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Ce rapport, intitulé Cruel isolation: Amnesty International’s Concerns about Conditions in Arizona Maximum Security Prisons, explique que plus de 2 000 détenus sont confinés pendant des mois, voire des années dans des conditions d’isolement et de privation sensorielle extrêmes.
Des quartiers construits dans un but précis
Plus de 2 000 hommes placés à l’isolement dans un des deux quartiers administratifs spéciaux de l’Arizona – cela représente plus d’un détenu sur 20 sur l’ensemble de la population carcérale de l'Etat.
124 d’entre eux sont condamnés à mort et 14 ont entre 14 et 17 ans.
D’après les statistiques officielles, 35 % des détenus se trouvant à l’isolement ont été emprisonnés pour des infractions n’ayant impliqué aucun recours à la violence, comme des atteintes à la législation sur les stupéfiants, des vols et des cambriolages.
L’Arizona compte plus de prisonniers placés à l’isolement que de nombreux autres États américains – et les États-Unis en comptent plus que tout autre pays au monde.
Les conditions qui prévalent dans les quartiers d’isolement en Arizona sont si éprouvantes, en particulier pour les détenus présentant des troubles psychologiques, qu’Amnesty International a écrit le 28 mars 2012 à Charles Ryan, directeur de l’administration pénitentiaire de cet État, afin de demander que la détention à l'isolement ne soit imposée qu’en dernier recours et seulement pour de brèves périodes. L’organisation a également demandé que les mineurs et les personnes souffrant de troubles mentaux n’y soient pas soumis.
Une délégation de l’organisation de défense des droits humains s’est rendue en Arizona en 2011 et a pu rencontrer des avocats et des défenseurs des prisonniers, ainsi que des parents et amis de détenus incarcérés dans ces quartiers.
En revanche, lorsque la délégation a exprimé le souhait de se rendre dans les quartiers administratifs spéciaux, l’administration pénitentiaire de l’Arizona s’y est opposée. Malgré les tentatives répétées d’Amnesty International pour organiser une rencontre afin d’évoquer ses motifs de préoccupation, les services carcéraux n'ont pas donné suite.
En mars 2012, une équipe de juristes menée par l’Union américaine pour les libertés publiques et le Prison Law Office a porté plainte contre l’administration pénitentiaire de l’Arizona, affirmant que les soins médicaux et de santé mentale dispensés aux prisonniers se trouvant sous sa responsabilité étaient totalement insuffisants.
«La détention à l'isolement pendant de longues périodes est inhumaine», a déclaré Angela Wright, spécialiste des États-Unis à Amnesty International. «Tout, des cellules à l’absence de soins de santé et de possibilités de réinsertion, semble être spécifiquement conçu pour déshumaniser les prisonniers.»
«L’isolement ne doit être utilisé qu’en dernier recours et pour de brèves périodes. Il ne doit jamais être imposé à des mineurs ou à des prisonniers présentant des troubles mentaux.»
Des dégâts durables
Des organisations de défense des droits humains – dont Amnesty International – et les Nations unies estiment que les conditions de détention dans les quartiers administratifs spéciaux bafouent les normes internationales.
Selon les statistiques officielles, au mois de mars 2011, un tiers des détenus se trouvant à l’isolement faisaient l’objet d’un suivi psychologique et près de 4 % d’entre eux étaient considérés comme souffrant de troubles psychologiques graves.
Des études et des données provenant de diverses sources révèlent en outre que les suicides sont plus fréquents dans les quartiers d’isolement qu’au sein de la population carcérale globale.
Entre octobre 2005 et avril 2011, au moins 43 prisonniers se sont suicidés dans les prisons pour adultes de l'Arizona. Dans 22 des 37 cas sur lesquels Amnesty International a obtenu des informations, le détenu se trouvait à l’isolement.
Les autorités carcérales affirment que les problèmes des quartiers administratifs spéciaux sont liés à l’absence de ressources. Or, il est prouvé qu’un changement d’approche améliorerait le comportement des détenus.
Crise économique
Plusieurs États américains ont récemment réduit le nombre de détenus incarcérés dans leurs quartiers de très haute sécurité dits « super-maximum » ou ont complètement supprimé leurs quartiers d’isolement à long terme.
En 2007, les autorités de l’État du Mississipi ont amorcé des changements ayant débouché sur une réduction de 80 % du nombre de prisonniers placés à l'isolement. Leur quartier d’isolement à long terme a été transformé afin de fournir un espace pour des activités de groupe et pour l’intégration au sein de la population carcérale traditionnelle des éléments précédemment séparés du reste des détenus 23 heures par jour.
Des chefs de gang maintenus à l’isolement ont par ailleurs eu la possibilité de dialoguer avec d'autres détenus, et des prisonniers souffrant de troubles mentaux graves ont bénéficié de séances de thérapie en petits groupes et de l’accès à un programme d’intégration progressive au sein de la population générale. En 2010, le quartier d’isolement a été fermé.
Ces changements ont conduit à une amélioration considérable du comportement des prisonniers et à une réduction de la violence et du recours à la force par le personnel.
Il n’en reste pas moins que les États-Unis, qui comptent l’une des populations carcérales les plus larges au monde, maintient des dizaines de milliers de prisonniers à l’isolement – plus que tout autre pays au monde. Il est nécessaire de changer cette politique.
Lire le rapport d'Amnesty International sur les prisons de haute sécurité en Arizona.