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Directeur sportif du Geneva Open, Marc Rosset s'est livré sans retenue sur Roger Federer et le superbe plateau présent cette année au Parc des Eaux-Vives. Entretien avec un grand passionné.
Marc Rosset, l'affiche du Geneva Open est autant superbe que relevée cette année. A votre avis, Roger Federer peut-il être considéré comme le favori de cette édition malgré sa longue absence ?
"Si tu as Roger Federer, l'affiche est forcément belle. Globalement, c'est vrai qu'il y a un beau plateau et un bon niveau de jeu. Quant à Roger Federer, il n'a fait qu'un seul tournoi, à Doha, depuis des mois. C'est pourquoi il devra d'abord passer le premier tour avant de voir s'il est le favori. Le deuxième tour peut également s'annoncer relevé puisqu'il pourrait affronter Marton Fucsovics ou Marin Cilic. Une chose est sûre : s'il veut gagner le tournoi, il devra bien jouer au tennis. A noter encore que les conditions météorologiques pourraient influer sur les résultats. Si le terrain est un peu plus rapide et s'il fait un peu plus chaud, ce sera forcément mieux pour Roger Federer."
Du coup, qu'attendez-vous de Roger Federer à Genève puis lors des prochains tournois ?
"Roger Federer a envie de gagner. Il ne vient pas ici dans l'optique de perdre au premier tour et de rentrer à la maison. S'il peut gagner le tournoi, il fera tout pour y parvenir. Mais s'il perd prématurément, ce ne sera pas une remise en question totale. Il sait néanmoins très bien que, s'il veut être performant à Wimbledon, il a intérêt à bien jouer sur terre battue et à gagner un maximum de matches. Lorsqu'il avait perdu en finale à Wimbledon en 2019 (ndlr : contre Novak Djokovic), il avait atteint les demi-finales à Roland-Garros (ndlr : face à Rafael Nadal) quelques semaines auparavant. Il avait ainsi passé un certain temps sur ocre et ça l'avait aidé à bien jouer sur gazon. S'il venait à perdre au premier tour tant à Genève qu'à Roland-Garros, et même s'il venait à remporter le tournoi de Halle, il lui manquerait certainement quelques matches dans l'optique de triompher à Wimbledon. Pour gagner à Londres, il faudra forcément battre les meilleurs. C'est pourquoi il serait bien de pouvoir les affronter avant."
Parmi ces tennismen de tout premier plan que vous évoquez, y a-t-il un joueur qui pourrait briller cette semaine à Genève ?
"Denis Shapovalov s'est mis à bien jouer à Rome (ndlr : battu en huitièmes de finale par Rafael Nadal). C'est toujours difficile à dire lorsqu'on évoque les tournois en trois manches gagnantes car la logique n'est pas forcément respectée. Sur un terrain relativement petit comme ici, Reilly Opelka peut être dangereux avec son gros service. A Genève, chaque jour a sa propre vérité et il y a toujours des surprises. En Grand Chelem, c'est différent avec les matches en cinq sets."
Globalement, quel joueur vous a fait la meilleure impression depuis le début de l'année ?
"C'est dur à dire car il s'agit d'une année qui n'est pas encore régulière en raison du Covid-19. Tu sens que Novak Djokovic et Rafael Nadal se concentrent désormais sur les Grand Chelem et qu'ils seront toujours là. Sinon, Stefanos Tsitsipas m'a fait une excellente impression sur terre battue, mais ça avait déjà été le cas à Paris en 2019 contre Stan Wawrinka et en 2020 contre Novak Djokovic (ndlr : battu à chaque fois en cinq manches). Je ne serais donc pas surpris de le voir remporter Roland-Garros un jour."
Finalement, le Geneva Open accueille cette année un joueur particulièrement controversé et critiqué en la personne de Benoît Paire. Quel regard portez-vous sur le récent comportement du Français ?
"J'évite de juger les gens tant que je ne suis pas dans la même situation. Ça ne doit effectivement pas être facile de jouer de semaine en semaine devant peu de public en raison du Covid-19. Si tu as 20 ans, que tu es en début de carrière, tu t'en fous et tu y vas à fond. Mais si tu as déjà fait 10 ans sur le circuit, je peux comprendre que ça te fasse un peu bizarre de jouer devant des tribunes vides et d'être placé dans des bulles. C'est pourquoi je ne veux pas juger son éventuel manque de motivation ou les difficultés qu'il rencontre, lui qui est peut-être plus sensible face à ces changements que les autres. Mais si c'est trop compliqué pour lui de jouer, il ferait peut-être mieux de faire moins de tournois. Ainsi, lorsque tu viens sur un tournoi, tu es plus content et tu ne te plains pas semaine après semaine. Il ne faut toutefois pas oublier qu'il n'a pas eu de chance tant à l'US Open qu'à l'Open d'Australie en étant à chaque fois cas contact et donc placé à l'isolement durant de nombreux jours. A sa place, je ne sais d'ailleurs pas si je me serais beaucoup amusé en jouant, à 30 ans, semaine après semaine en période de Covid-19."