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Jusqu’au 9 avril, le Théâtre de Carouge propose l’une des comédies shakespeariennes les plus hilarantes, avec La comédie des erreurs, dans une mise en scène de Matthias Urban.
Lors d’un naufrage, Égéon perd sa femme, ses deux jumeaux prénommés Antipholus, ainsi que leurs serviteurs respectifs, deux autres jumeaux nommés tous deux Dromio. Ils sont alors séparés, l’un des Antipholus se retrouvant à Éphèse avec son serviteur, alors que les deux autres comparses seront à Syracuse. De cette situation initiale, on soulignera la belle trouvaille du metteur en scène, qui la décrit d’abord sans mots. Sur une magnifique musique introductive, des ombres s’agitent sur un tulle, représentant un bateau et le naufrage qui s’en suit, avant qu’Égéon ne prenne la parole pour raconter son histoire. Vingt ans plus tard, alors que l’un des deux fils d’Égéon est devenu l’un des hommes les plus puissants et les plus appréciés d’Éphèse, son frère l’y rejoint sans le savoir, pour affaires. Le destin réunit les deux paires de jumeaux, pour mener à un imbroglio dont seul Shakespeare a le secret.
Des identités qui s’entremêlent
Les deux Antipholus (interprétés par François Nadin), tout comme les deux Dromio (incarnés par François Florey), ne peuvent être différenciés que par la paire de lunettes que l’un des deux porte dans chaque. Mis à part cela, ils sont en tous points pareils. Alors, lorsque Dromio croise la route de celui qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son maître, que la femme de l’Antipholus d’Éphèse le confond avec celui de Syracuse, que les marchands pensent traiter avec l’un alors que c’est en fait l’autre, les quiproquos s’enchaînent à une vitesse folle. Le spectateur, qui est le seul à assister à toutes ces confusions, finit par être lui-même pris au jeu, ne sachant plus qui est qui. Il faut reconnaître ici la brillante construction du texte de Shakespeare, qui n’en finit pas de surprendre. À chaque fois que l’on pense que quelque chose va se résoudre, un nouveau nœud apparaît, jusqu’au dénouement final, évidemment.
Cette exceptionnelle construction – c’est à se demander comment le dramaturge ne s’y est lui-même pas perdu – questionne dès lors l’identité. Si l’Antipholus de Syracuse se défend d’abord d’être son jumeau, il prend bien vite goût aux cadeaux qu’on lui fait, à la cuisine qui lui est offerte dans sa villa et aux charmes de… la sœur de l’épouse de son jumeau. Vous suivez toujours ? Comment les deux comédiens interprétant les jumeaux, François Nadin et François Florey (est-ce vraiment un hasard s’ils portent le même prénom ?) parviennent-ils à ne pas finir schizophrènes ? Un exemple tout simple : la scène de la porte. Antipholus d’Éphèse et son serviteur Dromio ne peuvent plus rentrer chez eux, la porte étant fermée à clé et gardée fermement… par Dromio de Syracuse. François Florey offre durant cette scène une performance drôle à souhait, en passant d’un côté et de l’autre de la porte (celle-ci pivotant entièrement sur elle-même) en une fraction de seconde, pour interpréter les deux Dromio. Lors du dénouement final, les deux François changeront régulièrement de position, selon quel personnage ils interprètent. Difficile de ne pas se mélanger les pinceaux, et pourtant ils y parviennent avec brio !
Un jeu hilarant
Si la construction du texte est brillante, que la mise en scène est belle et offre de superbes trouvailles, je ne serais pas complet sans évoquer le jeu des comédiens. J’ai déjà évoqué celui de François Florey, qui interchange les deux Dromio à la perfection, dans une interprétation qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Christian Clavier, alias Jacquouille la Fripouille dans Les visiteurs. François Nadin, quant à lui, parvient à surjouer sans jamais tomber dans la lourdeur, ce qui est loin d’être aisé. Alors qu’il en rajoute le plus souvent, dans sa gestuelle comme dans ses intonations, il reste toujours dans une hilarante justesse. Que dire encore des autres comédiens ? Sabrina Martin joue magnifiquement une Adriana (la femme d’Antipholus d’Éphèse) jalouse, furieuse à la limite de la folie, et qui se dévergonde totalement suite à cela. Antonio Troilo (malgré des béquilles qui le handicapent suite à une blessure au pied) parvient à danser et chanter, dans un registre comique souvent surprenant. Lucie Rausis interprète à la fois Luciana, candide à souhait et qui ne veut que faire le bonheur de son potentiel futur mari, et Émilie, la femme d’Égéon devenue une prêtresse adepte de hard-rock (dois-je préciser qu’il s’agit d’un choix de mise en scène et non pas d’une indication shakespearienne ?) dans un couvent, jonglant parfaitement entre les deux registres. Enfin, citons Thierry Jorand, qui incarne – entre autres – un Solinus, duc d’Éphèse, totalement dépassé par les événements.
La comédie des erreurs, c’est donc, comme son nom l’indique, une véritable comédie, drôle à souhait, portée par un texte brillant dans sa construction et des acteurs de talent, guidés par une mise en scène qui met le divertissement et l’humour en avant. La question de l’identité est également au centre de toute l’intrigue. Attention à ne pas finir schizophrène…
Vous avez envie de rire et de vous détendre ? La comédie des erreurs, c’est encore jusqu’au 9 avril au Théâtre de Carouge !
Fabien Imhof
Infos pratiques :
La comédie des erreurs, de William Shakespeare, du 21 mars au 9 avril 2017 au Théâtre de Carouge
Mise en scène : Matthias Urban
Avec François Florey, Thierry Jorand, Sabrina Martin, François Nadin, Lucie Rausis, Antonio Troilo, et les musiciens Christophe König et Thierry Debons.
Photos : © Mario Del Curto