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Aperçu des facteurs ayant impacté le tourisme chinois avant et après la pandémie.
En 2021, le tourisme mondial comptait 448 millions de touristes et 637 milliards de dollars de dépenses, soit un tiers du niveau pré-Covid. En perspective, la taille du tourisme mondial est aujourd'hui équivalente à celle des années 1990, en termes d'arrivées de touristes (figure 1).
En réalité, le tourisme mondial devait diminuer après 2019, même sans l’apparition du Covid. Le marché chinois, qui représentait 10% des arrivées de touristes et 18% des dépenses, a montré des signes de ralentissement dû à la régression de la croissance économique chinoise. Fin 2020, Hong Kong, destination la plus populaire de Chine continentale et porte d'entrée vers de nombreuses destinations d'outre-mer, a connu une baisse de 94% du nombre de touristes chinois par rapport à 2019. Cette situation découle non seulement de l'apparition de la pandémie en 2020, mais aussi par la manifestation de Hong Kong à la mi-2019, conduisant à de tensions politiques et une méfiance entre Hong Kong et la Chine continentale.
La récente décennie (2010-2020) a été la période glorieuse du tourisme mondial, sous l'impulsion du tourisme émetteur chinois. La Chine a dépassé l'Allemagne en 2012, en termes de départs de touristes et les États-Unis en 2013, en termes de dépenses, devenant le plus grand marché source de touristes (figures 2 et 3).
Nous constatons que le Covid a eu des conséquences globales et durables, plus graves que tout précédent choc de demande. En effet, il a ébranlé la demande touristique à long terme. Bien que cette dernière soit très élastique à court terme, la poursuite de la croissance du tourisme dépend de l’état de l'économie mondiale et de l'augmentation du revenu des consommateurs. C'est l'une des raisons pour lesquelles le tourisme émetteur chinois a explosé entre 2010 et 2020.
Ceux qui anticipent un retour en force des touristes chinois ignorent les fondamentaux de la demande de l'économie touristique. Le FMI prévoit un ralentissement de la croissance mondiale de 2,7% en 2023, contre 3,2% en 2022, et une croissance chinoise de 3,2% à 4,4% en 2023. Il s'agit de la croissance la plus faible au monde, après la crise financière mondiale (figure 4). D'autre part, la faiblesse du yuan chinois face au dollar réduit le pouvoir d'achat des touristes chinois, autrefois des «vaches à lait» pour de nombreuses destinations.
Toutefois, le principal obstacle à la reprise du tourisme mondial réside dans la capacité de l'offre à rattraper la demande. Depuis la suppression des politiques Covid européennes, l'industrie se bat pour reprendre et augmenter la capacité de l'offre, en particulier dans l'industrie du transport aérien. Cependant, les licenciements massifs dans le secteur lors de la pandémie ont affecté la confiance des travailleurs, entraînant une pénurie de main-d'œuvre. Certaines entreprises hésitent à relancer l'offre à pleine capacité (figure 5), doutant que l'augmentation de la demande puisse être maintenue afin que l'activité soit rentable.
Le tourisme étant une consommation planifiée et délocalisée, les touristes sont réticents à l'incertitude liée au voyage. La pandémie n'est pas terminée et l'OMS n'a pas fixé de délai pour déclarer la fin du Covid-19. Ces incertitudes compromettront la reprise de l'industrie du tourisme et de l'économie mondiale en 2023.
Après trois ans de confinement, le gouvernement chinois a brusquement annulé sa politique draconienne de lutte contre le Covid au début de l'année 2023. Le changement de politique a non seulement été radical, mais les Chinois ne semblaient pas être prêts à un tel changement. Cela démontre une incohérence et inconsistance de la politique chinoise en matière de Covid.
Des événements tels que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine ou la guerre entre la Russie et l'Ukraine ont provoqué méfiance, discrimination et xénophobie. La politisation de la politique Covid et de l'origine du virus a accentué le manque de coopération mondiale dans la lutte de la pandémie.
Face à l'afflux de touristes chinois, de nombreux pays exigent un test Covid négatif de la part de ces derniers. Il s'agit d'un geste visant à prévenir la propagation du virus. Cependant, la discrimination nuit grandement au tourisme, celui-ci étant basé sur une relation hôte-invité amicale.
Ces événements ont affecté les consommateurs ainsi que les fournisseurs. Malgré l'assouplissement des politiques Covid dans le monde entier, les voyageurs hésitent à se déplacer et les fournisseurs à augmenter leur offre. Le marché chinois est incertain en raison d'une politique Covid incohérente et d'un manque de confiance de ses consommateurs. Par conséquent, je ne pense pas qu'il y aura une reprise du tourisme en 2023. J'espère qu’une reprise progressive puisse équilibrer les besoins des touristes et l'offre des destinations. Cela profiterait au tourisme, mais aussi à l'économie mondiale dans son ensemble.