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Critique
Un homme se réveille dans la chambre d'un motel. Il ne sait pas ce qu'il fait là, ni depuis combien de temps il est là. Son corps est couvert de messages tatoués, et quelques photos faites avec un polaroïd lui permettent de reconnaître certains lieux et certaines personnes. Quelques annotations lui indiquent comment il doit se comporter avec ces personnes. Léonard, Lenny comme quelques-uns l'appellent, a perdu cette faculté si naturelle de mémoriser automatiquement le passé immédiat. Au bout de deux minutes, tout souvenir s'évapore. Seuls demeurent d'anciens souvenirs, comparables à des objets archéologiques, antérieurs au violent traumatisme crânien dont il a été victime: son nom, le souvenir d'une femme merveilleuse, violée et assassinée. Hanté par le désir de retrouver et de tuer les assassins de sa femme, il ne peut compter ni sur ceux qui prétendent l'aider, ni sur lui-même. Privé de mémoire, son univers ressemble à un labyrinthe dans lequel il tente de se retrouver, de s'orienter, de déjouer la manipulation.
Nolan aborde là un sujet dont l'intérêt est certain. Il n'a aucune peine à nous convaincre à quel point la mémoire est la condition de notre libre arbitre. Privé de mémoire, un homme peut devenir une marionnette. Mais il est tout aussi certain, en tout cas selon Freud, que notre mémoire est sélective: nous conservons ce qui nous convient, nous refoulons ce qui nous dérange. Lenny va même jusqu'à déformer les événements qu'il vient de vivre en modifiant les annotations de ses photos.
Cela donne un film absolument fascinant (l'atmosphère est celle d'un thriller), où le spectateur accompagne le personnage principal en train de reconstruire son passé comme un puzzle, mais aussi de tricher avec son passé.
Malheureusement, l'idée générale qui est à la base du film, - cette reconstruction à l'aide de photos et de tatouages qui rend si bien compte de la situation dans laquelle le personnage principal se trouve et des défis qui sont les siens -, se retourne contre le film en raison d'un degré de complexité rarement atteint au cinéma.
Il serait néanmoins dommage de passer à côté. Ce serait même une bonne raison d'aller le voir deux fois.
Ancien membre