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Selon Caritas, seule une minorité de cantons mène une politique familiale visant à prévenir ou à combattre la pauvreté. La Confédération doit se saisir du problème et combler les lacunes cantonales, estime l'organisation caritative.
"La conception du Parlement est à nos yeux complètement erronée", a dit mardi en conférence de presse à Berne Hugo Fasel, directeur de Caritas Suisse. Le législateur se décharge trop facilement de cette problématique sur les cantons. Or rares sont ceux qui s'efforcent de lutter contre le phénomène. D'après une enquête menée en 2015, Berne est le seul à s'y attaquer de façon systématique.
Environ 250'000 parents et enfants sont touchés par la pauvreté en Suisse. Il en va de même pour une famille monoparentale sur six et pour un douzième des couples avec trois enfants ou plus. "Un tiers des bénéficiaires de l'aide sociale sont des enfants et des jeunes", résume Caritas en se référant aux chiffres de l'Office fédéral de la statistique.
Risque d'aggravation
Et la situation pourrait s'aggraver. L'oeuvre d'entraide estime que de nombreuses familles ont un revenu à peine supérieur au seuil de pauvreté. "La Suisse investit très peu dans la famille", déplore Marianne Hochuli, responsable du Secteur Etudes à Caritas. Un tiers des familles monoparentales et un quart des ménages avec trois enfants seraient menacés.
Les coûts qu'impliquent les enfants en Suisse expliquent en grande partie le problème. Ceux-ci s'élèvent à 11'304 francs par an pour un couple avec un enfant et à 14'412 francs pour une famille monoparentale avec un enfant, d'après l'organisation, qui se base sur des calculs de la Confédération.
Prévenir plutôt que guérir
Soulignant que cette dernière se décharge de la question de l'indigence sur les cantons - au motif qu'ils sont responsables de l'aide sociale - Caritas déplore "qu'on part du principe que la pauvreté doit être combattue à travers l'aide sociale". L'optique de l'oeuvre d'entraide est tout autre.
Il faut prévenir et pas seulement tenter de guérir. "La lutte contre la pauvreté exige des investissements, qui doivent s'attaquer aux causes et qui ne sont pas la seule affaire des cantons". Parmi les causes avancées, le chômage de longue durée et fin de droit: plus de 36'000 personnes sont arrivées en fin de droit en 2014 et ont ainsi disparu des statistiques. "Elles devront tôt ou tard faire appel à l'aide sociale".
Les déficits de formation et "le démantèlement des assurances sociales" sont aussi, avec la "spirale" de la pauvreté familiale - qui se transmet de génération en génération - des causes premières auxquelles il s'agit de s'attaquer sans tarder.
Prestations complémentaires
Caritas exige des Chambres fédérales qu'elles prennent des mesures: renforcer les efforts d'intégration des chômeurs, proposer des solutions de formation continue et de rattrapage. Parallèlement, les coupes dans les prestations de l'assurance-chômage et de l'assurance-invalidité doivent cesser.
L'organisation demande en outre que les prestations complémentaires - déjà proposées par certains cantons - soient généralisées à toute la Suisse, et que la Confédération contribue à leur financement.
"Une bonne politique familiale qui prévient et combat la pauvreté doit être globale", souligne Bettina Friedrich, responsable du Service politique sociale à Caritas. L'enquête menée entre juin et août montre de fortes disparités dans le traitement de cette problématique, certes "extrêmement complexe".
Différences cantonales
Berne y apparaît comme le seul canton à disposer d'une stratégie de lutte systématique contre la pauvreté des familles. Dans ceux de Fribourg et du Jura, une telle stratégie est en cours d'élaboration. Dans cinq cantons (SH, ZH, ZG, LU, SG), une stratégie existe seulement pour l'encouragement précoce (mesures de soutien pour les enfants, de la naissance jusqu'au jardin d'enfants).
Dix cantons, dont ceux de Vaud et du Tessin, ont développé des "éléments de stratégie". Dans les huit cantons restants, il n'existe aucune stratégie visant à combattre la pauvreté familiale. Genève, Neuchâtel et le Valais figurent dans cette dernière catégorie.