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Listes électorales : de l'utilité de la parité des genres
Les Verts genevois ont dû reporter à fin avril la confection de leur liste pour l'élection du Grand Conseil, faute d'avoir reçu assez de candidatures féminines pour pouvoir à la fois respecter le principe de parité des genres sur les listes et satisfaire leur envie de présenter, comme la plupart des autres partis, une liste pléthorique (de 40 candidates et candidats). Ce qui pose, utilement, deux problèmes en même temps, qu'ont à résoudre, et de la peine à résoudre, autant les socialistes que les Verts : celui de la parité des genres, et celui de l'excès de candidatures -le second problème empêchant de résoudre le premier, puisque si la parité des genres peut sans grand effort à gauche être respectée sur des listes correspondant à peu près aux espérances électorales des partis qui les présentent, elle est difficile à atteindre sur des listes " fourre-tout " présentant deux, trois ou cinq fois plus de candidatures qu'on espère obtenir de sièges. Dans ces conditions, la rareté relative des candidatures féminines a au moins un effet positif : en imposant un " plafond " au nombre de candidatures masculines -et donc, parité oblige, au nombre de candidatures tous genres confondus, elle oblige à effectuer un choix, peut-être désagréable puisqu'il est éliminatoire, mais qui octroie à celles et ceux qui sont choisie-s une légitimité politique qu'elles et ils n'auraient pas si leur seule candidature à la candidature suffisait pour figurer sur une liste.
Comment dissoudre la subversion dans le lobbysme
" Imposer l'égalité ne suffit pas à remplir une liste électorale ", observe pertinemment la rédac'cheffe adjointe de la Julie. Non, ça ne suffit pas. Mais ça n'est pas le but. D'abord parce qu' " imposer l'égalité " est un but en soi et non le moyen de " remplir une liste électorale " ; ensuite parce que " remplir une liste électorale " n'est un but que tant qu'on mesure la qualité d'une liste au nombre de candidatures qu'elle propose. On ne fait pas avancer d'un pouce l'égalité des droits en confrontant sur des listes pléthoriques des candidates nouvelles à des candidates et des candidates disposant de relais, d'un électorat déjà constitué, de lobbies actifs ou d'une notoriété acquise. Cette parité là est celle de la couleur des fleurs en pot sur le rebord de la fenêtre. Elle n'a rien à voir avec l'égalité, ni avec un projet politique. Elle n'est que le sacrifice à un rite de correction politique auquel on satisfera d'autant plus facilement qu'il ne menacera aucune position personnelle acquise. Il n'est plus de discours de gauche qui n'intègre à son contenu quelque référence au féminisme, d'autant plus aisément que cette référence exprimera ce que le féminisme aura de moins subversif : les quotas, ou la parité, tant qu'ils ne posent aucun problème à aucun-e notable et n'entravent aucune stratégie électorale personnelle. Ainsi se tient-on quitte de tout effort de changement social en ayant laissé, non pas les femmes mais des femmes s'ébrouer dans l'espace social qu'on s'est résigné à leur concéder, mais qu'on est à tout moment prêt à leur reprendre : celui de l'ascension sociale et de la chasse aux postes, selon les bonnes vieilles règles du carriérisme masculin. Le mouvement féministe était dangereux, socialement, culturellement et politiquement, parce qu'il était fondamentalement subversif et que ses revendications étaient une remise en cause radicale de quelques unes des règles fondatrices du jeu social : ce même mouvement devient inoffensif une fois réduit à ne plus être qu'un lobby. Rien n'aura été changé des fonctionnements sociaux, aucune institution menacée, aucune hiérarchie remise en cause, mais des femmes y auront été intégrées, et se retrouveront comme les hommes prises dans leurs rets.