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En 711, les Arabes musulmans entrent en Espagne et l’occupent entièrement ou en partie jusqu’en 1492. Pendant ces 781 ans d’occupation, des jardins magnifiques, des monuments, des lieux de culte sont construits autant par les musulmans que par les chrétiens ou les juifs. Mais beaucoup plus important, les philosophes et les scientifiques de toute l’Europe viennent apprendre des Arabes et découvrir les écrits de l’Antiquité qui sont traduits à Tolède du grec vers l’arabe, l’espagnol (ordinaire) et le latin.
Tout cela je le lis dans le nouveau manuel d’histoire pour les écoles romandes et tessinoises. Le chapitre «El-Andalus», le nom que les Arabes avaient donné au califat de Cordoue, tient autant de pages que l’Empire romain ou les royaumes barbares. Cette période-clé de notre histoire, sans laquelle l’héritage égyptien, grec et romain ne nous serait pas parvenu – ou beaucoup plus tard par de nombreux détours – est enfin enseignée à nos enfants.
Et ces livres sont magnifiquement illustrés, pas dans le sens du luxe mais dans le sens de l’abondance et de l’intelligence du choix: des photos d’intérieur de mosquées, d’églises de synagogues, étonnamment ressemblantes; une carte de Tolède au 11e siècle avec tous les monuments religieux, des enluminures – dont une représentant un musulman et un chrétien jouant aux échecs, un plan d’une pompe à eau, et des photos d’objets utilitaires de toute sorte.
En outre une bonne partie du texte est constitué de citations d’auteurs de cette période: Al-Idrisi, Alvaro de Cordoue, Jean de Saint-Arnoul, Ibn Abdun, Averroès (selon lequel Cordoue est la ville du monde où il y a le plus de livres), ou de traducteurs comme Jean de Séville, Daniel de Morley ou Gérard de Crémone.
Il suffit de revenir quelques pages en arrière, au chapitre sur les royaumes barbares, pour se rendre compte que l’arrivée des Arabes en Europe a eu un impact considérable. C’est grâce à l’apport des musulmans que la Renaissance a eu lieu.
Je n’ai jamais eu la chance d’apprendre cela à l’école, et l’un de mes voisins qui a fait de longues études universitaires m’a avoué qu’il n’avait même aucune idée du fait que les Arabes avaient occupé l’Espagne pendant si longtemps et diffusé certaines des connaissances qu’il avait étudiées.
Ce manuel – ou plutôt ces manuels parce qu’il y en a plusieurs selon les âges, avec livres du maître, livres de l’élève, questionnaires pour l’élève: une pile de 20 cm de haut – est une première: la première fois que les cantons romands arrivent à se mettre d’accord sur un même texte. Le coup d’envoi a été donné en 2010 et certains manuels sont encore à la phase probatoire.
Comme le dit avec le sourire Simone Forster, la responsable d’un dossier de L’Educateur consacré aux «Fabriques de l’histoire», les Français et les Allemands qui se sont mis ensemble pour écrire un manuel commun d’histoire du 20e siècle ont mis moins de temps que les Suisses.