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Légende de la roue des Ecureuils
Pourquoi appelle-t-on les Romontois "Les Ecureuils" ?
Le visiteur du château est frappé par l’énormité de la roue du puits qui servait autrefois à ravitailler en eau les hôtes de la demeure des comtes. Or c’est précisément autour de cette roue que sont nés les écureuils romontois.
Profond d’une quarantaine de mètres, avec deux mètres de vide intérieur, ce puits contient en permanence onze mètres d’eau dans son fond. On la tirait au moyen de cette grande roue de bois, dont le diamètre est de quatre mètres cinquante, et la largeur de plus d’un mètre.
L’historien ajoute :
Dans son immobilité, la grande roue du puits nous parle d’un temps révolu, comme la haute tour voisine, percée pour sa défense d’étroites meurtrières, ou le chemin de ronde qui court sur la muraille crénelée. Or, c’est précisément de ce temps révolu que date la légende des Romontois écureuils.
Voici les faits :
Le fameux comte Jacques avait à son service une fort belle et gente demoiselle qui s’appelait Pierrette, en souvenir, bien sûr, de l’illustre fondateur de Romont Pierre II de Savoie, le Petit Charlemagne. Cette Pierrette, simple, gaie et fort jolie, affriandait tous les garçons, non seulement roturiers comme elle, mais nobles aussi, qui la fréquentaient au grand dam des demoiselles délaissées, filles de comtes ou de barons. Elle s’amusait, et en faisait accroire à tous ces damoiseaux, car elle avait promis son cœur à Pierre, le garçon le plus leste de Romont, qui grimpait au clocher, descendait les oubliettes au bout d’une corde, et pourchassait les écureuils dans les bois.
La Cendrillon du château besognait tout le jour dans la sombre cuisine seigneuriale. Son meilleur moment était celui où elle allait au puits renouveler sa provision d’eau. Elle y trouvait toujours un beau garçon prêt à lui rendre service en tournant la roue pour elle. On disait même que le comte Jacques s’était laissé piquer au jeu de sa Cendrillon.
Mais Pierrette riait de tant d’assiduités. Mes écureuils sont bien dévoués répétait-elle. Un petit coup d’œil, et en voilà un dans la roue. Ils mettent tant d’ardeur à la tourner que je crains fort de la voir un jour s’affoler. Et il en est de tous âges, de tous plumages, de rutilants, de dorés. Mais aucun ne vaut mon Pierre, pensait-elle, car elle avait fait son choix.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Il arrivait que Pierrette s’attardait au puits, prenant un plaisir malin à voir ses écureuils s’époumoner, rivaliser d’ardeur, de force et d’énergie. Il arriva même que Madame la Comtesse surprit un jour son noble et superbe époux, le comte Jacques en train de jouer à l’écureuil, dans la roue. On devine aisément la suite : scène de ménage et menaces sur la pauvre Cendrillon dont les charmes aguichaient tant de cœurs de tous âges.
Pierrette, dit la noble Dame, ce manège doit cesser. Notre château devient une maison publique : le portillon s’ouvre à chacun ; j’en ai assez de tous ces écureuils.
Pierrette aurait fort regretté de perdre son occupation au château, au service duquel elle espérait y voir un jour son Pierre. C’est pourquoi elle décida de se déclarer, et connaissant les aptitudes de son promis, elle n’hésita pas à offrir son cœur à l’écureuil le plus habile. La proposition fut chaleureusement accueillie, et une joute d’écureuils a été prévue qui déciderait du sort de Pierrette. C’est la fameuse journée des écureuils, dont on parle encore en la cité.
Dès la matin, la roue tourna vite, vite. Le vainceur serait celui qui mettrait la moins de temps pour descendre le sceu et le ramener plein d'eau. La victoir revint à celui que Pierrette attendait, et qui fit merveille.
Le comte Jacques fut heureux que tout s'arrangea ainsi, et invita les écureils à tourner une dernière fois la roue, car Pierre seul, à l'avenir, serait autorisé à franchir le portillon du château. La destinée de Pierrette étant maintenant fixée, Pierre fut désigné comme portier. Le mariage eut lieu en grande liesse, et Pierrette fut heureuse.
Ainsi naquit la légende des écureuils romontois.