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Depuis plus d’un demi-siècle, Steve McQueen et Paul Newman sont deux grandes figures de la masculinité. Rivaux au box-office au cours des années 1960 et 1970, les deux acteurs étaient également connus pour leurs passions : les voitures de course, faire de la moto et collectionner les montres. Bien des années après leur mort – Steve McQueen est décédé à 50 ans en 1980 alors que Paul Newman nous a quittés en 2008 à l’âge de 83 ans -, les deux hommes sont encore aujourd’hui en compétition lorsque sont mis aux enchères leurs souvenirs les plus chers.
En octobre dernier, la Rolex Daytona de 1968 de Paul Newman, dotée d’un cadran blanc et rouge, qui a finalement été renommée la Daytona Paul Newman, a été vendue aux enchères par Phillips à New York pour la modique somme de 17,8 millions de dollars. Ce prix n’est pas seulement le record pour une Rolex lors d’une vente aux enchère, mais il s’agit tout bonnement du record pour une montre-bracelet vendue aux enchères.
Plus d’un an avant le coup de marteau final scellant le destin de la montre de Paul Newman, Michael Eisenberg, un courtier en immobilier et développeur à Beverly Hills, qui collectionne les objets de célébrités, négociait en cachette avec le consignataire de la montre un accord qui l’aurait empêcher de se retrouver aux enchères. « Je voulais vraiment l’acheter, se rappelle Michael Eisenberg. J’étais prêt à y mettre beaucoup d’argent, mais pas autant que ce qu’elle a finalement rapporté à son vendeur ».
Il est alors parti en quête d’un autre graal du genre, la montre de Steve McQueen. « Mon idée de départ était de réunir les deux montres, alors j’aurais eu Butch et Sundance », s’amuse le courtier, qui porte une Rolex 1675 GMT, avec un cadran couleur caramel. « Je ne les aurais jamais vendues, mais je les aurais exposées ».
Cependant, la montre que Michael Eisenberg cherchait n’est pas celle qui vient tout de suite à l’esprit lorsque l’on pense à Steve McQueen, une Heuer Monaco qui était en réalité seulement un accessoire pour le tournage du film de 1971, Le Mans. Mais la légende McQueen a transformé cette montre en objet de collection depuis de nombreuses années. En 2012, une Monaco qu’il a portée dans le film s’est vendue aux enchères pour près de 800 000 $. En dehors des plateaux de tournage, Steve McQueen était souvent photographié avec sa vraie montre au poignet, une Rolex Submariner 5513, produite vers 1964. Phillips annonce que cette montre sera proposée aux enchères le 25 octobre prochain à New York.
Tout comme celle de la montre de Paul Newman, l’histoire de la Submariner de Steve McQueen est fascinante, car elle combine des éléments de deux de ses plus grands films, La grande évasion et La tour infernale, et il est même question d’un cascadeur. Il s’est offert cette montre dans les années 1960, alors qu’elle devait coûter aux alentours de 250 $. Il possédait également un autre modèle, une Submariner 5512 de 1967, qui a été vendue à 234 000 $ lors d’une vente aux enchères chez Antiquorum en 2009.
À la fin des années 1970, Steve McQueen a donné la plus vieille des deux à sa doublure cascade préférée, Loren Janes. Les deux hommes travaillaient ensemble depuis 1958, lorsque l’acteur tournait dans la série télévisée Wanted : Dead or Alive. Au cours des vingt années suivantes, dans 19 films, notamment Bullitt, Guet-apens et L’affaire Thomas Crown, Loren Janes a effectué certaines des cascades les plus mémorables de la carrière de Steve McQueen. Vous vous souvenez de cette course poursuite mythique dans Bullitt durant laquelle Steve McQueen fonce à toute allure dans les rue de San Francisco à bord d’une Mustang de 1968 ? C’est en réalité Loren Janes qui se trouvait au volant.
Afin de montrer toute sa reconnaissance pour son travail et son amitié envers Loren Janes, Steve McQueen a fait graver sur l’arrière du boîtier : Loren, the best damn stuntman in the world, Steve. (Loren, le foutu meilleur cascadeur du monde, Steve). Il s’agit donc de la seule montre de l’acteur sur laquelle le nom est gravé.
Durant des décennies, la montre de Steve McQueen fut portée disparue, jusqu’en juillet 2016, lorsque les incendies Sand Fire ont menacé Los Angeles durant presque deux semaines. Parmi les 18 maisons du Canyon Country qui ont été dévastées par les flammes, il y avait celle de Loren Janes, qui souffrait de la maladie d’Alzheimer à l’époque, dans laquelle il vivait avec sa femme depuis les années 1990 (il est décédé en juin 2017). Michael Eisenberg, le collectionneur, se rappelle qu’à l’époque il avait lu un article sur le couple qui avait perdu tous ses biens, y compris certains des plus précieux souvenirs du cascadeur : des tasses qui avaient appartenu à John Wayne, un couteau utilisé par Sylverster Stallone dans Rambo 2 : la mission, et la Submariner de Steve McQueen.
« Je les ai suppliés de retourner dans la maison et de chercher dans les cendres », explique Eisenberg, qui se souvient de la conversation qu’il avait eue avec la femme de Loren Janes et leur fille, Erika. « Quelques semaines plus tard, elles m’ont rappelé pour me dire qu’elles l’avaient trouvée ».
Cependant, une montre ayant survécu à une telle tragédie ne devrait plus fonctionner, même si c’est une Rolex. Après tout, la Submariner a été conçue pour résister à l’eau, pas au feu. Alors Michael Eisenberg a conseillé à ses propriétaires de l’apporter chez Gearys, une boutique de luxe de Beverly Hills, afin de la faire restaurer par un professionnel. Gearys a immédiatement envoyé la montre à New York chez Rolex qui a miraculeusement ressuscité cette montre, tout en préservant le précieux boîtier. On retrouve encore de la suie incrustée dans le fermoir du bracelet.
En retournant la montre à Erika Janes, Rolex y a joint une lettre soulignant son histoire hors du commun. « L’histoire que vous avez si gentiment partagée avec notre joailler officiel Rolex, écrivait un responsable du service client, est un témoignage extraordinaire de la longévité d’une montre Rolex. Votre père, au travers de son dévouement pour sa discipline, ses collègues cascadeurs, ceux qu’il a courageusement doublés, y compris son ami et celui qui a offert cette montre, Steve McQueen, et bien sûr, sa famille, démontre un caractère qui incarne l’excellence même. Nous sommes fiers qu’il ait choisi de porter une Submariner Rolex ».
Une fois la montre restaurée, Michael Eisenberg a présenté une offre généreuse à la famille Janes pour son rachat, mais il n’a pas souhaité nous communiquer son montant. Après s’être renseignée, la famille a accepté l’offre. La famille et Boys Republic, une œuvre caritative qui tenait beaucoup à cœur à Steve McQueen, recevront une partie des bénéfices de la vente aux enchères.
Michael Eisenberg aime collectionner les objets ayant appartenus à des célébrités, allant des smokings de James Bond à une robe de Dorothy dans le magicien d’Oz. Il vend régulièrement les pièces les plus chères pour pouvoir s’en acheter de nouvelles. Par exemple, en 2014, il aurait revendu aux enchères le chopper « Captain America » de Peter Fonda dans Easy Rider pour 1,35 millions de dollars. Mais aucune star n’arrive à la cheville de Steve McQueen en matière de collection, surtout parce qu’il était perçu comme un homme vivant réellement les fantasmes de ses films, mais aussi à cause de la rareté des voitures, des motos ou encore des vêtements qu’il possédait. « Elvis, Bogart, James Dean, » énumère le collectionneur, « les objets de personne d’autre ne se vendent à ces prix. Ils pourraient valoir dix ou cent fois plus s’ils avaient appartenu à McQueen ».
Le King of Cool est certainement le roi des collectionneurs de voitures. En 2011, sa Porsche 911S, qui est brièvement apparue dans le film Le Mans, a été vendue aux enchères pour 1,38 millions de dollars. La même voiture, qui n’aurait pas appartenu à l’acteur, se serait vendue autour de 75 000 $. Et l’an dernier, la Porsche 917K de 1970 qui avait remporté le drapeau à carreau dans le film s’est également vendue aux enchères, mais pour plus de 14 millions de dollars, ce qui est un record pour une Porsche.
Mais c’est toujours Paul Newman qui détient le record en matière de montres, depuis l’enchère qui a eu lieu chez Phillips en octobre dernier. En moins de cinq ans, sous l’égide d’Aurel Bacs, le commissaire-priseur star de la maison qui se cache derrière les partenaires de Phillips, Bacs & Russi, et de Paul Boutros, directeur de Phillips sur le continent américain et de la stratégie internationale pour le secteur des montres, la maison Phillips est devenu le leader du marché en termes de ventes annuelles de montres, 112 millions de dollars en 2017, soit 5 millions de plus qu’en 2016. Après le record enregistré par la Daytona Paul Newman l’an dernier, Phillips a effectué d’autres belles ventes en mai avec la mise aux enchères de 32 Daytonas à Genève. Ces 32 lots ont tous trouvé des acheteurs, et cinq d’entre eux se sont vendus à plus d’un million de dollars chacun. La même semaine, Phillips avait proposé à la vente une montre Omega ayant appartenu à Elvis. Elle est partie à 1,8 millions de dollars (un record pour la marque), ce qui fait un total de 45 millions de dollars en seulement quelques jours.
Avec un marché aussi dynamique, Michael Eisenberg savait qu’il pourrait vendre la Submariner aussi rapidement qu’il l’avait achetée : « Quand j’ai finalement compris que je ne pourrai jamais acheter la Paul Newman, je me suis tournée vers Phillips et je leur ai dit, ‘j’ai votre prochaine vente record’ ».
Paul Boutros était d’accord : « Il a vu ce que nous avons fait avec la montre de Paul Newman, tout ce que nous avons fait pour elle. Il a senti que Phillips pouvait faire quelque chose de spécial avec cette montre ». Au lieu de la vendre précipitamment, juste après la frénésie causée par le record en titre, Phillips a décidé d’attendre un an : « Tout comme pour la Paul Newman, nous voulions donner à cette montre tout le respect qu’elle mérite ».
La Submariner de Steve McQueen sera mise en vente à un prix assez bas, entre 300 000 $ et 600 000 $, tout comme la Rolex de Paul Newman, qui, selon les estimations, devait dépasser le million. « Mon expérience dans l’immobilier me fait dire qu’il y a plus d’air dans la bulle », se confie Michael Eisenberg au sujet des enchères astronomiques. « Il n’y a jamais eu autant d’argent en circulation. Les prix de vente ressemblent à des numéros de téléphone. J’ai travaillé chez Drexel, et je sais qu’il est impossible de prédire une fourchette ».
En ce qui concerne le prix de vente que la montre atteindra en octobre, Michael Eisenberg ne pense pas qu’il dépassera celui de la montre de Paul Newman, mais il reste optimiste : « Je pense que cette société a les capacités de réaliser cet exploit ». Il remarque cependant qu’« il suffit seulement de deux personnes intéressées, et c’est celui qui aura le plus gros chéquier qui l’emportera ».
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