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Guy Pourtalès (de)
Issu d'une famille de huguenots français réfugiée à Neuchâtel, Guy de Pourtalès, né le 4 août 1881 à Berlin, passe son enfance et sa jeunesse au bord du lac Léman, à Genève et à Vevey, avant de mener des études scientifiques supérieures au Gymnase de Neuchâtel et à la Realschule de Carlsruhe. Il délaisse rapidement le milieu scientifique pour entreprendre des études de lettres à Bonn et Berlin, où il développe sa culture musicale. Ce cosmopolitisme européen détermine la pensée et l'œuvre de l'écrivain marquée par son amour pour la musique. En 1905, il se fixe à Paris, tout en gardant avec la Suisse des liens de famille et d'amitié.
On connaît cet auteur pour ses biographies de musiciens et pour ses romans, dont en particulier La Pêche miraculeuse (1936), vaste fresque historique qui compte parmi les romans de formation les plus marquants de l’entre-deux-guerres. La correspondance de l’écrivain permet de constater les innombrables relations entretenues, à l’échelle du continent, par ce grand Européen, qui fait figure de trait d’union entre les différentes cultures qui lui sont familières.
Mais Guy de Pourtalès a aussi été une personnalité dont l’action ne s’est pas limitée au seul domaine artistique et littéraire. Réintégré sur sa demande dans ses droits de citoyen français, Pourtalès a été mobilisé en 1914, et a été à la fois un acteur et un témoin important de la Première Guerre mondiale. Le point de vue de Pourtalès, par sa précision, sa qualité et son originalité, compte tant sur le plan de l’historiographie que sur celui du témoignage littéraire.
La publication de "La Cendre et la Flamme" (1910) et de "Solitudes" (1913), ses collaborations à la "Nouvelle revue française", à la "Revue hebdomadaire" et la fondation de la Société littéraire de France l'engagent dans la carrière littéraire, interrompue par la Première Guerre mondiale, à l'issue de laquelle il est décoré de la croix de guerre. Revenu à la vie civile, Guy de Pourtalès traduit Mesure pour Mesure, Hamlet et La Tempête de Shakespeare, puis il se consacre à son œuvre de biographe et de romancier, publiée pour l'essentiel aux éditions Gallimard.
Gravement atteint dans sa santé, c'est en Suisse qu'il assiste aux débuts de la Deuxième Guerre mondiale. La défaite de la France et la mort de son fils, Raymond, tombé sur le front de Flandre, le touchent énormément. Il décède le 12 juin 1941 à Lausanne.
Les rives du Léman sont le cadre de ses trois romans: Marins d'eau douce (1919), Montclar (1926), La Pêche miraculeuse, Grand Prix du Roman de l'Académie française (1937). Par contre, l'Europe est celui de ses vies de musiciens qui ont été très populaires en France: La Vie de Franz Liszt (1925), Chopin ou le Poète (1927), Wagner, histoire d'un artiste (1932), Berlioz et l'Europe romantique (1939). Enfin, de l'Indochine où il effectue un reportage pour un quotidien français, il rapporte un récit de voyage: Nous, à qui rien n'appartient (1931). Ses biographies romancées donnent à Guy de Pourtalès une notoriété qui dépasse les frontières de la France et de la Suisse.
« J’étais petit. J’avais douze ans. Qu’il me semblait large, alors, le lac… plus vaste que la mer et plus profond. »
Ainsi commence ce récit d’une enfance bienheureuse au bord du lac Léman.
Coup de foudre pour la musique, voile, premier sentiment amoureux ou départ loin des siens sont autant d’aventures qui se déploient autour de l’élément central de ce brillant petit roman : le lac, véritable port d’attache pour l’enfant qui parcourra plus tard le monde.
La guerre ? « Un paysage qui vous tire dessus. » Guy de Pourtalès (1881-1941) rapporte ces propos, qui l’ont frappé, de son ami Valdo Barbey. L’écrivain genevois, devenu français, mobilisé en 1914, n’a pas connu la tranchée, mais il a passé quatre ans et demi sous les drapeaux comme interprète militaire, propagandiste au Quai d’Orsay, officier informateur. Il a vécu de près les événements de la Grande Guerre, particulièrement ceux qui ont affecté les relations entre sa patrie d’adoption et son pays d’origine.
Tiraillé entre des appartenances et des loyautés qu’il entend faire tenir ensemble, Pourtalès donne l’impression d’être toujours en porte-à-faux avec le rôle qu’il se choisit, ou qu’on lui attribue. C’est précisément cette position d’intermédiaire — symbolisée par le statut d’interprète — qui crée l’intérêt du Journal de la Guerre, parce qu’elle décale le regard, l’enrichit, et donne lieu à un récit à la fois original, informé et communicatif.
Edition établie, annotée et présentée par Stéphane Pétermann