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Education bilingue et droits des Yanomami
Accompagner le choc des cultures en suivant un principe: «faire avec et non faire pour».
Depuis l’arrivée des Européens en Amérique, les peuples indigènes n’ont cessé d’être une minorité discriminée.
Environ 1200 Yanomami vivent dans la zone couverte par Secoya, tout au nord du Brésil. Ces semi-nomades tirent leur subsistance de la chasse, de la pêche, de la cueillette et d'un peu d'agriculture. Très peu d'entre eux maîtrisent la langue brésilienne et encore moins les concepts et codes du monde blanc; seule une école différenciée et bilingue, ouverte à tous, est à même de les amener à comprendre les défis auxquels ils sont confrontés, de plus en plus violemment.
L'action de Terre des Hommes Suisse
Secoya, l'association partenaire de Terre des Hommes Suisse, œuvre pour la défense des droits et des intérêts du peuple yanomami, ainsi que pour l'amélioration de ses conditions de vie à travers des actions d'éducation, de préservation de la culture et par le renforcement des bases économiques traditionnelles. Secoya cherche à donner à ce peuple les moyens techniques et humains d'assumer à terme sa relation avec le reste de la population brésilienne. C'est un défi majeur pour ce peuple qui a vécu isolé de la société nationale jusqu'au début des années 50 et dont la majorité ne parle pas la langue nationale.
Traditionnellement, dans les xapono (villages), l'éducation des enfants est réalisée par l'ensemble de la communauté. L'Ecole est donc un nouveau concept. Concrètement, des professeurs Yanomami ont été élus dans onze villages. Ils défendent une scolarisation adaptée au rythme de vie indigène, basée sur leur réalité, une méthodologie et un calendrier spécifique. Les classes de deux heures par jour sont ouvertes à tous les enfants mais aussi aux adultes qui le souhaitent; la répartition se fait selon le niveau.
La priorité de ce programme est donnée à l'alphabétisation en langue maternelle, le Xamatari. Le matériel pédagogique est réalisé de manière participative, respectueuse de la culture et de la langue yanomami. Des enseignants brésiliens engagés par Secoya se déplacent dans les villages et forment des professeurs yanomami, tout en assurant les cours les plus avancés (portugais et mathématiques notamment).
Le projet Secoya a reçu en février 2011 un prix honorifique pour son travail de défense des droits et des intérêts du peuple Yanomami, ainsi que d'amélioration des conditions de vie à travers des actions sanitaires et d'éducation. Ce prix remis par la Central Única das Favelas permet d'attirer l'attention de la société brésilienne sur des projets socioculturels qui ont un impact positif sur des communautés populaires défavorisées.
Dans un contexte où l'Etat brésilien priorise le développement d'une économie de consommation et d'exploitation des terres au mépris des lois et des engagements pris envers les peuples indigènes, les objectifs de ce projet sont aussi de permettre aux Yanomami de connaître l'environnement dominant pour pouvoir non seulement défendre leurs droits mais aussi mieux appréhender le futur et la sauvegarde de leurs traditions: une question de survie physique comme culturelle.