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Comment le cinéma a-t-il façonné l’image que les Suisses se sont fait de la deuxième guerre mondiale ? C’est à cette question que répond un ouvrage paru aux éditions Antipodes, La Suisse, les Alliés et le cinéma. Première constatation : la Suisse officielle, pétrie de neutralité, fut moins tatillonne qu’on ne pourrait l’imaginer à autoriser les représentations du conflit, tant pour les productions des Alliés que pour celles venant de l’Allemagne.
Le conflit n’est pas un tabou pour les salles helvétiques qui projettent beaucoup de films importés. Il faut dire qu’à la findes années trente, il existe très peu de films indigènes dans les salles du pays, envahies par les productions américaines, françaises et allemandes (deux longs métrages de fiction contre 650 importés). Pendant la guerre, la production helvétique augmente, mais modestement ; on ne dépasse pas quinze films par année. Les images que le cinéma suisse propose du conflit sont très rarement
des représentations des combats, mais plutôt des récits sur la manière dont la Suisse
parvient à préserver sa neutralité. Ainsi l’armée, l’économie de guerre, l’accueil des réfugiés, fournissent des sujets privilégiés qui se retrouvent à la fois dans les films de fiction, les documentaires et les ciné-journaux.
Avant le déclenchement de la guerre déjà, trois films suisses sont montrés à la population. Des oeuvres financées par le Département militaire fédéral qui permettent de justifier la hausse des budgets militaires, la nécessité de constituer des stocks alimentaires en prévision
des conflits et la neutralité de la Suisse face à ses voisins. Ces trois films, dont le plus connu est le Fusilier Wipf ont un succès considérable. Pendant les premières années de guerre, la production cinématographique suisse respecte les principes de
neutralité. Ce n’est qu’en 1944, qu’elle s’engage à montrer des sympathies envers les alliés. Par contre, les actualités étrangères fournissent une masse importante de sujets belliqueux. Les actualités allemandes et américaines sont particulièrement présentes, à raison de vingt-deux copies par semaine. Le public réagit à ces
films qui tiennent plus de la propagande que de l’information. Sifflets et manifestations sont signalés par la police, à Zurich ou à Lausanne. Les films de
fiction qui réussissent à passer la censure militaire, circulent en Suisse. Ces longs métrages de fiction, signés entre autres par David Lean ou Roberto Rossellini, en provenance de pays engagés dans le combat, montrent que la guerre est loin d’être absente des écrans suisses. En recourant aux institutions de censure, les autorités organisent et maîtrisent ces images produites ailleurs. Ainsi, si le cinéma suisse
s’engage dans la consolidation des mythes nationaux Ð celui d’une Suisse terre d’accueil des réfugiés, d’une armée forte et déterminée, d’une politique de
neutralité Ð ce sont les images produites à l’étranger qui fournissent à la population le miroir d’un monde en guerre. Elles ont eu une fonction complémentaire, qui est celle de servir de contraste indispensable à la vision d’une Suisse îlotière, véhiculée
par le cinéma national. gs
La Suisse, les Alliés et le cinéma, sous la direction de Gianni Haver, éd. Antipodes, 2001.
www.antipodes.ch
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