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Les vestiges du château de Rosenberg couronnent une colline aux pentes abruptes dominant la route qui autrefois reliait Hérisau à Saint-Gall. Ce sont les restes d'une habitation dont les murs mesuraient à leur base quelque trois mètres d'épaisseur. Aujourd'hui, ils s'élèvent encore en partie jusqu'à neuf mètres. Le plan, dicté par les conditions topographiques, n'est pas carré; ses côtés mesurent 19 et 20 mètres. L'assemblage angulaire présente de gros moellons. Comme seules les arêtes verticales ont été équarries, les bossages sont posés directement les uns sur les autres. Ont de plus subsisté une entrée tardive pratiquée au niveau du sol du côté sud et deux meurtrières d'origine s'élargissant vers l'intérieur, l'une dans la face nord, l'autre dans celle du sud. Les amorces d'une enceinte sont visibles à l'angle nordouest. Quant aux enfonçures qu'on remarque dans le sol de poudingue, elles sont sans doute l'indice d'un compartimentage de l'ouvrage. Dans ce qui fut la cour, on voit également les restes d'une citerne de 1,2 mètre de diamètre, profonde de 1,6 mètre. Juste devant le côté extérieur de la porte, des trous carrés ont été percés dans le rocher, ils logeaient peut-être les poteaux d'un bâtiment construit ultérieurement. A l'est, deux fossés en auge défendaient l'ouvrage. Les fouilles effectuées sur le plateau entre les fossés, là où l'on pensait que devaient se trouver des annexes de service, n'ont donné aucun résultat. Le château fort de Radegg, près d'Osterfingen, construit selon un plan assez semblable, comprenait lui aussi deux fossés et entre ceux-ci un plateau ménagé dans la roche calcaire. Ici non plus, les recherches n'ont pas permis d'établir l'existence de communs. N'avait-on prévu qu'un enclos pour le bétail ou y eut-il des bâtisses de bois dont il n'est absolument rien resté? Ou les archéologues ne disposaient-ils pas encore des moyens techniques qui leur auraient permis de dépister certains petits détails importants dans le terrain des fouilles? Il est difficile de répondre à ces questions.
Pour ce qui est des ruines de Rosenberg, elles ont été débarrassées de leurs décombres et les murs ont été consolidés par les soins de l'Association suisse pour la conservation des châteaux et ruines pendant les années trente. Les petits objets en fer et en céramique mis au jour lors de ces travaux sont exposés au musée d'histoire d'Hérisau. Ils fournissent d'intéressants renseignements sur la façon de vivre des habitants du château aux XIIIe et XIVe siècles. Vers 1200, deux châteaux furent érigés sur les biens-fonds que l'abbaye de Saint-Gall possédait dans la contrée alors boisée d'Hérisau, le château de Rosenberg et celui de Rosenburg. C'est sur des essarts que s'installèrent les seigneurs de Rorschach, ministériaux abbatiaux. En faisant déboiser des terres pour pouvoir les cultiver et les administrer, ils voulaient non seulement agrandir leur seigneurie territoriale, mais également affermir leur position. On ignore la date exacte de construction des deux ouvrages d'Hérisau. La lignée des Rorschach apparaît pour la première fois en 1176 dans les documents, qui font mention de deux frères, Rodolphe et Eglolf. A sa mort, ce dernier se nommait de Rosenberg, tandis que Rodolphe avait conservé le patronyme de Rorschach. II est donc permis de supposer que peu avant ou peu après la construction du château de Rosenberg (vers 1200), la famille se divisa en plusieurs branches. L'une d'elles garda le nom de Rorschach, une autre adopta celui de Rosenberg et une troisième celui de Rosenburg, deux noms qui souvent donnèrent lieu à de fâcheuses confusions.
Il n'est pas étonnant que pendant les guerres d'Appenzell, le château de Rosenberg, base abbatiale, ait été pris d'assaut et incendié. Il n'a jamais été relevé de ses ruines. La seigneurie et le fief, eux, demeurèrent encore quelque temps entre les mains des Rosenberg. En 1415, Rodolphe fit don de la moitié de sa propriété - l'autre moitié appartenait à ses soeurs Marguerite et Ursule à l'hôpital du Saint-Esprit de Saint-Gall. Un peu plus tard, les deux soeurs aliénèrent leur part à la commune d'Hérisau. Vers le milieu du XVe siècle, tout le site redevint propriété de l'abbaye, qui le conserva jusqu'en 1803. II passa alors au canton et deux ans plus tard, celui-ci le vendit à des particuliers. Aujourd'hui, les ruines de Rosenberg appartiennent à la commune bourgeoise.