Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07005.jsonl.gz/647

Pourquoi en vient-on à défendre l'étatisme, c'est à dire l'intervention systématique de l’État pour résoudre tous les problèmes qu'une société rencontre ?
Lorsque j'ai pris conscience de l'incapacité (structurelle) des gouvernements social-libéraux (ou social-démocrates) d'Europe du sud à faire face à la crise de la dette, mon premier réflexe fut d'abandonner le social-libéralisme (auquel j'adhérais alors) et de me tourner vers un étatisme à grande puissance (« L’État peut tout », écrivais-je dans mes premiers écrits).
Cette adhésion à un interventionnisme étatique chevronné fut une sorte de réflexe, qui est non naturel, mais social (ou culturel). J'ai été socialisé de manière à ce que mon premier réflexe en cas d'échec du capitalisme (puisque rappelons-le, en tant que social-libéral je n'étais pas opposé au capitalisme), soit de me tourner automatiquement vers l’État (par ignorance principalement dirais-je).
Le projet étatiste qui vise à réaliser le bonheur sur Terre est-il socialiste ?
Certains l'ont pensé, beaucoup l'ont d'ailleurs pensé dans les années 30 et 40 où le socialisme semblait correspondre pour beaucoup à l'économie planifiée centralisée et étatiste. En effet, le projet étatiste a une finalité logique (lorsqu'il se radicalise) dans la planification et la centralisation de la production et de l'information (bien que les modèles étatistes et planificateurs décentralisés soient sûrement plus performants).
C'est un projet tout entier fondé sur la liberté positive et la notion de bonheur (à la sauce Maslow), car le projet étatiste (tel que je le décris ici) est un étatisme philanthropique (ou un keynésianisme radical selon certains).
C'est un projet qui s'accorde fort bien en réalité avec les concepts de dictature éclairée.
Ceci étant dit, il faut bien noter qu'il n'est pas évident du tout que le projet étatiste philanthropique soit inefficace ou non bénéfique. Au contraire, il est probable que ce projet de société soit efficace et bénéfique. On peut même le décentraliser, et bien sûr il peut prendre une forme démocratique (en outre la démocratie peut être radicalisée).
Mais le projet étatiste philanthropique n'est pas socialiste, car ce qui définit le projet socialiste n'est pas la liberté positive, ni la liberté négative des libéraux, et en réalité l'égalité (ou l'équité) ne sont que des valeurs secondaires du socialisme.
Ce qui définit le socialisme c'est l'autonomie.
Car dans son essence, le socialisme est le projet d'émancipation des exploités et des opprimés en lutte pour leur indépendance et leur autonomie.
Bien entendu, on peut définir la liberté comme identique à l'autonomie, et dans ce cas le projet socialiste devient le projet de la liberté. Et c'est d'ailleurs peut-être fort vrai, car la liberté positive et négative ont moins de valeur que la liberté en tant qu'autonomie (et en outre l'autonomie implique ces deux formes conceptuelles de liberté).
Le socialisme n'équivaut donc pas à l'étatisme philanthropique. Ce dernier n'est que la forme que prend la solidarité ou l'égalité lorsqu'il oublie l'autonomie, ou lorsqu'il tente d'agir uniquement au sein du capitalisme.
A nous de développer le projet socialiste non comme un étatisme philanthropique, mais comme un projet autonomisant, fondé sur l'autogestion, la démocratie radicale, la coopération, l'association, le fédéralisme, et la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production.