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Premier Suisse en NHL, Mark Streit est devenu une vraie légende du hockey sur glace helvétique. Mais bizarrement, la rencontre n’a jamais vraiment pu avoir lieu entre ce Bernois pur sucre et le club de sa ville. Retour sur les 25 ans d’une carrière d’exception qui vient de s’achever.
Pas assez puissant. Pas assez talentueux. Le début de carrière de Mark Streit commence par le dédain des dirigeants du club de hockey de la ville de Berne, le SCB. Le directeur sportif d’alors, l’Américain Bill Gilligan, considère que le jeune Mark Streit n’a pas l’étoffe pour une carrière dans l’élite. Mais sur le conseil de ses parents, il rejoint les juniors du club rival du HC Fribourg-Gottéron, à une grosse trentaine de km de Berne.
Les débuts à Fribourg, à l’automne 1995, se passent bien et après quelques mois, le jeune joueur rejoint le HC Davos, aux Grisons. Il y effectue sa formation auprès de l’entraîneur Arno Del Curto, qui lui enseigne les bases qui lui permettront plus tard de rejoindre plus tard la meilleure ligue de hockey du monde.
Rêve américain
En effet, Mark Streit veut plus qu’une carrière dans la ligue nationale suisse (NLA). Il veut rejoindre la fameuse National Hockey League (NHL) d’Amérique du Nord, unanimement considérée comme la meilleure du monde. Les stars de la NHL y gagnent bien plus en un an que ce que pourrait gagner un joueur durant toute sa carrière en Suisse. Mais à la fin des années 1990, il n’y a encore jamais eu de joueurs de champ suisses en NHL, seulement deux gardiens: David Aebischer et plus tard Martin Geber.
Les Suisses sont considérés comme trop mous pour tenir le coup pendant une saison avec plus de 100 matches. La première tentative de Mark Streit en NHL, durant la saison 1999-2000 échoue aussi. Il rentre en Suisse au printemps 2000, désillusionné. Au pays, il devient Champion de Suisse avec l’équipe ZSC Lions (Zurich) ainsi que capitaine de l’équipe nationale. Il a ainsi atteint tout ce qu’un joueur suisse de sa génération peut rêver.
Mais Mark Streit n’abandonne pas son rêve américain. Il ne ménage pas ses efforts et engage un entraîneur de fitness pour développer sa force et sa dureté en vue de la NHL. A l’automne 2005, il obtient une nouvelle chance en NHL en rejoignant les Montréal Canadiens.
Douze ans plus tard, il rentre en Suisse en tant qu'homme riche. Il a gagné plus d'argent en NHL que n’importe quel autre joueur suisse: 42,70 millions de dollars au total. Et il est considéré comme le plus grand joueur de hockey suisse de tous les temps.
L’homme n’a cependant pas tout gagné. D’autres joueurs ont remporté plus de championnats ou disputé plus de matches internationaux. Et il ne fait pas partie des héros qui ont décroché la médaille de bronze aux Championnats du monde 2013 ou des moins de vingt ans qui avaient rapporté le bronze en 1998.
Un pionnier
Mais avec Mark Streit, ce n’est pas une question de statistiques, de titres et de médailles. Son importance dans l’histoire du hockey suisse ne réside pas dans des chiffres record – même s’il reste le Suisse qui a disputé le plus de matches en NHL (plus de 800). Son importance vient du fait qu’il a été le premier à ouvrir de nouvelles voies. Il est un pionnier.
Le hasard a voulu que le 7 octobre dernier, Mark Streit a achevé sa carrière en NHL le même jour que celui où le jeune Valaisan Nico Hischier (18 ans) disputait son tout premier match sous les couleurs des New Jersey Devils. Nico Hischier pourrait-il avoir une carrière en NHL si Mark Streit ne l’avait pas précédé? On peut en débattre. Mais pour moi, la chose est claire: sans lui, il n’y aurait pas de Nico Hischier, de Luca Sbisa, de Nino Niederreiter de Roman Josi ou de Sven Bärtschi en NHL. Sans Mark Streit, les Suisses auraient certes un jour accédé à la NHL, mais pas aussi rapidement ni avec autant de succès.
De nos jours, le premier match d’un Suisse en NHL ne fait plus les gros titres. Mais quelqu’un a dû se lancer et montrer la voie aux autres. Mark Streit a inspiré toute une génération de joueurs avec son exemple. Il est également resté amical, courtois et modeste malgré ses millions de dollars. Et malgré l’étendue de son ambition, il a gardé son sens de l'humour et une bonne dose d'autodérision.
Pas de retour de l’enfant prodigue
Mark Streit a donc disputé son dernier match avec les Montréal Canadiens, le 7 octobre à Washington. Mais il a été libéré prématurément de ses obligations envers le club. L’été dernier, il s’était comme d’habitude consciencieusement préparé pour sa dernière saison en NHL. Lors du test d’entrée à Montréal, il avait même signé le quatrième meilleur résultat. Il disposait d’un contrat jusqu’à la fin de la saison, mais les jeunes défenseurs des Montréal Canadiens se sont avérés bien meilleurs qu’attendu. Les services du vieux briscard n’étaient donc plus nécessaires.
Mark Streit aurait été ravi et flatté si le SCB lui avait demandé de venir jouer à Berne avant la fin de cette saison. Si l’on avait pour ainsi dire déroulé le tapis rouge pour lui. Ce retour aux sources au terme d’une carrière hors du commun, avec la reconnaissance de ceux qui le tenait autrefois en piètre estime, aurait aussi été une fin digne d’un scénario hollywoodien.
Mais le patron du SCB Marc Lüthi ne pense pas intégrer Mark Streit dans son équipe. Pas assez fort autrefois, Mark Streit est désormais une trop grosse pointure, même pour le SCB. Son charisme aurait détruit l’équilibre au sein du plus grand club de hockey du Pays.
Mark Streit
Né le 11 décembre 1977 – 181 cm / 87 kg
Marié à la mannequin Fabienne Kropf et père d’une fille (Victoria)
Carrière : 499 matches en NLA (277 points) et 820 en NHL (449 points)
Champion de Suisse en 2001 avec les ZSC Lions
Vainqueur de la Coupe Stanley en 2017 (Pittsburgh)
Capitaine des ZSC Lions, de l’équipe nationale suisse et des New York Islanders
Treize participations aux Championnats du monde et quatre aux Jeux olympiques avec l’équipe nationale suisseFin de l'infobox
* Klaus Zaugg traite depuis 40 ans de hockey sur glace au niveau suisse et international.
(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard)