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Le but du voyage était principalement l’ornithologie. L’observation des oiseaux a ceci de grisant qu’elle amène ses adeptes à sortir des sentiers battus : nous avons visité une partie de la province du Lioaning au nord-est du pays, entre la ville de Dalian – 7 millions d’habitants, soit rien de plus qu’une petite bourgade selon les standards chinois – et la frontière avec la Corée du Nord. Une région pour ainsi dire boudée par les circuits touristiques traditionnels, en particulier en hiver où les températures oscillent entre -25 et 0 degrés.
J’ai la chance d’avoir déjà passablement “roulé ma bosse”, comme on dit, et visité de nombreuses contrées fort dépaysantes sur plusieurs continents. Pourtant, je crois n’avoir jamais ressenti un tel contraste avec nos schémas de pensée “occidentaux”.
Le développement des villes chinoises dépasse l’entendement. L’exode rural étant important, les populations se concentrent principalement sur le littoral. Dans les bien nommées “zones de développement”, en banlieue, prolifèrent des forêts de gratte-ciel. Chaque année, on compte des dizaines et des dizaines de buildings supplémentaires. Des nouveaux quartiers poussent comme des champignons sortis de terre. Ou sortis de l’eau, devrais-je plutôt dire: pour faire face au manque de place, le district de Dalian a lancé des vastes programmes de comblement de la mer. Des pans entiers de la montagne sont rasés et les matériaux ainsi extraits utilisés pour étendre la “terre ferme” au détriment de l’océan. Un expatrié que nous avons rencontré là-bas a inventé le néologisme “démountanization” pour décrire ce phénomène si particulier qui fait penser à Dubai et à sa folie des grandeurs.
Il faut s’imaginer le tableau: dans les montagnes environnantes, des immenses trous dans la montagne, tels des verrues sur un peau crevassée, fournissent le gravier nécessaire. Des centaines de camions transportent ces matérieux nuit et jour jusqu’à la baie à combler. Les zones “gagnées sur l’océan” sont gigantesques; on ne parle ni en m2 ni en hectares, mais plutôt en km2. La protection des biotopes du bord de mer est bien évidemment le cadet des soucis des autorités…
Ce qui me frappe avant toute chose, c’est à quel point nous ignorons, dans notre tour d’ivoire européenne, ce qui se passe là-bas. C’est pourtant dans cette partie du monde que se cristallisent de nombreux enjeux planétaires. Il faudra un jour penser sérieusement à cesser de regarder notre nombril européen et nord-américain. Il y a certes beaucoup à critiquer dans le modèle chinois, en particulier sa caste dirigeante assez insupportable et son développement dévastateur pour la nature. Mais il y aurait aussi, culturellement et sociologiquement, beaucoup à apprendre.
N.B. Dans la première version de ce billet publiée le 13.02.2013, il était question de centrales nucléaires construites au milieu des quartiers d’immeubles. Suite à une remarque pertinente d’un internaute, j’ai réalisé que c’était une erreur et que j’ai été mal informé sur place. La centrale sur la photo ci-dessous est une centrale thermique au charbon. Désolé de cette erreur.
A suivre avec d’autres billets ces prochains jours…