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Jusque vers le milieu du XIXe s., on appelait presse l'ensemble de la production imprimée, puis le terme se mit à désigner collectivement les journaux et périodiques. Ceux-ci ont pour ancêtres les feuilles volantes inspirées par l'actualité et imprimées au gré des besoins sur une seule page (occasionnels, canards, placards); ils apparurent au début du XVIIe s., sous une forme semblable dans tous les pays d'Europe occidentale. Dans l'espace germanophone, les premiers hebdomadaires naquirent en 1605 à Strasbourg (Relation ) et en 1609 à Wolfenbüttel (Aviso). A Paris, le Courant d'Italie et d'Almaigne reprit en 1620 le modèle du Courante uyt Italien d'Amsterdam. Le premier journal italien connu fut imprimé en 1636 à Florence, sans titre. Ces publications réunissaient pour la première fois toutes les caractéristiques de la presse: périodicité de la parution, actualité et diversité du contenu, pas de restriction du lectorat.
En Suisse, le développement de la presse différa selon les régions linguistiques et dépendit fortement des tendances à l'œuvre dans les centres culturels étrangers. Jusqu'au XVIIIe s., il fut assez timide. Le lectorat, surtout citadin, restait peu nombreux, puisqu'il se limitait aux élites alphabétisées. En outre, les autorités des cantons exerçaient une censure qui, fondée sur une solidarité entre gouvernements, interdisait largement aux feuilles d'information d'évoquer l'actualité locale et confédérale. Néanmoins, sous l'influence des Lumières, un modeste essor commença dans les années 1730, qui se manifesta dans le nombre croissant des requêtes en autorisation de publier et dans un débat philosophique sur la lecture des journaux et ses "abus". Souvent les éditeurs étaient aussi rédacteurs, auteurs d'almanachs et libraires.
La République helvétique proclama, pour la première fois sur le plan national, la liberté de la presse, mais elle ne tarda pas à réintroduire des mesures de censure. Sous la Médiation et la Restauration, la Diète tenta d'unifier les pratiques cantonales en fait de censure, par des arrêtés sur la presse et par le Conclusum sur la presse et les étrangers, mais ces textes, surtout le dernier, ne firent qu'aviver la lutte en faveur de la liberté de la presse. Celle-ci ne put toutefois s'imposer qu'à l'époque de la Régénération. Une presse politique apparut alors dans toutes les régions linguistiques; elle servit de vecteur aux débats d'opinion, à un moment où les partis modernes n'existaient pas encore. Le but premier de ces journaux était propagandiste, même au prix de pertes économiques. La commercialisation de la presse s'amorça en Suisse romande dans les années 1870 et en Suisse alémanique dans les années 1890. En Suisse italienne, elle a débuté seulement vers la fin du XXe s.; moins prononcée, elle a connu un premier point culminant en 2008 avec la création d'un pôle multimédia. Depuis la seconde moitié du XXe s., dans tout le pays, les journaux politiques ont été de plus en plus absorbés par des groupes de presse, dont les plus grands se sont attaqués au marché des médias et de la publicité au-delà de leur canton d'origine. Les Suisses sont restés de grands lecteurs de journaux, même après l'apparition des médias électroniques.
L'histoire de la presse est connue par de nombreuses études de cas, mais on manque de synthèses. Il y a en outre de fortes lacunes pour le XIXes. Les journaux sont aussi devenus un objet d'études pour les sciences de la communication, en raison du mouvement de concentration qui les a touchés depuis les années 1970.
Auteur(e): Alain Clavien, Adrian Scherrer / PM
On considère la Rorschacher Monatsschrift (dès 1597, Annus Christi ), comme l'un des premiers périodiques de Suisse alémanique. Les Ordinari-Zeitungen furent d'abord publiées dans les villes de foire: Bâle en 1610-1611 et dès 1682, Zurich dès 1622/1623, Lucerne vers 1639; elles répondaient à un besoin important, mais se limitaient à la relation des nouvelles.
A côté de ces gazettes se développèrent au cours du XVIIIe s. des feuilles d'avis qui contenaient principalement ou exclusivement des annonces et des communications des autorités; elles préfigurent les feuilles officielles et les journaux locaux. Des revues comme le mensuel Historische und Politische Mercurius (Zurich, dès 1694) s'adressaient à un public cultivé. Les Discourse der Mahlern (Zurich, 1721-1723) sont l'un des plus anciens hebdomadaires moraux germanophones (Revues culturelles). L'histoire de revues est étroitement liée à la formation précoce d'une opinion publique dans les groupes et sociétés marqués par l'esprit des Lumières. En revanche, les journaux paraissant une ou plusieurs fois par semaine n'accordaient presque pas de place au débat public, parce que les éditeurs pratiquaient l'autocensure pour préserver leurs intérêts économiques.
Sous la République helvétique, de nombreux journaux, souvent éphémères, se créèrent, dont le plus connu est Der Republikaner . Les revues perdirent du poids face aux journaux, plus proches de l'actualité et qui s'autorisaient désormais les commentaires politiques. A la campagne, l'intérêt pour les informations, stimulé par la Révolution française et par les progrès de l'alphabétisation, fut satisfait par des journaux comme le Der Schweizerbote . Les sociétés de lecture se multiplièrent et permirent un accès peu coûteux aux journaux et revues. La liberté de la presse brièvement instaurée par la République helvétique fut suivie sous la Médiation et la Restauration d'un retour de la censure. A côté de la souveraineté populaire, de la liberté de réunion et de la politique scolaire, la lutte contre la censure fut l'un des thèmes dominants de la presse libérale sous la Régénération.
Les constitutions des cantons régénérés garantissaient la liberté de la presse, même si les impératifs économiques la limitaient souvent en pratique. On vit naître de nouveaux titres. La presse d'opinion apparue alors devint un instrument important dans la conquête de l'opinion, surtout pour les libéraux (Neue Zürcher Zeitung NZZ, Solothurner Blatt ) et les radicaux (Appenzeller Zeitung ). La fondation de l'Etat fédéral amena l'inscription de la liberté de la presse dans la Constitution et la création du premier journal suprarégional (Der Bund , en 1850). La presse d'opinion connut un essor durable; elle s'enrichit d'organes conservateurs lors du Kulturkampf des années 1870 (Vaterland ), puis socialistes (Tagwacht , Volksrecht ) et finit par se donner un rôle de "quatrième pouvoir" et de "rempart de la démocratie". Le fait qu'elle s'adressait à un public régional (en raison de la petite taille du pays et de ses structures fédérales) et que la plupart des journaux étaient liés à un parti explique l'abondance des titres qui caractérisa la presse suisse entre la fin du XIXe et le milieu du XXe s.
L'augmentation des titres et des tirages conduisit à une professionnalisation dans le journalisme (fondation en 1883 de l'Association de la presse suisse, auj. Fédération suisse des journalistes) et à une consolidation économique des maisons d'édition (fondation en 1899 de l'Association suisse des éditeurs de journaux et périodiques, auj. association Presse suisse). Une spécialisation apparut au sein des rédactions. Des innovations techniques (presses rotatives en Suisse dès 1890, machines à composer dès 1893 au Bund), l'accélération de la circulation des nouvelles grâce aux agences de presse et l'efficacité des services de distribution permirent de produire jusqu'à trois éditions par jour. Les revues progressèrent aussi, sous forme de suppléments hebdomadaires joints aux quotidiens, de publications spécialisées ou de magazines populaires à contenu scientifique, littéraire et satirique (Alte und neue Welt , Die Schweiz ). Ces derniers, qui faisaient déjà la part belle aux images, sont les précurseurs des illustrés qui propagèrent dès les années 1920 le genre du reportage photographique.
Les nouvelles techniques impliquèrent dès la fin du XIXe s. des investissements tels que la presse dut recourir de plus en plus à la publicité pour se financer. L'essor du marché des annonces fit baisser le prix des abonnements et permit l'apparition de feuilles d'avis généralistes, indépendantes des partis, visant les gros tirages et le profit (Tages-Anzeiger ). Dans l'entre-deux-guerres se créèrent aussi des hebdomadaires indépendants, comme le Schweizerische Beobachter ou Die Nation , qui pratiquaient un journalisme d'enquête. Des revues défendant de grandes options idéologiques, comme les Schweizer Monatshefte , la Schweizer Rundschau ou la Rote Revue traitaient à fond de questions politiques, économiques et culturelles.
Le journalisme de boulevard, répandu à l'étranger dès la fin du XIXe s., ne prit pied en Suisse, après des tentatives avortées (Actualis ), qu'en 1959 avec le Blick . La commercialisation croissante des médias, l'internationalisation de leur marché et la concurrence de la télévision provoquèrent, dès les années 1960, un mouvement de concentration dans la presse écrite (fusions, système des éditions locales) qui culmina dans les années 1970 et 1990 et conduisit au déclin des organes partisans et confessionnels, remplacés par des journaux d'implantation régionale ouverts aux diverses opinions, comme la Basler Zeitung . Le tirage total de la presse suisse doubla, mais de nombreux titres disparurent. Cette "mort des journaux", jointe à l'apparition d'hebdomadaires gratuits que les éditeurs ne pouvaient plus empêcher, à cause de la loi de 1962 (en vigueur dès 1964) contre les cartels, déclencha un vaste débat sur la politique des médias (conception globale des médias, 1978-1982). La concentration de la presse écrite influença indirectement la libéralisation de la radio. La concurrence acharnée aboutit à la constitution de grands groupes (Ringier, Tamedia, groupe de la NZZ, Basler Medien-Gruppe, Jean Frey AG, Espace) attachés d'abord à la défense d'intérêts économiques. Parallèlement, on créa en 1977 le conseil de la presse, organe d'autocontrôle.
Des gains dus à la rationalisation permirent de lancer des journaux du dimanche (SonntagsBlick en 1969, Sonntagszeitung en 1989, titres dominicaux régionaux dès 2006) et d'augmenter la pagination dans les années 1990. Le nombre de revues s'accrut pour mieux répondre aux divers besoins du public. Dès la fin de 1999, les quotidiens subirent, d'abord à Zurich, puis dans d'autres agglomérations, la concurrence des journaux gratuits conçus pour être lus sur le chemin du travail, qui se hissèrent en quelques années à la première place en termes de tirage. Dans la première décennie du XXIe s., les médias électroniques, soutenus par le transfert en leur faveur d'une partie de la manne publicitaire, ouvrirent aux groupes de presse d'envergure internationale un marché qui se joue des frontières et un nouveau modèle économique. Les journaux en ligne transformèrent aussi bien le travail de rédaction que les habitudes de lecture. Ces mutations et les difficultés dues à la baisse des revenus procurés par les annonceurs rendent incertain l'avenir de la presse écrite.
Auteur(e): Adrian Scherrer / PM
Jusqu'en 1830, la Suisse romande ne posséda qu'une presse très modeste, quelques feuilles d'avis, pour certaines nées sous l'Ancien Régime déjà, et, depuis 1798, de rares journaux politiques, à la vie souvent courte. La liberté de presse proclamée par la République helvétique dura quelques mois et des mesures de censure, régulièrement renforcées, rendirent difficile la vie des nouveaux journaux politiques. La vague libérale de 1830 changea la donne: de l'été 1830 à la fin 1831, une vingtaine de titres furent lancés. Ce mouvement ne s'arrêtera plus et sera très vigoureux jusqu'à la fin du siècle. De 1830 à 1870, la Suisse romande vit naître plus de 200 nouveaux journaux pour un solde final d'environ quarante titres.
Les années 1870 à 1910 furent marquées par plusieurs phénomènes, notamment par l'explosion du nombre de feuilles locales. Jusqu'alors, les journaux apparaissaient avant tout dans les chefs-lieux cantonaux et dans les villes; à partir de 1870, chaque bourgade de Suisse romande se dota d'une, voire de deux feuilles. Formée de journaux bi- ou tri-hebdomadaires tous bâtis sur le même modèle (petit format, quatre pages dont une "der" [dernière] constituée d'annonces locales), souvent due à la plume d'un seul homme plus intéressé au commentaire politicien qu'à l'information, cette petite presse locale tissa dès la fin du siècle un filet très dense formant le premier niveau d'une stratification qui se dessinait progressivement. Au deuxième niveau se situait la presse à vocation cantonale. D'un format souvent plus grand, écrits par des journalistes professionnels, abonnés à des agences de presse, privilégiant l'information sans abandonner le combat politique, les quotidiens s'imposèrent dans le dernier tiers du XIXe s. comme seuls représentants des partis politiques cantonaux que l'on créait. A cette presse partisane, dite "d'opinion", s'agrégea une presse "neutre", dite "d'information": Feuille d'avis de Lausanne nouvelle manière (1872), Tribune de Genève (1879), L' Impartial (1881), Tribune de Lausanne (1895), autant de titres qui proclamaient leur indépendance et connurent un rapide succès. La pointe de la pyramide était constituée par quelques journaux pouvant prétendre à une diffusion supracantonale, soit la Gazette de Lausanne , le Journal de Genève et la Tribune de Genève.
A côté de cette densification et de cette hiérarchisation, le dernier tiers du XIXe s. fut marqué par une insertion croissante de la presse dans une logique économique. Investissements considérables pour passer au rythme quotidien, abonnements aux agences de presse et marchandisation des nouvelles, affermage de la publicité confiée à des entreprises d'envergure nationale, tous ces éléments poussèrent plusieurs journaux à s'organiser en société anonyme avec des actionnaires qui réclamaient leur dividende. Cette économisation croissante créa de fortes tensions entre les quotidiens cantonaux et les petits journaux locaux habitués à y «emprunter» leurs informations. Le pillage des nouvelles fut du reste l'un des thèmes discutés dans les associations cantonales de journalistes qui naquirent au tournant du siècle.
En comparaison avec la seconde moitié du XIXe s., la première moitié du XXe s. apparaît calme: la Suisse romande comptait quelque 110 titres de journaux en 1910 comme au milieu des années 1950. Cette stabilité n'est qu'apparente, plusieurs mutations étant alors en cours. Tout d'abord, la fondation du groupe qui dominera la presse romande, Lousonna, futur Edipresse, qui appuya son développement sur une étroite proximité avec Publicitas. Ensuite, la segmentation des publics: bien entamé vers la fin du XIXe s., ce mouvement se développa durant l'entre-deux-guerres, avec l'apparition d'une presse ciblée et diversifiée (sports, loisirs, techniques, arts). Les éditeurs romands ne furent ici guère audacieux, confrontés qu'ils étaient à la forte concurrence des journaux spécialisés français. Au niveau formel, l'utilisation plus fréquente de la photographie modifia la physionomie des quotidiens et favorisa l'apparition d'un genre nouveau, l'hebdomadaire. Tandis que L' Illustré , L'Abeille, L'Echo illustré ou Pour Tous visaient un public plutôt féminin ou familial, Curieux , puis Servir imitaient les grands modèles politico-culturels français des années 1930. La Suisse romande manqua le virage du "news-magazine" dans les années 1950 et 1960. Il faut relever enfin le net déclin de la presse d'opinion qui, malgré une légère reprise dans les années 1930 si fortement polarisées, perdit régulièrement des lecteurs au profit de la presse d'information.
Avec les années 1970 commença une période de contraction du nombre de titres, due en partie à une redistribution de la manne publicitaire, en partie au difficile renouvellement du matériel dans une époque de rapides mutations technologiques. Dans les années 1980, une courte embellie permit l'apparition de L'Hebdo et de Bilan. Dans la presse locale, les disparitions et les regroupements contraints se multiplièrent. Pour la presse cantonale, la disparition (Le Peuple-La Sentinelle en 1971, La Sentinelle ) ou la marginalisation de la presse d'opinion (Nouvelle Revue de Lausanne , Le Courrier ) ouvrit la porte à des situations de quasi-monopole: la Feuille d'avis de Lausanne, devenue 24 Heures (Vingt-quatre Heures ) dans le canton de Vaud, La Liberté à Fribourg, Nouvelliste et Feuille d'Avis du Valais en Valais, Le Quotidien jurassien dans le Jura ou, au bout du lac, la Tribune de Genève. A Neuchâtel, L'Impartial et L' Express résistèrent longtemps avant de fusionner en 1999. A l'étage supracantonal, débarrassé de sa concurrente la Gazette de Lausanne, le Journal de Genève dut faire face dès 1991 au Nouveau Quotidien . En 1998, Le Temps remplaça les deux titres exsangues. De son côté, la Tribune de Lausanne (devenue Le Matin en 1984) remporta le combat qui l'opposait à La Suisse pour devenir en 1994 le seul quotidien populaire romand supracantonal.
Ces reclassements consacrèrent la nette prédominance du groupe lausannois Edipresse qui, ayant éliminé son principal concurrent, le genevois Sonor, détenait au début du XXIe s. tout ou partie de plusieurs titres romands. En 2001, le rachat de L'Impartial/L'Express par le groupe français Hersant provoqua des inquiétudes restées sans suite. Edipresse lança en 2005 un quotidien gratuit, Le Matin bleu, destiné à barrer la route d'un autre gratuit, 20 Minutes, édité par le groupe alémanique Tamedia. Très onéreuse, l'opération réussit surtout à mettre en difficulté un autre titre du groupe, Le Matin. En 2009, le rachat d'Edipresse par Tamedia ouvrit une nouvelle étape dans le processus de concentration de la presse suisse.
Auteur(e): Alain Clavien
Le premier périodique de la Suisse italienne fut l'hebdomadaire Nuove di diverse corti e paesi publié par l'imprimerie Agnelli à Lugano de 1746 à 1799. La période napoléonienne fut synonyme de repli pour le journalisme tessinois, victime des pressions françaises: le Telegrafo delle Alpi, guère apprécié de Napoléon, fut supprimé en 1806.
Après une première période difficile, qui culmina avec la suppression en 1821 de la Gazzetta di Lugano, les dernières années de la Restauration virent la naissance d'une presse de tendance libérale. Destinée principalement aux lecteurs tessinois, elle traitait la politique cantonale. Le Corriere Svizzero, d'abord, puis surtout son successeur l'Osservatore del Ceresio jouèrent un rôle décisif dans les débats entourant la réforme constitutionnelle de 1830. La Régénération encouragea la création de journaux politiques, tirés à quelques centaines d'exemplaires, presque toujours soutenus par des sociétés d'actionnaires. A la même époque, les premiers périodiques philanthropiques virent le jour; ils furent progressivement remplacés par les organes des associations qui se formèrent dans les années 1830. Dès 1844, l'Etat publia sa feuille officielle (Foglio Officiale del Cantone Ticino).
La Constitution fédérale de 1848 ne modifia en rien le cadre institutionnel de la presse tessinoise. Celle-ci était plutôt influencée par l'hégémonie du parti radical, qui décourageait la création de journaux conservateurs. En 1850, la Gazzetta Ticinese (fondée en 1821) fut le premier quotidien tessinois. Divers titres apparurent dans les autres villes du canton, surtout à Bellinzone et à Locarno, même si Lugano demeura le point névralgique de la presse tessinoise. Les vallées italophones des Grisons virent la naissance de l'hebdomadaire Grigione Italiano 1852, puis notamment de Il San Bernardino en 1894 et de La voce della Rezia (1926, La voce delle valli dès 1948), fruit de la fusion de deux titres préexistants.
Le journal radical Il Dovere (1878), qui paraissait trois fois par semaine, ouvrit la voie aux organes officiels de partis, dont le nombre augmenta avec l'adoption du système proportionnel en 1890: ainsi apparurent le quotidien Corriere del Ticino (1891) à Lugano, celui du parti conservateur Popolo e Libertà (1901), ainsi que les journaux socialistes L'Aurora (1901) et Libera Stampa (1913). Souvent animée par des personnalités issues de l'immigration italienne, la presse syndicale se développa à la même époque.
Dans l'entre-deux-guerres, l'évolution vers le multipartisme et le morcellement de la presse continua: le parti agrarien tessinois (1922), le parti communiste (1925), la Ligue nationale tessinoise (1933) et la Fédération fasciste tessinoise (1933), entre autres, publièrent leurs organes. En 1926, le diocèse de Lugano fonda le Giornale del Popolo qui fit passer à six le nombre des quotidiens tessinois. Les périodiques comptaient l'hebdomadaire catholique La famiglia (1903), probablement le plus diffusé dans le canton, et Illustrazione ticinese (1931). En 1935, les autorités fédérales décrétèrent la suppression de L' Adula pour irrédentisme.
Après la Deuxième Guerre mondiale, la croissance économique coïncida avec une phase de consolidation des six quotidiens en place; Il Quotidiano apparut en 1987, mais ferma deux ans plus tard. Au début des années 1990, la crise des partis historiques mit aussi en difficulté leurs organes: la Libera Stampa cessa d'être publiée en 1992, Popolo e Libertà devint un hebdomadaire et Il Dovere fusionna avec l'Eco di Locarno pour devenir le quotidien La Regione . La Gazzetta Ticinese cessa ses activités en 1996, alors que le Giornale del Popolo fut sauvé en 2004 par l'intervention financière de la société éditrice du Corriere del Ticino. Les problèmes rencontrés par les titres traditionnels tranchent avec le succès de l'hebdomadaire Il Mattino della Domenica (1990), le premier journal dominical gratuit de Suisse, qui contribua à l'affirmation de la Ligue des Tessinois. Dans son sillage se situe Il Caffè (1998), coédité par le groupe Ringier. Au début du XXIe s., le Corriere del Ticino se trouvait au centre de l'éventail des quotidiens tessinois, désormais réduit à trois titres.
Auteur(e): Fabrizio Mena / AMC
En dehors d'un essai isolé (la Gazetta ordinaria da Scuol, env. 1700-1724), la presse romanche n'existe que depuis le XIXe s. De nombreux journaux d'opinion, de portée régionale, se créèrent alors, reflétant la diversité linguistique (le romanche se divise en cinq idiomes écrits) et confessionnelle de leur lectorat. Tous soutenaient vigoureusement la langue romanche et la culture régionale. Pour la plupart, ils paraissaient une ou deux fois par semaine et n'eurent qu'une durée éphémère. On en a compté quatorze au total en Engadine, dont les plus importants sont le Fögl d'Engiadina (en puter, 1857) et la Gazetta Ladina (en vallader, 1922), tous deux radicaux modérés, qui fusionnèrent en 1940 sous le titre de Fögl Ladin . Dans la région rhénane, les oppositions confessionnelles et partisanes firent naître une presse très combative. Le Grischun Romontsch, défenseur du libéralisme catholique (1836) fut le premier de seize journaux, dont seul survécut la Gasetta Romontscha (paraissant dès 1857, plus tard Nova Gasetta Romontscha), lancée par les conservateurs catholiques de la Surselva. La Pagina da Surmeir (1945) était l'organe des catholiques du centre des Grisons, la Casa paterna (1920-1996) et La Pùnt (1951-1996) ceux des protestants du Rhin antérieur et du Rhin postérieur.
La presse romanche soutint activement les partis qu'elle contribua à fonder et dont les rivalités expliquent la présence de nombreux titres condamnés à se contenter de faibles tirages. Pendant des décennies, elle a été, avec les almanachs, le guide linguistique, culturel, politique et religieux des paysans. En 1997 est sorti le premier numéro de La Quotidiana (le seul quotidien de l'histoire de la presse romanche), qui a absorbé tous les autres titres à l'exception de la Pagina da Surmeir et de l'Engadiner Post/Posta ladina.
Auteur(e): Adolf Collenberg / PM