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La création de variétés d'hybrides F1 nécessite un important travail de sélection préalable de lignées pures dans des populations différentes, puis des tests de croisements de ces lignées pures. Pour bénéficier d'un effet d'hétérosis (voir plus bas) maximum, il faut que ces lignées soient très différentes (en croisant des pools génétiques différents, comme des origines géographiques autrefois isolées), en outre il faut pouvoir y introduire les caractères recherchés, donc disposer de ce que les généticiens appellent un « réservoir de variabilité ».
Le concept de variété hybride F1 a été inventé par Shull en 1903. Il part du constat que les méthodes de création de variétés lignées pures utilisées chez les céréales ne pouvaient pas être appliquées chez le maïs, du fait d'une trop forte dépression de consanguinité. Shull a alors l'idée de croiser entre elles des lignées pures pour reproduire à l'identique un génotype intéressant.
L’effet d'hétérosis
L'effet d'hétérosis, nommé également « vigueur hybride », se traduit par un gain de performances (ou plus exactement une annulation des « tares » des lignées « pures ») qui résulte du brassage des différents allèles des différentes lignées.
L'effet d'hétérosis désigne l’accroissement particulièrement prononcé de la performance des individus hybrides ou métis. Cet effet est exploité en sélection animale et en sélection végétale. On parlera d’effet d'hétérosis lorsque la génération hybride F1 présente des performances supérieures à la performance moyenne de la génération parente F0, homozygote ou de lignée pure.
L'effet d'hétérosis a besoin, pour être mis en œuvre, d'au moins deux variétés, races ou lignées distinctes et relativement éloignées. La pureté de ces lignées permet de bien maîtriser les caractères des produits hybrides, et d'assurer leur régularité.
Une lignée est réputée « pure », lorsqu'elle tend vers l'homozygotie : pour chaque gène, les deux allèles sont identiques. L'avantage d'une lignée « pure » est que sa descendance est homologue et donc prévisible. Son inconvénient est de multiplier les risques d'apparition de « tares ».
On obtient en effet une lignée « pure » en reproduisant une population restreinte sur elle-même pendant plusieurs générations. Pour les animaux on parle de consanguinité. Il s'ensuit une possible dérive génétique et une dépression hybride qui pourra être levée à l'occasion d'un brassage de population.
L’effet d’hétérosis est plus fort dans la première génération, il baisse dans les générations suivantes et les facultés vitales des troisièmes et quatrièmes générations sont plus faibles que celles des deux races au départ. Naturellement, des qualités qui, pour nous, sont à considérer comme désagréables peuvent être accentuées par l’hétérosis : chez l’abeille, c’est le cas avec l’agressivité. D’après les essais qui ont été réalisés à la Station Expérimentale Apicole de MONFAVET, en France, les reines hybrides (F1) de un an et de première génération ont donné un rendement supérieur par rapport aux témoins (F0). Le développement du couvain était aussi à l’avantage des hybrides (Jean Verlaine, 2016)
Afin de suivre le rendement en miel chez les hybrides lors de générations successives de croisement en retour sur le parent (F0), quatre lignées ont été créées. Les résultats montrent une très grande variabilité entre lignées qui tend à masquer les différences entre générations. Cependant, la F1 de la meilleure lignée est significativement supérieure au témoin (F0). Par contre, d’une manière générale la F3 lui est nettement inférieure. Ce travail révèle la nécessité d’une sélection effective pour la valeur en croisement et l’avantage de remplacer les reines hybrides avant la F3 (J. M. Cornuet, J. Fresnaye, J. Blanc, R. Paris, 1979).
Axiome premier
Les reines de station (F0 par la suite) sont réservées à l’élevage alors que les hybrides de première génération (F1 par la suite) à la production. Dans la mesure du possible on éliminera les hybrides de 2e génération (F2).
Axiome deuxième
On monte en station en respectant le règlement des stations d’élevage avec au moins 10 ruchettes pour pouvoir faire de la sélection. Monter en station avec deux ruchettes est une perte de temps et d’énergie. En effet ce n’est pas parce que la reine mère est une reine de station que c’est automatiquement une bonne reine et que l’on va pouvoir utiliser son couvain pour greffer et avoir des descendantes performantes.
Les filles d’une bonne reine d’élevage devraient avoir une homogénéité des caractères. Ce critère d’homogénéité est difficile à mesurer et quand on y arrive la reine mère n’est plus là ! Mais de toute manière on aura systématiquement une répartition des filles en : peu de très bonnes (ce que l’on recherche) quelques bonnes, beaucoup de moyennes et les autres !
Si la dimension du rucher ne permet pas un tel volume (10 nucléis), on s’adressera alors au moniteur-éleveur de la région qui mettra à disposition du couvain de reine F0 sélectionnée pour effectuer le picking.
Dix reines potentielles moins la perte due à la fécondation, moins la perte due à l’introduction, moins la perte due à l’hivernage moins l’élimination pour reine agressive, pour reine essaimeuse, pour reine sans vitalité, pour reine faible en production… reste 2 ou 3 reines !
Axiome troisième
Le greffage se fait sur du couvain d’une reine F0 de deux ou mieux trois ans (1ère année en nucléus, 2ème en production et 3ème affectée à l’élevage après sélection) provenant d’un Moniteur-Eleveur SAR. Il n’est en effet pas autorisé de monter en station de fécondation avec son propre picking. Ceci est d’ailleurs à l’avantage de l’apiculteur, car comme évoqué plus haut, faire du greffage sur un individu de notre rucher (même exceptionnel) est particulièrement aléatoire. En élevage, il est en effet prépondérant de considérer la qualité de toutes les soeurs, et de ne sélectionner que les fratries homogènes et de qualité. En effectuant le picking chez un Moniteur-Eleveur, vous bénéficiez de ce travail de fond avec la garantie supplémentaire d’un taux de consanguinité suffisamment bas.
Pour ceux et celles qui ne désirent pas monter en station, mais faire de la fécondation F1 au rucher, les critères d'évaluation observables par l’apiculteur sont douceur, vitalité, peu essaimeuse, qualité et régularité du couvain, forte en production. Le critère sanitaire et résistance aux maladies est plus difficile pour un apiculteur isolé et mieux maîtrisé par les moniteurs-éleveurs.
On devrait éviter d’utiliser des reines de 4 ans en élevage car les ovules sont de moins bonne qualité.
Axiome quatrième
En production on choisira de préférence des reines F1. En effet l'effet d'hétérosis ou vigueur hybride (accroissement des caractères positifs) disparaît aux générations suivantes. Pour plus de complément se référer à wikipedia ou autres sites plus spécialisés.
Donc de manière générale pour la production, les F1 au dépend des F0 ou F2 sont scientifiquement les meilleures. Ce qui n’empêche pas qu’une fois dans un rucher une reine F0 soit la plus productive.
Axiome cinquième
On n’utilisera les F2 de réserve qu’en dernière extrémité quand il nous manque des F1. Une bonne reine F2 remplacera avec satisfaction une reine F1 d’une colonie agressive ou pour sauver une colonie orpheline.
Axiome sixième
De manière systématique, on changera la reine qui a essaimé ainsi que la nouvelle reine de la colonie qui reste au rucher. Le caractère de propension à l’essaimage est génétiquement dominant, aussi il faut les bannir du rucher. Les garder crée un problème supplémentaire pour les fécondations des F1 au rucher : le caractère d’essaimage risque de se propager les années suivantes par la fécondation en provenance des mâles de ces colonies essaimeuses.
|Author:||Gilbert Duruz, conseiller apicole|