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Lors d’un accident, les premiers gestes sont capitaux pour le blessé. Les témoins de l’accident sont les premiers intervenants potentiels de la chaîne des premiers secours; leurs premiers gestes peuvent cependant être mal exécutés, voire non effectués, souvent par manque de connaissances [1].
Les détenteurs d’un permis de conduire non professionnel ne suivent qu’un seul cours de premiers secours. Des études démontrent que les connaissances acquises durant cette formation diminuent avec le temps [2]et qu’un cours de rappel est efficace pour maintenir ces acquis et peut augmenter les chances de survie des victimes [3].
En Suisse, les conducteurs professionnels doivent suivre une formation continue contenant un cours de rappel Basic Life Support (BLS). L’extension de ce modèle à tous les conducteurs permettrait l’accès à un rappel BLS à une grande partie de la population (fig. 1), ce qui pourrait améliorer la chaîne des premiers secours. Dans ce contexte, il est pertinent de se demander quels seraient les barrières et facilitateurs à une telle extension.
Méthodes
Après une revue de la littérature et des textes de loi en vigueur, nous avons conduit 12 entretiens semi-structurés, en binômes, avec des:
– Intervenants de la chaîne de premiers secours (2 ambulanciers, un médecin SMUR, 4 policiers et un pompiers)
– Acteurs des pouvoirs législatif et judiciaire (un conseiller national et un juriste)
– Acteurs concernés par l’ordonnance réglant l’admission des chauffeurs professionnels (OACP) (un chauffeur professionnel, un instructeur OACP).
Résultats
La Loi fédérale sur la circulation routière (LCR) exige des conducteurs professionnels d’effectuer une formation continue. Cette dernière comprend 35h de cours sur 5 ans, et inclut un rappel BLS, des bases de sécurité routière et des cours spécifiques à la profession de chauffeur. Pour les chauffeurs non-professionnels, la LCR demande aux candidats au permis de conduire de suivre une formation de premiers secours [4]. Étendre le modèle professionnel aux chauffeurs non-professionnels impliquerait de modifier la LCR. L’Assemblée fédérale (par une motion) et le peuple (par une initiative populaire) sont en mesure de demander sa modification. La motion semble toutefois l’option la plus réalisable.
Les personnes interrogées étaient unanimes sur le manque de connaissances du public, et sur l’utilité d’un cours de rappel de premiers secours.
Par ailleurs, tandis que le chauffeur poids-lourd pensait être mieux formé grâce à sa formation continue, l’instructeur OACP confirmait l’efficacité des cours et précisait qu’un chauffeur ayant suivi plusieurs cours de rappel avait tendance à se comporter en leader lorsqu’il était confronté à une situation d’urgence.
En ce qui concerne les aspects logistiques, les locaux et le nombre d’enseignants seraient suffisants si tous les conducteurs devaient suivre un cours de rappel, selon l’instructeur OACP.
Les ambulanciers ont rappelé que le 144 transmettait des consignes efficaces aux donneurs de premiers secours (PAGS). Ils pensaient toutefois qu’un rappel BLS, bien qu’utile, se heurterait à la faible motivation d’un public peu sensibilisé à l’importance des premiers secours. Pour motiver le public, il conviendrait de rendre les cours plus attractifs.
Les policiers signalaient par ailleurs l’existence du modèle des «First Responders», prévenus par le 144 et pouvant arriver sur les lieux rapidement.
Discussion
Nos résultats mettent en évidence la pertinence d’un rappel de cours de premiers secours pour les conducteurs non-professionnels, bien que l’extension du modèle des chauffeurs professionnels, aux non professionnels, soit jugée difficilement réalisable. Tandis que les barrières principales évoquées étaient les coûts engendrés, l’introduction d’une nouvelle loi et la motivation du public, les facilitateurs cités étaient la possibilité de mener une campagne publicitaire d’information sur la nécessité d’un rappel ainsi que des ressources suffisantes pour absorber l’augmentation du nombre de cours. L’instauration de rappels ne représente toutefois pas l’unique solution. Des systèmes efficaces tels que les «First Responders» et les «PAGS» pourraient être considérés. Une autre piste serait d’introduire l’apprentissage des gestes de premiers secours dès l’école primaire, comme cela se fait déjà aux États-Unis.
Abréviations
LCR
Loi fédérale sur la circulation routière
Impose un cours de premier secours pour les canditats au permis, ainsi qu’une formation continue aux professionnels.
OAC
Ordonnance réglant l’Admission à la Circulation routière
Précise la formation que doivent suivre les candidats aux permis, dont le cours de premier secours.
OACP
Ordonnance réglant l’Admission des Chauffeurs
Précise la formation continue des chauffeurs professionnels. Ils doivent suivre 35h de cours sur 5 ans, parmis lesquels un rappels de cours des premiers secours.
BLS
Basic Life Support
Mesure d’urgences enseingées au cours de premiers soins.
PAGS
Procédure d’Aide aux Gestes des Secours
Instructions données par téléphone, par le 144, aux témoins d’accidents. Permettent une meilleure prise en charge avant l’arrivée des secours.
Correspondance
Dr. phil. Jacques Gaume Responsable de recherche Coordinateur du module B3.6 – Immersion communautaire Département universitaire de médecine et santé communautaires CHUV Avenue de Beaumont 21 bis, Bâtiment P2 CH-1011 Lausanne Jacques.Gaume[at]chuv.ch
Références
1 Rajapakse R, Noč M, Kersnik J. Public knowledge of cardiopulmonary resuscitation in Republic of Slovenia. Wien Klin Wochenschr. 2010;122(23–24):667–72.
2 Eisenburger P, Safar P. Life supporting first aid training of the public – review and recommendations. Resuscitation. 1999;41(1):3–18.
3 Palese A, Trenti G, Sbrojavacca R. Effectiveness of retraining after basic cardiopulmonary resuscitation courses: a literature review. Assist Inferm Ric. 2003;22(2):68–75.