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Seo et web marketing
"Il est impossible pour quelqu'un de mentir sans penser lui-même qu'il connaît la vérité. Produire des foutaises ne nécessite pas une telle conviction."
Harry Frankfurt
Comme signalé par les chercheurs gagnants du prix Ig Nobel de la Paix 2016 dans leur rapport, le philosophe Harry Frankfurt définit la foutaise ("bullshit") comme une production démunie de préoccupation pour la vérité mais conçue pour impressionner. Leur travail vise à comprendre comment les gens perçoivent les phrases "inspiratrices", si abondantes dans les réseaux sociaux - qu'ils nomment "des foutaises pseudo-profondes".
Le prix Ig Nobel est une parodie hilarante des Nobel, son objectif étant de "récompenser les réalisations qui font d'abord rire les gens, puis les font réfléchir". On a pu voir un prix des Sciences arctiques à des chercheurs ayant étudié comment les caribous réagissent quand ils voient des hommes déguisés en ours polaires, le prix de Médecine pour un rapport intitulé L'effet de la musique country sur le suicide, un autre pour avoir découvert que le Viagra aidait les hamsters à se remettre d'un décalage horaire, ou encore un très poétique prix de Biologie et Astronomie à une équipe internationale ayant démontré que les scarabées bousiers retrouvent leur route en regardant la voie lactée. Signalons que la Suisse n'est pas en reste, puisque il y a de cela quelques années un prix de la Paix est venu couronner des recherches bernoises prouvant qu'il vaut mieux recevoir sur la tête une bouteille de bière pleine plutôt que vide.
Les gagnants états-uniens-canadiens du prix de la Paix de cette année intitulent donc leur rapport "De la réception et détection des foutaises pseudo-profondes". Partant du constat banal que suite au développement des technologies de l'information les foutaises sont peut-être plus répandues que jamais dans l'Histoire, ils remarquent une absence totale de recherche psychologique sur le thème. Les chercheurs posent ainsi la question de savoir si les gens sont capables de détecter la connerie flagrante. Qui est plus susceptible d'être la proie des foutaises et pourquoi ?
La question est loin d'être anodine. Le phénomène s'assimile à l'obscurantisme, bien que dans leur approche, plutôt que de s'intéresser à la manipulation de l'émetteur, les auteurs regardent à la loupe la prédisposition du récepteur à se faire avoir ou à résister à un message pseudo-profond. Cela devrait parler au marketing.
Les foutaises sont un simulacre de vérité qui se soucie d'impressionner. Quelque chose d’imprécis et d'ambigu différent de l’imprécision des poètes et des artistes. L'imprécision des dramaturges crée elle-même un espace ambigu, une place à l'imaginaire du lecteur-spectateur. Mais là où le storytelling au rabais vise la manipulation de l'esprit, l'Art de la dramaturgie travaille en principe à le libérer.
Le rapport identifie deux mécanismes qui pourraient expliquer la popularité des foutaises pseudo-profondes : d'abord la tendance de certaines personnes a accepter un énoncé d'emblée. Il faudrait d'abord croire pour comprendre – l'épuisement des ressources cognitives nous induirait en erreur. L'autre mécanisme serait en relation avec l'incapacité à détecter les foutaises et à confondre donc l'imprécision avec la profondeur.
Les individus analytiques seraient avantagés pour détecter les foutaises. Les intuitifs feraient par définition confiance à leur première impression et seraient plus susceptibles de se tromper.
Les confusions ontologiques joueraient aussi un rôle (la prédisposition à croire une déclaration au sens littéral : un croyant peut penser qu'une prière peut guérir).
Les croyances épistémologiquement suspectes (en contradiction avec les conceptions naturalistes communes) poseraient aussi problème ; par exemple, la croyance dans les anges entrerait en conflit avec le fait que les choses ne traversent pas les objets solides. Le manque de scepticisme et de sens critique est une porte ouverte aux foutaises.
Utiliser l'imprécision ou l’ambiguïté pour un simulacre de profondeur est courant dans la rhétorique politique, le marketing ou même dans les écrits universitaires, affirment-ils. Les auteurs concluent que chacun d'entre nous contribue à partager des foutaises, c'est aussi notre condition. Comprendre comment nous rejetons les foutaises des autres nous aide à rejeter nos propres foutaises. Et de finir avec un dernier aveu : "Si ce manuscrit ne se dit pas vraiment profond, il fait sens."
Bonus : un générateur de foutaises cité dans le texte (en anglais)
A propos de foutaises : la prétendue mort du seo
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