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1.
« J’ai rencontré le lynx, racontait-elle, et nous nous sommes aimés. »
Chacun, alentour, haussait les épaules et s’accordait à penser ce qu’il fallait en penser.
Mais celui qui l’aimait en secret se mit en route au crépuscule. Revint des nuits et des lustres plus tard, affaibli, portant quatre longues pattes et une longue queue enroulée dans un vieux papier journal.
2.
Les choses finirent par se savoir dans le quartier : elle vivait effectivement en concubinage avec un lynx. On voyait parfois apparaître en ombre chinoise les deux pinceaux de ses oreilles par la fenêtre de la cuisine, le soir, quand ils étaient à table.
Un matin, le boulanger refusa de la servir : « A qui profite mon pain ? Vous hébergez au noir un requérant d’asile, lui dit-il. »
Ð Et vous, qui hébergez-vous donc en vous-même ? répliqua-t-elle, imprudemment.
Piqué au vif, le boulanger lança une pétition pour qu’elle soit délogée de situ et de suite et proposa que le lynx soit mangé en méchoui.
Beaucoup signèrent.
Anne-Lise Grobéty