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Edition numérique © cmft, octobre 2008
C’est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle.
(I Jean 5,20)
1. Dans cette épître, l’apôtre Jean s’adresse non pas à quelque église particulière, mais à tous les chrétiens de son époque, quoique plus spécialement à ceux parmi lesquels il habitait alors ; et en leur parlant, il parle aussi à toute l’Église chrétienne pendant la suite des temps.
2. Dans cette lettre, ou plutôt dans ce discours (car l’Apôtre était au milieu de ceux à qui il s’adressait plus immédiatement, mais il ne pouvait probablement plus prêcher à cause de son grand âge), il ne traite pas directement de la foi, ce qu’avait fait Saint Paul ; il ne s’occupe pas non plus de la sainteté intérieure et extérieure, dont St. Paul, St. Jacques et St. Pierre avaient tous trois parlé, mais il traite du fondement de tout le christianisme : l’heureuse et sainte communion du fidèle avec le Père, le Fils et le Saint Esprit.
3. Dans la préface il indique par quelle autorité il a écrit et parlé (chap. 1,1-4), et il fait connaître le but de son écrit ; à cette préface répond exactement la conclusion de l’épître, qui explique plus au large ce même but, et contient les mots, nous connaissons, trois fois répétés en récapitulant les marques de notre communion avec Dieu. (chap. 5,18-20).
4. Le discours lui-même traite :
1.°En différents endroits, de la communion avec le Père (chap. 1,5-10), de la communion avec le Fils (chap. 2 et 3) et de la communion avec l’Esprit (chap. 4) ;
2.°Il traite conjointement du témoignage du Père, du Fils et du Saint Esprit, sur lequel témoignage sont fondés la foi en Christ, la nouvelle création en Dieu, l’amour de Dieu pour ses enfants, l’observation de ses commandements et la victoire sur le monde (chap. 5,1-12).
5. La récapitulation commence ainsi : (chap. 5,18) nous savons que quiconque est né de Dieu, quiconque voit et aime Dieu, ne pèche point, aussi longtemps que sa foi d’amour demeure en lui. Nous savons que nous sommes de Dieu, enfants de Dieu par le témoignage et les fruits de l’Esprit, et que tout le monde, tous ceux qui n’ont pas l’Esprit, demeurent dans le malin : ils sont en lui, ils vivent et ils demeurent en lui, comme les enfants de Dieu sont, vivent et demeurent en Dieu. Nous savons que le fils de Dieu est venu, et qu’il nous a donné l’intelligence spirituelle pour connaître le vrai Dieu, le Fidèle et le Véritable ; et nous sommes en ce vrai Dieu comme les sarments en la vigne ; c’est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle.
En considérant ces paroles importantes, nous rechercherons :
1. Comment il est le vrai Dieu ;
2. Comment il est la vie éternelle ;
3. Viendront ensuite, quelques inférences.
I.
1.Recherchons d’abord comment il est le vrai Dieu.
Il est Dieu par-dessus toutes choses, béni éternellement. Il était avec Dieu, avec Dieu le Père, dès le commencement, de toute éternité, et il était Dieu. Lui et le Père sont un ; et en conséquence, il n’a point regardé comme une usurpation d’être égal à Dieu. C’est pourquoi les écrivains inspirés lui donnent tous les titres du Très-Haut; fréquemment ils l’appellent du nom incommunicable, Jehova, qui ne fut jamais donné à aucune créature. Ils lui assignent tous les attributs et toutes les œuvres de Dieu ; de telle sorte que nous ne nous faisons point scrupule de le déclarer Dieu de Dieu, lumière de la lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, égal en gloire et co-éternel en majesté avec le Père.
2. II est le vrai Dieu, la seule cause, le seul créateur de toutes choses. C’est par lui, dit l’apôtre Paul, qu’ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre ; oui, la terre et les cieux eux-mêmes ; mais les habitants sont nommés comme étant plus que l’habitation ; les choses visibles et les invisibles, dont les différentes espèces sont indiquées : soit les trônes ou les dominations, ou les principautés, ou les puissances. Et l’apôtre Jean dit aussi toutes choses ont été faites par lui et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. Et en conséquence Saint Paul lui applique ces paroles expressives du Psalmiste : c’est toi, Seigneur, qui as fondé la terre dés le commencement ; et les cieux sont l’ouvrage de tes mains.
3. Et parce qu’il est le vrai Dieu, il est aussi celui qui supporte toutes les choses qu’il a faites. Il continue, il maintient, et préserve toutes les choses créées par la parole de son pouvoir, par cette puissante parole qui les a tirées de rien ; et de même qu’il était absolument nécessaire pour le commencement de leur existence, il est encore nécessaire pour la continuation de cette existence : s’il retirait son influence puissante, toutes choses cesseraient aussitôt d’exister : tenez une pierre élevée en l’air ; aussitôt que vous retirez votre main, la pierre tombe naturellement à terre : il en serait ainsi avec la création, elle serait réduite à rien, si pour un instant Jésus lui retirait la force de son bras.
4. Comme étant le vrai Dieu, il est aussi le conservateur de toutes choses. Non seulement il leur continue l’existence, mais il les maintient dans ce degré de bien-être qui est convenable à leurs natures diverses. Il les conserve dans leurs différentes relations, connexions et dépendances, de manière à en composer un système d’êtres, un univers complet, suivant le conseil de sa volonté. C’est ce qui est exprimé d’une manière si belle, si énergique par ces paroles : τα πάντα εν αυτω συνέσηκε. Par lui toutes choses subsistent ; ou, plus littéralement par lui et en lui toutes choses sont rendues compactes en un système. Il est non seulement celui qui supporte, mais encore celui qui cimente l’univers entier.
5. Je désire faire observer (ce qu’on n’a pas peut-être suffisamment remarqué), qu’il est le véritable auteur de tout le mouvement qui règne dans l’univers. Il est vrai qu’aux esprits il a donné, en un faible degré, cette puissance de mouvement inhérent que ne possède point la matière, qui est absolument et complètement inerte ; quelle que soit son espèce en aucun cas elle ne se meut et ne peut se mouvoir d’elle-même ; et chaque fois que quelqu’une de ses parties semble se mouvoir, c’est qu’en réalité elle est mue par quelque antre chose. Voyez cette poutre qui, à parler vulgairement, se remue sur la mer : elle est en réalité remuée par l’eau ; l’eau est mue par le vent, c’est-à-dire, un courant d’air ; et l’air lui-même doit tout son mouvement au feu éthéré, dont une particule s’attache à chaque particule d’air ; privez-le de ce feu, et il ne se meut plus : il reste immobile, inerte comme le sable. Retirez de l’eau la fluidité qui lui est donnée par le feu éthéré mêlé à elle, et l’eau n’aura pas plus de mouvement que la poutre. Communiquez du feu au fer en le frappant lorsqu’il est rouge, et il n’a pas plus de mouvement que l’air immobile, ou l’eau gelée. Mais lorsque l’air est mobile, lorsqu’il est dans la plus grande activité, qu’est-ce qui donne le mouvement au feu ? — Le païen lui-même vous le dira : c’est magnam mens agitans molem, et vasto se corpore miscens : l’Esprit qui se communique à l’univers pour l’animer.
6. Poursuivons ceci un peu plus loin : nous disons, la lune tourne autour de la terre; la terre et les autres planètes se meuvent autour du soleil ; le soleil se meut sur son axe ; mais ce sont là des expressions vulgaires ; car, à parler proprement, ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles ne se meuvent : ces astres sont mus à chaque moment par la main puissante qui les a faits.
Oui, dit Sir Isaac, le soleil, la lune et les corps célestes se meuvent et gravitent les uns vers les autres. — Ils gravitent ! qu’est-ce que cela ? — Eh bien ! Ils s’attirent les uns les autres en proportion de la quantité de matière qu’ils contiennent. — Non-sens d’un bout à l’autre, dit M. Hutchison, jargon, contradiction ! Une chose peut-elle agir où elle n’est pas, — non, ils sont continuellement poussés les uns vers les autres. — Poussés ! Par quoi ? — Par la matière subtile, l’air éthéré ou le feu électrique. — Mais, prenez-y garde ; quelque subtile que soit la matière, elle demeure toujours matière, et en conséquence elle est, par elle-même, aussi inerte que le sable ou le marbre. La matière ne peut donc se mouvoir elle-même, mais elle est probablement le premier moteur matériel, le ressort principal au moyen duquel il plaît au Créateur et au conservateur de toutes choses de mouvoir l’univers.
7. Le vrai Dieu est aussi le rédempteur de tous les enfants des hommes. Il a plu au Père de faire venir sur lui les iniquités de tous, afin que par l’oblation de lui-même une fois offerte, lorsqu’il goûta la mort pour tout âme, il fit un sacrifice, une oblation et satisfaction entière pour les péchés de tout le monde.
8. En outre, le vrai Dieu est le gouverneur de toutes choses : son royaume subsiste par-dessus tout ; il gouverne et il régnera pendant la suite des âges ; il est le Seigneur et le maître de toute la création et de chacune de ses parties. Et de quelle manière admirable ne gouverne-t-il pas le monde ? Combien ses voies sont au-dessus des pensées humaines ! Combien peu nous connaissons sa méthode de gouvernement ! Nous savons seulement ceci : ita prœsides singulis sicut universis, et universis sicut singulis ; tu veilles sur chaque créature comme si elle était l’univers, et sur l’univers comme sur chaque créature individuellement. Arrêtons-nous un peu sur cette pensée ; quel glorieux mystère elle contient !
O Père, Seigneur de l’univers et mon Seigneur, que ta gloire brille au loin ! Ta bonté veille sur les mondes comme si les mondes n’étaient qu’une âme, et elle conserve chacun de mes cheveux, comme si j’étais le seul objet de tes soins.
9. Comme nous l’avons déjà dit, il y a de la différence dans son gouvernement providentiel sur les enfants des hommes. Un écrivain pieux observe que la providence s’exerce sur un triple cercle : le dernier cercle extérieur, renferme tous les fils des hommes, les païens, les mahométans, les juifs et les chrétiens ; il fait lever, son soleil sur tous ; il leur donne la pluie et les saisons ; il répand sur eux des milliers de bienfaits, il remplit leurs cœurs de vie et de joie. Le cercle intérieur contient toute l’Église Chrétienne visible, tous ceux qui invoquent le nom de Christ ; à ceux-ci il accorde une protection plus particulière, et il prend un soin plus tendre de leur bien-être. Enfin le cercle le plus intérieur de sa providence renferme seulement l’Église invisible de Christ, tous les chrétiens véritables, tous les coins de la terre, où ils ont été dispersés, tous ceux (quelque soit leur dénomination) qui adorent Dieu en esprit et en vérité. Ceux-ci il les garde comme la prunelle de son œil ; il les cache à l’ombre de ses ailes ; et c’est à eux en particulier que s’adresse notre Seigneur, lorsqu’il dit : tous les cheveux mêmes de votre tête sont comptés.
10. Enfin, comme étant le vrai Dieu, il est la fin de toutes choses, suivant cette déclaration solennelle de l’Apôtre (Rom. 11,36) : toutes choses sont de lui, et par lui, et pour lui : de lui, comme Créateur ; par lui, comme conservateur et gouverneur ; et pour lui, comme la dernière fin de tout.
II.
Dans tous ces sens Jésus-Christ est le vrai Dieu. Voyons maintenant de quelle manière il est la vie éternelle.
1. La chose déclarée directement par ces paroles, ce n’est pas qu’il sera la vie éternelle, quoique cette grande et importante vérité ne doive jamais être oubliée. Il est l’auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent ; c’est lui qui a acheté cette couronne de vie qui sera donnée à tous ceux qui seront fidèles jusqu’à la mort ; et il sera l’âme de toutes les joies des saints dans la gloire.
2. La chose déclarée directement par ces mots, n’est pas qu’il est la résurrection ; quoique cela aussi soit vrai, d’après sa propre déclaration : Je suit la résurrection et la vie ; à quoi sont conformes ces paroles de St. Paul : De même que tous sont morts en Adam, ainsi tous seront rendus vivants en Christ. En sorte que nous pouvons bien nous écrier : Béni soit le Dieu et le père de notre Seigneur J.-C. qui, selon sa grande miséricorde, nous a faits renaître en nous donnant, par la résurrection de J.-C. d’entre les mort, une espérance vive de posséder l’héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir.
3. Mais, sans mentionner ce qu’il sera dans l’avenir, nous sommes ici appelés à considérer ce qu’il est maintenant. Maintenant, il est la vie de tout ce qui existe, en quelque degré ou de quelque sorte que ce soit ; il est la source de la plus basse espèce de vie, celle des végétaux, comme étant la source de tout le mouvement nécessaire à la végétation ; il est la fontaine de la vie des animaux, il est le pouvoir par lequel leur cœur bat et leur sang circule ; il est la fontaine de toute la vie que possède l’homme en commun avec les autres animaux ; et si nous distinguons la vie raisonnable de la vie animale, il est aussi la source de celle-là.
4. Mais combien tout ceci reste éloigné de la vie indiquée ici, et dont l’Apôtre parle si explicitement dans les versets qui précèdent (v. 11-12) : et voici quel est ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son fils. Celui qui a le fils a la vie (la vie éternelle dont il est parlé ici) ; et celui qui n’a point le fils de Dieu n’a point la vie. Comme s’il disait : c’est là le résumé du témoignage que Dieu a rendu de son Fils, que Dieu nous a donné, non seulement un titre à la vie éternelle, mais le commencement réel de la vie éternelle; et cette vie est achetée par son Fils et amassée en son Fils qui en lui-même en a toutes les sources et la plénitude, qu’il communique à son corps, l’Église.
5. Cette vie éternelle commence lorsqu’il plaît au Père de révéler son Fils à nos cœurs ; lorsque connaissant Christ pour la première fois, nous pouvons l’appeler Seigneur, par le St-Esprit ; lorsque nous pouvons testifier, notre conscience nous rendant témoignage dans le Saint-Esprit, que la vie que je vis maintenant, je la vis par la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est donné pour moi. Et c’est alors que commence le bonheur, un bonheur réel, solide, substantiel. C’est alors que le ciel s’ouvre dans l’âme, que l’état céleste commence ; tandis que l’amour de Dieu qui nous aime, est répandu dans le cœur, où il produit aussitôt l’amour de l’humanité, une bienveillance générale, pure, en même temps que ses fruits véritables : l’humilité, la douceur, la patience, le contentement dans toute position, un acquiescement entier, clair, complet, à toute la volonté de Dieu, avec la force de nous réjouir sans cesse et de rendre grâces en toutes choses.
6. A mesure que la connaissance et l’amour de Dieu s’augmentent en nous, au même degré et selon la même proportion le royaume céleste intérieur doit nécessairement s’augmenter aussi, tandis que nous croissons en toutes choses en Celui qui est le chef ; et quand nous sommes εν αυτω πεπληρωμενοι complets en lui, comme le rendent nos traducteurs ; et plus proprement, remplis de lui ; quand Christ en nous, l’espérance de la gloire, est notre Dieu et notre tout ; lorsqu’il a pris possession entière de notre cœur ; lorsqu’il y règne sans rival, et maître de chacun de ses battements, alors nous habitons en Christ et Christ habite en nous, nous sommes un avec Christ, et Christ est un avec nous ; alors nous sommes complètement heureux, alors nous vivons une vie cachée avec Christ en Dieu ; alors, et seulement alors, nous éprouvons véritablement ce que signifie cette parole : Dieu est amour ; quiconque demeure dans l’amour habite en Dieu, et Dieu en lui.
III.
Je n’ai plus qu’à ajouter quelques inférences aux observations qui précèdent.
1. De tout ceci nous pouvons apprendre 1.° que comme il n’y a qu’un seul Dieu en haut dans le ciel et ici-bas sur la terre, ainsi il n’y a qu’un bonheur pour les esprits créés, soit dans le ciel, soit sur la terre. Ce Dieu a fait notre cœur pour lui-même, et notre cœur ne peut trouver de repos jusqu’à ce qu’il se repose en Dieu. Il est vrai que pendant la vigueur de la jeunesse et de la santé, pendant que le sang nous bouillonne dans les veines, pendant que le monde nous sourit et que nous jouissons des aisances et des superfluités de la vie, nous avons fréquemment des rêves agréables et nous jouissons d’une espèce de bonheur ; mais ce bonheur ne peut continuer, il s’évanouit comme une ombre, et dans le temps même qu’il subsiste, il n’est ni solide, ni substantiel, il ne peut satisfaire l’âme ; nous soupirons pour quelqu’autre chose, quelqu’autre chose dont nous sommes privés. Donnez à un homme tout ce que le monde peut offrir, et encore, comme Horace l’a observé il y a près de deux mille ans, encore Curtæ nescio quid semper abest rei ; il manque toujours quelque chose à ses désirs. Ce quelque chose, ce n’est ni plus ni moins que la connaissance et l’amour de Dieu, sans lesquels aucun esprit ne peut être heureux ni dans le ciel ni sur la terre.
2. En confirmation de cette vérité permettez-moi de vous raconter mon expérience : je me rappelle très bien que, même dans ma jeunesse, lorsque j’étais à l’école, je répétais souvent : on dit que la vie de l’écolier est la plus heureuse du monde ; mais, à coup sûr, je ne suis pas heureux, car je ne suis pas content : donc je ne puis être heureux. Quelques années plus tard, étant dans la vigueur de l’âge, étranger à la maladie, à la souffrance et particulièrement à l’abattement d’esprit (que je ne me rappelle pas avoir éprouvé pendant un quart d’heure depuis ma naissance), ayant toutes choses avec abondance, au milieu d’amis aimables et dévoués, qui m’aimaient et que j’aimais, suivant la carrière où m’appelait mon inclination, pourtant je n’étais point heureux. Je m’étonnais de ne point l’être, sans pouvoir m’imaginer quelle en était la raison ; certainement la raison en était que je ne connaissais point Dieu, la source du bonheur présent aussi bien que du bonheur éternel. Et une preuve claire que je n’étais point heureux, c’est qu’après la plus calme réflexion, je ne me rappelle pas une seule semaine que j’eusse jugée digne d’être recommencée, une seconde fois, à la prendre avec toutes ses sensations intérieures et extérieures, sans aucun changement.
3. Mais un homme de piété dit : dans ma jeunesse j’étais heureux, quoique je fusse tout à fait sans Dieu dans le monde. — Je ne vous crois point, quoique je sois persuadé que vous vous croyez vous-même ; mais, vous êtes déçu comme je l’ai été tant de fois ; tel est le sort de la vie humaine :
Des fleurs et des myrtes odoriférants semblent se montrer ; vu à distance, tout cela est beau ; mais quand vous en êtes près, vos yeux détrompés n’aperçoivent plus que des épines, des bruyères et un sable aride.
Regardez ce paysage éloigné de vous : combien ne parait-il pas beau ! approchez-en, et sa beauté s’évanouit ; il est raboteux et désagréable. Voilà la vie ! Mais lorsque la scène est passée, elle reprend sa première apparence, et nous pensons sérieusement qu’alors nous étions heureux, quoique en réalité il en était bien autrement. Car de même que personne n’est heureux, à présent, sans la connaissance et l’amour du vrai Dieu, ainsi personne ne l’a jamais été sans cette connaissance et cet amour.
4. De ceci nous apprenons, 2.° que cette heureuse connaissance du vrai Dieu n’est qu’un autre nom pour la religion, je veux dire, la religion chrétienne, qui seule mérite ce nom. La religion, quant à son essence ou sa nature, ne consiste point dans tel ou tel système d’opinions, vulgairement appelé la foi, ni dans aucun cercle de devoirs, tout exempt qu’il puisse être d’erreurs et de superstitions ; elle ne consiste point en un certain nombre d’actions extérieures ; non, elle consiste proprement et directement dans la connaissance et l’amour de Dieu, manifestés dans le Fils de son amour, par l’Esprit éternel ; et cet Esprit conduit naturellement à toutes les dispositions saintes, à toutes les bonnes paroles, à toutes les bonnes œuvres.
5. Nous apprenons 3.° que personne n’est heureux, excepté le chrétien ; personne, excepté le véritable chrétien de cœur. Le gourmand, l’ivrogne, le joueur peut être gai, mais il ne peut être heureux. Le petit maître et l’étourdi peuvent manger, boire et jouer, malgré cela ils sentent qu’ils ne sont point heureux. Les hommes et les femmes peuvent chérir leurs personnes et les parer de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ; ils peuvent danser, chanter, s’agiter et voltiger ça et là ; ils peuvent s’étendre dans leurs brillant équipages, et babiller insipidemment les uns avec les autres ; ils peuvent courir d’un divertissement à un autre ; mais le bonheur n’est point là ; et ils marchent encore dans une ombre vaine, se tourmentant eux-mêmes inutilement. Un de leurs propres poètes a déclaré avec raison, que la vie entière de ces fils du plaisir, — n’est qu’une plate farce et un songe creux.
Je ne puis m’empêcher de faire remarquer que cet illustre écrivain s’approcha du but, mais cependant qu’il n’y arriva pas. Dans son Salomon (un des plus beaux poèmes de la langue anglaise), il montre clairement où n’est pas le bonheur ; il fait voir qu’il ne le trouve pas dans la science naturelle, dans le pouvoir, dans les plaisirs des sens ou de l’imagination ; mais il n’indique point où il se trouve. Et il ne le pouvait, car il ne le connaît pas lui-même ; cependant il en approche lorsqu’il dit :
O Père Souverain ! Régénère et instruis ton fils ; et que ta sainte volonté soit accomplie par moi.
6. Nous apprenons 4.° que tout chrétien est heureux, et que celui qui n’est pas heureux n’est pas chrétien. Si, comme on vient de le voir, la religion est le bonheur, quiconque est religieux doit être heureux. C’est ce qui résulte de la nature même de la chose : car, si la religion et le bonheur sont, en fait, une même chose, il est impossible qu’aucun homme puisse posséder la première sans posséder aussi le second ; on ne peut être religieux sans être heureux, puisque la religion et le bonheur sont tout à fait inséparables.
D’un autre côté, il est également certain que tout homme qui n’est pas heureux, n’est pas chrétien, puisque, s’il était un chrétien véritable, il lui serait impossible de ne pas être heureux. Toute fois, j’admets ici une exception en faveur de ceux qui sont dans des tentations violentes, et de ceux dont le système nerveux est fortement attaqué, ce qui cause une espèce de folie. Les nuages et l’obscurité qui alors accablent l’âme, suspendent sa félicité ; principalement si Satan a la permission de lancer ses dards enflammés, qui secondent l’affection des nerfs. Mais, ces cas exceptés, l’observation subsiste, et il faut qu’on y fasse bien attention : — Celui qui n’est pas heureux, oui ! heureux en Dieu, celui-là n’est pas chrétien.
7. N’êtes-vous pas une preuve vivante de cette vérité ? N’errez-vous pas encore ça et là, cherchant du repos et n’en trouvant point ; poursuivant le bonheur, sans jamais le saisir. Ce n’est pas qu’on puisse vous blâmer de poursuivre le bonheur : il est la fin de votre existence ; le grand Créateur n’a fait aucune créature pour la rendre misérable, mais il a créé toute créature pour être heureuse dans son espèce, et après avoir examiné les œuvres de ses mains, il les a toutes déclarées très bonnes ; ce qui n’aurait pu être si chaque créature intelligente, toute créature capable de plaisir et de peine, n’avait pas été heureuse en répondant au but de sa création. Si vous êtes malheureux maintenant, c’est que maintenant vous êtes dans un état qui n’est pas naturel : — ne soupirerez-vous pas pour en être délivré ? La création entière étant maintenant assujettie à la vanité, soupire et est en travail. Seulement, je vous blâme, ou plutôt je vous plains, de suivre une voie qui ne peut vous conduire au but, de chercher le bonheur où il ne fut et où il ne sera jamais. Vous cherchez le bonheur dans les créatures, au lieu du Créateur ! Mais vos semblables ne peuvent pas plus vous rendre heureux, qu’ils ne peuvent vous rendre immortel. Si vous avez des oreilles pour entendre, écoutez chaque créature vous crier : le bonheur n’est point en moi ! ce sont en vérité tout autant de citernes crevassées qui ne contiennent pas d’eau ! Connaissez le repos véritable ! Oh ! Tournez-vous vers Celui en qui sont cachés les trésors du bonheur ! Tournez-vous vers Celui qui donne libéralement à tous, et il vous donnera à boire gratuitement de l’eau de la vie.
8. Ce bonheur cherché si longtemps, vous ne pouvez le rencontrer dans aucun des plaisirs du monde ? Ne sont-ils pas tous trompeurs et plus légers que la vanité ? Combien de temps vous nourrirez-vous de ce qui ne nourrit pas ? Les plaisirs ne peuvent qu’étourdir, ils ne sauraient satisfaire. Vous ne pouvez trouver le bonheur dans la religion du monde, dans de simples opinions, ou un cercle de devoirs purement extérieurs ; c’est peine inutile ! Dieu n’est-il pas esprit, et ne faut-il pas qu’on l’adore en esprit et en vérité ? Le bonheur que vous poursuivez se trouve seulement dans ceci, dans l’union de votre esprit avec le Père des esprits, dans la connaissance et l’amour de Celui qui est la source du bonheur, suffisante pour toutes les âmes qu’il a faites.
9. Mais, où le trouver ? Monterons-nous au ciel, ou descendrons-nous dans l’enfer pour le chercher ? Prendrons-nous les ailes du matin et le chercherons-nous dans les profondeurs de la mer ? Point du tout ; quod petis, hic est ! Quelle étrange déclaration s’échappe de la plume du païen ! Ce que vous cherchez est ici ; il est autour de votre lit ; il est dans votre sentier ; il vous environne par-devant et par-derrière ; il a la main sur vous. Voilà ! Dieu est ici ; il n’est pas loin. Maintenant, croyez et sentez-le tout près. Qu’il se révèle maintenant à votre cœur ! Connaissez-le, aimez-le et vous êtes heureux !
10. Êtes-vous déjà heureux en lui ? Alors faites attention à retenir ferme les choses, à la connaissance desquelles vous êtes arrivés ; — veillez et priez afin que vous ne tombiez point de votre assurance ; veillez sur vous de peur que vous ne perdiez pas ce que vous avez déjà acquis, et afin que vous receviez une pleine récompense. En agissant ainsi, attendez-vous à une augmentation continuelle de la grâce et de l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ. Attendez-vous à ce que le pouvoir du Très-Haut vous couvre soudainement de son ombre et détruise en vous tout péché, afin qu’en votre cœur il ne reste plus rien que la sainteté à l’Eternel. Dans ce moment, et dans tous les instants, offrez-vous à Dieu en sacrifice vivant, saint et agréable, et glorifiez-le dans votre corps et dans votre esprit qui lui appartiennent !