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LE NGIL
LE MASQUE DU NGIL
Le Père H. Trilles écrivait à la page 47 de son journal (Mille Lieues dans l'Inconnu) relatant les aventures de l'expédition française qui partit de Bata (golfe de Guinée) en août 1899: "Le Biéri, l'universel fétiche de la côte, n'existe plus par ici (chez les pygmées Bayaga, résidents à proximité des Fangs). Depuis longtemps, à peine en avons-nous vu un ou deux. Ceci confirme bien ce que j'avais déjà écrit (15 années chez les Fangs): le Biéri est d'importation étrangère, il n'est point Fang. Les Paouhins l'ont reçu des Boulous par les Yengols, et les Yenkwarks ne le connaissaient pas encore partout. En revanche le Ngil est universel. Redouté à la côte, il l'est encore plus ici peut-être et c'est presque dans tous les villages que nous le rencontrons maintenant."
Masque de pouvoir, de justice, d'applications des sentences. Le front haut et bombé, le visage incurvé, l'espace des yeux réduit à l'état de fente; le masque est insondable, rien ne doit filtrer hormis une implacable résolution. Ajouter à cela les scarifications de pouvoir sur les joues et le reste de la tête et l'impression de force exprimée par ce masque qui rappelle par son aspect celui du gorille. La couleur dominante, le blanc, rappelle la couleur de peau des morts.
Tout comme le SO ou le NGONTANG, le NGIL est une société secrète dont le but est le maintien de l'ordre de la chefferie.
Pour les Africains, plus un objet est ancien, plus il est expérimenté (plus il a été sollicité) et plus il est efficace; ils étaient réparés (agrafés, ligaturés) et le verni était renouvelé fréquemment (ils étaient nourris), le masque était souvent un casque (destiné aussi à protéger le porteur des coups)
Imperturbables, inébranlables, incontestables, inatteignables, les masques étaient faits en bois d'Alstonia Congensis (bois blanc légèrement jaunâtre, léger, arbres de grande taille).