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Célèbre de son vivant et promptement oublié après sa mort précoce, à l’écart des grands courants nationalistes russes et en marge du modernisme viennois, Alexandre Scriabine constitue l’une des figures musicales les plus originales du tournant du XXe siècle. Formé au Conservatoire de Moscou, il a d’abord entamé une carrière internationale de pianiste virtuose, tout en produisant des œuvres pour piano encore marquées par l’influence des compositeurs romantiques, à l’instar de son proche ami Rachmaninov. Un concerto pour piano, composé en 1896, l’a ensuite conduit vers le registre orchestral. Les deux premières de ses trois symphonies n’ont pas tardé à suivre. Composées à intervalle rapproché (1900 et 1901), elles sont toutes deux coulées dans une forme peu traditionnelle, respectivement en six et cinq mouvements. Scriabine avait d’abord songé à inclure des voix dans la Deuxième symphonie, comme il l’avait fait dans la Première, mais son éditeur Belaïev l’a convaincu de composer une œuvre purement instrumentale. Scriabine y a fait valoir une plus grande maîtrise des couleurs orchestrales, particulièrement dans le mouvement central qui constitue le cœur de l’ouvrage construite selon le principe cyclique de thèmes récurrents. Lors de sa création à Saint-Pétersbourg en janvier 1902, la Deuxième symphonie de Scriabine n’a guère suscité d’enthousiasme. Par la suite, le chef d’orchestre russe Vladimir Safonov a néanmoins salué cette œuvre comme étant « la nouvelle Bible ».