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Les Alpes pourraient être frappées par des vagues de chaleur et la sécheresse, prédit le rapport de l'ONU sur le réchauffement climatique accepté vendredi à l'issue de rudes négociations.
Ces conséquences les plus dramatiques ne pourront être évitées qu'avec une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, avertit la section suisse du WWF.
L'organisation écologiste est convaincue que les changements climatiques annoncés dans le rapport des Nations-Unis n'auront pas seulement des effets sur le temps, mais qu'ils modifieront également les conditions de vie des hommes, des animaux et des plantes.
Les effets les plus dramatiques ne pourront être évités que si les pays industrialisés comme la Suisse réduisent d'ici 2020 leurs émissions de gaz à effet de serre de 30% par rapport aux valeurs de 1990, avertit le WWF.
Mais d'autres mesures devront être prises pour atténuer les dommages liés au changement climatique. Dans la région des Alpes, il s'agit par exemple de mesures préventives contre les glissements de terrain et les chutes de rochers, estime l'organisation écologiste.
Données concrètes pour la Suisse
Selon le WWF, le rapport de l'ONU contient pour la première fois des données spécifiques sur les conséquences du changement climatique en Suisse. Des plantes persistantes pourraient ainsi repousser la flore locale à des altitudes de plus en plus élevées. Quant aux plantes actuellement bien adaptées à l'altitude, elles disparaitraient.
D'après les conclusions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les Alpes pourraient être l'une des régions les plus touchées par les vagues de chaleur et la sécheresse.
Les scientifiques s'attendent par ailleurs à ce que les petits glaciers disparaissent et à ce que les plus grands perdent de 30 à 70% de leur surface d'ici 2050. Cela pourrait provoquer la formation de grands lacs et des risques accrus d'inondations.
Le GIEC s'attend également à une cinquantaine de journées supplémentaires sans neige, rappelle le WWF. Par ailleurs, le réchauffement pourrait aussi avoir des conséquences dans les fleuves où les poissons indigènes pourraient être remplacés par des espèces mieux adaptées à la chaleur.
La Suisse doit s'adapter
Le rapport des experts mondiaux publié vendredi sera «très utile» aux politiciens, estime le délégué suisse à la conférence de Bruxelles. José Romero. La Suisse, comme le reste du monde, doit d'ores et déjà penser à «s'adapter» au réchauffement climatique.
«Quelles que soient les politiques de réduction des émissions adoptées, les effets vont se faire sentir dès maintenant. Il faudra donc trouver des moyens de s'adapter aux nouvelles conditions climatiques», a souligne José Romero, adjoint scientifique du ministère suisse de l'Environnement (DETEC).
Citant un rapport publié à la mi-mars par l'Organe consultatif sur les changements climatiques (OcCC), l'expert suisse a aussi expliqué que le réchauffement climatique aura également un impact sur l'agriculture, le tourisme ou la santé humaine, comme l'a montré la canicule de 2003. La Suisse est toutefois «bien équipée» pour faire face à ces défis, souligne José Romero.
Parallèlement à l'étude de l'OcCC, le gouvernement a chargé l'Office fédéral de l'environnement de préparer un rapport sur la future politique climatique de la Suisse. Ce texte devrait être disponible en automne.
De rudes négociations
Le rapport des experts mondiaux sur les impacts du changement climatique «est bouclé», a annoncé vendredi Rajenda Pachauri, président du GIEC. Mais sa publication avait été repoussée plus tôt dans la matinée, du fait de blocages dans la négociation.
La Chine, l'Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis ont en effet «fait obstruction», selon plusieurs délégués aux négociations ouvertes lundi par le GIEC. La Chine s'est ainsi opposée en début de matinée à un paragraphe soulignant «le risque très élevé, basé sur de nombreuses observations et preuves dans tous les pays et la plupart des océans, que de nombreux systèmes naturels soient affectés par les changements climatiques».
Par ailleurs, les Etats-Unis ont demandé et obtenu l'élimination d'un paragraphe indiquant que l'Amérique du Nord «devrait être localement confrontée à de graves dommages économiques et à des perturbations substantielles de son système socio-économique et culturel».
Les participants à la conférence ont cependant réussi à se mettre d'accord pour adopter un résumé à l'intention des décideurs, une synthèse des 1400 du rapport complet. Négocié ligne à ligne par les délégations mandatées par leurs gouvernements, il est destiné à les éclairer sur les aspects scientifiques, économiques et humains du réchauffement.
José Romero salue ce «résumé à l'intention des décideurs». Ce texte résume en vingt pages un «énorme rapport très riche en connaissances scientifiques, qui comprend beaucoup de nouvelles informations». Il sera «très utile» aux politiques, ajoute le délégué suisse.
swissinfo et les agences
OcCC
L'Organe consultatif sur les changements climatiques (OcCC) a été mis en place en 1996 par le gouvernement suisse. Il réunit une trentaine de personnalités de la recherche, de l'économie, ainsi que de l'administration fédérale.
Son but est de formuler des recommandations dans le cadre du changement climatique global.
Selon cet organe, la Suisse sera fortement touchée par ce changement, ce qui pourrait influencer négativement l'approvisionnement en eau et en électricité.
Le tourisme devrait également changer de visage, car les stations de moyenne altitude ne pourront plus pratiquer les sports d'hiver.
Le danger de vagues de chaleur et de sécheresse deviendra plus élevé. Les précipitations pourraient diminuer de 10% en hiver et de 20% durant les autres saisons.
Trois rapports
«Impact, adaptation et vulnérabilité», est le second des trois rapports sur les changements climatiques que les Nations Unies doivent publier cette année.
Plus de 2500 experts scientifiques, 450 auteurs principaux et 800 auteurs secondaires de 130 pays y ont collaboré.
Le troisième rapport «Limiter les changements climatiques» est attendu pour le mois de mai.
Le premier rapport, publié en février, rendait l'homme responsable du réchauffement du climat. Il prévoit un réchauffement de 1,8 à 4 degrés au cours de ce siècle.