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"Le Beau Danube Bleu", les secrets d'une mélodie entrée dans l'histoire
Quand Joseph Weyl, fonctionnaire de la police de Vienne, sort du travail, il écrit des chroniques, des sketches, des blagues de calendriers, ou encore des paroles pour le Wiener Männergesang-Verein, le Choeur d’hommes viennois.
En 1867, Vienne est équipée de nouvelles lampes à arc qui créent un arc de lumière entre deux électrodes. Weyl se fend d’un petit dialogue burlesque louant les vertus du nouvel éclairage. Une partie du choeur goûtant assez peu à la dérision du parolier, celui-ci remanie son texte. Dans une deuxième version il choisit, plutôt que les lampadaires, de chanter les louanges du Carnaval. Peine perdue. Deux auteurs ont superposé leurs sensibilités sans qu’elles ne se rencontrent vraiment.
L’esprit de dérision de Joseph Weyl flotte, imperméable, au-dessus de la musique de Johann Strauss, dans laquelle souffle - lampes ou non, Carnaval ou non - l’idéal artistique de sa vie: la grâce de la valse viennoise. "LA" valse ? Très vite, il n’y en aura plus que pour la première mélodie de la partition. Pourtant, selon les standards de l’époque, celle-ci contient cinq valses successives, numérotées de 1 à 5 et présentant deux thèmes chacune.
Sans texte et sans paroles
La première exécution, au sein d’un concert d’une durée de cinq heures, est un succès. Mais c’est en version instrumentale, sans texte et sans paroles, que le "Beau Danube Bleu" est appelé à entrer dans l’histoire. La valse n’était jusque là qu’une succession de danses pour salles de bal. Strauss en sacre la dimension symphonique en l’encadrant d’un prélude et d’un prologue, où il récapitule quelques-unes des mélodies parcourues.
Y compris la plus célèbre, celle-là même que les musiciens prendront l’habitude de jouer de façon irrégulière, en faisant attendre le troisième temps. Comme pour prolonger ce minuscule instant d’éternité où Vienne se réfugie dans sa grandeur passée, où nos pieds quittent le sol, défient la gravité et voudraient vivre en suspension dans la grâce éthérée des ballets démodés de nos premiers janviers et rester là, en l’air, en l’air, rester, rester...sans jamais retomber.
RTS Culture
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Publié le 10 février 2020 à 15:32