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« Les progrès des sciences rendent nécessaires les progrès de la morale ; car, en augmentant la puissance de l’homme, il faut fortifier le frein qui l’empêche d’en abuser. Les progrès des sciences rendent nécessaires aussi les progrès de la politique. »
Voilà une citation qui paraît d’actualité. Cependant elle date de plus de deux siècles. On la doit à Germaine de Staël dans sa préface de la deuxième édition de De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales publiée en 1800.
Peu avant le paragraphe cité plus haut, elle note : « Si l’on dirigeait un jour la navigation aérienne, combien les rapports de la société ne seraient-ils pas différents ? » Chaque fois que l’on ouvre un livre de Germaine de Staël, on est ébloui par la pertinence de ses propos.
Après avoir évoqué le défenseur de la liberté que fut Benjamin Constant, il est juste d’y associer Mme de Staël dont l’intelligence et la vivacité lui furent un stimulant incontestable. Personnalité brillante, fascinante, exaspérante, d’un grand courage physique et intellectuel, elle peut toujours susciter d’innombrables sujets de réflexion. L’exposition de la Fondation Martin Bodmer nous le rappelle, qui la célèbre à l’occasion du deuxième centenaire de sa naissance. (www.fondationmartinbodmer.ch)
Comme Constant, elle s’oppose au despotisme de Bonaparte : « Le fléau de l’espèce humaine c’est le pouvoir absolu ». Mais elle condamne aussi la révolution : « Aucun homme ne peut être assez sûr de son opinion pour y marcher par une révolution ». Dans les deux cas elle parle en connaissance de cause, ayant subi les conséquences de l’un comme de l’autre.
Quoi qu’il arrive, elle reste positive: « la raison philosophique, malgré tous les obstacles, après tous les malheurs, a toujours su se frayer une route, (…) dès qu’une tolérance quelconque, (…) a permis à l’homme de penser », écrit-elle dans sa conclusion à De la littérature. C’est qu’elle croit au progrès. Comparant les tragédies antiques à celles de Racine, Mme de Staël affirme : « les tragédies grecques sont donc, je crois, très inférieures à nos tragédies modernes, parce que le talent dramatique ne se compose pas seulement de l’art de la poésie, mais consiste aussi dans la profonde connaissance des passions ; et sous ce rapport la tragédie a dû suivre les progrès de l’esprit humain. »
Mais les progrès ne se sont pas encore manifestés pour les femmes aspirant à la célébrité littéraire, dit-elle. « Dans les monarchies, elles ont à craindre le ridicule, et dans les républiques la haine. » « La plupart des femmes auxquelles des facultés supérieures ont inspiré le désir de la renommée, ressemblent à Herminie revêtue des armes du combat : les guerriers voient le casque, la lance, le panache étincelant ; ils croient rencontrer la force, ils attaquent avec violence, et dès les premiers coups, ils atteignent au cœur. »
Germaine de Staël en a encaissé, des coups au cœur.
N’a-t-elle pas clamé dans une de ses pensées le plus citées : « La gloire est le deuil éclatant du bonheur » ?