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Ce que Jung a vraiment dit
Etant donné que l'inconscient demeure inconnu jusqu'au moment où il devient conscient, on a tendance à croire que la vie consciente est l'expression de toute la psyché. Il suffit cependant d'avoir eu une expérience, même restreinte, de l'analyse onirique pour changer d'avis et le malade se rend alors compte, par sa propre expérience, que l'esprit, conscient et inconscient, est plus vaste qu'il ne l'avait cru au premier abord.
Jung a introduit l'expression d'individuation pour décrire le processus par lequel un être humain devient un «individu» psychologique, c'est-à-dire une unité auto et indivisible, une «totalité».
Il faut bien distinguer l'individualisme, qui est une tendance égocentrique, qui concerne une action et une pensée libre et indépendante, de l'individuation qui se réfère à la réalisation des qualités personnelles et collectives de l'être. Le processus d'individuation peut apparaître aux moments importants de la vie et au cours de périodes de crises, lorsque le destin bouleverse les desseins et l'attente du Moi conscient.
La personnalité réduite à son Moi conscient ne peut pas, sans aide, nous faire prendre conscience de l'homme total en nous; en général cette prise de conscience ne peut avoir lieu que grâce aux efforts conjugués du conscient et de l'inconscient.
Autrement dit, la partialité de la vie consciente se trouve alors corrigée, compensée, par une interaction du conscient et de l'inconscient. C'est alors que nous voyons à l'œuvre cette tendance vers la réalisation de soi-même qui, d'après Jung, est propre à chacun de nous. Elle peut ne jamais se réaliser, mais cette réalisation de soi constitue le but du processus d'individuation. L'homme, lorsqu'il agit, le fait toujours en fonction d'un but, d'une fin; il a un objectif. Il s'en approche non pas grâce à ses intentions, mais par la façon dont il vit sa vie et dont ses dons innés s'expriment.
Notre vie n'est pas toujours vécue comme elle aurait dû l'être et nos espoirs sont souvent déçus. Le succès dans l'entière acception du terme, exige l'union des contraires. C'est-à-dire que lorsque le processus d'individuation se réalise, l'action combinée du conscient et de l'inconscient permet l'assimilation du Moi au sein d'une personnalité plus vaste, le Soi, que Jung décrit ainsi: «C'est le tout, le conscient et l'inconscient, ce que je suis moi-même, et il implique tout ce qui est là en moi et dont j'ignore la présence, comme mon corps et son fonctionnement, ainsi que l'inconscient.»
Jung ajoute au sujet du concept d'individuation: ce processus «est la réalisation spontanée de l'homme total... Plus son Moi est purement et simplement le Moi, plus il se sépare de l'homme collectif qui est également, et plus il entre même en opposition avec lui. Mais comme tout ce qui vit tend à l'unité, l'attitude inévitablement unilatérale de la vie consciente est constamment corrigée et compensée par les composantes essentielles de l'humaine condition, dans le but final d'intégrer l'inconscient dans le conscient, ou mieux d'assimiler le Moi à une personnalité plus étendue.»