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J'ai été pris dans une polémique il y a quelques mois, à propos de J. R. R. Tolkien. C'était avec un universitaire qui en était officiellement spécialiste et qui avait commenté, peu de temps auparavant, un article du présent blog consacré à ce grand auteur: il m'invitait à lire un numéro de la revue Europe où il l'évoquait aussi. La présentation ne m'en a pas enthousiasmé, parce qu'elle présentait sa mythologie comme un simple fantasme, sans rapport avec une réalité spirituelle. Tolkien ne pensait pas cela, et je trouvais que c'était lui imposer une vision matérialiste de son imagination.
Quelque temps plus tard sur Twitter on demande, donc, à cet universitaire ce qu'il pense de mes articles sur Tolkien publiés dans mon carnet de recherche, un blog de doctorant ou de docteur, de chercheur. Il répond publiquement que mon style est pompeux et que je commets des erreurs graves. En particulier, j'affirme que Tolkien n'aimait pas les représentations théâtrales des sorcières de Macbeth.
Il le dit dans son traité sur les Contes de fées. Il parvient à lire le passage de Shakespeare, raconte-t-il, mais déteste le voir représenté.
Ne se souvenant plus de cette parole et procédant par généralisation, l'universitaire spécialiste publie l'idée que c'est faux, parce que Tolkien a déclaré qu'il préférait les représentations de Shakespeare à sa lecture qu'il jugeait ennuyeuse.
Il l'a effectivement déclaré dans sa correspondance, à propos d'Othello et du monologue triste de Desdemona. Mais mon propos concernait la façon dont Tolkien se défiait des êtres magiques représentés visuellement: si le mot peut nommer des faits de l'âme, l'image est plus physique, et donc fait rater l'essence des êtres en question.
Un problème peut-être trop ésotérique pour avoir été relevé comme important par les penseurs ordinaires; mais en fait très important pour Tolkien, qui n'était pas un homme ordinaire.
J'ai cité son passage sur Macbeth, et le professeur spécialiste a supprimé toutes ses interventions.
Je lui ai aussi reproché sa malveillance relative à mon style. Les universitaires qui n'ont jamais publié aucune œuvre littéraire, ni poésie, ni roman, ni rien de ce genre, prétendent souvent s'y connaître en style. Ils sont pourtant dénués de compétence sur le sujet. Pour affirmer le contraire, celui-ci m'a assuré qu'il faisait aussi étudier Marcel Proust, pas seulement Tolkien. Le sens de cette remarque m'a totalement échappé. Elle m'a néanmoins rappelé tous ces professeurs de lycée de ma jeunesse qui, sans fondement aucun, se posaient comme spécialistes de la beauté du style parce qu'ils diffusaient la littérature nationale...
Peut-être voudra-t-on rappeler que les concours que passent victorieusement les professeurs ont aussi des examinateurs qui veillent au beau style.
Vraiment? Je me souviens avoir eu de mauvaises notes, à ces concours, mais avec la mention sur la copie que mon style restait beau. Un certain Jean-Louis Backès à cause de cela avait écrit que j'allais triomphant vers le supplice infâmant. Mon détracteur a eu de bonnes notes, sans doute. Mais je ne vois pas ce que ça prouve.