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Durant les années 1930, les Etats-Unis sont traversés par de grandes réformes sociales. Les photographes utilisent à cette époque énormément d’images dénonçant les dysfonctionnements et la corruption (comme Robert Capa en Chine, voir ci-contre). Ces images étaient vues par un très large public. On distingue alors la sociologie visuelle – même si le terme n’existe pas encore à ce moment-là – par le lieu de ses publications. Les travaux de sociologie visuelle paraissaient dans des revues académiques, notamment dans l’American Journal of Sociology, qui a comporté des illustrations durant une certaine période (cf. Rupture entre sociologie et image), tandis que le photojournalisme se concentre dans des magazines quotidiens ou hebdomadaires comme « Life », dans lequel publiait Robert Capa, ou encore « Look ». Aujourd’hui, le magazine « Life » possède un recensement de plusieurs dizaines de milliers de photographies ayant été publiées depuis les années 1750 et disponible depuis sur Internet : http://images.google.com/hosted/life.
Dans son ouvrage « La Photographie: un miroir des sciences sociales » (1996), Sylvain Maresca parle d’une rupture entre la sociologie et la photographie. Dans cet article, je tente d’expliciter les raisons de cette rupture.
Dans le présent article, je souhaite considérer les prémisses de la sociologie visuelle. Nous avons vu une sorte de première théorisation avec l’article de Becker « Photography and sociology », mais j’aimerais considérer maintenant le début de l’utilisation de l’image en anthropologie, ainsi que l’évolution de la photographie au début du 20e siècle, notamment avec le photojournalisme aux Etats-Unis.
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D'après Howard S. Becker : "Photography and sociology" (1974)
Beaucoup d’auteurs s’accordent à dire que l’article de Howard Becker de 1974 « Photography and sociology » publié dans la revue « Studies in the Anthropology of Visual Communication » est le fondement de la sociologie visuelle (Harper 2012; Maresca 1996). Dès lors, la sociologie visuelle n’a cessé de prendre de l’ampleur avec certains ouvrages importants comme le livre de Wagner « Images of Information » en 1979, qui analyse comment la photographie peut être utilisée comme outil en sciences sociales, ou encore le travail de thèse de Douglas Harper en 1982 « Good Company », une étude sociologique utilisant la photographie comme outil de restitution des résultats en plus du texte. Le domaine s’est étendu relativement rapidement aux Etats-Unis depuis les années ’80. En Europe, le développement s’est effectué avec un décalage. On peut citer à titre d’exemple l’ouvrage « La Photographie: un miroir des sciences sociales » (Maresca 1996) ou encore l’essor de la sociologie de la perception en France avec Pierre Bourdieu. Lire la suite