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La qualité des écosystèmes aquatiques est sérieusement dégradée dans près d'un tiers des stations de mesure. Ici, la Birse (archives).
KEYSTONE/AP/ANJA NIEDRINGHAUS(sda-ats)
Les cours d'eau suisses sont en grande partie dans un état biologique insuffisant, révèle une analyse de l'OFEV. Environ deux tiers des stations testées ne remplissent pas les conditions d'habitat pour les poissons. Berne veut agir avec une série de mesures.
"Lorsque l'on demande aux gens de nommer un cours d'eau suisse type, rares sont ceux qui répondent avec la Limpach", a dit Stephan Müller, chef de la division "Eaux" à l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), jeudi devant les médias. Il présentait les résultats de l'Observation nationale de la qualité des eaux de surface (NAWA) pour les années 2011 à 2014.
La Limpach, qui traverse le canton de Soleure, est pourtant représentative de l'état préoccupant des cours d'eau suisses: des concentrations trop élevées de nitrate, une qualité de l'écosystème dégradée et un habitat insatisfaisant pour les poissons.
Poissons mal lotis
Les relevés effectués entre 2011 et 2014 dans 111 stations de cours d'eau moyens (par exemple la Birse) et grands (le Rhône) révèlent que deux tiers des stations de mesure présentaient une eau dans un état dégradé. Les besoins très spécifiques des poissons en matière de qualité d'habitat ne sont ainsi pas remplis.
Même pour les invertébrés et plantes aquatiques peu exigeants, la qualité de l'eau est "sérieusement dégradée" dans près d'un tiers des stations, selon l'OFEV.
Par ailleurs, les micropolluants représentent une menace croissante pour la diversité biologique des cours d'eau. Il s'agit par exemple de pesticides et de résidus de médicaments, explique Stephan Müller.
Lors d'une analyse systématique de cinq cours d'eau moyens représentatifs du Plateau en 2012, plus de 230 micropolluants différents avaient été détectés. Les concentrations les plus élevées proviennent des eaux usées épurées. Elles sont inoffensives pour les humains.
Bonne nouvelle
Le bilan est plus positif concernant la teneur en nitrate et en phosphate. Grâce à la construction de stations d'épuration des eaux usées (STEP) et à l'interdiction de phosphate dans les produits de nettoyage, la qualité de l'eau s'est considérablement améliorée depuis les années 1980, a souligné M. Müller. "Les temps où les eaux étaient mousseuses sont révolus".
Toutefois, les petits et moyens cours d'eau sont encore trop chargés de nutriments. De grandes quantités d'eaux usées traitées y sont déversées. A cela s'ajoutent de nombreuses substances provenant de l'agriculture.
Il faut agir
Des mesures de revitalisation ont permis d'améliorer l'état de certains cours d'eau comme l'Emme (LU), a poursuivi Marc Chardonnens, directeur de l'OFEV. La rivière est aujourd'hui en bon état.
La Confédération a déjà introduit de nombreuses mesures à cette fin. Ainsi, 100 des quelque 700 STEP de Suisse seront équipées d'une étape de traitement supplémentaire pour mieux éliminer les micropolluants des eaux usées.
Encore en suspens, le plan d'action de l'Office fédéral de l'agriculture vise à réduire les apports de produits phytosanitaires rejetés par l'agriculture.
La loi sur la protection des eaux prévoit que les cantons, avec le soutien de la Confédération, régénèrent 4000 des 15'000 kilomètres de cours d'eau en mauvais état d'ici à la fin du siècle.
Mesures insuffisantes
Pour les organisations de protection de l'environnement, les mesures prévues ne vont pas assez loin. Dans un communiqué publié jeudi, Pro Natura critique en particulier le plan d'action de réduction des pesticides. Selon elle, de nombreuses mesures présentées font déjà partie "des bonnes pratiques agricoles".
L'organisation réclame l'interdiction des pesticides particulièrement dangereux, le développement et l'encouragement d'alternatives ainsi qu'une transparence maximale.
De son côté, Aqua Viva, l'organisation pour la protection des eaux, demande plus de mesures qui faciliteraient la migration de la faune aquatique. "Le démantèlement de centrales hydrauliques particulièrement nuisibles ne doit plus être un tabou en Suisse", écrit-elle jeudi.
ATS