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Les vestiges du château rupestre de Marmels occupent une corniche rocheuse de plusieurs paliers, haut au-dessus de l'actuel barrage de Marmorera, dans l'Oberhalbstein. Une grande partie de cet ouvrage est protégée par une imposante falaise en surplomb. De nos jours, seule est malheureusement encore debout la chapelle domestique; les autres constructions ne sont plus signalées que par quelques minimes traces de murs. Des reproductions datant de la fin du XIXe siècle nous fournissent toutefois plus de détails, car à ce moment-là, le délabrement de Marmels n'était pas encore aussi avancé qu'aujourd'hui. Nous sommes donc assez bien renseignés sur certains des bâtiments maintenant disparus. L'accès au château si hardiment érigé sur une falaise verticale est aujourd'hui encore assuré par une rampe qui de l'avant-terrain nord mène à la corniche après avoir franchi une bande rocheuse étroite et escarpée. Même s'il est permis de supposer qu'au Moyen Age, des marches taillées dans le roc et peut-être une balustrade rendaient ce sentier un peu moins périlleux, il a toujours dû être fort malaisé d'atteindre le château, surtout en hiver lorsque le gel et la neige venaient encore accroître les difficultés. Il est fort probable que des crampons tels que ceux découverts dans d'autres ouvrages féodaux lors d'investigations archéologiques furent également utilisés à Marmels.
Photo Adrian Michael
Après avoir emprunté l'étroite rampe, on atteint tout d'abord le niveau inférieur, le plus saillant du site. C'est à cet endroit que se trouvent les vestiges de l'enceinte longeant les bords du rocher et ceux d'une porte extérieure. On ne décèle en revanche ici aucune trace de bâtiments. Ce qu'on sait toutefois, c'est que le corps de logis se dressait jadis dans la partie méridionale de l'ouvrage, sur une étroite terrasse. C'est tout juste si on en distingue encore quelques traces. Les dessins du XIXe siècle auxquels nous avons fait allusion montrent qu'il s'agissait d'une construction de plan rectangulaire accolée au rocher. On accédait à son intérieur par des portes en plein cintre pratiquées l'une au rez-de-chaussée, l'autre au premier étage. Divisée en deux parties, cet édifice comprenait trois étages. On ne possède malheureusement aucune précision quant à une superstructure en bois ou à la forme primitive du toit.
Du corps de logis, on parvient au niveau supérieur en longeant une crevasse abrupte creusée dans la paroi rocheuse arrière. L'examen de divers pans de mur et de paliers de fondation a permis d'établir que ce replat devait être occupé par quelques bâtiments. Les rares traces qui en sont restées ne nous fournissent toutefois aucun indice clair quant aux rapports architecturaux qu'avaient entre elles ces constructions. La chapelle de deux étages est en revanche encore debout. Avec son crépi jaunâtre, elle contraste de façon frappante avec la paroi rocheuse gris foncé et se signale ainsi de loin déjà au visiteur. Dans son plan, ce sanctuaire dessine un rectangle légèrement décalé. L'abside en arc de cercle a été encastrée dans le bloc massif du mur orienté vers l'est, ce qui correspond à un ancien type de plan courant en Rhétie. On accède aux deux étages de la chapelle par des portes ouvertes dans la façade ouest. Une brèche de dimensions inquiétantes s'est malheureusement formée dans le mur sud de l'ouvrage, de sorte qu'il faut s'attendre à ce que ce dernier monument du château rupestre de Marmels s'écroule lui aussi à plus ou moins longue échéance.
Marmels d'après un dessin de Rahn (1893)
Une zone de pâturages en partie boisée s'étend dans l'avant-terrain septentrional du château, au pied de la falaise. On distingue ici les traces d'un très vaste enclos de forme irrégulière et juste à côté, les vestiges d'un petit bâtiment de plan quadrangulaire. Ces pans de murs en pierres sèches sont sans doute tout ce qu'il reste de l'exploitation agricole qui jadis assurait l'approvisionnement des habitants du château en produits laitiers et en viande.
Faute de fouilles systématiques, il n'est pas possible de déterminer la date de fondation de cet ouvrage si audacieusement conçu. En Rhétie, on trouve des chapelles de plan identique datant de l'époque carolingienne déjà; il est toutefois possible qu'on ait encore fait usage de ce plan jusqu'au XIe, voire jusqu'au début du XIIe siècle. Ce qui signifierait que le château de Marmels aurait pu voir le jour aux environs de 1100. Dans les documents, les barons de Marmels, promoteurs présumés de l'ouvrage, sont cités en 1160, date à laquelle ils exerçaient les fonctions de ministériaux des seigneurs de Tarasp. A cette époque, André de Marmels possédait en fief la moitié du château de Tarasp. Ulrich de Tarasp en fit toutefois don à l'évêque de Coire et dès ce moment, les barons de Marmels figurèrent parmi les avoués épiscopaux. Ils conservèrent néanmoins leur forteresse ancestrale de Marmels en franc-alleu. Lors des luttes qui vers la fin du XIIe siècle mirent aux prises l'empereur et le pape, André de Marmels se rangea aux côtés de l'empereur et fit prisonnier un envoyé du pape. Il l'enferma au château de Marmels et ne le libéra que sous les menaces d'un voisin, partisan du pape.
Photo Adrian Michael
Aussi longtemps qu'ils furent au service de l'évêque de Coire, les barons de Marmels s'efforcèrent d'accroître leurs biens et leur pouvoir. Peu à peu, ils comptèrent parmi les familles les plus puissantes de la Rhétie. Dans l'Oberhalbstein, ils détenaient non seulement les forteresses de Marmels et de Spliatsch, deux francs-alleux, mais encore des hypothèques sur la seigneurie de Riom, où ils assumaient la charge de bailli. Vers la fin du Moyen Age, ils se virent de plus attribuer Rhäzüns à titre de gage. A plus d'une reprise, ils furent également baillis de seigneuries épiscopales. En 1499, pendant la guerre de Souabe, Conradin de Marmels, le plus célèbre représentant de sa lignée, prit en outre le commandement des troupes rhétiques. Il fut toutefois relevé de ses fonctions après un certain temps en raison de son attitude pro-autrichienne.
Tout au cours de sa longue histoire, le château fort de Marmels n'a jamais changé de propriétaire; sans interruption, il demeura entre les mains de la famille de Marmels. C'est en 1550 qu'il apparaît pour la dernière fois dans les documents, lors d'un partage de succession. A ce moment-là, il devait encore être habitable et en bon état puisque des membres de la famille y résidaient. Il semble avoir été abandonné vers la fin du XVIe siècle. Puis vint une période d'incurie et au début du XVIIe siècle, il n'en restait que des ruines. La lignée des de Marmels, qui ne s'est pas éteinte, porte aujourd'hui le nom de Demarmels.
Photo Roland Keiser
Photo Roland Keiser
Photo Roland Keiser
Bibliographie