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1ère ascension de l'OHMI KANGRI 7048m, situé dans le massif du Janak Himal dans l'Est du Népal, sous la direction de Ruedi MEIER.
De gauche à droite, en haut : Nicolas Wyrsch, Michel Ablanalp, André Rieder, Hans Dithelm, Ruedi Meier, François Vuillème, grimpeur népalais, Terenzio Rossetti, grimpeur népalais, Daniel Chevallier. En bas gr. népalais, Alain Vaucher, Jean-Paul Pauchard, gr. népalais 2x.
Malgré les expériences faites lors de la première expédition, la préparation n'était pas une petite affaire, parce que l'appétit venant en mangeant, nous osions nous attaquer à un objectif quelque peu plus ambitieux.
A cette époque, la politique du Népal consistait à octroyer l'autorisation, pour des sommets encore vierges et jugés d'intérêt majeur, exclusivement à des expéditions mixtes, c'est à dire incluant des citoyens népalais parmi les grimpeurs. Après la recherche dans les maigres sources disponibles, toujours difficile et longue, après l'étude des règlements gouvernementaux en vigueur et après de nombreuses soirées de discussions parfois fort animées, nous avons présenté une demande d'autorisation pour une montagne entourée de nombreux mystères: l'Ohmi Kangri.
Cette montagne, située dans l'extrême Est du Népal, se singularisait par le fait que sur certaines cartes elle n'existait simplement pas, ni la vallée que nous avions choisie pour l'approche! La seule preuve de son existence résidait dans des photos prises par le satellite "Spacelab 1983" que nous avons pu obtenir. Mais la région sommitale était cachée par des nuages… Nous avons fini par dénicher le rapport de la deuxième expédition qui a tenté ce sommet - un livre en japonais mais contenant également des photos. La toute première tentative a été réalisée en 1949 par une équipe suisse, sur la base d'une carte relevée en 1930 par un certain Marcel Kurz (l'homme à la base de la Fondation qui a rendu possible les expéditions de notre section), mais qui croyait s'attaquer au Nupchu.
La méthode des expéditions "clé en main" ayant bien évoluée dans
l'intervalle, nous nous sommes décidés - non sans âpres discussions - pour
cette solution. C'est donc l'entreprise internationale Mountain Travel,
disposant d'une succursale à Bâle (dont est issue l'agence Tiger Mountain,
bien connue des Neuchâtelois), qui s'est occupée d'organiser la marche
d'approche et l'équipement du camp de base. C'est également par cette agence
que nous avons trouvé trois sherpas à intégrer dans notre équipe en qualité
d'alpinistes. Nous avons donc renoncé à engager des porteurs d'altitude.
Cette fois-ci, les choses n'ont pas traîné à Kathmandu: trois jours après l'arrivée nous partions déjà en autocar pour un long voyage à travers le Terai (zone des basse altitude près de la frontière indienne), pour arriver un jour plus tard à Hilé, à 1940 m, terminus de la route. Une merveilleuse marche de 14 jours, dont environ une semaine en longeant des crêtes nous procurant des coups d'œil fantastiques vers l'Everest et le Kangchenjunga, puis une semaine au long de rivières nous a ensuite amené au camp de base à 5130 m au pied même de notre montagne.
Là, la première tâche était de trouver une approche du sommet plus aisée que celle des Japonais, qui ont abandonné sur une antécime, épuisés qu'ils étaient par le parcours d'une arête incroyablement longue et compliquée. Répartis en quatre équipes, nous avons essayé autant d'approches imaginables, et le soir même, nous avions acquis la conviction d'avoir trouvé la solution. Photo à gauche en haut: l'Ohmi Kangri, à droite l'arête des Japonais et au centre la chute du glacier empêchant un accès direct. Notre solution: monter un vallon latéral à gauche, franchir un petit col pour gagner le glacier au-dessus de sa chute.
4 jours après l'arrivée au camp de base, le camp 1 était installé sur la glacier à 5700 m. Puis il fallait trancher entre l'arête glacière à gauche ou le haut de l'arête des Japonais. Après avoir choisi cette dernière, il fallait encore convaincre l'officier de liaison que ce choix ne signifiait pas une transgression de l'autorisation accordée…
Ensuite commençait une phase assez pénible: l'installation du camp 2 sur l'arête des Japonais à 6450 m au début des difficultés techniques et d'y amener le matériel pour les cordes fixes au prix d'innombrables portages. Intermède agréable: le mail-runner nous apporte des lettres de chez nous, après avoir fait le trajet camp de base - Kathmandu et retour en 14 jours seulement! A défaut de toute liaison radio, c'était notre seul lien avec le monde extérieur.
Les équipes, à composition variable, se relayent, se croisent, et redescendent au camp de base pour récupérer pendant quelques jours. Les trois grimpeurs népalais font le même travail que nous, mais leur intégration n'est pas toujours facile. L'officier de liaison nous quitte pour rejoindre des zones plus hospitaliers quand notre stock de Whisky s'avère pas inépuisable… Le plus souvent, les après-midi sont caractérisés par des chutes de neige. Sur l'arête, nous sommes souvent gênés par des vents tempétueux.
10 jours plus tard, le camp 3 est installé à 6810 m, un véritable nid d'aigle offrant une vue fabuleuse, mais terriblement exposé aux vents. La suite est moins technique, mais l'altitude se fait sentir. L'arrivée sur l'antécime, point de l'abandon des Japonais, fait chuter le moral: l'arête conduisant au sommet principal, défendue par des corniches énormes, paraît diablement longue et délicate! Mais la cordée suivante, composée d'André Rieder et d'Alain Vaucher, ne se laisse pas impressionner et atteint le sommet le 14 avril, soit 22 jours après notre arrivée au camp de base. Nous en déterminons l'altitude avec 7045 m.
Par la suite, 9 autres membres de l'expédition parviennent au sommet, y compris 2 des Népalais après un abandon à cause de la tempête. Toutes les incertitudes quant à la topographie ont pu être levées, et quelques points d'observation visités nous permettront de compléter la carte 1:100'000 que nous avons dressée par photogrammétrie sur la base des photos satellite.
La marche du retour nous a pris de nouveau 10 jours, entrecoupée par une pause de quelques jours dans le village extraordinaire de Yangma, à 4315 m, habité par des Bothya, peuple venu des hauts plateaux tibétains comme les sherpas. Village d'un autre temps, une expérience unique qui nous a été donnée de vivre grâce à notre succès relativement rapide sur la montagne. Yangma, une porte vers le Tibet.
Ruedi Meier