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Monsieur F. Brioschi
Sénateur du Royaume d'Italie &c. &c.
à Milan1
Zurich, le 1r Août 1871
Monsieur
J'ai reçu votre honorée lettre du 27 écoulé, dans laquelle vous indiquez les modifications qu'il vous paraîtrait opportun d'apporter à la combinaison dont nous nous étions entretenus, en ce qui concerne le placement des actions et des obligations de la future Société du Chemin de fer par le S. Gothard.
Les modifications que vous proposez, se résument en ceci, que le Syndicat formé entre les Sociétés, banquiers, etc, de l'Italie, de l'Allemagne et de la Suisse, qui prendrait l'affaire en mains, se chargerait de la totalité des actions, dont il verserait le 10% au moment de la constitution de la Société du S. Gothard. Ce Syndicat s'occuperait du placement des actions, ainsi que de celui des obligations.
Ces modifications donnent lieu toutefois à quelques objections sérieuses. Mais, avan tout, Monsieur, il est nécessaire, pour que vous puissiez bien saisir mon idée, que je vous explique quelle est la position et la marche à suivre.
Le Comité du S. Gothard est actuellement en possession des concessions relatives aux lignes composant le réseau qu'il s'agit de construire, et c'est lui qui est chargé de former une Société apte à construire et à exploiter ce réseau. Ce Comité demandera donc, avant de céder les concessions, que le Syndicat lui fournisse des garanties suffisantes qu'il dispose de moyens financiers nécessaires pour assurer, d'une manière complète, la bonne exécution de l`entreprise. Cette condition a d`autant plus d'importance que le Syndicat, une fois qu'il sera devenu concessionnaire du réseau du| S. Gothard, sera tenu – d'après le Traité international et les arrêtés de l'Assemblée fédérale Suisse, – de fournir au Conseil fédéral cette même preuve que la Société qui se chargera de construire et d'exploiter le réseau du S. Gothard possède des moyens suffisants pour exécuter l'entreprise. Il est hors de doute que le Conseil fédéral, vu la grande responsabilité qu'il assume ainsi vis-à-vis des Etats cointéressés, ne traitera pas à la légère la question des garanties à fournir.
Or, il me semble qu'un versement de 10% seulement du capital-actions ne suffirait sans doute pas, ni aux yeux du Comité, ni vis-à-vis des Autorités du pays, pour établir la preuve voulue quant aux moyens financiers, dont dispose la Société exécutrice. En outre, aussi longtemps qu'il n'y aurait que de faibles versements effectués sur les actions, il serait excessivement difficile de placer les obligations par voie de souscription publique.
J'estime donc qu'il faudrait un versement d'au moins 40% du capital-actions de la part des Sociétés, établissements financiers et maisons de banque des différents pays qui formeraient le Syndicat en question, et qu'il serait, de plus, nécessaire que ce même Syndicat se chargeât d'un capital-obligations d'à peu près 25 millions, ou qu'il s'assurât, pour cette somme, le concours d'autres établissements financiers ou maisons de banque. Pour que ces obligations aient une portée réelle quant aux garanties à fournir, il faudrait qu'un premier versement d'à peu près 20 à 30% sur le montant des obligations fût effectué.
J'ose espérer que ces explications vous amèneront à partager ma manière de voir, et qu'après en avoir conféré avec vos amis, la participation des capitaux italiens, pour un tiers environ, pourra | être également considérée comme assurée.
Dans l'attente de vos ultérieures communications, – que je vous prie de hâter autant que possible, vu qu'il se pourrait que des résolutions décisives par rapport à la formation de la Société du S. Gothard fussent prises déjà dans la première moitié de la semaine prochaine, – je vous réitère, Monsieur, l'assurance de mes sentiments d'estime
Votre dévoué 2