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Le général Cluseret se paie, en ce moment, un petit voyage de plaisir avec son ami le peintre Courbet. On les a vus ensemble à Vevey et autour du tapis vert de Saxon se plaignant sans doute de ce qu’il est difficile de faire sauter la banque que de faire flamber les finances.
Fils de militaire, Gustave Cluseret entre à Saint-Cyr et participe comme lieutenant à la répression des journées de juin 1848. À la suite de divers trafics en Algérie, il est obligé de démissionner de l’armée en 1858. Cet aventurier devient condottiere et révolutionnaire professionnel. Il se met au service de Garibaldi.
Puis il prend part à la guerre de Sécession comme général chez les Nordistes, devient citoyen américain, puis participe au mouvement irlandais fenian. Rentré en France en 1867, il devient journaliste de la presse d’opposition et il est incarcéré à cause d’un article sur l’armée ; ayant rencontré Varlin en prison, il séduit celui-ci par sa faconde. Il adhère alors à l’Internationale. Expulsé aux États-Unis en 1869, il revient à Paris à la proclamation de la République, fait partie du Comité central des vingt arrondissements. Il participe, avec Bakounine, à l’insurrection lyonnaise, puis devient chef, à Marseille, de la brève Commune révolutionnaire du 1er novembre. Revenu à Paris, il est nommé le 30 mars, par le comité central, chef de la garde nationale. Le 3 avril, la Commune le nomme délégué à la Guerre. Il pratique alors l’attentisme en matière militaire et une politique de bascule entre le comité central et la Commune. Le 16 avril, il est élu à la Commune, prend comme adjoint Louis Rossel et nomme Dombrowski à la place de Paris. Mais ses tergiversations annulent les efforts militaires de ces derniers. À la chute du fort d’Issy, le 30 avril, la Commune l’arrête et le remplace par Rossel. Mais elle l’acquitte le 21 mai. À la chute de la Commune, il s’enfuit en Suisse. Après l’amnistie de 1880, il rentre en France. En 1882, il s’enfuit en Turquie pour éviter la prison pour délit de presse. Il revient en 1884, est élu, en 1888, député socialiste du Var, où il sera réélu jusqu’à sa mort, malgré ses articles racistes dans La Libre Parole de Drumont. Ses Mémoires (1887-1888) sont une apologie personnelle. Ainsi cet aventurier, qui, en guise d’idéal collectif, avait celui « que son épée soutenait, et pendant le temps qu’elle le soutenait » (E. Lepelletier), termina sa vie dans le camp de ceux qu’il avait combattus sous la Commune.
Texte de Jean BANCAL (1926-2008)