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La Tourmente Un Arbre de Vie, T III
Un Arbre de Vie s'ouvre sur un deuil: Elisabeth-Antoinette von Gonzenbach perd sa mère à l'âge de sept ans. Elle grandit aux deux châteaux de Hauptwil, où les bonnes relations familiales soutiennent le commerce des toiles. Très douée pour le dessin, c'est pourtant le chant et le clavecin qu'elle étudie à Lyon. Elle épouse le banquier et négociant David-Emmanuel Develay, bourgeois de Genève, originaire d'Yverdon, dans le Pays de Vaud humilié par trois siècles d'occupation bernoise. Leurs deux premiers enfants naissent à Genève, ville indépendante, d'avant-garde, florissante, surpeuplée, convoitée. Une tentative de révolution échoue: les armées bernoise, sarde et française occupent la ville. Les Develay suivent leurs amis en exil et fondent avec eux la Colonie suisse de Constance. Aux approches de la Révolution française, Genève décrète une amnistie et rappelle bannis et exilés. Les Develay y affronteront de nouveaux troubles sociaux et des difficultés financières. La situation devient dramatique quand David est atteint dans sa raison par une maladie incurable et gravissime, la porphyrie. Il quitte Genève pour Yverdon.
La libération du Pays de Vaud tant attendue sert de prétexte à l'invasion française et au pillage. Quel sera l'avenir de la famille d'Elisabeth en Suisse orientale, celui de David et de ses enfants en Pays de Vaud? Quel sort attend la République helvétique devenue le champ de bataille de l'Europe?
Quelques questions à l'auteure
Après Un Arbre de Vie, tome I, 1763-1782, Exils_, (Un Arbre de Vie II, 1783-1795), La Tourmente (Un Arbre de Vie III, 1795-1801) paraît aux Éditions Bernard Campiche,
Cette série de romans raconte, avec autant de sensibilité que de précision, l'histoire d'une famille suisse enracinée au Pays de Vaud et en Thurgovie. Elle sera mêlée aux événements historiques de la fin du siècle des Lumières qui bascule dans les révolutions et les guerres._
Suzanne Deriex, comment avez-vous eu le courage de vous lancer dans un récit d'une telle envergure?
Mon projet était modeste: après la publication des Sept vies de Louise Croisier, née Moraz (L'Aire, 1986, réédition Livre de Poche Suisse, 1991) inspirées par ma grand-mère maternelle et le vignoble de Cully sur les rives du lac Léman, j'ai désiré évoquer ma famille paternelle et j'étais en train de raconter l'arrivée de ma grand-mère Martha Bachmann de Schaffhouse chez les Cuendet de Sainte-Croix dans le Jura, quand le tiroir de son secrétaire me livra la correspondance, beaucoup plus ancienne, d'Elisabeth Antoinette von Gonzenbach, née au Vieux Château de Hauptwil.
Elle avait épousé David-Emmanuel Develay, dont mon frère a hérité le portrait. Hasard ou Providence, (je ne me souviens plus qui a dit que le hasard était «Dieu passant incognito») je rencontrais sur mon trottoir François Dumur, archiviste à Cully; il avait travaillé avec un Gonzenbach à l'université de Genève, retrouva son adresse, lui écrivit, reçut aussitôt de nombreux documents accompagnés d'une lettre l'invitant à consulter Hölderlin in Hauptwil de Lothar Kempter. Le poète Hölderlin m'était connu par les traductions de deux amis, Gustave Roud et Philippe Jaccottet. Le petit livre bleu que m'envoya l'université de Tübingen décrivait admirablement la vie des Gonzenbach au Vieux Château de Hauptwil. En trouvant dans la généalogie une petite Elisabeth Antoinette, orpheline de mère à l'âge de huit ans, je repris, dans une émotion qui ne m'a pas quittée, à deux siècles de distance et à l'autre extrémité de la Suisse, le récit de L'enfant et la mort (Prix Veillon 1968) à l'endroit où il s'était interrompu.
Ne pouvant plus lire depuis une vingtaine d'années, comment avez-vous fait pour réunir l'immense documentation sur laquelle repose la trame du roman?
J'ai téléphoné aux archives, aux amis, aux membres de ma famille; par exemple, Philippe Jaccottet m'a immédiatement indiqué les pages du livre de la Pléiade où je trouverais les écrits de Hölderlin à Hauptwil; ma cousine Florence Poncet, mes brus Martine et Elisabeth Piguet et bien d'autres ont passé des heures à classer et déchiffrer de fragiles feuillets d'écritures.
Comment avez-vous procédé pour maîtriser cette saga qui s'étend sur plusieurs centaines de pages?
La passion et l'émotion ont aiguisé ma mémoire.
Vous êtes-vous rendu compte qu'à travers les romans de Un Arbre de Vie, vous nous donniez une passionnante leçon d'histoire?
Je l'ai moi-même reçue. Allant de découvertes en découvertes, je les ai partagées avec mes lecteurs: par exemple, l'exil en 1782 de nombreux Genevois qui se regroupèrent à Bruxelles et en Irlande avant de fonder la Colonie suisse de Constance. Des documents de grande importance, comme la correspondance de Frédéric-César Laharpe en 1798 et l'éditorial de Heinrich Pestalozzi dans la Feuille helvétique, me sont parvenus pendant la rédaction de La Tourmente et m'ont obligée à modifier certains chapitres. En apprenant les circonstances de l'invasion française, l'écrasement de mon pays, sa misère, sa détresse, j'ai compris sa volonté de neutralité. La correspondance familiale m'a fait connaître la mentalité de cette époque et les liens ancestraux qui unissent la Suisse alémanique à la Suisse romande. Néanmoins, je n'ai pas encore répondu à la question qui me hante depuis l'enfance: pourquoi les lecteurs de l'Evangile n'en saisissent-ils pas les promesses? Et pourquoi, après avoir suscité tant de vocations humanitaires, la flamme du Réveil religieux qui embrasa le XIXe siècle est-elle presque éteinte?
Elisabeth, ses enfants et leur descendant ont encore beaucoup à m'apprendre.
Cully, le 14 décembre 2001
[...] Née à Yverdon, Suzanne Deriex séjourne souvent dans la famille de sa mère, les Fauquex, à Riex. D'où son pseudonyme. Elle s'appelle en réalité Suzanne Piguet-Cuendet. Après des études de théologie, importantes pour son oeuvre, mais qu'elle abandonne «pour manque de ferveur», elle entreprend des études de mathématiques à Lausanne et Bâle. [...]
Un Arbre de Vie et son troisième épisode La Tourmente ne sont pas qu'une saga familiale avec ses lieux, ses dates, ses mariages, ses décès, ses naissances. Suzanne Deriex donne vie aux personnages et aux époques. [...] (Georges-A. Nippell, Chronique de Lavaux, 02.11.2001)