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Chez la souris gestante, la diminution de l’activité des cellules NK «natural killer» est responsable de la rapidité de la dissémination métastatique.1 La grossesse, pendant laquelle l’immunité native de la mère est abaissée pour éviter les risques de rejet du fœtus, constituerait donc une condition physiologique propice à la progression des tumeurs et des métastases. Cette hypothèse était déjà soulevée par le fait que les tumeurs du sein survenant durant une grossesse ont une dissémination précoce.
L’équipe du Pr Ivan Stamenkovic, à l’Institut universitaire de pathologie de Lausanne, UNIL-CHUV, a également démontré qu’une partie au moins de l’inhibition des cellules NK est déclenchée par un autre groupe de cellules immunodépressives, les cellules myéloïdes suppressives (MDSC). Ce modèle permet de comprendre ce qui rend les tissus plus permissifs dans le développement de métastase. «Nos recherches ont pu démontrer que chez les souris gestantes déclarant un cancer, le taux et le degré de dissémination des tumeurs et métastases augmentent de manière substantielle, indépendamment du type de cancer ou de l’organe atteint. Cet accroissement est intimement lié à la baisse tant quantitative que qualitative de l’activité des cellules NK, elle-même induite par une infiltration de MDSC dans les tissus», résume le Pr Stamenkovic.
Parallèlement, les scientifiques ont comparé les profils d’expression génique totale dans des organes non reproductifs chez des souris vierges et gestantes. Ainsi, dans les poumons et le foie, qui sont des sites métastatiques de beaucoup de tumeurs, les variations de l’expression génique reflétaient l’accumulation de MDSC chez les souris gestantes. Une information d’une grande importance clinique, car on retrouve ces profils chez certains patients : la majorité des gènes régulés négativement dans les poumons et le foie de ces souris gestantes sont également plus faiblement exprimés dans les poumons de patients cancéreux ayant un mauvais pronostic, que chez ceux ayant un bon pronostic.
Les MDSC représentent donc un mécanisme partagé de suppression immune durant la grossesse et durant la croissance tumorale. Une prochaine étape sera de chercher à comprendre comment les MDSC agissent sur les cellules NK. «L’idée, à terme, serait de pouvoir mettre au point des médicaments capables, dans le cas de tumeur primaire, de cibler spécifiquement les MDSC pour contrecarrer leurs effets. Cela permettrait de rebooster la réponse immune native et par conséquent de rendre les tissus encore sains plus résistants à la colonisation métastatique», conclut le professeur.