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"Je crois que la démocratie italienne est toujours dans une situation difficile", note Marc Lazar lundi dans l'émission Tout un monde. "On connaît ses maux: il y a une crise profonde de la confiance (…) Il y a beaucoup d'interrogations de la part des Italiens sur l'efficacité de leur démocratie. On voit bien qu'il y a un gouvernement instable, on ne sait pas trop s'il va durer. L'opposition, elle, manque un peu de crédibilité".
Et enfin, relève encore le directeur du Centre d'Histoire de Science Po Paris, il y a "une opinion publique traumatisée, on pourrait même dire qui a peur, à cause de ce qui s'est passé au cours de cette crise sanitaire".
Relations conflictuelles entre Rome et les régions
Mais la nouveauté vient surtout du conflit qui a surgi entre entre les régions et le pouvoir central. "C'est vraiment quelque chose qui est apparu au moment de la crise du Covid-19, puisque les régions italiennes - qui sont puissantes - ont en plus des compétences en matière de santé", rappelle Marc Lazar.
"Par conséquent, il y a eu tout au long de la crise des tensions très fortes entre les régions qui voulaient appliquer certaines politiques pour juguler la progression de l'épidémie, notamment dans le nord de l'Italie, et le gouvernement central qui avait des vues bien précises pour résoudre le problème (…) Et à cela s'est ajouté au fur et à mesure des tensions entre les régions du sud plutôt épargnées et les régions du nord particulièrement touchées par l'épidémie."
Un basculement entre nord et sud de la Péninsule
"Traditionnellement, les régions du nord ont un certain mépris pour les régions du sud", souligne l'historien.
"A l'occasion de cette crise, les régions du sud ont été beaucoup plus épargnées et il s'est manifesté par conséquent un antagonisme, avec des présidences de régions - en particulier de la Campanie et des Pouilles - qui refusaient de recevoir des gens venus du nord. Et donc on a une sorte de renversement: les régions du sud critiquent maintenant les septentrionaux, qui auraient été porteurs de la maladie."
Une popularité sans précédent pour Giuseppe Conte
A l'échelon politique, la crise sanitaire a permis au président du Conseil (Premier ministre) italien de regagner en popularité. Et "c'est la grande surprise", remarque Marc Lazar. "A la veille de la crise sanitaire, Giuseppe Conte avait un très, très faible niveau de popularité. Maintenant, il caracole en tête de tous les organismes de sondage, il a près de 60% de confiance, c'est une popularité incontestable et c'est étrange."
Comment l'interpréter? "Je crois que sa popularité est liée à son rôle institutionnel, le fait qu'il a été en première ligne durant toute la crise sanitaire, qu'il s'est entouré d'experts, qu'il a fait une communication continue."
Mais cet observateur estime cependant que tout cela est fragile. "Quand on va véritablement sortir de la crise, avec en plus une situation économique et sociale très, très compliquée, cet homme qui ne bénéficie pas exactement d'un parti pour le moment - même si on pense qu'il pourrait prendre la direction du Mouvement cinq étoiles - qui n'a pas d'élus au Parlement, risque de se retrouver dans une situation difficile."
Le leader de l'opposition a raté le coche
Le leader de l’opposition, lui, n'a pas réussi à profiter de la situation. "On pensait tous - et moi le premier - que Matteo Salvini pourrait profiter de cette crise sanitaire", reconnaît Marc Lazar.
"Mais non, sa popularité est en forte baisse". Et c'est notamment parce qu'il a dit tout et son contraire au fil des semaines. "Parfois il fallait tout fermer, à d'autres moments il fallait tout rouvrir. Donc je crois que les Italiens ont montré la faible fiabilité de leur leader. Mais c'est un homme politique qui a beaucoup de ressources, une grande capacité de communication, et qui - dans une situation difficile que connaîtra sans doute l'Italie - pourrait rebondir".
Propos recueillis par Eric Guevera-Frey/oang
Les Italiens s'éloignent encore plus de l'UE
"La crise du Covid-19 s'est accumulée à d'autres crises du rapport des Italiens à l'Europe", rappelle-t-il.
Il y a eu précédemment l'entrée dans la zone euro, puis la crise financière et économique de 2008 et enfin la crise des migrants à partir de 2014, "avec ce sentiment qu'ont eu les Italiens d'être abandonnés par l'Union européenne".
Et plus l'Italie s'éloigne de l'Europe - et vraiment il y a un très faible sentiment pro-européen - plus l'Italie se sent nationale et exprime une sorte de fierté à affronter seule cette épreuve de la crise sanitaire", souligne encore Marc Lazar.
Hommage à la région de Bergame
"Ici, à Bergame, ce soir, il y a l'Italie qui a souffert, qui a été blessée, qui a pleuré. Et qui, tout en voulant reprendre le rythme de la vie, sait qu'elle ne peut oublier ce qui s'est passé", a souligné le chef de l'Etat.
Le nouveau coronavirus a fait plus de 6000 morts dans la province de Bergame. Les images de dizaines de cercueils rassemblés dans l'église du cimetière de la ville et le macabre cortège des camions militaires les transportant avaient fait le tour du monde en mars, témoignant du drame vécu par cette province.