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Critique
"De nos jours, en Corée du Sud. Un jeune cinéaste s'est endetté auprès d'un chef de la mafia. En guise de remboursement, celui-ci le contraint à réaliser le tournage d'un film destiné uniquement à son vieux père, qui souffre de la maladie d'Alzheimer: le vieillard doit avoir l'illusion - il s'agira d'une mise en scène ""de cinéma""! - de retourner une dernière fois dans son village natal, qui se trouve en Corée du Nord... D'où la nécessité de cette mise en scène et de l'engagement de multiples figurants. Le mafieux est exigeant: son père devra être sûr qu'il a véritablement retrouvé sa famille.
A la fois thriller et road movie, comédie burlesque et satire politique, LES CHAUSSURES DE SOIE mélange les genres avec talent. Une complexité dans la narration qui est sans doute la qualité première du film. Sous la menace d'être liquidé par le chef de la mafia, le jeune réalisateur s'efforce de mettre en scène ce mensonge parfait, sans trop y croire il est vrai. Il va d'ailleurs perdre progressivement le contrôle des opérations, le film lui échappera et cette reconstitution faussement documentaire se transformera peu à peu, pour le vieillard, en un véritable rêve qui lui permettra de retrouver sa famille, au nord du 48e parallèle.
Yeo Kyun-dong a réalisé une comédie subtile et drôle, un film qui s'aventure aussi parfois sur le terrain d'une réflexion sur le thème de la séparation et du deuil. LES CHAUSSURES DE SOIE est une satire piquante du nord comme du sud du pays, le cinéaste réussissant à pasticher avec brio les films de propagande que l'on a pu voir en Occident. Un film qui, malgré le rire qu'il déclenche, brosse pourtant un tableau amer de la division actuelle de la Corée."
Antoine Rochat