Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07214.jsonl.gz/127

Bucolique à souhait, cette délicieuse comédie n’offre pas le piquant des autres films de Jiri Menzel. C’est que, lorsqu’elle a été tournée, la censure politique veillait durement dans ce qui était encore la Tchécoslovaquie.
Lorsque Jiri Menzel réalise ce film, en 1976, sa Tchécoslovaquie natale subit l’emprise de l’Union soviétique et vit sous un régime communiste sévère. Révélé dans les années 60 par Trains étroitement surveillés, il est plusieurs fois récompensé, notamment par l’Oscar du meilleur film de langue étrangère en 1968. C’est l’année du «Printemps de Prague», tentative de libéralisation écrasée par les armées du Pacte de Varsovie. Jusque-là, le cinéaste s’était engagé dans la critique du pouvoir. Mais son Alouettes, le fil à la patte, tourné en 1969, est interdit et ne pourra sortir qu’en 1990, après la chute de l’URSS; sélectionné par le Festival de Berlin, il y reçoit l’Ours d’or.
Entre 1969 et 1974, Menzel ne peut plus faire de cinéma et doit lutter pour gagner sa vie, notamment dans la mise en scène de théâtre. Si bien que lorsqu’il reprend la caméra, c’est avec beaucoup de prudence. De là est née La Maison à l’orée du bois, comédie délicieuse sur la difficile adaptation à la campagne d’une famille de citadins.
La famille Lavicka est en excursion dans sa Trabant. Papa (Zdenek Sverák), maman (Daniela Kolárová) et leurs deux enfants rendent visite à un ami qui a déniché un ancien moulin dont il a fait une maison de vacances. Un autre ami est en train de s’en construire une. Acheter un chalet à la campagne est très à la mode, mais il n’est pas facile d’en déloger les propriétaires. Olda et Vera visitent la maison de M. Komárek qui, à 72 ans, se dit prêt à la louer pour l’été; ensuite, il vendra sa vache, cessera de semer et partira en Slovaquie, chez son fils. Ce programme sera-t-il tenu?
Avec une douce ironie et beaucoup de tendresse, Menzel balade ses personnages dans les conséquences de leur candeur et les fait supporter «ce trou humide». Comme M. Komárek, très sûr de lui, qui présente ses locataires à ses amis comme «mes propres citadins». L’amitié un brin sarcastique que portent les paysans à ces gens venus de la ville baigne le film dans une atmosphère drôle, chaleureuse. Les gaffes sont considérées avec bienveillance par le monde paysan: les Lavicka se lèvent à midi et croient qu’après ça, ils vont encore trouver des champignons…
Des relations se tissent ainsi, compliquées par la confrontation de sentiments opposés; la sympathie mutuelle rend délicate la discussion sur l’achat du chalet. C’est donc une observation très fine des caractères que propose le réalisateur tchèque, tout en prenant la mesure du bonheur de vivre dans la nature. Sa caméra discrète capte les occupations des chèvres et des oiseaux autant que celles des humains. Tandis que de la ville, elle ne montre guère qu’un carrefour encombré et un horizon de toits et de tours de béton.
A la campagne au contraire, plans rapprochés sensuels et vastes panoramiques peignent un monde idéal, doré par l’été, qu’aucune catastrophe ne peut ternir. On y vit le moindre instant avec le sourire, on se berne les uns les autres, mais toujours avec amitié. Joyeux mélange d’humour et de poésie… Cette Maison à l’orée du bois semble n’avoir pour seule raison d’être que d’offrir un dérivatif à la vie implacable imposée par le régime communiste…
Jiri Menzel est mort l'année dernière, à l’âge de 82 ans. Il est considéré comme une figure majeure du cinéma tchèque.
Geneviève Praplan
|Nom||Notes|
|Geneviève Praplan||15|