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Le bâtiment des forces motrices est un exemple réussi de restauration et de réhabilitation d'un lieu
industriel.
Il a ainsi connu - au cours de son histoire - deux inaugurations officielles, l'une en mai 1886, en tant qu'usine et l'autre en septembre 1997 en tant qu'opéra.
Le majestueux bâtiment a été construit au milieu du lit du Rhône entre 1883 et 1892 par l'ingénieur et politicien Théodore Turrettini.
En septembre 1882, le Grand Conseil de la République et canton de Genève octroie à la Ville de Genève la concession des forces motrices du Rhône. Dès lors, Théodore Turretini pourra développer son projet de construction d'une usine qui aura pour fonction d'alimenter les fontaines, maisons et usines de la ville en leur fournissant, par un système de pression, les eaux du Rhône.
Les travaux débutent en novembre 1883 afin de profiter d'une période où les eaux sont basses. Le bras du Rhône sera asséché en deux étapes pour permettre la construction du bâtiment, du système hydraulique permettant la distribution de l'eau dans les quartiers et du barrage à rideau du pont de la Machine.
Cinq premiers groupes de turbines sont mis en action en mai 1886, pour l'inauguration. Deux fournissent de l'eau en ville et les trois autres en dehors (sur une distance de dix kilomètres).
En 1892, la grande aile du bâtiment est terminée. Dix huit groupes de pompes et de turbines sont désormais en fonction.
Le bâtiment aux façades très classiques semble être posé sur le fleuve.
Son plan est en L, l'aile la plus longue est parallèle au cours d'eau. De béton et de pierre, ses façades sont scandées par de grandes baies vitrées en arc. Cette même découpe en arc se trouve sur le bas du bâtiment rappelant le haut des piles d'un pont.
A l'intérieur, les deux ailes forment d'immenses espaces qu'aucun mur ne vient couper. Le toit est soutenu par une charpente métallique.
Seule partie décorée, la façade qui fait face au lac et à la ville. Elle est ornée sur la partie supérieure de statues représentant Neptune, Cérès et Mercure.
Pour éviter les surpressions dangereuses, une vanne de décharge est installée près de la grande aile, dans le Rhône. Elle rejette l'eau en créant le premier jet d'eau de Genève.
Le bâtiment est abandonné dans les années 1960 lorsque les industries sont déplacées à la périphérie de la ville.
Classé monument historique en 1988, plusieurs pistes, à vocation surtout culturelles, sont explorées pour lui trouver une nouvelle affectation
En 1994, afin de pouvoir restaurer le système des machines du Grand Théâtre de la Place Neuve, la direction du lieu recherche un autre théâtre pour accueillir sa saison 1997-1998.
Après plusieurs contacts avec le département en charge du bâtiment des forces motrices et la générosité d'un mécène genevois, il est décidé de construire une nouvelle salle de spectacle de 1'000 places adaptée aux besoins du Grand Théâtre, dans le bâtiment des forces motrices. Cette salle doit accueillir pour une année toutes les productions du Grand Théâtre, puis être utilisée à des fins événementielles ou pour la présentation de spectacles (théâtre, concert, …).
Le principe de base, réalisé par l'architecte Bernard Picenni, est simple. Il s'agit de créer un lieu d'accueil dans la petite aile de la structure et de construire, selon le système de la boîte dans la boîte, une salle de spectacle dans la grande aile.
Techniquement, les contraintes sont multiples : largeur et hauteur restreintes, obscurcissement du lieu, pas de dégagement latéral, …
La salle de spectacle – appelée Salle Théodore Turrettini – est entièrement construite en
bois (pour des raisons de légèreté de structure et d'acoustique). Elle comprend 801 places au parterre
et 144 places au balcon.
Pour combler le manque de dégagement latéral, la scène est d'une grande profondeur. Le plancher de la fosse d'orchestre est muni d'un système d'élévation qui permet de régler les niveaux selon les besoins du spectacle.
La salle divise le bâtiment en deux espaces bien définis : public (vestiaires, bars, billetterie, salle de spectacle, foyer…) et privé (bureaux, coulisses, vestiaires, technique,….).
L'espace public, dit espace polyvalent, côté place des Volontaires, permet aujourd'hui d'organiser des
événements et des réceptions. Il a été décidé de lui conserver son volume
originel et de le laisser vide pour qu'il puisse accueillir décors, expositions et publics selon les événements
programmés.
Seules deux pompes – témoins de l'histoire industrielle du lieu – ont été conservées dans la petite aile.
Le lieu a ainsi conquis une nouvelle identité et un nouveau nom : BFM.
C'est sous l'égide de ces trois lettres que le bâtiment des forces motrices accueille désormais le public pour des manifestations festives, événementielles ou culturelles.