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Paris, vers 1825. Hector Berlioz délaisse ses études médicales pour la musique. Eperdument amoureux d'une actrice, Harriett Smithson, il compose pour elle `La symphonie fantastique'. Son amour obstiné finit par toucher la jeune femme…
Critique
Sans retrouver l'inspiration baroque d'Abel Gance qui pour illustrer la vie de Beethoven avait trouvé de nombreuses correspondances d'images et de sons, Christian-Jaque signe avec virtuosité cet hommage à Hector Berlioz tourné pendant l'Occupation pour la firme Continental. Avec un rythme de narration assez fluide, le réalisateur adopte la théorie classique de la « biopic » hollywoodienne selon laquelle l'art ne peut naître que de la souffrance et de l'obstination. Ainsi, Berlioz trouve l'inspiration de la Symphonie fantastique après avoir été maudit par sa mère et rejeté par les marchands du temple.
Avec Armand Thirard à la photographie, Christian-Jaque tourne quelques scènes marquantes à l'Opéra de Paris, celle où le chef d'orchestre est conspué par « les Jeunes France », groupe révolutionnaire composé de Victor Hugo, Mérimée, Alexandre Dumas, Delacroix, scandant leur mécontentement devant une telle absence de génie, ou celle semi-onirique où Berlioz est réconforté par Paganini. Une certaine emphase, signe distinctif des biographies de musiciens tournées plus récemment par Ken Russell, souligne l'exécution du Requiem par cinq chefs d'orchestre supervisés par Berlioz ou de la Symphonie fantastique, qualifiée « d'artillerie » par ses détracteurs. Cela dit, la reconstitution - décors et costumes - est assez soignée, mais l'atout majeur réside une fois de plus dans la distribution : Jean-Louis Barrault, au jeu parfois frénétique, est assez émouvant, Jules Berry, Louis Salou et Louis Seigner, imperméable à cette musique, qui s'exclame « Où irions nous si nous aidions les jeunes ! ». De son côté, Renée aussi Saint-Cyr est très juste dans son rôle de cantatrice. L’on retrouve aussi de nombreux comédiens du Français, Julien Bertheau, Lise Delamare, Catherine Fonteney. L'œuvre est de circonstance, elle exalte le génie français et ceux « qui ne se renient jamais » ou qui demeurent « les gloires les plus pures », façon détournée d'affirmer une identité ou la résistance à l'occupant, comme dans Pontcarral, colonel d'Empire de Jean Delannoy.
André-Charles Cohen, Notes sur trente-quatre films de Christian-Jaque