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L’OCL, hier et aujourd’hui : 75 ans d’enthousiasme
Le concert du 10 novembre 1942 marqua les débuts officiels de l’OCL.
Au 18e siècle, les grands ensembles instrumentaux étaient quasiment inexistants dans les territoires qui allaient former le canton de Vaud. Des aristocrates organisaient bien quelques concerts, mais il n’y avait rien de régulier et encore moins d’orchestres fixes. C’est en 1812 seulement qu’une Société de musique vit le jour à Lausanne, suivie quelques années plus tard par des ensembles analogues à Morges, à Yverdon et dans la vallée de Joux. Il s’agissait alors de réunions de musiciens amateurs auxquels s’adjoignaient quelques professionnels, pour des concerts au programme volontiers éclectique (ouvertures et airs d’opéra, concertos avec soliste virtuose, oratorios et autres œuvres chorales, mais aussi des œuvres de musique de chambre ou de piano qui venaient s’intercaler). La situation s’inversa progressivement au cours de la deuxième moitié du 19e siècle, avec une proportion toujours plus importante de musiciens professionnels. Ce n’est qu’en 1903 qu’apparut le premier ensemble entièrement composé de professionnels. Nommé Orchestre Symphonique, il comptait 32 musiciens et donna environ 180 concerts la première année. Dans d’autres villes du canton, en particulier Montreux et Vevey, le développement du tourisme lémanique vit naître de petits orchestres jouant dans de grands hôtels ou des stations thermales.
Naissance de l’OCL
La première moitié du 20e siècle fut marquée par la « guerre des orchestres » : suite au refus d’Ansermet de faire venir son Orchestre romand à Lausanne pour ses activités radiophoniques, un orchestre de 36 musiciens est formé pour jouer au studio de La Sallaz. Ensemble éphémère, la radio signant en 1938 un contrat avec ce qui devint alors l’OSR. Dès lors, les enregistrements musicaux se firent à Genève. Le chef des émissions musicales de Radio-Lausanne, Edouard Moser, demanda alors au jeune violoniste Victor Desarzens de constituer un ensemble, en partie en reprenant des membres du défunt orchestre de Radio-Lausanne, d’abord pour combler des trous, souvent avec des œuvres plutôt légères, à la mode. Pour de jeunes musiciens, en ces temps difficiles marqués par les problèmes économiques et la guerre, il s’agissait d’une aubaine. Progressivement, de véritables concerts-émissions seront diffusés, avec un répertoire s’élargissant rapidement. Moser se demanda alors s’il ne serait pas judicieux de proposer de véritables concerts publics, ce qui ne pouvait que convenir à Victor Desarzens, qui éprouvait déjà, selon ses propres dires, « l’ambition de doter la ville de Lausanne d’un orchestre ». Quatre concerts par saison étaient envisagés. Le premier se déroula le 10 novembre 1942 à l’ancienne Maison du Peuple (une salle qui pouvait accueillir jusqu’à 700 personnes, située à proximité du Pont Bessières, et qui fut démolie en 1954). Sur l’affiche apparaît le nom Orchestre de Chambre de Lausanne, qui avait déjà été utilisé quelques mois auparavant (les 2 et 3 avril) lorsque l’ensemble avait accompagné le Messie de Haendel à l’église Saint-François. Ainsi naquit l’OCL !
75 ans après
Pour fêter dignement cet anniversaire, l’OCL initie de nouvelles collaborations, en particulier avec la Cinémathèque suisse (deux films accompagnés en direct), propose une saison prestigieuse, innove avec un concert portes ouvertes où le public est invité à vivre le concert au milieu des musiciens, présente de nouvelles formules d’abonnements à la carte, assure son rayonnement international par une tournée qui le mènera à la Philharmonie de Berlin et au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, mais aussi pour la première fois dans les salles du Concertgebouw d’Amsterdam et du Konzerthaus de Vienne. Par ailleurs un coffret de sept disques et un livre (voir ci-dessous) paraissent à cette occasion.
Une fresque humaine et artistique
Sous la plume toujours élégante d’Antonin Scherrer, le parcours de l’OCL est narré en sept parties, au long d’un ouvrage abondamment illustré par des documents anciens et des contributions récentes (on signalera les reportages photographiques d’Anne-Laure Lechat). La première partie (dont le paragraphe de notre article sur la naissance de l’OCL s’inspire) est consacrée à la création de l’orchestre. Le deuxième chapitre, le plus long, décrit les trois premiers quarts de siècle de l’existence de l’ensemble lausannois : rôle de pionnier dans la médiation culturelle, relations avec la radio, premières structures, longues luttes syndicales dès le début des années 50 (première CCT en 1961) et détérioration des rapports sociaux dans les années 60 (bras de fer entre l’USDAM et le comité de direction de l’OCL, au cours duquel une grève a même failli éclater), importance des créations d’œuvres de compositeurs suisses, présence à l’opéra, arrivée à la Salle Métropole, et bien d’autres sujets encore sont abordés. La troisième partie est consacrée aux musiciens d’orchestre, au travers de témoignages de membres anciens et présents de l’OCL. Suivent encore des chapitres dédiés aux chefs titulaires et invités, aux tournées, aux disques et aux moyens de communication, et enfin trois contributions consacrées à l’orchestre et à son avenir : souhaits et propositions de l’ancien flûtiste solo et président du Conseil de fondation Pierre Wavre, de l’administrateur Benoît Braescu et du chef titulaire Joshua Weilerstein (dont le mandat a récemment été prolongé jusqu’en 2021).
Antonin Scherrer : L’Orchestre de Chambre de Lausanne 1942-2017, une épopée humaine et artistique en 7 tableaux, 340 p., CHF 40.00, Infolio éditions, Gollion 2017, ISBN 978-2-88474-396-9