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La kétamine est un analgésique synthétisé en 1962. Il est utilisé en médecine depuis 1965 pour des anesthésies brèves.
Cette molécule offre l’avantage d’avoir peu d’incidence sur les voies respiratoires et sur le coeur. «Il est quelquefois possible de pratiquer une anesthésie à la kétamine sans prendre de mesures de contrôle des voies aériennes.»
Toutefois, à fortes doses elle peut induire au contraire des troubles respiratoires voire un coma.
La kétamine est utilisée de manière illicite pour son effet stupéfiant. Elle est cependant loin d’être sans risque, malgré son usage médical:
«L'effet immédiat d'une prise est un fort sentiment d'apaisement dû à l'effet anesthésique qui dure 10 à 40 minutes. Il est suivi d'une phase hallucinatoire qui affecte les sens, le jugement et la coordination motrice pendant 4 à 6 heures.
À fortes doses, elle provoque des altérations de la respiration et peut aussi induire une perte de connaissance voire un coma.
Lors de la phase hallucinatoire, la kétamine peut provoquer un état dissocié : soit l'usager perd la sensation de lui-même (sensation de se « détacher de son corps ») soit la notion de réalité. Certains relatent des expériences de décorporation ou de mort imminente.»
Cet effet de perceptions extrasensorielles et de mort imminente est justement recherché.
Mais on a découvert, grâce à l’usage stupéfiant, un autre effet que les chercheurs explorent: l’effet anti-dépresseur. Claire Peltier écrit dans Futura-Science:
«D'après les chercheurs américains, la kétamine pourrait bien devenir la molécule miracle anti-dépression. En effet, il y a une dizaine d’années, les chercheurs du Connecticut Mental Health Center avaient constaté des effets positifs de la kétamine sur des patients atteints de dépression sévère. Près de 70% des patients résistants aux autres traitements ont vu leur état s’améliorer en seulement quelques heures. L’administration de la kétamine, par intraveineuse sous assistance médicale, était cependant un frein à l’utilisation de la molécule, de même que ses effets psychotropes.
En testant la molécule sur des rats présentant un état dépressif, les scientifiques ont montré que la kétamine avait un effet positif sur leur comportement. L’analyse plus précise du cerveau des rats au niveau du cortex préfrontal, a permis de remarquer que la molécule permettait aussi la synaptogenèse, le mécanisme responsable du rétablissement de connexions synaptiques entre des neurones endommagés par le stress chronique. Une protéine centrale de la synaptogenèse nommée mTOR serait fortement et rapidement activée par la kétamine.
Ronald Duman, responsable de ces travaux conclut que la kétamine « est comme un médicament magique : une dose produit un effet rapide et dure pendant sept à dix jours ». La découverte de son mécanisme d’action devrait permettre de développer des molécules ayant un mode d’action plus précis (en ciblant peut-être les étapes suivantes), mais tout aussi efficace.»
Le Prozac, très répandu, met des semaines ou des mois à agir. La kétamine pourrait donc, par sa rapidité, être promise à un avenir thérapeutique réel en dehors de son effet analgésique connu.
On peut se demander s’il est souhaitable de rendre les patients souffrant de dépression dépendants d’un médicament. En particulier par exemple lors de ruptures sentimentales, où un deuil est à faire et où une psychothérapie devrait être privilégiée, ou un soutien par les proches avec un éloignement momentané. Cependant il est question de traiter les dépressions sévères. Imaginez un patient brûlé au 3e degré: le priverait-on d’anti-douleurs? Non. Or les dépressions sévères sont des situations pathologiques extrêmes qui demandent des solutions fortes.