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L’épidémie de grippe 2017/18 a débuté dans la deuxième semaine de décembre 2017 pour s’achever mi-avril 2018. Cette longue période n’est pas toujours la règle. En 2016-2017, l’épidémie a commencé à la même période, mais elle n’a duré que jusqu’à fin février. L’épidémie de 2015-2016, elle, a été plus tardive avec un début à la mi-janvier, pour une fin à mi-avril. L’épidémie 2017/18 a provoqué, en Suisse, quelque 300’000 cas déclarés, affectant de préférence les très jeunes enfants (0-4 ans), mais pas que. Les 30-64 ans et les plus de 65 ans ont été également des cibles préférentielles du virus. Quatre souches virales ont circulé durant l’épidémie, les deux souches du type A, H3N2 et H1N1*, et deux souches B, Victoria et Yamagata. Des quatre, c’est la souche B Yagamata qui a été prépondérante, responsable de plus de 60% des cas déclarés (Informations tirées d’un Bulletin de l’OFSP, voir ci-dessous**).
Indépendamment du moment où l’épidémie 2018/19 va débuter, c’est maintenant qu’il faut penser à se faire vacciner. Le vaccin est un vaccin inactivé (cf. La vaccination) contenant les deux souches de type A, plus, soit la souche B Victoria seule (vaccin trivalent), soit les deux souches B (vaccin quadrivalent). La souche B Yagamata a été rajoutée au vaccin en 2014, lorsqu’il a été reconnu qu’une part importante des infections par la souche B n’était pas sensible au vaccin contenant uniquement la souche Victoria. Un nouveau virus de type B a donc progressivement dérivé de la souche B circulant, sans que cette dernière soit éliminée. Cette émergence sans disparition de la souche parent est surprenante, et il sera intéressant d’en suivre l’évolution. La prépondérance de la souche B Yagamata lors de la dernière épidémie, pourrait être le signe qu’elle est en train de prendre le dessus sur B Victoria. Ou alors, c’est peut-être le résultat d’une vaccination faite principalement avec le vaccin trivalent, laissant libre cours à B Yagamata de développer « son » infection.
Les souches qui font partie des vaccins sont recommandées par l’OMS qui, en suivant les virus circulant durant l’hiver de l’hémisphère austral, tente d’anticiper ceux qui vont circuler durant l’hiver de l’hémisphère nord (et inversement). Le Tableau 3, tiré du même document de l’OFSP cité ci-dessus**, présente ces recommandations pour l’épidémie 2017/18 et pour l’épidémie à venir 2018/19. Pour le fun, il vaut la peine de s’y attarder. Un mot sur la nomenclature qui apparaît barbare, mais qui est toute simple. D’abord un A ou un B qui définit le type / ensuite le nom du lieu où la souche de virus a été isolée (Brisbane, Phuket, Colorado etc.) / suit un chiffre qui fait référence au numéro de la souche isolée en cet endroit (60 signifie que c’est le 60ème isolat) / finalement l’année de l’isolat. Ainsi pour le virus B Yamagata, il est de type B et représente le 3073ème isolat effectué à Phuket en 2013. Pourquoi s’appelle-t-il Yamagata ? Peut-être parce que la chercheuse qui l’a caractérisé s’appelait Yamagata ou que son copain ou sa grand-mère s’appelait ainsi. Dans le Tableau 3, on voit que la même souche B Yamagata est utilisée pour les vaccins 2017/18 et 2018/19. Regardons maintenant la souche B Victoria. Celle dans le vaccin 2017/18, isolée à Brisbane en 2008, a été remplacée par celle isolée dans le Colorado en 2017. Le virus B Victoria circulant a donc subi une évolution significative depuis 2008, ce qui a nécessité une mise à jour en remplaçant dans le vaccin le virus 2008 par celui isolé en 2017. Même scénario pour la souche A (H3N2). Le virus isolé à Hong Kong en 2014 a été remplacé par celui isolé à Singapour en 2016. Ici l’évolution a été plus rapide. En l’espace de deux ans, il a fallu faire une mise à jour. Ces mises à jour sont nécessaires si l’on veut que les souches vaccinales correspondent aux virus circulant, responsables des épidémies. Il arrive parfois qu’entre le moment où les recommandations sont faites, en février de l’année en cours, et le moment où l’épidémie se déclare, quelque 10 mois plus tard, un virus circulant ait évolué, rendant le vaccin moins efficace pour combattre ce virus. C’est qu’il faut de quatre à six mois pour préparer les vaccins de l’année. Ainsi l’efficacité de la vaccination varie selon les virus circulants et selon l’âge des personnes vaccinées (cf. Note 1).
S’il ne fallait retenir qu’une chose de tout ce blabla, c’est qu’il faut se vacciner. Se vacciner, même si le taux de protection n’est pas toujours optimal, particulièrement chez les personnes de plus de 65 ans (cf. Note 2) . Se vacciner, même si le vaccin peut ne plus être tout à fait adéquat pour une de ses souches. Se vacciner pour se protéger. Se vacciner pour protéger ses proches, jeunes enfants, personnes de plus de 65 ans, personnes souffrant d’une autre pathologie ou immuno-supprimées. Attraper ou ne pas attraper la grippe apparait comme un choix personnel, ne pas la transmettre aux personnes à risque devient un impératif qui limite ce choix. * Pour la nomenclature des souches de type A, voir Virus H1N1, H3N2…
**Sentinella-OFSP-Bulletin : BU_18_18_FR-1 .
Note 1. Pour l’épidémie 2017/2018, l’efficacité de la vaccination a été estimée entre 25 et 52 %, un taux jugé faible (OFSP-Bulletin 32 du 6 août 2018).
Note 2. L’Office Fédéral de la Santé Publique a répertorié, pour l’année en 2016, 89 décès attribués à la grippe. Près de 90% de ces décès concernait des personnes de plus de 65 ans.
Mis à jour le 14 mars 2019.