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C'est dans ce salon que sont réunis les portraits de famille.
Voici d'abord Necker, peint par Duplessis en 1781. Le ministre de Louis XVI, un peu lourd, majestueux, porte un habit de velours aubergine. Par le même peintre, sa femme lui fait pendant.
Fille du pasteur de Crassier, village voisin de Coppet, Suzanne Curchod avait suivi son mari dans son ascension politique et sociale. Assez belle, guindée, instruite et un peu pédante, elle tenait un salon célèbre où se réunissaient le vendredi les beaux esprits du temps. Elle est vêtue d'une robe à paniers en satin blanc, dont le corselet est orné petits noeuds. Ses cheveux poudrés sont relevés sur le haut de la tête et ornés d'une dentelle blanche, tandis que le fichu vient rejoindre la modestie du corsage.
Mme Necker veilla avec soin à l'éducation de sa fille Germaine, née le 22 avril 1766. Elle voulait en former l'esprit et la faisait assister aux réunions tenues dans son salon.
Une sanguine de Carmontelle nous fait voir Germaine, petite fille de quatorze ans, assise bien droite sur une chaise basse. Vêtue d'une ample robe, la taille menue serrée, la tête surmontée d'une coiffure volumineuse, l'enfant s'apprête à prendre part à la discussion.
N'ayant pas rempli le rôle d'un mari idéal, M. de Staël est néanmoins présent ici. Un peintre suédois, Wertmüller, le montre à l'âge de trente-trois ans, en habit de velours noir à passepoil rouge, portant à sa ceinture écarlate la clef de chambellan de la reine de Suède. Il est beau et on comprend la séduction qu'il a exercée sur les dames de la Cour avant son mariage.
Les portraits des enfants de Mme de Staël se font face : Auguste, drapé dans un manteau, s'appuie sur un rocher, tandis qu'au fond on distingue Coppet et un lac orageux, vraie composition romantique. Puis à gauche de la cheminée vous voyez Albertine, petite fille en compagnie de sa mère, telle que l’ a peinte Mme Vigeée-Lebrun.
Sa soeur Albertine, duchesse de Broglie, n'est plus la jeune fille épanouie telle que nous l'avons vue dans le grand salon, d'après le buste signé Tieck. La figure s'est amincie, l'expression est mélancolique, telle sans doute est-elle apparue à Ary Scheffer, après la mort de sa fille Pauline en 1832.
Enfin au milieu du panneau central trône la maîtresse de maison. Ses traits ont été fixés sur la toile après sa mort en 1817, par Gérard, à la demande de ses enfants. Coiffée du fameux turban d'où s'échappent des boucles sombres, elle est vêtue d'un robe brune, de style Empire, à la taille haute, et se drape dans un châle de cachemire noir. Elle tient à la main un rameau vert ainsi qu'elle en avait coutume, racontent les contemporains. Elle s'apprête à parler, semble-t-il, comme lorsque, entourée d'un cercle d'admirateurs, elle charmait ses hôtes par son éblouissante conversation. Sans doute n'est-elle pas, en dépit de ses yeux magnifiques, de ses bras et de ses mains admirables, belle d'une beauté classique, mais comme on comprend le mot d'une contemporaine: "Belle, laide ? je ne sais: elle parlait, je l'écoutais, je crois n'avoir jamais rien vu que ses yeux et sa bouche."
Telle vivante encore dans lieu où elle a régné, elle nous parle encore aujourd'hui.
Fin de la visite
Bibliographie