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Champagne non consommé
Rien est prouvé sur l'origine de la coutume. Certains prétendent qu'elle remonte aux Grecs de l'Antiquité, du vin aurait été versé sur le navire Argo, commandé par Jason, pour obtenir la protection des dieux au départ des Argonautes partant conquérir la Toison d'or. Pour d'autre, ce serait une coutume des Vikings d'épandre du sang sur les bateaux venant d'être construits. Plus près de nous, l'achèvement d'un édifice, en particulier d'un navire auquel était attribué un nom, donne lieu à un genre de baptême. Cependant, il est quasi impossible de déterminer à partir de quand le vin a été associé à la cérémonie. Il semblerait que le baptême des navires au champagne est une tradition française du XVIIIe siècle qui devint rapidement une coutume internationale. Un siècle plus tard, la presse relate le lancement du premier transatlantique moderne, le Great-Britain, un 19 juillet 1843: "Le grand-père de l'empereur d'Allemagne et le prince Albert de Saxe-Cobourg, époux de la reine Victoria, s'étaient déplacés, entourés de trente mile personnes. Chaque spectateur retint son souffle lorsque la mère du député de la circonscription lança la traditionnelle bouteille de champagne... et manqua son coup! Le prince Albert saisit aussitôt une seconde bouteille qu'il fracassa d'une main leste contre la proue du Great-Britain.
Pamela Vandyke Price narre l'histoire qui arriva en 1853 au quatre-mâts Great Republic, jadis le plus grand navire au monde. La bouteille de champagne réservée au baptême fut bue la nuit précédant l'événement par un chapardeur indélicat. La bouteille ne fut pas remplacée. Peu après sa mise à l'eau, le Great Republic prit feu. La négligence du constructeur, n'ayant pas pris la précaution d'une deuxième bouteille, l'a presque ruiné.
On a aussi prétendu que le Titanic qui a sombré lors de son voyage inaugural en 1912, n'avait pas été baptisé au champagne.
Le dernier transatlantique français, le France fut baptisé en 1962 par Madame Charles de Gaulle qui lança la bouteille de Charles Heidsieck.
En 1980 on a même tenté d'imputer le naufrage d'Olivier de Kersauson lors de sa traversée de l'Atlantique au fait que la bouteille ne s'était pas brisée au lancement de son trimaran.
Lors des vols inauguraux du Concorde, les passagers buvaient le champagne avant le départ, dans l'avion pendant le vol et à l'arrivée, devant les caméras de la télévision américaine et brésilienne.
Pour éviter ces fâcheux incidents, lors des baptêmes des navires de grand tonnage, toutes les mesures sont prises pour en garantir le succès, pour le plaisir des spectateurs et pour la sauvegarde du bâtiment. La bouteille est lestée. Les tests ont été pratiqués. La marraine n'a plus qu'à appuyer sur un bouton et la technique se charge du reste.
Enfin, cette tradition a inspiré de nombreux caricaturistes, tel ce dessin du parrain en haut-de-forme examinant attentivement l'étiquette, avant de lancer la bouteille, et s'exclamant: "Un grand 1955, quel dommage"! Où encore dans le film "Le Petit Baigneur" de Robert Dhéry, c'est une marraine pleine d'énergie qui projette sa bouteille..., faisant un trou dans la coque!
Aujourd'hui, on ne se contente plus des navires. Toute création, toute nouveauté, que ce soit un livre, un disque, une voiture, une nouvelle obtention de rose, que ce soit un exploit sportif, à l'issue d'une course de voitures, de champions cyclistes et autres alpinistes, le champagne généralement en magnum est bruyamment présent, secoué, pour mieux asperger les vainqueurs.
L'usage "hors boisson" du champagne, entendu par là du champagne non consommé, utilisé par aspersion s'accompagne d'une connotation pas très raffinée, voire choquante. N'a-t-on pas exagéré pour tomber dans un piège contradictoire avec les innombrables soins pris pour élaborer un produit de luxe, de prestige.
À noter que cette pratique reste l'apanage des grandes maisons, toujours à la recherche d'une publicité "explosive". Nous avons remarqué lors de notre enquête que les marques spécialement concernées se gardent bien de publier quoi que se soit au sujet des quantités de champagne sacrifié de cette manière, ajoutant simplement que cela reste très marginal.