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Bonjour, je m’appelle Jemimah.
J’ai 16 ans et je viens de Coire.
Pour moi, l’art signifie qu’il n’a pas besoin d’être précis, qu’il n’a pas non plus besoin d’être parfait et qu’on peut simplement être créatif.
Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec l’œuvre d’art “Geisterbilderforschen/Entstörung” d’Esther Schena. Tu viens avec moi?
JEMIMAH:
Bonjour, j’aimerais voir l’œuvre “Geisterbilderforschen/Entstörung”. Où puis-je la trouver?
ACCUEIL DU MUSÉE:
Bonjour. L’œuvre d’art se trouve au 2e sous-sol, dans l’exposition permanente. Bonne journée!
JEMIMAH:
Merci beaucoup! Au revoir.
Nous descendons maintenant avec l’ascenseur.
Nous sommes maintenant au deuxième sous-sol et nous voyons différents tableaux et, plus loin, il y a aussi des sculptures. C’est une pièce très lumineuse. Nous nous dirigeons maintenant vers l’œuvre d’art “Geisterbilderforschen/Entstörung”.
L’œuvre d’art est très spéciale, car elle semble avoir plusieurs couches. Et elle rayonne aussi; notamment parce qu’elle est encadrée de rouge. On voit qu’une personne travaille ou construit quelque chose à l’arrière-plan. Et l’image n’est pas toujours nette: elle est comme mise au point puis elle devient floue.
On dirait que la figure dans l’image mesure quelque chose… Ah non, elle est en train de nettoyer quelque chose, ou bien elle enlève quelque chose, ou bien elle le gratte comme pour le faire disparaître. Et je crois qu’elle le fait sur une vitre.
L’œuvre d’art s’appelle « Geisterbilderforschen/Entstörung » d’Esther Schena. Elle a été réalisée en 2020. C’est une sérigraphie sur laquelle il y a une projection. Ses dimensions sont de 220 x 105 cm.
J’ai quelques questions à poser à Esther Schena:
- Comment avez-vous eu cette idée et comment avez-vous fabriqué cette pièce exactement? Quels matériaux avez-vous utilisés?
- Pourquoi avez-vous opté pour un cadre rouge? Et pourquoi la projection est-elle focalisée puis à nouveau floue? Et derrière l’image, il y a aussi des sortes de formes: est-ce qu’elles ont aussi une signification pour vous ou sont-elles simplement esthétiques? Et quelle est exactement la signification de la personne que l’on voit et qu’est-elle en train de faire?
- Et dernière question: est-ce que c’est vous dans l’image ou est-ce que c’est une autre personne?
ESTHER SCHENA:
Hello Jemimah, je te remercie beaucoup pour les questions passionnantes que tu me poses. En posant ces questions, tu t’es déjà bien immergée dans ce que je veux montrer et tu as déjà saisi beaucoup de choses.
Tu me demandes par exemple à quoi j’ai pensé pour cette œuvre, et comment l’idée m’est venue.
C’était un long développement. L’œuvre est liée à ma recherche sur les images fantômes, thème sur lequel j’ai travaillé ces dernières années. Mon processus a intégré beaucoup de lectures et d’études théoriques, mais aussi l’expérimentation de matériaux. Le travail porte sur la construction, la déconstruction, la disparition et la découverte, la perspective, l’intérieur et l’extérieur. Ce sont les thèmes que je réunis dans l’œuvre.
Comment j’ai réalisé l’œuvre et quel matériel j’utilise? C’est d’une part une vidéo et d’autre part un cadre de sérigraphie que j’utilise ici. J’ai enregistré la vidéo lors d’une performance à Winterthur l’année dernière. Je l’ai ensuite éditée et je la projette à-travers le tamis.
Pourquoi ai-je choisi le rouge pour le cadre? La couleur fait en fait partie de la fabrication de la sérigraphie. C’est la colle qui est colorée en rouge. C’est un de ses composants. En ce sens, je n’ai pas consciemment choisi le rouge. Et j’aime l’idée que si quelqu’un a déjà fait de la sérigraphie ou connaît la technique, elle ou il reconnaîtra ce cadre comme tel et non comme un autre type de cadre produit spécialement pour l’occasion.
Quelle est l’idée derrière l’alternance de flou et de net dans l’image? Quelle est la signification de l’action de la personne dans l’œuvre et est-ce moi qui suis en action?
Tout d’abord, je trouve que ce sont de très bonnes questions que tu poses ici. Oui, c’est bien moi en tant que personne. C’est moi qui effectue l’action dans la vidéo. C’est important pour moi que ce soit moi, que je fasse partie de l’image. Je travaille ici sur différents niveaux, comme tu l’as dit avec les “couches” que tu as mentionnées. C’est effectivement construit de cette manière et, d’une part, cela me permet de contrôler beaucoup de choses. Mais il y a aussi une partie que je ne peux pas contrôler, que je ne peux pas déterminer moi-même. C’est le hasard qui joue un rôle dans l’œuvre et plus globalement dans mon travail.
Ici, l’alternance entre la netteté et le flou résulte de la technique. Selon l’endroit où je me déplace, l’appareil fait la mise au point ou non. On me voit en effet en train de travailler sur une vitre. C’était à Winterthur, dans un lieu qui s’appelle Kunstkasten. C’est un cube de verre dans lequel on peut entrer. Et j’ai travaillé dedans. Il y avait trois côtés sur lesquels je suis intervenue avec des impressions. Et ici, sur la vitre frontale, j’enlève avec une lame les motifs que j’ai faits deux semaines auparavant. C’est ce que tu décris. Puis, tout à coup, je deviens visible (japparais au premier plan) et je fais une sérigraphie avec des surfaces blanches, puis je disparais à nouveau derrière le verre. Je travaille donc avec ces niveaux de visible et d’invisible, de net et de flou. La vidéo est projetée sur le tamis, qui est adossé à un mur. En ce sens, il y a ici aussi une double projection; une double image.
En général dans mon travail, on retrouve ces différents aspects: cette relation entre ce qui est visible et invisible et entre ce que je peux déterminer et le hasard.
J’espère que mes explications te permettront de mieux comprendre mon travail. Ce n’est peut-être plus aussi complexe quand on l’a vu, qu’on a posé des questions et qu’on s’y est intéressé.
Je te remercie beaucoup!
Et je te souhaite de continuer à découvrir l’art avec plaisir et j’espère que tu seras intéressée à en voir encore beaucoup plus et peut-être à t’y plonger toi-même.
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“ART’S COOL autrement dit “Art is cool”!
C’est un rendez-vous avec une œuvre d’art contemporain suisse regardée, expertisée et questionnée par des jeunes gens auquel répond à sa façon l’artiste qui a réalisé l’œuvre. C’est simple, non?
Aujourd’hui, il s’agit de “Geisterbilderforschen/Entstörung”, une œuvre d’art d’Esther Schena, examinée par le regard curieux de Jemimah. Ne manquez pas de découvrir par vous-même l’œuvre d’art en réalité, au Bündner Kunstmuseum de Coire jusqu’au 30 janvier.
Et collectionnez l’art contemporain avec vos oreilles! Retrouvez-nous presque chaque semaine pour compléter votre collection avec un nouveau focus sur une œuvre récente d’un ou d’une artiste suisse.
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