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09/03/2012
Genève rencontre New York (2)
D'abord New York, par la fenêtre de l'hôtel, sous un ciel bleu délavé. Une ville debout. C'est une belle journée qui commence.
Je marche jusqu'à la 26ème rue, le long de l'Hudson, sur laquelle un avion, il y a quelques années s'est posé en douceur. Aux murs, dans les rues, plus d'affiches. C'est étonnant. Plus de place. Mais des écrans géants qui clignotent et ressassent, entre deux spots publicitaires, les débats entre candidats à l'élection présidentielle. Bientôt j'arrive dans un bâtiment occupé par des cabinets d'architecte et des galeries de peinture très design. En fait, il s'agit du Centre international de l'affiche. Un endroit unique au monde (est-ce pour cela que le loyer mensuel est de 50'000 $?) C'est ici que Patrick Cramer, le grand (2m02) galeriste et éditeur genevois met aux enchères quelques-unes des plus belles pièces de sa collection.
C'est un plaisir de retrouver les images un peu nostalgiques du siècle passé. Patrick Carmer en a collectionné des centaines, comme il a d'ailleurs édité des livres sur l'histoire de l'affiche. Ici, seulement une trentaine de posters sont affichés. Dont un d'Armando Giacometti. Un peu partout, on vante les charmes des stations de ski, ou de la défunte compagnie Swissair. On annonce à grand renfort de Jet d'Eau l'ouverture du salon de l'auto. On célébre l'immeuble Métropole, à Lausanne, qui comporte plusieurs salles de cinéma, une maison d'édition et une salle de concert. On retrouve même, associés à la ville de Genève, une fillette souriante qui ressemble à Martine !
Plus tard, tout le monde se retrouve à l'Université de New York qui accueille une magnifique exposition sur Albert Gallatin, le Genevois qui devint le premier Ministre des Finances américains. Michel Butor, qui ne quitte plus sa célèbre salopette noire, est honoré par le Président de NYU. Il dialogue ensuite avec Lois Oppenheim, une spéciaaliste de son œuvre. Bel échange, authentique et émouvant, au cours duquel le grand écrivain français (né en 1925) revient sur sa carrière. Qui commença en trombe, comme on sait, avec le Prix Renaudot pour La Modification (1957). Puis son désintérêt croissant pour le roman (autrement dit le succès). Butor n'écrit alors plus que sur les livres des autres. Il devient critique. Puis, professeur d'Université. Des artistes, peintres surtout, lui demandent d'écrire sur leurs œuvres. D'abord surpris, Butor s'exécute. Et c'est ainsi qu'il collabore à plusieurs centaines de livres d'artistes. Et glisse, insensiblement, vers la poésie. Le romancier, au fil des ans, a laissé la place au poète. À l'écrivain plus secret, intimiste, constamment en recherche.
Belle soirée, donc, pleine de rires et d'émotions. Car Butor, qui s'exprime en anglais avec un fort accent parisien, a un solide sens de l'humour. Et une manière inimitable, à la fois pétillante et malicieuse, d'évoquer les souvenirs de l'écrivain à succès qu'il refusa de devenir.
Aujourd'hui, retour à Rousseau. Avec une table ronde sur l'éducation. Puis ce soir, un débat au titre prometteur : Occupying Rousseau, en référence au mouvement Occupying Wall Street. Avec, en vedettes américaines, Guillaume Chenevière et Pascal Couchepin.