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Ces places, à mon arrivée, étaient, bien évidemment, toutes occupées. En soi, cela n'était pas bien grave puisque je suis largement en mesure de marcher, mes deux aînés aussi, le troisième siégeant fièrement dans une poussette mais, je l'admets, je préfère que mes enfants se mettent tout de suite sur le trottoir après être descendus de la voiture plutôt que de traverser un parking bondé, rempli de conducteurs plus ou moins attentifs, la prudence de mes enfants étant toute relative.
En revanche, lorsque je suis passée avec mes trois petits mecs à la hauteur de ces fameuses places, j'ai vu, assis dans une voiture, un homme, tout seul. Si je suis disposée à supposer qu'il attendait sa femme et leur descendance, je me suis quand même interrogée sur l'existence de ces bambins : il n'y avait pas le moindre siège pour enfant dans cette voiture. Et personne ne me fera croire qu'une mère se ballade dans une surface commerciale avec, "sous le bras", les sièges de ses mouflets !
J'ai donc posé sur le gars mon regard no 14, "je suis énervée mais je ne sais pas quoi faire", cherchant ce que je pourrais bien dire au contrevenant : malheureusement, mon inspiration m'a totalement fait défaut et je suis entrée dans le magasin déçue de constater que "poussette", ça veut dire, pour certains, "après moi le déluge, tant pis pour les familles, ce qui compte, c'est que je ne me fatigue pas à marcher".
J'ai l'intime conviction que si j'avais frappé à la fenêtre, il aurait ouvert et, à ma remarque "ces places sont réservées", il aurait répondu "mais je ne reste pas longtemps". Ce qui, de mon point de vue, ne change strictement rien au fait qu'il n'aurait pas dû stationner à cet endroit : le manque de respect ne disparaît pas par le fait qu'il n'a occupé indûment une place que durant une dizaine de minutes.
Une fois mes achats effectués, j'ai passé à nouveau juste à côté de ces places. Dont une poignée - et j'ai omis de le préciser - encore plus proche de l'entrée, est clairement signalée (dans un jargon politiquement correct) comme étant destinée "aux personnes à mobilité réduite".
Alors que je poussais vaillamment le "carrosse" de Mini, tirant de l'autre main le caddy contenant les étagères convoitées, recommandant à Junior et à Mini de bien regarder avant de se précipiter vers notre voiture, garée à l'autre bout du parking, j'ai vu, consternée, un jeune couple monter dans sa voiture, les bras chargés d'achats divers.
Mon sang n'a fait qu'un tour, au point d'ailleurs de me couper une nouvelle fois la chique : ni l'un ni l'autre ne souffrait de la moindre restriction de la mobilité ! Ni l'un ni l'autre n'avait besoin de cet espace supplémentaire prévu sur les places pour handicapé pour permettre l'ouverture complète de la portière, histoire de sortir une chaise roulante avec un "treuil".
Là, seule la présence d'oreilles mineures m'a empêchée de jurer et j'ai chargé à mon tour mes paquets dans le coffre de la voiture, je suis rentrée à la maison, j'ai monté mes étagères.
La fureur m'a donné des ailes : j'ai expédié cette tâche en très peu de temps, l'esprit toujours occupé par ce couple, en pleine forme, monopolisant une place qui ne lui était pas destinée.
Mais pour être tout à fait honnête, j'étais surtout furieuse contre moi-même : c'est parce que personne ne dit rien que certaines personnes continuent, en toute tranquillité, à pénaliser les gens qui auraient besoin de ces places de stationnement. Et bien sûr, il y a pire, dans la vie, que ce manque de respect mais notamment à cause de moi et de ma passivité, il y a peut-être une personne qui a rebroussé chemin, incapable de sortir de son véhicule sur une place de parc "ordinaire".
Promis, la prochaine fois, je ne resterai pas les bras ballants, je n'ai pas envie d'être complice une nouvelle fois. J'espère néanmoins que cela n'arrivera pas trop rapidement : je ne sais toujours pas ce que je dirai à cette personne.
Et vous, lorsque vous voyez une personne en excellente santé occuper une place de parc "handicapé", vous réagissez comment ?