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En campagne pour les élections fédérales, les partis ne sont pas tous logés à la même enseigne financière -et ne font pas tous preuve du même souci de transparence. L'écart entre les moyens dont disposent les trois grands partis de droite (UDC, PLR et PDC) et ceux dont doivent se contenter les partis de gauche (PS, Verts, groupes de la "gauche de la gauche") est effarant : les partis (de droite) les plus riches peuvent consacrer jusqu'à vingt fois plus d'argent à faire campagne que les partis (de gauche) les plus fauchés. Certes, on n'en est pas encore tout à fait dans la situation où les votes populaires sont totalement déterminés par les moyens dont disposent les partis (sans quoi la gauche ne réussirait jamais ni à gagner un référendum, ni à gagner une élection -or elle y arrive tout de même...), mais on est déjà dans une situation où la liberté du choix démocratique est restreinte par l'inégalité des ressources consacrées à l'influencer.
Plus un parti a de l'argent, moins il tient à ce qu'on sache d'où il vient...
On ne sait toujours pas grand chose du financement de partis politiques par des entreprises : en juin 2014, une proposition du Conseiller aux Etats Thomas Minder (indépendant), exigeant la publication des dons de plus de 10'000 francs faits par des entreprises cotées en bourse à des partis politiques a été refusée par le Conseil des Etats, après l'avoir été par le Conseil National. Seule la gauche l'avait soutenue. Ce type de dons à des partis politiques se monte, au total, à des millions de francs mais seules trois entreprises privées annoncent clairement quels partis elles soutiennent, et de quel montant UBS, le Crédit Suisse et Roche. La Suisse et la Suède sont les seuls Etats européens à ne pas légiférer sur le financement des partis politiques. Or avant même que les citoyennes et les citoyens n'aient conscience que ces élections approchaient, les partis politiques avaient déjà dépensé des millions de francs en "pré-campagnes" -l'UDC a elle seule en ayant dépensé presque autant (1,2 million) pour sa "pré-campagne" que le PS a prévu d'en dépenser (1,4 million) pour la totalité de la pré-campagne et de la campagne.
"Permettre aux partis de lutter à armes légales" serait déjà une avancée, écrit la secrétaire générale du PS Suisse, Leyla Gül. Il conviendrait ensuite de rendre publics les comptes de campagne des partis politiques, comme cela est supposé être le cas à Genève (mais comme ceux qui se refusent à cet exercice n'encourent aucune sanction, le respect de cette disposition relève du bon vouloir des partis...). Parce qu'il n'est pas insignifiant de savoir qui finance les campagnes politiques des uns et des autres, et quel est le montant de ces financements. Il n'est pas insignifiant de savoir combien les grands lobbies privés (les pharmas, les assurances-maladies, les milieux immobiliers) versent aux partis qui défendent leurs intérêts. Pas insignifiant de mettre à jour les liens d'intérêts réels, les dépendances politiques et financières. Pas insignifiant de savoir qui finance les partis pour qui on vote, qui a fait don de combien (les dons sont déductibles fiscalement, jusqu'à une certaine limite), qui soutient ou combat les propositions soumise au peuple, et à quel prix.
Au cas où, le PS a rendu son budget public, et demandé aux autres partis d'en faire autant. Mais on vous dit ça comme ça, hein, pas pour se faire mousser. Juste pour illustrer que l'inégalité des ressources est en raison inverse de l'inégalité de transparence sur les ressources. En clair : en politique, plus on a de pognon, moins on a envie que ça se sache et qu'on sache d'où il vient. On se demande pourquoi. Ouais, vraiment, on se demande.
On a des interrogations très con, des fois.