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Lieux mystérieux Erigé à Chardonne, le mausolée de l'un des héritiers de la société pharmaceutique permet de se plonger dans l'existence de cet être tourmenté, mais d'une grande générosité, ayant offert sans compter ses millions pour lutter contre la pauvreté et les maladies.
Il est si proche de la glissière qu'on ne l'aperçoit guère plus de quelques secondes lorsque l'on roule sur l'autoroute du Lavaux entre Chexbres et Vevey. Qui ne s'est pas déjà demandé ce que pouvait bien être ce charmant petit temple à colonnes néoclassiques perché sur un rocher dominant le lac?
Lorsque l'on se rend sur place, le mystère s'épaissit encore, car aucune indication ne vient nous aider à comprendre qui est ce Maurice Sandoz dont on devine qu'il repose ici. Le poème mélancolique inscrit sur une plaque à l'intérieur du petit édifice ne nous aide pas plus, à l'exception d'un discret indice: la présence sur sa frise d'un dessin en mosaïque représentant une cornue de chimiste et un microscope.
Temple reconstruit
Construit autour de 1815, le pavillon lui-même est vraisemblablement l'œuvre de l'architecte Henri Perregaux. Par contre, il ne se trouvait pas à l'origine sur les hauts de Chardonne mais au bord du lac à Bellerive près d'Ouchy! Il était destiné à la démolition en 1918, mais c'est à ce moment qu'entre en scène Maurice Sandoz, qui le rachète, le fait démonter en numérotant les pierres et l'entrepose sur une plage près de son château de Burier à La Tour-de-Peilz. En 1955, le temple est reconstruit sur son emplacement actuel, comme une sorte d'hommage à l'un des plus extraordinaires paysages du monde.
Suicide à Lausanne
Né à Bâle en 1892, Maurice-Yves Sandoz est l'un des héritiers du fondateur de la célèbre société pharmaceutique Sandoz. Il commença une brillante carrière de chimiste, qu'il dut abandonner pour des raisons de santé, et consacra ensuite sa vie à l'écriture, à la composition musicale et à la poésie. C'était un véritable artiste, un esthète raffiné et cosmopolite qui vivait entre l'Italie, le Portugal, la Suisse et le monde entier. Il collectionnait les tableaux, les pierres précieuses et particulièrement les automates, dont il fera don par testament au musée du Locle. L'écrivain français collaborationniste Paul Morand, qui vivait en exil à Chardonne après la guerre, disait de lui avec une pointe d'ironie sarcastique qu'il était «Le Louis II de Bavière du Léman». C'était en réalité un être tourmenté mais d'une grande générosité, créateur de prix et de bourses, offrant sans compter ses millions à des fondations et des associations luttant contre la pauvreté et les maladies. En 1958, il se suicida pendant un séjour dans une clinique psychiatrique de Lausanne, et c'est son frère sculpteur Edouard-Marcel qui fit déposer ses cendres dans le pavillon.