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Sur le plan culturel, l’adjectif “italien” n’avait aucun sens jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque l’État italien a été complété par l’annexion des derniers territoires reconquis par les Autrichiens. Jusque-là, une multitude de cultures, de langues, de coutumes, de modes, d’art, de musique, d’architecture, de peintures, de sculptures parlaient d’un groupe mal tenu par une langue qui, dans les différents endroits de la péninsule, était teintée d’accents dialectaux locaux. L’expression “musique italienne” n’a aucun sens, en particulier aux VIe et XVIIIe siècles, période au cours de laquelle trois villes se superposent – Venise, Rome et Naples – se disputent la splendeur et la créativité. Déjà dans la première moitié du dix-septième siècle, Christoph Bernhard, élève de Schutz, déterminait avec précision certaines caractéristiques qui caractérisaient le style vocal et les habitudes de certaines pratiques exécutives dans ces trois villes.
Au fil des ans, Venise a développé son marché théâtral après la création du premier théâtre public à la carte. Des groupes de compositeurs, désireux de fournir des œuvres au public vorace composé de vénitiens mais aussi de voyageurs et de touristes, ont rendu gloire à l’école de musique de la ville, où la musique sacrée et la musique instrumentale connaissaient aussi le développement des techniques et des langues. plus idiomatique et de plus en plus correspondant aux sollicitations du goût.
Rome a toujours été en équilibre entre les exigences formelles du décorum induites par la présence du pape et la pompe des riches familles nobles qui, en plus de parrainer des exécutions privées d’oeuvres et de sérénades, donnaient parfois vie à de courtes activités publiques théâtrales. Tout cela s’est évidemment associé à la splendeur habituelle des chapelles musicales, présentes dans la ville en nombre considérable et toujours en concurrence les unes avec les autres pour présenter les productions musicales les plus riches et les plus orageuses.
Naples a défendu avec ses dents non seulement son identité musicale, mais surtout, avec fierté, la valeur d’une école de musique connue dans toute l’Europe, offrant parmi les exemples les moins contaminés de la musique et du travail sacrés.
Dans ces villes, des dizaines et des dizaines de compositeurs sont venus de l’étranger pour étudier et apprendre les secrets du métier. Ces styles étaient tellement répandus, avec des influences diverses dans d’autres capitales européennes de la musique, donnant progressivement lieu à des exemples fascinants de mélanges de styles et de langues.
Le programme de ce soir présente donc de la musique de ces villes aux XVIe et XVIIe siècles. Impossible d’obtenir un résumé. En effet, toute synthèse qui prétend normaliser toutes ces compositions sous le seul label “musique italienne” ne ferait que nuire à la valeur et à l’intérêt particulier de ces musiques.
Interprétation :
Je suis convaincu qu’une lecture correcte d’une musique aussi variée ne peut manquer de prendre en compte les éléments culturels à la base des différentes langues. Peinture, architecture mais aussi et évidemment poésie et littérature. Tout ce que les mécanismes de réception des émotions humaines peuvent illustrer est indispensable pour restaurer la vérité linguistique de ces compositions. On découvrira qu’au-delà d’un fantasme générique, la musique “italienne” s’est toujours occupée d’élégance et de faste. Et il a surtout profité de l’attitude théâtrale pour surprendre et contraster. Rien n’est efficace s’il ne connaît pas son contraire. Monteverdi a peut-être été le premier à exprimer ce principe et l’a enseigné à tous ceux qui sont venus après lui. Ensuite, il sera nécessaire de comprendre comment un sentiment a été exprimé de différentes manières en fonction du lieu de naissance de la musique.
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