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L'alcool et le genre
Première explication: le cancer du sein. Dans les études épidémiologiques, une courbe en «J» montre qu’une consommation modérée d’alcool est bénéfique, tandis qu’une consommation excessive est néfaste. Mais cela ne s’applique pas à toutes les affections. La consommation – même modérée – d’alcool semble accroître les risques de cirrhose du foie, d’hypertension artérielle et de plusieurs formes de cancers, et notamment le cancer du sein, le plus problématique (qui touche environ 230 000 Américaines et en emporte près 40 000 par an). Certains travaux laissent penser que la consommation d’alcool, même modérée, peut augmenter les risques de ce cancer de 50 à 100%. Chez les hommes, par comparaison, les risques de développer cette maladie sont infimes. Nombre de médecins estiment que cette différence justifie à elle seule ces différentes recommandations basées sur le genre du buveur.
Dans la plupart des études analysant les bénéfices de la consommation modérée, les doses bénéfiques sont plus faibles chez les femmes que chez les hommes. Chez l’homme, deux verres d’alcool par jour permettraient par exemple de réduire les risques de diabète, de troubles cardiaques et de décès prématurés – mais chez la femme moyenne, ils auraient l’effet l’inverse. Les différences se maintiennent même lorsque les chercheurs tiennent compte des différences de poids.
Les médecins essaient encore de comprendre pourquoi les femmes et les hommes ne tolèrent pas l’alcool de la même manière. Une théorie attribue cette différence au fait que l’organisme féminin contient moins d’eau par kilogramme que celui des hommes; la même dose d’alcool y serait donc plus concentrée dans le sang. On évoque également une enzyme stomacale ayant pour fonction de métaboliser l’alcool, qui fonctionnerait moins bien chez les femmes; ainsi, une plus grande proportion de l’alcool consommé passerait dans leur circulation sanguine. Certains chercheurs pensent que les œstrogènes interagissent avec l’alcool, le rendant d’autant plus susceptible d’endommager le foie. Certains éléments laissent par ailleurs penser que les bouleversements hormonaux qui surviennent pendant le cycle menstruel affectent le métabolisme de l’alcool – mais cette observation est encore sujette à controverse.
La recommandation classique (un verre pour les femmes, deux pour les hommes) ne date pas d’Hérode – même si nous avons l’impression du contraire. Francis Anstie, médecin anglais du XIXe siècle, conseillait à ses patients de limiter leur consommation à «trois ou quatre verres de porto par jour». Il ne faisait pas ici de distinction entre les hommes et les femmes. En 1979, le Collège royal de psychiatrie britannique précisait que «quatre pintes de bière par jour, quatre double doses de spiritueux ou une bouteille de vin de taille normale constituent une ligne directrice raisonnable». En 1987, le Conseil australien de santé publique et de recherche médicale conseillait aux hommes de ne pas consommer plus de quatre doses standards d’alcool par jour, une limite moins stricte que dans le reste des pays anglophones – mais conseillait aux femmes de ne consommer, au plus, que deux doses. En 2001, ce Conseil a modifié cette recommandation: selon lui, hommes et femmes devraient se limiter à deux verres par jour.