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À la suite de la victoire du Partido Popular (PP) et de sa candidate Isabel Díaz Ayuso aux élections régionales, solidaritéS s’est entretenu avec Jaime Pastor, directeur de la revue Viento Sur et militant d’Anticapitalistas.
Comment expliques-tu la victoire écrasante d’Isabel Ayuso (PP) et la débâcle de Ciudadanos (C’s) ? Cette victoire résulte d’une conjonction de facteurs : premièrement l’hégémonie acquise par le bloc financier-immobilier, que représente Ayuso, durant les 26 ans de gouvernement du PP dans cette communauté ; deuxièmement la décomposition de C’s, qui a entraîné le passage d’une majorité de son électorat au PP ; enfin, le discours d’Ayuso durant la pandémie, qui se présentait comme défenseuse de la « liberté » (c’est-à-dire celle de l’entreprise, du droit à travailler, du loisir dans les bars et sur les terrasses…) qui a eu eu écho favorable au sein de différentes couches sociales, y compris populaires, face à un gouvernement central qui n’a pas compensé les mesures restrictives par des aides économiques et sociales suffisantes. Celles-ci avaient pourtant étées qualifiées par le PP de « socialo-communistes » et menaçant la « sécurité » des Madrilènes. En résumé, Ayuso a élargi son soutien en développant ses politiques singulières « à la madrilène » face au phénomène de la « fatigue pandémique ».
Más Madrid (MM), le parti de Iñigo Errejón, a « surpassé » le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Pourquoi ce résultat ? Quel est le projet de MM ? Avec son dirigeant national, MM a évolué du populisme caractérisant Podemos à un discours néo-social-démocrate, avec les Verts allemands comme référence. Je crois que son bon résultat à Madrid est dû, d’une part, à son rôle d’opposition durant ces deux dernières années, et d’autre part à l’engagement de sa candidate Mónica García Gómez. Médecin, elle a été capable de développer un discours sur le thème « soigner Madrid », en dénonçant la politique sanitaire désastreuse du gouvernement PP-C’s, particulièrement dans les maisons de retraite. D’autre part, MM a bénéficié aussi du manque d’opposition de la part du PSOE et son absence de propositions alternatives face à Ayuso durant la campagne.
Pourquoi le PSOE a-t-il obtenu les pires résultats de son histoire dans la région de Madrid ? Effectivement, ces résultats du PSOE représentent le point culminant d’une dérive dans sa pratique oppositionnelle ces deux dernières années, qui le différenciait de moins en moins du PP sur des questions fondamentales, comme la politique fiscale. À cela s’ajoute le fait que son candidat nº 1, Ángel Gabilondo, est passé du rejet de l’accord de gouvernement avec Pablo Iglesias, qu’il a traité d’« extrémiste », à l’adaptation (sans aucune crédibilité) à sa campagne « antifasciste », se montrant soudain disposé à gouverner la Communauté de Madrid avec l’appui de Unid@s Podemos (UP). Sa campagne a déconcerté une partie de son électorat, de classe « moyenne », qui s’est tourné vers Más Madrid, perçu comme une formation parlant des « problèmes importants ».
Et Pablo Iglesias (UP) s’en va. Pourquoi et où va maintenant UP ? Pablo Iglesias a terminé son parcours de dirigeant politique plus rapidement qu’il ne le pensait. Sa crainte qu’UP n’obtienne pas de représentation parlementaire (le quorum étant de 5 %) dans une Communauté aussi emblématique que Madrid, ainsi que le constat de son usure au sein du gouvernement de coalition PSOE-UP, l’a conduit à présenter sa candidature, après avoir échoué à convaincre Alberto Garzón, dirigeant de Izquierda Unida (IU), de franchir ce pas. Pablo Iglesias a atteint l’objectif d’obtenir un groupe parlementaire, mais sa participation à cette campagne a facilité la mobilisation d’un secteur de l’électorat de droite contre lui supérieure à celle qu’il a lui-même obtenue de son côté.
Pablo Iglesias va abandonner la politique institutionnelle et le parti, mais pas la politique, et il est possible que, dans le futur, il revienne comme communiquant. Maintenant, s’ouvre une énorme interrogation sur le futur de UP et la recherche d’une nouvelle direction avec Yolanda Díaz (IU), qui devra gérer les tensions entre Podemos et IU et au sein des deux formations. Il faudra redéfinir leur projet politique tout en se maintenant au sein d’un gouvernement de coalition qui ne cesse de différer les réformes « progressistes » promises (parmi celles-ci : la réforme du délit de sédition et la grâce des prisonniers·ères politiques catalan·e·s). De plus, ce gouvernement souffre de l’usure de Pedro Sánchez, sous pression des grands pouvoirs économiques qui le poussent à conclure de nouveaux « pactes d’État » avec le PP face aux « aides » qui vont venir de l’Union européenne.
Propos recueillis par Juan Tortosa
Traduction du castillan: Hans-Peter Renk