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19 septembre 2013
Libéralisme 14: Son père est sa mère
Le libéralisme est le courant philosophique et politique qui a produit un haut niveau de liberté individuelle. Cette liberté individuelle est poussée très loin. Ainsi en Allemagne, une citoyenne avait choisi de changer de genre à l’Etat Civil. Il était dès lors reconnu légalement comme homme. En Allemagne il n’y a pas besoin d’être opéré pour cela. Cette femme s’est faite appeler d’un nom d’homme et un traitement hormonal lui avait donné une apparence masculine: absence de seins et bouc.
Il s’appelle Paman
Or cet «homme» n’en était pas vraiment un. Il/elle avait gardé son appareil génital féminin. Il s’est fait inséminer et a mis au monde un enfant (ce cas n'est pas exceptionnel). Aujourd’hui il refuse d’être considéré comme la mère de cet enfant et veut n’être que le père, se fondant sur son état civil. On pourrait dire qu’au nom de la liberté individuelle, il fait ce qu’il veut de lui. Cela ne nous regarde pas. Mais il implique un autre être, dont il est la mère/père. Il implique également des députés qui planchent sur de nouvelles définition d’identité de genre.
«Voilà qui ne va pas nous simplifier la tâche!», soupire Maryvonne Blondin. Avec sa collègue Michèle Meunier, la sénatrice socialiste dirige un groupe de travail sur l'identité de genre. «Nous réfléchissons depuis quelques mois à une loi qui faciliterait le changement d'état civil pour les transexuels, explique-t-elle. Comme en Argentine, en Allemagne ou en Espagne, il s'agirait de permettre à ces personnes d'obtenir de nouveaux papiers, correspondant à leur physique, sans avoir à se soumettre à une opération chirurgicale».
Doit-on considérer que la liberté individuelle prime sur tout et, au nom du libéralisme des moeurs, admettre que cette mère est uniquement le père de l’enfant? Ou doit-on se plier à la référence biologique selon laquelle cet homme partiel est la mère de l’enfant? Le conflit intérieur que vivent les transgenres doit-il devenir l’objet de lois civiles impliquant l’ensemble de la communauté par le biais des élus, et impliquant les enfants? Ce transexuel est-il la mère ou est-il le père de l’enfant? Son Paman, sa Mapa?
Le libéralisme mou contre la mémoire de l’espèce
Actuellement un courant, qui n’est qu’une dérive intellectuelle et politique, affirme que le genre n’existe pas en soi. Je m’inscris en faux. Si le genre est une définition plus souple, plus plastique du sexe parce que davantage imprégné de code sociaux variables, il reste issu de la biologie. Le genre est le produit du sexe biologique et la biologie est un patrimoine, une mémoire de l’espèce servant de support à la civilisation et à la culture. Le masculin vient de l’homme, le féminin de la femme, chacun ayant des caractéristiques propres. Qu’une ultra-minorité de transsexuels se sente du sexe opposé à leur sexe biologique n’y change rien. Se sentir homme quand on est femme, et vice-versa, n’est qu’un signe de plasticité psycho-émotionnelle. Après tout un homme peut jouer sur scène un rôle de femme tout en restant intimement un homme. Un transexuel non opéré garde l’attribut sexuel essentiel de son sexe d’origine.
Le traitement hormonal confirme d’ailleurs que la biologie conditionne le genre puisqu’on y a recours pour tenter de donner l’apparence du sexe que l’on voudrait être. Mais cela reste imparfait et ne peut forcer la configuration biologique de base. On ne change pas la génétique: un transgenre, même opéré et sous hormones, garde ses chromosomes d’origine.
On peut bien sûr reconnaître à cette femme, devenue civilement et d’apparence un homme, le droit de se définir comme elle l’entend. La question n’est pas là. Mais doit-on supprimer la référence à la biologie, seul repère collectif relativement stable? Doit-on en arriver à faire presque une loi par individu? Le libéralisme porté à ce point pourrait bien provoquer la dissolution de tous les repères culturels collectifs, au nom de minorités qui ne sont représentatives que d’elles-mêmes et non d’un véritable projet de société.
Après tout, la loi de la majorité qui prévaut en démocratie oblige toute idée ou notion nouvelle de convaincre une majorité de citoyens et de citoyennes. Or la cuisine des minorités se passe de plus en plus de toute tentative de convaincre rationnellement. La posture victimaire suffit aujourd’hui à rallier un parti politique qui y voit son intérêt électoral et une frange de la population en perte de tous repères autres qu’émotionnels. Aujourd’hui on a «ses victimes» comme autrefois on avait «ses pauvres». Mais le libéralisme montre là ses propres limites: un système mou acceptant tout prend l’ascendant sur un système tonique où il faut gagner sa place. Le libéralisme n’est pas plus l’absence de normes collectives qu’un ensemble de normes rigides. A vouloir éviter les deuxièmes on glisse dans la première. Cela ne garantit pas sa survie à long terme.