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Mme Salerno exprime, dans un courrier adressé à M. Loichemol (directeur de la Comédie de Genève), son indignation que ce dernier ait invité sur une scène genevoise Bertrand Cantat.
Que Madame Salerno, comme tout citoyen ou citoyenne, puisse exprimer sa réprobation et ne pas vouloir accorder de pardon à quelqu'un qui a commis un meurtre, c'est son droit ! Mais, elle exprime là son éthique personnelle et aurait dû, par conséquent, utiliser un papier neutre pour rédiger sa missive et non pas un courrier à en-tête de la Ville de Genève.
En effet, une lettre frappée des armes de la Ville de Genève représente indubitablement la voix officielle. Mme Salerno ne parle alors plus à titre privé, mais au nom d'une conseillère administrative de Genève. Il est tout à fait erroné de vouloir se dédouaner en disant : « J'ai été invitée en tant que conseillère administrative ! Il n'y pas à polémiquer. C'est ma liberté d'accepter ou de refuser des invitations. C'est aussi ma responsabilité de motiver mes choix » (extrait cité in Tribune de Genève du 1er décembre 2011).
Une fois encore, Mme Salerno confond sa vie privée avec sa fonction. En tant que conseillère administrative, elle n'a pas le droit d'être menée par ses émotions. Elle se doit d'être porteuse de la voix officielle. Or, pour la société, Bertrand Cantat a purgé sa peine. Il est donc, vis-à-vis de la société, acquitté.
Cette manière de jouer la péronnelle qui s'érige en juge suprême est insupportable.
D'autant plus que Mme Salerno évoque même, pour justifier sa réaction, rien moins que les droits de l'homme (euh pardon, les "droits humains" !) auxquels la ville de Genève est si attachée...
Je ne sais pas à quel droit elle se réfère, mais, pour moi, on n'a pas le droit de stigmatiser quelqu'un qui a payé sa faute, et qui s'est acquitté vis-à-vis de la société. Lorsque quelqu'un a purgé sa peine, on ne devrait même plus continuer à dire que c'est un meurtrier. Et, il ne s'agit ni d'oubli ni d'insulte envers les victimes, mais de rédemption ou plus prosaïquement de résilience.
En réduisant Bertrand Cantat à n'être, jusqu'à la fin de ses jours, qu'un meurtrier, on réduit aussi toutes les victimes (de torture, de maltraitance...) à n'être, jusqu'à la fin de leurs jours, que des victimes !
En outre, ce déferlement de l'émotionnel ne met-il pas en péril l'institution juridique ? Car, si un condamné, même après avoir purgé sa peine, reste condamné, à quoi sert alors une décision de justice ?
Enfin, dernière question, mais qui s'écarte des droits de l'homme et de la peine purgée, comment cette lettre, envoyée par Sandrine Salerno au directeur de la Comédie, a-t-elle pu atterrir à la Tribune de Genève ? Cette lettre n'est pas allée se promener toute seule jusqu'à la rédaction de notre "Julie" ! Quelqu'un l'a donc transmise. Serait-ce Mme Salerno elle-même qui l'aurait fait parvenir à la Tribune de Genève, son nouveau chargé de communication, un de ses subordonnés à l'intérieur de son service ou encore quelqu'un parmi ses proches ?
Notre ex-maire n'a décidément pas l'air d'être bien entourée...