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FILM B · LUDWIG VAN
FILM DE MAURICIO KAGEL ( 1970 )
avec Joseph Beuys, Günther Böhmert, Carlos Feller, Werner Höfer, Rudolf Körösi,Klaus Lindemann, Heinz-Klaus Metzger, José Montes, Dieter Roth, Herbert Schuldt, Victor Staub, Otto Tomek, Ferry Waldoff, Stefan Wewerka
© Winter & Winter 2007 München
Présentation du film par Pierre Sublet
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La trame du film est simple et jouissive : en 1970, en plein bicentenaire de sa naissance, Beethoven arrive à Bonn et déambule dans sa ville natale.
Le montage volontairement scandé et déconstruit ( basé selon Kagel sur les principes structurant des Variations Diabelli ) est rythmé par le kitsch des commémorations, la visite de la maison-musée, un voyage en bateau sur le Rhin, des analyses télévisées pédantes des œuvres…
Une fois le rire passé ( le film est souvent drôle et absurde ), il reste une charge vive et acerbe contre la récupération commerciale de cette musique, contre une certaine idéalisation de Beethoven
( contre Karajan notamment, ennemi déclaré de Darmstadt, la ville de la modernité musicale à cette époque ), et surtout une ode à la subjectivité. Car c’est un film en vision subjective ( on voit ce que voit Beethoven ), mais aussi en audition doublement subjective : on entend ce que, selon Kagel, Beethoven entendait, et mal, à la fin de sa vie.
Or, ce qui intéresse Kagel, ce sont précisément les malentendus. Pour se rapprocher de la surdité de Beethoven, Kagel filtre certaines fréquences musicales par des modes de jeu, l’orchestration, le mixage… Les déformations de timbres nous ont permis encore une fois de constater clairement, lors des enregistrements, à quel point il s’agit là d’une musique véritablement grandiose. Tous les musiciens et moi-même étions émus. Je n’avais encore jamais vécu une telle expérience.
La Chambre de musique de chambre
Une des scènes marquantes du film montre la chambre du maître de Bonn, dont les murs et les meubles sont entièrement tapissés par des extraits de sa musique de chambre, dénonçant en creux son usage commercial comme musique d’ameublement. L’idée pour la « chambre de musique », ce musée imaginaire, naissait du point de vue visuel. J’ai dit : il faut faire une chambre où il n’y a pas de dimension de profondeur, c’est tout plein. Mais en même temps, j’ai dit : toute la musique de Beethoven qu’on va voir, on va l’entendre. J’ai donc fait le film muet avant, et après, j’ai passé les séquences à un orchestre de seize musiciens qui a joué. Et on a enregistré seulement ce que la caméra avait ciblé avant… ».
Jorge Luis Borges imaginait dans Le Livre de sable un livre magique et infini, où chaque page
ne peut se lire qu’une fois avant de disparaître à jamais. « Il me dit que son livre s’appelait Le Livre de sable, parce que ni ce livre ni le sable n’ont de commencement ni de fin. » À sa manière, Ludwig van est une partition de sable, qui porte en elle les notes passées de Beethoven, mais aussi toutes les musiques futures.
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