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C'est ainsi qu'on peut résumer brièvement les exposés présentés le 14 octobre 2004 à l'assemblée générale de l'Association suisse pour l'énergie atomique (ASPEA) à Berne. Cette assemblée a fourni également l'occasion de présenter la situation en matière de gestion des déchets radioactifs en Suisse, domaine où des tâches importantes ont été résolues de manière inaperçue.
Les conférenciers invités à présenter un exposé à l'assemblée générale étaient le Prof. Rakesh Chawla, Institut Paul-Scherrer, Villigen, et Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (thème: "Energie nucléaire et CO2"), M. Ralf Güldner, Framatome ANP GmbH, Erlangen ("Le réacteur européen à eau pressurisée EPR"), et M. Markus Fritschi, Société coopérative nationale pour l'entreposage de déchets radioactifs ("Evacuation des déchets nucléaires en Suisse").
Le Prof. Rakesh Chawla a ouvert la manifestation sur le thème "Energie nucléaire et CO2". Il a souligné ici la grande importance que revêtira à l'avenir pour le monde entier l'énergie nucléaire, énergie sans émissions de CO2: au cours du 20e siècle, les températures atmosphériques ont augmenté de presque un degré, en raison surtout de l'effet de serre provoqué par l'homme. Le dioxyde de carbone (CO2), qui provient de l'utilisation de combustibles fossiles, est le principal gaz à effet de serre, sa concentration dans l'atmosphère étant en augmentation constante depuis le milieu du 19e siècle. Afin d'endiguer des changements climatiques globaux, avec leurs conséquences, les rejets mondiaux de CO2 devront être freinés fortement, a souligné le conférencier, tout en précisant qu'il ne faut pas oublier ici l'aspect économique. Car même avec un montant monétaire modeste par tonne de carbone (la "valeur du carbone") dans le calcul des coûts globaux, on constate que l'énergie nucléaire est moins chère que le charbon, et majoritairement aussi que le gaz naturel. Le problème mondial du CO2, et la production d'énergie, relèvent en fait du "développement durable", sujet très discuté. De nombreux pays considèrent que bien qu'exempte de CO2, l'énergie nucléaire est néanmoins "incompatible" avec le développement durable. C'est ainsi qu'en Suisse aussi, l'énergie nucléaire est classée dans la même catégorie que les énergies fossiles quand il est question par exemple d'un impôt sur l'énergie.
Le Prof. Chawla a réfuté trois arguments avancés contre la durabilité de l'énergie nucléaire. Premièrement, la comparaison des risques que présentent les divers agents énergétiques en cas d'accident grave montre que l'énergie nucléaire est relativement sans danger. Deuxièmement, les ressources (en uranium) ne sont pas limitées. L'introduction de réacteurs à neutrons rapides, ainsi que d'autres facteurs techniques, permettraient d'utiliser pendant de nombreux siècles la fission nucléaire comme source d'énergie importante. Enfin, ce ne sont pas les réglementations qui manquent, mais pour minimiser le risque de prolifération d'inventaires de produits fissiles relevant de l'énergie nucléaire, il faudrait accorder à moyen terme une importance beaucoup plus grande à la réglementation sur le plutonium. La radiotoxicité des déchets sur une très longue période est déterminée essentiellement par les éléments transuraniens neptunium, américium et curium. Leur réduction drastique par "transmutation" pourrait se faire avec des réacteurs et des technologies de retraitement qui restent à développer.
Le Prof. Chawla a achevé son exposé par la conclusion suivante: "C'est la symbiose entre les nouveaux types de réacteurs et les installations modernes d'aujourd'hui qui établira la fission nucléaire, exempte de CO2, comme pilier durable de la production mondiale d'énergie. Le fait que l'énergie nucléaire dispose d'un tel potentiel d'évolution doit être reconnu de manière générale. C'est là que réside le principal défi que nous devons relever -convaincre totalement l'opinion publique et, par-là, les politiques de la véracité de ces affirmations. Ce n'est qu'à partir de là que nous pourrons fortement développer cette source d'énergie sans émissions de CO2, avec la compétitivité qu'elle offre, les ressources assurées dont elle dispose et les risques minimaux qu'elle présente pour l'homme et pour l'environnement."
L'exposé de M. Ralf Güldner rejoignait celui du conférencier précédent, M. Güldner estimant que la réduction des émissions de CO2 à l'échelle mondiale "constitue le défi majeur du 21e siècle. Mettre en œuvre toutes les technologies disponibles capables de contribuer à l'approvisionnement énergétique sans émissions de CO2 est par conséquent un devoir à l'égard des générations actuelles et futures." L'énergie nucléaire jouera donc ici un rôle de plus en plus important, en conclut le conférencier.
Même dans un contexte de libéralisation des marchés de l'électricité, la construction d'une nouvelle centrale nucléaire moderne s'avère pertinente du point de vue économique et contribue à la réalisation des objectifs de protection climatique. En outre, réserver une part adéquate à l'énergie nucléaire dans le mix énergétique permet d'être moins dépendant des importations d'énergies fossiles. Les objectifs de politique économique comme de politique environnementale se trouvent ainsi atteints. M. Güldner a illustré ceci par l'exemple de la Finlande, qui a opté pour la construction d'une nouvelle centrale nucléaire. La Finlande a choisi ici le réacteur européen à eau sous pression EPR (European Pressurized Water Reactor), qui sera aménagé sur le site d'OIkiluoto.
En Finlande, la réflexion ayant présidé à la construction d'une nouvelle centrale nucléaire a essentiellement intégré les critères suivants: protection du climat, sécurité d'approvisionnement et compétitivité des coûts de l'énergie. Le développement des énergies renouvelables continuera certes de jouer un grand rôle, mais ces ressources ont aussi des limites, qui ont été identifiées avec réalisme. Des études comparatives approfondies prenant en considération toutes les alternatives offertes pour couvrir les besoins énergétiques futurs ont été réalisées et ont fait l'objet de débats soutenus tant au niveau politique qu'au niveau du grand public. À l'issue de ce processus aussi remarquable qu'exemplaire, le parlement finlandais s'est prononcé pour une utilisation renforcée de l'énergie nucléaire et pour la construction d'un cinquième réacteur, décision qui a également obtenu l'adhésion du public.
L'EPR est le fruit d'une coopération franco-allemande commencée en 1989, a rappelé M. Ralf Güldner. Le développement de l'EPR a associé dès l'origine des électriciens, des constructeurs de centrales et les autorités de sûreté des deux pays. L'EPR constitue ainsi une solide base industrielle créée pour la première fois à une échelle transnationale pour le développement d'un réacteur nucléaire avancé qui s'appuie dans une même mesure sur le savoir-faire technique et les expériences d'exploitation des deux pays. Une meilleure gestion du combustible, une maintenance simplifiée, un raccourcissement des durées d'arrêt pour rechargement, un délai de construction de 48 mois ainsi qu'une puissance de réacteur avoisinant les 1600 MWe entraînent des coûts de production d'électricité encore plus faibles que ceux des réacteurs les plus récents actuellement en service.
L'EPR, réacteur de la troisième génération, recueille également l'adhésion du fait de son niveau de sûreté renforcé par rapport aux réacteurs actuellement en exploitation (réacteurs de la deuxième génération). Les principales caractéristiques relevant de la sûreté sont les suivantes: quadruple redondance des systèmes de sauvegarde, enceinte à double paroi avec filtration et évacuation des fuites par le système de ventilation de la zone annulaire, réservoir d'eau interne à l'enceinte, aire d'étalement du cœur fondu, et système d'évacuation de la chaleur de l'enceinte. Une nouvelle conception de l'enceinte de confinement, outre qu'elle réduit la probabilité d'un endommagement du cœur, permet de limiter les conséquences radiologiques d'incidents graves. Cette nouvelle conception assure le maintien de l'intégrité structurelle de l'enceinte en conditions accidentelles ainsi qu'en situation de risques externes liés à la civilisation. "Dans l'hypothèse d'un accident provoquant un endommagement du combustible, il ne serait plus nécessaire défaire évacuer la population vivant à proximité immédiate du réacteur. Il n'y aurait pas non plus de restrictions à long terme dans la consommation des produits alimentaires, ce qui signifie en fait qu'il n'y aurait aucune nécessité de relogement permanent", a exposé M. Ralf Güldner.
M. Markus Fritschi, troisième conférencier invité, a commenté la situation de l'évacuation des déchets nucléaires en Suisse. Comme il l'a déclaré, nombre détaches importantes pour l'évacuation des déchets nucléaires ont été accomplies dans l'ignorance du grand public. Ces déchets sont en effet inventoriés, caractérisés et entreposés selon une routine bien établie. Les déchets sont aujourd'hui solidifiés (conditionnés) et passés sous une forme se prêtant à un futur stockage en profondeur.
La nouvelle loi sur l'énergie nucléaire, dont la mise en vigueur est prévue pour le début de 2005, définira clairement les conditions politiques générales qui manquaient encore pour la réalisation d'un dépôt géologique en profondeur. De vastes connaissances et des bases de décisions solides ont été réunies par la Nagra au fil de ses 30 années d'études et de recherches sur ce dernier maillon de la chaîne d'évacuation des déchets. La démonstration de la faisabilité du stockage géologique pour les déchets de haute activité a été présentée fin 2002. La preuve a ainsi été apportée qu'une évacuation durable et sûre de tous les déchets radioactifs est possible en Suisse. Une région de site a été proposée pour les déchets de haute activité, région qui présente de nets avantages par rapport à d'autres sites identifiés et appropriés eux aussi.
La réalisation des dépôts géologiques profonds ne constitue cependant pas un défi technique uniquement, mais aussi un défi politique. En l'occurrence, il appartient aux autorités fédérales de fixer, dans les meilleurs délais, les démarches ultérieures et les critères relatifs à une procédure de sélection d'un site qui remporte l'adhésion politique. Dès que ces exigences seront connues, un programme d'évacuation pour toutes les catégories de déchets devra être soumis au Conseil fédéral pour approbation. Les bases techniques permettant de réaliser ensuite rapidement les installations requises sont réunies.
Source
D.S./C.P.