Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06905.jsonl.gz/103

05 décembre 2015
CO2 : la bonne nouvelle de l’océan austral
J’ai déjà mentionné rapidement le fait que l’océan austral absorbe à nouveau le CO2 atmosphérique. Je reviens sur cette bonne nouvelle. On se souvient du cri d’alarme lancé il y a une dizaine d’année: les océans, puits à carbone, étaient saturés.
Le taux de CO2 atmosphérique allait donc grimper encore plus vite, accélérant de manière irréversible la bascule supposée du climat. La raison évoquée alors: les vents de surface avaient augmenté, empêchant le CO2 de se dissoudre dans l’eau et donc d’être ensuite transformé par le plancton. Ces vents n’auraient jamais été aussi forts depuis 1’000 ans.
Rien ne semblait pouvoir empêcher cela:
« C’est grave. Tous les modèles climatiques prédisent que ce genre de réaction va continuer et s’intensifier au cours du siècle. » (Corinne Le Quere, Université d'East Anglia)
Comment fonctionne la pompe à carbone océanique (image 1 Ocean-climate, cliquer pour agrandir)? Il y a deux modes:
« Le gaz est d’abord absorbé par l’eau de mer, se mélangeant avec la couche d’eau à la surface et transporté dans les profondeurs de l’océan par les modèles de circulation de l’eau. C’est la pompe physique.
Le gaz est également absorbé par les milliards de phytoplanctons et autres organismes microscopiques, qui tombent au fond de l’océan quand ils meurent, piégeant le dioxyde de carbone dans les couches profondes de sédiments. C’est ce qu’on appelle la pompe biologique. »
Interprétation erronée
Il était même question de rétroaction positive: l’océan aurait répondu au réchauffement en injectant plus de carbone dans l’air, accélérant donc encore plus le réchauffement (image 2 INSU-CNRS). En mai 2014 il était même question d’un réchauffement inquiétant de l’Antarctique et de son assèchement par manque de précipitations.
On sait depuis que c’est erroné: l’Antarctique n’a jamais été aussi froid, aussi longtemps, et a pris de l’épaisseur! Encore une fois les conclusions alarmistes sont contredites.
Une étude rendue publique cette année affirme maintenant que la captation du carbone dans l’océan austral s’améliore depuis 2002! Encore une contradiction avec les informations de 2006-2007 sur l’épuisement du puits de carbone. Que s’est-il passé?
« Les capacités d’absorption des océans sont en réalité très fluctuantes, sous l’effet de divers facteurs, comme la température, l’activité biologique du phytoplancton, la fonte des glaces qui joue sur la densité des eaux, etc. Durant la décennie 1990, ces facultés d’absorption ont diminué en raison d’une variation du régime des vents : des vents plus forts – dus au réchauffement climatique – brassant davantage les eaux, ont entraîné une remontée du CO2 des eaux profondes vers la surface.
Dans la dernière décennie, d’autres éléments (un refroidissement des eaux de surface dans le secteur pacifique de l’océan Austral et un changement de circulation océanique dans le secteur Atlantique) sont entrés en ligne de compte, conduisant cet océan dans son ensemble à mieux remplir son rôle de régulateur. »
Aujourd’hui l’accélération des vents océaniques, en particulier des alizés, est désignée au contraire comme raison du rafraîchissement en cours de l’atmosphère.
Cela montre au moins que l’on ignore encore beaucoup de choses sur les mécanismes très complexes du climat terrestre. Les prédictions sur l’avenir devraient être plus prudentes.
Une autre information est surprenante: le ratio de CO2 dans l’atmosphère est inchangé depuis 1850. La proportion de CO2 produit par les activités humaines, par rapport au CO2 global (donc aussi naturel), est proportionnellement le même qu’il y a 160 ans. C’est expliqué dans cet article, dont voici un extrait:
« C’est à dire que la Nature s’arrange toujours (sans que nous sachions comment elle procède) pour envoyer et garder dans l’atmosphère toujours la même fraction (43%) du CO2 que nous émettons par nos diverses activités, et ceci qu'elle que soit la quantité que nous envoyons ! Autrement dit, et encore, les biotas, la végétation et les océans adaptent leurs capacités d'absorptions du CO2 quelle que soit la quantité émise, pour conserver un rapport constant entre la quantité de CO2 absorbé et la quantité de CO2 qui va dans l’atmosphère. »
Il y aurait donc des mécanismes de rétroactions négatives (qui freinent les anomalies) à l’oeuvre mais nous ne les connaissons pas encore.
Il y a certes une urgence climatique suite à cette bonne nouvelle: l’urgence est de prendre conscience que nous ne connaissons pas tout du climat et que la plus élémentaire prudence est de ne pas se précipiter tête baissée dans le catastrophisme. Aujourd’hui personne ne peut dire si la vision conservatrice de l’écologie, qui propose le retour à des normes de CO2 et de températures du passé, est la bonne solution, comme s’il fallait figer le climat sur une période donnée, ou si la vision adaptatrice qui prépare l’ajustement aux conditions nouvelles et qui reconnaît son incertitude sur la prévalence humaine ou naturelle sur la variation climatique est préférable.
Personne ne peut dire si la norme la meilleure de climat est celle des années 1600, 1850, 1950 ou 2015.