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Mary Poppins
De Pamela L. Travers (œuvre originale), Cameron Mackintosh (idée originale)
Livret par Julian Fellowes
Musiques par Richard M. Sherman (auteur-compositeur des chansons originales), Robert M. Sherman (auteur-compositeur des chansons originales), George Stiles (compositeur des chansons additionnelles, arrangements vocaux), Anthony Drewe (parolier des chansons additionnelles), William David Brohn (orchestrations), Stephen Brooker (superviseur musical), James Dodgson (superviseur musical assistant), Steve Moss (directeur musical), Andrew Corcoran (directeur musical assistant)
Mis en scène par Richard Eyre, Matthew Bourne (co-metteur en scène), Adrian Sarple (metteur en scène assistant), Nick Evans (metteur en scène en tournée), Mark Hedges (metteur en scène des enfants en tournée)
Chorégraphies par Matthew Bourne Obe, Stephen Mear (co-chorégraphe), Geoffrey Garratt (chorégraphe assistant), Richard Jones (chorégraphe en tournée), Yves Adang (dance captain), Jo Lucy Rackham (dance captain assistante)
Avec Lisa O’Hare, Matt Lee, Neil Roberts, Kara Lane, Lewis Fernée ou Finley Miller ou Santiago Weston ou Elliot Morris ou Louis Parker ou Billy Marlow, Felicity Biggs ou Verity Biggs ou Violet Tucker ou Isabella Billingham ou Alex Rose Wright ou Evie Allen, Penelope Woodman, Grainne Renihan, Wendy Ferguson, Blair Anderson, Yves Adang, Ryan Anderson, Jeremy Batt, Abby Bebbington, Jabari Braham, Emily Bull, Sophie Caton, Glen Facey, Bradley Gibbins-Klein, Hannah Grace, Graham Hoadly, James Hume, Jason Kajdi, Charlie Kendall, Anu Ogunmefun, Jo Lucy Rackham, John Stacey, Lucie-Mae Sumner, Christine Tucker, Wreh-Asha Walton, Scott Waugh, Danielle Delys (swing), Lucy Harrison (swing), Sam Lathwood (swing), Sean Lopeman (swing), Bryan Mottram (swing), Anna Shircliff (swing), Steve Moss (chef d’orchestre), Clare Bennett (musicienne), Huw Clement Evans (musicien), Colin Blamey (musicien), Kevin O’Hara (musicien), Adam Chatterton (musicien), Stephen Gilbey (musicien), Michael Feltham (musicien), Andy Blakemore (musicien), Andrew Corcoran (musicien), Dan Bradley (musicien), William Harvey (musicien), Sandy Suchodolski (musicienne)
Décors par Bob Crowley, Rosalind Coombes (décoratrice assistante), Matt Kinley (décorateur assistant), Lone Schacksen (décoratrice assistante)
Lumières par Natasha Katz, Simon Sherriff (designer lumières assistant)
Vidéos par Luke Halls
Création sonore par Paul Groothuis, Paul Gatehouse, Marcel Kroese (designer sonore assistant)
Costumes par Bob Crawley, Christine Rowland (costumière assistante)
Perruques par Angela Cobbin Mbe
Théâtre Theater 11, Zürich, Suisse
Produit par Disney (producteur), Cameron Mackintosh (producteur), BB Promotion (tourneur), Freddy Burger Management (organisateur)
Représentation du dimanche 12 février 2017 à 13h30
Placé en deuxième catégorie (rang 21, place 27)
Payé 128.00 CHF
Une partie du casting donnant vie au monde de Mary Poppins…
[photo de Johan Persson, via le dossier de presse]
Après West Side Story il y a quelques semaines, le Theater 11 zurichois continue sur sa lancée et accueille la comédie musicale à succès Mary Poppins pour un mois et demi. J’avoue être surpris de voir qu’il est possible de remplir la salle de plus de 1’500 places durant tout ce temps au rythme de 8 représentations par semaine ! Je ne suis pas sûr que le succès serait le même en Suisse romande – c’est bien dommage, ça serait plus proche de chez moi…
Bref, environ un mois après avoir vu West Side Story dans cette même salle, il est amusant de constater le contraste entre ces comédies musicales de deux générations différentes. Face à la production plutôt sobre de West Side Story, Mary Poppins fait dans la démesure : plus de 100 personnes nécessaires sur et derrière la scène pour chaque représentation et des décors imposants transportés dans 18 semi-remorques dont le montage occupe une centaine d’employés pendant 3 jours !
J’avais déjà vu ce spectacle sur Broadway il y a quelques années, mais je ne pouvais pas manquer son passage en Suisse, en ayant un très bon souvenir. Je vous avoue par contre que, en dehors de cette comédie musicale, je ne connais absolument rien à l’univers de Mary Poppins (je n’ai ni lu le livre ni vu le film).
Le spectacle s’ouvre sur Bert, notre narrateur, qui nous introduit au son de l’entêtante “Chim Chim Cher-ee” la demeure de Cherry Tree Lane sur laquelle nous allons nous pencher. Une famille y habite : le père est un banquier sévère semblant n’avoir aucun intérêt pour ses enfants, sa femme ne trouve pas sa place dans la maison et les deux frères et sœurs sont trop peu sages… La dernière nounou en date vient d’ailleurs de prendre ses cliques et ses claques, ne supportant plus les terreurs dont elle avait la charge.
Bert, ramoneur, peintre, narrateur et plein d’autres choses encore, interprété par l’excellent Matt Lee
[photo de Johan Persson, via le dossier de presse]
Première constatation : l’incroyable décor de la maison entière de Cherry Tree Lane visible sur la scène du New Amsterdam Theatre new-yorkais a été revu à la baisse pour la tournée (ça peut se comprendre !). Ici, la demeure est plus modeste, réduite à son simple escalier entouré de peintures de pièces en trompe-l’œil, le tout arrivant du fond de scène et se dépliant progressivement. Forcément, après avoir vu la version de Broadway, c’est moins impressionnant, mais pour les “first-timers”, j’imagine que le décor fait son effet, tant il est esthétique et bien conçu. Plus important encore : sa mise en place est très rapide, ce qui est impératif pour la fluidité des changements de scène à venir. A signaler que les photos du dossier de presse, utilisées pour illustrer cet article, montrent malheureusement très peu de décors, probablement pour conserver l’effet de surprise. Il faudra donc vous contenter d’imaginer ce que je décris !
Revenons à l’histoire ; les enfants se mettent à écrire une annonce pour rechercher une nouvelle nounou. Le père n’apprécie pas trop leurs critères de sélection, déchire la lettre et la lance dans le cheminée, où on la voit s’envoler dans un sympathique effet. C’est d’ailleurs un des gros points forts de ce spectacle : le décor est truffé de détails s’activant à tel ou tel moment, allant des rideaux qui bougent tous seuls à la rampe d’escalier permettant à Mary Poppins de s’y appuyer et de se transporter en haut de la volée de marches comme par enchantement. Plein de petits tours de magie, toujours très réussis, sont également intégrés dans le spectacle.
La magie, c’est probablement ce qu’a utilisé ladite Poppins pour intercepter les bouts de papier lancés dans la cheminée, puisque la voilà qui arrive dans la maison, répondant tout naturellement à l’annonce jamais postée… Elle se présente et amène les enfants dans leur chambre située à l’étage supérieur, décor qui vient en fait se poser sur scène depuis les cintres.
Je me souvenais, peut-être à tort d’ailleurs, de transitions hyperrapides dans la version new-yorkaise, avec les personnages montant les escaliers et se retrouvant immédiatement dans la chambre en train de descendre. Ici, il faut attendre que le décor se pose au sol avant que l’action ne reprenne. La mise en scène très efficace permet heureusement de rendre ces transitions assez naturelles.
Arrivée de la nounou d’enfer dans la chambre des enfants, qu’elle va aménager à l’aide de ses “pouvoirs magiques”…
[photo de Johan Persson, via le dossier de presse]
Cette séquence introductive de Mary Poppins se fait au son de l’excellente chanson “Practically Perfect”. Après un petit détour par le parc et la rencontre avec une statue vivante (pas le meilleur passage du spectacle), retour à la maison pour entendre la mère de famille exprimer sa frustration de femme au foyer. Il est finalement convenu que celle-ci organise une fête pour améliorer son humeur.
Les préparatifs de cette petite sauterie sont l’occasion de voir les deux jeunes garnements en action, entrant dans la cuisine et sabotant toute la mise en place du personnel de maison. C’est sur le très bel air “A Spoonful of Sugar” que Mary Poppins vient tout réparer, dans un tableau encore une fois rempli de mécanismes s’activant dans le décor et de tours de magie, l’ensemble étant mis en scène avec une précision remarquable. La perfection en démonstration, de la part de Poppins comme de l’équipe du spectacle !
L’intrigue se développe de plus en plus (relation entre les enfants et leur père, problèmes professionnels de ce dernier, “Bird Woman”, etc.) avant d’arriver au moment que tout le public attend : “Supercalifragilisticexpialidocious” – ne vous inquiétez pas pour moi, c’est évidemment un copier-coller ! La séquence colorée est une fois encore parfaitement chorégraphiée, bien aidée par le rythme de la chanson. Les créateurs de la comédie musicale ont eu l’excellente idée d’enchaîner directement sur un “rappel” de ce tube, chanté et dansé à l’avant-scène, de quoi parfaitement dissimuler un changement de décor.
“Of course you can say it backwards, which is Suoicodilaipxecitsiligarfilacrepus”
[photo de Johan Persson, via le dossier de presse]
Le premier acte n’est pas terminé, il reste encore la scène où les jouets prennent vie une fois les enfants endormis, puis c’est le moment pour Mary Poppins de s’envoler (littéralement), pensant que c’est le meilleur moyen pour que les jeunes frères et sœurs apprennent à grandir.
Le deuxième acte s’ouvre sur l’arrivée de la nouvelle nounou, horrible sorcière distribuant sa potion fumante (un effet de plus, discret mais très bon !) pour éduquer les enfants. Sans vouloir continuer dans la description détaillée de l’intrigue, la deuxième partie du spectacle réservera elle aussi de très beaux tableaux, entre la scène du cerf-volant, le retour de Mary Poppins et son excellente façon de faire disparaître l’horrible nounou l’ayant remplacée, ou encore “Step in Time”, l’hymne survitaminé des amis ramoneurs de Bert.
Loin de se contenter de l’air entrainant des frères Sherman, la comédie musicale lui a adjoint une très belle chorégraphie se déroulant au milieu des cheminées fumantes. En bonus, des claquettes pour accélérer encore le rythme et, cerise sur le gâteau, un Bert faisant tout le tour du cadre de scène, d’abord en marchant à la verticale, puis la tête à l’envers, à quelques mètres du sol, tout en continuant de danser ! Très clairement le meilleur moment de l’après-midi, avec “Supercalifragilisticexpialidocious” – et c’est d’ailleurs rare qu’un spectacle propose deux tableaux aussi mémorables.
Encore une séquence avec une chanson entraînante, une excellente chorégraphie et un univers graphique superbe !
[photo de Johan Persson, via le dossier de presse]
Sans vouloir spoiler, le final du spectacle est magnifique, avec Mary Poppins volant non pas simplement au-dessus du la scène, mais carrément au-dessus du public ! L’effet est incroyablement bien fait, et j’ai d’ailleurs beaucoup de mal à comprendre comment il fonctionne, la nounou d’enfer arrivant flottant dans les airs depuis les coulisses, s’avançant jusqu’au centre de la scène et partant depuis là au-dessus de la salle, avant d’atterrir sur le balcon… J’imagine en plus la difficulté d’implanter cet effet dans tous les théâtres parcourus par la tournée, sûrement très différents les uns des autres !
Un point technique rapide, d’ailleurs : l’éclairage est absolument parfait, soulignant magnifiquement les scènes. Je suis un peu moins convaincu par la gestion du son. Si la qualité était excellente, j’ai trouvé que ça manquait de puissance, comme toujours au Theater 11 (je rentre de Londres, où le volume des musicals est bien plus satisfaisant).
Les costumes, dont les changements sont très rapides, sont eux aussi très réussis, du look iconique de l’héroïne à la combinaison des ramoneurs. Petite retenue peut-être sur les tenues des statues humaines, histoire de trouver quelque chose à dire. Concernant les décors, je l’ai déjà suffisamment mentionné, c’est du grand art, beau, détaillé et ingénieux. Un bravo encore à l’équipe de chorégraphes et de metteurs en scène. Occuper un espace et des décors comme ceux-ci doit être loin d’une tâche aisée, et la précision incroyable est vraiment remarquable.
Les seuls dont je n’ai pas parlé, ce sont des comédiens sur scène ! Là aussi la barre est placée très haute, avec un niveau de chant impeccable, des chorégraphies très rapides toujours parfaitement exécutées et des jeux d’acteurs tous convaincants. Si Lisa O’Hare et Matt Lee, respectivement Mary Poppins et Bert, sont bien sûr les plus visibles (et sont d’une perfection absolue !), il ne faut pas oublier tout le reste de l’équipe, remarquable. Mention spéciale aux deux très jeunes comédiens, évidemment, qui sont d’un professionnalisme incroyable.
Bert et les enfants devant le parc et tous les personnages le peuplant…
[photo de Johan Persson, via le dossier de presse]
Voilà le moment de conclure sur ce qui est, vous l’aurez compris, une comédie musicale de très très haut niveau ! Je m’attendais à être un peu déçu en découvrant la version de tournée du spectacle après l’avoir vu dans sa “maison” new-yorkaise, mais non, à part le décor de la demeure un peu moins impressionnant, le show a été parfaitement adapté, et est très loin d’être présenté au rabais (alors qu’il aurait été facile pour des producteurs moins exigeants que le duo Disney / Cameron Mackintosh de supprimer quelques effets, dont les séquences de vol). En parlant des décors, ce sont d’ailleurs parmi les plus beaux que je connaisse dans les comédies musicales. Enorme point positif pour le nombre incroyable de détails, de mini effets spéciaux et de tours de magie intégrés çà et là tout au long du spectacle. Les tubes des frères Sherman sont superbement exploités et enchaînés de façon à avoir une histoire se tenant parfaitement, sans le moindre temps mort. Les comédiens assurent avec brio, du plus petit au premier rôle, du début à la fin. Côté visuel, que ça soit les chorégraphies, les costumes, les éclairages ou encore la mise en scène, tout est millimétré et excellent, tout simplement. Les deux tableaux stars (celui du mot impossible à prononcer et celui des ramoneurs) sont d’une quasi-perfection, avec leurs chorégraphies géniales, leur tempo rapide et le chant en chœur, toujours très efficace. Bref, vivement la prochaine fois, que ce soit en tournée ou, pourquoi pas, pour un revival à New York !
Remarque : le casting cité en tête de cet article est celui habituel, donné par la production. Il est peut-être différent de celui que j’ai vu sur scène. Quant aux photos, elles proviennent de la tournée anglaise ayant eu lieu entre 2015 et 2016. Si les décors restent les mêmes, le casting a changé depuis et n’est donc pas celui que j’ai vu sur scène à Zürich.