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Feuilleton radiophonique
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Ludwig van Beethoven, un destin hors du commun
A l'occasion du 250e anniversaire de Ludwig van Beethoven (1770-1827), découvrez en dix épisodes la vie du célébrissime compositeur allemand dans l’époque qui l’a vu s’épanouir avec en toile de fond, la politique, la Révolution française, la philosophie, l’hygiène et la médecine.
Un feuilleton radiophonique proposé par la RTBF, écrit par Cécile Poss et réalisé par Marion Guillemette.
"Ainsi se passèrent les années 70, sans qu'on nʹentende rien dire de particulier à son égard"
Episode 1
La famille van Beethoven sʹinstalle à Bonn en 1740, 30 ans avant la naissance du célèbre compositeur. Celui-ci, dʹaprès le registre de baptême a vu le jour le 17 décembre 1770 mais il est probablement né la veille.
Il grandit dans une famille dont seuls 3 enfants survivront. Son père Johann, chanteur à la cour électorale a un penchant prononcé pour lʹalcool, et dit-on, dans cet état, il réveillait son petit Ludwig en plein milieu de la nuit pour lui donner des leçons de piano. Beethoven apprend la musique, quitte lʹécole à lʹâge de 10 ans et fréquente rapidement les milieux éclairés de Bonn.
Cʹest que la ville est ouverte aux arts grâce au prince électeur de Cologne, Maximilian Franz, dernier fils de lʹimpératrice Marie Thérèse et frère de Joseph II.
>> A écouter:
"Recevez des mains de Haydn, l'esprit de Mozart"
Episode 2
En 1787, le prince Électeur permet à Beethoven dʹentreprendre son premier voyage dʹétudes. Le jeune compositeur se rend à Vienne et caresse lʹespoir dʹy rencontrer celui dont on lui parle depuis sa prime enfance, W.A. Mozart. Le voyage est bref car la mère de Ludwig est mourante. Johann van Beethoven presse donc son fils de regagner Bonn au plus vite. La tuberculose emporte Maria Magdalena Keferich le 17 juillet 1787.
Quelques années plus tard, Beethoven reprend la route de Vienne. Haydn lʹinvite à travailler la composition avec lui. Beethoven ne sait pas que ce deuxième voyage dʹétude durera jusquʹà la fin de sa vie. La révolution française a gagné Bonn qui est dès lors sous sa domination. Voilà un jeune Beethoven de 22 ans, premier musicien libre et indépendant de lʹhistoire de la musique.
>> A écouter:
"Voilà mes 25 ans, il faut que cette année révèle l'homme achevé"
Episode 3
En 1795, Ludwig van Beethoven a 25 ans. Cʹest le premier compositeur de lʹhistoire de la musique à se libérer du joug des cours et des instances religieuses.
Plusieurs nobles le subventionnent et Beethoven nʹémet quʹune seule condition à ce mécénat: être totalement libre de toute contrainte. Il est à Vienne qui est très friande à cette époque de joutes musicales. Deux musiciens sʹaffrontent sur le terrain de lʹimprovisation et Beethoven qui excelle dans cet art, remporte chaque bataille pianistique.
Beethoven finit même par écrire en toutes notes dans ses œuvres des traits qui étaient originellement improvisés. Et quand il a trop travaillé, le compositeur avait pour habitude de se verser un seau dʹeau sur la tête. Il retournait à sa table de travail, sans prendre le soin de se sécher. Sauf quʹà cette époque, lʹeau courante nʹétait pas installée dans les logements.
En 1796, il entame une tournée et passe par Berlin. En rentrant, il contracte ce quʹon appelait à lʹépoque le typhus. Dʹaprès certains de ses contemporains, cʹest à cause de ce "typhus" que Beethoven aurait commencé à perdre lʹouïe.
>> A écouter:
"C'est l'art et lui seul qui m'a retenu"
Episode 4
"Quelques mois après le coup dʹEtat de Bonaparte, Beethoven offre sa première symphonie au public viennois. Il a 30 ans et souffre depuis quelques années déjà de surdité. En espérant trouver un remède à ce mal, il se rend dans une ville dʹeaux, Heiligenstadt.
Cʹest là, en 1802, quʹil écrit une longue lettre à ses frères dans laquelle il confie vouloir mettre fin à ses jours. Il leur écrit aussi que cʹest lʹart et lui seul qui lʹa retenu.
Beethoven se sent désormais investi dʹune mission. Sa souffrance ne sera pas veine. Grâce à la musique, il va aider les hommes à surmonter leurs douleurs, tout comme sa musique, lʹa aidé, lui, à dépasser sa souffrance".
>> A écouter:
"En souvenir d'un grand homme"
Episode 5
1802 est une année charnière dans lʹhistoire. Bonaparte devient Premier Consul à vie et signe le Concordat du Pape. Beethoven rédige le testament dʹHeiligenstadt et refuse de mettre fin à ses jours. Il jette même sur le papier les premières notes de sa troisième symphonie quʹil souhaite dédier à Bonaparte. Il caresse lʹespoir de trouver un poste à Paris auprès du 1er Consul.
Cette même année 1802 est essentielle dans lʹhistoire de la médecine. Elle voit apparaître lʹinternat des hôpitaux qui permet lʹémergence de lʹanatomie-clinique ou anatomie pathologique. En ce début de XIXe siècle, naissent les bases de notre médecine.
>> A écouter:
"Il n'y a qu'un Beethoven"
Episode 6
Lʹunique opéra de Beethoven est créé en 1805 à Vienne. Cʹest un échec car les musiciens, aussi bien instrumentistes que chanteurs, considèrent que lʹœuvre est trop compliquée.
C'est une critique récurrente quʹon adressera à Beethoven qui répliquera: "Jʹécris pour les générations futures et pas pour les imbéciles qui pianotent pour combler le vide de leur existence plus misérable quʹune dinde de basse-cour."
Beethoven nʹa quʹune seule règle, être fidèle à son art et à ses convictions. Aussi lorsquʹil se rend chez son mécène le Prince Lichnowsky et que ce dernier lui demande de jouer devant les officiers français qui logent au château, Beethoven explose, quitte la demeure sur-le-champ et envoie un billet à son bienfaiteur: "Prince, ce que vous êtes, vous lʹêtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il nʹy a quʹun Beethoven."
>> A écouter:
"Ne garde plus le secret de ta surdité"
Episode 7
En marge dʹun de ses quatuors, Beethoven écrit: "De même que tu te jettes ici dans le tourbillon mondain, de même tu peux écrire des œuvres, en dépit de toutes les entraves quʹimpose la société. Ne garde plus le secret de ta surdité, même dans ton art".
Et pour cause, le handicap du compositeur a permis de mettre en exergue trois périodes dans sa production, trois manières dʹécrire qui sont façonnées par lʹévolution de sa surdité. Haydn avait fait une critique à Beethoven, lui disant que sa musique comporterait toujours quelque chose de bizarre car il est lui-même bizarre et que la musique, cʹest toujours lʹhomme.
Beethoven souffrait de raptus, il lui arrivait de sʹénerver, parfois outre mesure sans pouvoir se contrôler. Sa nervosité retombait aussi vite quʹelle était apparue. Cʹest également un des éléments quʹon retrouve dans sa musique, qui comporte aussi des traits dʹhumour, à lʹinstar de son créateur.
>> A écouter:
"Le Ciel sait ce qu'il adviendra désormais"
Episode 8
En 1809, les guerres reprennent, Vienne est bombardée et Napoléon sʹinstalle dans le Palais de Schönbrunn. Les mécènes de Beethoven fuient la capitale de la musique et la monnaie est dévaluée.
Quelques années plus tard, sur les conseils de son médecin, Beethoven va faire une cure à Toeplitz, cʹest là quʹil écrit la Lettre à lʹImmortelle Bien aimée, cʹest là aussi quʹil fait la rencontre de Goethe. Puis viennent les années 1812-1813. La situation politique se retourne. Napoléon perd ses guerres, Beethoven est sollicité pour composer des chants et de la musique patriotiques.
Son succès est important, il est considéré comme le plus grand compositeur vivant. Cʹest de cette période que date sa septième symphonie. Dorénavant, plus question pour lui de sacrifier à la facilité viennoise. Ce qui est difficile, dit-il, est beau, bon et grand.
Alors que Beethoven essaie de percer tous les secrets de lʹécriture contrapuntique, les hommes dʹEtats se réunissent lors du Congrès de Vienne qui jette les bases de lʹUnion européenne.
>> A écouter:
"C'est le produit le plus réussi de mon esprit"
Episode 9
En 1815, Karl van Beethoven, le frère du compositeur, décède de la tuberculose. L’épidémie fait rage et suscite l’intérêt de différents médecins qui essaient de l’endiguer. Le médecin français Laennec s’y intéresse de près, trop près puisqu’il contractera la maladie et en mourra non sans avoir auparavant inventé l’instrument inséparable de tout docteur, le stéthoscope.
Beethoven devient le tuteur légal de son neveu, Karl. Le compositeur souhaite ne pas en faire un homme ordinaire c’est pourquoi il l'astreint à une éducation extrêmement sévère.
Quelques années plus tard, l’archiduc Rodolphe est nommé au siège épiscopal d’Olmutz et Beethoven veut faire pression sur lui pour obtenir un poste fixe. Il compose alors la messe solennelle pour la cérémonie d’intronisation. Pratiquement au même moment, le compositeur écrit une œuvre qui lui permet de répondre à son souhait le plus profond, celui de donner par sa musique de la Joie à l’humanité, c’est sa 9ème symphonie.
>> A écouter:
"Comment pourrais-je vous remercier pour cet excellent champagne!"
Episode 10
Beethoven est entièrement sourd. Il a pris l’habitude de donner des carnets de conversation à ses interlocuteurs. Ses amis notent ce qu’ils veulent dire à Beethoven qui lui, répond de vive voix, fort, trop fort. C’est que le climat qui règne à Vienne, sous Metternich, est un climat d’espionnage et de censure.
La relation que Beethoven a établie avec son neveu Karl est extrêmement complexe et malheureuse, au point que son neveu tentera de se suicider en se tirant une balle dans la tête, à l’endroit précis où Beethoven aimait se promener.
Le suicide étant alors considéré comme un crime, Beethoven se réfugie avec son neveu chez son autre frère, Johann.
Lorsque Beethoven regagne Vienne, il souffre d’une pneumonie. Les remèdes utilisés à l’époque sont le champagne et le vin. Or ceux-ci sont chargés en plomb. Le métal serait à l’origine de la surdité du compositeur mais ce n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Buvait-il beaucoup, souffrait-il aussi d’hémochromatose?
Le 26 mai 1827, Beethoven rend l’âme et en ce siècle où l'être humain a pris une place centrale, le compositeur est enterré dans une tombe individuelle.