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Montagnes du Tyrol oriental (Vallée de Stall et Schwarzachgrund)
Wilfried Neumann, D-Laasphe
Vallées de Stall et de Schwarzachgrund Photos 101 à 106 Près de Hüben dans la vallée de l' Isel, la route bifurque dans le Defereggen, orienté de l' est à l' ouest et dont la localité principale, St.Jakob, se trouve à 1389 mètres d' altitude. Dans ce village du fond de la vallée, les chemins se partagent: la route continue d' abord par Mariahilf et Erlsbach, dernier hameau habité toute l' année, puis gagne la cabane Patscher et le fond de la vallée, à la frontière italienne. Enoutre, on a construit récemment une route latérale en direction du col Stall ( Staller Sattel ) qui rejoint la route militaire ( côté Tyrol du Sud ), partant du lac Antholz. Enfin, dans un défilé au-dessus du village, part la longue vallée de la Trojeralm; elle sépare l' arête Panargen, prolongement sud des Hohen Tauern, du massif Lasörling, et elle aboutit au nouveau refuge Reichenburg.
ASCENSION DE LA SEESPITZE La Seespitze, sommet de 3021 mètres au nord-ouest des Panargen, constitue un but des environs de St.Jakob facilement accessible en une journée. En suivant le sentier balisé, on découvre le monde alpestre de l' arrière de la Schwarzach. Une montée agréable part de la jolie pension Gasser, dernière maison au bord de la route. Elle conduit en zigzag jusqu' à la forêt, utilisant les sentiers qui relient entre elles les fermes de Jesach. En route, des perspectives s' ouvrent sur Bad Grünmoos et sur la Langschneid, de l' autre côté de la vallée, plus rébarbative ici que du côté de la Brugger Alm '.
En face, une petite route conduit dans la vallée du Ragbtzl; au fond de celle-ci, la Hochkreuzspitze ( 2740 m ), d' accès facile, s' élève au point de rencontre des arêtes surplombant le Gsieser et la vallée du Defereggen. Elle doit offrir une vue magnifique. Par matinée ensoleillée, on découvre aussi le Kahorn aux flancs élancés et, en amont et plus au fond, le Deferegger Pfannhorn, placide mais plus élevé.
Par Innerberg, un bon sentier traverse la forêt et débouche sur les prairies de l' Oberberg parsemées de granges à foin à demi écroulées 2. De là s' offre un panorama splendide, découvrant non seulement la curieuse arête du Weitstrahl qui encadre le tableau, mais surtout le haut massif du Riesenferner. Sur la droite, ce massif s' élève au-delà de la vallée, parcourue par la nouvelle route en direction du col Stall, et, se dressant au-dessus des rochers pâles et des sapins verts jusqu' aux Tours Aimer ( 2910 m ), culmine au Hochgall ou Pointe Rieser ( 3435 m ), parmi les étendues glacées du Patscher et du Rampleter Kees où s' accrochent encore les nuages.
La Frölitzalm — dont la cabane est, au dire de la carte, en ruine - se situe à 2300 mètres au-dessus de la pente qui plonge sur la rivière Popeletz. L' a n' est couvert qu' en partie d' un toit de tôle, mais au bord du chemin une cabane de bergers assez convenablement installée pourrait à la rigueur servir de gîte nocturne. Au-dessus de la vieille cabane en maçonnerie se dresse dans les alpages une haute stèle de pierre.
Un peu plus haut, on foule un terrain plus plat, 1 L' expression Alm se trouve dans la région des Alpes orientales, à côté du mot plus ancien Alp, c'est-à-dire pâturage. Ce mot provient sans doute des Ligures; il a donné son nom à nos montagnes et n' est utilisé aujourd'hui encore qu' en France, en Italie et en Suisse.
2 Probablement à la suite d' avalanches.
couvert de dalles, qui conduit, à 2576 mètres, au grand lac Oberseit; ses rives gazonnées invitent à un repos enchanteur face au monde alpestre proche et lointain. Les larges prés au pied des montagnes sont piqués de gracieux bouquets de campanules bleues. Les rayons changeants du soleil jouent dans le friselis des vagues fraîches.
A l' arrière, un banc de rochers monte à l' assaut de l' arête qui commence au Weitstrahl et culmine au Seespitz- C' est de là que part la voie en direction de rochers d' un vert clair bien visible; un mur sombre hérissé d' arêtes relie ceux-ci au Kauschkahorn3 qui culmine à 2903 mètres en deux larges bosses. De l' arête sud, plate, on grimpe vers la cime assez raide; des plaques d' ar verticales et du gravier schisteux présentent certaines difficultés que l'on peut cependant vaincre avec un peu de précaution.
Il est 1 h 30; la montée a duré cinq heures. Deux autres alpinistes de St.Jakob se trouvent avec moi au sommet; leurs compagnons les attendent près du lac. Le ciel s' est couvert et n' offre qu' une vue limitée, par-dessus les rochers déchiquetés du voisinage, jusqu' à l' Alplesboden peu éloigné et à son petit lac ( où l'on peut descendre de l' arête par des éboulis ). Au-delà trône la haute et inaccessible Alplesspitze ( 3149 m ). Par-dessus l' entaille solitaire du ruisseau de la Trojeralm, on contemple le plateau élevé des Sentenböden avec le nouveau refuge Reichenberg, derrière lequel les sommets des Tauern se perdent dans les nuages.
Au nord-est, un autre sommet double, à l' ar de la chaîne principale, domine le chaos des montagnes: le Lasörling, haut de 3098 mètres. De l' autre côté s' étalent, découverts, le massif du Rieserferner et la silhouette allongée du Fleischbachkees. Leurs 3000 ( l' Ohrenspitze et l' Almerkees, le Wild- et le Hochgall, le Schneebige Nock et le Tristenkees, le Lenkstein et la Fleischbachspitze ) brillent au soleil sans être vraiment tentants. Par-delà la coupure du Schwarzachgrund ( c' est le nom du haut Defereggen, inhabité ) on voit parfois J Ainsi nommé d' après l' initiateur de la voie.
au loin, dans un trou du brouillard, les contours diffus du Grand Löffler et du Frankbachkees. Ils se trouvent au-delà de la frontière italienne qui délimite ici la longue pente de la vallée antérieure de l' Ahrn.
Les lointains bleutés de la chaîne de la Rote Wand, où se termine le massif du Defereggen au nord-ouest, se perdent derrière la dépression du Staller Tal qui s' avance également vers la frontière. Loin au-delà le Rammelstein domine la vallée d' Antholz. Enfin on embrasse du regard les monts Villgratens avec leurs sommets les plus importants: les Rote et Weisse Spitze et le Degenhorn. Au bout de l' arête, de notre ct té, se dresse le Weisse Beil4, un sommet herbeux qui surgit à la bifurcation de la vallée. Comme je me retourne, une souris, soudain, se sauve dans les pierres — à cette altitude!
LA VALLÉE DE STALL De nouveau, une belle journée s' annonce. jourd' hui, nous prenons le sentier du Staller See. Tout d' abord nous traversons un peu plus en aval la Schwarzach ( c' est ainsi que l'on nomme le cours antérieur du ruisseau du val Defereggen, un torrent encore indompté ), pour descendre de la route à l' orée sud de la forêt. Nous dépassons les quelques maisons de Bad Grünmoos ( 1411 m ) et son auberge et atteignons plus tard, en traversant la forêt d' Auen, le hameau au nom curieux de Rinderschinken. On arrive, près de la chapelle, à un chemin carrossable que l'on suit jusqu' à sa fin. On peut aussi traverser un second pont sur le Lappbach et suivre un sentier qui serpente entre les fermes.
C' est là que commence une montée raide dans le Frattenwald qui atteint à 1910 mètres et dans une clairière la Lappbachalm. Des chalets de bois - un seul est habité, les autres sont en ruine - on peut admirer le panorama du Kahorn, en face, avec ses pentes escarpées couvertes de sapins, la haute vallée du Lapp où le Gsieser Tori, plat, 4 Beil veut dire: point de rassemblement du gibier.
constitue la frontière avec l' Italie - et au-dessus, à droite, la masse imposante du Deferegger Pfannhorn ( 2819 m ) où un alpiniste matinal surgit tout justement sur l' arête faîtière.
Quelques chevaux paissent dans le pâturage. Après un repos prolongé, je continue la montée à travers les bois clairsemés; au Hirschbühel ce sont les aroles qui prédominent. J' entrevois enfin le but, le massif gris argent des Rieserferner, tout proche, avec les Almer Säulen. Il se présente, contrairement aux montagnes du Deferegg, sous forme de parois de rocher massives. Il faut d' abord contourner le contrefort du Pfannhorn entre des blocs de pierre et des arbrisseaux malingres; on progresse dans une cuvette et enfin on des-cendlapentecouverte d' éboulis et de bruyères pour arriver au torrent de la Staller Alm et à la route.
Au-delà, on a construit un beau sentier en blocs et dalles de pierre. En le suivant, on parvient plus haut, à l' orée de la forêt, aux étables de pierre et aux chalets de bois de la Schmutzige Alm. En quittant le chemin, après une faible montée, on aperçoit de loin le col Stall ( Staller Sattel ) ( 2052 m ) forme de bosses peu marquées, reconnaissable à la barrière de la douane. Un trafic touristique intense s' y concentre, car chaque demi-heure le téléphérique monte et descend au lac d' Antholz et à l' Untersee.
Devant le Riegelberg, couronné d' une croix, reposent les eaux calmes du Staller See, nommé aussi Obersee. C' est sur ses rives que se trouve le restaurant, très fréquenté à midi. Malgré la place disponible et contrairement aux indications des cartes, guides, panneaux indicateurs et offices de tourisme, on n' y loue pas de chambres pour la nuit. La rampe nord du col est d' ailleurs desservie par un car postal. Mon plan d' utiliser cette maison comme base pour des excursions en montagne tombe donc à l' eau; après avoir vainement essayé de convaincre l' aubergiste, je me décide à demander asile à la Staller Alm.
I58 MONTEE A LA ROTE WAND Pour l' instant, après un bon repas et par un temps ensoleillé, mon but est la Rote Wand. J' ai trouve par hasard mention de ce promontoire rocheux du massif du Deferegg sur territoire italien sur la carte 5 à l' aide de laquelle je projette mes excursions; il y a une voie indiquée.
Un vent frais souffle sur les hauteurs; les touristes qui ont soi-disant loué la cabane Obersee pourraient bien s' être décommandés, à moins qu' ils ne s' adonnent à la pêche.
Du col jouxtant à droite les défilés rocheux de la Grosse Ohrenspitze ( 3101 m ), la vue plonge dans la vallée boisée et sur les méandres clairs de la route, dans la cuvette bleu-vert de l' Untersee et plus en aval sur les premières maisons du val Antholz. Le Hochgall nous présente son flanc rocheux; un nuage tenace s' accroche à sa cime et ne disparaîtra aujourd'hui que pour un quart d' heure.
La montée à la Rote Wand se présente bien; elle commence au col même et continue au-delà sans perte d' altitude dans la vallée d' Ackstall qui commence à cet endroit, et dont les pâturages font partie de la Staller Alpe 6. De nombreux promeneurs peuplent les hauteurs au-dessus du col. Par le chemin militaire n° 7 on atteint une vaste cuvette bordée par les énormes éboulis du Hinterbergkofel et les sombres têtes rocheuses de l' arête des Käser- et Regelspitze. Ce chemin conduit au Gsieser Tal après la dépression, située à 2643 mètres de la Regelscharte ( Forcella di Regola ), appelée aussi Hexenjoch.
Le terrain est exceptionnellement pierreux; ce- 5 On préférera, malgré sa présentation imprécise, la carte touristique Tobacco, feuille 6, pour les randonnées dans le Tyrol du Sud; elle n' offre pas seulement une meilleure figuration du terrain, mais elle indique aussi les sentiers marqués. La carte autrichienne n' a pas mis à jour la partie concernant l' étranger.
6 Sans doute cette cuvette élevée était-elle auparavant la source du torrent de la Staller Alm, et a-t-elle été drainée par le torrent d' Antholz qui s' enfonce plus vite dans les pentes raides du côté de l' ouest. De ce fait l' ancien cours a été dévié.
pendant des vaches y paissent, et effectivement, comme on me l' a expliqué, une herbe savoureuse pousse entre les pierres! Les promeneurs sont déjà sur le chemin du retour. Le but est encore loin, et c' est déjà l' après. Alors qu' on se demande quelle est la hauteur la plus élevée et comment y parvenir, le chemin « n° 7 » bifurque soudain au dernier tiers du parcours et tourne à droite à travers prés, en direction d' une colline. Trois alpinistes italiens en surgissent; je les questionne quant au chemin à suivre pour la Rote Wand, et ils me répondent que j' en ai encore pour deux heures et que l' itinéraire est marqué jusqu' au sommet. Celuici se découpe bientôt: c' est un cône d' éboulis brun-rouge, facile à reconnaître et à gravir, dans le coin le plus reculé du cirque de ces montagnes sombres.
Le soleil éclaire un grimpeur solitaire qui monte au sommet par les dalles plates de l' arête sud-est. Il contemple au nord-est la chaîne moutonnante assez inoffensive qui se termine à la sortie de la vallée en pentes rocheuses escarpées, déprimantes, caractérisant l' aspect du col. La Croda Rossa, nom italien de la Rote Wand, est tout juste visible de là; on ne peut pas la voir de la haute vallée.
La crête montagneuse culmine plus loin au Kerlskopf ( 2836 m ) qui d' ici cache le Deferegger Pfannhorn. Par-dessus s' élèvent, dominant la vallée boisée, les parois du massif du Riesenferner, dont la couleur singulière contraste avec celle des autres montagnes. Je découvre à peu de distance une descente raide au sud-ouest; elle mène à un col herbeux près de la Höllensteinspitze, plus basse; déjà les pentes gazonnées prédominent. On y voit les pâturages de la vallée du Karbach, d' où s' élè des formations montagneuses de moindre importance; au pied du sommet, au sud et surtout à l' ouest, on remarque des monceaux de débris d' un rouge foncé incroyable.
Au loin, on devine dans une brume légère les contours du massif nord des Dolomites, de la Dreischusterspitze et des Drei Zinnen 7, au-delà 7 Les trois Tours de Lavaredo.
des sommets du Cristallo, du Hohe Gaisl, du Dürrenstein et du Seekofel jusqu' aux Alpes du Sarn-tal; un rayon de soleil brille parmi les nuages sombres au-dessus de la vallée de FEisach.
Dans ma hâte à regagner les chalets de l' alpage avant le crépuscule, j' arrive à réduire à trois heures et demie la durée de l' aller et du retour.
A LA STALLER ALM A mon arrivée, je tombe sur le jeune berger qui vient de rassembler le bétail sur les pentes d' en face pour le nourrir de fourrage concentré. Le gros bétail est déjà descendu de l' alpage; il ne reste qu' une vache portante et une vache laitière pour le ravitaillement des bergers. Albert - c' est le nom de mon nouvel ami — m' accorde bien entendu l' hospitalité.
Il se plaint des petits pâtres; ceux-ci préfèrent s' amuser dans le voisinage, plutôt que de disperser les animaux indolents qui devraient chercher de nouveaux pâtu rages. Lui-même fait encore son travail par amour du métier et vit ici avec deux autres bergers de la coopérative alpestre d' Ant. La Staller Alm s' étend de là dans la haute vallée alpestre déjà mentionnée et au-delà de la frontière; ces pâturages-ci appartiennent aux Tyroliens du Sud. Quand la frontière fut fermée et surveillée en raison des troubles politiques, les gens d' Antholz purent continuer à exploiter leurs alpages; les bergers obtinrent des permis spéciaux.
Nous nous installons près du feu dans la pièce principale; le berger mange son plat cuisine, tandis que je me nourris des provisions de mon sac à dos et que je fais honneur au lait frais. Albert m' explique qu' on ne pourvoit pas le bétail de cloches seulement pour le retrouver plus facilement, mais parce qu' il se groupe lui-même d' après le son de la cloche et reste rassemblé. La voiture du berger est à la porte; il peut ainsi se ravitailler à St.Ja-kob au cours de fete. Je lui dis qu' il ne vit donc pas aussi loin du monde que d' autres sur un pâturage de haute montagne; mais il répond que, depuis la 96 Coucher de soleil sur le Pic Korshenevskaïa 97 La puissante pyramide du Pic Korshenevskaïa ( 7105 m ). Korshenevski, l' explorateur du Pamir, a donné le nom de sa femme à cette montagne 98 Le camp international Achik- Tasb. Au fond: le Pic Lénine ( 7134 m ) construction de la nouvelle route, la vallée est plus isolée - les promeneurs s' y sont faits rares.
La nuit, le foin abondant de ma couche me confirme qu' on n' a pas suffisamment séché ce matériau avant de le rentrer. Heureusement que j' ai ma grande cape de loden qui m' isole de l' humi. En revanche, le foin fumant développe de la chaleur - sinon il ne prendrait pas feu aussi facilement.
l' almer horn La haute vallée du Defereggen est proche de la frontière italo-autrichienne, entre les contreforts du massif du Venediger ( Welitzkamm et Panargen au nord et à l' est ), et du massif du Rieserferner à l' ouest. Ce dernier est un massif montagneux à part, couvert de nombreux glaciers; sa forme est celle d' un immense fer à cheval. Ses bords extérieurs forment les escarpements rocheux du côté du Defereggen à l' est et surtout au sud, vers la vallée d' Antholz; ils entourent à l' inté les grands champs de glace du Rieserferner au-dessus de la dépression du Bachertal où se trouve la cabane du Hochgall.
La petite partie du Tyrol oriental n' en embrasse que le flanc est et n' atteint pas tout à fait la cime souveraine du Hochgall hardi qui domine le paysage, et au pied duquel se trouve le nouveau refuge Barmer, reconstruit après une avalanche et bien équipé. Une traversée tentante est possible à partir de l' Obersee par la Jägerscharte ( 2939 m ) et PAlmerkees au nord. Commeje n' ose m' y aventurer seul à cause de la raideur de la pente glaciaire et des crevasses éventuelles, je renonce à cette voie.
Par un temps incertain, je monte entre les blocs de pierre et les aroles vers la Fläche. Mon sac léger facilite les ascensions. Le sentier bien indiqué suit la frontière, à présent, Dieu merci, sans difficulté. La vue plongeante sur la haute vallée d' Antholz, avec son lac dans la forêt et les escarpements rocheux de la Grosse Ohrenspitze, a beaucoup de charme. En face, on aperçoit les montagnes soli- 99 Notre camp III ( 6360 m ) au Pic Korshenevskaïa. A l' ar: le Pic du Communisme ainsi que la moitié gauche du plateau glaciaire, long de 10 kilomètres MM Au milieu des séracs que l'on remonte entre les camps Iet II Phoios Ruth Steinmann, Zurich taires du col Stall, de l' Innerrodelkunke ( 2729 m ) et du Hinterbergkofel avec leurs vallons sans chemins.
La Fläche est un grand terrain plus plat ( sans arbres, dans une pente ) en partie couvert d' éboulis, sur lequel apparaissent les pylônes d' un téléphérique et une vilaine piste de ski. Ici, des gens avides d' argent ont voulu créer un centre de sports d' hi; mais après qu' une cabane de ski eut été détruite par une avalanche, ils ont renoncé à leur projet et vendu le terrain à la commune de St.Ja-kob. Devant nous se dresse le petit Mandi, assez facile à escalader, et à droite s' étend la muraille des Almer Säulen.
Bientôt, à côté d' un petit ruisseau, nous passons entre de gros blocs le seuil du Jägerkar. La roche de granit clair est parsemée de traces gris foncé. A côté, le Grand Mandi se dresse menaçant ( 2818 m ). Tout d' abord, on croirait que l' accès à la brèche passe par les raides et interminables pentes d' éboulis du cirque; mais le sentier les évite à gauche et se dirige vers les rochers. Ceux-ci, sous forme de gros blocs réguliers permettent, avec un peu de précaution, une montée sans danger et pas trop fatigante. Des deux côtés arrivent des gens, même accompagnés d' enfants: la proximité de la route est manifeste.
En haut, une petite congère barre le passage, mais on peut la contourner et on se trouve à présent sur la Jägerscharte ( à 2939 m ) en présence de l' étendue neigeuse de l' Almerkees, côté est. La trace passe sous le flanc nord de l' Ohrenspitze, sur de la glace friable, qui apparaît plus bas striée de gris; elle se dirige vers l' étendue couverte d' ébou, triste sous le ciel gris, de l' ancien lit du glacier, où se situe la cabane Barmer. Si l'on voulait s' y rendre, il faudrait prendre à gauche tout de suite au nord du col, pour ne pas arriver dans les pentes raides du champ de glace dans sa partie inférieure.
Je regrette maintenant d' avoir laissé mon gros sac dans la vallée, car cette randonnée de « Haute-Route » jusqu' au refuge aurait été une expérience valable et m' aurait permis de rester dans le monde
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101 Matrei, dans le Tyrol oriental, et le Kristallkopf Photo Viktor Harrandt, Service d' informations autrichien, Zurich 102 L' alpage de Seebach et le torrent de Schwarzach. Au fond: la Gabelspilze et l' Arsentalspitze. Au-dessus de la vallée: la Schneespitze dominant le col du Kamml Photo Wilfried Neumann, l.aasphe ( RFA ) 103 L' alpe Jagdhaus-Jochhaus ( 200g m ) Photo Rudolf Gritsch, Nikolsdorf ( Tyrol oriental ) alpestre. Nous nous dirigeons maintenant sur la droite pour escalader l' Almerhorn, dont le sommet ( 2986 m ) est un peu pénible à atteindre par les éboulis du flanc ouest. Il ne faudrait pas attaquer les rochers de l' arête tout de suite au col, mais chercher le sentier débouchant sur le Kees. A l' ar au sommet, il fait bien sûr froid, et les nuages qui ont déjà couvert les cimes se condensent en rafales de neige; ce mauvais temps cesse pourtant au cours de la descente. En compagnie de deux alpinistes de « là-bas », nous faisons honneur, à l' abri des pierres, à un goûter substantiel; puis nous descendons rapidement et arrivons en bas au début de l' après.
L' Almerhorn, très fréquenté, offre par temps favorable un panorama splendide.
LE SCHWARZACHGRUND A la Staller Alm je récupère mon sac à dos-le temps s' est arrangé - et je prends congé de mon hôte, lui promettant de dire bonjour de sa part à son amie, l' aubergiste de la cabane Patscher. Albert m' a prévenu qu' il n' y aurait pas de chambre là-bas, car la vieille femme est seule avec sa petite-fille à assurer le service pendant la journée. Mais je décide de prendre une chose après l' autre et d' espérer en un destin favorable, car cette auberge de montagne se trouve être la dernière base du Schwarzbachgrund et des vallées qui alimentent le jeune torrent du Defereggen; je ne peux partir que de là pour ma traversée projetée du Roter-mannstörl.
De plus, j' ai l' intention de faire d' abord une visite au refuge Barmer et d' escalader les cimes avoisinantes les plus faciles, le Fennereck et le Grand Lenkstein. Je devrai sans doute renoncer au passage du Fleischbachkees à la Seebachalm - c' est là un itinéraire peu fréquenté ( ce sont toujours ceux-là qui me tentent ), mais trop long pour mon plan de campagne.
Tout d' abord je suis le chemin dallé jusqu' à sa sortie sur la nouvelle route, qui part en larges lacets dans la forêt. Heureusement, des touristes de 104 Kals, dans la vallée de Koednitz ( massif du Grossglockner ) Photo Alois Sedlacek, Service d' informations autrichien, Zurich 105 La Rötspitze, au pied de laquelle le torrent de Schwarzach prend sa source. A gauche, au fond: la Dreiherrnspitze.
Vue prise de la Dreieckerspitze 106 Massif du Schober Photos Robert Löbl, Bad Tölz St. Jakob m' emmènent en voiture; car la longue descente sur la route asphaltée - très fréquentée -prend du temps et n' est pas un plaisir, même compte tenu des échappées à travers les sapins sur la profonde vallée principale. L' ancien sentier doit pourtant bifurquer quelque part sur la côte, car je découvre le panneau indicateur au pont de Katzleiter.
On peut gagner la Patscher Aim par un joli chemin forestier8 en-deçà de la Schwarzach bouillonnante, pour éviter la route de terre qui remonte la vallée au nord sous les escarpements boisés de la Himmelswand. Avant d' y arriver, on découvre d' une clairière le fier Rothorn ( 2648 m ) qui surplombe la sortie du val Patscher. Devant la Ka-sern9 s' élève l' auberge de pierre, agrandie, à 1667 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il fait bon se trouver là!
Comme je suis recommandé, l' aimable et pieuse Mme Schett accepte exceptionnellement de me loger, si je veux bien me contenter d' un confort modeste. Un jeune touriste qui arrive peu après devra coucher dans le foin d' un chalet d' alpage. La nourriture et la boisson ne manquent pas, et, le soir, parvient à la cabane un groupe de gais alpinistes de Brück an der Mur. Ils ont profité d' une semaine de vacances pour traverser, par beau temps, les glaciers des Tauern en partant de Krimml.
Le lendemain matin, mon plan d' approcher le massif des Rieserferner par le Patscher Tal tombe à l' eau. L' ascension n' a pas de sens sous la pluie et le brouillard; en altitude, il y a de toute façon de la neige fraîche. En outre, je ne pourrai pas coucher ici à mon retour, car l' aubergiste va se ravitailler à St.Jakob le lundi. Il faut se rendre compte qu' il n' y a ici ni lumière électrique, ni téléphone, ni auto. Malgré l' absence de conduites d' eau, l' au est propre, et l' accueil amical compense pour le visiteur le manque de confort.
8 II n' est pas encore mentionné sur la carte. .'Du latin « casa », maison.
L' après, j' explore l' étroit Schwarzachgrund. Je suis la route carrossable, plus sèche, et je constate qu' il y a également un sentier marqué et bien entretenu de ce côté-ci de la rivière. Peu avant l' Oberhausalm, on a construit, à droite, une nouvelle auberge, qui ne peut cependant pas servir de base. A la cabane des bergers, on trouve du lait. Une passerelle traverse aussi la rivière à cet endroit. Sur la pente est de la montagne s' étend une grande forêt d' aroles, la plus grande des Alpes orientales. En se retournant, on aperçoit au fond de la vallée le Kahorn voile de nuages.
Le chemin tourne à angle droit; là-bas, une chèvre noire se détache comme un monument sur le ciel, et devant nous, sous la Fleischbachspitze ( 3157 m ), une masse élevée couverte de névés, s' étend la Seebachalm. Les montagnes du massif nord du Rieserferner ferment la vallée à gauche. Dans les maisons d' en bas on peut à la rigueur trouver à coucher; au Seebach même, entre les sentiers marqués par le bétail, des dalles, qui sans doute ont glissé autrefois dans le torrent, brillent maintenant, mouillées, dans un maigre rayon de soleil. Que ces montagnes sont sauvages et solitaires! Je ne manque pas de demander aux paysans qui retournent le foin le chemin de la montée au Rotermanntörl - il doit se trouver au-delà du petit pont, où un promontoire rocheux indique la direction de la brèche. On me répond qu' il est mal indiqué et peu fréquenté.
Plus loin dans la vallée, le chemin alpestre est bien entretenu; des deux côtés s' étendent des pâturages en pente derrière lesquels disparaît l' arête faîtière, jusqu' à ce qu' on arrive au confluent de la Schwarzach et du ruisseau qui descend l' Arventa110 Dans cette large cuvette on rencontre, à 2000 mètres d' altitude, les dernières habitations humaines avant les cimes nord du massif du Rieserferner, à savoir la Dreieckspitze 10 II n' y a pas d' explication valable pour ce nom. Peut-être la dénomination se rapporte-t-elle à la forêt, si on l' étend au Schwarzachgrund. Cependant, on sait que le mot « Arve » désigne l' arole ( réd ).
( 3031 m ), le Graunock et le Reinhard, ce dernier reliant les massifs du Welitz et du Dürreck, où se terminent à l' ouest les Hohe Tauern.
La Jagdhausalm11, indiquée çà et là comme lieu de restauration, ne comporte en réalité qu' un ramassis de petites cabanes en pierre, sales, croulantes, et une petite chapelle émouvante. On patauge entre la bourbe et les fumiers, en se demandant quelles sont les étables et quels sont les lieux d' habitation - partout les mêmes petites ouvertures font office de fenêtres. Il faut dire qu' il s' agit du plus ancien pâturage de l' Autriche, datant du XIIIe siècle!
Un vent froid souffle du Klammjoch voisin—on dirait que l' hiver est tout proche. Une route carrossable a été construite jusqu' au de ce col, d' où l'on peut passer dans le Raintal ( Tyrol du Sud ). On ne peut guère s' imaginer un lieu plus désert. C' est dommage que ces deux hautes vallées retirées n' offrent pas de base de départ pour des randonnées, car celle de la Schwarzach est étroitement encaissée entre les hautes montagnes et s' étend jusqu' au pied des trois mille enneigés.
Un « promeneur normal » ne peut arriver, en une excursion d' une journée, que jusqu' au pied de ces monts. La nature ici est si rude que les rhododendrons ne se fanent que maintenant, à la mi-août.
Jetons encore un dernier coup d' œil à la Steinerne Stadt ( ville de pierre ), comme on appelle aussi la Jagdhausalm, qui vue de loin, a une apparence presque méridionale - et aux hauteurs embrumées et enneigées au-dessus de la Schwarzach. La limite de la neige se situe maintenant à 2500 mètres. Puis nous descendons la vallée, d' abord sous le charme de la Bretter ou Stollspitze ( 2916 m ), qui tire son nom de ses stries horizontales caractéristiques et qui s' étend puissamment au-dessus de l' entaille du Seebach. Ensuite c' est la Hutnerspitze ( 2886 m ), au-delà des aroles et des prairies de la " En fait, Jochhausalm, d' après les six « Schwaighöfe » -métairies avec obligation de fournir le fromage - attestés en 1212.
Schwarzach, que nous avons devant nous au long de notre randonnée de retour.
J' ai arpenté ainsi ce val silencieux du Defereggen, son monde alpestre qui s' étend du fond souriant de la vallée, par les flancs couverts de forêts, les hauts pâturages, jusqu' aux champs de glace d' une nature primitive. En fait, je n' ai choisi que