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L'année 2009 qui commence verra le 50e anniversaire de choisir. Une des orientations majeures de la revue, dès ses débuts, a été l'oecuménisme, « la paix entre les Eglises », comme on l'écrivait naguère.[1] Un demi-siècle plus tard, l'oecuménisme, qui demeure une de nos priorités, incite à la reconnaissance, à l'observation et à l'espérance.
Reconnaissance d'abord, lorsqu'on arpente le champ parcouru. L'hostilité et la méfiance entre les Eglises et leurs membres a fait place, généralement, à l'apprentissage de la connaissance mutuelle et, dans bien des cas, à des collaborations au service des gens. Au niveau des experts, de très nombreux accords ou déclarations communes ont été signés après de longues et âpres discussions, comme le fameux accord sur la Justification entre luthériens et catholiques. Au niveau pratique, la Charte oecuménique européenne [2] ou encore plusieurs textes de rapprochement entre des Eglises orientales orthodoxes (copte, assyrienne) et l'Eglise catholique témoignent d'un effort vers l'unité. Il est vrai qu'ils sont mal connus et qu'ils n'ont pas été suivis d'un effort comparable d'explications, afin qu'ils soient reçus par les membres des Eglises à la base et qu'ils changent les incompréhensions du passé en des approches nouvelles, plus conformes à la réalité que nous vivons.
Ensuite, l'observation. Je crois que nous divergeons assez profondément sur le modèle d'unité que nous cherchons à promouvoir. Un premier modèle, prôné par une partie de la famille réformée protestante et qui peut séduire certains catholiques, revient à dire, qu'à l'instar de la pluralité des courants dans le christianisme des deux premiers siècles, les différentes Eglises doivent se reconnaître théologiquement dans la pluralité, sans essayer de converger plus étroitement. Il suffit de se reconnaître, y compris dans les sacrements et notamment par la table eucharistique ouverte à tous.
Un autre modèle d'unité, qui a la faveur des catholiques, des orthodoxes et d'une partie de la famille protestante (luthériens, certains réformés, anglicans), tient à ne pas délaisser le mouvement vers une unité visible, c'est-à-dire institutionnelle, incluant le ministère épiscopal d'unité. Il va sans dire que les protagonistes de ce modèle divergent profondément sur la manière d'exercer ce ministère. Je suis convaincu qu'il n'y aura pas, avant longtemps, d'accord à ce propos et que les Eglises demeureront séparées. De nouvelles fractures apparaîtront, dues en partie aux différences culturelles, comme on le constate à propos du ministère ordonné des femmes ou de la reconnaissance des ministres homosexuels. En plus, la croissance exponentielle des groupes pentecôtistes et évangéliques présente un nouveau défi oecuménique aux Eglises anciennes.
Comment y répondre, sinon par un témoignage autant que possible commun de notre foi dans un monde sécularisé ? Ce témoignage est ancré dans la prière du Christ : « Que tous soient un ; comme, toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous afin que le monde croie que tu m'as envoyé » (Jean 17,21). Dans le 4e Evangile, l'unité universelle des croyants est un don résultant de la mort du Christ. Elle dépasse le cadre d'une unité institutionnelle formulant un consensus de doctrine ou de pratique. Elle atteste la parfaite unité entre Dieu et son Envoyé, que les disciples sont appelés à partager par l'amour mutuel. Cette unité, déjà donnée, doit être alimentée par des gestes d'espérance, comme l'appel de Frère Aloïs de Taizé, adressé l'an dernier à Genève, à organiser des « veillées de réconciliation » en faveur de l'unité entre les Eglises. Je pense aussi à de petits événements qui ponctuent l'actualité, comme le pèlerinage conjoint entre anglicans et catholiques à Lourdes, emmené par le primat de l'Eglise anglicane Mgr Rowan Williams ; ou à l'accueil simple et chaleureux, dont j'ai été le témoin en Arménie, de prêtres du pays à l'égard d'un groupe oecuménique, à l'intérieur des sanctuaires d'une Eglise qui a subi la persécution et qui renaît ; ou encore à l'initiative qui devrait réunir à Jérusalem, le 29 janvier, au lieu présumé du Cénacle, les représentants catholiques, orthodoxes, arméniens, luthériens et anglicans, pour un temps de prière.