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L’interprétation simultanée, un sport cérébral de haut niveau
Cette semaine, dans les coulisses du Conseil national, les neuf interprètes simultanés œuvreront de nouveau dans l’ombre et mettront leur cerveau à l’épreuve.
L’interprétation simultanée est «l’une des choses les plus difficiles que le cerveau humain puisse réaliser», écrit David Bellos dans son livre «Is That a Fish in Your Ear?» («Le poisson et le bananier»). Cela s’applique a fortiori aux interprètes simultanés au Conseil national, avec tous ses termes techniques et toutes ses abréviations.
«Un interprète simultané doit aller à l’encontre de son instinct – il doit parler en écoutant, écouter en parlant. L’interprétation de conférence existe uniquement parce que certaines personnes extrêmement compétentes sont capables de faire des choses aussi peu naturelles», écrit David Bellos.
L’interprétation simultanée au Parlement est encore plus épuisante qu’en conférence, explique Suzanne Metthez, qui traduit de l’allemand et de l’italien vers le français et qui dirige depuis 2007 le service d’interprétation du Parlement.
Les équipes se relaient à intervalles rapprochés
Si les réunions n’abordent généralement qu’un seul sujet, le Conseil national traite jusqu’à 30 affaires par jour. À la veille du colloque qui a eu lieu pendant la session d’été, le Conseil a abordé des sujets divers et variés tels que le harcèlement sexuel, la taxe sur le sucre et le financement des médias. Suzanne Metthez confie qu’à la fin du service, à dix heures du soir, elle était rincée.
En raison de l’immensité de l’effort, les membres des trois équipes linguistiques se relaient à intervalles rapprochés dans les cabines d’interprétation vitrées surplombant la salle du Conseil national pour reprendre leur souffle. L’intervalle est de 45 minutes pour les interprètes en allemand et en français et d’une demi-heure pour ceux qui traduisent en italien. En effet, comme les discours en italien sont rares, les interprètes italophones travaillent pratiquement sans pause.
Combien de parlementaires se servent de l’interprétation simultanée, au juste? Un coup d’œil permet d’observer qu’ils sont apparemment peu nombreux. «Cela ne veut rien dire», affirme la collègue de service de Suzanne Metthez. Cela dépend d’une part de la complexité du sujet et, d’autre part, il est difficile de repérer les casques depuis la cabine puisqu’ils sont unilatéraux, explique-t-elle. Le service est surtout utilisé par les nouveaux élus, a observé Suzanne Metthez. «À mesure que la routine s’installe, l’utilisation diminue.»
La Suisse était relativement en avance
«Les débats de l’Assemblée fédérale (Chambres réunies) tout comme ceux du Conseil national font l’objet d’une interprétation simultanée, assurée par le service d’interprétation dans les trois langues officielles (allemand, français, italien)», peut-on lire sur le site web du service parlementaire.
En octobre 1946, la première expérience d’interprétation simultanée a même été entreprise dans les quatre langues nationales. Un compte rendu de réunion datant de fin 1947 prévoyait encore trois langues cibles. Pour des raisons obscures, le chancelier de l’époque, Oskar Leimgruber, avait alors assuré que l’italien n’entraînerait aucun coût supplémentaire. Il s’est probablement trompé: pour des raisons financières, la traduction en italien n’est arrivée qu’en 2004.
En introduisant l’interprétation simultanée au Conseil national au début de l’année 1948, la Suisse était en avance. L’interprétation simultanée telle qu’on la connaît aujourd’hui a vu le jour le 20 novembre 1945, au début du premier procès de Nuremberg. Au parlement belge, la traduction simultanée avait été introduite dès 1936.
L’«échantillon gratuit» des procès de Nuremberg
Auparavant, la traduction était consécutive: l’orateur s’arrêtait et l’interprète résumait son propos. Cela retardait considérablement les débats. Si l’interprétation consécutive avait été employée à Nuremberg, le procès aurait probablement duré deux ans.
IBM avait réuni les conditions techniques permettant l’emploi de l’interprétation simultanée dès le milieu des années 1920. Mais ce n’est qu’à l’issue des procès de Nuremberg, lors desquels IBM a fourni gratuitement les systèmes «Speech Translator», que ces derniers ont connu une percée – et qu’IBM a notamment signé un gros contrat avec l’ONU, précise Suzanne Metthez.
Un texte écrit ne convient pas au discours oral
La rémunération des interprètes simultanés au Conseil national est fixée à 55 tranches journalières annuelles de 1 100 francs. Cela semble être beaucoup d’argent. S’il est vrai que chaque membre de l’équipe traduit «seulement» pendant environ cinq heures par jour, les pauses servent à préparer les sujets suivants. Dans le même temps, les interprètes «en pause» continuent d’écouter les débats d’une oreille pour ne pas perdre le fil.
Plus un orateur parle librement, plus les choses sont faciles, affirme l’interprète. «Celui-ci par exemple est bien parce qu’il communique», affirme Suzanne Metthez à propos du Conseiller national dont le discours est retransmis en fond à la télévision dans le bureau d’interprétation. Le rythme, la modulation vocale et les pauses logiques de son discours correspondent à l’oralité naturelle et à la vitesse de réflexion.
Ce qui est loin d’être toujours le cas. «Rien n’est plus difficile à traduire que des textes lus sur des feuilles», confirme le collègue de Suzanne Metthez. Trop souvent, les débats ne portent pas sur la formation des opinions, mais sur ce qui entre dans le compte rendu, explique la patronne, étant donné que les textes lus ont été réfléchis longtemps à l’avance – «un avantage que nous n’avons pas».
Des sujets déjà difficiles à comprendre dans sa propre langue
Selon Suzanne Metthez, le problème n’est pas le jargon technique, qui peut être préparé et recherché sur l’ordinateur si besoin – tout en écoutant et en parlant, soit dit en passant. La base de données parlementaire Termdat contient 400 000 termes juridiques et administratifs.
On y apprend par exemple que le mot allemand «Bergepanzer» n’a rien à voir avec la montagne («Berg») mais se rapporte au sauvetage («Bergung») – ce «char de dépannage» avait tout d’abord laissé les interprètes perplexes lors du débat sur le programme d’armement 2001.
La compréhension de l’ensemble constitue un plus gros problème que les termes en particulier. Les domaines de spécialité tels que les codes de procédure civile et pénale se révèlent particulièrement difficiles d’après Suzanne Metthez: «Souvent, on ne comprend même pas dans sa propre langue.»
Un métier féminin?
Les textes de discours confiés à l’avance aux interprètes devraient en principe aider. Mais ce souhait se concrétise rarement, concède Suzanne Metthez. Environ 10 à 15% des intervenants invités à les fournir le font, estime-t-elle. Il s’agit bien plus souvent de femmes que d’hommes, a-t-elle relevé.
L’interprétariat compte également plus de femmes: à l’heure actuelle, six des neuf interprètes du Conseil national sont des femmes. Néanmoins, Suzanne Metthez ne pense pas que les femmes ont un don particulier pour ce métier. Elle considère que l’idée selon laquelle les femmes savent mieux gérer plusieurs tâches à la fois est surestimée. Elle suppose plutôt que les femmes exercent plus souvent ce métier dans la mesure où les hommes n’aiment pas travailler en coulisses.
Pas de traduction au Conseil des États
Il n’y a pas de traduction au Conseil des États. Ceci n’est pas lié à des questions de rentabilité pour seulement 46 membres. En 2015, le Conseil des États a décidé de ne pas faire traduire ses sessions.
L’idée de développer une compréhension de la langue et de la mentalité des autres régions du pays fait partie de la culture de la chambre haute, était-il spécifié à l’époque. En cas de recours à la traduction simultanée, ce principe serait mis en doute.
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