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La Commission d'enquête parlementaire belge, chargée de déterminer les causes de la faillite de Sabena, accuse les anciens administrateurs de Swissair.
Elle leur reproche d'avoir joué un rôle primordial dans la chute de la compagnie aérienne belge.
Après un an de travaux, le verdict de députés belges est tombé. Sous la forme d'un rapport rendu public jeudi. Un verdict sévère puisque Swissair, qui détenait 49,5% du capital de Sabena, est, selon eux, la principale responsable de la faillite de la compagnie belge.
En revanche, les autorités belges sont épargnées. Pour expliquer cette clémence à l'égard des hommes politiques belges, la commission souligne qu'elle n'est pas un tribunal et qu'elle ne saurait se substituer à la justice.
Le rapport se contente ainsi de dénoncer la «passivité» de l'Etat belge et des administrateurs de Sabena.
Faire porter le chapeau
C'est donc Swissair qui porte le chapeau de la plus grande faillite de l'histoire belge. «L'actionnaire suisse a été de mauvaise foi», estime le rapport. Et d'accuser la compagnie suisse d'avoir toujours «cherché à servir ses propres intérêts» dans la gestion de Sabena, entre 1995 et 2001.
L'enquête s'est focalisée sur l'achat de 34 Airbus, en novembre 1997, achat qui a accéléré la faillite de la compagnie.
La Commission affirme que le Suisse Paul Reutlinger, patron de Sabena, «a exercé de fortes pressions sur le comité de direction pour que celui-ci choisisse Airbus». Alors que la flotte de Sabena était principalement constituée de Boeing.
Au cours de ses travaux, la Commission a réussi à faire toute la lumière sur cet achat. Elle a ainsi découvert que Swissair avait pris en 1990 des options sur l'achat des Airbus. Et qu'en ayant refilé ces options à Sabena, la compagnie suisse a pu récupérer l'acompte versé, soit 300 000 dollars.
«La dissimulation du transfert des 19 options au conseil d'administration constitue un élément accablant pour Swissair», s'indignent les enquêteurs. Lesquels estiment «impossible que le CEO Paul Reutlinger n'ait pas été informé de ce transfert d'options».
Des pressions politiques
La conclusion est sans appel : «tous les investissements ont dépassé l'intérêt de la seule Sabena. Il y a chaque fois l'argument «groupe». La commission souligne aussi le fait que «l'aide promise par Swissair ne s'est jamais concrétisée».
En présentant le rapport, le président démocrate-chrétien Raymond Langendries a avoué que la tâche avait été difficile. Les quinze membres de la Commission, aidés par des experts, ont dépouillé des «mètres cubes» de documents.
Selon un parlementaire écologiste, les membres de la Commission ont subi des pressions pour éviter toute mise en cause de ministres belges, à la veille d'élections parlementaires. Ce qui explique que Swissair se retrouve seul sur le banc des accusés.
Le rapport sera présenté et discuté au Parlement mercredi prochain. Le vote aura lieu jeudi. Ensuite? «Ce sera fini, déplore un parlementaire, on se sera donné bonne conscience».
Pas de demande d'entraide
La Commission d'enquête a donc fini son travail. Mais tout n'est pas terminé. En effet, l'enquête judiciaire, menée par le juge Jean-Claude Van Espen, se poursuit. Cette enquête avait démarré à la suite de plusieurs plaintes déposées à l'encontre de Swissair.
Quant à la possible présence en Suisse du juge d'instruction belge Jean-Claude Van Espen, annoncée jeudi matin par le journal «La Libre Belgique», elle n'est pas confirmée à Zurich.
Hanspeter Hirt, le juge d'instruction qui mène l'enquête pénale sur la débâcle de Swissair, ne sait rien de la visite de son homologue belge en Suisse.
«Nous n'avons reçu aucune demande d'entraide judiciaire. Mais je m'attends à ce qu'une demande soit déposée», a-t-il indiqué à swissinfo.
Les enquêtes sont donc totalement séparées. Hanspeter Hirt n'a pas encore eu besoin de commission rogatoire en Belgique. Le juge d'instruction espère recevoir le rapport du Parlement belge, «certainement extrêmement intéressant.»
Hanspeter Hirt dirige une équipe de trois enquêteurs. Cinq collaborateurs supplémentaires devraient lui être attribués prochainement.
«Sans compter les facteurs exogènes qui peuvent ralentir le travail, il ne faut pas attendre de conclusion de notre part avant deux ans et demi. Nous saurons alors si l'affaire doit être classée ou si elle débouche sur une accusation», précise le juge d'instruction.
swissinfo, Barbara Speziali, Bruxelles et Ariane Gigon Bormann, Zurich