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Critique
"Steven Spielberg a longtemps laissé traîner au fond de son tiroir ce projet d'adaptation du roman à succès d'Arthur Golden, Memoirs of a geisha (1997). Il en a finalement confié la mise en images à Rob Marshall (auteur de CHICAGO, en 2002, et de plusieurs comédies musicales). MEMOIRES D'UNE GEISHA se présente comme une grosse production américaine tournée avec des acteurs nippons et des stars... chinoises.
On est en 1929. Chiyio, petite fille japonaise d'une dizaine d'années, est vendue par son père à une maison de geishas de Kyoto où elle s'en va travailler comme servante. L'âge venant, elle se plie à l'initiation difficile qui fera d'elle une vraie geisha. Triomphant des pièges que lui tend une rivale jalouse, elle deviendra la légendaire Sayuri. qui fascine les hommes les plus influents. Elle restera pourtant accrochée à un souvenir, à un moment précis de son enfance, celui d'un homme qui, un jour, a fait preuve envers elle d'une gentillesse inattendue. L'amour qu'elle porte, en secret, à la seule personne qu'elle ne peut atteindre, continuera de la hanter...
Rob Marshall s'attache à décrire le monde légendaire des geishas, rappelant que leur présence auprès d'hommes célèbres, lors de soirées dans des salons de thé, faisait partie de la vie d'une certaine société. Ces femmes n'étaient ni des épouses, ni des prostituées, mais des artistes (""gei"" en japonais veut dire ""art"") gagnant leur vie en distrayant leurs hôtes. Elles apprenaient la danse, la musique, les règles strictes du savoir-vivre, les nuances d'un comportement parfaitement adéquat. Top models de leur temps, certaines d'entre elles pouvaient compter sur la protection d'un ""danna"" et devenir ainsi, consécration suprême, la geisha d'un seul maître.
La description de ce monde passé est sans doute l'intérêt principal du film qui, pour le reste, glisse en direction d'une réalisation luxueuse et d'une histoire assez désuète et mélodramatique. Les chorégraphies, les décors somptueux reconstruits (on a tourné à Los Angeles et au Japon sans lésiner sur les moyens), les costumes, les maquillages, les coiffures, la lumière, chaude et mouvante, tout cela fait de MEMOIRES D'UNE GEISHA un film d'une indéniable qualité plastique. La musique de cette superproduction s'efforce de mêler instrumentations de l'Orient et de l'Occident. Pour ceux qui aiment les versions originales, un gros bémol: il faut se résoudre à entendre aussi bien les acteurs japonais (Ken Watanabe, Koji Yakusho, etc.) que les actrices chinoises (Zhang Ziyi, Gong Li, Michelle Yeoh) parler anglais. Diffusion internationale oblige. Leur interprétation n'est d'ailleurs pas en cause. Elle est parfaite."
Antoine Rochat