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Dans Claude Gueux, de Victor Hugo, on trouve l'idée que l'éducation fait acquérir à des êtres encore marqués par l'animalité une humanité visible jusque sur les visages: alors que les têtes des bagnards, dit-il, rappellent encore telle ou telle espèce (chat, lynx, et ainsi de suite), celles des hommes civilisés, des peuples éduqués et alphabétisés, sont pleinement humaines; et de citer, à cet égard, les Grecs et les Romains, dont l'angle facial, affirme-t-il, était ouvert - ainsi que le montrent les statues qu'ils ont laissées.
Or, Pestalozzi avait de l'éducation une conception similaire; dans le Bulletin du Centre Pestalozzi n° 34 (année 2010), on trouve de lui la citation suivante: Pour saintes et divines que soient les voies de la nature en tant que base du développement de notre espèce, elles ne sont cependant, si l'on vient à les abandonner à elles-mêmes, orientées à l'origine que dans un sens animal. Les vivifier d'une impulsion à la fois humaine et divine, tel est le souci de l'homme, tel est le but de l'idée d'une formation élémentaire, telle est la fin de la piété et de la sagesse.
Remarquable citation. On y décèle que la lumière diffusée par l'éducation vient, certes, de la Civilisation, mais aussi de Dieu. Or, de nouveau, Hugo allait dans ce sens en affirmant que la science ne suffisait pas, pour élever les esprits, qu'il fallait compléter l'éducation scientifique par la lecture assidue de la Bible. C'était en 1835; plus tard, il remplacera volontiers la Bible par l'œuvre des phares de la littérature mondiale, y compris lui-même: Les Misérables, au fond, devaient être la Bible nouvelle, un livre saint pour le peuple. Homère faisait aussi, dans son idée, figure de guide de l'humanité - de prophète. Hugo a cherché à rendre universel l'Esprit saint, pourrait-on dire.
Il s'agissait en tout cas d'orienter spirituellement l'éducation, et de faire prendre aux hommes le visage des dieux, comme, encore, dans la statuaire grecque. Car l'homme est tourné, disait saint Paul, soit vers le bas, soit vers le haut: soit vers la bête, soit vers l'ange; au fond, il n'est en soi qu'un point de passage - d'intersection. L'éducation devait l'aider à faire le choix du Ciel, qui était également celui de l'Homme - parce qu'il était son prolongement, et même son aboutissement.