Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07007.jsonl.gz/812

Publiés dans le dernier numéro (daté du 6 janvier) du Lancet 1 les premiers résultats d'un essai international confirme l'efficacité du trastuzumab (Herceptine) utilisé en adjuvant dans certaines formes précoces de cancers du sein. Dénommé HERA (pour Herceptin Adjuvant), cet essai international a été mené dans une dizaine de pays et coordonné par le Pr Ian Smith (Royal Marsden Hospital, Research Cancer Institute, Londres). On sait que le trastuzumab est un anticorps monoclonal murin humanisé mis au point par la société américaine Genentech et aujourd'hui développé par la multinationale pharmaceutique Roche. Il s'agit là du premier traitement anticancéreux visant une altération génétique spécifique et la destruction des seules cellules malignes. Cet anticorps monoclonal a pour cible une anomalie de nature génétique conduisant à la surproduction d'une protéine et au développement du processus pathologique. Cette anomalie (dite «HR2 positive») est observée chez 20 à 30% des femmes souffrant d'un cancer du sein.Ce travail prolonge plusieurs publications du New England Journal of Medicine faites fin 2005.2-4 Ces études avaient, pour la première fois, apporté les premiers éléments concrets quant à l'intérêt de ce nouveau médicament dès lors qu'il était utilisé, chez les femmes concernées par l'anomalie génétique, à titre d'«adjuvant» en complément des traitements habituels du cancer du sein. L'une de ces études, menée auprès de 5081 femmes avait conclu, après un suivi moyen d'un an, que le risque d'événements négatifs (récidive locale, controlatérale ou métastatique, nouveau cancer non mammaire ou décès) était diminué de 46% dans le groupe sous trastuzumab par rapport au groupe contrôle. Ce travail mettait d'autre part en évidence une grave toxicité cardiaque chez 0,54% des femmes traitées par trastuzumab. Les deux autres études aboutissaient alors à des conclusions similaires. Au total, ces travaux permettaient aux spécialistes d'affirmer que chez les femmes «HER2 positives» atteintes d'un cancer du sein à différents stades de son développement, un traitement «adjuvant» par trastuzumab améliorait significativement le pronostic médical. Pour la plupart des spécialistes, il s'agissait là du progrès médicamenteux le plus important enregistré dans ce domaine depuis l'introduction du tamoxifène. L'essai international HERA a été mené auprès de 5102 femmes avec un suivi moyen de deux ans. Il confirme l'importance qu'il convient d'accorder à ce nouveau traitement médicamenteux adjuvant qui augmente de manière significative l'espérance de vie dès lors qu'il est administré durant une année après le traitement initial. En pratique, 1703 femmes «HR2 positives» ont reçu l'Herceptine durant un an après un protocole chirurgical et chimiothérapique habituel. Un groupe contrôle de 1698 femmes avait été constitué ainsi qu'un troisième traité durant six mois. Le nombre de décès est supérieur dans le groupe «contrôle» que dans le premier groupe (90 contre 59) «HR2 positives» soit un augmentation de 2,7% de survie à trois ans. Un nombre plus élevé d'effets secondaires cardiaques a été recensé dans le groupe traité un an par l'Herceptine et équivaut à une femme supplémentaire en vie pour 55 femmes traitées après deux à trois ans de suivi, selon la revue.«Ces résultats importants ont, pour la France, une résonance toute particulière, a expliqué au Monde le Pr Dominique Maraninchi, président de l'Institut national français du cancer (Inca). Car nous avons fait le pari, et ce dès le mois d'octobre 2005, de permettre à toutes les femmes concernées d'avoir accès à ce traitement adjuvant tout en mettant en place une surveillance et des études complémentaires. La France est ainsi le premier pays européen à avoir mis en place un «protocole thérapeutique temporaire» (PTT) permettant une prise en charge du médicament par l'assurance maladie.Il faut ici rappeler que dès le 17 octobre 2005 l'Inca publiait en association avec l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et la Haute autorité de santé un PTT pour l'Herceptine. Ce n'est que le 22 mai 2006 qu'une AMM européenne a été donnée à ce produit en tant qu'adjuvant et qu'en octobre 2006 que la commission de la transparence de l'Afssaps donnait un niveau d'amélioration du service médical rendu majeur. En pratique, il faut savoir que le coût du milligramme est de 4.13 euros et que la dose moyenne par patiente est de 6500 mg. De ce fait, le coût d'un traitement sur un an pour une patiente est de 26 600 euros.«Nous estimons à environ 7500 le nombre de patientes qui surexpriment HER2, mais parmi elles 4500 répondent aux autres critères de traitement, explique Laurent Borella, directeur du département coordination des canceropôles, médicaments innovants, tumorothèques à l'Inca. Nous estimons que le nombre de vies sauvées grâce au traitement est compris entre 600 et 1000. Ce chiffre est toutefois très difficile à mesurer. Il suppose que les critères de traitement relatifs aux risques cardiaques soient parfaitement respectés. Le coût annuel des traitements est d'environ 100 millions d'euros (120 millions d'euros étant le coût du traitement adjuvant auquel il faut déduire 20 millions d'euros, coût des traitements métastatiques économisés en raison de la baisse de 50% des rechutes). Ce coût est confirmé par les données de vente d'Herceptine en 2006.»Bibliographie 1 Smith I, Procter M, Gelber RD, for the HERA study team. 2 year follow-up of trastuzumab after adjuvant chemotherapy in HER-2 positive breast cancer : A randomised controlled trial. Lancet 2007;369:29-36.2 Hortobagyi G. Trastuzumab in the treatment of breast cancer. N Engl J Med 2005;353:1734-6. 3 Piccart-Gebhart M, et al. Trastuzumab after adjuvant chemotherapy in HER2-positive breast cancer. N Engl J Med 2005;353:1659-72. 4 Romond EH, et al. Trastuzumab plus adjuvant chemotherapy for operable HER2-positive breast cancer. N Engl J Med 2005;353:1673-84.