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Critique
"François (Mehdi Belhaj Kacem) est un réalisateur talentueux. Trop talentueux: il peine à faire produire ses œuvres. Mais son nouveau scénario lui tient profondément à cœur, il veut en faire ""un film contre la drogue"", à l'inverse de tous ceux qui traitent le sujet en ""transformant le toxicomane en une sorte de héros"". C'est que François a vu mourir sa femme Carole d'une surdose d'héroïne; il veut la venger. Dans son nouveau film, Lucie (Julia Faure) prend le rôle de Carole tout en devenant le nouvel amour de François. Tandis que Chas (Michel Subor) accepte de financer le tournage, mais le réalisateur va devoir se compromettre dans le champ même de ce qu'il combat. C'est ainsi que le public assiste au lent glissement d'une histoire dans une autre. La boucle se boucle. Au bout du film de Philippe Garrel, le film de François est devenu la réalité.
Ce récit pessimiste se déroule sur le rythme lent d'une caméra qui marque la distance entre l'image et le public. Rien n'est fait pour que le spectateur s'identifie aux personnages. Ce qui touche ici, c'est le geste des protagonistes, pas les protagonistes eux-mêmes. Il y a quelque chose de documentariste dans cette froideur. SAUVAGE INNOCENCE est un cercle vicieux tragique. D'une beauté funèbre, il signe la supériorité indiscutable du noir et blanc sur la couleur en modelant délicatement ses plans avec les éclairages. Sans lumière, il n'y a pas de cinéma, le réalisateur le rappelle à chaque plan; cet exercice mérite à lui seul le détour.
Philipe Garrel a fait partie quatre fois de la Sélection officielle du Festival de Venise. J'ENTENDS PLUS LA GUITARE en a été le Lion d'argent en 1991, tandis que SAUVAGE INNOCENCE obtenait le Prix de la critique internationale en 2001."
Geneviève Praplan