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Réponse à la prise de position de Glencore
Déclaration de Glencore
«Nous prenons acte du rapport daté du 10 novembre 2020 diffusé par Public Eye, une ONG suisse, sur la mine de Porco en Bolivie et de la vidéo qui l’accompagne, distribuée par le comité de l’initiative pour des multinationales responsables (IMR). Nous réfutons les allégations trompeuses et fallacieuses faites dans le rapport et la vidéo qui l’accompagne.»
Réponse de Public Eye
Glencore rejette nos «allégations» en les qualifiant de «trompeuses» et «fallacieuses», mais ne fournit aucun argument venant réfuter nos principales critiques:
- que Glencore achète des minerais aux coopératives, alors qu’en tant qu’exploitante de la mine de Porco, la multinationale suisse doit savoir que les coopératives travaillent dans des conditions de sécurité précaires et emploient des travailleurs de moins de 18 ans (elle contribue d’ailleurs elle-même à déterminer dans quels secteurs les coopératives peuvent opérer et exerce donc un certain contrôle sur celles-ci);
- et que les eaux sous la mine de Porco sont gravement contaminées en raison des activités de la mine de Glencore.
Déclaration de Glencore
«La mine de Porco est l'une des mines de zinc et de plomb de Glencore en Bolivie. Elle est exploitée par la filiale à 100 % de Glencore, Sociedad Minera Illapa S.A. («Illapa»).
Nous appliquons le principe de tolérance zéro pour toute forme de travail des enfants dans nos entités opérationnelles et prenons grand soin d'assurer des conditions de travail sûres à tous ceux qui travaillent pour nous, partout dans le monde. Notre filiale bolivienne applique le programme d'hygiène et de sécurité du groupe Glencore et n'emploie pas de mineurs.
L'allégation selon laquelle Porco contamine l'eau et rend la terre aride est également fallacieuse. Porco se situe à plus de 4200 m au-dessus du niveau de la mer, dans les montagnes de Bolivie. Cette zone montagneuse est confrontée à des défis persistants liés à la disponibilité de l'eau et à la fertilité des sols qui n'ont rien à voir avec la manière dont est exploitée la mine de Porco. Illapa est exploitée dans le respect du droit de l'environnement bolivien et se prête à des audits environnementaux réguliers, qui portent notamment sur sa gestion de l'eau. Illapa a pris contact avec l'autorité locale pour comprendre les préoccupations soulevées en septembre 2020 concernant la qualité de l'eau et, si cela s'avère nécessaire, prendra les mesures appropriées pour les résoudre.
INFORMATIONS SUPPLÉMENTAIRES
Glencore en Bolivie
Glencore est présente en Bolivie depuis 2004. Aujourd'hui, la filiale à 100% de Glencore Sociedad Minera Illapa SA («Illapa») exploite deux mines de zinc et de plomb en Bolivie, dont la mine de Porco («Porco»). Nous employons près de 7500 salariés et sous-traitants en Bolivie, dont environ 320 à la mine de Porco. En 2019, nous avons contribué à l'économie bolivienne à hauteur de plus de 23,3 millions USD de paiements d'impôts, taxes et redevances, auxquels s'ajoute 1,2 million USD d'investissements dans les communautés et de développement communautaire.
Glencore comme Illapa s'engagent à mener une exploitation sûre et responsable, dans le respect de toutes les lois et réglementations applicables. Nous gérons et atténuons activement les éventuels impacts de nos activités sur les communautés locales et l'environnement. Notre présence apporte des avantages durables aux personnes vivant à proximité de nos unités opérationnelles et à l'économie nationale bolivienne.
Coopératives minières en Bolivie
En Bolivie, des coopératives minières coexistent avec des entreprises industrielles comme la nôtre et, de fait, dominent le secteur minier bolivien. Il s'agit de groupes de mineurs indépendants qui extraient des minerais soit de zones qui leur sont attribuées par la société minière d’État Corporación Minera de Bolivia («Comibol»), soit de puits de mine abandonnés.
Les coopératives minières travaillent indépendamment et ni Glencore, ni notre filiale locale ne peuvent déterminer l'endroit où elles travaillent. De fait, la loi interdit aux sociétés minières industrielles comme Illapa de conclure des contrats de partage des zones minières avec les coopératives. En conséquence, nous ne sommes pas en position de contrôler ou d'influencer directement leurs zones de travail, leurs pratiques de travail ni leur approche de la sécurité, de l'environnement ou de l'équipement de protection personnelle. Nous n'avons pas non plus de contrôle sur le choix des personnes qui travaillent pour les coopératives ni sur l'âge de leurs employés.»
Réponse de Public Eye
La filiale de Glencore informe la société minière étatique Comibol dès qu’elle a cessé d'exploiter des parties spécifiques du site. Comibol peut ensuite attribuer ces zones à ces coopératives. Selon le contrat d'association signé en 2013 avec la Comibol pour l'exploitation de la mine de Porco, «tous les aspects opérationnels» sont «intégralement sous l’entière responsabilité exclusive» d’Illapa. La multinationale contribue donc à déterminer où les coopératives ont le droit de travailler. De plus, bien que Glencore n'ait plus le droit de conclure des contrats directement avec les coopératives depuis 2014, différents interlocuteurs (coopératives, fédération des coopératives minières Fedecomin) ont affirmé à Public Eye qu’il y aurait des accords et arrangements directs et informels entre Illapa et les coopératives. Par ailleurs, Glencore dénonce systématiquement les travailleurs des coopératives s’ils travaillent dans des zones attribuées à Illapa.
En outre, pour se rendre à leurs galeries, les travailleurs des coopératives passent par un poste de contrôle de la filiale de Glencore, qui vérifie notamment qu’ils portent bien un casque. Elle exerce donc bien un certain contrôle.
Quand Glencore affirme que la multinationale et sa filiale ne sont pas en position de contrôler ou d'influencer [les] pratiques de travail» des coopératives minières, le géant zougois rejette d’une part sa responsabilité de façon inadmissible (en tant qu’acheteur des minerais extraits par les coopératives) et contredit d’autre part les affirmations de sa propre filiale, qui déclarait en 2019, dans un rapport à l’attention du Pacte mondial des Nations unies, qu’elle entretient un dialogue régulier avec les coopératives au sujet de «thématiques importantes comme les équipements de protection, le recours au travail d’enfants et les impacts environnementaux». La filiale de Glencore admet donc l’existence de ces problèmes mais achète néanmoins une grande partie des minerais extraits par les coopératives.
Glencore nous a répondu par écrit que les contrats d’achat conclus avec les coopératives seraient sujets à un devoir de diligence raisonnable concernant «des aspects commerciaux, légaux et opérationnels», dont des aspects relatifs à la sécurité et au risque de travail d’enfants. Cette «diligence raisonnable» n’a visiblement aucun impact. Sur place, force est de constater qu’une grande partie des travailleurs des coopératives ne disposent pas d’équipement de protection adéquat, et que beaucoup d'entre eux ont manifestement moins de 18 ans. Si Glencore assumait ses responsabilités conformément aux normes internationales, la multinationale ne minimiserait pas de tels problèmes mais les nommeraient clairement et rendrait des comptes de façon transparente sur toutes les mesures prises et leur effet. En revanche, si le groupe mettait subitement un terme à sa collaboration avec les coopératives, il n’assumerait pas ses responsabilités en matière de respect des droits humains.
Déclaration de Glencore: «application des normes internationales en matière de main-d'œuvre»
«L'allégation selon laquelle Porco emploie directement ou indirectement des mineurs est fausse. Le rapport et la vidéo font référence à des personnes qui ne travaillent ni directement, ni indirectement pour Porco. Nous avons une tolérance zéro pour toute forme de travail des enfants dans toutes nos unités opérationnelles, où qu'elles soient dans le monde, y compris en Bolivie.
Nos unités opérationnelles boliviennes appliquent les politiques du groupe Glencore en matière de main-d'œuvre, de santé, de sécurité, d'environnement, d'engagement auprès des communautés et de droits humains. Les politiques de Glencore sont alignées sur les normes internationales telles que les Normes fondamentales du travail de l'Organisation internationale du Travail et les Principes directeurs des Nations Unies.»
Réponse de Public Eye
Glencore nous accuse d’affirmer à tort que «Porco» emploie «directement ou indirectement» des travailleurs de moins de 18 ans. Nous ne savons pas à quoi Glencore fait référence avec le terme «Porco»: à la mine dénommée Porco, dans laquelle travaillent à la fois la filiale de Glencore Illapa S.A. (en tant qu'exploitante officielle) et les coopératives, ou uniquement aux activités directes de la filiale de Glencore? Ce que nous avons constaté, c’est que de nombreux travailleurs des coopératives de la mine de Porco ont moins de 18 ans, et la filiale de Glencore, qui opère dans la même mine, doit le savoir. Celle-ci achète néanmoins aux coopératives une grande partie des minerais qu’elles extraient. Illapa contribue en outre à déterminer, au moins indirectement, où les coopératives ont le droit de travailler. Public Eye estime donc qu’il existe de fait une relation de contrôle entre Illapa et les coopératives.
Déclaration de Glencore: «normes d'hygiène et de sécurité»
«Les allégations sur les normes d'hygiène et de sécurité à Porco sont fausses.
La sécurité est l'une des valeurs fondamentales de Glencore. Nous nous engageons à créer des conditions de travail sûres pour tous nos collaborateurs. Nos unités opérationnelles boliviennes accordent une grande attention à la sécurité et appliquent «SAFEWORK», le programme d'hygiène et de sécurité du Groupe Glencore.»
Réponse de Public Eye
Ici non plus, nous ne savons pas à quoi Glencore fait référence en écrivant «à Porco»: aux activités de sa filiale uniquement ou aussi à celles des coopératives? Une chose est sûre: dans les coopératives qui vendent une grande part des minerais qu’elles extraient à Glencore, une grande partie des travailleurs ne disposent pas d’équipement de protection adéquat, des accidents graves, parfois mortels, surviennent régulièrement, et les victimes d'accidents sont dans une large mesure abandonnées à leur sort.
Déclaration de Glencore: «amélioration des pratiques de travail locales»
«La société sœur d'lllapa «San Lucas» achète du minerai aux coopératives minières locales conformément aux normes de Glencore applicables aux fournisseurs, qui sont alignées sur le Guide OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d'approvisionnement responsables en minerais.
Afin de renforcer les pratiques de sécurité et environnementales au sein des coopératives en activité à proximité de nos unités opérationnelles, nous avons noué un partenariat avec une entreprise sociale, Cumbre del Sajama, dont la mission est d'améliorer les conditions d'exploitation dans les coopératives minières.»
Réponse de Public Eye
Les normes de Glencore applicables aux fournisseurs stipulent qu’il est attendu des fournisseurs une «tolérance zéro vis-à-vis de toute forme d'esclavage moderne, dont (…) le travail des enfants» et qu’ils garantissent «un environnement de travail sûr et sain, avec notamment un équipement de protection personnelle adéquat». Manifestement, rien de tout cela n'est appliqué dans le cas des coopératives actives dans la mine de Porco. Par conséquent, il n’est pas possible d’acheter des minerais auprès des coopératives «conformément aux normes de Glencore applicables aux fournisseurs».
Déclaration de Glencore: «responsabilité environnementale»
«L'allégation selon laquelle Porco contamine l'eau et rend la terre aride est fallacieuse. Porco se situe à plus de 4200 m au-dessus du niveau de la mer, dans les montagnes de Bolivie. Cette zone montagneuse est confrontée à des défis persistants liés à la disponibilité de l'eau et à la fertilité des sols qui n'ont rien à voir avec la manière dont est exploitée la mine de Porco. Illapa exploite la mine de Porco de manière responsable, dans le respect de son permis minier et des politiques du groupe Glencore.
Illapa soumet des rapports semestriels sur les activités de Porco, dont son impact sur la qualité de l'eau, du sol et de l'air. Un laboratoire indépendant externe assure le suivi, et les résultats sont certifiés par les autorités environnementales boliviennes, le Ministerio de Medio Ambiente y Agua, le Ministère des mines et l'Autorité départementale de l'environnement.
Le dernier audit a été effectué en mars 2020 par le Ministerio de Medio Ambiente. Illapa s'est conformée à la recommandation visant à améliorer la gestion des eaux de roche acides de Hundimiento (unité de Porco). En septembre, l'autorité locale a notifié à Illapa des préoccupations liées à la qualité de l'eau. Illapa a pris contact avec l'autorité locale pour comprendre ses préoccupations et, si cela s'avère nécessaire, prendra les mesures appropriées pour les résoudre.»
Réponse de Public Eye
Glencore nie en bloc sa responsabilité environnementale: «L'allégation selon laquelle Porco contamine l'eau et rend la terre aride est fallacieuse.» Nous n’avons jamais mentionné le dernier élément («rend la terre aride») et plusieurs preuves attestent du premier («contamine l'eau»): plusieurs villages en contrebas de la mine sont pratiquement abandonnés aujourd’hui à cause de la pollution de l’eau.
Une étude de la municipalité de Porco, réalisée dans la rivière Agua Castilla en contrebas de la mine, a détecté des résidus de zinc, de fer et de manganèse à des niveaux de 6 à 50 fois supérieurs à la limite légale pour l’eau potable, et indiscutablement liés aux activités de la mine. En mars dernier, lors de l’audit des installations d’Illapa mentionné par Glencore, les autorités ont constaté que les gisements de zinc et de plomb n’étaient pas suffisamment couverts, que le «drainage minier acide» n’était pas suffisamment contenu et que l’eau en aval du bassin de retenue exploité par Illapa était polluée. Glencore concède elle-même que des recommandations ont été faites pour améliorer la qualité de l’eau et que les mesures requises pour la qualité de l’eau ont été étudiées – ce qui contredit son affirmation selon laquelle la mine ne contaminerait pas les eaux.
Liens:
- Communiqué de presse de Public Eye, 10 novembre 2020
- Enquête de Public Eye: «Les oubliés de la mine de Porco»
- Prise de position de Glencore, 13 novembre 2020