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«Convergence franco-allemande». C'est la formule préférée du président Sarkozy en cet automne où les mauvaises nouvelles économiques tombent au rythme des feuilles de marronniers. En fait de convergence, il s'agit plutôt d'un alignement de la France sur l'Allemagne. Paris s'efforce de rester dans la roue du maillot jaune de l'Union européenne et ne conteste plus à Berlin son rôle de leader. Sarkozy cherche désormais à l'imiter en espérant créer un condominium sur l'Europe, une sorte de «Françallemagne» à la Charlemagne qui dicterait sa loi au reste des pays de l'Union, rétrogradés au rang de figurants plus ou moins intelligents. Nombre de politiciens et politologues français aiment à illustrer cet espoir en usant du cliché: «le couple franco-allemand, moteur de l'Europe».
Drôle de ménage où Madame porte la culotte et Monsieur, la brosse à reluire. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font de plus en plus penser à ces couples dessinés par Dubout qui met en scène d'imposantes matrones traînant derrière elles un petit mari grimaçant et sautillant.
Plusieurs obstacles se dressent devant la création de cette «Françallemagne». Tout d'abord, les Français se montrent plus déterminés que les Allemands à pousser plus loin leurs marivaudages. Du haut de son sommet, l'Allemagne tend à considérer la France comme un pays du Sud aussi paresseux et endetté que les autres. Alors que ses voisins du Nord démontrent une belle solidité économique et une admirable constance dans l'effort. Pourquoi Berlin privilégierait-il une entente avec Paris plutôt qu'avec Amsterdam ou Stockholm?
Sur le plan diplomatique, les vues allemandes et françaises ont souvent divergé, on l'a vu avec la guerre en Libye où Paris a trouvé à Londres l'appui que Berlin lui a refusé sans prendre de gants.
L'organisation économique des deux pays n'a guère de points communs. L'Allemagne est restée une puissance industrielle avec un tissu dense d'entreprises moyennes qui constituent le fer de lance des exportations. Rien de tel en France qui voit mourir son industrie jour après jour et dont les PME n'exportent guère. Par sa «convergence franco-allemande», le président Sarkozy cherche d'ailleurs à puiser dans l'exemple germanique l'impulsion nécessaire au redressement industriel. Mais l'Allemagne l'aidera-t-elle dans cette entreprise au risque de créer de nouveaux concurrents? Une France réduite, comme aujourd'hui, aux services convient bien mieux à Berlin.
Il en va de même dans les rapports sociaux. Multiples syndicats aux maigres troupes en France; peu de centrales mais aux effectifs nombreux en Allemagne. Culture de la rupture d'un côté du Rhin, culture du compromis sur l'autre rive.
La «Françallemagne» illustre la nostalgie française de la puissance perdue. Paris a tenté de la réanimer, au moins partiellement, par le truchement d'une Europe forte politiquement. Ce fut l'échec. Elle essaie désormais de s'appuyer sur l'Allemagne pour donner un peu de corps à son rêve devenu inaccessible.
Jean-Noël Cuénod