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Histoire du Silver Star
Le sondage des mémoires plus ou moins fraîches de nos vétérans permet de reconstituer l’enfance du Silver Star.
En 1929 déjà, un clan de jeunes en quête de divertissements découvre, au 23 rue de Lausanne, une arrière-salle du café Paoliello. On la débarrasse d’un piano mécanique et de tuyauteries gênantes pour y installer une table de ping-pong avec 115 cm de recul et 50 cm d’espace sur les côtés. On s’y amuse beaucoup et en 1931 on décide de fonder un club : le Silver Star que présidera Félix Franchino, puis Milo Colomb. Une équipe est formée, qui disputera des rencontres amicales contre d’autres clubs déjà constitués.
De matches en tournois, nos néo-pongistes acquièrent de l’expérience et renforcent leur effectif en accueillant de nouveaux membres, dont deux écoliers particulièrement assidus, qui s’entraînent pendant que leurs camarades font leurs devoirs d’école : Hugo Urchetti et Mario Podico.
Echangeant leurs culottes courtes contre des pantalons longs (c’est la tenue de jeu des « grands » de l’époque) nos jeunets remportent bientôt leurs premiers succès.
Pour l’entraînement du Silver Star une seule méthode : la camaraderie. Les forts entraînent les faibles, ce qui n’était pas toujours le cas dans les autres clubs genevois.
Le Silver Star grandit et se trouve de plus en plus à l’étroit dans son local. Vers 1939, une nouvelle salle plus spacieuse les accueille à la rue de Fribourg, où les championnats peuvent se dérouler normalement.
Hélas, bientôt les relations avec le tenancier du local se détériorent, les jeunes toujours fauchés, consommant trop peu et jouant trop ! Après un an, malgré le tact et la diplomatie du président Eugène Coursi, nos gamins turbulents doivent quitter les lieux. Le Silver Star trouve alors un accueil aimable et compréhensif dans un café du quartier des Grottes, chez Madame Lombardi. Le déménagement de la table et du matériel s’opère en douce, de nuit, par l’arrière du local de la rue de Fribourg, pour éviter une explication avec le patron. Dans la nouvelle salle, la table de jeu recouvre un billard et à défaut d’espace sur les cotés, le recul est luxueux : plus de 2 m. Malgré l’obstacle d’un beau rideau jaune, les balles filaient souvent du coté des consommateurs. Une deuxième table dans un mini local adjacent convient à l’entraînement des joueurs courageux qui ne reculent jamais ! C’est là que notre société connaît l’une de ses plus belles périodes. La première équipe est complétée par les talentueux Lucien Portal et Marcel Meyer de Stadelhofen. Elle fait des ravages partout où elle passe : en championnat suisse, en Coupe de Suisse où le duo Urchetti-Portal ou Meyer de Stadelhofen surclasse ses meilleurs adversaires, Hugo par son aisance, Lucien par ses « pitreries » et Marcel par son sérieux.
Chez les dames, Alice Stettler cumule les victoires : maintes fois championne suisse et genevoise, gagnante d’innombrables tournois, elle est possédée par la même rage de collectionner coupes et diplômes que notre Hugo national. Ce dernier ne limite plus son activité insatiable à jouer et à gagner. Il trouve encore du temps à consacrer aux tâches administratives, devient président du club et membre du comité de l’AGTT, et plus tard, il préside la FSTT pendant 10 ans pour le plus grand bien du tennis de table suisse. Après 25 ans de présidence du Silver Star, Hugo demande à être remplacé afin de rajeunir les cadres. Or, jusqu’à aujourd’hui, aucun successeur n’a été trouvé et depuis 38 ans de statu quo, notre société « vieillissante » continue de récolter des succès grâce à nos jeunes et moins jeunes !
Pendant les années de guerre, que de difficultés, tant sur le plan matériel que financier ! Les anciens se souviendront du premier titre de champion suisse par équipes, remporté à Neuchâtel. Huit joueurs et supporters s’embarquent dans une grosse voiture de location. A Cossonay un essieu casse. On se cotise et parvient à rassembler juste assez d’argent pour permettre aux trois joueurs de prendre le train et d’arriver très en retard. Très sportivement, leurs adversaires ne demandent pas le forfait… et perdent les rencontres et le titre. Les supporters, dépités, désargentés et l’estomac vide rentrent à Genève en bateau, moins cher que le train ! Durant de nombreuses années, l’élite des joueurs suisses est genevoise, et les plus forts joueurs sont au Silver Star.
A la fin de la guerre, dès que les frontières s’ouvrent, nos joueurs participent aux tournois internationaux, aux championnats du monde : la présence des Suisses va de soi, avec bien entendu la joyeuse coterie du Silver Star, dont le palmarès sportif très enviable sera évoqué plus loin.
Aux mondiaux de Budapest, le rideau de fer s’ouvre pour la première fois aux sportifs occidentaux. Nos joueurs s’y font remarquer par leur troisième place par équipe, leur bonne humeur et peut-être aussi par leur manque de vénération devant les portraits géants du « Petit Père des Peuples », que familièrement ils surnomment « Frisou » !
Des amitiés se nouent un peu partout et toujours sous l’impulsion de son président omniprésent, le Silver Star organise maints tournois et rencontres, souvent au pied levé. Le public genevois peut ainsi applaudir dans notre ville les meilleurs joueurs du monde : Bergman, Roothoft, les Japonais, etc. A cet épanouissement du club correspond un accroissement de son effectif et dès 1947 nous déménageons. Monica Jaquet, professeur de rythmique, nous accueille dans sa salle de danse située dans une pittoresque baraque de la rue du Midi, où trois tables seront installées. Le sol élastique et copieusement ciré convient mieux aux pas glissés des danseuses qu’aux démarrages brusques des joueurs. En hiver, malgré un petit fourneau chauffé au rouge, la température reste sibérienne et décourage certains sportifs de salon… Toutefois la majorité, qui au Silver Star n’a jamais été silencieuse, s’échauffe au jeu, transpire un bon coup et termine joyeusement ses soirées au café des Nations, parfois devant une bonne fondue !
A cette époque, le tennis de table genevois devient un sport à part entière, pratiqué dans trente-cinq clubs et dans les écoles.
Notre société grandit et accueille de plus en plus de jeunes. En 1965, elle emménage dans son magnifique local actuel, mis à sa disposition par le Service des sports de la Ville de Genève, dont les efforts en faveur des sports sont bien connus. Enfin, nous disposons de douches et de vestiaires… séparés !
Si le Silver Star a connu tant de succès depuis sa fondation, il le doit en grande partie au dévouement sans réserve de nombreux membres : les Franchino, Course, Carrier, Urchetti, Podico, Guillot, Mohr, Meyer de Stadelhofen, Henchoz, Voisin trop tôt disparu, Madame Ramelet, Kummerling et bien d’autres encore. La relève a été bien assurée par Miller, Bersier, Bellido, Buob et Mmes Urchetti, Mohr, Buob, Spengler, etc. Mais tout cela n’aurait pas été possible sans une bonne camaraderie et une amitié unissant les joueurs et les dirigeants.
Notre salle, avec 9 tables, permet à nos quelques 350 membres, dont près de 120 jeunes, de s’entraîner dans d’excellentes conditions. Durant les dix dernières années, nous n’avons pas remporté de titres suprêmes, mais le Silver Star peut être considéré comme l’un des meilleurs clubs de notre pays, surtout pour les résultats obtenus par ses jeunes. Presque chaque année nous remportons un titre de champion suisse, récompensant ainsi les efforts de nos entraîneurs. Que de jeunes se sont illustrés, citons de mémoire : Catherine Boppe, Deukmedjian, Pellizzone, Kocher, Boye, Taylor, Bellido, T. Miller, Imhof, Barat, Annick Dall’Aglio, Birner, Cuénoud, Sylvie Morel, Natacha Brutsch, Basler, May, etc.
N’oublions pas nos aînés : Mariotti, Christiane André, Michèle Stirn, Duvernay, Pewny, Schmidt, Le Thanh, Stenek, Urchetti, Meyer de Stadelhofen, Wassmer, Fuchs, Weber, Peyraud, Roux…
En 50 ans… que de souvenirs. Nous pourrions en remplir des pages et des pages. En guise de conclusion nous proposons la citation de notre ami Guillot : « Comme dans Cyrano de Bergerac, on pourrait dire bien des choses en somme mais malgré toutes ces vicissitudes, le nom du Silver Star a toujours brillé et brillera toujours au firmament du pongisme parce que, année après année, décade après décade, ses qualités sont celles de ses joueurs, joie de jouer, enthousiasme et honnêteté ».