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1666
Nicolas Boileau, Satires
Paris, C. Barbin, 1666
Brouille ridicule à propos de Quinault
La Satire III de Boileau fait le récit d'un diner de sots parmi des nobles de campagne. A la fin du repas, les convives se mettent à juger les auteurs du temps pour en faire le Parnasse quand "un des campagnards relevant sa moustache", donne son avis sur Quinault :
A mon gré, le Corneille est joli quelquefois.
En vérité, pour moi j'aime le beau françois.
Je ne sais pas pourquoi l'on vante l'Alexandre,
Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre,
Les héros chez Quinault parlent bien autrement,
Et jusqu'à Je vous hais, tout s'y dit tendrement.
On dit qu'on l'a drapé dans certaine satire ;
Qu'un jeune homme... Ah ! je sais ce que vous voulez dire,
A répondu notre hôte : "Un auteur sans défaut,
"La raison dit Virgile, et la rime Quinault."
Justement. A mon gré, la pièce est assez plate.
Et puis, blâmer Quinault !... Avez-vous vu l'Astrate ?
C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé.
Surtout "l'Anneau royal" me semble bien trouvé.
Son sujet est conduit d'une belle manière ;
Et chaque acte, en sa pièce, est une pièce entière.
Je ne puis plus souffrir ce que les autres font.
Il est vrai que Quinault est un esprit profond,
A repris certain fat, qu'à sa mine discrète
Et son maintien jaloux j'ai reconnu poète,
Mais il en est pourtant qui le pourraient valoir.
Ma foi, ce n'est pas vous qui nous le ferez voir,
A dit mon campagnard avec une voix claire,
Et déjà tout bouillant de vin et de colère.
Peut-être, a dit l'auteur pâlissant de courroux :
Mais vous, pour en parler, vous y connaissez-vous ?
Mieux que vous mille fois, dit le noble en furie.
Vous ? mon Dieu ! mêlez-vous de boire, je vous prie,
A l'auteur sur-le-champ aigrement reparti.
Je suis donc un sot ? moi ? vous en avez menti,
Reprend le campagnard ; et, sans plus de langage,
Lui jette pour défi son assiette au visage.
En ligne sur Gallica p.27
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