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Vous êtes océanographe, qu'est-ce qui vous a attiré à Zurich, qui est si loin de la mer?
Il n'existe dans le monde qu'une poignée d'instruments capables de mesurer la radioactivité de l'environnement et l'ETH Zurich en possède un! Ces spectromètres de masse à accélérateur peuvent compter ne serait-ce que quelques atomes de radio-isotopes dans l'eau de mer. Nous les utilisons pour mesurer les radionucléides à très longue durée de vie qui ont été introduits dans les océans par des activités naturelles ou humaines.
Quelles sont les qualités personnelles essentielles pour travailler sur un navire de recherche dans l'Arctique?
Avant tout, il faut être motivé·e et enthousiaste. Passer deux à trois mois dans l'un des endroits les plus reculés de la planète, souvent sans accès à l'internet, est certes une aventure exceptionnelle, mais cela demande beaucoup de force mentale et physique! Nous nous sentons toutes et tous différent·es à notre retour.
En tant que postdoc, vous avez étudié la propagation des contaminants radioactifs après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Quelle a été votre découverte la plus importante?
Lors de notre première expédition au large des côtes de Fukushima, nous avons pu quantifier les quantités de radioactivité qui avaient été libérées dans l'océan Pacifique. Ces quantités estimées n'ont pas mis en danger les organismes vivants. Cependant, comme les concentrations de certains radionucléides avaient augmenté de 2 à 3 ordres de grandeur, nous avons pu utiliser la propagation du césium 137 pour comprendre la circulation de surface dans l'océan Pacifique.
Pourquoi est-il important de comprendre la circulation de l'océan?
Les océans sont l'un des principaux moteurs du climat de la Terre, car ils stockent et transportent la chaleur et le carbone. Une bonne connaissance des voies de circulation océanique et des échelles de temps de transport est essentielle pour comprendre le rôle que jouent les océans dans l'atténuation du changement climatique. Les océans Arctique et Atlantique Nord présentent un intérêt particulier aujourd'hui, car ce sont deux des zones les plus vulnérables au réchauffement climatique.
Le Conseil européen de la recherche (CER) finance votre projet actuel, TITANICA. Quel est l'objectif de ce projet?
Dans le cadre de TITANICA, nous étudions les voies, les échelles de temps de transport et le mélange des eaux dans les océans Arctique et Atlantique. Ce qui est révolutionnaire, c'est que nous utilisons un quatuor de radionucléides avec différentes sources et fonctions d'entrée. Le projet déploiera des techniques de comptage de pointe qui ont récemment révolutionné le domaine de l'océanographie des traceurs.