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L’imitation de l’Antiquité dans l’art médiéval autour de 1200 est un phénomène bien connu, mais dont l’histoire n’est pas faite. Si les vestiges de l’Antiquité ont été étudiés et imités durant tout le Moyen Age, les artistes s’y sont confrontés avec une intensité inégalée jusqu’à la Renaissance pendant un demi-siècle, de 1180 à 1230 environ, de l’orfèvre Nicolas de Verdun aux sculpteurs de la cathédrale de Reims, ce qui a profondément marqué le style de la période. De manière à première vue surprenante, cette confrontation n’a pas été la plus vive là où les vestiges antiques étaient les plus importants, en Italie par exemple. Elle commence dans l’orfèvrerie mosane et se développe au nord des Alpes, principalement en France et dans les pays germaniques, mais aussi dans une Angleterre pauvre en antiquités romaines, alors que l’Italie du sud ne s’engage vraiment dans cette voie qu’au moment où le Nord l’abandonne. Si certains aspects du phénomène ont fait l’objet de recherches approfondies, en particulier les développements de l’orfèvrerie mosane, il n’existe aucune étude systématique de ses sources et de ses modalités. A plus forte raison, l’explication de son apparition, de son développement et de son déclin n’a pas été sérieusement tentée.

L’étude des différentes facettes du phénomène part d’une hypothèse. La confrontation avec l’art antique a dû prendre un tour nouveau autour de 1200, parce qu’elle s’articulait sur un intérêt pour la représentation des objets tridimensionnels. Elle est liée à l’apparition du dessin d’après nature, pratiquement ignoré dans les siècles précédents, où l’on reproduisait couramment une peinture ou un relief, plutôt que de dessiner d’après nature ou de réduire au plan les contours d’une statue. Dès lors, ce sont les capacités et les intérêts techniques des artistes, plus que la disponibilité de nombreux vestiges, qui déterminent leur aptitude à tirer parti des œuvres antiques, tout particulièrement de la ronde-bosse. Bien entendu, le rôle des commanditaires n’est pas négligeable, d’autant moins qu’ils accumulaient des trésors, voire des collections, cherchant parfois au loin les antiquités qui manquaient sur place. L’analyse des motivations idéologiques de cette proto-renaissance, jamais entreprise à notre connaissance à l’exception du développement tardif que représente la cour de l’empereur Frédéric II, passe par la recherche sur les commanditaires, le plus souvent ecclésiastiques.