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Gregor Sailer a photographié pendant deux ans et dans sept pays des agglomérations construites pour faire croire à des soldats, à des touristes, au personnel de la sécurité routière, voire même au Président russe Poutine, des choses qui ne sont pas. L’artiste appelle sa série The Potemkin Village (villages potémkiniens), une appelation renvoyant au feld-maréchal russe Griorgi Alexandrovich Potjomkin qui aurait fait construire en 1787 dans la Crimée récemment conquise, des cou [...]
Gregor Sailer a photographié pendant deux ans et dans sept pays des agglomérations construites pour faire croire à des soldats, à des touristes, au personnel de la sécurité routière, voire même au Président russe Poutine, des choses qui ne sont pas. L’artiste appelle sa série The Potemkin Village (villages potémkiniens), une appelation renvoyant au feld-maréchal russe Griorgi Alexandrovich Potjomkin qui aurait fait construire en 1787 dans la Crimée récemment conquise, des coulisses de jolis villages pour cacher la misère à la tsarine Katarina II lorsqu’elle s’y rendait en visite officielle. Ce nom « village potémkinien » a eu une belle carrière jusqu’à ce que des historiens se rendent compte qu’il est aussi un faux, voir une invention d’un énnemi de Potjomkin.
Néanmoins, l’artiste a trouvé dans la Russie contemporaine des vrais faux villages, ou plutôt villes. Ainsi, à Suzdal, pour cacher la misère au président de la fédération de Russie, l’administration locale voulait donner un aspect propre et rénové à sa localité. Comme dans la légende du feld-maréchal, des façades ont été cachées avec des bâches, cette fois-ci non pas peintes mais imprimées avec des photographies. Deux années plus tard, en 2015, Gregor Sailer a aussi assisté, dans une autre ville russe, à Ufa, élu pour un sommet du BRIC et autres organisations internationales, à l’agencement de rues entières en trompe l’œil.
Élargissant le terme de village potemkinien dans d’autres champs, l’artiste a repéré deux lieus construits comme des coulisses de cinéma en suède pour des expériences de sécurité routière, Carson City et AstaZero. Son invéstigation l’a aussi amené dans le désert de Mojave en Californie, au Fort Irwin National Training Center, où l’armée américaine a construit 12 villages, des bourgs ressemblant jusqu’au dernier détail, comme des enseignes ou des lieux de culte, à des villages du Moyen-Orient pour entrainer ses soldats au combat de rue. Font également partie de la série de prises de vues des images faites dans des lieux d’entraînement en Angleterre et en Allemagne, voire en France avec le Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) prêt de Sissonne, dans le Nord Est, avec ses deux distrites Beauséjour et Jeoffrécourt.
Le dernier volet est consacré à des constructions en Chine, peu connues du public, qui se font attractions touristiques pour des visiteurs de l’intérieur en leur offrant des quartiers entier ressemblant par exemple à l’urbanisme historique d’une ville anglaise, appellée ici Thames Town, sur les bords du Yangtsé, prêt de Shanghai.
À l’exemple de sa série précédente, Closed Cities (2009-2012), aussi paru chez Kehrer Verlag, les prises ont été faites en hiver pour avoir cette lumière diffuse et aussi avec une chambre pour obtenir le meilleur rendu et des images très construites.
The Potemkin Village s’inscrit droit dans la programmation du Centre de la photographie Genève, qui a présenté à Genève (CPG) une grande exposition collective en 2013 intitulé fALSEfAKES, avec la participation de plus de 50 artistes, en essayant de faire le point sur toutes les possibles notions de faux en photographie, allant des faussaires aux apropriationnistes, des photographies se voulant documentaires mais étant mise-en-scène, jusqu’à la modification du réel pour le faire jaillir sous une lumière le présentant comme du vrai. The Potemkin Village est juste la pointe de l’Iceberg d’un réel tangible de plus en plus modifié et falsifié dans lequel nous nous mouvons, allant de la fausse Trattoria à la fausse plage de mer.
Le CPG est fier de présenter en co-production avec les Rencontres d’Arles The Potemkin Village de Gregor Sailer.
Joerg Bader