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Débat
Le président. Nous sommes au point 37 de notre ordre du jour. La parole est à Mme Christina Meissner, cosignataire de cette proposition de motion.
Mme Christina Meissner (UDC). Merci, Monsieur le président. Changeons un peu de sujet, cela nous fera du bien. (Brouhaha.) En l'occurrence, parlons du bois indigène, lequel a tout pour plaire. Alors que l'emploi d'autres matériaux de construction, comme le béton, a un impact considérable en termes d'émissions de gaz à effet de serre, le bois peut se targuer d'avoir un excellent bilan carbone. Lorsque, en plus, le choix est d'utiliser le bois indigène, ce sont les émissions de carbone liées au transport qui sont fortement diminuées. (Brouhaha.) Utiliser un matériau indigène permet également de s'assurer que les conditions d'exploitation et de transformation respectent les normes environnementales les plus rigoureuses, contrairement à certains matériaux produits dans des contrées lointaines, où l'on ignore tout des conditions sociales et écologiques d'extraction et de production, qui, doit-on le rappeler, ne respectent pas toujours les principes du développement durable.
La loi sur les forêts prévoit que le canton appuie les efforts tendant à l'utilisation du bois indigène et qu'il veille notamment à ce que les institutions cantonales favorisent l'utilisation du bois indigène comme matière première et source d'énergie. Selon son règlement d'application, les projets de construction émanant des pouvoirs publics doivent en principe comporter une variante bois présentée dans le cadre d'une étude de faisabilité comparative. Pourtant, dans les faits, combien d'ouvrages construisons-nous à Genève, en bois ? (Brouhaha. Le président agite la cloche.) Quasiment aucun ! Pourquoi, alors que les bases légales sont claires et incitatives, l'Etat ne construit-il pas davantage de bâtiments en bois ? Telle est la question qui est posée par cette proposition de motion, et il est dès lors nécessaire de demander à l'Etat de nous donner des explications, en l'occurrence de nous rendre un rapport de ce qu'il fait et entend faire pour encourager l'utilisation du bois indigène dans la construction à Genève. Je vous remercie donc d'accepter cette motion et son renvoi au Conseil d'Etat.
M. Jean-Louis Fazio (S). Mesdames et Messieurs les députés, le bois est le fruit de la nature. (Exclamations.) C'est un matériau très performant... (Brouhaha. Le président agite la cloche.) ...remarquablement léger et résistant. La construction a chaque jour davantage recours aux nouveaux produits dérivés du bois. Le bois est une matière première renouvelable, en croissance permanente. Comme l'a dit notre collègue, c'est un avantage écologique indéniable face aux nombreux matériaux issus de matières premières non renouvelables utilisées dans la construction.
En Suisse, la production de bois est le fruit de cent ans de gestion durable de nos forêts. Seul l'accroissement est exploité, le stock de base reste intact. Chaque année, nos forêts croissent de près de 9,6 millions de mètres cubes de bois, dont 4,4 millions seulement sont récoltés, et 2,8 millions servent à la construction. Il pousse donc près de deux fois plus de bois que l'on n'en utilise. Il est nécessaire d'exploiter cet excédent, pour ne pas voir nos forêts vieillir et qu'elles perdent de leur vigueur.
A tous les stades de sa transformation, le bois génère des emplois au niveau local. De plus, les transports de longue distance peuvent être épargnés. (Brouhaha.) Quand le bois ne peut plus servir de matériau de construction, son élimination se fait sans problème. Le bois n'est pas un déchet; il devient une source d'énergie neutre du point du vue du CO2, capable de nous chauffer. Son cycle naturel est alors bouclé.
Du point de vue énergétique, les constructions en bois atteignent des valeurs d'isolation thermique largement supérieures à celles des bâtiments traditionnels. J'aimerais, mes chers collègues, citer deux exemples, proches de nous, de constructions réalisées en bois. La première est à Grenoble; dans l'ancien complexe de l'arsenal de l'armée française, un écoquartier a été réalisé dont les immeubles, classés Minergie, sont entièrement en ossature bois. (Brouhaha. Le président agite la cloche.) Voici l'autre exemple: dans la banlieue de Lyon, un lotissement de villas entièrement en bois a été construit... (Brouhaha.)
Le président. Monsieur le député, veuillez m'excuser. J'aimerais demander aux trois députés qui sont au fond, qui se reconnaissent, de peut-être aller discuter aux Pas-Perdus ou à la buvette. Je vous remercie. Vous pouvez continuer, Monsieur le député.
M. Jean-Louis Fazio. Dans la banlieue de Lyon, un lotissement de villas entièrement en bois a été construit. Ces dernières sont classées «Energie positive», puisque, au lieu de consommer de l'énergie, elles en produisent, pour la grande satisfaction de leurs propriétaires, devenus producteurs et revendeurs d'énergie.
Bref, comme vous pouvez le constater, Mesdames et Messieurs les députés, des progrès fantastiques ont été réalisés dans l'utilisation du bois: c'est le matériau d'un futur raisonnable. Nous soutenons cette motion et vous invitons à faire de même.
Une voix. Bravo ! (Applaudissements.)
M. Serge Dal Busco (PDC). Mesdames et Messieurs, chers collègues, notre collègue Fazio vient d'admirablement faire l'éloge de ce matériau qu'est le bois. Il parle évidemment en connaisseur, donc je ne vais pas répéter ce qu'il a excellemment exposé. Ce qui m'intéresse, en tant que signataire de cette proposition de motion, c'est de savoir pourquoi - alors que notre législation le prévoit, le demande - l'émergence de constructions en bois est limitée. Il y a certes des projets tout à fait remarquables qui voient le jour, dans des constructions de l'Etat mais également des communes, cependant il faut reconnaître que cela reste relativement marginal. C'est donc l'objectif, en tout cas le mien, en signant cette proposition de motion: savoir un peu davantage, dans le fond, pour quelles raisons on en arrive à cette situation.
Je voudrais encore dire que cette tendance, réjouissante, à vouloir utiliser des matériaux de construction de plus en plus compatibles avec l'environnement, et notamment avec la charge en matière de CO2, conduit également les gens ou ceux qui promeuvent l'utilisation d'autres matériaux, en particulier ceux que l'on semble décrier, comme le béton, à faire également preuve d'inventivité en la matière en utilisant - ou en en faisant la promotion de l'utilisation - du béton dit de recyclage, à partir de matériaux de démolition. Je trouve que c'est une manière tout à fait intelligente d'utiliser les matériaux selon leurs caractéristiques propres. On ne peut pas, à tout-va, se servir de bois pour n'importe quel objet. Il y a des objets qui s'y prêtent particulièrement bien, d'autres beaucoup moins et pour lesquels d'autres types de matériaux sont préférables.
Pour en savoir un peu davantage sur ces questions, je vous invite évidemment, au nom du groupe démocrate-chrétien, à voter cette motion.
Mme Jacqueline Roiz (Ve). En effet, le bois est une matière première dont nous ne manquons pas en Suisse. Seulement 50% de la surface forestière produisent 70% du bois utilisé dans notre pays, donc on a encore de la marge.
Je rappelle juste le cycle de fabrication d'une habitation en bois. Cela comprend la structure, la construction de l'ouvrage, son utilisation et sa déconstruction. Toutes ces étapes constituent des effets positifs considérables dans la perspective d'un développement durable.
Du point de vue du climat, on remarque que le bois est un matériau qui permet de capter une énorme quantité de CO2 - on l'a déjà dit - qu'il garde tant qu'il ne se décompose pas. Le bois agit contre les changements climatiques, et l'utiliser à maturité avant qu'il se décompose est un moyen de garder intelligemment ce CO2. D'un point de vue technique, le bois possède aussi une forte masse thermique qui s'oppose aux variations extérieures de températures; à épaisseur égale, il est près de dix fois plus isolant que le béton. (Brouhaha.)
Ce concept est un levier économique important pour la filière du bois, pour la filière du recyclage et pour l'artisanat local, qu'il stimule. Cette matière première est économique tant pour l'acquéreur que pour le locataire d'un bâtiment, puisque son prix est évidemment intéressant et que les économies d'énergie qu'il peut engendrer sont aussi très bonnes s'il est bien utilisé. L'Union suisse des paysans, l'USP, confirme... (Brouhaha.) Je n'arrive pas à parler, Monsieur le président, parce qu'on discute à ma gauche... (Le président agite la cloche.) ...c'est assez difficile. (Commentaires.)
Le président. Poursuivez, Madame la députée.
Mme Jacqueline Roiz. Selon l'Union suisse des paysans, l'utilisation de bois indigène est génératrice d'emplois et de valeur ajoutée en Suisse. Nous devons encourager le plus souvent possible le développement technologique local. De plus, le travail du bois et la construction à base de cette ressource sont capables de développer des métiers accessibles - vous vous souvenez du cycle de la construction - à tous les niveaux de formation et d'apprentissage.
Cependant, il faut rester attentif. Si le bois provient de loin, si par exemple trop d'essence ou d'électricité doivent être utilisées pour le transport du bois, le bilan CO2 n'est évidemment plus respecté. Donc, pour garder un avantage économique, écologique et social, ce bois doit non seulement provenir d'une zone proche, mais aussi être façonné et travaillé localement.
Depuis toujours, les Verts insistent pour préserver les ressources naturelles afin de les transmettre aux générations futures.
Le président. Il vous reste vingt secondes, Madame la députée !
Mme Jacqueline Roiz. J'ai fini ! Nous encourageons donc la production locale, qu'il s'agisse d'agriculture, d'exploitation forestière équilibrée ou de matériaux recyclés, et nous voulons une économie qui soit basée sur ces principes. C'est pour ces raisons que le groupe des Verts, évidemment, vous invite à accepter cette motion. (Applaudissements.)
M. Christo Ivanov (UDC). Encourager l'utilisation du bois indigène dans la construction, voilà en effet une vraie priorité. La production annuelle des forêts en Suisse, qui occupent un tiers de la superficie de notre pays, est d'environ 10 millions de mètres cubes. En 2009, seulement un peu moins de 4,9 millions ont été exploités, dont 2,85 millions destinés à la construction. A l'échelle de la Suisse, il y a donc environ 2 millions de mètres cubes de bois de construction non exploités et non utilisés. Par conséquent, je vous demande d'accepter cette motion, qui est une nécessité pour le développement harmonieux de la nature de notre pays, mais également pour l'emploi et la construction dans notre canton.
M. François Haldemann (R). Mesdames et Messieurs les députés, nous avons parlé de bilan carbone et d'énergie grise. En ce qui me concerne, l'enjeu principal de l'utilisation du bois dans la construction est d'abord et surtout de maintenir, voire de ressusciter une filière de production bois. En réalité, nous n'avons, en Suisse, plus les forces de travail. Elles manquent ! Donc, promouvoir l'utilisation du bois revient aussi à créer des emplois en Suisse. Je pense que, derrière cela, il y a un véritable message pour la création d'emplois dans notre pays. Voilà la raison pour laquelle je vous invite à bien vouloir accepter cette motion.
M. Alain Meylan (L). Je dirai quelques mots sur cette motion, qui doit naturellement être acceptée et renvoyée au Conseil d'Etat, c'est une évidence. C'est une évidence aussi que cette motion, d'une certaine manière, enfonce un peu des portes ouvertes. Voici néanmoins quelques considérations qu'il s'agit d'apporter ici.
J'ai bien entendu notre collègue Fazio parler du bois, il est très bien placé - et nettement mieux que moi - pour en parler. J'ai un peu regretté qu'il ne donne que des exemples étrangers. Il aurait pu citer la halle 7 de Palexpo, qui est quelque chose d'extraordinaire en termes de technologie et d'utilisation du bois, un symbole pour Genève et pour la Suisse; je ne l'ai pas entendu, et je regrette. Il aurait pu aussi évoquer certaines surélévations. Mais naturellement, parler de surélévations, pour le parti socialiste, peut paraître un peu délicat. Pourtant, la surélévation des immeubles à Genève, par l'utilisation du bois indigène, est primordiale. Pourquoi ? Simplement parce que le bois est un matériau léger et durable, qui permet justement ce genre de surélévations, de manière efficace, efficiente, lesquelles utilisent justement ce matériau que l'on estime et que l'on aimerait bien promouvoir ici par cette motion. Je n'ai malheureusement pas entendu le parti socialiste évoquer cela - et pour cause, puisqu'on parle de surélévation d'immeubles et de création de logements. Donc, de ce côté-là, je pense qu'il y a effectivement des choses à dire.
Le bois, au niveau suisse, doit être utilisé aussi de façon à connaître notre bois; on ne peut pas l'utiliser, non plus, à toutes les fins. On a fait de gros progrès technologiques, notamment dans le développement du lamellé-collé, quant à l'utilisation de ce bois, de façon à faire des réalisations qui soient technologiquement à la pointe. Je citerai quand même un exemple. Permettez-moi de le faire, puisque c'est un exemple assez extraordinaire et qui est notamment dû à nos anciens collègues Thomas Büchi et Hervé Dessimoz. Il s'agit de la création du Refuge du Goûter, le nouveau refuge du Mont-Blanc, une technologie suisse avec utilisation de ce matériau, qui est extraordinaire. On doit donc privilégier cela.
On souffre malgré tout - il faut le dire - au niveau suisse, de la compétitivité internationale. On a des forêts que l'on connaît. On connaît notre territoire, qui est, dans l'utilisation de la forêt, aussi difficile à gérer...
Le président. Il vous reste vingt secondes, Monsieur le député.
M. Alain Meylan. ...difficile à utiliser. Je crois qu'il faut aussi voir cela. J'aimerais encore dire qu'il y a également des organisations extraordinaires en Suisse, comme Lignum. L'Etat fait partie de Lignum, association qui promeut le bois, de sa production jusqu'à son utilisation, en passant par toutes les phases.
Le président. Il vous faut conclure, Monsieur le député !
M. Alain Meylan. Et l'Etat, notamment par les services de Mme Künzler, y participe activement et de façon efficace ! Donc, au nom du groupe PLR, je vous invite à accepter cette motion et à la renvoyer au Conseil d'Etat, de façon à faire encore plus pour le bois, ce matériau magnifique et durable.
Des voix. Bravo !
Mme Michèle Künzler, conseillère d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, c'est bien volontiers que le Conseil d'Etat accepte de recevoir cette motion et d'y répondre, non seulement sur le papier mais aussi concrètement pour toute la filière bois. Effectivement, le bois et la forêt à Genève connaissent depuis cinquante ans une mutation très importante pour reproduire des futaies, c'est-à-dire des forêts avec des troncs beaucoup plus importants, pour produire enfin du bois d'oeuvre; en effet, pendant des centaines d'années, on a cultivé en taillis pour faire du bois de feu. La forêt genevoise est en pleine mutation. Ce sont des choses qui prennent plusieurs générations, puisqu'on est sur des programmes qui durent une centaine d'années pour rétablir toute une forêt et créer une futaie. Voilà le début de l'histoire du bois.
Ensuite, il faut évidemment avoir des équipements. En Suisse, les scieries sont malheureusement en voie de diminution assez drastique, mais il y a encore des endroits - en Suisse - où l'on peut produire. Cependant, il faut aussi voir cela de manière régionale. Nous avons des contacts avec la France voisine, qui a un grand patrimoine forestier; c'est là qu'il faut également rechercher pour rester dans cette région, puisqu'on doit limiter les transports.
Enfin, on peut effectivement utiliser le bois de manière extrêmement moderne. Il y a eu dernièrement, produit à la fois par Lignum, l'EPFL et le département... (Brouhaha. Le président agite la cloche.) ...une exposition montrant les possibilités d'utilisation du bois, qui défient l'imagination. Je crois qu'il s'agit là d'un matériau extrêmement contemporain, dont on pourra faire des productions comme la surélévation ou la chapelle qui a été édifiée dans le canton de Vaud, avec un matériau extrêmement léger, absolument extraordinaire du point de vue de la construction et de la conception. On a toute une palette d'utilisations, et je pense que Genève pourrait aller de l'avant.
C'est vrai que nous avons plutôt du bois de chêne. Dans les siècles passés, on a énormément utilisé du chêne dans la construction. On l'a un peu oublié, parce que la facilité est d'utiliser les épicéas, mais on peut maintenant refaire du bois d'oeuvre avec du chêne. Il y a notamment un projet assez intéressant à Satigny, un projet de tour... (Brouhaha. Le président agite la cloche.) ...qui sera, après la tour Eiffel, la petite tour de Satigny ! On se réjouit de voir cette oeuvre en bois de notre région. Cela donnera peut-être un exemple de production et de construction, intéressante et moderne, que l'on peut réaliser à Genève avec le bois de notre région. Et c'est bien volontiers que nous acceptons cette proposition de motion.
Le président. Merci, Madame la conseillère d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, nous nous prononçons sur cette proposition de motion 2023.
Mise aux voix, la motion 2023 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 74 oui (unanimité des votants).