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Chasse à l’homme a beau être une commande de la Fox – dans un premier temps proposée à John Ford, et écrite par Dudley Nichols scénariste régulier de l’auteur des Raisins de la colère, il s’agit bien sûr pour Fritz Lang d’exprimer dans ce film des convictions politiques personnelles. Le cinéaste veut absolument persuader les spectateurs américains du caractère intenable d’une prudente neutralité des Etats-Unis devant les agressions et les invasions hitlériennes en Europe, et l’urgence de venir en aide à l’Angleterre déjà engagée dans une guerre contre l’Allemagne. Chasse à l’homme est également un film dont le budget relativement faible et l’importance mineure aux yeux de Darryl F. Zanuck patron de la Fox permettra à Lang de bénéficier d’une grande liberté artistique et d’imposer sa vision de cinéaste, signant ainsi l’un des meilleurs titres de sa période américaine.
(...) Lang ne réalise pas un film de propagande, mais une œuvre romanesque, au déroulement imprévisible et au rythme trépidant. Chasse à l’homme est à la fois une réflexion sur la violence et une leçon de mise en scène. Le film débute sur une idée géniale : un homme a la possibilité de tuer Hitler en 1939, et donc de changer le cours de l’Histoire. Les assassinats politiques n’étaient pas pratiqués par les Alliés, il s’agit donc d’une pure idée de romancier – Chasse à l’homme est adapté d’un livre – puis de scénariste et de cinéaste. Cette hypothèse ouvre des perspectives vertigineuses, elle est caractéristique du cinéma de Lang. Si ce dernier condamne la violence, il pense aussi que « seule la violence aide où la violence règne » et expose avec clarté cette théorie dans Chasse à l’homme.
Le titre du film expose le mouvement du récit, dans lequel le chasseur devient gibier, puis réintègre son rôle en éliminant un nazi – pas Hitler lui-même, mais son ennemi qui est également son double négatif, à la fois Némésis et alter ego, Quive-Smith, le personnage interprété par George Sanders.
(...) Chasse à l’homme est une démonstration parfaite du génie de Lang, un chef-d’œuvre à revisiter sans cesse.
Olivier Père, Arte TV