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Le chanvre est utilisé pour ses vertus, notamment contre les douleurs et ce depuis des millénaires. Une enquête, publiée en février 2019 sur le site des Instituts Américains de la Santé (National Institutes of Health), met en avant que plus de la moitié de ces ordonnances ont été prescrites afin de soulager cette maladie qui touche une personne sur cinq : les douleurs chroniques.
Comment les cannabinoïdes agissent-ils sur la douleur ?
Les chiffres (1)
Après la Californie en 1996, c’est aujourd’hui trente-trois états fédéraux (plus le district de Columbia) aux Etats-Unis qui autorisent l’usage des cannabinoïdes afin de soulager des patients aux pathologies diverses et variées (dix états fédéraux autorisent l’usage récréatif du cannabis). Pour pouvoir bénéficier d’une autorisation, les futurs usagers doivent répondre à certaines conditions d’admission qui varient, selon la politique appliquée dans chacun de ces états.
Afin de vérifier la recevabilité de ces ordonnances prescrites par les praticiens, les Instituts Américains de la Santé (National Institutes of Health) ont mené une étude en se référant sur les registres établis depuis 1996. Seulement une vingtaine d’états fournissent ces informations qui sont parfois erronées. Ce manque d’adéquation avec la réalité vient du fait qu’elles sont fournies sur la base du volontariat des patients.
Les résultats concluent que les douleurs chroniques sont les principales raisons des ordonnances de cannabinoïdes, de 1996 à 2016, avec une moyenne de 62,2%. Les autres pathologies admissibles les plus répandues sont les spasmes musculaires dus à la sclérose en plaques, les nausées et les vomissements provoqués par la chimiothérapie, le syndrome de stress post-traumatique et le cancer.
Pour ces différentes pathologies neuf personnes sur dix ont émis le fait que les cannabinoïdes ont eu un effet de soulagement sur leurs symptômes.
Enfin, cette étude met en évidence la nécessité de normaliser la collecte des données de ces prescriptions. La non-reconnaissance des cannabinoïdes au niveau fédéral freine ainsi le développement de la recherche et invite l’Organisation des Nations Unies (ONU) à reclasser le cannabis dans le tableau de la Convention Unique des Stupéfiants recommandé en février 2019 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
L’Organisation des Nations Unies (ONU) à part ailleurs décalé cette votation à mars 2020, l’ayant prévue initialement en mars 2019.
La douleur chronique (2)
La douleur est « une expérience sensorielle et émotionnelle déplaisante associée au dommage actuel ou potentiel des tissus ». Individuelle et subjective, elle est propre à chacun d’où la difficulté de définir une échelle conforme sur son intensité.
Son rôle premier est de signaler et de protéger le corps humain par le biais de nocicepteurs (récepteurs périphériques de la douleur). Ils vont capter cette information pour la transmettre par le biais des nerfs sensitifs à la moelle épinière.
En remontant la moelle épinière, le signal traverse le thalamus puis le cortex cérébral du cerveau afin d’enregistrer l’information de la douleur, cette douleur « ordinaire » (ou nociceptive) est appelée plus couramment douleur aiguë.
Lorsque la douleur est persistante, sur une durée de plus de trois mois malgré la disparition de la cause initiale, on parle de douleur chronique. De même si elle est récurrente, se manifestant donc périodiquement.
Dans ce cas précis, la douleur ne remplit plus son rôle de signal d’alarme et de protection de l’organisme et devient donc une maladie à part entière que l’on peut caractériser en trois types de douleurs :
- La douleur par excès de nociception (ou inflammatoire)
- La douleur neuropathique
- La douleur dysfonctionnelle
La douleur chronique entraîne des difficultés psychiques (dépression, anxiété, insomnie…) engendrant également des pathologies physiques et un retrait d’ordre social. La douleur handicape ainsi le quotidien des patients, tant dans leur carrière professionnelle que dans leur vie personnelle. Cela représente près de 20% de la population, chiffre voué à la hausse du fait du vieillissement de la population et du manque de recherches sur les causes de ces pathologies.
L’histoire (3)
Utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise depuis 4700 ans avec la parution des premiers écrits relatant de l’utilisations du chanvre comme plante médicinale. La première anesthésie générale réalisée lors d’une opération chirurgicale, fût par ailleurs pratiquée par le légendaire Hua Tuo au IIe siècle à l’aide de son célèbre mafeisan, autrement appelé la « poudre de chanvre bouillie ».
De 1500 à 200 av J.C., le cannabis était utilisé comme médicament en Egypte, en Inde, en Grèce et dans la région méditerranéenne pour traiter de nombreuses pathologies, notamment la douleur. En Perse, le cannabis été glorifié comme étant la plante médicinale la plus importante, d’après le livre sacré de la religion mazdéenne, l’Avesta.
Au début de la médecine Islamique, le cannabis fut une plante controversée. Définie par certains comme un poison mortel, bien qu’aucun cas de décès ne lui soit jusqu’à présent imputable, tout comme une plante aux vertus exceptionnelles par d’autres. Au IXe siècle un médecin Perse, Shapur Ibn Sahl, soulageait les maux de tête de ses patients à l’aide de « jus de cannabis », qu’il traitait par inhalation.
Au XIXe siècle, le Dr Lynch traita une patiente atteinte de douleurs neuropathiques au niveau de la tête et des yeux avec « une teinture de chanvre indien ». D’après ses résultats, les douleurs auraient disparues au bout de deux jours. Il mit en évidence les effets du cannabis sur un autre patient, atteint de névralgie aux bras et à l’aide de « teinture indica ».
En 1887 un professeur en médecine de Philadelphie, Dr Habart Amory Hare, établit un article sur les avantages des cannabinoïdes par rapport aux opioïdes qui engendrent des effets indésirables comme nausées, sédation (action calmante) et dépendance.
En 1925, la Société des Nations autorise l’usage du chanvre et de ces dérivés uniquement pour un usage médical. Après des études concentrées au milieu du siècle sur les effets psychoactifs du cannabis, il sera considéré par la Convention unique sur les stupéfiants en 1961 comme une drogue à part entière au même titre que la cocaïne, le LSD ou encore l’héroïne.
Les recherches médicales sur les potentielles utilisations des cannabinoïdes dans la pharmacopée pour soulager, voir soigner, différentes pathologies comme la douleur sont donc freinées, en toute ignorance des précédentes preuves sur ces vertus, reconnues depuis des millénaires.
La recherche
En 2013 et fort d’une autorisation lui permettant de prescrire des phytocannabinoïdes, le Dr Sunil K. Aggarwal étudia l’effet des cannabinoïdes sur ses patients souffrant de douleurs chroniques telles que la douleur myofaciale, la douleur neuropathique, le mal de dos, la douleur arthritique, la fibromyalgie, la douleur viscérale. Une fois le dosage adéquat à l’organisme de chacun, les patients ont ressenti un soulagement de leurs symptômes.(4)
Les douleurs chroniques sont régulièrement traitées à l’aide d’opioïdes, malgré leurs manques d’efficacités pour soulager certaines douleurs.
Les Dr Hohmann et Russo ont observés en 2013 que les cannabinoïdes, en complément d’un traitement usuel, permettent de réduire le dosage ainsi que la tolérance et la dépendance engendrées par les opioïdes.(5) Ce même Dr Russo avait par ailleurs déjà étudié, en 2004, le rôle des endocannabinoïdes sur des douleurs chroniques comme la migraine, la fibromyalgie et la colopathie fonctionnelle, montrant ainsi que la prise de phytocannabinoïdes permettent de soulager ces maladies en rééquilibrant le système endocannabinoïde.(6)
Le système endocannabinoïde joue par ailleurs un rôle essentiel dans le signal et l’intensité de la douleur. Les cannabinoïdes (endogènes et exogènes) produisent des effets analgésiques et antinociceptifs. Ils permettent également de moduler la transmission du signal de la douleur entre la colonne vertébrale et le cerveau, et de réduire la sensibilité à la douleur.
La dernière étude sur les douleurs chroniques neuropathiques publiée en août 2018 et menée par le Dr Gabrielle Gobbi, met en évidence l’affiliation entre le cannabidiol (CBD) et les neurotransmetteurs de la sérotonine par le déclenchement de récepteurs, jouant un rôle sur l’anxiété (5-HT1A) et sur la douleur (TRPV1).(7)
Le Cannabidiol (CBD), phytocannabinoïde n’ayant aucun effet psychoactif, fût bien que moins étudié au cours de l’histoire que son homologue le tétrahydrocannabinol (THC).
Mis au centre des recherches ces dernières décennies, les études cliniques sur le cannabidiol (CBD) sont plus qu’encourageantes et permettent de déterminer ses multiples vertus sur les douleurs, nausées, vomissements, l’épilepsie, le sevrage, l’anxiété, les spasmes musculaires induits par la sclérose en plaques, le stress post-traumatique…
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Sources
5 : Ethan B. Rosso and Andrea G. Hoffmann. Role of Cannabinoids in Pain Management
6 : Ethan B. Rosso. Clinical Endocannabinoids Defiency (CECD) : Can This Concept Explain Therapeutics Benefits of Cannabis in Migraine, Fibromyaligia, Irritable Bowel Syndrome and Other Treatment-Resistant Conditions ?
7 : De D Gregorio, RJ McLaughlin, L Posa, R Ochoa-Sanchez, J Enns, M Lopez-Canul, M Aboud, S Maione, S Comai, G Gobbi. Cannabidiol modulates serotonergic transmission and reverses both allodynia and anxiety-like behavior in a model of neuropathic pain.
L’ensemble de nos articles est écrit par Vincent, membre de notre équipe éduqué aux sujets des cannabinoïdes et diplômé d’école de Chimie. Les faits retranscrits au travers de notre blog d’information sont issus de la littératures scientifique internationale, dont les sources sont vérifiables et citées en fin de chacun de nos articles.
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