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Strike on Films: a tribute to Madeline Anderson (chapter 1)
Une proposition de Farah Clémentine Dramani-Issifou
Curatrice, chercheuse et critique
Programmatrice à la Semaine de la critique à Cannes
Présentée comme l’une des pionnières du cinéma documentaire afro-américain, l’œuvre de la réalisatrice, monteuse et productrice Madeline Anderson, née en 1923 à Lancaster en Pennsylvanie, reste mal connue. Pourtant, elle est essentielle dans l’histoire du militantisme et du cinéma afro-américain. Alors que dans les années 1950, les syndicats et l’industrie du cinéma ne sont composés, à quelques exceptions près, que par des hommes blancs, Madeline Anderson réalise en 1960 Integration Report 1, considéré comme le premier documentaire réalisé par une afro-américaine. Elle documente avec force les lignes de front des batailles pour les droits civiques et des manifestations ouvrières aux États-Unis, des années 1960 à la fin des années 1970, avant de se consacrer à la production de séries éducatives. Elle voit le cinéma comme le moyen de s’exprimer et de raconter l’histoire des afro-américains dans une perspective combative et engagée.
Integration Report 1 de Madeline Anderson
(USA, 1960, 20’, couleur, anglais)
Madeline Anderson réalise en 1960 Integration Report 1, le premier documentaire réalisé par une afro-américaine. Le film construit un instantané cinématographique et un témoignage essentiel du mouvement des droits civiques aux États-Unis vers 1960, de Montgomery, en Alabama, à Brooklyn et Washington, DC. Integration Report 1 comprend des extraits de discours et d’interviews de leaders du mouvement, dont Robert Williams, Bayard Rustin et Martin Luther King Jr, des chants de protestation de Maya Angelou ainsi que des images de manifestations dans tout le pays. Nous entendons les récits de violence raciste, comme celui du meurtre d’un Afro-Américain en garde à vue, nous sommes témoins de l’arrestation de manifestants lors de sit-in ou encore nous assistons à la manifestation de femmes blanches qui s’opposent devant un lycée du Queens, à New York, à l’intégration des Noirs au sein de l’établissement.
I am somebody de Madeline Anderson
(USA, 1970, 30’, couleur, anglais)
“We as Black People in South Carolina have awakened to the fact that we are no longer afraid of the White men. And we want to be recognized. Not because of our race but because we are human beings”. En 1969, 400 femmes noires mal payées – employées d’hôpitaux à Charleston, en Caroline du Sud – se mettent en grève pour exiger la reconnaissance de leur syndicat et une augmentation de salaire : elles se retrouvent confrontées à la Garde nationale et au gouvernement. Madeline Anderson est contactée par le syndicat Drug, Hospital, and Health Care Employees Local 1199 de New York qui lui demande de documenter la grève. Mettant en scène les militants Andrew Young, Charles Abernathy et Coretta Scott King, I am somebody est un document rare et d’une importance cruciale dans la lutte pour les droits des travailleuses afro-américaines.