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Au sens large, les alphabets des langues européennes sont une évolution de l’écriture cunéiforme, c’est-à-dire de la plus ancienne forme d’écriture connue. Ce sont les Sumériens, un ancien peuple babylonien vivant pendant le troisième millénaire avant Jésus-Christ dans l’actuel Sud de l’Irak, à avoir développé ce système, qui fut d’abord pictographique, puis syllabique.
Au début, cette écriture n’était pas utilisée pour raconter les mythes des divinités et des héros, mais simplement pour la gestion des dettes. L’État notait sur des tablettes d’argile toutes les créances fiscales qu’il avait envers ses sujets. Et si un paysan empruntait quelques bœufs à un autre paysan, il lui versait l’intérêt sous forme d’un veau. C’est pourquoi, dans la langue des Sumériens, le mot « veau » signifie également « intérêt ».
Au cours des siècles, on développa un système sophistiqué avec un tas de règles. Il y avait, entre autres, des taux d’intérêts bien définis. Le créditeur qui prêtait des céréales, par exemple, pouvait demander un taux maximal d’un tiers. En règle générale, les intérêts étaient très élevés, ce qui conduisait facilement à un endettement excessif. Dans le pire des cas, celui qui ne pouvait pas payer devait mettre en gage sa propre personne, en travaillant en tant que serf pour son créditeur.
Au sixième siècle avant Jésus-Christ, afin de prévenir une révolte des paysans gravement endettés, les Grecs abolirent ces règles draconiennes ainsi que les taux d’intérêt fixés par la loi. Les taux furent dès lors réglés par le marché, soit par la libre négociation entre les parties. Par conséquent, ils baissèrent de manière générale à moins de dix pour cent.
Même pendant le très catholique Moyen Âge, quand l’usure était interdite aux chrétiens pour des raisons bibliques, les taux restèrent à un seul chiffre. Seulement les monarques devaient payer des intérêts plus élevés, entre 20 et 80 pour cent. Les prêteurs juifs et païens, qui ne devaient pas craindre l’excommunication parce qu’ils étaient considérés comme infidèles, se prémunissaient ainsi contre les défaillances des débiteurs. En effet, la noblesse était connue pour la mauvaise habitude de déclarer ses dettes comme nulles.
Aujourd’hui, le système bancaire global est trop puissant et l’État de droit dans la plupart des pays suffisamment efficace : les gouvernements ne peuvent plus s’esquiver devant leurs responsabilités en matière de dettes. Il faut aussi dire que les taux d’intérêt sont tombés à un niveau historique : jamais l’argent n’a été aussi peu cher. Ceci est dû au fait qu’après la grande crise de 2008 et une reprise très lente, voire inexistante, les banques centrales veulent relancer la croissance.