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ses amis, ont perdu l'empire que leur donnait jadis la galanterie chevaleresque ! Elles dédaigneraient aujourd'hui celui qu'elles obtinrent plus tard dans leur boudoir, ou sur le théâtre brillant de la cour. Ce n'est pas aux dépens des mæurs, mais sur les meurs que doit être fondé leur nouvel empire. Leurs succès, moins bruyans, seront plus slatteurs et plus durables. Chaque jour ajoute à leur instruction sans nuire aux grâces légères, aux vertus modestes de leur sexe. Mais ce n'est point assez que leur beauté plaise, qu'on soit charmé de leur esprit : il faut que leurs qualités commandent l’estime; il faut que leurs talens soient destinés à faire le charme de leur intérieur, et que le cercle de leurs obligations devienne aussi celui de leurs plaisirs.
• Entourée des élèves pour qui son entretien était une récompense , qu'elle leur parlât des devoirs de leur sexe, ou des faits les plus intéressans de l'histoire, leur foule curieuse, attentive, se pressait à ses côtés , s'attachait à ses moindres paroles. Quelquefois son esprit judicieux et piquant faisait naître une leçon salutaire , du fond d'une historiette amusante. Souvent elle cherchait, dans les événemens du passé, des traits capables d'éclairer leur esprit et d'élever leur âme. J'en attesle ici toutes les élèves d'Écouen : combien de fois ne leur parla-t-elle pas de Louis IX, de Charles V, de Louis XII, d'Henri IV surtout, et des vertus qu'eux et leurs successeurs avaient fait asseoir sur le trône? En arrivant aux temps les plus ora
dernière langue. Elle en avait donné des leçons à la reine, et conserva jusqu'à l'époque où sa maison fut incendiée, au 10 août, des thèmes écrits, en anglais de la main de Marie-Antoinette. ".. .
geux de la révolution, madame Campan les entretenait des atteintes portées à la majesté royale, des descendans des rois vivant sur une terre étrangère, de Louis XVI et de ses infortunes, de la reine et des outrages dont on l'avait abreuvée. Ces récits attendrissaient leurs jeunes cæurs: en l'écoutant parler de la famille royale de France, les filles des guerriers de Napoléon apprenaient ce qu'on doit de respect aux malheurs, et de reconnaissance aux bienfaits.
Hors des murs du château d'Ecouen, dans le village qui l'entoure, madame Campan avait loué une petite maison, où elle aimait à passer quelques heures, solitaire et recueillie. Là, libre de s'abandonner à ses souvenirs, la surintendante de la maison impériale redevenait pour un moment la première femme de chambre de Marie-Antoinette. Elle montrait avec émotion, au petit nombre de ceux qu'elle admettait dans cette retraite, une robe de simple mousseline qu'avait portée la reine, et qui provenait des présens faits par Tippoo-Saëb. Une tasse dans laquelle Marie-Antoinette avait bu, une écritoire dont elle s'était servie long-temps, étaient d'un prix inestimable à ses yeux; et souvent on la surprenait assise, et baignée de larmes, devant le tableau qui lui retraçait son image.
« Pardonne, ombre auguste , reine infortunée, pardonne, » dit-elle dans un fragment que je conserve écrit de sa » main : j'ai ton portrait près de moi au moment où j'é» cris ces paroles. Mon imagination attendrie y reporte » à chaque instant mes regards; je cherche à ranimer tes » traits; je voudrais y lire si je sers ta mémoire en tra► çant cet ouvrage. Cette tête si noble tombée sous le fer » cruel des bourreaux , je ne puis la considérer sans que » les pleurs, en remplissant mes yeux, suspendent mon » entreprise. Oui, je dirai la vérité, sans que ton ombre » puisse en souffrir : la vérité doit servir celle que le » mensonge avait si cruellement outragée ! ,
Qu'ajouterais - je à ces éloquentes paroles ? Madame Campan n'est plus : que ceux qui ont calomnié sa vie insulient encore à sa mémoire, ses écrits la défendront mieux que moi.
F. BARRIÈRE.
wi... · DE L'AUTEUR.
Les planches des bibliothèques plient sous le poids de tout ce qui a été imprimé sur les dernières années du dix-huitième siècle. Quelques esprits supérieurs ont déjà indiqué, avec talent, les grandes causes morales et politiques de nos révolutions. Mais la postérité demandera aussi à connaître les ressorts secrets qui ont dirigé ces événemens. Des Mémoires, écrits par des ministres et des favoris, pourraient seuls satisfaire la curiosité de nos descendans, encore ne serait-ce que jusqu'à un certain point; car les rois n'accordent que bien rarement une confiance entière. Le souverain donne, à un de ceux qui l'entourent, une mission secrète qui ne contrarie point ses opinions connues; il lui dévoile tous les détails d'une affaire d'un haut intérêt. Le courtisan agit,
persuadé de son importance; mais quand son orgueil s'applaudit, qu'il se croit sûr que le caur royal vient de lui être ouvert, aveugle par sa vanité, il ne se doute pas que ce cour renferme encore mille replis qui lui seront toujours cachés. Il n'est que la dupe et le jouet de celui dont il se croit le confident. Au même instant, un autre a reçu peut-être une mission opposée, qui, sans doute, ne s'accorde pas davantage avec les véritables projets du prince. Tous deux se croient les seuls dépositaires des pensées du souverain, et sur cette base trompeuse bâtissent l'édifice imaginaire d'un crédit qu'ils n'auront pas.
Ce jeu des cours est surtout en usage quand l'autorité supérieure est forcée de satisfaire ou. de calmer des opinions diverses, sans en adopter franchement aucune. Mais avec cette habitude d'éparpiller ainsi les marques d'une confiance illusoire, quand sont venus les temps de troubles et de factions, le souverain finit par ne plus trouver d'appui solide ni d’entier dévouement.
Louis XVI eut une quantité innombrable de confidens, de conseils, de guides : il en prit jusque dans les factions qui l'attaquaient.