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L'historien François Audigier a écrit à propos du temps : « Le temps n’est pas l’objet de l’histoire mais il en est une composante consubstantielle. (…) A la linéarité des temps historiques dans une perspective positiviste a succédé la trilogie braudélienne, temps long, moyen, court, elle-même aujourd’hui fortement diversifiée. C’est une multiplicité de temps que travaillent les historiens et la notion d’événement a changé. »* Ce qui est vrai pour les historiens l'est à plus forte raison s'agissant du champ politique. Déjà du temps de Platon, les clepsydres égyptiennes avaient été introduites en Grèce et servaient à mesurer la longueur des discours politiques. Quelques siècles plus tard, Mighel de Cervantes écrivait à propos du temps : « Se dara tiempo al tiempo, que suele dar dulce salida a muchas amargas dificultades ». Un point de vue auquel fera écho plus tard Voltaire qui écrira dans les Cabales,« L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger ». L'horloge, toujours l'horloge. A Versailles par exemple, celle de la cour de marbre n'avait qu'une seule aiguille. Elle marquait l'heure de la mort du roi et, ce faisant, plongeait la cour dans l'incertitude, s'agissant de l'avenir politique du royaume. Charles Baudelaire aussi, évoquera les horloges dans les Fleurs du mal « Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! ». Et que penser alors de la sagesse du président François Mitterand qui avait dit qu'il faut « laisser du temps au temps », paraphrasant ainsi Cervantes. Un point de vue exprimé aussi avec d'autres mots par l'écrivain Isaac Asimov qui estimait qu'il était « urgent d'attendre ». En matière politique, bien avant l'actuel président de la République française qui a revêtu l'habit de "maître des horloges", c'est Lord Byron qui donna le ton : "Les lois et les institutions sont comme des horloges ; de temps en temps, il faut savoir les arrêter, les nettoyer, les huiler et les mettre à l'heure juste ». Ces quelques exemples nous rappellent que le rapport au temps et à sa mesure – les horloges - dicte sa loi depuis l'antiquité. Il s'inscrit dans une problématique qui n'a jamais cessé de préoccuper les philosophes, les historiens, les gens de lettres et, à plus forte raison, les dirigeants politiques.
Claude Bonard
* Citation extraite de François Audigier : « La chronologie n’est pas l’histoire. Et pourtant… », in revue de l’IREHG, n°1 juin 1994, p. 80-81