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Les «Mémoires» dont il s'agit dans Le Cristal de nos nuits
ne sont pas ceux de l'auteur, comme le lecteur pourrait le penser de
prime abord. Ce sont celles de personnages qui se cristallisent à
partir d'une réminiscence nocturne.
Comme ces histoires ont toutes un lien avec la Seconde Guerre mondiale,
le titre ne peut que faire penser à la terrible Nuit de Cristal pendant
laquelle furent victimes de nombreux Juifs les 9 et 10 novembre 1938
sur tout le territoire du Reich.
Ces sept histoires se passent cependant en Suisse, pendant ces heures
parmi les plus sombres de l'Histoire du XXe siècle. Frédéric Lamoth ne
leur donne pas de titre, mais, en prologue, il reproduit des coupures
de presse de 1939 à 1944, pour l'ambiance.
Les réminiscences nocturnes?
- En 1945, après douze ans d'absence, Monique est réapparue aux
yeux du narrateur dans un restaurant à côté du Montreux Palace où il
l'avait connue;
- L'hiver rappelle au narrateur l'hiver 1943-1944 pendant la Mob, où un drame s'était produit accidentellement en montagne;
- Une commerçante reconnaît dans une cliente la femme qui lui avait donné à garder son fils Horst à partir de février 1941;
- Une jeune femme se souvient de son camarade d'enfance, Rémi, qu'elle
a perdu de vue en juillet 1944 quand les Allemands ont incendié
Saint-Gingolph;
- Un aviateur américain est hanté par la seule fois où, dans une
scierie, il a étreint Irene à l'été 1944, dans le sang et les larmes;
- Un faire-part de décès en 1989 d'une femme juive remémore à un
compositeur le temps où il voulait jouer en trio avec elle et un jeune
homme, juste après guerre;
- Le fracas des verres d'une fenêtre qui s'ouvre rappelle au narrateur
quand un bombardier s'était écrasé sur le Grammont et que les fenêtres
avaient volé en éclats.
Toutes ces histoires donnent des visages bien sombres de la Suisse,
parce que la guerre ne s'est pas arrêtée à ses frontières ou, en tout
cas, a eu des conséquences sur la vie de ses habitants et sur celle de
ceux et celles qui s'y sont retrouvés.
Ces histoires sont, pour les personnages, au mieux des occasions
manquées ou des moments de plus de peur que de mal, mais qui suscitent
l'angoisse.
Ces histoires sont au pire des accidents mortels, provoqués par
négligence ou pour donner une leçon, ou des relations non consenties.
Les circonstances exceptionnelles, si elles les favorisent, n'excusent pas certains actes.
Blog de FRANCIS RICHARD
Dans Le Cristal de nos nuits,
l’auteur dresse un portrait intime de la Suisse dans l’ombre du
Troisième Reich. Des personnages se réincarnent dans l’insomnie d’une
nuit limpide: une femme qui parle allemand sur la terrasse d’un café
montreusien, un soldat qui gît encore sous la neige, un violoncelliste
qui livre sa confession à propos d’un trio de Schubert… Dans cette nuit
de cristal, ce ne sont pas les bourreaux ou les victimes qui nous
ouvrent leur perspective, mais ceux qui ne dorment pas et écoutent
derrière les volets clos.