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Sous le titre En toutes lettres… Cent ans de littérature à La Nouvelle Revue Française la Fondation Martin Bodmer, à Cologny, propose une exposition temporaire magique pour le centenaire de l’une des revues littéraires de langue française les plus renommées.
La vie de la NRF a été marquée par les événements de l’histoire du vingtième siècle, ses directeurs, rédacteurs-en-chef et gérants et ses nombreux écrivains associés, compagnons de route: les documents présentés l’attestent.
Un faux départ: un premier numéro 1 daté du 15 novembre 1908 est publié. Un groupe d’écrivains parmi lesquels Eugène Monfort, Charles-Louis Philippe, Henri Ghéon, André Ruyters et Michel Arnaud ont décidé de fonder un nouveau journal littéraire. André Gide, Jacques Copeau et Jean Schlumberger les ont rejoints. Gide, «l’insaisissable grand inspirateur de la NRF», tente depuis longtemps de faire paraître une revue. Première sortie, première polémique entre Gide et Monfort à propos du contenu, le groupe éclate. Puis un second numéro 1 daté du 1er février 1909 est édité sans Monfort. Dès lors la revue est régulièrement publiée. Copeau, Ruyters et Schlumberger assurent la direction puis Copeau seul. Mais c’est Gide qui organise les réunions mensuelles du comité très élargi de la NRF… et établit la liste des invités!
La publication s’arrête en septembre 1914 et ne reprend qu’en juin 1919. La guerre a dispersé les auteurs. A la reprise, Jacques Rivière assure la direction, bientôt assisté par Jean Paulhan.
Le roman est le genre maître de la NRF. Depuis sa fondation, elle a publié presque tous les noms les plus importants de la littérature: Gide, Claudel, Valéry et Proust, mais aussi Aragon, Artaud et Breton, Jouhandeau, Giraudoux et Morand, Alain-Fournier et Supervielle, Saint-John Perse, Daumal et Ponge, Malraux, Camus et Sartre, Faulkner et Joyce, Robbe-Grillet, Modiano et Le Clézio, ou des inclassables, comme Audiberti ou Cingria. Elle a également accueilli ceux qui ont renouvelé le genre critique: Rivière, Thibaudet, Blanchot ou Jaccottet, et permis la découverte des cosmopolites comme Larbaud ou Caillois.
Le couple Gallimard – NRF
En 1910, la NRF crée un comptoir d’édition et engage Gaston Gallimard en tant que gérant. En 1918, la guerre finie, celui-ci crée une entreprise distincte de la NRF, la librairie Gallimard. C’est la revue littéraire qui crée la maison d’édition. Leurs activités sont depuis complètement imbriquées. D’avril 1925 à décembre 1934, Gaston Gallimard assure la direction de la NRF. Paulhan en est le rédacteur en chef; il devient directeur en janvier 1935.
La NRF cesse sa publication en juin 1940 et reparaît en décembre avec l’accord larvé de Gallimard, sous la direction de Pierre Drieu La Rochelle qui collabore avec l’occupant allemand. Sous Vichy, Gallimard a une position très ambiguë. Il tolère dans ses bureaux les activités de Paulhan qui participe à la Résistance tout en publiant des traductions de classiques allemands comme Goethe pour se concilier les faveurs de l’occupant allemand. A la Libération, de nombreux témoignages d’écrivains permettent à Gallimard de faire profil bas et de protéger sa maison d’édition. Mais la NRF sert de paratonnerre et est interdite. L’exposition présente côte à côte les témoignages de Camus et Sartre, alors amis, mais qui vont s’affronter en 1952 à propos de L’Homme révolté de Camus.
La publication reprend le 1er janvier 1953 sous le titre épuré de La Nouvelle Nouvelle Revue Française sous la direction de Paulhan et Marcel Arland. Une reprise que François Mauriac critique violemment. Gallimard est caricaturé en requin des lettres. En novembre 1968, Arland prend seul la direction de la revue, Dominique Aury, alias Pauline Réage auteure de l’Histoire d’O, devient secrétaire générale. En septembre 1977, c’est Georges Lambrichs qui prend la tête de la revue. Jacques Réda devient directeur en septembre 1987; Bertrand Visage rédacteur en chef en 1996, suivi par Michel Braudeau, romancier et critique littéraire en 1999.
En 1930, la NRF comptait 12’000 abonnés, 25’000 en 1953. Aujourd’hui la revue, devenue trimestrielle en 1999 pour des raisons économiques, est tirée quatre fois par an à 5’000 exemplaires.
Encore un mot sur la légendaire et austère couverture de la revue mise au point en 1911 lors de la publication de L’Otage de Paul Claudel: le monogramme central dessiné par Schlumberger, la teinte blanc sable du papier, l’encadrement du triple filet rouge et noir et les mêmes couleurs pour le texte. Faut-il lire, comme dans un roman, le blanc pour ceux qui prient, le rouge pour ceux qui combattent et le noir pour ceux qui travaillent?