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Franklin Starlight a tout juste seize ans lorsqu'Eldon, son père ravagé par l'alcool, le convoque à son chevet et lui demande de l'emmener au coeur de la montagne, là où, traditionnellement, on enterre les guerriers.Au cours de leur voyage, le fils affronte un jeune grizzly, ramène poisson ou gibier et construit des abris contre la pluie, tandis qu'Eldon lui raconte comment il a rencontré l'amour de sa vie, pourquoi il a sombré dans l'alcool et d'où vient leur patronyme qui évoque les temps indiens immémoriaux. Pendant ce périple, père et fils répondent, chacun à sa manière, à leur besoin d'apaisement identitaire.Ce roman au style brut et aux dialogues taiseux est un allé simple pour les terres sauvages du centre du Canada. Richard Wagamese appartient à la nation ojibwé. Il est le premier lauréat indigène d'un prix de journalisme national canadien et est régulièrement récompensé pour ses travaux. Il vit actuellement à Kamloops, en Colombie britannique. Les Étoiles s'éteignent le matin est son premier roman traduit en français.
Voici l'histoire de Saul Indian Horse, un jeune Ojibwé qui a grandi en symbiose avec la nature, au coeur du Canada. Lorsqu'à huit ans il se retrouve séparé de sa famille, le garçon est placé dans un internat par des Blancs. Dans cet enfer voué à arracher aux enfants toute leur indianité, Saul trouve son salut dans le hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des 70's, jusque sur la patinoire.
On retrouve dans Jeu blanc toute la force de Richard Wagamese : puisant dans le nature writing et sublimant le sport national canadien, il raconte l'identité indienne dans toute sa complexité, riche de légendes, mais profondément meurtrie.
A la morte saison, dans l'enceinte désertée d'un cirque à Vladivostok, un trio à la barre russe s'entraîne. Nino pourrait être le fils d'Anton, à eux deux, ils font voler Anna dans les airs. Ils se préparent au concours international de Oulan-Oude, visent le quadruple triple saut périlleux sans descendre de la barre. Si Anna ne fait pas confiance aux porteurs, elle tombe et ne se relève plus.Dans ce troisième roman d'Elisa Dusapin, le lecteur retrouve son art du silence, de la tension et de la douceur. Son sens puissant de l'image nous rend le monde plus perceptible, plus proche sans pour autant en trahir le secret.
Née d'un père français et d'une mère sud-coréenne, Elisa Shua Dusapin grandit entre Paris, Séoul et Porrentruy. Elle a publié aux éditions Zoé en 2016 Hiver à Sokcho (prix Walser, Alpha, Régine Desforges et Révélation de la SGDL) et en 2018 Les Billes du Pachinko (Prix suisse de littérature et Alpes-Jura)
Quand Starlight ne s'occupe pas de la ferme avec son meilleur ami Eugene, il part photographier la vie sauvage au coeur des forêts canadiennes. Mais son existence rude et solitaire change lorsqu'il recueille sous son toit Emmy et sa fillette Winnie, prêtes à tout pour rompre avec une vie sinistrée. Pour redonner confiance aux deux fugitives, Starlight les emmène dans la nature, leur apprend à s'en faire une amie. Au fil de cette initiation, les plaies vont se refermer, la douleur va laisser place à l'apaisement, et à l'amour. Mais c'est sans compter Cadotte, l'ex brutal et alcoolique d'Emmy, qui sillonne l'Ouest canadien en quête de vengeance.
Roman laissé inachevé à la mort de son auteur, Starlight déploie la poésie lumineuse et l'exceptionnel don de conteur de Richard Wagamese.
Richard Wagamese (1955-2017) est l'un des principaux écrivains canadiens. Appartenant à la Nation des Ojibwés, il a été régulièrement récompensé pour ses travaux journalistiques et littéraires. En français, des milliers de lecteurs ont découvert ce conteur génial à travers Les Étoiles s'éteignent à l'aube (2016) et Jeu blanc (2017). Wagamese est mort en mars 2017 sans avoir eu le temps d'achever son ultime roman, Starlight. Le voici traduit en français.
Une société britannique est mandatée pour construire un barrage forestier en Inde récemment indépendante. Dans le camp bâti sur le site se côtoient ouvriers britanniques et indigènes, dirigés par l'ingénieur en chef Clinton ; mais aussi les femmes des hauts cadres, notamment Helen, l'épouse de Clinton, que fascinent les conditions de vie des tribus locales, menacées par le chantier.
Malgré les recommandations des ingénieurs indiens, Clinton a décidé que la construction serait achevée en trois ans, mais il se heurte bientôt aux imprévus humains, aux accidents techniques et à la puissance implacable de la nature. Jusqu'à ce que la mousson arrive...
Kamala Markandaya raconte avec la même habileté les défis du chantier, les subtiles mécaniques sociales ou la rumeur incessante de la rivière.
Née à Mysore, Kamala Markandaya (1924-2004) étudie et travaille comme journaliste en Inde, puis s'installe à Londres en 1948. Son premier roman, Nectar in a Sieve (1954) lui vaut un succès mondial. Notamment en France, où plusieurs de ses titres ont été traduits il y a plus de cinquante ans et sont aujourd'hui épuisés. Taraudée par les rapports complexes entre Occidentaux et Indiens, Markandaya est considérée dans le monde anglo-saxon comme une figure de la littérature postcoloniale.
Une jeune fille se travestit en homme pour servir aux côtés d'Ulysse. Le grand héros grec est conquis au point qu'elle entre avec lui dans les entrailles du cheval de Troie. Après la guerre, qui l'a mortifiée, elle débarque toujours avec Ulysse et ses soldats sur l'île du cyclope Polyphème. Après le fameux épisode, elle abandonne le Grec, qui la subjuguait tant, et redevient femme prête à ne plus jamais se sentir piégée comme elle l'a été auprès d'Ulysse. Alors elle accomplit, d'abord avec hésitation et profonds scrupules, puis avec détermination, la requête de la belle Shilo qui lui demande de crever l'oeil des trois derniers cyclopes mâles de l'île. Alors Shilo lui fera connaître l'amour.
Voici un texte pacifiste à la grâce austère, écrit par un homme à la gloire des femmes.
Sébastien Ménestrier est né en 1979. Il est pianiste et professeur des écoles. Son premier roman Pendant les combats (Gallimard, 2013) a été finaliste du prix Goncourt du Premier roman et lauréat du festival du premier roman de Chambéry 2014.
À Genève, où il est né, à Kyoto, qu'il a follement aimée, à Trébizonde, en Azerbaïdjan, à Ceylan et en Inde centrale, Nicolas Bouvier a toujours écrit de la poésie. « [Elle] m'est plus nécessaire que la prose, expliquait-il, parce qu'elle est extrêmement directe, brutale - c'est du full-contact ! » Pourtant il ne fit paraître qu'un unique recueil de poèmes, Le Dehors et le Dedans. Composé de 44 textes écrits entre 1953 (le départ en voyage avec Thierry Vernet) et 1997 (quatre mois avant sa mort), ce recueil est paru pour la première fois en 1982. Bouvier le retravaille à quatre reprises et autant d'éditions, il s'y met à nu : de tous les livres de l'écrivain, c'est celui qui propose la plus ample et la plus intime traversée de son existence.
Nicolas Bouvier (1929-1998) est un des plus grands auteurs de langue française de la deuxième moitié du 20e siècle, voyageur, photographe et iconographe.
"Délicatesse: ce n'est pas toujours une qualité en littérature, mais ici oui. Les questions sont hautement explosives, le texte, comme une toile tissée d'échos subtils ; la sirène est la métaphore filée qui nage avec un mouvement d'aiguille, dessus, dessous, on lie, on recoud, on répare, on avive, on suture, on plonge dans les abysses, le naufrage est toujours possible mais l'île n'est jamais loin. La cérémonie des adieux à la mère, pour reprendre la belle expression de Beauvoir, est au premier plan. La narratrice murmure, ne distribue pas des rôles de tragédiennes emphatiques aux femmes de sa famille, qui n'en auraient pas voulu. La voix est douce, apaisante. Parle tout bas, si c'est d'amour, au bord des tombes, écrivait P-J Toulet."
Eric Chevillard
Colombe Boncenne vit à Paris, elle a reçu le prix Fénéon et a été lauréate du Festival du premier roman à Chambéry avec Comme neige (Buchet Chastel, 2016).
Ella Maillart (1903-1997) a été l'une des voyageuses les plus audacieuses de la première moitié du XXe siècle. Nous publions aujourd'hui une partie importante de la correspondance tenue avec sa mère à l'époque de ses pérégrinations. Écrites sur le vif, ces lettres saisissent au vol les humeurs du moment et les impressions du lieu, annoncent les projets d'itinéraires, esquissent des réflexions sur l'Orient et l'Europe. Accompagnées de nombreuses photos prises pendant ses expéditions, elles sont un témoignage irremplaçable des élans d'Ella Maillart vers l'ailleurs, de ses voyages au jour le jour, de son cheminement intérieur.
En faisant parler Max le patriarche débonnaire et Mary sa femme américaine, puis Joson le grand-père voyageur et Dora la bien-aimée grand-mère, Marie Gaulis raconte le lieu aimé de l'enfance, une terre savoyarde à la fois réelle et rêvée. Dans le château familial, la peinture s'écaille, les canalisations gèlent, les guerres passent. Tandis que les aïeux, désormais âmes légères comme des oiseaux, se confient, honnêtes, la narratrice se souvient, réfléchit et se console. Dans Le Royaume des oiseaux, Marie Gaulis saisit la place que prennent parfois malgré nous les légendes et les rituels ancestraux et les confronte à la nature si sensuelle et à la vie d'aujourd'hui.Marie Gaulis vit à La Chaux-de-Fonds. Elle a écrit plusieurs ouvrages, parus aux éditions de l'Aire et chez Métropolis, avant de publier chez Zoé Lauriers amers et Le Rêve des Naturels. Elle a également traduit et adapté des pièces du théâtre d'ombres grec, Karaghiozis et le château des fantômes, pour Les Classiques du Monde (Zoé). Marie Gaulis a un fort penchant pour la sauvagerie primitive des mondes perdus, les vieilles mythologies, le paganisme méditerranéen et les salles de bain avec baignoire.
À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n'a jamais mis les pieds en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l'inspiration depuis sa Normandie natale. C'est l'hiver, le froid ralentit tout, la cuisine de poissons peut être dangereuse, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et les coups de crayon danser sur le papier : une attirance fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l'écume transporte le lecteur dans un univers d'une richesse et d'une originalité rares, à l'atmosphère puissante.
Pendant 3 mois, un jeune couple traverse les Etats-Unis en voiture. Ciels, villes, animaux, tout les émerveille. Ils en profitent pour vérifier les clichés européens sur l'Amérique. Elle interviewe les stars et tente de distinguer le vrai de la fiction; lui photographie les geais bleus, les faucons pèlerins ou les loups. Elle assiste à un mauvais match de baseball, ils traversent les incendies. La narratrice a pourtant un autre objectif: dire à son compagnon son amour pour lui... et celui qu'elle voue à un autre. Si elle ne cesse de retarder le moment de parler, elle reste déterminée à aimer deux hommes à la fois.
Dans ce roman sur l'Amérique et l'amour libre, la narratrice procède à une enquête passionnée. Un va-et-vient vertigineux entre exaltation et blessures, détermination et doutes.
Prix Nicolas Bouvier au Festival Etonnants voyageurs à Saint Malo pour Chroniques de l'Occident nomade (Zoé, 2012 et Zoé Poche, 2013), Aude Seigne a ensuite publié Les Neiges de Damas (Zoé, 2015 et Zoé Poche, 2022) et Une toile large comme le monde (Zoé 2017 et J'ai lu, 2019).
Liv, une orpheline bègue « douée en rien », vit avec Zed, son frère, à Terre-des-Fins. Ville minière au bord du gouffre, le lieu ne doit sa survie qu'à la renommée internationale de Mitch Cadum, un artiste travaillant les pierres toxiques des mines. Chaque mois, pour approvisionner « Terdef », un train chargé de marchandises arrive de la capitale : Liv et Zed le braque systématiquement pour se nourrir. Mais leur quotidien est surtout centré autour des graffitis que tous deux réalisent sur les wagons. Lorsqu'un jour, débarque à Terre-des-Fins une jeune femme brillante et ambitieuse, grande admiratrice de Mitch Cadum, la vie de Liv va changer du tout au tout.
Daniel Vuataz, Aude Seigne et Bruno Pellegrino sont membres du collectif littéraire AJAR. Daniel est auteur pour le cinéma, la comédie musicale, la scène. Aude sort en janvier son quatrième livre, L'Amérique entre nous. Bruno, après Dans la ville provisoire, travaille à son nouveau roman depuis l'Italie. Ensemble, ils ont créé une écriture qui conjugue vitesse, observation et amour de la narration.
Tout le monde l'appelle Le Chinois et se moque doucement de lui, de ses poèmes et de ses « théories à la con ». L'année de ses quinze ans, le narrateur s'est épris de Rosalba. Elle, elle n'a rien vu ; c'est l'héritier de la prospère Casse automobile qu'elle épousera. Au fil du temps, cet amour non partagé s'est librement déployé dans l'imagination de l'amoureux. Le jour où Rosalba disparaît, la police diffuse un appel à témoins. Pour comprendre cette histoire dont il perd sans cesse le fil, Le Chinois interroge les proches de Rosalba. Leurs voix dessinent l'inquiétant motif d'un miroir brisé. Anti-polar et célébration de la folie amoureuse, Malencontre rappelle qu'en littérature comme dans la vie, vérité et imaginaire ne sont pas antagonistes.
Jérôme Meizoz, né en Valais, vit à Lausanne. Lauréat d'un Prix suisse de littérature 2018 pour Faire le garçon (Zoé, 2017), il a notamment publié : Morts ou vif (Zoé, « Livre de la Fondation Schiller 2000 »), Les Désemparés (Zoé, 2005), Père et passe (En bas, 2008), Séismes (Zoé, 2013), Temps mort, préface d'Annie Ernaux (2014), Haut Val des loups (Zoé, 2015) et Absolument modernes ! (2019).
Onze chapitres pour onze moments de la vie d'Agota Kristof, de la petite fille en Hongrie qui dévore les livres à l'écriture de ses romans. Les premières années heureuses, la pauvreté après la guerre, l'amour des mots, la rupture du « fil d'argent de l'enfance », puis l'adolescence, et finalement l'exil, qui ne la conduit pas seulement hors d'un pays mais surtout hors d'une langue. C'est avec effroi qu'elle se constate « analphabète », face au français qu'elle va devoir apprendre à son arrivée en Suisse. Phrases courtes, mot juste, lucidité et humour : le monde d'Agota Kristof infuse dans ses romans comme dans L'Analphabète, son unique texte autobiographique.
Née en 1935, Agota Kristof fuit la Hongrie en 1956, par la forêt, à pied, son bébé contre elle : elle a 19 ans. Le hasard veut qu'elle s'installe en Suisse à Neuchâtel, où elle travaille tout d'abord dans une fabrique de montres. Elle y apprend le français, puis écrit pour le théâtre. En 1986, elle devient célèbre avec son premier roman, Le Grand Cahier. Deux autres livres suivent, La Preuve et Le Troisième Mensonge, complétant une trilogie mondialement connue. Agota Kristof est décédée en 2011.
L'adolescence heureuse de Maiko entre Bruxelles et Hong Kong a volé en éclat le jour où son père, microbiologiste de renommée internationale, a disparu. Revenue d'une plongée dans la drogue, la jeune femme se lance à corps perdu sur les traces de son père, même s'il lui faut arpenter les quatre coins du monde, talonnée par de mystérieux poursuivants, et affronter ses propres démons.
Dans ce récit d'une fuite en avant autant que d'une reconstruction, Sonia Molinari instille son talent pour croquer atmosphères et personnages. C'est sans hésiter que l'on s'embarque à la suite de Maiko, héroïne rebelle, fragile et attachante.
Sonia Molinari vit près de Neuchâtel, où elle enseigne le flamenco. Avant ça, elle a entre autres travaillé comme hôtesse de l'air et appris à parler cinq langues, un peu comme son héroïne, Maiko Saez. Ne pas laisser le temps à la nuit est son premier roman, qu'elle a porté et peaufiné pendant six ans. Sonia Molinari dit qu'elle est spectatrice de ses personnages et de leur vie. Elle les observe et les transcrit avec l'intuition puissante d'une conteuse.
Claire, qui vit en Europe, passe l'été à Tokyo chez ses grands-parents. L'objectif de plus en plus lointain de ce séjour est d'emmener ces derniers en Corée renouer avec leur pays qu'ils ont fui pendant la guerre civile il y a plus de cinquante ans.
Claire partage son temps entre le quartier coréen de Tokyo, l'appartement des grands-parents et le monde de la petite Mieko, dont elle doit s'occuper pendant les vacances d'été japonaises.
L'écriture précise et dépouillée d'Elisa Dusapin parvient à plonger le lecteur dans une atmosphère intime de douceur et de violence feutrée. Elle excelle à décrire l'ambivalence propre aux relations familiales : les cruels malentendus comme l'amour entre les personnages sont d'une puissante justesse.
Née en 1992 d'un père français et d'une mère sud-coréenne, Elisa Dusapin grandit entre Paris, Séoul et Porrentruy. Pour son premier roman paru aux Editions Zoé, Hiver à Sokcho elle reçoit le Prix Walser, le Prix Alpha, le prix Régine Desforges, et est lauréate de l'un des prix Révélation de la SGDL.
Voici un livre sur Damas qui ne parle pas de Damas. C'est un hivernage intime, un trajet de taupe, un enfouissement. Une saison d'hiver passée en 2008 dans le sous terrain du musée national de Damas à dépoussiérer, photographier et répertorier des tablettes sumériennes. Alice raconte cette aventure six ans plus tard quand la Syrie n'est plus celle qu'elle a connue. Alice est une jeune femme qui, quittant l'adolescence, perd l'illusion que l'âge adulte est un état plane et heureux, qui serait le résultat du chemin tortueux de l'adolescence.
Aude Seigne a de l'appétit, et sa faim est plus grande que le doute, pourtant constant chez elle. Sa curiosité est immense, réjouissante et captivante. Sa finesse d'analyse douce et précise. Son ouverture sur le monde lumineuse. Sur Les Neiges de Damas, elle dit : « C'est un nouveau type de voyage. C'est un livre contre l'obligation de conclure. » C'est un livre de la génération de ceux qui regardent le monde depuis l'après mur de Berlin. Une écriture non pas militante mais engagée d'une grande voyageuse au repos, qui cherche à apprendre à être heureuse avec des questions plutôt que des réponses.
Il faut que j'en finisse avec cette écriture. Cela me fait dévier du droit chemin, ou au contraire me remet dans le droit chemin ? Je ne sais pas. En tout cas je veux travailler et être raisonnable. C'est ridicule, comme si je pouvais être raisonnable. »
L'Etang est un texte de jeunesse que Walser offrit a sa soeur sous forme manuscrite. C'est la seule oeuvre que Walser ait ecrite en dialecte. Elle met en scene le suicide simule d'un adolescent, le jeune Fritz, qui ne se sent aime de personne et voudrait reconquerir l'amour de sa mere. Ce recit cle prefigure la creation future de Walser, maitre des retournements subtils.
Les vingt-quatre episodes de Felix, dialogues et monologues ecrits en 1925, sont issus des microgrammes. Quelques traits d'une psychologie raffinee depeignent avec humour l'eveil de la personne, sa rouerie distanciatrice dans l'affrontement avec les adultes et l'exercice de ses pouvoirs, les nuances de l'affirmation et de la conscience de soi. Le contenu biographique est evident, de meme que dans L'Etang.
Robert Walser (1878-1956) ecrit des sa jeunesse des poemes, de la prose et du theatre. Les breves scenes dramatiques, qui ont marque les debuts et la fin de sa carriere, sont frequemment representees aujourd'hui. Mais elles sont autant a lire qu'a jouer.
Un accident de chasse, le procès, la prison. Simon a pris un homme pour une bête, son ami Luzi avec qui il avait eu une dispute la veille. De retour au village après ses trois années d'enfermement, il doit affronter les regards, il faut être endurant comme un âne pour vivre avec. Pour retrouver une dignité et éprouver sa force et sa solitude, Simon accepte une tâche qu'on ne souhaiterait même pas au diable : une coupe de bois dans l'endroit le plus reculé et le plus difficile de la région.
Une histoire de grandeur humaine dans la nature, d'obstination et de fureur, dans une écriture elliptique et dense.
Oscar Peer, né le 23 avril 1928 à Lavin et mort le 22 décembre 2013 à Coire, est un romancier, dramaturge et philologue suisse qui écrit en romanche et en allemand.
Un homme hanté par son enfance rentre au pays. Il y a grandi aux côtés de Vito, son meilleur ami. Ces deux adolescents en Allemagne de l'Est ont connu une tragédie, l'homme évoque en pointillé la culpabilité qui le ronge depuis, et la tentative de se reconstruire. Car sa vie lui échappe, kidnappée par l'accident avec l'ami. Malgré son épouse et sa fille bien-aimées, les démons de la mélancolie sont réveillés dans ce paysage de l'Elbe, où campent les néo-nazis et où plane l'ombre d'une sourde menace, toujours plus difficile à ignorer. L'inondation de l'Elbe, déluge qui engloutit tout, permet enfin de vraiment recommencer.
Ce premier roman a reçu le prix Robert Walser en 2020. Sa langue, puissamment picturale, maintient une forme de mystère, un suspense envoûtant.
Thilo Krause est originaire de Dresde, où il est né en 1977. Il vit à Zurich avec sa famille depuis des années et travaille à la Haute Ecole Polytechnique de Zurich (EPFZ) dans le domaine de la recherche scientifique. Poète bien établi, aux trois recueils plusieurs fois récompensés et traduits. Presque étranger pourtant, son premier roman, a été récompensé par le Prix Robert Walser en 2020,
Tableau impressionniste d'une bourgade durant la décennie 1970, Séismes raconte le parcours troublant d'un enfant vers l'âge d'homme. Sidéré par la perte de sa mère et l'étrangeté du monde adulte, le narrateur égrène les instants rares où l'existence atteint son maximum d'incandescence. Sa voix, accordée à l'oralité des rues, dit la sensualité des odeurs, du toucher, et donne au récit une épaisseur singulière.
Par une écriture minimale et rythmée, Jérôme Meizoz rejoint l'émotion par l'épure.
Jérôme Meizoz vit en Suisse. Parmi ses ouvrages, Père et passe (Le Temps qu'il fait/En bas, 2008), Temps mort, préface d'Annie Ernaux (En bas, 2014), Haut Val des loups (Zoé, 2015), Faire le garçon, Prix suisse de littérature (Zoé, 2017), Absolument modernes ! (Zoé, 2019).
Préface de Claire Devarrieux
« Quand mère s'est jetée sous le train, il a bien fallu trouver une femme de ménage. »
Jérôme Meizoz, né en Valais, vit à Lausanne. Lauréat d'un Prix suisse de littérature 2018 pour Faire le garçon (Zoé, 2017), il a notamment publié : Morts ou vif (Zoé, «Livre de la Fondation Schiller 2000»), Les Désemparés (Zoé, 2005), Père et passe (En bas, 2008), Séismes (Zoé, 2013), Temps mort, préface d'Annie Ernaux (2014), Haut Val des loups (Zoé, 2015) et Absolument modernes ! (2019).
Japon, Cambodge, Laos, Birmanie, Thaïlande, Sri Lanka, Inde. En septembre 2019, l'écrivain-voyageur Blaise Hofmann s'en va sept mois en Asie, pour la première fois en famille, avec deux filles de 2 et 3. Ce sont de nouvelles contraintes, un temps constamment anticipé, des précautions, des frustrations ; c'est surtout l'émerveillement de voyager avec les yeux de celles qui sont à la maison où qu'elles se trouvent.
C'est l'occasion aussi de retrouver un continent, transformé, standardisé, peuplé de gens comme lui, des touristes hypermodernes et légèrement enfantins. Blaise Hofmann livre un texte introspectif, aussi critique qu'ébloui, même quand un virus s'impose comme personnage principal de ce qui est peut-être le dernier récit de voyage d'avant la pandémie de Covid-19.
Né en 1978, Blaise Hofmann est l'auteur d'une douzaine de romans, récits de voyage et livres jeunesse ; il a notamment publié Estive (Zoé, 2007), le journal de bord d'un moutonnier, qui a obtenu le Prix Nicolas Bouvier 2008 au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo.