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La poupée Paderewska
Seconde épouse de l'illustre pianiste, compositeur et homme d'Etat polonais Ignace Paderewski (1860-1941), Hélène Paderewska (1856-1934) s'illustre au côté de son mari dès le début de la Première Guerre mondiale en faveur de la Pologne meurtrie. Fondatrice en 1918 de la Croix Blanche polonaise, elle préfère en amont le fil et l'aiguille aux discours pour récolter des fonds. C'est ainsi que naissent ses fameuses poupées, confectionnées avec l'aide de bénévoles durant l'exil américain du couple entre 1915 et 1918, occupé tout entier à mobiliser le pays (et en premier lieu l'importante communauté polonaise) en faveur de la Pologne meurtrie – une succession de concerts et de discours qui finiront par attirer l'attention du président Wilson en personne. L'idée est venue à Hélène Paderewska en visitant une galerie d'art populaire polonais à Paris. Une première commande de 1000 pièces «brutes» est affrétée à New York dès le printemps 1915. Habillées sur place et baptisées Jan et Halka, les poupées sont proposées à «l'adoption» pour 5 dollars pièce au moyen d'un fascicule contant leur histoire belle et tragique. S'adressant aux petits comme aux grands enfants, cette action a pour bénéficiaire le Comité national américain du Polish Victim's Relief Fund, antenne américaine du «Comité de Vevey» fondé début 1915 par Paderewski et l'écrivain Henryk Sienkiewicz. En 1918, certaines seront même parées des attributs des infirmières de la Croix Blanche polonaise… afin de motiver les jeunes Polonaises d'Amérique à s'engager!
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Hélène Paderewska
Paderewski fait la connaissance d'Hélène Gorska (1856-1934), née baronne de Rosen, alors qu'il vient de perdre sa première épouse et qu'il se retrouve seul avec un fils malade. Installée à Paris, elle est l'épouse de l'un des meilleurs amis de sa jeunesse polonaise, le violoniste Ladislas Gorski – qui a enseigné au Conservatoire de Varsovie de 1879 à 1881 avant de partir pour Berlin puis de s'installer à Paris, où il intègre l'Orchestre des concerts Lamoureux et se forge une excellente réputation de professeur. «Beaucoup plus jeune que son mari, Hélène Gorska, née baronne de Rosen, forme avec lui un curieux contraste», écrit le diplomate Werner Fuchss dans sa biographie de Paderewski (Yens-sur-Morges, Editions Cabédita, 1999). «Autant lui, brusque et bourru, joue, comme il le disait, à l'homme des bois, autant elle est fine et distinguée. Fort belle, très racée, extrêmement aimable, elle entretient dans son foyer une atmosphère d'intimité chaleureuse bien faite pour plaire à Paderewski. N'était-elle pas aussi l'amie de sa femme morte si prématurément en lui laissant un fils? Le chagrin du jeune veuf désemparé, le triste sort du bébé qui ne connaîtrait jamais sa mère, touchent profondément Mme Gorska qui avait un fils du même âge. Elle prend la résolution de s'occuper autant que faire se peut de l'orphelin, en même temps qu'elle tente de réconforter le père par ses témoignages d'affection.» Réciproque, cette affection devient rapidement de l'amour et Ladislas Gorski doit se résoudre à l'évidence: avec beaucoup de classe, il laisse Hélène procéder à Rome à l'annulation de leur mariage et épouser dans la foulée son ami d'enfance, célébré le 31 mai 1899 en l'église du Saint-Esprit de Varsovie. Gorski finira sa vie à Clarens, sur les bords du Léman, où il formera les frères Emile et André de Ribaupierre. Hélène Paderewska sera de son côté, pour son second mari, une épouse omniprésente jusqu'à sa mort en 1934, l'accompagnatrice infatigable de tous ses voyages – jusqu'à la Galerie des Glaces du Château de Versailles, où elle est l'une des rares dames à assister à la signature du Traité de 1919 –, sans oublier la maîtresse énergique et généreuse de Riond-Bosson.
Riond-Bosson
Ignace Paderewski est reçu partout mais sait aussi recevoir: à Riond-Bosson près de Morges, sur la commune de Tolochenaz, il possède dès la fin du 19e siècle le plus étrange des palais, autrefois demeure de la duchesse d'Otrante, veuve de Joseph Fouché, où il reprend son souffle entre les tournées de concerts et sur lequel règne la plus exquise et entreprenante des maîtresses de maison, Hélène Paderewska, mi-princesse mi-paysanne. Cette propriété entre chalet et palais vénitien a aujourd'hui disparu – son dynamitage par l'armée en 1965 achevant de forger sa légende. Dotée d'un vaste domaine où l'on exploite tant la flore que la faune, elle est indissociable du «mythe» Paderewski, où faste et rusticité voisinent avec le plus grand naturel.