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17/08/2016
L’économie expliquée en « novlangue »
Le célèbre roman de l’écrivain anglais George Orwell, « 1984 », écrit en 1948, fut un avant-goût et vision d’horreur du communisme. Le communisme n’existe plus. Il a échoué. Pourtant, une réédition de l’ouvrage aujourd’hui s’imposerait plus que jamais, en guise de mise en garde contre le capitalisme cette fois. Les « -ismes » n’ont plus la cote.
Dans le roman d’Orwell, la novlangue (newspeak) ou « langue de coton » est la langue officielle dans l’état totalitaire d’Océania. Utilisée comme outil de propagande, la « novlangue » permet à l’état de faire taire toute critique à son encontre.
Le principe est simple. Dans le but d’éliminer les finesses d’une langue, on ampute son vocabulaire. On simplifie. Cette simplification élimine peu à peu les finesses linguistiques et rend de ce fait impossible toute différenciation et argumentation et, en l’occurrence, la critique et la contestation. Le manque de vocabulaire rend également impossible toute formulation de nouvelles idées. (facebook, twitter)
A l’instar de l’économie de marché, on éliminerait les mots espoir, attente, capacité, aptitude, don, prometteur, encourageant, favorable, pour les remplacer par « potentiel ».
On pousserait le raffinement un peu plus loin, en transformant le « négatif en positif ». Ainsi, la récession devient « croissance négative », la baisse des salaires devient « dévaluation compétitive », l’austérité devient « plan de relance », les licenciements sont dorénavant des « restructurations », et les fermetures d’usines sont appelés « délocalisations ».
L’objectif originel de l‘entreprise, la fabrication de produits ou prestations de services, dont le but est d’améliorer la qualité de vie des citoyens, ou plus vulgairement des consommateurs, devient de plus en plus caduc, grâce au progrès. La croissance exponentielle des gains de productivité, grâce aux progrès technologiques, dans presque tous les domaines, mais surtout dans le secteur tertiaire, rend de plus en plus obsolète cet objectif initial.
Il faut donc que l’entreprise se trouve une autre raison d’être. Le pouvoir politique, ou plus précisément, le pouvoir de la redistribution des richesses.
Elles, les entreprises, pourraient aisément redistribuer plus équitablement leurs gains de productivité, en baissant le temps de travail et en augmentant les salaires. Elles ne le font pas, parce qu’elle veulent consolider leur position de pouvoir. Cela n’a donc plus rien d’économique, c’est devenu politique.
Certes, probablement près de 90% de l’économie de n’importe quel pays est assumée par les PME (petites et moyennes entreprises), tributaires de l’économie domestique et du pouvoir d’achat des consommateurs et, par conséquent, des multinationales qui, elles, ne sont pas liées à l’autorité d’un état. Libres comme des oiseaux, elles détiennent réellement le pouvoir, économique et politique, car elles échappent à leur responsabilité sociale. Pour cimenter ce pouvoir et pour l’ancrer dans la conscience collective, elles se servent de la « novlangue », à l’instar du pouvoir communiste dans le roman de George Orwell.
En prenant exemple sur les religions, elles font du prosélytisme de leur idéologie néolibérale en l’enseignant dans les grandes écoles de gestion et de management depuis près de quarante ans.
L’outil de marketing dont le pouvoir économique se sert, comme jadis les propagandistes des idéologues politiques, est le langage publicitaire, langage dont le but est de travestir la réalité.
En 2010, deux ans après le quasi effondrement du système financier mondial, la banque « UBS », sauvée de la faillite in extremis par l’état suisse, lance une campagne publicitaire d’un ton quasi religieux, sous le titre « Nous n’aurons pas de répit ». Elle prêche : « Tant de choses ont changé et nous avons changé tant de choses. Nous mettrons de nouveaux standards car nous tenons à nos clients en Suisse. Nous voulons réévaluer notre passé et envisager l’avenir avec optimisme. Nous voulons convaincre, sans tergiverser, car nos clients nous importent. Nous n’aurons pas de répit jusqu’à ce que vous soyez persuadés d’avoir le bon partenaire. »
Une année plus tard, en 2011, éclate le scandale du bouc émissaire ou trader ou spéculateur professionnel, Kweku Adoboli, qui fait perdre à l’UBS la somme de 2,3 mia USD.
La raison d’être de la banque pour l’économie est obsolète depuis longtemps. La banque, elle le sait. Elle ne gagne plus d’argent avec ses services. Elle gagne de l’argent avec de l’argent et pour consolider sa position privilégiée de créateur d’argent, elle utilise l’outil de la propagande. Elle n’est pas la seule.
Le secteur bancaire suisse occupe 200'000 employés ou 6% de la main d’œuvre. Probablement, la moitié de ces employés sont improductifs, voire coûtent de l’argent à leur employeur, peut-être un peu moins. Ce n’est pas très grave, puisque la banque détient le quasi monopole de la création monétaire. Le gonflement du secteur des services n’est pas un phénomène bancaire uniquement cela vaut pour l’ensemble des multinationales des services, telles que les assurances, le domaine du consulting, l’audit, la gestion de fortune, tous profitent d’un système qui s’auto alimente. En d’autres termes, plus prosaïques, « Ils brassent de l’air ».
Pour l’économie dans son ensemble en revanche c’est un gaspillage de ressources, car un nombre incalculable de personnes hautement qualifiées, formées dans les meilleures universités nourrissent ce système et perdent leur temps au lieu de dédier leurs capacités aux vrais défis de la société et par conséquent au service de la collectivité. Je pense à la transition énergétique, la création d’un nouveau système financier ou l’allocation plus efficace des ressources financières, la recherche.
Pour changer un système il faut d’abord le comprendre