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L'obésité et le diabète sont deux fléaux mondiaux en santé publique. Au coeur de ces deux maladies chroniques, une régulation défaillante de l'énergie dépensée sous forme de sucre et de gras. L'exercice physique et les régimes peuvent améliorer la situation des patients, mais ils sont difficiles à maintenir sur le long terme. Or les scientifiques pourraient être sur la piste d'un autre traitement.
Dans le viseur, la graisse brune ou "bonne graisse" - qui brûle des calories telle une chaudière - contrairement à la graisse blanche dite "mauvaise graisse" qui stocke l'énergie sous forme de gras. On pensait que seuls certains animaux et les nouveau-nés en possédaient, mais les scientifiques ont découvert, il y a 10 ans, qu'il y en avait aussi chez l'adulte, au niveau du cou et des épaules.
"On estime qu'un adulte possède 63 grammes de graisse brune dans le corps, qui brûle l'équivalent de 4,1 kilos de graisse par an", affirme à la RTS Mirko Trajkovski, professeur au Département de physiologie cellulaire et métabolisme de l'Université de Genève (UNIGE). Désormais, la question que se posent les scientifiques est comment promouvoir son activité et la multiplier par deux ou trois? "Cela pourrait avoir un impact sur l'obésité et la santé de notre métabolisme", espère Mirko Trajkovski.
La graisse blanche brunit dans le froid
En soumettant le corps au froid, plusieurs équipes scientifiques ont pu activer les cellules de graisse brune – les adipocytes - chez la souris et chez l'humain. Les chercheurs ont fait récemment une autre découverte: le brunissement du gras blanc. Au froid, le corps puise dans la graisse blanche pour la transformer en graisse brune et brûler plus d'énergie. "Le froid active la graisse brune déjà présente et dormante à la température confortable, mais il peut aussi augmenter le nombre de cellules brunes et les faire proliférer", précise Abdul Dulloo, professeur au Laboratoire de métabolisme et nutrition de l'Université de Fribourg.
Si l'effet est séduisant pour imaginer perdre du poids, le froid n'est cependant pas la solution ultime. "Bien sûr, certains aiment nager dans l'eau froide, d'autres être en manches courtes sur les pistes de ski, mais ce n'est pas plaisant pour tout le monde, tempère Mirko Trajkovski. C'est pour cela que la recherche essaye de trouver ce qui augmente l'activité de la graisse brune, mais sans nous exposer au froid."
Les chercheurs s'attellent à trouver la molécule ou le produit qui sera capable d'activer la graisse brune. Jusqu'à présent, les tentatives avaient échoué, car les effets secondaires étaient trop importants. L'une des pistes explorées se trouve dans la flore intestinale, appelée aussi microbiote. Des milliards de bactéries peuplent le tube digestif et chez la souris, certaines spécifiques seraient capables de favoriser l'action des graisses brunes. Selon Mirko Trajkovski, "le microbiote peut réguler les effets positifs de l'exposition au froid, en activant la graisse brune, en brunissant la graisse blanche, (…) et en diminuant l'obésité général chez les souris."
Un coupe-faim
Récemment, des chercheurs allemands et finlandais ont découvert une autre fonction favorable pour lutter contre l'obésité. La graisse brune agit comme un coupe-faim.
Lorsqu'une souris mange, ses intestins secrètent une hormone, la sécrétine. La sécrétine active la graisse brune, qui brûle des calories et dégagent de la chaleur. Le cerveau réagit à cette chaleur en coupant l'appétit.
Le fonctionnement de la graisse brune agissant comme un coupe-faim. [RTS]
Les scientifiques espèrent fabriquer un équivalent pharmaceutique à la sécrétine – stimulant directement la graisse brune – pour le tester chez l'humain.
Les experts estiment que l'on pourrait accroître de 20% par jour l'énergie dépensée chez un adulte en stimulant directement la graisse brune. Soit l'équivalent de 500 à 700 kilo-calories par jour brûlées par la chaudière. Au-delà, les effets néfastes sur le système cardiovasculaire seraient trop importants.
"C'est d'un intérêt énorme, car ce sera une manière de pouvoir contrôler le poids des gens", s'enthousiasme Abdul Dulloo. Le biologiste rappelle aussi que "l'exercice est bien sûr le premier pas à faire pour augmenter sa dépense énergétique. Mais c'est très difficile, surtout pour les personnes obèses, de faire des exercices d'intensité suffisante pour amener à cette perte de poids."
Reste à trouver la molécule miracle. En attendant, baisser le chauffage et boire du thé vert activeront la bonne graisse dormante. Selon Abdul Dulloo, il suffit de baisser la température de 22 à 18 degrés pendant une période d'une heure ou deux pour voir la graisse brune s'activer.
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Aurélie Coulon/fme