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Carol Robinson, de nationalité britannique, reçoit le Prix Louis-Jeantet de médecine 2022 pour avoir établi la spectrométrie de masse comme méthode rigoureuse permettant l’analyse des protéines membranaires ainsi que leurs interactions avec les médicaments et autres petites molécules.
Née en 1956, Carol Robinson obtient son diplôme à la Royal Society of Chemistry en 1979 et ensuite son doctorat à l’Université de Cambridge. Elle interrompt sa carrière pendant huit ans pour élever ses enfants, avant de devenir la première femme professeure de chimie à l’Université de Cambridge (2001-2009). Depuis 2009, elle occupe la chaire professorale Dr Lee de chimie à l’Université d’Oxford où elle est également la première femme à ce poste. En 2021, elle devient aussi directrice du Kavli Institute for Nanoscience Discovery.
Les travaux de Carol Robinson lui ont valu de nombreuses récompenses, dont la Médaille d’or Othmer du Science History Institute, la Médaille royale A de la Royal Society, le Prix Novozymes et le Prix Stein and Moore. Elle a présidé la Royal Society of Chemistry, est Foreign Associate de la National Academy of Sciences USA et membre de l’EMBO. Elle est également titulaire de nombreuses charges honorifiques et a été nommée Dame Commandeur de l’Empire Britannique en 2013 pour ses contributions à la science et à l’industrie.
Des bulles de savon pour les protéines
Carol Robinson est l’une des fondatrices et leader mondial du domaine de la spectrométrie de masse des protéines dans leur état natif. Sa recherche porte sur les complexes protéiques membranaires et leurs interactions avec les ligands. Les protéines membranaires sont des cibles médicamenteuses d’une importance majeure, mais incroyablement difficiles à étudier car elles sont imbriquées dans une membrane lipidique hydrophobe alors que les parties situées de part et d’autre de la membrane sont hydrophiles. Lorsque Carol Robinson a commencé sa carrière de chercheuse, il était largement admis que les protéines devaient être dénaturées, voire digérées, pour être analysées par spectrométrie de masse, ce qui entraîne la perte de leur activité biologique.
En 2008, Carol Robinson a changé ce paradigme en découvrant que des complexes protéiques membranaires hétérogènes et intacts pouvaient être injectés dans le spectromètre de masse s’ils étaient d’abord insérés dans des micelles détergentes, ou bulles de savon géantes. Ces bulles protègent les protéines membranaires, facilitant ainsi leur transfert, dans leur état natif replié, dans la phase gazeuse. Cette méthode a permis de découvrir les détails mécanistiques de nombreux types de protéines membranaires intégrales, y compris les canaux, les transporteurs et les récepteurs, et ainsi d’analyser leur association avec les lipides. Les travaux de Carol Robinson ont un large impact médical, puisque ses techniques sont désormais couramment utilisées pour étudier une variété de processus allant de la caractérisation des anticorps à la résistance aux antibiotiques, en passant par le criblage de petites molécules médicamenteuses.