de véritables sésames des grandes oeuvres. Hostile non seulement à tout ce que Gracq avait dénoncé dans son pamphlet La Littérature à l'estomac, mais à toutes les techniques de mercantilisation et de vulgarisation du livre, il apparaissait, dans le milieu éditorial parisien, comme une sorte de dernier des Mohicans (Jacques de Decker, Le Soir).
La tradition fantastique et romantique a trouvé en Russie une terre vierge et un maître incontesté : Pouchkine. On raconte que c'est lui qui fit cadeau à Titov de l'idée d'Une maison solitaire sur l'île Vassilievski, où nous retrouvons en effet tous les ingrédients du genre (un Saint-Pétersbourg à l'atmosphère étrange, l'incarnation du mal face à la pureté angélique, une morte ressuscitée par la magie noire). Avec Odoïevski, dont L'Âge d'homme a publié Les Nuits russes, le fantastique se teinte d'occultisme : dès l'enfance du héros, le cosmorama qui donne son titre au récit provoque chez lui des phénomènes de vision et de voyance. Révélant l'avenir comme le passé, il va devenir
l'incarnation même du mal, une sorte de drogue dont le personnage principal a besoin et horreur à la fois. L'univers se dédouble et participe alors de la réalité comme de l'éternité. Chtoss est le dernier texte écrit - et laissé inachevé - par Lermontov, tué en duel en 1841. Il est étrange à souhait. Un peintre désabusé de tout loue sur un coup de tête un appartement inoccupé où se trouve un étrange portrait de vieillard, qui se révélera bientôt être un fantôme, joueur de cartes. Nous retrouvons alors une atmosphère digne de la célèbre Dame de pique de Pouchkine, parue sept ans plus tôt. Ce recueil consacré à des proses fantastiques de l'époque romantique et restées inédites montrera
à l'évidence qu'entre certains grands génies - Pouchkine, Gogol, Dostoïevski - le genre a trouvé en Russie une terre d'élection. « Le choix des textes qui composent le recueil a l'intérêt de présenter trois aspect de ce genre littéraire qui s'épanouit à Saint-Pétersbourg entre 1820 et 1840 : la notion de double (Le Cosmorama), l'apparition (Chtoss) et les forces du mal (Une maison solitaire sur l'île Vassilievski). Au cours du récit, les trois auteurs usent efficacement des recettes traditionnelles du genre : séduction de l'étrange, irruption de l'irrationnel dans le réel jusqu'à la confusion des sentiments, à la fragiile frontière de la folie. Mais le lecteur est définitivement envoûté par l'atmosphère lugubre unanimement prêtée à Saint-Pétersbourg. » Anne Rodier, Diabolique trio in Le Monde, 17 janvier 1997. Profitant de toutes les occasions qui s'offrent à lui pour semer le désordre, et Saint-Pétersbourg dans les années 1820 lui en offrant de particulièrement favorables, le diable n'en a-t-il pas profité pour y prendre ses quartiers ? On le croirait, à la lecture de ces récits dont les auteurs, hormis Lermontov, sont presque inconnus. Mais comme la ville, le diable est grisâtre et d'autant plus efficace ; il a abandonné les défroques flamboyante de son confrère germanique. Patrick Cassou, Le Mensuel littéraire et poétique, n°244.
avec les contes cruels (1883) ; tribulat bonhomet (1887), le secret de l'échafaud (1888) ; histoires insolites (1888, in-16) et enfin nouveaux contes cruels donnent toute la mesure de son talent d'ironiste dans un style que saluèrent tous ses contemporains.
josé corti fut le premier éditeur à s'obstiner à défendre les oeuvres de villiers (les parutions s'échelonnèrent dès 1954).
L'obsession de Flaubert, les virulences de Rimbaud, de Léon Bloy, de Dada dénonçant la bêtise bourgeoise font partie de l'histoire littéraire et de celle des mentalités? Mais la connerie ? Le sujet reste bizarrement sous-exploité. Par une sorte de fausse pudeur, on le cantonne dans les départements périphériques et bas de l'esprit. Réfléchir sur la connerie, peut-être, mais à condition de mettre des gants et de s'essuyer les pieds en sortant.
Pourtant la connerie est un sujet profond, multiforme et universel, indissociable de la condition tragique et dérisoire de l'espèce humaine. Il ne relève qu'accessoirement de la plaisanterie et de la polémique, que ce petit essai, du reste, ne cherche pas à éviter. Il y a ce qu'il faut de rire et de mauvaise foi dans ces pages pour dérouter les tâcherons du discours en trois points. Car, à l'encontre de ce qui st généralement admis, l'auteur soutient que la Raison n'est pas l'ennemie jusrée de la connerie, qu'il existe entre elles une connivence, que la Raison est conne, au moins dans un certain usage grossier de ses pouvoirs. Contrairement à la bêtise, cette marche loupée de l'intelligence, la connerie déborde notre pouvoir de lucidité. Monsieur Teste pouvait prétendre : la bêtise n'est pas mon fort ; il n'aurait pas pu en dire autant de la connerie.
J'écris sur la connerie, sans doute pour conjurer la mienne à travers l'évocation de celle des autres, admet l'auteur. Comme aurait pu dire Sartre : si je range l'impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Un con fait de tous les cons et qui les vaut tous et que vaut n'importe quel con.
Dans ce recueil, devenu un classique, pierre-georges castex voulait montrer, à une époque aujourd'hui grâce à lui révolue, combien le fantastique existait aussi en france.
D'oú la démonstration par l'exemple avec cette anthologie, qui va du xviiie siècle à l'aube du xxe. dès le xviiie siècle, cazotte enfermait une histoire fantastique dans les limites du conte qui, par la brièveté et le naturel, est le genre le plus propre à créer un effet intense. vers 1830, le fantastique connaît une vogue extraordinaire ; il inspire des récits oú l'imagination s'exerce agréablement, mais de façon assez gratuite.
Bientôt, il est mis au service d'intentions plus profondes : la cruauté d'un villiers, les hantises d'un maupassant, contrastent avec l'ingéniosité froide de mérimée ; les implacables analyses auxquelles se livre, dans les dernières années de sa vie, un nerval tourmenté par la folie surprennent celui qui a commencé par lire ses premiers récits, écrits en un temps oú, cédant à la mode, il imitait sans grande conviction les conteurs allemands.
Désormais, l'écrivain épanche à travers des symboles grimaçants son génie satirique ou livre un témoignage sur lui-même en évoquant, comme pour les exorciser, ses démons intérieurs ; ou encore, tel apollinaire au seuil de la mort, il étale sur ses pages hallucinées l'ombre de son propre destin. d'une façon générale, à mesure qu'on avance dans le siècle, le goût du public devient plus exigeant, l'inspiration des conteurs plus personnelle ; les spectres chers aux contemporains d'hoffmann semblent dérisoires, trente ans plus tard, à une génération que les contes d'edgar poe ont familiarisée avec un fantastique intérieur, plus intense.
".
La Glu (1881) est, avec Miarka, le roman de Richepin (auteur bien oublié aujourd'hui, malgré une réédition récente des Morts bizarres à L'arbre Vengeur), qui fut le plus populaire. Rebelle, bien que normalien, avec la volonté délibérée de sortir des sentiers battus, La chanson des Gueux lui vaudra la célébrité et un emprisonnement, mais rattrapé par les honneurs et les succès (il siégera à l'Académie française), Richepin fut classé dans les Indépendants de l'Enquête sur l'évolution littéraire de Jules Huret à qui il écrivit : " Il me semble que c'est après coup, longtemps après, quand elle est terminée, qu'une évolution littéraire peut donner matière à une enquête sérieuse. On la juge alors, non sur les théories, qui passent, mais sur les oeuvres qui restent, s'il en reste. Pour le moment, votre enquête ne m'a pas appris grand'chose. Elle m'a seulement évoqué le tableau d'un marécage pestilent, aux eaux de fiel, où se dressent quelques taureaux et où ruminent quelques boeufs, tandis qu'entre leurs pieds s'enflent des tas de grenouilles coassant à tue-tête : " Moi, moi, moi ! " Gageons que La Glu restera. Jean Richepin y dresse le portrait d'une femme fatale aussi fascinante que celles des fins-de-siècle. Jean Richepin sait jouer avec les poncifs (la vie provinciale au Croisic et la vie parisienne facile, la bourgeoisie et la classe ouvrière, l'amour bourgeois et l'amour fou).
Après plusieurs internements le riche docteur Franco Pisani regagne son palais de Venise. Ses anciens "amis" de la mafia vont l'empêcher de s'échapper et il sait que tant qu'il n'aura pas livré son secret le pire l'attend. Ses seuls armes sa connaissance des poisons et sa détermination. "Le suspense est complet. On hésite si Jean Thuillier a conçu un roman métaphysique, policier (les deux ne sont pas contradictoires ou psychologique. En vérité les trois à la fois." Philippe Cusin, Le Figaro littéraire. "La rentrée littéraire souvent étouffante, laisse parfois sur les plages des trésors oubliés" Joël Schmidt, Réforme. Salué par la critique, Campo Morto, obtint avec Ismaël Kadaré, le prix Méditerranée en 1993.
Psychiatre et écrivain, Jean Thuillier est notamment l'auteur de l'ouvrage La Folie, dans la collection Bouquins des éditions Laffont.
Ce n'est pas un hasard si Jules Claretie (1840-1913) a été pendant longtemps l'auteur de la meilleure étude sur Pétrus Borel. Il partage avec lui son goût du macabre, de la démesure, du frénétique. Romancier, journaliste, polygraphe, directeur de la Comédie française, académicien lui aussi, comme Richepin, son oeuvre est très inégale. Jean Mornas qu'il publie en 1885 mérite pourtant d'échapper à l'oubli tant son héros, ou anti-héros, est étonnant. Comment, en étant tout d'abord un être sans histoire, brillant étudiant en médecine et aspirant homme de lettres, passe-t-on insensiblement du statut d'honnête homme à celui de criminel. Au moment même où Nietzsche pose l'équation : Si dieu est mort, tout est permis, Jules Claretie, à travers le personnage de Jean Mornas en étudie les conséquences. Ce même Claretie qui plus tard confiera à Jules Huret : " L'âge apporte nécessairement une philosophie qui ressemble, si l'on veut, à une abdication mais qui est plus rapprochée de la justice. " Il invente ainsi une figure qui rééquilibre la tendance fin-de-siècle avec son homme fatal. Espérons donc que le voeu de Claretie soit exaucé : " Il semblerait que la littérature est une imprimerie où seuls compteraient les feuillets fraîchement tirés, quand au contraire elle doit être une bibliothèque où Ies oeuvres passées sont aussi consultées que les oeuvres du jour...