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Le talent a besoin d’un environnement favorable pour s’épanouir
Après avoir accompli des études de psychologie, de musicologie et de philosophie, Annette Tettenborn a écrit un doctorat sur le « Marburger Hochbegabtenprojekt », un projet durant lequel 150 familles avec des enfants et adolescents particulièrement doués ont été suivis pendant plus de vingt ans. Depuis 2006, elle est professeure et directrice du Forschungsinstituts für Pädagogische Professionalität und Schulkultur à la Haute école pédagogique de Suisse centrale à Lucerne. Lors du prochain Forum sur la formation musicale en janvier 2014, Annette Tettenborn donnera un exposé sur le thème de l’encouragement des talents dans la jeune enfance.
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- « Il faut toujours mettre l’accent sur les progrès de l’élève ».
Traduction: André Carruzzo
Madame Tettenborn, vous avez étudié, entre autres, la musicologie. Que pouvez-vous nous dire au sujet de votre expérience personnelle avec la musique et votre talent musical?
La musique m’accompagne depuis toujours. Petite enfant, j’aimais déjà bouger aux sons de la musique, que j’entendais surtout à la radio ou sur la chaine stéréo. Pendant les longs trajets en voiture, nous chantions des chansons populaires. Le répertoire de ma mère était inépuisable. Comme tous mes camarades, j’ai appris à jouer de la flûte à bec à l’école. Ma professeure de musique ayant remarqué que j’avais l’oreille musicale, elle m’encouragea à acheter un piano. À sept ans j’ai commencé à prendre des leçons de piano (et de ballet), j’ai chanté parallèlement dans la chorale de l’école, et plus tard dans un chœur de femmes semi-professionnel. Pendant mes études, j’ai passé le certificat C d’organiste, et partiellement financé ma formation avec des remplacements. Avec le recul, je suis très reconnaissante à mes parents d’avoir soutenu mon développement musical, ce qui n’était sans doute pas toujours facile financièrement. Aujourd’hui, je fais surtout de la musique de chambre. Je prends encore des cours de piano, même si ce n’est plus dans une école de musique municipale comme à l’époque.
Pourquoi faut-il encourager les élèves doués ? Les talents véritables ne s’imposent-t-ils pas d’eux-mêmes?
Ma professeure de musique avait remarqué quelque chose: sans doute une certaine facilité d’apprentissage des mélodies et des rythmes par rapport à mes camarades, le plaisir à l’expression musicale, peut-être aussi une certaine persévérance associée à la capacité d’aller à l’essentiel lors de la pratique musicale. Ensuite il a fallu un instrument, des parents pour me dire de temps en temps de faire mes exercices, et une professeure de piano pour m’encourager et me pousser. Le soutien est nécessaire, le talent ne s’impose pas tout seul. Le talent se montre également en ceci que des personnes douées parviennent à exploiter un environnement favorable pour développer leurs propres dons.
Comment et par qui le développement des talents peut-il être encouragé? Existe-t-il un risque d’en faire trop?
Le regard que l’enfant porte sur son talent est une question délicate qui exige une approche prudente. Des études à long terme ont montré que dans leur développement, les élèves d’école enfantine et primaire passaient de l’optimisme au réalisme. Les jeunes enfants sont en majorité convaincus qu’il leur suffit de se donner de la peine pour devenir vraiment bons. Mais ensuite, le regard porté sur le talent personnel évolue à travers la comparaison avec les performances scolaires des autres élèves, dès lors que les enfants remarquent que d’autres réussissent tout simplement mieux qu’eux. Ce constat peut être décourageant et conduire à des déclarations telles que « je ne suis pas doué pour ça ». Ce que l’on peut en retenir par rapport à l’encouragement des talents, c’est qu’il ne faut pas se focaliser sur les comparaisons « vers le haut », aussi stimulantes soient-elles, mais mettre régulièrement l’accent sur les progrès personnels, qui peuvent être ressentis comme insuffisants. Des attentes excessives des parents, des enseignants ou de la personne elle-même freinent et compromettent le développement personnel.
Quels sont les liens entre le développement du talent et les autres domaines d’évolution des jeunes gens?
La psychologie du développement fait une distinction entre développement cognitif, motivationnel et émotionnel/social. Ces trois domaines jouent un rôle essentiel dans le développement personnel d’un individu, qu’il s’agisse de sa capacité à ressentir de la fierté pour un travail réussi, à ne pas sombrer dans la honte et le blocage en cas d’erreur, à comprendre ce qui freine son développement, à trouver des solutions et tester des variantes, ou encore à faire preuve de persévérance. L’environnement peut avoir un effet de soutien, surtout lorsque l’enfant est moins avancé dans d’autres domaines pour des raisons inhérentes à son développement.
Dans quelle mesure l’étude de Marbourg sur les surdoués a-t-elle contribué à enrichir ces connaissances scientifiques?
On se simplifie parfois trop les choses en voulant directement transposer des résultats de recherches en directives pour la vie quotidienne. Mon domaine de recherche dans le cadre de l’étude de Marbourg consistait à comparer des familles avec des enfants de même âge (école primaire) présentant un QI supérieur à la moyenne, respectivement normal. Suivant le point de vue, les résultats pourront rassurer ou surprendre: (presque) aucune différence n’a été constatée, si ce n’est que les parents des enfants « surdoués » évaluent leur enfant plus intelligent que les autres parents.