Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07151.jsonl.gz/115

L'invité: Jacques Deschenaux
Au Brésil, le Fribourgeois ajoutera un 509e Grand Prix à son
compteur. En 35 ans, le journaliste a suivi l'évolution de la F1.
"C'est un sport qui est devenu très pro, dans lequel coule
peut-être trop d'argent. Cela l'a déshumanisé. C'est le côté
négatif".
Plus positivement, le dernier GP 2007, à Sao Paulo, vaudra son pesant d'or car Lewis Hamilton (107 points), Fernando Alonso (103 points) et Kimi Raikkonen (100 points) peuvent prétendre au titre! Interview.
TXT: Visiblement, la F1 a parfaitement négocié le virage "post-Schumi"...
JACQUES DESCHENAUX: Il faut remonter à 1986 (ndlr: Prost, Mansell et Piquet) pour voir un final avec 3 prétendants au titre. Ce n'est pas forcément le retrait de Schumacher qui est à l'origine de cet état de fait mais il est vrai que l'on n'aurait jamais pensé que l'on parlerait aussi peu de Schumi en 2007.
"Une nouvelle génération s'empare de la F1"
- Quels ont été à vos yeux les moments forts de l'année
2007?
JACQUES DESCHENAUX: La révélation a été indiscutablement Lewis Hamilton. Un jeune homme de 22 ans qui remporte pour sa première saison autant de courses, cela ne s'était jamais vu. Mais plus surprenante est la présence d'autres jeunes comme Nico Rosberg, Robert Kubica, Sebastian Vettel ou Adrian Sutil qui s'affirment. C'est une nouvelle génération qui s'est emparée de la Formule 1. Ce sont des gamins de 20 à 23 ans.
- La "classe biberon" essaie de prendre le pouvoir!
JACQUES DESCHENAUX: Elle est en train de le prendre en fait. Et les autres ne sont pas vieux. Le double champion du monde Alonso n'a que 26 ans.
- Vos déceptions de la saison?
JACQUES DESCHENAUX: Honda a énormément déçu. Cette écurie n'a rien montré. Toyota, qui aurait le plus gros budget du paddock, n'a rien fait non plus. Après plus de 100 GP, elle attend toujours son premier succès... Sinon, parmi les pilotes, je citerais Ralf Schumacher qui a complètement raté sa dernière saison en F1 et Barrichello. Le Brésilien ne dispose pas d'une bonne voiture (ndlr: Honda) mais son coéquipier Button a été systématiquement meilleur que lui. Barrichello disputera le week-end prochain son 250e Grand Prix mais il arrive gentiment au bout.
- Comme en 2006, le titre se jouera lors du dernier GP, à Interlagos!
JACQUES DESCHENAUX: Ne me demandez pas de pronostic car tout est possible. Hamilton a l'avantage de se présenter en tant que leader. Dans des conditions normales, il devrait enlever le titre mais la pluie ou un problème technique pourrait tout bouleverser.
- Felipe Massa avait gagné l'année passée devant son public à Sao Paulo. Aura-t-il son mot à dire cette année ?
JACQUES DESCHENAUX: Même s'il prétendra qu'il est à Interlagos pour gagner, il aura clairement des ordres de Ferrari. Ce serait tout à fait logique qu'il laisse passer Raikkonen si le Finlandais peut décrocher le titre.
"Hamilton apporte un bol d'air frais dans le paddock"
JACQUES DESCHENAUX: Un phénomène. Au-delà de ça, je soulignerais sa maturité. Hamilton apporte un grand bol d'air frais dans le paddock. C'est quelqu'un de très humain. Il est aimable, souriant, disponible, il répond aux questions. Ce n'est malheureusement pas le cas de la majorité des autres pilotes.
- La rivalité Hamilton-Alonso a tenu en haleine le public mais a donné des cheveux blancs à Ron Dennis...
JACQUES DESCHENAUX: Il faut admettre que Ron Dennis a mis un peu d'huile sur le feu dans cette histoire. Fernando Alonso devait accepter que chez McLaren il n'y a pas de numéro 1 et numéro 2.
Au début de la saison, Alonso a apporté par son expérience le développement et la mise au point de la McLaren plus qu'Hamilton. Mais l'Espagnol reste un personnage assez peu chaleureux. D'un autre côté, il y a Hamilton qui a quasiment grandi dans l'écurie McLaren, dès l'âge de 12 ans. Il connaît et est sympa avec tout le monde.
C'est humain qu'il y ait une préférence chez McLaren. Ce n'est pas une question de nationalité mais d'attitude. Alonso est un pilote extraordinaire mais il est un peu trop distant. Le fait de se plaindre dans la presse, tel que lui et son patron Ron Dennis l'ont fait, n'est jamais une bonne chose.
- Autre satisfaction: la saison prodigieuse de BMW-Sauber.
JACQUES DESCHENAUX: Si elle développe un bon châssis pour 2008, elle pourra essayer de gagner 1-2 courses. C'est une équipe qui ambitionne de se battre au niveau du titre dès 2009. Avec Kubica, elle peut compter sur un gagneur.
Droits TV: oui si financement externe
- Au niveau des Suisses, y en a-t-il un qui puisse prétendre
à la F1?
JACQUES DESCHENAUX: Il y a Sébastien Buemi qui arrive. D'ailleurs il sera 3e pilote de l'écurie Red Bull le week-end prochain au Brésil. Quant à Neel Jani, je pense que sa chance a passé. Il n'est plus très jeune (ndlr: 24 ans).
- Concernant les droits TV, la SSR SRG Idée Suisse a-t-elle définitivement
tiré un trait sur la Formule 1?
JACQUES DESCHENAUX: Oui et non. En fait si l'on trouve le financement extérieur on peut continuer. J'espère que les choses évolueront dans le bon sens.
- Peut-on s'attendre, dans ce même ordre d'idée, à ce que la SSR perde un jour les droits pour la diffusion des Jeux Olympiques?
JACQUES DESCHENAUX: C'est différent. Je ne le crois pas parce que nous avons la mission de service public à maintenir. Les Jeux Olympiques font partie de cette mission. Si en F1, nous avions un pilote suisse, nous serions dans la stratégie qui nous obligerait en quelque sorte à retransmettre ce sport.
TXT. Propos recueillis par Miguel Bao
L'Eurovision de la Chanson de 1989 à son arc
En 1989, il a présenté avec Lolita Morena la finale du Concours Eurovision de la Chanson.
Auteur d'une biographie du pilote automobile suisse Jo Siffert parue en trois langues, il publie chaque année le Grand Prix Guide, un ouvrage de référence sur la Formule 1 destiné à la presse spécialisée.
Jacques Deschenaux a dirigé le Département des Sports de la TSR de juin 1994 à juin 2001.
Depuis juillet 2001, Jacques Deschenaux est Délégué à la Direction des Programmes. A ce titre, il est chargé de définir la politique de la SSR en matière de sport ainsi que de négocier l'acquisition des droits de télévision des événements sportifs.
Dès septembre 2004, Jacques Deschenaux a présenté, aux côtés d'Irma Danon, l' émission « Y'a pas pire conducteur en Suisse romande ! » et "Y a pas pire conducteur au monde", séries ludiques et instructives sur la conduite automobile.
A l'occasion de son départ à la retraite, l'ancien chef du service des sports sort une biographie intitulée "Ma course".
Jacques Deschenaux est marié et père de 2 filles.
Deschenaux express
Votre meilleur souvenir: je n'en sais rien car il y en a beaucoup. Idem pour le pire souvenir
Pour vous la F1, c'est: une passion
Si vous n'aviez pas été journaliste: peut-être avocat ou diplomate
Votre devise: sérieux sans se prendre au sérieux
Le dopage c'est: une calamité, un fléau, une tricherie
Votre idole: aucune
Principale qualité: j'hésite, non pas parce que j'en ai beaucoup mais parce que je n'en ai aucune qui me vient a l'esprit (rires)
Principal défaut: je suis assez impatient mais je me soigne
Votre salaire: quelque chose comme 11'000 francs par mois