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Qu’est devenu le magnifique projet de justice sociale «La santé pour tous en l’an 2000», lancé en 1978 par l’OMS?
Depuis plus de quarante ans, l’Organisation mondiale de la santé, soumise à la pression de puissants acteurs économiques, est détournée de son mandat de santé publique et de son devoir envers les peuples qu’elle doit servir, dénonce Alison Katz, membre du CETIM.
La Déclaration d’Alma Ata en 1978 sur les soins de santé primaire visait «La santé pour tous» en l’an 2000 (projet parfaitement réalisable). Elle s’est donnée 22 ans pour l’accomplir mais était morte (assassinée) à l’âge de 2 ans, en 1980.
La déclaration de l’OMS en 2008 «Combler le fossé en une génération» de la Commission sur les déterminants sociaux de la santé, vise un délai similaire et, en gros, un but similaire.
Trente ans de néolibéralisme séparent les deux déclarations avec les résultats désastreux qu’on connaît. Dans la plupart des pays en développement, le progrès dans la santé des populations a stagné et dans les plus pauvres d’entre eux, surtout en Afrique subsaharienne, la santé des populations s’est détériorée.
Les deux déclarations, 1978 et 2008, reconnaissent les déterminants sociaux et économiques – c’est-à-dire les causes profondes, les conditions de vie misérables – des maladies et des morts parfaitement évitables.
Alma Ata était beaucoup plus forte et plus explicite sur les actions à entreprendre. Notamment, en 1978, on reconnaissait la nécessité d’un Nouvel ordre économique international, comme exigeaient les pays non alignés (NIEO, Group of 77) comme fondation de «La santé pour tous». En effet, sans s’attaquer aux inégalités entre les pays (et au sein des pays), en termes de pouvoir géopolitique et de contrôle de ressources, on peut faire peu de choses contre les grand tueurs qui étaient, et sont toujours, les maladies infectieuses, dites maladies de pauvreté.
Evidemment, la Déclaration d’Alma Ata était très menaçante pour les grands pouvoirs qui craignaient la redistribution des biens sur terre et le projet était mort deux ans plus tard en 1980. Depuis, l’OMS a fidèlement poursuivi une approche néolibérale de la santé avec les résultats qu’on connaît. En 1998, le Dr Brundtland a même invité Jeffrey Sachs à diriger la Commission macroéconomique sur la santé, avec 18 autres économistes (!) de renom international. Le coût de ce projet était faramineux et le résultat prévisible. Il fallait selon Sachs «investir» dans la santé pour… la productivité et la croissance. Au grand soulagement des Etats membres puissants de l’OMS, Sachs n’a pas mentionné les causes profondes et structurelles de la santé des populations. Et le fait que la santé soit un droit humain, (qui n’a pas à «servir» l’économie) échappe à cet économiste. Le fait que cet économiste a ravagé plusieurs pays avec ses conseils, laissant derrière lui des dégâts spectaculaires y compris des chutes substantielles de l’espérance de vie, a échappé au Dr Brundtland.
La Commission sur les déterminants sociaux de la Santé, a réussi en 2008 à présenter une excellente analyse des problèmes, même si elle n’a pas proposé beaucoup de solutions. Mais c’est le document le plus prometteur émanant de l’OMS (ou d’une Commission indépendante de l’OMS) depuis 30 ans.