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Les écoles primaires des années 20 comportaient un enseignement efficace de la langue française, mais c'est au cours des quatre années (1934-1938) où il fut élève à l'Ecole Normale du Canton de Vaud sise à Lausanne que le compositeur développa son goût pour la littérature. Très tôt, au contact d'amis du Collège classique (dont le futur chansonnier Pierre Dudan), il se familiarisa surtout avec l'œuvre de poètes tels que Baudelaire, Verlaine, Rimbaud. L'un des écrivains qui eut une influence majeure fut André Gide, véritable porte-drapeau de toute la jeunesse de cette époque, surtout après la parution des célébrissimes Nourritures terrestres. JFZ s'offrit le plaisir de lire l'œuvre entier de cet auteur.
À côté d'intégrales d'œuvres philosophiques telles que celles d'un Teilhard de Chardin, S.-U. Zanne, ou Hermann de Keyserling, le compositeur accorda une place de choix à celles de l'écrivain Suisse romand Edmond Gilliard, dont il apprécie non seulement la rigoureuse beauté de l'écriture, mais encore l'originalité et la nouveauté de la pensée. JFZ n'avait pas 20 ans quand Gilliard devint, au-delà même du magistral écrivain, un maître à penser dont la profonde réflexion n'a cessé de l'habiter.
JFZ a toujours aimé écrire, preuve en est l'abondante correspondance qu'il entretient encore la nonantaine largement dépassée. Et aussi un goût inné de la discipline : celle du piano, puis de l'aviation, et bien évidemment celle de l'écriture. Le moindre billet anodin requiert de sa part une totale rigueur de rédaction. Au long de sa vie, il a noté des pensées, sous forme de journal, puis de feuillets épars qu'il conserva à côté de nombreux poèmes dont à peine une vingtaine survécut à sa critique. En pensant que tout cela pourrait servir un jour.
Ce jour arriva très tard puisque la mise en chantier de l'ouvrage à Tu et à Toi date de 2009, le compositeur ayant atteint 92 ans. Pourquoi si tard et pourquoi ce titre ?
Si tard parce que la nécessité de cette œuvre a surgi précisément en raison de l'âge avancé du compositeur d'une part, et d'autre part du fait que retraité depuis 1982, il jouissait de la totalité de son temps. Il explique sa motivation dans la présentation de l'ouvrage paru aux Editions de l'Aire à Vevey (CH) en 2012 : J'ai éprouvé, en fin d'une vie avec laquelle je dialogue toujours avec passion, le besoin d'offrir quelques reflets de ma pensée et quelques images de mon existence, parce que la somme de ses œuvres musicales révèle ce que je sens, mais nullement qui je suis.
Ce livre, écrit avec beaucoup de tendresse,-se présente sous la forme d'un dialogue imaginaire entrecoupé de 24 Autrefois, tableautins d’événements qui l'ont particulièrement marqué.
Quant au titre, il se veut l'expression de l'importance vitale accordée à l'Autre et à l'Amitié.
Extrait
[...] Il y a un plaisir délicieusement coupable à rester couché alors que le jour, lui, est obligé de se lever pour accomplir son devoir matinal et magistral de résurrection du soleil.
Il est temps, un jour de plus, de naître au monde et de savourer les promesses de l'aube. Le jour qui commence t'offre la joie de faire ce que tu n'as pas fait, par négligence, par impuissance, par absence de courage, peu importe. L'aube n'a que faire de tes explications, qui, le plus souvent, ne valent pas grand-chose. Ne trouves-tu pas prodigieuse cette remise à zéro ? On efface tout et on recommence ? On a le devoir de mériter cette faveur.
Alors, en marche ! Et persuadé que si tu ne vas pas vers les autres – en pensée ou en acte – tu n'es personne. [...]