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Gregory L. Blackstock (1946) inventorie le monde. Il se livre à une classification méthodique et détaillée de toutes sortes d’animaux, d’objets et de plantes, systématiquement légendés en lettres majuscules régulières. Ainsi, dans chacune de ses compositions graphiques, corbeaux, scarabées, accordéons, fouets, chaussures ou avions bombardiers sont alignés, juxtaposés, méticuleusement organisés par groupes, par ensembles, par espèces. Mais l’encyclopédiste n’est pas aussi vertueux qu’il y paraît. Ses inventaires, apparemment objectifs, dérogent subrepticement aux règles de la science pour se décliner avec désinvolture et poésie.
Blackstock trouve ses sources dans des dictionnaires ou dans des guides, dont les planches, copies conformes de la réalité, l’inspirent; mais le dessinateur autodidacte puise également dans sa prodigieuse mémoire. Cependant, très vite, ses compositions s’autonomisent, s’enrichissant grâce à un sens esthétique, graphique et chromatique très prononcé, où la subtile mise en page joue sur des effets d’ordonnance et de symétrie, ainsi que sur la répétition sérielle et la stylisation des figures et des motifs. Par ailleurs, l’auteur n’hésite pas à s’immiscer au sein de ses multiples listes, prenant des libertés, parfois incongrues: il diversifie les couleurs des plumages d’oiseaux, introduit un autoportrait dans une énumération d’objets, ou fait surgir furtivement, dans un catalogue général de chaussures, le soulier à cran d’arrêt d’un malfrat jouant dans un James Bond.
L’auteur d’Art Brut américain est autiste. Il réinterprète l’univers dans la pénombre de son unique chambre encombrée, où, de jour comme de nuit, les persiennes sont closes et les rideaux tirés. L’homme se rétracte dans le huis clos silencieux de son espace de vie et de création, alors qu’à l’extérieur la ville américaine de Seattle vrombit et brille de ses feux. Blackstock a été plongeur dans le restaurant d’un club sportif pendant vingt-cinq ans; il arrondissait son salaire en jouant de l’accordéon dans la rue et réalisait des dessins, dont quelques-uns ont paru dans le petit journal du club. Au fil du temps, ses compositions ont acquis de l’ampleur pour atteindre une dimension personnelle, surtout depuis sa retraite, en 2001. Désormais, ses oeuvres l’occupent pleinement, fiévreusement.
Première en Europe, l’exposition de la Collection de l’Art Brut, intitulée Blackstock, réunit des oeuvres et un film documentaire créé pour l’occasion. Nous remercions vivement Gregory L. Blackstock, sa cousine Dorothy Frisch, ainsi que Karen Light-Piña, de leur généreuse donation. Nous exprimons également notre reconnaissance aux nombreuses personnes qui contribuent à la manifestation par leurs prêts et leur soutien.
Du 29 septembre 2011 au 19 février 2012
Vernissage le jeudi 28 septembre 2011 à 18h30
Lucienne Peiry
Blackstock’s Collections: The drawings of an artistic savant, Gregory L. Blackstock, New York, Princeton Architectural Press, 2006.
Gregory Blackstock l’encyclopédiste, de Philippe Lespinasse et Andress Alvarez, 24 Min., Lausanne/Le Tourne, Collection de l’Art Brut/Lokomotiv Films, 2011.