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Au stade actuel, la crise bancaire qui secoue les marchés est la plus grave depuis le krach de 1929, selon plusieurs observateurs. Historien de l'économie à Genève, Youssef Cassis compare les deux cataclysmes financiers.Ce contenu a été publié le 10 octobre 2008 - 09:56
«Tout le monde sait que nous traversons la pire crise financière depuis la Grande Dépression de 1929.» C'est le verdict lancé par le Démocrate Barack Obama lors du dernier débat télévisé avec l'autre candidat à la présidence des Etats-Unis, le Républicain John McCain.
En Suisse, le spécialiste de la finance Arturo Bris – professeur à l'institut IMD de Lausanne - assure, lui, qu'elle est même pire qu'en 1929, en raison de l'interdépendance de l'économie globalisée.
Professeur d'histoire économique et sociale à l'Université de Genève, Youssef Cassis précise les points de convergence et de divergences entre les deux krachs.
swissinfo: Cette crise pourrait-elle dépasser celle de 1929?
Youssef Cassis: Il est trop tôt pour le dire. Il y a un mois, je vous aurais répondu par la négative. Aujourd'hui, je suis moins catégorique, même si je ne vois pas la crise actuelle dégénérer comme celle des années 30, qui a commencé avec une crise boursière suivie d'une crise économique, le tout accompagné d'erreurs de politique économique.
Aujourd'hui, nous sommes face à une crise bancaire. Et ce, même si les répercussions sur l'économie ne manqueront pas. Cela dit, mon métier d'historien m'a appris à être prudent en matière de prévision.
swissinfo: Quelles sont les similitudes avec 1929?
Y C: Ce sont celles que l'on retrouve dans chaque crise: une spéculation excessive, des niveaux records d'emprunt pour spéculer. Dans les années 20 apparurent également, en particulier à Wall Street, de nouveaux instruments financiers et une multitude de sociétés d'investissement destinées en principe à répartir les risques. Des instruments utilisés en fait pour spéculer.
Il faut aussi rappeler que notre système économique évolue selon des cycles marqués par des périodes de ralentissement et de forte croissance.
swissinfo: Aujourd'hui, la plupart des gouvernements et des banques centrales font feu de tous bois pour juguler la crise. Est-ce la différence majeure avec 1929?
Y C: En 1929, le système monétaire qui prédomine repose sur l'étalon or. Ce qui engendrait des politiques restrictives des gouvernements accompagnées de hausse des taux d'intérêt. Ce qui a fortement freiné l'activité économique.
Aujourd'hui, nous sommes sous un régime de taux de changes flottant et les autorités monétaires - en premier lieu l'Américain Ben Bernanke (président de la Réserve fédérale américaine) - injectent autant de liquidité que nécessaire pour tenter de relancer les mécanismes de crédit et les emprunts interbancaires qui sont bloqués.
Il faut aussi souligner que la crise d'aujourd'hui est plus complexe qu'en 1929, si l'on songe en particulier aux produits financiers lancés depuis une vingtaine d'années, que peu de gens comprennent vraiment. Il s'agit donc d'une situation nouvelle, pouvant entrainer des conséquences inattendues. Et ce, dans un contexte où l'économie est plus mondialisée et plus ouverte qu'en 1929.
swissinfo: Pour l'heure, la Suisse semble relativement épargnée par la crise et son gouvernement reste discret. Qu'en était-il dans les années 30?
Y C: Après la grave crise bancaire qui frappe l'Allemagne en 1931, beaucoup de banques suisses sont fortement touchées. Les 8 grandes banques suisses de l'époque ont en effet beaucoup investi en Allemagne. Ce qui amène le gouvernement suisse à sauver de la faillite la Banque populaire suisse. La Banque d'escompte suisse, elle, fait faillite. Et ce, dans le canton de Genève, gouverné par le socialiste Léon Nicole.
swissinfo: Les grandes crises financières ont-elle conduit à des changements de politique économique?
Y C: La crise des années 30 est suivie par des mesures de réglementation bancaire et financière inconnues jusque là. Et ce, dans quasiment tous les pays concernés. Et c'est aux Etats-Unis que ces mesures vont le plus loin, avec par exemple la séparation entre les activités de banque commerciale et celles de banque d'investissement.
En Suisse, cette séparation n'est pas exigée. Mais d'autres mesures sont mises en place, comme l'instauration de la Commission fédérale des banques et du secret bancaire.
Une certaine méfiance des marchés s'installe par la suite. Ce qui se traduit par l'instauration de politiques keynésiennes après la Seconde Guerre mondiale. Ces politiques de plein emploi et de relance resteront en vigueur durant les 3 décennies après la guerre.
Cela dit, l'histoire ne se répète jamais à l'identique et tous dépendra de la gravité de la crise actuelle.
swissinfo: La crise que nous traversons pourrait-elle remettre en cause les visions et les politiques à court-terme en vigueur dans la finance et le reste de l'économie?
Y C: C'est possible. Ces 20 dernières années ont été marquées par le triomphe du marché, la défense des actionnaires. Les performances des entreprises étaient jugées à l'aune du cours de leurs actions. En d'autres termes, ces années ont été marquées par la prédominance d'un capitalisme à l'anglo-saxonne, par opposition à un capitalisme allemand et européen. Mais il est encore trop tôt pour dire que nous allons changer de modèle.
Interview swissinfo: Frédéric Burnand à Genève
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11 janvier: Bank of America rachète Countrywide Financial menacé de faillite.
17 février: Londres annonce la nationalisation de l'établissement de crédit immobilier Northern Rock.
7 septembre: L'Etat américain prend le contrôle des deux géants du refinancement du crédit immobilier Fannie Mae et Freddie Mac.
14 septembre: Faillite de Lehman Brothers , la quatrième banque d'affaires américaine et rachat de la troisième, Merrill Lynch , par Bank of America.
17 septembre: Goldman Sachs et Morgan Stanley, les deux dernières banques d'investissement américaines indépendantes, plongent à Wall Street.
18 septembre: La Fed porte à 247 milliards de dollars ses lignes de swaps en devises: 110 milliards de dollars avec la BCE, 27 milliards avec la BNS, 60 milliards avec la Banque du Japon, 40 milliards de la Banque d'Angleterre et 10 milliards avec la Banque du Canada.
22 septembre: La première banque japonaise Mitsubishi UFJ Financial annonce son intention d'acquérir jusqu'à 20% du capital de Morgan Stanley.
29 septembre: La Chambre des représentants rejette le plan Paulson de sauvetage du secteur financier, faisant plonger la Bourse de New York. L'indice Dow Jones finit en baisse de 6,98%, sa plus forte chute en pourcentage depuis le krach d'octobre 1987 et la plus importante en termes de points de son histoire.
30 septembre: La France, la Belgique et le Luxembourg volent au secours de la franco-belge Dexia.
1er octobre: Le Sénat américain approuve le plan d'assainissement du système financier de 700 milliards de dollars après l'avoir modifié.
3 octobre: La Chambre des représentants vote le plan Paulson en 2e lecture.
8 octobre: Confrontées à la panique des marchés financiers, six banques centrales lancent une action surprise coordonnée de baisse de leurs taux directeurs.
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