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Nutrition Ce que nous mangeons a une grande influence sur notre santé. Quels aliments et régimes alimentaires les médecins peuvent-ils recommander? Pourquoi les analyses de laboratoire ne permettent-elles pas de diagnostiquer une alimentation carencée? Nos concentrés d’information très digestes sur le thème de la nutrition donnent des éclaircissements.
La pyramide alimentaire passée au crible
Comment une personne peut-elle s’alimenter sainement et comment transmettre ces recommandations au grand public de façon simple et claire? Ces questions sont complexes. La pyramide alimentaire suisse sert de repère, que nous examinons en détail: les aliments des étages inférieurs doivent être consommés en plus grandes quantités, ceux des étages supérieurs avec modération. Il est recommandé de boire un à deux litres de liquide par jour. Une étude de 2022 conseille toutefois de fixer la quantité de boisson en fonction du niveau d’activité individuel [1]. Important: le café peut être comptabilisé dans l’apport en liquides [2]. Les fruits et légumes occupent le deuxième étage par rang de taille. On peut donc les consommer à volonté, mais un équilibre entre les différents produits est recommandé. Une étude de 2017 préconise même de doubler le nombre de portions: dix au lieu des cinq habituellement conseillées [3]. L’étage suivant prévoit trois à quatre portions de produits céréaliers, de pommes de terre et de légumes secs. Viennent ensuite le lait ou les produits laitiers, la viande, le poisson, les œufs et le tofu. Les avantages d’une consommation quotidienne de lait ne sont toutefois pas clairement prouvés [4]. Si les besoins de l’organisme en huiles, matières grasses et noix sont limités, ces aliments sont importants: manger une poignée de noix par jour réduit le risque de maladies vasculaires [5]. Les sucreries constituent la pointe de la pyramide: il est préférable de n’en grignoter que rarement. La cuisine méditerranéenne [6] s’avère particulièrement saine, notamment pour la prévention des maladies cardiovasculaires. Outre les différents aliments, l’équilibre de la composition et la préparation sont également très importants. De nombreuses études attestent des effets négatifs des aliments transformés [7], le mieux est donc de se mettre aux fourneaux!
Lorsqu’une personne végane vient consulter…
Pas de produits laitiers, pas d’œufs, pas de viande: l’alimentation végane est à la mode. Si des considérations morales, comme le bien-être animal, sont souvent citées à l’appui de ce choix, des bénéfices pour la santé sont également avancés. Mais sont-ils réels? Au niveau des macronutriments, les apports en protéines sont les plus faibles de toutes les formes d’alimentation, comme l’a montré une étude de 2020 [8]. Celle-ci associe également le véganisme à des apports moindres en vitamines B2, B3, B12, D, en iode, zinc, calcium, potassium et sélénium. Une métaanalyse du Steno Diabetes Center de Copenhague montre qu’une alimentation végane contribue à la perte de poids [9]. Mais selon les auteurs, ses effets sur les taux de glycémie et de cholestérol sont plutôt faibles. Une évaluation de 2022 de différentes études d’observation du véganisme donne des résultats similaires [10]: il pourrait être associé à un risque plus élevé de fractures osseuses. Il est important de bien conseiller les personnes véganes pour éviter que leur alimentation ne mette en péril leur santé et ne provoque des carences.
Les jeunes, les femmes enceintes et les personnes âgées doivent se montrer particulièrement prudents.
Maladie et malnutrition: que faire?
Les maladies chroniques augmentent le risque de malnutrition, car les besoins accrus causés par la maladie sont supérieurs aux apports. Le corps manque donc d’énergie, de protéines et de nutriments comme les vitamines. Les causes sont nombreuses: affections chroniques, maladies malignes comme le cancer, souffrance psychologique comme la dépression, problèmes de mastication ou de déglutition. Différentes questions permettent d’identifier le problème: avez-vous involontairement perdu du poids? Si oui, combien de kilos sur trois et six mois? Avez-vous moins mangé par manque d’appétit [11]? Des carences nutritionnelles spécifiques peuvent aussi se manifester par des signes physiques, comme la chéilite (inflammation des lèvres), des gencives sanguinolentes ou une glossite (langue douloureuse, crevassée). Les paramètres de laboratoire tels que l’albumine et la transferrine ne sont cependant que peu parlants parce qu’ils sont eux-mêmes fortement influencés par la maladie sous-jacente et qu’ils ne traduisent donc pas des déficits nutritionnels spécifiques [12]. Ils ne sont par conséquent pas utilisés pour le diagnostic. Le traitement repose sur deux piliers: la maladie sous-jacente est soignée et l’état nutritionnel est amélioré. Une thérapie nutritionnelle individuelle visant à couvrir les besoins montre des résultats impressionnants, avec une réduction de la mortalité et une amélioration de la qualité de vie [13].
Il n’existe pas de régime«anti-cancer»
Les personnes atteintes d’un cancer souffrent souvent d’une baisse d’appétit marquée, ce qui peut entraîner une sarcopénie et une cachexie (perte de masse musculaire). Pour l’éviter, il convient de personnaliser la composition du plan de menus dans l’optique de couvrir les besoins. Chaque patiente, chaque patient a besoin de nutriments différents selon le type de tumeur, le stade de la maladie, l’âge et l’état de santé général. Les petits repas fréquents, répartis sur la journée, et les boissons riches en énergie sont globalement recommandés. Chaque repas devrait comporter des aliments riches en protéines et en lipides. Mais il n’existe pas de régimes dits anti-cancer [14]. L’alimentation ou la prise de vitamines et de micronutriments spécifiques ne peuvent ni guérir ni «affamer» un cancer. En revanche, certains facteurs alimentaires jouent un rôle dans son apparition [15]. L’alimentation permet donc, jusqu’à un certain point, de réduire le risque d’en développer un. L’alcool, le sel et la viande rouge et transformée sont considérés comme des facteurs de risque pour au moins certains types de cancer. On estime que les fruits, les légumes, les fibres et le café, entre autres, ont à l’inverse un effet protecteur.
La bonne alimentation contre l’ostéoporose
L’alimentation a une influence très importante sur la stabilité osseuse. Le calcium est un composant essentiel des os, et son apport quotidien par l’alimentation doit être suffisant pour les maintenir en bonne santé et retarder le plus possible leur déminéralisation due à l’âge [16]. Le lait et les produits laitiers sont de bonnes sources de calcium, mais aussi de protéines, également importantes pour la santé osseuse et musculaire. De même, certains légumes verts, les herbes aromatiques, les légumes secs et les céréales complètes en contiennent. Un calculateur permet de déterminer l’apport individuel en calcium: www.ligues-rhumatisme.ch/calculateur-de-calcium. Pour que le calcium de l’alimentation puisse être assimilé et incorporé aux os, notre organisme a besoin de vitamine D, à prendre de préférence avec les repas principaux. Les fruits et légumes aussi sont recommandés, parce qu’ils contiennent du potassium, du magnésium, de la vitamine C et des substances basiques à l’effet protecteur reconnu sur les os [17]. De même, la vitamine K renforce la densité osseuse. Elle est essentiellement présente dans les fruits et les légumes à feuilles vertes.
Les analyses de laboratoire sont-elles utiles?
Selon le Prof. Philipp Schütz, président de la Société Suisse de Nutrition Clinique (SSNC), l’utilité des examens sanguins pour le dépistage de la malnutrition est très controversée. Peu d’études cliniques montrent un bénéfice réel, les recommandations claires sont dès lors rares. La règle générale est de ne recourir aux prises de sang qu’au cas par cas. Pour les personnes anémiques, par exemple, il est judicieux de déterminer les taux de fer (ferritine), de vitamine B12 et d’acide folique et, le cas échéant, de mettre en place une supplémentation ciblée. De même, une recherche précise de carences est pertinente chez les personnes qui ont à la fois une alimentation déséquilibrée (par exemple végane) et des besoins accrus (jeunes ou femmes enceintes). La carence en vitamine D est très répandue chez les personnes en EMS ou dénutries [18], de sorte qu’une supplémentation, même sans mesure du taux sanguin, est une stratégie bien meilleur marché. Et ce d’autant plus que les taux de vitamine D sont très variables selon les saisons et que leur détermination est coûteuse.
La mode des compléments alimentaires
Les vitamines et les micronutriments jouent un rôle clé dans le système immunitaire et les besoins correspondants augmentent pendant une infection. La prise de compléments s’est ainsi largement répandue au sein de la population dans l’idée qu’elle fortifie le système immunitaire. La pandémie de COVID-19 a encore accentué cette tendance, sans véritable preuve d’un bénéfice [19]. De manière générale, les personnes en bonne santé qui ont une alimentation variée et équilibrée n’ont pas besoin de compléments alimentaires [20]. Il existe toutefois quelques exceptions, comme la vitamine D. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) indique [21]: «À partir de 65 ans, il est recommandé de prendre une dose de 800 unités internationales (UI) de vitamine D par jour, sous forme de gouttes ou de gélules.» Le Prof. Philipp Schütz, qui effectue des recherches sur la malnutrition, juge cette recommandation pragmatique et préventive. Le but est un taux de vitamine D dans la norme chez toutes les personnes à risque en Suisse, donc l’absence de carence. La question de savoir qui est effectivement à risque fait davantage débat. Une étude australienne randomisée, en double aveugle et contrôlée contre placebo, portant sur environ 21 000 personnes, a conclu qu’un supplément de vitamine D chez les plus de 60 ans ne diminuait ni la mortalité globale, ni le nombre de cancers ou de maladies cardiovasculaires [22]. Mais Philipp Schütz fait remarquer que peu de participants à l’étude présentaient une carence en vitamine D. D’autres compléments alimentaires sont réputés peu efficaces. La U. S. Preventive Services Task Force déconseille par exemple la supplémentation en bêtacarotène ou en vitamine E [23]. Certaines études ont même conclu à une augmentation des risques de cancer avec la supplémentation en vitamine E liposoluble. Les suppléments d’oméga-3 sont eux aussi controversés, comme le montre l’article à la page 42 du Swiss Medical Forum. Une étude de 2021 sur quelque 18 000 personnes a en outre révélé que le risque de dépression augmentait chez les plus de 50 ans supplémentés en oméga-3 [24]. Il n’est donc pas possible de se dispenser d’une alimentation saine et équilibrée ni d’une activité physique régulière.
Pour assouvir sa faim de connaissances en nutrition
Formation continue à l’Université de Berne:
La Société Suisse de Nutrition Clinique (SSNC) propose, conjointement avec la Faculté de médecine de l’Université de Berne, la formation continue en nutrition clinique «Certificate of Advanced Studies in Clinical Nutrition» (CASCN). Le but est de promouvoir les compétences en nutrition clinique, notamment la qualité et l’efficacité des mesures. www.unibe.ch/weiterbildungsangebote/cas_klinische_ernaehrung/index_ger.html
La SSNC a en outre introduit en 2021 le titre complémentaire «Formation approfondie interdisciplinaire en nutrition clinique». Les participantes et participants y acquièrent des connaissances approfondies en médecine nutritionnelle fondées sur des données probantes, leur permettant d’assurer la prévention, le diagnostic et le traitement. Des informations complémentaires et le programme du titre de formation approfondie sont disponibles sous www.geskes.ch/fr/formation-nutrition-clinique.aspx.
Lisez également l’article sur les suppléments d’oméga-3 à la page 42 de ce numéro et l’interview du Prof. Philipp Schütz à la page 76.