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Critique
"De tout temps la richesse aura fait des envieux parmi les pauvres et la littérature en a profité. VANITY FAIR est d'abord un classique du roman anglais. William Thackereay qui l'a signé est aussi l'auteur de BARRY LYNDON que Stanley Kubrick a somptueusement filmé en 1975. VANITY FAIR a été écrit en 1848, dans une Angleterre qui s'est tirée d'affaires après les guerres napoléoniennes et s'enrichit avec ses colonies, ""les"" Indes notamment. Ce qui fait qu'on ne s'étonne pas de voir la cinéaste indienne Mira Nair s'emparer du sujet, elle qui a réalisé sur son pays le beau SALAAM BOMBAY et, plus récemment, LE MARIAGE DES MOUSSONS.
Betty Sharp (Reese Whiterspoon) a grandi dans la misère, entre le souvenir de sa mère morte et la peinture de son père. Eduquée dans un pensionnat, elle devient une jeune fille aussi séduisante par la vivacité de son esprit que par sa beauté. Elle compte bien sur ces atouts pour quitter au plus vite la première famille où elle est placée comme gouvernante et grimper dans la haute société. Epouser un homme riche est la meilleure solution. Elle y parvient en aimant Rawdon Crawley (James Purefoy) qui le lui rend bien. Mais il est déshérité par sa tante et le couple se retrouve dans l'indigence. Betty retrouve alors le marquis de Steyne (Gabriel Byrne), collectionneur des toiles de son père. Elle sait ce qu'elle veut, mais ne mesure certainement pas le danger qu'elle encourt.
Le roman compte neuf cents pages. C'est une difficulté que Mira Nair ne surmonte pas entièrement. Le découpage de son film est parfois lapidaire. La longue évolution du personnage de Betty en souffre forcément, sa psychologie est brossée hâtivement. Il n'empêche que ce très long métrage est plutôt bien fait. Film en costumes, il ne craint pas de s'approcher de la réalité de l'époque, le crottin de cheval dans la rue, les traînes de robes qui se salissent sur les pavés, les divertissements exotiques ramenés des colonies. Une caméra moqueuse pique le détail avant d'élargir le champ.
VANITY FAIR est une fable sociale. Jeux de masques, renversement de situation, envie, hypocrisie et calculs semblent être les seuls bonheurs de la haute société. Vaut-il la peine de risquer son amour, son foyer pour pouvoir y évoluer? C'est la question essentielle et elle est posée, mais de façon hâtive, un peu superficielle. Sans doute y avait-il trop de matière dans ce riche roman, peut-être plus indiqué pour un feuilleton. Mais les bons moments n'y sont pas rares et le spectacle est réussi."
Geneviève Praplan