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Au sud-est d'Olten se dressaient autrefois sur deux pitons rocheux la forteresse d'Alt-Wartburg et celle de Neu-Wartburg. Cette dernière, la plus septentrionale, est également nommée «Säli». Pour les gens d'Olten, ses vestiges sont devenus, avec le restaurant «Sälischlössli», un agréable but de promenade. Les forteresses de Wartburg semblent avoir fait partie des vastes possessions des Frohbourg qui, dit-on, les avaient reprises des comtes de Lenzbourg. En 1415, lors de la conquête de l'Argovie, elles furent toutes deux incendiées par une troupe de guerriers bernois et soleurois. Les propriétaires abandonnèrent le château arrière à son sort, mais reconstruisirent celui de devant et le rendirent à nouveau habitable. Les seigneurs de Hallwil ayant acquis plusieurs biens en Suisse orientale, ils ne s'intéressèrent plus guère au château de Neu-Wartburg et le vendirent avec les terres attenantes au canton de Soleure. C'était en 1539. Un logement fut alors aménagé dans la tour pour le guetteur. Le premier de ceux-ci, engagé en 1547, se nommait Hans Säli et venait de Wangen. Ses descendants conservèrent la charge de guetteur jusqu'en 1774 et c'est apparemment cette famille qui a donné son nom à l'ouvrage d'Olten. Après le départ du dernier guetteur, en en 1856, le château tomba en ruine.
La commune d'Olten en fit l'acquisition en 1856. S'il put être reconstruit, c'est grâce à l'initiative et au soutien du club «Säli» d'Olten. Aujourd'hui, le Neu-Wartburg a plutôt l'aspect d'un jouet, même si la restauration à laquelle il a été soumis en 1964 a fait disparaître plusieurs des fioritures dont il s'ornait depuis 1870.
Pour celui qu'intéresse l'étude des châteaux forts, l'histoire du château postérieur, l'Alt-Wartburg, est beaucoup plus intéressante. Après avoir été gravement endommagé par les Bernois en 1415, cet ouvrage se délabra toujours plus. Comme le reconnut déjà Walther Merz, spécialiste de l'étude des châteaux, Alt-Wartburg devait comporter un bâtiment nord et un bâtiment sud construit ultérieurement un peu en dessous du premier. il ne fut pas possible de déceler d'autres subdivisions intérieures, car la place du château disparaissait sous une couche de décombres atteignant le couronnement des murs. Certes, on avait relevé les traces de certaines parties de l'enceinte, mais celles-ci se trouvaient en fort mauvais état. Les arbres qui avaient poussé au haut des murs mettaient plus encore en danger la maçonnerie déjà fragile. En 1966 et 1967, le château de Wartburg a fait l'objet d'investigations archéologiques placées sous la direction de Werner Meyer. Après avoir été dégagés, les murs furent soigneusement consolidés. Ces recherches confirmèrent maintes suppositions: l'aile d'habitation qu'on situait au nord de l'ouvrage consistait en un bâtiment massif de plan allongé; au midi, sa façade était anguleuse, tandis qu'au nord, elle était arrondie. Lors des fouilles, plusieurs murs apparurent à l'intérieur de cette construction; datant de différentes époques, ils permettent de conclure à des remaniements répétés de l'installation intérieure. Un mur transversal encore imposant divisait le bâtiment en une partie nord et une partie sud. Au rez-de-chaussée, il était percé d'une porte. L'entrée haute du corps de logis s'ouvrait sur un escalier d'une facture soignée menant au rez-de-chaussée. Sous les premiers décombres, on découvrit une couche de 30 à 50 centimètres d'épaisseur formée par des pierres et d'autres débris brûlés, notamment des morceaux de bois parsemés de clous et des éléments de construction en fer. Sous ces décombres, les chercheurs trouvèrent une mince couche culturelle renfermant des objets des XIIIe et XIVe siècles. Le mur nord légèrement arrondi leur révéla l'existence de trois étages. Ils pensent toutefois qu'il devait y en avoir quatre et que le corps de logis était une haute construction à l'apparence de tour. On voit encore dans ses murs faits de pierres de taille régulièrement ajustées des trous de boulins bien encastrés. Ils recevaient sans doute les poutres portant les divers planchers du bâtiment d'habitation. L'entrée avait été pratiquée dans la façade sud, à la hauteur du premier étage. Une citerne carrée assurait l'approvisionnement en eau des habitants du château. Enfin, on a encore découvert dans les tas de décombres proches du corps de logis les restes de poêles de faïence datant du XIIIe siècle. Ce qui permet de supposer que les pièces de l'habitation pouvant être chauffées se trouvaient dans la partie nord de cet immeuble.
Le mur d'enceinte venait se greffer sur les deux extrémités sud du corps de logis. Son appareil était fait de moellons de moyenne grosseur disposés en couches et son épaisseur atteignait 1,2 mètre. C'est près de l'entrée du château que la maçonnerie était le plus détériorée et il ne fut malheureusement plus possible de retrouver grand-chose de la porte.
Dans la partie aménagée ultérieurement au sud de l'habitation se trouvait une citerne-filtre enduite d'une couche de torchis. L'appareil de son puits consistait en pierres de tuf soigneusement équarries. A une profondeur de quelque quatre mètres, les chercheurs rencontrèrent une couche portant des traces de feu et sous celleci de la vase grise dans laquelle ils découvrirent quelques objets révélateurs.
La surface cernée par l'enceinte du sud ne comprenait aucun bâtiment, mais formait la cour du château, une cour des plus exiguë, il est vrai. Sa partie méridionale était reliée au corps de logis par un imposant escalier de pierre. II ressort des objets mis au jour que ce site a dû être peuplé à partir de la seconde moitié du XIIe siècle, en tout cas après 1170. Après sa destruction, survenue en 1415, le château ne fut plus utilisé.
Walther Merz est d'avis que les deux ouvrages de Wartburg ont été construits par les comtes de Frohbourg, qui les inféodèrent aux seigneurs d'Ifenthal. Certes, les sources relatives au complexe des biens seigneuriaux des deux Wartburg remontent jusqu'au XIIIe siècle. Mais le fait que la forteresse de Neu-Wartburg est citée dans un document frohbourgeois de 1299 ne saurait être considéré comme la preuve de la suzeraineté des comtes de Frohbourg. Selon les recherches les plus récentes, il faut plutôt voir dans le château le point de repère d'une délimitation de droits comtaux. Il est possible que l'actuelle frontière séparant les cantons d'Argovie et de Soleure - elle passe juste entre les deux châteaux de Wartburg - suive le tracé d'une limite qui au Moyen Age marquait la frontière de deux comtés.
Dans la périphérie des deux châteaux, le nom de plusieurs lieux-dits rappelle les essartages du Moyen Age. C'est pourquoi on peut admettre que ces deux ouvrages formèrent le centre de seigneuries fondées sur des terres nouvellement défrichées. Le plus ancien propriétaire connu est le seigneur d'Ifenthal, dont font mention des documents de la seconde moitié du XIIIe siècle. Les seigneurs d'Ifenthal étaient richement dotés de fiefs frohbourgeois. Leurs ancêtres devaient appartenir à la classe paysanne la plus élevée du village d'Ifenthal. Au XIIe siècle, ils se rallièrent à la suite guerrière des comtes de Frohbourg et s'enrichirent. On sait que vers 1200 déjà, ils cherchèrent à se libérer des liens qui les unissaient aux comtes de Frohbourg. Ils se firent ensaisiner par d'autres dynastes et fondèrent sur leurs propres biens-fonds, au centre de terres essartées, la forteresse d'Alt-Wartburg. Les deux châteaux doivent avoir passé en d'autres mains au cours du XIVe siècle, car en 1379, les seigneurs de Hallwil les achetèrent aux seigneurs de Büttikon. Plusieurs chroniqueurs bernois nous ont laissé le récit de la conquête de l'Argovie par les Bernois, ainsi Conrad Justinger, qui dit notamment: «... Les deux châteaux furent incendiés. Et après que ceux de Zofingue eurent rendu hommage, mais qu'on était encore en pleine campagne, quelques-uns quittèrent leur poste pour aller mettre le feu aux deux Wartburg. Lorsque ceux de Zofingue se furent rendus, les trois hommes en firent de même, ce que confirment les textes relatant ces faits. Un banneret bernois alla à Aarbourg; elle aussi se rendit à ceux de Berne. Cela est consigné dans des textes conservés aux archives.» Plus tard, d'autres chroniqueurs reprirent le récit de Justinger et fixèrent par l'image plusieurs des scènes qu'il avait décrites de façon si expressive. Comme le dit Justinger, les deux châteaux ne furent pas démantelés au cours d'une action officielle des autorités bernoises, mais par les membres d'une bande de guerriers agissant de leur propre chef. D'ailleurs, les actes de pillage et de vandalisme, les destructions et les incendies volontaires faisaient partie des activités des guerriers confédérés indépendants de l'Etat, des activités qui se fondaient sur certaines règles des guerres de diffidation du Moyen Age. Avant de mettre le feu aux châteaux de Wartburg, les soldats, énivrés par leur victoire, ne se contentèrent pas de les piller, ils réduisirent également en miettes tous les poêles. Ce qu'ils ne firent probablement pas seulement pour le plaisir primitif de détruire de précieuses pièces d'ameublement, mais encore pour obéir à un très vieux principe. Au Moyen Age en effet, la destruction du poêle était considérée comme l'un des plus importants éléments du démantèlement d'une demeure.
Les fouilles entreprises à Alt-Wartburg ont révélé que cette forteresse avait été construite en plusieurs étapes. Parmi les plus vieux éléments de construction, remontant à la fin du XIIe siècle, figure la tour d'habitation érigée dans le secteur nord de la colline rocheuse. L'ouvrage fut agrandi pendant la seconde moitié du XIIIe siècle. C'est alors qu'une enceinte vint renforcer la partie sud de la place et que quelques bâtiments furent construits à l'intérieur de la cour ainsi créée. Une nouvelle citerne-filtre remplaça celle qui se trouvait à l'intérieur de la tour. II est possible qu'au XIVe siècle, de nouveaux étages aient été élevés sur la partie sud du corps de logis. Juché sur son rocher, le château d'alors, un bloc massif de murs percés de quelques jours, difficilement accessible, peut être considéré comme un exemple typique des forteresses jurassiennes érigées par la noblesse de campagne. L'incendie de 1415 laissa des traces rouges sur les murs et une couche de débris d'incendie se forma à l'intérieur de l'ouvrage. Parmi les objets mis au jour, on ne trouve pour ainsi dire aucun meuble ou ustensile de ménage. Ce qui n'étonne guère lorsqu'on songe aux actes de pillage des soldats bernois. Une fois les fouilles terminées, on rénova les murs branlants. L'incendie de 1415 avait non seulement rougi les pierres des murs, mais les avait également rendues cassantes et friables. Après leur restauration, les ruines furent rendues accessibles au public et aujourd'hui, elles forment le décor d'une place de piquenique fort appréciée. Leur entretien est financé par le produit de la fondation Hugo Millier, d'Olten. Quant aux objets mis au jour, propriété du canton d'Argovie, ils sont déposés au musée d'histoire d'Olten.
Bibliographie