Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07021.jsonl.gz/170

Comment faire le tri entre une information importante d'intérêt public et la pure manoeuvre politique dans le climat actuel aux Etats-Unis? "C'est une question que se posent quotidiennement la plupart des rédactions", répond Richard Lui, journaliste et présentateur pour les grandes chaînes de télévision américaines NBC et MSNBC, au micro de l'émission Tout un monde de la RTS.
"Qu'est-ce qui n'est que du bruit et qu'est-ce qui est pertinent pour le fonctionnement d'une démocratie et le fonctionnement du pays? Je pense que nous devons couvrir les deux aspects dans leur contexte et faire la part entre ce qui est de l'ordre du bruit politique et ce qui est de l'ordre de la réalité", poursuit-il.
"Par exemple, notre ancien président Donald Trump fait l'objet de quatre inculpations. A quel point s'agit-il d'un levier politique? Quelle est la part de partialité politique? Quelle est la quantité de preuves? Tout cela, ce sont des questions substantielles. Mais nous devons aussi mentionner la part de comédie et de théâtre. Elle représente 20% de ce qui est important, mais elle fait partie du paysage", insiste le journaliste.
Les "mêmes mélodies" pour 2024
La prochaine élection présidentielle américaine de 2024 et la campagne qui va la précéder risquent d'être uniques, avec des enjeux judiciaires et politiques croisés. Richard Lui se dit néanmoins prêt.
"Quoi qu'il arrive en 2024, je ne suis pas certain que ce sera forcément la campagne la plus étrange ou la plus folle de tous les temps. Nous avons vécu beaucoup de choses ces dix dernières années aux États-Unis dans le domaine politique. Donc il faut relativiser: le volume passera peut-être du cran 8 au cran 9, mais ce sera une chanson que nous avons déjà entendue", estime le présentateur.
Les deux candidats qui font la course en tête côté républicain et côté démocrate - l'ancien président Donald Trump et l'actuel président Joe Biden - sont désormais bien connus des journalistes, rappelle aussi Richard Lui. "Ce sera différent si ce casting change. En revanche, si les sondages actuels se confirment, nous entendrons deux chansons peut-être légèrement différentes, mais ce seront toujours les mêmes mélodies."
>> Lire aussi:
Une certaine fatigue informationnelle
Le journaliste américain note une lassitude vis-à-vis de l'élection présidentielle, à la fois de l'électorat et des personnes qui la couvrent. De manière générale, dans l'ensemble des Etats-Unis, le public est fatigué de toute la théâtralité qui entoure la politique.
"Les gens veulent de la substance, ils veulent connaître l'essentiel de ce qui va se passer. Si nous n'abordons pas les questions importantes, comme l'économie, les soins médicaux, la sécurité internationale - c'est-à-dire ce qui compte pour la société en général par rapport aux intérêts des élites financières - si ces sujets ne constituent pas la majorité des thèmes abordés, je pense que beaucoup de gens vont être lassés", relève Richard Lui.
Dorénavant, nous allons probablement consommer moins d'informations, ou alors de manière plus intelligente.
La question du respect du processus démocratique sera également centrale lors de cette présidentielle. "La Constitution des Etats-Unis a été mise à l'épreuve à maintes reprises et l'est encore en ce moment avec les quatre actes d'accusation contre Donald Trump. Il y a aussi le problème du financement des campagnes électorales et de leur fonctionnement. Il y a beaucoup de choses à prendre en considération, nous verrons ce que les électeurs décident", ajoute le journaliste.
Comme en Europe, le phénomène de la fatigue informationnelle se fait donc également ressentir aux Etats-Unis, selon Richard Lui. "Au cours des dix dernières années, nous avons pris l'habitude de beaucoup consommer. Nous avons "mangé" de tout. Dorénavant, nous allons probablement consommer moins d'informations, ou alors de manière plus intelligente. Nous serons davantage dans des modèles où nous choisissons de recevoir les informations que l'on veut, au lieu d'avoir le bruit constant de la télévision allumée en arrière-plan", prédit le journaliste.
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Adaptation web: Isabel Ares