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En 1974, tout d’abord en allemand, puis en anglais et finalement en français (en 1975 chez Gallimard), paraît la correspondance entre Sigmund Freud et Carl Gustav Jung.
Sa parution tardive, soit quinze ans après la mort de Jung, participe directement des aléas de la relation entre les deux grands psychanalystes. Sinon comment interpréter les nombreuses remarques de Jung sur une «une correspondance sans importance particulière», alors que les quelque 360 lettres témoignent du contraire pour le lecteur d’aujourd’hui, friand «des petits papiers» des grands hommes.
Rappelons qu’une brouille définitive interrompit l’échange en 1912 et enterra définitivement l’espoir de Freud de voir Jung présider aux destinées de la psychanalyse en Europe.
Or, entre les deux hommes, la relation avait été immédiate et le transfert se manifesta des deux côtés. Pour Freud, l’activité de psychiatre de Jung au Burgholzli près de Zurich, était, disait-on, une manière de rompre le «splendide isolement» de la psychanalyse et de la soustraire «au danger de devenir une affaire de la nation juive». En effet elle ouvrait à Freud la possibilité d’avoir une véritable source d’expérimentation sur un grand nombre de patients hospitalisés et progresser dans l’élaboration théorique de la psychanalyse.
Une époque riche en débats
Pour Jung, la relation à Freud est celle d’un jeune disciple dont les qualités sont reconnues par le maître. A cette correspondance initiée avec le siècle au moment de la naissance de la psychanalyse en Suisse, il était tentant de demander comment les choses s’étaient nouées pour cette nouvelle science en train de naître.
L’époque voit la création des grands établissements psychiatriques qui abritent une clientèle composée majoritairement de clients alcooliques. Les psychiatres sont le plus souvent allemands, ce qui n’est pas le cas de Bleuler et Forel qui officient au Burgholzli près de Zurich et auprès desquels travaille Jung. Le débat porte sur la définition de la folie, la classification des maladies autour de ce que l’on appelle aujourd’hui les psychoses, à cette époque englobées dans la catégorie de la dementia praecox.
L’enjeu est de taille puisque ce sont précisément ces malades que Freud et Jung prennent en charge, avec des pratiques et des destins différents, réussissant à nouer psychanalyse et psychiatrie. C’est également à cette époque que l’on soulève la question de la stérilisation forcée des malades et de l’eugénisme.
Autant de questions à discuter lors d’une série de conférences au Musée de la Main, sous l’égide de Franco Panese, son directeur, et de l’Asreep – l’Association suisse romande de psychanalyse.
Marlène Belilos, psychanalyste
Le programme complet des conférences
est disponible à l’adresse :
www.verdan.ch/animations.html#007