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L’égalité des chances dans le domaine de la formation musicale
Combien doit coûter l’enseignement de la musique pour que tous les enfants et les jeunes puissent apprendre un instrument ? L’égalité des chances est un sujet extrêmement complexe, surtout dans un pays fédéraliste comme la Suisse.
Le 23 septembre 2012, le peuple et les cantons ont accepté le nouvel article constitutionnel 67a, dont le troisième paragraphe précise que la Confédération et les cantons fixent les principes applicables à l’accès des enfants et des jeunes à la formation musicale. Pour le mettre en œuvre, le Parlement a complété en 2015 la loi sur l’encouragement de la culture par une disposition régissant les structures tarifaires dans les écoles de musique publiques. Le nouvel article – article 12a – prévoit que les écolages appliqués aux enfants et aux jeunes jusqu’à la fin du niveau secondaire II soient clairement inférieurs à ceux pratiqués pour les adultes.
En 2019, la haute école de musique de Lucerne a publié un rapport de recherche visant à déterminer si l’art. 12a avait déjà produit des effets sur l’encouragement musical des enfants et des jeunes et sur l’égalité des chances. Les résultats se sont révélés très décevants. Depuis l’entrée en vigueur de l’art. 12a, seules quelques rares écoles de musique ont pu baisser leurs tarifs, beaucoup plus d’écoles ont dû au contraire les augmenter. Parmi les écoles de musique interrogées, 40,8% estiment que l’égalité des chances d’accès pour les enfants et les jeunes n’est pas ou plutôt pas assurée à l’heure actuelle. Cette situation est notamment liée aux énormes disparités cantonales, qui ont pour conséquence que dans certains cantons, les écolages sont pratiquement inabordables non seulement pour les familles socioéconomiquement défavorisées, mais aussi pour celles de la couche moyenne, surtout lorsque plusieurs enfants aimeraient apprendre un instrument. Le constat général de l’enquête était que l’art. 12a est formulé de manière trop imprécise, et appliqué de manière trop peu conséquente.
Questions à la présidente de l'ASEM, Christine Bouvard : que va-t-il se passer à présent...
… dans le domaine de l’encouragement général ?
L’encouragement général est une voie essentielle pour faire avancer l’égalité des chances. C’et pourquoi il reste une préoccupation majeure de l’ASEM. L’art. 12a n’offre effectivement pas une aide efficace pour atteindre cet objectif.
En l’occurrence, plusieurs aspects sont à prendre en considération : premièrement, l’art. 12a actuel s’adresse directement à la direction opérationnelle des écoles de musique. Il reste sans effet contraignant pour les organismes responsables, et donc pour les instances décisionnelles des autorités. Il convient de reformuler l’article afin de le rendre plus efficace en définissant un cadre clair et les bons destinataires. Malheureusement, le Message culture 2021-2024 n’a pas permis d’obtenir de changements sur cette question. Deuxièmement, le problème ne réside pas seulement dans les tarifs des écoles de musique individuelles, mais concerne aussi la participation financière des pouvoirs publics à la formation musicale. On observe ici d’énormes différences d’un canton à l’autre, voire à l’intérieur d’un même canton. L’accès à l’éducation musicale dépend donc aussi du domicile. Notre objectif était et reste d’harmoniser ces différences. Troisièmement, la mise en rapport avec le tarif pour adultes est inadéquate, car les écoles de musique ont d’abord été créées pour les enfants et les jeunes. L’enseignement aux adultes s’est ajouté plus tard, et ses tarifs sont construits sur la base des écolages appliqués aux enfants et aux jeunes, car ils ne sont pas subventionnés par les pouvoirs publics ou seulement dans une moindre mesure. Les tarifs pour adultes ne constituent donc pas un cadre de référence fiable.
L’ASEM se penchera à nouveau de manière approfondie sur cet art. 12a en prévision du prochain Message culture. Nous devons présenter des procédures concrètes qui contribuent à intensifier la coopération entre les organismes responsables des écoles de musique visant à mettre en œuvre l’égalité des chances d’accès pour les enfants et les jeunes. En l’occurrence, les tarifs jouent certainement un rôle important, ce qui nécessite également une participation financière équilibrée des pouvoirs publics dans toute la Suisse. Mais ce n’est pas tout : pour pouvoir concrétiser l’égalité des chances d’accès, les écoles de musique doivent de leur côté développer des compétences fondamentales intégrant notamment l’inclusion, une sensibilisation accordant la même importance à tous les instruments et styles de musique, une ouverture aux formes d’enseignement créatives, des offres flexibles, et bien d’autres aspects encore.
… et dans le domaine de l’encouragement des talents ?
Actuellement, nous sommes très heureux que ce nouveau Message culture permette de concevoir un encouragement à l’échelle nationale des enfants et des jeunes musicalement doués. Nous approuvons le choix de la structure basée sur le financement d’une Talent Card, de même que la démarche consistant à élaborer les éléments de base jusqu’à l’été 2022, et à les introduire ensuite par étape pendant les trois années suivantes. Les travaux préalables réalisés par l’ASEM et la Conférence des hautes écoles de musique suisses (CHEMS) dans le domaine de l’encouragement des talents se révèlent à présent très utiles. Il est important pour nous que la Talent Card permette de mettre en œuvre une stratégie nationale ouverte à tous les jeunes talents et garantissant un encouragement de haute qualité. Le cofinancement doit viser à soulager les parents au niveau des écolages des offres d’encouragement des talents, afin d’améliorer l’égalité des chances.
1 La Confédération et les cantons encouragent la formation musicale, en particulier des enfants et des jeunes.
2 Dans les limites de leurs compétences respectives, la Confédération et les cantons s’engagent à promouvoir à l’école un enseignement musical de qualité. Si les efforts des cantons n’aboutissent pas à une harmonisation des objectifs de l’enseignement de la musique à l’école, la Confédération légifère dans la mesure nécessaire.
3 La Confédération fixe, avec la participation des cantons, les principes applicables à l’accès des jeunes à la pratique musicale et à l’encouragement des talents musicaux.
1 Les écoles de musique bénéficiant du soutien de cantons ou de communes prévoient pour tous les enfants et tous les jeunes jusqu’à la fin du niveau secondaire II des écolages clairement inférieurs à ceux pratiqués pour les adultes.
2 Lors de l’établissement des tarifs, les écoles de musique tiennent compte de la situation économique des parents ou des autres personnes en charge de l’entretien et des besoins accrus de formation des élèves doués en musique.