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La fin de la post-modernité, ou la fin de la pré-Histoire
La pré-modernité, l'Ancien Régime et l'économie mercantiliste (et physiocrate) pré-capitaliste, fut suivie de la modernité, avec les Lumières, le capitalisme, et la démocratie libérale.
Le capitalisme sauvage du XIXème siècle demandait à être civilisé pour servir davantage le plus grand nombre (utilitarisme) et non uniquement une minorité (la classe possédante ou capitaliste).
Grâce au social-libéralisme (appelé alors nouveau libéralisme), l'Europe dépassa le libéralisme classique et le capitalisme destructeur des premiers temps, en instituant un Etat-providence et keynésien, capable de mettre fin aux crises de suproduction (déflationnistes), de redistribuer quelque peu les fruits de la production, et de développer des services publics.
Avec l'enrichissement sans précédent de l'Europe et le changement de valeurs post-mai 68, fut instaurée la post-modernité.
La post-modernité est caractérisée économiquement par l'existence de la société de consommation, par une économie européenne centrée sur les services et l'innovation, par le caractère mondialisé de l'économie capitaliste mondiale, par le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication, par une croissance économique sans précédent, par un néo-colonialisme impérialiste pillant les ressources des pays pauvres, et par une concentration extrême du capital dans peu de mains.
Sur le plan politico-idéologique, la post-modernité représente le passage du matérialisme au post-matéralisme, des luttes sociales (économiques) aux luttes sociétales (mœurs), des luttes idéologiques (quel système est le meilleur) aux luttes gestionnaires (comment gérer au mieux le système en place).
La post-modernité c'est donc la négation du pluralisme idéologique par la domination d'un duel de gestionnaires du capitalisme : les social-libéraux (qualifiés souvent de social-démocrates) prônant un État keynésien au sein du capitalisme, contre les néo-libéraux (qualifiés aussi de ultra-libéraux) en faveur d'un État moins interventionniste au sein du capitalisme.
Mais voilà, aujourd'hui nous vivons une crise systémique.
Il n'existe plus aucun moyen de stabiliser le système capitaliste, car la crise de la dette est une crise de système, remettant en cause les fondamentaux et les logiques internes de l'organisation capitaliste post-moderne.
Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est donc la confrontation entre les résidus idéologiques du système en place et une demande sociale majoritaire en faveur, non pas directement d'un changement systémique, mais de l'institutionnalisation de leur demande, c'est à dire de l'intégration par le système en place de leur volonté de maintien de leurs conditions de vie.
Il y a clairement antithèse entre la demande sociale majoritaire et les réponses possibles à l'intérieur du système capitaliste.
La synthèse ne peut donc être qu'en dehors du système capitaliste !
Ce que proposent les résidus idéologiques du système capitaliste, c'est à dire la classe dominante au pouvoir, c'est l'austérité, donc un retour au capitalisme sauvage du XIXème siècle.
Toutes les logiques de la post-modernité vont donc être inversées et renversées dans le sens régressif de la modernité dépassée si l'on applique leur volonté de retour en arrière austéritaire.
Les social-libéraux quant à eux plaident pour des plans de relance étatiques, mais pour trouver l'argent nécessaire ils continueront soit à s'endetter, soit à taxer ou imposer le capital (ce qui fait diminuer la production et vient réduire l'effet du multiplicateur keynésien).
On entend aussi une autre exigence, celle de ne pas payer la dette.
Fort bien, mais dans ce cas le système bancaire et d'investissement s'écroulera sûrement si on fait cela sur le plan européen, et cela plongera l'économie dans une nouvelle crise.
A quoi correspond le niveau d'endettement des pays européens sinon au niveau de capitaux collectifs nécessaires pour parvenir au niveau de civilisation que nous avons atteint avec notre État-providence, nos services publics, nos droits, et notre système de démocratie libérale ?
Cette dépense collective était nécessaire pour en arriver là.
Aujourd'hui, nous entrons dans une deuxième phase de notre évolution, c'est à dire l'entrée dans une seconde phase de processus civilisationnel.
Le niveau d'endettement européen montre que le système de gestion de l'économie par la propriété privée des moyens de production (des capitaux) et les mécanismes du marché (loi du profit, loi de la concurrence) est incapable de réaliser cette deuxième phase d'évolution humaine.
A présent, nous faisons donc face à une nécessité économique technique : passer à la propriété collective du capital et utiliser les mécanismes de la planification.
La propriété collective du capital élimine le gaspillage induit par la rente actionnariale et permet d'assurer à l’État les recettes dont il a besoin, d'abord pour mettre fin à la crise de la dette, et ensuite pour entrer dans cette seconde phase d'évolution humaine.
Ce capitalisme d'Etat n'est pas suffisant et c'est pourquoi il devra s'accompagner de l'instauration de la démocratie économique, suite et complément logique de la démocratie politique libérale.
La démocratie économique consistera à démocratiser les moyens de production par la généralisation de l'autogestion des travailleurs.
En alliant propriété collective et démocratie économique à une nécessaire planification économique décentralisée et démocratique (pour sortir du diktat de la loi du profit et de la loi de la concurrence), nous atteindrons le socialisme.
Avec le socialisme se terminera la fin de la transition entre les deux phases civilisationnelles, c'est à dire la fin de la pré-Histoire, et le début de l'Histoire.
Car l'Histoire commence avec l'avènement d'un être humain nouveau :
l'individu libéré de toute domination économique ou politique, et de toute aliénation.
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La fin de la post-modernité, ou la fin de la pré-Histoire
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Modernité, planification, socialisme, communisme
Dans l'état actuel de mes connaissances sur l'économie planifiée, j'arrive à la conclusion que ce type de mode de production peut très sûrement être davantage productif et efficient que le mode de production capitaliste, notamment grâce aux nouvelles technologies informatiques qui permettraient un calcul économique incroyablement précis et juste. Toutefois, cela nécessiterait un niveau de socialisation des forces productives extrêmement élevé, et donc un contrôle collectif sur l'individu relativement élevé.
Dans notre société moderne, l'individu me semble difficilement adapté à ce type de mode d'organisation sociale.
N'est-t-il pas pour autant adaptable ?
Après tout, un changement systémique implique de manière déterminée un changement collectif des mentalités individuelles et une adaptation par intégration au nouveau système.
Néanmoins, si l'on voulait faire preuve d'un certain pragmatisme, il faudrait bien admettre que une économie planifiée, même avec un modèle de propriété mixte et une décentralisation maximale, resterait relativement contraignant pour l'individu moderne.
Si l'économie planifiée est intéressante comme modèle, il faut se poser la question de savoir si nous ne pouvons atteindre nos buts d'émancipation de l'humanité de la domination capitaliste par d'autres moyens que ce type d'organisation sociale collectivement trop contraignante.
Il est certain que le capitalisme social-démocrate, empli de contradictions et en ce moment ravagé par l'austérité néolibérale, ne peut nous aider.
Ses limites sont trop évidentes à mes yeux.
Quant aux modèles socialistes utopistes, communistes, écologistes, ou anarchistes, je vois en eux une profonde inadéquation entre la réalité des esprits contemporains et l'organisation sociale et étatique moderne. Ces modèles sont en effet tous relativement communautaires, fondant l'organisation de la société sur une base de volontariat et d'affinités.
Mais la société moderne n'est pas communautaire du tout. Au contraire, elle organise les rapports sociaux sur la base des droits et des devoirs (le contrat social).
Le retour à un modèle communautaire ne me semble donc pas approprié à la réalité moderne, ni souhaitable, car toute organisation sociale sur des bases communautaires signifie un niveau de contrainte trop élevée pour l'individu.
Ainsi, le modèle le plus aisé à mettre en place (sans que cela remette au fond la souhaitabilité de l'économie planifiée), le modèle qui serait directement le plus adapté à notre société moderne, ressemble plutôt au socialisme de marché, modèle d'économie planifiée soft, proche des expériences du socialisme économique en ex-Yougoslavie.
Dans ce socialisme de marché, il y aurait donc une planification du secteur étatique (lui-même producteur en concurrence avec le privé), et une filtration politico-étatique des activités économiques selon un critère d'utilité sociale et écologique, mais on aurait bien à faire aux règles économiques du marché.
L'organisation des entreprises productives en coopératives autogérées permettraient d'assurer un niveau de démocratie très élevé, ainsi qu'une égalité des ressources optimale. Le contrôle étatique des licenciements et la socialisation de l'héritage permettraient aussi d'éliminer les dysfonctionnements sociaux.
Les banques (donc le crédit) étant sous contrôle de l’État, on pourrait démocratiquement contrôler le développement économique.
Enfin, la transparence totale permettrait d'éviter tout bureaucratisme ou toute corruption privée ou publique.
There are alternatives !
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Sur le socialisme de marché :
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2012/02/03/le-socialisme-de-marche.html
Sur les avantages de l'économie planifiée :
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2012/01/31/des-avantages-de-l-economie-planifiee.html
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Les Indigné-e-s : une tentative de réenchanter le monde
La révolution industrielle, la révolution bourgeoise, et la révolution culturelle individualiste ont forgé la société contemporaine telle qu'elle est aujourd'hui en Occident.
Automatisation du travail, machinisme dans la production et la distribution, extension des technologies dans nos rapports entre humains, gadgétisation de nos loisirs, dogmatisation de la propriété privée, sont caractéristiques de cette société moderne où l'individu se doit d'être rationnel, calculateur, et logique, dans ses rapports avec ses pairs.
Le sociologue Tönnies parle de passage d'une société communautaire (Gemeinschaft), à une société moderne (Gesellschaft) marquée par l'individualisme. Dans cette société, seule l’État (bureaucratie wéberiennement rationnelle) peut garantir la cohésion de la société et évité l'anomie du lien social.
Alors dans la froideur de ce monde moderne en décomposition morale et idéologique, des groupes d'êtres humains s'élèvent contre l'ordre imposé de cette morne société capitaliste. Ces individus sont le fruit de la modernité, ils n'échappent pas à une certaine intériorisation des normes dominantes. Néanmoins, ils tentent de résister à la déliquescence sociale en cours et occupent l'espace public laissé jusqu'à présent aux derniers rassemblements rituels (et ritualisés) qui incarnent l'ultime lien entre les membres de notre modernité.
Les Indigné-e-s ne sont pas qu'un mouvement politique à la ligne idéologique fluctuante, ils sont aussi une réaction à ce délitement du lien social, une tentative (plutôt réussie selon moi) de recréer cette société communautaire pré-moderne. On retrouve en effet chez les Indigné-e-s certains aspects de ces sociétés communautaires pré-modernes, notamment la recherche du consensus, la valorisation du groupe et de l'action de groupe, et la mise en avant de valeurs communes fondamentales.
Mais les Indigné-e-s dépassent les faiblesses des sociétés communautaires, par exemple en étant ouvert sur le reste de la société, non seulement fonctionnellement parce qu'ils désirent la changer en mieux, mais aussi par la volonté affirmée d'intégrer les 99% de la population à leur reconstitution d'une société au lien social développé.
Cette tentative de dépassement de l'anomie capitaliste représente un bon exemple pour les partis et mouvements de gauche. Il n'est plus suffisant de mobiliser des militants, il faut à présent tenter de les intégrer à un mouvement populaire que nous formons inconsciemment d'ores et déjà. Ce mouvement en soi, doit devenir un mouvement pour soi.
Alors notre force politique sera en adéquation avec notre projet de société et avec nos valeurs, ce qui ouvrira ainsi la voie à l'instauration d'une société post-moderne et post-capitaliste : la société socialiste !