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La Ville de Neuchâtel a donc décidé de débaptiser l'espace Louis-Agassiz (1807-1873). L'éminent glaciologue, inventeur du concept d'« âge glaciaire » et pionnier de l'étude des poissons fossiles, cofondateur de l'Université de Neuchâtel et du Musée d'histoire naturelle, cet homme, donc, avait aussi des théories sur les races humaines qui apportèrent une caution scientifique au racisme. La question reste controversée de savoir s'il était favorable au maintien de l'esclavage, ou au contraire partisan de la libération des esclaves.
On trouve aussi des rues Agassiz à Saint-Imier, à La Chaux-de-Fonds et à Lausanne. Mais dans cette dernière ville, la préoccupation des autorités, qui cartonnent à gauche sans interruption depuis 2006, c'est la proportion ridicule de rues ou de places qui portent le nom d'une femme : seulement trois femmes sur 103 personnalité honorées par ce moyen.
Mais justement : s'agit-il vraiment un honneur ?
La question se pose aussi dans le domaine des sciences et des techniques : on donne des noms de chercheurs et d'inventeurs à des lois, des théorèmes, des appareils, etc. Or j'en ai fait l'expérience avec plusieurs de mes étudiants. À celui qui, dans un examen oral, invoquait par exemple la Loi de Paschen, je demandais à brûle-pourpoint : « Au fait, c'était qui, ce Paschen ? » Et voilà le pauvre candidat me regardant avec effroi, comme si je venais de prononcer sa condamnation à mort !
Demandez donc aux Lausannois, qui était Auguste Verdeil ou Édouard Dapples. Sur mille d'entre eux, y compris ceux qui habitent les rues éponymes, vous aurez tout au plus deux ou trois bonnes réponses, de la part de personnes qui connaissent l'histoire du canton de Vaud, et n'ont pas besoin des noms des rues pour cela.
Mieux vaut renoncer totalement à donner des noms de personnes à des rues, car c'est pure illusion de croire que l'on perpétue la mémoire de l'intéressé(e) par un tel moyen. Aujourd'hui, Auguste Verdeil et Édouard Dapples ne sont plus que des noms de rues.
Il y a bien assez de plantes et d'animaux disparus, pour baptiser toutes les rues du monde à la mémoire de la biodiversité.