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Sœur Véronique, cette nomination vous a valu des félicitations et des témoignages de sympathie. Que représente-t-elle ? Une promotion ?
Certainement pas une promotion, plutôt une marque de confiance. Etre en mission d'autorité, à la suite de Jésus, ne consiste par à gravir des échelons, mais plutôt à s'abaisser de sorte à pouvoir ''laver les pieds de ses disciples''. Il s'agit d'un service confié pour trois ans, renouvelable deux fois. Cette nomination est intervenue au terme d'un processus sérieux de discernement, fait par l'ensemble des Sœurs du District et la Supérieure générale. Au terme, chaque Sœur a été invitée à indiquer confidentiellement trois noms à Mère Myriam. Quelques jours après, elle m'a téléphoné de Rome pour savoir si j'acceptais cette mission.
Et vous avez dit oui !
J'ai d'abord répondu par un silence, puis j'ai dit " Avec la grâce de Dieu ". Dans ma Congrégation, c'est avec ces mêmes mots, précédés d'un " oui ", que l'on s'engage pour toujours dans la vie religieuse. Religieuse depuis 21 ans, je sais que je peux m'appuyer sur le Seigneur et sur mes Sœurs. Deux d'entre elles ont été nommées peu après. Elles ont pour mission de me conseiller et m'assister dans les décisions à prendre. Il s'agit de Sr Irène Chapuis, bien connue à Bienne, et Sr Myriam Kälin qui a elle-même été longtemps supérieure de District. Me voilà bien équipée !
Quelles sont vos fonctions en tant que Supérieure de District
Le mot " district " est un terme technique, lié à la taille. Une " province " compte des centaines de sœurs. Nous sommes quatre mille SPC dans le monde, mais seulement vingt-quatre en Suisse. Nous formons ce qu'on appelle un "district ". Etre Supérieure de District, pour moi, c'est d'abord aller à la rencontre de chacune de mes Sœurs, être à leur écoute, repérer avec elles l'Esprit à l'œuvre dans leur vie et accompagner cette vie au service des hommes et des femmes de notre temps. Cela rejoint bien le " Vivre ensemble " des Orientations Pastorales : " Ensemble cheminer et croire ; ensemble soutenir la vie ; ensemble fêter Dieu ". A cela près que Dieu vient en premier dans notre vie. Etre Supérieure de District, c'est aussi se risquer sur des chemins nouveaux, au souffle de l'Esprit, comme l'a fait l'Apôtre Paul notre patron ; bien sûr en lien avec la Congrégation et donc avec la Supérieure générale. Etre sœur, c'est faire partie d'un équipage. En être la Supérieure, ce n'est pas en être le capitaine. Le capitaine, si j'ose dire, c'est le Père, et sa voix c'est le Christ. Mon rôle consiste à être sensible au Souffle de l'Esprit et à déployer, orienter, les voiles adéquatement. Je dois aussi faire en sorte de prendre soin tant de l'équipage que de l'embarcation. Dans un équipage, chaque matelot à des compétences et responsabilités. Je n'ai pas la prétention de tout savoir et encore moins tout pouvoir. Je sollicite donc largement mes sœurs, selon leurs talents, multiples ! Toutes, de la plus âgée à la plus jeune, de la plus bardée de diplômes à celle qui en a le moins, toutes sont responsables de la vitalité de la Congrégation dans cette région. La prière prolongée de nos sœurs aînées m'est particulièrement importante ! Mais combien sont nécessaires les compétences comptables de Sr Marianne (Supérieure de la Communauté de Bienne), en charge des finances de notre District ! Et à quoi servirait toute cette organisation si elle n'était au service de la vie des gens d'ici et d'ailleurs, grâce à l'engagement de chacune, que ce soit en diaconie, dans les soins, en pastorale et catéchèse ou encore dans l'enseignement. Il n'y a pas de 'petit' service, ni de 'petit' don à l'aune de la charité !
Parlez-nous de " l'équipage SPC " de Bienne !
Merci pour cette demande ! Elle me permet de vous parler de ma Communauté. Je dois beaucoup à chacune de mes Sœurs. Je leur dois en particulier d'avoir, avec moi et sans vaciller, traversé les tempêtes du cancer. Nous sommes six, de cinq pays et quatre continents. N'est-ce pas magnifique dans une ville qui compte plus de 174 nationalités et 72 langues ? Sr Marianne (Suissesse) et Sr Denise (Guyannaise) sont infirmières, Sr Angèle (Malagache) est enseignante, mais ici elle œuvre en diaconie (Caritas et service des personnes âgées), Sr Clara (Malgache) est catéchiste et travaille bénévolement à la M.C.I., Sr Thérèse arrive au bout de sept ans d'études en théologie à Fribourg. Elle retournera au Vietnam en fin d'année, avec en poche un bachelor, un master et une licence en théologie. Nous la regrettons déjà ! Et vous-même ? Je suis native de Porrentruy. Infirmière en pédiatrie, j'ai travaillé au Wildermeth, puis j'ai été appelée au poste de responsable de la Pastorale œcuménique auprès des personnes handicapées du Jura pastoral. Diplômée de l'Ifm, j'ai été à ce poste d'août 2000 à juillet de cette année. C'est désormais François Brahier qui assume cette mission, avec brio il faut le dire ! Je reste cependant engagée à 50% dans ce service que j'exerce notamment à Bienne, à l'E.P.C. et au foyer A.S.I. Arrivée à Bienne en 1993, j'y suis restée jusqu'en 2002. J'ai prononcé mes vœux perpétuels en paroisse, à Ste-Marie, en août 1998. Cela ne s'oublie pas ! J'étais donc heureuse de revenir à Bienne en 2008.
Qu'est-ce qui caractérise votre Congrégation ?
Son internationalité, son souci " d'élever le niveau humain et spirituel ", sa préférence pour les missions et les lieux refusés ou délaissés par d'autres, son empreinte pascale et paulinienne. Nous sommes présentes dans 33 pays sur les 5 continents, en Suisse depuis 1900 et à Bienne depuis 1969. Depuis quelques années, en Suisse tout particulièrement, nous cherchons à vivre nos rencontres telles des " Visitations ", témoins de la présence de Dieu en l'autre qui la révèle en nous, ainsi naît la joie profonde, plus forte que l'épreuve.
Vous avez fait allusion au cancer...
C'est exact, car je dois beaucoup à cette expérience, si même je ne la souhaite à personne. Les traitements, terrassants, m'ont appris à goûter la vie de manière nouvelle, à m'en émerveiller, à rendre grâce. J'ai (re)découvert la compassion de Dieu et expérimenté très fort la fraternité, celle de mes Sœurs, celle de mes amis, celle de bien des paroissiens aussi ! Amour, foi et humour m'ont permis d'endurer toutes les tempêtes. Je sais ma vie, nos vies, entre les mains du Père. Tout cela constitue une leçon de vie qui me servira dans ma nouvelle mission. J'ai envie de partager ici aussi mon admiration à l'égard des paroissiens biennois. Les tempêtes n'ont pas manqué ces dernières années et ils sont pour la plupart restés, évitant à la barque de chavirer. D'autres chrétiens nous ont rejoints, venant d'autres continents, colorant la communauté et la dynamisant aussi. Il y a du souffle et c'est porteur d'espérance ! Notre monde en a bien besoin ! La force du mal aujourd'hui, c'est de nous déprimer et de nous détourner de l'espérance pascale. Jésus nous appelle cependant à voir au-delà, au-delà de la mort. Il nous invite à combattre la haine à force d'amour désarmé, à force d'un regard qui envisage et non qui dévisage. Il nous invite à la rencontre de l'autre, au dialogue, au pardon, à l'engagement. C'est ce que nous essayons de vivre en communauté. La prière est sans nul doute le moyen privilégié pour y parvenir. Nous nous retrouvons minimum 3x/jour pour prier ensemble et prenons plus d'une heure de prière personnelle quotidienne. Nos offices sont ouverts à qui veut y prendre part, mais il faut nous téléphoner avant.
Le mot de la fin, Sœur Véronique ?
C'est à Dieu qu'il appartient ! C'est lui qui écrira le dernier mot de notre Histoire. Puissions-nous vivre dans la certitude d'être l'enfant bien-aimé de Dieu et être ainsi établis dans une confiance qui soit à même de nous porter en toute tempête et faire de nous des témoins d'espérance ! Il vaut la peine de miser sa vie sur Dieu !
Propos recueillis par Christiane Elmer