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Un jeune homme blanc se traîne sur le sol. Il est en train de mourir de soif sous le regard insensible d'un soldat noir. C'est le monde à l'envers! Au dos du prospectus, des soldats de la légion étrangère creusent une tombe dans le désert. Peut-être est-elle destinée au jeune homme? Le prospectus a été publié en 1963 par le Comité de lutte contre l'engagement de jeunes Suisses dans la légion étrangère, un organisme privé. Le message est clair: «Ceux qui ne se plient pas à cette discipline de fer seront ‘dressés'. Des centaines de récits de personnes rentrant au pays confirment que le fouet, la torture et la privation de nourriture sont monnaie courante pour venir à bout des récalcitrants».
Entre 1949 et 1959, plus de 200 Suisses rejoignaient chaque année la mythique légion étrangère française, engagée principalement en Afrique. Ils cherchaient généralement à échapper à leurs problèmes, d'ordre personnel ou économique. Dès le début, la Suisse a entretenu une relation étroite avec la troupe coloniale fondée en 1831, car durant l'époque moderne, des soldats suisses étaient engagés au service de la France. Le Code pénal militaire interdit le service étranger depuis 1927, et dans les années 1950, le Département militaire s'est inquiété du fait que la légion porte atteinte à la puissance défensive du pays.
La Confédération n'a pas apporté un grand soutien au comité : en 1959, un porte-parole du Département militaire a qualifié la campagne contre la légion étrangère d'incitation à déserter l'armée française, tandis que la France a protesté lorsque le comité a distribué ses prospectus à la Foire de Bâle (Mustermesse Basel) et à la Foire suisse de l'agriculture et de l'alimentation (Olma).
Auteur: Urs Hafner
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