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Nous sortons d’un mois de novembre au cours duquel le cancer de la prostate aura largement occupé le devant de la scène de la santé. Nous le devons principalement à la fondation Movember qui, depuis sa création en 2003, en Australie, a levé plus de 525 millions de francs suisses de dons. Ce pactole a permis de soutenir plus de 800 projets de recherche visant à améliorer la santé masculine, plus particulièrement la prise en charge du cancer de la prostate et des testicules, la dépression et l’inactivité physique. Comment en est-on arrivé aussi loin ?
En 2003, deux «potes» de Melbourne lancent l’idée de remettre à la mode la moustache masculine ; ils réunissent 30 bonnes volontés pour initier le mouvement. Son nom provient de la contraction de «mo» (terme argotique pour moustache en Australie) et «november». Une année plus tard, la Fondation Movember s’affirme médiatiquement en élaborant un site internet et en lançant une campagne de récolte de dons visant à promulguer la santé masculine. A la fin de l’année, 33 000 francs suisses sont versés à la Fondation pour le Cancer de la Prostate d’Australie.
Plus de 800 projets de recherche visant à améliorer la santé masculine
En 2005, le seuil des 10 000 membres est atteint et les fonds levés dépassent 800 000 francs suisses ; six projets de recherche en santé masculine ont été soutenus. En 2006, la Nouvelle-Zélande rejoint le mouvement, suivie en 2007 par le Canada, l’Espagne, l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique. En 2009, le seuil des 70 millions de francs suisses est en passe d’être franchi, et plus de 250 projets ont été subventionnés.
En 2010, la République tchèque, la Finlande, l’Irlande, et la Hollande lancent leur programme Movember, et la fondation initie son Plan d’Action Global, dont le but est d’accélérer la recherche sur le cancer de la prostate en favorisant une collaboration globale. En 2012, la Suisse emboîte le pas, en compagnie de l’Autriche, la France, l’Allemagne, Hong Kong, Singapour, et la Suède. La barre des 300 millions de francs suisses de fonds est largement dépassée.
On est donc loin de la préface d’un livre résumant les connaissances sur le cancer de la prostate au début des années 90. Patrick Walsh, père de la prostatectomie radicale avec épargne des nerfs érecteurs, s’y lamentait en constatant le fossé abyssal régnant alors entre la levée de fonds pour le cancer du sein et celui de la prostate. Cette inégalité face à la santé est certainement reliée à la relative absence innée de soin qu’accorde le sexe masculin à son corps. La femme pour sa part y est plus attentive, car mensuellement à l’écoute de sa biologie ; elle est également plus encline que l’homme à la discussion conviviale quotidienne, ainsi qu’à partager ses états d’âme.1 Pas étonnant que Vivre comme avant, fondation regroupant d’anciennes opérées du cancer du sein, ait été fondée en Romandie 25 ans avant Prosca, son miroir masculin pour le cancer de la prostate. Bravo donc à Movember et à la magnifique boule de neige qu’il a créée, qui ne cesse de grossir,2 car elle roule continuellement grâce à tous ceux qui ont reconnu la nécessité de soutenir la recherche en santé masculine.
Toujours dans cette même perspective, ce numéro de la Revue Médicale Suisse vous offre des mises au point sur le traitement de la dysfonction érectile «au-delà du Viagra», la prise en charge des douleurs-grosseurs testiculaires ainsi que le risque plus élevé de cancer du rein et de la vessie encouru par la gent masculine (encore elle !). Face aux tumeurs vésicales, cette dernière peut heureusement compter sur une innovation déjà en pratique, ainsi que sur deux nouvelles élaborations thérapeutiques actuellement à l’étude, telles que résumées par Carera et coll. Quant à l’imagerie de la prostate, elle a rattrapé son retard ces cinq dernières années, tel que nous en fait état Burruni et coll. Enfin, pour terminer sur un grand classique, nous vous proposons un tour d’horizon sur la dilatation pyélocalicielle. Nous vous souhaitons une excellente lecture.