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Critique
Le 2 février 1933, au Mans, deux employées de maison, les soeurs Papin, assassinent sauvagement leur patronne et sa fille. Rien ne laissait prévoir ce geste insensé. Madame Lancelin, une bourgeoise bon teint, traite convenablement ses bonnes. Ces dernières donnent toute satisfaction. La France s'interroge sur les mobiles d'un crime aussi atroce qu'incompréhensible.
Paul Eluard, Jacques Lacan, Simone de Beauvoir, Jean Genet et Jean-Paul Sartre s'en inspirent dans des articles ou des oeuvres célèbres.
Le cinéaste Jean-Pierre Denis - Histoire d'Adrien (1981), Champ d'honneur (1987) - revient au cinéma après treize ans d'absence et tente une plongée vertigineuse dans l'esprit déséquilibré de Christine Papin.
L'intérêt de ce film réside dans le fait que le réalisateur-scénariste n'a pas cherché à faire le procès-verbal d'un crime, mais propose un cheminement avec cette meurtrière à partir d'une enfance privée d'affection. Il n'a pas voulu non plus écrire une charge sociale contre la bourgeoisie, même si elle apparaît constamment en filigrane. Avec dépouillement - le film se déroule sans musique - avec rigueur, mais aussi en évitant le mélo et tout jugement de valeur, Jean-Pierre Denis a réussi une oeuvre qui s'adresse davantage à la réflexion qu'au sentiment. Est-ce sa faiblesse ou sa force? A chaque spectateur d'y répondre.
Maurice Terrail