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L’esprit de pionnier et le goût de l’aventure caractérisent trois générations de la famille Piccard, dont le plus célèbre représentant est sans doute Bertrand Piccard (ici à gauche 👇), qui fut le premier homme à faire le tour du monde en ballon sans escale en 1999. Entre 2015 et 2016, il marqua son engagement pour un monde durable en faisant le tour de la planète bleue à bord d’un avion solaire.
Son grand-père, Auguste Piccard (1884-1962), fut le premier homme à pénétrer dans la stratosphère. Le 27 mai 1931, il atteint l’altitude record de 15 781m à bord du ballon «FNRS-1». Cette ascension avait pour but d’explorer les couches d’air au-dessus de l’atmosphère. Avec cette expérience en ballon, il confirma une partie de la théorie de la relativité de son ami Albert Einstein (1879-1955). Tous deux avaient étudié à l’Ecole polytechnique fédérale (EPF) de Zurich.
Auguste Piccard inspira aussi au dessinateur de bande dessinée belge Hergé (1907-1983), le personnage du «professeur Tournesol», qu’il représentait toujours ébouriffé.
Dans les années 1930, Auguste Piccard se tourna vers l’exploration des grands fonds sous-marins. Il appliqua le principe du ballon stratosphérique aux profondeurs de l’océan. Il baptisa sa machine des grandes profondeurs «bathyscaphe», terme formé à partir des mots grecs bathos (profond) et scaphos (navire). Le 23 janvier 1960, son fils Jacques Piccard (1922-2008) plongea avec l’océanographe américain Don Walsh, à bord du sous-marin «Trieste» à la profondeur record de 10'916 m, en un point de la fosse des Mariannes.
Après sa plongée réussie, Jacques Piccard s’employa à la construction du «mésoscaphe», un sous-marin pour les profondeurs moyennes, en prévision de l’Expo 64 à Lausanne.
Les travaux débutèrent en février 1963 dans les ateliers de fabrication de l’entreprise Giovanola Frères, à Monthey. Pour s’entraîner à la mise à l’eau du sous-marin, un test fut effectué avec l’immersion d’une ancienne locomotive à vapeur sur un rail. La mise à l’eau officielle du colosse de 165 tonnes eut lieu au Bouveret le 27 février 1964, devant les médias et un public venu en nombre. Le plus grand sous-marin touristique du monde jeta l’ancre dans le port du site de l’Expo à Lausanne.
Outre l’«Auguste Piccard PX-8», du nom de son concepteur, un hydroptère de l’entreprise Supramar souligna la force d’innovation de la Suisse dans le domaine des véhicules nautiques. De juillet à fin octobre 1964, le «mésoscaphe», propulsé par un moteur électrique, effectua plus d’un millier de plongées et fit ainsi découvrir les profondeurs du Léman à 33 000 passagers. Outre les images diffusées sur les écrans, chaque plongée était commentée par une hôtesse. Malgré la visibilité limitée des eaux lacustres, c’était une expérience spectaculaire.
De nombreuses célébrités comme Walt Disney, l’une des personnalités les plus marquantes du cinéma du 20e siècle, ne manquèrent pas de faire un tour dans ce vaisseau de plongée unique. Ce dernier accueillit à son bord d’autres invités exceptionnels, tels que des saltimbanques du cirque national Knie avec deux de leurs chimpanzés. La coque de 28,5 m de long et de 6,8 m de large permit également d’accueillir un défilé de mode de «Madame TV», un magazine de société de la Télévision suisse romande (TSR, aujourd'hui RTS), diffusé de 1962 à 1971.
Malgré le succès du «mésoscaphe», la direction de l’Expo se brouilla avec son concepteur, Jacques Piccard, avant l’ouverture de l’exposition, après avoir constaté que celui-ci ne possédait pas de brevet d’ingénieur et pour des questions de sécurité. En conséquence, Piccard ne fut même pas invité à la cérémonie d’ouverture officielle. Il se rendit ultérieurement à l’exposition en achetant son billet d’entrée comme un visiteur ordinaire.
Après l’Expo 64, le sort du «mésoscaphe» resta longtemps incertain. En 1966, il fut transporté à Marseille où il servit temporairement d’attraction touristique. En 1969, la société «Horton Maritime Explorations» de Chicago le racheta et le transforma en bateau de recherche. L’apparence et le fonctionnement du sous-marin évoluèrent plusieurs fois dans les années 1970 et 1980: il fut équipé d’un nouveau kiosque et de deux moteurs diesel, peint en rouge, endommagé par un ouragan, réparé et utilisé à différents endroits entre les Etats-Unis et la Colombie.
Dans le contexte de la Guerre froide, seuls les sous-marins militaires étaient autorisés aux Etats-Unis. C‘est pourquoi il fallut l’équiper d’une voile et le faire naviguer à la surface, de San Diego à Vancouver, en 1978.
Mais, la mission la plus insolite du plus grand sous-marin non militaire du monde est celle qui lui fut confiée, en 1981, par une société spécialisée dans les missions d’exploration. Celle-ci le loua en Colombie pour rechercher l’épave du galion espagnol «San José», coulé par la flotte anglaise en 1708. Le galion transportait à l’époque des richesses pour la couronne espagnole – un trésor dont la valeur était estimée entre 5 et 17 milliards de dollars américains. Depuis que le sous-marin a trouvé l’épave en 1982, une bataille juridique opposent les parties pour le règlement des droits de propriété. Le trésor repose toujours au fond de la mer.
Une association créée en 1995 s’engagea en faveur de la préservation du légendaire sous-marin. Quatre ans plus tard, le colosse d’acier de 165 tonnes fut transporté en Europe à bord d’un porte-conteneurs et revint en Suisse en remontant le Rhône.
Lors de l’Expo.02, le sous-marin, rongé par la rouille, refit surface à Morat, où il devint un symbole de l’éphémère sur l’arteplage «Instant et éternité». En 2005, il fut transporté au Musée suisse des Transports à Lucerne. Au terme de neuf ans de travaux de restauration, il fut rendu accessible au public et sera, espérons-le, conservé pour l’éternité.
Depuis le 24 février 2022, des bombes s’abattent à nouveau sur l’Europe – et pas seulement sur des installations militaires: également sur des habitations non protégées dans des villes de millions d’habitants. Les images des personnes réfugiées dans les stations de métro de la capitale ukrainienne ont fait le tour du monde. Cela a sûrement rappelé à de nombreux Suisses que notre pays compte des abris antiatomiques spéciaux pour la population civile, ce qui n’est évidemment pas un hasard, mais le fruit d’une décision.