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La Suisse risque de connaître une grave pénurie de gaz l'hiver prochain. Mi-juin, la Russie a réduit de 60% les livraisons via le gazoduc Nord Stream 1 en prétextant des raisons techniques. Moscou pourrait même décider d'arrêter complètement les livraisons.
Une telle mesure serait désastreuse pour l'Europe et la Suisse, dont le marché du gaz dépend presque à 100% des importations. Le remplissage des réservoirs de gaz européens pour l'hiver ne serait plus garanti.
Le Conseil fédéral a présenté, la semaine dernière, un plan d'urgence pour faire face à ce scénario. Celui-ci prévoit la création de réserves de gaz physiques dans les pays voisins ainsi que le passage du gaz au pétrole. En dernier recours, le Conseil fédéral lancerait un appel à l'économie, ou introduirait même des contingents.
Une occasion en or pour les entrepreneurs et les politiques ingénieux qui, ces dernières semaines, ont mis en avant la solution apparemment la plus simple de toutes: pourquoi ne pas simplement extraire du gaz naturel en Suisse?
Il y a suffisamment de gaz naturel en sommeil dans notre pays pour couvrir les besoins des deux à trois prochaines générations, a déclaré l'entrepreneur Pietro Oesch aux journaux Tamedia. Le «pionnier de l'exploration gazière» veut profiter de l'aubaine et forer du gaz naturel au Tessin. Il poursuit cette idée depuis plus de 20 ans déjà, mais elle a été mise en veilleuse en 2018 pour des raisons financières.
Tout doit maintenant changer. Les prix élevés du gaz rendraient l'extraction en Suisse rentable. Un groupe d'investisseurs aurait déjà fait part de son intérêt. Pietro Oesch a déclaré:
Le tout devrait être possible de manière très propre, sans fracturation, pollution de l'eau ou utilisation de produits chimiques.
L'idée a reçu un soutien politique: le conseiller national UDC soleurois Christian Imark a déposé, en mai, une interpellation dans laquelle il demandait au Conseil fédéral des réponses détaillées sur le potentiel d'extraction de gaz en Suisse. «Le gaz naturel indigène peut nous aider à résoudre de nombreux problèmes», a-t-il déclaré à la Sonntagszeitung.
Du gaz naturel suisse, propre et rentable, pour éviter une crise énergétique? Cela semble presque trop beau pour être vrai. En y regardant de plus près, c'est bien le cas. Pour les cinq raisons suivantes.
Depuis les années 1970, l'industrie pétrolière et gazière a abondamment recherché des gisements de gaz naturel en Suisse. Les résultats ont, cependant, toujours été modestes. Seul le site de Finsterwald, dans le canton de Lucerne, a permis d'extraire du gaz naturel dans les années 1980 et 1990. Le projet avait été abandonné, car il était trop coûteux.
Le pionnier du gaz, Pietro Oesch, et son entreprise Timetan ont effectué des recherches et des mesures sismiques au Tessin pour un montant de 2,7 millions de francs. Les résultats ont été prometteurs, peut-on lire dans le Tages-Anzeiger. La quantité de gaz qui pourrait effectivement être extraite n'a toutefois pas pu être chiffrée.
Fabien Lüthi, de l'Office fédéral de l'énergie, présente une autre version:
Même Patrick Lahusen, qui fore depuis des décennies en Suisse à la recherche de pétrole et de gaz, est sceptique quant à l'ampleur du réservoir sous le lac Majeur: «Il y a sans cesse des fuites de gaz dans le lac. Cela signifie que le réservoir fuit», a déclaré cet homme de 77 ans au Blick.
Ces incertitudes mènent directement au problème numéro deux. La garantie d'approvisionnement n'est plus assurée pour l'hiver prochain. Moscou pourrait décréter un arrêt des exportations dès la fin juillet. D'autre part, il est impensable que du gaz naturel puisse être extrait en Suisse au cours des trois prochaines années. Pietro Oesch a lui-même confirmé ce problème. Si tout se passe bien, il sera possible d'extraire du gaz à partir de fin 2025.
Un calendrier très optimiste qui pourrait échouer dès la première étape. Le sous-sol géologique de la Suisse relève de la compétence des cantons, ce qui signifie que le canton du Tessin devrait d'abord créer un cadre réglementaire. Cela serait théoriquement possible – contrairement aux cantons de Vaud, Neuchâtel et Genève. L'exploration et l'extraction de gaz naturel y sont déjà interdites.
Les moratoires en Suisse romande ont été mis en place suite à la pression des Verts, qui se sont opposés avec succès à des projets d'extraction dans les cantons concernés. D'éventuels projets au Tessin pourraient connaître un sort similaire, le conseiller national Vert Bastien Girod affirme:
Supposons que le canton du Tessin l'autorise malgré tout. Il serait extrêmement improbable que le gaz suisse chauffe les habitations locales avant 2030. Fabien Lüthi précise:
La Suisse ne restera pas seulement dépendante de l'étranger en raison de la longue phase de réalisation. Il y a un autre problème: la Suisse ne possède pas de grands dépôts de gaz. Or, pour extraire du gaz, il faut aussi pouvoir le stocker. Pour l'instant, notre pays compte sur le soutien de la France: les réserves de gaz suisses sont stockées près de Lyon.
Des technologies et des options pour des dépôts de gaz propres existeraient. Dans le canton du Valais, les choses se concrétisent déjà: l'entreprise d'approvisionnement de Suisse occidentale Gaznat veut construire un énorme dépôt de gaz à Obergoms. L'entreprise souhaite creuser des galeries dans la roche et creuser des cavités à l'intérieur de la montagne.
Le dépôt pourrait stocker 1,5 térawatt-heure de gaz. Cela correspond à près de 5% de la consommation annuelle de gaz naturel de la Suisse. En théorie, il faudrait donc 20 stockages de ce type pour être complètement indépendant.
«Ce ne sont pas des projets que l'on pourrait réaliser d'ici l'hiver prochain», déclare Michael Schmid de l'Association suisse de l'industrie gazière (Asig).
Le stockage indépendant du gaz n'est pas seulement un projet pour un avenir lointain, il est également coûteux. Gaznat estime à 400 millions de francs le coût de son stockage de gaz. La construction de 20 d'entre eux coûterait en conséquence huit milliards de francs.
Revenons à l'extraction du gaz: selon l'entrepreneur Pietro Oesch, compte tenu des prix élevés du gaz, l'extraction en Suisse serait désormais rentable. Cependant, il ne peut pas le prouver. Sans compter que personne ne sait quel sera le prix du gaz dans dix ans.
Michael Schmid de l'Asig a renoncé de manière révélatrice à répondre à la question de la rentabilité. A l'Office fédéral de l'énergie, on se contente de dire:
Avant d'en venir au dernier et plus gros problème, une conclusion intermédiaire: il est tout sauf certain qu'il existe de grandes quantités de gaz exploitables au Tessin. De plus, on peut se demander si les entreprises obtiendraient l'autorisation d'exploiter. Si c'était le cas, il faudrait environ dix ans avant que les premières extractions aient lieu. On ne sait pas non plus si cela serait rentable, car personne ne peut prédire l'évolution des prix au cours des dix prochaines années. De plus, la construction de gisements coûterait à elle seule des milliards.
Venons-en à la dernière problématique: l'environnement. Les gisements de gaz en Suisse seraient principalement des gisements de gaz non conventionnels comme le gaz de schiste, le gaz de réservoir compact et le gaz de couche de charbon. Ils ont tous en commun de ne pouvoir être extraits qu'«au prix de gros efforts, en utilisant des technologies comme la fracturation hydraulique, le fracking», explique Fabien Lüthi de l'Office fédéral de l'énergie.
Le fracking consiste à briser la roche de stockage et à la dissoudre à l'aide de produits chimiques. En Suisse romande, les projets d'extraction de gaz ont été interdits, car on craignait une pollution de l'eau potable et des tremblements de terre. «En principe, tout forage, quelle que soit la technique utilisée, présente un risque pour l'environnement et en premier lieu pour les eaux souterraines», rappelle Fabien Lüthi.
Ce n'est pas l'avis de Pietro Oesch. L'entrepreneur affirme que ni la fracturation ni les produits chimiques ne seraient nécessaires. Il a déclaré à Tamedia:
Quelle que soit la méthode d'extraction, le gaz naturel pose un problème environnemental. «Nous n'avons pas seulement la crise ukrainienne et la crise énergétique, mais aussi une crise climatique», déclare le conseiller national des Verts Bastien Girod:
Même Michael Schmid de l'Association Suisse de l’Industrie Gazière ne croit pas beaucoup à la production de gaz helvétique:
Traduit de l'allemand par Léon Dietrich
«🎶 Work, work, work, work, work! 🎶»