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Plans de relance ou décroissance ?
Le 16 mai prochain, dans toute l'Europe, les syndicats et les partis de gauche manifesteront pour un " new deal social ". Les grandes organisations mondiales de protection de l'environnement militent quant à elles pour un " new deal vert " destiné à revitaliser l'économie mondiale et relancer l'emploi en accélérant la lutte contre le changement climatique, la dégradation environnementale et la pauvreté. " Sociale " ou " verte ", une relance fondée sur les fameux principes du " développement durable " nécessiterait au minimum un investissement d'un pour cent du produit intérieur brut (PIB) mondial, soit environ 750 milliards de dollars (bien moins que les masses financières gigantesques englouties depuis des mois dans le sauvetage du système financier mondial), à investir dans les économies d'énergie, les énergies renouvelables, les transports collectifs, l'accès à eau douce, l'infrastructure écologique et l'agriculture " durable ". Mais il s'agit bien d'une " relance ", et non d'un changement. On fait repartir une machine, on ne renonce pas à celle tombée en panne.
Ecologie révolutionnaire ?
Il n'est de " plan de relance " qui vaille qui ne fasse au moins mine de respecter les principes du " développement durable " exprimés par le protocole de Kyoto. Mais la politique que ces principes dessinent est en réalité une politique de " pollution durable " : on mercantilise l'air, et créée un marché de l'air, sur lequel on accorde et échange (contre de l'argent, avec des bénéfices à la clef) des permis de polluer. Il en va autant, d'ailleurs, de la " gestion des déchets ". Or la dégradation du cadre de vie n'est ni une fatalité, ni une catastrophe naturelle : elle est la conséquence de l'organisation sociale et économique, des modes des production et de consommation des classes et des pays les plus riches. Elle touche d'ailleurs surtout les plus pauvres -celle et ceux qui n'ont pas les moyens d'y échapper. Elle est la conséquence d'un développement fondé sur la " croissance " quantitative. À ce mode de développement, il n'est guère qu'une alternative réellement durable : la décroissance. Une décroissance qui ne soit pas seulement celle de la consommation et du gaspillage; mais aussi, ou surtout, celle des inégalités. Le mouvement " Europe décroissance " revendique ainsi l'instauration d'un revenu minimum et d'un revenu maximum avec un différentiel de un à quatre entre eux. On peut également conjuguer la décroissance avec la garantie de la satisfaction des besoins essentiels, en accordant à chaque foyer la gratuité de la fourniture de l'eau potable, du gaz et de l'électricité jusqu'au seuil de la nécessité, à partir de quoi des prix progressifs en fonction de la consommation seraient imposés. Un tel projet tient d'une culture politique, l'écologie révolutionnaire, portée aujourd'hui par de petits groupes aux marges de la gauche, qui a besoin d'alliés. Elle ne peut les trouver qu'au sein des héritiers du mouvement ouvrier, et des partis de gauche, du moins si (et tant que) ces mouvements et ces partis restent réellement partisans d'une profonde transformation sociale -faute de quoi, ils feraient partie du problème, et non de sa solution.