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L’histoire d’Oscar ou plutôt les strates qui la composent et qui nous arrivent, dans l’océan des informations, sous des formes plus ou moins originales, est assez longue. Prenez le temps de la lire jusqu'au bout, c'est peut-être votre histoire. Ou celle de l'un de vos proches.
Je ne vais donc pas rajouter une couche ; je rappelerai simplement ici les éléments de sagesse du grand Montaigne :
Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser.
Montaigne, Essais III, 13
A partir de sa diffusion dans une revue scientifique, cette histoire a proliféré et gageons qu'on n'a pas fini d'en entendre parler. Ci-dessous je vous propose une brève comparaison des différentes versions en circulation et des interpétrations qui en sont fournies.
Version 1, retour aux sources :
New England Journal of Medicine
A Day in the Life of Oscar the Cat, par David M. Dosa, gériatre à l’hôpital de Rhode Island, 26 juillet 2007
"Oscar the Cat awakens from his nap, opening a single eye to survey his kingdom. From atop the desk in the doctor's charting area, the cat peers down the two wings of the nursing home's advanced dementia unit. (…)
In the distance, a resident approaches. It is Mrs. P., who has been living on the dementia unit's third floor for 3 years now. She has long forgotten her family, even though they visit her almost daily. Moderately disheveled after eating her lunch, half of which she now wears on her shirt,
(…)
She passes him without a glance and continues down the hallway. Oscar is relieved. It is not yet Mrs. P.'s time, and he wants nothing to do with her.
(…)
Oscar continues down the hallway until he reaches its end and Room 310. The door is closed, so Oscar sits and waits. He has important business here.
Twenty-five minutes later, the door finally opens, and out walks a nurse's aide carrying dirty linens. "Hello, Oscar," she says. "Are you going inside?" Oscar lets her pass, then makes his way into the room, where there are two people. Lying in a corner bed and facing the wall, Mrs. T. is asleep in a fetal position. Her body is thin and wasted from the breast cancer that has been eating away at her organs. She is mildly jaundiced and has not spoken in several days. Sitting next to her is her daughter, who glances up from her novel to warmly greet the visitor. "Hello, Oscar. How are you today?"
(…)
He sniffs the air, gives Mrs. T. one final look, then jumps off the bed and quickly leaves the room. Not today.
Making his way back up the hallway, Oscar arrives at Room 313. The door is open, and he proceeds inside. Mrs. K. is resting peacefully in her bed, her breathing steady but shallow.
Oscar jumps onto her bed and again sniffs the air. He pauses to consider the situation, and then turns around twice before curling up beside Mrs. K.
(…)
One hour passes. Oscar waits.
A young grandson asks his mother, "What is the cat doing here?" The mother, fighting back tears, tells him, "He is here to help Grandma get to heaven." Thirty minutes later, Mrs. K. takes her last earthly breath."
Première strate, première adaptation
Les prophéties d’Oscar, par Christophe Labé et Olivia Recasens, Le Point, jeudi 9 août 2007
«Oscar a poussé la porte de la chambre 313. Puis il a sauté sur le lit de la vieille dame et s’est blotti contre elle en ronronnant. Quand une heure plus après le petit-fils est entré dans la chambre, il a demandé : »Mais que fait ce chat ici ? »
L’article poursuit par une interview du docteur Dosa, l’auteur de la description initiale d’Oscar, le : » Jusqu’ici Oscar a supervisé la mort de 25 pensionnaires. » Puis l’article tente une explication scientifique du phénomène, basée sur diverses études qui ont trait à la neurobiologie de l’olfaction chez les animaux. Certains sont capables de détecter à l’odeur des maladies comme des cancers. Sans parler des rats tanzaniens dressés pour détecter le bacille de la tuberculose dans la salive suspecte…
On retiendra surtout , en conclusion, l’interprétation pragmatique du professeur Baudoin, responsable du laboratoire d’éthologie du CNRS : »L’odeur qu’Oscar détecte chez une personne qui va bientôt décéder est sans doute liée à un souvenir gratifiant. On peut penser que la première fois qu’il s’est approché d’un mourant il a été traité avec bienveillance par la famille ou les infirmières. Il a donc réitéré. »
Deuxième strate, deuxième adaptation
Ces animaux qui frôlent la mort par Marie-Christine Petit-Pierre, Le Temps, mardi 14 août 2007
«Que fait ce chat sur le lit ? »Il est ici pour aider grand-maman à aller au paradis. » Dialogue entre une mère et son fils au troisième étage de la clinique américaine de Steere House, à Providence, Rhode Island. Dans cette unité où l’on accueille les patients souffrant de démence sénile, personne ne meurt sans avoir reçu la visite d’Oscar, un chat de 2 ans, adopté il y a quelques mois par le personnel de service. »
Même entrée en matière que dans l’article du Point mais il est précisé ici qu’il ne s’agit pas d’un simple maison de retraite médicalisé (comme le dit le Point) mais d’une unité où sont accueillis les patients souffrant de démence sénile.
La tournée d’Oscar le passeur, de chambre en chambre, est ensuite fidèlement retranscrite. Puis la journaliste précise à juste que l’article de Dosa « ne propose pas d’explications, tout juste une piste lorsqu’il décrit le chat en train de renifler l’air au chevet du malade. »- « Oscar jumps onto her bed and again sniffs the air… »
Dans cette foulée, l’article passe comme chat sur braises sur les explications possibles et tente de raccrocher ce fait à des expériences faites par à l’hôpital d’Aubonne en Suisse. On évoque la présence tantôt d’un chien, d’un lapin ou d’une tourterelle qui, en compagnie d’une zoothérapeute, rendent visite à des personnes en fin de vie. Cette ménagerie a certainement des vertus thérapeutiques mais on reste ici dans le registre de la litote. Si l’exemple d’Oscar est aussi percutant, c'est d'abord parce qu'il est relaté avec un art consommé du suspens par son metteur en scène, le docteur Dosa.La ménagerie lénitive d’Aubonne apparaît en revanche nettement moins convaincante, notamment à cause d’une dramaturgie plate.
Je vous l’avais dit. Méfions-nous des chats. Il suffit de les observer. Ils sont bien plus malins que les chiens. Ils savent mettre en scène leur désir. Il y a longtemps qu’ils sont entrés dans l’espace de la fiction. Celui-ci est en train d’écrire la fin du récit à notre place et il n’y a rien d’étonnant à cela. Avec un tel prénom, il va faire carrière à Hollywood !
A quand la prochaine strate ?