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Petits moyens, grands effets – depuis 75 ans
Dans son point de collecte à Männedorf, les paroisses suisses ont récupéré des tonnes de vêtements, chaussures, articles ménagers, couvertures, savons, conserves, pommes de terre, etc. Durant ses dix premières années d’existence, l’EPER réquisitionne 1900 wagons de chemins de fer pour acheminer des biens à la population démunie des pays voisins ravagés par la guerre.
Décembre 1949 : des enfants venus de Mühlheim rentrent chez eux après un séjour de trois mois en Suisse. Dès 1946, l’EPER organise des vacances de trois mois dans des familles d’accueil pour les enfants réfugiés ou vivant dans des régions ravagées par la guerre. Bon nombre d’entre eux ont été « nourris comme il se doit », se souvient une ancienne collaboratrice de l’EPER. Durant les dix premières années d’existence de l’EPER, plus de 6000 enfants et jeunes ont ainsi pu séjourner en Suisse.
Dans le Tessin, l’EPER accueille des personnes venues du monde entier, toutes confessions confondues, pour des séjours de repos ou de détente ou des rencontres. Heinrich Hellstern, le premier secrétaire général de l’EPER, écrit à ce propos : « Des personnes épuisées, accablées, découragées ou désespérées sont venues. Pour la première fois depuis plusieurs années, elles ont pu se détendre, se sentir en paix et nouer des amitiés. Elles sont rentrées chez elles bien plus fortes et ont pu reprendre leur travail. […] Ici, elles ont enfin vu autre chose que des ruines. En vivant de nouvelles expériences, notamment pacifiques, elles ont aussi pu se remettre psychologiquement. »
En 1949, l’EPER reprend les activités de l’aide protestante aux réfugiés en Suisse. Deux ans plus tard, elle fonde Pelikan, un home pour les personnes âgées réfugiées et réformées et orthodoxes qui se trouvent dans une situation d’asile durable. Bon nombre d’entre elles viennent des pays de l’Est et en particulier de Russie. Elles se sont retrouvées en difficulté sous le nouveau régime communiste qui a suivi la seconde guerre mondiale. Ce home a été géré pendant plus de 40 ans par l’EPER et est devenu un EMS régional.
Offrir son aide dans sa forme originale : en 1955, l’EPER envoie 50 chèvres suisses en Grèce grâce aux fonds Aide suisse à l’Europe. Elles sont offertes aux orphelinats et aux familles de paysans précarisées.
Grâce aux collectes des Eglises cantonales, l’EPER lance son premier projet de développement au Sud : un atelier d’apprentis outilleurs au sud de l’Inde. Les débuts sont difficiles. Les organes ecclésiastiques de la région ont du mal à accepter les apprentis qui ne sont pas de confession chrétienne. Pour l’EPER, c’était une condition non négociable dès le départ. En 1982, la Nettur Technical Training Foundation devient indépendante financièrement et est désormais dirigée par des personnes indiennes.
En 1960, le secrétaire général Hellstern se rend au Congo avec son projet d’ateliers pour apprenti.e.s. Il est toutefois contraint de l’abandonner. Peu de temps après, la République démocratique du Congo devient indépendante. Elle ne compte que 13 Congolais diplômés de l’enseignement supérieur sur une population totale de 15 millions d’habitants. L’EPER décide donc de se concentrer sur le domaine de la formation. Le pays exprime le souhait d’avoir un bon collège protestant. Ainsi, l’organisation construit des écoles et envoie des professeurs suisses sur place. Ils donnent cours aux enfants et forment à leur tour d’autres enseignantes et enseignants congolais.
On raconte que c’est sur les rives du fleuve congolais, au cœur de l’Afrique, que le secrétaire général Heinrich Hellstern et Hermann Witschi auraient eu l’idée de ce coup de maître. Inspirés par la Mission de Bâle (Basler Mission),ils montent une campagne nationale intitulée « Pain pour mon frère ». Les premiers événements de lancement dans les cantons ont lieu en septembre 1961. Cette collecte d’une durée de trois ans permet de lever 16 millions de francs pour des projets de développement menés par l’EPER et la mission protestante.
« Une collaboratrice a préparé et encouragé cette femme noire à l’exercice de ses droits de citoyenne. Elle s’inscrit ici au registre électoral. », selon la légende de l’image tirée du rapport annuel de l’EPER. En 1968, l’EPER soutient le projet du Delta Ministry au Mississipi. En cette année marquée par l’assassinat de Martin Luther King, elle envoie ainsi un signe fort contre le racisme et pour l’égalité des droits aux Etats-Unis.
L’EPER fait preuve d’un engagement fort en faveur des populations opprimées en Angola, au Zimbabwe et en Afrique du Sud. Elle les soutient dans leur lutte pour l’égalité des droits. Elle participe également à un programme anti-racisme mené par le Conseil œcuménique des Eglises, ce qui lui attire de nombreuses critiques. En 1986, elle met fin à ses relations avec l’Union de banques suisses (UBS), qui a violé volontairement l’embargo de l’ONU. La position de l’EPER déclenche la colère d’une partie de l’opinion publique suisse.
Entre 1979 et 1980, environ 7000 réfugiés indochinois venus du Vietnam et du Cambodge arrivent en Suisse. Leur accompagnement et leur intégration représente une grande responsabilité pour les œuvres d’entraide, notamment l’EPER. Pour assumer leur mandat, qui consiste à « leur offrir un accueil humain », elles ont impérativement besoin de l’implication active de la population. Plus de 700 groupes sont constitués pour accompagner les personnes réfugiées au quotidien.
Face à l’afflux constant de réfugiés, le Service aux réfugiés devient le plus grand Département de l’EPER. Les bureaux régionaux de l’EPER sont créés vers 1985. Le premier bureau de consultation juridique de l’EPER pour les personnes réfugiées ou demandant l’asile voit le jour en 1984. En 1985, le bureau régional de Bâle lance un projet pionnier : « l’aide au logement pour les demandeurs d’asile » de l’EPER. Il permet de décentraliser l’hébergement de ces personnes et leur accompagnement au logement.
Les autorités ont une montagne de demandes d’asile à traiter – pas moins de 32 000 – et exécutent des renvois même dans des cas de rigueur. L’EPER lance des référendums. Elle organise des manifestations silencieuses pour lutter contre l’aggravation des débats sur l’asile et le durcissement dans l’application de la loi sur l’asile et pour une politique d’asile humaine. Au printemps 1985 paraît un mémorandum intitulé « Aux côtés des réfugiés ». Il a été corédigé par les trois Eglises nationales et le Service aux réfugiés de l’EPER.
Suite à l’effondrement du régime communiste en Roumanie, l’EPER organise le premier transport d’aide des grandes œuvres d’entraide suisses. Peu de temps après, elle lance un programme de développement rural. L’EPER permet aux jeunes paysans roumains de faire des stages dans les Grisons et soutient la création de coopératives, telles que les fromageries et les menuiseries. Elle fonde la fondation Rural finance LAM pour promouvoir l’agriculture et les petites entreprises. Elle existe encore à ce jour.
Dans son travail de reconstruction après la guerre des Balkans, l’EPER joue le rôle d’intermédiaire et fournit une aide d’urgence partout où cela est possible. Elle alloue plusieurs millions de francs à l’acheminement de biens de première nécessité en Bosnie, dans plusieurs régions de la Serbie, en Croatie, et plus tard au Kosovo. Des dizaines de milliers de réfugiés se rendent en Suisse. L’EPER soutient bon nombre d’entre eux, soit en les accompagnant et en les conseillant, soit en les aidant à préparer leur retour.
En 1991, la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (aujourd’hui EERS) élargit le mandat octroyé à l’EPER pour son travail en Suisse. Il comprend désormais l’« Engagement pour les personnes socialement défavorisées ». L’EPER met le savoir-faire acquis en accompagnant des personnes issues d’une autre culture – au service de projets également ouverts aux personnes suisses socialement défavorisées. En 1993, elle fonde son premier projet national pour les Suissesses et les Suisses socialement défavorisés : à Birseck, les personnes souffrant d’une addiction bénéficient d’un accompagnement au logement. Des projets notamment destinés à soutenir les personnes au chômage viennent s’ajouter par la suite.
« L’EPER est convaincue que sans réforme agraire sociale, il n’y aura pas de paix. L’accès à la terre est donc au cœur de tous nos programmes en Amérique latine », lit-on dans le rapport annuel de 1995. Au Brésil, l’EPER commence notamment à soutenir le Mouvement des sans-terre (MST). En 1997, elle organise l’exposition itinérante TERRA pour présenter les œuvres du célèbre photographe brésilien Sebastião Salgado.
Pour la première fois, le Bureau régional des deux Bâle loue des jardins communautaires aux personnes réfugiées seules ou à leur famille. Les personnes réfugiées et migrantes ont souvent beaucoup perdu en quittant leur pays. Au sein des « Nouveaux Jardins », elles peuvent retrouver une certaine stabilité, établir leurs racines dans leur nouveau lieu de vie et nouer des liens. Aujourd’hui, les bureaux régionaux de l’EPER gèrent 30 « Nouveaux Jardins » dans toute la Suisse.
En 2015, plus de 60 millions de personnes sont en fuite. Bon nombre d’entre elles tentent de rejoindre l’Europe. Début 2016, bon nombre de pays situés le long de la route des Balkans ferment leurs frontières. L’EPER est présente en Serbie, où elle soutient la mise en place et l’entretien de logements pour les réfugiés. En outre, elle soutient un projet de « couloirs humanitaires » vers l’Italie. Il permet aux réfugiés de guerre syriens particulièrement vulnérables de prendre l’avion pour rejoindre l’Italie en toute sécurité.
En 2016, l’EPER lance la campagne nationale « Annoncer la couleur ». Une large coalition d’œuvres d’entraide, d’institutions sociales et d’individus appellent les responsables politiques et le public à davantage de solidarité, à une discussion constructive autour des personnes réfugiées et à une politique de l’asile humaine. Pour lancer la campagne, une tour de l’Eglise Grossmünster, située à Zurich, est parée symboliquement d’un bracelet « Annoncer la couleur ».
Au printemps 2020, le coronavirus met le monde sens dessus dessous. L’EPER lance très rapidement un programme d’aide d’urgence de grande envergure en Suisse et dans les pays où elle est active afin de soutenir les personnes qui sont particulièrement touchées par la crise.