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I. Il nous a semblé qu'on ne pouvait que gagner à ajouter les auteurs suivants à ceux dont nous avons précédemment reproduit les oeuvres concernant les faits et gestes de saint Bernard. Le premier est Alain, qui fut abbé de la Rivour, avant de devenu évêque d'Autun, où il siégea depuis l'an 1183 jusqu'en 1161. A cette époque il se démit de son évêché pour revenir à Clairvaux où il mourut en 1181. Cet écrivain composa avec les cinq livres qui précèdent un récit suivi des faits et gestes de saint Bernard, en se servant des propres expressions des premiers auteurs, qu'il se contenta de faire parler selon, l'ordre des temps. Ainsi là où Geoffroy, au livre III, chapitre IV, parle de la fâcheuse issue de l'expédition de la Terre Sainte, avant de rapporter ce qui concerne le synode de Sens, qui se réunit pour condamner Abélard, et qui est antérieur de dix ans à la croisade, Alain replace le synode avant l'expédition de la Terre Sainte. De même Geoffroy, dans son livre I, chapitre VI, rapporte la condamnation des erreurs de Gilbert de la Porrée au concile de Reims, avant la prédication de saint Bernard contre l'hérétique Henri, et parle ensuite du retour de saint Bernard de Rome, au livre IV, chapitre I. Alain replace tous ces faits dans leur ordre chronologique. Il est aussi le premier qui ait rappelé le testament du saint docteur, que tous ses autres historiens avaient jusqu'alors passé sous silence. Il est vrai que Geoffroy, dans la préface de sou livre III, dit qu'il s'est plus occupé de rapporter les choses qu'il raconte par ordre de matière que par ordre de date; bien plus, le même Alain pense qu'on doit rectifier même la chronologie de Geoffroy, évêque de Chartres. En effet, dit Alain, cet évêque s'adjoignit à Bernard avec Aubry, cardinal évêque d'Ostie et légat du saint siège, quand il partit en 1147 pour aller combattre, dans le Toulousain, l'hérétique Henri, qui parut du temps d'Eugène III; or la fin de la vie de Geoffroy ne doit point être placée à l'année 1138, comme on le trouve dans la Gaule chrétienne, mais après l'année 1147, c'est-à-dire en 1148, puisque Geoffroy remplit les fonctions de légat qu'il tenait du pape Innocent 11, postérieurement à l'année 1131, pendant quinze ans entiers, ainsi qu'on le voit dans les actes des évêques de Chartres, publiés dans le tome Il des Analectes, et comme cela ressort de lettres de Gosleu, son neveu et son successeur sur le siège épiscopal de Chartres, datées de 1151, troisième année de son épiscopat. On peut voir dans la préface d'Alain à Ponce, cinquième abbé de Clairvaux, ce qui est de lui dans le reste de son récit. Ponce avait succédé à Geoffroy en 1158, et fut promu an siège de Chartres quatre ans après. Par conséquent, c'est vers l'an 1170 qu'on doit placer l'époque où Alain a écrit. On peut voir, pour ce qui le concerne, les notes dont nous avons accompagné la lettre CCLXXX de saint Bernard.
II. Le second auteur, après Alain, dont le savant Pierre François Chifflet publia les écrits à Paris en 1079, dans ses quatre opuscules, lui semble n'être autre que ce même Geoffroy, dont nous avons reproduit plus haut trois livres de la vie de saint Bernard, suivis d'une partie de ses miracles. La conjecture de cet auteur n'est pas sans quelque fondement de valeur. En effet, au chapitre VI, cet auteur dit qu'il a placé la première, en ordre, dans les lettres de saint Bernard, celle qu'il a adressée à Robert, son neveu, à cause du miracle qui en a accompagné la dictée, car il l'avait écrite sous la dictée du saint, au milieu de la pluie, sans qu'elle reçût une seule goutte d'eau. Or il semble que c'est là le fait d'un secrétaire, et l'on sait que Geoffroy remplissait ces fonctions auprès de saint Bernard. Le même auteur dit au chapitre IX qu'il se convertit en entendant le sermon que le saint a prononcé dans les écoles de Paris. Si cela peut se rapporter à Geoffroy, le sermon de saint Bernard sur la conversion, aux clercs, et qui se trouve dans le tome II, parmi les opuscules du saint, pourrait se placer à l'année 1140, puisque c'est cette année-là que Geoffroy se convertit, treize ans avant la mort de saint Bernard, comme il nous l'apprend lui-même dans la préface de son livre III. D'ailleurs Geoffroy, dans la préface de son livre III de la Vie de saint Bernard, et dans son sermon sur ce saint, où il rappelle sa propre conversion, parle à peu près de même que l'auteur de la Vie suivante dans son chapitre VI. Or, Chifflet n'a reproduit de cet auteur que peu de choses, parce que le reste ressemblait à ce que les autres écrivains avaient rapporté et se retrouvait même mot pour mot, tout à fait semblable avec cette partie du livre VI, des miracles de saint Bernard, qui a Geoffroy pour auteur. Le savant éditeur regarde ces passages comme des fragments de la Vie et des gestes de saint Bernard, et comme des notes préparées pour la Vie qu'il devait écrire et, comme ces deux premiers livres avaient été composés par deux graves et savants écrivains, Guillaume et Ernald, Geoffroy ne voulut pas gâter leur couvre par la sienne ; aussi, laissant tel quel ce qu'ils avaient écrit, il continua pendant trois autres livres la vie de saint Bernard, et les destina à faire suite aux deux premiers. Tout cela parait assez vraisemblable.
III. Aux extraits de Geoffroy, car c'est le nom que nous donnerons à l'auteur de ces fragments, succèdent deux livres non terminés de Jean l'Ermite, sur la vie de saint Bernard. Chifflet les a publiés dans l'opuscule dont il a fait précéder sa Diatribe sur l'illustre origine de saint Bernard. Quant à Jean l'Ermite, il ne semble pas avoir été ainsi appelé à cause de sa profession. Peut-être ne fut-il pas même moine; plusieurs le regardent simplement comme un disciple de Bernard, disciple assidu, mais bien jeune encore, comme il le dit lui-même dans sa seconde préface à Herbert, évêque de Turin, en Sardaigne. Sa première préface est adressée à Pierre, évêque de Frascati. Ces deux préfaces permettent de fixer l'époque où Pierre écrivit ces livres. En effet , Herbert écrivait en 1178, année où Pierre fut fait cardinal-évêque de Frascati par le pape Alexandre III. Ajoutez à cela ce que Jean l'Ermite rapporte de l'abbé Robert, cousin de saint Bernard, qui vécut, dit-il dans son livre I, n. 5, plus de soixante-sept ans dans le monastère, sous le joug de la discipline régulière. Il s'ensuit que Jean l'Ermite écrivait après l'année 1980, puisqu'il est certain, d'un autre côté, que Robert ne se mit sous la conduite de saint Bernard qu'en l'année 1123, après avoir été offert au Seigneur par ses parents, dans le monastère de Cluny.