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Croix de la prison.
Entre 1897 et 1899, en fouillant la prison du château de ChillonTM, l’archéologue Albert Naef excave et ouvre des meurtrières qui avaient été murées durant le XIVe siècle. Sur le badigeon de la septième, il découvre des « croix de consécration ». Ces motifs étaient peints, gravés ou sculptés sur les murs, colonnes ou piliers des églises au moment de leur « dédicace », une cérémonie visant à les rendre saintes et dévolues à Dieu.
Naef trouve dans les comptes de Chillon que l’une des meurtrières a été scellée en 1388 et date les croix du XIVe siècle également. Sans parvenir à trancher, il associe leur présence à deux événements survenus dans le château à cette période. Le premier est le massacre des Juifs de Villeneuve en 1348, en pleine épidémie de peste, accusés d’empoisonner les fontaines. A Chillon, le peuple extrait une quarantaine de Juifs qui y sont incarcérés et les bat. Ils sont ensuite conduits sur la place du village et, sans aucun procès, hommes, femmes et enfants sont brûlés sur plusieurs bûchers construits au bord du lac. Le second événement est la recherche d’un basilic, un monstre craint pour son souffle empoisonné et ses capacités de pétrification, en 1379. Les sources mentionnent qu’il était recherché dans la « crota », c’est-à-dire un trou ou un sous-sol en ancien patois local, sans plus de précision. La localisation exacte de la crota ne fait pas l’unanimité parmi les archéologues. Naef la situe aussi dans l’une des tours de défense de la forteresse, de l’autre côté du site. Dans les deux cas, la présence de croix de consécration symboliserait la purification de la prison.