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Didier Défago, vous avez deja eu peur dans le portillon de départ de Kitzbühel?
J'avais toujours un peu d'appréhension au départ de chaque descente. Mais Kitzbühel, ça reste... Comment dire ça? Quand tu vas là-bas, tu t'attends chaque fois à quelque chose de spécial.
Vous préférez parler d'appréhension plutôt que de peur...
Oui c'est vrai.
Parce que la peur suggère une absence de maîtrise?
Non. C'est juste une autre manière de dire les choses.
Les organisateurs ont effectué des travaux afin de limiter la vitesse des skieurs à 140 km/h. Comprenez-vous cette mesure, ou y voyez-vous une atteinte au mythe?
On touche au mythe, c'est vrai. La sécurité est devenue un enjeu primordial et je le conçois. Cela dit, on doit garder le caractère de la descente.
Quels sont les éléments à ne surtout pas toucher pour préserver l'âme de la descente?
Il faut des sauts, des secteurs rapides, des courbes à haute vitesse, des parties plus techniques. Sur les courses mythiques, comme Kitzbühel mais aussi Bormio ou Wengen, il y a des passages que tu ne peux pas trop dénaturer, au risque d'altérer le caractère de l'épreuve.
Les descentes ont-elles changé depuis vos débuts?
Oui. Certains passages ont été très élargis. C'est toujours le même problème: il faut trouver le juste milieu entre spectacle et sécurité.
La descente de Kitzbühel peut-elle perdre de sa fascination si elle en devient trop facile?
Je ne pense pas qu'elle deviendra trop facile. Aucune descente ne deviendra trop facile. Mais les organisateurs de Kitz' doivent préserver la partie finale (ndlr: celle qui mène à l'ultime bosse puis à l'aire d'arrivée).
Malgré toutes les corrections apportées au tracé, il y a un élément imprévisible chaque année: la météo.
C'est vrai. Selon l'évolution des températures, vous pouvez arriver 5, 6 ou 7 km/h plus vite dans une portion, et ça change la donne. À l'inverse, s'il fait très froid ou qu'il neige, vous pouvez perdre 10 km/h.
Urs Kryenbühl avait atteint les 147 km/h avant sa terrible chute l'an dernier. Les organisateurs ne veulent plus que les skieurs dépassent les 140 cette année. 7 km/h de différence, ça change beaucoup de choses?
Oui, ça peut. Dans l'équilibre au contact de la neige, mais surtout dans l'air, si un bras s'écarte ou si l'air pousse les skis vers le haut ou le bas.
On voit parfois des skieurs se faire souffler en vol à Kitzbühel. Comment expliquer ce phénomène?
Ça n'arrive pas que là-bas, mais aussi à Beaver Creek sur la partie finale, ou à Bormio sur les bosses du haut. Chaque saut peut provoquer ce phénomène. Le problème, c'est qu'une fois déséquilibré dans les airs, tu n'as aucun moyen de te rattraper. Un peu comme pour les sauteurs à skis.
On voit pourtant les sauteurs à skis se corriger en vol, avec les épaules, les bras.
Parce qu'eux doivent voler, atteindre la plus grande distance possible. Les skieurs, eux, doivent être aérodynamiques, compacts, pour aller le moins loin possible. Tout dépendra de l'équilibre qu'ils auront en l'air, mais aussi de la préparation de leur saut. S'ils se relèvent à 50 m de la bosse lors des entraînements et que ça se passe bien pour eux, mais que le jour de la course ils essaient d'aller à la limite et font quelques mètres de trop, ça peut faire mal.
La frontière est aussi fine?
Oui. Les skieurs moins expérimentés doivent très vite trouver leur limite aux entraînements. Certaines chutes sont la conséquence d'une vitesse excessive ou de la préparation de la piste (ndlr: le Valaisan déplore certaines patinoires créées sur le circuit Coupe du monde), mais il faut aussi observer la façon dont les athlètes préparent leurs sauts.
S'entraînent-ils suffisamment à «bien sauter»?
Je ne sais pas. Ce qui est certain, c'est que travailler les sauts, la haute vitesse, ça doit faire partie de la préparation estivale, ou automnale. Quand je suis arrivé dans le cadre A de Swiss-Ski, ce sont des choses que l'on faisait. Pendant 1 h ou 2 h avant ou après l'entraînement, on ne faisait que des sauts en essayant de partir toujours plus haut. Peut-être que les coureurs le font un peu moins aujourd'hui.
L'évolution du matériel permet-il d'aller plus vite aujourd'hui, légitimant les modifications du tracé?
Je ne le pense pas.
Finalement, chacun a sa propre vision de ce qui doit être entrepris ou non pour la sécurité des athlètes. Toute la question est de savoir à partir de quand on modifie la montagne pour qu'elle devienne moins dangereuse. Sinon, autant installer des pitons sur l'Everest pour éviter les morts!
Certes, mais le ski n'est pas tout à fait comparable avec l'alpinisme dans ce domaine. Certains grimpeurs s'engagent dans des voies la fleur au fusil. Un descendeur n'ira jamais sur une piste sans être parfaitement préparé, mentalement et physiquement.
Comment prépare-t-on une course comme Kitzbühel?
Comme toutes les autres descentes. Quand j'arrivais sur place, je regardais systématiquement la course de l'année passée, j'observais les différents secteurs pour me les remémorer.
Vous n'avez pas aimé la comparaison avec l'alpinisme, mais on peut faire une analogie avec la F1. La Fédération impose aussi des mesures pour ralentir les monoplaces.
Oui, c'est vrai. Mais on ne les a pas ralentis pour autant.
C'est à dire?
Le problème est plus global. Chaque fois qu'on essaie de mettre des barrières quelque part, on imagine que tout se passera comme prévu. Mais les athlètes ont de tels outils d'analyse vidéo que, en caricaturant, ils n'ont qu'à entrer les données dans l'ordinateur et la machine leur dira exactement quoi faire pour perdre le moins de temps en course. Et c'est pareil dans tous les sports.
Les descendeurs n'iront donc jamais moins vite?
On essaie de les freiner pour ne pas qu'ils atteignent les 147 km/h. OK. Mais ils savent que s'ils vont à 147, ils auront une chance de gagner. La question qu'ils vont se poser, c'est: «Qu'est-ce que je dois faire pour perdre le moins de km/h possible?» On sous-estime ce genre de réflexions. On est convaincu que si l'on choisit une direction, elle aura les effets attendus. Mais l'analyse de celui qui veut gagner la course est bien différente.
La FIS (Fédération internationale de ski) avait aussi légiféré sur les rayons des skis dans le but de diminuer les blessures aux genoux.
Oui. C'est d'ailleurs la même situation que pour la vitesse. On amène un changement? Pas de soucis. Je prends mon ordinateur et j'entre: «Il me faut un rayon de 55 m pour faire ce type de virage.» La machine me fournit des clés. Ensuite, je regarde dans quelle mesure je peux les utiliser, et jusqu'à quel point. Je caricature, bien sûr, mais le but, c'est de gagner. Le skieur essaiera toujours de trouver des moyens pour compenser la perte d'efficacité induite par de nouvelles règles.
L'année où vous gagnez Kitzbühel, vous aviez atteint les 143 km/h. Douze ans plus tard, et malgré les corrections successives apportées par les organisateurs, Kryenbühl était à 147. Cela prouve que les skieurs ont trouvé le moyen de ne pas aller moins vite.
Exactement! Et je suis certain qu'à la fin des années 90, les skieurs dépassaient aussi les 145 km/h. On a toujours l'impression que ça va plus vite depuis dix ans, mais c'est faux.
Mais comment les skieurs peuvent-ils aller aussi vite que par le passé, sur une piste pensée pour les ralentir? Ça paraît physiquement impossible...
On peut rester profilés un peu plus longtemps dans certains secteurs, négocier peut-être certains virages différemment. Comme on est moins en difficulté derrière, on peut prendre un peu plus de risques sur les virages précédents. Mais ce sont des choses qui doivent s'étudier sur place, à la reconnaissance et aux entraînements.
Si les ordinateurs permettent de tout calculer, pourquoi certains skieurs sont-ils encore surpris à Kitzbühel?
Parce qu'ils n'ont pas tous intégré ou étudié la piste. Des nouveaux arrivent chaque saison, et les conditions ne sont pas toujours les mêmes: la température, la neige, le revêtement, tout peut être différent et transformer le terrain de jeu. Les skieurs les plus expérimentés auront besoin d'un seul entraînement pour s'adapter. D'autres, 2 ou 3 ans.
Sur un plan purement sportif, le transfert de Xherdan Shaqiri à Chicago est (déjà, encore) une déception. L'équipe occupe les dernières places de la Conférence Est et n'a obtenu que deux victoires en onze matchs – pour huit malheureux buts inscrits.