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Après avoir exposé des travaux muraux, des installations, des maquettes et des photographies, le musée poursuit sa présentation de l’œuvre de Peter Downsbrough en montrant cette fois l’ensemble de ses films et vidéos et l’ensemble de ses livres d’artiste. Ainsi la plupart des modes d’expression utilisés par cet américain établi en Belgique auront-ils été déclinés au Mamco au fil des dix dernières années.
S’il expose depuis le début des années soixante, c’est à la fin de cette décennie que P. Downsbrough décante son « statement » et met en place le vocabulaire formel et l’objet qui seront désormais les siens. On peut sommairement le situer à la croisée de la poésie expérimentale post-mallarméenne qui tend à réduire l’énoncé au seul mot, de l’usage conceptuel du texte, employé comme élément plastique et sémantique, et de l’esthétique minimalisante qui s’en tient à un registre très restreint de couleurs et de formes géométriques simples : noir, blanc, rouge ; lignes droites, géométrie orthogonale ou oblique ; langage le plus souvent asyntaxique.
Son territoire, cest le lieu comme donnée contignente et comme espace abstrait. Sa culture, ce sont les avant-gardes des années dix et vingt ; son contexte, ce sont les avantgardes de la seconde moitié des années soixante. En un mot, son horizon, cest le modernisme et les termes de son achèvement.
Ses images fixes ou en mouvement sont autant de lectures qui discernent la trame dont l’époque moderne a tissé le réel, structurant toutes les formes de la vie matérielle ; autant de chants sobres sinon austères à la beauté moderne. Ses interventions sur des images ou des plans concrets (murs, sols, plafonds, livres ou feuilles de papier jamais de tableaux) sont autant commentaires de l’espace concerné ou d’esquisses d’espaces potentiels dans l’espace réel. Il s’agit toujours de reconstruire le lieu ou de construire un lieu, de définir une « location », un emplacement, une localisation.
L’œuvre est production ou mise au jour d’un site, l’œuvre est le site qu’elle détermine. Et cette détermination, cette auto-détermination, auto-délimitation, auto-définition de l’œuvre, s’opèrent à la fois par des lignes (tracées ou matérialisées par des tubes) et par des mots, souvent coupés en deux dans le sens de la longueur, des mots clivés dont les deux moitiés dissociées, déplacées, déboîtées, spatialisent l’acte de lecture et immiscent le réel dans le sens. Le lieu spécifique de l’œuvre surgit de l’interaction, de l’élucidation réciproque des lignes et des mots. Cette énonciation en stéréo de l’événement de l’œuvre dans l’avènement d’un espace dédoublant et révélant l’espace réel est la méthode et la visée de ce travail ascétique qui rejoue sans cesse la conversion fondatrice du moment ou du projet moderne.