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Gérer la chute d’un empire n’est pas une oeuvre dans la-quelle les états excellent.
Le XX siècle a vu l’effondrement de trois empires. L’empire des Habsbourg dont la chute a créé les conditions qui ont aboutirent à la seconde guerre mondiale. L’empire Ottoman qui a laissé derrière lui un Moyen Orient dont les antinomies perdurent jusqu’à nos jours ; et enfin l’empire Soviétique dont le monde, et en particulier l’Europe, sont loin d’avoir surmonté les séquelles qui ont résulté de son effondrement.
L’Union Soviétique, créé en 1922, n’était une union qu’en apparence. En réalité, c’était l’empire Russe avec sa capitale à Moscou et le pouvoir aux mains du parti Communiste de l’Union Soviétique.
Une double implosion
La chute du troisième Reich permit à la Russie d’étendre son emprise sur les pays d’Europe de l’Est qui devinrent ainsi des composantes de son empire colonial avec un bémol. En effet, l’état Russe était aussi le vecteur d’une idéologie Marxiste qui se voulait universelle et dont les adeptes de par le monde étaient au service de la maison mère sise à Moscou.
Le résultat a été que l’effondrement de l’Union Soviétique a été une double implosion. La chute de l’empire Russe d’une part et, de l’autre, l’effondrement de l’idéologie dont il se réclamait.
L’état Russe qui émergea des ruines de l’Union Soviétique était une nation littéralement au tapis. L’économie s’était effondrée et l’administration jamais particulièrement efficace avait pratiquement cessé de fonctionner. Enfin sur le plan démographique, si l’URSS comptait quelques 290 millions d’habitants la Russie qui lui succéda n’en comptait plus que 146 millions, équivalent à un million de moins que la France, l’Allemagne et le Royaume Unis réunis.
Face à l’effondrement de l’Union Soviétique et l’absence d’une politique européenne il ne restait désormais qu’une seule superpuissance, à savoir les Etats Unis qui tenaient le haut du pavé.
Une seule superpuissance
Confronté à une équation internationale que personne n’avait prévu, Washington avait deux options. La première consistait à présumer que sur une période de 50 ans l’état Russe avait une chance de se restaurer en tant que moyenne puissance dont il fallait tenir compte des intérêts sécuritaires et géopolitiques. Le résultat aurait été la création d’un cordon d’états tampons entre les pays de l’OTAN et la Russie, comprenant les états Baltes, la Biélorussie et l’Ukraine dont la neutralité sur le modèle Suisse ou Finlandais auraient étés garantis par un traité international. Rien n’indique que cette option n’ait même été considérée à Washington.
Dans un pays ou le long terme c’est six mois, l’occasion était trop bonne pour être manquée. A savoir de profiter de l’état de prostration de la Russie pour lui porter un coup d’estoc dont elle ne se relèverait pas et qui la réduirait à jouer un rôle insignifiant sur l’échiquier mondial.
Il en découla que plutôt que d’envisager une formule que l’on peut qualifier de 2 +2 , deux superpuissances à savoir la Chine et les USA et deux puissances régionales à savoir l’Europe et la Russie, l’option choisie fut de favoriser une hégémonie américaine incontestée et exercée sans partage.
Le résultat fut une extension de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, une présence américaine renforcée en Ukraine et en Géorgie et, en parallèle, l’inclusion des états Baltes et de la Pologne dans l’Union Européenne.
Des ressentiments historiques
Si les ressentiments entre peuples ne sont pas éternels, ils ont la vie dure. Ainsi, pour des raisons historiques, tout ce qui relève de la Russie est perçu avec une réserve viscérale par les populations baltes, polonaises ou ukrainiennes. Il en résulte que une Europe occidentale qui forme le cœur de la Communauté Européenne et qui a digéré ses fantômes du passé est désormais tenue en otage par une autre Europe, située plus à l’Est dont l’expérience démocratique et non-conflictuelle est encore en cours. Or si cet antagonisme sert les intérêts de Washington, les démocraties européennes traditionnelles ont d’autres exigences, et l’exemple the North Stream 2 est éloquent.
Le gaz Russe
En 2020 la Russie exporta 175 milliards de m2 de gaz vers l’Europe ce qui correspond à environs 35 % de ses besoins, le transport se faisant essentiellement via un pipeline traversant l’Ukraine. L’Allemagne, pour sécuriser son approvisionnement, vient de terminer un deuxième pipeline, North Stream 2 qui transite par la Baltique. La construction, qui prit des années, se fit malgré une violente opposition de Washington qui, par Ukraine interposée, voulait garder une main sur le robinet du gaz qui alimentait l’Europe. Venant après l’extension de l’OTAN à l’Europe de l’Est, la manœuvre ne passa pas inaperçue à Moscou.
La Mer Noire
Vu de la perspective d’une Russie qui raisonnait sur le long terme, la multiplication des avancées américaines en Europe ne pouvait qu’aboutir à l’accession de l’Ukraine à l’OTAN et à la perte par Moscou de sa base navale en Crimée où elle disposait d’un bail a durée limité accordé par l’Ukraine. Le résultat aurait fait de la Mer Noire un lac américain.
Or sans la Crimée et la flotte de la Mer Noire, l’état Russe était exposé sur son flanc sud et perdait son accès à la Méditerranée. En fait, Poutine n’avait pas de choix et l’annexion de la Crimée par la Russie, qu’elle soit conforme ou non au droit international, était inévitable.
Sur le plan local l’annexion ne souleva pas de problème. La population de la Crimée qui, jusqu’en 1954 faisait partie de la Russie était essentiellement Russe et avait peu d’empathie pour l’était ukrainien. Sur le plan international en revanche la réaction fut cataclysmique.
Pas de marche arrière
L’annexion de la Crimée, qualifiée « d’illégale », en vint à polariser l’ensemble de la relation entre Union Européenne, l’OTAN et les Etats Unis d’une part et la Russie de l’autre. En fait c’était un piège que les occidentaux se sont crées. En effet si la Crimée était accessoire pour les occidentaux elle représentait pour la Russie une exigence sécuritaire qui n’était pas négotiable. S’étant faits les otages d’une situation qui ne pouvait pas prévoir de marche arrière, les démocraties fondatrices de l’Union Européenne se retrouvent à la traine de Washington et de ses alliés en Europe de l’Est pour qui une confrontation permanente avec la Russie correspond à un besoin psychologique qui va au-delà de toute considération géo-politique.
Faisant abstraction des prises de position publiques, tous les gouvernements concernés savent que l’annexion de la Crimée par la Russie est un acquis et qu’il n’y aura pas de marche arrière. Le défi est donc, pour les membres occidentaux de la Communauté Européenne, de trouver une formule qui leur permetterait de s’extriquer d’un imbroglio dont ni Washington ni ses inféodés d’Europe de l’Est ne sont portés à trouver une sortie qui relève de la réalité.