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Vocation des fleuves était, à son origine, un ouvrage hors commerce qui avait été commandé en 1969 par la grande entreprise ATEL à Olten (Aar & Tessin Electricité) à l’écrivain valaisan Maurice Chappaz pour le 75ème anniversaire de cette Société. Ce livre, richement illustré, contenait aussi les contributions de Charles Aeschlimann, Georg Thürer, Karl Schmid et Denis de Rougemont. Il avait été réalisé par Benjamin Lederer, le patron des Editions générales SA à Genève, ce même éditeur qui avait édité les trois tomes des Mémoires de Gonzague de Reynold en 1963.
Par ma fonction de bibliothécaire-archiviste auprès d’une autre grande compagnie d’électricité, j’avais redécouvert un jour ce texte et demandé à Maurice Chappaz l’autorisation de le rééditer en tirage à part, cela pour le compte d’une petite revue culturelle que j’animais.
C’est à partir de ce jour-là que mes relations épistolaires se multiplièrent avec ce cher Maurice. Pris au jeu en redécouvrant ainsi avec bonheur son texte original, Maurice Chappaz le remania complètement, influencé qu’il était par le contexte politique suisse de l’époque. En particulier par l’affaire des fonds en déshérence dans les banques suisses, suite à la procédure ouverte en 1995 à New York par le Congrès juif mondial et le célèbre « Rapport Eizenstat » du 7 mai 1997, ainsi que de la position officielle du Conseil fédéral du 22 mai de cette même année.
Les versions nouvelles autour de Vocation des fleuves se succédèrent. Les modifications, les corrections, les ajouts, les doutes de l’auteur, tout cela me parvenait par bribes, par lettres en courrier postal B (parce que l’affranchissement prioritaire était jugé trop coûteux par lui…) et même par téléphone:
– Ecoutez voir: à la page trois, septième vers du quatrième alinéa avant la fin, à la place de: L’âme est plus importante qu’un centre, cela ne serait-il pas mieux d’écrire: …plus irremplaçable… Qu’en pensez-vous ?
J’avais heureusement saisi une version initiale sur traitement de texte en Bookmann Old Style, corps 12, mais cette réécriture affaiblissait à mon avis le sens de l’œuvre initiale, qui était un véritable hymne au Rhône et à l’Aar, ces fleuves issus du même massif alpin, un hymne dénué de toute allusion politique. Or, vers la mi-novembre de cette année 1997, il fallait absolument achever cette réécriture, afin de pouvoir enfin remettre la version définitive à l’imprimeur de la revue Espaces. Je montais donc au Châble avec la dernière mouture remaniée, sans prendre préalablement rendez-vous, vu l’urgence du délai.
Maurice Chappaz me reçut chaleureusement. Il me parla surtout et longuement de son Evangile selon Judas, un dernier livre autour duquel il travaillait. Puis il m’offrit généreusement du pain et du fromage, accompagné d’un verre de vin de sa nièce Marie-Thérèse, ceci sous le regard bienveillant de son épouse Michène. Toutefois, il ne signa pas le bon à tirer ! Il fallait encore que j’attende. Il voulait relire certains passages, les améliorer ici et là.
Finalement, après d’ultimes corrections et de nouveaux appels téléphoniques de sa part, je parvins enfin à confier à l’imprimeur son texte définitif. Les abonnées et abonnés de la petite revue déjà nommée le reçurent, présenté sur 4 pages, en format A3 sur papier chamois, dans une mise en page de Jacqueline Jaccoud et une photographie de l’Aar près de Wohlen, signée Mondo Annoni. C’était la fin de l’année 1997.
Ce que j’ai appris durant cette aventure éditoriale avec Maurice Chappaz, c’était sa manière de promouvoir sans cesse ses écrits. En effet, en relation quasi permanente avec tous les bons éditeurs de ce pays, alors que nous travaillions à ce texte, il l’avait déjà promis à une éditrice de Genève, à mon insu, en prévision du Salon du Livre de Francfort de l’automne 1998, avec le vœu que ce texte soit édité simultanément dans une traduction en langue allemande (Pierre Imhasly), en langue italienne (Alberto Nessi, le lauréat du Grand prix suisse de littérature 2016), en romanche (Jacques Guidon) et finalement en anglais (Michael Edwars). S’il convient de rendre hommage à ces excellents traducteurs pour l’énorme travail « contre la montre » qu’ils ont ainsi dû accomplir, il faut reconnaître que cette édition, aux dires de Chappaz lui-même, n’a pas rencontré à l’époque de sa parution le succès que son auteur attendait. ■
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