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Le tribunal administratif de Zurich interdit à l’Université de Zurich et l’ETH de mener deux expériences sur des oiseaux Mandarins
Déposées début 2018 par un chercheur de l’Institut de neuro-informatique (INI), les demandes intitulées « Perfectionnement des méthodes d’attache de la tête chez les mandarins » et « Perfectionnement des méthodes d’immobilisation temporaire chez les mandarins » visaient à expérimenter 136 Diamants mandarins (Taeniopygia guttata), sorte de petits passereaux originaires des zones côtières de l’Australie. Les études devaient déterminer si le maintien de la tête ou la fixation d’un implant sur le crâne relié par un câble à un interrupteur impactait le bien-être des oiseaux.
L’utilité scientifique des expériences clairement surestimée
Initialement acceptées le 30 mai 2018 par l’autorité cantonale, après avoir été approuvées à une courte majorité des onze membres de la commission sur l’expérimentation animale, les autorisations ont finalement été retirées le 19 juillet 2018 après l’opposition de quatre membres de la commission auprès de la Direction de la santé. Pour les commissaires, les gains scientifiques escomptés étaient insuffisants en regard des contraintes infligées aux animaux. Saisi d’un recours, le tribunal administratif est allé dans le sens des commissaires. Dans sa décision rendue le 22 novembre 2022, mais transmise aux parties le 23 décembre suivant, la Cour a confirmé que l’utilité scientifique des études avait été clairement surestimée. Les expériences ne sont ainsi pas conformes au droit et doivent être refusées. La décision peut encore faire l’objet d’un recours du chercheur. En ce cas, le Tribunal fédéral tranchera définitivement la question.
Un premier arrêt en 2016
Alors que ces expériences au sein de l’INI durent depuis plus de 25 ans – depuis 2004 pour le chercheur débouté -, elles commencent enfin à être contestées par l’autorité cantonale. Une première demande déposée en 2016 avait été renvoyée au chercheur. Rebelote en 2017, notamment en raison de l’impossibilité à pouvoir déterminer la contrainte subie par les animaux au vu des nombreuses procédures expérimentales prévues.
Des expériences non-conformes aux dispositions légales
Chaque expérience menée sur des animaux doit être soumise à l’autorité cantonale, représentée par le service vétérinaire, qui décide de l’autoriser ou non, en regard des dispositions légales.
Parmi celles-ci, l’article 17 de la loi sur la protection des animaux (LPA) dispose qu’une expérience causant des douleurs ou des contraintes aux animaux doit être limitée à l’indispensable. L’article 137 de l’Ordonnance sur la protection des animaux (OPAn) défini le « caractère indispensable » d’une étude comme suit : l’expérience doit avoir un rapport avec la sauvegarde et la protection de la vie ou de la santé humaine ou animale, ou apporter des connaissances nouvelles sur des phénomènes vitaux essentiels.
A la lecture des nombreuses expériences menées sur ces diamants mandarins, lesquelles visent pour une bonne partie l’étude des mécanismes neuronaux impliqués dans le chant des oiseaux, on se demande toujours quel est le caractère indispensable de ces expériences de recherche fondamentale. Et surtout, comment ces chercheurs font pour réussir à se faire financer par des fonds publics leurs expériences depuis des décennies.
Des recherches importantes pour mieux comprendre « l’acquisition du langage chez l’homme ». Ou pas
Sentant le vent tourner, les chercheurs de l’INI justifient depuis quelques années leurs études par une possible application clinique, en attribuant à ces expériences tout un tas de qualités insoupçonnées. Elles pourraient par exemple donner « des indications importantes pour l’acquisition du langage chez l’homme ». Car il est bien connu qu’une cervelle d’oiseau a toutes les qualités pour exprimer la complexité du cerveau humain.
D’autres universités en Suisse mènent des études cruelles sur des oiseaux sauvages
A l’exemple de chercheurs de l’Université de Lausanne, qui fixent des nichoirs à proximité de leurs laboratoires pour y expérimenter plusieurs espèces d’oiseaux, dont certaines sont sur liste rouge. Certaines expériences sont invasives et peuvent provoquer la mort des animaux. On leur injecte par exemple une substance chimique pour étudier les effets du stress oxydatif. Avec quel gain espéré pour la sauvegarde et la protection de la vie ou de la santé humaine ou animale ?
A propos de l’Institut de neuro-informatique
L’Institut de neuro-informatique (INI) est un institut appartenant conjointement à l’Université de Zurich (UZH) et l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH). Créé en 1995, l’INI est physiquement situé sur le campus de l’UZH Irchel, Winterthurerstrasse 190, 8057 Zurich.
Depuis plus de 25 ans, l’INI procède à des expériences de recherche fondamentale sur le cerveau. Certaines provoquent des atteintes physiques ou psychiques graves et sont menées sur plusieurs espèces animales, notamment des rongeurs, des oiseaux, des chats et des singes. La simple lecture de la liste des publications de l’INI et leurs titres (1) permet d’imaginer ce que les animaux endurent dans cet institut.
Les expériences menées sur les oiseaux concernent principalement des Diamants mandarins, qui proviennent soit des propres élevages de l’institut ou d’oiselleries spécialisées dans la vente d’animaux exotiques. Pour mener ces études sur l’activité neuronale lors du chant de ces oiseaux, les chercheurs leur administrent des substances chimiques ou procèdent à des interventions chirurgicales pour provoquer des lésions dans le cerveau. Une recherche sur la plateforme pubmed permet de lister plus de 30 articles répertoriant les multiples interventions menées sur des milliers d’animaux.
(1) Lesions of a higher auditory brain area during a sensorimotor period do not impair birdsong learning
https://sciencematters.io/articles/201603000018
Neural code alterations and abnormal time patterns in Parkinson’s disease
http://iopscience.iop.org/article/10.1088/1741-2560/12/2/026004/meta
Local Circuits for Contrast Normalization and Adaptation Investigated with Two-Photon Imaging in Cat Primary Visual Cortex
http://www.jneurosci.org/content/35/27/10078
Spatial Representations in Local Field Potential Activity of Primate Anterior Intraparietal Cortex (AIP)
http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0142679