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21/08/2012
Joseph de Maistre et les Jeux olympiques
Peu après 1789, la France eut l'idée de ressusciter les Jeux olympiques, ainsi que je l'ai découvert en lisant Joseph de Maistre: car il en contestait formellement l'utilité et le sens. Il rappelait que, dans l'Antiquité, ces Jeux émanaient du culte de Zeus, qui n'existait plus. Le premier arrivé à la course était regardé comme le béni du dieu dont Olympie célébrait en particulier le culte. On se souvient que le temple de Zeus y abritait une statue du dieu sculptée par Phidias, et qu'elle était tellement belle, disait-on, que l'artiste avait dû être invité dans l'Olympe, et pu le voir de ses propres yeux: il l'avait ensuite reproduit à l'identique!
La petite montagne surplombant le sanctuaire avait été, selon les dépositaires des mystères, le théâtre de la lutte entre Zeus et Kronos son père: là le roi de l'Olympe avait châtré le Titan. Le monde en était donc issu: Zeus était la force par laquelle les lois s'imposaient à la nature. Et le vainqueur aux Jeux, tiré par sa virilité, volant sur la piste, était à l'image de Zeus: son esprit l'habitait. Sa victoire reflétait celle du dieu. Elle était toujours regardée comme un prodige: la fleur de la nature touchait au divin.
Pour Joseph de Maistre, l'idée que les dieux pussent intervenir dans une course était dépassée: l'Église avait proscrit à ce titre le duel judiciaire parce que Dieu ne pouvait, selon elle, être contraint de participer à un combat; la victoire n'avait donc aucune espèce de signification. Maistre était persuadé, du coup, que les hommes se désintéresseraient de ces Jeux olympiques restaurés.
Ce ne fut pas le cas: on a continué à attribuer à la victoire sportive un sens moral, quoiqu'il fût plus vague que dans l'Antiquité. Pour réveiller l'intérêt, toutefois, on a inséré à la manifestation un aspect qui à l'origine n'était pas prévu: la concurrence entre les nations. Il sert d'aiguillon: sans elle, on n'y serait pas aussi sensible qu'on l'était dans les temps antiques: Joseph de Maistre n'avait pas tort. On s'identifie aux athlètes de sa nation, et la passion s'installe. C'est lié à l'essor des nationalités, dans le contexte mondialisé de la fin du dix-neuvième siècle.
Il faut rappeler que les Jeux olympiques de l'Antiquité ont perdu de leur prestige à l'époque romaine: le seul vrai dieu devant au fond être l'Empereur, il n'était pas question qu'un autre que celui-ci gagnât, et Caligula, un jour, organisa une course dans laquelle il devait être déclaré le seul vainqueur: nul n'avait le droit de le dépasser! Il était forcément l'élu de Zeus... Les Jeux olympiques ne s'en remirent jamais. Leur lien avec les vieux mystères s'était rompu.
Sans le concours des États et leur volonté de nourrir le sentiment national, la manifestation n'aurait pas lieu, ou n'intéresserait guère, je crois.