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Le thème proposé pose d'emblée un problème délicat. La minuscule utilisée, de même que l'entrefilet explicatif (1), font allusion à la religion elle-même, que vous caractérisez en quelques lignes. Sous cet angle, j'irais jusqu'à dire que son apport pour «nous» est nul. L'islam et le christianisme sont parents, et assez semblables pour n'avoir pas besoin de s'enrichir mutuellement. De plus, ce «nous» mériterait d'être précisé. Sommes-nous vraiment les chrétiens en face des musulmans? Notre culture est un vaste mélange de courants – modes de vivre et de penser – parmi lesquels le christianisme n'est certainement pas dominant; nous devons beaucoup à la Grèce, laquelle s'est nourrie d'éléments venus de l'Orient, proche ou lointain. Par contre, l'Islam, défini dans le Petit Robert comme «l'ensemble des peuples qui professent cette religion et la civilisation qui les caractérise», a joué un grand rôle dans la constitution de notre vision du monde et de notre façon de vivre. Cet aspect est fort connu, et ce n'est pas François Villon qui me contredira, puisqu'il cite le Grand Commentaire d'Averroès, (Abu al-Walid Muhammad Ibn Ahmad ibn Muhammad). Nous ne serions pas ce que nous sommes sans l'apport intellectuel, scientifique et artistique de l'Islam.
La question que je me pose, et à laquelle je ne peux répondre que très brièvement, est de savoir ce que l'Islam d'aujourd'hui peut nous apporter. Il nous offre d'une part une culture vivante, héritière d'un passé glorieux et en même temps en évolution constante, ouverte, capable de donner et de recevoir, d'assumer les changements profonds qui marquent notre époque. Elle cherche à maintenir un très haut niveau tout en demeurant proche des gens sans grande Culture avec majuscule. D'autre part, l'Islam – à côté des déviances extrémistes que je ne saurais nier – est marqué par ce que j'appellerais une forme propre d'humanisme, une société alliant la valeur sacrée de l'individu libre et responsable à la conscience de la fraternité entre toutes les femmes et tous les hommes. En ce sens, l'Islam nous offre la possibilité d'améliorer, avec lui, en collaboration avec lui, notre relation aux autres et de donner un sens à l'épopée humaine; de le retrouver et de le défendre. L'apport de l'Islam dépend de nous autant que de lui.
Jean-Paul Borel
Ancien professeur à l'Université de Neuchâtel, Cortaillod
(1) L'auteur fait ici référence à la manière dont
apparaissait l'appel à contribution pour ce forum,
tel que publié dans la version "papier" du journal,
en octobre dernier.