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La législation sur l'élevage en Suisse est considérée comme la plus sévère au monde. Et pourtant, une vingtaine de personnes a déposé le 19 mai 2021 une initiative pour la rendre encore plus dure. Intitulé «Non à l’élevage intensif en Suisse», le texte qui sera soumis au vote au niveau fédéral dimanche 25 septembre 2022 porte plusieurs revendications pour le bien-être animal, mais celui de l'être humain aussi. Il revendique par ailleurs des arguments écologiques.
Situation actuelle dans le pays, justifications des initiants/des opposants et premiers sondages: voici tout ce que vous devez savoir avant de faire votre choix dans les urnes.
L’élevage d'animaux de rente tels que les bovins, la volaille ou les porcs pour l'alimentation humaine est dit intensif ou industriel lorsqu'il a pour objectif principal la productivité. Plus précisément, il s'agit d'un système visant à élever un grand nombre d’animaux, essentiellement en intérieur, dans des conditions qui maximisent la production, et cela, à un coût moindre.
Cette méthode s'oppose à l'élevage dit extensif qui est lui caractérisé par une faible densité d'animaux par hectare.
Vous êtes désormais au clair sur la définition? Observons maintenant la situation d'un point de vue suisse.
Avant d'entrer dans les détails, il faut savoir que la loi suisse sur la protection des animaux est d'une sévérité unique au monde. Dans le pays, «la dignité et le bien-être des animaux sont protégés, indépendamment du nombre d’animaux détenus au même endroit», peut-on lire explicitement sur le site web de la Confédération. A partir de la Constitution suisse, mais également de la loi sur la protection des animaux, le gouvernement cite les impératifs suivants:
En comparaison à l'étranger, la Suisse se distingue largement. Le pays permet, par exemple, la détention de 18 000 poules pondeuses là où en Allemagne, pour ne citer que ce pays, les exploitations peuvent aller jusqu'à 600 000 poules, selon un rapport de l'Union suisse des paysans (USP). Le nombre d'animaux de rente par exploitation est, en revanche, plus élevé qu'en Autriche, indique le centre de recherche agronomique suisse Agroscope.
Pourtant, bien que la loi fédérale sur la protection des animaux soit souvent qualifiée d’exemplaire, les choses se révèlent différentes du point de vue du comité de l'initiative sur l'élevage.
L'initiative populaire fédérale «Non à l’élevage intensif en Suisse» cherche à préserver coûte que coûte dans la Constitution la dignité des animaux de rente qui serait aujourd'hui «bafouée». Elle entend interdire l’élevage intensif favorisant, d'après ses auteurs, des intérêts économiques au dépit de ceux des animaux.
Si la loi était renforcée, elle s’appliquerait également à l’importation d’animaux, de produits animaux et de denrées alimentaires contenant des ingrédients d’origine animale.
Remettre au centre de la Constitution le bien-être et la dignité de l'animal de rente permettrait d'allonger la durée de vie de celui-ci. Dans son texte d'initiative, le comité prend l'exemple de la poule qui ne vivrait pas plus de cinq semaines en élevage contre huit années dans son environnement naturel. «L’élevage intensif devrait être aboli, car il constitue un crime contre la vie», affirme le comité en relayant les propos de l'écrivain Thomas Meyer.
En votant contre l'élevage intensif le 25 septembre prochain, le comité explique que cela serait également bénéfique pour la santé humaine. «La production animale industrielle entraîne des risques accrus de maladie, une augmentation du nombre de germes, et donc un recours accru aux antibiotiques et aux médicaments», est-il ajouté dans le texte de l'initiative qui conclut:
Aller à l'encontre de la méthode industrielle permettrait, par ailleurs, de tendre vers un avenir plus écologique. Selon le comité de l'initiative, la production d’origine animale est responsable de 85% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. Sans évoquer les importations d'aliments pour animaux qui pèseraient, au total, près de 1,4 million de tonnes par an.
«L’initiative sur l’élevage intensif est inutile!», arguent les opposants au texte du comité initiant. Pour eux, les normes que demande l’initiative n'offrent, en fait, rien de neuf. Elles existeraient déjà à travers les produits bio et différents labels, qui iraient même «plus loin» que les normes légales en matière de bien-être et de dignité des animaux de rente. Scandalisé, lors d'une conférence de presse à Berne, le conseiller national Markus Ritter (Centre/SG) a soutenu que 60% des vaches et 70% des porcs étaient détenus dans des étables à stabulation libre ou respectueuses des animaux.
Voter contre l'élevage intensif, le 25 septembre prochain, signifierait également, de leur point de vue, s'opposer à la liberté de choix des consommateurs quant aux modes de production de leur viande. Seul un assortiment avec un label de bien-être animal leur serait proposé alors même que, comme le fait remarquer le Parti libéral radical (PLR):
S'ajoute finalement à cela, un argument économique selon lequel la généralisation des normes respectueuses du bien-être animal ajouterait «une charge supplémentaire d’environ 1800 francs par an pour le porte-monnaie des consommateurs». Les coûts liés à l’extension des bâtiments d’élevage ne pouvant pas non plus être supportés par les agriculteurs, la Suisse affaiblirait sa compétitivité dans le secteur international. Laquelle se verrait d'ailleurs obligée d'augmenter ses importations de viande et d'œufs.
L'initiative contre l'élevage intensif est portée par un comité de 26 personnes, essentiellement de gauche. Certains représentent également des associations parmi lesquelles figurent Quatre pattes, Pour l’égalité animale (PEA), Animal rights Switzerland ou encore Sentience politics – une association suisse alémanique regroupant des militants antispécistes issus de la société civile.
Tous clament ainsi l'abandon, voire l'interdiction de l'élevage intensif. Une position que ne partagent pas de nombreuses autres voix dont celle du Conseil fédéral et du Parlement qui a rejeté l'initiative sur l'élevage fin décembre à 111 voix contre 60.
De leur côté, la droite parmi laquelle figure le conseiller d'Etat vaudois Philippe Leuba et l'industrie agroalimentaire, parmi laquelle figurent l'Union suisse des paysans et GalloSuisse, ne veulent pas de nouvelles normes sur l'élevage animal en Suisse non plus.
Le groupe Tamedia et 20 Minuten ont publié à huit semaines des votations un premier sondage concernant l'initiative populaire fédérale «Non à l’élevage intensif en Suisse». Selon les résultats:
Le projet trouve une approbation particulièrement forte chez les femmes, 64% y étant favorables. En revanche, seuls 44% des hommes disent actuellement «oui» ou «plutôt oui» à l'initiative.
Les sympathisants des Verts, du PS et des Vert'libéraux disent clairement «oui». Les électeurs de l'UDC, du PLR et du Centre, ainsi que la population rurale se prononcent «contre» le projet.
Trois candidates sont sur les rangs: la conseillère d'Etat bernoise et ancienne conseillère nationale Evi Allemann, la conseillère aux Etats jurassienne Elisabeth Baume-Schneider et la conseillère aux Etats bâloise Eva Herzog. Le PS les considère toutes les trois tout à fait aptes à briguer la fonction de conseillère fédérale.