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Ce numéro met à la disposition du lectorat francophone quatre articles importants issus de l'espace anglo-américain, publiés entre 1987 et 2001. Trois d'entre eux s'attachent à définir le genre et à mettre au jour ses implications pour la théorie et la pratique féministes, tandis que le quatrième décrypte son impact dans la vie quotidienne, dans des situations où les règles et les attentes régissant le comportement des femmes et des hommes sont enfreintes. Bien que ces quatre articles poursuivent des objectifs précis et distincts, discutent d'auteur·e·s différent·e·s pour une large part et recourent chacun à une terminologie spécifique, ils se rejoignent sur plusieurs points, soulevant les mêmes questions fondamentales pour la théorie et la stratégie féministes. Qu'est-ce que le genre? Comment intervient-il dans nos représentations et nos pratiques quotidiennes? Quels sont ses liens avec la sexualité? Comment les catégories "femmes" et "hommes" sont-elles produites par le système de genre? Quel rôle cette construction sociale fait-elle jouer à la biologie? Comment établir des alliances féministes sans qu'une définition forcément située mais néanmoins dominante des "femmes" n'opprime une part d'entre elles? Lire ensemble et faire dialoguer ces textes nous permet d'avancer, sinon vers une réponse définitive à ces questions cruciales, du moins vers une compréhension approfondie des enjeux qu'elles charrient ainsi que des niveaux d'analyse et d'action auxquels elles nous confrontent.
La dernière livraison de la revue Nouvelles Questions Féministes aborde l'épineuse question du rapport de la réflexion féministe aux productions culturelles qui intègrent (implicitement) les acquis égalitaires tout en se présentant comme "au-delà" des luttes féministes, voire comme "postféministes". Pour résumer ce numéro, on pourrait dire qu'il rend compte d'une première rencontre dans le champ des études féministes francophones: celle entre les héritières des grandes luttes féministes des années 1970-1980 et la génération "Bridget Jones". Les figures féminines proposées aujourd'hui au public sont-elles vraiment émancipées en termes féministes? Reconnaître l'ambiguïté des messages délivrés par les productions culturelles contemporaines, qui, postmodernité oblige, brouillent le rapport entre réalité et représentation en recourant à la citation et à la parodie, c'est admettre, certes, qu'il n'y a pas de réponse univoque à cette question. Mais, au fil des articles, ce numéro suggère un renouvellement du discours féministe apte à faire face au défi politique soulevé par la volatilité et l'apolitisme apparent des représentations des rapports sociaux de sexe par les industries culturelles contemporaines.
Au coeur des mouvements de libération des femmes des années 70, une protestation a résonné avec force: Mon corps n'est pas à vendre!". Revendiquer le droit à la libre disposition de son corps, c'était dénoncer le fait que, sous le régime patriarcal, le corps féminin est réduit à une marchandise, un instrument de travail ou encore à un objet sexuel. Ce refus de la "femme-objet" est emblématique du rapport tendu sinon impossible entre féminisme et objet. Il présuppose en effet un rejet de l'objet tout court, comme si le monde et le langage de l'objet ne pouvaient signifier que dépossession, appropriation, domination, instrumentalisation, objectification ou encore déshumanisation du sujet féminin. Le rejet de l'objet n'est pas le propre du féminisme mais il place ce dernier devant un dilemme singulier: si la femme-objet incarne "l'objet type" du féminisme, est-ce à dire que la libération des femmes sera sans objet ou ne sera pas?
"Intellectuelle ou militante? Le serpent de mer fait son numéro": tel est le titre quelque peu énigmatique de l'édito rédigé par le groupe qui a coordonné ce numéro. Serpent de mer, ces deux termes, souvent mis en opposition, hantent régulièrement les milieux féministes Il s'agissait donc d'interroger les liens et les enjeux véhiculés par cette alternative posée par des femmes hors ou dans l'académie, qui se considèrent le plus souvent elles-mêmes comme militantes. Serpent de mer, car cette opposition s'appuie également sur le constant rappel du moment féministe militant initial qui s'instaure en mythe des origines. Quel rôle joue ce dernier aujourd'hui? Quelle en est la fonction? Voici certaines des questions que les éditrices posent à la communauté féministe.
Après deux ans de suspension, la revue Nouvelles Questions Féministes reprend cette année avec de nouvelles forces. Fondée notamment par Simone de Beauvoir et Christine Delphy, d'abord sous le nom de Questions Féministes en 1977, puis sous celui de Nouvelles Questions Féministes, cette revue francophone de portée internationale constitue une ressource importante pour la réflexion des militantes, des chercheuses et des enseignantes féministes. NQF se dote désormais d'un comité de rédaction franco-suisse, sous la responsabilité de Christine Delphy (CNRS, Paris) et Patricia Roux (Université de Lausanne, Suisse). Incluant près de cinquante femmes, celui-ci veut être le carrefour d'expériences multiples: par les ancrages disciplinaires de ses membres (sociologie, histoire, littérature, sciences politiques, anthropologie, philosophie, droit), par sa composante intergénérationnelle (plus de la moitié n'ont pas la trentaine ou à peine), par la diversité des formes d'engagement dans lesquelles les membres sont investies. La revue demeure fidèle à sa ligne théorique et politique, et continue à se consacrer au développement et à la diffusion de réflexions ancrées dans les mouvements et les actions féministes. Par ailleurs, elle se donne également pour objectif de renforcer la légitimité scientifique des Etudes Genre et de contribuer à leur reconnaissance.