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À un mois de l’élection présidentielle américaine, deux citoyens américains établis en Suisse s’expriment sur leurs intentions de vote et sur le rôle que les États-Unis devraient jouer dans le monde.Ce contenu a été publié le 12 octobre 2020 - 14:04
Jennifer Rodney est venue en Suisse il y a près de seize ans pour un emploi à la banque UBS. Elle y a rencontré et épousé un Suisse. Le couple vit maintenant à Zurich et Jennifer Rodney travaille pour une petite organisation à but non lucratif. Originaire du Connecticut, elle a la double nationalité du Liechtenstein et des États-Unis et parle ce qu’elle appelle un «suisse allemand imparfait». Elle est membre du comité de l’organisation de défense des intérêts politiques Action Together: Zurich. Entretien.
swissinfo.ch: Quand les gens en Suisse découvrent que vous êtes américaine, quelle est la première chose qu’ils disent?
Jennifer Rodney: Ils font une espèce de grimace signifiant «oh, désolé». Mais ils ont aussi une sorte de petite étincelle dans les yeux, comme si ça les faisait rigoler.
Votre famille était-elle politiquement engagée lorsque vous étiez enfant?
Ma grand-mère – la mère de mon père – était une fervente partisane du vote. On m’a donc incitée dès mon plus jeune âge à participer aux élections présidentielles. Ma grand-mère a toujours travaillé dans les bureaux de vote. Mais c’était tout. Et nous n’avions pas d’affiliation forte à l’un ou l’autre parti.
Et maintenant, appartenez-vous à un parti?
Non. Je suis une électrice indépendante.
Où étiez-vous lors de la nuit des dernières présidentielles? Quel souvenir en gardez-vous?
Ma mère était venue des États-Unis pour me rendre visite. Nous avons regardé les résultats des élections avant d’aller nous coucher. Lorsque nous nous sommes réveillées le lendemain matin, nous nous attendions à quelque chose de très différent. Nous nous sommes couchées en pensant: «On va fêter les résultats en nous réveillant». Mais cela ne s’est pas produit.
Vous vous attendiez à ce que Hillary Clinton l’emporte?
Clairement, je l’espérais.
En un mot, comment décririez-vous votre réaction à l’élection de Donald Trump?
«Peur», peut-être. J’essaie de trouver un mot entre «consternation» et «horreur».
Quand et pourquoi vous êtes-vous engagée politiquement?
Un peu plus tard durant la matinée suivant l’élection, je suis allée à un cours de musique parent-enfant avec mon jeune fils. Les mères américaines présentes avaient toutes la même expression stupéfaite sur leur visage. Certaines avaient les larmes aux yeux – littéralement. L’une des mères a ensuite organisé une réunion informelle qui a abouti à la création d’Action Together: Zurich. J’ai rejoint le comité au printemps 2017.
Êtes-vous satisfaite des changements intervenus aux États-Unis ces quatre dernières années?
Non! Une grande partie de la rhétorique s’est tellement éloignée de l’idée de l’Amérique que l’on m’a inculquée lorsque j’étais enfant. Je pense que cette Amérique existe toujours, mais on ne s’en rend pas compte lorsque l’on voit ce qui se passe là-bas ou qu’on lit des choses sur certaines des attitudes de l’administration actuelle.
Quel sujet est particulièrement important pour vous en tant qu’électrice?
Évidemment, la question la plus urgente en ce moment est la pandémie. Je sais qu’aucun pays n’a de stratégie claire pour en sortir, mais en étant ici en Suisse, l’un des pays les plus durement frappés au début de la pandémie, je suis surprise de pouvoir mener ma vie de manière à peu près normale. Cela contraste vraiment avec ce qui se passe aux États-Unis. Donc, pour moi, il faut faire face à cette pandémie avec une politique solide et basée sur les connaissances scientifiques.
Deuxièmement, l’inégalité raciale systémique aux États-Unis doit être traitée, pas uniquement avec des mots et des discussions, mais par des actions concrètes des autorités et la contribution des communautés touchées.
Et troisièmement, la crise climatique. Elle est en quelque sorte à l’arrière-plan du cycle de l’actualité en ce moment, mais elle se profile à l’horizon et le temps pour y faire face s’épuise.
Pour moi, ce sont les trois thèmes les plus urgents… mais il y en a plein d’autres.
Comment vous informez-vous?
Ma lecture quotidienne obligatoire est «Letters from an American» de Heather Cox Richardson. L’auteure est historienne et réalise un fantastique essai qui récapitule les événements du jour avec un contexte et une perspective plus large. Elle trouve les points les plus importants et les rassemble d’une manière non sensationnelle, mais avec un aperçu de la situation dans son ensemble. Je m’informe aussi beaucoup par la BBC, pour avoir une perspective internationale. NPR (National Public Radio) est aussi une bonne source d’information.
Sur les médias sociaux, je suis surtout active sur Facebook, car c’est là que sont générées nos idées pour Action Together.
Quelles sont à vos yeux les différences entre la politique américaine et suisse?
Ce que j’aime en Suisse, c’est qu’il n’y a pas de système bipartite. Je pense que, par sa nature même, le fait d’avoir plus de partis crée plus de stabilité. J’apprécie vraiment cela dans la démocratie suisse.
J’aime aussi le fait que tous ceux qui ont le droit de vote reçoivent par courrier une enveloppe contenant des informations non partisanes relatives aux thèmes sur lesquels ils votent. Je pense que les Suisses rendent la participation aussi facile que possible.
Où voyez-vous les principales différences entre les deux grands partis américains, les Républicains et les Démocrates?
J’estime qu’il y a moins de choses qui nous divisent que nous le pensons. Il est vraiment facile de diaboliser l’autre camp. Mais en fin de compte, nous voulons tous une économie stable, de bonnes écoles et des opportunités pour nos enfants, nous voulons tous un endroit sûr et durable où vivre. Il y a tellement plus de choses que nous partageons que ce à quoi nous avons tendance à prêter attention de nos jours.
Il est donc important pour moi de garder cela à l’esprit et de rechercher ces points communs. Car je pense que lorsque vous trouvez un terrain d’entente, vous pouvez commencer à travailler ensemble.
Quel genre de rôle voyez-vous les États-Unis jouer dans le monde?
Il est évident que le monde change et que nous ne savons pas dans quelle direction vont les choses. Avec la Chine, avec la Russie, avec l’Union européenne, les choses évoluent si rapidement. Je pense que les États-Unis ne sont peut-être pas LE, mais UN acteur clef sur la scène internationale. Nous pouvons jouer ce rôle, en coopération ou non avec nos alliés. Je crois que nous avons encore un rôle très important à jouer dans les crises et les problèmes auxquels le monde est confronté, qu’il s’agisse de la Covid-19, de la crise climatique, de l’immigration et des réfugiés. Il y a beaucoup de choses qui bénéficieraient d’un effort mondial coordonné. Nous avons absolument un rôle à jouer.
Action Together: Zurich
Action Together: Zurich est une organisation militante composée de plusieurs centaines de bénévoles, pour la plupart américains. Selon Jennifer Rodney, le groupe n’a pas de budget, ne collecte pas de cotisations et ne reçoit pas de dons. Son objectif est d’avoir un impact depuis l’étranger sur toute une série de questions politiques américaines. Sa campagne internationale actuelle, #passthevote, vise à encourager les citoyens américains vivant à l’étranger à voter lors des prochaines élections.End of insertion
Les électeurs américains à l'étranger
Il y a entre 2,9 et 6,5 millions de citoyens américains vivant à l’étranger qui peuvent participer aux élections. Entre 7 et 25% d’entre eux ont voté lors de la dernière élection présidentielle (les sources diffèrent). Les citoyens américains qui souhaitent s’inscrire pour participer depuis l’étranger peuvent consulter les directives de leur État et demander un bulletin de vote sur votefromabroad.org. En raison des difficultés rencontrées cette année avec le service postal américain, les États encouragent les électeurs à demander un bulletin de vote le plus tôt possible.
Les Républicains de l’étranger
Les Démocrates de l’étrangerEnd of insertion