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La cathédrale de Justo Gallego Martinez, Madrid, 1995 - 2007
Pierre Montavon poursuit un travail sur l'homme constructeur, celui qui édifie sans être nécessairement responsable d'un atelier d'architecture. C'est à ce titre qu'il a rencontré un personnage tout à fait hors du commun. Justo Gallego, moine espagnol autodidacte et aujourd'hui septuagénaire, poursuit seul, depuis trente-cinq ans, un grand œuvre exceptionnel. Il s'agit ni plus ni moins d'une cathédrale, dans la banlieue de Madrid : cinquante-cinq mètres de longueur pour vingt-cinq de largeur et cinquante en son point culminant. Pour mener à bien cet édifice, il recourt à des matériaux de récupération qu'il achemine et dresse sans aide aucune. La foi l'habite et il ignore le découragement : tout au plus craint-il de n'avoir bientôt plus la force physique d'achever ce qui a d'abord fait sourire les voisins et qui les force désormais à l'admiration. Même la hiérarchie catholique commence à devoir prendre en compte un projet qu'elle jugea longtemps inconcevable.
Pierre Montavon a établi des relations de confiance avec Justo Gallego, très heureux d'avoir son mémorialiste photographique, même s'il n'a pas très bien compris pourquoi celui-ci s'intéressait aux paires de chaussures utilisées durant tant d'années et qui s'accumulent dans un coin du transept, témoignage de l'effort et du temps consacrés à la construction idéale. Comme le Palais du facteur Cheval, en France, le rêve un peu fou de Gallego est maintenant sous toit et sous coupole, ou presque. Bientôt, ce sera un but touristique et, pourquoi pas, un pèlerinage.
En cette pessimiste fin de siècle, le pari de l'impossible finit par s'imposer et consacre l'énergie et la foi du plus humble. C'est toujours au pluriel qu'on a exalté les constructeurs de cathédrales. Il faudra désormais s'habituer au singulier, dont on ne saurait rien s'il n'y avait eu la révélation d'un photographe.
Charles-Henri Favrod
Ancien directeur du Musée de l'Elysée à Lausanne
Justo Gallego Martinez. Ein Mönch verlässt vierzigjährig das Kloster, um sich eine eigene Kathedrale zu errichten. Justo Gallego Martinez, Sohn eines Landwirts, entwirft und baut eigenhändig seit sechsunddreissig Jahren Tag für Tag an seinem Lebenswerk. In einem Vorort von Madrid hat er von seinen Eltern ein Stück Land geerbt, darauf steht eine inzwischen 50 Meter lange, 25 Meter breite und 55 Meter hohe Kathedrale. Der von Tuberkulose gezeichnete Einzelkämpfer rechnet noch zehn Jahre bis zur Vollendung seines einzigartigen Meisterwerks.
Punktuelle Unterstützung erhält der eigenwillige Spanier von ortsansässigen Bauunternehmen, die ihm Materialreste zur Verfügung stellen, und von seiner Schwester, bei der er lebt. Gallego Martinez wartet immer noch auf den versprochenen Besuch eines Statikers des Bischofs von Madrid. Der Schweizer Fotograf Pierre Montavon besucht Justo Gallego Martinez seit 1995 regelmässig.
Magazin Du, januar 2000, doppelheft Nr. 702
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