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Pour Eliézer Ndinga, directeur de la recherche chez 21Shares, le fait d’investir dans des devises numériques via des ETP permet aussi de satisfaire aux exigences réglementaires.
Comment peut-on investir au mieux dans les cryptomonnaies – en misant sur des devises individuelles ou en achetant des paniers de crypto-actifs réunis dans des exchange-traded products (ETP)? Comment la branche a-t-elle pu rebondir après les dommages causés par la déroute de la plateforme FTX l’automne dernier? Le point sur ces questions et sur les développements actuels en lien avec la technologie des chaînes de bloc avec Eliézer Ndinga, Head of Research chez 21Shares.
Il y a effectivement plusieurs similarités entre le développement de ces deux technologies. Parmi celles-ci, il faut se souvenir qu’Internet, conçu d’abord dans le domaine militaire, a commencé à être utilisé dans des cercles relativement restreints jusqu’au milieu des années 1990. La technologie était là mais elle n’intéressait que les passionnés. A la fin des années 1980, le protocole TCP/IP existaient déjà, puis il a été complété par SMTP en ce qui concerne l’envoi d’emails. Il lui a fallu plusieurs années avant de commencer à être adopté.
En ce qui concerne le Bitcoin, la technologie basée sur les chaînes de blocs ou blockchain existe depuis le début de la dernière décennie mais il lui a fallu plusieurs années pour commencer à intéresser des gens au-delà d’un cercle restreint. Ce protocole est accessible à tous et il est maintenu par un réseau décentralisé.
Un autre point commun entre les deux approches est l’absence d’intermédiaires: la blockchain a été développée de façon à pouvoir effectuer des transferts de valeur via Internet mais sans qu’il ne soit nécessaire de passer par une banque. Maintenant, il y a aussi des différences entre les développements de ces deux technologies: lorsque les premiers modèles de cryptomonnaies ont été élaborés dans les années 1990 par des groupes décrits sous le nom de Cyberpunk, ceux-ci ont d’abord travaillé sur des modèles centralisés, soit tout le contraire de l’approche de la blockchain.
Un point de comparaison intéressant est de constater que plusieurs des entreprises qui ont par la suite occupé une position dominante parmi les valeurs technologiques ont justement émergé durant cette période. Google et Amazon ont émergé durant cette période par exemple. Il faut également se souvenir qu’il y a eu d’importants scandales au début des années 2000, comme la faillite de Enron active dans l’énergie et les télécommunications, pour citer un exemple. Même s’il s’agit de situations très différentes de FTX, il vaut la peine de se rappeler que l’apparition et l’adoption de nouvelles technologies ne surviennent que rarement sans accroc.
Maintenant, en qui concerne l’affaire FTX, je pense qu’il est important de rappeler que la déroute de cette plateforme ne résulte pas d’un problème d’ordre technologique mais qu’elle a été causée par son mode d’organisation ou de gestion. Il y a une grande différence entre le protocole utilisé par les cryptomonnaies et les agissements qui peuvent se produire dans telle ou telle entreprise. Par exemple, ce n’est pas parce qu’il y a aujourd’hui beaucoup de fraudes qui sont organisées par le biais de l’envoi de courriels que l’on va remettre en question la technologie qui sert de base à l’envoi d’e-mails. C’est pourquoi, en ce qui concerne les investissements dans les cryptomonnaies, il est particulièrement important de consacrer beaucoup d’efforts à la formation des utilisateurs ou des investisseurs. Les affaires autour de FTX ou d’autres plateformes ne représentent pas du tout l’innovation dans notre secteur d’activité.
De notre point de vue, opter pour la structure des ETP est un choix – c’est un choix de sécurité et c’est aussi un choix de simplicité. Cela permet d’avoir ses placements en cryptomonnaies sur le même compte que celui qu’un investisseur utilise pour n’importe quelle autre sorte d’actifs. C’est un choix à la fois personnel mais qui peut aussi être nécessaire pour des raisons professionnelles : par exemple, une compagnie d’assurance ou un investisseur institutionnel ne peut investir que dans des titres régulés. En investissant dans des cryptomonnaies via des ETP, les exigences imposées par la régulation seront ainsi satisfaites.
En ce qui nous concerne, environ 85% des ETP investis en cryptomonnaies que nous proposons sont achetés par différentes institutions financières, le reste étant acquis par des investisseurs privés ou d’autres acteurs comme des hedge funds par exemple.
Il s’agit d’un ensemble de critères. Nous consacrons, premièrement, beaucoup de temps à sonder quel est l’intérêt des clients pour telle ou telle cryptomonnaie. Nous avons deuxièmement aussi notre propre vue sur les différentes cryptomonnaies que nous évaluons sur la base de données quantitatives et qualitatives. Nous évaluons par exemple toujours la qualité de la blockchain qui est utilisée, de l’équipe qui a lancé une cryptomonnaie, etc. Nous évaluons aussi ce que l’on pourrait appeler la politique monétaire d’une cryptomonnaie – par exemple, le Bitcoin a fixé un plafond de 21 millions de bitcoins qui peuvent être extraits ou «minés» dans le jargon. Quand nous lançons un panier de cryptos, nous veillons à ce qu’il s’agisse d’une combinaison cohérente. Enfin, nous tenons bien sûr aussi compte des critères de liquidités.
L’un d’entre eux est le réseau Lightning Network. Ce protocole de paiement de pair-à-pair, construit comme une application de deuxième couche adossée à la blockchain Bitcoin, a l’avantage de permettre le transfert de valeurs d’une cryptomonnaie à une autre à des tarifs très bas. On peut aussi citer Stacks, qui ajoute une couche de contrats intelligents sur le Bitcoin. Cette plateforme entre en concurrence avec Ethereum, la deuxième cryptomonnaie la plus importante en termes de capitalisation boursière.
Cela montre que, grâce au cadre réglementaire, à l'approche innovante et à l'écosystème, les entreprises blockchain prospères peuvent se développer en Suisse et exercer une influence mondiale, au point que des entreprises étrangères souhaitent investir dans ces entreprises. Cette transaction est une excellente nouvelle pour la Suisse.