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L'histoire sociale n'est pas un nouveau champ d'étude, mais bien un champ dont la pérennité et l'existence même a déjà fait l'objet de craintes à maintes reprises. En même temps, et à bien des égards, le champ du social fait toujours débat. Le fait que le problème de l'inégalité sociale, considérée aussi bien dans sa dimension historique que contemporaine, ne puisse pas être compris dans le cadre d'une conception linéaire du progrès représente ainsi un des enjeux politiques et intellectuels les plus fondamentaux en ce début de 21e siècle. Dans le même temps, les critiques de la posture anthropocentrique des sciences sociales nous incitent à considérer le «social» lui-même comme un objet d'étude et comme catégorie analytique. Les tenants de la «nouvelle sociologie», bien représentée dans l'aire francophone, nous encouragent à questionner les relations entre des «états-personnes et des états-choses» (Boltanski/Thévenot) au lieu de nous concentrer sur les structures et les individus, ou encore les groupes et les classes sociales. Nourries par une anthropologie sociale qui ne se penche plus seulement sur les sociétés extra-européennes, les études des différents «face à face», que ce soit dans le champ des relations quotidiennes, de la famille ou de la parenté, ont gagné en importance. En particulier, ces dernières approches nous questionnent sur les conditions d'une historicisation des relations entre l'appartenance sociale et physiologique et le rôle du «social» comme médiation entre la «nature» et la «culture».
Dans ce contexte, il est nécessaire de nous interroger sur la capacités des historien·ne·s du social à s'approprier ces nouveaux apports et à intégrer ces remises en questions. Comment réagissent les historien·ne·s du social au postulat de la «mise en symétrie» des choses, des êtres humains et des animaux? Peut-on observer dans le champ historique des transferts et des reprises de concepts récents issus de la sociologie et de l'anthropologie (p.ex. sociologie des conventions ou anthropologie pragmatique)? Les pratiques d'historicisation propres à l'histoire sociale contribuent-elles à ces débats contemporains? Que se passe-t-il dans les espaces de clivage et de démarcation qui avaient contribué à l'émergence d'une histoire féministe et des rapports sociaux de sexe, ou encore au développement de l'histoire culturelle ou économique? Mais aussi: quelles approches et traditions «classiques» de l'histoire sociale sont-elles adéquates – ou peut-être s'avèrent à nouveau pertinentes – pour la constitution d'objets historiques? Et quelles méthodologies éprouvées seront-elles toujours utilisées pour mener à bien de futures investigations historiques?
Ce congrès vise à débattre de l'histoire sociale telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, à identifier les traditions historiographiques et les concepts classiques qui ont fait leurs preuves, mais aussi les apports nouveaux et les transferts conceptuels entre disciplines. Le congrès a aussi pour ambition de faire le point de manière exploratoire sur les recherches actuelles (à ce propos, se référer au numéro 2011/1 de la revue traverse: L'histoire sociale de la Suisse: une esquisse historiographique). Il ne s'agira pas seulement de signaler des objets et/ou des thèmes de recherche, mais aussi de contribuer de manière réflexive à une meilleure compréhension de l'histoire sociale dans un contexte marqué par des débats et des conjonctures qui traversent l’ensemble des sciences humaines et sociales.
Merci d'envoyer votre proposition (maximum 3000 signes, espaces compris) d'ici au 30 novembre 2014 à: à <email-pii>, avec copie à <email-pii>. Vous recevrez des nouvelles du comité d'organisation aux alentours du 20 janvier 2015. Les contributions ayant été évaluées positivement après relecture par des pairs seront publiées dans l’Annuaire Suisse d’histoire économique et sociale. Les contributions révisées et finalisées devront être envoyées pour le 31 octobre 2015.