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En tant que petit État, la Suisse n'est généralement plus en mesure de se défendre de manière autonome dans un conflit moderne, pour des raisons technologiques et financières. En cas d'attaque, notre pays est tributaire de la coopération avec d'autres forces armées.
Toutefois, cela n'est pas possible sans une armée propre et forte et sans se concentrer sur l'interopérabilité des systèmes. De plus, la Suisse n'est plus entourée de puissances rivales, mais de démocraties basées sur les mêmes valeurs. Une attaque contre nous sera donc très probablement liée à une attaque contre ces démocraties.
Une telle politique de sécurité est compatible avec notre neutralité. Dans le cas peu probable d'un conflit entre ces démocraties, la Suisse resterait neutre. En cas d'attaque directe – encore plus improbable –, le droit de la neutralité de La Haye permet en outre une coopération militaire. Il est indéniable que dans un conflit moderne, cette coopération est illusoire sans entraînement et interopérabilité.
Les conflits du 21e siècle
La constellation actuelle des politiques de puissance montre de manière très claire que le principe de la capacité de défense autonome n'est plus absolu dans un conflit moderne. Ni du point de vue technologique, ni du point de vue financier, il n'est aujourd'hui possible de garantir une défense autonome.
La défense sol-air en est un bon exemple : avec le système Patriot, la Suisse retrouve la capacité de se défendre de manière autonome contre les missiles balistiques de courte et moyenne portée. Mais seule une alliance internationale peut maîtriser la menace des missiles stratégiques intercontinentaux et de moyenne portée en Europe centrale. Pour la Suisse, cela signifie uniquement dans le cadre de l'alliance de l'OTAN.
L’image de la Suisse tel un hérisson se défendant de manière autonome n'est plus appropriée en temps de conflits européens du 21e siècle : la sécurité peut rarement être comprise de manière purement territoriale. Cette réflexion conduit à un constat important : la politique de sécurité suisse n'a pas évolué de manière suffisamment conséquente et réaliste depuis la chute du mur de Berlin.
Nous remarquons à présent que la politique de sécurité suisse fait des méandres argumentatifs : quelque part entre une interprétation étroite de la neutralité, le fait que la ceinture de l'OTAN autour de la Suisse assure gratuitement la sécurité et le manque de budget pour la défense nationale. Dans le contexte mondial, la Suisse pourrait soudain être perçue comme un profiteur en matière de politique de sécurité. La guerre en Ukraine révèle sans ménagement que notre pays a lui aussi épuisé les dividendes de la paix.
La Russie s'en prend à l'ordre mondial occidental fondé sur la liberté, la démocratie, l'autodétermination et l'État de droit. Elle rejette fondamentalement les valeurs sociales, politiques et économiques qui le sous-tendent. L’horrible visage de la guerre à l'Est nous montre avec acuité que le destin de la Suisse est lié pour le meilleur et pour le pire à la communauté des États démocratiques. L'Occident doit donc réagir manu forte.
Renforcement du partenariat stratégique – pas d'adhésion à l'OTAN
L'histoire nous place à nouveau à un seuil où nos valeurs sont défiées à l'échelle mondiale. Dans ce contexte, la place de la Suisse ne peut être qu'aux côtés de ceux qui défendent nos valeurs. Ce que Dwight D. Eisenhower, commandant suprême des forces alliées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale (qui deviendra ensuite président des États-Unis), a dit dans son discours d'investiture en 1953 est également valable pour nous : « Un peuple qui place ses privilèges au-dessus de ses principes perd rapidement les deux ».
Les pays neutres que sont la Finlande et la Suède nous ont montré depuis longtemps à quoi pouvait ressembler une neutralité fonctionnelle et moderne. Jusqu'à présent, ils n'ont pas adhéré à l'alliance de l'OTAN, car cela n'était pas compatible avec leur neutralité. Mais ils ont participé aux exercices de l'OTAN et ont systématiquement orienté leurs forces armées vers l'interopérabilité. Toutefois, en raison des événements actuels, l'adhésion à l'OTAN fait à nouveau l'objet de discussions plus actives dans les deux pays.
Si la Suisse devait être menacée militairement, de vastes régions d'Europe – et donc l'OTAN – devraient également être menacées ou déjà en guerre. Notre pays doit donc contribuer activement à la sécurité de l'Europe. Un développement réfléchi de la défense militaire nationale est un impératif.
Développement des capacités et de l'interopérabilité
Dans ce contexte, l'armée suisse devraient tenir compte d'un changement dans la planification des forces armées européennes, qui s'est renforcé avec la guerre en Ukraine. L'approche axée sur les capacités a marqué les quinze dernières années, lorsqu'il s'agissait d'être prêt pour des conflits hybrides, ambigus et à l'échelle inconnue. Aujourd'hui, le défi consiste à maintenir la planification des forces basée sur les capacités, mais à mesurer concrètement les capacités requises par rapport à la menace – la guerre en Europe.
À cela s'ajoute la maxime selon laquelle la défense contre les attaques doit être réalisée de manière conséquente en "réseau". La Suisse ferait donc bien de ne pas envisager d'adhérer à l'OTAN pour des raisons de neutralité, mais de viser une coopération beaucoup plus étroite, allant au-delà de l'actuel Partnership for Peace (PfP), par exemple dans le cadre de la Partnership Interoperability Initiative (PII) et en tant que Enhanced Opportunities Partner (EOP). Car pour l'architecture de sécurité en Europe, l'OTAN sera déterminante pour une durée indéterminée.
Pour coopérer en temps de guerre, il faut d'abord planifier et s’entrainer à travailler ensemble ainsi que coordonner les systèmes. Pour ce faire, la politique de sécurité suisse doit d'urgence poser les jalons nécessaires en tenant compte des scénarios de menace actuels et futurs et sans œillères idéologiques. Un premier pas décisif dans ce sens est la garantie de la capacité de défense dans l'espace alpin avec l'acquisition des avions de combat de type F-35.
Thierry Burkart, président du parti, conseiller aux États (AG)
Texte publié dans la NZZ du vendredi 8 avril 2022