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Pour beaucoup, la Fondation Bodmer est le musée à côté du Lion d’Or de Cologny. Oui mais pas seulement !
La Fondation Martin Bodmer est une des principales bibliothèques privées du monde unique par sa richesse et son organisation. Mais qui donc était ce Martin Bodmer?
Pour répondre à cette question, le Professeur Jacques Berchtold, directeur de la Fondation, était la personne à rencontrer. Ce passionné de livres anciens m’a ouvert les portes de la Fondation.
Martin Bodmer (1899-1971) naît dans une famille bourgeoise de Zurich. Il grandit dans un milieu où la littérature tient une place importante. C’est à l’âge de 15 ans, qu’il achète le premier livre de ce qui sera le début d’une quête sans fin. Ce livre n’être autre que « la tempête » de Shakespeare traduite en allemande. Au début de ses études universitaires, sa mère lui offre une édition de Faust de Goethe écrite en caractère gothique ce qui était commun à l’époque. Il a par la suite collectionné des archives, des fonds patrimoniaux de tous pays.Toute sa vie durant, il fera référence à l’humanisme de Goethe. Martin Bodmer a voué sa vie à la culture et à la paix dans le monde. A tel point qu’il devient vice-président de la Croix-Rouge et c’est ainsi qu’il emménage à Genève pendant la seconde guerre mondiale. Il s’impliquera personnellement pour faire distribuer des livres dans les camps de prisonniers. Il voulait profiter de la neutralité de la Suisse pour regrouper la quintessence de la pensée humaine mise par écrit, il a collectionné des livres très rares pour les épargner de la destruction de la folie des hommes. Martin Bodmer collectionnait l’édition la plus proche de son moment d’origine, voire, si possible, le manuscrit autographe rédigé par l’auteur lui-même ou les éditions qui suivaient et toutes les traductions
Pourquoi les traductions sont-elles mises en valeur ?
« Car il y a l’idée que chaque nation gagne à connaître les littératures de ses voisins. Cela diminue les risques de guerres car chacun apprend à connaitre les spécificités de ses voisins mais aussi à comprendre les littératures nationales tâtonnent autour des mêmes questions de l’humanité : quel est le sens de la vie, pourquoi la mort, y a-t-il une vie après la mort, Ces questions se posent, quel que soit le pays, la religion ou l’époque. Ces questions taraudent les peuples un peu partout » nous répond le Professeur Jacques Berchtold avant de poursuivre « Il suivait l’idéal de Goethe qui a lutté contre la littérature allemande qui se couperait de ses voisines dans l’exaltation d’un patrimoine patriotique. Goethe a toujours demandé aux Allemands d’aller lire les littératures étrangères y compris les littératures persanes et arabes. La Fondation a un fond de ces littératures. C’est un hommage à l’invitation de Goethe de s’ouvrir à la richesse de ce patrimoine ».
Aujourd’hui la Fondation compte plus 150’000 volumes et a vocation à les conserver et les mettre en valeur. La Fondation est particulièrement fière d’avoir la seule bible de Gutenberg conservée en Suisse. La seule au monde qui soit dans une institution privée et montrée en permanence. Elle est composée de deux volumes. La Fondation peut ainsi alterner les deux afin que l’une soit exposée en permanence tout en laissant l’autre « se reposer ». Pour limiter la fatigue à la lumière, les pages sont régulièrement tournées.
Retour dans l’histoire de l’imprimerie…
C’est à Mayence, en 1452, que Gutenberg à créer les premières presse ainsi que les caractères mobiles de l’imprimerie de plomb. Le premier livre qu’il ait imprimé est la bible. Il en reste 35 exemplaires dans le monde. Il a ensuite fallu 2 ans aux enlumineurs pour mettre de la couleur sur les initiales. Cet exemplaire se trouvait dans un couvent à Rotenburg (entre Stuttgart et Munich).
A la restauration, cette bible a été vendu au Tsar de Russie, ce qui en faisait la seule bible de Gutenberg dans ce pays. Lors de la révolution bolchévique elle a été cachée pour être conservée et c’est Staline qui l’a vendu à Martin Bodmer. Les négociations ont pris trois ans (1928-1931). Staline avait besoin d’argent pour ses projets. Depuis lors, c’est un des fleurons de la collection. Mario Botta, un architecte tessinois a fait sur mesure une vitrine d’honneur dans l’exposition permanente du musée.
Classement Unesco
La Fondation a reçu ce label « mémoire du monde » en 2015.
C’est le troisième organisme culturel suisse à recevoir ce label.
Ce qui a été surtout reconnu, c’est non seulement l’addition des objets mais aussi le classement génial de l’organisation de la bibliothèque par Martin Bodmer. Il a été considéré que Martin Bodmer avait fait une œuvre artistique incroyable par l’idée de l’acquisition méthodique à laquelle il a voué sa vie. Cette organisation a évolué. Au départ c’était l’organisation des cinq géants -Mario Botta a repris ce principe avec cinq cheminées de verre :
1. Homère : représente les antiquités,
2. la Bible : pour représenter les monothéismes (nous avons aussi des Torah(, le monde bibliques car nous avons des bibles dans plus de 230 langues
3. Dante : il fait la transition entre les temps du moyen age et les temps de la modernité
4. Shakespeare : pour un disciple de Goethe il est important que le nord soit représenté car il existe d’autres littératures que les littératures latines (Italie, Grèce, France de Versailles etc). On doit reconnaitre qu’il se passe de grandes choses au nord
5. Goethe : il avait une culture universelle hors norme. Goethe fut le mentor de Martin Bodmer. Son portrait était dans son bureau et il s’y référait souvent. Martin Bodmer admirait Goethe et considérait que son devoir était de réunir une bibliothèque idéale telle que Goethe l’aurait voulue.
C’est cette axiologie, ces passerelles qui font communiquer les littératures nationales les unes avec les autres, cet idéal de paix qui sous-tend le projet qu’a voulu récompenser l’Unesco.
Mais outre cette fabuleuse collection de livres, la Fondation Bodmer œuvre aussi dans des domaines moins connus.
Restauration de livres anciens
Pour des propriétaires de livres anciens en quête de restaurateurs d’œuvres rares, les restauratrices font un travail unique pour redonner vie à des livres ou des manuscrits qui pourraient paraître perdus.
Numérisation de livres anciens
Pour bon nombre d’amateurs il est souvent frustrant de savoir que des œuvres existent mais sans y avoir accès. Là encore, la Fondation Bodmer suit les pas de son créateur en numérisant ces documents et ainsi en donnant accès au public de ces trésors enfouis.
Animation d’ateliers
Avec l’assouplissement des mesures sanitaires, la Fondation espère reprendre les différents ateliers dans les prochains mois à commencer par les ateliers de calligraphie européenne.
Comment est financée la Fondation ?
le Professeur Berchtold nous explique que la Fondation vit essentiellement de subvention, de dons et de legs. Comme toutes les fondations reconnues d’utilité publique, les dons peuvent être fiscalement déductibles jusqu’à 20% net.
En résumé, ce paradis des livres n’en finit pas de nous surprendre et de nous faire rêver.
Adresse :
Fondation Martin Bodmer
Route Martin Bodmer 19
Cologny
Horaires :
Du mardi au dimanche de 14 à 18h