Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07265.jsonl.gz/1199

Sous protection de 25'000 policiers et militaires en armes, Joseph Robinette Biden a prêté serment, mercredi, comme 46e Président des Etats-Unis. Pour un seul mandat de quatre ans, si rien ne vient l'interrompre. Avec Kamala Harris comme vice-présidente (première femme et première "personne de couleur" à ce poste), pour, le cas échant, le remplacer ou lui succéder : il a tout de même 78 ans, et est le président le plus âgé de l'histoire étasunienne (mais si elle recule depuis quelques années, l'espérance de vie des Américains a tout de même progressé depuis 250 ans...) Trump a finalement quitté de lui-même la Maison-Blanche après avoir gracié 73 personnes dont son ancien Conseiller et idéologue Steve Bannon (qui avait détourné des fonds destinés à la construction du fameux mur avec le Mexique), et a gagné la Floride sans assister à l'investiture de son successeur, en chantant ses propres mérites et en assurant qu'il reviendra "d'une manière ou d'une autre". Il est vrai que dans la mythologie scandinave, les trolls, s'ils sont idiots, sont quasiment indestructibles... Le troll tourne les talons, et c'est une bonne chose de faite. Reste à faire... tout le reste.
-
-
Naufrage de Trump. Et du trumpisme ?
Quoi qu'en puissent suggérer les images de cette nuit de Grand Guignol à Washington (qui nous rappellent celles de la tentative de putsch du colonel Tejero, en Espagne, en 1981), le Congrès des Etats-Unis va ratifier l'élection de Joe Biden à la présidence, mais après avoir été attaqué pour la première fois depuis 1812 (mais c'était alors par les Anglais -cette fois c'est par des Américains persuadés d'être les seuls vrais Américains) . A l'heure où on écrit, la séance, interrompue pour quelques heures après quelques flibustes parlementaires de retardement et une tentative d'intrusion violente des trumpistes dans le bâtiment du Congrès, a repris, alors qu'en Géorgie, le deuxième tour de l'élection sénatoriale aboutissait à une double victoire démocrate, scellant un équilibre parfait des forces à la Chambre haute (50 démocrates et 50 républicains), la vice-présidente Kamala Harris se voyant confier le pouvoir de départager les votes égaux. Les jeux sont-ils faits pour Trump ? Institutionnellement, sans aucun doute : le 20 janvier, il ne sera plus président des USA et le camp républicain est en capilotade (d'où sa défaite historique en Géorgie). Mais politiquement, c'est une autre histoire. Trump et les siens ont déjà en ligne de mire l'élection présidentielle de 2024 et ils ont beau vivre, imperméable à la raison et insensible à la réalité des fait, comme une secte dans une sorte de monde parallèle, on peut compter sur eux pour animer ces quatre prochaines années. Mais pour quel résultat ? Assurer l'élection de la vice-présidente de Biden, Kamala Harris, à la présidence ?
-
"Trop, c'est trop"
Hier, tous les Etats des USA ont confirmé les résultats de l'élection présidentielle. 49 plaintes avaient été déposées par les trumpistes (cornaqués pare l'avocat de Trump, Rudy Giuliani, autrement dit par Trump lui-même) pour tenter d'inverser les résultats dans quelques Etats-clés, ceux qui ont donné à Biden une victoire qui, additionnée aux autres, en a fait le président élu des USA (sauf retournement de veste d'une trentaine de ses grands électeurs). Aucune de ces plaintes n'a abouti, pas même celles qui étaient traitées par des juges républicains, y compris des juges nommés par Trump lui-même, comme le juge fédéral Batten, en Géorgie, qui n'a mis qu'une heure pour débouter les plaignants trumpistes. Leur plainte était précisément la 49ème (sur 49) à échouer, faute de la moindre preuve de fraude : "trop, c'est trop", a soupiré le juge... Lundi prochain, le collège électoral élu en novembre se réunira pour désigner le prochain président. Sauf retournement de veste d'une trentaine de grands électeurs de Biden passant à Trump, Joe Biden sera désigné. Les trumpistes ont certes déjà annoncés qu'il feront recours contre la décision du collège, mais c'est sans espoir. De toute façon, leur ambition n'est plus de faire réélire Trump cette année... mais peut-être en 2024, en bétonnant sa base électorale actuelle, considérable (et en progression depuis 2026...), et d'ici là, de faire tout ce qui est possible pour empêcher Biden de faire ce qu'il a promis qu'il ferait... Car Trump, quoi qu'il en soit de ses gesticulations, sait pertinemment qu'il a perdu la présidentielle. Et ses adversaires savent qu'il n'a par pour autant disparu du paysage politique étasunien. On ne saurait à ce propos que vous recommander la lecture du dossier que "Le Monde Diplomatique" de décembre a consacré à la présidentielle américaine (le journal est dans les kiosques et sur https://www.monde-diplomatique.fr)...
-
Evacuation pour Restauration
Comme d'habitude aux USA (et dans la quasi totalité des démocratie électives), ce sont les media qui ont annoncé le vainqueur de l'élection présidentielle américaine, des jours, peut-être des semaines, avant que soient tombés, Etat après Etat, les résultats définitifs et officiels. Entre l'annonce médiatique et la confirmation officielle, le temps est plus long aux Etats Unis qu'ailleurs, mais la première précède toujours et partout la seconde : en France, on connaît le nom du président élu à 20 heures, alors que le dépouillement n'a même pas encore commencé... Il est vrai qu'en Chine le problème ne se pose pas... Donc, avec (toujours selon les media) 75 millions de votes populaires et au moins 290 "grands électeurs", Joe Biden est président élu des Etats-Unis, contre Donald Trump (71 millions de votes populaires et 220 "grands électeurs"), alors qu'il reste quatre Etats où le résultat est incertain. L'élection annoncée du candidat démocrate et de sa colistière a suscité des scènes de liesses dans les rues des grandes villes, qui ont fait leur élection, pendant que le président sortant se confinait dans son bunker politique et le déni de sa défaite. Partons donc de l'hypothèse que Joe Biden sera effectivement le 46e Président des USA. Pour faire quoi ? lui-même l'a dit : pour restaurer le "rêve américain", le prestige des USA, la démocratie américaine, autoproclamée comme la plus grande du monde. L'évacuation de Trump de la Maison-Blanche n'est donc pas une révolution, mais une restauration. Même si, dans le sillage de Joe Biden, l'élection de Kamala Harris, première femme vice-présidente, est sans doute plus significative des changements sociaux (et donc politiques) en cours aux USA : des centaines de milliers d'électrices et d'électeurs ont probablement voté pour Biden pour pouvoir voter pour elle... en attendant peut-être de voter une fois encore pour elle en 2024 -mais à la présidence, cette fois...
-
Quatre ans de purgatoire ?
Tous les sondages donnent Joe Biden vainqueur de Donald Trump à la présidentielle américaine (dont toutefois le mécanisme électoral peut réserver des surprises, puisque le président n'est pas élu au suffrage universel direct... et que l'élection n'est pas réellement une élection nationale, mais une élection fédérale, qui se joue cinquante fois, Etat par Etat), alors même que la campagne de Biden était bien plus discrète que celle de Trump et que c'est moins un vote pour Biden qu'un vote contre Trump qui s'annonce le 3 novembre, mais qui ne fait que s'annoncer : rien n'est encore certain -et les soutiens de Trump comptent bien, comme il y a quatre ans, démentir les sondages grâce aux soutiens "cachés" dont Trump bénéficierait auprès de gens qui n'ose pas annoncer leur choix avant le vote. En outre, rien ne dit que, même battu dans les urnes, puis lors de la désignation du président par les "grands électeurs", Trump acceptera sa défaite. Lui, en tout cas, se garde bien de le dire. Et son adversaire démocrate, Joe Biden, confirme : "Nous savions tous (...) que nous arriverions au moment où Donald Trump serait si désespéré qu'il ferait tout pour rester au pouvoir" : l'élection présidentielle étasunienne se tiendra le 3 novembre mais le nom de l'élu pourrait bien n'être connu que plusieurs semaines, jusqu'à deux mois plus tard, et être donné par des tribunaux, Trump menaçant de ne pas reconnaître le verdict des urnes s'il lui est défavorable. Cela étant, Trump peut encore être réélu. Pour quatre ans. Pas plus. Pour les Etats-Unis, ce seraient sans doute quatre ans de trop. Mais ce purgatoire, après tout, c'est leur problème.