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Économiste marxiste égyptien et spécialiste de la dépendance et de l’analyse des économies «périphériques», Samir Amin vient de fêter ses quatre-vingts ans. Cet anniversaire coïncide avec la parution de son dernier livre, Le monde arabe dans la longue durée. Très largement écrit avant l’explosion politique de ce début d’année, il apporte un éclairage original aux événements, en les replaçant dans la très longue durée, examinant la place et l’importance du monde arabe depuis l’Antiquité. Il distingue pour ce faire quatre périodes principales: le rôle de plaque tournante du monde arabe durant l’Antiquité et jusqu’aux VIIe-VIIIe siècles (alors que l’Europe n’est qu’une province périphérique complètement arriérée politiquement et économiquement), une longue période de déclin, ce qu’il nomme un «sursaut» sur des bases nationalistes et tiers-mondistes autour des différents nationalismes arabes au XXe siècle, puis, enfin, une «dérive» marquée par un asservissement renouvelé au système capitaliste central, dominé par les États-Unis.
Chez Samir Amin, l’analyse part toujours de la fonction des pays dans un système-monde capitaliste, d’abord dominé par la Grande-Bretagne au XIXe siècle, puis par les États-Unis. C’est dans ce cadre-là qu’il tente de comprendre les mouvements révolutionnaires de ce printemps, qu’il assure d’ailleurs avoir prévu. La conclusion est donc maximaliste: le «printemps des peuples» ne pourra coïncider avec «l’automne du capitalisme» – seule solution qui lui donnera quelque valeur pour Amin – que si «les luttes des travailleurs et des peuples au Sud et au Nord parviennent à construire leurs convergences dans une perspective socialiste universaliste et plurielle» (p. 235). Si le retour des anciens pouvoirs et de leur sujétion au marché et à une économie de prédation l’inquiète, Samir Amin a le mérite de rappeler également que les différentes formes d’Islam politique demeurent complètement intégrées dans ce même monde capitaliste, dont elles acceptent sans ciller la domination, raison pour laquelle l’islamisme modéré du «modèle turc» a désormais les faveurs des États occidentaux.
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Samir Amin, Le Monde arabe dans le longue durée,
Paris, Le Temps des Cerises, 2011.