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Rencontres insolites.
Lorsque l'on évolue dans le ciel, il arrive que l'on fasse des rencontres inattendues. En voici deux exemples.
A bord de mon Mirage d'essais J-2301, je rentre d'un vol de mesures de marges de manœuvre (facteur de charge maximum en virage horizontal à vitesse constante) dans le secteur d'entraînement "Préalpes/Oberland". Ma base de Payerne est à une cinquantaine de kilomètres. Il est 11h38 et je dois y être posé à 11h45 si je ne veux pas que les mécanos de piste me tirent la gueule jusqu'à la fin de la journée. Alors, pleins pots à 1500 m/M et 1000 km/h (17 km/min; 280 m/sec)! En m'approchant du petit aérodrome sportif d'Ecuvillens, mon regard est attiré par un minuscule point noir à l'horizon…ou est-ce un moucheron qui s'est écrasé sur mon pare-brise? Je n'ai pas le temps de faire "ouf" que la corolle rouge et blanche d'un parachute s'ouvre à un cinquantaine de mètres de mon avion. Vision fugace d'un visage ahuri!
Une fois au sol, je saute à la Direction des vols pour contrôler la carte d'obstacles et de dangers aériens: rien sur Ecuvillens.
A 13h30, je monte à la tour de contrôle pour déposer mon plan de vol pour l'essai de l'après-midi et que vois-je sur la carte des obstacles et dangers aériens? Une zone de largage de parachutistes sur l'aérodrome d'Ecuvillens! Il y en a un qui a dû avoir la frayeur de sa vie à la perspective de se faire embrocher par ma perche Pitot. Mais ça n'aurait pas été ma fête non plus!
Dans le cadre de la campagne d'optimisation de la poussée de nos réacteurs ATAR-9C en supersonique, je vais réaliser, entre 1971 et 1975, 67 accélérations à Mach 2. Lors de l'une d'elles, à bord de ma fidèle J-2301, je me trouve sur le couloir supersonique 4 "Thusis-Aigle" à l'altitude optimale d'accélération du jour "TROPA" de 10'500 m/M. J'approche d'Aigle et mon Machmètre indique 1.98 (590 m/sec) lorsque ma vision périphérique perçoit, le temps d'une fraction de seconde, que je dépasse à une ou deux centaines de mètres un gros globe tout blanc d'une quinzaine de mètres de diamètre. Pas le temps de réagir ni même d'être stupéfait, mais lors de ma décélération et de ma descente en vol économique vers Payerne, je me pose quand même des questions.
Qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Il me semble bien avoir aperçu une boîte noire pendue sous cet objet, mais certainement pas une nacelle de ballon à air chaud ou de montgolfière. Alors quoi?
De retour au sol, je signale cette curieuse (et dangereuse) rencontre au Chef du service de vol et nous cherchons ensemble ce que ça pouvait bien être. On tombe sur l'idée d'un ballon-sonde. La station aérologique de Payerne en lâche deux par jour: un à minuit et un à 12 h. Mais ils ne font qu'environ 2 mètres de diamètre.
Nous réalisons alors que sous l'effet de la diminution de densité de l'air en altitude, il se pourrait bien que ces ballons se gonflent considérablement. Coup de fil à ladite station. Oui, leurs ballons à hydrogène se gonflent effectivement au fur et à mesure que la pression atmosphérique diminue, jusqu'a atteindre une douzaine de mètres de diamètre. Ils montent jusqu'à 35'000m/M où ils éclatent, leur précieux boîtier de mesures étant ramené au sol par un parachute. Non, ils ne sont pas signalés…mais il n'y a encore jamais eu d'incident, me précise-t-on! Voilà qui ne me rassure guère, quand bien même les informations de vitesse et de direction du vent, de température, de pression et d'humidité fournies par ces sondages nous sont de la plus grande utilité. Ce sont d'ailleurs eux qui déterminent l'altitude de la tropopause, ce qui nous permet de calculer… l'altitude optimale d'accélération supersonique. Un prêté pour un rendu!
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