Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07064.jsonl.gz/1184

La démocratisation de la formation et la tertiarisation de l’économie n’ont pas entraîné une hausse marquante de la mobilité sociale en Suisse au 20e siècle, révèle une étude de Julie Falcon publiée dans la revue Social Change in Switzerland.
Le visage de la Suisse a fortement changé en un siècle, mais les chances d’accéder à une meilleure position sociale que celle de ses parents sont demeurées extrêmement stables. Seules les personnes nées entre 1908 et 1934 ont été de plus en plus nombreuses à connaître une progression dans la hiérarchie sociale. Les taux de mobilité sociale des générations suivantes n’ont ensuite plus connu d’évolution : 40% des individus nés de 1935 à 1978 ont vécu une ascension sociale par rapport à la situation de leur père, 40% se sont maintenus dans la même classe socio-professionnelle et 20% ont été marqués par une position sociale moins avantageuse.
Pour arriver à ces constats, Julie Falcon, chercheuse à l’Université de Lausanne, a agrégé et analysé les données de 21 enquêtes, réunissant plus de 17'000 observations. Les catégories sociales sont réparties en trois groupes : la classe moyenne supérieure comprend les chefs d’entreprise, les ingénieurs, les professions libérales et intellectuelles, et les enseignants ; la classe intermédiaire regroupe les professions intermédiaires, les petits commerçants, les artisans et les agriculteurs ; la classe populaire désigne les employés de niveau inférieur, principalement de la vente et des services, et les ouvriers.
Si quatre personnes sur dix réussissent à s’élever socialement, le fait que ce taux n’ait pas augmenté au fil des décennies a de quoi surprendre. Le poids de la classe sociale ne se serait-il donc pas affaibli ?
La chercheuse observe que la tertiarisation de l’économie a bien ouvert de nouvelles opportunités de mobilité sociale ascendante, cela grâce au développement des emplois d’encadrement. Mais le niveau d’étude requis pour accéder aux professions les plus prestigieuses s’est également élevé. Or le milieu social d’origine continue d’avoir une influence considérable sur l’accès à l’éducation, puisque les classes intermédiaires et supérieures restent surreprésentées dans les filières exigeantes. Elle constate également que « le diplôme ne garantit pas à lui seul la réussite sociale. A même niveau d’étude, l’origine sociale continue d’exercer une influence non négligeable sur les chances d’accéder aux meilleures positions sociales ».
Julie Falcon conclut que « au cours du 20e siècle en Suisse, les inégalités entre les différentes classes sociales, loin de s’être affaiblies ou d’avoir disparu, se sont maintenues ».
>> Julie Falcon (2016). Mobilité sociale au 20e siècle en Suisse : entre démocratisation de la formation et reproduction des inégalités sociales. Social Change in Switzerland No 5. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch
Contact: Julie Falcon, + 41 21 692 37 89, <email-pii>
La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.