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Par Bernard Gensane – 28 septembre 2022
Il faut reconnaître à la présidente de la Commission européenne deux qualités : en politique, elle n’a pas besoin de boussole. Á droite toute – mais attachée à un certain progrès social – le regard vers les États-Unis. Et puis cette atlantiste forcenée est aimée de notre banquier jet-skieur. C’est lui qui l’a imposée – on ne sait pourquoi officiellement – à Angela Merkel, contre la volonté de la classe politique allemande. Un tour de force d’autant plus exceptionnel qu’Ursula n’avait jamais été élue nulle part. Le SPD a évoqué un « exemple sans précédent de tricherie politique qui rend absurde le processus de démocratisation de l’Union européenne ».
Ursula est la fille d’Ernst Albrecht qui fut vice-président fédéral de la CDU et ministre-président (de droite) de Basse Saxe de 1976 à 1990. Elle naquit à Bruxelles car son père y était alors fonctionnaire européen (avant de devenir PDG de Bahlsen). C’est là qu’elle passa son enfance où elle fréquenta l’École européenne et devint une cavalière de compétition. Avec les Albrecht, nous sommes dans une famille de négociants patriciens de la grande bourgeoisie allemande, avec des connexions aristocratiques depuis le XVIIe siècle. On connaît le café Albrecht et les magasins Aldi. Ursula a également une arrière-grand-mère étasunienne et des ancêtres français et italiens. On trouve dans son ascendance paternelle des juristes, des médecins, des universitaires, de très riches négociants.
Au moment où l’esclavage fut aboli aux États-Unis, son ancêtre James H. Ladson possédait 200 esclaves. La mère d’Ursula était également bien née. Elle mourut malheureusement d’un cancer et de la maladie d’Alzheimer en 2002, mais celle-ci ne fut révélée par sa fille qu’en 2008.
Ursula passa un baccalauréat en mathématiques et en sciences, puis étudia les sciences économiques aux universités de Göttingen et Münster avant de fréquenter la London School of Economics sous un nom d’emprunt, protégée par Scotland Yard, son père étant menacé par la Fraction armée rouge. Elle entreprit par la suite des études de médecine et obtint le titre de docteur en 1991, avant de rejoindre pour quatre ans l’université Stanford où elle suivit des cours d’économie, mais sans suivre un cursus formel. Sa thèse de médecine fera l’objet d’une longue controverse en 2015 : un site anti-plagiat déclarera avoir trouvé 27 pages suspectes. L’université ouvrira une procédure formelle à la fin de laquelle il sera décidé de ne pas lui retirer son titre. Plusieurs experts afficheront leur désaccord.
En 1986, Ursula épouse le médecin Heiko von der Leyen, issu d’une famille qui a fait fortune dans la soie.
Ursula est nommée par Angela Merkel en 2005 ministre de la Famille. Elle met en œuvre une politique sociale : elle institue un salaire parental de deux mois pour les pères et augmente le nombre de crèches. Elle se prononce contre les sites pédopornographiques, écopant du sobriquet Zensursula (censursula). Elle soutient l’instauration d’un salaire minimum, ainsi que des quotas pour les femmes au sein des conseils d’administration. Elle est nommée ministre du Travail en 2009, puis ministre de la Défense en 2013, première femme à occuper cette fonction régalienne. Elle est reconduite en 2018 mais est nommée présidente de la Commission européenne en 2019. Avant cela, en 2014, elle milite pour une politique étrangère plus ferme de l’Allemagne. Elle valide l’envoi d’armes aux forces armées kurdes et irakiennes, ce qui rompt la tradition allemande de ne jamais exporter d’armes vers une zone de conflit.
En tant que responsable européenne, Ursula von der Leyen ne risque pas de faire contre-poids à la puissance des États-Unis. Elle s’aligne complètement sur les positions étasuniennes en matière de géopolitique et militaire. Déjà lorsqu’elle était ministre allemande de la Défense, elle avait obtenu une hausse de 35% des dotations de l’Allemagne à l’OTAN (l’Allemagne est aujourd’hui le second contributeur après les EU) et avait obtenu que le général allemand Jürgen Weigt soit nommé commandant en chef de l’Eurocorps. La servilité d’Ursula vis-à-vis des États-Unis n’est sûrement pas sans rapport avec sa promotion inattendue et ultra-rapide à la présidence de la Commission européenne.
Lorsqu’elle est nommée le 16 juillet 2019 présidente de la Commission, sans l’appui d’Angela Merkel (elle obtient 51% des voix, élue grâce aux suffrages d’extrême droite des Polonais de Droit justice et de ceux ambigus du Mouvement 5 étoiles), elle est auditionnée par les groupes du Parlement européen. Á noter qu’elle prononce son premier grand discours en anglais, qui n’est que la seconde langue de la République d’Irlande. Selon Le Point, elle en reste à des généralités qui ne mangent pas de pain. Elle permet aux Britanniques de négocier leur Brexit pendant le temps qu’ils voudront, ce qui a le don d’irriter notre banquier jet-skieur. Elle se dit favorable à un salaire minimum, mais également à l’entrée de la Moldavie où le smic est à 42 euros par mois… Ursula est bien au-dessus de ses considérations, elle qui emprunte à tour de bras des avions privés sur des petites distances.
Ursula est favorable à des « États-Unis d’Europe », sur le modèle de l’État suisse, de l’Allemagne ou des États-Unis. Elle vise en fait une harmonisation des questions financières, de la fiscalité et de la politique économique.
En janvier 2022, une enquête menée par un organisme de surveillance de l’UE sur les SMS envoyés par Ursula von der Leyen au PDG de Pfizer a conclu que l’UE était coupable de « mauvaise administration ». L’eurodéputée néerlandaise Sophie in’ t Veld déclara que la Commission était devenue moins transparente avec von der Leyen. Selon The Guardian, Pfizer a signé plusieurs contrats avec la Commission pour son vaccin qui a été critiqué pour les prix élevés négociés pour les vaccins à ARNm Covid .
Bernard Gensane
Source: http://bernard-gensane.over-blog.com/