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13/02/2009
Les renardeaux
En cette fin de journée d'avril, je prends le chemin du retour après une partie de pêche bredouille. Ma montée a été plus dominée par la rêverie que par la volonté de prendre une belle mouchetée ou de capturer le noble porteur de drapeau.
Les faciès de la rivière, l'observation des chemins tracés par les trichoptères, l'envol soudain de l'éphémère, alimentent mon imaginaire.
Un arbre est couché sur les flots, un courant rapide et turbulent sépare les rives. En face, un contre courant m'invite à y déposer ma mouche. Les mouvements de ma main, amplifiés par la canne, dictent à la soie son chemin. La ligne danse dans l'air en liberté contrôlée, son ballet s'achève en douceur, se posant délicatement en travers de la rivière, anticipant le rapide, plaçant une réserve de fil dans le contre courant d'en face. Tout ceci pour que mon artificielle puisse se promener aussi naturellement que possible. Le scion repositionne la soie à deux reprises permettant de prolonger la promenade de ma mouche. Diriger cette danse aérienne me fait oublier le but initial qu'est celui de prendre un des poissons nobles qui habitent ces lieux.
Un peu plus haut, je me laisse distraire par le manège du cincle plongeur, perché sur une pierre, exerçant quelques génuflexions avant de disparaître dans les flots à la recherche d'invertébrés, puis de refaire surface quelques mètres plus loin et de reprendre position sur une branche, une pierre ou une vieille souche.
Au détour d'une boucle serrée de ma Versoix, j'ai pris place sur un mamelon de mollasse pour y remonter mon bas de ligne après qu'une maladresse qui a conduit mon leurre à se positionner sur une branche hors de portée. Tout en effectuant le nœud baril, mon regard erre dans la direction où un petit bout de nylon, témoin de ma gaucherie, me nargue avant que mon attention soit captée par cet alcedinidae dans sa livrée brillante bleue vers le ciel, rousse et blanche en direction de l'eau, armé d'une puissante épée, prêt à plonger sur l'alevin insouciant.
Le soleil se dirige vers son aire de repos, me disant: il est l'heure. Canne posée dans ma main comme le fléau d'une balance, je remonte le sentier qui doit me conduire vers la petite route, heureusement interdite à la circulation.
Canne en équilibre, bottes repliées à la mousquetaire, sur cette voie mon pas s'allonge. Après une trentaine de minutes de marche, je m'immobilise. A dix brasses devant, trois petites boules de poils roulent à terre, se courent après, sautent l'une sur l'autre. Ce spectacle est une invitation à prendre place, jambes repliées en tailleur je m'assieds sur la chaussée et me laisse divertir par ces renardeaux. Vient le moment où, m'ayant vu, ils cessent leurs jeux et regardent, curieux, cet autre animal. L'un d'eux se rapproche, nos regards se croisent, les deux petits goupils restés en arrière se rapprochent à leur tour. Tout en nous dévisageant mutuellement, nous prenons plaisir à jouer qui copie l'autre en inclinant la tête d'un côté ou de l'autre.
Un glapissement vient du champ de blé encore vert. La récréation est terminée. Obéissants, les trois jeunes font demi-tour. Avant de disparaître dans la verdure, ils se retournent encore une fois, on se contemple et ils disparaissent dans la plantation.
Je me relève gonflé de bonheur et reprends le chemin du retour. Je remercie ces renardeaux pour ce moment inoubliable.