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Troisième partie: La victoire de Constantin sur Maxence au pont Milvius
Après le «nœud» du couronnement de Constantin, voici le dénouement de l’histoire politique, familiale et religieuse qui le lie à Maxence. Commençant à douter de l’issue du conflit qui l’oppose à Constantin, aux portes de Rome, Maxence décide en effet de contre-attaquer en faisant avancer ses troupes contre celles de son ennemi. En large infériorité numérique, l’armée de Constantin n’est pas dans une position favorable. Cependant, aidé par la protection divine récemment acquise, mais aussi par sa science tactique, Constantin parvient à retourner la situation en sa faveur. Il envoie d’abord sa cavalerie, puis son infanterie, et finit par repousser les troupes ennemies jusqu’aux rives du Tibre, sur le pont Milvius. Pris de panique, les ingénieurs de Maxence font détruire les fondations du pont, ce qui entraîne la noyade de centaines d’hommes. Maxence y trouvera la mort, noyé dans les eaux de la rivière alors qu’il tentait de s’enfuir. La victoire de Constantin est donc rapide et éclatante.
Dans La Bataille du pont Milvius qu’il conçoit pour son propre Cycle de Constantin, Rubens choisit d’organiser la composition autour du pont lui-même. À droite, le pont, vu de près, constitue la scène au-dessus et autour de laquelle s’articulent les nombreuses figures de combattants. À gauche, non loin du pont, c’est au désordre des cavaliers et de leurs montures, représentées par de forts nombreux raccourcis, que se consacre Rubens. L’idée de Rubens est reprise, mais ici reformulée par Lefebure. À droite, le pont Milvius est désormais placé à une certaine distance, ce qui permet de montrer davantage de figures, mais aussi de les situer dans un contexte spatial mieux défini. Au deuxième plan, la cohésion et la force des troupes sont exprimées par la multitude des casques. Au troisième plan se trouve le pont lui-même, où s’affrontent les cavaliers, tandis qu’à l’arrière-plan, un paysage permet au regard du spectateur de s’échapper et de situer spatialement le Tibre. À gauche, en revanche, le nombre des cavaliers est considérablement réduit.
En repoussant ainsi la confrontation des deux armées à l’arrière-plan, Lefebure fait le choix de focaliser l’attention du spectateur sur le premier plan. Le conflit entre les armées de Constantin et de Maxence s’y présente sous la forme d’un duel, d’un corps-à-corps entre leurs deux chefs, parfaitement distingués par leur costume, leurs attitudes, ainsi que par la robe et la position de leur monture (1). À gauche, toujours couronné des lauriers qui rappellent ses prétentions impériales, Maxence apparaît comme un homme âgé et dont l’attitude, le bouclier levé, est celle d’un homme sur la défensive, soucieux de défendre un territoire, mais aussi un pouvoir menacé. Face à lui, le bouclier portant la croix du Christ et le glaive mis en valeur par le bras droit relevé présentent Constantin comme la nouvelle et jeune garde de l’Empire, ainsi que comme l’incarnation du miles christianus – un geste qui évoque peut-être les paroles du Christ, reprises à son compte par Constantin, dans le cadre de cette guerre religieuse et fratricide: «Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre: je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère: on aura pour ennemis les gens de sa propre maison» (Mt 10, 34). Désormais présenté comme le chevalier du Christ, Constantin ne peut que vaincre.
(1) Rubens réinterprète ici La Bataille d’Anghiari, une fresque peinte par Léonard de Vinci sur le mur oriental de la salle des Cinq-Cents du Palazzo Vecchio de Florence, et dont il a réalisé un certain nombre de variations et de copies.
Ce texte de Jan Blanc est tiré du catalogue (Cinq Continents) accompagnant l’exposition Héros antiques. La tapisserie flamande face à l’archéologie, qui s’est tenue au Musée Rath, à Genève, du 29 novembre 2013 au 2 mars 2014.