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Il y a dix ans, le CERN1 avait fait une déclaration annonçant qu'un logiciel peu connu appelé World Wide Web était dans le domaine public. C'était le 30 avril 1993 et c'est ainsi que s'ouvrirent les vannes qui allaient déverser le Web, appelé aussi la Toile en français, dans le monde entier. Dès la fin de l'année, tout utilisateur d'ordinateur digne de ce nom se devait de posséder des navigateurs Web et aujourd'hui, dix ans après, la Toile est un élément indispensable dans l'univers de la communication moderne.
L'idée du Web remonte à mars 1989, lorsque l'informaticien du CERN Tim Berners-Lee proposa un "système de gestion décentralisée de l'information" destiné à la communauté des physiciens des hautes énergies. Une nouvelle génération d'expériences de physique voyait alors le jour. Elles étaient réalisées par des collaborations comprenant plusieurs centaines de scientifiques du monde entier, des scientifiques qui étaient prêts pour une nouvelle manière d'échanger l'information sur l'Internet, et le Web était exactement ce qu'il leur fallait.
A la fin de 1990, l'idée de Berners-Lee était devenue le World Wide Web, et les premiers serveurs et navigateurs de celui-ci étaient en service au CERN. En 1991, le Web fut étendu à d'autres laboratoires de physique des particules du monde entier, et pour ses initiés il avait autant d'importance que le courrier électronique.
Les programmeurs entreprirent de développer des navigateurs toujours plus perfectionnés, mais ceux-ci étaient en général limités aux systèmes informatiques utilisés par les scientifiques. A la suite de la déclaration du CERN d'avril 1993, il n'y eut pas beaucoup à attendre pour voir apparaître des navigateurs faciles à installer et fonctionnant sur des ordinateurs individuels. En novembre de la même année, le National Center for Supercomputing Applications américain lança officiellement Mosaic, le navigateur qui le premier fit connaître le Web au grand public.
Au début des années 90, le Web était l'un parmi plusieurs systèmes mis au point pour faciliter l'utilisation de l'Internet. Le fait qu'il ait réussi alors que d'autres ont échoué s'explique par plusieurs raisons. Le CERN, avec sa très longue expérience des réseaux informatiques, ses collaborations mondiales de scientifiques versés dans l'informatique et son atmosphère d'ouverture intellectuelle de type universitaire, offrit un terrain favorable au développement de l'idée de Tim Berners-Lee. L'intuition exceptionnelle de celui-ci, qui consistait à associer l'hypertexte et l'Internet pour donner au Web une utilisation simple se limitant à pointer et cliquer, s'est certainement révélée précieuse. Et l'élément décisif a été la clairvoyance montrée par le CERN en décidant que le Web devait entrer dans le domaine public au lieu de rester la propriété d'une entreprise ou d'une personne. De l'avis même de l'inventeur, "la décision du CERN de mettre à disposition les bases et les protocoles du Web sans versement de redevances et sans autres restrictions a été déterminante pour l'existence du Web. Sans cet engagement, les efforts considérables qui ont été consentis, au niveau des individus et des entreprises, dans la technologie du Web, n'auraient jamais été faits et nous n'aurions pas le Web aujourd'hui."
Dix ans après, le CERN est toujours à l'avant-garde de l'informatique et des réseaux grâce à une nouvelle technologie appelée Grille de calcul. La Toile avait employé l'Internet pour révolutionner le partage de l'information et la Grille s'apprête à faire de même pour partager les ressources informatiques. En tant que chef de file du projet DataGrid de l'Union européenne, parmi d'autres projets, le CERN fait partie intégrante des activités concernant le Grille à l'échelon mondial. L'objectif du CERN est de fournir les ressources informatiques nécessaires à ses expériences. Pour la société, il en résultera qu'un jour sans doute il sera aussi facile de se connecter à de puissantes ressources informatiques que de brancher une lampe de bureau.
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Note(s)
1. Le CERN, Laboratoire Européen pour la Physique des Particules, a son siège à Genève. Ses Etats membres actuels sont les suivants : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, France, Finlande, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède et Suisse. L'Inde, Israël, le Japon, la Fédération de Russie, les Etats-Unis d'Amérique, la Turquie, la Commission européenne et l'UNESCO ont le statut d'observateur.