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Les racines de la musique de Bach se trouvent un peu partout en terre d’Europe. S’il avait eu la possibilité de voyager en dehors de ses rares déplacements professionnels, où Bach aurait-il souhaité se rendre ? Sans hésiter, on répond : en Italie! Pas seulement comme le montre la Notenbibliothek (la liste des œuvres des compositeurs en sa possession), mais aussi, comme on peut le deviner, au regard du langage même de ses propres œuvres. En effet, Bach a été profondément influencé par la musique italienne provenant de différentes régions et écoles.
De fait, la plupart des compositeurs européens de l’époque ont été séduits d’abord par la nouvelle écriture instrumentale du trio ou du concerto grosso créée par Corelli, avant même d’être gagnés par la fièvre vivaldienne. Évoquons le nom des élèves directs de Corelli, tels que Geminiani et Locatelli, et ceux qui ont été également influencés par lui, entre autres Buxtehude, Pachelbel, Purcell, Alessandro Scarlatti, Fux, Dandrieu, François Couperin, Vivaldi, et jusqu’à Bach, Haendel et Telemann pour ne citer que les figures majeures.
De Monteverdi à Pergolesi, l’extraordinaire art lyrique italien s’est développé et s’est répandu auprès de différents compositeurs européens, donnant naissance à l’opéra, l’oratorio et la cantate. En outre, Bach prit aussi, comme modèle de stilo antico, la polyphonie vocale sacrée de la Renaissance, notamment celle de Palestrina.
En combinant éléments instrumentaux et vocaux, Bach surpasse tous ses prédécesseurs et contemporains en les fusionnant en un tout organique et cohérent. Là se trouve le cœur de son génie musical.
Les plus belles œuvres anciennes ont poussé les musiciens à chercher le style adéquat qui leur permette de greffer une interprétation personnelle en toute liberté. C’est à partir de là, justement, que l’auditeur est captivé. Dès lors, ouvrons et cultivons nos oreilles en comparant ces différentes approches, véritables richesses du monde. C’est sans doute la meilleure façon d’entrer dans la profondeur des œuvres.
Bach traite de manière polyphonique les caractéristiques de l’écriture en duo, particulièrement celle avec clavecin obligé, du « Trio corellien » ou « Sonata auf Concertenart » (sonate à la manière concertante). La main gauche sonne comme une basse continue et la main droite exécute un vrai rôle de soliste, tout en dialoguant avec une mélodie jouée par un autre instrumentiste.
Les duos flûte/clavecin (concerts 7 et 8) vont susciter de passionnantes comparaisons. Un seul billet vaut pour les deux concerts, et les étudiants des Hautes-Écoles et Écoles de musique de Lausanne et environs qui se seront inscrits bénéficient d’une entrée libre.
Par ailleurs, en nous référant à une lettre que Bach avait adressée aux autorités de Leipzig le 3 août 1730 au sujet de l’effectif des choristes et instrumentistes des grandes œuvres sacrées, nous laissons toujours le choix au chef de décider pour telle ou telle option. En fin de compte, c’est toujours l’argument de la Beauté qui l’emporte.
Pour notre 22ème édition, nous vous présentons, de Bach, la Johannes-Passion à la Cathédrale sur six écrans vidéo, l’Oster-Oratorium, – pour la première fois au festival –, le Magnificat, désormais un « habitué » du festival, deux Concertos brandebourgeois, le 2ème concert d’inauguration de notre clavecin, un récital d’orgue et trois duos. À quoi s’ajoutent Haendel aux mille visages européens : styles germanique, italien et anglais. Et pour conclure, un concert d’ensemble qui rend tout entier hommage à la splendeur de l’Italie, des 17ème et 18ème siècles.
Nous sommes persuadés que vous allez adorer et savourer pleinement ces œuvres exceptionnelles d’une époque dite du « Haut-baroque ».
Kei Koito
Directrice artistique du Festival