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Cela faisait longtemps qu’Obatala
admirait l’imagination d’Orula.
Plus d’une fois, il avait pensé
lui donner le monde à gouverner.
Il s’était cependant ravisé
car Orula lui avait semblé
encore trop jeune pour endosser
de si grandes responsabilités.
Un jour, il décida de le tester
et lui ordonna de lui préparer
le meilleur repas qui soit.
Orula acquiesça et s’exécuta.
Il acheta au marché
une langue de taureau
entreprit de la cuisiner
et la lui servit aussitôt.
Alors qu’Obatala la dégustait,
il demanda au jeune orisha
pourquoi, selon lui, il s’agissait
du meilleur repas qui soit.
« Car la langue peut exprimer
la vérité, la vertu et la bonté.
Elle souhaite bonne chance – aché ! –
et permet à l’homme de s’élever. »
Un autre jour, voilà qu’Obatala
demanda cette fois-ci à Orula
de lui préparer le repas
le plus mauvais qui soit.
Ce dernier repartit au marché
racheta une langue de taureau
ré-entreprit de la cuisiner
et la lui resservit aussitôt.
– Orula, je ne comprends pas…
Comment peux-tu me servir
et présenter le même repas
comme le meilleur puis le pire ?
– Car la langue peut aussi exprimer
le mensonge, la haine, la méchanceté
et ainsi rabaisser l’homme, le blesser,
le calomnier, voir même, le répudier.
Et c’est ainsi que le Grand Obatala,
émerveillé par l’intelligence d’Orula,
décida ce jour-là de lui donner
le monde entier à gouverner…
Un conte de la tradition orale yoruba mis en mot par Samuel Feijoo dans son recueil Mitologia cubana (Ediciones Cubanas Artex – Miramar : 1986)
Adaptation Noémie Pétremand
Gravure Héctor R. López Figueroa