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L'Italie a rendu hommage samedi aux victimes de la catastrophe de Gênes lors de funérailles nationales boycottées par la moitié des familles. La société gestionnaire du pont a promis 500 millions d'euros pour aider les victimes et reconstruire l'ouvrage.
Le bilan du drame s'élève désormais à 40 morts confirmés - après le décès d'un blessé roumain et la découverte du corps d'un ouvrier gênois dans les décombres - ainsi que trois autres probables, un couple turinois et leur fillette de neuf ans dont la voiture a été retrouvée à l'aube écrasée par un bloc de béton.
Il n'y a plus de disparu signalé aux autorités, mais les pompiers ont assuré qu'ils poursuivraient leurs recherches dans l'amas de béton et de ferraille en contrebas du pont.
Une messe pour 19 des victimes a été célébrée par l'archevêque de Gênes, le cardinal Angelo Bagnasco, au Centre des expositions et du commerce de la cité portuaire. La cérémonie s'est déroulée en présence des plus hauts responsables de l'Etat et de milliers d'habitants de la ville.
Les pompiers, secouristes et policiers ont été accueillis par des applaudissements à leur arrivée au parc des expositions dans lequel les cercueils des victimes étaient exposés devant un autel provisoire. De longs applaudissements ont aussi salué la lecture des prénoms des 38 morts identifiés et l'évocation des dernières victimes encore non identifiées.
Prière islamique
La cérémonie a été marquée par un temps de prière islamique pour deux Albanais musulmans. Dans un pays où l'extrême droite est au pouvoir et où les violences verbales et physiques se multiplient contre les étrangers, un imam a mené quelques minutes de prière en silence, ponctuées de quatre "Allah Akbar" résonnants.
Tous les plus hauts responsables de l'Etat étaient présents, mais aussi les principaux dirigeants d'Autostrade per l'Italia, , la société gestionnaire de l'autoroute effondrée.
"C'est une tragédie inacceptable", a fait valoir à la télévision le président Sergio Mattarella, les yeux rouges, après la fin de la cérémonie, évoquant son engagement "à ce que des enquêtes rapides et rigoureuses aboutissent à des condamnations".
"Mon fils a été assassiné"
Les familles d'une partie des victimes ont cependant choisi de ne pas participer à la cérémonie. Certaines ont préféré des funérailles plus intimes et dans leur ville, d'autres ont clairement annoncé un boycott.
"Mon fils a été assassiné", a répété vendredi sur toutes les ondes le père de l'un des quatre jeunes de Torre del Greco, près de Naples, morts sur la route de leurs vacances, en pointant la responsabilité de l'Etat.
"On ne doit pas mourir de négligence, d'incurie, d'irresponsabilité, de superficialité, de bureaucratisme", a martelé l'archevêque de Naples, Crescenzio Sepe, dans son homélie lors des obsèques des quatre jeunes, célébrées vendredi comme pour d'autres victimes à travers l'Italie.
Drapeaux en berne
Pour cette journée de deuil national, les photos souriantes et les destins brisés des victimes s'affichaient dans tous les journaux italiens. Dans tout le pays, les drapeaux étaient en berne et l'éclairage de nombreux monuments, dont le Colisée à Rome, devait s'éteindre dans la soirée.
Un demi-milliard d'euros
Face à l'émotion et à la colère, le gouvernement a attaqué la société autoroutière Autostrade per l'Italia. Il a officiellement adressé un courrier à Autostrade en vue de révoquer la concession de la société sur le tronçon du pont, donnant 15 jours à la société pour répondre.
Dans une conférence de presse à Gênes, les dirigeants d'Autostrade n'ont pas souhaité réagir à cette décision mais ont promis "un demi-milliard d'euros disponibles dès lundi" pour aider la ville et les victimes.
Cette somme comprend des "millions d'euros" pour les proches des victimes, mais aussi un fonds avec "des dizaines de millions d'euros" géré par Gênes pour reloger les habitants dont les immeubles sous le pont sont condamnés.
Elle inclut aussi un projet de démolir ce qui reste du pont et d'en reconstruire un autre en acier "en huit mois" à partir du feu vert des autorités au projet.