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Présente uniquement dans le canton du Tessin, la Ligue des Tessinois a obtenu 14% des voix dans ce canton lors des élections fédérales 2007, ce qui lui a permis de maintenir son siège au Parlement fédéral. Interview avec son représentant à Berne, le député Norman Gobbi.Ce contenu a été publié le 08 juillet 2011 - 18:09
swissinfo.ch: Quelles sont les priorités de votre parti pour la prochaine législature?
Norman Gobbi: En tant que Ligue des Tessinois, il sera pour nous important de revoir et de mieux définir les rapports entre le Tessin et la Confédération. En particulier en ce qui concerne les situations spécifiques rencontrées par le Tessin en sa qualité de canton frontière, tout spécialement avec l’Italie.
Nous avons différentes priorités: la sécurité, la défense des postes de travail au Tessin en faveur des Tessinois ainsi que des autres Suisses et des étrangers résidant chez nous. Nous devrons aussi redéfinir les flux financiers entre le Tessin et la Confédération en général.
swissinfo.ch: Dans quels domaines la Confédération devrait-elle réduire ses dépenses et dans lesquels investir plus?
N. G. : Il faut certainement investir davantage dans la sécurité, de manière à pouvoir augmenter les standards de sécurité après les ouvertures de frontières qui ont suivi les accords internationaux que la Suisse a signés et que le peuple a approuvés.
Il faudrait en revanche diminuer les dépenses dans la gestion courante, surtout dans la bureaucratie. Nous savons très bien la manière dont les entreprises sont inondées de formulaires qu’elles doivent remplir et retourner à différents offices fédéraux. Nous pensons qu’une simplification bureaucratique participe aussi à la réduction des coûts.
swissinfo.ch: Quelle voie doit suivre la Suisse dans ses relations futures avec l'Union européenne?
N. G. : La Suisse doit conclure des accords bilatéraux ponctuels, mais en étant ferme sur son intérêt national, particulièrement sur des points sur lesquels nous ne pouvons pas céder. Je pense ici à la libre circulation des personnes qui a été faite, selon nous, de manière unilatérale, dans le sens où les citoyens européens y ont beaucoup gagné alors que les citoyens suisses ont tendanciellement perdu des postes de travail à l’intérieur de leur propre pays.
Nous sommes d’autre part aussi en faveur d’une révision des accords de Schengen et de Dublin. Nous estimons qu’ils ne sont pas satisfaisants, étant donné l’augmentation de la criminalité le long de la frontière et l’incapacité de l’Italie à reprendre les réfugiés qui sont arrivés en Italie, mais qui n’y ont pas été accueillis et sont par conséquent venus en Suisse.
swissinfo.ch: La Suisse doit-elle construire de nouvelles centrales nucléaires ou viser plutôt sur les énergies renouvelables?
N. G. : La Suisse compte aujourd’hui déjà un pourcentage élevé d’énergie électrique produite à partir d’énergies renouvelables, comme l’hydroélectricité. Nous devons cependant tenir compte du fait que nous aurons à l’avenir besoin d’un approvisionnement électrique de bande, c’est-à-dire d’une production régulière d’électricité.
L’hydroélectricité peut certainement être valorisée pour la production de pointe, mais pour la production de bande, nous estimons qu’il est aussi nécessaire de pouvoir disposer à l’avenir de centrales nucléaires qui garantissent un niveau de sécurité élevé.
On pourra investir dans le secteur des énergies renouvelables, mais il ne faut pas croire que ces énergies pourront remplacer l’énergie produite dans les centrales nucléaires, ni aujourd’hui, ni dans 20 ans.
swissinfo.ch: A quoi devraient correspondre la mission et les effectifs de l'armée suisse de demain?
N. G. : Tout comme aujourd’hui, il faudra défendre la Suisse en cas de guerre, aider les autorités en cas de nécessité et constituer comme toujours la réserve stratégique du gouvernement. Les effectifs devraient rester les mêmes qu’aujourd’hui. Il faudra davantage d’investissements au niveau du matériel et de l’armement.
swissinfo.ch: Comment se positionne votre parti par rapport à l'immigration et à l'intégration des étrangers en Suisse?
N. G. : Nous sommes pour un contrôle strict des entrées, notamment pour mieux réguler le marché du travail à l’intérieur de la Suisse. Il nous tient à cœur que les citoyens suisses et les étrangers résidant en Suisse puissent trouver un emploi. A l’avenir, nous devrons donc davantage réguler l’accès à notre marché du travail.
Au niveau de l’intégration, nous pensons que cela doit se faire des deux côtés. Jusqu’à présent, nous avons uniquement vu une volonté de la part de l’Etat de continuer à intégrer, alors que nous savons très bien qu’il existe des groupes ethniques qui ne veulent pas s’intégrer. Ils font au contraire tout pour se distancier de l’intégration et de l’assimilation des valeurs suisses.
swissinfo.ch: Quelles sont les propositions de votre parti pour améliorer la politique de la Confédération envers la Cinquième Suisse?
N. G. : Certainement celle d’avoir un réseau entre les citoyens suisses et leur patrie. Au Tessin, nous sommes par exemple en train de développer un réseau de connaissances des Tessinois qui vivent à l’extérieur du canton. Cela valorise leur activité, car ils nous apportent certainement des connaissances sur le monde et représentent notre canton dans les domaines professionnels, économiques ou sociaux.
Nous croyons que cet aspect de représentation entre nos concitoyens à l’extérieur est un élément à développer. Un réseau permettra certainement de mieux connaitre en Suisse ceux qui travaillent hors du pays et, d’autre part, aux Suisses qui vivent à l’étranger de pouvoir avoir des contacts avec les autres expatriés.
swissinfo.ch: Quels valeurs défends votre parti?
N. G.: La Ligue des Tessinois est pour un Tessin aux Tessinois et un Tessin dans lequel les Tessinois se sentent en sécurité, peuvent trouver du travail, peuvent élever leurs enfant et peuvent vivre tranquillement.
Au niveau du Parlement fédéral, nous faisons partie du groupe de l’Union démocratique du centre (UDC / droite dure). Nous y avons été accueillis parce que nous somme proches des démocrates du centre sur de nombreux points, notamment en matière de politique extérieure et d’immigration. Mais dans le domaine social, nous tendons plus vers une droite un peu plus sociale, et donc plus proche des problèmes des gens avec une attention toute particulière pour ceux qui sont moins favorisés à l’intérieur de notre pays.
Note: Comme tous les autres représentants de partis, Norman Gobbi a été interviewé dans le courant du mois de mars. Il a depuis été élu au gouvernement tessinois. Dès la session d'été, c'est donc Lorenzo Quadri qui représente la Ligue des Tessinois au Parlement fédéral.
Ligue des Tessinois
La Ligue des Tessinois est née il y a 20 ans comme mouvement de protestation contre l’accaparement du secteur public par les partis historiques et des «grandes familles» du canton.
Elle se présente comme un mouvement «proche des gens», contre l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne et aux organisations internationales et pour la défense des intérêts du Tessin par rapport à la Confédération. En matière d’immigration, la Ligue des Tessinois se situe sur la même ligne restrictive que l’Union démocratique du centre.
L’entrepreneur luganais Giuliano Bignasca est le créateur et le présent à vie du parti. Ancien membre du Parti libéral-radical, c’est lui qui a débuté la révolte contre la «partitocratie» avec la publication, dès le 18 mars 1990, du Mattino della domenica. Cet hebdomadaire deviendra ensuite l’organe officiel du parti.
Actuellement, au niveau cantonal, le parti détient deux sièges sur cinq au gouvernement et 21 sur 90 au parlement. Lors des élections du 10 avril 2011, la Ligue des Tessinois est devenue le premier parti du gouvernement tessinois avec 29,78% des suffrages. Au niveau du législatif, il occupe le 2e rang avec 22,84% des voix.
Au niveau national, la Ligue des Tessinois détient un siège sur les huit que le Tessin détient à la Chambre basse. Son représentant est intégré au groupe parlementaire de l’Union démocratique du centre (UDC / droite dure).End of insertion
Norman Gobbi
Né en 1977 et détenteur d’une licence en sciences de la communication, Norman Gobbi est cofondateur d’une société de conseil en communication et en marketing.
Il s’est intéressé depuis très jeune à la politique et a milité dès le début dans les rangs de la Ligue des Tessinois. Il a rapidement gravi tous les échelons de la politique suisse.
Il est élu à 19 ans au Conseil communal (législatif) de Quinto, et l’année suivante, en 1997, il en devient président. Lors des élections communales d’avril 2008, il fait le saut du législatif à l’exécutif et obtient un mandat à la municipalité.
Au niveau cantonal, il est élu en avril 1999 au parlement tessinois, qu’il préside de mai 2008 à mai 2009. Le 10 avril 2011, il est élu au gouvernement.
Au niveau fédéral, il remplace en mars 2010 son collègue de parti Attilio Bignasca, qui s’est retiré de la Chambre basse. Seul représentant de la Ligue des Tessinois au Parlement, il y a été remplacé par son collègue Lorenzo Quadri suite à son élection au gouvernement tessinois.
En plus de la politique, Norman Gobbi a fait une carrière militaire. Il a le grade de major dans l’armée. Il est également le président de la Fédération tessinois des sociétés de tir.End of insertion