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L'Institut Karolinska de Stockholm, instance responsable d'attribuer chaque année le Prix Nobel de médecine, a rendu son verdict le 6 octobre dernier. La prestigieuse institution honore cette année les pionniers de l'imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM), en la personne du chimiste américain Paul Lauterbur (74 ans) et du physicien britannique Peter Mansfield (69 ans).La découverte de la résonance magnétique nucléaire (RMN), en tant que phénomène physique, en 1952, a déjà fait l'objet d'un Prix Nobel. Les axes de rotation des noyaux des atomes, lorsque ceux-ci sont placés dans un champ magnétique, se mettent à tourner avec une fréquence caractéristique. Un peu comme l'axe d'une toupie dans le champ de gravitation de la terre. Or cette rotation peut être mesurée au moyen d'ondes radio, car celles-ci ont la propriété de pouvoir entrer en résonance d'où le nom du phénomène avec l'oscillation des axes des noyaux.Paul Lauterbur a imaginé une technique permettant de mesurer la résonance en différents points d'un échantillon, et non de façon globale comme les chimistes avaient l'habitude de le faire, et ceci grâce à l'utilisation de champs magnétiques inhomogènes. La voie vers l'imagerie médicale était tracée : il devenait possible de dresser des cartes de la résonance sur des plans traversant l'échantillon. Et même, en réalisant des coupes rapprochées, de reconstituer une image en trois dimensions.Manquaient encore des développements théoriques permettant de reconstituer une image bi- ou tri-dimensionnelle en un temps de mesure raisonnable. Ce à quoi Peter Mansfield a contribué de façon marquante. Des commentateurs critiques ont regretté, comme cela arrive souvent, que l'institut suédois ait «oublié» d'autres chercheurs ayant contribué à l'avènement de l'IRM. Mais personne n'a osé émettre la moindre réserve sur le choix du sujet. Qui pourrait nier l'impact majeur qu'a cette technique sur la clinique et sur la recherche bio-médicale ?Comme l'an passé, comme en 1993 ou 1997, la médecine est aussi touchée cette année par le Prix Nobel de chimie, une distinction qui s'étend de plus en plus au champ de la biochimie. Certains chimistes le regrettent. Mais dans le fond, le Nobel reste fidèle à lui-même en se tournant aussi vers les disciplines conquérantes. Au tournant du XXe siècle, lorsqu'Alfred Nobel a rédigé son testament, la physique et la chimie étaient reines.Détail révélateur : les lauréats «biologistes» du Prix Nobel de chimie 2003 sont les seuls à être actifs et encore relativement jeunes, les seuls à être récompensés pour des travaux récents. Il s'agit de Peter Agre (54 ans) et Roderick MacKinnon (47 ans), lauréats «pour des découvertes concernant les canaux dans la membrane cellulaire», selon le libellé de l'Académie suédoise des sciences. En identifiant et décrivant l'aquaporine en 1988, Agre a résolu une vieille énigme : la nature des pores sélectifs permettant les échanges aqueux à travers la membrane plasmique. Le lauréat a beaucoup collaboré avec un chercheur suisse, Andreas Engel, du Biozentrum de l'Université de Bâle, notamment pour déterminer la structure de l'aquaporine.Roderick MacKinnon a également élucidé la structure de canaux membranaires, ceux qui règlent les échanges d'ions. A commencer par la description complète, publiée en 1998, d'un canal à potassium. Emoi dans la communauté : MacKinnon avait réussi ce que tous tenaient pour impossible : cristalliser une protéine de la membrane afin de l'étudier par diffraction des rayons X, protéine qui n'est ni hydrophile ni liposoluble, et qui semblait ne pouvoir exister que dans l'environnement très spécifique d'une membrane.Ses talents d'expérimentateur continuent à forcer l'admiration de ses pairs, y compris en Suisse. Cette année encore, le lauréat a publié un article à sensation dans Nature, décrivant en détail le mécanisme par lequel les canaux ioniques se ferment ou s'ouvrent en fonction du potentiel électrique à travers la membrane. Un résultat majeur, qui a valu au site de la revue d'être momentanément surchargé de demandes. Les spécialistes reconnaissent à MacKinnon une intuition rarement prise en faute et une réflexion biologique profonde et résolument indépendante.