Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07006.jsonl.gz/517

Certains prétendent que le cinéma en relief sonne le glas du cadre comme le prédisait André Bazin dans son concept de cinéma total; cette affirmation n’est tout simplement pas défendable sauf dans le cas particulier de l’OMNIMAX où la surface de l’écran dépasse le champs visuel humain.
Le cinéma en relief ne reproduit pas le champs visuel humain
L’image relief possède toutes les caractéristiques de l’image traditionnelle plane, qui ne reproduit nullement le champ visuel humain; la copie stricte du champ visuel devrait ressembler à une coupole indistincte et floue dans son pourtour, claire et nette au centre (cf schéma). Il est intéressant de noter que l’effet de vignettage (courant dans les premiers films) était un moyen de reproduire les limites floues du champ visuel; c’était une manière de détourner l’oeil de la forme et des limites trop nettes du cadre de l’écran.
Les indices d’irréalités ne sont pas totalement remis en cause par le relief
« Mais si les films ordinaires (par opposition à d’hypothétiques films stéréoscopiques) ne nous offrent pas une impression parfaite de relief, (…) nous en retirons une certaine impression de relief. Si plusieurs personnes se déplacent à l’intérieur d’une pièce, nous avons nettement le sentiment qu’elles passent les unes derrière les autres dans l’image filmique(…) cependant, nous ne sommes jamais leurrés; nous sommes conscients du relief mais jamais nous ne prenons celui-ci pour un relief réel. Trop d’éléments s’y opposent.(…) les dimensions, le cadre et toute la situation nous rappellent avec force l’irréalité de l’espace perçu. Mais surtout nous voyons toute l’image avec les deux yeux, et le fait que nos yeux reçoivent des impressions identiques nous rappelle constamment la platitude de l’image. Enfin, un autre argument proche de ce dernier: l’écran est un objet de notre perception, il exige une adaptation de l’oeil et une mise au point. Nous voyons le relief, certes, mais ne pouvons l’admettre. C’est une expérience intérieure unique que celle qui caractérise la perception du spectacle cinématographique. Nous avons la réalité avec toutes ses véritables dimensions; et pourtant, ce que nous retenons c’est une évocation de surface, passagère, sans véritable relief ou plénitude, aussi différente d’une image fixe que d’une action de théâtre »
Hugo Münsterberg, the film, a psychological study, the silent photoplay in 1916, dover publications, new york, 1970, p21-24
Cette réflexion de Münsterberg (qui ne croit pas au cinéma stéréoscopique) nous semble intéressante dans ce chapitre; en effet, nous pensons que cette contradiction entre l’irréalité de l’image filmique et sa présence s’applique aussi au film stéréoscopique pour la simple et bonne raison qu’il subsiste encore beaucoup d’indices qui nous rappellent l’illusion.
Il est vrai que le cinéma en relief offre deux images distinctes, une pour chaque oeil, se rapprochant en cela de la vue en condition réelle (sans toutefois l’imiter du point de vue de l’accomodation, en savoir plus), mais la stéréo ne change en rien le dispositif de la salle de cinéma, chambre noire à vue frontale, sans vision périphérique; le cadre nous rappelle le caractère artificiel de l’image, qu’elle soit en relief ou plane. Enfin, le spectateur pratique, sans le savoir, un double cadrage: immobile, il cadre l’écran avec son corps tandis que, mobile, il parcourt l’image avec ses yeux.
Il est aussi important de noter que le cadre constitue dans le cas du cinéma en relief un repère indispensable à la bonne lecture de l’espace en profondeur, notamment pour les sujets en jaillissement.
Le malentendu lié au jaillissement
Il est intéressant de constater que l’imagerie promotionnelle autour du cinéma en relief n’a que très peu changé depuis les débuts du film stéréoscopique. Cette imagerie est à l’origine d’un des plus grands malentendus liés au cinéma en relief, celui de l’affranchissement de l’image filmique par rapport au cadre.
En effet, les publicitaires, confrontés au fait de devoir simuler la sensation de relief en image plane, ont presque tous utilisé une vue oblique de l’écran, faisant jaillir un objet dans la salle (pistolet, lion, voiture,…) comme s’il se désolidarisait totalement du plan écran. Or cette configuration n’est pas possible, le cinéma en relief ne peut exister au-delà des limites du cadre et l’objet ne peut être vu que sous un seul angle, celui qu’a choisi le réalisateur. Cet artifice publicitaire qui promet en quelque sorte le cinéma total est peut-être à l’origine de la déception de certains spectateurs qui attendaient inconsciemment une tangibilité supérieure à celle que permet d’offrir le cinéma stéréoscopique, quelque soit son niveau technologique.
C’est peut-être en partie à cause de ce malentendu que R. Arnheim fait cette réflexion qui n’est pas justifiable selon nous. En effet, le cinéma stéréoscopique conserve les caractéristiques du cinéma plane (que ne possède pas le théâtre), notamment la composition dans le cadre (avec le recours possible à diverses valeurs de plan) et le découpage-montage de plans.
« Si l’image cinématographique devient stéréoscopique, il n’y a plus de surface plane dans les limites de l’écran et il ne peut plus y avoir de composition de cette surface. Il ne restera alors que les effets qui sont également possible sur une scène de théâtre. »
R. Arnheim, Le cinéma est un art, Paris, L’arche, 1989
Voici quelques exemples en images:
le teaser de It came from outer space de Jack Arnold (1953), contient une séquence didactique expliquant le principe du cinéma relief à un public peu habitué. On retrouve le principe de l’annihilation du cadre.
un extrait où l’on voit que la tromperie est poussée à un point tel que la voiture virtuelle projette une ombre sur la scène de la salle de cinéma.
voir la séquence entière:
]
On peut voir le même procédé sur une affiche de Bwana devil (Arch Oboler, 1952):
un autre exemple plus récent