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Café: il protégerait (aussi) contre le suicide
C’est un vrai phénomène médical: plus le temps passe, et plus les bénéfices associés à la consommation de café s’accumulent. Des chercheurs américains viennent d’apporter de nouvelles données originales dans ce domaine; leurs résultats sont publiés dans The World Journal of Biological Psychiatry1. Le travail a été mené sous la direction du Dr Alberto Ascherio (département de nutrition, Harvard School of Public Health, Boston). Les auteurs ont analysé les données issues de trois grandes cohortes américaines: la Health Professionals Follow-up Study (1988-2008, réunissant 51 529 hommes, tous professionnels de santé), la Nurses’ Health Study (1992-2008, réunissant 121 700 femmes, toutes infirmières) et la Nurses’ Health Study-II (1993-2007, réunissant 116 671 infirmières).
L’objectif de ce travail était d’identifier, si la chose était possible, l’existence d’une association entre d’une part la consommation de café et de l’autre le risque de (tentative de) suicide. Au total 277 morts par suicide ont été recensés (0,1%) sur l’ensemble des 208 424 membres des trois cohortes dont les données ont pu être prises en compte. Les analyses statistiques ont porté sur l'association entre la consommation de café (caféiné et décaféiné), la consommation de thé et le risque de suicide – le tout en prenant en compte l’ensemble des paramètres pouvant donner lieu à des confusions (tabagisme, consommation d'alcool, activité physique, IMC, situation matrimoniale, traitements médicamenteux, etc.).
Café, tabac, alcool et solitude
Au final les chercheurs sont parvenus à plusieurs observations. Leur conclusion principale a été que, chez les personnes consommant deux ou trois tasses de café quotidiennes, le risque de suicide est d’un point de vue statistique significativement inférieur (de 45%) à celui observé chez les personnes dont la consommation moyenne est inférieure à une tasse quotidienne. Cette réduction atteint 53% chez les sujets qui consomment plus de quatre tasses. Mais il apparaît aussi que les plus gros buveurs de café (plus de quatre tasses quotidiennes) sont aussi les plus susceptibles de consommer du tabac et de l’alcool. Ce sont aussi ceux qui sont statistiquement plus fréquemment seuls.
Ces associations avec le risque de suicide n’apparaissent pas dans les cas de consommation de café décaféiné ou de thé. Les spécialistes des statistiques mettent en garde contre le fait que ces conclusions sont établies sur une base de données relativement faible (277 suicides). A l’inverse, on peut cependant observer que ces constatations confirment une autre étude concernant les liens entre dépression et consommation de café. Il s’agissait là d’un travail2 présenté en mars 2013 lors de la 65e réunion annuelle de l’Américain Academy of Neurology qui se tenait à San Diego.
Caféier, gardénia et quinquina
Le travail dont on parle avait été conduit par le Dr Honglei Chen avec le soutien des Instituts nationaux américains de la santé (NIH, Research Triangle Park in North Carolina). Au terme d’une étude conduite sur plus de 260 000 personnes âgées de 50 à 71 ans, le Dr Chen avait établi, sur dix années, un lien d’une part entre une augmentation du risque de maladie dépressive et la consommation de sodas et, d’autre part, entre une réduction de ce même risque et la consommation de café. Au total, 11 311 diagnostics de dépression avaient été établis dans le groupe étudié. L’auteur observait alors qu’une consommation de quatre tasses de café par jour était associée à un risque réduit d’environ 10% de dépression. La consommation de plus de quatre canettes quotidiennes de sodas était, elle, associée à un risque accru de 30% de souffrir d’une dépression.
Il y a ainsi bien une série d’éléments convergents qui inciterait à recommander de ne pas faire d’économie sur le café. Mais ce sera encore plus vrai quand les études menées dans ce domaine ne se borneront pas à établir des associations mais bien à fournir des explications: à quoi tiennent précisément les vertus des grains torréfiés de caféier, cette plante de la vaste famille des Rubiacés qui comprend notamment le gardénia et le quinquina. Un quinquina dont les vertus toniques ne sont plus, non plus, à démontrer.
2. Un résumé de ce travail (en anglais) est accessible ici.