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Katrina et Ida ont beaucoup de points en commun : les deux ouragans se sont formés à la fin du mois d’août; ils ont profité des eaux chaudes du golfe du Mexique pour se renforcer au large de la Louisiane. L’absence de phénomènes de cisaillement (changement de force et de direction du vent en altitude) a également joué un rôle important dans le maintien des courants à l'intérieur des cyclones.
Toujours au chapitre des similitudes, les deux ouragans ont suivi une route vers le Nord-ouest au moment aborder les côtes puis vers Nord-est, en s’affaiblissant à l’intérieur des terres. La formation d’orages violents a par ailleurs été favorable au développement de tornades, au moment où les ouragans ont passé sur les terres.
Trajectoires différentes avant de passer sur le golfe du Mexique
Katrina s’est s’abord manifestée sous la forme d’une dépression tropicale sur les Bahamas le 23 août 2005 sous l’effet combiné d’une onde tropicale et de l'interaction avec les restes d’une autre dépression tropicale. Elle a été classée en tempête tropicale puis en ouragan de catégorie 1, le 25 août, en touchant brièvement le Sud de la Floride.
Trajectoire de Katrina en 2005 et d'Ida en 2021 [National Hurricane Center - Miami]
Katrina s'est dirigée vers le Sud-ouest le 26 août, puis est remontée en direction des côtes de la Louisiane, tout en s’intensifiant les jours suivants. Elle a touché les côtes le 29, soit 4 jours après avoir été classée en ouragan (voir illustration ci-dessous).
De son côté, Ida s’est développée plus au Sud, au large des côtes du Vénézuela. Elle a été classée en tempête tropicale le 26 août 2021. Elle s’est ensuite dirigée le 27 vers le Nord-ouest et a été classée en ouragan de catégorie 1 à son passage sur l’Ouest de Cuba.
Bénéficiant de conditions favorables, Ida a gagné en puissance les jours suivants et a été classée en ouragan de catégorie 3, puis 4 en remontant vers les côtes de la Louisiane.
Si les trajectoires des cyclones ont été assez différentes, le passage sur les eaux chaudes à la surface du golfe du Mexique a été déterminant dans cas comme dans l'autre, permettant aux vents de s’intensifier.
Intensité plus forte avec Katrina
Les stations de mesures situées sur le golfe du Mexique font état d’une pression minimale de 902 hPa et de vents à près de 280 km/h avant l’arrivée de Katrina sur les côtes de la Louisiane, ce qui en fait un ouragan de catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson. Fait assez rare, Katrina est passée de la catégorie 3 à la catégorie 5 en 9 heures seulement pendant la journée du 27 août.
Intensité des vents et trajectoire de Katrina et d'Ida [National Hurricane Center - Miami]
De son côté – et selon les derniers bilans – Ida s’est accompagnée de vents à près de 240 km/h, avec une pression minimale de 930 hPa, soit une intensité inférieure à Katrina. D’où un classement en catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson.
Température à la surface du golfe du Mexique en août 2005 à gauche, et en août 2021 à droite. [ECMWF/Accuweather]
Ces différences dans l’intensité des évènements s’expliquent en grande partie par une température plus élevée à la surface du Golfe du Mexique en 2005, dépassant les 30 degrés sur de vaste portions de mer (voir illustration ci-dessus). Les analyses du Centre Européen montre que le passage de Katrina de la catégorie 3 à la catégorie 5 le 27 août est également dû à la présence d’eaux particulièrement chaudes en profondeur, au large des côtes de la Louisiane (voir illustration ci-dessous).
Trajectoire de Katrina en août 2005 et profondeur de l'isotherme 26°C sur le golfe du Mexique [NOAA/ECMWF]
Un contexte sensiblement différent avec El Nino et la Nina
L’avènement d’épisodes de type El Nino ou la Nina joue un rôle important dans la formation des cyclones. Lors d’épisodes de type El Nino, les phénomènes de cisaillement sont assez marqués sur l’Atlantique équatorial, ce qui est défavorable à la circulation des vents à l’intérieur des cyclones. A l’inverse, ces mêmes phénomènes de cisaillement sont moins fréquents, ce qui est favorable au maintien des cyclones.
Les évènements de 2005 et de 2021 ont en commun la présence de conditions neutres d’El Nino ou de la Nina sur le Pacifique équatorial, ce qui est plutôt favorable à la formation et au maintien des ouragans. A ceci près que les conditions neutres de 2005 faisaient suite à un épisode de type El Nino, et que ces mêmes conditions neutres font suite à un épisode de type la Nina cette année.
Chaque situation a ses particularités...
Philippe Jeanneret