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Les gouttières invisibles (thermoformées) sont utilisées en orthodontie depuis des décennies [fig. 1]. Elles peuvent servir soit à stabiliser une situation à la fin d’un traitement, soit à effectuer des mouvements dentaires. Jusqu’à la fin des années 90’s, les mouvements désirés étaient effectués sur des modèles en plâtre dont on sectionnait les dents que l’on repositionnait dans de la cire [fig. 2]. Pour chaque mouvement à effectuer, une gouttière thermoformée était pressée. Lorsque la gouttière était placée en bouche, sa déformation générait une force qui déplaçait les dents lorsque la gouttière reprenait sa forme. Ce type de traitement se faisait en collaboration avec un technicien dentiste local et ne permettait que des mouvements orthodontiques limités.
Au début des années 2000, la société Invisalign a industrialisé ce processus et s’est lancée dans une amélioration de la technique avec comme but, la possibilité d’effectuer toutes sortes de traitements orthodontiques. Les empreintes de la dentition se faisaient avec une pâte en silicone [fig3] dont l’utilisation était courante en médecine-dentaire. Ces empreintes devaient être envoyées en Californie afin d’être scannées par la société Invisalign. Leur première innovation fut de modéliser en 3D ces empreintes et d’utiliser un logiciel afin d’effectuer les mouvements dentaires [fig. 4]. La modélisation se faisait au Costa Rica à partir de 2002. L’orthodontiste pouvait ainsi utiliser ce modèle 3D pour effectuer la planification effective du traitement. Une fois cette étape terminée, Invisalign séquençait le traitement orthodontique en plusieurs étapes correspondant à 0.25mm de mouvement, puis imprimait une paire (dentition supérieure et inférieure) de gouttières invisibles (thermoformées) par étape. La fabrication se faisait au Mexique, puis les gouttières étaient envoyées à l’orthodontiste. A cette époque, ce processus était laborieux pour plusieurs raisons. D’abord, les empreintes en silicone sont difficiles à supporter pour les patients et quasi-impossibles pour les enfants, ensuite l’envoi postal posait différents problèmes dont le temps nécessaire pour avoir la modélisation numérique. Si cette dernière mettait en évidence une imprécision de l’empreinte, tout le processus était à refaire.
En 2007, la société Cadent sortit l’ITERO un appareil à empreinte optique permettant à l’Orthodontiste de numériser la dentition directement en bouche sans passer par une empreinte physique [fig. 5]. Cette innovation allait tout changer en rendant le processus confortable pour les patients (et surtout pour les enfants !), pratique pour l’orthodontiste et extrêmement précis. En 2011, Invisalign rachetait Cadent et, avec le développement en parallèle des imprimantes 3D [Fig.6], maitrisait toutes les étapes de la conception et de la fabrication de ses gouttières transparentes. Dès lors, en s’appuyant sur l’écosystème qu’elle avait créé, la société Invisalign continua à améliorer son produit pour atteindre son objectif vers 2016-2017, à savoir, offrir à l’Orthodontiste un produit capable de concurrencer les bagues orthodontiques traditionnelles pour la plupart des traitements. Aujourd’hui, si la majorité des planifications 3D se fait toujours au Costa Rica, de nombreux sites ont été créés dans le monde. Quant à la production, elles se fait essentiellement au Mexique, mais d’autre usines s’ouvrent, notamment en Chine.
Qu’en est-il de la concurrence ?
Invisalign possédait des brevets importants jusqu’en 2019 ce qui empêcha la concurrence de proposer des alternatives du même niveau. Depuis lors, plus de 20 sociétés dans le monde proposent de gouttières invisibles pour les traitements orthodontiques. On peut en premier lieu citer les produits de grands acteurs traditionnels du monde de l’Orthodontie, Spark de la société Ormco [Fig7], Clarity Aligners de la société 3M Unitek, Clear Correct de Straumann, mais encore Reveal de Henri Schein et Suresmile de Dentsply Sirona.
Comment ça marche et qui fait quoi ?
La numérisation de la planification des traitements a profondément révolutionné la pratique de l’Orthodontie, au point qu’une confusion peut apparaître sur qui fait quoi. En effet, l’essentiel de la pratique des orthodontistes ne consiste plus à travailler dans la bouche des patients, mais à passer du temps à planifier les traitements en 3D. Cette partie, très complexe suivant les cas, nécessite des compétences spécifiques qui combinent une formation de spécialiste en Orthodontie et une maîtrise des particularités des logiciels fournis par les sociétés telle qu’Invisalign ou Spark.
Les systèmes utilisés dans notre cabinet et notre expérience
Notre première utilisation du système Invisalign date de son arrivée en Suisse en 2002. Depuis, nous avons suivi toute l’évolution de ce procédé ainsi que des innovations qui l’accompagnaient. Notre premier scanner à empreinte optique date de 2007 avec l’arrivée de Cadent en Europe. A l’heure actuelle, nous utilisons Invisalign et Spark pour les traitements avec gouttières transparentes.