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Dernière mise à jour : févr. 21
Un outil de diagnostique et de traitement indispensable.
En médecine chinoise, les méridiens 经脉 [jīngmài] décrivent la circulation du qì (l’énergie, à défaut de meilleure traduction) et du sang dans le corps humain. Si le nom français de « méridien » est connu de tous, en médecine chinoise, les méridiens ne sont pas que des lignes qui segmentent un espace mais ils remplissent également des fonctions physiologiques précises. Ils irriguent le corps et font circuler le qì et le sang, à la manière de cours d’eau, de haut en bas, de bas en haut, des régions profondes aux régions plus superficielles, et vice-versa. Ils protègent le yīn et le yáng, lubrifient les tendons et les os, mobilisent les articulations. Ils ne sont pas une structure anatomique mais ne se trouvent pas non plus n’importe où dans le corps. Comme le précise le chapitre 10 du Língshū (*): « les douzes méridiens circulent au milieu de la chaire, en profondeur, de sorte qu’ils ne sont pas visibles » (经脉十二者、伏行分肉之间、深而不见). Le terme chaire doit être compris comme l’espace entre la peau, les muscles, les tendons, les veines et artères, et les os.
Ces méridiens sont principalement organisés en deux groupes, les méridiens jīng (经) et les méridiens luò (络). Les méridiens jīng sont les méridiens principaux, qui circulent en profondeur du corps humain, et desquels se séparent des méridiens secondaires, les luò, plus en surface. Parmi les méridiens jīng par exemple, il y a douze méridiens dits « réguliers ». Chacun d’eux est directement relié à un organe (ou une entraille), et fonctionne en symbiose étroite, mais pas exclusive, avec un autre méridien parmi les douze, lui-même lié à une entraille (un organe). Ainsi des paires de méridiens se forment: méridien organe avec méridien entraille. Par exemple, le poumon (organe) forme une paire avec le gros intestin, la rate (organe) avec l’estomac (entraille), etc. De par leurs caractéristiques fonctionnelles, les organes sont considérés de nature yīn et les entrailles de nature yáng. En médecine chinoise, il est dit des organes qu’ils stockent l’essence (yīn) mais ne vident pas, ils sont emplis mais ne sont jamais pleins; les entrailles font circuler les substances mais ne stockent pas, elles sont pleines mais pas emplies. Pour les entrailles, c’est le mouvement (yáng) qui prime, alors que pour les organes, contenir l’essence (yīn) est essentiel. En terme de répartition dans l’espace, ce qui est yīn est plus en profondeur que ce qui est yáng. Donc dans le corps humain, les méridiens yīn (liés aux organes) et les méridiens yáng (liés aux entrailles) créent un réseau où s’allient le mouvement des substances et la fondation de l’essence, où le profond et le superficiel se relient, créant un tout communiquant des éléments essentiels au maintient de la vie.
Sans eux, il n’y a pas de vie justement. « Si les organes et les entrailles peuvent être considérés comme la base matérielle de la vie, les méridiens sont l’expression vivante de toute activité et de tout mouvement » , écrivait le Dr Wang Ju Yi. Le chapitre 10 du Língshū dit que « les méridiens décident de la vie ou de la mort, ils hébèrgent les cent maladies, ils ajustent le vide et le plein, ils ne doivent pas être bloqués » (经脉者、所以能决死生、处百病、调虚实、不可不通). Les méridiens étant le réceptacle de toutes les maladies, les observer ou les palper, doit aider à mieux comprendre l’état de la maladie et donc d’affiner le diagnostique énergétique clinique des patients. A ce propos, le chapitre 75 du Língshū précise: « avant d’utiliser l’acupuncture, il faut observer s’il y a vide ou plénitude dans les méridiens, il faut les séparer et les suivre, les presser et les tirer [techniques de palpation], observer leurs réactions, puis seulement après, choisir le(s) méridien(s) et le(s) point(s) [à traiter] » (用针者、必先察其经络之实虚、切而循之、按而弹之、视其应动者、乃后取之而下之).
Leur observation et leur palpation est donc très utile pour déterminer comment le corps se comporte face à la maladie. Si les symptômes du patient lié à un organe ou une entraille sont directement reflétés sur leurs méridiens, alors l’utilisation de méridiens conforte le diagnostique. Si par contre, l’observation et la palpation révèle des changements plus importants sur d’autres méridiens, qu’ils sont liés à la même maladie et s’expliquent physiologiquement, alors l’utilisation des méridiens apporte une plus-value indéniable dans le diagnostique. Le chapitre 10 du Língshū mentionne aussi le potentiel des méridiens pour soigner les maladies. En effet, après palpation, tout traitement qui s’en suit cible alors avec plus de précision le déséquilibre créé par la maladie.
Dans ma pratique, l’utilisation des méridiens comme outils de diagnostique se révèle très utile selon les cas et aide à choisir le traitement le mieux adapter à l’état de la maladie chez le patient. Cette méthode n’est pas enseignée dans les universités chinoises et on a tendance à oublier les méridiens au profit du diagnostique par les organes avec la seule palpation du pouls et l’observation de la langue. Mais les textes classiques sont riches de connaissances qui demandent qu’à être étudiées et mises en pratique.
(*) Avec le Sùwèn, le Língshū fait partie d’un texte fondateur de la médecine chinoise, le Neijing (Classqiue de l’Intérieur). Compilation d’écrits de différents auteurs, il date de la période des Royaumes Combattants (476-221 avant J.C.).