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"Rémy, divorcé, la cinquantaine passée, est atteint d'un cancer. Son ex-femme Louise rappelle d'urgence leur fils Sébastien, jeune golden boy de la finance installé à Londres. Sébastien hésite - son père et lui n'ont plus rien à se dire depuis longtemps - et finalement accepte de revenir à Montréal pour soutenir son père hospitalisé. Dès son arrivée, il va remuer ciel et terre, jouer de ses relations, utiliser son compte en banque et bousculer le système de toutes les manières possibles pour alléger les souffrances de son père en fin de vie. Et il parviendra à ramener à son chevet la joyeuse bande d'ami(e)s qui ont marqué son passé.
Denys Arcand a choisi de réengager les acteurs du film qu'il avait tourné en 1986, Le Déclin de l'empire américain, partant de l'idée que de tels personnages, avec leur bonne humeur, leur cynisme et leur intelligence, lui permettraient de traiter le sujet avec légèreté. Une légèreté dont il abuse parfois, tout en ménageant une place à l'émotion. Le résultat final garde un côté ambigu: les moyens utilisés par le fils pour venir en aide à son père frisent souvent le code et la loi sur les stupéfiants... Mais laissons cela, tout se fait dans la bonne humeur et les acteurs sont excellents.
De quelles ""invasions barbares"" s'agit-il? Arcand laisse entendre, ici ou là, que l'empire américain règne sur le monde d'une manière absolue, mais qu'il doit s'attendre à des incursions prochaines de barbares. Et que le 11 septembre 2001 a été la première de ces attaques. Là s'arrête le propos d'un film fortement orienté vers l'humour, les jeux de mots (souvent envahissants) et, dans ses meilleurs moments, vers l'étude pointue de quelques protagonistes qui évoquent, avec nostalgie et amusement, leur passé.
En 1987, le réalisateur québécois Denys Arcand a remporté un succès international avec Le Déclin de l'empire américain. Il retrouve ses personnages, vingt-cinq ans plus tard. Son dernier film, Les invasions barbares , n'a pourtant rien à voir avec Lelouch ou Serreau qui ont plutôt raté le même type d'expérience avec respectivement Un homme une femes, vingt ans après et 18 ans après. Le travail de Denys Arcand est d'une autre facture. Les temps ont changé, les protagonistes ont vieilli, des soucis leur ont marqué le front. Il leur reste cependant un goût contagieux de la vie, une faconde intacte, un regard caustique sur le monde, un recul plein d'humour par rapport à eux-mêmes.
Le sujet est grave. Rémy (Rémy Girard) est atteint d'un cancer. Son ex-femme appelle d'urgence leur fils Sébastien (Stéphane Rousseau) qui travaille à la bourse de Londres. Celui-ci hésite: cela fait des années que lui et son père n'ont plus rien à se dire. Pourtant, une fois revenu à Montréal, il s'emploie d'arrache-pied à alléger les souffrances de Rémy et réunit autour de lui tous ses anciens amis. ""Rémy est convaincu que nous entrons dans une époque barbare, explique le réalisateur. Il croit que la culture occidentale, celle qui est née avec Dante et Montaigne, va maintenant disparaître. (...) L'empire américain règne maintenant sur le monde de manière absolue. Il devra donc repousser sans arrêt les attaques des barbares qui seront constantes.""
Le film a des défauts. La fin, en particulier, se fait trop insistante. Et la verve du petit groupe d'intellectuels est si parfaitement huilée qu'elle en manque presque de naturel. Pourtant, c'est un moment de bien grand plaisir qu'offre ce cinéma-là, par la bonne humeur qu'il met en scène, le respect que se manifestent les personnages, leur dignité face à la mort. Il grince, juste ce qu'il faut, entre les idéaux du père, toujours à gauche, et la réussite du fils grâce à laquelle il bénéficie d'une fin de vie luxueuse, entouré de ceux qu'il aime. Bien jouée, bien rythmée, cette comédie séduit tout en suscitant quelques réflexions. On ne lui en demandera pas plus."
Antoine Rochat