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Photo LJ
Laura Jungen a des souvenirs importants de son ancienne vie passée au Japon. Voilà comment se déroulait la cérémonie du thé à “son époque”. Une cérémonie qu’elle est tout à fait à même de reproduire aujourd’hui selon la tradition d’il y a 500 ans.
Un art important
“On admettait qu’à 8 ans, il y ait quelques petites erreurs dans la manière de faire la cérémonie du thé, mais à 12 ans, les jeunes filles devaient savoir la faire parfaitement et plus encore en étant plus âgée. Lorsqu’elles faisaient la cérémonie du thé devant des invités, elles étaient là pour montrer qu’elles faisaient partie de la haute société et que leur père également. Si elles rataient la cérémonie du thé, elles pouvaient faire rater le contrat que leur père négociait durant la cérémonie.
La cérémonie du thé, c’était un art. Cela devait être apaisant, mais fait de manière rapide et discrète. Il ne fallait pas déranger. La femme devait être là, mais sans être là non plus, un peu comme une belle fleur en pot. C’est quelque chose de magnifique à regarder, mais c’est discret ! Elle ne devait pas déranger. Ne pas focaliser l’attention. Si grâce à sa prestation, l’invité avait été absorbé par sa performance et n’avait pas décroché son regard, c’était bien. Il fallait que lui-même soit attiré par elle et pas le contraire. La femme ne devait pas chercher à attirer le regard. Elle ne devait surtout pas interrompre ceux qu’elle servait.”
Les étapes de la cérémonie
“Quand la femme entrait dans la pièce pour la première fois, elle devait saluer. Certaines rentraient sans rien dans les mains à ce moment-là, si ce n’est les chiffons. Après s’être inclinée pour entrer dans la pièce, elle allait s’installer à l’endroit où était faite la cérémonie du thé, face au matériel. Et après elle se tournait, faisait face aux invités et elle saluait de manière gracieuse et féminine ceux à qui le thé devait être servi. Pour ça, elle se positionnait le plus au milieu possible des invités, si possible en dehors de leur tatami. La femme ne regardait jamais les personnes et elle se baissait plus ou moins bas selon l’importance des invités. Certaines femmes pouvaient aussi être présentes dans la pièce quand les invités entraient. A ce moment-là, elles étaient en position de salut, penchées en avant, jusqu’à ce que les invités soient assis, puis elles saluaient les invités en se mettant bien positionnées face à eux.
Parfois, tout le matériel était prêt avant de commencer la cérémonie du thé. Cela pouvait être important d’avoir tout sur place et d’éviter les allers-retours pour aller le chercher, parce que cela pouvait être dérangeant lorsque c’était un important « repas d’affaire ». Il y avait aussi des hommes qui ne supportaient pas de voir une femme debout devant eux, même pour apporter le matériel pour la cérémonie du thé. Ils allaient considérer ça comme un manque de respect. Pour eux, les femmes n’existaient pas en tant que femmes. Avec eux, lorsque la cérémonie était terminée, il fallait que la femme attende à genoux, dos bien droit, yeux baissés et tête très légèrement inclinée en avant face au matériel jusqu’à ce qu’on lui permette de quitter la pièce ou que les hommes quittent la pièce.
Les femmes commençaient la cérémonie en se lavant les mains [avec un chiffon humide] et elles commençaient à préparer le thé.
Tous les mouvements se faisaient en glissade sur les genoux (c’est possible avec les tatamis). La femme ne se trémoussait pas pour avancer ! Elle donnait le bol à la personne en le tendant devant elle et en s’inclinant (là, elle devait avoir des abdos !). Elle pouvait se rapprocher par une petite glissade en prenant appui sur les bras [Ce mouvement pouvait être répété jusqu’à arriver à la bonne distance de l’invité]. Mais elle évitait toujours de faire plein de petits mouvements. Il fallait en faire le moins possible, mais en même temps, il ne fallait pas non plus en faire de trop grands.
Aujourd’hui, on offre les gâteaux avant la cérémonie du thé. Avant, on donnait les sucreries à la fin pour reposer le palais après avoir bu le matcha qui est amer.
Quand la femme avait fini, elle rangeait les affaires discrètement. La manière de ranger faisait aussi partie de la cérémonie du thé. Elle faisait vite et discrètement pour nettoyer. Tout était rassemblé, prêt à être ramené. La manière de tout ranger discrètement allait appuyer la grâce de celle qui fait la cérémonie du thé.
Quand tout était nettoyé, la femme se mettait face aux invités, ils étaient salués et cela signifiait : « merci d’avoir été aussi calmes et d’avoir apprécié la prestation ».
Au moment de quitter la pièce, la femme s’agenouillait devant la porte pour dire au revoir et elle quittait la pièce. Elle fermait la porte en sortant.”
L’importance de l’hygiène
“La femme utilisait un chiffon légèrement humide pour le passer sur les mains avant la cérémonie du thé. Cela permettait de montrer que ses mains étaient propres pour faire la cérémonie.
Les bols et tout le matériel pour la cérémonie du thé étaient posés sur un morceau de tissu allongé et assez épais (mais suffisamment fin pour que les bols restent stables) de manière à ce que des gouttes qui pouvaient perler ne tombent pas sur les tatamis. Mais il fallait éviter cela. Le fouet était déposé sur le support, tête en bas. Il ne fallait pas le mettre à l’envers parce que le matcha risquait de couler sur le manche. Le fouet était un ustensile qui coûtait très cher comme les tatamis. A mon époque, les tatamis n’avaient pas de taille standard. Les riches décidaient comment les poser dans la maison. La position comptait beaucoup, mais elle changeait selon les époques (tout le monde n’avait pas les tatamis de la même manière).
Au bout du morceau de tissu épais où étaient posés les ustensiles, il y avait un deuxième napperon pour y poser les deux bols servant à nettoyer le fouet.
Les femmes avaient deux sortes de chiffons pour la cérémonie du thé. Le premier chiffon servait à nettoyer les ustensiles, les bols et la boîte à matcha. Il devait être discrets. Il pouvait être accordé à la couleur du kimono ou à la couleur de la ceinture pour qu’il soit plus discret. Il fallait montrer qu’elle nettoyait les objets, voire même qu’elle les purifiait. La deuxième sorte de chiffon était assez souvent dans les tons verts pour aller avec le thé matcha. On ne va pas utiliser ce qui est pour la poussière pour le matcha !
La femme ne déployait jamais le tissu qui servait à nettoyer (cela aurait pu mettre de la poussière sur la vaisselle). Elle le repliait dans un autre sens très discrètement (hors de la vue des invités). Elle nettoyait toujours le bol de l’intérieur vers l’extérieur pour des raisons d’hygiène.
Ce qui était sale ne touchait pas le kimono. Une fois que le tissu était utilisé, il était déposé dans une petite assiette qui regroupait tout ce qui ne devait plus être utilisé. C’était important de montrer qu’on pouvait tout faire de manière très propre !
La cuillère pour utiliser le matcha pouvait aussi être nettoyée entre la préparation de chaque personne.
Normalement, on n’utilisait pas le même fouet pour deux personnes différentes. On utilisait un fouet pour chacun des invités. Celui-ci pouvait même choisir quel fouet il souhaitait avoir pour la préparation de son thé. S’il n’y avait qu’un seul fouet, la femme avait deux bols qui servaient au nettoyage. Le premier avec de l’eau chaude et le deuxième avec de l’eau froide.
La femme nettoyait le bol une fois à l’eau chaude et une fois à l’eau froide.”
Objets et éléments de procédure
“Seule la porte du jardin pouvait être ouverte. Toutes les autres devaient rester fermées.
La boîte à matcha était souvent remplie à ¼, parce que le matcha est très volatile. La femme fermait le pot comme s’il avait un pas de vis pour éviter un mouvement d’air et faire voler le matcha (comme il était très cher, on évitait d’en perdre !). Certains invités pouvaient demander à voir le thé pour se rendre compte de la qualité du matcha.
Pour verser le matcha dans les bols, le poignet ne devait pas être tendu. La cuillère ne devait pas trembler pour qu’il y ait moins de probabilité d’en renverser (il ne fallait pas perdre de matcha qui était très cher). Quand la femme avait mis le matcha dans le bol, elle donnait un petit coup sec contre la paroi intérieur du bol pour éviter de faire voler toute la poussière.
L’eau chaude avait plus de probabilité de changer, de se faire perturber, que l’eau froide qui restait à son état normal. L’eau chaude avait donc plus de chances de perdre des vertus. De ce fait, on utilisait un tissu spécial pour enlever le couvercle [bouillant] de l’eau chaude. Il était souvent blanc et était neutre, rempli de bonnes énergies. Il pouvait même avoir des reflets dorés dedans. Il ne fallait surtout pas utiliser un chiffon rouge ou orange comme aujourd’hui ! En plus tout devait être dans la discrétion. Ensuite, nous posions le couvercle sur une espèce de petit coussin rond ou carré qui était absorbant. C’était la même sorte de matière qu’on utilisait pour se sécher le corps (Il fallait éviter que le couvercle goutte sur le tatami.)
La manière de verser l’eau dans les bols devait ressembler au mouvement des fontaines traditionnelles avec les bambous qui bougent. La femme devait faire la même chose. La femme versait l’eau chaude en décalant le coude vers l’extérieur. Elle devait réussir à faire le moins d’éclaboussures possibles (mais c’est très dur à apprendre). Il devait y avoir un mouvement fluide du poignet. Il ne devait pas y avoir de tremblements.
Les bols n’étaient pas remplis à fond, parce que c’étaient des gros bols et qu’il fallait pouvoir mélanger le matcha à l’eau. Mais ils étaient bien pleins.
Mouvements avec le fouet : la femme devait faire des petits mouvements avec le poignet pour bien mélanger le matcha à l’eau, puis elle pouvait parfois effectuer un grand mouvement sur le tour du bol pour donner un effet de repos pour les yeux des invités (on considérait que ce n’était pas agréable de regarder quelqu’un qui fait trop de petits mouvements).”
La gestuelle
“La femme ne regardait jamais les gens dans les yeux. Les yeux restaient baissés durant toute la cérémonie du thé.
Le visage devait apparaître calme et reposant. La femme ne devait pas laisser apparaître « je suis en train de me concentrer sur ce que je fais ». Elle devait apprendre à faire la cérémonie du thé les yeux fermés de manière naturelle (mais pas pour verser l’eau dans les bols !). Comme cela, c’était harmonieux.
Dans la cérémonie du thé, comme en danse, la femme accompagnait les mouvements de la manche de l’autre main et elle remettait le kimono en place avant de toucher les ustensiles. A « mon époque », les manches des kimonos étaient longues [descendant vers le sol] et elles allaient jusqu’aux poignets.
En s’agenouillant et en se levant, la femme ne devait pratiquement pas prendre de place. Elle ne devait prendre que quelques centimètres au sol. Elle faisait des rotations sur elle-même sans bouger ses pieds.
La femme ne devait pas faire de grands mouvements. La plupart du temps, les coudes ne se décollaient pas du corps. Seuls les avant-bras bougeaient, parce que des petits mouvements sont plus gracieux que des grands. Les femmes avaient beaucoup appris à imiter les mouvements du serpent, notamment pour nettoyer le matériel. Elles effectuaient des mouvements ondulés du poignet.”