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Il y a deux espèces de castors distinctes : le castor d'Europe, Castor fiber, établi dans toute l'Europe et jusqu'en Mongolie, et le castor canadien, Castor canadensis, que l'on trouve dans toute l'Amérique du Nord.
Extérieurement, les deux espèces ne se différencient pratiquement pas. Elles ont cependant un nombre différent de chromosomes (40 pour C. fiber ; 48 pour C. canadensis) et elles ne peuvent donc pas se s'hybrider : il n’y a même pas de descendants stériles comme entre le cheval et l’âne. On considère cependant que les services écosystémiques rendus par les deux espèces de castors sont comparables.
Après avoir été largement répandues jusqu'au XIIème siècle, toutes deux se trouvaient en bien mauvaise posture à l'aube du XXème siècle. Le castor européen a même frôlé l'extinction de justesse : à peine plus de 1000 individus ont survécu à la chasse immodérée visant sa fourrure, sa viande et son castoréum.
Eradication
L'utilisation intensive de sa fourrure, de sa viande et de son castoréum ont conduit le castor au bord de l'extinction. De plus, au Moyen-Âge, la croyance que cet animal se nourrissait de poissons était largement répandue et il était perçu comme un ravageur et un concurrent.
Son castoréum, sécrétion odorante produite par une glande anale, était utilisé aussi bien en parfumerie qu'en médecine. Il était en effet connu comme remède miracle à tout type de maux. Si ces propriétés étaient de manière générale largement exagérées, cette sécretion contient toutefois de faibles quantités d'acide salicylique (qui se retrouve également dans l'aspirine). Cette substance active est acquise par le castor au travers de son alimentation, largement composée de bois tendres comme le saule. Sa fourrure a quant à elle été très recherchée par les chapeliers. Les poils de bourre du castor feutrent particulièrement bien et produisent un tissu chaud et imperméable. Les chapeaux en poils de castor sont ainsi devenus très à la mode dès le 17ème siècle et ont conduit à une chasse immodérée.
L’église catholique a également largement contribué au déclin du rongeur. En effet, au cours des siècles, un nombre toujours plus grand de mammifères et d’oiseaux ont été déclarés comme étant des poissons, et malgré l'interdiction de la consommation d'animaux à sang chaud durant le carême (édicté en l'an 590 par le pape Grégoire Ier), le castor a été chassé durant cette période critique pour le développement des populations. La gestation des femelles débute généralement en février/mars, soit durant la période de carême, et l'abattage d'une femelle gestante conduisait ainsi à l'anéantissement de toute la prochaine génération. Cette chasse était justifiée par le postulat du Concile de Constance (1414 à 1418) spécifiant que les habitudes aquatiques et la queue écailleuse du castor le classaient dans la famille des poissons. Plus tard, le père jésuite Charlevoix a quant à lui précisé en 1754 : "De par sa queue, il est tout à fait poisson, et légalement déclaré en tant que tel par la Faculté de médecine de Paris, et suite à cette déclaration la Faculté de théologie a décidé que sa viande peut être mangée pendant le carême."
Répartition actuelle
Heureusement, la disparition du castor du continent européen a été identifiée à temps et de nombreux pays l'ont rapidement mis sous protection. Les premiers sont les pays scandinaves, dans les années 1860 déjà. En 1909, certaines régions françaises suivent le pas. Cette prise de conscience permet l'émergence de programmes de réintroduction à grande échelle en Europe : à nouveau, les pays du nord sont précurseurs et le premier castor réintroduit l'est en Suède en 1922. En 1929, c'est l'URSS qui s'attelle à cette tâche. De nombreux autres pays vont suivre cette tendance jusqu'à récemment (la Belgique réintroduit encore des castors à la fin des années 1990 et l'Espagne jusqu'en 2003).
Castor européen
Aujourd’hui, on estime que les effectifs du castor européen Castor fiber atteignent 1,5 mios d'individus. La plupart d’entre eux vivent actuellement en Russie, en Scandinavie et dans les pays baltes. Les populations relictuelles (ayant survécu à l'extermination de l'espèce) sont dessinées en gris sur la carte ci-dessous : elles se trouvent au sud de la France, en Norvège et en ex-URSS. La zone colonisée par les castors canadiens introduits en Finlande dans les années 30 est illustrée en jaune.
Castor canadien
L'Amérique du Nord a été colonisée il y a quelques 2 millions d'années par des castors européens (Castor fiber) migrant par le pont de terre qui existait alors entre la Russie et l'Alaska, à l'emplacement de l'actuel détroit de Béring. A la suite de la montée des océans, les deux continents se sont retrouvés séparés et les castors nord-américains ont suivi leur propre voie évolutive, jusqu'à devenir une espèce à part entière, Castor canadensis. La répartition de cette espèce ne couvrait à l'origine que l'Amérique du Nord.
En 1937 cependant, des castors canadiens ont été introduits en Finlande afin de soutenir les programmes de réintroduction du castor d'Europe alors en cours. On ignorait en effet à cette époque avoir affaire à deux espèces entièrement différentes. Près de 100 ans après cette réintroduction, les risques d'effacement du castor européen face au castor canadien semblent négligeables.
Plus tard, en 1946, on décida d'introduire le castor canadien en Terre de Feu afin d'enrichir la faune locale et de promouvoir l'industrie de la fourrure. Cette décision a eu des conséquences dramatiques : en effet, aucun prédateur naturel du castor (ours ou loup) n'est présent dans la région et l'espèce a donc pu se répandre exponentiellement. La végétation, n'ayant pas coévolué avec le castor, ne parvient pas à se régénérer après le passage des incisives de ce rongeur et des surfaces désolées se forment malheureusement après son passage.
Sous-espèces
La question des sous-espèces du castor fait l’objet de fréquentes querelles d’experts lorsqu’il s’agit du maintien de l’espèce Castor fiber. On distingue aujourd'hui 8 sous-espèces du castor européen qui ont été déterminées à l’origine sur la base de différences morphologiques. Les recherches génétiques récentes montrent cependant qu’il ne s’agit en fait que de deux lignées, une occidentale et une orientale, qui reflètent probablement deux zones de refuge (sud de la France et dans la région de la Mer noire) pendant la dernière glaciation. Avec la fonte des glaces, les castors sont partis de ces zones pour occuper les nouveaux habitats qui se dégageaient au nord.
On distingue les sous-espèces suivantes dans la lignée occidentale :
- le castor de Scandinavie, Castor fiber fiber,
- le castor de l’Elbe, C.f. albicus,
- le castor du Rhône, C.f. galliae.
Et dans la lignée orientale :
- en Russie, C.f. belarusicus,
- en Mongolie et en Chine, C.f. birulai,
- en Europe de l’Est et en Russie, C.f. osteuropaeus, C.f. pohlei et C.f. tuvinicus.