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Vol Interne : Abus de confiance et escroquerie à Genève L'hôtelier genevois trop confiant et le réceptionniste sans vergogne. Tribune de Genève du 03.04.03
03/04/2003
L'employé s'engage à rembourser avant de prendre la fuite
Tribune de Genève du (03/05/2003) SERGE GUERTCHAKOFF
Le réceptionniste d'un quatre-étoiles genevois a dérobé 230 000 francs.
C'est l'histoire d'une confiance trahie, d'un employé qui avait l'estime d'une famille avant de disparaître dans la nature. M., Franco-Algérien de 33 ans au bénéfice d'un permis C, a détourné entre juin 2001 et avril 2003 la somme de 230 000 francs au détriment d'un hôtel quatre-étoiles genevois d'une trentaine de chambres situé sur la rive gauche. Une plainte pénale a été déposée le 1er mai pour détournement de fonds, gestion déloyale, abus de confiance, escroquerie, faux dans les titres et utilisation frauduleuse d'un ordinateur.
La méthode employée
Comptable de formation, le réceptionniste en question avait débuté en novembre 2000. Il œuvrait de 8h à 12h, puis de 14h à 17h. Puis de 17h30 à minuit, il allait travailler dans un autre hôtel. Cela lui permettait de gagner environ 7000 francs net par mois.
Apparemment, cela ne lui suffisait pas. Pour s'enrichir rapidement, il a mis au point la méthode suivante: il prélevait dans la caisse du jour de l'hôtel l'argent versé en liquide par les clients pour régler leur séjour, ceci au lieu d'aller le déposer en banque chaque soir. Il a aussi utilisé le papier à en-tête officiel de l'hôtel, en usurpant le titre de manager et en indiquant que tel versement devait être effectué sur un compte lui appartenant. Enfin, M. a réussi à se faire créditer sa propre carte de crédit plusieurs fois par Visa. Cet organisme a commis l'erreur de ne jamais envoyer d'avis de débit au service comptable de l'hôtel. "Nous avons un compte ouvert chez eux et Visa nous le créditait en pensant que nous remboursions un client ayant annulé dans les délais son séjour", raconte le directeur de l'hôtel.
Pour parvenir à ses fins, M. avait obtenu d'un client de l'hôtel où il travaillait le soir une disquette permettant de casser les codes, c'est-à-dire permettant de passer outre certaines sécurités en pouvant modifier n'importe quelle donnée, par exemple afin de faire disparaître la trace de certaines nuitées.
Biens immobiliers en Algérie
Le 15 avril dernier, l'hôtelier découvre que M. a utilisé les codes de ses collègues pour déduire certains paiements en espèces. Il parvient à joindre l'employé indélicat qui passe ses vacances en Tunisie. Ce dernier admet les faits, sans avouer le montant réel des détournements cumulés.
De retour de vacances le 20 avril, il accepte de consigner par écrit ses aveux. Il affirme qu'il va rembourser les 230 000 francs d'ici fin juin 2003, notamment en empruntant une partie de la somme auprès d'amis. L'hôtelier accepte de ne pas le dénoncer à la police, mais exige et obtient de M. qu'il lui remette ses passeports français et algérien, ainsi que deux classeurs contenant le détail de ses virements bancaires. M. attend de percevoir le salaire de son second job, puis disparaît le 30 avril. Sur ce, l'hôtelier entre en contact avec le frère de M., notaire établi à Genève. Mais ce dernier préfère lui poser un lapin, d'où le dépôt d'une plainte pénale.
Entre-temps, la victime découvre que son réceptionniste s'était acheté un grand appartement dans le très réputé quartier des ambassades à Alger, mais aussi une maison à Bejaia, en bordure de mer, près d'Alger. Enfin, il possède encore un appartement dans le Xe arrondissement de Paris.