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«Ils prirent le funiculaire, le téléphérique ne leur ayant pas plu (Que Diable, si au moins on avait mis un grand filet sous la voiture comme pour les acrobates du Cirque O folies et imprudences chrétiennes) mais une fois le petit train en marche, ils tremblèrent en leurs os à l'idée que les dents du funiculaire pouvaient se casser. Aussi descendirent-ils à Monnetier.
Ils pensèrent tout d'abord louer des ânes qui les conduiraient jusqu'au sommet mais ils changèrent vite d'avis. En somme ce Monnetier était à huit cent mètres au dessus de la mer. C'était bien assez. Au cours du change cela ferait au moins quatre mille mètres à Céphalonie.»
Ce cours extrait de ''Mangeclous'' édité en 1938 nous rappelle que l'écrivain suisse Albert Coen (il ajoutera le "h" à son patronyme plus tard) installé à Genève depuis l'âge de 17 ans s'inspira de notre région
Albert COHEN, est né à Corfou, en Grèce, le 16 août 1895. Il est issu d’une famille de fabricants de savon - membres de l’importante communauté séfarade ottomane de l’île. Vers 1900, les parents d’Albert s’établissent à Marseille et ouvrent un commerce d’œufs et d’huile d’olive. Albert fait ses premières études dans un établissement privé catholique, puis intègre le lycée Thiers où il fait la connaissance de Marcel Pagnol – un compagnon de classe avec qui il se lie d'amitié. En 1913, il obtient son baccalauréat avec la mention « assez-bien ».
L’année suivante, Albert Cohen s’établit à Genève et s’inscrit à la Faculté de droit. Il obtient sa licence en 1917, puis s’inscrit ensuite à la Faculté de lettres. En 1919, il obtient la nationalité suisse et épouse Elisabeth Brocher qui lui donne une fille – Myriam – née en 1921. C’est à cette époque qu’il publie son premier recueil de vers Paroles Juives.
Albert Cohen diplomate au BIT et à la SDN:
En 1924, il prend la direction de la Revue Juive et entame parallèlement une carrière de diplomate comme délégué du mouvement sioniste à la S.D.N., puis comme fonctionnaire au B.I.T où il crée « le passeport pour les réfugiés et apatrides ». Au cours de cette période, Albert Cohen rencontre Jane Fillion, jeune femme libérée, vivant dans la maison familiale de Pinchat. Selon l'écrivain français Nathalie de Saint Phalle, elle serait Ariane l'héroïne du futur roman: "Belle du Seigneur".
En 1930, il écrit son célèbre roman - Solal – qui est suivi de - Mangeclous - en 1938. Entre temps, il devient membre du Groupe Fraternel Sefaradi de Genève et épouse en secondes noces Marianne Goss.
En route vers le sacre: Belle du seigneur
Au moment de l'invasion allemande en mai 1940, Albert fuit à Bordeaux puis à Londres où il rencontre le général De Gaulle. Il est alors chargé par l'Agence juive pour la Palestine d'établir des contacts avec les gouvernements en exil.
En 1943, il rencontre sa future troisième
épouse, Bella (Beila) Berkowich. L’année suivante, il devient conseiller juridique au Comité intergouvernemental pour les réfugiés. En 1947, Cohen revient à Genève et, en 1954, il publie le Livre
de ma Mère, dans lequel il relate sa jeunesse.
L’année 1968 est celle de son sacre lorsqu’il publie son œuvre majeure -Belle du seigneur – qui reçoit le Grand Prix de l'Académie Française. En 1970, il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur. En 1972, il publie ô vous, frères humains.
Les Carnets d'un génie:
Alors qu’Albert Cohen est au sommet de son génie, il est victime d’une dépression nerveuse et manque de mourir d'une anorexie en 1978. Il change alors radicalement de vie et utilise les dernières années de sa vie à faire ce que son ami Pagnol avait fait toute sa vie : faire la promotion de son œuvre. Sortant de l'ascétisme, il publie ses Carnets en 1978 et répond ensuite aux nombreuses demandes d'interview. Le grand public commence alors à le connaître. Il publie son dernier texte dans le Nouvel Observateur en mai 1981.
Il meurt le 17 octobre 1981. Il est enterré au cimetière israélite de Veyrier.
Dossier écrit et présenté par Christiane DUTOIT
© La Mémoire de Veyrier (avec leur aimable autorisation).