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"Je vous prie de croire que, malgré mes études, je n'ai pas oublié l'art et les finesses du ménage. Ma bien-aimée mère nous en a enseigné assez pour toute notre vie."
C'est en ces termes que le Dr Emilie Kempin-Spyri, première femme juriste de Suisse, s'adressa à un pasteur pour demander un emploi de domestique. Sa lettre fut retenue par la clinique bâloise où elle avait été internée après avoir été mise sous tutelle et déclarée atteinte de maladie mentale. Toute la vie d'Emilie Kempin-Spyri aura été marquée par la volonté inébranlable avec laquelle elle combattit pour ses droits.
Pour contribuer à l'entretien de sa famille, Emilie Kempin-Spyri, à trente ans passé, avait obtenu la maturité puis suivi des études de droit. Cependant, elle s'aperçut vite que l'accès à la profession d'avocat lui était refusé parce qu'elle était une femme. Elle présenta donc un recours devant le Tribunal fédéral, argumentant que l'article 4 de la Constitution fédérale "Tous les Suisses sont égaux devant la loi" impliquait aussi l'égalité entre femmes et hommes. Le tribunal la débouta, jugeant que son interprétation était "aussi nouvelle qu'audacieuse". Lorsqu'elle présenta peu après sa candidature à un poste d'enseignement à l'Université de Zurich, elle essuya là encore un échec à cause de son sexe.
Désabusée, Emilie Kempi-Spyri émigra à New York avec son mari et ses trois enfants. Elle y fonda une école de droit pour les femmes, qui forma la première femme juriste de New York. Malgré sa réussite dans la métropole américaine, elle finit par rejoindre sa famille rentrée en Suisse, où elle obtint une autorisation spéciale pour enseigner à l'université. Elle fonda la revue "Frauenrecht", dans laquelle elle proposa des améliorations du droit suisse. Elle créa également une association de défense des droits des femmes ("Frauenrechtsschutzverein ") pour mettre ses compétences juridiques au service de l'amélioration du statut économique et social des femmes.
Après s'être vu refuser une nouvelle fois une promotion à l'Université en raison de son sexe, elle partit seule pour Berlin, où elle sombra dans une dépression. C'est ce qui la conduisit dans la clinique bâloise où elle s'éteignit deux ans après, à l'âge de 48 ans. Une année plus tard seulement, grâce à son inlassable engagement, la première Suissesse était admise à la profession d'avocat.