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Le réseau de Claude Nobs
Antoine Duplan
Ses maîtres
Ahmet et Nesuhi Ertegun
Lors de son premier séjour aux Etats-Unis, Claude Nobs entre dans l'immeuble du label Atlantic et demande à parler au directeur. Vous connaissez M. Ertegun? «Non, mais j'ai vu son nom sur mes disques préférés.» C'est un peu court jeune homme... «Oui, mais je viens de Suisse», argue l'innocent. Quelques instants plus tard, Nesuhi Ertegun le salue d'un sonore «grüezi»: son père diplomate avait été en poste à Berne. Après dix minutes de discussion, il décide que le blanc-bec a désormais accès à tout. «Comme M. Jaussi, il m'a fait confiance avant la lettre. Sans lui, rien n'aurait été possible.» Nobs devient directeur de WEA pour l'Europe et voue à Nesuhi, son père spirituel mort en 1989, une reconnaissance éternelle. Ahmet, le frère cadet, 82 ans, estime que «Claude est le gardien de la musique».
Quincy Jones
Pendant trois années (1991-93), le légendaire producteur américain (Thriller, c'est lui) a co-produit le MJF. Nobs l'a rencontré alors qu'il venait se refaire une santé chez Biotonus. «Mon instinct ne m'a pas trompé: Claude est la personne avec laquelle il faut travailler», dit-il. La collaboration est parfois un peu lourde à gérer, il est impossible de dire non à Quincy.
Raymond Jaussi
Il était le directeur de l'Office du Tourisme et Nobs l'appelle M. Jaussi. «Parce que c'est un grand Monsieur, d'une gentillesse incroyable.» Il est le premier à faire confiance au gamin. Il l'a engagé comme «comptable, mais je savais bien que vous ne l'étiez pas». Les fruits de cette confiance, c'est le Montreux Jazz Festival.
Le premier à faire confiance au gamin.
Willy Leiser
Nobs qualifie l'organisateur de concerts de «bonhomme extraordinaire». Lorsqu'il organise son premier concert, Memphis Slim en 1965, c'est à Willy qu'il demande conseil: «Ouh, c'est cher! Il faut compter 500 francs!», lui répond-il.
Frank Ténot et Daniel Filipacchi
Avant de lancer Salut les Copains, le créateur de Jazz Magazine et le futur magnat de l'édition animaient Pour ceux qui aiment le jazz sur Europe 1. «Ça a été ma Bible.» Et les deux prophètes sont devenus ses amis.
ses compagnons de route
Thierry Amsallem
Son compagnon depuis dix-huit ans. «On s'est rencontrés à Paris, je l'ai invité à Montreux voir le chalet, le pays. Il est arrivé au chalet, il a aussitôt appelé sa maman pour lui dire: "J'habite en Suisse." Nous avons une complémentarité totale: il est tellement en avance dans son domaine. J'aime sa rigueur, sa précision, son honnêteté. Il est ma meilleure protection contre ma tendance à sauter du coq-à-l'âne.» Premier site internet, archivage, kiosque interactif: Thierry a fait passer le Festival dans l'ère de l'informatique. Il s'occupe aussi du protocole.
René Würsch
Un copain du temps des scouts. Ex-chef imprimeur chez Corbaz, il est le maître d'oeuvre du nouveau chalet que Nobs fait construire. C'est lui qui va en Russie chercher le bois. Sa femme, Pip, a travaillé plus de vingt ans pour le patron du festival.
Fredy Girardet
Nobs doit deux événements inoubliables à son génial contemporain: en 1977, le cuisinier a accepté d'ouvrir juste pour les musiciens d'Atlantic. Et en 2003, le maître est venu au chalet mitonner pour Bowie ses champignons magiques.
Pierre Keller
Directeur de l'ECAL, il a amené le visuel dans le festival. C'est vraiment un ami. On a voyagé ensemble, on s'adore, on se tape dessus, on se réconcilie. (lire le Réseau de la Semaine: Pierre Keller, L'Hebdo du 4 mai)
Michel Ferla
Venu s'encanailler au Strob Club, il discute avec Nobs qui comprend que le jeune homme ne restera pas longtemps caissier à l'UBS. Il l'engage comme assistant à l'Office du Tourisme. Aujourd'hui, Ferla est vice-directeur de Suisse Tourisme.
Cami et Mica
Ces deux bouviers bernois, 12 et 7 ans, extrêmement gentils, peinent à suivre leur maître quand il fait du nordic walking sur les sentiers des Préalpes (ici Mica).
José Cordero
L'intendant, l'homme à tout faire du Picotin depuis plus de quinze ans. Un «gars génial» susceptible de se pointer à minuit avec son chalumeau pour réparer une conduite d'eau qui a gelé et de racler le fromage pour les grands du monde de la musique.
Edgar Stieger
Directeur du Montreux-Oberland Bernois. Un ami d'enfance: «Je l'admirais beaucoup parce qu'il avait un magnifique train électrique. Nous sommes restés en contact. Et j'ai admiré ce qu'il a fait pour le MOB».
Les musiciens
BB King, guitariste de blues. Nobs a programmé Freddy et Albert avant d'avoir le king des kings.
Geoge Duke, pianiste de jazz. L'oncle de Dianne Reeves est un «gars merveilleux, drôle et d'une gentillesse absolue».
Miles Davis, trompettiste de jazz. Parce qu'en 1963, au Festival de Newport, Nobs, tel saint Martin, lui donne sa chemise tunisienne brodée, l'ombrageux musicien lui offre son amitié, illuminant le festival de dix concerts inoubliables.
Ian Anderson, chanteur et flûtiste de rock. Un ami de longue date: Jethro Tull a répété Thick As A Brick à Territet et sponsorisé la Maison Visinand. Le leader vient d'acheter un appartement à Montreux.
Freddie Mercury, icône du rock gay. Co-propriétaire du studio Mountain, le chanteur de Queen a vécu un an dans la maison familiale des Nobs à Territet.
David Bowie Rock, star et ancien voisin. Ziggy from Lausanne a toujours été proche de Claude, pour la musique, le ski ou la gastronomie. A donné un concert légendaire en 2003.
Ses collaborateurs
Mathieu Jaton
A l'âge de 18 ans, il organise déjà des réceptions pour le Festival. Issu de l'école hôtelière, il est aujourd'hui, à 30 ans, le secrétaire général du Festival. Le numéro 2, «le répondant qui peut prendre en main le contrôle général de l'organisation». Pendant la convalescence de Nobs, c'est lui qui a fait tourner la machine. Il s'ingénie à réaliser les idées de son patron, à «rendre possible ce qui est impossible».
Et puis il y a les autres
Il cite avec un compliment ou un clin d'oeil: Andrée Büchler, la secrétaire fidèle, la mémoire de Nobs et du festival; Lori Immi, la programmatrice du Miles Davis Hall depuis 1998, la tête chercheuse qui défriche les terrae incognitae du rap, de l'électro, du trip-hop; Michaela Maiterth, qui a passé par tous les échelons avant de devenir responsable de la logistique des artistes; Dominique Saudan, qui dirige le bureau de presse et épaule Nobs, directeur chez Warner; Stéphanie-Aloysia Moretti, en charge des Special Events depuis 1989 et des manifestations que le festival parraine à Singapour, Shanghai ou Marrakech; Eric Glardon, le sorcier des sons et des images au sein de Montreux Sounds; Willy Zumbrunnen, le responsable du Festival Off, des trains qui montent aux Rochers-de-Naye sur un air de dixieland et des bateaux qui vont sur l'eau au rythme de la samba. Et Jacqueline Ledent-Vilain, à l'accueil du casino, «une vieille copine», qui prenait Keith Richards pour un colporteur.
Danielle Perrette
Il y a sept ans, à la fin de ses études de politologie, cette Veveysanne a frappé à la porte du MJF. Aujourd'hui, à 30 ans, elle est responsable du marketing et de la communication, s'occupe des partenariats, de la billetterie, du site internet, des accréditations et développe les stratégies publicitaires. «Claude m'a donné une chance, je lui serai toujours reconnaissante.»
Ses disciples, ses louveteaux
Emmanuel Gétaz
Le juvénile créateur du Festival de jazz de Cully a été attiré par les feux de Montreux. Il est devenu le bras droit, le dauphin de Claude Nobs. Et puis ils se sont fâchés.
Jacques Pilet
Le journaliste a eu Nobs comme chef scout. «C'est moi qui l'ai nommé chef du canard des scouts, Le Sirocco. Dans ses éditos, il employait déjà les mots qu'il emploie aujourd'hui.» Le rédacteur en chef adjoint était Gian Pozzy.
Ses partenaires
François Carrard
Enthousiaste du jazz et du festival bien avant de présider le Conseil de Fondation, l'ancien directeur général du Comité international olympique est un «bonhomme formidable. Il amène quelque chose de très fort, dont une certaine logique.» Les autres membres sont: Pierre Landolt, vice-président, Jacques Apotheker, Jean-Claude Biver, Peter Bratschi, Jean-Paul Corbaz, Pierre Keller, André Kudelski, Michael Payne, Simon de Pury et Xavier Oberson. «Des amateurs de jazz, amis de toujours qui me guident et me soutiennent.»
Ses adversaires
Daniel Rossellat
«Des ennemis? J'en ai peut-être, mais ils n'ont jamais eu le courage de me le dire en face. A la fin des années 80, les festivals de Montreux et de Nyon (Paléo) étaient à couteaux tirés. Ils ont fini par signer un pacte de non-agression. Nobs estime Daniel Rossellat, dont il se sent très différent. Une guerre homérique a opposé Nobs à Jean Bischofberger: piétinant tout principe de convivialité, le directeur du Casino avait supprimé l'eau froide pour que les festivaliers consomment davantage. La crise était telle que Nobs menaçait d'aller chercher asile culturel à Lucerne. Même à cet ennemi, il a pardonné.
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