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C’est une entreprise discrète, mais son influence est énorme: Serum Institute of India produit 1,5 milliard de doses de vaccins par an, soit plus de la moitié des vaccins vendus dans le monde. Début juin, cette société basée à Pune, près de Bombay, a commencé à fabriquer les premières doses d’un potentiel vaccin contre le coronavirus, développé par l’université d’Oxford et le laboratoire britannique Astra Zeneca.
Si Adar Poonawalla, le PDG de la société, lance la production avant la fin des essais cliniques, c'est parce qu'il est optimiste quant à l'efficacité de ce vaccin. "Les scientifiques d’Oxford estiment qu’il y a 70 à 80% de chances que ce vaccin fonctionne. Ils sont très confiants, car ils ont utilisé la même technologie pour le vaccin contre l’Ebola."
Pour Adar Poonawalla, la prise de risque était nécessaire. S'il avait décidé d'attendre une validation complète avant de lancer la production, le processus aurait pu prendre un an de retard. "Un tel délai serait dramatique. Nous allons standardiser le processus et à partir du mois d’août, nous pourrons produire 50 millions de doses par mois."
Des premières injections dès la fin de l'année
Si les essais cliniques sont concluants, le Serum Institute of India devrait être l’un des premiers à produire le vaccin le plus recherché du monde. Les premières doses pourraient être administrées à la fin de l’année, à condition que tout se passe comme prévu.
La question centrale est donc: qui en bénéficiera? Adar Poonawalla répond clairement. "L’accord que j’ai avec Astra Zeneca couvre l'approvisionnement de vaccins à l’Inde et aux pays membres de, qui couvre entre autres plusieurs pays d'Afrique. Astra Zeneca trouvera peut être un autre producteur pour les Américains. Je pourrais le faire après, mais mon engagement moral va d’abord aux pays les plus pauvres et à mon propre pays."
Mon engagement moral va d’abord aux pays les plus pauvres et à mon propre pays
Le rôle prépondérant de cette entreprise indienne est donc une bonne nouvelle pour l’Afrique, surtout qu’elle produit des vaccins moins chers que celles occidentales, explique Kate Elder, spécialiste de vaccins chez Médecins sans frontières.
L'alliance Gavi soutient principalement des pays en Afrique et en Asie [Pays soutenus par Gavi - gavi.org]
Pénurie d'autres vaccins ?
La priorité donnée aujourd’hui au vaccin contre le COVID-19 peut engendrer un dommage collatéral: la pénurie des autres vaccins traditionnels. Le Serum Institute of India fait tout ce qu’il peut pour l’éviter, comme l’explique son PDG, Adar Poonawalla. "J’utilise mes usines pour fabriquer ce vaccin contre le coronavirus, ce qui réduit la production de vaccins contre la pneumonie, la rougeole ou la tuberculose." Pour pallier ce manque, le responsable prévoit d'externaliser la production de ces vaccins traditionnels à d'autres entreprises. "Maintenir cette production est une plus grande priorité pour moi que de produire les vaccins contre le COVID-19 car ces vaccins protègent des enfants contre des maladies bien plus mortelles que le coronavirus."
Sébastien Farcis/iba