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Intervenant:
Darko Draskovic a fait ses études à la Faculté de philosophie à l’Université de Belgrade, où il a défendu son mémoire de licence, intitulé La théorie de l’idéologie de Louis Althusser, et soutenu sa thèse de maîtrise, intitulée Les aspects structuralistes du rapport de l’idéologie et du langage, sous la direction du Professeur Mladen Kozomara. Actuellement, il rédige sa thèse de doctorat, intitulée L’idée de nature chez Descartes et le matérialisme moderne et contemporain, à l’Université de Lausanne, sous la direction de Hugues Poltier.
Exposé:
Selon la loi de Hume, on ne peut pas déduire les énoncés prescriptifs ou normatifs des énoncés descriptifs ou factuels. Cela signifie qu’on ne peut pas dire ce qui doit être à partir de ce qui est. Par conséquent, la loi de Hume interdit chaque forme d’obscurantisme politique ou étique qui prétend poser certaines valeurs ou certains devoirs à partir des considérations de Dieu (la zone de transcendance) ou de Nature (la zone d’immanence).
Néanmoins, le prix à payer est le suivant : la loi de Hume opère un partage irrécusable entre ce qui est et ce qui doit être. De cette manière, elle sépare l’ontologie – comprise comme la science générale de l’étant en tant qu’étant et la science particulière de l’étant en tant que biologique, sociologique, etc.- de la politique. Le corolaire de cette scission est l’idée que la politique en tant que telle ne peut pas devenir l’objet de science (excepté si l’on considère la valeur comme un fait, ce qui est précisément interdit par la loi de Hume).
Cette pensée que nous venons de décrire est proche d’une autre idée introduite par Descartes, l’idée que l’être humain est un étant qui existe au-delà de la nature. Selon cette idée, l’humain serait « un empire dans un empire » (Spinoza). Ces deux idées définissent le cadre majoritaire de la pensée de la politique occidentale. Elles convergent dans l’idée de la rupture. Il s’agit de la coincidence de la rupture entre ce qui est et ce qui doit être et de la rupture entre l’homme et la nature. Cette idée définit le paradigme privilégié pour penser la révolution et l’émancipation. La révolution serait censée opérer une rupture avec ce qui est en se dirigeant vers ce qui doit être. L’émancipation peut être comprise comme l’émancipation de la nécessité qui domine notre nature naturelle ou notre nature historico-sociale.
Kant reprend ce cadre théorique. Sa pensée est dominée par l’opposition entre la nécessité naturelle et la liberté spirituelle. De nos jours, Badiou – dont la philosophie repose sur l’opposition entre l’être (l’ontologie) et l’événement (la prescription) – et Rancière – pour qui la politique opère la rupture avec le régime policier – sont les héritiers de ce cadre. En opposition à ce courant majoritaire se trouve la pensée de deux philosophes, Spinoza et Hegel. Chacun à sa manière essaie de renouer les liens entre la politique et l’ontologie au sein de l’absolu en essayant en même temps de contourner l’obscurantisme qui naît du non-respect de la loi de Hume. À savoir, les idéologies telles que le physicalisme, le bio- logisme, le psychologisme et le sociologisme.
J’ai l’intention de montrer dans cette communication que la philosophie de Spinoza offre les ressources pour penser l’émancipation au-delà de l’enlacement de l’antinaturalisme et de la loi de Hume. Dans cette perspective, la liberté rejointe à la nécessité démontre qu’aucune transcendance n’est requise pour penser l’émancipation.
Horaire
Vendredi 26 octobre
9h00 – 10h45
Château de Dorigny, salle 106
Panel – Philosophie et libération: Liberté, égalité en devenir