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Le chef de la CICIG au Guatemala estime que son institution a rassemblé suffisamment de preuves de torture contre Erwin Sperisen. Il contredit l'avocat du double national à Genève qui estime que son client est ciblé pour des faits dont il a été acquitté.
La Commission internationale de lutte contre l'impunité au Guatemala (CICIG) et le procureur spécial de ce pays avaient mis en cause il y a quelques semaines plusieurs personnes dont l'ancien chef de la police nationale pour des actes de torture présumés. Le 22 octobre 2005, 19 détenus s'étaient échappés d'une prison de haute sécurité au sud de la capitale guatémaltèque, selon le parquet. Sept d'entre eux ont été exécutés hors du cadre légal et 12 capturés.
Avec l'ancien ministre de l'Intérieur Carlos Vielmann, Erwin Sperisen, en attente d'un jugement du Tribunal fédéral (TF) sur un autre volet, aurait perpétré de mauvais traitements sur certains détenus repris. L'ancien membre du gouvernement a été inculpé ce mardi pour torture et plusieurs ex-policiers pour exécution extrajudiciaire.
Interrogé sur la valeur suffisante des preuves devant un tribunal, le chef de la CICIG Ivan Velasquez dit dans un entretien à Keystone-ATS: "Nous pensons que oui". Plusieurs témoignages directs de victimes et d'autres indirects ont été rassemblés, ajoute-t-il, de passage à Genève.
Cas différents
"La CICIG continue de prétendre que mon client faisait partie d'une organisation criminelle au sein de l'Etat guatémaltèque alors qu'il a été jugé et acquitté pour ces faits", avait dit récemment à Keystone-ATS l'avocat du double national, Giorgio Campa. Il dénonçait alors une "persécution politique" qui "achève de jeter le discrédit sur la CICIG".
Le TF "a considéré que les preuves matérielles versées au dossier contredisaient les accusations d'actes de torture, lesquelles ont été purement et simplement écartées", avait fait remarquer Me Campa. M. Velasquez rétorque que les investigations actuelles portent sur des cas différents et n'empêchent pas la justice guatémaltèque de se pencher sur de nouveaux faits.
A Genève, Erwin Sperisen a été condamné il y a quelques mois en appel à quinze ans de prison pour complicité dans l'assassinat de sept détenus d'une autre prison en 2006. Mais ses avocats ont recouru au TF.
M. Velasquez ne souhaite pas s'exprimer sur la personnalité du double national. Il sait aussi qu'Erwin Sperisen ne sera jamais jugé dans son pays pour les nouvelles accusations, comme la Suisse n'extrade pas ses ressortissants et que des procès par contumace ne sont pas prévus au Guatemala.
CICIG "efficace"
Désormais, le chef de la CICIG travaille de Bogota et New York depuis que le président guatémaltèque Jimmy Morales lui a interdit l'entrée du territoire de son pays en septembre dernier. La Commission avait auparavant demandé la levée de son immunité en raison du financement de sa campagne.
La cour constitutionnelle a donné raison au procureur colombien, mais il ne veut pas risquer d'être accusé par les autorités de "briser l'ordre constitutionnel". Elu sur la promesse de lutter contre la corruption, M. Morales s'est mis "en contradiction" avec l'action de la CICIG, déplore M. Velasquez.
Mais l'institution a montré au monde que ce combat est "possible" et "peut être efficace", et qu'elle a mis fin à l'impunité dans ce pays. De nombreux cas sont pendants.
Récompensé pour son travail
M. Velasquez a reçu cette année avec l'ancienne procureure générale du Guatemala Thelma Aldana le Prix Right Livelihood, considéré comme le "Nobel alternatif". Cette récompense honore "le peuple guatémaltèque qui s'est engagé dans la lutte contre la corruption", dit-il. Et la volonté d'établir un système juridique indépendant et "un véritable Etat de droit" dans ce pays.
Le mandat de la CICIG s'achèvera en septembre prochain par décision de Jimmy Morales. Celui-ci ne pourra toutefois pas se représenter et l'arrivée d'un nouveau chef de l'Etat après la présidentielle de juin pourrait peut-être relancer la Commission dès 2020.
"La CICIG a fait très peu au regard de tout ce qui s'est passé au Guatemala", selon M. Velasquez. Si elle est dissoute, lui-même ne sait pas ce qu'il fera. Il pourrait oeuvrer dans son pays au service du processus de paix. "Il y a beaucoup de difficultés", dit-il. Notamment des assassinats d'ex-rebelles et dirigeants sociaux, ou certaines décisions du gouvernement.