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Que signifie la cohésion pour le PLR?
C’était en 2012, à un moment où le PLR était en petite forme. Le parti libéral-radical venait de passer quatre ans sous la direction de Fulvio Pelli toujours quelque peu distant, et le conseiller national argovien Philipp Müller était déjà son successeur désigné. En mars, quelque 150 membres issus à la fois de la direction et de la base du parti s’étaient réunis à Olten. Parmi eux, l’émérite professeur zurichois de philosophie politique Georg Kohler, pressenti pour fournir les impulsions nécessaires à un nouveau départ. Il avait notamment constaté que «le libéralisme fait désormais fi de la cohésion», le parti devenant avant tout le représentant des grandes entreprises et des hauts revenus. Les paroles de l’émérite professeur ne restèrent pas sans effet puisque, en mars dernier, c’est sous le slogan «liberté, cohésion et innovation» que le PLR a décidé de se lancer dans la campagne électorale 2015.
Le bien-être commun est souvent incompatible avec les intérêts individuels et corporatistes.
Mais, au fond, que signifie cohésion? En politique, liberté et innovation sont des concepts martelés et compris de tous depuis des siècles. La cohésion par contre intrigue, car il s’agit là d’une notion moins universelle. Dans la version germanophone du slogan PLR, le terme de «Gemeinsinn», soit en français «bon sens», est utilisé. Dans une acceptation plus large néanmoins, la cohésion se réfère à la préoccupation du bien-être commun plutôt qu’individuel. Il y a quelques années, Georg Kohler, proche du PLR, avait d’ailleurs consacré au sujet un pamphlet très intéressant malgré un degré élevé d’abstraction: «Sens civique et nation née d’une volonté politique commune – au sujet de la Suisse et de la cohésion». Pour lui, la cohésion se cristallise dans des valeurs civiques comme le sens de la loi et de l’équité, la tolérance libérale, le courage civil démocratique, la solidarité ainsi que la participation citoyenne. Ces notions se réfèrent indubitablement au bien-être commun, souvent incompatible avec les intérêts individuels et corporatistes.
Presque trois ans se sont écoulés depuis l’exposé de Georg Kohler, et une année depuis la présentation de ce nouveau slogan électoral. La question se pose dès lors de savoir où se situe aujourd’hui le PLR par rapport à la cohésion? La troisième réforme de l’imposition des entreprises – RIE III en bref – constitue un test révélateur. Sa version précédente, RIE II, ne se préoccupait que peu de cohésion. En 2008, l’ancien ministre des Finances radical Hans-Rudolf Merz avait fait savoir au peuple que les pertes fiscales ne dépasseraient pas les 86 millions de francs. Dans les faits, elles se sont élevées à plusieurs milliards. Dans un récent entretien accordé à la Weltwoche, l’ancien président du PS Peter Bodenmann n’a d’ailleurs pas hésité à parler d’un «mensonge manifeste envers le peuple suisse» : «il est incontestable aujourd’hui que Merz a menti au peuple de la plus effrontée des manières». Quant à la Handelszeitung, elle estime que la réforme de Hans-Rudolf Merz «entrera dans les annales de la Confédération en tant que plus grossière erreur de calcul de la décennie».
Aujourd’hui s’offre une possibilité de récupérer au moins une partie du demi-milliard de francs de pertes fiscales annuelles. Depuis l’entrée en vigueur de la RIE II, les entreprises ont accumulé la somme inimaginable de 1000 milliards de francs qu’ils peuvent redistribuer à leurs actionnaires sans aucune imposition. En introduisant un impôt sur les gains en capital, la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf entend limiter les privilèges fiscaux des gros actionnaires. Le fait que cet impôt sur les gains privés en capital, proposé pour assurer le financement de la RIE III, ait reçu une fin de non-recevoir de la part des milieux économiques et de l’ensemble des partis bourgeois n’est une surprise pour personne. Il est vrai que le PDC et l’UDC ne clament pas haut et fort s’engager en faveur de la cohésion. La notion de cohésion à la sauce libérale devient dès lors très claire: si l’état de santé des grandes entreprises et des hauts revenus est bon, alors les plus démunis auront également droit à quelques miettes.