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Deux pistolets français à poudre noire
Deux pistolets français à poudre noire
Les deux pistolets d’arçon que je vous présente aujourd’hui sont français, les mêmes modèles ont servi dans notre armée.
Le premier est un pistolet à silex de cavalerie modèle an XIII, soit depuis l’année 1805. Ce modèle sera produit avec pour objectif de standardiser les armes et munitions employées dans le premier empire napoléonien. Dès 1817, comme déjà dit, ce même pistolet, né sous l’empire, deviendra une arme réglementaire pour la cavalerie suisse.
Sur les platines de ces armes sont inscrits les noms des manufactures, soit les fabriques ou les lieux de montages de ces armes. Ces dénominations vont évoluer en une valse d’attributs, de royal, d’impérial, ou encore de national. Depuis le début du 18ème jusqu’au mois de janvier 1789, les manufactures écrivent leurs noms sans attribut mais l’exécution du roi Louis XVI et la révolution qui suit, vont changer cette habitude et bien d’autres encore. Ce sont les manufactures de Charleville (devenant Libreville pendant la révolution), de Maubeuge, de Tulle, de St. Etienne qui, dès que Napoléon Bonaparte devient l’Empereur Napoléon Ier, vont devenir impériales. En effet, Napoléon couronné Empereur en1804 règne sur une partie de l’Europe. Il va permettre à ses manufactures de s’enorgueillir du titre d’Impérial et parfois d’estampiller leurs pièces avec un aigle, symbole de l’empereur, Cela va durer 10 ans soit jusqu’en avril 1814. Napoléon Ier, suite à sa campagne calamiteuse de Russie, la Bérézina étant son point d’orgue, est contraint par les forces alliées d’aller en purgatoire régner sur un confetti méditerranéen l’île d’Elbe. D’avril 1814 à mars 1815, soit pendant 11 mois les manufactures deviennent Royales, Louis XVIII siégeant sur le trône de France aux frontières redessinées. De mars à juin 1815, ce sont les 100 jours du retour de l’Empereur Napoléon sur le continent ; il s’est en effet évadé de l’île sous surveillance et les manufactures redeviennent pour certaines Impériales. Enfin Napoléon Ier abdique pour son fils (qui ne règnera jamais), le 22 juin 1814 après la défaite de Waterloo. Notons que cette abdication a lieu 21 jours après le débarquement des Suisses au Port Noir, il y a 199 ans. Donc, dès le mois d’août 1815 la royauté est restaurée, les manufactures sont à nouveau Royales, ceci jusqu’en 1830. De 1830 à 1848 période dite de la monarchie de juillet, il y a disparitions des attributs, la « marque de fabrique seule subsiste » comme avant 1789. Dès 1848 jusqu’à 1852, les manufactures sont Nationales : c’est la République, puis coup d’état de Napoléon III et retour de l’Impérial 2ème Empire sur les platines. L’histoire se poursuit et la défaite de Napoléon III en 1870 à Sedan va amener le retour de l’inscription de fabrique Nationale. Pour conclure ce slalom des appellations, on peut rajouter et complexifier ce casse tête en disant que des pièces constitutives de ces armes marquées royale, impériale ou nationale ne permettent pas de les dater car ces pièces constitutives sont parfois produites en surnombre et utilisées comme armes lors du règne de l’empereur, du roi ou de la république suivante…
La deuxième pièce de cette présentation, est aussi une arme de poing avec comme base un pistolet d’arçon de l’an XIII ; l’arme a été transformée de silex en arme à percussion pour la mise à feu, quant au canon utilisé pour cette arme, il date de l’an IX et non de l’an XIII comme le reste du pistolet. Le chien avec le porte silex a été remplacé par un chien ressemblant mais se terminant par un marteau creux. Ce marteau frappe une capsule de fulminate, capsule métallique d’allumage préalablement déposée sur la cheminée, laquelle a remplacé la lumière jouxtant le bassinet pour la mise à feu. Cette modification a été faite à partir de 1842 dans l’armée suisse. Toujours dans les modifications, un guidon va être ajouté et soudé en bout de canon, il a la forme d’un grain d’orge. Le canon quant à lui a été réalésé de 17,1 à 17,6mm afin d’utiliser les mêmes balles de plomb que certaines armes longues utilisaient déjà. Cette arme d’ordonnance modifiée 17/42 est dès les années 1843, l’arme de poing de la cavalerie et des officiers suisses, ceci va durer jusqu'en 1871. Les officiers chargés de l’équipement de notre armée examinaient déjà depuis une dizaine d’années l’évolution des armes de poing. Des premiers essais de revolvers ont été faits dès 1861 et ceci jusqu’en 1871. Dès 1872, la décision est prise, c’est un revolver à six coups et cartouches métalliques et percussion annulaire, qui sera notre nouvelle arme de poing et d’ordonnance, soit le modèle Chamelot-Delvigne-Schmidt de fabrication belge mais partiellement de conception suisse.
Voici les descriptions de ces 2 armes, la première :
Arme de poing pistolet d’arçon à silex d’origine française modèle d’ordonnance de l’an XIII sans numéro d’inventaire.
Marque : platine de la Manufacture Impériale de Charleville
Garnitures : T couronné sur toutes les pièces en laiton, sur le canon An 9, P 1807 et G dans un écusson hachuré à moitié dont la signification est inconnue !
Longueur : 370 mm, canon lisse de : 205 mm, calibre : 18 mm environ
Pas de hausse ni de guidon.
Particularité, cette arme a une vis de calotte au lieu de l’anneau réglementaire d’accrochage.
Le deuxième pistolet d’arçon présenté est le numéro 260 de notre inventaire. Il s’agit d’une arme transformée. En effet, conçue au départ comme arme à silex, elle est devenue une arme à capsule, c’est le modèle 17/42 dans l’appellation de notre armée.
C’est un pistolet de l’An 13 à silex modifié en percussion dès 1842 en Suisse, selon les prescriptions fédérales en vigueur de l’époque.
L’absence de poinçon cantonal ou fédéral sur l’arme nous indique que ce pistolet n’a pas été incorporé dans l’armée suisse. Mais la présence de petits numéros sur les têtes des vis, 3G et du 3 sur le canon pourrait suggérer qu’elle était peut être un échantillon qui aurait servi de modèle pour montrer la transformation une fois réalisée !
Marques : sur la platine St. Etienne Mt. Royal garnitures H avec un astérisque (*) et P coiffé d’une couronne.
Longueur totale : 360 mm, canon lisse de : 213 mm diamètre : 17,6 mm
Pas de hausse mais un guidon soudé en bout de canon demi-lune.
Comme pour l’arme précédente la calotte en bec d’aigle n’a pas la boucle de suspension en bout de crosse mais une simple vis.
Merci de votre attention.
L’archiviste Rémy Mattenberger.