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Le deuil, période propice s'il en est à des lauriers - que l'on tresse - à des louanges - que l'on chante - à des odes - que l'on déclame - et pour rester dans le ton, je ferais probablement mieux de me concentrer sur ce qui a fait la grandeur de cet artiste. Tiens, paraît qu'il détient plusieurs records, en particulier celui de l'album le plus vendu au monde : le chiffre de 65 millions d'albums (Thriller pour qui l'ignorait encore) doit faire rêver Didier Barbelivien ou Christophe...
C'est vrai, j'ai chanté, j'ai dansé en écoutant Michael Jackson, j'ai admiré ses clips et ado, j'ai trouvé son style totalement hallucinant - faut dire que ma mère prônait davantage les jupes plissées.
Un beau jour, pourtant, j'ai commencé à trouver ridicule le personnage : de brun, il devenait livide; d'original, il devenait - à mes yeux - inutilement excessif. D'original, il devait lugubre et lorsque des rumeurs de pédophilie ont commencé à circuler à son sujet, j'ai commencé à cogiter "sévère". Remarquez, cette accélération de mes neurones n'a pas duré : j'ai admis que la justice, même américaine, était mieux placée que moi pour se pencher sur de telles accusations. Je n'ai en revanche pas trouvé de raison de ne pas médire, avec ma coiffeuse, lorsqu'il a épousé Lisa-Marie Presley et je n'ai pu m'empêcher de trouver sa manière d'appréhender la paternité étrange...
Vous le voyez, à un moment donné, que je ne pourrais pas nommer clairement, d'artiste, il est devenu une sorte de phénomène, dont les exploits faisaient, dans ma vie, plus souvent la couverture de journaux lus dans les salles d'attente que le bonheur de ma platine et de mon lecteur CD.
Et la question qu'il me reste, ce soir, et à laquelle je n'ai aucune réponse est celle de savoir à partir de quand la vie privée d'un artiste, peu importe son art, m'empêche d'apprécier ses oeuvres. En réalité, cette question en appelle immédiatement une deuxième, voire une troisième : peut-on se fier à des reportages télévisés et des entrefilets dans des journaux à sensations ? La réponse est certainement négative. En outre, la vie privée n'est-elle pas, justement et par définition, ce pan de l'existence qui devrait échapper aux regards des autres ? La réponse est certainement affirmative.
N'empêche, si j'avais les moyens d'acheter une toile plusieurs milliers de dollars, même plusieurs centaines de milliers de dollars, je ne voudrais pas apprendre par la suite que son auteur est membre de l'église de scientologie : la liberté de conscience et croyance est pour moi primordiale mais pas au point d'avoir envie, par le biais de mon argent, de soutenir une telle organisation.
Donc, peut-on en déduire que la vie privée d'un artiste, quelque part, dans une certaine limite que je ne pourrais expliciter clairement, ne peut pas rester entièrement secrète et qu'une certaine "intrusion" pourrait se justifier ?
Reste évidemment ouverte la question de la source, les démentis et les droits de réponse fleurissant dans ces journaux "people", prouvant, si besoin était, qu'aucun crédit ne devrait leur être accordé. N'empêche, à moins de vivre dans un igloo, sans connexion internet, difficile d'échapper à ces "informations" sensationnalistes : à force d'être entendues, elles finissent par nous sembler et familières et conformes à la réalité. Ainsi, même en reconnaissant au "public" un droit - très relatif - à connaître un pan de la vie privée d'un personnage se trouvant sur le devant de la scène, il subsistera toujours un doute quant à la véracité de l'information.
Et je vais oser : c'est avec "indifférence" que j'ai appris la mort de Michael Jackson, réservant les termes de "drame" et de "catastrophe" à d'autres événements planétaires.
Et pour vous, qu'évoque cet homme ?