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Le Supplément grec 1317
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Le Laboratoire d’études sur les rhétoriques (Mondes byzantin et ottoman) est un institut de recherche et de formation indépendant basé en Suisse dont l’objectif principal est de poursuivre l’étude comparée de l’enseignement des arts du langage (grammaire, dialectique, rhétorique) aussi bien dans les écoles byzantines que dans les écoles post-byzantines, autrement dit les écoles grecques dans l’Empire ottoman.
Le LERH s’articule autour de deux axes complémentaires. Premier axe : proposer à terme la traduction intégrale de l’œuvre conservée de Néophyte le Reclus (1134-v.1220), un moine byzantin illettré, auteur d’une œuvre rhétorique abondante conçue pour l’édification de ses disciples. Second axe : proposer des formations centrées sur les techniques de l’argumentation, de la réfutation et de la rhétorique.
Le Supplément grec 1317
Cite this article as: Grégoire Sommer, « Le Supplément grec 1317, » in Enkleistra, 05/02/2024, https://enkleistra.ch/le-supplement-grec-1317
En 1891, Athanasios Papadopoulos-Kérameus repère sur les rayons de la bibliothèque du Métochion du Saint-Sépulcre à Istanbul le Livre des catéchèses de Néophyte le Reclus et le décrit[1]. On perd ensuite toute trace de notre manuscrit. Le 10 décembre 1905, un manuscrit rapportant lui aussi le Livre des catéchèses de Néophyte le Reclus est inscrit au catalogue de la Bibliothèque nationale de France sous la côte Supplément grec 1317. L’examen paléographique de ce document lacunaire a montré qu’il fut copié par Basile, l’un des scribes de l’entourage de Néophyte, et annoté par ce dernier[2].
Que sait-on du manuscrit décrit par Papadopoulos-Kérameus ? En comparant le manuscrit parisien avec la description faite au XIXe siècle, on s’est rendu compte très rapidement de l’exacte similitude entre les deux manuscrits, y compris pour les notes qu’ils portaient[3]. D’où l’hypothèse de voir dans le manuscrit stambouliote une copie très fidèle du Supplément grec 1317, un manuscrit jumeau. Dans un article portant sur les manuscrits de Chypre publié en 1950, Jean Darrouzès faisait naïvement remarquer qu’il eût été facile de vérifier sa présence au Métochion du Saint-Sépulcre, ignorant apparemment que le fonds de cette bibliothèque fut transféré à Athènes en 1939 lors d’une mission secrète organisée par des agents diplomatiques grecs[4]. Mieux informé, Ioannis Tsiknopoullos, enquêtant lui aussi du manuscrit stambouliote, s’adressa à la Bibliothèque nationale de Grèce. Par une lettre datée du 6 juin 1950, il fut informé que le n° 370 du catalogue de Kérameus avait sans doute été perdu « avec 70 autres en raison de leurs conditions de conservations des archives qui se trouvaient alors à Constantinople, avantleur transfert à Athènes »[5].
Ne s’agissait-il pas en fait d’un seul et même manuscrit ? En 1950, du reste, Marcel Richard avait émis l’hypothèse de voir dans le Supplément grec 1317 l’unique témoin du Livre des catéchèses de Néophyte le Reclus[6]. C’est en 1974 que la Bibliothèque nationale de France parvint à la conclusion que le manuscrit parisien et le n° 370 stambuliote n’était qu’un seul et même codex[7].
Que s’est-il passé entre 1891, date de la description du manuscrit par Kérameus, et le 10 décembre 1905, date de son inscription au catalogue de la Bibliothèque nationale de France ? La publication récente de deux lettres d’Henri Omont (1857-1940), conservateur du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale (BnF), a permis de retracer son histoire d’Istanbul à Paris[8]. Adressées en automne 1905 à Louis Petit (1868-1927), un père assomptioniste, installé à Kadıköy (l’ancienne Chalcédoine sur la rive asiatique du Bosphore), fondateur en 1895 de l’École des hautes études orientales, elles nous renseignent sur son rôle d’intermédiaire entre la Bibliothèque nationale de France et le métochion hiérosolymitain à Istanbul[9].