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Le capitalisme vert prétend offrir tout une gamme de solutions, souvent technologiques, pour atténuer le réchauffement climatique. Retour sur les limites et effets néfastes du capitalisme vert.
Envoyer des « particules métalliques réfléchissantes dans la stratosphère » ; déployer des « voiles solaires réfléchissantes tendues dans l’espace » ; « Filtrer le CO₂ de l’air au moyens d’arbres artificiels, puis (…) le stocker de manière sûre sous terre » ; enfin, « ensemencer les océans avec du fer » : cette liste de fausses solutions figure sous le titre « Génie climatique » dans une nouvelle publication de l’Académie suisse des sciences techniques (SATW) sous mandat de la Confédération. On y trouve aucune mention de la démesure des moyens à mettre en œuvre. Par exemple, en plus d’être inefficace, l’ensemencement des océans nécessiterait de mobiliser plus que la totalité de la flotte mondiale ; il entraînerait les conséquences que l’on imagine en termes d’extractivisme ainsi que des effets inconnus sur les milieux marins. Quant à la proposition très en vogue de capturer et enfouir le CO₂, elle serait cataclysmique en cas d’accident au niveau du stockage.
Ces délires démontrent un entêtement et une foi inoxydables en des solutions techniciennes, régulièrement invalidées scientifiquement. Qui est derrière ces délires ? Déjà au moment du sommet de Rio en 1992, l’Académie des Sciences US publiait un papier du vice-président de General Motors proposant des solutions insensées de géoingéniérie pour contrer le réchauffement, comme le déploiement de 50 000 miroirs en orbite autour de la terre ou de milliards de ballons en aluminium remplis d’hydrogène dans la stratosphère. Au sein des conférences sur le climat de l’ONU, l’industrie fossile reste présente, appuyée par la plupart des États, et a tout fait pour promouvoir des options qui soient compatibles avec le maintien de ses profits. En 2015, à Paris, le hiatus entre les constats accablants faits par le GIEC et la faiblesse des objectifs en termes d’engagements est devenue encore plus patent. Après 25 ans de négociations, les émissions de CO₂ dépassent de 60 % celles de 1992, et, malgré l’accord de Paris, les mesures proposées par les gouvernements induisent un réchauffement de plus de 3º C !
Diktats absurdes
Tous les gouvernements « se sont soumis aux diktats absurdes de l’accumulation du capital. En particulier ceux des multinationales de l’énergie fossile, dont l’objectif n’est pas le passage aux renouvelables pour le bien de l’humanité et de la nature, mais le profit avant tout », comme le rappelle Daniel Tanuro. Ainsi le capitalisme oscille entre deux pôles, celui du négationnisme climatique encore bien vivace comme on le voit ici avec l’UDC, et celui d’une « économie verte » s’appuyant sur une absurde « croissance durable ». Ces deux pôles correspondent parfois à des secteurs capitalistes différents, mais qui obéissent à une même logique de profit et d’accumulation.
On comprend qu’il est plus rentable de continuer à détruire la biosphère, notamment par les activités extractives, tout en offrant en parallèle des emplâtres technologiques ou des mécanismes financiers incitatifs sources de nouveaux bénéfices. Raser des forêts primaires riches de biodiversité et leur substituer ailleurs des monocultures avec des intrants et d’OGM, découlent de la même logique, totalement opposée à celle d’une agriculture vivrière respectueuse de la biosphère et au réensauvagement nécessaire.
Laisser les fossiles dans le sol… Mais les fissiles aussi !
Inaugurant l’ère des catastrophes durables avec l’explosion du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl il y a exactement 35 ans, confirmée par la destruction de trois des réacteurs de la centrale de Fukushima il y a 10 ans, la fission atomique est présentée comme faisant partie de la solution face à la nécessité de réduire drastiquement les émissions de carbone. Une récente offensive sur les réseaux sociaux en France tente de redorer le blason de cette industrie mortifère, profitant de l’éco-anxiété générée par la menace climatique. Notamment, les nucléocrates se targuent du fait que les scenarii retenus dans le résumé du rapport du GIEC de 2018 incluent l’énergie nucléaire dans le mix énergétique. Ils oublient de préciser qu’un renouvellement massif du parc nucléaire n’est faisable ni techniquement, ni politiquement. Sans compter le caractère durable de la contamination imperceptible, les maladies induites touchant les générations à venir, chargées en prime de surveiller les effroyables déchets d’une industrie du passé. Le nucléaire est une épée de Damoclès supplémentaire sur nos têtes, il est urgent de l’arrêter.
La liste des fausses solutions est bien plus longue, certaines sous couvert de transition énergétique. Face à ces tromperies, il est urgent de secouer les consciences, surtout si pour beaucoup « il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme » !
Sébastien Bertrand