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24 septembre 2020 - NS
Monstres et utopies en Russie
Ourod, Autopsie culturelle des monstres en Russie examine la thématique du monstrueux dans la littérature russe du début du XXe siècle. L’ouvrage met en évidence les résonances entre les images de la monstruosité et les projets politico-sociaux successifs d’un « Homme nouveau » dans la Russie au tournant du XXe siècle et d’un «Homme soviétique» dans celle des années 1920-1930. Annick Morard dissèque pour ce faire les textes d’une douzaine d’auteurs dont Mikhaïl Boulgakov, Marietta Chaginian ou encore Vladimir Maïakovski.
Selon l’auteure, les acceptions multiples et protéiformes utilisées pour définir la monstruosité à partir du XVIIIe siècle, dont les termes «malformation» (ourod), «miracle» (tchoudovichtche) ou «merveille» (divo), se prolongent naturellement dans l’atmosphère d’émulation intellectuelle du début du XXe. À partir des années 1930, cependant, la mise en place du modèle de l’«Homme socialiste», une utopie édifiée cette fois en devoir et définie en termes fixes, abolit l’exception et l’altérité. Le réalisme socialiste et l’injonction qu’il pose de «forger des héros positifs» évacuent ainsi la problématique monstrueuse du domaine littéraire.
«Étouffer les monstres, conclut Annick Morard, c’est empêcher de réfléchir au présent et au futur de manière complexe, dense et originale. En somme, c’est lorsque les monstres disparaissent de la littérature ou lorsque leur puissance transgressive s’estompe, qu’il faut s’inquiéter.»
Annick Morard
Ourod, Autopsie culturelle des monstres en Russie
La Baconnière 2020
304 p.
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