Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07115.jsonl.gz/1000

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco grâce à son couvent, St-Gall célèbre son anniversaire en grande pompe. Mais l’origine de Gallus fait toujours l’objet de conjectures.
Comme de nombreux moines irlandais ayant fondé des villes ou des villages en Suisse, Gallus serait venu de Bangor, au nord de l’Irlande, au 7e siècle. Mais selon une étude récente de l’historien Max Schär, le saint homme ne serait pas venu de si loin, mais d’Alsace. Ses arguments: Gallus comprenait et parlait l’allemand puisqu’il prêchait dans cette langue.
Ernst Tremp, directeur de la bibliothèque du cloître de St-Gall qui a organisé une exposition sur saint Gallus, estime de son côté que le moine est arrivé au début du 7e siècle. Il était un disciple de l’Irlandais saint Colomban (543-615).
Comme saint Imier, «Saint Gallus s’est distancé de son maître et s’est établi dans la vallée du Steinach, où il n’y avait, bien sûr, aucune ville ni aucun monastère», explique Ernst Tremp à swissinfo.ch. «Sa première action a été de construire une chapelle. Il y a vécu pendant plusieurs décennies, prêchant et accomplissant de bonnes actions.
Gallus est mort aux alentours de 640 et est enterré à l’endroit de la chapelle. Plus tard, un monastère a été construit autour de sa tombe. «Le bâtiment est attesté jusqu’aux environs de 1800», explique Ernst Tremp.
Finalement, quelle importance…
Mais Ernst Tremp, professeur d’histoire à l’Université de Fribourg, ne rejette pas la thèse alsacienne. Selon lui, les deux hypothèses se défendent. «On peut laisser la question irrésolue, car elle n’est pas cruciale. A mon avis, il est plus important que Gallus a vraiment été un élève de saint Colomban et qu’il se voyait lui-même comme un moine irlandais, vivant selon les principes de son maître.»
Selon la «version irlandaise», Gallus faisait partie de douze moines suivant Colomban, partis de Bangor pour s’arrêter d’abord à Luxeuil et Metz, puis remontant le Rhin jusqu’au Lac de Constance. En 612, Gallus se séparait du groupe et suivait la rivière Steinach en direction du sud.
Attiré par la végétation sauvage de la gorge de Mülenen, il interpréta ce qu’il voyait comme un signe de Dieu et décida d’y rester.
Avec son ours
La plus vieille illustration du saint, sur une tablette en ivoire montrée dans l’exposition, le montre en train d’enseigner à un ours comment aller chercher du bois pour faire un feu. L’ours est récompensé par un morceau de pain. Cet ours connaîtra aussi la gloire puisqu’il se trouve encore sur les armoiries de St-Gall.
Après la mort de Gallus, sa tombe fut transformée en sarcophage par un évêque et devint un lieu de pèlerinage. L’homme devint un saint – aucune procédure de canonisation n’existait à l’époque. «Nous ne savons pas exactement où se trouvait la tombe et le sarcophage n’existe plus, explique Ernst Tremp. Mais dans l’église de l’actuel monastère, il y a une crypte contenant une relique moderne du crâne de Gallus.»
Un monastère a été fondé environ cent ans après la mort de Gallus. Il s’est développé pour devenir un important centre de formation intellectuelle. La ville a grandi tout autour, gagnant en importance grâce à l’industrie textile et, surtout, les broderies.
Patrimoine mondial
En 1983, le couvent de style baroque et le parvis ont été inscrits sur la liste du patrimoine culturel de l’humanité de l’Unesco. Si les pèlerinages ont diminué depuis les années 1960, le saint reste très présent à St-Gall, ne serait-ce que par le nom de la ville, du canton et de l’évêché. Les habitants célèbrent l’anniversaire de leur patron le 16 octobre.
D’ici là, quatre habitants de la ville auront refait le même trajet que Gallus au 7e siècle, il y a 1400 ans. «Je pensais qu’il fallait que quelqu’un, une fois, refasse le trajet original, expliquait, avant son départ à Pâques Reinhard Frei, qui a eu l’idée du périple. Ce ne sera pas toujours facile de trouver le même trajet mais nous espérons rencontrer beaucoup de gens qui auront envie de débattre de la question!»
Sur la carte
Pour le maire de la ville Thomas Scheitlin, 2012 est une année très importante pour St-Gall. La célébration officielle a commencé en avril et se poursuivra jusqu’en octobre. Le programme comprend de nombreuses expositions et des installations commandées à des artistes de renom dans les gorges de Mülenen.
Thomas Scheitlin espère que le jubilé donnera plus d’importance à sa ville sur la carte internationale. Aujourd’hui, elle est surtout connue, outre son couvent, pour son université spécialisée en économie.
«J’espère que l’histoire de Gallus sera mieux connue et que les gens viendront pour voir ce que la ville représente, avec son joyau du patrimoine mondial, la cathédrale et toutes les œuvres d’art exposées pour l’occasion. En 2012, Gallus sera présent à chaque recoin de la ville», conclut Thomas Scheitlin.
LE JUBILE
Les célébrations ont commencé officiellement le 20 avril. Jusqu’en octobre, elles compteront plus de 300 manifestations.
Une nouvelle attraction est appelée à se répéter toutes les années: des artistes de renom, comme Maria Eichhorn de Berlin, Bethan Huws de Paris et Norbert Möslang de St-Gall, ont créé des œuvres insolites dans les gorges de Mülenen.
La bibliothèque du couvent présente l’exposition «Saint Gallus 612|2012, vie-légende-culte», qui se tient jusqu’au 11 novembre 2012. Elle comprend le plus vieil objet attestant de l’existence du saint. On y trouve aussi des textes irlandais, y compris le «Antiphonary de Bangor», un manuscrit ancien (d’avril à juillet).
D’autres expositions ont lieu au Musée d’histoire et d’ethnographie, au Musée d’histoire naturelle (qui se consacre à l’ours, symbole de Gallus), et au Musée textile qui présente des tissus commandés par le couvent ou l’Eglise.
ST-GALL
St-Gall, 160'000 habitants, se trouve à l’est de la Suisse. Le parvis du couvent, avec la cathédrale, et la bibliothèque du couvent, qui compte environ 140'000 documents, sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983.
Au Moyen Age, la ville devient un centre culturel et intellectuel. A partir du 15e siècle, les broderies de St-Gall s’exportèrent dans le monde entier. Elles sont toujours très demandées par la haute couture.
La Haute Ecole en science économiques est très réputée.
Traduction de l’anglais: Ariane Gigon, swissinfo.ch