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Gabriel Martins : « Le cinéma a changé ma vie »
Cofondateur de la société de production Filmes de Plástico, Gabriel Martins est un réalisateur, monteur et scénariste brésilien. Remarqué par le Festival FILMAR en 2019 avec No Coração du Mundo, film qu’il a coréalisé avec Maurilio Martins, Gabriel présente son dernier long-métrage, Marte Um, en compétition dans la section FOCUS SUD. Entretien avec le premier réalisateur noir nominé pour représenter le Brésil aux Oscars.
Par Vania Aillon et Luisa Ballin
Pour Marte Um, vous avez à nouveau tourné dans votre quartier à Contagem, ville au nord de Rio de Janeiro. Pourquoi ?
Ce film parle de la construction d’une identité, de la compréhension d’une esthétique dans les lieux où nous avons grandi, où nous vivons et d’où nous regardons le monde. Lorsque j’étudiais la technique cinématographique à l’Université, je pensais que je devais aller à Rio de Janeiro, à São Paulo ou à Hollywood pour apprendre à faire du cinéma. Puis, j’ai découvert que je pouvais réaliser mon rêve sur le pas de ma porte. C’était révolutionnaire ! Au Brésil, il n’y avait presque pas de film de ce type avant les deux longs-métrages que nous avons tournés dans notre quartier.
Dans Marte Um, le père souhaite que son fils devienne un grand footballeur alors que l’adolescent rêve de devenir astronaute. Quel message souhaitez-vous faire passer ?
Le film parle d’un racisme structurel, d’une violence symbolique qui est moins représentée que la violence physique exposée dans des récits mettant en scène de jeunes Noir·e·s brésilien·ne·s. Marte Um propose une façon de penser plus large, comme une révolution symbolique en contradiction avec l’histoire officielle du Brésil. Le film esquisse la possibilité d’un présent et d’un futur différents. Le cinéma brésilien n’a pas l’habitude d’évoquer des questions liées à la vie quotidienne. Dans notre film, les personnages récupèrent leur humanité.
Marte Um est le premier film réalisé par un cinéaste afrodescendant à avoir été nominé pour représenter le Brésil aux Oscars 2023. Qu’est-ce que cela représente pour vous et le cinéma brésilien ?
C’est important pour moi et pour les autres cinéastes, hommes et femmes, qui s’identifient en tant que personnes noires. C’est une nouvelle représentation du cinéma qui est mise en valeur, différente de celle qu’on a toujours connue, et qui est en train de se construire. Nous vivons une contradiction : faut-il obtenir une reconnaissance loin de chez nous pour communiquer avec nos voisins ? Pour réussir et tracer son chemin en tant que cinéaste, artiste brésilien·ne ou latino-américain·e, il ne faudrait pas dépendre d’une récompense internationale comme les Oscars. Celle-ci confère toutefois de la légitimité à nos projets qui sont pourtant déjà forts. Aujourd’hui, une petite maison de production (ndlr : Filmes de Plástico) située en dehors de São Paulo peut ainsi être plus respectée et mieux défendue. C’est un changement.
Le cinéma peut-il contribuer à changer les choses au Brésil et ailleurs ?
Absolument ! Pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Le cinéma possède une force symbolique. De nombreuses personnes vont regarder ce qui se passe sur un écran pendant une heure ou plus. Elles donnent un instant de leur vie pour regarder un film qui véhicule des idées, des symboles, des représentations. Nous ne savons pas ce qu’un film peut changer dans leur vie, ou, s’agissant des jeunes, comment elles et ils seront dans quelques années. Le cinéma a changé ma vie et voir des films m’a aidé à comprendre la politique ainsi que l’être humain.