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Cinq des six Suissesses qui ont remporté une médaille aux Jeux olympiques de Tokyo accomplissent leur service militaire. Quels avantages en tirent-elles concrètement?
La conseillère fédérale Viola Amherd a été l'une des premières à féliciter Nina Christen lorsqu'elle a remporté la première médaille suisse aux Jeux olympiques. La politicienne valaisanne a également félicité Mathias Flückiger pour sa médaille d'argent et Jolanda Neff, Sina Frei et Linda Indergand pour leur triplé historique.
«Jolanda Neff se tient au garde-à-vous, son fusil à l'épaule, la main sur la tempe, ses longs cheveux blonds soigneusement tressés sous sa casquette militaire. Il est six heures du matin. Un discours de bienvenue est prononcé sur la place d’arme de Lyss.» En novembre 2017, le magazine «Fit for Life» décrit une scène de la vie quotidienne de la future championne olympique.
A l’époque, Jolanda Neff avait rejoint l'école de recrues avec l’Uranaise Linda Indergand. Elles sont passées par la formation de base, qui comprend entre autres le salut, le nettoyage et la manipulation de l'arme. «La première fois qu'il y a eu une détonation, j'ai été complètement choquée», a déclaré la vététiste. «Après le dîner, on devait toujours nettoyer le fusil.» L’extinction des feux était à 23 heures.
L’armée suisse joue également un rôle essentiel dans la promotion du sport de haut niveau aux côtés de Swiss Olympic et de l’Aide sportive suisse. Sur les 116 sélectionnés pour les Jeux, 48 sont des soldats sportifs d’élite ou des militaires sportifs d’élite à temps partiel. Parmi eux se trouvait le sprinter Alex Wilson, qui manque aujourd'hui à l'appel en raison d'une suspension pour dopage. L’école de recrues (ER) du sportif d’élite remonte à une initiative d'Adolf Ogi en 1999. Elle existe sous sa forme actuelle depuis 2004. En 2006, la triathlète Annina Stämpfli a été la première femme à y participer. Dans l’ER actuelle, la proportion de femmes est déjà de 25% (14 sur 54).
Cependant, les jours de service des athlètes professionnels n'ont rien à voir avec la vie dans les casernes, où sévissent encore les exercices de tir, la nourriture à la chaîne ou les réveils pendant la nuit. Dès la deuxième semaine de formation de base, les après-midis sont libres pour l'entraînement. Les athlètes passent la plupart de leur temps en tenue de sport. Après cinq semaines de formation de base, ils peuvent s'entraîner pendant treize semaines selon les plans d’entrainements de leurs coaches personnels.
Les sportifs de haut niveau ne portent plus l’uniforme après l’école de recrue. Ils servent entre 30 et 130 jours par an et reçoivent une rémunération et un revenu compensatoire. Il s'agit d'une rentrée d’argent essentielle, notamment pour les athlètes issus de sports mineurs. Les soldats à temps partiel reçoivent un contrat de quatre ans, soit la durée d'un cycle olympique, avec un renouvellement possible.
Le personnel militaire, à l'exemple de Linda Indergand et Nina Christen, est rémunéré à un taux de 50%, ce qui correspond à environ 2500 francs suisses par mois. De plus, les employés bénéficient d'une assurance militaire et n'ont pas besoin d'assurance maladie. Ils peuvent également utiliser les installations d'entraînement de Macolin et de Tenero, nourris-logés.
Roger Federer et Stan Wawrinka, par exemple, ne sont pas passés par la voie militaire. Ils faisaient partie de l’époque où les athlètes évitaient l'armée comme le diable évite l'eau bénite. Désormais, l’ER pour sportifs d’élite est en pleine expansion. D'ici à 2023, la capacité sera progressivement portée de 35 à 70 recrues par ER.
Les athlètes bénéficieront d'une formation aux médias et aux massages, de cours d'anglais et d'une préparation mentale. La nutrition, la récupération et le dopage seront également abordés. «Là-bas, j'ai pu m'entraîner à un haut niveau pour la première fois. Sans l'armée, je n'aurais probablement pas eu la chance de devenir professionnelle de mon sport», a déclaré Linda Indergand au magazine «Fit for Life». Avant cela, la vététiste suivait un apprentissage d’employée de commerce.
Des phrases telles que «les sportifs de haut niveau dilapident l'argent de nos impôts» arrivent régulièrement jusqu'aux oreilles de l'armée. Mais un athlète de haut niveau ne coûte pas beaucoup plus cher qu'une recrue normale.
Avec 18 militaires à temps partiel et 2 x 35 recrues par an, la Suisse rattrape son retard en comparaison internationale. Toutefois, elle a encore du chemin à parcourir par rapport à l’Autriche et ses 200 soldats sportifs, ou l’Allemagne avec ses 800 recrues sportifs d’élite – et même en ajoutant les 12 sportifs de haut-niveau employés par le corps des gardes-frontières suisse.
En contrepartie, le seul service que l'armée attend en retour des athlètes est de jouer le rôle d'ambassadeurs. Rien ne vaut de gagner des médailles aux Jeux olympiques.
Article traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz