Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07009.jsonl.gz/1243

Grand Format
Muza Rubackyté, pianiste lituanienne engagée
Introduction
Grande interprète de Liszt, la pianiste de renommée internationale a aussi joué un rôle important dans la résistance qui a conduit à l'indépendance de la Lituanie en 1991.
Chapitre 01
Une star dans son pays
La carrière de pianiste de Muza Rubackyté a été lancée en Union soviétique par un Grand Prix du Concours international de piano de Budapest Liszt-Bartok en 1981. Une récompense qui aurait pu lui donner un accès direct à la scène internationale. Mais la jeune pianiste a préféré s’investir dans l’histoire de son pays en jouant un rôle fondamental dans les mouvements de résistance qui ont conduit à l’indépendance de la Lituanie en 1991.
Privée de passeport, elle n’a pu quitter l’Union soviétique qu’en 1989. Depuis, elle est considérée comme l’ambassadrice de sa nation dans le monde entier et partage son temps entre la la France, la Suisse et la Lituanie où elle est considérée comme une véritable star.
>> A voir: Muza Rubackyté joue "La Mort d’amour d’Isolde" de R.Wagner et F.Liszt ainsi que "Tarantella" de F. Liszt
Chapitre 02
Un talent précoce
Muza Rubackyté est née le 19 mai 1959 à Kaunas en Lituanie, dans une famille de musiciens. A sept ans, elle est admise à l’école des enfants surdoués. La même année, elle commence sa carrière de soliste en interprétant le Concerto en ré majeur de Haydn à Vilnius, accompagnée par l’Orchestre national de chambre de Lituanie.
Devenue adolescente, Muza se distingue rapidement par son immense talent et remporte de nombreux concours, dont un Premier Prix du Concours des Jeunes artistes de son pays, qui lui ouvre les portes du conservatoire de Moscou.
Elle y fréquente notamment les classes de Iakov Flier et de la célèbre Bella Davidovitch.
J’ai beaucoup reçu à Moscou. Toute la continuité de l’école russe était là: Tchaïkovsky, Scriabine, les anecdotes qui parcouraient les générations et surtout l’incroyable niveau des élèves.
Lauréate du célèbre concours All-Union consacré à élire les meilleurs pianistes d’URSS, la jeune pianiste y accomplit de brillantes études et décroche ses premiers prix de piano, musique de chambre et accompagnement. Elle devient la plus jeune assistante-professeure du conservatoire de Moscou.
>> A écouter: La première émission de "Quai des Orfèvres" consacrée à la pianiste
Chapitre 03
Une artiste engagée
En 1981, lorsqu'elle remporte le Grand Prix du Concours international de piano de Budapest Liszt-Bartok, voyager est très difficile pour une artiste lituanienne. "Nos passeports, confie-t-elle dans une interview, étaient gardés à Moscou au Ministère des Affaires étrangères. Et pour les avoir, il fallait avoir une permission spéciale".
A ce moment-là, Muza Rubackyté entre dans la résistance lituanienne, la fameuse "révolution chantante" qui a conduit à l’indépendance du pays.
"Notre révolution, confie la pianiste, a commencé par une prise de conscience. Nous les intellectuels, nous avons fait un travail de communication. Les artistes, les poètes sont allés dans les usines, dans les universités, dans les lieux publics, pour parler, pour éveiller l’esprit national de la résistance. Ce fut très dangereux à l’époque, le risque de répression était toujours là".
Une époque qui reste pourtant dans les souvenirs de l'artiste comme merveilleuse et très romantique.
Nous étions tellement fiers d’appartenir à un peuple dont l’histoire est glorieuse et qui n’a jamais voulu se soumettre malgré le destin et la géographie difficile.
Et de rappeler cette fameuse chaîne humaine de 600 km à travers les trois pays baltes où tous les hommes, vieux, jeunes, femmes, enfants, gens de tous bords venaient et restaient en signe de résistance. "Ce fut", dit-elle, "l’un des plus beaux moments de notre histoire."
Muza Rubackyté fait donc partie de ces artistes engagés qui ont joué un rôle fondamental dans les mouvements d’indépendance de la Lituanie, ce qui lui vaut aujourd’hui encore d’innombrables gages de reconnaissance.
>> A écouter: La deuxième émission de "Quai des Orfèvres" consacrée à l'artiste
Lorsqu’en 1989, elle a pu quitter l’URSS, elle s’est installée en France, qui est devenue sa patrie d’adoption. Aujourd’hui, elle partage son temps entre Paris, Vilnius et Genève.
Muza Rubackyté se souvient avec émotion de ces années où privée de passeport, elle ne pouvait pas quitter le pays. Ces années d’exil intérieur ont néanmoins largement contribué à enrichir son art.
Je jouais partout où je le pouvais. Jouer dans les écoles, les usines, sur des pianos impossibles avec une valise emplie de conserves, forcément cela influe sur l’interprétation. Ces expériences se retrouvent aujourd’hui dans mes lectures, notamment dans les œuvres dramatiques de Liszt, de Prokofiev et de Chostakovich.
Chapitre 04
Fascinée par Liszt
Muza Rubackyté est aujourd’hui considérée comme l'une des plus grandes interprètes de Franz Liszt, un compositeur dont elle est tombée amoureuse, dit-elle, à l’âge de 11 ans et qui ne l’a plus jamais quittée depuis. Elle a été séduite par sa générosité, l’immense gamme de sentiments que véhicule sa musique, sa franchise et sa sincérité. Dans sa musique, confie-t-elle, il y a tout.
>> A voir: Muza Rubackyté joue "Les cloches de Genève", nocturne des "Années de pélerinage" de Franz Liszt
Ses affinités avec la musique du célèbre compositeur hongrois sont telles qu’on la surnomme parfois Madame Liszt.
La pianiste adore faire des grands projets pour la scène autour du compositeur. Elle joue volontiers les "12 études d'exécution transcendante", l’intégrale des "Années de Pèlerinage" en trois concerts le même jour et les deux concertos dans une même soirée, car ils constituent pour elle comme un couple, inséparables et complémentaires.
Une œuvre n’est jamais acquise, jamais finie. Il y a toujours quelque chose à comprendre, à trouver. J’adore découvrir des facettes cachées dans les œuvres que je joue depuis toujours.
Les compositeurs organistes constituent le cheval de bataille de Muza Rubackyté qui explore inlassablement le vaste répertoire qu’ils ont consacré non pas à leur instrument, mais au piano.
Outre Franz Liszt, elle s'est enflammée pour Julius Reubke ou Louis Vierne. Même si elle connaît les oeuvres de ce dernier depuis ses années de conservatoire, ce n’est que depuis une dizaine d’année seulement qu’elle explore ce répertoire qui lui était totalement inaccessible durant l’occupation soviétique.
Avant de s’intéresser à Vierne et Reubke, la pianiste lituanienne avait aussi tout naturellement inscrit à son répertoire les concertos de Saint-Saëns, l’organiste dont l’écriture virtuose et brillante convient bien au jeu de la pianiste qui se montre en parfaite symbiose avec les pages post-romantiques du compositeur français.
>> A voir: Muza Rubackyté interprète le "Presto" du Concerto No.2 de Camille de Saint-Saëns. Avec l'Orchestra at Lithuanian National Philharmonic Society sous la direction de Martin Schneit
Chapitre 05
Faire connaître les compositeurs lituaniens
Le compositeur litunanien Mikalojus Konstantinas Ciurlionis était aussi un peintre reconnu. [Sputnik] Mikalojus Konstantinas Ciurlionis (1978-1911) est un compositeur lituanien dont Muza Rubackyté a entrepris de faire connaître l’œuvre dans le monde entier. Cet artiste est mort très jeune, à l'âge de trente-cinq ans.
Il était non seulement compositeur mais aussi peintre et l'on trouve de nombreuses correspondances entre sa musique et ses toiles. On dit qu’il est le premier peintre abstrait, bien avant Kandinsky.
Quant à sa musique, elle fait penser à Chopin, Scriabine et Szymanowski. "S’il avait vécu plus longtemps, confie l'artiste dans une interview, il aurait certainement écrit des choses plus mystiques, en rapport avec la musique des sphères".
La musicienne a enregistré l’intégrale de son œuvre pour piano, sous les labels Marco Polo, repris par Naxos.
>> A écouter: "Humoresque VL 162", piano works, vol 1 de M.K Ciurlionis joué par Muza Rubackyté
Compositrice née en 1956 à Vilnius qui s’est vu remettre en 1997 le prix national de la culture et de l’art, Onute Narbutaité est une autre musicienne lituanienne jouée par Muza Rubackyté.
En 1999, la pianiste a interprété en première mondiale, accompagnée de Vadim Repin, Yuri Bashmet, David Geringas et Hans Roelofsen, une pièce pour violon alto violoncelle et piano intitulée "Ritournelle d’automne, hommage à Frédéric (Chopin)", écrite par Onute Narbutaité pour le Festival de Vilnius.
Muza Rubackyté s'investit aussi pour la musique dans son pays. En 2009, année où la ville de Vilnius est nommée capitale européenne de la culture et où le pays célébre son millénaire, elle crée le Vinius Piano Festival.
Chapitre 06
Une personnalité lituanienne influente
Muza Rubackyté fait partie des personnalités les plus influentes de son pays.
Elle a été récompensée de nombreux prix pour son action en faveur de l’indépendance de la Lituanie et le rayonnement de la culture lituanienne dans le monde. Parmi celles-ci, la Légion d'Honneur, remise par le Président de la République lituanienne en 1998.
Et tout récemment, le 6 juillet 2018, elle a été nommée Commandeur de la grande croix de l'ordre de Vytautas le Grand pour services rendus à l'Etat lituanien. Il s'agit de la plus haute décoration décernée dans ce pays.
>> A écouter: la troisième et dernière émission de "Quai des Orfèvres" consacrée à la pianiste
Crédits
-
Une proposition de:
Catherine Buser pour l'émission "Quai des Orfèvres"
-
Réalisation web:
Andréanne Quartier-la-Tente
-
Références:
Le site pianobleu.com
-
Le site ResMusica
-
Septembre 2018
RTSCulture