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Le service de renseignement aérien (1939-45) [25]
Cette rubrique est illustrée par des photos d’époque à la fin du texte.
Fonction et organisation du S.R.A.
De jour comme de nuit, les troupes de DCA pouvaient compter sur le Service de Renseignement Aérien (S.R.A.) dont les sentinelles, dispersées aux quatre coins du pays et le long des frontières, scrutaient le ciel à la recherche d’appareils étrangers pour les signaler aussitôt. Cela permettait aux batteries placées à l’intérieur du territoire d’alléger leur degré de préparation car elles disposaient ainsi d’un temps de réaction suffisant en cas de violation de la frontière par un appareil ou une formation « hostile ». Le Service de Renseignement Aérien surveilla le ciel helvétique jour et nuit, du premier jour de la mobilisation jusqu’à la fin de la guerre en Europe, sans interruption. Ses postes d’alerte et d’écoute couvraient tout le territoire suisse, avec un maillage très serré, si bien qu’aucun avion étranger ne pouvait pénétrer dans le périmètre aérien helvétique sans être immédiatement détecté et signalé. L’avis parvenait à une centrale d’engagement qui regroupait les appels, coordonnait la mise en oeuvre des moyens et décidait si la chasse ou la DCA devait intervenir, quand, où et dans quelle direction. Une centrale régionale du S.R.A, par exemple, était intégrée au Fort de Naters, dans le Haut Valais (Alpes suisses), sous l’épaisse protection de la roche de la montagne qui la mettait à l’abri d’éventuels raids aériens.
Interception
Lorsqu’un avion « hostile » violait l’espace aérien, les informations signalées par les différents postes d’alerte du S.R.A. étaient portés sur une carte au fur et à mesure de leur transmission à la centrale d’engagement, de façon à déterminer la trajectoire de vol de l’avion, son cap et son altitude. Sur la base de ces informations, l’officier d’engagement transmettait ses ordres par radio aux bases et aux équipages de nos chasseurs, de façon à guider leur approche et à faciliter l’interception de l’intrus. La patrouille alertée devait établir le contact pour identifier l’intrus. Il s’agissait de déterminer le type et la nationalité de l’appareil, ainsi que ses intentions (hostile, avion égaré ou endommagé, etc.). Puis nos pilotes tentaient d’entrer en contact avec l’équipage adverse, pour lui signifier la violation de notre espace aérien et lui intimer l’ordre de se poser immédiatement sur un aérodrome pour être interné. En cas de refus d’obtempérer, de dérobade ou de réaction hostile, les chasseurs avaient l’ordre de procéder à un tir de semonce, puis, d’abattre l’appareil. L’un des chasseurs de notre patrouille se tenait toujours en retrait pour couvrir son ailier et « coiffer » l’avion étranger en cas de problème… En dépit d’un survol relativement long du territoire helvétique et d’une répartition intelligente de notre DCA, il n’était pas toujours possible d’intercepter un avion étranger. Un exemple pratique fera mieux comprendre le problème. Un avion « suspect » viole notre frontière près de Bâle et poursuit sa route vers le sud-ouest, parallèlement à la crête du Jura. Il vole à 5 000 m d’altitude à une vitesse de 450 km/h, ce qui fait qu’il parcourt 7,5 km par minute. Le poste frontière du S.R.A. le détecte et le signale à 10h00, au moment où il pénètre dans notre espace aérien à la frontière bâloise. L’annonce parvient à 10h01 à la centrale d’engagement. A 10h02, un second poste bâlois du S.R.A permet de préciser la ligne de vol de l’intrus et de déterminer qu’il vole parallèlement à notre frontière, en direction du Jura soleurois. L’intervention de la chasse est demandée à 10h03. Entre-temps, l’avion étranger est parvenu à 3,5 km au sud-ouest de Gelterkinden (BL). Quand l’escadrille alertée, stationnée près de Fribourg, décolle, il est 10h05. A ce moment, l’ « hostile » survole le Passwang (SO). En vol horizontal, notre escadrille foncerait sur l’intrus à 450 / 500 km/h, mais il lui faut d’abord grimper à 5 000 m d’altitude, ce qui réduit sa vitesse effective par rapport au sol à 250 / 300 km/h. Si l’on admet, dans le meilleur des cas, que la centrale d’engagement dirige la patrouille sur son objectif par le chemin le plus court et que l’avion poursuivi conserve le même cap rectiligne, le contact n’est établi qu’à 10h16 au-dessus de La Chaux-de-Fonds (NE). La frontière étant à moins d’une minute de vol, l’avion ennemi n’a aucune peine à fausser compagnie à ses poursuivant, en infléchissant simplement son cap pour pénétrer sur France dès qu’il repère l’approche de nos chasseurs. Il repasse la frontière 16 minutes après l’avoir franchie à Bâle, après avoir parcouru en toute impunité une distance de 112 km au-dessus du territoire de la Confédération. Nos avions ayant l’ordre formel de ne pas pénétrer sur territoire étranger, il leur est impossible de le poursuivre…
Un service majoritairement féminin
Etant donné qu’on avait besoin de tous les hommes valides dans les troupes combattantes, le S.R.A. compta énormément de femmes dans ses rang, non seulement dans les bureaux et les centraux téléphoniques, mais également sur le terrain. La plupart des postes d’alerte étaient en effet servis par du personnel qualifié du Service Complémentaire Féminin (S.C. F.), y compris en altitude. Ces femmes s’acquittèrent de leur tâche avec une discipline, un professionnalisme et une motivation qui forcent le respect, souvent dans des conditions difficiles et par n’importe quel temps. Elles affrontèrent le froid, la pluie, le gel et la neige avec un sang froid imperturbable et un courage exemplaire.
Bilan
Le bilan du S.R.A. est positif. Entre 1939 et 1945, ses bulletins d’alerte permirent à notre chasse de contraindre 105 appareils étrangers à atterrir sur le sol helvétique pour y être internés jusqu’à la fin des hostilités. Nos chasseurs furent contraints de descendre 16 appareils et la DCA en abattit 10 autres, sans compter les nombreux touchés enregistrés. La chasse fut engagée 490 fois et la DCA tira en tout 24 303 obus de différents calibres. Les troupes du S.R.A furent démobilisées le 22 mai 1945, après 2094 jours de service ininterrompu.
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