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Auguste Forel
«Chacun de nous n'est
au fonds rien qu'un anneau d'une chaîne infinie de générations.
Dans sa personnalité, c'est-à-dire dans la somme de ses
qualités, ce reflètent les traits de ses ancêtres
en variations infinies, selon la manière dont il aura développé
les dispositions héritées.»
C'est par ces mots qu' Auguste
Forel commence ses "Mémoires" écrits de la main
gauche après une attaque d'apoplexie suivie d'hémiplégie.
Contre l'avis du spécialiste appelé, il précisa la
localisation - l'autopsie lui donna raison.
Né le premier septembre 1848 à "La Gracieuse",
près de Morges, A. Forel était le fils aîné
de son père, Victor. gentilhomme et sa mère Pauline, née
Morin, une méridionale dont Auguste hérita le tempérament
exubérant et combatif si peu vaudois. A Forel admirait sa mère,
loyale, consciencieuse et intelligente, à ses yeux trop huguenote,
repliée sur elle même, mais esprit critique et très
musicienne. Dans ses "Mémoires" A Forel rend un hommage
émouvant aux qualités morales de sa mère.
Le grand père d'A. Forel colonel, directeur de l'arsenal de Morges,
faisait partie du groupe des libéraux conservateurs, renversés
par les radicaux en 1845. II faisait partie de l' "Eglise libre",
opposée à l'étatisation de l'église. Sa grand-mère
maternelle, Julie de Sybourg, jadis dame d'honneur la reine des Pays-Bas,
aurait sans doute préféré voir son petit-fils devenir
chevalier plutôt qu'homme de science.
Soin grand père maternel, Pierre Morin, fonda la fabrique de tissus
de Dieulefit (Drôme). Toute sa vie, A. Forel resta fidèle
à des affinités, qui le liaient au pays de sa mère.
A l'âge de 5 ans, A. Forel accompagna son père à Nice:
en voiture postale à chevaux, de Morges à Lyon, par une
pluie battante de nuit... Descente du Rhône sur un des bateaux à
moteur, dernier cri à l'époque, mais dont on devait faire
basculer les cheminées pour pouvoir passer sous les ponts...
Un ami et parent de son père. huguenot, le comte Paul de Beausobre,
prit A. Forel en sympathie et joua un rôle de premier plan. Dans
son imagination il s'identifia littéralement à lui.
La mère d' A Forel redoutant les contacts des garçons de
la rue de l'âge de son ainé, engagea un maître d'école,
"pédant et stupide". C'est à cette époque
qu'A. Forel commença à observer les escargots, guêpes
et fourmis. Son grand oncle, Alexis Forel, entomologiste, prit le parti
du futur myrmécologue auquel la mère refusait de collectionner
des papillons.
Sa timidité pudibonde fit d' A Forel lorsqu'il entra à l'école
publique, le souffre douleur de sa classe. Le problème capital
restait insoluble: comment réconcilier les dogmes de l'Evangile
que lui enseignait sa mère avec ses observations sur les insectes,
ses A Forel études zoologiques?
A cette époque encore il était pudibond au point de refuser
de se baigner en public. A l'âge où comptent surtout l'assurance,
l'insolence, l'agilité et la force, il était la victime
de tous les "costauds".
En 1859, donc à l'âge de onze ans, son vieil oncle Alexis
Forel obtint pour lui l'autorisation de collectionner des insectes à
la condition d'apprendre comment les tuer sans les faire souffrir. Plus
que cela, son père lui offrit l'ouvrage de Réaumur: "Mémoire
pour servir à l'histoire clos insectes", et sa grand mère
lui dit: "J'ai eu autrefois un camarade danseur qui me grondait en
me voyant tuer des fourmis qui se délectaient de mes confitures.
Il m'a donné son ouvrage dédicacé: "Recherches
sur les moteurs des fourmis indigènes", paru à Genève
en 1810. C'était un exemplaire de la première édition
du célèbre ouvrage de Pierre Huber. "Je n'ai pas lu,
j'ai dévoré cet ouvrage", écrit t il dans ses
mémoires. A. Forel a été à ce point bouleversé,
qu'il se promit de devenir à son tour "historien des fourmis".
C'est par cet ouvrage qu'il comprit l'esclavagisme de deux espèces,
observé précédemment dans les environs de Marges.
Plus que cela, il avait découvert des expéditions pour le
rapt de cocons, pour détruire d'autres nids. Bref. des observations
inédites qu'il publia dix ans plus tard dans son ouvrage "Les
fourmis de la Suisse" ouvrage couronné par la Société
hélvétique des sciences naturelles et par l'Académie
française des sciences (La Chaux de Fonds, Imprimerie Coopérative).
Dans ses "Mémoires", A. Forel décrit sans autre
ses problèmes de puberté, ses difficultés de mémorisation,
ses démêlés avec des camarades délurés,
et surtout ses conflits de conscience: son amour pour sa mère tournait
au drame: il ne voulait pas la décevoir et ne pouvait accepter
des dogmes de la religion. Avant de renoncer à la "confirmation",
il eut un long entretien avec un autre pasteur qui fit preuve de compréhension
et même le rassura.
C'est à Lausanne qu' A. Forel passa le baccalauréat. Un
jour qu'il capturait des insectes, un jeune homme l'interpella: c'était
Edouard Bugnion, spécialiste des termites. Les deux se lièrent
d'amitié. Bugnion invita A. Forel dans sa somptueuse propriété,
"L'Ermitage", lui fit connaître l'oeuvre de Gaston Mayr
sur les fourmis d'Europe et, surtout, l'initia à l'oeuvre alors
révolutionnaire de Charles Darwin c'est que son professeur de sciences
naturelles en était resté à Cuvier, à sa théorie
des catastrophes... Plus tard, Edouard Bugnion devint professeur à
l'Université de Lausanne et épousa la soeur de A. Forel.
II publia le chapitre final, consacré aux termites, du cinquième
volume du "Monde social des fourmis".
A. Forel se rendit en compagnie d'Edouard Bugnion à Zurich, Lausanne
n'ayant, à cette époque, pas de l'acuité de médecine.
Élève de Heer, botaniste, paléontologue et entomologiste,
il devint son ami. Il fut également l'hôte d'Eugène
Rambert qui enseignait la littérature française et organisait
des excursions avec les étudiants. C'est lui qui reçut plus
tard A. Forel nominé directeur de l'asile des aliénés,
à Zurich, au cercle romand, par cette boutade: "Après
vous être voué si longtemps à des fou re mis, vous
allez vous consacrer désormais aux fous à remettre".
Pendant sa dernière année d'études à Zurich.
A. Forel suivait e.a. le cours de psychiatrie de Gudden dont il devint
plus tard l'assistant à Munich où ce remarquable psychiatre
fut trouvé noyé avec le roi Louis II de Bavière.
Lors de la guerre de 1870/71, A. Forel se fit enrôler dans un groupe
médical qui se rendit à Héricourt, lors de la défaite
de l'armée Bourbaki. A. Forel avait des parents à Paris,
à Strasbourg et autres régions menacées, de sorte
qu'il lui sembla doublement remplir un devoir en soignant des blessés,
d'ailleurs dans des conditions le plus souvent lamentables.
Lorsque des internés à Morges causèrent par inadvertance
l'incendie et les explosion de l'arsenal de Morges, ville dont toutes
les vitres volèrent en éclats, une dame, grabataire et paralysée
depuis vingt ans, prit la fuite; un oncle d', A. Forel qui était
totalement sourd et lisait son journal à "La gracieuse",
à trois kilomètres de Morges, leva la tête, regarda
la porte et dit "Entrez!".
Pour compléter son ouvrage sur "Les Fourmis de la Suisse"
qui lui valut le Prix Schläfli, A. Forel explora le Valais, puis
le Tessin et finalement les vallées des Grisons.
A cette époque, A. Forel reçut de Charles Darwin une bienveillante
lettre en réponse à son envoi du livre sur les fourmis de
la Suisse. Un échange de lettres suivit.
Darwin demanda: Do you read english easily? et lui envoya un livre intéressant
de Belt (The naturaliste in Nicaragua). A. Forel de ce jour étudia
l'anglais...
Ayant appris que le plus remarquable des anatomiste du cerveau, Th. Meynert,
enseignait à Vienne, A. Forel décida de d'y passer sept
mois, pour y rédiger sa thèse sur la région sous-thalamique.
Après un séjour a Tubingue, chez Leydig, A. Forel se rendit
à Munich, pour commencer des travaux anatomo-histologique du cerveau.
A. Forel proposa de modifier le microtome géant, alors à
l'étude, et ainsi réussit les premières coupes à
travers le cerveau tout entier. Pour la première fois des milliers
de coupes permirent de corriger de nombreuses erreurs du passé,
y compris celles de Gudden, qui se laissa instruire par son assistant
dans un domaine que d'ailleurs il ne connaissait guère.
Gudden confia plus tard le service des grande agités à A.
Forel et comme celui ci se fit remarquer par sa vivacité, on appela
bientôt son service: "Die französische Schweiz".
Gudden lui même ne faisait pas de coupes à travers le cerveau
entier, et A. Forel en fil d'autant plus.
En 1877, A. Forel fut nommé privat docent à Munich, à
la suite de ses publications sur l'anatomie du cerveau, notamment de la
région sous thalamique. Cette même année, il fit la
connaissance du fils du célèbre Edouard Steinheil, alsacien
d'origine, fondateur des Usines Steinheil. directeur de l'observatoire
astronomique de Munich. C'est en 1878/79 qu' A. Forel et Steinheil partirent
pour les Tropiques. A St-Thomas, A. Forel fut ébloui par la végétation
et la vie animale. Rentré sur le bateau, il trouva son ami alité,
avec 40° de fièvre, "sans espoir", déclara
le médecin du bateau. La fièvre jaune régnait...
Forel profondément affecté décida de rentrer par
le prochain bateau. La dignité et le courage de la veuve l'émurent.
Quelques années plus tard, il demanda sa fille en mariage.
La description des débuts
de l'activité d' A. Forel à la tête de l'Hôpital
psychiatrique "Burghölzli"de Zurich est la révélation
d'une situation difficile à imaginer aujourd'hui: mélange
de négligeances, de corruption et de népotisme que A. Forel
décrit en détail dans ses mémoires. Mais il rend
aussi justice au courage de son adjoint, le Dr. Laufer et a la partie
saine du personnel médical.
A. Forel avait offert sa démission pour le cas où le gouvernement
ne déciderait pas de placer l'économe sous les ordres du
médecin directeur dont il était jusqu'ici l'égal.
A la surprise d' A. Forel le gouvernement accepta cette modification,
tout comme plus tard la psychiatrie, sur proposition d' A. Forel devint
branche obligatoire de l'examen final pour toute la Suisse.
Grâce à son médecin adjoint, Laufer et à son
premier assistant Joanès Martin, de Genève, futur professeur
et fondateur de la revue "Médecine et Hygiène",
A. Forel réorganisa le service médical du Burghölzli,
l'hôpital et clinique psychiatrique de l'université de Zurich.
Le mariage d' A. Forel avec la fille de son ami Steinheil, mort pendant
leur voyage dans les Tropiques, transforma totalement et jusqu'à
sa mort la vie de l'ex pessimiste austère. Leur voyage de noces
les conduisit à Belfort, Héricourt et Couterrens, lieux
où A. Forel avait soigné, avec le groupe médical
de Zurich, des blessés français pendant la guerre de 1870/71,
où d'ailleurs ils visitèrent des parents alsaciens de la
mariée tout comme plus tard, A. Forel publia la célèbre
"Question sexuelle" chez l'éditeur Steinheil à
Paris, frère de celui de Munich, astrologue physicien.
En mai 1885, A. Forel engagea en qualité d'assistant, le remarquable
psychiatre Eugène Bleuler qu'il recommanda ensuite au gouvernement
de Zurich en qualité de directeur de l'asile de la Rheinau. C'est
lui qui, par la suite, succéda à A. Forel et contribua à
son tour à la renommée du Burghölzli. Les deux savants
se lièrent d'amitié pour la vie.
A côté de ses activités professionnelles, A. Forel
continuait ses expériences sur des cobayes, notamment sur l'atrophie
des nerfs acoustiques, ce qui permit entre autres de localiser le centre
acoustique dans le cerveau. Il envoya cet important travail pour publication
au professeur Bechterew à St. Petersbourg, qui s'empressa de répondre
qu'il avait, lui aussi, fait la même découverte..! Bechterew,
Mendel et Flechsig rédigeaient le "Neurologisches Zentralblatt".
A. Forel se retira, déçu.
Le 1er juillet 1886, le cordonnier auquel A. Forel avait adressé
avec succès plusieurs de ses patients alcooliques vint voir A.
Forel qui lui dit: "C'est moi le psychiatre et c'est vous qui guérissez
mes alcooliques, comment l'expliquez vous?". Le cordonnier sourit:
«C"est bien simple je suis abstinent et vous ne l'êtes
pas!» A. Forel fut si impressionné par cette réponse
qu'il signa séance tenante une abstinence totale pour deux ans.
Depuis, A. Forel ne cessa de lutter de toutes ses forces contre l'alcoolisme
et contre toutes boissons fermentées et distillées qu'il
considérait comme nocifs pour la santé, dangereux sur le
plan social et désastreux sur le plan médico-légal.
A. Forel a consacré une bonne partie de ses forces et de son temps
à la lutte contre une des plaies sociales les plus dangereuses
parce que enracinée dans les habitudes et les moeurs de tous les
pays que ce soit la vodka ou du champagne, c'est toujours l'élément
alcool qui décide de l'effet sur le comportement parce qu'il paralyse
les inhibitions, par conséquent débride ce que le sens moral
réprouve.
Cette année, A. Forel publia son travail sur le "sens topochimique"
des fourmis, transmis par leur antennes.
Pendant ses vacances d'été, il conçut une nouvelle
transmission de l'influx nerveux. On parlait encore d'anastomoses entre
les cellules ganglionaires du système. A. Forel utilisa la nouvelle
méthode colorimétrique de Golgi qui venait de prouver que
les prolongements protoplasmiques finissaient en arborescence. Or, le
même Golgi admettait des anastomoses entre terminaisons des prolongements
cylindraxiles. Il fit même des dessins ad hoc.
A. Forel rédigeait une étude sur la nouvelle conception
des contacts, elle même basée sur des expériences
(atrophie de nerfs moteurs et sensitifs - facial et trijumeau). II l'envoya
aux Archives de neurologie et de psychiatrie à Berlin. Mais cette
revue ne paraissait qu'à de longs intervalles, de sorte que son
travail ne parut qu'en janvier 1887. De plus, A. Forel avait omis de baptiser
la nouvelle théorie! Waldeyer s'en chargea, de sorte qu'on lui
attribua la théorie des neurones... Depuis, on ne parle plus de
cellules ganglionnaires et d'anastomoses, mais pus que de neurones. A.
Forel ignorait que le professeur His à Leipzig était arrivé
à des conclusions analogues, mais son travail parut avant le sien,
de sorte que la priorité lui revint! His s'était basé
sur le fait que les fibres nerveuses des ganglions de la moelle partaient
directement des ganglions. Les travaux de His comme ceux d' A. Forel ne
furent guère remarqués. Pourtant, Ramon y Cajal les mentionne,
et lorsque le professeur Waldeyer, de Berlin, la baptisa on ne parla plus
que de la Théorie des neurones de Waldeyer deux ans après
les travaux de His et d'A. Forel. Sic transit...
Ayant fait venir l'ouvrage remarquable du professeur Bernheim de Nancy,
qui reprenait et défendait l'oeuvre de Liebault, A. Forel convainquit
son ami Otto Stoll de se rendre avec lui à Nancy pour se familiariser
avec les traitements par suggestion et hypnose. Après cinq jours,
les deux amis rentrèrent enchantés et convaincus. Dès
ce jour A. Forel l'enseigna à l'université, et grâce
à des démonstrations convainquit ses auditeurs de l'importance
et de l'utilité thérapeutiques de la suggestion, il donna
un cours sur l'hypnotisme et la suggestion, en 1887/88, si fréquenté
qu'il eut lieu dans la plus grande salle de l'Université de Zurich
et qu'il fallut contrôler les entrées, les réserver
aux seuls étudiants en droit et en médecine.
En 1896, après 16 années harassantes, A. Forel obtint un
congé de 3 mois et accepta une invitation qui permit à son
beau frère, le professeur Edouard Bugnion et à lui même
de faire un voyage d'exploration en Amérique Centrale et en Colombie.
La description de cette expédition vaut un roman.
Vers 1893, un ingénieur, Grohman, guéri par le travail,
avait eu l'idée de fonder un institut d'ergothérapie qu'A.
Forel soutint de son mieux. Le professeur Möbius et lui publièrent,
en 1896, un travail sur l'ergothérapie qui, depuis' fait partie
de l'arsenal thérapeutique psychiatrique.
Le départ définitif de Zurich, en 1898, fut émouvant,
en raison des nombreux témoignages d'affection et de reconnaissance.
Le chef du département demanda à A. Forel "Pourquoi
partir, maintenant que tout va si bien?" A. Forel répondit
"C'est justement ce moment qui est propice!". Le Dr. Eugène
Bleuler ami du Dr. A. Forel fervent anti alcoolique, fut nommé
et contribua à son tour à la renommée du Burghölzli.
A peine installé dans la propriété de son cousin,
François Alphonse Forel à Chigny-sur-Morges, A. Forel entreprit
une série de travaux (rédaction de la "Question sexuelle"
entre autres) et de nombreux voyages: Autriche, Hongrie, Turquie, Balkans,
Afrique du Nord, Amérique du Sud. De tous ces pays, il rapporta
de nouvelles espèces de fourmis, en plus de celles que lui envoyaient
des entomologistes de toits les pays. Partout, il donnait des conférences
sur des problèmes sociaux, mais avant tout contre alcools et stupéfiants.
Lors de l'assassinat de l'impératrice Elizabeth d'Autriche, A.
Forel fut chargé de l'expertise de l'assassin Luccheni qu'il qualifia
d'irresponsable. Le fameux Lombroso l'avait déjà classé
parmi les épileptoïdes. Levée de bouclier dans les
journaux jusqu'au jour où Luccheni faillit tuer le directeur de
la prison sous un prétexte futile...
En été 1899, trois mois de voyages au Canada et USA ou il
retrouva entre autres le professeur Adolf Meyer, devenu le célèbre
psychiatre du John Hopkins Hôpital, à Baltimore, un des promoteurs
de l'hygiène mentale, peu à peu répandue dans tous
les pays.
En 1906, Richard Semon envoya à A. Forel, à Ewald Hering
et à Mach son remarquable ouvrage sur la Mnème (mémoire)
dont A. Forel publia un excellent résumé dans son ouvrage:
«Der Hypnotismus oder die Suggestion und die Psychotherapie»,
(septième édition parue chez Enke à Stuttgart en
1918).
Le 13 janvier 1906, A. Forel fut entendu lors du célèbre
procès à Munich, intenté à la rédaction
responsable (lu fameux "Simplizissimus". Il réussit à
gagner le public et la presse. Le reportage du "Simplizissimus"
eut un retentissement exceptionnel.
Du 21 novembre au 19 décembre 1906, A. Forel donna en Allemagne
trente conférences en 28 jours, sur différents sujets.
En 1907, la Famille d'A. Forel s'installa à Yvorne sur Aigle. A
partir de là, voyages en Afrique et en Amérique, toujours
à la recherche de fourmis et donnant des conférences sur
des sujets sociaux et sur l'anti alcoolisme, estimant plus que jamais
que les boissons fermentées et distillées causent le plus
grand nombre de misères sociales, familiales et individuelles.
C'est au cours de cette lutte qu'il apprit à connaître la
puissance du "capital alcool" celui de l'hôtellerie, des
brasseries, de la viticulture: surtout celle des bistrots à tous
les coins de rue, où se trame la politique locale, où l'on
noie dans le verre de l'amitié les soucis individuels car l'alcool
paralyse les inhibitions, d'où l'illusion du courage: il paralyse
les vasoconstricteurs, d'où la sensation de chaleur alors qu'il
y a déperdition – bref, une lutte de David conte Goliath.
Certes, on admirait ces Bons Templiers, mais on buvait à leur santé!...
Le premier septembre 1908, à l'occasion de ses 60 ans, le "Journal
für Psychologie und Neurologie" de Berlin (Oscar Vogt et Brodemann)
lui consacra un numéro spécial de 435 pages in quarto. Parmi
les auteurs: Bernheim de Nancy, Edouard Bugnion, Ramon y Cajal, Adolf
Meyer, Oppenheimer, Santschi, Richard Semon et naturellement Oscar Vogt
(chargé plus tard de l'examen du cerveau de Lénine) et tant
d'autres.
Pour fêter leurs noces d'argent, les époux Forel rendirent
visite à leurs amis d'Afrique du Nord, surtout en Algérie
et en Tunisie.
Appelé à donner des conférences en Bulgarie, A. Forel
apprécia les transformations qui s'étaient opérées
en 20 ans. On lui demanda 17 conférences en Turquie, la plupart
en français, mais en tout, ce furent 54 conférences qu'il
donna pendant ce voyage.
Le fils aîné d' A. Forel venait de terminer ses examens de
médecine à Zurich lorsqu'il fut atteint, en juillet 1910,
d'une paratyphoïde. A. Forel présidait à Anvers une
importante réunion, lorsqu'il reçut un télégramme
exigeant son retour immédiat. A son arrivée, l'embolie pulmonaire
avait fait son oeuvre. Le coup fut terrible car A. Forel voyait en son
aillé un successeur partageant toutes ses idées...
En mai 1912, A. Forel commença ses préparatifs en vue d'une
dernière expédition myrmécologique. Une attaque d'apoplexie
annula ce projet, mais A. Forel se mit à écrire de la main
gauche les 5 volumes du "Monde social des fourmis" et ses "Mémoires".
Au congrès anti alcoolique, à Milan, A. Forel entendit le
médecin militaire de Belgrade, Popovitch déclarer que l'alcool
et la guerre étaient les plus dangereux ennemis de l'humanité.
Au délégué russe, Skarzinski, qui déclara
que son pays dépensait 11 millions pour la lutte antialcoolique,
A. Forel répondit publiquement: "Contre 1 milliard 600 millions
que lui rapporte son monopole!". Le même Skarzinski était
membre du Ministère des qui récoltait ces revenus et l'un
des fondateurs du "Bureau d'études du l'alcoolisme»
d'où était exclu quiconque qui était "compromis"
dans la lutte contre l'alcool!
En 1915, en pleine guerre, parut: "Les Etats Unis de la Terre, contre
la guerre".
Ernst Haeckel et d'antres hommes de science allemands connus avaient publié
une déclaration destinée aux universités étrangères.
Une circulaire annexe protestait violemment contre de prétendus
mensonges méthodiques diffamant le peuple allemand et l'empire.
La très ferme réponse de A. Forel parut dans le "Journal
de Genève". Haeckel ne répondit pas, et comme à
cette époque Alexis Forel publia plusieurs articles déplorant
la destruction du joyau qu'était la cathédrale de Reims,
des adversaires d' A. Forel profitèrent pour mener une campagne
de dénigrement. A. Forel ne combattait pourtant que la féodalité,
le militarisme agressif et les idées de grandeur des pangermanistes.
Dès le début de la guerre, des demandes affluèrent
de tous les pays et incitèrent A. Forel à participer à
l'important congrès de La Haye qui réunit dès mi
avril des délégués de tous les pays d'Europe. Il
en résulta une prise de position nette et la désignation
du Comité de l' "Anti Oorlog Raad" en qualité
de Centre international. André Mercier (Lausanne) et SauserHall
(Neuchâtel) étaient également délégués.
Hélàs, à leur retour, le président du groupe
suisse, Nippold, à Berne, les reçut froidement. II .s'efforça
de critiquer la déclaration de La Haye que même des juristes
approuvaient. Nippold attendit le départ des partisans de la charte
pour obtenir un vote dans son sens! A. Forel protesta vivement et quitta
la salle... Mi décembre parurent dans la NZZ (Neue Zürcher
Zeitung) des articles anonymes infamants contre le Comité central
néerlandais. L'auteur fut découvert: Nippold dut quitter
la présidence du "Comité pour une paix durable".
Le conseiller national Scherrer Füllemann lui succéda. A.
Forel rencontra à Berne le Prix Nobel Alfred Fried, rédacteur
de la Friedenswarte. Les Hollandais avaient, par courtoisie désigné
Berne comme prochain lieu de réunion... Les contrôles policiers
à la frontière suisse empêchèrent la réunion...
En 1915 parut la brochure "Assez détruit, reconstruisons".
A. Forel s'éleva contre les fanatiques des deux camps, ce qui lui
valut les pires pamphlets dont, d'ailleurs, il se moquait éperdument.
Pendant et après la guerre de 1914/18, A. Forel ne cessa de lutter
pour la compréhension et l'union supra nationale. II reçut
de nombreux réfugiés et donna des conférences en
dépit de ses parésies, de son glaucome et des troubles d'articulation.
De plus en plus conscient qu'un homme isolé a peu d'influence,
A. Forel décida de s'inscrire, en juillet 1916, au Parti socialiste.
En octobre de la même année, le futur ministre de l'instruction
publique en URSS Anatol Lunatscharsky, grand ami de Maxim Gorki vint chez
A. Forel et donna une remarquable conférence à Leysin.
A. Forel décida de consacrer les années d'après guerre
à son oeuvre magistrale: "Le monde social des fourmis"
en 5 volumes avec, pour terminer, un chapitre sur les termites, par E.
Bugnion.
A. Forel termina ses mémoires sur le thème qu'il avait défendu
tout au long de sa vie: "labor improbus omnia vincit" et sur
sa prophétie: "Le socialisme sera moral ou il ne sera pas".
D'A. Forel l'histoire retiendra qu'il fut un scientifique éminent
en anatomie du cerveau et en neuro psychiatrie, en hygiène et prophylaxie
mentale et sociale, notamment par sa lutte contre tout ce qui nuit à
la santé, avant tout l'alcool; celui ci affecte en plus de l'individu,
la famille et la société derrière le masque de jovialité,
en réalité de trivialité.
Roulant un jour en direction d'Aigle, le fils d'A. Forel ramassa un vieux
paysan. Désignant la "Fourmilière", il lui demanda
qui habitait là. "Ah! Vous ne connaissez pas le Dr. A. Forel?
Un grand savant, que je vous dis, pas en bons termes avec Notre Seigneur
mais quel saint homme!" Vox populi, vox dei.
Oscar Forel (St Prex) -
Médecine et Hygiène, 14. 6. 1978
Meine Forelseiten:
August Forel: Arzt, Naturforscher, Sozialreformer,
1848 - 1931
August Forel (2.Seite)
Spurensuche zu August Forel (Bilder)
Zeitgenosse Heberlein zu August Forel
Auguste Forel - Sa vie
War August Forel ein Rassist?