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Alors que le solaire connaît un boom sans précédent chez ses voisins, la Suisse - qui fut pourtant un pays pionnier en la matière - est à la traîne. Les responsables de Swissolar - la communauté de travail pour l'énergie solaire - tirent la sonnette d'alarme et en appellent au soutien de la Confédération.
L'équation est simple: si une entreprise produit un bien qui n'est pas rentable, elle ne peut survivre qu'avec l'appui des pouvoirs publics. En Allemagne, le gouvernement rose-vert s'est lancé dans un vaste programme de soutien au solaire. Résultat: la puissance totale installée est passée de 12 à 45 mégawatts entre 1999 et 2000.
De nombreux pays connaissent une évolution comparable. La production d'électricité solaire a cru de 44% l'an dernier au niveau mondial, de 30% dans l'Union européenne, et de seulement 8% en Suisse. Et la cause n'est pas à chercher dans un déficit d'ensoleillement, puisque la palme de l'augmentation durant la période considérée (+67%) revient à la Suède!
De quoi désoler un homme comme Urs Muntwyler, qui fut organisateur du Tour de Sol entre 1985 et 1992. A l'époque, le monde entier enviait à la Suisse cette course de voitures solaires, où les prototypes de l'Ecole d'ingénieurs de Bienne s'illustraient régulièrement.
«Nous n'avons pas su passer de la recherche de technologies novatrices au marché de masse des techniques solaires, axé sur les consommateurs et les bénéfices», constate Urs Muntwyler, qui ne peut qu'assister, impuissant, à l'exode des meilleurs ingénieurs du solaire helvétique, principalement vers l'Allemagne.
Pour Yves Christen, président de Swissolar, le marché national est simplement trop étroit pour permettre le décollage d'une vraie industrie du solaire. Le conseiller national vaudois a donc déposé une motion - qui devrait être examinée cette semaine - pour demander 100 millions supplémentaires sur quatre ans en faveur des énergies renouvelables.
«Il en va du respect des mandats constitutionnels votés par le peuple, rappelle Yves Christen, qu'il s'agisse de protection de l'environnement ou de promotion des énergies renouvelables afin d'éviter de construire de nouvelles centrales nucléaires.» Et d'ajouter que ces 100 millions coûteraient bien moins cher à l'économie et aux consommateurs que la taxe sur le CO2.
Cet argent n'irait pas uniquement au solaire, mais à toutes les énergies alternatives. Il servirait à encourager la chasse au gaspi, à financer la recherche et à aider les entreprises actives dans ces domaines à faire de la promotion.
L'auteur de la motion pense ici principalement à convaincre les architectes, encore bien trop timides à son goût lorsqu'il s'agit de proposer des solutions solaires à leurs clients. Aujourd'hui, une installation solaire thermique (production d'eau chaude et de chaleur) est parfaitement concurrentielle face à d'autres énergies et l'investissement initial peut être rentabilisé en 12 ans.
Il en va différemment des installations photovoltaïques (qui prodisent de l'électricité à partir de panneaux solaires). Le courant qu'elles produisent est encore de six à dix fois plus cher que celui des barrages ou des centrales nucléaires.
«Mais d'ici une vingtaine d'années, les prix du courant classique auront augmenté et ceux du courant solaire auront baissé au point de se rejoindre, estime Yves Christen. Il est donc grand temps d'investir dans cette technologie d'avenir si nous ne voulons pas rater ce train.»
Marc-André Miserez