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Le mystère de l’arrivée des traîneaux à chiens au Groenland devrait être percé par Emma Vitale qui définit une méthodologie, dans une étude publiée récemment, afin d’améliorer l’interprétation des objets trouvés lors de fouilles archéologiques liées à ce moyen de transport.
Il y a des milliers d’années, les êtres humains traversaient probablement le détroit de Béring, à la fin du pléistocène, période qui s’achève il y a 11 000 ans. Une seconde vague de migration à travers Béring a lancé une période culturelle pré-inuite, il y a 5 000 ans. Puis, il y a environ un millier d’années, la culture inuite gravitait autour de l’Arctique. Et les traîneaux à chiens dans tout cela ?
Ces vagues culturelles ont peut-être été facilitées par l’essor de moyens de locomotion efficaces tels que les traîneaux tirés par des chiens. « Nous pensons que la culture des chiens de traîneau s’est propagée depuis la Sibérie, vers l’Alaska, le Canada, et le Groenland, nous explique Emma Vitale, doctorante de l’Université de Copenhague et de l’Université du Groenland. Au Groenland, la plus ancienne preuve de la présence des chiens date de la culture Saqqaq, c’est-à-dire il y a environ 4 000 ans. » Il y est cependant difficile de connaître l’origine des traineaux tirés par des meutes de chiens.
Plus généralement, son apparition et sa propagation restent énigmatiques. Et pour le découvrir, les archéologues doivent comprendre comment utiliser les preuves matérielles des fouilles archéologiques avec une méthodologie valable dans tout l’Arctique. C’est ce qu’Emma Vitale et son équipe, ont défini fin septembre dans Journal of Archaeological Science.
Le reste le plus ancien d’un traîneau provient des excavations de l’île de Jokhov (Zhokhov) et a été daté entre 8 480 et 8 175 avant notre siècle. Adossés à ces trouvailles, des ossements de chiens, âgés de plus de 9 000 ans. Mais ce n’est pas certain qu’il s’agisse de chien de traîneau. Car les engins ont pu aussi être tractés par des êtres humains ou des rennes. Pour les archéologues, ce ne sont pas encore des preuves suffisantes, car il manque l’harnachement des chiens pour en avoir le cœur net. La preuve la plus flagrante étant la combinaison des restes de l’engin, de l’harnachement et des chiens.
Les auteurs distinguent deux types de traîneaux. Un traîneau avec un garde-corps haut de chaque côté, plus utile pour transporter de petits objets ; il a été utilisé en Sibérie et en Alaska et serait plus maniable sur la terre ferme que sur la mer gelée. Par contre, les traîneaux plats sans et avec des montants pour se tenir debout ont probablement été plus utilisés au Canada et au Groenland, plus utiles sur des zones plates telles que la banquise. Ils sont plus efficaces pour transporter des charges lourdes comme des peaux, des carcasses, ou pour déplacer le campement.
Mais rien de tel qu’en construire un soi-même et d’apprendre à le piloter pour bien comprendre. Ainsi, Emma Vitale a passé six semaines à Sisimiut, au Groenland, avec Julia Lings, une musher groenlandaise. « Quand tu analyses des morceaux de traîneau, c’est très utile d’en avoir construit un toi-même, parce que tu connais des détails auxquels tu n’aurais pas pensé avant, des éléments essentiels. »
Initialement, les pièces étaient assemblées avec des liens en cuir de phoque. Leurs constructeurs utilisaient des bouts de bois flotté, ou de mâchoires de baleines. Les harnais étaient attelés aux patins, ou à une pièce frontale traversante selon les régions et les modèles.
Certains harnais prenaient l’avant du chien, d’autres l’arrière ou l’animal en entier. Ces différents types d’utilisation ont sans doute créé différentes déformations sur les squelettes des meutes. Ces marques peuvent aussi montrer à elles seules qu’ils étaient utilisés pour tirer des traîneaux.
Enfin, si des morceaux de fouet apparaissent dans les archives archéologiques, cela pourrait être une preuve fiable de la pratique du traîneau à chiens. Il s’agit d’un objet utilisé uniquement dans cette activité. Le manche est en os ou en bois, long de 30 centimètres à un mètre. Sa lanière mesure de six à sept mètres. Mais d’autres objets sont également révélateurs comme les pièces de connexion du harnais.
Grâce à sa méthode, Emma Vitale a pu réviser les connaissances de l’histoire des chiens de traîneau de l’Arctique. « Nous avons découvert des sites en Alaska qui contenaient des artefacts témoignant de la pratique du traîneau à chiens dans les cultures de l’ancienne mer de Béring (il y a 1 500 à 2 300 ans) », écrivent les auteurs.
Au Groenland, les origines de l’utilisation des traîneaux restent mal connues. Pour aller plus loin, Emma Vitale espère pouvoir utiliser une approche interdisciplinaire qui combine l’analyse de l’ADN ancien avec ses études archéologiques et la mise en contexte ethnographique. L’objectif : suivre l’évolution des cultures arctiques à partir de celle des chiens qui les ont accompagnées tout au long de leur épopée autour du cercle polaire.
Camille Lin, PolarJournal
Lien vers l’étude : Vitale, E., Rasmussen, J.A., Grønnow, B., Hansen, A.J., Meldgaard, M., Feuerborn, T.R., 2023. An ethnographic framework for identifying dog sledding in the archaeological record. Journal of Archaeological Science 159, 105856. https://doi.org/10.1016/j.jas.2023.105856.
Lien vers l’article (en anglais) de la construction, sur Arctic Hub.
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