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PHILOSOPHIE
Philosophie de la photo peut signifier qu’on philosophe sur elle.
C’est-à-dire qu’on l’interroge à partir de notions que les philosophes ont accumulées depuis deux mille cinq cents ans. On lui demande alors quels sont ses rapports avec la perception, l’imagination, la nature, la substance, l’essence, la liberté, la conscience. Le danger de cette approche est qu’elle applique à la photo des Concepts qui ont été créés longtemps avant son apparition, et qui risquent donc de lui convenir mal.
Et en effet beaucoup de philosophes honorables ayant suivi ce chemin ont conclu que la photographie était de la peinture ou de la littérature amoindries. Ce jugement était prévisible, puisque les concepts de la philosophie occidentale expriment justement une vision picturale, sculpturale, architecturale et littéraire des choses. Mais philosophie de la photo peut désigner aussi la philosophie que propose la photo elle-même, celle qu’elle suggère et diffuse en vertu de ses caractéristiques.
Tout matériau, tout instrument, tout processus disposent autour d’eux, par leur texture et leur structure, une certaine façon de construire l’espace et le temps. Ils activent davantage telle portion de nos systèmes nerveux. Ils invitent à des gestes ou des opération s, ils en excluent d’autres. Pour autant, ils instituent un style d’existence chez ceux qui les utilisent. Il n’y a pas de raison que les pellicules, les appareils, les papiers photographiques soient dépourvus de ce genre d’action.
Sans doute suggèrent-ils un espace et un temps imprévus, une façon autre de saisir la réalité et le réel, l’action et l’acte, l’événement et l’éventuel, l’objet et le processus, la présence et l’absence, bref une certaine philosophie.