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Question posée :
Bonjour,
Pourquoi dans le Livre de Job le nom de YHWH employé dans le prologue en prose est-il remplacé par dans la partie centrale poétique El – Eloha (ex.: Job 12,6) et Shaddaï (ex: Job13, 3) ?
Ce changement fait-il sens ?
Merci d’avance
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir
Bravo pour votre observation !
Un nom : une théologie
La façon dont Dieu est appelé est effectivement significatif et cela vaut tout à fait le coup de repérer ce genre de détail, car c’est le signe d’une théologie auquel le texte fait référence dans ce qualificatif.
C’est bien entendu à examiner texte par texte, et aussi par cercles concentriques, si je puis dire : il est utile de voir aussi l’usage de tel qualificatif dans le livre auquel appartient ce texte, puis dans le courant de pensée auquel appartient ce livre (légaliste, prophétique, poétique, sagesse), enfin dans le reste de la Bible.
En général :
- Quand Dieu est appelé « El » ou « Elohim », « Elohah » cela fait plutôt référence à un Dieu dominant, un Dieu fort et puissant. Mais « Elohah » au singulier peut vouloir dire Dieu mais peut aussi faire référence à « un dieu » quelconque, et non à celui qu’Israël considère comme le grand Dieu : il n’est alors pas un dieu parmi les dieux mais le grand Dieu qui préside l’assemblée des dieux, et plus tard comme le seul Dieu qui existe réellement. C’est alors qu’il est plutôt appelé Elohim : ce qui est assez curieux c’est que ce Elohim est le pluriel de Elohah mais que quand il est sujet d’un verbe, ce verbe est conjugué au singulier. Il serait plus exact donc d’écrire Dieux avec une majuscule et un x, on pourrait alors écrire : « Notre Dieux est plus grand que tous les dieux » (2 Chroniques 2:5). Mais bon, l’usage en français est de traduire Elohim par « Dieu » quand il est au conjugué au singulier et par « dieux » quand il est conjugué au pluriel.
- Quand Dieu est appelé YHWH (ou simplement Yah,ou yahou) ce qui est traduit parfois en français par l’Eternel ou le Seigneur, c’est Dieu en tant que source d’être et de vie : Dieu qui pardonne et qui aime, qui prend soin et ressuscite. Quand Dieu est appelé ainsi cela signifie que le pardon et l’accompagnement sont déjà inscrit en germes dans son action en cours.
- Le qualificatif « Shaddaï » a longtemps été traduit par « tout puissant dans nos Bibles, mais c’est de plus en plus discuté, au point que les traductions récentes ont évolué et n’osent plus mettre cette traduction. Par exemple en Genèse 17:1 la NBS traduit par exemple « El-Shaddaï » par « Dieu-puissant » et la TOB laisse prudemment « Dieu-Shaddaï ». Qu’en penser ? Si l’on regarde la traduction en grec des LXX (qui date de bien avant Jésus), la plupart du temps, elle traduit simplement l’hébreu « El Shaddaï » par « ton Dieu » : elle ajoute un possessif, ce lien d’appartenance mutuelle entre Dieu et la personne. Globalement, quand on regarde dans la Genèse, « El Shaddaï » est un Dieu qui donne la vie, et une hypothèse probable est de lire « Dieu Shaddaï » littéralement par « Dieu à la paire de seins », un Dieu maternel et nourricier (voir cet article). Mais il est vrai que si ce sens me semble assez clair dans la Genèse, c’est moins flagrant dans le livre de Job. D’ailleurs la Bible des LXX traduit alors parfois dans le livre de Job « El Shaddaï » par « tout puissant » (Παντοκράτορος) comme en Job 5:17, ou « Seigneur » (κύριος) comme en Job 13:3 que vous citez, et même carrément pas « Seigneur tout puissant » (κύριος Παντοκράτορος) comme en Job 8:5. Mais cela ne veut pas dire que les traducteurs des LXX aient eu raison. Personnellement, j’en resterait au sens « Dieu qui donne la vie ».
Derrière le texte : un témoignage ou des témoignages
En tout cas, ce sont effectivement des questions bien intéressantes, car cela nous ouvre l’esprit. Dieu est une personne qui dépasse tout ce que l’on peut en dire, et ces textes sont des témoignages de foi, tout dépend de ce qu’ils ont vécu et des influences reçues par les croyants qui les ont composés. Pour nous, chrétiens, cela nous ouvre à ce témoignage essentiel que nous a donné Jésus, et qui va orienter notre façon de comprendre ces textes.
Le livre de Job semble relativement composite. Entre l’introduction en prose, comme une petite pièce de théâtre, puis la partie centrale avec ces nombreux dialogues très intéressants, et la conclusion assez particulière. Il peut y avoir différentes plumes, différents courants théologiques et spirituels qui se reflètent dans ces noms de Dieu variés.
Bonne lecture, bonne étude de la Bible, que cela vous nourrisse et vous inspire.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot