Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07276.jsonl.gz/869

Avant le confinement, lorsque l'on pensait aux musiciens d'un orchestre symphonique, on imaginait des femmes et des hommes habillés en noir, installés sur la scène d'une salle de concert ou dans une fosse d'orchestre. Depuis que chacun doit rester chez soi, cette image est en train d'être remplacée dans l'imaginaire collectif par celle de musiciens qui apparaissent en mosaïques dans des vidéos mises en ligne par certains orchestres sur YouTube ou sur les réseaux sociaux. Des musiciens en habits de tous les jours, filmés chez eux avec un casque sur les oreilles.
Le premier orchestre à tenter l'expérience est l'Orchestre de Rotterdam qui proposait le 20 mars dernier "L'Ode à la Joie" tirée de Beethoven dans une version "confinée". Puis, ce fut le tour de l'Orchestre de Serbie avec "Bella Ciao" pour soutenir les Italiens confrontés de plein fouet à la pandémie.
Et puis le 29 mars, l'Orchestre de Nice publiait une vidéo du "Boléro" de Ravel. Une oeuvre que l'on a pu ensuite entendre par les musiciens confinés de l'Orchestre National de France, de l'Orchestre de la Suisse Romande, du Phiharmonique de New York et finalement du Phiharmonique du Luxembourg. Sans se concerter, ces formations ont choisi la même oeuvre. Comment est-ce possible?
Une oeuvre universelle avec beaucoup de solos
Interrogé par la RTS, Steve Roger, directeur général de l'OSR, explique: "C'est une des rares oeuvres dans laquelle presque chaque instrument de l'orchestre a un solo à un moment donné. Cela met en valeur l'orchestre. Et au-delà, c'est une oeuvre emblématique, que tout le monde connaît. Elle fait sans doute partie des oeuvres les plus jouées dans le monde".
>> A voir et à écouter: "Le Boléro" joué par l'Orchestre de la Suisse Romande en confinement
Du côté de l'Orchestre National de France, le choix de l'oeuvre s'est aussi rapidement imposé. "L'oeuvre se prête bien à ce type de projet. Cette succession de solos qui s'accumulent donne un effet symphonique absolument extraordinaire" explique David Rivière, violoniste de l'orchestre. Et Jessica Bessac, clarinettiste solo de l'orchestre d'ajouter: "Aujourd'hui, on a besoin de se sentir accompagné, de se sentir porté par un collectif. Chacun peut se reconnaître dans cette oeuvre".
La métaphore du soliste qui joue seul chez lui sa partition afin de participer à une oeuvre plus vaste peut s'appliquer aisément au quotidien d'un grand nombre de personnes confinées en ce moment. Et quand on sait que la vidéo de l'Orchestre National de France a été vue plus de 2 millions de fois, il est certain que c'était un choix judicieux.
>> A voir: Les coulisses de la vidéo du "Boléro" joué par l'Orchestre national de France en confinement
Un "Boléro" raccourci
Et pourtant, la partition originale du Boléro n'est respectée dans aucune de ces vidéos. L'oeuvre composée par Maurice Ravel en 1928 dure 17 minutes alors que les versions mises en ligne ont une durée qui oscille entre 4 et 7 minutes environ.
Steve Roger avoue qu'envisager l'enregistrement séparé de tous les solos, puis le montage d'une vidéo avec l'oeuvre complète aurait été très compliqué. "Avec ce premier projet, il fallait déjà s'assurer que chaque musicien ait les moyens de s'enregistrer correctement depuis chez lui. De plus, les musiciens ont dû apprendre à travailler au casque, ce qui n'est pas évident". Et finalement sur les réseaux sociaux, la durée des vidéos est généralement de quelques minutes. Faire une version courte était un choix assez logique.
Au final, une expérience nouvelle, enrichissante et réussie qui a permis au public, en sus d'entendre une oeuvre magistrale, de mettre un visage sur ces musiciens d'orchestres classiques que l'on ne connaît généralement pas.
Sujet radio: David Christoffel
Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente