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Il y a 73 ans,
dans l’essor…
(20 juin 1941)
La situation est telle que nous n'avons pas plus le droit de gaspiller les denrées alimentaires que les soldats leur munition.
[Dans un exposé présenté devant la conférence convoquée par l'Office contre le gaspillage des denrées alimentaires, récemment créé, M. E. Nobs, président du Conseil d’Etat zurichois, a donné quelques indications et conseils qu'il importe de ne pas négliger. Il a rappelé que]
… les fautes commises au cours de la dernière guerre ne [doivent] pas être répétées. Au cours de l'hiver 1918-19, des dizaines de milliers de familles ont été privées de pommes de terre parce que ces dernières étaient données en pâture aux porcs. Il faut 20 kg de pommes de terre pour produire un kg de viande de porc. Or, 20 kg de pommes de terre contiennent infiniment plus de substances utiles au corps humain et assimilables qu'un kg de viande de porc.
Pendant la dernière guerre, l'approvisionnement en graisses industrielles était si déficitaire, qu'un kg de graisse de char coûtait plus cher qu'un kg de beurre. Les paysans en étaient donc réduits à graisser les moyeux avec le beurre dont manquait la population des villes.
[Ce simple fait suffit à souligner que toutes les mesures de rationnement se touchent et que le manque de prévoyance dans un domaine se répercute ailleurs. Les mesures d'économie de guerre doivent donc être mieux coordonnées qu'elles ne le sont encore à hue et à dia.]
Les peuples dont l'approvisionnement est précaire doivent adopter progressivement le régime végétarien. Actuellement [comme l'a précisé le Dr Wahlen,] la Suisse nourrit encore un trop grand nombre de vaches et de porcs. Avant la guerre, la Suisse importait chaque année 70 à 80 millions de produits fourragers pour l'alimentation du bétail. Si nous voulons produire cette quantité chez nous, 430'000 ha de prairies seraient nécessaires, soit davantage que la surface actuellement cultivée. Le bétail doit ainsi être réduit au strict nécessaire afin de réserver à l'alimentation de l'homme le plus grand volume possible de notre production agricole. Et puis, le tonnage naval est devenu aussi rare que la benzine chez nous. Un navire, que l'on pouvait obtenir pour 800'00 francs environ avant la guerre, coûte aujourd'hui quelques millions de francs. Les produits doivent donc être importés dans l'ordre d'importance. Il est préférable de charger un navire de graisses et d'huiles comestibles que de fourrages.
Il faut aussi mastiquer mieux la nourriture. On estime qu'ensuite de la mastication insuffisante, sans compter les troubles qu'elle produit, 10 à 20% de la nourriture que nous absorbons n'est pas assimilée. Si nous mangions avec moins de hâte, il en résulterait de sérieuses économies de produits alimentaires.
73 ans plus tard, ces propos n’ont rien perdu de leur actualité.
Merci à François Iselin qui passe en revue les anciens numéros de l’essor.