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23/06/2012
Ferdinand Hodler (1853-1918), un Maître à redécouvrir.
Né dans un contexte familial besogneux et misérable, avant d'être orphelin à l'âge de 14 ans, Hodler adolescent devient alors peintre d'enseignes, avant de débuter une première production de Paysages Suisses vendus aux touristes à Thoune.
A l'âge de 19 ans il s'installe à Genève, pour suivre les cours de Menn qui était un élève d'Ingres. Durant ces cinq années genevoises, Menn transmet son enseignement à Hodler qui affirme aussitôt une belle personnalité dans le portrait et le paysage, puisant son inspiration dans l'existence du peuple, pour manifester un dessin rigoureux qui illustre une « mise en page » équilibrée, faite de tonalités sombres exprimant des clairs-obscurs contrastés.
Hodler peignant sur le toit de son atelier Rue du Rhône
Après un séjour à Madrid, sa palette s'éclaircit, pour mieux confirmer l'émancipation de ce jeune artiste en devenir.
Au même titre que les Impressionnistes à Paris durant les années 1870/80, Hodler a subi la vindicte des notables genevois. Car malgré certains soutiens, Hodler demeurait toujours aussi pauvre. En 1881, le Jury qui décidait pour l'Exposition Municipale Genevoise, proposa à la Ville d'acheter un tableau de l'Artiste « Une prière dans le canton de Berne ». Les autorités genevoises refusèrent catégoriquement, avant, l'année suivante, de modifier le règlement interne pour interdire en exposition des tableaux de trop grands formats. Une manière déguisée pour évincer Hodler de ces manifestations publiques.
Le peu d'argent qu'il perçoit alors lui permet tout juste de pourvoir à l'achat de ses couleurs et de ses toiles.
Son quotidien est le plus souvent composé de pain sec trempé dans l'eau. Sa couche du moment est matérialisée par la porte de son armoire qu'il démonte tous les soirs pour en faire sommier, avant de s'endormir avec son manteau militaire comme unique couverture.
Il parvient néanmoins à interpeller la presse locale par la puissance de ses créations, et à former autour de lui un cercle acquis à sa cause, composé de critiques et d'écrivains. A l'opposé, d'autres critiques, dans la Tribune de Genève ou le Journal de Genève, fustigent les œuvres d'Hodler. Et les propos tenus à l'exemple de « C'est un amateur qui ferait mieux de retourner à l'école », ne font qu'augmenter le malaise qui s'installe autour de ce jeune artiste qui ne ressemble à aucun autre.
Ces mots de souffrance rendent Hodler furieux au point qu'il réalise un autoportrait magistral intitulé « Le furieux », voir illustration.
En fait, le paradoxe établi à Genève par ceux qui adulaient Hodler, et ceux qui le méprisaient, trouve sa source dans l'opposition de l'émergence des courants artistiques internationaux face aux attentes nationales suisses. En 1888, la Commission Fédérale des Beaux-Arts est créée, avec une dotation, exceptionnelle pour l'époque, de 100 000 francs, permettant ainsi la mise en œuvre de commandes publiques, d'organisation de Salons, et d'attribution de bourses. Les Artistes Suisses qui veulent bénéficier de ce soutien sont donc dans « l'obligation » de produire une peinture reflet de l'identité de la Nation Suisse ». Production représentant des paysages de montagne, ou des faits d'histoire helvétique.
A l'opposé, à Paris, au début des années 1880, et sous l'influence du courant littéraire créé par Baudelaire, la Peinture Symboliste de Puvis De Chavannes, Redon ou Moreau, rencontre un vif succès, comme à Vienne ou à Berlin, avec des artistes comme Klimt, Uhde ou l'artiste suisse Böcklin.
Hodler a exposé chaque année à Paris, de 1870 à 1900. Cet Artiste avait fait le choix, ô combien exigeant, de satisfaire la demande artistique de son pays d'origine, malgré toutes les turpitudes qu'on lui infligeait, et dans le même temps, de s'orienter vers une production plus « internationale ».
D'une écriture plastique Naturaliste, il s'achemina vers une écriture plastique Symboliste. C'est alors que son tableau « La Nuit », voir illustration, qu'il considérait comme sa première œuvre réellement achevée, est banni en 1891 par les Autorités Genevoises qui, outre leur étonnement devant les dimensions hors normes de l'oeuvre, décrètent que la toile n'est pas conforme aux bonnes mœurs, pour cause de lubricité et d'immoralité.
Contrit, dès le lendemain de son exclusion, Hodler loue La Salle de Garde du Bâtiment Electoral de Genève pour y exposer cette œuvre tant décriée. Malgré l'importance du prix du billet d'entrée, à savoir 1 franc de l'époque, une foule considérable se déplace pour cette Exposition, permettant ainsi à Hodler de percevoir une somme importante, avant de se rendre quelques jours plus tard, avec son tableau, à Paris où il sera intronisé comme Membre de la Société Nationale des Artistes Français, pour exposer la Nuit au Salon du Champ-de-Mars, et recevoir tous les honneurs dûs à son rang, et la reconnaissance de Monet, Degas, Puvis de Chavannes et Moreau qui admiraient son talent.
A la suite de cette reconnaissance, Hodler acquiert un statut international qui le transportera jusqu'aux Sécessions Viennoises et Berlinoises.
Aujourd'hui, reconnu enfin comme un grand peintre, Hodler figure aux cimaises des Musées Suisses de Bâle, Genève, Berne et Zurich, qui exposent des œuvres magistrales de cet artiste hors du commun. Avant le Musée d'Orsay à Paris, en 2007/2008, la Fondation Gianadda a organisé en 1991 une très belle rétrospective des œuvres de cet artiste sincère et engagé, et qui a tant défrayé les chroniques suisses de l'époque. Jamais artiste suisse ne fut autant discuté et contesté.
L'historien Philippe Kaenel, de l'Université de Lausanne, a magistralement, dans ses textes, expliqué et relaté avec une grande objectivité, toutes les composantes de la Vie tourmentée et de l'Oeuvre d'Hodler.
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Alain VERMONT