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17/02/2017
L'éducation a ceci d'avantageux financièrement sur la culture qu'elle est totalement prise en charge par la collectivité publique. Institutionnalisé depuis le XIXème siècle, l'accès à l'école est gratuit donc démocratisé, et les esprits de l'ensemble de la population sont élevés. La culture, qui poursuit les mêmes fins que l'éducation dans une démocratie, à savoir une capacité de raisonnement critique et d'ouverture d'esprit, est soutenue partiellement par la collectivité publique. Pourtant, la culture, elle, n'est pas gratuite. Pour les mêmes fins, les moyens divergent.
Pourquoi ne pas imaginer alors une politique d'incitation où chaque franc investi (ou dépensé, selon le point de vue que l'on adopte) dans les services culturels serait déduit des impôts? Cette déduction enverrait un signal fort: l'éducation ne s'arrête pas à l'obtention d'un diplôme remis par une quelconque filière, elle trouve sa prolongation dans la culture et ce, quelles qu'en soit sa nature; la démocratisation des savoirs est scolaire et culturelle.
Une telle incitation fiscale - dans un modèle où l'État serait actionnaire - aurait probablement pu infléchir, si ce n'est éviter, l'hécatombe de la presse romande et permettre le renforcement de la pluralité des opinions si chère à notre système démocratique.
01/02/2017
Jim Jarmush est un maître soufi et Paterson est son chant. Le temps se fond dans la matrice du présent. Chaque sonorité émise rappelle en écho l’étendue du quotidien comme un froissement délicat, lancinant et imperturbablement cadencé. Chaque microseconde s’amplifie et entre dans une phase d’hypertrophie, dans une extension universelle ; chaque microseconde se magnifie et laisse entrevoir un microcosme décalé. Dans Paterson, le temps est à la mesure de l’Homme.
Le film porte le nom du personnage qui porte le nom de la ville dans laquelle il vit : un véritable triptyque incarné. L’œuvre s’offre alors une résonance dans une identité circulaire où tout se répond, tout s’entremêle et rien ne se passe. Et « rien, c’est déjà beaucoup » disait Serge Gainsbourg. Beaucoup ou juste assez. Les jours passent, dans une simplicité éloquente et gracieuse, dans une mystique de la banalité. Lui, Paterson (interprété par Adam Driver), chauffeur de bus ; elle, Laura (interprétée par la douce Golshifteh Farahani), s’affaire à la confection de cupcakes. Elle, Laura, un point d’orgue discret et lumineux que Jim Jarmush emprunte au poète italien Pétrarque ; lui, Paterson, un calepin qu’il baigne de poésie, de regards qu’il surprend, de discussions qu’il imprègne, de mots qu’il sécrète comme une seconde nature.
Il y a, dans cette distance aux choses et aux êtres, comme une invitation à l’introspection et au rayonnement. Dans ce mouvement dialectique, désintéressé et détaché, dans cette apesanteur qui se traduit par des plans en plongée très esthétiques, le réalisateur signifie l’absence de résistance dans l’écoulement du temps, le glissement aérien de la répétition, aussi simplement que le jour succède à la nuit. Dans Paterson, il y a une ville qui s’éteint, des bus qui roulent sans excès, une chute d’eau qui se fracasse contre les rochers, un pont, un mur de brique rouge avec un graffiti, une guitare folk, un Japonais énigmatique. Paterson n’est pas une œuvre, c’est un état. Paterson est un chant d’une humilité transcendante et Jim Jarmush en est le maître.