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3. 3- L'école primaire de Sclayn. (48-55)
Le 27 septembre 1948, j'entrais en première année primaire chez Monsieur Moreau C. qui habitait Anton à la limite d'Andenne et qui venait en vélo. La classe donnait sur la rue d'où l'on pouvait voir le passage du tram à vapeur qui longeait le mur de la grande propriété de la famille Tonglet. Dans le fond de la classe se trouvait un débarra situé au-dessus de l'escalier de la cave à charbon. À l'intérieur, il y avait notamment une sirène sur tréteaux dont on s'amusait à tourner la manivelle pendant la récréation. Outre le pupitre et les bancs, il y avait un poêle à charbon de forme carrée et assez haut, surmonté d'une buse. Un jour dans la cour de récréation, j'étais sur les épaules d'un plus grand qui en courant entra en collision avec un autre qui avait surgit du pignon du bâtiment des toilettes. Je fus évidemment projeté à terre, ce qui me provoqua un crin sur le haut du front et le docteur Joseph Blouard (père) me mit trois agrafes. Une amie de mes parents habitant au lieu-dit, Marchempré (au N° 12), Elvire Paquet (épouse d’Alexandre Mercier), qui n'avait pas eu d'enfants, se proposa pour devenir ma marraine (en remplacement de Léa Fiems, décédée). Elle m'avait notamment offert un phonographe portable pour disques 78 et 90 tours dont il fallait actionner une manivelle pour le faire tourner et remplacer régulièrement l'aiguille métallique. Je le possède toujours et il est encore en parfait état de marche. Tous les vendredis matin, ma deuxième maman allait à vélo au marché d'Andenne. Pendant les vacances, elle m'y amenait et j'étais installé dans un panier en osier placé au-dessus de la roue arrière de son vélo. Une fois, à la place des Tilleuls, sous une tente de marchand de linge de corps, elle me fit essayer des chaussettes. Pour récupérer celles qui étaient au sol, je les saisis avec mes orteils pour les rendre au vendeur. Celui-ci fort surpris, me les arracha des pieds, les jeta à terre et me fit recommencer. J'avais l'impression de présenter un numéro de foire.
Je reçu mon bulletin le 6 juillet 1949 et je terminais ma première année avec 63 %. Pendant les vacances, je fis quelques excursions en car avec ma mère. Les visites au zoo d'Anvers, aux barrages de la Gileppe et de la Vesdre, à Banneux (la source et la statue blanche de la vierge) et à Moresnet (son magnifique calvaire dans les rochers et le viaduc du chemin de fer) mais je n'en ai que de vagues souvenirs. Les hivers à cette époque étaient fort enneigés, nous allions avec notre traineau soit sur les pentes des "tiennes" où des clôtures de fils barbelés séparaient les pâtures. Nous accrochions le fil du bas à celui du milieu, ainsi en se mettant à plat ventre sur le traineau on pouvait les traverser et agrandir le parcours. Cependant, c'était un peu juste et certain plus maladroit accrochait leur vêtement. Soit sur une autre piste, celui du chemin qui venait du bois de "Foresse", en passant derrière la station d'essence "Esso" pour aboutir sur les trottoirs de la grand-route quand on amorçait bien le virage. Heureusement, il y avait très peu de circulation car les rues n'étaient pas dégagées.
1948: à Andenne, avec ma sœur Madeleine - Construction du nouveau pont de Sclayn
Le 14 février 1950, ce fut l'inauguration du nouveau pont où le discours du ministre paraissait bien plus beau que celui du bourgmestre de Sclayn. Ce pont fut construit par la société Blaton-Aubert suivant la technique du béton précontraint et a une longueur de 130 mètres. Il y a six groupes de six câbles de la précontrainte et chaque câble est composé de 48 fils d'un diamètre de sept millimètres. Une véritable prouesse technique pour l'époque, un réel progrès, le record mondial pour ce mode de construction. Quelques jours plus tard, lors d'une visite à l'orphelinat de Carnières, ma sœur Francine tirait un grand chariot en bois où j'avais pris place avec mon frère Gaston mais dans le virage en face d'une réplique de la grotte de Lourdes nous versâmes dans un parterre de fleurs du magnifique parc. Quant à mon frère Gaston, il quitta l'orphelinat de Carnières pour l'institut St. Jean de Dieu à Salzinnes (Namur). Lors du contrôle bimensuel de routine au dispensaire d'Andenne, je pèse 23,5 kg et je mesure 1m19.
Fin juin, monsieur Mouraux, l'instituteur, dit à mes parents qu'il était préférable que je redouble ma deuxième année et ce, malgré mes 64 %. Il me reprochait aussi d'être trop bavard, turbulent, de taquiner mes condisciples et de ne pas avoir assez de maturité. Pendant l'été, le marchand de glace passait dans la rue avec une belle charrette blanche décorée qui était tirée par un cheval. Un jour, j'étais assis sur l'établi dans l'atelier et je triais des clous que mon père avait éparpillés parmi les copeaux de bois. Le temps était radieux et bien ensoleillé, quand tout à coup, le vent se leva et surgissait un gros coup de tonnerre. Pris d'effroi, je me suis encouru au bout du jardin où se trouvait ma mère. De nombreux nuages avait subitement surgit et une averse de grêlons s'abattit. Nous rentrâmes précipitamment à la maison sous les coups de tonnerre qui avait envahi le ciel d'éclairs fulgurants. J'avais eu la plus grande frousse de ma vie tant cela paraissait apocalyptique.
Devant la maison de Sclayn avec Madeleine.
Le 4 décembre, Saint Nicolas arriva dans la voiture jaune décapotable de Monsieur Tonglet. Il sonna et monta jusqu'à la salle dénommée "Réveil". Il fit sa distribution de bonbons et de cadeaux à tous les enfants présents. Le 6 décembre, j'avais reçu un beau cartable en cuir jaune, un mécano et une locomotive rouge. Pour éviter que le sapin de Noël ne perte ses aiguilles, papa avait été dans le bois déraciné un épicéa d'un mètre de haut et placé dans un demi tonneau métallique. Il était aussitôt garni de boules, guirlandes et les bougies étaient disposées sur les extrémités pour qu'elles ne risquent pas de mettre le feu. Le 18 décembre, le navire "Kamina" partit avec 800 volontaires belges pour la Corée entrée en guerre depuis le 25 juin. Fin janvier, on replantait le sapin dans le jardin et ainsi pour pouvoir le réutiliser l'année suivante et quand il était devenu trop grand, on allait en rechercher un autre dans le bois en face de chez nous.
Le 22 janvier 1951, la Meuse était très haute, le barrage qui se situait face au cimetière, était couché. Les îles (Bodart & Lefébvre) près de chez nous était couverte d'eau et le fleuve charriait de nombreuses branches, de morceaux de bois, de la paille, des boites et toutes sortes de déchets. Deux jours plus tard, le magasin d'Antoine Delory, près de l'écluse, était inondé. Chez nous, l'eau envahissait la cave sur une hauteur de trois marches. Papa avait ramené sa barque dans la cour, vu qu'avec la construction du pont ce n'était plus nécessaire et ainsi évité qu'elle ne soit emportée par la crue comme ce fut le cas pour celles de pêcheurs. Avec les enfants du quartier nous avions trouvé un nouveau jeu avec cette barque. Quand j'étais petit, je me souviens que l'on traversait la Meuse avec cette barque pour nous rendre à Gevrinnes chez une grande tante, Célestine Heureux, sœur de mon grand-père paternel et épouse de Léonide Lemineur. C'est aussi chez eux qu'à vécut maman Aline Heureux et qu'elle rencontra Germain Smal venu livré un cochon dans une cage en bois qui était portée par 2 personnes..
Dans la nuit du 30 janvier venait de survenir le déraillement d'un train de marchandise en gare de Sclaigneaux. Quand nous y sommes rendus avec l'école, il y avait déjà de nombreux curieux et une grue relevait les wagons de minerais. À mon retour à la maison, je reçu mon premier vélo à deux roues pour mon anniversaire. Le dimanche, aidé par mon père, je fis quelques tours pour bien maitriser la conduite. Un jour, après avoir diné et soigné les lapins, je pressentis qu'il était l'heure de retourner à l'école, je fermais à clé la porte du poulailler, j'accrochais la clé au clou prévu du mur de l'atelier et me précipita sur la route. Quand je rentrai, ma mère se mit à me gronder car je ne m'étais pas aperçu qu'elle était encore dans le poulailler et que je l'y avais enfermée. Heureusement, que la fenêtre qui donne sur le fumier était posée sur des briques qui n'étaient pas maçonnées. Elle avait retiré quelques briques et avait pu sortir en passant sur le fumier. Pour me faire pardonner, je remis les briques en place et l'on ne dit rien à mon père.
Le 6 mars, nous avons rendu visite, dans un joli vallon à Sclaigneaux, au gai ruisseau, le "rou de Somme". Je lui ai demandé: "Petit ruisseau, mon ami, que fais-tu sur ton lit de cailloux". Il m'a répondu: "Du matin au soir et du soir au matin, je cours, je roule, je me promène à travers les bois et les vertes prairies, je transporte du gravier et je fais tourner la roue du moulin Maquet". Dans sa course, il saute et dégringole les fossés. Parfois, il est plus calme, il coule lentement et il passe sous un petit pont. Depuis les dolomies de Vezin, il est accompagné d'un petit train jusqu'à la gare, composé d'une petite locomotive et de petits wagons dont le chargement peut être basculé d'un côté ou l'autre. Au-dessus de la côte, il y avait un treuil mû par une grosse machine à vapeur pour tirer le train dans la montée. C'est au moulin Maquet que nous allions chercher du beurre, des œufs et du lait dans une petite cruche en fer. Un peu plus loin, passé le barrage, nous allions aussi nous promener le long d'un autre ruisseau, le "rou de Loysse" qui traverse le lieu-dit "chant d'oiseaux"(1) et via un petit pont en fer, on pouvait atteindre le sommet de la colline qui surplombe la Meuse et où se trouvait les grandes cheminées de l'usine Dumont. Il y avait aussi sur son cours un petit barrage qui retenait l'eau et dans lequel on pouvait tremper ses pieds et de l'autre côté de la route, un peu en hauteur, il y avait les ruines du château Collignon.
Pour Pâques, mon frère Gaston passa quelques jours et nous avions creusés des trous dans le jardin que nous avions remplis de paille pour amortir la chute des œufs qui devaient tomber des cloches en revenant de Rome ! Mon père acheta une moto NSU Quick immatriculée 572-383, ce qui lui facilita ses déplacements à la papeterie Godin d'Andenne d'autant plus qu'il était quelques fois rappelé la nuit ou le dimanche pour une avarie à une machine. Le 11 avril, nous avons eu la visite à l'école du photographe. Il était petit, portant des lunettes, ses cheveux étaient gris et son costume était brun. Il était accompagné d'une grande et jolie dame qui peignait les enfants. Un drap de lit était posé sur la grande armoire au fond de la classe avec un clivia de part et d'autre, un grand cahier et des livres étaient disposés sur la table.
Le 28 mai, c'est le jour de la sortie de la procession. Richard se trouvait en tête et portait une grande croix suivi par les enfants de chœur. Une jeune fille portait la bannière de la Sainte Vierge et deux enfants tenaient les rubans. Jean-Marie représentait un juif, portant un coussin avec une éponge et un fer de lance. Moi, je portais les trois clous sur un coussin. Joseph Hamblemme portait l'encensoir. Quant aux autres enfants, je ne sais plus quels rôles ils figuraient. Quatre forts hommes portaient la statue de Saint Maurice, patron de la paroisse. Le curé, l'abbé Lissoir, marchait sous le dais et portait l'ostensoir. Certaines façades étaient ornées de petites chapelles fleuries où l'on marquait un temps d'arrêt. Je terminais l'année scolaire avec 78 % de moyenne. Le 7 juillet 1951 furent émises les premières images de télévision en couleurs aux USA. Le 16 juillet, le roi Léopold III, rentré en Belgique depuis le 31 juillet 1950, abdiqua en faveur de son fils, Baudouin 1er, qui prêta serment le lendemain et devint le 5e roi des belges.
J'étais maintenant dans la classe de Mr Charles Rigot, commandant de réserve, qui habitait un peu après la Cité Tonglet au 28 de la Grand-rue et le 15 octobre, nous sommes allé voir l'abatage d'une grande cheminée des anciennes usines à plomb et à l'argent Gustave Dumont de Sclaigneaux. À 14h10, nous avons descendu la rue du Déversoir pour rejoindre la Meuse et nous sommes montés sur le terril près du cimetière. À l'aide des jumelles que nous passa notre instituteur, nous pûmes apercevoir des hommes qui plaçaient des caisses de poudre. Une grue montée sur un camion redressait des poteaux dans des trous qu'ils avaient préalablement creusés. Un homme qui s'assurait de la sécurité, nous dit que les préparatifs vont prendre encore un quart d'heure. Une sirène retentit invitant les badauds à rester à une certaine distance. Ensuite, une trompette retentit pour faire évacuer les derniers hommes dans des abris. Il y eut alors une forte détonation et la cheminée bascula du côté nord. Un nuage de fumée et de poussière s'éleva dans les airs dans un grand fracas. Des grandes cheminées qui surmontaient la colline, ils n'en restaient plus que quatre. Il restait cependant six gros conduits qui descendaient du pied des cheminées vers l'usine en contrebas. Tout en commentant ce que nous avions vu, nous retournions à l'école. Pour la petite histoire, Gustave Dumont, ingénieur-conseil dans la région liégeoise repris en 1848 l'ancienne société de la mine de fer des Sarts. Avec des capitaux familiaux, il construisit le premier four pour extraire des minerais de plomb et d'argent, le métal. À la fin du 19e siècle, il décida de construire des logements pour ses ouvriers sur l'autre rive de la Meuse que l'on pouvait rejoindre avec un bac manœuvré par un passeur d'eau. Cette petite ville fut baptisée "La Villette" où on y trouvait un dispensaire, une cantine, la chapelle Ste Barbe et l'école tenue par les sœurs de la charité. Mais l'activité de cette usine fut transférée dans la région anversoise. Cependant le temps n'a pas fait disparaître ses initiales gravées en noir dans les tuiles orange de ses petites maisons de briques et de pierres calcaires.
Le 5 décembre 1951 achevant son périple enchanté à travers les villages de la Wallonie namuroise, le grand St. Nicolas a voulu visiter la population scolaire de l'école communale mixte de Sclayn. Il y a été reçu avec une inoubliable gentillesse par Mr Maurice Defleur, le sympathique et distingué instituteur en chef, qui habitait à côté de l'école, ainsi que par son collègue Mr Charles Rigot. Les garçonnets maîtrisaient difficilement leur enthousiasme devant le Patron des écoliers, et ceux-ci, avec sa prodigieuse compréhension de l'enfance, eut tôt fait de "briser la glace", de recueillir tous les sourires, et de drainer vers lui tous les regards chargés d'extase... Aussi, est-ce avec un intérêt soutenu que tout ce petit monde, tout à l'heure turbulent, écouta la merveilleuse histoire des "trois petits enfants prisonniers du méchant boucher", et suivit avec ravissement la splendide illustration de ce conte, que le majordome créa sur le tableau noir. Aussi vit-on les enfants prêter spontanément leur concours à cette gentille fête, puisque Charles Coune dessina une superbe tête de cow-boy, qui reçut les éloges du grand saint. Marcel Leclercq, lui aussi véritablement doué pour le dessin, vint réaliser pour l'hôte d'honneur, un camp de Peaux-Rouges, dont il fut chaleureusement félicité. Signalons encore que le petit José Delory se fit applaudir en déclamant, avec beaucoup de talent, la fable du "Corbeau et du Renard" et qu'enfin, le délicieux bambin qu'est Jacky Sorée, vint chanter avec un cran étonnant, deux petites romances à la mode. Ajoutons enfin que l'échevin de l'Instruction publique s'était joint aux instituteurs à l'occasion de cette agréable matinée... et que Mr Defleur ménagea à Saint Nicolas et à son humble serviteur, une réception empreinte de la plus franche cordialité.
La petite fête du village est toujours fixée à la Trinité, qui en 1952 tombe le 8 juin. Depuis jeudi, le montage de deux carrousels avait commencé. Avant et après la classe, nous allions voir l'état d'avancement des installations, notamment les trois tirs aux pipes, les balançoires et les deux jeux de porcelaine. Samedi soir tout était en place et orné de nombreuses ampoules électriques de toutes les couleurs. Parmi les baraques foraines, il y avait le jeu de massacre, une marchande de bonbons et une de beignets, les billards électriques, etc. Le dimanche, après la grand-messe, un coup de cloche retentit et le carrousel aux papillons démarra. Le forain faisait passer, sur son phonographe électrique, des airs populaires. Les enfants se précipitaient avec leurs sous en main. Ils reçoivent des cartes et à chaque passage devant la caisse, ils essayent d'attraper la floche qui donne droit à un tour gratuit. Pour ma part, je me faisais tout petit, ainsi le forain descendait davantage la floche. Alors, je bondissais d'un coup et bien souvent cela marchait. Cependant, je fis des interruptions pour que le stratagème fonctionne à nouveau. Les différentes musiques des diverses attractions font une cacophonie effroyable. Au soir, il y avait la traditionnelle danse du quadrille des lanciers sur la place et bal dans tous les cafés. Près de chez nous, Jean Taton avait tiré sa guirlande de lampes colorées au-dessus de la grand-route. La place devant l'église était abondamment illuminée et remplie de gens et d'enfants. Je me suis très bien amusé, soit seul ou avec des camarades d'école. Outre le carrousel, je m'étais risqué au tir aux pipes et je me suis régalé en frites dont je prenais deux sachets à cinq francs plutôt qu'un à dix francs parce que la quantité de frites était plus importante. Malheureusement, cela dure peu de temps.
Le 16 juin 1952, nous fîmes avec mon école une mini croisière d'Anvers à Oostende sur le paquebot "Prince Baudouin de la ligne Ostende-Douvres. Le 22 juin, j'ai assisté, ainsi que mes trois frères et mes trois sœurs, à la célébration de la communion solennelle de mon frère Gaston à l'Institut Saint Jean de Dieu de Namur. Tout se passait très bien, sauf qu'au moment de sortir de la chapelle, ma sœur Yvonne s'aperçut que sa sacoche avait disparu de sa chaise. Nous étions tous sortis, nous y sommes retournés et nous avons prié saint Antoine. En ressortant, nous croisons une dame qui dissimulait quelque chose sous sa sacoche et ma sœur vit que c'était la sienne. Elle se mit à hurler : voleuse, rendez-moi ma sacoche, et la lui arracha. Prise de stupeur, cette dame s'enfuit et se perdit dans la foule. Ce fut la seule fois où étions tous réunis. Le lendemain, nous avons appris le décès à Morlanwelz de notre grand-oncle Arthur Haine, époux de Marie Duvivier, sœur de notre grand-mère maternelle. Quant à ma 3e année, je la terminais avec 79 % de moyenne avec certaines annotations, comme : taquine ses voisins; se déplace trop; a une longe langue...
Le 21 octobre nous avons tous été rassemblé dans la classe de Mr Defleur et disposé de telle sorte que nous puissions bien voir vers l'estrade la séance de prestidigitation. Il y eut tout d'abord, des tours avec des rubans de différentes couleurs qu'avec quelques explications, les élèves purent reproduire. Le prestidigitateur mit dans une poche de l'un d'entre nous un mouchoir que ce dernier n'arrivait pas à retrouver. Puis, il déposait une pièce dans un gobelet, le retournait, mais rien ne tombait. Il brula ensuite une feuille de papier qu'il enferma dans une boite et quand il l'ouvrit, il en sortit des mètres de rubans tricolores. Il fit disparaître un cube d'une armoire pour la faire réapparaître dans une boite et fit de nombreux tours avec des cartes à jouer. Nous souhaitions qu'il revienne avec d'autres trucs.
Le mercredi 22 avril 1953, vers 18 heures, nous apprenions la disparition de notre petit camarade, Jean Braibant. Les recherches eurent lieu toute la nuit par des personnes très dévouées et la police locale mais sans succès. Le boulanger, Mr Dubois, alla jusqu'à Fize-Fontaine chercher un chien policier. Après avoir fouillé les bois, le chien policier flaira des traces par trois fois entre la rue Dodion et la Meuse. Après avoir sondé les bords de la Meuse, on retrouva son corps jeudi vers 17 heures. Il était resté accroché au fond du fleuve à des fils barbelés. C'est sous le signe du deuil général que se déroulèrent samedi ses obsèques. La foule recueillie se pressait derrière la jeune maman qui avait un courage admirable. La douleur se peignait sur les traits graves des écoliers qui, les bras chargés de fleurs blanches, escortaient leur ami disparu, porté par quatre élèves et deux jeunes gens du patro de Namêche dont Jean était membre. Le dernier adieu prononcé par le petit voisin de classe du disparu, Edmond Marechal, arracha les larmes de toute l'assistance au moment où le petit cercueil se rangeait à côté de celui de son père, mort au champ d'honneur du travail. Je pesais alors 31 kg et je mesurais 1m34 et je terminais la 4e année scolaire avec 81,5 % de moyenne.
Du dimanche 19 au dimanche 26 juillet 1953, je participais avec ma mère au voyage à Lourdes en train spécial rassemblant quelques 380 personnes avec l'EPC (Economie Populaire de Ciney) qui n'existe plus aujourd'hui. La concentration était faite à Namur entre 8 h et 8h45. Des guides ont dirigés les groupes vers l'église des Pères Rédemptoriste (rue Godefroid) pour la célébration d'une messe. Ensuite, réunion à la salle d'attente de 2e classe à la gare de Namur à 10 heures et départ à 10h36. Un autre groupe fut pris en charge à Charleroi, départ à 11h22. Arrivée à Paris-Nord à 15h35. Débarquement par groupe et transfert en autocar jusqu'à la gare St. Lazare de Paris. Départ à 17h00 et arrivée à Lisieux à 19h50, en passant par Nantes, Evreux, Couches, Serquigny, Bernay, puis installation à l'hôtel, dîner et logement. Le lundi 20 à 7 heures sont célébrées les messes dans les différentes églises de Lisieux. Le petit déjeuner est fixé à 7h45 suivit de la visite par groupe, à pied vu les courtes distances, du Carmel, des Buissonnets et de la nouvelle basilique. Après le déjeuner à 12 heures, départ de Lisieux à 13h17, en traversant Mézidon, Argentan, Surdon, Alençon et Le Mans, pour arriver à Tours à 17h43. Après le dîner, promenade libre dans la ville. Le lendemain, à l'occasion de notre fête nationale une messe solennelle fut célébrée et le petit déjeuner fut fixé à 8 heures. Nous bénéficions d'un temps libre jusqu'au départ du train de St. Pierre des Corps à 10h18. Après avoir passé par Poitiers, Angoulême, Libourne, Bordeaux, Dax, Puyo, Orthez et Pau, nous arrivons à Lourdes à 17h48. Le repas de midi s'était pris par groupe au wagon-restaurant. Après le débarquement, l'installation aux hôtels et le dîner, nous assistions à la procession aux flambeaux. Le mercredi 22, ce fut la messe aux différents sanctuaires, suivi du petit déjeuner. À 9 heures, ce fut la concentration des groupes pour la visite guidée de Lourdes. C'est ainsi que sous la conduite de guides expérimentés connaissant à fond l'historique des apparitions, nous parcourons le trajet suivi par Bernadette le 11 février 1858 (date de la première apparition); nous visitons sa maison natale, le moulin Boly, le cachot (d'où elle partit pour Massabielle), l'église paroissiale, le vieux Lourdes, l'hôpital où sont conservées d'insignes reliques de la Sainte (entre autres sa robe de communiante et de nombreux écrits); l'esplanade, les sanctuaires, la grotte, le chemin de croix, et enfin, le panorama, synthèse de toute son histoire. Après le déjeuner, temps libre avec possibilité de suivre les services d'un pèlerinage. À 16h30, ce fut la procession des malades devant le Rosaire et après le dîner, la procession aux flambeaux. Pour les journées des 23 et 24, des guides expérimentés de l'agence Pierard ont été mis à la disposition pour donner les renseignements, indiquer les visites à faire ou pour participer à l'une des excursions en cars dans un des sites des Pyrénées. Ainsi, nous avons visité le cirque de Gavarnie, le château-Fort, le pont d'Espagne et monté sur le Pic du Jer en funiculaire. Le samedi 25, après le petit déjeuner, nous quittâmes Lourdes à 6h57, en train, dans lequel nous avions pris le déjeuner au wagon-restaurant. Nous arrivâmes à 18h35 à la gare de Paris-Austerlitz pour rejoindre en autocars les hôtels et y dîner. Le dimanche 26 à 8h30, après le petit déjeuner, nous partions en autocars pour la cathédrale Notre-Dame pour assister à la messe suivi d'une visite guidée: les quais, le Louvre, place du Carrousel, les Invalides, la Tour Eifel, le Champs de Mars, le Trocadéro, l'Arc de Triomphe, dépôt d'une gerbe au monument du Roi Albert et retour par le centre: Opéra, rue de Rivoli. Rentrée à 13 h. pour déjeuner, départ de Paris-Nord à 15 h. et arrivée à Namur à 19h12.
Le 31 octobre furent transmises les premières émissions belges de télévision en noir et blanc. Bien que les techniciens et les régisseurs aient été entrainés par la BBC, ils ne disposent pas de moyens comparables. L'Institut National de Radiodiffusion (INR) dispose seulement de deux studios spécialement aménagés: un pour les programmes en néerlandais et un pour les programmes en français. Chaque studio est pourvu d'appareils permettant la diffusion de films et de diapositives. D'ici peu, ils pourront employer les émetteurs qui d'un côté relient Bruxelles à Breda et de l'autre à Lille via Flobecq. Evidemment pour cela, il faudra disposer d'antennes. Les programmes seront retransmis grâce à deux puissants émetteurs qui se trouvent dans la coupole du palais de justice de Bruxelles et permis aussi le relais pour l'Eurovision dès le 6 juin 1954.
L'année 1954 commença par des fortes gelées et par de nombreuses chutes de neige. Les enfants cherchèrent des endroits en pente pour élaborés des glissades. Certains dévalèrent le talus situé derrière la cité Tonglet mais non loin de la Meuse. Ainsi, l'un d'entre eux, plus téméraire, n'a pu diriger correctement son traineau et traversa le chemin de halage pour finir sa course dans le fleuve glacé. Quelques témoins prirent la fuite tout en poussant des cris effrayés. Heureusement, deux autres camarades ayant gardé leur sang-froid, se sont précipités vers les lieux de la mésaventure et lui crièrent de se cramponner à son traineau. L'imprudent avait remonté à la surface de l'eau et il fut tiré par la corde qui heureusement était assez longue. Il eut vraiment beaucoup de chance et fut ainsi sauvé. Quelques jours plus tard, le thermomètre affichait vingt degrés en dessous de zéro. Les éclusiers avaient pris la précaution de couché les barrages afin de permettre le passage des glaces qui dérivaient et en certains endroits formaient une banquise. Les chemins de halage sont désertés car personnes n'ose s'y aventurer. Au-dessus de la Meuse survolent, en groupe, des sarcelles et des mouettes affamées qui remonte le fleuve. Les bateaux paraissent énormes et sont maintenant prisonniers des glaces que les bateliers s'efforcent de briser. Bien vite, ce n'est plus qu'un filet d'eau qui serpente au milieu des blocs blancs et soudés.
Le 22 avril, j'étais sur mon vélo arrêté à la grand-rue et je regardais Jean Taton (père) qui était en train de laver son camion. Un groupe d'ouvriers à vélo circulait sur la route vers le centre du village. L'un d'entre eux traversa la chaussée et il cria: "C'est grève générale, il faut arrêter de travailler". Jean saisit alors son seau d'eau et le jeta sur le gréviste en disant: "Comment ça grève, je vais t'en montrer". L'infortuné trempé grimpa sur son vélo pour rejoindre les autres qui n'en pouvaient plus de rire. En fait, en front commun, les syndicats voulaient obtenir la semaine de 44 heures prestée en cinq jours. Durant cette année, nous avions les petits cousins de Gevrinnes (Adhémar & Josiane Haag) qui venaient prendre le repas de midi chez nous. Une fois, notre petit voisin, Francis Van Bellinghen, s'était installé sur la marche entre la cuisine et la véranda pendant que nous mangions. Il triait des timbres postes dans une boite à chaussure mais avait fabriqué une sarbacane avec le tube d'un stylo à bille avec lequel il envoyait des petites boulettes de papier aux enfants. Malgré l'insistance de ma mère pour qu'il cesse, il n'arrêtait pas. Je poussais alors lentement la porte pour l'isoler dans la véranda mais sa boite de timbres se renversa. Choqué, il rouvrit brusquement la porte et m'asséna un coup de poing et ma tête heurta la vitre et la brisa. Il se résigna à ramasser rapidement ses timbres malgré que sa boite contienne des éclats de verre. Evidemment, il fut sermonné par son père qui prit en charge la réparation. D'autre part, je terminais ma 5e année chez Mr Defleur avec 78 %.
Après mon séjour à Blankenberge avec la mutuelle, mes vacances furent mises à profit en transformant l'électricité dans l'atelier et alimentant également le nouveau poulailler en passant par le WC. Je peignis aussi les piquets de la clôture et les châssis du poulailler et de l'atelier. En jouant à cache-cache autour de la maison, j'ai violemment heurté l'angle du mur de brique de la cuisine, ce qui m'avait sonné sur l'escalier de l'entrée. Pour ma part, je m'en suis sorti mais il y avait un éclat dans une brique. Je fis également une excursion en car avec ma mère au parc "Meli" à Adinkerke près de Furnes avec son parc aux oiseaux exotiques, son jardin aux contes, son "tuf tuf express" et le soir, ses féeriques illuminations de l'étang aux flamants roses et ses fameuses fontaines dansantes.
Durant la nuit du 19 au 20 janvier 1955, la Meuse, suite aux nombreuses pluies, sortit de son lit, recouvrit les berges et les prairies qui la bordent. Les éclusiers avaient précipitamment couchés les barrages. Les riverains avaient dû évacuer d'urgence les marchandises de leur cave, voire du rez-de-chaussée pour certains d'entre eux et se réfugier à l'étage. Nous suivions la progression dans notre cave en fonction du nombre de marches que les eaux recouvraient. Cette fois, elle monta jusqu'à près d'un mètre et demi. En quelques jours, tout était submergé, les écluses, les îles, les chemins de halage, les routes et des usines. Toute la circulation était perturbée. Les bateaux avaient du mal à rester amarrer, de nombreux ouvriers se retrouvaient au chômage. Les inondations étaient devenues catastrophiques. Dans toute l'Europe les fleuves avaient débordés et les plus importantes crues furent celles de la Seine et de la Garonne. Ces deux fleuves français avaient dépassés les trois mètres sur les routes qui les longent. Ce n'est qu'à partir du 25 que les eaux commencèrent à se retirer en laissant bien de déchets et de désolations. Il y eut alors une vague d'entraide pour évacuer ce qui a été détruit, nettoyer et remettre en état. Le 10 mars au contrôle de routine, je pesais 35,5 kg et mesurait 1m44.
Le 19 juin, ce fut ma communion solennelle. Etant disposé par ordre alphabétique, je me retrouvais en 3e position : Cauz Pierrino, Evrard Michel, Fiems Jean-Louis, Giancarlo Silvestrine, Godefroid Francis, Hercot Jean-Marie, Lechanteur Jean-Claude, Monjoie Michel, Sprimont Philippe, Sorée Jacquy, Sorée Jean-Claude, Wyard Jean-Jacques et Beaujean Bernadette, Bodart Nadine, Bougelet Christiane, Bourgeois Christiane, Chasseur Nicole, Chiliatte Christiane, Lechanteur Eliane, Massart Michelle, Wyard Ghislaine. Ce fut aussi les retrouvailles de bon nombre de membres de la famille, dont : Papa Germain Smal, son frère Félicien et son épouse Louise Warnier. Maman Aline Heureux, sa sœur Elisabeth, son frère Richard et sa femme Emilie Alexandre. Mon parrain Emile Fiems, ma marraine Elvire Paquet et son mari Alexandre Mercier. Mes frères et sœurs, Madeleine, Richard, Yvonne, Francine et Gaston. La sœur de mon grand-père maternel, Célestine Heureux, son mari Léonide Lemineur, sa petite fille Georgette avec son mari Jean Haag et leurs enfants: Adhémar, Josiane et Jean-Claude. Les voisins, Charles Brouwers avec Désirée Lombet et leur nièce Béatrice Lombet. Aline Alexis, sa fille Andrée Paquet et son petit-fils Laureto Séraphin. Après la messe, nous nous retrouvions à table qui était en forme de U que mon père avait fabriquée et je trônais en son milieu. Au menu préparé par une cuisinière, il y avait : Potage mimosas. Bouchées à la Reine. Veau braisé, jardinière et pommes persillées. Salade jambon. Pièce montée (avec un communiant). Fruits, café et liqueurs. J'avais reçu une lampe de chevets, un réveil et de nombreux cadeaux. Mes parents m'avait offert: une montre "Pontiac" avec bracelet ressort plaqué or à l'horlogerie A. Stellings d'Andenne le 20 avril (1.795 frs), un couvert en argent avec mes initiales, deux costumes et un missel avec étui en cuir, dont j'avais pu tous les choisir.
Depuis lors, je servis l'abbé Arsène Lissoir comme enfant de chœur pendant trois ans (voir photo au chapitre suivant avec Mechtal). Lors de l'examen cantonal d'Andenne, j'eu 74 % dont le maximum en géographie, histoire et histoire locale. Quant à notre chat "Quiqui III", il fut trouvé mort sur la taque de la citerne comme profondément endormi ce qui m'avait fort surpris. Il était noir et gris et devait avoir 5 à 6 ans. Un jour, il fut blessé à la cuisse par une voiture sur la grand-route et fut sauvé grâce aux soins qui lui furent prodigués durant un peu plus d'un mois. Depuis, il ne s'éloignait plus très loin, il était devenu très reconnaissant et très affectif. Quand je revenais à vélo avec des restes de viande que le boucher m'avait donné, je faisais actionner ma sonnette et il accourait aussitôt, parfois il attendait mon retour sur le trottoir. Les autres chats que nous avons eus par la suite ont fait la même chose. Il y eut trois nouvelles constructions dans la rue, Julia soyers à côté de celle d'Emile Baptiste et deux près de la Meuse, l'entrepreneur Maurice Laboureur et Hector Pierre.
F.J-L : 1983 & nov.2009