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L'approche choisie par cette équipe internationale est pour le moins originale. En effet, pour qu'il puisse transmettre la malaria à l'homme, un moustique doit préalablement avoir été infecté en piquant une personne porteuse de la maladie et en absorbant un peu de son sang.
Les vaccins actuels s'attaquent pour la plupart au dernier stade du processus: ils essaient d'éviter que lorsqu'un moustique infecté pique un homme, il ne lui transmette la malaria.
L'équipe internationale, à laquelle participe notamment l'Institut de recherche français pour le développement (IRD) de Montpellier, s'attaque au début du processus: Isabelle Morlais, parasitologue et directrice de recherche à l'IRD, explique qu'il s'agit de bloquer le développement du plasmodium falciparum, le parasite chez son vecteur, "puisque si le moustique ne le transmet plus, la transmission du paludisme s'arrêtera".
Stimuler la production d'un anticorps
Les scientifiques misent sur les anticorps développés par certaines personnes, qui diminuent leur capacité de transmission du parasite aux moustiques. "En stimulant la production de cet anticorps par un vaccin, il serait possible de bloquer la transmission aux moustiques", poursuit Isabelle Morlais.
Il n'est évidemment pas question de vacciner directement les moustiques, mais bien les personnes infectées afin qu'elles transmettent le parasite accompagné de l'anticorps. C'est ce dernier qui va bloquer le développement du parasite dans le moustique. Le parasite ne pourra donc plus infecter des hommes sains quand ils seront piqués par le moustique porteur.
Des tests de laboratoire aux essais cliniques
Après des tests en laboratoire, qui visaient à tester la capacité des anticorps à bloquer la transmission du parasite, les tests se sont poursuivis en Afrique, où les sortes de moustiques sont différentes. De plus, indique Isabelle Morlais, sur le terrain, le parasite peut avoir une forme et une présence variables dans le sang des personnes infectées.
Les scientifiques recherchent actuellement les adjuvants qui permettraient de stimuler la production d'anticorps, puis devraient ensuite passer à l'étape des essais cliniques. A terme, il s'agirait de créer un vaccin combiné qui bloquerait à la fois la transmission des parasites d'un homme infecté à un moustique et stimulerait la production d'anticorps chez l'homme affecté.
Silvio Dolzan/ebz
La lutte contre la malaria "stagne" dans le monde, avertit l'OMS
Au total, environ 216 millions de cas et près de 450'000 décès par an sont observés dans plus de 90 pays, selon des estimations sur 2016. Les augmentations ont été "significatives". L'Afrique subsaharienne rassemble 90% de ces cas.
Si ce scénario se poursuit, "nous perdrons les avancées pour lesquelles nous avons lutté si durement", estime le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. Selon le chef du programme contre la malaria, la maladie est celle qui a tué le plus grand nombre d'individus.
En cause, le manque de nouveaux et meilleurs instruments, notamment des vaccins. Le recul des investissements par habitant depuis plusieurs années joue aussi un rôle, alors que la population des pays affectés a continué d'augmenter. En revanche, la résistance aux médicaments n'est pas un facteur de cette évolution.