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Bénévolat: sept bonnes raisons de demander ton attestation
Les Olympiades te délivrent une attestation d'engagement en tant que bénévole. Ce papier est une preuve de ton engagement social et des compétences que tu as acquises.
08.11.2021
Peu avant la fin de la guerre froide, Maurice Cosandey corrige des examens de chimie à Budapest - avec des enseignant·e·s européen·ne·s.
«Je suis un amateur de comité», c’est ainsi que se définit Maurice Cosandey dès les premières minutes de conversation. Le Romand de 84 ans a constitué la première délégation suisse pour les Olympiades internationales de chimie alors enseignant au Gymnase de Chamblandes. Depuis plus de 30 ans, il s'investit donc dans l'éducation et l’univers des Olympiades. Et son envie de partage se ressent dès les premières secondes. «Avant de vous parler de la Suisse romande, je dois commencer par le contexte qui s’ancre dans une histoire profondément politique», annonce-t-il.
La première Olympiade internationale de chimie est née. En 1968, la compétition se déroule en Tchécoslovaquie, en 1969 la compétition à lieu en Pologne. Un tournus donc. Ce mode de fonctionnement a perduré jusqu’à aujourd’hui. Mais,«en 1970, la Russie a eu vent de cette initiative et a décidé d’intervenir pour empêcher le déroulement de l’Olympiade en Hongrie». Les Russes reprennent le flambeau et en 1971, le concours se déroule à Leningrad où ils y invitent les autres pays du bloc de l’est. Lorsque c’est aux Roumains d’organiser l’événement, ils décident d’ouvrir cette manifestation à d’autres pays d’Europe occidentale: l’Autriche, la Suède et… la Suisse.
La lettre officielle d’invitation est envoyée au ministère de l’Éducation en Suisse. Sauf qu’il n’existe pas de tel département dans notre pays : la lettre sombre dans les oubliettes du Parlement fédéral et aucun Suisse ne répondra présent à l’événement.
Les délégations suédoise et autrichienne rejoignent le concours, mais arrivent en fin de classement. «Ces délégations se sont rendues compte que les pays du bloc de l’est avaient de meilleurs résultats car ils entraînent leurs élèves à l’avance». L’idée d’une phase de préparation commence à émerger.
L’année suivante, les Français, les Belges, et petit à petit d’autres pays de l’Ouest sont invités. La compétition remporte un franc succès et s’institue comme rendez-vous annuel européen. «De plus en plus de pays se joignent alors à l’organisation. Chaque année le lieu du concours doit changer: une fois à l’Est une fois à l’Ouest. Mais toujours aucun Suisse à l’horizon».
La mystérieuse lettre arrive chaque année pendant plus de 15 ans à la mauvaise adresse. Jusqu’en 1986. Grâce à Ernst Flammer, un fonctionnaire fédéral, le précieux document se retrouve transféré à la Société suisse des professeurs de sciences naturelles, une organisation dont Maurice est le représentant de la Suisse romande.
«Lors d’une séance, le Président sort la lettre de son dossier et commence à la lire: «Une Olympiade? Mais, ça veut dire quoi?». La délégation suisse est invitée d’abord en tant qu’observatrice en Hollande. Mais le comité n’est de prime abord pas du tout intéressé. Maurice, tout de même interpellé, décide de se lancer de cette aventure : « Je suis parti seul en Hollande, j’ai participé vraiment en tant qu’observateur, c’est-à-dire de loin pour découvrir ce nouvel univers ».
Let's talk. Les Olympiades de la science réunit des Suisses de tous les horizons qui parlent plus de 3 langues différentes. Comment ça fonctionne? Le röstigraben est-il mythe ou réalité? Language scientifique, universel ou même corporel: à travers cette série tu découvriras toutes les facettes de cette thématique. De quoi accueillir en beauté les nouvelles Olympiade de linguistique.
Maurice revient émerveillé. « J’en ai directement discuté avec mes collèges: ‘Une équipe Suisse vous êtes d’accord?’, ils m’ont répondu hésitants ‘Pourquoi pas….mouais.. avec nos cantons, c’est un peu compliqué… Essaie d’abord avec la Romandie’ ». La politique des petits pas, une valeur sûre.
Maurice Cosandey, de retour au Gymnase de Chamblandes tente de motiver ses élèves, mais sans succès. «J’ai donc désigné des jeunes dans ma classe de 3MC: «Toi, toi et toi. Vous serez l’équipe suisse de Chimie». Parmi eux, se trouve Pierre-Alain Ruffieux, aujourd’hui CEO de Lonza.
La première délégation suisse prend le train de nuit depuis Lausanne en direction de Budapest. « C’était une expérience fantastique d’amener ces jeunes pour la première fois aux Olympiades de chimie. Mais nous sommes arrivés les derniers de tout le classement », souligne-t-il en riant. « J’ai expliqué à mes collègues du comité que nous étions les pires et qu’il fallait développer une autre stratégie pour sélectionner et préparer les candidat·e·s ».
C’est à son bureau au gymnase de Chamblandes, que Maurice met en place le premier QG des Olympiades de la science. Il s’institue en véritable community manager : recrutement des participant·e·s, entraînements pour les concours, il y conçoit même son propre matériel de communication. Des affiches, qu’il envoie dans toute la Suisse, les premiers prototypes des posters. « Un St-Gallois s’est inscrit. Petit à petit des jeunes de toute la Suisse ont répondu à l’appel ». D’autre part, grâce aux préparations, les délégations suisses obtiennent de meilleurs résultats d’années en années.
Marco Ziegler est un élève qui a particulièrement marqué Maurice Cosandey. Il a participé à trois Olympiades différentes. Ce jeune prodige a voulu mesurer la qualité de l’eau en Thurgovie en utilisant de vieux appareils issus de firmes chimiques. Il dérochera la première médaille d’argent pour la Suisse en 1993. Ça y est, notre pays est dans la course.
« À chacun de ces événements, je rencontrais des personnes avec des histoires de vies marquantes », se remémore Maurice. Peu avant la chute du mur, il se retrouve à boire un café lors d’un congrès de chimie avec un enseignant de chimie lituanien, Rimantas Vaitkus. Celui-ci lui confie la soif d’indépendance de son pays. Maurice lui parle du contexte des Olympiades, et l’encourage à y participer avec sa propre équipe, indépendamment de l’URSS.
Lorsque la Lituanie est devenue indépendante, trois mois plus tard, Vaitkus a pu envoyer la première délégation officielle de son pays aux Olympiades de chimie internationales (IChO). Vaitkus est par la suite devenu Ministre de l’éducation de la Lituanie libre.
De cette anecdote, Maurice conserve une écharpe de plus de 2 mètres de long, celle portée par la délégation lituanienne lors de sa première participation. Un symbole de liberté, mais aussi un symbole scientifique et diplomatique que son ami de longue date lui a offert en guise de reconnaissance.
Quel regard porte Maurice sur les Olympiades aujourd’hui ? L’organisation éducative s’est désormais complètement détachée de son image politique, mais aussi de ses racines romandes. Le bureau des Olympiades se trouve actuellement à Berne et les Suisses allemands sont majoritaires dans toutes les Olympiades. « Je pense simplement qu’il s’agit d’une vision différente de l’éducation. Le plan d’études romand donne beaucoup d’heure aux langues », relève-t-il.
Le prochain article de la série Let's talk apportera des éléments de réponse sur la question du Röstigraben au sein des Olympiades.
En Suisse alémanique, le gymnase se déroule également, dans la plupart des cantons sur quatre ans parfois même 6. Alors qu’en Suisse romande, certains cantons comme Neuchâtel et Vaud, le gymnase se déroule sur trois ans. Pour Maurice, cela soulève une question d’égalité des chances.
Qu’en est-il à l’international ? « Dans de nombreux pays, les Olympiades sont rattachées aux Ministères de l’éducation, les personnes qui y travaillent sont rémunérées, il y a rarement des systèmes de bénévolat. « Les écoles du secondaire II sont ainsi plus efficacement touchées », souligne-t-il.
Aujourd’hui Maurice Cosandey continue à s’investir au sein des Olympiades de chimie. Spoiler : il nous confie que son projet pour l’IChO 2023 qui se déroulera en Suisse est d’inviter la première délégation suisse de chimie qu’il a constituée en 1986. Affaire à suivre.
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