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Il eût été assez surprenant, et pour tout dire absurde, que le corps des humains ne devienne pas marchandise pour un système qui fait de l'humain une marchandise.
Il eût été assez surprenant que l'obsession de la productivité ne se traduise pas en obsession de la « santé », au point que la recherche de la « santé » devienne elle-même une maladie, et en tous cas un facteur pathogène : réduit à ses fonctionnalités utiles, le corps doit être performant et la personne se rend malade à force de se vouloir en « pleine forme ».
L'obsession du bien être est une maladie sociale. La peur du risque, et donc la peur de l'autre dès lors que toute altérité est porteuse de risque, la négation de la mort, le refus de la vieillesse, la mobilisation de toutes nos ressources intimes pour la conservation de nous-mêmes, sont autant de symptômes de cette maladie sociale qui, en devenant maladie individuelle, devient maladie mortelle -mais produisant des morts-vivants : l'obsession de notre santé nous zombifie.