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Mensonges [série spéciale Catalogne]
Pourquoi faut-il que des sites qui sont censés lutter contre les bobards médiatiques publient eux-mêmes des mensonges?
A la suite du référendum de Catalogne, nos amis de Polémia publiaient une lettre ouverte à un nationaliste flamand signée de l’écrivain Javier Portella, qu’on nous présente comme d’origine catalane, mais Espagnol et Européen de cœur.1
Je reconnais volontiers à ce monsieur le droit de détester les indépendantistes catalans, mais pas celui de tromper son lecteur.
Or voici ce que nous lisons sous la plume de M. Portella:
Permettez-moi de le dire sous forme d’une boutade ou d’un raisonnement par l’absurde: n’était-ce [sic] la force que le politique (à ne pas confondre avec «la» politique) joue en tant qu’agglutinant symbolique des peuples, je m’en ficherais éperdument de la sécession politique de la Catalogne. A une seule condition: que la rupture affectivo-culturelle n’existe plus. Vivement une Catalogne constituée en tant que nouvel Etat-nation… à la condition (voilà l’absurde dont je parlais) que ses écoles deviennent bilingues et ne soient plus unilingues; à la condition, autrement dit, que l’espagnol y soit de nouveau enseigné, au lieu d’être, comme aujourd’hui, persécuté; à la condition que les magasins ne soient plus obligés, sous peine d’amende, à [sic] écrire leurs écriteaux exclusivement en catalan; à la condition que Cervantès, Quevedo, Lorca, Machado… tous les grands écrivains espagnols… et catalans écrivant en espagnol (on commence déjà à brûler leurs livres, notamment ceux du grand Juan Marsé) soient ressentis comme une gloire propre également à la Catalogne (…)
Les écoles de Catalogne sont unilingues? L’espagnol n’y est pas enseigné? Comment se fait-il alors que les écoliers, dont mes petits-enfants, l’apprennent dès le cycle initial de l’école primaire et soient tenus de le maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire?
L’espagnol est persécuté? Comment se fait-il alors que, dans les commerces, les bibliothèques, les restaurants et les administrations, les employés passent du catalan à l’espagnol et de l’espagnol au catalan avec tant de facilité? Comment se fait-il que dans la rue on entende si souvent les passants s’exprimer haut et fort dans la langue de Cervantès, Quevedo, Lorca, Machado et, pour l’écrit, Juan Marsé, sans qu’aucun policier ne les jette en prison ou qu’aucun Catalan ne les menace de représailles?
Les magasins sont obligés, sous peine d’amende, d’écrire leurs écriteaux exclusivement2 en catalan? Comment se fait il alors que l’alinéa 3 de l’article 32 de la Loi sur la politique linguistique du 7 janvier 1998, qui, autant qu’on sache, n’a pas été abrogé, prévoie que les panneaux et les affiches d’information générale à caractère fixe, ainsi que les documents d’offres de services aux usagers et aux consommateurs des établissements ouverts au public devront être rédigés au moins2 en catalan et que cette norme ne s’applique pas aux marques, aux noms commerciaux et aux enseignes protégés par la législation de la propriété industrielle? Comment se fait-il que la plupart des restaurants présentent à leurs clients des cartes en catalan et en espagnol, ainsi qu’en d’autres langues, d’ailleurs?
On commence déjà, en Catalogne, à brûler – au sens propre ou figuré? – les livres des grands écrivains espagnols et catalans écrivant en espagnol, notamment ceux du grand Juan Marsé? Comment se fait-il alors que ces auteurs figurent en bonne place dans les catalogues des bibliothèques et que j’aie pu emprunter Últimas tardes con Teresa de Marsé sans me faire tirer dessus par une bibliothécaire, bilingue, qui au contraire m’en a dit beaucoup de bien?
Si le reste de la lettre n’était pas manifestement sérieux, j’en viendrais à me demander si je ne suis pas tombée dans le piège de quelque plaisantin amateur de second degré. Mais je crains fort que cette avalanche de menteries n’ait été écrite en toute connaissance de cause, dans le but de noircir le tableau.
Et ça, c’est impardonnable, quelle que soit la cause qu’on défend.
M. P.
2 C’est moi qui souligne.
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