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The Beggar’s Ensemble
Trente ans avant la querelle des bouffons, la fin de la Régence en 1723 marque le début d’un tournant dans le genre instrumental en France. La viole de gambe, considérée comme instrument appartenant à l’ancienne musique et se faisant peu à peu dominer par le violon et le violoncelle, voit son répertoire pour pardessus (petite viole de gambe avec une tessiture de violon) fleurir dans nombre de salons parisiens pour marquer sa souveraineté. Cette résistance est telle que dans le premier recueil connu publié en 1724 pour cet instrument en soliste, Thomas Marc indique dans son titre Suitte de pièces…qui peuvent se jouer sur la viole, la flûte traversière et autres instrumens. Le violon n’est pas mentionné.
Le violoncelle également démarre son ascension, il se détache de son rôle de basse d’orchestre et prend une place de soliste par la plume de compositeurs comme J.B de Boismortier (1689 – 1755) ou encore J.B. Barrière (1707 – 1747). Ancelet nous dit alors sur le violoncelle : « On ne peut trop approuver les amateurs & les professeurs qui, par la bonté de leurs caractères, ont choisis et se sont voués à l’accompagnement. Peut-on jouer un rôle plus utile à la société ? Toujours dociles & cependant indispensables, ils ne font occupés qu’à faire valoir les autres & à se faire des amis. La seule basse de viole a déclaré la guerre au violoncelle, qui a remporté la victoire ; & a été si complète, que l’on craint maintenant que la fameuse viole (…) ne soit vendue à quelque inventaire à un prix médiocre, et que quelque luthier profane ne s’avise d’en faire une enseigne. » Les récits alors réservés à la viole de gambe dans les livres pour violon sont peu à peu remplacés par des contreparties de violoncelle.
Nous assistons ici tout simplement à une gentille querelle des instruments à archet, où le violon par l’ingéniosité de J.M Leclair (1697 – 1764) ou J.J.C de Mondonville (1711-1764) prendra tout son essor jusqu’à aujourd’hui, marquant l’avènement de française de violon.
Ce programme proposé par The Beggar’s ensemble, en présentant des œuvres encore peu représentés aujourd’hui, ouvre une fenêtre sur l’effervescence musicale parisienne autour de 1730, exubérante et distinguée.
François Francoeur : Sonate N°7 en Do mineur, Livre 2
Thomas Marc : Suite N°1 en Ré majeur, Livre 1
Joseph Cassanéa de Mondonville : Sonate N°5 en La mineur, Opus 1
Jean Baptiste Barrière : Sonate N°2 en Ré mineur pour violon et violoncelle, Livre 3
Antoine Forqueray : La Leclair
Jean-Marie Leclair : Chaconne en Sol majeur, Opus 5
Photos : @Claude Pauquet
Artiste
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The Beggar's Ensemble
The Beggar’s Ensemble se forme en 2016 autour de Daria Zemele, claveciniste, et Augustin Lusson, violoniste. Une passion commune pour l’improbable et l’atypique les mène à se pencher sur un répertoire injustement méconnu, à vouloir remettre sur le devant de la scène ces compositeurs trop peu favorisés par le passage des années ; le tout nappé d’une salutaire couche de dérision et accompagné d’une envie irrépressible de ne rien faire comme tout le monde, jamais. Le point de départ de cette recherche est Richard ‘Dicky’ Jones (? – 1744), compositeur londonien dont l’oeuvre avant-gardiste, voire iconoclaste, nous offre une fenêtre inattendue sur la vie à Londres au début du XVIIIème siècle. Son opus 2, Chamber Air’s for a Violin, fait l’objet du premier enregistrement de l’ensemble, réalisé chez le label Flora et est largement salué par la critique (Diapason d’or, coup de coeur Classica). Après avoir fait ses débuts au Konzerthaus de Vienne, the Beggar’s Ensemble est régulièrement invité à se produire en France et à l’étranger dans des salles ou festivals tels que le palais des ducs à Munich, le Festival Oude muziek d’Utrecht, la WDR3 Funkhaus de Köln ou encore le Concertgebouw d’Amsterdam. En 2017, l’ensemble est lauréat du prix-radio WDR3 lors du concours international de musique baroque H.I.F. Biber et remporte en 2018 les 1er prix, prix du public et le prix Season Award lors du concours Van Wassenaer au Festival Oude Muiziek à Utrecht. Désireux de défendre le répertoire instrumental avant tout, The Beggar’s ensemble compte plusieurs projets de création/recherche pour les années à venir, comme un projet discographique visant à affirmer l’existence une école anglaise de violon au travers des oeuvres de compositeurs natifs de Grande-Bretagne au XVIIIème siècle ; ou encore l’exploration du répertoire français avec un enregistrement dédiés aux concertos de Jean-Marie Leclair. C’est dans la remise en question permanente des modes d’expression musicaux que l’ensemble trouve sa spécificité. Alliant un goût prononcé pour la prise de risque artistique et un « son » propre à lui, grâce à un riche travail d’instrumentation / ornementation, l’ensemble a pour coutume de ne jamais laisser son public indifférent.