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Qui sera le prochain ministre suisse de la guerre, des sports et de la souveraineté alimentaire? Blocher semble définitivement inéligible, son clone Maurer pourrait ne pas lui survivre - la copie n'est jamais aussi bonne que l'original - , le candidat qui pourrait mettre tout le monde d'accord est le président de l'Union suisse des paysans Hansjörg Walter. En élisant l'agrarien de Thurgovie, les parlementaires suisses pourraient délivrer l'agriculture suisse de son complexe européen.
Le deal serait le suivant. Le département de la défense verrait son mandat étendu à la souveraineté alimentaire. L'agriculture suisse retrouverait sa raison d'être historique, qu'elle a perdue depuis la chute du Mur de Berlin. Il s'agirait donc de soutenir les fermiers au travers d'un nouveau plan Wahlen, lequel ne serait plus motivé par la menace de l'invasion soviétique, mais par la sauvegarde de la création et le maintien en Suisse d'un niveau de production alimentaire biologique jugé nécessaire et supportable.
Car l'heure est à l'alarme dans les campagnes.
Le prix du lait que l'industrie laitière voulait abaisser de 20 centimes est tombé de 9 centimes seulement. Le prix du blé est à nouveau sous pression suivant l'effondrement du prix des matières premières sur le marché international. La chute du prix du pétrole donne certes un sursis aux maraîchers, mais leur survie serait très aléatoire en cas d'ouverture complète du marché à l'Europe. C'est que malgré ces baisses, dont les consommateurs ne voient pas toujours la couleur - le prix du pain est annoncé à la hausse - , l'agriculture suisse reste trop coûteuse aux contribuables comme aux consommateurs.
La perspective d'un prochain accord de libre échange avec l'Europe (ALEA) - chantier qu'a lancé la ministre Leuthard - fait figure d'épouvantail dans les campagnes. Tant qu'à faire entend-on à mi-voix autant entrer complètement dans l'Union. H.-J. Eberli, le vice-président de la Fédération suisse des producteurs de céréales avait même osé le dire tout haut, il y a quelque temps, avant que son parti UDC ne le remette à l'ordre. Pour les paysans l'équation est simple. L'ALEA, c'est l'importation du renard européen dans le poulailler suisse, sans que pour les paysans leurs coûts de production ne bénéficient des mêmes conditions que celles de leurs concurrents européens.
Déjà les producteurs de fruits et de légumes ont annoncé leur mort dans un rapport publié l'an dernier. John Dupraz, président de Swissgranum annonce le lancement d'une étude similaire en janvier. Il s'agit pour le paysans de Soral de mobiliser bien au-delà des exploitations agricoles. Si les céréaliers suisses disparaissent, c'est en aval toute la filière de la meunerie nationale qui est menacée et en amont l'industrie des machines agricoles.
Bref élire le président de l'Union suisse des paysans au Conseil fédéral serait pour l'UDC un double choc: celui d'éclater un peu plus ou celui de dire la vérité aux paysans suisses que le parti dit soutenir comme la corde soutient le pendu.