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La petite histoire des mots
Inflation
Georges Pop | En raison de la crise issue de la pandémie et de la guerre en Ukraine, notamment, les Suisses, comme leurs voisins, assistent anxieusement à une flambée des prix de l’énergie et des matières premières. Cette inflation, encore relativement contenue chez nous, est particulièrement dommageable pour les retraités, les bas et les moyens revenus qui voient leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil.
En économie le mot « inflation » désigne une augmentation durable du prix des biens et des services qui est mesurée à partir de l’indice des prix à la consommation. Elle est aussi caractérisée par l’accroissement de la circulation de la monnaie. Généralement, on parle de stabilité des prix lorsque, sur une année, le taux d’inflation est inférieur à 2 % ; d’inflation rampante lorsque ce taux est de 3 à 4 % ; d’inflation ouverte entre 5 à 10 %, puis d’hyperinflation lorsqu’il est supérieur à 20 % comme c’est actuellement le cas en Turquie, par exemple, où ce taux a récemment franchi le cap des 60 %.
Ce terme est issu du latin « inflation » qui, chez les Romains, désignait une enflure physique, un gonflement ou un œdème. Dans « La Chirurgie de l’abbé Poutrel », une encyclopédie médicale écrite au XIIIe siècle, le sens antique du mot resta inchangé. Il y est question de « L’inflation d’un membre » pour désigner une boursouflure ou une tuméfaction. Deux siècles plus tard, on attribua à « inflation » un sens figuré, synonyme d’ « excès » ou d’ « abus prétentieux ». Ce sens existe d’ailleurs toujours pour évoquer l’usage abusif et croissant d’une chose ou d’un terme. On peut ainsi dénoncer, par exemple, une « inflation de mots » dans le discours long et ampoulé d’un politicien suffisant.
Ce sont les Anglo-Saxons, à commencer par les Américains qui, les premiers, dès le milieu du XIXe siècle, donnèrent à ce terme, emprunté antérieurement au français, une signification économique pour désigner une hausse des prix et la dévalorisation de la monnaie. De nos jours, on constate que l’inflation peut déclencher ou aggraver des troubles sociaux, au risque parfois de faire chuter des régimes.
Pour mémoire, la flambée des prix fut l’une des raisons qui a poussé les populations dans les rues lors du « Printemps arabe », à partir de décembre 2010, notamment en Tunisie et en Egypte. Cette colère est d’autant plus forte lorsque l’inflation est aggravée par la spéculation qui permet à certains acteurs nantis de l’économie de réaliser des plus-values, et donc de s’enrichir davantage encore aux dépens des moins bien lotis, en anticipant les fluctuations du marché.
Notons encore qu’en astronomie, depuis la fin des années 1970, « l’inflation cosmique » désigne la phase d’expansion très rapide, de l’univers, juste après le Big Bang, en moins d’un milliardième de milliardième de milliseconde (10-36 secondes pour les spécialistes). Pour ne pas perdre le moral, terminons par cette boutade grivoise de Coluche selon qui « Le préservatif est un très bon emblème politique, car il jugule l’inflation mais
permet quand même l’expansion ».