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Le temps des rebuses
Ouvrez un ancien dictionnaire, vous trouverez « rébus » ou encore « rebut », mais pas de trace de « rebuse ». En leur temps, Pierre Larousse et Émile Littré n’ont pas jugé utile de l’ajouter à la liste des mots de la langue française. Le mot n’est apparu que récemment dans les deux éditions. Il est également admis au scrabble depuis peu…
Le terme a acquis ses lettres de noblesse dans la littérature d'Émile Gardaz mais également dans l’ouvrage de Max Bouët « Climat et météorologie de Suisse-romande ». Dans un chapitre consacré aux particularités du printemps, ce dernier parle de retours récurrents du froid appelés « rebuses », précisant que ces incursions se produisent de manière assez aléatoire entre mars et juin.
Dans un article publié en 2018, Météosuisse définit également la rebuse comme « un événement climatique particulier récurrent, caractérisé par un écart aux conditions météorologiques moyennes ». Si le phénomène est censé être une particularité du mois de juin, l’Institut relève également que la période de rebuse n’est pas identifiable en pratique…
Des origines particulières
Pour la petite histoire, on utilise le terme de « Schafskälte » (froid de mouton) outre Sarine, pour qualifier les retours du froid à la fin de la période printanière. L’expression se rapporte à la phase froide de juin qui pouvait autrefois être fatale aux moutons que l’on venait tout juste de tondre.
En français, l’étymologie du mot « rebuse » est moins évidente : on serait tentés de faire allusion au retour de la bise, le « i » ayant été remplacé par un « u » au fil du temps. Mais il n’en est rien.
En réalité, la première attestation du mot « rebuse » remonte à 1789. Elle puise son origine dans les termes de « rebuza » ou de « rebusa » qui signifient : « reculer, décliner, empirer ». L’expression s’est ancrée dans le Midi de la France au XIIIème siècle, avant de transiter vers le pays de Vaud, avec l’expression « Ra-byza » que l’on trouve dans le patois de Blonay.
Plusieurs expressions romandes utilisent le mot, comme « rebuse au coucou », « rebuse de l'épine noire » ou « rebuse de l'épine blanche ». Elles marquent la coïncidence des retours du froid avec le premier chant du coucou, la floraison du prunellier (épine noire) ou celle de l'aubépine (épine blanche).
Apparemment, le mot « rebuse » a disparu des vocabulaires du Midi de la France mais il a perduré en Suisse-romande, notamment dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel. C’est en tant qu’expression romande que le terme a finalement été ajouté dans le dictionnaire français.
Philippe Jeanneret, avec le concours du Centre de dialectologie et d’étude du français régional de l'Université de Neuchâtel.
Publié le 25 mars 2019 à 14:19