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1671
Gabriel Guéret, La guerre des auteurs anciens et modernes
Paris, Theodore Girard, 1671
Des équivoques qui font rire chez Cyrano
Comme dans le Parnasse Réformé paru en 1668, l'ouvrage commence par le récit d'un songe merveilleux :les auteurs, anciens et modernes, arrivent au Parnasse pour vanter leurs mérites auprès d'Apollon. Balzac, Vaugelas et Malherbe ont été nommés pour juger les ouvrages des nouveaux auteurs et ne retenir que les meilleurs. La négociation avec Cyrano est houleuse et Balzac lui répond en ces termes:
– La différence, répliqua Balzac, est grande de vous à moi, on en peut juger par le rang que je tiens ici. Mais d'ailleurs on ne verra point dans mes livres ces équivoques puériles ni ces fades allusions qui vous sont si ordinaires. L'on n'y verra point ces amas d'injures qui font peur à ceux qui vous lisent et, quand j'ai dit du mal de quelqu'un, ce qui m'est arrivé rarement, je l'ai fait d'un air qui sent l'honnête homme, et qui ne salit point l'imagination du lecteur. C'est de quoi, continua-t-il, vous ne vous êtes jamais mis en peine, témoin Soucidas qui selon vous, n'est tout au plus qu'un clou aux fesses de la nature et une marionnettes incarnée ; témoin le gros homme que vous faites passer tantôt pour une loupe aux entrailles de la terre, et partout pour un gros crevé; témoin encore Scarron, que vous traitez de monstre ou de ferme planté au parvis du temple de la mort, et dont les oeuvres ne sont, à ce que vous dites, qu'un pot pourri de Peaux d'âne, et de Contes de ma mère l'oie. Je ne parle point des impiétés qui vous sont si naturelles, et qui se rencontrent à chaque page, c'est le principal caractère de toutes vos pièces ; et vous savez bien aussi que c'est ce qui fit défendre votre Agrippine qui, sans trente ou quarante vers qui blessent les bonnes moeurs, aurait diverti longtemps le public, et tiendrait encore sa place sur le théâtre.
– Chacun écrit à sa mode, reprit Cyrano, je ne me rétracte point de ce que j'ai fait, et je vous défie, continua-t-il, de me montrer dans mes ouvrages une allusion, ou une équivoque qui ne soit pas juste. Puisque la rhétorique a ses figures dont elle nous permet l'usage, puisque chacun a droit de choisir la sienne, peut-on me blâmer du choix que j'ai fait, et prix pour prix, mes équivoques ne valent-elles pas bien vos hyperboles ? J'ai du moins cet avantage sur vous que l'on rit de mes équivoques ; mais je sais de bonne part que vos hyperboles font pitié.
Ouvrage en ligne sur Gallica p. 153
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