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Des centaines de Suisses de l’étranger ont été victimes du régime nazi. Un concept de Mémorial de l’Holocauste a été présenté au gouvernement suisse pour leur rendre hommage.Ce contenu a été publié le 26 mai 2021 - 11:41
Tout a commencé par un article: en décembre 2017, le magazine Beobachter consacre un reportage à Albert Mülli, un prisonnier suisse des camps de concentration. Celui-ci avait été arrêté par la Gestapo parce qu’il voulait faire passer clandestinement des tracts communistes à Vienne. Il a passé plus de trois ans dans le camp de concentration de Dachau.
Selon le Beobachter, au moins 206 ressortissants suisses ont été abattus, battus à mort ou gazés dans les camps de concentration allemands. Environ 1000 détenus des camps de concentration avaient un lien avec la Suisse; 723 d’entre eux ont survécu à la faim et au travail forcé, à l’instar d’Albert Mülli.
Pourtant, le grand public connaît peu la souffrance des Suisses de l’étranger qui ont été abandonnés par la Suisse officielle. Contrairement à d’autres pays, la Suisse ne possède aucun mémorial ou musée commémorant les victimes du national-socialisme.
L’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) a été choquée par cette ignorance, qu’elle a apprise en lisant l’article du Beobachter. Elle a donc fondé un groupe de travail avec des organisations juives et des milieux universitaires. Ce groupe a désormais soumis un concept de mémorial au Conseil fédéral.
Celui-ci prévoit non seulement l’érection d’un monument commémoratif, mais contient également trois éléments:
- Lieu de mémoire: un mémorial artistique doit être créé dans la ville de Berne. Un concours d’art et d’architecture sera organisé à cet effet.
- Travail éducatif: selon le groupe de travail, un nouveau musée n’est pas absolument nécessaire, mais une exposition permanente devrait être mise en place en coopération avec une institution existante. Des expositions temporaires, des conférences et des exposés devraient permettre de sensibiliser le public à ce sujet.
- Base de données des victimes: elle devrait inclure toutes les victimes suisses, et pas seulement celles qui ont été emprisonnées dans les camps de concentration.
Abandonné par la Suisse
La fille d’Albert Mülli a raconté lors d’une conférence de presse que son père avait été rapatrié en Suisse dans son costume de prisonnier après sa libération par les troupes américaines, mais que la Suisse ne s’était guère préoccupée de son sort.
Selon les autorités suisses de l’époque, s’il avait fini dans un camp de concentration, son père ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. «Pour nous, il est triste que la Suisse ne l’ait jamais réhabilité, contrairement à l’Allemagne», a déclaré sa fille.
Pour cette dernière, un mémorial rappellerait ce que ressentent les personnes exclues de la société. En raison de la résurgence du conflit au Moyen-Orient, des actes antisémites ont eu récemment lieu en Europe.
Le président de la Fédération suisse des communautés israélites, Ralph Lewin, s’est par ailleurs inquiété du racisme et de l’antisémitisme sur les réseaux sociaux. «Nous devons résolument contrer ce discours de haine», a-t-il déclaré, ajoutant qu’un mémorial serait utile à cet égard, étant donné que «ceux qui connaissent le passé sont mieux à même de relever les défis du présent.»
Large soutien
Avec sa proposition, le groupe de travail ne prêche pas dans le désert. Plus de 100 parlementaires ont soutenu des initiatives similaires au Parlement. Et des personnalités connues telles que l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, de confession israélite, et le chanteur italien Pippo Pollina soutiennent le projet.
La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. Il prendra position sur les diverses propositions parlementaires dans les prochains jours. Il ne faut pas s’attendre à une opposition fondamentale au projet de sa part.