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Pour les Suisses, l'immigration reste un problème à affronter avec des normes plus sévères. Ce «oui» net aux lois sur les étrangers et sur l'asile confirme une certaine défiance.
Pour les promoteurs des deux référendums, le résultat de dimanche constitue une défaire retentissante. La tentative de mettre un frein aux durcissements légaux a échoué.
La Suisse connaît un paradoxe. D'une part, elle a ouvert grand la porte aux étrangers qui constituent actuellement un peu plus de 20% de la population. D'aucuns estiment même que le pays s'est transformé en une société multiculturelle, à l'instar d'anciennes puissances coloniales comme la France ou le Royaume-Uni.
D'autre part, les Suisses restent relativement méfiants face aux étrangers. Depuis les années 70, le peuple a ainsi été à plusieurs reprises appelé à se prononcer sur les projets demandant des durcissements en matière d'étrangers et de demandeurs d'asile, voire même parfois une diminution du nombre d'immigrés.
Pas une surprise
Jusqu'à présent, les citoyens ont refusé la plupart de ces projets à la fois combattus par la gauche, mais aussi par une grande partie de la droite pour qui le rejet des étrangers aurait notamment constitué un suicide économique.
Dans ces conditions, l'acceptation très claire, dimanche, de la Loi fédérale sur les étrangers et de la Loi sur l'asile peut sembler surprenante. Mais elle ne l'est en fait pas.
Lors des précédents scrutins, les projets étaient soutenus par un seul parti, généralement l'Union démocratique du centre (UDC / droite dure), mais combattus par la majorité des partis, par le gouvernement et par les milieux économiques. Dans de telles conditions, les chances de succès étaient fort minces, même si la décision a parfois été prise sur le fil du rasoir.
La donne était radicalement différente pour ces dernières votations, car l'opposition était cantonnée à la gauche, aux Eglises et à quelques voix éparses à droite. Soutenues à la fois par le gouvernement et une majorité du Parlement, ces deux lois ne pouvaient qu'être acceptées.
Evidemment, on retrouve les clivages habituels pour ce genre de votation, à savoir une Suisse romande et une Suisse urbaine plus ouvertes que la Suisse alémanique et la Suisse rurale. Il n'en reste pas moins que tous les cantons ont accepté ces lois, même celui de Genève, pourtant très tourné vers le monde.
Pas la panacée
Contrairement à d'autres projets, ces deux lois ne représentent pas un problème pour la grande économie. Avec la libre circulation des personnes, la Suisse est sûre de pouvoir puiser de la main-d'œuvre dans l'immense réservoir de l'Union européenne.
Quant aux extra-Européens, qui étaient au centre de la nouvelle Loi sur les étrangers, ils ne voient pas les portes de la Suisse se fermer totalement. Les entreprises helvétiques auront encore la possibilité de faire venir de la main-d'œuvre qualifiée des ces pays.
Pour autant, les deux lois acceptées dimanche ne représentent pas une panacée. Elles ne permettent par exemple pas de résoudre de manière définitive le problème des sans-papiers. Au contraire, elles pourraient même en créer de nouveaux.
Certains secteurs économiques, comme l'agriculture ou la restauration, ont en effet un besoin vital de forces de travail peu qualifiées et peu rémunérées. Or de tels travailleurs se feront de plus en plus rares au fur et à mesure que les nouveaux pays membres de l'Union européenne se développeront.
Ces travailleurs ne se trouveront bientôt plus que dans des pays extra-européens. L'équation entre une demande en main-d'œuvre qui existe et des lois qui limitent le nombre d'étrangers non qualifiés risque donc bien de se résoudre par une augmentation des sans-papiers.
Déroute de la gauche
La votation de dimanche marque une grosse défaite pour la gauche et les Eglises traditionnellement favorables à une politique d'immigration souple.
A contrario, l'UDC semble être le grand vainqueur de ce scrutin. La droite dure n'a certes pas forcé seule la décision, mais ces deux lois sont marquées de son sceau. Elle a réussi à rallier la droite traditionnelle et le centre droit à ses thèses.
Si, au fil des dernières votations, l'UDC a semblé marquer le pas dans son combat contre tout rapprochement de la Suisse avec l'UE, sa force de persuasion semble donc demeurer intacte en ce qui concerne le dossier des étrangers et des demandeurs d'asile.
swissinfo, Olivier Pauchard
En bref
1'511'937 étrangers vivaient en Suisse à la fin 2005, soit 20,3% de la population.
Sur ce nombre, environ 700'000 ne provenaient pas des pays de l'Union européenne ou de l'Association européenne de libre-échange.
Durant la même période, le nombre d'étrangers en Suisse au titre de l'asile étaient 71'871. Sur ce nombre, 23'678 étaient des réfugiés reconnus et 24'453 des personnes admises à titre provisoire.