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Pendant la 22ème édition du « NIFFF 2023 », je manquai parfois de temps, parce que j’enchaînai les découvertes du 7ème Art. J’eus cependant la chance de m’entretenir avec le réalisateur de « Frontières », Guy Édoin. Qui m’expliqua entre autres, la façon dont il choisit son titre de film.
Comment a commencé le projet « Frontières » ? Après 2 films tournés en ville, « Ville-Marie » et « Malek », j’avais envie d’un retour aux sources, de revenir tourner dans ma campagne où je suis né. L’écriture du projet a aussi coïncidé avec mon retour à la terre, puisque j’ai acheté la maison de mes grands-parents, celle qui est dans le film. Elle a 200 ans, beaucoup de gens y sont morts et on peut dire qu’elle est habitée…
Quelle fut la partie que vous avez écrite la plus rapidement ? J’aimerais que mes scénarios s’écrivent plus vite, mais ce n’est pas le cas et « Frontières » ne fut pas une exception à la règle. Mon processus est relativement lent. Les personnages émergent en premier, ensuit naît l’histoire. Dans ce cas-là, le personnage de « Diane » et sa fille sont arrivés en premier. Ensuite les sœurs et la mère qui revient de Floride.
On suit 3 générations de femmes dans votre réalisation. De quelle manière avez-vous choisi leurs prénoms et noms ? Celui de « Diane » est arrivé en premier. La déesse de la chasse, la guerrière qui est prête à tout pour protéger ses petits. « Sarah » est nom que j’avais donné à un personnage dans mes courts-métrages. « Carmen » est celui d’une pièce de théâtre d’un dramaturge québécois, Michel Tremblay. « Julie » fut choisie de façon assez arbitraire alors qu’ « Angèle » est le nom d’une comédienne qui a joué dans mon 1er long-métrage, « Marécages ».
Pourquoi avoir nommé votre film « Frontières » et non pas « Paranoïa » par exemple ? Le titre du film n’est pas anodin. Il propose une réflexion sur plusieurs frontières, dont celle entre le Canada et les États-Unis. La frontière entre les morts et les vivants, le bien et le mal ou la folie et la réalité.
Comment s’est passé le repérage des lieux et pourquoi cet emplacement ? Le film a été tourné sur la ferme familiale et dans mon village natal. Il y avait un côté retour aux sources que j’aimais bien. J’ai tourné 3 courts-métrages ici et mon 1er long-métrage, « Marécages ». Ce sont des lieux que je connais par cœur et j’avais envie de les filmer à nouveau, mais sous un nouvel angle. Ce, même en connaissant par cœur chaque arbre de nos forêts.
Vous avez incorporé une partie fantastique à votre histoire. Pour quelles raisons ? Vous auriez pu garder uniquement le ton tragique. Le fantastique est arrivé par hasard. Ma maison est chargée d’histoires, plusieurs membres de ma famille y sont morts et sans dire qu’elle est hantée, je dirais qu’elle est « habitée ». J’avais envie de jouer avec cette frontière ténue entre les morts et les vivants. J’ai pour ma part, vécu une expérience qui s’apparente à celle du personnage de la mère lorsqu’elle voit le fantôme de son défunt mari dans la maison.
Les 3 actrices principales et sœurs dans « Frontières », se sentent à l’aise dans leur lieu de vie avec les animaux. Mais dans la réalité, comment étaient-elles ? C’est mon 3ème long-métrage avec Pascale Bussière (« When Night is falling »). Dans « Marécages », elle avait aussi un rapport très fort avec la terre et les travaux sur la ferme. Elle devait mettre un veau au monde ! C’était donc naturel pour elle, de plonger dans l’univers de « Frontières ». Toutes les actrices avaient envie de plonger dans mon univers, c’était donc un défi intéressant pour elles.
Quelle fut la scène la plus facile à tourner avec la jeune comédienne Mégane Proulx qui joue la jeune « Sarah Messier » ? Je dirais toutes les scènes. Elle s’est vraiment glissée dans la peau du personnage, avec candeur. Pascale Bussières a été formidable avec elle, car elle avait commencé sa carrière à 13 ans, tout comme Mégane. Il y avait quelque chose de beau à voir dans la générosité que Pascale avait avec elle.
Si vous étiez un fantôme, vous préféreriez ouvrir des portes ou apparaître furtivement ? Et pourquoi ce choix ? Je crois que je serais plus comme un courant d’air pour voir comment les gens vivent leur deuil après la mort, ou pour simplement démontrer qu’on est là. C’était un peu le message du film, que même après la mort, les gens sont toujours présents et avec nous.