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1665
Louis de Bourbon Condé ; Duc d' Enghien, Lettres inédites à Marie-Louise de Gonzague, Reine de Pologne, sur la cour de Louis XIV, 1660-1667
éd. Magne, Paris, Paul Emile frères, 1920
Une représentation de L'Amour médecin de Molière
Ces lettres relatent à la Reine de Pologne toutes les nouvelles de la cour et toutes ses activités. Dans cet extrait daté du 18 septembre 1665, le duc d'Enghien décrit l’œuvre de Molière, non sans admiration.
Le lendemain il y eut une comédie nouvelle, qu’un comédien que l’on appelle Molière a faite. C’est un homme qui a autant d’esprit que l’on en peut avoir et qui, à l’exemple des Anciens, dans toutes ses comédies, se moque de tous les vices de son siècle. Il en a déjà fait de différentes sur plusieurs sujets, où dans l’une il daube les femmes qui affectent un parler extraordinaire et une honnêteté ridicule, que l’on appelle les précieuses ; dans un autre endroit, il a parlé contre de certaines gens qui affectent un trop bel air à la cour, contre d’autres qui aiment trop la chasse, contre de certaines gens qui font des pièces à tout le monde sous prétexte de la dévotion et que l’on connaît pour être des hypocrites. Il fait ces sortes de choses si délicatement que ceux contre qui il les fait ne les peuvent prendre pour eux, et tous les autres les reconnaissent. Dans cette dernière comédie, il attaque les médecins. Il en fait venir quatre sur le théâtre appelés à une grande consultation, où il les fait parler de tout autre chose que de la maladie du malade, et quand ses amis entrent, ils disent effrontément qu’ils ont consulté, et l’un opine à la saignée et l’autre à la purgation ; c’est d’ordinaire tout ce qu’ils disent. Cela ne serait point plaisant à écrire, mais il les fait si bien parler comme des médecins et dire tous leurs grands mots et prendre si bien leurs airs qu’il n’y a rien de plus plaisant à voir.
Lettre disponible sur Molière21.
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