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[Enfance] [Famille] [Graphique de mes asc/desc] [Mon Tour du Monde]
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|Francis Fesselet a vu le jour un certain 16 mars 1915 dans la maison de la Société Coopérative de Sonceboz. Cadet d'une famille qui comptait déjà deux filles âgées de 19 ans et 11 ans, il fut l'enfant gâté de ses sœurs, Marguerite et Henriette. Une période pourtant difficile : les résonances de la guerre, un père aux frontières qui ne reviendra qu'en 1918, malade, atteint de la terrible fièvre qui fera bien des victimes, cette année là...|
Une petite enfance pourtant privilégiée, passée dans le jardin de la maison sous l'œil attentif d'une sœur qui " fréquentait " déjà.

Francis va accomplir très tôt des petites tâches quotidiennes : remplir la caisse pour le potager à bois et en polir les boules en laiton. Tout ceci malgré la présence d'une cuisinière électrique qu'il connut dès :L'âge de six ans. Il reconnaît volontiers avoir beaucoup plus aidé son père, homme très occupé par les écritures. Secrétaire à la Commission des Écoles, de l'Union Chorale, c'est lui aussi qui s'occupera des cartes de rationnement après la deuxième guerre.
De ces années-là, il gardera le souvenir des balades en famille du dimanche.
-"On allait jusqu'à Corgémont à pied, par la grande route. On y croisait toujours un tas de familles. Puis on revenait par le bord de la Suze. Les gens de Corgémont faisaient la même promenade dans le sens inverse. J'y ai fait un tas de connaissances, avant même d'avoir commencé l'école !"
Il dormira dans la chambre de ménage jusqu'au mariage de sa seconde sœur. La salle de bains n'existant pas, les habitants des quatre appartements de la maison coopérative allaient se laver dans la baignoire en zinc installé dans la buanderie. Cette dernière se tenait sur des pieds en bois. Tous les samedis après-midi, on chauffait de l'eau dans la chaudière, baignant d'abord les enfants. La semaine, une bonne écuelle faisait l'office.
-" A ce moment-là les transports de marchandises se pratiquaient avec un grand char tiré par un chien Saint-Bernard ou d'autres races. C'était le laitier de la Coopérative qui était chargé des communes de la Heutte, de Sombeval et de Cortébert".
Lorsque Francis eut 7 ans, la société décida d'acheter un camion.
-" C'était le premier du village, de la région même. Les rayons des roues étaient en bois, les pneus pleins. C'était une affaire extraordinaire ! Le dimanche on y mettait deux longs bancs. Ces dames de la coopérative faisaient des fleurs en papier pour le décorer. Nous partions en voyage... Une fois, nous sommes allés jusqu'à Yverdon ! Les routes n'étaient pas goudronnées, c'était toute une expédition. Quand le camion s'arrêtait, tout le monde tombait ! J'étais très impressionné par cet engin, si on voulait me punir, il fallait m'en interdire l'accès !"
Bientôt l'école primaire commençait. Avec elle le premier vélo, en aluminium. Guère solide, ce superbe cadeau se cassera bien vite. C'est alors qu'une occasion unique se présenta à Francis : son père se planta un clou dans le pied. L'accident étant arrivé au travail, le patron de l'usine proposa de l'accompagner à l'hôpital de la Chaux-de-Fonds en voiture.
" Cette automobile mécanique ressemblait à un carrosse. On y était assis face à face, comme dans un train et les vitres se descendaient avec des lanières. Arrivés à Saint-Imier, il a fallu changer les accumulateurs. C'était tout un monde qui s'ouvrait à mes yeux."
Petit frère gâté de ses sœurs, il a toujours été très bien habillé. Il fut le premier à porter des pantalons golf au village. Malheureusement pour lui, il dut les mettre un jour d'examen d'admission pour l'école secondaire. Pendant la leçon de math, on le désigna pour aller résoudre une équation au tableau et, oh ! Horreur, toutes les filles se mirent à rire aux éclats en désignant cet étrange accoutrement. Très peu de temps après, une voisine vint demander le patron pour en faire un à son fils. A cette période, quelles étaient les relations familiales ?
-" En somme, ma mère m'a élevé. Mais rien ne se passait sans que mon père en soit au courant. C'était lui qui décidait, cela ne me gênait pas, pas encore.. !"M'explique-t-il d'une voix mi-amère, mi-révoltée. Ses parents ? Un couple uni dont les tâches étaient partagées. Madame à la cuisine et aux comptes, Monsieur qui remplissait les papiers ; ils ont toujours partagé leurs problèmes avec leurs enfants, les rendant ainsi solidaires d'une vie de famille qui se voulait sereine.
Les longues soirées d'hiver se passaient au coin du feu à écouter les élèves de piano de sa sœur ou encore à regarder danser les demoiselles sur le parquet du salon. Ils possédaient un phonographe mais s'étaient refusés à l'achat d'une radio, en pensant que le piano serait laissé pour compte. Ils allèrent donc pendant longtemps chez des amis qui en avaient une : très volumineuse, innovatrice en son genre, elle occupait non moins de 2 m sur trois d'une pièce déjà bien encombrée de fils. L'utilisation des casques permettait de capter faiblement une chaîne alors bien connue, la Tour Eiffel. La première fois que notre intéressé la vit, peu avant Pâques, il entendit que les cloches partaient pour Rome. Abasourdi, le gamin courut à l'église pour voir si elles vaquaient à leur
poste.... Monsieur Fesselet me parle aussi de la société de consommation qui n'existait pas ou guère. Dans la mesure du possible, tout se faisait à la maison : râper les pains de sucre, confectionner des pots de confiture, tout ceci bien sûr sans l'aide des nombreux appareils ménagers que nous possédons aujourd'hui. Le frigo ne faisait pas non plus partie du dictionnaire, il était remplacé par une petite boîte en porcelaine.
La lessive a toujours été une lourde tranche de temps consacrés au ménage. Qu'en était-il à Sonceboz, il y a une soixantaine d'années ?
-" On faisait deux lessives par année ! Chacune durait trois jours. Il fallait d'abord bouillir le linge ; le mettre ensuite dans grande cuve d'eau recouverte d'un drap où l'on déposait des cendres de bois. On coulait le linge, c'est-à-dire que l'on vidait l'eau pour la remettre dans la chaudière. Nous opérions ce processus une quinzaine de fois. Il fallait frotter, frotter sur la planche, parfois jusqu'au soir. Une fois propre, nous le passions au bleu. Pour suspendre le linge, mon père avait installé des crochets qui faisaient le tour de la maison c'était gigantesque ! "
Pendant la belle saison, Francis se rendait à l'école secondaire de Corgémont en vélo. En hiver, il prenait le train. L'abonnement mensuel coûtait 5 francs. Après avoir passé toute sa scolarité dans des classes mixtes, l'adolescent pensait que les filles avaient toujours été privilégiées.
-" J'en souffrais beaucoup. Les garçons étaient toujours moins bien vus. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce qu'ils étaient un peu plus bruyants, ce n'était en tout cas pas une raison. Je dessinais bien, par contre je n'aimais pas l'allemand. Aussi avais-je conclu un accord avec deux filles de ma classe. Je leur faisais leurs devoirs en dessin et elles, les miens en allemand. Je ne pouvais pas supporter l'idée d'avoir toujours un demi-point en moins que des dessins que j'avais fais moi-même pour d'autres ! Non, on ne peut pas dire que j'entretenais de bons rapports avec mes maîtres ! "
Je sens bien qu'il n'est pas à l'aise à ce sujet. Toutefois, il me parle des méthodes d'enseignement qui consistaient surtout à apprendre de longs textes par cœur. Programme guère intéressant pour ce garçon qui se rattrapait bien pendant ses moments de liberté : dès l'âge de 15 ans, il va suivre des leçons de piano, en jouer 3/4 d'heure par jour. Très manuel, il commencera aussi quelques mois plus tard des cours de peinture sur porcelaine. C'est depuis cette période qu'une passion pour le bricolage s'est révélée en lui. Issu d'une famille protestante très pratiquante, il participera aussi aux nombreuses activités des unions cadettes chrétiennes, du chœur mixte, et j'en passe....
-" Mon instruction religieuse ne m'a pas apporté beaucoup au point de vue spirituel, nous avions un pasteur Écuyer ! Le sermon du culte n'était pas très actualisé et je ne l'écoutais pas beaucoup. Après ma première communion, un autre l'a remplacé. Jeune d'esprit et de corps, il sut nous attirer. Il devint l'ami des jeunes. Tout à coup, je me suis mis à fréquenter la cure beaucoup plus souvent. Tous les adolescents se retrouvaient là, on était bien. Nous n'avions pas d'autres moyens de distraction, pas de télévision pour tout gâcher. Notre vie, c'était le village, l'église libre à nous de la façonner, de la meubler. Une sorte de liberté que vous, les jeunes, connaissez peut-être moins."
Arriva la fin de la scolarité, avec elle le choix d'une profession. Dégoûté de l'étude, mal guidé, il n'ira pas à l'école normale dont il réussit pourtant les examens d'admission. Bricoleur, manuel, il rêvait de décoration, d'artisanat.. Son père ne le voyait pas ainsi. Quand son fils finit l'école, il avait déjà 65 ans. Il n'était pas sûr de pouvoir encore lui payer les Beaux-Arts. De plus, il avait toujours rêvé de faire de la belle mécanique.
Et c'est ainsi qu'il se retrouva dans une grande usine, faiseur d'étampes. Une réalité beaucoup trop dure pour ses 16 ans déçus. Les deux premières semaines de l'apprentissage se passèrent mal. Il allait se cacher dans les toilettes de la fabrique pour pleurer, pour oublier. A peine sortie du travail, il reprenait ses activités créatives. Cela lui procurait une certaine satisfaction. C'est en fabriquant toutes sortes d'objets, qu'il réussit ainsi à gagner son argent de poche, étant donné qu'il donna toute sa paye à ses parents jusqu'à l'âge de 25 ans.
-" Je n'ai jamais été un bon commerçant, je vendais mes bricolages très bon marché. Juste de quoi me payer les fournitures. J'ai dû fabriquer environ 150 lampes ! Avec des bouteilles, de vieux bouts de bois, je réussissais toujours à faire quelque chose !
Il garde un très bon souvenir de l'école professionnelle qu'il a suivie à Tavannes. Les maîtres avaient tellement plus de respect et d'écoute de l'élève que dans son ancien collège. L'apprenti gagnait 45 centimes à l'heure. Bon salaire si l'on pense à la crise horlogère qui, à ce moment-là, battait son plein. Après que cette dernière se fut estompée, l'usine s'est restructurée dans la fabrication d'appareils de mesure. Aujourd'hui encore des compteurs de réverbères Sonceboz illuminent certaines rues de Londres. A la fin de son apprentissage, il va entrer dans le syndicat du parti socialiste, la F.O.M.H. Mais étant donné le peu de place qu'il y avait sur le marché du travail, il ne s'y investira pas vraiment, de peur de perdre son travail. En outre, il avait suffisamment d'autres occupations qui lui tenaient à cœur : depuis l'âge de 16 ans, il s'occupera de toutes les ventes de paroisse, 11 ans en tant que président, il fleurira aussi pendant 32 ans l'Église de Sombeval.
-" Évidemment je suivais avec joie l'augmentation des jours de congé. Il ne faut pas oublier que pendant mon apprentissage j'en avais 5 par année, 10 à la fin, et deux semaines quelques temps après. C'était sévère, mais on s'y faisait. Le patron était un ami, mais si j'avais vraiment participé aux activités d'un parti, cela aurait dû être du sien."
Une des grandes joies de Francis au travail était le changement. En effet, il a occupé non moins de 19 postes différents ! De cette manière, il a touché un peu à tous les domaines de l'usine, en comprenant aussi beaucoup mieux son fonctionnement.
-" J'avais en horreur les sonneries du travail, je les ai entendues pendant 50 ans, et mon père pendant 60 ans dans la même usine ! Néanmoins, nous étions assez libres. Quand l'automne approchait, la nostalgie de beaux jours apparaissait. Pour mettre de l'entrain au travail, nous avions formé un quatuor. On chantait pendant des heures. Ce sont dans l'atelier mes plus beaux souvenirs d'usine."
© Famille Fesselet 2001 Dernière révision : 08 septembre,2011 .©