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La science permet de démontrer un déterminisme dans le déroulement de phénomènes chimiques simples. Mais le peut-elle dans le cas de phénomènes naturels complexes? C’est ce qui semble se passer autour du réchauffement climatique. Le déterminisme tiendrait dans deux choses: l’affirmation d’une origine essentiellement, voire uniquement humaine, du réchauffement, et dans son inexorabilité.
Habitué à lire des revues de vulgarisation je constate que chercheurs, journalistes scientifiques et éditorialistes ne se posent plus qu’une seule question: quelle sera l’amplitude du réchauffement? Le doute n’est aujourd’hui plus à la table des discussions scientifiques. C’est regrettable car le doute est un principe de la recherche, et le doute sur des événements du futur est particulièrement nécessaire.
Je lisais un dossier sur le climat dans le magazine Sciences Humaines d’avril dernier. Le thème précis est: «Le climat fait-il l’histoire?» La mise en relation entre des phénomènes climatiques majeurs et des poussées ou effondrement de civilisations ou de système politiques est passionnant. J’avais déjà écrit sur l’influence d’un volcan islandais, le Laki, à l’origine d’une famine qui a contribué au déclenchement de la révolution française.
Il y a d’autres exemples, comme l’affaiblissement de ce qui restait de l’empire romain suite à une éruption volcanique majeure en 530, qui provoqua des famines et la diffusion de la peste. Des millions de gens en moururent. Les épisodes volcaniques sont relativement courts, de l’ordre de quelques années, mais suffisamment intenses pour bouleverser l’organisation sociale de vastes régions.
Les changements climatiques modifient l’état de la nature et la manière dont les espèces vivent. La dernière ère glaciaire ne permettait pas de nourrir des populations nombreuses. On sait aussi que le Sahara était verdoyant il y a environ 6’000 ans. On imagine combien les populations d'alors, dans les régions concernées, ont dû s'adapter pour survivre.
Le réchauffement d’il y a environ 18’000 ans, soit l’ère interglaciaire dans laquelle nous sommes, aurait permis le développement de l’agriculture et la colonisation de nouveaux territoires libérés des glaciers (la calotte glaciaire descendait auparavant jusqu’à la Loire). Le réchauffement a été la condition du développement des espèces. Il a d’ailleurs fait plus chaud dans le passé proche qu’aujourd’hui: il y a 8’000 ans, la température de la Terre était de 2° plus élevée.
Le déroulement du climat n’est pas linéaire. Ainsi, selon les études sur le passé climatique, le réchauffement a été interrompu pendant un temps, d’environ -12’800 à -11’500, période pendant laquelle les conditions furent à nouveau glaciaires. La raison: la fonte des glaces avait plusieurs fois interrompu le Gulf Stream.
Or un tel événement ne peut être exclu dans le cadre d’un réchauffement, si celui-ci dure. Nous avons peu de recul pour juger de l’avenir. Quinze ans environ d’une poussée de hausse des températures, puis quinze ans de stabilisation. Cette stabilisation ne serait pas cependant en cause dans un nouveau refroidissement. C’est la fonte possible et totale de la calotte polaire ainsi que des glaces du Groenland qui y pourvoirait.
Dans un tel cas de figure les masses d’airs et les pressions seraient modifiées. Les hivers deviendraient sibériens et plus longs. Les étés plus froids. L’agriculture européenne serait ralentie voire arrêtée. Il suffit de se souvenir d’un épisode moins intense, l’éruption du Tambora en 1815, qui provoqua en 1816 «l’année sans été» et une famine à travers toute l’Europe.
500 ans, ou 1’000 ans, de période glaciaire: comment vivrions-nous? Londres ou Göteborg seraient peut-être sous la glace. Il faudrait se nourrir, se chauffer, se déplacer. Nous devrions développer des moyens extraordinaires pour survivre.
D’autre part l’éditorialiste de Sciences Humaines souligne que le réchauffement climatique peut être une opportunité formidable. Tout ne serait pas aussi sombre que le Giec et certains écologistes l’annoncent. Il faudra accepter de changer d’époque. Le climat ne sera peut-être plus le même. Ce n’est pas forcément un malheur. La société industrielle a donné le signal d’une nouvelle ère. Une ère dans laquelle nous avons lumière et chaleur toute l’année. Extraordinaire.
Si réellement le climat se réchauffe de plusieurs degrés, aurons-nous des arbres de 40 ou 50 mètres de hauteur et une biodiversité en augmentation, comme à l’équateur (zone de la plus grande diversité des espèces)? Probablement pas à ce point, l’hiver existera encore en zone tempérée. Mais de nouvelles espèces pourraient se développer, et les actuelles devenir plus résistantes par adaptation.
Alors: grand froid ou grand chaud? Le premier n’est pas impossible mais il y a moins de glace aux pôles qu’il y a 12’000 ans. Le second est possible mais pas certain car nous ne pouvons prétendre connaître tous les éléments qui jouent sur le climat. Mais si c’est le second, il se pourrait que les avantages compensent ou dépassent les inconvénients.