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"Bruit"
Josette Taramarcaz
1209 Petit-Saconnex / Genève
Les bruits ont souvent de jolis noms, parfois proches de l'onomatopée : les grands s'appellent tapage, vacarme, tumulte ou tintamarre et les petits cliquetis, gargouillis, bourdonnement ou bruissement. Mais cette élégance est trompeuse : considéré de manière générale, le bruit fait l'objet d'un jugement négatif, d'une dévalorisation. Il est assimilé à une nuisance sonore ; il est pollution, saleté, présence parasite. Dans un monde idéal, fait d'ordre, de pureté et d'harmonie, il y aurait du silence et du son, pas de bruit.
Peut-on tenter une réhabilitation culturelle du bruit? Dès le XXe siècle, certains musiciens s'y sont employés, comblant tout fossé entre bruit et son. Les philosophes pourraient, eux, essayer de rapprocher deux concepts : le bruit et le réel. Du bruit comme du réel nous nous méfions, nous avons peur, nous avons tendance à nous extraire. Contre leur anarchie et leur puissance nous luttons, tout en sachant bien que nous ne leur échapperons pas. Et souvent, nous aimons ce combat. Le réel est le socle de la condition humaine et le bruit n'est peut-être rien d'autre que l'expression sonore du réel. Qu'en pensent les artistes? (Guy Schibler)