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L'armée suisse doit se préparer à des conflits hybrides
16.05.2019
L'armée doit se préparer à des conflits hybrides. Les forces terrestres devraient se concentrer sur des engagements en zone urbaine. Il faudra renouveler leur équipement. Des investissements de 5,5 à 6 milliards pourront être couverts par le budget actuel.
Sur la base d'un rapport, le Conseil fédéral a pris une décision de principe sur la modernisation des forces terrestres, a indiqué jeudi la ministre de la défense Viola Amherd devant la presse.
Trois options étaient sur la table. Le gouvernement a tranché en faveur de celle devisée à 6 milliards de francs au maximum. S'y ajouteront 1,5 milliard pour l'achat de système de télécommunications.
Défense en milieu urbain
L'accent sera placé sur les capacités indispensables en cas de conflit hybride. Il s'agit de répondre à la menace actuelle, de plus en plus volatile. Les cyberattaques, l'espionnage, le sabotage et la désinformation prennent de l'ampleur. Des acteurs non étatiques sont impliqués.
Une situation de crise peut se transformer en un conflit armé. L’affrontement prend place au sol, dans les airs, et aussi dans le cyberespace. Toute la difficulté sera d'identifier les acteurs et de répondre par des moyens appropriés.
La collaboration avec les autorités civiles sera renforcée. Les forces terrestres seront équipées de systèmes plus légers, bien protégés, mais plus mobiles et polyvalents. Elles seront mieux préparées à un engagement en zone urbaine.
L’armée renoncera ainsi à une grande partie de sa capacité à assurer une défense mobile dans les zones non habitées. Cette évolution est justifiée, selon le Conseil fédéral: "on peut présumer qu’un adversaire agirait à distance tant pour la reconnaissance que pour l’attaque".
Variantes rejetées
Le gouvernement a rejeté deux autres variantes. L'une, devisée à 10 milliards de francs, vise à préparer l’armée à des conflits armés interétatiques. Les blindés à chenilles devraient être remplacés par des véhicules modernes de même type.
L'autre option se base sur celle retenue mais la combine avec une hausse de l’effectif réglementaire de 100'000 à 120'000 militaires. La capacité à durer de l’armée en cas de tension prolongée serait renforcée et il serait possible de protéger plus d’ouvrages simultanément. Mais la facture grimperait jusqu'à 9 milliards.
Budget suffisant
La solution retenue a l'avantage de pouvoir être couverte par les dépenses déjà prévues pour l'armée. D'ici l'année prochaine, celle-ci doit recevoir 5 milliards de francs par an. Elle verra en outre son budget augmenter de 1,4% par ensuite (2,4% en tenant compte de l'inflation). La part dédiée aux investissements devrait s'élever à 1,5 milliard par an de 2023 à 2032.
Un montant global de 15 milliards serait ainsi disponible. Huit milliards sont réservés pour la défense aérienne. Autre priorité du Conseil fédéral, la cyberdéfense. Mais celle-ci nécessite d'accroître les effectifs plutôt que de procéder à de volumineuses acquisitions.
Les forces terrestres sont tributaires de la défense aérienne et et de la cyberdéfense. Sans une protection dans les airs, elles seraient facilement repérables du ciel et combattues à distance. Leur engagement coordonné serait en outre quasiment impossible en cas de perturbation, voire de paralysie du commandement par des cyberattaques.
Enjeu
L’un des enjeux sera de combiner les achats pour les troupes au sol. Les forces terrestres sont équipées en quantité de systèmes datant de la guerre froide qui ne pourront plus être utilisés après les années 2020.
Dans un premier temps, il faudra se contenter d’un niveau limité d'équipement, au moins pour assurer l’instruction dans les écoles et les cours. Repousser au-delà de 2032 tous les projets non réalisables au cours des années 2020 ne ferait que reporter les coûts et créer le risque de nouvelles lacunes.
Les systèmes blindés actuels devront être remplacés par des moyens protégés et capables de s’imposer, mais plus légers et plus simples à engager en terrain bâti. Il est aussi possible, dans certains domaines, de miser sur de nouvelles technologies. Il faut alors moins de systèmes d'armes pour le même résultat, mais ceux-ci sont souvent plus coûteux.
ats