Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06854.jsonl.gz/490

De l’ensemble que constitue le paysage, de nombreux éléments peuvent en être extraits : la jetée, elle-même composée d’un ponton, d’un muret et des brises vagues, le lac, les rochers ou encore les lampadaires. Outre leur nom et leur fonction, leur couleur et leur texture, classées et séquencées, édifient un outil de compréhension du site. Par une action de zoom sur des sous-éléments, se créent une structure et une composition du paysage, au sein de laquelle, par addition, soustraction et superposition, il est possible de recomposer des ensembles plus grands. Appariassent ainsi d’un mélange de textures et couleurs organiques et artificielles, d’autres formes et nuances synthétiques, résultant d’un alliage d’éléments du site.
-
-
Alors que l’eau se brise et rejoint l’air dans un tumulte incessant, le regard s’échappe dans le calme azuré. La jetée, longue de quelques centaines de mètres et théâtre de la rencontre de bleu, de vert et de gris, annihile par un rythme monotone le mariage des éléments environnants. Le long de l’axe bétonné, le gris statique s’interrompt par un mouvement opalescent, irrégulier et difforme. De longs montants boisés s’étirent au-delà de l’enveloppe albe qui les contenait et créent une connexion entre eau et terre. Au travers de ce polyèdre en mouvement, la vue s’opacifie, tandis qu’à certains instants, la lumière transperce la matière pour former une brèche de clarté. Une rafale de vent laisse apparaitre une autre ouverture qui invite à pénétrer la silhouette blanchâtre. En son sein, se dresse une multitude de poutres verticales et horizontales. En traversant l’étrange volume, puis franchissant une nouvelle fois l’enveloppe, se dévoile un escalier qui s’amincit à son somment. Deux mètres plus haut, un plancher recouvre à peine l’espace encerclé des longs voiles; il longe deux côtés du carré formant l’ensemble et mène à ce qui semble être une impasse. Pourtant, là où l’on pense que règne le vide, se déroule un étonnant spectacle d’éclaboussures, de collisions et de fusions, de l’eau, de l’air et de la pierre. Les tourbillons au cœur du brise-vague, un mètre sous nos pieds, nous attire, alors que le voile, poussé par le Séchard, s’étend et nous retient.
Voilà déjà quelques heures qu’a lieu ce va-et-vient persistant. Un rayon de soleil percute pour la dernière fois le sommet du montant en bois avant de s’en aller derrière la montagne. Toutefois l’eau continue de scintiller : un lampadaire, sous exposé pendant la journée et sise sur le muret contigu à l’escalier, illumine le vide laissé par le plancher. La lumière se projette et se réfléchit sur l’eau pour que finalement se dessine sur les toiles blanchâtres cette danse aquatique.
-
Au-dessus de la digue, à cheval entre le gris bétonné et le bleu aquatique, se tient un volume vacillant au mouvement de l’eau. Alors que l’azur céleste semble s’engouffrer dans l’ensemble mi opaque mi transparent, l’eau fait entendre son passage et imprègne le lieu de son incessant va-et-vient. En suivant la direction de la digue, des poutres de bois s’échappent de ce qui s’apparente à un voile polyédrique et interrompt le rythme imposé par la longue suite de brises-vague. Une fente dans l’étendue flottante laisse échapper un rayon cyan, comme si l’eau du lac avait rencontré une lumière blanche pour l’adoucir tout en lui préservant sa vivacité. Quelques marches étroites plus haut, alors que de l’extérieur ce volume presque opaque ne laissait rien transparaitre, voici que, sur un plancher de bois, l’environnement change : drapé dans cet étrange voile, comme lorsque l’on entrevoit l’extérieur au travers des rideaux d’une chambre, le paysage se mue et se teint. Le brise-vague moins d’un mètre en dessous prend une couleur éméraldine tandis que l’indigo de l’eau gicle encore sur le plancher. Puis, plus fort que le bruit des vagues, le sifflet du bateau se joint d’un brut assombrissement : le soleil passe derrière la montagne et frappe une dernière fois la surface de l’eau. Toutefois, face à la rive, alors que le paysage s’éteint, le volume enveloppé agit tel une lanterne et semble restituer toutes les nuances de couleur absorbée pendant la journée : c’est le bleu d’Evian.
Ipnos, Nicoletta Rossi and Guido Bianchi, Flos, 2014
35 x 35 x 70 cm
Promoteo, Aldo Rossi, Artemide, 1996
50 x 12 x 180 cm
-
Par Guisan Solène, Migliano Enzo, Bugmann Nora, Pham Piet, Reichel Federico, Abrosino Jaoro, Béné Solène, Bürki Arthur, Croset Pénélope, Descloux Dimitri, Ferretti Lapo, Hansen Antoine, Kaba Julie, Kastl Vincent, Martin Lily, Rieux Camille, Romash Michael, Shade Alina, Tamm Nils, 18/12/18
-
Par Reichel Federico, 16/12/18
Depuis plusieurs semaines, nous travaillons sur cette petite plage à St-Sulpice, plus précisément dans une crique délimitée par deux enrochements distancés de 20 mètres. Nous sommes restés du côté de l'eau, imaginant un barrage, une paroi, quelque chose qui nous permettait de créer un bassin d'eau calme. Nous avons dessiné des lignes, des courbes, construit des morceaux de plâtre et de béton. De l'autre côté du lac, je savais qu'il y avait la ville d'Évian, sans jamais pouvoir la distinguer. J'ai regardé sur Google Maps, à vol d'oiseau c'était à 12 kilomètres.
1:400 – crique étudiée, plage de St-Sulpice, Vaud, Suisse
1:2500 – plage de St-Sulpice et embouchure de la Venoge, Vaud, Suisse
1:2000 – détail du lac Léman, 100 m au large de la plage de St-Sulpice, Vaud, Suisse
1:400 – détail de l'embarcadère d'Évian, Haute-Savoie, France
1:1500 – embarcadère d'Évian, Haute-Savoie, France
1:4000 – quai Baron de Blonay, Évian, Haute-Savoie, France