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Tout comme il y a des vieux qui n’ont rien appris de leur vie et sont des vieux c***, il y a, mais on en parle beaucoup moins, de jeunes sages.
Paco était de ceux-là. Et il voulait devenir sâdhu.
Bien sûr que personne n’était pour, dans son entourage.
D’abord, l’Inde, c’est trop loin, disait sa sœur. Paco ne l’écoutait pas, bien qu’elle soit la personne dont il se sentait le plus proche.
Ensuite, sa mère n’avait pas mis au monde un fils pour qu’il ne lui donne pas de descendance. Paco ne l’écoutait pas.
Son père se lamentait de ce que personne n’allait reprendre l’entreprise familiale, de père en fils depuis 1854… Son grand-père renchérissait. Paco ne les écoutait pas.
L’Inde, ce n’est pas notre culture, tu vas le regretter… d’autant qu’il n’y a même pas de Nutella, là-bas, relevait son meilleur ami. Paco ne l’écoutait pas.
Les profs arguaient que l’Education nationale n’avait pas investi dans son éducation pour qu’il aille vivre comme un sauvage dans une grotte, mais pour qu’il travaille et aide à augmenter le PNB du pays, pour qu’il soutienne la croissance. Paco ne les écoutait pas.
La conseillère d’orientation expliqua qu’elle n’avait rien dans ses dossiers qui décrive le cursus pour devenir sâdhu, et que, partant, c’était certainement une mauvaise idée. Paco ne l’écoutait pas.
Paco n’écoutait personne. En fait, c’est nous qui aurions dû l’écouter.
Un temps, vers 15-16 ans, il sembla se ranger à nos opinions. Mais le jour de ses 18 ans, avec l’argent mis de côté sou après sou, il commanda un billet d’avion pour Bombay, et il partit quelques semaines plus tard, juste après son bac, avec pour tout bagage un sac à dos, quelques vêtements et son passeport.
De l’aéroport, il n’envoya qu’une seule carte postale, de ce que j’en sais. Elle est datée du 30 juin 1990. Et c’est moi qui l’ai reçue. Il disait qu’il était bien arrivé, mais que comme personne ne comprenait son choix de vie, il lui était plus facile de disparaître que de garder contact avec ceux que, pourtant, il aimait profondément et respectait. Et qu’il était heureux de savoir que cette vie qu’il allait mener le comblerait. Il se demandait s’il avait réussi son bac.
Depuis, tous les 30 juin, il m’envoie une carte postale. Il ne dit rien, ou si peu. Mais je sens le soleil de sa vie illuminer son écriture. Et je sens qu’il a fait le bon choix pour lui.
Aujourd’hui, au soir de ma vie, je me dis que j’aurais dû faire part de l’existence de ces cartes postales à Elise, sa mère, ma fille, et qu’elle aurait, peut-être, mieux compris certaines choses… Quand j’ai reçu la première, Elise était beaucoup trop affectée par le départ de Paco. Et puis, elle était sûre qu’il allait revenir, la tête basse, expliquer qu’il s’était trompé et reprendre ses études. J’ai préféré ne pas lui en parler. En plus, j’ai pensé qu’il lui écrirait, à elle aussi. Mais non. Ensuite… eh bien, c’était trop tard pour en parler. Il aurait fallu justifier que je ne l’avais pas fait plus tôt. Ainsi le secret des cartes s’est-il scellé dans ma poitrine et je n’en ai jamais parlé à personne. Je les relis toutes, tous les 24 mars, parce que c’est l’anniversaire de Paco. Aujourd’hui, il a 43 ans. Comme toute la famille, je pense à lui. Mais personne n’en parle jamais. Et pourtant, qu’est-ce que ça nous ferait du bien !
Elise trouvera ces cartes dans mes archives après ma mort, et alors peut-être qu’elle lui pardonnera son départ… mais me pardonnera-t-elle, à moi, de lui avoir caché qu’il m’avait écrit ?
Voili, voilà, un petit Paco passé par la cour de récré chez Jill Bill avant de grandir et de choisir un autre chemin.
Je profite de cet article pour vous conseiller vivement le documentaire Sâdhu, de Gaël Métroz.
Note: cette nouvelle ne décrit pas le film ; je l’ai vu il y a plus de deux ans et je n’avais jamais entendu parler des sâdhus avant. C’est le seul point de rencontre entre le film et ma nouvelle. Pour le reste : Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
Bonjour élève Gwendoline… C’est un fort beau texte, son choix fut difficile à comprendre, par tous, mais à coeur résolu rien d’impossible… la famille ne l’oublie pas mais évite encore le sujet… un jour… sois le bienvenu Paco à la cour de récré, MERCI pour le tout, bises de m’dame JB
Quelle belle histoire !!! J’adore ton point de vue pour nous la raconter…
Bises
Tes histoires sont tellement belles et émouvantes, que je ne peux mépêcher d’y croire et d’y chercher la part de vérité.
Bravo Gwendoline pour ce joli texte…
Bises
Superbe histoire , bravo pour ce Paco inspiré par ce documentaire .
Bonne soirée
Bises
Je trouve ton histoire terrible ! Laisser quelqu’un sans nouvelle est une chose que je ne comprends pas, la vie est tellement courte mais bon c’est un point de vue !
Suivre la voie de la sainteté…un destin peu commun…
Un texte qui donne à réfléchir….
Bonjour Gwendoline
Le destin de Paco…
Bonne journée
Frieda
en lisant je pensais vraiment que c’est une histoire vécue, elle pourrait l’être tellement c’est vrai, plausible. D’ailleurs je ne suis même pas encore sur que ce ne soit que fiction c’est trop bien écrit comme juste comme une évidence…Bravo en tout cas. C’est magnifique.
suivre sa voie surtout quand c’est celle de la sagesse est une affaire très personnelle. Mais laisser ses parents sans nouvelles du tout sans explications, sans consolation, j’ai du mal à croire que cela fait partie de la voie de sagesse … Les secrets surtout ceux-là sont des poisons pour plusieurs générations. Quand on les subit il faut bien faire avec mais je ne comprend pas qu’on puisse se sentir proche de celui ou de celle qui se rend complice du silence. Il n’est jamais trop tard pour dire …
Magnifique texte, mais j’aime pas la fin, c’est trop triste ! Mais ton texte relève tellement de vérité, bravo !
Bisous