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Le surdoué du demi-fond helvétique possède à la fin des années ’70 un palmarès tout à fait impressionnant : en salle il termine troisième du 3000 m en 1977 à San Sébastien, avant de devenir champion d’Europe les deux années suivantes à Milan et à Vienne. En plein air, il explose tous les records suisses : 7’41″00 sur 3000 m en 1979 à Lausanne, 13’13″32 sur 5000 m en 1979 à Stockholm et 28’05″37 sur 10000 m en 1976 également à Stockholm. Lors des championnats d’Europe 1978 à Prague, il s’empare avec panache de la médaille de bronze du 5000 m, au terme d’une dernière ligne droite absolument épique. Il est également sélectionné dans l’équipe d’Europe pour la Coupe du Monde à Montréal où il termine troisième derrière l’Ethiopien Miruts Yifter et le Soviétique Valeriy Abramov.
Les Jeux Olympiques de 1980 à Moscou
Au vu de ce palmarès fort impressionnant, fort logiquement, les Jeux Olympiques 1980 à Moscou représentent le sommet à ne pas manquer. Markus Ryffel a les moyens de briller en U.R.S.S., mais seulement si sa condition physique reste au top. Hélas en cette saison 1980, le Bernois est en proie à de gros soucis à un talon suite à un coup de pointe asséné par le Français Radhouane Bouster lors d’une chute le 16 juin à Stockholm. Déplâtré, Ryffel a semble-t-il trop rapidement mis à contribution son talon, au point de ressentir de violentes douleurs lors de son camp d’entraînement en Forêt Noire et de se voir diagnostiquer une inflammation osseuse difficile à guérir s’il ne se repose pas strictement.
Au stade Lénine, Markus Ryffel est bien entendu l’un des meilleurs atouts de l’équipe suisse d’athlétisme, avec les deux sauteurs Roland Dalhäuser et Rolf Bernhard, ainsi que le coureur de haies basses Franz Meier. Toujours prétérité par son talon, le Bernois a dû interrompre son entraînement durant les six dernières semaines. Il explique que le 5000 m reste son objectif principal, mais qu’il va utiliser ce 10000 m pour se tester et pour découvrir où il en est vraiment au niveau de sa résistance et de sa vitesse. Afin d’épargner sa blessure, le coureur du ST Bern s’entraîne avec une chaussure spéciale conçue par le docteur Bernhard Segesser qui devrait soulager son talon gauche. C’est le 10000 m qui ouvre donc les feux de sa quête olympique avec les séries qui se disputent le 24 juillet. À cause du boycott de certains pays, de très bons athlètes manquent à l’appel. C’est le cas pour cette épreuve avec l’absence des deux meilleurs performers mondiaux de tous les temps : le Kenyan Henry Rono (27’22″5) et l’Américain Craig Virgin (27’29″29), très impressionnant cet hiver lors de sa victoire aux Mondiaux de cross sur l’hippodrome de Longchamp à Paris; c’est toujours ça de pris pour le Suisse. Engagé dans la troisième et dernière série, Markus Ryffel tente de faire de son mieux, mais il est rapidement décroché. Peu avant le cinquième kilomètre, il ressent même une violente douleur au pied; dans ces conditions, il préfère abandonner pour ne pas compromettre ses chances pour le 5000 m. Vingt-quatre heures après son abandon, les douleurs au talon sont toujours très vives. Une décision quant à une participation au 5000 m sera prise dans deux jours après un entraînement du dimanche matin. Finalement le test s’est bien déroulé, ce qui incite Markus Ryffel à tenter sa chance sur le 5000 m.
Le lundi 28 juillet se déroulent les séries qui lui permettent de se rassurer avec une belle victoire lors de la troisième série en 13’45″0 face au Tanzanien Suleiman Nyambui et l’Irlandais Eamonn Coghlan. Il doit cependant enlever rapidement sa chaussure gauche juste après l’arrivée, histoire de pouvoir mettre de la glace et atténuer ce qu’il décrit maintenant comme une irritation légère qui est apparue lors des 200 derniers mètres. Deux jours plus tard, le mercredi 30 juillet, les demi-finales voient un tempo plus rapide avec un Markus Ryffel qui se sent de mieux en mieux. Constamment calfeutré entre la sixième et la septième place, il se rapproche de la tête de la course à la cloche pour finalement se qualifier brillamment pour la finale en terminant troisième en 13’29″3. Le Bernois est content de son sort, mais il ressent le manque de courses lors de sa préparation complètement tronquée.
Le 1er août, la finale promet beaucoup pour Markus Ryffel. Sous l’impulsion du Soviétique Alexander Fyodotkin, le rythme n’est pas bien rapide en début de course. Il faut attendre 4300 m pour voir l’Éthiopien Yohannes Mohammed sprinter en tête pendant 100 m, dans le but de faire exploser le peloton. Dans le dernier tour, Markus Ryffel est dans le coup. Alors que l’Irlandais Eamonn Coghlan a pris la tête à 300 m du but, les Éthiopiens Kedir et Mohammed se déplacent vers l’extérieur, pour laisser la place à leur célèbre coéquipier Miruts Yifter, prêt à commencer son final sûrement dévastateur. Mais dans cette action, Kedir et Mohammed se touchent et trébuchent gravement. Seuls Coghlan, Nyambui, Ryffel et le Finlandais Kaarlo Maaninka ont pu accélérer avec Yifter. Dans le dernier virage, Yifter s’éloigne de Coghlan, tandis que Nyambui dépasse le coureur Irlandais, visiblement en difficulté, et Maaninka attaque Ryffel. La ligne droite finale permet à Miruts Yifter de remporter cette finale en 13’21″0 devant Suleiman Nyambui en 13’21″6 et Maaninka qui termine fort en 13’22″0. Si près du graal mais boutés hors du podium, Eamonn Coghlan en 13’22″8 et Markus Ryffel en 13’23″1 sont les deux grands perdants de cette finale. Le Bernois, qui remporte un magnifique diplôme olympique avec sa belle cinquième place, est pourtant fort amer : «De la façon dont la course s’est déroulée, une médaille était possible. À 300 mètres de la ligne, j’étais dans une excellente position et j’aurais pu passer tout le monde, à l’exception de Yifter et de Coghlan. Mais j’ai pensé à la finale des championnats d’Europe de Prague où j’avais entamé mon sprint trop tôt». Le vice-champion d’Europe a également ressenti des douleurs à son talon lors des cinq derniers tours et sitôt la ligne d’arrivée franchie, il se précipite vers le masseur Peter Hägler pour qu’il soulage son pied.
Le coup de pointe au talon gauche suite à sa chute lors du meeting de Stockholm a malheureusement contrecarré les bons plans olympiques de Markus Ryffel et on ne saura jamais ce qu’il serait advenu à Moscou sans cette blessure. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : Markus Ryffel méritait mieux que ce qui lui est arrivé lors de ces Jeux Olympiques.
PAB
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