Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07224.jsonl.gz/62

31/10/2015
Ce que le libertarianisme n'est pas : un billet à l'attention des étudiants en science politique
Les cours de philosophie (théorie) politique prodigués aux étudiants en science politique à l'Université de Genève ont la fâcheuse tendance à présenter de manière assez réductrice le libertarianisme. Ce billet vise à dissiper un ensemble de (malheureux) malentendus qui pourraient émerger à propos du libertarianisme.
1. Le libertarianisme n'est pas (du tout) réductible à Roberto Nozick, Milton Friedman et Friedrich Hayek.
Les trois grandes figures qui ont marqué (et marquent) le mouvement libertarien sont l'écrivaine et philosophe Ayn Rand (1905-1982), le philosophe et économiste Murray Rothbard (1926-1995) et le philosophe et économiste David Friedman (1945-). Ce sont eux qui ont formulé les défenses les plus systématiques et les plus puissantes du libertarianisme en philosophie. Robert Nozick avait certes rejoint le Parti Libertarien dans les années 1970, mais son influence s'est surtout faite sentir dans les milieux de la philosophie politique analytique académique. Milton Friedman et Friedrich Hayek n'ont été reconnus comme libertariens par le mouvement libertarien que depuis le milieu des années 1980. Hayek ne se désignait d'ailleurs que rarement comme libertarien (contrairement, certes, à Milton Friedman).
2. Le libertarianisme n'est pas forcément minarchiste.
Les minarchistes, favorables à un État-minimal, sont probablement plus nombreux que les anarchistes au sein du mouvement libertarien contemporain. Mais c'est loin d'avoir toujours été le cas et à ses origines le mouvement libertarien était composé en majorité de libertariens anarchistes.
3. Le libertarianisme n'est pas de droite.
Le libertarianisme n'est ni de gauche, ni de droite. Comme la gauche et la droite, il défend les libertés civiques et politiques. Comme bon nombre de gens de gauche, il défend les libertés de mœurs et les libertés de migrer. Comme bon nombre de gens de droite, il défend la liberté économique. Mais contrairement à la gauche et la droite, il défend totalement la liberté des mœurs et totalement la liberté économique, et non seulement certains aspects. Pas de privilèges, pas de subvention, pas de limitations de la liberté de certains au profit d'un autre, pas de limitations aux goûts et aux préférences de vie, etc.
4. Le libertarianisme n'est pas « bourgeois ».
Le libertarianisme ne défend pas les intérêts des propriétaires de moyens de production, si c'est ce qu'entendent par le mot « bourgeois » ceux qui l'emploient. Le libertarianisme, en cassant le système de distorsions à la concurrence qui empêche l'accès au travail et au capital aux salariés et appauvrit les plus pauvres, est éminemment dans l'intérêt de ceux qui ne sont pas actuellement (dans la société étatiste de privilèges actuelle) possédants.
5. Le libertarianisme n'est pas la mixture de Philippe Van Parijs.
Philippe Van Parijs n'est pas libertarien. Il aimerait probablement bien neutraliser le potentiel subversif du libertarianisme en opposant liberté positive et liberté négative et en soutenant que seul l’État peut réaliser la liberté positive des individus, mais ceci est absolument contraire au libertarianisme. Le libertarianisme affirme que la liberté négative implique nécessairement la liberté positive et n'oppose pas les deux. Le libertarianisme affirme en outre que l'action de l’État ne peut que nuire à la liberté positive. Refuser ces raisonnements fondamentaux c'est sortir du libertarianisme et adhérer à une forme ou une autre d'étatisme.
6. Le libertarianisme n'est pas favorable au capitalisme.
Si le capitalisme est définie comme la société dominée par le salariat et la hiérarchie, alors le libertarianisme n'est pas favorable à une telle société. Dans une société sans État, de multiples modèles de sociétés co-existeraient et les meilleurs l'emporteraient. Or, comme les modèles les plus adaptés aux aspirations des êtres humains sont clairement les modèles non hiérarchisés, on verrait une multitude de communautés coopérativistes, de kibboutzs, de phalanstères, de villages hippies, devenir la forme dominante de mode de vie et supplanter les tristes et mornes modèles hiérarchiques que nous connaissons bien trop souvent de nos jours.
7. Le libertarianisme n'est pas une défense de l'ordre établi.
Le monde actuel n'est que privilèges, contrôles et réglementations, copinage et corporatisme, lobbies et opacité politicienne. Le mouvement libertarien souhaite transformer profondément la société contemporaine, qui n'a rien à voir avec la liberté qu'il érige comme idéal et but de son action. Les libertariens incarnent une force de contestation, une volonté de changement de transformation du monde et non une force de conservation. Au contraire, ce sont nos adversaires qui souhaitent préserver le monde tel qu'il est...