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Dans les années 80, la chose semblait entendue: la société du travail était en crise, sinon promise à une prochaine disparition. Le travail, donc, allait manquer. Un scénario d’horreur pour les uns, et pour les autres, un horizon ouvert sur une société meilleure encore à imaginer. Les pessimistes prophétisaient une société à deux vitesses qui allait exclure durablement du marché du travail une partie de la population et la laisser socialement parlant au bord du chemin. Les optimistes, eux, se mettaient à esquisser des modèles d’une société de l’activité, où le travail serait équitablement redistribué entre tous pour faire voler en éclats la pénible hiérarchisation du travail rémunéré et du travail de reproduction gratuit. Vers la fin de cette même décennie, la recherche en politique sociale venait de surcroît affirmer que l’indépendance à l’égard du travail rémunéré était l’aune à laquelle pouvait se mesurer l’efficacité de l’Etat social. Avec son fameux concept de la dé-marchandisation (decommodification), Gosta Esping-Andersen postulait que la dimension sociale de l’Etat social correspond aux possibilités qu’il accorde aux individus de se dégager, temporairement, de la nécessité de vendre leur force de travail, en leur reconnaissant le droit de conserver leurs moyens d’existence sans dépendre du marché de l’emploi.
Author(s): Eva Nadai
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