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A seize ans, Marie-Hélène Clément est certaine de vouloir devenir peintre. Essentiellement autodidacte, elle apprend le métier auprès de son père Charles Clément et prend quelques cours de dessin dans l’atelier de Casimir Reymond à l’Ecole des beaux-arts à Lausanne. René Auberjonois, son mentor le plus avisé, l’encourage à exposer pour la première fois en 1939. Après s’être fait un nom à Lausanne comme jeune talent prometteur, elle épouse le juriste Otto Fehr en 1944 et s’installe à Zurich. Le couple aura trois enfants. L’artiste continue à peindre et à exposer régulièrement. Elle se lie d’amitié avec Karl Madritsch, Hanny Fries et Werner Frei, mais reste au second plan de la scène artistique. Sa peinture connaît cependant un nouvel essor dans les années 1980. En 1991, elle s’installe à nouveau à Lausanne. Elle y mène également une activité d’écriture, publiant notamment des récits autobiographiques.
Seulement d’après nature: Marie-Hélène Clément semble avoir intégré la devise de son père avec un radicalisme qui lui est propre. Spontanée et impulsive, elle a trouvé ses modèles dans son environnement immédiat, sa réalité quotidienne. Tous ses motifs – objets, paysages, êtres humains – n’ont rien de spectaculaire et se répètent pendant des années. «Elle aime les choses simples, une vieille chaise, l’ombre d’une petite table qui fait jouer ses arabesques sur le mur, des fleurs fanées; chaque fois, elle les voit avec des yeux différents», écrira un critique à l’occasion de sa première exposition en 1939. Soixante ans plus tard, ce commentaire reste valable.
La peinture de Clément relève de la tradition réaliste de Courbet, révèle l’influence de Cézanne dans ses principes de composition sévères et rappelle l’expressionnisme de Soutine par son geste éruptif. Sans se soucier de la scène artistique contemporaine, l’artiste exploite l’histoire de la peinture. Son œuvre, qui tend sporadiquement vers l’abstraction, ne suit pas une évolution régulière. On peut tout de même en déterminer trois périodes: l’œuvre de jeunesse élaboré à Lausanne jusqu’en 1944, une période de concentration, d’éclatement, puis de dispersion, et, depuis la fin des années 1970, l’œuvre de maturité, engagé et témoignant d’un approfondissement de la capacité d’expression. Pour l’artiste, la sensualité brute est aussi suspecte que l’équilibre et l’harmonie. Elle s’en tient aux êtres et aux choses modestes, préfère les traces du passage de la vie à la pureté originelle. Les portraits qu’elle exécute sont rarement flatteurs. Sans s’épargner, elle s’observe elle-même constamment, privilégiant presque la caricature.
Issus du simple plaisir de peindre, les tableaux tirent leur force expressive d’un travail de réduction et condensation, comme dans les peintures âpres de deux dernières décennies. Résultats d’une concentration pointue du regard sur des objets immédiatement saisis, les natures mortes tardives sont de purs symboles existentiels sans concessions littéraires.
Caroline Kesser, 1998
Institut Suisse pour l’Etude de l’Art (ISEA).