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Ce que j'en sais aujourd'hui, moi qui ne l'ai pas connu à cette époque en raison de notre grande différence d'âge, c'est à Jean-Pierre que je le dois et aux récits qu'il m'en a fait durant ces trois dernières années au cours desquelles ma femme et moi avons eu l'occasion de nous occuper de lui. Il m'a parlé de son grand-père et de son père ; de leur bateau, de leurs ballades sur le lac, de leurs mini-croisières autour du Léman. De leurs parties d'échec hebdomadaires. Il m'a parlé de ses longs séjours en montagne et de son amour du ski. Jean-Pierre bénéficiait d'une excellente mémoire : c'était la gazette de la famille. Il racontait avec humour, émotion, les petits faits et les grands exploits des uns et des autres; il m'apportait des éclaircissements sur des évènements ou des personnages familiaux que je ne pouvais connaître, avec une précision étonnante; lieux, faits, dates, antagonistes : tout y était. Il m'a parlé de notre mère "d'avant ma naissance", de nos oncles et même de mon père avait qui il avait noué des liens solides et cordiaux.
Bien sûr, il a également évoqué ses années de mobilisation et les amitiés indéfectibles nouées à l'époque. Ces liens conservés avec ses camarades au sein de "l'Amicale Aviation 4" dont il a assuré la présidence de 1979 à 1984. Que la délégation, qui lui fait l'amitié d'être présente aujourd'hui, soit vivement remerciée.
L’humour ensuite : lorsqu'il s'exprimait, même sur des sujets sérieux comme son état de santé ou lorsqu'il s'adressait au personnel soignant de son EMS, Jean-Pierre savait glisser une note d'humour dans ses propos. Il accueillait chacun d'un sourire ou d'un mot gentil et attentionné. Lorsque ma femme et moi lui annoncions une absence d'une semaine ou d'une dizaine de jours, il nous disait "soyez sages" …"mais pas trop!" ce qui était une gentille manière de nous dire "à bientôt". Et lorsque, parfois, sa santé laissait un peu à désirer, il expliquait à ma femme que c'était parce qu'il ne l'avait pas vue depuis trois jours… C'était sa façon de dire combien il appréciait ses visites.
L’équilibre enfin : Jean-Pierre était "bien dans sa peau" ; il prenait la vie avec philosophie, se réjouissant de chaque bonne chose, d'une belle journée, d'une visite, d'un sourire, d'un repas - "…c'était bien bon" disait-il… - . Il appréciait l'existence, même si, ces dernières années, elle ne l'avait pas trop épargné. En particulier le décès inattendu de son épouse Michelle l'avait beaucoup marqué. Cependant, grâce à l'attention soutenue et à la fidélité de ses belles- sœurs, il avait repris courage. De même il avait admis la diminution de ses forces physiques et ne s'en plaignait jamais, appréciant au contraire l'aide et les soins apportés par le personnel de la Résidence de La Vendée. Toujours courtois il accueillait ses soignantes d'un "…Bonjour princesse"… dès qu'elles entraient dans sa chambre. Jean-Pierre était reconnaissant à l'égard de ceux qui prenaient soin de lui. Et chacune des visites qu'on lui faisait ressemblait à une petite fête, tant il était chaleureux..
Jean-Pierre appréciait la vie en philosophe et son départ est aujourd'hui conforme à ce qu'il pouvait espérer : serein.