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Quelle réponse à un « schéma de consommation et de production non viable » ?
« La cause principale de la dégradation continue de l'environnement mondial est un schéma de consommation et de production non viable, notamment dans les pays industrialisés, qui est extrêmement préoccupant dans la mesure où il aggrave la pauvreté et les déséquilibres » : ainsi s'exprimait en 1992 la déclaration finale du «Sommet de la Terre», à Rio de Janeiro. Deux conventions sur les changements climatiques et la diversité, un plan de « développement durable » (l'« Agenda 21 ») et vingt-cinq ans plus tard, on n'est toujours pas sorti du « schéma de consommation et de production non viable », et le « développement durable » apparaît pour ce qu'il est : une tentative de sauvegarder l'essentiel de ce « schéma », d'en pérenniser les « lois » fondamentales -à commencer par celles du profit, et de la propriété privée des moyens de production. A quoi s'oppose le projet subversif, de la « décroissance ». Une alternative qui ressemble fort à celle qui traverse le mouvement socialiste depuis ses premiers vagissements, entre la réforme et la révolution. On s'interrogeait hier ainsi : « le respect des institutions est-il compatible avec le changement de société ? », on s'interroge aujourd'hui ainsi : « la croissance économique est-elle compatible avec la défense de l'environnement ? »...
Nous ne détruisons pas la planète : elle continuera son destin de planète jusqu'à se faire bouffer par le soleil. Nous détruisons en revanche son écosystème, c'est-à-dire le nôtre...
Alors, « développement durable » ou « décroissance »? Institutionnellement, le « développement durable » domine la « décroissance » -pour la bonne (?) raison que s'il projette un changement des politiques économiques, énergétiques, environnementales, il n'en propose pas la rupture. La « décroissance », elle, est un projet de rupture, fondé sur un constat d'évidence : la finitude du monde habité par les humains. Cette finitude est rigoureusement incompatible avec toute hypothèse de croissance continue, de consommation sans frein ni fin des ressources. Et avant que l'humanité ait atteint les limites de ce qu'elle peut consommer de ce que son monde lui offre, il lui faudra bien choisir entre sa propre disparition et une redéfinition radicale de son rapport à ce monde et à ses ressources. Quelle redéfinition, par quels moyens ? c'est tout le débat de la « décroissance » -mais des propositions y font consensus : la relocalisation des productions et des activités, la réduction de la consommation. Reste, centrale, la question de la justice sociale : on peut demander aux riches de l'être moins, de consommer moins, de travailler moins et de voyager autrement -on ne peut rien demander de semblable aux plus pauvres. Or ceux-ci sont bien plus nombreux que ceux-là. Si les uns mangent trop, ce n'est pas en exigeant de ceux qui ne mangent pas assez de manger encore moins qu'on rendra un projet de décroissance acceptable.
La croissance économique a permis à une partie de l'humanité (une partie seulement) de sortir de la misère et de l'incertitude d'avoir de quoi se nourrir demain. Elle a permis, en finançant l'Etat social, à des centaines de millions de personnes d'être, dans une partie du monde (la nôtre), logées, nourries, soignées, formées, informées comme jamais. Et donc, aussi, de produire comme jamais et de consommer comme jamais... Or dans la partie du monde dont la majorité de la population n'a pas encore été gratifiée de cette évolution, ces droits et ces situations qui sont notre quotidien sont des revendications aussi légitimes qu'elles le furent « chez nous », et c'est bien de la croissance économique, et du partage de ses fruits, pas de la «décroissance», que ces populations attendent la concrétisation de ces droits fondamentaux. Dès lors, le « développement durable » va s'attacher à concilier l'inconciliable : la croissance et la finitude, le respect des « lois de l'économie » et le respect de la nature, l'acceptation du profit et la recherche de la justice sociale. Il ne va pas remettre en cause la croissance elle-même, mais son mode. Les ressources naturelles fossiles sont limitées ? Misons sur les ressources naturelles constantes, le vent, le soleil; intégrons les coûts environnementaux à l'analyse et à la prospective économique et aux décisions politiques; utilisons des technologies aussi « propres » que possible (en sachant toutefois qu'aucune ne l'est totalement : la production de panneaux solaires et d'éoliennes requiert des ressources fossiles et produit des charges environnementales).
Nous ne détruisons pas la planète : elle continuera son destin de planète jusqu'à se faire bouffer par le soleil. Nous détruisons en revanche son écosystème, c'est-à-dire le nôtre et celui de toutes les espèces vivantes (chaque jour, une quinzaine d'espèces ou de sous-espèces animales disparaissent.), Nous menaçons donc, à long terme, la vie, sur une planète qui reste, à notre connaissance, la seule à l'abriter. Cela ne signifie pas que la poursuite de mode de production, de consommation et de consumation qui est le nôtre aboutira inéluctablement à la fin de la vie sur terre. cela signifie seulement que cette possibilité ne peut être écartée, et qu'on ne peut se contenter de la certitude optimiste,voire béate, que « la vie sera plus forte que tout ».
La vie est un accident, et elle est fragile.