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26/02/2014
Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français par Laurent Mucchielli
Titre : Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français
Auteur : Laurent Mucchielli
Éditeur : La découverte et Syros 2001
Pages : 141
J'aime bien lire Laurent Mucchielli. Ses livres ont une posture critique indispensable dans le contexte actuel. Celui-ci s'intéresse au débat français sur la violence et le sentiment d'insécurité mais la plupart des arguments de l'auteur peuvent être mis en parallèle avec le débat suisse sur le sujet. En effet, depuis plusieurs années le sentiment d'insécurité est au centre des politiques publiques et des médias. Dans le même temps le coupable est identifié sous la forme des jeunes de plus en plus violents et de plus en plus incapables de s'insérer dans les règles sociales. Mais est-ce vrai? N'y a-t-il pas quelque chose d'un peu plus compliqué? L'immigration est-elle la source de la délinquance? L'auteur tente de répondre en 5 chapitres.
Les trois premiers chapitres permettent à Mucchielli d'analyser les discours de trois institutions. Tout d'abord, l'auteur observe comment fonctionne la presse. Il observe que celle-ci ne prend pas en compte l'aspect politique des violences et qu'elle se contente, souvent, de montrer les événements sans les expliques. De plus, de nombreux chiffres sont utilisés sans vérifications ni critiques. Ensuite, l'auteur observe les experts de la sécurité. Ceux-ci sont de plus en plus importants sur le sujet et tente de se faire voir comme des universitaires. Mucchielli montre qu'il n'en est rien et que ces experts ont des intérêts importants dans l'industrie de la sécurité. Enfin, il observe le discours politique et, plus spécifiquement, celui d'une part bureaucratique et particulière de la police. Celle-ci analyse la délinquance en termes d'échelles du moins important au plus dangereux sur laquelle se grefferait la carrière délinquante. De plus, c'est l'idée d'une fin de la civilisation face à un ennemi intérieur puissante et numériquement important qui est utilisé dans la rhétorique.
Dans le quatrième chapitre l'auteur examine les statistiques de la délinquance. Il montre comment celles-ci sont formées et l'utilité qu'elles peuvent avoir ainsi que leurs biais et limites. L'auteur y fait un autre constat que ceux publiés par la presse. Ainsi, la plupart des actes de délinquances sont en baisses. Seuls les violences augmentent mais peu et pour des actes qui ne sont pas graves. L'apparition des violences sexuelles de manière de plus en plus importante s'explique à la fois par la fin d'un tabou et par l'entrée de ces catégories dans les plaintes acceptées. Enfin, l'immigration n'est pas criminelle. Les seuls étrangers surnuméraires le sont à cause de la violation des lois sur l'immigration ou par un ciblage spécifique par les polices. Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur tente de montrer comment a changé la délinquance juvénile depuis les années 50. Il montre que celle-ci existe depuis de nombreuses années sous des formes proches. Ainsi, il montre l'importance que prit le danger des "blousons noirs". Nous ne sommes donc pas dans une époque particulière.
En conclusion ce livre, salutaire, permet de contester voir de simplement relativiser un grand nombres de discours politiques et médiatiques. Plutôt que de ne vouloir qu'une simple répression il faut comprendre la raison de l'entrée en délinquance. Ici, l'auteur est en faveurs de supprimer certaines choses comme la prohibition du cannabis. Ce livre est donc utile à la fois aux journalistes, aux politiciens et aux policiers qui peuvent l'utiliser pour guider leur action mais aussi pour comprendre, un peu, le contexte. Celui-ci se veut aussi un moyen de débat pour lancer de nouvelles solutions inventives.
Image: Site de l'auteur