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La liaison entre Berne et Zurich est l'une des lignes les plus fréquentées du réseau ferroviaire suisse. Ceux qui l'empruntent régulièrement le savent: les places libres sont difficiles à trouver - aux heures de pointe, même en première classe. Par conséquent, un voyage en train Intercity au départ de Berne à 18h02 n'est pas approprié pour une conversation téléphonique au contenu confidentiel. Du moins, si l'on parle à plein volume au milieu du wagon.
La scène commence comme n'importe laquelle rencontre dans un train. Un homme – chemise blanche, pantalon sombre, chaussures en cuir – demande poliment s'il y a encore une place de libre. Il s'assied ensuite avec deux autres passagers dans un compartiment de quatre places. Ce qu'il ne sait pas à ce moment-là, c'est que son voisin de siège est journaliste. L'homme ouvre son ordinateur portable et commence à travailler. Jusque-là, c'est le quotidien d'un pendulaire.
Peu après le départ du train, son téléphone portable sonne et l'homme se met à parler d'une voix forte – si forte qu'on l'entend dans les compartiments situés devant, derrière et de l'autre côté du couloir. Cela aussi, c'est fréquent. Sauf que le pendulaire est officier et occupe une fonction de responsabilité au sein de l'état-major de l'armée. C'est ce que révèle l'écran de veille de son ordinateur portable entièrement ouvert, qui s'est entre-temps mis en mode d'économie d'énergie. L'homme à l'autre bout du fil connaît personnellement l'officier, ils se tutoient et discutent sur un ton amical.
La conversation entre les deux hommes porte d'abord sur les motivations possibles du président russe Vladimir Poutine en Ukraine. Le collaborateur de l'état-major de l'armée explique que «de notre point de vue» – et là, il fait probablement référence à l'armée suisse – Poutine n'est pas un acteur agissant de manière irrationnelle. Avec l'échec de la stratégie visant à renverser rapidement et par la force le président ukrainien Volodymyr Zelensky, Poutine a pris un risque calculé. Cela n'a pas été payant. Mais selon «notre estimation», poursuit l'officier, le président russe est tout à fait capable d'écouter les conseillers et d'adapter sa stratégie aux conditions changeantes.
Il est manifestement plus critique à l'égard du gouvernement suisse, comme il le fait savoir à son interlocuteur. Il qualifie la ministre de la Défense Viola Amherd (Centre) et le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis (PLR) de «figures faibles» qui, en cas de crise, «se retrancheraient dans une boule à neige» et ne réuniraient autour d'eux qu'un «cabinet de cuisine».
Après cette déclaration peu respectueuse à l'égard de sa propre cheffe de département et du président de la Confédération en exercice, l'homme à l'autre bout du fil en vient à sa véritable préoccupation. Il veut que l'employé de l'armée le conseille sur une offre qu'il souhaite soumettre au Service de renseignement de la Confédération (SRC). L'officier lui donne des conseils d'ordre général concernant la structure, le langage et l'objectif de l'offre: «Tu dois dire brièvement et précisément pourquoi on a besoin de toi», conseille-t-il à son ami. Et de lui rappeler que la personne du SRC à qui l'offre doit être adressée est actuellement «très occupée».
L'appelant demande alors l'adresse e-mail de la personne de contact au SRC. Il veut savoir s'il peut indiquer lors de la soumission de l'offre qu'il a reçu les coordonnées de sa connaissance à l'état-major de l'armée. L'officier répond que cela lui serait désagréable. A ce moment de la conversation, il prend certes quelques précautions pour rendre le contenu de son échange méconnaissable aux autres passagers – par exemple, il n'épelle pas l'adresse e-mail en entier, mais parle seulement de «prénom-point-nom».
Ensuite, le collaborateur de l'état-major de l'armée esquisse dans les grandes lignes pour sa connaissance la vision du monde et la carrière de la personne à qui l'offre doit être adressée. Là encore, il ne cite pas de nom et se contente de parler de «dernière» et d'«avant-dernière étape» du CV. Mais le contexte permet de déduire qu'il est très probablement question de Christian Dussey, le nouveau directeur du service de renseignement depuis début avril. Peu après, l'entretien prend fin.
Quelques minutes plus tard, le téléphone de l'officier sonne à nouveau. Il adopte également un ton amical avec son deuxième intervenant et le salue par son prénom. Cette conversation téléphonique ne permet pas de savoir si l'appelant travaille également pour l'armée ou non. Alors que lors du premier appel, l'officier avait pris soin de ne pas citer de nom, il laisse désormais tomber cette mesure de précaution. Il raconte franchement au téléphone son entretien avec Christian Lanz, l'attaché de défense suisse à Stockholm. L'officier raconte qu'il s'est entretenu avec Lanz de l'état des discussions en Finlande et en Suède sur une adhésion à l'Otan.
Interrogé, il explique qu'il va en tirer «un rapport pour Pälvi». Il fait référence à Pälvi Pulli, la conseillère suprême de la Confédération en matière de politique de sécurité. A la fin du deuxième entretien, l'officier s'enthousiasme encore, fait remarquable, sur les avantages du travail dans le train.
Interrogé sur l'incident, le porte-parole de l'armée Daniel Reist a déclaré à CH Media que les collaborateurs de l'administration fédérale devaient respecter les prescriptions en vigueur:
Immédiatement après que l'armée ait pris connaissance de l'incident par la demande de CH Media, une enquête formelle a été lancée auprès de la personne mentionnée, explique Reist. Après l'évaluation de cette enquête, soit une enquête disciplinaire sera ordonnée, soit des mesures de droit du personnel seront prises, allant d'un avertissement à un licenciement immédiat.
«L'armée ne peut donc pas encore se prononcer sur les mesures qui seront prises dans le cas décrit», affirme Daniel Reist. Et d'ajouter:
Il n'a pas encore été possible de déterminer avec certitude si le collaborateur de l'état-major de l'armée a révélé des informations classifiées, explique le porte-parole de l'armée Reist. L'ordonnance sur le personnel de la Confédération oblige, toutefois, tous ses employés à garder le secret «sur les affaires professionnelles et commerciales qui, de par leur nature ou en vertu de dispositions légales ou d'instructions, doivent être tenues secrètes».
L'état-major de l'armée fait partie du Groupement Défense, c'est-à-dire de l'administration professionnelle de l'armée subordonnée au Département fédéral de la défense (DDPS). Ses collaborateurs sont régulièrement sensibilisés à la protection des informations et des données, explique le porte-parole de l'armée. Cela comprend la directive selon laquelle des «mesures appropriées contre l'écoute» doivent être prises lors de la transmission orale d'informations classifiées. Interrogé sur les conseils donnés par l'officier pour soumettre une offre, Reist renvoie aux règles de conduite du Groupement Défense. Les directives sur la prévention de la corruption obligent par exemple les collaborateurs du DDPS à «accomplir leurs tâches sans abuser de leur position professionnelle pour obtenir un avantage pour eux-mêmes ou pour un tiers».
Il fallait bien le remercier pour son année de bons et loyaux services à la présidence du Grand Conseil valaisan. Le journal Le Temps révèle que le service parlementaire a gratifié le démocrate-chrétien Manfred Schmid de la possibilité de tirer un mouflon. Vous savez, cet ovin aux longues cornes impressionnantes de beauté, ancêtre du monton: