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« « Il m’a offensé, maltraité, opprimé, ridiculisé » ; Si quelqu’un nourrit de telles pensées, la haine ne le quitte jamais. »
Voilà ce que je lis dans le Dhammapada. Cela rappelle un exercice de l’école du portique. Les stoïciens, en effet, avaient développé une ascèse pour traquer les jugements de valeur qui viennent embrumer la réalité, exagérer les faits et nous vouer assurément à un malheur certain. Mais je retiens avec Spinoza que la réalité est parfaite, dès lors qu’on ne la juge pas, aurais-je envie de préciser.
J’ai croisé tel ami dans la rue, il m’a à peine salué et mon imagination va bon train : « Que lui ai-je fait ? » « Pourquoi m’en veut-il ? » Je pourrais déjà pratiquer un exercice spirituel simple, ou presque, en m’abstenant de juger, en cessant tout commentaire. Un conducteur ne me cède pas le passage, je ne récrimine pas, je ne me perds pas dans le commentaire : « Quel triste individu, quel sombre monsieur ! Il aurait dû s’arrêter ! » Et même si je juge, je ne me juge pas en train de juger. J’ai une fâcheuse tendance à prendre au sérieux toutes les idées qui me viennent à l’esprit. Tout ce qui me traverse la caboche a presque valeur d’évangile. Pourquoi s’y accrocher, pourquoi en faire si grand cas?