Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07058.jsonl.gz/986

Top articles - Actualité
- Le mythe récurrent du lobby tutsi
- Des sanctions sévères pour les négationnistes du genocide des Tutsi de 1994
- Ban Ki-moon rend hommage aux victimes du génocide
- Lancement des activités de commémoration du génocide des Tutsi de 1994
- Scholastique Mukasonga prix Renaudot pour "Notre-Dame du Nil"
- Génocide contre les Tutsi : un ex-ministre condamné à la prison à vie
|Paris ignore les mandats d'arrêt|
|Mercredi, 13 Décembre 2006 00:00|

(Le Figaro 13/12/2006)
Le chef d'état-major rwandais, visé par un mandat du juge Bruguière, a participé à des opérations militaires au Cameroun en compagnie du chef d'état-major français, mais il n'a pas été arrêté. PEU APRÈS qu'aient été lancés neuf mandats d'arrêts visant des responsables rwandais mis en cause par une instruction du juge Bruguière, Paris aurait refusé de procéder à l'interpellation de l'actuel chef d'état-major de Kigali, la plus haute personnalité visée par le magistrat.
Racontée par des responsables rwandais, l'histoire débute le 22 novembre, cinq jours après que le juge Bruguière a rendu son ordonnance clôturant l'enquête sur l'attentat du 6 avril 1994 et la mort du président rwandais Habyarimana.
Ce jour-là, le chef d'état-major rwandais, James Kabarebe, s'apprête à se rendre à Douala où il doit participer à la clôture d'une session d'entraînements militaires franco-africains. Intitulées Sawa 2006, ces manoeuvres réalisées dans le cadre Recamp ont réuni au Cameroun les responsables de nombreuses armées africaines venus s'entraîner avec l'aide de la France.
Peu avant son départ, Kabarebe est averti qu'il est visé par un mandat d'arrêt français. Il en rit, lance : « Ce n'est pas mon problème » et embarque dans un avion de la Kenyan Airways. À son arrivée, il est enregistré et dirigé vers un hôtel. Pierre André Wiltzer, haut responsable pour la sécurité et la prévention des conflits, représente la France à la journée de clôture des exercices. Le général Georgelin, chef d'état-major des armées, est là. Tout comme le ministre belge de la Défense, des responsables européens et, bien sûr, de nombreux responsables politiques et militaires africains. La journée est « VIP ».
« Comme tout le monde, affirme le général Jérôme Ngendahimana, conseiller de Kaberebe, nous nous sommes présentés, avec le chef d'état-major, sur le lieu des cérémonies. Le général français Roger Renard, coorganisateur de l'exercice Sawa 2006, m'a fait appeler ». Selon l'officier rwandais, ce dernier aurait dit : « Écoute Jérôme, tu dois certainement être au courant des mandats d'arrêts émis par Bruguière. Je pense qu'il serait imprudent de vous rendre à la conférence pour les chefs d'état-major sur la frégate Germinal en présence du chef d'état-major français. (la frégate Germinal est territoire français, NDLR). Car si vous y allez, nous arrêtons votre chef d'état-major. »
«Nous n'avons pas peur»
L'adjoint de Kabarebe fait alors part de la volonté de son supérieur : « Il va s'y rendre. Nous n'avons pas peur. » Incrédulité du général Renard, qui prend alors son téléphone et appelle une autorité. « Le général Georgelin », estime l'officier rwandais, puis raccroche et déclare : « OK. Il n'y aura pas de conférence sur le Germinal. » Celle-ci sera organisée dans une salle prêtée par le général Ngendahimana, qui jouait le rôle de chef d'état-major durant l'exercice Sawa 2006. Une recommandation lui sera également lancée : « Demande à ton chef d'état-major de ne pas trop s'approcher des officiers français. » Ce à quoi, il aurait répondu : « Écoutez mon général, ce n'est pas trop sérieux. Dites plutôt à vos officiers d'éviter de s'approcher de notre chef d'état-major. » Durant la cérémonie de clôture, le chef d'état-major français sera distant de trois mètres du chef d'état-major rwandais. Paris ne dément pas l'histoire.
PATRICK DE SAINT-EXUPÉRY.