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Antoine Chollet •
L’idéologie raciste, le livre de Colette Guillaumin publié pour la première fois en 1972, fait partie des classiques méconnus de l’analyse du racisme. On oublie en effet parfois que celle qui deviendra plus tard l’une des animatrices les plus théoriquement inventives de la revue Questions féministes avait auparavant réalisé un important travail de recherche, pour l’essentiel en 1967 et 1968, sur la question du racisme. On peut signaler d’ailleurs qu’elle liera ces deux thèmes dans un recueil ultérieur de textes intitulé Sexe, race et pratique du pouvoir.
L’idéologie raciste est construit en trois parties, de nature différente. La première est une mise à plat théorique très élaborée des notions de race et de racisme, et de tout ce qu’elles charrient généralement avec elles. Par une approche à la fois historique et conceptuelle, Colette Guillaumin cherche à établir deux choses. La première concerne les effets très réels de la construction d’une catégorie artificielle comme celle de race. La seconde est l’impossibilité de rabattre le racisme qui se construit au XIXe siècle sur les manifestations antérieures d’hostilité entre groupes sociaux.
La seconde partie vise à se déprendre de « la prégnance du système raciste sur les études qui s’y appliquent », un problème que l’on rencontre encore fréquemment aujourd’hui. Guillaumin remplace en particulier l’analyse de racismes prétendument spécifiques par une approche en terme de généralité du racisme.
Enfin, la troisième partie, la plus foisonnante, est une analyse très détaillée du langage utilisé pour parler des races et des populations racisées, pour l’essentiel dans la presse de la fin des années 1960. Cette lecture regorge d’exemples comiques tant ils sont caricaturaux. Elle en résume ainsi la formulation générale : « Alter “appartient”, lui, à la race repérée. Il est relativement. Aucune de ses particularités individuelles n’est autre chose que l’incarnation de sa race entière : il n’est pas individu mais morceau d’un ensemble. Cet ensemble, race, sexe, groupe ou classe, est une catégorie et non l’humanité ».
Presque cinquante ans après sa première parution, l’ouvrage de Colette Guillaumin est toujours aussi indispensable à la compréhension du racisme et de ce qui permet de lutter contre lui.
Cet article a été publié dans Pages de gauche n° 177 (automne 2020).