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14/05/2010
La gauche genevoise
La gauche à Genève a presque toujours été minorisée. La population genevoise a une majorité à droite, ça a toujours été clair. Mais il y a tout de même une exception. La ville de Genève, avec ses grands quartiers populaires, vote systématiquement à gauche, et cela depuis un bon moment. La raison en est simple. En ville, il est très difficile de trouver des logements bon marché. Les prix en loyer libre ou en PPE sont impossibles à payer pour la classe moyenne. Seule la part la plus riche de cette classe moyenne parvient donc à rester en ville. Pour le reste, la classe moyenne est de plus en plus rejetée à l'extérieur de la ville, dans les communes limitrophes, quand ça n'est pas dans le canton de Vaud ou en France. Les seuls à pouvoir rester en dehors des plus riches sont donc ceux qui bénéficient de logements sociaux, c'est à dire les classes les plus populaires, compte tenu des revenus extrêmement bas demandés pour y entrer.
Si on faisait voter les contribuables de la Ville, il est certain que la tendance s'inverserait. Car si la classe moyenne vit en majorité en périphérie, elle travaille majoritairement en ville. La conclusion est donc évidente: la part la plus importante des revenus de la Ville est perçue auprès de personnes qui n'ont pas le droit de se prononcer à propos des aménagements réalisés avec leurs impôts. C'est tout de même une situation intolérable, non ? Et bien loin de récompenser ces contribuables, la Ville passe son temps à leur imposer des chicaneries, les considérant comme des nuisibles, au contraire de ses gentils électeurs. Mieux: afin de s'assurer que la majorité ne change pas de côté, la gauche fait tout pour accentuer la difficulté de la classe moyenne à s'établir en ville.
Des preuves de ce que j'avance ? Il y en a beaucoup. Quelques exemples:
- Lorsque le canton présente un projet de nouveau quartier entre la Praille, les Acacias et les Vernets, la gauche s'inquète du taux extrêmement bas de logements sociaux. Des logements pour la classe moyenne supérieure en ville ? Vous n'y pensez pas! Qu'ils aillent vivre dans d'autres communes! Elle décide donc d'imposer un blocage complet à l'ensemble du projet pour obtenir ce qu'elle demande, une part de 66% de logements sociaux !!! Une majorité de logements sociaux donc, réservés à une petite minorité de la population.
Et bien sûr, sa méthode pour bloquer l'intégralité du projet est très bien trouvée. Il s'agit d'un projet cantonal concernant plusieurs communes, mais au lieu de s'en prendre directement au projet au niveau cantonal où elle sait n'avoir aucune chance de succès tant la population est acquise à ce projet, elle lance un référendum communal dans la seule commune de Genève !!!
- Qui s'était opposé à la surélévation des immeubles ? La gauche bien sûr. Qui s'oppose systématiquement à la construction de nouveaux immeubles en ville ? Toujours la gauche. La densification c'est l'ennemi de la gauche. D'une part, ça réduit les besoins des habitants à recourir aux moyens de transport individuels et cela réduit donc les problèmes d'engorgement du trafic qui permettent à la gauche de désigner un bouc émissaire, présupposé de droite bien sûr. Ensuite, ça diminue la qualité de vie de ses habitants et donc cela risque de provoquer le mécontentement de ses électeurs. Enfin et surtout, ça risque d'amener en ville de nouveaux électeurs et pourrait à terme faire pencher la balance en faveur de la droite...
- Alors que les questions de circulation sont de la responsabilité du Canton, les écologistes lancent une initiative pour la création de 200 rues piétonnes... dans la commune de Genève! Bien sûr, il n'a pas été tenu compte du fait que des rues piétonnes pourraient être sympathiques dans d'autes communes, par exemple à Carouge. Les écolos savaient n'avoir aucune chance de faire passer leur projet au niveau cantonal. Et encore, un projet qui serait favorable au commerce, qui pronnerait la création de rues piétonnes dans le but de créer de l'animation dans des rues commerçantes, comme c'est par exemple le cas à Bâle, remporterait sans doute une très large adhésion de la population. Mais en réalité, ce projet n'est pensé que comme une entrave à la circulation automobile, une chicanerie donc contre ces pendulaires de droite dont on apprécie les impôts, mais pas la présence.
Et va-t-on au moins faire voter le peuple sur ce projet? Non. Car le conseil administratif, élu par la population de la ville et donc à majorité de gauche, a accepté l'initiative, rendant donc l'organisation d'un scrutin inutile !!! Ce projet surréaliste est donc en voie de réalisation. J'espère que le Conseil d'Etat va se réveiller et mettre le nez dans cette affaire...
- Qui s'oppose avec ferveur à la construction d'une nouvelle traversée du lac? La gauche bien sûr. Cet ouvrage permettrait sans nul doute de réduire les problèmes de circulation en ville. Mais la réduction de ces problèmes ne la concerne pas. Au contraire, elle souhaite leur maintien. Car si elle n'avait plus de boucs émissaires au travers de ces méchants pendulaires-contribuables qui viennent polluer le centre-ville et ses gentils électeurs, ne risque-t-elle pas de voir son discours perdre consistance ?
- Lorsque des constituants proposent de réduire le nombre de communes dans le canton ou de supprimer la ville pour donner ses compétences au Canton, qui s'en émeut le plus ? Oui bien sûr, la gauche. Elle a trop peur de perdre son fief. Elle a trop peur que l'aménagement de la Ville se fasse au bénéfice de l'ensemble des habitants du Canton et non seulement de ses précieux électeurs. Pour ma part, je ne pense pas que la suppression de la Ville soit nécessaire, mais je plaiderais plutôt pour le regroupement des communes urbaines. Il est absurde que la commune de Genève ne représente qu'une partie des habitants de cette ville.
Et ce ne sont que quelques exemples. Pour ma part j'attends le résultat des travaux de la Constituante. Si rien n'est fait pour mettre de l'ordre dans cette situation, je penserai sérieusement à changer d'air et aller vivre dans une ville où la gauche ne fait pas la pluie et le beau temps. Par exemple Zurich. On y construit des immeubles pour loger la classe moyenne, on y construit des transports publics performants et on n'oublie pas la route en bouclant le contournement autoroutier. Et la gauche n'y a pas son mot à dire.