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A la base, je voulais lancer ici un appel pour que les pollens me laissent enfin tranquille. Mais après avoir consulté un spécialiste, je dois reconnaître que je suis la seule responsable de notre relation mouvementée.
Voilà maintenant vingt-cinq ans, chers pollens, que nous sommes en lutte vous et moi. Et ce n'est que maintenant que je réalise que cette guerre est totalement unilatérale. Vous n'avez rien contre moi. Vous ne faites que votre travail: vous volez. Et surtout, vous n'avez aucune intention de nuire à mon corps lorsque vous vous y égarez.
Le problème, c'est que mon système immunitaire n'arrive pas à vous comprendre.
Pour je ne sais quelle raison, il a le sentiment que vous, créatures totalement inoffensives, êtes aussi dangereuses pour lui que des virus ou des bactéries. Au point de vous combattre en perdant totalement le contrôle.
Quant aux questions de savoir pourquoi mon système immunitaire en particulier réagit avec une telle violence – autrement dit en libérant des substances favorisant l'inflammation comme l'histamine, qui déclenchent à leur tour des symptômes connus tels que des démangeaisons et des éternuements – et pourquoi cela s'est produit chez moi pour la première fois à l'âge de 20 ans, même les experts ne peuvent l'explique avec certitude.
Même si les études fleurissent (vous l'avez?) sur le sujet, elles ne sont pas catégoriques. «Elles indiquent toujours une moyenne et une probabilité. On ne peut pas en tirer des conclusions sur des cas individuels», explique le Dr. Thomas Hauser, spécialiste en allergologie et immunologie au Centre d'immunologie de Zurich (IZZ).
Le fait est que plus de 25% de la population suisse souffre aujourd'hui d'une allergie, alors qu'il s'agissait encore d'une rareté au milieu du 19e siècle. On constate aussi que les allergies sont presque inexistantes dans les pays moins développés.
En Suisse, des études montrent par exemple que les enfants qui ont grandi à la ferme sont nettement moins sujets aux allergies que ceux qui vivaient à seulement quelques kilomètres dans le même village. Les personnes qui ont vécu dans une famille de plus de trois enfants et/ou fréquentent régulièrement des lieux qu'il est impossible de nettoyer à fréquence élevée ont également un risque plus faible de développer des allergies. Cette hypothèse dite de l'hygiène est désormais bien étayée, affirme le Dr. Thomas Hauser.
Selon cette hypothèse, moins notre système immunitaire est confronté aux influences extérieures – par exemple les germes – plus il réagit violemment lorsque certains – par exemple les pollens – osent s'approcher de nous. Il ne fait plus de distinction entre ami et ennemi. Mais encore une fois, impossible de tirer de conclusions à titre individuel. Avec le recul, je n'ai pas l'impression d'avoir grandi dans un milieu incroyablement «clean». Okay, je mangeais beaucoup moins de terre dans le bac à sable que mon frère. Mais il a aussi le rhume des foins aujourd'hui. Bon, pas aussi terrible que moi, c'est vrai. Allez savoir, c'est peut-être pour ça. D'ailleurs, les facteurs héréditaires jouent également un rôle, explique l'allergologue. Merci, maman!
Lorsque le système immunitaire entre en contact pour la première fois avec la substance allergène (la protéine de la surface du pollen à laquelle il réagit finalement de manière allergique), il ne l'apprécie pas immédiatement, mais sans s'emballer non plus. Le corps se prépare ainsi de plus en plus à la guerre à chaque rencontre. Mais écoutons l'expert: «Il faut un certain temps avant que les anticorps ne se forment. Pour certains, cela prend plus de temps, pour d'autres moins.» Les circonstances extérieures ont également un grand rôle: les années où les pollens explosent, une plus grande quantité s'accumule – de manière totalement inaperçue – dans le corps que lorsqu'il y a peu de substances dans l'air. Et si vous déménagez par exemple dans un endroit plus en altitude, où il n'y a pas de pollen, la guerre (alias le rhume des foins) n'éclate jamais. Ou prend fin de manière subite.
Voilà donc pourquoi, chers pollens, je souhaite aujourd'hui m'excuser auprès de vous. C'est moi qui ai commencé, je le reconnais. Malheureusement, ma perspicacité arrive plutôt tardivement et il sera difficile de sortir de ce combat aussi facilement. Pour rendre l'expérience un peu plus supportable, Thomas Hauser conseille de se laver les cheveux tous les soirs, de changer de vêtements à l'entrée et de laisser la fenêtre ouverte la nuit pendant la saison des pollens. L'allergologue n'est pas un grand fan des préparations à base de cortisone qui sont injectées dans les muscles par certains médecins généralistes au début du printemps et restent efficaces pendant environ trois mois. «Ils font leur travail, mais ils entraînent des effets secondaires à long terme», prévient-il.
Sans oublier que, comme tous les autres médicaments contre le rhume des foins, leur action agit uniquement contre les symptômes. Le Dr. Hauser recommande nettement plus l'immunothérapie allergénique, qui combat, elle, les causes de l'allergie. Au cours de la désensibilisation, qui dure trois ans, l'organisme reçoit «son» allergène à intervalles réguliers jusqu'à ce que le système immunitaire s'y soit habitué et cesse toute réaction. «Cela fonctionne dans 85% des cas», explique le Dr. Hauser. Et cela empêche l'asthme allergique de se développer à partir d'une allergie au pollen, ce qui est relativement fréquent.
Je dois avouer que j'ai abandonné ma tentative d'immunothérapie au bout d'un an. Je suis persuadée que c'était trop tôt. Qu'en pensez-vous, chers pollens? Faudrait-il que je fasse une nouvelle tentative pour vous avoir dans la peau?
Et vous, quels sont vos conseils pour vivre avec les pollens et le rhume des foins, ou vos expériences en matière de désensibilisation? Faites-nous-en part dans la colonne de commentaires.