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Laïcité ?
Sans vouloir remonter aussi loin que la fameuse admonestation christique « Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu, XXII, 21), il faut bien admettre que la loi de séparation des Églises et de l’État trouve sa source bien antérieurement aux débuts du XXème siècle.
DÉJÀ DEPUIS 1598…
L’Édit de Nantes avait, en 1598, déjà écorné le règne sans partage de l’Église catholique sur le royaume de France en accordant aux protestants une certaine tolérance religieuse. Un siècle plus tard, le règne absolutiste de Louis XIV rétablissait cependant le déséquilibre. Il revint donc à la Révolution française de l’instituer par le décret du 3 ventôse an III (21 février 1795) complété par la Constitution du 1er vendémiaire an IV (23 septembre 1795).
La monarchie de droit divin et l’Église qui lui était étroitement associée se voyaient définitivement remises en question.
Après les dérives de la Terreur, il s’agissait d’une affirmation de la liberté de conscience et du choix désormais possible de sa religion.
LE CONCORDAT NAPOLÉONIEN ATTÉNUE LES EFFETS DE LA RÉVOLUTION
Le Concordat de 1801 signé entre le gouvernement français et le pape Pie VII, atténuera toutefois le radicalisme du décret en faisant de la religion catholique, la religion de la majorité des Français, laissant aux protestants et aux israélites leur autonomie religieuse.
Redevenu étatique sous Louis XVIII sans que le Saint-siège accepte cette révision, le catholicisme perdit définitivement son hégémonie sous une monarchie de Juillet qui essuiera les foudres pontificales pour son libéralisme. Mais l’évolution est irréversible et les républicains n’hésitent pas en 1869 à réclamer la suppression du budget des cultes et la séparation de l’Église et de l’État.
LA LAÏCISATION DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
Cette proposition sera mise en forme en 1871, par la très révolutionnaire Commune de Paris mais les républicains de la IIIème République effrayés par l’anticléricalisme ambiant ne voudront plus en entendre parler.
Refusant de brûler les étapes pour ne pas accentuer les discordes, des hommes comme Jules Ferry favoriseront la laïcisation de la société française en faisant voter l’obligation de chômer le dimanche (12 juillet 1880), en rétablissant le divorce (1884) et surtout en essayant de séparer l’école de l’Église. Au début du XXème siècle, ce sera chose faite avec une formation, dans l’enseignement public, de 80 % des élèves. Des prises de position très marquées à la fin des années 1890, pendant l’affaire Dreyfus et l’intransigeance du nouveau pape, Pie X, élu en 1903 achèveront de faire basculer l’opinion.
LA LOI DE 1905
En 1905, la rupture est consommée. Votée le 3 juillet, la loi suscite certes des remous avec la question des inventaires et le gouvernement Rouvier est renversé, mais cela n’empêche toutefois pas la majorité parlementaire de 1902, d’être reconduite facilement en1906.
UN NOUVEAU DÉBAT POUR LE 3ÈME MILLÉNAIRE
Quinze ans après le début du XXIème siècle, est de nouveau posée la question d’une révision de la loi de 1905. Les partisans de cette réforme considèrent en effet que le paysage religieux de la France d’aujourd’hui n’est plus le même en particulier à cause d’une place de plus en plus forte de l’islam, absent de France lors de l’élaboration de la loi. Il devient donc impératif de l’adapter au contexte de notre époque. La France serait-elle rentrée dans un nouveau débat entre « partisans » et « nouveaux réfractaires » ?