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L’Initiative des Alpes s’oppose à la construction d’un second tube routier, mais approuve la solution de rechange décidée par le Conseil fédéral pour le cas où la modification de la loi sur le transit alpin serait refusée. On peut s’en étonner.
Le Conseil fédéral propose de construire un tube routier supplémentaire. Il subordonne cette proposition à une modification de la loi sur le transit alpin, qui rend nécessaire une décision parlementaire sujette à référendum. Au cas où sa proposition serait refusée, il a déjà décidé d’adopter la solution de deux RoLa (rollende Landstrasse – ferroutage), entre Göschenen et Airolo pour les voitures, entre Biasca et Erstfeld pour les poids lourds.
Ces deux RoLa sont provisoires: celle entre Göschenen et Airolo n’aura plus de raison d’être après la remise en service du tunnel routier, et tout le monde s’accorde à vouloir que le ferroutage des poids lourds s’étende de frontière à frontière. Parce que ce ne serait que des mesures d’accompagnement de l’assainissement du tunnel routier, il s’agirait en fait d’entretien, et non d’investissement: de ce fait, le Conseil fédéral pourra en décider seul.
L’alternative que propose le Conseil fédéral oppose à la solution qu’il préconise, la construction d’un tube supplémentaire, une solution faible. C’est de bonne guerre.
Elle gèle toute possibilité de trafic routier normal à travers le Gothard pendant de nombreux mois sur plusieurs années, en tout 36 mois répartis sur quatre années successives. Elle suscite de ce fait le rejet immédiat par beaucoup de gens; il est inutile de les énumérer ici.
Elle nécessite des dépenses d’infrastructure et d’équipement très lourds, non amortissables. Contrairement aux investissements normaux, qui sont payés par leur utilité pendant de très nombreuses années, 50 ans pour des infrastructures, 25 ans pour du matériel roulant, les dépenses d’infrastructure et d’équipement des RoLa devront être amorties en quatre ans. Les importantes infrastructures nécessaires au chargement et déchargement seraient construites temporairement à proximité des portails des tunnels, en attendant que les solutions soient trouvées aux frontières de la Suisse. Aucune dépense de cette importance n’aura jamais dû être amortie en si peu de temps.
En outre, l’exploitation des deux RoLa entraînera d’importants coûts en personnel.
Quatre ans après le tunnel routier sera assaini, mais il aura fallu payer non seulement son assainissement (750 millions), mais encore les installations et l’exploitation des RoLa (750 millions environ): 1,5 milliard de francs au total.
Le Conseil fédéral ne s’en cache évidemment pas, la solution RoLa est celle qu’il avait précédemment choisie, à laquelle il a renoncé en avançant le défaut que je répète ici: le gel de tout trafic routier pendant de nombreux mois sur plusieurs années, qui pose des problèmes politiques et économiques si lourds que la solution du tunnel supplémentaire se révèle au bout du compte meilleure. Les dépenses non amortissables dans les RoLa seraient remplacées par un investissement d’infrastructure durable.
L’Initiative des Alpes préconise la solution que le Conseil fédéral a rejetée.
- transformation du tunnel ferroviaire en tube routier;
- assainissement du tunnel routier actuel;
- retransformation de l’ancien tunnel ferroviaire, devenu temporairement routier, en tunnel ferroviaire.
Dès le début des débats, le projet de second tube routier serait mis en balance avec un projet qui le contrecarre autrement plus efficacement que les deux RoLa, pour le même prix. La circulation routière normale (l’actuelle circulation routière) à travers le Gothard ne serait jamais interrompue. Le principal argument pour la construction d’un tube supplémentaire tombe. Le chemin de fer reçoit à la fin de l’épisode un tunnel flambant neuf, parfaitement sûr, avec une galerie de sécurité, assez haut pour laisser passer les convois les plus encombrants.
Avec de tels arguments, l’Initiative des Alpes augmenterait beaucoup ses chances de convaincre le Parlement, puis le peuple, sans rien renier de ses convictions ni de ses objectifs.
En cas de victoire, la protection constitutionnelle contre l’augmentation de la capacité routière à travers le Gothard, réaffirmée, s’étendrait naturellement au tunnel ferroviaire: il serait envisageable qu’il ne soit pas rendu au ferroviaire, mais en aucun cas permis qu’il soit maintenu en exploitation routière parallèlement au tunnel routier actuel, assaini.