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La vaccination des femmes enceintes contre le Covid était fortement déconseillée il y a un an et la voilà fortement recommandée aujourd'hui à partir du deuxième trimestre de grossesse. Vous comprenez que l'opinion soit un peu déboussolée par ces discours contradictoires?
David Baud: C'est une erreur de communication qui a été commise en Suisse et dans d'autres pays européens. En Europe, on est encore marqué par plusieurs scandales en lien avec l'utilisation de médicaments. Il y a eu notamment le thalidomide, utilisé chez les femmes enceintes jusqu'au début des années 1960 et qui a provoqué de graves malformations congénitales. Il y a eu d'autres scandales ensuite. Ce qui fait que quand le vaccin est arrivé, en Europe, le premier réflexe a été de dire: «Il ne faut pas vacciner les femmes enceintes».
Qu'est-ce qui a changé pour que les autorités recommandent aux femmes enceintes de se vacciner contre le Covid?
Les données collectées sur des centaines de milliers de femmes enceintes et vaccinées ont montré qu'il n'y avait pas de différences d'effets secondaires par rapport au reste de la population vaccinée du même âge. D'autre part, la réponse vaccinale durant la grossesse et l'allaitement est comparable à celle observée chez les femmes en période de grossesse. Les études ont également montré que les femmes enceintes risquaient plus de développer une forme sévère du Covid-19 que les autres femmes du même âge.
De plus, les femmes enceintes qui contractent le Covid-19 risquent davantage de développer des complications obstétricales, comme des prééclampsies, des accouchements prématurés et des morts in utero. Le risque d’infection est augmenté de 70% chez ces femmes enceintes.
En parlant de discours contradictoire, sur son site internet, Swissmedic dit clairement que «les données disponibles sur le vaccin contre le Covid administré aux femmes enceintes sont insuffisantes pour déterminer les risques associés au vaccin en cas de grossesse»...
Il y a certainement des mises à jour qui vont être faites tant les connaissances vont vite sur le sujet. Il faut signaler que le volume de recherche scientifique effectuée sur ce virus en moins de deux ans est pratiquement égal aux dix premières années de recherche sur le HIV.
Aujourd'hui, la situation se présente ainsi: une femme enceinte a 5% de risque de s'écraser en prenant un avion (ndlr: hospitalisation aux soins intensifs si elle contracte le virus) et 95% de se sauver en prenant un parachute (ndlr: vaccin).
En 2020, votre étude montrait qu'en Suisse, seules 29,7% des femmes enceintes seraient d'accord de se faire vacciner en cas de découverte d'un vaccin contre le Covid. Aujourd'hui, comment faire changer d'avis les sceptiques?C'est clair que c'est impossible de convaincre tout le monde et ce n’est pas le but. Le but est que les femmes enceintes soient informées avec un maximum de connaissances actuelles sur les risques du Covid-19 pour elles et leur enfant, ainsi que les bénéfices/risques du vaccin. Tout le monde a droit à cette information pour pouvoir ensuite prendre sa propre décision. Celles qui ont la position du «Plutôt non» peuvent peut-être être convaincues. Mais la décision finale doit revenir à la patiente, ayant reçu une information adéquate sur le sujet.