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Le 14 décembre 2007, les services de renseignement suisses ont mis la main sur une carte mémoire pour un appareil d'enregistrement vocal. Un coup de chance qui a permis d'arrêter un agent secret iranien présumé et a constitué une pièce à conviction importante. Elle a été intégrée dans deux rapports dans lesquels le service de renseignement accusait quatre personnes de mener des activités de renseignement politique pour l'Iran sur le territoire suisse. Les suspects étaient un Iranien et trois personnes d'une autre nationalité.
L'Iranien, aujourd'hui âgé de 74 ans, travaillait depuis 2002 à l'Organisation mondiale de la Santé à Genève. En 2010, ce médecin et épidémiologiste a pris sa retraite. Un an plus tard, il a obtenu une autorisation de séjour. En novembre 2020, le Secrétariat d'Etat aux migrations lui a refusé le passeport suisse au motif qu'il représentait un danger pour la sécurité intérieure et extérieure de la Suisse. Un recours contre cette décision devant le Tribunal administratif fédéral n'a pas abouti. Son avocat a qualifié les accusations d'espionnage de fallacieuses.
Le Ministère public de la Confédération ne l'entendait pas de cette oreille. En mai 2008, il a lancé une enquête au motif de service de renseignement interdit. Or, pour poursuivre en justice des délits politiques, il faut l'accord du Conseil fédéral. Il peut le refuser si c'est dans l'intérêt du pays. Le 21 juillet 2008, la ministre de la Justice de l'époque, Eveline Widmer-Schlumpf, a stoppé la machine.
Le Ministère public de la Confédération a notifié à CH Media l'ordonnance de classement. Le Conseil fédéral a évoqué l'issue incertaine de la procédure, l'immunité diplomatique des accusés et les relations diplomatiques avec l'Iran qui pourraient en pâtir. En d'autres termes, la Suisse ne voulait pas s'aliéner les mollahs de Téhéran. Elle a donc laissé partir les suspects.
C'est un fait bien connu que les États tentent de résoudre le plus discrètement possible les problèmes liés à l'espionnage au sein des ambassades. Une méthode populaire consiste à retirer les diplomates suspects avant que des problèmes ne surviennent. Mais le médecin iranien est resté à Genève. Selon le Tages-Anzeiger, il s'est consacré à des projets humanitaires dans le domaine médical.
Le contexte politique dans lequel s'est déroulé l'épisode des agents est intéressant. A l'époque, Téhéran faisait l'objet d'une surveillance internationale accrue en raison de son programme nucléaire. La ministre des Affaires étrangères de l'époque, Micheline Calmy-Rey, s'est efforcée, dès 2006, de jouer la médiatrice dans le conflit nucléaire entre l'Iran et les Etats-Unis.
En mars 2008, la conseillère fédérale s'est rendue en Iran. La photo de cette dernière portant le foulard lors d'une rencontre avec le président de l'époque, Mahmoud Ahmadinejad, avait fait le tour du monde. Elle a assisté à la signature d'un contrat entre l'Iran et la compagnie d'électricité de Laufenburg. Cet accord controversé de plusieurs milliards de dollars a ensuite été annulé.
Depuis 1980, la Suisse entretient des relations particulières avec l'Iran. Elle représente, dans ce pays, les intérêts des Etats-Unis en tant que puissance protectrice. Les services de la Suisse en faveur de l'Iran ont influencé, il y a quelques jours, la décision du Conseil fédéral de ne pas se joindre aux sanctions de l'Union européenne. L'UE a pris position en raison des violations des droits de l'homme liées à la mort de Masha Amini, 22 ans, et aux protestations qui ont suivi. De nombreux hommes et femmes politiques ont critiqué le pas de côté de la Suisse. (aargauerzeitung.ch)