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Depuis la médaille d'argent obtenue au Championnat du monde de 2018, notre équipe nationale de hockey sur glace stagne. Que ce soit avec ou sans les stars de la NHL, les lumières se sont éteintes à chaque fois en quart de finale. C'est arrivé aux Mondiaux 2019 et 2021, et plus récemment aux Jeux olympiques de Pékin, la Suisse s'inclinant sèchement face aux Finlandais (5-1) mercredi.
Que ce soit en club ou en équipe nationale, le plus simple est toujours de critiquer l'entraîneur. Mais le sélectionneur national, Patrick Fischer, a toutefois des circonstances atténuantes cette fois-ci.
Pour sa défense, on pourrait estimer que l'on surestime le niveau de notre hockey sur glace. On dirait alors, un peu comme en politique, qu'on ne peut rien faire, que c'est la faute de la société. Cela ne servirait à rien de changer d'entraîneur, puisqu'il ne peut de toute façon pas changer notre championnat ni notre culture du hockey.
Pourtant, dans l'histoire de notre équipe nationale, le sélectionneur a parfois été congédié après des tournois décevants. En 1992, Bryan Lefley a dû partir après le tournoi olympique. Bill Gilligan et son assistant John Slettvoll ont ensuite mené la Suisse en demi-finale des championnats du monde de 1992 lors de ce qu'on a appelé le «Printemps du hockey de Prague». Un an plus tard, Bill Gilligan a été licencié après la relégation. Simon Schenk a été démis de ses fonctions après le Championnat du monde 1997 et remplacé par Ralph Krueger.
Depuis, le sélectionneur national n'a plus été viré. Ralph Krueger s'est lui-même retiré après le tournoi olympique de 2010. Sean Simpson a préféré partir pour la KHL après le Championnat du monde 2014, alors que son successeur Glen Hanlon s'en est allé après l'édition 2015. Depuis, c'est Patrick Fischer qui occupe le poste.
Aucun doute: Fischer n'a pas exploité le maximum de son équipe à Pékin. Mais un autre entraîneur national aurait-il été en mesure de le faire? Sean Simpson avait atteint la finale du Mondial 2013, avant d'être lui aussi bloqué en huitième de finale du tournoi olympique 2014. Avec nos stars de la NHL. Et lors du Championnat du monde la même année, il n'avait même pas réussi à atteindre les quarts de finale (10e place finale).
Jusqu'à présent, un seul homme a réussi à obtenir le maximum la plupart du temps: Ralph Krueger. Entraîneur national de 1997 jusqu'au tournoi olympique de 2010 inclus, il a compensé le manque de talent par la discipline et la tactique et a permis à la Suisse de se rapprocher de l'élite mondiale. Une des questions les plus intéressantes de notre hockey à laquelle nous n'aurons jamais de réponse est la suivante: qu'aurait réalisé Ralph Krueger avec l'équipe d'aujourd'hui?
Patrick Fischer guide en douceur. En expliquant, pas en commandant. Il mise davantage sur la responsabilité individuelle que sur les exigences du système. C'est un communicateur charismatique qui sait aussi convaincre en dehors du monde du hockey. Il a également écrit une autobiographie (GAME TIME. Deux mondes. Un chemin). Aucun entraîneur national ne l'avait fait avant lui. Seul Ralph Krueger a écrit un best-seller de développement personnel: «Teamlife. De la défaite au succès». Ironie de l'histoire: le titre correspond en fait aussi à la carrière d'entraîneur de Patrick Fischer.
Son style de direction plutôt doux est inhabituel dans le monde rude du hockey. C'est là que ses détracteurs interviennent. Fischer? Trop mou. Trop de blabla.
La critique est-elle justifiée? Non. Le sélectionneur aurait certes pu obtenir davantage avec le style autoritaire de Ralph Krueger, en mettant davantage l'accent sur la tactique et la discipline après 2018. Mais pas beaucoup plus non plus. Et puis, combien de temps la nouvelle génération de joueurs accepterait-elle un chef aussi autoritaire que Ralph Krueger?
Un entraîneur national est bien plus qu'un simple coach. Il est aussi un ambassadeur de notre hockey. Plus il rayonne au-delà du monde du hockey sur glace, mieux c'est. Or Patrick Fischer est un parfait ambassadeur.
Il est pourtant arrivé à un tournant à Pékin. Il voit grand, et cette vision large est la condition sine qua non pour réaliser de grandes choses. Il avait fixé la demi-finale comme objectif et parle désormais du titre mondial. C'est très bien. Mais les paroles doivent être suivies d'actes de temps en temps. Sinon, le public ne les prendra plus au sérieux. Et il ne faut pas dénigrer non plus notre championnat, notre culture du hockey, simplement pour excuser l'entraîneur national.
L'argent remporté en 2018 perd forcément de son éclat à mesure que temps passe. Il a besoin d'être poli par de nouveaux exploits. Sinon, le charisme et l'autorité de Patrick Fischer s'estomperont également.
A Pékin, certains joueurs ont laissé tomber Fischer pour la première fois depuis quatre ans. Cela ne doit plus se reproduire. Le moment est venu pour le Zougois de se comporter davantage en chef de meute, en général de bande.
Ce n'est pas plus compliqué que ça. Car si Patrick Fischer se laisse aller à des performances comme celles de Grégory Hofmann à Pékin, il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même.
Adaptation en français: Julien Caloz
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