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Une fois de plus, une amie a eu de la chance: elle a assisté à une table ronde et a entamé une conversation avec une inconnue lors de l'apéritif qui a suivi. Il s'avère que cette amie souhaitait changer de travail et que l'inconnue cherchait quelqu’un pour son équipe de conseillers. Elles ont échangé leurs contacts et aujourd'hui, elles travaillent ensemble.
Était-ce de la pure chance? Était-ce simplement parce qu'elle se trouvait à la bonne table? Et pourquoi est-ce toujours à elle qu'il arrive de tels heureux hasards? Il existe une réponse à ces questions. Elle porte le nom de «sérendipité».
«La sérendipité, c'est tout simplement la chance active, explique Christian Busch, chercheurrattaché à la faculté du Centre des Affaires Internationales de l'Université de New-York (NYU), où il dirige le programme en Économie Internationale. Le contraire est le bonheur passif. Comme par exemple naître dans une famille formidable, qui est assimilé à un événement sur lequel on ne peut pas agir.» Le bonheur actif - la sérendipité - se produit en revanche de manière inattendue et implique une action humaine. Tout comme l'exemple mentionné plus haut, dans lequel l'action consiste à engager la conversation et à l'orienter dans une certaine direction.
Avec son livre «Serendipity Mindset», Christian Busch a écrit un best-seller aux États-Unis. Fin février, la version allemande est parue en Suisse. L'auteur avait déjà dévoilé en avant-première les principaux conseils et astuces permettant d'intégrer la sérendipité dans son propre quotidien et d'utiliser ainsi le hasard pour son bonheur personnel.
Appliquer la stratégie du crochet
Peu de gens aiment faire du small talk. Ils aiment encore moins parler d'eux-mêmes à de parfaits inconnus. C'est pourtant là que réside la possibilité de la stratégie dite du crochet: «Celui qui fait la connaissance de nouvelles personnes se voit souvent confronté à la question: 'Que faites-vous dans la vie?'»
Au lieu de répondre brièvement et succinctement sur le poste que l'on occupe, l'expert recommande de communiquer trois choses à la fois. Par exemple: je travaille pour une boutique en ligne suisse et je me concentre sur l'optimisation pour les moteurs de recherche. Mais ce que j'aime vraiment faire en dehors du travail, c'est skier. «De cette manière, la personne en face de moi a trois points d'accroche possibles ou justement trois crochets sur lesquels elle peut mordre», explique Christian Busch à propos de cette stratégie.
Donner un sens au small talk
Tous les débuts dans le small talk sont difficiles. «Beaucoup ont recours à la solution de secours et parlent de la météo. Mais qui se soucie du temps qu'il fait?», demande Christian Busch.
Les gens devraient avoir des conversations plus sensées, avec une valeur ajoutée, même dans le cadre du small talk. Selon Christian Busch, on y parvient en posant des questions sur le contexte ou l'inspiration. «Au lieu de discuter du nombre de fois où le soleil brille, on pourrait demander: qu'est-ce qui vous a inspiré dans cet exposé? Qu'avez-vous trouvé d'intéressant?»
De telles questions ouvrent l'espace et mènent généralement à des discussions avec plus de contenu. En outre, on trouve ainsi plus rapidement des points communs ou des différences qui constituent ensuite la matière de discussions ultérieures.
Réfléchir à sa présence sur Linkedin
Christian Busch sait que «le fondateur de Linkedin, Reid Hoffman, est un grand fan de la sérendipité». C'est en partie pour cette raison qu'il a fondé ce réseau social: pour mettre en relation des personnes aux propos passionnants. Car les personnes les plus passionnantes ont quelque chose en commun, comme l'a également révélé le chercheur: elles cultivent le hasard positif.
Et c'est précisément à cela que sert la plateforme: à discuter ensemble de thèmes, à se laisser inspirer et à réseauter avec de nouvelles personnes.
Il relève deux éléments: «Un conseil est d'identifier les personnes les plus inspirantes pour soi. Il peut aussi s'agir de CEO. On peut ensuite leur écrire. Si on en contacte au moins dix, on reçoit souvent des réactions de deux ou trois d'entre eux.»
Il s’agit d’expliquer à la personne pourquoi elle nous inspire et pourquoi on aimerait la rencontrer pour un café. «J'entends souvent une objection: je n'ai encore rien à offrir. Mes étudiants, en particulier, pensent parfois ainsi. Pourtant, nous pouvons tous offrir quelque chose: nous pouvons faire partie du voyage.» Et la personne contactée - quelle que soit sa position dans l'entreprise - le sait également. «Car elle aussi a eu un jour un hasard positif dans sa vie qui l'a fait avancer.»
Il faut aussi réfléchir, en ce qui concerne sa présence sur Linkedin, à la personne publique que l'on souhaite être. Qu'est-ce que l’on souhaite incarner? «Ce sont encore des crochets que l'on lance. Ainsi, on montre publiquement ce à quoi on s'intéresse et les gens viennent vers nous», explique Christian Busch.
Cultiver la sérendipité dans l'entreprise
Pour Christian Busch, il est important que la sérendipité ne soit pas seulement l'apanage des individus. Les entreprises pourraient également tirer profit du hasard positif. L’histoire du lave-linge à pommes de terre du fabricant chinois Haier en est un exemple. Des clients se sont plaints d'une panne de leur machine à laver. Les techniciens en ont rapidement trouvé la raison: des personnes avaient lavé des pommes de terre dans la machine, alors que celle-ci avait été conçue pour laver des vêtements. Mais au lieu d'en informer la clientèle, Haier a tout simplement installé un filtre à impuretés et a officiellement commercialisé le lave-linge en tant que lave-pommes de terre.
Avec cet exemple, Christian Busch veut montrer que les entreprises ne doivent pas s'accrocher obstinément à leur vision et à la voie qu'elles ont choisie. «Il est préférable que les entreprises disent dès le départ qu'elles poursuivent certes une vision, mais que le chemin pour y parvenir changera au fur et à mesure de l'acquisition de connaissances.»
Il ne faut pas considérer l'inattendu comme un ennemi, mais comme un sparring partner. «Les employés ne veulent souvent pas remettre en question l'autorité des cadres. Mais si ces derniers disent d'eux-mêmes que la voie va changer, les collaborateurs sont plus enclins à apporter des propositions. Cela leur donne plus de sécurité psychologique.» Car selon l'expert, apprendre signifie toujours parler ensemble et tirer le meilleur parti de la situation.
Nom: Christian Busch
Fonction: Directeur, CGA Global Economy Program, Université de New York, et auteur.
Age: 39 ans
Famille: marié, un enfant
Formation: PhD, London School of Economics (LSE)