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La notion de «race» suscite des controverses en France. En 2013, un amendement a supprimé la notion des textes législatifs. Certains souhaitent la supprimer de la Constitution. Pourtant, cette notion fait un retour en force dans les sciences sociales.
De la race biologique à la race sociale. C’est au XVIIe siècle, en particulier en France, chez des penseurs comme François Bernier ou encore chez Buffon, que ce terme est utilisé avec le sens d’une classification naturaliste. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, les classifications raciales biologiques atteignent leur apogée, par exemple avec des auteurs comme Gobineau. Dans le cadre de la seconde phase de colonisation par les Européens, les classifications raciales servent à justifier la prétendue supériorité de la race blanche. Elle-même en réalité subdivisée en plusieurs sous-groupes. Néanmoins, les théories racistes étaient en réalité inconsistantes sur le plan scientifique. Elles établissaient des liens indus entre des traits phénotypiques, des familles linguistiques ou encore des capacités intellectuelles.
La biologie actuelle ne reconnaît de races que pour parler de groupes d’animaux qui ont été sélectionnés artificiellement par l’être humain afin de présenter des caractéristiques physiques homogènes. Mais une telle sélection n’a jamais existé chez les êtres humains, à l’exception des tentatives délirantes des nazis. Aujourd’hui, la génétique des populations isole des marqueurs génétiques propres à des groupes humains, mais ceux-ci n’ont pas de liens spécifiques ni avec des traits phénotypiques, ni avec des découpages linguistiques.
Néanmoins, alors que la notion de race n’a aucune validité dans la biologie humaine, elle continue à organiser les perceptions du sens commun. Les termes de «Noirs», «Asiatiques», «Arabes» sont aujourd’hui couramment utilisés pour désigner des personnes à qui l’on tend à attribuer un type physique commun. Ces catégories qui n’ont pas de valeur scientifique ont néanmoins des effets sociaux. Elles peuvent être la base sur laquelle certaines personnes peuvent se faire agresser ou être victimes de discriminations.
Ainsi, pour les sociologues, la «race» est une construction sociale, mais c’est une construction qui a des effets sociaux, en particulier en termes d’inégalités sociales et de discriminations. C’est d’ailleurs pour cela que la notion de «racisme anti-blanc» n’a pas de sens pour les sociologues: le racisme ne consiste pas uniquement en des remarques racistes, mais il constitue un système social inégalitaire qui structure encore actuellement les sociétés.
La race comme construction sociale. Afin d’illustrer la notion de race comme construction sociale, il est possible de prendre l’exemple d’une recherche financée par l’Union européenne et menée actuellement par Cristiana Bastos. Cette recherche porte sur l’immigration issue de l’île de Madère au XIXe siècle. Selon les travaux actuels en génétique des populations, les habitants de l’île de Madère sont issus d’un métissage entre des populations européennes et africaines. C’est une composition que l’on retrouve également dans le sud du Portugal, de l’Espagne ou de l’Italie.
Après l’abolition de la traite négrière, dans les plantations de différentes régions du monde, on cherche à trouver une main d’œuvre susceptible de remplacer les esclaves noirs. A Madère, la population cultive la canne à sucre et vit dans une situation de disette endémique liée à un régime féodal d’exploitation des terres. Plusieurs commerçants considèrent alors que la population de l’île de Madère serait une bonne candidate pour ce travail. On organise en particulier une immigration sur l’île d’Hawaii. Les Madériens sont alors classés comme «caucasiens mais non blancs». Cela signifiait qu’ils touchaient des salaires inférieurs et ne pouvaient prétendre qu’à des emplois subalternes. Cette discrimination a perduré jusque dans les années 1950.
Les populations caucasiennes recouvraient dans les classifications raciales de l’époque entre autres les populations d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Les Etats-Unis recourent actuellement à des statistiques ethniques mais pour pouvoir mesurer les discriminations sociales. Aujourd’hui, il existe encore une immigration portugaise aux Etats-Unis provenant principalement de l’archipel des Açores.
Dernièrement, le bureau du recensement étasunien a été conduit à s’interroger sur la classification des Portugais. En effet, il existe une identité ethnique reconnue qui est hispanique (i.e latinos). La question se pose de savoir si les Portugais et les Brésiliens doivent être ou non classifiés dans cette catégorie. Interrogés sur cette question, les Portugais-Américains ont répondu majoritairement qu’ils n’étaient pas des hispaniques: ce que l’on peut comprendre car ils ne proviennent pas d’Espagne et/ou ne parlent pas l’espagnol.
La catégorie hispanique aux Etats-Unis peut-elle même être divisée en «races»: blanc, noir, biracial ou plus, ou autre. Là encore, le bureau du recensement étasunien se trouve confronté à une difficulté car plus de 30% des Latinos répondent: autre.
Tout cela montre en quoi la race n’est pas une réalité biologique, mais qu’elle constitue une construction sociale.