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29/01/2012
Camille BOMBOIS naquit à Venarey-les-Laumes, dans la Côte d’Or, le 3 février 1883. Il passa sa jeunesse à naviguer sur les canaux et les rivières de France car son père était marinier. Puis, on le plaça comme garçon de ferme avant qu’il ne fût berger, et employé agricole. Sa carrure d’athlète le poussa ensuite à s’engager dans un cirque comme lutteur de foire.
Ses souvenirs de la vie du cirque l’amenèrent un peu plus tard à composer des tableaux, pour communiquer son éblouissement devant les couleurs, et son respect pour les acteurs de la parade. En 1907, il s’installa à Paris, et pour les besoins de la création du métro, il devint terrassier. Son emploi dans les sous-sols parisiens lui valut un peu plus tard, par les critiques et les amateurs d’Art Populaire, le surnom de « BOMBOIS le Terrassier », au même titre que son aîné ROUSSEAU fut baptisé « Le Douanier ».
Vue de Clerval (circa 1930)
Son esprit d’artiste, latent, ne se manifesta pas encore, mais il s’essaya au dessin. Il changea alors d’activité pour se faire employer durant la nuit, comme manutentionnaire des bobines de papier qui alimentaient les rotatives des journaux du moment. Durant ses journées, il commença sa vie d’artiste peintre.
En 1922, il exposa ses premiers tableaux sur le trottoir de la « Foire aux croûtes ». On le remarqua rapidement. Il se retira alors en banlieue où il partagea son temps entre la culture maraîchère, et la peinture. Il s’appliqua dès lors à raconter dans ses toiles ses souvenirs d’enfance vécue sur les canaux paisibles, ou ses souvenirs du cirque pour exprimer la grâce des écuyères, ou la musculature des athlètes de foire.
Le Repos des gens du cirque (circa 1930)
Son talent premier résida dans son sens de l’espace et du volume. Il sut reproduire l’attitude des pêcheurs patients le long des rives, ou le reflet glauque des rideaux d’arbres qui se reproduisait à la surface de l’eau. Il mourut à Paris, le 11 juin 1970, à l’âge de quatre vingt sept ans, après avoir longtemps représenté « L’art Spontané », mais sans avoir jamais réussi, comme ses contemporains, à égaler la grandeur et l’instinct du style qui portèrent si haut le Douanier ROUSSEAU.
Châtillon/Seine 1959
BOMBOIS conserve néanmoins sa place parmi ceux qui, au lendemain de la Première Guerre Mondiale, constituèrent la famille spirituelle des « Peintres du dimanche », pour ensuite être reconnus comme des artistes à part entière.
L’art Naïf, imaginé et composé par des individus issus des couches prolétariennes, connaît aujourd’hui un succès évident, en laissant apparaître son sens réel de la plastique, malgré les lacunes philosophiques ou techniques d’un métier appris hors de tout enseignement.
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Alain VERMONT
15/10/2011
Auguste HERBIN (1882-1960) : Un maître à redécouvrir.
Aujourd’hui méconnu, l’art de celui qui agita au début du 20ème siècle le carcan de la tradition picturale alors essoufflée, demeure une somme considérable de travail, de recherches et d’abnégation. Car celui qui s’est attaché sa vie durant, et avec force conviction, à la liberté d’expression artistique qui reste le seul garant de la création dans son sens le plus humain, donc fragile, a produit un œuvre personnel, riche et intemporel.
Artiste sincère, Herbin puisa les prémices de son talent futur à la source de sa jeunesse, expression de ses premiers travaux qui en 1900-1902 apparentaient son art à celui de l’Impressionnisme et du Divisionnisme, pour offrir à l’œil des compositions déjà sérieusement construites, dans un coloris chatoyant et expressif comme le révéla « Le paysage nocturne à Lille ».
Rigoureux, et exigeant avec lui-même, Herbin quitta les Beaux-Arts de la capitale du Nord dans sa dix neuvième année, pour s’installer à Paris, afin de mieux assumer les devoirs d’artiste qu’il se reconnaissait à l’égard de la société. Chercheur obstiné, il commença dès lors sa longue démarche artistique dans le sérieux d’un travail influencé par Cézanne, son maître à penser.
Adaptant alors sa touche à la nature de ses compositions, il créa en 1904 « Le Pont Neuf », pour préfigurer le Fauvisme que Matisse et Derain développèrent un an plus tard. Dans cette toile de format moyen qui transmet, malgré ses dimensions restreintes, une réelle impression de surface, tant dans sa perspective que dans son premier plan, Herbin a organisé son tableau en touches distinctes par lesquelles la mosaïque ainsi composée rassemble autour des couleurs primaires, une harmonie de nuances colorées qui traduit toute sa sensibilité d’artiste. Il est d’ailleurs étonnant, pour ne pas dire navrant, de regretter combien aujourd’hui encore le rôle décisif qu’Herbin joua dans la mise en œuvre de ce mouvement pictural important, ne trouve pas le retentissement qu’il mérite, à constater combien son nom reste absent des multiples ouvrages internationaux traitant de cette Peinture Fauve !
Toujours en quête d’une sincérité artistique qui ne s’est jamais démentie, Herbin s’orienta vers le Cubisme en 1908, pour se distinguer de Picasso et de Braque qui sacrifièrent parfois la couleur pour créer leur monochromie personnelle. La révolution Cubiste n’a malheureusement, elle aussi, pas imprimé son nom dans la stèle historique du mouvement, et cependant, Herbin, dans sa différence qui lui valut de ne pas être assimilé sérieusement au Cubisme, n’en demeura pas moins l’un des fondateurs les plus expressifs.
Son exégèse du Cubisme s’entoura de la fragmentation du sujet, certes, mais s’appliqua aussi à sacraliser la couleur qui dépassait souvent la forme, pour mieux la servir, comme dans le tableau « Madame H…au chapeau », qui transcende la vision Cubiste de l’artiste pour nous offrir une composition sans égale, formulée par la réunion d’un langage structuré de l’objet et de la figure, et de la puissance révélatrice de la couleur.
Dans son perpétuel besoin de se renouveler pour mieux renaître de son talent, Herbin abandonna alors le Cubisme primitif, pour s’orienter vers un Cubisme Synthétique qui dura jusqu’aux années vingt, en donnant naissance à des compositions polychromes qui dressèrent les couleurs en formes.
Dans son théâtre pictural, des surfaces dominantes comme des triangles, des cercles ou d’autres polygones, s’appliquèrent alors à faire la cour à des formes secondaires, dans un assemblage élégant, et où la matière picturale se distingue dans ses épaisseurs, selon son périmètre géométrique.
Et c’est là qu’en 1919-1920, les créations d’Herbin s’approchèrent sans conteste de la naissance de l’Abstraction Géométrique première époque qui allait bientôt bouleverser sa carrière, pour engendrer un nouvel isolement artistique imposé par les collectionneurs et la critique de l’époque qui ne reconnaissaient pas sa démarche artistique.
Dans une nouvelle période de créativité intense, ses œuvres alors faites d’Abstraction Figurative reflétèrent une fois de plus le talent pluriel de cet artiste courageux qui, solitaire, se remit en cause à nouveau pour aborder cette nouvelle figuration qui suscita alors certains malentendus sans fondement. Herbin avait besoin de se ressourcer, comme l’avaient fait Matisse ou Picasso avant lui, et comme le fit Léger un peu plus tard, ou bien d’autres encore.
En 1924, ses réflexes premiers d’artiste fécond imprimèrent alors à ses compositions un rythme oublié, et une palette de couleurs enjouées, ainsi qu’une touche sensible comme en témoigne le « Panier de pêches dans les vignes à Vaison la Romaine », qui égala à son époque le talent des peintres traditionnels, en offrant à la pupille alléchée une profusion de feuilles et de fruits qui symbolisent dans l’avant-plan du tableau les premières nourritures du monde.
Herbin n’en n’oublia pas pour autant la projection de son destin hors norme, et réalisa dans le même temps une série de toiles semi abstraites comme « Le petit bonhomme et l’âne », en 1926.
L’année suivante, Herbin courtisa avant de le maîtriser, le langage des courbes pour produire des tableaux où se mariaient l’onirisme et la fluidité des lignes qui donnèrent naissance à des compositionsaux formes sinueuses définies par des courbes qui exaltent la puissance de la couleur.
L’artiste traversa alors la deuxième époque de son abstraction personnelle, avant d’aborder une nouvelle et ultime transition qui enfanta définitivement l’Abstraction Géométrique, digne de son extraordinaire talent.
L’année 1943 lui apporta enfin sa sérénité de créateur singulier, après quarante années d’inlassables recherches tourmentées. Avec la maturité artistique de sa soixantaine, son écriture picturale se dirigea alors vers une infinie richesse de réinvention du dessin issue de son imaginaire qui manipulait avec métier et conviction les vertus psychologiques des formes et des couleurs.
Créatrice d’un art abstrait plastique intangible, l’union d’Herbin et de sa liberté-vérité engendra alors, et ce, jusqu’à sa disparition, un œuvre ultime dans lequel les combinaisons géométriques exprimèrent l’épanouissement de certains tracés face au langage poétique ou divinatoire des couleurs, comme dans le tableau « Fleur-Fruit I » de 1945 qui traduit également l’interdépendance existant entre les formes et les couleurs.
Alors âgé de soixante dix huit ans, l’artiste généreux disparut en 1960, sans avoir connu la réelle consécration qu’il méritait. Et si aujourd’hui certaines de ses œuvres atteignent des prix à 7 chiffres dans les salles des ventes internationales de New York, de Paris ou de Londres, ce n’est que justice.
Sa présence dans les plus grands musées de la planète comme l’Ermitage de St-Petersbourg (3 œuvres), The Museum of Modern Art de New York (6 œuvres), la Fondation Nieuwenhutzen Segaar à La Haye (10 œuvres), et le Rijksmuseum Kröller Müller d’Otterlo (23 œuvres) aux Pays-Bas, le Kunstmuseum de Bâle (9 œuvres), ainsi que dans une trentaine d’autres musées internationaux, témoigne de l’intérêt porté à cet œuvre monumental qui compte plus de mille créations.
Plus près de nous, certains musées français exposent heureusement aujourd’hui un choix judicieux de tableaux du Maître, comme le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (12 œuvres), ou le Centre National Georges Pompidou (8 œuvres), ainsi que le Musée Matisse du Cateau Cambrésis, dans le Nord, qui détient le record avec 30 œuvres proposées au public, dont la palette de ce génie de la peinture qui s’était aventuré jusqu’au sommet de son art.
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Alain VERMONT
03/08/2011
NIKKY, ou la quête du lyrisme des couleurs.
La trentaine épanouie, et servie par un regard d’ingénue qui exprime toute la lucidité sensorielle d'une artiste peintre vivant en parfaite harmonie avec son monde créatif, Nikky séduit par son langage sincère, et sa capacité formelle à expliquer toutes les motivations de sa démarche picturale. Dans la réalisation de cette Figuration Libre, l’artiste s’applique à sacraliser la forme et la couleur afin que ces dernières deviennent les composantes extraordinaires de la vie mystérieuse de ses créations.
Malice
Sa volonté d’objectiver à sa manière les éléments de la construction d’un tableau, donne ainsi naissance à une réalité intangible créée dans la toile, et qui induit la conséquence d’une concentration calculée des valeurs chromatiques, géométriques ou spirituelles. L’élément coloriste signifie alors le lyrisme de la couleur, en s’affranchissant parfois du temps et de l’espace, pour créer des espaces-plans au délinéament particulier, volontairement structurés sans repères-étalons, pour aboutir à une quatrième dimension surréelle, étrangère à la perspective traditionnelle.
Voir avec une âme d’enfant
Cette ignorance voulue de la réalité figurative classique imprime aux tableaux de Nikky un pouvoir indicible de communication et d’expression de la couleur qui magnifie la forme, et par réciprocité de fonction, de la forme qui anime la couleur.
Se nourrissant des contingences ou des certitudes de notre Monde incertain, parfois chaotique, Nikky, manipulatrice résolue de la lumière-couleur et de ses nombreuses applications plastiques, se singularise en domestiquant la matière et son support qui, sous ses doigts, reconstruisent le Monde et ses mystères, au travers de créations spontanées, telle cette Princesse du Désert.
Princesse du Désert
L’opposition des ocres nuancés et des blancs fugitifs qui animent la composition, sous-tend le lyrisme anachronique qui se dégage de cette Psychée des Temps Modernes. En alternance, ces couleurs expriment toute leur charge émotionnelle. Nimbée de ses parures de passion immarcescible, cette Princesse courtise l’horizon de vie que l’on devine devant elle, dans l’infinie incertitude de la candeur de son regard.
Dans une seconde phase d’écriture plastique, la transposition dans le tableau de l’architecture « passéiste »du village de l’arrière-plan porte à croire que cette Divine s’avance dans son recherché devenir, pour mieux cerner l’identification de son désir de bonheur absolu.
Dans une dernière phase d’harmonie, la vague qui s’échappe de sa coiffe, pour aller mourir sur le toit d’une habitation, dans la neutralité séraphique d’un blanc evanescent, circonscrit par son soubresaut la frénésie de la sérénité atemporelle.
Une visite dans son Atelier Genevois…… pour mieux découvrir cette artiste sincère.
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Alain VERMONT
28/07/2011
Gaston CHAISSAC (1910-1964) : L’ artiste-peintre rustique moderne
Inclassable pour certains, naïf pour d’autres, ou encore co-fondateur de l’Art Brut aux côtés de Dubuffet, Chaissac peut fasciner ou excéder, selon les dispositions du moment de l’œil qui regarde, découvre, ou ausculte cette peinture hors normes.
Incomparable expérimentateur, ce créateur marginal et surprenant qui avouait avoir subi les influences d’Herbin, de Dubuffet et de Picasso, ne peut laisser indifférent aujourd’hui. Pour banale qu’elle ait été dans son mode de vie, sa courte existence n’en demeura pas moins une interminable et abondante recherche sur l’ identité même de sa propre force créatrice.
A contempler l’œuvre parfois vacillante ou énigmatique de celui qui fut longtemps le spécialiste des petits boulots sans lendemain, d’aucuns se demanderont à quelle source ce créateur insolite puisait son inspiration.
A la source de la vie, de sa vie, tout simplement. D’une enfance miséreuse rappelant certains romans de Zola, Chaissac hérita d’une santé précaire ainsi que d’une tuberculose engendrant une perpétuelle quête de sécurité pouvant lui offrir l’indépendance que sa soif de créer réclamait. Ce « besogneux » des techniques les plus diverses puisa dans son quotidien prolétaire toute sa délirante inspiration pour utiliser, et surtout réutiliser des objets et autres détritus ménagers qui devinrent alors les supports sur lesquels sa main habile et curieuse façonna l’originalité de son œuvre.
En autodidacte averti, Chaissac dessina sa carrière d’inventeur du nouvel art d’après-guerre, en se démarquant des modes et des courants artistiques du moment. Authentique dans sa démarche, sa sincérité d’artiste n’eut d’égale que sa naïveté à exister pour elle-même.
Exploitant aussi bien un bidon d’huile, qu’un vieux journal ou un carton, ou encore un balai usé, des coquilles d’huîtres, des bouteilles, des planches de bois, des ardoises ou une cafetière, pour ne citer que quelques uns de ses innombrables matériaux de travail, Chaissac demeura toujours un créateur véritable.
En transcendant l’objet de tous les jours pour l’élever avec sincérité au rang d’œuvre d’art, Chaissac bouscula certes les conventions picturales établies, mais sans cependant s’éloigner vraiment des bases intemporelles qui ont entretenu la pérennité de la peinture. On constate ce fait quand on contemple ses nombreux personnages, figures de couleurs faites d’aplats et de cernes noires isolant les surfaces colorées. Les regards grands ouverts de ses personnages sur l’infini du devenir de l’homme rappellent combien sa vie fut chargée d’incertitudes.
De planches de bois récupérées ça et là, il tira une puissance créatrice originale pour fabriquer des totems hauts en couleurs, et qui conservent encore aujourd’hui toute la fraîcheur insouciante de celui qui fut avec son adresse personnelle et singulière un grand utilisateur des peintures Ripolin de l’époque.
Et comme si sa vie durant il s’était imposé des pensums pour mieux progresser dans sa constante recherche, l’artiste s’appliqua à tout tenter, à tout remettre en question pour mieux affirmer son authenticité. Et que ce soit en découpant des images qu’il réintroduisait dans ses compositions, ou en décorant des tôles ondulées, ou même en rédigeant des centaines de lettres adressées à des personnalités du moment, ou à d’illustres inconnus découverts dans les pages de l’annuaire téléphonique, celui qui avait d’abord rêvé de devenir écrivain ne peut laisser indifférent tant son inextinguible fureur à créer impose un certain respect pour cet homme-artiste qui fut incapable de gagner ni argent, ni considération, car ses croyances se suffisaient à elles-mêmes.
En 2000, à Paris, la galerie du Jeu de Paume a rendu un vibrant hommage à ce doux contestataire encore méconnu, et dont les œuvres se dispersent aujourd’hui dans le monde entier, en proposant au public un choix magistral de 350 œuvres.
Plusieurs ouvrages sérieux relatent le demi-siècle d’existence de ce peintre-sculpteur-écrivain attachant, et notamment : Chaissac par Johannes Gachnang et Françoise Brutsch, aux éditions Ides et Calendes, 1988, Neuchâtel (Suisse).
En outre, en collaboration, le Musée des Beaux-Arts de Nantes, en 1998, le Pavillon du Musée Fabre de Montpellier la même année, ainsi que le Palais des Beaux-Arts de Charleroi en Belgique, ont organisé une rétrospective regroupant 231 œuvres de l’artiste, en publiant un ouvrage commun et exhaustif, aux Editions de la Réunion des Musées Nationaux à Paris.
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Alain VERMONT
14/05/2011
Jules Emile ZINGG (1882-1942) : La poésie colorée de la vie.
D’origine suisse, cet artiste précoce qui préféra, pendant son adolescence Franc-Comtoise à Montbéliard, le jeu créatif de ses crayons courant sur le papier, aux activités habituelles de ses camarades, Zingg débuta sa carrière d’artiste-peintre réaliste en sublimant déjà cette nature qui allait, sa vie durant, demeurer la meilleure source de son inspiration.
L’œil curieux et mémoriel, et transporté par une volonté appliquée, il retira d’une année déjà constructive, l’essentiel de l’enseignement de l’Ecole des Beaux-Arts de Besançon, avant de s’installer à Paris, où il suivit, dans sa vingtième année, les cours de l’Atelier Cormon, pour s’inspirer ensuite des travaux de Millet, car l’Académisme prôné alors par les grands Maîtres du moment, lui paraissait suranné. Se réfugiant aussi souvent qu’il le pouvait dans cette nature qui le courtisait sans cesse, Zingg s’appliqua dès lors à reproduire dans ses dessins, comme dans ses tableaux, la noblesse des travaux agricoles ou forestiers, ainsi que la beauté universelle, mais toujours nouvelle, des paysages parcourus inlassablement par ses pas avides de découverte.
Sa jeunesse, perturbée dès 1908 par des troubles digestifs fonctionnels qui lui firent écrire alors dans son journal : « Pourquoi la nature m’a-t-elle fait si différent des autres ? Je suis un instrument délicat que le moindre souffle fait vibrer douloureusement », poursuivit néanmoins son destin artistique, pour obtenir alors le Prix Bouland, et voir son tableau « Repas de paysans » exposé au Salon des Artistes Français, acheté par le Baron de Rothschild qui prononça alors un éloge éloquent du peintre franc-comtois, avant que ce dernier obtînt un peu plus tard, au Salon de 1910, le Prix Meurand de l’Institut, puis le Prix d’Attainville, ainsi qu’un classement de second au Prix de Rome de 1911.
Mais, nullement grisé par ces récompenses exceptionnelles qui lui avaient été décernées, l’artiste sincère, et entier dans ses convictions picturales, délaissa alors les fastes du « Directoire parisien de la peinture », qui avait tenté un instant de s’approprier son singulier talent en le nommant à la Présidence du Jury du Salon d’Automne, pour s’orienter vers son style personnel et définitif, délicat mélange visuel influencé par l’Art de Vuillard, Monet, Pissarro, Bonnard, Matisse, Seurat, et surtout Cézanne.
Elargissant alors son horizon créatif inspiré par cette nature qui ne cessa jamais de lui faire des avances généreuses, Zingg s’appliqua également à se faire un nom dans la décoration, en dessinant notamment des cartons pour la Manufacture d’Aubusson, et pour celle des Gobelins, ainsi qu’en décorant les piliers de la Coupole à Montparnasse, avant de s’adonner à la xylographie, pour graver des bois qui donnèrent naissance à différentes illustrations de livres.
Au cours de ses nombreux déplacements réalisés alors pour des nécessités d’observation qui engendraient ensuite l’expression rigoureuse de son talent capable de narrer, comme le fit merveilleusement en son temps le grand Bruegel l’Ancien, la majestueuse vie dérisoire des êtres laborieux qui peuplaient son Univers, Zingg composa quelques uns de ses plus beaux tableaux.
Le 4 mai 1942, alors âgé de cinquante neuf ans, et après l’opération de la dernière chance qui échoua, Zingg mourut des suites de ce cancer qui lui mangeait le ventre depuis de nombreuses années, en léguant à la postérité l’œuvre riche et rustique façonnée par sa main de grand paysagiste-populiste qui déclara humblement à la fin de sa vie : « Il y aura sans doute dans mes œuvres quelque chose de caché sous leur aspect simple . Le mystère des choses et des êtres, et aussi celui du peintre, se fera sentir pour ceux qui regarderont avec leur cœur ».
Naguère oubliée dans les années quatre vingt, la peinture de Zingg suscite aujourd’hui un nouvel engouement de la part des collectionneurs avertis, à constater l’altitude de sa cote dans les diverses ventes internationales.
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Alain VERMONT
26/01/2011
L’américaine Mary CASSAT naquit à Pittsburgh, Pennsylvanie, le 22 mai 1844, au sein d’une famille bourgeoise dont le père était un riche banquier. Après des études à Philadelphie, elle découvrit l’Europe en 1866. Et, de Parme où elle admira les œuvres de CORREGE, elle se rendit en Espagne pour étudier VELASQUEZ, puis en Hollande où elle découvrit Frans HALS, et à Anvers où la peinture de RUBENS la captiva.
En Italie, elle devint l’élève de RAIMONDI durant huit mois, après quoi elle quitta Parme pour aller s’installer à Paris en 1872, et fréquenter l’atelier de CHAPLIN. La vue d’un pastel de DEGAS agit sur elle comme un révélateur. Elle exposa au Salon une première toile intitulée « Au balcon », puis renouvela l’expérience en 1874 avec un tableau que remarqua DEGAS, « Portrait d’Ida ». Elle devint alors l’amie du peintre qui la présenta aux Impressionnistes. En 1877, elle exposa avec eux. Les qualités de luministe de RENOIR l’influencèrent beaucoup. Elle parvint, dans ses sujets, à faire une synthèse du talent de DEGAS, de RENOIR, et de MANET. Elle exprima néanmoins une préférence pour le pastel et la gravure.
Les enfants, la maternité et les scènes de famille furent les sujets les plus fréquents de ses tableaux. A Paris, en 1890, en compagnie de DEGAS, elle visita une exposition japonaise, et marqua son intérêt pour les estampes. Mais elle employa une technique différente de celle des asiatiques, en utilisant des plaques de métal en lieu et place de leurs plaques de bois, à l’exemple de « La toilette » pour laquelle elle utilisa des couleurs « plates ». Elle contribua ensuite à faire connaître l’art des Impressionnistes aux Etats-Unis. Les membres de sa famille, et leurs amis, achetèrent ainsi un grand nombre d’œuvres d’artistes français.
Devenue aveugle au début de la première guerre mondiale, elle se retira dans son château du Mesnil-Beaufresne, et mourut le 19 juin 1926, à l’âge de quatre vingt deux ans, sans avoir connu le succès, tant en France qu’aux Etats-Unis. A l’exemple de nombre d’œuvres d’artistes ignorés en leur temps, les œuvres de Mary Cassat figurent aujourd’hui dans les grandes ventes internationales, pour une fois encore connaître un succès posthume, lié le plus souvent à certaines «spécificités déconcertantes» du Marché de l’Art.
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Alain VERMONT
18/01/2011
Au siècle dernier, dans ses « Entretiens avec David Sylvester », Francis Bacon que l’on ne présente plus, déclarait : « Une des raisons pour lesquelles je n’aime pas la Peinture Abstraite, ou qui font qu’elle ne m’intéresse pas, c’est que je pense que la peinture est une dualité et que la peinture abstraite est une chose entièrement esthétique. Elle opère toujours à un seul niveau. Elle ne s’occupe réellement que de la beauté de ses rythmes et de ses formes ».
Las !
Les constructions picturales de Sylvie GEDDA, faites de rythmes et de formes, s’intègrent dans la post-modernité de la peinture, pour exprimer une peinture abstraite parsemée de rébus figuratifs. Après l’invention de l’Abstraction par le grand Kandinsky en 1910, beaucoup d’encre a coulé pour monter aux nues ou vouer aux gémonies la Peinture Abstraite. Tout a été dit, et parfois son contraire. Figurative ou Abstraite, la peinture demeure l’un des fondements même de la structuration de la pensée créatrice qui a entretenu nombre de civilisations. Il ne faudrait jamais mettre en opposition l’Art Figuratif et l’Art Abstrait qui sont complémentaires dans ce monde où certains circulent en calèche alors que d’autres utilisent une automobile.
Chocs, huile/toile, 70 x 60 cm
Il devrait suffire une entente cordiale entre les admirateurs et les détracteurs. Car la grandeur de l’esprit humain peut tout comprendre, et donc s’adapter aux différences des autres. Rien n’est plus navrant que d’entendre nombre de remarques désobligeantes des Figuratifs à l’égard des Abstraits, et inversement. Le malaise de tous ces jugements est parfois très pervers.
En effet, pourquoi le grand Toulouse Lautrec, artiste figuratif, ressentait-il tant de haine à l’égard du paysage, et des peintres paysagistes ? A ses yeux seule la Figure avait droit de cité. Ne déclarait-il pas « Seule la Figure existe, le Paysage n’est et ne doit être qu’accessoire ; le Peintre Paysagiste pur n’est qu’une brute. Le Paysage ne doit servir qu’à mieux faire comprendre le caractère de la Figure ».
Durs propos de la part de ce Grand petit homme ! Dans ma jeunesse parisienne, j’ai fréquenté assidûment Le Louvre, pour apprendre les Maîtres Anciens, car fascinés étaient mes yeux lorsqu’ils admiraient la magnificence de la technique de ces peintures qui ont traversé les siècles. Un peu plus tard, au Musée d’Orsay, j’ai appris et apprécié les Impressionnistes qui avaient tant défrayé la chronique à la fin du 19ème siècle. Mon amour d’alors de la peinture ne respectait que l’Art Figuratif dans toutes ses déclinaisons. Et je dois avouer que je ressentais un malaise indicible à l’égard de la Peinture Abstraite. Mais comme l’esprit humain demeure la plus belle machine à comprendre, je me suis « corrigé » après avoir « creusé » toute la production de l’illustre Kandinsky avant de m’intéresser à Franz Marc, Aschile Gorky, Hans Hartung, Roberto Matta, André Masson, et bien d’autres trop nombreux à citer ici.
Empreintes, huile/toile, 73 x 92 cm
Mon cheminement personnel m’a alors entraîné vers cette vérité qui veut que j’admire autant Renoir que Kandinsky, alors même qu’ils sont diamétralement opposés.
Gedda, j’aime avant tout sa féminité artistique. Je ne dirai jamais assez combien je regrette que les artistes peintre femmes, de par le monde, ne soient pas plus reconnues, au même titre que les milieux de la haute couture, de l’architecture, de la musique classique ou de la gastronomie ne sanctifient que des hommes. Gedda est donc avant tout une femme, une femme qui peint avec le talent qui est le sien. N’en déplaise à certains messieurs.
Sa peinture, faite de sensibilités existentielles s’exprime au travers d’un dessin qui synthétise l’union de la forme avec la couleur. Il me semble qu’elle n’a pas succombé un jour aux démons de la facilité répétitive dans ses questionnements quotidiens concernant son renouvellement créateur. Les titres de ses tableaux peuvent en surprendre plus d’un, ils ne sont que la transposition résumée et écrite de ses compositions faites de son interprétation plastique de ses états d’âme.
Comme nombre d’artistes, Gedda « souffre » d’une sensibilité exacerbée qui sous tend cette perpétuelle envie d’imager ses moments de vie, faits de croyances et de doutes divers.
Huile/toile, 100 x 81 cm
A l’exemple du tableau Talisman dans lequel les oppositions colorimétriques ne peuvent qu’ajouter au titre. Le Talisman, cet objet auquel on attribue des vertus extraordinaires, comme un pouvoir magique, le Talisman de Gedda exprime toute l’ambiguïté de notre condition humaine, sujette à tous les doutes.
L’avant-plan, dans lequel dominent les rouges garance de l’emblématique figurine au repos sur le sol, visage contre terre, figure ce Talisman qui détient la clé fleurie de la porte d’accès, cerbère de cette porte ouverte sur la difficile voie de la vie qui s’échappe au loin par le parcours sinueux de la rivière de l’Eden si lointain, et dont l’accès reste obstrué par des végétaux nourriciers qui parviennent à s’élever vers la Félicité.
Dans ce parcours jonché de difficultés, d’innombrables yeux échappés de leur enveloppe charnelle, observateurs attentifs, attendent le prochain passager de ce chemin salutaire autant qu’ardu. Comme des clins d’œil qui acquiescent le message délivré. Dernier observateur de cette scène comme clandestine, l’oiseau, dans son plumage mauve d’apparat, qui survole ce paysage fantastique, en s’avançant sur la droite de la composition dans un vol délicat qui imprime une sensation de particulière apesanteur, à l’ensemble, pour nous dire, « Terriens vous êtes, mais tous terriens demandeurs du bonheur, donc tous aptes à une élévation spirituelle, avec ou sans ailes ».
Si vos pas vous portent un jour vers le Bassin d’Arcachon, visitez Gedda et son monde d’Artiste. Vous en conserverez certainement un beau souvenir.
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Alain VERMONT
Voir aussi : http://www.luxe-dream.tv/pages/art-design
06/01/2011
Jacques Strauss est un artiste qui a exploité toutes les techniques de la peinture et du dessin durant plus de 50 années de créations picturales. Depuis deux décennies Strauss s’applique à réaliser des laques dont la technique demeure toujours difficile dans sa maîtrise, en fonction des températures d’exécution. Dans son atelier, l’alchimie faite de pigments et diverses essences et autres solvants très volatiles comme le naphtalène, l’oblige à travailler avec un masque à filtres charbon, tant les vapeurs dégagées sont nocives pour la santé.
Soupirs, craie/papier noir, 30 x 40 cm
Ces laques surprenantes n’appartiennent qu’à lui. Sa technique et ses continuelles recherches dans sa définition du résultat optique qu’il recherche, transposent son art dans un monde pictural hors normes, et qui s’applique à sublimer l’union formes-couleurs. Dans ses compositions, l’artiste exploite le trait et la matière à peindre dans un renoncement à une quelconque référence figurative comme on l’entend généralement.
Ceginus, laque/toile, 55 x 46 cm
Strauss reste le spécialiste de l’Oxymore qui, en rhétorique signifie « piquant » et « émoussé ». Un paradoxe qui sied à sa peinture dans laquelle on retrouve toujours la juxtaposition d’éléments abstraits, et figuratifs ténus. La surface parfaitement plane de ses toiles, tel un miroir écho, ajoute encore à la divination de leur construction car nombres de rébus sont dissimulés dans les compositions, pour mieux inviter l’œil curieux à décrypter les mystères sous-jacents que l’artiste a voulu révéler à sa manière.
Vega, laque/toile, 55 x 46 cm
Ce perpétuel jeune homme de 88 printemps, déborde d’une énergie consternante, pour mieux nous faire comprendre que le temps qui s’écoule n’a pas prise sur sa volonté et sa capacité à peindre, et donc à créer en permanence.
Rozca, laque/toile, 55 x 46 cm
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Alain VERMONT
13/12/2010
Bernard BUFFET, Cantor d’une peinture cryptique.
(1928-1999).
D’abord jugé comme le symbole d’un Expressionnisme immanent traduisant les séquelles de la Deuxième Guerre Mondiale, Buffet, artiste de grande fécondité qui obtint le Prix de la Critique à l’âge de vingt ans (du jamais vu), a traversé sa vie de créateur tel un observateur attentif aux doutes du genre humain, et donc attentif à ses propres doutes. Sa quiddité d’artiste appliqué et docte n’a eu de cesse, sa vie durant, d’exprimer sa vision psychologique de notre société vouée à un développement toujours plus exponentiel.
Son exceptionnelle production picturale demeure sans conteste un œuvre éloquent, malgré certaines compositions plus controversées, réalisées durant les deux dernières décennies de son existence. Un œuvre dense, étonnant dans son analyse esthétique, et riche d’une profusion de créations aussi diverses que déstabilisantes.
Depuis 1952, jusqu`à sa tragique disparition, Buffet s’est appliqué` chaque année, avec ses expositions parisiennes thématiques, à exprimer avec force le fondement même de la fragilité de notre condition. Ses tableaux, qui peuvent apparaître parfois comme un viatique désespéré délivré par son extrême sensibilité à l’écoute des souffrances quotidiennes rencontrées par l’espèce humaine, traduisent à la perfection l’énigme de cet homme artiste porté au pinacle par ses admirateurs, ou voué aux gémonies par ses détracteurs.
Certes, les tableaux des années 1945/1960 qui demeurent les œuvres les plus recherchées par les grands collectionneurs, témoignent de ce style si original qui sut éviter l’écueil d’un quelconque emprunt artistique, mais il serait inique de négliger certaines compositions plus tardives.
L’œuvre considérable de Buffet n’est qu’un hymne à la peinture, au dessin, et à la gravure, dans lequel se combinent des figures, des natures mortes, des paysages souvent méconnus, des compositions florales, ou des scènes de genre parfois surprenantes, voire inquiétantes. Sans oublier ces scènes à l’hypotypose troublante, créées comme des Jours de Souffrance permettant une lumière formelle de l’esprit, et toujours travaillées avec la même hargne créatrice par la fougue d’un artiste que nombre de grandes nations ont su reconnaître. Il n’est qu’à analyser les tableaux traitant de l’ « Enfer de Dante », ou ceux concernant l’histoire de la « Révolution Française », ou encore la série de « 20 000 lieues sous les mers », pour mieux appréhender la grande diversité des sujets traités. Buffet avait un trait personnalisé reconnaissable entre tous.
En témoignent le Musée qui lui a été consacré en 1975, à Surugadaira, au Japon, et dans lequel ont été accrochées plusieurs centaines d’œuvres majeures, ainsi que tous les Musées possédant certaines de ses créations exécutées pour la majorité d’entre elles dans des grands formats qu’il affectionnait.
Des innombrables expositions qui ont jalonné sa vie, retenons le Musée Pouchkine à Moscou, l’Ermitage à Saint-Petersbourg, le Musée Vorès près d’Athènes, le Kaohsiung de Taiwan, ou la Documenta-Halle de Kassel, pour dire combien l’exégèse de son message était souhaitée par des institutions aussi différentes.
Buffet était également un très grand graveur. Certaines de ses estampes, eaux fortes, pointes sèches ou lithographies, sont là pour mieux expliquer toute la diversité de sa force créatrice qui n’avait de cesse, chaque jour, de composer avec la matière ou le support. Au même titre que Picasso, Buffet était un fou de travail.
Ces œuvres qui, dans les ventes mondiales, ont atteint parfois des prix à six chiffres, ces œuvres de par l’altitude de leur cote internationale ont peut être contribué à susciter cette non reconnaissance de ceux qui n’ont jamais accepté, qu’après le grand Picasso, ou le célèbre Chagall, l’art d’un Bernard Buffet vivant fût élevé dans un musée, au même rang que celui de ses deux illustres aînés.
L’histoire seule dira plus tard combien Buffet aura contribué à l’épanouissement de l’art pictural du 20ème siècle, pour oublier sans doute son geste pathétique par lequel ses doigts éteignirent la flamme de sa vie tourmentée. Il ne supportait pas de ne plus pouvoir peindre dans l’ « enfer parkinson » qui était devenu son quotidien.
Un détour s’impose aujourd’hui pour rendre visite à la Galerie Maurice Garnier qui expose exclusivement des tableaux de Buffet depuis une soixantaine d’années. Une collaboration Artiste/Marchand unique dans l’histoire de la peinture mondiale.
Galerie Maurice Garnier - 6, Avenue Matignon - 75008 PARIS
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Alain VERMONT
17/11/2010
Pablo Picasso (1881-1973) ou les spécificités d'un esprit créatif incomparable.
Après la naissance du Mouvement Impressionniste en 1874, ô combien décrié et qualifié de « peinture de barbouilleurs », une certaine Vox Populi s'était appliquée à considérer comme stupidités toutes les nouvelles tendances picturales dont les chefs de file avaient pour noms Van Gogh, Gauguin, Kandinsky, et bien d'autres. Picasso n'a pas échappé à ces vindictes populaires qui tendaient à affirmer, parce qu'elles ne la comprenaient pas, « cette peinture est celle d'un fou ».Depuis lors, l'histoire a corrigé ces errements de jugements, pour reconnaître le talent de ce créateur hors normes.
1er dessin de l'artiste lorsqu`il avait 9 ans
Picasso a tout tenté, et quasiment tout réussi en matière de peintures, de dessins, de gravures, de sculptures ou de céramiques. Il demeure certainement l'artiste plasticien qui, dans ses multiples recherches et dans ses innombrables créations, a dépassé tous ses condisciples. Picasso avait un trait exceptionnel, ses dessins sont là pour en témoigner. Sa production reste spectaculaire dans sa diversité. Le Maître de Malaga était un fou de travail qui, chaque jour, remettait son ouvrage sur le métier. Picasso naquît pour devenir artiste-peintre. Son destin incomparable ne pouvait que le transporter vers les nues du succès pour atteindre l'acmé de la création picturale.
Portrait de sa mère lorsqu'il avait 15 ans (1896) Pastel/papier
Réaliste, Picasso a déclaré un jour « L'Art est un mensonge qui nous fait sentir la vérité, du moins la vérité qu'il nous est donné de comprendre ». L'existence et l'œuvre de Picasso furent gigantesques. Après une première période figurative espagnole où se côtoient des portraits ou des scènes animées emblématiques, Picasso s'expatria à Paris en 1900, il avait alors 19 ans, lors de l'Exposition Universelle, pour s'installer dans un premier atelier parisien.Après plusieurs allers et retours entre Paris et l'Espagne, Picasso se fixa réellement à Paris en 1904. Ce fut l'époque de la Période Bleue à laquelle s'ensuivit la Période Rose.
Le Vieux Juif (1903) Huile/toile
Les Baladins (1905) Gouache/toile
En 1907, après plusieurs mois de « gestation picturale », Picasso réalisa les « Demoiselles d'Avignon », considérées par beaucoup comme le tableau genèse du Cubisme, après de multiples esquisses à la mine de plomb et au pastel. Cette toile de grand format (244 x 235 cm), n'a été que le logique développement du « Harem » réalisé à Gosol en Espagne en 1906.
Le Harem (1906) Huile/toile
Dans ce tableau emblématique des « Demoiselles » se côtoient des ondes rythmiques et dynamiques qui accentuent un peu plus le masque inquiétant du personnage figurant la partie inférieure droite de la composition. Influencé par sa longue étude des « Baigneuses » de Cézanne, et par l'interprétation de l'espace par le Maître d'Aix-en-Provence, Picasso n'eut de cesse alors de noircir de multiples feuilles de dessin à l'observation de ces « Baigneuses », afin de mieux réaliser ensuite ses « Demoiselles ». Ce tableau interpelle non seulement par sa composition radicalement provocatrice pour l'époque, mais également par le malaise visuel, voulu par l'Artiste, qui transparaît avec force dans le visage et le corps de ce singulier personnage situé en bas et à droite. Car beaucoup ont toujours pensé que toutes les figures de ce tableau étaient féminines.
Or, à bien observer l'œuvre, et en prenant en considération la réalité d'autres compositions féminines de l'Artiste, ce personnage dénote un aspect d'hermaphrodite parlant. Picasso, qui avait l'art de se transfigurer dans certaines de ses œuvres, se serait-il immiscé dans cette scène pour mieux lui imprimer ses pulsions d'Artiste hors norme ? En effet, les jambes écartées du personnage dans une posture masculine, l'accentuation virile des rides qui marquent son front, ainsi que son masque issu de l'Art Nègre qui venait de trouver alors une écoute occidentale, nous laissent penser à un clin d'œil masculin et malicieux dont l'Artiste avait le secret. Le Maître s'est peut-être projeté dans ce tableau pour mieux susciter le questionnement de ses états d'âme du moment. L'œuvre reflète une iconographie particulière d'attitudes et d'expressions qui interpelle par le délinéament anguleux des corps et par l'expression à la fois candide et interrogative des visages féminins, auxquels vient s'ajouter la dominante ocre rose qui rappelle la période rose précédente.
Mère et Enfant, Mine de plomb (1922)
ALAIN VERMONT
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Alain VERMONT