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Manon, une jeune artiste photographe de Lausanne, est l'une des pensionnaires privilégiées de l'Institut suisse de Rome. Elle achèvera en juillet un séjour de dix mois dans le cadre somptueux de la Villa Maraini, au pied du parc de la Villa Borghèse, à mi-chemin entre la Via Veneto et la Place d'Espagne.
Construite au début du XXe siècle à l'instigation d'Emilio Maraini (1853-1916), un industriel tessinois qui avait fait fortune dans la production de sucre de betterave, la villa offre une vue imprenable sur la Cité éternelle du haut de sa tour de 26 mètres… seulement trois mètres de moins que la coupole de Saint-Pierre.(Photo Daniel Girardet, Les Amis du Mamco). En 1947, sa veuve, la comtesse Carolina Maraini-Sommaruga, descendante d'une vieille famille tessinoise - à laquelle appartient notamment l'ancien président du CICR, Cornelio Sommaruga - en fit don à la Confédération afin qu'elle soit "constamment au service de la culture, sous le signe de la collaboration entre la Suisse et l'Italie".
En 1949, elle devint le siège de l'Institut suisse de Rome, fondé sur le modèle français de la Villa Medicis, qui est sa voisine. Chaque année, celui-ci accueille, pour une durée de dix mois, une demi-douzaine d'artistes travaillant dans les domaines des beaux-arts, des arts appliqués, de l'architecture, de la musique ou de la littérature. Les pensionnaires sont prioritairement suisses, mais des étrangers ayant une relation avec notre pays peuvent également postuler, comme ce jeune allemand de Munich, étudiant la communication. Seule limitation: les candidats ne doivent pas être âgés de plus de 40 ans. Il leur est aussi demandé une bonne maitrise de l'italien qui est la lingua franca de l'Institut.
Depuis 2016, celui-ci est dirigé par Joëlle Comé, titulaire d'un Master en cinéma et culture de l'INSAS de Bruxelles. Auparavant elle fut pendant de nombreuses années déléguée du CICR avant de prendre en 2007 la direction des Affaires culturelles du canton de Genève.
Titulaire d'un Master en Histoire l'Art de l'Université de Genève et ancien assistant du directeur du Musée d'art moderne et contemporain (MAMCO), Samuel Gross est le responsable artistique de l'Institut. A ce titre, il y a notamment organisé des expositions de Roman Signer, Balthasar Burkhard, John Armleder et Elisabeth Murray. Actuellement, c'est Sylvie Fleury, plasticienne genevoise de renommée mondiale, qui présente jusqu'à la fin juin ses collections de chaussures féminines et ses drôles de machines. Voilà qui place la Suisse, aux yeux de l'intelligentsia romaine, à l'avant-garde de la création artistique dans une ville plutôt conservatrice à cet égard.
Pro Helvetia, le Secrétariat d'Etat à la formation, la recherche et l'innovation, l'Office fédéral de la culture et son homologue chargé des constructions et de la logistique, sont les quatre partenaires et mandants institutionnels de l'Institut. Sur le plan financier, la Suisse italienne est le principal contributeur avec des participations du gouvernement tessinois, de la Ville de Lugano et de l'Universita della Svizzera italiana. La famille donatrice est aussi représentée au Conseil de fondation par le conseiller national genevois Carlo Sommaruga.
L'Institut met à disposition des pensionnaires une chambre ou un appartement ainsi qu'un atelier individuel. Le séjour est entièrement gratuit, à l'exception des frais de subsistance. Les artistes n'on pas d'obligation spécifique de résultat, mais ils n'en travaillent pas moins avec acharnement. Ainsi Manon prépare une exposition de ses œuvres photographiques à Gibellina, ville sicilienne entièrement reconstruite après le séisme de 1968 et qui peine à reprendre vie. (Voir notre Blog du 15 septembre 2018 "Sicile: ville nouvelle … ou musée à ciel ouvert ?") "On m'a mis à disposition un mur de 40 mètres de long en me laissant totalement carte blanche, explique la jeune artiste lausannoise. C'est un beau défi, mais quand même assez stressant".