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L’homme est une tête. Il étudie la neige et les avalanches depuis 35 ans et a inventé un modèle de prédiction. Il observe l’état et l’évolution du couvert neigeux au-dessus de 1’500 mètres. Cet homme de terrain s’étonne.
Dans une récente interview au Temps, Robert Bolognesi affirme:
« On ne peut pas mettre en doute le réchauffement climatique, répond le nivologue. Pourtant, le ski n’est pas menacé à moyen terme, en 2050. Car il y aura pendant longtemps encore passablement de neige dans les domaines situés au-dessus de 1500 mètres. »
Il se base sur l’observation, et aussi sur des bases de données de 120 et 150 ans. Ce qu’il dit contraste avec les saillies apocalyptiques habituelles, auxquelles on ne croit que pour la forme. Il constate:
« … un réchauffement hivernal sur plus d’un siècle, mais un refroidissement en janvier et février sur les derniers trente ans. C’est encore plus vrai en haute altitude: «On ne peut donc pas prétendre, sans nuance, qu’il fait plus chaud en hiver, conclut le nivologue. Et comme le réchauffement climatique va entraîner une augmentation des précipitations, les chutes de neige s’accroîtront en janvier et février en haute altitude. »
Selon l’alarmisme officiel de la Confédération, « … les hivers seront nettement plus doux au milieu du siècle. Il y aura certes plus de précipitations, mais surtout sous forme de pluie. »
À quoi il répond:
« Ces conclusions sont valables pour la plaine et le plateau mais pas pour la haute montagne. Franchement, je ne comprends pas cet alarmisme. Je me demande dans quelle mesure il n’est pas la manifestation d’une forme d’idéologie. Comme si afficher une bonne nouvelle revenait à dire qu’il est permis de polluer. Contentons-nous de dire qu’il ne faut pas polluer, neige ou pas neige! »
Alors, y avait-il plus de neige avant? Pas forcément, sauf à basse altitude: « …les hivers secs ont toujours existé. »
Oui, mais les 2 à 6 degrés de réchauffement en 2050, selon les alarmistes?
« Un tel écart me paraît scientifiquement problématique. Il faut faire attention avant d’avancer des pronostics aussi flous, car c’est sur eux que les politiques vont fonder leurs décisions. »
Il ne considère pas le ski comme un mal.
« Les remontées mécaniques d’une grande station de ski emploient 500 personnes pendant quatre mois. Soit presque 500 familles, qui scolarisent leurs enfants, qui achètent des produits locaux, etc.
Supprimez les remontées mécaniques et il n’y aura plus d’agriculture de montagne, plus de vaches, plus de fromage d’alpage – les agriculteurs de montagne ont besoin de travailler à la station en hiver pour compléter leurs revenus estivaux –, plus de traditions, plus de services publics. »
Pire:
« Il y aura des routes défoncées, des forêts d’arbres colonisateurs et davantage d’avalanches. Certaines régions en France ont connu cet exode rural, c’est un désastre. »
Il ne crie pas avec la meute. L’observation du terrain le rend philosophe.
« La nature n’est pas comme on aimerait qu’elle soit. »
Et les statistiques ne sont pas un dogme:
« Robert Bolognesi raconte comment, en février 1999, «le hameau a connu autant d’avalanches en deux jours qu’en deux siècles!». Conclusion: rien ne sert de baser les stratégies de protection sur la fréquence supposée des événements. Au contraire, il faut savoir travailler en univers incertain, comme il dit joliment. »
Robert Bolognesi, c’est bon pour la tête dans ce monde qui flippe sec.
L’article entier, paru sous la plume de Laure Lugon, est disponible ici. Pour une fois que le Temps fait parler un climatologue raisonnable.