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Benedikt Meyer, historien et chroniqueur
La vision était sinistre. La neige recouvrait la val de Travers en une couche épaisse et brouillait la vue; les visages étaient livides et émaciés. Par centaines, par milliers même, ils se tenaient à la frontière de la Suisse, quémandant le droit d’entrer.
Durant l’hiver 1870-1871, la guerre entre la France et la Prusse fut horrible, et la froide saison encore plus. Conduite par le général Charles Denis Soter Bourbaki, l’armée de l’Est avait pour mission d’attaquer les troupes allemandes qui s’étaient emparées de Belfort. Mais elle fut bientôt défaite et se replia vers le sud avant d’être encerclée à Pontarlier. Les forces commandées par Bourbaki manquaient de nourriture et de vêtements, le général lui-même tenta de se suicider le 26 janvier pour échapper à une dégradation humiliante. Son successeur, le général Clinchant, mena ce qui lui restait d’hommes à la frontière suisse en essuyant de lourdes pertes. Là, il demanda l’asile militaire au Conseil fédéral le 28 janvier. La convention fut signée aux Verrières dans la nuit même par le général suisse Hans Herzog. Déposant armes, munitions et matériel à la frontière, 87 000 soldats à bout de forces et 12 000 chevaux trouvèrent alors refuge en Suisse.