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> AMNESTY: Un deuxième livre sur Carl Lutz vient de paraître. Une nécessité?
< Agnes Hirschi: L’ouvrage historique de Theo Tschuy a été publié en 1995. Mais un livre de poche accessible à la plupart des gens n’existait pas jusqu’ici. Je suis très contente que nous ayons enfin un livre qui peut être mis entre les mains des personnes qui s’intéressent à ce qu’il a fait.
> Comment a-t-il pu sauver autant de personnes?
< Suite à l’invasion de la Hongrie en mars 1944, il y avait chaque matin des dizaines de juifs et de juives qui voulaient émigrer en Palestine devant la légation suisse. Carl Lutz avait reçu l’autorisation de laisser partir sept mille huit cents personnes. Mais il a vu que le nombre qui lui avait été accordé ne suffisait pas. Il a donc trouvé une ruse. En interprétant ce chiffre comme unité et chaque unité comme une famille, il a pu multiplier par quatre ou cinq le nombre de personnes qu’il a placées sous protection. L’estimation selon laquelle il a sauvé soixante-deux mille personnes me semble trop élevée au vu de ce que nous savons aujourd’hui.
> C’était risqué, non?
< Il a souvent risqué sa vie, surtout après l’arrivée des troupes allemandes, lorsque la situation des juifs et des juives devint vraiment terrible. A partir de là, il fut très actif.
> Collaborait-il avec d’autres diplomates?
< En Hongrie, il y a eu plusieurs diplomates d’Etats neutres avec lesquels mon beau-père a collaboré. Raoul Wallenberg (diplomate suédois) arriva en été 1944 à Budapest. Il a bénéficié du savoir-faire de Carl Lutz qui lui a tout expliqué, donné les documents… Wallenberg a ensuite procédé de la même manière. Il a même délivré des passeports de protection. Son travail, c’était de sauver des juifs et des juives, contrairement à mon père qui, à la base, n’avait pas le devoir de le faire.
> Carl Lutz semble plus connu en Hongrie que chez nous.
< C’est malheureusement juste! A la fin de la guerre, en avril 1945, il est rentré en Suisse et comptait sur la gratitude et la reconnaissance de la patrie. Mais il a été très mal accueilli, je dois dire, il n’a pas été écouté. Il a reçu beaucoup de distinctions à l’étranger, mais la reconnaissance de la patrie lui importait plus. Aujourd’hui, c’est différent. Un film documentaire de Daniel von Aarburg va être produit. Un autre film Walking with the enemy, sortira aux Etats-Unis cet automne, ce qui contribuera également à renforcer sa notoriété. |