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06/12/2008
PEINTURE - Paul GAUGUIN, le Cantor de Pont-Aven
Paul GAUGUIN naquit à Paris le 7 juin 1848. A l’âge de trois ans, il quitta la France pour suivre ses parents au Pérou, pays d’origine de sa mère. Il perdit alors son père qui mourut durant la traversée de l’Atlantique. Rentré en France pour ses études au lycée, il caressa le projet d’être officier de marine. A dix sept ans, il s’engagea donc sur un navire qui faisait route vers le Brésil.
En 1868, sa mère mourut. Le tuteur alors désigné lui procura un emploi de commis chez un agent de change parisien. Son avenir s’orientait vers la Bourse car il brillait dans sa tâche, en faisant même d’excellentes spéculations pour son compte personnel. GAUGUIN entretint dès lors ses loisirs par une première approche de la peinture. Il se maria en 1873 avec une danoise qui lui donna plus tard cinq enfants, et rencontra PISSARRO qui ensuite l’initia à l’Impressionnisme, peinture de plein air, utilisation des couleurs pures et division de la touche.
Aux côtés de ses tableaux « d’apprenti peintre », GAUGUIN réalisa des sculptures sur bois. En 1876, il exposa au Salon pour la première fois, et participa un peu plus tard à l’accrochage des Impressionnistes de 1881. Les premières remarques sur sa peinture le poussèrent alors à quitter le milieu bancaire, pour suivre sa vocation première, sans prendre en considération son insécurité financière.
Sa femme décida alors de l’abandonner à sa « vie de bohème » pour rejoindre le Danemark avec ses enfants. GAUGUIN se trouva seul à Paris, pour être rapidement confronté à la misère la plus noire, dès 1885. Mais il ne renonça pas, et poursuivit dans la voie artistique qu’il s’était fixé. En 1886, désargenté, il s’installa en Bretagne, à Pont-Aven, où il se lia d’amitié avec Emile BERNARD. Il rencontra ensuite Van GOGH, puis s’embarqua pour Panama et la Martinique, en 1887, où il espérait trouver les paysages et les hommes qu’il recherchait. L’homme était « las des raffinements de la civilisation ». GAUGUIN se libéra alors de l’Impressionnisme, pour créer des tableaux issus de sa vision personnelle. Mais, rongé par la malaria, il rentra en France, avant de faire la connaissance de SCHUFFENECKER.
GAUGUIN condensa alors en une synthèse personnelle les principes de l’esthétique qu’il allait bientôt enseigner à Pont-Aven. Après une exposition parisienne organisée par Théo Van GOGH, GAUGUIN rejoignit Arles pour retrouver Vincent Van GOGH, et sa personnalité étonnante. Ce furent pour lui deux mois de conflits parfois dramatiques. Se disputant sans cesse, notamment pour des raisons de techniques picturales qui les opposait, les deux artistes se séparèrent après que Van GOGH se soit coupé l’oreille droite la veille de Noël 1888. GAUGUIN retrouva alors la Bretagne où il devint le chef de file des futurs Nabis. GAUGIN et Van GOGH ne se rencontrèrent plus jamais ensuite.
GAUGUIN réalisa à Pont-Aven et au Pouldu les tableaux qui sont aujourd’hui célèbres comme « Le Christ jaune », ou les « Jeunes bretonnes ». Il constitua autour de lui un groupe de huit jeunes peintres, pour « arracher la peinture à la routine de l’Impressionnisme » ! L’Ecole de Pont-Aven était née.
Mais, se sentant seul au milieu de ses disciples, il décida une fois encore de quitter la France. Il proposa alors trente de ses tableaux en vente aux enchères, et réalisa la somme minimale lui permettant d’aller s’établir à Tahiti. Là, il s’installa à Mataïca, au printemps 1891, au milieu d’une civilisation d’êtres humains simples qui le laissèrent produire un travail intense.
Mais en 1893, ses ressources étant épuisées, il revint à Paris où l’héritage d’un parent lui permit de mieux vivre pendant quelques mois seulement, car il dilapida son argent en organisant des fêtes grandioses dans son atelier. Il retrouva alors sa vie de privations, en essayant, pour survivre, de vendre ses tableaux exotiques dont personne ne voulait !
Seuls BONNARD et VUILLARD, ses disciples Nabis, apprécièrent le style de cette peinture nouvelle venue du Pacifique. En effet, le synthétisme de l’œuvre de GAUGUIN exprima la distance qui le sépara toujours de l’esprit d’analyse des Symbolistes, parce qu’il accordait une grande valeur au contenu spirituel qui a donné corps à ses œuvres. Il attribua aux couleurs une signification symbolique, en définissant clairement son propos « Vêtir l’idée d’une forme sensible ». Il rejeta le modelé, la perspective géométrique et la composition symétrique, en préparant la voie aux Nabis, puis aux Fauves.
GAUGUIN tenta à nouveau de vendre ses tableaux pour se procurer encore une fois l’argent nécessaire à son deuxième départ pour la Polynésie, mais cette nouvelle tentative resta aussi infructueuse que la précédente. Malgré cela, et en dépit de tous les obstacles rencontrés, il quitta enfin Paris, pour retrouver Tahiti en 1896. L’année suivante, gravement malade, il dut être hospitalisé. Il parvint néanmoins à réaliser ses œuvres les plus significatives. Miné par la maladie et par toutes les privations subies, il tenta de se suicider en 1898. Il décrocha alors un emploi de copiste au bureau du Cadastre, mais se vit un peu plus tard sommé par les autorités de quitter Tahiti en 1899, en raison de ses énergiques interventions en faveur des indigènes, et de son indignation à constater leur exploitation par les blancs.
Il s’installa alors dans l’île du Fatu-Iwa, aux Marquises, en 1901, pour réaliser nombre de ses toiles les plus achevées.
Et celui qui ne peut être réellement classé dans aucune école, celui qui écrivait à sa lointaine femme, « Je suis un grand artiste et je le sais. C’est parce que je le sais que j’ai tellement enduré de souffrances pour poursuivre ma voie, sinon je me considèrerais comme un brigand… », s’éteignit dans la pauvreté, le corps usé, le 6 mai 1903, aux Marquises, à l’âge cinquante cinq ans.
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Alain VERMONT