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David BOCQUET est né le 15 octobre 1972 à Annemasse, en France.
De formation hôtelière (Brevet obtenu à l'École hôtelière de Thonon-les-Bains en juin 1992), il s'est ensuite dirigé vers le monde hospitalier en intégrant la pharmacie de l'hôpital d'Annemasse (hôpital qui l'avait vu naître, 24 ans auparavant) en juin 1996 où, durant 10 ans, il a été l'assistant de 4 docteurs en pharmacie.
Il a commencé à enseigner en 1994 à l'Université populaire du canton de Genève, pour les cours du soir, et a ouvert son école en juin 2006 ; l'enseignement étant devenu une véritable passion.
La rigueur, le goût du détail, la constante recherche de la perfection et la qualité, sont des principes qu'il a développés dans ses missions antérieures et qu'il cherche à appliquer quotidiennement, dans son école de langues LFMP, (le français ma passion).
Depuis quelques années, il se penche avec attention sur nos mauvaises pratiques d'utilisation de la langue et constate qu'elles sont le symptôme d'un certain délitement de la langue française et de son expression, qu'elle soit orale ou écrite.
Son combat est donc tout tracé, et, quelque ardu et compliqué qu'il s'annonce, il pense avoir les armes pour en venir à bout.
Dont | D'où ?
[dont] et [d’où] sont deux pronoms relatifs qui pronominalisent un groupe prépositionnel introduit par [de], mais ne sont pas pleinement interchangeables.
[D’où] est utilisé lorsque la locution a une valeur spatiale, mais [dont] est toujours exclu.
L’usage de [d’où] est ainsi lié à l’expression d’une distanciation spatiale (point de départ, origine, éloignement).
L'animateur de page Facebook de la radio RTL aurait donc dû écrire :
Un homme de 40 ans, amateur de chute libre, a heurté l'aile de l'avion d’où il venait de sauter.
Ils sont Français ou Ils sont français ?
Tout le monde (ou presque) sait que la règle générale veut que le nom du pays et de celui qui y habite (l'habitant), prennent la majuscule alors que le nom de la langue (j'apprends le français) et l'adjectif (un produit français) prennent la minuscule.
Mais, dans la phrase qui nous concerne, faut-il une majuscule ou pas ?
Pour répondre à cette question, il faut se demander si le gentilé français est ici un nom ou un adjectif.
Dans cette construction, le mot est attribut su sujet, car il est précédé d'un verbe d'état (le verbe [être]). S'il y avait un article devant le mot (Ils sont des Français), nous aurions clairement affaire au nom de l'habitant et il faudrait alors mettre la majuscule, conformément à la règle pré-citée.
Mais, dans cette phrase l'article est absent, dont impossible de nous positionner sur la nature du mot français ...
Alors, nom ou adjectif?
Qu'en disent les grammaires et autres dictionnaires ?
Malheureusement, ces ouvrages passent souvent sous silence ce cas précis où le gentilé attribut est présenté sans déterminant.
Parmi ceux qui osent s'aventurer sur ce terrain, certains préconisent la majuscule, preuves à l'appui. Ils ne justifient pas vraiment ce choix, mais laissent entendre que [Français] est un nom dans ce contexte. D'autres auteurs soutiennent que la majuscule est facultative dans ce cas, parce que le gentilé peut être un nom ou un adjectif.
La réflexion devrait être la suivante :
Pour trancher ...
La réponse dépendra du sens qui sera donné à la phrase. Le plus souvent, dans une telle construction, on veut simplement indiquer l'origine ou la nationalité du concerné, sans y associer de qualité particulière.
Le gentilé est dans ce cas un nom et la majuscule sera requise.
[Gens] est un nom pluriel qui désigne un nombre indéterminé de personnes. Il est ordinairement au masculin.
Cependant, s'il est immédiatement précédé d'un adjectif (épithète), ce dernier sera mis au féminin. Toutefois, tous les autres mots dont [gens] commande l'accord et qui se retrouveront à droite, seront laissés au masculin.
Donc, dans la publication sélectionnée, l'animateur de la page du journal Le Parisien aurait dû écrire :
Pogba ne veut pas «oublier la vraie vie et les vraies gens»
Avec ou sans le [u] ?
On confond souvent à l'écrit les finales [-gant] et [‑guant]. Il est pourtant important de les distinguer car elles sont utilisées dans des natures grammaticales différentes. L'orthographe déprendra donc de la nature ...
Voici un tableau à apprendre par cœur :
Participe présent
déléguant
extravaguant
fatiguant
fringuant
intriguant
naviguant
zigzaguant
Adjectif verbal
délégant
extravagant
fatigant
fringant
intrigant
navigant
zigzagant
Malgré ? Malgré que ? Quoique ?
La locution conjonctive [malgré que] est souvent employée, dans la langue courante, pour exprimer la concession; elle est l'équivalent de [bien que] et celles et ceux qui l'emploient la font suivre d'un verbe au subjonctif.
Quand bien même elle serait présente dans les textes de grands écrivains, cette locution est critiquée par de nombreux grammairiens et par l'Académie française. Ces derniers préconisent vivement de ne pas l'utiliser et de lui préférer les locutions conjonctives [bien que], [encore que] ou [quoique].
Quant à moi, je propose effectivement de ne pas la faire suivre de la conjonction [que], mais d'un nom.
Exemple : Il vole, malgré l’interdiction d'accès dans cette enseigne.
Toutefois, [malgré que] existe, mais seulement dans l'expression [malgré que j'en aie] ou [malgré qu'il en ait] qui signifie « malgré mes (ou ses) réserves ». Cette expression désuète et réservée au style littéraire, nous vient de l'ancien sens de [malgré], qui signifiait « mauvais gré ».
« trois allers-retours » | « trois aller-retour»
En cas de doute sur l'orthographe d'un mot, le réflexe est de consulter son dictionnaire favori.
Or, les dictionnaires ne sont pas tous des références, et se contredisent parfois.
L'exemple de l'expression [aller-retour] tombe à point nommé ...
Le Dictionnaire Bordas des pièges et difficultés de la langue française donne [aller-retour] pour invariable, comme bien d’autres.
Le Bon usage privilégie la variabilité en fournissant tout de même des exemples en faveur de l’orthographe traditionnelle invariable, largement majoritaire chez les auteurs qui font office de références.
Pourquoi un usage invariable ?
[Aller-retour] ne renvoie pas à [allées et venues], sinon il n’y aurait pas de trait d’union ou, du moins, il y en aurait deux ainsi qu’une conjonction de coordination (cela a son importance pour l’opinion présentée dans le paragraphe suivant), au sens où il ne s’agit toujours que d’un bloc d’un seul aller + un seul retour.
Une autre thèse est qu’[aller] est la substantivation d’un infinitif, ce qui joue en faveur de son invariabilité – comme le faire, le manger… Dans ce sens, on pourrait justifier la « réforme » de 1990 qui donne le pluriel [aller-retours] (ce qui complique encore le débat !)… et, surtout, l’orthographe traditionnelle invariable : des aller avec un (seul) retour (pour chaque).
Dans les faits, des arguments jouent en faveur de chacune des trois possibilités, mais l’histoire de l’expression joue en faveur de l’invariabilité, avec actuellement une prédominance du double pluriel, vraisemblablement due à l’ignorance du débat et à la prise d’aller-retour comme s’il s’agissait de n’importe quel autre nom composé de deux noms lambda.
« noir » | « Noir » ??
Lorsque le mot « noir » n'est pas employé comme un adjectif, mais comme un nom commun, la majuscule est très fréquente, pour ne pas dire systématique dans la presse française.
Ainsi le journal Le Figaro écrit-il ce 16 avril 2018 « un Noir » avec une majuscule.
Mais au fait, que nous dit la norme ?
Si l’on se réfère à notre ouvrage référence en matière de langue française, Le bon usage de Grevisse, la majuscule ne s’impose absolument pas pour le nom commun « noir » désignant une personne. D'ailleurs, nombreux sont les cas, dans la presse et l’édition, où les auteurs exigent et imposent la minuscule. En effet, la majuscule n’est de règle que lorsqu'un adjectif substantivé désigne une personne en fonction de sa nation (un Français, un Japonais), de son continent (un Africain), de sa ville (un Lyonnais, un Londonien). C'est d'ailleurs ce que nous ne cessons de seriner à nos apprenants : « le pays et l'habitant = majuscule. »
Ainsi, mettre une majuscule à ce mot, équivaudrait à considérer que la couleur de la peau d’un individu le ferait d’office appartenir à un groupe; or, affirmer qu’un individu appartient à un groupe par sa seule couleur de peau, c'est la définition même du racisme.
Et c’est ce choix préoccupant que semble avoir opéré (consciemment ou pas) le journal Le Figaro ce matin.
Mon accent, mes racines
Certains Britanniques parlent avec ce que l’on appelle l’accent cockney, l’accent des ouvriers des faubourgs de Londres, les « EastEnders ».
Au Royaume-Uni, il vous suffit de prononcer une phrase et à votre accent on saura tout de suite à quelle classe sociale vous appartenez, parfois dans quelle « public school » vous êtes allé-e et même dans quelle université, au cas où vous auriez suivi des études supérieures.
Certains parents feront tout pour que leurs enfants perdent cet accent de classe en leur payant à grands frais des cours de diction où ils apprendront à parler avec l’accent de la reine et de la BBC ; une prononciation que l’on appelle RP (Received Pronunciation), prononciation officielle dans laquelle l’allongement de certaines voyelles par exemple, est tout à fait recommandé.
À terme, les enfants risquent fort de se sentir mal à l’aise, de ne pas parler comme le reste de leur famille, d’avoir l’impression d’être coupés de leurs racines. À juste titre, ils pourraient même avoir l’impression de vivre une schizophrénie linguistique et sociale.
En France, nous n’en sommes pas encore là, mais pas loin.
L’accent des banlieues, qui recoupe aussi des données géographiques, est tout aussi discriminant que l’accent cockney.
Dans un atelier de préparation au concours de Sciences-Po, au Lycée Eugène Delacroix de Drancy, une enseignante attire l’attention de ses candidats sur la manière dont ils prononcent des [d] ou les [t]. D'après elle, le [t], et surtout le [d] mouillé des banlieues, donne des indications sur l’histoire des jeunes, sur les lieux où ils vivent, sur leur milieu social, donc. Elle ne leur demande pas de le corriger mais d’en être conscients comme les Parisiens devraient être conscients qu’ils ont un accent parigot.
Le savon était par terre.
Récemment, la réflexion sur les inégalités hommes-femmes a atteint des sommets avec la nouvelle manière d’écrire notre langue. Nous avons vu arriver, tel un sauveur, le point médian, celui qui allait tout changer, qui allait tout égaliser.
Comment se faisait-il que nous n’avions pas pensé plus tôt à cette idée géniale de tout féminiser et d’écrire « artisan.e.es », « agriculteur.rice.s » ?
Nous nous demandions alors comment le jeu du scrabble allait s’adapter et comment seraient présentés les mots croisés, entre autres.
En outre, nous nous posions la fameuse et non moins essentielle question de l’accord. On nous répondait, fier comme Artaban, qu’il se ferait par la proximité, puisque la prédominance du masculin serait abolie …
Les sommets atteints n’étaient apparemment pas si hauts.
Observons pour le prouver la publication de France Info du 14 janvier 2018.
L’écriture inclusive s’assied donc (aussi) sur les pronoms indéfinis invariables ...
La faute en revient au savon : il gisait sur le sol !
Un verbe dit "essentiellement pronominal" est un verbe qui a besoin d'un pronom sujet et d'un pronom complément (d'où son appellation de verbe pronominal) que l'on ne peut supprimer (se souvenir, se suicider, s'envoler).
Le participe passé de ce genre de verbe suit la règle de l'accord en genre et en nombre avec le sujet. Le pronom complément (me, se, te), n'est alors pas analysable au point de vue du sens.
La règle est ainsi gravée dans la pierre, à nous de faire avec.
Les verbes essentiels pronominaux sont peu nombreux (une centaine), il nous suffit donc de les lire régulièrement et de rester prudents au moment d'en accorder leur participe passé.
Toutefois, et parce que nous parlons de la langue française, cette liste comprend un verbe intrus, un verbe bâtard en quelque sorte, le verbe [s'arroger]. Ce dernier se comporte comme s'il était conjugué avec AVOIR : il se comporte donc comme un accidentel pronominal. En résumé, dans cette liste de verbes essentiels pronominaux se trouve rangé un verbe qui aurait dû être flanqué dans la liste des accidentels pronominaux.
Après avoir pris connaissance de ces explications un tantinet techniques, vous serez sans conteste de mon avis pour pardonner à celle ou celui qui aura fait cette faute, le 19 août 2017 :
Ici, le participe passé du verbe [s'arroger] aurait dû, comme l'a pensé celle ou celui qui a rédigé cette publication, être accordé avec le sujet [L'Assemblée constituante]. Que nenni, [s'arroger] étant un faux verbe essentiel pronominal, c'est avec le COD antéposé que l'accord aurait dû être fait. D'où la correction suivante : [L'Assemblée constituante désirée par Nicolas Maduro s'est arrogé vendredi, les pouvoirs (...)].
Le COD étant postposé, le participe passé doit resté invariable.
L’amour des Français pour leur orthographe c’est aussi et surtout un amour masochiste !
À première vue, opter pour la majuscule ou la minuscule semble un art fort simple en français. Toutefois, et au vu des exemples ci-dessous (relevé effectué du 11 au 19 août 2017), il nous arrive parfois de ne pas parfaitement en contrôler l’usage.Les conventions existent bel et bien, bon nombre de journalistes et autres animateurs de page Facebook semblent vouloir s'en moquer.
Ce court billet est rédigé dans le but de faire le point.
Ce que dit la règle :
Les adjectifs correspondant aux noms de peuples, d’habitants d’une ville, d’une région ou d’un pays prennent une minuscule.
Ce que dit la règle :
Les noms désignant un peuple, les habitants et habitantes d’une ville, d’une région ou d’un pays doivent être orthographiés avec une majuscule.
« De futurs professeurs de français pensent qu’ils sont meilleurs en grammaire qu’ils ne le sont en réalité, puisque leur maîtrise des règles grammaticales est «fragile», selon une récente étude. »
Cette phrase est tirée d’une enquête réalisée auprès de 85 étudiants, qui a permis de documenter pour la première fois au Québec les savoirs grammaticaux de futurs enseignants de français au secondaire. La maîtrise de la grammaire chez ces étudiants, sondés lors de leur troisième année de baccalauréat, serait donc considérée comme «fragile».
Cette affirmation sonnerait comme un coup de tonnerre si elle était portée aux nues en France ou en Suisse. Mais je vous rassure, avec grande déception, la tempête ne passera pas au-dessus de nos têtes.
Cette enquête québécoise, ce matin, serait parfaitement illustrée par ce que vient de me confier une de mes anciennes étudiantes, aujourd’hui en fin de formation d’agente de police municipale à Genève.
Cette dernière n’a pourtant pas en face d’elle une formatrice novice, mais bel et bien une enseignante chevronnée ayant derrière elle une batterie d’années d’expérience.
Cette élève, ayant obtenu plus de 900 points à la certification Voltaire, une des plus brillantes que je n’ai jamais suivies, se trouve, depuis le début de sa formation, en constante remise en question forcée, à cause de cette formatrice pour le moins incompétente.
Cette remise en question est illustrée avec ce courriel reçu d’elle (l’apprenante) ce matin :
Ce que j'ai écrit: Vous dansez mieux que toute autre personne
La correction de la formatrice : tout devant un adverbe est toujours invariable.
J'essaye alors de lui expliquer ceci :
tout autre = tout à fait autre = adverbe = pas d'accord
tout autre = n'importe quel autre = adjectif = accord
Sa réponse : j'entends bien mais non c'est faux, "tout" reste invariable.
Cette illustration prouve quelque chose d’intéressant mais profondément scandaleux : qu’une formatrice soit incompétente est un fait, l’enquête québécoise est là pour nous le prouver, mais que ladite formatrice persiste et signe, devant une apprenante qui, force est de le constater, dépasse sa maîtresse, est tout bonnement inadmissible.
Cette histoire est ubuesque car ceux qui fautent obtiennent les bons résultats et ceux qui excellent obtiennent les mauvais.
Cette aventure a une fin : l’élève brillante ne pipera mot, car elle est arrivée à l’orée de sa prise de fonctions de policière et la formatrice, tout incompétente qu’elle est, continuera à se voir confier des cours de français, branche éliminatoire, dans le cadre de cette formation d'agent-e de la police municipale.
Cette situation m’est tout à fait insupportable.
À vau-l'eau
Le constat est effrayant : près de 90% des courriels envoyés par des entreprises à leurs clients contiennent au moins une faute d'orthographe (selon une étude de l'institut de formation professionnelle Demos). Ce laxisme coûte plusieurs millions d'euros par an aux professionnels.
Erreur autour du participe passé, autour de la conjugaison, de l'accord du pronom… mille sources d’erreurs possibles, y compris la fameuse erreur d’étourderie, celle qui coûte si cher.
Sur les pages Facebook des grands quotidiens et autres structures sérieuses de la place publique, je dénombre à ce jour (et ce depuis le 1er janvier de cette année), pas moins de 32 fautes …. Mille sources d’erreurs potentielles, encore et toujours !
Pourquoi tant de fautes d'orthographe et de syntaxe autour de nous ?
Ne nous voilons pas la face.
La principale cause de ce que d’aucuns nomment le péché orthographique, c'est de vivre constamment dans l'instantanéité, dans l'urgence, dans un monde où l'on doit absolument répondre à celui qui attend, le plus rapidement possible.
Dieu qu’elle est loin la glorieuse époque où tout bon dirigeant avait son assistante personnelle, celle qui était à l’affût, celle qui était douée pour repérer les fautes d’orthographe, celle qui avait suivi les cours Pigier, dans les années 60.
C'est désormais le chaos.
Une question me trotte dans la tête : peut-on vraiment faire confiance à celui qui fait des fautes d'orthographe?
Évidemment, s'il s'agit d’un de vos proches, ce petit défaut peut (éventuellement) être pardonné ! En revanche dans un cadre strictement professionnel, recruteriez-vous un candidat dont la lettre de motivation comporte cinq fautes par ligne? Croiriez-vous sur parole un consultant, fort cher payé, dont les diapositives s’apparentent à une dictée écrite par le plus mauvais des élèves d’une classe primaire ?
À l'évidence, non.
Si les fautes d'orthographe se banalisent, il ne faut en aucun cas les prendre à la légère. C'est un vrai fléau qui vous décrédibilise. Les fautes d'orthographe s’apparentent à de l’irrespect ! Les fautes d’orthographe sont repoussantes. «Un devoir criblé de fautes d'orthographe ou de syntaxe, c'est comme un visage abîmé par des verrues», a si justement écrit Bernard Pivot.
Alors, si vous vous sentez visé, de grâce, agissez … et faites-moi signe !
Le prédicat, toi notre Sauveur !
Un nouvel intitulé nous est apparu, fruit de la réflexion des linguistes, appelé le prédicat. Dans une phrase, c’est ce qui est défini par, je cite, « ce qu’on dit du sujet ».
Bien !
Par exemple, dans la phrase « Jean a façonné de magnifiques bonshommes de neige. », le sujet, c’est « Jean », et le prédicat c’est ce qui est dit sur Jean. Dans ma phase, ce qui est dit de Jean, c’est qu’il a façonné de magnifiques bonshommes de neige. Le prédicat dans cette phrase, est donc « a façonné de magnifiques bonshommes de neige ».
Simple, clair, efficace : parfait !
Il nous est ainsi conseillé d’arrêter de nous encombrer avec des notions complexes, des compléments d’objets (directs, indirects, seconds, d’agent), des compléments circonstanciels (il en existe une quinzaine environ), et tout ce jargon qui perturbait nos apprenants et n’avait que bien peu d’utilité !
Sauf que non, tout cela n’est pas si simple, désolé !
Nous avons encore (un peu) besoin de tout cela. Ne fût-ce que, par exemple, pour faire passer la pilule des fameux accords du participe passé. La fameuse règle de base qui annonce que : « Avec l’auxiliaire avoir, le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct lorsque celui-ci est placé avant l’auxiliaire ». Pour l’illustrer : « Les bonshommes que Jean a façonnÉS sont originaux ».
Donc, si on ne parvient plus à distinguer les différents compléments, comment allons-nous apprendre aux apprenants à accorder les participes passés ?
J’ai fait de nombreuses recherches et il s’avère que nous ajoutons bien une notion, le prédicat, sans toutefois enlever les autres…
De mon côté, une fois de plus, je ne perçois pas la simplification, et j’ai la nette impression que bon nombre de mes collègues non plus !
Aujourd'hui, l'écrit est sans conteste sur le point de dominer l'ensemble de l'univers professionnel. La culture de l'écrit progresse toujours plus, dans la communication, dans les services marketing ainsi que dans les services technologiques.
Etre à l’aise dans ce domaine-là est de nos jours une compétence clef qu'il faut valoriser.
Force est de constater que nous sommes confrontés à une baisse du niveau d'orthographe ; baisse qui fut assez rapide, tant en France qu’en Suisse : les jeunes apprennent moins bien l'orthographe qu'avant à l'école, pour des raisons diverses.
Lorsque ces générations arrivent sur le marché de l’emploi, elles se retrouvent en difficulté avec l'orthographe et la langue française.
La Certification le Robert permet d’évaluer d’une manière précise le niveau de français du locuteur francophone, en milieu professionnel. Elle atteste non seulement le niveau d’orthographe de ses candidats, leur capacité à bien écrire mais aussi leur capacité à bien s’exprimer, à parler avec les mots justes, avec une syntaxe et une grammaire correctes, en milieu professionnel.
Les responsables des institutions publiques commencent à prendre conscience, tout comme d'autres organisations, de l'importance de l'écrit dans les relations avec leurs usagers. Jusqu'à présent cette compétence était un peu passée à la trappe : tout le monde pensait "savoir faire". Dans les services plus opérationnels, en lien direct avec les usagers, la vigilance était moins accrue avec les écrits produits tout comme avec l'image qui pouvait être renvoyée.
Dans le cadre de leurs activités, les chargés de clientèle sont aujourd'hui eux-aussi amenés à répondre à leurs clients, à être en interaction avec eux de différentes manières : par téléphone, par courriel, par le chat.
L'importance de l'écrit dans le milieu professionnel revient inévitablement au premier plan.
Le principal enjeu pour les entreprises est économique.
Pour les salariés, c'est un gage d'employabilité : derrière cette compétence-là, réside la manière de jouer son rôle d’ambassadeur pour l'entreprise.
Dans cette série d’oppositions entre le progrès et l’ordre, l’œil et l’oreille, il faut ajouter la main et la machine. On pourrait dire que l’orthographe traditionnelle française, celle qui a été élaborée au 15ème siècle et qui est critiquée par les réformateurs est manuscrite.
On utilise peu d’accents, on ajoute des lettres dans la foulée (par exemple un [s] devant le [t] à teste / tête). Vient s’opposer la machine, c’est-à-dire les imprimeurs du 16ème siècle. Ces derniers sont non seulement des protestants, mais ils sont aussi de grands professionnels et ils savent qu’ajouter une lettre qui ne se prononce pas, c’est effectuer un geste de plus pour aller chercher le caractère dans la casse. En revanche, aller chercher une lettre accentuée, n’est pas plus fatigant qu’une lettre non accentuée. Donc, pour des raisons professionnelles, ils souhaitent une orthographe plus claire, transparente et qui n’utilise pas de lettres supplémentaires.
Au 17ème siècle en particulier, ils impriment des textes français, ceux de La Fontaine par exemple, en petits livres qu’ils diffusent clandestinement en France. Mais tout le monde au 17ème siècle a La Fontaine dans les éditions Elzevirs avec des accents circonflexes, avec des consonnes simples et ainsi de suite. Ils mettent en place cette orthographe des imprimeurs qui va être une des orthographes modernes du 17ème siècle.
On lit avec les yeux, on possède une mémoire de l’écriture, on ne prononce pas. C’est ce que d’aucuns appellent le graphocentrisme, position conservatrice que l’on connaît depuis le 16ème siècle (la mémoire visuelle). Les conservateurs de l’époque rejoignent le point de vue de la grande majorité des français. D’après un récent sondage, 82% pensent que la réforme de l’orthographe est une mauvaise chose. Lorsque l’on explique et tente de faire comprendre qu’il s’agit d’ajuster, de faire évoluer un code, les gens comprennent, mais la première réaction est totalement claire et on peut aussi la comprendre : c’est de refuser de changer les habitudes visuelles et surtout ce patrimoine culturel que l’on a acquis difficilement à l’école. On est fier, on ne veut pas s’en déprendre.
Dans un même temps, 61% des français disent que l’orthographe est une cause d’inégalité sociale. La question de l’orthographe est une tension perpétuelle, une contradiction. Que l’on ait un rapport contradictoire avec elle n’est pas étonnant. Il est vrai que les gens savent que l’on est classé socialement par l’orthographe. Envoyez un dossier d’emploi bourré de fautes et vous ne serez pas engagé. Il faut donc défendre une orthographe que l’on sait difficile et par la suite, on pourrait être normalement séduit par l’idée d’une simplification ou d’une meilleure pédagogie. Il y a là une contradiction qui est en jeu dans notre rapport à la langue écrite.
Supprimer l’accent circonflexe, c’est revenir à l’orthographe traditionnelle. Cette dernière est manuelle et n’aime pas les accents. L’accent au 16ème siècle provient des imprimeurs, des réformateurs, des philologues. L’accent est une édition de l’orthographe, on ajoute des choses. Ce qui ne gêne pas les imprimeurs car c’est le même caractère (voir l’article sur l’orthographe et les imprimeurs).
L’académie jusqu’au 17ème siècle, refuse cela : on écrit dans la lignée. C’est finalement en 1740 qu’elle a élu l’abbé d’Olivet qui est un excellent phonéticien et qui la convainc que l’on doit marquer la disparition de certaines consonnes car elles ont allongé la voyelle qui précède (tête à teste, le [è] est long sous l’accent). Olivet parvient donc à convaincre ses confrères qui finissent par adopter l’accent circonflexe.
En 1740, le [s] ou l’allongement en général comme dans [âge] qui est anciennement [aage] prennent l’accent circonflexe et du coup, l’Académie française adopte aussi l’accent grave. Sauf quand l’imprimeur a manqué d’accents graves : il n’avait en effet pas prévu que l’Académie allait passer à l’accent grave et le brave imprimeur doit commencer à composer son dictionnaire en n’ayant pas ces accents. Quand il compose évènement, il n’a pas d’accent grave : il met alors un accent aigu en pensant que personne ne remarquerait et en estimant pouvoir changer cela la prochaine édition. Voilà pourquoi on a ennuyé des générations d’écoliers qui savent que l’on prononce [évènement] comme [avènement] ou [Chevènement] et qui ont dû mettre un accent aigu. En 1990 nous avons enfin rectifié cette anomalie due à un manque de caractères ou un retard chez le fondeur en 1740. L’Académie a donc accepté l’accentuation qui était la méthode des réformateurs et elle a adopté l’accent circonflexe qui est devenu une sorte d’icône de l’orthographe car il est l’accent du souvenir, il est là pour montrer qu’il y a eu une consonne ou une voyelle disparue, il est là pour inscrire dans le temps l’orthographe, il est donc devenu admirablement conservateur : c’est l’histoire du révolutionnaire devenu préfet. De nos jours, aimer l’orthographe, c’est adorer l’accent circonflexe.
Le français est bourré d’homonymes pour une raison simple : c’est la langue romane la plus éloignée du latin. Le français, langue fortement germanisée, a subi une évolution phonétique, une érosion telle qu’elle a produit énormément d’homonymes.
Si vous prenez les homonymes de [tã] et que vous traduisez en espagnol, en roumain ou en italien, vous aurez des mots différents. Il y a donc beaucoup d’homonymes en français d’où la nécessité de les distinguer à l’écrit. On les distingue en ajoutant des consonnes, par une référence étymologique ou autres. C’est donc une différence avec d’autres langues issues du latin.
L’espagnol et surtout l’italien, ont connu des réformes non problématiques dans la mesure où ce sont des langues qui ont été écrites plus tard et qui n’ont pas cette tradition de grammaire et de dictionnaire, mais qui ont pu se réformer. On écrit l’italien actuellement à peu près comme on le prononce.
Le français est un monument de latinité perdue et reconstruite et le français est une langue qui souffre d'un besoin de désambiguïsation.
Très grand latiniste et pédagogue, il a enseigné le latin et le français à des étudiants allemands. Il sait ce qu’est la pédagogie du français, il sait aussi que l’écrit n’est pas lié à la prononciation, qu’il est décontextuel.
Il place dans le débat pour ou contre la réforme cette formule extraordinaire : « On ne lit pas à haute voix : quand on lit, c’est pour percevoir l’intelligence du sens. On lit avec les yeux ». C’est une pierre massive dans le jardin des réformateurs. Il ajoute : « Je peux lire tout un livre sans prononcer ; je n’ai donc pas besoin de la prononciation. En revanche, mon œil doit reconnaître les formes : avec [tan], je ne reconnais pas [temps]. J’en ai l’image oculaire, je sais ce que c’est. Et si je suis un intellectuel allemand de l’époque, je reconnais le latin. Quand je vois [temps], je comprends [tempus] et je comprends le mot. »
C’est-à-dire que Théodore de Bèze est dans une perspective élitiste mais c’est quelqu’un qui, après tout, savait lire et écrire à l’époque, dans une perspective latinisante, dans une perspective professionnelle.
L’orthographe est faite pour ceux qui lisent, professionnellement.
Vous pouvez voir ce personnage, accompagné de trois autres grands prédicateurs : Guillaume Farel, Jean Calvin et John Knox, tous vêtus de la «robe de Genève» et tenant la petite Bible du peuple à la main, sur le mur des réformateurs, ici à Genève, dans le majestueux parc des Bastions.
C’est au 17ème siècle qu’est fondé ce corps majeur avec la finalité d’organiser de façon régalienne, l’orthographe et de dépasser ses errances. Fondée en 1635, l’Académie française prend son temps. Elle a pour missions d’écrire un dictionnaire, et une grammaire qu’elle publiera seulement au 20ème siècle. Le dictionnaire doit choisir une orthographe ; mais l’Académie tarde. C’est Vaugelas, élu le 27 novembre 1634 au fauteuil 32, qui est chargé du dictionnaire pour 2000 livres. Il y meurt à la tâche pauvre et insolvable le 26 février 1650 : ses créanciers saisirent, dans l’espoir d’en tirer un bénéfice, les notes qu’il avait prises pour ses Remarques et pour le Dictionnaire. Il faut alors tout reprendre. Mézeray est alors mandaté. Il est historien bien plus qu’il n’est grammairien. C’est finalement en 1694 que l’Académie publie son dictionnaire et que l’on peut lire la norme orthographique. L’Académie aura alors à sa disposition 3 orthographes pour débattre :
Mézeray prend alors position en estimant que l’Académie désire suivre l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorants et les simples personnes. Cette phrase n’a pas été reprise par l’Académie en 1694, mais elle témoigne des hésitations, des incertitudes des académiciens et démontre qu’ils étaient plus intéressés par une orthographe latinisante, masculine, baroque, une orthographe de la contre-réforme. L’orthographe est donc totalement sexuée, comme le démontrent les consonnes phalliques qui s’élèvent au-dessus de la ligne.
A cette époque, Bossuet dit, comme Théodore de Bèze, grand calviniste (voir l’article à son nom plus bas) : lire, c’est lire avec les yeux et c’est comprendre des formes que l’on connaît et auxquelles on est habitués et que l’on doit comprendre parce que l’oral est ambigu. Il explique cela très bien et demande à l’Académie de prendre l’option conservatrice. Le problème c’est qu’elle le suit avec une grande ardeur et non seulement elle prend le point de vue conservateur, mais elle choisit aussi l’orthographe la plus ancienne et la plus traditionnelle, hérissée de consonnes superflues et surtout sans accents. Dans la préface de 1694, on peut lire cette formule tintée d’un grand mépris : « L’académie n’a pas cru suivre l’invention de certains imprimeurs de retrancher le [s] devant le [t] ». Elle vise par la même occasion, l’accent circonflexe qui à l’époque est le héros des réformateurs, c’est un révolutionnaire.
L’Académie en 1694 n’utilise ni l’accent circonflexe, ni même l’accent grave. [Pére] et [Mére] sont écrits avec des accents aigus. L’académie reconnaîtra ensuite que ces choix étaient catastrophiques.
Le 16ème siècle hérite de cette orthographe monumentale que certains jugent compliquée et il met en place la dichotomie (faut-il fixer l’orthographe par l’oreille ou par l’œil ? Faut-il la fixer par la prononciation ou par la référence au latin ?). Se construit l’opposition progressistes vs conservateurs, aussi vivante aujourd’hui que jamais et qui est doublée par d’autres oppositions : l’œil ou l’oreille, l’histoire ou l’actualité ?
La lecture pour tous est le point de vue de tous ceux qui veulent donner des textes saints à lire à tout le monde, réformateurs et réformées et au contraire, ceux qui pensent que l’écrit est élitiste, latin, tout simplement catholique. Toutes les composantes actuelles sont déjà présentes : la question sociale (langue de l’élite) et l’idée de cette intensité, cette profondeur à conserver ou non la langue dans son histoire. Ce qui est fascinant, c’est que tout est en place au 16ème siècle : le débat entre réformateurs et conservateurs est presque sans fin. Meigret est alors l’auteur de la première grammaire du français en 1550, note père à tous, le père de la grammaire française, celui qui en 1542 avait publié un pamphlet contre l’orthographe où il explique que l’orthographe est incohérente, qu’elle utilise des lettres superflues, qu’elle doit suivre la prononciation et qu’elle devient rigoureuse.
On peut parler du mythe d’un âge d’or qui aurait été le français du premier Moyen Âge, moment où il y aurait eu un effort quand surgit notre langue pour adapter et assimiler de plus près possible l’écriture au parler. Il s’agit là d’un très beau mythe fondateur. Ce qui est intéressant, c’est que ce mythe soit porté par les réformateurs qui sont par la même un peu réactionnaires. Beaucoup de réformateurs disent qu’il faut revenir à une belle graphie, celle du 12ème siècle. On dit qu’à cette époque, lorsque l’on s’est mis à écrire, on est passé de la parole à l’écrit. On a donc écouté la parole : il s’agissait de textes composés dits « oralement » que l’on a transcrits clairement. On aurait donc une graphie totalement transparente et simple. C’est globalement vrai. Le mot [temps] s’écrivait [ten] ou [tan] tout simplement.
Mais apparaît un autre mythe qui est celui du second Moyen-Âge, le Moyen-Âge sombre, de la fin de la période. Nous avons là une opposition bien connue des historiens entre un Moyen-Âge roman, un Moyen-Âge gothique, un Moyen-Âge clair et un Moyen-Âge obscur transcrit dans l’orthographe car à la fin du Moyen-Âge apparaissent toutes ces consonnes appelées volontiers « gothiques » qui viennent s’ajouter (consonnes surnuméraires). Les réformateurs, les historiens de l’orthographe appellent à l’élimination des orthographes pour revenir à cette graphie romane pure. C’est justement là que réside le mythe : on ne construit pas une réforme de l’orthographe sur un retour en arrière. D’autant plus qu’au 15ème siècle, les consonnes ajoutées n’étaient pas seulement pour construire quelques cathédrales gothiques, mais bien pour latiniser l’orthographe, pour la stabiliser.
Au 15ème siècle, [ten] et [tan] deviennent [temps] parce que se trouve derrière [tempus] en latin.
L’orthographe devient alors importante, prestigieuse, monumentale. C’est une prise en compte de la réalité de l’écrit. Ces scribes de la fin du Moyen-Âge pour qui les réformateurs et historiens de l’orthographe ont le plus grand mépris, avaient compris d’où venait le français. Ils avaient compris la nécessité de la stabilité de l’écrit et de sa monumentalisation. Ils n’étaient donc pas ces grimauds de collège que l’on méprise.
Lexique:
1/ Cathédrales gothiques : image > nom donné aux grands et beaux travaux.
2/ Grimaud de collège : Anciennement, nom donné aux écoliers des basses classes, aux élèves les plus ignorants. D'abord pour donner des leçons Aux grimauds et petits garçons, Il apprend si bien la grammaire.... Que le mot le plus discordant, Il le conjugue.... Le Voyage de Mercure, 1653, dans FR. MICHEL, Argot.
3/ Scribes : Terme féodal. Nom d'officiers qui étaient chargés de certaines rédactions et soumis au chancelier, et qui résidaient dans quelques villes.