Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07181.jsonl.gz/1519

Mentionné à Zurich dès 1324, 17.9.1360. Fils de Jakob, avoyer et membre du Conseil, et de Mechthild. ∞ Margaretha Fütschi, fille d'Ulrich, du Conseil. Chevalier, B. était issu d'une vieille famille noble de magistrats zurichois. En 1330 déjà, il se querella avec Rudolf Biber, le plus marquant de ses futurs adversaires, et fut condamné à une forte amende par le Conseil. Trois ans plus tard, ce dernier dut le sommer de s'acquitter enfin de sa dette, ce qui signifie que, cadet sans héritage, B. avait des difficultés financières. De 1332 à 1336, il siégea au Conseil de Carême (qui entrait en fonction à cette date) et rejoignit ainsi les rangs de la classe dirigeante zurichoise. Mais, en ce début du XIVe s., une demi-douzaine de familles bourgeoises, en particulier les Bilgeri, concentraient de plus en plus le pouvoir entre leurs mains, privant de facto les autres, et notamment les B., du droit de décision au Conseil. Il en résulta une convergence d'intérêts entre la minorité du Conseil, dont B. faisait partie, et les artisans auxquels il était interdit de s'organiser politiquement.
Une réforme monétaire favorisant la majorité du Conseil semble avoir été le détonateur du soulèvement corporatif de 1336, (dit révolution de Brun) préparé de longue date, car les vainqueurs, B. à leur tête, imposèrent sans attendre aux bourgeois la première lettre jurée, constitution inspirée du modèle strasbourgeois. Ses principales innovations furent l'entrée, formelle d'abord, réelle dès 1373, des artisans désormais organisés en corporations dans la politique municipale, ainsi que le statut du bourgmestre, nommé à vie et rémunéré, charge que B. exerça de 1336 à 1360. Pour prévenir le risque d'une vacance du pouvoir, il désigna quatre successeurs, dont son frère Jakob et le futur bourgmestre Rüdiger Manesse. B. eut à mater deux tentatives de restauration de ses adversaires: en 1337 lors de la bataille de Grinau et dans la "nuit sanglante" (Mordnacht) du 23 février 1350. En politique intérieure, B. s'attribua tout le pouvoir, désignant lui-même le collège chargé d'élire les membres du Conseil. C'est ainsi qu'il procura des sièges surtout aux B., aux Mülner et aux Manesse. Il favorisa une politique matrimoniale qui liait les conseillers zurichois à la noblesse campagnarde autrichienne de la Suisse centrale (von Küssnacht et von Hünenberg), du Gaster (von Hofstetten) et de l'Oberland zurichois (von Hinwil). En accordant des amnisties partielles aux bannis de 1336 et en concluant avec eux des accords, il tenta de les ramener en ville et de les contrôler. Dans le domaine ecclésiastique, B. profita de son autorité pour nommer son fils Bruno bénéficier de Saint-Pierre, église dont il avait lui-même acquis le patronage en 1345, puis prévôt du Grossmünster, première dignité spirituelle de la ville (1354).
La politique territoriale de Zurich commença à se dessiner sous le règne de B., qui tenta d'étendre l'influence de la ville le long des voies navigables: il y parvint effectivement en direction de Baden (cours de la Limmat) et sur la rive gauche du lac jusqu'à Pfäffikon (SZ); mais les ducs d'Autriche l'en empêchèrent près de Rapperswil et dans la Marche en 1358. B. mena une politique d'alliance très active avec les villes impériales souabes, avec Constance, Schaffhouse et Bâle, avec les Waldstätten en 1351 et avec le puissant duc d'Autriche en 1356. B. s'enrichit grâce à sa charge de bourgmestre rémunéré, unique dans l'histoire zurichoise, et à l'appui des souverains autrichiens et de leur clientèle, qui lui valut notamment le titre lucratif de conseiller secret ducal (1359). Dirigeant durant un quart de siècle la politique de Zurich, B. renforça son indépendance et ses privilèges de ville impériale.
Bibliographie
– A. Largiadèr, Bürgermeister Rudolf Brun und die Zürcher Revolution von 1336, 1936
Auteur(e): Martin Lassner / WW