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30 août 2012
Circoncision : Dieu a besoin de sang
J’évoquais hier la liberté des parents dans la société. Peuvent-ils ou non éduquer leurs enfants selon leurs libre arbitre? Risquent-ils qu’un juge vienne décider à leur place ce qui est bon pour eux et leurs enfants? Je citais les deux cas récents en Allemagne où un juge a criminalisé la circoncision et où un autre poursuit des parents pour avoir percé le lobe d’oreille de leur fille de 3 ans.
D’où vient la circoncision, qui l’a instaurée et comment? Hormis les populations sémitiques (juifs et musulmans) on trouve des traces de la circoncision chez les anciens égyptiens il y a plus de 4’000 ans. Différentes populations d’Amérique du sud et d’Afrique l’auraient également pratiquée. Avant de devenir une marque identitaire d’appartenance à une communauté, c’est une coutume dont l’origine exacte n’est pas précisée. Selon certaines interprétations il y aurait une raison hygiénique: prévenir des infections consécutives à la présence de sécrétions sous le prépuce. Cet argument paraît faible puisqu’une simple toilette à l’eau peut éviter une infection, et parce que les conditions dans lesquelles l’ablation du prépuce étaient réalisées il y a 4’000 ans ne devaient probablement pas être des modèles d’hygiène.
On ne peut savoir qui a eu la première fois l’idée de la circoncision, pour quelle raison, ni comment cette pratique est devenue une coutume généralisée et sacralisée. Sur ce sujet par exemple, la bible valorise la circoncision mais ne dit rien sur son origine. Aujourd’hui on peut y voir trois fonctions. Une première fonction identitaire: elle signifie l’appartenance à une communauté religieuse et culturelle particulière. Cette fonction disparaîtra peut-être si l’ablation du prépuce est généralisée comme moyen préventif partiel de la contamination au VIH pour les hommes.
L’autre fonction est une sorte de rituel de passage, du monde du dehors vers la communauté. C’est un facteur d’intégration et une marque religieuse. On est ici dans une forme de rite animiste repris par des religions, comme le baptême avec de l’eau chez les chrétiens est aussi un rite animiste faisant appel à la puissance symbolique d’un des 4 éléments. Ce geste symbolique est supposé produire un résultat magique: l’appartenance immédiate à l’un des peuples du dieu de la bible. Il suffirait d’une opération avec une prière pour être reconnu par un dieu. L’aspect magique est le fait que l’on attribue à cette opération un pouvoir surnaturel: l’appartenance religieuse se ferait sans avoir besoin de la conscience éveillée ni le consentement éclairé de l’adepte.
La circoncision n’ayant aucun effet sur la conscience de l’individu qui la subit quelques jours après sa naissance (sauf donc à croire en une magie), on doit considérer qu’elle concerne avant tout la communauté qui s’approprie ainsi l’âme de l’enfant.
La troisième fonction est sacrificielle. L’individu abandonne un morceau de lui-même en soumission contrainte à un dieu ou à la communauté. Ainsi une interprétation affirme que la circoncision doit être pratiquée par le père, signifiant ainsi que le père détient le pouvoir sur l’enfant et sur sa sexualité. Elle établirait une sorte de hiérarchie de rang au sein de la famille.
La notion de sacrifice semble indissociable des religions. Dieu a besoin de sang. On ne peut refuser simplement une pratique religieuse parce qu’elle est religieuse. Mais encore une fois quelle valeur peut avoir un sacrifice pratiqué malgré lui sur un individu inconscient de l’enjeu autour de la pratique qu’on lui impose?
Au mieux la circoncision est un acte social d’appartenance. Elle ne peut être considérée comme une adhésion spirituelle à une religion. Elle est le premier acte d’une appartenance communautaire.
Le Dieu dont parlent les religions monothéistes a donc besoin de sang pour évaluer le degré d’obéissance de ses adeptes. Un sacrifice impliquant le corps est-il très différent des sacrifices humains chez les Aztèques, ou que la peine de mort ou la lapidation? Fondamentalement non. Que le sacrifice des enfants ait été remplacé par le sacrifice d’un animal, ou du prépuce, n’y change fondamentalement rien. Il y a toujours cette dette de sang que ce dieu fait payer aux humains comme prix de leur existence et comme signe de leur soumission. Dans le catholicisme les adeptes communient en mangeant et buvant symboliquement le corps et le sang du Christ.
S’il faut trouver une cosmogonie qui traite de l’origine du monde, du sens de la vie et d’une pratique morale, ainsi que de rites qui relient les humains et de mécanismes comme le pardon, pourquoi ne pas en chercher une nouvelle qui serait débarrassée de tout cet échange de sang?
Pourquoi maintenir la circoncision alors que l’adhésion personnelle, intime à une croyance devrait être le couronnement d’une démarche consciente?
Et aussi, pourquoi accepter qu’à travers la circoncision, comme l’excision, c’est encore une fois la sexualité qui est malmenée, blessée, contrainte par la communauté?
Qu’ont donc les humains et les religions pour avoir autant besoin de contraindre le désir et de faire mal au sexe? La création de règles de société doit-elle passer par le sang, la mutilation et la douleur?