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Un policier veille à maintenir l’ordre dans le stade de football, 1961.
ASL/Musée national suisse
Du gendarme à l’agent de circulation
Histoire d’une profession ou comment l’on est passé du contrôle des marchandises sur les marchés médiévaux et du refoulement des mendiants hors du territoire à la police moderne.
L’histoire de la police en Suisse est aussi celle de la création de l’État libéral moderne. La profession de policier dans sa conception moderne n’existe par conséquent que depuis 150 ans environ. Le meurtre, l’escroquerie et le vol sont eux, par contre, aussi vieux que le monde, à l’instar de la fonction de policier. Pendant des siècles, les frontières entre administration, armée, police et justice furent floues et les pouvoirs policiers souvent aux mains de l’élite dirigeante, voire d’un seul et unique chef.
Dès l’Antiquité, le besoin s’exprima en Europe de disposer de gardiens de l’ordre public et de forces de lutte contre la criminalité. Dans la Rome antique, c’est avant tout l’armée qui veillait à faire respecter l’ordre sur les marchés et dans les rues. Après la chute de l’Empire, on assista à un vaste effondrement de l’État en Europe. Ce n’est que lorsque Charlemagne (768–814) réorganisa l’Europe qu’il y eut à nouveau sur le territoire de la Suisse actuelle un appareil étatique opérationnel, et donc de ce fait une fonction de police.
Au haut Moyen Âge, les villes se dotèrent de services chargés d’exécuter des tâches de maintien de l’ordre public. Leur accès était strictement réglementé et sécurisé par des murailles et des portes. Les gardes qui y étaient postés contrôlaient les gens qui entraient et sortaient, des veilleurs de nuit patrouillaient dans les ruelles au cœur de l’obscurité. Les contrôleurs sur les marchés (les Schaumeister en allemand) examinaient la qualité de la marchandise proposée, tandis que d’autres préposés vérifiaient le respect des prescriptions sanitaires et de protection incendie. Quant aux valets de ville, ils étaient chargés de présenter les auteurs de délits au Conseil de la ville.
Le terme de police d’aujourd’hui vient du concept de «bonne police» qui date de l’Ancien Régime. Cette expression ne désignait alors pas une entité administrative ou une fonction, mais un objectif: assurer une cohabitation organisée et ordonnée des individus au sein de la société. L’extension du cadre réglementaire à tous les aspects imaginables de la vie des sujets atteignit son paroxysme avec l’État policier absolutiste des XVIIe et XVIIIe siècles. La mise en œuvre de ces règles et le contrôle de leur respect incombaient à la «bonne police». On retrouve des traces de l’évolution de ce concept dans les dénominations, aujourd’hui tombées en désuétude, de «police des étrangers», «police des constructions» ou «police du feu».
Le «gendarme» n’est pas qu’une spécialité charcutière
À partir du XVe siècle, les bandes de voleurs, les errants et les mendiants jouèrent un rôle important dans l’évolution de la police moderne en Suisse. Des hommes aptes à servir furent convoqués et, sous l’étiquette de «gendarmes», se virent confier la mission de bouter la «racaille» hors du territoire. Il s’agissait de soldats qui avaient servi sous des drapeaux étrangers. Pour autant, la chasse aux mendiants et aux voleurs resta sans grand effet car les frontières n’étaient pas surveillées et les bannis n’avaient aucun mal à repasser immédiatement sur le territoire. Par ailleurs, ces gendarmes, dont l’expérience de la guerre avait exacerbé la dureté, n’étaient pas particulièrement connus pour leur délicatesse. Petit à petit, ils se chargèrent aussi de tâches jusqu’alors assurées par différents services.
Jusqu’à la fondation de l’État fédéral et la promulgation de constitutions libérales au niveau cantonal, les gendarmes souffrirent d’une mauvaise réputation. L’esprit libéral qui soufflait sur la seconde moitié du XIXe siècle avait bien du mal à cohabiter avec l’existence d’un corps de gendarmes brutaux, mal payés et agissant souvent de façon arbitraire. Le métier de gendarme était mal vu et devait être évité par tout citoyen qui se respecte. Un rapport zurichois de 1728 expliquait ainsi qu’il existait une pénurie d’hommes honnêtes se proposant pour ce type de mission, ce qui encourageait la corruption et l’arbitraire parmi les forces de l’ordre. De ce fait, dans le canton de Zurich par exemple, en 1864, une grande partie du personnel du corps des gendarmes avait été congédiée, la solde améliorée, et les lois sur la police et les règlements de service durcis.
Recherches et identification
Au début du XIXe siècle, le climat de suspicion qui planait à l’encontre des étrangers et des errants entraîna la création de pièces d’identité et de documents de voyage. Pour circuler, il fallait disposer d’une autorisation des autorités. Les pièces d’identité attestaient du but et de la durée des voyages. Le voyageur avait donc tout intérêt à avoir ces papiers sur lui s’il ne voulait pas être banni au motif de vagabondage. Les cantons émettaient également des passeports pour les voyages à l’étranger ou dans d’autres cantons. Enfin, pour identifier les personnes suspectes ou déjà déboutées, on créa des livrets de signalement que les cantons s’échangeaient.
L’industrialisation et le progrès technique eurent également une influence décisive sur le travail de la police. Ainsi, l’anthropométrie judiciaire fut utilisée à partir de 1900, et les empreintes digitales à compter de 1913. La radio, le téléphone et l’arrivée des voitures métamorphosèrent encore les méthodes de travail de la police. À partir des années 1950, on créa des unités de police dédiées exclusivement à la circulation, et à compter des années 1970 des unités spéciales engagées dans la lutte contre la grande criminalité. Comme la société – et par conséquent le besoin de sécurité et la criminalité – est en constante évolution, la police doit elle aussi sans cesse s’adapter.
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