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«Au grand galop de mon cheval, je paradais parmi les ventilateurs.
J'avais sept ans, rien n'était plus agréable que d'avoir trop d'air dans le cerveau. Plus la vitesse sifflait, plus l'oxygène entrait et vidait les meubles.
Mon coursier déboucha sur la place du Grand Ventilateur, appelée plus vulgairement place Tien An Men. Il prit à droite, boulevard de la Laideur Habitable.
Je tenais les rênes d'une main. L'autre main se livrait à une exégèse de mon immensité intérieure, en flattant tour à tour la croupe du cheval et le ciel de Pékin.
L'élégance de mon assiette suffoquait les passants, les crachats, les ânes et les ventilateurs. Je n'avais pas besoin de talonner ma monture. La Chine l'avait créée à mon image: c'était une emballée des allures grandes. Elle carburait à la ferveur intime et à l'admiration des foules.»
Amélie Nothomb, Le sabotage amoureux, éditions Albin Michel, 1993
«Comment être sûr que c'est dans ces parages que la princesse s'est perdue? La route de Pékin à Kachgar a emprunté de tout temps la "Voie impériale" qui conduit d'abord à l'ancienne capitale Xi'an puis, entre Gobi et montagnes, vers Lanzhou sur les rives du Fleuve Jaune, Dunhuang et les grottes des Mille Bouddhas, puis la rive nord du désert du Taklamakan. Mais une alternative existe plus au sud: la route qu'empruntèrent justement Ella Maillart et Peter Fleming, sur laquelle nous cheminons.»
«Qui veut acheter le Palais d'Été? Qui rêve de démolir vingt mètres de la muraille pour se construire une bicoque avec ces pierres sacrées? c'est à vendre.»
«Chaque premier de l'An à minuit, il portait le dieu en procession, offrait un sacrifice aux ancêtres, puis il mangeait un nombre incalculable de raviolis végétariens à l'huile de sésame.»
La boussole, le papier, la poudre à canon et l’imprimerie. Voici les quatre grandes contributions de la Chine à la civilisation mondiale, se gargarise-t-on souvent ici.
Et pourtant, c’est encore oublier une cinquième invention chinoise qui a changé la face du monde: le football. Du moins, la version ancestrale de ce sport, comme en témoignent les Mémoires historiques, compilées à la cour des Han par le célèbre Sima Qian (145-90 av. J.-C.) Dans son ouvrage, celui qui est considéré comme le premier historien chinois décrit une étrange activité, très en vogue alors chez les guerriers, et ce depuis plusieurs siècles: le «cuju». Deux équipes s’affrontent sur un terrain. But de l’exercice: taper dans une balle – uniquement avec les pieds – jusqu’à l’envoyer entre deux bambous. Du foot, donc. Sauf que ce n’est ni un loisir, ni une manière de devenir un dieu, mais une très sérieuse forme d’entraînement militaire. Le plaisir viendra quelques siècles plus tard, lorsque les femmes se mettent à leur tour au «cuju». Elles proposent des spectacles qui émeuvent la gent masculine: «la balle évoque une perle blanche et leur visages deviennent du jade», s’émerveille un poète. Un autre se délecte de la vision de «ces gouttes qui perlent sur leurs joues poudrés, telle la rosée sur des pétales.»
Les temps ont bien changé. Les commentaires sur les footballeuses aussi.
Mais la Chine a gardé le goût du football féminin, et ses joueuses occupent une position tout à fait honorable au classement mondial. La tension était d’ailleurs palpable dans les rues pékinoises le mois dernier, pour la Coupe du monde. Et la déception bien réelle lorsque les Chinoises ont perdu contre les Norvégiennes. Le tout premier Championnat du monde de football féminin organisé par la FIFA ne s’est-il d’ailleurs pas déroulé en Chine il y a 16 ans déjà? Une manière peut-être pour ces joueuses de rattraper l’histoire, et de venger toutes ces arrières-grand-mères, dont les minuscules pieds ont été trop longtemps bandés.
Papiers de Chine