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Le dernier-inauguré des départements du Louvre, celui des Arts de l'Islam, fait salle comble. On se presse et on se perd sous le tapis volant de résille dorée et, en-dessous, dans l'étage de béton noir creusé sous l'ancienne cour Visconti. Rudy Ricciotti et Mario Bellini sont les artisans du nouvel espace dans lequel sont venues prendre place les collections d'art islamique du musée.
Si les collections sont pour la plus grande partie anciennes et si elles ont déjà bénéficié d'une première exposition dans treize salles de l'aile Richelieu du Louvre dès 1993, un coup de projecteur particulier les met ici en lumière, un coup de projecteur de près de 100 millions d'euros. Une goutte d'eau dans la mer des projets culturels qui se développent de façon exponentielle de par le monde si l'on en croit les statistiques avancées à la Biennale d'architecture de Venise: plus de 45% des financements consacrés actuellement aux projets architecturaux à l'échelle mondiale concerneraient des projets dits culturels.
Les deux plateaux mis à disposition, près de 3000 m2, sont essentiellement occupés par des vitrines transparentes disposées dans l'espace. Sous le tapis volant ondulant d'Ali Baba, qui dégage les façades du Louvre de Napoléon III dessinées par Visconti et Lefuel et laisse par la même occasion pénétrer la lumière naturelle, la disposition des vitrines est régie par une relative orthogonalité. L'éclairage artificiel s'accroche à la résille. Le sol est gris pailleté. Lorsqu'on plonge dans les entrailles d'antracite de la caverne d'Ali Baba par un escalier droit, un certain désordre (est-il délibéré?) marque l'organisation des vitrines, plus généralement de l'exposition: les axes sont devenus obliques, mais jamais de la même obliquité, le parcours se perd et nous perd. On m'indique qu'il faut tourner à gauche au bas de l'escalier pour suivre le sens de la visite.
Un peu trop copieusement remplies d'objets, certaines vitrines évoquent l'art de l'étalagisme davantage que la muséographie. L'ambiance qui s'apparente davantage à celle du magasin et qui a même à voir avec le souk, ne favorise pas la contemplation (mais qui a encore le temps de la contemplation?) ; le visiteur est sans cesse distrait par la transparence, les reflets, le passage ... L'amateur, à rebrousse-temps, se prend à regretter les anciennes salles. Mais n'est-ce pas que l'art de nos jours se consomme vite par un nombre toujours grandissant de visiteurs, Iphone au poing en vue de leur prochain "post" sur Facebook?