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En 1983, l'irruption des radios privées avait fait souffler un vent nouveau sur les ondes. Un quart de siècle plus tard, l'offre est plus uniforme et commerciale. Pour améliorer la qualité, les autorités posent de nouvelles exigences en vue du renouvellement des concessions.
«Au départ, c'était une révolte», rappelait récemment le ministre de la Communication Moritz Leuenberger, au cours du congrès «Radioday» célébrant le 25e anniversaire des FM. «Les premiers diffuseurs régionaux étaient des radios pirates qui avaient ouvert une brèche pour une radio plus créative, à l'écart du contrôle de l'Etat et sans objectif commercial».
En Suisse, les premières tentatives de briser le monopole radiophonique de la SSR SRG idée suisse - l'entreprise nationale de service public - datent des années 1970. Une période marquée par la contestation. Les premiers diffuseurs clandestins servaient notamment à lancer des appels à des manifestations.
Et malgré les pressions exercées par les autorités suisses et les interventions de la police italienne, le journaliste rebelle Roger Schawinski diffusait les programmes de Radio 24 dans la région zurichoise, à partir du Pizzo Groppera, en Italie.
La fin de l'austérité
La libéralisation des ondes suscitait des craintes. On redoutait notamment, l'apparition d'outils d'information incontrôlables. Un potentiel affaiblissement de la SSR, destinée à garantir le service public et à favoriser la cohésion nationale dans un pays comprenant quatre langues et des cultures différentes, suscitait également une certaine peur.
Comme ailleurs en Europe, l'ère du monopole de la radio et de la télévision touchait à sa fin. Et c'est ainsi qu'en 1983, la Confédération octroyait les premières concessions à une trentaine de stations privées. Ces nouveaux diffuseurs ont bouleversé le paysage radiophonique, caractérisé jusque là par un style très austère et des programmes désuets.
«Les radios publiques ont beaucoup profité de l'arrivée des stations privées. Elles ont dû s'adapter», reconnaît le directeur général de la SSR, Armin Walpen. «Et puis, nous avons aussi découvert les jeunes, totalement oubliés par les programmes suisses d'antan.»
Recettes financières
En comparaison d'autres pays européens, le panorama helvétique est resté stable au cours des 25 dernières années et presque tous les diffuseurs privés sont toujours là. Aujourd'hui, ils détiennent 23% du marché, contre 64% en mains de la SSR.
Il n'empêche que cette lutte pour leur survie s'est avérée difficile. Pour la majeure partie des stations, l'audience est limitée car les concessions autorisent une diffusion très locale des programmes.
Le marché publicitaire n'a jamais vraiment décollé et, à l'heure actuelle, la radio n'absorbe que 4% de la publicité. De nombreux émetteurs, surtout en Suisse alémanique, ont ainsi fini dans le giron d'éditeurs de presse régionaux ou de groupes étrangers.
Nouvelles règles pour les concessions
Et 25 ans plus tard, Moritz Leuenberger, tire un bilan plutôt mitigé. «A l'époque, nous ignorions que les radios privées allaient favoriser la diversité de l'information régionale et raviver le débat politique et culturel. Aujourd'hui, l'offre est uniformisée. Les espaces d'information sont occupés presque partout par les mêmes jeux radiophoniques, les mêmes babillages sans intérêt, la même musique électronique.»
L'Office fédéral de la communication (OFCOM) a fixé des critères plus contraignants pour l'attribution des nouvelles concessions FM, (les anciennes arriveront à échéance en 2009), dans le but d'améliorer la qualité des programmes. Les diffuseurs privés devront aussi compléter leurs plages d'information avec un éventail plus complet de thématiques et d'opinions dans les domaines politique, culturel, social et économique.
Et seuls les diffuseurs qui satisferont ces critères, en offrant un service public régional, pourront prétendre à une contribution financière prélevée sur la redevance radio. L'encouragement est néanmoins attrayant puisque, depuis 2007, grâce à la nouvelle loi sur la radio télévision (LRTV), la quote-part des radios privées est passée de 7 à 18 millions de francs par an.
Décision vendredi?
Et, pour la première fois depuis 1983, les nouvelles concessions font l'objet d'une mise au concours. Après des années de calme relatif, la concurrence fait son retour sur la scène radiophonique nationale. Dans les régions les plus disputées - les bassins zurichois et lémanique – plusieurs entreprises se livrent une bataille acharnée afin de décrocher les dernières concessions, qui pourraient être attribuées par l'OFCOM ce vendredi.
Trois demandes ont été déposées par Roger Schawinski. Le Zurichois avait mis un terme à ses activités en Suisse et vendu ses stations en 2001.
«Lorsque j'ai constaté ce qu'étaient devenues les stations privées, qu'elles avaient perdu leur esprit novateur de l'époque, j'ai décidé de revenir. Je veux prouver qu'il est encore possible de faire de la radio qui propose de l'information, des débats critiques et un profil qui ne limite pas aux jeunes», affirme le pionnier suisse de la FM.
swissinfo, Armando Mombelli
(Traduction de l'italien: Nicole Della Pietra)
Radios privées
En Suisse, les premières concessions privées remontent au 1er novembre 1983.
A ce jour, 49 diffuseurs complètent le paysage radiophonique, dont une dizaine à but commercial.
Conformément à la nouvelle loi sur la radio et la télévision (LRTV), entrée en vigueur en 2007, 4% du produit de la redevance est réservé aux radios privées contre 1% jusque là.
Près de 18 millions de francs (contre 7 jusque là), sont attribués chaque année aux radios locales qui répondent aux critères établis par la loi en vue d'obtenir une concession avec participation à la redevance.
Plus de 1,1 milliard de francs provenant de la redevance sont attribués chaque année à la SSR SRG idée suisse - l'entreprise chargée du service public - qui dispose de 18 radio (6 en allemand, 4 en français, 3 en italien, une en romanche et une en anglais, de même que 3 chaînes musicales classique, jazz et pop.
NOUVELLES CONCESSIONS
Conformément à la nouvelle loi sur la radio et la télévision (LRTV), et pour la première fois depuis 1983, les nouvelles concessions pour la diffusion sur les ondes FM ont été mises au concours.
En juillet 2008, l'Office fédéral de la communication (OFCOM) a attribué 27 des 41 concessions disponibles dans les 32 zones de diffusion définies par les autorités.
Les 14 concessions restantes pour les zones convoitées par plusieurs candidats devraient être attribuées d'ici la fin de l'année.
Le fruit de la redevance radio-TV sera réparti entre 21 diffuseurs. La priorité est accordée aux stations non commerciales ou qui opèrent dans des régions périphériques ou de montagne.