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Les communications radio du CICR
Une affaire de radioamateurs
Mis à jour le 9 juillet 2018
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Le Comité International de la Croix-Rouge, le CICR, travaille en faveur des personnes touchées par la guerre: visite aux détenus, protection des populations civiles, renforcement du respect du droit, etc. Pour cela, il doit bien-sûr être présent sur les lieux des conflits, dans des régions souvent dévastées par la guerre et avec des infrastructures de télécommunication hors service. Afin d'acheminer les listes de prisonniers de guerre et communiquer avec le siège de Genève, le besoin d'avoir un service de télécommunication efficace et indépendant de toute censure s'est très rapidement imposé. L'idée a donc germé d'utiliser des radioamateurs comme opérateurs.
De 1963, date de création de ce service, à 2011, année de fin des transmissions de données sur ondes-courtes, plus de 100 radioamateurs se sont succédés à Genève et à Versoix et dans des missions à l'étranger. A l'ère des satellites, la Direction de l'institution a décidé qu'il n'était plus nécessaire d'avoir son propre service ondes-courtes et a pris la décision de fermer le sien. La station radio de Versoix n'est maintenant plus desservie.
En 1963 et pendant les décennies qui ont
suivi, les transmissions se faisaient essentiellement en morse.
L'opérateur radio recevait un télégramme à transmettre par écrit et
l'envoyait ensuite en morse par radio à son destinataire. Celui-ci le
transcrivait immédiatement sur papier, qu'il remettait ensuite à son
responsable. La forme écrite était bien-entendu indispensable.
Il arrivait que la téléphonie soit employée, mais uniquement lorsque la liaison radio était suffisamment bonne pour pouvoir le faire. Les messages étaient également retranscrits sur papier. Le morse avait cependant l'avantage d'éviter les erreurs dues à la prononciation des mots, qu'il fallait souvent épeler en utilisant des analogies (A comme Alpha, B comme Béta, etc.). A ce moment-là, la transmission devenait plus lente que du code morse. L'usage de la phonie (SSB) était surtout utile lorsque la radio était desservie par un opérateur local rapidement formé ou même par un délégué. Non radioamateurs et donc ne sachant pas le morse.
1963 novembre: obtention de la concession radio, décembre 1ère
liaison radio avec le terrain (Yemen)
Au fil du temps, le morse fut remplacé par des systèmes automatiques (Pactor). Des opérateurs non radioamateurs pouvaient alors taper directement leurs messages puisque l'entrée des données se faisait au moyen d'un clavier d'ordinateur, identique à celui d'une machine à écrire. Une courte formation permettant d'utiliser l'équipement radio suffisait à une secrétaire ou à un délégué pour pouvoir acheminer ses messages.
Restait la question du montage de la station radio et des antennes et là il fallait quand-même les compétences techniques spécifiques des radioamateurs. Il suffisait alors d'envoyer sur place un radioamateur faire l'installation, et ensuite le trafic radio lui-même pouvait être effectué par des non-spécialistes. "En principe", car il y a quand-même des situations, d'urgence notamment, où la présence d'un opérateur qualifié est conseillée voire indispensable. Ne serait-ce que pour déplacer la station radio en cas d'urgence. Ou pour installer une antenne de fortune. Ou pour réparer un équipement endommagé.
Et puis il y avait également les communications à courte distance dont il fallait s'occuper. Il s'agissait de talkie-walkies VHF en FM, des stations de base, des antennes fixes et mobiles et des répéteurs à installer et à desservir. Et puis est arrivée la technique de transmission numérique, quelque peu identique aux téléphones GSM dans son organisation. Il s'agit toujours de téléphonie, jamais de morse sur VHF, mais ce qui était très concret auparavant est devenu abstrait. Une liaison radio numérique peut s'apparenter à de la TNT (TV Numérique Terrestre): ça passe ou ne passe pas, il n'y a pas de niveau intermédiaire. Si ça passe la qualité audio est parfaite. Si ça ne passe pas il n'y a rien. Et comme tout transite par des répéteurs (pas de simplex), on ne s'aperçoit pas toujours qu'on est hors de portée.
En résumé, l'avancée de la technique radio a apporté une qualité sans pareille (quand ça marche), mais au prix d'une déshumanisation des communications. Sur ondes-courtes, plus de code morse ni de voix humaine, que des données numériques transmises automatiquement. Tu tapes ton message et tu presses le bouton "send" pour l'envoyer, c'est tout. Le logiciel embarqué dans le modem fait tout le reste. Le problème c'est quand ça ne marche pas, et dans un pays en guerre c'est souvent le cas. Sur VHF c'est la même chose. quand tout fonctionne c'est parfait, mais au moindre pépin les opérateurs sont démunis: ils ne peuvent ni réparer un équipement ni même savoir pourquoi il ne fonctionne pas.
Après le tout-numérique des transmissions de données, l'étape suivante était le trafic par satellite. Le CICR s'y est mis bien-sûr. Pourvoir téléphoner depuis n'importe-où dans le monde est extraordinaire. Il y avait cependant un écueil: le prix, 10.- Dollars la minute au début. Mais actuellement, le service Inmarsat BGAN facture 0.60 USD/mn (hors roaming). C'est évidemment sans concurrence.
Mais pas sans dépendance. Les réseaux de satellites de télécommunication, Iridium, Inmarsat et Thuraya sont en mains d'entreprises qui peuvent techniquement couper les communications avec n'importe-quelle zone du monde. C'est un peu la même chose qu'avec le GPS, en mains des Américains, qui peuvent décider de dégrader volontairement la précision du positionnement dans un pays non-ami. Et si celui qui possède les satellites décide de "fermer le robinet", il n'y a plus du tout de communications. Bien-sûr qu'il devrait en subir des conséquences financières, mais cette hypothèse n'est pas totalement à exclure.
En quelque sorte, en se privant de son propre réseau radio sur ondes-courtes, le CICR outsource ses télécomms. Un réseau VSAT à 2Mb/s remplacera l'actuel et offrira chat, messagerie, échange de données, applications en ligne, VoIP, Internet, etc. tout cela sans nécessiter d'infrastructure locale et en étant, en principe, meilleure marché. "En principe" car, dans ce monde-là, les pannes et les exceptions font grimper stratosphériquement les coûts.
Reste un aspect non-technique: le CICR n'est pas une entreprise comme les autres car elle s'occupe d'être humains et de rapports entre êtres humains. Ne va-t-elle pas perdre un peu de son âme en supprimant ses opérateurs et techniciens télécomm, qui sont au plus près des populations locales ? Les compétences vont se perdre. Avoir sous la main des opérateurs-techniciens maison, indépendants de tous fournisseurs et capables d'installer, de dépanner et de desservir un réseau de communication radio indépendant et neutre est une richesse. Après Versoix, il restera quelques stations radio encore disponibles au siège, mais plus d'opérateurs.
Mais bon, la décision a manifestement été prise et il ne nous reste plus, nous qui avons participé à cette aventure extraordinaire, qu'à se souvenir de nos exploits passés et, pour commencer, à en récolter les témoignages et souvenirs avant qu'ils ne se perdent avec le décès des protagonistes. Et c'est ce que je viens de commencer.
Pour clore cette introduction, j'aimerais remercier le CICR d'avoir permis à des radioamateurs de tous âges et de toutes provenances, d'assouvir leur passion des communications radio en se mettant au service d'une bonne cause. Pour nous tous, une mission a constitué une aventure dont nous nous souviendront jusqu'à notre mort, une aventure humaine hors du commun. Après avoir vécu ce genre d'expérience, on n'est plus tout-à-fait le même. Parce qu'il ne s'agit pas seulement de radioamateurisme mais aussi de "toucher du doigt" les réalités de la guerre, de la pauvreté et de leurs conséquences sur les populations civiles. Un ancien porte-parole du CICR disait même qu'après avoir travaillé sur le terrain pour le CICR, "on était comme de grands brûlés". C'est peut-être un peu fort, mais en tous cas, nous avons vécu une apprentissage de la vie dont la rapidité a été multipliée par dix. Quelle chance d'avoir vécu tout cela !
Le 5 octobre 2011 a eu lieu une petite
cérémonie à l'occasion du départ à la retraite de
Philippe Monnard
HB9ARF, un des plus ancien opérateur-technicien du CICR encore en activité.
Diaporama de photos. Où l'on voit Peter HB9MCL discourir sur la
carrière de Philippe.
Ensuite Philippe déballer le transceiver VHF carte de voeux.
Ensuite déballer la statuette fabriquée par Peter.
Et pour terminer déballer le stylo (c'est la dernière que je préfère, il
a l'air atterré...)
Cette cérémonie m'a donné l'occasion de revoir de vieux copains et de visiter la station radio de Versoix et suscité l'envie d'en savoir plus sur cette histoire peu banale. Par chance, je suis tombé sur la liste que je recherchais depuis des années: celle des opérateurs qui se sont succédés au fil du temps. J'ai également pu consulter des albums de photos et tout cela va me permettre de reconstituer, avec la bénédiction de la direction du CICR, les 48 ans d'activité de son service de communication radio.
Bien-entendu, pour mener à bien cette recherche, il me faut des informations. Si vous avez vous-même opéré pour le CICR, ou si vous connaissez quelqu'un qui l'a fait, qu'il soit sur la liste ci-dessous ou pas, faites-moi signe ! J'aimerais pouvoir entrer en contact avec eux afin de récolter des informations, des photos, des vidéos ou autre. Et c'est urgent, ils disparaissent les uns après les autres...
Le service radio du
CICR a vécu
Chers amis, je vais continuer à récolter vos informations, il ne faut pas que cette mémoire se perdre définitivement. Mais je ne sais pas si j'en ferai quelque chose de concret (livre, film, vidéo, émission TV, radio ou autre). Par contre, il reste ce site web, qui peut servir de point de ralliement. J'y consignerai scrupuleusement les nouvelles que vous voudrez bien m'envoyer ou que j'aurai récoltées. Avec l'espoir que nous pourrons nous revoir un jour, peut-être à l'occasion d'une manifestation amateur en Suisse romande. Si cela se présente, comptez sur moi pour en susciter l'organisation.
Je cherche à reconstituer la liste des opérateurs
afin de pouvoir prendre contact avec eux. Le but étant de retrouver
des témoins des missions du CICR et d'en établir la chronologie. Et
aussi de récupérer des photos, des enregistrements audio, voire
vidéos, des évènements que chacun a vécu. Car il ya de grandes
chances (malchance!) que toutes leurs archives partent à la
poubelle après leur décès.