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12.01.2016 | News
Une majorité de la population suisse préfère vivre dans un village ou dans une petite ville. Elle souhaite toutefois aussi bénéficier d'un bon réseau de transport public et routier, ce qui renforce la pression foncière, surtout dans les campagnes du bassin d’attraction de Zurich.Des études de cas effectuées par l’Institut de recherches WSL dans les cantons de Saint-Gall, Glaris, Lucerne et d’Argovie indiquent les évolutions possibles
Bien que les surfaces construites aient augmenté d’un quart depuis 1985, et que trois quarts de la population vivent en ville, les Suisses sont restés des villageois dans l’âme. C’est ce que confirme une enquête auprès de quelque 1200 habitants suisses, dont Maarit Ströbele et Marcel Hunziker de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL présentent les résultats dans un nouveau rapport.
Habiter à la campagne
Lorsqu’on leur demande où ils aimeraient habiter, 72 % des personnes interrogées donnent une préférence élevée, voire la plus élevée, à un village. 67 % donnent les mêmes notes à une petite ville, mais seulement 30 % à une ville importante. Les agglomérations remportent malgré tout 37 % des suffrages.
Une grande partie de la population désire donc vivre à la campagne. Les sondés aimeraient toutefois aussi avoir accès à de bons transports publics, ainsi qu’au réseau routier. Ces deux paramètres sont vérifiés dans les communes de l’agglomération, alors qu’elles sont paradoxalement plutôt peu appréciées.
Les espaces libres sont un capital
La préférence pour la vie au vert a entraîné pour les communes du bassin d’attraction des grandes villes une forte croissance de population, comme l’indique un autre sous-projet: Silvia Tobias et ses collègues ont étudié les chances de développement de quatre régions modèles, qui se situent à moins d’une heure de route de la métropole de Zurich, et qui subissent une forte pression immobilière: Glaris Nord, le Seetal lucernois, le Haut-Freiamt (AG) et la plaine de la Linth dans la région de Gaster (SG).
Les régions qui jouissent de ces avantages – bonne desserte en transports et environnement campagnard paisible – sont précisément celles que menace un retour de bâton. Avec la progression de l’urbanisation de leurs espaces naturels, elles risquent de perdre leur principal capital. Les décideurs locaux en sont parfaitement conscients, comme le montrent les ateliers menés dans le cadre des études de cas.
La tendance actuelle n’est pas acceptée
L’équipe de chercheurs autour de Silvia Tobias a développé différents scénarios d’avenir, avec des hypothèses variées sur la croissance de population, l’évolution de l’urbanisation et du trafic. Les perspectives sont sombres si on continue selon le même schéma: l’environnement est urbanisé avec une densité faible sur de grandes surfaces, des lieux de nature et de détente disparaissent, les villages deviennent des banlieues-dortoirs. Cette variante est un repoussoir pour les responsables locaux.
Leurs souhaits s’orientent vers la conservation des beautés naturelles, de l’activité économique ainsi que de centres villageois qui restent actifs en journée. Selon les chercheurs, cela ne pourra être obtenu qu’avec un aménagement du territoire beaucoup mieux maîtrisé qu’aujourd’hui.
Ce serait encore pire si ces régions étendent partout les réseaux routiers tout en donnant carte blanche aux investisseurs. La conséquence serait une urbanisation pratiquement totale, avec la perte des espaces naturels de détente et de la biodiversité.
Des petites villes vivantes et des papillons
Une solution prometteuse consisterait à développer les centres régionaux pour qu’ils deviennent des petites villes vivantes, proches des espaces naturels: des urbanisations denses avec des espaces publics attractifs, des bâtiments historiques bien conservés et une bonne desserte de transport. En même temps, les petits villages environnants devraient renoncer à l’extension de l’infrastructure routière; une urbanisation densifiée n’y serait alors pas absolument nécessaire.
Avec de nouvelles constructions dans ces régions non pas sur des espaces ouverts, mais en périphérie ou au sein de localités existantes, la nature tire elle aussi son épingle du jeu. C’est ce que montre un autre volet de ce programme de recherche: les espèces animales et végétales spécialisées, ou celles qui ont besoin de beaucoup d’espace, par exemple les papillons, trouvent de meilleurs milieux naturels, et les espèces végétales envahissantes se propagent beaucoup moins. Par contre, les espaces non construits au sein des villes et localités importantes sont essentiels pour relier entre eux les milieux naturels.
Cette enquête en ligne s’est déroulée en 2014 dans le cadre du programme de recherche du WSL «Les exigences spatiales de l’homme et de la nature», dont le rapport de synthèse vient d’être publié en allemand.
Les chercheurs du WSL ont élaboré différents guides pratiques pour le travail des aménageurs.