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Initiation aux arabesques et métaphores de l’art papou, grâce à l’exposition présentée au musée Barbier-Mueller.
par Laurent CENNAMO
Jusqu’au 31 mars, le musée Barbier-Mueller présente une centaine de pièces de Papouasie Nouvelle-Guinée et de la province de Papua, Indonésie (Papouasie Occidentale). Initiation aux arabesques et métaphores de l’art papou.
L’exposition présente les pièces majeures de la collection, témoins du savoir-faire des natifs de Nouvelle-Guinée (sculptures sur bois, pièces en écaille de tortue, de tapa et de pierre). Le choix des œuvres présentées au fil de l’exposition respecte la répartition géographique propre au catalogue accompagnant cet événement (« Ombres de Nouvelle-Guinée », ouvrage collectif sous la direction de Philippe Peltier, éditions Somogy, 270 p.). La sélection des œuvres s’est faite sur la base de leur caractère unique et de leur prestigieux « pedigree ».
Histoire
L’histoire de la Nouvelle-Guinée est aussi complexe dans les temps récents que dans ceux plus anciens. L’île – la plus grande du monde après l’Australie et le Groenland, située dans le S.-O. de l’océan Pacifique, en Mélanésie – est actuellement partagée en deux. A l’ouest, l’ancienne colonie hollandaise, connue de nos jours sous le nom de Papouasie-Occidentale ou Irian Jaya, est depuis 1969 une province de l’Etat indonésien. Quant à la partie est, elle fut divisée en 1884 entre deux puissances coloniales : au sud, les Britanniques annexèrent la Papouasie ; au nord, les Allemands prirent possession de la Nouvelle Guinée. Après la Première Guerre mondiale, l’Allemagne perdant ses colonies, les deux territoires furent placés sous mandat australien par la Société des Nations. Réunis, ils devinrent indépendants en 1975 sous le nom de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
L’histoire du peuplement de la Nouvelle-Guinée est, elle, beaucoup plus ancienne. Les premières populations s’installèrent d’abord sur les côtes, il y a près de quarante mille ans. Au fil de leurs déplacements, ces groupes s’adaptèrent à des milieux naturels contrastés. Des hautes vallées du centre aux marécages qui bordent les franges côtières, des régions de collines à celles des plaines, des petites îles coralliennes, la diversité des niches écologiques est impressionnante. Et chacune de ces niches suppose un mode de production et des organisations économiques spécifiques. A cette diversité écologique et économique répond une variation des systèmes de représentation cosmologique. Aussi, toute généralisation sur les sociétés de Nouvelle-Guinée est hypothétique. Ce qui est en usage dans telle région ne se retrouve pas dans la région voisine. Le même constat peut être fait pour les objets. Le catalogue publié à l’occasion de l’exposition témoigne de cette variété de formes, de la richesse et de la complexité des motifs.
Objets, formes, matières
Malgré cette diversité, certains auteurs ont cherché à établir le corpus des caractères communs aux arts de Nouvelle-Guinée. L’une des caractéristiques les plus souvent relevées est la très forte présence de représentations qui entremêlent figures animales et humaines. Le phénomène s’explique par le fait que les populations de Papouasie-Nouvelle-Guinée tirent leur substance de l’exploitation de la nature. Ainsi les thèmes déployés, les systèmes symboliques mis en place, ne peuvent se lire sans faire référence au monde végétal ou animal. Ce même monde végétal fournit la majeure partie des matériaux utilisés pour fabriquer les objets.
La première chose qui frappe en effet à la vue de ces objets est l’usage et l’assemblage immodérés de matériaux les plus inattendus. Bois, écorces, tissu végétal, peaux, feuilles, lichens, plumes, ailes d’insectes, os, sèves, glus ou encore cheveux humains, la liste est presque infinie. Comme sont infinies les formes et les effets obtenus par l’emploi combiné de ces matériaux. Ces objets posent évidemment un problème d’interprétation : quel sens donner à ce procédé d’accumulation, quel sens sociologique ou esthétique ? Une telle lecture est-elle seulement possible ? Afin d’aborder ces objets avec le plus de justesse possible, il est nécessaire de comprendre ceci : les signes, les objets ne nécessitent pas dans cet art d’être lus comme des éléments iconographiques ; ils sont d’abord considérés pour les effets qu’ils produisent.
Les artistes de Nouvelle-Guinée transforment tout objet, même ceux de la vie quotidienne, en œuvre d’art, couvrent toutes les surfaces laissées libres de signes et de graphes. En outre, leur propension à transmuter une forme en une autre est très grande. Le musée Barbier-Mueller possède une série remarquable de plats illustrant cette faculté d’invention. Si les formes évoquent très souvent celles d’une pirogue (golfe Huon ou lac Sentani), elles peuvent aussi suggérer un bouclier ou le corps d’un animal. Une iconographie complexe se déploie sur les parois extérieures de ces plats : crocodiles à tête humaine, lacis d’un motif en crochets, spirales. Quant aux poignées, elles sont sculptées en forme de figure humaine, de tête de chien ou encore de crocodile. Encore plus étonnant est le jeu savant sur la métamorphose des figures, visible par exemple dans les nombreux masques exposés par le musée Barbier-Mueller.
Laurent Cennamo
Tél. +41 (0)22 312 02 70, www.musee-barbier-mueller.org