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Le XXe siècle, celui des antibiotiques, s'est surtout intéressé à l'une des deux faces de la concurrence évolutive que se livrent les micro-organismes du sol. Il a recherché avant tout les substances antibiotiques que des micro-organismes avaient appris à produire, au fil de l'évolution, pour survivre en présence des bactéries.Mais la concurrence que se livrent les microbes du sol n'est pas asymétrique. Les bactéries visées ont elles aussi développé très naturellement des mécanismes de résistance aux substances antibiotiques qui leurs étaient opposées, ou qu'elles produisaient elles-mêmes. La nature n'a pas attendu la découverte des antibiotiques par l'espèce humaine pour inventer la résistance.En ce début de XXIe siècle, celui des résistances, une équipe de chercheurs de l'Université McMaster, en Ontario, a exploré de façon systématique cette seconde face de l'équilibre évolutif des micro-organismes du sol (Science 2006; 311:374-7). Vanessa D'Costa et ses collègues ont constitué, à partir d'échantillons de sol, une bibliothèque de 480 souches de bactéries du groupe des Actinomycètes, puis ont testé leur résistance à vingt et un antibiotiques représentatifs de l'arsenal thérapeutique actuel.Les résultats sont fascinants. Toutes les souches, sans exception, se sont révélées multirésistantes, à sept ou huit substances en moyenne. Deux souches ont montré une résistance à quinze des vingt et un antibiotiques testés. La bibliothèque comprenait près de 200 profils de résistance et était capable de produire toute une variété d'enzymes désactivantes. Les chercheurs ont pu identifier, dans leur collection bactérienne, des résistances à la plupart des antibiotiques testés, naturels ou synthétiques, anciens ou très récents. Bref, ils ont découvert tout un monde souterrain de résistances.Les auteurs remarquent que ce vaste «réservoir de déterminants de résistance» est prêt à être «mobilisé par la communauté microbienne», et se demandent si l'étude de ce «résistome» ne permettrait pas de prévenir, voire de prédire les résistances futures aux antimicrobiens d'importance médicale.