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parution juin 2021
ISBN 978-2-88927-900-5
nb de pages 192
format du livre 105x165 mm
Les femmes dans les vignes et autres nouvelles
« Le petit enfant, assis sur un carré de toile à matelas dans le pré, tend la main vers un cerisier qui est bien à quarante pas de lui.
Ayant refermé sa main, il s’étonne qu’elle soit vide.
Il nous faut apprendre le monde depuis son commencement. »
En 1914, marié et devenu père de famille, Ramuz quitte définitivement Paris. Sa nouvelle situation le pousse à interroger les fondements mêmes de son choix de l’écriture. Le récit court lui offre un terrain de réflexion privilégié, entre fiction et introspection. Quelques années plus tard, au sortir de la Grande Guerre, c’est toute son esthétique qu’il entend réinventer, à la mesure des bouleversements suscités par les événements mondiaux. Une fois de plus, il recourt à la nouvelle pour mettre en œuvre sa vision des hommes « posés les uns à côté des autres ». Au fil de ses méditations, c’est toujours la même aspiration formelle qui l’anime : la quête d’une langue, d’une narration, d’un style à lui.
Les femmes dans les vignes et autres nouvelles réunit des textes écrits entre 1914 et 1921.
C. F. Ramuz est né en 1878 à Lausanne, il fait des études de Lettres puis s’installe pour dix ans (1904-1914) à Paris où il fréquente Charles-Albert Cingria, André Gide ou le peintre René Auberjonois. Il finalise Aline (1905), écrit Jean-Luc persécuté (1909), Vie de Samuel Belet (1913).
En 1914, Ramuz, encore considéré comme un écrivain du terroir à Paris, revient en Suisse et s’installe dans les vignes du Lavaux. Il rédige le manifeste des Cahiers vaudois. Cette revue, autant que maison d’édition, réunit les créateurs majeurs de Suisse romande (Cingria, René Auberjonois, Gustave Roud), mais aussi Romain Rolland ou Paul Claudel. Les Cahiers paraîtront jusqu’en 1919.
Son oeuvre, pétrie de pessimisme et de fatalisme, est une longue série de variations sur l’amour et la mort, seuls sujets vraiment dignes d’être traités, de l’aveu de Ramuz. Ses audaces stylistiques lui valent le reproche de mal écrire « exprès ». Mais il n'est de loin pas partagé par tous: dès 1924, Grasset publie les livres de Ramuz et lui assure ainsi un succès auprès des critiques et du public. Entre 1929 à 1931, il dirige la revue Aujourd’hui. Dans les dernières années de sa vie, il s’essaie également à des textes politiques et autobiographiques, avant de s’éteindre à Pully en 1947.
Son œuvre est aujourd’hui publiée dans la collection de la Pléiade.
"Les Femmes dans les vignes, L’Homme perdu dans le brouillard, Le Lac aux demoiselles... Rien que les titres suffisent à notre bonheur. Romancier et poète suisse, Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947) est un immense auteur : preuve en est avec cette délicieuse série de petits volumes aux couvertures acidulées."
"Ramuz ose des libertés d’auteur, une inventivité qui apporte aux textes une dimension supplémentaire."
Une chronique de Noé Gaillard à lire en entier ici
"Ramuz sans lac et sans vignes : c’est ainsi que Charles-Albert Cingria célébrait « l’ami de cette ahurissante envergure », dont quelques- uns ont voulu faire un écrivain régionaliste et paysan — à ce compte, Virgile en est un autre —, ce Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947) qui est, avec Cingria lui-même, l’un des plus grands écrivains de son siècle, et que la Suisse a offert aux lettres françaises." Philippe Barthelet
"Ramuz excelle dans la description de paysages, dans l’élan poétique né du décor, alors qu’il observe les faits et gestes des « gens de peu » : vignerons, cheminots, concierges, écoliers, horlogers ou autres personnages tourmentés par les « complications du coeur » ou qui « tournent en rond parmi leurs phrases ». Ailleurs, le narrateur s’exclame : « Il fait gai au ciel et clair en moi. »
On passe d'un jardin à un rucher, des cimes montagneuses à une barque, d'un étang bordé de roseaux à une écluse ou à un bois pentu. Il y a là une fraîcheur, une simplicité, une jubilation discrète dans l’écriture, que les lecteurs de Derborence retrouveront avec bonheur." Thierry Clermont
"Charles-Ferdinand Ramuz est bien sûr le romancier que l’on sait, mais aussi un très grand nouvelliste, auteur d’un nombre important de récits brefs, que rééditent dans leur collection de poche les éditions Zoé. Le recueil Les femmes dans les vignes correspond aux années 1914-1921, celles du retour en Suisse après quinze ans passés à Paris. Le fracas de la guerre, même s'il épargne le canton de Vaud, bouleverse l'oeuvre de Ramuz; celle-ci tend vers plus de noirceur, plus de spiritualité aussi." Mathias Énard
"Ramuz est obsédé par la question de la permanence et de la durée. Il souffre d'être confronté au constat de l'éphémère et du passager, d'autant plus que, tout en connaissant l'aspiration à l'éternité, il n'adhère pas à une croyance religieuse ou philosophique. La voie de la transcendance est pour lui celle de l'art, du moins pendant une grande partie de sa trajectoire. À la fin de sa vie, il est rattrapé par son pessimisme, qui confine au désespoir, quand il se penche sur la condition humaine."
Une interview de Daniel Maggetti et Stéphane Pétermann par Matthieu Giroux à lire en entier ici
"Nul secours, ni dans la longueur, ni dans la largeur de la terre."
Dans son titre déjà, Présence de la mort envisage l'inéluctable disparition de toute chose, face à une catastrophe imminente. En 1922, C.F. Ramuz ne pouvait songer au réchauffement climatique ni même à l'effondrement de la société post-industrielle. Mais le tableau qu'il dresse dans ce roman d'anticipation est plus que jamais devant nous: sous le coup du cataclysme, le délitement de l'ordre social et des liens qui le sous-tendent annoncent la fin de l'expérience humaine telle que nous la connaissons.
Introduction de Marc Atallah
Antoine est emmené à l'alpage par Séraphin afin qu'il apprenne le métier. Il s'ennuie et ne pense qu'à Thérèse dont il se languit, ils viennent tout juste de se marier. C'est alors qu'un éboulement va ensevelir le héros de longues semaines. Antoine parviendra-t-il à se nourrir, à boire, à respirer ? À ne pas devenir fou ?
Inspiré de faits réels, Derborence est un roman de montagne. Une montagne brutale et belle; une montagne révélatrice de la fragilité et de la grandeur tragique de la condition humaine. Une montagne dont Ramuz cherchait à restituer la solitude et le silence.
Introduction de Peter Utz
Dans Découverte du monde, C.F. Ramuz raconte comment "l'auteur" que nous connaissons est né du "petit garçon" qu'il a été. En revenant sur son enfance dans la petite bourgeoisie commerçante vaudoise, et sur son parcours d'étudiant en lettres, l'écrivain rend moins hommage à sa formation qu'il n'affirme sa vocation d'artiste.
Introduction de Luc Weibel
Le suicide de Jean-Luc Robille ponctue une vie marquée par la malédiction. Dans ce récit de 1908, Ramuz s'inspire du Valais archaïque qu'il a découvert en travaillant au Village dans la montagne. Sous son seul prénom, le protagoniste de Jean-Luc persécuté est devenu une figure universelle du malheur et de la folie.
Introduction de Laura Laborie
Ces nouvelles tardives, écrites entre 1943 et 1947, largement méconnues, dévoilent la modernité d’un écrivain qui a atteint une maîtrise virtuose de la narration. Elles déploient des récits visuels où la solitude de l’homme, le désir et la mort prédominent dans une esthétique du fragment. Ramuz s’y montre, plus encore que dans le reste de son œuvre, attentif aux personnages en marge, à la violence et à la folie sous toutes ses formes.
« Cependant, il gardait sa langue ; et plus le reste de son corps allait s’engourdissant, plus il semblait qu’elle devînt alerte pour ces longues histoires qu’on venait écouter : des étrangers, l’été, et même des gens du village, car elles n’ennuyaient jamais, et il en savait de toutes les sortes ; et il fumait sa grosse pipe, n’ayant plus que ces deux plaisirs. »
Pour Ramuz, la nouvelle est un laboratoire. Dans sa quête de formules narratives originales et ses expérimentations stylistiques, le récit court lui offre un espace concentré dont il tire le meilleur parti dès son entrée en écriture, puis tout au long de sa carrière. Qu’il s’inspire du légendaire alpestre ou mette en scène des animaux martyrisés, qu’il campe des personnages typés ou explore la scène de genre, voire le morceau bref, l’écrivain dévoile aussi bien la cruauté des hommes que l’intensité de leur rapport aux éléments, tantôt hostiles, tantôt sublimes. D’une efficacité exceptionnelle, ces textes sont autant d’hommages au pouvoir de la fiction.
L’homme perdu dans le brouillard et autres nouvelles réunit des textes écrits entre 1905 et 1911.
« — Vous êtes un homme, il ne faut pas l’oublier, et moi une femme ; on n’est pas des anges, qu’en pensez-vous ?»
Avec Adam et Ève (1932), Ramuz donne corps à un projet qui l’a occupé pendant plusieurs années, et qui n’est rien moins qu’une réécriture des premiers chapitres de la Genèse. Destiné à « illustrer un vieux mythe d’Occident », le roman démontre la fatalité de la Chute. En peignant la désillusion de Louis Bolomey, Ramuz brosse une vision de la condition de l’homme sur terre qu’il assimile à un long désenchantement.
Introduction de David Hamidović
Inédit du vivant de Ramuz, Posés les uns à côté des autres est son roman le plus personnel. Il y dépeint les voisins de son village, qui s’y entrecroisent sans qu’ils ne se comprennent ni se connaissent jamais. Cette séparation des êtres entre eux, « posés les uns à côté des autres », est à l’origine de la solitude tragique des personnages ramuziens. Elle contraste ici avec la beauté bouleversante du lac et de la montagne.
Introduction de Rudolf Mahrer
En automne 1900, Ramuz s’installe à Paris. Il a 22 ans. Il en aura 59 lorsqu’il fera paraître ce livre fondamental dans son parcours d’écriture et de vie. Les années n’ont atténué ni la fraîcheur ni la précision des première impressions. Le tableau du Montparnasse au début du siècle est riche de couleurs et de personnages. Mais ce qui importe davantage, c’est la réflexion conduite par Ramuz sur la nature de la grande ville, son rôle de capitale historique et culturelle.
Paris l’amène à traiter des sujets les plus divers : les arts, les modes et le snobisme, la langue, bien sûr, et l’écriture, mais aussi le monde du travail, la société, l’identité des provinces. Par-delà le souvenir se reflète ici l’image de tous ceux qui sont un jour montés à Paris. Pour le « petit Vaudois » qu’est Ramuz, la Suisse romande est une « province qui n’en est pas une », française par la culture, suisse par la politique. À la frontière entre essai et autobiographie, Ramuz réfléchit avec brio aux relations entre centre et périphérie.
Introduction de Pierre Assouline
Dans ce « tableau » de 1919 que sont Les Signes parmi nous, Ramuz peint un orage d’été qui fait croire à la fin du monde. En prévision de cette apocalypse lémanique, Caille, le colporteur biblique, répand une parole défaitiste. Mais le dernier mot appartient au couple de jeunes amoureux qu’anime une confiance toute humaine. Écrit à la fin de la Première Guerre mondiale, tandis que la grippe espagnole ajoute ses calamités aux malheurs du conflit, ce roman virtuose célèbre l’éternel recommencement de la vie.
Introduction de Gilles Philippe
Capitalisme, communisme, relance du colonialisme, krach de Wall Street, montée du fascisme : dans Taille de l’homme, Ramuz souligne le caractère universel de la condition humaine, rendu plus évident à ses yeux par la mondialisation qu’il observe – déjà – autour de lui. L’écrivain dégage dans cet essai la conception qu’il se fait de l’homme véritable, dont le modèle est le paysan – dénonçant les dangers de la mécanisation, l’illusion du progrès, et les contradictions de la pensée matérialiste.
Introduction de Reynald Freudiger
Juliette, 19 ans, débarque de Cuba au printemps dans une communauté vigneronne petite et étriquée, prise entre lac et vignes ; et la quittera secrètement en août pour une destination inconnue. Elle a beau être la nièce du cafetier Milliquet, Juliette restera une étrangère, foncièrement différente des villageois, principalement par sa beauté mystérieuse. Sa présence éphémère au sein des habitants va modifier fortement leur quotidien et diviser le groupe jusqu’au drame. Car malgré son innocence, Juliette possède une sorte de don, de pouvoir magnétique d’attraction. Ce texte lie les thèmes de la beauté, de la solitude et du désir sexuel pour dire l’imperfection du monde.
Introduction de Christian Morzewski
Toute vie, à l’instar de toute œuvre, est faite de chutes et de rebonds, comme le montre Une main. Dans ce texte autobiographique, Ramuz se dévoile, laissant le lecteur pénétrer dans son intimité, dans sa maison, son bureau, se mettant en scène torse nu et soumis à ses médecins autant qu’aux impératifs du corps. Car un jour d’hiver de 1931, à la mi-janvier, Ramuz glisse sur du verglas et se brise l’humérus gauche. Impossible d’écrire désormais. L’auteur réfléchit dès lors à sa relation à la création : sa vie, semble-t-il conclure, n’a de sens que par la place qu’elle occupera dans son œuvre.
Introduction de Guy Poitry
Une ville de quatre ou cinq mille habitants, un petit monde où les gens se contentent d’un beau soleil et d’une belle eau, parmi les vignes. Mais lorsque Louis Noël, grand voyageur, se met à raconter la vie sous d’autres cieux ; qu’un illuminé se prenant pour le Christ se promène sur la plage ; qu’un cinéma s’installe et fait office d’usine à rêves, l’imaginaire fait irruption dans le quotidien réglé, « une fenêtre a été ouverte sur le monde ».
Introduction de Roland Cosandey
Construction de la maison nous convie auprès d’une famille de petits propriétaires terriens vivant au rythme de la vigne et des saisons du Lavaux, le temps du chantier de leur nouvelle demeure. Madame Catherine et ses enfants, Samuel, Héli, Vincent ou la «petite Marianne» : à travers les événements que traversent la famille, Ramuz illustre les tensions entre le désir des transmission des hommes et le cycle implacable de la nature.
Dans ce roman inédit ébauché en à peine trois mois en 1914, Ramuz met en place les prémisses de ses romans qui lui assureront, dès 1924 et sous l’égide des éditions Grasset, la reconnaissance du public et des milieux littéraires.
Introduction de Stéphane Pétermann
« Elle était maigre et un peu pâle, étant à l’âge de dix-sept ans, où les belles couleurs passent, et elle avait des taches de rousseur sur le nez » : voici Aline, l’héroïne éponyme du premier roman de Ramuz. Tombée amoureuse de Julien Damon, fils de paysans riches, elle vit une véritable idylle, tandis que lui ne cherche qu’à apaiser sa faim. L’histoire débouche sur une fin tragique lorsqu’Aline, enceinte, apprend les fiançailles de Julien.
Tournant le dos aussi bien au récit psychologique qu’aux modèles naturalistes, Ramuz décrit avec subtilité la passion et le revirement des cœurs. En écrivain débutant, il pose dans cette épure célèbre les jalons d’une forme de roman poétique, à laquelle il aspirera tout au long de sa carrière.
Introduction de Daniel Maggetti
Retour aux lieux aimés
Il est loin d’être arrivé qu’il voudrait déjà arrêter le train. Mais c’est une force aveugle qui agit là-bas, sourdement, dans le foyer de la locomotive ; malgré lui, il est emporté. Là le chauffeur à veste bleue se penche devant l’ouverture ronde où il enfonce sa pelle à charbon ; il a le visage tout rouge du reflet de la flamme, et quelque chose gronde et tressaille dans le ventre de la machine, pendant qu’il se redresse et s’essuie le front avec son mouchoir.
On sent bien qu’il n’y a rien à faire. Et glisse ainsi la riche plaine[1] où les gens sont en train de labourer ; passent des villes, des villages ; le large fleuve vient, comme un fleuve de lait entre ses bancs de sable fin (du moins il était comme du lait au moment de la fonte des neiges, mais depuis il a déposé) ; viennent à droite des carrières dans lesquelles sont percés des trous, et, de temps en temps, un homme sort, poussant devant lui sa brouette qu’il vide d’un geste du bras droit.
Un nom est crié ; il faut descendre. C’est une toute petite station, avec rien que la maison du chef de gare, et, séparée d’elle par la route, une auberge adossée à l’escarpement de la pente.
On ne prend pas par la route qui fait trop de lacets. Il y a un petit sentier connu des seuls habitués qui se faufile entre les murs de vigne ; tout de suite, on est engagé en pleine falaise rocheuse. On grimpe droit devant soi. Par moments, le sentier se perd entre les ceps ; à certains endroits, il est tout à fait coupé par ces profonds fossés qu’on creuse pour les provignages ; il faut un moment pour le retrouver. Mais on voit aussitôt la différence de pays et combien c’est ici plus pierreux, plus aggloméré, plus massif. Et les rudes soleils d’ici ! C’est quand chantent les sauterelles, qui, avec leurs pattes qu’elles se frottent sur le dos, font un bruit comme celui d’une lame qui vibre ; et il vous vient un coup de poing de chaleur en plein visage, à chaque tournant de mur. Mais déjà l’automne est tombé avec des rousseurs de plus en plus sombres ; l’astre se diminue là-haut ; silence des grillons maintenant, plus que des mouches.
On se retourne, on voit qu’on s’est élevé. Et tout à coup on se trouve perché sur une espèce d’avancement en éperon d’où on domine tout l’arrangement désordonné des casiers de vigne sous soi ; le toit de la gare semble posé à plat sur le sol au bord de la voie ; encore un pas ou deux, et la pente faiblit et on est parmi les vergers.
Il y a là deux ou trois hameaux où les gens du village d’en haut viennent passer l’hiver ; Julien pense : « Je vais arriver devant la maison peinte » ; il arrive devant la maison peinte[2]. Un vieillard y est logé qui ressemble à un bonhomme de baromètre, c’est-à-dire qu’il sort et rentre mécaniquement et toujours par la même porte.
Il guette les gens sur la route pour leur montrer les peintures de sa maison dont il est fier, et il raconte à leur sujet des histoires pleines de mensonges, mais de mensonges auxquels il croit, tout en vous tendant un verre d’amigne[3], parce qu’il est généreux aussi et toujours il vous offre à boire.
Aujourd’hui pourtant il n’est point sorti ; Julien d’ailleurs a pressé le pas ; il serait incapable d’entretenir la conversation. Il y a dans sa tête un tel embrouillement d’idées que s’il tirait dessus ce serait comme pour les pelotons noués : elles se noueraient toujours plus. Et il ne veut même pas voir les femmes, qui entourent la fontaine, avec des seilles et des enfants, lesquelles se tournent vers lui, et, quand il passe et dit bonjour, elles disent aussi bonjour et longtemps le suivent des yeux.
[1] Ce morceau relate la montée à Lens de Julien, qui traverse la plaine du Rhône et s’arrête à la petite halte ferroviaire de Granges. Il emprunte ensuite un sentier pédestre qui relie les deux villages en passant par Flanthey (Vaas puis Chelin) et le long duquel se trouve la Pierre des Morts dont Ramuz a déjà donné une description dans Jean-Luc persécuté (Œuvres complètes, XIX, Genève, Slatkine, 2011, p. 460). À l’arrivée du chemin sur le plateau de Lens se dresse une croix avec un christ doré. Lorsqu’il quitte le village, Julien s’arrête à Sion, chef-lieu du canton du Valais.
[2] Vraisemblablement le château de Vaas, dont les façades sont décorées de fresques datant de 1576.
[3] L’amigne est un cépage souvent dit valaisan, mais dont l’origine n’est pas établie avec certitude ; il a notamment des affinités génétiques avec des cépages valdôtains. Uniquement cultivé dans le Valais central – essentiellement sur le coteau de Vétroz –, il constitue le premier indice de la région où se trouve Julien.