Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06912.jsonl.gz/755

La notion d’éducation populaire est polysémique. Néanmoins, depuis les années 1990, on a assisté à un renouvellement de l’éducation populaire avec un sens politique.
De l’éducation populaire en général à l’éducation populaire politique
Comme l’explique Laurent Besse, Frédéric Chateigne et Florence Ihaddadene, en France, «pour le dire schématiquement, deux grandes familles d’usages de l’expression ‘éducation populaire’ coexistent aujourd’hui. La première se réfère à l’usage administratif du terme (…) A cette première acception s’ajoute un usage récent remontant au milieu des années 1990, ni administratif ni à proprement parler hérité: l’éducation populaire sert alors à désigner une nouvelle forme de rapport contestataire au politique qui passerait par la critique sociale mais sans recourir aux formes traditionnelles des luttes politiques (partis, coordinations) et qui mettrait l’accent sur des formes de prise de conscience et sur l’importance du combat culturel». Ce second usage s’est développé dans le sillage d’ATTAC à partir de la fin des années 1990, puis à partir de la fin des années 2000 avec la SCOP Le Pavé.
L’un des fondateurs de cette SCOP, Franck Lepage donne une définition de ce qu’est l’éducation populaire politique: «La culture c’est ce qui permet de comprendre le système, et notre place dans le système. C’est l’explication politique du système, c’est-à-dire l’explication politique des différentes dominations que nous subissons ou que nous faisons subir dans le système. (…) ne action d’éducation populaire est une action culturelle en ce sens qu’elle consiste à modifier la représentation d’un problème (le racisme, le chômage, la violence à l’école, le viol, etc.) pour en faire apparaître l’effet de système en lien avec une organisation socio-économique générale de la société (…) Il serait encore plus simple de parler d’éducation politique, d’éducation critique ou d’émancipation.»
Les racines de l’éducation populaire politique
Néanmoins, l’éducation populaire politique a de multiples racines historiques. On peut citer par exemple les catéchismes politiques qui était des petits textes didactiques de formation politique au XIXe siècle qui ont été en particulier étudiés par l’historien Charles Buttier. On pourrait également rappeler les actions d’éducation populaire mené durant la Belle époque par le mouvement libertaire. Il s’agit par exemple du mouvement des causeries populaires qui étaient pensés comme des alternatives aux Universités populaires trop souvent pensé comme des proposition d’éducation issues de la bourgeoisie à destination des classes populaires. Les causeries populaires sont animées par des ouvriers libertaire autodidactiques. Les bourses du travail, initié par l’anarchiste Fernand Pelloutier, proposent des bibliothèques et des cours du soir aux ouvriers incluant formation militante et professionnelle.
Mais l’une des sources les plus importantes de l’éducation populaire au XXe siècle est l’éducation populaire libératrice initiée par le brésilien Paulo Freire (1921-1997). Cette approche a eu une influence considérable en Amérique latine et plus largement dans le monde. L’éducation populaire telle que la conçoit Paulo Freire repose sur plusieurs principes: a) la prise en compte de l’expérience sociale vécue b) la conscientisation c) le développement du pouvoir d’agir. L’éducation populaire doit permettre à tout groupe socialement opprimé de prendre conscience des raisons sociales de son oppression et de développer une action de transformation sociale.
Devenirs de l’éducation populaire politique
Il est possible de mettre en lumière plusieurs axes possibles aujourd’hui. Le premier est la lutte pour les droit humains, l’éducation aux droits et la lutte contre les discriminations. Une des approches de l’éducation populaire consiste à développer la connaissance par les personnes socialement opprimées de leurs droits et de développer leur capacité à lutter pour leurs droits civils, sociaux et politiques.
Un deuxième axe possible est la critique de la vie quotidienne. Il s’agit de développer une conscience critique réflexive face aux logiques de production économiques capitalistes. Cette éducation populaire se développe sous la forme d’une éducation critique à la consommation, d’une éducation critique aux médias ou encore d’une éducation critique aux objets techniques par exemple.
Cette critique de la vie quotidienne débouche également sur une prise en compte des problèmes écologiques générés par le système capitaliste à partir de l’écopédagogie. Cette dernière vise à développer la conscience sociale critique autour des problématiques écologiques et à favoriser la lutte pour la préservation de l’environnement.
Irène Pereira est sociologue et philosophe de formation, ses recherches portent sur l’éducation populaire. Cofondatrice de l’IRESMO (Institut de recherche et d’éducation sur les mouvements sociaux), Paris, iresmo.jimdo.com.