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14/08/2009
Origines de l’université genevoise
Il a été fréquemment rappelé, ces derniers temps, que les écoles, à Genève, datent du temps du Prince-Évêque, qu’elles n’ont pas été créées par Calvin. Celui-ci a réorienté l’enseignement et créé l’Académie, mais il n’a pas tout instauré à partir de rien. On se souvient par exemple, au XIVe siècle, de Jean de Brogny, qui, originaire des environs d’Annecy, a fait ses études à Genève, demeurée le centre intellectuel du Genevois, bien qu’il n’en fût plus la capitale administrative. (Après le bannissement du Prince-Évêque à Annecy, des écoles furent précisément créées dans les deux capitales administratives du Comté - devenu Duché - qu’étaient Annecy et La Roche sur Foron, deux cités où étudiera François de Sales avant de se rendre à Padoue.)
Néanmoins, on sait que l’enseignement catholique était essentiellement théologique et philosophique; il était en particulier peu orienté vers les sciences naturelles. Or, à Genève, l’Académie de Calvin développa celles-ci, et cela explique les grands noms que sont Charles Bonnet et Horace-Bénédict de Saussure, mais aussi que Rousseau, sous la direction du pasteur de Bossey, se soit initié à la botanique. C’est bien quelque chose qui n’existait pas en Savoie, où la nature était scrutée uniquement dans sa portée morale: on essayait d’y saisir la parole divine qui l’avait créée, afin de permettre aux hommes de se purifier et de gagner le Ciel. (Il faut du reste remarquer que même au XXe siècle, ce fut la visée de Teilhard de Chardin, qui avait pourtant assimilé complètement les sciences naturelles modernes; mais François de Sales avait lui-même assimilé Pline: la science n’était pas à développer - pour elle-même -, mais il fallait la connaître pour mieux édifier sur l’œuvre de Dieu.)
On raconte à ce sujet une histoire amusante, sur l’université de Fribourg, qui, nouvellement constituée, et voulant accueillir tous les étudiants catholiques de Suisse, éprouva quelque difficulté à trouver des professeurs de sciences naturelles qui fussent en même temps catholiques...
Quoi qu’il en soit, il est indéniable que l’apport de Calvin à la science fut très grand, quoique de façon indirecte, et même si cet intérêt pour l’étude objective de la nature sensible a eu pour corollaire le combat contre l’imagination, tant en peinture et en sculpture qu’en poésie. Or, cela limite forcément les possibilités de l’art, que de l’empêcher de faire appel aux visions! Je reviendrai sur les effets de ce principe sur la littérature - notamment genevoise -, si je puis.