Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07238.jsonl.gz/27

Lisa Frizell, comment se déroule la recherche d’un site de dépôt en couches géologiques profondes au Canada et quels progrès la SGDN a-t-elle déjà accomplis?
La SGDN a lancé la procédure de recherche de site en 2010. Dès le départ, elle s’est engagée à réaliser le projet dans une région où il serait vu d’un bon œil par les collectivités concernées, et ce de manière intégrative, respectueuse et propre à favoriser le bien-être actuel et futur de la population locale. La participation se fait sur une base volontaire – nous n’avons travaillé que là où une collectivité nous avait communiqué de façon proactive son souhait d’être informée au sujet du projet et d’explorer l’aptitude de sa région à accueillir un dépôt de déchets radioactifs en couches géologiques profondes.
En 2012, 22 collectivités nous avaient officiellement fait part de leur intérêt, pour ensuite intégrer la procédure de recherche de site. Depuis lors, nous avons lancé un processus graduel comportant des études techniques et un engagement social de plus en plus intenses qui nous a permis de réduire à deux le nombre de sites potentiels. Le premier se trouve sur le territoire traditionnel de la Nation ojibwée du lac Wabigoon, près d’Ignace, dans la partie nord-ouest de l’Ontario; le second est situé sur le territoire traditionnel de la Nation ojibwée de Saugeen à South Bruce, dans le sud de l’Ontario. Nous avons de bonnes raisons de penser qu’un dépôt en profondeur sûr peut être construit aux deux endroits.
Est-il prévu de stocker tous les assemblages combustibles usés dans un seul et même dépôt en couches géologiques profondes? Quelles sont les prochaines étapes?
Le plan canadien de création d’un dépôt en couches géologiques profondes prévoit de confiner et isoler l’ensemble de ces déchets dans un seul et même dépôt en couches géologiques profondes. Il s’agit d’un projet d’infrastructure environnementale portant sur plusieurs générations, et dont la mise en œuvre s’étendra en tout sur une période d’environ 175 ans. Ses principales phases sont la sélection du site, l’homologation, la construction, l’exploitation et, un jour, la désaffectation.
La sélection du site aura vraisemblablement lieu l’année prochaine (à ce sujet, voir l’encadré de la page X). Le processus décisionnel des autorités prendra environ une dizaine d’années. Notre objectif est de commencer la construction au début des années 2030, et l’exploitation au début des années 2040. Sur les 175 ans évoqués plus haut, le transport, les préparatifs du stockage et le placement du combustible usé dans le dépôt prendront vraisemblablement jusqu’à 50 ans. La durée nécessaire dépendra du nombre d’assemblages. Le dépôt sera ensuite mis en observation pendant une période relativement longue avant d’être fermé, scellé et placé sous surveillance dans le cadre de la phase de post-fermeture.
En quoi la géologie des deux sites potentiels en lice (Ignace et South Bruce) est-elle particulièrement adaptée à un dépôt en couches géologiques profondes?
Permettez-moi tout d’abord de relever que la sûreté est notre première priorité. C’est le fondement de tout ce que nous faisons, du dimensionnement du projet à la prise en compte du savoir des peuples autochtones en passant par la technologie, la recherche environnementale et l’intégration des communautés locales.
Les deux sites en question présentent des caractéristiques globalement favorables à la sûreté du projet. En voici quelques-unes:
- Sur les deux sites, la roche, large et profonde, présente un volume suffisamment important pour isoler de façon sûre le dépôt de tout ce qui se passe à la surface de la Terre, que ce soit en raison des activités humaines ou d’événements naturels.
- Sur les deux sites, on a constaté qu’il n’y avait pratiquement pas d’eau courante dans la roche. Et le peu d’eau qui y est présent ne circule que très lentement. Il peut s’écouler 1000 ans avant que l’eau ne se déplace, ne serait-ce que d’un mètre, à travers la roche.
- Les deux sites sont situés dans des zones stables et sismiquement calmes. Rien n’indique que des taux extrêmes d’érosion, de soulèvement ou d’affaissement ayant pour effet de modifier considérablement la géosphère au cours des prochains millions d’années sont susceptibles de s’y produire.
- Nous partons du principe que la roche, associée aux barrières techniques des deux sites, est en mesure de confiner le combustible us é à long terme.
- Aucune ressource économiquement exploitable (comme l’eau, les minéraux, le gaz, le sel, etc.) n’est connue. Comme il n’y a aucune raison de forer, le risque d’intrusion humaine dans le dépôt est faible.
- De plus, il existe une infrastructure régionale qui favorise la construction, l’exploitation et la fermeture sûres du dépôt.
Quel est l’état des connaissances au sujet des deux sites? Sur quoi les études menées au cours des dix dernières années ont-elles porté et y a-t-il encore des incertitudes?
Après plus d’une décennie d’études techniques, l’équipe de scientifiques et d’ingénieurs de la SGDN est confiante dans la possibilité de construire un dépôt sûr pour les assemblages combustibles usés dans au moins un des deux sites potentiels. La confiance de la SGDN repose sur sa compréhension approfondie de plusieurs facteurs clés tels que:
- la géologie de la roche dans laquelle le dépôt en profondeur sera construit et celle des couches adjacentes;
- les interactions entre la roche et les barrières techniques qui garantissent la rétention du combustible usé dans le dépôt en profondeur;
- la sûreté de la construction, de l’exploitation et de la fermeture du dépôt en profondeur;
- la sûreté du transport du combustible usé vers le site de stockage en profondeur;
- le respect de toutes les exigences des autorités concernant l’installation;
- le caractère minime du risque d’intrusion humaine dans le dépôt en profondeur.
Des recherches supplémentaires doivent toutefois encore être menées. Les incertitudes qui subsistent ne concernent pas tant l’aptitude fondamentale de la roche à accueillir et à confiner de manière sûre les assemblages combustibles usés, mais plutôt l’acquisition et la documentation d’une connaissance quantitative approfondie du site, en d’autres termes sa caractérisation. Nous tenons compte des incertitudes dans notre planification, et il existe des plans pour les lever au moyen des travaux de caractérisation détaillés à mener. La conception des installations, de surface et souterraines, se poursuivra pendant la phase de caractérisation du site.
Récemment, après plus de huit ans de préparation, nos équipes techniques ont réalisé avec succès une démonstration à l’échelle 1:1 de notre système de barrières techniques. Pour ce faire, nous avons placé des conteneurs à éléments combustibles usés dans une réplique grandeur nature d’une salle de stockage souterraine du dépôt, puis en avons comblé le vide résiduel. Les résultats vont maintenant être analysés en détail afin d’améliorer encore notre conception du dépôt.
Quel est le plus grand défi posé par la recherche d’un site de dépôt en couches géologiques profondes au Canada, et la création d’un tel dépôt suscite-t-elle des résistances?
Au Canada, nous avons eu la chance que de nombreuses collectivités aient non seulement manifesté leur intérêt, mais aussi participé activement au processus de sélection du site. Le plan canadien ne se poursuivra que dans les régions où les collectivités hôtes ont donné leur consentement éclairé, et où la municipalité, les communautés des Premières Nations et des Métis ainsi que d’autres intervenants régionaux collaborent à sa mise en œuvre. En d’autres termes, les gens doivent comprendre ce que signifie l’accueil d’un tel projet, et le soutenir lorsqu’il s’installe dans leur région.
Nous avons appris qu’on n’arrive pas à une telle approche commune d’un jour à l’autre. De par sa complexité, ce projet est unique en son genre au Canada, voire en Amérique du Nord. Les gens ont besoin de temps pour se familiariser avec le projet et voir s’il est adapté à leur région. Et il nous a aussi fallu bien du temps et des efforts pour comprendre où le projet pourrait convenir et comment en concevoir la mise en œuvre afin de favoriser le bien-être des personnes vivant dans la région d’implantation du dépôt. En collaborant avec les communautés, nous nous sommes non seulement familiarisés avec leurs connaissances en matière de géologie et d’environnement, mais avons aussi acquis une meilleure compréhension de leurs buts, souhaits, questionnements et inquiétudes. Nous avons organisé des milliers de journées portes ouvertes et de séances d’information, collaboré avec des comités de liaison locaux, écouté et répondu aux questions, et tenté de comprendre les préoccupations afin de pouvoir en tenir compte de manière judicieuse dans le projet.
Pour vous donner un exemple, nous menons actuellement une série d’études dans les deux régions d’implantation potentielles en nous fondant sur les questions que les communautés nous ont posées et qui sont importantes pour elles. Ces études fournissent aux communautés concernées des informations inestimables pour leur prise de décision. Les résultats couvrent un large éventail de sujets, allant de la création d’emplois aux opportunités pour les entreprises locales, en passant par l’amélioration des infrastructures et la formation professionnelle.
Dans quel contexte cette intégration très poussée des populations autochtones a-t-elle eu lieu?
Le plan canadien de recherche de site est né dans le cadre d’un vaste dialogue avec les Canadiens et les peuples autochtones de l’ensemble du pays. Il reflète les valeurs et les priorités qui sont importantes pour eux. La procédure de recherche de site, en particulier, a été élaborée dans le cadre d’un dialogue avec le public. Elle reflète les idées, l’expérience et les conseils avisés d’une grande partie de la population (Canadiens et peuples autochtones), qui a réfléchi aux éléments qu’un processus de recherche de site devait contenir pour être à la fois ouvert, transparent, équitable et intégratif. La procédure a été conçue de telle manière que le site choisi offre sûreté et protection, mais qu’elle ne puisse se poursuivre qu’avec le consentement éclairé de collectivités dûment informées.
La prise en compte des intérêts, des préoccupations et des conseils des peuples autochtones a constitué dès le départ une composante essentielle du travail de la SGDN. Cette prise en compte a commencé avec notre recherche de solutions pour la gestion à long terme du combustible usé canadien et s’est poursuivie au travers de tous les aspects de la mise en œuvre du plan. Nous nous sommes engagés à intégrer le savoir indigène dans notre travail, et nous avons constaté que ce dernier s’en trouvait amélioré. Nous nous employons à appliquer les connaissances des indigènes aux aspects sécuritaires de la recherche de site et au bien-être de la communauté. Ainsi, nous organisons régulièrement des ateliers sur le savoir indigène et la science occidentale, lors desquels nous essayons de faire dialoguer ces formes de savoir et d’établir des relations entre les conclusions issues de chacune d’entre elles, par exemple pour la protection des eaux et de l’environnement ou pour l’approfondissement de notre compréhension de la roche et de la géologie des domaines d’implantation.
Par notre travail avec les communautés des Premières Nations et des Métis, nous nous employons à déterminer comment le projet pourrait être bénéfique pour chacune des régions entrant en ligne de compte. Dans ce contexte, nous respectons les droits qui sont ceux des populations autochtones en vertu des traités conclus, et nous reconnaissons ces droits comme cadre de cohabitation et d’utilisation commune des territoires qu’ils habitent traditionnellement. Les traités en question constituent la base de toute coopération et de tout partenariat à venir, étant entendu qu’en parallèle, nous travaillons ensemble à la réconciliation. Il s’agit de construire et de maintenir une relation de respect mutuel entre les peuples autochtones et non autochtones du Canada. Pour ce faire, il faut être conscient du passé, reconnaître les injustices qui ont été commises, et en éliminer les causes en prenant des mesures pour changer les comportements.
Tandis que nous progressons dans la mise en œuvre du plan de gestion de déchets, nous renforçons l’engagement de notre organisation en faveur de l’établissement de relations respectueuses et de la reconnaissance de la vision du monde des peuples autochtones. La SGDN est fermement décidée à intégrer le savoir autochtone dans tous ses travaux et à parcourir le chemin menant à la réconciliation côte à côte avec les populations autochtones. Dans le cadre de la réconciliation, la SGDN reconnaît les injustices commises au Canada par le passé et travaille à créer un avenir meilleur en relevant les défis qui se posent aujourd’hui. Nous avons intégré dans nos activités les connaissances en matière de gestion et de gouvernance des gardiens du savoir autochtone.
Comment expliquez-vous qu’autant de collectivités aient manifesté leur intérêt pour un dépôt en couches géologiques profondes?
Pas moins de 22 collectivités se sont manifestées pour déterminer leur potentiel en tant que site d’implantation de ce projet national d’infrastructure environnementale, et nous en sommes très fiers.
Nous ne pouvons certes pas parler au nom des collectivités qui se sont manifestées, mais bon nombre des raisons qu’elles ont invoquées pour expliquer leur intérêt sont parvenues à nos oreilles. Beaucoup pensaient qu’elles avaient quelque chose à offrir, par exemple des compétences et des connaissances dans le domaine de l’exploitation minière ou du cycle du combustible nucléaire. Beaucoup ont vu la possibilité d’atteindre des objectifs correspondant aux aspirations de leurs communautés, telles que l’augmentation des possibilités d’emploi local pour les jeunes. Beaucoup ont exprimé d’une part un fort sentiment de reconnaissance pour l’électricité dont nous avons tous bénéficié et d’autre part le souhait de ne pas transmettre aux générations futures le fardeau de la gestion du combustible usé résultant de la production de ce courant. Ces réactions vont dans le même sens que celles reçues lors de l’élaboration du plan.
En outre, le plan canadien est un projet national d’infrastructure environnementale qui apportera des avantages pérennes, contribuant au bien-être à long terme de la région choisie et à la sécurité des générations futures. Dès le début, nous nous sommes engagés à mettre en œuvre le projet de manière à ce qu’il contribue au bien-être des populations locales, tel que les communautés le définissent elles-mêmes. Et la longue durée du projet nous permet de travailler avec les communautés pour le planifier de telle façon qu’il corresponde directement aux objectifs et aspirations qui sont les leurs.
Comment la SGDN gère-t-elle un projet qui porte sur plusieurs générations et dont une bonne partie des personnes qui y travaillent actuellement ne verra pas la fin?
Le plan canadien est un projet intergénérationnel qui s’étend sur plusieurs décennies. Tant les Canadiens que les peuples autochtones sont d’avis qu’il est de notre responsabilité d’agir maintenant pour éviter aux générations futures d’être confrontées au problème des déchets que nous avons produits. C’est pourquoi la SGDN et les communautés des régions d’implantation ont fait de l’intégration des jeunes une priorité en matière de participation, d’apprentissage et de développement des compétences. Les jeunes d’aujourd’hui seront les dirigeants, les employés, les petits entrepreneurs, les agriculteurs et les voisins qui, demain, contribueront à la prospérité et au bien-être de leurs communautés.
Dans le cadre de la mise en œuvre du plan canadien, nous continuerons à travailler avec des personnes de toutes les générations, par exemple avec notre Conseil des aînés et des jeunes, un organe consultatif qui favorise le partage des connaissances entre les générations.
L’un des principes essentiels du plan canadien est la prise en compte des nouvelles connaissances. Nous adaptons le plan au progrès technique, aux meilleures pratiques internationales, aux contributions du public, au savoir autochtone, aux changements dans les politiques publiques et à l’évolution des attentes et valeurs de la société.
Qui finance les dépôts en profondeur au Canada?
L’élaboration et la mise en œuvre du plan canadien de gestion à long terme du combustible usé sont financées par les propriétaires des déchets en question, à savoir Ontario Power Generation, New Brunswick Power, Hydro-Québec et Atomic Energy of Canada Limited. En vertu de la loi sur les déchets de combustible nucléaire (LDCN), chacune de ces quatre sociétés est tenue de mettre en place des fonds fiduciaires gérés de manière indépendante afin de garantir que les sommes nécessaires au financement du plan soient disponibles en cas de besoin. Ces entreprises ont notamment fondé la SGDN, organisation à but non lucratif, en 2002. Les consommateurs qui ont bénéficié de l’électricité nucléaire participeront ainsi au fil du temps à la gestion à long terme des déchets résultant de la production de ce courant. Les coûts de la gestion à long terme du combustible usé ne représentent toutefois qu’une part relativement faible des coûts de l’électricité, à savoir environ 0,1 cent canadien par kilowattheure d’électricité produit.
Informations de fond sur la roche d’accueil et les déchets de faible et moyenne activité
Le choix du site reporté à 2024
Auteur
Benedikt Galliker, Technisch-wissenschaftlicher Redaktor Nuklearforum Schweiz