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Près de trente ans après sa mort, le photographe et cinéaste suisse deux fois oscarisé Ernst A. Heiniger est de retour avec une riche rétrospective à Winterthour.Ce contenu a été publié le 02 août 2021 - 11:45
- Español Ernst A. Heiniger: “Good Morning, World!”
- Português Ernst A. Heiniger: Bom dia, Mundo!
- 中文 一位瑞士人不知道的本土奥斯卡摄影奖获得者
- عربي أرنست هاينِغَر: "صباح الخير، أيها العالم"
- English On the trail of photographer and Oscar winner Ernst A. Heiniger
- Pусский Эрнст А. Хейнигер: «Доброе утро, мир!»
- 日本語 よみがえる巨匠エルンスト・A・ハイニガー
- Italiano Ernst A. Heiniger: "Buongiorno, mondo!"
Il ne reste que quelques traces de l'enfance d'Ernst A. Heiniger. Il est né le 4 août 1909 à Engwang, dans le canton de Thurgovie. Une photo du livre publié à l'occasion de l'exposition montre la famille de paysans peu après son installation à Urdorf, dans la vallée de la Limmat, aux portes de Zurich. Personne sur cette photo n’exprime le bonheur.
Ernst a reçu sa première paire de chaussures à l'âge de 10 ans. Avant cela, il marchait pieds nus. Malgré sa maladie pulmonaire, son père le laisse travailler pendant des heures dans l'écurie avec les chevaux. Lorsqu'il a exprimé le souhait de devenir artiste, son père lui a flanqué une raclée. Il n'est pas surprenant que le jeune Ernst ait développé une relation profonde avec les chevaux, qui devait l'accompagner tout au long de sa vie.
Fascination pour la technologie
À l'âge de 16 ans, il quitte le village pour Zurich. Son enfance malheureuse a forgé une volonté durable de laisser derrière lui la maison familiale et les barrières qui l'accompagnaient. En ville, il commence un apprentissage de retoucheur de photos qu’il abandonne avant d'obtenir son diplôme. Il suit des cours du soir à l'école des arts appliqués de Zurich pour se perfectionner.
Très vite, il en a assez d'améliorer les mauvaises photos des autres et décide qu'il ferait mieux de les prendre lui-même. C’est ainsi qu’il devient photographe.
Des raisons financières ont également poussé le retoucheur à se tourner vers la photographie. Le média était encore nouveau et l'industrie de la publicité n'en était qu'à ses débuts. La photographie le fascinait aussi en tant que problème technique. Cela a donné à cet autodidacte le défi qu'il recherchait.
La combinaison de ces deux intérêts devait motiver Heiniger encore et encore. En tant que photographe et designer, il s'est également intéressé à l'esthétique de la nouvelle objectivité et à l'avant-garde internationale de son époque, devenant ainsi rapidement l'un des pionniers de la Nouvelle photographie en Suisse.
«L'exposition russe» au musée des arts décoratifs de Zurich en 1929 a dû être une importante source d'inspiration pour Heiniger. Ce sont les œuvres graphiques d'El-Lissitzki et la photographie d'Alexandre Rodchenko qui l'ont poussé à faire un voyage d'étude en Union soviétique au début des années 1930, au cours duquel il a également rencontré le réalisateur Sergei M. Eisenstein, qu'il admirait.
Peu après son retour, il fonde en 1934, avec un partenaire, un studio d'art graphique et de photographie à Zurich, qu'il dirige avec succès pendant les années suivantes.
Cette période voit également la publication de son premier livre de photographies avec un essai pictural sur les chevaux Puszta (1936). D'autres livres allaient suivre: Exposition nationale (1939), Tessin (1941) et Quatre Milles (1942). Dans les années 1940, Heiniger reçoit également ses premières commandes de films documentaires et publicitaires.
En 1952, Ernst A. Heiniger devient l'une des figures de proue de l'exposition mondiale de la photographie à Lucerne, dont il conçoit l'affiche.
Il profite de l'occasion pour publier son propre livre de photographies. Pour cela, il sélectionne 52 de ses meilleures photos et les réunit sous le titre pas vraiment modeste de Chefs-d'œuvre de la photographie.
La rencontre avec Walt Disney
Cette façon peu suisse de faire de l'autopromotion a un effet sur quelqu'un qui y est habitué dans son pays d'origine: Walt Disney. À son invitation, Heiniger rencontre Disney, à l'hôtel Palace de Lucerne. Il l’engage immédiatement comme caméraman pour l'un de ses projets à venir.
Un événement que l’on retrouve consigné dans ses notes biographiques en quelques mots: «Lucerne - Palace Hotel - rencontre avec Walt Disney».
Lors de son premier projet de film pour Disney en Suisse, Heiniger travaille avec Jean Feaster, une assistante venue des États-Unis. Les deux se mettent bientôt en couple, puis se marient. Une deuxième mission conduit les Heiniger au Japon pendant près de deux ans, où ils parcourent plus de 50’000 kilomètres dans une Chevrolet d'occasion.
Entre 1953 et 1958, il travaille sur plusieurs films pour la Disney Corporation. Ses deux films Ama Girls (meilleur documentaire 1957) et Grand Canyon (meilleur court-métrage 1958) ont remporté un Oscar chacun.
Le pionnier polyvalent
Très tôt, Heiniger, qui s'intéressait à la technologie, a participé au développement du système Circarama lancé par Disney. La possibilité d'un théâtre circulaire cinématographique et d'une projection à 360 degrés l'a fasciné. Pour l'Expo 64 à Lausanne, il a réalisé, avec ce format, le film Magie du rail / Rund um Rad und Schiene, pour les CFF. Un grand succès. Les CFF ont parlé du film le plus regardé en Suisse, avec près de 4 millions de spectateurs.
Le développement de la technologie à 360 degrés a occupé Heiniger jusqu'à la fin des années 1980. Mais ses idées d'améliorations techniques de son système Swissorama rencontrent un scepticisme croissant en Europe. En 1986, il vend Swissorama aux États-Unis, où le système est commercialisé à nouveau sous le nom de Imagine 360.
Son dernier film, Destination Berlin, devait être projeté en tant qu'attraction touristique dans un cinéma circulaire spécialement construit sur le Kurfürstendamm. Cependant, le projet a été rattrapé par l'histoire - avec la réunification, la moitié de la ville a soudainement disparu du film et les visiteurs sont restés à l'écart.
La mort de Heiniger en 1993
Au milieu des années 1980, le photographe avait déjà quitté son studio de la Bahnhofstrasse de Zurich pour Los Angeles. Avec l'argent de la vente de Swissorama, il a pu acheter une maison dans les collines d'Hollywood. Il devait y rester jusqu'à la fin.
La nouvelle de la mort de Heiniger a été à peine remarquée en Suisse en 1993. Même si la Fondation suisse pour la photographie, alors encore jeune, lui a consacré une exposition en 1979 au Kunsthaus de Zurich, et même si l'un de ses films à 360 degrés, Swissorama, a été présenté au Musée des transports de Lucerne jusqu'en 2002, bien après sa mort, son nom n'est aujourd'hui connu que d'un petit public.
Exposition et livre
Fotostiftung SchweizLien externe, Winterthour, 5 juin au 10 octobre 2021
Bien que les univers picturaux d'Ernst A. Heiniger aient été perçus par un large public à son époque, son nom est peu présent dans l'histoire officielle de la photographie suisse. La Fotostiftung a pu récupérer ses archives des États-Unis en 2014 et présente aujourd'hui son œuvre multiforme dans la première rétrospective complète depuis sa mort en 1993.
Une riche publication a été éditée pour accompagner l'exposition.End of insertion
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