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Sur l’un des vitraux du chœur gothique de Géronde, le millésime 1505 permettait de dater l’achèvement des travaux de construction. Le vitrail, offert par le futur cardinal Mathieu Schiner et consacré à sainte Ursule, voulait sans doute évoquer l’Eglise en représentant une ville ainsi qu’une barque sur laquelle se trouvaient un pape et d’autres prélats. Il ornait la fenêtre nord-est du chevet. Sur le vitrail de la fenêtre sud-est, se tenaient, de part et d’autre du meneau, saint Michel et saint Christophe. Sur le vitrail de la paroi sud du sanctuaire, on voyait une Visitation dans laquelle Marie et Elisabeth faisaient place à un couple de donateurs. Cette brève description des vitraux primitifs de Géronde se trouve dans les Opera historica (t. VIII, p.457) du chanoine Anne-Joseph de Rivaz. L’historien tenait ces renseignements de ceux qui avaient connu l’église avant le sac de 1799 au cours duquel les vitraux furent brisés. Après cet acte de vandalisme, on fut contraint, faute de ressources, de fermer les ouvertures de l’église avec de simples vitres.
Des vitraux de 1505 ...
… aux vitraux de 1965
En 1963, la communauté, encouragée par un don important, entreprit la restauration du chœur gothique et put songer à remplacer les vitres par des vitraux. Il était évident que ceux-ci devaient être simples, de la simplicité préconisée en tout et pour tout dans la tradition cistercienne. Cependant les dimensions des quatre fenêtres du chœur gothique interdisaient d’y placer des vitraux inspirés par l’art cistercien primitif. Si, quelques années plus tard, de tels vitraux seront choisis pour les petites fenêtres et la lunule de la nef, dans le chœur, la simplicité devait s’exprimer sur un autre mode.
Le choix de l’artiste n’exigea pas de longues recherches : la communauté comptait alors en son sein une jeune artiste, soeur Marie-Jean (Myriam Olsommer, 1935-2017), que tous, les moniales comme les experts consultés, jugeaient capable de donner à l’église des vitraux accordés à son style et à sa vocation. Cette œuvre, voulue pour la prière, fut portée par la prière, nourrie par des échanges, fécondée par la lectio divina des unes et des autres. Tout fut pesé, discuté, imaginé… y compris la lassitude que pourraient engendrer, à la longue, les mêmes images retrouvées tous les jours, pendant des heures, dans la même église… Cette réflexion incita l’artiste, approuvée par la communauté, à recourir à l’art non figuratif pour suggérer, de manière allusive et symbolique, les grandes affirmations de notre foi.
La communauté vit naître les dessins, puis les maquettes qui furent ensuite agrandies, sous la direction de l’architecte, dans le cloître transformé en atelier. Un déplacement à Saint-Just s’imposa pour le choix des dalles de verre. Puis sœur Marie-Jean enchaîna les séjours à l’abbaye d’Hauterive d’où elle partait travailler à Fribourg dans l’atelier de Michel Eltschinger, maître verrier. Un premier vitrail, évoquant le mystère de l’Incarnation, fut posé à la veille de Noël 1964. Les trois autres le seront en avril 1965.
Inspirés par une ou plusieurs paroles de l’Ecriture sainte, les quatre vitraux évoquent les affirmations fondamentales de la confession de foi: la création, la venue du Verbe de Dieu en notre chair, le salut par la croix et la résurrection, le mystère de l’Eglise dont Marie est la figure privilégiée. Suggérés par des éclairs de lumière déchirant la grisaille et par le symbolisme des couleurs, les esquisses des mystères de la foi s’offrent inlassablement au regard et convoquent la Parole de Dieu pour qu’elle déploie toute leur richesse.
Pour chaque vitrail, l’artiste a écrit un bref commentaire, mettant toujours en exergue la (ou les) Parole(s) d’où l’inspiration a jailli, soudaine et imprévisible comme un éclair dans la nuit ou lente comme la montée de la sève. Ces notes ont été complétées, en italique, par quelques indications données de vive voix pendant les travaux.
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Et je vis la cité sainte, Jérusalem nouvelle,
qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu…
Elle resplendit, autant qu’une pierre précieuse,
comme le jaspe cristallin (Ap 21, 10).
La pensée la plus intime, vous la saisirez surtout dans l’Apocalypse: la Jérusalem, la Cité de Dieu, l’adoration du corps mystique: tout est inspiré et n’a de sens que dans ce thème. Chaque petite pierre est un symbole de notre unité dans le Seigneur Jésus. Elle a sa place bien déterminée dans ce tout. Le vitrail n’a sa raison d’être qu’en donnant la lumière, en créant une atmosphère. Le but de cette recherche a été d’éclairer l’AUTEL. Tout a convergé sur ce point.
Création Incarnation Rédemption L’Eglise/ Marie
La Création
Chœur monastique – paroi sud
Au commencement, était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu… Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut. De tout être il était la vie et la vie était la lumière du monde. Jn 1, 1-4.
La dominante de ce vitrail est le rouge, symbole du feu. C’est par amour que Dieu nous a créés, qu’il nous crée et crée encore, à tout instant, le monde. Les lignes verticales, signe de vie, correspondent au thème de la création. Dans ce centre bleu, vous pouvez penser et vous recueillir en ce silence profond « quand l’esprit planait sur les eaux… au commencement… » ( cf. Gn 1, 1-2). Cette tranquillité impressionnante…
L'Incarnation
Sanctuaire – paroi sud
Grâce à la miséricordieuse tendresse de notre Dieu quand nous visite l’astre d’en-haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort pour guider nos pas au chemin de la paix. Lc 1, 78-79.
Ce vitrail est entièrement clair. C’est lui qui doit projeter principalement la lumière sur l’autel. Les pierres rouges au haut symbolisent la Trinité, celle du bas, le Verbe, en cette visite dans les profondeurs. Il y a une toute petite pierre blanche dans le centre de la Trinité. On peut penser à l’Immaculée, Mère de Dieu, notre Mère.
La Rédemption
Sanctuaire – chevet sud/est
Si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché. 1 Jn 1, 7
De sa lance, un soldat lui perça le côté et, aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau (Jn 19, 34).
Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé… Ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour les habitants de Jérusalem; elle les lavera de leurs péchés.(Za 12, 10 et 13, 1).
En rouge: les plaies de Jésus, source de purification, de vie, d’intimité. Notre nourriture, notre vie. Vous verrez du vert dans le centre. Il symbolise l’eau.
Ces lignes doivent être éclairées par un texte de saint Bernard, le sermon 61 sur le Cantique des Cantiques, qui est la principale source d’inspiration du vitrail. Commentant le verset du Cantique « Ma colombe dans les trous du rocher »(Ct 2,13) Bernard présente les blessures du Christ comme ces « trous du rocher ». « Je demeure là, écrit-il, d’autant plus assuré qu’il est plus puissant pour sauver ». Là se trouve la source du pardon. Là, aussi, le martyr puise son endurance.
« Le secret de son cœur paraît à nu par les trous percés dans son corps. Le grand mystère de la piété paraît à nu, les entrailles de miséricorde de notre Dieu; grâce à elles nous a visité l’Astre vivant venu d’en-haut. Où, mieux que dans tes blessures, pourrait éclater que toi, Seigneur, tu es doux et indulgent et plein de miséricorde? (Sermon 61, 5, citant 1 Tm 3, 16 Lc 1, 78 Ps 85, 5).
Marie - L'Église
Sanctuaire – chevet nord/est
Un grand signe apparut au ciel: une Femme que le soleil enveloppe. La lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. Ap 12, 1/Chant d’entrée « Signum magnum » pour l’Assomption de la Vierge Marie, le 15 août.
Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu. Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir à Dieu, des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour annoncer les louanges de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. 1 P, 2, 4-5 et 9.
Le rouge: au sein de l’Eglise, je serai l’amour. Dans le bas du vitrail, le rouge tourne au violet pour évoquer le glaive de douleur qui transperça le cœur de Marie (cf. Lc 2, 35).
Le vert: cette fontaine de vie, cette source dont parle l’Apocalypse: « L’ange me montra le fleuve de vie… qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau « (Ap 22,1).
Le bleu, comme dans le vitrail de la création (I) suggère l’intériorité de Marie qui conservait avec soin tout ce qui concerne Jésus et le méditait en son cœur (Cf. Lc 2, 19). C’est la dimension contemplative de la foi que tout baptisé est appelé à vivre et qui prend forme de manière particulière dans la vie monastique.
Ce vitrail, intitulé « Signum magnum », en évoquant d’abord Marie, puis l’Eglise et aussi chacun(e) de ses membres, dit aussi la présence et l’action de l’Esprit-Saint.