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Monitoring des stations lacustres
À la fin du 19ème siècle, la 1ère correction des eaux du Jura a abaissé nos lacs de 2,70 mètres en stabilisant artificiellement le lac de Neuchâtel à 429 mètres environ. Cet abaissement nécessaire pour éviter des inondations fréquentes a déclenché un mouvement d’érosion très prononcé des fonds lacustres. Ce phénomène, qui se poursuit encore aujourd’hui, a des effets très négatifs sur la conservation de notre patrimoine immergé. Cette érosion est particulièrement marquée à une profondeur d’un à quatre mètres correspondant aux sols d'occupation des stations lacustres du Néolithique et du Bronze final.
Pour des sites bien conservés, caractérisés par la présence de fumier lacustre, une protection physique contre l'érosion est une réponse parfois indispensable.
Cependant, pour sauver les vestiges des villages déjà profondément érodés, une fouille exhaustive a constitué la seule alternative. Cette solution, déjà adoptée par le canton de Neuchâtel pendant les années 1980 dans la baie de Cortaillod, a été reconduite 20 ans plus tard entre 2004 et 2007 pour la station du Bronze final de Bevaix-Sud. Comme les données sur la culture matérielle avaient en grande partie disparu, les efforts se sont concentrés sur la structure du village, son évolution dans le temps, son organisation interne et ses relations avec ses voisins. L'étude de Bevaix-Sud a apporté des informations inédites pour la compréhension du fonctionnement de ces communautés villageoises. La baie de Bevaix renferme encore d’autres villages immergés. Le site de Bevaix/l'Abbaye est un des cinq sites neuchâtelois inscrits au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Ce classement exige un suivi particulier de la part de l’OPAN. Pour l'instant, aucun site, le long du littoral neuchâtelois, n’a nécessité de protection physique sous la forme d’une couverture de géotextile et de galets. Une telle protection est visible dans le lac de Bienne. Pour anticiper une éventuelle dégradation de ces villages, un programme de surveil- lance a été mis en place dans chaque baie. Il s'effectue de deux manières : par des plongées régulières afin d'établir des fiches sanitaires par site et par quelques prospections aériennes. Des marqueurs de l'érosion sont installés sous la forme de bagues placées sur des tubes.
Image prise en septembre
Image prise en janvier
Deux campagnes de relevés bathymétriques ont été effectuées dans des zones très sensibles. Ils permettent de mettre en évidence les fronts d'érosion et d'identifier une série d'effondrements au bord de la terrasse constituant le soubassement de la baie. Ces relevés livrent un état topographique précis qui sert aujourd'hui de base de référence pour suivre l'évolution de l'érosion. Dans chaque baie, le phénomène érosif évolue différemment et dépend de nombreux facteurs. Les sites sont classés en fonction des dangers encourus à moyen terme et des mesures à prendre pour éviter une dégradation des couches. Ce programme de surveillance des sites a été complé- té par la mise en place d'un balisage à l’aide de bouées des sites inscrits à l’UNESCO et de la mise en application d'arrêtés pour interdire l’ancrage des bateaux, la navigation et la plongée dans ces zones.
Les plongées ne nous permettent pas de documenter de grandes surfaces. La prospection aérienne, effectuée à l'aide d'un dirigeable à air chaud, est un apport supplémentaire à ce programme de surveillance. La qualité d'observation depuis les airs et une couverture-photos périodique permet de contrôler la zone littorale jusqu'à une profondeur de six à huit mètres qui correspond à la profondeur maximale de la plate-forme lacustre comprise entre la berge et le tombant.
Les investigations aériennes sont délicates et nécessitent des conditions météorologiques bien précises. Le nombre de jours pour de bonnes observations des zones immergées est très limité. La meilleure période est la saison froide, lorsque l'eau est la plus transparente et que les algues ont disparu. Un bon ensoleillement est également souhaitable pour mettre en évidence les différents constituants du fond par effet d'ombre. Les vestiges à découvrir sont parfois presque imperceptibles et l'observation doit pouvoir se faire à vitesse très réduite. Afin d'éviter les effets de déformations visuelles du fond du lac par les vagues et les risées, il faut une absence quasi totale de vent. L'aéronef utilisé est actuellement le moyen le plus approprié pour réaliser ce genre d'observation. Depuis 2008, des vols ont été réalisés couvrant à plusieurs reprises les zones sensibles du littoral neuchâtelois. Ils ont permis non seulement d'étudier la dynamique lacustre, de surveiller les sites répertoriés mais également de faire de nombreuses découvertes sous la forme d’installations préhistoriques, d’épaves, et d’éléments liés à la modification de notre environnement lacustre.
Le suivi des stations lacustres nécessite d'avoir un personnel initié à l'archéologie subaquatique. Force est de constater qu’en dehors du canton de Neuchâtel, aucun enseignement pratique dans ce domaine n’existe. L’archéologie subaquatique se professionnalise de plus en plus. Les plongeurs archéologues ou passionnés d’archéologie ont des difficultés à trouver des chantiers-écoles qui acceptent de les encadrer. L’OPAN, depuis trois ans, s’est associé avec le Centre d’Etudes en Archéologie Nautique (CEAS) pour dispenser des cours qui permettent d’acquérir les techniques de base du travail sous l’eau et fournissent très souvent la première expérience en archéologie subaquatique. Formation des archéologues, mais aussi sensibilisation à notre patrimoine pour les plongeurs sportifs, puisque l’accès à ces cours est également possible pour eux. L’OPAN a le devoir de tout faire pour préserver ces villages lacustres et transmettre ses connaissances à un large public. Le Laténium est une vitrine exceptionnelle pour ce patrimoine « invisible ». L’organisation de ces cours d’archéologie subaquatique complète l’effort consenti par Neuchâtel depuis des années pour étudier et mettre en valeur la civilisation des Lacustres.
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