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Jésus était juif
Dr Arnold G. Fruchtenbaum
Le Messie de l'Ancien Testament I
Le conflit à propos d'Esaïe 53
Le paradoxe
Quiconque s'attache à rechercher ce que l'Ancien Testament dit de la venue du Messie se trouvera rapidement devant des éléments paradoxaux. Parfois il aura même l'impression de nager en pleine contradiction. Car les prophètes juifs ont brossé deux portraits du Messie à venir.
D'un côté le chercheur découvrira de nombreuses prédictions qui présentent le Messie comme un homme qui devra passer par l'humiliation, endurer les mauvais traitements physiques et même subir une mort violente. Pour les prophètes juifs, il s'agissait d'une mort expiatoire pour les péchés du peuple d'Israël. D'un autre côté, le lecteur constatera que les prophètes parlaient également du Messie comme d'un roi victorieux qui viendrait pour détruire les ennemis d'Israël et instaurer un règne messianique de paix et de prospérité.
Telle est la double représentation que les prophètes juifs ont faite du Messie. Au cours des siècles écoulés, pendant la période de formation du Talmud, nos rabbins ont procédé à des études sérieuses concernant les prophéties messianiques. Ils sont parvenus à la conclusion que les prophètes parlaient de deux Messies différents.
Le premier Messie à venir, celui qui devait souffrir et mourir, était le Messie, fils de Joseph (Mashiach ben Yoseph). Le second, qui le suivrait, était désigné comme Messie, fils de David (Mashiach ben David). C'est celui-ci qui ramènerait à la vie le premier Messie et instaurerait le royaume messianique de paix sur terre. Tous les anciens rabbins ont reconnu que l'Ancien Testament contenait cette double série de prophéties messianiques. Mais l'Ancien Testament n'affirme nulle part qu'il existe deux Messies différents. En fait, plusieurs des descriptions paradoxales se trouvent côte à côte dans les mêmes passages, ce qui fait plutôt penser à une seule personne. Mais la théorie des deux Messies conservait la faveur des premiers rabbins.
Pendant des siècles, le judaïsme orthodoxe s'en est tenu à cette notion des deux Messies. Mais depuis la période talmudique, c'est le Messie fils de David qui a fasciné l'imagination des Juifs, réchauffé leurs coeurs et nourri leurs pensées. L'autre Messie, le fils de Joseph, celui qui devait souffrir, était passé sous silence; il n'intervenait dans la théologie juive que pour expliquer les passages relatifs au Messie souffrant contenus dans l'Ancien Testament. Son existence fournissait une échappatoire aux questions épineuses. La plupart du temps, ce personnage messianique était complètement ignoré. Aujourd'hui, peu de Juifs ont entendu parler de lui ou connaissent son existence dans la théologie juive d'autrefois. Le seul Messie qui retient l'attention des Juifs actuels est le Messie fils de David, le vainqueur.
L'origine du paradoxe
Esaïe 53 est l'un des principaux textes à partir desquels les rabbins ont développé leur théorie du Messie souffrant, le fils de Joseph. Ce chapitre est l'actuelle pomme de discorde au sujet de ce que l'Ancien Testament dit du Messie. Il parle d'un serviteur, le Serviteur de l'Eternel. Ce serviteur est soumis à des souffrances atroces qui se terminent par sa mort. Le texte biblique poursuit en affirmant que ses souffrances sont expiatoires, que sa mort est une mort propitiatoire pour le péché.