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20/04/2012
Genève-Lausanne : l'éternelle rivalité
Personne ne connaissait René Gonzalez, en 1990, quand il est devenu le codirecteur du théâtre de Vidy, oÙ Matthias Langhoff l'avait appelé. Quand il succéda à ce dernier, l'année suivante, un doute planait sur ses capacités à diriger un théâtre local. Or, tout le monde se plaît à le reconnaître aujourd'hui, Gonzalez a fait de Vidy non une scène locale, mais un théâtre à l'ambition européenne. Chapeau, René ! En quelques années, il a fait venir à Lausanne les plus grands metteurs en scène (Besson, Bondy, Lassalle, Desarthe, Régy, Porras, Brook et cent autres) et les plus grands comédiens.
Pourquoi n'est-on pas parvenu à faire la même chose à Genève?
Benno Besson, de 1982 à 1989, a transformé la Comédie en théâtre européen. Il aurait voulu continuer. On ne lui en donna pas les moyens. Pour le remplacer, on ne trouva personne. Il fallu l'entregent du regretté Bernard Schautz pour s'en aller convaincre Claude Stratz, qui était l'assistant de Patrice Chéreau à Paris, de reprendre la barre du navire. La Comédie, peu à peu, perdit son lustre. Et de nombreux abonnés. Ce n'est pas la faute de Stratz, sans doute, qui passait plus de temps à Paris qu'à Genève. Mais plutôt de sa programmation. Trop inégale. Monocolore. Anne Bisang, qui reprit le théâtre après Stratz, régna pendant douze ans (!). Le déclin ne fit que s'accentuer. Théâtre militant. Limité, donc. Certains soirs, les acteurs, sur la scène, étaient plus nombreux que les spectateurs dans la salle. Pendant ce temps, à Vidy, on était obligés d'organiser des représentations supplémentaires pour satisfaire la demande du public…
Pourquoi Lausanne, me direz-vous, et pas Genève?
La réponse est simple: Lausanne s'est doté, depuis longtemps, d'une politique culturelle précise et ambitieuse. Elle a un Musée de la photographie (L'Elysée) qui fait pâlir de jalousie Londres ou Paris. Elle a une troupe de danse de renommée européenne, voire mondiale (le Béjart Ballet). Et elle a donné au théâtre de Vidy, grâce à René Gonzalez, les moyens de devenir une scène elle aussi européenne. En d'autres termes, derrière chaque réussite culturelle, il y a un projet politique clair et fort. Ce qui n'existe pas à Genève. René Emmenegger, qui traitait Benno Besson de « diva », a laissé partir cette perle rare presque avec soulagement. Alain Vaissade, qui a remplacé Emmenegger comme ministre de la Culture, s'est contenté de gérer les affaires coursantes. Sans vision d'avenir, ni ambition particulière. Quant à Patrice Mugny, il aurait bien voulu redonner à la Comédie un peu de son lustre d'antan. Mais ses adversaires étaient puissants…
Quand Genève se décidera-t-elle à redonner au théâtre la place qu'il mérite ? En faisant de la Comédie, par exemple, un grand théâtre européen. Comme Lausanne avec Vidy. Genève y gagnerait un rayonnement exceptionnel. Et le théâtre redeviendrait ce qu'il fut à une certaine époque : une fête.