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Après avoir publié mon article sur le fabuleux folklorique dans la littérature de Suisse romande, je me suis rendu compte que j'avais oublié de parler de Jean-Claude Mayor, qui fut journaliste à la Tribune de Genève et qui, dans ses livres, essaya d'évoquer le folklore local et ses figures fabuleuses en style élégant et fin, imité de Töpffer. J'ai lu deux livres de lui, un sur les légendes de Genève, l'autre sur les mythes liés au Salève, et leur ai consacré des articles dans Le Messager, hebdomadaire de Haute-Savoie, car, même pour Genève, les légendes concernées remontent fréquemment au temps où cette noble cité était liée de près aux princes de Savoie: j'ai notamment évoqué l'impressionnante figure d'Amédée V, protecteur de la cité et vainqueur, dans ses environs, du comte de Genève que protégeait la Vouivre!
Je voudrais encore parler, à propos de Mayor, d'un trait qui éclaire certains aspects de l'insertion progressive de la fable du folklore local dans la littérature de Romandie. Car Mayor était vaudois, et, en arrivant à Genève, on lui déclara que dans cette noble cité, le folklore n'intéressait absolument personne et que, dans les pages de la Tribune de Genève, il devait se garder de l'évoquer comme il l'avait fait dans les pages de la feuille vaudoise pour laquelle il avait jusque-là travaillé. Ce dont il s'est bien gardé, naturellement, c'est de suivre ce conseil!
Le fait est que l'insertion du folklore dans la littérature romande est venue du pays vaudois, ou de catholiques comme Charles-Albert Cingria et Gonzague de Reynold: la tradition calviniste rejetait ce fabuleux. Genève se voulait urbaine, civilisée, et le folklore est campagnard; il vient des villages. Même Ramuz, lorsqu'il voulait l'évoquer, préférait situer l'action de ses romans dans le Valais, comme si le catholicisme permettait davantage que le protestantisme de déployer des figures fabuleuses. Le fait est que François de Sales défendait cette tradition des vivants symboles du monde divin, quoiqu'en les rattachant au christianisme: ses anges ressemblent souvent à ceux de la gnose orientale. Il reprit d'ailleurs aussi des légendes médiévales, en les disant fiables parce que religieuses dans leurs principes. Il avait également une grande dévotion pour saint François d'Assise, dont il aimait méditer les visions séraphiques - qu'il avait eues en contemplant le ciel. Car pour François de Sales, les symboles vivants du milieu divin pouvaient se lier aux éléments naturels.
Jean-Claude Mayor était conscient de tout cela; mais le mouvement patriotique vaudois, durant le vingtième siècle, se réclamait souvent, lui-même, de l'ancien pays de Vaud, populaire et catholique, regardé comme plus authentique que celui de Vinet, héritier de Calvin, qu'avaient imposé les Bernois. C'était un courant.