Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07046.jsonl.gz/359

Arts et cinéma 4 septembre – 3 janvier
Fondation de l’Hermitage
L’exposition réalisée avec Dominique Païni et la cinémathèque française propose une passionnante histoire du cinéma « non narratif » plastique de l’époque impressionniste à la nouvelle vague. Elle montre la richesse des relations et des métissages entre peinture, dessin et cinéma. Sur un canevas général formé de courts extraits de très nombreux films viennent se greffer des oeuvres d’art souvent sélectionnées dans les collections suisses. Le parcours est vaste et varié rencontrant tous les principaux mouvements artistiques, l’impressionnisme, le cubisme, l’expressionnisme, le surréalisme, le constructivisme russe et enfin la nouvelle vague et plus particulièrement Jean-Luc Godard.
Fernand Léger Paris – New York jusqu’au 7 septembre 2008
Fondation Beyeler Riehen
L’exposition Fernand Léger (1881 – 1955) proposée par la Fondation Beyeler est organisée chronologiquement. Elle présente la première partie de la carrière de l’artiste, montre comment il développe l’héritage cubiste. Les thèmes spécifiques sont bien mis en évidence: une passion pour la ville et les hommes qui l’habitent et une prise en compte du quotidien, du travail, liée à des positions politiques. Le film Ballet mécanique (1924) intervient dans cette recherche. Il est habituel de considérer qu’après des débuts prometteurs l’art de Léger s’est dégradé pour répondre à ses aspirations militantes par une simplification de plus en plus marquée et la recherche d’un langage accessible et populaire.
L’exposition tente de renverser cette approche en montrant les spécificités de la carrière américaine de Léger : après avoir séjourné à trois reprises aux Etats-Unis dans les années 1930, il a passé toute la Seconde Guerre mondiale dans ce pays qui le fascinait. Par ailleurs elle suggère des rapprochements avec la génération des artistes américains de l’immédiat après-guerre. Des oeuvres importantes de Rauschenberg, Lichtenstein, Kelly notamment sont placées dans les salles en relation avec celles de Léger. Une approche un peu agaçante au premier abord, mais qui a l’avantage de dépoussiérer le regard. Elle est d’ailleurs relativisée et argumentée dans le catalogue en particulier dans les contributions d’Yves-Alain Bois et de Raphaël Bouvier. Yves-Alain Bois relève que Léger a donné un développement particulier à un apport du cubisme, à savoir la séparation entre le dessin et le champ coloré une traitement destiné à connaître un grand succès auprès des générations postérieures. Par ailleurs avec les compositions consacrées au thème des plongeurs, il a cherché à supprimer la gravité, ce qui n’a jamais été fait par les cubistes, c’est-à-dire qu’il a réalisé des œuvres figuratives qui peuvent être regardées dans tous les sens. C’est sans doute l’un de ses apports majeurs et aussi par là qu’il exerce une influence sur des artistes comme Kelly ou Rauschenberg. Raphaël Bouvier relève que ce n’est qu’à partir des années 1970 que Lichtenstein a pris conscience de l’importance de Léger et qu’il a développé des références explicites à cet artiste. Par contre il est possible de relever de nombreux points communs en particulier: la standardisation des formes, la mise sur le même plan des objets et de la figure humaine. L’abandon d’un style pictural personnel au point que Léger laisse la réalisation des commandes monumentales (nombreuses dès son retour en France) à son atelier et à ses élèves.
L’exposition parvient à casser les à priori et le rejet des œuvres plus tardives en les réhabilitant, en montrant leur contexte, leur spécificité et leur rayonnement. Un point de vue intéressant qui donne une vision dynamique de l’oeuvre de Fernand Léger.
La réouverture du musée Fernand Léger à Biot près d’Antibes est annoncée pour le 21 juin 2008.
En 2000 – 2001, le musée d’art et d’histoire de Genève avait présenté:La création du monde, Fernand Léger et l’art africain des collections Barbier-Mueller.
Patrick Schaefer, L’art en jeu 5 juin 2008
Eadweard Muybridge Tate Britain jusqu’au 16 janvier 2011.
Le nom de Muybridge est familier à ceux qui s’intéressent à Edgar Degas et à Francis Bacon pour quelques images, les chevaux chez Degas, des lutteurs et un enfant terriblement déformé chez Bacon. Par contre la biographie, la personnalité et la totalité de l’oeuvre de ce personnage, artiste, entrepreneur, particulièrement énergique, sont assez peu connues. La vaste rétrospective de la Tate Britain vise à combler cette lacune et y parvient d’une manière passionnante.
Sur le plan biographique, né en Angleterre en 1830, il mourut dans ce pays en 1904, mais il avait émigré aux Etats-Unis et s’installa à San Francisco où il devint un photographe réputé. Réputation entachée toutefois par un tragique vaudeville, puisqu’il assassina l’amant de sa femme en 1874, mais au Far West on n’allait pas ennuyer quelqu’un pour si peu. Il fut acquitté pour justes motifs et cela ne l’empêcha pas de poursuivre ses passions visant à étudier et fixer le mouvement animal.
La carrière de photographe de Muybridge débute en 1867 et en 1868 il obtient un mandat officiel pour réaliser des photographies en Alaska. Ensuite il consacre des efforts énormes pour représenter la Yosemite Valley, ce qui aboutit à une publication de 51 planches géantes récompensée à Vienne en 1873. Après l’épisode judiciaire mentionné plus haut, il se rend en Amérique centrale. Il consacre aussi des vues au développement urbain de San Francisco, réalise un panorama et témoigne de la guerre contre les indiens. Dès 1872, il dédie beaucoup de temps à l’étude du mouvement animal, il s’intéresse au cheval, à d’autres animaux et à l’homme. Par ailleurs il réalise une machine qui permet de projeter des figures en mouvement: le zoopraxiscope. L’exposition s’achève d’ailleurs sur une sculpture de cheval de Degas directement inspirée par une photographie de Muybridge.

Patrick Schaefer, L’art en jeu, 19 octobre 2010
Max Ernst Fondation Beyeler jusqu’au 8 septembre 2013
Max Ernst (1891 – 1976) fait l’objet d’une vaste rétrospective à la Fondation Beyeler à Riehen. Organisée autour des processus créatifs imaginés par l’artiste, elle suit un développement chronologique et met particulièrement en évidence l’oeuvre peint de ce grand surréaliste. Au fil de 12 salles, on évoque l’oeuvre de jeunesse, Dada à Cologne et le collage, puis l’on passe à une nouvelle technique le frottage développé à partir de 1925. Max Ernst va ainsi rechercher des processus de stimulation indirecte de l’imaginaire. Voici une salle consacrée au surréalisme à Paris avec les oeuvres les plus connues de l’artiste. Une autre technique, le grattage va inspirer de nombreux paysages visionnaires qui vont évoluer vers les Hordes où il utilise des ficelles plongées dans la peinture. Plus tard la décalcomanie va stimuler des jungles touffues et intenses. Enfin lors de son exil aux Etats-Unis il va imaginer l’oscillation, une boîte de conserve percée pour laisser couler la peinture. Un processus qui aura l’avenir que l’on sait avec le dripping de Jackson Pollock. Une salle est consacrée à Loplop l’alter ego de l’artiste et les travaux de collage pour des livres sont également évoqués. Ce qui me frappe dans cette exposition c’est le côté très sombre de la peinture de Max Ernst.
On sait que l’esprit dada est issu du choc provoqué par la guerre de 1914 -18. On en trouve encore un écho dans l’oeuvre intitulée La Ruine de 1922. Lorsqu’on présente avant tout les collages et les travaux graphiques de Max Ernst, c’est l’ironie et l’invention que l’on retient. Dans la peinture, on observe une continuité de l’écho de l’horreur qui devient très tôt pressentiment de nouvelles catastrophes. Dès 1927, l’atmosphère est très sombre dans ses magnifiques forêts où surgit un soleil vide au-dessus de montagnes d’arêtes de poissons. Les choses s’aggravent encore avec les hordes échevelées et tout se complique avec les jungles de plus en plus mystérieuses et fantastiques. Tout en recherchant des processus d’expression nouveaux, il a renoué avec des oeuvres inscrites dans sa mémoire, on pense à Jérôme Bosch, Matthias Grünewald, mais aussi à L’Ile des morts de Böcklin.
L’art en jeu, Patrick Schaefer 9 juin 2013
Max Ernst fait l’objet d’une exposition à l’Albertina de Vienne. Max Ernst Une semaine de bonté, un roman surréaliste jusqu’au 27 avril 2008. Présentation des collages originaux de ce livre.
Cette exposition est visible au musée d’Orsay à Paris Max Ernst » Une semaine de bonté », les collages originaux jusqu’au 13 septembre 2009.
Musée Tinguely, Bâle
Max Ernst. Im Garten der Nymphe Ancolie jusqu’au 27 janvier 2008
Le musée Tinguely propose Max Ernst. Im Garten der Nymphe Ancolie jusqu’au 27 janvier 2008. Une large présentation d’oeuvres ( 150 toiles, collages, sculptures, livres) appartenant à toutes les périodes créatrices de Max Ernst (1891 – 1976). Cette exposition est organisée à l’occasion de la restauration et du dépôt à long terme au musée Tinguely par le Kunsthaus de Zurich d’une peinture murale réalisée en 1934 à Zurich intitulée Pétales et jardin de la nymphe Ancolie. Cette commande fut exécutée dans le dancing Mascotte du théâtre Corso. Les oeuvres retenues ont été choisies en fonction des éléments qui interviennent dans cette composition: les passages, métamorphoses entre la nature, l’homme et l’animal qui habitent tout l’univers créatif de Max Ernst. On découvre les premiers collages mécaniques proches de Picabia. La création de livres détournant, réutilisant des livres illustrés anciens. Le développement de techniques d’inspirations spécifiques comme le frottage qui apparaissent dans la célèbre édition des histoires naturelles de 1926. Plus tard c’est l’association du collage, du frottage et de la décalcomanie qui nourriront les paysages fantastiques peints par l’artiste.
Pour donner le ton des enjeux créatifs chers à Max Ernst, citons un passage de l’Avis au lecteur par André Breton en préface de la Femme sans têtes, 1929 de Max Ernst.
» La surréalité sera d’ailleurs fonction de notre volonté de dépaysement complet de tout (et il est bien entendu qu’on peut aller jusqu’à dépayser une main en l’isolant d’un bras, que cette main y gagne en tant que main, et aussi qu’en parlant de dépaysement, nous ne pensons pas seulement à la possibilité d’agir dans l’espace). »
Dans le cadre de l’exposition est projeté un film de Peter Schamoni: Maximiliana oder die widerechtliche Ausübung der Astronomie, 1966 12′. (hommage à un astronome méconnu Guglielmo Tempel).
Depuis septembre 2005 il existe un musée Max Ernst dans la ville natale de l’artiste à Brühl:http://www.maxernstmuseum.lvr.de/
L’association Kunsthalle Marcel Duchamp organise un symposium à Cully du 7 au 9 mai 2010 à la salle Davel à Cully. « Marcel Duchamp et la cascade du Forestay »
Marcel Duchamp au Musée Tinguely à Bâle jusqu’au 30 juin 2002.
Marcel Duchamp (1887-1968) est un personnage tutélaire de l’art du XXe siècle : Il interroge de façon radicale l’identité de l’artiste et de l’oeuvre d’art. Par ailleurs il affirme le primat de la vie du (non-) artiste, séducteur, joueur, marchand, il se garde bien de participer à un groupe quelconque et conserve son indépendance, ses distances. C’est le regard d’une jeune génération qui fit croître la réputation de Duchamp à partir des années 1960. JeanTinguely fut l’un d’eux. Duchamp fut présenté à Paris lors de l’inauguration du Centre Pompidou en 1977, une rétrospective fut également proposée au Palazzo Grassi à Venise en 1993. L’essentiel de l’oeuvre de Duchamp est conservée au musée de Philadelphie.
C’est sans doute l’un des artistes auquel on renvoie le plus et sur lequel on a le plus écrit, mais ses oeuvres ne sont pas très bien connues.
L’exposition proposée par Harald Szeemann au musée Tinguely permet de bien appréhender les niveaux multiples du travail de l’artiste et l’importance du regard reconstitutif jeté sur lui. Les passages des toiles et dessins à des documents, à la reproduction d’oeuvres mythiques, mais disparues sont ainsi mis en scène.
Dans la grande salle du rez-de-chaussée 6 carrés formant de petites pièces ont été construits, ils abritent les œuvres originales ou reconstruites de Marcel Duchamp.
Dans les espaces qui séparent ces cabinets des vitrines proposent des documents sur les relations entre Jean Tinguely et Duchamp et quelques œuvres de Tinguely sont exposées. Par ailleurs un vaste espace accueille les archives de Duchamp, classeurs, lettres, catalogues, éditions, réunies par Jacques Caumont. Une bibliothèque a également été reconstituée. Duchamp est un artiste insaisissable et son œuvre encore plus. Il exerce une influence énorme, on renvoie à lui à tout instant et pourtant son travail ne peut, à l’exception des peintures de 1912-1913, être appréhendé, pour l’essentiel, que par des documents ou des éditions réalisées avec son accord dans les dernières années de sa vie. Œuvre absente comme celles de Tatline ou de Schwitters, œuvre mythique et personnage qui échappe à toute catégorisation. Il a lui-même mis en cause les notions de musée et de rétrospective avec son musée portable.
Ces caractéristiques sont bien montrées dans cette présentation qui permet de découvrir une grande partie des pièces principales réalisées par l’artiste ou reconstituées avec son accord. C’est le regard d’une autre génération qui a motivé l’attention portée à Duchamp et ces reconstitutions. Notamment bien sûr le regard de Tinguely et de ses premiers amis cinétiques, puis des nouveaux réalistes.
Patrick Schaefer, L’art en jeu, 29 mars 2002
Quelques suggestions de lectures:
Jean Clair, « Sur Marcel Duchamp et la fin de l’art », Art et artistes, Gallimard, Paris, 2000. Recueil d’articles publiés de 1977 à 1999, mais le premier « Duchamp Fin de siècle » aussi provocateur qu’intéressant est nouveau, rédigé dans ce curieux mélange de pamphlet et d’érudition qui fait le style de cet auteur.
David Hopkins, « Marcel Duchamp and Max Ernst, The Bride Shared », Clarendon Press, Oxford, 1998.
Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire sous l’angle de la biographie intime il faut lire l’ouvrage de Scarlett et Philippe Reliquet, « Henri-Pierre Roché, L’enchanteur collectionneur, biographie », éditions Ramsay, Paris, 1999. Il est intéressant de constater que cette biographie de l’auteur du roman Jules et Jim (source du film de Truffaut) offre quasiment une biographie intime de Duchamp tant les relations et la correspondance entre les deux personnages sont importantes. Roché a d’ailleurs pris Duchamp comme modèle de l’un de ses livres Victor.
A signaler que le Boijmans Van Beuningen Museum à Rotterdam propose également une exposition rendant hommage à Duchamp et au regard porté sur lui par un autre artiste, en l’occurrence Richard Hamilton.
The uniqueness of a work of art,
A homage to Marcel Duchamp and Richard Hamilton
Jusqu’au 21.4.2002
Marcel Duchamp qui s’est intéressé au caractère virtuel de l’oeuvre d’art est évidemment très présent sur la toile, un site en anglais lui est consacré.
Par ailleurs il existe une revue en ligne, elle est difficile d’accès, mieux vaut essayer le matin.
TOUT-FAIT: The Marcel Duchamp Studies Online Journal –
Un site consacré au mouvement Dada: http://www.le-dadaisme.com/
Le Philadelphia Museum of Art posède une centaine d’oeuvres de Marcel Duchamp, visibles en ligne.
Le musée des beaux-arts de Schwerin possède une importante collection de Duchamp (90).
Patrick Schaefer, L’art en jeu, 29 mars 2002
|art-en-jeu.ch, webzine d’information artistique et|