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01/10/2008
PEINTURE - LES NABIS et PONT-AVEN
LES NABIS ET L’ECOLE DE PONT-AVEN.
En 1888, le jeune peintre Paul SERUSIER rencontra GAUGUIN à Pont-Aven, et s’initia à ses théories picturales. Durant leurs promenades dans le Bois d’Amour, GAUGUIN affirma à SERUSIER que la décomposition et la division des couleurs faites à la manière des Impressionnistes, ne permettaient pas de rendre justice à la personnalité de l’artiste, et à la variation des formes de la nature.
Dans cet esprit, il encouragea SERUSIER à utiliser les couleurs comme il les percevait, sans diminuer leur intensité. Selon lui, la vision par l’artiste d’un arbre très vert devait entraîner l’emploi de la même couleur sur le tableau. Le sujet ne devait pas représenter l’image de la nature, mais l’idée que l’artiste se faisait de la nature, en y ajoutant sa fantaisie personnelle. Car, après avoir abandonné l’Impressionnisme pour se diriger vers une peinture « purifiée » exprimant un sens du sacré, et une réelle richesse poétique, GAUGUIN s’était entouré de jeunes artistes pour exploiter dans sa peinture, le Cloisonnisme et le Synthétique.
Le groupe prit alors le nom de ce village du Finistère qui les accueillait, Pont Aven. Et la pension de Marie Gloanec résonna alors de leurs discussions qui rendaient manifeste leur opposition à la peinture officielle. Ces artistes pauvres et mal aimés qui avaient pour nom GAUGUIN, SERUSIER, ANQUETIN, LAVAL, BERNARD et SEGUIN, s’inspirèrent de la Campagne Bretonne pour produire des tableaux qui évoquaient une foi religieuse ancestrale, et dans lesquels les figures laissaient apparaître un cérémonial archaïque.
De retour à Paris où il fréquentait l’Académie Julian, SERUSIER reprit contact avec ses amis, et leur communiqua avec enthousiasme les conseils plastiques qu’il avait reçus de GAUGIN.
Le groupe d’artistes féconds formé par SERUSIER, BONNARD, DENIS, IBELS et RANSON accueillit ensuite ROUSSEL, PIOT, VALLOTTON et VUILLARD, pour prendre le nom de « Nabis » qui signifie prophètes en hébreu : « Ainsi nommés parce que l’état d’enthousiasme leur devait être naturel » selon Maurice DENIS. Durant une dizaine d’années, cette association composée de personnalités très différentes comme MAILLOL ou LACOMBE, organisa souvent ses réunions dans l’atelier de RANSON, ou dans la boutique du Père Tanguy, le fameux marchand de couleurs.
En 1888, suivant les amicaux conseils donnés par GAUGUIN, SERUSIER composa « Le talisman » ou « Bois d’amour », qui s’affirma ensuite comme le tableau originel du mouvement. Ce nouveau courant pictural chercha à retrouver les sources réelles de l’art, en abolissant les frontières qui différenciaient l’art décoratif de la peinture de chevalet, et en abandonnant les théories de l’Impressionnisme que l’on jugeait superficiel et trop sensible.
Les Nabis se réunirent souvent, même pour prendre des repas en commun qui se faisaient toujours l’écho de leurs échanges d’idées. Ils découvrirent alors les œuvres de CEZANNE et de Van GOGH, et se lièrent d’amitié avec TOULOUSE LAUTREC qui fréquentait comme eux la salle de rédaction de « La Revue Blanche » qui devint leur porte-parole entre 1891 et 1903.
Les Nabis se caractérisèrent par leurs échanges d’idées fréquents, et par leur intérêt toujours constant de découvrir les éléments remarquables de la littérature, ou de l’art. A la première influence de GAUGUIN, s’ajouta rapidement celle de PUVIS DE CHAVANNES, et celle de REDON. En rencontrant Van GOGH et TOULOUSE LAUTREC, ils s’intéressèrent à la gravure sur bois japonaise. Leur démarche mystique les associa à l’art du Symbolisme. Aux côtés de SERUSIER, DENIS devint le théoricien du mouvement. Et dans ses principes, il fit la distinction entre la « déformation objective » et la « déformation subjective ».
Il entendait par déformation objective, les règles saisissables de l’extérieur qui dirigent l’esthétique et l’art décoratif, ainsi que les raisons techniques de la pose de la couleur et de la composition qui donnent la possibilité aux artistes de créer leurs tableaux en toute conscience.
Par déformation subjective, il faisait allusion aux forces intérieures incontrôlables qui apportent leur participation à la création, et aux forces de l’âme et de la pensée de l’artiste. Dans cette seconde déformation, on devine déjà les prémices de l’Expressionnisme et du Surréalisme qui suivirent.
Les Nabis, curieux de toutes les techniques, abandonnèrent certaines notions traditionnelles, pour exprimer leur art dans la tapisserie ou l’éventail, dans le meuble ou la céramique, ou dans l’affiche et le décor de théâtre. Leur refus du réalisme révéla une recherche de la saveur de la sensation primitive. Les couleurs des tableaux furent posées à plat, souvent enfermées par des contours importants. Le fond du tableau et les formes s’unirent alors en une surface qui rappelle l’art du tapis.
Les nombreux intérêts des Nabis les entraînèrent à inclure leurs principes dans tous les domaines de l’art. Ils exploitèrent avec succès toutes les formes de la peinture, et s’appliquèrent également à produire un grand nombre de lithographies, d’affiches ou d’illustrations de livres. Ils ajoutèrent également à leur création de certains décors de théâtre, la peinture de vitraux, et appliquèrent sérieusement la formule établie dans les « Théories » de Maurice DENIS : « Se rappeler qu’un tableau avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ».
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Alain VERMONT