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L’enregistrement des maladies oncologiques
Il est notoire que l'incidence du cancer est en augmentation (aussi dans notre canton, Fig. 1). Quelles en sont les raisons? Est-ce notre mode de vie, notre environnement après l’utilisation d’herbicides et de pesticides, l'électrosmog et les nouvelles technologies qui ont trouvé leur place dans notre quotidien? Ou est-ce simplement le vieillissement de la population sachant que le cancer est une maladie de l’âge? Afin de pouvoir répondre à toutes ces questions, il est nécessaire d’enregistrer tous les patients nouvellement diagnostiqués avec un cancer et leur évolution.
Fig. 1: Nombre de cancers enregistrés dans notre canton de Fribourg depuis 2006, non corrigé par rapport à l’âge, mais par rapport à l’évolution de la population.
En Suisse, les cantons sont responsables de l'enregistrement des cancers. Cela nécessite des registres des tumeurs dotés d'un mandat cantonal. Chaque année, les registres du cancer enregistrent tous les nouveaux cas de cancer diagnostiqués dans la population cantonale. Chaque registre a sa propre structure institutionnelle et travaille en étroite collaboration avec les hôpitaux, les laboratoires de pathologie et d'autres organismes qui peuvent fournir des informations sur les personnes atteintes de cancer. Les registres de population des communes ont également été consultés pour vérifier régulièrement si les malades sont toujours vivants ou décédés.
Le premier registre cantonal du cancer en Suisse a été fondé à Bâle en 1969. Viennent ensuite d'autres registres dans les cantons de Genève (1970), Vaud et Neuchâtel (1974), Zurich (1980), Saint-Gall-Appenzell (1980), Valais (1989), Grisons (1989) et Glaris (1992), le canton du Tessin (1996). Suivent finalement le canton du Jura (2005), Fribourg (2006), les cantons de Suisse centrale (2010/2011), Zoug (2011) et les cantons de Thurgovie (2012), Argovie (2013), Berne (2014) et Soleure (2019). Dans les cantons de Schwyz et Schaffhouse, l'enregistrement du cancer a débuté le 1er janvier 2020 avec l'entrée en vigueur de la loi sur l'enregistrement des maladies oncologiques (LEMO) et son ordonnance (OEMO).
Cette loi et son ordonnance réglementent la collecte de données pertinentes et fiables des maladies oncologiques en Suisse. Elles introduisent quelques modifications telles que la protection des données, l'obligation d’informer le patient(e) par écrit, et l’intégration du numéro AVS comme identifiant personnel. Elles règlent également la standardisation de l'enregistrement, ainsi que la transmission des données à NICER (Nationales Institut für Krebsepidemiologie und -registrierung; Institut National pour l’épidémiologie et l’enregistrement du cancer). Depuis début 2020, les médecins, les hôpitaux et les établissements de santé privés et publics qui diagnostiquent ou traitent les patient(e)s souffrant du cancer doivent déclarer au registre cantonal ce diagnostic avec toutes les informations nécessaires (stade, type etc.). De plus, l’évolution du patient, les réponses au traitement et le décès seront également consignés. Ces données sont ensuite envoyées à NICER pour une analyse globale au niveau Suisse, ce qui permet également une comparaison de l’évolution des mêmes types de cancer dans les différentes régions de Suisse.
En septembre 2022, l’office fédéral des statistiques nous informe que la mortalité suite au cancer est en 1ère position dans notre canton et est plus élevée que la moyenne suisse (Fig. 2). Qu’elles en sont les causes? Le canton de Fribourg est un canton rural, les patients consulteraient-ils trop tardivement leur médecin traitant? Les premières analyses de notre registre cantonal ont mis en évidence un nombre élevé de patients en stades avancés métastatiques, non-curables pour les cancers du poumon et du côlon. Des traitements moins performants n’en sont certainement pas la cause, les centres oncologiques à l’HFR, centre du sein et de la prostate (Daler – HFR) sont à la pointe du progrès et administrent les thérapies les plus modernes. De nombreux protocoles de recherche permettent aux patient(e)s de recevoir des thérapies en phase de recherche. Il est important de savoir si tous les types de cancer sont touchés par ce haut taux de mortalité ou s’il s’agit de quelques types spécifiques de cancer. Une des missions du registre consiste à expliquer ces chiffres inquiétants.
Fig. 2: Mortalité dans notre canton de Fribourg comparée à celle de la Suisse1
Un registre des tumeurs permet d’analyser les facteurs de risque (localité, âge, genre, profession etc). En Suisse romande par exemple, les registres ont pu démontrer que la survie des patients souffrant d’un cancer du poumon était meilleure si l’on avait une bonne formation scolaire et que l’on n’était pas une employée2. Un autre facteur de risque est la cholécystectomie qui augmenterait le risque d’un cancer de l’ovaire (la cause est inconnue)3. Ces analyses permettent d’émettre des hypothèses qui peuvent ensuite être vérifiées dans la banque de données des registres. Ces analyses épidémiologiques peuvent éviter la genèse d’un cancer et améliorer la survie d’un grand nombre de personnes.
Le registre des tumeurs fribourgeois reçoit son mandat d’établir la banque de données des cancers fribourgeois de la direction de la santé et des affaires sociales (DSAS). Une analyse de ces données n’est pas prévue au niveau cantonal. Les données sont transmises à NICER pour comparaison avec les autres cantons suisses. La Fondation fribourgeoise pour la recherche et la formation sur le cancer a soutenu cette année l’établissement d’un état des lieux des tumeurs dans notre canton pouvant nous donner éventuellement des explications ou des hypothèses sur ce haut taux de mortalité dans notre canton.
- www.fr.ch/deef/sstat/actualites/
- Bovio N et al, Int J Environ Res Public Health 2022, 19, 13856
- Kharazmi E et al, Cancers 2022, 14, 1484