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La question de la prise de poids sous traitement antirétroviral (ARV) préoccupe de nombreux patients séropositifs. De telles craintes sont-elles justifiées?
Le lien entre médicaments antirétroviraux et prise de poids fait actuellement l’objet de nombreuses études. Une session y a même été consacrée à l’occasion de la Conférence internationale sur le sida cette année. Différents travaux confirment que des molécules assez récentes comme le dolutégravir, le bictégravir et le ténofovir alafénamide (TAF) peuvent entraîner une prise de poids.
Ainsi, une étude (1) en provenance des Etats- Unis a établi que des personnes séropositives sous traitement ont pris du poids trois fois plus vite que des personnes séronégatives, et ce indépendamment du poids initial, et qu’elles avaient aussi un indice de masse corporelle plus élevé douze ans après. L’étude africaine ADVANCE atteste également que les participants sous dolutégravir, et en particulier sous dolutégravir plus TAF, ont connu un gain de poids notable. (2) Il est intéressant de voir que des études portant principalement sur des hommes blancs montrent un effet similaire, mais nettement moins marqué. Ainsi, au sein de la cohorte suisse, 2215 patients, dont 66% d’hommes blancs, ont passé au dolutégravir. (3) Là aussi, les patients ont pris significativement plus de poids au cours des 18 mois qui ont suivi le changement que durant les 18 mois précédents – le gain de poids étant toutefois minime.
Il faut donc se montrer prudent dans l’interprétation des données: des recherches supplémentaires s’avèrent nécessaires.
La prise de poids après avoir commencé un traitement antirétroviral est donc documentée dans de nombreuses études, mais les raisons restent peu claires. De manière générale, on observe des taux de surpoids en hausse dans de nombreuses régions du monde et également au sein de la population générale. Une partie de la prise de poids s’explique du fait que l’organisme se rétablit, surtout chez les patients qui commencent le traitement avec un taux de CD4 bas. De plus, certains antirétroviraux plus anciens tels que le ténofovir disoproxil (TDF) ou l’éfavirenz avaient plutôt tendance à faire perdre du poids, et cet effet disparaît avec le passage à des molécules plus récentes. La prise de poids plus marquée chez les personnes de couleur et les femmes pourrait être due à des différences génétiques dans la métabolisation des médicaments.
Il faut donc se montrer prudent dans l’interprétation des données: des recherches supplémentaires s’avèrent nécessaires. Dans les études d’autorisation, les molécules continuent d’être testées principalement sur des hommes blancs, alors que la majorité des personnes vivant avec le VIH dans le monde n’est ni masculine ni blanche. Si personne n’a envie de revenir aux anciens médicaments moins bien tolérés, il n’empêche que le surpoids est un problème de santé aux conséquences graves, qui augmente le risque de problèmes cardiovasculaires ou de diabète. Il vaut donc la peine d’être vigilant. Il faut une meilleure information du patient avant de commencer ou de changer un traitement et la recherche doit se poursuivre afin de trouver de nouvelles molécules.
(1) Silverberg M et al., Changes in body mass index over time in persons with and without HIV. 23rd International AIDS Conference, abstract 8747, 2020
(2) Clayden P., ADVANCE 96-week results: dolutegravir weight gain continues, especially in women and when used with TAF — no evidence of a plateau. HTB. 22 July 2020
(3) Mugglin C et al., Changes in weight after switching to dolutegravir containing antiretroviral therapy in the Swiss HIV cohort study, PS 3/5, EACS 2019