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18 mois avec sursis: la justice tessinoise a reconnu Franco Verda coupable de corruption passive et de violation du secret de fonction. Mais l'ex-juge obtient le sursis par égard pour sa grave maladie et sa longue carrière. L'Italien Gerardo Cuomo, lui, est condamné à dix mois avec sursis et cinq ans d'expulsion pour complicité.
Le tribunal correctionnel de Lugano ne s'est pas laissé impressionner par la personnalité de l'ancien haut magistrat Franco Verda. «Les actes que vous avez commis sont extrêmement graves, a dit la présidente. Ils ne peuvent se justifier ni par votre situation personnelle ni par les difficultés financières de votre épouse». La Cour n'a donc pas suivi l'avis du psychiatre qui avait conclu à une responsabilité diminuée.
Les enregistrements des écoutes téléphoniques ont été déterminants pour le tribunal. Effectuées par la police anti-mafia de Bari, les écoutes ont révélé la teneur des discussions échangées entre Franco Verda et le contrebandier présumé Gerardo Cuomo.
Le jury est parvenu à la conviction profonde que l'ex-juge, pour sortir sa femme du marasme financier dans lequel elle se débattait, avait chargé Gerardo Cuomo, alors son grand ami, d'intercéder auprès du boss italien Francesco Prudentino.
En échange du service rendu par le juge Verda qui promettait de lui restituer une partie de ses fonds bloqués au Tessin, Francesco Prudentino aurait dû en laisser la moitié au magistrat, soit 800'000 francs.
Pour commettre cet acte de corruption, Franco Verda a en plus violé à plusieurs reprises le secret de fonction. Il a révélé à Gerardo Cuomo les dessous de la procédure de déblocage dont il s'occupait. Il l'a constamment tenu au courant. Il l'a averti lorsque le coffre loué par Francesco Prudentino dans une banque tessinoise a été retrouvé vide.
L'ex-juge est allé plus loin encore en proposant au procureur, qui avait bloqué les comptes bancaires du boss, de parvenir à une transaction favorable à Francesco Prudentino: 1,6 million de francs pour lui et 1,3 à l'Etat.
En revanche, la Cour n'a pas retenu l'accusation d'entrave à l'action pénale. Cela dit, la présidente a déploré les mensonges proférés par l'ancien magistrat durant tout le procès. Une sévérité qui ne semblait pas laisser de place au sursis.
Mais cette indulgence a été octroyée à Franco Verda par respect pour une carrière de 30 ans qui avait toujours été sans taches jusque-là. Et également par égard pour son état de santé. Le tribunal a estimé que l'ex-juge avait déjà été suffisamment puni par la destitution de sa fonction, le retrait de sa caisse de pension et l'humiliation d'un procès public et médiatique.
Gerardo Cuomo, lui, a été reconnu coupable de complicité en corruption passive pour avoir activement aidé son ami juge à mettre au point l'accord proposé à Francesco Prudentino. Un accord qui, soit dit en passant, n'a pas été respecté, l'argent n'ayant jamais été versé.
L'Italien en revanche a été blanchi de l'accusation d'infraction à la loi fédérale sur les étrangers pour avoir violé la mesure d'interdiction d'entrée en Suisse. Prononcée en 1998 à Berne, cette mesure est anticonstitutionnelle selon le tribunal tessinois.
Gerardo Cuomo a donc été condamné à dix mois de détention avec sursis. Il en a purgé davantage depuis son arrestation en mai dernier. Un bonus qui devrait lui être reconnu par la justice italienne à laquelle il sera livré ces prochains jours. Le 17 juillet, il doit comparaître devant un tribunal de Bari (Pouilles) pour association de malfaiteurs liée à la mafia.
Gemma d'Urso, Lugano