Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07207.jsonl.gz/259

La crise sanitaire éclatée suite à la pandémie du nouveau coronavirus (covid-19) semble avoir dépassé la phase la plus aigüe, à en juger par les statistiques et les évaluations de celles et ceux qui sont au front sanitaire depuis bien des semaines.
La crise économique induite par cette pandémie, en revanche, vient juste de commencer et va durer bien plus longtemps que la crise sanitaire, à cause des choix de politique économique effectués sur le plan global. Les dégâts et les drames de cette crise économique seront bien plus graves que ceux engendrés par la pandémie, aussi parce que, contrairement aux décès liés au covid-19, les souffrances provoquées par la crise économique pourraient être évitées par des choix politiques appropriés pour soutenir et ensuite relancer les activités économiques qui répondent à l’intérêt général et visent le bien commun.
Même si une partie considérable des partisans du néo-libéralisme a reconnu l’importance de l’État au niveau économique, beaucoup reste encore à faire avant que les États décident d’augmenter les dépenses publiques dans une proportion importante par rapport au produit intérieur brut. Il s’agit pourtant de la seule mesure à même de soutenir et ensuite de relancer les activités économiques frappées par les conséquences négatives de la pandémie, augmentant les dépenses de consommation, le niveau d’emploi et, en fin de compte, aussi les profits des entreprises. Cela sera également utile au secteur bancaire et aux finances publiques, dont les recettes fiscales ainsi récoltées permettront de rembourser au moins une partie de la dette publique accumulée pour sortir de cette grande crise économique – qu’il n’est pas exagéré d’appeler « Grande dépression » car il est vraisemblable qu’elle sera encore pire que celle des années 1930.
Dans les années 1930, en effet, la pensée économique dominante était celle de J.M. Keynes, qui avait influencé les choix de politique économique de l’administration Roosevelt aux États-Unis, où une crise financière (ensuite devenue une crise économique) avait éclaté à la fin des années 1920, laquelle avait aussi affecté le Vieux continent. Grâce au « New Deal » de Roosevelt, l’économie américaine avait pu sortir de la Grande dépression grâce à une forte augmentation des dépenses publiques. De nos jours, en revanche, il n’y a pas les présupposés pour un plan de relance Keynésien, parce que le Keynésianisme a disparu au niveau des choix publics et dans la presque totalité des facultés de « sciences économiques » au plan mondial.
La pensée économique dominante reste celle du néo-libéralisme, qui avant l’éclatement de cette crise prêchait pour « moins d’État et plus de marché », et qui à présent admet des aides publiques (peut-être aussi à fonds perdus) aux entreprises, supposant que l’offre crée toujours une demande équivalente sur le marché des produits, indépendamment du niveau d’emploi et de la répartition du revenu et de la richesse dans l’ensemble de l’économie.
En réalité, comme Keynes l’expliqua, les entreprises demandent des crédits bancaires seulement si elles s’attendent une demande à la hauteur du niveau de production envisagé. Or, au vu du chômage et des difficultés financières de bien des ménages, il est impensable que dans la situation actuelle l’État puisse relancer l’offre avec les mesures de politique économique déployées jusqu’à présent. La Grande dépression frappera donc prochainement l’économie globale et sera beaucoup plus virulente que le covid-19.