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Après une année consacrée à la musique du XXIe siècle et trois créations, le Dies Irae de Fabrizio Di Donato, la Messe à six voix de Valentin Villard ainsi que l’intégrale de ses Haïkus, miniatures pour chœur a cappella, les Vocalistes Romands retrouvent Johann Sebastian Bach cet automne.
Une messe (sol mineur BWV 235) et trois motets : Komm, Jesu, Komm (BWV 229), Fürchte dich nicht (BWV 228) et Der Geist hilft unser Schwacheit auf (BWV 226). Ces motets, comme la plupart chez Bach, sont dévolus au service funèbre, mais la vision pieuse du compositeur et l’énergie incroyable de ces pièces en font de vrais moments de joie. Ce qui, au fond, n’a rien d’étonnant. Le motet allemand, à l’époque de Bach, désigne une pièce, dont les parties chorales sont doublées par des instruments ou accompagnées par un continuo seul, et donc qui ne présente pas de partie instrumentale individualisée. C’est par conséquent un genre perçu comme ancien (les premiers motets latins voient le jour au XIIe siècle) qui cède le pas à la cantate ou au concerto sacré, bien plus fréquemment utilisés au XVIIIe siècle. Mais Bach en fait des petits monuments choraux, d’une difficulté d’exécution et d’une virtuosité d’écriture à double chœur confondantes. Le Kantor peut y déployer son goût de la polyphonie et du stile antico en glissant, dans ces trois motets une écriture fuguée directement issue de la polyphonie renaissance juste après une écriture des mouvements initiaux purement baroque.
Bach écrivit quatre messes brèves, ou messes luthériennes. Cette forme protestante de messe comprend toujours un Kyrie et un Gloria et mais demeure libre du reste du texte de l’ordinaire catholique (Bach n’y compose jamais de credo, par exemple). Sans doute Bach fut-il soucieux de fournir à son œuvre une existence plus durable que celle de ses cantates destinées à une exécution souvent unique : les 26 mouvements des messes brèves proviennent de 19 cantates différentes. Ainsi tous les mouvements de la Messe en sol mineur BWV 235 sont les parodies des cantates 187, 72 et 102, donnant à ces œuvres éparses une existence unifiée en une pièce générale de la liturgie, susceptible d’être reprise en toute occasion. Il ne faut donc pas s’y tromper : Bach puisait dans ce qu’il considérait comme le meilleur de sa production pour confectionner ses messes. La transfiguration du texte et le remodelage des lignes font de cette messe en sol mineur un autre — et unique — chef d’œuvre.