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La violence politique contre les richesses culturelles, intellectuelles et spirituelles — XIXe-XXe siècles
Dans sa fameuse parabole publiée en 1819 dans L’Organisateur, Henri de Saint-Simon n’hésitait pas à affirmer qu’une société privée de ses artistes, de ses intellectuels et de ses savants serait un corps sans âme, alors qu’elle pourrait parfaitement surmonter la perte de ses élites socio-économiques, politiques, administratives et militaires. Ce postulat, énoncé dans le but de définir les fers de lance d’une « classe utile » rassemblant tous ceux qui adhèrent à des principes libéraux, allait être illustré à plusieurs reprises au cours des XIXe et XXe siècles, lorsque des élites intellectuelles, culturelles ou même scientifiques furent victimes de violences politiques ou d’une idéologie dominante. Cette violence a pu prendre la forme de contraintes exercées sur des hommes de lettres, d’une censure idéologique et politique, de l’emprisonnement d’ecclésiastiques, voire de l’instrumentalisation de découvertes scientifiques. Plus fréquemment encore, la littérature et l’art sont devenus des « outils de propagande », des œuvres ont été censurées, des biens culturels et valeurs spirituels détruits, détournés ou volés. De manière plus subtile, on a construit des sortes de paradis artificiels pour biens culturels, on a cloisonné les disciplines, standardisé et marchandisé les ressources intellectuelles et les créations culturelles. L’extermination d’élites entières n’est qu’un cas extrême, qui représente paradoxalement la meilleure manière de reconnaître leur importance.
Ce panel veut proposer une réflexion sur la violence politique (ou idéologique) faite aux richesses et aux capitaux de nature symbolique (comme par ex. liberté religieuse, artistique et scientifique, autonomie de la pensée, respect des valeurs spirituelles, etc.) au cours des XIXe et XXe siècles.
Il s’agit de réfléchir sur cette problématique à travers des expériences historiques concrètes, permettant, d’une part, de repérer les différents types d’évènements emblématiques destructeurs de richesse culturelle ou intellectuelle et, de l'autre, de conceptualiser ce phénomène en s’ouvrant à un large spectre d’approches sur les modes de domination, de manipulation et de justification de la violence.
Les thèmes envisagés peuvent aller de la propagande politique à la persécution religieuse en passant par la manipulation de collections (volées ou instrumentalisées), l’édification ou la destruction de monuments historiques, le détournement de valeurs, etc. Cela pourrait permettre une nouvelle approche des phénomènes iconoclastes ou de désinformation massive qui se poursuivent en ce début de XXIe siècle.