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|Le milieu forestier|
En dehors des zones rocheuses et sans l’influence de l’homme qui a ouvert au fil des siècles de nombreuses clairières pour y travailler la terre, le Mont Chemin serait entièrement recouvert de forêts. Les arbres ont recolonisé nos montagnes après le retrait des glaciers, il y a environ 10’000 ans. Ce repeuplement s’est fait de manière progressive, les espèces à caractère pionnier étant les premières à reconquérir les vastes étendues libérées : pins et bouleaux s’installent jusqu’à moyenne altitude, puis apparaissent les mélèzes, de même que les saules et les peupliers en plaine. Le climat devenant plus chaud et plus humide, ce sont les chênes, ormes, érables et autres feuillus qui recouvrent les meilleures pentes; le sapin s’implantera au-dessus; lorsque le climat se refroidira, il sera progressivement remplacé par l’épicéa en altitude. De la plaine du Rhône à la Pierre Avoi, puis en redescendant le versant sud jusqu’à la Dranse, se succèdent diverses associations végétales dont la composition reflète les conditions du milieu environnant.

Ces forêts ont rempli de tout temps des fonctions importantes pour l’homme; le bois était partout présent, comme matériau de construction, comme outil, comme combustible au foyer et pour les industries naissantes; il est aisé d’imaginer les volumes de bois qui furent nécessaires au fil des siècles à l’extraction du fer dans les bas-fournaux.
Le Mont Chemin devait fumer, ce qui lui valu peut-être son nom (du latin caminus = four). Souvent le bois manquait pour couvrir tous les besoins; de plus, comme aujourd’hui, les anciens avaient compris le rôle de protection essentiel des arbres sur les pentes abruptes (Fig. 2); il en résultait de multiples règlements et interdictions: en 1566, une sentence de l’évêque interdisait à chacun toute coupe de bois dans le Ban du Bourg à Martigny sous peine d’avoir le poing droit coupé et soixante livres d’amende. Il y avait de quoi hésiter!
A ces fonctions de production de bois et de protection s’ajoute aujourd’hui un nouveau rôle pour la forêt, celui d’accueil pour une civilisation en mal de loisirs qui souhaite renouer avec ses racines sauvages.
La gestion forestière moderne doit intégrer l’ensemble de ces intérêts, parfois contradictoires, tout en conservant à la forêt sa valeur naturelle et paysagère.

Fig. 2 - La forêt des versants nord et sud protège contre les chutes de pierre
La hêtraie
Le hêtre couvre le bas du versant nord jusqu’à l’altitude de 700 m, limite de l’étage dit «collinéen». Fréquent dans le Chablais valaisan, il se trouve ici à sa limite d’extension territoriale car il ne supporte pas le sec et les écarts de températures marqués du Valais central. L’ombrage du versant nord lui convient à merveille, mais la fertilité du sol n’est pas suffisante pour obtenir des arbres aux fûts rectilignes comme on en trouve sur les stations idéales du Plateau suisse. Ces arbres tortueux et branchus n’en ont pas moins un aspect majestueux. Ces forêts approvisionnaient autrefois les bourgeois en bois de feu; pour optimiser la production, ces hêtraies étaient exploitées selon le régime du taillis, un mode de coupe à révolutions courtes qui utilise la faculté du hêtre de se régénérer par rejets de souches. Ce mode de gestion abandonné, le taillis est devenu futaie. Suite aux dernières coupes importantes du début du XXème, le mélèze a été mélangé au hêtre par plantations, car la production de bois de qualité répondait à l’époque à un besoin essentiel pour notre économie.
La sapinière
Succédant au hêtre en gravissant le versant nord du Mont Chemin, le sapin y apprécie l’ombrage et le climat humide lié à l’ouverture sur le Léman. Il peut se rajeunir même sous un couvert dense contrairement au mélèze, au pin et dans une moindre mesure à l’épicéa qui ont tous un besoin de lumière directe pour germer et croître, nécessitant ainsi plus d’ouvertures pour se renouveler. Il couvre l’étage montagnard, de 700 à 1200m.
En Valais le territoire du sapin est morcelé car il s’y trouve en périphérie de son aire de répartition naturelle. De faibles écarts climatiques par rapport à la norme annuelle peuvent le mettre en situation de stress, voire le faire dépérir. Ce fut le cas sur ces pentes il y a quelques années; après une succession d’étés à faible pluviométrie, les sapins «blancs», d’habitude si «verts» se sont mis à «rougir» et à sécher, faisant figure de caméléon végétal. Le manque d’eau en pleine période de croissance, accentué par l’action desséchante des vents à ce niveau de la plaine du Rhône, leur fut fatal. Ce phénomène se répète de manière périodique au gré des aléas climatiques.
La pessière
Ce nom surprenant désigne les forêts d’épicéas dans le jargon romand (épicéa = pesse).
Les forêts d’épicéas couvrent en Valais la moitié du territoire boisé. Contrairement au Plateau suisse où il a été introduit par plantations, l’épicéa (sapin rouge) est ici indigène et se développe naturellement, bien que, à moyenne altitude, il ait été favorisé lors des coupes au détriment du sapin blanc dont la qualité du bois est moins appréciée. Il fut aidé dans sa colonisation postglaciaire (4'000 BP) par une capacité d’adaptation très développée lui permettant de s’accommoder de sols et de conditions climatiques très diverses; il supporte l’ombre dans son jeune âge ou en basse altitude; en vieillissant ou à l’approche de la lisière supérieure de la forêt, ses besoins en lumière deviennent plus importants. Son territoire est l’étage subalpin, de 1200 à 2200m.
Sa relative abondance, souvent sous forme homogène sur de grandes surfaces, en fait une proie de choix pour le fameux bostryche, insecte caparaçonné de quelques millimètres qui, en meute, est capable de couper la circulation de la sève en creusant des couloirs de reproduction sous l’écorce et de provoquer ainsi la mort de l’arbre. Outre sa sensibilité à d’autres agents pathogènes multiples, tels qu’insectes et champignons, il faut relever sa faible résistance aux phénomènes climatiques violents. Son enracinement superficiel ne lui assure qu’un mauvais ancrage et les coups de vents ou les neiges lourdes le renverseront facilement; les forêts mises à mal sur de grandes surfaces par l’ouragan Viviane du 26 février 1990 étaient essentiellement composées d’épicéas; par bonheur, les pessières du Mont Chemin furent épargnées par ces tourbillons ravageurs.
Le mélèzin

Fig. 3 - Le mélèze, un arbre majestueux

S’il est un arbre qui pourrait à lui tout seul symboliser la forêt valaisanne, c’est bien le mélèze (Fig.3). Il résiste à des conditions climatiques extrêmes, escalade les montagnes de la plaine aux limites supérieures de la forêt. Arbre pionnier, c’est un des premiers à peupler les moraines de nos glaciers qui fondent actuellement comme neige au soleil. Sa longévité est extraordinaire; certains arbres près de Simplon-Village ou sur l’alpage de Balavaux-Isérables ont vu défiler 1000 ans d’histoire. Son bois, résistant à la pourriture et aux insectes, a servi durant des siècles à de multiples usages, dont la construction des raccards.
Sur le Mont Chemin, il est surtout présent au niveau des pâturages boisés qui recouvrent 220 hectares entre Chemin et le Col du Lein. Arbre majestueux qui se couvre d’une toison d’or l’automne venu, il contribue à la réputation du paysage local. Arbre de lumière, il affectionne les sols minéraux bien aérés ou l’eau ne stationne pas; les dépôts morainiques qui couvrent le Mont Chemin sont donc particulièrement propices à son développement.
En forêt de moyenne altitude, il ne peut subsister que par l’influence du forestier qui agira sur les concurrents de cet arbre qui a besoin d’une pleine lumière pour se développer. Sans des coupes d’entretien adéquates, le mélèze ne se trouverait que sur les surfaces mises à nu par les catastrophes naturelles (avalanches, glissements, ouragans, etc.) et à la limite supérieure de la forêt.
Episodiquement, des attaques massives de la tordeuse du mélèze, petit papillon dont les larves se nourrissent des aiguilles, inquiètent le visiteur qui voit les arbres tourner au brun; ces pullulations durent une année à deux ans puis cessent subitement, d’autres parasites s’attaquant eux-mêmes à la tordeuse. Elles se répètent à intervalle de huit à douze ans mais sont sans conséquence pour le mélèze; les arbres qui perdent annuellement feuilles ou aiguilles ont la faculté de se régénérer rapidement en produisant un second feuillage dans l’année.
La pinède
Arbre pionnier, le pin sylvestre fut le premier à coloniser les versants après le retrait des glaciers il y a plus de 10'000 ans. De caractère affable, il s’adapte à de nombreuses conditions, ce qui lui a permis de coloniser la plus grande partie de l’Europe et du Nord asiatique. Mais, ne supportant pas la concurrence d’autres essences plus spécialisées, il a dû, pour ne pas se faire supplanter dans nos régions, se réfugier dans des endroits très rudes, caractérisés par des sols très pauvres et un climat séchard, comme c’est le cas sur le versant sud du Mont Chemin. A l’aise dans ces stations généralement hostiles aux végétaux, il domine et n’accepte que la compagnie peu contrariante du chêne, du tilleul, de l’alisier et autres arbustes qui se complaisent dans l’aridité.
Le pin, sur ces pentes formées de falaises et de pierriers, joue un rôle de protection irremplaçable à l’égard des chutes de pierres. La route du Grand-St-Bernard et la voie ferrée du Martigny-Orsières ne sauraient se passer de coûteux ouvrages de protection sans la présence de ce maigre couvert forestier. Grâce à son écorce épaisse, à sa forte teneur en résines qui pansent rapidement ses blessures et à son bois de cœur résistant, il est capable de supporter de nombreux chocs sans dommage pour sa vitalité. Le gui colonise souvent les branches de ces pins rabougris et affaiblis par les conditions de vie locales très dures. Cet hemiparasite, du même ordre que les espèces de bois de santal, plante ses suçoirs sous l’écorce pour extraire des vaisseaux du bois l’eau et les sels minéraux.
Plante sacrée et médicinale, elle suscita très tôt l’intérêt des druides celtiques et est aujourd’hui encore utilisée dans l’industrie pharmaceutique pour ses propriétés curatives; il a, depuis ces temps anciens, toujours gardé une symbolique traditionnelle en ornant les bâtisses à l’an neuf pour y attirer les faveurs du sort.
Autres arbres
Les associations présentées illustrent les grandes unités forestières; il est clair que celles-ci n’apparaissent pas de manière aussi schématique. Les essences se mélangent aux zones de contact; au sein même de ces unités apparaissent des biotopes spéciaux qui favorisent l’apparition d’un massif d’alisiers blancs, d’érables de montagne, de saules ou de chênes pubescents.
On peut citer également l’arolle, qui marque la limite supérieure de la forêt vers la Pierre Avoi; quelques massifs de pin de montagne couvrent les dalles calcaires de La Crevasse et du Col du Tronc.
Bouleaux, cytises, sorbiers des oiseleurs, ormes de montagne, érables (sycomores, champêtres, planes) tilleuls, châtaigniers, merisiers, noisetiers, épines noire et blanche, églantiers, nerpruns des alpes, aulnes des alpes sont fréquents et la liste est encore longue.