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Jeudi 13 et vendredi 14 décembre, la Cinémathèque suisse fête les 60 ans de la revue Positif avec quatre films qui lui sont chers, présentés par le critique Michel Ciment.
La revue Positif est née en 1952 à Lyon, fondée par Bernard Chardère, qui allait ensuite créer l’Institut Lumière. Elle a d'abord semblé être une petite sœur des Cahiers du cinéma, nés l'année précédente. Mais rapidement, les choix esthétiques et philosophiques ont séparé les deux rédactions. Quand les Cahiers se plaçaient sous l'influence d'André Bazin et de son personnalisme catholique, Positif lorgnait du côté de la gauche non stalinienne et du surréalisme.
Quand l'aînée des deux revues célébrait Bresson, Hitchcock, Hawks, Rossellini, en parlant de dévoilement, d'épiphanie, Positif chantait les louanges de Huston, Buñuel, Autant-Lara, Marker, Varda… Et ses rédacteurs se régalaient de l’insolence de ces cinéastes face aux pouvoirs, de leurs charges contre la morale bourgeoise, de leur anticléricalisme ou simplement de leur vision d’un monde sans Dieu.
La différence s'est approfondie quand certains rédacteurs des Cahiers sont devenus réalisateurs sous le label de la Nouvelle Vague. Les critiques de Positif ont qualifié de réactionnaire la plupart de ces films. Les relations ne se sont pas améliorées quand la revue a soutenu Francesco Rosi ou Claude Sautet, Robert Altman ou Alain Resnais.
C'était aussi l'époque où les plus aventureux de ses rédacteurs participaient aux combats de la nouvelle gauche mondiale, contre l’impérialisme, pour l’Indépendance de l’Algérie ou la révolution. Quand Michèle Firk partit en Amérique latine se battre dans un maquis guévariste et y trouva la mort.
Jamais cependant, même quand la revue se mêla de politique, elle n'abandonna ses partis pris pour le cinéma, pour les jeunes metteurs en scène de l'Est européen, la génération montante de cinéastes anglais, latino-américains, le nouveau cinéma américain ou asiatique. Quand les Cahiers désertèrent ce front pour celui de la lutte des classes selon Mao Tse Toung, Positif a continué à faire découvrir les premiers grands films de Scorsese, Coppola, Rafelson, Forman, Kubrick, et bien d’autres.
Aujourd'hui les querelles sont apaisées et Positif est restée une revue crédible, pleine de force et d'allant. L’équipe historique a trouvé des successeurs aux Gérard Legrand, Robert Benayoun, Roger Tailleur, grandes plumes du passé disparues, dans une nouvelle génération de jeunes critiques comme Dominique Martinez, Elise Domenach, Nicolas Bauche, Adrien Gombeaud, Fabien Baumann… Ils travaillent aux côtés de leurs aînés, Alain Masson, Yann Tobin, Hubert Niogret, Jean-Louis Bourget, ou Michel Ciment.
Ils sont sensibles aux courants novateurs… A la manière de leurs prédécesseurs qui avaient encensé des premiers films tels que Le Combat dans l'île d’Alain Cavalier en 1962, Sex, Lies, and Videotape de Steven Soderbergh et Sweetie de Jane Campion en 1989, Les Rebelles du dieu néon de Tsai Ming-liang en 1992... Ce sont ces films que la rédaction de Positif a choisi pour fêter le 60e anniversaire de la revue.
Edouard Waintrop
Michel Ciment présente…
Au nombre des critiques de la première heure à la revue Positif, dont il est aujourd’hui directeur de la publication et membre du comité de rédaction, Michel Ciment vient présenter à Lausanne les quatre films de ce programme anniversaire: des œuvres de cinéastes «découverts» et défendus par la revue, témoignant ainsi de sa ligne rédactionnelle. Les articles qui leur ont été consacrés à l’époque sont à consulter sur le site de la Cinémathèque suisse.
Michel Ciment a publié son premier article sur Le Procès d’Orson Welles dans la revue Positif en 1963. Il avait alors 25 ans. Depuis, celui qui est devenu entretemps professeur de civilisation américaine dans une université parisienne, s'est fait connaître pour ses entretiens avec Kazan, Rosi, Losey, ses articles informés par une grande connaissance de la peinture, du théâtre et de la littérature. Il a écrit des livres-sommes sur Kazan, Losey, Kubrick, Boorman, Schatzberg.
Michel Ciment n'est pas qu'un écrivain de cinéma, c'est aussi un homme de radio. Partenaire habituel du Masque et la Plume sur France Inter, il est depuis quelques années le producteur animateur de Projection privée sur France Culture, qui chaque samedi après midi permet à l'auditeur d'écouter aussi bien Marc Ferro que Fanny Ardant, les frères Dardenne que Michel Gondry, Jeanne Moreau ou Raoul Ruiz…
Les CInémas du Grütli à Genève fêtent à leur tour les 60ans de la revue Positif, samedi 15 et dimanche 16 décembre.