Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07027.jsonl.gz/592

Dans Le Guide du Razès insolite de Stéphanie Buttegeg publié en 2016 aux éditions de l'Œil du Sphinx, on découvre des faits étranges, qui se recoupent avec les fantasmagories ordinaires sur Rennes-le-Château et l'abbé Saunière.
Le livre raconte qu'un certain berger appelé Paris, dans les environs de ce noble village, a un jour découvert un trésor après avoir suivi une brebis égarée. Or, il existe, par ailleurs, une légende locale, présente dans un autre ouvrage, évoquant les fées qui prennent justement l'apparence de brebis, et qui se jouent ainsi des bergers. Car elles apparaissent et disparaissent, égarant les âmes, et entraînant les mortels vers des puits ou des gouffres. On les appelle, en ce lieu, les Mitounes, mot dont je ne connais pas l'origine.
Mais il existe encore, à Rennes-le-Château, une autre tradition fabuleuse, celle de son curé Saunière ayant trouvé un trésor, d'une part, et ayant eu la vision de Marie Madeleine dans une grotte voisine, d'autre part. J'ai déjà signalé que la grotte en question était probablement celle réputée habitée par les Mitounes.
Sans doute, on prétend que Saunière a trouvé un trésor sous l'autel de l'église de Rennes-le-Château, justement vouée à sainte Marie Madeleine. Il l'a déplacé pour en créer un autre plus neuf et, là, aurait trouvé un merveilleux butin – ou au moins des manuscrits incroyables, recelant des secrets extraordinaires sur Jésus.
Il est difficile de ne pas voir que deux éléments initiaux se sont mêlés confusément: la tradition du berger Paris, d'une part, celle de l'abbé Saunière, d'autre part; et le lien, étrangement, ce sont les Mitounes. Car si, sous l'autel de l'église Sainte-Marie Madeleine - autel qui représente justement Marie Madeleine –, on a trouvé un trésor, c'est que Marie Madeleine a guidé la main de l'abbé: c'est elle qui, en rêve, lui a donné l'idée de réparer son église – qui d'autre?
Mais c'est aussi une bonne fée, assurément, qui a animé la brebis poursuivie par le berger Paris pour qu'il se dirige vers le trésor qu'il a trouvé. En tout cas la structure de l'histoire est la même: pris d'une inspiration subite, sans véritable fondement rationnel, un être humain effectue des mouvements, déplace son corps ou des objets, pour trouver un trésor. De même, c'est une impulsion psychique inexplicable qui a guidé l'abbé Saunière vers la grotte aux fées locale, où il a cru voir l'ombre de Marie Madeleine.
Ainsi tout se recoupe, et on peut en tirer que ce sont les Mitounes, encore et toujours, qui ont inspiré tout cela.
On m'a dit que sous Rennes-le-Château, dans la vallée de la Salz, on avait facilement des visions. C'est alchimique: le sel et le soufre des sources du lieu cristallisent les images de l'âme – matérialisent les rêves. L'eau chauffée par le soufre de toute façon dilate l'âme en s'imprégnant dans le corps et en se mêlant à l'eau corporelle – qui, plus qu'on ne le sait, a un rapport avec les images que l'on crée en soi. Ces images semblent alors s'arracher de soi-même, et devenir objectives, épaissies, si l'on peut dire, par le sel, et animées par le soufre. Rennes-les-Bains a connu beaucoup de visionnaires. Et ce sont les curistes qui ont rendu célèbres les environs.
Sous la montagne, disaient les légendes locales, il y avait des anges déchus: des formes de cornes imprimées dans la roche seraient le souvenir de leur chute. Mais cela peut être aussi les cornes des brebis – ou des fées qui ont pris leur apparence! Ce sont des fées cornues, pour ainsi dire.
Jules Michelet disait que dans les Pyrénées, la Terre restait vivante – et en voulait pour preuve les sources d'eaux chaudes. Ce sont peut-être les anges déchus encore vivants, encore remuants dans leur sommeil! Et de leur souffle il sort des mitounes, éveillant les hommes à de fabuleuses visions.
Je ne sais si à ce peuple d'anges déchus vivant dans les Pyrénées appartient celui que H. P. Lovecraft nommait Chaugnar Faugn – extraterrestre méchant à tête d'éléphant dont il disait avoir rêvé, et auquel il assurait que les anciens Basques vouaient un culte. Son ami Frank Belknap Long en a fait une nouvelle, plus tard. Il y a toute une mythologie, dans les Pyrénées.