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Texte : Gregor Loepfe
En Suisse, les artistes qui souhaitent ajouter un petit quelque chose en plus à leur album ont pris l'habitude de faire appel à Matthieu Michel, un trompettiste hors du commun et l'un des meilleurs en Europe dans son domaine. Il vient d'ailleurs d'être nominé pour le Prix suisse de musique en 2016, une consécration pour un musicien qui occupe une place déterminante sur la scène jazz européenne depuis de nombreuses années. Cette renommée, il la doit à ses talents d'improvisateur fourmillant d'inventivité et à un son emblématique. Michel a participé à la production de près de 300 albums et a joué dans différents groupes auprès des plus grands, par exemple en collaborant de nombreuses années avec le pianiste fribourgeois Thierry Lang. À ses débuts, il a principalement été trompettiste leader au sein de grandes formations, avant de rejoindre en 1993 le club très select des solistes du Vienna Art Orchestra, fondé et dirigé par le Suisse Mathias Rüegg.
Avant le jazz...
Matthieu Michel a grandi à Courtepin, un village de 300 âmes où son père représentait la porte d'entrée dans le monde de la musique: il dirigeait des chœurs ainsi que la fanfare du village et donnait des cours tout en tenant un bistrot avec son épouse. Leurs trois fils ont donc été très tôt en contact avec la musique, en particulier les cuivres, avant d'y être initiés par leur père. Et tous trois ont choisi la trompette. Jean-François est devenu un trompettiste classique reconnu, tandis que Guy s'est consacré ensuite au tuba.
Le soir, ou lors de mariages, le père jouait de l'accordéon et aimait être accompagné par ses fils, en particulier par le petit Matthieu, qui a grandi avec la musique entraînante des fêtes de village. Et il y avait toujours quelqu'un, un «con», comme le dit Michel, pour enjoindre l'enfant à monter sur la table pour faire un solo de trompette. Cela a laissé des traces: aujourd'hui encore, à cause de ce petit traumatisme d'enfant, la scène n'est pas l'endroit où Matthieu Michel se sent le plus à l'aise.
La révélation Miles Davis
Matthieu Michel a appris la trompette avec son père ainsi qu'en passant des heures à écouter des morceaux puis à les rejouer. Au début, il s'est concentré sur le répertoire populaire et de fanfare, moins par goût que parce que c'est ce que faisait toute la famille ainsi que presque tout le village. Et puis un jour, l'un de ses frères a amené un album de Miles Davis à la maison. Un véritable électrochoc! Cet enregistrement a radicalement changé sa vie. Après avoir terminé son apprentissage de menuisier, il décide de partir à Berlin et à Vienne pour apprendre la trompette jazz auprès d'Americo Bellotto. Au fil des ans, grâce à un jeu souverain, une virtuosité hors pair jusque dans les aigus les plus vertigineux et des solos de bugle à vous tirer des larmes, il est devenu l'un des musiciens que tout le monde s'arrache. Autodidacte, Matthieu Michel n'a jamais étudié dans une haute école de musique. Il a appris l'improvisation comme on apprend une langue étrangère: en écoutant, en imitant, en pratiquant avec d'autres musiciens et tout simplement en se lançant, sans peur.
Un musicien d'une grande modestie et une nouvelle passion
Aujourd'hui, Matthieu Michel donne lui-même des cours dans trois hautes écoles de musique suisses; il est désormais convaincu qu'une bonne formation dans le domaine du jazz repose à la fois sur l'apprentissage personnel et sur l'étude théorique. Il voit avant tout ces cours comme un moment d'échange et de partage. Et contrairement à ses étudiants, il a la chance d'être payé pour apprendre!
Matthieu Michel reste encore un nom peu connu, ce qui n'est probablement pas sans lien avec son naturel modeste. Il n'existe que six albums à son nom, principalement parce qu'il participe le plus souvent aux albums d'autres musiciens et manque de temps pour ses projets personnels. Mais depuis peu, le musicien s'est découvert une nouvelle passion, le travail d'ingénieur du son en studio. Il s'enregistre lui-même sur des productions qu'il reçoit via Internet et apprend les ficelles techniques du travail en studio par lui-même, «sur le tas». Réjouissons-nous! Après plus de dix années d'absence, il y a donc un espoir de voir à nouveau le nom de Matthieu Michel sur un album, produit dans son propre studio.
Matthieu Michel dans le programme de Radio Swiss Jazz