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Un atelier parisien sur l’Ile de la Cité
Ferdinand Berthoud n’a pas consacré uniquement son existence à des travaux de recherche et d’expérimentation liés à la production d’Horloges Marines.
Il obtient son brevet de Maître horloger le 4 décembre 1753, à l’âge de 26 ans. Deux mois plus tard, le 7 février 1754, Ferdinand Berthoud s’établit comme horloger-pendulier au 36, rue de Harlay, passage Saint Barthelemy, à Paris. Il s’agit d’une adresse prestigieuse, située entre le quai de l’Horloge et le quai des Orfèvres, sur l’Ile de la Cité, dans l’actuel 1er arrondissement. La Cité a accueilli nombre d’horlogers célèbres, tels que Pierre Le Roy (1717-1785), Abraham-Louis Breguet (1747-1823) et, plus tard, Jean-Antoine Lépine (1720-1814).
Dans son atelier, Ferdinand Berthoud assure une production de haute facture destinée au grand public et aux hommes de sciences de son temps. Pour assurer ce travail, il s’entoure d’ouvriers qualifiés et d’apprentis dont il assurera la formation.
Le plus célèbre de ses apprentis est son neveu Pierre-Louis (dit Louis) Berthoud (1754-1813), que Ferdinand fait venir de Couvet (Suisse) à Paris en 1769 et qui le secondera efficacement dans l’exécution et l’entretien des Horloges Marines destinées à la Marine française et espagnole. Louis Berthoud prend ensuite la direction de l’atelier de Ferdinand en 1784. L’importance de son travail est telle que nous lui consacrerons un dossier particulier.
Jean Martin, élève de Ferdinand Berthoud
L’un des élèves préférés de Ferdinand Berthoud, Jean Martin, dont il fait l’éloge dans le Supplément au Traité des Montres à Longitudes, édité à Paris en 1807, est né dans sa maison, à Groslay en Île-de-France, en 1773.
A l’âge de treize ans, après avoir travaillé quelques temps dans l’atelier du Maître, celui-ci lui reconnaît « de l’adresse et de l’intelligence » et décide de l’envoyer chez l’un de ses disciples, Jacques-Vincent Martin, établi à Brest comme horloger de la Marine depuis 1785. Celui-ci avait pour mission « non seulement de nettoyer les grandes horloges à poids et les mettre en état d’aller à la mer et de les recevoir à leur retour, mais aussi de faire exécuter de nouvelles Montres à Longitudes pour le service de la marine » (Lettre de Ferdinand Berthoud, Paris, Archives Nationales, Marine G 97, f. 94).
Jean Martin reste cinq ans et demi à Brest et revient à Groslay en 1793. Sous la direction de Ferdinand Berthoud et pendant une dizaine d’années, il exécute alors plusieurs horloges et montres à longitudes et l’Horloge Astronomique d’un an. Berthoud lui propose ensuite de s’établir à Paris et lui confie la réalisation de plusieurs montres, notamment pour Louis Monge (1748-1827), mathématicien français et pour le baron Louis-Bernard Guyton-Morveau (1737-1816), chimiste et homme politique français.
Une montre Ferdinand Berthoud signée Jean Martin
Issue de la collection particulière du L.U.CEUM, à Fleurier (Suisse), la Montre Astronomique de poche N° 3, réalisée par Ferdinand Berthoud à Paris en 1806, a été exécutée par Jean Martin.
Cette pièce d’exception est décrite en détail dans le Supplément au Traité des Montres à Longitudes, au chapitre IV, article XX, points N° 111 à 116.
Le cadran de la montre porte l’inscription « Montre Astronomique N° 3 Ferdinand Berthoud, Inv. 1775, Réduite et Exécutée par Jean Martin, An 1806 ». A l’époque, l’horloger qui avait fabriqué la montre apposait ainsi traditionnellement sa signature sur le cadran.
Un éminent propriétaire, le comte de Chanteloup
La Montre Astronomique de poche N° 3 porte les armoiries de Jean Chaptal, comte de Chanteloup, scientifique et homme politique. Né en 1756, Jean Chaptal est un chimiste renommé pour les applications qu’il fit de la chimie dans l’industrie, notamment pour les manufactures textiles. Il crée une fabrique de produits chimiques qui le fait connaître dans toute l’Europe et reçoit de Louis XVI plusieurs titres de noblesse.
Chaptal donne également son nom à la chaptalisation, procédé permettant d’augmenter par sucrage la teneur en alcool des vins. Cette découverte révolutionne l’art de la vinification.
Parallèlement à ses activités de savant, de chimiste et d'industriel, il est aussi ministre du département de l'Intérieur sous Napoléon Bonaparte. Sénateur puis pair de France lors des Cent-Jours et sous la Restauration, il meurt en 1832.
Un chronomètre de poche inspiré d’une montre à longitude
Pour réaliser la Montre Astronomique de poche N° 3, Ferdinand Berthoud pense tout d’abord reprendre le plan modifié de la Troisième Montre Astronomique, datant de 1775, puis celui de sa Montre à longitude verticale et portative N° 72, réalisée en 1803.
Finalement, Berthoud utilise le plan du rouage de l’Horloge N° 73, que l’on retrouve à la fig. 6 du Supplément au Traité des Montres à Longitudes.
Il y explique que les secondes sont placées au centre, tandis que les minutes et les heures sont présentées sur un cadran excentrique.
Les roues de la Montre Astronomique de poche N° 3 sont similaires à celles de l’Horloge N° 73. D’un diamètre équivalent, elles possèdent le même nombre de dents.
Cependant, la montre est réduite, grâce à la suppression des rouleaux, du mécanisme de compensation et des détentes d’arrêt du balancier. Par conséquent, la platine côté cadran est également diminuée en diamètre.
La réduction du rouage est l’œuvre de Jean Martin. Toutefois, dans les dimensions réduites de la Montre Astronomique de poche N° 3, il conserve la même force motrice que dans la Montre à longitude N° 72, grâce à un puissant ressort de barillet et en utilisant toute la hauteur de la boîte.
Le balancier, qui décrit des arcs de 260 degrés, effectue quatre vibrations par seconde. Comme l’écrit Berthoud, ses pivots tournent dans des « trous de rubis » (contre-pivots).
Les effets du chaud et du froid sont alors compensés de manière absolue par un balancier muni de quatre petites masses composées. Ses lames étaient réalisées en portion de cercle. Tous les pivots du rouage étaient également insérés dans des « trous de rubis ».
Plus précise, grâce au diamant
Dans le Supplément au Traité des Montres à Longitudes, Berthoud atteste de la parfaite exécution de la Montre Astronomique de poche N° 3 et considère qu’elle possède les qualités et conditions idéales pour satisfaire les passionnés de la perfection et permettre les observations astronomiques. Dans le cas d’une utilisation destinée à déterminer les longitudes, en mer ou sur la terre, il ajoute qu’il est préférable d’utiliser une montre dont la position reste toujours horizontale, comme la petite Horloge N° 73.
Dans ce but, il fait alors modifier la montre et remplacer le rubis du contre-pivot par un diamant, plus dur et gage d’une précision accrue. Il fait également réaliser une suspension afin que la montre puisse être parfaitement utilisée à l’horizontale. Plus tard, il indique que le résultat le satisfait parfaitement et que ces modifications sont bénéfiques. En effet, en position horizontale, la montre fait preuve d’une grande exactitude.
Ainsi, ce petit chef d’œuvre de Ferdinand Berthoud peut être utilisé comme montre portative, en position verticale, ou en tant que petite horloge à longitude, à l’horizontale.
Bibliographie
Berthoud, Ferdinand, Supplément au Traité des Montres à Longitudes, suivi de la Notice des Recherches de L’Auteur, depuis 1752 jusques en 1807, Paris : Imprimerie J.- M. Eberhard, 1807.
Collectif (Catherine Cardinal et al.), Ferdinand Berthoud 1727-1807, Horloger Mécanicien du Roi et de la Marine, La Chaux-de-Fonds : Musée International de l’Horlogerie, L’Homme et le Temps, 1984.
Collectif, The Sandberg Watch Collection, Geneva: Antiquorum Auctioneers, 2001, pp. 184-185.
Friess, Peter, L.U.CEUM Traces of Time: The Chopard Manufacture Collection, Munich: Callwey, 2006.
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