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En état de siège : ethnographie de la mobilisation nationale et de la surveillance en Erythrée
Bozzini, David ; Hertz, Ellen (Dir.) ; Eckert, Julia (Codir.) ; Abbink, Jon (Codir.) ; Scott, James (Codir.)
Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2011 ; 2216.
Mes recherches portent sur la relation entre État et société. Elles s’inscrivent dans une anthropologie politique des phénomènes bureaucratiques et des mesures répressives en Érythrée. Indépendante depuis 1993, l’Érythrée est considérée comme l’un des pays les plus isolés sur le plan international et l’un des plus militarisés au monde. Ma thèse de doctorat s’intéresse... MoreAdd to personal list
- Résumé
- Mes recherches portent sur la relation entre État et société. Elles s’inscrivent dans une anthropologie politique des phénomènes bureaucratiques et des mesures répressives en Érythrée. Indépendante depuis 1993, l’Érythrée est considérée comme l’un des pays les plus isolés sur le plan international et l’un des plus militarisés au monde. Ma thèse de doctorat s’intéresse aux ạgälglot : des jeunes femmes et des jeunes hommes érythréens qui effectuent un service à la fois militaire et civil. Depuis 1998, ces conscrits sont mobilisés de manière permanente par l’État. Reclus par un devoir national interminable, ils constituent la main d’oeuvre principale de la (re)construction du pays et des institutions étatiques dirigées par un Parti unique et un gouvernement autoritaire. Ils constituent la cheville ouvrière d'une économie planifiée. Dans ce contexte politique tendu, j’analyse plus particulièrement les dispositifs de surveillance que l’État a mis en place pour tenter d’endiguer la désertion des ạgälglot qu’un patriotisme officiel ne retient plus. Ce travail démontre que l’efficacité de ces dispositifs de surveillance est très relative. Bien que d’une envergure considérable, tous souffrent d’une multitude de limitations. Le fonctionnement de ces dispositifs policiers et bureaucratiques produit toutefois de nombreuses incertitudes qui se muent en un fort sentiment d’insécurité chez les ạgälglot : les régulations et les procédures ne cessent en effet de changer. Le manque de coordination entre les institutions, les voies sans issues, les volte-face des fonctionnaires ne sont qu’une partie des phénomènes qui produisent cette indétermination des processus bureaucratiques qui mettent en péril la vie quotidienne de celles et ceux qui sont assignés au service national. Cette gouvernance despotique a de nombreux effets sur les représentations, les vécus et les pratiques des ạgälglot vis-à-vis des processus, des agents et des institutions étatiques. Ce travail rend compte de la richesse de l’imaginaire politique des conscrits mais aussi de leurs tentatives de décrypter un ordre et des rationalités au travers de leurs expériences personnelles de la confusion étatique. Si « l’État » et « le Parti » servent à expliquer de nombreuses choses, ils produisent également de la crainte aussi bien que du respect ou de la haine. Affects et représentations viennent intimement construire les pratiques et les stratégies mises en place par les ạgälglot pour s’accommoder de leur situation précaire et risquée. Des logiques telles que l’anticipation, la suspicion, la dissimulation et l’autocontrôle, ainsi que sur des pratiques comme le sabotage et la falsification, la délation et la rumeur font l'objet des analyses présentées dans ces pages. Ces phénomènes, aussi variés soient-ils, contribuent à renforcer, d’une manière ou d’une autre, le pouvoir réel ou perçu de l’État. En ce sens, ce travail contribue à mettre en évidence des phénomènes complexes et totalisant dans lesquels les logiques étatiques dépassent largement les limites des institutions formelles de l'État et participent, intentionnellement ou non, à la fragmentation des liens sociaux en Érythrée. Essentielle au fonctionnement de la gouvernance despotique de l'État érythréen, la participation des citoyens aux processus étatiques de cette nature constitue alors autant l’incroyable force du régime au pouvoir que son extrême fragilité.