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À la conquête sportive, spirituelle et commerciale d’une nature alpine idéalisée: la mobilisation des réseaux alpinistes actifs entre le Japon et la Suisse (1920-2000)
Depuis les années de l’entre-deux-guerres, on assiste à un phénomène de «mondialisation alpine», via l’extension progressive de l’alpinisme hors de son territoire d’origine européenne. Celui-ci va s’amplifier et déboucher sur l’exploitation économique et commerciale mondialisée d’un label suisse attaché à l’image de marque des Alpes helvétiques. Notre contribution se concentre sur le cas des transferts sportifs et culturels dans le domaine de la conquête alpine entre la Suisse et le Japon.
Pays insulaire pourtant largement défini par son rapport particulier à la montagne, le Japon a fait de celle-ci un élément essentiel de son paysage mental. L’alpinisme comme pratique sportive a été introduite à la fin du 19e siècle par des Anglais établis au Japon, qui ont notamment surnommé «Alpes japonaises» une chaîne de montagnes de la région de Nagano. Il s’est ensuite développé durant l’entre-deux-guerres grâce aux activités de sportifs japonais ayant fait l’expérience de la conquête des Alpes suisses et des Montagnes rocheuses.
Ce phénomène d’échanges réciproques, de réinterprétations symboliques ou décantations progressives de stéréotypes alpins helvétiques entre le Japon et la Suisse (la face Nord de l’Eiger, le Cervin, la figure d’Heidi, etc.) sera abordé au travers de plusieurs récits et images des Alpes helvétiques évoqués notamment dans la revue du Club alpin japonais Sangaku. Ces représentations parfois très idéalisées d’une pure nature montagnarde seront interprétées et déconstruites à partir de la mise en évidence des réseaux de sociabilité tissés au fil du temps par des alpinistes suisses et japonais. Nombre d’entre eux se sont engagés ou intéressés au développement de contacts touristico-sportifs comportant d’importantes retombées au niveau de l’économie, du commerce, voire de la diplomatie culturelle pour ces deux pays.