Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06897.jsonl.gz/982

De tout temps et en tout pays, les sources d’eau pure jaillissant des reliefs rocheux ont fasciné les hommes. Ces lieux de naissance ont continuellement suscité la curiosité et le respect, que ce soit en rapport avec un certain mystère de l’inconnu ou, plus pratiquement, en relation avec l’utilisation directe de cet élément indispensable à la vie. La source de l’Orbe n’échappe pas à la règle et l’importante rivière souterraine qui surgit en amont de Vallorbe a depuis toujours représenté une composante essentielle de la cité jurassienne. Depuis fort longtemps, les habitants de cette région ont compris qu’il existe une «Orbe supérieure» et une «Orbe inférieure», reliées entre elles par un énigmatique passage souterrain entre la vallée de Joux et Vallorbe. L’Orbe «supérieure» prend naissance au lac des Rousses, en France. La rivière s’écoule ensuite en méandres paresseux, avant de se jeter dans le lac de Joux. La vallée de Joux est l’un des plus grands bassins fermés d’Europe centrale. Cette dépression a été créée lors du plissement du Jura et est l’une des conséquences de l’orogenèse alpine.
A l’extrémité du lac de Joux, un autre phénomène géologique de grande importance a eu lieu: une gigantesque faille, ou décrochement, de direction nord-sud, a déplacé une montagne entière, la Dent-de-Vaulion, en travers de la vallée pour créer un véritable barrage naturel. L’eau de ruissellement accumulée en amont, et qui forme encore aujourd’hui les lacs de Joux et Brenet, n’a pas eu d’autre solution pour s’écouler que de s’infiltrer dans les calcaires fissurés très présents dans ce massif. Depuis maintenant plusieurs millions d’années, un gigantesque réseau souterrain s’est constitué dans les entrailles de la montagne. A ce jour, seule une petite partie, proche de la résurgence de la rivière, est connue. Elle a pu être explorée, depuis le début des années soixante, grâce à la ténacité de plongeurs et de spéléologues très motivés par la découverte d’une nouvelle «terra incognita».
La grotte est aujourd’hui partiellement aménagée pour le tourisme, dans un secteur particulièrement riche en phénomènes naturels multiples. Le visiteur a la possibilité d’admirer non seulement l’impressionnante Orbe souterraine, qui s’écoule parmi des roches déchiquetées, mais également une profusion de concrétionnements très variés qui vont des caractéristiques stalactites et stalagmites aux énigmatiques microgours de calcite, en passant par les translucides fistuleuses, les draperies ondulantes et les formations excentriques en choux-fleurs ou en grappes de raisin. La partie que les touristes peuvent visiter ne représente, au final, qu’un dixième du réseau actuellement connu par les spéléologues. L’exploration de la rivière souterraine se poursuit dans les parties amont du réseau, sous le Mont-d’Orzeires, mais est actuellement fortement ralentie par la présence de nombreux siphons ou galeries noyés, où il faut plonger avec un matériel très spécialisé. Le développement actuel du système connu dépasse les 4 km. Il est fort probable que cette valeur ne représente en réalité également que le dixième de l’ensemble du réseau souterrain qui doit certainement s’étendre sous les lacs Brenet et de Joux. Il est donc toujours permis, en ce début de XXIe siècle, de rêver à de grands espaces méconnus à l’air libre, richement décorés de formations minérales, et pourquoi pas, d’un véritable lac sous le lac… comme aime à l’imaginer la croyance populaire.
Gérald Favre
Paru dans le magazine Nous Autres n°7