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Dans The Tree of Life, de Terrence Malick, la musique d'Hector Berlioz était très présente. On a pu reconnaître Harold en Italie - l'accomplissement de l'homme au-delà des lois - et le Requiem - le repos du cosmos même, la voix des anges! Berlioz est un compositeur grandiose, que j'adore, et que n'aiment pas toujours les beaux esprits: François Mitterrand, par exemple, le goûtait peu, disant lui préférer Debussy. Mais je pense que Mitterrand aimait la culture d'une façon très conventionnelle. Pour moi, Berlioz était un génie. Mais le romantisme dont il participait a été rejeté par le matérialisme du vingtième siècle.
Le choix de Berlioz, de la part de Malick, est un signe. J'ai déjà essayé de montrer que ses films rappelaient beaucoup l'œuvre de Lamartine. Il s'agit de purs élans de l'âme, de forces intérieures grandioses qui peuvent mener au bout de l'univers, remonter le temps à l'origine des choses ou au contraire transporter jusqu'à la fin ultime.
Berlioz était peut-être plus imagé que Lamartine, ou même Malick: il aimait, comme Hugo, comme Chateaubriand, ce qui était haut en couleur tout en étant porteur d'une force mystique. Il n'a pas fait par hasard un opéra du Faust de Gœ the traduit par Gérard de Nerval. A la fin, il a ajouté le chœur des démons, leur faisant prononcer une langue inconnue, trouvée dans les visions de Swedenborg. Ce grandiose, cosmique et mythologique, déplaisait à Mitterrand, qui prônait à l'égard du monde divin une forme de sobriété bourgeoise qu'on regarde communément comme une forme de dignité de la philosophie agnostique. Moi, je trouve que c'est fantastique. La Symphonie fantastique, du même Berlioz, tend du reste à évoquer des fantômes, des spectres. En musique, c'est un monde fabuleux; comme il n'y avait que des sons, il pouvait se permettre de grandes libertés. Pour autant, de son temps même, il fut souvent rejeté.
L'un des plus beaux passages de La Damnation de Faust est le chant à la Nature, juste avant que le malheureux docteur ne soit emporté par les démons, au milieu d'une allée de fantômes, de spectres errants, d'âmes du purgatoire, comme au sein d'un cauchemar. Faust célèbre les forêts, les montagnes, les étoiles, comme pouvant, seuls, combler ses plus profonds désirs. On entend alors rouler le tonnerre, bondir les cascades, et Berlioz livre la musique cachée des choses.
Il était bariolé, sans doute; mais Malick en a saisi le grandiose.