Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07205.jsonl.gz/1012

Les deux appareils remplissent très bien leur fonction de base : humidifier l'air d'une chambre à coucher, par exemple en cas de forte toux. L'ancien humidificateur contient un simple moteur, qui gicle l'eau pour le faire évaporer, et un interrupteur, qui permet de choisir entre deux vitesses.
Le nouvel humidificateur absorbe l'eau dans des filtres spéciaux qui sont séchés par un jet d'air dont la vitesse est contrôlée par un circuit électronique selon l'humidité de la pièce. Il contient un diffuseur de parfum et un cube d'argent pour lutter contre les bactéries. Le fournisseur affirme qu'il faut humidifier si l'air est plus sec que 40%. Pour y parvenir, son produit avec ses multiples filtres permet d'humidifier en permanence tout en évitant une prolifération de bactéries.
Quant à l'ancien modèle d'humificateur, il n'existe plus sur le marché. Et pourtant, au niveau écologique, il supporte largement la comparaison avec le nouveau modèle :
- la consommation électrique est semblable : au maximum 15 Watt pour l'ancien, entre 8 et 16 Watt pour le nouveau
- l'électronique du nouvel appareil nécessite de l'énergie pour sa fabrication, et diminuera probablement la durée de vie de l'appareil - plutôt 15 ans que 30 ans ?
- les filtres du nouvel appareil doivent être changés après quelques mois de fonctionnement. Ils sont certes fabriqués avec des fibres végétales, mais si l'appareil dure 15 ans, entre 30 et 120 filtres seront nécessaires (à environ 8 francs pièce)
- selon le mode d'emploi, le cube en argent doit être changé toutes les années - l'argent est un métal semi-rare, donc à utiliser avec parcimonie (il faut environ 420 kWh pour produire un kg d'argent)
- le nouveau modèle est fabriqué en Chine - l'ancien modèle était fabriqué en Suisse, donc impliquait beaucoup moins de frais de transport.
Si on additionne l'électronique, le transport depuis la Chine, la durée de vie plus courte, le remplacement des cubes d'argent et des filtres, l'énergie totale utilisée pour produire et faire fonctionner le nouvel humidificateur dépassera nettement celui de l'ancien. Toutes les innovations amenées en 30 ans font du nouvel humidificateur un objet de luxe, dont la marge pour le fournisseur est assurément confortable.
Est-ce que le bien-être supplémentaire d'une humidité de plus de 40% justifie ce coût ?
Non, selon la Confédération - un taux d'humidité de 30% suffit amplement pour une personne en bonne santé, et trop d'humidité est même néfaste. Ce nouvel humidificateur est donc peu écologique sans pour autant répondre à un vrai besoin.
Repenser le progrès...
Le constat fait ici avec un exemple simple se répète avec de nombreux objets de consommation. Nous devons réanalyser notre notion du progrès : de quoi avons-nous réellement besoin ou envie ? comment y répondre avec l'empreinte écologique minimale ? est-ce que le dernier gadget est un réel besoin ou une astuce marketing pour faire acheter un appareil plus cher ?
Pour diminuer notre empreinte carbone liée à l'énergie grise, nous appelons :
- les consommateurs à remettre en question leur mode de consommation - surtout pour les personnes avec un revenu confortable, qui consomment généralement plus
- les entreprises de production à adopter une éco-conception des produits basée sur une analyse complète et chiffrée du cycle de vie
- les revendeurs à étiquetter les produits en vente avec une indication de l'énergie grise de l'objet pendant tout son cycle de vie
- les politiques à imposer une indication "Nuit gravement au climat" sur toutes les publicités de produits ayant une énergie grise élevée