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Les classements mondiaux des meilleures universités sont aujourd’hui bien connus et très utilisés par les établissements supérieurs pour soigner leur image de marque (DP 2098).
La source la plus fiable en la matière, le Times Higher Education, vient de publier la liste des universités les plus internationales en combinant trois critères: tout d’abord la part de personnel étranger chez les chercheurs et les enseignants, ensuite la proportion d’étudiants en provenance d’autres nations, enfin le taux de publications scientifiques issues de l’établissement avec au moins un coauteur étranger.
Ces critères créent des biais statistiques. Ainsi les deux premiers établissements, l’Université du Qatar et celle du Luxembourg fondées respectivement en 1973 et 2003, sont des institutions quasiment hors-sol, ayant tout importé, le corps enseignant comme la grande majorité des étudiants; les Qataris sont dans les profondeurs du classement en ce qui concerne la qualité de leur haute école alors que le Luxembourg occupe une très honorable 193e place.
Mais, pour nous, l’intérêt de cette liste est la présence de quatre universités suisses dans les dix plus internationales de la planète: l’EPFL est quatrième juste derrière Hong Kong, Genève cinquième, l’EPFZ se retrouve au septième rang et St-Gall occupe la huitième place.
Inutile de se gonfler les biceps. Un pays de taille moyenne comme le nôtre ne peut trouver sur place toutes les compétences nécessaires et doit les recruter à l’étranger. Il ne bénéficie pas d’un «marché» de 320 millions d’habitants comme les USA ou de 65 millions comme la Grande-Bretagne, ce qui explique que les universités les plus célèbres de ces deux pays apparaissent fort peu internationales à l’exception d’Oxford en 18e position.
Le recrutement très international des hautes écoles helvétiques est par ailleurs un phénomène ancien. La proportion d’étudiants étrangers était même plus élevée avant la première guerre mondiale, de l’ordre de 50% contre 27% en 2010. Même durant le grand repli de l’entre-deux-guerres, la part des allogènes s’est maintenue autour de 25%, ce qui est très élevé comparé aux pays voisins. Les étudiantes étrangères représentaient près de 22% des effectifs en 1907. Beaucoup d’entre elles étaient des Russes juives venues étudier la médecine dans notre pays, à la suite des limitations antisémites dans l’empire russe.
La leçon à tirer de ces classements? L’ouverture internationale de notre pays est absolument indispensable et nous avons un besoin impératif de compétences étrangères pour maintenir la qualité de nos prestations éducatives et scientifiques. Le résultat de la votation du 9 février 2014 crée un danger évident de régression.
Certes le nouvel article constitutionnel prévoit que «les plafonds et les contingents annuels […] doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse», et il faut espérer que la présence de chercheurs et d’enseignants étrangers sera considérée comme faisant partie de ces intérêts économiques globaux. Ils auront donc peut-être droit à des facilités… mais toujours sous l’œil suspicieux de l’UDC. Et l’on voit bien que cette situation sera intenable à moyen terme.
Profitons bien de la lecture de ces classements. Dans quelques années, nos universités risquent d’y être beaucoup moins présentes.