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Attaché à comprendre les évolutions de l’activité culturelle, j’observe sur la durée la modification des usages dans le territoire où je demeure. La vision chronologique permet d’éclairer une zone plus large, de définir des points d’origine, de tracer une carte et de rendre perceptible le cap imposé. Les événements, s’ils sont traités de manière isolée, conservent toujours des angles morts masquant leur finalité. Regarder le passé, c’est nourrir le présent. De surcroit, explorer l’ensemble du paysage permet de construire une réflexion nécessaire fortifiant les prises de position et les analyses.
Dans les âges premiers de mes souvenirs, les pratiques politiques découlaient de la vieille conception républicaine, soit l’action publique dépendant d’une catégorie de « patriciens » anoblis par l’onction populaire du vote. Ils s’évertuaient à respecter les devoirs et les responsabilités liés à la fonction. Outrageusement paternalistes, ils diluaient leur autoritarisme en se conformant maladivement au respect de l’éthique. Les affaires politiques demandaient encore l’art de l’exposition des convictions ornementées avec la défense d’un projet idéologique. Plus tard, résultant de la domination du marché et de l’affirmation de « la fin de l’histoire », les discours ne cherchaient plus à convaincre, mais à conquérir des parts et s’adapter à l’électeur-consommateur. L’idéologie était subrepticement substituée par le sondage.