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"C'est dans les années 70 que des groupes comme Rainbow du guitariste Ritchie Blackmore ont commencé à intégrer des éléments de musique classique dans leurs morceaux", explique l'historien Nicolas Bénard, spécialiste de la musique métal et auteur de "Homo Metallicus" (éditions Camion Blanc), interrogé par la RTS.
Les musiciens de métal, en particulier les guitaristes, voulaient alors donner à leurs compositions une dimension de virtuosité et de complexité que le classique permettait, allant ainsi à l'encontre des modes, notamment celles du punk et du rock, qui avaient une esthétique musicale plus minimaliste. Il y a une fascination pour la musique classique qui fait office d'alter-ego savant pour des musiciens qui sont souvent autodidactes.
Au départ, cette tendance n'était pas très répandue. Mais petit à petit, beaucoup de guitaristes métal vont s'inscrire dans la lignée de Ritchie Blackmore et vont intégrer des éléments classiques dans leurs compositions.
L'influence du classique dans le métal
Aujourd'hui, il y a une multitude de sous-genres dans le métal. Le métal néo-classique et le métal symphonique, se sont particulièrement organisés et construits autour de l'influence classique.
Celle-ci peut prendre des contours différents, explique Nicolas Bénard. Chez Ritchie Blackmore et ceux qui l'ont suivi, il y a surtout une volonté de jouer avec un instrument de musique utilisé dans le métal, en particulier la guitare, des airs de la musique classique ou inspirés de la musique classique. Bien plus tard, les groupes comme Therion, Nightwish ou ponctuellement Metallica, vont associer des orchestrations classiques au sein de leurs compositions.
Interrogée par la RTS, la soprano classique suisse Marina Viotti, qui a fait ses débuts dans des groupes de métal, explique que de nombreux instrumentistes de ce genre musical adorent le grandiose et l'épique que l'on retrouve dans la musique classique. Selon elle, les "métalleux" connaissent tous le Requiem de Verdi et adorent Wagner avec qui ils partagent leur passion pour les mythologies nordiques.
>> A voir, une interview de Marina Viotti lors du Concours de Genève 2016:
Technique vocale
Pouvoir hurler pendant deux heures lors d'un concert de métal demande de la technique. Le grunt ou death growl, manière de chanter qui donne à la voix un timbre guttural et qui est beaucoup utilisé dans le métal, requiert de la technique et de l'entraînement, au risque de se retrouver aphone très rapidement.
Les voix classiques, en particulier celles travaillées pour l'opéra, doivent aussi acquérir une certaine puissance afin de pouvoir passer par dessus le son d'un orchestre. Si le résultat n'est pas le même, le travail et la technique sont présentes dans les deux styles.
Une virtuosité mise en avant
Dans le métal comme dans le classique, la surenchère technique atteint parfois des extrêmes. Le guitariste suédois Yngwie Malmsteen, connu pour avoir popularisé le métal néo-classique, a souvent été considéré comme la caricature du virtuose qui voulait faire sonner sa guitare comme les grands instrumentistes baroques, tel le violoniste Niccolò Paganini, connu pour sa technique exceptionnelle et dont le Suédois est un grand admirateur.
Yngwie Malmsteen a conquis de nombreux fans et a permis d'ouvrir de nouveaux schémas musicaux dans le métal. Il est d'ailleurs reconnu comme l'un des meilleures guitaristes du genre.
Florent Duployer, batteur lausannois des groupes Kakothanasy et Anachronism, évoque aussi cette virtuosité nécessaire pour pouvoir jouer. Le métal est assez vite sorti de la forme dite de chansons avec des couplets et un refrain pour trouver une forme plus libre constituée souvent de blocs qui s'agencent les uns après les autres avec de nombreuses variations. Cette manière de faire demande une très bonne technique. "On passe tous plusieurs heures par jour à pratiquer notre instrument afin d'être parfait au moment de la performance".
Enregistrements, concerts et fans
Une performance qui a lieu lors des enregistrements, un moment très important pour les musiciens de métal. Selon le compositeur et guitariste Nicolas Von Ritter-Zahony: "Alors que dans la musique classique, l'oeuvre, c'est la partition et dans le jazz, c'est le live, dans le métal, l'oeuvre, c'est l'enregistrement".
Il ajoute que le concert de métal n'est finalement qu'une imitation du disque qui se doit donc d'être parfait au niveau musical mais qui exige aussi un mixage et un mastering réussis, sous peine de recevoir des critiques de la part des aficionados qui sont pour la plupart très attentifs aux détails et qui connaissent cette musique parfaitement. "Il y a une vraie passion, une envie de comprendre, de découvrir et d'analyser ce qui se cache derrière ces morceaux" de la part des fans, explique Marina Viotti.
Les concerts sont souvent vécus comme des rituels par les fans, vêtus de tee-shirts noirs à l'effigie de leurs groupes préférés ou de créatures monstrueuses.
Et pour ceux que cette fusion entre métal et classique intéressent, le groupe finlandais Nightwish, figure de proue des liens étroits que les musiciens de métal ont tissé avec des orchestres symphoniques, sera le 11 novembre prochain à l’Arena, Genève.
Sujet radio: Anya Leveillé et Benoît Perrier
Réalisation web: Andréanne Quartier-la-Tente