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Dans mon dernier article sur la communication pascale, je présentais ce que j’identifiais comme le « problème » d’une compréhension théologique de la « spiritualité » :
le défi est donc de formuler une compréhension “dogmatique” de la “spiritualité” qui prennent en charge la double exigence d’une indétermination sémantique, sur le plan de la fonction pragmatique du terme, et de sa détermination théologique.Communication pascale (v) – le problème
Dans cet article je présente le cheminement que j’ai emprunté pour travailler ce problème, et tenter d’en faire avancer l’intelligence.
Dans ma thèse ce cheminement prend forme en trois temps : (i) une analyse de l’usage du terme « spiritualité » ; (ii) des études dogmatiques sur des thématiques ciblées par rapport au thème ; (iii) le développement d’une proposition constructive.
L’usage du terme « Spiritualité »
Comme je le signalais dans un précédent article le terme « Spiritualité » opère comme un lieu commun.
Si je cherche à répondre théologiquement de ce lieu commun, il me faut d’abord me plonger de manière plus approfondie dans son usage contemporain. Dans ma recherche je me concentre sur deux domaines dans lequel on utilise ce terme : (i) le domaine « institutionnel » ; (ii) la théologie. J’essaie de dégager les traits principaux de l’usage du terme « spiritualité » dans chacun de ces champs et ensuite de les comparer.
Ce qui est significatif dans cette comparaison, c’est que ce sont des champs qui ne se croisent pas forcément. Les textes de théologie qui prennent pour thème la « spiritualité » sont rarement préoccupés par des problématiques de type institutionnel. Inversement, les institutions qui intègrent la « spiritualité » et les réflexions qui accompagnent cette intégration ont souvent de la peine à s’articuler avec des réflexions qui opèrent des définitions « théologiques » de la spiritualité.
Or, si les pratiques et les discours encadrés par les institutions reflètent souvent une tendance consensuelle dans une société donnée, en même temps elles contribuent fortement à former les perceptions et les compréhensions de ses membres. De plus, les institutions produisent de la littérature scientifique à leur propre sujet, qui permet d’approfondir l’intelligence de leur développement.
L’usage institutionnel de la « spiritualité » offre donc un vis-à-vis intéressant à un discours théologique car il présente une certaine résistance « pratique » : le développement des pratiques et des discours de l’Etat, du monde des soins ou encore de la formation professionnelle des ministres de l’Eglise, se fait dans des sphères autonomes par rapport à celles de la littérature théologique.
Parlant et réfléchissant depuis la théologie académique, cette résistance est intéressante pour moi. Je pense qu’elle l’est dans l’autre sens aussi.
Une série d’étude dogmatique
Avec ma thèse, j’essaie de me situer du côté du langage de la foi chrétienne. C’est à ce niveau que j’essaie d’avancer dans l’intelligence de l’usage du terme « spiritualité ».
Dans la « grammaire » de la foi chrétienne, telle qu’elle s’est construite au fil des siècles, le thème de la « spiritualité » entre en résonance forte avec un certain nombre de thématique importantes de la dogmatique.
Dans ma recherche, je cherche ainsi à approfondir l’intelligence de certains de ces thèmes, dans la mesure où c’est sur l’arrière-fond qu’ils dessinent que ma propre proposition systématique / dogmatique prend forme.
Les thèmes sur lesquels j’ai choisi de concentrer mes études sont : (i) la résurrection de Jésus ; (ii) l’Esprit-Saint ; (iii) La prédication.
Le thème de la « résurrection de Jésus » indique le point de départ de la « spiritualité » chrétienne. Le mystère pascal et le récit qu’il produit est un élément fondamental de la foi chrétienne, et ce à différents niveaux. L’Esprit-Saint, c’est Dieu tel qu’il se rend présent auprès de l’être-humain aujourd’hui. À partir de Pâques, toute action humaine est appelée à se dérouler dans la sphère d’action de l’Esprit-Saint. La « prédication » est pour la théologie protestante l’un des symbole principal pour l’action humaine dans la présence de Dieu. En même temps il s’agit d’une action tout à fait concrète au sein de l’Eglise et de la vie chrétienne.
Ces trois thèmes sont en relation serrées les uns avec les autres. Un thème que je n’approche pas dans ma recherche, mais qui rentre également en résonance avec le terme « spiritualité », c’est celui de l’imago dei. On l’approche de manière latérale en traitant de l’action de l’Esprit-Saint.
J’ai choisi de structurer mes études dogmatiques sur ces thèmes autour de la comparaison de leur traitement chez Barth et Schleiermacher. Ce faisant, je cherche à travailler une tension interne à la théologie réformée, entre la certitude donnée dans la foi et le développement de l’intelligence humaine de cette foi. Il y a différentes manières de pondérer cette tension et la comparaison entre ces deux auteurs est particulièrement fructueuse sur ce point.
Une proposition constructive
Dans cette dernière partie, je cherche à répondre directement au défi tel que je l’ai rappelé en début de cet article. Cette réflexion est informée tant par les tensions repérées tant dans l’usage du terme « spiritualité » entre la théologie et le domaine institutionnel, que dans la dogmatique protestante, au niveau des thèmes qui rentrent en résonance avec la « spiritualité ».
Ma propre proposition est donc de comprendre la « spiritualité » comme « communication pascale. » Le but de cette dernière partie est développer plus avant cette notion et de montrer comment elle vient éclairer, à partir du langage de la chrétienne, la « spiritualité ».
Il s’agit donc d’une part de développer le rapport entre l’événement pascal et la communication qui s’y rapporte : la vie chrétienne. En qualifiant la vie chrétienne comme « communication » qui se réfère à un événement qui lui même se communique, parce que c’est Dieu – et non l’être-humain – qui y a l’initiative, je tente de répondre au défi de l’indétermination pragmatique et de la détermination théologique du terme « spiritualité ».
Après avoir développé ce que je dis de manière trop serrée dans ce paragraphe, il me faudra encore développer deux autres aspects qui touchent au fait que cette communication s’inscrit également dans une forme institutionnelle. La « spiritualité » n’est pas que l’affaire des individus qui s’y adonnent, mais également des institutions que ces individus habitent ensemble – formant ainsi communauté et société.
En conséquence, il s’agira d’une part de faire une reprise constructive de la dialectique entre « Loi et Evangile ». La communication pascale n’est pas une abolition de la Loi, mais au contraire son plein accomplissement, dans l’Evangile. Mais ceci ne se laisse penser pour nous que de manière dialectique.
Y est lié la réflexion sur la réalisation de l’Eglise comme institution – dans le domaine de ce qu’on appelle le droit ecclésiastique ou la discipline ecclésiastique. Les formes institutionnalisées de la vie chrétienne ne sont en effet pas une contradiction de la communication pascale, mais au contraire l’une de ses conséquences. Le processus qu’est le droit ecclésiastique doit lui-même être réfléchit à l’aune de la dialectique de la « Loi et de l’Evangile », comme partie de la communication pascale.
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