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Famille
Génération Tanguy: qui paie la facture?
D'après la loi, les parents doivent subvenir aux besoins de leurs enfants jusqu'à ce qu'ils aient reçu une formation. Mais pour la conseillère en budget Andrea Schmid-Fischer, ils sont également en droit de réclamer une rétribution.
Tobias (20 ans) verse la moitié de son salaire d'apprenti (1000 francs) à ses parents pour participer aux frais du ménage (loyer, électricité, chauffage et nourriture). Ses parents règlent ses primes d'assurance-maladie, un abonnement annuel pour le bus, les frais de scolarité, les vacances et quelques autres dépenses. Sa mère s'occupe en outre du ménage et de la lessive.
Tobias souhaiterait prendre son envol mais il devrait alors assumer toutes ses charges effectives. Impossible pour lui de s'offrir un abonnement de téléphone, des activités sportives ou des sorties, ni d'économiser pour s'acheter une voiture. En Suisse, le jeune homme est loin d'être un cas isolé.
Andrea Schmid-Fischer (52 ans) est conseillère en budget au Centre de liaison des associations féminines de Lucerne et vice-présidente du Budget-conseil Suisse. Elle ne connaît que trop bien ce problème. D'un côté comme de l'autre, comme elle aime à le souligner. La requête des parents de Tobias est tout à fait légitime, même s'ils avaient les moyens financiers de l'héberger gratuitement sous leur toit. «Les articles 276 et 277 du Code civil suisse stipulent que les jeunes qui perçoivent un salaire doivent assumer eux-mêmes une part équitable de leurs frais», explique la conseillère en budget.
Contrairement à une personne qui continuerait à vivre chez ses parents après son apprentissage ou ses études en touchant un vrai salaire, un apprenti ne peut évidemment pas prendre en charge la totalité des frais. «Il s'agit d'apprendre à gérer ses finances, ce qui conduit à l'indépendance, à la responsabilité individuelle et à un niveau de vie réaliste.» Autrement dit, pour entrer sereinement dans l'âge adulte, les enfants doivent acquérir des compétences financières, même en vivant encore chez leurs parents. «Car combien d'adultes gagnant bien leur vie peuvent consacrer 1000 francs de leur budget à un abonnement de téléphone, à des sorties et à des activités sportives?» Pour la spécialiste, le départ de la maison ne doit pas entraîner l'endettement des jeunes adultes.
Etudes plus longues qu'autrefois
«Aujourd'hui, les jeunes restent plus longtemps chez leurs parents», explique Jürgen Feigel, thérapeute familial et auteur de «Die Nesthocker» (littéralement «Squatteur de nid»). Selon les chiffres officiels de la Confédération, un peu plus de la moitié des jeunes âgés de 24 ans habitent encore sous le même toit que leurs parents, soit deux fois plus qu'en 1970. A l'époque, les enfants quittaient la maison vers 20–21 ans. «La plupart des jeunes entraient sur le marché du travail à 20 ans. Ils étaient bien moins nombreux à faire des études supérieures», souligne Andrea Schmid-Fischer. Avec des formations initiales désormais plus longues, les jeunes ont tendance à rester davantage de temps chez leurs parents. «Financièrement, parents et enfants y trouvent leur compte. Par ailleurs, le cocon familial possède des avantages indéniables.» Mais est-ce bien raisonnable, pour autant, de cantonner les mères (et les pères) à de simples employés de maison au service de leur progéniture. «Prendre son indépendance implique aussi de s'occuper des tâches ménagères.»
Inégalités entre frère et sœur
Tobias est d'autant plus amer que Nina, sa grande sœur (23 ans), étudiante en sociologie – donc sans salaire –, ne verse aucune contribution à ses parents, alors qu'elle leur coûte bien plus cher. Une situation vécue comme injuste par son frère. «Ici, la question de l'équité ne fait pas avancer les choses», rétorque Andrea Schmid-Fischer. C'est un thème récurrent au sein des familles avec deux enfants. Aussitôt qu'un troisième voire un quatrième enfant s'ajoute, il paraît plus évident que la fratrie ne peut fonctionner sur un mode équitable. «Le principe de l'égalité de traitement prévaut. Sauf pour les coûts.» Les enfants choisissent eux-mêmes leur parcours scolaire et ont une influence directe sur le déroulement de leurs études.
Les parents doivent subvenir aux besoins financiers de leurs enfants jusqu'à leur majorité ou jusqu'à la fin de leur formation initiale, dans les limites de leurs propres moyens. «Un étudiant coûte entre 900 et 2700 francs par mois à ses parents, selon la situation familiale, les conditions de logement et les études choisies», estime Andrea Schmid-Fischer. Pour autant que cette formation initiale aboutisse... «Imaginons qu'un jeune abandonne ses études à deux reprises et qu'il décide une nouvelle fois de se réorienter à l'âge de 30 ans. On est en droit de se demander si les parents sont encore tenus de subvenir à ses besoins.»
Une discussion familiale s'impose
Chaque couple doit calculer la somme qu'il peut consacrer à la formation de ses enfants et la part des frais courants qui restera à leur charge. Un conseil budgétaire permet d'élaborer des budgets sur mesure qui intègrent la vision de chacune des parties et déterminent le cadre juridique. «Sur cette base, parents et enfants peuvent discuter de la répartition des frais», explique Andrea Schmid-Fischer.
Cette prise d'indépendance financière est cruciale. S'il ne versait pas de loyer à ses parents, Tobias disposerait d'un budget plus confortable qu'eux après déduction des frais fixes. Une situation qui dérange la spécialiste. De plus, il verrait son niveau de vie chuter au moment de prendre son indépendance. L'élaboration d'un budget et l'épargne sont des compétences qui ne s'acquièrent que lorsqu'on doit vivre avec peu. «Impossible d'apprendre si l'on peut dépenser sans compter.» De nombreux jeunes font appel à l'experte car ils vivent au-dessus de leurs moyens et n'ont aucune conscience de la valeur de l'argent. «On ne leur a jamais appris à maîtriser leurs finances.» Tobias réfléchit désormais à la possibilité de prendre un appartement en collocation avec un ami. «Un compromis idéal», estime Andrea Schmid-Fischer.
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1. Budget sans indemnisation du travail ménager
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2. Budget net avec un dédommagement de 20 fr. de l'heure pour la personne effectuant les tâches ménagères du jeune adulte
Source Budget-conseil suisse