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Le premier vol d'un avion date de 130 ans seulement. Une histoire marquée par les exploits d'aventuriers des airs et rythmée par des montres spécialisées.
Comment imaginer en 2019 que l'avion est un moyen de transport aussi récent ? Alors que l'on se déplaçait sur des chariots à roues et que l'on franchissait les mers en bateau dès l'Antiquité, il a fallu attendre Clément Ader en 1890 et les frères Wright en 1903 pour voir apparaître le mot “aéroplane”. Et comment croire que les premiers vols commerciaux, en 1914, aux Etats-Unis, ne pouvaient accueillir qu'un seul passager… C'est dire à quel point le développement de l'aviation s'est effectué sur un rythme effréné, scandé par des instruments devenus très vite indispensables à ces pionniers : des montres de pilote. La première d'entre elles ne présentait pas de particularité technique spécifique, hormis celle d'avoir été conçue pour être portée au poignet…
1906 : le premier record du monde d'aviation
Nous sommes en 1901. Alberto Santos-Dumont, un jeune dandy brésilien installé en France, à la fois riche héritier d'un industriel du café et spécialiste des vols en ballon dirigeable, se plaint auprès de son ami Louis Cartier, célèbre joaillier et horloger parisien, d'éprouver des difficultés à manipuler sa montre de poche en plein vol. Il lui demande s'il ne pourrait pas inventer quelque chose de plus pratique. Ce “quelque chose” apparaît trois ans plus tard, en 1904, sous forme d'une montre-bracelet qui accompagnera Santos-Dumont au moment d'établir le premier record du monde d'aviation, le 12 novembre 1906. Ce jour-là, son biplan d'une puissance de 50 ch vole à 40 km/h, durant 21 secondes, sur une distance de 220 mètres. L'exploit entre dans l'histoire de l'air et la montre Santos de Cartier dans celle de l'horlogerie.
Temps de vol
Huit années plus tard, l'Europe bascule dans la guerre. Entre 1914 et 1918, l'aviation devient une arme de guerre qui nécessite des équipements appropriés. Les grandes manufactures horlogères de l'époque, comme Longines, Zenith, Omega ou Jaeger-LeCoultre, notamment, équipent les premiers appareils de combat d'instruments de vol et de chronomètres. La paix revenue, les avions ont considérablement évolué et l'horlogerie spécialisée aussi. Des progrès dont vont bénéficier de nouveaux aventuriers des airs : Latécoère, Nungesser, Coli, Mermoz, Saint-Exupéry, Lindbergh… Au début des années 1920, la mise en marche et la remise à zéro des chronographes s'effectuent encore par l'intermédiaire de la couronne de remontage. C'est Breitling, en 1923, qui développe le premier poussoir de chronographe indépendant. De son côté, Longines concrétise l'idée d'un officier américain, Philipp Weems, qui a imaginé un chronographe de vol capable de se synchroniser à la seconde près sur un top horaire radiodiffusé. Collaborant à la fois avec Weems et Charles Lindbergh, la marque suisse sort la révolutionnaire Longines Angle Horaire. Un Lindbergh qui, le 21 mai 1927, a franchi pour la première fois l'Atlantique en avion à bord du Spirit of Saint-Louis.
La révolution du chronographe
En 1930, c'est au tour d'IWC de présenter sa première montre spéciale dédiée aux aviateurs. En 1934, Breitling poursuit sur le chemin de l'innovation et invente le premier chronographe doté d'un second poussoir de commande. Ce dispositif donne au chronographe sa configuration actuelle. Longines réplique dans ce combat épique en mettant au point la fonction flyback (retour en vol) qui permet de stopper la course de l'aiguille du chronographe et de la relancer dans le même geste. Les pilotes vont alors apprendre à apprécier ce dispositif très utile lors des tops horaires correspondant au passage des balises aériennes. En 1936, IWC livre à la Royal Air Force britannique une montre pour aviateur qui établit de nouvelles références avec un large boîtier en acier dépassant 40 mm de diamètre, un cadran de couleur noire avec de grands chiffres, des aiguilles luminescentes très visibles, un verre incassable et surtout une grosse couronne de remontage crantée facile à manipuler avec des gants.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, l'aviation monte à nouveau en première ligne. La plupart des manufactures horlogères participent à la bataille des airs : Zenith, Breitling, Glashutte, Hamilton, IWC, Longines, Omega, Oris, Seiko, Waltham, pour ne citer qu'elles, équipent avions et pilotes. C'est au cours du conflit, en 1942, que naît le modèle Chronomat de Breitling, premier chrono muni d'une règle à calcul circulaire à échelle logarithmique. Toutes ces montres à vocation militaire inspireront ensuite bien des modèles civils.
La Type XX entre dans l'Histoire
C'est au début des années 1950 qu'est lancée une autre montre célèbre, la Type XX. L'état-major français désirait voir ses unités aéronavales équipées d'un chronographe réunissant certaines spécificités : un cadran noir comportant deux compteurs à 3 et 9h indiquant respectivement le temps écoulé en minutes et en secondes pour un chronométrage de 30 minutes, des chiffres et des aiguilles recouverts de tritium afin d'être lisibles dans l'obscurité et l'indispensable fonction retour en vol. Plusieurs marques répondent à l'appel d'offres et l'on voit apparaître des Type XX produites par Breguet, Dodane, Auriscoste, Airain ou Vixa. La maison Breitling fait encore parler d'elle en 1952 lorsqu'elle crée la Navitimer, une montre-instrument permettant d'effectuer les calculs nécessaires à la navigation aérienne. De son côté, Rolex présente sa GMT-Master en 1954, destinée aux équipages de la PAN-AM afin de les aider à connaître l'heure simultanément en deux points du globe.
De nos jours, l'électronique permet aux pilotes de disposer d'instruments horlogers d'une précision inégalable, mais les modèles mécaniques continuent de faire battre le cœur des amateurs de montres de tradition. Et les marques anciennes ou plus récentes comme Bell & Ross et Reservoir font assaut d'imagination pour nourrir nos rêves d'Icare… Non, Lamartine ! Ô temps, ne suspends pas ton vol…