Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07132.jsonl.gz/269

Irvin Yalom explore dans ce livre la vie et la pensée du philosophe Bento Spinoza. Né juif à Amsterdam en 1632, celui-ci a été excommunié pour avoir adopté une posture critique vis-à-vis de la Bible et de la religion juive – posture qu’il généralisera ensuite à toutes les religions. Il est aujourd’hui considéré comme un précurseur des Lumières et a exercé une importante influence sur de nombreux penseurs ultérieurs.
L’auteur nous donne ainsi à lire une biographie romancée de Spinoza. En contrepoint, il se glisse dans la peau d’Alfred Rosenberg, idéologue du parti nazi qui fut condamné à mort à l’issue du procès de Nuremberg. Partant d’un détail historique – la saisie de la bibliothèque personnelle de Spinoza par Rosenberg pendant la guerre – il imagine un Rosenberg obsédé par le philosophe. Le « problème Spinoza », c’est la question insoluble qui se pose à ce fervent antisémite: comment expliquer que des génies allemands tels que Goethe, auquel il voue un culte, débordent d’admiration pour Spinoza, un auteur juif?
UN ROMAN D’IDÉES
Ce qui fait la particularité de ce roman tient vraisemblablement à son auteur: Irvin Yalom est né en 1931 aux Etats-Unis, dans une famille juive ayant quitté la Russie quinze ans plus tôt. Il est romancier, mais aussi psychiatre et psychothérapeute, et nourrit un fort intérêt pour la philosophie. Le Problème Spinoza est, selon ses propres termes, un « roman d’idées », dont le but est d’explorer la psyché de Spinoza et Rosenberg. Il se focalise donc principalement sur la vie intérieure de ses personnages, sur leur raisonnement et l’évolution de leurs réflexions.
Le résultat aurait pu ressembler à un ennuyeux manuel de cours. Il n’en est rien. Au contraire, Yalom réussit à transmettre de manière très agréable et fluide la pensée pourtant complexe de Spinoza. Il compose ainsi une passionnante introduction aux idées du philosophe. En focalisant son récit sur l’excommunication de celui-ci et ses conséquences, l’auteur met aussi en avant la tension entre le besoin d’appartenance à une communauté et celui d’épanouissement personnel. Quant à Rosenberg, s’il ne devient pas sympathique sous la plume de l’auteur, Yalom parvient à révéler les lignes de force qui structurent sa personnalité, ses expériences et ses convictions. Au bout du compte, pas d’excuses, mais au moins une tentative de compréhension de la genèse de l’antisémitisme.
Les défauts du roman sont probablement inhérents à sa nature même. L’auteur choisit en effet d’exposer les idées de Spinoza et Rosenberg en partie à travers des conversations avec des personnages fictifs, le juif Franco Benitez et le psychanalyste Friedrich Pfister. Bien que dotés de leurs caractéristiques propres, ceux-ci restent finalement assez peu incarnés. Leurs interventions sont parfois peu naturelles – par exemple lors de la première rencontre de Friedrich Pfister et Alfred Rosenberg – et leur fonction d’avatars de l’écrivain-thérapeute assez flagrante. On n’échappe pas non plus à un certain didacticisme, même si la maîtrise littéraire de Yalom lui permet de rendre ces passages tout à fait digestes.
En bref, Le Problème Spinoza a été pour moi une lecture agréable et surtout très instructive (je remercie d’ailleurs Esther, si elle passe par là, de me l’avoir mis entre les mains)! Je ne connais rien à la philosophie, et je ne m’attendais pas à découvrir une pensée dont je pouvais me sentir très proche par certains aspects. Si ces questions vous intéressent, je vous le recommande donc sans hésiter!
Le Problème Spinoza, Irvin Yalom. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvette Gleize. Galaade Editions, 2012. Edition poche, 2017, 548 p.