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Cette rafale a été le déclencheur de la dramatisation. Elle a permis de faire dire aux météorologues qu’Irma est l’ouragan le plus intense jamais vu dans l’Atlantique et sur les Petites Antilles. Du moins dans son petit coin d’océan.
« Dans la nuit de mardi et mercredi, des rafales de vent de 360 kmh ont déjà été mesurées dans le quart nord-est de l’ouragan, avant qu’il atteigne les Antilles. Une telle force peut arracher des arbres et détruire des habitations. Il faut remonter à 1988 et l’ouragan Gilbert pour avoir des valeurs de vents comparables, précise Météo France. »
Une première chose à propos d’Irma: les vents soutenus sur une minute (donc pas les rafales) ont atteint presque les 300 kmh. Ce n’est pas le record, qui semble sauf erreur détenu par Allen en 1980 avec des vents mesurés à 305 kmh.
Deuxième chose sa pression minimale est descendue à 914 hPa, soit un creux dépressionnaire moins fort que les 899 hPa d’Allen, les 888 hPa de Gilbert en 1988 ou les 882 hPa de Wilma en 2005. Irma n’est pas l’ouragan le plus intense.
Mais alors, cette rafale?
Une rafale est une accélération instantanée, locale et courte (quelques secondes à quelques minutes) du vent. Sous les orages en Europe, des rafales de quelques centaines de mètres ou kilomètres peuvent atteindre des vitesses proches de celles d’un ouragan. En 2015 dans la région de Montauban une rafale a atteint les 154 kmh. Une autre avait secoué la petite ville de Saint-Martin-de-Londres comme un tremblement de terre l’an dernier (image 1).
154 kmh? C’est la première vitesse des vents dans un ouragan de catégorie 2. Or un orage, même un gros, n’atteint pas cette puissance. La rafale de 154 kmh n’est donc pas représentative de la puissance de l’ensemble de l’orage, pas plus que celle de 363 kmh ne l’est de l’ensemble de l’ouragan Irma. Elle est ponctuelle, localisée à l’intérieur d’un ensemble de plus faible puissance.
Cela n’enlève évidemment rien à la force destructrice de cet ouragan (image 5, île de Saint-Martin). Mais il n’est pas pertinent de citer cette vitesse pour justifier un torrent de superlatifs effrayants et la mise en scène de plus en plus rodée de la dramatisation climatique. On voudrait faire peur et faire accepter toutes les mesures à venir, on ne s’y prendrait pas autrement.
La vitesse du vent est normalement mesurée par des satellites, des radars au sol, des avions météo et des sondes. Un pic de rafale est mesuré sur une seconde. La vitesse moyenne des vents dans un ouragan est mesurée pendant dix minutes. Or on lit de plus en plus d’informations de vitesse mesurée sur une minute, selon la technique de Dvorak. Ce qui me paraît un peu court pour la recherche d’une moyenne et qui reste en partie approximative et subjective. En effet la mesure de la vitesse du vent est réalisée d’après des images satellites et non d’après des relevés réels. Un des moyens radar est le diffusiomètre. Si ces mesures par satellites sont très utiles, en particulier au-dessus des mers, elles ont aussi leur limite, comme le précise Météo France.
Les mesures de la vitesse moyenne sont prises à différentes altitudes. En hauteur et au-dessus de la mer les vents sont toujours plus forts. Les météorologues font aussi état de burst swath, soit des micro-rafales:
« Cette expression, officialisée par Fujita dans la littérature scientifique au début des années 1980, est intraduisible en français. Elle désigne les phénomènes d’accentuation extrême et très localisée que l’on rencontre au sein de certaines microrafales. Leur extension horizontale, comprise entre quelques dizaines de mètres et 200 à 300 mètres, relève de l’échelle miso-bêta ou moso-alpha.
Typiquement, ces phénomènes se traduisent par des couloirs longs et étroits de dégâts qui font penser à ceux laissés par les tornades. La nature des dommages et leurs caractéristiques sont toutefois différentes et permettent de différencier les deux phénomènes lors des enquêtes de terrain. »
L’image 2 montre cette rafale de 363 kmh déduite d’une analyse verticale de l’ouragan Irma. Celle-ci est assez basse, mais n’atteint pas le sol. La mesure n’est pas directe: elle est déduite de l’observation d’autres paramètres.
Cette rafale suffit-elle à classer Irma en tête des plus puissants ouragans de l’Atlantique? Non. Science & Avenir le précise:
« Avec des pointes enregistrées à 360kmh, Irma est bien l’un des cyclones les plus puissants jamais enregistrés. Mais ce n’est pas le plus intense. Outre la vitesse du vent, la marque la plus objective de la force de ce genre de phénomène, c’est la pression barométrique enregistrée au niveau de la mer. »
« Selon le communiqué du National Hurricane Center du mercredi 6 septembre au matin, la pression barométrique d’Irma était de 914 hectopascals (hPa). Au moins une dizaine de cyclones ont connu des pressions bien plus basses. »
Les ouragans se produisent par cycles. Les cycles d’El Niño, d’activité solaire, voire d’autres cycles de 30 ans ou plus, sont évoqués. 2017 est une année à cyclones. Les conditions sont réunies après une période moins intense de plusieurs années: les eaux sont calmes, les alizés sont réguliers, l’air est sans cisaillements, et l’océan est plus chaud que d’autres années (la température de l’océan varie, elle monte et descend d’une année sur l’autre).
Cela ne permet pas d’affirmer qu’Irma est le système cyclonique le plus intense jamais vu, ni de renchérir sur la causalité du réchauffement de l’atmosphère. Il y a là une affirmation excessive que les politiques se permettent de reprendre par opportunisme. Dont Emmanuel Macron: « La France restera déterminée à lutter contre le réchauffement climatique et à tout faire pour prévenir ce type de désastre. »
Prévenir ce type de désastre: Macron en Super Manu, ou en Don Quichotte climatique, va-t-il arrêter le ciel et les nuages, apaiser les vents, assécher l’océan, commander à la Terre? Tout est devenu bon à politiser: tempêtes plus fortes, incendies habituels de forêts, grosses pluies, sécheresse, etc.
Des météorologues se sont lancés eux aussi dans la surenchère: « Wow, a déclaré le météorologue Eric Holthaus, l’ouragan # Irma devrait maintenant dépasser l’intensité maximale théorique pour une tempête dans son environnement. Redéfinir les règles. » Mais non: la puissance d’Irma ne le classe qu’en cinquième position dans la liste des ouragans majeurs de la zone atlantique.
Ou celui-ci: « Jamais un ouragan n’a atteint cette intensité dans cette portion de l’Atlantique, à l’est des Antilles, confirme David Dumas, météorologue au sein de l’observatoire français des orages et tornades Keraunos. »
Un autre est plus prudent: « Le lien avec le changement climatique est toutefois encore difficile à établir. Nous avons que peu de recul sur la question et les données dont nous disposons sur les ouragans survenus les siècles passés sont insuffisantes. La seule chose que l’on peut assurer, c’est que nous observons une augmentation des typhons et de leur intensité dans le Pacifique depuis une dizaine d'années. Mais ce phénomène ne se remarque pas dans l’Atlantique nord, là où Irma s’est formé. »
De tous temps des populations ont eu à se protéger de ce type de manifestations extrêmes épisodiques. Est-ce un effet du réchauffement? Rien ne le démontre. On peut bien dire comme un météorologue: « Les vents d’Irma sont les plus puissants jamais mesurés dans un ouragan de l’Atlantique au nord des Caraïbes et à l’est du Golfe du Mexique », cela ne fait pas une statistique globale.
Le découpage de l’océan en portions ne change rien, ne prouve rien. Il ne sert qu’à localiser des zones maritimes. Mais il permettra d’annoncer encore plusieurs fois l’ouragan le plus fort de l’histoire (enfin, de l’histoire des mesures météorologiques sur une portion précise). Question de patience.