Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07056.jsonl.gz/147

En 1972, Meta Antenen est à 23 ans une véritable icône aux yeux du grand public suisse. Double championne d’Europe du 80 m haies et du saut en longueur chez les juniores en 1966 à Odessa, huitième du pentathlon des Jeux Olympiques de Mexico en 1968, recordwoman du monde de cette même discipline en 1969 avec 5’046 points et enfin vice-championne d’Europe du saut en longueur en 1971 à Helsinki avec un record suisse à 6,73 m au cours du concours le plus relevé de l’Histoire jusqu’alors, il est évident que la blonde Schaffhousoise a d’ores et déjà écrit la plus fabuleuse page de l’athlétisme helvétique féminin.
Les Jeux Olympiques de 1972 à Munich
En 1972 donc, les objectifs de la Schaffhousoise sont extrêmement élevés au moment où elle s’apprête à prendre part à Munich aux seconds Jeux Olympiques de sa carrière. C’est toujours le saut en longueur qui est dans son viseur, étant donné qu’elle figure largement dans le top-10 mondial. Hélas une tuile absolument imprévue vient contrecarrer ses plans. En effet, une blessure à la jambe d’appel nécessite, à trois mois et demi des Jeux Olympiques, une opération. Son entraîneur Jack Müller doit alors revoir complètement le programme de cette saison 1972. Au lieu de se nourrir des certitudes de la saison précédente, la meilleure de sa carrière, le duo doit maintenant naviguer à vue, en fonction des douleurs qui vont et viennent continuellement.
Meta Antenen prend ses quartiers dans le village olympique flambant neuf. Il n’est pas question de tergiverser trop longtemps dans la chambre car son entrée en compétition doit se dérouler lors de la première journée d’athlétisme. Le fameux jeudi 31 août arrive enfin, avec les qualifications du saut en longueur à dix heures du matin. Les trente-quatre concurrentes, qui sont réparties en deux groupes de dix-sept, ont pour objectif de franchir les 6,30 m si elles veulent entrer en finale. Classée au quatrième rang de ces qualifications, Meta Antenen tire à merveille son épingle du jeu en sortant d’entrée son meilleur saut de la saison avec 6,41 m.
En ce milieu d’après-midi, le stade Olympique est plein à craquer avec 80’000 spectateurs dont la plupart n’auront d’yeux dans cette finale que pour Heide Rosendahl. Ils vont être comblés dès le premier essai en voyant leur favorite frapper un grand coup avec un bond à 6,78 m, à six centimètres de son record du monde. Dans cette première série d’essais, Eva Suranova se place en deuxième position avec 6,51 m devant Diana Yorgova et Viorica Viscopoleanu avec 6,43 m, Margrit Olfert avec 6,42 m et Sheila Sherwood avec 6,41 m. Et Meta Antenen ? La Suissesse connaît malheureusement des problèmes de marques à cause du vent tourbillonnant et mord sa première tentative. Certainement que Müller lui aura donné les bonnes indications pour que son deuxième essai puisse passer. Le deuxième tour permet à Rosendahl de confirmer sa position de leader avec 6,76 m. Suranova reste deuxième et s’améliore même avec 6,60 m, tandis que Marcia Garbey bénéficie d’une aide bienvenue de la part du vent (+2,1 m/s) pour se hisser au troisième rang avec 6,52 m. Vient alors le tour de Meta Antenen. Elle a modifié sa marque de prise d’élan, donc on espère qu’elle va pouvoir tout donner dans ce deuxième essai. La vice-championne d’Europe prend son élan et tape de manière précise la planche. La parabole est très intéressante et le ramené relativement bon. Ce n’est pas un ruban métrique qui mesure la distance des concurrentes, mais un appareil électronique de toute dernière technologie. Le tableau lumineux indique 6,49 m pour Meta Antenen. C’est bien, elle se place en quatrième position de cette finale olympique avec son meilleur saut de la saison. Saura-t-elle trouver des ressources pour aller chercher les trois autres qui sont devant ? Des éléments de réponses tombent lors de la troisième ronde puisque Meta mord une nouvelle fois son saut, tandis que Diana Yorgova sort un 6,62 m qui la classe au deuxième rang et Heidi Schüller se replace devant Meta avec 6,51 m. Au terme de la première partie de cette finale, Heide Rosendahl mène donc avec 6,78 m devant Diana Yorgova avec 6,62 m et Eva Suranova avec 6,60 m. Suivent dans un mouchoir de poche Marcia Garbey avec 6,52 m, Heidi Schüller avec 6,51 m, Meta Antenen avec 6,49 m, Viorica Viscopoleanu avec 6,48 m, Margrit Olfert étant la dernière qualifiée pour les trois derniers essais avec 6,42 m. Les trois autres tentatives de Meta Antenen ne sont pas bonnes avec 6,16 m au quatrième essai et 6,39 m lors de son dernier saut. Le classement de cette belle finale olympique du saut en longueur féminin est le suivant :
|1. Heide Rosendahl||RFA||6,78 m|
|2. Diana Yorgova||BUL||6,77 m|
|3. Eva Suranova||TCH||6,67 m|
|4. Marcia Garbey||CUB||6,52 m|
|5. Heidi Schüller||RFA||6,51 m|
|6. Meta Antenen||SUI||6,49 m|
|7. Viorica Viscopoleanu||ROU||6,48 m|
|8. Margrit Olfert||RDA||6,46 m|
On le voit, les trois premières ont finalement creusé un écart important par rapport aux autres finalistes. En revanche tout est très serré pour les places 4 à 8 avec cinq athlètes en six centimètres. Meta Antenen termine donc sixième de cette finale et se pare d’un diplôme olympique. Elle fait part de ses impressions en salle de presse : «Je suis très contente de ce résultat. Au vu de ma forme actuelle, je n’en espérais pas tant. J’ai réussi là mon meilleur saut de l’année. Il n’est donc pas question d’être déçue». Il est vrai que les bruits les plus pessimistes avaient couru son sujet. Il y a quinze jours seulement, lors du match Suisse-Allemagne à Zurich, Meta Antenen n’avait pu dépasser la limite des 6 m que de très peu. «Si on m’avait dit début juillet que je serais en finale à Munich, je n’aurais pas osé croire. Si les Jeux Olympiques étaient venus plus tard dans la saison, je crois que j’aurais pu faire mieux. De toute façon, j’ai maintenant un diplôme pour cette sixième place, c’est bien. J’estime avoir atteint le but que je pouvais raisonnablement me fixer. Le vent tourbillonnant m’a beaucoup gênée, d’où des problèmes de marques et trois essais mordus. Mais le vent était le même pour toutes», reconnaît-elle.
Longtemps gênée par ce coup d’arrêt dû à une opération au genou, on ne saura jamais ce qu’il serait advenu à Munich si elle avait pu aborder la finale du saut en longueur avec la plénitude de ses moyens physiques. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : Meta Antenen méritait mieux que ce qui lui est arrivé lors de ces Jeux Olympiques.
PAB
À découvrir prochainement
Ils méritaient mieux ! Les coups malheureux de l’athlétisme suisse