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Au bout du Quai des Brumes de Carné et Prévert, il y a un rade minable où viennent s'échouer solitaires et paumés : un déserteur que suit un chien perdu, un peintre maudit qui malgré lui peint toujours les choses qui sont derrière les choses, une orpheline autour de qui rôdent quelques malfaisants. Ce rade, c'est celui de "Panama". Un rescapé d'on ne sait trop quoi, et de quelques fièvres reçues des bords du canal. Dans les pages de nos quotidiens, depuis hier, et pendant plusieurs jours encore, il y a un rapport sur 11 millions et demi de documents qui comme le peintre maudit, dépeignent les choses qui sont derrière les choses. Le fric qui est derrière les sociétés "offshore" et les potentats qui sont derrière ce fric. Et la Suisse, et Genève, qui sont au coeur de ce système. Dans le rade de "Panama", venaient s'échouer solitaires et paumés. Dans les "Panama Papers", on trouve des puissants, des célèbres, des bourrés de pognon, laissant les autres, les modestes, ceux qui ne peuvent se payer ni société "offshore" ni avocats d'affaire, payer à leur place les impôts auxquels ils échappent. Le "Quai des Brumes" pouvait faire pleurer. Les "Panama Papers" font vomir.