Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07234.jsonl.gz/112

Dramaturge et traducteur, Walter Weideli laissera des traces dans l'histoire des lettres suisses. Créateur de son supplément littéraire, il a marqué son passage au Journal de Genève. Auteur d'Un banquier sans visage, spectacle destiné à célébrer l'entrée de Genève dans la Confédération, qui fit scandale en 1964, il a balisé malgré lui l'histoire genevoise de l'après-guerre en provoquant l'éveil du mouvement Vigilance.
Walter Weideli est autre encore. Il se découvre, parfois inattendu, dans des mémoires, La partie d'échecs, qui viennent d'être publiés. « J'ai essayé d'en bannir tout ce qui pouvait ressembler à de la méchanceté. Je n'ai plus de ressentiment », écrit-il. Il fait allusion aux chicaneries de village qui ont entouré son établissement en Dordogne, au cours de la seconde partie de sa vie.
De la première, celle de l'écrivain, du dramaturge, du rédacteur littéraire du Journal de Genève, il reste des récits cursifs, des tableaux gravés au burin, des anecdotes piquantes. Ainsi sur Jean Vilar, invité à mettre en scène Un banquier sans visage. Vilar est illustre, mais fatigué. Il a des absences. Un jour, il s'attarde en contemplation et en fantasme devant une jolie serveuse du Rallye : « Je me sentis soudain jouer le rôle de Sganarelle craintif et raisonneur essayant de dissuader le grand seigneur Vilar de se lancer dans une aventure osée. » Le retard à la répétition est si insolent que les techniciens sont sur le point de déserter.
Plus de ressentiment, peut-être, mais encore quelques débris d'amertume, nourris par un reliquat de candeur. Weideli semble destiné à l'obstacle. Après une dramatique pour la télévision, Le dossier Chelsea Street, le Théâtre de Carouge lui commande pourtant Réussir à Chicago, un triomphe pour Genève. Puis c'est Un banquier sans visage, qu'il conçoit autour de la figure de Jacques Necker, appelé à s'occuper des finances auprès de Louis XVI. Il propose un tableau critique de la société de l'époque et de la course à l'argent. Le présent en est éclaboussé. Cela fait scandale. Le spectacle est donné, mais la polémique ne s'éteint pas. Elle finit par lui coûter sa place au Journal de Genève.
La rupture conduira l'auteur et sa femme Mousse à l'exil, dans un prieuré de Dordogne. Il continue d'écrire et de traduire de grands écrivains de langue allemande : Walser, Hohl, Dürrenmatt, Canetti. Une tranche de vie moins connue, désormais décentrée, envahie par des rapports de voisinage compliqués, intime jusqu'au récit surprenant d'une conversion à un catholicisme qui se récite en latin. Mousse en est la figure principale, jusqu'à sa mort en 2001.
Pensionnaire d'une maison de retraite de Bergerac, Walter Weideli vit aujourd'hui dans le plus complet dépouillement. Il laisse un récit prenant. La vraie vie est un roman.