Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07105.jsonl.gz/673

Ce n’est pas si ancien: un peu plus d’un siècle. A l’époque, le pays n’arrivait pas à nourrir tous ses citoyens, et de grandes famines sévissaient périodiquement. La faim et l’absence de débouchés dans le pays ont forcé nombre d’habitant à émigrer.
Le site Emigration suisse résume bien ces périodes, ainsi que les conditions dans lesquelles l’émigration se produisait.
«La plus grande vague d'émigration Suisse eu lieu au 19ème siècle, lorsque beaucoup de citoyens suisses quittèrent leur pays natal pour tenter leur chance en Amérique. Les communes leur donnèrent un appui financier pour le faire (typiquement 400 francs Suisses, ou 6 mois de salaire pour un ouvrier), afin d'avoir une bouche de moins à nourrir pendant une période de récession économique. L'argent était donné aux émigrants à la condition qu'ils ne reviennent jamais en Europe. S'ils désirent revenir un jour dans le pays de leur père, ils ont l'obligation de rembourser la somme avancée par l'Etat au taux de 4% par année, calculé à partir du jour de leur départ. Parfois encore, les autorités suisses abusaient quelque peu de la situation pour se débarrasser de leurs indésirables en accordant des subventions d'émigration à leurs indigents et oisifs pour ainsi réduire la pression de la surpopulation. Ce procédé à la fois efficace et bon marché était certainement moins apprécié dans le pays où ces émigrés forcés débarquaient!»
En Amérique ou en Australie, les gouvernements ont donc dû faire face à des flux d’immigrés dont beaucoup ne connaissaient pas la langue, n’avaient pas de formation et parfois étaient des exclus. On imagine les situations difficiles qu’ont rencontré nos compatriotes de l’époque: il ne pouvaient revenir au pays sans se ruiner de leur maigre pécule accumulé dans des emplois souvent ingrats. A la merci des autochtones, leur sort ne devait guère être plus enviable que celui de nombre de mendiants et de pauvres d’aujourd’hui.
C’était il y a à peine 150 ans. Ils partaient vers le Nouveau monde, vers la Terre promise.
Une personne d’ici m’a raconté l’histoire de son grand-père. Suisse, de la région du Locle, il n’avait plus rien pour nourir sa famille. Il est parti du Jura et s’est retrouvé dans la région de Gex, pieds nus, avec ses seuls habits sur lui. Les français d’alors ne l’ont pas rejeté. Il a travaillé comme ouvrier agricole, avant de devenir tailleur de pierre. C’est ainsi qu’il a pu nourrir ses 12 enfants et sa femme.
Petite parenthèse: il était catholique et sa femme protestante. Ils ont discuté pour finalement renoncer à baptiser leurs enfants dans l’une ou l’autre religion. Comme quoi les couples discutaient déjà bien et le mari ne décidait de loin pas de tout! On était bien loin du patriarcat dominant et exploiteur que l’on entend décrire de nos jours.
Pour revenir à l’émigration suisse, elle avait déjà eu lieu avant le 19e siècle, souvent pour des raisons religieuses. De nombreux suisses installés en Amérique sont devenus mormons.
On estime à 500‘000 le nombre de suisses ayant émigrés au 19e siècle.
Combien d’entre eux sont devenus les «roms» de l’Amérique?