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Election du Conseil d'Etat genevois : Normalisation
Genève n'a pas fait la révolution, hier. D'ailleurs, elle ne voulait pas la faire, et même la gauche avait calibré ses ambitions à l'aune du possible : gagner un siège. Objectif atteint. On ne révolutionne pas, on rééquilibre. Mauro Poggia peut être satisfait, qui espérait se retrouver dans un Conseil d'Etat dont il serait le "médiateur" -entendez : le pivot, le faiseur de majorité entre trois élue et élus de gauche et trois élue et élus de droite, ce qui serait "logique avec le parlement en présence" où ni l'Entente ni l'Alternative ne sont majoritaires, ni peuvent l'être sans l'apport de ce qui reste du MCG. Il faut bien avouer que la gauche de la gauche n'a pas manifesté une envie contagieuse d'êtrepartie prenante d'une majorité gouvernementale : Sa candidate, Jocelyne Haller, ne fait qu'un peu plus de la moitié des suffrages de Thierry Apothéloz, et est même distancée par Luc Barthassat. A défaut de morale, il y a là une logique : si l'envie d'être élu ne suffit pas à l'être (sinon Barthassat l'aurait été), l'absence d'envie de l'être suffit à ne pas l'être...
Les élections passées, les choses sérieuses commencent
Un socialiste de plus, une femme de plus, si le midi du dimanche 6 mai 2018 n'est (forcément...) pas le Grand Soir, on a tout de même pu commencer la journée de bonne humeur. Même si la participation a été étique (un gros tiers du corps électoral) et l'abstention massive (deux petits tiers). Du coup, les scores des élus se tiennent, entre le premier (Poggia) et le sixième (Apothéloz) dans un grand mouchoir de grande poche (6000 suffrages), le premier des non élus (Barthassat) est distancé de plus de 10'000 voix, la quatrième candidate de gauche (Haller), que sa formation (Ensemble à Gauche) ne voulait pas voir élue ne l'est pas, le candidat UDC (Nidegger), qui se présentait comme le seul candidat de droite, ne l'est pas non plus, ni le candidat malthusien (Cretigny), qui fait toutefois le meilleur résultat d'un candidat sans parti depuis Aloys Werner en 1980. Le PS et le PDC s'échangent leur deuxième siège (Barthassat paie d'ailleurs la sur-représentation du PDC dans le gouvernement sortant bien plus que sa manière d'être...) et au final, on se retrouve avec un gouvernement représentatif du parlement -un gouvernement "équilibré", dit Thierry Apothéloz, "rééquilibré" dit Anne Emery-Torracinta, mais tout de même un gouvernement à majorité de droite (eh non, Poggia n'est pas de gauche...).
On vote désormais comme on va faire ses courses au marché : on prend à chaque étal le produit que le marchand vous propose et qui vous convient. On ne vote plus pour une liste de parti ou d'alliance -il n'y en a plus- mais on coche un nom sur une liste qui rassemble toutes les candidatures, sans différenciation politique, dans l'ordre du dépôt des candidatures. Lors des élections cantonales genevoises de 2013, 60 % des bulletins (il y avait encore des bulletins de partis ou d'alliance) retrouvés étaient "compacts", sans modification -ni biffages, ni latoisages. Cinq ans plus tard, il n'y avait plus que 10 % de votes compacts pour les candidats de l'Entente, et moins de 3 % pour les candidats socialistes. Les électrices et les électeurs actifs utilisent à plein leur liberté de choix : il y a sept sièges à pourvoir ? 5 % d'entre eux votent pour sept candidates et candidats, 10 % pour six candidates et candidats, 12 % pour cinq candidats, alors qu'aucun camp n'en présentait plus de quatre. Pierre Maudet et Mauro Poggia ont largement bénéficié de ce comportement (le premier lui doit d'avoir été élu au premier tour, le second d'avoir fait un résultat remarquable alors que son parti se prenait une gamelle à l'élection du Grand Conseil).
Les élections passées, les choses sérieuses vont commencer et les enjeux se rappeler à notre bon souvenir. Le gouvernement qu'on vient d'élire est moins à droite que le précédent ? Tant mieux. Mais qu'est-ce que cela dit de sa position (et de la nôtre) sur la réforme PF17 de l'imposition des entreprises, de la traversée routière de la rade, de la répartition des tâches culturelles entre le canton et les communes ? Pas grand chose. Sinon qu'il va nous falloir tenir nos positions même face à un gouvernement plus proche de nous que son prédécesseur.