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Lettre ouverte au Conseil d’Etat
Monsieur le président,
Messieurs les conseillers d'Etat,
Peut-être que vous ne le saviez pas, mais vous avez 50 ans. C'est votre âge à tous, ou plutôt la moyenne de vos âges respectifs. Vous êtes donc, pour ainsi dire, nés collectivement (une sorte d'avant-goût de la collégialité qui vous caractérise aujourd'hui…) en 1957. Un peu absurde comme calcul (eh oui, c'est une moyenne, que voulez-vous) et, pour le moins, une entrée en matière plutôt bizarre. Je le concède.
Cela me sert juste à attirer votre attention sur le fait que, si vous acceptez temporairement l'âge que je vous attribue, le nombre d'années qui vous sépare maintenant de la scolarité primaire correspond grosso modo à 40 années. Lorsque vous aviez dix ans, durant l'année scolaire 1966-67, vous étiez en 5ème primaire ou en 4ème, peu importe. Vous vous trouviez en plein dans ce que nous appelons aujourd'hui le cycle moyen ; au centre de ce moment de la scolarité qui a fait récemment l'objet de modifications réglementaires.
Vous avez ainsi approuvé un nouveau règlement de l’enseignement primaire le 4 avril 2007. Et qu’y avez-vous mis ? Des moyennes trimestrielles à la demi-bonne et des moyennes annuelles au dixième. Beaucoup de citoyens pensent que c’est un retour à une situation déjà vécue. Mais dans quel passé ?
Prenons le livret scolaire de votre 5ème primaire, en 1967. Que dit-il ? Que seules des notes entières sont admises. Que les moyennes annuelles sont arrondies à l’entier, que 4,49 donne 4 et que 4,50 est arrondi à 5. Et on ne parle même pas de moyenne pour les périodes de travail… A l’époque, la suprématie de la note ne faisait pas de doute, l'évaluation ne souffrait pas de discussion. Au point que les entretiens de parents ne sont même pas mentionnés. Et des notes entières suffisaient largement.
Ce livret scolaire n’est certes pas un modèle. Il démontre que la brutalité des notes et des moyennes coupe court à toute explication et ne saurait être garante ni d'équité ni de qualité. Il y aurait d'autres pages à découvrir dans ce carnet, davantage plaisantes par leur côté désuet - comme cette recommandation aux parents de ne pas laisser "tomber entre les mains des enfants" des lectures telles que des romans policiers ou des journaux quotidiens - et qui prouvent que ce temps est révolu. C’est pourquoi il est inquiétant de constater que vous retenez pour demain des modalités inédites, jamais appliquées à Genève, mais qui, par l’évocation à un passé largement fantasmé, inhérent au contexte actuel de l’école, vont tromper la population entière car chacun croira y déceler un souvenir de son propre vécu. Or, les choix que vous avez opérés, s’il fallait vraiment les situer dans l’histoire de l’école genevoise en trouvant quelques similitudes avec une situation ayant existé, nous renverraient près de cent ans en arrière… Soit le double de votre âge. Voilà qui ne nous rajeunit pas. Encore un effort, et les châtiments corporels feront leur retour, eux aussi. Pour autant que l'école républicaine, etc. existe encore.
Lettre ouverte au Conseil d’Etat