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Sur les conseils de Gustave Moreau, son professeur à l’École des beaux-arts, Matisse passe de longues heures au Musée du Louvre à copier les maîtres. Ses natures mortes de jeunesse révèlent l’influence de Jean Baptiste Siméon Chardin, dont il a tant admiré l’œuvre. Dans cette Nature morte au couteau noir, quelques morceaux de bravoure, tels les reflets dans le verre et le pot en étain, témoignent aussi de son intérêt pour les natures mortes hollandaises du XVIIe siècle.
Vaisselle et victuailles sont disposées ici de manière compacte. L’arrondi des fruits et les courbes des objets viennent contrebalancer la dynamique diagonale de la table qui disparaît dans l’angle en bas à droite du tableau. Le noir trace les axes fondamentaux – basés sur l’orthogonalité – de la composition : couteau disposé parallèlement au bord inférieur du tableau, bouteille déterminant une verticale en son centre. Le blanc est attribué à l’oblique : nappe et second couteau au bord de la table. Sur cette trame se déclinent les couleurs principales, en différentes tonalités de rouge, jaune, vert et bleu.
Matisse se plaît à rendre la diversité des matières, le tissu de la nappe blanche, la céramique des assiettes, la faïence du pot bleu, l’étain du pichet, le verre de la bouteille, le métal des lames de couteau. La lumière latérale se répand sur la surface des objets en autant de reflets qui viennent les unir dans une même harmonie chromatique.
Nature morte au couteau noir est un jalon important sur le chemin parcouru par le peintre des valeurs tonales à la couleur pure dans les années 1895-1900. Prélevant des touches grasses dans une palette pâteuse, Matisse libère la couleur qui gagne en autonomie. Rouges, verts et jaunes, encore discrets, annoncent l’explosion chromatique des années suivantes.
Bibliographie
Serge Guilbaut, Chatting with Henri Matisse: the Lost 1941 Interview. Henri Matisse with Pierre Courthion, Los Angeles, The Getty Research Institute, 2013.
Erika Billeter (dir.), Chefs-d’œuvre du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne. Regards sur 150 tableaux, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1989, p. 206-207.
Alfred H. Barr Jr., Matisse his art and his public, New York, The Museum of Modern Art, 1966, p. 296.