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Max Ernst est un des artistes majeurs du 20e siècle et une des figures fondatrices du surréalisme. Ses peintures, dessins, frottages, collages et sculptures sont entrés dans de nombreuses collections prestigieuses à travers le monde dont celle de la mécène visionnaire Anne Gruner Schlumberger
« L’art est un jeu d’enfant »Max Ernst
Parmi les coups de foudre artistiques d’Anne Gruner Schlumberger (1905-1993), une des mécènes les plus actives du 20e siècle, figurent Pablo Picasso, Alberto Giacometti, Jean Dubuffet, Paul Klee, François-Xavier Lalanne, Victor Brauner, Takis et Max Ernst. La collectionneuse a légué une grande partie de ses oeuvres à la Fondation des Treilles dont une sélection est actuellement exposée à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne.
La collectionneuse avait une predilection pour le surréalisme. La Fondation lausannoise consacre un étage entier aux oeuvres de Max Ernst, un artiste qu’elle avait bien connu et avec qui elle était devenue amie.
Un artiste autodidacte, pionnier du surréalisme
Pendant plus de 70 ans, Max Ernst (1891–1976) produit une œuvre riche et variée, entre rêve et réalité. L’artiste est reconnu pour son originalité, sa grande imagination mais également son côté provocateur et son non-conventionnalisme.
Max Ernst commence par étudier la philosophie à l’Université de Bonn. Il abandonne rapidement cette voie pour se consacrer à l’art. Dès 1911, il rencontre les membres de la Blaue Reiter, un groupe d’artistes d’inspiration expressionniste avec lesquels il exposera deux années plus tard à Berlin. Ses premières toiles révèlent des influences cubistes et futuristes mais également son intérêt pour le rêve et le fantastique. En 1913, il fait la connaissance de Guillaume Apollinaire et Robert Delaunay et part s’installer à Paris.
Mobilisé pendant la Première Guerre, Ernst sert dans l’armée allemande. L’absurdité et la tragédie de la guerre provoquent chez lui un sentiment de désillusion et un esprit de révolte. Dès les années 1920, il devient un membre actif du mouvement dada et fonde le collectif Zentrale W/3 avec Jean Arp et Baargeld à Cologne.
En 1922, Ernst retourne à Paris et y restera jusqu’en 1941. Il rejoint la communauté artistique de Montparnasse et le groupe surréaliste. Ces artistes portés par André Breton et Paul Eluard, prônent l’exploration de l’inconscient, de l’onirisme et de l’absurde. Pendant ses années parisiennes, Ernst expérimente différents matériaux et en plus de ses peintures, il travaille sur des impressions à la main et des collages.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Max Ernst fuit la France avec Peggy Guggenheim, qui deviendra son épouse. Il arrive à New York en 1941.
C’est durant ses années new-yorkaises que Anne Gruner Schlumberger découvre Max Ernst grâce au marchand Alexandre Iolas. Le travail de Max Ernst va immédiatement séduire la collectionneuse. Ses oeuvres stimulent son imagination et correspondent à son goût pour la contemplation et les matières. La collectionneuse comprend l’oeuvre du surréaliste qui n’est pas toujours accessible au premier regard. Pour elle, Max Ernst a l’imagination d’un poète.
En 1953, Ernst retourne à Paris et se voit décerner un an plus tard le Grand Prix de la Biennale de Venise.
Une oeuvre expérimentale
Les techniques de Max Ernst sont innovantes allant du collage au dripping, procédé qui sera plus tard adopté par Jackson Pollock.
En 1925, il invente la technique du « frottage », comparable à l’écriture automatique des écrivains surréalistes. Cette technique va naître alors que Ernst observe un plancher usé dans un hotel à Pornic. Pour cette pratique, il laisse une mine de crayon se déplacer sur une feuille posée sur une surface quelconque. Des formes plus ou moins imaginaires vont ainsi apparaître au hasard.
En 1926, avec l’aide de Miró avec qui il a collaboré à la création de décors pour Serge de Diaghilev, Max Ernst se lance dans l’élaboration d’une nouvelle technique, le « grattage ». L’artiste va passer un grattoir ou une pointe sur une toile recouverte d’une couche de peinture, souvent noire, et révéler ainsi les surfaces sous-jacentes. A la fin des années 1930, il va également réaliser des toiles par décalcomanie en étalant de la peinture sur une toile pour la presser rapidement contre du papier ou du verre.
Pour Marie-Paule Vial, responsable de la Fondation des Treilles et commissaire de l’exposition présentée à la Fondation de l’Hermitage, dans les oeuvres de Max Ernst, « il y a une part de recherche mais aussi de hasard. »
Des oeuvres appellant à la méditation et aux rêves
A travers ses différentes techniques, Ernst cherche à reproduire les mécanismes du rêve. L’artiste aime marier des choses paradoxales et hétéroclites qu’il va traduire dans une peinture illusionniste qui imite différents matériaux. Comme l’artiste le précise dans une des ses notices autobiographiques : « Un jour de pluie, à Cologne sur le Rhin, le catalogue d’un établissement de matériel pédagogique éveille mon attention. Je vois des annonces de modèles en tout genre, mathématiques, géométriques, anthropologiques, zoologiques, botaniques, anatomiques, minéralogiques, paléontologiques et ainsi de suite. Des éléments de nature si différente que l’absurdité de leur accumulation semblait déconcerter le regard et les sens, générait des hallucinations, donnait aux objets représentés des significations nouvelles, croissant rapidement. Je sentis mon acuité visuelle soudain si augmentée que je vis apparaître les objets nouvellement créés sur un nouveau fond. Pour fixer celui-ci, il suffisait d’un peu de couleurs ou de quelques lignes, d’un horizon, d’un désert, d’un ciel, d’un plancher et ce genre de choses. Ainsi mon hallucination était fixée. » (1919)
C’est un 1943 que Marx Ernst peint le Paysage au germe de blé, un des chefs-d’oeuvre présenté à la Fondation de l’Hermitage. A cette époque, Ernst crée une série de peintures inspirées d’images de laboratoire qui captent la trajectoire des fluide tels que l’eau ou l’air.
L’oeuvre sculptée de Ernst
Max Ernst se met à la sculpture au milieu des années 1930. Invité par Alberto Giacometti, il passe l’été en Suisse, dans sa maison de Maloja.
Ernst est un sculpteur inventif qui réalise des créatures hybrides issues de sa mythologie personnelle. Comme l’a indiqué l’artiste : « La sculpture m’amuse de la même façon que je m’amusais lorsque je faisais des châteaux de sable, quand j’étais petit garçon. » En 1946, alors qu’il est installé en Arizona avec sa dernière épouse la peintre Dorothea Tanning, Ernst renoue avec la sculpture. Il s’inspire de l’atmosphère bohème de la région mais aussi de sa faune et de sa flore. Il réalisera l’imposant groupe du Capricorne dont un exemplaire se trouve dans les jardins de la Fondation des Treilles.
Vers la fin des années 1950, Max Ernst s’installe à Seillans, un village proche du domaine des Treilles. Il vient rendre visite à son amie collectionneuse. Il installera lui-même le Capricorne en bronze dans les jardins du domaine. Le Microbe vu à travers un tempérament et l’Oiseau-tête qui est présenté à l’exposition viendront compléter l’ensemble. Cette oeuvre est emblématique du travail de Ernst qui considère l’oiseau comme son animal totémique. L’oiseau va jusqu’à devenir son un alter ego. On le voit apparaître pour la première fois en 1928 dans l’œuvre intitulée Loplop, le supérieur des oiseaux.
Une peintre poète
Max Ernst est un passionné de mots. L’artiste poète va réaliser une série de romans-collages dont La femme 100 têtes dès 1929. Pour réaliser cette histoire en images, il va choisir des fragments de gravures sur bois provenant de revues scientifiques et des romans populaires du 19e siècle. Certains collages forment une parodie d’œuvres d’art célèbres. Les combinaisons inédites de ces revues scientifiques, de ces personnages bizarres et de ces paysages surprenants, définissent parfaitement ce qu’était le surréalisme.
Anne Gruner Schlumberger fera l’acquisition de deux poèmes illustrés, emblématiques de la production de l’artiste : Les malheurs des immortels révélés par Max Ernst et Paul Eluard ainsi que Lieux Communs.
Max Ernst meurt le 1er avril 1976 à Paris juste avant son 85e anniversaire. Il fait partie de ces rares artistes à avoir réussi à être reconnu de son vivant dans 3 pays différents (Allemagne, France et États-Unis). Son travail et ses techniques influenceront de nombreux artistes. Comme disait André Breton, Ernst était : « l’homme des possibilités infinies. »
Trésors de la Fondation des Treilles
Fondation de l’Hermitage, Lausanne
Jusqu’au 29 mai 2022
www.fondation-hermitage.ch
A propos de la Fondation des Treilles
L’origine de la Fondation des Treilles réside dans le dessein de la fondatrice, Anne Gruner Schlumberger (1905-1993), de façonner ce domaine du haut Var en un paysage habité dont l’harmonie soit propice à la créativité, à la réflexion et aux échanges. Conçue par sa fondatrice comme un « instrument » au service de la recherche et des arts, la Fondation accueille depuis 1981 des équipes internationales de recherche de haut niveau dans tous les domaines de la science, des lettres et des arts dans le cadre de séminaires et de séjours d’études interdisciplinaires.
Par ailleurs, la Fondation des Treilles fait vivre sa collection d’œuvres d’art à travers des expositions itinérantes en France et à l’étranger. Comme le décrit Sylvie Wuhrmann, directrice de la Fondation de l’Hermitage : « La collection de la Fondation des Treilles s’intéresse à un art originel, créatif, expérimental qui cherche à retrouver la puissance et l’authenticité des périodes anciennes et la spontanéité des arts premiers. C’est une collection qui est attentive à la variété des matières, à la simplicité des formes, à la pureté des lignes. »
Pour plus d’informations : www.les-treilles.com
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