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LETTRE XV. 29 mai 1701.
I — Demande.
Si j'agissais naturellement, je ferais sentir à la.... (supérieure) que ce ne sont pas des procédés tels que le sien qui sont propres à m'attirer (a).
Rép. — Il n'est pas question de rien faire sentir à la.... ce qui serait une espèce de déclaration de ressentiment; il faut agir à l'ordinaire, sans affectation.
II. — Demande.
La maxime d'éviter tout ce qui plaît, autant que cela se peut, me paraît au-dessus de mes forces. Quoique je pratique mal celles-ci, 1° de ne rien faire par le principe de se satisfaire ; 2° agir dans la société, non pour se contenter, mais selon ce qui convient aux autres : elles sont plus conformes à mon attrait. Peut-être qu'en entendant bien la première, elle revient à ces dernières.
Rép. — Il est vrai que ces deux choses bien entendues reviennent à la première; et je n'en demande pas davantage, pourvu qu'on les exécute sincèrement devant Dieu.
III. — Demande.
Vous m'avez dit autrefois, Monseigneur, qu'il suffisait de traiter tout le monde avec politesse, et que je pouvais marquer de la distinction à certaines personnes qui en méritent, et à qui je puis en témoigner sans leur nuire.
Rép. — Cela se peut, en observant bien les conditions marquées dans l'article qui précède.
IV. — Demande.
Je ne voudrais pas aussi être obligée d'éviter celles qui tiennent à moi d'une manière plus vive.
(a) Cette phrase, et plusieurs autres de la même lettre, font allusion à quelques désagréments que Madame de Maisonfort avait alors à essuyer de la supérieure du monastère de la Visitation de Meaux.
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Rép. — Celles-ci font plus de difficulté que les autres, parce que la liaison en est trop humaine, et sujette à de grands inconvénients; mais c'en serait un autre aussi grand d'affecter un éloignement en toute rencontre.
V. — Demande.
Je me mettais autrefois toujours à la même place aux récréations ; par là j'évitais l'embarras de choisir la compagnie.
Rép. — C'est une espèce de choix de se mettre toujours à la même place, et c'est une sorte d'avertissement pour celles qui nous chercheront : ainsi il faut témoigner plus d'indifférence, et faire si bien, s'il se peut, qu'on ne marque pas plus d'attachement aux unes qu'aux autres, et le faire non-seulement par rapport aux... (supérieures), mais plutôt pour l'édification commune.
VI. —- Demande.
Comme je suis libre de ne venir aux récréations que lorsque tout le monde y est assemblé, je pourrais imiter ce que j'ai ouï dire que pratiquait une personne qui se déterminait, avant que d'entrer, à se mettre à un tel endroit ; et alors elle y prenait la compagnie qu'elle y trouvait, agréable ou non.
Rép. — Il y aurait là trop d'affectation, et un soin inutile : il faut que la rencontre et une espèce de hasard déterminent, comme il se fait dans les choses indifférentes.
VII. — Demande.
Ne dois-je pas par ma conduite, éviter d'exciter la jalousie de celles qui sont attachées à moi ?
Rép. — Il ne faut guère avoir égard à de semblables jalousies, et l'on se doit beaucoup plaindre soi-même quand on s'y assujettit.
VIII. — Demande.
L'une d'elles est d'une sagesse et d'une circonspection avec moi, qui m'édifie et qui me plait.
Rép. — Qui pourrait aimer comme Jésus-Christ aimait l'apôtre saint Jean à cause de sa pureté, de sa candeur, de sa simplicité et
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de sa bonté, cela serait bon. Tout le reste est suspect et dangereux, et il le faut craindre, non par scrupule, ce qui est toujours faible, mais par réflexion et par raison.
IX. — Demande.
La même me dit un jour, en me parlant de ses sentiments: « Vous devez remarquer que je ne suis pas bien maîtresse du sensible. » Je ne sais ce qu'elle voulait dire par là ; car je ne remarque qu'une grande réserve et qu'une grande modération dans sa conduite.
Rép. — Il la faut estimer de savoir si bien gouverner ce sensible, que la connaissance n'en vienne pas jusqu'à vous. Il n'y a qu'à observer la réponse de l'article précédent.
X. — Demande.
Vous m'avez dit une fois, Monseigneur, que M. de Cambray a une maxime admirable, qui est de ne se point conduire par les livres, mais par pure obéissance. Vous ajoutâtes quelque chose dont je ne me souviens point.
Rép. — J'ai voulu dire que les livres ne faisant aucune application, et laissant la chose indéterminée, l'obéissance, qui descend aux circonstances particulières, est préférable ; il ne me vient point d'exception à cette règle.
XI — Demande.
Entre plusieurs livres que je prétends donner à la fête de la Mère supérieure, j'ai dessein d'y joindre une petite instruction morale de feu M. de la Trappe. Je désirerois savoir si vous connaissez ce livre, et si je puis le donner, l'auteur n'étant pas à la mode ici.
Rép. — Je ne connais point ce livre; mais s'il est véritablement de feu M. de la Trappe, il ne peut être que bon en soi, quoiqu’il puisse arriver qu'il ne serait pas convenable à telles et telles maisons d'une autre observance que la sienne.
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XII. — Demande.
Faut-il se confesser d'avoir dit du prochain une chose qui, étant un grand péché en soi, ne déshonore pas selon le monde, comme qu'un homme s'est battu en duel, qu'il a eu une galanterie ; qu'une femme, avant sa conversion, était galante, en un mot, les autres choses qui semblent réparées par le changement de vie; de dire de personnes du monde qu'elles ont fait de certains mensonges dont elles ne se faisaient point une honte, ou d'avoir parlé de défauts très-visibles qu'on n'apprend point à ceux à qui on parle?
Rép. — Si les choses marquées dans l'article précédent se disent avec louange, d'une manière qui inspire de l'estime ou des sentiments mondains pour de telles actions, il faudrait s'en humilier beaucoup et s'en confesser. On ne doit parler qu'avec mépris de toutes les maximes du monde, si contraires à celles de Jésus-Christ; autrement c'est introduire dans Jérusalem le langage de Babylone.
XIII. — Demande.
Et d'avoir parlé de choses importantes, mais publiques, à des personnes qui les ignoraient?
Rép. — M. de la Trappe, que vous paraissez estimer et qui le vaut, était bien contraire à ces nouvelles du monde, et se faisait un honneur de les ignorer. Lorsqu'elles deviennent si publiques et si communes, qu'elles forcent en quelque façon les solitudes, on en peut parler, mais sobrement, et comme d'affaires étrangères aux chrétiens.
XIV. — Demande.
Je ne crois pas devoir entreprendre de gagner les Mères ; je suis trop naturelle pour y réussir.
Rep. — Vous n'avez pas compris dans quel esprit je vous ai parlé de cette sorte.
J'ajoute à mes réponses certaines choses générales, qui les peuvent rendre faciles.
Premièrement, d'arracher de plus en plus de son cœur tout désir naturel de plaire à la créature, comme portant toujours
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quelque obstacle et quelque entre-deux à celui de plaire à Dieu.
Secondement, de se bien imprimer une fois les vérités qu'on veut pratiquer ; ce qui fait qu'elles s'exécutent presque d'elles-mêmes, sans une attention inquiète, dans toutes les occasions.
30 mai 1701.
XV. — Demande.
Vous m'avez dit, Monseigneur, que la règle de saint Paul [Philip, n, 4), empêche de préférer ceux qui ont du goût pour nous à cause de ce goût, mais de s'en servir pour les porter à Dieu.
Rép. — Autant que le peut permettre l'édification de la communauté, qui doit être préférée à tout.
XVI. — Demande.
Vous êtes convenu que je peux avoir des manières affables, ouvertes et attirantes.
Rép. — Le tout par rapport à Dieu et au bien des autres, non pas pour s'attacher les personnes.
XVII. — Demande.
N'êtes-vous pas convenu que certaines prédilections étaient permises, et ne m'avez-vous pas cité l'exemple de Notre-Seigneur ?
Rép. — A Dieu ne plaise que nous voyions en Notre-Seigneur des prédilections par un goût humain et sensible ! Quand saint Jean et saint Jacques firent demander par leur mère la préférence sur les autres disciples, Jésus-Christ la leur refusa, et leur présenta son calice.
XVIII. — Demande.
Je ne crois pas qu'on puisse en général blâmer l'amitié.
Rép. — L'amitié, c'est la charité en tant qu'elle est déterminée, par les occasions et les liaisons, à rendre certains offices plus aux uns qu'aux autres, le fond étant le même pour tous : autrement l'amitié serait sensuelle.
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XIX. — Demande.
Je crois que la meilleure conduite à l'éga :d des diverses dispositions qu'on peut sentir pour les créatures, est de les négliger, et que le mépris y est meilleur que le combat.
Rép. — Cette règle ne va donc pas à les laisser subsister [ces dispositions], mais à les détruire en détournant la vue, sans trop les combattre exprès ; ce qui ne fait qu'échauffer l'imagination.
XX. — Demande.
N'est-ce pas combattre que d'éviter les personnes pour qui on sentirait de l'inclination, ou que nous saurions en avoir pour nous?
Rép. — Fuir n'est pas un combat.
XXI. — Demande.
J'avoue que j'ai peine à entrer dans cette pratique.
Rép. — Tant pis, c'est une marque que le sensible est peu mortifié.
XXII. — Demande.
Je pourrais éviter ou rechercher ces personnes d'une manière qui paraîtrait un hasard.
Rép. — Il ne faut point d'affectation ; mais on trouve le moyen de faire naturellement ce qu'on a gravé dans le cœur.
XXIII. — Demande.
Je remarque bien qu'on m'évite, quoiqu'on le fasse avec adresse ; celles que j'éviterais le remarqueraient peut-être de même.
Rép. — Quel mal que cela soit remarqué secrètement, et qu'on fasse sentir qu'on craint le sensible, qui est la source des attachements particuliers ?
XXIV. — Demande.
Il m'a paru que cela irritait la passion en quelqu'une de ces personnes.
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Rép. — Il y a donc de la passion, et il n'est pas permis de la nommer. Si elle s'irrite par les remèdes, c'est signe que la maladie est grande.
XXV. — Demande.
Vous êtes convenu qu'il faudrait, pour guérir ces sortes de maladies, de vraies absences, et que celles de quelques jours ou de quelques semaines n'y feraient rien.
Rép. — J'en conviens encore, et je conclus à l'absence quand cela se peut.
XXVI. — Demande.
Je me souviens en ce moment de ce mot de M. de La Rochefoucauld : « L'absence augmente les grandes passions, et diminue les médiocres, comme le vent éteint la bougie, et allume le feu (a). »
Rép. — Vous citez en ce fait un mauvais auteur.
XXVII. — Demande.
Une de ces personnes attachées à moi m'a confié qu'ayant consulté la disposition où elle se mettait en m'évitant, on était convenu que ce remède ne lui convenait pas.
Rép. — Cela ne l'excuse pas. L'abus qu'on fait des remèdes est toujours un mal.
XXVIII. — Demande.
Ces personnes ont besoin d'être ménagées, parce qu'elles sont délicates et d'un naturel jaloux.
Rép. — Quelle misère !
XXIX. — Demande.
L'une me plaît et m'édifie.
Rép. — C'est vous qui êtes la malade.
(a) Max. 284.
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XXX. — Demande.
L'une prend un air renfrogné quand elle me rencontre, qui m'en fait prendre un sérieux.
Rép. — L'air sérieux est fort bon.
XXXI. — Demande.
L'autre en prend un gracieux, et moi de même.
Rép. — L'air gracieux a ses degrés et ses manières.
XXXII. — Demande.
Elle m'a prié de lui faire toujours le même air : je lui ai répondu que je n'y aurais pas de peine.
Rép. — C'est là une déclaration délicate et très-dangereuse.
XXXIII. — Demande.
J'ai ouï dire que les supérieures, par leur conduite sévère, augmentent ces attachements au lieu d'y remédier, qu'elles n'y ont réussi qu'une fois.
Rép. — Il faut pourtant mêler des amertumes dans les sensibilités ; mais c'est autre chose de tourmenter les personnes, autre chose de tes troubler sagement.
XXXIV. — Demande.
Il y a eu des occasions où ces personnes m'ont laissé voir de la jalousie et de l'inquiétude sur mon amitié.
Rép. — Vous voyez donc bien que ces amitiés sont directement opposées à la charité, qui n'est ni inquiète ni jalouse.
XXXV. — Demande.
J'ai su me débarrasser de l'empressement de quelques-unes qui ne me plaisaient pas.
Rép. — C'est n'agir que par goût sensible ; et cela même, c'est la maladie du cœur.
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XXXVI. — Demande.
J'ai dit à une de ces personnes, qui me marquait de l'inquiétude sur mon amitié, que ses craintes étaient mal fondées, puisque je l'aimais plus que d'autres qu'elle me soupçonnait d'aimer plus qu'elle.
Rép. — Dangereuse déclaration, qui ne va qu'à contenter la nature et les sens.
XXXVII. — Demande.
C'est parce que je sentais que cette personne souffrait, que j'ai cru pouvoir lui parler ainsi.
Rép. — Ce serait bien mieux fait de lui faire connaître sa maladie par sa souffrance.
XXXVIII. — Demande.
Ce n'a jamais été que par occasion, ou comme forcée par certaines questions que je lui ai faites, qu'elle m'a déclaré son attachement et ses peines ; car elle est très-sage et très-réservée.
Rép. — C'est une malade qui connaît et qui craint son mal, et même qui le combat, mais qui l'a.
XXXIX. — Demande.
Il est difficile de ne pas dire certaines paroles honnêtes et tendres, dans les conversations, aux personnes qu'on goûte, puisqu'on en dit bien de semblables à d'autres qui plaisent médiocrement.
Rép. — Les paroles tendres que la charité ordonne ne flattent point la nature.
XL. — Demande.
Je regarde quelquefois d'un air gracieux celles qui sont à d’autres cantons que le mien à la récréation.
Rép. — Ces secrètes intelligences viennent-elles de la charité, ou d'une complaisance humaine ? Lisez bien les caractères de la charité dans saint Paul, I Cor., XIII.
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XLI. — Demande.
Lorsqu'il m'est arrivé de faire ce qui est marqué dans les deux articles qui précèdent, par rapport aux filles qui tiennent à moi d'une manière trop vive, je m'en suis confessée à tout hasard, quoique ma conscience ne me reproche pas ces sortes de choses, et j'ai peine à croire qu'il y ait du péché.
Rép. — On ne connaît guère l'horreur et la maladie du péché, lorsqu'on n'en sent point à contenter les sens.
Dieu veuille vous éclairer, et vous faire entendre la délicatesse de sa jalousie? C'est celui à qui tout est dû, et qui peut justement être jaloux.
LETTRE XVI. Le 14 septembre 1701.
J'ai fait beaucoup d'attention à votre proposition pour les Ursulines, et j'ai déjà fait les pas qu'il fallait pour préparer la supérieure en grand secret. Une de mes raisons est que, quand on est sur un certain pied dans une communauté, on n'y peut rien changer; mais dans une nouvelle communauté, on le peut faire parfaitement. Avant que d'enfoncer davantage, écrivez-moi amplement comme on vous traite à Sainte-Marie pour la nourriture. Pour la pension, il me semble qu'on se dispose à se contenter de quatre cents livres, et que le surplus est à votre disposition sous l'obéissance, selon que le demande le vœu de pauvreté.
Le tour que j'ai donné à la chose, c'est que votre inclination vous avait d'abord portée pour les Ursulines, où la conformité de l'institut était semblable, et que d'ailleurs il paraissait que, devant être avec moi dans une relation particulière, le voisinage la faciliterait davantage. Je n'ai pu m'empêcher de laisser entrevoir que vous n'étiez pas avec les Mères dans une si parfaite intelligence, et que du reste je répondais de tout. Au surplus j'ai réservé à pousser les choses jusqu'à ce que je fusse instruit de votre part; ce que vous ferez fort secrètement par M. P., par qui je vous écris. Vous voyez l'attention que j'ai à votre repos, et
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que pour celte transmigration j'aurai à recevoir les ordres de la Cour. Il faudra trouver un prétexte honnête ; et vous pouvez dès à présent me dire vos vues, en tenant le tout très-secret entre vous et moi. Dieu conduise tout à sa gloire.
LETTRE XVII. A Germigny, 3 octobre 1701.
Votre lettre pour Madame de Maintenon est très-bien, et je l'enverrai au premier jour. J'eus hier une nécessité pressante de lui écrire, et ce me fut une occasion pour lui dire tout ce que nous avions jugé à propos sur votre sujet. Je fis en même temps parler à la Mère des Ursulines, et je parlai moi-même à M. Cat., gouverneur de ces filles. Tout se dispose à merveille. Nous n'exécuterons rien qu'après la réception de nos lettres à Madame de Maintenon, et son agrément sur le tout. Mais il a fallu faire les pas que j'ai faits à Meaux, parce que je devais venir ici dès hier au soir. M. Ph. y est; en son absence, M. P. peut s'ouvrir à M. Cat. et à la Mère seuls, sans aucun tiers : cela sera mieux de toute manière. Vous verrez que tout ira bien, s'il plaît à Dieu. Je vous assure très-sincèrement que j'ai de la joie de vous approcher de moi. Je vous irai prendre à Sainte-Marie, quand il sera temps, et que tout sera disposé. Les Mères ne sauront rien du tout, et nous garderons un grand secret, du moins jusqu'aux réponses de Fontainebleau. Notre-Seigneur soit avec vous à jamais.
LETTRE XVIII. A Germigny, 4 octobre 1701.
Votre lettre de ce matin m'apprend que tout était arrêté avec les Ursulines, et même qu'elles vous offraient un meuble en attendant. J'en reçois une autre ce soir, qui me fait craindre que la chose n'éclate plus tôt qu'il ne faut. Cependant nous ne pouvons rien exécuter, que la réponse de Fontainebleau ne soit venue. Vous savez que j'ai écrit dimanche, et j'ajoute que j'écrivis encore hier en envoyant votre lettre. Les réponses de ce pays-là
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ne viennent pas toujours si vite, et je suis d'avis que vous parliez vous-même à la Mère. Il vaut mieux que la chose lui soit déclarée par vous- même, plutôt que de lui venir par la traverse. Poussons pourtant le secret autant qu'il se pourra. Je vous demande pour ces Mères un adieu honnête, à quoi vous n'avez garde de manquer. Il ne faut ni plaintes, ni reproches, ni aucune sorte d'éclaircissements. Je les ai préparées sans leur rien dire. Mettez sur moi ce que vous voudrez. Point de lamentations, je vous prie : quelque chose de court, c'est ce que je souhaite. Notre-Seigneur soit avec vous, et conduise tout par sa grâce, selon sa volonté. Dieu est tout; le reste n'est qu'un songe.
LETTRE XIX. A LA SUPÉRIEURE DE LA VISITATION. A Germigny, 20 octobre 1701.
Quoique Madame de Maisonfort vous soit obligée de vos bontés, et qu'elle ait toute l'estime possible pour votre maison, où elle est aussi fort estimée, j'ai, ma Fille, trouvé à propos de la mettre aux Ursulines. J'irai la prendre lundi pour l'y conduire, et tout est déjà disposé pour cela. Je suis à vous, ma Fille, de tout mon cœur.
LETTRE XX. A MADAME DE MAISONFORT. A Germigny, 20 octobre 1701.
Ce sera lundi, Madame, que je vous mènerai aux Ursulines, entre une et deux. Vous pouvez rendre à la Mère le mot que je vous adresse pour elle, ou la veille, ou le matin même, ou quand vous voudrez. Je ne vois point de nécessité de raisonner avec elle sur les causes de votre retraite, non plus qu'avec le reste du couvent. La véritable raison, c'est qu'il faut faire un changement de conduite, qui ne se peut faire qu'en changeant de lieu. Songez donc seulement, pour plaire à Dieu, à vous mettre d'abord aux
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Ursulines sur le pied où vous devez y demeurer, et qui seul vous peut garantir de l'inconvénient des amitiés particulières actives ou passives, et des autres qui vous font paraître aux supérieurs comme peu conforme au gouvernement de la maison. Ne vous communiquez guère; ne vous mêlez d'aucune affaire. Mettez-vous d'abord sur le pied d'une personne qui ne veut entendre aucune plainte, mais seulement vaquer à soi et à sa perfection. Soyez sérieuse, quoique honnête, et plutôt froide que caressante, sans prendre néanmoins un air rebutant. Entrez dans le sentiment de ceux qui gouvernent, en sorte qu'on ne sente point que vous l'improuviez. Par ce moyen, vous servirez Dieu, et pourrez rentrer dans l'intérieur dont vous avez été un peu distraite. La raison de vous approcher de moi, poussée trop avant et donnée pour seul motif de votre retraite, aurait un ridicule qui ne convient point, ni à vous ni à moi. Je vous laisse dire ce que vous voudrez sur cela. Vous pouvez faire entrer cette raison comme en passant dans vos motifs ; mais de s'arrêter à cela et de l'écrire à toute une communauté, cela ne se peut. Il se pourra faire qu'on croira, et c'est ce qui doit arriver naturellement, que vous ne conveniez pas tout à fait aux Mères, ni elles à vous. Qu'importe qu'on le croie ainsi, puisqu'il demeurera pour constant qu'il n'y a point de plaintes contre vous, et que je vous en rends témoignage? C'en est assez. Notre-Seigneur soit avec vous. Ce sera ici un jour d'entier renouvellement pour les conduites extérieures, et Dieu en sera glorifié et la nature mortifiée.
LETTRE XXI. A Versailles, 28 janvier 1702.
J'ai reçu avant-hier, Madame, par ordre de Madame de Maintenon, cinq cent soixante livres, etc… Usez de ménage ; ne songez point tant à donner qu'à payer ce que vous devez. Il me semble qu'on aime trop à donner dans les couvents; c'est un plaisir auquel on a renoncé quand on s'est fait pauvre comme Jésus-Christ. Il s'était pourtant réservé de donner aux pauvres sur la juste récompense de son travail: mais de ces présents
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d'honneur, nous ne lisons pas qu'il en ait fait. Je ne les défends pourtant pas; mais c'est une des choses dont il faut se détacher, et demeurer dans un grand dépouillement, si l'on veut être riche en Dieu. Je ne vous dis rien sur la lettre et sur vos remarques. Allons au fond, et soyons véritablement contents de Dieu seul : c'est là toute la consolation du chrétien. Que restait-il à celui dont on avait joué le vêtement, et qui disait : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? Je suis un ver, et non pas un homme (1)» et le reste que vous savez.
Je n'ai point encore vu Madame de Maintenon. Je lui ferai vos remercîments, et entretiendrai, autant qu'il sera possible, ses bonnes dispositions, très-résolu de vous soutenir en toutes manières jusqu'à la fin de mes jours.
LETTRE XXII. A Versailles, 20 février 1702.
Je ne sais rien du tout, ma Fille, de ce qu'on vous a dit sur Saint-Cyr. Ce sont des bruits qui ne sont pas venus jusques à moi, et où je ne vois aucune apparence, Quoi qu'il en soit, abandonnez-vous à la divine Providence, qui fera tout pour le mieux et pour votre salut. Je suis ici en attendant le moment où je puisse voir Madame de Maintenon, et lui rendre votre lettre avec un peu de loisir. Nous nous sommes fort entretenus sur votre sujet M. de V. et moi, en présence de M. l'abbé de Caylus. Vous avez là de bons amis, et avec qui on peut parler à cœur ouvert. Notre-Seigneur soit avec vous à jamais.
LETTRE XXIII.
Je ne doute point, ma Fille, de la sensibilité d'un aussi bon cœur que le vôtre. Je vous demande vos prières où j'ai confiance. Remerciez de ma part Madame de S. Je ne manquerai pas de témoigner vos reconnaissances à M... Madame votre sœur a bien des bontés dont je suis très-reconnaissant. Je prends part à la
1 Psal. XXI, 1, 7, etc.
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joie que vous donne sa meilleure santé, et je ressens tout ce qui vous touche.
LETTRE XXIV. A Paris, 17 mai 1703.
Vous ne devez pas croire, ma Fille, qu'il y ait apparence que je ne serai que rarement dans mon diocèse : c'est là une inquiétude sur des apparences qui n'ont rien de solide, puisque je vous assure au contraire que mes sentiments y sont tout à fait opposés.
Comptez que, quand Dieu vous ôtera un Père, il vous en donnera un autre. Quand Dieu donne de la confiance aux âmes, c'est une marque qu'il veut qu'on les aide.
FIN DES LETTRES A MADAME DE MAISONFORT.