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Les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation du XVIIIème au XXIème siècle
Les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation, actualité et patrimoine
Sans trop de heurts ni de malheurs le XVIIIème siècle s’écoula jusqu’en 1781. A cette date, le peuple se souleva contre le patriciat et lui imposa une constitution démocratique. Les autorités en appelant à l’aide étrangère, Bernois, Français et Sardes vinrent assiéger la ville qui finit par se rendre. La milice fut alors abolie et remplacée par une garnison. Les Exercices n’échappèrent pas à la répression et furent interdits le 4 novembre 1782. Pourtant, dix ans plus tard, la révolution chassait l’aristocratie et rétablissait le vieux principe des milices bourgeoises ainsi que les Exercices. Les tirages de l’arquebuse, du mousquet et du fusil reprirent alors leur place dans la cité de Calvin et furent ouverts à tous ceux qui effectuaient leur service militaire. Toutefois, les démocrates au pouvoir décidèrent de rebaptiser les Exercices dont les coutumes rappelaient trop l’Ancien Régime, et les nommèrent tirages publics de la Coulouvrenière et des Pâquis. Les titres de roi disparurent mais le contrôle du gouvernement demeura .
Peu de temps après, en 1798, les armées napoléoniennes annexaient Genève et suspendirent toutes les subventions qui étaient jusqu’alors allouées aux Exercices. Ceux-ci disparurent une nouvelle fois. Court intermède de quatre ans car, en 1802, des citoyens firent pression pour rétablir l’Arquebuse et la Navigation. Tirs et cortèges reprirent donc avec autant d’apparat que par le passé. En 1810, la Navigation agrémentait ainsi sa fête d’une pirogue qui débarqua vingt-quatre sauvages armés d’arcs et de flèches sous les lumières d’un feu d’artifice.
En 1814, Genève retrouvait son indépendance et son ancienne aristocratie. Intégrant la Confédération helvétique, la ville connut une trentaine d’années de calme avant de voir les familles de l’ancienne oligarchie perdre de leur magnificence au profit des radicaux dont le rhéteur James Fazy jeta rapidement les bases d’une nouvelle constitution. Cette première partie du XIXème siècle se caractérisa par la montée en puissance des nations qui cultivaient les valeurs patriotiques. Les tirs devinrent alors un acte évoquant autant la fondation du pays que la sécurité qui y régnait. Les bataillons de la milice organisèrent leur propre concours et s’entraînèrent à la Coulouvrenière chez les Arquebusiers. Plusieurs sociétés de tirs furent également créées, s’enracinant dans une tradition militaire, avec l’assentiment du gouvernement qui continuait à surveiller ces activités de près. Le Conseil d’Etat devint ainsi l’autorité suprême des trois Exercices de l’Arc, de l’Arquebuse et de la Navigation qui rétablirent la tradition des rois et qui s’attachèrent à réunir leur patrimoine éparpillé en 1782, recherchant les portraits des anciens rois, les médailles et les gobelets, un trésor formant une véritable collection. En 1824, à l’occasion du Tir fédéral d’Aarau, la « Société suisse des carabiniers » fut instituée afin de resserrer les liens entre Confédérés. La même année, Guillaume-Henri Dufour et ses amis officiers de la milice fondèrent la « Société genevoise des carabiniers ». L’apparition de ces nouvelles associations créa sans doute un certain émoi auprès des autorités qui firent pression en 1826 afin que la société d’Henri Dufour, qui risquait de faire de l’ombre aux anciens Exercices, fusionne avec l’Arquebuse. Cette dernière qui venait de reconstruire son stand de tir à la Coulouvrenière devenant le plus grand de Suisse, accepta la proposition du gouvernement. « L’Exercice ou Société de l’Arquebuse et de la Carabine » naissait donc cette année avec de nouveaux règlements. La possession d’une carabine était obligatoire pour tous les membres, la croix suisse intégrait le drapeau de la société, le roi par contre était maintenu. En 1830, l’Arquebuse pouvait donc s’enorgueillir de compter près de trois-cents membres grâce à la fusion avec les carabiniers .
Toutefois, à partir de cette époque, les Coups du roi s’espacèrent, n’ayant lieu plus que tous les trois puis quatre ans. Les traditions liées à la royauté tombèrent peu à peu en désuétude et des voix demandèrent l’abolition de ce titre. Après la révolution de 1841, celle de 1846 mena à la suprématie des radicaux sur les conservateurs et à la constitution de 1847. Les nouveaux tenants du pouvoir tentèrent alors de faire disparaître les emblèmes de l’ancienne aristocratie. Ce faisant, ils concurrencèrent sans grand succès l’Arquebuse en créant la « Société cantonale des carabiniers » qui reçut le droit exclusif d’organiser les tirs cantonaux et fédéraux. Ceux-ci devinrent, après la guerre civile de 1847 et l’adoption de la constitution fédérale en 1848, l’une des grandes fêtes de la nation démocratique. Face à ces évolutions, les « Exercices de l’Arquebuse » et ceux « de la Navigation » durent songer à se réformer, abandonnant les rois et envisageant une fusion. Le tir fédéral de 1851 à Genève fit évoquer tous les avantages que nous retirions de la fusion des sociétés. Les réunions des carabiniers seront plus nombreuses et plus animées, nous pourrons et nous devrons donner à nos tirs et à nos fêtes un plus grand développement, nous pourrons y convier nos voisins en grand nombre . Après plusieurs années de tractations, l’acte officiel de fusion était signé le 23 avril 1858, donnant naissance à la « Société des Exercices réunis de l’Arquebuse et de la Navigation » ou « Exercices réunis de l’Arquebuse et de la Navigation ». Restait la rivalité avec la « Société cantonale des carabiniers » qui malgré une tentative de rapprochement des Exercices ne put que s’enliser dans des problèmes financiers. Les Exercices réunis se défirent rapidement des terrains et de l’Hôtel des Pâquis en 1861. La somme acquise permit la construction d’un nouvel hôtel qui ne fut pas érigé tout de suite.
C’est aussi à la fin du XIXème siècle, époque où la vie associative se révélait extrêmement vivace, que trois sous-sections furent créées au sein des Exercices : le très distingué Guidon, fondé en 1890 par le futur champion du monde du tir à trois-cents mètres, Frank Julien, le Mousqueton en 1892 et les débonnaires Bracailleurs en 1900. Une quatrième section verra le jour en 2001 sous la dénomination de Pistoliers genevois.
La première Guerre mondiale fit taire les tirs des Arquebusiers faute de munition, et les années qui suivirent, emplis de tensions, virent péricliter les activités des Exercices. Les résultats également baissèrent malgré les performances internationales des meilleurs gâchettes. Parallèlement, le tir sportif prit le pas sur l’arme de guerre, ce qui provoqua le retrait des cibles des quatre-cents et cinq-cents mètres. En 1922, le Pistolet-Genève créé par les virtuoses de l’arme de poing des Exercices apparaissait. Un nouvel engouement pour les Exercices ne tarda pourtant pas à poindre avec la menace allemande et le deuxième conflit mondial. Le stand fut alors utilisé par l’armée et un bulletin se créa en 1943. Cette année là, le général Guisan était présent au banquet annuel des Exercices.