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Les certitudes des années 1990 ont changé. On nous prédisait alors que les ouragans seraient et plus nombreux et plus puissants à cause du réchauffement de l’atmosphère depuis le petit âge glaciaire. Aujourd’hui les Madame Irma du climat changent d’avis: les ouragans pourraient finalement être moins nombreux. Sans autre explication.
« Une étude du Centre national de recherches atmosphériques (Etats-Unis) confirme le net accroissement du nombre de cyclones au cours du vingtième siècle, en lien direct avec la courbe de hausse des températures mondiales. »
« Le réchauffement climatique et ses conséquences sur la température des océans et la structure des vents sont responsables du doublement du nombre d’ouragans enregistré chaque année dans l’océan Atlantique au cours du XXe siècle, selon une étude scientifique américaine publiée dimanche. »
« Si la température monte d’un degré, la fréquence des ouragans extrêmes augmentera de trois à quatre fois et si le climat de la planète devient deux degrés plus chaud, le nombre de ces phénomènes sera dix fois plus grand, précise Aslak Grinsted, de l’Institut Niels Bohr à l’Université de Copenhague, qui se fonde sur un modèle de prédiction prenant en compte l’évolution des températures autour du globe. Cela signifie qu’il y a aura un ouragan de la puissance de Katrina tous les deux ans au lieu de tous les vingt ans jusqu’alors, a-t-il dit. »
Or le graphique de la Chaîne Météo (image 1, cliquer pour agrandir) infirme les anciennes certitudes des scientifiques. En 45 ans il y a des variations, une hausse suivie d’une baisse, mais pas de progression continue. Il n’y a pas plus d’ouragans. Il y a seulement davantage de tempêtes tropicales décelées et nommées, en raison de meilleurs moyens de détection et de mesure.
Pourtant de nombreux médias se défoncent à grands coups de superlatifs à propos d’Irma. Il faut absolument en faire un événement unique dans l’histoire. Ils avaient tenté l’hyperbole avec Harvey. Celui-ci, qui devait être pire que Katrina, s’est révélé finalement du niveau d’une tempête tropicale.
Les dégâts provoqués par Harvey ne sont pas dus à sa puissance mais au surplace, avec ré-alimentation en eau, et pluies diluviennes sur une petite surface – Houston, dont la configuration et l’urbanisme sont propice aux inondations, comme l’histoire de la ville le montre.
En arrivant juste après Harvey, Irma bénéficiait d’une médiatisation déjà bien préparée. Il a rapidement été qualifié d’historique, de sans antécédent, de jamais vu. La raison? Une addition de petites raisons: premier ouragan de catégorie 5 à frapper cette zone précise de l’Atlantique, une ou deux rafales à 360 kmh (pour des vents continus d’environ 300 kmh), la durée de son intensité maximale, sa montée en puissance assez au large de la Caraïbe.
Mais ce ne sont que des records locaux et relativement secondaire. Sur la rafale j’ai déjà écrit: elle ne représente pas la puissance globale de l’ouragan. La caractéristique admise de puissance d’un ouragan est l’ACE (Énergie cumulative des cyclones tropicaux, quantité d'énergie globale d'un ou de plusieurs cyclones estimée à partir de la vitesse maximale des vents pour chaque période de six heures selon Wikipedia).
Alors le titre du Monde en ligne du 6 septembre est-il vrai: « Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré dans l’Atlantique »? L’ACE le plus élevé (70.4) a été calculé en 2004 sur Ivan, un cyclone de catégorie 5 qui avait touché le Vénézuela, la Caraïbe et les États du sud des États-Unis. Irma n’est classé qu’en troisième position avec un ACE de 61.4. On peut donc douter des experts.
On est même en droit de douter davantage quand, quelques lignes plus bas, l’article indique: « Irma (…) s’affirme comme l’ouragan le plus puissant jamais enregistré dans les Antilles, l’un des plus extrêmes ayant survolé l’Atlantique. De mémoire de météorologues, il se classe parmi les pires cyclones tropicaux, presque au niveau du terrible typhon Haiyan dans le Pacifique qui avait dévasté les Philippines en 2013. »
Parce qu'elle relaie de plus en plus les voix officielles, sans douter ni creuser (climat, racisme, égalité salariale, etc), la presse finira en ayant creusé sa propre tombe.
Relecture de cette dernière citation: d’abord c’est le plus puissant de l’Atlantique, puis seulement le plus puissant jamais enregistré dans les Antilles (soit un petit coin perdu de l’Atlantique) et enfin seulement l’un des plus extrêmes ayant survolé l’Atlantique.
Constat: les mots ne désignent plus une réalité objective. Ils servent à communiquer un message politique sur arrière-plan crépusculaire quant à l’avenir de la Terre. On cherche surtout ceux qui martèlent les esprits: « Le plus puissant », « l’un des plus extrêmes », entre autres.
Un autre mot est sorti vendredi 8 septembre, méga, repris en Une par la Tribune de Genève: « Irma est le premier des méga-ouragans », et en chapeau: « Selon les experts, le cyclone Irma (…) ne serait que le premier des méga-ouragans à venir. »
Il y avait des ouragans majeurs, catégories 3 à 5, puis les super-ouragans (les mêmes mais dramatisés) et maintenant voici les méga-ouragans. Quand on sait qu’Irma n’est que le quatrième ou le cinquième le plus puissant dans le bassin atlantique, on se demande qui sont « les » experts et ce qu’ils ont fumé. Surtout quand on sait que méga signifie: multiplié par un million!
On a heureusement quelques experts prudents, dont celui qui écrit sur La Chaîne Météo: « Avec le réchauffement climatique planétaire contemporain, on pourrait penser que les conditions météorologiques sont propices à un développement exponentiel des ouragans, dans un environnement plus chaud : mais ce n’est pas le cas. Les études et observations montrent, d’une part qu’il y a eu des ouragans aussi violents et aussi nombreux, par cycles, bien avant le début des relevés satellitaires (on retrouve des témoignages, descriptions et peintures du 18 et 19ème siècle pour les Antilles par exemple). »
« On note aussi, depuis les relevés modernes, que le nombre moyen d’ouragans et d’ouragans « majeurs » (dont l’intensité est d’au moins la catégorie 3 sur les 5 que compte l’échelle internationale de Saffir-Simpson) est stable, avec une légère tendance à la baisse depuis une décennie. La relation de cause à effet n’est donc pas automatique. »
Certains climatologues pensent de manière linéaire: plus de chaleur, donc plus d’évaporation et d’humidité, et donc des cyclones plus puissants. Or le climat n’est pas une mécanique linéaire mais cyclique et complexe. Il ne suffit pas d’additionner: il faut aussi tenir compte des rétroactions négatives qui modèrent les processus extrêmes. Par exemple: plus d’évaporation générera plus de nuages sur les océans, donc plus d’albédo par les nuages (renvoi du rayonnement solaire), et devrait se solder par un rafraîchissement de la mer (rétroaction négative).
Le premier méga-ouragan aurait dû être Le Grand Ouragan de 1780, avec son record de basse pression à 874 hPa et ses vents constants estimés à 230 kmh.
On peut catégoriser le débat de manière simpliste, comme le faisait un intervenant sous mon précédent billet. Les acteurs en présence sont d’un côté les progressistes, qui surfent sur le catastrophisme, voire une forme de terrorisme intellectuel et moral, et qui suivent le troupeau sans rien questionner, comme des lemmings. De l’autre les climato-critiques, qualifiés de conservateurs par les premiers.
Madame Irma
En réalité c’est loin d’être aussi simple. Car, pour l’anecdote, ceux qui sont catégorisés progressistes sont aujourd’hui les plus ardents défenseurs de l’environnement, alors que l’écologie est une des idéologies les plus conservatrices que l’humanité ait produite.
Enfin, vivons-nous vraiment les conséquences du changement climatique?
« Plusieurs experts interrogés par 20 Minutes restent très prudents lorsque la question est évoquée. « La méthode pour estimer l’activité cyclonique dans le futur doit être consolidée » avance Frank Roux, directeur du laboratoire d’aérologie de l’université Toulouse-3. Selon le spécialiste, établir un lien clair et direct entre réchauffement climatique et multiplication des ouragans est un travail minutieux, qui demande beaucoup de temps. « Les cyclones ne sont pas représentés avec suffisamment de précision dans les modèles de changement climatique indique-t-il. Pour l’instant, le consensus est de dire qu’il n’y aura probablement pas de gros changements dans le nombre moyen annuel de tempêtes tropicales [qui peuvent se transformer en ouragans] ».
Parole de Madame Irma.
P.S.: image 3: ouragan Andrew, 1992; l’image 4 montre que les construction plus récentes en dur ont résisté à Irma. Un exemple à suivre pour la reconstruction? Image 5: ouragan Okeechobee, 1928.