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Extension de la période de compensation des pertes
Le législateur fédéral vise actuellement à étendre cette période de la déduction de pertes à dix ans, notamment pour contribuer à la poursuite du rétablissement des entreprises touchées par la pandémie (motion 21.3001). Dans ce sens, il est également prévu que l'extension de la période de la déduction de pertes s'applique aux pertes subies à partir de l'année fiscale 2020. Outre une fonction d'allègement fiscal, l'extension de la période de report des pertes doit garantir l'égalité de traitement des entreprises en situation de perte, voire l'augmenter par rapport à la réglementation actuelle. Le présent article de blog aborde le contexte de la réforme prévue pour la déduction de pertes fiscales, donne un aperçu de ses principaux points de repère et les examine de manière critique sous l'angle de leur conception concrète, en particulier le lien avec la pandémie Covid 19.
Droit en vigueur et nécessité d'une nouvelle réglementation
Selon le principe du bénéfice total, la somme de tous les résultats d'une entreprise pour une période donnée représente son bénéfice total, c'est-à-dire le bénéfice généré pendant toute la durée de vie de l'entreprise et qui reflète ainsi sa pleine capacité économique. Même si, selon cette conception, une déduction de pertes illimitée dans le temps serait appropriée, ce principe est limité par l'exigence, en droit comptable, d'une comptabilisation des produits et des charges sur la base d'une période donnée. Comme il faut tenir compte de manière appropriée de l'exigence de l'imposition périodique ainsi que du principe du bénéfice total, le législateur a prévu jusqu'à présent, dans le cadre de cette tension, une déduction de pertes limitée dans le temps sur sept exercices précédant la période fiscale.
C'est surtout à la suite de la pandémie que le Parlement suisse reconnaît toutefois la nécessité d'agir pour adapter ou étendre le report ordinaire des pertes de sept à dix ans. La réglementation actuelle risque d'entraîner une inégalité de traitement entre les entreprises malgré une capacité économique égale. Les personnes morales ou les personnes physiques indépendantes peuvent être concernées si, par exemple, elles réalisent une fois une perte importante et plusieurs fois de faibles bénéfices au cours des années suivantes. De même, les entreprises qui, sur plusieurs périodes fiscales, réalisent des pertes moins importantes et, par la suite, des bénéfices modestes, peuvent être désavantagées. Dans certaines circonstances, cela peut se traduire pour les entreprises concernées par une disparition des pertes annuelles compensables et donc par une surimposition. La nécessité d'un allègement fiscal accru pour les entreprises en situation de perte est notamment mise en évidence par les pertes considérables enregistrées pendant la pandémie.
Limitation dans le temps de la déduction de pertes
Avec l'extension de la déduction de pertes, le projet actuel vise notamment à permettre une prise en compte plus large de la capacité économique des entreprises. Dans ce sens, la compensation des pertes doit être étendue, tout en restant limitée dans le temps pour diverses raisons. Outre les intérêts budgétaires des pouvoirs publics, notamment en ce qui concerne une plus grande sécurité de planification, il est avancé qu'une telle décision semble également judicieuse pour des raisons de praticabilité pour les entreprises. Sans une limitation dans le temps de la déduction de pertes, les entreprises devraient conserver leurs documents commerciaux depuis leur première existence jusqu'à leur liquidation, ce qui entraînerait un surcroît de travail administratif considérable. L'extension prévue de l'imputation des pertes à 10 ans s'oriente donc également sur les délais de conservation des documents commerciaux selon le CO.
Impact financier de la réforme
Long terme, l'allongement de la période de report des pertes a pour effet d'exposer les acteurs économiques qui subissent des pertes importantes en une seule fois ou des pertes moins importantes sur plusieurs exercices à une charge fiscale globale plus faible. Grâce à l'allégement fiscal, les entreprises concernées disposent de plus de moyens financiers pour leurs activités commerciales. Les entreprises nouvellement créées qui connaissent une longue phase de développement, au cours de laquelle elles réalisent des investissements importants dans la croissance et le développement de produits, sont particulièrement avantagées lorsque les pertes subies pendant cette phase peuvent être compensées par des bénéfices ultérieurs.
En même temps, il faut tenir compte du fait qu'un allongement de la période de déduction de pertes est très probablement lié à une diminution des recettes récurrentes chaque année au niveau fédéral et cantonal, dont le montant ne peut toutefois pas être évalué avec précision. Il devrait y avoir des recettes moindres si des sociétés ayant réalisé des pertes sur plus de 7 ans réalisent à nouveau des bénéfices après un assainissement réussi, qu'elles peuvent compenser par des pertes de plus de 7 ans non encore utilisées sur le plan fiscal. Par ailleurs, des diminutions de recettes sont possibles lorsque des entreprises en phase de démarrage n'enregistrent des bénéfices qu'après une longue phase de pertes de plus de 7 ans, lesquels peuvent être compensés par des pertes sur une période plus longue suite à l'extension de la déduction de pertes.
Évaluation du projet
Bien que la proposition d'étendre la déduction de pertes à dix ans semble équilibrée, compte tenu de la nécessité de trouver un équilibre entre le principe du bénéfice total et celui de la périodicité, on ne comprend pas, du point de vue de la technique fiscale, pourquoi la réforme doit être liée à la pandémie Covid 19. Malgré le fait que le nouveau régime puisse aider les entreprises, entre autres, à reconstruire leur activité après la pandémie, il n'y a aucune raison de limiter la rétroactivité aux pertes subies à partir de 2020. Afin de garantir que la mesure ait des effets pratiques immédiats, il serait souhaitable, du point de vue de la systématique fiscale, d'étendre la période de déduction de pertes en général à dix ans à compter de l'entrée en vigueur du projet et d'autoriser l'application des nouvelles règles de déduction de pertes également aux pertes antérieures à la période fiscale 2020. Diverses associations participantes se sont également exprimées dans ce sens lors de la procédure de consultation qui vient de s'achever.
Enfin, la question se pose de savoir si le projet de réforme lancé ne devrait pas également être utilisé pour mener une discussion plus fondamentale sur la thématique de la déduction de pertes. On pourrait par exemple penser à l'introduction d'une possibilité de report des pertes, comme le prévoit aujourd'hui déjà le canton de Thurgovie pour les impôts cantonaux et communaux. Cela permettrait aux entreprises de compenser les pertes réalisées dans le présent avec les bénéfices des années fiscales précédentes, ce qui, à long terme, permettrait également d'éviter les surimpositions et garantirait une application plus large du principe du bénéfice total. Cette thématique devrait notamment être examinée sous l'angle du maintien de l'attractivité (fiscale) de la Suisse au niveau international. En ce qui concerne la déduction de pertes, la Suisse ne fait pas partie des pays les plus attractifs en raison des restrictions relativement importantes qu'elle impose. Les concurrents directs de la Suisse, dont divers États de l'UE, présentent parfois des périodes de déduction de pertes nettement plus longues (p. ex. 17 ans au Luxembourg), voire illimitées (p. ex. en Allemagne, en Italie et en Autriche). Peu de pays connaissent en outre un report de pertes, dont l'Allemagne et la France, pays voisins de la Suisse. Afin de maintenir l'attractivité fiscale de la Suisse, voire de l'augmenter, notamment par rapport à d'autres États, il faudrait envisager l'introduction de nouveaux assouplissements pour la déduction de pertes.