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“Affichage interdit!”, voilà ce que peuvent lire les passants sur cette place d’une ville du Sud de la France. Une écrasante majorité des piétons n’y prête pas attention, certains lisent l’inscription et s’interrogent…
Cette règle ne figure-t-elle pas sur une affiche placardée à l’endroit précis où son auteur souhaite ne pas voir d’affiches? Comment une règle peut-elle se contredire de par sa simple existence?
La recette est simple, tout est dans la proclamation. Prenez une norme bien banale interdisant une pratique quelconque. Arrangez-vous pour l’énoncer sur un support ou d’une manière qui contrevienne à elle-seule à cette même norme. Vous aurez alors deux règle: l’une énoncée, l’autre implicite, que l’on peut qualifier de méta-règle, affirmant la validité de la première règle en dépit de sa transgression originaire. Après tout, une règle n’est-elle pas plus claire du simple fait qu’elle illustre elle-même en quoi consiste sa transgression?
Il est interdit d’interdire. Il ne faut jamais dire jamais. Faites ce que je vous dis, non ce que je fais.
Si nous quittons le droit, un tel procédé permet d’expliquer la grammaire anglaise avec humour:
Don’t use no double negatives.
Verbs has to agree with their antecedents.
The passive voice is to be avoided.
a sentence should begin with a capital letter and end with punctuation
Prepositions are not words to end sentences with.
Au-delà du jeu d’esprit qui peut s’avérer distrayant, du moins quelques secondes, ce type d’énoncés met en lumière le caractère d’attente contrefactuellement stabilisée de la règle de droit, à savoir le fait que la règle vaut et existe même si elle est transgressée dans les faits. C’est là sa composante normative. Elle exprime un souhait qui n’est en rien anéanti par le fait qu’il ne se réalise pas toujours.
Ces exemples nous montrent en outre qu’aucune règle ne peut définir elle-même son champ d’application ni sa validité sous peine de souffrir de circularité.
Un Crétois dit: “Tous les crétois sont des menteurs.” En supposant que l’affirmation “tous les crétois sont des menteurs” est vraie, le crétois qui la prononce est un menteur et donc l’affirmation qu’il prononce est fausse (contradiction). Si l’on suppose que l’affirmation est fausse, alors le crétois qui la prononce n’est pas un menteur et l’affirmation est donc vraie (contradiction).
Qu’entend-on par “menteur”? Faut-il comprendre ce mot comme faisant référence à une personne qui ne dit jamais la vérité ou comme faisant référence à une personne qui, au cours de son existence, a déjà dit ne serait-ce qu’un seule fois un mensonge. Quand ment-on? Ment-on lorsque l’on ne dit pas la vérité ou lorsque l’on ne dit pas ce que l’on pense être vrai? À moins que la règle énoncée ne suppose une meta-règle selon laquelle la première règle ne vaut pas dans ce cas précis…
Aussi loin que l’on regarde, la règle est vide, sans fondement propre. Seule la réalité a un fondement: elle-même.
Comment agir? Qu’est-ce qui est juste, qu’est-ce qui est faux? Tout est relativité, interprétation, contingence. En un mot, tout application d’une règle implique un choix.