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L’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’a
absolument aucune influence sur le commerce international, pas plus que
n’en a eu son prédécesseur, l’Accord général sur les tarifs douaniers
et le commerce (GATT). Ce constat de l’économiste américain Andrew K.
Rose, de l’Université de Berkeley, contredit la théorie économique
dominante qui professe que le commerce international doit sa forte
progression au cours des cinquante dernières années à la baisse des
tarifs douaniers et des barrières non tarifaires.
Par une approche
des «modèles gravitaires», Rose réussit à expliquer 70% du volume du
commerce bilatéral : la distance entre les pays, leur taille
économique, la communauté linguistique, le degré d’enclavement
géographique et les relations historiques sont des facteurs
déterminants.
Restent ces 30%. Rose a mesuré l’impact de
l’appartenance de 104 pays au GATT puis à l’OMC entre 1950 et 1998. Il
n’a découvert aucune corrélation entre cette appartenance et le niveau
de leur commerce extérieur.
Ce constat rejoint celui d’auteurs dont
les propos sont aujourd’hui couverts par le chœur assourdissant des
thuriféraires libéraux. Ainsi Arthur Lewis et Charles Kindleberger ont
montré que le ralentissement des échanges dans les années trente ne
relevait pas des politiques protectionnistes de cette époque. De même,
Susan Strange a insisté sur l’importance du facteur financier qui, plus
que la libéralisation des échanges, détermine l’évolution du commerce
mondial. La chute de ce commerce dans les années trente est à mettre au
compte de la politique de crédit restrictive des banques de Londres et
de New York. Tout comme l’explosion des échanges après 1945 s’explique
par l’injection massive d’argent américain dans l’économie mondiale. Et
les échanges agricoles se sont développés dans le cadre de politiques
protectionnistes, à l’instar des services financiers, qui n’ont pas
attendu leur libéralisation pour croître.
Alternatives économiques, n° 210, janvier 2003.