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Critique
"David Lynch définit le synopsis de son dernier film par ""une histoire d'amour dans la cité des rêves"". Le laconisme de la formule équivaut à une dérobade: MULHOLLAND DRIVE est un film dans lequel il serait vain de chercher une intrigue bien agencée. A chacun de se débrouiller dans ce rêve et de démêler les fils d'une narration qui semble flotter et s'ingénier parfois à égarer le spectateur. On sort de MULHOLLAND DRIVE à la fois fasciné par les images (on connaît le talent et la maîtrise de David Lynch) et envahi par un doute: le cinéaste ne s'amuse-t-il pas à nous décrire un monde intérieur, le sien, qu'il nous renvoie comme à travers un miroir déformant? S'agit-il d'un jeu, d'une thérapie cinématographique ou d'un road-movie psychanalytique?
Histoire de Rita (Laura Elene Harring), une jeune femme devenue amnésique à la suite d'un accident de voiture (il ne faudra donc pas compter sur elle pour nous aider à y voir clair), MULHOLLAND DRIVE se déroule dans les lieux mythiques d'Hollywood (voilà pour la cité des rêves), du côté de Beverly Hills et de Sunset Boulevard. Le film prend d'ailleurs parfois la forme d'une satire (discrète) du cinéma hollywoodien. A partir de là c'est un peu le mystère, même si Rita est prise très affectueusement en charge par Betty (Naomi Watts), une apprentie comédienne un peu naïve qui veut devenir une star: comme tout ce petit monde se ressemble, change de nom, de visage et de look, le spectateur peine à suivre...
Betty va donc aider Rita à retrouver son passé (voilà pour l'histoire d'amour, entre les deux femmes), mais l'ennui dans cette affaire - par ailleurs brillamment filmée - c'est qu'on a le sentiment que le cinéaste se soucie davantage de son propre inconscient et de ses fantasmes que de la légitime curiosité du spectateur. Il devient dès lors difficile d'entrer dans un monde qui est celui des apparences et des correspondances subtiles, et de se glisser dans les niveaux d'une réalité sans doute séduisante un instant, mais dépourvue de signification profonde.
A force de brouiller les pistes, David Lynch égare son public. MULHOLLAND DRIVE est un film déroutant qui se résume à un long et brillant exercice de style et à l'évocation d'un monde factice, baignant dans une atmosphère cauchemardesque le plus souvent délétère. On espère retrouver au plus vite l'auteur de ELEPHANT MAN (1980), SAILOR ET LULA (1990) et UNE HISTOIRE VRAIE (1999).
Déjà Palme d'Or il y a quelques années, David Lynch est revenu sur la Croisette pour la quatrième fois. On était resté sur les très belles images d'UNE HISTOIRE VRAIE... Cette fois-ci le cinéaste présente MULHOLLAND DRIVE, dont il dit que c'est «une histoire d'amour dans la cité des rêves». Une jolie formule pour définir une affaire particulièrement embrouillée, celle d'une jeune femme, Camilla (Laura Elena Harring), devenue amnésique à la suite d'un accident de voiture. Pour des explications concernant l'intrigue, il ne faudra donc pas compter sur elle. Ladite Camilla sera prise en affection par Betty (Naomi Watts), une apprentie comédienne, mais comme tout ce petit monde se ressemble, change de nom, de visage ou de look le spectateur est vite largué, submergé par un flot d'images dont la signification reste peu évidente. On perçoit parfois une forme de satire d'Hollywood ou la parodie de certains films. Quant au titre, il reprend le nom d'une route mythique d'une trentaine de kilomètres serpentant autour d'Hollywood précisément. Road-movie psychanalytique? Exercice de style narratif? Canular chaotique en forme de pseudo-documentaire? Arnaque visuelle et sonore? La perplexité gagne vite le spectateur: aucune clé ne lui est offerte et il a beau chercher sous le paillasson..."
Antoine Rochat