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Utile pour les uns, inefficace pour les autres, le redoublement est une décision prise en concertation avec les parents et le corps enseignant. Souvent mal vécu par les élèves qui le subissent, le redoublement est une étape que bien des enfants et parents vivent comme un échec. Pour Gérard Bless, professeur ordinaire de Pédagogie curative à l'Université de Fribourg, redoubler coûte cher et ne sert à rien.
Redoubler à l'école, cela n'a guère de sens selon vous. Quelles sont vos raisons?
Tout d'abord, le redoublement est une grande tradition en Suisse. On connaît tous quelqu'un qui a redoublé. Le redoublement est aussi vieux que la création de l'école et il est ancré dans vie scolaire. Ce que je reproche à cette mesure est que le lien entre son efficacité et le très grand nombre d'élèves qui la subissent n'est pas avéré. De plus, on peut remarquer une grande différence inter cantonale. En moyenne, à l'échelle nationale, près de 3% des enfants redoublent une année de leur scolarité obligatoire. De plus, un élève qui redouble perd une année. C'est une mesure qui coûte de l'argent. Je suis conscient que c'est une vision mécanique dont les effets n'ont, à ce jour, pas pu être démontrés. En outre, lorsqu'un enfant refait son année, il aura une certaine avance au début de l'année scolaire mais celle-ci va s'effriter par la suite. A terme, l'écolier se retrouve au même point qu'avant. Le redoublement induit également un phénomène de structuration négative qui a des conséquences futures.
Que reprochez-vous au concept du redoublement?
L'enfant qui redouble est exposé par deux fois au même programme scolaire, au même contenu et à la même façon d'enseigner. Pédagogiquement, il ne se passe pas grand-chose. On n'arrive pas à mieux développer les capacités de l'enfant étant donné qu'il n'y a pas de prise en charge individuelle. Deuxièmement, comme je l'ai déjà évoqué, la mesure prolonge l'année scolaire ce qui influence négativement la suite. Enfin, le redoublement a une connotation arbitraire : la décision de redoubler l'année diffère selon l'enseignant responsable de la classe de l'élève
Le redoublement crée-t-il des inégalités?
Certainement. Les élèves ont des caractéristiques différentes en arrivant à l'école. L'école n'est pas très tolérante et surtout la décision de la mesure est arbitraire. On remarque que celle-ci n'a pas de lien avec l'attitude de l'enfant. Ce dernier est souvent sous-évalué. Je trouve que que l'école primaire devrait au contraire mieux accepter les différences entre enfants. On constate encore qu'en Suisse Alémanique, 62.3% des étrangers suivent des cours supplémentaires. En Suisse romande, il est de 7%. Mais ce ne sont pas toujours les élèves les plus faibles qui redoublent.
Si le redoublement est supprimé, ne redoutez-vous pas une baisse du niveau scolaire avec des élèves en grande difficulté du fait de leur retard?
Si on supprime le redoublement qui est une mesure de sélection c'est-à-dire une possibilité de trier les élèves, on risque une augmentation des autres mécanismes comme la mise à l'écart des élèves qui rencontrent des difficultés. Pour moi, cette mesure n'est pas nécessaire mais malheureusement, historiquement, elle est convaincante.
Que faire si on a un enfant qui redouble ?
Je pars du principe que les parents ont été informés et impliqués dans le processus de décision. Ainsi, ils doivent se tourner vers l'enfant et dédramatiser la situation. Au moment de la décision qui tombe à la fin de l'année scolaire, l'enfant souffre. C'est une mesure très répandue mais qui à mon avis ne fait pas sens.