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Marguerite & Julien
La cinéaste a puisé son inspiration dans un fait réel qui se déroula au 17e siècle: «Julien de Ravalet naît en 1582 et Marguerite en 1586 au sein d'une famille qui compte onze frères et sœurs. Rapidement, leur complicité fraternelle se mue en amour platonique, qui contraint leurs parents à les séparer. Ils envoient Julien au Collège de Coutances à treize ans. Trois ans plus tard, au retour de Julien, Marguerite a été mariée à Jean Lefevre de Haupitois, plus âgé qu'elle de trente-deux ans, le 20 mars 1600 en l'église Notre-Dame de Tourlaville. Non noble, sa richesse provient de la charge de collecteur de l'impôt royal.
Le mariage de Marguerite n'est pas heureux et elle fuit le château conjugal, pour retrouver son frère. Ils se cachent à Fougères puis à Paris. Arrêtés le 8 septembre 1603, sur demande de Jean Lefevre, ils sont jugés pour adultère et inceste, accusations qu'ils nient, et condamnés à la décapitation. Malgré une requête de grâce de leur père, ils sont exécutés le 2 décembre 1603 au matin, en place de Grève à Paris, après que Marguerite a accouché.» (sources : Encyclopédie Bordas)
Cette terrible histoire a inspiré bien des artistes et Valérie Donzelli ne fait qu’ajouter son nom à une liste déjà conséquente: un tableau attribué à Pierre Mignard, Marguerite et les amours, représente une châtelaine entourée d'angelots, mais n'en regardant qu'un, aux ailes rouge sang. Le drame a inspiré Jules Barbey d'Aurevilly, auteur d’Une page d’histoire. Par la suite, l'histoire de Marguerite et Julien de Ravalet sert d'inspiration à la série de romans La Florentine de Juliette Benzoni, dont le premier tome est paru en 1988. L'héroïne, Fiora, est la fille de Jean et Marie de Brévailles, un frère et une sœur incestueux dont l'histoire ressemble très fortement, pratiquement dans les moindres détails, à celle de Julien et Marguerite de Ravalet.
Enfin, Jean Gruault a écrit pour François Truffaut le scénario Julien et Marguerite, projet abandonné en 1973 puis repris en 2015 par Valérie Donzelli sous le titre Marguerite et Julien.
Interprété par Jérémie Elkaïm et Anaïs Demoustier, ce drame sentimental raconte comment la passion dévorante qui unit une soeur et un frère leur vaut d'être pourchassés par la société bien-pensante. Cette oeuvre recèle une intensité émotionnelle forte, un "mélange d'imaginaire et de réalité" comme l’a mentionné la cinéaste au Festival de Cannes.
Ouvrant son film avec une scène d’un dortoir de jeunes filles qui soupirent et simulent un orgasme après avoir entendu l’histoire de Marguerite et Julien, Valérie Donzelli a choisi de décloisonné les contraintes temporelles au nom de la sacro-sainte licence artistique qui est, certes, souvent bienvenue mais malheureusement ici triviale et inadéquate. En effet, on ne parvient jamais à croire à cette histoire. Quand les pensionnaires de cette institution religieuse tout droit issue des années 50 se pâment à l’écoute de l’histoire de ces deux tourtereaux nés de la même fratrie, on ne peut que s’en étonner en songeant au conditions de discipline des internats de l’époque.
Valérie Donzelli traite de tout sauf du sujet principal, de l’inceste qui reste illustré comme n’importe quel amour interdit et on en vient à regretter le chassé-croisé amoureux du film Héloïse et Abélard de Jacques Trébouta (1973). Chez Donzeli, l’acte entre Marguerite (interprétée par une Anaïs Demoustier innocente et blanche comme une colombe) et Julien (campé par un Jérémie Elkaim, contrit dans une rigidité qui ne laisse guère transparaître d’émotions) les limite à aligner des réflexions censées être philosophiques mais qui sidèrent de consternation: «Si nous sommes mariés, on est à la fois frère et sœur et mari et épouse, et nous serons à la fois père et mère et oncle et tante pour nos enfants. Et nos enfants seront à la fois frère et sœur et cousins germains. C’est grave», s’exclame Marguerite après la fuite. «Mais nous ne sommes pas mariés. Et quelque chose qui n’existe pas ne peut pas poser problème», la rassure son frère. Médusés, le public se demande si Valérie Donzelli va enfin insuffler un véritable souffle de passion. Nenni non pont! C’est bien là que le bât blesse.
Le côté ostentatoire de la mise en scène qui s’attarde sur des séquences en extérieur s’arrête sur des paysages dont la photographie peaufinée frise l’artificiel, mis à part quelques arrêts sur image qui rappelant les peintures à l’huile. Le tout est soutenu par une bande-son qui part de Vivaldi pour arriver aux années 1980 avec Midnight Summer Dream des Stranglers. A ce propos, on vous a prévenus : Valére Donzelli a décidé de briser les carcans temporels, peu importe le ridicule.