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Pour accroire l'idée que la physique quantique aurait quelque chose en elle de spirituel – et que le spirituel par conséquent est englobé dans le matériel (notamment, l'infiniment petit) –, on prétend volontiers que les spiritualités orientales ont des concepts qui se recoupent avec les phénomènes observés dans cette physique des particules.
Mais de quoi s'agit-il, en général? De l'idée selon laquelle le bien est le bien et le mal est le mal et qu'il ne faut pas les confondre, qu'énonce le Dhammapada, recueil canonique des paroles du Bouddha? Évidemment pas, puisque, à ce niveau de la matière, le bien et le mal sont parfaitement indifférents – tout comme la vie et la mort, la santé et la maladie, et tout ce qui touche qualitativement à l'existence humaine. S'agit-il alors de la connaissance des vies antérieures, du paradis et de l'enfer et des lois morales, recommandée également par le Bouddha? Pas plus, bien sûr. Ou alors de la vie retirée dans la forêt, loin des tentations des villes? Quel rapport avec la physique quantique? Il n'y en a aucun.
Mais peut-être que l'hindouisme, plus que le bouddhisme, y trouvera son compte. Et alors, ce qu'énonce la Bhagavad-Gita, que le non-agir consiste non pas à ne pas agir mais à n'agir que selon la volonté divine, le retrouve-t-on dans la physique quantique? Pas davantage. C'est pourtant la base des conseils donnés à Arjuna par Krishna que constitue ce texte fondamental.
La physique quantique n'a aucune base morale, et l'essence des spiritualités orientales est évidemment le monde moral, tel qu'il émane de l'ordre cosmique divin. Les Occidentaux peut-être ne le savent pas, parce qu'ils lisent peu, ou peu sérieusement: ils s'imaginent que ce qui caractérise essentiellement les spiritualités orientales, c'est le fantastique.
Et c'est ainsi que, peut-être, on se pense justifié par les spiritualités orientales en inventant qu'on est réincarné de Cléopâtre, de Simone Veil, de Marie Madeleine ou de Napoléon – et que la physique quantique semble le confirmer, en montrant des particules qui semblent être à plusieurs moments du temps à la fois! Ou à plusieurs endroits à la fois, comme ces mages tibétains doués d'ubiquité parce qu'ils projettent des doubles d'eux-mêmes au loin. Et ainsi de suite. Non pas tout ce qui est spirituel, et permet à l'homme de vivre mieux, d'une manière plus conforme à la volonté des dieux, mais tout ce qui est magique, et fait rêver sur des capacités possibles, sur ce qu'on pourrait faire dans ce monde physique à force de yoga: voyager dans le temps, devenir immortel, être plusieurs personnes à la fois – rêveries flatteuses pour l'amour-propre, et qu'on voit aussi dans la science-fiction.
Déjà Joseph de Maistre dénonçait cet attrait du magique chez les adeptes de Louis-Claude de Saint-Martin, francs-maçons illuminés qui rêvaient de miracles quotidiens, et tâchaient de devenir de nouveaux thaumaturges. Saint-Martin, de fait, assurait que l'homme pouvait renouer avec l'art magique des Géants bibliques. Maistre disait que la plus grande et la plus vraie des magies était, pour un jeune homme, de contrôler ses pulsions quand passait une belle femme. Et que l'immortalité vraie s'acquérait ainsi, et non par des opérations rituelles, ou des procédures quantiques. Les machines sont vides de vie, d'âme et d'esprit, lesquels sont pourtant l'essence de l'être humain. Même les machines quantiques sont dans ce cas!
Le fantastique fait rêver, qu'il soit réalisé par des rituels ou des techniques, mais il faut se souvenir de ce qu'a accompli un vrai homme pur et saint, spirituel authentique: Milarépa. Lui aussi, assurent ses hagiographes, était un grand sorcier, et maîtrisait les éléments. Jusqu'au jour où il s'est repenti d'utiliser cet art pour assouvir ses instincts égoïstes, et a commencé à méditer pour se purifier moralement. C'est l'essence des spiritualités orientales, je pense, qui est la même que celle des spiritualités occidentales.