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Bricoles
Compétence
En politique, le seul domaine dans lequel le député Jacques Neirynck est à peu près supportable est celui de l'école.
Dans une récente intervention, Monsieur Neirynck a interpellé le Conseil d'Etat vaudois à propos d'un document jargonnesque, truffé de fautes d'orthographe et de syntaxe, remis à ses étudiants par un professeur de la Haute école pédagogique.
Comme c'est son devoir, le Conseil d'Etat a défendu son employé, alléguant que le professeur en question est docteur et que le texte qu'il a remis à ses étudiants à leur demande n'est pas un support de cours mais un ensemble de notes personnelles.
La belle excuse! Si le Conseil d'Etat et, en particulier, notre grande amie Anne-Catherine Lyon espèrent ainsi cacher que, de nos jours, on peut être titulaire d'un doctorat sans maîtriser la langue française, c'est raté.
Idée de génie
Monsieur Bertrand Robert, chef du Service des sports de l'Université de Neuchâtel, est un homme d'une correction sanitaire irréprochable, soucieux donc de la forme des usagers de l'institution et doté de surcroît d'une imagination fertile. Afin de lutter contre la sédentarisation, source de surpoids et d'augmentation des coûts de la santé, il a décidé de s'en prendre à l'utilisation des ascenseurs de l'université. Il a donc conçu des autocollants en forme de semelles de chaussures, qui se fixent sur les marches des escaliers. Afin que le message ne comporte aucune ambiguïté, les semelles sont ornées d'un slogan d'une rare originalité: «Get fit, take the stairs.»1
Il paraît que cette idée est accueillie avec enthousiasme par diverses universités européennes, ce qui prouve bien que les hautes écoles ont le sens des priorités: peu importe que des docteurs ès quelque chose ne sachent plus leur langue maternelle, du moment qu'ils sont fit!
1 Chacun étant censé savoir l'anglais de nos jours, nous n'avons pas besoin de préciser à nos lecteurs que ce slogan signifie: «Retrouvez la forme, prenez les escaliers.»
De Charybde en Scylla
Il existe à Neuchâtel un Lycée Jean Piaget, dont le logo, d'ailleurs quasiment illisible, représente le fameux psychologue neuchâtelois fumant la pipe.
Il n'en fallait pas plus, à notre époque d'anti-tabagisme obsessionnel, pour que se pointe l'inévitable père d'élève vigilant, indigné par cette inacceptable promotion du tabac et soutenu, naturellement, par un organisme anti-tabac non moins inévitable, non moins vigilant et tout aussi persuadé que la simple vue d'une pipe, d'un cigare ou d'une cigarette va inciter immédiatement toute une génération de victimes innocentes à sombrer dans le vice de la fumée.
On serait donc tenté d'approuver que, au nom de la défense du patrimoine, l'Etat neuchâtelois et le directeur du lycée refusent de renoncer au logo incriminé, si ledit directeur ne déclarait pas que cette reculade «confinerait au révisionnisme historique», manifestant par là l'insondabilité de son ignorance et le sectarisme de ses propres préjugés.
Peut-être vaudrait-il mieux fermer carrément le Lycée Jean Piaget.
Folklore
«Nous n'avons plus d'avions pour faire du folklore», aurait déclaré Ueli Maurer, chef du Département de la défense, de la protection de la population et des sports, au moment d'annoncer la suppression de la Patrouille Suisse dès 2016.
Tout ceux, et ils sont nombreux, qui ont vibré aux exploits de nos brillants pilotes ont déploré cette décision. Mais on aurait pu s'en accommoder si l'autorité militaire avait bien voulu nous en expliquer les raisons.
De même que réclamer le maintien de la Patrouille Suisse au nom d'une hypothétique importance symbolique ou parce que c'est quelque chose de sympathique me paraît un peu court, le refus de continuer à «faire du folklore» ne constitue pas à mes yeux une raison suffisante. Il aurait fallu qu'on nous parle en termes d'avantages militaires et financiers.
Aux dernières nouvelles, devant la levée de boucliers suscitée par sa décision, le chef du DDPS a reculé. On va continuer à «faire du folklore», mais du folklore au rabais et sans les couleurs de la Suisse, car il serait trop onéreux de conserver les Tiger F-5 rouges à croix blanche actuellement utilisés par la Patrouille Suisse. Il va falloir utiliser d'autres avions sans doute des F/A 18 ou des Gripen , «mais nous ne pouvons plus peindre la croix suisse sur ces appareils», précise notre «ministre». Pourquoi? le fait de porter les couleurs de la Suisse empêcherait-il ces avions d'être aptes à l'engagement?
Les Helvètes sont apparemment trop bêtes pour qu'on prenne la peine de leur donner des explications. Mais si, comme c'est probable, il s'agit de faire des économies, on rappellera utilement à Monsieur Ueli Maurer que la Confédération semble avoir les moyens de débloquer un milliard à titre de garantie du déficit au cas où les Grisons organiseraient, ce qu'à Dieu ne plaise, les Jeux Olympiques d'hiver 2022.
On devrait donc pouvoir trouver quelque part de quoi donner un coup de pinceau aux futurs avions de la Patrouille Suisse, ne serait-ce que pour qu'on les reconnaisse quand ils vont «faire du folklore» dans les meetings aériens.
Perpétuité
A la suite du procès en appel de deux voyous condamnés à vie pour l'assassinat d'une jeune femme enceinte, les juges du Tribunal fédéral ont décidé de se contenter de la peine de durée limitée maximale, à savoir vingt ans. La presse nous rappelle à cette occasion qu'un assassin condamné à vie peut demander sa libération conditionnelle au bout de quinze ans de détention. Drôle de façon de concevoir la perpétuité.
Heureusement, on comprend tout, en lisant la prise de position de l'expert en criminologie de service, en l'occurrence l'«éminent professeur [honoraire] de droit pénal» Christian-Nils Robert, dont le commentaire est d'autant plus objectif que ce distingué juriste est opposé aux peines à vie. Monsieur le Professeur donc, comprend que le TF hésite à se montrer trop sévère, car «on peut en effet se demander s'il est légitime de prévoir la même peine pour un génocide et un assassinat».
Il est vrai qu'il serait bien cruel d'enfermer trop longtemps d'innocents assassins en compagnie des innombrables auteurs de génocides qui encombrent nos prisons
M. P.
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