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Peut-on dire que l’espace urbain reflète ou reproduit l’ordre social, à savoir l’inégalité entre hommes et femmes?
On ne peut pas dire que la ville est sexiste en tant que telle. Mais ses différents aménagements reflètent la façon dont la société s’organise. Par exemple, les rues portent généralement des noms de personnalités masculines, les statues représentent les scientifiques, les religieux ou les magistrats qui ont construit la ville, alors que les femmes, elles, sont souvent représentées nues, ornant plutôt le frontispice des théâtres ou les fontaines. Cette tendance se retrouve sur les panneaux publicitaires sexistes. Cela montre donc que la ville est faite pour le plaisir de l’homme. D’ailleurs, on constate que les hommes sont plus nombreux à la terrasse des cafés ou sur les terrains de sport.
Comment cette exclusion spatiale des femmes se met-elle en place?
Dès l’enfance, le terrain de foot au milieu de la cour de récréation préfigure et configure les spatialités des garçons et des filles. Pour caricaturer, les garçons sortent des classes très vite, colonisent le stade, avec ce ballon qui roule et dépasse les limites du terrain. Les filles apprennent à l’éviter et à jouer en périphérie en occupant peu de place, alors que les garçons conservent cette légitimité de l’espace central.
À quoi ces pratiques sont-elles liées?
Elles correspondent à une croyance largement partagée dans nos sociétés, à savoir que les garçons auraient besoin de davantage jouer et se dépenser. Mais dans les faits, si dans cette cour de récréation on supprimait le terrain et le ballon, des coopérations prendraient place entre les deux sexes.
L’émergence de la ville durable et intelligente sonnera-t-elle le glas de ces inégalités?
Le problème, c’est que les architectes et urbanistes concepteurs de cette smart city, sont pour la plupart des hommes blancs, en bonne santé. Ils jouissent de la ville et des considérations comme celles de l’accompagnement des enfants, du vieillissement ou de la vie avec un handicap ne font pas partie de leurs priorités. Pour eux, la smart city, c’est la ville qui pétille où on peut aller à un concert et faire une rencontre sur internet. Or, la vraie ville intelligente est celle qui met au centre la mixité sociale en se basant sur la place des plus vulnérables en milieu urbain.