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24-25 novembre 1959: Le Synchrotron de protons du CERN est mis en service et atteint un niveau d'énergie record
Les physiciens et les ingénieurs qui travaillent à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) étudient la structure fondamentale de l'Univers et emploient à cet effet les instruments scientifiques les plus grands et les plus complexes du monde. Mis en service le 10 septembre 2008, le Grand collisionneur de hadrons (LHC) est le plus puissant accélérateur de particules jamais construit.
En son temps et pendant quelques mois, le Synchrotron à protons du CERN a lui aussi été le plus puissant accélérateur de particules du monde. Mis en service en 1959, il a permis d'accélérer des protons cette année-là et, durant la nuit du 24 novembre 1959, il a atteint son niveau d'énergie nominale soit 24 GeV (il est même monté plus tard à 28 GeV). Le lendemain matin, le directeur du projet, John Adams, est venu faire état de ce succès dans l'auditoire principal. On le voit tenir à la main une bouteille de vodka qui lui avait été offerte au Centre de recherche nucléaire de Doubna peu de temps auparavant, et destinée à être bue lorsque le CERN dépasserait le record du monde d'énergie alors détenu par le Synchrophasotron russe (à 10 GeV). Dans la bouteille, on a glissé une photographie de l'impulsion de 24 GeV pour la remettre aux chercheurs de Doubna.
Le CERN a vu le jour en 1954 après plusieurs années de planification. Il s'agissait de mettre en commun des ressources devenues rares en raison de la Seconde Guerre mondiale. Sa Convention d'établissement stipule que « l'Organisation assure la collaboration entre États européens pour les recherches nucléaires de caractère purement scientifique et fondamental (...). L'Organisation s'abstient de toute activité à fins militaires et les résultats de ses travaux expérimentaux et théoriques sont publiés ou de toute autre façon rendus généralement accessibles. » Il s'agissait de réunir les scientifiques européens en partageant les frais de plus en plus lourds que représentaient les installations d'essais physiques. La collaboration – et les rivalités amicales – entre les physiciens du monde entier ont, depuis toujours, permis la réalisation de ce programme.
Le premier accélérateur de particules du CERN, un Synchrocyclotron de 600 MeV, a été mis en service en 1957. Les chercheurs du CERN travaillaient depuis des années à un second accélérateur fort d'une circonférence de 628 mètres. Ce projet, qui verrait le jour sous le nom de Synchrotron, a pris un tournant risqué en 1952, lorsque sa conception a été radicalement modifiée pour prendre en compte les nouvelles techniques de focalisation forte par alternance de gradients qui venaient d'être mises au point à Brookhaven (États-Unis) ; celles-ci permettaient d'utiliser des aimants plus petits pour guider les particules à l'intérieur de l'accélérateur, à condition de diriger leur champ magnétique, situé tout autour de l'anneau, de part et d'autre de celui-ci au lieu qu'ils soient tous du côté extérieur. Cela n'était pas exempt de risques, car la technique était encore mal connue, mais cette hardiesse a payé car elle a permis de construire un accélérateur bien plus puissant sans frais supplémentaires.
Au fur et à mesure que de nouvelles machines étaient construites, le Synchrotron a continué de jouer un rôle essentiel, comme fournisseur de particules. Les accélérateurs du CERN englobent toute une série de machines qui permettent d'accélérer des particules à des niveaux d'énergie de plus en plus élevés. Chacun d'entre eux multiplie l'énergie d'un faisceau de particules avant de les injecter dans l'appareil suivant. L'intensité du faisceau de protons du Synchrotron a été multipliée par mille depuis 1959 et, au cours de sa longue histoire, il a accéléré toutes sortes de particules, devenant ainsi le jongleur de particules le plus adaptable du monde.
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