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Le Château
Présentation
Perché depuis le 13e siècle au moins sur le premier contrefort de la colline du Fahy, le château surplombe de manière impressionnante toute la vieille ville. Résidence des Princes-Evêques de Bâle de 1524 à 1792, il déroule un panorama architectural qui s’étend du moyen âge jusqu’à la fin du 18e. Aujourd’hui encore, il demeure un symbole de pouvoir puisqu’il abrite le siège de la justice dans la République et Canton du Jura.
Vue générale et historique des constructions
Vaste ensemble triangulaire dont les bâtiments étaient autrefois plus nombreux aussi bien dans le périmètre de la cour que dans les environs immédiats. L’élément le plus ancien est la tour principale du XIIIe siècle, aujourd’hui isolée, dite tour Réfous. Quelques traces de remparts curvilignes du XIVe siècle subsistent à l’ouest et au nord; l’enceinte extérieure n’existe plus. Une chapelle faisait partie des bâtiments de style gothique tardif qui se trouvaient dans la cour du château et qui ont été démolis au début du XIXe siècle.
Le fastueux mobilier des années 1460 a été détruit par un incendie en 1558. Construction de nouveaux bâtiments par Jean et Nicolas Frick sous le règne du prince-évêque Jacques-Christophe Blarer de Wartensee : aile nord construite en 1588/91; sa façade se distingue par sa clarté et son unité (Résidence à gauche, Chancellerie à droite); tour du Trésor ou de la Monnaie, au sud de la cour; tour du Coq, du début du XVIIe siècle, à l’angle nord-est du château; édifiée sur des soubassements de la fin du XIVe siècle, cette tour doit son nom à l’animal figurant sur les armes de la famille Blarer.
Nouvelles fortifications en 1622/29. Après un incendie, reconstruction du corps sud-est et modification de la tour du Trésor, 1697/99. Le projet d’une nouvelle construction de Giovanni Gaspare Bagnato en 1738 et celui de grande envergure et de conception néo-classique dû à Pierre-Adrien Paris en partielles. Maison de retraite pour personnes âgées, de 1837 à 1896, orphelinat d’Ajoie jusqu’en 1930, école d’agriculture de 1897 à 1927; puis bâtiments repris par l’Etat en 1932, caserne dès 1937 et autres affectations. Installation de la préfecture après restauration d’ensemble en 1957/61. Depuis 1979, siège du Tribunal cantonal et d’une partie de l’administration de district.
Présentation des bâtiments et des dépendances
A l’ouest, simple passage sous une porte située à côté du corps de garde, bâtiment éclairé par des fenêtres en majeure partie de style gothique tardif et adossé à l’enceinte intérieure.
Trois dispositifs de portes avancées (la plus extérieure située dans la fortification en étoile du XVIIe siècle) ont disparu. Dans la partie nord-ouest du triangle formé par l’ensemble, éléments médiévaux. Tour Réfous (peut-être de « Riffhus » qui signifie construction sur un rocher ou une rive) probablement édifiée peu après 1271, sans doute à l’emplacement d’un château plus ancien. Tour ronde à bossage d’environ 32 mètres de haut jusqu’aux créneaux et de 12 mètres de diamètre, qui n’est pas sans rappeler les donjons circulaires savoyards; épaisseur du mur de 4,5 mètres dans le bas, diminuant vers le haut. Restauration en 1924/26. Réfection partielle de la poutraison intérieure en 1985. Toit conique du XVIe siècle posé sur les créneaux. Porte-haute au premier étage à environ 9 mètres du sol, autrefois accessible par un pont en bois depuis le bâtiment de Lydda (XIVe siècle, dénommé ainsi d’après le titre de l’évêque suffragant), démoli vers 1804.
Dans la cour, puits profond d’une cinquantaine de mètres, fin du XVIIe siècle. La Résidence compte au total dix-sept travées sur trois niveaux; son toit est rabattu à l’ouest par une croupe. La Chancellerie, d’aspect plus simple, forme un léger angle avec la Résidence; construite sur deux niveaux, elle fut plusieurs fois modifiée. Entre ces deux corps de bâtiment, tourelle d’escalier carré, avec un cadran solaire, sous un dôme en bulbe (reconstitué). Bandeaux marquant les étages. Beaux portails de style Renaissance tardive : à gauche, entrée principale de la Résidence, en arc en plein-cintre, avec pilastres inspirés du style ionique et entablement sous un cartouche à volutes; ce portail a servi de modèle pour celui qui a été aménagé en 1959 à côté de la tourelle d’escalier.
Les trois portes secondaires sont surmontées d’un fronton agrémenté de rosaces de fruits finement sculptées; rinceaux et arabesques sur les piédroits; la date de 1590 figure à l’entrée de la tourelle d’escalier. Sur la façade de la Résidence, grandes fenêtres rectangulaires (à l’origine dotées de croisées), surmontées de frontons cintrés de style Régence qui abritent des motifs en stuc tel que conques, cartouches, animaux, figurines (Bacchus, Vouivre, l’animal figurant sur les armoiries de l’Ajoie). A l’intérieur, deux escaliers en colimaçon, imposants et conçus sur le même plan; celui de la tourelle est également daté de 1590; celui de la résidence porte la date de 1591 et les armes de Blarer. Nouvel escalier construit en 1935. Le rez-de-chaussée abritait les cuisines et les salles à manger. Dans les étages supérieurs, longs corridors à l’arrière. Au deuxième étage se trouvaient les appartements du prince-évêque et, au centre, la salle du trône. Motifs en stuc de style Régence exécutés sous le règne du prince-évêque Jean-Conrad de Reinach-Hirtzbach (1705-1737). Portraits d’évêques et autres toiles des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment un tableau représentant l’incendie du château de 1697, sur lequel on aperçoit la partie nord de la ville. Vastes caves voûtées, celles de la Chancellerie ayant autrefois fait office de prisons. L’angle sud-est de la Chancellerie est pourvue d’une échauguette. La tour du Coq, accolée à l’angle nord-est et cachée depuis la cour, est une bâtisse ronde très massive, à quatre niveaux, pourvue de piliers centraux supportant des voûtes circulaires; ouvertures des fenêtres en 1756. Elle a abrité les archives de l’ancien Evêché de Bâle jusqu’en 1898. Toiture soutenue par une charpente impressionnante. Armes de l’Evêché et de Blarer peintes du côté ville; rénovation en 1960. La cour est fermée au sud par le long pavillon de la Princesse Christine, qui doit son nom au souvenir des séjours de Christine de Saxe, tante de Louis XVI, abbesse de Remiremont de 1773 à 1775.
Erigée à l’emplacement d’un corps de bâtiment médiéval après l’incendie de 1697 par Nicolas Schelhorn ou Pierre Racine pour le prince-évêque Guillaume-Jacques Rinck de Baldenstein, cette aile compte un niveau seulement, le rez-de-chaussée du côté cour, et repose sur un grand mur de soutènement du côté ville. Décor extérieur d’une grande simplicité; entrées surmontées d’un fronton, portail à refends du début de l’époque baroque; très beau battant de porte. Ancienne cuisine avec une imposante cheminée. Stucs comparables à ceux de la Résidence. A l’extrémité sud-ouest du long bâtiment s’élève la tour du Trésor, sur plan pentagonal; raccourcie après l’incendie de 1697, elle fut alors couverte d’un toit en bulbe. A l’intérieur, escalier menant au Faubourg de France et traversant le rez-de-chaussée de la maison de Luppach (autre corps de garde ainsi nommé d’après un prieuré près de Ferrette), située en contrebas et autrefois reliée au mur d’enceinte extérieur. C’est là que se trouve la chapelle privée des princes-évêques; carrée et très haute, elle a conservé un somptueux plafond aux armes de Jean-Conrad de Roggenbach; datant probablement de 1678/79 ou peu après, il est l’oeuvre de maîtres de l’école de Wessobrunn, peut-être des disciples de Michael Schmutzer. Au sud-ouest de la cour se trouvaient autrefois l’hôtel de la Monnaie et un autre corps de garde; cet espace est aujourd’hui aménagé en terrasse d’où l’on a une vue panoramique sur la ville et ses alentours. L’orangerie, bâtie au nord du château dans la second moitié du XVIIIe siècle, a été profondément remaniée. Vestiges de l’ancien jardin baroque rectangulaire ainsi que des ouvrages de défense du XVIIe siècle, intégrant probablement des éléments les plus anciens.