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Fort l'Ecluse - Le fort inférieur (Département de l’Ain)
Dès 58 av. J.-C., au début de la Guerre des Gaules, César y fait bâtir une tour en bois — la « tour de César » — et barre le défilé par un mur pour interdire le passage aux Helvètes qui réussiront néanmoins à forcer le verrou.
Au Moyen Âge, un village est bâti à proximité. Au XIIe siècle, le site appartient aux religieux de Saint-Claude qui bâtissent en 1184, une chapelle. En 1225, Amédée de Gex, qui a compris l’intérêt du lieu, échange le site contre une abbaye. En 1278, il y fait construire une maison forte, pour contrôler le verrou et prélever un droit de passage sur les personnes et les marchandises empruntant cette importante route. En 1293, la famille de Gex cède le site au comte Amédée V de Savoie qui contrôle désormais les deux rives de la cluse. Enjeu de conflits répétés avec le comte de Jean de Chalons, la maison forte est prise est reprise en 1305, 1311 et 1318. En 1323, elle devient définitivement savoyarde et chef-lieu de châtellenie.p> Vers la fin du XVe siècle, d'importants travaux de restauration et de consolidation sont entrepris par la Savoie. En 1536, les troupes bernoises s'en emparent et ne la restituent aux Savoyards qu'en 1564 avec le traité de Lausanne. En 1590, les troupes genevoises assiègent le site qui est réduit à l’état de ruines.p> Avec le rattachement de la Bresse, du Bugey et du baillage de Gex à la France en 1601, par le traité de Lyon signé entre le roi Henri IV de France et le duc de Savoie, la rive droite devient française tandis que la rive opposée reste savoyarde. Du coup, le site, situé désormais en zone frontière, acquiert une nouvelle importance stratégique. Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, les ingénieurs du Roi vont le doter d'une enceinte et d'une tour ronde (1638), de fossés et d'un renforcement de la muraille (1677), d'embrasures d'artillerie, d'une casemate, d'une passerelle (1690-1700), d'une place d'arme, d'une plate-forme d'artillerie, d'une nouvelle enceinte et d'une route passant à l'intérieur du fort (1721-1723). Cet ensemble constitue l'actuel fort inférieur qui permet de verrouiller la cluse et de mieux contrôler le transit venant de Genève et de Suisse.
En 1814, Fort l’Ecluse, défendu par une garnison autrichienne, est pris par les Français du général Bardet lors d'une bataille acharnée livrée le 1er mars 1814. Aux premiers jours de 1814, alors que les Coalisés austro-russes s’apprêtent à envahir la France, Napoléon demande au maréchal Augereau de créer une armée pour couvrir le sud-est du pays : l'armée de Lyon. A la mi-février, Augereau presse si bien les positions que les Autrichiens sont pris dans les départements de Saône-et-Loire, de l'Ain et du Mont-Blanc. La quasi totalité de cette armée autrichienne commandée par le général Bubna se voit donc obligée de rétrograder sur Genève. Napoléon donne alors l'ordre à Augereau de prendre Genève à tous prix, de manière à pouvoir harceler l'armée ennemi par ses arrières. Durant la marche vers Genève qu'Augereau ordonne à son armée, il demande à Bardet, commandant de la 3e division, de s'emparer de Fort l'Écluse qui constitue un danger sur les arrières. La division du général Bardet est dépourvue d'artillerie, ce qui réduit considérablement ses capacités, quand on connait l'importance d'un bombardement pour la prise d'une position fortifiée. De plus, elle n'est constituée que de bataillons incomplets de jeunes soldats peu exercés, la plupart conscrits sans coiffures ni habillements militaires, sans gibernes ni havresacs, et dont une partie seulement est armée.
Pourtant, malgré ces handicaps, Bardet exécute cette opération avec autant d'ardeur que d'intelligence. Parvenu à proximité du fort l’Ecluse, il fait d'abord passer sur la rive gauche du Rhône une compagnie de voltigeurs qui prend position sur la montagne faisant face au fort. En même temps, un bon nombre d'habitants du pays, soutenus par une autre compagnie, gravissent le mont très escarpé au pied duquel est blotti le fort. Parvenus au sommet, le combat commence. Pendant que les tirailleurs occupent la garnison dans ses batteries par un feu nourri, des quartiers de rochers sont lancés de la hauteur qui domine la place, roulant sur les bâtiments et les bastions et ne laissant aucun abri aux Autrichiens qui se hâtent de capituler. Les Français font 130 prisonniers et s’emparent des canons, des munitions et des approvisionnements du fort.
De 1821 à 1830, des travaux de reconstruction sont entrepris par la France vu l’importance du site pour le contrôle de la cluse. De 1831 à 1841, on décide de renforcer la place et un fort supérieur est édifié sur la crête afin de protéger le fort inférieur d'une possible attaque par la montagne. Plusieurs casemates d'artillerie et des batteries-terrasses sont aménagées et de nouveaux bâtiments servant de logement y sont aussi construits. Pour relier les deux forts un escalier souterrain de 1165 marches est taillé dans la roche à l’intérieur de la falaise.
Avec le rattachement de la Savoie à la France en 1860, Fort l'Écluse perd tout son intérêt stratégique. Durant la première guerre mondiale, le fort est réoccupé par des garnisons, afin de contrôler la route et la cluse, au cas où les Allemands tenteraient une opération en force à travers le territoire suisse. En 1936, un tunnel routier est percé à travers la montagne sous le fort : il permet aux véhicules d'éviter la traversée du fort et de gagner du temps sur le trajet.
Entre 1936 et 1939, des ouvrages militaires de type Maginot sont rajoutés pour renforcer la position et défendre le passage. Durant la seconde guerre mondiale, le fort est occupé par l'armée allemande, puis après la guerre par l'armée française jusqu'à sa désaffection en 1956.
Laissé à l'abandon, le fort est victime d'actes de vandalisme, avant d'être mis en vente dans les années 1970. Une association est créée en 1978 avec comme objectifs de réaliser des chantiers de nettoyage, de petits travaux et des animations (son et lumière, spectacles, visites guidées, expositions artistiques, etc ) : l'Association pour la Protection et la Mise en Valeur du Fort l'Ecluse. En 1981, le Syndicat intercommunal des dix-neuf communes du pays de Gex achète le site pour 50 000 FF. En 1993, la décision est prise de mettre le fort en lumière, le projet plus ancien d'y créer le musée des Pays de l'Ain sur le thème de la frontière n'aboutira pas. En 1995, une nouvelle association est créée dans le but de gérer les animations. En 1997, la propriété du fort passe à la communauté de communes du Pays de Gex chargée de la réhabilitation et de la mise en valeur. Elle succède en 2008 à l'association "Fort l'Ecluse Animation" dans la gestion du site et des animations.
Le fort s'étend sur 1 844 hectares de zone classée. Le fort inférieur se visite avec ou sans guide de mi-juin à mi-septembre. Il est également possible de gravir un peu plus de 800 marches creusées dans la roche pour atteindre le fort supérieur. Celui-ci est toutefois fermé à la visite pour des raisons de sécurité.
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