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Le facteur était une factrice
C’est quand on arrive à la porte de la retraite qu’on prend le temps de se pencher en arrière…. Force est de constater que le village d’Aire-la-Ville s’est profondément modifié, en triplant sa population en quarante ans ! Paradoxalement, sa poste - et les services qu’elle rend(ait) - a plutôt diminué ses prestations en quarante ans….
Entrée de l'ancienne poste avec l'empreinte de l'enseigne postale sur le côté droit. (DR)
Jusqu’aux années soixante, la poste du village était située chez un particulier qui louait une pièce de son appartement à la régie fédérale. Elle était située au début du chemin du Vieux-Bac, l’emplacement de la plaque PTT est encore visible aujourd’hui sur cette maison, vue depuis la route du Vieux-Four.
La factrice était un personnage typique du village, on disait qu’elle connaissait personnellement tous les habitants et que certains d’entre-eux, en bas d’une carte postale adressée à leur famille, rajoutaient des « salutations à Adèle » ! C’était le temps heureux où le service postal était complet, les heures de fermeture du guichet étant conditionnées par le temps nécessaire à la factrice de faire sa tournée ….à pied.
Au début des années septante, suite au départ à la retraite de la factrice en place - et vraisemblablement parce qu’aucun habitant ne voulait reprendre l’activité à son domicile -, la commune construisit une annexe (encore en place actuellement) contre le bâtiment de l’école côté sud qui devint la poste du village. Elle fut dirigée par un ancien boucher habitant du village qui se métamorphosa en buraliste indépendant quelques années avant sa retraite. C’était le temps béni où les habitants pouvaient laisser leurs bulletins de versement avec l’argent au passage du buraliste qui faisait sa tournée et qui ramenait les récépissés et éventuellement la monnaie le lendemain.
Fin des années septante, le local de poste se déplaça au rez de l’immeuble de la mairie nouvellement construite au virage de la route du Vieux-Four, un couple de buraliste s’installa dans l’appartement contigu, l’inauguration eut lieu en juin 1978 – avec la participation des autorités, des habitants et des enfants de l’école - et l’avenir de la poste semblait assuré pour longtemps. Mais quelques années plus tard, des restrictions fédérales réduisirent cette poste à une succursale de celle de Bernex, puis du Petit-Lancy, ouverte une à deux heures par jour, malgré les réclamations des habitants, notamment des personnes plus âgées qui ne se rendent plus systématiquement en ville.
Début du 21e siècle, la poste ferma définitivement. Certains des services postaux ont certes été intégrés à l’épicerie locale, mais il faut se rendre à l’évidence, ce n’est plus la poste du village où on allait apporter ses paiements, retirer sa paie et discuter avec le ou la buraliste.
Je sais que les temps ont certes changé et qu’Internet a passé par là, mais le souvenir de la poste, un des lieux de rencontre des habitants du village, reste entier auprès des anciens….
Yves Delieutraz - Décembre 2010