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Dans les précédents épisodes de cette série, nous avons dit comment, après avoir vu se détacher de lui une sorte d’esprit pouvant se matérialiser à volonté, Charles de Gaulle assista à sa victoire sur deux voyous dangereux qui s’en prenaient à une pauvre femme, et l’écouta lui dire qui il était. Mais des questions demeurent en suspens.
Charles comprit, en tout cas, que lorsqu’il avait cru voir la fée de la République - Marianne - lui donner un saphir rayonnant, il n’avait pas rêvé, comme il lui avait d’abord semblé. Et désormais, il n’aurait de cesse de chercher à se rendre digne d’elle, de la beauté qu’il lui avait vue, de la lumière qu’il avait distinguée dans ses yeux! Car elle reflétait la gloire des dieux, et contenait l’éclat des étoiles: de cela il était sûr.
Mais pour l’heure, il rentra chez lui. Il était temps! Son épouse s’était beaucoup inquiétée. Elle l’accueillit avec un air effaré, pâle et l’œil enfoncé dans son orbite - mais, quand elle vit que son mari était joyeux, plein d’énergie, de feu, et qu’il l’embrassait avec passion, elle fut heureuse, et son visage s’éclaira, la couleur lui revint aux joues.
La vie ordinaire du général reprit son cours. Mais un soir, en lisant son journal, il apprit quelque chose de curieux: une nuée de mouches s’était installée dans un immeuble en ruines, et gênait les voisins. Leur nombre dépassait toute mesure; de mémoire d’homme, à Paris, on n’avait jamais vu cela! Or, quand il regarda la photographie qui illustrait l’article, avec l’adresse précise de l’immeuble dessous, il eut la surprise de découvrir que celui-ci n’était autre que le bâtiment ayant soutenu le corps de Solcum au moment où il lui était apparu clairement, lui avait parlé! N’était autre que l'édifice où il avait vu s’enfoncer le voyou et sur lequel il avait cru être transporté en vision par un spectre étrange venu d’ailleurs qui était dans le même temps son bon ange, son astre matérialisé!
Il demeura songeur. Y avait-il un lien entre cet être et ces mouches - ou n’était-ce là qu’une coïncidence? Il était difficile de croire le fait entièrement fortuit.
A cette époque, on donnait à Paris une pièce de théâtre célèbre: Les Mouches, de Jean-Paul Sartre. Charles avait toujours dans l’idée que les grands écrivains, même athées, avaient une sorte de don qui les mettait en relation avec le monde divin et leur faisait révéler, à leur insu, des faits occultes: ils sentaient l’esprit qui volait, qui circulait dans l’air au moment où ils écrivaient, qui dominait l’époque, et leurs figures le représentaient, même quand ils croyaient ne les créer que pour se divertir ou se moquer.
La prochaine fois, nous continuerons, si cela est possible, de retracer le cours des réflexions de Charles de Gaulle sur la littérature en général et celle de Sartre en particulier.