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Josi a 60 ans. Elle se considère comme une personne saine de corps, d'esprit et d'âme. Elle est mariée et a quatre enfants, trois fils et une fille, qui ont tous entre 25 et 35 ans. Comme dans de nombreuses familles américaines, surtout depuis les élections de 2016 qui ont fait de Donald Trump le président, tout le monde n'a pas les mêmes opinions politiques. Cela ne change rien au fait qu'elle aime partager et discuter de tous types de sujet avec chacun de ses enfants, dont elle parle avec beaucoup de fierté et d'amour.
Retraitée, Josi se décrit comme quelqu'un qui préfère être dans la nature, plutôt qu'à l'intérieur; elle est très curieuse, aime voyager à travers le monde et elle a consacré sa carrière au système de santé publique américain. Elle vit à Richmond depuis plus de 35 ans.
Cet entretien a lieu sur le terrain d'une gigantesque ferme urbaine, la plus grande de la ville, dont la mission est de produire et fournir des aliments sains pour le corps. Ce lieu lui tient à cœur, car Josi est la présidente du conseil d'administration d'une organisation à but non lucratif, ayant déjà distribué plus de 600 000 repas à travers la capitale de la Virginie.
Vous êtes née, ici, à Richmond?
Josi: Non, je suis née à Saint Louis dans le Missouri, mais j'ai grandi entre Philadelphie et New York. Après l'université, j'ai sillonné tous les Etats-Unis: Saint Louis, Cleveland, Los Angeles et puis je me suis installée à Richmond, il y a 35 ans. Je suis venue dans cette ville pour le travail. A l'époque, la plupart des habitants étaient tous nés à Richmond. Aujourd'hui, la majorité de la population n'est pas d'ici et la ville a développé une scène artistique et gastronomique. Les idéaux progressistes et créatifs y ont infusé. Ils y sont portés par les étudiants des différentes grandes universités qui ont leur campus dans cette ville.
Quel est votre parcours?
A Philadelphie et à New York, dans les années 1960 et 1970, j'étais la seule enfant de mon quartier qui n'avait pas une seconde langue, une seconde culture à la maison: nos voisins étaient Irlandais, Polonais, Grecs, Italiens, Juifs et Russes.
J'ai un frère cadet et il y avait une grande différence dans la façon dont nous avons été élevés. On attendait de moi que je me marie et que j'aie des enfants, le plus tôt possible, ce qui n'était pas le cas pour lui.
Et en grandissant?
Une fois que j'ai obtenu ma maîtrise en gestion des systèmes de santé, mes parents ne savaient plus trop quoi faire de moi. Je savais que je voulais avoir une famille, mais je crois que cela venait surtout des attentes de ma mère et de ma grand-mère. Elle avait obtenu son baccalauréat, s'était mariée presque immédiatement après l'université et avait eu son premier enfant dans l'année, ce qui était la norme à l'époque.
Vous avez pris une autre voie...
Ma carrière s'est fait autour de la prévention médicale, faire en sorte que les gens puissent éviter de se retrouver à l'hôpital, à travers une bonne hygiène de vie. Je suis à la retraite depuis le début de la pandémie, mais je suis restée hyper active. J'ai fait pas mal de bénévolat dans des cliniques gratuites, puis je me suis engagée dans une ferme urbaine, sur laquelle je travaille la terre avec mes mains, tout en présidant le conseil d'administration d'une organisation qui fournit des aliments sains à travers la ville.
La politique était-elle importante dans votre famille?
Pas vraiment. En grandissant, nous étions très protégés et je n'étais même pas au courant des émeutes raciales ni de la répression sexuelle, principalement dirigée contre les femmes.
Je me souviens que mes parents avaient des opinions bien tranchées, mais pour nous, les enfants, le gouvernement était quelque chose de lointain, en arrière-plan, qui gérait des programmes fédéraux (c'est-à-dire des aides financières et des prestations sociales), dont ma famille n'avait pas vraiment besoin.
Comment avez-vous commencé à vous intéresser à la politique?
Je n'ai pris conscience de ce qui se passait en Amérique, que lorsque je suis entrée à l'université. Beaucoup de mes amis avaient traversé de nombreux traumatismes liés à leur origine culturelle, sociale ou religieuse.
Ces élections de mi-mandat refléteront aussi la politique des Etats-Unis face à la guerre en Ukraine. Votre avis?
En 2004, mon mari et moi avons adopté notre fille, née en Ukraine. Nous nous sommes rendus dans ce pays juste avant la révolution orange. Je ne suis pas surprise par les actions de Vladimir Poutine, car cette guerre était déjà sous-jacente, il y a 20 ans, lorsque j'ai passé un mois sur place, à m'occuper des démarches pour pouvoir ramener ma fille aux Etats-Unis. Je ne suis pas non plus surprise par la ténacité des Ukrainiens. Par conséquent, je ne peux que soutenir les actions du gouvernement démocrate de Joe Biden, pour tenter de mettre fin à cette guerre. Par contre, j'aurais souhaité que notre gouvernement agisse bien plus tôt, afin d'éviter ce conflit.
En parlant de Biden, que pensez-vous de Donald Trump?
Quand je vivais à New York et à Philadelphie, tout le monde savait que Donald Trump était un «mafieux égocentrique». Alors quand il a été élu en 2016, j'étais sous le choc. Et je ne comprenais pas que personne ne l'avait vu venir, pas même les analystes politiques pourtant régulièrement cités dans les médias.
C'était un déclic pour vous?
C'est la première fois que j'ai vraiment commencé à prêter attention à la politique dans ce pays. Il y a quelques années, j'ai répondu à l'un de ces questionnaires en ligne pour savoir si j'étais républicaine ou démocrate; il s'avère que je me situe tout simplement au centre, je suis indépendante.
Qu'avez-vous ressenti lors de l'assaut du Capitole?
Les attaques du 6 janvier ont été horribles: je pleurais, j'avais peur, ils s'en prenaient à notre démocratie. Ces événements ont également apporté une certaine division au sein de ma famille, car mes enfants ont tous des expériences de vie différentes et donc des opinions diverses sur la façon dont le gouvernement affecte leur vie quotidienne.
Heureusement, mes enfants, mon mari et moi-même sommes capables de discuter ouvertement de ces questions sensibles et j'encourage chacun d'entre eux à exprimer leurs propres opinions.
Et ce qu'il s'est passé avec le droit à l'avortement, cet été?
L'annulation de l'arrêt Roe v Wade m'a vraiment touchée, d'autant plus que j'ai eu de nombreux problèmes de fertilité avant de donner naissance à mes trois fils. Pendant dix ans, les médecins m'ont répété que je n'aurais jamais d'enfants. Après plusieurs tentatives infructueuses, on m'a finalement donné un médicament assez puissant, le méthotrexate.
Ses composants permettent de maîtriser et d'arrêter une grossesse extra-utérine. Ce genre de grossesse peut tuer une femme, ce qui veut dire que ce traitement m'a sauvé la vie, alors que j'essayais, en vain, d'avoir un bébé. Ce médicament est également utilisé dans les cliniques d'avortement, lorsqu'une femme veut interrompre une grossesse précoce non désirée. Je ne pourrais pas travailler dans une clinique d'avortement, mais les choses ne sont pas aussi simples.
C'est-à-dire?
Lorsque le droit à l'avortement a été remis en cause, en juin, j'ai eu l'impression que le gouvernement me disait que je n'aurais pas dû avoir accès au méthotrexate à l'époque, et que je n'aurais donc pas pu avoir mes enfants, car je suis finalement tombée enceinte et j'ai pu avoir trois bébés en cinq ans.
Pensez-vous que voter a encore du sens?
J'estime qu'il est de mon devoir civique de voter, mais j'ai très peu de confiance dans le fait que le gouvernement fédéral va régler les problèmes structurels et systémiques de ce pays. Le plus grand exemple qui me vient à l'esprit est la Cour suprême, qui a clairement besoin de plus de juges en son sein. Il n'est pas normal que les membres actuels de cette cour imposent leurs propres moralités dans leurs sentences et décisions.
Comment allez-vous voter pour ces élections de mi-mandat, mardi? J'ai voté tant démocrate que républicain tout au long de ma vie; mais cette fois-ci, avec le droit à l'avortement en jeu, le droit des homosexuels qui est également menacé et avec ce qu'il se passe en Ukraine, je voterai démocrate, sans aucune hésitation.
«Le sexy des uns est le tue-l'amour des autres.» J'ignore si un philosophe respecté a un jour prononcé ces mots, mais ce proverbe devrait se trouver à l'intérieur de tous les biscuits porte-bonheur chinois du monde. A l'exception de quelques consensus universels (nous avons nommé: Brad Pitt), chacun a sa définition très personnelle de ce qui rend un homme «sexy». Et heureusement, d'ailleurs.