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Ecrits inédits en français ou retraduits
Une nouvelle publication permet d’accéder à la compréhension de l’univers du plus célèbre des compositeurs américains vivants.
La Cité de la musique-Philharmonie de Paris édite depuis peu différents ouvrages, dont une série dédiée aux écrits de compositeurs. Un des derniers volumes parus, consacré à Steve Reich, constitue une bonne introduction à la musique du plus important représentant du courant minimaliste américain, grâce à quelque quatre-vingt-dix textes dont la rédaction s’échelonne sur un demi-siècle, inédits en français ou retraduits. Leur classement chronologique permet de suivre son évolution, quoique le lecteur puisse emprunter des chemins moins linéaires, suivant son intérêt ou sa fantaisie.
Cet ouvrage contient les présentations ou les analyses plus développées d’une cinquantaine d’œuvres, soit l’équivalent de la quasi-totalité du catalogue de Reich, plusieurs entretiens, réalisés à divers moments de sa carrière, de courts hommages à des collègues compositeurs des deux côtés de l’Atlantique, ainsi que d’autres écrits consacrés à des sujets aussi divers que les relations entre le langage parlé et la musique, la disposition de l’orchestre, ou l’usage de la bande vidéo dans ses compositions. Bien plus pratique que théorique, sa pensée musicale se focalise sur certains axes (canons, ambiguïtés métriques, rythme, rôle de l’interprétation) ou sur les influences qui l’ont nourrie, parmi lesquelles les polyphonies du Moyen Âge et de la Renaissance, la cantillation synagogale et la musique extra-européenne (comme celles de l’Afrique de l’Ouest et de Bali), dont il est convaincu qu’elle représente actuellement « la source la plus importante d’idées nouvelles pour les compositeurs et les musiciens occidentaux », dont la connaissance « verse également une lumière nouvelle sur le système occidental et nous montre qu’il n’est qu’un parmi beaucoup d’autres. » Se considérant comme un artisan assumant une lourde responsabilité envers ceux qui écoutent sa musique, il évoque ses affinités avec des compositeurs qu’il estime (dont Copland, Pärt ou Weill), ou ses relations avec les autres « minimalistes » (Glass, Adams,…) et leurs œuvres. Ses prises de position sur la musique de son époque, quelquefois abruptes et peu nuancées, témoignent d’une grande retenue à l’égard de la musique contemporaine européenne, qui lui semble maniériste, et a contrario d’un enthousiasme pour la musique anglo-saxonne et les compositeurs émancipés.
Steve Reich, Différentes Phases, 480 p., € 30.00, Philharmonie de Paris, 2016, ISBN 979-10-94642-12-2