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On me trouvera toujours aux côtés des partisans de la démocratie directe, du pouvoir donné au peuple de s'exprimer sur les sujets de son choix, par voie d'initiative ou de référendum. Le suffrage universel apporte une contribution décisive à l'équilibre des pouvoirs, comme le montre l'état de santé de notre pays, économique et politique, par rapport à la plupart de ses voisins. La Suisse a toutes les raisons de faire confiance à sa population et les citoyens sont tout à fait capables de choisir les membres d'un exécutif, comme ils le montrent lors des élections cantonales.
Alors pourquoi dire non à l'élection du Conseil fédéral par le peuple? Parce que cette innovation présenterait de nombreux inconvénients en raison de la complexité culturelle et linguistique de notre pays, sans apporter aucune efficacité supplémentaire. En France, François Hollande est élu par le peuple. En Allemagne, Angela Merkel est élue par les parlementaires. La France est-elle plus forte, mieux gouvernée que l'Allemagne? François Hollande est-il plus représentatif de la population qu'Angela Merkel? Bien sûr que non. L'élection de l'exécutif par le peuple n'est pas un gage d'efficacité.
En revanche, l'élection du Conseil fédéral au suffrage universel provoquerait des tensions inutiles dans le pays. L'initiative qui nous est proposée prévoit de réserver deux sièges sur sept à la minorité latine de notre pays. C'est une manière d'exclure à tout jamais une représentation du Tessin au sein du gouvernement fédéral alors que, s'il faut une réforme, elle devrait plutôt assurer une meilleure représentation de la Suisse italienne.
Quelle que soit son origine, chaque conseiller fédéral est élu aujourd'hui par les Chambres à la majorité des voix. Ce ne serait plus le cas. Pour garantir l'élection de deux latins, un candidat romand pourrait être élu même s'il obtenait moins de suffrages qu'un candidat domicilié en Suisse allemande. La légitimité et la crédibilité des conseillers fédéraux latins en seraient affaiblies.
Elire un collège pose un autre problème. On compte une à deux démissions du Conseil fédéral en moyenne par législature. S'il était élu par le peuple, nous nous retrouverions en campagne électorale permanente: tous les quatre ans, plus à chaque élection complémentaire. Au lieu de s'occuper des affaires du pays, ce qui est essentiel dans un monde de plus en plus tourmenté, on voit bien à quoi les membres du gouvernement seraient d'abord amenés à songer: à leur réélection. Bonjour la gestion du pays.
La Suisse est beaucoup plus diverse, plus complexe que chacun de nos cantons. Faire comme si le système appliqué sur le plan cantonal pouvait se transposer au niveau fédéral est une aberration. Les citoyens, que l'on essaie de séduire aujourd'hui, ne tarderaient pas à devoir payer l'addition.
Olivier Feller
Conseiller national libéral-radical
Article publié dans 24 heures du lundi 8 avril 2013