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ROBERT HAINARD est un artiste aux dons multiples. Il apprend le métier de sculpteur et grave, avec ses outils de sculpteur, les planches pour ses gravures. "Chacune de mes gravures est une musique: 7, 10, 12 tons, dont chacun a sa saveur précise, qui ont leurs intervalles et que je tisse, entrecroise et superpose. Lorsque j'ai gravé un vol d'oies surgissant du brouillard, c'est bien consciemment que j'ai fait une sorte de contrepoint: oiseaux foncés en haut, clairs et estompés en bas, sur un ciel s'éclaircissant de bas en haut. La peinture à l'huile, riche, complexe, un peu lourde et confuse, est à la gravure ce que le piano est au clavecin."
"Comme tout peintre, je suis avide d'images. Je jouis des formes et des couleurs et ne suis pas plus insensible qu'un autre aux -qualités purement plastiques. J'admire les chefs-d'oeuvre et ils excitent immédiatement mon désir d'en faire autant. Renoir n'a pas tort en disant qu'on devient peintre en voyant la peinture, et non la nature. La sculpture égyptienne me révélait la plénitude et la simplicité de la forme, la grecque sa complexité simple et subtile, Rodin sa puissance organique et mouvante. Tout ce que j'avais ressenti confusément devenait clair devant les oeuvres d'art. Devant Hodler, je me sentais en possession de sa vigueur intellectuelle et musculeuse, je voyais par l'oeil limpide de Hans Berger. Je ne parle pas de mon père parce que je l'avais vu devant la nature, que je me sentais trop son prolongement pour qu'il puisse être une révélation. Ces peintres-là, j'étais persuadé qu'ils m'avaient appris à voir, qu'ils m'avaient rendu l'univers saisissable et que je m'en emparerais à ma prochaine sortie. Mais apprendre à peindre, c'est avant tout devenir conscient de ses sensations visuelles."
Lorsqu'il part à l'affût: "dans le sac qui ne me quitte pas, j'ai toujours, à côté de ce qu'il faut pour un croquis, de quoi faire de l'aquarelle. J'ai fait d'innombrables paysages, brusquement saisis lorsque je rôdais à la recherche des bêtes, sabrés en une demi-heure à une heure et demie de lutte inégale contre une palette desséchée par des semaines d'abandon, contre la pluie ou le gel. C'est ce que je fais de plus direct, de plus sensoriel." Il fera quelque 30'000 croquis et un millier d'aquarelles.
Naturaliste dans l'âme, ses préoccupations quant au devenir du monde et à la préservation de la nature sauvage le poussent à écrire. Son premier livre "Et la Nature ?" sortira en 1943 "Certains spécialistes, les politiques surtout, voudraient que l'art illustre leur propagande. L'art, certes, ne doit pas ignorer la vie de la cité; mais tout aussi bien l'expérience de l'artiste peut éclairer la politique." Tout le monde dit aujourd'hui ce que ce précurseur de l'écologie disait déjà il y a septante ans.
Sa philosophie s'affirme au contact de Jeanne Hersch et Ferdinand Gonseth. "Le programme de ma vie est clair: manifester la splendeur de la nature, en rendre le besoin plus conscient; car rien n'est plus convaincant que l'image, et rien ne résume mieux les désirs complexes des hommes que la beauté.... Par sa pauvreté même, la pensée verbale a une efficacité tranchante. Une formule frappante peut tenir en échec le plus riche flot de sentiments. La parole et le raisonnement peuvent seuls prendre la défense de la vie devant la parole et la raison; une idée juste, emmanchée comme un fer de lance sur un sentiment puissant et poussé par la vie même, peut seule tuer une idée fausse."
Il quitte l'école à l'âge de 12 ans pour étudier le dessin et la géométrie descriptive avec son père. "L'Encyclopédie pour tous" fera le reste. Elève doué, observateur, il rassemble une somme de renseignements telle sur les animaux que l'Université de Genève lui décerne, en 1969, le titre de Dr ès sciences, honoris causa pour son ouvrage sur les "Mammifères sauvages d'Europe", livre encore disponible à l'Atelier Robert Hainard.
On l'a confiné un peu vite dans les arts figuratifs, dans le style mineur de l'art animalier, sans doute trop doué, inclassable pour certains or c'est d'un artiste possédant plusieurs cordes à son arc dont la
Suisse peut s'enorgueillir que nous souhaitons vous faire connaître. Voici résumée, la vie d'un artiste tellement doué qu'il lui aurait
fallu trois vies pour satisfaire à toutes ses envies et accomplir toutes
les missions qu'il s'étaient données. Où qu'il se trouve aujourd'hui, dix ans après sa disparition, il doit être heureux dans son paradis des grandes chasses. Quant à la Commune de Bernex, pour honorer son éminent citoyen bernésien, elle a baptisé l'une de ses écoles, l'Ecole Robert-Hainard et acquis "Le Loup", sculpture en bronze, posé naturellement au pied d'un bouquet de pins qui surplombe la mairie.
Marie Madeleine Defago Paroz/FH/2015
BIOGRAPHIE de Robert Hainard
BIBLIOGRAPHIE