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Au bord du Nil, Paul Klee
Le tableau de Paul Klee que le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne commente pour vous ce mois s'intitule "Au bord du Nil". C'est une peinture à la colle sur papier marouflé sur toile de jute qui fait 75 centimètres par 125. L'œuvre fait suite à un voyage de l'artiste en Egypte.
En quatre petites semaines, du 17 décembre 1929 au 17 janvier 1930, Paul Klee visite Alexandrie, Le Caire, Louxor et Assouan. Il n'en rapporte que deux dessins répertoriés, mais en garde de nombreuses impressions. Il leur donnera forme bien plus tard, entre 1937 et 1940, année de sa mort. Ce court périple égyptien le marque profondément, tout comme l'avait fait son voyage en Tunisie en 1914 avec August Macke et Louis Moilliet.
Vaincre la peur de mourir
Le fond d'"Am Nil" fait contraster couleurs chaudes et froides - bleu-vert boueux et ocre sombre -. La toile fait s'interpénétrer l'eau et la terre. Elle déploie des pseudo-hiéroglyphes noirs en une ligne continue, sous deux barres verticales qui sont comme une ligne d'horizon qui serait placée très haut. Ces signes figurent un bœuf, un semeur, un papyrus, deux barques et une roue à aubes. L'œuvre est une des plus grandes peintures que Klee ait jamais réalisées, ce qui montre l'importance à la fois "épique" et personnelle que l'artiste lui accorde.
Rentré à Berne pour fuir les Nazis et rongé dès 1936 par une sclérodermie qui lui sera fatale, Klee se lance dans une production frénétique avec un pic en 1939 où il crée 1'254 œuvres. Ses souvenirs d'Egypte l'aident à dépasser sa peur de mourir. Les motifs développés dans "Am Nil" s'inspirent en effet du symbolisme du Livre des Morts de l'Egypte antique. Le défunt qui laboure des champs entourés de cours d'eau est un motif récurrent sur les papyrus retrouvés dans les sarcophages. La barque préfigure la mort, le passage "de l'autre côté", vers un jour nouveau. La roue à aubes et la semence promettent, elles, l'éternel retour. On retrouve les initiales de Paul Klee partout dans ce tableau. Avec "Au bord du Nil", le peintre écrit son propre Livre des Morts.
RTS Découverte/Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Publié le 02 mars 2015 à 17:08 - Modifié le 23 mars 2018 à 10:53
Brève biographie
Après un voyage en Italie, Paul Klee poursuit ses études à l'Académie de Berne. Il séjourne pour la première fois à Paris en 1905.
Un an plus tard, Paul Klee épouse la pianiste allemande Lily Stumpf et s'installe à Munich. Il découvre l'œuvre de Vincent Van Gogh, puis celle de Cézanne. L'artiste se lie d'amitié avec Wassily Kandinsky et adhère à différents groupes d'artistes, comme le Cavalier Bleu en 1912.
Klee connaît ses premiers grands succès artistiques pendant la Première Guerre mondiale. Dès septembre 1920, il est appelé à enseigner au Bauhaus de Weimar (fondé par Walter Gropius en 1919), puis en 1931, à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf. Mais il est congédié deux ans plus tard sous la pression des Nazis.
Exilé à Berne à partir de 1934, Klee demande sa naturalisation, mais n'obtiendra la nationalité suisse que quelques jours après sa mort en 1940.
Les courants artistiques
L'expressionnisme apparaît au début du XXe siècle en Europe du Nord. Il se définit plus par une attitude de l'artiste que par un style précis. Les expressionnistes décrivent le monde extérieur souvent de manière tourmentée et traduisent leurs sentiments et sensations de façon exaltée.
Le surréalisme a été théorisé par l'écrivain André Breton après la Première Guerre mondiale. Ce courant artistique s'élève contre le fait de créer avec la raison. Il lui préfère une expression non contrôlée par la raison ou par des valeurs établies.
Les surréalistes cultivent l'irrationnel, l'étrange, le merveilleux et recourent à des procédés utilisant le rêve, l'inconscient, l'automatisme.