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L'entrée de la Suisse dans l'espace Schengen va avant tout faciliter les déplacements de personnes et les mesures de sécurité. Mais selon l'économiste Reiner Eichenberger, le trafic des services sera également plus aisé.Ce contenu a été publié le 07 novembre 2008 - 15:21
Pour le professeur d'économie publique à l'Université de Fribourg, Schengen aura des conséquences importantes pour l'économie dirigée vers l'extérieur, et tout spécialement dans le domaine des services. C'est la raison pour laquelle l'entrée dans l'espace Schengen doit être vue dans le contexte général de l'ouverture de la Suisse au niveau international.
La Suisse a besoin de cette ouverture, car elle est trop petite – tant par rapport à sa surface qu'à sa population – pour se suffire à elle-même comme de grands pays tels que les Etats-Unis ou la Russie.
swissinfo: Quels sont, selon vous, les changements provoqués par l'entrée de la Suisse dans l'espace Schengen?
Reiner Eichenberger: Pour le citoyen suisse lambda, la réalisation de l'espace Schengen ne va absolument rien changer dans un premier temps. Il s'agit en effet de mesures de contrôle et de sécurité.
Ces mesures seront simplement effectuées d'une manière un peu différente que jusqu'à présent. Mais on pourra continuer à demander à n'importe quel voyageur s'il a quelque chose à déclarer. Et si tel est le cas, il devra s'acquitter de la TVA ou des droits de douane, tout comme aujourd'hui.
Si la Suisse était restée à l'extérieur de l'espace Schengen, la frontière entre la Suisse et ses voisins aurait été définitivement considérée comme une frontière extérieure de l'Union européenne. La frontière suisse aurait alors été contrôlée plus sévèrement, ce qui aurait entraîné des complications dans le trafic frontalier, notamment pour les personnes.
Cela signifie par conséquent que c'est justement parce que la Suisse est entrée dans l'espace Schengen que les choses ne changent pratiquement pas pour le citoyen.
swissinfo: Les juristes soulignent que Schengen ne va toucher que la circulation des personnes.
R. E. : Il s'agit effectivement en premier lieu d'une nouvelle facilitation de la libre circulation des personnes. Il n'y aura plus véritablement de contrôles à la frontière même, car ceux-ci pourront aussi être effectués davantage à l'intérieur des pays.
Les contrôles de personnes seront ainsi simplifiés aux frontières entre les différents Etats participant à l'espace Schengen. En revanche, il n'y a pas de conséquences directes pour la circulation des marchandises.
Mais dans l'économie à l'intérieur de l'Etat, ce sont bien plus les services qui comptent que les marchandises. Or ceux-ci ne peuvent guère être fournis sans une libre circulation des personnes. En effet, ce sont souvent des personnes spécialisées qui se rendent sur place pour offrir ces services.
swissinfo: Cela signifie-t-il, de facto, qu'une libre circulation des personnes doit précéder les échanges économiques.
R. E. : Exactement. La publicité, le conseil, les entretiens avec la clientèle: tout cela n'est possible qu'avec une libre circulation des personnes.
On trouve un autre exemple avec les machines qui sont exportées. Celles-ci doivent être assemblées sur place ou bénéficient d'une garantie de service. Des installateurs ou des monteurs doivent donc pouvoir franchir librement les frontières.
swissinfo: La petite Suisse doit donc tout particulièrement veiller à avoir des frontières ouvertes?
R. E. : Oui. Plus le pays est petit, moins il peut être indépendant économiquement. Dans de grands pays comme les Etats-Unis, les relations économiques extérieures sont beaucoup moins importantes.
Dans le cadre du commerce extérieur, les pays qui gagnent sont avant tous ceux qui produisent quelque chose différemment que les autres pays et qui se spécialisent dans certains domaines. Dans le cas de la Suisse, beaucoup de ces spécialités ne sont pas des marchandises, mais des services. La libre circulation des personnes est donc incontournable.
Interview swissinfo, Alexander Künzle
(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard)
Reiner Eichenberger
Reiner Eichenberger est professeur de finances publiques à l'Université de Fribourg et directeur de recherche au CREMA (Research in Economics, Management and the Arts).
Spécialisations: politique économique et financière, analyse du processus économique et des institutions politiques, déréglementation de la politique, lien entre économie et psychologie.
Il est aussi membre de la Commission fédérale de la communication et a été, à titre accessoire, juge à la Commission fédérale de recours pour les questions de concurrence jusqu'à la fin 2006.
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