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Comment prévenir le risque d'une consommation abusive de cannabis ?
L'augmentation de consommation de psychotropes chez les adolescents s'inscrit dans un ensemble de mutations sociales et culturelles complexes dont nous ne connaissons pas les aboutissants ultimes. Il est important de noter qu'il n'existe pas de données scientifiques exhaustives qui couvrent tous les aspects de la prévention, cependant à la lumière de ce que l'on sait on peut ébaucher une synthèse à l'intention des parents qui se sentent préoccupés par la question.
1. Apprécier la situation de façon aussi objective que possible
Dramatiser ou minimiser un comportement de consommation de psychotropes n'aide pas à la résolution du problème, et peut même contribuer à le pérenniser. Il faut chercher à l'évaluer de façon concrète, tout en étant conscients que près de la moitié des parents n'est pas informée des comportements de consommation réels de leurs enfants.
2. Ne pas banaliser
Il faut garder à l'esprit que ces consommations interviennent à un âge où le cerveau est en plein développement: le risque est bien plus important que chez l'adulte que les comportements de consommation s'installent dans la durée.
Si le risque théorique de passage à une consommation dommageable est estimé à 10% pour le cannabis (inféreur donc à celui de l'alcool et surtout à celui du tabac), il ne faut pas oublier que la plupart du temps la consommation de cannabis est associée à une consommation de tabac et/ou d'alcool. Ces consommations se renforcent mutuellement: le cannabis agit comme porte d'entrée à l'abus d'alcool et au tabagisme, qui sont aujourd'hui les deux premières causes de mortalité et de morbidité (=maladie) liées aux dépendances.
3. Le style parental compte
Des études menées au Canada tendent à démontrer que le style parental joue un grand rôle dans les problèmes de consommation et les troubles du comportement chez l'adolescent. Idéalement, le style parental devrait être équilibré dès la petite enfance.
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On constate que le risque de problèmes est le plus important dans le cas de styles parentaux indifférents (faible investissement affectif, peu ou pas de limites posées).
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Le style permissif, à forte composante affective mais posant peu de règles, est chalereux mais s'avèrerait peu efficace à long terme.
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Le style parental autoritaire offrirait par contre une certaine protection du fait de son emphase sur les limites claires, mais le risque vient alors d'une tendance à une rigidité excessive qui interfère avec le développement de l'autonomie et de la responsabilité chez l'enfant. Pour certains, il présenterait aussi des avantages en termes de réussite scolaire, mais une étude lausannoise arrive à la conclusion opposée[1].
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Enfin, un style parental équilibré ou participatif, parfois improprement appelé "démocratique", est riche en investissement affectif mais pose aussi une discipline et des règles bien définies. C'est ce dernier qui offre le plus de chances aux enfants de progresser sans encombres: il s'adapte avec la croissance, cultivant l'autonomie et le sens des responsabilités de l'enfant, la possibilité croissante de faire des choix libres et éclairés tout en reconnaissant l'importance pour l'enfant de se sentir protégé et soutenu. L'attachement affectif aux parents joue un rôle très important de protection pendant l'adolescence.
Remarque: L'extrapolation fondamentalement erronée de la notion politique de "démocratie" au domaine de l'éducation des enfants et des adolescents à été largement critiquée par Hannah Arendt en son temps, il nous revient d'éviter de la perpétuer.
Pour l'essentiel, on retiendra que les extrêmes de permissivité et d'autoritarisme s'avèrent néfastes. Ils seraient relativement rares.
Il reste beaucoup de questions ouvertes sur les relations entre les conditions sociales et économiques et les styles parentaux: à quel degré sont-ils déterminés par d'autres facteurs? -les difficultés économiques, par exemple, semblent peu propices aux styles équilibrés- mais il est indéniable que des parents qui s'orientent suffisamment tôt vers les bons choix dans ce domaine contribuent en grande partie à diminuer le risque de dérives de leurs enfants à l'adolescence.
4. Maintenir des canaux de communication de qualité
Un lien fort avec des parents qui cultivent la confiance diminue les risques de dérapage à l'adolescence. La communication se renforce notamment par le développement d'activités en commun. Cela est vrai en particulier pour le temps consacré aux loisirs (et cela réduit d'autant les possibilités d'activités non structurées avec d'autres adolescents). Cela implique pour les parents d'avoir du temps à disposition.
5. La relation avec votre enfant demande qu'on y investisse du temps
Dans certaines situations il peut être nécessaire de faire un choix entre des avantages économiques et matériels, et plus de temps passé avec votre enfant. Il est important de bien peser les conséquences.
6. Eviter les doubles standards ("faites comme je dis, pas comme je fais")
Il est certain que les doubles standards vis à vis de l'alcool et du cannabis, par exemple, sont mal perçus par les adolescents. Les parents devraient montrer dans la famille l'exemple de ce qu'ils préconisent. Le cas échéant, ne pas hésiter à chercher une aide pour l'arrêt de consommations si cela paraît nécessaire.
7. Les difficultés familiales et sociales comptent
Dans de nombreux cas, les difficultés relationnelles et/ou économiques au sein de la famille tendent à aggraver les consommations de drogues et autres psychotropes. Il est important de les reconnaître et de chercher de l'aide à temps: il existe peut-être des moyens pour réduire les conflits et améliorer le climat familial.
8. Les fréquentations comptent
Il est normal pour l'adolescent de chercher à s'identifier et s'intégrer à un groupe de jeunes de son âge, à un certain stade de son développement. Malheureusement, la consommation de psychotropes, du fait même qu'elle est devenue très répandue, peut agir comme facteur fédérateur ou "norme" du groupe. La pression exercée par le goupe peut être assez lourde.
Il est important d'aider l'enfant à développer suffisamment tôt une capacité d'évaluation et de critique vis à vis des comportements de groupe. Cela implique aussi de développer la confiance en soi et la capacité de dire "non".
L'impact des "mauvaises influences" du groupe peut être tempéré notamment par un attachement familial fort, le partage de centres d'intérêt et la réalisation d'activités en famille.
9. La gestion du temps libre compte
La consommation de psychotropes des adolescents tend à être largement opportuniste: elle intervient dans les plages de temps libre non supervisé: le mercredi, le week-end, typiquement au domicile des amis lorsque les parents sont absents. Pour autant que possible, le temps libre de l'adolescent devrait être structuré par des activités organisées. Le sport n'est pas une panacée, car les problèmes de consommation associés aux activités sportives ne sont pas rares aujourd'hui. Les activités parascolaires, les activités de développement personnel et vocationnel semblent offrir de meilleures perspectives, et surtout les activités en famille, lorsque cela est possible.
10. Les situations comptent encore plus que les substances
Les consommations excessives concernant uniquement le cannabis sont toujours possibles, mais relativement rares. Dans le cas le plus habituel aujourd'hui, les consommations de psychotropes se renforcent mutuellement, en particulier pour l'alcool, le tabac et le cannabis. Le contexte et les circonstances favorisantes dans lesquelles se produit cette consommation doivent être compris afin de mieux prévenir.
11. Les perspectives d'avenir, la réussite scolaire et la créativité comptent
Une forte consommation de cannabis compromet quasiment tout le temps la réussite scolaire. De façon réciproque, l'échec scolaire peut contribuer à renforcer une fuite dans la consommation.
D'une façon générale la réussite scolaire semble exercer un effet protecteur vis à vis de l'abus de substances, et tout doit être mis en oeuvre pour encourager l'enfant dans cette voie.
Dans un contexte de rapides mutations sociales, technologiques et du marché du travail, de nombreuses personnes voient leur mode de vie et leurs perspectives d'avenir profondément altérées. Ces facteurs, et la morosité qui y est souvent attachée, ne devraient pas affecter les chances des adolescents de construire leur propre avenir, et il importe de le leur faire comprendre. C'est la faculté de se projetter dans un avenir, même incertain, qu'il importe de développer.
12. Messages commerciaux et sensibilité des ados
Au cours des vingt dernières années on constate une évolution radicale des techniques de promotion et de vente pour l'alcool: Ciblant implicitement les jeunes adolescents, le nouveau marketing de l'alcool opère pour l'essentiel en réseau, hors des canaux traditionnels des médias. On observe une évolution similaire pour le tabac. En cas de légalisation, le développement de techniques de promotions similaires pour le cannabis est à prévoir.
Les adolescents sont ainsi la cible d'une pression commerciale considérable dans le but qu'ils adoptent des comportements de consommation. Et il est beaucoup plus difficile de se débarasser d'un comportement de consommation acquis pendant l'adolescence que lorsqu'il intervient plus tard dans la vie. Le cannabis est "une substance de plus" dans ce contexte (à l'image de l'alcool et du tabac).
Il semble important de contribuer à développer chez les adolescents de bonnes facultés de critique vis à vis des messages commerciaux, même lorsque ceux-ci se déguisent sous des formes peu évidentes au premier abord. La "campagne de prévention" élaborée par l'industrie du tabac est un bel exemple de piège dans lequel il ne faut pas tomber !
13. N'hésitez pas à recourir rapidement à un conseil professionnel
Il existe des consultations spécialisées dans l'abus de substances, y compris des consutlations destinées aux parents préoccupés par une situation déterminée. N'hésitez en aucun cas à y prendre conseil et orientation, d'autant plus qu'il existe des possibilités réelles d'améliorer bon nombre de situations pourvu qu'on ne les laisse pas s'installer dans la durée. Cet aspect est d'autant plus important que la consommation abusive peut être un signe avant-coureur de conflits ou de problèmes psychiques sévères.
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Références
- Doyle AB, Moretti MM (2000) Attachement aux parents et adaptation pendant l'adolescence. Analyse bibliographique et l'incidence des politiques. Santé Canada ISBN 0-662-85181-1 []
- Cannabis - en parler avec les ados. Brochure de Addiction Suisse (anciennement ISPA), 12p. (pdf) []
- Brochures d'informations aux parents, Addiction Suisse []