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|Abstract|| |
Cette étude fut mandatée par le Conseil d’État du canton de Vaud. Son objectif était de donner une vision d’ensemble de la structure et de l’évolution de l’emploi, du chômage, des salaires et du produit intérieur brut (PIB) dans le canton de Vaud pour les années 1990 et 2000 – toujours en comparaison avec d’autres grands cantons et la Suisse. En résumé, nous insistons sur cinq résultats.
i. La population résidente du canton de Vaud a augmenté de 23% entre 1990 et 2010 (contre 17% au niveau national). C’est principalement entre 2005 et 2010 que la croissance démographique dans le canton de Vaud a été soutenue. Elle n’a été dépassée que par celle d’un seul canton, celui de Fribourg. Entre 1990 et 2010, les trois districts vaudois de Nyon, Morges et du Gros-de-Vaud ont vu leur population augmenter de manière particulièrement forte, entre 30% et 50%. La croissance de l’emploi dans le canton de Vaud a également été plus élevée que celle pour l’ensemble de la Suisse entre 1995 et 2011 (19.6% contre 11.6%). Entre 1999 et 2012, la population et l’emploi ont crû en parallèle d’environ 1.3% en moyenne annuelle (contre 0.8% pour la Suisse ou 0.4% pour le canton de Berne). Malgré cette croissance soutenue, le canton de Vaud présente un taux d’emplois par personne en âge de travailler légèrement inférieur à la moyenne suisse. Par ailleurs, contrairement aux autres grands cantons, le canton de Vaud ne présente pas un solde positif de pendulaires, mais tout juste équilibré: le nombre de Vaudois travaillant dans le canton de Genève équivaut au nombre de Fribourgeois et de Valaisans travaillant dans le canton de Vaud. Ce résultat suggère que le canton de Vaud dépend, pour les emplois, en partie du marché du travail genevois, alors que le canton de Genève dépend, pour les logements, en partie du marché immobilier vaudois.
ii. Durant les vingt dernières années, le taux d’activité est resté stable dans le canton de Vaud, avec une légère tendance à la hausse depuis 2000. Avec un taux d’activité moyen de 80% sur la période 1991-2011, le canton de Vaud demeure quelque peu en dessous de la moyenne suisse (82%). Cependant, en comparaison internationale, il s’agit d’un taux d’activité très élevé qui n’est égalé que par quelques pays scandinaves. Si le taux d’activité a augmenté pour les femmes, il a légèrement diminué pour les hommes. Plus généralement, il est resté stable pour les suisses et les étrangers ainsi que pour les différents niveaux de formation. Le canton de Vaud intègre en 2012 une même proportion de personnes peu qualifiées dans son marché de travail que dans les années 1990 d’une part, et que la moyenne suisse d’autre part. Ce résultat contredit une opinion répandue selon laquelle la demande de la part des entreprises pour les personnes non qualifiées aurait disparu aussi bien en Suisse que dans le canton de Vaud. La principale raison est qu’il n’y a pas seulement moins d’emplois peu qualifiés, mais aussi un nombre décroissant de personnes arrivant sur le marché de travail sans qualification.
iii. Le taux de chômage est systématiquement plus élevé dans le canton de Vaud qu’en Suisse sur toute la période 1991-2012. Les deux courbes de chômage évoluent toutefois en parallèle. Le canton de Vaud connaît ainsi une durée médiane du chômage plus longue (131 jours calendaires) que celle observée pour la Suisse (111 jours), et ceci pour tous les niveaux de formation et groupes d’âge. L’analyse des places vacantes suggère que le chômage structurel est resté stable entre 2002 et 2012 dans le canton de Vaud. Cependant, le niveau de chômage structurel y est plus élevé: il faut davantage de places vacantes pour résorber le chômage dans le canton de Vaud qu’au niveau suisse. Deux facteurs contribuent toutefois à surestimer la disparité réelle entre les taux de chômage vaudois et suisse. Des différences cantonales peuvent être observées d’une part dans les comportements individuels d’inscription au chômage, et d’autre part dans la pratique administrative d’enregistrement des chômeurs arrivés en fin de droits. La comparaison entre les données d’enquête et de registre indique qu’une part plus élevée de chômeurs s’inscrivent auprès d’un office régional de placement (ORP) dans le canton de Vaud qu’en moyenne nationale; il y aurait donc moins de chômage «caché». A cet élément s’ajoute le fait qu’une part plus élevée de chômeurs arrivés en fin de droits reste inscrite auprès d’un ORP dans le canton de Vaud. Contrairement aux autres grands cantons, la collaboration interinstitutionnelle amène les ORP vaudois à s’occuper également du placement des bénéficiaires du revenu minimum d’insertion qui sont aptes à travailler; ces demandeurs d’emplois sont ainsi également comptés dans les statistiques officielles du chômage. En termes d’aide aux chômeurs, le système vaudois peut être alors considéré comme étant plus efficace qu’en moyenne suisse, puisque une part plus importante des personnes à la recherche d’un emploi est inscrite dans un ORP.
iv. Dans l’explication du différentiel entre les taux de chômage vaudois et suisse, trois explications peuvent être écartées. D’abord, ce n’est pas la part plus importante d’étrangers dans le canton de Vaud qui explique un taux de chômage plus élevé. L’écart dans le taux de chômage est plus élevé entre les suisses dans le canton de Vaud et les suisses au niveau national qu’entre les étrangers dans le canton de Vaud et les étrangers au niveau national. Ce n’est pas non plus la part plus élevée de personnes avec une formation tertiaire (par rapport aux personnes avec une formation professionnelle) qui explique le différentiel de chômage. En effet, malgré la forte expansion du nombre de diplômés d’une Haute École, les entreprises lémaniques déclarent rencontrer davantage de difficultés à embaucher ce type de profil en 2012 qu’en 2004, et davantage de problèmes que dans les autres régions. En revanche, le recrutement du personnel avec un apprentissage pose moins de problèmes aux entreprises lémaniques qu’en moyenne nationale. Enfin, l’augmentation du nombre de frontaliers dans le canton de Vaud n’explique pas non plus l’écart entre le taux de chômage vaudois et national. D’abord, le différentiel entre le taux de chômage vaudois et celui pour l’ensemble de la Suisse n’a pas augmenté depuis l’introduction de la libre circulation des personnes. Ensuite, les districts avec les taux de frontaliers les plus élevés – les districts du Jura-Nord et de Nyon – ne sont de loin pas ceux qui affichent les taux de chômage les plus élevés du canton.
v. Entre 1999 et 2012, le canton de Vaud a connu une forte croissance de son PIB (2.2% en moyenne annuelle), qui a été supérieure à celle observée pour l’ensemble de la Suisse (1.8%). Cependant, comme la croissance du PIB vaudois est allée de pair avec une forte croissance démographique, la croissance du PIB par habitant n’est pas plus marquée qu’en moyenne suisse. Le PIB par habitant dans le canton de Vaud a augmenté de 0.9% en moyenne par année entre 1999 et 2012 (de fr. 60'000 à fr. 68'000), alors qu’il a progressé de 1.0% par année pour l’ensemble de la Suisse (de fr. 61'000 à fr. 69'000). La croissance économique dans le canton de Vaud a été accompagnée d’une croissance salariale plus élevée qu’au niveau national: entre 2002 et 2010, le salaire médian vaudois a crû – en moyenne annuelle – de 1.8% en terme nominal et de 0.9% en terme réel (corrigé par l’effet de l’inflation), contre respectivement 1.5% et 0.6% pour la Suisse. Comme l’augmentation a été plus importante pour les hauts que pour les bas salaires, l’écart salarial s’est accru dans le canton de Vaud, tout comme en Suisse. En effet, corrigés par l’effet de l’inflation, les salaires pour les hommes et les femmes suisses engagés dans des activités simples et répétitives ont stagné entre 2002 et 2010 dans le canton de Vaud, tout comme en Suisse. Du point de vue des salaires, le personnel peu qualifié n’a donc pas profité de cette décennie de croissance économique. Enfin, contrairement à une idée répandue, l’évolution du PIB ne s’est pas dissociée de l’évolution du marché du travail durant la période 1999-2012, les périodes de croissance économique ont stimulé la création de l’emploi et la réduction du chômage dans une même mesure dans le canton de Vaud que pour l’ensemble de la Suisse. Pour chaque point de pourcentage de croissance économique dépassant le seuil d’environ 1%, le nombre d’emplois augmente et le nombre de chômeurs diminue d’environ un demi-point. Ainsi, en ce qui concerne l’influence de la croissance économique sur la croissance de l’emploi, les marchés du travail vaudois et suisse ne se distinguent guère; les deux montrent une réactivité similaire par rapport à l’évolution du PIB.