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Flint dans le Michigan, ville natale du réalisateur de documentaires, Michael Moore, est un cas d’école pour les effets désastreux sur l’homme et son environnement du dogme néolibéral. Elle a récemment fait les gros titres de la presse américaine avec une affaire qui pourrait bien s’immiscer dans les élections primaires, actuellement en cours. La seule journaliste qui a couvert l’événement depuis le début, est Rachel Maddow de la chaîne progressiste MSNBC.
Un haut lieu de la production industrielle de l’automobile et un modèle du « rêve américain » depuis les années 1940, Flint se développa rapidement pour atteindre, dans les années 1960, une population de près de 200'000 habitants. C’est en 1936 que cette ville fait parler d’elle pour la première fois, quand les ouvriers des fabriques d’automobiles « General Motors » entament une grève d’occupation qui secoue le pays entier, grève qui, par la suite, permit de jeter les bases du puissant syndicat américain des ouvriers de l’automobile « United Automobile Workers », dont le nombre d’adhérents a littéralement explosé de 30'000 à 500'000 à cette époque. Le succès des négociations avec la firme GM, permet une amélioration significative des conditions de travail, et, en même temps, sert de modèle pour les ouvriers de toutes les autres branches d’activités, en Amérique et dans le monde entier.
Comme pour sa grande sœur, la ville de Detroit, la descente aux enfers commence avec la débâcle de l’industrie automobile et coïncide avec l’élection du président républicain, Ronald Reagan, en 1981. Michael Moore, le réalisateur, trace le chemin de croix de sa ville natale dans un excellent documentaire sous le titre « Roger and me », Roger étant le PDG de General Motors de l’époque, Roger Smith, qui, successivement, délocalise la production dans des pays à faible coût de main d’œuvre sans protection sociale, tel que le Méxique. Il a ainsi largement contribué à la désindustrialisation de la région et causé la suppression de plus de 30'000 emplois dans la seule ville de Flint. (Le néolibéralisme rampant commence finalement à grignoter le tissu économique suisse aussi. (Tetra Pak, Alstom, Crédit Suisse, Swisscom, bientôt Syngenta). Mais notre ministre de l’économie se veut rassurant. Le marché règlera tout.)
Actuellement, la ville de Flint compte moins de 100'000 habitants, le chômage et la pauvreté rongent la population, majoritairement noire, et la municipalité se trouve en faillite, mise sous tutelle par le gouverneur républicain, Rick Snyder, un ancien banquier d’affaires dont la fortune personnelle est estimée à USD 200 mio. Rick Snyder introduit, en début de son mandat, une loi, unique aux Etats-Unis, qui autorise l'autorise de relever, par décret, n’importe quel élu local, maire ou député, de ses fonctions, si « la situation l’exige ». Dans le cas de Flint, vu la situation financière de la ville, le gouverneur Snyder décide de dépêcher un expert financier de son choix sur place pour faire de l’ordre. (C’est ce qu’avait fait la commission européenne en envoyant en Grèce la « Troika », une équipe d’experts de la finance, dépourvue de toute légitimation démocratique.)
Le « détachement Synder » s’est donc immédiatement mis au travail, en taillant massivement dans le budget de la ville. Une de ses premières mesures d’urgence concerne l’approvisionnement en eau potable. Il faut savoir que la ville achète, depuis des générations, son eau potable à la ville de Detroit avec laquelle elle est reliée par une « pipeline ». L’eau de Detroit est d’ailleurs d’excellente qualité, car elle provient d’un immense lac glaciaire. Au mois de juin 2013, l’expert du gouverneur décida, de faire une économie d’USD 5 mio pour la municipalité et de puiser l’eau dans la rivière Flint, plutôt que dans le lac glacière de Détroit. La rivière Flint est probablement le cours d’eau le plus pollué du Michigan, car il est bordé d’usines, automobiles et chimiques.
Les autorités décident donc de fermer la « pipeline » qui relie Flint à Detroit. Plutôt que d’attendre les premiers résultats du nouveau système, et de pouvoir, en l’occurrence réutiliser l’eau de Detroit, les experts préfèrent vendre la « pipeline » pour USD 3,9 mio.
Il se trouve que la composition chimique de l’eau de lac est différente de celle de l’eau de rivière, dans le sens que l’eau de rivière contient beaucoup plus d’acidité que l’eau de lac. Avant d’utiliser l’eau de rivière dans un système d’approvisionnement, un traitement spécial s’impose pour éviter la corrosion des joints des pipelines, fabriqués avec du plomb. L’administration Snyder rassure la population. Aucun traitement spécial est nécessaire pour l’utilisation de l’eau de rivière. Seulement, les habitants de la ville commencent à se plaindre de sa mauvaise odeur, de sa couleur brunâtre et son goût infect. Une fabrique de General Motors, qui s’est plainte de la corrosivité qui attaque les pièces métalliques des voitures, décide ainsi d’amener son eau par camions.
Suite à ces plaintes, l’administration du Gouverneur charge, en 2014, son laboratoire de faire des tests, qui montrent un niveau anormalement élevé de plomb. Un employé décide, secrètement, de livrer ces résultats à la presse. Interrogé, le gouverneur nie l’existence d’une quelconque pollution, jusqu’à ce qu’un expert indépendant de l’université Virginia Tech a vent de l’affaire et se rend à Flint pour y effectuer des tests. Il publie les résultats accablants devant la mairie en faisant appel aux habitants de ne boire cette eau en aucun cas, qu’il la juge dangereusement polluée par le plomb. En même temps, un médecin réputé de la ville constate un triplement de cas d’empoisonnement au plomb chez les petits enfants. L’administration du gouverneur continue à qualifier ces résultats de fantaisistes et aucunement liés à l’eau potable.
L’empoisonnement au plomb cause des dégâts neurologiques irréversibles, surtout chez les enfants, dont 8'000 sont actuellement touchés, et de graves lésions cutanées. Après avoir bu cette eau pendant 17 mois, les habitants de Flint sont finalement informés par un communiqué du gouverneur Snyder, qui admet que, finalement et peut-être, il y a un problème avec la qualité de l’eau à Flint. Pour économiser USD 5 mio, Rick Snyder a consciemment empoisonné une partie de la population de la ville et sera éventuellement obligé de remplacer l’entier système d’approvisionnement d’eau, ce qui coûtera des milliards. C’est le management néolibéral des affaires publiques. Cela commence doucement, avec des réductions d’effectifs, dans l’enseignement, par exemple, la suppression de certaines prestations sociales.
La semaine passée, le président Barack Obama, a rencontré les élus de Flint et a dépêché un expert fédéral du département de l’environnement sur place pour trouver une solution. La suite dans la presse, qui s’est emparé de l’affaire, finalement…
Flint dans le Michigan, ville natale du réalisateur de documentaires, Michael Moore, est un cas d’école pour les effets désastreux sur l’homme et son environnement du dogme néolibéral. Elle a récemment fait les gros titres de la presse américaine avec une affaire qui pourrait bien s’immiscer dans les élections primaires, actuellement en cours. La seule journaliste qui a couvert l’événement depuis le début, est Rachel Maddow de la chaîne progressiste MSNBC.