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Face à la psychose de la vache folle, la Suisse vient de suspendre l'importation de bovins d'élevage, dernière d'une série de mesures de sécurité prises depuis 1990. Mais, elle n'a jamais cessé d'importer des aliments carnés
Les autorités suisses veulent en avoir le cœur net. Trop de confusion et d'incertitudes entourent encore la maladie de la vache folle. Raison pour laquelle, l'Office fédéral de l'agriculture vient de suspendre les importations de bovins destinés à l'élevage. Et ceci quel que soit leur pays d'origine.
C'est la toute première fois que la Suisse prend une telle décision. Avant tout d'ordre psychologique, elle est destinée à rassurer la population.
Cela dit, l'importation de viande de bœuf, elle, continue. Pourtant, là aussi, la question d'une suspension sinon d'une interdiction pourrait se poser.
Suite à son premier cas de vache folle enregistré en novembre 1990, la Suisse a en effet déclaré les cerveaux bovins et les moelles épinières impropres à la consommation humaine.
«Toutes les recherches ont prouvé que les sources d'infection de la maladie de la vache folle se trouvent dans ces organes», souligne Heinz Müller porte-parole de l'Office vétérinaire fédéral.
En 1993, la Suisse a renforcé ses normes de sécurité dans le domaine de la stérilisation des organes à risque destinés à la fabrication de farines animales. Enfin, trois ans plus tard, elle a totalement interdit leur utilisation.
Sur le plan intérieur, la Suisse s'est donc montrée particulièrement stricte dans la mise en œuvre de ses principes de sécurité. Tel n'a pas été le cas sur le plan extérieur. En effet, la crise de la vache folle ne l'a jamais empêchée de poursuivre ses importations de viandes et de produits alimentaires carnés en provenance notamment de l'Union européenne.
Une situation surprenante. D'autant plus qu'en matière de lutte contre l'ESB, certains pays se sont montrés nettement moins vigilants que la Suisse.
Ainsi, l'Italie ou l'Allemagne n'ont jamais écarté de la chaîne alimentaire les organes susceptibles de contenir des prions. Autrement dit l'agent de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et sa variante humaine, la maladie de Creuzfeld-Jacob.
«En effet, l'Union européenne n'avait pas légiféré en la matière, confirme Heinz Müller. Les pays qui n'avaient pas enregistré des cas de maladie de la vache folle n'étaient pas dans l'obligation d'éliminer les organes à risque.»
C'est désormais chose faite. Depuis le 1er octobre, contaminés ou non, tous les pays de l'Union européenne doivent procéder à l'élimination de ces organes.
Les scientifiques affirment qu'ils n'ont jamais trouvé de prions dans le muscle, autrement dit, que la viande n'est pas une source de contamination. Raison pour laquelle la consommation de produits carnés d'origine bovine est toujours autorisée.
Le consommateur est toutefois en droit de se demander quels sont les risques de contamination susceptibles d'intervenir dans les abattoirs et notamment dans ceux des pays qui n'éliminent pas les organes jugés dangereux.
«Deux études réalisées en Suisse prouvent que ce risque est quasi nul, rassure Heinz Müller. Les techniques d'abattage étant similaires dans les pays voisins, on peut estimer que, même dans les régions où les cerveaux et les moelles épinières ne sont pas éliminés, ils ont peu de chance de contaminer la viande.»
Reste que, pour l'heure, les scientifiques ne sont pas en mesure de quantifier la quantité de prions suffisantes ou nécessaire pour entraîner une contamination.
Et Roland Charrière, responsable du service des denrées alimentaire d'origine animale à l'Office fédéral de la santé publique, de minimiser l'ampleur du risque. Il faut noter que les importations de viande bovine ne représentent pas plus de 5 pour cent de la consommation suisse. Et la plus grande partie de cette viande provient de pays outre-atlantique.»
Durant ces années marquées du sceau de la vache folle, la Suisse a également importé des préparations alimentaires contenant de la viande bovine, tels que les saucissons, les terrines ou encore les pâtes farcies.
«Dans ce domaine, il est vrai que nos moyens de contrôle étaient particulièrement restreints, avoue Heinz Müller. Afin de limiter les risques, nous avons toutefois exigé que les exportateurs respectent les normes suisses et n'introduisent pas dans le pays des aliments susceptibles de contenir des organes à risque.
«La Suisse importe très peu de produit en provenance de l'Allemagne, précise Roland Charrière. L'Italie fournit surtout des spécialités séchées. La gamme en provenance de la France est de loin la plus large.» Et dans l'hexagone, les organes dit «à risque» n'ont été interdits qu'en 1996.
Cette année, la mise sur le marché d'un test allemand, capable de mesurer la présence de matière nerveuse dans les préparations de viande, a enfin permis de vérifier la composition des aliments importés.
La première campagne de test a été réalisée durant l'été. L'Office vétérinaire fédéral a été chargé d'analyser les produits prélevés dans les magasins des divers cantons suisses. Au total, une centaine d'échantillons ont été analysés.
«C'est peu, admet Heinz Müller. Mais auparavant, nous devions nous contenter des certificats vétérinaires attestant que les produits étaient conformes à la législation suisse »
Résultat: sur la centaine de produits testés aucun ne présentait des traces d'organes à risque. Une seconde campagne d'analyse est en cours de réalisation en Suisse. Les résultats seront connus d'ici au début de l'année prochaine.
Vanda Janka