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Pourquoi les animaux ne parlent-ils pas
En introduction à la journée d’études du Réseau thématique «Langage et communication» (lire ci-après), Stephen R. Anderson, professeur de linguistique, de sciences cognitives et de psychologie à l’Université de Yale, donnera une conférence le 1er octobre sur la place du langage humain dans le monde animal. Entretien.
Danse des abeilles, chant des baleines, «peep» des bonobos… en quoi ces formes évoluées de la communication animale diffèrent-elles du langage humain?
S. Anderson: Chez les animaux, toutes les formes de communication sont limitées de deux façons fondamentales. D’une part, les animaux ne peuvent pas fournir d’informations sur le passé, ni sur ce qui est hors de leur vue, encore moins sur des choses qui n’existent pas. D’autre part, la communication animale est fondée sur un inventaire fixe et relativement petit de signaux de base distincts qui ne peuvent pas être combinés pour fournir de nouvelles expressions. A l’inverse, les langues humaines sont toutes basées sur des modes de combinaison permettant de décrire de nouveaux concepts qu’il est possible de comprendre immédiatement et sans effort.
L’être humain est la seule espèce à avoir développé un langage aussi sophistiqué. En quoi cela a-t-il été un avantage évolutif?
La capacité d’exprimer et de mémoriser un nombre illimité d’expériences permet de partager et d’accumuler des connaissances. En l’absence de langage, le développement de nos sociétés sur une période aussi brève de l’histoire n’aurait jamais été possible. La grande richesse de notre vie mentale et émotionnelle se fonde sur les interactions linguistiques que nous avons avec les autres. Du point de vue de l’évolution, il reste difficile de démontrer que l’acquisition du langage ait été un tel avantage concurrentiel qu’elle ait pu être inscrite dans le patrimoine génétique. Ce qui est évident cependant, c’est qu’une fois la société humaine devenue dépendante de la communication, les personnes en mesure d’acquérir rapidement et efficacement la langue de la communauté ont été avantagées.
Les animaux peuvent-ils renforcer la quantité d’informations transmises en fonction du contexte?
Nous n’avons presque aucune preuve que les animaux produisent des signaux avec l’intention de communiquer une information ou avec une réelle connaissance de l’information véhiculée. Leur comportement est en grande partie involontaire et reflète uniquement leur état interne. Certains animaux sont toutefois capables d’interpréter leur environnement et de comprendre le comportement de leurs congénères. Pendant longtemps, la tendance a été de traiter les signaux d’animaux comme des symboles porteurs d’information, à l’instar des mots de notre langue, mais il semble plus judicieux de voir la communication animale comme une capacité à interpréter le comportement des autres dans un certain contexte. Certains signaux sont produits dans des contextes très précis (par exemple, l’appel «aigle» d’un singe vervet, produit naturellement et spontanément lors de la présence de prédateurs aériens) et peuvent donc être interprétés facilement. Toutefois la plupart des signaux d’animaux ne sont pas émis dans des contextes si simples.
Qu’en est-il de la communication inter-espèces? L’homme a-t-il un espoir de communiquer avec des animaux?
La communication inter-espèces est une illusion. Outre les limitations biologiques, il est impossible d’imaginer être assez proche de la vie mentale d’une autre espèce pour pouvoir se livrer à une véritable communication. Dans ce sens, les tentatives menées pour apprendre le langage humain aux animaux sont intéressantes. Irene Pepperberg, dans son travail avec le perroquet Alex, a pu établir une sorte de communication avec lui, dans un domaine limité, qui lui a permis de sonder divers aspects des capacités cognitives du perroquet: sa capacité à extraire les propriétés d’un ensemble d’objets comme sa capacité à déterminer ce qu’un ensemble d’objets ont de commun ou de différent, etc. Le fait que les perroquets puissent produire des vocalisations qui résonnent comme la parole humaine peut faire croire qu’ils nous parlent, ce n’est pourtant pas le cas.