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Lorsque le président Kennedy annonce au Congrès en 1961 qu’un homme foulera la Lune avant la fin de la décennie, son auditoire est sceptique. Il indique ainsi sa volonté de rétablir la toute-puissance des États-Unis, remise en question sur le plan international.
La rivalité entre le capitalisme et le communisme s’accélère en ce début des années 60. L’URSS est fière de ses succès spatiaux, premier satellite orbital (1957) et surtout premier astronaute dans l’espace (1961). Le progrès technologique ne semble plus «made
in USA».
Sur le plan politique, les USA ont dû subir la construction du mur en Allemagne de l’Est par
la RDA.
Plus symptomatique, la révolution cubaine a réveillé la peur du spectre du communisme sur le continent américain. L’expropriation des capitaux US à Cuba a montré les points faibles d’un modèle capitaliste se voulant universel et conquérant. Puis le fiasco du commando d’envahisseurs à la Baie des Cochons a humilié les États-Unis. D’autres luttes de libération dans le monde, suivant l’exemple de la révolution algérienne, illustrent un éloignement du modèle états-unien.
L’annonce de Kennedy s’assimile à un coup de poker. Le délai est court, quasiment tout est à inventer et à produire, l’industrie US tournée vers la production intérieure doit relever un défi qui semble la dépasser. La facture de ce projet est impossible à prévoir, mais il est certain qu’elle sera gigantesque. Au point où même Kennedy va douter de pouvoir
le financer.
Son assassinat en 1963 ba-layera ces doutes. Le projet se réalisera, quel que soit son prix financier. Car les grands capitalistes ont compris que ce programme représentait le jackpot. Des milliards de dollars assurés, autant de profits et la possibilité de rentabiliser par la suite la recherche assurée par les fonds publics. Ce gigantesque flux de dollars sur dix ans est un plan de relance industriel magnifique pour eux.
Un rêve pour des États-Unis en crise
En outre, dans ce pays où les luttes pour l’égalité raciale, politique et sociale se développent, le bénéfice politique de l’opération Apollo est de plus en plus nécessaire.
Après l’engagement au Vietnam et les échecs militaires, notamment après l’offensive du Têt en janvier 1968, le gouvernement a besoin d’un projet permettant de réduire les contestations politiques et sociales qui émergent, notamment dans la jeunesse.
Le projet Apollo doit rendre sa grandeur aux USA, après avoir rempli les poches des grands groupes capitalistes. Ce sera le drapeau étatsunien qui sera déployé sur la Lune. Après la conquête de l’Ouest, la conquête de l’espace pour poursuivre la conquête du monde, dont une grande partie échappe encore aux mécanismes marchands (URSS, Chine).
Saturne V flambe le dollar
Paradoxalement, l’événement qui devait marquer le retour de la puissance US va précipiter son déclin. Ces dépenses, s’ajoutant à celles de la guerre au Vietnam, vont affaiblir la force monétaire des USA. Cela provoquera la rupture des accords de Bretton Woods en 1971, et ouvrira une période d’instabilité financière.
José Sanchez
DE LA LUNE À LA TERRE
La neutralité d’émissions de gaz à effet de serre (GAS) en 2030? Objectif impossible, répond la majorité du monde politique et économique aux manifestant·e·s des marches pour le climat et aux élèves en grève.
Ce délai serait irréaliste pour permettre la transition d’une économie basée sur les carburants fossiles à une production énergétique basée sur d’autres sources.
Cet argument du temps semble crédible. C’est pourquoi le retour sur la naissance et la réalisation du projet Apollo est instructif.
L’annonce de Kennedy en 1961 d’envoyer un homme sur la Lune moins de 9 ans plus tard semblait d’abord impossible à envisager. Les USA n’étaient encore qu’aux balbutiements de leurs projets spatiaux. Aucun plan de financement n’avait été établi. L’objectif avait été fixé, il n’y avait plus qu’à le réaliser. Ce fut donc une décision entièrement politique en premier lieu.
Un plan industriel fut conçu pour le réaliser. Plus de 400 000 personnes travaillèrent directement sur ce projet. Le budget de la NASA passa ainsi de 1 % du budget fédéral en 1962 à 4 % en 1965 et 1966.
Le réchauffement climatique et ses conséquences prévisibles risquent de rendre la planète invivable pour une majorité de sa population. Éviter cette future catastrophe est un objectif plus vital et stimulant que de marcher sur notre satellite.
Cela justifie qu’un plan d’action soit décidé et réalisé, pour atteindre cet objectif à tout prix. La concrétisation du projet Apollo a peut-être fait rêver. Aujourd’hui, le rêve de millions de manifestant·e·s est celui d’une planète bleue, loin du noir des fumées, du pétrole et du charbon.