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Qu'est-ce qui menace le plus l'Europe? La dette grecque et celle des trop nombreux pays qui ont goûté à la drogue de l'argent facile, à des taux d'intérêt tellement minuscules que tout le monde ou presque - et comme d'hab plus les pauvres que les riches - s'est endetté plus que de raison?
Qu'est-ce qui menace le plus l'Europe? Le vieillissement de sa population qui popularise une mentalité de rentiers peureux mais néanmoins voyageurs, alors que les jeunes triment sans pouvoir boucler leur mois, croulant sous les impôts, les taxes et les cotisations obligatoires.
Qu'est-ce qui menace le plus l'Europe? Le terrorisme qu'alimentent les inégalités internationales, le maintien au pouvoir de régimes autoritaires dans la plupart des pays arabes notamment soutenus par les Américains?
Qu'est-ce qui menace le plus l'Europe? Les Midis de l'Europe accueillent ce jeudi midi dans Les Salons (6 rue Bartholoni, Genève) Frank Tetart. Le géopolitologue, rédacteur en chef délégué du magazine Moyen-Orient (Magazine diplomatie), évoquera le thème "Nationalismes régionaux en Europe: facteur de fragmentation étatique ?" Un paradoxe?
Frank Tétart est aussi, dit sa note sur wikipedia, "l'un des co-auteurs de l'émission Le Dessous des Cartes[2], émission diffusée sur Arte et créé par Jean-Christophe Victor, et des deux atlas éponymes.
L'Europe des régions, cher à Denis de Rougemont, serait-il une menace pour l'Europe?
Tétart est notamment spécialiste d'une bizarrerie géopolitique l'enclave russe de Kalingrad, l'ancienne Koenigsberg de l'empire prusse, ex capitale de l'Ordre teutonique.
Il vient de publier "Nationalismes régionaux, un défi pour l'Europe" chez de Boeck 2009.
Je tire du site www.podcastjournal.net un commentaire Jean-Luc Vannier qui porte un regard critique sur cette étude. De quoi nourrir le débat de demain, que l'animateur des Midis de l'Europe, Frédéric Esposito, m'a demandé de présider.
Nation et nationalisme sont-ils indissolublement liés ?
C’est la question qu’au détour de l’étude portant sur ce thème et réalisée par Frank Tétart, Maître de conférences à Science Po et Chargé de cours à l’Institut Européen de Genève et à l’Université Panthéon-Sorbonne de Paris I, l’on est en droit de se poser. Une approche à la fois intellectuelle et de terrain avec des exemples principalement européens.
Nationalismes régionaux, un défi pour l’Europe
Nation et nationalisme sont-ils indissolublement liés ? C’est la question qu’au détour de l’étude portant sur ce thème et réalisée par Frank Tétart, Maître de conférences à Science Po et Chargé de cours à l’Institut Européen de Genève et à l’Université Panthéon-Sorbonne de Paris I, l’on est en droit de se poser. Entre « permanence de la nation » et résurgence de son besoin, la question du nationalisme « entamée au XIXe siècle » ressurgit depuis la chute du mur de Berlin. Coauteur, pendant quatorze ans, du magazine géopolitique « Le Dessous des Cartes », Frank Tétart nous convainc facilement du bienfondé de sa « grille de lecture » afin d’appréhender les « représentations qui sont au cœur de l’argumentaire nationaliste ». Pour ce faire, le didactisme pédagogique de l’auteur le conduit à proposer une partie théorique, les concept du nationalisme et de la nation, suivie d’exemples récents « ou de processus en cours » de nationalismes régionaux.
Etat et Nation
Si la richesse des références académiques et des sources intellectuelles ne saurait être prise en défaut, on questionnera néanmoins certains raccourcis, probablement dus aux nécessités techniques d’une collection « prioritairement destinée » au monde estudiantin. La mise en avant de la nation par la révolution française, associée par l’auteur au « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », reste ainsi discutable, sauf à s’en tenir strictement à Valmy : il est plutôt remarquable qu’en 1789, le terme de nation l’ait emporté sur celui de peuple mais au détriment de ce dernier. Alors que la souveraineté nationale a bien été au centre de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la « souveraineté populaire » ne s’est imposée que dans la Constitution de 1793…jamais entrée en vigueur. Quant à son « exemple de la nation arabe », on peut légitimement s’interroger sur sa pertinence. Il en va de même pour son développement sur la « nation française » qu’il a raison de rapporter à « une communauté politique ». Peut-être aurait-il dû préciser qu’en ce sens, et contrairement à l’Allemagne ou à l’Italie, l’Etat français a préexisté à la nation française : le récent débat hexagonal sur l’identité n’en révèle-t-il pas d’ailleurs en creux le symptôme ? On hésitera en outre sur l’apparente formule d’adhésion attribuée au petit Lavisse de 1876: « l’amour de la Patrie ne s’apprend pas par cœur, il s’apprend par le cœur ». On a bien envie d’ajouter : s’il doit être appris, c’est que le cœur n’y est peut-être pas !
Langue et nationalisme
On se permettra par surcroît d’épingler le passage sur le Français institué comme « langue nationale en 1794 ». Si l’auteur rappelle l’Edit de Villers-Cotterêts de 1539, il pouvait en poussant un peu plus loin dans l’histoire, se souvenir du Serment de Strasbourg de 842 lequel fonde conjointement la France et l’Allemagne à venir en établissant deux langues administratives distinctes. Lorsque les « Académiciens se laissèrent constituer en Académie plus qu’ils ne le demandèrent », Richelieu administra également la preuve qu’il avait bien saisi tout l’intérêt d’exploiter cette langue « politique par excellence » comme instrument de rayonnement du pouvoir royal, et ce, bien avant les révolutionnaires. Lesquels supprimèrent l’institution de l’ancien régime sans remettre en cause, ainsi que l’affirma l’Abbé Grégoire dans son rapport du 8 août 1793, la « nécessité d’universaliser l’usage de la langue française » comme « moyen d’anéantir les patois ».
Nonobstant ces quelques remarques accessoires, on recommandera l’acquisition de cet ouvrage dont la deuxième partie sur les « nationalismes régionaux » en cours de développement contient de brillantes analyses, solidement étayées par une connaissance géopolitique expérimentée. Du Kosovo au Pays basque, de la Macédoine jusqu’aux Flandres, Frank Tétart décortique avec une aisance impressionnante les mécanismes politiques et humains qui semblent faire des individus les derniers maillons résistants d’un monde irrémédiablement emporté par la spirale de la mondialisation. Il ne lui reste plus qu’à se plonger dans l’énigme du nationalisme régional corse pour parfaire son travail ! Jean-Luc Vannier