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Les cinéphiles se souviennent de Tambour battant, un film français réalisé par Georges Combret en 1952, sorti en 1953, qui traitait de la rivalité existant entre Albert Gambier, chef de la fanfare municipale et la formation de jazz, animée par Jacques Hélian, provoquant bien des aventures comiques dans cette petite ville de province. Tout se terminait en chansons, grâce à l’amour unissant Jimmy, le compositeur de la formation et Nicole, la fille de Gambier.
Les spectateurs suisses avaient été très séduits par la comédie dramatique suisse-allemande réalisée par Petra Volpe, sortie sur les écrans helvétiques en 2017 et qui retraçait la mobilisation des femmes d’un petit village au sujet de la votation du 7 février 1971 sur l’attribution du suffrage féminin en matière fédérale.
Entre ces deux films, on découvrait Azzurro, de Denis Rabaglia, en 2002 qui, à travers son portrait de Giuseppe, rappelait un chapitre important de l’histoire suisse contemporaine avec la vague d’immigration de travailleurs italiens venus nombreux du Sud de l’Italie, en particulier des Pouilles, travailler en Suisse dans les années soixante et septante.
Prenez la trame du premier, en l’agrémentant de l’intrigue du deuxième et en le saupoudrant de la trame du troisième et vous obtenez le dernier film de François-Christophe Marzal, Tambour battant.
En ce début du printemps 1970, le petit village valaisan de Monchoux, village bucolique, niché à flanc de montagne, les habitants ont à priori tout pour être heureux – donc, Monchoux, village fictif mais qui fait allusion à une rivalité bien réelle entre deux fanfares qui a ébranlé le village de Chermignon – connaît une agitation inhabituelle. Est-ce à cause de la votation sur le droit de vote des femmes dans une bourgade où la plupart des villageois affichent des idées conservatrices et misogynes ? Ou à cause du prochain référendum sur le renvoi des étrangers, une manne bien utile, corvéable et bon marché pour effectuer les vendanges ? Nenni non point ! Les tensions croissantes qui agitent la quiétude de Monchoux proviennent de l’incapacité de la traditionnelle fanfare du village à progresser alors que la formation est candidate pour se présenter et avoir l’honneur de représenter leur commune au Festival fédéral des fanfares qui aura lieu prochainement.
Les dissensions entre les musiciens de la fanfare augmentent : certains membres pensent qu’il faut changer de chef d’orchestre et qu’Aloys (Pierre Mifsud), le chef de la troupe, fait stagner le niveau de la fanfare; d’autres musiciens restent solidaires
Bref, la situation est au bord de l’implosion !
Pour remonter la qualité de l’interprétation, certains musiciens ont pris les devants en contactant Pierre (Pascal Demolon), un gars du village, musicien, parti faire sa vie à Paris. Pierre est censé diriger une seconde fanfare et lui insuffler un souffle nouveau pour reprisenter Monchoux à l’audition susceptible de qualifier Monchoux pour aller jouer à Berne. Piere retrouve son père (Jean-Luc Bideau) dont la communication lacunaire créé des malentendus qui finiront par se dissiper.
L’opposition entre les deux fanfares sera politique, musicale, et amoureuse.
Tambour battant propose une comédie sympathique, sur un rythme vif et énergique qui aborde des sujets primordiaux du début des années septante : la votation sur le droit de vote des femmes, jusqu’alors cantonnées aux fourneaux, à l’éducation des enfants et à dépendre financièrement des maris; les ouvriers étrangers et leur renvoi dans leur pays d’origine dans le contexte terrible de l’ère James Schwarzenbach qui distillait un climat xénophobe et haineux à l’égard des ouvriers étrangers …
La rivalité entre les deux fanfares est le sommet de l’iceberg : de vieilles querelles personnelles, politiques et amoureuses semblent profondément ancrées dans l’histoire du village et vont alimenter ce conflit larvé entre les deux fanfares du village.
Pour ce faire, il fallait au réalisateur, genevois d’adoption, des musiciens vien véridues : François-Christophe Marzal a sollicité les membres de l’Edelweiss d’Orsières et de la Fanfaribole, fanfare du Conservatoire de Sion qui restituent avec brio, par le biais de répertoires poussiéreux et lénifiants d’une part et de répertoire audacieux et enjoués d’autre part, les tensions qui cristallisent la rivalité entre deux formation.
Outre une cinquantaine figurants valaisans qui en viennent aux mains pour la bagarre, le film est servi par des acteurs qui se glissent fort bien dans la peauxde leurs personnages. Parmi eux, mentionnons Sabine Timoteo, Amélie Peterli, Giuseppe Oricchio, Roland Vouilloz, Pierre-Isaïe Duc, Werner Biermeier, François Florey, Florence Quartenoud, Philippe Mathey, tous excellents.
Au lendemain de la Grève des femmes le vendredi 14 juin 2019, cette fiction Point Prod, coproduite par la RTS, rappelle que les droits des femmes étaient loin d’être acquis au début des années septante, et encore moins les droits des étrangers. Tambour battant offre du cinéma populaire de qualité mais qui semble vouloir toucher à plusieurs problématiques en même temps et ne fait que les effleurer. Dommage !
Ce long métrage de 130 minutes est sur les écrans romandes et sera ensuite diffusé en 2020 sur la RTS.
Firouz E. Pillet
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