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Oui, il est raisonnable de se méfier des OGM et de leur dévots
Philippe Roch[i]
La fin des travaux du programme national de recherche 59 sur les OGM a été célébrée par une grand messe médiatique, avant que les rapports de recherche ne soient disponibles, sous le slogan : « Les OGM ne présentent aucun danger pour la santé ni l’environnement », ou encore « La science donne sa bénédiction aux OGM ». Le caractère absolu de cette affirmation est incompatible avec l’esprit scientifique ; il révèle une position idéologique. Un scientifique conserve toujours un doute, et il ne tire pas des conclusions générales péremptoires de quelques recherches ponctuelles, surtout dans un domaine aussi complexe que la génétique.
De nombreuses observations suggèrent ou démontrent des risques des OGM pour la santé et l’environnement. Il faut savoir que 90 % des cultures d’OGM (ou plantes transgéniques) dans le monde concernent deux catégories d’effets recherchés : une résistance aux herbicides et la production par la plante de toxines Bt destinées à combattre des insectes ravageurs. Voici quelques exemples des dangers que représente l’utilisation des OGM[ii] :
Un des grands progrès de l’agriculture intégrée est d’avoir réduit l’utilisation des pesticides aux quantités minimales nécessaires, appliquées seulement quand les ravageurs se multiplient. Les OGM constituent un recul, puisque les pesticides produits par la plante sont actifs en tout temps ; ainsi la culture de plantes transgéniques Bt favorise la résistance des insectes ciblés, et parfois la prolifération d’insectes ravageurs secondaires, autrefois concurrencés par le ravageur principal. La diffusion en permanence de toxines par les plantes transgéniques Bt porte aussi atteinte à des insectes non ciblés. On a en effet constaté en Suisse et en Allemagne des effets néfastes de la toxine Bt sur des larves de coccinelles, et de pollen de maïs transgénique sur les chenilles du papillon Paon de jour. En Inde il a été constaté que des milliers de moutons et de chèvres, qui mangent habituellement les résidus de cultures de coton, sont morts après avoir ingéré des résidus de plantes transgéniques. Les toxines Bt, produites par les plantes OGM, portent atteinte aux reins et au foie d’animaux de laboratoire et à des cultures de cellules humaines. On a retrouvé des résidus de ces toxines dans le sang des femmes enceintes et de fœtus, et dans le lait maternel.
La culture des plantes transgéniques résistantes aux herbicides permet d’utiliser des herbicides pendant toute la durée de la culture, avec quatre risques majeurs, tous dûment constatés : la disparition d’espèces adventices précieuses pour l’équilibre écologique, la transmission de la résistance aux herbicides à des plantes sauvages, la prolifération de plantes adventices rendues résistantes aux herbicides et la transmission de résidus d’herbicides dans l’alimentation animale et humaine. Le principal herbicide utilisé, le Roundup est de plus en plus soupçonné d’avoir des effets nocifs sur le système hormonal masculin, et d’être à l'origine de malformations congénitales et de cancers.Bien sûr, le Roundup n’est pas lui-même issu d’OGM, mais son utilisation permanente et sa présence sur les plantes qui seront consommées est rendue possible par l’utilisation de plantes transgéniques résistantes à cet herbicide.
Les contaminations par des plantes transgéniques se multiplient. Il a été retrouvé du pollen de plantes transgéniques dans du miel, dans de la pâte à tartiner aux noisettes, qui ont dû être détruits, et des champs de culture biologique ont été contaminés par des plantes transgéniques cultivées par des voisins. On a également trouvé des plantes transgéniques autour du port de Bâle, à la gare de Lugano et près des laboratoires des universités de Bâle, Lausanne et Zürich.
Des caractères transgéniques ont migré dans des plantes sauvages, par exemple du colza au Dakota, avec le risque de modifier les équilibres écologiques. Au Mexique la levée du moratoire sur les cultures transgéniques menace l’intégrité des anciennes races de maïs qui constituent un précieux réservoir génétique pour régénérer, par des méthodes naturelles, le maïs cultivé. Pour ne pas perdre notre sens de l’humour, signalons que des paysans de l’Iowa se sont plaint que les restes de plants de maïs transgénique, plus robustes, percent les pneus de leurs tracteurs !
La population a bien raison de se méfier de l’utilisation d’OGM. En effet les risques potentiels pour l’agriculture, l’environnement et la santé sont difficiles à évaluer. Dans le doute, mieux vaut s’abstenir, d’autant plus que les OGM sont inutiles, car tous les progrès souhaités dans la production agricole peuvent être atteints par des méthodes naturelles de sélection.
Publié dans le journal Le Temps, le 25 septembre 2012, p. 15
[i] Philippe Roch, docteur en biochimie, est l’auteur avec Jacques Neirynck de « OGM, pour ou contre, le débat », éditions Jouvence, 2010
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