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Les écoliers étrangers ne compromettent pas les progrès scolaires de leurs camarades suisses. Mieux! Selon une étude du Fonds national, leur présence dans les classes augmente les chances des jeunes helvètes de faire carrière.
L'étude soutenue par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNRS) tord le cou à bon nombre de craintes véhiculées par les parents ou par certains milieux politiques. Réalisée par des chercheurs de l'université de Fribourg, elle démontre, d'une part, que la présence d'enfants d'immigrés dans les classes normales ne freine pas le développement des jeunes Suisses et, d'autre part, que cette mixité favorise leur intégration.
L'enquête a été réalisée auprès de 2 000 enfants de deuxième année scolaire en Suisse alémanique et au Liechtenstein. Les élèves ont dû répondre à des tests linguistiques portant sur l'orthographe, le vocabulaire ou encore la compréhension de texte.
Les tests, réalisés au début et à la fin de l'année scolaire 1996-1997, prouvent que les performances des jeunes Suisses, normalement doués, ne sont nullement liés à la présence ou à l'absence d'étrangers. «Les progrès scolaires des jeunes Suisses sont identiques qu'ils se trouvent dans des classes comptant jusqu'à huit étrangers de faible niveau ou dans des classes sans enfants d'immigrés», affirme Winfries Kronig, de l'institut de pédagogie curative.
Le constat est moins étonnant qu'il n'y paraît même s'il va à l'encontre d'idées largement répandues. En effet, d'autres études avaient déjà montré que la présence, dans des classes normales, de jeunes suisses ayant de sérieuses difficultés scolaires n'entravait nullement les progrès des autres élèves.
L'autre phénomène mis en exergue par l'étude du Fonds national concerne l'avenir des jeunes. Les chercheurs affirment qu'une forte présence d'enfants de migrants dans le système scolaire favorise les chances de jeunes suisses de passer à une formation supérieure et, par conséquent, de faire carrière.
«Si l'on compare les notes de élèves, on constate généralement que les enfants étrangers occupent les dernières places du classement, explique Winfries Kronig. En toute logique, la comparaison profite aux jeunes suisses qui assurent ainsi leur progression dans le cursus scolaire.»
Dans le même ordre d'idée, des études réalisées dans le milieu du travail avaient déjà démontré qu'une forte présence d'immigrés favorisait l'accession des Suisses à des postes mieux rémunérés.
Les chercheurs fribourgeois ont également comparé les performances des enfants étrangers dans les classes d'accueil, les classes de développement et les classes normales. Résultat: même si l'élève est moins bien encadré, son apprentissage de l'allemand est nettement meilleur dans le système scolaire régulier.
«Nous plaidons donc logiquement pour une meilleure intégration des élèves étrangers dans les classes normales, déclare Winfries Kronig. D'ailleurs, il n'y a rien d'étonnant à cela. Bon nombre d'études internationales aboutissent aux mêmes conclusions».
Les statistiques démontrent pourtant que la tendance à séparer les enfants étrangers semble s'accentuer. «Les classes de développement accueillent trois fois plus d'enfants étrangers qu'il y a 20 ans, confirme Gérard Bless, professeur de pédagogie curative à l'université de Fribourg. Dans un même temps, la présence de leurs camarades suisses a diminué de vingt pour cent».
Au vu de leurs résultats, les chercheurs n'hésitent d'ailleurs pas à dire que la répartition des enfants dans des classes spéciales ou normales est parfois des plus arbitraires, lorsqu'elle ne fait pas preuve d'un certain ségrégationnisme.
Vanda Janka