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Extradé de New York, l'ex-intendant du Kremlin Pavel Borodine est arrivé samedi matin à Genève. Dans l'après-midi, le juge Daniel Devaud l'a inculpé de blanchiment. Il est soupçonné d'avoir touché 30 millions de dollars de pots-de-vin de deux sociétés tessinoises.
Le jeu du chat et de la souris entre le juge Devaud et Pavel Borodine a pris fin samedi à 9h22, lorsque le vol de ligne Swissair SR139 s'est posé sur le tarmac de l'aéroport de Genève Cointrin. Sous bonne escorte, l'ancien haut fonctionnaire russe a été conduit dans un fourgon cellulaire à la prison de Champ-Dollon.
Depuis plus d'un an, l'ex-intendant de Boris Eltsine narguait avec ironie la justice genevoise. Il affirmait notamment ne détenir aucun compte bancaire en Suisse, mais refusait de se présenter devant la justice à Genève.
Le juge Devaud avait donc signé le 10 janvier 2000 un mandat d'amener international afin d'inculper Pavel Borodine et de l'interroger sur ses comptes bancaires helvétiques. Il estime avoir mis au jour les circuits russes de corruption utilisés par les sociétés tessinoises Mercata et Mabetex.
Ces entreprises de construction auraient versé plus de 62 millions de dollars de commissions pour obtenir de juteux contrats auprès de l'administration présidentielle russe. Des travaux pour la rénovation du Grand Palais du Kremlin et de la Chambre des comptes à Moscou, ainsi que la remise en état de l'avion présidentiel russe.
Sur la liste des bénéficiaires de commissions dressée par le juge Devaud, Pavel Borodine et sa famille se taillent la part du lion avec environ 30 millions de dollars alors que 11 millions seraient tombés dans les poches de Victor Stolpovskikh, patron de Mercata.
C'est sur la base du mandat d'arrêt genevois que la police de New York a intercepté Pavel Borodine le 17 janvier dernier, puis l'a extradé vers Genève. Samedi après-midi, lors d'une première confrontation d'environ une heure, Daniel Devaud l'a inculpé formellement de blanchiment et de participation à une organisation criminelle. Le Russe, qui a contesté vigoureusement ces charges, s'est vu signifier un mandat d'arrêt. Il passera ces prochains jours en prison.
Les avocats de Pavel Borodine, aujourd'hui secrétaire général de l'Union Russie-Bélarus, vont demander sa mise en liberté provisoire. "Il s'est engagé à rester à la disposition de la justice et il est près à payer une caution", précise Dominique Poncet, un de ses trois avocats genevois.
C'est la Chambre d'accusation de Genève qui devra décider dans les huit jours si les charges sont suffisantes pour justifier son maintien en détention. Cette juridiction a déjà rendu deux ordonnances, en décembre 2000 et février 2001, qui sonnent comme un désaveu pour le juge Devaud.
Celui-ci avait fait bloquer 60 millions de dollars sur des comptes appartenant à Mercata. Mais la Chambre d'accusation a ordonné la libération immédiate de ces fonds. Elle estime "que le dossier ne comporte pas d'éléments susceptibles de justifier les séquestres car il n'y a que des soupçons mais pas d'indices suffisants de la commission des infractions visées".
Aura-t-elle la même analyse en ce qui concerne la détention de Pavel Borodine? La bataille entre le juge et les avocats du présumé corrompu s'annonce pleine de rebondissements.
Luigino Canal