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Balifilm
CA 1997 28'
"bali 1990, 1992. Cette précise inscription du film dans le temps a de quoi surprendre. Car ce qu'il présente appartient à l'éternel dialogue du visible et de l'invisible, de l'audible et de l'inaudible, du temporel et de l'intemporel. Autrement dit à la scintillante fluctuation de l'insaisissable, au mouvement perpétuel de ce quise dérobe à toute prise, fût-elle photographique. Somme toute une simple danse acmé d'une solennité religieuse dont la caméra du cinéaste suit les préparatifs. Sans aucun commentaire. Si ce n'est celui d'une musique (composée ailleurs) qui, à la fois empathique - elle utilise les instruments traditionnels de l'île - et distanciée, compose une mélopée lancinante etincantatoire légèrement décalée d'avec les images. Danse donc, mais entre les formes et les lumières, les corps et les âmes, le terrestre et le céleste, l'humain et le divin. La nature, les cultures, puis les éléments sont convoqués avant de laisser place à la liturgie proprement dite. Sur les frises des temples que l'on croit trop vite abandonnés, dieux et déesses se livrent à leurs symboliques chorégraphies. Les hommes et les femmes leur emboîtent le pas. Les formes de pierre taillent dans la chair les corps qui deviennent pures mécaniques et pures grâces. La lutte, ou les étreintes stylées des unes et des autres se confondent. Eurythmie. Le film ne se veut en rien didactique, voire ethnologique. Ce qui intéresse Peter Mettler, c'est le jeu des lignes, les décalages possibles, les effets de suspension, les ralentissements, les légères saccades que le montage introduit de façon hypnotique. Puis, au plus fort de la célébration, au milieu des offrandes et des graves processions, la caméra saisit un visage, et un autre. Celui d'une jeune femme souriante, comme détachéede l'action, celui d'un touriste, caméra au poing. Enfin, la nature sereine apparaît, de nouveau, et reprend ses droits. Le film se structure donc doublement: par une grande unité dans la progression des préparatifs à la cérémonie brièvement évoquée , puis par ces glissements suggestifs qui font échapper, peu à peu, au temps précis de l'ici et maintenant. Dès lors, l'oeuvre se fait à son tour offrande et don, lien entre l'être et son au-delà."
Visions du Réel Nyon