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05/02/2016
Soif et brûlures (8, à suivre)
Vers minuit, épuisés par leurs éternelles suppositions, contradictions et justifications, les deux hommes allèrent se coucher. Chacun dans sa turne, chacun dans son univers.
Dans la chambre de Nikolaï, il y avait beaucoup de livres, des romans et des plaquettes de poèmes surtout, et énormément de journaux, entassés par pile, un peu partout. Et trois portraits, des reproductions photographiques, mis sous verre et encadrés, accrochés au mur l’un à côté de l’autre. Lénine à gauche, Dostoïevski à droite et Maria Nikolaïevna, la fille du dernier Tsar de Russie, au centre. Lénine réfléchissait, Dostoïevski se grattait la barbe et Maria souriait.
Dans celle de Fédor, il y avait également beaucoup de bouquins, des traités de philosophie, des ouvrages éducatifs et des dictionnaires mais rien n’émanait du mur. Les parois étaient blanches. Vierges. Pas la moindre trace d’un quelconque tableau cloué dans le passé. Rien. Le vieil instituteur n’admirait personne et ne rêvait que rarement de quelqu’un.
Père et fils dormaient profondément. Chacun dans sa profondeur, chacun dans sa nuit...