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Au cours de la seconde moitié du XIXe s., les critiques contre la civilisation industrielle (Progrès), jointes à de nouvelles conceptions de la nature, donnèrent naissance dans plusieurs pays aux premières formes de protection de la nature. En Suisse, des mesures législatives furent prises dès les années 1870 (loi de 1876 sur les forêts). La création d'un parc national fit l'objet de débats dans les années 1880. En 1906, la Société helvétique des sciences naturelles institua la Commission suisse pour la protection de la nature, qui elle-même donna l'impulsion à la fondation de la Ligue suisse pour la protection de la nature (LSPN, appelée Pro Natura depuis 1997). La protection de la nature fut aussi l'affaire du Heimatschutz (dès sa fondation en 1905) parce qu'en Suisse, la nature est considérée comme faisant partie du patrimoine culturel national.
Dans les premiers temps, la protection de la nature n'eut pas pour préoccupation principale la nature elle-même (Faune, Flore) ni la responsabilité quant à sa préservation, mais obéissait au sentiment esthétique et patriotique de l'époque, qui déplorait la défiguration et la destruction des beautés de la nature et de la patrie. Elle ne luttait donc pas pour un usage plus parcimonieux des ressources naturelles, mais pour la protection d'objets menacés. Les organisations de protection de la nature et du patrimoine obtinrent leurs premiers succès dans des actions pour la conservation de blocs erratiques (pierre des Marmettes, près de Monthey, en 1905), contre la construction de chemins de fer de montagne (sur le Cervin en 1908) et pour la création de réserves naturelles. Les efforts pour empêcher la construction d'ouvrages hydro-électriques eurent par contre moins de succès (à Rheinau en 1952-1954).
Dès les années 1920 et jusque dans les années 1940, les crises économiques et la priorité donnée à la défense nationale reléguèrent au second plan les objectifs de la protection de la nature. Une conférence convoquée en 1935 par la Confédération à l'instigation de la LSPN (qui souhaitait une certaine étatisation de ses activités) n'eut d'autre résultat que la création, l'année suivante, d'un organe consultatif, la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage. A cette époque, la majorité des cantons était défavorable à une extension de la législation fédérale, alors limitée à quelques textes du XIXe s., au Code civil de 1907 (art. 702) et aux nouvelles lois sur l'énergie hydraulique et la protection des eaux. Après la Deuxième Guerre mondiale, la croissance économique et les problèmes dont elle est la cause (Environnement, Ecologie) donnèrent un caractère prioritaire à la protection de la nature. S'appuyant sur des motions des années 1920 et après les initiatives des années 1950 (notamment celle de 1956 sur les concessions hydrauliques), un nouvel article constitutionnel fut adopté en votation populaire en 1962, qui laisse aux cantons la compétence de la protection de la nature et du patrimoine (art. 24sexies de la Constitution fédérale de 1874; art. 78 de la Constitution de 1999). Cet article constitutionnel donna plus de poids à l'argumentation écologique face aux préoccupations esthétiques, évolution qui est aussi à mettre au compte d'études scientifiques de plus en plus nombreuses dans le domaine (Inventaires, protection des eaux, par exemple). Adoptée en 1966, la loi d'application eut des effets importants et entraîna la création de services de protection de la nature dans la plupart des cantons. L'Office fédéral de la protection de l'environnement (Office fédéral de l'environnement dès 2006) fut fondé quant à lui en 1971.
La Suisse a joué un rôle de premier plan dans la protection de la nature au niveau international: c'est à Berne que se réunit en 1913 la première conférence internationale, à l'initiative de la Commission suisse pour la protection de la nature et sous la direction de son premier président, Paul Sarasin. Après une longue interruption, une troisième conférence réunie en 1948 fut à l'origine de la création, la même année et grâce à l'entremise de la LSPN, de l'Union internationale pour la conservation de la nature.
La protection de la nature a pour tâches courantes, outre la protection des espèces (plantes et animaux, notamment dans les zones humides et dans les districts francs), celle du paysage (Aménagement du territoire) et celle des monuments naturels remarquables. Depuis les années 1980, elle tend à s'inscrire dans la perspective plus globale de la protection de l'environnement, tout en recevant un soutien politique solide grâce à l'entrée des Verts dans les parlements et les exécutifs (Mouvement écologique).
Bibliographie
– F. Walter, Les Suisses et l'environnement, 1990
– D. Burckhardt, «Die Wiege des Naturschutzes stand in Basel - Streiflichter auf Entstehung und Entwicklung des Naturschutzes in der Schweiz», in Verhandlungen der Naturforschenden Gesellschaft in Basel, 1992, 3-45
– S. Bachmann, Zwischen Patriotismus und Wissenschaft, 1999
– T. Wirz, «100 Jahre für die Natur», in Die Stimme der Natur, 2009, 123-182
Auteur(e): Stephanie Summermatter / LA