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Canton de la Confédération suisse depuis 1481. Le canton de S., ainsi nommé dès 1798 (en concurrence avec "République de S." de 1814 à 1848), était désigné, comme institution, par les expressions "Avoyer et Conseil de la ville de S." dans la première moitié du XVIIIe s. et "Avoyer et Conseil de la ville et république de S." dans la seconde moitié. All. (langue officielle) Solothurn, ital. Soletta, rom. Soloturn. Le chef-lieu est S.
Au moyen de conquêtes ou par voie contractuelle, la ville de S. acquit entre la fin du XIVe s. et le premier tiers du XVIe un territoire qui s'étend sur le Jura dans toute sa largeur (cinq chaînes) et déborde au sud sur le Plateau. Les obstacles opposés à ses ambitions tant par Berne au sud que par la ville et l'évêché de Bâle au nord contribuent à expliquer la géographie compliquée et même morcelée du canton.
On distingue trois régions: le "haut" autour de S. (partie occidentale), le "bas" autour d'Olten (partie orientale) et le Schwarzbubenland au nord du Passwang (partie septentrionale). Les cantons limitrophes sont Berne, l'Argovie, Bâle-Campagne et le Jura. L'enclave de Kleinlützel et celle de Hofstetten-Flüh, Metzerlen, Rodersdorf touchent au Sundgau français, celle de Steinhof est entourée par Berne. Trois grands axes transjurassiens empruntent le territoire soleurois: routes d'Oensingen à la vallée de la Birse par la cluse de Balsthal et le Thal, d'Oensingen à Liestal par le Bas-Hauenstein et d'Olten à Liestal par le Haut-Hauenstein (Hauenstein). Le point culminant du canton est la Hasenmatt (1444 m) dans la chaîne du Weissenstein. La population se concentre dans la vallée de l'Aar et sur le cours inférieur de l'Emme, qui se jette dans l'Aar à l'est de S. La Dünnern, entièrement soleuroise, rejoint l'Aar à Olten. Au nord, la Birse sert de frontière cantonale en quelques endroits.
|Superficie (2006)||790,7 km²|
|Forêt / surface boisée||341,9 km²||43,2%|
|Surface agricole||343,1 km²||43,4%|
|Surface bâtie||98,1 km²||12,4%|
|Surface improductive||7,6 km²||1,0%|
|Année||1850||1880a||1900||1950||1970||2000|
|Habitants||69 674||80 362||100 762||170 508||224 133||244 341|
|En % de la population suisse||2,9%||2,8%||3,0%||3,6%||3,6%||3,4%|
|Langue|
|Allemand||79 514||97 930||162 812||191 559||215 784|
|Français||764||1 912||3 769||3 409||2 323|
|Italien||91||829||3 349||22 422||7 678|
|Romanche||3||16||187||289||190|
|Autres||52||75||391||6 454||18 366|
|Religion, Confession|
|Catholiquesb||61 556||63 037||69 461||94 742||132 370||106 263|
|Protestants||8 097||17 114||31 012||69 204||83 633||76 292|
|Catholiques-chrétiens||4 904||3 804||1 876|
|Autres||21||273||289||1 658||4 326||59 910|
|dont communauté juive||21||139||159||105||65||91|
|dont communautés islamiques||1 064||13 165|
|dont sans appartenancec||2 118||33 244|
|Nationalité|
|Suisses||68 741||78 153||96 562||164 172||189 828||201 877|
|Etrangers||933||2 209||4 200||6 336||34 305||42 464|
|Année||1905||1939||1965||1995||2005|
|Personnes actives||Secteur primaire||24 843||27 526||6 963||6 245d||5 545|
|Secteur secondaire||27 755||44 550||69 488||46 131||39 188|
|Secteur tertiaire||8 206||13 367||28 929||63 257||70 464|
|Année||1965||1975||1985||1995||2005|
|Part au revenu national||3,6%||3,2%||3,0%||3,1%||2,9%|
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
Lors de la préhistoire déjà, le Jura jouait un rôle important par ses cols et par ses gisements de fer. En outre, ses hauteurs escarpées et ses vallées écartées offraient une protection dans les époques troublées. Un climat favorable, un sol fertile et des cours d'eau abondants favorisèrent la colonisation du pied sud du Jura et du Plateau.
Les plus anciens objets en pierre trouvés dans le canton datent du Moustérien (80 000-35 000 av. J.-C.); ils proviennent de Gempen et de Winznau, ainsi que de la grotte de Kastel (comm. Himmelried), site qui a livré aussi les seuls artéfacts du Magdalénien inférieur (18 000 av. J.-C.) découverts en Suisse. Le Magdalénien final (10 000 av. J.-C.) est présent à Kastel et dans de nombreux autres sites du Jura et de la région d'Olten (grottes, abris sous roche, stations de plein air). Les trois strates de l'abri de Chesselgraben (comm. Erschwil) montrent la transition entre le Paléolithique supérieur et le Mésolithique (9700-9500 av. J.-C.). Plusieurs stations de plein air épipaléolithiques et mésolithiques autour des lacs d'Inkwil et de Burgäschi témoignent du comblement progressif de ces plans d'eau au cours des millénaires.
Auteur(e): Hanspeter Spycher / PM
Les vestiges néolithiques les plus anciens sont des outils en silex du VIe millénaire découverts près du château de Burgäschi (Hintere Burg), ainsi qu'une fosse à Biberist (Spitalhof) remplie de pierres de chauffe et de charbon de bois daté au carbone 14 de 4660-4480 av. J.-C. Les tombes en ciste de Däniken sont sans doute du Ve millénaire, car elles ont livré un gobelet du Wauwilermoos typique de la civilisation d'Egolzwil. L'habitat terrestre découvert en 2002 à Dornach (Landskronstrasse) doit être attribué aux phases ancienne et classique de la civilisation de Cortaillod (3962-3711 av. J.-C. selon le carbone 14). Les habitats lacustres mis au jour sur les rives du lac de Burgäschi appartiennent au Cortaillod classique (3835-3830 av. J.-C. selon la dendrochronologie pour Burgäschi-Ost), tout comme ceux de l'île du lac d'Inkwil. L'habitat de hauteur du Dickenbännli (comm. Olten) a donné son nom à un type de perçoirs en silex répandus dans tout le nord de la Suisse vers 4000 av. J.-C. Les sites de la civilisation de Horgen (3300-2800 av. J.-C.), tels Egerkingen-Ramelen et Trimbach-Frohburg, sont tous sur des hauteurs, tout comme ceux de la Céramique cordée (2750-2450 av. J.-C.), à l'exception de Burgäschi-Nord.
Auteur(e): Hanspeter Spycher / PM
Une lacune de près de 1000 ans sépare les ultimes vestiges du Néolithique des premiers témoins de l'âge du Bronze, qui n'apparaissent que dans la dernière phase du Bronze ancien (XVIIe-XVIe s. av. J.-C.). Il s'agit de quelques habitats, situés peut-être le long d'une route reliant le Plateau au coude du Rhin par le Jura. Au Bronze moyen (XVIe-XIVe s.), la présence humaine gagna les vallées jurassiennes: sites de hauteur de la Balmfluh près de Günsberg, de la Lehnfluh et de la Ravellenfluh près d'Oensingen, de Frohburg (comm. Trimbach), de la Holzfluh (comm. Balsthal) et de la Portifluh (comm. Zullwil). Les rares sépultures connues datent de la fin du Bronze moyen et du Bronze final. La colonisation du Jura progressa dans les dernières phases du Bronze final (XIIe-IXe s. av. J.-C.). De nombreux dépôts de bronze immergés ou placés près d'un cours d'eau, comme celui du Hinzihöfli de Granges, enterré près d'une source, sont interprétés comme des offrandes votives.
Auteur(e): Hanspeter Spycher / PM
L'occupation de quelques-uns des habitats du Bronze final se poursuivit vraisemblablement sans interruption à l'époque de Hallstatt, qui n'est guère connue que par des tombes (en particulier par les vingt tumulus du Heidenmoos à Subingen), mis à part les vestiges d'un mur de plus de 500 m de long et de 4-6 m de haut qui protégeait aux VIIIe-VIIe s. av. J.-C. le site de hauteur du Chöpfli (comm. Hofstetten-Flüh). L'époque de La Tène a laissé des traces peu nombreuses, mais importantes. Les bas fourneaux de La Tène ancienne ou moyenne découverts à Hofstetten-Flüh (Huetmatt), datés au carbone 14 de 374-191 av. J.-C., comptent parmi les témoins de l'affinage du fer les plus anciens en Suisse. La ferme de Messen (Altes Schulhaus), de La Tène finale, devint sans rupture une villa romaine. Le territoire des Helvètes englobait l'actuel canton de S., mais l'on ignore si la fortification du plateau de Buechholz (comm. Eppenberg-Wöschnau), défendue par une puissante muraille, est l'un de leurs oppida, que mentionne César.
Auteur(e): Hanspeter Spycher / PM
Olten (nom latin inconnu) et S. (Salodurum), fondés au début du Ier s. apr. J.-C. comme relais routiers près de points de passage de l'Aar, devinrent de petits centres urbains (vici). Une voie romaine principale allait d'Aventicum à Augusta Raurica par Salodurum, la cluse de Balsthal et le Haut-Hauenstein. L'axe pour Vindonissa par Olten s'en détachait à Oensingen. Si les vallons jurassiens restaient vides (sauf le long de la route du Haut-Hauenstein, autour de Laufon et dans le district de Dorneck), la campagne au pied sud du Jura et dans la vallée de l'Aar était semée de domaines petits ou grands (villae rusticae); on en a identifié plus de 150, mais la plupart n'ont guère été étudiés. Nombre d'entre eux furent abandonnés après les incursions des Alamans de 270-275. Plusieurs sites de hauteur (Oensingen-Lehnfluh, Trimbach-Frohburg, Lostorf-Gross Chastel) ont livré des vestiges de la fin du IIIe s. et du IVe s. Au commencement du IVe s., Olten et S. furent transformés en castra fortifiés, nettement plus petits que les vici ouverts qu'ils remplaçaient. Un petit ouvrage (burgus) fut construit vers 370 à Sankt Wolfgang pour protéger la route du Haut-Hauenstein.
Auteur(e): Hanspeter Spycher / PM
Le haut Moyen Age n'est guère connu que par des sépultures, mis à part des maisons sur poteaux et des fonds de cabane à Rodersdorf et Dornach, ainsi que des traces d'activités métallurgiques à l'Oberdörferberg (comm. Gänsbrunnen) et au lieudit Gausmet (comm. Seewen). Le site le plus important est la nécropole d'Oberbuchsiten-Bühl, où l'on peut observer aussi bien la transition entre l'Antiquité tardive et le haut Moyen Age que les relations entre indigènes gallo-romains et immigrés alamans. Certains cimetières montrent que l'ouest du futur canton relevait culturellement du milieu romano-burgonde, l'est de l'espace alaman. Politiquement, le canton fit partie dès le deuxième tiers du VIe s. du duché de Transjurane dans la Burgondie franque. Des églises sont attestées par l'archéologie à Laupersdorf et S. (Saint-Etienne et Saint-Pierre). Des sépultures à Messen et Lüsslingen sont considérées, en raison de leur disposition et de leur aménagement, comme celles des propriétaires-fondateurs des églises où elles se trouvaient. On ignore l'âge exact des chapitres de Schönenwerd (mentionné en 778) et de Saint-Ours à S. (mentionné en 870).
Auteur(e): Hanspeter Spycher / PM
Le territoire du futur canton se trouvait dans la zone frontière entre les royaumes issus des partages de l'empire carolingien au IXe s., puis entre le second royaume de Bourgogne et le duché de Souabe. En 1032-1038, la Bourgogne revint à l'Empire. Les ducs de Zähringen commencèrent à s'imposer vers 1100. En 1127, ils héritèrent le comté de Bargen du comte de Bourgogne Guillaume III l'Enfant, assassiné à Payerne et dernier de sa lignée. Au même moment, ils furent nommés recteurs de Bourgogne par l'empereur Lothaire III de Supplinburg, ce qui fit d'eux, jusqu'à leur extinction en 1218, les seigneurs de la ville de S. et du chapitre de Saint-Ours. Dès la seconde moitié du XIIIe s., le landgraviat de Burgundia circa Ararim (rive gauche de l'Aar jusqu'à la Siggern près de Flumenthal) fut administré par les comtes de Neuchâtel-Nidau, celui de Bourgogne (rive droite de l'Aar) par les comtes de Buchegg qui, outre des terres dans le Bucheggberg, détenaient l'avouerie sur le chapitre de Saint-Ours. Un territoire compact allant de Lengnau à Selzach releva des seigneurs de Fenis, puis de ceux de Granges; au milieu du XIIe s., il passa aux seigneurs de Strassberg, bientôt éteints. Leur succédèrent après 1200 les comtes de Strassberg, de la maison de Neuchâtel-Nidau, fondateurs d'Altreu, qui recueillirent aussi en 1309 la seigneurie de Balm (entre la Balmfluh et Flumenthal), après le bannissement de Rudolf II de Balm.
Les comtes de Frobourg possédaient de vastes terres aux alentours des deux cols du Hauenstein. Ils reçurent en fief épiscopal les droits comtaux (que l'empereur avait donné à l'évêque de Bâle au XIe s.) sur le Buchsgau dès la fin du XIe s. et sur le Sisgau après 1223. Ils en remirent une partie à leurs propres vassaux, notamment aux seigneurs de Bechburg et Falkenstein, possessionnés autour d'Oensingen et de Balsthal. Plusieurs places fortes protégeaient les routes du Haut-Hauenstein (bourgades de Fridau et Klus, châteaux de Neu-Bechburg, Alt-Bechburg, Neu-Falkenstein et Alt-Falkenstein) et du Bas-Hauenstein (Olten, château de Frohburg). A l'extinction des Frobourg en 1375, leurs droits comtaux dans le Buchsgau furent partagés entre l'évêque de Bâle et plusieurs de ses vassaux (comtes de Neuchâtel-Nidau, de Kibourg-Berthoud, de Thierstein, seigneurs de Falkenstein), qui héritèrent aussi d'une partie de leurs droits fonciers, une autre partie allant aux barons de Grünenberg. Les barons de Wartenfels résidaient au-dessus de Lostorf. Ceux de Gösgen détenaient le château de ce village et exerçaient l'avouerie sur le chapitre de Schönenwerd, léguée en 1399 aux seigneurs de Falkenstein.
Les comtes de Homberg (dit aussi de Thierstein) étendirent leur pouvoir au nord du Passwang comme détenteurs du landgraviat du Sisgau (avant 1223). Vers 1200, une de leurs branches hérita des comtes de Soyhières l'avouerie sur l'abbaye de Beinwil et fit construire près de Büsserach le château fort de Neu-Thierstein, dont elle prit le nom. Elle avait pour voisins à l'ouest les seigneurs (et le château) de Rotberg et à l'est les barons de Ramstein (château fort de Gilgenberg).
Auteur(e): Hans Braun / PM
La tradition relative aux saints martyrs Ours et Victor et à sainte Vérène, jointe aux preuves archéologiques de la présence d'églises, permet de supposer l'existence d'une communauté chrétienne à S. au Ve s. déjà. Le territoire cantonal relevait de trois diocèses: Lausanne (rive gauche de l'Aar jusqu'à la Siggern, ce qui incluait le Leberberg, la ville de S. et le chapitre de Saint-Ours), Constance (rive droite de l'Aar: Bucheggberg, Wasseramt et Werderamt avec le chapitre de Schönenwerd) et Bâle (rive gauche de l'Aar en aval de la Siggern, vallée de la Dünnern, Schwarzbubenland, avec l'abbaye de Beinwil-Mariastein.
Les chapitres collégiaux de Saint-Ours à S. et de Saint-Léger à Schönenwerd remontent à l'époque carolingienne. Ils possédaient des collations, des terres et des droits de basse justice, le premier autour de S., le second dans une zone allant du lac de Hallwil jusqu'à l'ouest d'Olten. Vers 1100, des représentants de la noblesse locale fondèrent l'abbaye bénédictine de Beinwil, qui disposait de plusieurs paroisses dans ses environs et de terres dispersées jusque dans le Seeland lucernois, le Brisgau et l'Alsace. L'abbaye de Saint-Urbain, combourgeoise de S. en 1252, avait des maisons à S. et Olten, des collations et des terres dans le Wasseramt, le Bucheggberg et surtout dans le Gäu, où la commanderie des chevaliers de Saint-Jean de Thunstetten possédait aussi des biens avant la Réforme, tandis que le chapitre cathédral de Bâle, la prévôté de Moutier-Grandval et l'abbaye de Lucelle en détenaient dans le Schwarzbubenland.
Auteur(e): Hans Braun / PM
Après la disparition du rectorat zähringien en 1218, la ville de S., sujette de l'empereur, acquit par étapes l'immédiateté impériale. La recherche de l'autonomie politique et militaire alla de pair avec la formation d'un territoire, constitué par divers moyens (achats, combourgeoisies, conquêtes) et en s'appuyant sur diverses alliances.
La ville de S. inaugura sa politique territoriale en 1344, en achetant aux comtes de Buchegg la charge d'avoyer et les droits de haute justice sur la seigneurie de Balm. Avant 1362, elle acquit aussi l'avouerie sur le chapitre de Saint-Ours, détenteur de terres et de basses justices au nord et au sud de la cité. En 1365, elle reçut de l'empereur Charles IV la haute juridiction sur son ressort (d'un rayon de trois lieues), ce qui renforça sa position de seigneur territorial. A la mort du comte Rodolphe IV de Nidau dans la guerre des Gugler (1375), une lutte de succession opposa Berne et S. aux maisons de Kibourg-Berthoud et de Habsbourg. Après la victoire des deux cités de l'Aar dans la guerre de Berthoud et celle des Confédérés sur les Habsbourg à Sempach (1386), Berne et S. s'emparèrent des seigneuries de Granges, Altreu et Büren, notamment parce que les Habsbourg les avaient hypothéquées à Enguerrand de Coucy. Dans le partage de 1393, S. reçut les deux premières, qu'elle réunira dans le bailliage du Lebern, et renonça à Büren. Après l'acquisition de la basse justice sur Balm (1411), S. érigea un nouveau bailliage englobant Balm et les terres du chapitre sises au nord de l'Aar, dit Flumenthal dès la fin du XVe s. En 1414, l'empereur Sigismond confirma les droits de haute justice de S. sur la rive nord de l'Aar entre Granges et la Siggern.
En 1391, la ville avait acheté la seigneurie de Buchegg; elle en fit le bailliage du Bucheggberg, auquel elle ajouta la seigneurie de Messen en 1410/1412 et Lüsslingen en 1539. Elle réunit Deitingen (acquis en 1428/1516), la seigneurie de Halten (acquise avec d'autres basses justices en 1466) aux terres du chapitre sises au sud de l'Aar pour former le bailliage de Kriegstetten (ou Wasseramt). La haute juridiction sur ces deux bailliages passa des Kibourg à Berne en 1406, avec le landgraviat de Bourgogne. En 1516, Berne la céda à S. en partie (terres du chapitre et Deitingen).
Les possibilités d'expansion sur le Plateau étaient limitées par les ambitions du puissant allié bernois. Ainsi, S. put acquérir les seigneuries de Neu-Falkenstein en 1402 et de Bipp en 1411, mais dut partager cette dernière avec Berne, en vertu d'un arbitrage confédéral de 1413. En 1415-1416, S. obtint une participation à la gestion de Neu-Bechburg, Fridau (seigneuries acquises par Berne) et Buchsiten (ancienne possession des Grünenberg). En 1426, les villes de Berne et S. achetèrent ensemble aux seigneurs de Falkenstein le landgraviat du Buchsgau, fief que ceux-ci tenaient de l'évêque de Bâle; les parties situées dans le Thal et le Guldental, ainsi qu'entre Olten et Erlinsbach revinrent aux seuls Soleurois, à qui avaient déjà été attribuées les seigneuries d'Alt-Bechburg en 1416 et d'Alt-Falkenstein (Klus) en 1420, en compensation de leur renoncement aux conquêtes communes de 1415 en Argovie. Réunissant les deux Falkenstein et Alt-Bechburg, S. forma le bailliage de Falkenstein, complété avec les villages de Welschenrohr et Gänsbrunnen (relevant originellement du chapitre de Moutier-Grandval, combourgeois de S. depuis 1404), puis avec Matzendorf en 1449. En 1463, S. et Berne se partagèrent les terres qu'ils possédaient encore en commun sur la rive gauche de l'Aar; renonçant à Bipp, S. reçut les seigneuries de Neu-Bechburg et Fridau, ainsi que Buchsiten, et en fit le bailliage de Bechburg.
En 1426, en même temps que le landgraviat sur la rive nord de l'Aar entre Olten et Erlinsbach, S. reçut en gage de l'évêque de Bâle la ville d'Olten (avec la haute juridiction). Celle-ci forma dès lors une circonscription (sous l'autorité de l'avoyer) du territoire soleurois. En 1458, les seigneurs de Falkenstein vendirent à S. les seigneuries de Frohburg et Gösgen, l'avouerie sur le chapitre de Schönenwerd avec la haute juridiction sur le Werderamt, ainsi que le domaine d'Erlinsbach. Ces droits constituèrent le bailliage de Gösgen, complété en 1465 au plus tard par la seigneurie de Wartenfels, en 1490 par la moitié de la juridiction d'Oltingen et en 1523 par Kienberg.
Les possibilités d'expansion au sud du Jura étant épuisées, S. chercha à s'étendre au nord du Passwang, ce qui suscita des conflits avec les évêques de Bâle, les comtes de Thierstein et la ville de Bâle, qui s'étendait elle aussi. Des actions militaires, vers le milieu du XVe s., restèrent sans résultat. A son entrée dans la Confédération (1481), S. reçut une garantie d'entraide fédérale qui englobait sa zone d'intérêt au nord. Entre 1485 et 1522, la ville acheta aux comtes de Thierstein les seigneuries de Seewen et de Büren, ainsi que le château fort de Dorneck avec des droits contestés de haute justice (que Bâle finit par reconnaître en 1532); elle y joignit la seigneurie de Rotberg (acquise en 1515) et fit du tout le bailliage de Dorneck. Après un long conflit avec les princes-évêques de Bâle, elle obtint par un arbitrage confédéral, en 1522, la seigneurie de Thierstein et l'avouerie sur Beinwil, avec les droits de haute justice; cela lui permit de constituer le bailliage de Thierstein, auquel elle ajouta en 1527 Bärschwil et Kleinlützel. La formation territoriale s'acheva, pour l'essentiel, avec l'acquisition en 1527 de la seigneurie de Gilgenberg, dont on fit le bailliage du même nom.
Par la suite, il y eut encore la mainmise définitive sur les terres et droits détenus à titre de gages des princes-évêques de Bâle (Olten en 1532, la seigneurie de Gilgenberg en 1580, le landgraviat du Buchsgau en 1669) et les échanges de compétences convenus au traité de Wynigen avec Berne (1665); S. céda la basse juridiction sur Safenwil et Uerkheim contre la haute juridiction sur la partie sud du bailliage de Kriegstetten. Seul le Bucheggberg resta soumis à la haute juridiction de Berne, jusqu'en 1798. En 1685, S. céda sa part d'Oltingen à la ville de Bâle. Une ultime acquisition intervint en 1826, quand le canton de Bâle renonça à ses droits de haute justice sur Wisen.
Auteur(e): Hans Braun / PM
L'alliance entre S. et Berne, cité qui était le pivot de la Confédération bourguignonne, remonte peut-être à 1295; elle est en tout cas antérieure à 1308, date de son plus ancien renouvellement connu. Reconduite en 1333, 1345 et 1351 pour une durée illimitée, elle fut longtemps le pilier de la politique étrangère des Soleurois qui la complétèrent, généralement d'entente avec les Bernois, par des paix territoriales conclues (au gré de la situation politique et parfois pour une durée limitée) avec des villes de Suisse occidentale (Fribourg, Morat et Bienne en 1318) ou des seigneurs territoriaux (comtes de Nidau et de Kibourg en 1333, de Habsbourg en 1333, 1342, 1359 et 1370). Ils adhérèrent en outre avec les Bernois à la Ligue des villes rhénanes en 1327 et à la Ligue des villes souabes en 1385. Ils signèrent une alliance avec Bâle en 1400 (renouvelée en 1441).
Lorsque, vers la fin du XIVe s., les conflits avec les Habsbourg s'envenimèrent, la ville de S. développa ses relations avec les Confédérés. De plus en plus active comme médiatrice entre les cantons, par exemple lors de l'affaire Schöno à Zurich en 1393, qui aboutit au convenant de Sempach, elle cosigna cet accord, mais aussi le traité de paix de 1412 avec l'Autriche et le traité d'amitié de 1452 avec la France (où elle figure avec les villes, avant les cantons campagnards). C'est probablement surtout pour mieux soutenir sa politique territoriale face à la concurrence de Berne qu'elle chercha un appui auprès des autres cantons. Elle voulut adhérer à la Confédération en 1411, 1453 et 1458, mais, visant un statut de membre de plein droit, elle refusa celui de pays allié qu'on lui offrait. Les cantons campagnards se défendaient en effet contre une admission qui aurait renforcé le poids des villes; Berne ne souhaitait pas que sa voisine devienne trop indépendante; en outre les Confédérés se méfiaient de la politique expansionniste de S. au nord, car ils craignaient des heurts avec la ville de Bâle, qu'ils ménageaient en tant que créancière). D'ailleurs, S. se sentait assez forte pour survivre politiquement sans alliance solide.
La situation changea avec les guerres de Bourgogne, auxquelles S. et Fribourg prirent part du côté des Confédérés. La victoire sur Charles le Téméraire conduisit à la conclusion d'une combourgeoisie entre les villes de Berne, Zurich, Lucerne, S. et Fribourg (1477), mais aviva les oppositions entre cantons villes et cantons campagnards. Les tensions s'apaisèrent grâce au convenant de Stans (1481) et à l'admission de S. et de Fribourg dans la Confédération. Cependant, les deux nouveaux membres étaient soumis à des conditions spéciales: ils ne pouvaient ni conclure d'alliance sans l'accord des huit anciens cantons, ni bénéficier automatiquement de leur aide militaire; ils occupaient le dernier rang dans l'ordre de préséance. L'alliance de 1481 ne modifia guère la position de S. au sein de la Confédération. Berne continua d'imposer sa supériorité en fait de politique territoriale; la Suisse centrale exigea le respect des conditions faites aux nouveaux cantons, si bien que les Soleurois, malgré le sacrifice consenti pour la défense du Dorneck lors de la guerre de Souabe (bataille de Dornach en 1499), eurent de la peine à acquérir des territoires au nord du Passwang, d'autant plus que la ville de Bâle, leur rivale dans cette région, fut elle-même admise dans la Confédération en 1501. Dans les guerres d'Italie, S. soutint comme Fribourg la politique bernoise d'expansion à l'ouest, ce qui renforça l'opposition avec la Suisse centrale.
Auteur(e): Hans Braun / PM
Au moment de la Réforme, le conflit religieux faillit creuser un nouveau fossé avec la Suisse centrale. Comme le territoire soleurois voisinait avec ceux de Berne et de Bâle, les nouvelles doctrines y pénétrèrent vite, propagées par des prédicants ou des anabaptistes. Les autorités restaient en majorité attachées à l'ancienne foi, mais, vu les troubles intérieurs croissants et sous la pression insistante de Berne, elles accédèrent peu à peu aux demandes des protestants et octroyèrent en septembre 1529 la liberté de religion. A la fin de 1529, lors de deux consultations populaires, près de la moitié des communes rurales, puis deux tiers d'entre elles, se déclaraient pour la foi nouvelle; un tiers des bourgeois y adhéraient en ville de S., où le réformateur bernois Berchtold Haller vint prêcher de temps à autre. Le canton semblait près de basculer quand éclata la seconde guerre de Kappel en 1531. La victoire des cantons catholiques et la pression qu'ils exercèrent sur S. renforcèrent le Conseil dans ses convictions; les prédications protestantes furent interdites dans la ville. En novembre 1533, une tentative de soulèvement des bourgeois réformés échoua face à la résistance de la majorité catholique. Grâce à l'intervention de l'avoyer Niklaus von Wengi et de médiateurs fédéraux, il n'y eut pas d'effusion de sang, mais la cause des protestants était perdue et le Conseil bannit du canton tous les prédicants. Seul le bailliage du Bucheggberg resta acquis à la Réforme, par la volonté de Berne qui y détenait la haute juridiction.
Dès lors, les autorités prirent la défense de la foi catholique en expulsant à plusieurs reprises des anabaptistes et en recommandant au peuple l'assiduité à la messe et à la confession. La ville n'envoya pas de délégation au concile de Trente et hésita à appliquer ses décisions. La Réforme catholique fut donc plus tardive à S. que dans les autres cantons. Cependant, le Conseil tint à exercer un droit de regard sur les affaires ecclésiastiques; cette pratique se poursuivra au XIXe s. sous les gouvernements libéraux.
Auteur(e): Erich Meyer / PM
Le Petit Conseil, composé dès le milieu du XIVe s. de l'Altrat et du Jungrat exerçait le pouvoir exécutif et était aussi législateur et juge. A sa tête se trouvait l'avoyer en charge, élu pratiquement à vie, qui alternait tous les deux ans (tous les ans dès 1644) avec l'ancien avoyer. Le Petit Conseil devint vers 1690 un corps purement patricien; sous Johann Victor Besenval, avoyer entre 1688 et 1713, le gouvernement prit un caractère oligarchique, tous les pouvoirs étant concentrés entre les mains du Conseil secret, où ne siégeaient que les principaux magistrats. Le Grand Conseil, encore considéré au XVIe s. comme l'autorité suprême, perdit de son influence au cours du XVIIe, son rôle se réduisant à l'élection du trésorier et à l'enregistrement des arrêtés du Petit Conseil. Mais, tirant parti de la banqueroute de Law, il réussit à regagner quelques compétences (surtout en matière de surveillance financière) dès 1718-1723. L'absolutisme fut donc stoppé à S. avant 1798 déjà.
Le territoire était divisé en onze bailliages et en vingt-neuf juridictions (vingt-huit dès 1665). Les baillis, représentants du gouvernement, rendaient la justice et dirigeaient l'administration avec l'aide d'ammans ou de sous-baillis d'origine locale. Ceux des quatre bailliages "intérieurs" (Bucheggberg, Kriegstetten, Lebern et Flumenthal) étaient des membres du Petit Conseil, nommés pour deux ans, et demeuraient à S. Ceux des sept bailliages "extérieurs", élus pour six ans par le Grand Conseil parmi ses membres, résidaient sur place. Trois secrétaires baillivaux exerçaient à Klus (comm. Balsthal), Olten et Dornachbrugg.
Le service militaire était obligatoire en ville et à la campagne de 16 à 60 ans; chaque homme devait fournir son équipement et ses armes. Les campagnards étaient répartis depuis la première guerre de Villmergen en six régiments (de 1200 hommes à la fin du XVIIIe s.), à quoi s'ajoutaient 240 dragons et 600 artilleurs. Du chef-lieu provenaient trois compagnies: une d'artillerie et deux de fusiliers. La troupe reçut un uniforme en 1743. L'effectif complet se montait à quelque 9000 hommes, mais seule l'élite (env. 2500 hommes) était prête au combat. Le commandement revenait à des patriciens ayant fait leurs preuves comme officiers au service étranger. Les inspections montraient souvent que l'armement et la discipline laissaient à désirer. Ni sa milice, ni ses puissants bastions ne purent sauver S. en 1798.
Auteur(e): Erich Meyer / PM
Aux XVIe et XVIIe s., le contrôle sur le territoire fut renforcé par la centralisation administrative. Garants d'une certaine autonomie locale, les assemblées de communiers et les juges assesseurs furent maintenus, mais les cens et les dîmes, la justice et les affaires militaires furent placés sous la surveillance des baillis qui faisaient exécuter leurs ordres dans les villages par les ammans ou les sous-baillis, ainsi que par les sautiers. En 1604, pour éliminer les privilèges locaux, on donna force de loi, même à la campagne, au coutumier de la ville de S. récemment codifié. Seule la ville d'Olten put conserver quelque temps encore ses franchises.
Aux yeux des sujets, toutes les nouveautés, surtout les charges financières supplémentaires, étaient des entorses à leurs droits traditionnels. Les gens de la campagne soleuroise et les bourgeois d'Olten participèrent donc à la guerre des Paysans de 1653, mais ils ne voulaient pas renverser le gouvernement. Celui-ci, qui devait faire face à des tensions avec Berne à cause du Bucheggberg, se montra complaisant et relativement clément envers les meneurs. Mais Olten fut privé de ses franchises, puis réduit au rang de simple commune par la perte d'autres privilèges en 1715; ses bourgeois seront d'autant plus réceptifs aux idées révolutionnaires à la fin de l'Ancien Régime. Les autres campagnards acceptèrent avec résignation leur gouvernement absolutiste modéré.
Sous l'Ancien Régime, S. devint un canton patricien dont les dirigeants paternalistes pensaient tenir leur pouvoir de Dieu. Pour apprendre aux sujets à mener une existence honnête, modeste et saine, le Conseil promulgua dès la fin du XVIe s. d'innombrables mandats sur les mœurs, réprimant notamment les usages carnavalesques, la gloutonnerie, le luxe vestimentaire, le jeu et, dès 1662, le tabac. Il s'efforça d'autre part d'atténuer les conséquences de la cherté pour les plus pauvres en fixant des prix maximaux pour les denrées alimentaires de base. En 1650, il fit augmenter les salaires des ouvriers et journaliers travaillant en ville, qui néanmoins ne suivirent pas le renchérissement. Au XVIIIe s. apparut une sorte d'Etat-providence. L'hôpital municipal fut reconstruit (1726, 1785-1788) et les soins aux patients furent améliorés. On aménagea un orphelinat en 1704, une prison en 1753, une maison de travail pour enfants orphelins et adultes chômeurs en 1757. La diminution du nombre des condamnations à mort, l'allégement de la torture (1745) et la disparition des procès de sorcellerie (dernier bûcher en 1707) sont des indices de l'humanisation de la justice pénale à l'époque des Lumières. Pour combattre le paupérisme, on ne se contenta pas d'interdire la mendicité, mais on régla par les ordonnances de 1771 et 1791 la distribution d'aumônes aux indigents de la ville et de la campagne. C'est à de telles tâches qu'est due la croissance de l'appareil administratif au XVIIIe s.
Auteur(e): Erich Meyer / PM
Le voisinage de Berne, l'appartenance au camp catholique et les liens étroits avec la France déterminaient la politique de S. au sein de la Confédération. Entre les villes de S. et de Berne, rapprochées par leur ancienne combourgeoisie (renouvelée en 1577) et par leur ouverture traditionnelle à l'ouest, la division confessionnelle fut source de méfiance et de tensions croissantes qui aboutirent à deux graves conflits, l'affaire de la Cluse de Balsthal (1632) et la querelle sur la souveraineté dans le Bucheggberg à l'époque de la guerre des Paysans et de la première guerre de Villmergen, qui faillirent tourner à la guerre. Le traité de Wynigen (1665) apporta une solution de compromis à propos du Bucheggberg. Cependant, isolés des cantons catholiques, les Soleurois continuèrent de se sentir cernés et menacés par Berne et ils décidèrent de se doter de coûteuses fortifications (1667-1727). Après la seconde guerre de Villmergen, les deux villes patriciennes parvinrent à résoudre les questions encore pendantes et les rapports se normalisèrent au XVIIIe s.
Les relations avec les deux autres Etats voisins étaient moins problématiques. Une assez bonne entente régnait avec la ville de Bâle, mis à part la guerre du Gibet et quelques conflits douaniers au XVIIIe s. Les deux cités avaient au XVIIe s. un intérêt commun à se protéger contre les violations de frontières d'armées étrangères. En outre, elles restèrent neutres dans les deux guerres de Villmergen et travaillèrent à restaurer la paix confédérale. Avec le prince-évêque de Bâle, son seul voisin catholique, S. entretenait des relations amicales. Allié du prélat depuis 1579, comme les six autres cantons catholiques, S. soutint la principauté gravement éprouvée par les désastres de la guerre de Trente Ans et tenta ensuite à plusieurs reprises de la rattacher plus solidement à la Confédération, si possible en intégrant à cette politique la principauté de Neuchâtel (il existait de nombreux liens entre S. et Neuchâtel, dont des combourgeoisies avec le comté et avec Le Landeron). Mais ces efforts échouèrent.
Le Conseil de S. était aussi ferme dans ses convictions religieuses que les autres cantons catholiques, mais dans les cas où il dut choisir entre la solidarité confessionnelle et des considérations pragmatiques, il se décida toujours, à l'image de la France, pour le réalisme. Ainsi, malgré la vive opposition des cinq cantons de Suisse centrale, il s'engagea au traité de Soleure (1579), avec la France et Berne, à protéger la Genève calviniste contre les prétentions de la Savoie. Et deux ans seulement après la conclusion de la Ligue d'Or de 1586, S. fut le seul canton catholique à refuser d'adhérer à l'alliance espagnole.
Lié à la France plus étroitement que tous les autres cantons, S. lui fournit des troupes depuis la conclusion de l'alliance de 1521 jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Le nombre des soldats et des officiers (et même des généraux) qui servirent ainsi, par rapport à la population, est supérieur à la moyenne suisse, en particulier sous le règne de Louis XIV. Le service étranger procura au canton, économiquement faible, d'importants revenus. Les patriciens, qui dépendaient des postes d'officier et des pensions, menaient une politique étrangère entièrement axée sur la France, malgré les sommes considérables que la cour leur devait, ou peut-être à cause de ces dettes. Les ambassadeurs français près la Confédération, qui résidèrent à S. de 1530 à 1792, avaient une grande influence sur les Conseils, par leurs relations officielles ou privées, par leurs moyens de séduction ou de pression (Ambassadeur de France). La soumission envers la France se manifesta dans le refus d'autres alliances (avec la Savoie en 1576, avec l'Espagne en 1588). L'adhésion à l'alliance savoyarde en 1685 fut approuvée par Versailles. Le recrutement de troupes pour le service d'Espagne ne fut autorisé qu'après que les Bourbons furent montés sur le trône de Madrid. Dans la seconde moitié du XVIIe s., des troupes soleuroises participèrent à deux campagnes vénitiennes contre les Turcs. S. se vit reprocher souvent de n'être que l'instrument docile de la politique française en Suisse. Les avoyers Hans Jakob vom Staal, vers le milieu du XVIIe s., et Johann Ludwig von Roll, au tournant du XVIIIe s., tentèrent une autre orientation, mais sans succès durable. Les liens se rompirent néanmoins quand la Révolution se radicalisa.
Auteur(e): Erich Meyer / PM
Certains toponymes (Grod, Himmelried) indiquent des défrichements à l'époque franque. Au bas Moyen Age, période de crise, la conquête de terres nouvelles cessa et l'on constate au contraire des abandons, avant même l'invasion des Gugler en 1375. Plusieurs localités disparurent entre le XIIe et le XVe s.: Altreu, Fridau près de Fulenbach, Gurzelen près de Langendorf, Gutzwil près de Biberist, Oberkappel près de Kestenholz, Werd près de Neuendorf et l'habitat de Biedersdorf près de Rodersdorf. On ignore quel fut l'impact de la peste noire sur l'évolution démographique. Selon des estimations très approximatives basées sur le nombre des feux, le territoire actuel du canton aurait compté environ 8000 âmes vers 1400, 11 000 en 1515.
Un important accroissement, dû à une phase climatique favorable, se produisit aux XVIe et XVIIe s., comme ailleurs dans la Confédération, en dépit des crises intervenues vers 1570, 1590, 1610, 1628-1629, 1635-1636 et 1690. La pression qui en résulta se lit dans la nette augmentation, dès 1560, des montants exigés des nouveaux bourgeois, ainsi que dans la multiplication des conflits nés de l'exploitation accrue des forêts (domaniales en majorité) comme pâturage ou de leur grignotement par les essarts (Rüttenen) mis à disposition des villageois pauvres, de plus en plus nombreux.
Le manque de terres, aggravé par la concentration de la propriété, et la faiblesse de l'artisanat favorisèrent l'émigration, surtout sous la forme du service étranger. Après 1648, de nombreuses familles soleuroises allèrent s'installer dans les zones du Palatinat et de l'Alsace que la guerre de Trente Ans avait dépeuplées. Johann Kaspar Thürriegel lança un projet de colonie soleuroise dans la Sierra Morena andalouse (1767-1769); le gouvernement commença par s'y opposer, puis il laissa partir quelques sujets (il autorisa aussi le retour de ceux pour qui l'expérience tourna mal).
Le premier dénombrement de la population du canton eut lieu en 1692, à l'occasion d'une enquête sur les réserves alimentaires. Il enregistra 31 544 habitants, dont 4749 enfants de moins de 6 ans, auxquels il faut ajouter 419 ecclésiastiques et leurs domestiques, ainsi que les voyageurs de condition (flux journalier estimé à 250 personnes) et les errants ou vagabonds (non enregistrés). Les résultats du recensement de 1739, vraisemblablement entrepris pour des raisons administratives, ne sont conservés que pour les sept bailliages extérieurs (3661 feux, 21 314 personnes, y compris 1251 domestiques); ils montrent un ralentissement de la croissance (par rapport au XVIIe s.), qui dura jusqu'en 1760. Il y eut ensuite un essor régulier jusqu'en 1850. Grâce à un réseau de greniers (amélioré dans la première moitié du XVIIIe s.), les famines disparurent quasiment dans le canton, même en cas de mauvaises récoltes. En revanche, l'accroissement de la population dans la seconde moitié du XVIIIe s. fit augmenter le nombre des indigents dans les villages.
La population du chef-lieu fit l'objet d'une estimation extrêmement exagérée en mars 1795 (8000 âmes), à l'occasion d'un dénombrement ordonné par la chambre des grains, mais auquel la ville s'opposa, et aussi dans le premier recensement helvétique de mai 1798 (6855 personnes, soit environ 3000 de plus que la réalité). L'erreur était peut-être voulue, afin d'atténuer la disproportion entre l'effectif des citadins privilégiés et celui des sujets campagnards. Trois autres recensements (quatre dans les districts de Balsthal, Biberist et S.) eurent encore lieu sous l'Helvétique. On aboutit ainsi à un chiffre apuré de 45 840 âmes pour le canton en 1798.
Auteur(e): André Schluchter / PM
Les autorités menaient une politique économique fondamentalement paternaliste. Les bonnes années, elles constituaient des réserves de grains qu'elles revendaient en cas de mauvaises récoltes, ce qui lissait les variations de prix. En outre, elles luttaient contre les accapareurs. Leur comportement envers les artisans indigènes était contradictoire; d'un côté, elles garantissaient leur existence grâce à des mesures protectionnistes; d'un autre, elles comptaient sur la concurrence pour stimuler une production avantageuse et de bonne qualité. Elles ouvraient donc les foires annuelles de S., Balsthal et Olten aux marchands et artisans étrangers, à côté des indigènes, ce qui leur permettait en outre de percevoir davantage de taxes douanières.
L'enrichissement du patriciat (dès le XVIe s.) et la paupérisation croissante des classes populaires poussèrent les autorités à attirer au XVIIIe s. des fabricants et marchands disposant de capitaux, en leur ouvrant l'accès à la bourgeoisie (officiellement fermé en 1682). Se fondant sur la théorie mercantiliste, le gouvernement prit part à des entreprises commerciales et industrielles fondées par des patriciens, parfois associés à des étrangers, dans le but d'encourager une industrie d'exportation encore balbutiante et d'améliorer la balance commerciale. Mais, ni la chambre économique et commerciale, fondée à cet effet en 1750 et bientôt dissoute, ni les associations qui lui succédèrent ne purent agir efficacement, car elles dépendaient trop des métiers traditionnels. Les autorités furent aussi divisées face aux mutations de l'agriculture au XVIIIe s., qui leur faisaient à la fois craindre une baisse du rendement de la dîme des grains et espérer une augmentation de la productivité, bienvenue dans un contexte d'essor démographique.
Auteur(e): Hans Braun / PM
D'importantes voies de transit nord-sud et est-ouest passaient par le territoire soleurois. La ville de S. se trouvait sur la route reliant Francfort et Bâle aux foires de Genève et de Lyon, par le Haut-Hauenstein et Balsthal. A Olten, la route du pied sud du Jura croisait la transversale allant du Rhin supérieur au Gothard et à l'Italie par le Bas-Hauenstein. Mais S. ne contrôlait que le versant sud des deux cols du Hauenstein, ce qui l'incita à aménager le Passwang au XVIIIe s., pour contourner les douanes bâloises. Au sud du Jura, il fallait s'arranger avec le voisin bernois, tant par voie d'eau (sur l'Aar) que par voie de terre. Berne tenta en vain d'attirer tout le trafic; A S. et à Olten, le transport par bateau du vin et du sel, ainsi que le flottage du bois étaient organisés par des maîtrises. Les principaux postes de douane se trouvaient sur les grands axes, à S., Balsthal, Olten, Trimbach et Dornach.
Auteur(e): Hans Braun / PM
Après les grands défrichements, l'assolement triennal se développa dès le XIIIe s. dans les régions au relief peu accentué, semées de villages, mais aussi de hameaux et de fermes isolées, du sud du Leberberg, du Bucheggberg, du Wasseramt, du Gäu, du Werderamt, de la région de Gösgen et du Schwarzbubenland au nord. Il était associé à la vaine pâture sur les communaux, les jachères et dans les forêts, ainsi qu'aux cultures fruitières (surtout au nord). En altitude (Passwang, Brunnersberg, Weissenstein) régnaient l'économie alpestre et la production de fromage. Sur les pentes bien exposées du Schwarzbubenland et du pied sud du Jura, on cultivait la vigne.
Les prairies irriguées se multiplièrent au XVIe s. dans le Wasseramt et le Gäu. Dans la seconde moitié du XVIIe s., on agrandit dans la région de Gösgen les potagers aménagés aux dépens des champs ouverts. Après 1750, l'exploitation collective recula de plus en plus devant les enclosures servant de prairies; presque partout, la pomme de terre et le trèfle se substituèrent à la jachère. L'affouragement remplaça la vaine pâture, si bien que l'élevage progressa au détriment de la céréaliculture même dans les plaines fertiles. Malgré une fumure améliorée, la production de grains n'augmenta pas aussi vite que la population; la pomme de terre, promue aliment de base, vint combler le déficit.
L'agriculture soleuroise afficha, dès la seconde moitié du XVIIe s. au moins, un rendement supérieur à la moyenne suisse, puisqu'elle pouvait exporter, en temps normal, du blé, du bétail, de la viande et des produits laitiers. Elle ne s'avérait défaillante que pour le vin, importé d'Alsace, de Neuchâtel, des rives du lac de Bienne (où quelques patriciens possédaient des vignobles) et du Pays de Vaud. Elle constituait pour la classe urbaine dirigeante et pour les élites rurales une source de prospérité, dont témoignent les nombreux domaines patriciens des environs de la ville et les fermes opulentes du Bucheggberg, du Wasseramt et du Gäu.
Auteur(e): Hans Braun / PM
La majorité des citadins, ainsi qu'une partie de la population rurale vivaient de l'artisanat. Des corporations, réunissant chacune plusieurs métiers, existaient dans les villes de S. et d'Olten depuis le XIVe s. au moins. Plus tard, les artisans ruraux fondèrent aussi des maîtrises, à commencer par les verriers de Klus (1480), suivis notamment par les tailleurs des bailliages extérieurs (1575) et par les tisserands du bailliage de Bechburg (1592).
Le minerai de fer (pisolithes), extrait et fondu dans le Thal, à Erlinsbach, dans la vallée de la Lüssel et à Kleinlützel, était affiné dans les martinets de Klus et d'Olten. La métallurgie fut à l'origine aux mains d'étrangers non soumis aux règles corporatives, Bâlois pour la plupart, tels les Robichon, famille de fondeurs venue de l'évêché de Bâle dans la seconde moitié du XVIe s. En 1621, Benedikt Glutz acquit un monopole de cinquante ans sur l'ensemble du secteur minier du canton. Mais les forges consommaient beaucoup de bois; les autorités, constatant en outre que le fer importé de l'évêché de Bâle était de meilleure qualité, prirent des mesures de protection de la forêt, si bien que l'extraction du minerai et la fonte cessèrent pratiquement à la fin du XVIIe s. La production ne reprit qu'au XIXe s., avec les usines de Ludwig von Roll. D'autre part, des carrières d'argile et de gypse alimentaient dans le Jura des briqueteries et des fours à plâtre.
L'essor du commerce de luxe dès le XVIe s. est une conséquence de l'enrichissement des patriciens grâce au système des pensions; il favorisa l'immigration de merciers et de marchands de la vallée d'Aoste, tel Martin Besenval qui, après avoir fourni de l'argenterie, des grains et du vin, finit par monopoliser tout le commerce du sel passant par S. Au XVIIIe s., quand le rôle économique du service étranger se mit à diminuer, quelques patriciens se tournèrent vers des activités nouvelles, parfois avec l'appui de l'Etat. Mais la fabrique de bas Balthasar Grimm & Cie et l'indiennerie Franz Wagner & Cie ne stimulèrent nullement une industrialisation du canton. L'industrie à domicile eut davantage d'impact et offrit aux campagnards pauvres de modestes revenus. La passementerie, introduite par des entrepreneurs bâlois, se répandit dans le Schwarzbubenland et jusqu'à Mümliswil et Balsthal. La bonneterie bernoise (bas et bonnets) s'étendit vers le pied du Jura et s'y acclimata si bien qu'Olten devint bientôt le siège de marchands-entrepreneurs.
Auteur(e): Hans Braun / PM
Avec le Nouveau Conseil Jungrat ("jeune Conseil") institué au milieu du XIVe s. sur revendication des corporations d'artisans, avec le Grand Conseil apparu un peu plus tard comme représentant de la bourgeoisie, avec l'élection en 1459 du premier avoyer roturier, les bourgeois avaient obtenu l'égalité politique face à l'élite urbaine composée de propriétaires fonciers nobles et de marchands. Ils élisaient le 24 juin l'avoyer et les membres de l'Altrat ("ancien Conseil" sur proposition du Jungrat.
Dans la seconde moitié du XVIe s., les autorités commencèrent à limiter la participation des bourgeois; aux élections de juin, les conseils se complétaient désormais eux-mêmes par cooptation. Cette oligarchisation était le fait d'une classe d'officiers du service étranger apparue lors des guerres de religion. Les nombreux bourgeois de S., qui avaient fait fortune en France comme capitaines ou colonels et avaient été anoblis par le roi, jouissaient à S. d'un prestige qui les plaçait fort au-dessus de leurs concitoyens. Ils investissaient soldes et pensions dans des lettres de rente, des domaines agricoles et des alpages dans le Jura; ils se faisaient construire de belles résidences d'été aux alentours de la ville. Au cours du XVIIe s., cette noblesse élimina les artisans des conseils et des postes lucratifs dans les bailliages. En 1690, les simples bourgeois n'avaient plus aucun représentant au Petit Conseil et seulement quatre parmi les soixante-six membres du Grand Conseil. Comme Berne, Lucerne et Fribourg, S. était devenu un canton à régime patricien. Trente familles, soit à peine un quart de la bourgeoisie, formaient le patriciat; les plus huppées se partageaient les hautes charges. Entre 1680 et 1720, période où la tendance oligarchique fut la plus marquée, cinq familles (Sury, Besenval, von Roll, Wagner et Glutz) monopolisèrent les quatre principales magistratures (avoyer, banneret, trésorier et chancelier).
Le patriciat se maintint au pouvoir jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, face à la majorité des bourgeois privés de droits politiques. Ces derniers étaient d'autant plus attachés à leurs privilèges matériels; ils approuvèrent les mesures limitant l'accès à la bourgeoisie (taxes d'entrée relevées à plusieurs reprises dès 1581, fermeture en 1682), car elles les protégeaient contre une réduction de leurs avantages économiques et contre la concurrence indésirable de nouveaux venus, tout en les consolant de leur mise à l'écart politique. L'inégalité des statuts ne suscita quelques critiques qu'à la fin du XVIIIe s. La population de la ville comprenait en outre un petit groupe d'"habitants" (Hintersässen): non bourgeois, sans droits politiques, ils avaient néanmoins une part aux privilèges économiques. Les "domiciliés", autre minorité, étaient des étrangers bénéficiant d'une autorisation de séjour limitée; on trouvait parmi eux au XVIIIe s., par exemple, les ouvriers occupés sur les chantiers des bastions et de l'église Saint-Ours.
Auteur(e): Erich Meyer / PM
La situation juridique des sujets de S. ne se modifia guère au bas Moyen Age. Les paysans ne reçurent la possibilité d'acheter leur liberté personnelle que par les soulèvements de 1513-1514 et 1525. Des vestiges de servage subsistèrent néanmoins jusqu'à son abolition complète en 1785. Dès le XVIe s., la plupart des villageois avaient le statut de communier, avec les droits afférents tels que l'accès aux charges locales, aux communaux (prés et forêts) et à l'assistance publique en cas de besoin. Comme dans le chef-lieu, mais en moins grand nombre, on rencontrait à la campagne des "habitants" aux droits limités et des "domiciliés" au statut précaire.
Il y avait de grandes disparités sociales parmi les villageois. Quelques riches paysans avaient réussi à agrandir leurs domaines, surtout à l'époque, pour eux favorable, de la guerre de Trente Ans, mais aussi postérieurement. Au XVIIIe s., ils formaient une aristocratie villageoise pleine d'assurance; nombre d'entre eux exploitaient parallèlement une auberge ou un moulin. Dans la petite ville d'Olten, il existait une élite composée d'aubergistes, de commerçants et d'entrepreneurs textiles. L'emprise foncière des gros paysans et des patriciens diminua au XVIIIe s. la part des terres arables disponible pour le reste des cultivateurs; ce manque de ressources fut aggravé par l'essor démographique et par le fléchissement simultané de la demande de mercenaires en France. On vit se multiplier les manœuvres et journaliers aux revenus irréguliers. La classe la plus pauvre, celle des Tauner, finit par rassembler 40 à 50% de la population rurale (même 68% dans le bailliage de Gösgen en 1768); ses membres s'engageaient comme journaliers et domestiques ou vivaient de petits métiers et, dès la seconde moitié du XVIIIe s., de l'industrie à domicile (bonneterie par exemple dans la région d'Olten, dans le Gäu et dans le Niederamt).
Auteur(e): Erich Meyer / PM
Les gens qui n'appartenaient pas à la communauté villageoise (errants, colporteurs, mendiants) étaient suspects et réputés dangereux. Ils suscitaient des plaintes auxquelles les autorités prêtaient volontiers l'oreille. Dès le XVIe s., on organisait de temps en temps des "chasses aux gueux"; après la guerre de Trente Ans, ceux qui se faisaient prendre furent envoyés à Venise afin de participer à la guerre contre les Turcs. Au XVIIIe s., la pauvreté croissante provoqua un afflux de mendiants étrangers. Le Conseil leur interdit l'accès au canton en 1736, puis menaça les contrevenants de peines sévères (essorillage). En 1775, il interdit toute mendicité, même pratiquée par les indigènes.
La minorité juive eut un destin changeant. Après le pogrome de 1348, des juifs sont mentionnés au chef-lieu pour la dernière fois au XVe s. Dès le XVIe s., quelques-uns d'entre eux apparaissent à la campagne, mais les autorités les bannirent en 1595 (époque de la Contre-Réforme), comme les anabaptistes et les tziganes. Elles se montrèrent plus tolérantes à l'égard de juifs mêlés aux réfugiés de la guerre de Trente Ans. Une communauté de marchands de bétail, de prêteurs, mais aussi de juifs pauvres se forma dès 1657 à Dornach. Venant d'Alsace, ils furent admis comme "domiciliés" contre paiements d'une taxe. Mais, en raison de plaintes des bourgeois du lieu, le Conseil les expulsa tous en 1736. Un décret interdit aux juifs tout accès au canton en 1783; en 1787 cependant, ils furent autorisés, sous strictes conditions, à pratiquer le commerce des chevaux aux foires de S.
Auteur(e): Erich Meyer / PM
Le territoire du futur canton se répartissait entre les diocèses de Bâle (vingt-quatre paroisses en 1441, soit tout le décanat du Buchsgau et une partie de ceux du Leimental, du Sisgau et du Frickgau), de Lausanne (quatre paroisses en 1228) et de Constance (trois paroisses en 1275, sept en 1508). Aux XVIIe et XVIIIe s., on rétablit quelques paroisses disparues à la Réforme et on en érigea douze nouvelles.
Au Moyen Age, les principaux centres de la vie religieuse étaient les chapitres de Saint-Ours à S. et de Saint-Léger à Schönenwerd, le couvent franciscain de S. (fermé à la Réforme et restauré en 1546 par des moines venus du Saint Empire) et l'abbaye bénédictine de Beinwil (réactivée en 1589 par des moines d'Einsiedeln et transférée à Mariastein en 1648). Des couvents de capucins, propagateurs de la Réforme catholique, furent fondés en 1588 à S., en 1646 à Olten et en 1672 à Dornachbrugg. Une série de couvents féminins apparut à S. au XVIIe s.: celui des capucines, issu d'une communauté de béguines, en 1609, celui des franciscaines (Saint-Joseph) en 1644, celui des visitandines en 1645.
Le gouvernement était favorable à une Eglise d'Etat. Il détenait le patronage de nombreuses paroisses et assumait les frais liés à la construction et à la décoration d'églises et de chapelles, même hors de la ville. Jusqu'au XIXe s., les curés des paroisses rurales étaient souvent bourgeois de S.; les dirigeants politiques avaient donc aussi le contrôle des affaires ecclésiastiques. De ce fait, le temporel de l'Eglise était géré pratiquement comme dans les Etats protestants. Contrairement aux cantons de Suisse centrale, S. évita une confrontation directe avec les cantons protestants. La ville refusa de devenir siège épiscopal, afin de préserver l'autonomie du chapitre de Saint-Ours. Dès 1616, le prévôt de ce dernier fut commissaire pour la partie soleuroise du diocèse de Lausanne, sans que le chapitre perde de son indépendance. De 1730 à 1814, l'évêque de Lausanne fut représenté par un vicaire général. Un commissaire-doyen représenta l'évêque de Bâle dans le décanat du Buchsgau de 1621 à 1817. Les paroisses dépendant du diocèse de Constance relevèrent du commissaire épiscopal de Lucerne dès 1605; elles n'eurent leur propre commissaire que de 1797 à 1815.
Auteur(e): Urban Fink / PM
Le bas Moyen Age se caractérise par la richesse de la vie religieuse. Le culte de saint Ours fut ranimé par la découverte de reliques en 1473 et de nombreuses églises et chapelles furent reconstruites peu avant la Réforme. La fondation de confréries (dont certaines existent encore au XXIe s.), comme celle de Saint-Valentin (1620) et celle de Saint-Jacques (1654), la décoration baroque de l'ermitage de Sainte-Vérène, l'aménagement en 1613 du chemin de croix de Kreuzen au-dessus de S. et le succès croissant dès le XVIe s. des pèlerinages d'Oberdorf, Lommiswil, Wolfwil, Schönenwerd, Meltingen et Mariastein sont les témoins d'une piété populaire active.
En matière de mœurs, le Conseil promulguait des mandats dont les interdits et obligations s'imposaient directement aux ecclésiastiques et à la population urbaine, mais que les baillis avaient quelque peine à appliquer dans les campagnes. Le nonce Giovanni Francesco Bonomi se montra fort critique envers le clergé soleurois en 1580; mais sa visite agit à long terme dans le sens de la Réforme catholique. Ainsi, le concubinage des prêtres, encore toléré au XVIe s., disparut dans la première moitié du XVIIe, tandis que les procès pour sorcellerie, qui s'étaient multipliés dans la seconde moitié du XVIe s., devenaient beaucoup moins nombreux.
Auteur(e): Urban Fink / PM
Les franciscains et les capucins ne formaient que les membres de leur ordre. On ne réussit pas à élargir le programme de l'école du chapitre de Saint-Ours, amputé au contraire des humanités en 1621. En lieu et place, un collège jésuite s'ouvrit provisoirement en 1646 et définitivement en 1668; il comprenait un gymnase pour la formation supérieure des fils de patriciens et de bourgeois, ainsi qu'un lycée qui préparait aux études théologiques. A la suppression de l'ordre (1773), le collège passa sous la responsabilité du Conseil. Il existait des écoles pour garçons et filles pauvres; les visitandines fondèrent une école de jeunes filles à l'époque de la guerre de Trente Ans. La Réforme catholique promut l'idée d'une formation au moins rudimentaire pour tous. L'exemple des voisins protestants favorisa l'ouverture d'écoles villageoises, tenues par des ecclésiastiques. L'école devint obligatoire en hiver dès 1675 dans le Bucheggberg (qui dépendait de Berne pour les affaires ecclésiastiques et scolaires) et dès 1768 ailleurs. Mais cette mesure fut mal appliquée. En revanche, S. fut après Lucerne le deuxième canton à institutionnaliser une formation rudimentaire des maîtres (cours hebdomadaires à l'école de l'orphelinat, 1782).
Auteur(e): Urban Fink / PM
Aux XVIe et XVIIe s., seuls quelques membres du patriciat et du clergé régulier s'intéressaient aux choses de l'esprit. Les rares intellectuels soleurois devaient se former à l'étranger. Le collège des jésuites ne dispensait pas un enseignement scientifique poussé, d'autant que son personnel était très mobile; le théâtre scolaire s'y développa néanmoins au XVIIIe s. La psallette de Saint-Ours, fondée en 1658 par Wilhelm Tugginer, cultiva la musique sacrée. Abritant une imprimerie en permanence dès 1658, la ville fut le lieu de publication de la chronique de son secrétaire Franz Haffner, premier ouvrage consacré à son histoire (1666), de la Wochentliche Post=Zeitung (1695-1697), l'un des premiers hebdomadaires de la Suisse catholique, ainsi que de manuels et de textes littéraires de circonstance produits surtout par des maîtres du collège.
Siège de l'ambassade française, S. subit fortement l'influence des modes culturelles de la cour de France, tout en attirant des artistes comme Laurent Louis Midart et Johann Melchior Wyrsch. Ses principaux monuments furent aussi conçus par des étrangers: l'église des jésuites (1680-1689) par Heinrich Mayer, architecte de la Compagnie, la nouvelle église Saint-Ours (1762-1790) par le Tessinois Gaetano Matteo Pisoni.
Quelques Soleurois, peu nombreux en vérité, jouèrent un certain rôle dans le mouvement des Lumières catholiques. Le chanoine Franz Jakob Hermann fonda en 1761 la Société économique de S. Une donation de Pierre Victor de Besenval, usufruitier du fidéicommis de Waldegg, permit de créer en 1763 les bibliothèques de la Société économique et du gouvernement (les collections passeront à la Bibliothèque de la ville, puis à la Bibliothèque centrale de S.). Plusieurs ecclésiastiques soleurois firent partie de la Société helvétique, qui tint ses séances à Olten entre 1786 et 1795.
Auteur(e): Urban Fink / PM
Les dirigeants soleurois ressentirent comme une menace les événements survenus en France dès 1789. Ils accueillirent de nombreux émigrés et refusèrent de reconnaître les représentants diplomatiques de la France révolutionnaire, si bien que l'ambassade fut transférée en 1792 à Baden. L'occupation de l'évêché de Bâle par les Français obligea S. à sécuriser sa frontière nord, ce qui révéla sa faiblesse militaire. En outre, le licenciement des régiments suisses après le massacre des Tuileries fut un coup sensible pour les patriciens impliqués dans le service étranger. Les Conseils n'envisagèrent d'entrer dans la voie des réformes politiques qu'en février 1798. Mais ils s'en prirent simultanément, avec l'appui des campagnards, aux cercles de patriotes qui s'étaient formés à S. et Olten. Le 2 mars 1798, S. capitula face à l'invasion française. Le lendemain, le général Schauenburg installa un gouvernement provisoire qui, après l'adoption de la Constitution helvétique, la tenue des assemblées primaires et l'organisation des élections, remit la conduite des affaires à la Chambre administrative et au préfet national. Les onze bailliages firent place à cinq districts (Distrikte), S., Biberist, Balsthal, Olten et Dornach. La population majoritairement catholique s'opposa surtout à la politique ecclésiastique du Nouveau Régime. Le recrutement de la milice causa des troubles en 1799 dans tous les districts. Unitaires et fédéralistes se déchirèrent en 1801-1802 à propos de la future constitution cantonale. Pendant la guerre des Bâtons, le gouvernement fut confié à une commission provisoire (22 septembre-21 octobre 1802).
L'acte de Médiation entré en vigueur le 10 mars 1803 fit de S. un canton directeur (la Diète y siégea en 1805 et 1811). Il partagea le canton en neuf bailliages (Oberämter), S., Lebern, Bucheggberg, Kriegstetten, Balsthal, Olten, Gösgen, Dorneck et Thierstein. L'autorité suprême appartenait à un Grand Conseil de soixante membres, où la ville était privilégiée et dont faisaient aussi partie les vingt et un membres du Petit Conseil (exécutif) et les treize juges de la cour d'appel. Deux avoyers alternaient annuellement à la tête du gouvernement. On réalisa entre 1798 et 1807 la séparation entre la ville et le canton.
Après la chute du régime de la Médiation et la répression du soulèvement des patriotes d'Olten, les conseillers survivants d'avant la révolution se réunirent en gouvernement provisoire et élaborèrent la Constitution du 17 août 1814 (révision d'un projet présenté en juillet). Celle-ci attribuait aux campagnards trente-trois sièges sur 101 au Grand Conseil et quatre sur vingt et un au Petit Conseil. Le suffrage censitaire et un système de cooptation contribuaient à assurer le pouvoir du patriciat. Un des deux avoyers présidait les Conseils. Le tribunal cantonal comptait huit juges, la cour d'appel quatorze. Le Pacte fédéral de 1815 autorisa S. à conclure des capitulations militaires avec la France (1815/1816), le Royaume-Uni des Pays-Bas (1815) et Naples (1825). Le régime s'abstint pratiquement de toute réforme dès 1820.
Auteur(e): Andreas Fankhauser / PM
La Régénération soleuroise, qui plongeait ses racines dans les soulèvements réprimés de 1814 et dans la vie des sociétés de tireurs, de chanteurs et d'étudiants, fut déclenchée par la révolution de Juillet à Paris. Une campagne de presse et un mouvement populaire qui culmina lors de l'assemblée de Balsthal (Journées révolutionnaires) conduisirent, à la fin de janvier 1831, à une révision constitutionnelle, ce que le gouvernement souhaitait aussi, tout comme le Grand Conseil l'exigeait, à l'instigation de Johann Baptist Reinert. Outre le principe d'une révision tous les dix ans (de fait, S. en connut neuf au XIXe s., davantage que tout autre canton), la Constitution de la Régénération introduisit la démocratie représentative; elle garantit la liberté d'opinion, la liberté de la presse, le droit de pétition, la liberté du commerce et de l'industrie, mais resta chiche sur le plan des droits populaires; elle n'abolit complètement ni l'inégalité entre ville et campagne, ni le suffrage indirect. En outre, seuls les pouvoirs exécutif et judiciaire furent entièrement séparés. L'élection de Josef Munzinger à la présidence du canton en décembre 1832 marqua l'arrivée au pouvoir des libéraux qui conquirent aussi une majorité au Grand Conseil, consolidée par la suite, en 1833 (suffrage indirect) et 1834 (suffrage direct). La Constitution de 1841 supprima la représentation privilégiée de la ville, étendit le suffrage direct, introduisit une ébauche de droit d'initiative, mais laissa insatisfaites d'autres demandes (démocratie directe, droit de veto, inéligibilité des fonctionnaires).
Après l'entrée de Munzinger au Conseil fédéral (1848), l'influence et la créativité politiques des vieux-libéraux diminua. Le conseiller d'Etat Johann Baptist Reinert et le président du Grand Conseil Johann Jakob Trog eurent de la peine à défendre les principes de démocratie représentative lors de la révision constitutionnelle de 1851. Un groupe de jeunes politiciens rassemblés autour de Joseph Wilhelm Viktor Vigier von Steinbrugg (surnommés les "rouges") réussit à faire accepter la révision de 1856, parce qu'elle prévoyait l'élection du Grand Conseil par le peuple et surtout l'élargissement du droit d'initiative, tout en introduisant le veto populaire en matière législative (revendication déjà ancienne) et une plus stricte séparation des pouvoirs. Les droits populaires furent étoffés par les révisions partielles de 1867 (élection par le peuple des présidents de tribunaux de district, des préfets et des secrétaires de préfecture) et de 1869 (référendum législatif obligatoire, initiative législative, droit de révocation du Grand Conseil et du Conseil d'Etat, élection des conseillers aux Etats par le peuple). La crise de confiance due au krach bancaire (la Banque cantonale subit d'énormes pertes à cause de crédits accordés à une entreprise horlogère douteuse) déclencha en 1887 la dernière révision du XIXe s. (élection du Conseil d'Etat et de certains fonctionnaires par le peuple), qui sera complétée en 1895 par l'introduction de la proportionnelle. Ainsi prit fin une période de luttes constitutionnelles acharnées.
Les femmes conquirent de haute lutte et par étape leurs droits politiques après la Deuxième Guerre mondiale. Un projet cantonal d'introduction du suffrage féminin facultatif sur le plan communal fut rejeté en 1948, tout comme le projet fédéral de 1959. En revanche, le principe du suffrage féminin en matière ecclésiastique fut admis en 1952 et appliqué dès lors dans un nombre croissant de paroisses. De plus en plus, des femmes firent partie de commissions cantonales et communales; dès 1956, elles furent éligibles aux directions d'hôpital. L'introduction obligatoire du suffrage féminin sur le plan communal et cantonal fut refusée en 1968 (mais acceptée dans les villes). Trois ans plus tard, le peuple soleurois admit enfin le vote des femmes, tant sur le plan fédéral (7 février) que cantonal (6 juin).
La révision constitutionnelle de 1986, un siècle après la précédente, élargit encore les droits démocratiques en introduisant la motion populaire, le double oui quand une initiative est assortie d'un contre-projet, le référendum facultatif contre les arrêtés du Conseil d'Etat, l'initiative et le référendum communaux et le droit de tout citoyen à participer à la procédure de consultation relative à un arrêté cantonal.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
Dans le canton de S., contrairement à d'autres, les tenants du libéralisme régnèrent seuls depuis le début des années 1830 jusqu'en 1887 et maintinrent leur prépondérance jusqu'en 1952. L'opposition conservatrice, minée par les divisions entre citadins et campagnards, fut encore affaiblie en 1841, avant le vote sur la Constitution, quand Munzinger fit arrêter ses chefs à titre préventif et interdire son organe, la Schildwache am Jura.
Les libéraux durent faire face à une opposition issue de leurs propres rangs; un mouvement radical, défendant surtout les artisans appauvris, présenta dès 1846 des revendications sociales. Cette tendance, dont les membres furent surnommés les "rouges", à cause du Rotes Büchlein de 1855, dans lequel ils exigeaient une démocratisation, remporta la votation constitutionnelle de 1856 et s'empara du pouvoir avec l'aide des conservateurs, en repoussant les vieux-libéraux, partisans du système représentatif, dits les "gris" parce que leur programme était paru sous une couverture de cette couleur. Les rouges, l'entourage de Vigier, dominèrent sans partage jusqu'à leur réconciliation avec les gris en 1872, lors du "blanchissage de Langenthal". Rouges et gris réunifiés se qualifièrent de plus en plus de radicaux (freisinnig); ils ne se considéraient pas comme un parti, mais comme les représentants du peuple tout entier, comme les héritiers de la révolution de 1831 et les seuls gardiens légitimes de la Constitution, contrairement aux conservateurs, traités de jésuites ou d'aristocrates et plus tard d'ultramontains. La lutte avec ces derniers s'étendit à d'autres domaines que les affaires ecclésiastiques; elle atteignit un apogée à l'époque du Kulturkampf et marqua la politique soleuroise jusque tard dans le XXe s.
Le combat fratricide entre rouges et gris profita aux conservateurs, qui fondèrent en 1869 leur association, à laquelle adhérèrent aussi des radicaux renégats. Pendant le Kulturkampf, en particulier lors du débat sur l'élection des curés (loi votée en décembre 1872), des sociétés d'hommes catholiques apparurent à la campagne, base d'un futur parti. A la fin des années 1870, les chefs conservateurs s'efforcèrent de mieux organiser leur mouvement, dont ils craignaient qu'il ne fût récupéré par les radicaux indépendants. Le parti populaire soleurois, dont le nom apparaît pour la première fois en 1880, fut fondé officiellement le 7 décembre 1902.
Les sections de la Société du Grutli donnèrent naissance dans les années 1870 aux premières organisations du mouvement ouvrier. Restées d'abord dans le giron de la famille radicale, elles sentirent la nécessité de s'en détacher en constatant le faible soutien reçu en 1877 durant la campagne pour la loi sur les fabriques et les pressions subies lors des élections de 1881. Un comité social-démocrate apparut à S. en 1883 à l'initiative de l'instituteur Niklaus Rudolf et de quelques grutléens. Le parti soleurois des ouvriers fut fondé en 1890; ses chefs, Wilhelm Fürholz et Eduard Kessler, furent membres du comité central des radicaux jusqu'en 1893. Gagnant en autonomie, il envoya en 1897 des délégués au congrès national du parti socialiste, dont il adopta le programme et bientôt la dénomination (officiellement en 1916).
La crise politique liée au krach bancaire de 1887 incita les élites radicales à associer d'autres forces au pouvoir. Cela se traduisit par l'élection, la même année, du premier conseiller d'Etat conservateur, Franz Josef Hänggi. Sous la pression de la banqueroute qui menaçait le canton, les radicaux proposèrent en 1895 d'introduire l'impôt direct; pour le faire approuver par les conservateurs et les représentants ouvriers, ils acceptèrent la proportionnelle, selon un système particulier de scrutin de liste. Celui-ci, appliqué jusqu'en 1990 sur les plans cantonal et communal, puis remplacé par les règles valables pour les élections au Conseil national, favorisait le parti majoritaire lors de l'attribution des mandats résiduels et lui attachait plus fortement les électeurs. Les radicaux réussirent ainsi à conserver la majorité absolue au Grand Conseil jusqu'en 1917, puis à la reconquérir en 1929 sous la conduite de Robert Schöpfer qui sut intégrer les petits artisans mécontents et empêcher la formation d'un PAB, et à la garder jusqu'en 1941. Les socialistes entrèrent au Conseil d'Etat en 1917, à côté des conservateurs; face à une alliance de ces deux partis, les radicaux perdirent la majorité absolue au gouvernement en 1952. Les autres partis purent conquérir quelques sièges au Grand Conseil (l'AdI de 1941 à 1973, le POCH de 1973 à 1981, les Verts depuis 1985), mais ne parvinrent à arracher de mandats au Conseil national qu'à partir de 1991 (parti de la liberté, Verts, puis UDC). La composition traditionnelle du Conseil d'Etat (les trois partis historiques), quoique menacée dès 1997 par l'UDC, s'est néanmoins maintenue après 2000. Les Verts ont ravi toutefois un siège au radicaux en 2017.
|1919||1931||1943||1951||1963||1971||1983||1991||1995||1999||2003||2007||2011||2015|
|Conseil des Etats|
|PRD||2||2||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PDC||1||1||1||1|
|PS||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|Conseil national|
|PRD||3||3||3||3||3||3||3||2||2||2||2||1||1||1|
|PDC||1||2||2||2||2||2||2||2||2||2||1||2||2||1|
|PS||2||2||2||2||2||2||2||1||2||2||2||1||2||2|
|Verts||1||1|
|Parti de la liberté||1||1|
|UDC||1||2||2||2||2|
|Total||6||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||6|
|1900||1917||1933||1952||1963||1973||1981||1985||1993||2001||2003||2005||2009||2013||2017|
|PRD||4||3||3||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2||1|
|PDC||1||1||1||1||1||1||1||2||2||2||1||2||2||2||2|
|PS||1||1||2||2||2||2||1||1||1||2||1||1||1||1|
|Verts||1|
|Total||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5|
|1912||1917||1941a||1953||1969||1973||1977||1985||1989||1997||2001||2005||2009||2013||2017|
|PRD||83||68||67||68||66||65||65||64||53||54||53||30||27||26||26|
|PDC||40||41||37||35||36||40||41||44||42||36||32||23||25||22||20|
|PS||24||38||31||39||36||37||37||32||33||37||37||25||21||19||23|
|AdI||11||6||1|
|POCH||1||1|
|Verts||4||9||6||1||4||6||7||7|
|Parti de la liberté||7||4|
|UDC||7||21||17||18||19||18|
|Vert'libéraux||2||4||3|
|PBD||2||2|
|PEV||1||1||1||1|
|Total||147||147||146||142||144||144||144||144||144||144||144||100||100||100||100|
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
La polarisation partisane marqua la presse soleuroise jusqu'au cœur du XXe s. Les libéraux lancèrent en 1831 le premier journal politique du canton, le Solothurner Blatt . Les conservateurs répliquèrent en 1836 avec la Schildwache am Jura qui, interdite par le gouvernement en 1841, fut remplacée par l'Echo vom Jura. La montée de l'opposition radicale fit naître d'autres feuilles. Dans les années 1850 et 1860, on en comptait deux ou trois proches du gouvernement "rouge", une ou deux d'obédience libérale "grise" et une conservatrice. Dans le dernier quart du siècle, on en recensait selon les moments six ou sept radicales, une à trois conservatrices et deux libérales indépendantes. En dehors du chef-lieu, des journaux parurent à Olten dès 1853, à Granges en 1860, à Laufon (pour le Schwarzbubenland) en 1867 et à Balsthal en 1871. Le Volksblatt vom Jura (opposition "grise") donna naissance en 1878 à l'Oltner Tagblatt , qui devint au XXe s. le principal organe radical de l'est du canton; la Solothurner Zeitung , son pendant à l'ouest, ne fut fondée qu'en 1907. Les Oltner Nachrichten (1904) eurent une diffusion suprarégionale sous le titre Der Morgen; ce porte-parole du camp conservateur fut rebaptisé en 1965 Solothurner Nachrichten . Une presse ouvrière et syndicale exista dès 1886; à des organes éphémères publiés à Granges et Olten succéda la Neue Freie Zeitung, fondée en 1905 à Olten, qui devint en 1920 Das Volk, relayé en 1970 par l'édition soleuroise de l'Arbeiterzeitung (Solothurner AZ).
Les organes partisans soleurois furent touchés dès les années 1970 par le processus de concentration à l'œuvre dans la presse suisse. La Solothurner AZ disparut en 1991 et les Solothurner Nachrichten en 1997, après avoir constitué une édition locale du Vaterland de 1976 à 1989. L'Oltner Tagblatt et la Solothurner Zeitung se transformèrent dans les années 1970 en tribunes d'opinion, puis dès 1994 elles collaborèrent dans le cadre de la Mittelland Zeitung . Depuis 2009, la Solothurner Zeitung fait partie du groupe AZ-Medien.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
Le gouvernement de la Régénération eut à résoudre des problèmes liés au service étranger, héritage de la Restauration. Dans la question de l'indemnisation des troupes après la dénonciation des capitulations par le roi des Pays-Bas en 1829 et la dissolution des régiments suisses en France en 1830, il put rester assez passif. Mais l'accord passé avec Naples, où des mercenaires suisses sauvèrent la monarchie en 1848, fut plus délicat à gérer pour le pouvoir libéral-radical. Quand James Fazy, délégué genevois à la Diète, exigea la dénonciation de toutes les capitulations, la délégation soleuroise réserva sa voix, en s'appuyant sur la souveraineté cantonale et parce qu'elle estimait que la Diète n'était pas compétente. Elle justifia le comportement des troupes suisses à Naples après la présentation du rapport de leur commandant, le colonel soleurois Viktor Brunner.
Le gouvernement libéral se montra d'abord tout aussi prudent dans la question de l'asile. En 1833, il refusa, pour des raisons liées à la neutralité, l'accueil de réfugiés polonais en qui il voyait un corps armé. Il fut plus tolérant dans le cas de Giuseppe Mazzini et couvrit pratiquement la commune de Granges qui avait fait bourgeois d'honneur les Italiens réfugiés aux bains de Bachtelen. En 1838, le Grand Conseil se rangea ouvertement aux côtés de ceux qui refusaient d'expulser, comme l'exigeait la France, Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III). Face aux mesures militaires prises alors par les Français, le canton de S. fut le premier à mettre de piquet son contingent.
Sur le plan national, les libéraux soleurois participèrent dès 1830 aux efforts qui aboutiront à la création de l'Etat fédéral. Dans le domaine civil, ils encouragèrent les rencontres dans le cadre des sociétés fédérales. Le landamman Josef Munzinger organisa à S. la fête fédérale de tir en 1840; il encouragea une réforme de l'armée et l'organisation de camps d'exercice nationaux. En 1832, le canton adhéra au concordat des Sept; son Grand Conseil et ses délégués à la Diète approuvèrent en 1833 le projet avorté de réforme du Pacte fédéral. Par égard pour les catholiques de la campagne, le gouvernement libéral refusa en 1835 les articles de Baden. Dans l'affaire des couvents d'Argovie, les délégués soleurois à la Diète réservèrent d'abord leur voix, puis poussèrent au compromis, parce que Munzinger ne voulait pas mettre en péril la réforme de la Confédération par un conflit religieux. Des Soleurois (même des représentants du gouvernement et de hauts fonctionnaires) participèrent très activement à l'agitation contre les jésuites et aux deux expéditions des Corps francs, tandis que le gouvernement fermait les yeux. En 1847, S. fut l'un des douze cantons qui décidèrent et imposèrent la dissolution du Sonderbund. Munzinger joua un rôle décisif dans les négociations sur les contours à donner au nouvel Etat fédéral; il misait sur un équilibre entre éléments fédéralistes et centralistes. La Constitution fédérale de 1848 fut acceptée à S. par deux tiers des voix.
Après 1848, le canton de S. se conçut comme un bâtisseur de ponts entre conservateurs et libéraux, entre catholiques et protestants, entre Alémaniques et Romands, ce qui contribue à expliquer le grand nombre de ses conseillers fédéraux par rapport à sa population. Il s'assigna un rôle de médiateur entre les diverses communautés culturelles de la Suisse, inscrit dans sa Constitution en 1986, et ouvrit dans cet esprit, en 1991, le centre de rencontres de Waldegg.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
Le canton garda après 1798 les mêmes frontières que depuis le début du XVIe s. Les anciens bailliages firent place à cinq districts (Distrikte) sous la République helvétique, ancêtres des cinq préfectures (Amteien, sièges judiciaires dès 1814 ou 1831 et cercles électoraux dès 2002), comprenant chacune deux districts (Bezirke, cercles électoraux de 1831 à 2002).
On comptait 131 communes en 1831 et 121 en 2010. Les privilèges des bourgeois, que la République helvétique tenta de supprimer, furent rétablis en 1803. Les communes bourgeoises, reconnues comme institutions de droit public, furent dotées en 1831 d'une assemblée et d'un Conseil; en 1836, l'Etat leur donna une part de ses forêts. La Constitution de 1851 garantit aux non-bourgeois les mêmes droits qu'aux bourgeois dans les élections cantonales. Celle de 1856 imposa l'élection par le peuple des autorités communales et entraîna la révision de la loi sur les communes en 1859. Les Suisses établis furent peu à peu admis à participer aux affaires communales (élection des juges de paix dès 1856 et des instituteurs dès 1867). La Constitution de 1875 prescrivit, en application de la Constitution fédérale de 1874, la séparation entre communes bourgeoise, politique et ecclésiastique. Le partage des biens entre bourgeoisies et communes d'habitants fut plus ou moins rapide: le processus s'étala de 1883-1884 (Biberist) à 1978 (ville de S.).
Le pouvoir législatif appartient au Grand Conseil (Grosser Rat jusqu'en 1841, puis Kantonsrat); il comptait 109 membres en 1831, 105 en 1841. Dès 1851, le nombre des mandats dans chaque cercle électoral est lié à celui de ses habitants. En 1960, il fut fixé à 144, puis réduit à 100 en 2002 en votation populaire. Les députés sont élus au suffrage direct depuis 1851 et à la proportionnelle depuis 1895. Des commissions permanentes furent instituées en 1831. Plusieurs mesures, comme le droit de veto contre les ordonnances du Conseil d'Etat (1988), renforcèrent la position du Grand Conseil face à l'exécutif.
Le pouvoir exécutif était en 1831 le Petit Conseil, présidé par l'avoyer et composé de membres du Grand Conseil. Il passa en 1841 à un Conseil d'Etat de neuf membres dirigé par le landamman (sept membres en 1851, cinq en 1856). Après le krach bancaire de 1887, la charge de conseiller d'Etat devint incompatible avec toute autre fonction rémunérée et les séances du gouvernement furent rendues publiques, cas unique en Suisse. Le traitement des affaires par des commissions (dès 1803) fit place en 1841 au système des départements. La Constitution de 1887 mit fin à la rotation des départements; ceux-ci prirent alors la configuration qu'ils ont gardée pour l'essentiel jusqu'au XXIe s.
Auteur(e): André Schluchter / PM
La Régénération se traduisit par l'adoption de lois nouvelles. En 1838, le Grand Conseil demanda un nouveau code civil. Chargé de sa rédaction par le Petit Conseil, Johann Baptist Reinert commença par proposer en 1839 un code de procédure civile; puis il élabora de 1841 à 1847 un code civil qui combinait l'ancien droit soleurois avec des dispositions de l'Allgemeines bürgerliches Gesetzbuch autrichien déjà passées dans le droit bernois. Ces deux codes furent ensuite complétés sur divers points; en 1891, à l'occasion de l'introduction de la loi fédérale sur les poursuites et faillites, Albert Affolter en réalisa une révision complète. Les dispositions cantonales de 1911 sur l'application du Code civil suisse contenaient une particularité de droit successoral (la réserve légale des frères et sœurs) et réglaient surtout des aspects pratiques; elles furent révisées en 1954. Le Code de procédure civile fut refondu en 1966. Le Code pénal de la République helvétique resta en vigueur, avec les modifications dues à la loi de 1832 sur la procédure pénale. Le Code pénal cantonal de 1874 abolit la peine de mort (inappliquée depuis 1855) et les peines corporelles introduites en 1859. Il fut remplacé en 1942 par le Code pénal suisse (résultat d'une modification introduite dans la Constitution fédérale en 1898 déjà).
La Constitution de 1831 maintint la cour d'appel comme instance suprême, coiffant le tribunal cantonal (Kantonsgericht) de huit juges et les tribunaux de district créés en 1814, mais sépara les pouvoirs judiciaire et exécutif. Celle de 1841 supprima la cour d'appel et la remplaça par un tribunal cantonal (Obergericht) de neuf juges (sept en 1851 et huit avec cinq suppléants en 1961). Un tribunal des prud'hommes (gewerbliches Schiedsgericht) fut institué en 1887 (Arbeitsgericht dès 1973). La Constitution de 1986 instaura à côté du tribunal cantonal (qui restait la dernière instance au civil) un tribunal pénal et une cour de cassation. La création de l'office des juges d'instruction en 1970 mit fin au cumul, entre les mains des présidents des tribunaux de district, des fonctions de juge instructeur et de juge pénal. Dans le cadre de l'unification des procédures pénales en Suisse, le canton passa en 2005 du modèle du juge d'instruction à celui du ministère public.
Dans le domaine de l'exécution des peines, les pratiques de l'Ancien Régime se perpétuèrent jusqu'à la transformation de l'ancien grenier-arsenal en pénitencier (1861) et l'introduction du nouveau Code de procédure pénale de Simon Lack. L'établissement de travaux forcés du Schachen à Deitingen entra en fonction en 1886; transformé en 1991 en centre de thérapie pour criminels psychiquement perturbés, il forme depuis 2008 une unité de gestion avec le pénitencier de Schöngrün.
Le corps des gendarmes créé en 1804 fut placé en 1810 sous un commandement unique. Il comprenait au début, outre la garnison de la ville, trente hommes répartis par groupes de deux à quatre entre les préfectures. Les frais étaient à la charge des communes. Les effectifs augmentèrent progressivement (44 hommes en 1874, 67 en 1912, 180 en 1961, 380 en 2000). Divisé en huit sections par le règlement de police de 1889, le corps fut rebaptisé police cantonale en 1938. Une femme y fut engagée comme assistante pour la première fois en 1956. La police de l'autoroute, basée à Oensingen, existe depuis 1966. Les villes d'Olten, S. et Granges disposent de polices municipales dont elles refusèrent en 2006 l'intégration au corps cantonal. Depuis 2000, une centrale d'alarme (feu, police et urgences sanitaires) gère l'ensemble des interventions dans le canton, divisé en quatre régions. Depuis 2007, les policiers soleurois sont formés à Hitzkirch dans le canton de Lucerne.
Auteur(e): André Schluchter / PM
Comme sous l'Ancien Régime, les finances du canton reposaient au début du XIXe s. sur les revenus des domaines et forêts, sur les monopoles et régales, ainsi que sur les cens. Sous la Restauration, on y ajouta un impôt sur les boissons, différentes taxes comme les droits d'uniforme et l'on étendit les droits de succession. La Constitution de 1831 prescrivit un calcul prévisionnel des revenus; le Grand Conseil devait approuver le plan des recettes et dépenses, ce qui lui permettait de contrôler les finances. La réforme de 1832 introduisit un impôt sur la fortune et une plus juste répartition des charges entre ville et campagne. Faute de moyens, les dispositions économiques des Constitutions de 1856 et 1875 eurent d'abord peu d'effets. La situation financière de l'Etat se dégrada dans les années 1870; néanmoins, le Grand Conseil et le peuple refusèrent à plusieurs reprises l'introduction d'un impôt direct cantonal sur le revenu. S. fut l'un des derniers cantons à l'admettre, en 1895.
Les dépenses accrues dues à la crise économique mondiale (subventions extraordinaires aux caisses d'assurance chômage, contributions aux coûts de fabrication sous forme de garanties de crédit, participation à l'action en faveur des petites entreprises horlogères en difficulté), furent compensées par des économies dans d'autres secteurs. Pour financer le programme d'urgence de la seconde moitié des années 1930, qui prévoyait notamment l'aménagement de la route du Passwang et la correction de la Dünnern, le Conseil d'Etat fit un emprunt dont l'amortissement dura jusqu'en 1952.
Grâce à la haute conjoncture, l'Etat encaissa au début des années 1960 des surplus qui lui permirent de gros investissements dans l'éducation, la santé et les travaux publics. Dès 1973, la crise entraîna une baisse importante des recettes provenant des impôts sur les sociétés. Le canton réagit par des mesures de promotion économique, pratique codifiée par une loi en 1985. Il tenta de renforcer l'offre de formation dans le domaine technique (lignes directrices publiées en 1986).
L'ambitieux programme d'investissement de la fin des années 1980, la crise économique des années 1990 et la chute en 1994 de la Banque cantonale (fondée en 1886, reprise en 1995 par la Société de banque suisse et revendue en 2000 à la Bâloise Assurances) placèrent à nouveau les finances cantonales dans une situation critique. Malgré les mesures d'assainissement prises dès 1992 et le frein aux dépenses (dès 1994), l'endettement continua d'augmenter. Seuls le paquet de mesures sur la réforme des activités de l'Etat (2000), l'essor économique (2003-2008) et la nouvelle péréquation financière fédérale (2008) créèrent les conditions d'un rétablissement, tout en autorisant de nouveaux investissements dans les routes (contournements de S. et d'Olten), la santé (agrandissement des hôpitaux d'Olten et S.) et la formation (nouveau campus de la haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse à Olten).
Auteur(e): André Schluchter / PM
L'école obligatoire fut inscrite dans la loi en 1832 et le gouvernement parvint à la faire respecter au cours des décennies suivantes, alors qu'une décision analogue des Conseils en 1768 était restée pratiquement lettre morte. Il incombait à chaque commune de construire une école, à ses frais. Les cours de formation des maîtres, repris en 1811-1813 et en 1823-1831, furent institutionnalisés en 1834, grâce à la nomination de l'ecclésiastique libéral Jakob Roth au poste de maître principal à Oberdorf. Sous Roth, ces cours virent leur durée portée de six semaines à deux ans; ils furent ancrés dans la loi en 1852. L'école normale fut transférée à S. en 1857 et devint en 1888 la section pédagogique de l'école cantonale. Dès 1899, la formation à l'enseignement fut ouverte aux femmes laïques.
La loi de 1837 créa les écoles de district, extension de l'école primaire. L'école cantonale de S., établissement d'enseignement supérieur, ouvrit en 1833 dans le bâtiment de l'ancien collège des jésuites; elle s'installa en 1882 à l'hôtel des ambassadeurs et, en 1956, dans ses nouveaux locaux du Fegetz. A Olten, l'école de district eut une section latine dès 1854 et une quatrième année dès 1876; une école municipale de commerce d'administration et des chemins de fer fut inaugurée en 1912 (établissement cantonal en 1940); le progymnase fut reconnu par le canton en 1937 et devint en 1973 la seconde école cantonale.
L'école supérieure de commerce et d'administration d'Argovie-S. ouvrit à Olten en 1972. En réaction à la crise économique qui éclata en 1973, on inaugura en 1976 l'école technique cantonale de Granges (auj. haute école spécialisée technique). En 1998, le canton fut l'un des fondateurs, avec Argovie et les deux Bâles, de la haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (neuf hautes écoles et cinquante instituts); Olten abrite le siège principal de la haute école de gestion, tandis que l'école normale de S. est devenue l'un des trois instituts pour les degrés préscolaire et primaire de la haute école pédagogique. Une nouvelle organisation scolaire fut introduite en 2005 (écoles avec direction d'établissement). La réforme du secondaire inférieur en 2006 unifia le passage à ce degré, qui intervient pour tous les élèves après la sixième année primaire, et simplifia les types d'écoles. En 2010, le peuple accepta l'adhésion au concordat Harmos.
Auteur(e): André Schluchter / PM
Les compétences et les responsabilités du conseil de santé furent fixées dans une loi de 1810 qui soumit en outre la santé publique à une surveillance accrue de la part de l'Etat, lequel nomma pour l'exercer, à côté du médecin cantonal, cinq médecins d'arrondissement en 1811. L'introduction d'un examen d'Etat en 1853 favorisa la professionnalisation des médecins, pharmaciens et vétérinaires. En instaurant en 1883 des commissions sanitaires locales placées sous sa direction, le Département de la santé publique renforça son emprise sur le secteur. L'asile de Rosegg (1860) fut le deuxième hôpital psychiatrique moderne de Suisse, après celui de la Waldau à Berne (1855). L'hôpital cantonal d'Olten entra en service en 1880, le sanatorium d'Allerheiligenberg en 1910 et le nouvel hôpital des bourgeois à S. en 1930.
Le volume du parc hospitalier soleurois augmenta fortement entre 1955 et 1982. L'ampleur de la dette publique amena dans les années 1990 des mesures d'économie et de concentration: en 1993, le canton dénonça le contrat qui le liait avec l'hôpital bernois de Niederbipp, malgré les protestations que cela suscita dans la région Thal-Gäu; en 2003, il ferma l'hôpital de Breitenbach et le transforma en EMS. En 2006, il réunit l'ensemble des hôpitaux et services psychiatriques dans une société anonyme. En 2008, il ferma le dispensaire psychiatrique de Fridau (ouvert en 1921). La décision de ne développer une offre hospitalière complète que sur les sites de S. et d'Olten se heurta à l'opposition des régions privées de certains services. Le peuple refusa deux fois la fermeture du site d'Allerheiligenberg avant de l'accepter enfin en 2010.
Auteur(e): André Schluchter / PM
Longtemps, le gouvernement libéral ne s'activa guère dans le domaine social. Il considérait que les indigents devaient être soutenus en premier lieu par leur famille, proche ou lointaine, par le fonds des pauvres que chaque commune bourgeoise devait obligatoirement posséder depuis 1817, par la charité privée et subsidiairement par l'Etat. Cependant, la dotation des fonds communaux variait fortement; la ville de S. bénéficiait de la meilleure situation à cet égard, alors que les communes du Schwarzbubenland étaient les moins bien pourvues et recouraient souvent au placement tournant des indigents. En 1861, le canton créa un office de l'assistance publique (dépendant du Département de l'intérieur jusqu'en 1884, puis autonome jusqu'en 1969). Les contributions étatiques allaient en majorité aux sociétés de bienfaisance, qui se multiplièrent dès les années 1870; pour la période 1885-1914, elles sont nettement inférieures aux sommes offertes par les œuvres charitables.
La loi de 1912 sur l'assistance publique prévoyait de financer celle-ci par un impôt correspondant à 10% de l'impôt cantonal et d'instituer un secrétariat spécialisé (qui ne sera ouvert qu'en 1934, pendant la crise mondiale). En 1970, les affaires sociales furent à nouveau intégrées au Département de l'intérieur. En 1995, les communes bourgeoises furent déchargées de l'assistance et des tutelles. En 2007, le canton promulgua une nouvelle loi réglant tous les aspects de l'assistance sociale et divisant le territoire en quatre régions. Face au problème de la toxicomanie, des programmes d'aide et de prévention furent mis sur pied par des particuliers, des paroisses, des communes et plus tard par l'Etat. Après l'évacuation des scènes ouvertes de la drogue, des essais de distribution contrôlée commencèrent en 1995; ils entraînèrent en quelques années une diminution des décès.
Auteur(e): Ruedi Graf, André Schluchter / PM
L'essor démographique amorcé dans la seconde moitié du XVIIIe s. s'accéléra dans le premier tiers du XIXe avant de ralentir dès 1837, mais en se maintenant légèrement au-dessus de la moyenne nationale. Entre 1850 et 1860, on enregistre un léger recul, suivi d'un retour au taux de la période antérieure. Dès 1888, comme ailleurs en Suisse, l'augmentation prit un rythme soutenu. La crise de 1973 se traduisit par une diminution du nombre des habitants. A la fin du XXe s., on constate à nouveau une modeste hausse.
Au XIXe s., la croissance résulte surtout de l'excédent naturel, l'immigration jouant un rôle accessoire dès 1888. La natalité ne se mit à baisser qu'au début du XXe s. Comme les cantons voisins d'Argovie et de Bâle-Campagne, celui de S. vit émigrer entre 1845 et 1863 un grand nombre de ses ressortissants qui s'installèrent outre-mer, surtout aux Etats-Unis, plus encore dans d'autres cantons. Cependant, l'industrialisation finit par déployer ses effets et la tendance s'inversa dès 1888 au plus tard. Les grands chantiers ferroviaires dans le canton et l'ouverture du tunnel du Gothard marquèrent le début de l'immigration d'ouvriers étrangers, surtout italiens. La haute conjoncture, dès 1950, déclencha une nouvelle vague d'immigration, qui reflua à cause de la crise à la fin des années 1970.
En raison de son industrialisation tardive, le canton de S. ne connut pas (ou seulement passagèrement) une densité démographique comparable à celle de ses voisins, Argovie et Bâle-Campagne. Après la crise des années 1850, les disparités régionales s'accentuèrent. La croissance se concentra dans les six régions industrielles (distr. de Lebern, S., Kriegstetten et Olten dès 1860, de Thal et de Gösgen dès 1880), où elle toucha non seulement les villes de S., Olten et Granges, mais des villages qui s'urbanisèrent. En revanche, l'exode rural frappa des régions comme le Bucheggberg, où les villages gardèrent leur caractère campagnard.
La situation changea avec la haute conjoncture de l'après-guerre, qui provoqua un boom de la construction; la mobilité s'accrut et l'on assista à un mitage du paysage, limité du moins dans le Jura par la zone de protection que le canton avait créée en 1942 déjà. Sur le Plateau, la Witi, c'est-à-dire la plaine de l'Aar entre Granges et S., fut placée sous protection en 1994, en relation avec la construction contestée de l'autoroute A5. Dans le district de Thal, des responsables locaux et le canton tentèrent de compenser partiellement la désindustrialisation (dernier quart du XXe s.) en transformant la région en parc naturel, reconnu par la Confédération en 2010.
|Année||Habitants||Etrangers||Catholiques||Protestants||Structure par âge (60 ans et plus)||Période||Accroisse-menta||Excédent naturela||Solde migratoirea|
|1850||69 674||1,3%||88,3%||11,6%||1850-1860||-0,6‰||5,5‰||-6,1‰|
|1860||69 263||1,7%||86,1%||13,8%||8,4%||1860-1870||7,5‰||8,8‰||-1,3‰|
|1870||74 608||2,4%||83,2%||16,7%||8,6%||1870-1880||7,4‰||9,3‰||-1,9‰|
|1880||80 362||2,8%||78,4%||21,3%||8,9%||1880-1888||8,0‰||9,4‰||-1,4‰|
|1888||85 621||3,0%||74,4%||25,3%||9,4%||1888-1900||13,7‰||12,8‰||0,9‰|
|1900||100 762||4,2%||68,9%||30,8%||8,5%||1900-1910||15,1‰||14,7‰||0,4‰|
|1910||117 040||6,2%||66,1%||33,3%||7,9%||1910-1920||11,0‰||11,8‰||-0,8‰|
|1920||130 617||5,0%||62,8%||36,3%||7,5%||1920-1930||9,9‰||11,0‰||-1,1‰|
|1930||144 198||4,8%||56,5%||38,6%||8,9%||1930-1941||6,6‰||8,3‰||-1,7‰|
|1941||154 944||2,8%||55,3%||40,5%||10,8%||1941-1950||10,7‰||11,9‰||-1,2‰|
|1950||170 508||3,7%||55,6%||40,6%||11,9%||1950-1960||16,5‰||11,1‰||5,4‰|
|1960||200 816||9,6%||57,8%||39,3%||13,3%||1960-1970||11,0‰||10,5‰||0,5‰|
|1970||224 133||15,3%||59,1%||37,3%||16,8%||1970-1980||-2,7‰||4,0‰||-6,7‰|
|1980||218 102||12,4%||54,9%||37,3%||18,3%||1980-1990||6,1‰||2,7‰||3,4‰|
|1990||231 746||14,6%||50,9%||35,6%||22,5%||1990-2000||4,1‰||1,9‰||2,2‰|
|2000||244 341||17,4%||43,5%||31,2%||20,9%|
Auteur(e): André Schluchter / PM
La faiblesse de la préindustrialisation dans un canton essentiellement agricole, les règlements corporatifs contraignants en vigueur jusqu'en 1834 et des faillites subies avec résignation retardèrent le début de l'industrialisation. Le développement d'entreprises isolées comme les fonderies Von Roll (1813), d'ateliers textiles dans la région d'Olten, du trafic de transit par les cols jurassiens et du commerce de bétail précéda celui de branches dont les caractéristiques (fort enracinement régional, diversification insuffisante et orientation vers l'exportation) marquèrent longtemps l'économie soleuroise: industrie de la chaussure dès 1851 dans la région Olten-Schönenwerd (maison Bally), horlogerie après 1852 dans la région de Granges, puis dans celle de S. dès 1873 avec la société Lanco à Langendorf, filatures sur le canal industriel de l'Emme à Derendingen (1861, 1872), cimenterie Vigier à Luterbach (1871), fabriques de papier et de cellulose à Biberist (Biber, 1862) et Attisholz (1882). A l'époque des chantiers ferroviaires, Olten accueillit les ateliers du Central-Suisse (1855) et la fonderie von Roll (1866).
Des investisseurs de Zurich et de Suisse orientale soutinrent l'industrialisation à S., qui s'accéléra aussi grâce aux centrales électriques, relativement précoces, de Kriegstetten (1886), de la société Olten-Aarbourg (1896, Atel en 1935, Alpiq depuis 2009) et de la coopérative Elektra Birseck (1897). La savonnerie Sunlight (1898), la fabrique d'automobiles Berna (transférée à Olten en 1904) et les distributeurs de denrées alimentaires Usego et Nago (à Olten dès 1910 et 1911) amenèrent une certaine diversification. Des sous-traitants travaillant surtout pour l'horlogerie (comme les ateliers Sphinx à S.) apparurent dans le décolletage et la mécanique de précision.
En 1914, S. était devenu l'un des cantons les plus industrialisés (23% des emplois). En 1930, il était à la deuxième place, après Glaris. Dans la phase d'expansion d'après 1945, il connut une croissance économique supérieure à la moyenne. Si la crise de 1933 l'affecta relativement peu, la récession qui survint après 1973 et qui frappa surtout l'horlogerie et la métallurgie, révéla les faiblesses structurelles de son industrie dont relevaient alors 56% des emplois. Les régions de Thal et de Granges, trop dépendantes de la seule horlogerie, souffrirent davantage qu'Olten et que la Suisse dans son ensemble, qui bénéficiaient d'une économie plus diversifiée. Entre 1970 et 1986, le secteur secondaire perdit 20 000 emplois et le tertiaire en gagna 11 000 (sur 11 0000 au total). La promotion économique régionale et cantonale (bureau de conseil à l'innovation, études structurelles, pépinières d'entreprises, encouragement des nouvelles technologies, fondation de hautes écoles spécialisées) contribua dès 1977 à une relance qui se manifesta dans l'essor de branches porteuses d'avenir comme l'énergie, la technique médicale, la haute technologie et la haute précision, la pharmacie, l'électronique, l'optique, les arts graphiques, ainsi que la distribution (centres de logistique près de l'échangeur autoroutier de Härkingen). Malgré la désindustrialisation, la part du secteur secondaire dans le canton était encore, à la fin du XXe s., d'environ 11% supérieure à la moyenne suisse. Un passage conjoncturel difficile dans les années 1990 a montré que même les nouvelles entreprises, fortement orientées vers l'exportation, étaient exposées à une pression qui les force à s'adapter constamment.
|Année||Secteur primaire||Secteur secondaire||Secteur tertiaireb||Total|
|1860||13 808||42,7%||11 196||34,6%||7 352||22,7%||32 356|
|1870c||13 695||43,5%||13 921||44,2%||3 858||12,3%||31 474|
|1880c||14 860||41,6%||15 983||44,7%||4 912||13,7%||35 755|
|1888||12 527||33,4%||17 916||47,8%||7 054||18,8%||37 497|
|1900||12 033||27,4%||23 116||52,5%||8 845||20,1%||43 994|
|1910||11 908||22,6%||29 762||56,6%||10 926||20,8%||52 596|
|1920||12 061||20,0%||35 402||58,6%||12 975||21,5%||60 438|
|1930||10 182||15,2%||40 866||61,1%||15 795||23,6%||66 843|
|1941||10 438||14,4%||44 450||61,2%||17 719||24,4%||72 607|
|1950||8 701||11,1%||49 347||62,9%||20 416||26,0%||78 464|
|1960||7 091||7,6%||61 111||65,4%||25 204||27,0%||93 406|
|1970||5 730||5,2%||68 292||62,5%||35 286||32,3%||109 308|
|1980||4 765||4,5%||55 876||52,4%||46 043||43,2%||106 684|
|1990||3 687||3,1%||49 615||41,2%||67 180||55,8%||120 482|
|2000d||3 501||2,7%||38 891||30,4%||85 460||66,8%||127 852|
Auteur(e): Thomas Wallner / PM
L'agriculture évolua à S. comme dans les cantons comparables. Le rachat des dîmes dura jusque dans les années 1860; parallèlement, la céréaliculture fit place à l'élevage (notamment celui du cheval, comme dans les cantons de Vaud et de Fribourg) et à la production laitière; la mécanisation débuta peu après. Le nombre des animaux reproducteurs passa de 288 en 1835 à 1061 en 1916. En 1862, le canton comptait déjà 103 fromageries de plaine. Des sociétés cantonales et régionales d'agriculture (dès 1835) et de nombreuses coopératives (après 1880) facilitèrent la modernisation en prodiguant conseils et formation. L'Etat apporta son aide à la correction de l'Aar et de la Dünnern, aux améliorations foncières, aux remaniements parcellaires dès 1914, à la fondation des écoles d'agriculture de la Steingrube à S. (cours d'hiver, 1909) et du Wallierhof à Riedholz (1932). Après 1950, la surface agricole fut de plus en plus grignotée par les constructions (logements, autoroute, gazoduc, Rail 2000, entrepôts). Le nombre des exploitations passa de 7608 en 1939 à 5937 en 1955, 2698 en 1990 et 1536 en 2010.
Auteur(e): Thomas Wallner / PM
Jusque vers 1900, les arts et métiers furent l'épine dorsale de l'économie locale. Le nombre des entreprises de ce secteur s'accrut au XIXe s.; à Granges par exemple, il passa de cinquante-huit en 1837 à 165 en 1895. Il y eut une société des arts et métiers à S. dès 1842 et à Olten dès 1863. Les marchés locaux étaient florissants et des expositions s'organisaient régulièrement. Une éphémère première école des artisans (1843) et celle des horlogers de S. (1884) préfigurent les écoles professionnelles apparues après 1920. L'artisanat souffrait cependant à la fois du manque de crédit et de la concurrence de l'industrie. Il restait aussi retardataire, par comparaison avec les cantons voisins, dans les domaines de la formation, de l'adaptation au progrès technique et des structures productives et professionnelles.
L'apparition de nouveaux métiers (électriciens, mécaniciens sur automobiles, laborantins, modistes), tandis que d'autres mouraient, les exigences du progrès technique et de la production industrielle entraînèrent après 1900 de profondes réformes. Les sociétés locales se regroupèrent; un secrétariat des arts et métiers fut créé en 1911. Le secteur profita aussi du savoir-faire de nombreux immigrants. Le soutien de l'Etat, notamment dans la formation et le contrôle, s'avéra stimulant. De nombreux petits ateliers donnèrent naissance à des entreprises industrielles, par exemple les Handlismer (tricoteurs à la main) de la famille Nabholz à une fabrique de tricot à Schönenwerd (1895), la charronnerie Heinrich Hess à Bellach (1882) à la carrosserie Hess, la plus grande fabrique d'autobus de Suisse (1919) ou les Schweizerische Isola-Werke à Breitenbach (trois personnes en 1903) au plus gros employeur de la région.
Le secteur bancaire se développa timidement après 1837. La Banque cantonale, fondée en 1886, fit faillite en 1995 et perdit son indépendance. On ne peut citer de compagnie d'assurance indigène. Le tourisme ne joua qu'un rôle marginal, même si établissements thermaux, beautés naturelles du Jura et monuments attiraient des visiteurs.Les pèlerinages jouèrent un rôle non négligeable au XIXe s. Au XXe s., le secteur de la restauration tira quelque profit du tourisme d'excursion.
Auteur(e): Thomas Wallner / PM
Sous la pression des cantons du Gothard, S. promulgua en 1817 un règlement routier et entreprit en 1827 l'aménagement des deux cols du Hauenstein et du tronçon S.-Biberist de la route de Berne. Entre 1834 et 1877, le réseau fut porté de 130 à 570 km. Les lois de 1836, 1857 et 1867 (cette dernière valable jusqu'en 1928) transférèrent à l'Etat l'essentiel des coûts de construction et d'entretien. Les principaux travaux furent le renouvellement de la route du Leberberg, de la transversale est-ouest passant par Fraubrunnen et dans le Niederamt (district de Gösgen) et de la route de Thal, ainsi que le raccordement du Schwarzbubenland à la région de Bâle et à l'Alsace.
Dès 1856, le chemin de fer concurrença la route et la voie fluviale pour le transport des voyageurs et des marchandises. La construction du réseau ferroviaire soleurois se fit en trois étapes. Lors de la première (1854-1858), l'est du canton fut raccordé au réseau principal du Central-Suisse, mais le chef-lieu dut se contenter d'une gare sur la ligne secondaire Herzogenbuchsee-Bienne. On essaya dans ce contexte de relancer la navigation sur l'Aar, mais cette tentative échoua rapidement. La deuxième étape (1870-1884) comprit la ligne du Gäu (pied du Jura), celle de S. à Berthoud (chemin de fer de l'Emmental) et celle de Bâle à Delémont (chemin de fer du Jura, qui touchait le Schwarzbubenland). Lors de la troisième étape, on améliora les transversales nord-sud: ligne du Weissenstein en 1903-1908, tunnel du Grenchenberg en 1911-1915 et ligne de base du Hauenstein en 1912-1916, qui renforça le rôle d'Olten comme plaque tournante du trafic ferroviaire suisse. La liaison directe entre S. et Berne ne sera achevée qu'en 1924. Le canton participa à la subvention du Gothard en 1865, mais s'abstint de tout autre engagement financier jusque vers la fin du XIXe s. Plusieurs des grands projets ferroviaires du début du XXIe s. pourraient avoir une incidence pour le canton: raccordement de S. au tronçon Mattstetten-Rothrist par la "variante sud plus", accès aux tunnels de base du Lötschberg et du Gothard.
Dans la seconde moitié du XIXe s., on ouvrit des routes dans les zones que le chemin de fer n'atteignait pas, mais les efforts de S. restèrent inférieurs à la moyenne suisse dans les années 1880-1930. On commença à mettre en place un réseau de bus régionaux dans les années 1930. Le premier tronçon autoroutier du canton (Oensingen-Kirchberg sur l'A1) fut inauguré en 1966; il sera suivi en 2002 du tronçon S.-Bienne de l'A5. Les échangeurs d'Egerkingen et de Rothrist confirmèrent le rôle de plaque tournante de la région d'Olten. Le Gäu, autrefois grenier à blé, devint le centre logistique de la Suisse, site de nombreux entrepôts.
Auteur(e): Peter Heim / PM
Sous la Régénération, une nouvelle élite issue de la petite bourgeoisie urbaine et des campagnes s'empara rapidement des positions dirigeantes dans l'Etat et la société, mettant à l'écart les vieilles familles patriciennes. Ces hommes nouveaux, provenant souvent du milieu des artisans, contribuèrent aussi à l'essor industriel. Certains d'entre eux atteignirent de très hautes positions, comme le conseiller fédéral Josef Munzinger ou le directeur du Central-Suisse Johann Jakob Trog, tous deux d'Olten. Avec les progrès de l'industrialisation aux XIXe et XXe s., les milieux dirigeants économiques, puis aussi politiques, s'étoffèrent de personnalités qui n'étaient pas originaires du canton.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
Au début du XIXe s., plus de 90% de la population vivaient à la campagne. Vers 1860 encore, la part des ménages ruraux variait entre 88% dans le district de Dorneck et un peu plus de 60% dans celui d'Olten; vers 1920, elle oscillait entre 80% (distr. de Thierstein) ou 70% (Dorneck) et 20% (Olten). La propriété du sol et du bétail étant très inégalement répartie, la société rurale se divisait entre une minorité de producteurs autosuffisants ou capables même d'alimenter le marché (32% en moyenne cantonale et jusqu'à un peu plus de 40% dans les distr. de Bucheggberg et Kriegstetten) et une majorité de petits paysans possédant trop peu de terres ou n'en possédant pas du tout (plus de 70% dans les distr. d'Olten, Gösgen et Thal). Cette majorité survivait en combinant activités agricoles et autres (artisanat rural, commerce, industrie à domicile); elle se louait au moment des récoltes, mais on comptait peu de domestiques agricoles. Cette situation perdura jusqu'au début du XXe s.
Dans la période précédant la Première Guerre mondiale, la part des ménages ruraux se convertissant à l'industrie progressa fortement. Dans les campagnes des districts de Thal et de Lebern, l'horlogerie recrutait des ouvriers peu exigeants en fait de salaire (car ils se nourrissaient en partie des produits de leurs potagers), qui se rendaient à l'usine en train. Entre 1885 et 1915, le nombre des ouvriers soumis à la loi fédérale sur les fabriques fut multiplié par quatre. L'industrie reprit son essor après la Deuxième Guerre mondiale (en 1973, elle fournissait 56% des emplois); elle contribua à l'accroissement de la population étrangère, ainsi qu'au développement urbain et suburbain d'Olten, de S. et de Granges, puis vers la fin du XXe s. d'Oensingen, Breitenbach et Dornach. La crise de 1973 marqua le début d'une tertiarisation assez rapide de la société soleuroise; entre 1970 et 2000, la part du secteur des services gagna plus de 10% à chaque décennie.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
Des crises économiques dues à de mauvaises récoltes (crise de la pomme de terre en 1846-1847 par exemple), la hausse des prix dans les années 1850 et la dépression qui commença vers 1875 furent parmi les causes du paupérisme. Endémique au XIXe s., ce dernier frappait surtout des petits paysans n'ayant que peu ou pas de terre, des chômeurs, des individus victimes de maladie ou d'accident, des vieillards, des femmes célibataires ou veuves et des enfants orphelins. Ces derniers étaient souvent placés par les communes dans les familles qui demandaient la plus faible indemnité pour leur entretien.
Au XIXe s., le groupe marginal le plus nombreux était celui des nomades, dont faisaient partie aussi bien les Jenisch que les travailleurs itinérants, multipliés en temps de crise. Pour les Jenisch, les localités écartées du Jura étaient d'excellents refuges (lieudit Heimatlosenplatz entre Anwil et Kienberg). Les nomades étrangers, de plus en plus nombreux à traverser le canton vers la fin du XIXe s., étaient mal vus de la population. Leur passage cessa abruptement lorsque la Première Guerre mondiale éclata. Dès 1819, les autorités cantonales commencèrent à attribuer les Heimatlos à des communes dont ils devenaient bourgeois et où ils devaient s'installer; ils étaient ainsi poussés à adopter les habitudes sédentaires de la majorité. Les juifs actifs dans le canton, (surtout comme marchands de bétail et de drap, n'obtinrent le droit d'établissement qu'en vertu de la Constitution fédérale de 1874.
L'industrialisation provoqua l'immigration de travailleurs étrangers. Ceux-ci, surtout les ouvriers italiens employés au percement des tunnels à Olten et à Granges, parqués dans des baraquements, suscitaient dans la population un mélange de crainte et de fascination. Les saisonniers engagés durant la haute conjoncture qui suivit la Deuxième Guerre mondiale subirent un ostracisme analogue. L'animosité envers les immigrants originaires d'Europe occidentale finit cependant par s'atténuer.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
En 1803, le gouvernement de la Médiation rendit à l'Eglise ses biens nationalisés sous la République helvétique. En 1814, le canton tout entier, sauf le Bucheggberg protestant, fut attribué au diocèse de Bâle. Après de longues négociations, S. obtint en 1828 d'être le siège de l'évêque et de la conférence diocésaine. En raison d'irrégularités lors de l'élection du prévôt du chapitre cathédral, le Grand Conseil s'empara en 1834 de l'administration de la fortune du chapitre de Saint-Ours; mais il refusa les articles de Baden. En 1857, il approuva l'installation dans les locaux du couvent franciscain (dont l'existence était menacée) du grand séminaire diocésain prévu par le concordat, lequel ouvrit ses portes en 1860, pour les fermer en 1870 déjà, à cause du droit de surveillance des cantons diocésains et des prémices du Kulturkampf. Particulièrement violent dans le canton de S., le Kulturkampf eut pour causes le Syllabus de 1864, le dogme de l'infaillibilité pontificale (1870) et le soutien que lui apporta l'évêque de Bâle Eugène Lachat, ainsi que la remise en question de l'organisation de l'Eglise catholique et des relations entre l'Eglise et l'Etat. Il fut déclenché en 1872 par l'excommunication du curé de Starrkirch, Paulin Gschwind. Puis vinrent la loi sur la réélection des ecclésiastiques, la fondation de paroisses catholiques-chrétiennes et, en 1873, la déposition de l'évêque de Bâle par la majorité des membres de la conférence diocésaine. En 1874, le peuple supprima les chapitres de Saint-Ours et de Schönenwerd, ainsi que l'abbaye de Mariastein (une autre votation la rétablira en 1970).
Le synode de l'Eglise catholique-chrétienne suisse se constitua en 1875 à Olten, peu après la fondation des premières paroisses soleuroises de cette confession. En 1876, il fit d'Eduard Herzog, curé d'Olten, son premier évêque. Le sort des lieux de culte fut variable; l'église municipale d'Olten passa aux catholiques-chrétiens, tandis que la cathédrale Saint-Ours à S. resta aux catholiques romains qui durent cependant verser un dédommagement à l'autre parti. Les tentatives entreprises dès 1879 pour apaiser le conflit entre catholiques aboutirent en 1885 à la nomination de Friedrich Fiala, prévôt du chapitre cathédral, à la dignité d'évêque de Bâle. Mais le Kulturkampf dura encore longtemps dans le canton, surtout sur un plan local; dès la seconde moitié du XXe s. toutefois, les effectifs de l'Eglise catholique-chrétienne diminuèrent fortement.
Aux XIXe et XXe s., on érigea une vingtaine de nouvelles paroisses catholiques romaines, notamment celle de Lohn-Ammannsegg-Bucheggberg (1971), englobant les vingt communes à majorité protestante du Bucheggberg. Jusque vers 1950, le milieu catholique se distinguait par une vie associative et religieuse très riche. Les mutations économiques, la mobilité croissante, la déchristianisation et le manque grandissant de personnel ecclésiastique érodèrent l'influence des paroisses. Les couvents de capucins de Dornach et de S. furent supprimés en 1990 et 2003, celui des franciscaines de Saint-Joseph à S. en 2002. Faute de vocations, les ordres et congrégations de religieuses durent renoncer à de nombreuses activités menées par leurs membres depuis le XIXe s. dans l'enseignement, l'assistance et les soins (par exemple, les sœurs d'Ingenbohl s'occupèrent de 1892 à 2007 du foyer pour enfants de Bachtelen près de Granges). Les sœurs hospitalières, appelées de Porrentruy à S. en 1788, travaillaient encore à l'hôpital des bourgeois de S. au début du XXIe s. La communauté des sœurs de l'Œuvre séraphique de charité à S., qui se forma en 1919, fonda une filiale aux Philippines en 1979. L'immigration d'ouvriers italiens appela la création en 1954 de la Missione cattolica italiana.
Auteur(e): Urban Fink / PM
Avant 1798, il n'existait de paroisses protestantes que dans le Bucheggberg (Berne détenait la haute juridiction sur cette région et y avait imposé sa confession). Des communautés furent fondées à S. en 1835, puis dans les régions industrielles où s'étaient installés des protestants (Olten en 1859, Granges en 1880, distr. de Kriegstetten en 1897). Des essais de constitution d'une Eglise cantonale échouèrent en 1984 et 2001. Les huit paroisses du sud-ouest du canton sont membres des Eglises réformées Berne-Jura-S. L'Eglise réformée du canton de S. (issue en 1948 d'un arrondissement synodal formé en 1933) recouvre seulement le nord et l'est du canton. Le seul organe commun à l'ensemble du canton est la Fédération des paroisses réformées, remplacée en 1989 par la Fédération des synodes réformés du canton.
Après 1834, quelques juifs s'établirent sur le territoire cantonal. La communauté israélite de S., fondée en 1862, se dota bientôt d'une salle de prière (fermée en 1986). Les anthroposophes édifièrent en 1913 à Dornach le premier Goetheanum, vaste construction en bois à double coupole, qu'un incendie détruisit durant la nuit de la Saint-Sylvestre de 1922. En 1924, Rudolf Steiner présenta la maquette du bâtiment actuel, réalisé en 1925-1928. Un temple bouddhiste fut ouvert en 1996 à Gretzenbach. Un projet de minaret à Wangen bei Olten suscita une violente opposition et fut l'une des causes du lancement de l'initiative contre la construction des minarets, adoptée sur le plan fédéral en 2009 et nettement approuvée dans le canton de S.
Auteur(e): Urban Fink / PM
Jusqu'au cœur du XXe s., les loisirs furent rares. Seules les élites urbaines pouvaient s'offrir des voyages d'agrément ou les séjours en stations de cure que l'on s'était mis à apprécier au XIXe s. A la campagne, les distractions (théâtre, danse et jeu) restèrent longtemps liées au calendrier liturgique (spectacles donnés par les jeunesses villageoises pendant le carême). Dès la seconde moitié du XIXe s., la vie associative prit de l'ampleur, à la campagne comme en ville. Les sociétés sportives (celles de tir exceptées) apparurent relativement tard, avec les sociétés de gymnastique de S. (1855) et d'Olten (1859). Comme les sociétés à but culturel, elles furent longtemps dominées par les radicaux, puis elles se divisèrent selon les tendances partisanes. Les ouvriers se retrouvèrent dans leurs propres associations sportives. L'augmentation des loisirs au XXe s. permit d'accroître la consommation culturelle et le marché des divertissements.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
Avant 1830 déjà, des personnalités de la bourgeoisie lancèrent diverses sociétés qui devinrent au cours du XIXe s. l'un des piliers de la vie artistique et scientifique cantonale. Des sociétés de chant et, dès le milieu du XIXe s., de musique s'occupaient de la formation musicale, organisaient des concerts et des récitals, montaient des oratorios, parfois avec l'aide de renforts. En leur sein se formèrent des groupes de théâtre amateur. Des sociétés de lecture se mirent à constituer des stocks de livres, passés ensuite à des bibliothèques publiques; ainsi celle d'Olten (1816) fut à l'origine de la bibliothèques municipale (1902), celle de Breitenbach (1877) parraina la bibliothèque populaire du village, tandis que la Société littéraire de S. ne fut que l'une des nombreuses sources de la bibliothèque cantonale (Bibliothèque centrale de S. après sa fusion en 1930 avec celle de la ville). Des sociétés des beaux-arts apparurent à S. en 1851, à Olten en 1912 et à Granges en 1957; leurs collections se retrouvent dans les musées de ces villes, ouverts en 1902, 1912 et 1984, soutenus surtout par la main publique. Des associations scientifiques comme la Société d'histoire naturelle (1822) et la Société d'histoire (1853) encouragèrent la recherche dans leur domaine; la première édite une revue depuis 1899, la seconde depuis 1928. Les éditions Walter, fondées en 1916 à Olten par Otto Walter, se firent connaître durant l'entre-deux-guerres dans toute la Suisse catholique. Sous la direction d'Otto F. Walter (1956-1966), elles se vouèrent à la littérature et acquirent une renommée internationale. Elles ont été reprises en 1992 par les éditions Patmos.
Si les communes ne s'intéressèrent guère au domaine culturel avant la seconde moitié du XIXe s., elles y assumèrent l'essentiel des dépenses au XXe s. Dans les villes de S. et d'Olten, plus tard aussi à Granges, elles financèrent, avec les communes bourgeoises, la construction et l'entretien des salles de théâtre et de concert, des musées et des bibliothèques. Au cours du XXe s., des bibliothèques ouvrirent même dans quelques gros villages.
En matière de politique culturelle, l'Etat se contenta d'abord, au XIXe s., d'un rôle subsidiaire, passant par un soutien aux associations actives dans l'ensemble du canton. La première institution qu'il créa fut la Bibliothèque cantonale (ouverte en 1883 en vertu d'une décision prise par le Grand Conseil en 1875). Puis vint le Musée de l'ancien arsenal (1907), avec son importante collection d'armures. Le canton marqua le coup en commandant un grand Festspiel patriotique à Adrian von Arx pour le 400e anniversaire de la bataille de Dornach (1899) et un autre à Cäsar von Arx pour le 450e (1949). Après la Première Guerre mondiale, il s'engagea dans la voie de la promotion culturelle. Il institua un crédit pour l'encouragement des beaux-arts en 1926, le service des monuments historiques en 1957, le service archéologique en 1962. Dès 1937, il participa à la Loterie intercantonale, ce qui permit d'augmenter les moyens en faveur de la culture. Il attribua en 1958 son premier prix des beaux-arts. Il se donna en 1967 une loi sur la promotion culturelle et inscrivit dans la Constitution de 1986 un article sur la culture. Il mit sur pied en 1990 un office de la culture et ouvrit la même année le centre culturel du palais Besenval (fermé en 2000 par mesure d'économie). De plus en plus, les activités culturelles furent financées grâce aux bénéfices de la loterie.
Jusqu'après 1945, on s'en tint assez fermement au canon de la culture classique ainsi qu'aux traditions à caractère folklorique de la vie associative rurale. Mais, dès les années 1960, on commença à chercher des contenus nouveaux, à organiser des manifestations dans des genres et des lieux moins convenus. Parmi les événements culturels soleurois d'envergure suprarégionale et nationale, citons les Journées cinématographiques de S. (festivals de Cinéma), les Journées littéraires de Soleure, le festival de cabaret d'Olten et la Triennale internationale de l'art graphique à Granges.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM
La plupart des artistes soleurois des XIXe et XXe s. ne purent pas vivre de leur art. Ainsi, le peintre Martin Disteli, les compositeurs Casimir Meister, Richard Flury et Ernst Kunz enseignèrent le dessin ou la musique; de nombreux écrivains, comme Josef Reinhart, furent instituteurs. Peu d'entre eux acquirent une renommée nationale ou internationale. Citons au XIXe s. Disteli et sa revue illustrée, Frank Buchser et ses œuvres réalisées sur trois continents ou Otto Frölicher, paysagiste à Munich; au début du XXe s. Cuno Amiet, pionnier de l'art moderne; à la fin du XXe s. le "nouveau fauve" Martin Disler. Richard Kissling, né à Wolfwil, est connu pour ses monuments dédiés à Alfred Escher à Zurich et à Guillaume Tell à Altdorf (UR). L'"école de S." (Franz Füeg, Fritz Haller, Hans Zaugg notamment) a influencé l'architecture suisse de l'après-guerre avec ses cubes dépouillés en béton, acier et verre.
Malgré la richesse de sa vie musicale, le canton ne comptait aucun musicien professionnel. Les compositeurs soleurois du XIXe s. (dont plusieurs membres de la famille Munzinger d'Olten) durent donc s'exiler. Hans Huber, l'un des plus grands compositeurs suisses vers 1900, travailla surtout à Bâle, mais resta en contact avec la vie musicale soleuroise et influença un Richard Flury. Un thème de Casimir Meister (lied sur un poème de Josef Reinhart) devint le signal acoustique de Radio Berne de 1926 à 1966.
Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, les écrivains soleurois n'eurent qu'un rayonnement limité. Franz Krutter et Alfred Hartmann, tous deux influencés à leurs débuts par le mouvement romantique, tentèrent d'animer la vie littéraire en lançant des revues et l'almanach Alpina (1841), mais seul Hartmann connut le succès avec Der Postheiri (1845-1875), le plus important périodique satirique suisse avant le Nebelspalter. Josef Joachim, écrivain paysan du Gäu et épigone de Peter Rosegger, s'assura de nombreux lecteurs en Suisse. Dans la première moitié du XXe s., Josef Reinhart fut la figure centrale d'une poésie folklorisante, proche du mouvement du Heimatschutz et alors prédominante dans le canton. Cäsar von Arx se fit un nom comme dramaturge dans l'entre-deux-guerres. Otto F. Walter, Silja Walter, Peter Bichsel et Gerhard Meier, les "écrivains du pied sud du Jura", prirent une part marquante à l'essor de la littérature suisse dès les années 1960. Le renouveau critique de la littérature en dialecte a trouvé en Ernst Burren un digne représentant.
Auteur(e): Ruedi Graf / PM