Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06989.jsonl.gz/211

Conseiller national, Président du Groupe socialiste du Parlement

Article Domaine Public, 11 janvier 2005
Electricité: Le Conseil fédéral occulte les vrais problèmes
Le salut énergétique ne dépend pas de la libéralisation
du marché électrique. L'augmentation du prix de toutes les
ressources, leur efficacité et la charge pour l'environnement sont les
véritables défis d'avenir.
Le Conseil fédéral vient d'adopter le message sur
l'approvisionnement en électricité. En bonne logique, on pourrait
s'attendre à ce qu'il identifie un certain nombre de problèmes
actuels et futurs, ensuite qu'il propose des solutions pour les résoudre.
Mesuré à cette aune, le message du Conseil fédéral
est extrêmement déconcertant. Le gouvernement énonce quatre raisons
pour légiférer.
. Un arrêt du Tribunal fédéral de
. Le besoin de baisser les prix de l'électricité par
une ouverture du marché, afin de lutter contre la faiblesse de la
croissance.
. Les modalités et le calendrier européen de libéralisation
du marché, qui a été définitivement adopté.
. La panne de courant en Italie en 2003, dont
l'origine, si ce n'est la cause, se trouve en Suisse et les nouvelles règles
de l’UE en matière de transit transfrontalier d'électricité.
Les trois premiers problèmes évoqués sont d'une
pertinence toute relative. Primo, contre toute attente, l'arrêt du TF
n'a pas provoqué de «ruée vers for». Manifestement, ni les
producteurs, ni les gros consommateurs n'ont trouvé un intérêt à
profiter de ce libre accès. Pour l'instant, la branche gère elle-même
le commerce de gros et l'on n'observe aucune alibéralisation sauvages.
Il n'y a ici aucune urgence, même si une clarification sera utile, pas
obligatoirement dans le sens d'une libéralisation.
Secondo, on observe que le prix du courant a baissé
en Suisse et qu'il a augmenté en Allemagne et en Autriche, à la suite
de la libéralisation. Désormais, les prix sont comparables avec ceux
des pays voisins, à l'exception du moins libéralisé, la France, où
EDF offre des prix plus bas. Par rapport au niveau général des prix
dans d'autres secteurs suisses, le courant est donc plutôt bon marché.
Du reste, à part quelques gros consommateurs industriels, personne ne
s'est plaint du niveau des prix.
Tertio, la libéralisation en Europe ne rend pas nécessaire
une libéralisation à l'intérieur de la Suisse. Puisque nous ne
sommes pas membres de l'UE. De plus, il n'existe au demeurant pas
d'accord de libre-échange dans le domaine. Au plan pratique, le
maintien de la situation actuelle - une organisation essentiellement
publique et monopolistique - est tout à fait possible à l'interne,
malgré le fait que l'Autriche, l'Allemagne et l'Italie aient
totalement libéralisé le marché.
La question transfrontalière
Des quatre raisons énoncées, seule la question du
transit transfrontalier du courant est vraiment pertinente. Nous devons
être eurocompatibles, vu que la Suisse est exportatrice de courant, spécialement
aux heures de pointe. Mais cette question est distincte de la libéralisation
à l'interne, comme le démontre du reste le Conseil fédéral, en
proposant de régler de manière anticipée cette question par une
modification séparée de la Loi sur les installations électriques
(LIE). Ce choix de priorité montre bien que, des quatre problèmes
qu'il énonce, seul celui révélé par la panne en Italie est vraiment
grave et nécessite des interventions urgentes, et qu'il peut être résolu
sans libéralisation à l'interne.
Pénurie énergétique et énergies renouvelables
Aussi stupéfiant que cela puisse paraître au début
du XXI ème siècle, le Conseil fédéral omet, dans la liste des problèmes
à résoudre, les questions les plus fondamentales, à savoir
l'augmentation prévisible du prix de toutes les énergies, la charge
pour l'environnement et l'efficacité énergétique.
Sur l'électricité spécifiquement, on observe que la
consommation continue de croître, à une vitesse supérieure au PIB.
Cela signifie que les mesures d'amélioration de l'efficacité énergétique
n'ont pas été suf fisantes. Ce problème est d'autant plus grave pour
l'environnement que la part des énergies renouvelables n'a pas
progressé au cours des dernières années.
De manière plus large, notre dépendance à l'égard
des énergies fossiles représente une épée de Damoclès pour notre
économie. La croissance de la demande mondiale de pétrole et de gaz
aboutit à une montée durable des prix, car $ s'agit de ressources
finies. Ce phénomène général ne manquera
pas de se répercuter sur les prix internationaux de
l'électricité, car - on l'oublie trop souvent - en Europe, celle-ci
est produite pour une part non négligeable avec des carburants
fossiles. Si l'on tient encore compte de l'augmentation constante de la
consommation électrique, C'est donc très vraisemblablement une pénurie
durable qui va s'installer, comme le relèvent les électriciens eux-mêmes.
Dans ces conditions, les pays qui auront augmenté leurs capacités de
production à partir d'énergies renouvelables s'en tireront nettement
mieux.
Un potentiel énorme
Dans son projet, le Conseil fédéral évoque certes
la problématique en ajoutant trois articles à la Loi sur l'énergie.
Comme $ s'agit de vagues objectifs à atteindre de manière
non-contraignante, les organisations écologistes se sont à juste
titre insurgées. A l'évidence, l'effort principal devrait porter sur
ces questions. Il faut notamment introduire une rémunération
constante, dans le temps, des injections de courant propre, pour
assurer un cadre stable aux investisseurs.
Il est étonnant qu’economiesuisse n'ait pas soulevé
ces problèmes. En effet, l'électricité constitue une ressource
fondamentale pour l'économie. D'autre part, les investissements dans
les énergies renouvelables et dans l'amélioration énergétique du
parc d'appareils représenteraient un formidable coup de fouet pour l'économie.
En Allemagne, la nouvelle loi de 2002 sur la promotion des énergies
renouvelables a provoqué un boom phénoménal, induisant la création
de 130 000 emplois.
La libéralisation et les prix.
Un remède pire que le mal
Le Conseil fédéral affirme que la libéralisation du marché de l’électricité permettra de faire baisser les prix, prétendument trop élevés par rapport à nos voisins, et qu’il s’agit là d’une contribution à la relance économique. Or la nature de l’offre et de la demande en électricité laissent augurer que le remède du Conseil fédéral sera pire que le mal.
Du côté de la demande, la consommation électrique est pour l’essentiel déterminée par des appareils dont la consommation ne peut pas être adaptée à court terme sans causer d’énormes dommages. C’est donc une demande très inélastique. De plus, cette demande est en croissance structurelle, en l’absence de mesures d’économies d’énergie suffisamment fortes.
Du côté de l’offre, il y a aussi une forte rigidité : les capacités de production à un moment donné sont limitées et ne peuvent pas être augmentées rapidement. En effet, même pour de petites installations, le délai d’investissement est de plusieurs années. Dans ces conditions, la théorie économique enseigne que les prix exploseront dès que l’offre dépassera la demande. Et c’est exactement ce que l’on a pu observer lorsque la canicule de 2003 a augmenté la consommation des climatiseurs. Accessoirement, on comprend qu’il est fort aisé de faire monter les prix pour améliorer les bénéfices de la branche : il suffit de débrancher une centrale électrique au moment critique, par exemple en prétextant une révision. Croire que la libéralisation fera baisser les prix est naïf ou coupable, comme le montre un regard hors des frontières. Par contre, il serait utile de renforcer la surveillance des prix, pour lisser les disparités régionales excessive. Dans le même esprit, il serait judicieux que les collectivités publics regroupent les innombrables société électrique locale en entité plus régionales plus solides et efficace.
Si l’on entend assurer un approvisionnement électrique à des prix raisonnables, il faudrait plutôt faire un effort volontariste dans les investissements pour éviter la pénurie: d’une part en améliorant l’efficacité énergétique du parc d’appareil, d’autre part en accroissant la production d’énergie, de préférences renouvelable. Malheureusement, l’instabilité des prix créera une incertitude telle que les investissements se feront au meilleur marché, c’est à dire en construisant des turbine à gaz et des génératrices, qui offrent les meilleurs prix à court terme et le pire bilan environnemental.
En l’absence de cadre légal fédéral, ce sont finalement le managers des grandes entreprises électriques qui dictent la politique électrique de notre pays. Et l’histoire récente montre que leurs intérêts ne convergent pas toujours avec l’intérêt général. De ce fait, il y aurait donc de bonnes raisons de poser un cadre légal volontariste permettant de résoudre les problèmes les plus cruciaux. Après le rejet de la Loi sur le marché de l’électricité en 2002, une commission d’experts avait permis de trouver un compromis entre les électriciens, les organisations environnementales et les syndicats. Mais le Conseil fédéral a décidé de s’en écarter en accélérant la libéralisation et en affaiblissant les exigences en matière d’énergies renouvelables. Si les chambres n’inversent pas la vapeur, le référendum est inéluctable.
Indications de prix:http://prix -electricite.monsieur-prix.ch
En suisse:
http://prix-electricite.monsieur-prix.ch
En europe: http://epp.eurostat.cec.eu.int/pls/portal
-> Statistiques en bref--> Prix de l'électricité
Le projet du CF: www.suisse-energie.ch

Contact: Roger Nordmann, Rue de l'Ale 25, 1003 Lausanne,
Twitter @NordmannRoger
23.3.2017