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Une vie inhumaine
Ils ont quitté la Suisse pour se construire un avenir en Argentine. Ils ont dû émigrer parce qu'ils ne pouvaient plus gagner leur vie ici.
Quelques-uns ont fait fortune. La plupart ont travaillé beaucoup et ont dû survivre avec le minimum.
Pas d'eau courante, pas d'électricité. Un vieux matelas posé sur une tôle ondulée. Le sol: de la terre. Les habits (en Suisse, on parlerait de haillons): empilés dans un coin de la pièce.
Buenos Aires. Capitale de l'Argentine.
L'endroit où a vécu Nelly Ruckstuhl. Une citoyenne suisse.
Les frères oubliés
Originaire de Sirnach dans le canton de Thurgovie, Nelly a grandi à Chavannes dans le canton de Fribourg. En 1938, elle émigre en Argentine avec sa maman Rosa Wuren et son beau-père, un agriculteur, Georges Menetrey. Elle a 14 ans.
Comme beaucoup d'autres Suisses qui ont émigré à cette époque, sa famille s'établit dans la province de Misiones, à Campo Grande, aux alentours d'Oberà. Là, plusieurs de ses contemporains se souviennent encore d'elle aujourd'hui.
Une grossesse hors mariage la prive de tout espoir d'un avenir meilleur.
Pendant des années, plus personne n'entend parler de Nelly. Comme si elle avait été happée par cet immense pays que son beau-père et sa mère (rentrée en Suisse en 1963) avaient élu comme seconde patrie.
Puis, un jour, au début du printemps 1999, une lettre manuscrite parvient à l'ambassade de Suisse à Buenos Aires.
La bouée de sauvetage
La chance veut alors que Nelly Ruckstuhl croise Nicoletta Regazzi Pfeiffer. La responsable des services sociaux de la section consulaire de l'ambassade de Suisse à Buenos Aires confie: «J'ai pris cette affaire à cœur. Nelly vivait dans une telle misère.»
Dans un français un peu maladroit, avec beaucoup de dignité, cette expatriée demandait dans une lettre si son pays d'origine pouvait lui accorder une aide, même toute petite.
Et, avant même de savoir si sa lettre avait débouché sur une réponse positive ou non, elle remerciait déjà son pays en écrivant «je vous suis très reconnaissante».
A 75 ans, Nelly Ruckstuhl était affaiblie par une opération du foie et son conjoint Marciano Caceres avait perdu un œil. Leurs trois enfants, eux, n'avaient plus de travail.
Aucun revenu, aucune rente. La famille survivait grâce à un petit négoce où elle vendait des légumes et des ouvrages crochetés.
Une leçon de vie
Pour tenter de comprendre ce qu'a vécu cette expatriée, nous avons fait le voyage de Presidente Derqui. A moins d'une heure de voiture du centre de Buenos Aires. Et pourtant très loin de la civilisation.
On arrive alors dans un autre monde. Deux gendarmes, mitraillette au poing. Seule trace visible du passage de l'Etat.
Là, nous avons pu imaginer la vie de Nelly Ruckstuhl en rencontrant une grande dame: Esther. Une grand-maman de 79 ans qui ne demande rien à personne, remercie le bon dieu, et partage le peu qu'elle a avec ceux qui ont encore moins qu'elle.
Une leçon de vie, un modèle de sérénité et de joie de vivre.
La dernière année
Tirée de la misère, Nelly Ruckstuhl n'a pas pu jouir longtemps de l'assistance consulaire.
Ce geste n'aura pas coûté cher à la Confédération. Pour apporter un tout petit peu de confort à la maison de cette Suissesse expatriée, il aura fallu environ 2'500 francs. S'ajoute à cela la centaine de francs versée chaque mois par l'assistance.
Pas beaucoup finalement pour offrir une vie un peu meilleure à une vieille dame. La dernière année de sa vie.
Le 2 août dernier, Nelly Ruckstuhl s'en est allée. Elle est morte d'une attaque cérébrale. Elle avait 78 ans.
swissinfo/Sergio Regazzoni de retour d'Argentine
Faits
En Argentine, une quarantaine de Suisses bénéficie de l'assistance sociale de la Confédération
La demande d'aide doit être renouvelée chaque année
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