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Le bassin de l’Adige s’ouvre au Nord aux cols de Resia (source de l’Adige) et du Brenner (source de l’Isarco) et au Sud à la mer Adriatique et à la plaine du Po, d’Est en Ouest. Vérone se situe dans un parcours reliant la Méditerranée avec la mer du Nord et la mer Baltique. Dans la préhistoire ont circulé des biens: de l’ambre et des métaux à destination du sud, du silex et du sel à destination du nord. Ensuite, selon les époques, des peuplades, des marchands, des armées, des touristes avant-coureurs comme Albrecht Dürer, Michel de Montaigne ou Goethe se sont croisés. Actuellement des flux intenses et croissants de marchandises et de touristes se croisent, le long de l’autoroute et de la ligne du chemin de fer du Brenner. Les travaux du tunnel de base de 64 km, entre Fortezza en Italie et Innsbruck, viennent de commencer. Le tunnel entrera en service en 2027.
La Suisse dans le haut bassin de l’Adige
La large vallée du Haut-Adige (Valle Venosta) vers le col de Resia (Reschenpass) fait communiquer la Haute-Engadine (Suisse) et avec la vallée de l'Inn (Autriche). Elle a appartenu pendant quelques siècles à l’évêché de Coire vers l'an 1170 quand un décret impérial lui concède la principauté épiscopale (Hochstift).
La possession de Coire offre à la vallée divers monuments marquant encore le territoire: à Burgusio, commune de Malles, l’abbaye de la Montagne de Marie (Marienberg) fondée en 1150 par des moines Bénédictins de l'abbaye de Schuls et le Castel Principe (Fürstenberg 1272-1282), en contrebas de l’abbaye, qui à l’origine fut le siège des princes-évêques de Coire; à Sluderno le château Coira, bâti à partir de 1260 par le prince-évêque de Coire, Heinrch von Montfort.
La rivière Rom, dont la source est au col de l’Ofen, parcourt le val Müstair en Engadine et se jette dans l’Adige à Glorenza (Glurns) en Italie. Ce petit territoire, reste comme témoin de la plus grande possession du Hochstift de Coire.
La haute Val Venosta (Vinschgau) possède un microclimat doux, grâce à l’arrivée des courants d’air plus chauds depuis le sud et à la protection de la chaîne des Alpes au nord, qui permet une fleurissante culture de pommes de grande qualité.
L’Adige à l’origine de Vérone romaine
En 148 avant notre ère la Via Postumia, (de Aquileia à Gênes) traverse l’Adige sur un pont en bois, qui sera transformé plus tard en pierre (Pons Lapideus-Ponte Pietra). Le croisement avec la Via Gallica en provenance de Mediolanum (Milan) rendit nécessaire la construction d’un nouveau pont: le pont Postumius, en aval du précédent, détruit au Moyen-Âge par des crues. En 46 après J-C., s’ajoute la Via Claudia Augusta de Ostiglia (le trajet jusqu’à Vérone est aussi appelé Vicum Veronensium) sur le Po, jusqu’à Augsbourg sur le Danube. Celle-ci, à partir de Vérone suivait la vallée de l’Adige jusqu’au col de Resia.
Entretemps en 89 avant J-C. Vérone devint « Colonia latina » et enfin en 49 avant J-C. obtint le statut de Municipium offrant aux habitants le statut de citoyens romains.
Les romains, experts dans la navigation fluviale, relient l’Adige au Po. Si à partir de la confluence avec l’Isarco dans le sens du courant, l’Adige, était utilisé seulement pour le flottage du bois, dans la partie inférieure circulaient les marbres véronais, qui remontaient même le Po vers l’intérieur de la Cisalpine. Depuis le port de Aquileia remontaient sur l’Adige des amphores de la province Bétique, l’actuelle Andalousie. Par voie fluviale est arrivée aussi une vasque monolithique en porphyre rouge d’Egypte qui se trouve dans la basilique de San Zeno et provient d’un bâtiment thermal (IIe siècle après J-C.).
Les roches calcaires des carrières de Domegliara, presque sur les berges du fleuve, étaient transportées en ville en une demi journée pour les principaux monuments. Pour les arènes on utilisa une déviation appelée au Moyen-Âge, Adigetto, le petit Adige, située à quelques centaines de mètres du grand édifice.
Châteaux et forts
Au cours des siècles, à partir du Moyen Âge, le contrôle de la vallée de l’Adige et de ses principaux affluents devient une importante nécessité économique et stratégique. De très nombreux châteaux et forts sont édifiés qui marquent le paysage et sont souvent d’un grand intérêt culturel et touristique.
Vérone devient une véritable ville d’eau
Durant les siècles suivants, toute l’économie de la ville dépendit de l’Adige et se développa grâce à celui-ci. Les destructions dues aux crues, les guerres et les invasions, et notamment les épidémies, provoquèrent différentes crises économiques.
En 905 le lien étroit avec l’eau s’accentue quand s’installent les premiers moulins flottants, qui à l’époque communale sont déjà très nombreux. En 1192, sont établis des traités de commerce sur le fleuve entre Vérone et Venise. Ceux-ci augmentant, ils favorisent les transports et les commerces.
Les moulins, surtout les flottants, ont une importance considérable. Vers 1570, on en recense 62: 48 flottants et 15 fixes, sur les bras du système fluviale urbain. L’énergie fournie est utilisée pour moudre les céréales, la terre jaune, pour produire des feutres et des tissus, par les nombreuses scieries qui transforment le bois arrivé par les radeaux, et auxquels sont liés les métiers du bâtiment, les constructeurs des bateaux et les menuisiers. Bateliers et marchands ont alors une importance considérable. Autour de l’actuelle Piazza Isolo, en aval de la première douane vénitienne, s’installe au cours du temps, une véritable zone industrielle. Des côtés du Ponte di Castelvecchio des norias amenaient de l’eau pour les cultures maraîchères.
L’Adige n’est plus qu’un magnifique fond de scène
Plusieurs éléments provoquent la fin de cette histoire et de ce paysage.
La crise finale de la république de Venise, les guerres Napoléoniennes, la ligne de chemin de fer du Brenner en 1859 construite par tranches par l’empire autrichien auquel Vérone est rattachée en 1814, provoquent une chute de la circulation des marchandises sur le fleuve et donc des activités liées à celle-ci.
Le coup de grâce a été la terrible inondation du 17 septembre 1882, quand le fleuve s’éleva de quelque 8 mètres, détruisant de nombreux bâtiments, moulins à eau et scieries. Au cours de grands travaux entre 1886 et 1891, les canaux du quartier de l’Isolo furent remplis, des digues en briques furent également élevées tout au long du fleuve et démolis des magnifiques palais qui bordaient l’eau. La modification de toute la façade sur l’Adige, signifia la rupture entre la ville et son fleuve.
Des tableaux et des photos témoignent de tous ces profonds changements
Un autre élément de rupture a été la forte diminution de la portée de l’eau, suite à la construction de barrages pour différentes centrales électriques et également suite à la construction de canaux afin d’irriguer les campagnes. De nos jours, le bassin de l'Adige comporte 34 centrales hydroélectriques qui totalisent une productibilité de 4000 KWh.
Il ne reste que des canoés, des bateaux pneumatiques et quelques rares pêcheurs en souvenir du lien de la ville avec son fleuve.
Photos Gianni Hochkofler, sauf indication contraire.