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En Grande-Bretagne comme ailleurs en Europe, la profession médicale s'est beaucoup féminisée durant les vingt dernières années. S'est-elle pour autant adaptée à cette situation nouvelle ? Offre-t-elle aux femmes des conditions leur permettant d'y apporter une contribution pleine et entière ? Pas encore, répond en substance Isobel Allen, ancienne professeur en politiques sociales et de la santé à l'Université de Westminster, spécialiste de la question (BMJ 2005;331:569-72).Mandatée il y a une vingtaine d'années par le Département britannique de la santé pour étudier les conséquences probables de la féminisation qui s'annonçait, Isobel Allen a suivi pas à pas cette mutation. La proportion de femmes parmi les nouveaux étudiants en médecine a passé de 25% à 60% entre les années 1960 et aujourd'hui en Grande-Bretagne.Remarquons que l'évolution est comparable en Suisse. En médecine humaine, la part des diplômes décernés à des femmes a passé de 35% en 1990 à 42% en 1995, 45% en 2000, puis 51% en 2002. Cet équilibre s'est maintenu avec peu de variations en 2003 et 2004 (Office fédéral de la statistique, Examens finaux des hautes écoles universitaires).Toujours en Suisse, les femmes représentaient 60% des nouveaux étudiants en médecine humaine en 2000, 66% en 2002 et 64% en 2004, soit autant qu'en sciences humaines et sociales cette année-là (Office fédéral de la statistique, Etudiants des hautes écoles universitaires 2004/2005). La représentation des femmes dans l'ensemble de la profession médicale, 32% actuellement, augmente de l'ordre de 0,7% par année (Statistiques médicales de la FMH).Cette évolution vers une meilleure représentation des femmes ne réduit pas toutes les inégalités. Isobel Allen signale notamment la sous-représentation notoire des femmes dans certaines spécialités, comme la chirurgie, ou le manque de femmes dans la filière académique.Pour Allen, ces difficultés ont pour cause la persistance, malgré de nombreux progrès, de modèles de carrière rigides et d'attitudes inconsciemment méfiantes. Un exemple : la maternité donne à beaucoup de carrières féminines un profil «en M», avec deux pics d'activité. Or, le cursus type ne tient pas compte de cette particularité. De plus, habitué aux carrières monophasiques, le milieu a tendance à sous-estimer la seconde phase de ces carrières féminines.Au chapitre des attitudes, la spécialiste épingle certaines idées propagées avec peu d'esprit critique, comme celle qui voudrait que la féminisation soit une cause de la dévalorisation de la profession. Ou celle qui consiste à regretter un «âge d'or» de la médecine où la carrière ne se menait qu'au prix de très importants sacrifices personnels, condition indispensable à une formation de qualité.Isobel Allen plaide plutôt pour une médecine tournée vers l'avenir, qui sache se réjouir de l'engagement des femmes et cherche les moyens de tirer le meilleur des ressources humaines dont elle dispose.