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Trois mois après sa parution en France, «Ben Laden, la vérité interdite» ne pourra pas être diffusé en Suisse. Pas plus que sa version allemande.Ce contenu a été publié le 26 janvier 2002 - 17:40
La justice genevoise a mis fin à un suspense qui dure en Suisse depuis trois mois. Le 21 novembre 2001, Jürg Brand, l'avocat de Yeslam Binladin, réclamait en France la suspension immédiate de l'ouvrage «Ben Laden, la vérité interdite», édité par les éditions françaises Denoël. Et vendredi 25 janvier, le Tribunal de première instance de Genève a interdit la diffusion du livre en Suisse.
Le cœur de ce livre, déjà tiré à 80 000 exemplaires dans l'Hexagone, provient d'une étude intitulée «L'environnement économique d'Oussama Ben Laden». Dans un chapitre intitulé «Bin Laden, le mythe du renégat», elle laisse clairement entendre qu'Yeslam Binladin, son demi-frère, installé à Genève depuis de nombreuses années, continuerait à entretenir des liens avec le terroriste.
Page 177, le livre raconte que Yeslam, citoyen suisse depuis mai 2001, est actionnaire de la société Avcon, et que celle-ci dispose d'une filiale, baptisée Avcon Air Charter. «Selon plusieurs sources, cette compagnie offre des cours de pilotage à ses clients dans la même école que celle fréquentée en Floride par plusieurs des kamikaze avant les attentats du 11 septembre 2001», peut-on notamment y lire.
Des avions, pas des pilotes
L'accusation est particulièrement grave. Dans les colonnes du quotidien Le Temps, Yeslam Binladin affirme vendredi qu'Avcon «gérait des avions, fournissait des services aux clients, mais n'avait pas pour but la formation de pilotes».
Pour la justice, il est facile de vérifier de tels faits. Si le livre accuse injustement Yeslam Binladin, 51 ans, financier suisse, patron de la Saudi Investment Corporation à Genève, pourquoi le demi-frère d'Oussama n'a-t-il pas fait interdire «Ben Laden, la vérité interdite» dès sa sortie en France en novembre 2001 ?
Curieusement, Yeslam Binladin a attendu le 14 janvier dernier pour déposer une plainte contre Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié, les deux auteurs du livre. Il a obtenu gain de cause puisque le Tribunal de première instance de Genève a rendu le 25 janvier une ordonnance faisant interdiction de diffuser le livre en Suisse.
Les couleurs nazies
La même mesure est appliquée à la version allemande, «Die verbotene Wahrheit», assurée par l'éditeur alémanique Pendo Verlag à Zurich. La justice genevoise se montre particulièrement dure puisqu'elle souligne que «les auteurs du livre utilisent des procédés narratifs sensationnels», et parle «d'amalgames».
Bref, il risque d'y avoir un véritable procès sur le fond. De leur côté, les éditions Denoël n'excluent pas la possibilité d'intenter un procès à Yeslam Binladin et à ses avocats. Dans un courrier daté du 21 novembre 2001, Jürg Brand, qui est également administrateur de la société Avcon Business Jets, n'hésitait pas à adresser des propos plutôt tendancieux à amazon.fr, qui proposait «La vérité interdite» par Internet.
«Il est frappant de constater que l'éditeur Denoël et les responsables MM. Rubinstein et Birenbaum usent des couleurs nazies (noir, rouge, blanc) pour le livre», écrit Jürg Brand. Olivier Rubinstein et Guy Birenbaum, qui sont d'origine juive, n'ont guère apprécié l'amalgame.
Ian Hamel
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