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Relecture italienne de « L’Exorciste », « L’Antéchrist » est un bis solide qui se distingue par ses qualités techniques et son traitement jusqu’au-boutiste.
Le cinéma d’exploitation italien, considéré naïvement et à tort par certains comme un genre mineur et indigent, occupe indéniablement une place importante dans l’histoire de l’industrie cinématographique transalpine. Apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le bis italien a connu son apogée durant les années 60 et 70, avec des productions aussi variées que le péplum, le western spaghetti, le giallo et le poliziesco, avant de disparaître des salles obscures au début des années 80. En parallèle de ces sous-genres standards produits à la chaine, l’industrie transalpine de l’époque exploitait n’importe quel succès commercial européen et surtout américain. Sorti en 1974, « L’Antéchrist » d’Alberto De Martino est la réponse italienne à « L’Exorciste » (1973) de William Friedkin. Cette variation du chef-d’œuvre d’ « Hurricane Billy » narre la possession diabolique d’Ippolita Oderisi (Carla Gravina), une jeune femme paralysée et mentalement instable. Si l’œuvre intemporelle de Friedkin met en scène la possession d’une petite fille, le film de De Martino dépeint celle d’une jeune femme interprétée par une Carla Gravina (« Les Grands Fusils ») dévouée corps et âme à un rôle audacieux et intense. Ce changement permet au réalisateur d’« Holocauste 2000 » de s’affranchir ainsi de certaines contraintes liées à la censure. Jouissant également d’une liberté de traitement inhérente au genre, l’artisan italien livre quelques scènes extrêmes, totalement inconcevables dans les productions actuelles, parmi lesquelles figure un rituel de sabbat hallucinant aboutissant à un acte de zoophilie.
« L’Antéchrist » se démarque également par le travail de son metteur en scène et les sublimes décors naturels romains éclairés et mis en valeur par le directeur de la photographie Aristide Massaccesi, plus connu sous le pseudonyme de Joe D’Amato. S’il ne figure pas parmi les œuvres maîtresses du cinéma d’exploitation italien, « L’Antéchrist » reste néanmoins une production honnête et solide qui contentera les cinéphiles les plus curieux et surtout les inconditionnels du genre.
L’Antéchrist ( L’Anticristo 1974 )
d’Alberto De Martino
Avec : Carla Gravina, Mel Ferrer, Arthur Kennedy, Anita Strindberg
Willy Lugeon