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Fatima
Le dernier film de Philippe Faucon, Fatima, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015, est librement adapté du recueil de pensées, réflexions et poèmes, sorte de journal intime intitulé Prière de lune écrit par Fatima Elayoubi. Le cinéaste Philippe Faucon a eu connaissance du recueil de Fatima par le biais de sa productrice qui lui en a suggéré la lecture. Alors que Philippe Faucon se demandait comment en tirer un film, sa rencontre avec l'auteur du livre a été décisive.
Fatima se révèle une nouvelle variation du réalisateur sur un sujet qui lui tient à coeur, et pour cause puisque l’immigration fait partie de son histoire familiale (ses parents partent s’établir au Maroc, où Philippe Faucon est né, pour fuir l’Espagne franquiste). L’immigration et l’intégration font donc partie intégrante de l’identité du cinéaste, et un sujet toujours brûlant d’actualité. Philippe Faucon poursuit son observation de ces thématiques: après La Trahison, Dans la vie et La Désintégration, Fatima poursuit ce fil rouge.
Mais si son précédent long métrage, La Désintégration décrivait l'échec de l'intégration, Fatima en prend le contre-pied en illustrant une certaine forme d'intégration réussie. Arrivée en France en suivant son mari, la protagoniste se retrouve sans savoir ni écrire, ni parler le français. Pour permettre à ses deux filles, Nesrine et Souad, de faire des études, Fatima fait des ménages toute sa vie et commence à écrire en arabe tout ce qu’elle ressent et ne peut pas leur exprimer en français. Corvéable à souhaits, Fatima enchaîne des horaires qui ne lui laissent guère de temps pour apprendre. Le film de Philippe Faucon montre, de manière presque anthropologique, comment Fatima apprend seule en déchiffrant puis en lisant tout ce qui lui tombe sous la main.
Si le personnage principal du film, Fatima, porte le film, Philippe Faucon s'est aussi attaché à ses deux filles, en peignant ainsi le portrait de trois femmes vivant au sein d’une même cellule familiale mais appartenant à trois univers différents. Ces trois femmes possèdent un langage qui leur est propre et qui devient progressivement une source de mésentente, d’incompréhension et de conflit. Alors que Zita Hanrot, qui interprète Nesrine, nous convainc en étudiante studieuse en première année de médecine, Noah Aïche, qui interprète Souad, lycéenne révoltée et revêche, nous gave rapidement, son interprétation ne sonnant pas juste.
En 79 minutes, Philippe Faucon suggère par touches progressives, au fil du quotidien de Fatima et de ses filles, que l’absence de maîtrise de la langue française est une source d’isolement pour Fatima, tant dans la sphère familiale qu’en société. C’est justement à l’extérieur que la protagoniste se trouve confrontée à une violence insidieuse. La thématique de cette dernière se manifeste sous diverses formes: celle sournoise de la bourgeoise bien-pensante qui exploite Fatima, celle hypocrite de la propriétaire qui refuse de louer son appartement à une femme voilée ou celle de la communauté immigrée qui jalouse le sacrifice que Fatima fait pour soutenir les études de Nesrine, et celle beaucoup plus exacerbée et verbale de l'adolescente Souad qui rabaisse sa mère à la mesure de sa non-acceptation de sa condition.
La mise en scène, très épurée et naturaliste, de Philippe Faucon met en valeur les sentiments exprimés par les visages et les regards, sans recourir à un flux de paroles. Au travers de ce choix stylistique, Philippe Faucon fait la part belle aux réflexions et pensées de Fatima, magnifiquement interprété par Soria Zéroual, pour la première fois devant une caméra.
Le film a remporté le prix Amnesty au Festival du film de Giffoni en Italie.