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Ce très beau portrait, pris dans le jardin de la rue de Londres à Paris, représente Eynard avec le daguerréotypiste amateur Simon Bertrand, selon une identification manuscrite que l’on trouve au verso. Il s’inscrit donc dans la petite série de portraits de ces pionniers de la photographie (Constant de Rebecque, Lerebours) qu’Eynard a reçus à Paris et immortalisés en sa compagnie. La composition dispose les protagonistes symétriquement autour du guéridon. Le cadrage serré crée une proximité avec les modèles. Eynard se détache sur un fond neutre et clair, tandis que Simon Bertrand porte un gilet dont le motif fait écho au treillis dressé derrière lui. Les collections de la Bibliothèque de Genève conservent trente-cinq daguerréotypes attribuables à cet auteur, dont huit autoportraits. Il est possible que la visite faite par Bertrand à la rue de Londres soit contemporaine de deux portraits pris par le photographe parisien Philippe Derussy, car les trois prises de vue montrent Bertrand affecté de la forte calvitie qui caractérisent les autoportraits qu’il a réalisés peu avant sa mort en 1854. La tonalité grise de l’épreuve, qui pourrait provenir de l’absence de virage à l’or, est en revanche étonnante pour une pièce si tardive.
La présence sur le guéridon d’une statuette de femme tenant un tambourin rapproche thématiquement le daguerréotype d’Eynard de l’un des portraits de Derussy, sur lequel Bertrand pose avec une flûte traversière et une partition. Il ne faut toutefois pas attaché une importance excessive à ces allusions musicales, car elles n’apparaissent sur aucun des autoportraits de Bertrand. En revanche, la seconde statuette placée sur le guéridon, qui représente un chevalier que l’on retrouve sur d’autres daguerréotypes, fait peut-être référence au titre de chevalier de l’Ordre royal de la Légion d’honneur que le défenseur de la cause de l’indépendance grecque a reçu le 22 juillet 1837.
La production photographique de Bertrand, bien que plus modeste que celle d’Eynard, présente de fortes similitudes avec elle. Tous deux ont commencé à pratiquer le daguerréotype dès l’apparition du médium (au plus tard en 1842 pour Bertrand), à un âge avancé (environ cinquante-six ans pour Bertrand), et partagent une prédilection pour l’autoportrait, la représentation du cercle familial et les vues de bâtiments familiaux. Il est probable que ces parentés s’expliquent par l’influence qu’Eynard a exercée sur Bertrand. Outre les qualités esthétiques des pièces, plus inégales chez Bertrand, la différence entre les deux Genevois réside principalement dans l’habitude qu’a Eynard de se faire représenter au sein des groupes qu’il photographie. Il est probable que Bertrand ne faisait pas appel comme lui à un opérateur. (U. Baume-Cousam)