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01/08/2012
Suisse imaginaire - Suisse imaginée
C'est en lisant le petit entretien avec l'historien Thomas Maissen paru hier dans le journal « Le Temps » que m'ai venu l'idée d'un billet sur mon attachement à notre beau pays.
Intitulé « La Suisse est une construction artistique », cet entretien présente le travail de déconstruction de notre trajectoire nationale qu'entreprend depuis quelques années l'historien zurichois. Loin de considérer l'attachement à notre pays comme une denrée périmée ou de vouloir casser le mythe helvétique, le chercheur montre que la fabrication de la Suisse actuelle s'est élaborée comme une « entité politique imaginaire », une « construction artistique ».
Pour comprendre cette idée, on peut l'illustrer par l'exemple du Pacte de 1291, qui sera en réalité défini bien plus tard comme acte fondateur de la Confédération, soit à la fin du XVème siècle lorsqu'apparaît une structure constitutionnelle pour l'assemblée fédérale (la « Diète »).
Plus intéressant, il montre comment toute cette Suisse « reconstituée » a été bâtie sur la peur d'une menace extérieure. Pourtant, l'acte fondateur de la Suisse moderne, la Constitution de 1848, s'est directement inspiré des constitutions française et américaine. C'est une réponse aux défis communs à l'ensemble de l'Europe.
Symboliquement, c'est la reconstitution de la figure d'Helvetia contre celle de Guillaume Tell. C'est la construction sur le principe du Sonderfall (l'exception suisse contre le reste du monde) face à celle de l'ouverture et de l'intégration des pluralités de langues, de religions, d'origines, ce qui constitue justement la force de la Suisse actuelle.
Pour quelqu'un comme moi dont la trajectoire de vie - né à Beyrouth d'une mère suisse alémanique et d'un père libanais, j'y ai effectué la plus grande partie de ma scolarité, avant de rejoindre le gymnase à Bienne puis l'EPF de Zürich, pour finalement vivre à Genève depuis 23 ans - rend assurément palpable la nécessité de diversité, ce travail de déconstruction des mythes est plus que jamais nécessaire.
Non pas pour rejeter l'attachement à son pays, mais au contraire pour que chacun et chacune puisse y trouver sa place et faire entièrement partie de ce qui est finalement une mosaïque dont la beauté impressionne à la fois par sa puissance et sa fragilité.
A Genève, nous aurons une belle occasion d'assumer notre part dans ce travail sans cesse renouvelé de déconstruction des mythes, puisque nous marquerons bientôt les 200 ans de l'entrée de Genève dans la Confédération helvétique. Genève comme l'un des membres les plus récents de la "construction artistique" et pilier essentiel de cette belle mosaïque, pilier qui a souvent tendance à négliger ce lien très fort. Ce rendez-vous du bicentenaire n'a pas qu'une dimension historique et symbolique, qu'on pourra commémorer à coups de discours et de feux d'artifices. J'y vois également une dimension très contemporaine, consacrée à la réalité complexe des liens entre Genève et la Suisse, dans le contexte du développement très particulier de l'agglomération genevoise ces dernières années. Les autorités genevoises annonceront très bientôt une initiative commune pour aborder cette échéance qui pourrait être, voire doit être, un moment essentiel de la vie genevoise.
A l'occasion de cette fête nationale, j'aimerais que tous ceux et toutes celles qui aiment notre pays puisse transmettre cet attachement comme force d'ouverture sur l'autre et sa diversité.
Je vous souhaite une magnifique Fête nationale !
NB: Merci à Roger Deneys pour la version originale de cette image!