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Les cheveux courts, très concentrée, elle écoute un client se plaindre et la menacer. Elle ne fronce pas le sourcil, ne montre aucune réaction. Elle l’observe comme un objet d’étude et ce de façon scientifique. L’homme est à deux doigts d’hurler.
- Madame, si je ne vois pas les hippopotames, je vous jure que je fais fermer votre endroit. Je vous jure que vous entendrez parler de moi. S’il faut y aller, à minuit, à trois heures, à quatre heures du matin, vous me dites et j’y vais. Je suis vice-président, directeur, administrateur dans telle et telle société.....et j'ai du pouvoir vous ne savez pas jusqu'à quel point! - Il est vrai que c'est le seul endroit au monde où on voit vivre des hippopotames dans l'eau salée du fleuve (personnellement j'ai marché 22 km dans la savane et traversé les mangroves à pied pour en voir un cinq secondes, le temps qu'il sorte sa tête de l'eau et qu'il replonge aussitôt sous l'eau.)
Assise à la même table que le madrilène, je sens la moutarde me monter au nez face à tant d'arrogance.
- Pour avoir 100% de chance de voir un hippopotame, il faut rester à Madrid et aller au zoo lui dis-je. Il ne m’adressera plus la parole après ça. Je dis ensuite à l’ethnologue, un brin moqueur, il faudrait lui mettre un « hippopotame dans le c… » et elle éclate de rire et tous les autres clients avec.
Immédiatement on a sympathisé après cet épisode plutôt hilarant. Manager de Orango Park Hôtel depuis quatre ans, elle a crée un musée Bijagos à l’intérieur du complexe constitué de cases traditionnelles.
Mariana Mihaiela Ferreira avec l’art des conteurs retrace les années Ceausescu lorsqu’elle était en Roumanie, sa rencontre avec celui qui deviendra son futur mari. Un étudiant de Guinée Bissau, boursier en Roumanie pour devenir pilote de ligne. Au milieu de ses études, la Roumanie coupe les bourses des étudiants. Elle décrit des années difficiles de racisme où lorsqu’ils allaient au cinéma, il fallait se mettre dans des rangées séparées. Après qu’elle ait fait un sit-in de deux jours devant les administrations avec leur bébé pour obtenir le certificat qui autorise leur mariage ; une employée touchée par cette situation, lui organise un rendez-vous avec Ceaucescu en personne qui donnera l’ordre qu’on lui remette les papiers nécessaires à leur régularisation. Puis un jour, son mari vient avec la chemise déchirée, en sang, l’alliance arrachée, il raconte comment on l’a attaqué et insulté : "Tu ne crois pas que tu vas rester avec une de nos femmes ! " lui lancent ses assaillants.
Ils décident en 1986 de rentrer en Guinée Bissau. Musicienne violoniste et pianiste avec des études d’ethnologie à la clé, elle commence à travailler comme professeur de musique à Bissau, ils auront quatre enfants de cette union. Puis à travers l’histoire de la musique et les enregistrements et documentaires qu’elle réalise, elle voyage dans toute la Guinée Bissau, elle parle couramment le « kriolu » du pays, un mélange de langues africaines à base lexicale portugaise . Elle vous décrit avec précision les huit régions de Guinée Bissau, toutes les ethnies qui y habitent. Les manjaks, les « mancanhas, les Papels, les mandinkes originaires des empires du Mali et du Gabù, les lignées descendantes puis les Bijagos, ethnie à part avec la particularité d’avoir un statut matriarcal existant par la présence de baloberas, femmes sorcières ou sages qui prennent des décisions pour la communauté et qui intercèdent entre l’énergie spirituelle du « Iran » et les villageois.
Mariana Mihaiela Ferrera a réalisé de nombreux projets soutenus par l’Union européenne entre autres, la création d’un atelier de tissage de pagnes traditionnels à Quinhámel, ville qui se trouve dans la région du Biombo, à plus de 30 kilomètres de Bissau, la capitale. Son livre vient d’être publié en portugais« O pano de tear », une tradition mystique de Guinée Bissau, le pagne tissé intervient dans les moments les plus importants de la vie, mariage, décès, naissance, il accueille aussi l’énergie des « Iran » et peut être investi d’un puissant pouvoir. Une tradition ancestrale qu’elle maintient grâce à son atelier.
Il est évident que mon voyage en Colombie, à San Basilio Palenque l’a rend curieuse. L’ethnologue pourrait imaginer, à son tour, aller sur les traces de Benkos Biohò et découvrir ces Bijagos de l’autre côté de l’Atlantique en Colombie. J’ai déjà parlé d’elle à la communauté de San Basilio Palenque et la possibilité qu’une ethnologue puisse venir continuer le travail de l’écrivain.
Elle a encore des projets plein son tiroir après le management de Orango Parque ’elle gère de main de maître, elle se voit voyager, prochaine étape la Colombie, San Basilio de Palenque sur les traces de mon héros Benkos Biohò ? qu
Les cheveux courts, très concentrée, elle écoute un client se plaindre et la menacer. Elle ne fronce pas le sourcil, ne montre aucune réaction. Elle l’observe comme un objet d’étude et ce de façon scientifique. L’homme est à deux doigts