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La rétrospective consacrée à l’artiste italienne Laura Grisi (1939-2017) témoigne de la singularité de sa pratique et de sa vision au sein de l’histoire de l’art contemporaine. Elle était d’autant plus nécessaire que son travail a longtemps été réduit à l’étiquette d’artiste italienne du Pop Art, alors que toute la démarche de Grisi atteste son refus des catégorisations et son talent pour intercepter des recherches artistiques de son temps (art minimal et conceptuel, art cinétique et optique, Land Art) et en offrir une synthèse personnelle. Par une activité dont le motif central est sans doute celui du déplacement (des pays visités et documentés aux multiples médiums utilisés), Grisi incarne un sujet féminin nomade, défiant les politiques culturelles et identitaires, refusant l’unicité des représentations, et, finalement, de l’écoulement même du temps.
Née à Rhodes, en Grèce, en 1939, éduquée à Paris et établie entre New York et Rome, où elle décède en 2017, Grisi a passé de longues périodes de sa vie en Afrique, en Amérique du Sud et en Polynésie. Cette découverte de cultures non occidentales trouve de nombreux échos dans son travail artistique et marquera sa vie personnelle et professionnelle. Débutant sa recherche artistique par la photographie, elle réalise ses « Peintures variables » (avec des panneaux coulissants et des néons) dans le milieu des années 1960. A la fin de cette décennie, elle crée des environnements dynamiques qui reproduisent en galerie des phénomènes naturels tels que le brouillard, le vent ou la pluie. Ses œuvres des années 1970-1980 sont marquées par le « tournant textuel » de cette époque : utilisant le langage et la photographie à nouveau, elle explore les mécanismes de la perception humaine et de la connaissance.
L’ensemble de l’œuvre de Grisi tente de saisir l’étendue, la multiplicité, l’impermanence et la mutabilité du possible, tout en ayant recours à des systèmes logiques construits sur des limitations linguistiques et sémiotiques, dans une approche qui peut faire penser aussi bien au Nouveau Roman qu’au cinéma de la Nouvelle Vague ou aux expérimentations du groupe français Oulipo.
Laura Grisi expose de son vivant avec les galeries Galleria dell’Ariete à Milan (en 1965), Leo Castelli à New York (depuis 1973 et jusqu’à la fin des années 1980) et Konrad Fischer (depuis 1978 et jusqu’au milieu des années 1990). Le Van Abbemuseum lui consacre une exposition en 1976 et elle figure en 1966 dans la Biennale de Venise, ainsi que, en 1968, dans l’exposition « Young Italians » du ICA Boston et du Jewish Museum de New York. Son travail est présenté dans la 59e Biennale de Venise en 2022.
L’exposition est organisée par Julien Fronsacq et Marco Scotini en collaboration avec le Muzeum Susch