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Le 1er janvier 2016, «Mein Kampf» tombera dans le domaine public (septante ans après la mort de l’auteur, comme le prévoit le droit européen). Depuis le suicide d’Adolf Hitler et la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, c’était le Land de Bavière qui détenait les droits, et accordait avec la plus grande parcimonie les autorisations de publication dans les différentes langues, en fonction des législations en vigueur dans chaque pays. On notera d’ailleurs que, même sur ce sujet, un Röstigraben sépare la Suisse, puisque l’édition française, dotée d’un avertissement rendu obligatoire par un jugement de la Cour d’appel de Versailles en 1979, est légalement commercialisée, alors qu’aucune édition en langue allemande n’a été autorisée depuis 1945.
Car l’Allemagne faisait exception depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce qui se comprend parfaitement. En 2009, le Conseil central des Juifs d’Allemagne et un ministre bavarois s’étaient montrés favorables à une nouvelle édition, pour peu qu’elle soit accompagnée de commentaires de chercheurs. En 2012, la Bavière annonça préparer une nouvelle édition du livre, avec pour objectif de le démythifier. La Bavière se disait prête à mettre 500 000 euros sur la table pour ce projet et une édition destinée aux écoles était même envisagée. Mais en décembre 2013, la Bavière annonça renoncer à cette nouvelle édition universitaire et ajouta qu’elle s’opposerait à la publication du livre une fois celui-ci tombé dans le domaine public, non plus sur une invocation de la protection de la propriété intellectuelle, mais pour incitation à la haine.
Finalement, une édition critique en deux gros volumes (calée sur l’édition originale, elle-même en deux volumes, publiés respectivement en 1925 et 1926), réalisée sous la direction de Magnus Brechtken, directeur adjoint de l’Institut für Zeitgeschichte (IfZ, Munich et Berlin), paraîtra bien en janvier 2016 en allemand.
En français, l’édition savante qui était en préparation et devait également être publiée en janvier 2016 par Fayard attendra. Initié pourtant dès le début de 2011 par Anthony Rowley, transfuge des Editions Perrin nouvellement arrivé chez Fayard (et subitement décédé à la fin de la même année), avec le concours de Fabrice d’Almeida, ancien directeur de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), le projet français se heurtera vite aux divergences qui apparaissent entre les différents membres de l’équipe constituée pour rédiger les quelque 400 pages d’appareil critique qui doivent accompagner les 800 pages de la nouvelle traduction réalisée par Olivier Mannoni. En effet, dès le départ, le choix est fait de ne pas dépendre des Allemands en traduisant simplement leur propre appareil critique, et de ne publier qu’un seul volume, ce qui limite le nombre de commentaires: 1200 pages c’est déjà un gros volume. Mais pour certains chercheurs, ce n’est pas la bonne option.
Les différents mouvements opérés par la suite par quelques-uns des principaux protagonistes du projet entre Fayard (qui possède les droits de la nouvelle traduction) et Albin Michel (qu’a rejoint Fabrice d’Almeida) sont venus ajouter à la complexité de la chose et retarder la parution. Les lecteurs francophones seront donc privés pour l’instant d’une édition critique de qualité qui viendra avantageusement se substituer à la seule et médiocre traduction disponible, munie du simple avertissement de quelques pages qui accompagne le texte.
Ainsi retraduit et commenté, ce texte accédera enfin au statut de document historique nécessaire à la compréhension du nazisme et des atrocités commises en son nom. Ce sera sans doute l’événement éditorial le plus marquant de ces prochains mois.
Pascal Vandenberghe