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Le Cercle National à travers les siècles …
Qui aurait pensé au début du XIXe siècle qu’un cercle républicain s’ouvrirait à Neuchâtel en 1848?
Dans sa biographie d’Alexis-Marie Piaget, Aimé Humbert fait ressortir à quel point le régime royaliste triomphait au chef-lieu lors de la visite du roi Frédéric-Guillaume IV en 1842. Tout acte d’indépendance était sévèrement réprimé et son Excellence Monseigneur le gouverneur signifiait à ceux que le régime n’accommodait pas que « Sa Majesté leur donnait le conseil de quitter un pays où ils ne savaient pas vivre heureux ».
Les républicains, une quarantaine, dit-on, ne perdaient pas une occasion de se rencontrer discrètement, de préférence dans le laboratoire de la pharmacie Humbert-Droz, place des Halles. L’âme des réunions de la « grotte » était Alexis-Marie Piaget, membre, quelques années plus tard, du premier gouvernement.
L’immeuble de la Place Pury
Lorsque la République fut proclamée, les patriotes de Neuchâtel entraînés par le nouvel ordre de choses et désireux d’avoir un local où ils puissent se retrouver en toute confiance s’adressèrent à Charles Jacot-Guillarmod, député de la Chaux-de-Fonds au Grand Conseil. Leur ami acheta le 15 septembre 1848 de Madame de Sandoz-Rollin, née de Pourtalès, l’immeuble occupé actuellement par le Cercle National et voilà l’origine du premier cercle républicain ouvert au chef-lieu. En 1849, Jacot-Guillarmod vendit 37 parts de l’immeuble à dix-huit de ses amis tout en conservant 13 en mains familiales.
M. Jean Couvoisier, dans son livre « Les monuments d’art et d’histoire du canton de Neuchâtel », précise ce qui suit : « La maison 2, Place Pury et 1 rue de Flandres, occupe l’emplacement de trois maisons qui, au XVI siècle, se trouvaient à la limite sud de la ville, près de l’embouchure du Seyon. En 1538, Claude Baillod, châtelain du Val-de-Travers, possédait la partie centrale et maître verrier Jacob Wildermut le tiers occidental. La maison passée aux mains de Pierre Pury fut fortement endommagée par l’inondation de 1579 : « la moitié de la muraille … fut renversée par le derrier jusqu’au milieu ». C’est sans doute de cette époque que datent les tourelles d’escalier et la première refonte de la maison, dont l’ensemble appartient, en 1666, à Daniel Chambrier. (…). De 1740 à 1743, les héritiers du receveur Abraham Chambrier font rebâtir la maison. Une galerie de pierre remplace celle de bois, du côté du Seyon ».
La vie du cercle
A l’époque de la création du cercle, il n’y avait ni radio, ni télévision, ni automobile, ni avion. L’ère des chemins-de-fer en était à ses débuts.
Il appartenait aux sociétés d’alors d’intéresser leurs membres à des activités diverses. C’est ce qu’ont bien compris les fondateurs du Cercle National. Dès le début on s’abonna à un certain nombre de journaux. La table dite « des journaux » a toujours été service de nombreux quotidiens et périodiques offrant à chacun l’occasion de se tenir au courant des multiples questions politiques, économiques et sociales, dont un citoyen ne doit pas se désintéresser. Avec l’apparition d’autres moyens d’informations, cette coutume est tombée et on ne vient plus au Cercle pour y lire les journaux. Il en est de même pour la bibliothèque qui a été liquidée peu après 1940, faute de lecteurs.
Si, dans les années de 1848 à 1860, les préoccupations des membres du Cercle étaient portées sur les questions politiques, par la suite, on se rendit compte qu’il fallait intéresser les membres à d’autres activités. A défaut de conférences on se contenta d’abord d’entretiens familiers entre conseillers et électeurs. Puis les membres furent invités à des soirées au cours desquelles des sujets plus vastes firent l’objet d’exposés généralement suivis de discussions.
Les règlements qui se sont succédé disent expressément que le Cercle National est une société se rattachant au Parti radical. Dans leur dernière version (1984), les statuts actuels ne prévoient plus ce lien, même si idéologiquement, le Cercle National soutient les valeurs défendues par ce parti qui, après fusion, se nomme désormais Parti libéral radical neuchâtelois (PLRN).
Au fil des ans, les institutions républicaines ont trouvé leur place et les luttes d’idées se sont quelque peu apaisées. Cette évolution a obligé et oblige toujours le cercle à se réinventer, à se renouveler, s’il entend perdurer.