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Hommage à László Somogyi-Singer
Cher László, Laci pour les intimes,
Enfant, tu rêvais de devenir rabbin ou médecin, ton don naturel à faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous aurait fait merveille. Jouissant d’une très bonne oreille et une facilité naturelle pour la musique, tu avais commencé très tôt le violon et l’accordéon. A l’arrivée des nazis au pouvoir, tes rêves, comme ceux de millions d’autres, ont vite été brisés…
Tu es né dans une petite ville au sud de la Hongrie au nom imprononçable pour nous autres genevois, Kisújszállás. C’est d’ici que tu es envoyé au ghetto puis déporté en 1944, à 15 ans. Tu dois la vie, selon tes dires, à une erreur. Le train où tu étais enfermé avec toute ta famille, à l’exception de ton grand frère, parti pour un camp de travail à Strasshof (Autriche) alors qu’il devait partir pour Auschwitz. Sándor, ton frère tant aimé servait sur le front russe, avec des milliers d’autres juifs hongrois, dans un bataillon non armé de travail forcé. A la libération des camps, tu ne voulais plus retourner en Hongrie, mais la famille, dans l’espoir que Sándor y reviendrait aussi, se réinstalle à Kisújszállás. La maison est occupée par des voisins, les biens sont dispersés et ce frère auquel tu écriras des lettres fictives soixante ans après la Shoah, ne reviendra jamais.
En 1945, une nouvelle vie commence : tu peux enfin reprendre les études interrompues par la guerre et tu rejoins les rangs du Hashomer hatzaïr, des jeunes sionistes de gauche. Mais en 1951, meilleur étudiant pendant deux ans de la Faculté des lettres de l’Université de Budapest, tu es exclu de toutes les universités du pays. Issu de la classe « bourgeoise » (ton père possédait un moulin) et, par conséquent, considéré « ennemi du peuple », tu es envoyé pour rééducation dans une usine où tu vivras à nouveau l’exclusion.
Après la chute de l’insurrection de 1956, tu quittes la Hongrie définitivement et décides de te réfugier à Genève où tu reprends à nouveau des études afin de devenir traducteur-juré. Et pour faire vivre ta petite famille, tu obtiens aussi un certificat de cafetier. Homme curieux, généreux et affable, tu réussis à transformer le minuscule café près de l’Université et de la Maison Juive, en un lieu incontournable des professeurs et des étudiants, des Juifs et des émigrés de toute origine. Mais en 1981, suite à un premier infarctus qui sera suivi d’innombrables interventions médicales, tu dois fermer ce magnifique lieu de rencontres.
Croyant envers et contre tout à la perfectibilité de l’être humain, tu seras membre actif de la Loge des Amis fidèles, membre de l’Association des Hongrois de Genève et de l’Association des traducteurs. Tu es parmi les fondateurs de l’Association des Amis de la Musique Juive et de l’Association de rééducation cardiaque.
Très soucieux de transmettre aux jeunes générations un témoignage de l’horreur de la Shoah, tu n’as eu de cesse d’aller dialoguer dans des classes et d’accompagner professeurs et élèves à Auschwitz. En 2010, les Editions Encre Fraîche publient ton récit et l’année suivante, grâce au professeur Claudio Recupero, les élèves retracent ton histoire dans un film-témoin. Tous ces déplacements et conférences te coûtaient cher en émotion, en effort et en santé, mais à aucun prix tu n’aurais voulu y renoncer. Aujourd’hui, grâce à tes efforts généreux, le cimetière juif de Kisújszállás est réhabilité et un monument à la mémoire des victimes de la haine y est enfin érigé. En 2009, ta ville natale t’a décerné le titre de citoyen d’honneur. Les générations à venir auront ainsi ton témoignage de l’horreur de la Shoah, mais aussi ton avertissement : soyez vigilants !
Catherine Demolis et Judith Markish
Pour en savoir plus :
• László Somogyi-Singer, Péter Diener et Iván Bächer, 1944
Editions Encre Fraîche, 2010.
• « Laci bácsi » film de Elena Hazanov et Claudio Recupero.
produit par l’Atelier Façonneurs de mémoire, Genève, 2012.