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Alors que ce mois d'avril marque le 75e anniversaire de la libération de plusieurs camps nazis, vient de paraître en français le livre d'Hanna Krall, "Les vies de Maria", qui restitue la complexité d'un demi-siècle d'histoire polonaise où se croisent bourreaux et victimes.
Porcelaine en morceaux
Maria est le prénom d'une catholique polonaise qui avait promis de devenir la marraine d'une petite fille juive afin de lui sauver la vie, mais se dédit pour ne pas faire un faux témoignage devant Dieu. Maria, c'est aussi un service Rosenthal en porcelaine blanche qu'une Allemande expulsée de la nouvelle Pologne populaire offre en échange d'un morceau de pain à une Polonaise qui n'est autre que… la fameuse catholique "non-marraine".
On retrouve ce prénom chez d'autres personnages du livre d'Hanna Krall qui entremêle les souvenirs et déclarations de nombreux acteurs ayant croisé la fillette. Cette petite Polonaise juive, Hanna Krall "la connaît plutôt bien", puisque c'est elle-même.
L'usage de ce "plutôt" résume l'approche de l'autrice: curiosité mais distance, volonté d'informer mais acceptation du flou. Grande figure du reportage littéraire, Hanna Krall agence dans son récit les morceaux de vie que lui confient ses interlocuteurs, comme le musée de l'Histoire des Juifs polonais à Varsovie juxtapose dans ses vitrines les éléments de la vie quotidienne du ghetto.
Les noms d'inconnus ou de célébrités, les lettres, les dialogues, les procès-verbaux et les photos (une vingtaine environ, prises par l'autrice ou par d'autres) se succèdent sur plus de 150 pages, sans que s'en dégage une vérité unique.
Des cercles qui se propagent à l’infini
Margot Carlier, traductrice émérite d'une grande partie de l'œuvre d'Hanna Krall, est impressionnée par la rigueur journalistique du travail de l'autrice et par sa beauté poétique. "Certes, Hanna Krall est avare de mots, mais son récit présente une richesse narrative inouïe…" écrit-elle dans son avant-propos.
>> A écouter: Entretien avec Margot Carlier, traductrice du témoignage "Les vies de Maria"
Peu importe que l'on retienne ou non les liens ténus entre les innombrables témoins qui livrent leur part de vérité dans "Les vies de Maria". Les questions d'Hanna Krall, comme des pierres dans l'eau, provoquent des cercles concentriques à la surface sans pour autant révéler ce qui se cache en profondeur. "Peut-être bien", "Je n'en sais rien", disent souvent les personnes rencontrées, parce que l'héroïsme et la lâcheté, l'amour et la solitude, le Bien et le Mal se côtoient dans ce livre économe de mots mais riche de silences qui résonnent longtemps après qu'on l'a refermé.
Geneviève Bridel/aq
Hanna Krall,, traduit du polonais par Margot Carlier (Noir sur Blanc)
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