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Dans le camp suisse, la stupeur était de mise après le déclassement de Fanny Smith de la 3e à la 4e place lors de la finale olympique à Zhangjiakou. “Franchement, on a été volés!, s’exclame Ralph Pfäffli, entraîneur en chef de l’équipe de skicross helvétique. Tout le monde, dans l’aire d’arrivée, les entraîneurs compris, ne parlaient ni d’un carton jaune, ni d’un warning (avertissement).” Malheureusement, le règlement stipule que les équipes n’ont pas la possibilité de déposer le moindre protêt après une telle décision.
L’action litigieuse a été visionnée pendant une dizaine de minutes par le jury de la FIS avant que celui-ci décide d’ôter la médaille de bronze à Fanny Smith. “On a des règles pour les contacts intentionnels et accidentels, décrypte Klaus Waldner, directeur de course. Un carton jaune concerne un incident de course, pas intentionnel mais lorsque les athlètes se retrouvent boutés hors du parcours, perdent un ski ou autre.”
Le représentant de la FIS détaille ensuite la situation précisément de cette manière: “Dans le cas de Fanny Smith et Dani (ndlr: Daniela) Maier, on imagine que Fanny aurait pu aller tout droit, sans écarter autant sa ligne vers la gauche et venir ainsi perturber la trajectoire de Daniela. Elle a fait un grand décalage vers la gauche et a ainsi gêné Dani Maier, il y a eu un contact avec son ski droit et ce contact l’a déviée de sa trajectoire car elle a dû éviter une chute. Cela l’a donc ralentie. Cette situation a influencé le résultat puisque Dani Maier était en route pour dépasser Fanny. C’est donc un carton jaune car cette action a interféré sur le résultat en ralentissant Dani Maier.”
C’est sur le point 5404.1 du règlement de la FIS que le jury s’est basé. Il est écrit qu’une “interférence non intentionnelle causée par un contact peut se produire lorsqu’un concurrent prend une décision ‘en course’ créant un contact qui affecte directement le résultat d’un autre concurrent. Si le jury détermine qu’une interférence non intentionnelle a eu lieu, le concurrent qui a causé l’interférence sera sanctionné.”
Le jury, composé de quatre personnes selon le directeur de course (ndlr: parmi les six à composer le jury “officiel”), a pris la décision de manière unanime. “On a analysé différents angles puisqu’on peut profiter de cinq ou six caméras, a encore détaillé Klaus Waldner. C’était une décision difficile à prendre en finale car on cherche à être équitables.” Pourtant, le jury a pris ses responsabilités. Ce jury “officiel” était composé de Klaus Waldner (AUT, représentant la FIS), de la déléguée technique de la FIS Stephanie Hartl (GER), de l’arbitre Christian Crétier (FRA/FIS), du chef de compétition Wang Nan (CHN), de l’arbitre de départ Belle Berghuis (NED) et d’arrivée Memet Guney (TUR). Le contrôleur vidéo n’était autre que Peter Krogoll (GER).
Pour Ralph Pfäffli, c’est Daniela Maier qui touche en premier lieu le ski de Fanny Smith. “C’est ce qui provoque l’écart du ski gauche de Fanny. Aucun athlète ne fait de mouvement parasite, comme cela, volontairement, en ligne droite.” Le coach de l’équipe de Suisse est tout aussi remontée que son athlète envers le jury de la FIS. “J’ai déjà vu des décisions incompréhensibles, mais jamais dans un grand événement.” Pour l’entraîneur suisse, aussi membre d’un groupe de conseils à la FIS, le jury “ne comprend pas comment fonctionne le skicross”. “Le problème, c’est qu’hormis Christian Crétier, aucun membre du jury n’a fait du skicross.”
Il tient d’ailleurs à rappeler que le skicross est un sport de contact. “Si on commence à juger ainsi, on fait quatre lignes bien distinctes côte à côte, et on respecte ainsi les distanciations comme avec le Covid-19, poursuit ironiquement Ralph Pfäffli. Ce n’est pas l’idée de notre sport qui veut qu’il y ait de la bagarre. Parfois, il y a un bras qui sort, c’est normal. On aime la bataille.” Klaus Waldner tempère: “Les contacts sont dans l’esprit du skicross, mais on a des règles. Tout le monde doit skier proprement.”
Johan Tachet & Laurent Morel, Zhangjiakou