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Les vagues de chaleur et les inondations de ces dernières semaines ont un point commun: elles sont survenues à proximité d’un jet stream marqué par une forte amplitude Nord-Sud.
Le pic de chaleur du 24 août, avec 39.3°C mesurés à Genève, s’est produit à l’avant d’un couloir dépressionnaire de forme assez pointue, entre les îles britanniques et les Açore. L’épisode de pluies intenses et le refroidissement qui ont suivi étaient également liés à la présence de ce couloir.
Position du jet stream et constrastes de températures à 1500m (850 hPa) le 27 août 2023 [Marc Brodard - NOAA/GFS/RTS]
Même constat pour le bloc Oméga qui s’est formé début septembre entre le Proche-Atlantique et les Balkans (voir blog précédent). Le phénomène s’explique par la présence d’une circulation du courant d’Ouest avec une forme assez allongée, favorisant la formations de méandres sous la forme d’une haute pression coincée entre deux zones dépressionnaires (voir illustration ci-dessous).
Circulation des courants en altitude et répartition des masses d'air le 4 septembre 2023 [Annelyse Schorderet - ECMWF/RTS]
Certes, de telles situations se sont déjà produites dans le passé. Mais la hausse mondiale des températures observée ces dernières décennies n’a-t-elle pas tendance à les rendre plus fréquentes ? L’étude publiée par une équipe de la Pennsylvania State University en 2022 donne des éléments de réponse.
Le réchauffement des pôles provoque un affaiblissement du jet stream
Le comportement du jet stream dépend en grande partie des différences de températures entre les régions polaires et subtropicales. Les écarts thermiques entre les terres et les océans ainsi que l’orographie jouent également un rôle.
Or, le pôle Nord s’est beaucoup réchauffé ces dernières décennies, plus que le reste du globe (voir ci-dessous). Selon les auteurs de l’étude, les écarts thermiques entre les zones polaires et subtropicales ont de ce fait diminué au fil des ans, ce qui a impacté le comportement du jet stream.
Températures moyennes de l'air en surface de 2011 à 2020 par rapport à une moyenne de référence de 1951 à 1980. [Nicole Baumann - NASA/RTS]
Les analyses montrent que les oscillations du jet stream ont tendance à devenir de plus en plus pointues, avec une plus amplitude Nord-Sud plus marquée (voir ci-dessous). Ce dernier ne circule plus de manière aussi fluide qu'avant. Il se déforme également de plus en plus, ce qui favorise l’apparition de méandres, expliquent les scientifiques. Les résultats de leurs recherches ont été publiés dans la revue.
Ondulation moyenne du jet stream en décembre 2021 (à gauche), comparée à la moyenne 1981-2010 [Denise Amacher - RTS/Pennsylvania State University]
Les évènements de la fin août et la situation de bloc Oméga de la semaine passée, illustrent cette tendance. Ils montrent leur potentiel à générer des conditions extrêmes. Ils mettent également en évidence leur caractère bloquant, qui permet aux intempéries de se maintenir plus longtemps sur les même régions.
L'étude ne permet pas de dire de manière précise quelles seront la fréquence et l'intensité de ce genre de situations à l'avenir. Elle montre en revanche que l'affaiblissement du jet stream leur sera plus favorable.
Philippe Jeanneret