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Nicolas Sarkozy, en voyage en Arménie, a voulu faire plaisir en demandant à la Turquie de reconnaître le génocide arménien, que la France, dit-il, a reconnu. Le fond de la question est juridique, sans doute: comme les États sont souverains, il faut qu'ils commencent par reconnaître une faute avant d'indemniser les victimes. Le terme de génocide a en effet une portée juridique spécifique.
Toutefois, il faut admettre qu'en matière de jugement, il ne devrait pas y avoir de prérogative d'État particulière, car il est évident que les fautes ne peuvent jamais être reconnues pleinement par ceux qui les ont commises, à moins qu'ils soient des saints; mais on ne le demande pas aux États - qui n'ont, au fond, pas plus d'obligation à la sainteté que les individus.
Seuls des juges qualifiés et indépendants des États peuvent, avec l'aide des historiens, établir clairement des faits, et les qualifier. Ces juges existent en théorie, puisqu'il existe des cours de justice internationale. En pratique, on a du mal, encore, à appliquer ou à faire appliquer leurs jugements, ce qui devrait pourtant être le rôle des États - qui n'en ont au fond, sur ces questions, pas tellement d'autre.
Cela s'applique bien sûr à tout, y compris aux affaires intérieures: les juges, pour les procédures judiciaires, doivent être indépendants des politiques, qui doivent s'efforcer avant tout de respecter - et de faire respecter - les jugements.
C'est du moins ainsi que je vois les choses!