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Les milieux pacifistes ont lancé lundi à Berne leur campagne contre la révision partielle de la loi militaire qui permet l'envoi de soldats suisses armés à l'étranger. Pour eux, opérations militaires et maintien de la paix sont incompatibles.
Le Conseil fédéral estime qu'il n'est plus admissible que les soldats suisses présents dans des zones de conflits soient protégés par des troupes étrangères. Le 10 juin, le gouvernement propose donc au peuple de permettre d'armer les soldats, mais uniquement afin d'assurer leur auto défense.
Chef de fil des pacifistes, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) a recueilli plus de 60 000 signatures contre ce projet. Au-delà de la question de l'armement, il estime en effet que l'armée ne constitue pas une solution pour résoudre les conflits.
Les pacifistes constatent en premier lieu que les opérations de maintien de la paix effectuées au cours des dix dernières années présentent un bilan mitigé. Les populations d'Irak ou de Somalie continuent par exemple de souffrir.
Les opposants dénoncent au passage l'hypocrisie des puissants. Quand ils partent en guerre, c'est toujours au nom de l'humanité, de la justice ou de la paix. Et plus les intérêts stratégiques en jeu sont forts, plus ils parlent de droits humains.
Pour les pacifistes, la promotion de la paix passe plutôt par l'aide au développement, des relations commerciales équitables ou encore des compétences civiles. L'usage de la force ne ferait en revanche qu'alimenter la spirale de la violence.
Certes, le Conseil fédéral assure que les soldats suisses ne participeront jamais directement à des opérations militaires. Mais pour le GSsA, cet argument n'est pas convaincant. En effet, les «actions de combat» ne sont pas définies juridiquement et il est pratiquement impossible de les différencier de l'auto défense.
Finalement, pour le GSsA, l'envoi de soldats suisses à l'étranger ne servirait qu'à entraîner la Suisse dans la politique belliciste de l'OTAN. Mais aussi à trouver une nouvelle justification à l'existence d'une armée en pleine crise d'identité depuis la disparition du bloc soviétique.
L'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), soutenue par l'Union démocratique du centre (UDC), a aussi obtenu le référendum contre la modification de la loi militaire. Elle veut en effet empêcher que des soldats suisses aillent mourir dans des guerres étrangères.
Le GSsA veut cependant éviter tout amalgame. Si l'objectif est le même, les motivations divergent fortement. Alors que le GSsA parle de solidarité avec les peuples, l'ASIN veut un repli de la Suisse sur elle-même et l'UDC, comme les autres partis bourgeois, refuse d'augmenter les budgets d'aide au développement, notent les pacifistes.
Le comité pacifiste regroupe surtout des écologistes, des popistes, des tiers-mondistes et des syndicalistes. Mais également une douzaine de parlementaires fédéraux socialistes qui sont en opposition avec la ligne de leur parti qui soutient officiellement la modification de la loi militaire.
Quatre comités sont désormais engagés dans la campagne en vue du 10 juin. Les pacifistes et l'ASIN soutiennent leurs référendums respectifs. Ils sont opposés à un comité socialiste et à un comité bourgeois qui soutiennent de leur côté la modification.
Olivier Pauchard