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Le débat vieux d'une décennie sur l'influence que l'infection dentaire chronique pourrait exercer sur le risque cardiaque a été réactivé par une publication, en juillet, de scientifiques de l'Université de Washington, à Seattle (Etats-Unis). «La preuve d'une association entre infection dentaire et risque cardiaque n'est pas assez forte pour conseiller d'effectuer de traiter les dents afin de réduire le risque cardiaque», insiste le principal responsable de cette publication, Philippe Hujoel (Lancet 2001 ; 358 : 896).Hujoel et ses collaborateurs ont étudié les données recueillies à partir de 4027 patients dans le cadre de la première étude nationale sur la santé et la nutrition aux Etats-Unis : 2170 patients étaient édentés, les autres souffraient d'infections des gencives. Durant dix-sept années de suivi, 1238 événements coronaires (fatals ou con-duisant à une admission hospitalière) ont été enregistrés chez les participants. Après avoir contrôlé l'influence du tabagisme, de la pression artérielle, du cholestérol et d'autres facteurs de risque, l'équipe a conclu que le risque de subir une maladie cardiaque n'est pas plus faible chez les personnes édentées que chez celles qui souffraient d'infections des gencives (J Am Dent Assoc 2001 ; 132 : 883-9).«Si vous éliminez de façon totale et complète toutes les infections dentaires, indique Hujoel, et que vous ne réduisez nullement le risque de maladie cardiaque, cela plaide contre un lien de causalité et suggère qu'un facteur tel que le tabagisme peut induire les petites associations qui ont été identifiées par le passé. Trouver un petit risque est difficile avec des outils épidémiologiques, mais il est important de réaliser qu'il ne s'agit pas d'un grand facteur de risque», poursuit Hujoel.D'accord avec cette conclusion, Richard Stein, de l'Association américaine du cur, note qu'«il n'est pas raisonnable à cet instant de regarder la bouche des gens pour traiter de façon agressive leur infection des gencives avec, habituellement, des antibiotiques, une intervention chirurgicale et d'autres interventions risquées dans le seul but de réduire le risque de maladie coronaire. Ce résultat soutient l'idée qu'il faut traiter les dents pour les dents et non pour le cur.»Mais Richey Sharrett, de l'Institut américain du cur, des poumons et du sang, n'est pas d'accord avec Hujoel et Stein. «Une étude basée sur l'observation ne permet pas de contrôler de façon adéquate la sévérité d'une maladie dentaire», argumente-t-il. Avant de poursuivre : «Les gens dont toutes les dents ont été extraites souffrent en général de très graves maladies. Or, l'étude les compare à des personnes qui, probablement, n'ont pas souffert de maladies suffisamment graves pour que leurs dents aient été extraites. Pourquoi, dans ces conditions, s'attendre à ce qu'extraire les dents enlève le risque ? Une maladie cardiaque ne s'installe pas en quelques minutes. Ces personnes peuvent avoir été infectées depuis longtemps et même si on élimine par la suite l'origine de l'infection, cela n'empêche pas que leur taux élevé d'athérosclérose soit lié à la durée de cette infection.»«L'hypothèse qui relie infection des gencives et risque cardiaque est raisonnable au plan biologique car de nombreux spécialistes pensent que l'athérosclérose sous-jacente à la maladie cardiaque possède un élément inflammatoire. Par conséquent, toute forme d'infection longue et chronique est une cause possible de maladie cardiaque», affirme Sharrett. «Et il faudra beaucoup plus que cette étude pour montrer le contraire», conclut-il.