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17/08/2011
Solstice et marée (électorale)
(Chronique parue dans le Nouvelliste du 16 août 2011)
Sous le solstice de l'UDC, le 1er août de l'an de grâce électorale 2011 imposait aux discours politiques un genre oratoire unique: le patriotisme décomplexé.
Chacun s'y est essayé. Avec des fortunes diverses. Au final, un résultat thérapeutique globalement positif. Pour leur plus grand bien, les docteurs de l'autoflagellation historique ont pu tâter d'une forme embryonnaire de patriotisme mortifié. Les apologistes d'une Suisse coupable "mais qui se soigne" ont pu oser des accents furtifs, et applaudis, dans un registre de sentiment confinant à la quasi-fierté. Les patriotes de circonstance, les plus nombreux, se sont laissé aller à des cris du coeur, forts en testostérone, où il était pour une fois question à la fois de l'avenir du pays et de sa souveraineté. Jusqu'à la présidente de la Confédération, qui s'est risquée à tomber la casquette rouge le temps d'inviter les Suissesses et les Suisses à partager sa fierté pour un pays audacieux, capable d'aller jusqu'en finale et de voir sa souveraineté respectée.
Un discours censé faire écho à la colère présidentielle qui a tonné, il y a un mois, dans les colonnes de la "Sonntagszeitung". A l'Administration fédérale qui souhaite négocier un nouveau paquet d'accords sectoriels, la Commission européenne avait fait répondre que pour sa part l'UE attendait "gentiment" les progrès de la Suisse "dans quatre domaines que l'Union pose en préalable à toute nouvelle négociation": 1) la reprise suisse de l'acquis communautaire; 2) l'application de règles homogènes à tous les partenaires de l'UE; 3) la soumission de la Suisse à la Cour de justice du Luxembourg; 4) une procédure uniforme pour la résolution des conflits concrets. En clair, à une Suisse qui demande à approfondir sa relation avec l'UE sur le mode bilatéral, Bruxelles répond par une fin de non-recevoir: toute nouvelle discussion aura pour cadre préalable le passage à un rapport multilatéral. Du type de celui que les Suisses ont refusé avec l'EEE en 1992. Et qu'ils refuseront plus nettement encore en 2011. Si la question leur est posée.
La colère de Mme Calmy-Rey n'était en rien dirigée contre l'UE elle-même. Mais contre la candeur de ses représentants, coupables de tomber le masque au plus mauvais moment.
Jamais l'UE, qui traverse simultanément des crises institutionnelle, monétaire, socio-économique et fiscale, n'a fait moins envie aux Suisses de lui ressembler. Et l'UDC en a fait son thème de campagne. La politique des petits pas bilatéraux du Conseil fédéral vise bien le point de non-retour. Sur le chemin de l'adhésion. Mais le peuple ne peut y être conduit qu'à l'insu de son plein gré. Alors, dans l'intervalle, parlons football, ouverture et nécessaire confiance en soi.