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La main passe
Comme l’indique le numéro de ce mois de décembre 2020, nous fêtons en cette fin d’année le cinquantième anniversaire de notre périodique. Nous aurions bien voulu organiser la traditionnelle rencontre qui normalement a lieu tous les cinq ans, mais, évidemment, la chose n’a pas été possible.
Je ne vais pas me livrer à une rétrospective exhaustive de ce que nous avons vécu pendant ce demi-siècle, mais je voudrais évoquer tout de même quelques-uns des combats que nous avons menés ou auxquels nous avons participé activement.
Il y a eu en 1971 l’opération contre l’objection de conscience, qui vit les rédacteurs mâles – votre humble servante n’avait pas la carrure – jouer les hommes-sandwichs au centre de Lausanne avec une affiche posant noir sur blanc la question «Faut-il brûler les objecteurs de conscience?»
Il y a eu, un peu plus tard, la remise du Prix Cornichon au conseiller fédéral Rudolf Gnägi, chef du Département militaire fédéral, pour l’ensemble de son œuvre et notamment la mise en application du Rapport Oswald, qui, entre autres réformes, introduisait un assouplissement des formes militaires, avec le soutien actif du commandant de corps Pierre Hirschy, alors chef de l’instruction de l’armée.
Après quelques péripéties, dues à l’intervention de la police fédérale, la cérémonie eut lieu en grande pompe à la Salle Richemont du Lausanne-Palace en présence d’un pseudo-Gnägi porteur d’une immense tête en carton pâte et accompagné d’un pseudo-huissier.
Il y a eu en 1978 le combat contre la police fédérale de sécurité voulue par le conseiller fédéral Kurt Furgler.
Il ya eu le combat, évoqué dans ce numéro par Claude Paschoud, contre le port obligatoire de la ceinture de sécurité, perdu de justesse.
Il y a eu la lutte, menée principalement par Claude, contre l’utilisation de l’armée pour les courses de ski civiles.
Il y a eu les combats contre la libéralisation de l’avortement.
Il y a eu les combats contre les réformes de l’école vaudoise.
Il y a eu le combat contre l’introduction du service civil de remplacement.
Il y a eu le combat contre l’article 261bis du code pénal.
Il a eu la participation à d’innombrables intiatives et référendums.
Bien sûr, au fil du temps, l’équipe d’origine a été rejointe, puis en bonne partie remplacée, par d’autres rédacteurs, à qui j’adresse une pensée reconnaissante. Certains sont toujours bien vivants. D’autres sont morts. Je ne peux ni ne veux les citer tous. Mais je voudrais mentionner notre ami Pierre Guignard, qui seul de l’équipe fondatrice nous a quittés, il y a tout juste dix ans, emporté par un cancer. Un clin d’œil aussi à nos imprimeurs successifs, l’imprimerie Held, l’imprimerie Beck et l’imprimerie Carrara. Merci, enfin, à nos inlassables correcteurs et à notre fidèle maître de la toile.
Parlons un peu de l’avenir.
Au bout de cinquante ans de bons et loyaux services en tant que simple rédactrice, puis directrice de publication, j’ai décidé de passer la main après le numéro 500. Je ne disparaîtrai pas entièrement du paysage, mais ma contribution sera considérablement allégée.
L’une des plus belles réalisations de Claude et Mariette Paschoud, à savoir notre fils Michel, a accepté de prendre le relais. Merci à lui.
Et merci à vous, amis lecteurs, qui nous accompagnez fidèlement depuis si longtemps.
M. P.