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L'interview | Dominique Burgeon

Comment présenteriez-vous votre organisation en quelques mots ? En quoi consiste votre fonction ? Quel est votre objectif ?
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) est une institution spécialisée des Nations Unies qui dirige les efforts internationaux visant à vaincre la faim. Notre objectif est de parvenir à la sécurité alimentaire pour tous et de garantir aux populations un accès régulier à une nourriture de qualité et en quantité suffisante pour mener une vie active et saine. La FAO travaille dans plus de 130 pays à travers le monde. Nous aidons les gouvernements et leurs partenaires, à concevoir et mettre en œuvre des politiques, des programmes et des cadres juridiques sur mesure pour promouvoir la sécurité alimentaire et la nutrition. Notre siège est à Rome, en Italie. Le Bureau de liaison de la FAO auprès des Nations Unies à Genève (LOG) a été créé au début des années 1960 et est hébergé par l'Office des Nations Unies à Genève (ONUG) depuis 1971.
Mon rôle est de travailler avec mon équipe, en veillant à ce que nous soyons proactifs dans les trois priorités clés du bureau, à savoir : (1) représenter l'Organisation et promouvoir le renforcement de la coopération et du partenariat de la FAO avec le système des Nations Unies et avec d'autres organisations internationales basées à Genève ; (2) établir, maintenir le contact et appuyer les missions permanentes auprès des Nations Unies à Genève et (3) jouer un rôle actif dans la promotion de l'Organisation en Suisse et dans le développement de partenariats pertinents.
Depuis mon arrivée à Genève, mon objectif a été de mettre en œuvre un nouveau modèle de fonctionnement pour le Bureau de liaison de la FAO, conformément aux orientations du Directeur général, M. QU Dongyu. Cela comprend trois objectifs principaux : (1) Promouvoir la contribution de la FAO à l'Agenda 2030 grâce à son nouveau Cadre stratégique 2022-2031 - une feuille de route pour le travail de la FAO au cours de la prochaine décennie, qui envisage de faciliter la transition vers des systèmes agroalimentaires plus efficaces, plus inclusifs, plus résilients et plus durables, qui doivent permettre d’améliorer la production, la nutrition, l’environnement et les conditions de vie (les quatre améliorations), en ne laissant personne de côté; (2) suivre les travaux des organes directeurs des Nations Unies et d'autres organisations internationales basées à Genève et y apporter notre contribution; (3) promouvoir un nombre limité de domaines thématiques et politiques ciblés et potentiellement évolutifs, notamment l'humanitaire et la résilience, le commerce, la santé et la restauration des écosystèmes pour une production durable ou encore la nutrition et la sécurité sanitaire des aliments.

Parmi la concentration d'acteurs à Genève (OI, ONG, missions permanentes, universités et secteur privé), avec qui travaillez-vous et comment ?
Grâce à nos activités, dont beaucoup sont organisées avec des partenaires, les communautés internationales et locales de Genève acquièrent une meilleure compréhension du mandat de la FAO et de sa contribution aux efforts d’éradication de la faim dans le monde de ses activités dans le monde. Le Bureau de liaison de la FAO auprès des Nations Unies à Genève possède une expertise dans les domaines du commerce, de l'humanitaire et la résilience, de la santé animale/résistance aux antimicrobiens (AMR), du développement social, du Codex Alimentarius et de la sécurité sanitaire des aliments et de la nutrition. Nous travaillons en étroite collaboration avec les États membres, les organisations internationales, le gouvernement suisse, les universités, le secteur privé, les médias, les ONG et les partenaires locaux.
Un bon exemple de notre travail est la commémoration de la Journée mondiale de l'alimentation 2021 (JMA2021) le 16 octobre, qui marque également l'anniversaire de la création de la FAO le 16 octobre 1945. En partenariat avec l'Office fédéral de l'agriculture de la Suisse (OFAG/FOAG), la Fondation Partage (la banque alimentaire de Genève) et la Ville de Genève / MA-Terre, nous organisons chaque année un stand d'exposition dédié a la Journée mondiale de l'alimentation 2021 à la Gare Cornavin, (gare centrale de Genève). Cette année, l'exposition sensibilisera à la nécessité de systèmes agroalimentaires plus efficaces, inclusifs, résilients et durables pour une meilleure production, une meilleure nutrition, un meilleur environnement et une meilleure condition de vie pour tous, sans laisser personne de côté.
Avec plus de 800 millions de personnes souffrant de la faim et la plus forte augmentation annuelle de la pauvreté et de la faim dans le monde depuis des décennies, notamment en raison de la pandémie de COVID-19, la JMA2021 est un appel à l'action dans tous les secteurs pour contribuer à la transformation nécessaire afin que ces systèmes fournissent suffisamment d'aliments abordables, nutritifs et sûrs pour tous. En collaboration avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), nous aurons une discussions sur le thème "Célébrer les efforts pour renforcer les systèmes alimentaires locaux pour les communautés déplacées et d'accueil".
En travaillant en partenariat avec d'autres agences sœurs des Nations Unies et les États membres, nous établissons une série de dialogues thématiques sur des domaines particulièrement pertinents pour les acteurs de la Genève Internationale. Une première série de ces domaines thématiques comprend, sans s'y limiter, 1) le commerce, avec les entretiens commerciaux sur l'agriculture, 2) l'humanitaire et la résilience, avec les briefings mensuels organisés conjointement avec le PAM, 3) les dialogues "One Health", 4) la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes. Ces dialogues thématiques visent également à créer un espace de discussion sur des sujets de plus grande importance et à promouvoir le partage des bonnes pratiques des pays. Dans le cadre des briefings mensuels FAO-PAM sur les questions de sécurité alimentaire, nous avons eu des discussions très intéressantes sur plusieurs sujets, de l'Afghanistan au Soudan, en passant par Haïti, la Corne de l'Afrique, la crise alimentaire dans le contexte du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, Actions Anticipatoires, entre autres.

Quelles sont les forces et les faiblesses de Genève en ce qui concerne le développement de votre activité ?
Deuxième lieu diplomatique le plus important après New York, avec 181 missions permanentes accréditées auprès de l'Office des Nations Unies à Genève, plus de 40 organisations internationales et des centaines d'organisations non gouvernementales, ainsi que plusieurs acteurs scientifiques et universitaires de premier plain, la société civile et le secteur privé, Genève est un lieu essentiel pour les activités multilatérales dans les domaines du commerce, de l'humanitaire et du développement. Genève est un lieu clé pour le dialogue et la coordination des efforts de la communauté internationale pour surmonter les défis croissants découlant du changement climatique, des impacts les plus récents et sans précédent de la pandémie de COVID-19, et dès lors pour réaliser le programme de développement durable 2030 (ODD), alors que nous entrons dans la "Décennie d'action" pour atteindre les objectifs de développement durable d'ici 2030 (ODD) y compris celui visant à éradiquer la faim et toutes les formes de malnutrition. Comme l'a dit notre Directeur Général Dr. QU Dongyu, nous n'avons que neuf saisons agricoles (moins de 10 ans!) pour atteindre les ODD. Genève a certainement un rôle important à jouer dans ces efforts.
Je ne vois pas de "faiblesses" de la Genève Internationale, au contraire, je vois de grandes opportunités. Nous vivons dans un monde où les défis sont multiples, qu'il s'agisse de défis de longue date comme l'éradication de la faim et de la pauvreté, de pandémies mondiales comme COVID-19 ou du changement climatique. Ce sont tous des défis interconnectés pour lesquels Genève est bien placée pour servir de lieu de discussion et de synthèse et dès lors pour proposer des réponses et des actions concrètes qui feront la différence sur le terrain. Le bureau de la FAO à Genève apporte sa contribution à cet effort. Nos efforts visent à accroître le profil de la transformation des systèmes agroalimentaires au niveau de la Genève internationale, en informant et en fournissant un soutien technique substantiel aux membres et aux partenaires.

A quoi devrait ressembler la gouvernance mondiale dans 20 à 30 ans ?
La pandémie de COVID-19 nous a montré à quel point nous sommes interconnectés et pourtant, à quel point nous sommes fragiles en tant que communauté globale. Compte tenu de la myriade de défis auxquels nous sommes confrontés, qu'il s'agisse des objectifs non atteints depuis longtemps en matière d'éradication de la pauvreté et de la faim, de l'impact du changement climatique, clairement observé aux quatre coins du monde, des chocs économiques, de l'augmentation des inégalités et des conflits, pour n'en citer que quelques-uns, le dialogue mondial et le travail en commun revêtent une importance cruciale. Le multilatéralisme est plus que jamais nécessaire. Pour relever ces défis, nous aurons besoin d'une gouvernance mondiale, efficace et efficiente. Nous avons besoin d'un système multilatéral plus proactif et plus ouvert. Un système capable d'être à l'écoute de la rue et de notre planète, de réagir rapidement et de mener à bien des actions concrètes sur le terrain. Des actions qui peuvent promouvoir de véritables changements dans la vie des gens en offrant de meilleures conditions et la dignité pour tous. C'est un défi, mais je suis sûr que nous pouvons y arriver si nous travaillons ensemble et en solidarité. Nous sommes dans le même bateau et il n'y a pas d'autres solutions que de travailler ensemble pour faire face à ces défis et les surmonter. Notre humanité doit toujours passer au premier plan.
En ce qui nous concerne, la FAO est fortement engagée dans cette voie de gouvernance mondiale qui peut nous aider à agir sur le terrain. Nous sommes présents dans plus de 130 pays pour traduire les discussions et les recommandations politiques et techniques en résultats pratiques sur le terrain. Nous encourageons le soutien au renforcement de la résilience à long terme, les actions d'anticipation face aux crises humanitaires et climatiques, l'utilisation de l'innovation et des technologies pour stimuler des systèmes agroalimentaires plus durables de la ferme à la table et pour s'adapter à l'impact du changement climatique, la gestion de la rareté de l'eau, la lutte contre le gaspillage et les pertes alimentaires pour préserver et mieux utiliser nos ressources naturelles, pour n'en citer que quelques-unes. La jeunesse est un élément clé de notre travail. Plusieurs nouvelles initiatives ont été mises en œuvre: " l’Initiative Hand in Hand/Main dans la main", une initiative fondée sur des données probantes, menée par les pays eux-mêmes, pour accélérer la transformation de l'agriculture et le développement rural durable; la Coalition en faveur de l’alimentation et, l'initiative "1000 villages numériques", pour faire progresser et améliorer les moyens de subsistance, l'agriculture, la nutrition, la santé et le bien-être de leurs citoyens. Ce sont tous des exemples concrets de solutions à long terme sur le terrain.
Conscients du rôle clé que jouent les jeunes dans notre avenir, nous faisons également participer ce groupe important à nos discussions. Un bon exemple est le Forum mondial de l'alimentation (WFF), une initiative menée par des jeunes qui a ouvert la voie à un mouvement vers l'engagement des jeunes jouant un rôle de premier plan dans la transformation de nos systèmes agroalimentaires pour une meilleure production, une meilleure nutrition, un meilleur environnement et une meilleure vie pour tous, sans laisser personne de côté!