Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06882.jsonl.gz/154

De plus en plus de personnes se sentent stressées au travail. Cela n'empêche pas les conseillers aux États K. Graber et K. Keller-Sutter de vouloir ouvrir tout grand la porte au stress dans le secteur des services en permettant des durées de travail excessives.
Une nouvelle étude d'Unia confirme que le stress au travail augmente pour les professions de bureau. 15,4 % des personnes interrogées se sentent toujours et 54,4 % souvent stressées. Seuls 6,2 % reconnaissent n'être jamais ou que rarement stressés. 58,7 % donnent le " travail contre la montre " comme principal motif de stress, 46 % des " interruptions fréquentes ", 40,5 % la " pression à la performance ", 34,3 % des " instructions de travail imprécises ", 29,9 % des " journées de travail trop longues " et 17,5 % le " travail pendant le temps libre ".
Le sondage montre aussi qu'aujourd'hui encore, la prévention dans les entreprises contre les risques psychosociaux comme le stress est trop faible, alors que depuis 2015, une opération d'exécution prioritaire du SECO et des inspectorats cantonaux du travail est en cours.
Un emploi sur trois en point de mire
Il est fort intéressant de noter que le sondage d'Unia a été précisément réalisé auprès de catégories de travailleurs et travailleuses directement concernées par les initiatives parlementaires K. Graber et K. Keller-Sutter destinées au " personnel dirigeant " et aux " spécialistes " des services. Petit rappel : ces initiatives veulent supprimer, pour ces catégories de personnes, la protection matérielle de la santé garantie par les durées maximales de travail, les pauses et l'interdiction du travail de nuit et du travail dominical.
Or les personnes titulaires d'un diplôme de degré tertiaire (écoles supérieures et formation professionnelle supérieure) qualifiables de " spécialistes " représentent environ 40 % de la population âgée dite active. Le " personnel dirigeant " représente, lui, environ 34 % des salarié(e)s. Les données fournies par le sondage d'Unia montrent de façon impressionnante que ce sont précisément ces catégories qui souffrent fortement du stress au travail !
" La santé, ce n'est pas notre affaire "
Le renoncement total à l'enregistrement de la durée du travail est de plus cyniquement justifié par le souhait qu'auraient les travailleurs et travailleuses d'être autonomes et " vendu " comme prouvant la confiance placée en eux par les employeurs. Or il est clair que les systèmes de saisie du temps de travail qui permettent d'être flexible et ne réduisent pas l'autonomie quant à l'aménagement de l'horaire sont déjà possibles sans autre aujourd'hui dans le cadre de la législation sur le travail ! Les dispositions sur l'enregistrement de la durée du travail n'ont été déréglementées qu'à partir du 1er janvier 2016 et nombre d'employeurs s'en disent satisfaits. Seuls les représentant(e)s des branches les plus idéologisées, comme Expertsuisse (association des experts suisses en audits, fiscalité et fiduciaire) ou l'Alliance réflexion suisse (regroupement informel de l'Association Suisse d'Assurances, Fiduciaire Suisse et ICTS Switzerland) veulent, avec leurs revendications extrémistes, continuer à vider de sa substance la protection des travailleurs et travailleuses. Et se moquent royalement de la santé de ces derniers !
La commission veut tout de même approfondir la question
L'Union syndicale suisse (USS) et ses fédérations s'opposent à ces projets qui déboucheront finalement sur du travail gratuit. La commission préparatoire du Conseil national ne les a pas tout simplement acceptés sans broncher, mais entend clarifier cette problématique jusqu'au mois de mai. L'USS est satisfaite de cette décision prise sous le signe de la raison. Elle s'engagera également pour que les domaines problématiques de la " joignabilité permanente " et du télétravail soient mieux réglementés. Quant à ses fédérations, elles feront en sorte que les conventions collectives de travail définissent des mesures efficaces de protection de la santé contre les risques psychosociaux, donc y compris le stress.