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Wir kennen uns gut und wir wissen beide, dass dein Französisch besser ist als mein Deutsch oder mein «Schwizerdütsch». Dein Vater erklärte mir dazumal, dass die Bedeutung des «Schwizerdütsch» darin lag, sich in den 30er Jahren vom vorherrschenden Deutsch zu unterscheiden, das aus Deutschland importiert wurde. Seitdem habe ich grossen Respekt vor dieser Sprache und werde deshalb mit dir weiterhin lieber Französisch sprechen.
Nous nous sommes rencontrés sur différents tournages, où l’on parlait souvent un mélange des langues de notre pays, y compris de nombreux dialectes, parmi lesquels le tessinois, que tu connaissais comme moi par les origines tessinoises de ta mère. En définitive, nous étions, dans un certain sens, des Suisses fédéraux parfaits, sans être pour autant en phase avec la ligne gouvernementale: n’oublions pas que nous étions alors dans les années soixante, qui virent se dérouler de nombreux événements importants desquels le cinéma suisse n’était pas étranger.
Si nous avions une bonne complicité dans le travail, je pense que cela n’était pas seulement dû à tes qualités professionnelles évidentes, mais aussi à cette faculté qui t’est propre: je veux parler de ton ouverture aux idées nouvelles, à la réalisation d’expériences inédites et au lancement de nouveaux projets.
Je pense en particulier à la création du Filmkollektif Zürich et à la création du Filmtechniker Verband.
Permets-moi de raconter une brève anecdote, le souvenir d’un moment où tu m’as surpris par ta faculté de mettre un terme aux conflits et à éviter les problèmes: nous chargions du matériel de tournage dans un véhicule dans la cour de la Josephstrasse 106. Nous faisions peut-être un peu trop de bruit et une personne nous a alors interpellé de façon quelque peu agressive. Elle voulait savoir qui était le chef du groupe. Et toi de lui répondre: «c’est notre grand problème: nous n’avons pas de chef!» Ta réplique rapide et surprenante, grâce à son ironie, a détendu l’atmosphère et l’embryon de problème s’est résolu sans drame.
C’est une de tes grandes qualités: dans les moments de tension, durant les discussions un peu animées que souvent, il faut bien dire, nous vivions sur les tournages, tu pouvais tout résoudre avec trois blagues qui te venaient sur le moment. Puis tu commençais une discussion plus sérieuse, profonde, durant laquelle la situation se calmait petit à petit. À mon avis, c’est ta grande qualité.
Et puis je dois te dire, cher André, que d’un point de vue professionnel tu m’as aussi impressionné. Je m’explique: durant les tournages, je t’ai vu prendre des décisions de façon collective, par le dialogue, où il était question de la distribution du travail. Aujourd’hui encore, je suis admiratif de ton calme, qui pouvait parfois être mal interprété, mais en réalité il s’agissait d’une manière d’arriver au but rapidement, sans passer par des décisions hiérarchiques qui, de nos jours, sont trop souvent à l’ordre du jour.
En outre, dans ton travail personnel, je t’ai vu faire des gestes assurés et réfléchis: lorsque tu posais une échelle contre le mur, elle était toujours au bon endroit et quand tu montais sur l’échelle, tu avais à chaque fois toi les instruments qu’il fallait. Cela te permettait de travailler rapidement, sans devoir te presser, sûr de toi.
Je pourrais continuer pendant longtemps et parler de tes «défauts», mais je ne t’en trouve pas. Alors je pourrais dire, à la manière d’André Pinkus, que tu n’as pas de défauts. Je te remercie pour ce que tu as donné au cinéma dans ce pays.
- Renato Berta, 19.Jan. 2023