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Paul Schliekelman et ses collègues de l'université de Californie, à Berkeley (Etats-Unis), ont montré, fin mai, que la forte prévalence du sida en Afrique crée les conditions pour une sélection naturelle de variants qui affectent le délai entre l'infection au VIH et le déclenchement du sida (Lancet 2001 ; 357 : 1770).L'équipe de Schliekelman confirme les estimations des Nations Unis, selon lesquelles, si les tendances actuelles de l'infection de sida se poursuivent, et si la mortalité due au sida reste stable, le risque de mourir du sida pour un garçon de 15 ans en 1999 dépasse 65% en Afrique du Sud et atteint près de 90% au Botswana. Un tel niveau d'infection exerce une pression de sélection sur CCR5, un récepteur de chémokines à la surface des cellules, dont certaines formes retardent la progression du sida de deux à quatre ans en prolongeant la survie au moment du pic de fertilité chez les porteurs de ce variant.Schliekelman calcule que, d'ici un siècle, la fréquence du variant qui retarde le sida passera de 0,4 à 0,53, et le temps moyen avant le déclenchement du sida augmentera d'un an (Nature 2001 ; 411 : 545). «Cet avantage sélectif est comparable à celui de la résistance à la malaria chez les porteurs hétérozygotes de l'allèle S de l'hémoglobine», analyse-t-il.Rupert Kaul, de l'Université d'Oxford, dont le groupe étudie la résistance humaine naturelle au VIH, juge que l'article est «une fantastique analyse», même s'il attire l'attention sur le fait que les auteurs n'ont étudié que les effets des allèles qui retardent la progression de l'infection. «Il faut s'attendre à ce que l'épidémie de VIH sélectionne encore plus fortement les allèles associés à la résistance à l'infection par le VIH, comme certains allèles HLA et d'autres facteurs hérités non définis», explique-t-il.Kaul commente également le fait que cette étude donne une idée de l'impact que l'épidémie de VIH aura sur les niveaux de santé publique. «Cela donne une incitation encore plus grande aux professionnels de la santé et aux chercheurs qui essayent de prévenir les adolescents vulnérables d'attraper le VIH, que cela soit par l'éducation et la prévention, ou par le développement de vaccins protecteurs du VIH», poursuit-il.Co-auteur de l'étude, Chad Garner signale que d'autres facteurs génétiques pourraient augmenter la résistance au sida. «Il a été montré qu'une mutation du gène «stromal-factor-derived» situé sur le chromosome 10, protège contre le VIH selon un mécanisme moléculaire encore inconnu, même si, selon notre étude, la résistance due à ce locus est très rare au sein des populations africaines», indique-t-il. L'équipe prévoit de regarder ce point ainsi que la sélection naturelle due à la transmission maternelle, et l'interaction entre la dynamique de l'épidémie, l'évolution de la réponse humaine au VIH et l'évolution du VIH lui-même.«Avec les avancées rapides actuelles en génétique humaine, il est probable que des gènes qui confèrent une résistance à d'autres maladies infectieuses vont être découverts il sera alors très intéressant d'étudier ces gènes de façon similaire», prédit Schliekelman.