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Il y a deux cents ans, de nombreux hommes ont afflué en Grèce pour soutenir la lutte contre l'Empire ottoman, y compris des Suisses. Beaucoup sont morts au combat, certains sont devenus des figures héroïques immortelles dans le mythe de la libération nationale.Ce contenu a été publié le 25 mars 2021 - 09:36
Le 25 mars 1821 commença la révolte grecque contre la domination ottomane, conduisant à la reconnaissance de l'État grec moderne en 1830. À cette époque, les Ottomans régnaient sur une région allant de la Tunisie à l'Irak, des Balkans à la Corne de l'Afrique. La «révolution grecque» a été le premier mouvement national à obtenir la pleine indépendance dans les territoires européens de l'Empire ottoman.
La révolte a bénéficié d'un grand soutien, principalement en Europe occidentale, grâce aux Philhellènes, les «amis de la Grèce». À la fin du XVIIIe siècle, l'antiquité grecque était considérée comme un modèle esthétique, notamment dans l'art et la littérature. La Grèce étant vue comme le berceau de la civilisation européenne, c'était une question d'honneur de la libérer du joug ottoman.
Mais il y avait aussi des raisons politiques tangibles: la France, la Grande-Bretagne et la Russie en particulier avaient intérêt à affaiblir l'Empire ottoman. Le soutien matériel et politique aux mouvements séparatistes qui voulaient établir leur propre État par la force des armes était un moyen d'atteindre cet objectif.
Cependant, les Grecs ont également reçu l'aide de volontaires. Des centaines de Philhellènes d'Europe et des États-Unis ont afflué vers les territoires indépendants pour soutenir les chrétiens grecs dans leur lutte contre les oppresseurs musulmans. Parmi eux se trouvaient des personnalités telles que le poète anglais Lord Byron, qui a été célébré comme un héros de guerre. D'autres ont collecté des fonds ou défendu la cause grecque au niveau politique.
Ces volontaires sont encore aujourd'hui au cœur du mythe de la libération nationale, leurs noms ornent les places et les rues, et leur mémoire est commémorée chaque année lors de la fête nationale le 25 mars. Parmi eux figurent de nombreux Suisses qui ont laissé leur empreinte non seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les institutions du jeune État. En voici une petite sélection.
Le banquier
Aucune guerre ne peut être gagnée sans argent. Les associations de soutien étaient donc importantes. Elles collectaient des fonds pour la lutte armée par le biais de dons et de campagnes de collecte, mais coordonnaient également les déplacements des combattants volontaires. La première «association grecque» a été fondée dès août 1821 à Berne, puis d'autres villes suisses et pays européens ont suivi. Les membres étaient des intellectuels, des ecclésiastiques et des officiers militaires, mais souvent aussi des ouvriers qui voulaient s'engager pour une noble cause.
Genève était un centre important de l'activité philhellénique en Suisse. C'est là que vivait le riche financier Jean-Gabriel Eynard, qui envoyait de grosses sommes d'argent de sa fortune privée en Grèce. Le banquier, dont la famille appartenait à la noblesse genevoise, avait rencontré au Congrès de Vienne Ioannis Kapodistrias, qui deviendrait plus tard le premier président de la Grèce. Cette amitié a suscité l'intérêt de Jean-Gabriel Eynard pour la cause grecque, qu'il a activement promue dans l'arène diplomatique au cours des décennies suivantes.
En tant que défenseur des révolutionnaires grecs, il ne les soutenait pas seulement sur le plan politique, mais était également conscient de l'importance des institutions étatiques pour le jeune État. En 1828, Jean-Gabriel Eynard a été l'un des cofondateurs de la première institution financière publique de Grèce, qui n'a toutefois duré que quelques années. Plus tard, il a contribué à la création de la Banque nationale de Grèce, qui existe toujours aujourd'hui et qui est la plus grande banque du pays.
Le fonceur
Les périodes extraordinaires produisent des biographies extraordinaires. L'une des personnalités suisses les plus remarquables dans les rangs des insurgés grecs était sans aucun doute Johann Jakob Meyer de Zurich, à qui l'auteur Alex Capus a rendu un hommage littéraire dans son livre «Himmelsstürmer».
La motivation de Johann Jakob Meyer – comme de nombreux philhellènes – reste incomplètement comprise à ce jour. On a souvent soupçonné que son voyage en Grèce était en fait une fuite de la Suisse. On parle de problèmes d'argent, d'une vie erratique et d'amours non réciproques. La manière dont est né son attachement à la cause grecque n'est pas documentée. En tout cas, il est parvenu à se présenter à la Société philhellénique de Berne comme médecin (ce qu'il n'était pas) et à se faire payer le voyage en Grèce.
Le Zurichois débarque à Mesolongi en 1821, où il apprend rapidement le grec, se convertit à l'orthodoxie et épouse une femme grecque. Lorsque la petite ville est assiégée par les forces ottomanes peu après, Johann Jakob Meyer prend en charge l'hôpital local. Au cours des années suivantes, Mesolongi a été assiégée à plusieurs reprises et est devenue un lieu de mémoire central de la révolution grecque. C'est à cette époque que Meyer a fondé les Chroniques grecques, le premier journal imprimé du pays, qui est devenu une importante source d'information à l'étranger et a ainsi contribué à former l'image de la Grèce en Europe.
Johann Jokob Meyer est également mort à Mesolongi, qui porte le titre de ville sainte. Selon la légende, certains des habitants ont osé briser le siège, tandis que les autres, après des combats sanglants, se sont fait exploser pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi. C'est de Meyer que viendrait la citation suivante, qui résume bien l’image que les philhellènes suisses avaient d’eux-mêmes: «La pensée que le sang d'un Suisse, petit-fils de Guillaume Tell, se mêle au sang des héros de la Grèce me rend fier.»
Le guerrier
Le soulèvement a été combattu de manière extrêmement brutale. Nettoyages ethniques, esclavage et autres atrocités ont eu lieu. La plupart des combats se sont déroulés dans le Péloponnèse, le cœur de la Grèce. Par la suite, ils se sont étendus à des zones plus mélangées sur le plan ethnique, entraînant une augmentation des attaques contre la population civile.
Le Bernois Emanuel Amenäus Hahn se rend en Grèce en 1824 et rejoint le Corps philhellénique, où sont affiliés d'autres volontaires étrangers comme lui. Au cours de cette décennie révolutionnaire, il est impliqué dans plusieurs batailles importantes – dont un siège de six mois de l'Acropole athénienne, où il a été piégé avec d'autres – et gagne ainsi une renommée militaire. En Grèce, le XIXe siècle est marqué par l'instabilité politique, la pauvreté et le danger militaire. Hahn, cependant, reste en Grèce et gravit les échelons hiérarchiques jusqu'à être finalement nommé lieutenant général de l'armée grecque.
Tous, cependant, n'ont pas joui d'une telle renommée. De nombreux soldats ordinaires ne sont connus que par leurs prénoms; ils sont morts de maladie, sont devenus fous ou ont fini dans des fosses communes loin de leur patrie, avec leurs frères d'armes grecs.
Les philhellènes suisses existent aussi dans de nombreux autres domaines. Dans le domaine de la photographie, par exemple: les images du Genevois Fred Boissonnas étaient centrales pour l’image que l'État grec avait de lui-même au début du XXe siècle. Plus d'informations ici:
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