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La consigne de Paul Odermatt (63 ans) est claire: «Augmenter lentement le rythme avec les deux mains et dérouler.» Il faut admettre que ce n’est pas si évident, surtout pour qui ne connaît rien au sport en fauteuil roulant. «Cela signifie que les athlètes doivent acquérir de la vitesse grâce à des mouvements brefs qui deviennent progressivement plus longs jusqu’à ce que les bras finissent par effectuer un mouvement elliptique», explique l’entraîneur. Si les fauteuils roulants de sport ont certes des roues, contrairement au handbike, ils ne sont pas équipés de braquets. À l’image du coureur, l’athlète doit acquérir de la vitesse grâce à de petits mouvements, puis poursuivre avec de longues foulées – ou plus exactement, des mouvements de bras.
Pour l’entraîneur, c’est justement là que réside la difficulté du sport en fauteuil roulant. Cette série de mouvements demande de grandes capacités techniques. Une exigence telle que l’élite actuelle est issue d’une génération de sportifs pratiquant ce sport depuis l’enfance. Il serait en effet très difficile pour une personne se retrouvant en fauteuil roulant suite à un accident de devenir un sportif de haut niveau.
En cet après-midi, l’élite nationale des sportifs en fauteuil roulant s’entraîne au sous-sol du Centre suisse des paraplégiques, à Nottwil (LU). Leurs fauteuils roulants de sport sont solidement fixés sur des racks, les roues tournent sur un rouleau. Les athlètes viennent de terminer une série d’exercices. «C’est la pause!» lance le coach. Il divise les sportifs en deux groupes pour l’exercice suivant: pendant que les coureurs de fond et de demi-fond se préparent pour une sorte de course d’accélération, le sprinter Bojan Mitic (30 ans) s’entraîne à plein régime pendant douze secondes.
Les mains protégées par des gants, les athlètes frappent avec beaucoup d’énergie et d’entrain sur les roues motrices, faisant monter la tension dans la halle de sport. Paul Odermatt est satisfait: «Ils sont très concentrés et travaillent avec ardeur et motivation.»
Le coach entraîne avec succès les sportifs en fauteuil roulant depuis plus de 25 ans. Ses excellents résultats lui ont permis d’obtenir en 2013 le prix d’entraîneur de l’année dans la catégorie handi-sport. L’homme a ce «quelque chose» qui fait de lui un entraîneur respecté: ses protégés ont remporté divers titres de champions du monde et médailles aux Jeux paralympiques – surtout Marcel Hug (30 ans), champion de demi-fond et de course de fond et sportif suisse en fauteuil roulant le plus titré du moment.
«Il est toujours là, veille sur chacun de nous. Son expérience est immense», salue l’athlète. Paul Odermatt appelle ça «mettre du cœur à l’ouvrage». À l’image des athlètes dont il s’occupe, son travail recèle de multiples facettes. En tant que responsable du sport suisse en fauteuil roulant, il forme les juniors (nombre d’entre eux débutent à 7 ans). En sa qualité d’entraîneur de la relève, il accompagne les futurs champions jusqu’au sommet. Et les athlètes de renommée mondiale peuvent compter sur ses compétences pour gagner. Plusieurs d’entre eux ont de grandes chances de médaille lors des Jeux paralympiques à Rio.
Paul Odermatt est devenu entraîneur par hasard. Éducateur social dans une école pour personnes avec un handicap physique, il enseignait la gym. «Il y avait là des jeunes qui voulaient faire plus que de simples exercices de sport.» Il entra alors en contact avec le Club en fauteuil roulant de Kriens, en Suisse centrale. S’ensuivit une série de formations jusqu’à l’obtention du diplôme d’entraîneur à Macolin (BE).
Le coach entraîne Marcel Hug depuis vingt ans. Alors âgé d’à peine 10 ans, le jeune Thurgovien lui avait demandé de l’intégrer dans son groupe.
Paul Odermatt explique à ses athlètes quelles sont leurs capacités et leur prodigue exercices et soutien. «Ils évoluent à leur propre rythme, ils font leurs choix, et en respectant cela, ils deviennent des êtres autonomes à part entière», souligne le sexagénaire.
Il a été facile de déceler le talent chez Marcel Hug. Depuis 2010, c’est un professionnel accompli. Sa collection de médailles est impressionnante – et Paul Odermatt n’est pas étranger à ce succès! Nul doute que l’athlète en rapportera encore quelques-unes une fois le rideau tombé sur les Jeux paralympiques, le 18 septembre, à Rio...