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Les courses de jeunesse
Dans les années 80, alors que je connaissais par coeur les courses décrites dans les 100 plus belles de Rébuffat, que ce soit du Mont-Blanc, du Valais ou de l'Oberland Bernois, un exploit médiatisé retenu particulièrement mon attention.
Christophe Profit enchaîna en été, puis en hiver les 3 faces nord les plus mythiques des Alpes à la suite: celle du Cervin, de l'Eiger et des Grandes Jorasses. Comment était-ce possible, me demandais-je ? Moi qui me récitais encore les descriptifs et les horaires de la course n°100 de l'Oberland ou encore la 89 du Valais?
C'est peut-être ce "coup-là" qui provoqua chez moi l'étincelle, mais je ne pensais pas que cela irait si vite. Maintenant, avec du recul, même si nous étions prudents, je pense avoir eu pas mal de chance.
En juillet 1990, avec mon ami Christophe, nous débarquions à Zermatt avec comme idée le Cervin. Nous rentrions des Grisons où je venais de faire ma première course glaciaire. A ce moment-là, nous pensions au sommet, à rien de plus. Une sorte de magnétisme et une motivation démesurée nous fit rêver à la face nord... Et pourquoi pas, finalement?
En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, nous débarquâmes à la cabane Hörnli. La gardienne (salut Renate!) se souvient encore bien de ce gamin haut comme trois pommes annonçant, peut-être avec un peu d'appréhension, que sa cordée allait attaquer la face nord. La suite est difficile à décrire, je me souviens de la courte nuit blanche jusqu'au réveil fixé à minuit. De la glace s'amincissant sur des dalles délicates, des choix difficiles (laisser les crampons ou les enlever?). Du manque singulier de terrasses pour souffler un peu, et bien sûr de certains blocs gros comme des autobus qui nous ont frôlés. En fin d'après-midi néanmoins, nous nous dressions au sommet de la voie Schmidt, sur notre premier Cervin!
Du haut de mes 16 ans, cette expérience m'avait marqué. Et maintenant, quand j'y repense, c'était comme une parenthèse, un peu flippante. Mais c'est cette ascension qui a tout déclenché.
L'année suivante, je planifie à l'avance la Walker aux Grandes Jorasses pour un week-end prolongé de septembre avec René, que nous réussissons dans une météo mitigée. Entre temps, une semaine avant, avec Toto et Christophe, nous sortions la course n° 100 du Mont-Blanc , le pilier du Freney, une "excursion" du même acabit mais au soleil.
Il me manquait ce qui est peut-être le plus gros morceau, l'Eiger. Mais le respect nous en tenait à distance, surtout en été quand on entendait les chutes de pierres en buvant des bières à la Petite Scheidegg. Et malgré quelques timides tentatives, nous savions qu'il fallait tenter cette voie en hiver.
En mars 1992, au moment où Catherine Destivelle réussit la face en solo, je me prends un gadin à skis qui m'envoie dans le coma pour 4 jours. Certains médecins sont sceptiques quant au fait que je refasse de la montagne un jour. Mais grâce à une volonté inébranlable, la convalescence se passe rapidement. Le grand rendez-vous a lieu du 27 au 29 décembre de la même année en compagnie de Christophe et Gazeux.
La voie de 1938, dépourvue de toutes traces de passages, nous accueille à bras ouverts. Tout se passe bien malgré les gros bouchons de neige dans la rampe et dans les fissures de sorties. Un dernier bivouac glacial (-30°) au sommet et nous retrouvons la civilisation.
Nous ignorions encore qu'au village chez nous, ça "jazait": à la boucherie, à la droguerie, les gens étaient au courant. Et ce que nous savions encore moins, c'est que les longues-vues de la Petite Scheidegg avaient été visitées tous les jours par différents amis et parents. Même si nous avions plus ou moins tu nos projets de vacances de Noël, les potes pouvaient raconter en "live", à la table ronde du Terminus, ce qui se passait du coté de Grindelwald. Une sorte de loft, mais au frigo.
Nous sommes rentrés fatigués mais z'heureux avec des petites gelures aux orteils. Et nous l'avons fêté dignement.
Pour moi, ce fut une étape de franchie, et je pouvais avoir d'autres montagnes en perspective. Ce que j'en ai retenu, c'est qu'il faut profiter des opportunités à faire de belles choses, mais toujours regarder son objectif droit dans les yeux, et le respecter. Rien n'est facile, même si certaines personnes, qui sont complètement blasées, le prétendent. Il y a un dilemne intéressant: "un bon alpiniste est un vieil alpiniste", mais pour être vieux et parler de ses exploits, il faut être, ou avoir été, bon. Pour être bon, il faut avoir accumulé pas mal d'expériences plus ou moins douteuses, donc, il faut quand même avoir eu pas mal de chance.
"Dis gros, tu te rappelle à l'Eiger? On était quand même des sacrés vaches! Allez siouplaît pat'on, encore une tournée..."
NZ 04.09.07
Galerie photo
En 1979 sur le Riffelhorn
Face nord du Cervin
glups!! qu est ce que je fous là?
Face nord du Cervin, toujours moins de glace sur ces dalles, ça devient délicat
Face nord du Cervin
Face nord du Cervin
Face nord du Cervin, à l aplomb de l épaule du Hörnli
La grande rampe
La sortie
La vie est belle
La majesté de l envers du Mont-Blanc avec le refuge Monzino
Le pilier central du freney est la petite pointe en haut à droite
Pilier central du Freney
La chandelle
Face nord des Grandes Jorasses
Eperon Walker
Eperon Walker
Dans les dalles noires
Dans les dalles noires, le temps se gâte
Vacances de Noël au frigo, Eiger
2e névé
Vue sur la rampe
La traversée des dieux