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Des anarchistes dans le Jura
Dans les années 1870, le village jurassien de Saint-Imier fut le point de convergence des anarchistes. C’est là que le Russe Mikhaïl Bakounine fonda l’Internationale antiautoritaire.
L’industrialisation fut une période trouble, tourmentée et injuste. Quand certains rêvaient de se retirer dans l’écrin préservé des montagnes, d’autres aspiraient à la révolution. Parmi ces derniers se trouvait Mikhaïl Bakounine, un Russe ayant voyagé dans toute l’Europe et séjourné plusieurs fois en Suisse. En 1868, il rejoignit la section genevoise de l’Internationale, une association européenne des travailleurs dont les leaders spirituels n’étaient autres que Karl Marx et Friedrich Engels. Cela n’empêcha pas Bakounine de s’opposer à eux en 1872 lors du Congrès de La Haye.
Le différend ne portait pas sur la nécessité d’une révolution: il s’agissait de savoir à quoi le monde devrait ressembler ensuite. Pour les socialistes, une direction centrale était indispensable. Mais Bakounine était anarchiste, il ne voulait aucun dirigeant. Lui et ses partisans durent finalement quitter l’Internationale. Bakounine se rendit alors en Suisse pour fonder sa propre association, l’Internationale antiautoritaire, et choisit pour cela le vallon de Saint-Imier, dans le Jura bernois.
Saint-Imier était un village paysan jusqu’à ce que l’essor de l’industrie horlogère et la fondation de la manufacture «Longines» en fassent un haut lieu de l’horlogerie. Les raisons du penchant particulier des employés de ce secteur pour l’anarchisme sont une source intarissable de spéculations. Toujours est-il que les ouvriers jurassiens avaient déjà fait scission de l’Internationale en 1871 pour créer la «Fédération jurassienne», qui accueillit chaleureusement Bakounine. C’est dans ce contexte que les horlogers et les Russes donnèrent naissance au courant anarchiste.
Les années 1870 représentèrent l’âge d’or de l’anarchisme jurassien, puis les idées socialistes gagnèrent à nouveau du terrain auprès des ouvriers. L’Internationale antiautoritaire disparut, mais pas l’anarchisme. Genève conserva une communauté d’anarchistes assez importante et active, dont les membres recoururent de plus en plus à la violence.
L’année 1885 fut ainsi marquée par la publication d’une lettre anonyme menaçant de faire sauter le Palais fédéral. Quelques années plus tard, à Paris, une bombe explosa à l’Assemblée nationale, tandis qu’en 1898, le sang coula au bord du lac Léman lorsqu’un anarchiste italien poignarda Elisabeth, impératrice d’Autriche-Hongrie. L’attentat ne déclencha pas de révolution. C’est seulement 20 ans plus tard que celle-ci éclata, à l’instigation d’un Russe ayant longtemps séjourné en Suisse. Ce n’était toutefois pas Mikhaïl Bakounine, mais Vladimir Oulianov, plus connu sous le nom de Lénine.