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Loisirs
San Pellegrino: l'eau comme destin
Patrimoine La station thermale fameuse pour son eau minérale veut retrouver la splendeur qui était la sienne. Elle s'est donné jusqu'à fin 2018 pour y parvenir. Un défi à suivre en temps réel.
Article
C'est l'histoire de deux visionnaires. L'un, Cesare Mazzoni, avocat milanais, vit au début du XXe siècle. L'autre, Vittorio Milesi sera, en juin prochain, le candidat unique à sa réélection à la municipalité de San Pellegrino Terme qu'il dirige depuis 1996. À deux époques différentes, ces derniers ont souhaité sortir la ville de sa torpeur et la placer sur la carte du monde. Avant 1900, la vallée Brembana, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bergame, en Lombardie, vit de l'agriculture et du tissage. Grâce aux nombreuses sources de la région, l'eau est utilisée pour la petite industrie. Deux bains thermaux, côte à côte, attirent une petite clientèle médicale. La ville d'à peine 5000 habitants doit son nom à saint Pèlerin d'Auxerre, martyr sous l'empereur romain Dioclétien en 304.
Quand le Milanais Cesare Mazzoni débarque, en 1899, il a une idée en tête: faire de San Pellegrino Terme la «Vichy d'Italie». Il rachète et fusionne les bains, ouvre un commerce de mise en bouteilles avec la fameuse étoile rouge sur l'étiquette. Sous son impulsion, en dix ans, la station thermale connaît un développement fulgurant. En 1905, le Grand Hotel est achevé (avec électricité, téléphone et eau courante dans chacune des 130 chambres), l'année suivante, la liaison ferroviaire avec Bergame-San Pellegrino Terme est inaugurée.
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La ville met les bouchées doubles pour rénover ses bâtiments les plus emblématiques, comme le Grand Hotel.
En 1907, la construction du casino se termine après vingt mois de travaux, le funiculaire suit deux ans plus tard.
Cette rapidité – et la présence d'un architecte qui a supervisé tous les travaux, Romolo Squadrelli – donne à l'ensemble une unité, de style Liberty, la Belle Époque italienne. Désormais, à l'image de la reine Marguerite de Savoie ou la famille de Nicolas II de Russie, la bourgeoisie de toute l'Europe se presse en Lombardie et les bains deviennent vite un prétexte pour aller jouer au casino. Ce témoin du Liberty, que l'on retrouve sur l'étiquette de l'eau minérale, affiche partout des références à la mythologie et à la débauche. Il est construit sur le modèle du casino de Monte-Carlo. Afin que les clients restent concentrés sur les jeux, Cesare Mazzoni fait installer des rideaux cachant la lumière du jour et des robinets d'eau partout. À la fermeture de celui-ci, ordonnée par l'État en 1917, puis avec la Seconde Guerre mondiale, la station décline lentement. Récupéré par la ville en 1937, le bâtiment sert aujourd'hui de théâtre et de salle de réception.
À la recherche du temps perdu
Cent ans plus tard, il ne reste que des bâtiments vides, mais bien conservés de cette grande époque. Les visiteurs viennent pour un jour, mangent sur le Viale Papa Giovanni XXIII, fréquentent les bains puis repartent. Vittorio Milesi, syndic depuis vingt ans, réalise au début de son mandat l'ampleur de la crise financière qui touche la vallée. «Plusieurs industries de la région ont fermé leurs portes et nos villages se dépeuplaient. Pendant des années, on a négligé le tourisme car on avait la garantie de postes de travail à l'usine de mise en bouteilles», souligne le maire. Il a alors une conviction: il faut redonner à San Pellegrino Terme son prestige d'autrefois. L'homme va alors frapper à toutes les portes et peut enfin lancer fièrement son plan de relance, en 2007. L'État italien, la Lombardie, la région de Bergame et des investisseurs privés débloquent des fonds colossaux, avec une condition: que tous les travaux soient achevés d'ici à fin 2018.
Depuis, la station thermale est une fourmilière. La liste des bâtiments à rénover est gigantesque. Les bains ont été restaurés et agrandis il y a deux ans, pour un résultat incroyable; chaque soir, dès 18 h, Prosecco et antipastis sont offerts aux visiteurs, qui perdent la notion du temps en parcourant les trois étages.
Le funiculaire.
Mais cela ne saurait suffire pour attirer une nouvelle clientèle. «La clé du plan de relance, c'est l'obtention d'une nouvelle licence pour le casino», explique Vittorio Milesi, qui jouit d'une forte cote de popularité auprès des Sampellegrinesi. La décision est pendante. Un centre commercial et un nouvel hôtel attendent d'être construits, alors que la restauration du Grand Hotel, cédé à la ville en 2014, débutera en juin avec une enveloppe de 20 millions d'euros.
La fabrique éponyme a aussi promis son aide. Elle l'a déjà fait par le passé sous la forme d'un code QR apposé sur les étiquettes, qui renvoyait sur le site de l'office de tourisme. La pression s'avère donc forte sur le maire qui reste confiant.
«Si on n'y parvient pas, les gens diront qu'on a jeté l'argent par les fenêtres.» Et s'ils y arrivent? «J'imagine qu'on fera une grande fête sur le thème de l'eau.»
Les bains thermaux fraîchement rénovés...
...et le casino, que l'on retrouve dessiné sur les étiquettes de l'eau minérale.
Eau minérale
Aujourd'hui, la fabrique d'eau minérale est le poumon économique de la ville.
L'usine se situe toujours à l'entrée sud de San Pellegrino Terme. La commune compte vingt-quatre sources, dont vingt appartiennent à la Société anonyme des thermes, fondée en 1899. L'année suivante, 35 000 bouteilles sont produites et vendues, dont déjà 5000 à l'étranger. Cinq ans plus tard, le volume représente déjà 50 000 bouteilles… par jour! Ces dernières se retrouvent sur les tables de toute l'Europe, des États-Unis, du Brésil, du Pérou et des pays du Maghreb.
Après la mort de Cesare Mazzoni en 1915 et une longue période d'errance, Ezio Granelli redonne un second souffle à la fabrique en 1928, faisant passer la production à 120 000 bouteilles par jour et lance quatre ans plus tard l'Aranciata Sanpellegrino, de l'eau mélangée aux oranges de Sicile. D'autres spécialités suivront.
L'entreprise ne se contente pas de produire de l'eau, elle sponsorise une équipe de cyclisme, à l'heure où le sport commence à être retransmis à la télévision et lance sa propre course, les «1000 kilomètres de San Pellegrino» en 1955. Elle sponsorisera aussi des sportifs d'athlétisme.
En 1970, elle prend son nom actuel de Sanpellegrino.
Dans les années 1990, le groupe atteint une masse critique. Il se met à racheter d'autres eaux minérales avant, à son tour, d'être racheté par Nestlé au tournant du millénaire. L'an dernier, la S. Pellegrino a été déclarée «eau officielle de l'Expo Milano 2015» et était disponible sur tout le site.
Infos pratiques
Y aller: en voiture, jusqu'à Bergame, puis suivre les panneaux Valle Brembana. En train, jusqu'à Bergame puis bus direction Piazza Brembana.
Y manger: Da Franco, restaurant- pizzeria, peu impressionnant mais authentique; Bigio, restaurant-confiserie; Café Liberty, restaurant servant des plats régionaux.
Les deux spécialités de la région sont les «casoncelli alla bergamasca» (raviolis à la viande et à la sauge) et la «polenta taragna» (fromage Branzi).
Y dormir: Albergo Centrale, double dès 75 €, Hotel Bigio, double dès 80 €. D'autres hôtels rouvriront bientôt leurs portes.
Activités: bains thermaux, casino (visites le dimanche), la fabrique (les jeudis matin durant l'été), les grottes de Sogno (de fin mai à fin septembre), balade le long du fleuve Brembo, musée Arlequin à San Giovanni Bianco.