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Football «Quand on aime le ballon, on aime jouer avec»
Meilleur buteur de Super League, Roger Assalé s’éclate avec YB. Il évoque son amour du dribble, sa foi inébranlable et sa passion de l’architecture.
ROGER ASSALÉ EN DATES
1993: Il voit le jour le 13 novembre à Abengourou, une ville située à 210 km d’Abidjan.
2013: Il fête son premier titre avec Séwé Sports (San-Pédro) et décroche une première cape.
2015: Il gagne la Ligue des champions africaine avec le TP Mazembe, basé à Lubumbashi.
2015: Avec la Côte d’Ivoire, il remporte la Coupe d’Afrique des nations contre le Ghana.
2017: En février, il signe à YB avant de prolonger en novembre son contrat jusqu’en 2021.
2018: Il est le meilleur buteur de Super League avec 11 réussites, alors qu’YB cavale en tête.
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- Roger, dites-nous ce qu’il manque à Young Boys pour effacer trente-deux ans de frustration?
Quelques points, donc quelques buts. La ligne d’arrivée se rapproche, mais la course n’est pas terminée ni encore gagnée.
- Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher de fêter le titre?
Nous-mêmes si on commençait à faire des bêtises. Mais, si on conserve la même dynamique, le titre ne pourra pas nous échapper.
- Que signifient les onze buts que vous avez déjà marqués?
C’est la récompense d’un travail collectif. Je ne prends pas seul le ballon pour traverser tout le terrain. Je termine ce que les autres préparent, mais je ne suis de loin pas le seul finisseur. Il n’y a pas de concours entre nous pour savoir qui terminera meilleur buteur. Si Guillaume (ndlr: Hoarau) marque, je suis content. Si je marque, il l’est pour moi. Et si c’est Jean-Pierre (Nsamé) ou un autre qui marque, on est aussi content. Chez nous, il y a toujours quelqu’un pour finir le travail. On joue pour le collectif, et le collectif s’exprime pour nous.
- Vous signez vos réussites avec la même gestuelle que Ronaldo. Après CR7, voilà RA17…
Je n’ai pas la prétention de vouloir me comparer à lui. C’est juste pour marquer le coup. De toute manière, si je devais choisir, je serais plus Messi, plus sobre dans ses célébrations. Je devrais peut-être essayer de mélanger les deux influences! (Rires)
- Aux côtés de l’immense Hoarau, vous composez une paire complémentaire…
Il est tout ce que je ne suis pas. Je le considère comme mon grand frère. Évoluer à ses côtés me permet d’apprendre. Alors qu’il est plus dans la conclusion, j’évolue plus dans le registre de la vitesse et de la percussion.
- À votre manière, avec votre 1,67 m, vous êtes aussi un géant, non?
Je suis un géant dans l’esprit mais pas dans la taille. Je sais profiter de ma petite taille. J’en joue au point d’en faire un atout balle au pied. Je suis convaincu que j’irais moins vite si je mesurais plus de 1,80 m. Mais je marquerais sans doute plus de buts de la tête!
- Voici une année que vous avez débarqué à Berne pour votre première expérience européenne. Le vrai choc, ça a été quoi?
Le climat! Je n’avais jamais vu la neige, il faisait -2 degrés, alors que chez moi il fait 18 degrés quand il fait vraiment froid. Je n’avais qu’une envie, c’était de rester au lit. Hormis ça, l’accueil de la part d’YB a été formidable, c’est comme si j’arrivais dans une famille.
- Parlez-nous de la vôtre…
Mon papa est éducateur, ma maman sage-femme à Abidjan. On forme une très grande fratrie. Je suis le neuvième d’une famille de quinze enfants. Je suis moi-même marié et j’ai un enfant d’une année qui vit avec sa maman en Côte d’Ivoire. On est en train de faire les papiers pour qu’ils me rejoignent.
- Si Roger n’avait pas été footballeur…
J’aurais peut-être cherché à percer dans l’architecture. C’est en tout cas un domaine qui m’attire. La construction, l’élévation…
- Pour se rapprocher de Dieu? Quelle place le Seigneur occupe-t-il dans votre vie?
Dieu guide ma vie et éclaire mon chemin. Quand vous regardez le mystère de la vie et tout ce que cela implique, vous ne pouvez être que convaincu qu’il existe une présence supérieure à l’homme. Dans l’intimité, j’ai souvent un dialogue avec Dieu afin qu’il me dise ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Ce qui n’est pas avantageux pour moi pourrait l’être pour quelqu’un d’autre. Avec Dieu, je ne suis jamais seul. Ce n’est pas un hasard si mon fils s’appelle d’ailleurs Christ.
- Outre l’amour de Dieu, il y a chez vous celui, beaucoup plus terre à terre, du dribble. D’où cela vous vient-il?
Ah, le dribble… Quand on aime le ballon, on aime jouer avec. C’est comme lui donner une respiration. Dribbler, éliminer, marquer, il n’y a pas de plus bel enchaînement. Le foot doit rester un jeu, ou le redevenir s’il n’en est plus un. Aujourd’hui, c’est un jeu qui comprend beaucoup de serrures. Il faut avoir les bonnes clés pour réussir à toutes les ouvrir.
- Alors que d’autres pays vous tendaient les bras, pourquoi le choix d’YB?
YB est le club qui m’offrait la meilleure perspective de m’exprimer. Je me considère du reste toujours en formation. On ne finit jamais de grandir. Si vous n’êtes pas le plus talentueux, vous devez être le plus grand bosseur pour tirer parti de ce que Dieu vous a donné.
- Une année après votre arrivée, diriez-vous que vous êtes devenu un joueur plus européen ou avez-vous conservé votre insouciance?
Je pense avoir gardé le plaisir africain qui me caractérise. Pour avoir déjà connu, dans mes précédents clubs, des entraîneurs européens, je n’ai pas été dépaysé. Je connaissais cette mentalité et le sérieux qu’elle implique. Mais, en quittant l’Afrique, je savais aussi qu’une autre aventure commençait, que j’allais repartir de zéro, que le passé n’existait plus vraiment. Je devais prouver quelque chose. Je m’en suis plutôt bien sorti jusqu’à présent.
- Au point de susciter déjà l’intérêt de grandes écuries allemandes…
Que croire? La vérité, c’est que je suis ici et que j’entends entrer dans l’histoire du club avec le titre de champion, voire un possible doublé. Tout ce qu’YB m’a donné, je veux d’abord le lui rendre. (Le Matin)
Créé: 17.03.2018, 14h21