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Je suis révoltée qu’une nouvelle fois, le droit aux indemnités perte de gain soit coupé à une patiente dont la dépression, diagnostiquée par le médecin traitant, est récusée par le «médecin des assurances».
Les critères d’un épisode dépressif sévère étaient remplis. Mais les troubles du sommeil sont mis en doute car la patiente (;sous antidépresseurs) n’a pas de traitement hypnotique. Les troubles de la concentration «ne sont pas objectivables». On lit encore que «la patiente n’est pas suicidaire», même si «des menaces de suicide qui font un effet en partie très manipulatif sont exprimées ou suggérées».
Toutes les plaintes sont ainsi ré-interprétées avec partialité par l’expert. Dans les «Résultats objectifs», ce dernier affirme que «l’on ne peut manquer de relever une grande tendance à utiliser des mécanismes de défense à prédominance immature comme l’idéalisation primitive, la dévalorisation, le refoulement et la projection». Devons-nous envier une telle capacité d’observation frisant la voyance ? Que la patiente ait été victime d’agressions sexuelles durant son enfance ne figure pas dans l’anamnèse. Mais qu’elle ait «fort souffert» de ces agressions permet d’étayer la thèse de modèles internes déviant de la normale depuis l’enfance et, partant, celle du trouble de la personnalité. Contrevenant aux règles de l’art, ce dernier est posé sur la base d’un seul entretien mené en période de crise et est jugé sans impact sur la capacité de travail.
L’argument pour récuser le diagnostic du médecin traitant est le suivant:
«La grande insatisfaction sur la place de travail» serait la vraie cause de la maladie (;l’expert dira plutôt: de l’incapacité à travailler, puis suggérera: du refus de travailler). Mais il s’agirait de «facteurs étrangers à la maladie».
«Au vu de la grande signification de ces facteurs pathogènes primairement étrangers à la maladie, de l’influençabilité de la symptomatologie psychique par des facteurs et événements externes, et de la claire fixation de l’assurée sur ses symptômes, le diagnostic d’un authentique épisode dépressif (;…) n’est en aucun cas justifié».
S’il fallait exclure des troubles psychiatriques vrais tous ceux qui sont influençables par des facteurs externes ou dont les patients ont de la peine à se détacher, en resterait-il un seul? N’est-ce pas le principe même de la psychothérapie de fonctionner comme «facteur externe influençant la symptomatologie psychique»?
Mais n’est-ce pas la psychiatrie comme telle qui est ainsi menacée? L’expert indique une piste pour surmonter la maladie: «Les traits de personnalité pathologiques pourraient être contrôlés et surmontés, sinon totalement, du moins en grande partie, par un effort de volonté approprié et par une disposition à collaborer et une motivation honnêtes.» Le but de l’expertise serait d’ailleurs d’évaluer la capacité de l’assurée, «en y mettant de la bonne volonté et de la disposition à collaborer, à surmonter la symptomatologie psychiatrique et à retourner dans un processus de travail». Mais la patiente a déjà été licenciée; la seule fonction de l’expertise sera de la priver de ses indemnités perte de gain jusqu’à l’entrée en vigueur du licenciement.
Elle a questionné l’assurance sur la discordance entre l’évaluation de son médecin traitant et celle de l’expert. Ce dernier, lui a-t-on dit, a écrit 20 pages, le premier, 2 – ce qui n’a pas le même poids…
Le coût de l’expertise doit à peu près correspondre à ce que l’assurance a réussi à détourner à cette mère de famille. Mais c’est pour la bonne cause, car la poursuite du paiement, nous dit-on, présenterait «un bénéfice secondaire non négligeable de la maladie». La déconstruction de la sécurité sociale est la nouvelle mesure thérapeutique prônée par la «médecine des assurances» pour encourager les patients à mettre la bonne volonté, l’esprit de collaboration et l’honnêteté qui permettront à l’avenir de surmonter les maladies psychiatriques.