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Il ne faut pas uriner dans l’eau chlorée de la piscine. Voici pourquoi
Inconvenant, le mélange de l'eau chlorée et de l'urine peut aussi être dangereux. Telle est la conclusion d'une étude qui vient d’être publiée dans la revue Environmental Science and Technology1. Ce travail original a été dirigé par Lushi Lian (Université agricole de Chine) et supervisé par Ernest L. Blatchley (Université Purdue, Etats-Unis). Les chercheurs aboutissent à une conclusion intéressante: mélangée à de l'eau chlorée, certains composés chimiques naturellement présents dans l'urine humaine entraîneraient la création de plusieurs sous-produits susceptibles de nuire à la santé des nageurs. Dans ce cas, loin de jouer un rôle de purificateur, le chlore utilisé pour désinfecter l'eau des piscines pourrait jouer un rôle toxique. Explications.
Une demi-tasse par nageur
L'urine humaine est essentiellement composée d'eau (95% environ). Mais elle contient toutefois plus de 3000 composants chimiques, parmi lesquels l'urée (2%), la créatinine (0,1%) et l'acide urique (0,03%). C'est à ce dernier que les chercheurs se sont tout particulièrement intéressés. Ils ont constitué des mélanges d’eaux chlorées et d’acide urique ressemblant à ce liquide biologique qu’est l’urine. Ils ont ensuite analysé les sous-produits azotés ainsi crées. Ils ont également analysé des échantillons d'eau prélevés dans des piscines.
Le chlore utilisé pour désinfecter les piscines peut réagir avec d'autres substances chimiques, dont les fluides corporels humains. De précédentes études avaient démontré qu’un nageur libère entre 0,2 et 1,8 litre de sueur, et entre 25 et 117 millilitres d'urine (soit environ une demi-tasse) par bain dans une piscine.
Yeux rouges, irritations, etc.
Le chlorure de cyanogène (CNCl) et la trichloramine (NCl3) sont connus comme des sous-produits liés à la chloration des piscines. Ces produits chimiques ont pour propriétés d’être irritants et nocifs pour les poumons et le cœur, voire pour le système nerveux central au-delà de certains niveaux d'exposition. A petite dose, ils peuvent provoquer l'apparition de symptômes désagréables (yeux rouges, toux, irritation de la gorge, nez qui coule, extinction de voix), comme l’a récemment montré une étude italienne
Mais d'où viennent le chlorure de cyanogène et la trichloramine? Les scientifiques ont cherché à répondre à cette question, partant à la recherche de leur précurseur chimique. Et au final, ils désignent un suspect principal: l'urine humaine, qui est souvent présente dans l'eau de nos piscines.
Les résultats sont sans appel: une fois mélangés, l'eau chlorée et l'acide urique ont bel et bien produit du CNCl et de la NCI3 – composés par ailleurs présents dans l'ensemble des échantillons d'eau de piscines analysés. Mais les chercheurs ont ensuite ajouté de l'acide urique à ces échantillons, ce qui a eu pour effet de faire grimper les niveaux de chlorure de cyanogène.
Continence responsable
«Si les nageurs évitaient d'uriner dans la piscine, la qualité de l'air et de l'eau en seraient à coup sûr améliorées, et ce indépendamment d'autres modifications (épuration des eaux, circulation de l'air)», concluent les auteurs. Ils ne vont toutefois pas jusqu’à fournir les solutions pratiques pour que leur souhait quant à la continence responsable des nageurs soit exaucé dans les piscines du monde entier. Ils ne répondent pas non plus à la question de savoir pourquoi une proportion non négligeable d’êtres humains éprouve, une fois leur corps plongé dans une piscine, une impérieuse envie d’uriner.
1. Un résumé technique (en anglais) de ce travail est disponible ici