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Entendons-nous bien.
En Suisse, le tri des déchets est depuis longtemps pratiqué de manière poussée.
De tout temps, je crois depuis tout petit, et j'ai bientôt 54 ans, je sais que l'on ne met pas le verre à la poubelle, que l'on trie le papier et le carton, que jamais, au grand jamais une pile, ne serait-ce qu'une seule ne doit pas être recyclée, que l'alu et tout ce qui est métal doit être classé dans le compartiment adéquat.
Compartiment qui, avec tous ses congénères, va être régulièrement amené à la déchetterie, ou dans des containers de rue ad-hoc.
Nous étions d'ailleurs très choqués, chaque fois que nous allions en France, de voir que, jusqu'à il y a une dizaine d'années, cette culture du tri était totalement ou presque absente de ce pays.
Heureusement depuis lors, les choses semblent s'arranger et dans la région dans laquelle nous nous rendons souvent, près de Toulon, le tri semble entrer assez vite dans les mœurs.
Mais revenons chez nous.
En Suisse, une loi fédérale RS 814.01 Loi fédérale sur la protection de l’environnement impose le système du pollueur payeur. Vous pouvez passer sans problème l'article ci-dessous, il n'est là que pour information
Art. 32a1 Financement de l'élimination des déchets urbains
1. Les cantons veillent à ce que les coûts de l'élimination des déchets urbains, pour autant que celle-ci leur soit confiée, soient mis, par l'intermédiaire d'émoluments ou d'autres taxes, à la charge de ceux qui sont à l'origine de ces déchets, Le montant des taxes est fixé en particulier en fonction:
a. du type et de la quantité de déchets remis;
b. des coûts de construction, d'exploitation et d'entretien des installations d'élimination des déchets;
c. des amortissements nécessaires pour maintenir la valeur du capital de ces installations;
d. des intérêts;
e. des investissements prévus pour l'entretien, l'assainissement et le remplacement de ces installations, pour leur adaptation àmdes exigences légales ou pour des améliorations relatives à leur exploitation,
2. Si l'instauration de taxes couvrant les coûts et conformes au principe de causalité devait compromettre l'élimination des déchets
urbains selon les principes de la protection de l'environnement, d'autres modes de financement peuvent être introduits,
3. Les détenteurs d'installations d'élimination des déchets constituent les provisions nécessaires,
4. Les bases de calcul qui servent à fixer le montant des taxes sont accessibles au public
Comme vous le constatez, dans notre bon fédéralisme, la gestion des déchets est attribuée aux cantons.
Depuis des années, la plupart des cantons alémaniques et beaucoup de cantons romands se sont penchés sur des solutions pour faire payer l'élimination des déchets selon la quantité produite.
Le canton de Vaud ne l'a pas fait au niveau cantonal, même si certaines communes ont adopté un système adéquat depuis des années.
Depuis des années, l'élimination et le recyclage des déchets est payée en partie par l'impôt communal, et en partie par une taxe individuelle ou par entreprise.
Bien évidemment, nous payions, mais, quelle que soit la quantité, nous payions la même somme.
Certes, dans la même commune, plus on avait de déchets, plus la taxe (coûts totaux des déchets/nombre d'habitants) était haute, mais celui qui produisait un sac-poubelle par semaine et l'autre qui en produisait dix payaient exactement la même somme.
Tout le monde se rendait compte depuis longtemps que ce système était à la fois injuste et peu écologique. Celui qui voulait tout mettre à la poubelle le faisait, ce n'était pas grave, il payait la même chose que les autres.
Et puis, il y a un ou deux ans, je ne sais plus exactement, une habitante d'une commune du canton a fait recours contre sa taxe déchets. Elle connaissait la loi fédérale, elle n'avait que peu de déchets, elle voulait bien payer, mais proportionnellement à la quantité comme il se devait d'être depuis des années.
Et bien évidemment, elle a gagné.
Branle-bas de combat, il a fallu trouver une solution dans tout le canton, puisque l'affaire ayant fait grand bruit, il était certain que si les communes ne changeaient rien, elles allaient au-devant de gros problèmes, tout un chacun n'allant plus se gêner alors pour faire opposition à sa facture.
Deux solutions pour que le pollueur devienne enfin payeur proportionnellement à sa production de déchets se présentent alors aux communes:
- introduction d'une taxe au sac
- introduction d'une taxe au poids
La première a l'avantage d'une certaine simplicité: vous payez le sac deux francs, et ainsi vous couvrez les frais (pas tout à fait puisqu'à cela s'ajoute une taxe personnelle forfaitaire de 70 francs dans notre commune, plus ou moins dans d'autres) que vous engendrez.
La seconde vous permet d'être absolument juste: vous jetez vos déchets au poids réel, et c'est bien plus correct ainsi puisque la destruction des ordures nous est facturée à la tonne. Elle implique une carte à puce par famille, et la pose de containers intelligents qui pèsent les déchets lorsqu'on les apporte, et qui, une fois que vous êtes reconnus par votre carte, ajoute le poids à votre compte.
C'est certainement un peu plus cher que la taxe au sac, mais encore plus correct pour le citoyen et pour la communauté.
La où l'humain devient incroyable, ou de la compréhension du titre de cet article
Je vous l'ai écrit en introduction: de tout temps, j'ai trié, nous avons tous trié en famille.
Mais il est évident que par paresse, lorsqu'un emballage était composite, parfois nous le jetions à la poubelle.
Par confort, je n'ai jamais été un adepte du compost.
Nous en avions un à Bofflens, mais le gérer au quotidien en revient presque toujours à nous trouver avec un mini container (17 litres) vert à la cuisine, que nous oubliions de monter plus souvent qu'à son tour au tas de compost situé à l'extérieur, à 30 mètres toujours bien trop longs quand il se fait tard le soir et plus encore quand il pleut, mini container vert qui finissait plus souvent qu'à son tour également par être survolé de quelques moucherons, certes tout petits, mais bien agaçant et qui pouvaient nous porter la honte aux joues quand nous recevions quelqu'un à l'improviste, et oui, je lis ces jours le roman de Jérôme Ferrari, qui écrit certes bien mieux que moi, mais qui finit par déteindre sur mon style vu tout ce que je viens de vous expliquer sans mettre le moindre point, style qui finira par me faire écrire une humeur en une seule phrase, comme lui est capable de vous faire une description d'un sentiment en une phrase de plus d'une page.
Bref, pour en revenir à un style plus cukien: ras la patate du composte, tous les légumes à la poubelle.
Mais ça, c'était avant!
Tout change quand vous payez en direct live!
Depuis que nous devons acheter nos sacs 35 litres 2 francs pièce, je peux vous dire que les choses ont chanté, et méchamment!
D'abord, nous avons acheté des sacs biodégradables pour les déchets de cuisine.
Désormais, rien de ce qui est déchet de cuisine, cru ou cuit, finit dans notre poubelle.
Les restes qui restent dans la grille de l'évier: au compost!
Nous avons à Bière des containers pour les déchets de cuisine, qu'ils soient crus ou cuits.
Dont l'un est à 100 mètres de chez nous.
Avantage des sacs? Une fois enlevé, le machin dur qui est autour reste propre.
Mais ce n'est pas tout: le plus petit papier fiche le camp au... papier. Avant je jetais le papier dans le papier, mais là, même les petits trucs qui sont au bout du fil des sachets de thé finissent au papier, le sachet de thé l'étant dans le compost.
Même le papier ménage, on le fait sécher et on le met au vieux papier.
Et tout est à l'avenant.
Résultat?
Au moment où j'écris ces lignes, nous sommes le 19 janvier, et nous en sommes, depuis le 1er janvier, à notre 3e sac-poubelle qui est plein au tiers.
Avant la taxe, nous aurions été largement au double, et sûrement au triple.
Avec en plus un avantage énorme: notre poubelle se remplit tout tranquillement de déchets secs, qui ne sentent rien. Elle reste là, plus d'une semaine, largement même, et elle ne sent rien, mais rien de rien, alors qu'à l'époque, elle puait en permanence.
Je me réjouis déjà de cet été, à l'époque des melons que je n'aime pas plus que ça mais que tout le reste de ma famille adore: quelle horreur, une fois dans la poubelle! Là c'est fini, on amènera les restes directement au contaminer à compost.
Conclusion
Bien sûr, ces sacs à 2 francs m'ennuient.
Mais force m'est de constater que les taxes incitatives sont incroyablement efficaces.
Dès qu'il faut payer, il faut voir comment les comportements peuvent changer dans le sens de ce que l'on nous proposait de faire avant, quand nous ne payions pas, et que nous ne faisons pas toujours, par paresse.
Bien sûr, vous allez dans n'importe quel bistrot vaudois ces jours, vous êtes pratiquement certains d'entendre des clients partir dans une discussion ou tout le monde trouve scandaleux cette taxe qui ne sert qu'à en mettre plein les poches à nos communes.
Sauf que c'est entièrement faux! Les communes ne pourront pas faire de bénéfices sur la gestion des déchets. Certes, les impôts qui sont maintenant remplacés par la taxe passeront ailleurs, mais au final, cet argent revient d'une manière ou d'une autre au contribuable!
Et sauf que mon exemple de diminution drastique de déchets à détruire dans un incinérateur se retrouve à un niveau général: il semble que les quantités de déchets aient diminué de manière impressionnante depuis l'introduction de la taxe au sac dans notre canton.
Vous me direz: ça ne va pas durer.
Eh bien, il semble que non: dans la plupart des cantons qui sont déjà passés à cette taxe, la diminution est durable et ne s'est pas estompée.
Alors quoi...
En conclusion finale, je dirais que j'ai vraiment honte d'avoir attendu d'avoir "le couteau sur la gorge" pour réagir.
J'aurais dû le faire bien avant.
Alors finalement, même si je n'étais pas chaud, je crie "Vive la taxe au sac!"