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Maurice Bourgues, président !
par Christian WASSELIN
Le hautboïste Maurice Bourgues est président du jury du Concours de Genève 2010. Il nous parle de son instrument et de l’avenir promis à un jeune hautboïste aujourd’hui.
Maurice Bourgues, êtes-vous un familier du Concours de Genève ?
C’est la première fois que je suis président du jury de ce concours, mais j’en ai été candidat en 1963. J’ai remporté cette année-là le second prix de hautbois. A l’époque, le Concours de Genève comptait, avec celui de Munich, parmi les rares épreuves dévolues à mon instrument. Depuis lors, d’autres concours ont vu le jour, notamment celui de Prague et surtout celui de Tokyo, où j’ai été cinq fois invité à faire partie du jury. Cela dit, même si les participations sont plus diluées, même si les concours se multiplient, le prestige des grandes épreuves reste intact. Il suffit que je vous indique que le dernier vainqueur de Genève, Alexeï Ogrintchouk, est membre du Concertgebouw d’Amsterdam, pour que vous mesuriez le degré d’exigence de ce concours.
Comment est organisé le Concours de Genève ? Quelles sont les épreuves ?
Le jury se compose de sept membres, outre le président. C’est un petit monde, nous nous connaissons tous ! Nous avons d’abord écouté quatre-vingt-quinze enregistrements, parmi lesquels il a fallu sélectionner trente-six candidats, qui viendront physiquement concourir à Genève. Les enregistrements devaient comporter obligatoirement trois œuvres : la Sonate pour hautbois de Holliger, une sonate de C.P.E. Bach et un morceau au choix du candidat ; plusieurs ont choisi la Sonate de Poulenc. Quatre épreuves vont se succéder : une épreuve éliminatoire, un récital avec piano, un récital avec quatuor à cordes et piano, une finale avec orchestre, qui permettra aux finalistes de jouer, au choix, les concertos pour hautbois de Martinu, de Richard Strauss ou de Mozart.
- Maurice Bourgues
- ©Jacques Sarrat
Une place est-elle réservée au hautbois baroque ? à d’autres instruments de la famille du hautbois ?
Non, il n’y a pas d’épreuve de hautbois baroque, car il s’agit là d’un instrument très différent par la perce, l’anche et les doigtés. Le hautbois baroque est fait en buis ou en citronnier, alors que le hautbois moderne est en ébène. Il n’y a pas non plus d’épreuve pour hautbois d’amour ou cor anglais, mais si un candidat se présentait, dans le cadre des épreuves où le choix est libre, avec une œuvre pour l’un de ces instruments, nous serions ravis. Pour moi, faire partie d’un jury ou en présider un est un devoir d’aîné. Je n’oublie pas que, quand j’ai eu le prix à Munich, Holliger était dans le jury.
Quel est l’avenir d’un premier prix de hautbois ? Une carrière de soliste ?
Être soliste est toujours très difficile, tout dépend de l’impact qu’aura laissé le candidat au concours. Il y a des premiers prix qu’on oublie, des premiers prix qu’on n’oublie pas. Personnellement j’ai mené une carrière de soliste tout en étant hautbois solo à l’Orchestre de Paris (après avoir été cor anglais solo à la Société des Concerts du Conservatoire) et professeur au Conservatoire. Heinz Holliger, qui a remporté le Concours de Genève en 1959, a été professeur à Fribourg-en-Brisgau, compositeur et chef d’orchestre. Un jeune instrumentiste doit être pluraliste sinon il peut se retrouver face au vide.
Le répertoire pour le hautbois est-il très vaste ?
Le répertoire baroque est immense. Il faut savoir que depuis quatre mille ans existent des instruments à perce conique et à anche double. Les Chinois, puis les Arméniens avec le doudouk, pour ne citer que quelques références, jouent depuis très longtemps du hautbois. En Europe, le hautbois est apparu à l’époque de Louis XIV. De nombreux hautboïstes se sont mis à écrire pour leur instrument : les Hotteterre, par exemple, pour ne citer qu’un nom. Il y a eu ensuite une éclipse à la fin du XVIIIe siècle et surtout au XIXe, où l’on ne trouve guère, comme pièces marquantes, que les 3 romances de Schumann, qui ne sont pas pour autant ce que Schumann a fait de mieux. Les compositeurs se sont de nouveau intéressés au hautbois au XXe, notamment dans la seconde partie du siècle grâce à la personnalité de Holliger.
Personnellement, pourquoi avez-vous fait le choix du hautbois ?
Je suis issu d’une famille assez modeste d’Avignon. Il n’y avait pas de violon ou de violoncelle à la maison, mais mon père était clarinettiste amateur. J’ai fait deux ans de solfège, puis un jour mon père m’a proposé d’écouter un concert radiophonique et de choisir l’instrument qui me conviendrait. J’ai oublié aujourd’hui l’œuvre qu’il m’a fait écouter, les instruments me paraissaient tous mélangés, mais il y a eu à un moment donné un solo de hautbois qui m’a séduit sur-le-champ. J’avais neuf ans. Plus tard, le hautbois dans le Magnificat de Bach m’a persuadé que j’avais fait le bon choix.
Avez-vous passé des commandes à des compositeurs ?
Non, mais certains ont écrit pour moi. Henri Dutilleux, par exemple, m’a dédié son Dyptique pour hautbois, clavecin, contrebasse et percussion. Il est même question qu’il y joute un troisième mouvement.
Peut-on encore parler d’écoles nationales comme il y a ou il y a eu une école russe de violon ou une école hongroise de piano ?
Non, les écoles nationales se diluent, il n’y a que les États-Unis qui restent en arrière car ils s’accrochent à la technique qui leur a été apportée au début du XXe siècle par Marcel Tabuteau. Et puis, les jeunes musiciens sont prêts, techniquement, de plus en plus tôt. Prenez François Leleu, qui a obtenu son prix à dix-huit ans ; j’ai été son professeur pendant un an, mais je ne lui ai rien appris !
Est-ce que la facture du hautbois peut encore évoluer ?
Je ne crois pas qu’on puisse faire beaucoup mieux. Il est encore possible de modifier tel ou tel paramètre, de choisir une grande ou une petite perce, mais ce seront des changements marginaux. Aujourd’hui, l’émission est meilleure, l’instrument est juste. Aux musiciens de savoir en faire jaillir la poésie.
Propos recueillis par Christian Wasselin