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Ni Cheval d'orgueil, ni Cheval couché mais un cheval perdu entré dans un hiver dont nul ne saurait prévoir la fin. Alors demeure la sombre beauté de la presqu'île ceinte de pierres et d'eau. À elle seule, elle n'est pas tout le pays, elle n'en est qu'un Site, non loin de la petite ville où naquit Renan. Ceux qui l'habitent hantent le narrateur. À travers sa parole, il leur porte un salut, non qu'ils vaillent mieux que d'autres, mais il sait - personnage parmi les personnages - que le jour baisse, et qu'ils se meuvent dans un présent où le quotidien va de pair avec le rêve. Le passé resurgit prenant en écharpe l'ici et le maintenant. L'homme a égaré son lieu, et son Milieu, et reste sourd à la promesse d'un toujours possible avenir. Ni orgueilleux, ni couché mais, aujourd'hui, perdu... sauf à découvrir un nécessaire chemin.
Un narrateur baladin sur des chemins d'exode, dans un pays en guerre qui ressemble comme un frère à celui de Goya. Témoin candide et malmené, il suit des convois, prête la main, se fait des compagnons. Un empailleur le prend à son service, un peintre devient son ami. Il les perd, les retrouve, traverse des villes, des marais, une mer morte et des montagnes. Des comédiens ambulants lui donnent un spectacle dans une mairie déserte. Et dans un ermitage, un moine, avec son aide rassemble un petit musée naturel. Trois saisons, le siège, le saccage, l'occupation, jusqu'au retour dans la ville, sur la place majeure et le deuxième jour de mai, des hommes tournant sur eux-mêmes font un manège sombre où le héros reprend sa place.
«... il s'est dénudé dans le noir et son corps engourdi a caressé les murs, les objets de verre et de bois qu'il rencontrait, les vitres froides, le marbre de la cheminée, les draps. Il pensa à Thomas. Il pensa à Benoît, à Élisabeth. À Manuel. C'est-à-dire que leurs visages rayonnèrent fortement dans l'ivresse et toutes les aventures qu'il inventa à ce moment-là les faisaient intervenir eux, ces dieux vivants. » Des personnages « dansent » dans une ville sans nom, des êtres différents qui tentent de vivre ensemble, dans l'amitié et le partage des solitudes. Les scènes - rencontres, ruptures - défilent à un rythme rapide. Les mots illuminent les désirs. L'un d'eux - il s'appelle Pierre - va rompre l'alliance, s'éloigner... Il veut atteindre un lieu secret que seule l'écriture, croit-il, peut lui révéler. Mais quand il reviendra, pourra-t-il reprendre sa place au coeur du cercle des amis ? N'a-t-il pas trahi ?