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C'est le début d'un internement systématique des malades qui, jusqu'alors, vivaient aux abords des villes, mais en relation étroite avec les populations. Cela durera jusqu'en 1956.
Au début des années 1970, Maurice Born (sociologue) co-réalise avec Jean-Daniel Pollet L'Ordre, un film sur la léproserie de Spinalonga. C'est là qu'il rencontre Epaminondas Remoundakis, un des lépreux réscapés, et lui demande de témoigner de son expérience.
Gravement atteint par la maladie, c'est grâce à un magnétophone que, pendant des dizaines d'heures, Epaminondas va, en continu, enregistrer son histoire. Ce sont ces bandes, retranscrites en grec et relues avec Epaminondas, puis traduites en français, qui sont proposées ici. Elles composent un témoignage et objet littéraire de premier ordre.
Servi par une mémoire sans faille et un immense talent de conteur, pétri des histoires et des mythes de son île mais aussi, alors qu'il dissimule son mal aux yeux de tous, des connaissances acquises sur les bancs du lycée et de la faculté, Epaminondas fait le récit de la totalité de sa vie. Il nous conte sa jeunesse heureuse et buissonnière, sa vie d'étudiant à Athènes, son arrestation puis son existence sur l'île et ses combats contre l'injustice et l'arbitraire de l'État.
Il refuse ainsi que ce récit n'existe que par la part trouble suscitée par son mal, revendiquant par là l'existence pleine d'un homme normal.