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Tous les deux ans, l’Office fédéral de la statistique (OFS) publie une enquête sur la structure des salaires, qui englobe les secteurs privé et public. L’OFS a donné un coup d’accélérateur cette année, probablement en vue de la votation du 18 mai sur le salaire minimum, mais en fournissant des indications partielles qui concernent le seul secteur privé.
On pourrait imaginer que la publication d’un salaire médian de 6’118 francs (la médiane partage en deux parties égales le groupe observé) devrait rassurer l’électorat en donnant un chiffre très supérieur à 4’000 francs. Mais d’un autre côté, l’OFS indique que les 10% les plus mal payés ont gagné moins de 3’886 francs par mois, alors que les 10% les mieux rémunérés reçoivent plus de 11’512 francs (il s’agit de salaires équivalents plein temps).
Ce n’est qu’un début! L’Union syndicale suisse a calculé que le niveau des 10% des salaires les plus bas a reculé entre 2010 et 2012, alors que celui des 10% les plus élevés a lui au contraire fortement augmenté.
Dans la durée, l’éventail des salaires – qu’une autre image fait appeler pyramide des salaires – ne cesse de s’élargir – ou de grandir. Entre 2002 et 2012, le salaire réel (salaire nominal corrigé de la hausse des prix) des 10% du bas de l’échelle ne s’est élevé que de 2,5% quand celui des 10% du haut a progressé de plus de 15%.
Les bas salaires sont définis comme une rémunération inférieure aux deux tiers du salaire médian – en l’occurrence deux tiers de 6’118 francs = 4’080 francs. 339’000 personnes sont concernées par de tels emplois, dont les deux tiers occupés par des femmes. Un emploi sur dix dans le secteur privé est un poste à bas salaire. Cette proportion demeure inchangée depuis dix ans. C’est sans surprise dans les services personnels, l’hébergement, la restauration et le commerce de détail que ces postes se retrouvent le plus souvent.
Les écarts se creusent
A relever aussi que les écarts salariaux entre hommes et femmes, à compétences et/ou responsabilités égales, se sont plutôt aggravés que réduits entre 2010 et 2012. L’OFS apporte même la précision suivante dans son communiqué: «L’ampleur des différences de salaires entre femmes et hommes tend à augmenter plus la qualification et le niveau de responsabilité pour le poste de travail sont élevés.»
S’il en est bien ainsi, c’est-à-dire si les femmes gagnent moins et n’occupent pas davantage de postes à responsabilité que les hommes, ce serait, selon un argument récurrent des milieux patronaux, parce qu’elles «rechignent» à s’engager davantage dans leur profession. Qu’ils se posent la question du pourquoi et du comment. La société en général, les entreprises tout particulièrement, sont-elles pensées et organisées pour que les hommes – les pères – prennent une part égale à celles des femmes aux soins et à l’éducation des enfants?
Ce n’est de toute évidence pas le cas. Et tant qu’il en sera ainsi, les femmes, en général à la demande au moins implicite des hommes, continueront de sacrifier, du moins en partie, leur vie professionnelle pour assurer le renouvellement des générations et la relève du personnel occupé dans les entreprises.
Le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes est inscrit dans la Constitution. C’est d’ailleurs bien le seul endroit où cette égalité existe.