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Référence des lectures: Is 7, 10-14 ;8,10 / Ps 39 / He 10, 4-0 / Lc 1, 26-38
Mes sœurs, mes frères,
Aujourd’hui Jésus est annoncé ; l’ange descend du ciel jusqu’en la demeure d’une jeune fille d’Israël et, sans coup férir, l’interpelle solennellement : « Je te salue, Comblée-de-grâce ». L’ange ne l’appelle pas par son nom - Marie -, mais il la nomme « Comblée-de-grâce »… avec une majuscule dans le texte.
Marie, « à cette parole [elle] fut toute bouleversée et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation », nous dit le texte. Elle aurait pu être tout au plus étonnée, mais non, elle fut bouleversée, toute bouleversée. Cette attitude apparemment extérieure de Marie laisse supposer toute une vie intérieure. L’aspect extérieur avec la présence de l’ange et ses paroles ne traduit pas la vie intérieure qui habite Marie en cet instant. Marie est en train de vivre, non pas un moment exceptionnel dans sa vie, mais elle est en train de « jouer sa vie », en quelque sorte.
L’importance première de cet événement est dans la salutation de l’ange : « Je te salue, Comblée-de-grâce ». Il y a là, la manifestation explicite de quelque chose de particulier, parce qu’inhabituel, certes, mais qui est déterminant. Cette salutation n’est pas d’abord une adresse, on va dire de politesse, cette salutation est une affirmation, comme prémices préparant alors à recevoir une annonce précise, plus détaillée : « Voici que tu vas concevoir un fils ». Mais quel lien y a-t-il entre la salutation faite à la « Comblée-de-grâce » et l’annonce de sa future maternité, totalement inattendue par ailleurs ?
Revenons alors au texte de la première lecture qui va nous mettre tout de suite sur la bonne piste de réflexion ; en effet, le prophète Isaïe fait une première annonce, une annonce qu’on pourrait qualifier d’originelle : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe ». Mais de quel signe pouvait-il bien s’agir ? Le roi Acaz, lui, refusa de demander un signe au Seigneur, un signe manifesté soit « au fond » chez les morts, soit révélé « sur les sommets ». À quel type de signe est-il donc fait allusion ici ? – Une chose étrange qui attirerait les regards ? – Un geste prophétique qui interrogerait les esprits ? – Un événement particulier qui enthousiasmerait les foules ? Non, pas un signe de cette nature, signe immatériel appelé à suggérer ou à définir, mais en revanche un signe « incarné », si j’ose le dire, puisqu’il s’agit de la manifestation d’un enfant : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils ». Il s’agit donc d’un signe qui va bien au-delà de la nature même de simple signe, il s’agit d’un signe qui s’inscrit dans le processus de la création, un signe vivant, concret, signifiant – c’est-à-dire portant en lui sa propre signification –, un enfant à naître, bref : un homme.
Et ce signe est préparé puisque « la vierge - avec minuscule dans le texte - est enceinte ». Oui, la jeune fille encore vierge est enceinte. Et cette jeune fille s’appelle « Comblée-de-grâce ». Cette salutation de l’ange à Marie est donc un signe avant-coureur de sa maternité. Le fait que l’ange la nomme ainsi indique nécessairement la matérialité du signe, cette grâce dont Marie est comblée. La grâce comme signe de la venue du Fils de Dieu ! La grâce qui précède toujours l’action de Dieu : « Ma grâce te suffit » avait déclaré le Seigneur à s. Paul, (1 Co, 12,9) parce qu’avec ma grâce tu vas pouvoir avancer, et elle te suffit puisqu’en elle – poursuit le Seigneur – « ma puissance donne toute sa mesure ». C’est alors que l’ange concrétise l’aspect avant-coureur de ce signe quand il explique à Marie que « la puissance du Très-Haut [te] la prendra sous son ombre ». Comme avec Paul pour qui la grâce a été force dans sa faiblesse, ainsi la plénitude de grâce comblant Marie se loge sans sa fragilité.
La plus belle grâce que Dieu a faite à l’humanité, frères et sœurs, c’est bien le don de son Fils venu sur terre pour sauver tous les hommes. La grâce, toute grâce est don de Dieu. Mais attention, non pas cadeau offert pour faire plaisir, ou proposé par affection, non, puisque le don de la grâce est en fait le don que Dieu fait de lui-même ; et comment Dieu se donne-t-il ? En Jésus, son propre Fils, né de celle qui a été la « Comblée-de-grâce », celle qui a reçu en elle Dieu lui-même. Celle qui a reçu le Fils, par les bras du Père, pour le donner au monde.
À ce moment-là, quand Marie accueillit totalement ce que Dieu voulut lui dire, elle put répondre à l’ange : « Voici la servante du Seigneur ». Et ces trois mots signent déjà l’alliance entre Dieu et les hommes, ces trois mots deviennent la preuve de la véracité du signe. Ce signe qui est bien Jésus, le Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, et qui s’est fait homme, qui a été engendré en Marie, et non pas créé, qui est de même nature que le Père, et par qui tout a été fait : Pour nous les hommes et pour notre salut il descendit du ciel et prit chair de la Vierge Marie… Vous avez reconnu ici le cœur de notre Profession de Foi !
Ainsi l’Annonciation du Seigneur à Marie est-elle tout entière signe de la venue du Seigneur parmi nous ; l’incarnation de Jésus, dont la préface tout à l’heure rappellera que le Verbe de Dieu « venait accomplir les promesses faites à Israël, combler, et même dépasser, l’espérance des nations », cette incarnation, l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous l’a signifiée par ces mots : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté » et : « Tu m’as formé un corps » – ce que dit le Christ « en entrant dans le monde ». Voici donc l’image accomplie du signe du don de la grâce de Dieu pour le monde : Jésus venu offrir son corps pour sanctifier le monde, pour apporter au monde sa paix, sa joie, son amour, jusqu’au fond de l’abîme, et sur les sommets de la vie éternelle, demeure du Père où le signe trouvera son plein achèvement.