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Ce qu’ethnologues, historiens, historiens de l’art, linguistes et Guinéens eux-mêmes ont coutume d’appeler « baga » correspond, en fait, à plusieurs groupes de populations qui s’échelonnent, depuis la presqu’île de Conakry jusqu’au Rio Componi, le long du littoral guinéen (Guinée-Conakry). Bien qu’une attitude homogénéisante ait longtemps prévalu à leur égard, il est aujourd’hui admis que les Baga, au nombre approximatif de 35 000 âmes, sont composés de sept sous-groupes différents : les Baga Kalum, premiers habitants de Conakry et de sa banlieue (Kaporo) ; les Baga Koba qui occupent un territoire à droite du Rio Konkouré et qui s’étend jusqu’à l’île de Kito ; les Baga Kakista, localisés entre le Rio Pongo et le Cap Verga ; les Bulongic au sud du Rio Kapatchez ; les Pukur qui occupent seulement deux villages, Mbotini et Binari, au nord du Rio Kapatchez ; les Baga Sitem, situés entre le Rio Nunez et le Rio Kapatchez ; enfin, les Baga Mandori, au-delà du Rio Nunez.
Sur le plan ethnographique, il faut noter que les différents sous-groupes baga restent méconnus. La plupart des travaux récents se sont concentrés sur les Baga Sitem (Lamp 1996 ; Curtis 1996 ; Sarro 1999), tandis que les Baga Kalum, Koba, Kakista, Mandori et les Pukur n’ont jamais été les sujets d’une recherche ethnographique de longue haleine. Par-delà leur émiettement géographique le long de la côte de Guinée, tous ces sous-groupes partagent de solides affinités culturelles. Sur le plan religieux, les différents sous-groupes baga ont jadis été de grands sculpteurs de masques et d’objets rituels, initiateurs et puissants ritualistes, ces « irréductibles fétichistes », fieffés buveurs de vin de palme.
Dans tous les sous-groupes, un processus d’islamisation relativement tardif (qui culminera dans les années 1950) mettra un terme définitif à ces pratiques rituelles. Souvent à la demande des villageois eux-mêmes, qui veulent alors se débarrasser du « mal fétichiste » au profit de l’islam, les bois sacrés seront rasés par des experts religieux musulmans.
Masques, autels et médecines seront « extirpés » de lieux rituels jusqu’alors secrets et exclusivement masculins et souvent exposés publiquement dans leur pleine matérialité. Ils seront parfois brûlés aux yeux de tous. Dans le même temps, certains de ces objets quittent le Bagataï (pays baga) pour rejoindre les collections euro-américaines – dont ces fameux sièges qui font aujourd’hui la renommée internationale des Baga. Depuis lors, la plupart des traditions sculpturales baga se sont effondrées et les sièges à caryatide ne sont plus sculptés dans la région.
Sur le plan formel, ce siège est remarquable, notamment par ses figures assises surnommées do-tshom qui rappellent ces statuettes à tête de Dimba, créations les plus énigmatiques de l’art baga. Les jambes sont courtes, les bras s’étendent en avant pour soutenir le menton, mais surtout ce sont ces oreilles en forme de U couché qui viennent rappeler la géométrie du masque baga le plus emblématique.