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|Vues partielles de l'exposition

coll. de l’artiste
|Claude Rutault, (p)réparations

in cycle Mille et trois plateaux, cinquième épisode

Claude Rutault appartient à cette catégorie d’artistes dont l’œuvre est réglée par un principe défini un jour et une fois pour toutes. Il faut évidemment relativiser cette assertion schématique qui ne saurait déjà se vérifier que sur la durée complète d’une vie. C. Rutault commence à peindre en 1958-1959. Ce n’est qu’en 1973-1974 qu’il met en place le protocole qui régit depuis son travail et que signe et signifie désormais son nom. Depuis cette date, une peinture (sur toile, papier ou tout autre support) de C. Rutault est toujours de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée. À partir de cette contrainte fondatrice, divers développements sont imaginables que l’artiste a codifiés sous l’intitulé générique de définitions / méthodes. En 1999, la liste de ces d/m a été arrêtée au nombre de 274 dont 28 (« d/m 274, ce qu’il ne faut plus faire, 1997 ») sont à soustraire de l’ensemble des propositions réalisables.
L’artiste peut actualiser lui-même sa pièce mais celle-ci est davantage conçue pour être prise en charge par le collectionneur qui l’acquiert ou l’institution qui l’expose. L’œuvre résulte donc de l’articulation de l’application rigoureuse de sa définition et de la nécessaire interprétation que cette définition exige de l’imagination de l’artiste ou du « repreneur ». Il en découle qu’une même d/m est susceptible d’un nombre infini de variations qui ne sont nullement tributaires de la seule décision ou subjectivité d’un artiste souverain. Ainsi l’œuvre de C. Rutault est-elle 'de facto' une œuvre collective, continue, imprévisible et interminable. C’est donc aussi une œuvre indemne de toute forme d’entropie physique. Une peinture de C. Rutault est toujours récente. Il n’y aurait aucun sens artistique à en conserver une dans sa première actualisation.
Comme les tableaux d’On Kawara, les peintures de C. Rutault sont indatables. Elles n’ont d’autre âge que celui de leur conception programmatique tout en restant inaltérablement fraîches. Ce n’est pas le seul paradoxe de ce travail qui met en jeu toute la peinture dans la seule opération d’un recouvrement qui excède son support en s’élargissant à tout le mur. Ainsi le dispositif constitutif de toute peinture est-il systématiquement reconduit et débordé. Même la couleur ne fait pas ici sens au nom de l’art. La plus-value visuelle ou rétinienne n’est pas récusée mais elle demeure contingente, extrinsèque.
Une œuvre aussi catégorique, réfléchie et radicale pouvait-elle laisser exister en dehors de son corpus les pièces réalisées par l’artiste avant qu’il ne définisse les conditions identifiant son travail ? Pouvait-il subsister des pièces signées Rutault avant que ne soient déterminées les œuvres nommant Rutault ? D’où la décision d’engager un processus de recouvrement (monochrome) systématique des travaux antérieurs à l’élaboration des d/m. L’exposition « (p)réparations » rend compte de ce processus en cours. En repeignant ses œuvres de jeunesse, C. Rutault leur confère une nouvelle jeunesse, une jeunesse intemporelle et une disponibilité intacte.
|Claude Rutault est né en 1941 aux Trois-Moutiers ; il vit à Vaucresson.|