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L'idée de « théâtre » redevient insistante dans l'oeuvre tardive d'Antonin Artaud, depuis la fin de son séjour à Rodez en 1946 jusqu'à sa mort en 1948, mais elle ne fait plus l'objet de réflexions théoriques suivies, et elle ne donne plus naissance à des projets de mise en scène strictement dramatiques. Elle apparaît dans certains textes poétiques et dans certains dessins, ainsi qu'à l'occasion de diverses manifestations artistiques, sous la forme d'une performance virtuelle qui serait à l'origine mais aussi à l'horizon de toute production artistique.
Les travaux plastiques et littéraires d'Artaud semblent bien constituer à ses yeux des traces actives de cette performance imaginaire, au même titre que sa conférence au théâtre du Vieux-Colombier (1947), son émission radiophonique « Pour en finir avec le jugement de Dieu » (1948) et l'exposition de ses portraits et autoportraits à la Galerie Pierre (1948).
Les différentes réalisations de la scène primordiale soumettent le texte à une forme de déterritorialisation, dans la mesure où celui-ci est arraché à son lieu pour être exporté dans la feuille à dessin, ou projeté dans l'espace sensible à trois dimensions: il gagne une existence plastique ou prend la consistance du souffle et de la voix; les textes poétiques en eux-mêmes, souvent écrits en vue d'être proférés, témoignent de ces bouleversements. Artaud affirme d'ailleurs explicitement vouloir quitter « la lettre écrite pour la lettre ».