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Jesse Amirouche Allaoua est né en 1972 à Locarno. 29 ans plus tard, dans le cadre du festival de sa ville, il présente «Pretty Colors», son premier long-métrage documentaire. Une plongée dans le monde - stupéfiant - des ravers de Los Angeles.Ce contenu a été publié le 10 août 2001 - 20:16
Jesse A. Alloua a approché l'image par des études de photographie en Suisse. Puis, à 22 ans, il est parti étudier le cinéma à la University of California, Los Angeles. Est-ce Locarno qui lui a donné la passion du cinéma? «Non, pas vraiment. Plutôt l'envie de s'évader». Il va alors travailler comme assistant sur différents films, mais aussi sur la série télévisée «Baywatch», c'est-à-dire «Alerte à Malibu».
Que retient-il de ses années américaines? «J'ai appris beaucoup de choses, dans les différents secteurs de la production. Les Américains sont des grands professionnels, sérieux. Mais c'est une machine. Parfois, on a l'impression qu'on ne compte pas pour grand chose quand on travaille là-bas. Dans le sens où travailler dans le cinéma à Los Angeles, c'est un peu comme travailler dans une banque en Suisse: il n'y a là rien de spécial, ni d'artistique».
Le passage à l'acte
Los Angeles, il y est retourné ensuite pour tourner «Pretty Colors», un documentaire coproduit par la Télévision suisse italienne, présenté à Locarno dans la section «Cinéastes du présent», catégorie concours vidéo.
Les deux personnages principaux, Sara et Stacy ont toutes deux 17 ans. L'une est blonde et assez jolie. L'autre est brune et boulotte, visage d'enfant. Elles vivent dans une banlieue middle-class de Los Angeles, et s'ennuient ferme. Issues de familles à problèmes, immergées dans une vie urbaine parfaitement morte, que reste-t-il à faire? Regarder des cartoons, fréquenter des «parties» plus ou moins rave, et surtout, s'enfiler le plus de substances toxiques possible, avec une véritable gloutonnerie.
En contrepoint, le réalisateur filme les propos d'une ancienne agente de la lutte anti-drogue, chargée d'instruire les cadres de la brigade des stupéfiants, et les actions menées par la police dans Central Valley, une région où les cartels mexicains produisent moult drogues synthétiques.
Génération perdue
Jesse Allaoua a pris un mois pour approcher les deux jeunes filles, et leur faire accepter sa caméra. Puis il les a suivies, étroitement, malgré les moments difficiles. «Je ne pensais pas me rapprocher d'elles sur un plan émotif. Cela s'est pourtant passé, et ça complique les choses. Mais il fallait essayer de maintenir l'équilibre, pour rester objectif», confie Jesse.
Caractéristique de Sara et de Stacy: un profond infantilisme. «Les jeunes ravers n'ont pas eu d'enfance heureuse. A leur façon, ils continent de la rechercher. Les deux filles sont entourées par des jouets, elles regardent des dessins animés, elles aiment contrôler l'illusion qu'elles peuvent encore vivre l'enfance, mais cette fois librement».
«C'est d'ailleurs intéressant de constater que tous les jeunes du milieu rave sont déprimés. Tous emploient le cocktail antidépresseurs et drogues. Moi, j'appelle ça la 'Prosac Nation'. Oui, c'est une génération perdue et on peut se demander où tout ça va mener.»
Le film de Jesse A. Alloua, quoique peut-être un peu scolaire, laisse un maximum de place aux intervenants. Et le fait qu'il s'agisse d'un documentaire n'exclut pas parfois des images qui évoquent celles d'une fiction. Le réalisateur travaille d'ailleurs sur un projet de long-métrage de fiction. Horizon Locarno 2004...
Bernard Léchot, Locarno
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