Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06959.jsonl.gz/640

Plusieurs laboratoires de recherche ont déjà mis au point diverses techniques pour traiter l’urine collectée et en récupérer les matières nutritives. Cette possibilité de valorisation est cependant longtemps restée peu connue hors des cercles initiés et donc à des années-lumière d’être appliquée à grande échelle. L’objectif des procédés développés en laboratoire était alors d’extraire des éléments nutritifs précis de l’urine. Le projet de Durban a incité les scientifiques à chercher pour l’urine collectée dans les locaux de l’Eawag des utilisations qui sortent du cadre expérimental. Au lieu de récupérer les nutriments un à un, une nouvelle approche a été explorée : séparer l’eau et les éléments nutritifs de l’urine afin d’obtenir une solution nutritive concentrée.
Le fertilisant est fabriqué selon un procédé en deux étapes : dans un premier temps, la moitié de l’azote, qui est présent dans l’urine sous forme d’ammonium, est transformé en nitrates par des bactéries. Ce processus appelé nitrification est également utilisé dans les stations d’épuration. Dans un deuxième temps, la solution est concentrée par un procédé d’évaporation ou, plus précisément, de distillation. La nitrification partielle suffit à stabiliser l’azote. Sans elle, l’azote se volatiliserait sous forme d’ammoniac lors du stockage et de l’évaporation. Elle permet par ailleurs de désodoriser l’urine [5].
Au sous-sol du Forum Chriesbach, l’urine du personnel de l’Eawag est traitée de cette façon. Deux cuves transparentes en plastique y abritent les bactéries qui entreront en jeu dans la nitrification (Fig. 1). Dans ces cuves, des particules de plastique en suspension offrent aux bactéries un support idéal pour se développer. De l’air comprimé est insufflé pour les alimenter en oxygène et pour assurer un bon brassage de l’urine. Une fois stabilisée, l’urine est transférée dans un évaporateur pour être concentrée. Là, 97 pour cent du volume sont récupérés sous forme d’eau distillée qui est réutilisée pour les chasses d’eau. Les 3 pour cent restants contiennent la totalité des nutriments. Le procédé permet ainsi d’obtenir 30 litres de solution fertilisante ultraconcentrée à partir de 1000 litres d’urine [6].
Premiers résultats sur le terrain
L’engrais à base d’urine a déjà fait ses preuves dans les premiers tests effectués sur le terrain, livrant des résultats au moins aussi satisfaisants que les produits de synthèse [7] (Fig. 5a). Il contient ainsi toutes les substances nécessaires à la croissance végétale : de l’azote, du phosphore et du potassium mais aussi des oligoéléments tels que le fer, le zinc et le bore qui contribuent fortement au bon développement des végétaux (Fig. 5b). A l’inverse, il renferme très peu de métaux lourds. Les bactéries naturellement présentes dans l’urine sont éliminées lors de la nitrification [8]. De plus, le produit de VUNA est pasteurisé pendant la distillation, ce qui permet de détruire tous les virus qui auraient survécu à la nitrification.
Un problème reste cependant encore à résoudre : celui des résidus de médicaments. Selon l’origine de l’urine et le domaine d’utilisation de l’engrais, il peut être nécessaire de les éliminer par des traitements complémentaires. Au laboratoire, le charbon actif s’est révélé efficace. Le procédé sera maintenant testé dans notre station pilote.