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La place des femmes dans la société byzantine
À l’occasion de la Journée internationale de la femme et dans le cadre de la publication du catalogue Sceaux de la collection George Zacos au Musée d’art et d’histoire de Genève (Cinq continents, 2016), retour sur la collection des sceaux byzantins du MAH qui comprend des bulles et tessères de charité** de dix aristocrates, dont quatre impératrices.
L’intérêt du sujet réside dans le fait que ces bulles, dont le nombre est infime par rapport à la totalité des sceaux connus à ce jour (1% sur quelque 70 000), reflètent de manière matérielle quelques aspects de la place occupée par les femmes dans la société byzantine. Elles sont d’autant plus importantes que les sources écrites sont très avares, si non muettes, sur la condition féminine à Byzance.
Les aristocrates
Si les paysannes continuaient à travailler dans les champs et à vendre leurs produits au marché, les dames de l’aristocratie étaient exclues des charges publiques à cause d’une prétendue «faiblesse féminine». D’où le petit nombre de sceaux au nom de femmes, ceux-ci étant principalement réservés à l’usage des fonctionnaires. De ce fait, elles étaient aussi exclues des dignités palatiales, devant se contenter du titre nobiliaire de leur mari, au féminin. Ainsi, l’épouse du magistros était une magistrissa, celle du kouropalatès, une kouropalatissa, etc. Les épouses de ces hauts fonctionnaires formaient la cour de l’impératrice, mais, en cas de veuvage, elles perdaient ce privilège, les dignités étant viagères.
Une seule dignité exclusivement réservée aux femmes était celle de la patricienne à ceinture (long bandeau porté autour du cou et de la taille) ou zôstè. Attribuée à une seule personne à la fois et, le plus souvent, à la belle-mère de l’empereur, cette dignité disparaît après le XIe siècle.
La femme protégée
Les femmes n’étaient pourtant pas moins considérées, ainsi que les textes juridiques le laissent entendre. La loi n’a d’ailleurs cessé de vouloir les protéger de deux maux: la pauvreté et le péché, soit de la prostitution, conséquence de la misère. Ainsi, la fille héritait au même titre que ses frères, se trouvant parfois propriétaire d’une fortune même plus importante que celle de son mari. En outre, comme sa dote n’entrait pas dans la fortune commune du couple, elle pouvait, en cas de veuvage ou de divorce, la récupérer en entier. Enfin, en cas de mort sans enfant, la fortune de chacun retournait dans sa propre famille. Mais si le mari était plus riche que l’épouse, celle-ci avait droit à un héritage.
C’est en raison de ces pratiques dotales qu’à partir du XIe siècle, quand elles commencent à se désigner aussi par leur nom de famille, les femmes affichent à côté de la dignité de leur mari leur propre patronyme. Certaines lignées ont d’ailleurs acquis un tel prestige que, souvent, celle de l’épouse est plus importante que celle du mari. Les enfants n’hésitent alors pas à ajouter à leur patronyme celui de la mère!
À l’époque comnène (fin XIe-XIIe siècle), la situation s’inverse: les époux des parentes proches de l’empereur reçoivent la dignité enviable de sébastos (respectable), qui les place automatiquement dans l’entourage impérial. C’est à leur épouse qu’ils doivent désormais leur ascension sociale!
* »Bulle » est un terme abusivement interchangeable avec celui de « sceau » dont elle est l’empreinte. La bulle est un objet monétiforme, biface, qui reçoit l’empreinte d’un sceau au moyen d’un boullotèrion (pince à frapper des bulles). Appendue sur un document officiel ou personnel, la bulle servait à authentifier le contenu du document ainsi qu’à garantir la confidentialité de l’envoi.
** Les tessères de charité sont des jetons en bronze ou en laiton que l’on distribuait aux plus démunis et qui donnaient droit à une ration alimentaire.
Texte publié suite à l’Entretien du mercredi du 6 mars 2013 présenté par Maria Campagnolo-Pothitou