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C'était mi-mai, sur les chemins escarpés des Alpes bernoises. «Je marchais assez rapidement, au-dessus de Kandersteg (BE), lorsque j'ai croisé deux marcheurs qui faisaient le chemin inverse, équipés de chaussures de randonnée montantes», raconte David, un Neuchâtelois de 43 ans. «Je leur ai dit bonjour. Ils m'ont regardé de haut en bas, se sont aperçus que j'avais des baskets de trail au pied, et ne m'ont même pas répondu!»
Un silence gêné qui ne l'a pas vraiment surpris:
Le cliché est tenace: pour beaucoup, ceux qui portent des baskets sur les sentiers alpins sont des touristes du dimanche, le genre de personnes qui ont raté quelques arrêts de bus et que le car postal a fini par déposer un peu par hasard au départ d'un chemin de randonnée. «Ce cliché "baskets = débutants incompétents" me dépasse. Il y a des irresponsables partout, mais les cataloguer à leurs chaussures me fait bien rire», ajoute David qui n'est pas le premier touriste venu. Ce grand sportif a déjà plusieurs 4000 mètres à son actif. En montagne, il serait plutôt du genre à conduire le car postal.
Ces 4000 mètres, il les a d'ailleurs faits en basket, privilégiant une approche des cimes légère et rapide, popularisée par des stars du trail comme Kilian Jornet. Le coureur catalan, surnommé «l'ultra-terrestre» en référence à son incroyable foulée en haute altitude, a prouvé par l'exemple qu'il était possible d'atteindre des sommets (et d'en redescendre) sans porter des chaussures de randonnée traditionnelles.
Mais lui aussi a été rattrapé par les gardiens autoproclamés de la montagne, «ces gens qui pensent que si t'as pas de souliers hauts, de saucisson et de bouteille de vin, tu n'es pas un vrai montagnard», ironise David.
Fin août 2013, Jornet avait été secouru dans la face nord de l’aiguille du Midi, à environ 3800 mètres d’altitude. Il avait dévié de son itinéraire, la météo avait brutalement changé. Ce sont des choses qui arrivent en altitude. Mais le public avait surtout retenu que le Catalan était équipé (pourtant comme à son habitude) de baskets. Ce seul détail avait suffi à déclencher une vive polémique. Certains internautes avaient traité ce professionnel des cimes, né à la montagne dans le refuge pyrénéen de son père, comme le premier venu.
L’adjoint en charge de la sécurité en montagne de Chamonix, Jean-Louis Verdier, avait condamné l’attitude du Catalan en des termes plus diplomatiques. «La montagne se pratique avec du matériel adéquat», avait-il fait remarquer.
Mais qu'est-ce qu'un matériel adéquat? Comme le dit David, «n’importe quel abruti peut être pétrifié dans une via ferrata qu'il a sous-estimée alors qu’il arbore fièrement ses chaussures montantes Mammut. A l'inverse, des alpinistes confirmés, comme Andreas Steindl, enchaînent des pics de 4000 mètres en solo, chaussés de baskets. Le matériel a changé, il serait bien que l’état d’esprit suive».
Cette impression est aussi celle d'un autre David, chef du rayon chaussures chez Bächli, un magasin spécialisé dans les sports de montagne. «Depuis une dizaine d'années, on a des chaussures de trail running qui offrent un compromis extraordinaire. Elles sont ultra légères, donc vous donnent moins d'efforts à faire; elles sont très amortissantes, donc permettent de moins fatiguer les articulations à la descente; enfin, elles ont des semelles qui ont une accroche phénoménale.»
Si les baskets ne sont réservées qu'aux athlètes endurcis, alors on devrait plutôt considérer ceux qui les portent comme des champions confirmés, capables d'atteindre des sphères que la plupart n'observent que de loin. «Un gars entraîné peut facilement monter à 3400-3500 mètres avec des chaussures de trail», estime David (le vendeur).
David (le marcheur) a même été plus haut, et surtout plus loin, crapahutant sur les glaciers en baskets.
Le choix de la chaussure dépend finalement de son niveau et de son activité. «Si j'emprunte des voies d'alpinisme durant plusieurs jours et dans le froid tout en étant encordé, je privilégierais évidemment les grosses chaussures de montagne, car leur utilité a du sens pour ce type de sortie», résume notre interlocuteur neuchâtelois. «Mais pour des loisirs comme une sortie en rando ou en via ferrata, des baskets Salomon ou La Sportiva, dotées de semelles Vibram (en caoutchouc résistant), font très bien l'affaire. Comme elles sont légères, on gagne en mobilité au niveau des chevilles.»
Personne n'a encore inventé de chaussettes suffisamment épaisses pour assurer un maintien optimal de la cheville. «Völkl en a conçu en ce sens, elles sont hautes et ont un tissage particulier, mais il s'agit davantage d'un coup marketing que d'une véritable innovation», considère notre spécialiste du matériel de montagne.
Ce type de produit n'est donc pas forcément recommandé, au même titre que cette paire de sandales:
Le vendeur de chez Bächli acquiesce en riant: «C'est le genre de chaussures qui font vraiment touriste, il n'y a aucun doute là-dessus! Un ultra sportif ne va pas s'amuser à faire une randonnée, même facile, avec ça. Si son pied heurte un caillou, il risque de se faire mal de façon idiote. Les sandales, c'est pour sortir ses orteils quand il fait chaud et quand on arrive à la fin d'une étape sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle!»
Correspondant de longue date pour plusieurs médias comme L'équipe, France football ou So foot, le journaliste Valentin Pauluzzi suit la Serie A depuis quinze ans, et le football italien depuis toujours. Il répond aux huit questions que tout le monde se pose avant la première journée du plus romantique des championnats européens.