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Les autorités suisses ont décidé d'extrader l'ancien ministre russe de l'énergie atomique Evgueni Adamov vers les Etats-Unis plutôt que dans son pays.
Soupçonné d'avoir détourné 9 millions de dollars, l'ancien ministre a 30 jours pour recourir au Tribunal fédéral. Du côté de Moscou, on parle de décision «politique et non judiciaire».
L'Office fédéral de la justice (OFJ) a annoncé lundi sa décision d'extrader vers les Etats-Unis Evgueni Adamov et d'accorder la priorité à la demande d'extradition présentée par les Etats-Unis sur celle émanant de la Russie.
«L'OFJ est parvenu à la conclusion que toutes les conditions permettant une extradition d'Adamov vers les Etats-Unis étaient réunies», indique le communiqué de l'OFJ. Il n'a écarté la demande américaine que sur un point: les délits fiscaux reprochés à l'ancien responsable.
M. Adamov, actuellement en détention extraditionnelle en Suisse, a été arrêté en mai à Berne à la demande des Etats-Unis, qui le poursuivent pour escroquerie, recel, blanchiment d'argent et fraude fiscale. Il est accusé d'avoir détourné plus de 9 millions de dollars versés par les Etats-Unis pour améliorer la sécurité de sites nucléaires en Russie.
Il les aurait transférés à plusieurs sociétés américaines sous son contrôle, avant de les investir dans des projets personnels aux Etats-Unis, en Ukraine et en Russie. En outre, il aurait dissimulé aux autorités fiscales américaines l'existence de ces fonds.
Eviter une «lacune choquante»
Moscou, qui redoutait que M. Adamov ne livre des secrets nucléaires à Washington en cas d'extradition, avait aussi réclamé le retour de l'ex-ministre. La Russie lui reproche d'avoir détourné durant son mandat de l'argent qui devait être investi dans la sécurité nucléaire.
L'ancien responsable étant de nationalité russe, il ne pourrait être renvoyé vers les Etats-Unis si la Suisse accordait la priorité à la demande russe. «Il pourrait en résulter une lacune choquante dans la poursuite pénale», souligne l'OFJ pour expliquer pourquoi il a accepté la requête américaine et non celle de Moscou.
Dans la demande d'extradition présentée par la Russie, les faits exposés ne recoupent pas exactement ceux qui sont reprochés à Adamov dans la demande émanant des Etats-Unis. Toutefois, dans les deux cas, il s'agit d'infractions de même nature et d'une gravité similaire, observe l'OFJ.
Expulsion possible vers la Russie
«En revanche, s'il est prioritairement fait droit à la demande d'extradition émanant des Etats-Unis, ceux-ci seront en mesure d'expulser Adamov vers la Russie une fois close la procédure pénale américaine et après que l'intéressé aura purgé une éventuelle peine», selon le communiqué. Selon l'OFJ, Washington s'est résolu à procéder ainsi.
Cette décision permettra de satisfaire les exigences des deux pays en matière de poursuite pénale, conclut l'OFJ. Evgueny Adamov, qui n'a pas caché qu'il préférait être extradé vers son pays, a utilisé toutes les possibilités judiciaires pour obtenir sa libération.
Une «décision politique»
A Moscou, la réaction des autorités russes ne s'est pas fait attendre. Le ministère des Affaires étrangères a indiqué avoir espéré que «les Suisses auraient pris une décision juridique et non politique. Hélas, cela n'a pas été le cas.»
Le vice-directeur de l'OFJ Rudolf Wyss a cependant rejeté ces accusations, affirmant que la décision «se base sur les traités existants, sur nos lois et sur la jurisprudence du Tribunal fédéral». Les Russes, a-t-il ajouté, «sont déçus, mais nous chercherons à leur expliquer notre décision».
De son côté, Evgueni Adamov dispose désormais de 30 jours pour faire recours auprès du Tribunal fédéral. En signe de protestation contre cette décision, l'ancien ministre a annoncé vouloir entamer une grève de la faim.
swissinfo et les agences
En bref
- Evgueny Adamov a été ministre de l'Energie en Russie de 1998 à 2001, avant d'être accusé de corruption par une commission parlementaire.
- Il a été accusé par les Etats-Unis de détournement de fonds destinés à améliorer la sécurité de sites nucléaires en Russie.
- La Russie a présenté une demande d'extradition officielle à la Suisse le 17 mai, accusant Adamov de fraude.
- Le 9 juin, le Tribunal penal Fédéral a ordonné sa libération, décision qui a ensuite été annulée par le Tribunal fédéral 10 jours plus tard.