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Dans son "Récit de la conduite du régiment des Gardes Suisses à la journée du 10 août 1792", Charles Pfyffer d'Altishofen décrit les événements auxquels le régiment des Gardes Suisses allait être mêlé au cours d'une première quinzaine d'août mouvementée à Paris. Son témoignage est pourtant à prendre avec précaution du fait que selon l'historien Alain-Jacques Tornare auquel je me réfère, Pfyffer d'Altishofen n'étais pas à Paris lors des événements du 10 août lorsque le régiment des Gardes Suisses allait être décimé aux Tuileries en défendant le palais vidé de ses augustes occupants. Selon le Dictionnaire historique de la Suisse : "800 à 900 Gardes livrent un combat désespéré après avoir reçu l'ordre de résister. Le colonel Louis-Auguste-Augustin d'Affry, malade, et son état-major, qui a accompagné Louis XVI à l'Assemblée nationale, laissent le régiment sous le commandement de Jost Dürler. Le roi sacrifia les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat. Les révolutionnaires relèvent 300 victimes, tandis que, selon le rapport rendu le 12 novembre 1792 par d'Affry, environ 300 Suisses ont été tués aux Tuileries”. Le roi Louis XVI n'était pas le seul à être dépassé par les événements. Toujours selon Alain-Jacques Tornare, l'état-major des Suisses accompagnant le roi était aussi divisé quant à la conduite à adopter. Chacun connaît la teneur du billet griffonné à la hâte par Louis XVI ordonnant à ses Suisses de déposer les armes et de se retirer dans leurs casernes. Obéissants, les gardes se replièrent vers la place Louis XV (l'actuelle place de la Concorde). Ils furent bientôt encerclés, capturés, conduits à l'Hôtel de Ville. Les émeutiers envahirent les Tuileries et s'en prirent pêle-mêle aux gardes, restés sur place, aux serviteurs et fidèles du roi. A l'époque de la Restauration, lorsqu'il s'est agi de construire le mythe du 10 août 1792 et de glorifier le sacrifice des Suisses symbolisé notamment par le lion agonisant sculpté dans le rocher à Lucerne, personne n'a soufflé mot qu'a l'issue des événements, près de 300 gardes suisses survivants servirent dans les armées de la République de plus ou moins bon gré. On s'est aussi bien gardé de rappeler que deux ans plus tôt, en août 1790 à Nancy, le régiment suisse du colonel propriétaire genevois Jacques-André, marquis Lullin de Châteauvieux (anciennement régiment suisse Stuppa ) s'était mutiné, travaillé par les idées révolutionnaires et revendiquant une meilleure solde. Ce soulèvement fut durement réprimé. Les mutins furent condamnés à mort par un conseil militaire issu des autres régiments suisses mais la sentence fut revue : 72 hommes furent emprisonnés ; 41 furent condamnés à trente ans de galère ; 22 furent pendus. Enfin, l'un des cinq membres du comité des rebelles, le Genevois André Soret fut condamné au supplice de la roue. En 1791, Collot d'Herbois en personne défendit les mutins condamnés aux galères et obtint leur réhabilitation. En 1792, après une marche de 25 jours depuis le bagne de Brest, ils arrivèrent à Paris où une « fête de la Liberté » fut organisée en leur honneur le 15 avril. Leur bonnet rouge de bagnard, assimilé par la population parisienne au bonnet phrygien et devint l'emblème de la République, quatre mois avant les tragiques événements du 10 août aux Tuileries. Difficile à avaler pour tenants du mythe et de quoi faire rugir de dépit le lion de Lucerne.
Claude Bonard
Sources :
Dictionnaire historique de la Suisse (DHS)