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L'impensé du discours sur l'abus.
Abstract
Nous proposons dans cet article de ne pas considérer l'abus comme un fait, mais, en référence aux travaux sociologiques classiques (par exemple Becker 1963), comme un jugement normatif porté sur un comportement. Plus précisément, il s'agit d'un jugement qui, sur la base de normes dominantes, rend une personne individuellement responsable de la situation qui lui arrive (d'accident, d'incapacité de travail, etc.). Cette attribution de responsabilité participe à masquer les déterminants sociaux qui ont conduit à cette situation.
Nous allons dans cet article d'une part identifier les normes que certain-e-s bénéficiaires sont accusé e s de transgresser et d'autre part montrer comment le discours sur l'abus contribue à les naturaliser et àocculter les rapports sociaux qui les fondent. Pour ce faire, nous partirons d'une étude du discours expert sur les trajectoires de salarié e-s victimes d'accidents du travail potentiellement invalidants. Dans un premier temps, nous allons présenter notre matériau empirique. Dans un second temps, après avoir rappelé les raisons pour lesquelles la protection sociale contre les accidents du travail s'est développée, nous présenterons ce qui relève, selon le discours expert, d'une trajectoire «conforme» (autrement dit, sans soupçon d'abus) en cas de survenue d'accident, ce qui nous permettra decomprendre quelles sont les normes dominantes en matière d'accidents du travail. Nous réfléchirons enfin à la spécificité du propos sur les abus dans le cas des accidents professionnels en montrant sur quels impensés il repose.