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Le concept a été inventé par un psychanalyste dans les années 70, H. Freudenberg, qui travaillait après sa pratique comme bénévole dans une clinique des rues de Harlem. Dépassé par la tâche, il avait fini par se sentir totalement épuisé au plan physique et psychique, sentiment partagé par ses collègues. Il décrivit sous le vocable «a staff burn out» un stress empathique typique d’un engagement psychosocial total qui finit par vous consumer. Actuellement, on définit le burnout comme un syndrome psychologique caractérisé par un épuisement émotionnel, une perte d’efficacité et d’initiative au travail et une autodévalorisation. La personne est vidée nerveusement, perd tout entrain et toute motivation pour son travail. Une fatigue chronique s’installe accompagnée de tension psychologique et d’anxiété.1 Pour certains, les causes du burnout sont inhérentes au surmenage et à l’environnement et non au sujet luimême. Pour d’autres il ne s’agit de rien d’autre que d’une forme de dépression d’épuisement. Comme la notion de dépression a socialement une connotation négative – on l’attribue à un manque de force de caractère –, on préfère le terme de burnout. Ce dernier ne torpille pas l’estime de soi et au contraire valorise celui qui a tout donné et qui est une victime du «système» qui exige efficacité et rendement mais ne reconnaît pas la valeur de la personne.
Le «burnout» a été fréquemment rapporté dans les professions demandant un grand investissement psychique, (médecins, infirmières, enseignants) ou soumises à un grand stress (contrôleurs aériens). Chez les médecins suisses, un tiers souffre de burnout et le risque de suicide est augmenté de 3 à 6 fois selon les études par rapport à la population. De plus, on observe un abus d’alcool et de tranquillisants, corrélé au stress.2 Chez les internes souffrant de burnout ou de dépression, on a observé en outre un risque d’erreur de médication multiplié par 6.3 L’excès d’empathie pour les patients (syndrome du Saint Bernard), l’identification à ces derniers, l’absence de distance dans la relation d’aide, la surcharge dans les horaires, la confrontation à la mort, la crainte de l’erreur médicale, la formation continue, finissent par épuiser le soignant. Le médecin doit en outre gérer l’incertitude (cf. uncertainty (*) et l’impossibilité de tout savoir et il doit prendre des décisions (hospitalisation, traitement) sans avoir en main toutes les données objectives. L’ensemble de la pratique médicale survient en outre dans un contexte de méfiance (peur d’être poursuivi en justice en cas d’erreur médicale), de perte de reconnaissance de la profession, de diminution des revenus, de contrôle par les assurances, de surcharge administrative, qui tend à dévaloriser le soignant.4
Les remèdes au burnout, c’est tout d’abord de le reconnaître, de ne pas s’isoler mais d’accepter de se faire aider. Il faut apprendre à dire non, à garder la «bonne» distance par rapport aux patients, à déléguer, à alléger ses horaires et accorder plus de temps aux loisirs, au sport et à la famille. Il faut essayer de diversifier ses tâches, de rationaliser son temps de travail, pour ne pas être continuellement interrompu dans ses consultations (téléphone, etc.) et, si nécessaire, remplacer l’alcool et les tranquillisants par des antidépresseurs.