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Ce livre est le résultat et la suite du colloque La variété des fonctions psychologiques du religieux : cent ans après la traduction des « Variétés » de William James, qui a eu lieu en 2006 à l'Université de Lausanne. James écrivait que « toutes les religions semblent viser une même forme de libération » ; « elles rendent aisés des sacrifices inévitables et nous font même trouver le bonheur ». Elles auraient une fonction à la fois « consolante et fortifiante ». Cet ouvrage tente de prolonger l'entreprise de James en étudiant non seulement la variété des expériences religieuses, mais aussi celle des fonctions psychologiques du religieux.
Les divers intervenants font ressortir différentes fonctions : « régulation de l'adaptation de l'espèce humaine et de sa survie » ; fonction de stabilisation sociale ou d'« opium », mais aussi de « fitness », qui permet notamment une « intégration personnelle et sociale de sentiments conflictuels » et ainsi un « équilibre psychique, interpersonnel et communautaire ». Ou encore, dans la souffrance psychologique, la religion aide à donner du sens, à faire face aux difficultés (contrôle des émotions, restauration d'une image de soi?) et à l'adaptation psychosociale. Mais la fonction spécifiquement religieuse serait le « dépassement de ce qui constitue une source de division interne à l'homme dans l'ensemble des domaines, intra-, inter- individuels ou cosmiques », selon une « logique développementale proactive et prospective », même si la religion peut prendre parfois une dimension régressive.
Les différents auteurs parlent aussi de « dysfonction religieuse » : exacerbation des symptômes, isolement (dans la souffrance psychologique) ; aspect totalisant et non plus seulement « tissu associatif » de la religion. P.-Y. Brandt conclut en affirmant qu'il reste « encore à construire une théorie des fonctions psychologiques du religieux ».
Après cette édifiante lecture, je me permettrais une synthèse personnelle : paradoxalement, la religion, qui a comme fonction principale l'unité, crée aussi de la division. C'est justement par recherche d'unité et de cohérence interne qu'un individu ou un groupe religieux (au niveau social) peut cliver des parts d'ombre de lui, anxiogènes et indésirables, et les projeter (clivage-projection comme protection psychique) vers le différent et l'extérieur. C'est peut-être ce qui différencie le fondamentalisme religieux (totalisant et « discriminant l'exogroupe ») d'une spiritualité mature (marquée par l'ouverture, la confiance en soi, l'autre et Dieu) et ancrée dans la modernité.
La religion, tout en mettant en lumière et en scène le tragique et la souffrance de l'homme, lui offre aussi les voies de sa « conversion » et de son « unification ».