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17. L'oeuvre de Bonivard
L’ŒUVRE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE DE BONIVARD
Bonivard ne serait, dans la mémoire historique, qu’un trublion un peu frustré par la Réforme, s’il n’avait laissé une œuvre historique, politique et philologique abondante et fort intéressante. Sa formation humaniste, fait peu fréquent dans la Genève pré-réformée, l’a sans doute prédisposé à s’intéresser à l’histoire, celle du passé et celle de son temps, et à développer une réflexion philosophique sur les révolutions qu’il a vécues à Genève durant toute la première moitié du XVIe siècle.
En 1517, Bonivard était déjà « poeta laureatus », poète couronné de laurier. Mais c’est surtout après son retour de captivité et à l’occasion de ses démêlés avec la Seigneurie de Genève pour récupérer les revenus de son prieuré qu’il se lance dans les travaux philologiques – un dictionnaire trilingue, français–latin–allemand en particulier – et surtout dans la recherche historique. Chargé à la fin de 1542 de reprendre un projet de chronique de Genève interrompu par la mort d’Ami Porral, il y travaille durant plusieurs années, mais dès 1550, le parti anti-calvinien au pouvoir le censure, et sa chronique tombera dans l’oubli pour près de deux siècles. Mais passionné par sa tâche, et approfondissant toujours plus ses réflexions, Bonivard rédige une nouvelle version de sa chronique, aujourd’hui conservée à Turin, et surtout, il compose une série de traités partie juridiques, partie historiques, partie philosophiques, qui constituent autant de témoignages sur l’évolution phénoménale qu’ont subie les institutions genevoises au cours du XVIe siècle.
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La première version, autographe, des Chroniques de Genève de Bonivard. Terminée en 1548, cette chronique ne put être publiée du vivant de l’auteur, à cause de la censure et de l’opposition du gouvernement d’alors. Mais elle est largement connue par des éditions publiées au XIXe siècle (AEG, Ms hist. 1).
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Manuscrit autographe de l’« Advis et devis des difformes Reformateurs, suivis des advis et devis de mençonge au temps present et des vrays ou faux miracles », ouvrage daté de 1562. Bonivard y démontre une connaissance approfondie de la littérature politique et religieuse de son temps aussi bien en France qu’en Allemagne luthérienne, et une longue réflexion, nourrie par l’expérience, sur le problème de la Réforme. Mais surtout, il y dénonce les motivations douteuses – à ses yeux – des « pères » de la réforme genevoise, à son avis pas plus vertueux que les membres du clergé catholique dont ils convoitaient les richesses (AEG, Ms hist. 4).
Bonivard délivré de sa prison de Chillon par les troupes bernoises au printemps 1536. Aquarelle par Edouard Elzingre, préparée pour illustrer l’ouvrage d’Alexandre Guillot, « Le siècle de la Réforme à Genève », paru en 1917 (AEG, Archives privées 279.12).