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Sous l’intitulé générique de « Collection ''in process'' », le Cabinet des estampes présente des ensembles, récemment enrichis, appartenant aux tendances conceptuelle et minimale des années 1960 et 1970. Sur un mode monographique, les expositions s’attachent à mettre en perspective les avoirs genevois en associant si nécessaire quelques œuvres empruntées pour l’occasion. C’est en 1994 que les premières œuvres de Douglas Huebler ont rejoint les collections. Un dépôt permanent de quatre pièces et le don d’une planche (Cercle des Estampes en 2005) sont venus depuis compléter l’ensemble initial.
« Le monde est rempli d’objets, plus ou moins intéressants ; je ne désire pas en ajouter. » Cette phrase, écrite en 1969 par D. Huebler, est emblématique du discours sur la dématérialisation de l’art de la fin des années 1960. On oublie toutefois souvent de citer son corollaire : « Je préfère simplement constater l’existence des choses en termes de temps et/ou de lieux. Plus spécifiquement, je m’intéresse à des choses dont l’interrelation se situe au-delà de la perception immédiate. En ce sens, mon travail dépend d’un système de documentation. Cette documentation peut prendre la forme de photographies, de cartes, de dessins ou de descriptions ».
En 1968, D. Huebler abandonne peinture et sculpture et organise son travail selon trois axiomes : le temps (« Duration Piece »), le lieu (« Location Piece ») et les deux à la fois (« Variable Piece »). Ses œuvres sont alors constituées de cartes, de diagrammes, de notations et de collages photographiques, accompagnés par des textes empreints d’un ton scientifique sans toutefois être dénués de poésie et d’humour.
Ainsi, dans « Variable Piece # 44 (Global) », l’artiste se livre à un jeu rassemblant les différents acteurs du monde artistique. Il y côtoie en effet le collectionneur, le galeriste et parfois le conservateur de musée. L’acquéreur de l’œuvre recevait une feuille imprimée et numérotée, ainsi que le nom des acheteurs des exemplaires précédents et suivants. Les trois personnes ainsi réunies devaient s’échanger chaque année et sur une période de dix ans leurs photographies d’identité et coller ces dernières dans leurs cases respectives.
Comme le révèle cette pièce, dont la complétude a en fait peu d’importance, la participation du spectateur est décisive. Chaque exemplaire expose autant de relations sociales, économiques, artistiques qu’il y a d’acteurs différents. Car, pour l’artiste, il s’agit, non d’ajouter une œuvre au monde, mais bien d’interroger la paternité, la propriété et l’originalité de toute œuvre d’art.
L’exposition, outre les œuvres appartenant ou déposées au Cabinet des estampes (dépôt vbvr), bénéficie de prêts du Frac Limousin (Limoges), de la Collection Lambert en Avignon, de la Collection Ringier (Zurich), ainsi que d’une collection particulière (Milan).
Véronique Yersin