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Revue Reiso décembre - La cohabitation avec les personnes qui mendient
En 2007, les députés du Grand Conseil genevois décidaient d’interdire toute forme de mendicité sur le territoire cantonal, suivis en 2016 par le Grand Conseil vaudois (dont la décision vient d’être confirmée en octobre 2018 par le Tribunal fédéral). Dix ans après l’entrée en vigueur de la loi genevoise, un constat est clair : la loi n’a pas eu pour effet de faire disparaître la pratique. Une recherche menée par la Haute école de travail social Fribourg - HES-S0 montre qu’elle a par contre augmenté la précarité et le sentiment d‘insécurité des personnes qui mendient et a contribué à légitimer certaines formes de mépris à leur égard. Or, les entretiens menés auprès de ces personnes révèlent un profond désir de reconnaissance sociale qui les amène à légitimer la mendicité comme une manière de répondre aux attentes sociales d’autonomie et de participer à la vie de la cité.
Logique populiste
L’analyse des débats parlementaires genevois qui ont amené à l’interdiction de la mendicité fait émerger trois logiques politiques (De Coulon, Reynaud et Colombo, 2015). La première, dénommée empiriquement « populiste », dénonce surtout une augmentation de la mendicité pratiquée par la communauté Rom. Celle-ci est jugée intolérable notamment par rapport à des effets perçus en termes d’insécurité et de dévalorisation de l’attractivité de l’espace public.
Logique légaliste
Une deuxième logique, identifiée comme « légaliste », évoque de la même manière un « usage accru » de l’espace public par les populations désignées comme Rom, en se focalisant surtout sur la cause attribuée au problème. L’accroissement de la pratique serait dû à l’appel d’air créé par une erreur politique du conseiller d’Etat en charge des Institutions en juin 2007 (lorsqu’il avait déclaré que l’interdiction de mendier, préalablement inscrite dans un règlement de police, n’était plus possible).
Logique humaniste
En réaction, une dernière logique, désignée comme « humaniste », se centre sur la mise en évidence d’un processus de stigmatisation et de discrimination de la communauté Rom, en pointant du doigt les facteurs économiques et structurels qui obligent ces personnes à mendier. Toutefois, l’analyse des débats démontre que ce troisième type d’argumentaire n’a peut-être pas suffisamment œuvré à détourner le regard focalisé sur la communauté désignée comme Rom, en rappelant la diversité des pratiques de mendicité. En se focalisant sur la défense de ce groupe de personnes, il a pu, paradoxalement, participer à renforcer l’amalgame fait entre la mendicité et cette population. Les arguments développés n’ont pas réussi à déconstruire la représentation, véhiculée sans base objective, selon laquelle cette pratique serait en augmentation et créerait de l’insécurité .
Annamaria Colombo et Caroline Reynaud
HES-SO, Haute école de travail social, Fribourg