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J'ai longtemps refusé de publier sur mon blog mes poèmes, sans doute parce que j'avais publié plusieurs recueils imprimés, et que je comptais continuer. Mais j'ai assez de poèmes aujourd'hui, en réserve, pour en constituer un nouveau, et je ne vois pas que l'occasion puisse se présenter, n'ayant plus ni assez d'argent pour participer à un tel projet, ni assez de temps pour vendre le livre moi-même, ni assez de lustre pour convaincre un éditeur de prendre tout en charge. La Tribune de Genève électronique reste mon meilleur éditeur, et le présent blog contient déjà des récits fabuleux fictifs, et il peut contenir aussi des poèmes, notamment ceux qui sont liés à l'actualité. D'ailleurs d'autres blogueurs de cette plate-forme publient leurs vers.
Le 12 octobre, comme annoncé récemment, j'ai lu deux poèmes de ma plume, et je voudrais les publier ici. Voici en tout cas le premier, La Révolte du Poète, dont je voudrais dire qu'il s'appuie sur une alternance nouvelle d'assonances et d'allitérations, sous une forme suivie. Pour l'assonance, il s'agit de la dernière voyelle, pour l'allitération, de la dernière consonne. C'est en lisant un poème de Paul Éluard jouant beaucoup, de cette manière, sur les sons à des endroits réservés d'ordinaire à la rime, que j'ai eu cette idée, qui consiste à séparer deux phénomènes allant normalement ensemble. Mais j'ai voulu conserver une régularité, pour créer un rythme réellement porteur. Voici donc ce poème:
Dans la nuit le Poète a tourné son regard
Et n'a vu nul chemin, ni devant, ni derrière;
À sa droite est un mur, à sa gauche est le vide,
Il marche sur la boue d'un sentier de corniche.
Nul œil de flamme à l'horizon de l'est ne s'ouvre,
Et son corps est tremblant sous l'effet de la fièvre;
Il sent la peur monter des profondeurs de l'âme
Et la sueur couler à flots de son front pâle.
Mais un feu semblant bleu court autour de ses membres,
Et revient le courage en ses chemins d'opprobre.
Comme un air de saphir ceint ses bras qui se meuvent,
Et voici que surgit la force qui lui donne
Le pouvoir de sauter par dessus la muraille
Et de se tenir droit sans que son pied vacille
Au milieu de la cour dont on voulait l'exclure.
Et traçant de sa main dans l'air le feu de runes
Il s'ouvre une mandorle, et des hommes de foudre
Jaillissent de la faille en écartant son cadre,
Et voici que le barde est vengé des immondes
Qui voulurent qu'il fût banni au fond des combes.
Le pouvoir du Poète est tel: il est le sabre,
Il est le vent qui hurle au son des chants funèbres.
Il renverse les murs, il renverse les tours,
Il renverse les rois ingrats quoi qu'il en coûte;
Il sauve l'être humain lassé des habitudes
Que font peser sur lui les ténèbres du monde.
Mais qui reconstruira, hélas! le palais d'or
Que le Poète aimait? Lui-même par quelque ode?
Béni soit le charmeur doté de la puissance
De rassembler la pierre et d'en remplir les fosses!
Un tel texte a forcément besoin de l'indulgence du lecteur!