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SKI ALPIN Mikaela Shiffrin: «J’ai toujours une chanson en tête»
L'Américaine, qui vient de remporter son troisième globe de cristal de slalom alors qu'elle n'a que 20 ans, s'est longuement confiée au «Matin» en marge des finales de Méribel.
MIKAELA SHIFFRIN EN DATES
1995
Naissance le 13 mars à Vail, au Colorado. Elle chausse des skis quasi à la sortie du berceau.
2011
A 15 ans, elle participe à ses premières épreuves de Coupe du monde. Son talent éclate.
2013
Elle remporte le globe du slalom et devient championne du monde de la discipline à Schladming.
2014
A 18 ans et 345 jours, elle devient à Sotchi la plus jeune championne olympique de slalom de l’histoire.
2015
Championne du monde de slalom à Vail en février, elle s'adjuge son troisième globe de cristal de la discipline consécutif.
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- Mikaela Shiffrin, joyeux anniversaire!
Vous avez quelques jours de retard, mais merci.
- Quel a été le plus beau présent qu’on vous ait fait pour fêter vos 20 ans?
C’est difficile à dire. J’ai fait du shopping, et je me suis vraiment fait plaisir. J’ai aussi gagné le slalom d’Åre le lendemain, un joli cadeau. Et mon père est venu ici, à Méribel. Lui aussi, il était un peu en retard, mais ça me fait du bien de l’avoir à mes côtés.
- A peine 20 ans, et vous avez déjà gagné tout ce qu’il est possible d’imaginer. Qu’attendez-vous de l’avenir?
Je dois vous corriger. J’ai tout gagné, mais dans une seule discipline: le slalom. Et c’est quelque chose que j’espère corriger dans les saisons à venir. Je veux d’abord gagner plus de géants, et ensuite me tourner vers les disciplines de vitesse. Si vous vouliez parler à quelqu’un qui a véritablement tout gagné, vous devriez vous adresser à Lindsey Vonn.
- Vous allez donc vous concentrersur les disciplines de vitesse?
Non, pas dans un premier temps, même si ce n’est pas l’envie qui manque. L’année prochaine, je vais continuer à me focaliser sur le slalom et le géant. J’aimerais bien faire quelques super-G pour tâter le terrain, mais cela demande un investissement d’énergie conséquent. J’aime la vitesse, et je sais que mon corps est capable d’endurer les contraintes qu’elle exige.
- Avec l’objectif de remporter cinq médailles d’or aux Jeux de 2018?
Ah, voilà! J’avais une fois évoqué ça à 3 heures du matin après une journée exténuante. J’espère qu’en 2018 je serai capable de m’aligner dans toutes les disciplines. L’objectif est d’être assez performante pour ambitionner de remporter cinq médailles. Personne n’y est jamais arrivé, et je veux tenter le coup.
- Vous attendiez-vous à ce que tout s’enchaîne si vite?
En fait, je n’avais pas vraiment d’attentes. J’ai commencé à skier en espérant que peut-être, un jour, je ferais partie du gratin mondial. La première victoire est venue assez tôt, mais aussi très naturellement. Mais c’est vrai que, lorsque j’y repense, tout est allé très vite.
- Vous dites souvent que vous n’êtes pas très célèbre aux Etats-Unis. Est-ce que cela a changé depuis votre médaille d’or à Vail lors des Mondiaux?
Oui, je pense. Rien que le fait d’avoir des championnats du monde à la maison, ça a porté l’attention médiatique sur le ski alpin aux Etats-Unis. Mais je n’y suis pas retournée depuis ma victoire en slalom, donc c’est difficile à dire. C’est un grand pays, il n’y a pas beaucoup de fans de ski là-bas.
- Malgré votre jeune âge, votre capacité à gérer la pression impressionne. Est-ce inné ou est-ce que cela s’entraîne?
Depuis toujours, le mental est l’une de mes grandes forces. Cela vient de mon éducation, je l’ai appris de mes parents. Ils pensent toujours à ce qu’il pourrait se passer dans le pire des cas, pour relativiser. C’est une capacité qui est intégrée à mon programme depuis mon plus jeune âge.
- Vous avez gagné votre troisième globe de rang en slalom. C’est inédit depuis Vreni Schneider. Ça fait quoi d’y arriver à seulement 20 ans?
Je l’ai rencontrée à Sölden cette année, dans la télécabine. Elle est très cool. Elle m’a dit bonjour, j’étais impressionnée. Franchement, déjà en gagner deux, c’était bien, donc, là, c’est vraiment exceptionnel pour moi.
- Si vous deviez rêver à une autre vie, une vie sans ski?
J’adore le tennis. Je serais sûrement à l’Université en ce moment, à réfléchir à ce que je ferais de ma vie, en train de jouer au tennis, ou au foot. De toute manière, le sport aurait eu une place très importante dans ma vie. J’aime la musique, je joue de la guitare et du piano. Mais, là, je n’ai pas la prétention d’être très douée.
- En parlant musique, vous dites souvent que, pour vous, skier, c’est comme danser...
Je ne suis pas une très bonne danseuse. Pour moi, le ski est une manière de m’exprimer à travers mon corps. Comme le font les danseurs. J’ai toujours une chanson en tête quand je skie, pour trouver le bon rythme entre les portes. Ça m’aide à trouver mon timing.
- Et ce sont les mêmes chansons en slalom qu’en slalom géant?
Non, c’est à chaque fois une chanson différente. Je ne pourrais pas vous la chanter. C’est juste comme un rythme, pour trouver le «flow». Le slalom olympique à Sotchi, c’était «Atlas», de Coldplay. C’est difficile à expliquer, c’est quelque chose qui se passe à l’intérieur de moi. Les portes s’enchaînent, et rien ne se met en travers.
- Et, en ce moment, quelle est votre chanson préférée?
Ça change chaque semaine. En ce moment, je suis à fond sur «Freak», de Molly Sanden. Je l’ai découverte à Åre à la radio, et depuis elle ne me quitte plus.
- Beaucoup de skieuses vont prendre leur retraite à la fin de la saison. Jusqu’à quel âge comptez-vous continuer?
Tant que j’ai faim de victoires, je vais continuer. Mais j’ai aussi d’autres objectifs dans ma vie. L’avantage de ma précocité, c’est qu’elle m’offre l’occasion d’avoir une deuxième vie après le ski. J’aime la science, j’aime la musique… Je sais qu’il y a d’autres choses dans la vie que le ski. Si à 30 ans la passion est toujours intacte, alors je continuerai. Mais peut-être qu’à 25 ans je serai totalement cramée.
- Vous avez évoqué Lindsey Vonn. Copine ou rivale?
Les gens attendent que nous soyons des amies proches parce que nous sommes dans la même équipe. Mais, en réalité, nos chemins ne se croisent pas souvent. Nous ne sommes pas rivales ni amies, mais juste coéquipières. Peut-être que, quand je commencerai à m’attaquer aux disciplines de vitesse, nous deviendrons de véritables concurrentes. J’ai tellement de respect pour sa domination actuelle. Elle a posé de nouveaux jalons dans le ski, dans le sport aussi, à moi de suivre ses traces.
- Vous êtes très professionnelle dans vos réponses, dans votre comportement. Cela vient-il de votre éducation?
Oui, mes parents ont toujours été à cheval sur la politesse et le respect. Même si j’étais déçue, ils m’ont appris à toujours rester positive, aussi avec les médias. Pour garder la paix. Parfois, je donne des réponses un peu trop longues, mais je vous assure qu’elles viennent toujours du cœur.
- Dernière question. On raconte que vous mélangez au petit-déjeuner des céréales avec du jus d’orange. Est- vraiment le cas?
Oui, c’est vrai. Je mange des Wheaties que je laisse tremper dans le jus d’orange. Une fois, à la maison, je devais avoir 5 ans, il n’y avait plus de lait. Alors j’ai essayé avec du jus d’orange. Et ça m’est resté. Ça donne un goût assez incroyable, on a l’impression de manger un gâteau fruité. (Le Matin)
Créé: 22.03.2015, 16h01