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Comment un commis de chancellerie au Département fédéral de l’économie publique à Berne, menant une vie sans relief, décrit par ses supérieurs et ses collègues comme un homme « effacé, silencieux, timide », à l’attitude « humble et modeste », a-t-il pu réaliser une création aussi grandiose et délirante au cœur d’une châtaigneraie isolée, aux confins reculés de la Suisse, au début des années cinquante?
Armand Schulthess (1901-1972) choisit de larguer les amarres à l’âge de cinquante ans, renonçant à une situation professionnelle sûre. Il quitte définitivement Berne pour s’installer dans sa propriété tessinoise d’Auressio, petit village de Suisse italienne situé au-dessus de Locarno. Célibataire, il décide en 1951 de se retirer du monde et de mener une vie indépendante, à l’écart de la société.
Sur ses terres, où poussent généreusement vignes et châtaigniers, Schulthess mène une existence indigente, sans eau chaude, ni chauffage, ni commodités, et tente de vivre en autarcie en cultivant son jardin et en élevant quelques chèvres. Il passe ses journées principalement à l’extérieur, tissant des liens privilégiés avec la nature et le cosmos ; sa forêt devient lieu de contemplation, de méditation et de création. La rupture qu’il choisit, professionnelle et sociale, mais aussi physique et mentale, lui permet de laisser libre cours à son imagination. Le quinquagénaire se lance alors dans une expérience artistique et philosophique des plus extravagantes, qui durera plus de vingt ans et ne prendra fin qu’à sa mort, en 1972.
L’œuvre contestataire d’Armand Schulthess est restée lettre morte. Le vieil homme est retrouvé un matin de 1972, dans son jardin, décédé à cause du froid ou suite à une chute du haut d’un rocher. L’année suivante, les autorités tessinoises et les héritiers d’Armand Schulthess vident sa maison, brûlent et détruisent son œuvre dans un geste iconoclaste. Seules quelques personnes particulièrement sensibles à cette création débridée – Ingeborg Lüscher et Harald Szeemann, Hans-Ulrich Schlumpf, Theo Frey, Muriel Olesen et Gérald Minkoff, Daniel Spoerri – ont sauvegardé des témoignages de cette splendide incantation aujourd’hui disparue.
L’exposition « Armand Schulthess. Le Jardin encyclopédique » est présentée à Lugano, au MASI, du 19 mars au 19 juin. Vernissage le 18 mars à 18h.
Armand Schulthess. Il giardino enciclopedico
Nel 1951 nella vita di Armand Schulthess (1901-1972) si verifica un cambiamento radicale: all’età di cinquant’anni si dimette e lascia il posto di contabile presso l’Amministrazione federale a Berna per esiliarsi ad Auressio, in Valle Onsernone.
L’autore di Art Brut organizza la sua proprietà creando una vasta rete di sentieri, passerelle e punti di osservazione. Agli alberi appende oltre un migliaio di placche di metallo che copre di iscrizioni riguardanti la psicanalisi, l’astronomia, la matematica, la sessualità, la meccanica, la musica, la cucina e il cinema.
La vasta installazione labirintica si dispiega a cielo aperto, in piena natura, come un delirante giardino della conoscenza. Schulthess si consacra per oltre vent’anni, fino alla morte avvenuta nel 1972, alla realizzazione del suo progetto poetico.
Artisti e intellettuali svizzeri sono stati affascinati da Armand Schulthess e dalla sua opera stupefacente e dissidente. Alcuni hanno salvaguardato una parte degli oggetti di questo singolare luogo che oggi si trovano in mostra: tra loro figurano il curatore di mostre Harald Szeemann e sua moglie Ingeborg Lüscher, il fotografo Gérald Minkoff e la moglie, l’artista Muriel Olesen, il regista Hans-Ulrich Schlumpf. Impressionato, Max Frisch si ispira a Schulthess per uno dei suoi romanzi, Corinna Bille, recatasi nel giardino di Schulthess, racconta della visita in una delle sue novelle.
Questa retrospettiva riunisce numerosi assemblaggi di placche metalliche ricoperte di scritte, libri realizzati da Schulthess, nonché collages e fotografie del giardino fatte da Ingeborg Lüscher, Gérald Minkoff e Hans-Ulrich Schlumpf. Il film documentario realizzato da quest’ultimo, intitolato Armand Schulthess – J’ai le téléphone (1974, 53’), è proiettato in maniera permanente durante la mostra.
Lucienne Peiry, curatrice della mostra