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Malgré le conflit qui déchire la péninsule Coréenne depuis des décennies, ces deux états partagent les mêmes valeurs dérivées du confucianisme. Dans cet article, je suggère que le principe Jiwŏn peut servir les relations bilatérales, car il se focalise sur l’autodétermination du peuple coréen en tant que nation.
de Timo Schmitz
A première vue, la Corée du Nord et la Corée du Sud pourraient difficilement être plus différentes. Le Nord est une dictature communiste appauvrie, le Sud est une démocratie industrialisée. Cependant ces deux états partagent plus de valeurs qu’on ne le pense. La structure de la société de Corée du Sud est très influencée par le confucianisme qui attribue des rôles et des comportements fixes à chaque être humain, de sorte que le pays pâtit encore de structures patriarcales et que l’obéissance aveugle aux plus âgés joue un rôle important. Ça commence par famille où il est toujours considéré comme honteux d’être enceinte avant d’être mariée pour les femmes. De même au Nord, les valeurs confucianistes perdurent avec la dynastie des Kim qui incarne le trône de l’Empereur Céleste (Schmitz, 2022). Étant donné que les deux Corées partagent les mêmes valeurs, on pourrait utiliser le principe Jiwŏn pour renforcer les relations bilatérales car que c’est un principe fondé sur le Confucianisme.
Formulé durant l’occupation Japonaise par Kim Hyung-Jik, le père de Kim Il-Sung, le principe du Jiwŏn s’adresse au peuple Coréen en entier. Ce principe met en avant le rôle de chaque homme dans sa contribution à façonner l’indépendance et la liberté de la Corée à travers ses actions. L’autodétermination du peuple Coréen est l’élément central de ce principe et ça inclut que l’on doit trouver les solutions bonnes pour toute la Corée sans que les intérêts étrangers déterminent les actions des Coréens. Kim Il-Sung a écrit dans ses mémoires que l’idée de Jiwŏn est « un mode de vie révolutionnaire qui trouve sa vraie valeur et son bonheur dans la lutte pour le pays et la nation. » Cette lutte n’est pas la lutte pour le communisme, mais pour un avenir indépendant. Et il n’est pas surprenant que ce principe ne se focalise pas sur l’individu, mais sur la nation elle-même, parce que la société est plus importante que l’individu dans le confucianisme, et c’est pourquoi cette pensée se focalise sur le peuple Coréen en entier.
Sur cette base, les deux États devraient s’entendre sur des objectifs qui favorisent la démocratie pour un bénéfice mutuel. Un dialogue fructueux pourrait se développer sur la base de la reconnaissance mutuelle. Afin de souligner la souveraineté commune du peuple, le Sud devrait s’abstenir de provocations militaires conjointes et le Nord devrait arrêter ses essais de missiles, tout en favorisant davantage les liens entre les deux pays. Dans le passé, ceux-ci existaient à travers une zone économique spéciale et touristique commune. Et jusqu’aujourd’hui, le constructeur automobile Pyonghwa (partiellement détenue par une église sud-coréenne) est un exemple de collaboration entre le nord et le sud ainsi que le séminaire théologique de Pyongyang qui est soutenu par l’Église méthodiste coréenne, basée dans le Sud, bien que l’idéologie nord-coréenne considère les institutions ecclésiastiques comme anti-révolutionnaires. Le Jiwŏn peut faire prendre conscience que la réunification est un destin qui donne plus de liberté à tous, en fixant ensemble des objectifs autodéterminés (et donc directement négociés) avec un mécanisme qui garantit l’évaluation constante, fondé sur le respect mutuel et la volonté de surmonter des frontières idéologiques. Les contacts entre les deux parties, y compris au sein de la population, doivent être rétablis. Car jusqu’à présent, les habitants des deux États n’ont même pas le droit de s’écrire des lettres ou de se téléphoner, cela doit changer pour encourager un rapprochement. Au Sud, la liberté d’expression doit être garantie et donc les mouvements sociaux ne doivent pas être stigmatisés, parce que les opinions peuvent encore être restreintes dans le Sud sous le prétexte d’être « trop amicales » envers le Nord, et donner lieu à des représailles. Les sanctions doivent également être démantelées afin que les deux parties puissent à nouveau faire des investissements matériels. Le grand avantage du Jiwŏn c’est que les deux partis sont égaux puisqu’ils représentent le même peuple.
Enfin, les deux Corées peuvent utiliser le principe Jiwŏn pour mieux se focaliser sur leur identité commune, qui offre une chance de pacifier les relations si tendues depuis des décennies.
Pour en savoir plus :
Kwon, Knox: Kim Hyong Jik’s Idea of “Jiwon” (Aim High) and the Korean National Association. Creative Education 4 (1), 2013, 18-28.
Schmitz, Timo: Das nordkoreanische Wissenschaftsverständnis und die ideologischen Grundlagen der Staatsdoktrin. Trier & Vachendorf: Graf Berthold Verlag, 2022.
Image credits: padrinan on pixabay