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Les avantages de la capitalisation
Un entretien avec José Piñera, architecte de la réforme chilienne, suite au séminaire de l'Institut Libéral.
Les systèmes de retraites par répartition, à l'image de l'AVS en Suisse (initialement rejetée à plus de 60% par les citoyens), s'apparentent dans leur fonctionnement à la stratégie du financier déchu Bernard Madoff: les contributions des uns servent à financer les rentes des autres. S'ils perdurent, ce n'est que grâce à une composante fiscale toujours plus importante. José Piñera, architecte de la réforme chilienne, fondée sur l'individualisation et la capitalisation, était de passage à l'Institut Libéral à Genève.
Comment évaluez-vous la situation actuelle en Europe?
J'ai un immense respect pour l'Europe, son héritage, sa culture et ses gens. Mais l'endettement implicite des promesses non financées de l'Etat social et du système de retraites en particulier est en train d'étouffer son avenir. Pour les pays de l'Union européenne, cet endettement se monte à plus de 400% du PNB en moyenne. Le coût énorme que cela génère et en particulier les taxes sur les salaires se reflètent dans le terrible taux de chômage des jeunes: dans la zone euro, près d'une personne sur quatre en dessous de 25 ans est au chômage. Cela ne peut pas continuer.
La politique est-elle néanmoins consciente des alternatives?
Il me semble y avoir une contradiction dans la déclaration récente du ministre des Finances allemand Wolgang Schäuble: selon lui, l'incapacité de résoudre le chômage des jeunes pourrait «déchirer l'Europe», mais l'abandon de son modèle «social» pourrait mener à une «révolution». Or, c'est précisément ce modèle bismarckien de retraites non capitalisées, financées par des impôts élevés sur l'utilisation du travail, qui est la cause du chômage des jeunes.
Quels sont les avantages de la capitalisation que vous avez introduite au Chili il y a 33 ans?
Tout d'abord, le système de retraites cesse d'être une question étatique: on dépolitise un secteur important de l'économie et on donne aux individus davantage de contrôle sur leur vie. La défectuosité structurelle de la répartition est éliminée et l'avenir des retraités dépend du comportement individuel et du développement du marché. Le lien essentiel entre l'effort et la récompense, entre les responsabilités et les droits, est réconcilié. Et nous avons évité la banqueroute de l'Etat qui est caractéristique des pays occidentaux aujourd'hui. Nous n'avons presque pas de dette souveraine, ni d'obligations de retraites non financées.
Quels ont été les résultats pour les rentiers?
Les retraites du nouveau système sont de 50% à 100% supérieures à celles du système de retraite par répartition, suivant qu'il s'agisse de rentes de vieillesse, d'invalidité ou de survivant. Les ressources administrées par les fonds de pension privés se chiffrent à 200 milliards de dollars ou aux alentours de 80% du PNB. Les retraites privées ont été l'une des réformes clés qui ont fait passer le taux de croissance économique de 3% par an en moyenne historique à 7%.Le PNB par habitant du Chili, corrigé du pouvoir d'achat, atteindra cette année 20.000 dollars, six fois ce qu'il était lorsque nous avons commencé les réformes de marché libre en 1975.
Est-ce cependant réalisable ailleurs?
Le succès du système de retraite privé chilien a incité trente pays à le suivre à différents degrés. La seule condition essentielle de la mise en œuvre d'une telle réforme est la volonté politique de le faire. La capitalisation du système de retraite signifie un important transfert de pouvoir de l'Etat à l'individu. Et donc un accroissement des libertés personnelles, ce qui favorise une croissance rapide de l'économie et la réduction de la pauvreté.
Cela nécessite-t-il une révolution dans une autre direction que celle mentionnée par Wolfgang Schäuble?
En fait, l'accablante majorité des travailleurs chiliens qui choisirent de passer dans le nouveau système le firent plus rapidement que les Allemands de l'Est ne passèrent à l'Ouest après la chute du mur de Berlin. Ces travailleurs décidèrent librement d'abandonner le système de l'Etat, alors que les dirigeants syndicaux et les anciennes classes politiques le leur déconseillèrent. Les travailleurs sont très attentifs aux sujets qui touchent leur vie de près, tels que les retraites, l'éducation, la santé et ils prennent leurs décisions en tenant compte de leur famille et non pas des courants politiques. La révolution requise serait que la politique fasse confiance aux citoyens.
Entretien publié dans L'Agefi.
17 juin 2013