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18/04/2017
Une mystérieuse flamme (Perspectives pour la République, XXVII)
Ce texte fait suite à celui appelé Le mystère de l'éclair rouge, dans lequel je rapporte, une fois de plus, ce que me déclara, pendant que je voyageais avec elle dans sa voiture volante, l'étincelante Ithälun. Nous entrions dans les montagnes, et survolions des brebis qui s'enfuyaient à notre approche; et cela faisait sourciller la déesse.
Soudain, je vis une flamme jaillir dans le ciel, passer au-dessus de nous comme un météore, et disparaître derrière un sommet assez proche, en laissant derrière elle une fumée noire. Ithälun jura.
Je n'osai la questionner. Ses yeux s'étaient allumés et, dans le soir, lançaient des feux devant eux. Sur son visage se peignait une colère mêlée d'angoisse.
Ses sourcils étaient froncés et, derrière sa bouche finement dessinée, je voyais ses dents se serrer, et sa joue se tendre. Autour de son crâne une flamme douce se fit voir. Des étoiles apparurent dans sa blonde chevelure et, à mes yeux, elle fut plus belle que jamais, et j'allai jusqu'à me demander si elle n'était pas quelque astre ayant pris forme humaine. De son corps même jaillissait comme une clarté, et j'eus un instant l'image d'une lampe brillant sous la peau diaphane d'une statue: l'immortelle me sembla telle. Peut-être néanmoins était-ce dû à sa seule armure, dont les joyaux s'éclairaient, rayonnant autour d'eux dès que le soir survenait, ou en tout cas quand un danger surgissait, comme à ce moment-là.
Au nord-est du ciel la Lune levée jetait ses rayons d'argent sur les écailles de sa cuirasse, portée au corps. Des reflets de diamant s'y montrèrent, et voici! Ithälun était bien la déesse que j'avais pensée, à présent se révélait-elle à moi!
Sans prévenir ni dire un mot, elle sortit son épée, et un éclair en jaillit. Mon cœur battit plus vite et mon estomac se noua. Quelle épreuve se préparait? J'allais le savoir assez tôt!
Je suivis le regard fixe de la belle, qui regardait devant elle ce qui ne se dévoilait point à moi, qui ne voyais que l'obscurité s'épaississant sous les montagnes. Mais un rayon d'or du soleil couchant toucha au loin un lac, et son éclat m'apparut: c'était bien ce que regardait la guerrière enchantée.
Je n'y vis cependant aucun danger. Ce miroir pâli me semblait beau comme tout le reste de ce que je voyais dans ce pays de songe, et je ne comprenais pas la réaction d'Ithälun. Toutefois, la peur me saisit, et mes membres se mirent à trembler. Dieu sait pourquoi j'avais été choisi pour une telle mission. Le courage n'avait jamais été mon fort. J'eus beau me raisonner, le tremblement ne cessa pas. Il était plus fort que moi.
La lâcheté me fit avoir de viles pensées: je commençai à me dire que, peut-être, Ithälun n'était pas la glorieuse guerrière que j'imaginais, et qu'elle avait un cœur de femme qui prenait peur sans raison. Dans ma folie, j'osai me croire plus sage que cette immortelle. Mon orgueil, ainsi qu'on va le voir, allait être bien puni!
Nous nous étions arrêtés, suspendus dans les airs au-dessus d'une rivière qui dans le silence murmurait son chant argentin. Les étoiles dans le ciel commençaient à briller, au-dessus de nos têtes.
Soudain, du lac que je distinguais au loin, comme de l'éclat que le soleil créait sur lui, jaillirent trois spirales de feu que je vis être des serpents: car elles étaient vivantes, et mues par une volonté propre. Par le chemin des airs, ils s'élançaient en tourbillonnant vers nous.
Je compris pourquoi l'immortelle n'avait pas cherché à rebrousser chemin: leur rapidité était inouïe. Ils furent à notre hauteur en un instant.
(À suivre.)