Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07003.jsonl.gz/590

Le sol bouillonne. Les raffineries, qui servaient à fournir le pétrole lampant pour l'éclairage domestique, sont bousculées par la genèse d'une machine révolutionnaire : l'automobile. L'homme s'enveloppe d'une boite mécanique métallique veinée d'un fluide sombre et visqueux, il accélère, son énergie cinétique augmente, sa relation au temps se transforme. Les stations essences sont les ultimes excroissances d'une nouvelle économie industrielle et d'une nouvelle dynamique énergétique. Vitesse, pause, Vitesse.
Le sol bouillonne, des tuyaux en émergent. Ultime bourgeon sur une branche de l'arbre industrie pétrolière, la station essence est fondamentalement une machine ; un objet technique qui pompe l'or noir d'une cuve enterrée pour l'acheminer jusqu'à la machine à quatre roues. L'homme interprète une chorégraphie traditionnelle dans un univers mécanisé.
Le sol bouillonne, des tuyaux couverts d'un abri adjoint à un hangar décoré en émergent. La station essence s'architecture, se complexifie au sein d'un vocabulaire de plus en plus standardisé. Elle n'est plus une simple virgule de la route, elle s'offre à d'autres tournures de phrase
Le sol bouillonne, des tuyaux couverts d'un abri adjoint à un hangar décoré en émergent, et les hommes s'y glissent, en passagers. De lieu à non-lieu, la station est le contraire d'une demeure, elle accueille seulement des vecteurs humains déterminés par leurs destinations. La station essence est le coeur d'un corps hors du temps.
Le sol bouillonne, des tuyaux couverts d'un abri adjoint à un hangar décoré en émergent, et les hommes s'y glissent. Pourquoi, comment y rester plus longtemps ?
photo: VENTURI Robert, SCOTT BROWN Denise, IZENOUR Steven, Learning from Las Vegas Revised Edition, Cambridge, USA, and London, England, The MIT Press, 1977, page 46.