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LE GRAND CONSEIL,
considérant:
- la nécessaire complémentarité des projets de rénovation dans les deux ordres de l'enseignement obligatoire et au postobligatoire;
- l'intérêt, notamment pour l'information aux parents d'élèves, de regrouper la présentation des projets de l'enseignement primaire, du cycle d'orientation et ceux du postobligatoire en dégageant les axes communs à ces rénovations;
- la complexité des enjeux pédagogiques et politiques de ces innovations;
- l'évaluation d'expériences similaires menées dans plusieurs pays,
invite le Conseil d'Etat
- à fournir aux députés, à la population, et notamment aux parents d'élèves, une information globale, claire et facilement accessible, portant sur l'ensemble des projets prévus à l'école primaire, au cycle d'orientation et dans le postobligatoire;
- à donner des garanties au sujet des enjeux pédagogiques et politiques de ces rénovations et à les expliciter par rapport au maintien des caractéristiques démocratiques de l'école publique genevoise;
- à prévoir une évaluation des expériences en cours qui devrait être effectuée par des personnes extérieures à l'école genevoise et une étude comparative portant sur des expériences similaires engagées dans d'autres pays ou systèmes éducatifs.
EXPOSÉ DES MOTIFS
L'évolution des rapports de l'individu avec la société, les institutions, le travail, le savoir, etc., implique une nouvelle réflexion sur le fonctionnement du système éducatif. Cette motion n'a donc pas pour but de freiner les nombreuses initiatives qui, aujourd'hui, se développent au département de l'instruction publique:
L'école primaire se dirige vers une rénovation importante qui, il faut le souligner, s'appuie sur une généreuse politique d'information.
Le cycle d'orientation s'est engagé depuis longtemps dans une réflexion générale qui commence à produire des effets sur le terrain.
L'enseignement professionnel s'est restructuré.
Les écoles techniques se réorganisent.
La nouvelle maturité professionnelle et la nouvelle maturité gymnasiale provoquent une réflexion fondamentale sur les finalités de l'enseignement secondaire ainsi que sur les voies et moyens utilisés pour les atteindre.
Quant aux restructurations que vit l'université, elles se développent dans un contexte spécifique que cette motion ne saurait prendre en compte.
Face à ces changements en cours ou annoncés, il est logique d'analyser avec soin leur cohérence et leur pertinence aux niveaux pédagogique et politique.
Si des rénovations d'une telle ampleur sont entreprises, il est nécessaire qu'une majorité de citoyennes et de citoyens en ait compris et admis la philosophie générale. Des principes globaux, adaptés selon les niveaux d'enseignement, doivent pouvoir être dégagés. Il s'agit maintenant de les traduire en termes clairs.
C'est dans cet esprit que nous vous invitons, Mesdames et Messieurs les députés, à accueillir favorablement cette motion.
Débat
Mme Elisabeth Häusermann (R). En tant que parent d'élèves à Genève ayant suivi de près l'évolution de l'enseignement public pendant ces dix dernières années, notamment en tant que présidente de la FAPECO, j'ai à ma disposition toutes les informations nécessaires à la compréhension de la rénovation de l'enseignement primaire et ses conséquences. Ce n'est pas le cas de tous les parents d'élèves de ce canton.
Etant donné que cette rénovation n'est pas entamée globalement mais «essayée», chapitre par chapitre, dans des écoles primaires différentes, il serait souhaitable que l'information et l'explication soient données à plusieurs niveaux :
1) Sur un plan global, une explication claire, en termes simples, à toute la population, en mettant en lumière les articulations prévues entre les différents niveaux scolaires - primaire, cycle, collège, université ou autres.
Ne faudrait-il d'ailleurs pas envisager d'uniformiser les programmes pour permettre une évaluation plus objective des résultats et simplifier la vie des pauvres gamins qui changent de quartier ?
2) Sur un plan de contacts enseignants-parents, prévoir une information dans chacune des écoles «pilotes», des réunions régulières au cours de l'année scolaire pour permettre aux parents de mieux comprendre au moins un des aspects du système, puisque chacune de ces écoles semble ne s'occuper que d'un chapitre de la réforme...
Je ne vais pas allonger davantage le débat en parlant des autres invites, mais le sujet mérite une réflexion approfondie en commission.
Mme Sylvia Leuenberger (Ve). Cette motion est bienvenue, car, bien qu'il soit vrai que le département de l'instruction publique ait déjà fait un effort d'information - les parents d'élèves ont, en effet, reçu une brochure explicative - un malaise important subsiste quand même.
Cela s'explique par l'aspect expérimental de cette rénovation qui ne concerne qu'une dizaine d'écoles primaires à Genève. Je voudrais l'illustrer par un exemple. Les familles respectives de deux élèves en école primaire, ayant des difficultés scolaires à peu près semblables, l'un dans l'ancien système, l'autre dans une classe rénovée, seront confrontées aux problèmes suivants : la première famille dont l'enfant suit l'ancien système aura des soucis toute l'année, pour les devoirs, les notes et le passage de fin d'année; l'enfant de la deuxième famille, intégré dans le nouveau système, n'aura plus ni devoirs, ni notes, ni souci de doubler. Cette disparité crée forcément des tensions, des inégalités de traitement, et bien des parents se sentent insécurisés et impuissants pour agir.
Le fait que l'école genevoise se remette en question, s'adapte, évolue, est un bienfait incontestable, mais c'est la non-homogénéité des expériences qui déstabilise la population. D'ailleurs, ce fut la même chose lors de la mise en place des nouveaux horaires scolaires : il y en avait jusqu'à trois différents selon les écoles; actuellement, cette question ne donne toujours pas entièrement satisfaction.
C'est donc pour toutes ces raisons que nous soutiendrons cette motion, en particulier les deux dernières invites, la première étant déjà en partie mise en place.
Mme Liliane Charrière Urben (S). Notre groupe ne s'opposera pas à cette motion, pourtant je voudrais quand même en dire deux mots.
Concernant l'innovation à l'école primaire, il faut reconnaître que nous aurions dû en parler plus tôt. Une information a été faite : j'en veux pour preuve cette brochure diffusée auprès des parents, qui est assez bien faite, même si quelques termes ne sont pas toujours très faciles à comprendre.
Madame Brunschwig Graf, vous nous avez demandé de vous laisser travailler : c'est quelque chose qu'il faudrait expliquer. Je crois qu'en matière d'information rien ne vaut le contact. Une brochure aussi jolie, aussi parlante, aussi bien illustrée soit-elle, comme c'est le cas de celle-ci, ne remplace pas le contact et l'action de visu.
Vous savez que des actions «portes ouvertes» ont eu lieu récemment, comme d'ailleurs l'an dernier. C'est véritablement, la meilleure propagande, publicité ou ouverture qu'on puisse envisager, car, que l'on soit parent, voisin, curieux ou député - cela peut arriver aussi - on voit ce qui se passe et on peut discuter avec les gens.
Dans les écoles où ces journées ont été organisées, tout a été bénéfice pour chacun, aussi bien pour les parents que pour les visiteurs, qui ont pu voir travailler des classes. Parfois, les enfants posent des questions auxquelles on ne s'attend absolument pas et auxquelles il faut pouvoir répondre.
Bien entendu, on n'est jamais trop informé, alors allons-y, mais en utilisant une forme adéquate. La «Feuille d'avis officielle» du mois de septembre a publié le règlement de l'enseignement primaire concernant les écoles en innovation dans le cadre de la rénovation de l'enseignement primaire : c'est un document plutôt destiné aux députés ou aux rares lecteurs de ce journal - je crains que ce ne soient plutôt les insomniaques. Cependant, c'est aussi une forme possible d'information.
Peut-être pourrait-on prévoir une brochure de ce type à l'usage du cycle d'orientation, mais je ne suis pas très sûre que les travaux soient suffisamment avancés pour que cela soit utile.
J'aimerais encore rompre une lance : s'il doit y avoir information écrite, n'oublions pas les gens allophones - vous savez que nous avons plus de 40% d'enfants d'origine étrangère à l'école primaire - c'est-à-dire dont le français n'est pas la langue parlée à la maison. On compte même parmi eux des Suisses; c'est bien normal. Il est important de faire un effort à l'égard de ces familles, car il est bien évident que, lorsqu'on n'est pas tous les jours confrontés au milieu scolaire, entendre parler d'évaluation ou d'un certain nombre de termes déjà difficiles à comprendre en français est encore plus compliqué dans une langue étrangère.
Dans cette perspective, le département pourrait prévoir quelque chose comme, par exemple, un petit dépliant, sous forme de résumé, format A4, en accordéon. Cela avait déjà été fait une fois, si je me souviens bien, pour expliquer la rentrée scolaire et l'organisation de l'école à Genève. Il était écrit en quatre ou cinq langues, de façon simplifiée mais utile, pour les gens ne maîtrisant pas notre langue ou, plus simplement, l'écriture.
Je suis donc d'accord pour l'information, même si ce n'est pas l'objectif le plus urgent, à condition qu'elle soit rendue accessible à tous. Vous savez bien que, dans certaines de nos écoles, les excuses sont rédigées par les enfants, non pas parce qu'ils se défient de ce que pensent leurs parents mais simplement parce que leurs parents ne peuvent pas écrire en français.
Je vous assure, toutefois, que rien ne vaut l'organisation de journées «portes ouvertes» où l'on peut aller voir comment les choses se passent. S'il est vrai qu'il est intéressant de vous parler en long et en large d'un pays, d'une plage ou d'une belle montagne, rien ne vaut le fait de mettre le pied dessus. Pour l'école, c'est la même chose.
Mise aux voix, cette proposition de motion est renvoyée à la commission de l'enseignement et de l'éducation.