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Face à l’érosion de son électorat, le Parti démocrate-chrétien (PDC) s’interroge sur la pertinence de son qualificatif de «chrétien». Pour renouer avec le succès, le parti ne devrait-il pas plutôt miser sur son caractère «centriste»? La question est délicate, car l’identité catholique constitue l’ADN du parti.
Lors de la dernière Assemblée des délégués, à la mi-février, le président du PDC Gerhard Pfister a relancé cette vieille question en annonçant un grand sondage. Les quelque 80'000 membres du parti seront consultés au mois d’avril. Parallèlement, l’institut de recherche gfs sondera l’opinion de l’ensemble de la population suisse.
L’objectif de cette vaste réflexion est de renouer avec le succès lors des prochaines élections fédérales de 2023. Les organes dirigeants du parti entendent séduire au-delà des fiefs historiques du PDC, des cantons traditionnellement catholiques et ruraux.
«Le premier pas pour gagner, c’est d’être autocritique. Il faut se poser des questions. N’y a-t-il pas en Suisse plus de 11% des citoyens prêts à soutenir une politique du centre? Et si tel est le cas, pour quelle raison n’optent-ils pas pour le PDC?», a déclaré Gerhard Pfister dans l’émission Forum de la radio publique RTS.
Parmi les raisons possibles, il y a cette étiquette chrétienne qui pourrait retenir des électeurs potentiellement attirés par un parti centriste, mais à qui les références religieuses ne parlent pas. Dans les grands cantons urbains, une ligne sociale-libérale est plus susceptible d’attirer qu’une ligne catholico-conservatrice, surtout parmi les jeunes.
«Nous devons proposer une offre politique simple et claire qui parle à la génération future», a plaidé Gerhard Pfister devant les délégués.
De l’opposition au pouvoir
L’histoire du PDC est intimement liée au catholicisme. Ses origines remontent au mouvement catholique-conservateur, créé dès 1848 pour lutter contre le modernisme et le libéralisme du nouvel État fédéral.
Pendant presque un demi-siècle, le mouvement catholique-conservateur fait figure d’opposant à la Suisse libérale-radicale. Mais dès la fin du 19e siècle, face à l’émergence du socialisme, il se rallie progressivement à la majorité radicale.
Les catholiques conservateurs obtiennent ainsi un premier siège gouvernemental en 1891, puis un second après l’introduction d’un système proportionnel en 1919. Le catholicisme politique fait même preuve d’une certaine ouverture envers la gauche après la Seconde Guerre mondiale et des protestants après le Concile Vatican II. Ces ouvertures se traduisent dans le nom du mouvement qui devient le Parti conservateur chrétien-social en 1957, puis le Parti démocrate-chrétien en 1970.
Ainsi, en l’espace de quelques décennies, les catholiques conservateurs passent du statut d’opposant à celui de parti gouvernemental et pilier du système. Et ce sans parler d’un règne presque sans partage dans des cantons catholiques comme Fribourg, le Valais ou Lucerne.
Stopper l’hémorragie
Mais cette belle machine finit par se gripper. Dès le début des années 1990, au fil des différentes élections fédérales, le PDC amorce une descente qui prend l’aspect d’une véritable hémorragie.
Lors les élections fédérales d’octobre dernier, le PDC ne recueille que 11,35% des voix. À titre de comparaison, il en réunissait plus de 20% encore au début des années 1980. La baisse est telle qu’elle a coûté au PDC l’un de ses deux sièges gouvernementaux en 2003, au profit de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice).
La situation peut même être délicate dans ses fiefs historiques. Dernier épisode en date au Jura, où le parti vient tout juste de perdre la majorité au gouvernement cantonal.
Autre exemple à Fribourg, où le conseiller aux États démocrate-chrétien a perdu son siège lors des dernières élections fédérales, un véritable séisme dans un canton qui se qualifiait autrefois de «République chrétienne».
«On dit toujours que le PDC a des fiefs, mais même dans ces fiefs, on n’a aucune garantie de conserver les sièges. C’est exactement la raison pour laquelle on discute de la stratégie pour gagner les élections fédérales 2023», résume Gerhard Pfister.
Exercice périlleux
C’est dans cette volonté de redressement que doit être compris le lancement du débat sur la référence chrétienne du parti. Mais l’exercice est difficile et… périlleux.
L’abandon de l’étiquette chrétienne peut certes attirer de nouveaux électeurs plus jeunes et plus urbains, mais aussi détourner des électeurs plus âgés, plus ruraux et plus conservateurs. Par ailleurs, l’abandon de valeurs traditionnelles peut être vu comme le signal d’un nouveau départ, mais aussi comme la marque d’un renoncement et d’une ultime trahison.
À Frauenfeld déjà, les avis étaient partagés parmi les délégués. Il est pour l’heure impossible de dire si le PDC retrouvera la recette du succès. Il est en revanche clair que le débat s’annonce passionné.
Démocratie chrétienne
Le concept de «démocratie chrétienne» a été élaboré durant la seconde moitié du 19e siècle. L’idée de base est de concilier la démocratie moderne avec les valeurs véhiculées par l’Eglise.
Historiquement, le texte de référence de la DC est l’encyclique de Léon XIII De Rerum Novarum (1891). Le pape y critique la misère ouvrière, les excès du capitalisme mais aussi le socialisme athée. Le texte est à l’origine du mouvement social de l’Eglise.
Des partis démocrates-chrétiens existent dans plusieurs pays, principalement en Europe et en Amérique latine. Dans certains cas, ils ont réussi à accéder durablement au pouvoir. Outre la Suisse, citons l’Allemagne (CDU), l’Italie (DC), ou encore l’Autriche (ÖVP).
Mais la démocratie chrétienne est à la peine depuis plusieurs années, notamment en raison de l’émergence de mouvements populistes de droite. Le cas le plus emblématique est l’Italie, où la Democrazia Cristiana a fini par disparaître après avoir été très longtemps le plus grand parti du pays après l’établissement de la République, en 1948.Fin de l'infobox