Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06917.jsonl.gz/331

Essais avant une sonate, et autres textes
Charles Ives est souvent présenté comme le père de la musique américaine : c'est le premier à avoir développé dans ce pays un style original et de valeur universelle. Né en 1874, la même année que Schoenberg, il fut très marqué par l'enseignement de son père et par les différents aspects de la culture américaine, notamment populaire et religieuse, tout en étant un novateur sur bien des plans. Ives a écrit très tôt des œuvres atonales, concevant des polyrythmies complexes, expérimentant les quarts de ton, la spatialisation des sources sonores, le mélange de musiques différentes.
Comme Schoenberg, il était foncièrement idéaliste et rêvait d'une musique libre de toute entrave. En cherchant à célébrer les grandes figures d'une culture américaine progressiste, il se tourna dans sa maturité vers les Transcendantalistes qui, dans les années 1830, avaient établi à Concord (près de Boston) une communauté d'esprit éclairée. Les différents mouvements de sa Deuxième Sonate pour piano, intitulée justement « Concord », sont liés à certains d'entre eux : le philosophe et essayiste Raoul Waldo Emerson, le philosophe Amos Bronson Alcott, l'écrivain Nathaniel Hawthorne et David Henry Thoreau, l'auteur de Walden et d'un Traité de désobéissance civile.
C'est grâce à cette sonate composée entre 1911 et 1919 environ que Ives se fit connaître comme compositeur. Pour en accompagner la publication (à compte d'auteur), il rédigea une préface qui devint finalement un texte autonome : d'où le titre d'Essais avant une sonate. Il y réfléchit sur l'héritage de la pensée transcendantaliste, tout en la reliant aux problématiques esthétiques et musicales, mais aussi politiques et sociales qui étaient les siennes. Dans le Prologue et l'Épilogue, il pose de façon originale la question de l'opposition entre musique à programme et musique absolue, qui avait fait débat en Europe dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et qui est au cœur de la sonate « Concord ».
La pensée de Ives, comme sa musique, est riche d'idées et de métaphores. Il y a dans cette prose haute en couleurs une imagination débridée et une grande force de conviction. Les idées les plus radicales et les plus utopistes y sont toujours liées à des situations concrètes et à des valeurs morales et spirituelles. Les Essais éclairent l'esprit même de l'œuvre ivessienne. Dans La musique et son futur, Ives pose notamment la question de la spatialisation du son, qu'il avait lui-même expérimentée ; dans Quelques impressions en quarts de ton, il réfléchit sur l'introduction des micro-intervalles, en rapport avec ses pièces en quarts de ton pour deux pianos. Les pages extraites des Memos, des notes que Ives dicta en 1932, éclairent la composition de la sonate Concord.
Nous nous sommes basés, pour la traduction française de ces textes, sur les éditions américaines, reprenant l'appareil de notes très important qui permet de repérer les citations et les références de l'auteur. Les traductions sont de Carlo Russi, Vivianna Aliberti, Dennis Collins et Sook Ji.
Voir la biographie de Charles Ives