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21/12/2015
L'Homme-Météore vole au secours d'une femme
Dans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé l'Homme-Météore alors que, venant de se transformer pour la première fois, il parlait avec un être étrange, sans doute venu du ciel, qui l'instruisait sur ce qui le concernait, et lui annonçait que le véritable Génie de Paris, à l'occasion, viendrait l'aider, quand le besoin s'en ferait sentir et que cela s'avérerait nécessaire.
- Est-ce toi, ce génie divin? demanda Robert Tardivel, désormais Homme-Météore. - Je le laisse deviner à ta sagacité, répondit l'être. Et il disparut.
Sa voix avait résonné étrangement. Elle avait semblé enfouie. Les sons en étaient presque inaudibles. Robert n'avait ouï qu'une vague mélodie, comme chantée de très loin, et vu, devant lui, des mots se déployer en images. Dans celle-ci, il s'était vu lui-même, usant de ses pouvoirs!
Et désormais, se rendait-il compte, il savait comment les utiliser!
Il eut une autre vision.
Il distingua, dans les lointains, à travers les maisons et immeubles, une femme qui criait, et que poursuivaient deux hommes étrangement vêtus et masqués. Elle courait dans une des tours nord de la cité des Tarterêts, à Corbeil-Esssonnes, et ses poursuivants juraient et hurlaient, ou riaient quand il leur semblait qu'ils allaient pouvoir l'attraper. Ils parlaient d'un harem pour leur chef, un sorcier prêt à conquérir le monde, et annonçait qu'elle allait connaître la gloire d'en faire partie.
Or, le Gardien de feu sut que ce qu'il voyait là était l'avenir. L'image avait la teinte de l'attente, et semblait projetée depuis l'ouest; et Vesper luisait dans l'air, au-dessus de la tour.
Il s'élança vers la sortie, suivant un plan des catacombes qui était apparu spontanément à sa conscience. En courant, il laissait sur ses pas des lueurs d'or – qui s'élevaient après son passage, à la façon d'une poussière. À peine touchait-il la terre: il glissait sur elle plus qu'il ne la foulait. Lorsqu'il parvint devant la porte d'entrée, il s'étonna, car elle était fermée; il la força, et sortit.
C'était déjà le soir. À son insu était-il resté toute la journée dans les catacombes! Et quand l'être étrange lui avait parlé, quand il avait été métamorphosé et revêtu d'une armure, le temps s'était comme figé, arrêté; de longues heures lui avaient paru de brefs instants.
Mais qu'était devenue sa mère? Qu'avait-elle cru, en ne le voyant pas réapparaître? Qu'avait-elle fait?
Il s'en inquiéterait plus tard; car il se rendit compte qu'il ne restait que peu de temps avant qu'il ne rejoignît la femme poursuivie par les bandits. Il n'avait vu que le proche avenir! Les étoiles, derrière la tour de sa vision, étaient déjà presque celles qui se tenaient au-dessus de Paris. La constellation des Gémeaux apparaissait, avec ses deux étoiles brillantes: les têtes des Dioscures dépassaient à présent de l'horizon. Or, il les avait vues à peine plus basses.
Il s'élança dans un jet de lumière vers les hauteurs, et se dirigea vers le sud. Derrière lui il laissait des trainées d'étincelles!
Les Parisiens qui le virent n'eurent point le temps de le distinguer. Ils crurent qu'un éclair était tombé dans la rue, et ils s'en étonnèrent, car le ciel était sans nuages. Le phénomène fut expliqué par eux par la chaleur et la pression de l'air; certains toutefois s'obstinèrent à croire à des extraterrestres, à des soucoupes volantes ou à des hommes d'une autre planète, malgré les quolibets de leurs contemporains. Ils n'avaient pas tout à fait tort, quoiqu'ils ne comprissent pas la véritable nature de ce qu'ils avaient vu.
L'Homme-Météore n'eut cure de ce que pensaient les gens. Il vola vers Corbeil, et dans le ciel passa au-dessus des rues désormais éclairées, et d'immeubles dont les fenêtres pareillement s'illuminaient.
Laissant derrière lui le lion de Belfort dont l'œil sembla s'allumer au dernier éclat du couchant, il passa par dessus Ivry et Vitry, et la Seine lui apparut à gauche, luisant aux feux vermeils de l'Ouest et y mêlant le reflet des étoiles mais aussi sa teinte glauque, et il vit un avion décoller d'Orly, mais n'eut pas de mal à l'éviter, tant son vol était souple et rapide, et le pilote de l'engin vit un ruban de clarté et crut à un météore, et il n'eut pas tort, mais il ne décela jamais que ce météore était aussi un homme, qu'il avait une âme et agissait consciemment, qu'il avait des pensées.
Le Gardien de Feu ne se soucia pas cependant de ce qu'il croyait, et poursuivit son chemin à la façon d'un éclair. Il passa par dessus la Seine, et elle sembla le regarder d'un œil noir; il s'en étonna: la Seine avait-elle une âme, elle aussi? Dans sa conscience nouvelle, il découvrait des secrets insoupçonnés.
Les anciens n'avaient donc pas menti, qui donnaient aux fleuves des âmes qu'ils appelaient des dieux, et que les chrétiens appelèrent des démons?
Il crut distinguer un monstre se tenant dans ses profondeurs, et une vapeur monter de sa bouche infecte; mais il aurait le temps, peut-être, de s'en occuper un autre jour. Il passa à Draveil, à Viry, à Évry, et la tour dans laquelle la femme fuyait lui apparut.
La même scène qu'il avait vue en vision se déroulait sous ses yeux. La femme courait dans l'escalier, à travers les fenêtres éclairées; elle descendait les marches, et deux hommes la poursuivaient. Il distingua mieux leur costume. Ils étaient vêtus de noir, et un tissu leur recouvrait la tête, le nez et la bouche, ne leur laissant de libres que les yeux. Il vit qu'ils étaient armés de sabres, qui étaient liés à leur dos; ils ressemblaient à des ninjas. Mais quelque chose de plus semblait être en eux, car un panache de feu bleu les entourait, en particulier à la tête, et on y voyait luire une flamme sombre, comme s'ils disposaient d'une puissance occulte.
Il est néanmoins temps de laisser cet épisode, qui commence à être long. La prochaine fois, une grande bataille sera dite.