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Pendant la Seconde Guerre mondiale, des Suisses et des Suissesses ont participé à la libération de la France: 1730 personnes nées en Suisse sont répertoriées dans les dossiers de la Résistance conservés aujourd’hui au Service historique de la Défense (SHD) du ministère de la Défense et des Armées. Elles s’étaient portées volontaires pour soutenir la Résistance, en France et partout où elle combattait les Allemands, c'est-à-dire au Proche-Orient et en Afrique.
Viennent s’ajouter également celles ayant apporté leur soutien à la Résistance française sur le sol même de la Suisse. Par un souci bien compréhensible de ne laisser aucune trace de leurs actions secrètes, elles n’apparaissent dans aucune archive. Nous ne disposons ainsi d’aucune statistique sur ces personnes.
Genève était alors un haut lieu pour des opérations de soutien de toute nature. En raison de sa situation géographique, cette ville a joué un rôle de plaque tournante en permettant la fourniture d’informations, d’agents et d’argent, grâce à l’appui de nombreux habitants et habitantes. C’est bien sûr aussi de là que les forces alliées ont activement appelé à se rallier au combat de libération de la France. L’enjeu était aussi d’assurer l’approvisionnement des mouvements de résistance en armes, explosifs et médicaments.
En outre, la Résistance avait, à Genève, une sorte de représentation officielle, la Délégation générale de la Résistance en Suisse (DGRS). En octobre 1943, une conférence de hauts représentants de la Résistance se tint à Genève. Selon les experts, elle joua un rôle crucial pour la communication des opérations de propagande et de sabotage aux groupes très fermés des maquisards.
De même qu’à Genève, de nombreuses personnes issues de Saint-Gindolph (VS), à l’autre bout du lac Léman, de Vevey (VD) ou de l’Arc jurassien ont soutenu par un moyen ou un autre la Résistance de l’autre côté de la frontière. On n’en parla que très peu, même une fois la guerre terminée, et ce thème fut longtemps ignoré par l’historiographie. Aujourd’hui encore, très peu d’ouvrages et encore moins de journaux en témoignent.
Un film documentaire de la Schweizer Radio und Fernsehen de 1995 a, toutefois, donné la parole à de nombreuses personnalités. Parmi eux, un officier du Service de renseignement suisse. Il raconte, en toute franchise, ce qu’il a fait à Genève pour la Résistance pendant la guerre à l’insu de sa hiérarchie:
Dans le film, on entend également une Genevoise, qui transmettait des messages pour la Résistance alors qu’était encore une jeune fille, déclarer:
La force d’attraction de la Résistance, qui s’exerce à l’époque plus particulièrement en Suisse romande, est illustrée dans un rapport de la police fribourgeoise datant d’août 1944. Selon ce dernier, on rencontre quasiment tous les jours dans le parc Grand-Places du centre-ville de Fribourg des jeunes de 14 à 18 ans, qui rêvent de rejoindre les héros du Maquis et de vivre à leurs côtés une vie passionnante et pleine d’aventures. Il conclut que tous sont «influencés par le cinéma et la lecture de romans bon marché» et que «la propagande que l’on fait à propos de l’activité du maquis semble leur avoir complètement tourné la tête.»
Par conséquent, l’appréhension fut donc grande que cette «propagande» puisse prendre et avoir des conséquences dangereuses pour la Suisse, soit sous forme d’action punitive des Allemands ou d’affaiblissement de la puissance défensive de la nation. C’est ainsi que le droit en vigueur interdisant le «service étranger» depuis 1929 fut appliqué avec une grande rigueur à l’encontre des personnes engagées dans les rangs de la Résistance.
Ces cas sont bien documentés: dans les Archives fédérales suisses se trouvent des documents portant sur 466 personnes appelées par les autorités suisses à rendre des comptes. L’historien Peter Huber présente ces documents extraits des Arrêts des Tribunaux militaires dans un ouvrage paru récemment «In der Résistance. Schweizer Freiwillige auf der Seite Frankreichs (1940-1945)». Ces documents attestent de peines très lourdes prononcées par la justice militaire, allant même dans un cas jusqu’à 5 ans de réclusion. De nombreux dossiers de procédure expriment l’incompréhension, voire même du mépris à leur égard.
On trouve aussi, pourtant, quelques contre-exemples: devant le tribunal de division de Neuchâtel, un juge d’instruction fit preuve de compréhension à l’encontre d’un accusé. Ce dernier, un caporal de Neuchâtel, avait travaillé en Afrique pendant trois ans avant de rejoindre la Résistance au Cameroun en 1940. Dans un écrit adressé au juge d’instruction, le caporal justifie ainsi son acte: «Etant donné la confiance et la considération que la France et les Français m’ont témoignées, j’ai pris cette décision par sens du devoir.» Son amour pour la Suisse n’en avait pas pour autant été altéré. Celle-ci était après tout aussi menacée par l’ennemi de la France. Il avait donc perçu son engagement comme un double devoir.
Le juge d’instruction, pour sa part, mentionne dans son dossier le fait que la Suisse avait fabriqué des armes pour les Allemands qui, selon lui, serait une raison suffisante de renoncer à la «dureté puritaine» et d’arrêter de considérer les actes de résistance comme un délit. Ce caporal a par son engagement militaire tout simplement fait honneur à la Suisse.
Une intervention présentée au Parlement fédéral tente, aujourd’hui, de rendre hommage aux volontaires suisses de la Résistance française et demande leur réhabilitation. Elle indique que ces personnes engagées volontaires ont également contribué à la survie de la Suisse en risquant leur vie et qu’il est donc urgent de lever les sanctions prononcées à leur endroit.
Il ne s’agit pas de la première intervention de ce type. Elle compte parmi les quelques signes de reconnaissance exprimés jusqu’ici, comme la plaque commémorative placée à Neuchâtel sur la maison natale d’un Suisse tombé en 1944 dans le sud de la France. En 2003, une plaque commémorative a été accrochée face au Consulat général de France à Genève afin de rendre hommage à ses habitants et habitantes, qui ont combattu le nazisme et contribué ainsi à la libération de la France.
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