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Baruch de Spinoza est le fils de commerçants juifs descendant de ces marranes ( Juifs convertis par contrainte au christianisme mais restés fidèles à leur religion) et ayant quitté le Portugal vers la fin du 16e siècle pour s’établir finalement à Amsterdam. Elève brillant d’une célèbre école rabbinique, il maîtrise les textes en hébreu. Peu à peu, il s’interroge sur l’authenticité des livres sacrés, la valeur des rites. Ses doutes s’amplifient lorsqu’il se rallie, vers 19 ans, à l’école laïque de Van Enden. Il y étudie le latin, la médecine, le droit, s’intéresse à la politique, la religion et les arts. Tout le passionne.
Il travaille aussi au côté de son père, négociant de la Compagnie des Indes, tout en s’initiant à la taille et au polissage des verres optiques, son futur métier. Il a 22 ans à la mort de ce dernier et reprend le commerce avec son frère.
«Par Joie j’entendais donc, par la suite, une passion par laquelle l’Âme passe à une perfection plus grande».
— Spinoza, Éthique, III
Ses relations en dehors de la Communauté juive, ses idées anticonformistes lui valent, deux ans plus tard, d’être excommunié et maudit par les responsables de la synagogue d’Amsterdam. Cet exil intérieur, déjà alors, il le ressent comme une libération. Des amis protestants libéraux lui offrent un refuge. C’est le début d’une vie frugale alliée à une intense recherche philosophique et au polissage de verres optiques où il excelle.
Spinoza changera plusieurs fois de lieux de résidence, résidences modestes à l’image de son mobilier: un lit (unique héritage de ses parents), une bibliothèque, un bureau et les outils pour son métier. Dès 1670, il s’installe à La Haye chez le peintre Van der Spyck. Il continuera d’y recevoir ses amis dans un cercle de discussion, d’entretenir une vaste correspondance et d’ouvrir sa porte aux personnalités avides de le connaître, mais en toute discrétion… C’est là qu’il mourra, vraisemblablement de la silicose. Son médecin et ami, Louis Mayer, emportera ses manuscrits pour les faire paraître.
Mais parlons de son œuvre! À 31 ans, il publie un ouvrage sur Descartes dont il admire l’esprit scientifique. Puis ce sera le Traité de la réforme de l’entendement où il définit brièvement sa pensée: «Après avoir constaté combien les buts ordinaires de la vie sont décevants par leur inconsistance, leur fragilité (richesse, pouvoir, gloire…), il décide de rechercher quelque chose qui soit un bien véritable, un bien à la fois solide et extrême, qui puisse lui apporter une Joie permanente et souveraine».
L’Éthique nous fera découvrir son cheminement, basé sur ses propres expériences. Par une connaissance intuitive du monde, il déduit que l’homme fait intimement partie de la Création, donc de la Nature immuable par ses lois, comme est immuable par son essence la nature éternelle de Dieu, cet Etre infini dont nous ne connaissons que certains aspects.
Le Désir est l’essence même de l’homme. Il se réfère au Corps et à l’Esprit en interaction continue, donc à notre Nature et à notre Etre. C’est lui, le Désir, qui nous permet, par notre action, de persévérer dans notre Étre, toujours à construire.
«La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection. La tristesse est le passage de l’homme d’une plus grande à une moins grande perfection».
— Spinoza, Éthique, III
Pourtant, comme les actions humaines sont le plus souvent irrationnelles lorsqu’elles sont des passions, seule une connaissance des raisons et des causes qui nous poussent à agir peuvent nous ouvrir le chemin vers une perfection plus grande, à une Joie vécue.
La Tristesse, elle, découlera d’une idée fausse, inadéquate ou imaginaire, donc d’un acte passif qui réduit notre puissance de vivre et qui repose sur des données extérieures à nous-mêmes. Nous avons donc besoin de la Connaissance qui nous libère de l’imagination et de la servitude pour nous conduire à une liberté intérieure, à une autonomie vraie, à la Joie.
Nous libérer, c’est pourtant accepter totalement le Réel, nos tristesses et nos faiblesses, pour apprendre à mieux les connaître et à les dépasser. Mais la Joie, c’est aussi jouir de la vie toute proche: «Il appartient à l’homme, écrit-il, d’utiliser pour la réparation de ses forces et pour sa récréation, des aliments et des boissons agréables en quantité mesurée, mais aussi les parfums, le charme des plantes vives, la parure, la musique, le sport, le théâtre et tous les biens de ce genre dont chacun peut user sans dommage pour l’autre».
De même, répondant à un correspondant qui s’enquiert de sa santé, il lui suggère de lui faire parvenir un tonneau de bière et de la confiture de roses.
Quelques mots pour parler d’un Sage qui, pour rester fidèle à sa liberté de pensée, refusa un poste de professeur à Paris, comme à Heidelberg.
Cette découverte de la Vraie Vie, comme il la nomme, c’est avec ses amis qu’il veut la partager. Voici la dernière scolie (note) de l’Ethique: «Si la voie dont j’ai montré qu’elle conduit à ce but – la vraie satisfaction de l’âme – semble bien escarpée, elle est pourtant accessible. Et cela certes doit être ardu qu’on atteint si rarement. Mais serait-ce possible, en effet, si le salut était tout proche et qu’on pût le trouver sans grand travail, qu’il fût négligé par presque tous? Mais tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare».
Livres à consulter de Robert Misrahi:
Spinoza, Éd. Médicis-Entrelacs, 2005.
100 mots sur l’Éthique de Spinoza, Éd. Les Empêcheurs de penser en rond – Seuil, 2005