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May demande l'aide des Européens pour faire adopter le Brexit
14.12.2018
La première ministre britannique Theresa May a demandé jeudi à Bruxelles des concessions pour l'aider à obtenir l'aval de son Parlement en janvier sur l'accord de Brexit. Les dirigeants européens se sont déclarés prêts à l'aider, mais pas question de rouvrir l'accord.
Affaiblie politiquement au lendemain d'une tentative infructueuse au sein de son parti conservateur de la renverser, Theresa May avait déclaré à son arrivée au Conseil européen qu'elle ne s'attendait pas à obtenir une "avancée immédiate", mais espérait pouvoir commencer à travailler "aussi vite que possible" sur des "réassurances".
Les chefs d'Etat et de gouvernement européens se sont dit prêts à l'aider, mais ont tous refusé de rouvrir l'accord encadrant les modalités du divorce approuvé le 25 novembre, à commencer par le "backstop" sur lequel ils excluent de revenir.
Ils envisagent de rédiger une déclaration écrite visant à apaiser les inquiétudes des Britanniques, éventuellement suivi d'autres expressions en janvier avant la présentation de l'accord à la chambre des communes.
Frontière avec l'Irlande
Des diplomates ont évoqué la possibilité de fixer une date non contraignante - peut-être fin 2021 - comme horizon pour la conclusion d'un accord commercial entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, qui rendrait caduc ce "backstop".
Cette clause de sécurité, qui cristallise les oppositions à la chambre des communes, doit éviter le rétablissement d'une frontière physique entre la république d'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord.
Ce point est jugé crucial pour empêcher un retour de la violence et une remise en cause de l'accord du Vendredi saint, en 1998, qui a mis fin à un conflit ayant fait plus de 3000 morts en trois décennies.
Le "backstop" ne s'appliquera que si le Royaume-Uni et l'Union européenne, au cours de la période de transition censée s'ouvrir après le divorce, le 29 mars prochain, et courir sur deux à quatre ans, ne parviennent pas à négocier un accord commercial de nature à empêcher le retour d'une frontière à travers l'île d'Irlande.
"Pas d'autre option de repli"
"Nous avons défini deux choses. D'abord que l'accord de retrait ne pouvait être rouvert et renégocié et deuxièmement nous avons stipulé et explicité le fait que le 'backstop' (...) devait être temporaire et non permanent", a déclaré le chancelier autrichien, après un dîner consacré au Brexit au Conseil européen.
Sebastian Kurz, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, a ajouté que la balle était désormais dans le camp des Britanniques.
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a souligné que le "backstop" n'était qu'une assurance. Le premier ministre irlandais Leo Varadkar, en première ligne, a insisté: "Il n'existe pas d'autre option de repli crédible qui puisse prendre la place du backstop", a-t-il dit.
"Nous tous admettons que le backstop est une police d'assurance, nul ne veut que nous l'utilisions. Et s'il devait être utilisé, nous voulons nous assurer que ce ne serait que sur une période la plus courte possible."
"Nos amis britanniques doivent dire ce qu'ils veulent au lieu de nous faire dire ce que nous voulons", a de son côté déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Il a ajouté que la Commission européenne allait intensifier ses préparatifs en cas d'absence d'accord (ou "no deal") avec le Royaume-Uni sur sa sortie de l'UE.
Ambiance "très mauvaise"
Selon une source européenne, l'ambiance au dîner était "très mauvaise". "Theresa May a été incapable de formuler ce qu'elle voulait" et a été régulièrement interrompue par la chancelière allemande Angela Merkel qui lui demandait ce qu'elle attendait exactement.
Selon une autre source européenne, l'aide des 27 ne pourra être envisagée que si Mme May revient dans les prochaines semaines avec des propositions précises. Le gouvernement britannique a fixé au 21 janvier la date limite pour que l'accord soit voté au Parlement.
Dans un projet de déclaration que Reuters s'est procuré, les dirigeants européens se disent "prêts à étudier si de nouvelles garanties peuvent être apportées" aux Britanniques sur la question du backstop et plus généralement sur l'accord de Brexit. Mais ce document en six points souligne que toute nouvelle garantie "ne changera, ni ne contredira" l'accord trouvé.
ats, reu