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Même après 200 ans, l'œuvre constitutionnelle de Napoléon en Suisse divise les esprits.Ce contenu a été publié le 18 septembre 2009 - 15:01
Tous deux conseillers nationaux zurichois, Andreas Gross et Christoph Mörgeli ne donnent ainsi pas la même signification à l'Acte de Médiation de 1803.
«Personne n'était vraiment content de l'Acte de Médiation, affirme Andreas Gross, politologue et membre du Parti socialiste. Pour les progressistes, cette constitution allait trop dans le sens d'une restauration. Les privilégiés de l'Ancien Régime n'étaient pas non plus satisfaits, car, contrairement à ce qu'ils espéraient, ils ne pouvaient pas recouvrer leurs anciens droits.»
Andreas Gross est par ailleurs convaincu que la constitution de 1803 n'a eu qu'une importance secondaire pour la formation de l'Etat suisse. «La constitution helvétique de 1798 et la constitution fédérale de 1848 ont eu un impact beaucoup plus grand», juge-t-il.
Historien et membre de l'Union démocratique du centre (droite dure), Christoph Mörgeli est d'un tout autre avis. «L'Acte de Médiation revêt une grande importance dans l'histoire de la Suisse, relève-t-il. Après la constitution helvétique, unitaire et centraliste, elle a redonné de l'importance aux structures qui existaient auparavant en Suisse.»
«La constitution de 1803 représentait le compromis possible à l'époque, poursuit Christoph Mörgeli. Les cantons ont obtenu une souveraineté avec égalité de droits. Il n'y a plus eu de territoires soumis ni de citoyens de seconde classe et l'égalité politique établie par la Révolution française a été maintenue.»
«On ne peut pas parler de compromis, rétorque Andreas Gross. Seuls ceux qui sont libres peuvent faire des compromis. Or, à cette époque, la Suisse vivait sous la tutelle de la France.» Pour le politologue socialiste, les Suisses auraient eu le potentiel pour «faire beaucoup plus qu'une simple restauration partielle de l'Ancien Régime».
Napoléon, envahisseur ou réformateur?
«Il aurait effectivement été plus satisfaisant que la Suisse réussisse à réaliser les réformes nécessaires avec ses propres forces», admet Christoph Mörgeli. Prise par l'immobilisme, l'ancienne Confédération n'avait réussi qu'à se transformer en un Etat unitaire «qui n'avait rien de typiquement suisse» en 1798, puis à subir le diktat de Napoléon.
«D'une certaine façon, étant donné la situation en 1803, Napoléon a représenté une chance pour la Suisse en lui montrant la voie qui était la mieux adaptée, celle du fédéralisme», souligne cependant Christoph Mörgeli.
«On ne peut jamais être reconnaissant pour un diktat étranger, estime de son côté Andreas Gross. Napoléon a dépouillé la Suisse au profit de la France. Des dizaines de milliers de Suisses n'ont pas pu développer d'activités économiques, car les routes et les douanes étaient contrôlées par les Français. Le maître français leur a apporté misère et souffrances.»
Mais les deux hommes sont au moins d'accord sur un point: c'est en définitive l'immobilisme suisse qui a conduit la Confédération à subir l'ordre de la France en 1798.
«Mais cet aveuglement face aux réformes nécessaires n'est pas vraiment étonnant, relativise Andreas Gross. La population était en grande partie composée de sujets. Or il est difficile de développer une vision politique quand on n'est pas libre. La liberté est l'une des conditions du renouveau.»
Quand l'histoire rejoint l'actualité
De nos jours, en faisant cavalier seul en marge de l'Europe, la Suisse se retrouve dans une situation similaire à celle de l'ancienne Confédération en 1798, estime Andreas Gross.
«Il y a trop de gens qui s'illusionnent en pensant que la Suisse est la meilleure au monde, argumente le socialiste. En réalité, la Suisse risque ainsi de pourrir comme l'Ancien Régime et d'avoir besoin d'un nouveau Napoléon.»
Cependant, contrairement à la Confédération de l'époque, la Suisse d'aujourd'hui est en mesure d'accomplir un «important processus d'apprentissage» et de résoudre ses problèmes. «La Suisse est l'un des pays les plus européens d'Europe, plaide Andreas Gross. C'est la raison pour laquelle elle est prédestinée à trouver elle-même son chemin vers l'Europe.»
Christoph Mörgeli ne semble pas vraiment apprécier ce parallèle historique. Selon lui, la Suisse doit «résoudre seule ses problèmes internes», alors que l'Union européenne «n'a jusqu'ici pas vraiment résolu de problème politiques.»
Pour lui, la leçon à retenir de l'Acte de médiation, c'est que le fédéralisme est d'une importance capitale pour la Suisse. «Une adhésion à l'UE équivaudrait à un centralisme, à des ordres imposés et à la mort de l'actuelle démocratie directe», affirme Christoph Mörgeli.
swissinfo, Felix Münger
(traduction : Olivier Pauchard)