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Dans le monde musulman, le Alladi yatrah al-Ass’ila, le poseur de questions, se tient à la porte des mosquées. Cet homme est payé pour poser les questions à celui qui le rémunère. On dit aussi que « quelqu’un qui ne se connaît pas lui-même ne peut comprendre le sens de ces questions ». Farid Ud’din Attar, l’un des plus grands sages soufis, évoque ce type d’échange dans sa parabole la plus connue, la Conférence des Oiseaux. Il s’agit en quelque sorte d’une longue partie collective itinérante.
Les initiés soufis étaient au nombre de quarante. A leur douzième année d’initiation, la question suivante leur fut posée : « Que cherches-tu ? » Ils l’ignoraient et partirent alors pour un long voyage en quête d’une réponse. Une force les poussait au cœur, qui les mena vers une montagne où vivaient, disait-on, l’être qu’ils recherchaient. Serait-ce un roi ? Serait-ce un dieu ? La Légende parlait d’un oiseau merveilleux et magique…
Le chemin fut long. Ils connurent des aventures parfois inespérées, parfois tragiques, mais toujours inattendues. Enfin, ils parvinrent, épuisés, sur le mont tant désiré. Ils n’y trouvèrent ni dieu ni roi. Seul un grand miroir les attendait… dans lequel ils purent contempler la figure qu’à eux tous, sans le savoir, ils formaient ; celle d’un oiseau géant, prêt à s’envoler !
En Océanie, chaque année, à la première pleine lune suivant le solstice d’hiver, les habitants de l’une des îles Salomon se prêtent à un jeu qui consiste à énoncer les vœux souhaités pour l’année à venir et à présenter, quotidiennement pendant quatre jours, une offrande au chaman local. Chaque soir, le chaman explore l’un des quatre éléments avec l’ensemble de la tribu et interroge l’oracle. Une négociation s’ensuit entre l’oracle et la famille, par le biais du chaman, afin de savoir si les offrandes sont suffisantes pour permettre la réalisation des voeux énoncés. Lorsque l’oracle exprime son accord, les vœux ont la réputation de se réaliser.
On retrouve des rituels similaires dans la santeria cubaine, et dans le vaudou béninois, puis haïtien, ainsi que dans leur tradition mère, le Fa des devins yorubas.
Nombreuses sont les traditions orales évoquant, sous divers noms, l’esprit de notre Jeu des Jeux. Mais les traces écrites recensées à ce jour restent rares. Les dernières que l’on a découvertes ont été gravées sur des pierres taillées il y a plus de 3 000 ans, pour orner les murs du temple de Shankor, mis au jour en 1951 au cour d’une cité indienne envahie par la forêt vierge, et dont une bande de singes bleus semblait protéger l’accès. Ce temple fut démonté pierre par pierre pour être remonté aux Etats-Unis. La rumeur dit – mais que ne raconte-t-on pas ? – que ces pierres sacrées furent revendues à des collectionneurs qui s’en servirent pour jouer – grandeur nature, entre milliardaires, pendant des jours, à coups de millions d e dollars – à un jeu étrange permettant la réalisation des désirs… C’est dire à quel point l’humanité avait perdu toute notion des vraies valeurs. Il était temps que d’autres chercheurs d’absolu arrivent, pour que le Jeu des Jeux renaisse et revienne en de meilleurs mains. Le premier d’entre eux fut un simple voyageur…
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