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20/09/2012
Fumée passive: les faux miracles d'une étude des HUG
L'armateur, un certain Pierre-François Unger, avait commandé à l'un de ses mousses une étude sur les bienfaits de la loi faisant interdiction à tous ses marins de fumer dans les coursives et dans les cales ainsi que dans les estaminets, cela une année seulement après la promulgation de cette législation. (La loi d'anti-fornication n'avait pas encore été imposée dans tous les ports, bien que les marins eussent beaucoup à souffrir de cette lacune nuisible à leur santé)
Le mousse a pris son travail au sérieux et, vu le peu de temps accordé pour livrer son opus, s'est emmêlé les pinceaux dans les cordages. L'une des amarres folles s'était prise dans les gonds de la timonerie.
On se serait dit à bord du Bateau ivre du poète...
Arrivés au port, l'heure était aux proclamations triomphalistes: L'ennemi avait, sinon été jugulé, du moins affaibli. C'est ce qui se murmurait des soutes à la vigie.
Il importait que le peuple tout entier le sût ! L'armateur allait savourer sa victoire.
Des mégaphones et des choeurs antiques furent loués pour l'occasion. Les bienfaiteurs furent donc chantés à l'unisson sur l'air des lampions, alors que les drapeaux de la victoire étaient hissés au sommet des mâts et des oriflammes accrochés aux vergues. Des fûts de rhum furent mis en perce.
L'heure était au triomphe:
Les maladies pulmonaires et les crises cardiaques - figurez-vous - avaient été jugulées comme autant de monstres marins, ceux de l'espèce qui terrorisent tous ces marins partis joyeux pour des courses lointaines !
Colomb soi-même, au retour des Amériques, ne fut pas plus fier.
Le mousse, qui officiait à la fois comme barbier et chirurgien de bord, un certain Humair, fut cité à l'ordre du jour et même décoré de palmes natatoires pour son chef d'oeuvre. Hormis sa physionomie qui rappelait un peu celle d'un périophtalme, le mousse, d'un naturel modeste, avait bien tenté d'arguer que son travail aurait dû idéalement s'étendre sur une période beaucoup plus longue pour être parfait, qu'il avait donc dû parer au plus pressé. Qu'il fallait donc le pardonner pour les imperfections de son oeuvre...L'armateur d'en démordait pas: le travail accompli méritait la Une de toutes les gazettes de Bilbao à Maracaibo. Et c'est sur lui seul qu'allaient retomber les étoiles de la gloire, comme celles de la comète de Halley...
Ce qui importait n'était pas tant le souci de vérité que celui de vraisemblance.
Mais, vous savez comment ça se passe: des grincheux, des esprits forts, des trouble-fête, au lieu de se joindre à la liesse populaire et d'applaudir joyeusement à l'éradication des maladies pulmonaires et cardiaques comme on l'avait fait lors de la victoire sur la peste et le choléra et (en plus discret) sur la chaude-pisse, se sont mis à hâcher menu les iotas, à émettre des si et des mais, bref, à se comporter de manière antisociale en abusant de leur liberté d'expression.
Un tel comportement eût mérité que les dissidents fussent pendus à la plus haute vergue du mât de misaine.
Il n'en fut rien.
Les objecteurs et grinceurs de dents et autres acariâtres eurent tôt fait de rengainer leurs sales discours de méchants frustrés lorsque l'imprévu surgit.
Un redouté palmipède allait tout bouleverser en démolissant au scalpel l'opus imparfait du mousse qui, rouge et confus, jura qu'on ne l'y reprendrait plus.