Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07151.jsonl.gz/1313

Sa mère voulait qu'il devienne banquier. Mais Hans Hablützel a renoncé aux ambitions matérielles pour se rendre en Inde il y a plus de 60 ans, attiré qu’il était par sa spiritualité. Un voyage sans retour.
«C'est la richesse et l'amour qui contrôlent le monde. C’est autour de ces deux puissances que le monde entier tourne». C’était la devise de la mère de Hans Hablützel.
Son père, comptable agréé de Zurich, est décédé de tuberculose, alors que Hans n’avait que trois ans, laissant sa mère seule pour s’occuper des enfants. Elle voulait qu'il devienne administrateur d'une banque pour qu’il puisse prendre son destin en main.
Mais une autre voie s’est ouverte à lui. En 1952, à l'âge de 23 ans, il quitte la Suisse pour l'Inde, déterminé à trouver un gourou qui l'aiderait à trouver la paix intérieure. Une quinzaine de jours avant de partir, il partage ses plans avec sa mère et ses amis et leur demande de ne pas le contacter pendant 12 ans. Aucun d'entre eux ne le prend au sérieux. Ils sont sûrs qu'il n’ira pas au-delà de la Grèce. En fait, Hans Hablützel ne les reverra plus.
Cinquante ans plus tard, il devient lui-même gourou, avec ses propres disciples à la recherche de l'illumination. Il meurt en novembre 2015 dans la ville de Dehradun, au nord de l'Inde, avant d’être enterré dans un village voisin en position assise, les jambes croisées, comme le veut la tradition pour les Swamis.
«Il était totalement dévoué à Dieu et ne croyait pas à la gloire, ni à la création de son propre ashram», raconte Sudhakar Mishra depuis Dehradun. Sudhakar Mishra, qui a rencontré Hans Hablützel en 1971, se décrit comme un disciple et ami de Swami Jnanananda - le nom monastique donné à Hablützel par son gourou. Sudhakar Mishra a même écrit un livre sur lui, intitulé «Un Swami avec une différence», qui décrit le refus de Hans Hablützel de devenir un gourou célèbre avec tout ce qui va avec.
Selon lui, la plupart des disciples d'Hablützel étaient indiens, même s'il avait quelques adeptes occidentaux. L'un d'eux est le Swami Bodhichitananda d'origine américaine, qui vit dans l'Himalaya indien depuis 1991 et qui a maintenant son propre ashram, ce lieu de retraite spirituelle. Selon Bodhichitananda, son gourou ne voulait pas parler de sa vie en Suisse.
«En tant que Sannyasis, nous sommes généralement invités à ne pas parler beaucoup de notre vie Poorvashram, la vie avant notre renonciation», précise-t-il dans un courriel.
Au lieu de cela, Hans Hablützel renvoyait les curieux à son autobiographie «Transcendent Journey», un livre écrit quand il a estimé que les informations sur son passé pouvaient inspirer d'autres à progresser dans leur vie spirituelle.
Attraction de l'Orient
Peu de choses y sont révélées sur sa vie en Suisse. Cependant, swissinfo.ch a pu confirmer qu'il avait étudié pendant un an à l'internat du Montana Institute, dans le canton suisse de Zoug. Il y a été placé par sa mère alors qu'elle visitait des amis en Europe.
Les propriétés de la famille en Allemagne avaient été bombardées durant la Seconde Guerre mondiale, leur situation financière devenant critique.
La mort prématurée de son père l'a sensibilisé aux questions sur l'au-delà. Mais c'était une expérience proche de la mort qui l'a poussé vers la spiritualité. Alors qu’il patinait sur la route devant sa maison de Zurich, il entendit une voix lui demander de s'arrêter. Il freina et échappa de justesse à un camion qui passait. Hans Hablützel en tira la conclusion que «la vie était en effet entre les mains d'une providence toute-puissante».
Adolescent, il recherchait la solitude sur les rives de la Sihl près de Zurich et méditait comme les maîtres spirituels orientaux qu'il découvrait par la lecture. Un livre en particulier, «Autobiographie d'un Yogi» de Paramahansa Yogananda, offert par sa tante, a éveillé son désir de mener une vie différente. Il en conclu qu'il ne trouverait de satisfaction spirituelle qu’en Inde avec l'aide d'un gourou. Un sous-continent qu’il rejoint par la route en passant par l'Italie, la Grèce, la Turquie, l'Iran et le Pakistan.
La vie en Inde
Une semaine après son arrivée en Inde, Hans Hablützel réussit à trouver son gourou - Swami Atmananda - et s'établit dans son monastère près de Calcutta. Un peu plus de trois ans plus tard, il est ordonné moine hindou avec un nouveau patronyme: Swami Jnanananda. Il suit son gourou pendant 12 ans jusqu’à la mort de ce dernier. Sa vie de renoncement est nourrie de méditation, d'écoute de discours spirituels et de pèlerinage vers des lieux saints.
Il devient alors un nomade mystique, errant dans des lieux sacrés comme le Gange et l'Himalaya, absorbant les enseignements de nombreuses saintes personnes qui y vivaient. La vie n'était pas facile pour le jeune moine. Pour la subsistance, il dépendait de la bonté des étrangers, après avoir épuisé toutes ses économies. Il finit par s’établir dans une cabane de forêt près de la ville de Mussoorie dans l’Himalaya. Finalement, à la demande d'un disciple, il retourne en plaine dans la ville de Dehradun pour y passer ses dernières années.
«Il était très passionné par la musique sacrée et ses disciples le rejoignaient le soir pour prier en musique», raconte Sudhakar Mishra.
La Suisse n’a pas manqué à Hans Hablützel. Il prétendait qu’elle était en lui. Il n'a pas non plus regretté de sacrifier une vie confortable en Europe pour devenir un moine hindou.
«Je crois que le temps viendra où seuls ceux qui méditent pourront dormir la nuit», a-t-il déclaré dans un entretienLien externe en 1980.
Les mots de l’hindouisme
Ashram: Ermitage où se retirent un gourou et ses disciples.
Gourou: Chef spirituel et enseignant qui instruit ceux qui cherchent l'illumination spirituelle.
Yogi: Praticien du yoga et des pratiques de méditation connexes.
Swami: Yogi qui a été formellement initié dans un ordre monastique fondé par un gourou.
Sâdhu: Celui qui a renoncé au monde matériel et vit en ascète.
Sanyassi: Un sâdhu appartenant à l'un des dix ordres mis en place par le philosophe hindou Shankara au 8ème siècle.end of infobox
Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch