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Notice sur l'origine de la famille Coulon
Lorsqu'en février 1853, j'ai réuni les membres de la famille Coulon pour leur rendre le compte annuel de la caisse de secours qui a été fondée le 26ème d'avril 1825, par moi et mon frère, dans le but de faciliter à nos descendants les moyens de donner une bonne éducation a leurs enfants et de les aider lorsqu'ils en auraient besoin, il a été fait l'observation, très judicieuse, de la facilité avec laquelle les faits les plus intéressants finissent par être oubliés, malgré l'utilité qu'il y aurait a en conserver le souvenir dans les familles, afin que l'expérience des parents ne fût pas, plus ou moins promptement, perdue pour leurs enfants, et pour engager ces derniers à suivre les bons exemples qui leur ont été donnés par leurs ancêtres.
Les divers membres de notre famille se sont donc réunis pour me prier, malgré mon âge déjà avancé de soixante et seize ans, et pendant que cela est encore possible, de chercher à rappeler mes souvenirs, en m'aidant des documents qui se trouvent entre mes mains, pour compléter ou au moins pour augmenter de quelques faits intéressants la courte notice donnée dans la généalogie de notre famille au sujet de son fondateur.
Voulant me rendre a leurs désirs, autant qu'il est encore en mon pouvoir de le faire, j'ai consigné ici les faits ci-après, en priant mes après-venants de suivre mon exemple en continuant
d'enregistrer tous les faits intéressants qui surviendront par la suite.
Paul Coulon, notre père et grand-père, était fils de Joseph Coulon et de Jeanne Faliès son épouse, de Cornus en Rouergue, où il était né le 12 septembre 1731.
J'ai entendu plusieurs fois dire à mon père que, dans une année de disette, le prix des grains étant excessif et la misère à son comble, Joseph Coulon son père fit venir de Barbain2 plusieurs chargements de froment. À chaque marché, il en vendait une certaine quantité toujours au-dessous du prix courant; de cette manière le marché fut constamment approvisionné et il réussit à faire baisser rapidement le prix du pain. Le ministre, en ayant été instruit, adressa à mon grand-père la lettre la plus honorable pour reconnaître son désintéressement et son patriotisme.
À cette époque, les jeunes gens appartenant à de bonnes familles protestantes étaient fréquemment enlevés à leurs parents et disparaissaient sans que l'on sût ce qu'ils étaient devenus ; enfermés dans des couvents, ils n'en sortaient qu'après bien des années et après avoir reçu l'ordination comme prêtres. Mon père, encore très jeune, avait été souvent forcé de servir la messe. Il m'a conté qu'un dimanche, les protestants de Cornus et des environs s'étant rendus, par des chemins détournés, au désert pour le culte, ils étaient réunis dans une vaste caverne et, en attendant l'arrivée du pasteur, mon père, quoique l'un des plus jeunes, avait été invité à monter sur une saillie de la roche qui servait de chaire, pour y lire quelques chapitres de la bible.
Tout-à-coup, ceux qui faisaient sentinelles au dehors rentrent effarés, en criant "Cachez-vous, Monseigneur arrive avec les dragons." Aussitôt, tous se retirent au fond de la grotte où ils ne pouvaient être vus. Mais mon père, sans se déconcerter, continue sa lecture.
Monsieur d'Isarn, Seigneur de Cornus entre, suivi de deux dragons et apercevant mon père (qui était son petit favori), il lui crie : "Paulet, ah c'est toi petit pendard, descend à l'instant ou je te fais prendre." Mais mon père continue sa lecture sans se laisser intimider.
Alors on entendit sortir du fond de la caverne des voix qui crièrent : "Monseigneur retirez-vous, si l'on touche à cet enfant, vous êtes tous morts." Le seigneur trouva prudent de se retirer pour chercher du renfort et le ministre étant arrivé mon père le guida dans sa fuite, en le faisant passer au milieu des blés, heureusement assez élevés pour les cacher.
Les ministres dont on pouvait se saisir étaient pendus ou envoyés aux galères pour la vie. Ce ministre était Rabout St Etienne3, ami de notre famille, qui, plus tard, fut député, puis président de l'Assemblée Nationale, et partagea le sort des Girondins. J'ai connu à Paris en 1796 son fils Paul Rabout.
Les persécutions religieuses de cette époque l'ont engagé à s'expatrier, et il partit à pied de Cornus, son sac sur l'épaule4, en compagnie de son ami Jacques Carbonnier, pour aller à Genève y compléter leur instruction religieuse et y faire leur première communion.
L'examen public qui précéda la ratification du vœu de leur baptême fut de nature à intéresser en leur faveur tous les assistants. Au sortir de la cérémonie, Monsieur Rivier (père de Messieurs Etienne, Philippe et Théodore Rivier de Lausanne) voulut se charger de Paul Coulon pour lui faire faire son apprentissage dans sa maison Rivier & Plantamour5, qui faisait le commerce en grand des toileries et des mousselines des Indes ; il s'y distingua par sa conduite exemplaire, sa piété, son intelligence, son activité et l'intérêt qu'il prenait aux affaires de ses patrons dont il ne tarda pas à gagner l'entière confiance, et qui, pour se l'attacher davantage, lui offrirent au bout de quelques années de l'intéresser dans leur maison.
Vers cette époque, Monsieur Jacques-Louis Pourtalès de Neuchâtel, mécontent d'être tenu trop en sous-ordre dans la maison de son père, associé de Monsieur Deluze (Mr Jérémie Pourtalès et Mr Deluze, son associé, étaient deux réfugiés français) voulut s'émanciper pour s'établir à son propre compte et faire le commerce des marchandises des Indes qu'il ne connaissait pas lui-même ; chacun lui ayant indiqué le jeune Paul Coulon dans la maison Rivier & Plantamour comme un expert et premier connaisseur de ces marchandises, il voulut à toute force se l'associer. Cependant et malgré les offres les plus brillantes, il n'y réussit qu'en lui offrant en mariage sa cousine germaine, Mademoiselle Anne Viala, pour laquelle il connaissait son inclination6.
Mr Jacques-Louis Pourtalès avait offert à mon père de lui faire obtenir en mariage une jeune veuve fort riche, sa parente Mme Gibolet de la Neuveville7, mais mon père lui déclara qu'il n'épouserait jamais une femme pour son argent, ni une femme plus riche que lui. Mme Gibolet a épousé plus tard un patricien bernois.
Mademoiselle Anne Viala était fille de Louis Viala fils de Mr Viala de la Salles en Cévennes, près de Ganges où il était né le 6 février 1708. - Il avait quitté la France pour fuir les persécutions religieuses de ces temps-là, s'était établi à Genève dont il avait obtenu la bourgeoisie et s'y était associé avec un Monsieur Dunan pour faire le commerce d'horlogerie et de bijouterie. Leurs principales affaires étaient en Italie. - il avait épousé Charlotte Mussard, fille de Mr Mussard bourgeois de Genève et c'est par elle que nous sommes parents des familles Perchier Cazenove et autres de Genève. La mère de mon grand-père Louis Viala était Suzanne Pourtalès, sœur de Jérémie Pourtalès, bourgeois de Neuchâtel où il avait épousé Esther Deluze, fille de son associé.
Louis Viala a eu deux filles, Louise, l'aînée, mariée le 13 décembre 1767 au chancelier Jérôme Emmanuel Boyve et Anne (soit Nanette), ma mère, que mon père avait épousée à Genève le 28 juillet 1767 à l'âge de 19 ans.
Louise et Anne Viala ayant perdu leur mère fort jeunes et leur père faisant de fréquents voyages en Italie elles furent placées en pension chez Mr Mallet, pasteur à Céligny où elles ont fait leur première communion. Ma mère y était avec son amie de cœur, qui épousa plus tard Mr Théodore Rivier de Lausanne; elle venait la voir toutes les années, soit à Corcelles, Neuchâtel ou au Roc. Ma mère, après dix ans de mariage était encore si faible et si délicate, malgré tout ce qu'on avait tenté pour la fortifier, que craignant qu'elle ne pût pas avoir d'enfants tant que sa santé ne s'améliorerait pas, mon père décida de la mener aux eaux de Sylvanès dans la partie la plus sauvage du Rouergue. Ces eaux passaient pour très fortifiantes et c'était en même temps une occasion pour lui faire faire la connaissance personnelle de ses beaux-frères et belles-sœurs, et de toute la famille tant à Millau qu'à Cornus. - Les eaux de Sylvanès eurent un effet si salutaire et fortifièrent ma mère au point que sa santé étant parfaitement rétablie, elle eut ensuite quatre enfants.
À cette époque, la réputation de bonté de mon père était déjà si bien établie dans son pays, que ce voyage fut pour lui une suite d'ovations ; partout on voulait le fêter et, entr'autres à l'Hospitalet, sur le plateau de Larzac, le maître de poste reçut et fêta mon père comme un ancien ami et comme un bienfaiteur de son pays ; il voulut le conduire lui-même jusqu'à Lodève
et refusa absolument tout payement.
Après sa première communion, Jacques Carbonnier, l'ami de mon père, fit à Genève un apprentissage d'horlogerie et y épousa une sœur de mon père, qui lui donna pour dot six mille livres, soit la totalité de ses économies à cette époque ; mais, apprenant plus tard que le travail de son beau-frère Carbonnier comme horloger ne suffisait pas pour entretenir son ménage, d'autant que la gaieté de son caractère, son amabilité et sa facilité à improviser les couplets les plus spirituels, le faisaient rechercher et inviter à toutes les fêtes, ce qui le distraiait de son travail, mon père s'en inquiéta pour sa sœur et, voulant le sortir de Genève, il acheta en 1774, de ses premiers gains dans la maison Pourtalès & Cie, le charmant domaine nommé La Tuderie (joli vallon avec un moulin près de Cornus) et le lui donna en l'engageant à aller s'y établir.
J'ai encore vu à Cornus mon oncle et ma tante Carbonnier en 1800, et quoiqu'il eût alors quatre-vingt-deux ans, sa gaieté était toujours la même et à chaque repas il me chantait quelques couplets qu'il improvisait à mon occasion.
Mon père fut le parrain de leur premier enfant, Paul Louis Carbonnier né à Genève, et qu'il fit venir à Neuchâtel pour le mettre en pension chez le maître bourgeois Berthoud ; puis il lui fit faire son apprentissage de commerce dans la maison Pourtalès & Cie et le mena aux ventes de Lorient pour lui apprendre à connaître les marchandises des Indes ; plus tard il devint l'un des associés de cette maison.
À l'époque de la révolution française, en 1790, il gérait l'établissement qu'elle avait formé à Lorient, et lors de la dissolution de la maison Pourtalès & Cie en 1796, mon père fonda la maison Coulon & Cie en s'associant son neveu Paul Louis Carbonnier, son gendre François Auguste de Meuron et ses deux fils aînés ; elle faisait le commerce des marchandises des Indes qui s'achetaient aux ventes de Londres ; le siège principal des affaires était à Paris, mais les livres de la maison étaient tenus à Neuchâtel ; elle n'a été liquidée qu'à la suite du blocus continental en 1809.
Ce fut aussi en 1774 que feu mon père acheta le domaine très étendu du Viala sur le Larzac, au dessus de la ville de Cornus. Il le donna à son frère cadet Etienne, établi à Millau avec son
frère aîné Joseph ; ils y faisaient le commerce des produits du pays, les laines très estimées du plateau du Larzac, les peaux mégissées à Millau, les huiles, les amandes, etc. Mon père leur faisait commandite.
Mes oncles Joseph et Etienne ont eu l'un et l'autre une très nombreuse famille. Mon père s'est chargé de l'éducation de tous ses neveux; la plupart ont été élevés à Neuchâtel, mais peu d'entre eux ont réussi. Ambitieux et présomptueux ils lui ont presque tous causé de grands chagrins par leur ingratitude. Les sommes énormes que mon père leur avait confiées pour les établir ont été perdues en totalité. Il a doté toutes ses nièces ; je parlerai plus tard et avec plus de détails des neveux.
En 1793, toute la noblesse du Rouergue émigra ; beaucoup vinrent se réfugier auprès de mon père. Il les accueillit avec empressement en logea plusieurs dans sa maison et fit à tous des avances d'argent plus ou moins considérables, que plusieurs ont remboursées à leur rentrée en France.
Lors de l'entrée française en Suisse pour venir piller le trésor de Berne, les émigrés furent obligés de quitter Neuchâtel. Mr de Bonald fut s'établir à Heidelberg. - Le marquis de Sambucy fut placé à Londres chez nos amis Messieurs Agassiz et Wilson, qui conjointement avec son ami Rubichon de Grenoble l'enverront comme subrécargue à la Martinique avec une riche pacotille.
Il y a fait une belle fortune et à la Restauration il est rentré dans les biens de sa famille. - Mesdames de Moustuejols se retirèrent à Constance où elles établirent un magasin de modes; à la Restauration elles ont remboursé les Fr. 10.000. que mon père leur avait avancés, Cette somme a fait la dot de ma cousine Frémau.
Je me bornerai à en nommer quelques-uns.
Mr de Bonald de Millau (actuellement Archevêque de Lyon et Cardinal) est venu plusieurs fois me voir à Paris pour me témoigner sa reconnaissance de ce que mon père avait fait pour lui et lorsque en 1800 j'ai été à Millau, il m'a donné une jolie fête à sa campagne (la Mona) où nous nous rendîmes en nombreuse cavalcade.
Les comtes d'Ure. Ils m'ont donné à Millau un dîner somptueux pour lequel mon voisin de table m'a assuré qu'ils avaient dépensé plus d'une année de leurs revenus.
Le Marquis de Sambucy de Linas, ancien capitaine de frégate qui, quoique sa main eût été traversée par un biscayen, n'en était pas moins un fort bon musicien ; pour se rendre utile dans notre famille, il me donnait des leçons de violoncelle.
La Comtesse de Montuejols de Millau, chanoinesse de Romiremont et sa nièce, qui a passé une année auprès de ma mère, l'aidant à tenir son ménage et lui faisant compagnie.
Mon père reçut encore chez lui le Chevalier d'Isarn, ancien officier de marine et ses deux frères. Ils étaient fils de l'ancien seigneur de Cornus et avaient servi dans le corps de garde de Condé. L 'aîné, homme fort instruit, est devenu mon précepteur et celui de mon frère; ses frères à qui mon père avait fait faire un apprentissage d'horlogerie ont été s'établir à Lyon. J'ai encore vu leur père à Cornus en 1800; il était très âgé.
Paul Coulon vint se fixer à Neuchâtel après son mariage. Il acquit la bourgeoisie en 1767 et fut se loger dans la maison de Mr Jérémie Pourtalès, père de son associé. Elle est en face de l'Hôpital de la ville qui n'existait pas alors. Il occupait le second étage et était alors le seul des associés qui fût à son ménage, tous les autres mangeaient chez lui ; les bureaux et les magasins se trouvaient dans la même maison au rez-de-chaussée. Mais quelques années plus tard, mon père ayant quatre enfants et s'y trouvant trop à l'étroit, voulut acheter la maison et la possession Brun au faubourg mais le retrait en fut fait la même année par le capitaine Brun qui avait épousé une riche veuve.
Mon père se décida alors (en 1783) à acheter pour y bâtir sa maison les petits jardins qui se trouvaient au faubourg au Lac, en bise de la maison Bulot dont son associé avait fait l'acquisition à l'époque de son mariage avec sa cousine germaine Mademoiselle Rosette Augustine Deluze, âgée de 15 ans, (ma belle marraine). Mr J. L. de Pourtalès avait établi ses bureaux au rez-de-chaussée de sa maison et avait bâti vis-à-vis de vastes magasins ainsi qu'une maison pour y loger les commis. La maison que mon père a bâtie et qu'il m'a laissée par son testament, n'a été occupée par lui qu'en 1786.
En 1779 ma mère a passé l'été avec ses enfants au Chanet, campagne de son beau-frère, le chancelier de Boyve. Elle y était à leur ménage et payait 10 louis d'or neuf par mois pour elle, ses enfants et sa servante. Plus tard mon père a acheté le Chanet mais on a profité de la dédite de puitaine, autorisée par nos anciennes coutumes pour se dédire et vendre cette propriété à la marquise de Brancony.
Ma mère aimait à passer la belle saison à la campagne, et désirant en avoir une dans le voisinage de son amie Madame Meuron de Corcelles, mon père lui acheta en 1787, de la famille Girard, une petite propriété à Corcelles près de Concise ; elle affectionnait cette localité et y passait tous les étés. Mais mon père que ses occupations retenaient à Neuchâtel, trouvant la distance trop grande, obtint en 1799 que Mr Terrisse, son associé, lui cédât l'acquisition qu'il venait de faire du Domaine du Roc au-dessus de Cornaux. La maison fut rebâtie, le domaine agrandi et d'abondantes eaux y furent conduites depuis Frochaux.
Lorsque mon père fit cette demande à Mr Terrisse, il lui répondit : "Je n'ai rien à vous refuser, c'est à vous que je dois ma fortune ; vous m'avez sorti des bureaux de la maison Pourtalès où je serais resté toute ma vie comme simple commis pour me mener avec vous à Lorient de préférence aux neveux de la maison ; vous m'y avez initié à la connaissance des marchandises des Indes, ce qui m'a fait choisir plus tard pour chef de la maison de Lisbonne ; c'est à vous que j'ai dû mon avancement et je suis heureux de trouver cette occasion de vous prouver ma reconnaissance en vous cédant mon marché ».
Mon père se plaisait à y faire faire des défrichements sous ses yeux. Il y allait de bonne heure au printemps, revenait tous les samedis pour passer le dimanche en ville, pour y retourner le lundi avec ma mère et cela jusqu'à sa mort en 1820 à l'âge de 89 ans.
Sa vie avait toujours été si régulière que, sans un effort qu'il avait fait en voyage pour empêcher sa voiture de verser dans un précipice, nous aurions pu espérer de le voir atteindre un âge encore plus avancé.
En 1807 (le 30ème d'août), mon père a acquis de la famille de Watteville de Berne à la sollicitation de son ami Mr le pasteur Gety8 de Lausanne originaire comme lui de Rouergue le domaine de Malessert au canton de Vaud qu'il m'a laissé par testament. C'était, avant la révolution de l'année 1798, une terre seigneuriale que l'état de Berne avait donnée comme récompense nationale au Général Naegely lors de la conquête du pays de Vaud. Aussi tous les droits féodaux et honorifiques y avaient été accumulés, de même que ceux de haute, basse et omnimode justice. Un magnifique gibet a plusieurs piliers avait été érigé dans le pré en face du château, enfin la dîme, les lods et les cens sur toutes les terres environnantes et d'autres encore plus éloignées, etc., etc. ... tout cela a disparu à la révolution. Cette propriété a été plus tard considérablement augmentée par nous et nous avons rebâti les maisons.
En 1807 (le 30 novembre) le domaine d'Eclépens dit château dessus a été acquis de la famille de Gingins ; plus tard il a été considérablement augmenté par l'acquisition des prés Morès, des bois de la caisse de Gingins, du domaine Michaud, etc.
Cette propriété est échue en partage à Paul Etienne Coulon mon frère ainsi que les deux suivantes et le domaine de Corcelles.
Le 7 juin 1808 mon père a acquis de Mme Laulard née Muret le domaine d'Eclépens dit Château dessous.
Le 20 juillet 1812 il a acheté de Mme Morel née Berthoud les montagnes la Pidouze et le Thévenon.
Le 29 décembre 1814 un domaine de vignes situé à Féchy, Aubonne et Buchillon a été acheté par lui de la famille de l'avocat Grenus de Genève.
Le 13 novembre 1815 mon père a acheté du capitaine Bégoz d'Aubonne le domaine de Chanivaz près de Buchillon.
Un nombre considérable d'acquisitions furent encore faites pour arrondir ces propriétés.
D'autres Neuchâtelois firent à cette époque de nombreuses acquisitions dans le canton de Vaud. Mr Terrisse acheta les domaines du château de Dulit et de la Lignière Mr Louis de Pourtalès les domaines de Loin, de Serreaux et les prés de Sullens. Ces derniers pour l'hôpital qu'il venait de fonder. Mr Berthoud de Fleurier le domaine de Naz; Mr de Meuron-Wolff le domaine de la Outre près de Grandson, etc, etc.
Cela fit beaucoup crier quelques Vaudois envieux qui portèrent leurs plaintes au Grand Conseil du Canton, disant que les Neuchâtelois finiraient par acheter toutes les plus belles et les meilleures terres du Canton. Ils firent si bien qu'il fut défendu aux Neuchâtelois de faire de nouvelles acquisitions dans le canton de Vaud. Ce n'est qu'au bout de 12 ans, en 1829, qu'on leur accorda de nouveau des permissions pour acquérir des terres.
J'ai oublié de dire que mon père avait été propriétaire conjointement avec Mr J. L. de Pourtalès et Messieurs Turneisen de Bâle, de plantations considérables dans les Antilles françaises, à la Grenade. - Messieurs François et Pierre de Meuron en étaient les régisseurs. En 1790 Mr de Pourtalès y envoya son fils aîné Louis pour inspecter ces propriétés. En débarquant à la Grenade, sa première opération fut de faire inoculer 300 esclaves nègres pour les soustraire au danger de la petite vérole qui régnait dans les Antilles et y causait une grande mortalité parmi les noirs. La mesure réussit parfaitement, aucun ne succomba à la maladie.
Au commencement de la Révolution française, les noirs se révoltèrent, massacrèrent les blancs et brûlèrent tous les établissements. Les plantations dévastées furent vendues à vil prix en 1795.
Paul Coulon, mon père, est mort le 7 Novembre 1820, à l'âge de 89 ans. Par son testament, il a fait plusieurs legs pieux :
À la maison des Orphelins de Neuchâtel un legs de livres 8.000.- ancienne monnaye.
Aux pauvres honteux de Neuchâtel, un legs de livres 2.000.- ancienne monnaye.
Aux Français réfugiés et à leurs descendants, livres 4.000.- ancienne monnaye de Neuchâtel.
Le ministère de la Ville fut chargé d'administrer ces deux derniers legs. Mais en 1848, quelques familles, issues de Français réfugiés, lui ayant fait éprouver quelques désagréments en demandant qu'on partage le capital au lieu de la rente, l'administration de ce dernier a été confiée à la Chambre de Charité de Neuchâtel.
Enfin, une somme de 8400.- livres de Neuchâtel à Fr. 14000. - de France et convertie en une rente perpétuelle de Fr. 795. - dans les 5% français a été inscrite au nom du consistoire réformé de St Affrique et a servi à fonder à Cornus en Rouergue une école pour les enfants protestants, garçons et filles.
Quelques années auparavant, mon père avait puissamment contribué à faire bâtir à Cornus une église protestante.