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La pratique du dessin est structurante et compulsive chez Franz Erhard Walther. Structurante car elle fait intégralement partie de son travail, qu’elle précède, accompagne et récapitule tour à tour. Compulsive car Walther n’a jamais cessé de dessiner, cela avant même d’être étudiant en art, déployant au fil des ans un monumental corpus qui compte aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Avec Plans, il montre un versant très particulier de son travail graphique.
Durant l’hiver 2010 a été présentée au Mamco une vaste rétrospective de l’œuvre de Walther (De l’origine de la sculpture, 1958-2009) dans laquelle cohabitaient dessins et sculptures. Installée dans l’ensemble du bâtiment du musée, elle en occupait quarante salles distribuées sur les quatre étages. Une fois l’exposition installée, Walther a dessiné, sur de simples feuilles de papier, les plans d’accrochage et d’installation de toutes ces salles en mesurant très précisément les distances entre chaque pièce, en reproduisant très exactement leur situation dans l’espace et en notant les titres de chacune, donnant ainsi à sa rétrospective une méticuleuse existence graphique. Puis, de retour dans son atelier, il a fait de ces relevés topographiques de vastes dessins, de nouveaux plans qui sont des œuvres à part entière et une autre version de l’exposition dont ils restituent tous les méandres (ont ainsi été réalisés au total quarante-quatre dessins, un pour chaque salle et un récapitulant la distribution des œuvres sur chaque étage). Ce sont ces plans qui sont à présent exposés au Mamco. Leur régime d’existence est tout à fait singulier. Ils appartiennent tout d’abord au registre de l’après-coup : ils existent après l’exposition et plus précisément après l’œuvre telle qu’elle a été récapitulée dans l’espace muséal (ils diffèrent par ce biais des dessins préparatoires, qui anticipent la réalisation de la forme, dont ils sont les exacts opposés). Ils sont donc une manière de rétrospective de la rétrospective, mais une rétrospective graphique qui traite les volumes et les matières, si importants dans l’œuvre sculptural de Walther, par des aplats, les couleurs de chaque pièce, si frappantes aussi dans son art, étant reproduites à l’identique. L’effet retard dans lequel ils sont engagés, et qu’ils matérialisent visuellement, les transforme par conséquent aussi et tout naturellement en des dessins de mémoire, en des graphiques mnémoniques, en des traces de ce qui a eu lieu, un enregistrement du passé qui devient, du fait notamment de son exposition publique, un hommage — un monument non présomptueux — dépourvu de nostalgi à ce qui ne se répètera plus. Ils dressent également et très explicitement une cartographie très singulière du travail : en regardant ces plans, on voit l’œuvre de Walther sans cependant en percevoir vraiment les données et les implications concrètes. Et si nous est proposé un regard panoramique — et jusqu’à un certain point exhaustif — porté sur plusieurs années de création, celui-ci est cependant partiel parce que tronqué : il ne peut se substituer à l’expérience physique et spatiale, corporelle, de la sculpture. Si l’on regarde avec attention ces pièces, l’on voit que cohabitent en elles très naturellement le signe (mots, titres, phrases, chiffres) et la trace (lignes, aplats de couleur, ombres) car le graphique est tout autant une question de visibilité qu’un problème de lisibilité. En outre, ces dessins d’exposition font de l’exposition elle-même la matière même de l’art : c’est elle qui en devient le sujet, le motif, car la façon de montrer la sculpture fait partie de l’identité de cette dernière, la forme étant pour Walther — mais pas simplement que pour lui — toute entière dans sa mise en espace et le musée pouvant devenir, en un geste très moderniste, l’objet de l’art. Enfin, cet atlas graphique emblématise la place prise par le dessin dans l’univers de Walther : y étant depuis toujours omniprésent selon des désignations diverses, il était normal que tout finisse par lui, y compris une rétrospective. Le dessin a donc le dernier mot et c’est avec une terminologie très variée que Walther le classifie. Il y a, par exemple, des dessins de mots (Wortbilder), des dessins de lignes, de points et de marques (Linien-Punkt et Markierungszeichnungen), des dessins découpés (Schnittzeichnungen). De ce lexique, les Plans, les dessins d’expositions, assument la part cartographique.