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By info_qh6785ez
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Dans quelques lustres, il se trouvera bien un chercheur ou un doctorant qui se penchera sur les circonstances qui ont entouré l’abolition du secret bancaire helvétique. Il arrivera probablement à la conclusion que la manœuvre s’inscrivait dans le cadre d’une vaste entreprise de démolition systématique orchestrée depuis des décennies par les USA. Ces derniers excellent dans l’art du soft power, consistant à exporter insidieusement leurs « valeurs », leur mode de vie ou leur façon de concevoir les affaires, avec fréquemment un relent de Far West.
Les non-Américains acceptent innocemment ces changements de paradigmes, que ce soit dans le domaine de la nourriture, de la façon de se loger ou de libeller des contrats. Cela a certes pris du temps, mais le raz-de-marée a gagné en puissance dès la fin de la seconde guerre mondiale. Forts de leur suprématie militaire et de la dette morale que leur intervention, un peu tardive et forcée, avait engendrée, les bons garçons ont entrepris de faire leur marché, téléguidés qu’ils étaient par la finance de Wall-Street, l’industrie des Grands Lacs ou la technologie naissante de la Côte Ouest.
En tant que capitale financière, New York avait facilement pris le relais de Londres, démantibulée par la guerre, et qui n’avait réussi à sauver que le négoce des matières premières et le transport maritime en mémoire des bribes de l’Empire. En revanche, le bastion rocailleux de la Suisse dans le domaine de la gestion de fortune, entravait le développement de leurs affaires. On peut se remémorer à cet égard, toujours dans le cadre du soft power, mais cette fois-ci dans le domaine du cinéma, le nombre de scenarii où les protagonistes recouraient à la Suisse afin d’y transférer des rançons ou le produit de ventes mirobolantes à grand renfort d’intitulés ridicules ou de mises en scène abracadabrantes dans des salles de coffres. Ce faisant, néanmoins, en dépit de l’outrance de ces pitreries, il s’est insidieusement glissé dans les esprits que notre pays était, à son échelle, une sorte de royaume du mal qu’il fallait museler à défaut de pouvoir l’annihiler.
Dans un premier temps, le soft power financier revêtit des aspects en apparence anodins : l’éparpillement mondial des bureaux du broker Merrill Lynch, souvent dans des régions connues davantage pour leurs tensions politiques endémiques que pour la propension à investir. On chuchotait que des agents très spéciaux y trouvaient des relais. Puis, McKinsey forma des centaines de managers, au profil bien étudié, qui écumèrent des entreprises dans le monde entier en les marquant de leur empreinte d’origine. Last but not least, Goldman Sachs dont les jeunes retraités occupent des fonctions prépondérantes, privées mais surtout publiques, apparait en filigrane.
S’attaquant ensuite aux banques étrangères, les Américains utilisèrent d’emblée l’artillerie lourde, souvent très lourde, en infligeant des amendes colossales exprimées en milliards de dollars, voire plus. Dans un premier temps, le tir fut dispersé, visant la Suisse bien entendu, mais aussi d’autres pays européens dont la France et l’Allemagne. Faute d’obtempérer, les établissements bancaires visés se voyaient interdire l’accès au marché américain, un moindre mal envisageable, mais l’impossibilité d’effectuer des transactions en US dollars, ce qui est singulièrement plus compliqué.
A ce stade, on peut d’ores et déjà se montrer surpris que les victimes aient offert leur cou au couteau du bourreau sans réagir ; les intérêts américains, bancaires et industriels étaient déjà suffisamment importants en Europe pour entraîner des mesures de rétorsion, mais le mal était déjà fait ; pantelantes et amorphes, les victimes acceptèrent leur sort.
Dans le souci de remettre de l’ordre dans leur maison et d’interdire qu’on s’en éloignât sans billet de sortie, les Américains concoctèrent dès 2010 l’accord Fatca imposé à une centaine de pays, contraignant ces derniers à envoyer automatiquement des informations sur les clients américains que comptaient les banques étrangères sans que l’inverse n’existât. L’imagination de l’outre Atlantique à cet égard laissa pantois, dans le souci d’établir l’ « américanité » d’un client, à grand renfort d’adresse aux USA, de transferts vers ou en provenance ce pays, de détention d’un mobile au numéro US etc. De surcroit, l’étranger non-résident qui détient plus de US dollars 60’000 en actifs domiciliés aux Etats-Unis est soumis d’office à l’impôt successoral du pays. Faute de signer l’accord, les contreparties se voyaient coupées des circuits financiers en dollars. Après une timide résistance des partis de droite, la Suisse emboîta le pas le 1er juillet 2014.
Dès 2018, le EAR (échange automatique d’informations) laborieusement accouché par l’OCDE, vint compléter l’arsenal de repérage. Cette fois-aussi, les USA refusèrent la réciprocité et….personne ne broncha.
Ce long travail de sape américain finit par porter ses fruits. Nombre de clients internationaux, par crainte de leur fiscalité d’origine de plus en plus oppressante et inquisitrice, prirent la funeste décision de transférer, par centaines de milliards, leurs avoirs outre-Atlantique souvent au détriment de la Suisse. Ce faisant, ils ne savaient pas ou plutôt préféraient ignorer dans quel guêpier ils allaient se mettre. Si les entrées en relation bancaires furent aisées, l’utilisation des comptes s’avéra rapidement laborieuse : les fonds ne pouvaient être utilisés qu’aux USA, chaque transfert d’argent vers l’extérieur posant problème, car susceptible d’engendrer des questions sans fin de la part de la banque récipiendaire dans le cadre du fameux accord Fatca ; détenir un compte aux USA est un signe imparable d’américanité.
A plus long terme, il n’est d’ailleurs pas exclu que le gouvernement américain avec la nouvelle outrecuidance qui le caractérise, et face à son déficit abyssal, décide abruptement d’imposer par une forte taxe forfaitaire les dépôts des non-résidents. Sans aucun recours, les intéressés n’auront, comme on dit, que les yeux pour pleurer.
La boucle sera ainsi bouclée et nos amis américains pourront ainsi profiter des fruits de leur long, très long traquenard, mis sur pied au fil des administrations successives, qu’elles soient démocrates ou républicaines.