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L'ouvrage universitaire Le Cinéma au pas: les productions des pays autoritaires et leur impact en Suisse s'inscrit, comme l'indique Gianni Haver dans son introduction, dans la continuité de La Suisse, les alliés et le cinéma (2001) paru dans la même collection. Il s'interroge sur le cinéma des pays totalitaires entre les deux guerres mondiales et sur sa réception en Suisse. Cette recherche sur l'histoire du cinéma s'inscrit ainsi dans un contexte plus large de réflexion de la Suisse sur les zones troubles de son passé. Certains articles évoquent le cinéma au sein même des pays totalitaires: F.Albera analyse le film stalinien Un grand citoyen de F.Ermler; M.Berton et 0.Canton Caro s'intéressent à la propagande dans le cinéma espagnol sous le premier franquisme; P.Csikos montre comment le documentaire magnifia la "communauté nationale" sous le nazisme. Mais la plupart des textes se consacrent aux liens entretenus par la Suisse avec le cinéma venu des pays totalitaires ou occupés. H.-U. Jost montre que la Suisse elle-même chercha à définir une image nationale à travers quelques films (Wilhelm Teil en 1934, ou le Bergfilm), dans une production peu abondante cependant. G. Haver et P.-E. Jaques, dans le même sens, soulignent que le cinéma joua un rôle de soutien à la politique de "défense nationale spirituelle" suisse, dans le cadre de l'exposition nationale de Zurich (LANDI). L.Guido et P-.E.Jaques font une lecture de la presse romande pour y analyser la réception du cinéma soviétique. Ils relèvent des cas de censure (par exemple Le Cuirassé Potemkine à Lausanne et Genève), un fort sentiment anticommuniste et quelques articles élogieux sur la forme des films. Y.Zimmerman montre combien fut passée sous silence la dimension politique sous-jacente des films de divertissement du Troisième Reich diffusés en Suisse. R.Niederost évoque le mouvement de l'extrême droite suisse vers le fascisme, à travers les films Aux urnes citoyens (Union de défense économique de Genève, 1932) et La Journée de Bern (Front national et Union nationale, 1937) faisant référence en un "bric-à-brac" idéologique à la marche sur Rome mussolinienne. L.Burnand étudie la réception de films français comme Le Corbeau (Clouzot)-rejeté par la résistance française-ou Les Visiteurs du soir-apprécié par la résistance-et montre que les enjeux politiques des films furent, là aussi, éludés en Suisse. Enfin, V. Borloz analyse le film La Peste rouge (1938) commandité par Jean-Marie Musy de l'Action nationale suisse contre le communisme, qui synthétise les différentes problématiques du soutien au régime nazi et de l'opposition au régime soviétique. Ce film est encore tenu aujourd'hui à l'écart du public, après une difficile tentative d'exhumation par Freddy Buache lorsqu'il dirigeait la cinémathèque suisse de Lausanne. Les sujets soulevés par ces articles sont brûlants et intéresseront les historiens de la période qu'ils soient ou non spécialisés en cinéma.
Bulletin critique du livre en français, no 668, mars 2005.