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Le réchauffement climatique est «très probablement» causé par l'activité humaine et les effets sont inéluctables pour plus d'un millénaire.Ce contenu a été publié le 02 février 2007 - 21:41
Membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui s'est réuni à Paris, le scientifique suisse Fortunat Joos explique à swissinfo pourquoi il est désormais réellement temps d'agir.
Le rapport de 21 pages publié vendredi à Paris met en évidence «l'augmentation des températures moyennes globales de l'air et des océans, la fonte des neiges et des glaces ainsi que la montée du niveau des mers».
Les 500 scientifiques du monde entier réunis depuis lundi pour faire le point sur les enjeux climatiques avertissent également que, même si l'humanité réduit ou ralenti ses émissions de gaz à effet de serre, l'élévation globale de la température et du niveau des mers va se poursuivre durant des siècles.
Professeur à l'Institut de physique, du climat et de l'environnement de l'Université de Berne, Fortunat Joos estime cependant que si nous agissons dès maintenant, les effets pourraient être limités.
swissinfo: Selon le rapport des experts, l'activité humaine a «très probablement» influencé les changements climatiques. Est-ce que cette affirmation reflète bien l'opinion de la communauté scientifique?
Fortunat Joos: La grande majorité des scientifiques spécialistes du climat est convaincue que le réchauffement global est en marche. Le réchauffement est évident un peu partout et les preuves que les humains changent la composition atmosphérique sont innombrables.
Des mesures ont mis en évidence que les gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone (CO2) ou le méthane sont à leur plus haut niveau depuis 650'000 ans.
Nous savons aussi que la réduction de l'activité des volcans combinée aux variations de l'énergie solaire a participé au refroidissement de l'atmosphère. Il est donc évident que l'activité humaine est responsable du réchauffement global constaté durant la dernière décennie.
swissinfo: Le rapport utilise la notion de «très probablement» - soit 90% en termes scientifiques – pour évoquer l'influence de l'activité humaine sur le réchauffement global. Cela signifie-t-il qu'elle est encore incertaine?
F.J.: La terre est un système complexe et il y a une chance pour que nous ne comprenions pas tout. De plus, nous ne sommes pas en possession des données complètes du millénaire.
Il reste donc des zones grises. Durant la rédaction du document, des discussions ont eu lieu sur l'utilisation de mots plus forts. Mais la décision a été prise de rester prudent. Reste que neuf sur dix est une probabilité très élevée.
swissinfo: Vous dites que le rapport est un document prudent. L'absence d'une certitude absolue ne donne-t-elle pas des arguments à ceux qui veulent nier le réchauffement ou, du moins, son impact?
F.J.: Je ne pense pas. Durant les 17 dernières années, le GIEC a tenté de présenter l'évidence scientifique de manière neutre. Il ne fallait pas être alarmiste ni nier les faits.
Au fil des années, les positions du GIEC sont devenues plus fortes et mieux documentées. Les plus sceptiques ont désormais du mal à remettre en cause les résultats scientifiques et c'est pour cela qu'ils affirment aujourd'hui que les coûts du réchauffement global sont exagérés.
swissinfo: Le rapport est destiné aux décideurs. Va-t-il réellement influencer leur politique?
F.J.: Le rapport indique clairement que le réchauffement est en marche, que les humains sont responsables et que les changements climatiques vont avoir de graves conséquences. Je pense qu'il est assez facile pour les décideurs de comprendre cela.
Leurs choix de se tourner ou non vers des technologies alternatives aux énergies fossiles va dépendre de leurs intérêts et de leur opinion personnelle. S'ils effectuent ce choix, des secteurs de l'économie seront perdants, mais d'autres seront gagnants tout comme la société civile.
swissinfo-interview: Scott Capper
(Traduction et adaptation de l'anglais: Mathias Froidevaux)
En bref
The Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) ou Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a été fondé en 1988 par deux organismes de l'ONU : l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Son but est d'étudier le risque de changement climatique provoqué par l'homme.
Le GIEC est ouvert à tous les membres de ces deux organismes et compte des centaines d'experts du monde entier. La position du GIEC sert de référence à tous les débats sur le climat.
Les projections du GIEC jusqu'à 2100
Augmentation probable de la température: 1,8 à 4 degrés Celsius
Augmentation possible de la température: jusqu'à 6,4 degrés Celsius
Le niveau global des mers devrait augmenter de 43 centimètres
Les glaces arctiques devraient disparaître entre 2050 et 2100
Plus régulièrement de grandes chaleurs
Intensification des tempêtes tropicales
Les réactions suisses
Dans le cadre de la Conférence internationale sur le climat de Paris, le ministre suisse de l'Environnement Moritz Leuenberger a invité vendredi la communauté internationale à «passer à l'ère des mesures contraignantes en matière de politique climatique». Il a aussi prôné l'instauration d'une taxe mondiale sur le CO2.
Selon le ministre, la Suisse doit, comme le du monde, faire ses propres efforts. En tant que pays alpin, la Suisse est particulièrement concernée par les changements climatiques.
Le rapport alarmant sur le climat a engendré plusieurs réactions en Suisse. Les écologistes demandent un débat parlementaire urgent. Le Parti socialiste (PS) a lui aussi promis quelques initiatives parlementaires en vue de la session de printemps. Seule l'Union démocratique du centre (UDC / droite nationaliste) n'y voit pas une cause de préoccupation et considère que des changements climatiques ont déjà eu lieu par le passé.
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