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Henrik Kristoffersen avait le sourire à l'issue des deux manches. Le Norvégien est sorti vainqueur, solide. Parti avec le dossard 1, il expliquait au micro de la Fédération internationale de ski (FIS) que les conditions «n'étaient pas si mauvaises.»
Parions que Kristoffersen, avec son caractère, n'aurait pas eu la même réaction s'il était sorti en seconde manche. Le slalom dans la station allemande a frôlé le scandale malgré le travail titanesque de l'organisation, malgré le désir de faire une course sans les conditions requises. Merci à l'enneigement artificiel.
Il faut bien avouer que Johan Eliasch et ses équipes commencent à atteindre les limites de l'acceptable quand on aperçoit une piste détruite après 20 concurrents (réminiscence d'un slalom à Zagreb qui a mal tourné l'an passé) et transformée en piste de bobsleigh après quelques passages. Pour les meilleurs coureurs de la planète, difficile de pousser dans ces conditions, surtout qu'ils sont habitués à des tracés verglacés.
Les skieurs dans le portillon sont d'un niveau de classe mondiale. Mais le terrain marqué, la neige salée et arrosée généreusement, a réduit ces as du virage court à un niveau (très) moyen. AJ Ginnis, le Grecque qui s'est déjà glissé dans un top 15 à Flachau, est l'une des meilleures illustrations: si vous ne connaissez pas le ski, que vous le regardez pour la première fois, vous auriez tendance à le taxer de prof de ski.
Outre les 10 premiers dossards (et encore), les autres ont dû batailler ferme en première manche, et la performance du 30e, Alexander Steen Olsen, est d'un sacré calibre si vous visionnez son run. Parti avec le dossard 45, le Norvégien a modifié son ski pour ne plus boxer les piquets lors de certains passages beaucoup trop creusés. Et les slalomeurs vous le diront, les centimètres valent de l'or. Or, Steen Olsen a réussi à jongler avec les tranchées formées autour des portes, pour survivre et sauter dans le bon wagon et accrocher la manche finale.
Des images qui ne font pas une bonne pub au ski alpin, donnant même l'impression d'une fédération prête à tout pour voir ses dignes représentants valdinguer dans un champ de patates. Les palmiers gonflables au bord de la piste et les morceaux des Beach Boys passés par le disc-jockey sonneraient presque comme une belle boutade des organisateurs. Mais difficile de rire. Le premier parcours était indigne de ces coureurs talentueux, qui méritent mieux qu'une manche de survie dans les tranchées. «C'était la bagarre», nous disait Marc Rochat après sa superbe 7e place.
Des skieurs, les lunettes détrempées par la neige mouillée, en sortaient presque avec la nausée après 55 secondes sur le tracé Bavarois. Avec ce slalom, la Coupe du monde est redescendue de deux échelons, du même acabit que les courses FIS - le passage obligé pour tous les aspirants skieurs avant de passer en Coupe d'Europe et ensuite viser la glorieuse Coupe du monde.
Pour rappel, Garmisch-Partenkirchen se trouve à 700 mètres. Le départ était donné à 942 m et l'arrivée jugée à 735 m. Alors même si le spectacle a été correct (surtout lors du second tracé), même si Kristoffersen a pu bomber le torse dans la raquette d'arrivée, la FIS s'avance en terrain miné et s'apprête à poser ses valises à Adelboden. La station bernoise n'a plus vu de neige depuis belle lurette. Elle n'a pu que dérouler un long ruban blanc qui va se trouer sous les coups de carres.
Autrement dit, le spectacle ne sera que tronqué si la FIS continue de jouer à ce jeu-là, surtout en cette période de douceur persistante.
Les sauteurs acrobatiques se propulsent dans les airs, défient la gravité, en effectuant des sauts périlleux et des vrilles, puis retombent tels des équilibristes sur leurs skis. Du moins, la plupart du temps. Noé Roth, 22 ans, est actuellement le meilleur de tous ces skieurs audacieux. Il s'est fait un nom en 2019, en se classant troisième des Championnats du monde de saut acrobatique, et a remporté l'hiver dernier son premier titre mondial, ainsi que son deuxième classement général de la Coupe du monde.