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Je suis allé voir The Tree of Life de Terrence Malick, et l'ai beaucoup aimé. Le titre m'a rappelé l'arbre Yggdrasil de la mythologie germanique - dont le film Thor a donné une explication amusante, faisant de lui un flux ramifié, au sein de l'éther cosmique, permettant de passer d'un monde à l'autre et de suivre le fil des Neuf Orbes jusqu'à la cité des Dieux. Or, il n'est pas sûr que le film de Malick ait finalement un autre sens, si le ton reste beaucoup plus digne, ce qui était permis par des images restant liées au monde sensible, quoique plongeant également dans l'éther cosmique: Thor montrait, en sus, Asgard, la cité du Ciel!
Ce choix de Malick de trouver dans le monde tel qu'il apparaît le message divin m'a rappelé profondément Lamartine. Celui-ci faisait d'une femme aimée, d'une mère, le vase de la force divine. A la fin de Raphaël, Julie, que le héros a aimée et qui est morte, emplit tout l'horizon de la vallée du lac du Bourget de sa présence immortelle et scintillante. Lamartine couronnait, également, ses descriptions de la nature d'évocations des anges, mais brèves, allusives, ces esprits purs étant volontiers assimilés à des êtres chéris, ou aux étoiles qu'ils transportaient dans la voûte céleste, selon lui.
La proximité du Nouveau Monde de Malick avec le Graziella de Lamartine m'a bientôt sauté aux yeux: il s'agit dans les deux cas d'un homme civilisé du nord-ouest qui est aimé d'une jeune fille à demi sauvage, liée profondément à la nature, d'une façon qui permet d'accéder au divin; vers elle l'a mené secrètement son bon ange. Finalement, dans les deux cas, l'homme dit civilisé, malgré le charme qu'exerce sur lui ce monde fabuleux contenant un amour pur qui mène à Dieu est repris dans le flux stérile du monde creux dont il vient: la civilisation vide dont il est issu. Et la jeune fille meurt, incapable de survivre à cette déception et à la révélation que la Terre est médiocre, et ne songeant plus qu'au Ciel. C'est à croire que Malick est Lamartine revenu sous les traits d'un cinéaste!
Même les visions cosmiques de Terrence Malick trouvent leur écho dans plusieurs poèmes grandioses de Lamartine. Le mélange entre le grandiose et le naturalisme existe aussi chez le poète français, qui était mystique et en même temps très attaché aux découvertes des sciences naturelles: car pour lui (lui-même le révèle), les phénomènes n'étaient que des hiéroglyphes; ils étaient l'écriture de Dieu. J'en reparlerai, à l'occasion (si je puis).
L'idée qu'a Malick que le père, par sa dureté, pousse le fils aîné au vice, rappelle encore au moins le modèle de Lamartine que fut Jean-Jacques Rousseau, lequel, en effet, affirmait que les vices du peuple étaient l'effet de la méchanceté des princes et de l'hypocrisie des prêtres. La mère incarne alors le Salut: la mère que ne connut pas Rousseau, et qu'il projeta, dit-on, sur Mme de Warens - ange fait femme, à ses yeux.
Les ressemblances sont assez marquées pour qu'on puisse dire que Malick est profondément romantique: il renoue avec cette tradition ancienne. Cela me plaît.