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Sound & Vision V
Tu t’appelles Wayne Kramer, tes premiers pas dans la vie tu les fais dans l’industrielle Detroit, Michigan. Entre la High School, les nuages de fumées rejetés par les industries automobiles qui t’encerclent, et le pavillon de banlieue suburb que tes parents (qui, il y a fort à parier, sont probablement au moins, pour l’un d’entre […]
Tu t’appelles Wayne Kramer, tes premiers pas dans la vie tu les fais dans l’industrielle Detroit, Michigan. Entre la High School, les nuages de fumées rejetés par les industries automobiles qui t’encerclent, et le pavillon de banlieue suburb que tes parents (qui, il y a fort à parier, sont probablement au moins, pour l’un d’entre eux, ouvriers chez Ford) ont pris à crédit pour supporter l’automatisation et le gris de la ville, ton truc à toi c’est la guitare et le Rock’n’ Roll.
Hiver 1964, dans ce bar de Detroit, attablé avec Fred Smith (guitare) et Rob Tyner (chant) l’histoire des MC5 (Motor Cycle Five) démarre et vous venez de signer sans le savoir la préface du Punk Rock.
Complété par Dennis Thompson à la batterie et Michael Davis à la basse, c’est d’abord des reprises et des performances scéniques énervées qui font apprécier MC5 d’une généreuse audience.
Vous rencontrez John Sinclair en 66, contestataire de la gauche radicale et gourou de la communauté hippie Trans-Love Energies. Il devient votre manager.
Vous affirmez votre identité musicale en associant à un rock puissant et instinctif des textes politisés appelant à la révolution et à l’égalité. Dans une attitude plus Protopunk que fleur bleue, chez MC5 : Peace and Love = Mother Fucker. Vous devenez les porte-parole des White Panthers, pendant blancs des Black. A la révolte contre l’establishment s’ajoute une consommation croissante de stupéfiants.
Dans le collimateur de la police, vous quittez Detroit pour vivre en communauté dans une ville voisine après les émeutes de 1967.
Elektra Records, qui produira le premier album des Stooges après que tu aies conseillé au pdg du label d’écouter le groupe, signe votre premier album. Un album live, direct, puissant et loin des conventions de l’enregistrement studio avec lesquelles vous ne serez pas à l’aise dans la production sur Atlantic Records de vos deux prochains et derniers albums. Albums pourtant plus aboutis qui rencontrent d’heureuses influences Free Jazz.
Tournée européenne, surveillance du FBI, confrontations avec les forces de l’ordre, médias qui attisent le feu de votre mauvaise réputation, incarcération de Rob Sinclair pour détention et vente de drogue et un succès décroissant (l’héroïne et le LSD ayant progressivement raison de la cohésion et de la santé du groupe).
1972 marque la fin des MC5.
20 ans plus tard, après un passage comme guitariste studio, de nombreuses tentatives de désintoxication, l’enchaînement de petits boulots, une peine de prison pour détention de drogue et une carrière musicale en demi-teinte, faut bien l’avouer, tu deviens le guide d’un documentaire retraçant l’histoire des MC5. Le film est un témoignage extrêmement riche ponctué d’une somme rare et exceptionnelle d’images d’archives et participe à cette reconnaissance qui fait de MC5 aujourd’hui, malgré votre courte vie, une référence majeure du Garage Rock.
Ironiquement ou tristement, le film ne fera que quelques festivals, puisque tu décides de bloquer la distribution du film, d’empêcher sa diffusion en salles et la sortie en DVD. Promis au statut de producteur de la bo, on ne t’accorde finalement qu’un rôle d’acteur et de témoin. L’histoire se termine une deuxième fois sur une note amère.