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"Il faut que le Sénat mette fin à la procédure de destitution, en reconnaissant, face aux preuves irréfutables, qu'il n'y a pas eu crime de responsabilité, que je suis innocente", affirme Dilma Rousseff, la présidente suspendue, dans une missive au peuple brésilien.
KEYSTONE/EPA EFE/CADU GOMES(sda-ats)
Écartée du pouvoir en mai par le Sénat, Dilma Rousseff a promis mardi de convoquer un référendum sur des élections anticipées si elle n'était pas destituée fin août. Elle s'exprimait dans une lettre ouverte au peuple brésilien, dans laquelle elle clame son innocence.
"Il faut que le Sénat mette fin à la procédure de destitution, en reconnaissant, face aux preuves irréfutables, qu'il n'y a pas eu crime de responsabilité, que je suis innocente", dit-elle dans cette lettre lue au Palais de l'Alvorada à Brasilia devant la presse. Elle a également posté la missive sur des réseaux sociaux.
"Je suis convaincue de la nécessité, et j'y apporterai mon soutien total, de la convocation d'un référendum dans le but de consulter la population sur la réalisation anticipée d'élections", ajoute la dirigeante de gauche dans son "Message au Sénat et au peuple brésilien".
Elle y reconnaît que des "erreurs ont été commises" par son gouvernement. Elle affirme qu'elle accueille les dures critiques "avec humilité et détermination pour que nous puissions construire une nouvelle voie".
Amendement nécessaire
La Constitution brésilienne ne prévoit pas la possibilité d'élections anticipées en cours de mandat. Il faudrait donc pour les rendre possibles qu'un amendement à la Constitution soit adopté par les deux tiers du Parlement.
Mais il faudrait surtout, pour commencer, que Mme Rousseff ne soit pas destituée lors de son jugement final. La procédure commencera le 25 août, quatre jours après la fin des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro et devrait durer cinq jours.
Mme Rousseff, ancienne guérillera torturée et emprisonnée sous la dictature militaire, souligne que si "l'impeachment passe sans crime de responsabilité (à son encontre), nous serons face à un Coup d'État. Les 110 millions d'électeurs seront remplacés par 81 sénateurs", dit-elle.
Maquillage
La présidente est accusée d'avoir maquillé les comptes publics et d'avoir signé des décrets engageant des dépenses non prévues au budget sans avoir demandé au préalable l'accord du Parlement, une pratique à laquelle ses prédécesseurs avaient largement eu recours.
Mme Rousseff dénonce un coup d'État institutionnel ourdi par son vice-président Michel Temer, ancien allié devenu rival. Celui-ci assume provisoirement ses fonctions depuis le 12 mai, depuis qu'elle a été suspendue par plus des deux tiers des sénateurs.
Très impopulaire, Mme Rousseff est faiblement soutenue par son propre parti. Et la mobilisation de la gauche dans les rues a fortement diminué depuis le paroxysme de la crise politique brésilienne du printemps. Seul un "miracle" pourrait la sauver de la destitution, s'accordent les analystes de toutes tendances.
Si comme tout semble l'indiquer, au moins deux tiers des sénateurs (54 voix sur 81) votent en faveur de sa destitution, le sort de la dirigeante de gauche sera alors définitivement scellé. Ce sera aussi la fin de plus de 13 ans de gouvernement du Parti des Travailleurs (PT) fondé par l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, emblème de la gauche latino-américaine.
Michel Temer, 75 ans, lui-même très impopulaire, remplacera alors Dilma Rousseff, 68 ans, jusqu'à la fin de son mandat, fin 2018.
Combinaison de crises
Mme Rousseff n'a pas résisté à une redoutable combinaison de crises. Depuis sa difficile réélection en 2014, elle a été confrontée à l'hostilité d'un Parlement considéré comme le plus conservateur de ces 50 dernières années, à la pire récession économique depuis des décennies, et au méga-scandale de corruption autour du géant public pétrolier Petrobras, qui a rudement ébranlé son parti, ainsi que la quasi-totalité de l'élite politique du pays.
Mme Rousseff n'est pas soupçonnée d'avoir personnellement touché des pots-de-vin. Mais de lourds soupçons pèsent sur la légalité d'une partie du financement de ses campagnes électorales de 2010 et 2014.
"Il est pratiquement impossible qu'elle revienne au pouvoir et je crois qu'elle-même le sait", a affirmé récemment Sergio Praça, analyste de la Fondation Getulio Vargas.
ATS