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Marion Baruch, Les Abattoirs
Dans le cadre de leur saison consacrée à ”l’art tissu”, les Abattoirs présentent une rétrospective de l’artiste Marion Baruch qui réunit de manière inédite en France des œuvres historiques, ainsi qu’une installation pensée par l’artiste spécifiquement pour la nef des Abattoirs.
L'œuvre de Marion Baruch est marquée par l’engagement et la recherche d’un nouveau langage de l’art. Dès la fin des années 1960, Marion Baruch (née en 1929 à Timisoara, Roumanie ; vit à Gallarate, Italie) s’approprie la matière première du tissu pour en faire son moyen d’expression et de dénonciation préféré. Après des études d’art à Bucarest, Tel-Aviv et Rome, elle se fait connaître en cousant des formes géométriques qu’elle revêt dans les rues de Milan. Ses sculptures de tissu souples et portables, qui ne font qu’un avec le corps de l’artiste, deviennent aussi bien une entrave qu’une liberté. Dans le contexte de revendication et de libération du corps, en particulier des femmes, porter cette forme qui la recouvre entièrement, tête comprise, marque le début de la réflexion de l’artiste sur le mouvement, le corps, le visage, l’identité, le féminin, soi-même. À la recherche d’un nouveau langage, l’œuvre de Marion Baruch prend place au sein d’un mouvement d’affirmation des artistes femmes dans les années 1970 qui utilisent des formes nouvelles comme l’art corporel, tout en réinvestissant des formes artisanales et traditionnellement dévolues aux femmes comme la couture.
Marion Baruch n’aura de cesse de travailler sur les liens entre l’art et la vie. Comment faire participer l’art à la vie ? Elle développe très tôt des recherches entre art et design, et participe à des projets collectifs.
Dans les années 1980, au travers de formes minimales, de la réécriture de l’histoire de l’art avec les Autoportraits du peintre Rembrandt, de recherches sur le nom de l’art, elle s’attaque à la nature même de l’art, puis à son commerce en transformant, par exemple, un caddie en sculpture.
Dans les années 1990, pour le projet ”Name Diffusion”, elle abandonne son nom d’artiste pour celui d’une marque qu’elle crée. Elle détourne les codes de l’industrie, du capitalisme, du commerce et des grands magasins, et devient conceptrice et productrice de tissus, de vêtements pour gardiens de musée par exemple. L’intérêt pour la fonction sociale de l’art et son attention aux autres sont constants.
En 1993, Marion Baruch s’installe à Paris. Elle y imagine des actions artistiques, politiques et participatives pour le droit de vote des femmes, pour les sans-papiers. Elle crée des ateliers collectifs où dialoguent notamment les richesses des langues des immigrés. Avant de quitter la capitale en 2011, elle y lance en 2009 une action intitulée La chambre vide. Dans une pièce monochrome de son appartement, chaque après-midi, lorsque le soleil crée une forme géométrique sur le sol, elle invite des gens grâce à des flyers et ouvre le dialogue à chacun, donnant une place dans son intimité aux autres, à l’ami, à l’inconnu. Pour Marion Baruch tout est lié à la langue, mais à la langue parlée qui pour elle s’apparente au tissu, un matériau propice à la découverte.
Au début des années 2010, l’artiste se met à récolter les restes neufs des ateliers de confection dans les rues du Sentier à Paris, puis à Milan en Italie où elle se réinstalle. Dans un débat sur la surconsommation et avec une réflexion écologique sur l’industrie, ces chutes inutilisables, les défauts de ces tissus, leurs couleurs, leurs matières, leur souplesse, leurs découpes non retouchées par l’artiste deviennent leur force. L’artiste les tâte, les touche, et surtout les tend, les laisse pendre, emplir le vide et le dessiner, nous rappelant ainsi l’esprit élémentaire et radical de son travail. Dans ces suspensions, ce sont bien les vides qui définissent l’espace et donnent une beauté à l’absence. Marion Baruch propose un vide qu’une parole, une ombre sur le sol ou un bout de tissu suffisent à remplir, donnant une nouvelle vie à ce que nous avions jugé inutile et abandonné.
Cette proposition s'intègre dans la saison sur le tissu aux Abattoirs.
Pour aller plus loin : l'association AWARE (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions) a publié une page documentée sur Marion Baruch, découvrez là ici https://awarewomenartists.com/artiste/marion-baruch/
En partenariat avec le Kunstmuseum de Lucerne.
Avec le soutien de la Fondation d’entreprise AG2R LA MONDIALE pour la Vitalité artistique.