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Diplômée en économie politique de l’Université de St. Gall ainsi qu'en philosophie et politique publique de la London School of Economics and Political Science. Thèmes: Politique économique actuelle, économie publique, économie comportementale, économie de l’information
Il ressort d’une récente étude que la réponse à cette question dépendrait non seulement de votre apparence physique mais également de votre sexe. Afin de vérifier l’impact de l’inclusion d’une photo sur les chances de convocation à un premier entretien, deux économistes israéliens ont répondu à 2656 annonces de postes à (re)pourvoir. Pour ce faire, ils ont envoyé, pour chaque poste, deux CVs équivalents dont la seule différence notoire était la présence ou non d’une photo. La perception de la beauté étant relativement uniforme, les photos avaient été classées au préalable par un jury d’experts selon le critère de l’attrait physique. Ils ont ensuite comparé les taux de réponse moyen par type de CV et par sexe:
«Prime à la beauté» pour les candidatures masculines
Comme le montre le graphique, les hommes considérés comme moins attractifs recevraient une invitation à passer un entretien deux fois moins fréquemment que leurs collègues au physique plus avantageux. Ce résultat est tout à fait cohérent avec la littérature psychologique dans ce domaine, qui souligne l’importance d’un «effet de halo». Cet effet illuminerait les traits de caractère positifs des personnes qui seraient ainsi perçues comme plus charismatiques, plus sociales et plus intelligentes.
Certaines études établissent même que les gens beaux seraient mieux rémunérés. Selon Daniel Hamermesh, professeur d’économie à l’Université du Texas et inventeur du terme «pulchronomics» («l’économie du beau»), ils gagneraient en moyenne 230’000 dollars de plus que les autres sur l’ensemble de leur carrière (20 dollars de plus en moyenne par heure de travail).
Pénalité pour les candidatures des jolies femmes
En ce qui concerne les candidatures féminines, l’étude dévoile une image complètement différente. En effet, seulement 12,8% des jolies candidates ayant inclu une photo à leur dossier seraient invitées à prendre part à un entretien, contre 13,6% pour celles dont le physique est considéré comme «ordinaire» et 16,6% pour celles dont le CV n’était pas muni d’une photo. L’inclusion d’une photo aurait donc un impact négatif sur les chances de recrutement des jolies femmes.
Comment expliquer une telle discrimination à l’embauche?
Les chercheurs ont effectué un sondage téléphonique auprès des sociétés de recrutement, afin de découvrir comment les gestionnaires des ressources humaines (RH) percevaient les candidat(e)s qui intègrent une photo dans leur CV. Il s’est avéré qu’un homme intégrant une photo à son CV donne l'impression d’être «présentable» et «sûr de lui». En revanche, les recruteurs ont tendance à qualifier les femmes incluant une photo à leur CV de «frivoles» et les accusent de vouloir tirer profit de leur apparence. Cette hypothèse, que l’on nomme couramment la «signalisation négative», semble expliquer certaines des différences dans les taux d’invitation aux premiers entretiens. Mais ce n’est pas tout.
La jalousie pourrait également expliquer cette forme de discrimination lors de la présélection des dossiers. Apparemment, les femmes y seraient plus sujettes que les hommes. Selon une étude traitant de ce phénomène, les femmes se sentiraient particulièrement menacées par des rivales attrayantes physiquement. Les hommes se sentiraient, quant à eux, menacés par d’éventuels concurrents aux ressources financières plus importantes.
Il s’avère que les services du personnel en Israël sont principalement dominés par les femmes (93% des répondants RH concernés par l’étude étaient des femmes) âgées de 33 ans en moyenne et dont 59% étaient célibataires. Drôle de coïncidence, me direz-vous!
Le fait que les jolies femmes ne soient en réalité victimes de discrimination que lorsqu’elles sont recrutées à l’interne confirme la thèse de la jalousie. Un quart des annonces étaient traitées par les entreprises directement. Les jolies femmes n’ont été invitées à une entrevue que dans 9,2% des cas, les candidates ordinaires dans 15,1% des cas.
Les sociétés de placement externes quant à elles (3/4 des annonces traitées) ont affiché une préférence relative pour les dossiers de candidates ne comportant pas de photo (16,9%), mais elles ne faisaient pas de distinction significative entre les dossiers de jolies candidates (13,9%) et ceux des candidates ordinaires (13,1%). Compte tenu de ces faits, les auteurs de l’étude en déduisent que les collaboratrices des RH dans les entreprises veulent éviter de se retrouver en concurrence directe avec de potentielles rivales sur leur lieu de travail.
Et le rapport avec la Suisse?
Eu égard aux résultats de cette étude, les jolies femmes suisses devraient-elles s’abstenir d’inclure une photo sur leur CV?
Nous ne disposons pas de statistiques précises concernant la représentation féminine dans le domaine des RH en Suisse. Mais il apparaît de sources non-scientifiques que les femmes seraient néanmoins surreprésentées dans plusieurs pays. Les jolies candidates en Suisse pourraient donc très bien être victimes de la même forme de discrimination à l’embauche que les jolies candidates israéliennes. À moins que les employées des RH en Suisse soient de nature moins jalouse qu’en Israël...
Blog apparenté:
Pour en savoir plus:
- Module «Différences salariales»
- Bradley J. Ruffle & Ze’ev Shtudiner. Are Good-Looking People More Employable? (05.02.2014)
Étude, en anglais, examinant le rôle de l'apparence physique dans le processus de recrutement.
- Le Figaro. Les entreprises répugnent à embaucher des Marilyn Monroe. (09.04.2012)
Article rappelant que la beauté est un facteur de réussite reconnu dans la vie professionnelle.
- France 2 (Envoyé Spécial). La prime à la beauté (08.11.2014 – Durée: 28:05)
Reportage enquêtant sur l’existence d’une «prime à la beauté» dans le monde professionnel d’aujourd’hui.
Noémie Roten,
Diplômée en économie politique de l’Université de St-Gall.
Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.