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Fribourg n’est pas Montréal, mais…
Au début des années 2000, un grand projet voit le jour au Québec: «Montréal: une île, une ville». Le gouvernement provincial et le maire de Montréal de l’époque rêvent de la fusion des 28 municipalités (ou communes) dont la ville de Montréal, qui constituent l’île de Montréal. On parle d’harmonisation et de meilleure qualité de services aux citoyens, de réductions d’impôts, d’une redistribution de la richesse, d’économies d’échelles.
Les 28 communes qui constituent l’île de Montréal avant 2002 sont loin d’être homogènes; certaines sont bilingues (anglais/français), certaines très riches, plusieurs sont peu peuplées et évidemment, les grandes infrastructures (stades, universités, centre économique) se concentrent dans la ville de Montréal. Alors on met en place une pléthore de commissions pour étudier les aspects fiscaux, administratifs, techniques, identitaires, etc. Bizarrement, même si les questions identitaires ont fait couler beaucoup d’encre sur la place publique (quel nom pour la future ville? quelle autonomie pour les nouveaux arrondissements? statut bilingue?) le gouvernement provincial de l’époque, pressé d’en finir, impose la fusion. Voilà donc qu’en 2002, «l’île a enfin sa ville».
C’était sans compter la grogne de certains milieux, dont celui de la minorité linguistique (mais pas seulement). Les élections provinciales de 2003 se sont tenues autour de l’enjeu du droit à l’autodétermination, ou comme on disait à l’époque au Québec, le droit à la «défusion». Ainsi, un nouveau gouvernement se fait élire et suite à un référendum (chose rare au Québec), il a permis aux communes le souhaitant de se «défusionner». Le processus est houleux, mais en 2006, 13 des 28 communes de l’île retrouvent leur autonomie. «L’île n’est plus une ville».
La nouvelle – et actuelle – ville de Montréal est composée des 15 communes qui ont choisi de rester. Elle représente 1.7 million d’habitants en 2016, soit les deux tiers de l’île. Depuis, on trouve sur l’île de Montréal une pléthore de structures administratives de quartier, communales, régionale, périphérique etc. Les services ne sont pas meilleurs et les taxes ne se sont pas réduites, ni pour les communes défusionnées qui n’ont pas de voix au sein de la ville de Montréal, ni pour la ville de Montréal qui n’a pas les pleins pouvoirs sur l’ensemble de l’île. Bref, tout le monde est perdant et personne ne veut rouvrir la boite de Pandore.
Fribourg n’est pas Montréal, on est bien d’accord, mais les deux villes partagent quelques points communs importants, dont celui de moteur économique à cheval sur deux cultures. L’expérience de Montréal est malheureuse, mais il y a des leçons à tirer. Tout d’abord, comme pour Montréal, la complexité des aspects identitaires sera le nerf de la guerre et ne doit surtout pas être sous-estimée. Au-delà du projet politique, il doit y avoir un vrai projet de société pour Fribourg. Pour répondre au «Quoi?», «Pourquoi?» et «Comment?» de la fusion, les acteurs du Grand Fribourg devront aborder publiquement les questions de fond – celles qui dérangent. J’espère seulement que les «grands-fribourgeois/ses» sont prêts à se lancer !
Illustration: Carte 1. L’île et la ville de Montréal (en rouge) après 2006, Wikipédia (open source)
Sources, pour en savoir plus sur les fusions au Québec:
Divers·e·s représentant·e·s de la société civile se sont porté·e·s volontaires pour créer des chroniques sur les histoires, les personnalités et les particularités qui caractérisent leur commune. Au travers de leurs publications, ces personnes externes à l'Assemblée constitutive explorent l’identité du Grand Fribourg. Elles abordent aussi différents sujets en lien avec la fusion des communes.
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Amélie Dubé
Fribourg