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Et si l'homme des cavernes avait fait disparaître les derniers mammouths?
A la Vallée de Joux, une exposition organisée avec la collaboration du Musée cantonal de géologie raconte l'histoire du mammouth de Praz-Rodet. L'occasion d'évoquer la disparition de ces animaux mythiques. Dont l'extinction serait due tant à une importante modification climatique qu'à l'efficacité des chasseurs de la préhistoire.
C'était un jeune mammouth, âgé de deux à trois ans environ, qui se promenait le long d'une moraine à la Vallée de Joux, raconte Michel Septfontaine, conservateur au Musée cantonal de géologie. L'animal a dû glisser et heurter un bloc erratique. A la suite de ce choc, il a dû expirer dans cette gravière de Praz-Rodet où des ouvriers l'ont découvert, quelque 12'000 ans plus tard.
Le mammouth était probablement déjà éclopé au moment de son accident fatal. Le squelette montre en effet des os du bassin fracturés et en partie ressoudés. Le cadavre a dû rester quelques jours à l'air libre, où il a encore été la proie de prédateurs. Des hyènes, des loups ou un tigre à dents de sabre lui ont dévoré une bonne partie du ventre. On le sait parce que quelques côtes et vertèbres dorsales manquent au squelette. Et peu après, le cadavre a dû être recouvert par un glissement de terrain.
Voilà l'histoire de ce mammouth, l'un des derniers à avoir vécu en Europe occidentale, et dont le squelette est visible au Musée cantonal de géologie, au Palais de Rumine à Lausanne."
Un moulage de ce squelette complété et en position érigée est encore exposé au Sentier, à l'Espace horloger de la Vallée de Joux, dans le cadre d'une exposition consacrée à la géologie de la région.
La toundra vaudoise
De nombreux mammouths ont ainsi vécu sur le territoire vaudois, il y a une dizaine de milliers d'années, à l'époque où il était encore partiellement recouvert par les glaces. Des fossiles, comme des débris osseux, des molaires, des défenses et surtout le squelette à peu près complet découvert dans la gravière de Praz-Rodet témoignent du passage de ces géants dans une vingtaine de localités du canton.
Le paysage était, il est vrai, assez différent de celui qu'on connaît aujourd'hui. Le climat y était beaucoup plus rude, et la végétation nettement plus clairsemée. A la place des sapins qui colonisent actuellement les forêts du Risoux, on trouvait de rares pins et bouleaux poussant au milieu de graminées (nourriture principale du mammouth) dans une toundra (steppe dont le sol est gelé en profondeur une bonne partie de l'année).
Une disparition controversée
Malgré l'abondance de documentation au sujet de ces animaux, malgré le nombre de squelettes, d'os, de fossiles, ou de défenses retrouvées un peu partout dans le monde, la question de la disparition des mammouths reste très controversée.
La polémique est relancée en 1993, à la suite d'une découverte spectaculaire. Alors qu'on tenait pour certain que le dernier des mammouths n'avait pas passé le cap de l'an 10'000 avant notre ère, des scientifiques russes ont découvert des ossements de mammouths nains dont l'âge date de la période située entre -7000 et -3700. Apportant la preuve que quelques mammouths se sont adaptés de manière spectaculaire à la modification des conditions climatiques engendrée par la fin de la dernière glaciation (vers -10'000 av. J.-C.) et ont survécu.
Les derniers mammouths étaient nains
On a retrouvé des traces de mammouths nains dans au moins trois îles (Malte et Sicile; l'île de Wrangel en Sibérie et des îles en Californie). Les scientifiques expliquent ce rétrécissement de la taille par une anomalie du développement qui se trouve être une adaptation favorable à des conditions limitées de ressources alimentaires sur une île (ils passent de 3 à 3,4 mètres chez un mammouth laineux typique à 1,8 mètres chez les mammouths nains). Cette mutation peut aussi avoir été favorisée en l'absence de prédateurs. Débarrassés de la menace des loups, les plus petits mammouths peuvent subsister.
Si cette découverte spectaculaire n'éclaircit pas le mystère de la disparition des mammouths, elle démontre quand même l'incroyable capacité d'une espèce animale à s'adapter à des conditions de vie qui changent en permanence. Et nous rend encore plus songeur, lorsqu'on pense que le mammouth s'est éteint malgré tout.
Jocelyn Rochat , journaliste RP
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