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30 avril 2012
A quoi sert l’Etat?
Faut-il plus d’Etat? Moins d’Etat? C’est une des lignes de démarcation entre la gauche et la droite dans les pays pratiquant la démocratie représentative. Mais pourquoi faut-il un Etat? Certains anarchistes souhaitent la disparition de l’Etat. Est-ce réaliste? Souhaitable?
Peut-être faut-il se rappeler à quoi sert l’Etat. En simplifié, il fait au nom d’un groupe et sur mandat de celui-ci, ce qu’un individu seul ne peut et ne doit pas faire. L’Etat est donc d’abord une émanation des individus regroupés autour de questions qu’ils ne peuvent traiter par eux-mêmes.
Par exemple défendre un territoire. Pourquoi Homo Sapiens s’est-il construit autour de l’appartenance et de la propriété? Pourquoi fallait-il que les humains se battent entre eux plutôt que de collaborer et de vivre libres sans frontières? Ce serait un autre débat, déjà frôlé ici. Admettons ici que c’est comme cela. Les premiers arrivés dans un endroit le considèrent comme leur espace. Les suivants doivent se plier aux règles des premiers ou aller ailleurs.
Mais voilà: les suivants ne sont pas toujours d’accord avec les premiers. S’ils sont belliqueux, armés, entraînés, ils peuvent tenter d’user de la force pour s’imposer aux premiers. Lesquels vont donc se défendre. Et défendre un espace, un territoire, cela se fait à plusieurs. Ce qui engendre une organisation, un entraînement, un commandement. Tout cela a un coût. Les habitants d’un territoire décident donc de donner à quelques-un d’entre eux le moyen de créer et entretenir une force de défense. Depuis la création de l’argent ce moyen est l’impôt.
La première fonction de l’Etat est donc de défendre le territoire afin d’y vivre en paix et en sécurité. Il pourrait y avoir des milices privées plutôt qu’une armée. Mais la milice privée ne défend qu’une partie des habitants d’un territoire. Les autres restent dans l’insécurité et risquent à tout moment d’être chassés ou tués. L’Etat a l’avantage de défendre tout le monde.
De même l’Etat assure une police au service de tous. Les humains n’étant pas naturellement bons, mais étant capables d’être des criminels, il s’ensuit une sorte de guerre intérieure qui nécessite une force de protection. C’est donc la police. Là encore on ne peut imaginer une police privée faisant régner sa loi sur un territoire. Elle ne protégerait que ceux qui la paient. La police mise en place par l’Etat est un service de tous et la loi fondamentale est la même pour tous les habitants d’un territoire.
Enfin, la cohabitation des humains ne va pas sans querelles. Certaines peuvent être traitées à l’amiable, ou avec la médiation de proches. D’autres nécessitent l’intervention d’un arbitrage plus imposant et doté des moyens coercitifs pour faire respecter ses décisions. C’est la justice. Dans les films de western on voit souvent chacun faire sa propre justice. Cette pratique est à haut risque et rien ne garantit l’objectivité ni le sens de la proportionnalité du lésé.
Pour entretenir ces fonctions dites régaliennes, l’Etat a besoin d’argent. Il est donc chargé de collecter l’impôt et d’en faire usage aux fins de réaliser ses missions de protection, de police et de justice. Jusque là gauche et droite sont en général d’accord. Ce qui les différencie est la quantité de moyens alloués, donc le niveau de taxation et de répartition de l’impôt. C’est aussi la manière de traiter chaque fonction. Concernant la criminalité la droite considère que la sanction est plus importante que la prévention puisqu’elle implique de faire réfléchir un criminel aux conséquences de ses actes. Elle est supposée contenir automatiquement un volet prévention.
Cela ne fonctionne pas avec tout le monde. La gauche met alors l’accent sur la prévention, l’éducation, l’anticipation des problèmes, et tente de remédier aux causes. Elle considère que si les causes sont traitées les effets disparaîtront. Cela n’est pas garanti. Là encore certains criminels sont imperméables à la prévention.
Les deux visions n’ont pas les mêmes conséquences. Dans un cas on met l’argent de l’impôt dans le système carcéral, dans l’autre dans le système socio-éducatif.
En fait gauche et droite ont probablement raison toutes les deux. Le plus logique serait de réunir les deux visions dans une seule et même action politique. Ce qui rendrait en partie le clivage gauche-droite caduque.
On a ensuite d’autres fonctions attribuées ou non à l’Etat. Jusqu’où doit aller le rôle de l’Etat? C’est bien la question posée tant par le libéralisme que par le centralisme (au sens de plus d’Etat, ce qui est à la fois la position nationaliste et socialiste). Et c’est en général là que les visions politiques se différencient plus nettement.
A suivre.