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STÉPHANE THIDET
Ses oeuvres suggèrent un ailleurs, une fiction non accessible mais perceptible, qui confronte le spectateur à un nouvel «état des choses»
Stéphane Thidet collecte des anomalies créées par ses soins. Il détermine dans quelle mesure - au sens musical du terme - et jusqu'à quel point, un plasticien a le pouvoir de transformer un élément, naturel ou façonné. Les déplacements qu'il opère, recontextualisations, transmutations de matière, réassemblages, sont alors le sujet d'enregistrements situationnels neutralisés par l'absence d'affect. Introduire une meute de loups dans un parc ; faire pleuvoir dans une cabane ; mettre une balançoire sous verre ; dire le "Mal" des villages : il crée l'inhabitable ou l'habitable, finit par en ignorer l'usage.
L'artiste nous livre sans mysticisme la singularité d'un ordinaire réduit à des signes, traces, contours. Le lien profond au tellurique accorde ce surcroît de naturel qui repousse le soupçon. Bien que rien n'aille de soi ou ne soit à sa place, rien ne dure assez pour être disséqué à l'aune d'un jugement critique. Pour faire des soleils, il brûle les fleurs ; des balles dans un mur forment une constellation. Stéphane Thidet fait œuvre de cosmologie ordinaire, mais dans un contexte dépourvu de raison et de temporalité. Le "je" n'y est ni soi, ni un autre : la présence d'une main ne peut être que déduite, fortuite au mieux, au détour du sous-bois où l'humain a fait naufrage ou exil, y remplaçant le réel oublié.
Un chien aboit. Sous le réverbère, un squelette danse.
À la fois sombre et émerveillé, le monde de Stéphane Thidet offre des visions distordues de la réalité. Ses oeuvres suggèrent un ailleurs, une fiction non accessible mais perceptible, qui confronte le spectateur à un nouvel «état des choses». Souvent liées à l’enfance ou au divertissement, elles dévoilent une certaine perte d’innocence, une inquiétude, qui, par l’état de tension permanent qu’elles supposent, provoquent une agitation, un tumulte intérieur fécond. Les choses et les situations se soustraient à un usage habituel du monde au profit d’une réalité hybride, qui installe un jeu de lectures croisées.
Stéphane Thidet vit et travaille à Paris. Il est diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris et de l’Ecole supérieure des Beaux-arts de Rouen. Il est représenté par la galerie Aline Vidal à Paris et par la galerie Laurence Bernard à Genève.