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Calculs biliaires
Introduction
«Se faire de la bile» est une expression bien connue pour décrire une personne anxieuse. Pourtant, la bile n’a rien à voir avec l’humeur. C’est un liquide produit par la vésicule biliaire (en vert dans la photo ci-dessous), un organe à part entière dans le processus digestif. La vésicule biliaire ne produit pas la bile. Cette dernière est produite par le foie (photo à gauche). Le rôle de la vésicule biliaire (petit organe dont le volume va de 50 à 70 ml) est de stocker la bile, la concentrer, puis la sécréter dans l’intestin grêle, via le signal d’une hormone: la cholécystokinine. Cette hormone est libérée lorsque le bol alimentaire arrive dans les intestins. Ainsi, c’est durant la digestion qu’a lieu la sécrétion de la bile, pouvant aller jusqu’à un litre par jour.
Les deux rôles principaux de la bile sont d’une part, l’émulsion des graisses du bol alimentaire, afin d’améliorer leur digestion et leur absorption. D’autre part, elle permet l’élimination des déchets excrétés par la grande usine du corps humain, le foie. Ces produits indésirables seront éliminés dans les selles. C’est le cas de la bilirubine, un produit de la dégradation des globules rouges.
La bile est essentiellement composée de sels biliaires, de cholestérol et de lécithine. Il peut parfois se former des calculs biliaires, souvent composés de cholestérol ou de pigments biliaires, mais en majorité, ces calculs sont faits de cholestérol. La présence de ces calculs passe en général inaperçue et sont souvent découverts fortuitement lors d’un contrôle médical.
Pour traiter les calculs biliaires, le médecin aura recours aux médicaments, aux ultrasons et finalement à la chirurgie si les premiers traitements se sont montrés inefficaces.
Notons encore que les douleurs occasionnées lors de la présence de calculs biliaires sont encore appelées «crise de foie», bien que le foie ne soit en rien impliqué là-dedans, vu que cela touche la vésicule biliaire et les voies biliaires.
Définition
Il existe plusieurs sortes de calculs, appelés également lithiases. Les calculs peuvent notamment se former au niveau rénal, au niveau salivaire, ainsi qu’au niveau biliaire. On a alors la formation de petits cailloux (appelés calculs) dans l’organe même (la vésicule biliaire est un organe stockant la bile, la concentrant et l’excrétant) ou dans les canaux excréteurs (les voies biliaires, dans le cas précis des calculs biliaires). Par voies biliaires, on pense au canal cystique (sortant de la vésicule biliaire), ainsi qu’à la voie biliaire principale (canal s’étendant du foie au duodénum).
Les calculs biliaires sont souvent formés de cristaux de cholestérol (dans le 90% des cas), parfois de sels de calcium ou encore de pigments biliaires. La précipitation du cholestérol en cristaux de cholestérol (calculs) se fait lorsque le foie a fabriqué une bile sursaturée en cholestérol.
Cette affection est plus fréquente qu’on ne se l’imagine. Les lithiases biliaires peuvent se former chez 10% de la population, principalement chez les personnes âgées de 55 à 65 ans. Cependant, elle n’est symptomatique que chez 20% des personnes atteintes!
Ainsi, les lithiases biliaires sont pour la plupart asymptomatiques et ne sont découvertes que «par hasard», lors d’un contrôle médical, par exemple.
Epidémiologie
Une étude publiée en 2016 dans le journal spécialisé Journal of the American Geriatrics Society a montré que l’incidence des calculs biliaires augmentait avec l’âge, de façon significative à partir de 70 ans. Cette étude réalisée par l’Université de Taïwan à Taïwan a notamment montré que les personnes âgées présentaient dans certains cas des calculs biliaires de façon asymptomatique, c’est-à-dire sans présenter de symptômes.
Causes
Les calculs biliaires sont principalement dus à la précipitation du cholestérol dans la vésicule biliaire ou dans les voies biliaires. Cela se produit lorsque le foie fabrique une bile sursaturée en cholestérol. Or, le cholestérol est peu soluble dans la bile, d’où la formation des cristaux de cholestérol.
Il existe différentes causes pour que la concentration du cholestérol soit trop forte dans la bile. Les causes ou facteurs de risque sont notamment l’alimentation, l’obésité, l’alcool, le stress, certains médicaments.
L’alimentation
Une alimentation hypercalorique, trop grasse, entraîne une concentration sanguine trop élevée en cholestérol. Les repas copieux déclenchent les crises de foie.
L’obésité, le surpoids
L’obésité et le surpoids sont source de nombreuses maladies métaboliques. En diminuant son poids, lorsque l’on souffre de surpoids est un facteur favorable à la diminution de la fréquence d’apparition des calculs biliaires. Le corps fonctionne mieux.
L’alcool
L’alcool pris en trop grande quantité et de manière chronique peut détériorer le fonctionnement du foie en provoquant une cirrhose. Un foie qui travaille mal, produira une bile surchargée et de mauvaise qualité, expliquant l’apparition des calculs biliaires.
Les médicaments
Les médicaments pouvant entraîner la formation de calculs biliaires sont notamment les œstrogènes, les contraceptifs oraux ou les médicaments hypolipémiants (utilisés dans le traitement du cholestérol) comme les fibrates.
Personnes à risque
Les calculs biliaires sont une affection qui touche à peu près 10% de la population adulte, en Europe. C’est donc une affection fréquente, atteignant principalement la tranche d’âge des 50-60 ans. Vers 80 ans, il semblerait que 60% des personnes seraient atteintes. Lire aussi sous Epidémiologie
Il semblerait de plus que les femmes soient plus touchées que les hommes. Remarquons que les périodes précédant les règles représentent des périodes où les coliques hépatiques sont les plus fréquentes.
Une prédisposition génétique pourrait favoriser l’apparition des calculs biliaires. En effet, les amérindiens ainsi que les hispanophones sont les populations présentant le plus de cas de calculs biliaires.
Ainsi, les personnes pouvant souffrir de calculs biliaires et donc de coliques hépatiques sont :
– Les personnes entre 50-60 ans. Le risque augmentant avec l’âge (60% de la population ayant plus de 80 ans)
– Les femmes
– Les alcooliques
– Les personnes obèses, les personnes en surpoids
Symptômes
Les calculs biliaires présents dans la vésicule biliaire, n’entraînent en général aucune douleur, aucun symptôme. Raison pour laquelle ils passent souvent inaperçus. Cependant, leur migration dans les voies biliaires peut s’accompagner de symptômes caractéristiques et violents et durer quelques heures. Les crises apparaissent plus fréquemment la nuit, suite à des repas riches en graisses. Les symptômes débutent en général sur la partie supérieure de l’abdomen. On a une sensation de lourdeur. La douleur s’intensifie et peut irradier jusque dans le bras droit, l’épaule et l’omoplate.
Ainsi, les symptômes caractéristiques sont les suivants :
– Coliques. On note en particulier des douleurs d’intensité élevée qui apparaît rapidement en haut à droite ou au centre de l’abdomen.
– Douleurs violentes, en plus de l’abdomen (lire ci-dessus), les douleurs peuvent prendre la forme d’un mal de dos notamment entre les omoplates ainsi que sur l’épaule droite
– Nausées
Il est possible de voir apparaître d’autres symptômes digestifs tels que :
– Troubles digestifs, diminution de l’appétit
– Perte de poids
– Fatigue
Lors de crises violentes, le patient devient pâle et présente des mains moites.
Malheureusement, ces symptômes ne sont pas caractéristiques de la «crise hépatique» causée par la présence de calculs biliaires ou leur migration dans les voies biliaires. Il sera donc important d’exclure d’autres maladies lors du diagnostic des calculs biliaires, telles que hépatite, appendicite, colique néphrétique, pancréatite, occlusion intestinale, péritonite, ulcère de l’estomac ou encore un infarctus du myocarde!
Lorsque les voies biliaires sont bloquées par un calcul biliaire, il peut apparaître une jaunisse. Les symptômes caractéristiques de la jaunisse peuvent apparaître : le blanc des yeux et la peau deviennent jaunes.
Taille des caillots
Ces caillots ou calculs biliaires peuvent avoir la taille de grains de sable ou d’une balle de golf.
Durée des symptômes
Les symptômes peuvent durer de quelques minutes à plusieurs heures.
Diagnostic
Le diagnostic des calculs biliaires est compliqué par le fait que la présence de calculs biliaires est en général asymptomatique et passe inaperçue. On appelle cela une lithiase latente. Sans douleur et autres symptômes digestifs, on ne pense pas à aller consulter le médecin. Parfois cependant, lors de la migration des calculs dans les voies biliaires, cela entraîne de fortes douleurs avec des troubles digestifs. Le diagnostic se fait alors en urgence. Le médecin effectue une échographie. Il est également possible d’utiliser une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique). Des examens complémentaires peuvent être demandés, comme un examen fonctionnel du foie, une radiographie.
Echographie
L’échographie permet notamment de voir
– La lithiase de la vésicule biliaire
– Un épaississement de la paroi de la vésicule biliaire, montre une inflammation lors de cholécystite aiguë
– Une dilatation de la voie biliaire
– Des obstacles, comme une tumeur, par exemple.
De plus, l’échographie montre également le foie et le pancréas, ce qui peut compléter le diagnostic (en cas de tumeur du pancréas, par exemple)
Cholangio-IRM
La cholangio-IRM est utilisée pour diagnostiquer la bile et les calculs contenus dans la vésicule. La cholangio-IRM renseigne moins sur l’état de la paroi de la vésicule biliaire, mais renseigne bien sur les lithiases et la morphologie des voies biliaires.
Complications
Les complications les plus fréquentes des calculs biliaires sont la cholécystite et la lithiase du cholédoque, ainsi que l’angiocholite aiguë.
La cholécystite
On distinguera la cholécystite de la cholécystite aigüe. La cholécystite est l’inflammation de la vésicule biliaire. Elle se caractérise par la survenue de douleurs abdominales, de la fièvre. Tandis que la cholécystite aiguë est une infection de la vésicule biliaire et de son contenu. En effet, la lithiase bouche le canal et empêche la bile de circuler. Cela entraîne une infection de la bile et ensuite de la vésicule biliaire. Parfois, le canal peut être bouché par une tumeur, bien que cela soit moins fréquent.
D’autres cas de cholécystite aigüe, sans lithiase, peuvent être dus à une infection bactérienne ou encore des états de choc, mais ils apparaissent en général chez des personnes qui souffrent déjà de diabète ou qui sont immunodéprimées.
La lithiase du cholédoque
Le cholédoque est le canal qui relie l’intestin à la vésicule biliaire. Ce canal peut également être bouché par une lithiase et représente alors la lithiase du cholédoque. Cela bloque ainsi l’écoulement de la bile et provoque la survenue d’un ictère (jaunisse).
L’angiocholite aigüe
Suite à une lithiase du cholédoque, il est possible qu’une infection, appelée angiocholite aigüe survienne. Les germes responsables de l’angiocholite aigüe sont principalement E. Coli, les entérocoques ou les klebsielles. Cependant, dans 10% des cas d’angiocholite aigüe, cela peut être dû à une malformation des voies biliaires, à une tumeur présente dans les voies biliaires ou encore à une tumeur du pancréas.
Traitements
Lors de crises dues à la présence de calculs biliaires, il s’agit en premier lieu de soulager les symptômes, raison pour laquelle on administrera des anti-douleurs et des spasmolytiques.
Remarquons qu’il s’agit de traiter seulement les calculs biliaires qui mènent à des symptômes, cela signifie uniquement si ces calculs aboutissent à des douleurs ou autres symptômes.
Pour traiter les calculs biliaires, il y a plusieurs stratégies possibles, comme la dissolution des cristaux par les médicaments, l’utilisation d’ultrasons pour casser les cailloux ou la chirurgie afin d’extraire les cailloux ou enlever la vésicule biliaire.
- Médicaments contre les calculs biliaires
Les médicaments utilisés lors de calculs biliaires sont utilisés afin de dissoudre les calculs biliaires faits de cristaux de cholestérol.
On ne pourra pas utiliser de médicaments si les cristaux sont faits de pigments biliaires. Ce traitement est en général long, avec un taux de réussite faible et des récidives fréquentes.
On privilégie l’utilisation des médicaments tout de même, lorsque les symptômes sont peu prononcés (douleurs pas ou peu fortes, présence de calculs non calcifiés et vésicule biliaire encore fonctionnelle). Les médicaments doivent être pris durant 6 à 18 mois pour obtenir une dissolution des calculs biliaires.
Les médicaments utilisés sont l’acide ursodésoxycholique© et l’acide chénodéoxycholique©
- Ultrasons pour casser les calculs biliaires
Le but des ultrasons est de casser les calculs biliaires. Les fragments plus petits peuvent plus facilement migrer le long des voies biliaires et rejoindre les intestins afin d’être éliminés. Les ultrasons sont appliqués en dehors du corps.
Le taux de réussite des ultrasons contre les calculs biliaires reste cependant faible. Même si les calculs biliaires cassés sont plus petits, ils peuvent tout de même engendrer des douleurs lors de leur migration, voire occasionner une colique hépatique.
- Traitement chirurgical
Le traitement chirurgical est envisagé lorsque les complications sont importantes, à ce moment, on enlève la vésicule biliaire (en vert sur la photo ci-dessous), opération appelée cholécystectomie.
On entend par complications, les cas de calculs biliaires où il y a des coliques hépatiques fréquentes et très douloureuses, c’est-à-dire une cholécystite aiguë.
Comme la vésicule biliaire n’est pas vitale pour l’organisme, une cholécystectomie ne mène pas à de problèmes particuliers. Suite à une cholécystectomie la bile s’écoule directement du foie vers le petit intestin.
Remèdes naturels
– La fumeterre peut être utilisée en complément en cas de calculs biliaires.
– En sachant que l’on fait facilement des calculs biliaires, on pourra s’aider de la phytothérapie en buvant des infusions de bourgeons de pin. Pour ce faire, il faut infuser 20 g de bourgeons de pin dans 1 litre d’eau bouillante durant 10 minutes. Cette infusion sera consommée durant la journée.
Bons conseils
- Lors du traitement des calculs biliaires, il faut en premier lieu se reposer et ne pas trop manger. La position couchée favorise une meilleure récupération, on a moins mal.
- Il s’agira avant tout de diminuer les douleurs ainsi que les spasmes, par la prise de médicaments antalgiques et spasmolytiques. Il est entendu qu’il faudra prendre régulièrement les médicaments prescrits par le médecin, afin de dissoudre les calculs biliaires.
- Si de la fièvre apparaît lors des crises de foie, il faudra aller consulter en urgence, afin d’exclure toute infection et de recevoir le traitement adéquat le plus rapidement possible.
- Une fois les crises passées, il faudra songer à réduire son poids, si l’on souffre d’obésité, ainsi que de contrôler son alimentation. En effet, une alimentation riche en graisse favorise l’apparition des crises du foie.
- Remarquons qu’en cas de cholécystéctomie (ablation de la vésicule biliaire par chirurgie), il n’y a en général aucune complication. La digestion peut se faire normalement. La bile, produite par le foie, au lieu d’être stockée, emmagasinée et libérée par la vésicule biliaire (désormais enlevée), coulera simplement de manière continue dans le duodénum. Ainsi, la bile pourra toujours, par son activité enzymatique, faciliter la digestion des graisses de l’alimentation, ainsi que transporter certains déchets de l’organisme produits par le foie.
Prévention
- Une des causes principales de la formation des calculs biliaires étant la formation par le foie d’une bile sursaturée en cholestérol, il s’agira d’éviter d’avoir trop de cholestérol, afin que ce dernier ne précipite pas dans la bile et forme des calculs biliaires.
Pour ce faire, il s’agira de diminuer son cholestérol, de réduire son poids si l’on souffre d’obésité. Il faut donc éviter la sédentarité en bougeant. Rappelons que pour maintenir une bonne santé, il faut pratiquer en tout cas 30 minutes d’activité physique par jour. Deux fois par semaine, il est recommandé de faire 1h30 de sport. Il est essentiel de s’entraîner de manière adéquate, sans trop forcer, mais plutôt privilégier un entraînement régulier au lieu d’un entraînement intensif pratiqué rarement.
- On rappellera qu’il est essentiel d’accompagner son régime alimentaire et le sport par la prise de liquide (de l’eau) en suffisance : 2 litres par jour sont essentiels.
- Il s’agira également d’éviter les repas gras, ainsi que tous les aliments favorisant l’apparition de flatulence comme les choux, les brocolis. Plutôt que de prendre des repas lourds, mieux vaut manger plus léger et plus fréquemment.
- On évitera la prise d’alcool de manière chronique – la consommation d’alcool représentant un facteur de risque de la formation des calculs biliaires.
- Jeûner ou manquer des repas peut également augmenter le risque de souffrir de calculs biliaires.
Références (sources):
Journal of the American Geriatrics Society (J Am Geriatr Soc. 2016;64(11):2330-2335), Mayo Clinic
Dossier écrit à l’origine par Mme Van Nguyen (pharmacienne suisse), mises à jour par Xavier Gruffat (pharmacien suisse). Crédits photos : Fotolia.com