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Le fatum ou le destin au regard de la pensée africaine Bamiléké et d'autres civilisations?
Il y a 4 ans exactement, le 9 mai 2012, je rappelais ici ce proverbe. et des amis m'avaient fait le plaisir de le commenter selon leur ressenti et leur background intellectuel. Relisons ensemble l'intérêt de ce proverbe qui semble indiquer un discours volontariste bien présent en Afrique. " En réalité, il faut préciser que ce n'est pas qu'en Afrique que le discours fataliste a cours. L'idée que tout est écrit d'avance constitue une marque universelle si l'on peut dire. On la trouve en Asie dans plusieurs croyances surtout du côté de l'Inde. En Occident on a longtemps glosé sur le fatum, c'est-à-dire, le destin", expliquait le Dr Khadim Ndiaye, philosophe sénégalais vivant au Canada.
Et Dr Ndiaye de souligner " Ceux qui connaissent un peu la pensée stoïcienne ont certainement entendu parler du "Fatum Stoicum", cet ordre que la Raison, le Logos, imprime à l'univers. On retrouve également l'idée de fatalisme théorisée chez beaucoup d'autres penseurs tels que Spinoza, Diderot. Le philosophe allemand Leibniz a essayé de théoriser ce qu'il appelle le Fatum Mahometanum (soi-disant destin en Islam) qu'il a opposé au Fatum Christianum (destin chez les Chrétiens). Nietzsche a, de son côté, opposé la "mollesse" et le ressentiment chrétiens, au Surhomme qui est un projet chez l'humain. C'est l'idée que l'homme passe infiniment l'homme. En Islam on connait la notion de "Mektoub" ("C'est écrit").
Pendant près de 2 siècles, les penseurs musulmans se sont penchés sur les notions de "Jabr", de "Qadar", etc., au cours de controverses théologiques très passionnées où Asharites, Jabrites, Qadarites, Mu'tazilites, entre autres, se sont illustrés". Pour revenir à l'Afrique, dira -t-il, on trouve l'idée que l'homme est un projet et qu'il a sa part à réaliser. Chez les Wolofs, on connait le proverbe "Yàlla Yàlla bay sa tool" qui indique qu'il y a une part de responsabilité chez l'humain. " Bref, le destin est une histoire très complexe. Pour ma part, je penche vers la solution des Soufis.
Cette idée que l'homme peut arriver à revêtir les attributs divins grâce à ses bonnes œuvres et imprimer sa marque sur le cours des choses me fascine. On la voit ébauchée dans le hadith suivant dans lequel Dieu s'adresse à son adorateur sincère : "...Si Je l'aime, Je le deviens et Je deviens ainsi l'ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il aperçoit, la main par laquelle il empoigne" conclut-il avant de faire observer que "Cet homme-Dieu en qui se résout le nœud apparemment inextricable du destin emporte mes faveurs. Évidemment, tout cela mérite un plus long développement...."
Le philosophe et ami complétait ainsi le commentaire du juriste Maître Cheikh Mody Lo pour qui: "La citation a le mérite de faire ressortir, au-delà de la croyance en un Dieu Créateur, donc Unique, un rapport au Destin qui tranche d'avec la fatalité dont est souvent empreint l'imaginaire collectif négro-africain". D'ailleurs, la notion de "ressentiment" utilisée à souhait est symptomatique du réveil de ce peuple, après les violents rapports aux autres civilisations, analysait Maître Lô, à propos de ce proverbe Bamiléké.
C'est toujours avec un immense plaisir que je partage avec les autres et vos commentaires riches généreux fécondants sont les bienvenus. Très bonne semaine à toutes et à tous. Always loving U !
Illustration: Le Penseur d'Auguste Rodin ( 1840-1917)
El Hadji Gorgui Wade Ndoye - www.ContinentPremier.Com.