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Une fenêtre vers un autre monde? Bref tour d’horizon du mandarin
La plupart des langues asiatiques, et tout particulièrement le mandarin, exercent une fascination presque contradictoire, mêlant exotisme séduisant et difficulté extrême. Cependant, en y regardant de plus près, le mandarin est par bien des côtés beaucoup plus simple et plus facile d’accès que d’autres langues, dont le français, l’allemand ou le russe par exemple. Petit tour des spécificités de cette langue fascinante à travers son histoire, sa grammaire et son écriture.
Quelques éléments d’histoire
Le mandarin, avec ses différentes variantes, est la langue la plus parlée dans le monde, totalisant près de 1,7 milliards de locuteurs/trices : au 1,4 milliard de locuteurs/trices qui habitent en Chine, il faut également en rajouter près de 38 millions en Asie, en Amérique, et en Europe. Selon certaines études, il se situe, en 2016, à la deuxième place des langues les plus influentes du monde, derrière l’anglais, mais devant le français, l’espagnol, l’arabe et le russe.
La situation linguistique, en Chine, est particulièrement complexe, principalement du fait du grand nombre de dialectes et de variations régionales encore très vivantes. Le mandarin, en tant que langue véhiculaire, commune et standardisée du pays est appelé pŭtōnghuà 普通话 (langue commune), et est la langue nationale et officielle du pays. La situation peut être comparée à l’usage de l’allemand en Suisse, où le Hochdeutsch est utilisé dans les communications officielles et les médias, mais moindrement dans la sphère privée.
Bien que la standardisation du mandarin soit relativement récente, remontant au début du XXe siècle, l’histoire des langues chinoises est en revanche beaucoup plus longue. Il est ainsi possible de définir quelques étapes importantes de leur développement :
- le chinois archaïque (du Xe siècle av. J.-C. au Ve siècle ap. J.-C.), celui de Confucius, du Classique des mutations ou du Tao Te King ;
- le chinois médiéval (du VIe au XIIe siècle), langue des célèbres poésies Tang et Song ;
- le chinois moderne (du XIIIe au XVIIe siècle), que l’on retrouve par exemple dans le roman Le Rêve dans le pavillon rouge ;
- le chinois contemporain (du XVIIe siècle à nos jours), qui est celui de Lu Xun ou Mo Yan.
Si la langue orale a considérablement évolué au cours des deux derniers millénaires, la langue écrite, a contrario, a connu une grande stabilité. On retrouve par exemple des traces d’écriture ossécaille (jiăgŭwén 甲骨文), sortes de signes divinatoires, gravés sur des carapaces de tortues ou des os de bœufs et remontant au moins au XIIIe siècle avant notre ère. Il s’agit là de formes archaïques des caractères utilisés aujourd’hui. C’est ainsi que l’écriture chinoise constitue, de ce point de vue, le plus ancien système d’écriture qui soit resté en usage continu, et représente le deuxième système graphique le plus utilisé dans le monde, juste après l’alphabet latin.
Quelques caractéristiques de la grammaire chinoise
Si l’on met l’écriture de côté, le mandarin n’est pas une langue particulièrement difficile, même pour un-e apprenant-e francophone. Il n’y a ni genre (masculin, féminin ou neutre), ni nombre (singulier ou pluriel), les verbes ne se conjuguent pas, et les adjectifs ne s’accordent pas. Pas besoin donc d’apprendre d’interminables tableaux de conjugaison comme cela est le cas en français.
L’ordre des mots est très similaire à celui du français: la structure de base est ainsi « sujet – verbe – objet », avec cependant un ordre des mots beaucoup plus strict, mais régulier, qu’en français. Le contexte et le contenu d’une phrase est très important, la forme restant secondaire. Par exemple, le mot qù 去 « aller », peut signifier selon le contexte: je vais, tu vas, nous allons, je suis allé-e, j’irai, vas-y, allons-y, etc.
Il existe un peu moins de 400 syllabes différentes, ce qui est particulièrement peu nombreux en comparaison d’autres langues, telles que le français par exemple. En ajoutant un des quatre tons à ces syllabes, on arrive à un total d’environ 1 250 sons différents (toutes les syllabes ne pouvant pas recevoir tous les tons). Voici quelques exemples pour illustrer la chose :
lí 梨 poire shìjiè 世界 monde
lĭzi 李子 prune shíjiē 石阶 escalier en pierre
lìzi 栗子 châtaigne shíjiè 十诫 dix commandements
Les caractères chinois
Les caractères chinois exercent une fascination auprès de celles et ceux qui ne les maîtrisent pas. Au-delà des différents styles calligraphiques qui peuvent en rendre la lecture parfois compliquée, ces derniers sont cependant formés de manière claire, logique et structurée. Par exemple, nombre d’entre eux représentent des objets concrets (huŏ 火 « feu », mù 木 « arbre », rì 日 « soleil ») : ce sont des idéogrammes. Les autres caractères sont, pour la plupart, composés en combinant ces éléments, sous la forme d’une clé sémantique, et d’une partie phonétique : zhī 枝 « branche » est composé de la clé de l’arbre mù 木, qui donne une indication sémantique, et de l’élément zhī 支, qui en précise la prononciation. Contrairement à ce qu’on raconte souvent, l’écriture chinoise est en partie phonétique, puisque plus de 90% des caractères comportent l’élément phonétique.
Il est impossible de dire combien de caractères existent aujourd’hui. Certains comportent des variantes, d’autres ne sont plus en usage, ce qui rend complexe de les dénombrer. À titre indicatif, le célèbre Dictionnaire de caractères de Kangxi (Kāngxī zìdiăn 康熙字典), publié en 1716, en répertorie environ 47 000, avec près de 2 000 variantes. Le Dictionnaire de caractères Xinhua (Xīnhuá zìdiăn 新华字典), actuellement en usage en Chine, comporte environ 13 000 entrées. S’il s’agit pour le moins de chiffres considérables, il n’est cependant pas nécessaire de connaître autant de signes pour se débrouiller dans la vie de tous les jours. Par exemple, la maîtrise de 2 500 caractères courants permet de lire près de 99,9% des documents grand public. C’est également ce chiffre qui est atteint à la fin du bachelor en études chinoises à l’Université de Genève. Un professeur d’université en connaîtra, pour sa part, entre 5 000 et 10 000, selon son domaine d’étude.
Signalons enfin que la Chine et Singapour font usage de caractères simplifiés (par exemple yì 译 « traduire »), alors que Taïwan, Macao et Hong Kong continuent à utiliser les formes traditionnelles (yì 譯 « traduire »), de même que le Japon, qui possède malgré tout quelques formes simplifiées spécifiques (yaku 訳 « traduire »).
Finalement, est-ce difficile d’apprendre le mandarin ?
La réponse est à la fois oui et non.
Oui, parce la langue elle-même est très différente des langues européennes, ce qui implique que le bagage linguistique des apprenant-es n’est d’aucun secours ; l’écriture n’étant pas alphabétique, il faut s’habituer à une autre forme d’écriture et apprendre les caractères un par un ; enfin, la prononciation, l’écriture et le sens sont souvent indépendants et doivent être mémorisés séparément. Certaines structures grammaticales reflètent également un mode de pensée et une logique propre aux Chinois, ce qui peut à première vue sembler étranger, exotique voire incompréhensible : le passé est représenté par le mot « devant », l’avenir « derrière » ; les appellations entre personnes sont complexes, de même que les salutations.
Non, parce que tous les mots ont une seule forme, toujours invariables donc, sans conjugaison, sans déclinaison, sans genre et sans nombre. De plus, la morphologie lexicale est assez simple, et la formation ou la dérivation de mots sont extrêmement régulières. Par ailleurs, il y a très peu de sons/syllabes, la grammaire de base est assez simple et ne comporte pratiquement jamais d’exceptions ; la forme importe peu tant que le contexte est clair. Le vocabulaire est très imagé, concret et poétique.
Ainsi, il n’y a pas de langue plus facile ou plus difficile qu’une autre. Le degré de difficulté d’apprentissage d’une langue étrangère dépend non seulement du bagage linguistique et culturel de chacun, mais aussi de sa motivation et de son investissement personnel.
Bienvenue dans le monde de la langue et de la culture chinoises !