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C'est une autre facette d'Ella Maillart qu'explore l'émission "Babel", sur les lieux mêmes où a vécu pendant 50 ans la Genevoise: son chalet à Chandolin, avec sa vue sublime et le Cervin en toile de fond. Un paysage qui lui rappelait l'Himalaya ou le Tibet.
Le silence, cet absolu
Une de ses amies, Anneliese Hollmann y vit aujourd'hui. Elle raconte au micro de Sabine Petermann qu'Ella l'avait fait construire en 1947 et qu'elle en avait dessiné toutes les chambres. Elle dit aussi combien la voyageuse aimait son jardin, sa terrasse, le soleil de 2000 mètres, la pureté de l'air, mais surtout la qualité du silence. Ella Maillart avait d'ailleurs une belle expression pour le qualifier: "le silence, c'est le verbe de l'absolu".
A écouter Ella Maillart qui parle de son chalet, de la marche et de sa rencontre avec les sages indiens:
L'émission explore ce que, par pudeur, la femme d'action a peu évoqué: sa quête de l'absolu.
Toute sa vie, elle a recherché ce qu'elle appelait une tribu heureuse, celle qui n'aurait jamais été influencée par la civilisation et qui vivrait en harmonie avec la nature
"Elle a cru en trouver en Asie centrale, auprès de tribus nomades mais elle s'est rendu compte que ces êtres n'étaient pas libres, sous le joug soviétique et pris dans un conflit entre russes et musulmans. Alors, elle est partie en Inde", dit son amie, rencontrée en 1946.
La marche, l'opium du voyage
Au micro de la RTS en 1979, Ella Maillart explique le long chemin qui l'a conduite à apprécier pleinement la plénitude du moment présent. D'abord par la marche, cet exercice qui vous oblige à mettre un pied devant l'autre et à avancer, sans trop réfléchir. Mais l'exercice ne lui suffit pas à combler ce qu'elle appelle "son vide métaphysique".
Elle a besoin de réponses à ses questions. Pourquoi on existe? Quel est le but de la vie? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? La guerre va précipiter son appétit de spiritualité. Et c'est en Inde, qu'elle trouvera la réponse.
Petit "je" et grand "je"
Dans une archive de 1986, elle explique ce qu'elle a appris de cet enseignement. Il faut l'écouter expliquer la différence entre le petit "je", celui qui varie en fonction des idées, des sentiments, des caprices de l'âge, et le "je" permanent, qui ne s'identifie ni aux passions ni aux idées, et qui est le seul témoin fiable, le sésame qui permet d'accéder à la plénitude.
Tout de suite après, Ella Maillart s'en veut d'avoir livré en quelques phrases une recherche qui prend des années. Et on comprend alors pourquoi elle a été si discrète sur cet aspect-là de sa vie: elle ne voulait ni brader l'enseignement des sages, ni devenir le gourou d'une recherche prêt-à-penser.
Marie-Claude Martin