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17/11/2010
Pablo Picasso (1881-1973) ou les spécificités d'un esprit créatif incomparable.
Après la naissance du Mouvement Impressionniste en 1874, ô combien décrié et qualifié de « peinture de barbouilleurs », une certaine Vox Populi s'était appliquée à considérer comme stupidités toutes les nouvelles tendances picturales dont les chefs de file avaient pour noms Van Gogh, Gauguin, Kandinsky, et bien d'autres. Picasso n'a pas échappé à ces vindictes populaires qui tendaient à affirmer, parce qu'elles ne la comprenaient pas, « cette peinture est celle d'un fou ».Depuis lors, l'histoire a corrigé ces errements de jugements, pour reconnaître le talent de ce créateur hors normes.
1er dessin de l'artiste lorsqu`il avait 9 ans
Picasso a tout tenté, et quasiment tout réussi en matière de peintures, de dessins, de gravures, de sculptures ou de céramiques. Il demeure certainement l'artiste plasticien qui, dans ses multiples recherches et dans ses innombrables créations, a dépassé tous ses condisciples. Picasso avait un trait exceptionnel, ses dessins sont là pour en témoigner. Sa production reste spectaculaire dans sa diversité. Le Maître de Malaga était un fou de travail qui, chaque jour, remettait son ouvrage sur le métier. Picasso naquît pour devenir artiste-peintre. Son destin incomparable ne pouvait que le transporter vers les nues du succès pour atteindre l'acmé de la création picturale.
Portrait de sa mère lorsqu'il avait 15 ans (1896) Pastel/papier
Réaliste, Picasso a déclaré un jour « L'Art est un mensonge qui nous fait sentir la vérité, du moins la vérité qu'il nous est donné de comprendre ». L'existence et l'œuvre de Picasso furent gigantesques. Après une première période figurative espagnole où se côtoient des portraits ou des scènes animées emblématiques, Picasso s'expatria à Paris en 1900, il avait alors 19 ans, lors de l'Exposition Universelle, pour s'installer dans un premier atelier parisien.Après plusieurs allers et retours entre Paris et l'Espagne, Picasso se fixa réellement à Paris en 1904. Ce fut l'époque de la Période Bleue à laquelle s'ensuivit la Période Rose.
Le Vieux Juif (1903) Huile/toile
Les Baladins (1905) Gouache/toile
En 1907, après plusieurs mois de « gestation picturale », Picasso réalisa les « Demoiselles d'Avignon », considérées par beaucoup comme le tableau genèse du Cubisme, après de multiples esquisses à la mine de plomb et au pastel. Cette toile de grand format (244 x 235 cm), n'a été que le logique développement du « Harem » réalisé à Gosol en Espagne en 1906.
Le Harem (1906) Huile/toile
Dans ce tableau emblématique des « Demoiselles » se côtoient des ondes rythmiques et dynamiques qui accentuent un peu plus le masque inquiétant du personnage figurant la partie inférieure droite de la composition. Influencé par sa longue étude des « Baigneuses » de Cézanne, et par l'interprétation de l'espace par le Maître d'Aix-en-Provence, Picasso n'eut de cesse alors de noircir de multiples feuilles de dessin à l'observation de ces « Baigneuses », afin de mieux réaliser ensuite ses « Demoiselles ». Ce tableau interpelle non seulement par sa composition radicalement provocatrice pour l'époque, mais également par le malaise visuel, voulu par l'Artiste, qui transparaît avec force dans le visage et le corps de ce singulier personnage situé en bas et à droite. Car beaucoup ont toujours pensé que toutes les figures de ce tableau étaient féminines.
Or, à bien observer l'œuvre, et en prenant en considération la réalité d'autres compositions féminines de l'Artiste, ce personnage dénote un aspect d'hermaphrodite parlant. Picasso, qui avait l'art de se transfigurer dans certaines de ses œuvres, se serait-il immiscé dans cette scène pour mieux lui imprimer ses pulsions d'Artiste hors norme ? En effet, les jambes écartées du personnage dans une posture masculine, l'accentuation virile des rides qui marquent son front, ainsi que son masque issu de l'Art Nègre qui venait de trouver alors une écoute occidentale, nous laissent penser à un clin d'œil masculin et malicieux dont l'Artiste avait le secret. Le Maître s'est peut-être projeté dans ce tableau pour mieux susciter le questionnement de ses états d'âme du moment. L'œuvre reflète une iconographie particulière d'attitudes et d'expressions qui interpelle par le délinéament anguleux des corps et par l'expression à la fois candide et interrogative des visages féminins, auxquels vient s'ajouter la dominante ocre rose qui rappelle la période rose précédente.
Mère et Enfant, Mine de plomb (1922)
ALAIN VERMONT
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Alain VERMONT