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Cette vue de très grande qualité montre le quai et le pont des Bergues à Genève. Elle a été prise d’un point surélevé, probablement un immeuble du Grand Quai (actuel quai du Général-Guisan). Elle n’est pas inversée, contrairement à la plupart des daguerréotypes, grâce à l’emploi d’un petit miroir ou d’un prisme placé devant l’objectif. Non datée mais probablement antérieure à 1851 (pour en savoir plus, voir 84.XT.255.25), elle fait partie des rares représentations urbaines d’Eynard. Sa précision permet d’apercevoir quelques nuages dans le ciel, ce qui est rare dans l’œuvre d’Eynard et difficile à réaliser. Cette image forme le premier volet d’un diptyque qui, avec un second volet représentant l’île Rousseau et les Pâquis (84.XT.255.25), constitue une sorte de vue panoramique de la rive droite du Rhône, unicum dans la production d’Eynard. On constate cependant un petit décalage en hauteur entre les deux pièces, ainsi qu’un léger chevauchement, ce qui ne permet pas de composer une image unique en les juxtaposant. La volonté d’Eynard, qui est toujours de tendre vers une extrême précision, n’était probablement pas de réaliser un panorama au sens strict du terme, mais d’immortaliser deux aspects totalement différents de cette zone de la ville alors en pleine mutation. En effet, cette vue urbaine montre le nouveau visage de la cité de Calvin : le quai des Bergues est bâti en 1830, le pont en 1833-1834, tandis que l’hôtel des Bergues, premier grand hôtel moderne de Suisse, est élevé entre 1830 et 1833. A contrario, l’autre plaque (île Rousseau et Pâquis) révèle le caractère encore verdoyant et presque bucolique de certains quartiers situés en bordure de la ville.
Il se peut qu’Eynard se soit inspiré d’une œuvre de Jean DuBois (1789-1849) pour choisir son point de vue. Il a réalisé un autre daguerréotype qui ressemble étonnamment à celui-ci, même si certains détails, dont les stores de l’hôtel des Bergues, tantôt baissés, tantôt relevés, prouvent qu’il ne peut s’agir de la même séance de pose. Cette plaque n’a pas été retrouvée, mais on l’aperçoit sur l’un des autoportraits d’Eynard (84.XT.255.42). (I. Roland)
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