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Avant d’étudier l’économie, il est intéressant de connaître les grands économistes de ces derniers siècles et les écoles de pensée économique qui en découlent.
Un peu d’histoire des sciences économiques
L’activité économique est aussi ancienne que les sociétés humaines. Les premières notions d’économie ont vu le jour dans la Grèce antique. Le mot économie est d’origine grecque et est composé de deux termes : oikos qui veut dire maison ou domaine et nomos qui veut dire loi ou règle. De ce fait, l’économie signifie les lois ou les règles de gestion de la maison ou du domaine.
Economie : mot d’origine grecque, qui signifie la gestion de la maison ou du domaine. L’économie est une science qui permet de résoudre le problème économique fondamental : comment allouer des ressources rares pour satisfaire des besoins illimités.
Pour se faire une idée sur l’évolution des sciences économiques, nous allons présenter un rappel de quelques faits historiques marquants. A cet effet, nous présentons quelques écoles parmi les plus influentes dans l’évolution historique des sciences économiques, tout en respectant la chronologie de leur apparition. Ces écoles ont contribué à la formidable évolution des sciences économiques et à la vulgarisation des concepts et notions économiques à travers l’histoire. Comme le cours n’est pas un cours d’histoire des sciences économiques, nous nous limitons à trois grandes écoles considérées parmi les plus importantes ayant marqué l’histoire des sciences économiques.
1. Les écoles de pensée économique les plus influentes
Si nous nous limitons au monde occidental et à la période post Moyen-Âge, l’histoire de la pensée économique nous renseigne que quelques imminents économistes ont révolutionné la science économique. Ces économistes étaient les fondateurs de ces écoles. Nous trouvons l’école classique, l’école marginaliste et l’école keynésienne. Chacune de ces écoles est liée à un auteur, voire à plusieurs. Certains historiens parlent même de trois grandes révolutions en scrutant l’évolution des sciences économiques. Les dates de ces révolutions découlent de la parution des grandes œuvres qui les marquent.
- L’école classique à laquelle on attache la révolution classique (1776-1817) : dont les imminents auteurs sont Adam Smith (1723-1790) et son œuvre principale publiée en 1776, « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », qui est un des textes fondateurs du libéralisme économique, et David Ricardo (1772-1823) dont la principale œuvre, publiée en 1817, « Des principes de l’économie politique et de l’impôt ». Ces deux auteurs sont les fondateurs de l’école classique et du coup de la doctrine libérale en sciences économiques. L’emblème de cette doctrine est « laisser-faire, laisser-aller ».
- L’école marginaliste attachée à la révolution marginaliste (1874-1890) : les principaux auteurs de ce courant sont William Stanley Jevons (1835-1882), Carl Menger (1840-1921) et Léon Walras (1834-1910). Ils ont développé le concept d’utilité marginale simultanément mais indépendamment (chacun dans son coin). Cette école considère que la valeur économique résulte de l’utilité marginale. Autrement dit, la valeur est issue de l’utilité que peut procurer la dernière unité consommée d’un bien ou service.
- L’école keynésienne qu’on rattache à la « révolution keynésienne » (1936) : l’auteur principal de cette école est l’économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946). Cette révolution est liée à l’œuvre majeure de Keynes « La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », publiée en 1936. Keynes établit l’incapacité d’une économie de marché à atteindre le niveau de production globale permis par la main-d’œuvre disponible et justifie ainsi l’abandon d’un laisser-faire général au profit d’une intervention de l’État.
Ces trois « révolutions » dans l’histoire de la pensée économique sont à l’origine des différentes écoles et courants actuels. Plusieurs points de différence entre les visions ont donné lieu à différentes controverses entre les économistes. Encore aujourd’hui, les batailles d’écoles sont toujours présentes et les économistes ne sont pas toujours d’accord sur les réponses à apporter aux questions posées par la société.
Dans ce qui suit, nous présentons brièvement les différents apports d’imminents économistes de ces différentes écoles qui sont à l’origine des différents courants ou de grands contributeurs à la pensée économique.
2. Quelques grands économistes
Dans cette section, nous présentons quelques économistes qui ont contribué au façonnement de la science économique. Toujours en se limitant au début du XVIIIe siècle et au monde occidental.
1) Adam Smith (1723-1790)
L’œuvre majeure d’Adam Smith (économiste anglais) publiée en 1776 est sans doute : « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations ». Adam Smith est l’initiateur de ce que nous appelons la pensée classique en économie politique. Le domaine de prédilection de la pensée de Smith est l’étude des conditions de l’enrichissement de la nation et les rouages de l’activité économique. Les analyses entamées sont abstraites (basées sur des hypothèses plus ou moins réalistes) et déductives. La pensée classique prône la liberté économique : liberté du commerce, la liberté d’entreprendre et l’abstention de l’Etat à intervenir dans la sphère économique. Dans la vision smithienne de la science économique, nous trouvons quelques concepts fondamentaux : la main invisible (en poursuivant des intérêts individuels, les agents concourent à la réalisation de l’intérêt général), l’avantage absolu en échanges internationaux, le laisser-faire, laisser-aller.
L’œuvre de Smith commence par l’analyse de la division du travail, ses origines et ses avantages. Il explique que la division du travail permet d’accroître la production des travailleurs. Pour argumenter sa proposition, Smith donne l’exemple de la manufacture d’épingles où le processus de production d’une épingle est subdivisé en plusieurs tâches différentes effectuées par les ouvriers. La quantité d’épingles produite est nettement plus élevée que la quantité produite par un seul homme qui effectue toutes les tâches du processus. Il attribue ce résultat à trois facteurs : la spécialisation permet l’augmentation de l’habilité des ouvriers, le gain de temps et l’utilisation des machines (la technologie). Chez Smith, la spécialisation du travail va de pair avec l’accumulation du capital (équipements, infrastructures et biens durables). Pour avoir ce capital, alors il faut investir et précédemment, il faut épargner.
Sur la base du concept de la main invisible, Smith prône la liberté d’action : laisser-faire. C’est en poursuivant les intérêts personnels que se réalise l’intérêt général, alors il faut laisser faire les individus (laisser la liberté d’action, d’entreprise, etc.). La condition, il faut moins d’interventions de l’Etat dans les activités économiques. Cependant, l’Etat ne doit intervenir, selon Smith, que dans trois domaines : la défense nationale, la justice et la création et l’entretien de certains ouvrages et établissements publics.
Un dernier concept que nous présentons ici est celui de l’avantage absolu dans les échanges commerciaux entre nations. Smith critique les mercantilistes (économistes du moyen-âge) car ils prônent l’accumulation de l’or et de l’argent qui ne sont pour lui que des produits d’importation parmi d’autres. Il est défenseur du libre-échange économique entre nations.
« Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de l’établir nous-mêmes, il vaut mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du produit de notre propre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelque avantage » *
C’est la théorie dite de l’avantage absolu. Chaque nation a intérêt à se spécialiser dans la production d’un ou de plusieurs biens pour lesquels elle est la plus productive relativement aux autres nations. Selon Smith, si un pays est plus efficace dans la production d’un bien par rapport à son partenaire qui est plus efficace dans la production d’un autre bien, l’échange entre les deux pays devient possible et profitable aux deux partenaires. Chacun a intérêt à se spécialiser dans la production de la marchandise pour laquelle il dispose d’un avantage à échanger ce bien contre celui produit par son partenaire.
Dans ce qui suit, nous présentons un exemple chiffré pour illustrer le concept de l’avantage absolu. Soit un monde formé de deux pays, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui produisent deux biens, le blé et le textile. Un jour de travail par homme actif permet de produire une certaine quantité de produits (unités). Selon Smith la différence de productivité du travail est à l’origine du commerce international.
|Etats-Unis||Grande-Bretagne|
|Blé||2 unités||1 unité|
|Textile||4 unités||6 unités|
Selon le tableau ci-dessus, en l’absence d’ouverture au commerce, le rapport d’échange (prix relatif) entre blé et textile est de 1⁄2 (=2/4) aux Etats-Unis et de 1/6 en Grande-Bretagne. La production mondiale du blé est de 3 unités et de 10 unités pour le textile. Les Etats-Unis ont un avantage absolu dans la production du blé (2 unités > 1 unité) et la Grande-Bretagne a un avantage absolu dans la production du textile (6 unités > 4 unités). Si les deux pays s’ouvrent à l’échange et se spécialisent chacun dans la production dont il a un avantage, alors les travailleurs du textile aux Etats-Unis vont travailler dans l’agriculture et vont produire 2 unités supplémentaires de blé. Idem pour la Grande-Bretagne qui va se spécialiser dans le textile et va produire 6 unités supplémentaires. La situation après l’ouverture et la spécialisation est la suivante :
|Etats-Unis||Grande-Bretagne|
|Blé||4 unités||0 unité|
|Textile||0 unité||12 unités|
La production mondiale est de 4 unités de blé et 12 unités de textile. Cette spécialisation va permettre aux ressources économiques de chaque nation d’être utilisées plus efficacement qu’auparavant. Si on échange le produit d’un jour de travail :
- Les Etats-Unis pourront vendre 2 unités de blé à la Grande-Bretagne (utilisation du travailleur qui fabriquait le textile) contre 6 unités de textile. Les Etats-Unis gagnent alors 2 unités de textile par rapport à la situation autarcique (avant l’ouverture à l’échange commercial).
- La Grande-Bretagne pourra échanger 6 unités de textile produites par l’ancien agriculteur contre 2 unités de blé. Elle gagne donc une unité de blé par rapport à la situation antérieure.
Il est donc avantageux pour chaque pays de s’ouvrir au commerce avec un pays étranger lorsqu’il a un avantage absolu (ou lorsqu’il est plus productif dans un domaine par rapport à l’autre pays).
Cependant, Smith envisage des restrictions au libre-échange commercial en particulier dans trois cas :
- Lorsque l’indépendance nationale est menacée.
- Lorsque les autres pays sont protectionnistes.
- Lorsque les emplois nationaux sont gravement menacés.
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2) David Ricardo (1772-1823)
David Ricardo est un économiste anglais. Un des pilliers de l’école de la pensée classique. Il succéda à Adam Smith. Il publia en 1817 son œuvre la plus importante : « Des principes de l’économie politique et de l’impôt ». A part ses apports théoriques, l’influence de Ricardo sur les sciences économiques est d’ordre méthodologique. La méthode de Ricardo consiste en l’emploi de la logique formelle, fondée sur le critère de la cohérence interne des raisonnements. Il incarne le pessimisme en économie, ayant du coup une vision sombre de l’avenir. Ses contemporains et amis sont John Stewart Mill, Malthus et Jean-Baptiste Say. Etant devenu l’économiste le plus réputé de son époque, il a pu siéger à la Chambre des Communes du Royaume-Uni. Sa principale victoire : lutter et gagner la bataille pour l’abolition des Corn laws de 1815 (lois sur les céréales qui sont une série de textes de lois adoptés au Royaume-Uni entre 1773 et 1815 pour gérer le commerce des céréales avec le Reste du Monde. Parmi ces textes, se trouve le Corn Law Act de 1815, qui interdisait toute importation de céréales lorsque les cours passaient en dessous d’un certain seuil), mais seulement à titre posthume (en 1846) car les propriétaires fonciers n’ont été battus qu’après sa mort.
Les principales idées de Ricardo sont :
- Le concept de prix naturel, qui avait été déjà élaboré par Adam Smith : le prix d’une marchandise n’est pas déterminé par l’offre et la demande, phénomènes circonstanciels, mais par l’addition des revenus (salaire, profit, rente) qu’il faut payer dans des conditions normales pour faire produire la marchandise ; c’est ce qu’il appelle le prix naturel ; Ricardo reprend cette idée chez Smith, mais il s’oppose à lui sur ce qui détermine le prix naturel. Celui-ci ne dépend pas, selon Ricardo, du prix du travail (le salaire) mais de la quantité de travail nécessaire à produire la marchandise. Cette quantité est l’addition du travail directement consacré à la fabrication du bien (le travail du boulanger pour le pain, par exemple) et du travail indirect requis antérieurement pour produire la matière première et les outils (la farine et le four, dans cet exemple). Cette théorie de la valeur travail incorporé est considérée comme un trait caractéristique des idées défendues par l’école classique.
- La théorie des avantages comparatifs : l’échange économique entre les partenaires est avantageux pour tous les participants ; et s’oppose à Smith en ce qui concerne la théorie des avantages absolus ; Ricardo avance que la spécialisation se fonde sur la différence des coûts de production exprimés en heures de travail (en fait, les différences de productivité du travail). Ricardo imagine une économie mondiale composée de deux pays seulement, l’Angleterre et le Portugal. Il suppose que le travail est le seul facteur de production et que ce facteur est mobile à l’intérieur du pays mais immobile internationalement. En raisonnant sur les coûts comparatifs et non absolus, il démontre qu’il est avantageux pour chacun de se spécialiser dans la production pour laquelle il possède l’avantage le plus fort (vin portugais), ou le désavantage le plus faible (drap anglais).
Exemple chiffré du concept de l’avantage comparatif
Conclusion :
- Les pays sont toujours gagnants à l’échange qui permet de produire de manière plus efficace.
- En situation d’échange, les pays vont se spécialiser dans la production du bien où ils possèdent un avantage comparatif.
De ce fait, le Portugal possède un avantage dans la production du vin, mais l’Angleterre possède un avantage comparatif dans celle du drap. Il serait avantageux pour le Portugal d’exporter du vin en échange de drap d’Angleterre.
- La défense du libre-échange : pas d’entraves aux échanges commerciaux comme dans le cas du protectionnisme des mercantilistes avant lui ;
- Le profit ne peut augmenter que si le salaire diminue or le salaire est déterminé par le salaire naturel donc il faut que les prix des subsistances diminuent.
3) Léon Walras (1834-1910)
Léon Walras est né en France, mais il est d’origine hollandaise. Il commence sa carrière d’économiste en collaborant avec le Journal des Economistes qui est d’inspiration libérale. Il collabore en même temps avec son père (Auguste Walras, économiste lui aussi) et publie un ouvrage en 1860 sous le titre « L’économie politique et la justice ». En 1870, il est nommé comme professeur d’économie à l’université de Lausanne en Suisse. Il consacre l’essentiel de son activité scientifique à la recherche dans le domaine de la théorie économique pure. Il s’inspire des travaux de recherche de Cournot publiés en 1838. Il publie en 1874 la première partie de son œuvre « Eléments d’économie politique pure », et la deuxième partie sera publiée en 1877.
Walras est unanimement reconnu comme le père du modèle d’équilibre général. S’inspirant de la vision de Kant, Walras conçoit l’homme comme un individu libre, responsable de sa destinée qui a toute faculté, toute latitude de subordonner la fin des choses à sa propre fin. Walras met l’accent sur le droit de propriété. La vision de Walras fonde le droit de propriété sur la nature de l’homme vivant en société. Walras définit l’Etat comme « l’organe de la société distincte de chacun des hommes qui la composent ». Le rôle de l’Etat selon Walras se résume à accomplir les destinées individuelles, assurer la sécurité extérieure et intérieure, faire, exécuter et appliquer les lois, ouvrir des voies de communication, favoriser le progrès des sciences et des arts, et ainsi organiser les conditions d’existence de la société.
4) Alfred Marshall (1842-1924)
Alfred Marshall est un économiste anglais né à Londres. Il s’est intéressé aux études des mathématiques, de la philosophie et de la métaphysique. Il a enseigné ces disciplines au début de sa carrière. Dès 1866-1867, il a commencé à étudier l’économie politique. Il est préoccupé par les inégalités sociales. Il débute par la lecture des Principes d’économie politique de John Stewart Mill et entreprend de transposer sa doctrine en équation mathématiques (équations différentielles). Il publie un premier travail sous forme de compte-rendu sur l’œuvre de Jevons « Théorie de l’économie politique ». Il fut recruté à Cambridge en 1885 comme professeur d’économie politique. Il y marqua profondément l’enseignement de cette discipline et contribua à de nombreuses commissions royales. Ses principaux ouvrages sont « Principes d’économie », publié en 1890, « L’industrie et le commerce », en 1919 et « Monnaie, crédit et commerce », en 1923. Le fondement de la théorie de Marshall est l’analyse de la loi de l’offre et de la demande sur le marché en équilibre partiel (exemple un seul marché).
Marshall n’est pas l’inventeur de la loi de l’offre et de la demande, dont le père est Walras, mais il en donna une version aisément compréhensible grâce à des outils méthodologiques qui demeurent aujourd’hui d’usage courant pour l’économiste. Le raisonnement en équilibre partiel est un de ces outils. Certes, les décisions des agents économiques sont par nature des choix qui introduisent une interdépendance entre les marchés. Mais, à la différence de Walras qui place cette interdépendance au cœur de son analyse d’équilibre général, Marshall suppose que les variations des prix ou des quantités subies par un marché particulier, du fait qu’elles sont étudiées à la marge (analyse marginaliste), ont un effet négligeable sur les autres marchés ; réciproquement, on peut étudier ce marché en faisant abstraction des variations marginales enregistrées sur les autres marchés.
5) John Maynard Keynes (1883-1946)
John Maynard Keynes est né en 1883 de père dont la profession est économiste à Cambridge. Etudiant au collège Eton, il suit les cours d’Alfred Marshall et Pigou (au King’s College, en Angleterre) à qui il s’opposera par la suite. Il participe activement au programme du Parti Libéral anglais ; il insiste sur l’investissement public. Il était Conseiller de la délégation anglaise à la conférence de paix de Versailles de 1919 ; il était violemment opposé à l’ampleur des réparations imposées à l’Allemagne à cause de la Première Guerre mondiale. Devenu l’économiste officiel de la Grande-Bretagne, il est anobli (promu Lord). Il faut se rappeler que le contexte était les années 1920-1930. Cette période a été frappée par une crise majeure (celle de 1929). Contrairement aux prévisions des libéraux qui tablaient sur une reprise, le marasme ne faisait que s’accentuer et que la grande crise ne semblait ni arriver à un tournant, ni s’atténuer, ni prendre fin. Cette crise a poussé Keynes à s’opposer à la doctrine des classiques. Son œuvre maîtresse, « La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », publiée en 1936, est le produit de l’analyse de la crise de 1929. Il a essayé d’apporter des remèdes et des réponses aux questions posées par cette crise majeure.
Nous pouvons énumérer les contributions de Keynes comme suit :
- Initiateur de la macroéconomie : Keynes construit son circuit économique directement sur la base de données globales (les agrégats macroéconomiques) comme la consommation, l’épargne et l’investissement. L’économie est perçue ainsi comme un système de flux interdépendants. Pour les classiques, chaque marché est indépendant et capable de s’équilibrer par ses propres mécanismes. Cependant, Keynes considère que chaque marché dépend de tous les autres. La demande de travail par les entreprises dépend, par exemple, de la demande des consommateurs sur le marché des biens et services. Il n’y a aucune raison pour que ces interactions aboutissent à un quelconque équilibre automatique et encore moins que cet équilibre soit optimal.
- Le rôle central de la demande, et en particulier de la consommation : selon la vision classique, la décision d’épargner précède la décision de consommer. Keynes s’oppose à cette vision et considère que la décision de consommer est prise avant la décision d’épargner. Les ménages consomment d’abord et épargnent ensuite, s’il en reste quelque chose. Pour Keynes, la consommation est le véritable moteur de l’économie. Si la consommation est forte, les entreprises produisent, investissent, embauchent des travailleurs. Et la machine économique se met en route et l’économie se relance. L’inverse est vrai aussi.
- Le multiplicateur keynésien : c’est un outil important mis en évidence par Keynes. Le multiplicateur est un mécanisme en cascade par lequel sont reliées les variations de l’investissement et les variations de la production. Il mesure l’impact d’une augmentation de l’investissement sur l’augmentation de la richesse du pays (la production).
- Keynes réfute l’analyse néo-classique selon laquelle un déséquilibre lié à une offre de travail des salariés supérieure à la demande de travail exprimée par les entreprises (chômage) se résorbe grâce à une baisse des salaires réels. Cette situation peut conduire à une réduction du pouvoir d’achat des consommateurs (salaire réel qui baisse) et donc à une diminution de la consommation (composante importante de la demande) sur laquelle peuvent compter les producteurs : c’est la demande effective.
- La monnaie joue un rôle important. Elle peut être demandée, recherchée et détenue pour divers motifs : de transactions (faire des paiements de biens et services), de précaution (pour une utilisation future) et de spéculation (achats et ventes d’actifs financiers). C’est ce que les économistes appellent la préférence pour la liquidité. La détention de monnaie permet à celle-ci de jouer un rôle important dans le circuit économique.
- Déséquilibres : Keynes a été préoccupé à expliquer le chômage assez élevé de l’époque à cause de la crise économique de 1929. En fait, la vision classique considère que le chômage ne peut être que temporaire. La solution pour résorber le chômage selon cette vision est la baisse des salaires. Il ne restera que du chômage volontaire (ceux qui ne veulent pas travailler avec ce niveau de salaire). Keynes prétend que l’emploi ne dépend pas du niveau des salaires. Mais, il dépend de l’existence d’une demande et les entreprises face à celle-ci embauchent des employés pour produire et répondre à cette demande.
- Sollicitation de l’Etat à jouer un rôle actif dans les affaires économiques : étant donné que les marchés ne fonctionnent pas comme souhaité par leurs propres mécanismes, Keynes défend l’idée que l’Etat doit jouer un rôle plus important dans la préservation des institutions économiques. Selon lui, l’Etat doit investir, assurer un fort niveau de la consommation (moteur de la croissance) par l’augmentation des revenus. Il doit aussi agir sur les affaires par le biais de la politique monétaire afin de maîtriser le taux d’intérêt (le maintenir assez bas) pour encourager le crédit et faciliter les investissements en général et ceux des entreprises en particulier.
Professeur Moez Ouni
Enseignant en économie et gestion d’entreprise à la Haute école de gestion de Berne
Consultant et collaborateur scientifique à Eco’Diagnostic et l’Université de Neuchâtel
Diplôme en informatique de gestion
Licence ès sciences économiques, option économie politique
Master en économie et finance
Doctorat ès sciences économiques
Institut BetterStudy – Le cours de finance et comptabilité en ligne
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