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Mon enfant fait son coming out
Je crois deviner que mon enfant est homosexuel, dois-je l’interroger à ce sujet?
Non. Ne le harcelez pas de questions à ce sujet mais laissez-le décider quand et comment il vous l'annoncera. Il s'y prépare peut-être déjà.
Un jeune qui a découvert son attirance pour les personnes du même sexe a de nombreuses peurs, par exemple celle d'être rejeté quand il la déclarera. Si vous le forcez à faire son coming out, vous ajoutez une crainte. En effet, vous lui montrez qu’il ne maîtrise pas la circulation de l’information concernant son orientation sexuelle. Si vous, vous la connaissez, il se demandera qui d’autre le sait et à qui vous avez pu le confier à son insu.
Y a-t-il néanmoins quelque chose que je puis-je faire pour le soutenir?
En amont du coming out, on peut apaiser les craintes de son enfant en montrant son ouverture sur la question de l'orientation sexuelle. En affichant aussi son opposition au rejet et aux violences que rencontrent les personnes homosexuelles. Des faits d'actualité peuvent être un prétexte pour exprimer clairement sa position.
Tout parent est potentiellement concerné puisque l'on estime que les personnes homosexuelles représentent 5 à 10% de la population. Il est donc utile de montrer ces signes d'ouverture en expliquant par exemple qu'il existe différents modèles de familles (nucléaire, recomposée, homoparentale, etc.) et qu'il n'y a pas de hiérarchie entre elles.
Quelle réaction avoir quand ma fille ou mon fils me l'annoncera?
On maîtrise rarement sa réaction initiale et cela peut être difficile pour certains parents. A fortiori quand on ne s'en doute absolument pas. Parfois une pause est nécessaire pour tout le monde – on voit ainsi beaucoup de jeunes faire un coming out avant un départ en voyage prévu de longue date.
L'important est de conserver le lien pour pouvoir ensuite reprendre le dialogue. Vous pouvez tout à fait dire à votre fille ou à votre fils que vous avez besoin de temps pour vous faire à cette annonce mais que vous souhaitez en reparler une fois le choc passé.
Mon enfant m’a annoncé son homosexualité mais cela me met mal à l’aise. Que faire?
Il va falloir vous y faire. On ne change pas l’orientation sexuelle de quelqu’un. Pour certains parents, un coming out provoque une réaction qui ressemble à un deuil: plusieurs étapes successives, du déni jusqu’à l’acceptation.
Cette réaction a deux sources principales: les représentations et les peurs. Toutes deux appellent un remède simple, s’informer auprès de son enfant, d’autres parents ou de professionnels.
On intègre en effet souvent un modèle qui présente l’hétérosexualité comme condition nécessaire pour accéder au bonheur. Mais c’est faux, on peut tout autant avoir une vie épanouie en étant homosexuel. En tant que parent, vous devez questionner les représentations que vous avez sur l’homosexualité et les confronter avec la réalité.
De même, on peut croire que l’homosexualité est synonyme de sexualité débridée et sans attache – pour les garçons – ou au contraire de solitude – pour les filles. Mais ce n’est pas le cas: les destins et les envies des personnes homosexuelles varient tout comme ceux des hétéros. Enfin, on peut avoir peur que son enfant homosexuel-le soit exposé-e à des discriminations ou à la violence. C’est peut-être le cas, mais l’orientation sexuelle de votre enfant ne changera pas pour autant.
Mon enfant a fait son coming out. Et maintenant?
Après un coming out, les parents croient souvent que tout a changé pour leur enfant.
Désormais, c'est peut-être vous qui êtes, en quelque sorte, dans le placard. A qui pourrez-vous le dire, comment? Quelle image donnerez-vous de vous en partageant cette information?
Il faut bien entendu respecter les souhaits de votre enfant de l’annoncer ou non aux personnes avec lesquelles vous êtes tous deux en contact, notamment le reste de la famille. Mais pour ce qui est de votre sphère sociale propre, c'est à vous de gérer ce que vous voulez dire ou pas.
Surtout, il ne faut pas rester sur des questions sans réponses, des craintes inavouées ou des représentations toutes faites. Des organismes comme Parents d'homos ou le Groupe de Parents de VoGay (en Suisse romande), FELS (en Suisse allemande) ou Contact (en France) offrent de précieux espaces de discussion et d'information.
Le rejet est très rare
Florent Jouinot insiste: des parents qui n’acceptent absolument pas et n’accepteront jamais le coming out de leur enfant, c’est heureusement très rare. «En sept ans de travail à Vogay, je n’ai connu qu’une poignées de cas où il a fallu trouver un hébergement pour un jeune.» Pour autant, un coming out peut amener une «tension énorme de part et d’autre» dans la famille et une pause peut être nécessaire. Il arrive ainsi qu’un jeune aille dormir chez un ami ou un membre de la famille, le temps que la pression retombe et que l’on puisse à nouveau échanger sereinement.
A quel âge cela se passe-t-il généralement?
La prise de conscience de son orientation sexuelle et l’annonce de celle-ci aux proches sont deux moments différents. Entre les deux, il y a une phase que l'on appelle «le placard». On estime ainsi qu'à l'âge de 14 ans, 60% des personnes homosexuelles n'ont encore parlé à personne de leur orientation.
Des données canadiennes et françaises récentes, recueillies auprès de jeunes, indiquent que, de nos jours, la prise de conscience de son orientation est la plus fréquente à 10 ou 11 ans pour les garçons et 13 ou 14 ans pour les filles. Quant au coming out, il a lieu généralement deux à trois ans plus tard. Les chiffres disponibles pour la Suisse donnent des âges plus avancés pour ces deux étapes, mais ils sont le fruit d'études rétrospectives –où l'on demande à des adultes d'indiquer des renseignements sur leurs expériences passées.
Faut-il parler du «safer sex» à son enfant?
Qu'on soit homo, hétéro, bi ou autre, des relations sexuelles sûres («safer sex») sont primordiales. Le coming out n'est probablement pas le moment idéal pour en parler avec son enfant mais c'est une discussion que l'on peut tout à fait avoir plus tard.
Deux choix s'offrent à vous: si vous souhaitez en discuter vous-mêmes avec votre enfant, informez-vous au préalable, par exemple auprès des associations citées plus haut. Dans le cas contraire, de la documentation adaptée à l'âge des enfants existe. Des organismes peuvent répondre également à leurs questions (voir ci-dessous).
En tous les cas, rappelez-vous que pour tous, homo- ou hétérosexuels, le VIH et les autres IST sont une préoccupation importante. Par ailleurs, ce n'est pas parce que l'on est lesbienne que l'on ne doit pas voir de gynécologue.
Un soutien pour mon enfant?
Quand on se découvre une attirance pour les personnes du même sexe, on se croit seul-e au monde et seul-e à vivre cette réalité. Echanger avec d'autres personnes dans la même situation permet de briser cette solitude et de partager ses questionnements, ses peurs et aussi ses solutions.
Des espaces sûrs et prévus pour les jeunes existent dans ce but. Dans le canton de Vaud, VoGay propose ainsi un Groupe Jeunes. A Genève, il existe Totem. En France, la Ligne Azur, une permanence téléphonique pour les jeunes qui se posent des questions sur leur orientation ou leur identité sexuelle, vous orientera sur les ressources existantes.