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Pour cette discographie comparée de notre turco, nous avons retenu six enregistrements, dont un circulent allègrement sous le manteau. Les versions d'Oliviero de Fabritiis et de Nino Sanzogno qui datent respectivement de 1957 et de 1958 sont aujourd'hui quasi introuvables dans le commerce, elles ne seront donc pas commentées. Les nombreuses coupures qui envahissent l'uvre (voir plus loin) ainsi que les progrès apportés par la Rossini renaissance dès la fin des années soixante-dix rendent la comparaison de ces quelques enregistrements particulièrement difficile. Il n'y a - à vrai dire - rien de comparable entre la direction d'un Gianandrea Gavazzeni et celle d'un Riccardo Chailly, comme il n'y a rien de plus différent que les interprétations respectives de nos deux plus grandes divas d'après-guerre: Maria Callas et Cecilia Bartoli. Ceci est donc une discographie comparée très nettement tendancieuse, qui prendra comme devise qu'il n'est rien de plus agréable qu'une partition complète et un chant conforme à l'écriture vocale du compositeur.
1954
Gavazzeni / Callas
Cet enregistrement, gravé dans la foulée d'une série de représentations de la Scala, marque l'arrivée de l'uvre dans la discographie. Pour une renaissance, c'en est d'ailleurs une fameuse, vu que les forces de la Scala ont réuni, autour d'un des chefs belcantiste les plus marquants de ce siècle, une distribution absolument inouïe (Nicola Rossi-Lemeni, Nicolaï Gedda, Mariano Stabile, Franco Calabrese et la diva assoluta: Maria Callas !) Avant de nous pencher sur les qualités respectives de nos interprètes, intéressons-nous à la partition: c'est bien simple, il en manque un quart. Ne parlons pas des cadences et des da capi dont on faisait très peu de cas à l'époque, même sous la vigilance du maestro Gavazzeni. Plus bisquant par contre: l'absence de l'air de Narciso, ce qui confine Nicolaï Gedda, en pleine possession de ses moyens, à un rôle de personnage d'ensembles. Encore plus grave, la diva est privée de son air final, véritable morceau de bravoure. La difficulté relative qu'il y a à chanter Donna Fiorilla s'en voit donc très nettement édulcorée. Chiotte, qu'aurait donné Callas dans cet air, nous ne le saurons jamais, mais gageons qu'il y aurait eu matière à se pâmer ! Voilà pour les grands absents, à part ça, on notera la disparition d'une bonne partie des récitatifs, de l'air d'entrée de Narciso, du deuxième air de Don Geronio et du petit air d'Albazar. Oui, oui, c'est tout. Gavazzeni donne à son orchestre les couleurs traditionnelles du Rossini post-fondazione-Pesaro et dirige le tout avec un entrain plein de mesure; on sent le vieux loup. Côté chanteurs: Mariano Stabile - le poète - est un baryton de légende qui a fait du Falstaff de Verdi sa grande spécialité (célèbre phrase de Nicolaï Gedda: la donna è mobile, Falstaff è Stabile ! charmant n'est-ce pas ?) malheureusement en 1954 il ne reste plus grand chose de cette voix de baryton gran'signore sinon son vibrant côté "mythique"; il y a cependant dans l'usure vocale de Stabile quelque chose d'incroyablement chaleureux; notre poeta est un grand-père, cela n'a rien de dérangeant... surtout qu'à l'instar de Don Alfonso dans Cosi fan tutte, le poète est un personnage omniprésent qui ne se fait volubile que dans les ensembles. Franco Calabrese, autre chanteur mythique des années 40-50, accuse lui aussi comme un engourdissement vocal, ce qui n'enlève rien à sa verve bouffe dont il nous régale également dans le Matrimonio Segreto de Nino Sanzogno, on notera comme un sursaut de virtuosité syllabique dans le duo du second acte qui l'oppose à Selim, sans doute le passage le plus jouissif de l'enregistrement. Il a déjà été dit plus haut que la participation de Nicolaï Gedda était faussée par l'absence d'air de bravoure, rien à signaler donc à part un beau chant tout en force et en virilité. Nicola Rossi-Lemeni - basse peut-être un peu surestimée - campe un Selim léger, manquant résolument d'agilité; défaut comblé par un sens inné de la commedia. Reste l'épineux cas Callas... Donna Fiorilla est un petit bout de femme capricieux qui - valsant entre hystérie tragique et comique - mène les hommes par le bout de ses cordes vocales. N'est-ce pas là un portrait idéal de Callas ? En 1954 la Divine est en pleine possession de ses moyens mais c'est plus par la caractérisation du personnage que la soprano grecque impressionne, tantôt minaude, tantôt espiègle, tantôt furieuse, tantôt jalouse, elle passe par tous les stades de la personnalité féminine caricaturée. Callas est un véritable ouragan de personnalité et même si d'autres interprètes apporteront à Fiorilla une technique rossinienne infaillible (suivez mon regard qui se perd en fin d'article) elle restera l'incarnation idéale de cette insupportable furie qu'est Fiorilla.
1982
Chailly / Caballé
En 1982 nous avons frôlé la catastrophe ! Non, non, pas d'astéroïde fondant droit sur la terre, pas de catastrophe nucléaire en Ukraine (enfin, pas encore), pas de président républicain à la Maison blanche (ah mais si, suis-je bête... !) En 1982 le monde a failli connaître quelque chose d'absolument épouvantable, d'ignoble, de cauchemardesque: Renata Scotto dans Il Turco in italia ! Brrrrr, j'en ai froid dans le dos ! Pas que la Scotto soit une mauvaise chanteuse - loin de là - mais déjà que dans les 60 ses aigus étaient tirés et acides, alors là (!) de deux choses l'une: soit on nous aurait encore coupé l'air final, soit on aurait eu droit à une démonstration de ce à quoi une chanteuse en fin de carrière est prête pour gagner quelques dollars. Heureusement Scotto renonça quelques jours avant le début des enregistrements (peut-être s'est-elle décidé à jeter un coup d'il à la partition avant d'arriver au studio). C'est donc Caballé qui enregistra héroïquement le rôle, à la hâte, hélas. En 1982 le timbre de Caballé s'est considérablement enlaidi et les difficultés qu'elle a toujours éprouvées à vocaliser ont pris une importance assez gênante. La diva espagnole reste cependant maître de son instrument dans la mesure où le vibrato est parfaitement contrôlé. À l'approche de l'air final on prépare tout de même ses oreilles à être malmenées et pour finir... pas vraiment ! L'air est chanté avec une prudence un peu exagérée mais il est ponctué de deux pianissimi tenus d'une telle beauté qu'il est absolument impossible d'y rester imperméable. Dans l'ensemble - bien sûr - la prestation est insuffisante, mais elle n'a rien de catastrophique malgré l'avis de nombreux amateurs. Le reste est assez décevant: Chailly qui signera plus tard un Turco autrement plus convaincant est ici insipide, il est inutile de nous étendre sur sa direction. Les seconds rôles sont tenus par des demi-calibres qui remplissent honnêtement leur rôle: Jeanne Berbié est une gitane spirituelle, quant à Paolo Barbacini on est tellement heureux de ne pas le retrouver en Narciso que nous sommes prêts à coller n'importe quel superlatif à son interprétation d'Albazar. Ernesto Palacio est un ténor aux moyens impressionnants mais dont certains défauts (instabilité vocale, laideur de timbre...) le rendront relativement insignifiant face aux gros calibres qui évoluent aujourd'hui sur nos scènes. Son aigu reste cependant impressionnant et sa technique rossinienne tout à fait suffisante... une chance car il aura droit à ses deux airs, LUI ! Enzo Dara sera toujours Enzo Dara: incapable d'être mauvais. Ici encore c'est lui la star, c'est lui le plus grand: Dara est grand et Corbelli est son prophète (non c'est rien qu'un petit précepte que je voulais caser à tout prix.) Certes, on le trouvera plus inspiré ailleurs, mais cette voix qui symbolise la bonhomie irradie de qualités. Leo Nucci est un luxe dont aurait pu se passer Chailly, mais peu importe, ce n'est pas parce que le grand baryton verdien nous campe un poète à la limite de la bellicosité qu'il faut bouder son plaisir. Quant à Ramey on louera mille fois la noirceur de son intonation, la parfaite virtuosité qu'il déploie dans le rôle de Sélim, mais on regrettera tout de même son manque de comique et de sens des nuances. Selim n'est pas le furieux Mustafa, il n'a rien à voir avec le tyran tyrannisé par ses victimes, au contraire, c'est un touriste turc, un peu plus badin que la moyenne, qui prend beaucoup de plaisir à chasser la minette italienne. Dans l'ensemble, la version Chailly I n'est pas à fuir, elle a l'atout majeur d'être très complète, quoique assez en marge des directives pesariennes qui régiront l'intégrale Chailly II. Pour Dara, pour le courage de Caballé et - bien sûr - pour la divine Jeanne Berbié (non, là, je plaisante.)
1991
Marriner / Sumi
L'académie de St Martin in the Fields et son directeur musical, Sir Neville Marriner, ont signé quelques enregistrements mémorables; les amateurs de Rossini et de Mozart savent de quoi je parle. Généralement, St Martin in the Fields est un orchestre très apprécié du grand public, situé dans la mouvance baroquisante, il n'en a pas le rigorisme et donc évite pas mal de ses aspérités. La couleur par contre penche vers une douce nostalgie guillerette qui confère invariablement à l'orchestre un tempérament tout en nuance et plein de fougue. Comment cela se traduit-il dans Il Turco ? Les tempi sont vifs, la pâte orchestrale est enjouée et une palette de couleurs remarquable est mise à la disposition des différentes - et nombreuses - luxuriances orchestrales. Un détail de la distribution aura sans doute effrayé pas mal de mélomanes: la présence en Donna Fiorilla de l'incontournable Sumi Jo. On reproche souvent à la soprano coréenne de donner à tous ses personnages le même caractère et le même ton. Quand on passe allègrement de la reine de la nuit à Oscar d'un ballo in maschera on peut - au moins - souhaiter un certain talent d'interprète dramatique. Effectivement Sumi Jo n'est pas la plus douée des actrices, cependant elle est ici remarquable d'espièglerie et ceci sans jamais "charger" son personnage. À qui revient le mérite, à Neville Marriner, chef jusque sur le plateau ? À Sumi Jo, charmée par son personnage... qui sait ! Seul le résultat importe, n'est-ce pas ? Vocalement c'est également impressionnant. Dans les trilles rossiniens Sumi Jo a un débit qu'on lui a rarement connu en d'autres circonstances et qui aujourd'hui - vibrato oblige - n'est plus qu'un excellent souvenir. J'insisterai sur l'interprétation impeccable de l'air final où Sumi ne lésine sur aucun effet: corsage de timbre, vocalises meurtrières, facéties langoureuses. Que du très bon ! Pour le reste, uniformité quasi parfaite: Peter Bonder, à cheval entre ténor lyrique et ténor de caractère campe un Albazar de qualité, Susanne Mentzer qu'on a vu ailleurs en Rosina et en Cherubino est - de fait - une Zaida de grande classe. Alessandro Corbelli, dont on a déjà dit beaucoup de bien, possède toutes les qualités requises pour chanter le poète à la perfection: timbre corsé et solide, facilité à vocaliser... c'est presque trop beau. Comment dit-on déjà ? " Abondance de biens ne nuit pas ". Ben voyons ! Raul Gimenez, qui a comme un voile sur la voix possède en revanche un rare atout: celui d'être l'idéal compromis entre tenor di grazia et ténor rossinien. Les vocalises sont là, les aigus aussi et le tout reste suave et gracieux, lui aussi chante ses deux airs... fort bien d'ailleurs. Reste le Selim de Simone Alaimo - qui n'a pas la fascinante plastique du timbre de Samuel Ramey - mais qui en revanche maîtrise à merveille la facette bouffe du personnage. Tout juste pourrait-on rechigner à s'enthousiasmer du Don Geronio d'Enrico Fissore à qui il ne reste déjà plus grand chose de voix. La figure est pourtant sympathique. Voilà donc ce qu'il en est de cet excellent enregistrement. C'est jusqu'ici le plus recommandable, pour l'uniformité des talents, certainement.
1998
Jordan/ Fabricini
Cette cassette d'un Turco in Italia vu de manière relativement révolutionnaire par Karl-Ernst et Ursel Hermann et qui date de 1998 s'est retrouvée entre les mains de nombreux collectionneurs après sa diffusion télévisée sur la RTBF en 1999. Production de la Monnaie dont la distribution originale de 1996 comptait en Turco rien de moins (ignoble ?) que José van Dam. Il est ici remplacé par la basse estonienne Egil Silins. Cet enregistrement vaut surtout par la mise en scène et les décours du couple allemand, il situe l'action dans une Italie portuaire et frivole des années trente où le touriste Turc est accueilli à bras ouverts par une Fiorilla nymphomane. Venant souligner cette mise en scène inventive, le jeu globalement très satisfaisant des interprètes avec en meneurs de revue le poète Dale Duesing et la Fiorilla destroy de Tiziana Fabriccini. Vocalement, c'est assez insupportable à entendre. Silins est une basse des pays de l'est comme les années soixante s'en sont gavées : aucun sens de la vocalise, ne parlons même pas d'italianita, à côté de lui Nikolaï Ghiaurov trille comme une mitraillette. Dale Duesing n'a jamais su plier sa grande et vilaine voix au chant rossinien, ce qui passe encore quand on chante le poète, l'image aidant on est admiratif devant le talent du chanteur américain, reste une certaine usure qui passe également aux oubliettes tant l'intelligence compense. Là où même l'intelligence est impuissante c'est dans la gorge de Tiziana Fabricini, il ne reste rien de cette voix qui ressemble à s'y méprendre à une Maria Callas qui aurait chanté jusqu'à la fin des années 80 (aïe), l'air final est un exemple anthologique de savonnage, on souffre pour elle. Passons. Mais tout n'est pas mauvais, il y a du bon : le Narciso de Barry Banks (jeune recrue d'Opera Rara qui enregistrera prochainement le rôle d'Idreno) souffre un peu dans les vocalises qui - pas vraiment savonnées - sont faites au ralenti, on notera tout de même un magnifique aigu à la fin de son deuxième air. La basse italienne, Giovanni Furlanetto, possède en revanche tous les atouts pour être un excellent Don Geronio et si on y ajoute son jeu convaincant on se dit qu'il fera un excellent Don Pasquale l'année prochaine à la Monnaie. Enfin, la direction de Philip Jordan (le fils d'Armin) ne casse pas trois pattes à un canard, son orchestre fait même " coin-coin " comme dans les années 60. Délicieusement rétro tout ça !
1998
Chailly / Bartoli
Et voilà la tornade Bartoli qui après avoir renvoyé toutes les Cenerentole de l'histoire à leurs cours de chant (Valentini-Terrani mise à part) s'attaque au personnage de Fiorilla où elle démontrera une bonne fois pour toutes que ce n'est pas parce qu'on est mezzo-soprano qu'on n'est pas capable de faire un contre mi bémol (non mais !) Plus sérieusement, la voix de la mezzo italienne s'est considérablement allégée en à peine dix ans de temps, d'un mezzo assez crémeux elle passe au soprano consistant, tout en gardant de la solidité dans les graves et de la souplesse dans le suraigu. Bref, sans tenir du miracle, ça en bouche un sacré coin. Mais nous reviendrons à Bartoli un peu plus tard. Chailly revoit ici son interprétation du Turc, il y ajoute du tempérament, une belle flexibilité et dirige un meilleur orchestre (celui de la Scala), de plus le chanceux dispose pour son enregistrement d'une révision musicologique complète menée à Pesaro sous l'égide du bienveillant dottore Gosset. Les seconds rôles sont - une fois n'est pas coutume - particulièrement bien soignés, Laura Polverelli a les moyens d'une Cenerentola de très haut niveau, ce n'est donc pas l'invisible Zaïda qui la fera trembler ; à ses côtés Francesco Piccoli, ténor un peu frustre aux moyens prometteurs, est un Albazar à qui on va jusqu'à offrir un air (très bonne idée d'ailleurs, vu ce qu'en fait Piccoli.) Roberto de Candia a tout du jeune baryton bourré de qualités ; ce qu'il fait du poète est plus qu'honorable, mais comment dire après Mariano Stabile, Leo Nucci et Alessandro Corbelli il n'est pas aisé de se distinguer. Ramon Vargas qui aujourd'hui enchante les amateurs de Verdi et de Bel Canto de sa belle voix pleine, a jadis gravé quelques Rossini, notamment chez RCA avec Kassarova. Son Narciso est par ailleurs fort honorable, tout juste regardera-t-on avec nostalgie les fabuleux suraigus de ses prédécesseurs. Le phrasé est pourtant magnifique et le timbre d'une consistance enchanteresse. On a déjà dit plus haut - et à plusieurs reprises - ce qu'on pensait d'Alessandro Corbelli. Ici la voix a un peu vieilli, mais elle garde toute sa solidité et sa technique, à tel point qu'il est permis de se demander si cet apparent vieillissement n'est pas plutôt un effet dramatique. Figurez-vous qu'on a trouvé un second air à ce brave don Geronio et que ce second air lui va à merveille. La musique est un peu convenue, c'est un fait, mais le texte qui l'accompagne est un sommet de drôlerie ; on y voit Don Geronio se demander s'il ne lui faudra pas aller jusque sur la lune pour trouver une femme digne d'être son épouse. Et tout ça plus de cent ans avant Tintin sur la lune. J'ai toujours dit que Don Geronio était un précurseur en territoire d'astrologie. Quoi qu'il en soit, dans ce fameux air, Alessandro Corbelli fait une impressionnante démonstration de sa virtuosité syllabique, il prouve ici qu'il est le digne descendant d'Enzo Dara, avec sans doute un petit quelque chose de plus " solide " dans la voix. Michele Pertusi qui aujourd'hui est avec Ildebrando d'Arcangelo la meilleure basse rossinienne en activité campe un Turco de routine qui ne plaît ni ne déplaît. Il s'agit là d'une faiblesse majeure de cet interprète capable de couper le souffle (Alidoro chez Chailly, Assur avec Zedda à Pesaro) comme de laisser totalement indifférent (Alidoro avec Campanella), il est ici un rien en deçà de ses partenaires mais ce n'est - bien sûr - pas un grief suffisant pour bouder son plaisir. Quant à Bartoli dont on a déjà chanté les éloges un peu plus tôt, on appuiera ici sur son incroyable virtuosité, sur son expressivité saisissante, on s'unira - modestement - à toutes les voix qui clament que la jeune soprano romaine est ce qui se fait - et s'est jamais fait - de mieux en matière de chant rossinien. Au risque de sombrer dans les platitudes : il est des artistes après qui rien n'est plus pareil, on peut sans trop risquer de se tromper citer les noms de Maria Callas et de Leyla Gencer en matière de bel canto romantique, de Dietrich Fischer-Dieskau dans un peu tous les domaines, du ténorissimo dans ses jeunes interprétations verdiennes et romantiques. Le nom de Cecilia Bartoli, pourtant jeune trentenaire, peut sans aucun doute s'ajouter à ceux-là. Rossini doit danser la polka au fond de son tombeau.
2000
Pinzauti / Marrocu
Après tout ça on se demande un peu ce que nous veut Kicco classic. On aura vite fait de survoler cette version qui - vraiment - ne surprend pas. S'il faut souligner une belle homogénéité, il est utile de préciser qu'elle se situe à un niveau extrêmement moyen. Tous les solistes s'effondrent dans leurs airs respectifs même s'ils parviennent à donner le change dans les ensembles. Seul le Turc d'Antonio de Gobbi, basse légère, survole cette distribution. Evidemment, le Turc n'a pas d'air. A quoi bon éditer ce genre d'enregistrement ? Il faut impérativement avoir assisté au spectacle pour en être pleinement satisfait, même le collectionneur fanatique que je suis n'y a pas trouvé son compte. Voici donc une version à fuir, sans aucun doute.
En conclusion on favorisera Chailly II pour Bartoli mais aussi pour sa belle cohésion, tous les autres enregistrements étant parfaitement dispensables après l'achat de ce coffret. Le collectionneur retiendra cependant les versions Marriner pour la beauté du travail d'équipe et pour une Sumi Jo survoltée, Gavazzeni pour Callas et Chailly I pour les deux basses. Il est aussi intéressant de tendre l'oreille à la cinquième plage du récital Rossini de Rockwell Blake où le ténor américain transfigure le deuxième air de Don Narciso. Pour le reste, soyons sectaires : Bartoli, Bartoli, Bartoliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !