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Le procès en appel de Claude D. s'est déroulé jeudi au Tribunal cantonal vaudois. Calme et coopératif, le prévenu, condamné à la perpétuité et à l'internement à vie pour avoir tué Marie S., a contesté son jugement de première instance. Le verdict est attendu vendredi à 16 h.
La stratégie était claire: plaider contre la perpétuité et l'internement à vie. Jeudi au Tribunal cantonal vaudois, Claude D, condamné en première instance à la perpétuité et à l'internement à vie, et ses avocats n'ont pas fait de mystères sur leurs intentions lors du procès en appel du Gruérien.
Un assassinat ou un meurtre?
Et c'est l'intéressé lui-même qui a tenté, lors de son audition matinale, de faire comprendre à la Cour que son acte commis contre Marie S. en mai 2013 n'était pas prémédité. Qu'il ne s'agit donc pas d'un assassinat, mais d'un meurtre, qui ne requiert pas forcément la perpétuité. Comme arguments, l'appelant, qui a changé de look en se laissant pousser les cheveux et qui portait des lunettes, a énuméré de nombreux détails: «Le procureur a dit que j'avais tout prémédité, car j'étais sorti de mon domicile avec une valise contenant tout mon matériel informatique, a-t-il calmement exposé. Sauf que je le faisais tout le temps. Puis, des nombreux témoins ont affirmé, le jour de l'enlèvement de Marie, que j'étais serein et souriant. L'un deux a même dit que notre relation semblait bonne.» Le Gruérien a ensuite affirmé que, s'il s'était mis en quête d'une arme, c'était pour se protéger d'une «bande de blacks» et non pour tuer la victime. «La preuve est que je n'ai pas eu besoin d'une arme pour le faire, puisque j'ai utilisé sa ceinture.»
Concernant la question de savoir si Claude D. était un meurtrier ou un assassin, le Procureur Eric Cottier a insisté, durant sa plaidoirie, sur le fait que Claude D. «n'est pas l'amoureux bouleversé, tel qu'on essaie de nous faire croire. Il a été le propriétaire soudainement privé de sa chose.» Il répondait là à la défense, qui affirmait, en s'appuyant sur de nombreux messages WhatsApp, que le Gruérien avait des sentiments pour Marie S. «Si d'aventure il aimait quelqu'un, c'est lui, a pesté Me Barillon, avocat de la famille de la victime.»
"J'aurais tué un ami s'il m'avait trahi"
Selon le prévenu, l'acte n'était donc pas prémédité, mais soudain. Mais qu'est-ce qui a alors fait basculer le Tourain? «Avant que j'enlève Marie, nous avons eu des mots et un témoin a observé la scène. Je suis Claude Dubois et j'ai un passé.» Il a ensuite dit qu'il s'était passé des choses dans la voiture, entre l'enlèvement et le meurtre. Le Procureur lui a alors demandé des précisions: «Je ne souhaite pas en parler, par respect pour la famille.» Il a toutefois dit que Marie lui avait menti et qu'il détestait la trahison. «J'aurais aussi tué un ami s'il m'avait trahi». Ce à quoi a rétorqué le Procureur: «On loue son culte de la vérité. Alors qu'il a menti à Marie, preuves à l'appui.» Me Barillon a, lui, insisté sur le fait que Claude D. était cynique et manipulateur: «Claude D. est un acteur né. Hier, c'était l'arrogance. Aujourd'hui, il joue un autre rôle: celui d'un personnage calme et apaisant, qui ne lève pas de la voix. Cela confirme une maîtrise de soi absolue. Le fait de transparaître aucune émotion me glace le sang.»
Le débat de l'internement à vie
Après la perpétuité, place au combat contre l'internement à vie. La question de l'inaccessibilité à un traitement, l'une des conditions qu'impose la loi pour prononcer cette mesure, a été développée par la présidente Yasmina Bendani. Cette dernière a demandé à Claude D. s'il confirmait le fait qu'il était un délinquant dangereux: «J'ai tué deux fois, donc oui. Mais, de là à dire que je suis irrécupérable, c'est choquant. Je sais que je dois travailler sur mes relations avec les autres. Je suis actuellement suivi une fois toutes les deux semaines. Et je serais content si je pouvais voir mon thérapeute tous les jours. Je regrette tous les jours mon geste. Si je pouvais réécrire l'histoire, je le ferais. Mais c'est impossible. Je ne peux donc que travailler sur moi-même. Mais, avec l'internement à vie, je ne pourrais pas le faire.»
Durant sa plaidoirie, son avocate, Me Hayat, a rappelé que la loi stipule que les rapports deux experts doivent concordés. «Et ils ne disent pas la même chose!» Un argument contesté par le Procureur. Quant au diagnostic à vie, ce dernier précise: «Tout le monde est d'accord que la science à ses limites. Et que l'expert est inévitablement lié par ses limites. Mais il ne faut pas oublier qu'il est un praticien qui peut fournir un avis utile.» Enfin, Me Parein, a souligné «l'incompabilité de cette mesure avec la Cour européenne des droits de l'homme.»
Au terme des plaidoiries, Claude D. a pu à nouveau prendre la parole. Mais, à la grande surprise de l'audience, il n'a pas souhaité s'exprimer. Le verdict est attendu vendredi à 16 heures. VALENTIN CASTELLA