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L'intérêt des étudiants en médecine de quarante-six pays pour un enseignement des droits humains et son importance ont été investigués par une enquête transversale. Un tel enseignement est plébiscité par 85,4% des répondants. Toutefois seul un tiers y a accès. Près de 55% des étudiants considèrent qu'un tel enseignement devrait être obligatoire. «Prévenir de manière active les pratiques professionnelles qui violent les droits fondamentaux dans le système de santé» ou «développer et promouvoir des attitudes respectueuses des droits fondamentaux dans les pratiques de soins» sont reconnus comme des tâches du médecin par 84,5% des étudiants.
Notre enquête suggère qu'un enseignement des droits humains pourrait être inclus dans le curriculum des facultés de médecine.
A la fin de leurs études les étudiants récitent le serment d'Hippocrate. Ceci est utile et nécessaire. Mais ce serment reste centré sur le médecin : en effet le jeune médecin promet qu'il restera intègre, compétent, empathique et généreux à l'égard de ses patients vu les droits et responsabilités propres à sa fonction.1
Ce serment est d'une autre époque. On est loin de la prise en compte des droits humains fondamentaux de la Déclaration universelle des Droits de l'homme.1,2 Le «chaque être humain est né libre et égal en dignité et en droits» implique du médecin «la reconnaissance de la nature spécifique et inviolable de chaque être humain qu'il sera amené à suivre en tant que patient».3
L'importance de la formation des professionnels de santé aux droits humains est reconnue.4-7 Toutefois l'intégration de tels enseignements dans les cursus de médecine reste peu répandue. Une minorité des facultés de médecine à travers le monde offre un cours introductif aux droits humains que ce soit en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs.8,9
Notre travail analyse l'avis des étudiants en médecine, membres de la Fédération internationale des étudiants en médecine (IFMSA), en ce qui concerne leur intérêt pour un enseignement des droits humains et sa pertinence pour leur future profession.
Un questionnaire autoadministré a été adressé par voie électronique en automne 2004 aux étudiants des facultés de médecine de 85 sections nationales de l'IFMSA.
Le questionnaire comportait des questions portant sur l'offre d'enseignement (n : 10), l'intérêt des étudiants (n : 3) et le rôle du médecin praticien en la matière (n : 9).
Les analyses des données de l'étude ont été effectuées à l'aide d'Epi Info 6.
Les membres de quarante-six sections nationales ont répondu à l'enquête (taux de participation 54%). Un collectif de 206 étudiants provenant de tous les continents constitue le groupe de répondants.a
Plus de la moitié (54%) sont de sexe féminin. Leur âge varie de 19-42 ans (médiane 23 ans). Près de 42% sont en années précliniques et 58% sont dans leurs années cliniques d'études.
Les faits suivants sont à relever :
* En ce qui concerne l'offre, deux tiers de répondants proviennent d'institutions qui n'organisent pas des enseignements en droits humains. Là où ils le sont, c'est principalement en deuxième et troisième années (79%) que les cours sont donnés. Dans 90% des cas il s'agit d'un enseignement de moins de 30 heures au total. Les cours sont obligatoires dans 80% des institutions qui les dispensent. L'enseignement fait l'objet d'un examen certificatif dans 80% des cas.
* Quant à la demande 85,4% des étudiants expriment le désir d'avoir un enseignement spécifique ayant trait aux droits de l'homme.
* Sur le plan des modalités pédagogiques, 44,7% désirent une approche par étude de cas contre 8,3% pour des cours sous forme magistrale. Pour 60% des étudiants, les cours devraient comprendre au moins 20-30 heures.
Près de 55% des étudiants considèrent que ces cours devraient être obligatoires. Un examen certificatif n'est souhaité que par 35,4% de répondants.
Le tableau 1 résume les résultats des questions ayant trait à leur rôle de futur médecin dans la protection et la promotion des droits humains. Un large consensus se dégage sur le rôle du médecin de s'engager dans la prévention des violations des droits humains des patients.
Une certaine retenue s'observe par contre en ce qui concerne un leadership social à assumer en matière de mobilisation pour les droits humains en général.
La sélection et le profil des répondants incitent à la prudence dans l'interprétation des résultats. Membres de l'IFMSA, souvent engagés dans des projets de santé internationale, les répondants sont sans doute plus sensibles aux questions des droits humains que d'autres étudiants. La taille de l'échantillon et la répartition géographique des répondants en font davantage une étude exploratoire permettant de fixer le cadre pour des recherches ultérieures.
Cette étude met en lumière l'existence d'un paradoxe : une large adhésion à l'intégration des enseignements des droits humains dans le cursus d'étude (demande) et une proportion faible de facultés et écoles de médecine qui organisent de tels enseignements (offre).
Pourtant cette demande semble raisonnable au regard de la complexité de l'exercice de la médecine, des changements sociaux rapides et de contraintes financières et des choix économiques qu'elles imposent.10,11
Quant à l'offre observée, elle est comparable à celle d'études antérieures.7-9
Deux facteurs majeurs peuvent expliquer cette situation. D'une part ce n'est que récemment que l'importance des droits humains comme déterminant de la santé a été reconnue.12 D'autre part, il n'y a pas de culture de recherche bien établie dans ce domaine avec comme conséquence une absence d'enseignants experts.
Plus de 85% des répondants souhaitent avoir des enseignements de droits humains. Une telle unanimité surprend lorsque l'on sait que les cursus de formation des études de médecine sont assez chargés.
Sur le plan des modalités pédagogiques, c'est un rejet de la forme magistrale des cours au profit des études de cas et des séminaires pour deux tiers de répondants, sans doute le reflet d'un courant de réforme des enseignements en facultés de médecine s'orientant vers une approche interactive et par résolutions de problèmes/situations. L'importance des droits humains dans la pratique professionnelle est reconnue par 96% des répondants. Peut-être que le débat sur les réformes des systèmes de santé, la visibilité plus grande de la pauvreté et des inégalités sociales, les questions d'équité dans l'accès aux soins, les exigences à davantage d'information de la part des patients et de leurs proches ont été à l'origine de l'importance que les répondants accordent à un enseignement des droits humains fondamentaux.
Dès lors surgit la question des rôles qu'entendent jouer les futurs médecins dans cet environnement. Notre étude montre que ces derniers souhaitent plus agir dans la prévention des violations des droits humains, dans la promotion de pratiques qui les protègent que d'assumer un rôle social plus visible dans la défense et la promotion des droits humains.
La responsabilité sociale des facultés de médecine est donc engagée par la nécessité de la prise de positions dans les débats de société, leur contribution à l'élaboration des politiques sanitaires, dans la détermination et la répartition de la main d'œuvre sanitaire, et l'orientation des étudiants vers les programmes de santé et de formation prioritaires.13,14 Il importe d'offrir aux étudiants des modèles d'engagement social, de compétence, compassion et intégrité qui restent des qualités majeures d'un bon médecin.15
Mais, une question capitale demeure : celle des contenus de ces enseignements et de compétences locales et internationales à même d'assumer les charges de cours.
Les évolutions technologiques, les pressions économiques, la nécessité de plus en plus grande de protection des droits des patients, et les besoins urgents d'humanisation de soins plaident pour une prise en compte du respect des droits comme un indicateur de soins dans nos systèmes de santé.
Le corollaire en est la nécessité de sensibiliser les futurs médecins aux droits humains et au lien étroit entre la santé et le respect/le non-respect des droits humains fondamentaux. Leur donner des outils leur permettant de s'engager dans la défense des droits des patients dont ils ont la responsabilité et de leurs familles apparaît comme un objectif à inclure dans la formation des médecins.
a Les participants sont membres des sections nationales des pays suivants : Afrique du Sud, Albanie, Allemagne, Autriche, Bosnie-Herzégovine, Brésil, Canada, Chili, Chine, Chypre, Costa Rica, Croatie, Danemark, Egypte, Espagne, Finlande, France, Grande-Bretagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Indonésie, Italie, Japon, Koweït, Latvia, Liban, Malaisie, Malte, Mexique, Norvège, Panama, Pérou, Philippines, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Serbie Monténégro, Sierra Léone, Slovénie, Suède, Suisse, Taiwan, Turquie et Etats-Unis.