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Les travaux publics
Introduction
Les sauvetages de cargaisons et de navires engloutis ne sont pas les seules activités des "Pieds-lourds". Tous les travaux de constructions ou de réparations de ponts, d’écluses, de quais, de phares et de conduites de toutes sortes, nécessitant des interventions immergées, sont confiés à des scaphandriers à casque. Beaucoup d’entre eux se sont spécialisés dans cette activité, particulièrement après la période des renflouements : les épaves diminuant, de nombreux scaphandriers doivent se reconvertir afin de continuer à exercer leur métier.
Les ponts
Jusqu'alors, la vedette allait au scaphandrier de la mer, sur lequel tout a été dit. Justice doit être rendue à son confrère des eaux douces, qui a également accompli un travail titanesque à la fin de la seconde guerre mondiale, pour le rétablissement des communications fluviales et routières.
A la fin de la guerre de nombreux ponts sabordés obstruent fleuves et rivières et bien évidemment, on fait appel aux scaphandriers pour dégager les accès. Outre l’enlèvement des ponts sabordés, la construction de nouveaux édifices s’avère nécessaire, dès la Libération, afin de permettre l’acheminement des hommes et du matériel vers l’Allemagne où la guerre se poursuit. Souvent ces ponts sont en bois, les piles constituées d’une cinquantaine de pieux battus dans le lit du fleuve. Pour assurer la stabilité de l’édifice, la mise en place de tirants reliant les pieux entre eux est indispensable. La fixation des tirants doit être effectuée par un scaphandrier, lequel boulonne des colliers métalliques, fixe des griffes afin d’empêcher ces derniers de remonter, et ensuite aide au montage des tirants. Des gabions, sortes de paniers grillagés remplis de pierres pesant 200 à 300 kilos, sont ensuite descendus avec un treuil. Le scaphandrier donne les ordres nécessaires à la manœuvre de positionnement ; souvent il "aide" le gabion à se mettre en place, à tâtons bien sûr, car il n’y a pas de visibilité. Ces opérations restent très dangereuses et nécessitent une parfaite compréhension et une bonne interprétation des signaux de communication entre le scaphandrier et son guide.
Il existe d'autres méthodes de construction mais la description de celles-ci sortiraient du but de mon site.
Quais, digues et cales
Tous ces travaux de génie maritime demandent l’intervention des scaphandriers, à moins que l’amplitude de la marée n’autorise l’accès des ouvriers lors des marées basses. Pour l’édification des quais, digues, cales etc… la mise en œuvre des matériaux exige auparavant un fond dur et de niveau régulier. L’obtention de ce support ne peut se faire sans un réglage de la plate-forme, indispensable à la solidité future de la construction : c’est le premier travail des scaphandriers. Parfois des roches doivent être enlevées, on emploie pour cela, l’explosif ou le marteau-piqueur, dont l’utilisation prolongée est particulièrement pénible pour le scaphandrier.
Une plate-forme se compose d’un empierrement de blocs de différents calibres. Ceux-ci sont élingués à partir du quai ou d’un chaland à l’endroit voulu selon les indications du scaphandrier. La communication au moyen du téléphone sous-marin s’avère précieuse. Les conditions de visibilité sont souvent très mauvaises et le scaphandrier ne peut voir le bloc que lorsque celui-ci arrive à quelques centimètres de son casque, parfois il le localise au toucher. Il doit par conséquent rester maître de ses mouvements et connaitre à chaque instant sa position par rapport à la zone de travail.
Il faut compter avec les caprices de la mer : coups de vents et tempêtes détruisent en quelques heures le travail de plusieurs semaines, voir de plusieurs mois. Echafaudages, coffrages sont balayés, les empierrements dispersés et tout est à refaire.
A partir des années 60, on voit apparaître sur les chantiers le scaphandre autonome mais la suprématie du "Pieds-lourds" reste entière. Maintenir une perforatrice ou séjourner plusieurs heures dans des eaux froides n’est pas encore à la portée du plongeur dit "léger".
Construction des assises de phares
Photo: Ar Men, majestueux à la pointe du Finistère (Pointe du Raz)
Pour la construction des phares, deux critères importants sont à déterminer avant de commencer les travaux : tout d’abord l’emplacement et la profondeur du site. Il faut que le rocher soit sain et sans trop de crevasses, avec une surface à peu près horizontale. La profondeur ne doit pas être importante car le coût de l’opération serait élevé, mais il est indispensable que l’assise demeure protégée par quelques mètres d’eau, la moindre houle pouvant détériorer la structure mise en œuvre pour la réalisation future.
Lorsque le site est choisi, les scaphandriers effectuent un brossage, à l’aide d’appareils pneumatiques équipés de roues crantées, afin d’éliminer les animaux et végétaux fixés sur la roche. Un acide est ensuite répandu pour parfaire le nettoyage et supprimer les sédiments calcaires. Les crevasses, s’il y en a, sont remplies avec du gros béton. Ensuite le scaphandrier, à l’aide d’une perforatrice perce le rocher pour y fixer les tiges d’ancrage et procéder au ferraillage de la base. Plusieurs systèmes sont utilisés pour le coulage du béton : des sacs comportant une attache rapide en partie basse, c’est la méthode déjà utilisée au début du siècle, ou bien une benne articulée et, parfois une goulotte approvisionnée depuis la surface. Dans chaque cas, un scaphandrier guide la descente et la mise en place de l’engin. Il commande l’ouverture dès qu’il y a contact avec le coulage précédent afin d’éviter, dans la mesure du possible, le phénomène de délavage. A noter que le coffrage s’effectue généralement avec des sacs de béton, fixés entre eux avec des crochets.
Ces travaux sont stoppés à l’automne, l’état de la mer ne permettant pas de poursuivre les opérations. Après cinq ou six mois d’hiver, les tempêtes ont souvent mis à mal la structure réalisée, les fers sont cisaillés par la houle, et le scaphandrier doit effectuer de nouveaux scellements.
Les conduites immergées
Outre la réalisation d’ouvrages hydrauliques, à partir des années 60, d’autres travaux, tel que la pose de conduites immergées, emploient régulièrement les scaphandriers. Ces conduites sont généralement des tubes métalliques servant à relier un continent à une île pour l’approvisionnement, par exemple en eau potable, des insulaires; ou encore des pipe-lines pour le déchargement des pétroliers au large des côtes. Le rôle des scaphandriers, dans ce genre de réalisation, n’est pas de mettre en place la conduite proprement dite, cependant, les phases préparatoires et de finition restent à leur charge. Une reconnaissance préalable du fond est effectuée ; sondages et dynamitages des obstructions telles que roches sous-marines ou épaves sont fréquents.
Les scaphandriers sont sollicités pour les travaux d’’entretien, allant des simples visites de routine jusqu'aux travaux de réfection, consécutifs à des dégradations dues aux conditions climatiques. Leurs interventions comportent en général du boulonnage, de la soudure, du découpage et également la mise en œuvre de béton.
Ils doivent souvent tenir compte des courants, parfois violents, particulièrement dans les pertuis et les estuaires. Dans ces conditions, les plongées s’effectuent aux étales de la marée, mais il arrive que les heures propices soient dépassées et, lorsque l’homme ne peut plus lutter au fond contre la force des eaux en mouvement, il effectue une remontée périlleuse. Malgré lui, il se retrouve "en drapeau", c’est-à-dire accroché au guide de descente et parallèle au au sens du courant. Seuls les aides de surface peuvent intervenir pour le sortir de cette position inconfortable. Ils le déhalent à l’aide du guide de corps, tandis que le "Pieds-lourds" progresse, main sur main, sur la corde de descente, qu’il ne doit lâcher à aucun prix sous peine d’être emporté et de risquer la rupture du tuyau d’alimentation. Le scaphandrier à casque est un piéton au fond de la mer, mais dès qu’il se situe entre deux eaux il n’a plus la mobilité suffisante pour rester maître de ses mouvements ; à moins qu’il n’effectue volontairement la manœuvre de ludion, si les eaux sont relativement calmes.
La SOGETRAM
Photo: Angoisse, 1ère version. André Galerne et son équipe prêts au voyage en juin 1949. Collection Antonio Castro.
Dès 1952, La SOGETRAM (Société générale de travaux maritimes et fluviaux) est l’histoire de jeunes hommes d’une vingtaine d’années qui prennent leur avenir en main, avec au début, une belle dose d’inconscience et du matériel rudimentaire. Et c’était là qu’il fallait savoir inventer, créer ou adapter du matériel terrestre au monde sous-marin: c’était le quotidien des "Grenouilles", comme on nous appelait sur les chantiers de travaux publics. Ils deviendront par la suite de véritables professionnels aguerris aux techniques nouvelles et dont leur société deviendra l’une des plus importantes en travaux sous-marins.
Photo : collection Gérard Loridon.
Cette épopée marque le passage du "Pieds-lourd" à l’homme-grenouille et l'utilisation des techniques nouvelles dans les travaux subaquatiques.
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