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En visite dans le sud-est de l'Etat de Bahia, au Brésil, Dom Smaz et Milena Machado Neves découvrent, au détour d'un chemin, un panneau indiquant un village du nom d'"Helvécia". La rencontre fortuite avec cette appellation provoque en eux un choc et un questionnement viscéral. Ils s'arrêtent, s'entretiennent avec les villageois dont le majorité sont afro-brésiliens et tentent de comprendre. Grâce à de nombreux témoignages recueillis, le couple découvre alors le rapport colonial entre la Suisse et le village d'Helvécia.
Un passé colonial oublié
Le village est une ancienne colonie germano-helvétique nommée à l’origine Leopoldina et dont le nom actuel était celui de l’une de ses plantations baptisée ainsi par un colon suisse. Helvécia, fondée en 1818, se développe avec la culture du café, dont plus de 90% est produite pour l’Etat de Bahia, jusqu’à devenir l’un des plus importants exportateurs de café du Brésil au milieu du 19e siècle. Cette prospérité est due à l’exploitation de personnes esclavisées, une pratique soutenue par le gouvernement fédéral de l’époque, comme le révèlent certains documents d’archives.
En 1888, la loi abolissant l’esclavage au Brésil dissout la colonie. Dès lors, les personnes esclavisées restent sur les terres abandonnées par leurs propriétaires et la communauté d’Helvécia reçoit en 2005 le statut d’ancien "quilombo" en reconnaissance de son passé. Au Brésil, cette terminologie désigne un village libre formé par des esclaves en fuite. La particularité d’Helvécia réside dans le fait qu'une fois les colons partis, les esclaves sont restés sur ce même lieu jusqu'à aujourd’hui.
La décolonisation commence par la transparence et la prise de conscience. Les pratiques coloniales concernent tout le monde, y compris la Suisse. Il s'agit de ne pas le cacher et de dialoguer avec les personnes descendantes de la colonisation ou de la marginalisation.
Une exposition pour rencontrer les habitants
Pour faire émerger cette histoire oubliée, par la Suisse comme par le Brésil, l'exposition visible au Musée d'ethnographie de Genève (MEG) s’appuie sur des photographies, des éléments audio-visuels ainsi que des d’archives historiques.
La doyenne d'Helvécia, Maria de Conceiçao, surnommée Dona Cocota, en 2015. [Dom Smaz - MEG]
On entre dans la salle d'exposition avec la sensation de pénétrer dans le village même. L'installation se déploie en une série de constructions en bois, comme des totems. Agrémentées par des photographies et du texte, les différentes stations de l'exposition permettent au visiteur de découvrir le portrait d'un ou d'une habitante d'Helvécia.
Pour Carine Ayélé-Durand, nouvelle directrice du MEG depuis le 1er juillet 2022, le dispositif muséal voulait proposer une rencontre avec les habitants d'Helvécia afin de participer à la constitution d'un mémoire collective de la colonisation en Suisse: "Remettre en cause l'historiographie même de la Suisse en disant qu'elle a un passé colonial peut faire des vagues; et le musée est un outil phénoménal pour échanger, apprendre et remettre en question nos a priori", indique-t-elle à la RTS.
Propos recueillis par Rafael Wolf
Adaptation web: Layla Shlonsky
Exposition "Helvécia. Une histoire coloniale oubliée", Musée d'ethnographie de Genève (MEG), jusqu'au 7 janvier 2023.