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Serge Nigg
nato il 6.6.1924 a Paris, Île-de-France, Francia
morto il 12.11.2008
Serge Nigg
Serge Nigg, né le 6 juin 1924 à Paris et mort en cette ville le 12 novembre 2008[1], est un compositeur français.
Biographie
Serge Nigg a participé très tôt à la vie musicale avec le poème symphonique Timour écrit à 19 ans et créé par l'Orchestre national de la Radiodiffusion française en 1944.
En 1946, il s'engage l'un des tout premiers dans la grande aventure dodécaphonique, qui devait exercer l'influence que l'on sait sur la musique de l'après-guerre. Il s'orientera, par la suite, vers une synthèse de cette technique et de la tradition hédoniste française, soucieuse de raffinement et de beauté harmonique. Parallèlement à ses activités de compositeur, Serge Nigg a siégé au Comité de musique de la radiodiffusion française en 1956, puis, en 1967, Marcel Landowski le nomme Inspecteur des théâtres lyriques français. En 1978 il succède à Olivier Messiaen comme professeur de composition au Conservatoire de Paris, puis en 1982, il enseigne l'instrumentation et dorchestration. En 1989, il est élu à un fauteuil de la section de composition musicale de lAcadémie des beaux-arts, succédant à Emmanuel Bondeville. En 1995, il en devient président pour l'année, charge qu'il cumule avec celle de président de lInstitut de France.
Célèbre très jeune, Serge Nigg aura connu une carrière turbulente, en phase étroite avec son siècle, marquée par de grands moments de lumière, parfois, aussi, assombrie par son refus définitif de toute forme de compromis. Tout en lui valant lhommage unanime de ses pairs, cette rectitude altière naura pas permis à sa radieuse musique dêtre programmée aussi souvent que ses nombreux admirateurs lauraient souhaité. Donner la parole au grand artiste nen semble que plus nécessaire, même si cest, hélas, à titre posthume. De létonnante personnalité de Serge Nigg, le monde musical retenait avant tout une exigence sans égale, une sollicitation constante de tout ce par quoi lhomme tend à la grandeur, une interrogation volontaire de toutes les attitudes du compositeur face au monde. À divers âges de sa vie, lhumanisme et le mysticisme, le bouddhisme et le marxisme, le dodécaphonisme et latonalité furent ainsi sollicités par cet esprit inquiet mais vigoureux, qui entendait par-dessus tout ne pas réduire la composition à un pur exercice spéculatif, encore moins à un simple divertissement. Ainsi sexpliquent toutes les mutations dune pensée constamment active et dun engagement artistique privé de toute complaisance. Le début de sa carrière est exemplaire à cet égard. Élève dOlivier Messiaen qui gardera un grand souvenir de lui, Nigg le quitte tôt pour René Leibowitz, adhère avec enthousiasme à la technique dodécaphonique sérielle, avant de dénoncer le subjectivisme abstrait et inhumain de Schoenberg Dans un univers artistique où linclassable est suspect par essence, il est aisé de pressentir quune telle indépendance se paie au prix fort. Avec cette étonnante gaîté qui le caractérisa jusquà ses derniers jours, Serge Nigg se plaisait ainsi à rappeler les innombrables obstacles dressés sur la piste des esprits libres, mais aussi les joies irremplaçables et les immenses satisfactions procurées par cette fidélité à soi-même. Évoquant son adhésion « brève mais inconditionnelle » à la technique du dodécaphonisme sériel au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, il nhésitait pas à user dès avril 1948 dune formule dont le radicalisme ne surprendra que les esprits tièdes : « Il ny a de pires chaînes que celles dune trop grande liberté » . Pour aussitôt renchérir, pour mieux expliquer que le droit de tout oser est plus stérilisant que fécond : « Trop de scrupules, de soucis de conscience vous entravent, trop déléments dissemblables vous sollicitent et simposent sans quon ait le pouvoir ou même la volonté dopérer un choix valable ». Ayant appris auprès de bons maîtres tous les secrets de la facture occidentale de la musique, le jeune musicien était vite passé maître dans le maniement de toutes les formes décriture et avait eu la chance inestimable dêtre très vite programmé dans les salles de concerts parisiens, sassurant une enviable réputation de compositeur affirmé à un âge inhabituellement précoce. Mais loin de se laisser griser par de premiers succès (« trop souvent éphémères puisque dus avant tout à leffet de surprise » aimait-il à ajouter), il se défia très tôt dune complaisance anarchique, qui autorisait tout sans contraindre à rien : « Se laisser guider par sa seule fantaisie, cest très flatteur, surtout quand le public répond avec bonne humeur à toutes vos frasques (lépoque voulait ça !), mais à terme cela ne peut déboucher que sur la triste certitude quon nest pas « à la hauteur » de lidéal qui nous a conduits à embrasser la carrière. De surcroît, nous étions en France, cest-à-dire dans un pays qui avait souffert de lOccupation, qui avait été vaincu. Dans un pays dont une grande partie de lélite avait choisi la voie de la collaboration, où les maîtres allemands avaient été accueillis dans les meilleurs salons. Certes, nous navions pas une conscience exacte de limmensité de la tragédie qui venait de se produire, nous ignorions pour une bonne part la férocité avec laquelle la Résistance, notamment communiste, avait été réprimée, la froide et horrible détermination avec laquelle les bourreaux des camps avaient exterminé résistants, malades mentaux, juifs, tziganes, prisonniers de guerre soviétiques mais nous éprouvions une sorte dhorreur à lendroit de cette France guidée par son seul caprice et son seul bien-être. Doù notre condamnation, sans doute injuste mais probablement nécessaire, de toute une musique française dont la désinvolture nous paraissait soudain criminelle et honteuse. En tout cas, cette esthétique de salon navait aucune chance de satisfaire notre idéal de rigueur absolue, notre soif de logique et de vérité, notre envie duvrer pour une musique nouvelle coïncidant avec lavènement dun monde nouveau. Il faut avoir vécu cette période, et à notre âge, pour mesurer alors le feu de cette ambition, à laquelle nous étions prêts à tout sacrifier. » ("Entretiens avec Gérard Denizeau")
uvres
Parmi ses uvres principales, l'on peut citer dans le domaine de la musique de chambre :
- 3 sonates pour piano,
- la « Sonate pour violon seul » commanditée par Christian Ferras (qui la créa au Carnegie Hall de New York),
- un Quatuor à cordes ;
dans le domaine symphonique :
- « Fulgur » (inspiré par Héliogabale ou l'anarchiste couronné d'Antonin Artaud) ,
- « Fastes de l'Imaginaire »,
- « Mirrors for William Blake » (avec piano principal),
- « Million d'oiseaux d'or » créé par Michel Plasson au Symphony-Hall de Boston en 1981.
Prix principaux
Il a reçu cinq Grands Prix du disque pour ses différentes compositions. De plus, il reçoit en 1958 le Prix Italia (Prix de la RAI), en 1974 le Grand Prix musical de la ville de Paris, en 1978 le Grand Prix de la SACEM pour l'ensemble de son uvre, à deux reprises, en 1976 et 1983, le Prix Florence Gould (Académie des beaux-arts) et en 1987 le Prix René Dumesnil (Académie des beaux-arts).
Distinctions
- Chevalier de la Légion d'honneur
- Officier de l'Ordre national du Mérite
- Officier des Arts et des Lettres
Discographie
- Sonates pour piano n° 1 et n° 2, Geneviève Ibanez, piano
- Sonate pour violon seul, Christian Ferras, violon
- Sonate pour violon et piano, Stéphane Tran Ngoc, violon, Brigitte Vandôme, piano
Disque REM 311288, 1995-1996
Bibliographie
- Gérard Denizeau, Serge Nigg, compositeur, Paris, Paris-Sorbonne OMF, 2010
Références
Liens externes
- Biographie de Serge Nigg, site de l'Institut de France Biographie, catalogue des uvres, récompenses, articles
- Serge Nigg sur le site de l'Ircam.
- Extraits d'archives sonores d'uvres de Serge Nigg (Portail de la musique contemporaine).