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"Le soldat et la ballerine", d'après le célèbre conte du Danois Hans Christian Andersen. Et comment s'appelle-t-il donc ce fameux récit publié en 1838, à peine 17 ans après la mort de Napoléon Premier? Il porte différents titres selon les traductions: "Le petit soldat de plomb", "Le stoïque soldat de plomb", "L'inébranlable soldat de plomb", et même "Le vaillant soldat de plomb" quand bien même son statut de plomb l'empêche d'envisager tout mouvement physique. En VO danoise, cela donne "Den standhaftige tin soldat". Et la ballerine alors? Jamais eu droit aux gros titres.
Sur la scène du Théâtre Am Stram Gram, le duo ballerine-soldat (Lucie Rausis et Adrien Gygax, au top de leur jeu) commence par nous raconter la fin du conte. Une ruse. La version ici présentée refuse de finir au feu avec un soldat réduit à l'état de petite boule de plomb et une ballerine devenue pincée de cendres.
Et puis, pas question de raconter cette histoire uniquement au masculin: ce soldat à qui il manque une jambe, reçu par un petit garçon dans une boîte de 25 fantassins, puis tombé de la fenêtre, demi-noyé dans le caniveau, poursuivi par un rat d'égout, avalé par un poisson, revenu à son point de départ sur la table de la cuisine et finalement foutu au feu par le petit garçon. Quant à la fille, la ballerine de papier, il ne lui arrivait strictement rien si ce n'est à la toute fin d’être projetée dans le foyer avec son soupirant qui n'était pas de bois.
Une réécriture nécessaire
Une histoire d'amour qui se réalise dans une mort atroce, façon sati, l'ancien bûcher des épouses indiennes devenues veuves. Vous auriez envie de la raconter à vos enfants aujourd'hui? A vos filles en particulier? Sauf votre respect Monsieur Andersen, ce conte méritait bien une réécriture.
En développant le conte, le dramaturge allemand Roland Schimmelpfennig offre enfin un rôle digne et conséquent à cette frêle ballerine. Elle aussi peut connaître des aventures et prendre la parole pour les raconter. Les siennes seront aériennes au contraire de celles de son compagnon que son poids entraîne invariablement vers le fond.
>> A voir, un extrait de la pièce "Le soldat et la ballerine" donnée au Festival d'Avignon:
Un conte devenu saga
"Le soldat et la ballerine" porte la patte du Neuchâtelois Robert Sandoz et de sa compagnie L'Outil de la ressemblance. Signe de confiance pour un metteur en scène aussi à l'aise dans le répertoire dramatique adulte ("Le Dragon d'or" de ce même Schimmelpfennig) que dans la comédie destinée au jeune public ("Cette année Noël est annulé"), le Festival d'Avignon a invité Robert Sandoz et sa troupe à créer ce conte pour le programme officiel de la dernière édition de la Mecque francophone du théâtre. Le voici enfin sur les scènes romandes.
Les cinq courtes pages du conte originel sont devenues saga avec son lot d'émotions fortes, de rêves, voire de cauchemars, servie par une scénographie habile à l'allure gothique-steam punk, relevée par des effets spéciaux dans la tradition de Méliès et soutenue par une musique qui vous emporte. On y attrape au passage une réflexion sur le vite consommé vite jeté qui caractérise hélas le monde actuel du jouet. Bref, on ne peut qu'aimer ce conte refondu redécoupé pour notre siècle.
Thierry Sartoretti/ld
Genève, Théâtre Am Stram Gram, du 4 au 6 novembre. Porrentruy, Centre culturel du district, le 3 décembre. Neuchâtel, Théâtre du Pommier, le 23 janvier 2023.