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HUGUENIN-ELIE, L., Croix-Rouge et Guerre des ondes. La politique d'information du CICR 1940-1948.
Incontestablement, la Confédération bénéficie du prestige fondé sur les actions du CICR, institution reconnue dans le monde entier. Berne et Genève entretiennent d'excellentes relations, tant le Comité incarne aux yeux des autorités la tradition de solidarité et d'impartialité qu'elles tentent de promouvoir. L'image d'une Suisse patriotique, humanitaire et chrétienne semble représenter un symbole unificateur, avantageusement exportable hors de nos frontières. La radio, outil de propagande au service de la défense spirituelle est chargée de donner corps au concept des "trois croix": la croix du Christ, la croix suisse et la croix rouge unies sur le même emblème. Le Service de la Radiodiffusion (SR) approche donc le Comité, malgré les réticences de son président, Max Huber, qui se méfie de ce "nouveau" moyen de communication. Il se laisse finalement convaincre: après tout, si la radio s'offre au CICR, pourquoi ne pas en profiter... d'autant plus que le contrôle des émissions est garanti. C'est ainsi que les manuscrits seront travaillés, peaufinés, lus et relus au siège du Comité international, avant d'être récités au micro de Radio-Genève. Peu habitué, le CICR n'est visiblement pas à l'aise face au média radio. Que dire à l'antenne, comment représenter le mariage des "trois croix"? Aucune directive ne semble avoir été clairement établie par le SR rendant les attentes très vagues. Manier la langue de bois est un exercice difficile: comment le Comité s'en sort-il? Comment interpréter les messages en filigrane? Quels thèmes développe-t-il? On peut penser que la fin de la guerre élargit le champ de man?uvre du CICR. Adopte-t-il, dès lors, un ton moins frileux? Se permet-il des déclarations plus engagées? L'immédiat après-guerre sera l'occasion pour le Comité de tirer le bilan de ses actions réalisées de 1939 à 1945. Sur fond de guerre froide, il s'attachera aussi à promouvoir le renforcement du droit humanitaire international en vue de l'adoption des Conventions de Genève. L'essentiel de ce travail est donc consacré à la politique d'information radiophonique du CICR, telle qu'elle est appliquée pendant la Seconde Guerre mondiale, puis à l'issue des hostilités. Place à l'analyse des documents sonores! Les émissions conservées aux archives de la Radio Suisse Romande à Lausanne et les manuscrits retrouvés au CICR constituent la base de cette étude thématique. Le corps du texte se réfère donc aussi bien aux sources écrites que sonores. Pour appuyer les propos relevés dans les émissions, le lecteur-auditeur est parfois invité à consulter les plages du disque compact annexé. Enfin, les problèmes méthodologiques soulevés par cette étude sont présentés. Certes, les voix nous rapprochent du passé, car elles nous parlent en gommant tout vernis temporel. Mais l'analyse des sources audio et leur intégration dans un travail de recherche en sont d'autant plus délicates.