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A l’occasion de la Journée internationale de la paix (le 21 septembre), Keith Krause, directeur du Centre on Conflict, Development and Peacebuilding et professeur en sciences politiques et relations internationales, s’interroge sur le sens du mot «paix» .
Le mot « paix » est paradoxal. Facile à dire, difficile à réaliser, et porteur de significations multiples et contradictoires. La paix pour qui, à quel prix et par quels moyens?
La guerre et la violence en Afghanistan, en Syrie, au Soudan du Sud, au nord du Mali, en Birmanie et dans d’autres points chauds du globe nous rappellent que même une paix négative, marquée par l’absence de morts et de destructions à grande échelle, est un objectif illusoire.
La paix positive – marquée par la tolérance, le pluralisme, le respect et la résolution non violente des conflits – n’est qu’un vœu pieux pour plus de 1,8 milliard de personnes vivant dans des États fragiles et touchés par des conflits.
Au cours des deux dernières décennies, la communauté internationale s’est principalement concentrée sur la consolidation de la paix après les conflits, définie dans le système des Nations Unies comme une «action visant à identifier et soutenir les structures qui pourront renforcer et consolider la paix pour éviter un retour des conflits».
Plus récemment, l’objectif n° 16 de développement durable des Nations Unies engage la communauté internationale à bâtir des sociétés pacifiques, justes et inclusives. Cependant, alors que des programmes de grande et petite envergure dans des pays tels que le Libéria, le Timor oriental, le Burundi, la Sierra Leone et le Guatemala ont connu un certain succès, le risque de voir des pays se retrouver en conflit ou retomber sous des régimes autoritaires et répressifs après une guerre civile reste probablement supérieur à 50%.
Les récents coups d’État en Guinée, en Birmanie et au Mali, ou l’autoritarisme grimpant dans des États tels que le Burundi, soulignent que la capacité des acteurs externes à faire évoluer les institutions politiques et les normes sociales à travers la démocratie, la promotion des droits humains, la réforme des institutions de sécurité, la justice transitionnelle ou les réformes économiques est en fait très limitée. L’Afghanistan n’est que le cas récent le plus dramatique de l’échec de l’aspiration libérale à reconstituer un ordre social.
Que faut-il donc faire?
La liste des failles des efforts de construction de la paix est riche, mais trois critiques «globales» méritent réflexion.
Tout d’abord, le changement social et institutionnel prend du temps: il a fallu plus de deux décennies aux États qui ont progressé vers une paix positive pour établir le respect de l’État de droit, vaincre la corruption et améliorer l’efficacité du gouvernement.
Deuxièmement, créer les conditions d’une paix durable exige un changement fondamental, qui n’est pas dans l’intérêt de tous les acteurs, en particulier de celui des élites politiques ou économiques en place. Non seulement les conflits et la violence «paient», avec des avantages évidents pour leurs auteurs, mais la restructuration des relations sociales, politiques et économiques nécessaires pour réaliser l’objectif de développement durable n° 16 crée aussi des gagnants et des perdants. La devise « tout le monde veut et a besoin de paix » cache une réalité beaucoup plus désordonnée.
Enfin, les normes sociales et politiques imposées de l’extérieur ne s’enracinent presque jamais si elles ne trouvent pas d’écho auprès des acteurs locaux et ne sont pas adaptées par eux-mêmes à leurs réalités quotidiennes et leur histoire sociale. La protection et le développement des droits des femmes dans nos propres sociétés sont le résultat de longues luttes politiques pour remettre en question des normes et des pratiques bien établies.
Ce n’est pas différent en Afghanistan, quel que soit notre volonté d’espérer que le chemin vers un changement social soit rapide et fluide.
Tribune du Professeur Keith Krause du Graduate Institute Geneva, traduit de l’anglais par Katia Staehli
19 mars 2021
9 septembre 2021
22 mars 2021