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Critique
Il y a vingt ans - avec Zhang Yimou, Chen Kaige et quelques autres - on découvrait une nouvelle génération de cinéastes chinois. C'était le début d'une période de production cinématographique assez exceptionnelle qui allait marquer la fin des années 80-90. Avec la complicité de son actrice fétiche Gong Li, Zhang Yimou (LE SORGHO ROUGE, JU-DOU, EPOUSES ET CONCUBINES, VIVRE - pour ne citer que quatre œuvres remarquables) fut très vite considéré comme l'un des chefs de file de ce mouvement.
Tandis que d'autres cédaient aux chants des sirènes hollywoodiennes, Zhang Yimou a voulu continuer à tourner dans son pays (PAS UN DE MOINS, ROAD HOME), cela dans des conditions souvent difficiles (il faut ruser pour ne pas se mettre à dos les autorités...) Ses derniers films (KEEP COOL, HEROS) n'ont malheureusement pas encore été distribués en Suisse.
HAPPY TIMES, fable douce-amère, est une œuvre qui peut dérouter. L'intrigue était pourtant prometteuse: Zhao, ouvrier retraité et célibataire, est à la recherche de l'épouse idéale. Il croit l'avoir trouvée, mais la dame se révèle très vite éprise de luxe et d'argent. Zhao va mentir, se faisant passer pour un riche directeur d'hôtel. Lors d'un dîner chez sa future (?) femme, il fait la connaissance de Wu, la belle-fille (18 ans) de ladite dame. Wu est fine et jolie, mais aveugle. Zhao va être amené à s'occuper d'elle. Il tentera de lui redonner goût à la vie, lui trouvera du travail, aidé en cela par des copains tout dévoués.
Sur le ton de la comédie et avec beaucoup de tact - le sujet était difficile - Zhang Yimou raconte les embrouilles et les subterfuges employés par Zhao pour rendre Wu un tant soit peu heureuse. Le spectateur se chargera lui-même de découvrir comment, au gré d'un scénario assez pittoresque.
On pourrait regretter que la Chine ne soit pas davantage présente autour de ce petit microcosme social par ailleurs fort sympathique et finement décrit. La tonalité résolument amusée adoptée par le cinéaste empêche aussi d'entrer dans une histoire qui baigne parfois dans une atmosphère assez mélancolique. Et que deviendra par ailleurs cette jeune aveugle? Les meilleures séquences de HAPPY TIMES sont celles des promenades et des échanges subtils entre Zhao et sa protégée (aveugle, mais pas stupide du tout!) Sans effets inutiles, Zhang Yimou parvient alors à créer un climat fait de drôlerie et de tristesse, évitant le mélodrame et parvenant par moments à atteindre un haut degré de pudeur et d'humanité.
Antoine Rochat