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Dans une interview accordée à l’Agence de presse RT*, Willy Wimmer – ancien secrétaire d’Etat au ministère allemand de la Défense et pendant 33 ans sans interruption député CDU au Bundestag de 1976 à 2009 par élection au suffrage direct – s’est prononcé sur la situation interne de l’Allemagne et de la CDU. L’Allemagne avait «cédé des responsabilités fondamentales à Bruxelles», et «avançait à plein gaz vers un nouvel Etat autoritaire, […] des groupes d’intérêts, pas seulement économiques, avaient pris le contrôle sans s’occuper des citoyens et en dominant notre vie sans nous consulter.» Et son parti? «Depuis plusieurs années, on a l’impression que la CDU est gouvernée du haut vers le bas selon les principes du «centralisme démocratique» par la présidente du parti.» «Socialisme démocratique» était le principe utilisé pour la construction du feu SED: du haut vers le bas, le directoire élu du parti donnait les ordres auxquels tous les adhérents du parti devaient obéir.
L’analyse de la formation du gouvernement au Bade-Wurtemberg, après les élections régionales perdues par la CDU du 13 mars 2016, confirme l’hypothèse de Willy Wimmer. La CDU avait gouverné dans ce Land pendant des décennies, souvent avec le soutien de la majorité absolue des électeurs. En 2011, quand une coalition des Verts et du SPD forma le gouvernement et que le Land fut gouverné par le président vert Winfried Kretschmann, ce fut un moment douloureux pour la CDU. En 2016, on voulait se rattraper de l’échec. Mais la CDU était victime du refus général suscité par la politique fédérale du gouvernement de Berlin et elle essuya un échec en arrivant en deuxième position au nouveau Landtag. La prudente distanciation de la politique migratoire de la Chancelière par le candidat de la CDU Guido Wolf n’y changea plus rien.
Guido Wolf, tête de liste de son parti, voulant mener les négociations de coalition avec les Verts, fut évincé sur ordre de la chancelière et remplacé par Thomas Strobl, président du parti, gendre du ministre fédéral des Finances, Wolfgang Schäuble, et confident d’Angela Merkel. Au cours des élections au Landtag, Thomas Strobl avait été le candidat d’opposition interne du parti. Il fut cependant devancé par Guido Wolf lors de l’élection par tous les adhérents du parti du land.
Néanmoins, Thomas Strobl prit les négociations de coalition en main et lors de la répartition des fonctions ministérielles, il décida pratiquement seul. Le résultat? Les conservateurs de la CDU du Bade-Wurtemberg et les critiques déclarés de la politique rose-vert des 5 dernières années furent mis au placard ou obtinrent, comme Guido Wolf, des postes moins importants.
C’est particulièrement évident au sein du ministère de l’instruction publique. Au cours des années précédentes, la CDU avait – contrairement aux autres fédérations régionales du parti qui s’étaient arrangées avec les réformes scolaires douteuses en abandonnant les fondamentaux du parti – critiqué assez clairement la politique scolaire du gouvernement rose-vert. Elle avait déclaré encore lors de la campagne électorale: «La ‹Gemeinschaftsschule› a échoué – la coalition rose-verte a échoué. La politique scolaire est la pièce maîtresse de la politique du Land. Quiconque échoue dans ce domaine doit démissionner. Outre les problèmes dans les lycées et les collèges, ce sont surtout les défauts de qualité de la ‹Gemeinschaftsschule› pour lesquels il faut donner de mauvaises notes au gouvernement rose-vert.»
C’était surtout Georg Wacker, le porte-parole en matière de politique scolaire du groupe parlementaire de la CDU au Landtag et ancien secrétaire d’Etat au ministère de la culture qui était responsable de cette prise de position. On lui accorda encore le droit de mener les négociations de coalition dans le domaine de l’enseignement, mais il n’obtint plus aucune fonction officielle. On attribua la direction du ministre de l’instruction publique à Susanne Eisenmann, membre de la CDU mais défenseur de la politique scolaire des Verts et de leur projet principal, la «Gemeinschaftsschule». Wacker n’obtint plus même la fonction de secrétaire d’Etat. Ce poste fut attribué à Volker Schebesta. Et le quotidien «Stuttgarter Zeitung» écrivit le 10 mai, non sans raison: «[…] le fait que Volker Schebesta ait obtenu la fonction de secrétaire d’Etat auprès de la nouvelle ministre de l’instruction publique et non pas Georg Wacker, ayant occupé ce poste de 2006 à 2011, suscite de l’étonnement. Il semble que Mme Eisenmann, qui, tout comme M. Schebesta, a des rapports pragmatiques avec les «Gemeinschaftsschulen», avait son mot à dire.
La grande «grogne au sein du groupe parlementaire de la CDU» («Stuttgarter Zeitung» du 10 mai), face aux activités de l’envoyée d’Angela Merkel, s’est exprimée ouvertement lors d’un vote indicatif au sein du groupe et aussi lors de la réélection du ministre-président le jour suivant. Pourtant: les protestations n’ont pas été prises en compte, car au Bade-Wurtemberg, on procède de la même façon qu’au sein du parti fédéral: l’abandon discret de valeurs fondamentales du parti. C’est ainsi que les cercles attachés aux valeurs, tel le «Berliner Kreis», analysent la situation au sein du parti.
Ce qui se passe dans la CDU n’est pas seulement une tragédie interne au parti. La façon dont Angela Merkel traite la CDU trouve ses parallèles dans le SPD et aussi le FDP. En fin de compte, il s’agit d’une attaque contre le rôle des partis démocratiques dans l’Etat de droit démocratique et libéral.
L’histoire des partis politiques allemands ne commence pas par hasard avec la révolution des années 1848 et 1849. La formation de partis politiques était l’expression d’un premier pas dirigé contre l’absolutisme pour favoriser la démocratisation de la vie politique. En 1848 sont nés les partis chrétiens-conservateurs, libéraux et socialistes en Allemagne. Les chrétiens-conservateurs, la partie dominante des libéraux et l’aile marxiste des socialistes étaient encore opposés à l’idée d’une réelle souveraineté populaire. Mais la pierre angulaire était posée et 100 ans plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, la CDU et la CSU défendant la tradition des chrétiens-conservateurs, le FDP dans la tradition libérale et le SPD dans la tradition socialiste, se sont ralliés au principe de la souveraineté populaire en participant activement à l’élaboration de la Loi fondamentale ouest-allemande.
Si aujourd’hui, tout cela ne compte plus et qu’on démonte activement ces fondements – et la politique actuelle d’Angela Merkel en est la preuve –, chaque citoyen est concerné. Car il ne s’agit de rien d’autre que du diagnostic de Willy Wimmer: un nouvel Etat autoritaire, menant une politique dans l’intérêt d’un petit nombre de personnes, sans que les citoyens aient voix au chapitre. Ces «intérêts» sont opposés aux intérêts de la grande majorité des citoyens. Ce que cela signifie, en politique intérieure et extérieure, chacun peut se l’imaginer. •
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