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Genève, la Suisse et la formation des élites internationales : l’Institut universitaire des hautes études internationales sous la direction de Jacques Freymond (1955-1978)Charlotte Roy
A la fin des Trente Glorieuses, les élites se sont profondément transformées au niveau mondial. Elles sont dès lors internationalisées et concentrent leurs intérêts dans le domaine de l’économie. Les institutions universitaires participent de la progressive émergence de ces nouvelles élites au cours des Trente Glorieuses. Dans cette thèse, je m’appuie sur la sociologie des élites pour investiguer précisément cette phase de préparation à travers le modèle de formation des élites internationales de l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève. Cet institut est créé en 1927 avec le but initial de former du personnel diplomatique à destination des institutions de la Genève internationale de l’entre-deux-guerres.
A l’aide de l’approche micro-globale, qui constitue l’un des principaux atouts de ma recherche, j’observe comment ce modèle internationaliste intègre les spécificités locales et nationales. En effet, je me focalise sur un objet de recherche très précis, l’Institut, afin d’explorer différentes échelles d’analyse dans lesquelles se joue la formation des élites, du niveau local de la ville de Genève jusqu’au niveau de l’internationalisation des élites au second 20ème siècle. J’apporte une originalité à l’histoire de cet institut en mettant au centre de mon étude le principal artisan de ce modèle, Jacques Freymond, directeur de l’Institut entre 1955 et 1978 et lui-même membre des élites suisses.
L’une des forces de ce projet réside dans le regard oblique qu’il porte sur des mécanismes de transformation culturelle et politique plus larges. En effet, ce modèle de formation des élites permet également d’éclairer les relations inter- et transnationales de la Suisse dans le contexte de la guerre froide sous un angle nouveau. L’Institut a pour but de former des élites internationales, alors que la Suisse est isolée sur le plan diplomatique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle souhaite préserver sa neutralité et ne participe pas aux organisations politiques internationales. Ainsi s’intéresser à un institut d’études internationales en Suisse durant la guerre froide permet d’ouvrir une fenêtre sur la progressive internationalisation du pays qui sort peu à peu de son isolement au cours du second 20ème siècle. L'Institut devient par exemple un lieu important de la formation des diplomates suisses au cours de la guerre froide.