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Pourquoi continue-t-on à utiliser le nom Birmanie et non pas son nouveau nom "Myanmar" ?
Date de la réponse: 16.02.2021
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Le Courrier international a publié le 28 mars 2012 un article : Birmanie ou Myanmar ?. Voici ce que cet article nous apprend concernant les raisons pour lesquelles le terme « Myanmar » n'est pas ou peu utilisé en français :
« En 1989, la junte militaire, dirigée par le général Ne Win, a changé “Burma” – le nom du pays en anglais – en “Myanmar” et rebaptisé une série de lieux comme Rangoon (désormais Yangon), Moulmein (Mawlamyine), Karen (Kayin) et Irrawaddy (Ayeyarwady).
Jusqu’à présent, le moyen le plus sûr de passer pour un opposant au régime, un dissident ou un rebelle était de ne pas utiliser la nouvelle nomenclature. […] »
Concernant l’historique de ce terme :
« En termes d’égalité et de respect mutuel, de nombreux observateurs estiment que “Myanmar” est un terme plus restrictif que “Burma”, même si la plupart des Birmans se sont toujours désignés eux-mêmes sous le nom de “Bamar”. En 2010, Maung Tha Noe, le plus grand linguiste du pays, a précisé sur la radio BBC que “le terme Bamar recouvre toutes les ethnies du pays, alors que Myanmar n’inclut pas des minorités comme les Shan et les Kachin”. Pour beaucoup, le mot “Burma” a des connotations coloniales. Il a vraisemblablement été adopté par les Britanniques parce qu’il était plus facile à prononcer. Le terme “Myanmar” semble d’ailleurs avoir été longtemps banni des dictionnaires anglais, alors qu’en birman myanma et bamar étaient utilisés quotidiennement. Jusqu’à ce que la junte ressuscite le mot “Myanmar”, tous les Birmans appelaient leur pays “Burma” lorsqu’ils s’exprimaient en anglais. »
Néanmoins « depuis que le gouvernement du président Thein Sein a acquis une certaine respectabilité, un nombre croissant de commentateurs semblent prêts à accepter ces dénominations. Au début du mois de janvier, le Financial Times a annoncé sa décision de ne plus utiliser “Burma” mais “Myanmar”. Il a expliqué ce changement par des raisons d’ordre politique (le gouvernement est désormais reconnu par la communauté internationale), étymologique (l’usage de “Myanmar” est antérieur à celui de “Birmanie”), et un sens d’équilibre journalistique. »
Toutefois « Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), n’entendent pas changer d’avis. “Les militaires ont rebaptisé le pays contre la volonté du peuple”, a déclaré le porte-parole de la Ligue, Ohn Kyaing. “Nous continuerons pour notre part de l’appeler ‘Burma’ et nous ne reviendrons pas sur cette décision.” [...]. »
La Tribune de Genève a publié le 29 juin 2012 un article sur le sujet : Aung San Suu Kyi ne doit plus dire « Birmanie » : « Le terme "Birmanie" est un reliquat de la colonisation britannique, estime la junte au pouvoir. Elle a ordonné à l'opposante Aung San Suu Kyi de cesser de l'utiliser dans ses discours. »
Concernant plus spécifiquement l’utilisation du mot « Birmanie » au lieu de celui de « Myanmar » en français et dans les documents officiels, Thierry Mathou, ancien ambassadeur de France en Birmanie apporte des explications dans un article paru le 12 octobre 2017 dans Lepetitjournal.com - quotidien dédié à la communauté des Français expatriés et des francophones :
« Contrairement à ce que pensent certains, le fait de parler de la Birmanie n’est ni une prise de position idéologique, ni une méconnaissance des usages locaux, et encore moins un manque de respect à l’égard des institutions ou du peuple birman. Il s’agit simplement du reflet d’une constante dans la langue française qui veut que l’utilisation d’un mot d’origine étrangère - en l’occurrence Myanmar- ne s’établisse dans la durée qu’au terme d’un usage aussi large que régulier résultant d’un équilibre entre la phonétique, la pratique et la logique, étape qui n’a pas encore été franchie par le mot Myanmar comme l’illustre par exemple l’absence de dérivés. Ainsi nul n’a jamais entendu parler des "Myanmarais" pour désigner les habitants du pays. [...]
La Commission générale de terminologie et de néologie, organisme officiel français dont la vocation est de favoriser l’utilisation de la langue française, et de participer au développement de la francophonie, a consacré l’usage du terme Birmanie, question qui a fait l’objet d’un arrêté au Journal Officiel de la République Française en date du 4 novembre 1993 dans lequel le terme « Myanmar » est clairement désigné comme un exonyme. Ses conclusions ont été acceptées sans aucune difficulté par les autorités birmanes. […]
En résumé, si les deux termes - Birmanie et "Myanmar" - sont admissibles dans la langue courante, et ceci sans aucune connotation, seul le terme Birmanie appartient à la langue française, au même titre d’ailleurs que le nom Rangoun, par opposition à Yangon qui ne relève, pas plus que Rangoon, du registre francophone.
Si renoncer à l’utilisation française du terme Myanmar, qui entrera peut-être un jour dans les usages francophones, serait ridicule car elle correspond déjà à une réalité, marginaliser artificiellement le terme Birmanie serait tout aussi condamnable car totalement infondé et contraire à la pratique consacrée par le droit. Chacun est bien évidemment libre de choisir sa pratique, mais tous se doivent de le faire en connaissance de cause. [...] »
Pour en savoir plus sur ce pays, vous pouvez emprunter aux Bibliothèques municipales de la Ville de Genève, l'ouvrage Histoire de la Birmanie : des rois de Pagan à Aung San Suu Kyi d'Antoine Sfeir.
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
www.interroge.ch
Service de référence en ligne des bibliothèques de la Ville de Genève