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Ces guerres, qui s'étendent de 1401 à 1429, virent s'affronter des forces populaires organisées (pays d'Appenzell, ville de Saint-Gall) et les détenteurs traditionnels du pouvoir (noblesse, souverains tels que le duc d'Autriche et le prince-abbé de Saint-Gall) avec, pour enjeu fondamental, une refonte des rapports politiques.
A partir des années 1360, des différends opposant les Appenzellois à l'abbé de Saint-Gall à propos de mainmorte, de cens et de dîmes, menacèrent de plus en plus le pouvoir de ce dernier et la paix publique. Les deux partis cherchèrent à préserver leurs intérêts en adhérant à la Ligue des villes souabes. Le pays d'Appenzell y fut reçu en 1377 non sans devoir accepter sa subordination aux villes de Constance et de Saint-Gall. Comme les Appenzellois refusaient de prêter hommage au nouvel abbé Kuno von Stoffeln, une ligue plus restreinte des cités proches du Bodan arbitra le conflit en leur défaveur. En 1392, Kuno conclut une alliance, renouvelée en 1402, avec l'Autriche, dont le pouvoir ne cessait de grandir dans la région. Appenzell, de son côté, s'allia en 1401 à la ville de Saint-Gall pour la défense de ses droits, libertés et coutumes. Après que cette entente eut été dissoute par un arbitrage des villes du Bodan en 1402, Appenzell, contrairement à Saint-Gall, poursuivit la résistance en passant dès l'année suivante un traité de combourgeoisie avec Schwytz, qui avait des intérêts en Suisse orientale. Les villes du Bodan ripostèrent en occupant Saint-Gall et en attaquant Appenzell, ce qui leur valut la cuisante défaite de Vögelinsegg (1403). L'armistice conclu peu après à Arbon ne dura guère. Les Appenzellois continuèrent leurs incursions dans les terres du prince-abbé, le Rheintal et les environs du lac de Constance. Voyant la ville de Saint-Gall se rapprocher à nouveau d'Appenzell, l'Autriche intervint à son tour, mais son armée fut écrasée au Stoss en 1405. L'alliance conclue peu après entre Appenzell et la ville de Saint-Gall fut le germe de la Ligue du Lac. La domination de l'Autriche et de la noblesse fut entamée par la destruction de nombreux châteaux, tandis qu'un nouvel ordre politique commençait à se dessiner en Suisse orientale et dans toute la région du Bodan. Pendant que la Ligue du Lac continuait de s'élargir et de se consolider, l'Autriche profitait d'une trêve pour reconstituer ses forces. Des membres de la Ligue des chevaliers de Saint-Georges formée en 1407 dégagèrent Bregenz (A) assiégée depuis des mois et défirent les Appenzellois le 13 janvier 1408. Ces derniers tentèrent de maintenir la Ligue du Lac et de lancer de nouvelles attaques, entreprises d'autant plus vaines que la ville de Saint-Gall et le canton de Schwytz pratiquaient à présent une politique d'équilibre. Par un arbitrage prononcé à Constance le 4 avril 1408, Robert, roi des Romains, mit fin à la Ligue du Lac. Les droits du prince-abbé sur Appenzell furent confirmés. La paix ne fut toutefois conclue qu'en 1410. Le mouvement populaire qui, à un moment donné, avait pris une énorme ampleur se retrouva limité à Appenzell qui, en 1411, renforça son indépendance en passant un traité de combourgeoisie avec les Confédérés (excepté Berne). Les Appenzellois continuaient cependant de refuser à l'abbé de Saint-Gall les redevances qu'ils lui devaient. Après l'échec d'un arbitrage confédéré donnant raison au prince-abbé en 1421 et de plusieurs mises au ban de l'Empire, les Appenzellois furent frappés d'interdit en 1426. Avec l'aide des chevaliers de Saint-Georges, le comte Frédéric VII de Toggenbourg les vainquit à la Letzi près de Hub (entre Gossau et Hérisau) le 2 décembre 1428. Une médiation confédérée mit fin au conflit l'année suivante: elle confirmait les droits de l'abbé de Saint-Gall. En fin de compte, les guerres d'Appenzell contribuèrent à émanciper le pays de la suzeraineté du prince-abbé; elles permirent aux Appenzellois d'affirmer leur identité politique et institutionnelle tout en les rapprochant de la Confédération.
Bibliographie
– AppGesch., 1, 121-225
– HbSG, 271-280
– P. Blickle et al., Aufruhr und Empörung?, 1980, 215-295
– A. Niederstätter, «"dass sie alle Appenzeller woltent sin"», in SVGB, 110, 1992, 10-30
Auteur(e): Karl Heinz Burmeister / WW