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Albert Nobbs s'annonçait comme le rôle d'une carrière pour Glenn Close. Cet homme est l'un des employés les plus méticuleux d'un hôtel irlandais. Le service y est irréprochable et Albert est le plus talentueux de tous les employés. Ses manières et ses attentions sont parfaites et accordées très exactement aux préférences personnelles de chacun des pensionnaires de l'hôtel. Mais Albert Nobbs n'est pas un homme c'est, en fait, une femme travestie qui a organisé ce déguisement pour pouvoir, semble-t-il, survivre dans le contexte d'une crise économique particulièrement forte. Albert a aussi un rêve. C'est de s'acheter un petit magasin dans lequel il vendrait du tabac de la meilleure qualité à la noblesse locale. Tout serait parfait si, en plus, une femme pouvait y être associée. Nous suivrons dont Albert dans sa quête en direction de son rêve face à l'arrivée d'un jeune homme qui, lui, veut partir aux Amériques.
Avant d'aller voir ce film je me suis beaucoup demandé si Albert est une femme déguisée en homme ou un homme dans un corps de femme. Le film ne répond pas directement à la question et offre des indices contradictoires. Nous avons aussi bien une scène lors de laquelle le prénom masculin d'Albert est revendiqué comme une identité ce qui pourrait nous faire conclure à une identité masculine du héros. D'un autre coté, il y a aussi une scène qui est l'occasion de montrer Albert "retrouver" son identité de femme qu'elle réincarne avec un plaisir évident. Il est donc difficile de conclure sur cette question et chaque spectateurs pourra se faire sa propre idée.
Mais ce film est aussi l'occasion de confronter deux rêves en courtisant l'une des serveuses de l'hôtel. Le jeune homme a le rêve insouciant d'un futur inconnu dans un monde inconnu. Une aventure qu'il organiserait avec la femme qu'il a choisie et qu'il aime avec passion. Albert agit de manière profondément contradictoire. En effet, il offre à la même femme un rêve organisé et précis. Albert sait exactement ou il va et comment il y va et donc offre une vie parfaitement réglée mais, peut être, sans le frisson de l'aventure. Nous avons aussi le décor proprement dit. L’hôtel est l'occasion de nous montrer de nombreux secrets. Les pensionnaires peuvent avoir des liaisons avec le personnel et la propriétaire cache un cœur de pierre sous des paroles de velours. C'est un décor dans tous les sens du terme dans lequel chacun des personnages joue un rôle en accord avec la place qu'il est censée posséder mais qui a aussi tout a fait conscience du jeu qu'il joue dans cette comédie. À coté de ces personnages il y a le seul qui soit vrai. Paradoxalement c'est aussi un travesti. Une femme qui a réussi à s'organiser en couple avec une autre femme et qui cache son identité biologique tout en revendiquant une identité masculine qui en fait, probablement, le personnage qui ment le moins dans tout le film. C'est aussi grâce à lui qu'Albert commencera à vouloir être heureux. Je terminerais par le jeu des acteurs qui est, à mon avis, très bien maîtrisé. Je trouve que Glenn Close, en particulier, incarne parfaitement son personnage. Ce sera probablement le film dont on parlera quand on fera la rétrospective de la carrière de cette actrice.
Image: Allocine