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Le 15 avril, une date sans beaucoup d'histoire en Europe, mais un élément central aux Etats-Unis. C'est le jour où l'on célèbre Jackie Robinson, joueur noir qui fit sauter la barrière raciale en 1947 lorsqu'il disputa son premier match avec les Brooklyn Dodgers.
Martin Luther King, Rosa Parks, Malcolm X, des noms qui résonnent fort lorsque l'on parle de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Mais en 1947, avant ces illustres figures de la lutte pour la reconnaissance des gens de couleur aux Etats-Unis, c'est un baseballeur né 28 ans plus tôt à Cairo en Géorgie qui a ouvert la voie. En défiant le 15 avril 1947 les Boston Braves, Jackie Robinson a brisé la «ligne noire», puisqu'aucun joueur de couleur n'avait évolué en Ligue majeure depuis 1884.
Les Nord-Américains adorent célébrer leurs stars en retirant leur maillot afin de ne plus associer le numéro à un autre joueur. En 2000, la NHL avait étendu cette pratique en faisant du 99 de Gretzky un symbole importable pour l'ensemble des clubs de la ligue. Trois ans plus tôt, la MLB avait retiré le 42 de Jackie Robinson pour célébrer les 50 ans de ses débuts. Tous les 15 avril depuis 2004, l'ensemble des joueurs porte le numéro 42. Et depuis 2009, toutes les personnes sur le terrain (joueurs, coaches et arbitres) arborent ce numéro.
Né pendant une pandémie
Venu au monde en 1919 alors que la pandémie de grippe espagnole paralysait le monde (sic!), Jackie Robinson a immédiatement montré de grandes aptitudes sportives. Un trait de famille, puisque son frère Mack avait empoché la médaille d'argent du 200 m des Jeux de Berlin en 1936 derrière la légende Jesse Owens.
Naviguant entre le baseball, le football américain, le basket et l'athlétisme, le jeune homme finit par se tourner vers le ballon ovale, mais la Deuxième guerre mondiale vient bouleverser ses plans. Enrôlé dans l'armée, il reste cependant aux Etats-Unis et une fois la guerre terminée entame une carrière de baseballeur en «Negro League», une ligue où ne jouent que des personnes de couleur.
Un personnage va bousculer les conventions. Branch Rickey, président des Dodgers. Il signe Robinson en 1945 pour 600 dollars par mois (environ 8500 francs aujourd'hui). Au cours d'une longue discussion sur les inévitables insultes que Robinson va recevoir dans les stades, Rickey et Robinson se mettent d'accord pour que le joueur tende l'autre joue plutôt que de répondre aux provocations par la force ou par le verbe.
Après un passage dans les ligues mineures, il est appelé par la première équipe pour le camp de pré-saison en 1947. Mais l'intégration ne se fait pas sans heurts au sein même du vestiaire new-yorkais. Certains des coéquipiers de Robinson n'acceptent pas sa présence et menacent de ne pas jouer. Le manager de l'équipe Leo Durocher décide alors de mettre les choses au point avec ses joueurs: «Je m'en fiche de savoir si la personne est jaune, noire ou si elle porte des rayures comme un pu.... de zèbre. Je suis le manager de cette formation et je dis qu'il joue. En plus, je vous annonce qu'il peut nous rendre tous riche. Et si aucun d'entre vous n'arrive à utiliser l'argent, je ferai en sorte que vous soyez tous échangés.»
Clin d'oeil de l'Histoire
L'intégration se fait dans la douleur, comme à Philadelphie une semaine après ses débuts quand Robinson se fait traiter de nègre et invité à «aller dans les champs de coton» par des joueurs et l'entraîneur adverse, Ben Chapman. Rickey dira de lui qu'il «a fait plus que quiconque pour unir les Dodgers lorsqu'il a sorti ce flot d'insultes déraisonnables. En fait, il a solidifié les liens et uni trente hommes». Le numéro 42 trouve tout de même d'autres alliés, comme son coéquipier Pee Wee Reese qui l'a défendu en lançant: «On peut détester un homme pour un tas de raisons, mais la couleur de peau n'en fait pas partie.»
Sportivement, Robinson joue un rôle dès son arrivée dans l'équipe. Il est nommé rookie de l'année (à 28 ans!). En 1949, il décroche le titre de MVP. Il sera appelé six fois de suite au All-Star Game et remportera le titre avec les Dodgers en 1955. Son arrivée fracassante dans la ligue lui vaut une chanson en 1949 par Buddy Johnson intitulée «Did You See Jackie Robinson Hit That Ball?» et popularisée ensuite par Count Basie. Hollywood s'empare rapidement de l'histoire avec le film «The Jackie Robinson Story» en 1950 dans lequel l'athlète joue son propre rôle. En 2013, le long-métrage «42» avec Chadwick Boseman et Harrison Ford revisite le mythe.
Alors désormais, le 15 avril, on n'oublie pas le combat d'un homme qui a ouvert la voie aux autres et permis de rendre la société meilleure. Et comme l'Histoire aime être taquine, c'est le 15 avril 1865 qu'Abraham Lincoln a été assassiné. Lincoln, le président américain qui a aboli l'esclavage.