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Ce n'est pas tous les jours que le commandant en chef des forces armées d'un pays rédige un article dans un magazine étranger. La contribution du commandant en chef ukrainien Valeri Zaloujny dans le magazine britannique The Economist la semaine passée était donc d'autant plus particulière. Le militaire y explique que les combats en Ukraine se sont désormais transformés en une guerre de positions comparable aux combats de la Première Guerre mondiale.
Cela signifie-t-il que la contre-offensive ukrainienne a échoué? Quels seront les développements sur le champ de bataille? Et de quel soutien les forces armées ukrainiennes ont-elles besoin de la part des pays occidentaux pour pouvoir continuer à résister aux agresseurs russes?
«L'échec de l'offensive de l'Ukraine dépend des attentes qui y sont liées», explique Burkhard Meißner, colonel de réserve et membre fondateur du German Institute for Defence and Strategic Studies. L'expert en défense poursuit:
Pour l'analyste militaire Niklas Masuhr du Center for Security Studies de Zurich, l'offensive d'automne de l'Ukraine n'est pas non plus un succès. «Si l'on se base sur les objectifs territoriaux fixés, l'offensive n'est pas un succès», explique l'expert. «Il manque toutefois à cette analyse l'évaluation de l'ampleur des dommages infligés aux unités russes».
Burkhard Meissner rend également les alliés occidentaux responsables du peu de progrès réalisés par l'Ukraine: «Les pays occidentaux ont recommandé à l'Ukraine d'adopter la stratégie de la guerre des armes». L'Ukraine ne peut toutefois pas la mener car les livraisons d'armes correspondantes de l'Occident sont insuffisantes, explique Burkhard Meißner.
L'analyste Niklas Masuhr voit d'autres raisons à la lenteur des efforts d'attaque de l'armée ukrainienne:
Selon lui, les cadres militaires qui ont combattu au début de la guerre ne participent pour la plupart plus aux combats actuellement en cours, soit parce qu'ils ont été blessés, soit parce qu'ils ont été tués.
«Cela complique la situation sur le champ de bataille car les différences entre la formation assurée par les armées de l'Otan et la formation (post)soviétique donnent lieu à des préférences tactiques différentes», explique Niklas Masuhr.
Malgré cela, ni Masuhr ni Meissner ne veulent qualifier l'offensive ukrainienne comme étant un échec absolu. Burkhard Meissner estime qu'il y a quelques succès sur le champ de bataille:
Le général ukrainien Valeri Zaloujny présente dans The Economist l'obtention du contrôle aérien comme un aspect important des succès ukrainiens sur le champ de bataille. Pour cela, il cite les drones comme une possibilité à court terme pour prendre le dessus.
«Zaloujny exprime ce point de vue uniquement parce qu'il manque des avions et notamment des hélicoptères de combat. Ceux-ci doivent être livrés rapidement par l'Occident», explique Burkhard Meißner.
Selon l'analyste Niklas Masuhr, il n'est pas nécessaire d'établir une souveraineté aérienne absolue pour que l'Ukraine remporte des succès au combat.
Les drones russes deviennent un problème de plus en plus important pour la défense aérienne ukrainienne, explique Burkhard Meissner. L'Ukraine aimerait bien s'y opposer davantage, mais elle n'a pas les capacités nécessaires:
Selon Niklas Masuhr, les drones ukrainiens ne sont pour autant pas une solution miracle pour obtenir la souveraineté aérienne sur le front.
«Il est toutefois important que les forces armées ukrainiennes développent leurs capacités de guerre électronique afin de stopper les drones russes. Les moyens de guerre électronique doivent être déployés de manière dynamique le long du front. Les alliés occidentaux de l'Ukraine pourraient apporter leur contribution dans ce domaine», souligne l'expert.
Depuis le début de la guerre, l'artillerie et la défense antiaérienne posent problème à l'Ukraine. «Ce sont des goulots d'étranglement décisifs et ils le resteront à l'avenir», pointe Niklas Masuhr. Ceci même si la «guerre rampante» actuelle, par exemple sur le front de Robotyne au sud, épargne la vie des soldats ukrainiens. En revanche, une quantité impressionnante de munitions d'artillerie est utilisée.
Niklas Masuhr ajoute:
Il y a toutefois encore quelques possibilités d'attaques avant l'hiver, tant du côté ukrainien que du côté russe. Les deux spécialistes militaires sont d'accord sur ce point. «Avant l'hiver, beaucoup dépendra de la capacité offensive des Russes à prendre le contrôle d'Avdiivka par exemple», détaille Niklas Masuhr. L'analyste poursuit:
Selon les informations de Burkard Meissner, il y aurait actuellement quelques efforts offensifs de la part des forces armées ukrainiennes: «Sur la rive gauche du Dnipro, quelques unités se sont établies et installent plusieurs petites têtes de pont à cet endroit, à l'est du pont Antonivka», explique l'expert.
Jusqu'à présent, les Russes ont toujours réussi à repousser les tentatives de débarquement ukrainiennes. «Mais il semble désormais que les têtes de pont se multiplient».
Burkard Meissner associe cette déclaration à un appel aux pays occidentaux:
Avec l'hiver, on s'attend à une période plus calme sur le champ de bataille, estime Burkard Meißner. Toutefois, le sol est bien plus résistant pour les véhicules lourds.
«Mais pour cela aussi, l'Occident doit rapidement livrer des hélicoptères de combat. Ils pourraient aider à franchir rapidement de grandes distances et à créer un avantage pour les unités au sol».
Traduit et adapté par Nicolas Varin
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