Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06915.jsonl.gz/540

Vous avez disputé un premier set de rêve avant de vous effondrer progressivement. Que s'est-il passé?
STAN WAWRINKA: C'était un bon premier set, c'est sûr, mais lui (réd: Corentin Moutet) n'était pas vraiment dans le coup. Je ne peux pas cacher que cette défaite est dure à accepter. C'est toujours une déception de perdre au premier tour d'un Grand Chelem. Mais c'est la réalité du moment. C'est la réalité du joueur que je suis aujourd'hui. Voilà où j'en suis, tout simplement. Je le savais avant de jouer ce match.
Et où en êtes-vous?
J'ai encore besoin d'énormément de travail. Des entraînements physiques, des heures de tennis. Tout. Ce n'est pas que je joue mal ou que je ne sois pas bon, mais je n'ai pas atteint le niveau qui me permettrait de me sentir bien dans un tel match. Je me bats, j'essaie. Mais malheureusement, je suis obligé de passer par des moments comme ceux-là. Par des mauvais matchs. Par des défaites au premier tour d'un Grand Chelem. Par des déceptions. Parce que j'ai besoin de compétition pour retrouver mes sensations, et le bien-être qui va avec.
Physiquement, vous sentez-vous à 100% de vos capacités?
Oui, je suis à 100%. Mais ce n'est pas assez pour gagner des matchs... Je ne suis pas fit comme je le voudrais (réd: il suit un régime alimentaire strict depuis février) et mon tennis n'est pas extraordinaire non plus. Il faut continuer à travailler. Il faut disputer un maximum de matchs et tout va revenir, j'en suis convaincu. Je sais que je me rapproche énormément. C'est une question de quelques semaines, voire quelques mois, puis ce sera bon. Je le sais. J'en suis sûr.
A quel moment le match vous a-t-il échappé? Pourquoi?
C'était au début du deuxième set. Il a essayé «d'en mettre» un peu plus et j'ai commencé à hésiter sur mon jeu, sur mes choix. Quand un match part du mauvais côté, le tourbillon tourne très vite. Surtout quand on est en recherche de confiance, en recherche de son tennis. En recherche de tout.
Vous avez crié à deux reprises. Vous avez donné un coup de pied dans un panneau publicitaire. Est-ce la frustration de ne pas réussir les coups que vous exécutiez facilement «avant»? Est-ce une lutte intérieure?
Non, la frustration ne vient pas des comparaisons avec «avant». Je suis conscient de mes limites. Je vis dans le présent, avec mes possibilités du moment. Jamais je ne me dis: «Avant je réussissais ces coups, avant je faisais ceci ou cela.» Je suis seulement frustré par la situation. J'ai conscience qu’avec mes moyens, je peux faire mieux. Je sais que certaines choses dysfonctionnent parce que la tête réfléchit trop, parce que le corps a des hésitations lui aussi. Une fois que tu perds le peu de confiance que tu as en toi, dans un jour comme celui-là, tout part en vrille.
Est-ce la raison de votre nervosité ou faut-il aussi y voir le contexte particulier de Roland-Garros, où vous avez triomphé en 2015? Un peu le trac de l'artiste avant un grand retour sur scène?
Pour moi, la nervosité ne vient pas de l’endroit où je joue mais, malheureusement, de mon niveau actuel. Je suis en recherche de confiance et d'énormément de choses. Dans ma carrière, j'ai toujours eu besoin de temps pour me construire, pour assembler les pièces du puzzle. Ce ne sera pas plus facile à mon âge, après un an loin du circuit. Il faut être lucide. Il faut être humble et savoir ce dont on a envie. Moi, je sais ce que je veux. Je sais que je vais revenir à un très bon niveau. J'en suis convaincu, parce qu'il y a trop de choses qui me font dire que j’en serai capable. Mais pour cela, il faut repartir au travail. Je n'ai pas de problèmes à m'entraîner dur, à accepter toutes les choses nécessaires. Il faut juste les faire.
Vous semblez très déterminé. Qu'est-ce qui vous pousse encore à vous faire violence chaque jour?
Je reviens pour moi, pour des raisons très personnelles. Je suis également inspiré par ces sportifs de mon âge (réd: 37 ans) qui gagnent encore ou, parfois, qui dominent leur discipline. Comme eux, j’ai encore envie de vivre des émotions fortes. Je veux revivre ces grands matchs et terminer ma carrière comme il faut, sur un dernier exploit.
Grigor Dimitrov était autrefois la plus grande promesse du tennis masculin. Il a gagné le tournoi juniors de Wimbledon, a atteint les demi-finales à l'âge de 23 ans et, plus tard, les demi-finales de l'Open d'Australie et de l'US Open. Il a aussi remporté la finale des huit meilleurs joueurs de l'année en 2017. En raison de son style de jeu élégant, il a souvent été comparé à Roger Federer. Sa carrière s'est déroulée comme prévu. Puis, dès le début de la pandémie, le Bulgare a contracté le coronavirus. Cela a fait de sa vie un enfer.