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Ukraine: «Les enfants sont les premières victimes dans cette guerre oubliée»
Voilà quatre ans que le conflit à l’est de l’Ukraine a commencé. Bien qu’il soit moins présent dans les médias, la situation est loin d’être résolue. Plus de 54’000 enfants vivent dans des zones où le bruit des tirs et des bombes fait partie de leur réalité, constate Nikita Kovchuga, spécialiste en protection de l’enfance de Tdh en Ukraine. Interview.
Comment vivez-vous personnellement la crise?
Il y a deux ans, j’avais le choix entre rester en Espagne où je terminais un stage dans le social, ou revenir dans mon pays d’origine. L’Ukraine faisait face à la deuxième année de guerre au Donbass, ma région natale. J’ai choisi de revenir : je ne pouvais pas me tenir à l’écart de ce qui se passait dans mon pays. Je sentais que je devais faire quelque chose pour atténuer les conséquences des horribles évènements qui s’y produisaient. Même si par moments ma vie était en danger, comme lorsque j’ai dû me cacher au sous-sol à cause des bombardements ou quand les balles tombaient près de mes jambes pendant des tirs croisés, je suis resté dévoué à ma mission.
Pouvez-vous décrire la situation actuelle dans le pays?
Les espoirs de trouver une solution politique ont diminué, tout comme l’épargne des familles et leur capacité à faire face à la situation. Quatre ans après le début de la crise, des millions de personnes, dont 1,6 million déplacées à l’intérieur du pays, sont obligées de faire des choix impossibles entre la nourriture, les médicaments, le logement, le chauffage et l’éducation de leurs enfants.
Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, environ 60% des Ukrainiens vivent en dessous du seuil de pauvreté. La crise touche 4,4 millions de personnes, la plupart d’entre elles ont besoin d’aide humanitaire. Les bombardements frappent régulièrement la majorité des habitants vivant le long des 457 kilomètres de la «ligne de contact».
Quels sont les conséquences du conflit pour les enfants?
Les enfants sont les premières victimes dans la guerre oubliée de l’Europe. Des milliers d’enfants vivent dans des endroits bombardés tous les mois ou toutes les semaines. Parmi eux, des centaines sont obligés de passer beaucoup de temps dans des abris de fortune. D’après le rapport 2017 de l’UNICEF «Children of the contact line in East Ukraine», la détresse psychologique chez les enfants reste l’un des principaux problèmes en Ukraine de l’est.
Comment Tdh leur vient en aide?
Nous soutenons les enfants et les jeunes avec des activités psychologiques et sociales depuis 2015. L’année passée, nous avons mis en place des espaces dédiés aux enfants dans 75 écoles et cinq lycées professionnels de la région de Luhansk. Ils sont aménagés avec des jeux de société, des livres ainsi que du matériel pour jouer, entreprendre des travaux créatifs et faire du sport. Tdh a aussi formé des enseignants qui ont réalisé des activités récréatives avec plus de 7000 enfants.
Comme nous travaillons dans un contexte de crise prolongée, ces activités et ces espaces jouent un rôle essentiel pour les enfants. Cela les aide à relâcher la tension et à réduire les sentiments de peur, d’isolement et de dépression, mais aussi à créer des liens bienveillants, à avoir confiance en eux et à porter un regard positif sur la vie. En renforçant leurs ressources intérieures et leur environnement, nous leur garantissons une meilleure protection.
Qu’est-ce qui vous motive dans votre travail?
Le poste de chargé de protection de l’enfance représente un vrai défi. Toutefois, quand je suis sur le terrain et que je vois comment les enfants jouent et sourient, l’énergie qu’ils ont, j’ai l’impression qu’ils semblent vraiment avoir oublié ce qu’il se passe autour d’eux. C’est pourquoi ce travail me rend si fier.
En 2017, Terre des hommes a continué de soutenir psychologiquement plus de 7000 enfants touchés par le conflit et leur famille dans la région de Luhansk. Le travail d’amélioration du bien-être émotionnel et social des enfants et des jeunes de cette région se poursuit en 2018.
Nikita Kovchuga, spécialiste en protection de l’enfance de Tdh en Ukraine
Crédits photo: ©Tdh