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De 1921 à 1926, il fréquente l’École des beaux-arts de Genève ainsi que l’École des arts industriels. Il étudie la sculpture, puis s’adonne également à la gravure en s’inspirant de la technique des estampes japonaises pour mettre au point, dès 1924, un procédé de gravure sur bois qui lui permet d’imprimer de subtils dégradés de couleurs. Il grave jusqu’à quatorze planches de poirier (une par couleur) pour retrouver la richesse chromatique d’une étude d’Ophrys mouche. Le corpus de l’artiste, d’une continuité stylistique remarquable, se caractérise par une grande profusion, regroupant pas moins de 30'000 dessins et 2'500 aquarelles, auxquels il faut ajouter plusieurs centaine de sculptures. Quant à la gravure, il imprime son dernier sujet à l’âge de quatre-vingt-sept ans, constituant ainsi un ensemble de plus de 1'000 pièces.
« Chacune de mes gravures est une musique: 7, 10, 12 tons, dont chacun a sa saveur précise, qui ont leurs intervalles et que je tisse, entrecroise et superpose. Lorsque j’ai gravé un vol d'oies surgissant du brouillard, c’est bien consciemment que j’ai fait une sorte de contrepoint: oiseaux foncés en haut, clairs et estompés en bas, sur un ciel s'éclaircissant de bas en haut. La peinture à l’huile, riche, complexe, un peu lourde et confuse, est à la gravure ce que le piano est au clavecin. »
Les rapports complémentaires entre la nature et la civilisation humaine sont au cœur du travail de Robert Hainard, qui conçoit l’art, la science et la philosophie comme un tout. L’œuvre est indissociable de la pensée et des préoccupations existentielles de l’artiste, ce qui transparaît de manière particulièrement prégnante dans des travaux tels que Bouvreuil, Loup dans la pénombre, L’éclair ou encore Les escargots amoureux. «Cette gravure sent bon la terre» : un compliment qu’il affectionnait tout particulièrement, tant il lui semblait révéler avec exactitude ce qu’il avait voulu exprimer. Dessiner ce que l’on voit et non ce que l’on sait constituait la ligne directrice de son œuvre. Inspirée notamment de l’influence de l’art pariétale, du dessin tout en finesse d’Albrecht Dürer ou encore de la force musculaire des sculptures de Rodin.
« Comme tout peintre, je suis avide d’images. Je jouis des formes et des couleurs et ne suis pas plus insensible qu’un autre aux qualités purement plastiques. J’admire les chefs-d’œuvre et ils excitent immédiatement mon désir d’en faire autant. Renoir n’a pas tort en disant qu’on devient peintre en voyant la peinture, et non la nature. La sculpture égyptienne me révélait la plénitude et la simplicité de la forme, la grecque sa complexité simple et subtile, Rodin sa puissance organique et mouvante. Tout ce que j’avais ressenti confusément devenait clair devant les œuvres d’art. Devant Hodler, je me sentais en possession de sa vigueur intellectuelle et musculeuse, je voyais par l’œil limpide de Hans Berger. Je ne parle pas de mon père parce que je l’avais vu devant la nature, que je me sentais trop son prolongement pour qu'il puisse être une révélation. Ces peintres-là, j’étais persuadé qu’ils m'avaient appris à voir, qu’ils m'avaient rendu l’univers saisissable et que je m’en emparerais à ma prochaine sortie. Mais apprendre à peindre, c’est avant tout devenir conscient de ses sensations visuelles. »
En 1953, il expose au Cabinet des estampes de Genève Nuits d’hiver au bord du Rhône, éloge à la loutre et au fleuve encore libre. Fruit de trente nuits d’affût, cette suite magistrale accompagnée de textes manuscrits se compose de quarante-et-une estampes gravées durant quinze ans. Cette fidélité et cette constance qui caractérisent son travail l’ont régulièrement mené sur les mêmes sentiers, conférant ainsi une manière d’atemporalité à ses œuvres.
Inquiet de la relation destructrice qu’entretient l’homme avec le monde naturel, Robert Hainard publie en 1943 Et la nature? Réflexions d’un peintre. Ce texte fondamental l’inscrit parmi les premiers philosophe de la pensée écologique en langue française. Par ailleurs, il publie ses observations de terrain dans Les mammifères sauvages d’Europe, un ouvrage de référence pour les naturalistes. Cette activité scientifique et philosophique sera honorée en 1969 par la remise d’un doctorat honoris causa ès sciences de l’Université de Genève et ses écrits seront aussi récompensés par le Prix de l’Académie internationale de philosophie de l’art (Corfou).