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Nous voici au salon "Paperworld" de Francfort. Nous écoutons une présentation sur l'importance des réseaux sociaux dans le commerce! A côté de moi, une dame écoute, carnet Leuchttturm ouvert sur ses genoux, deux stylo-plumes Lamy, modèle Safari, dans sa main gauche, un stylo-plume du même modèle dans sa main droite avec lequel elle prend des notes. Ce stylo-plume est gris métallisé, l'encre qui en sort est d'un gris foncé très élégant, proche du noir mais plus doux comme teinte. Les stylo-plumes dans sa main gauche sont rouge-orange et jaune. De temps en temps, elle change de stylo-plume pour écrire un mot ou souligner une phrase. Je l'observe du coin de l'oeil: du stylo-plume rouge-orange, qu'elle utilise pour certains mots, sort une encre rouge. Du stylo-plume jaune, avec lequel elle souligne des phrases, entoure un mot, ou dessine une flèche, sort une encre jaune-oeuf. Le résultat est une très belle page de carnet, que je n'ose pas photographier en douce. Mais j'en déduis que les passionnés de stylo-plumes sont aussi des passionnés d'encres! Et qu'il faut un stylo-plume par couleur d'encre!
Pour un bref historique des encres, voir "La passion des encres".
Voir aussi "Un stylo-plume mène à des encres qui mènent à des stylo-plumes, en boucle...". ? ".
6/1/2019
Le 18 mai 2018, nous écrivions, dans ces topos, sous le titre "La passion des encres", que " Un des grands plaisirs du possesseur de stylo-plumes, c'est la cérémonie du remplissage du réservoir". Et bien un autre des grands plaisirs, c'est de choisir, et de varier, les couleurs d'encre. Car le choix de couleurs d'encres en bouteille est immense, bien plus grand que celui des encres en cartouches: des subtiles nuances de noir, bleu, brun ou vert foncé aux couleurs vives telles que le rouge, rose, orange, il y a bien au-delà de 500 encres en bouteille différentes sur le marché... Mais voilà, changer de couleur d'encre suppose vider le réservoir, le rincer, ainsi que le bec, abondamment à l'eau, et le remplir avec l'encre de la nouvelle teinte. Pas vraiment pratique si on veut changer de couleur pour écrire différentes sections d'un texte, ou pour des illustrations multicolores. Ou encore pour illustrer son "bullet journal". La solution est simple, et c'est celle adoptée par les mordus: il faut plusieurs stylo-plumes, chacun rempli avec une encre différente. Ci-dessous, nous reproduisons quelques images glânées sur le compte Instagram de Kirsten Worsten, une passionnée de l'écriture au stylo-plume, qui illustrent bien notre propos. Et aussi, quelques images d'encres de marques réputées. La bonne nouvelle: les encres Iroshizuku baissent de prix!
Voir aussi "Encres pour stylo-plumes ou stylo-plumes pour encres?".
Différentes encres pour stylo-plumes
Encres pour calligraphie
Un des grands plaisirs du possesseur de stylo-plumes, c'est la cérémonie du remplissage du réservoir. Nous écrirons sur les types de réservoir la semaine prochaine. Aujourd'hui, nous nous intéressons aux encres. Les encres modernes pour stylo-plumes sont basées en général sur des colorants de synthèse, noirs d'aniline ou autres, dissous dans un solvant et assortis de différents additifs qui rendent l'encre permanente ou au contraire effaçable, brillante ou matte, etc. Elles sont formulées pour ne pas être corrosives et donc ne pas endommager les stylo-plumes. Le choix de couleurs est immense, et les encres sont en général fournies dans de très belles petites bouteilles en verre, recherchées par certains collectionneurs. Mais l'encre a une très longue histoire qui précède largement l'invention de la chimie de synthèse, puisque son invention remonte à plusieurs millénaires!
Historiquement, les encres se sont déclinées en deux grandes familles: les encres de Chine et les encres métallo-galliques. L'encre de Chine existe depuis environ cinq mille ans et a probablement été inventée en Chine puis adoptée en Inde. Dès le milieu du 17e siècle, elle est importée depuis l'Inde, ce qui mène au terme anglais "India Ink", ou encre d'Inde. Le terme "encre de Chine" ou "India ink" recouvre toute une collection de préparations qui ont une propriété commune, celle d'être à base d'un pigment de carbone. Dans le temps, on utilisait de la suie (le "noir de fumée") que l'on mélangeait à un liant d'origine animale tel que de la colle de poisson ou de la colle de peau. L'encre était ensuite séchée en bâtonnets. Pour obtenir de l'encre liquide, on frottait ces bâtonnets contre une "pierre à encre" pour obtenir de la poudre que l'on mélangeait à de l'eau. De nos jours, on utilise du noir de carbone produit à partir de produits pétroliers, et si l'encre de Chine en bâtonnets existe encore, elle est vendue beaucoup plus couramment sous forme liquide, que l'on peut diluer pour obtenir différents tons de gris.
Les encres métallo-galliques apparaissent peu après l'encre de Chine, et sont utilisées en Egypte dès 2500 ans av. J.-C. Elles sont plus fluides que l'encre de Chine et conviennent bien à l'écriture avec des plumes d'oiseaux. De ce fait, elles sont les encres les plus courantes en Europe du 12 au 19e siècle, utilisées notamment par les moines copistes avant l'invention de l'imprimerie. Ces encres consistent en un mélange i) de sels métalliques (le plus souvent du sulfate de fer), ii) de tanins d'origine végétale, en particulier d'acide gallique, un tanin que l'on peut extraire des noix de galle (excroissances qui se forment sur les chênes suite à la piqûre d'un insecte), iii) d'un liant, en général de la gomme arabique, et iv) d'eau. Elles ont donc la particularité de ne pas contenir de pigments, la couleur noire se développant par réaction chimique: le sulfate de fer et l'acide gallique forment des complexes qui s'oxydent peu à peu au contact de l'air pour donner des composés noirs insolubles. Cependant, comme ces encres sont assez peu colorées lors de l'application, on y ajoutait souvent un peu de noir de fumée pour les rendre plus visibles. Les encres métallo-galliques sont légèrement corrosives, aussi bien pour des plumes en métal que pour le papier, ce qui d'une part les rend inutilisables dans les stylo-plumes et d'autre part cause une lente dégradation de la cellulose, principal composant du papier. Ainsi, d'anciens manuscrits et dessins rares et précieux deviennent cassants et menacent de se désintégrer, ce qui crée un grand problème de conservation. Néanmoins, les encres métallo-galliques ont duré des centaines d'années. A voir si nos encres modernes seront encore lisibles dans cinq cents ans!
Voir aussi "Encres pour stylo-plumes ou stylo-plumes pour encres?" et "Un stylo-plume mène à des encres qui mènent à des stylo-plumes, en boucle...".

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Juillet 2020
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