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Résumé
La confiance est un aspect primordial des relations humaines, trouvant une application particulière dans la relation soignant-soigné. C'est notamment à ce titre que la quatrième réunion «Emotions et Cerveau» organisée par la neurologie, la psychiatrie, la neuropsychologie et la physiologie lausannoises, fut consacrée à la confiance, réunissant près de deux cents personnes issues de milieux très divers avec notamment de nombreux praticiens généralistes.La confiance, tantôt absolue, tantôt aveugle, a la même étymologie que confidence. Son élaboration individuelle nécessite à mon sens la mise en place de quatre grandes fonctions psycho-cérébrales : premièrement, l'attribution d'une valence émotionnelle positive à un «objet», permettant de favoriser la notion de sécurité aux dépens de celle de danger. La neuro-anatomie fonctionnelle des émotions a fait d'immenses progrès récemment grâce à l'IRM fonctionnelle chez le sujet normal, mettant par exemple en rapport la sensation de bonheur avec une activation gangliono-préfronto-bipariétale, ou la crainte avec une activation amygdalienne, tout en prenant garde, bien entendu, à ne pas retomber dans le réductionnisme phrénologique d'il y a deux siècles. Des émotions très particulières, où la confiance est en filigrane, ont aussi pu être étudiées, comme le sentiment amoureux, où se produit une stimulation de l'insula médian, du cingulum antérieur et du néo-striatum, mimant d'ailleurs en cela l'activation cérébrale se produisant dans l'extase cocaïno-induite
Lors de l'évolution d'une émotion positive (plaisir) vers une émotion négative (dégoût) à propos du même «objet» (par exemple en faisant manger un amateur de chocolat au-delà de la satiété), on enregistre un déplacement de l'activation corticale orbito-frontale de la région médiane vers la région latérale, qui témoigne de la plasticité dynamique du fonctionnement cérébral émotionnel.La deuxième fonction est la capacité pour l'individu de se représenter l'état mental d'autrui («théorie de l'esprit») notamment de sa bienveillance, faisant intervenir la région préfrontale dorsomédiane et les pôles temporaux. Cette activation cérébrale est quasi superposable à celle qui accompagne l'analyse des mouvements oculaires d'un interlocuteur, permettant bien, en quelque sorte, de «lire la pensée» dans le regard.Les mêmes régions cérébrales et le cortex orbitofrontal latéral sont actifs dans l'évaluation de l'adéquation/transgression de la norme sociale, la troisième fonction psycho-cérébrale qui sous-entend l'émergence de la confiance, et qui, comme la précédente, permet une évaluation de l'intentionnalité qui se «cache» derrière la perception.L'immédiateté de la perception brute coexiste donc avec un processus construit, où intervient la mémoire, et que l'on peut résumer par le terme de familiarité. Les bases neurales de la familiarité d'une personne (voix, visage de quelqu'un d'intime) pour une autre font intervenir le cortex cingulaire postérieur de façon très spécifique. Les lésions qui déconnectent cette région de la région temporo-occipitale, qui permet la reconnaissance des visages, peuvent ainsi être associées à une altération de la sensation de familiarité, dont le prototype est le syndrome de Capgras, où le sujet est convaincu qu'un ou plusieurs proches ont été remplacés par un sosie ; cette perception d'un «imposteur» correspond à un véritable «syndrome de perte de confiance» spécifique.Valence émotionnelle, théorie de l'esprit, adéquation sociale et familiarité sont donc les quatre piliers nécessaires à l'édification de ce chalet privé, la confiance. A partir de l'intégration de ces quatre grandes fonctions psycho-cérébrales, le développement de la confiance envers autrui semble alors correspondre à l'activation sélective de la région de la circonvolution temporale supérieure droite.Il serait évidemment intéressant d'étudier les syndromes paranoïdes dans cette perspective. Enfin, comme le relevaient F. Ansermet et P. Guex, la confiance est aussi un élément fondamental de l'ontogenèse psychique, où le sevrage, permettant une différenciation et une représentation mentale devenant une trace, est précisément ce qui mène au «faire confiance». Quant à la relation «médecin-malade», son évolution récente a considérablement modifié la notion de confiance qui la sous-tend, avec l'effondrement de la toute-puissance/toute omniscience du médecin et le développement des «droits» du malade.