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17/02/2012
Si vous faites partie de ces gens que les Etats-Unis passionnent et qui suivent, même de loin la présidentielle américaine, lancée par les primaires républicaines, ouvrez sans attendre le livre d'Amy K.Greene sur "L'Amérique après Obama" chez Autrement. Cette blogeuse qui publie sur Potusphere, diplômée de Sciences-Po Paris et de l'université de Pennsylvanie, nous livre un portrait de l'Amérique et de sa transformation qui fera de ce pays, un Etat peuplé pour moitié de non-blancs en 2020. Le récit commence par un portrait bilan du président démocrate, qui suscita de fols espoirs et une haine irrationnelle. Il parle aussi décalage entre le pays réel et son élite. Décrivant la violence de la société américaine et l'appauvrissement d'Etat très endettés. L'auteur nous décrit ainsi des Etats à la dérive comme le Dakota du Sud, l'Alabama ou le Michigan, où le bitume est parfois remplacé par du gravier, par des municipalités plombées par les dettes, ou encore les "rolling borownouts", des roulements en baisse, et les fermetures de casernes de pompiers pour faire quelques économies sur l'urgence. Ou encore de l'explosion du retour à l'emploi contraint chez les plus de 65 ans, qui n'ont plus les moyens de vivre (2 millions de plus entre 2002 et 2011). Suit une définition du "bon Américain" que tout président se doit d'incarner: il doit ainsi justifier de son brevet en capitalisme (et sur ce point Obama est perçu comme trop socialiste et européen, notamment pour avoir installé une aide médicale d'Etat). Mais aussi faire preuve d'individualisme et de foi religieuse dans ses convictions. Expliquant la victoire de 2008 d'un Obama, qui a su mobiliser les composantes habituelles du camp démocrate, attirer les électeurs indépendants, les indécis, et progresser y compris dans l'électorat du camp adverse, l'auteur pèse aussi ses chances de retrouver cette martingale, moins évidente cette fois. Car le manque de lisibilité de sa réforme de la santé et de sa gestion de la crise lui ont fait perdre les élections intermédiaires en novembre 2010 au Congrès, les Américains moyens estimant qu'il n'avait pas amélioré leur quotidien. L'altérité d'Obama a été alors exploitée par la vague du Tea party à la droite de la droite et ceux qui mettent contre toute évidence en cause sa nationalité (les birthers). En face, les Républicains sont en train de choisir leur candidat. Les portraits qu'en dresse Amy Greene sont parfaits. Mais son livre va plus loin et s'intéresse aux futures figures de la politique américaine, dans chaque camp. Des "youngs guns" comme Paul Ryan, le faucon du budget, le plus dangereux adversaire des démocrates sur ce terrain ; Marco Rubio, celui qu'on surnomme l'Obama républicain ; Andrew Cuomo, un démocrate progressiste qui pourrait être dans la course en 2016 ; Deval Patrick, premier gouverneur noir du Massachussetts, l'Etat des Kennedy. Le livre se termine sur une description du nouveau visage d' une Amérique, très clivée entre celle qui a soutenu Obama et sa vision de l'inclusion sociale, prête à s'adapter au monde et celle qui viellit et campe en gardienne nostalgique des valeurs qui font l'Amérique. Ce clivage se traduit aussi entre les "baby boomers" et les "millennials", ceux qui sont nés après-guerre jusue dans les années 60 et ceux qui sont nés entre 1980 et 2000. L'auteur envisage enfin deux scénarios, celui de la défaite d'Obama, et celui de sa réélection avec justesse. A lire d'ici novembre et la présidentielle, of course.
"L'Amérique après Obama" Amy K. Greene Editions Autrement, 182 pages, 2011.
23/05/2011
En l'écoutant parler à la radio, j'avais eu le sentiment de partager un moment d'exception avec quelqu'un d'exceptionnel, d'avoir à faire à un esprit à la pensée limpide, détenteur d'un savoir universel, et d'une curiosité de jeune chimpanzé. Quel bonheur d'entendre une pensée si forte, affranchie de tout jargon, parler de l'essentiel. Mais qui était donc cet ovni de la pensée parvenant à parler des hommes quand il parlait des arbres?
Francis Hallé est un botaniste et un biologiste français qui s'intéresse à la canopée. Vous l'aurez peut-être vu sur le petit écran à bord de son "radeau des cimes", un filet installé au sommet des frondaisons des forêts tropicales. Mais vous l'aurez compris, c'est beaucoup plus que cela. En se demandant pourquoi les hommes des basses latitudes ne connaissaient pas le même développement que les autres, le botaniste s'est fait encyclopédiste. Il est allé chercher les connaissances nécessaires à une compréhension totale de cette zone des tropiques et de ses habitants. Dans "La condition tropicale", il convoque l'astronomie et l'économie, la botanique et l'anthropologie pour nous parler de ces tropiques dont on ne parle que lorsqu'une catastrophe s'y passe. Il cite aussi, selon les besoins, un géographe du XIXe siècle, Joseph Conrad ou San Antonio, une anecdote vécue lors de ces nombreux séjours ou l'explication du prof sur tel ou tel phénomène ou mot, entre mille petites perles de savoir dont ce livre fourmille. Ce scientifique installé à Montpellier pense que la spécialisation universitaire finit par nuire à la compréhension du monde. Et qu'il faut aller chercher ailleurs, ce qui peut éclairer sa propre recherche. Il ne craint pas non plus d'être politiquement incorrect, en admettant par exemple qu'une dose de déterminisme permet de comprendre pourquoi les tropiques ne se développent pas au même rythme que les régions dites "tempérées". Car la condition tropicale des hommes dépend d'abord des conditions tropicales elles-mêmes, et en premier lieu du photopériodisme...
Avant de parvenir à la fin de cet ouvrage passionnant sur ce que l'on appelait le tiers-monde il n'y a pas si longtemps, vous aurez croisé sur le chemin des termites élevant des champignons, des couilles du diable, Cortes ou un paysan africain, entre autres. Vous aurez feuilleté un gros livre plein de petits dessins, schémas et tableaux vous expliquant plein de choses, comme dans le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert ou des livres pour préadolescents. Passionnant. Enrichissant. Indispensable pour mieux comprendre les pays et peuples tropicaux. Ca va mieux en le disant, non?
"La condition tropicale, Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes " (Actes Sud, collection Sciences humaines, 2010), 480 pages, 2010.