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CITADELLE DE NAMUR (Belgique)
Située au niveau du confluent de la Meuse avec la Sambre, son plus grand affluent lui-même augmenté par le ruisseau du Houyoux, Namur est composée de trois parties : un éperon rocheux s’avançant entre Sambre et Meuse, le quartier du Grognon situé sur le confluent et celui de la Corbeille, englobant le vieux Namur actuel. Occupé depuis l’époque romaine, un premier castrum gallo-romain est bâti au niveau du château comtal actuel vers les IIIe-IVe siècles. De même, un rempart palissadé est suspecté autour du quartier du Grognon qui est le noyau historique de la cité. L’agglomération de la rive gauche de la Sambre n’est pas fortifiée, elle disparaît au IIIe siècle. Le castrum disparaît sous les Mérovingiens et aucune construction ne semble le remplacer avant le Xe siècle. De même, la ville est toujours dépourvue d’enceinte en dur. Ce n’est qu’avec la fondation du Comté indépendant de Namur en 960 par Robert Ier que débute la construction du château actuel. L’enceinte et le château sont agrandis à plusieurs reprises jusqu’en 1390 -1420 et les adaptations à l’artillerie. Des boulevards semi-circulaires puis triangulaires sont construits devant les portes de l’enceinte urbaine. Initialement circulaires, ces boulevards deviennent triangulaires vers 1460, achevant la pétrification de l’enceinte. Le château reçoit des ouvrages similaires avant de devenir citadelle bourguignonne. Il reçoit ses premiers ouvrages bastionnés sous la conduite de Donato di Boni, ingénieur italien servant Charles Quint. Ce premier ouvrage, appelé Médiane, est un ouvrage à corne doté de deux bastions. Il est édifié de 1542 à 1559. Il faut attendre 1577 pour qu’un premier ouvrage moderne soit ajouté à l’enceinte urbaine, sous la forme d’un ravelin de briques gazonnées. A partir de 1635, tous les chantiers sont en fortification moderne, d’abord en terre, que l’on remplace progressivement par de la maçonnerie. Six demi-lunes sont bâties, avant d’être transformées en bastions avant 1649. La citadelle est agrandie vers le sud-ouest par la construction de l’ouvrage à corne de Terra Nova, puis avec l’ajout d’une redoute avancée, Monterrey, en 1680. En 1690, au début de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg, l’ingénieur hollandais Menno van Coehoorn (1632-1704) complète les défenses de la citadelle par le fort d’Orange, un imposant fort détaché muni d’un ouvrage à corne vers le nord-ouest, pour couvrir un ravin vers la Sambre. De 1655 à 1666, l’enceinte urbaine de la Corbeille est rénovée par l’ajout de deux nouveaux bastions (un à l’ouest près de la Sambre et de la porte de Bruxelles, l’autre à l’est sur la Meuse) et le reprofilage complet des sept bastions précédents. Les fossés sont élargis et précédés d’un glacis et les batardeaux pour l’entrée du Houyoux dans la ville sont remplacés. De 1670 à 1691, les dehors sont aménagés par le placement de quatre demi-lunes, trois contregardes, dix lunettes ou redoutes. Sur le pont de Jambes, un ouvrage à corne assure la protection depuis le sud sur la rive gauche de la Meuse, tandis qu’un fortin carré défend l’accès au pont depuis la rive droite. Le système de défense souterrain est également perfectionné.
Assiégée par Louis XIV en 1692, siège commandé par Vauban tandis que Coehoorn commande les défenseurs, Namur est prise et réaménagée par les Français pendant trois ans. Vauban signe le mémoire concernant les réparations à faire et les ouvrages neufs à bâtir le 25 août. L’ingénieur Cladech, remplacé plus tard par l’ingénieur Filley, sont chargés d’appliquer ce projet sur place. Cet ambitieux projet prévoit la réalisation d’une lunette supplémentaire entre le fort d’Orange et la corne de Terra Nova, ainsi qu’une restructuration complète de ces deux ouvrages. Leurs fossés sont recreusés et des contremines supplémentaires sont ajoutées. Pour la ville, trois lunettes sont ajoutées devant l’enceinte urbaine sur les hauteurs de Bouge, des casernes sont bâties près de l’enceinte et un important arsenal est ajouté côté Sambre. Faute de temps, une partie de ce projet n’est pas réalisée lorsque les Hispano-hollandais dirigés par Coehoorn reprennent la ville en 1695. Le projet de tête de pont de Jambes n’est pas réalisé. Entre 1695 et 1698, Coehoorn y réalise un ouvrage à corne, le fort Bivouac. Il fortifie également la porte Saint-Nicolas à l’est en remplaçant les anciennes structures par un ouvrage à corne avec demi-lune et contrescarpe. En 1703, pendant la Guerre de Succession d’Espagne, Vauban revient à Namur et propose un second projet, reprenant les éléments non réalisés du précédant et ajoute l’idée de réaliser des retranchements supplémentaires devant le fort d’Orange. Ce projet n’est pas réalisé, faute de temps et d’argent. Vauban recommande d’ailleurs de réaliser au contraire le projet de Georges-Prosper Verboom, ingénieur général des Pays-Bas espagnols, le jugeant moins coûteux. Le XVIIIe siècle ne modifie pas les fortifications namuroises jusqu’à la Guerre de Succession d’Autriche. Le siège français de 1746 est suivi d’une démolition importante des défenses et de la disparition de la chapelle médiévale du château. Les Autrichiens, lorsqu’ils restaurent la place, abandonnent le fort Bivouac et certains ouvrages avancés des hauteurs de Bouge. En 1781, comme l’ensemble des fortifications de la Barrière des Pays-Bas autrichiens, Namur est déclassée par Joseph II et ses ouvrages fortifiés sont en grande partie démolis, excepté le château médiéval et les murs du corps de place de la Corbeille, conservé pour la perception de l’octroi communal. Le régime français confirme ces démolitions. En 1814, Namur est remilitarisée par les Alliés anglo-hollandais et intégrée dans la nouvelle Barrière des Pays-Bas. Les ingénieurs hollandais, formés par la France, reconstruisent la citadelle et l’enceinte de la Corbeille selon le tracé de Cormontaigne. La citadelle est restaurée en simplifiant les tracés anciens et en arasant en partie les structures médiévales subsistantes. De nouveaux bâtiments y sont édifiés, et de nombreux souterrains anciens sont réutilisés. La situation est identique pour l’enceinte : son tracé général est conservé mais elle ne compte plus que sept bastions, une demi-lune et trois portes. Des casernes sont édifiées en retrait de cette enceinte, au nord-est. Le chantier s’étale de 1816 à 1824. Après 1830, les fortifications namuroises ne subissent que de légers aménagements avant le déclassement et la démolition de l’enceinte urbaine en 1868 et le déclassement de la citadelle comme place de guerre en 1878. En 1888-1892, le général belge Henri-Alexis Brialmont édifie une série de neuf forts périphériques composant la Position Fortifiée de Namur. Quelques dernières modifications sont apportées à la citadelle : la plus importante est celle de la réalisation d’une centrale téléphonique pour commander la Position Fortifiée de Namur en 1939, avant la démilitarisation définitive en 1975.
État actuel
De l’œuvre de Vauban à Namur subsistent : l’arsenal de la ville, des tronçons de souterrains, les fossés de retranchement des Vieux Murs, 60 % d’un ouvrage appelé fort Balart, le corps de garde de vigie d’un autre ouvrage à la citadelle, ainsi qu’une trace mémorielle dans le nom de lieux dits et de commerce. L’ensemble peut être visité. Une association, Les Amis de la Citadelle de Namur, effectue de nombreuses recherches et activités diverses telles que des conférences et des publications à propos de la citadelle et de l’enceinte, pour leur valorisation. De la Position Fortifiée de Namur, huit des neufs forts subsistent mais ne sont pas ouverts à la visite. Le plan relief de 1747-1750 au 1/600e, réparé en 1806 et 1949, est conservé au Musée des Beaux-Arts de Lille. Une copie a été réalisée en 1996 et est conservée au Musée Archéologique de Namur.
Namur présente un intérêt moyen dans l’œuvre de Vauban en tant que place remaniée. Elle doit principalement cet intérêt au fait qu’il s’y est confronté à Menno van Coehoorn, son principal rival étranger, ce qui nous permet de comparer leurs méthodes appliquées à un même site. La citadelle actuelle illustre la postérité de Vauban à l’étranger, à travers la méthode de Louis de Cormontaigne, son principal successeur.
Remarques
Lors d’un récent voyage, nous avons eu l’occasion de visiter dans le détail la citadelle de Namur. Celle-ci, peu connue, mérite la visite. Les quelques photos en annexe vous donneront un court résumé de l’intérêt présenté par cette citadelle.
Nous avons également joint quelques photos de cartes résumant la situation lors de la 1ère Guerre mondiale 1914-1918, ainsi que des photos représentant les quelques modifications apportées lors de la 2ème Guerre mondiale pour abriter une importante centrale téléphonique. Les dernières photos présentent les destructions de la ville de Namur et les troupes d’occupation allemandes.
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