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31/05/2012
La fin de la post-modernité, ou la fin de la pré-Histoire
La pré-modernité, l'Ancien Régime et l'économie mercantiliste (et physiocrate) pré-capitaliste, fut suivie de la modernité, avec les Lumières, le capitalisme, et la démocratie libérale.
Le capitalisme sauvage du XIXème siècle demandait à être civilisé pour servir davantage le plus grand nombre (utilitarisme) et non uniquement une minorité (la classe possédante ou capitaliste).
Grâce au social-libéralisme (appelé alors nouveau libéralisme), l'Europe dépassa le libéralisme classique et le capitalisme destructeur des premiers temps, en instituant un Etat-providence et keynésien, capable de mettre fin aux crises de suproduction (déflationnistes), de redistribuer quelque peu les fruits de la production, et de développer des services publics.
Avec l'enrichissement sans précédent de l'Europe et le changement de valeurs post-mai 68, fut instaurée la post-modernité.
La post-modernité est caractérisée économiquement par l'existence de la société de consommation, par une économie européenne centrée sur les services et l'innovation, par le caractère mondialisé de l'économie capitaliste mondiale, par le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication, par une croissance économique sans précédent, par un néo-colonialisme impérialiste pillant les ressources des pays pauvres, et par une concentration extrême du capital dans peu de mains.
Sur le plan politico-idéologique, la post-modernité représente le passage du matérialisme au post-matéralisme, des luttes sociales (économiques) aux luttes sociétales (mœurs), des luttes idéologiques (quel système est le meilleur) aux luttes gestionnaires (comment gérer au mieux le système en place).
La post-modernité c'est donc la négation du pluralisme idéologique par la domination d'un duel de gestionnaires du capitalisme : les social-libéraux (qualifiés souvent de social-démocrates) prônant un État keynésien au sein du capitalisme, contre les néo-libéraux (qualifiés aussi de ultra-libéraux) en faveur d'un État moins interventionniste au sein du capitalisme.
Mais voilà, aujourd'hui nous vivons une crise systémique.
Il n'existe plus aucun moyen de stabiliser le système capitaliste, car la crise de la dette est une crise de système, remettant en cause les fondamentaux et les logiques internes de l'organisation capitaliste post-moderne.
Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est donc la confrontation entre les résidus idéologiques du système en place et une demande sociale majoritaire en faveur, non pas directement d'un changement systémique, mais de l'institutionnalisation de leur demande, c'est à dire de l'intégration par le système en place de leur volonté de maintien de leurs conditions de vie.
Il y a clairement antithèse entre la demande sociale majoritaire et les réponses possibles à l'intérieur du système capitaliste.
La synthèse ne peut donc être qu'en dehors du système capitaliste !
Ce que proposent les résidus idéologiques du système capitaliste, c'est à dire la classe dominante au pouvoir, c'est l'austérité, donc un retour au capitalisme sauvage du XIXème siècle.
Toutes les logiques de la post-modernité vont donc être inversées et renversées dans le sens régressif de la modernité dépassée si l'on applique leur volonté de retour en arrière austéritaire.
Les social-libéraux quant à eux plaident pour des plans de relance étatiques, mais pour trouver l'argent nécessaire ils continueront soit à s'endetter, soit à taxer ou imposer le capital (ce qui fait diminuer la production et vient réduire l'effet du multiplicateur keynésien).
On entend aussi une autre exigence, celle de ne pas payer la dette.
Fort bien, mais dans ce cas le système bancaire et d'investissement s'écroulera sûrement si on fait cela sur le plan européen, et cela plongera l'économie dans une nouvelle crise.
A quoi correspond le niveau d'endettement des pays européens sinon au niveau de capitaux collectifs nécessaires pour parvenir au niveau de civilisation que nous avons atteint avec notre État-providence, nos services publics, nos droits, et notre système de démocratie libérale ?
Cette dépense collective était nécessaire pour en arriver là.
Aujourd'hui, nous entrons dans une deuxième phase de notre évolution, c'est à dire l'entrée dans une seconde phase de processus civilisationnel.
Le niveau d'endettement européen montre que le système de gestion de l'économie par la propriété privée des moyens de production (des capitaux) et les mécanismes du marché (loi du profit, loi de la concurrence) est incapable de réaliser cette deuxième phase d'évolution humaine.
A présent, nous faisons donc face à une nécessité économique technique : passer à la propriété collective du capital et utiliser les mécanismes de la planification.
La propriété collective du capital élimine le gaspillage induit par la rente actionnariale et permet d'assurer à l’État les recettes dont il a besoin, d'abord pour mettre fin à la crise de la dette, et ensuite pour entrer dans cette seconde phase d'évolution humaine.
Ce capitalisme d'Etat n'est pas suffisant et c'est pourquoi il devra s'accompagner de l'instauration de la démocratie économique, suite et complément logique de la démocratie politique libérale.
La démocratie économique consistera à démocratiser les moyens de production par la généralisation de l'autogestion des travailleurs.
En alliant propriété collective et démocratie économique à une nécessaire planification économique décentralisée et démocratique (pour sortir du diktat de la loi du profit et de la loi de la concurrence), nous atteindrons le socialisme.
Avec le socialisme se terminera la fin de la transition entre les deux phases civilisationnelles, c'est à dire la fin de la pré-Histoire, et le début de l'Histoire.
Car l'Histoire commence avec l'avènement d'un être humain nouveau :
l'individu libéré de toute domination économique ou politique, et de toute aliénation.
23/05/2012
Mon éditorial sur One FM de ce matin : Les jeunes et la politique
C'est la crise.
L'austérité, épidémie néolibérale, ravage les pays du sud de l'Europe.
En Grèce, elle jette de plus en plus de gens dans une précarité intolérable.
Mais l'austérité n'est pas une fatalité et les peuples s'indignent et se révoltent, renversant leurs gouvernements.
On assiste au grand retour de l'espoir, au grand retour d'une gauche capable de faire face au grand capital.
En Suisse aussi l'indignation et la révolte couvent.
900 000 pauvres, dont 400 000 working poor, sont là pour nous rappeler la réalité inégalitaire de notre société contemporaine.
A Genève, les 18% de Genevois ne pouvant accéder à des soins de santé subissent de plein fouet l'inégalité de notre système capitaliste.
Alors de quoi avons-nous besoin pour dépasser cette crise ?
Nous n'avons pas besoin de nouveaux gestionnaires sans imagination, nous n'avons pas besoin de nouveaux inventeurs de gadget futile, nous n'avons pas besoin de nouveaux businessmen charitables.
Non.
Nous avons besoin d'une nouvelle génération de gauche, d'une nouvelle génération qui soit capable de penser une époque révolutionnaire de façon révolutionnaire.
La jeunesse, force d'espérance et de changement, peut et doit transformer la société afin de construire un monde plus juste, plus égalitaire, et plus heureux.
Pour cela, la jeunesse doit se mobiliser, et doit s'engager en politique, notamment en allant voter pour Anne-Emery Torracinta le 17 juin prochain.
20/05/2012
Initiative JS pour l'interdiction de la spéculation sur les matières premières alimentaires
Notre choix est fait.
Samedi, en assemblée des délégués à Frauenfeld, la Jeunesse Socialiste Suisse a décidé de lancer une nouvelle initiative fédérale pour interdire la spéculation sur les matières premières alimentaires.
Cette décision a été prise à la majorité des délégués (78 voix).
La proposition d'un impôt harmonisé sur le plan européen à 33% a obtenu la seconde place (25 voix), tandis que la proposition de la JS de Genève d'étatiser les banques obtenait la troisième place (24 voix), sur un total de 11 propositions.
Compte tenu du rapport de force (la JS Genève était représentée par 3 délégués sur 129 délégués au total), nous nous félicitons de notre bon score.
A présent, nous nous engagerons en faveur de cette initiative pour interdire la spéculation sur les matières premières alimentaires, afin de permettre aux populations des pays pauvres de ne plus subir une faim artificiellement créée par des spéculateurs dénués de tout sens moral.
A suivre.
17/05/2012
A quoi sert ce blog ?
A rien, me répond avec son amabilité habituelle le commentateur anonyme et acerbe Déblogueur.
« Le blog d'Adrien Faure abrite de faux débats (Faure - Goetelen), de l'autosatisfaction permanente d'avoir accouché d'une vague idée (socialiser, autogérer, sommes-nous marxistes...) généralement déjà mâchée et remâchée par de nombreux autres...
Et ce ramassis de fausses pensées est commenté par vous autres, qui êtes sans doute encore plus autosatisfaits d'être des suiveurs qu'Adrien Faure l'est d'avoir rabâché ses naives positions, d'ailleurs aussi flottantes qu'un morceau de liège à la surface de l'eau. »
En fait, Déblogueur pense que la théorie n'a pas de sens, et que seule compte l'action politique.
« Dresser des barricades et lancer des pavés plutôt que de camper dans les parcs publics ou deviser confortablement, assis derrière vos claviers et ordinateurs personnels (d'ailleurs fabriqués dans d'innommables conditions d'exploitation)... Si vous le faites, je serai le premier à vous rejoindre. »
Cette vision de l'engagement politique veut que le socialisme se construise comme mouvement mobile sans cesse en adaptation avec l'évolution de ses composantes et de son environnement.
Un tel mouvement ne saurait ergoter sur une construction théorique quelconque ou sur la finalité de son action, puisqu'il n'aurait comme maxime que de se construire sur le moment immédiat, sur l'interaction directe, et en fonction des circonstances.
Ce point de vue est partiellement vrai.
Effectivement, le socialisme est un mouvement politique qui doit se construire et qui se construit sur le vif.
Mais, sans les connaissances nécessaires, sans la culture politique nécessaire, il est impossible pour ce mouvement de faire des choix entre une pluralité de solutions.
On le voit avec le mouvement des Indigné-e-s, ces derniers ont passé beaucoup de temps à faire des recherches théoriques et à se construire une culture politique.
Cette culture politique, ces connaissances théoriques, sont en effet nécessaires si l'on veut se donner les moyens d'avoir un panel d'options complet pour faire des choix politiques par la suite dans le feu de l'action.
Je réfute donc totalement l'argument qui veut que par une inspiration divine quelconque, un mouvement sans culture politique serait apte à faire des choix hors des idées dominantes.
La nécessité de la théorie politique me semble évidente.
Mais derrière cette critique de la non utilité de la théorie, se cache une autre critique :
« Ici, on n'a qu'une gauche de riches, grasse de trop bouffer, paresseuse intellectuellement, trop confortable et qui, en fait n'a strictement rien démontré par les actes. Alors, toutes ces paroles n'ennuient prodigieusement, finalement. »
Mais qui a dit que mon activité politique se limitait à écrire des notes sur mon blog ?
J'aimerais rappeler que je suis avant tout un militant, et que mon engagement politique principale se fait dans la rue, sur des stands, avec des tracts, à faire signer tel ou tel référendum ou initiative, ou bien à participer à des actions symboliques ou médiatiques, ou encore à participer à des manifestations ou à des rassemblements.
Bref, il y a une vie militante à côté de ce blog, et je souhaite le rappeler !
Par rapport à la critique selon laquelle je présenterais des idées déjà trop vues et revues, je trouve cette critique complètement dénuée de fond.
Si je présente des idées, des théories, c'est pour les partager avec les personnes qui me lisent.
Car oui, ce blog s'adresse à tous ceux qui le lisent, néanmoins à l'origine il y a bien un public visé : mes camarades de parti, le monde des jeunes militants en général, mes camarades d'étude, la jeunesse en général.
Beaucoup de jeunes autour de moi sont, tout comme moi, en train de construire leur identité politique, leur idéologie, leurs idées, leur vision du monde.
Il est nous est donc essentiel de nous poser des questions de fond, et de chercher à comprendre les fondements de l'organisation de la société.
Et puis, rappelons que je suis étudiant en science politique, et qu'en tant que tel il est naturel que je m'interroge sur ce que j'apprends.
Comme le disait un des mes professeurs : « Rien ne sert de se contenter d'apprendre par cœur des connaissances, il faut surtout les interroger ! »
Ceci étant dit, si j'écris aujourd'hui sur la question de l'utilité de ce blog, c'est parce que je pense que cette mise au point est souhaitable, car les Déblogueurs sont légions, et je me dois de clarifier ma démarche.
Grégoire Barbey me disait, lui, que mon blog me faisait de la publicité négative, car j'y apparaissais comme porteur d'idées extrémistes.
Effectivement qui voterait pour des idées extrémistes ?
Réponse : D'autres extrémistes.
Pensez à la Grèce, chers libéraux.
L'Histoire est en marche, que vous le vouliez ou non.
NB : A noter un aspect que j'oubliais, et qui pourtant est central sur cette blogosphère genevoise : l'interaction entre commentateurs et commentés !
Cette blogosphère est en effet un véritable forum d'échanges en tout genre.
Et d'ailleurs, cette note n'aurait pas été rédigée sans les réactions de mes commentateurs ; )
15/05/2012
JSS : choix du contenu de notre prochaine initiative fédérale ce samedi
Ce samedi, je vais faire 8 heures de train pour me rendre avec mes camarades genevois à Frauenfeld, en Thurgovie, à l'Assemblée des délégués de la Jeunesse Socialiste Suisse.
Cette AD est particulièrement importante, car c'est elle qui décidera du contenu de notre future initiative fédérale.
Voici les différentes propositions sur lesquelles nous nous prononcerons :
- JS Genève :
Initiative pour l'étatisation des banques.
- JS Zürich :
Initiative pour l'autogestion en entreprises (les entreprises sont autogérés par les travailleurs).
- JS Genève :
Initiative pour la socialisation de l'héritage.
- JS Winterthur :
Initiative pour la transparence dans les activités des entreprises.
- JS Vaud :
Initiative pour la transparence du financement des partis politiques.
- JS Tessin :
Initiative pour le remplacement de la TVA pour une taxe fondée sur des critères socio-écologiques.
- Comité directeur de la JSS :
Initiative pour l'interdiction de la spéculation sur les matières premières agricoles.
- JS Berne :
Initiative pour la régularisation de tous les sans-papiers diplômés.
JS Berne + JS Bâles + JS Zürich + JS Appenzell + JS St-Gallen + JS Thurgovie :
Initiative pour une harmonisation de l'impôt sur les entreprises en fonction du taux européen.
- JS Zoug + JS Zürich :
Initiative pour l'abolition de la séparation juridique entre les entreprises mères et leurs filiales.
- JS Lucerne :
Initiative pour que les communes possèdent 10% de leur territoire, et pour que l’État ne puisse plus vendre pendant 15 ans ses biens fonciers.
http://www.juso.ch/fr/node/3243
Quelle proposition sera choisie en assemblée ?
Réponse ce samedi !
13/05/2012
Grèce : peur ou espérance ?
Alors que la plupart des médias tentent de faire croire que la situation politique est catastrophique en Grèce, cette dernière n'a jamais été aussi bonne.
Selon les derniers sondages, le score de Syriza lors des prochaines nouvelles élections tournerait autour des 25 à 30%, ce qui lui permettrait d'obtenir la prime de 50 députés offerte au parti arrivant en tête, et d'obtenir ainsi suffisamment de députés pour former une majorité avec un ou l'autre des autres partis de gauche anti-austérité (les communistes ou Dimar).
De cette façon la future coalition de la gauche radicale pourra en finir avec les politiques néo-libérales d'austérité en étatisant le grand capital afin d'assurer à son État-providence les recettes nécessaires à la relance du système économique grec, à l'investissement public, et à l'emploi.
La gauche au pouvoir pourra ainsi rapidement redresser les services publics pour assurer à tous les citoyens des conditions de vie décentes, et étendre l'Etat-social à d'autres prestations.
Quant au pauvre score des nationalistes en tout genre, ce n'est qu'un épouvantail dressé servant à faire oublier l'excellent score de la gauche.
Alors au diable la peur, et vive l'espérance, car enfin le calvaire de l'austérité va prendre fin pour le peuple grec !
11/05/2012
Crise & keynésianisme : des limites du capitalisme
La crise de 1929 est une crise de suproduction (hypothèse de Roger Garaudy) : la concurrence contraint le patronat à baisser les salaires du salariat dont la consommation (la demande) ne peut plus suivre la production (l'offre).
Cette incapacité de la demande à suivre l'offre provoque la baisse de la valeur de la production, c'est à dire de la déflation. La production ne pouvant plus se vendre le patronat doit licencier et baisser davantage les revenus des travailleurs.
Pour faire face à ce type de crise découlant d'un modèle de capitalisme très libéral, le keynésianisme est mis en place : à travers un État interventionniste et un État redistributeur, l’État met en place des plans d'investissement public visant à distribuer travail et pouvoir d'achat aux masses travailleuses. En permettant aux masses laborieuses d'accéder à davantage de consommation, le keynésianisme règle le problème de la surproduction.
La société de consommation découlerait-elle partiellement du modèle capitaliste keynésien ?
Ce qui est certain, c'est qu'avec la croissance de la productivité et le progrès technologique la production n'a fait que croître, contraignant l'économie capitaliste à accroître la consommation, notamment en transformant des envies en besoins sociaux (par le mécanisme de la publicité et du marketing notamment).
Néanmoins, si la suproduction n'est plus un problème sur le plan de l'efficacité économique grâce au keynésianisme, elle se traduit toutefois largement aujourd'hui par une surconsommation.
Le problème de la surconsommation doit donc être pris à sa racine : la suproduction induite par le fonctionnement chaotique du capitalisme de marché (le marché produisant afin de maximiser les profits, et non en fonction des besoins réels des individus).
Surproduction et surconsommation ont donc provoqué la crise écologique.
Crise écologique que nous ne pourrons résoudre que par une planification rationnelle et intelligente de la production en fonction des capacités régénératrices de la biosphère.
Mais le keynésianisme pourrait aussi être à l'origine d'un deuxième effet pervers.
Les dépenses publiques nécessaires à l'investissement étatique nécessitent des fonds pour pouvoir stimuler la demande et créer emplois et croissance économique (mécanisme du multiplicateur keynésien).
Toutefois, pour éviter trop de pertes sèches induites par l'usage de la taxe et de l'impôt, les gouvernements européens ont eu recours passablement à l'emprunt, créant de la dette.
Cette dette finit par croître tant et si bien, que lorsqu'arrive une crise de suproduction sur le marché immobiliser étasunien induisant des défauts de crédit massifs et une chute de la valeur de ces crédits sur le marché boursier, et qu'à ce moment-la les Etats se retrouvent contrains de dépenser des milliards pour sauver les banques qui avient investi sans précaution, cela provoque une crise de la dette massive.
Ainsi, le keynésianisme pourrait-il être partiellement et involontairement (ou peut-être par mauvaise application) à l'origine de deux crises majeures de notre société contemporaine : la crise écologique, et la crise de la dette.
Comment résoudre ces crises me direz-vous ?
Certainement pas par le passage à davantage de libéralisme comme on le fait actuellement avec les politiques d'austérité.
Les effets sur les populations et sur l'économie sont désastreux.
Mais d'une part, comme je l'ai dit plus haut, par une décroissance planifiée et sélective de l'activité économique.
Et d'autre part, par la socialisation des moyens de production.
Car le problème de la dette est lié au fait que le keynésianisme ne peut bien fonctionner économiquement que lorsque l’État dispose des moyens nécessaires pour se passer de l'emprunt, état de fait difficile à obtenir dans un système capitaliste où la majeure partie des fruits de la production et des richesses échappe à la gestion collective et va engraisser la classe dominante des ultra-riches.
Donc, en socialisant les bénéfices du grand capital, on cesse de dilapider des ressources en les transférant à la gestion individuelle d'actionnaires, et on les transfère directement à l'Etat-social qui peut ainsi se financer de manière adéquate.
Ainsi le socialisme affirme-t-il sa supériorité en terme d'efficacité économique et écologique sur le capitalisme.
09/05/2012
Comment je suis devenu socialiste
Cela peut surprendre, mais je n'ai pas toujours été socialiste.
Auparavant, j'ai même été carrément centriste !
Voici le récit de ma conversion.
15 ans
Je me découvre un intérêt pour la politique et l'actualité.
Pour assouvir cette soif naissante, je me tourne vers le seul journal qui me semblait accessible, le 20 Minutes.
A l'époque, je suis encore incapable de me positionner à gauche ou à droite, mais je me sens d'ores et déjà farouchement anti-UDC.
16 ans et 17 ans
Deux années de petits réflexions, et de premières lectures politiques.
Deux années de tâtonnements à se chercher politiquement.
Je découvre avec plaisir la Tribune de Genève et le Courrier.
18 ans
Les lectures de Susan George et Jean Ziegler me gagnent à la cause altermondialiste.
L'impérialisme occidental et le néo-colonialisme des multinationales sont la cause de tous les maux sur cette Terre.
Pour sauver les pays pauvres, il faut convaincre mes camarades du collège, et c'est pourquoi je fonde la Gauche des collèges de Genève, structure militante qui rédige et distribue des manifestes à l'attention des collégiens (et des professeurs).
Puis la Gauche des collèges mute en devenant Gauche du post-obligatoire genevois lors de notre extension à l'ECG.
Et moi je mute en devenant objecteur de croissance, car la lecture de Paul Ariès, de Serge Latouche, de André Gorz, et de Nicolas Ridoux, m'a convaincu de la nécessité d'une décroissance pour sauver la planète et ses habitants.
Enfin, pour conclure cette année pleine de changements, je suis recruté par une certaine Olga Baranova, à l'époque secrétaire de la Jeunesse Socialiste Genevoise.
Certes, j'aimais bien être indépendant, mais j'aime encore mieux avoir les moyens d'être davantage efficace dans mon engagement, ce que la JSG m'offre.
19 ans
Découverte de l'opposition entre social-libéraux (dits social-démocrates) et d'autres courants (socialisme, marxisme, communisme, libertaire) au sein de la JS.
Je me situe alors clairement en faveur du courant social-libéral, car je suis favorable au capitalisme même si je souhaite le voir encadré par l’État.
Je me mets à lire le Courrier International, le Temps, Gauchebdo, et La Décroissance, et je rejoins le Réseau Objecteur de Croissance.
Durant l'année, je deviens secrétaire de la JSG.
20 ans - été
C'est la crise.
Les gouvernement social-libéraux (dits social-démocrates) du sud de l'Europe se livrent à une politique néo-libérale d'austérité, seule solution selon eux pour sauver l'économie capitaliste.
Pour moi, c'est tout mon modèle politique qui s'effondre.
L'échec de ces gouvernements social-libéraux représentent l'échec du social-libéralisme.
Toutes mes convictions sont à terre, c'est un violent choc idéologique.
Je rejoins alors le mouvement des Indigné-e-s, réponse mondiale des peuples à l'austérité.
Car si le capitalisme social-libéral a échoué, alors il faut trouver une autre voie.
C'est pourquoi je crée ce blog sur le site de la Tribune de Genève.
Une autre voie doit être possible, et il faut bien essayer de la définir le mieux possible.
Assez vite, je comprends que la solution à la crise, c'est le socialisme !
Je suis donc le produit idéologique de la crise contemporaine du capitalisme.
Ainsi le capitalisme produit-il son antithèse.
Et ainsi cette antithèse finira-elle par le reléguer aux oubliettes de l'Histoire.
20 ans – jusqu'à aujourd'hui
La plupart de mes recherches, de mes interrogations, et de mes propositions de cette récente période sont visibles sur mon blog.
J'ai été fortement influencé par la lecture de Marx, mais aussi par mon entrée à l'université de Genève en science politique, où j'ai découvert des penseurs comme Gramsci ou Bourdieu auxquels je me réfère régulièrement.
En outre, je me suis mis à la lecture du Monde Diplomatique.
Durant cette année, je me suis aussi présenté aux élections fédérales avec un score glorieux de 0,5%, puis j'ai été élu à la co-présidence de la JSG.
Et l'Histoire poursuit sa course, amenant un social-libéral au pouvoir en France, et des socialistes aux portes du pouvoir en Grèce.
Et à présent me voilà à l'approche de mon anniversaire.
Socialiste.
08/05/2012
Pragmatisme : socialisme de transition
La finalité du projet socialiste est la société sans classe.
La société sans classe est une société sans riches, ni pauvres, où il n'y a plus qu'une vaste classe moyenne.
Cela nécessite une équité égalitariste, non une égalité totale.
L'intérêt que la classe moyenne a avec le socialisme réside dans la pérennisation et l'amélioration de ses conditions de vie.
On le voit avec la crise, le capitalisme n'est plus capable d'assurer le niveau de vie des classes moyennes, les politiques pro-capitalistes d'austérité les précarisant gravement.
La solution se trouve dans le socialisme, un système bien plus stable que le capitalisme.
Le socialisme c'est la cohésion, le capitalisme c'est la lutte des classes.
Néanmoins, les classes moyennes ne peuvent adhérer d'un coup à un socialisme trop abouti, et il me semble nécessaire d'esquisser un socialisme de compromis, un socialisme de transition, qui permettra d'unir les classes moyennes avec les autres classes naturellement pro-socialistes (classe ouvrière, classe précarisée, classe populaire, classe intellectuelle éclairée).
Quelle forme doit prendre ce socialisme de transition ?
Je dirais qu'il sera nécessaire d'instaurer une économie mixte composée d'un État producteur et planificateur, ET d'une économie privée.
La phase suivante consistera à passer de secteurs étatiques et privés à un secteur général de coopératives autogérées.
Dans le socialisme de transition la planification jouera donc encore un rôle minime, et ne concernera que le secteur étatique.
C'est d'abord dans ce secteur étatique producteur que l'on pourra mettre en place progressivement une autogestion dans la prise de décision.
Le marché définira la production dans l'économie privé.
Bien entendu, cette économie privée correspondra à la composition des classes moyennes.
Le grand capital, les grandes entreprises et les multinationales, seront socialisés (étatisés dans un premier temps pré-autogestionnaire).
Cette économie privé du marché de ce socialisme de transition sera composée de PME, et le salariat n'y sera pas aboli.
A la fin de la transition, on devrait pouvoir arriver au socialisme abouti et se passer du libre marché, du libre entreprenariat, et des PME.
La période de transition devrait aussi permettre de réformer l’État et les institutions (sans parler des aspects juridiques) afin de décentraliser, et relocaliser les activités et structures politiques et économiques, de mettre en place une transparence généralisée, et d'améliorer la représentativité des députés par le tirage au sort partiel.
Bien sûr, l'économie privé ne sera pas laissée à elle-même, que ce soit sur le plan macro-économique où le crédit et les banques seront étatisés (démocratisés), que sur le plan micro-économique où un écart salarial de 1 pour 5 pourra être établi (ainsi qu'un revenu maximal).
Pour conclure, je joins ma théorie néo-socialiste de la démocratie, puisque je me réfère souvent à elle dans les débats sur ce blog :
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2012/02/23/nouvell...
Il est intéressant de noter que cette théorie correspond à une forme de socialisme abouti, alors que la première esquisse correspondait davantage à un socialisme de transition (que j'établissais comme finalité à l'époque).
07/05/2012
Débat autour du socialisme avec John Goetelen (deuxième partie)
En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.
Voici la seconde, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :
http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...
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« Le temps libre rendrait plus créatif, paraît-il dans la théorie socialiste. Non. Cent fois non. On est créatif par ses qualités personnelles, pas par son temps libre. Pour la plupart des gens le temps libre est une occasion de consommer des loisirs, pas d’être créatif. »
Et pourtant, en libérant l'être humain du travail aliénant, et en réduisant le temps de travail au profit du temps libre, le socialisme démocratique donne la possibilité à l'individu de s'engager dans des activités bénévoles, militantes, associatives, humanitaires, artistiques, culturelles, etc.
N'est ce pas dans ce que l'on aime faire que l'on est le meilleur ?
Chacun sera libre de donner davantage de temps à ses préférences.
N'est-ce pas ainsi avantager la créativité ?
« Il faudra ensuite que cela entre dans le plan du super-Etat centraliste socialiste qui voit tout, sait tout et gère tout. »
Tel que développé dans ma théorie néo-socialiste de la démocratie, l’État socialiste se doit d'être décentralisé au maximum, afin de maximiser la capacité de l'individu à influer sur l’État démocratiquement. La planification se fera de même à un niveau d'échelle très rapproché de l'individu (sauf dans le cas de production nécessitant un niveau d'échelle supérieur).
« Donc une minorité d’Etat imposera à la majorité ce qui est bien et décidera in fine de ce qui doit être produit. Il n’y a là pas de liberté. Les seuls gens libres seront les membres de l’Etat central. »
L’État socialiste, sera non seulement décentralisé, mais surtout démocratique.
Et parce qu'il est démocratique il représentera réellement les intérêts de la population.
A nouveau, tel que développé dans ma théorie néo-socialiste de la démocratie, des garde-fous devront être mis en place afin de maximiser le degré de démocratisation de l’État socialiste.
Notamment le tirage au sort d'un pourcentage de parlementaires, une transparence totale en économie et en politique, et des assemblée populaires de quartiers.
« Le socialisme n’aurait éventuellement pas laissé créer les avions pour éviter de «faire mourir la planète»? Donc pas de voitures non plus? Mais leur technologie va avec l’ensemble de la technologie: ordinateurs, téléphones, dentisterie, scanners, anesthésie et chirurgie, CERN, électricité, chauffage, recherche fondamentale pour produire un jour une énergie propre et abondante, etc, tout se tient. Toute évolution dans un domaine fait avancer les autres. Renoncer aux avions c’est aussi, d’une certaine manière renoncer aux nano technologies, à l’enseignement des langues par la vidéo, à soigner les caries sans douleur, à opérer les cancers, à pouvoir analyser notre environnement et le comprendre, etc, puisque c’est la technologie elle-même qui est mise en cause. »
Ce paragraphe est intéressant, car il confond productivisme et progrès, scientisme et science.
Non, tout progrès technologique n'est pas souhaitable.
Oui, il faudrait que la collectivité puisse se prononcer sur le développement scientifique.
Démocratiser la science est souhaitable.
Dans le socialisme démocratique le progrès et la recherche se poursuivront, mais ils seront soumis aux limites écologiques. L'impact écologique des activités humaines ne devra pas dépasser les capacités régénératrices de la biosphère.
« Le capitalisme n’est pas une dictature. C’est un système d’investissement par le privé. Il multiplie les centres de décision. »
Au contraire, la loi de la concurrence amène toujours à une concentration du capital (multinationales, fortunes privées gigantesques, grandes entreprises, etc.)
Cette concentration donne énormément de pouvoir à quelques individus qui en profitent pour influer sur la sphère politique.
« Sans capitaux privés c’est l’assemblée des employés de la coopérative autogérée qui investit. »
C'est certes une possibilité, néanmoins les banques de l’État socialiste et l’État socialiste lui-même seront là pour permettre l'investissement et le crédit.
« Peut-être faudrait-il relire «1984» avant de promouvoir ce socialisme de fourmilière. »
Sauf que George Orwell prônait justement le socialisme démocratique... en opposition avec le capitalisme et le stalinisme.
Débat autour du socialisme avec John Goetelen
En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.
Voici la première, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :
http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...
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« Je crois à l’individu, à sa créativité, et à la liberté d’agir et d’entreprendre. »
Je crois à l'individu, et c'est justement pour le préserver de toute exploitation et de toute aliénation de type économique que j'adhère au socialisme.
En organisant collectivement la production, et non égoïstement, on préserve l'individu de toute production qui va à l'encontre de ses intérêts, puisque toute production allant à l'encontre la société ou de son cadre (l'environnement, l'écologie) va au final à l'encontre des intérêts réels de l'individu.
La créativité des individus est aujourd'hui borné par les limites du marché, nécessité d'une rentabilité et de faire du profit.
Grâce à la création collective, on pourra distribuer richesses, ressources, et fruits de la production, de manière à assurer les moyens à chacun de développer sa créativité, y compris hors des limites castratrices du marché et de ses lois limitatives.
Le socialisme est donc un vecteur de créativité et de progrès.
Quant à ce qu'on appelle la liberté d'entreprendre, elle existera dans le socialisme toujours, mais à travers la propriété commune (ou collective) des moyens de production, et elle sera donc filtrée par l'intérêt de tous (donc par l'intérêt réel de l'individu).
« Pas d’accord. Si le pouvoir économique est entre les mains d’une minorité, le droit de vote fait qu’il est possible d’édicter des lois qui limitent ce pouvoir. »
Selon la théorie du reflet de Marx, la superstructure (le rapport de force politique et idéologique) n'est que le reflet de l'infrastructure (le rapport de force socio-économique).
Gramsci a montré que le capitalisme et les intérêts d'une minorité se maintenaient en place par le maintien d'une hégémonie culturelle, morale, idéologique, et intellectuelle.
La pensée des classes dominantes dominent donc malgré la démocratie représentative, et le rapport de force politique n'est que la conséquence de cette aliénation idéologique et politique généralisée dans la société capitaliste.
Bourdieu ajoute lui que l'individu est forcé à intérioriser sa position de classe et son statut social, et à accepter l'ordre établi par la société (capitaliste).
Et puis très concrètement, on constate bien à chaque votation ou élection en Suisse que les moyens financiers des forces politiques sont très différents entre droite et gauche, entre intérêts de la minorité disposant du pouvoir économique, et la majorité dépossédée.
Bref, sans démocratie économique, pas de démocratie réelle !
« [Le contrat] c’est l’opposé de l’esclavage, c’est la reconnaissance des droits des deux parties. »
Entre le propriétaire du capital et celui qui ne possède que sa force de travail (manuelle, intellectuelle), il ne peut y a voir d'égalité contractuelle.
Celui qui ne possède rien doit se vendre ou accepter de vivre mal (en tout cas en Occident où les restes de l'Etat-social protège encore un peu un certain droit à la survie). Il n'a donc pas le choix de se vendre.
Le contrat, c'est donc l'illusion de la liberté.
Le contrat c'est la liberté du plus fort d'exploiter le plus faible.
« Le salariat n’est pas un esclavage et il est simplement abusif de lui superposer la traite des esclaves. »
Selon la théorie de Marx de la plus-value, le propriétaire des moyens de production (aujourd'hui l'actionnaire ou le patron) exproprie une part de la valeur du travail des travailleurs (des salariés) afin de s'offrir une rente (le revenu du capital) sans travailler.
Le revenu du capital privé c'est donc le revenu de l'oisiveté et du vol.
« La répartition équitable équitable des fruits de la production est un thème central dans le socialisme proposé. Equitable doit-il être compris dans le sens de justice ou d’égalité? »
Voici un point sur lequel je diffère de mes amis communistes, car je ne crois pas que le revenu du travail (le salaire) doive forcément être égalitaire. Je penche justement plutôt pour une répartition équitable des fruits de la production. Un écart salarial maximal de 1 pour 5 me paraît raisonnable (si on prend comme salaire minimum 4000 francs, cela correspond à un maximum mensuel de 20 000 francs, une somme encore fort rondelette).
« La politique gère, la morale juge ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. »
Toute conception idéologique (donc politique) s'appuie sur des conceptions morales (une vision de ce qui est bien ou mal, de ce qui est souhaitable). Il est illusoire de vouloir séparer les deux.
« Par ailleurs, à la place du chef d’entreprise on aura une sorte d’entité abstraite: l’assemblée de la coopérative autogérée. C’est la majorité des votants qui sera responsable de l’entreprise, et non pas une personne ou un groupe de personnes bien défini. Donc personne en réalité ne sera responsable nominativement. »
Attention, démocratie économique au sein de l'entreprise (ou autogestion), ne signifie pas suppression des fonctions dans l'entreprise, mais prise de décision collective dans les choix.
Concrètement, cela signifie qu'il y aura toujours des coordinateurs (aujourd'hui managers) qui exerceront une activité de gestion et de planification (donc il y aura toujours des responsables).
« Pourquoi l’humain serait-il soudain différent sous le socialisme? »
Comme prouvé en sociologie, l'individu est socialisé par son contexte social, par le système dans lequel il vit. Dans une nouvelle organisation de la société, on aura un nouvel être humain : un individu réellement libre.
06/05/2012
Victoire de la gauche en Grèce
L'austérité et les politiques néo-libérales ne peuvent que renforcer la crise, non la résoudre.
Les partis centristes du Pasok (centre gauche) et de la Nouvelle Démocratie (droite) paient donc aujourd'hui leur soumission aux intérêts des classes dominantes (les deux partis passent de 77% du corps électoral à 35% environ).
Dans le même temps, on peut saluer la victoire de la gauche qui d'après les prévisions atteindraient au moins 1/3 des voix.
En Grèce, le socialisme est en marche !
03/05/2012
PME & petits patrons : socialisme ?
Je constate avoir à nouveau touché un point sensible, et je m'en réjouis, car rien n'est plus nuisible qu'un nœud idéologique non dénoué.
Quelle est la place des PME et des petits patrons dans le socialisme ?
Les PME n'ont pas de place dans le socialisme et les petits patrons non plus.
Attention toutefois, je ne dis pas qu'il faut supprimer les PME et mettre les petits patrons au chômage.
Je dis que le principe des PME et que la fonction de petit patron (ou de patron tout court) n'a pas sa place dans le socialisme.
Nulle domination économique ne doit être pour nous un modèle, même lorsque cette domination d'un petit entrepreneur sur ses salariés prend des formes qui peuvent paraître acceptables.
Car le socialisme c'est l'abolition de tout rapport de domination économique.
Mais le petit patron est-il heureux aujourd'hui dans le capitalisme ?
Dans les faits on constate que la plupart des petits patrons, des petits entrepreneurs, travaillent beaucoup, gagnent peu (parfois moins que leurs employés), et ne jouissent donc pas d'une condition de vie idéale.
Le socialisme est donc la solution à leurs difficultés.
Le socialisme est dans l'intérêt des petits patrons, car en transformant toutes les entreprises, y compris évidemment les PME, en coopératives autogérées propriétés collectives des travailleurs, le socialisme instaure la démocratie économique, c'est à dire une juste et égalitaire répartition de la prise de décision dans l'entreprise (ou plus exactement dans la coopérative).
En agissant ainsi on libère le petit patron de ses soucis et on lui offre une coopération égalitaire (et donc harmonieuse) avec ses nouveaux collègues.
L'abolition du salariat par la socialisation des moyens de production est donc une mesure avantageuse pour les petits patrons et les petits entrepreneurs.
Mais il y a un deuxième point que je souhaiterais aborder, c'est la question du libre-entreprenariat.
Quel est sa place dans le socialisme ?
Le libre-entreprenariat n'a pas sa place dans le socialisme.
Un individu ou un groupe d'individus ne devrait pas pouvoir choisir comme bon lui semble ce qui doit être produit ou non.
Comment saurait-il ce qui est souhaitable socialement ou écologiquement ?
C'est par une planification démocratique et décentralisée que nous devrions établir ce qui doit être produit, ou en tout cas ce qui ne doit pas être produit.
Mes chères et chers camarades de l'aile social-libérale, je vous le dis, ne vous contentez pas de prôner les PME comme fin de l'Histoire en remplacement des multinationales, car cela contredit au principe de non domination économique qui est essentiel au socialisme.
A force de combattre uniquement le néo-libéralisme, nous autres socialistes, laissons les social-libéraux présenter leur discours comme uniques solutions, alors que ces mêmes social-libéraux ont échoué à résoudre la crise actuelle dans tout le sud de l'Europe...!
02/05/2012
Qu'est ce qu'être social-libéral aujourd'hui ?
Être social-libéral c'est ne pas être marxiste.
Être social-libéral c'est ne pas être néo-libéral.
Être social-libéral c'est ne pas être socialiste.*
Être social-libéral c'est être éventuellement social-démocrate.**
Être social-libéral c'est être keynésien.
Être social-libéral c'est être en faveur du capitalisme.
Être social-libéral c'est être en faveur de l’État-providence.
*Une question qui me taraude ces derniers-temps : peut-on être socialiste sans être marxiste ?
**Être marxiste réformiste, ou socialiste, aussi.
Être social-libéral aujourd'hui, c'est faire partie de la deuxième plus grande famille politique en Europe (après l'aile dominante néo-libérale).
La critique du néo-libéralisme est facile, surtout en ces temps de mise en application drastique de cette politique dans les pays d'Europe du sud, avec les résultats désastreux que l'on peut observer de jour en jour.
Mais critiquer le social-libéralisme est bien plus ardu, puisque ce courant représente la norme en terme de bien-pensance et de politiquement correct.
Être social-libéral c'est aimer les PME.
Le petit patron est un gentil patron puisqu'il est petit, dit le social-libéral.
Le petit patron gagne parfois moins que ses employés. Comme il est vertueux, pense le social-libéral.
Le petit patron a investi ses économies, ou bien il a pris un empreint, dans tous les cas, il a pris un risque. Comme il est louable, se dit le social-libéral.
Être social-libéral c'est donc être prétentieux, car c'est croire que les choix égoïstes (puisque dictés par un soucis de rentabilité de l'investissement) d'un individu sont dans l'intérêt de toute la société.
Comment un individu pourrait-il savoir mieux que la collectivité elle-même ce qui est souhaitable ou pas pour elle-même ? L'actionnariat et la création d'entreprise dans un marché libre sont donc le signe d'une grande arrogance.
Cette prétention social-libérale explique son attachement au marché.
Être social-libéral c'est penser que la domination économique d'un individu sur d'autres n'est pas un problème. Le salariat est une forme acceptable de division du travail. L'expropriation de la valeur du travail des salariés par le propriétaire des moyens de production est donc une pensée qui lui est étrangère.
Pourquoi le social-libéral accepte-t-il tout cela ?
Parce qu'il a peur du communisme, et que tout ce qui est à gauche du social-libéralisme, c'est du communisme.
D'un autre côté lire la description que Marx fait du communisme (dans son texte sur la Commune de Paris notamment) est trop ésotérique pour lui. Mieux vaut lire encore un coup de Keynes.
Être social-libéral c'est ne pas avoir compris que la crise actuelle du capitalisme a détruit la crédibilité du social-libéralisme. Les gouvernements social-libéraux du sud de l'Europe ont abandonné leurs théories et sont passés au néo-libéralisme (qui s'est traduit par l'austérité), car autrement la seule solution aurait été de passer au socialisme afin de faire face au niveau d'endettement élevé.
Être social-libéral aujourd'hui c'est être dans le mauvais sens de l'Histoire.
Mais ça, il va falloir encore un peu de temps pour que cela devienne clair à toutes et à tous...