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Un navigateur hors du commun, M. Joseph Mégemond, né en 1821 à Rive-sous-Thonon,
crée en 1880 à Genève une «société des sauveteurs du lac Léman, Rhône et Arve».
Ce capitaine du Rhône accumule les actes de courage, toujours couronnés de succès,
qui l’ont fait rentrer dans la légende. Mais peut-être Mégemond manque-t-il des qualités
nécessaires pour administrer une société de sauvetage ? L’entreprise périclite et il craint
le pire.
Le 23 novembre 1883, en fin d’après-midi, dans la tempête et le brouillard,
le Rhône parti d’Evian et le Cygne qui a quitté Ouchy se percutent. La collision est
effroyable. Éventré, le Rhône coule à pic en quelques minutes emportant 11 personnes dans
le naufrage. L’émotion est immense autour du Léman. C’est ce moment que choisit Mégemond
pour requérir l’aide du colonel Huber afin de redonner vie à sa société de sauveteurs.
Le colonel
Huber a réussi une carrière magnifique, tant militaire que civile. Ce n’est donc pas
un contemplatif et, quand il prend les choses en main, passe aux actes. Prenant exemple
sur ce qui existe en France et qui a fait ses preuves, (la Société centrale de sauvetage
des naufragés) dont le siège est à Paris et des groupements dans plus de cent ports, de l’océan
à la Méditerranée.
Autour du Léman, on constituera donc autant de sociétés de sauvetage
que possible, qui seront indépendantes et vivront leur propre vie, s’administrant elles-mêmes.
Sur la Riviera, haut lieu touristique en pleine expansion, existent déjà deux sections
… une à Vevey avec douze citoyens, une à la Tour avec quatorze. A Genève,
le colonel obtient très rapidement l’adhésion de plusieurs amis, de même à Versoix,
Nyon, Morges, Thonon et à Ouchy.
Malgré le rapide succès, Huber éprouve une grosse déception: ni le sauvetage de Vevey,
ni celui de la Tour-de-Peilz, ne répondent à ses avances. Le colonel est d’avis que l’on
persévère. L’assemblée constitutive de sa société est réunie le 6 septembre 1885 à Thonon.
En juillet 1886, pour comprendre le succès immédiat de la section de Territet, le colonel
Huber en fin stratège imagine alors d’envelopper les deux sections récalcitrantes de la Riviera.
Par l’intermédiaire d’un ami, M. de Crousaz, il contacte à Territet M. Ami Chessex. Il se
donne le titre de maître d’hôtel; mais il est bien plus que cela: un lanceur d’entreprise
et meneur d’hommes sans pareil. Il est conseiller communal et député, participe à de nombreuses
entreprises de l’hôtellerie, des chemins de fer, des forces motrices ou des ateliers mécaniques.
Il a une main dans tout ce qui bouge dans la région.
Lorsque le colonel Huber parle à Ami
Chessex de sa société, celui-ci comprend immédiatement l’utilité d’un corps de sauvetage
structuré à Territet. Il s’engage alors personnellement. Il brûle les étapes. Avec ses amis
il rassemble les forces de la commune, et c’est ainsi que le 26 juillet 1886 une assemblée
constitutive de la section de sauvetage de Territetsur- Montreux est réunie au buffet de la
Gare de Territet, sous sa présidence provisoire.
Pour le président central, M. Huber, c’est
l’effarement: dans un courrier du 13 août à son secrétaire, il informe celui-ci d’une prochaine
visite à Territet en compagnie de M. de Crousaz, puisque la section à peine née compte déjà
cinquante membres, plus qu’aucune autre.
La S.I.S.L. compte de nos jours 34 sections de sauvetage