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Cette question en appelle une autre: qui peut dire si l’humain est bon ou corrompu? Qui a le recul et l’objectivité nécessaire pour en rendre compte. L’avis du philosophe est-il dépourvu de toute volonté de démonstration d’une thèse? Rien n’est moins sûr.
Cela n’enlève rien à sa réflexion. Là n’est pas la question. Je terminais la première partie de ce billet sur le constat que Jean-Jacques Rousseau nous amène à repenser le monde et comment nous y vivons. Mais l’avis d’une seule personne, fut-elle un philosophe, ne peut suffire à répondre à une question aussi vaste: l’être humain est-il initialement «bon», innocent? La société est-elle vraiment cause de corruption, de préjugés, ou la corruption préexiste-t-elle dans l’individu? Aujourd’hui où nous avons collectivement testé différents systèmes politiques, où nous avons cru que le système allait changer la vie, avant de répandre la désillusion, cette question de la responsabilité individuelle dans la mise en place du système ne peut plus être écartée. C’est nous-même qui devons être questionnés, plus le système. Le prochain système sera selon les valeurs que nous aurons ancrées en nous et passées au crible de l’expérience afin d’en corriger les bugs.
Pour évaluer correctement l’humain et ses modes d’organisation passés et futurs il faudrait confier la tache à des personnes impartiales. Mais en existe-t-il?
Les savants? Chacun pourrait ne voir que ce qu’il sait voir. Pour le mathématicien l’humain serait une équation. Pour l’astrophysicien, une poussière d’étoile. Pour le linguiste, une organisation neuronale. Pour le philosophe, un objet de spéculation. En collant les unes aux autres ces descriptions on arriverait au mieux à un tableau surréaliste.
Les religieux? Et selon quelle religion, et pour quelle nouvelle guerre?
Les poètes? Depuis si longtemps ils parlent de l’homme et de la femme, de la beauté des arbres, de la lumière du ciel sur le front des enfants. Ils écrivent le silence du matin après la guerre, et la fête d’amour des jeunes mariés dansant sous la futaie un beau dimanche de mai. Ils invoquent l’âme, cette sorte de matière qui réuni l’individu dans sa quête.
Tout ce qu’ils écrivent est gravé dans le coeur, même quand la mémoire s’efface. Les mots des poètes n’appartiennent à personne. Un fois dits ils continuent leur voyage et tissent peu à peu, avec un fil d’argent secret, pendant des milliers d’années, un miroir où un jour la corruption ne se reflètera plus. C’est leur Graal: inventer le miroir qui rend beau en soi, qui donne envie de s’aimer et d’aimer.
Les poètes étant les plus libres des humains, posés tout en haut de la cité, au-dessus du banquier, du pape et du philosophe, à distance respectable du sage, ils disposent d’une vue plus globale que les autres humains. Mais ils restent des humains et sont impliqués dans la description. Ils ne peuvent être impartiaux. Mais ils préparent le chemin.
Les psychologues, pas les académistes où tout est dit d’avance. Non, les décalé, les hors castes, les Gestaltistes par exemple. Les chamanes aussi. Eux ne diraient rien sur l’Homme, rien qui l’enfermerait. Ils trouveraient comment écouter chaque femme, chaque homme, parler de soi, parler de loin en soi. Parler d’un lieu où ce qui est juste trouve sa place, sa bonne place. Toutes ces voix qui parlent du plus juste d’eux font le son d’une rivière, comme celle qu’écoute le Siddharta de Hermann Hesse, et ce son est le son sacré de l’unité, Om, qui monte en oscillation vers l’espace ouvert au-dessus de lui. La question n’est plus d’être bon et innocent, ou corrompu. Ce qui vient là est une liberté intérieure qui naît simultanément avec la sagesse.
Mais un esprit rigoureux viendra et dire:
- Ce sont tous des humains. Ils sont concernés. Ils sont juges et partie. Même la transcendance est touchée par le doigt du désir humain. Ils ne peuvent être impartiaux. Nous ne pouvons leur confier la mission d’évaluer l’Homme.
Il y a ensuite les extraterrestres. Mais que savent-ils de nous, si même ils existent? Leur point de vue à notre égard pourrait être si débordant de malentendus, ne serait-ce qu’à cause de la qualité de la traduction simultanée, que je doute qu’ils puissent maintenir à notre égard un regard juste. De plus nous les avons tellement imaginés, nous leur avons attribué tant d’intentions, qu’il doivent d’abord se retrouver eux-mêmes loin de nos projections.
Après avoir bien cherché il faut convenir que ceux qui parlent des humains sont des humains. Ils sont donc partiaux, trop enthousiastes, ou ils n’y croient pas. Aucun n’est assez impartial pour évaluer les Hommes.
Toutefois les poètes font une bonne suggestion: se laisser parfois vivre sans explication, sans rien démontrer. Suivre ce que l'on sent juste en soi. L’Homme naît bon? Peut-être. Parfois. Parfois pas. Ce n'est pas toujours si important.
- Regarde chaque être et chaque moment avec un regard instantané, sans y mettre toujours une intention.
- A quoi cela sert?
- A rien. C’est gratuit. Mais c’est par là que transitent parfois les grandes intuitions.
....
- Essaie.