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Aussi anciens que l'agriculture elle-même (Paysannerie), les jardins sont des espaces clos que l'on réservait, tout comme certaines parcelles délimitées à l'intérieur des soles ou des communaux, à la culture des légumes, des fruits ou de plantes spéciales (Horticulture). Les premiers témoignages écrits remontent à la civilisation romaine, qui possédait déjà une horticulture très développée. En Suisse comme ailleurs, l'héritage antique fut transmis aux époques suivantes par les monastères, en particulier par les bénédictins et les cisterciens (Plantes médicinales). Le plan de l'abbaye de Saint-Gall (816) distingue trois jardins: le potager, le jardin médicinal et le verger. A la fois modèle et reflet d'un jardin du haut Moyen Age, le plan de Saint-Gall favorisa le développement des jardins monastiques et des jardins paysans. Même les jardins des châteaux et des villes s'en inspirèrent.
Le jardin paysan, dont l'Emmental a conservé de nombreux exemples, est à l'origine une parcelle cultivable, sise le plus souvent à proximité immédiate de la maison, détachée du terroir soumis à l'exploitation communautaire. Des chartes saint-galloises du VIIIe s. font déjà mention de jardins clôturés, mais le jardin paysan est certainement un phénomène plus ancien. On y cultivait des plantes comestibles (légumes, condiments) qui complétaient le régime alimentaire, mais aussi des espèces ayant d'autres fonctions (fleurs, plantes textiles, médicinales et tinctoriales). La stricte disposition des carrés et des chemins, l'alignement sur la maison et les bordures de buis (inconnu cependant dans les cantons du Jura, du Valais, du Tessin et des Grisons) s'expliquent par l'influence qu'exerça au XVIe s. l'art des jardins de la Renaissance italienne. Aux espèces indigènes vinrent s'en ajouter d'autres, ornementales ou utilitaires, importées de Turquie ou d'Amérique, d'abord acclimatées dans les jardins seigneuriaux d'Espagne et du Portugal. Parmi elles, des légumes riches en substances nutritives comme la pomme de terre ou le topinambour furent essayés et adoptés par des paysannes ouvertes aux nouveautés. Le jardinage fut encouragé par les manuels d'économie domestique (Hausväter-Literatur) et de plus en plus par des traités spécialisés, comme le Pflantz-Gart de Daniel Ragor (1639). Au XVIIIe s., les sociétés patriotiques et économiques lui donnèrent de nouvelles impulsions, amplifiées par l'exemple des horticulteurs français. Il connut un regain d'intérêt au XIXe s., ses produits diminuant les effets du paupérisme.
Le jardin paysan traditionnel connut une véritable renaissance vers 1920. Celui que créèrent les responsables du jardin botanique de Berne pour l'Exposition suisse d'agriculture, sylviculture et horticulture fit sensation en 1925 (Jardins botaniques). Le paysagiste Johannes Schweizer en aménagea deux pour l'Exposition nationale de 1939 à Zurich, dans le même esprit. Mais après la Deuxième Guerre mondiale, les éléments urbains pénétrèrent jusque dans les villages les plus retirés, où l'on vit apparaître par exemple les clôtures métalliques de fabrication industrielle.
Au XIXe et plus encore au XXe s. s'imposa peu à peu l'idée d'accorder la priorité au rendement dans la gestion des exploitations agricoles. Cette conception rationnelle ne saurait toutefois masquer le revirement récent dû à une prise de conscience écologique, qui amène à voir dans l'abandon d'une valeur traditionnelle comme le jardin paysan une perte culturelle irréversible.
Auteur(e): Albert Hauser / LA
On appelle jardins seigneuriaux ceux des hautes classes de la société, qu'ils soient d'agrément ou de rapport. Il en existait déjà dans les villae gallo-romaines. Quant aux premiers jardins publics, ils apparurent dans les villes du bas Moyen Age sous forme de places arborées, comme le Petersplatz à Bâle ou le Lindenhof à Zurich (Parcs et promenades). A la Renaissance, la flore des jardins de la riche bourgeoisie et de la noblesse attira l'attention d'érudits comme Konrad Gessner et Felix Platter, qui créèrent aussi des lieux pour la culture de plantes rares. Au XVIe et surtout au XVIIe s., on aménageait à côté des maisons de campagne (nouvelles ou anciennes) des jardins d'agrément et de rapport au plan géométrique, selon le modèle français d'esprit Renaissance. Mais l'unité architecturale entre la maison et le jardin ne s'imposa en Suisse qu'à l'époque baroque, avec du reste de fréquentes fusions de styles, dictées par la topographie, entre le parterre à la française et les terrasses à l'italienne. Du fait de la rareté des sols fertiles, il n'était pas possible d'éliminer complètement le jardin de rapport. Les jardins seigneuriaux apparurent d'abord dans les domaines de campagne proches des villes de Soleure, Berne, Bâle et Zurich, ainsi qu'en Suisse occidentale, où on les rencontre souvent dans le vignoble ou sur les rives lacustres. En l'absence de domaines princiers, la plupart de ces jardins étaient propriété de patriciens et de riches négociants.
C'est à la même époque que les villes firent aménager les premiers parcs. Des promenades publiques furent créées à Zurich (Platzspitz) et à Genève (Bastions). Soutenu par les conceptions d'Albert de Haller, de Jean-Jacques Rousseau et de Salomon Gessner, le parc paysager à l'anglaise finit par s'imposer, en réaction à la rigueur architecturale des jardins à la française répandus dans toute l'Europe. L'Ermitage créé dès 1785 à Arlesheim est le seul grand jardin de ce type en Suisse. Au début du XIXe s., les villas néoclassiques construites par les marchands et les industriels à la périphérie des villes s'entourèrent de parcs à l'anglaise plus petits. On se mit aussi à transformer en parcs et jardins les anciennes fortifications urbaines. Aménagés au bord des lacs, autour des grands hôtels, dans les stations thermales et climatiques, les jardins anglais de Zurich, Lucerne, Genève, Bad Ragaz, Baden, Davos ou Saint-Moritz donnaient à une nouvelle catégorie de touristes une idée du "paradis perdu".
Au XXe s., la réaction aux exubérances des jardins anglais remit à la mode le jardin architectural; des villas d'industriels de Winterthour et de Zurich en offrent les meilleurs exemples. Jusqu'à la Première Guerre mondiale régna un éclectisme qui laissait se côtoyer jardin à la française et jardin à l'anglaise dans un même parc.
Auteur(e): Hans-Rudolf Heyer / LA
Avant la Première Guerre mondiale déjà, mais surtout dans les années 1930, apparut en milieu urbain le type du "jardin à vivre" (Wohngarten), dans le cadre de l'architecture moderne. Conçu de manière fonctionnelle (sans référence aux lignes formelles du jardin à la française), proche de la maison, ce nouveau jardin avait un caractère intime; avec ses sièges, il était comme un salon en plein air, se prêtant à diverses activités. Il n'était plus réservé à la riche bourgeoisie. La cité-jardin de Freidorf, près de Muttenz (1919-1921) marque le point culminant de cette évolution. Dès le début du XXe s., une partie de la population urbaine se mit à cultiver ses légumes dans des jardins familiaux. Apparus après 1950, le métier d'architecte paysagiste et les expositions sur l'art des jardins stimulent la créativité et assurent la qualité des réalisations, qu'elles s'inspirent de la nature locale ou qu'elles la soumettent à des aménagements dont l'éventail va du parc paysager au paysage jardiné.
Auteur(e): Hans-Rudolf Heyer / LA