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Le point sur les débouchés qui s'offrent aux diplômés
Faire des études universitaires est perçu comme une façon d'augmenter ses chances de trouver un emploi. C'est toujours vrai, à condition d'accepter pour son premier job un contrat à durée limitée et moins bien rémunéré que par le passé.
Etat des lieux.
Sur le marché de l'emploi, les diplômés et diplômées des universités suisses ont, en général, moins de difficulté à trouver leur premier job que les autres catégories de la population. Cependant, leur situation n'est pas euphorique, loin de là. D'après les conclusions d'une étude récente menée par l'Association suisse pour l'orientation universitaire (ASOU), le pourcentage d'entre eux qui se retrouve sans activité lucrative et à la recherche d'un emploi se situe en 1995 aux alentours de 6%. C'est certes moins qu'en 1993, année de crise, mais c'est plus qu'en 1983 (qui était également une période économiquement difficile). Qui plus est, les Romands connaissent toujours plus de difficultés que les Alémaniques, avec un taux moyen de 10%. Ces chiffres donnent des indications sur la situation un an après l'obtention du premier grade universitaire, et ne renseignent donc pas sur l'évolution à moyen et long terme.
Conjoncture ou pas conjoncture?
Au niveau des disciplines enseignées et de leur impact quant à l'emploi, des phénomènes conjoncturels apparaissent par exemple pour les économistes. L'année 1993 a représenté pour ces derniers une zone de creux, avec 12,1% de diplômés à la recherche d'un emploi. Par contraste, 1995 voit une nette détente, le taux baissant jusqu'à 6,5%. La comparaison avec les ingénieurs, qui ont connu la plus forte croissance du taux de recherche d'emploi l'année dernière, est intéressante; elle montre que le secteur des services s'est mieux ressaisi face à la crise que, de manière générale, celui de l'industrie. Il faut nuancer ce constat en fonction des sous-secteurs d'activité: l'informatique et les télécommunications ont toujours la cote auprès des entreprises, si l'on en croit une étude réalisée par l'Ecole des HEC - Lausanne. Les licenciés et licenciées qui ont choisi, en plus des cours de gestion, une option informatique plus poussée n'ont, en 1995, eu aucun problème à trouver un emploi. Il est vrai qu'ils étaient peu nombreux par rapport au nombre total d'étudiants. Pour le reste, l'économie privée semble encore offrir des emplois, dont la moitié sont déclarés permanents par les personnes interrogées, dans des domaines comme les banques (forte hausse en 1995) et la révision. Les assurances, le tourisme et les loisirs restent des débouchés stables, mais minoritaires. Par contre, l'assistanat et l'administration publique semblent accueillir de moins en moins de gradués. Signalons aussi, dans une perspective de concurrence accrue et de suppressions en chaîne de postes dans les établissements bancaires, que l'aubaine de 1995 pourrait bien ne pas perdurer.
La médecine épargnée
A l'opposé, la médecine n'est quasiment pas touchée par le contexte économique, et on ne constate pas de grandes divergences entre Romands et Alémaniques. Quoi de plus normal si l'on sait que les premiers emplois des carabins sont souvent des postes de médecins-assistants dans des hôpitaux, et qu'il est fréquent qu'un diplômé passe la barrière linguistique une fois son papier en poche, pour accomplir une spécialisation. Le cas du droit, également relativement épargné par le chômage (3%), est moins clair. En effet, le premier emploi s'apparente souvent, dans cette branche, à un poste de collaborateur libre, de courte durée et peu rémunéré. La moitié des diplômés travailleraient ainsi en tant que stagiaires, souvent en vue de l'obtention du brevet d'avocat. Les postes juridiques dans l'économie privée sont eux soumis à une plus rude concurrence que ces dernières années.
Les sciences ne sont pas épargnées par la crise, mais se positionnent mieux, en moyenne nationale, que les études d'ingénieur. Les étudiants et étudiantes qui ont suivi un cursus en science de la terre, en biologie, en géographie et en sciences de l'environnement avouent, en 1995, avoir rencontré plus de difficultés pour la recherche d'un emploi que ceux et celles formés en informatique, mathématiques et, dans une moindre mesure, en chimie et en physique. Ces paramètres sont à mettre en relation avec d'une part le grand nombre de diplômés dans le premier groupe (surtout en biologie), et de l'autre la plus grande facilité à obtenir un poste d'assistant dans les branches du deuxième groupe. Les informaticiens, comme en HEC, sont ceux qui trouvent le plus facilement un premier emploi. L'enquête de l'ASOU ne donne pas de renseignements à ce sujet, mais on peut citer, parmi les débouchés apparus récemment aux ex-étudiants en biologie, les biotechnologies, et les bureaux de conseil en écologie et recyclage (ces derniers dépendant fortement, pour le nombre de postes disponibles, de la conjoncture économique). Côté enseignement, le Service pédagogique de l'enseignement secondaire (SPES) vaudois note qu'il n'y a pour l'instant pas de pénurie, mais pas non plus de "bouchon" dans le domaine des sciences. Mieux vaut cependant être porteur d'une licence en maths ou en sciences naturelles.
Lettres et SSP: légère amélioration
Les lettres et les sciences sociales ou politiques sont les deux domaines pour lesquels, traditionnellement, les taux de sans-emploi sont plus élevés. Les données de 1995 confirment cette tendance, même si on peut noter une légère amélioration par rapport à 1993. L'enseignement reste chez les lettreux une bonne perspective, mais qui a perdu de l'importance depuis 1991, au profit d'autres postes d'employé-e-s. Dans le canton de Vaud, le SPES indique que la combinaison de certaines branches peut présenter un atout pour décrocher un poste; l'allemand, l'anglais, la musique ou le sport sont parmi celles-là, alors que le français combiné avec l'histoire pose plus de problèmes. Quelques espoirs subsistent du fait de la prévisible évolution démographique. Qui dit plus d'élèves dit en effet, en principe, plus de postes d'enseignants, dès l'horizon 2000! Avec l'essor du chômage, un nouveau débouché est apparu, aussitôt pris d'assaut principalement par les diplômés en sciences sociales ou politiques. Il s'agit des Offices régionaux de placement (ORP, voir encadré). Pour le reste, pas de surprise: l'assistance sociale est la plus "grosse" parmi les filières immédiatement accessibles. Les autres métiers possibles couvrent un vaste éventail, dont le journalisme et les relations publiques.
Bosser pendant ses études
Dénicher un job, pour un universitaire, au fond, ne semble pas trop difficile pour autant que l'on respecte certaines règles, mais attention, le premier poste a de plus en plus tendance à être à temps partiel ou limité dans la durée, ce qui a des conséquences notamment sur le salaire et sur la précarité de l'emploi. L'augmentation du nombre de personnes sous-employées ou se disant telles semble ici une conséquence de la situation économique, qui reste défavorable. On note que les femmes sont plus touchées que les hommes. Les formations complémentaires après la licence sont elles aussi en augmentation. Quant aux emplois en cours d'études, ils semblent représenter plutôt un atout à faire valoir, tout en en rallongeant la durée, et donc le coût. Terminons en rappelant que la politique offre parfois des débouchés inattendus - notre canton ne se targue-t-il pas d'avoir un Conseiller d'Etat licencié en théologie de l'UNIL?
Jérôme Ducret
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