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Le Festival de Cannes s’est ouvert ce mardi avec la traditionnelle conférence de presse du président, le cinéaste new-yorkais Spike lee, et les membres du jury de la compétition officielle, un jury essentiellement féminin : la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop (Grand Prix de Cannes 2019 avec Atlantique en 2019), la chanteuse Mylène Farmer, l’actrice-réalisatrice- scénariste et productrice américaine Maggie Gyllenhaal, la réalisatrice et scénariste autrichienne Jessica Hausner (Little Joe, 2019), l’actrice-scénariste et réalisatrice française Mélanie Laurent, le réalisateur-scénariste et producteur brésilien Kleber Mendonça Filho, l’acteur français Tahar Rahim et l’acteur sud-coréen Song Kang-ho.
Le président Spike Lee a rapidement adopté un ton politique très engagé en dénonçant avec insistance
« les autoritaires et le fait que les Noirs soient toujours traqués comme des animaux aux États-Unis ».
Fait notable : Spike Lee est le premier Noir à diriger le jury du Festival de Cannes. Le cinéaste new-yorkais s’est enflammé en recourant au surnom de Donald Trump en parlant de l’ « Agent Orange », et arborant une casquette portant l’inscription «1619 », l’année où les premiers esclaves sont arrivés dans les Amériques.
Spike Lee a profité de la tribune qui lui été offerte par la conférence de presse de la présentation des membres du jury pour faire un véritable plaidoyer pour défendre la cause des citoyens bafoués :
« Ce monde est dirigé par des gangsters. L’agent Orange, ce gars au Brésil et Poutine sont des gangsters. Ils n’ont aucune morale, aucun scrupule. C’est le monde dans lequel nous vivons. Nous devons dénoncer les gangsters comme ça ».
Interrogé sur son film Do the Right Thing (1989) et sur les relations raciales dans sa ville natale, New York, Spike Lee a rappelé les récentes victimes de violences policières et a déclaré :
« Vous espérez trente ans plus tard, que les Noirs cesseraient d’être traqués comme animaux. »
Bien entouré par cinq femmes et trois hommes, ce jury est à majorité féminine pour la quatrième fois dans l’histoire du Festival de Cannes. La question de la parité et surtout celle de la représentation féminine ont été abordées lors de la conférence de presse. L’actrice Maggie Gyllenhaal a souligné l’importance des femmes dans les sociétés en général et dans l’art en particulier :
« Quand les femmes s’écoutent et s’expriment vraiment, même au sein d’une culture très, très masculine, nous faisons des films différemment, nous racontons des histoires différemment. J’avais besoin d’un muscle supplémentaire lorsque je regardais les films à prédominance masculine dans ma jeunesse pour les transformer en quelque chose auquel je pourrais m’identifier. J’ai été profondément inspirée quand j’ai vu La leçon de piano (1993) de Jane Campion, le seul film d’une femme à remporter la Palme d’Or à Cannes ».
D’autres membres du jury se sont exprimés sur leur retour à Cannes après plus d’une année de disette culturelle. Ainsi, le cinéaste sud-coréen Song Kang-ho, qui a remporté la Palme d’or avec Parasite en 2019, a souligné la dimension miraculeuse de ces retrouvailles tant attendues et tant espérées :
« Le fait que nous soyons tous ici ensemble est un miracle, c’est donc encore plus un honneur d’être ici.»
L’actrice-réalisatrice franco-sénégalaise Mati Diop a abondé en son sens en affirmant :
« C’est le premier festival d'”une nouvelle ère. Nous avons évidemment traversé de nombreux changements profonds et beaucoup de fragilités ont été révélées. C’est très étrange de regarder une vague de cinéma après une absence ».
Maggie Gyllenhaal a confessé qu’elle n’était pas allée au cinéma depuis près de deux ans et, faisant référence à une photo de l’icône française Jeanne Moreau dansant sur une table pendant le Festival dans les années 1950, a ajouté :
« Après avoir sauté l’édition de l’an dernier, j’espère que cette année sera un peu comme ça ! »
Lors de la fameuse montée des marches pour se rendre à la cérémonie d’ouverture, Spike Lee arborait un complet rose flou (on ne doit sans doute pas parler de smoking dans ces cas-là) et des lunettes assorties, chaussant des baskets montantes délacées …. Peu importe le protocole vestimentaire devant un tel talent !
Reste à augurer quel film saura séduire, convaincre et transformer le président et les membres du jury parmi les vingt-quatre films en lice pour décrocher la Palme d’or !
Firouz E. Pillet, Cannes
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