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Beauty
1969 symbolise la révolution sexuelle. À cette époque, la parfumerie a accompagné la libération des femmes. Aujourd'hui, soit 50 ans plus tard, certains parfums lancés cette année-là sont encore commercialisés.
Quand Jean-Paul Guerlain crée Chamade, le parfumeur a sans doute en mémoire cette réplique de Catherine Deneuve jouant au Scrabble sur une plage de Saint-Tropez dans «La Chamade» (1968): «Parfums. Sept lettres, un mot qui compte double: cent points d’un coup.» Après plusieurs lancements infructueux, lui, l’héritier d’une dynastie de parfumeurs, a pour mission, en 1969, de coller à l’air du temps. Un an après Mai 68, la révolution sexuelle est en marche.
Le personnage de Lucille, campé par Deneuve dans le film adapté du roman de Françoise Sagan (1965), est une trentenaire tiraillée entre un amant, riche mais vieux, et un autre, désargenté mais jeune. À Paris, elle vit sa sexualité au gré de ce que lui dicte sa conscience et non la société. Par exemple, elle part avorter à Genève parce que l’IVG est illégale en France.
«Chamade est un parfum qui se voulait plus jeune, mais demeure tout de même la vision d’un homme, Jean-Paul Guerlain, issu d’un milieu plutôt conservateur, raconte Yohan Cervi, spécialiste de l'histoire moderne du parfum et directeur de la création du laboratoire Maelstrom à Paris. Sa modernité s’exprime avec des notes vertes en tête mais l’ensemble demeure très classique, ce qui ne l’empêche pas d’être un très grand parfum, l'un de mes préférés.»
Le spécialiste explique qu'à la fin des années 1960 la parfumerie de luxe s’adresse encore à une élite: «Les grands changements commencent à s’opérer. On désembourgeoise, ça devient plus fluide, plus naturaliste, plus androgyne. Dans le domaine de la mode, c’est, à la même période, que le prêt-à-porter et le jean commencent à éclipser la haute couture.»
«69 année érotique», chantent Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Les couturiers et les parfumeurs ne sont pas sourds à ce motto. En 1969, Paco Rabanne, qui représente l’avant-garde avec ses robes en métal, lance Calandre. Selon la légende, pour la composition de sa première fragrance, il aurait demandé la représentation olfactive d’un couple faisant l’amour, au bord de la mer, sur le capot d’une voiture. Il faut évoquer l’odeur des corps en fusion, du métal et de la nature environnante.
«Calandre est un floral avec un effet métallique obtenu en partie grâce aux aldéhydes. On trouve déjà ces matières de synthèse dans le N°5 de Chanel, créé en 1921, détaille Yohan Cervi. C’est un grand parfum qui marque son époque et inspirera Rive Gauche d’Yves Saint Laurent, lancé en 1971.»
C’est une autre histoire que nous conte Ô de Lancôme qui voit le jour la même année que Chamade et Calandre. «C’est une partie de campagne, image Yohan Cervi. Le jus est tonique avec un fond chypré qui rappelle Eau Sauvage de Christian Dior (1966), une eau de toilette masculine portée par beaucoup de femmes. Pour le coup, on entre pleinement dans l’androgynie. Ô de Lancôme ouvre la voie à une nouvelle génération d’eaux de Cologne qui tiennent.»
Aujourd’hui, en 2019, les nouveautés disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent. Le jubilé de Chamade, Calandre et Ô de Lancôme force donc le respect. Reste une question: ces trois parfums quinquagénaires incarnent-ils encore la modernité et la révolution sexuelle? «Ils nous plongent dans une époque qui n’est plus celle que nous vivons, estime Yohan Cervi. Ils s'articulent autour de codes olfactifs qui désarçonnent la jeune génération bien que celle-ci adore les vêtements et le mobilier vintage. Les parfums de 1969 s’adressent aux connaisseurs.»