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I. FACE AU DELUGE
Béatrice Joyeux-Prunel & Nicola Carboni
Le projet Visual Contagions pose un problème théorique de fond : les images nous submergent, et nous ne savons comment aborder ce chaos.
Le grand nivellement ?
La mondialisation comme phénomène culturel est souvent l’objet d’idées rapides – trop rapides. On lira ici qu’elle a nivelé les cultures vers le bas depuis les années 1950, et que le monde s’est rétréci depuis les années 1990 et l’arrivée d’Internet. D’autres soutiennent qu’elle est le résultat d’une industrie culturelle dominée par le grand capital. On entend souvent encore que la circulation des images confirmerait la domination mondiale des Etats-Unis et de leur système médiatique. Ou que seule une approche protectionniste de la culture permettra de maintenir la diversité du monde. D’autres au contraire refusent de parler d’homogénéisation ; ils posent que les périphéries ont toujours su retravailler et s’approprier des objets culturels venus de loin; que les centres ont eux-mêmes été influencés par les images d’ailleurs, et que la prédation culturelle n’empêche jamais des recompositions où les cultures périphériques sont actrices.
Sommes-nous “américanisés” par l’image? Marilyn Monroe, Covergirl mondiale des magazines illustrés au tournant des années 1960.
Le projet Visual Contagions part de ces questions. Son ambition est de comprrendre à quel point la mondialisation a changé notre imagerie et quels sont, le cas échéant, les lieux et les axes où les images ont le plus circulé. Nous commençons notre étude à partir d'un moment précis, 1890, début d'une ère de circulation accélérée des images entre les continents. Dans l'histoire de l'édition, les années 1890 annoncent l'émergence d'un nouveau type d'"économie visuelle". Les illustrations sont désormais régulièrement présentes dans la presse quotidienne de l'hémisphère Nord, et les périodiques illustrés circulent davantage à mesure que les techniques d'impression photographique se perfectionnent. De tels changements ont apporté de nouveaux paradigmes, une nouvelle vision et de nouvelles critiques. Plus précisément, les images ont joué un rôle plus important dans la vie quotidienne. L'image a acquis un nouveau statut, passant d'un objet matériel distant à un objet omniprésent, disponible en plusieurs lieux et sous plusieurs formes au même moment.