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Le rideau se lève sur les nouvelles saisons théâtrales. Bien installé dans votre fauteuil, ouvrez l’oreille et comptez les coups qui annoncent le début du spectacle. Si beaucoup commencent simplement par quelques secondes de nuit, la tradition des trois coups reste bien vivante.
Parce qu’au Moyen Age, ces «un, deux, trois» se rapportaient à la Trinité; ils étaient précédés d’une série de onze coups, comme les douze apôtres – oui bon, on enlève celui du traître Judas. D’autres n’en frappent que neuf rapides, comme les neuf Muses de la Grèce antique, plus les trois derniers plus lents qui font douze: le nombre parfait, symbole de l’unité du théâtre. Dans le théâtre classique français, le régisseur frappait douze coups pour rassembler son équipe; et trois coups lui répondaient de la scène et des coulisses, signe que chaque machiniste était à son poste. Bref, les coups ont été frappés et le rideau se lève… quoiqu’il s’ouvre plutôt dans les théâtres d’aujourd’hui. Il est encore souvent rouge. JAMAIS VERT!
C’est que, depuis le XVIIIe siècle en tout cas, cette couleur porte malheur sur scène. Peut-être parce que la teinture verte des costumes d’alors se composait notamment d’arsenic, d’oxyde de cuivre ou de cyanure et provoquait sur scène des agonies plus vraies que nature. Ou à cause de Molière qui tomba lui-même raide mort sur les planches, habillé de vert. Ou encore parce que lorsqu’on jouait la Passion au théâtre on revêtait le fameux Judas de vert. Mais bon: en Italie, c’est le violet qui est maudit, en Angleterre le vert et le bleu, et le jaune en Espagne. Bref, que les comédiens jouent plutôt côté cour ou côté jardin – c’est-à-dire à droite ou à gauche de la scène quand on regarde depuis la salle, c’est vieux comme la Comédie-Française qui, en 1771 s’installa dans la salle des machines du jardin des Tuileries qui donnait, d’un côté sur la cour du bâtiment, de l’autre sur le jardin –, ne leur souhaitez jamais bonne chance.
Leur dire m… c’est leur prédire le succès: cela ferait référence à l’époque où les spectateurs venaient en calèche dont les chevaux crottaient devant le parvis du théâtre: donc plus ces pauvres artistes s’en mettaient plein les bottes, plus cela signifiait qu’il y avait de spectateurs!
Auteur: Isabelle Kottelat
Photographe: Konrad Beck