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29/01/2013
Qu'est ce que l’État ? (V) – Synthèse intermédiaire
De la nature de l’État – organisation
L’État est avant toute chose ce que j'appellerai la matérialisation du principe d'organisation.
Le principe d'organisation est inhérent à la nature humaine : l'être humain est un être social, contraint par la nécessité de la reproduction, à vivre en collectivité (même restreinte), une société d'ermites, d'atomes humains isolés est une aberration et n'est pas viable. Parce qu'il est contraint de vivre en société, et parce qu'il aime vivre en société, l'être humain doit coopérer avec ses semblables.
Cette nécessaire coopération implique une organisation de la société (quelle que soit la forme précise que prend cette organisation) : c'est le principe d'organisation.
L’État matérialise donc cette organisation humaine, du moment qu'il y a société (c'est à dire du moment que deux personnes vivent ou coopèrent ensemble).
Sans État, pas d'organisation. Sans organisation, pas de société. Sans société, pas d'être humain.
Ce premier développement implique que toute société humaine peut à tout moment fonder (théoriquement) un État si elle le désire.
La reconnaissance sociale, et symbolique, de cet État est une autre question qui dépend des circonstances et du rapport de force entre le nouvel État et les autres Etats l'environnant ou l'englobant (dans le cas d'un État dans l’État).
Lorsque les Indigné-e-s s'approprient une partie de la cité genevoise, c'est une tentative de faire sécession avec l’État genevois (et fédéral). En se proclamant communauté autogérée, libre, et indépendante, qui plus est libérée de toute aliénation, ce groupe social fait les premiers pas vers la sécession (symbolique certes).
L'expérience des Indigné-e-s correspond à une tentative de changer la société dans laquelle ils vivent en créant une autre société plus attractive (enfin c'était l'idée de base on me dira, puisqu'après cela n'a pas tellement bien fonctionné). Cette autre société adopte ses propres règles, et ses propres institutions : bref, on a les bases (un peu vague certes) d'un État complexe qui voit le jour.
Donnez leur quelques lopins de terres fertiles, et vous les verrez bâtir les bases d'un État avec sa propre production, et son circuit de consommation, son commerce extérieur, etc.
Cet exemple montre les avantages en termes d'analyse que permet ma conception de l’État comme matérialisation du principe d'organisation.
Mais il y a aussi des avantages pour la formulation de notre projet socialiste d'une société autonome. J'y reviendrai.
On notera enfin que cette conception de l’État ne s'oppose pas à celle triviale d'un État en tant que territoire, population, et frontières.
De la nature de l’État – coercition
Étant donné que j'ai avancé ma conception de l’État, je dois à présent démontrer que la conception marxiste, libérale, et anarchiste, de l’État est erronée.
Toutes ces conceptions affirment la même chose : l’État est source de coercition.
Je prétends pourtant que ceci est une confusion. L’État n'est pas source de coercition, l’État est un outil (puisqu'il n'est que matérialisation de l'organisation humaine) coercitif. Mais son degré de coercition, comme son caractère coercitif, ne provient pas de son essence, de sa nature. La coercition étatique, et le degré de coercition étatique, est la conséquence directe de l'infrastructure et de la superstructure en place. Si l'infrastructure économique d'une société est très coercitive, alors la superstructure politique sera très coercitive (théorie du reflet de Marx), et par conséquent l’État sera très coercitif. Le capitalisme est coercitif, tout comme le totalitarisme, ou le bureaucratisme soviétique.
Mais si c'est simple, alors pourquoi ne choisit-on pas un modèle de société non coercitif ?
Parce que cela n'existe pas. Toute société est coercitive. Même deux individus devant prendre une décision ensemble finiront par exercer une coercition l'un sur l'autre (de manière symétrique ou pas).
La démocratie est coercitive bien entendu, car il y a toujours une majorité exerçant le pouvoir sur une autre. De même, la démocratie par unanimité cache simplement le rapport de force sur l'envers du décor, dans l'ombre du trône.
Quant à la démocratie directe, à l'autogestion, on atteint certes un stade peu coercitif (en termes de degré de coercition), mais il y a toujours coercition d'une majorité sur une autre.
L’État anarchiste, l’État libertaire
A présent, venons-en à la question anarchiste (ou libertaire) plus en détails.
Les anarchistes confondant État et modèles d’État (ou de société) prônent donc l'abolition de l’État. Que veulent-ils dire par là ? Et bien, qu'il faut supprimer toute organisation verticale du pouvoir, et organiser la société de manière horizontale, bref autogestion, et démocratie directe. L’État anarchiste est donc un État organisée sur des bases très peu coercitives, c'est le degré moindre de coercition (théoriquement, car la démocratie directe, la sur-décentralisation peut aussi présenter des problèmes à cause de la promiscuité dans la prise de décision politique).
Dans l'idéal, les libertaires suppriment l'acte de délégation, mais dans une société complexe, ils sont contraints (s'ils veulent maintenir une société complexe en place) de déléguer certaines tâches, et c'est pourquoi ils emploient une forme de délégation particulièrement raffinées : le mandat impératif révocatoire, qui permet de révoquer le mandé, et de fixer des termes strictes et précis à ses tâches.
L’État anarcho-capitaliste, l’État libertarien
Ne peut exister. Et oui, il s'agit d'une contradiction logique.
L'anarchisme libérale (ou libertarianisme) mène nécessairement à un État libéral (capitaliste) très conventionnel (répressif envers les travailleurs). L'inégalité de la répartition des moyens de production impliquant nécessairement un État répressif apte à faire respecter l'inégalité par la majorité lésée rebelle.
L’État capitaliste
C'est la forme d’État que l'on connaît, l’État intervient dans l'intérêt de classe capitaliste quand il le faut, et protège les droits et lois capitalistes.
Mais l’État capitaliste peut être plus ou moins social-libéral ou libéral, selon la taille de son Etat-providence, le développement des droits sociaux, de la protection des travailleurs et des syndicats, etc.
L’État socialiste
Quelle forme doit prendre l’État socialiste ?
Je crois que je suis trop fatigué pour rentrer dans le détail maintenant... Mais je listerai quelques mots clef qui me serviront d'autant de pistes : décentralisation, fédéralisme, confédéralisme, démocratie directe et semi-directe, tirage au sort, mutualisme, conseillisme, coopérativisme, associationnisme, sociocratie, etc.
Disons que la citation de Cornelius Castoriadis fera à nouveau bien l'affaire ici :
« Qu'est ce qu'une société autonome ?
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ».
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer.
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »