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Ioann Igor Kopeykin
Doctorant à la Faculté de théologie de l'Université de Fribourg (CH) sous la direction du Prof. Dr. Barbara Hallensleben.
Projet de thèse
Le sujet complexe de l’intelligence collective et ses racines théologiques
Description du projet: Le sujet complexe de l’intelligence collective et ses racines théologiques
Le terme de l’intelligence collective relève de l’appréciation du rôle spécifique collectif des groupes humains dans le développement de la science (1842, R. Graves; 1889, C.W. Shields) aussi bien que des systèmes sociaux et politiques (1846, J. Pumroy; 1906, L.F. Ward). Dans le contexte de l’émergence du cyberspace, notamment d’Internet, et de la digitalisation mondiale, ce concept reçoit sa signification de l’interconnexion des humains et des ordinateurs, où les derniers sont vus comme un moyen à promulguer, accélérer et globaliser la collaboration des groupes humains et de l’humanité en général. C’est ainsi que l’intelligence collective se conceptualise dans les années 90s (notamment, P. Lévy), devient un champ fécond de recherche interdisciplinaire (notamment, autour du Center for Collective Intelligence au MIT et de son chef T. Malone), et tend à croître en une discipline séparée (G. Mulgan).
Les promoteurs de l’intelligence collective ne l’opposent pas à l’intelligence artificielle ni croient non plus au fait que l’intelligence artificielle présente une alternative quelconque à l’intelligence humaine. Au contraire, selon eux, l’intelligence artificielle aide l’intelligence humaine à s’épanouir au niveau collectif pour le bien commun. Dans ce contexte, la théorie se développe vers l’élaboration des méthodes et des éléments constitutifs pour formation efficace de ce que Malone appelle Supermind (2018) et Mulgan - Big Mind (2018). Or, la concentration sur des méthodes et des modèles des entités intelligentes collectives et surtout sur l’efficacité de leur fonctionnement, laisse à côté le problème crucial de la subjectivité de ces entités collectives, des groupes dont les capacités et les objectifs dépassent de plus en plus ceux des individus qui les composent. Ces sujets collectifs et complexes, appelés métaphoriquement par Malone « ghosts » ou « assemblies » en terme de Mulgan - grandissants au support de la digitalisation et ainsi globalement interconnectés - influencent la vie de leurs membres, le destin des compagnies, des communautés et de la société entière sans que la nature de leur « comportement » apparement intelligent soit suffisamment analysée. La discipline émergente de l’intelligence collective, soucieuse de programmation de « Global Brain » et de formation des architectes-programmeurs pour qui les éléments à programmer ne sont moins que les humains, doit certainement prendre en compte le problème du « personnel », individuel et collectif.
Ce problème nous ramène à la définition éloquente de la cybernétique, prononcé par Heidegger (1976), qui la nommé «la métaphysique de l’âge atomique », et à ce que J.-P. Dupuy (2005) appelle « un esprit sans sujet » comme « l’apport le plus significatif de la cybernétique à la philosophie » au XXème siècle, vu que les prémices ontologiques et épistémologiques de la cybernétique sont toujours au fond du phénomène du cyberspace aussi bien que de la théorie de l’intelligence collective. Cela nous intéresse d’autant plus que les prémices susdits ont apparement des racines théologiques médiévales (Ph. Breton, B. Rappin, etc.) et des parallèles importantes avec les réflexions théologiques sur la catholicité de H. De Lubac et de la noosphère de P. Teilhard De Chardin.
Ainsi, dans ma recherche, les trois « racines » théologiques, que B. Rappin (2014) dégage dans le concept de l’intelligence collective, seront examinées : notamment, la cosmologie néoplatonicienne renversée en l’a-théologie de Pierre Lévy, le concept théologique médiéval de la «Grande Réparation» adopté par un des « pères » de la cybernétique N. Wiener aussi bien que le concept de la noogénèse de Teilhard. Après l’analyse des trois « racines » je l'approche du point clé de la dispute médiévale sur l’unité de l’intellect où les trois racines convergent en une problématisation complexe de l’intellection collective. Ainsi, je suppose que ces racines ont une racine commune, qui est Ia problématisation de l’unité de l’intellect, elle-même, spécifique pour son contexte chrétien et caractéristique pour son mode de la «double vérité».
Enfin, mon idée consiste en l'exposition de ce phénomène dans son mode d’ «avant » de la problématisation théologico-philosophique - ainsi primordialement théologique dans son expression iconique liturgique : l’anaphore de saint Basile le Grand. Cela fait, essayer de montrer que l’intelligence collective a été et est toujours au sein de la théologie chrétienne, ainsi au sein de l’Eglise - le corps du Christ composé de son peuple, réuni par/dans l’Esprit et récapituler par la personne du Christ. Cet exemple vivant de l’intelligence collective peut être considéré comme un modèle de l’intelligence collective. En son expression iconique l’intelligence collective comme un système dynamique atteint son équilibre – l’essentiel dans la complexité – l’équilibre entre l’universel et le personnel, entre le collectif et l’individuel, entre le sujet et l’objet, entre l’immanent et le transcendant, entre la matière et l’esprit, entre l’entropie chaotique et la cosmogénèse s’organisant.