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Le Kosovo se dote d'une armée pour affirmer sa souveraineté
14.12.2018
Le Kosovo s'est doté vendredi d'une armée pour affirmer sa souveraineté, avec le soutien des Américains. Cela risque d'envenimer ses relations avec la Serbie, qui ne reconnaît pas l'indépendance de son ancienne province.
Les Etats-Unis ont salué une décision "historique" mais l'OTAN l'a jugée nuisible aux efforts pour faire baisser la tension entre Pristina et la Serbie. "Je regrette que cette décision ait été prise en dépit des inquiétudes exprimées par l'OTAN", a déclaré vendredi le secrétaire général de l'Alliance atlantique.
La législation visant à transformer la Force de sécurité du Kosovo, équipée d'un armement léger, en une armée en bonne et due forme, a été approuvée par 105 des 120 députés du parlement de Pristina. Onze députés représentant la minorité serbe du pays ont boycotté le scrutin. "Le Parlement du Kosovo a adopté la loi sur la force de sécurité du Kosovo! Félicitations!", a lancé le président du parlement devant des députés unanimes.
"Assurer l'intégrité territoriale"
Ces forces seront désormais chargées d'"assurer l'intégrité territoriale du pays, ainsi que de protéger la propriété et les intérêts de la République du Kosovo, d'apporter un soutien militaire aux autorités civiles en cas de catastrophe, et de participer à des opérations internationales", selon le texte.
Depuis la guerre entre forces serbes et rebelles kosovars albanais (1998-99, plus de 13'000 morts), la sécurité et l'intégrité territoriale du Kosovo sont garanties par la Kfor, une force internationale menée par l'OTAN.
Inquiétude et colère
"Soldats! Félicitations! Nouvelles missions!": le président Hashim Thaçi avait revêtu jeudi son treillis pour s'adresser aux membres de la KSF. Il a assuré que la nouvelle armée serait au service de tous les citoyens, quelles que soient leurs appartenances ethniques, une décennie après la proclamation d'une indépendance reconnue selon Pristina par quelque 115 pays.
Celle-ci est rejetée par Belgrade, mais aussi notamment par la Russie et la Chine qui ferment au Kosovo la porte de l'Onu.
A Belgrade comme parmi les 120'000 Serbes qui vivent toujours au Kosovo, cette armée est accueillie par un mélange d'inquiétude et de colère. Cette nouvelle crise intervient dans un contexte tendu, avec un dialogue au point mort depuis des mois, et la mise en place par Pristina en novembre d'une barrière douanière sur les produits serbes.
"Le chemin de la paix"
A Belgrade, la Première ministre Ana Brnabic a assuré que la Serbie resterait "sur le chemin de la paix". Le 5 décembre, elle avait laissé entendre que Belgrade pourrait répliquer par une intervention militaire à la création d'une armée kosovare. .
Selon les analystes au Kosovo, il faudra près d'une décennie pour que soit achevée la transformation en armée de la KSF. Aujourd'hui forts de 2500 membres, ses effectifs doivent passer à 5000, plus environ 3000 réservistes, loin des quelque 30'000 soldats que compterait l'armée serbe selon les estimations.
ats, afp