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Souvenez-vous (c'est pas si vieux) : il y a dix ans, en 2018, la Confédération et la Banque Nationale (BNS) balançaient des milliards dans une opération de sauvetage d'UBS, menacée de disparaître dans les tourbillons de la crise financière mondiale, et "trop grande pour faillir" (to big to fail) sans risquer de casser toute l'économie suisse. La crise qui avait failli engloutir UBS avait en fait été créée par les imprudences systématiques (systémiques, même)des banques, qui avaient accordé des crédits non garantis par les débiteurs, ni couverts par les fonds propres des créditeurs. L'initiative "monnaie pleine" soumise au vote populaire le mois prochain est une forme de réponse à cette crise : elle prévoit que les banques ne pourront plus accorder de prêts au-delà des fonds dont elles disposent réellement (et qui aujourd'hui ne couvrent que 1 % des dépôts en banque). Autrement dit,. qu'elles ne pourront plus créer de la "monnaie scripturale" (qui représente actuellement 90 % de la masse monétaire dans un pays comme la Suisse). Une forme d'assurance, en somme, chaque prêt étant garanti par les fonds propres de la banque, celle-ci ne risquant plus de se retrouver dans la situation d'UBS, et la Confédération et la BNS dans l'obligation de sauver une banque "trop grande pour faillir".
De la "monnaie pleine", nous en avons tous quand nous avons de l'argent liquide
Si l'initiative "Monnaie Pleine" était acceptée par le peuple et les cantons le 10 juin prochain, seule la Banque Nationale pourrait émettre de la monnaie, y compris de la monnaie scripturale. La BNS détient déjà le monopole de l'émission de billets de banque (et la Confédération de celui des pièces de monnaie). Il ne s'agit donc "que" d'étendre le monopole de la BNS sur la création de toutes les formes de monnaie, ce qui lui permettrait de contrôler directement la totalité de la masse monétaire suisse, son accroissement (ou sa réduction) étant désormais étroitement lié à l'évolution de l'économie, sa croissance, sa stagnation ou sa décroissance. Les banques pourraient toujours octroyer des prêts, sur autorisation de la BNS, mais dans les limites de leurs actifs réels et réalisables. C'est d'ailleurs aussi la BNS (et non plus comme actuellement le "gendarme du marché" financier suisse, la FINMA) qui fixerait les niveaux de fonds propres exigés des banques commerciales.
La production intensive de "monnaie scripturale" par les banques leur profitent : elles touchent des intérêts sur les prêts qu'elles consentent, et ce sont elles qui tirent bénéfice de leur activité créatrice de monnaie. On ne s'étonnera donc pas outre mesure de leur opposition farouche à l'initiative, que combattent également le Conseil fédéral et l'Assemblée fédérale. A Genève, la gauche la soutient, et ne craint donc pas plus que les initiants de mettre un oeuvre ce "concept jamais tenté ailleurs" -argument réitéré par les opposants à l'initiative, comme si le fait d'être les premiers à faire quelque chose devait en soi délégitimer ce qu'on fait, alors que dans le cas de "Monnaie pleine", l'idée vient en fait des travaux d'économistes reconnus, dont le Prix Nobel Maurice Allais. De toute façon, de la "monnaie pleine", nous en avons tous quand nous avons de l'argent liquide, émis par la Confédération ou la BNS (qu dispose déjà depuis la fin du XIXe siècle du monopole de l'émission de billets de banques). On peut donc faire un pas de plus sans craindre un cataclysme.