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A une époque où le colonialisme est mondialement condamné comme l’un des pires crimes contre l’humanité de l’histoire mondiale, comment peut-on fêter un projet colonial, même s’il est d’origine juive, et un personnage qui, comme le roi des Belges Léopold, a passé plusieurs années de sa vie à quémander un territoire pour son peuple auprès de tous les dirigeants importants de l’Europe coloniale. Non seulement, il savait que ces pays étaient peuplés, mais il se préparait à les chasser. Ainsi, en 1895, Theodor Herzl, dans son Journal, caressait déjà l’idée que, quel que soit le pays d’accueil (Palestine ou Argentine) où s’implanterait le Judenstaat, les sionistes devront «exproprier en douceur les propriétés privées et les domaines qui leur ont été attribués. Nous devons essayer d’attirer, écrivait-il, la population démunie au-delà des frontières en lui procurant du travail dans les pays de transit et en empêchant qu’elle puisse en trouver chez nous. […] Le processus d’expropriation et le déplacement des pauvres doivent, tous deux, être accomplis avec discrétion et circonspection.»
A l’âge d’or du colonialisme européen dans lequel s’inscrit le colonialisme sioniste, le thème du transfert dans d’autres territoires est déjà l’un des plus fréquents non seulement chez Herzl qui le reprend pour la charte de la Jewish Ottoman Land Company où il s’agissait de transférer les Palestiniens dans d’autres provinces et territoires de l’Empire ottoman, mais aussi chez de nombreux théoriciens du sionisme, jusqu’au jour où l’on ne se contentera pas d’en parler mais où l’on commencera à le pratiquer.
Jacques Pous, Genève