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De 1891 à 1921, pendant 30 ans Charles Krafft œuvre pour le développement de La Source. Le 10 aout 1921, il décède brusquement d’une affection cardiaque à l’âge de 58 ans. Tout à la fois directeur de l’école-hôpital qu’il a pensée et développée, professeur dans son école, médecin et chirurgien dans sa propre clinique, rédacteur du journal La Source et de multiples brochures et livres de cours, Charles Krafft a construit une œuvre imposante et multiforme. Sa mort laisse l’institution plusieurs fois orpheline.
Les anciennes élèves, très touchées par ce départ, offre en souvenir, un buste qui est scellé en automne de la même année dans le mur de la Clinique. Interviewées en 1983, par une Sourcienne, Yvonne Hentsch, deux diplômées, Olga Stoutz-Heinzelmann
Audio Face A:
et Emilie Tamburini-Rosset
Audio Face B:
(volée 1920) se souviennent, chacune à sa manière, de ce temps-là…
Suite au décès de Charles Krafft, l’institution traverse une grande période d’incertitude qui va cependant se résoudre par le rachat, par la Fondation La Source de la Clinique de Beaulieu. Elle devient la Clinique de La Source. Elle rachète aussi les droits d’auteurs des publications et des livres de cours de Charles Krafft. Le fils de Charles Krafft, Henry-Charles Krafft, accepte d’assurer l’intérim mais refuse de reprendre la direction de l’école-hôpital. Il souhaite une séparation entre la direction médicale et la direction administrative et morale. Ainsi, dès 1922, deux médecins se partagent la direction médicale de la clinique, du dispensaire et de l’infirmerie: Henry-Charles Krafft, fils du défunt, et Maurice Tecon, Ils sont aussi les médecins-professeurs des élèves, le premier enseignant la chirurgie et le second la médecine. Un pasteur est nommé à la direction de l’école : Maurice Vuilleumier.
Le 1er mai 1922, un nouveau directeur entre en fonction, le pasteur Maurice Vuilleumier. Il est issu d’une famille d’universitaires, de théologiens principalement. Il a étudié à la Faculté de théologie de Lausanne (Église nationale) pour devenir pasteur de la paroisse de Chesalles et Brenles. Parallèlement à toutes ses activités pastorales puis directoriales, il s’implique dans le Cartel romand d’hygiène sociale et morale, association de moralité publique de lutte contre l’alcoolisme et la prostitution. En tant que théologien, il édite les œuvres d’Alexandre Vinet et d’Henri Vuilleumier, son père, tous deux théologiens protestants renommés. Il participe activement à l’édition de la Revue de théologie et de philosophie.
A nouveau, l’École La Source est dirigée par un pasteur. Dès son arrivée à la direction de La Source, il témoigne qu’il va prendre cette fonction comme une mission-vocation religieuse. Il se sent appelé à ce poste. A la tête de l’École, il fait preuve de très bonnes capacités de gestion et d’une grande rigueur personnelle. La Source lui doit des négociations fructueuses qui vont permettre l’ouverture de stages dans les hôpitaux vaudois et en Suisse romande, jusque-là fermés aux Sourciennes. La mise en place de la traditionnelle Journée Source, en 1925, est aussi une de ses œuvres en faveur du développement de la «famille Source». Les Sourciennes lui sont redevables d’une volonté de faire d’elles des professionnelles: il leur confie la gestion du Foyer Source et du Bureau de placement et les encourage à prendre leur autonomie au sein de leur association professionnelle nationale. Sur le plan professionnel, les infirmières du canton de Vaud lui sont débitrices de leur premier règlement de protection professionnel en 1928. Ce premier règlement vaudois sur la profession infirmière ne le satisfaisant pas, il négocie son remaniement en 1939, afin de protéger davantage la profession et la formation donnée dans les écoles. Il devient la référence en la matière auprès des autorités. Sur le plan Suisse, il soutiendra les infirmières désireuses de se rendre autonome dans la gestion de leur association professionnelle, alors qu’il s’agissait pour elles de faire scission avec l’Alliance suisse des gardes-malades fondée et reconnue par la Croix-Rouge suisse. C’est ainsi qu’en 1936, l’Association nationale d’infirmières diplômées d’écoles suisses reconnues est créée et entre l’année suivante au Conseil international des infirmières.
Une mission religieuse et une attention à la condition de la femme, voire une forme de féminisme, sont à la base de la fonction qu’il a exercée au sein de l’institution. Une si grande œuvre accomplie en si peu de temps le fragilise sur le plan de sa santé. Après une longue maladie qui l’a éloigné de son travail, il décède le 16 février 1940.
En 1922, la Fondation La Source engage des pourparlers avec la Croix-Rouge suisse (CRS) car elle pense que l’appui que pourrait lui fournir cette dernière lui permettrait le développement de son institution. Ces démarches avaient débuté en 1914 déjà, Charles Krafft désirant obtenir un rapprochement afin que l’École en devienne une association auxiliaire. A la suite de ces négociations, une Convention est enfin signée entre la CRS et La Source le 21 février 1920. Désormais, un délégué de la CRS entre dans le Conseil de fondation de La Source et cette dernière obtient une représentation aux Assemblées générales de la CRS, au prorata du nombre d’élèves formées.
Ce premier rapprochement est suivi d’un second qui engagera davantage l’École vis-à-vis de la Croix-Rouge suisse. Effectivement, en 1923, une nouvelle Convention est signée. Elle a pour résultat immédiat l’admission de délégués de la CRS dans le Conseil de fondation et la création d’un Conseil d’École dans lequel la CRS aura la majorité avec cinq délégués sur neuf, tous médecins. La Source devient ainsi l’«École romande de gardes-malades de la Croix-Rouge suisse», au même titre que le Lindenhof (Berne) est son école suisse alémanique. Cette convention s’efforcera de respecter les volontés de Valérie de Gasparin, tant au niveau de la laïcité que de l’éducation évangélique. Grâce à cette convention, La Source renforce différents aspects de sa formation: allongement des études, stages hospitaliers en Suisse romande, notamment.
En 1910, deux personnes mouraient chaque jour de tuberculose dans le canton de Vaud. C’était la maladie la plus meurtrière. En 1921, Charlotte Olivier, femme médecin engagée dans le combat contre la tuberculose, donne une conférence à Lausanne sur la nécessité de former des personnes pour assurer ces tâches de santé publique. Il s’agissait alors de pénétrer dans les maisons, joindre les conseils bienveillants et les services pratiques en matière d’hygiène au délicat mandat d’observer et d’interroger, puis de convaincre de se faire soigner. Elle pense essentiellement à les confier aux femmes et, plus particulièrement, aux infirmières. Pour y donner suite, Maurice Vuilleumier propose, en 1922 déjà, la création d’un cours pour infirmières visiteuses à La Source. Son premier projet est de prolonger de deux mois la formation de base de gardes-malades, mais cette solution n’est pas retenue.
Le cours pour infirmières visiteuses n’est mis en place qu’en 1929. Il s’agit de deux mois de cours théoriques et de deux mois de visites dans les dispensaires et autres lieux médico-sociaux de la Romandie. Les candidates doivent avoir obtenu le diplôme de gardes-malades, ou du moins être à la fin de leurs études. Ce cours se donne en alternance, avec la même formation, à La Source et à l’École sociale pour femmes à Genève. Le programme de 1931 à La Source comprend 130 heures de théories enseignées par une trentaine de professeurs différents (médecins, avocats, juges, infirmières, etc). La direction de La Source est persuadée que les infirmières visiteuses doivent constituer une élite, autant au point de vue de leurs qualités morales qu’au point de vue professionnel. Elles recevront effectivement un meilleur salaire que les infirmières de base et une meilleure reconnaissance politique et sociale, comme l’atteste cet article de 24 Heures de 1953. Elles sont en effet des intermédiaires entre le pouvoir politique, le pouvoir médical et les familles visitées. Les tâches de l’infirmière visiteuse sont sociales et sanitaires, comme l’atteste l’extrait de l’interview de Germaine Golay (volée 1923) sur son activité d’infirmière visiteuse à la Vallée de Joux, dès 1930.
En 1953, le cours change de dénomination et se réoriente vers un cours d’hygiène sociale. En 1968, afin de différencier nettement l’infirmière de l’assistante sociale et de s’adapter à la définition de l’OMS, le cours passe à 6 mois et devient une formation d’infirmière en santé publique.