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Le survivant du lac de Zoug
L'eutrophisation a été particulièrement grave pour les corégones du lac de Zoug qui, comme d'autres lacs du Plateau, a été beaucoup plus affecté par ce phénomène que les lacs plus proches des têtes de bassins. Étant donné que seules les couches supérieures du lac profond de 200 mètres étaient encore suffisamment oxygénées pour permettre la vie des poissons, deux espèces de corégones qui se reproduisaient en grande profondeur n'ont pas survécu, à savoir l'Albeli de Zoug (C. zugensis) et l'Albock de Zoug (C. obliterus). Cette dernière espèce aurait même totalement disparu des mémoires si les chercheurs de l'Eawag Oliver Selz et Ole Seehausen ne l'avaient pas retrouvée dans la collection Steinmann de leur institut. Ses caractéristiques et les descriptions qui en sont faites dans les anciens rapports indiquent que C. obliterus était spécifiquement adapté à la vie en grande profondeur. Une spécialisation d'un tel niveau n'était connue que chez deux autres espèces, à savoir le Kilch (C. gutturosus) du lac de Constance (également disparu) et le Kropfer (C. profundus) du lac de Thoune (encore existant).
La seule espèce à avoir survécu dans le lac de Zoug est un corégone frayant près du littoral, le Zugerbalchen. D'ailleurs, son nouveau nom latin le clame haut et fort: Coregonus supersum signifie «J'ai survécu».
Chaque lac a ses propres espèces
Les noms scientifiques du Bodenbalchen (C. litoralis) et de l'Albeli (C. muelleri) du lac des Quatre-Cantons sont, eux aussi, nouveaux. Car, lorsqu'Oliver Selz et Ole Seehausen ont étudié les caractères morphologiques et génétiques des corégones de Suisse centrale pour en actualiser la taxonomie, ils ont constaté que presque chaque lac avait son propre Albeli et son propre Bodenbalchen.
Auparavant, l'Albeli du lac de Zoug et celui du lac des Quatre-Cantons avaient été rattachés à la même espèce («Coregonus zugensis») tandis que les Balchen des différents lacs de Suisse intérieure qui frayaient près du littoral étaient tous rattachés à l'espèce «Coregonus suidteri». Les noms latins de ces espèces «fourre-tout» ont maintenant été attribués à l'Albeli disparu du lac de Zoug (C. zugensis) et au Balchen du lac de Sempach (C. suidteri).
L'Albeli du lac des Quatre-Cantons a été nouvellement nommé C. muelleri en l'honneur du biologiste et spécialiste des corégones Rudolf Müller (1944-2023).
Un reflet de la Suisse
Les lacs du bassin de la Reuss sont un reflet de la Suisse. Dans les lacs préalpins, au moins 35 espèces de corégones sont en effet apparues depuis la fin des dernières glaciations, le plus souvent à raison de deux ou plus dans chaque lacs. La Suisse a perdu un tiers d'entre elles pendant l'eutrophisation de la deuxième moitié du XXe siècle. Beaucoup des espèces disparues ne sont connues des chercheurs que grâce aux collections comme celle constituée avant l'eutrophisation par le naturaliste Paul Steinmann et aujourd'hui gérée par le Musée d'histoire naturelle de Berne.