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La crise financière de 2008, ou crise des subprimes, se dessine aux Etats-Unis en 2007 alors que des milliers de personnes ne parviennent plus à rembourser leurs crédits sur leurs biens immobiliers. Du fait de taux hypothécaires faibles et de l’encouragement du gouvernement américain à ce que la population consomme pour stimuler la croissance, à crédit si cela est nécessaire, une majorité d’américains se sur-endette afin d’acquérir le niveau de vie idéal défini par le rêve américain, dont devenir propriétaire de son logement.
Or, aujourd’hui, une créance détenue par les banques se valorise le plus souvent par sa titrisation (transformation d’actifs financiers en titres financiers émis sur le marché des capitaux), dont la solidité est évaluée par des agences de notations. Dans ce cas, les agences ont été abusées par les créanciers sur la classification des titres, plus risqués que ce que leurs énoncés promettaient. Un grand nombre de dossiers de crédit avaient été acceptés en dépit de leur fragilité. Dans un contexte économique morose, le relèvement du taux directeur a entraîné la cessation de paiement des débiteurs les plus vulnérables, mais représentant jusqu’à 15% des créances totales. Ce défaut majeur de paiement a provoqué une crise de confiance générale sur le marché des titres. La solidité des banques gestionnaires de ces produits dérivés ayant été remise en question, les titres émis ont donc été dévalorisés.
De ce fait, les réserves bancaires ne suffisent plus et le marché interbancaire est en difficulté, provoquant les premières faillites (dont Lehman Brothers) : les banques ont des problèmes de liquidités, les débiteurs ont de plus en plus de mal à rembourser, les valeurs boursières s’effondrent. La crise va s’étendre à toute institution ou groupe d’épargnants ayant investit dans ces titres et donc va s’internationaliser.
Cette crise souligne la difficulté de maîtriser des mécanismes financiers complexes dans un monde inter-relié. En effet, depuis les années 80, les instruments d’intermédiations financières et la multiplication de produits dérivés ont dérégulé les marchés financiers. Ces nouveaux instruments ont permis de dynamiser les marchés, mais, dans le même temps, les ont rendus plus opaques dans leur gestion, rendant plus difficile la surveillance des risques. Or, l’accumulation des risques ainsi que l’internationalisation des interdépendances financières multiplient la dangerosité des crises lorsqu’elles surviennent.
Tous les analystes financiers soulignent que l’organe principal de surveillance, le Fond Monétaire International, ne semble pas armé pour gérer le rôle de prêteur de dernier recours et les aléas moraux liés à ce mécanisme. Il serait donc nécessaire de créer un organe de surveillance spécifique visant à limiter ces risques spécifiques. Selon certains spécialistes de la finance internationale, les crises financières et monétaires, récurrentes depuis la fin du système de taux de changes fixes, sont issues de l’opacité des flux financiers croissants, fragilisant l’architecture financière internationale. Les crises successives, notamment celles des années 90 (russe, européenne et asiatique), ne seraient ainsi que les différentes facettes d’une seule et même crise. Pour eux, la crise des subprimes américaines de 2007 n’a fait que confirmer la nécessité d’une réforme structurelle de l’architecture financière internationale et la mise en place de mécanismes de régulation et de surveillance des transactions financières. Du fait de la génération d’externalités publiques dues à l’inefficacité du marché dans ce domaine, les finances internationales mériteraient plus de régulation. La nature volatile des mécanismes financiers internationaux est liée à son fonctionnement fondé sur les attentes du futur et aux risques liés à ces fluctuations. Ainsi, la stabilité financière internationale pourrait faire partie des nouveaux biens publics globaux, ce qui permettrait plus de coordination, de coopération et de régulation internationales afin de juguler les crises et les contagions qu’elles engendrent (Wyplosz, in Kaul I., Gurndberg I., Stern M.A., 1999). La création de mécanismes collectifs transfrontaliers et intergénérationnels propres aux biens publics globaux permettrait de générer ce fameux “grain de sable dans les rouages de la finance internationale” (Barry, Tobin, Wyplosz, 1995) et donc de diminuer d’autant l’ampleur des crises financières.
P. Plagnat, Institut des Sciences de l’environnement, 2012.
Références :
Jacquet P.(1999), “Deux décennies de mondialisation financière”, In Politique étrangère N°3, pp. 645-661.
Barry E., Tobin J. et Wyplosz C. (1995), “Two Cases for Sand in the Wheels of International Finance “, in Economic Journal, n° 105, pp. 162-172.
Kaul I., Gurndberg I., Stern M.A.(1999), Global Public Goods, UNDP, Oxford University Press
Artus P., Betbèze J.P., Boissieu C.de et Capelle-Blancard G. (2008), La crise des subprimes, Rapport Conseil d’Analyse Economique, La Documentation Française.
Pièces jointes
- Le B.A-BA de la crise des Subprimes (PDF – 263.5 ko)
Rue89
- Two cases for sand in the wheels of international finance (PDF – 259.3 ko)
Barry Eichengreen, James Tobin and Charles Wyplosz