Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06867.jsonl.gz/608

RT.4.1 Impacts sectoriels, adaptation et vulnérabilité
Un résumé des impacts projetés pour chaque secteur figure dans l’Encart RT.5.
Encart RT.5 – Principaux impacts projetés pour les systèmes et les secteurs
Les ressources d’eau potable et leur gestion
- Les volumes d’eau stockée dans les glaciers et les couvertures neigeuses vont très probablement décliner, réduisant le débit en eau en été et en automne dans les régions où plus du sixième de la population mondiale vit actuellement. ** N [3.4.1]
- Les débits et les ressources disponibles en eau augmenteront très probablement sous les latitudes les plus hautes et dans certaines zones humides des tropiques, y compris dans les zones populeuses de l’Asie de l’est et du sud-est, et une diminution sera observée dans la plupart des zones de latitudes moyennes de même que dans les zones tropicales sèches, qui vivent à présent une situation de stress hydrique ** D [F3.4]
- Les zones sujettes à sécheresses s’étendront probablement, et des événements précipitationnels extrêmes, dont la fréquence et l’intensité augmenteront probablement, augmenteront le risque d’inondation. La recrudescence de la fréquence et de la sévérité des inondations et des sécheresses aura des implications pour le développement durable. ** N [GTI RE4 RID; 3.4].
- Jusqu’à 20% de la population du monde vit dans des bassins fluviaux qui seront probablement affectés par un risque d’inondation accru dans les années 2080 par suite du réchauffement mondial. * N [3.4.3]
- La plupart des zones semi-arides (par exemple le bassin méditerranéen, l’ouest des Etats-Unis, l’Afrique australe et le sud-est du Brésil) souffriront d’une baisse des ressources en eau due aux changements climatiques. *** C [3.4, 3.7]
- Le nombre de personnes qui vivent dans des bassins fluviaux soumis à un stress hydrique augmentera, selon les projections, de 1,4 – 1,6 milliard en 1995 à 4.3-6,9 milliards en 2040 pour le scénario A2.** N [3.5.1]
- L’élévation du niveau de la mer aboutira à une augmentation de la surface de salinisation des eaux de surface et des estuaires, et ainsi à une baisse de la quantité d’eau douce disponible pour les humains et les écosystèmes dans les zones côtières. *** C [3.2, 3.4.2]
- La reconstitution des ressources en eaux de surface baissera rapidement dans des régions déjà soumises à un stress hydrique ** N [3.4.2], là où la vulnérabilité est souvent exacerbée par une augmentation rapide de la population et de la demande en eau. *** C [3.5.1].
- Des températures de l’eau plus élevées, une intensité accrue dans des précipitations et de plus longues périodes d’étiage exacerbent de nombreuses formes de pollution des eaux, avec des impacts sur les écosystèmes, sur la santé humaine, sur la fiabilité des systèmes d’adduction d’eau et sur leurs coûts opérationnels. ** N [3.2, 3.4.4, 3.4.5]
- Les incertitudes ont été évaluées et leur interprétation améliorée et de nouvelles méthodes (par exemple, les méthodes basées sur les ensembles) sont en cours de développement pour les caractériser *** N [3.4, 3.5]. Néanmoins, les projections quantitatives des variations des précipitations, du débit des rivières et du niveau des eaux au niveau du bassin de rivières sont encore incertaines. *** D [3.3.1, 3.4]
- Les changements climatiques affectent le fonctionnement et le rôle de l’infrastructure d’adduction d’eau existante de même que les pratiques de gestion de l’eau *** C [3.6]. Des procédures d’adaptation et des pratiques de gestion des risques pour le secteur de l’eau sont en cours de développement dans certaines régions et certains pays qui ont reconnu l’incertitude des changements hydrologiques projetés. *** N [3.6]
- Les effets négatifs du changement climatique sur les systèmes d’eau douce sont supérieurs aux avantages. ** D [3.4, 3.5]
- Les régions où l’on projette que le débit diminuera feront face à une baisse de la valeur des services fournis par leurs ressources en eau *** C [3.4, 3.5]. Les effets bénéfiques d’un débit annuel plus important dans d’autres zones seront contrebalancés par les effets négatifs d’une variabilité démographique plus importante et par un déplacement des variations de débit saisonnières qui aura un impact sur l’approvisionnement en eau, sur la qualité de l’eau et sur les dangers d’inondation. ** N [3.4, 3.5]
Les écosystèmes
- Les écosystèmes suivants ont été identifiés comme étant les plus vulnérables, et il est pratiquement certain qu’ils feront face aux impacts écologiques les plus sévères, y compris les extinctions d’espèces et les changements majeurs des biomes. Sur les continents : les écosystèmes de la toundra, des forêts boréales, de montagne et de type méditerranéen. Le long des côtes : les mangroves et les marais salants. Dans les océans : les récifs coralliens et les biomes des glaces de mer. *** D [4.4, v. aussi chapitres 1, 5, 6, 14, 15 ; GTI RE4 chapitres 10 et 11].
- Des impacts initialement positifs tels qu’une productivité primaire nette (PPN) en croissance, auront lieu dans les écosystèmes qu’on identifie comme étant les moins vulnérables : les savanes et les déserts pauvres en espèces animales et végétales. Cependant, ces effets positifs sont conditionnés à une fertilisation constante par le CO2, et par la présence de perturbations de régime (par exemple les incendies de forêt) et d’événements extrêmes (par exemple les sécheresses) modérés * D [4.4.1, 4.4.2, E4.2, 4.4.3, 4.4.10, 4.4.11]
- Pour une augmentation de température moyenne mondiale inférieure ou égale à 2°C , on a projeté certaines augmentations de la productivité primaire nette sous les hautes latitudes (limité dans une large mesure par la migration effective des plantes ligneuses), cependant qu’un déclin de la PNN est probable sous les basses latitudes. ** D [4.4.1, 4.4.9, 4.4.10]
- La projection du stockage du carbone par l’expansion de la taïga en direction du pôle * D [4.4.5, F4.3] sera, de façon aussi probable qu’improbable, contrebalancée par les changements d’albédo, les incendies de forêt, et le recul de la forêt à la limite équatoriale de la taïga ** N/D [4.4.5, F4.3], et les émissions de méthane de la toundra * N [4.4.6]
- Le stockage par les forêts tropicales, malgré des gains de productivité observés récemment, dépendra très probablement des impacts des changements climatiques, en particulier dans les régions les plus sèches. ** D [4.45, 4.4.10, F4.3].
- Les forêts amazoniennes, la taïga chinoise, et la plus grande part des toundras canadienne et sibérienne présenteront très probablement des changements importants si les températures moyennes mondiales augmentent de 3 °C ** D [T4.2, 4.4.1, F4.2, 4.4.10, F4.4]. Alors que des expansions des forêts sont projetées pour l’Amérique du nord et l’Eurasie sous l’empire d’un réchauffement inférieur à 2°C [4.4.10, F4.4, T4.3], les forêts tropicales subiront probablement des impacts sévères, y compris des pertes de biodiversité. * D [4.4.10, 4.4.11, T4.1]
- Pour une augmentation de température moyenne mondiale comprise entre 1,5 et 3°C, les zones à basse productivité situées dans les zones océaniques intertropicales vont s’étendre probablement d’environ 5% (vers le nord) et 10% (vers le sud), mais les biomes des glaces de mer polaires productifs vont très probablement subir une contraction d’environ 40% (hémisphère nord) et 20% (hémisphère sud). ** N [4.4.9]
- Tandis que les biomes des glaces de mer diminuent, les espèces dépendantes des pôles, y compris des prédateurs comme les pingouins, les phoques et les ours blancs, subiront très probablement une dégradation et une déperdition de leur habitat. *** D [4.4.6]
- La déperdition de coraux due au blanchissement aura très certainement lieu au cours des 50 années à venir *** C [E4.5, 4.4.9], en particulier au sein de la Grande Barrière, où le changement climatique et des impacts anthropiques directs comme la pollution et la collecte d’espèces aboutiront, d’après ce à quoi on s’attend, à un blanchissement annuel (entre 2030 et 2050) aboutissant à une mortalité de masse. ** D [E4.4, 4.4.9].
- La remise en circulation accélérée de carbone issu de stocks vulnérables, particulièrement les tourbières, les loess de toundra gelée (yedoma), les sols soumis au pergélisol , et les sols des forêts boréales et tropicales est pratiquement certaine. *** D/N [F4.1, 4.4.1, 4.4.6, 4.4.8, 4.4.10, 4.4.11]
- Il est probable que les incendies de forêt connaîtront une intensification et une expansion au niveau mondial tandis que les températures s’élèveront et que les épisodes de sécheresse se feront plus fréquents et plus persistants. ** D/N [4.4.2, 4.4.3, 4.4.4, 4.4.5]
- Il est probable qu’une variabilité accrue dans les chutes de pluie compromettra la survie des espèces des zones humides continentales et côtières en raison d’une modification du moment, de la durée et de l’importance des hautes eaux. ** D [4.4.8]
- Le pH de surface des océans continuera très probablement à baisser, jusqu’à 0,5 unités de pH aux environs de 2100, au fur et à mesure des augmentations de concentration du CO2 atmosphérique selon le scénario A1FI. Cela aboutira très probablement à la mise à mal de la formation de tests ou d’exosquelettes par les organismes marins qui utilisent le carbonate de calcium (par exemple les coraux, les crabes, les calmars, les escargots marins, les clams et les huîtres). ** N [4.4.9, E4.5]
Produits alimentaires, forestiers et fibreux
- Dans les régions de latitude moyenne à élevée, un réchauffement modéré aura un impact positif sur les rendements des cultures céréalières et pastorales, mais même un très léger réchauffement a un impact négatif sur les rendements des régions tropicales et à saison sèche.* Un réchauffement plus important aurait un impact négatif de plus en plus fort dans toutes les régions [F5.2]. Des adaptations de court terme peuvent permettre un évitement portant sur 10 à 15% de réduction de productivité. */ D [F5.2, 5.4]
- Les changements climatiques augmenteront marginalement le nombre de personnes sujettes à un risque de famine, en tenant compte des réductions importantes dues au développement socio-économique ** D [5.6.5, T5.6]
- Des changements dans la fréquence et l’intensité des événements climatiques extrêmes, de même que la survenue d’incendies, de nuisibles et de maladies infectieuses auront des conséquences significatives sur la production alimentaire et forestière de même que sur l’insécurité alimentaire, en concours avec les impacts du climat moyen projeté ** D [5.4.1 to 5.4.5]
- Les petits paysans et les fermiers pratiquant une agriculture de subsistance, les populations pastorales et les pêcheurs artisanaux souffriront probablement d’impacts complexes et localisés du changement climatique ** N [5.4.7].
- La production mondiale de produits alimentaires augmentera probablement avec les températures moyennes mondiales si celles-ci montent de 3C ou moins, mais au-delà de cette limite, la production baissera très probablement. . * D [5.6]
- Globalement, on estime que la production forestière ne changera que modestement en fonction des changements climatiques dans le court et le moyen termes. La hausse de productivité se déplacera des basses latitudes dans le court terme vers les hautes latitudes dans le long terme. * D [5.4.5]
- On s’attend à ce que les extinctions locales d’espèces de poissons particulières aient lieu à la limite des zones de répartition (confiance élevée). ** N [5.4.6]
- On s’attend à ce que le commerce de biens alimentaires et forestiers s’intensifie en réponse au changement climatique, avec une dépendance à l’importation de biens alimentaires accrue pour la plupart des pays en voie de développement. */ N [5.6.1, 5.6.2, 5.4.5]
- La recherche expérimentale sur la réponse des cultures à des taux de CO2 croissants confirme les données du TRE (confiance moyenne à élevée). De nouveaux résultats laissent à penser que les forêts montreront des réponses moins importantes. * D [5.4.1]
Systèmes côtiers et régions de faible altitude
- L’impact des changements climatiques sur les côtes est exacerbé par la recrudescence des pressions induites par les êtres humains sur les zones côtières. *** D [6.3, 6.4]
- Il est très probable que les coraux souffriront un déclin de première importance en raison de l’intensification du blanchissement des récifs de corail et une mortalité en augmentation due à l’élévation des températures de l’eau de mer. Les marais salants et les mangroves seront affectés négativement par l’élévation du niveau de la mer. *** D [6.4]
- Tous les écosystèmes côtiers sont vulnérables aux changements climatiques et à l’élévation du niveau de la mer, particulièrement les coraux, les marais salants et les mangroves. *** D [6.4.1]
- Les coraux sont vulnérables au stress thermique et il est très probable que les augmentations projetées de la température de la surface de la mer (TSM) d’environ 1° à 3°C au cours du XXIe siècle aboutira à des épisodes de blanchissement plus fréquents et à une mortalité largement répandue, à moins qu’une adaptation thermique ou une acclimatation des coraux ait lieu. *** D [E6.1, 6.4.1]
- Les zones humides côtières, y compris les marais salants et les mangroves, sont sensibles à l’élévation du niveau de la mer, avec des prévisions de pertes globales de 33% à la suite d’une montée du niveau de la mer de 36 cm entre 2000 et 2080. Les pertes les plus importantes auront probablement lieu sur le littoral atlantique et celui du golfe du Mexique, qui bordent les côtes américaines, et dans les régions méditerranéenne, baltique et des petites îles. *** D [6.4.1]
- L’acidification des océans est un problème émergent qui comporte des impacts potentiels majeurs dans les zones côtières, mais on dispose d’une compréhension très limitée des détails de ce phénomène. Il s’agit d’un thème de recherche qui a un urgent besoin de financement, en particulier de programmes d’observations et de mesures. ** D [6.2.3, 6.2.5, 6.4.1]
- Les inondations côtières dans les zones de basse altitude sont un risque qui deviendra probablement plus important qu’à présent en raison de l’élévation du niveau de la mer et de tempêtes côtières plus intenses, à moins qu’une adaptation significative n’ait lieu [E6.2, 6.4.2]. Les impacts sont sensibles à l’élévation du niveau de la mer, au futur socio-économique, et au degré d’adaptation. Sans adaptation, plus de 100 millions de personnes pourraient être victimes d’inondations côtières chaque année dans les années 2080 en raison de l’élévation du niveau de la mer seule, le monde décrit par le scénario A2 étant celui qui présenterait les impacts les plus importants. *** N [F6.2]
- Les analyses coûts-avantages des réponses laissent à penser qu’il est probable que les impacts potentiels soient réduits par une adaptation largement répandue. Cela laisse aussi à penser qu’il est probable que les coûts des impacts et de la protection reposeront sur les épaules des pays en voie de développement de façon disproportionnée. ** C [F6.4, 6.5.3]
- Des vulnérabilités humaines-clés au changement climatique et à l’élévation du niveau de la mer existent lorsque les pressions sur les systèmes côtiers de basse altitude coïncident avec une faible capacité d’adaptation humaine et / ou une exposition importante et comprennent : ** D [6.4.2, 6.4.3]
- Des deltas, en particulier les méga-deltas asiatiques (par exemple celui du Gange – Brahmapoutre au Bengladesh et au Bengale occidental) ;
- Des zones urbaines de basse altitude, en particulier les zones qui se trouvent naturellement ou par l’action humaine en état d’affaissement, et sur les couloirs des tempêtes tropicales (par exemple la Nouvelle-Orléans, Shanghai) ;
- Les petites îles, en particulier les atolls de très faible altitude (par exemple les Maldives).
- À l’échelle régionale, la plus grande augmentation de vulnérabilité aura très probablement lieu en Asie du sud, du sud-est et de l’est, dans les zones côtières urbanisées tout autour de l’Afrique et les régions composées de petites îles. Le nombre de personnes impliquées sera le plus important dans les méga-deltas asiatiques, mais les petites îles sont face à la plus forte recrudescence relative de risques. ** D [6.4.2]
- L’élévation du niveau de la mer présente une inertie substantielle en comparaison avec d’autres facteurs de changement climatique, et il est pratiquement certain qu’elle se poursuivra au-delà de 2100 pour de nombreux siècles. La stabilisation du climat pourrait réduire, mais non arrêter, l’élévation du niveau de la mer. De ce fait, il y a une nécessité d’adaptation dans les zones côtières qui pose des questions relatives à la planification spatiale à long terme et le besoin de protection mis en face du retrait planifié. *** D [E6.6]
Industrie, établissements humains et société
- Les bénéfices et les coûts des changements climatiques pour l’industrie, les établissements humains et les sociétés varieront considérablement en fonction du lieu et de l’échelle. Certains des effets dans les régions tempérées et polaires seront positifs et d’autres, ailleurs, seront négatifs. Dans le bilan global, cependant, les effets nets seront plus probablement et nettement négatifs si le réchauffement est plus important ou plus rapide. ** N [7.4, 7.6, 15.3, 15.5]
- Les vulnérabilités de l’industrie, des infrastructures, des établissements humains et des sociétés aux changements climatiques sont généralement plus importantes dans certains lieux à haut risques, particulièrement les zones côtières et situées au bord des cours d’eau, dans les régions qui ont tendance à subir des phénomènes climatiques extrêmes, et dans les régions dont l’économie est étroitement liée à des ressources sensibles au climat, telles que les industries agricole et forestière, les activités gourmandes en eau et le tourisme ; ces vulnérabilités ont tendance à être localisées mais sont généralement importantes et en croissance. Par exemple, l’urbanisation rapide observée dans de nombreux pays à revenus bas ou moyen, souvent dans des zones comparativement à haut risque, implique que dans ces pays, une proportion grandissante de la population et de l’économie est dans une situation risquée. ** D [7.1, 7.4, 7.5]
- Lorsque des phénomènes météorologiques extrêmes deviendront plus intenses et/ou plus fréquents avec les changements climatiques, les coûts économiques de ces événements augmenteront, et cette augmentation sera probablement substantielle dans les régions qui seront le plus directement affectées. L’expérience démontre que les coûts des phénomènes majeurs peut aller de plusieurs points du PNB et du revenu annuel régional dans des régions très développées économiquement à plus de 25% dans de plus petites régions affectées par ces épisodes. ** N [7.5]
- Certaines communautés et ménages pauvres subissent déjà les pressions de la variabilité climatique et des événements climatiques extrêmes ; et ils peuvent être particulièrement vulnérables aux changements climatiques parce qu’ils ont tendance à se concentrer dans des régions qui comportent des risques relatifs élevés, à avoir un accès limité aux services et aux autres ressources nécessaires à faire face, et, dans certaines régions, à être plus dépendants des ressources dépendant du climat comme l’approvisionnement local en eau et en nourriture. ** N [7.2, 7.4.5, 7.4.6]
- Des coûts économiques croissants découlant des événements météorologiques extrêmes contribuent d’ores et déjà à renforcer la nécessité d’une gestion des risques économique et financière plus efficace. Dans les régions et les sites où le risque augmente et où l’assurance privée est une option d’adaptation majeure, des indicateurs de prix peuvent donner des signaux d’incitation à l’adaptation ; mais la couverture d’assurance peut aussi être résiliée, donnant un rôle accru aux autres acteurs, gouvernements compris. Dans les régions où les assurances privées ne sont pas facilement accessibles, d’autres mécanismes de gestion du risque seront nécessaires. Dans toutes les situations, les groupes de la population les plus pauvres auront besoin d’aide spécifique dans le cadre de la gestion du risque et de l’adaptation. ** D [7.4.2]
- Dans de nombreuses zones, le changement climatique rendra les problèmes liés à l’équité sociale plus aigus et aboutira à des pressions accrues sur les infrastructures et les dispositifs institutionnels gouvernementaux. ** N [7.ES, 7.4.5, 7.6.5]
- Des infrastructures physiques robustes et fiables sont d’une importance particulière pour la gestion des risques liés aux changements climatiques. Des infrastructures comme les infrastructures d’adduction d’eau en zone urbaine sont particulièrement vulnérables, surtout dans les régions côtières, à l’élévation du niveau de la mer et à la diminution des précipitations à l’échelle régionale ; et les importantes concentrations de population dépourvues d’infrastructures sont les plus vulnérables aux impacts du changement climatique. ** N [7.4.3 to 7.4.5]
Santé publique
- Les risques relatifs projetés attribuables au changement climatique en 2030 montrent une augmentation de la malnutrition dans certains pays asiatiques ** N [8.4.1]. Plus avant dans le siècle, les tendances attendues dans le réchauffement feront baisser, selon les projections, les rendements agricoles dans les régions tropicales et à saison sèche [5.4]. Cela augmentera la famine, la malnutrition et les troubles qui en découlent, y compris dans la croissance et le développement des enfants, en particulier dans les régions qui sont déjà les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire, notamment l’Afrique. ** N [8.4.2]
- Vers 2030, les inondations côtières aboutiront selon les projections à une augmentation massive de la mortalité ; cependant, ceci s’applique à un fardeau de morbidité relativement faible, ce qui fait que l’impact total n’est pas élevé. En tout, la population à risque d’inondation sera multipliée par deux à trois d’ici 2080. ** N [8.4.1]
- Les estimations de l’augmentation du nombre de personnes courant le risque de mourir de la chaleur diffèrent entre les pays, les sites, la pyramide des âges et les mesures d’adaptation mises en place. Globalement, on estime que des augmentations significatives auront lieu au cours de ce siècle. ** D [T8.3]
- Des projections mêlées font état, pour ce qui est de la malaria, d’une augmentation globale de la population à risque comprise entre 220 (A1 FI) à 400 millions (A2). En Afrique, les estimations diffèrent et font état d’un recul de la transmission en Afrique du sud-est en 2020, autour du Sahel et dans l’Afrique méridionale centrale en 2080, avec des recrudescences localisées dans les hauts plateaux, et d’une augmentation de 16 à 28% d’exposition (mesurées en personne/mois) en 2100 pour tous les scénarios. Pour le Royaume-Uni, l’Australie, l’Inde et le Portugal, on estime que le risque augmente. *** D [T8.2]
- Au Canada, on estime que l’aire de répartition du vecteur de la maladie de Lyme s’étendra d’environ 1000 km vers le nord vers les années 2080 (A2) et que l’abondance des tiques se multipliera par deux à quatre, toujours vers les années 2080. En Europe, les projections de prévalence de l’encéphalite transmise par les tiques montrent une continuation de la pénétration vers le nord-est de l’aire de répartition actuelle, mais une contraction en Europe centrale et orientale vers les années 2050. * N [T8.2]
- Vers 2030, le fardeau des maladies diarrhéiques dans les régions à faible revenu devrait augmenter, selon les estimations de 2 à 5%. ** N [8.4.1] On estime entre 5 et 18% l’augmentation annuelle subie par les communautés aborigènes en Australie. ** N [T8.2] On a estimé qu’une hausse de température de 1 à 3°C aurait pour conséquence la recrudescence des cas d’empoisonnement alimentaire au Royaume-Uni * N [T8.2]
- Dans l’est de l’Amérique du Nord, sous le scénario climatique A2, on estime l’augmentation des décès dus à l’ozone de basse altitude à 4,5%. Une hausse de 68% dans le nombre moyen de jours d’été pendant lesquels les normes auront été dépassées sur la base légale des huit heures aboutira, selon les projections, à une augmentation de la mortalité naturelle de 0,1 à 0,3% et une augmentation moyenne de 0,3% dans la mortalité d’origine cardiovasculaire. Au Royaume-Uni, une baisse importantes des jours qui comportent un taux élevé en particules ou en SO2 et une baisse légère de la concentration des autres polluants est estimée pour la période comprise entre 2050 et 2080, mais la concentration en ozone aura augmenté ** N [T8.4]. Les retombées sanitaires positives à court terme de réduction des concentrations de polluants (comme pour l’ozone et les particules), conséquence de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, peuvent être substantielles. ** D [8.7.1, GTIII RE4]
- On estime que vers 2085, le risque de dengue issu du changement climatique augmentera et touchera 3,5 milliards de personnes. * N [<ip-pii>]
- La diminution du nombre de décès dus au froid sera, selon les projections, plus importante que l’augmentation des décès dus à la chaleur, au Royaume-Uni. ** D [T8.3]
Ressources d’eau douce et leur gestion
Les impacts des changements climatiques sur les ressources d’eau douce et sur leur gestion sont principalement dus aux augmentations observées et projetées de la température, de l’évaporation, à l’élévation du niveau de la mer et à la différence de variabilité des précipitations (confiance très élevée).
Plus d’un sixième de la population mondiale vit dans les bassins des rivières d’origine glaciaire ou alimentées par la fonte des neiges, et cette population sera affectée par une baisse du volume d’eau stockée dans les glaciers et dans les neiges de montagne, par une augmentation du rapport courant hivernal / courant annuel, et par une possible réduction des étiages due au recul des glaciers ou à une baisse du stock d’eau sous forme de neige due à la fonte estivale. [3.4.1, 3.4.3]. L’élévation du niveau de la mer aura comme conséquence l’extension des zones de salinisation des eaux souterraines et des estuaires et donc une réduction de la quantité d’eau douce disponible pour les humains et les écosystèmes dans les zones côtières [3.2, 3.4.2]. Une plus grande intensité de précipitations et une plus grande variabilité des précipitations, selon les projections, augmentera le risque d’inondations et de sécheresses dans de nombreuses régions [3.3.1]. Plus de 20% de la population mondiale vit dans des bassins hydrologiques encourant une menace d’inondation accrue en raison du réchauffement mondial [3.4.3].
Le nombre d’humains vivant dans des bassins fluviaux soumis à forte pression augmentera de façon significative, selon les projections, passant de 1,4 - 1,6 milliard en 1995 à 4,3 – 6,9 milliards en 2050, sous le scénario RSSE A2 (confiance moyenne).
Les populations risquant un stress hydrique accru pour toute la gamme des scénarios du RSSE représenteront, selon les projections, 0,4 – 1,7 milliards, 1 – 2 milliards et 1,1 – 3,2 milliards, respectivement, dans les années 2002, 2050 et 2080 [3.5.1]. Dans les années 2050 (scénario A2), 262 à 983 millions d’êtres humains intègreront la catégorie des populations soumises au stress hydrique [3.5.1]. Le stress hydrique devrait diminuer dans les années 2050 pour 20-29% des terres émergées (prenant en compte deux modèles climatiques et les scénarios RSSE A2 et B2) et augmenter pour 62-76% des terres émergées [3.5.1].
Les zones arides et semi-arides sont particulièrement exposées aux impacts du changement climatique sur les eaux douces (confiance élevée). Bon nombre de ces zones (par exemple le bassin méditerranéen, l’ouest des Etats-Unis, l’Afrique australe, le nord-est du Brésil, l’Australie méridionale et orientale) souffriront d’une baisse des ressources en eau à cause des changements climatiques (v. fig. RT.5) [3.4, 3.7]. Les efforts entrepris pour lutter contre l’appauvrissement des ressources d’eau suite à l’augmentation de la variabilité des précipitations seront mis à mal par le fait que la reconstitution des stocks d’eau de surface baissera probablement de manière considérable dans certaines régions déjà sujettes au stress hydrique [3.4.2], où la vulnérabilité est souvent exacerbée par la rapide croissance de la population et de la demande en eau potable [3.5.1].
Figure RT.5. Carte illustrant les impacts des changements climatiques à venir sur l’eau douce, là où cela représente un risque pour le développement durable des régions affectées. L’arrière-plan illustre la variation moyenne d’ensemble du flux annuel, en pourcentages, entre la période présente (1981-2000) et 2081-2100 selon le scénario d’émissions RSSE A1B ; le bleu indique une augmentation, le rouge une baisse. [F3.2]
L’augmentation de la température des eaux, de l’intensité des précipitations et de la longueur des périodes d’étiage vont probablement exacerber de nombreuses formes de pollution de l’eau, ce qui impactera les écosystèmes, la santé humaine, la fiabilité du réseau d’eau potable et les coûts de maintenance de ce dernier (confiance élevée).
Ces polluants comprennent des sédiments, des nutriments, du carbone organique sous forme dissoute, des organismes pathogènes, des pesticides, du sel et la pollution thermique [3.2, 3.4.4, 3.4.5].
Les changements climatiques affectent l’efficacité et le fonctionnement des infrastructures existantes d’approvisionnement en eau de même que les pratiques de gestion de l’eau (confiance très haute).
Les effets dommageables du climat sur les systèmes d’approvisionnement en eau douce aggravent les impacts d’autres sources de pression, tels que la croissance démographique, le changement dans les activités économiques, le changement d’affectation des sols et l’urbanisation [3.3.2, 3.5]. Globalement, la demande en eau augmentera au cours des décennies à venir, ceci étant dû avant tout à la croissance démographique et à la concentration de cette dernière autour de certains pôles. Pour certaines régions, de grandes variations dans la demande d’eau à des fins d’irrigation, conséquence des changements climatiques, sont probables [3.5.1]. Les pratiques actuelles de gestion de l’eau seront très probablement incapables de réduire les impacts dommageables des changements climatiques sur la fiabilité de l’approvisionnement en eau, sur le risque d’inondation, sur la santé, sur l’énergie et sur les écosystèmes aquatiques [3.4, 3.5]. Une meilleure intégration de la variabilité climatique actuelle dans la gestion de l’eau et liée à l’eau facilitera probablement l’adaptation aux changements climatiques à venir [3.6].
Les procédures d’adaptation et les pratiques de gestion du risque du secteur de l’eau se développent dans certains pays et dans certaines régions (par exemple les Caraïbes, le Canada, l’Australie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Allemagne) qui reconnaissent l’incertitude des changements hydrologiques tels qu’ils sont reflétés par les projections (confiance très élevée).
Depuis la troisième Evaluation du GIEC, les incertitudes ont été évaluées et leur interprétation s’est améliorée, et de nouvelles méthodes (par exemple les approches par ensembles) sont en cours de développement pour leur caractérisation [3.4, 3.5]. Néanmoins, des projections quantitatives pour les précipitations, le débit et le niveau des eaux à l’échelle des bassins fluviaux restent incertaines [3.3.1, 3.4].
Les impacts dommageables des changements climatiques sur les systèmes hydrologiques sont supérieurs à leurs avantages (confiance élevée).
Toutes les régions définies par le GIEC montrent un bilan globalement négatif quant à l’impact des changements climatiques sur les ressources en eau et sur les écosystèmes dulcicoles. Les zones où le débit est destiné à baisser selon les projections feront probablement face à une réduction de la valeur des services fournis par les ressources en eau. Les impacts bénéfiques de l’augmentation du débit sur une base annuelle, dans d’autres zones, sera probablement limité par les effets négatifs issus de la recrudescence de la variabilité de précipitations, de déplacements dans les variations saisonnières de débit, de la détérioration de la qualité de l’eau et des risques d’inondation (v. fig. RT.5) [3.4, 3.5].
Les écosystèmes
Les relevés géologiques du passé montrent que les écosystèmes ont une certaines capacité à s’adapter naturellement aux changements climatiques [GT I RE4 chapitre 6; 4.2] mais cette résilience n’a jamais fait face à une population humaine mondiale très dense, à ses multiples exigences et à ses pressions multiples sur les écosystèmes [4.1, 4.2].
La résilience de nombreux écosystèmes (leur capacité à s’adapter naturellement) sera probablement dépassée vers 2100 par une combinaison sans précédent de changements climatiques, des bouleversements qui y sont liés (par exemple les inondations, les sécheresses, les incendies de forêt, les insectes, l’acidification des océans) et d’autres facteurs de changement au niveau mondial (par exemple les changements d’affectation des sols, la pollution, la surexploitation des ressources) (confiance élevée).
Les écosystèmes seront très probablement exposés à des niveau de CO2 atmosphérique bien plus importants qu’au cours des 650’000 dernières années, et à des températures moyennes mondiales au moins aussi élevées qu’au cours des 740’000 dernières années [GTI RE4 chapitre 6; 4.2, 4.4.10, 4.4.11]. Vers 2100, il est très probable que le pH des océans sera plus bas qu’au cours des 200 millions d’années écoulées précédemment [4.4.9]. L’usage extractif et la fragmentation de l’habitat des espèces animales sauvages va très probablement limiter l’adaptation de ces dernières [4.1.2, 4.1.3, 4.2, 4.4.5, 4.4.10]. Lorsque la résilience des écosystèmes sera dépassée, les réponses se manifesteront très probablement selon un schéma de seuils, et seront irréversibles à vues humaines, comme des pertes de biodiversité impliquant l’extinction des espèces, l’interruption des interactions écologiques des espèces animales et végétales, et des changements majeurs dans la structure des écosystèmes et des bouleversements affectant ces derniers (en particulier les incendies de forêt et les insectes) (v. fig. RT.6). Les propriétés-clés des écosystèmes (par exemple la biodiversité) ou les fonctions régulatrices de ces derniers (par exemple le stockage du carbone) seront très probablement mis à mal [4.2, 4.4.1, 4.4.2 to 4.4.9, 4.4.10, 4.4.11, F4.4, T4.1].
Figure RT.6. Compendium des risques projetés dus aux impacts critiques du changement climatique sur des écosystèmes à différents niveaux d’augmentation de la température moyenne mondiale, ∆T, sur la base du climat préindustriel, utilisé comme proxy du changement climatique. La courbe rouge montre les anomalies de température observées pour la période 1900-2005 [GTI RE4 F3.6]. Les deux courbes grises fournissent des exemples de la possible évolution future du changement moyen mondial de la température (∆T) avec le temps [GTI RE4 F10.4] à l’aide d’exemples issus des réponses moyennes multi-modèles simulées par le GTI (i) au scénario A2 de forçage radiatif (WGIA2) et (ii) au scénario B1 étendu (WGIB1+stabil), où le forçage radiatif d’après 2100 est maintenu constant à la valeur de 210 [GTI RE4 F10.4, 10.7]. Les zones ombrées blanches indiquent des impacts ou des risques neutres, légèrement positifs ou négatifs ; la couleur jaune indique les impacts négatifs pour certains systèmes ou les risques modérés ; et la couleur rouge indique les impacts négatifs ou les risques qui sont plus répandus et/ou d’une ampleur plus grande. Les impacts illustrés prennent en compte les impacts des changements climatiques seulement, et omettent les effets des changements dans l’affectation des sols, de la surcollecte et de la population (par exemple l’épandage d’azote). Quelques-uns, cependant, prennent en compte les changements dans le régime des incendies, plusieurs prennent en compte les effets d’augmentation de la productivité liés à l’augmentation du CO2 atmosphérique et certains prennent en compte les effets liés aux migrations. [F4.4, T4.1]
La biosphère terrestre deviendra probablement une source nette de carbone aux environs de 2100, amplifiant ainsi les changements climatiques, si l’on postule que les émissions de gaz à effet de serre se poursuivront à une allure égale ou supérieure aux émissions actuelles et que les autres changements globaux non atténués , tel le changement d’affectation des sols, se poursuivront sans atténuation (confiance élevée)
Plusieurs stocks importants de carbone terrestres sont vulnérables aux impacts du changement climatique et/ou du changement de l’affectation des sols [F4.1, 4.4.1, F4.2, 4.4.5, 4.4.6, 4.4.10, F4.3]. La biosphère terrestre fonctionne actuellement, de façon variable mais généralement croissante, comme un absorbeur de carbone (en raison du fait que le CO2 est utilisé par les plantes, en raison des changements climatiques modérés et en raison d’autres effets encore) mais il est probable que ces effets atteindront leur apogée avant le milieu du siècle et que la biosphère terrestre deviendra ensuite une source de carbone, amplifiant ainsi les changements climatiques [F4.2, 4.4.1, 4.4.10, F4.3, 4.4.11], tandis que la capacité tampon des océans commencera à saturer [GTI RE4, par exemple, 7.3.5.] Il est probable que cela se produira avant 2100, si l’on postule des émissions de gaz à effet de serre continûment égales ou supérieures aux taux actuels et la présence de facteurs de changement globaux, y compris le changement d’affectation des sols, notamment le déboisement. Les émissions de méthane en provenance de la toundra s’intensifieront probablement [4.4.6].
Environ 20 à 40% (selon les biotes régionaux de 1% à 80%) des espèces évaluées jusqu’à présent (au sein d’échantillons dont les distorsions ont été éliminées) courront probablement un risque d’extinction plus important si les températures moyennes mondiales dépassent de 2 à 3°C les niveaux préindustriels (confiance moyenne).
Les pertes de biodiversité au niveau mondial sont l’un des éléments les plus pertinents, car il s’agit de phénomènes irréversibles [4.4.10, 4.4.11, F4.4, T4.1]. La richesse en espèces endémiques est la plus importante là où les changements paléoclimatiques ont été les plus faibles, ce qui indique que les espèces endémique encourent une plus grande probabilité d’extinction que dans le passé géologique [4.4.5, 4.4.11, F4.4, T4.1]. L’acidification des océans est susceptible d’empêcher la formation de coquilles à base d’aragonite parmi une large palette d’organismes marins planctoniques et originaire des zones benthiques de faible profondeur [4.4.9, E4.4]. Les pratiques de conservation sont généralement mal préparées pour affronter les changements climatiques, et des réponses adaptatives efficaces seront probablement coûteuses à mettre en place [4.4.11, T4.1, 4.6.1]. Bien que le chiffrage des liens entre l’absence d’atteintes à la biodiversité et les services liés aux écosystèmes soit encore incertain, une haute confiance est établie pour affirmer que la relation est qualitativement positive [4.1, 4.4.11, 4.6, 4.8].
Des modifications substantielles de la structure et du fonctionnement des écosystèmes terrestres et marins surviendront très probablement en cas de hausse de 2 à 3°C de la température moyenne à la surface du globe au-dessus des niveaux préindustriels et d’accroissement correspondant de la concentration de CO2 atmosphérique (confiance élevée).
Des changements majeurs dans les biomes, y compris l’apparition de nouveaux biomes, et des changements dans les interactions écologiques des espèces, avec des conséquences globalement négatives pour les biens et les services, se produiront très probablement à ces niveaux d’augmentation de la température, et sont pratiquement certains au-delà de ces niveaux [4.4]. On s’attend à ce que l’acidification progressive des océans, brièvement mentionnée ci-dessus, due à l’augmentation de la concentration du CO2 atmosphérique aie des incidences négatives sur les organismes marins testacés (par exemple les coraux) et sur les espèces qui en dépendent [E4.4, 6.4].
Produits alimentaires, fibreux et forestiers
Dans les régions de latitude moyenne à élevée, un réchauffement modéré a des conséquences bénéfiques pour les rendements des cultures et des pâturages, mais même un léger réchauffement aboutit à une baisse de rendement dans les régions sèches situées sous les tropiques (confiance moyenne).
Les résultats modélisés pour une palette de sites ont mis en évidence que, dans les régions tempérées, des augmentations modérées des températures moyennes locales (de 1 à 3°C), de même que l’augmentation corrélative du taux de CO2 et les changements de précipitations sous forme de pluies peuvent avoir un impact légèrement bénéfique sur les rendements agricoles. Sous des latitudes plus basses, en particulier dans les zones intertropicales à saison sèche, même des augmentations de température modérées (de 1 à 2°C) auront probablement des impacts négatifs sur les rendements des principales cultures céréalières, ce qui augmentera le risque de famine. Un réchauffement plus important aura des impacts négatifs croissants dans toutes les régions (confiance moyenne à basse) (v. fig. RT.7) [5.4].
Figure RT.7. Sensibilité aux changements climatiques des rendements céréaliers pour le maïs et le blé. Les réponses intègrent des cas sans adaptation (points orange) et avec adaptation (points verts). Les études sur lesquelles cette figure est basée s’étendent sur une variété de changements dans les précipitations et dans les concentrations de CO2, et varient en fonction de leur rendu des changements à venir de variabilité climatique. Par exemple, les points de couleur claire sous (b) et (c) représentent les réponses des cultures arrosées par la pluie sous des scénarios climatiques impliquant une chute de précipitations. [F5.4].
Les changements climatiques augmentent marginalement le nombre d’êtres humains risquant la famine, en prenant en compte de larges réductions dues au développement socio-économique (confiance moyenne).
En comparaison avec les 820 millions de personnes en situation de sous-alimentation aujourd’hui, les scénarios de développement socio-économique du RSSE, sans changements climatiques, projettent un nombre situé entre 100 et 240 millions de personnes en état de sous-alimentation (scénarios A1, B1 et B2 – 770 millions selon le scénario A2) en 2080 (confiance moyenne). Les scénarios comportant des changements climatiques aboutissent à des projections d’entre 100 et 380 millions d’êtres humains en état de sous-alimentation pour les scénarios A1, B1 et B2 et entre 740 et 1’300 millions pour le scénario A2 en 2080 (confiance basse à moyenne). Les intervalles indiquent ici l’étendue des effets de l’exclusion et de l’inclusion des effets du CO2 dans les scénarios. Les changements climatiques et l’analyse économique et sociale se combinent pour modifier la distribution régionale des risques de famine, avec des effets négatifs importants dans l’Afrique sub-saharienne (confiance basse à moyenne) [5.4, T5.6].
Les changements projetés dans la fréquence et l’importance des événements climatique extrêmes ont des conséquences significatives sur la production alimentaire et sylvicole, sur l’insécurité alimentaire, en plus des impacts du climat moyen projeté (confiance élevée).
Les études récentes indiquent qu’une haute fréquence de stress thermique, de sécheresse et d’inondations affectent les rendements agricoles et des élevages au-delà des impacts des changements climatiques moyens, créant la possibilité de surprises, avec des impacts plus importants et plus précoces que ce qui a été prédit en se basant sur les changements dans les variables moyennes seules [5.4.1, 5.4.2]. C’est particulièrement le cas pour les secteurs de subsistance sous de faibles latitudes. La variabilité et les changements du climat modifient aussi les risques de multiplication des incendies, des nuisibles et des organismes pathogènes, affectant négativement les activités vivrières, liées à la production de fibres et à la foresterie (confiance élevée) [5.4.1 à 5.4.5,5.RE].
Les simulations suggèrent l’existence d’avantages relatifs croissants liés à l’adaptation pour les cas de réchauffement faible à modéré (confiance moyenne), bien que l’adaptation puisse puiser dans les ressources en eau et les ressources environnementales au fur et à mesure que le réchauffement s’intensifie (confiance faible).
De multiples options adaptatives existent qui impliquent des coûts différents, s’étendant depuis la modification des pratiques sur place au changement de localisation des activités de production alimentaire, de fibres et de produits issus des forêts [5.5.1]. L’efficacité de l’adaptation varie depuis une réduction marginale seule des impacts négatifs jusqu’au changement de signe de l’impact, de négatif à positif. En moyenne, dans les systèmes de cultures céréalières, des adaptations telles que le changement de cultivars utilisés et du moment choisi pour les semailles permettent d’éviter une réduction de productivité de 10 à 15%, ce qui correspond à une augmentation de température locale de 1 à 2°C. Le bénéfice issu de l’adaptation tend à augmenter avec l’importance du changement climatique [F5.2]. Des changements dans les politiques et dans les institutions sont nécessaires pour faciliter l’adaptation. La pression visant à cultiver toujours plus de terres ou à adopter des pratiques agricoles non durables est susceptible d’accélérer la dégradation des sols et l’usage des ressources, et de mettre en danger la biodiversité des espèces sauvages comme celle des espèces domestiques [5.4.7]. Des mesures d’adaptation devraient faire partie des stratégies et des programmes de développement, des programmes et des stratégies de réduction de la pauvreté à l’échelle nationale [5.7].
Les petits paysans et les fermiers pratiquant une agriculture de subsistance, les populations pastorales et les pêcheurs artisanaux souffriront probablement d’impacts complexes et localisés du changement climatique (confiance élevée).
Ces groupes de personnes, dont la capacité d’adaptation est limitée, feront probablement l’expérience d’effets négatifs sur le rendement des cultures tropicales, combinés à une vulnérabilité haute aux événements extrêmes. Sur le long terme, il y aura probablement des incidences négatives supplémentaires d’autres processus liés au climat, par exemple la diminution de la couverture neigeuse, particulièrement dans la plaine de l’Indus et du Gange, l’élévation du niveau de la mer, et la prolifération de maladies humaines qui affecteront la main-d’œuvre agricole (confiance élevée) [5.4.7].
Globalement, on estime que la production forestière ne changera que modestement en fonction des changements climatiques dans le court et le moyen terme (confiance moyenne).
Les changements dans la production mondiale de matières premières forestières vont d’une modeste augmentation à une légère baisse, bien que les différences locales et régionales soient probablement destinées à être importantes [<ip-pii>]. L’augmentation de la production se déplacera probablement, se situant à court terme dans les régions de basse latitude, puis dans les régions de haute latitude à long terme [5.4.2].
On s’attend à ce que les extinctions locales d’espèces de poissons particulières aient lieu à la limite des zones de répartition (confiance élevée).
Il est probable que des changements régionaux dans la distribution et l’abondance d’espèces particulières de poissons continuent et que des extinctions locales se produisent aux limites des zones de répartition, particulièrement pour les espèces d’eau douce et les espèces diadromes (par exemple le saumon ou l’esturgeon). Dans certains cas, la répartition et la productivité augmenteront probablement [5.4.6]. Des preuves nouvelles suscitent l’inquiétude quant au ralentissement de la circulation thermohaline (MOC), avec des conséquences potentiellement sérieuses pour la pêche [5.4.6].
On s’attend à ce que le commerce de produits alimentaires et forestiers s’intensifie en réponse au changement climatique, avec une dépendance à l’importation de produits alimentaires accrue pour la plupart des pays en voie de développement (confiance moyenne à faible).
Tandis que le pouvoir d’achat pour les produits alimentaires se renforcera probablement d’ici 2050, en raison de la baisse des prix en termes réels, il sera affecté de façon négative par des prix plus élevés en termes réels de 2050 à 2080 en raison des changements climatiques [5.6.1, 5.6.2]. Il est probable que les exportations de biens alimentaires en provenance des zones tempérées à destination des pays tropicaux augmenteront [5.6.2], avec une probabilité inverse pour les biens forestiers dans le court terme [5.4.5].
La recherche expérimentale sur la réponse des cultures à des taux élevés de CO2 confirme les données du TRE (confiance moyenne à élevée). De nouveaux résultats laissent à penser que les forêts montreront des réactions moins importantes (confiance moyenne).
De nouvelles analyses récentes des études menées sur le Free-Air Carbon Dioxide Enrichment (FACE) indiquent qu’à 550 ppm de CO2, les rendements augmentent, sans autres facteurs de pression, de 10 à 20% par rapport aux rendements obtenus avec les concentrations actuelles pour les cultures C3 et de 0 à 10% pour les cultures C4 (confiance moyenne). Les simulations de modèles de cultures en situation d’élévation de la concentration de CO2 sont en cohérence avec ces intervalles (confiance élevée) [5.4.1]. De récents résultats FACE laissent à penser qu’il n’y a pas de réponse significative pour le peuplement des forêts matures et confirment une croissance améliorée pour le peuplement des jeunes arbres [5.4.1]. L’exposition à l’ozone limite la réponse au CO2 aussi bien pour les cultures que pour les forêts [E5.2].
Systèmes côtiers et zones de basses-terres
Depuis le TRE, notre compréhension des implications du changement climatique au sein des systèmes côtiers et des zones de faible altitude (ci-après : « les côtes ») s’est substantiellement améliorée, et six messages pertinents au niveau politique ont émergé.
Les côtes subissent les conséquences négatives des dangers liés au climat et au niveau de la mer (confiance très élevée). Les côtes sont très vulnérables aux événements extrêmes tels que les tempêtes, qui prélèvent un lourd tribut sur les sociétés côtières [6.2.1, 6.2.2, 6.5.2]. Chaque année, environ 120 millions de personnes sont menacées par les cyclones tropicaux. Les tempêtes ont tué 250’000 personnes de 1980 à 2000 [6.5.2]. Au cours du XXe siècle, l’élévation mondiale du niveau de la mer a contribué à l’augmentation des inondations côtières, à l’érosion et aux pertes d’écosystèmes côtiers, mais le rôle de l’élévation du niveau de la mer est difficile à déterminer précisément en raison de variations régionales et locales considérables, dues à d’autres facteurs [6.5.2, 6.4.1]. A la fin du XXe siècle, les effets de la hausse des températures comprennent la perte de glaces de mer, la fonte du pergélisol et le recul des côtes qui lui est associé sous les hautes latitudes, et plus fréquemment le blanchissement du corail et une mortalité accrue sous les basses latitudes [6.2.5].
Les côtes seront très probablement exposées à des risques accrus au cours des décennies à venir en raison de nombreux facteurs de changement climatique en concours (confiance très élevée).
Les changements liés au climat qui sont attendus comprennent : une élévation du niveau de la mer de 0,2 à 0,6 m ou plus vers 2100 ; une poursuite de la hausse des températures de la surface de la mer de 1 à 3 °C ; des cyclones tropicaux et extratropicaux d’une intensité croissante ; la survenue généralement plus massive de vagues et de tempêtes extrêmes ; une modification dans les précipitations et le débit ; et l’acidification des océans [GTI RE4 chapitre 10 ; 6.3.2]. Ces phénomènes varieront considérablement à l’échelle régionale et à l’échelle locale, mais il est pratiquement certain que les impacts seront massivement négatifs [6.4, 6.5.3]. Les écosystèmes des zones humides côtières, comme les marais salants ou les mangroves, sont très probablement menacés là où ils manquent de sédiments ou lorsque leur étendue vers l’intérieur des terres est limitée [6.4.1]. La dégradation des écosystèmes côtiers, spécialement des zones humides et des récifs coralliens, comporte de sérieuses implications pour le bien-être des sociétés qui dépendent des écosystèmes côtiers pour se fournir en biens et en services [6.4.2, 6.5.3]. La recrudescence des inondations et la dégradation des ressources en eau douce, halieutiques et des autres ressources pourraient avoir un impact sur des centaines de millions de personnes, et les coûts socio-économiques pour les côtes se multiplieront de façon pratiquement certaine en conséquence du changement climatique [6.4.2, 6.5.3].
L’impact des changements climatiques sur les côtes est exacerbé par la recrudescence des pressions induites par les êtres humains (confiance très élevée).
L’utilisation des côtes a augmenté de façon spectaculaire au cours du XXe siècle et cette tendance se poursuivra de façon pratiquement certaine au cours du XXIe siècle. Selon les scénarios du RSSE, la population côtière pourrait passer de 1,2 milliards de personnes (en 1990) à entre 1,8 et 5,2 milliards de personnes vers les années 2080, en fonction de l’orientation des tendances à venir dans les migrations dirigées vers les côtes [6.3.1]. Des centaines de millions de personnes et des équipements de première importance, mis en danger sur la côte, sont soumis à des pressions supplémentaires par le fait de l’affectation des sols et des modifications hydrologiques dans les retenues, y compris les barrages qui limitent l’approvisionnement des côtes en sédiments [6.3]. Trois types de configuration montrent une vulnérabilité sociétale aiguë : (i) les deltas (v. fig. RT.8), en particulier les sept grand deltas asiatiques avec une population additionnée dépassant déjà les 200 millions ; (ii) les zones urbaines côtières peu élevées, en particulier celles qui sont sujettes à affaissement; et (iii) les petites îles, en particulier les atolls coralliens [6.4.3].
Figure RT.8 – La vulnérabilité relative des deltas côtiers, indiquée en fonction d’estimations de la population potentiellement déplacée par les tendances de l’élévation du niveau de la mer jusqu’en 2050 (extrême : > 1 million ; haute : 1 million à 50’000 ; moyenne 50’000 à 5’000) [E6.3]. Les changements climatiques exacerberaient ces impacts.
L’adaptation des côtes au sein des pays en voie de développement sera, de façon pratiquement certaine, plus difficile que pour les côtes des pays développés (confiance élevée).
Les pays en voie de développement sont déjà en train de vivre les impacts les plus sévères des dangers liés aux zones côtières [6.5.2]. Il est pratiquement certain que cette situation se prolongera en cas de changements climatiques, même dans l’hypothèse d’une adaptation optimale, l’Asie et l’Afrique étant les zones les plus exposées [6.4.2, E6.6, F6.4, 6.5.3]. Les pays en voie de développement ont une capacité d’adaptation encore plus restreinte du fait de leur stade de développement, les zones les plus vulnérables étant concentrées dans les configurations exposées ou sensibles telles les petites îles et les deltas [6.4.3]. L’adaptation dans les pays en voie de développement sera la plus difficile dans ces sites vulnérables [6.4.3].
Les coûts de l’adaptation pour les côtes vulnérables seront bien moindres que les coûts de l’inaction (confiance élevée)
Il est pratiquement certain que les coûts de l’adaptation aux changements climatiques seront moindres que les coûts engendrés par les dégâts aux côtes les plus développées, même si on ne prend en compte que les pertes de biens et les pertes en vies humaines [6.6.2, 6.6.3]. Comme la comptabilisation des coûts engendrés par les catastrophes naturelles ne prend généralement pas en compte les impacts qui se font jour après ces catastrophes dans le domaine économique, pour ce qui concerne la vie quotidienne, le logement, les institutions sociales publiques et privées, les ressources naturelles et l’environnement, il est pratiquement certain que les avantages totaux de l’adaptation seront encore plus importants [6.5.2, 6.6.2]. Sans action, les scénarios qui projettent les hausses du niveau de la mer les plus importantes, combinées avec d’autres changements climatiques (par exemple la croissance de l’intensité des tempêtes), aboutiront à rendre inhabitables les îles plates et les autres zones de peu d’altitude (par exemple dans les deltas et les méga-deltas) aux alentours de 2100 [6.6.3]. Une adaptation dans les faits aux changements climatiques peut être intégrée dans une approche gestionnaire des côtes plus large, permettant de réduire les coûts de mise en place, entre autres avantages [<ip-pii>].
Le caractère inévitable de l’élévation du niveau de la mer, même à plus long terme, est souvent en opposition avec les types et les tendances du développement humain contemporain (confiance élevée).
L’élévation du niveau de la mer a une inertie substantielle et se poursuivra après 2100 pour de nombreux siècles [GTI RE4, chapitre 10]. La dislocation des nappes glaciaires de l’Antarctique et/ou du Groenland augmenterait significativement cette hausse de long terme. Pour le Groenland, on estime que le seuil de température pour cette dislocation se situe entre 1,1 et 3,8°C au-dessus de la température moyenne mondiale actuelle. Il est probable que cette température sera atteinte vers 2100 sous le scénario A1B [GTI RE4, chapitre 10]. Ces faits mettent en cause la viabilité à long terme de bien des établissements et infrastructures humains en zone côtière (les centrales nucléaires par exemple) à travers le monde et la tendance actuelle d’usage accru, par les humains, des zones côtières, y compris une vague de migration significative en direction des côtes. Ce problème est un défi pour la planification spatiale à long terme en zone côtière. Il est probable que la stabilisation du climat réduise le risque de dislocation des nappes glaciaires, et qu’elle ralentisse, sans arrêter, l’élévation du niveau de la mer en raison de la dilatation thermique [E6.6]. De ce fait, depuis le Troisième Rapport d’évaluation, il est devenu pratiquement certain que la réponse la plus appropriée à l’élévation du niveau de la mer pour les zones côtières est une combinaison d’adaptation, pour faire face à l’inéluctable montée des eaux, et à l’atténuation pour circonscrire la montée des eaux à long terme dans les limites de ce qui est gérable [6.6.4, 6.7].
industries, établissements humains et société
Pratiquement tous les êtres humains vivent dans des établissements, et beaucoup d’entre eux dépendent des industries, des services et des infrastructures pour leur travail, leur bien-être et leur mobilité. Pour ces gens, le changement climatique ajoute un nouveau défi dans la quête d’un développement durable des sociétés dans le monde entier. Les impacts associés à ce défi seront principalement déterminés par l’orientation des tendances à l’œuvre dans les systèmes humains dans les décennies à venir, tandis que les conditions climatiques exacerberont ou amélioreront les facteurs de tension associés aux systèmes non climatiques [7.1.1, 7.4, 7.6, 7.7].
Les incertitudes inhérentes à la prédiction du chemin que suivront le changement technologique et institutionnel et les tendances du développement socio-économique au cours d’une période s’étendant sur plusieurs décennies limite notre capacité à projeter les perspectives futures pour l’industrie, les établissements humains et la société là où un changement climatique considérable est impliqué par comparaison aux perspectives présentes là où des changements climatiques relativement restreints sont prévus. C’est pourquoi, dans de nombreux cas, la recherche a eu tendance jusqu’à ce jour à se focaliser sur les vulnérabilités aux impacts plutôt que sur la projection des impacts des changements, en parlant davantage de ce qui pourrait se passer que sur ce qu’on s’attend à ce qu’il se passe [7.4.].
Les vulnérabilités clés de l’industrie, des établissements humains et des sociétés sont le plus souvent liés à (i) des phénomènes climatiques qui vont au-delà du seuil permettant l’adaptation, selon le rythme et l ‘ampleur des changements climatiques, en particulier les événements climatiques extrêmes et/ou les changements climatiques brusques, et (ii) un accès limité aux ressources (financières, humaines, institutionnelles) pour y faire face, situation dont les racines remontent au contexte de développement (v. Tableau RT.1) [7.4.1, 7.4.3, 7.6, 7.7].
Tableau RT.1 - Exemples choisis des impacts actuels et projetés des changements climatiques sur l’industrie, les établissements humains et la société et de leurs interactions avec d’autres processus [texte intégral voir 7.4.3, T7.4]. Le bleu indique des impacts très significatifs à certains endroits et/ou pour certains secteurs; le bleu pâle indique des impacts significatifs; le bleu très pâle indique que le caractère significatif des impacts est moins clairement établi.
|Phénomènes liés au climat ||Preuves d’impacts / de vulnérabilité actuels ||Autres processus, autres pressions ||Projection de futurs impacts ou de futures vulnérabilités ||Zones et groupes concernés |
| (a) Changements dans les phénomènes extrêmes |

|Survenue de cyclones tropicaux et de tempêtes ||Dégâts et pertes humaines causées par les eaux et par le vent ; pertes économiques ; transports, tourisme, infrastructure (par exemple énergétique, de transport) ; assurances [7.4.2, 7.4.3, E7.2, 7.5] ||Affectation des sols / densité de population dans les zones risquant l’inondation ; défense contre les inondations ; architecture institutionnelle ||Vulnérabilité accrue dans les zones côtières à risque de tempêtes ; effets possibles sur les établissements, la santé, le tourisme les systèmes économique et de transports, les bâtiments et les infrastructures ||Zones, établissements et activités côtières ; régions et populations ayant des ressources et des capacités limitées ; infrastructures fixes ; secteur des assurances |
|Pluies diluviennes, inondations côtières ||Erosion / glissements de terrain ; inondations de terrain ; établissements ; systèmes de transports ; infrastructures [7.4.2, chapitres régionaux] ||Similaire aux tempêtes côtières plus les infrastructures de drainage ||Similaire aux tempêtes côtières plus les infrastructures de drainage ||Similaire aux tempêtes côtières |
|Vagues de chaleur ou de froid ||Effets sur la santé humaine ; stabilité sociale ; nécessités d’approvisionnement en énergie, en eau et autre services (stockage de l’eau et de la nourriture par exemple) ; infrastructure (transport de l’énergie par exemple) [7.2, E7.1, <ip-pii>, <ip-pii>]. ||Conception des bâtiments et contrôle de la température intérieure ; contexte social ; architecture institutionnelle ||Vulnérabilité accrue dans certaines régions et pour certaines populations ; effets sanitaires ; modifications dans les demandes énergétiques ||Zones de latitude moyenne ; populations âgées, très jeunes et/ou très pauvres. |
|Sécheresse ||Accès à l’eau ; mode de vie, production d’énergie, migrations, transports par voie fluviale ou lacustre [<ip-pii>, <ip-pii>, <ip-pii>]. ||Systèmes d’adduction d’eau ; usages de l’eau en concurrence ; demande énergétique ; contraintes imposées à la demande en eau ||Défis liés à l’accès à l’eau dans les régions affectées ; déplacements des sites habités et hébergeant les activités ; investissements supplémentaires dans l’adduction d’eau ||Régions semi-arides et arides ; zones et populations pauvres ; zones où l’eau est devenue rare du fait des activités humaines. |
| (b) Changements dans la moyenne |
|Températures ||Demande et coûts énergétiques ; qualité de l’air urbain ; débâcle du pergélisol ; tourisme et loisirs ; commerce de détail ; modes de vie ; pertes d’eaux de fonte [<ip-pii>, <ip-pii>, <ip-pii>, <ip-pii>] ||Changements démographiques et économiques ; changements d’affectation des sols ; innovations technologiques ; pollution de l’air ; architecture institutionnelle ||Déplacement de la demande énergétique ; dégradation de la qualité de l’air ; impacts sur les établissements et sur les modes de vie qui dépendent des eaux de fonte ; menaces sur les établissements et les infrastructures en raison de la débâcle du pergélisol dans certaines régions. ||Très divers, mais les vulnérabilités les plus grandes concernent les endroits et les populations qui ont les capacités et les ressources adaptatives les plus limitées. |
|Précipitations ||Modes de vie agricoles ; intrusion d’eau salée ; infrastructures d’adduction d’eau ; tourisme ; approvisionnement énergétique [<ip-pii>, <ip-pii>, <ip-pii>] ||Concurrence des autres régions et des autres secteurs ; allocation des ressources en eau ||Selon la région, vulnérabilité de certaines zones aux effets de l’augmentation et dans certains cas de la baisse (v. sécheresses ci-dessus) des précipitations (inondations par exemple, mais l’effet peut être positif) ||Régions et populations pauvres |
|Elevation du niveau de la mer ||Affectation des sols côtiers ; risques d’inondation, de submersion ; infrastructures liées à l’eau [<ip-pii>, <ip-pii>] ||Tendances dans le développement, les établissements et l’affectation des sols côtiers ||Augmentations sur le long terme des vulnérabilités des zones côtières de basse altitude ||Idem que ci-dessus |
Les découvertes relatives au contexte de l’évaluation des vulnérabilités sont les suivantes.
Les vulnérabilités aux changements climatiques dans l’industrie, les établissements et les sociétés sont davantage liées aux événements climatiques extrêmes qu’aux changements climatiques progressifs, bien que les changements progressifs puissent être associés à des seuils au-delà desquels les impacts deviennent significatifs (confiance élevée).
Le caractère significatif des changements climatiques progressifs, par exemple les hausses de température moyenne, réside principalement dans la variabilité et la volatilité, y compris les changements de l’intensité et de la fréquence des événements extrêmes [7.2, 7.4].
A part les événements extrêmes les plus marquants, les changements climatiques sont rarement le principal facteur de pression sur la durabilité (confiance très élevée).
Le caractère significatif des changements climatiques (positifs ou négatifs) dépend de ses interactions avec les autres facteurs de changement et de pression, et ses impacts doivent être examinés au sein d’un contexte multifactoriel [7.1.3, 7.2, 7.4].
Les vulnérabilités aux changements climatiques dépendent largement de contextes géographiques et sectoriels relativement spécifiques (confiance très élevée).
Il n’existe pas d’estimation ni de modélisation évaluée de façon fiable et à grande échelle (agrégat) [7.2, 7.4].
Les impacts des changements climatiques varient entre des zones et secteurs directement impactés et d’autres zones et secteurs via des liens complexes et de nature étendue et variée (confiance très élevée)
Dans de nombreux cas, les impacts agrégés n’ont fait l’objet que d’une estimation grossière car ne prenant en compte que les impacts directs [7.4].
Santé publique
Les changements climatiques contribuent actuellement à la charge mondiale de la maladie et aux décès prématurés (confiance très élevée).
Les êtres humains sont exposés aux changements climatiques par le truchement de schémas météorologiques modifiés (par exemple, des événements extrêmes plus intenses et plus fréquents) et indirectement par le truchement de modifications dans l’eau, l’air, la quantité et la qualité de la nourriture, les écosystèmes, l’agriculture et l’économie. Dans les premiers stades, les effets sont d’importance restreinte, mais ils augmenteront, selon les projections, de façon progressive dans tous les pays et toutes les régions [8.4.1].
Les tendances projetées dans l’exposition à des facteurs importants pour la santé humaine, liées aux changements climatiques, auront des conséquences importantes (confiance élevée).
Les expositions projetées liées au climat affecteront probablement la santé de millions de gens, particulièrement ceux qui n’ont qu’une faible capacité d’adaptation, à travers :
- Une augmentation de la malnutrition et des troubles subséquents, avec des implications dans la croissance et le développement des enfants ;
- Un nombre de décès en hausse, de même que les maladies et les accidents dus aux vagues de chaleur, aux inondations, aux tempêtes, aux incendies et aux sécheresses ;
- Une augmentation de la charge des maladies diarrhéiques ;
- Des effets mêlés (augmentations et diminutions) pour ce qui concerne la transmission potentielle de la malaria en Afrique ;
- Une recrudescence du nombre de cas de maladies cardio-respiratoires liées à la hausse du niveau de concentration de l’ozone, elle-même liée aux changements climatiques ;
- La modification de la distribution spatiale de certains vecteurs de maladies infectieuses.
Ceci est illustré dans la figure RT.9 [8.2.1, 8.4.1].
Figure RT.9 Direction et ampleur des changements de certains impacts des changements climatiques sur la santé.
La capacité d’adaptation doit être améliorée partout (confiance élevée).
Les impacts des ouragans et des vagues de chaleur de ces dernières années démontrent que même les pays à haut niveau de revenu ne sont pas bien préparés à faire face à des événements climatiques extrêmes [8.2.1, 8.2.2].
Des impacts sanitaires dommageables seront plus importants dans les pays à bas niveau de revenu (confiance élevée).
Les études menées en zone tempérée (dans la plupart des cas dans des pays industrialisés) ont démontré que les changements climatiques auront quelques retombées positives, selon les projections, comme par exemple un nombre de décès dus au froid en diminution. De façon globale, on s’attend à ce que ces effets positifs soient contrebalancés par les effets sanitaires dommageables de la hausse des températures dans le monde, tout particulièrement dans les pays en voie de développement. L’équilibre entre impacts sanitaires positifs et négatifs variera d’un lieu à l’autre, et se modifiera avec le temps et avec la hausse de la température. Dans tous les pays, les populations les plus à risque sont les pauvres en milieu urbain, les personnes âgées et les enfants, les sociétés traditionnelles, les agriculteurs de subsistance, et les populations des zones côtières [8. 4. 2, 8. 6, 8. 7.].
Les programmes et mesures actuels, aux niveaux national et international, qui visent à réduire la charge des déterminants sanitaires liés au climat et de leurs conséquences pourraient devoir faire l’objet d’une révision, d’une réorientation et dans certaines régions, d’une expansion pour faire face aux pressions supplémentaires des changements climatiques (confiance moyenne).
Cela intègre la considération des risques liés aux changements climatiques dans les systèmes de suivi et d’observation des maladies, la planification du système de santé, et l’état de préparation. La plupart des phénomènes sanitaires transitent par l’environnement. Des mesures mises en place dans les secteurs de l’eau, de l’agriculture, de l’alimentation et de la construction sont conçues pour être profitables à la santé humaine [8.6, 8.7].
Le développement économique est une composante importante de l’adaptation, mais en soi, il ne protègera pas la population du monde contre les maladies et les accidents dus aux changements climatiques (confiance très élevée).
Les voies suivies par le développement économique seront d’une importance critique, de même que la répartition des revenus de la croissance, et les facteurs qui donnent forme à la santé des populations, comme l’éducation, les soins de santé, et l’infrastructure de la santé publique [8.3.2].