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Si l’émergence d’une jeunesse contestataire est associée aux années 68, la mobilisation et l'organisation des jeunes prennent place au sein du mouvement ouvrier dès la fin du 19e siècle. Le souci de former et d’encadrer les nouvelles générations conduit à la création de groupes spécifiques, dont certains gagnent progressivement en autonomie, allant parfois jusqu’à rompre avec les organisations qui les ont fait naître. Les divisions suscitées par la Première Guerre mondiale, puis la révolution bolchevique, pourraient d'ailleurs être interrogées au prisme générationnel, même s'il n'en constitue que l'un des facteurs. La période de l’entre-deux-guerres semble avoir été particulièrement riche en organisations de jeunesse. Tous ces groupes mettent sur pied des lieux de politisation, de sociabilité et d’éducation dans le cadre du mouvement ouvrier: qu’est-ce que ces initiatives doivent au contexte politique particulier de l’entre-deux-guerres (intensité des affrontements politiques, crise économique, etc.) ?
Les années 1960 à 1980 voient se développer de nombreux mouvements sociaux dans lesquels le conflit générationnel semble jouer un rôle moteur. La jeunesse se constitue alors en sujet politique agissant sur la scène culturelle, au sein des institutions politiques et à l’intérieur des organisations ouvrières (syndicats, partis, associations), ce qui a pu conduire à qualifier ce moment historique
d’« éveil politique des jeunes »1. Tout n’a pas été dit, loin s’en faut, de la césure majeure de 1968. Les mouvements d’apprenti·e·s de la période, pourtant relativement nombreux en Suisse, sont par exemple peu étudiés, tout comme les tensions générationnelles à l’intérieur des syndicats. Si les modalités des diverses ruptures avec le Parti du travail sont de mieux en mieux comprises, la question de la transmission subsiste : comment la génération de 68 a-t-elle passé le relais à celle des années 1980, puis celle-ci à celle des années 2000 ? Car un mouvement qui fait de la jeunesse son moteur politique n’est-il pas condamné à rejouer indéfiniment la même dynamique de rupture avec un passé de plus en plus proche ?
Au tournant du 21e siècle, le mouvement altermondialiste, puis plus récemment, les luttes féministes, LGBTIQ+ et décoloniales ainsi que celles des grévistes du climat sont fortement marquées par de nouvelles générations qui réinterrogent les valeurs d'égalité et de solidarité tout en prônant des pratiques de luttes innovantes. Ce faisant, elles renouent parfois sans le savoir avec des débats et des modes d'intervention pratiqués par le passé, mais dont la transmission s’était perdue. Ainsi, la réappropriation de la notion de grève (grève féministe, grève du climat) hors du strict conflit du travail pourrait être interrogé dans une perspective de temps long.
Dans ce numéro, nous souhaitons réunir des études sur ces organisations et groupes de jeunes gens : quelles sont les circonstances de leur constitution, de quelle autonomie disposent-elles vis-à-vis de celles qui les constituent, quelles sont les particularités de leur fonctionnement, leurs transformations et que disent-elles des représentations de la jeunesse de l’organisation-mère ? Constituer une section pour les jeunes, développer pour elle du matériel et des possibilités de formation, organiser les liens avec les adultes, c’est en effet toujours une manière d’envisager l’avenir d’une organisation. Les conflits et les divergences qui peuvent survenir traduisent les limites de cet encadrement et la puissance des dynamiques politiques qui peuvent se développer.
Ensuite, des approches en termes de génération ou de parcours de vie devraient permettre d’apporter des contributions qui rendent raison des engagements individuels. Quelle importance cette première socialisation politique ou syndicale a-t-elle sur la suite des parcours militants individuels ? Quelles sont les conditions qui conduisent à la poursuite d’un militantisme politique ou au contraire à son abandon ou à la transformation de sa forme ? Les organisations ont-elles raison de voir dans leurs mouvements de jeunesse la relève tant espérée ?
Des approches comparatives, thématiques ou diachroniques, pourraient encore faire apparaître d'éventuels apports spécifiques des jeunes générations aux luttes sociales et culturelles. Elles permettraient également d’interroger le rôle et l’importance prêtés aux clivages de générations dans les conflits internes face aux divergences politiques et stratégiques.
Propositions
Les propositions d’articles sont à envoyer avant le 30 septembre 2022 à <email-pii>
Les articles (25 à 30'000 signes) sont à rendre au plus tard le 31 janvier 2022
Le numéro paraîtra au printemps 2023.