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Km 2855, Adjud, Romania.
A travers les Făgăras
Entre plaine et montagne, arbres et rochers, se faufilant tel un serpent, elle t’emmène jusqu’au sommet, ou enfin jusqu’au tunnel. Là tu passes de l’autre côté. De l’autre côté de la vallée. Il y a ces virages, impressionnants, ces paysages, enivrants, et puis la plaine que tu aperçois presque 2’000 mètres plus bas. Majestueuse et impressionnante, belle et virevoltante, c’est la Transfăgărășan.
Construite entre 1970 et 1974, la Transfăgărășan (DN7c) est une route de Roumanie qui, sur 118km, traverse, ou plutôt transperce et surmonte, les monts Făgăras, au sud des Carpates. Reliant Curtea de Argeș à Cârțișoara, elle fût construite sous le règne de Nicolae Ceausescu. Ce dernier voulait assurer une route stratégique reliant les régions historiques de Valachie (au sud) et de Transylvanie. Cette route fût construite avec des moyens considérables mais au prix de nombreuses vies humaines. Officiellement quelques dizaines d’hommes périrent lors de sa construction qui dura 4 ans. En réalité, c’est plusieurs centaines d’hommes (ouvriers et soldats) qui perdirent la vie. Certains sites ou magazines la classe parmi les plus belles routes du monde au côté notamment du Passo dello Stelvio ou la route Lysebotn de Norvège. Culminant à 2’034 mètres à son élévation maximale, c’est aujourd’hui la deuxième plus haute de Roumanie après la Transalpina (2’145 mètres d’altitude).
Moi j’étais au sud de la Transfăgărășan, à la sortie de Curtea de Argeș. Il y avait ce panneau « Transfăgărășan, Deschis« . C’est à dire « ouvert ». Et puis quelques mètres plus loin il y avait ces deux gamins qui jouaient: Marcus et Alexandres. Ils étaient sympa je me suis essayé au roumain. Ils me regardait comme des mômes regarderaient un cosmonautes et puis ils m’ont demandé ci, et ça… Bon je leur ai donné le fond de mon coca, un snickers et puis une vieille chambre à air que je gardais depuis trois semaines sans vraiment savoir pourquoi si ce n’est en espérant qu’un jour elle servirait. Et elle servit! Marcus et Alexandres me remercière d’un mulțumesc (prononcé moultsoumesque et qui veut dire merci en roumain) plein de vie et répétitif puis me laissèrent partir. Peu après la route, la DN7c, se mit à grimper, puis il y avait cette forêt. Cette épaisse forêt aux couleurs d’automne et enfin, après quelques kilomètres d’ascensions, le lac. Le Lacul Vidraru. Enfin un barrage plutôt.
Et là, oh suprise: des chiens errants. Mais bon pas méchants et pleins d’entrains. Moi j’ai passé ma nuit quelques kilomètres plus loin, dans une pension perdue au beau milieu de la forêt. Je crois qu’il y avait pas mal d’Ours dans le coin. Enfin bref le lendemain il faisait gris puis même quelques pluies lorsque je suis reparti à l’assaut de la Transfăgărășan.
Entre plat et montée la route avançait ainsi en pallier à travers la forêt. Puis enfin ce panneau: Lac Balea 12 km. Le Lac Balea se situant au sommet, je savais ce qu’il me restait à grimper: 12 km donc. Et puis la forêt s’arrêtait, il y avait ces rochers et ces prés vert presque jaune et la route grimpait sérieusement, en quelques lacets. Une fois vent de face et puis de l’autre côté vent de dos. Un peu plus haut cette dame qui vendait fromage et viande séchée et puis l’herbes qui disparaît pour laisser place aux rochers et enfin, le sommet! Un tunnel, un vaste tunnel heureusement éclairé, le plus long de Roumanie. Moi je m’engouffre à l’intérieure et puis je pédale, je pédale, je pédale en attendant patiemment d’arriver à l’autre bout. Impatient quand même car je ne voyais presque rien. Et puis la fin enfin! La fin du tunnel, la lumière qui m’éblouit bien qu’il fasse gris et puis les lacets, le serpent, l’impressionnant serpent de la Transfăgărășan. Versant nord. Impressionnante et virevoltante, vent violent, la descente fût fraîche mais belle néanmoins. Une fois en plaine, une trentaine de kilomètres plus bas, il faisait plus doux, et moi je laissait les Alpes, la Transylvanie, les Carpates derrière moi. Enfin presque mais niveau col j’avais tout fait… C’est donc en direction de la mer Noire que je repartais, laissant cet impressionnant serpent inerte derrière moi.
Olivier Rochat