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La guerre des standards
premier épisode
David PETRAITIS
Depuis toujours, les standards sont liés à l’activité humaine : pas d’innovation ou d’échanges commerciaux sans standard. Les tout premiers standards concernaient les mesures de longueur, de poids et de pureté. A l’époque moderne ils font l’objet de nombreuses discussions mais chaque standard repose sur le besoin de décrire la mise en oeuvre et la manière de tester si les résultats sont satisfaisants. Les outils de mesure et les standards associés sont créés simultanément.
Les standards sont nécessaires pour partager à peu près tout. On pense bien sûr aux standards monétaires (et aux taux de change) ou aux standards électriques et l’alimentation de nos PC. On est gêné quand ces standards font défaut, ou qu’il y en a plusieurs (par exemple les multiples modèles de prises électriques en Europe). Mais ils permettent aussi de partager des idées. Dans le domaine de l’informatique, ils servent surtout à partager des spécifications, qui sont des idées structurées.
Histoire de standards : SDOs et Consortiums
Il y a bien longtemps, ce sont les rois qui définissaient les standards, puis ce furent les états. A présent, il y a de nombreux organismes nationaux de standardisation comme l’AFNOR en France et le British Standard Institute au Royaume-Uni. Au 20ème siècle, les standards se sont internationalisés et sont régis par trois organisations de développement des standards (SDOs) - ITU, IEC et ISO, toutes basées à Genève. En parallèle, des standards sont aussi issus du marché.
A la fin des années 80, la perception dans le monde de l’industrie informatique était que les SDOs traditionnelles étaient trop lentes dans la création des standards par rapport à la vitesse de développement de la technologie. Voici les commentaires d’Andrew Updegove à ce sujet : "En 1988, le processus moyen par l’IEC était de 8 ans Dans le cas d’un pas de vis (sujet de l’ISO TC1, premier comité technique ISO) une telle période de gestations était acceptable." [1]
Une soupe à l’alphabet
La réponse du marché à cette lenteur fut la création de consortiums. Des industries, des universités et des gouvernements s’associent pour créer un standard, généralement dans un domaine précis de la technologie. Internet lui-même fut fondé par un consortium qui a démarré dans le milieu universitaire en 1969 et fut ensuite repris par l’IETF en 1986. [2]
Aujourd’hui, des centaines de ces organisations existent [3]. Le débat entre ce qui est ouvert et libre est toujours d’actualité.
Standards ouverts et logiciels
Les standards ouverts sont en mouvance permanente. Les tentatives de définition de standard ouvert sont légion. Plusieurs gouvernements ainsi que la Commission Européenne [4] ont tenté récemment de les définir. Toutes les définitions traitent des mêmes concepts :
Spécifications : habituellement les standards étaient des spécifications pour construire matériels, logiciels et réseaux, mais à présent il s’agit souvent de processus ou même de bonnes pratiques.
Disponibilité publique : pour être ouvert, un standard doit être disponible au public. Des standards privés existent, la plupart des logiciels commerciaux en utilise. Tous les standards ouverts ne sont pas gratuits, certains sont téléchargeables gratuitement sur Internet et d’autres le sont après paiement.
Indépendance par rapport à la plate-forme ou au vendeur : tout fabricant de logiciel ou tout individu doit pouvoir implémenter le standard.
Promotion de l’interopérabilité : des implémentations de différentes provenances doivent pouvoir coopérer.
Participation dans le processus de standardisation : chaque SDO ou consortium a ses propres règles d’affiliation et de consensus. C’est parfois très cher pour en devenir membre et c’est alors réservé aux sociétés suffisamment importantes pour pouvoir se payer le droit d’entrée. D’autres rendent obligatoire la présence physique à des réunions qui ont lieu un peu partout dans le monde, limitant ainsi la participation. OASIS et quelques autres autorisent la participation d’individus pour une taxe minimale et même parfois gratuitement.
Position claire et ouverte sur le sujet des droits de la propriété intellectuelle (IPR : Intellectual Property Rights). IPR est un terrain de bataille actuellement dans le monde des standards. Certains avocats des standards ouverts disent que pour qu’un standard soit ouvert, il doit être royalty-free et sans limitation d’usage.
Ce dernier point montre la dimension du débat. Les sociétés de logiciel commercial font de l’argent en vendant leurs logiciels. Les avocats du logiciel libre aimeraient un logiciel totalement libre du point de vue IPR. Les gouvernements aussi aimeraient savoir s’ils seront rançonnés ou limités dans l’usage des logiciels et réseaux.
Conclusion
Les standards sont une nécessité pour la création et le partage. La guerre actuelle à propos de IPR, liberté d’usage et gratuité va participer au futur paysage culturel et légal de l’innovation technologique.
[1] Standards, Cycles and Evolution : Learning from the past in a new era of change, Andrew Updegrove, Consortium Standards Bulletin, May 2005, www.consortiuminfo.org/bulletins/may05.php#feature
[2] www.ietf.org/, l’IETF a actuellement plus de 4100 standards (des RFC : Request for Comments). En fait, la plupart sont obsolètes et ne sont plus utilisés. Pour un bref historique de l’IETF voir : www.ietf.org/tao.html.
[3] Liste non exhaustive de consortiums liés aux standards : www.consortiuminfo.org/links/ ] ] et les standards dont elles font la promotion ont parfois des domaines de recouvrement. Par exemple, dans le domaine du XML (XML est lui-même un standard du W3C) : ebXML a été créé pour étendre la sémantique de XML aux besoins du e-business par OASIS et UNECE/CEFACT, et Xbrl eXtensible Business Reporting Language est supporté par le consortium Xbrl largement composé de sociétés de comptabilité. J’ai été directement impliqué dans OASIS et à l’occasion d’un prochain article je décrirai quelques uns des standards qui proviennent d’OASIS.
La plupart des acronymes de plus de 3 lettres qu’on entend ces jours sont les noms de standards existant ou émergeant ou bien des consortiums qui les produisent : UML, UBL, WS*, SOAP.
Logiciel ouvert, standard ouvert, logiciel libre
La communauté des standards est en ce moment agitée par un débat sur le sens exact du mot ouvert. Plusieurs organisations ont explicitement le mot open dans leur nom ou leur charte. Pour le grand public, il y a souvent confusion entre logiciel ouvert et standards ouverts. Au risque de déplaire à certains de mes collègues qui pourraient avoir des idées divergentes, je vais essayer de clarifier ces appellations.
Logiciel ouvert
Il y a au moins 2 sens à logiciels ouverts. L’un est le processus de développement de logiciels ouverts qui suppose que les individus coopèrent pour le développement du code et partagent ouvertement leurs innovations. C’est le cas pour le développement de Linux bien que ce soit aujourd’hui de plus en plus l’effort de société.
Le second sens est un logiciel dont la licence est libre. C’est un logiciel pour lequel le producteur du code, que celui-ci ait été développé ou non suivant une méthode de processus ouvert) offre le logiciel sous licence (ou le place dans le domaine public) ce qui permet à tout un chacun (utilisateur ou programmeur) de le voir, le compiler et le modifier pour ses propres besoins ou même pour un usage commercial[[Sur le site de l’Open Source Initiative www.opensource.org/ on trouvera une définition du logiciel ouvert et une liste de plus de 50 licences qui sont conformes à cette définition
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