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Le deuil est une étape qui est connue en médiation. En effet, le deuil d'une relation est un moment qui nécessite souvent un accompagnement dans le changement relationnel indispensable à la construction d'une nouvelle forme relationnelle, qu'il y ait rupture ou non.
Au tout départ, une information vécue comme choquante provoque une stupéfaction. La nouvelle est par exemple l'annonce d'une séparation ou de l'écoute d'un propos interprété comme véhiculant l'implication d'un changement non désiré.
Le choc ou la sidération
Le terme de sidération peut tout à fait convenir pour qualifier la réaction de la personne face à l'information. Selon les personnalités, cette réaction peut se traduire par une grande agitation ou une paralysie. C'est ce que nous nommons un choc.
Le déni
Ensuite, à ce premier état va s'ajouter le refus de croire l'information. Arguments et comportements de contestation, rejet de l'information apportée et vécue comme choquante. Une discussion intérieure ou/et extérieure peut porter sur la vraisemblance de l'évènement annoncé : ce n'est pas vrai, pas possible…
La description de ce moment est succincte, mais il ne faut pas croire que cette brièveté signifie que l'état n'est pas important. Il arrive que des personnes restent bloquées dans cet état… ou qu'elles y reviennent, comme dans un refuge. C'est ce que nous nommons le déni.
La colère
La personne est confrontée à la vérification entêtante de l'authenticité de l'information. Son état va se complexifier avec des attitudes de révolte, tournée vers soi et les autres. Les intensités sont variables, selon l'amplitude du système affectif de la personne. Dès lors, la pensée de la personne se nourrit de fortes contradictions.
Elle peut passer de l'accusation à la plus grande considération. Emportée par des réactions paradoxales liées à son système de fonctionnement et à ses interactions, elle peut être entraînée dans le plus grand mutisme ou aller dans une volubilité incontrôlable. Elle vit de la même manière des sentiments de culpabilité. Elle intériorise ou / et exprime toutes sortes de critiques, de jugements.
La personne est dans des états hors de soi. Des pulsions de vengeance peuvent ainsi la pousser à avoir des comportements qu'elle ne comprend pas elle-même. Confrontée à l'impossibilité d'un retour à la situation dont elle doit faire le deuil, la personne vit avec incompréhension une répétitivité de la cause du deuil.
Elle subit ses propres reproches, ses remords, ses ressentiments, des dégoûts, de la répulsion. Elle se bat et se débat. Elle peut agir de manière déroutante pour autrui. Tout en elle cherche à ne pas "plonger". Selon ses ressources, elle va agir en séduction ou en agression. Mais tout semble la ramener sur le sujet qui l'obsède. C'est la colère animée par une sorte de disque rayé et parfois une frénésie compensatoire pour contrecarrer l'éventuel sentiment de rejet ou de dévalorisation.
Soldat américain se recueillant sur les tombes de ses camarades tombés au combats dans un atoll près des Philippines.
L'abattement, la tristesse jusqu'à la dépression
La tension violente que peut provoquer l'état de colère, entretenu malgré soi, peut engendrer un épuisement organique. Mêlant tout à la fois le choc initial, le déni et la colère, la personne peut en arriver à vivre un abattement, plus ou moins profond.
La personne subit un état de résistance à la soumission. Une guerre en soi, avec le sentiment déchirant d'une guerre perdue d'avance. Cet état peut aller jusqu'à la dépression, laquelle peut se caractériser par des douleurs physiques, maux de tête, de ventre, douleurs dans le dos, courbatures, ainsi que des attitudes et comportements suicidaires. Néanmoins, l'ensemble interagissant des états internes peut lui faire revivre les émotions et les comportements antérieurs.
Elle devient ici particulièrement "difficile à vivre". Le plus souvent, elle est dans la fuite intérieure et parfois extérieure, avec des tentatives dispersées, imprévisibles, de recherche du retour - que nous pourrions désigner comme des régressions dans les divers états vécus depuis le début du processus.
Cet état qui se développe pour arriver parfois à des points culminants de la dépression et de destruction peut être exprimé de manière paradoxale :
dramatique en soi et non exprimé vis-à-vis des autres. Sa durée n'est pas liée à l'intensité des sentiments que la personne éprouvait pour le tiers. C'est au moins en tout cas un état de désespérance qui peut s'estomper, mais rarement disparaître soudainement.
La résignation
La résistance de l'organisme peut ensuite conduire la personne vers l'abandon de cette lutte au cours de laquelle elle peut avoir le sentiment d'avoir tout essayé pour revenir à la situation perdue. Elle peut parfois se réfugier dans l'étape du déni. C'est le cas de ces personnes qui mettent le couvert des personnes décédées (ou parties).
Le plus souvent, suivant cette "boucle infernale", elle en arrive à un véritable abandon. Parfois dépressive, parfois redevenant sociable, la personne se laisse porter par le déroulement de la vie. Elle n'a aucune visibilité de ce qu'elle peut faire. Elle agit au gré des circonstances, selon ce à quoi la renvoie l'évènement auquel elle est confrontée. C'est la résignation. Mais cette résignation peut se composer de soumission ou de rejet.
L'acceptation fataliste
Le précédent état a provoqué une relative ouverture. Le caractère obsédant de la cause du deuil s'estompe. C'est la vie. L'heure est au fatalisme. Il arrive encore que la personne manifeste des états antérieurs.
L'intensité est plus faible. Les périodes d'abattement sont moins longues. Elle conçoit quelques projets. C'est l'acceptation.
Ce contexte interne est fortement entretenu dans nombre de cultures, avec la fatalité, l'attente du revers de la fortune, la volonté de Dieu.
L'accueil ou la résilience
accueil, intégration de l'expérience, construction, anticipation, projection. La cause du deuil devient un souvenir. Pourquoi n'est-il pas plus simple de bien prendre les choses tout de suite ? La question est vaine.
Le passé est devenu un héritage d'existence, le présent se vit de manière relativisée et en fonction de projets et d'un regard agréable de l'existence. Ce qui était cause de souffrance est devenu une ressource en soi, apaisement, sourire, voire un "merci" d'expérience…
Il s'est opéré une transformation qui n'a rien à voir avec la relativisation de l'étape précédente. Une transformation bénéfique, non un lissage d'expérience de vie. C'est l'étape nommée résilience, terme popularisé en France par l'éthologue Boris Cyrulnik.
Mais lorsque l'on ne connaît pas ce positionnement, il est inimaginable.
Le rôle de l'accompagnateur externe
Le médiateur peut utilement identifier le positionnement de la personne : il sera d'autant plus efficace pour accompagner - et maîtriser les compétences d'accompagnement - les personnes dans les changements liés à la résolution du différent.
En fait, combien de personnes sont dans l'accueil ? Nos cultures ne contribuent-elles pas à nous stopper dans l'acceptation fataliste de ce que nous vivons ?
Les propos tenus par la personne subissant la rupture relationnelle sont susceptibles de fournir des informations sur l'étape du deuil où elle se trouve. Le médiateur peut ainsi plus facilement intervenir pour l'accompagner.
Les Événements de perte sans valeur de deuil (facteurs blancs)
Selon German Arce Ross, il y a des cas, notamment si on prend en compte la psychose maniaco-dépressive, où les événements de perte ne sont pas vécus par le sujet, qui les reconnaît intellectuellement pourtant, avec une véritable valeur affective de deuil. Dans cette forme de perte sans problématique de deuil, il ne s'agit pas d’un deuil pathologique supposé mélancolique, mais bien d’une non-reconnaissance de la perte, ni dans sa réalité psychique ni dans ses effets de souffrance affective. Contrairement au deuil pathologique, le sujet PMD n’a pas besoin de refuser la perte car, pour lui, il n’aurait rien perdu. Ces non-deuils, ou ces pertes sans aucune valeur affective, sont appelées du terme de facteurs blancs.
Les facteurs blancs sont des événements négatifs, tragiques ou catastrophiques, tels qu’une perte érotique, un décès, une rupture brutale des conditions habituelles de vie, qui ne comportent pas une valeur de perte d’objet pour le sujet et qui, de surcroît, réactualisent la valeur vide due à la forclusion de la fonction paternelle. Les facteurs blancs sont appelés de la sorte parce qu’ils constituent autant d’espaces blancs, ou de trous dans le déroulement de la chaîne signifiante, qui mobilisent dangereusement le rejet de l’inconscient. Ils créent, en effet, des espaces vides qui engagent l’expérience énigmatique vis-à-vis de laquelle le sujet s’accommode plus ou moins bien depuis la catastrophe que constitue sa naissance. Cependant, s’il n’est pas obligatoire que ces facteurs soient tragiques, souvent ils le sont.
L'idée principale est que le rejet de l’inconscient fait retour avec force dans chaque facteur blanc et se connecte, par son intermédiaire, avec ce qui de la pulsion devient mortel. C’est ainsi que, dans les facteurs blancs, il n’y a pas à vrai dire un vécu affectif de perte et cette absence se retrouve aussi bien dans les conjonctures du déclenchement que dans la construction d’un délire de mort.
Couleurs du deuil
La couleur du deuil varie selon les cultures et mœurs.
Dans le monde occidental, cette couleur est généralement le noir
au Viêt Nam, en Corée du Sud ou en Inde, c'est le blanc.
au Japon, c'est le blanc et le noir.
en Chine, c'est le rouge combiné au blanc.
On peut voir de nombreux symboles dans ces couleurs :
le noir est l'obscurité, associée à la fermeture des yeux, au sommeil nocturne (la mort est fréquemment perçue comme un sommeil éternel), à l'absence de lumière sous la terre (lieu de sépulture, domaine d'Hadès où vont les morts dans la tradition antique grecque, lieu où est supposé se trouver l'enfer) ;
le blanc évoque la pâleur du mort, la lumière céleste, la vérité (dans certaines cultures, l'âme du mort a accès à des connaissances hors de portée des humains).
Toutefois, on peut noter que, si le noir est la couleur la plus associée au deuil du fait que c'est celle du grand deuil et, autrefois, de la liturgie des morts, d'autres couleurs de deuil sont admises : le violet (du lavande au mauve) -- qui est aujourd'hui la couleur liturgique de la messe des morts --, le gris et le blanc. On remarquera également qu'autrefois, à la Cour de France, la Reine portait le deuil de son époux en blanc (le « Deuil Blanc », très rigoureux), et le Roi portait le deuil en violet.