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Été visionnaire
Été visionnaire laisse émerger le passé pour faire mourir celui qui a commis l'irréparable.
La voix poétique convie la faute à l'oubli. Elle exprime le remords, la souffrance de ne pas être soi, et couvre sa plainte de celle de la victime, ultime cri, dernier œil qui, de la tombe, regarde le fossoyeur.
Les poèmes convoquent des images primitives du monde, pour que la voix qui reste ne soit plus celle du tyran.
Quelques questions par e-mail
Comment conçois-tu le «recueil», qu'est-ce qui donne leur architecture aux ensembles de poèmes?
On constate qu'il y a le plus souvent un projet littéraire d'ensemble, une cohérence d'images ou de forme.
Le recueil Été visionnaire «a répondu à une intention assez précise au départ, à l'exploration d'un thème, celui du remords, et au désir de tresser des voix narratives, d'amener des personnages sur les lieux de la faute. Cette unité thématique ainsi que les évocations successives de portraits m'ont paru suffisantes, pour faire tenir ces deux parties dans un ensemble. Si «Ce qui est ajourné» laisse le temps de s'installer dans le paysage de la représentation de la faute, «Consciences» déploie la conscience mordue par son passé, dans tous ses mouvements.
Le terme d'un recueil s'impose souvent à notre insu, précédant une réflexion ou une attitude qui n'appartiennent déjà plus au projet. Par ailleurs, Été visionnaire s'ouvre sur un départ brutal, aliénant, et se clôt par un autre départ, où la voix narrative ne retient plus qu'une question, à savoir: «Qu'est-ce qu'on attend de moi?».
Tu n'es pas insensible au monde alentour, et ta poésie lui fait place de manière parfois explicite. Comment envisages-tu les liens entre la poésie et la politique?
La question «qu'est-ce qu'on attend de moi?» sous-tend mon écriture, pas seulement à travers le souci d'un lecteur, mais aussi, d'une manière plus existentielle, à travers la parole qui naît de cette «intranquillité», de la déambulation de celui qui questionne. L'écriture est très proche de ce projet de l'être, et je ne peux les dissocier. C'est à ce projet de l'être que j'aimerais toujours revenir; à la liberté, à l'intégrité, à la cohérence. Ma poésie exprime la nostalgie d'une politique réellement faite pour l'homme, et voudrait la précéder.
D'ailleurs, on pourrait dire que la poésie précède toujours l'action, et qu'elle n'est jamais coupée d'elle. J'aime beaucoup l'idée développée par René Char lorsqu'il dit que l'action est aveugle et que c'est la poésie qui voit.
D'autre part, parmi les dédicataires d'Été visionnaire, je rends hommage à des requérants d'asile, à des personnes exilées, qui attendent qu'on leur redonne une dignité (ne serait-ce que juridique). La parole poétique est aussi dans cet exil, à guetter la totalité qu'elle pourrait habiter, et où elle pourrait se refaire.
Le recueil a une tonalité très existentielle, même si les événements sont elliptiques et mis en forme. Quel est ton point de départ, plus généralement, quand il s'agit d'écrire?
C'est effectivement une émotion, ainsi que la nostalgie que j'ai évoquée, qui me permettent d'initier un poème. Parfois, une image naïve désamorce l'intellect, pour le rendre ensuite plus vigilant, dans la recherche d'un rapport juste entre l'affect et la forme poétique, ou le travail sur la langue.
Il me semble que dans ce recueil, l'allusion à l'expérience existentielle «limite» a permis à l'écriture d'être à la fois dans l'affolement des images, de la spontanéité et dans la gravité du questionnement.
[...] À rapprocher, paradoxalement, des poèmes élégiaques, solaires et nostalgiques d’Été visionnaire, de la Lausannoise d’origine valaisanne Francine Clavien. Sa voix sourde et péremptoire, solaire et sensuelle, comme le «rêve d’une prune/ un raisin sucré dans la bouche», couchée dans une vigne à serpents, revient dans un Valais fantasmé, qui l’éveille au secret. [...] (Isabelle Falconnier, L’Hebdo, 02.05.2002)
[...] Ce texte poétique parle du remords, que chacun tente de nier, de combattre ou d'apprivoiser. Il laisse émerger le passé pour faire mourir celui qui a commis l'irréparable. Il convie la faute à l'oubli. Il exprime la souffrance de ne pas être soi, et couvre sa plainte de celle de la victime.
Les poèmes convoquent des images primitives du monde, pour que la voix qui reste ne soit plus celle du tyran. Le recueil est guidé par la Conscience célèbre de Victor Hugo dans son poème qui, pour échapper au remords, va aux bornes du monde, érige une muraille flottante, y creuse une tombe, où l'oeil de Caïn le retrouve.
Cette insistance peut être vécue comme l'irruption d'une folie, ou comme un sursaut de la dignité du coupable. Ce sont ces retrouvailles de l'oeil et du coeur que Francine Clavien a voulu exprimer. [...] (C, Le Nouvelliste, 2005)
Lo abbiamo detto e ripetuto: la giovane narrativa romanda propone voci che andrebbero conosciute ben oltre i confini della letteratura nazionale. Potremmo fare una lunga lista di romanzi letti in questi ultimi anni che consiglieremmo caldamente alla lettura. Ma per la poesia possiamo dire altrettanto? Da qualche anno a questa parte, vien da dubitare. Diciamolo chiaramente, la Romandia ha per quanto concerne la forza dei suoi poeti, un buon numero di patriarchi. La trimurti dei fondatori della poesia moderna: Roud, Crisinel, Matthey ha lasciato in eredità un'esigenza altissima di poesia, sebbene espressa in tre modi diversi: l'elegia, la confessione, il mito. Dopo di loro Haldas, Chappaz, Chessex hanno continuato su una scia di poesia ad altissimo tenore spirituale, lutulenta, talvolta eccessiva nelle sue mire e nelle giravolte stilistiche. Dietro questa seconda generazione sono venute voci diverse ma importanti, con ardore politico Voisard e Cuttaz, con raffinatezze estetiche Pache e Tâche, con devozione ad un verbo prosciugato Perrier e Voélin. Da ormai almeno tre lustri sono attive José-Flore Tappy e Sylviane Dupuis, poco altro si è manifestato all'orizzonte della poesia romanda. Ci sono certo le nuove voci acerbe ma intense di Claire Genoux e Julien Burri, da cui si aspetta ancora molto. Ma dopo? C'era una certa attesa per i tre libri poetici annunciati per questa stagione estiva da Empreintes, l'editore specializzato in questo campo: oltre a un libro della francese Judith Chavannes, due debutti tutti romandi. E ora che sono sul nostro tavolo, non possiamo nascondere una certa delusione. Patrick Amstutz, giornalista di Bienne ci presenta un librino bianco dal titolo tutto in minuscolo "s'attendre": pochissime le posie, tutte ondeggianti tra accensioni metafisiche non sempre controllate e modestia calvinista ad ogni costo. Il che fa l'effetto, per dirla con un celebre Witz di Umberto Eco, di un cigno che deraglia. Più corposo – anche più compiuto – lo sforzo di Francine Clavien: le sue immagini sono più forti, soprattutto quando s'ancorano in un vissuto che si intuisce dolorosamente segnato dalla figura della madre. Si sente qui una ricerca portata fin dentro la carne viva delle parole, anche se talvolta prigioniera di un'idea di poesia che deve tutto all'osservazione di Verlaine per cui il meglio dell'afflato poetico viene dalle zone grigie. Il che può portare anche a un uso sconsiderato, per non dire stilistico, dell'indeterminatezza e della confusione. Per esaltarci di nuovo sulla poesia romanda, dunque, sorveglieremo i giovani autori e avremo ancora una giusta pazienza. La pazienza che si deve alla poesia. (Pierre Lepori , Rete2 RSI)