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L'alcool permet-il de mieux écrire?
L’alcool et le tabac ont peut-être été l'une des causes de cette mort prématurée, mais Hitchens ne regrettait aucune de ces deux addictions: «C'est l'écriture qui m'importe, et tout ce qui peut m'aider à écrire - ou à rehausser, prolonger, approfondir et parfois intensifier les débats et les conversations – vaut à mes yeux la peine d'être consommé». Au lendemain de la mort de Steve Jobs, nous expliquions de quelle manière le LSD pouvait permettre de stimuler la créativité des personnes naturellement inventives. Mais l'alcool permet-il à un écrivain d'améliorer son style?
Difficile à dire. Les grands écrivains américains de ces dernières décennies forçaient souvent sur la bouteille. Selon une étude 71% des écrivains américains les plus éminents du XXe siècle ont – à tout le moins – flirté avec l'alcoolisme. (Seul 8% de la population abusent de l'alcool). Ernest Hemingway a, un jour, adressé ces lignes à F. Scott Fitzgerald: «Bien sûr que tu es un ivrogne. Mais pas plus que Joyce, ou que la plupart des bons écrivains». En dépit de ces éléments de preuves pittoresques, mais anecdotiques, il est extrêmement difficile de prouver les effets bénéfiques des boissons alcoolisées. Certains chercheurs ont laissé entendre que les grands écrivains avaient tendance à souffrir de troubles psychiatriques sous-jacents, ce qui stimulait à la fois leur créativité et leur appétence pour l'alcool. D'autres ont fait remarqué que les écrivains et les alcooliques étaient souvent de grands solitaires; il est donc peu surprenant de voir ces deux catégorie coïncider. Les études en laboratoire n'ont pas permis de mettre fin au débat. Il est difficile de mesurer la créativité, et il est encore plus complexe de mettre sur un pied un groupe placebo - les sujets sont souvent des étudiants, qui n'ont pas leur pareil pour détecter l'alcool dans un breuvage arrosé à leur insu.
Une étude de 1992 a étudié les liens entre alcool et la créativité littéraire. On a demandé aux participants d’écrire pendant 10 minutes en faisant appel à leur imagination, avec quelques tableaux d’origine inconnue pour toute source d’inspiration. Le groupe d’essai, dont le taux d’alcoolémie était d’environ 0,09, on écrit beaucoup plus de mots que le groupe des sujets sobres ; leurs textes contenaient un plus grand pourcentage de langage figuré et de combinaisons de mots originales. Mais l’étude comportait quelques problèmes. Nombre de psychologues estiment que c’est le fait de se penser ivre, et non l’ivresse elle-même, qui peut accroître la verbosité et réduire les inhibitions. Malgré les efforts héroïques déployés par les chercheurs, le groupe placebo savait que leurs boissons ne contenaient qu’une très faible dose d’alcool; il était donc impossible de faire la part des effets chimiques et des effets de l’anticipation. Par ailleurs, la verbosité et l’utilisation de combinaisons de mots originales ne permettent pas d’évaluer la qualité d’une création littéraire de manière satisfaisante. Les chercheurs ne se sont pas intéressés aux qualités artistiques ou à la cohérence des écrits.
Si les effets de l’alcool sur la création littéraire sont encore largement contestés, et d’autres études laissent entendre que la boisson n’a aucun impact (voire un impact négatif) sur d’autres formes de créativité. En 2002, une expérience s'est appuyée sur des jeux d'associations de mots; elle a démontré que l’alcool n'amélioraient pas les performances des participants. (En revanche, lorsqu’on leur a demandé d’évaluer leurs propres performances, les buveurs se sont donnés de meilleurs scores). Dans une autre étude réalisée en 1992, les chercheurs ont demandé à des étudiants d’énumérer toutes les utilisations possibles d’un objet donné. Le groupe qui n’avait consommé aucune boisson alcoolisée, et qui savait être sobre, ont battu le groupe des buveurs et ceux qui pensaient être ivres.