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Critique
"L'histoire de John Q. Archibald, père de famille désargenté, démarre plutôt bien et pose de bonnes questions: que faire en effet lorsque son propre fils (Michael, 9 ans) doit absolument subir une transplantation cardiaque, que la compagnie d'assurances ne veut pas couvrir les frais d'une telle opération (250'000 dollars), que le personnel médical et administratif est inflexible et que, malgré la générosité privée de tous les amis, la somme nécessaire ne peut pas être trouvée? Abordant de face le problème du droit à la santé, de l'inégalité sociale sur le plan sanitaire, d'une médecine à plusieurs vitesses, le film s'annonce intéressant. On apprend par exemple que 50 millions d'Américains sont dépourvus de toute assurance, et que les hôpitaux se montrent impitoyables avec les patients non solvables.
Mais voilà... En deux minutes le film prend brusquement une orientation policière. Ne parvenant pas à trouver les fonds nécessaires, John Q. se révolte, investit l'hôpital et prend en otages le chirurgien-chef et une bonne dizaine d'infirmiers, de gardes et de patients. Un acte de folie qui sera récupéré par les médias, ce qui permet au cinéaste de nous refaire le coup de la TV perverse et profiteuse, des policiers défendant leur prestige et des politiciens peu enclins à se soucier des problèmes d'un simple citoyen.
Les acteurs, avec Denzel Washington dans un rôle de héros populaire et criminel à la fois (mais il faudrait aussi citer James Woods, Robert Duvall, Anne Heche et quelques solides pointures), font ce qu'ils peuvent, mais Nick Cassavetes s'en tient trop strictement au simple énoncé de l'histoire, avec un banal dosage de romanesque et un manichéisme (américain) sommaire, pour que le spectateur puisse donner son adhésion. JOHN Q. n'est rien d'autre qu'un film ""calibré"" de plus, avec de l'action (pour une fois sans violence excessive), du suspense (grossier) et quelques larmes. Un film trop long, trop prévu et trop conventionnel."
Antoine Rochat