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"Le temps est venu d'écrire le prochain chapitre de l'histoire de nos forces armées, de se préparer pour le prochain champ de bataille. Le temps est venu d'établir la 'Force de l'espace' des Etats-Unis". Le 9 août dernier, le vice-président américain Mike Pence martelait son message avec véhémence devant les militaires au Pentagone. A Moscou comme à Pékin, le message n’est sans doute pas passé inaperçu.
Si le budget supplémentaire de huit milliards de dollars sur les cinq prochaines années est approuvé par le Congrès, une sixième branche des forces armées verra ainsi le jour, aux côtés de l'armée de terre (US Army), l'armée de l'air (US Air Force), la marine (US Navy), le corps des Marines et les gardes-côtes, comme le président Donald Trump l'avait ordonné en mai.
Course entre les nations
Pour Patrick de Rousiers, ancien inspecteur général des armées, cette annonce montre que les Etats-Unis ont compris l'importance cruciale de dominer l'espace, alors que d'autres Etats comme la Chine renforcent leur volonté de conquête. "Les Américains ne veulent pas être empêchés d'agir ou d'utiliser leurs moyens spatiaux par qui que ce soit", analyse le spécialiste.
Lors de son discours à Washington, Mike Pence a d'ailleurs mentionné le lancement par la Chine d'un missile qui, en 2007, a repéré et détruit un satellite américain. Un événement qu'il a qualifié de "démonstration hautement provocatrice de la capacité croissante de la Chine à militariser l'espace". La Russie a également été pointée du doigt.
La maîtrise du cosmos est particulièrement convoitée car elle doit permettre aux nations d'asseoir leur puissance militaire, explique Patrick de Rousiers: "Contrairement au survol d'un territoire aérien, on peut aller partout dans l'espace et récolter des données indépendamment des pays qui sont en dessous. Renseignements, identifications ou écoutes passent désormais par l'espace". La sécurisation des satellites utilisés par les armées lors de leurs opérations devient dès lors un enjeu majeur.
Faut-il pour autant craindre que l'espace devienne un nouveau champ de bataille? "Personne n'a intérêt à ce que cela soit le cas", insiste le général français, pour qui "une journée sans l'espace altérerait sensiblement la vie sur Terre". Que cela soit en matière de télécommunications, de géolocalisations ou encore de prévisions météorologiques, "nos sociétés sont dépendantes de l'espace et un conflit serait un véritable drame", précise Patrick de Rousiers.
Kevin Gertsch