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Il est une ancienne et très dommageable tradition de l'armée française : celle de croire, ou de feindre de croire, que les qualités de courage et d'allant suppléent à tout ; à l'entrainement insuffisant, au mauvais matériel, à la doctrine inadaptée, à l'absence de stratégie, au commandement incompétent.
Cette tradition est très confortable pour les états-majors et les politiciens : elle ménage les budgets et ne fatigue pas trop les cerveaux. Elle se paye au prix du sang, mais c'est celui du troufion de base, alors est-ce si grave ?
Nous avons vu les résultats de cet état d'esprit en 1870, en 1914 (1), en 1940. Que de succès mémorables ...
Rassurez vous, il est rare que les généraux soient virés pour incompétence ou pour négligence.
Même si tout n'est pas clair, il apparait probable que la récente embuscade qui a fait dix morts en Afghanistan soit une occurrence de cette erreur traditionnelle. En attendant le RETEX, voici les premiers éléments tels qu'on peut les lire dans la presse :
> pas d'éclairage aérien (drônes ou autres)
> appui aéroporté quasiment inexistant
> blindés hors d'âge et inadaptés (un antique VAB HOT ou une des tourelles téléopérés que l'armée attend depuis si longtemps aurait peut-être limité les dégâts)
> équipements et dotation individuelles insuffisants
> méthode d'approche inappropriée
Un autre élément circonstanciel explique l'impression d'amateurisme : l'armée française a perdu l'habitude d'avoir des adversaires coriaces et organisés, autrement dit d'affronter des guerriers, de faire la guerre.
J'en veux pour preuve que les premiers touchés ont été l'officier, le sous-officier et le radio.
Tous les fantassins du monde savent que, dans une patrouille, les officiers, les radios (et les infirmiers) sont des cibles de choix et qu'il convient qu'ils se fassent le plus discrets possible (pas de signe distinctif, ni galons ni matériel genre jumelles, comportement ordinaire, etc ...).
Les fantassins français aussi le savent, il ne s'agit pas d'incompétence. Simplement, en temps de paix, on ne cache pas ses galons, on ne fait cela qu'en temps de guerre.
Je n'ai presque (2) aucun scrupule à me montrer sévère pour une raison simple : l'Afghanistan est en guerre de puis des années et ce qui y fonctionne sur le plan militaire (3) est bien connu. C'est même en grande partie disponible sur internet. Par exemple, la tactique russe pour faire progresser un convoi en montagne consistait à héliporter des commandos à chaque col du parcours pour, justement, prévenir les embuscades.
Les militaires français connaissent ces choses, il y en a des placards pleins dans les bureaux. Mais, d'une part, il faut avoir conscience que l'on est en guerre pour les appliquer, d'autre part, il faut en avoir les moyens humains et matériels.
Sur le premier point, aucun souci : les soldats risquent leur peau et l'avertissement a été assez rude, ils ont compris qu'ils sont en guerre. Sur le deuxième point, c'est beaucoup plus problématique : certes, nous sommes les as du «système D» mais on ne peut pas tout faire avec «sa bite et son couteau» et l'ingéniosité ne suffit pas à rattraper des années de négligence sur tous les plans.
D'un point de vue plus général, un Etat (4) qui néglige sa défense, la première des missions régaliennes, est un Etat malade. Je n'arrive pas à trouver de contre-exemple à cette afirmation.
En tous les cas, dans l'histoire de France, c'est net.
Toutefois, n'oublions pas non plus que, comme disait Henri IV qui a passé sa vie sur cul sur la selle, à la guerre, il faut laisser beaucoup de choses au hasard.
(1) : rappelons que la moitié des morts de la première guerre mondiale coté français a eu lieu lors de la première année, vous savez, quand nous chargions avec ces si élégants uniformes, tellement français, poitrines offertes aux mitrailleuses (Ah, ça, le bidasse de 1914 savait se battre à la baïonette, malheureusement, il lui fallait survivre à une course de 2000 m sous le feu des mitrailleuses avant de prouver sa supériorité. Ne rigolez pas, ce sont de brillants Poyltechniciens qui avaient conçu une doctrine si futée).
(2) : ce «presque» introduit le bémol suivant : je ne suis pas sûr de disposer de suffisamment d'informations.
(3) : la politique, c'est une toute autre affaire.
(4) : je parle bien entendu d'un Etat qui a des ambitions, je ne parle pas du Costa Rica qui n'a pas d'armée, ni du Vatican, qui a pour lui l'armée des anges.