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Lors de son séjour milanais, alors qu’il travaille sur le cheval de Bronze de Ludovic Sforza, Léonard de Vinci rencontre un jeune adolescent non-lettré aux airs voyous qu’il prend sous son aile. Il s’appelle Gian Giacomo Caprotti da Oreno ou Salai, un diminutif qui signifie « petit diable ». Salai « est un gracieux et beau jeune homme avec des cheveux fins et bouclés » si l’on en croit l’artiste biographe Giorgio Vasari qui précise « avec lequel Léonard était grandement ravi ». Il semble évident qu’en adoptant Salai, dont il était épris, Léonard de Vinci cherchait à rompre une grande solitude consécutive à son activité obsessionnelle. Absorbé par ses multiples passions, Léonard ne dormait quasiment pas au point d’adopter une méthode polyphasique pour récupérer. Si l’on en croit ses biographes, Léonard ne dormait qu’un quart d’heure toutes les quatre heures soit une heure et demi par jour.
Certes la relation de Léonard de Vinci avec Salai fut parsemée d’embrouilles. Ses multiples petits délits valurent que Léonard le qualifie de « voleur », « menteur », « têtu » ou encore « glouton » tout en le soutenant en toutes occasions, notamment lorsque son diablotin profitait de sa position pour importuner les autres élèves de la Bottega (atelier d’artistes). Léonard était visiblement épris de Salai et leur affection mutuelle perdurera jusqu’à la fin. Entre temps, Salai appris à peindre sans pour autant atteindre le niveaux de meilleurs élèves de Léonard dont les plus doués furent Giovanni Antonio Boltraffio et Marco d’Oggiono. Il servira de modèle à Léonard, notamment pour de nombreux dessins ou encore le tableau de Saint Jean Baptiste (entre 1513 et 1516) qui présente, de plus, des similitudes troublantes avec Mona Lisa, le portrait de la Joconde.
Effectivement, le visage superposé de Mona Lisa avec celui du Saint Jean Baptiste (celui de Salai) laisse supposer que l’une ou l’autre serait une seule personne si l’on s’en tient au travail de recherche de la doctorante en sciences de l’Art Sophie Herfort. Une autre expertise laisserait entendre que Mona Lisa serait un mélange des visages de Lisa Gherardini (le modèle officiel) et celui de Salai tel qu’il apparaît sur le tableau se Jean Baptiste. Outre la superposition des visages, de multiples autres éléments objectifs renforcent l’hypothèse que le visage de Salai ferait partie intégrante de celui de la Joconde.
Toujours est-il que l’identité certifiée de Mona Lisa est loin d’être connue. Une seule certitude, le jour de la mort de Léonard de Vinci, trois de ses œuvres majeures l’accompagnaient : La Joconde, le Saint Jean Baptiste et La Vierge, l’enfant Jésus et Sainte Marie comme s’il gardait auprès de lui les représentations de son amant et une présence divine qui ne se limitait à un seul Dieu auquel il n’adhérait pas.
Salai hérita notamment de la Joconde qu’il aurait vendue, suivant certaines sources, à François 1er pour 4000 écus d’or. Une somme qui représente l’équivalent de cinq ans de travail pour un artiste attitré de bon niveau comme l’est Francesco Melzi, l’autre compagnon de Léonard de Vinci qui le considèrera comme son élève favori. C’est d’ailleurs lui qui hérita des fameux carnets du génie dont chaque manuscrit, page, croquis, dessin, texte et note est considéré comme une œuvre d’art à part entière. Le Codex de Leicester composé de 72 pages essentiellement scientifiques ont été acquises en 1994 par Bill Gates pour 30,8 millions de $US ce qui en fait le livre le plus cher du monde.
Salai retourna à Milan pour y construire une maison dans le vignoble qui lui fut légué par son protecteur. En 1525, Salai meurt de mort violente, assassiné ou suite à un duel. Quand à Francisco Melzi, l’autre favori de Léonard de Vinci, il ne se sépara jamais des carnets de son Maître au point qu’à son décès, ceux-ci furent longtemps égarés et pour la plupart, perdus. Cet élève modèle s‘efforça bien de reconstituer le Traité de la Peinture (Trattato della pittura di Leonardo da Vinci) de Léonard mais son travail « très avancé, mais inachevé » ne réapparut qu’au 17ème siècle pour être édité en 1651 soit 132 ans après la mort de Léonard de Vinci.
Quand aux tableaux de Léonard de Vinci, qui sont peu nombreux (il y en aurait moins de trente identifiés à ce jour), ces derniers ne seront étudiés, comme d’ailleurs ses carnets (codex) qu’au fur à mesure de leur apparition au 18ème et surtout 19ème siècles. Le monde découvre alors que Léonard de Vinci fut un prophète de la modernité. Le fait que ce génie n’ait pas été reconnu à sa juste valeur lors de son vivant, que ses écrits furent dispersés (ndlr : on estime que des quelques cinquante mille documents originaux rédigés en vieux toscan et cryptés par Léonard de Vinci, il n’en resterait que treize mille à disposition aujourd’hui), a fait perdre à la science, notamment la médecine, plus de deux siècles d’avancées technologiques ou médicales qui auraient certainement changé le monde.
Léonard garde sa vie privée secrète. De son vivant, ses extraordinaires capacités d’invention, son « exceptionnelle beauté physique », sa « grâce infinie », sa « grande force et générosité » ou encore sa « formidable ampleur de son esprit », telle qu’elles furent décrites par Vasari, ont attisé la curiosité. Ce qui semble certain c’est qu’il était de très grande taille (il dépassait 1,9 m,) et avait une force herculéenne : la légende veut qu’il aurait déformé un fer à cheval.
De nombreux auteurs ont spéculé sur les différents aspects de la personnalité de Léonard, notamment sur sa sexualité. Ils semblent aujourd’hui très probable que ses relations amoureuses les plus intimes furent celles qu’il aurait avec ses deux élèves favoris qui l’accompagnèrent jusqu’à la fin de sa vie : Salai et Francesco Melzi, un fils de noble lettré, qui hérita d’ailleurs des fameux carnets du Maître (codex) en s’efforçant de les classifier jusqu’à son propre décès. Francesco Melzi évoquant sa relation avec Léonard évoquera des sentiments qui étaient « un mélange d’amour et de passion », une appréciation qui le mena à être son plus fidèle disciple au delà de la mort du génie florentin.
Certes, Salai et Francesco, qui seront tout au long de leur compagnonnage les deux amants de Léonard de Vinci, étaient de jeunes adolescent lorsqu’ils furent engagés comme apprentis au sein de l’Atelier de Léonard de Vinci. On ignore qu’elle est le moment où leur relation prend une orientation intime. Toujours est-il que ce rapport entre un jeune et un ancien peut choquer si l’on s’en réfère aux critères moraux du 21ème siècle. Il faut donc comprendre que les critères antiques sont à une époque où l’espérance de vie d’un humain tournait autour d’une trentaine d’années contre 80 ans aujourd’hui.
Par conséquent, comme à l’époque de la Grèce antique, les adolescents étaient adultes dès l’âge de leur puberté et considérés comme aptes au travail dès le début de leur adolescence. C’était donc à cet âge que les aspirants apprentis entraient au service d’un Maître propriétaire d’une Bottega comme l’était Léonard de Vinci. Leur initiation à la vie n’avait donc aucun rapport avec celle qui a cours aujourd’hui. Si l’on s’en réfère simplement à la Grèce antique (souvent vilipendée pour sa tolérance à l’égard de l’homosexualité), il est important de rappeler que la pédophilie, soit un abus sexuel sur un enfant (fille ou garçon) non pubère, n’était pas tolérée et donc sévèrement réprimée. Un fait ignoré par un ensemble de gens souvent mal informés.