Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07026.jsonl.gz/956

L'activité manufacturière chinoise devrait se reprendre dès le deuxième trimestre. Une construction de portefeuille équilibrée, (or et bons du Trésor US), permet de faire face à la volatilité.
- Les effets du coronavirus sur l'économie chinoise seront sévères au premier trimestre.
- Les comparaisons avec l’épidémie de Sras de 2003 sont d'une utilité limitée: la Chine pèse davantage dans l'économie mondiale et le cycle économique est aujourd’hui dans une phase différente.
- Avec la réouverture de ses marchés, la Chine a annoncé une série de mesures pour compenser l’impact économique.
- Nous tablons sur une possible reprise de l'activité manufacturière chinoise dès le deuxième trimestre.
- Une construction de portefeuille équilibrée, qui intègre des couvertures en or et en bons du Trésor américain, permet de faire face à la volatilité.
Les images en provenance de la ville chinoise de Wuhan, qui compte 11 millions d'habitants, montrent des rues désertes. Depuis le 23 janvier, Wuhan et une grande partie de la province du Hubei ont été mises en quarantaine afin de contenir la propagation d'un nouveau coronavirus, une pathologie respiratoire. En ce premier trimestre 2020, l'économie chinoise devrait en ressentir les effets.
Les mesures de quarantaine prises dans la province du Hubei ont touché près de 59 millions de personnes, un chiffre considérable qui a transformé ce confinement en une «expérience de santé publique» d’une ampleur jusqu’ici inconnue. Seules les denrées alimentaires et les fournitures médicales sont autorisées à entrer et à sortir d'une douzaine de villes de la province. Au moment où nous écrivons ces lignes, la situation continue de se dégrader à un rythme rapide et le coût humain s’alourdit. Les autorités chinoises ont confirmé plus de 17'000 infections et 361 décès: ce virus semble ainsi une pathologie plus contagieuse, mais moins mortelle, que l'épidémie de Sras survenue en 2003, qui avait infecté environ 8'000 personnes et tué près de 800.
La mise en quarantaine s'est également étendue à l'échelle mondiale, alors que des cas ont été signalés en dehors de la Chine. La semaine dernière, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que le virus représentait une urgence sanitaire mondiale et de nombreux États ont interdit aux citoyens chinois de franchir leurs frontières, notamment les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. D'autres, comme la Suisse, la France et le Royaume-Uni, déconseillent de voyager en Chine continentale s’il ne s’agit pas d’un impératif. Des compagnies aériennes, dont Swiss, Air France, Lufthansa et British Airways, ont suspendu leurs vols à destination et en provenance de la Chine, tandis que des sociétés, comme les constructeurs automobiles Renault et Toyota et les chaînes de restauration Starbucks et McDonald's, ont interrompu leur production ou fermé des succursales, et demandent à leurs employés qui rentrent de vacances de se tenir éloignés des usines et des transports publics.
Jusqu'à présent, le virus s’est peu propagé à l’extérieur de la Chine. Cela reste notre scénario de référence, même si nous sommes attentifs aux menaces potentielles.
La Chine fait désormais partie intégrante de l'économie mondiale. Elle représente 17% du PIB mondial et 13% du commerce global, contre seulement 4% et 5% en 2003, respectivement. Le pays contribue à près de 70% de la demande mondiale de métaux, soit près de trois fois plus qu'en 2003, ainsi qu'à 20% des dépenses touristiques mondiales globales, contre 3% il y a 17 ans. Le coronavirus aura de fait un effet immédiat sur les voyages, ce qui nuira à des économies comme celles de Hong Kong, de la Thaïlande et du Vietnam, dépendantes du tourisme chinois.
D'un point de vue macroéconomique à court terme, nous pensons que les conséquences du virus sur l’économie chinoise seront sévères. La Chine publiera les prévisions de croissance de son produit intérieur brut du premier trimestre à la mi-avril, sachant que la croissance de son PIB du quatrième trimestre 2019 s’est établie à 6,0%. Le Sras a réduit de 2 points de pourcentage le taux de croissance annuel au cours du trimestre où il a sévi, et le coronavirus va certainement lui aussi saper la croissance. Le secteur des services représente désormais 53% de l'économie chinoise, contre 42% en 2003. Toutefois, les ventes en ligne constituent aujourd’hui une part importante des ventes au détail, ce qui devrait permettre de compenser pour partie l’effet économique négatif du virus.
Depuis le début de l'épidémie, la réaction est restée modérée en Chine, d’autant plus que de nombreuses bourses et entreprises avaient fermé leurs portes pendant les vacances du Nouvel An lunaire. Lors de la réouverture des marchés actions chinois le 3 février, l'indice composite de Shanghai a chuté de 8,7% et celui de Shenzen de plus de 9%.
Alors que les marchés rouvraient, les autorités nationales ont annoncé une série de mesures visant à limiter les répercussions négatives sur l’économie. Il s’est notamment agi d’actions visant à garantir la liquidité du secteur bancaire, de subventions de taux d'intérêt destinées aux entreprises touchées et d'incitations pour les banques à prêter plus à l'économie réelle. Si ces mesures peuvent contribuer à restaurer la confiance, il est peu probable qu'elles empêchent l’économie de ralentir au cours des trois premiers mois de l'année. Le cas échéant, les autorités pourraient décider d’une relance budgétaire plus significative lors de la réunion du Congrès national du peuple en mars.
Nous nous attendons à ce que l'activité manufacturière chinoise se reprenne à mesure que la production reviendra à la normale, une tendance qui pourrait débuter dès le deuxième trimestre de l'année. Toutefois, les habitudes de consommation pourraient nécessiter plus de temps pour se ressaisir, après ce qui aurait dû être une période de congés et d'achats. Si la Chine prend les mesures de relance adéquates, elle devrait pouvoir poursuivre la transformation de son économie intérieure, dont la croissance, originellement tirée par le secteur manufacturier, l’est de plus en plus par la consommation et les services.
Les conséquences économiques et commerciales du Sras ont été de courte durée et localisées. Mais une telle comparaison historique peut être trompeuse car le cycle économique se situait alors dans ses phases initiales et, par voie de conséquence, les valorisations étaient beaucoup moins élevées. Les actions mondiales ont ainsi poursuivi leur redressement au début de 2003 tandis que les actions asiatiques sous-performaient avant de rebondir fortement une fois la contagion contenue. De même, les devises asiatiques fortement exposées à la croissance mondiale avaient alors sous-performé tandis que les devises émergentes à fort portage se comportaient favorablement.
Malgré un bon début d'année, les principaux marchés actions affichent maintenant une performance négative depuis le 1er janvier 2020. Les actions américaines ont mieux résisté, alors que les marchés actions émergents et chinois ont chuté de près de 10% depuis le début du mois.
Les prix des bons du Trésor américain et des Bunds allemands ont augmenté en réponse à l'évolution de la propagation du coronavirus ; leurs rendements à dix ans ont baissé respectivement d'environ 30 points de base et de 20 pb depuis le 23 janvier tandis que l'once d’or s'est appréciée de 25 dollars américains (USD). Ces différents instruments offrent une bonne protection au sein d’un portefeuille multi-actifs.
Nous surveillons également de près le cours de l’USD/yuan chinois (CNY), qui se négocie autour du seuil psychologiquement sensible de 7,00 CNY pour 1 USD, soutenu par la récente trêve commerciale de «phase 1» conclue entre les États-Unis et la Chine. La baisse de liquidité pendant la période de congés a amplifié la récente hausse de l’USD/CNY. La fixation renforcée du CNY lors de la réouverture des marchés est une preuve que les autorités chinoises veulent asseoir leur devise. L’USD/CNY semble trop élevé face à nos anticipations d'un dollar plus faible cette année.
En termes d’allocation d’actifs, nous pensons que notre positionnement équilibré, légèrement sous-pondéré en actions et surpondéré en stratégies de portage, avec des couvertures en or et en bons du Trésor américain, nous permettra de gérer l’épisode de volatilité actuel.
Depuis le début de l'année, les marchés actions ont vu des prises de bénéfices et les valorisations semblent encore relativement élevées. Nous demeurons neutres au niveau de notre exposition aux actions émergentes, car nous pensons que l'effet du virus sera de courte durée. De surcroît, la banque centrale chinoise devrait prendre des mesures de relance adéquates.
Il convient également de rappeler que les actions sont également soutenues par les bénéfices du quatrième trimestre. Aux États-Unis, près de 40% des entreprises ont déjà publié leurs résultats, contre 16% en Europe et 21% au Japon. Les premières annonces ont donné lieu à des surprises positives tant aux États-Unis qu'en Europe, avec notamment des résultats solides dans le secteur technologique.
Pour l'instant, nous suivons de près l'évolution du coronavirus, en particulier tout ce qui pourrait indiquer que les taux d'infection ont atteint un pic. Nous nous tenons prêts à adapter les expositions de nos portefeuilles, et nous attendons la confirmation que le coronavirus ne se comporte pas différemment d’une grippe saisonnière, qui disparaîtra à mesure que les taux de transmission diminueront et que l'immunité se développera, conformément aux attentes de l'OMS.