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La notion de «superstition» en histoire comparée des religions: Grèce antique et Japon du premier XXe siècle
Lorsqu’un témoin du vocabulaire commun comme Le Grand Robert définit la superstition comme un «comportement irrationnel, généralement formaliste et conventionnel, vis-à-vis du sacré», l’emploi d’une telle notion se présente comme complexe pour l’historien des religions. En effet, si les pratiques divinatoires peuvent aujourd’hui être perçues comme des comportements irrationnels vis-à-vis du sacré, il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque Hérodote décrit les oracles de la Pythie, il témoigne de la légitimité et de l’autorité de cette figure aux yeux des anciens Grecs, et ce même si certains oracles ont pu être remis en question. Dès lors, lire les textes grecs relatifs à la divination au prisme de la superstition semble être un exercice difficile.
À l’inverse, la notion de superstition est présente à des degrés divers au Japon, mesurée à l’aune du canon bouddhique dès le VIIe siècle, puis à celle du canon jésuite dès le XVIe siècle, avant d'être débattue avec l’occidentalisation rapide du pays dans la seconde moitié du XIXe siècle. Au début du XXe siècle, les superstitions, critiquées jusqu’alors comme des freins à la compréhension des textes religieux ou à l’édification des masses populaires, constituent au contraire une survivance de la japonité fantasmée des origines qui seront valorisées par certaines écoles des études folkloriques japonaises. Il s’agira d’étudier ces nouveaux discours, les débats qu'ils engendrèrent et l'élaboration de leur légitimité scientifique pour comprendre comment le pouvoir politique et religieux dut tout à la fois chercher à en accepter l’existence pour son capital identitaire et à en rejeter les conséquences pour réformer et moderniser malgré tout les mœurs.
L’étude de ces deux aires culturelles séparées dans le temps et l’espace nous permettra alors de voir en quoi la notion de superstition peut aussi bien être une entrave à la compréhension d’une pratique spécifique qu’une impulsion à de nouvelles interrogations.