Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07206.jsonl.gz/620

«Je viens d’une famille de musicien, d’architecte et d’éditeur. Mon arrière-grand-père Hugo de Senger a une rue et une école de musique à son nom à Genève, son buste trône au conservatoire et son nom est gravé au-dessus de la scène du Victoria Hall. A la fois compositeur et chef d’orchestre, il a dirigé de nombreux orchestres en Suisse romande. Hugo de Senger, qui a compté parmi ses élèves Gustave Doret et Emile Jaques-Dalcroze, a aussi composé la musique de la Fête des vignerons en 1889. Venant de Bavière, il a épousé son élève Mathilde Trampedach, dont l’ami Friedrich Nietzsche était amoureux et avait demandé la main. Son fils Alexander, mon grand-père, fut un architecte renommé, il a construit notamment la gare de Saint-Gall et le siège de Swiss Re à Zurich. C’était l’ennemi juré de Le Corbusier, en qui il voyait le Lénine de l’architecture.
Mon père, François de Senger, est né en 1906, il a eu trois enfants d’une première union à Zurich, puis il s’est installé avec la sculptrice d’origine suédoise Natascha Michéew. C’est elle qui a créé au milieu des années 1960 la Petite Sirène qui trône sur son rocher en face de la plage de la Nymphe à Collonge-Bellerive. Ma mère, Lesley, est Anglaise. Je suis la benjamine, 100% Genevoise même si je n’ai, au départ, pas une goutte de sang suisse!
Mon père était éditeur, il a notamment lancé en 1949 le premier journal gratuit en Suisse romande, «Trente jours», qui a existé pendant cinquante ans. Il possédait des journaux à Zurich et une régie publicitaire que la famille a revendue en 2000 au groupe Edipresse. La régie Senger Annoncen faisait alors le fermage publicitaire pour des titres aussi différents qu’«Annabelle», «Bilanz» ou «Bilan».
Après mes études à la HEI, j’étais si baignée dans le monde de la pub que je m’imaginais rejoindre l’univers de «99 francs» de Beigbeder en postulant chez Radio Lac. Je me suis vite rendu compte que j’étais surtout là pour vendre des espaces publicitaires, et non pas pour les créer. J’ai eu trois enfants en l’espace de deux ans et demi.
A 31 ans, alors que ma dernière fille avait 6 mois, j’ai décidé de retourner à l’université pour décrocher un master en médias, communication et journalisme. J’ai ensuite commencé par hasard un stage au magazine «Bilan», où j’ai gravi les échelons pour devenir rédactrice en chef adjointe, puis responsable du hors-série «Bilan Luxe».
Aujourd’hui, je suis rédactrice en chef de «Prestige», le magazine «lifestyle» du site Immobilier.ch. A 45 ans, je réalise que je me retrouve au carrefour de toutes ces influences familiales, avec, d’un côté, ma mère et ma sœur qui organisent depuis trente ans le Festival de Bellerive autour de la musique classique et, de l’autre, le monde de l’édition, en dirigeant un titre où je mets notamment en avant des architectes comme l’était mon grand-père. Quant à ma passion pour le journalisme, elle doit certainement venir de mon père, qui a été avant-gardiste en offrant du contenu éditorial gratuit des décennies avant ses concurrents. La boucle est ainsi bouclée.»