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En modifiant leur politique de placement, les fondations suisses pourraient apporter une contribution encore plus importante en matière de durabilité.
Pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degré au cours de ce siècle, le monde devrait réduire de moitié ses émissions annuelles de gaz à effet de serre au cours des huit prochaines années. Cela requiert la pleine volonté d'agir de toutes les parties qui peuvent contribuer à la solution. Les fondations d’utilité publique ont, elles aussi, le moyen de renforcer cette dynamique.
La philanthropie, en Suisse et ailleurs, mène et encourage depuis longtemps des initiatives environnementales en fournissant des fonds pour la protection de notre environnement. Avec une fortune estimée actuellement à plus de 100 milliards de francs, les 13'000 fondations d'utilité publique suisses peuvent en faire encore davantage.
Avec un capital de placement aussi important, la question se pose: si les fondations consacrent chaque année 2 à 5% de leur fortune à des projets de soutien, comment les 95 à 98% restants sont-ils investis? Formulé autrement : Les fondations ne seraient-elles pas également en mesure de mettre à disposition des ressources supplémentaires considérables pour atteindre des objectifs environnementaux, au lieu de financer des projets environnementaux par des subventions? En toute logique, elles auraient également la possibilité de réfléchir à la manière dont elles peuvent investir elles-mêmes leur patrimoine afin d'atteindre des objectifs de risque, de rendement et de liquidité tout en remplissant des objectifs de durabilité.
Avec une fortune totale de 100 milliards de francs, un investissement durable plus marqué des fondations suisses pourrait même constituer une sorte de booster pour les efforts de protection du climat en Suisse. C’est ce qu’indique les conclusions de l’étude menée par Lombard Odier en collaboration avec l’association faitière des fondations et associations d’utilité publique suisses proFonds auprès des 500 membres de cette dernière.
Certes, 80% des fondations pratiquent déjà l'investissement durable, orienté selon les principes ESG, et 70% le mentionnent dans leurs décisions d'investissement. Cependant, il subsiste un potentiel inexploité. En effet, seulement 11% des fondations disposent de stratégies d'investissement durables complètes, alignées avec les objectifs de leur mission. Un constat d’autant plus pertinent quand on sait que les fondations interrogées ont indiqué qu'elles augmenteraient la part de leur portefeuille consacrée aux placements durables au cours des trois prochaines années.
En effet, une stratégie d’investissement durable globale signifie d’aller au-delà du simple principe d’exclusion. Les fondations peuvent mobiliser des capitaux considérables et utiliser tous les leviers à leur disposition. Pour ce faire, elles doivent définir au préalable ce que signifie pour elles l'investissement durable et pourquoi elles veulent s'y engager. Une stratégie durable bien calibrée leur permet d’avoir un plus grand impact et de mieux remplir leur mission.
L’étude a également mis en évidence la nécessité de produire des rapports de durabilité utiles et pertinents et la difficulté de disposer d’indicateurs de reporting fiables et adaptés. Il est aussi important de supprimer les barrières d'accès à l’information et de trouver des moyens efficaces de diffuser les meilleures pratiques. Les fondations ne devraient donc pas hésiter à faire appel à des experts qui les aideront à prendre de meilleures décisions d'investissement et à obtenir ainsi des résultats optimaux. Dans ce domaine, les fondations pourraient s'appuyer davantage sur les banques et autres spécialistes pour compléter leurs propres connaissances sur le thème de l'investissement durable.
La confiance est un facteur important à cet égard. Une précédente étude menée en 2019 pour évaluer la vitalité du secteur philanthropique dans la région lémanique a révélé que les fondations d'utilité publique jouissaient de la plus grande confiance auprès de la population de tous âges pour «faire ce qui est juste». Les fondations devançaient ainsi le gouvernement, les organisations non gouvernementales, l'économie et les médias. Le niveau de confiance élevé dont jouissent les fondations suisses auprès du public leur confère un potentiel d’action supplémentaire – en plus du travail qu'elles accomplissent en finançant des initiatives et des projets pour le bien de la collectivité. Le moment est venu d'utiliser ce capital et cette confiance pour que la protection du climat progresse nettement plus vite en Suisse.