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Dans les coulisses de la montée en puissance de Xi Jinping
Né à Shanghai dans une famille modeste en 1968, pendant la révolution culturelle, Desmond Shum va surfer sur la période de réformes et d'ouverture économique initiée par Deng Xiaoping à la fin des années 1980. Avant de s'exiler au Royaume-Uni, Desmond Shum a fréquenté pendant des années les hautes sphères du pouvoir chinois, un univers dont il décrit la corruption, les passe-droits, les privilèges et le luxe dans un livre paru l'an dernier et traduit en français sous le titre "La roulette chinoise".
Malgré ses contacts et protections au plus haut niveau du pouvoir chinois durant la période où il faisait des affaires en Chine (lire encadré), Desmond Shum concède n'avoir pas vu venir Xi Jinping, dont personne ne se méfiait à Pékin. Discret, austère voire taciturne, il passe pour un officiel provincial peu éduqué, résume l'homme d'affaires.
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Un "Prince rouge" qui rassure
Xi Jinping fait en outre partie du sérail, ce qui rassure: il descend des révolutionnaires et premiers bureaucrates qui ont fondé la République Populaire de Chine aux côtés de Mao Tse-tung. Son père a même été le bras droit de Mao, avant d'être purgé par l'emblématique dictateur au moment de la révolution culturelle. Mais qu'importe: le futur président chinois a bien le sang rouge et fait partie du club très fermé de l'élite du parti, une sorte de monde à part.
"A leur naissance, ils vivent dans des logements spécifiques, fréquentent des écoles privées réservées à cette aristocratie rouge. Ils font partie d'un réseau. Leurs oncles et tantes sont ministres, directeur généraux de services publics, officiers militaires…", décrit Desmond Shum. Cet environnement protecteur est censé les suivre durant toute leur vie. "C'est une toile, un filet de sécurité qui les rattrapent s'ils trébuchent. Chacun s'entraide dans cette famille, parce que chacun veut l'assurance d'être soutenu en cas de difficulté. Ce réflexe fait partie intégrante du système."
Chacun s’entraide dans cette famille, parce que chacun veut l’assurance d’être soutenu en cas de difficulté. Ce réflexe fait partie intégrante du système
Alliés placés à tous les postes clé
Xi Jinping va secouer tout ce petit monde comme jamais. Après avoir éliminé son principal concurrent, il accède à la tête du parti et du pays. Sous couvert de sa fameuse campagne de lutte contre la corruption, il lance dès le début une purge d'une ampleur jamais vue depuis 25 à 30 ans, une reprise en main qui a pris le parti par surprise.
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Xi n'aura alors de cesse, depuis 2012, de resserrer sa poigne et son contrôle sur l'appareil sécuritaire. S'il s'est fait beaucoup d'ennemis à l'interne, il a aussi placé ses alliés à tous les postes clé et modifié la Constitution pour faire sauter la limite de deux mandats à la tête de l'Etat. Il sera, sauf surprise, reconduit à la tête du parti le mois prochain pour un troisième mandat inédit depuis la mort de Mao.
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"Très tôt lors de son premier mandat, je me suis dit: 'wow, jamais il ne va quitter le pouvoir, c'est impossible! En Chine, on compare ce mode de gouvernance au fait de chevaucher un tigre. Dès que vous en descendez, le tigre vous arrache la tête", illustre Desmond Shum.
En Chine, on compare ce mode de gouvernance au fait de chevaucher un tigre. Dès que vous en descendez, le tigre vous arrache la tête
Plus personne pour se pencher au-dessus de son épaule
Xi Jinping (au centre) en 2012, un an avant son arrivée au pouvoir, avec le président chinois Hu Jintao (à droite) et le Premier ministre Wen Jiabao (à gauche). [How Heww Young - Keystone/EPA]L'apparente facilité avec laquelle Xi est monté en puissance peut surprendre. Pour Desmond Shum, s'il n'a rencontré aucune opposition interne, c'est parce qu'il s'est retrouvé au bon endroit, au bon moment.
"Il a bénéficié d'un vide de pouvoir. A travers l'histoire du Parti communiste, il y a toujours eu des forces d'opposition pour contrebalancer le pouvoir. Lorsque Jiang Zemin était au pouvoir, Deng Xiaoping observait au-dessus de son épaule. Quand Hu Jintao occupait la fonction suprême, Jiang Zemin était cette fois cette force d'équilibrage", décrit l'ancien homme d'affaires.
Mais en 2008, le dernier des pères fondateurs de la République Populaire meurt. Jiang Zemin, lui, est déjà très vieux et très affaibli. Quant à Hu Jintao, son prédécesseur, "sa personnalité est extrêmement faible. Xi Jinping est donc arrivé face au vide", analyse Desmond Shum. Un vide qu'il va exploiter à son avantage pour remodeler le parti et opérer un retour aux fondamentaux idéologiques marxistes-léninistes.
Xi Jinping est arrivé face au vide
L'ascension de Xi Jinping marque aussi la fin des espoirs de libéralisation du pays que certains analystes entrevoyaient lors du règne de ses prédécesseurs. Selon Desmond Shum, toutefois, ce n'est pas Xi Jinping qui a mis fin à ces espoirs.
"Certaines figures ont pu être ouvertes à la notion de démocratisation de la Chine, comme Wen Jiabao, l'ancien Premier ministre. Mais on ne peut pas parler de mouvement politique organisé", estime l'ancien homme d'affaires, qui se dit surpris d'avoir entendu, en Occident, des voix évoquer la nécessité de renforcer le courant pro-démocratique du Parti communiste. "Mais où est cette force démocratique? Pouvez-vous nommer un seul politicien qui l'incarne? Je n'ai jamais rien perçu de tel à l'intérieur du parti", a-t-il réagi.
Un fervent critique de la faiblesse de Mikhaïl Gorbatchev
Xi Jinping est d'ailleurs un fervent critique de la fin de l'URSS et de la faiblesse de Mikhaïl Gorbatchev, décrit comme le fossoyeur de l'Union soviétique, une figure face à laquelle il se dresse en contre-exemple. Le Parti communiste chinois reste obnubilé par le pouvoir et par la crainte de le perdre, d'où la volonté, de la part du leader chinois, de renforcer l'influence du parti sur le système.
L'ouverture du Congrès national du Parti communiste chinois le 16 octobre, plus grand rendez-vous politique de la décennie dans le pays, lui donnera l'occasion de cimenter encore ce leadership. Organisé tous les cinq ans, ce "conclave" permet de répartir les fonctions dirigeantes et de faire émerger de nouvelles figures.
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Sujet radio: Michael Peuker
Adaptation web: Vincent Cherpillod
Homme d'affaires en Chine, une activité sur le fil du rasoir
Dans son livre "La roulette chinoise", Desmond Shum expose l'emprise du Parti communiste chinois sur le monde des affaires, un monde où chaque investisseur, promoteur ou entrepreneur doit être connecté pour obtenir d’alléchants contrats et s’enrichir en toute sécurité.
"L’environnement a toujours été très hostile pour les gens qui font des affaires. Le cadre légal change constamment et lors de chaque amendement, la modification de loi est appliquée rétroactivement, de manière arbitraire. C'est pourquoi il est si important de s’attacher à une figure d’autorité ou au pouvoir politique, par sécurité", décrit celui qui, avant son exil au Royaume-Uni, gravitait dans les hautes sphères du pouvoir. Le protecteur de Desmond Shum et de son épouse n’était autre que la famille de Wen Jiabao, Premier ministre durant le mandat de Hu Jintao.
"Comme, en tant que personne active dans les affaires, vous évoluez constamment dans une zone grise, vous risquez de tomber à tout moment si vous n’avez plus les faveurs de votre protecteur, ou si vous faites l’objet d’attaques de factions politiques adverses. Le droit est appliqué de manière arbitraire", met-il en garde.
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