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La drogue en 1969
La Suisse connaît une première vague de consommation de drogue à la fin des années 60. Flower Power, mouvement hippie, contestation étudiante: l'émergence du phénomène est lié aux révolutions sociales qui secouent la jeunesse occidentale. Interrogé en septembre 1969, un fonctionnaire suisse évoque la question.
La loi suisse
Si la consommation augmente, elle se cantonne avant tout au haschich et ne fait pas l'objet de trafic. Mais rapidement les drogues dures font leur apparition et les filières d'acheminement s'organisent. La loi fédérale en vigueur date de 1961. Elle fait peu de différences entre le vendeur et le consommateur. Un projet de révision, adopté en 1975, prévoit de punir plus sévèrement les trafiquants. Concernant les toxicomanes, l'Etat veut mettre davantage l'accent sur les soins, même si la prise en charge des usagers relève encore largement d'initiatives privées.
Saisie de morphine base ayant transité par la Suisse, 1971 [RTS]
Les scènes ouvertes de la drogue
Berne, Bienne, Zurich: au début des années 90, les scènes ouvertes de la drogue se multiplient. Comment l'expliquer? Dans le cas de Zurich, le premier regroupement des toxicomanes dans le parc du Platzspitz a permis, du moins momentanément, un retour au calme dans la ville. Il facilitait également la mise en place de mesure de prévention contre le sida. Les autorités finissent par perdre le contrôle. Le Platzspitz est fermé. Drogués et dealers se rabattent alors quelques centaines de mètres plus loin, dans le quartier du Letten.
La passerelle du Letten : les "fixers" et les dealers en ont fait leur chose. Ce sont eux qui dictent la loi. Quiconque n'est pas de ce monde ne s'y aventure pas.
La politique des quatre piliers
En 1991, le Conseil fédéral décide de réagir. Sa stratégie? Aux trois piliers traditionnels de la lutte contre la drogue, à savoir la répression, la prévention et la thérapie, il propose d'adjoindre une politique de réduction des risques visant à limiter les dommages de la consommation et à améliorer les conditions des toxicomanes. Quant aux mesures concrètes à adopter, le fossé entre Alémaniques et Romands est considérable: les premiers sont majoritairement ouverts à la dépénalisation des drogues douces et à la distribution contrôlée de l'héroïne, les seconds s'y opposent fermement.
"Pour une jeunesse sans drogue"
Abstinence et lutte contre le trafic de drogue: voilà le credo des promoteurs de l'intiative "Pour une jeunesse sans drogue", déposée à Berne en 1993. Notamment parce qu'elle s'oppose aux traitements longs à la méthadone et à toute possibilité de distribution de drogue, cette initiative inquiète les professionnels et les associations d'aide aux toxicomanes.
Ce que nous ne voulons plus, ce sont les "shootoirs" qui existent en Suisse alémanique.
Soumise au peuple suisse le 28 septembre 1997, l'initiative sera largement rejetée. Un an plus tard, une autre initiative intitulée "Pour une politique raisonnable en matière de drogue", propose à l'inverse la suppression totale de toute répression et prohibition. Elle ne passera pas non plus la rampe. La majorité des Suisses marque ainsi son attachement à la politique des quatre piliers.
La Suisse romande.... Enfin
Alors que de telles structures existent depuis 1992 à Zurich, il faut attendre 2001 pour que la Suisse romande ouvre son premier centre d'injection. C'est Genève qui fait le pas. Les toxicomanes pourront venir y consommer leur drogue hors de l'espace public en bénéficiant d'un matériel propre.
En conclusion
Si certains tabous, comme la dépénalisation des drogues douces, demeurent et résistent de votation en votation, la Suisse peut se targuer d'avoir adopté une politique progressiste en matière de gestion de la toxicomanie. Contrairement à d'autres pays, où le débat sur les valeurs a tendance à figer les fronts, les Helvètes ont adopté une ligne souple, entre souci de l'humain et pragmatisme.
Sophie Meyer pour Les archives de la RTS