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Critique
"Hank Chinaski (Matt Dillon) travaille comme manœuvre dans des usines, des entrepôts ou des ateliers pour faire ce qu'il aime vraiment: boire, parier sur des chevaux, avoir des relations amoureuses plus ou moins stables. Et surtout: écrire des histoires qui, malgré tous ses efforts, ne sont pas publiées.
Bent Hamer se donne beaucoup de peine pour reconstruire l'univers alcoolisé et désabusé de l'œuvre de Charles Bukowski. Par certain côtés, il y réussit: les atmosphères sont bien retranscrites et les protagonistes y ondulent avec une nonchalance superbement crédible. Quelques plans-séquences ont même une délicieuse saveur (celui des ""deux nausées"" par exemple).
Le détour par le texte laisse pourtant vite apparaître plusieurs lacunes engendrées par la transposition au cinéma. Le roman est fractionné en une multitude de chapitres courts (une page ou deux, parfois un seul paragraphe) qui impriment un rythme original au récit écrit. Cette ponctuation globale manque au déroulement filmique. Le fondu au noir systématique - style Alain Cavalier - aurait sans doute ici fait merveille.
Evidemment, bon nombre de pages du roman passent à la trappe et certains épisodes sont si raccourcis qu'ils perdent toute substance (la visite d'Hank à ses parents, éclair dans le film, dure plusieurs semaines dans le livre). On ne reprochera toutefois pas au réalisateur d'ignorer les scènes d'excessive vulgarité, ni de taire les fulgurantes mais intraduisibles images littéraires (échantillon: ""Son visage semblait avoir été plié plusieurs fois, puis étalé, comme un morceau de carton"").
Au final reste le sentiment d'être en face d'un ouvrage cinématographique un peu fade et d'une réflexion sur la liberté humaine somme toute un peu courte."
Ancien membre