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Le saut d’obstacles fascine les spectateurs, connaisseurs ou non. À l’occasion du Concours hippique international de Genève, qui se déroulera ce week-end, nous vous donnons quelques éléments, afin de mieux comprendre ce sport.
Des origines irlandaises
Jusqu’à la codification de la chasse à courre, au XVIIe siècle, il n’y avait guère de raisons de sauter haies et murets. Mais lorsqu’il fallut suivre la meute de chiens aux trousses d’un renard, savoir franchir des obstacles devint alors indispensable. Pour tester les aptitudes des cavaliers, des concours hippiques virent ensuite le jour. La première compétition de saut d’obstacles eut lieu en Irlande en 1865, tandis que l’épreuve figure pour la première fois aux Jeux olympiques, à Paris, en 1900. À Genève, le premier concours international s’est déroulé en 1926, à l’initiative d’un petit groupe de passionnés, dont faisait partie le colonel Henri Poudret, arrière-grand-père du directeur sportif actuel, Alban Poudret.
Le but est de sauter
Vous l’aurez deviné, le but du jeu est de sauter avec son cheval par-dessus des obstacles. Ceux-ci doivent être franchis dans un ordre déterminé, le plus rapidement possible, au galop. Les compétitions se déroulent sur un terrain délimité, en extérieur (outdoor) ou en intérieur (indoor), plusieurs cavaliers s’affrontant sur le même parcours. Les épreuves sont destinées à démontrer chez le cheval sa franchise, sa puissance, son adresse, sa rapidité et son respect de l’obstacle et, chez le cavalier, la qualité et l’efficacité de son équitation.
Des obstacles bien réfléchis
L’obstacle est l’élément clé de cette discipline. Il est classiquement composé de chandeliers verticaux, qui supportent des barres mobiles. Celles-ci – en bois ou en synthétique – tombent dès que le cheval les touche. En concours, des fanions – rouge à droite, blanc à gauche – et un numéro sont ajoutés, afin d’indiquer dans quel sens et dans quel ordre l’obstacle doit être sauté. Les constructeurs jouent sur les couleurs, la forme et la hauteur des obstacles, ainsi que sur leur enchaînement, pour augmenter la difficulté. Vertical, spa, rivière, oxer, haie, double, triple: autant de noms qui décrivent des obstacles différents, avec des caractéristiques propres. Chaque concours rivalise d’originalité pour présenter des obstacles uniques à l’apparence soignée, parfois aux couleurs d’un sponsor. À Genève, un des obstacles typiques est la poya, avec ses vaches gruériennes.
La plus grande piste au monde
Le terrain où se déroule une compétition de saut d’obstacles est appelé piste. Celle-ci peut être composée de matériau de différentes natures, généralement du sable, parfois de l’herbe. Les fabricants déploient tout leur savoir-faire pour trouver le sol idéal, qui amortit la réception des sauts, sans être trop profond ni glissant. Le CHI de Genève possède la plus grande piste indoor du monde, avec une dimension de 96×56 mètres. Elle est composée de près de 6500 m3 d’un mélange de sable de quartz et de fibres synthétiques. Cette piste a la particularité unique en indoor de compter un lac artificiel, que les cavaliers doivent franchir dans certaines épreuves.
La victoire au bout du parcours
Le cavalier qui termine son parcours avec le moins de fautes remporte l’épreuve. Le chronomètre intervient également dans le classement. Il existe plusieurs types de barèmes, le plus fréquemment utilisé étant le barème A, où une barre tombée est sanctionnée par une pénalité de 4 points. Un refus ou une dérobade sont aussi pénalisés de 4 points, alors que la chute du cavalier ou du cheval entraîne leur élimination. À noter que le barème A comporte plusieurs variantes: en deux manches, au chronomètre, avec barrage. Ce dernier terme signifie que lorsque plusieurs cavaliers sont sans faute, ils seront départagés sur un deuxième parcours. La dotation des concours a beaucoup augmenté ces dix dernières années, ce qui permet aux meilleurs cavaliers de vivre de leur sport. À Genève, la dotation globale est de plus de 2 millions de francs, le vainqueur du Grand Prix empochant la somme de 400’000 francs.
La technique est essentielle
Afin de permettre au cheval de déployer toutes ses capacités athlétiques, le cavalier se tient en équilibre sur ses étriers. Ceux-ci sont réglés courts, afin de pouvoir accompagner le déplacement du dos du cheval lorsqu’il saute. Les constructeurs de parcours rivalisent d’ingéniosité pour départager les meilleurs, en augmentant la difficulté technique, plutôt que la hauteur des sauts. Précision de l’œil du cavalier pour choisir la meilleure ligne, contrôle de la vitesse, choix du nombre et de la longueur des foulées, maîtrise de l’impulsion, technicité, agilité, courage sont autant de paramètres importants pour réussir à franchir sans pénalité les obstacles.
Pas n’importe quel cheval
Si tous les chevaux sont capables de sauter un petit obstacle, seule une minorité est capable de rivaliser avec les meilleurs. Holstein, hanovrien, KWPN, selle français, demi-sang suisse sont quelques-unes des races appréciées dans la discipline. Ces athlètes font l’objet d’une sélection rigoureuse. On assiste à une tendance vers des chevaux toujours plus près du sang, car les parcours d’aujourd’hui demandent de la rapidité, de l’agilité et beaucoup de réactivité. Leur valeur dépend de leur formation, leur origine, leurs performances, leur âge. Les chevaux d’élite se négocient à plusieurs centaines de milliers de francs. À Genève, ils viendront par avion de toute la planète, 18 pays étant représentés en saut.
+ D’infos www.chi-geneve.ch
Le saut d’obstacles, c’est:
60 à 90 secondes, la durée d’un parcours.
1 m 60 à 1 m 65, la hauteur moyenne des obstacles sur les parcours du plus haut niveau.
2 m 47, le record du monde du saut le plus haut, détenu par le cheval chilien Huaso depuis 1949.
8 m 40, la rivière la plus large franchie en 1975 par Something.
22 médailles olympiques suisses, ce qui positionne la discipline au troisième rang des sports d’été les plus fructueux.
Plus de 350 concours nationaux et une dizaine de concours internationaux chaque année en Suisse, ce qui représente 5000 épreuves.
1953, année du premier Championnat du monde, à Paris.
«Cette épreuve est toujours une source d’émotions intenses pour le public»
Alban Poudret, Directeur sportif du CHI de Genève
Comment expliquez-vous la popularité du saut d’obstacles auprès du public?
Ce sport a la particularité d’avoir un côté théâtral très marqué. La piste et ses obstacles forment un décor à l’esthétisme chaque fois différent, suivant le lieu où on se trouve: à l’intérieur ou en extérieur, dans un parc, au pied de la tour Eiffel ou à Palexpo. Ensuite, il y a les épreuves en elles-mêmes, très variées et dynamiques, qui se déroulent à grande vitesse. À chacune d’entre elles, on assiste à une série de rebondissements. On ne sait jamais à l’avance quelles émotions on va vivre. Voilà de quoi captiver les foules, les faire vibrer ! En outre, le saut d’obstacles est facilement compréhensible par le plus grand nombre, sans avoir besoin d’une culture équestre. Le néophyte voit si la barre tombe ou non et le chronomètre dit qui va le plus vite sur le tour.
Et du côté des cavaliers?
La Suisse dispose d’une grande tradition équestre en saut d’obstacles, héritée de la cavalerie. Cette discipline est donc largement enseignée dans les écoles d’équitation. Elle nécessite de l’agilité, de la technique et procure son lot de sensations fortes, attirant les cavaliers à la recherche d’adrénaline. Chaque parcours est une remise en question, ce qui rend le sport varié et amusant. De plus, comme toute discipline équestre, la relation avec le cheval est très importante. Les grands succès internationaux de nos cavaliers suisses contribuent également à sa popularité. Un cavalier comme Steve Guerdat est un formidable ambassadeur pour ce sport. Il fait rêver les jeunes et suscite des vocations.
Le CHI de Genève est-il uniquement dédié au saut d’obstacles?
Si notre concours doit sa réputation à cette discipline, notre volonté a toujours été de montrer la richesse et la diversité des sports équestres. Cette année, pour la première fois, le public pourra découvrir quatre disciplines en compétition, ce qui est rare pour un concours indoor. Outre l’attelage à quatre et le cross, le dressage sera présent pour la première fois depuis 2000. De plus, diverses attractions équestres devraient ravir les quelque 40’000 spectateurs que nous attendons.