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La bascule à Charlot, le rasoir national, le raccourcisseur patriotique, la Veuve, l’abbaye de monte-à-regret, le massicot… La guillotine a eu bien des surnoms au cours de ses deux siècles d’existence. Garante d’une «mort égalitaire», elle devient le symbole de la Révolution française. Cependant, son invention est bien plus ancienne.
On retrouve des machines à décapiter dès le Moyen Âge dans plusieurs régions d’Europe. En Allemagne, un appareil appelé la Diele sert à couper les têtes. Il s’agit d’une espèce de pilori, avec une lame intégrée. Le bourreau devait le frapper avec une masse pour sectionner le cou.
En Italie, on retrouve une machine similaire: la Mannaia. Elle est décrite comme un gros bloc avec une lame, maintenu par une corde entre deux poteaux. En tombant, elle décapite les condamnés.
Cependant, la machine à décapiter qui a influencé la guillotine est une invention écossaise :la Maiden. Il s’agit d’une pièce de fer carrée et tranchante, hissée en haut d’un cadre. Au moment de l’exécution, on la fait tomber sur le cou du criminel.
Quelle que soit l’origine de ces machines, tous les récits s’accordent sur un point. La décapitation est une mort noble, réservée à une élite. À l’inverse, la mort par pendaison ou au bûcher, impliquant un plus long supplice est considéré comme déshonorant.
Le 1er décembre 1789, Joseph Ignace Guillotin, député et secrétaire de la toute nouvelle assemblée nationale constituante, propose un projet de réforme du droit pénal. Le point principal de cette réforme est l’égalité des peines pour les délits de même nature. Pour cela, il propose que la décapitation soit le seul moyen d’exécuter une peine capitale. Et pour être sûr que la décapitation soit réussie, il montre un projet de machine qui ôte les têtes «grâce à une simple mécanique». Cette machine n’a pas encore de nom, mais elle deviendra par la suite la guillotine, du nom du médecin qui l’a proposé.
La guillotine est vue comme une manière humaniste d’exécuter les condamnés (ce qui peut sembler paradoxal aujourd’hui). Pour l’époque, le moyen est révolutionnaire. La guillotine permet une mise à mort égalitaire, rapide, sans agonie, et surtout, sans spectacle. Les exécutions sont publiques, et les penseurs des Lumières militent pour qu’elles ne soient pas un moyen de susciter la bestialité de l’être humain. Dans un premier temps, Guillotin ne convainc pas l’Assemblée avec son invention.
L’adoption du Code Pénal en 1791 oblige alors les députés à appliquer un nouveau moyen d’exécution de la peine capitale. On peut effectivement y lire à l’article 3, titre Ier: «Tout condamné aura la tête tranchée». C’est dans ce contexte que la guillotine est finalement choisie en 1792 comme seule machine de mise à mort.
L’utilisation de la guillotine, outre son symbolisme égalitaire, a deux avantages. Elle pallie à la fois à la fébrilité des condamnés et à la maladresse des bourreaux. Ceux-ci sont d’ailleurs pour la mise en place d’une telle machine. En effet, certaines exécutions ratées, ayant causées des souffrances innommables aux condamnés, leur fait préférer une mort mécanique plus précise. De plus, à certains moments de la Révolution, le nombre de condamnés est si considérable que leur matériel habituel (l’épée ou la hache) se détériore vite, et ne permet pas une mort propre.
Parmi les bourreaux français, une longue lignée a occupé cette position à Paris pendant plusieurs siècles : la famille Sanson. Charles Sanson (1658-1695), soldat dans l’armée française, est nommé exécuteur des hautes œuvres par le roi Louis XIV en 1684. Sa charge passe ensuite de père en fils chez les Sanson. En 1789, c’est son arrière-petit-fils Charles-Henri Sanson qui est bourreau. Il est le premier bourreau de France à utiliser la guillotine. C’est d’ailleurs lui qui décapite Louis XVI, et plusieurs révolutionnaires comme Danton, Camille Desmoulins ou Robespierre.
La décapitation par la guillotine est une mort très rapide. Trop rapide, pour certains. Tout le supplice et le rituel social qui entourait la peine capitale disparaît dans le principe de la mise à mort humaniste. Le peuple, mécontent, reste sur sa fin.
Cependant, un autre genre de cérémonial le remplace peu à peu. En effet, les condamnés à mort sont conduits jusqu’à l’échafaud, dans une charrette. Ce trajet dans Paris peut durer plusieurs heures selon le chemin emprunté. Il est suivi par la foule bruyante.
Au cours du siècle suivant, les autorités cherchent à pallier à ce problème en changeant l’heure des exécutions (qui passe de 10h30 à 7h30, voire encore plus tôt) ou les lieux d’exécution. Cependant, rien n’empêchera les observateurs de venir voir ce morbide spectacle, jusqu’à la fin des exécutions publiques en 1939. La guillotine, quant à elle, restera en fonction jusqu’en 1977 en France.
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Farcy, Jean-Claude et Renneville, Marc. « La peine de mort en France (1789-1981) – La guillotine ou la mort douce ». Musée Criminocorpus. En ligne ici.
Férard, Emeline. « La guillotine ou l’histoire d’une machine à exécuter « humaniste » devenue « rasoir national » », Geo, 25.04.2022. En ligne ici.
Mazeau, Guillaume. « La guillotine : quand le progrès se met au service de la mort », Histoire et civilisations, 22.11.2021. En ligne ici.
Domaine public, Wikipedia Commons.