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Le malheur des uns fait le bonheur des autres: en s'inclinant en quart de finale à Dubaï, Novak Djokovic a laissé sa couronne de N.1 mondial à Daniil Medvedev, le Russe au caractère bien trempé et décomplexé, qui devra désormais composer avec ce nouveau statut.
Il ne montera sur le trône de l'ATP que lundi officiellement, mais déjà, Daniil Medvedev pouvait déjà se réjouir jeudi d'avoir remporté son duel à distance avec Djokovic.
«Ce n'est pas facile de jouer un match quand on apprend ça pendant la journée», a déclaré le Russe, qualifié lui pour les demi-finales à Acapulco après sa victoire 6-2, 6-3 sur le Japonais Yoshihito Nishioka.
A 26 ans, il met fin à la domination de quatre géants: pour la première fois depuis 2004, la tête de l'ATP échappe à l'un des membres du «Big 4», à savoir Djokovic, Roger Federer, Andy Murray et Rafael Nadal.
Le natif de Moscou retrouvera d'ailleurs l'Espagnol en demies au Mexique, moins d'un mois après leur bras de fer en finale de l'Open d'Australie qui avait tourné en faveur du Majorquin au 5e set alors que Medvedev avait mené 2 manches à 0.
Le Russe, sacré à Flushing Meadows cinq mois plus tôt, avait alors laissé échapper sa chance de devenir le premier joueur de l'ère Open (depuis 1968) à remporter coup sur coup deux premiers titres en Grand Chelem.
Mais durant sa quinzaine australienne, il avait aussi su s'extirper de quelques situations périlleuses, preuve d'une maturité nouvelle.
«J'étais fou!»
C'est un peu par accident que le longiligne Russe (1,98 m) s'est retrouvé avec une raquette en main à 9 ans. En l'emmenant à un cours de natation, sa mère Olga est tombée sur une annonce pour des leçons de tennis et son père Sergey, ingénieur informatique, a trouvé que l'idée de l'y inscrire était bonne.
Il ne savait pas, alors, que les raquettes lui coûteraient cher. Car, lorsque les choses lui échappent, son fils se révèle être une vraie boule de nerf.
«J'étais fou !», a-t-il avoué au journal L'Equipe en 2019. «Vous n'imaginez même pas comment j'étais jusqu'à 19 ans... Je ne sais pas d'où ça vient mais, vers 10 ans, j'ai commencé à faire n'importe quoi sur le court.»
«Je criais, pleurais, cassais des raquettes... Tout ce que vous pouvez imaginer, je le faisais. Je n'ai jamais aimé être comme ça. À partir de 14 ans, je pouvais perdre beaucoup de matches à cause de cette attitude. Et après chaque défaite, je ressassais longtemps», racontait-il alors.
Après des études de physique, mathématiques, puis de commerce, ce fan de esport, notamment «Fifa», a fini par se consacrer entièrement au tennis. Et ses parents avec, puisque la famille est partie vivre avec lui à Antibes en 2014.
Il a alors 18 ans, intègre l'Élite Tennis Center à Cannes et rencontre celui qui est toujours son entraîneur, le Français Gilles Cervara.
Majeur tendu
Medvedev est encore un inconnu en 2017, quand il dispute son premier Wimbledon et s'y fait remarquer. Battu au 2e tour, il jette des pièces de monnaie au pied de l'arbitre de chaise pour contester une décision.
Mais il finit par comprendre que cette attitude ne l'aide pas. Juste avant l'US Open 2019, le Russe explique avoir recours à une préparatrice mentale pour l'aider à se canaliser. «Souvent, ça marche. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas un match où, d'un coup, je vais complètement péter les plombs.»
Cela s'est justement produit à l'US Open cette année-là. Face à l'Espagnol Feliciano Lopez, il s'était qualifié sous les huées du Louis Armstrong, après avoir arraché sa serviette des mains d'un ramasseur de balles, lancé sa raquette vers sa chaise et tendu un majeur devant la caméra. «Merci à tous, plus vous me sifflez, plus vous me donnez de l'énergie», avait-il lancé.
«J'ai été un idiot. Je travaille pour devenir un homme meilleur sur le court», s'est-il excusé plus tard. Les sifflets ne cesseront qu'en finale, un combat titanesque finalement perdu face à Nadal.
La glace a refroidi le feu dans les veines de Medvedev, qui a aussi puisé dans la lourde défaite en finale de l'Open d'Australie en février 2021 contre Djokovic, puis contre Nadal cette année, pour franchir un cap.
Après avoir chipé la place de N.1 au premier, il peut prendre «(s)a revanche» à Acapulco face au second. Et montrer avant l'heure qui est le nouveau roi.