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Il est étonnant de voir combien de points communs unissent le château de Schwandegg à celui tout proche de Girsberg. Tous deux sont situés à la lisière orientale de la vallée de Stammheim, tous deux ont subsisté jusqu'à ce jour, grâce sans doute à leur peu d'importance sur le plan politique, tous deux remontent à une époque relativement tardive de la construction des châteaux forts et tous deux furent au début habités par des ministériaux des Kybourg, puis de leurs successeurs, les Habsbourg-Autriche. Remarquons peut-être encore qu'à plus d'une reprise, ces deux sièges appartinrent à la même famille.
Cet endroit se nommait déjà «Schwandegg» avant d'abriter un château. Ce toponyme désigne soit une longue colline, soit la partie d'une colline déboisée selon le procédé dit en allemand «Schwenden», qui consiste à écorcer les arbres et à les laisser se dessécher. Pour construire le château de Schwandegg, on choisit l'extrémité sud-est de la crête de la colline dominant d'une trentaine de mètres le village de Waltalingen. Comme à Girsberg, cet endroit n'offrait qu'une protection restreinte.
Herrliberger 18e siècle
C'est ce qu'il reste de l'ouvrage primitif et quelques reproductions datant du XVIIe siècle qui nous donneront la meilleure idée de ce que fut le château féodal. Une tour d'habitation à l'aspect de corps de logis en formait le noyau. Les murs peu épais de cette construction - 1,2 mètre seulement - et son plan quadrangulaire de 8,4 mètres sur 7,2 montrent que déjà, on avait abandonné le donjon carré massif des premiers temps. La tour d'habitation se trouvait à l'angle nord de l'ouvrage. Du côté de la colline, son mur formait en même temps une sorte de mur-bouclier, un mur qui, décrivant une courbe encore visible de nos jours, s'étirait vers l'arête sud-ouest du coteau. On ignore si un fossé avait été aménagé devant ce mur; seules des fouilles pourraient élucider cette question. Prenant naissance près de cet ouvrage, des murs d'enceinte longeaient le bord du plateau. II en subsiste un bout dans le reste du mur saillant du corps de logis. C'est sans doute à cet endroit qu'avait été pratiquée l'entrée par laquelle on pénétrait dans la partie nord de la cour du château. Des communs devaient être adossés au mur d'enceinte. Quant à l'approvisionnement en eau, il était assuré par un puits installé dans la cour.
Avec le temps, d'autres bâtiments vinrent s'ajouter à l'ouvrage primitif. Une tour circulaire fut érigée à l'extrémité est du terrain et une spacieuse cage d'escalier fut greffée sur la tour d'habitation, dans le renflement du mur formant un angle. Grâce au prolongement de cette cage d'escalier, on obtint une pièce supplémentaire. Le pignon à redans, auquel on semble ne pas avoir voulu renoncer, a sans doute été construit lors de travaux de remaniement effectués au XVIIe siècle.
En 1548, le chroniqueur Stumpf parle de la décadence de Schwandegg. II regrette que les «murs» les plus élégants et les meilleurs aient été démolis et leurs pierres employées pour la construction du moulin de Riet. Au XVIIe siècle, Schwandegg connut à nouveau une période d'intense activité de construction. Cette fois-ci, on dépassa le domaine du château et construisit de nouveaux bâtiments à l'ouest du corps de logis, ils ont été entièrement transformés au cours de notre siècle et aujourd'hui, ils abritent un restaurant. Une construction plus importante encore fut celle de la longue aile sud-ouest, comprenant des écuries, des locaux d'habitation et une spacieuse salle au deuxième étage. Avec ses peintures et son plafond en bois, elle est devenue, depuis la restauration de 1981, une véritable salle de parade. Il y a longtemps déjà que le mur d'enceinte et la tour ronde ont disparu. Fort bien aménagée, la partie médiévale de l'ouvrage aujourd'hui restaurée sert d'auberge de jeunesse.
D'après les plus anciennes parties conservées, le château de Schwandegg a dû être érigé au cours de la seconde moitié du XIIIe siècle. C'est aussi peu avant 1300 qu'il est fait mention pour la première fois de la famille des Schwandegg. On salt de son premier représentant, Henri, qu'il eut d'étroites relations avec les ducs d'Autriche. Son épouse lui apporta en mariage les miportants revenus du «Kornhaus» de Zurich, un fief habsbourgeois qui demeura entre les mains de la famille jusqu'à son extinction. La saine base économique sur laquelle reposait cette lignée se reflète aussi dans les nombreux gages qu'elle détenait des ducs d'Autriche. Et pourtant, elle ne s'orienta jamais entièrement et uniquement vers ces derniers et nombre de ses membres furent bourgeois de Diessenhofen. Les Schwandegg possédaient aussi quelques fiefs de l'abbé de Saint-Gall. Après la mort du dernier seigneur de Girsberg, le duc Rodolphe d'Autriche ensaisina en 1361 Burkhard de Schwandegg du château voisin. Vu le nombre imposant des descendants mâles de cette famille, sa perpétuation semblait assurée pour longtemps. Et pourtant, les Schwandegg disparurent brusquement au début du XVe siècle.
Une partie de l'héritage, comprenant notamment le château ancestral, passa par l'intermédiaire d'une héritière au ministériel saint-gallois Jean de Münchwil, qui auparavant avait résidé à Frauenfeld et au château de Steinegg. Faisaient également partie de la succession, parmi d'autres fiefs saint-gallois, le site du château du Helfenberg avec les lacs de Hüttwil et de Nussbaum, de même que d'autres biens sis dans cette même région. En 1470 déjà, un petit-fils domicilié à Zurich, Victor de Münchwil, vendit Schwandegg à Victor de Schönau. Zurich étant, en 1452, devenue propriétaire de la seigneurie de Kybourg, le Conseil de la ville inféoda le château de Schwandegg et l'attribua au district d'Andelfingen. Les changements de mains furent fréquents et il y eut parfois des heurts avec les autorités zurichoises. Par exemple lorsque, en 1529, le châtelain ne voulut pas débarrasser la chapelle domestique de son autel et de ses images.
Parmi les propriétaires du XVIe siècle, citons la famille schaffhousoise des Stockar, entre les mains de laquelle se trouvaient également les châteaux de Widen et de Girsberg. Tobias Schmelz, qui posséda Schwandegg de 1614 à 1640, peut être considéré comme le maitre d'oeuvre de l'aile orientale, pour la construction de laquelle il fit venir des ouvriers de l'Allgäu. Les châteaux de Schwandegg et de Girsberg se trouvèrent pour la dernière fois entre les mains d'une même famille sous le Zurichois Hans Kaspar Escher. Au XIXe siècle, les propriétaires se succédèrent rapidement. En 1890, Karl Fierz-Landis fit don du château de Schwandegg et de ses précieuses collections à la ville de Zurich; il voulait par ce geste influencer le choix de l'emplacement controversé du futur Musée national. Zurich conserva les collections et vendit le château. Ce n'est qu'après une suite d'autres changements de mains que le canton de Zurich en fit l'acquisition, en 1974.
Bibliographie