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Hilde Gött interviewée.
ODeF : Hilde Gött, pouvez-vous nous parler de la création du Psychodrama Institute for Europe ? Quand et pourquoi a-t-il été créé ?
Hilde Gött (H. G.) : L’institut a été créé en 1988. A l’époque, il y avait le Moreno Institut for Psychodrama à Ueberlingen. Une formatrice hongroise, Ildikó Maevers, y travaillait. Elle donnait des formations en Hongrie et a réalisé qu’il y avait un plus grand besoin là-bas : pas seulement le besoin d’une méthode de formation, mais aussi d’une structure. Ce n’était pas possible à l’Institut Moreno d’Ueberlingen. Pour elle, il était clair qu’une autre solution devait être trouvée afin de mener ce projet à bien et le concrétiser réellement. Elle a alors commencé à prospecter auprès d’autres personnes, d’autres formateurs, avec la même intention. Des collègues ont mené des ateliers à Cracovie, puis ailleurs, surtout en Europe de l’Est.
Dans ce processus, l’idée était de franchir les frontières, et particulièrement le rideau de fer. On s’est donc séparé des autres institutions à Ueberlingen pour en créer une nouvelle, à laquelle on a donné le nom de Psychodrama Institute Europe. Ce nom, trop possessif, a subi quelques problèmes juridiques ; on l’a changé en Psychodrama Institute for Europe, sa dénomination actuelle.
ODeF : Comment cela a-t-il évolué ?
H. G. : L’institut a commencé par créer des sections dans les pays où les formateurs menaient des ateliers ou des formations. J’y suis entrée comme membre à ce moment-là. Je vis en Allemagne et viens de Roumani,e et je voulais commencer à donner des formations dans mon pays d’origine.
En Roumanie, il faut savoir que les structures pour la psychothérapie étaient inexistantes, que ce soit pour le psychodrame ou même pour la psychothérapie en général.
Beaucoup de personnes sont venues en Roumanie pour voir comment fonctionnait le psychodrame. Il faut savoir qu’après la révolution (ndlr : la révolution roumaine de 1989 contre le régime de la République socialiste de Roumanie, dirigée par Nicolae Ceausescu), il y avait de fortes différences entre ceux qui pouvaient exercer certaines méthodes et les autres. Les Roumains ont commencé à vouloir apprendre, plutôt qu’admirer et se sentir incompétents. Pour cela, notre projet était important : il fallait pouvoir faire des ateliers, exercer, pratiquer en Roumanie. La PIfE a donneé la structure pour un tel projet, a aidé les gens dans ces pays (p. ex. la Roumanie) pour lancer une section de PIfE, en lui donnant la forme d’un organisme sans but lucratif qui est responsable de la qualité des formation.
ODeF : Comment fonctionne l’institut, aujourd’hui ? Il y a des pays membres ainsi que des membres à titre individuel. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?
H. G. : Je peux vous donner l’exemple de la Roumanie, que je connais bien. Nous avons commencé à former deux groupes comme d’habitude, avec notre propre expérience. Après deux ans, nous avons enregistré un organisme de psychodrame à Cluj en tant que section de PIfE. Parce que le pays avait besoin d’une reconnaissance de cette formation, nous avons aussi eu besoin d’une structure au niveau national roumain. Nous avons alors traduit nos statuts afin d’informer et d’expliquer aux gens nos bases structurelles, nous avons pris la même structure que l’institut et l’avons adapté aux lois roumaines et avons élu des membres du groupe de formation pour chaque poste. Ensuite, nous sommes allés au tribunal pour enregistrer la nouvelle organisation de psychodrame à Cluj, qui s’est alors appelé Societatea de psihodrama J. L. Moreno.
Nous avons réussi à organiser de la même manière des organismes en Hongrie, en Pologne, en Roumanie, en Ukraine, en Lituanie et en Bulgarie et même, plus tard, au Belarus. Depuis le tout début, un organisme occidental avait soutenu ces idées et ce travail : l’Institut Moreno de Norvège.
Les pays membres de l’institut peuvent compter sur PIfE pour faciliter une reconnaissance officielle, parce que PIfE a connaissance des différents revenus dans ces pays et, en fonction, donne ainsi un soutien financier pour la formation.
ODeF : Pourquoi calquer son organisation sur les limites politiques et géographiques de l’Europe ?
H. G. : Pour la reconnaissance, nous avions besoin de deux choses : 1. Nous avons organisé depuis 1991, tous les deux ans, une conférence internationale pour tous les étudiants et formateurs. Ils ont alors pu expérimenter différents psychodramatistes d’autres pays avec leur style et mener des psychodrames et 2. bien sûr, nous avions besoin d’une reconnaissance officielle pour la méthode.
Après 27 ans, nous pouvons dire : le PIfE fait du bon travail et donne des formations, ce qui est reconnu aux niveaux national et international : c’est important pour obtenir une reconnaissance nationale, parce que la suspicion était grande au début – ce n’est pas la même situation qu’en Allemagne. En Roumanie, en Lituanie et ailleurs, il y avait tout à prouver. Puisque tout ce qui venait de l’Ouest était supposé bon, la structure et l’expérience d’une organisation internationale au niveau européen a été rassurante. C’est pour cela que sont venus des formateurs, des étudiants, etc.
Maintenant que le mur est tombé et que l’Europe n’est plus divisée, cette même structure n’est peut-être plus nécessaire… Nous avons donc commencé à discuter sur des changements structurels : pourquoi ne pas discuter par domaine, par champ d’études, plutôt que par langue ou par pays ? C’est ainsi que nous avons développé des groupes de travail : sur le trauma, sur le développement des organisations, etc.
ODeF : Vous êtes formatrice et superviseur de psychodrame pour PIfE. Quelle est votre mission au sein de l’institut ? Dans quels domaines travaillez-vous ?
H. G. : J’ai été présidente de l’institut durant dix ans et l’une des premières personnes à avoir postulé pour y être membre, car je voulais travailler en Roumanie.
Au niveau politique, il est clair que mon but était de présenter et d’introduire le psychodrame en Roumanie, car je suis convaincue qu’il s’agit d’une méthode de groupe où chaque participant peut apprendre une structure de démocratie. Après la dictature, j’ai considéré que c’était un grand besoin. L’autre point, qui n’était pas mon intention au tout début mais s’est imposé ensuite, si situe à un niveau plus personnel : j’ai quitté la Roumanie vers 20 ans, il était difficile pour moi d’y revenir (pour des visites ou autres), et j’avais là la possibilité et la chance de réunir mes deux moitiés de vie : je suis née en Roumanie mais j’ai vécu, adulte, en Allemagne.
ODeF : Quels sont les projets, actuels ou à venir, qui sont menés au sein de PIfE ?
H. G. : Nous menons actuellement beaucoup de formations de groupes avec des projets parfois au niveau européen. Nous organisons également des conférences durant lesquelles les gens peuvent se rencontrer.
Avec Yaacov Naor (Israël), nous travaillons ensemble depuis 1992. Nous avons développé un concept spécifique, un mélange de sociodrame, de psychodrame et bien sûr d’histoire, pour les descendants de victimes et de perpetrators de l’Holocaust (ndlr : voir à ce sujet l’article publié dans un précédent numéro de Relation et Action – lien). Nous faisons ce voyage à Auschwitz tous les deux ans. Peut-être que l’année prochaine, nous essayerons d’aller en Israël avec les personnes qui veulent travailler sur ce sujet. Et bien sûr, le sujet du psychodrame avec les enfants et les adolescents doit être davantage travaillé.
Interview d’Hilde GOETT réalisée par Vincent CHAZAUD.