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Fils bâtard d'une aristocrate anglaise et d'un négociant italien, G., le protagoniste de ce roman, est tôt séparé de ses parents. C'est en orphelin qu'il se construit. Plusieurs expériences vont développer en lui une passion pour le corps singulier des femmes, et celui, collectif, des masses en lutte dans l'histoire. Rien en lui d'un séducteur, pourtant ; G. est plutôt laid, et s'il fascine, c'est par la force dérangeante de son regard.
Épique, G. est traversé par le grondement des révoltes, le souffle des guerres, mais aussi le sillage des premiers héros de l'aviation.
Intimiste, il reconstruit le monde perdu de l'enfance, explore celui du désir et du sentiment amoureux.
Matérialiste, il doit beaucoup à Marx, mais surtout à Diderot – le Diderot du Neveu de Rameau – et aux écrivains érotiques du XVIIIe, dont il retourne le propos : avec G., Don Juan ne vient plus asservir les femmes à son désir, mais les libérer.
Traduit de l'anglais par Katya Berger Andreadakis
Xavier est incarcéré dans la cellule n° 73 de la prison de Suse, où il purge une peine de détention à vie pour terrorisme. Aida est l'amante de Xavier. Elle est libre. Elle lui écrit. De A à X est l'ensemble de ces lettres, "miraculeusement " retrouvées par John Berger. Un roman par lettres, donc. Quel genre de roman ? L'amour y est présent à chaque phrase, mais on ne peut dire qu'il en soit le sujet. On pense à un manuel de résistance ou à un traité de guérilla urbaine. Ou à un recueil d'exercices spirituels.
Avec ce livre, John Berger donne la réplique à son époque. Il le fait à sa manière : précise et elliptique. Précise, parce qu'écrire est un travail qui s'apparente à la soudure, à la réparation d'objets cassés ou au fait de recoudre une plaie par balle. Elliptique, parce que comprenne qui voudra.
Dès lors, peu importe que cette histoire se déroule à Mexico, à Ramallah, à Kaboul ou ailleurs. Partout où des hommes, des femmes – et même des enfants – résistent à l'oppression, la voix fraternelle de John Berger les accompagne, comme une chanson de marche pour traverser la nuit.
" Cela fait à peu près quatre-vingts ans que j'écris. Au début, j'ai écrit des lettres, puis des poèmes et des discours. Plus tard, des récits, des Articles, des livres. A présent, j'écris des notes. L'écriture a toujours été pour moi une activité vitale ; elle m'aide à donner un sens aux choses, et à poursuivre ma route. Pourtant, elle dérive d'une réalité plus profonde et plus générale – notre relation avec le langage en tant que tel. Le sujet de ces quelques notes est le langage. "
Dans Palabres, John Berger réfléchit sur le langage et ses liens avec la pensée, l'art, la chanson, la narration et le discours politique de nos jours. Composé de dessins, de notes, de souvenirs et de digressions, c'est un ouvrage qui nous parle aussi bien d'Albert Camus que la mondialisation, du statut d'orphelin, de Charlie Chaplin, de Rosa Luxemburg et du flamenco.
C'est le livre-testament d'un esprit qui voulait penser ce qu'il y a de " plus vrai, de plus urgent et de plus essentiel ".
À la mort de Baruch " Bento " Spinoza, en 1677, sont exhumés des manuscrits, des lettres, des notes. Aucun dessin. Pourtant, des témoignages attestent que Spinoza ne sortait jamais sans son carnet de croquis. " Pendant des années, j'ai imaginé qu'un tel carnet soit découvert. Sans trop savoir ce que je pouvais espérer y trouver. Des dessins sur quoi ? Esquisser de quelle manière ? " dit John Berger au début du Bento's Sketchbook (TP). Reconstituant une version rêvée de cet objet perdu, l'auteur de G entame un dialogue avec l'œuvre de Spinoza. Dialogue philosophique bien sûr – les croquis de Berger répondant à L'Éthique –, mais aussi dialogue esthétique et politique. Dessiner, écrire, c'est poser son regard sur le monde, obéir à une impulsion primitive que le geste métamorphose en art. C'est aussi choisir parmi les propositions infinies de la réalité : retrancher, ajouter ; pour transformer. Ce Carnet de Bento, livre d'art et manifeste poétique, illustre l'humanisme de Berger, l'engagement total que constitue une œuvre en forme de combat.
John Berger, figure intellectuelle de l'altermondialisme, défend dans ce court essai que le monde capitaliste dans lequel nous évoluons est une prison.
Traduit de l'anglais par Katya Berger-Andreadakis.
" Tandis que j'écrivais, j'attendais continuellement tes réactions. Écrire s'apparente pour moi à l'acte de déshabiller, d'amener le lecteur au plus près d'une forme nue. Nous attendions ensemble cette nudité. Nous cherchions à épier ensemble ce qui se cachait derrière le nom des choses. "
Un texte poétique à quatre mains, des dessins, des photos. C'est ce qu'ont rassemblé Yves et John Berger pour construire un portrait en creux de l'absente : une élégie.