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Les êtres humains ont cela de singulier qu’ils ont une nette préférence pour leur main droite. Cette originalité ferait-elle écho à une architecture particulière de notre cerveau? Possible. Nous connaissons aujourd’hui une protéine qui se trouve impliquée dans son développement: la LRRTM1 – de l’anglais, leucine- rich repeat transmembrane neuronal protein.
L’évolution a offert à notre espèce un atout considérable en sculptant le cerveau en deux hémisphères aux fonctions distinctes, et a orienté les êtres humains vers l’usage de la main droite plutôt que de la main gauche. Ce phénomène est baptisé right-shift factor, littéralement «facteur de changement vers la droite». Et ceux qui emploient plutôt leur main gauche? Chez les gauchers, la symétrie du cerveau est modifiée, voire inversée. A l’origine de ce changement se trouve en particulier LRRTM1, une protéine impliquée dans le développement du cerveau et probablement dans la communication neuronale. Les chercheurs pensent que le fait d’être gaucher est dû à un dysfonctionnement de la protéine. Cependant, les êtres humains et les chimpanzés partagent une LRRTM1 identique, et les chimpanzés ne sont pas davantage droitiers que gauchers. Par conséquent, il est bien probable que non pas une mais plusieurs protéines nous font préférer la main droite à la main gauche. N’oublions pas non plus que l’environnement aussi occupe une place importante dans l’adoption de l’une ou de l’autre.
Avec un rôle dans le développement du cerveau et de la communication neuronale, il n’est pas surprenant que l’on ait cherché à relier LRRTM1 à des maladies telles que la schizophrénie ou l’autisme. Les scientifiques se demandent également si le fait d’être gaucher n’indique pas une prédisposition à des troubles neuropsychiatriques car une étude menée sur des individus schizophrènes a montré que beaucoup d’entre eux étaient gauchers. Ce genre de résultat doit être considéré avec prudence et ne signifie pas que les gauchers sont des schizophrènes potentiels; toutefois cela suggère qu’il puisse y avoir une prédisposition génétique à certains types de troubles psychiatriques. Et si LRRTM1 est impliquée, alors la conception de nouvelles thérapies ciblant la protéine peut s’avérer précieuse.
Institut suisse de bioinformatique
Groupe Swiss-Prot de Genève
Cet article est adapté de la rubrique «Instantané du mois» qui fait partie d’une publication électronique de vulgarisation scientifique intitulée «Protéines à la Une»