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Que célébrons-nous le 25 décembre? Un enfant ordinaire
Daniel Gerber est de ceux qui «évitent de sur-interpréter l’affaire de la mangeoire». En d’autres termes, il refuse que l’on fasse de «l’enfant Jésus sur la paille le modèle d’un banquier suisse qui serait sur la paille». La mangeoire où l’on dépose Jésus ne signifie pas que sa famille est extrêmement pauvre. Elle souligne la condition humaine de Jésus: il est un enfant ordinaire.
Un indice pour les bergers
Pourquoi donc l’évangéliste Luc précise-t-il que le nouveau-né est placé dans une mangeoire ? Le récit avance deux raisons. Premièrement, la mangeoire indique aux bergers où trouver le Messie. Elle sert à les diriger, et surtout, «le fait qu’ils trouvent l’enfant à l’endroit indiqué confirme les paroles de l’ange, et permet aux bergers de vérifier qu’il s’agit bien du Sauveur annoncé». Deuxièmement, la mangeoire nous renseigne à propos du niveau de vie de Joseph et Marie. Comme aujourd’hui dans certaines fermes alpines, dans l’Antiquité les hommes et les animaux partageaient souvent les mêmes locaux. Cette cohabitation n’indiquait pas une extrême pauvreté mais une vie rurale partagée par beaucoup de gens. Dans la suite du texte, Luc indique que les parents de Jésus offrent au temple «un couple de tourterelles ou deux petits pigeons» (Luc 2,24), autre signe de leur niveau social ordinaire.
Ni saints, ni riches, ni puissants
Si la famille de Jésus est de condition modeste, elle se distingue clairement de trois catégories de personnes: les parfaits, les fortunés et les dirigeants. Daniel Gerber précise que «la naissance de Jésus n’a pas lieu au temple de Jérusalem – lieu symbolique de la sainteté – mais à Bethléem aux champs, dans un lieu et une maison ordinaires». Marie est présentée comme une femme humble, mais pas comme une sainte exceptionnelle.
«On connaît la critique de Luc vis-à-vis des riches», poursuit le professeur: «Luc s’intéresse prioritairement – mais pas exclusivement – aux petites gens comme les parents de Jésus, et à ceux qui étaient jugés marginaux comme les bergers.» Enfin, «Jésus ne naît pas dans un palais royal, mais dans un lieu commun». Daniel Gerber souligne particulièrement ce point: «Le projet politique de l’Empereur romain est la pax romana, la paix sociale qui favorise l’économie. Le projet de Jésus se situe à un autre niveau: l’horizon du salut de Dieu dépasse les programmes politiques humains.»
L'extraordinaire dans l'ordinaire
Daniel Gerber reconnaît aussi un contraste dans le texte de Luc, mais il ne le situe pas entre la gloire et la misère: «Le paradoxe est plutôt la présence de l’extraordinaire – la naissance du Sauveur – dans l’ordinaire de la vie humaine. Le signe que Dieu donne est totalement déroutant: un enfant ordinaire dans une mangeoire.» Pour Luc, le message de Noël ne s’adresse pas uniquement aux plus pauvres, mais à tous les hommes. Il appartient à chacune et chacun de le recevoir.
Daniel Gerber est professeur de Nouveau Testament à la Faculté de théologie protestante de l'Université de Strasbourg.