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Une mission suisse a mis au jour près du Caire une pyramide qui appartiendrait à une reine sans nom de l'Ancien Empire pharaonique.
Jusqu'à ce jour, 109 pyramides avaient été mises au jour en Egypte. D'autres attendent sous les sables du désert. Ce coup de chance espéré par tout égyptologue a couronné les travaux d'une équipe suisse qui a découvert la 110e pyramide. Une tombe de reine de 4500 ans non loin de la célèbre pyramide du roi Khéops à Saqqarah. Une équipe dirigée par Michel Valloggia, professeur d'égyptologie à l'Université de Genève.
swissinfo: Cette découverte est le fruit de longues années de fouilles en Egypte?
Michel Valloggia: En effet. Cette mission est financée depuis 1994 par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et pour une petite partie par l'Université de Genève. Ces huit dernières saisons de fouilles ont été consacrées à la pyramide du roi Radjedef, vraisemblablement le fils aîné de Khéops, le constructeur de l'une des grandes pyramides de Guizèh.
swissinfo: C'est donc en dégageant la pyramide de ce pharaon de la IVe dynastie que vous avez fait votre découverte. Etait-ce le fruit du hasard?
M. V.: Non. Les pyramides font en général partie d'un ensemble de constructions mais selon un plan qui n'est pas toujours identique. C'est pourquoi nous dégageons en général tout le périmètre d'une pyramide pour en sortir tous les éléments constitutifs. C'est précisément en dégageant l'angle sud-est de la pyramide de Radjedef - une surface de quelque 400 m2 - que nous sommes tombés sur une petite pyramide d'environ 10,6 m. de côté.
swissinfo: Avez-vous su aussitôt ce que c'était?
M. V.: Non. Nous pensions que c'était un bâtiment dédié à un culte funéraire. Mais nous avons trouvé un puits menant à un appartement funéraire de trois chambres contenant toutes sortes de débris. Notre plus importante découverte est un vase portant l'effigie du roi Khéops. C'est ce qui nous fait penser que cette tombe était celle de la femme de son fils Radjedef. Et puis une autre chambre contenait un sarcophage cassé et vide. Nous avons également trouvé un vase destiné à contenir les viscères du destinataire du monument, vide également.
swissinfo: Un sarcophage vide, cela signifie-t-il que le tombeau de cette reine sans nom n'a pas servi?
M. V.: C'est possible. Mais nous savons que le tombeau a été pillé bien avant l'époque romaine et il nous reste à déterminer quand exactement. Il y a eu beaucoup de destructions et c'est pourquoi nous n'avons retrouvé que la partie inférieure de la pyramide.
swissinfo: Ce moment, qui fait penser aux bandes dessinées - «Black & Mortimer» par exemple... - c'est l'aboutissement de la carrière d'un égyptologue?
M. V.: Et comment! Ce n'est pas le tombeau de Toutânkhamon mais cela rappelle tout de même l'histoire de Carter et Lord Carnarvon. Imaginez ce moment où on enlève les blocs de pierre, on descend dans le puits à la lumière d'une lampe de poche... Ou quand je suis tombé sur ce fragment de vase portant le nom du roi... C'est un grand moment d'émotion, c'est vrai. Quand vous êtes le premier, après 4500 ans, à tenir un vase qui a peut-être été dans les mains de l'un des plus grands pharaons. C'est un moment unique, bien sûr.
swissinfo/Isabelle Eichenberger