Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07072.jsonl.gz/1536

La livraison du dernier F/A-18 aux Forces aériennes clôt un programme d'armement réussi et économe
30 janvier 2000
En décembre 1999, le dernier chasseur-bombardier F/A-18 Hornet quittait la chaîne de montage de la SF Entreprise suisse d'aéronautique et de système SA, à Emmen, pour être livré aux Forces aériennes.
Sept ans après son approbation par les Chambres, un programme aussi réussi que médiatique s'achève; mais d'autres F/A-18 pourraient à l'avenir compléter la flotte actuelle de 33 appareils.
Le duel entre F/A-18 et Mirage 2000
Ce programme d'armement majeur avait créé en 1992 un remous certain dans les milieux militaires ou économiques: le choix du Groupement de l'armement en faveur du F/A-18 américain, et au détriment notamment du Mirage 2000 français, avait suscité doutes et contestations pour des motifs autant techniques, politiques que financiers. Dans la phase finale de la procédure, une campagne publicitaire vantant les qualités du Mirage avait même relancé la polémique.
Cette même année, des soupçons de corruption au profit du F/A-18 étaient d'ailleurs apparus: le conseiller national genevois Charles Poncet transmettait à l'ancien Département militaire fédéral des informations, reçues d'une source française, à propos de telles malversations. Info ou intox, il faudra attendre le 24 mai 1999 pour que le Ministère public de la Confédération classe l'affaire, en l'absence de toute concrétisation des soupçons.
6 juin 1993: le peuple accepte
Pour la première fois dans l'histoire de l'Armée suisse, un programme d'armement a par ailleurs été directement approuvé par le souverain. Suite à l'initiative "Pour une Suisse sans nouveaux avions de combat" lancée par le Groupement pour une Suisse sans Armée (GSsA), le peuple et les cantons se sont prononcés en votation populaire le 6 juin 1993, à une époque où les illusions pacifistes de l'après-guerre froide n'étaient pas encore complètement envolées.
De fait, le résultat a valu une courte victoire au DMF: avec une participation de 56%, l'initiative sera repoussée par 57% des citoyennes et citoyens, ainsi que par 22 cantons et demi-cantons sur 26 - Genève, Bâle-Ville et Bâle-Campagne, le Jura et le Tessin refusant les 34 F/A-18 et leur coût estimé à 3,5 milliards de francs.
Production: un appareil par mois
Cette genèse plutôt agitée contraste avec le déroulement sans anicroche - à une exception près - du programme. Conformément au contrat, pilotes et ingénieurs d'essais en vol suivent aux Etats-Unis leur formation spécifique, les aviateurs suisses procédant à des tirs de missiles Amraam et Sidewinder et même à des appontages. En Suisse, la construction du simulateur de vol F/A-18 à Payerne et l'aménagement des installations vont bon train, alors que les affaires compensatoires valent aux entreprises helvétiques leurs premiers contrats.
Une étape importante est franchie en janvier 1997, lorsque le premier des 32 F/A-18 devant être assemblé à Emmen est remis aux Forces aériennes; au rythme d'un appareil produit par mois, c'est en décembre 1997 que la première escadrille est constituée. Parallèlement, le premier cours d'introduction pour pilotes et troupes au sol a lieu et le simulateur est mis en service.
Le 7 avril 1998, c'est le drame: un F/A-18 biplace s'écrase en Valais, près de Crans-sur-Sierre. Après plus de 6 mois d'enquête, il apparaît qu'aucune défectuosité technique n'est en cause, le pilote ayant subi un phénomène de désorientation spatiale. Le premier des 34 F/A-18 commandés disparaît.
Fin de la production en décembre 99
Cet accident tragique reste l'exception: en 1999, la flotte des Hornet a volé plus de 3100 heures, en Suisse comme à l'étranger, sans aucun incident technique. En décembre dernier, la chaîne d'assemblage d'Emmen livre son dernier F/A-18 aux Forces aériennes. La production s'achève et l'heure est aux comptes; là aussi, le bilan est très positif.
Sur le crédit initial de 3495 millions de francs, plus de 200 millions ne seront en effet pas utilisés. Les affaires compensatoires atteignent au début de l'année 2,1 milliards de francs, ce qui permet de supposer que l'engagement des entreprises américaines de passer jusqu'en 2003 des contrats équivalents au coût de l'avion sera tenu.
Pour leur part, les entreprises helvétiques ont été pour l'heure 350 à bénéficier de ces contrats, alors que 1800 ont pu établir des contacts aux Etats-Unis.
A l'avenir: d'autres F/A-18 ?
Si ce programme d'armement lancé en 1992 s'achève, l'avenir du F/A-18 dans nos Forces aériennes n'est pas nécessairement limité aux 33 appareils actuels: une étude conceptuelle de l'Etat-major général a établi, en juin 1999, que le remplacement des 16 Mirage IIIRS plus que trentenaires exigeait l'acquisition de 8 à 11 Hornets supplémentaires.
Le Groupement de l'armement a ainsi lancé une étude concernant cette acquisition, portant sur l'achat à la fois de F/A-18 C/D neufs ou d'occasion, puisque la chaîne d'assemblage de Boeing aux Etats-Unis s'achève dans quelques mois. Cette étude, achevée fin 1999, pourrait être rendue publique les prochaines semaines, dans la mesure où le programme d'armement 2000 pourrait déjà s'inspirer de ces conclusions.
Plt Ludovic Monnerat
Sources
Communiqués de presse du DDPS
Sites connexes
© 2000 CheckPoint