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Par pluralité, j’entends le désir et la capacité d’une personne ou d’un groupe à exister dans un ensemble social donné où l’on constate des opinions, pratiques sociales et règles éthiques différentes. Rares sont, sous nos latitudes, les milieux qui contestent ouvertement la nécessité de vivre dans une situation de pluralité. Ceux-là seraient d’emblée suspects de radicalisation. Je constate cependant qu’il est possible de distinguer deux grandes compréhensions de la pluralité: une pluralité consentie et une pluralité valorisée.
La pluralité consentie est, comme son nom l’indique, une pluralité par défaut. L’existence d’opinions, de pratiques ou de règles éthiques différentes y est comprise comme une caractéristique sociale. Mais cette caractéristique est considérée ou vécue comme un pis aller: «je n’aime pas cela, mais je ne peux pas faire autrement, en attendant que cela change je m’en accommode». En langage théologique, cette pluralité est liée à une approche pécheresse de l’être humain. La pluralité est donc considérée négativement. Il est dès lors tentant de vouloir y échapper au nom d’un idéal de conformité totale à la volonté divine.
A contrario, la pluralité valorisée cherche à comprendre la réalité plurielle d’une société humaine comme une situation positive. La différence est considérée comme une source d’enrichissement mutuel. Elle est, en tant que telle, valorisée. En langage théologique, cette pluralité est liée à une compréhension du projet de Dieu pour l’humanité. La différence n’y est pas source d’exclusion ou d’affrontement, mais de cheminement collectif vers le Royaume de Dieu.
Une pluralité valorisée est par conséquent un excellent rempart contre toute dérive radicalisante. Car la radicalisation commence lorsque l’autre est considéré uniquement comme une menace ou au mieux comme une anomalie. La radicalisation religieuse, qu’elle soit chrétienne, islamique ou autre y compris athée, est potentiellement présente dès que la pluralité est vécue ou comprise comme une concession. Lorsqu’elles cherchent à repérer les publics susceptibles de radicalisation, les actions de prévention devraient commencer par s’intéresser à la manière dont on parle et vit la pluralité.