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Le résumé succinct du film et son titre, le haut de l'affiche partagé entre un acteur vedette hier consciencieux aujourd'hui blasé et un humoriste révélé par un télécrochet, tout laissait craindre une franchouillardise plutôt basse de plafond. D'où la sympathique petite surprise provoquée par cette comédie parfaitement inoffensive mais par moments marrante.
Gérard Lanvin se voit proposer un rôle dans un blockbuster américain racontant le débarquement de Provence en 1944. Il arrive dans la maison louée pour lui à proximité du tournage et va rencontrer Momo (Artus), un nettoyeur de piscines qui est fan, très fan, trop fan, de Gérard Lanvin. Voulant d'abord bien faire, cet admirateur deviendra rapidement un collant et spectaculaire boulet, s'immisçant dans la vie de son idole incrédule puis franchement irritée, et s'incrustant finalement jusque sur le tournage en y amenant aussi sa nombreuse famille, elle-même "aux petits soins" pour Gérard Lanvin. Parallèlement, l'acteur découvre que l'aventure cinématographique dont il se faisait une joie semble être bien moins professionnelle et intéressante que prévu.
Les scènes dites "du boulet", entre Lanvin et Artus, sont prétexte à des gags de situation classiques, parfois amusants, mais qui n’ont rien de révolutionnaire. Tout cela reste bien sagement dans les clous de la comédie hexagonale pas toujours très inspirée, alors que cela aurait pu s'approcher du cynisme de Misery ou de l'inexorable tourbillon de L'Emmerdeur. Bien plus drôles et réussies sont les scènes relatives au tournage du film de guerre hollywoodien sur les côtes françaises. Même si c'est pour s'en moquer, les coulisses d'un gros film sont montrées, avec leur lot de répétitions, de problèmes et de bras cassés divers. C'est dans ces moments-là que Gérard Lanvin, jouant "l'acteur Gérard Lanvin en train de jouer un rôle", se rapproche le plus de ce qu'il était autrefois, et qui devient de plus en plus rare. Quant à Artus, il est le responsable de la scène la plus irrésistible, carrément drôle à la toute fin du film, lorsqu'il interprète un résistant devant le peloton d'exécution, observé avec effarement par le metteur en scène et les assistants de l'équipe. J'adore ce que vous faites a ensuite l'intelligence de ne pas traîner en longueur après ce très bon moment, se termine de façon assez abrupte. Mais cela est tant mieux, car il est inutile de tartiner en longueur.
Il faut le reconnaître, il est très regrettable que depuis plusieurs années, Gérard Lanvin semble avoir été frappé de plein fouet par ce que l'on peut appeler le "syndrome Olivier Marchal". Comme s'il suffisait, pour bien jouer la comédie et quel que soit le type de rôle, de présenter un visage bourru, un regard dur et pénétré, et de murmurer ses répliques. Il y a eu une ou deux exceptions évidemment, mais trop rares. On regarde avec plaisir et un brin de nostalgie les films dans lesquels il se fatiguait davantage, tels que Le Prix du danger, Les Spécialistes, Mes meilleurs copains, La Belle histoire ou Le Fils préféré. Il est donc étonnant qu'il faille attendre qu'il joue son propre rôle pour le voir à nouveau composer, sortir de sa zone de confort et s'amuser. Distance bienvenue prise avec sa carrière et sa "légende", en moins abouti mais un peu à l'image de ce qu'avait fait Johnny Hallyday dans Jean-Philippe.
Philippe Thonney
|Nom||Notes|
|Philippe Thonney||12|