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Une victime sud-africaine de maladies dues à l’amiante a porté plainte contre son ancien employeur la société Duiker Mining, rachetée l’année dernière par le groupe suisse Xstrata.
Xstrata estime ne pas être responsable des activités passées de Duiker.
C'est la première fois qu'une société suisse se retrouve indirectement poursuivie en Afrique du sud en raison des dommages à la santé dus à l'exploitation de mines d'amiante.
Xstrata a repris, l'année dernière, la société sud-africaine Duiker Mining, qui a exploité deux mines d'amiante bleue près de Kuruman, dans le nord-ouest de l'Afrique du sud, pendant une vingtaine d'années.
300 employés négligés
Le 23 septembre, un ancien mineur, Isaac Manchonyane, a porté plainte contre son ancien employer, Duiker. Ce père de famille de 39 ans est à l'agonie: il peut à peine marcher dix mètres, sans perdre son souffle.
Selon Richard Spoor «Duiker a totalement négligé la santé des 300 travailleurs employés dans ses mines, mais aussi des riverains. Nous demandons que la compagnie paie 1,2 million de rands de dommages (230'000 francs) à notre client.»
L'avocat entend déposer une demande pour que son client soit entendu d'urgence par un juge, avant qu'il ne soit trop tard.
Des précédents
Ces deux dernières années, plusieurs compagnies minières ont accepté de dédommager les victimes de l'exploitation de l'amiante en Afrique du sud. La société britannique Cape s'est engagée à payer 17 millions de francs à quelque 7'500 personnes atteintes de mésothéliome ou d'asbestose.
De son côté, les sociétés sud-africaines Gencor, Gefco et Msauli ont créé un fonds de compensation de 88 millions de francs. Fin septembre, les premiers dédommagements ont été payés: 5 malades atteints de mésothéliome ont chacun reçu, à titre intérimaire, un premier paiement de 19'000 francs.
Des discussions ont également été engagées avec le groupe suisse Anova et sa filiale Eternit, qui a exploité des mines d'amiante entre 1960 et 1979 (reprises ensuite par Gencor).
«Elles vont dans un sens constructif», confie Richard Spoor, qui a rencontré des responsables d'Anova, en Suisse, en avril dernier.
«Nous souhaiterions, dit-il, qu'Anova et Duiker contribuent au Fonds créé par Gencor. Des centaines de malades n'ont pas encore été identifiés.»
Ni responsabilité légale, ni morale
De plus, les dégâts causés par l'amiante «ne se font parfois sentir qu'après trente ou quarante ans. L'environnement autour des mines, notamment les routes, est aussi très pollué. Il faut mettre fin à l'impunité des compagnies minières. C'est dommage que jusqu'à présent Xstrata n'ait rien voulu savoir».
La multinationale suisse estime, en effet, ne pas être responsable des activités passées de Duiker.
Xstrat brandit pour sa défense le droit international. Selon la société suisse, «il faudrait plutôt poursuivre la multinationale britannique Lonrho, qui était l'actionnaire principal de Duiker avant son rachat par Glencore International en 2000, puis par Xstrata en mars 2002.»
«Nous n'avons ni responsabilité légale, ni morale dans cette affaire», affirme à swissinfo Marc Gonsalves, directeur général des ‘Corporate Affairs’ chez Xstrata.
«Les mines ont été fermées au milieu des années 80, dit-il. Et Xstrata et ses actionnaires n'en ont jamais profité!»
swissinfo, Valérie Hirsch, Johannesburg
En bref
- L’amiante est un silicate fibreux. Les principales mines se trouvent au Canada, en Russie et en Afrique du Sud.
- En Afrique du Sud, quelque 13'500 personnes devraient bénéficier de deux accords signés entre leurs avocats et les sociétés minières Cape et Gencor qui portent sur un montant global de 83 millions de francs suisses.
- Pendant des années, l’amiante était considéré comme un «matériau miracle» car il résiste à la chaleur et aux acides. Il est insoluble et flexible.
- L’amiante a été utilisé pour le fibrociment («Eternit»), les joints d’étanchéité, l’isolation, les garnitures de freins, etc. La Suva a reconnu l’asbestose comme une maladie professionnelle en 1939.
- En 1953, elle l’a inscrite dans la liste des maladies donnant droit à un dédommagement. Le lien entre l’exposition à l’amiante et le mésothéliome (tumeur maligne de la plèvre et du péritoine) a été prouvé à la fin des années 60.
- Le temps de latence pour l’asbestose est de 10 à 15 ans, de 20 à 40 ans pour le mésothéliome. En 1975, la Suisse a interdit l’isolation avec de l’amiante floqué.
- L’interdiction générale de l’amiante est entrée en vigueur le 1er mars 1990, avec des dispositions transitoires pour certaines utilisations jusqu’à fin 1994.
- Entre 1984 et 2001, la Suva a enregistré 960 malades de l’amiante en Suisse, dont 597 décès. Depuis 2000, la moyenne des cas se situe entre 50 et 70 par an.