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Le Mouvement. Du cinéma à l’art cinétique
10 février – 16 mai 2010
Le mouvement est un thème central à l’art et sa perception au cours du XXème siècle. L’exposition établit les liens entre la sculpture cinétique et le film à partir d’une reconstitution de la célèbre exposition « Le Mouvement » de 1955 dans la Galerie Denise René à Paris.
Du 6 au 30 avril 1955 s’était tenue à la Galerie Denise René, à Paris, une exposition légendaire: « Le Mouvement ». On peut désormais en voir la reconstitution au Musée Tinguely. Le dépliant intitulé Le manifeste jaune qui accompagnait cette exposition posait « couleur, lumière, mouvement et temps » comme les fondements même de l’évolution de la sculpture cinétique. Le mouvement, en tant que moyen d’expression, faisait le lien entre toutes les œuvres exposées.
Cependant, les reliefs et sculptures se distinguaient nettement dans leur approche du mouvement : des objets de Yaacov Agam, Jesús Rafael Soto et Victor Vasarely n’évoluaient dans l’espace que par le mouvement du spectateur. D’autres, également de Yaacov Agam mais aussi de Pol Bury, Robert Jacobsen et Richard Mortensen, étaient transformées par l’intervention active du spectateur. On pouvait y voir aussi des œuvres de Jean Tinguely qui bougeaient d’elles-mêmes, actionnées par un moteur, et, toujours à cette occasion, fut édité un folioscope (« Flip Book ») de Robert Breer.
À côté de ces conceptions artistiques de jeunesse (certains artistes connurent avec l’exposition le début de leur carrière internationale), Marcel Duchamp fut représenté avec Rotary Demisphere de 1925 et Alexander Calder avec des mobiles, œuvres qui renvoyaient donc aux expériences cinétiques des débuts de l’avant-garde.
Le manifeste distribué lors de l’exposition à la Galerie Denise René portait non seulement sur le mouvement en tant qu’élargissement du langage artistique dans les disciplines classiques, mais aussi sur le « cinéma » : la cinématographie, littéralement « écriture du mouvement », constituait dans les années 1950 un champ artistique dont on escomptait de nouvelles impulsions et possibilités. Si l’exposition elle-même ne présenta pas de films, des projections eurent lieu dans le cadre d’un programme parallèle, à commencer par des classiques du film expérimental abstrait des années 1920 en Allemagne et en France (Viking Eggeling et Henri Chomette), ainsi que des films d’Oskar Fischinger, Len Lye et Norman McLaren ou des productions plus contemporaines de Breer, Jacobsen et Mortensen.
Le programme des films de 1955 fait le pont avec la deuxième partie de l’exposition au Musée Tinguely où sont interrogées les sources de l’art cinétique. Contrairement à la plupart des études sur l’art cinétique, ce n’est pas tant l’évolution dans le domaine de la sculpture qui est retracée ici, mais celle du film comme média.
Le film expérimental abstrait – qualifié aussi de « musique visuelle sans objet » – fut considéré au milieu des années 1920 comme un genre nouveau, porteur d’un fort potentiel d’avenir. La représentation en 1925 au théâtre de l’UFA à Berlin sur le « Film absolu » marque le point culminant de cette évolution : on put y voir des réalisations de Chomette, Fernand Léger/Dudley Murphy, Hans Richter et Walther Ruttmann, mais aussi la visionnaire Symphonie diagonale d’Eggeling.
À ces différentes approches s’ajouteront des films de Marcel Duchamp, László Moholy-Nagy et Man Ray, avec des travaux préalables et des œuvres apparentées dans d’autres disciplines. Ce choix de films des années 1920 à 1950 souligne l’aspect cinématographique du « dessin cinétique » : développé au moyen d’enchaînements graphiques, de l’éclairage photographique (et de l’assombrissement dans le cas des photogrammes), de la dynamique sculpturale liée au temps dans la lumière et dans l’espace, ainsi que de connotations musicales/optiques des occurrences optiques/musicales, il fut en retour source d’inspiration pour la création cinétique des années 1950 qui, souvent et explicitement, fait référence aux modèles des années 1920.