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Les autoroutes parviennent à leurs limites de capacité, ce qui fait que le trafic se reporte sur les routes secondaires. Il est plus que temps pour les cantons d'agir.
Mi-juin dernier, l'Office fédéral des routes (OFROU) a publié son rapport relatif à l'évolution du trafic routier en Suisse en 2017. Ce document — malheureusement disponible uniquement en allemand confirme une nouvelle fois la hausse du trafic et des embouteillages sur les routes nationales (autoroutes), tout en indiquant une augmentation encore plus forte du trafic sur les routes secon¬daires, ce qui constitue une très mauvaise nouvelle.
Les routes nationales atteignent leurs limites de capacité
L'an dernier, le trafic a augmenté de 2% sur les autoroutes, ce qui fait que près de 28 milliards de kilomètres ont été parcourus sur ce réseau, chiffre qui correspond, comme le souligne l'OFROU, à plus de 67'500 fois la distance entre la Terre et la Lune. Concrètement, les routes nationales — dont la longueur totale est inférieure à 1'900 kilomètres, soit environ 2,5% de l'ensemble du réseau routier suisse — ont absorbé, en 2016-2017, plus de 40% de la totalité du trafic routier en Suisse et plus de 70% du trafic routier marchandises.
Ce résultat, qui atteste l'importance considérable du réseau autoroutier, marque cependant un tournant négatif, car il indique que le pourcentage de l'ensemble du trafic absorbé par les routes nationales se contracte depuis 2016. En d'autres termes, les autoroutes — qui ont permis de digérer la quasi-totalité de la croissance du trafic individuel motorisé ces vingt-cinq dernières années — parviennent à leurs limites de capacité, ce qui fait que le trafic semble se reporter sur les routes cantonales et urbaines.
Ce constat inquiétant pour la fiabilité de notre système de transport ne devrait cependant pas étonner les décideurs politiques. En effet, les heures d'embouteillages sur les routes nationales ont plus que doublé entre 2009 et 2017, de 12'000 à près de 26'000 heures, essentiellement du fait de la surcharge du trafic.
Notre pays compte désormais plus de dix tronçons autoroutiers fréquentés quotidiennement par plus de 100'000 véhicules, dont le noeud de Crissier, véritable carrefour routier de la Suisse romande et point-clé du réseau de transport de l'Arc lémanique.
Les cantons (romands) doivent agir
La Confédération dispose, à la suite de la nette approbation populaire du fonds routier début 2017, des instruments nécessaires pour élargir petit à petit un certain nombre de tronçons autoroutiers surchargés. Cela posé, il est désormais clair que ce programme de construction indispensable ne suffira pas à lui tout seul à assurer la capacité du réseau routier suisse, qui a absorbé 84% du transport de personnes, contre 16% pour le rail, et plus de 60% du transport de marchandises en 2016, contre moins de 40% pour le rail.
La Confédération, par la voix de l'OFROU, appelle ainsi les cantons à prendre des mesures sur leurs routes, en particulier aux abords des jonctions autoroutières, interfaces entre le réseau des routes nationales — de compétence fédérale — et le réseau secondaire, de compétence cantonale. Sans mesures cantonales, le réseau autoroutier ne pourra plus assumer sa fonction de drainage du trafic dans les agglomérations, avec pour conséquence que la multiplication des bouchons sur les routes nationales incitera nombre d'automobilistes à se rabattre sur le réseau routier secondaire: un beau gâchis en perspective!
Ce problème pourrait même particulièrement toucher la Suisse romande, comme l'atteste le déplacement géographique de l'évolution des embouteillages, pour reprendre les mots de l'OFROU, en particulier sur le contournement autoroutier de Lausanne.
En ce sens, les demandes des organisations économiques vaudoises et de VaudRoutes — Association routière vaudoise, demandes relatives à l'augmentation ciblée de la capacité du réseau routier cantonal sur la base de cartes de trafic, sont plus que jamais d'actualité.
Source: Patrons no 7-8 / juillet-août 2018/ Patrick Eperon