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Un monument de l'histoire lausannoise: le Lausanne-Ouchy
Les infrastructures et les gares du réseau
Extrait d'un film de Georges Ravay. 1976.
Aménager le Flon
La compagnie du Lausanne-Ouchy souhaite mettre en valeur la vallée du Flon en aval du Grand Pont érigé en 1844, afin de promouvoir une zone industrielle qui tirera profit de la nouvelle gare. Cela suppose d’aplanir et combler la vallée et de continuer à voûter la rivière. Ce voûtage entrepris depuis le début du XIXe siècle s’achève alors au Grand-Pont.
La Compagnie commence donc par racheter une centaine de parcelles tandis que la Ville de Lausanne prend à sa charge la canalisation de la rivière. Le comblement débute en 1874, entrainant une transformation radicale du paysage de la vallée. Les comblements se poursuivent jusqu’en 1930 au-delà du pont Chauderon.
Le Lausanne-Ouchy, premier funiculaire suisse
La ligne est inaugurée le 15 mars 1877. Une grande première puisque le funiculaire entrainé par câble doit affronter une déclivité hors norme et assurer le transport de pondéreux, le tout en 6 minutes. Le funiculaire est formé de deux convois ayant chacun trois voitures pour voyageurs qui se croisent à la station de Montriond, seul point d’arrêt sur la ligne.
De Montriond, le funiculaire transporte les terres de remblai au Flon. Les stations des Jordils et Sainte-Luce sont ouvertes en 1877. La fréquence de passage en semaine fixée à 30 minutes, est réduite à 15 minutes le dimanche après midi pour attirer les promeneurs. Lors de la fête de la Navigation, le dimanche 23 juin 1877, 8'463 voyageurs sont transportés, un record pour la première année d’exploitation.
De la gare au Flon
Le tronçon entre gare ferroviaire et Flon n'est ouvert que le 5 décembre 1879. Surtout pensé pour le service des marchandises, sa construction a été retardée, les systèmes à air comprimés étant peu fiables.
Faute de solution, le système pneumatique est finalement abandonné. Un seul compartiment pour voyageurs est initialement prévu dans ces rames circulant au rythme de 6 trains à l’heure tant à la montée qu’à la descente.
La gare de la compagnie au Flon
La gare du L.O. est construite entre 1875 et 1877, adossée à la colline de Montbenon. Elle comprend deux corps de bâtiments siège de l’administration du Lausanne-Ouchy. A partir de 1879, les wagons de marchandises qui arrivent du bas de la ville sont transbordés vers les entrepôts dans l’axe de la vallée.
Le transbordeur lui-même est un chariot actionné par un câble d’abord mû par turbine hydraulique, équipé d'un moteur électrique en 1908. Ce système perdure jusqu’en 1979, date à laquelle on opte pour le transit par camion.
Les entrepôts accueillent rapidement toutes sortes d’entreprises: bières, huiles, eaux minérales, vin, denrées coloniales, etc. A partir de 1886 et jusqu’en 1976, la douane fédérale y installe son siège, ce qui renforce l’attrait commercial du lieu, point de passage obligé pour la manutention et l'entreposage des marchandises.
La Compagnie du Lausanne-Ouchy trouve dans l’exploitation du parc immobilier nouvellement constitué de quoi contrebalancer les coûts élevés de construction et d’exploitation du chemin de fer. Elle ne cesse par la suite d'affirmer sa puissance immobilière.
La gare étant en contrebas du Grand Pont, un élévateur électrique monumental entre en service en 1907 pour permettre aux piétons d’atteindre rapidement Saint-François. Peu rentable, il ferme ses portes en 1914 et finit par être démoli en 1928.
La gare de Sainte-Luce
Aujourd’hui oubliée, une station est installée entre le sud du tunnel de Montbenon et le nord du tunnel sous la gare, à l’angle du Petit-Chêne. Simple baraque en 1879, la station du LO avec le «restaurant des deux gares» est reconstruite en 1898.
En 1962, un nouvel immeuble absorbe la station qui faisait le lien entre Lausanne-Ouchy et Flon-Gare. La place de la gare dotée de plaques tournantes est encore traversée par des voies ferrées servant au transbordement des wagons en provenance du lac et qui doivent poursuivre leur route sur le réseau ferré via la gare de la Suisse occidentale. Dès 1906 et jusqu’en 1954, un tracteur électrique sert pour ces opérations.
La gare d’Ouchy
Entre 1877 et 1906, la gare d’Ouchy n’est qu’un abri de bois de petite taille. La compagnie qui cherche toujours à inscrire ses intérêts ferroviaires dans un concept immobilier plus global intégre la nouvelle gare en bas de l’avenue d’Ouchy dans une série de bâtiments de rapport dont un hôtel (Hôtel du parc devenu Aulac). La ville apporte son soutien car l'opération permet d’améliorer l’état sanitaire du quartier d’Ouchy et facilite le passage des nouveaux tramways par l’élargissement de l’avenue d’Ouchy.
En outre, la compagnie souhaite rapprocher le débarcadère de sa station pour capter la clientèle touristique. N’ayant pu avoir gain de cause, la compagnie bénéficie d’une voie construite par la CGN pour ramener les bagages du débarcadère au funiculaire. Le système perdure jusqu’en 1925. Pour les marchandises, en 1902, la CGN fait construire en accord avec le LO, le débarcadère dit des «mouches» du nom des bateaux de la compagnie qui assurent le fret.
La gare de Bel-Air
A la rue de Genève 2-8, une gare aux marchandises est construite en 1900. Elle accueile, dans ses profonds espaces, les marchandises en transit. Un énorme élévateur hydraulique utilisé jusqu'en 1954, permet même la communication directe des wagons entre le bas de la gare du Flon et le haut de celle de Bel-Air. On évite ainsi de devoir recourir aux entreprises de transports à cheval et l’on interconnecte les lignes ferroviaires au réseau à voie étroite des tramways.