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Critique
"Après les derniers jours d'Hitler (LA CHUTE), voici les derniers jours de François Mitterrand. Mais, si certaines questions touchant au genre du document-fiction se posent également, la comparaison s'arrête là. L'un est une condamnation sans appel et le portrait vu de l'extérieur d'un personnage qui s'est détruit avec son empire, l'autre est une approche de l'intérieur d'un homme, ambigu certes, mais qui a marqué la France de la fin du 20e siècle.
Robert Guédiguian parvient à nous faire pénétrer dans l'intimité de François Mitterrand par le truchement d'une fiction qui met en scène un jeune journaliste à la recherche de certitudes et qui, durant de longs mois, a accompagné le président dès ses derniers jours à l'Elysée jusqu'à sa mort. On peut s'étonner de voir le réalisateur de MARIUS ET JEANNETTE quitter le soleil et la truculence de Marseille pour les salons impériaux du Palais présidentiel. Il s'en explique: ""Poser à nouveau, aujourd'hui, la question d'une alternative au capitalisme mondialisé à travers un personnage historique me semble être en droite ligne (je devrais dire en gauche ligne) avec tout ce que j'ai tenté de faire jusqu'à présent: c'est-à-dire participer à travers le cinéma aux interrogations de notre époque.""
LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS est librement adapté du livre de Georges-Marc Benamou ""Le Dernier Mitterrand"" qui relate ses entretiens menés de 1992 à fin 1995 avec un homme déjà malade qui se pose des questions fondamentales sur la vie et la mort. On peut donc se fier à l'authenticité des propos, même si l'ensemble du film relève d'une fiction. L'histoire personnelle du jeune journaliste vient en quelque sorte aérer la densité de ce portrait et démontre le souci du cinéaste de demeurer en prise directe avec la vie d'un jeune Français auquel il peut s'identifier.
François Mitterrand ne se livre guère ici à un testament politique, même s'il se montre conscient de la valeur de son parcours et de sa personne. Il ne craint pas d'affirmer qu'il est le dernier président de la République dont on se souviendra. Ses successeurs, dit-il, seront des financiers ou des économistes. Il n'est jamais populiste, plutôt hautain avec son entourage. Une stature d'empereur qu'on ne voit jamais dans un bain de foule. Pour le reste, il philosophe sur les méandres de l'existence. Il ne parle guère de son épouse, jamais de ses fils, un peu de cette fille dont l'irruption tardive fit scandale en son temps. Il demeure l'homme à plusieurs facettes. Il n'aime pas trop qu'une partie de son passé soit évoquée. Malade, aux portes de la mort (1996), il devient émouvant. Le film n'est pas une arme politique, mais une sorte de mise à nu d'un homme devant son dernier combat.
Un personnage cependant dispute la vedette à l'homme politique. Il s'agit de l'étonnant Michel Bouquet qui devient, le temps du film, le véritable François Mitterrand. C'est stupéfiant de vérité et de profondeur. La réalisation tout entière est remarquable. Quelles que soient ses options politiques, Guédiguian parvient à être objectif dans son approche de l'homme à la rose qui a rendu crédible pour un temps le rêve socialiste en France."
Maurice Terrail