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Cette téléréalité britannique qui sera diffusée en 2020 défraie déjà la chronique. Elle propose à plusieurs familles d'adopter un animal dont elles apprécient la viande, comme un agneau ou un porcelet par exemple, et de s'en occuper durant trois semaines - histoire de donner le temps aux enfants de tisser des liens affectifs.
A l'issue de cette période, ces familles doivent choisir: elles peuvent envoyer l'animal à l'abattoir pour le consommer ou destiner leur petit protégé à un refuge. Mais si elles choisissent cette seconde option, elles doivent promettre de devenir végétariennes.
Câliner un chat et manger un cochon
Cette sorte de cohabitation temporaire oblige donc les participants à se confronter à la réalité de leurs choix de consommation en leur posant cette question: comment peut-on câliner un chat et manger un cochon? "Meat the family" veut supprimer, précisément, les distinctions entre les espèces alors que dans la culture occidentale, manger son chien tient presque du cannibalisme mais consommer du porc est parfaitement normal.
Au-delà du côté sensationnaliste - certaines critiques ont parlé de sadisme - cette émission remet en question la légitimité de notre système de pensée. Elle supprime aussi la distance mentale, géographique ou éthique que nous sommes parvenus à mettre entre l'animal vivant et la viande de notre assiette. Notre civilisation met cette distance par la sous-traitance de l'abattage par exemple, alors que les sociétés plus anciennes s'adonnaient à des rituels plus ou moins complexes pour se distancer de l'acte de tuer.
L'obligation de choisir son camp
Mais le dilemme éthique, philosophique, subsiste. Il a du reste toujours existé: la consommation de viande a de tout temps été désirée et crainte tout à la fois. C'était le cas dans l'Antiquité déjà mais aujourd'hui, les images de la production industrielle de viande nous reviennent en pleine figure, comme son impact environnemental. On est obligés de choisir son camp, en quelque sorte.
Les producteurs de "Meat the Family" l'ont bien compris. Ils le disent d'ailleurs eux-mêmes: aujourd'hui, le sexe ou la drogue sont banals. Le nouveau tabou est la viande.
Katja Schaer/oang