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Image: GEORGES CABRERA/RIA NOVOSTI
Le Servette FC et le Genève Servette Hockey Club seront-t-il touchés par les Tensions entre Moscou et Washington? Suite à de possibles investissements de Vladimir Poutine dans Gunvor et ses liens d’amitiés avec Gennady Timchenko, l’un des fondateurs de la société, les USA sont sur les dents. Enquête.
Alors que Servette a mal à son football et peut-être aussi à ses finances, le crise géopolitique en Russie pourrait influencer négativement le projet de développement du club voulu par Hugh Quennec. En effet, il se pourrait fort que l’un des principaux sponsors du GSHC finance également le Servette FC, mais de manière anonyme pour le moment. Le président servettien se veut, pour l’heure, rassurant…
Gunvor?
Gunvor est une entreprise de commerce d’énergie enregistrée à Amsterdam et dont les principaux centres opérationnels sont basés à Genève et Singapour. Elle est spécialisée dans le commerce, le transport et le stockage de produits pétroliers et autres produits issus de l’industrie pétrolière. Elle est le troisième trader de pétrole brut au monde après Glencore et Vitol.
Elle a été créée en 1997 par Gennady Timchenko et Torbjörn Törnqvist. La société a lancé ses activités à Genève en 2003.
Selon le Financial Times, la société était jusqu’en 2007 un « acteur de niche » du secteur pétrolier, spécialisé dans l’exportation de pétrole russe via l’Estonie et dont les opérations reposent sur le savoir-faire de ses deux fondateurs, spécialistes du marché russe et des infrastructures de transport.
Torbjörn Törnqvist et Gennady Timchenko
Torbjörn Törnqvist est un homme d’affaires suédois né en 1953 et spécialiste du secteur pétrolier. Il a notamment occupé des fonctions importantes chez BP. Gennady Timchenko est un ressortissant finlandais né à Leninakan en Arménie soviétique en 1952. Lors de la perestroika, il a été l’un des premiers à exporter du pétrole russe vers l’Europe de l’Ouest, à partir de la raffinerie de Kirichi (région de Léningrad).
En 2007, Gunvor exportait 83 millions de tonnes de pétrole et de produits pétroliers (60 millions de tonnes en 2006) et, selon une interview de Torbjörn Törnqvist dans le magazine d’affaires suédois « Affars Valden », les objectifs de Gunvor pour 2009 étaient compris entre 110 et 115 millions de tonnes pour un chiffre d’affaires de 43 milliards de dollars.
Le chiffre d’affaires de la société était d’environ 70 milliards de dollars en 2008, et de 50 milliards en 2009. En 2013, le chiffre d’affaire se situerait aux alentours de 100 milliards de dollars par an…
Liste noire
Après l’inscription de Gennady Timchenko, cofondateur du groupe de négoce basé à Genève sur la «liste noire» des sanctions économiques américaines à l’encontre des proches du Kremlin, un proche de la direction de Gunvor assure que c’est «c’est business as usual». Gunvor reste cependant «en communication permanente avec ses banques», en particulier les banquiers genevois octroyant les prêts sans lesquels son commerce de matières premières se verrait mis à mal…
Le groupe semble donc «en communications permanentes» avec ses 70 banques. De Goldman Sachs à Bank of China, en passant par le Credit Agricole, tout le gotha de la finance a travaillé pour Gunvor. Sur les emprunts de 500 millions à 1,5 milliard de dollars que la quatrième maison de négoce pétrolier au monde contracte régulièrement sur les marchés. Ou sur les centaines de crédits nécessaires au déplacement de chacune de ses cargaisons.
«Tant que la société n’est pas sous sanctions, il n’y a pas vraiment de raison d’arrêter de la financer», raisonne pourtant Olivier Jakob, responsable du bureau d’analyse Petromatrix à Zoug. Une remarque qui rappelle que c’est Gennady Timchenko, cofondateur de Gunvor, qui est visé par les sanctions de Washington – notamment le gel de son patrimoine aux Etats-Unis. Et non Gunvor.
Ces derniers mois, Gennady Timchenko avait surtout fait parler de lui pour son grade de chevalier de la Légion d’honneur, attribué par Paris. Ou pour les actions philanthropiques à Genève de sa fondation Neva. Afin de protéger sa société des actions américaines, il a transféré d’urgence mercredi ses 45% de Gunvor à Torbjörn Törnqvist, celui avec qui il a fondé le groupe en 1997.
Tensions entre Moscou et Washington
«En 2009, quand Timchenko avait attaqué The Economist sur l’évocation de ses liens avec Poutine, plusieurs banques avaient ordonné de sortir de la relation avec Gunvor», selon un ancien du secteur. Avant d’ajouter que «d’autres avaient pris le relais, exigeant un tarif plus élevé». De même, la relation avec BNP Paribas – un temps l’un des principaux bailleurs de fonds de Gunvor – tourne au ralenti depuis deux ans; même si un document interne de 2012 montre que la banque ne croit guère aux liens supposés avec Vladimir Poutine.
Dans le cas de Gunvor, le poison du doute est instillé par le Trésor américain, selon qui «le président Poutine a des investissements dans Gunvor». Des allégations qui balaient des années de démentis d’un groupe longtemps focalisé sur l’exportation de brut russe. «Tout simplement 100% erroné», répète un porte-parole. Avant de souligner que ces affirmations sont «démenties par le travail des banques – comme Goldman Sachs et Credit Suisse – et des maisons d’audit qui ont […] accompagné nos emprunts sur les marchés et testé les aspects juridiques de notre actionnariat». Toujours est-il que Washington a bloqué les comptes de Guennadi Timtchenko et annulé toutes ses transactions outre-Atlantique, un geste que l’Union européenne et la Suisse n’ont pas imité.
Proféré par Washington, le soupçon devient une arme qui pourrait agiter une autre caste de banquiers: ceux qui gèrent une partie de la fortune de ce résident genevois, estimée à 15 milliards de dollars par le magazine Forbes.
Secoué, le géant pétrolier Gunvor envisage de «diversifier» son capital. Depuis dix jours seul maître à bord du groupe de négoce basé à Genève, Torbjörn Törnqvist indique à l’agence Bloomberg qu’il pourrait bientôt rechercher de nouveaux partenaires
Quelle a été votre réaction quand vous avez appris que Guennadi Timtchenko était sanctionné par les Américains?
Vous savez, Guennadi Timtchenko ne correspond pas du tout à l’image qu’on se fait d’un oligarque. Il est discret, presque timide, généreux et cultivé, amateur d’art et de musique. Il a sûrement connu Poutine. Tous les grands industriels fréquentent les gouvernements, aux Etats-Unis, au Canada et en Suisse, sans que cela pose problème. En Russie par contre, c’est tout de suite suspect. Et maintenant, que va-t-on dire? Que Poutine dit à McSorley (ndlr: l’entraîneur du GSHC) comment composer l’équipe? Suite aux sanctions, M. Timtchenko n’est aujourd’hui plus actionnaire de Gunvor, alors les relations de partenariat se font avec son ancien associé Torbjörn Törnqvist (ndlr: l’autre fondateur de Gunvor).
Tout de même, les Etats-Unis sont la première puissance mondiale. Cela ne vous pose-t-il pas un problème?
Je ne peux croire à leurs accusations. J’ai renoncé à des millions de francs pour l’équipe de football du Servette car je ne faisais pas confiance aux sponsors. Avec Gunvor, aucun problème. L’entreprise traite avec de nombreuses banques dans le monde entier. Ces entités ont des procédures de «compliance» très élevées. Le marché s’autocontrôle; Gunvor est une entreprise hyperrégulée.
Quand avez-vous rencontré Timtchenko?
Il y a environ quatre ans. Le courant est tout de suite très bien passé entre nous. Je connais aussi bien Torbjörn Törnqvist. Ils sont tous deux de grands fans de hockey. Au début, Gunvor voulait faire du mécénat sans être visible en retour. J’ai dû presque insister pour leur donner une loge. Guennadi et Torbjörn viennent souvent voir les matches. Gunvor y invite fréquemment des clients, des partenaires, des banquiers. Deux fois par an, ils réservent entre 50 et 100 places pour des occasions spéciales. C’est quand ils ont vu que d’autres entreprises de négoce figuraient parmi les sponsors (ndlr: aujourd’hui Vitol et Cargill sponsorisent également le GSHC) qu’ils ont demandé à aussi être visibles.
Le partenariat avec Gunvor est-il remis en question?
Non, il n’est pas remis en question car j’ai pleine confiance en Gunvor et Timtchenko.
Et le groupe fait-il partie des principaux sponsors du club?
Oui. Il n’y a, cela dit, pas de sponsors qui se détachent vraiment; nous avons environ 200 entreprises partenaires.
Gunvor fait-elles partie des trois principales?
Oui. Mais je ne vais pas donner de chiffres plus précis.
Si Gunvor se retirait, cela mettrait-il le club en péril?
Il faudrait procéder à d’importants ajustements. Cela dit, Guennadi Timtchenko ne souhaite pas que le club soit trop dépendant d’une entreprise. Il pourrait faire du GSHC, le quatrième plus petit budget de la ligue, une équipe au budget colossal et nous faire gagner chaque année, mais ce n’est pas son but. Il est favorable à la diversification pour solidifier le club et voit l’arrivée parmi les partenaires d’autres sociétés de négoce d’un très bon œil. Il préfère soutenir le Geneva Future Hockey Challenge, une compétition pour jeunes qui s’est déroulée ce week-end aux Vernets. Nous sommes en train d’organiser un tournoi de hockey international pour handicapés et pour femmes à Genève.
Le contrat du GSHC avec Gunvor est rediscuté à quelle fréquence?
Tous les trois ans. On vient d’ailleurs de le renouveler.
Pourquoi Timtchenko a-t-il choisi de s’installer à Genève?
Je crois qu’il apprécie la qualité de la vie, le fait de pouvoir se promener en toute tranquillité dans la rue. Les conditions-cadres ont longtemps été bonnes aussi pour Gunvor. Cela dit, les sociétés de négoce avec qui je discute disent être très sensibles à la dégradation des conditions-cadres et elles sont connues pour déménager facilement.
Lien vers les articles :
- Assailli, Gunvor tente de rassurer ses banquiers
- Sanctionné par les USA, Timtchenko a la confiance de Quennec
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Gunvor
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