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14 octobre 2015
Il n’y a pas de sexe neutre
Un français de 64 ans vient d’obtenir par jugement le droit de mentionner sexe neutre à la place de sexe masculin. Le jugement a été prononcé par le tribunal de grande instance de Tours.
Le cas de Tours
« Née, selon son médecin, avec un « vagin rudimentaire », un « micropénis », mais pas de testicules, cette personne souffre d'avoir été mise dans la case masculine dès sa naissance, précise 20 Minutes. « À l'adolescence, j'ai compris que je n'étais pas un garçon. Je n'avais pas de barbe, mes muscles ne se renforçaient pas... »
Elle fait partie des cas assez rares d’indétermination sexuelle ou d’hermaphrodisme. Le corps n’a pas choisi. C’est un développement physique incomplet puisque la nature a prévu de donner aux mammifères des organes pour se reproduire, un type d'organe devant prévaloir sur l'autre et nous déterminer de type masculin ou féminin. Le parquet a fait appel de ce jugement, craignant que l’on n’ouvre la porte à la définition naturelle d’un troisième sexe. Le mot neutre est mal choisi et pose problème. Il fait penser qu’il existerait bien une troisième forme d’identité sexuelle.
Neutre a plusieurs signification dans le cnrtl.fr. J’en retiens deux, les plus proches de la situation:
1. Qui n'est caractérisé ni dans un sens ni dans le sens contraire.
2. Chez les insectes: (Individu mâle ou femelle) dont les organes génitaux sont atrophiés.
Il n’y a pas de neutralité
En français le neutre s’applique seulement à une attitude de neutralité, politique, sociale ou religieuse, à la différence d’autres langues qui disposent du neutre. On ne peut l’utiliser pour définir de manière affirmative un état de développement sexuel incomplet.
Le forçage social, hormonal ou chirurgical de cette détermination est aujourd’hui documenté par les témoignages de personnes indéterminées. Ce forçage induit généralement une souffrance psychologique durable. La tendance actuelle serait de laisser faire la nature et de n’aider la personne qui le souhaite qu’à un moment où elle est en capacité de décider. Cela pose un problème: le choix du prénom, les classes et catégories où l’enfant sera mis, détermineront sa représentation sexuelle sociale. Comment un enfant peut-il se dire neutre ou indéterminé devant ses camarades?
Sur le plan physique, il n’y pas de neutralité sexuelle. Le système reproductif est binaire. Il conditionne la définition des genres. Un développement incomplet est un handicap. Un état pathologique d’une minorité ne devrait pas devenir la définition juridique d’une nouvelle normalité. Le mot juste est indéterminé.
Quoi qu’en dise un tribunal qui voudrait définir la norme sociale et scientifique, et renoncer à la distinction entre le normal et le pathologique, il n’y a pas de sexe neutre. On n’est pas obligés de suivre la Haute Cour d’Australie, qui « reconnaît qu’une personne peut être ni de sexe masculin ni de sexe féminin et autorise donc l’enregistrement d’une personne comme étant d’un genre non spécifique. »
Mécanisme d’évitement
Une précision toutefois: pathologique ne signifie pas exclu. La sexualité touche évidemment à des représentations sociales et certains troubles sont délicats à assumer. Un handicap ne doit jamais exclure moralement ni socialement.
Les mots intersexe et neutre s’inscrivent toutefois dans une dynamique d’effacement de la particularité, du handicap. Une sorte d’auto-exclusion. Ils sont le prix de la honte ancienne, de la peur bourgeoise des mots. Ils participent à cette idée qu’en changeant les mots on change la chose. Or tout état n’est pas normatif.
On voit ici un mécanisme d’évitement rehaussé au rang de philosophie juridique, une peur de la discrimination qui devient une peur sociale généralisée. Ce discours d’évitement voudrait faire remplacer le respect de la différence, en voie de disparition, par une philosophie du même, de l’indifférenciation. Cela reste un évitement, en plus d’être une nouvelle contrainte morale recouvrant une peur qui ne dit plus son nom.
Si Camus a écrit L’Homme révolté, on pourrait aujourd’hui écrire L’Homme peureux.