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Débat
Grèce
Syriza et l'espoir d'une victoire populaire
Nous publions ici l’essentiel d’une « Lettre ouverte au sujet de la gauche grecque » dans laquelle Stathis Kouvelakis répond à une position jugée unilatérale publiée par le Socialist Workers Party (SWP) britannique. Il y dresse un état des lieux de la position de Syriza et peint un tableau qui éclaire la situation actuelle en Grèce à la veille des élections du 17 juin et les perspectives au lendemain de celle-ci.

Il est vrai que la position générale de Syriza est favorable à une transformation interne à l’UE, mais ceci sur la base de la dénonciation de tous les traités européens existant (Maastricht, Lisbonne, etc.)
Il est aussi vrai que Syriza est opposée à une sortie de la zone euro, quoique des courants significatifs à la fois à l’interne de Synaspismos et dans d’autres composantes de ce front politique (qui par parenthèse contient également nombre d’organisations significatives de la gauche de la gauche grecque, la plupart d’origine trotskiste ou maoïste) sont partisans d’une telle sortie (ou de la considérer comme une conséquence inévitable).
Mais Syriza a gagné le soutien d’une majorité de l’électorat de gauche et, comme le suggèrent les sondages récents, probablement d’une majorité relative de la population grecque en entier, non pas en proposant d’attendre une réforme de l’UE ou de négocier pour en finir avec l’austérité, mais en proposant l’élection d’un gouvernement unitaire de toutes les forces anti-austérité de la gauche.
Le programme d’un gouvernement anti-austérité
Comme le répète sans cesse Alexis Tsipras, l’« acte fondateur » d’un tel gouvernement serait l’abrogation par un vote du parlement de l’ensemble du cadre constitué par le mémorandum infâme. Le mémorandum n’est pas un objet de négociation, tenter de le négocier serait comme « négocier l’enfer » comme l’a aussi dit récemment Tsipras.
Sur la base de cet acte unilatéral, un gouvernement anti-austérité demanderait une renégociation de la dette afin d’en annuler la plus grande part. Si cette demande de renégociation était rejetée, la Grèce cesserait tout remboursement et déclarerait un moratoire d’une durée suffisante pour permettre une issue favorable de cette renégociation, du même genre que celles de négociations similaires passées (le plus récemment dans le cas de l’Argentine).
Syriza dit que ces mesures n’entraîneront pas de sortie de la zone euro, ni l’interruption des payements en cours dans le cadre du plan de sauvetage. Les déclarations des bureaucrates de l’UE et des dirigeants européens affirmant le contraire sont présentées comme de la propagande pour mettre l’électorat sous pression et bloquer la progression de Syriza. Il faut souligner que cette position reflète le sentiment d’une vaste majorité de la population grecque qui rejette l’austérité, mais ne veut pas sortir de la zone euro.
Ceci correspond également au fait que, comme l’a écrit Larry Elliott dans le Guardian : « L’Europe a un lourd passé en ce qui concerne les pressions pour s’assurer que l’électorat vote ‹ juste ›.» Il est cependant vrai qu’il paraît fort improbable que l’UE, qui représente les intérêts des créanciers de la Grèce et, plus largement, du capital financier européen, ne réagirait pas à une sortie unilatérale du cadre d’austérité basée sur le mémorandum.
Une dynamique qui pourrait aller loin
De récentes déclarations de dirigeants de Syriza montrent qu’il sont conscients de la nécessité d’un plan pour faire face à une telle situation, mais les contours de celui-ci demeurent très flous, du fait qu’il équivaudrait presque inévitablement à une sortie de l’euro et à une répudiation immédiate de la dette.
Il y a deux possibilités logiques, si Syriza gagne les élections du 17 juin et dirige le prochain gouvernement, soit une capitulation reniant l’engagement d’abroger le mémorandum, ce qui correspondrait à un désastre absolu non seulement pour Syriza, mais aussi pour l’ensemble de la gauche radicale, et – au-delà – pour le peuple grec, soit l’engagement dans une bataille de longue durée qui mènerait presque certainement à des résultats allant au-delà des objectifs mis en avant actuellement par Syriza.
Ceci serait conforme à un processus familier dans l’histoire des changements politiques et sociaux, où la dynamique d’une situation, sous pression bien sûr d’une mobilisation populaire, pousse ses acteurs (ou au moins une partie d’entre eux) au-delà de leurs intentions initiales. C’est ce qui fait le plus peur aux forces dominantes en Grèce et en Europe et explique leur campagne hystérique contre Syriza et la perspective qu’ouvre son accession possible au pouvoir.
Eviter les polémiques stériles
Les enjeux de cette bataille sont immenses, probablement les plus significatifs que nous ayons connu en Europe depuis la révolution des œillets au Portugal. Dans un tel contexte, toutes les forces de la gauche radicale devraient travailler ensemble aussi étroitement que possible, non seulement sur le terrain des luttes et des mobilisations, qui est un point de départ indispensable, mais aussi sur le plan politique, pour aider à radicaliser la situation et permettre la matérialisation de l’ensemble de son potentiel.
Des polémiques stériles, reproduisant les schémas trop familiers prétendant « démasquer l’ennemi réformiste » devraient en conséquence être évitées au profit de discussions fraternelles, comprenant bien sûr aussi des clarifications en profondeur en ce qui concerne les divergences réelles et bienvenues entre forces dans notre camp. Nos responsabilités sont énormes, des millions de progressistes ont les yeux tournés vers la Grèce en tant que nom et lieu d’un espoir et d’une possibilité concrète d’une victoire populaire trop longtemps attendue.
Stathis Kouvelakis
Enseignant en philosophie politique au King’s College de l’université de Londres et membre du comité de rédaction de « Contretemps »
(Traduction, titre et intertitres par notre rédaction)
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