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Une table ronde sur S'attaquer à la discrimination et à la négligence dans le secteur WASH : Une Conversation gênante a eu lieu lors de la Semaine mondiale de l'eau de Stockholm le 29 août 2019. Il y a eu des interventions de 6 organisations sous les auspices du Swiss Water Partnership, et la session fut facilitée par Kerstin Danert (Skat).
Cette session portait sur les besoins spécifiques de groupes de personnes souvent négligées ou victimes de discrimination, notamment les femmes, les filles, les pauvres, les détenus, les personnes ayant des problèmes de santé mentale et les travailleuses du sexe. Vous trouverez ci-dessous un bref aperçu des sujets abordés au cours de la table ronde. L'enregistrement vidéo de la session est également disponible ici.
John Brogan (Terre des hommes) a parlé de la situation dans les prisons. Plus de 11 millions de personnes à travers le monde vivent en prison, dont plus de la moitié dans des pays à faible ou moyen revenu. La population carcérale mondiale est en augmentation. Dans le contexte des ODDs et de l'accès universel, beaucoup de travail a été fait pour accroître et améliorer l'accès aux services WASH au sein des institutions telles que les écoles et établissements de santé. Cependant, les prisons sont souvent exclues de ces efforts. Peu de recherches ont été réalisées sur ce sujet : UNC a récemment publié la première revue systématique des conditions sanitaires en milieu carcéral. Bien que le facteur de risque le plus souvent identifié soit les aliments et/ou boissons contaminés préparés ou manipulés dans la cuisine de l'institution, peu d'études ont été menées dans des pays à faible ou moyen revenu, biaisant ainsi les résultats de l'étude. L'accès aux prisons est souvent difficile : travailler sur les infrastructures WASH peut cependant ouvrir des portes permettant ainsi d'étudier les populations carcérales et les besoins spécifiques des détenus, y compris les femmes et les enfants. En effet, comme l'a souligné Shivani Swamy (Livinguard Technologies), en Inde, les enfants sont autorisés à rester en prison avec leur mère jusqu'à l'âge de 5 ans. Leurs besoins et ceux des femmes sont souvent négligés.
Un participant a également souligné qu'un projet d'une ONG visant à améliorer les conditions d'hygiène dans une prison avait été abandonné par la direction de l'ONG, car celle-ci souhaitait que le projet soit perçu comme venant en aide aux femmes et aux enfants plutôt qu'aux détenus, la seconde option étant plus difficile à vendre au public et aux donateurs. Un autre participant a remercié l'intervenant d'avoir mentionné cet élément, qui avait été souligné par le rapporteur des Nations Unies sur les droits à l'eau et à l'assainissement.
Lucie Leclert (Swiss Water & Sanitation Consortium) a abordé le thème de la menstruation, aujourd'hui encore tabou pour de nombreuses personnes. Lucie a souligné le manque d'infrastructures adéquates dans les écoles et le fait que les filles sont très souvent non-informées sur le sujet avant leurs premières règles. La menstruation peut être un facteur d'absentéisme ou d'abandon scolaire. Les garçons et les filles devraient être inclus lors de discussions sur la menstruation : le Swiss Water & Sanitation Consortium a développé un kit des écoles bleues, qui comprend un chapitre intitulé « Grandir et changer » abordant plus largement les changements de puberté et offrant des exercices pratiques et jeux pour les enfants afin de les informer sur la menstruation.
La menstruation est également un sujet d'intérêt pour Shivani Swamy (Livinguard Technologies) dont l'entreprise a commencé à fabriquer des Saafkins, serviettes hygiéniques réutilisables, pour les femmes en Inde. Ceci répond aux besoins spécifiques de certains groupes vulnérables, y compris les femmes en prison et les travailleuses du sexe, qui peuvent ne pas avoir les moyens de se payer des sous-vêtements. Suite à la visite d'une prison pour femmes en Inde, elle a constaté que les femmes n'ont souvent pas accès au savon, pas d'intimité - il devient difficile pour les femmes de gérer leurs menstruations dans ces conditions. En outre, elle a souligné que son entreprise avait reçu des commentaires mécontents de la part de personnes sur les réseaux sociaux pour avoir répondu aux besoins de ces femmes, car elles étaient perçues comme « pas dans le besoin » ou ne méritant pas un accès facilité aux serviettes hygiéniques.
L'une des participantes (Esther de Vreede de l'organisation Simavi - qui est également membre du Sous-RésEAU Afrique de la DDC) a fait remarquer que si l'on suppose souvent que les filles ne vont pas à l'école à cause de leurs règles, la recherche montre que le manque d'infrastructures ou de serviettes hygiéniques n'est pas la principale raison pour laquelle les filles ne vont pas à l'école. En Ouganda, par exemple, la douleur pendant les règles était le principal facteur d'absentéisme des filles. Elle a également suggéré de parler de la gestion de la santé menstruelle plutôt que de la gestion de l'hygiène menstruelle, qui sous-entend que les règles ne sont pas hygiéniques.
Carolien Van der Voorden (Water and Sanitation Collaborative Council (WSSCC)) a souligné que l'Assainissement Total Piloté Par la Communauté (ATPC : une méthodologie bien connue par laquelle les communautés sont mobilisées afin d'éliminer complètement la défécation en plein air) pourrait ne pas être aussi inclusif que nous voudrions le croire. Une étude du WSSCC sur l'inégalité dans l'ATPC a mis en avant quelques exemples de discrimination envers les personnes ayant des problèmes de santé mentale. Dans un cas, un homme a été banni d'un village lors de la visite des inspecteurs afin que la communauté puisse obtenir le statut d'Open Defecation Free. La population ayant également été contrainte de contracter des prêts pour atteindre la norme minimale que la communauté avait fixée pour les latrines, dans un cas, cela a conduit un homme âgé à perdre ses terres. Il existe également des exemples positifs d'ATPC inclusif et tenant compte des besoins des personnes vulnérables, mais il est important d'être conscients de ces autres cas. Le WSSCC a décidé de passer à l'action en sensibilisant davantage les facilitateurs d'ATPC aux inégalités et aux préjugés, afin de s'assurer que ces initiatives ne nuisent pas, en publiant un nouveau guide sur l'égalité et la discrimination à destination des facilitateurs d'ATPC.
Vasco Schelbert (EAWAG) a expliqué que les installations sanitaires partagées sont prédominantes dans les quartiers à faibles revenus et les logements informels. Elles peuvent prendre de nombreuses formes : partagées entre ménages, toilettes publiques ou communautaires. Toutefois, les installations partagées ne sont pas considérées comme un service de base dans le cadre de l'échelle JMP pour l'assainissement, qui est utilisée pour le suivi des ODDs. Pour cette raison, les pouvoirs publics et les ONGs n'investissent pas dans ces solutions, excluant ainsi un service que les habitants des quartiers informels utilisent et dont ils ont besoin. EAWAG travaille à l'élaboration de normes permettant d'évaluer la qualité des services d'assainissement partagés, en vue de les intégrer dans les systèmes mondiaux de surveillance tels que JMP.
Nadia Benani (DDC) a souligné le rôle des bailleurs de fonds dans la sensibilisation aux thématiques inconfortables mais indispensables pour aider les plus vulnérables. Elle a insisté sur la nécessité pour les donateurs de s'éloigner de la théorie du « ruissellement économique » afin de se concentrer sur les personnes les plus pauvres et les plus marginalisées de la société. Le nombre de personnes exclues du secteur WASH est énorme – la moitié de la population mondiale n'a pas accès à des installations sanitaires adéquates. L'approche de la DDC consiste à s'engager avec une série de partenaires afin de promouvoir des approches innovantes permettant de soutenir les personnes vulnérables.
La rapporteuse, Soraya Kohler (Swiss Water Partnership), a conclu que de nombreux obstacles dans le secteur WASH doivent encore être surmontés en ce qui concerne les populations marginalisées et vulnérables afin que l'objectif d'accès universel au WASH puisse être atteint. Nous devons veiller à ce que les questions relatives à l'égalité et à la discrimination – et, plus largement, au concept de « Ne laisser personne de côté » – restent à l'ordre du jour du développement international et plus particulièrement du secteur de l'eau.