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Le 4 juin, dans les environs chics du National Building Museum (musée national du bâtiment) de Washington, Les Robertson (photo), chef adjoint de la Division Technologies de l'information du CERN a reçu, au nom du Laboratoire, un prix récompensant les réalisations du XXIe siècle décerné par le programme Computerworld Honors. Cette prestigieuse récompense, qui a fait suite à la nomination du Laboratoire par Lawrence Ellison, président et directeur général d'Oracle Corporation, a été remise au CERN pour son application innovante des technologies de l'information au profit de la société. Ellison a nominé le CERN dans la catégorie « science » en reconnaissance de « travaux novateurs de développement d'un entrepôt de données à grande échelle », c'est-à-dire d'une architecture informatique innovante qui répond précisément aux besoins de la communauté mondiale de la physique des particules.
Le Directeur général du CERN, Luciano Maiani, a déclaré : " ll s'agit d'une importante reconnaissance de l'excellence du CERN en matière de technologies de l'information. C'est en particulier une récompense pour les équipes de physiciens des expériences LEP du CERN qui ont contribué au développement et à la mise en œuvre de cette nouvelle architecture. Ce prix est également un encouragement pour les physiciens qui œuvrent actuellement pour relever les défis complexes posés par l'informatique du LHC."
Hans Hoffmann, Directeur du calcul scientifique du CERN, a précisé : " Outre ses contributions majeures à la physique, le CERN a été un perpétuel novateur en technologies de l'information, depuis le web jusqu'à son travail actuel sur le calcul sur la grille. Nous sommes très heureux de ce prix, en particulier parce qu'il démontre que les initiatives du CERN en matière d'informatique sont reconnues non seulement par le milieu académique, mais également par les plus grands experts en informatique de l'industrie."
Le type d'informatique nécessaire pour analyser les données de physique des particules s'appelle « informatique à haut débit » ; c'est un domaine dans lequel le CERN joue un rôle d'avant-garde depuis plus de dix ans. Au début des années 90, une collaboration d'informaticiens du Laboratoire, dirigée par Les Robertson, et de physiciens de nombreux Etats membres du CERN ont mis au point une architecture informatique nommée « SHIFT », qui permettait à de multiples serveurs de bandes, de disques et d'unités centrales d'interagir avec les protocoles de réseau haute performance. Le concept modulaire de SHIFT permettait à la fois l'évolutivité et l'adoption facile de nouvelles technologies. Au fil des années, le CERN a fait la démonstration de ces caractéristiques en transformant SHIFT : des systèmes des années 90 qui fonctionnaient avec des postes de travail RISC et des réseaux spécialisés, l'architecture est aujourd'hui devenue un système gigantesque constitué de milliers de nœuds de PC sous Linux, reliés par le réseau gigabit Ethernet à des installations automatisées de stockage de bandes de centaines de téraoctets mises en antémémoire par des antémémoires de dizaines de téraoctets basées sur des disques du commerce.
Depuis, le CERN s'est attaché à développer SHIFT en collaboration avec des physiciens et des ingénieurs d'universités et de laboratoires du monde entier. Plusieurs collaborations ont été formées avec des partenaires industriels à mesure que les technologies successives étaient intégrées dans ce système. Aujourd'hui, SHIFT est employée couramment par les nombreuses expériences de physique qui utilisent les installations du CERN, et elle fournit un service informatique à plus de 7000 chercheurs dans le monde.
Pour ce qui est de l'avenir, le CERN et d'autres instituts de physique des particules travaillent actuellement sur l'extension de cette architecture innovante pour lui permettre de gérer des dizaines de milliers de nœuds, ainsi que sur l'incorporation de la technologie de grille de calcul en vue de lier l'environnement CERN à d'autres installations informatiques, facilitant ainsi l'accès aux quantités colossales de données qui seront produites par les expériences auprès du prochain accélérateur de particules du Laboratoire, le Grand collisionneur de hadrons (LHC), qui entrera en service en 2006.
SHIFT s'est révélée être un outil précieux pour la physique des particules, mais la récompense exige beaucoup plus que cela. Comme le souligne Patrick J. McGovern, président du Comité des présidents du programme Computerworld Honors, "Les lauréats des prix pour les réalisations du XXIe siècle du programme Computerworld Honors représentent les organisations dont l'utilisation des technologies de l'information a été particulièrement remarquable pour l'originalité de sa conception, l'étendue de sa vision et l'importance des retombées bénéfiques pour la société." Sachant que de nombreux autres domaines de la recherche, comme la biologie et l'observation de la Terre, anticipent également une vague de données croissante, sans parler de l'industrie du « home entertainment » (matériel vidéo destiné aux ménages), c'est dans un avenir proche que le travail d'avant-garde du CERN sera bénéfique à une plus vaste communauté.
Le programme Computerworld Honors rassemble les présidents ou directeurs généraux des cent entreprises majeures de technologies de l'information dans le monde afin d'aider les plus grandes universités, bibliothèques et instituts de recherche mondiaux à participer à la révolution des technologies de l'information à l'échelle de la planète. Les noms des lauréats de chacune des dix catégories, sélectionnés parmi 500 nominés, ont été annoncés lors d'un gala à Washington, D.C. le 4 juin. Parmi eux figurait également cette année Tim Berners-Lee, qui a reçu le prix pour l'intégration mondiale remis par Cap Gemini Ernst & Young Leadership en reconnaissance de son travail novateur sur le World Wide Web, accompli au début des années 90 alors que Berners-Lee était au CERN.
Note(s)
* Le CERN, Laboratoire Européen pour la Physique des Particules, a son siège à Genève. Actuellement, ses Etats membres sont l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, l'Espagne, la France, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l'Italie, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République slovaque, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse. Israël, le Japon, la Fédération de Russie, les Etats-Unis d'Amérique, la Turquie, la Commission européenne et l'UNESCO ont le statut d'observateurs.