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Le triple champion du monde Nelson Piquet décrit parfaitement le circuit urbain de formule 1 de Monaco: «C’est comme faire de l’hélicoptère dans son salon!» Il n’existe que deux avis sur ce circuit de 3,337 kilomètres qui n’offre qu’une seule possibilité de dépassement, à la fin de la ligne droite de départ et d’arrivée: certains disent que c’est de la foutaise et pour d’autres c’est le point culminant de la saison... On se demande sans cesse si cette course est encore d’actualité et s’il ne vaudrait pas mieux la supprimer. Mais ceux qui ont déjà vu et entendu rugir les bolides dans les gorges de Monaco sont toujours emplis d’enthousiasme.
Sur cet étroit circuit urbain, les coups de gueule sont fréquents. Michael Schumacher a gâché son amitié avec Fernando Alonso quand il a garé sa voiture contre les barrières de sécurité dans les dernières secondes des qualifications, de telle manière que personne n’a pu battre son temps. L’an dernier, Sergio Pérez l’a imité avec son coéquipier de Red Bull, Max Verstappen.
La pole position n’est nulle part aussi décisive qu’à Monte-Carlo. Avec de la tactique et des nerfs d’acier, il est possible de gagner sur ce lent circuit urbain (moyenne d’environ 150 km/h), même avec un matériel inférieur. C’est ce qu’a prouvé Ayrton Senna (1960-1994) en 1992, quand il a battu la Williams-Honda de Nigel Mansell malgré les moindres performances de sa McLaren-Ford.
Monaco, ce sont aussi des crashs spectaculaires, heureusement sans conséquence grave. En 1950, les hautes vagues de la mer ont inondé la piste dans la zone du virage du Bureau de Tabac; un carambolage a eu lieu dès le premier tour derrière le leader Juan Manuel Fangio (1911-1995), ce qui a mis neuf voitures hors course...
Alberto Ascari (1918-1955) s’est vraiment mouillé cinq ans plus tard, quand sa Lancia a fini dans le bassin du port. En 1965, l’Australien Paul Hawkins (1937-1969) a répété cette spectaculaire sortie de route au volant d’une Lotus; il s’en est heureusement lui aussi sorti sans conséquence grave. Depuis, des hommes-grenouilles veillent à cet endroit, malgré la triple glissière de sécurité. En 1967, l’Italien Lorenzo Bandini a eu moins de chance qu’Ascari et Hawkins. Il s’est tué en percutant un lampadaire. En 1994, un grave crash a mis fin à la carrière du pilote Sauber Karl Wendlinger: il a percuté latéralement les barrières de sécurité dans la chicane du port et est resté plusieurs semaines dans le coma. Dix-sept ans plus tard, Sergio Pérez, également au volant d’une Sauber, s’est écrasé contre la même barrière, désormais mieux protégée. Avec une entorse à la cuisse et une commotion cérébrale, il a dû renoncer à la course du lendemain.
Le contrôle n’est jamais aussi important dans une course qu’à Monaco. Si Heinz-Harald Frentzen n’avait pas perdu patience derrière le pilote Ferrari Eddie Irvine lors d’une manœuvre de dépassement impétueuse conclue par un crash, le pilote Sauber aurait probablement gagné en 1996. En effet, le futur vainqueur Olivier Panis était encore loin derrière à ce moment-là, au volant de sa Ligier.
La concentration est essentielle. En 1988, Ayrton Senna a longtemps semblé être le vainqueur au volant de sa McLaren. Jusqu’au 54e des 72 tours, il avait pris une avance de 50 secondes sur son coéquipier, Alain Prost. Afin de ne pas mettre en péril cette double victoire, le chef d’équipe, Ron Dennis, a ordonné à Senna, alors en tête, d’adopter des temps au tour plus lents. Conséquence: à 11 tours de la fin, Senna, qui s’ennuyait visiblement, a échoué dans les barrières de sécurité dans le virage du Portier, après une erreur de concentration.
La «triple couronne» du sport automobile, ce sont les victoires dans les trois courses les plus importantes et les plus diverses du monde. Soit le circuit urbain de F1 de Monaco, la course d’endurance des 24 Heures du Mans et les 500 miles d’Indianapolis. Fernando Alonso (victoires à Monaco en 2006 et 2007, au Mans en 2018 et 2019, départs à l’Indy en 2017, 2019 et 2020) et Juan Pablo Montoya (victoires à Monaco en 2003, à l’Indy en 2000 et départs au Mans en 2018, 2020 et 2021) ont failli y parvenir. Mais seul le double champion du monde de F1 Graham Hill (1929-1975), avec cinq victoires à Monaco (1963-1965, 1968 et 1969), son succès à l’Indy en 1966 et sa victoire au Mans en 1972, a réussi.
Même après 80 ans, le GP de Monaco n’a rien perdu de sa fascination. Nulle part ailleurs, on n’est aussi proche de l’action. Nulle part ailleurs, le bruit assourdissant, associé à la vitesse dans l’unique tunnel du circuit de F1, ne vous prend autant à l’estomac.