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Alors que le football était déjà ancré dans la région lémanique, un développement fulgurant s’observe à Genève dès 1930. Pour ce premier épisode de Prox’Histoire, retour sur le football de la République d’il y a presque 100 ans.
Reconnue pour avoir été l’un des premiers bastions du football en Europe, la Suisse a été choisie comme siège de la FIFA entre les années 20 et 30. En parallèle, le nombre de clubs et de joueurs licenciés a été multiplié par plus de six entre 1910 et 1930. Genève ne fait pas exception et les années 30 ont été parmi les plus belles de l’histoire du football cantonal.
Une compétition européenne aux Charmilles
Pour célébrer les 40 ans du Servette FC, le Stade des Charmilles fut inauguré par une compétition regroupant les meilleurs clubs européens de l’époque. Son nom, la Coupe des Nations, montre que les organisateurs souhaitaient faire fort et imposer du prestige. Un prestige apporté par des équipes qui avaient remporté leur championnat national la saison précédente. On retrouvait notamment le Cercle Bruges, le Slavia Prague, Bologne ou encore Újpest (qui venait de remporter la Mitropa Cup). Ce dernier remporta la compétition devant plus de 20’000 spectateurs. La Petite Olympiade genevoise, comme elle était surnommée, est considérée comme l’ancêtre de la Ligue des Champions puisqu’aucune autre compétition regroupant les champions nationaux européens n’existait à l’époque.
Des clubs genevois performants en Coupe de Suisse
Fortement influencée par la FA anglaise, l’ASFA (ancêtre de l’ASF) introduit dès 1925 la Coupe de Suisse, à laquelle toutes les formations de première division doivent participer. Quatre ans plus tard, UGS soulève la Coupe. Le 1er mars 1931, UGS échoue en demi-finale en perdant 3-1 face à Lugano. La saison suivante, la même équipe perd cette fois-ci la finale face au multiple champion Grasshopper. Le show continue, et entre 1930 et 1939, les Violet et Servette font la valse pour savoir qui ira le plus loin dans la compétition. Ces deux équipes genevoises étaient tellement performantes que, sur les neuf saisons, elles n’échouèrent que trois fois à atteindre la demi-finale. L’endurance d’UGS et des Grenat montre la régularité des clubs genevois sur le plan national.
Les nouvelles équipes du canton
Pendant l’entre deux guerres, Genève regroupait déjà un vivier très important de clubs. On pouvait noter la présence de 18 formations dont Etoile Carouge, FC Jonction, USI Dopolavoro (ancêtre de CS Italien et USI Azzurri) ou encore le FC Choulex. L’essor du football pendant les années trente conduit à la création de huit nouveaux clubs à Genève. Plan-les-Ouates (1930), Donzelle (1934), Rhexia-Vessy (1936), Satigny, Stade Français et Vernier (1938) viennent compléter les divisions cantonales.
Cependant, pendant cette période, l’ACGF (autrefois appelée ACGFA) n’avait pas le monopole sur le football genevois. En effet, à l’époque de la révolution industrielle, une association de sport des ouvriers (SATUS) fut fondée. C’est dans cette compétition que jouaient le FC Geneva et l’US Genève-Ville à leur création dans les années 1930. De plus, l’Association Genevoise de Football Corporatif avait déjà été créée en 1925 et comptait notamment l’US PTT FC (ancêtre de l’US Genève-Poste) parmi ses rangs.
Des violences, aussi
Les années 30 sont aussi celles d’un tournant dans l’histoire de l’Europe. Elles voient la montée au pouvoir de régimes totalitaires, fascistes ou communistes, que ce soit en Allemagne, en Italie ou dans l’ex-URSS. Les pays n’étant pas dirigés par l’un de ces régimes assistent impuissants à la montée des violences entre les groupes d’extrême-droite et d’extrême-gauche. La Grande Dépression, qui a débuté outre-Atlantique, touche aussi l’Europe et une vague de chômage s’installe.
Genève ne fait pas exception et il n’était pas rare de voir des bagarres entre les deux idéologies éclater dans les rues du canton. Les terrains de football, reflets de la société, ne manquent pas d’être parfois victimes de bagarres entre deux équipes ne partageant pas la même idéologie. S’il est compliqué de retrouver des sources relatant des violences pendant les matches, il est plausible d’imaginer que des rencontres entre le FC Jonction – idéologiquement de gauche – et l’USI Dopolavoro – dont le nom fait référence au programme d’encadrement des loisirs créé par Benito Mussolini – devaient être chauffées.
Les matches devinrent de tels lieux de déchaînement que Romeo Gardet, président de l’ACGFA à l’époque, déclara même pendant une assemblée annuelle : “Je puis vous assurer qu’il faut réellement aimer le football et être animé du feu sacré pour accepter de s’occuper [ndlr, d’arbitrer] des championnats genevois“. Le sujet resta sur la table pendant longtemps, et près de 100 ans plus tard, l’Etat de Genève et l’ACGF tinrent leurs premiers Etats Généraux sur la violence dans le football (2021).