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Dans la cosmologie sumérienne, celle des égyptiens, des premiers grecs, la terre était plate et elle était au centre de l'univers. A partir du 6e siècle, ça se corse: le fait que la terre est ronde est acquis (merci Pythagore et Platon). L'histoire du monde est ensuite une fascinante évolution pour connaître la place de notre sphère dans l'univers et sa composition. Tension avec l'église catholique et sa lecture lisse, fidèle à la lettre de la Bible, qui conçoit la verticalité (haut/bas, ascension/chute) mais honnit les courbes, les ondes et les bosses. La vie doit être conforme à la tablette de pierre. Au début était le verbe, pas la vallée.
Placé par quelques inspirés aux replis de l'univers, tournant autour du soleil (Copernic, Galilée), l'Homme jouit pour quelque temps des volumes. Si Thalès imaginait la terre comme un disque flottant sur l'eau, Eluard la voyait lui bleue comme une orange, et malgré le fait que les premiers navigateurs pensaient basculer au-delà de la ligne d'horizon directement dans le vide, rongés par le scorbut, l'abus de rhum et de café, gavés de soleil de sel et de poudre à canon, leurs voyages délirants allaient confirmer que la terre est bel et bien ronde comme le pourtour d'une bouche et sa profondeur sans fin, même en surface.
Et maintenant?
Fini le flower power. Gelé les bourgeonnements du désir, l'éclatement 68-69 d'un feu d'artifice qui appartient déjà à un autre siècle. Le volcan a délivré sa lave. Nous avançons désormais sous la retombée des cendres. Froides. Fukushima et Tchernobyl ont consumé leur coeurs, se ratatinant. Aujourd'hui: écran plats, ordinateurs, publicités placardées sur les murs, les volumes ont disparu. Plus de profondeur de champ et des visions panoramiques. L'horizon c'est le cadre et le cadre c'est le pixel : multitude de petits points, parfois animés, qu'il faut essayer de relier et de fantasmer pour former chair, volume. Des trompe-l'oeil, rien de plus.
Ecran, écran, dis-moi si je suis la plus belle ?
Si l'écran est la seule ouverture, celle-ci est bien souvent un miroir déformant. Comme Narcisse se penchait sur la rivière pour se mirer dans son reflet, on entend aujourd'hui: écran, écran, dis-moi si je suis la plus belle (via skype)? Mais routes, barrières, murs, l'Homme travaille aux angles et aux aplats et les vagues seules permettent de brouiller l'image et la recomposer. Jeter une pierre dans la vitre, l'écran, comme les jeunes hors-cadre, permet de fêler les apparences. Des bouts d'écrans démembrés et recomposés formeront peut-être de nouvelles mosaïques....
La tête dans les étoiles
Faut-il toujours attendre la bonne fenêtre météorologique pour envoyer une fusée dans l'espace? De toute façon, on n'y envoie plus d'humains, on ne décole plus. Désormais entre le café et la dépose des enfants à l'école, un voisin pilote à toutes heures du jour et de la nuit des drones sur petit écran pour les envoyer réduire à rien quelques talibans lointain. Conduites par écran interposés, les courbes des utopies se sont inversée. Nous avions la lune, l'espace dans le collimateur, nous avons attéri en Afghanistan sur les plates-bandes des Talibans.
Le dernier Eldorado sera-t-il mammaire?
Ce qui semble encore porteur, ce sont les marques volumineuses, crise oblige, comme celles de Nabila, dernière en date à offrir à la masse des sphère et du volume. Découpages sur petit écran ou papiers glacés, là se logent les dernières espérances virtuelles d'un relief (avec les trajectoires du petit ballon rond du football peut-être). Platon, Aristote nous ont fait croire aux courbes sur l'aplat du papier. Nabila, Zahia, par leurs courbes fictionnalisées et pixelisées, nous ont recollé à l'écran. Et quand Angelina se fait une double masectomie des seins, aplatit préventivement ses formes, un choc tellurique secoue la planète.
Un monde à plat?
Alors que les anciens pensaient la terre plate, ils ont lancé les voyages des grandes découvertes pour y aller voir. Alors que nous pensons tout voir sur le petit écran, que ce monde semble clos et sans relief, il y a urgence à former des plis et reformer des crêtes, passer tête la première au travers du cadre.
Ecran de veille.
L'aventure véritable commence en creux, là où s'éteint l'écran.