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L’experte nommée à l’époque par le juge d’instruction Fabrice Burgaud a commis un livre publié l’an dernier: «Outreau, la vérité abusée». «Dans un souci de réhabilitation du rôle de l'expert, elle décrypte avec minutie dans son ouvrage l'approche méthodologique "très codifiée et très expérimentée des expertises, avec plus de quarante critères de validation", qui lui a permis de retenir comme crédibles les traumatismes racontés pour 15 des enfants.»
«... la psychologue revient sur "le rôle dévastateur" qu'ont joué, selon elles, les avocats de la défense "en utilisant pour stratégie la démolition du travail des experts. Nous étions les monstres à abattre, et moi la première.»
Ce livre voudrait rappeler qu’il y a eu des enfants victimes d’abus à Outreau. Mais son but semble surtout de réhabiliter les experts - et elle-même. A sa place, ayant été publiquement récusée lors du procès (à cause des liens qu’elle avait avec la partie civile par le biais de son association d’aide aux enfants), on la comprend...
Pour mémoire:
«Marie Christine Gryson, affirmant en tant que "psychologue, responsable d’une structure d’accueil aux victimes" à Hazebrouck (Nord) : "nous disposons d’une méthodologie fiable pour déterminer si un enfant dit la vérité.»
Or:
«Le procès en appel des six personnes condamnées en première instance s'est tenu en la Cour d'assises de Paris. ... Durant l'audience, les expertises psychologiques ont également été remises en cause, tant elles ont paru biaisées et peu sérieuses. Les dénégations de deux enfants qui ont reconnu avoir menti ont également participé à affaiblir l'accusation. Jean-Luc Viaux, expert psychologue, avait déclenché une polémique par ses déclarations sur le tarif des experts comparables à ceux pratiqués par les femmes de ménage, produisant "des expertises de femme de ménage.»
«Les acteurs sociaux sont également mis en cause, notamment les experts psychiatriques et les professionnels (assistants sociaux, etc.) ayant recueilli la parole de l'enfant, mais aussi les associations de protection de l'enfance accusées de faire du lobbying et d'exercer une forte pression sur les juges en dressant le spectre du scandale.»
A propos de Madame Gryson voici ce que l’on peut lire:
«Désignée par le juge d'instruction Fabrice Burgaud, Marie-Christine Gryson avait examiné 16 mineurs victimes, dont 11 toute seule, et avait souligné leur crédibilité.»
Mais elle était liée à la partie civile:
«En clair, Marie-Christine Gryson, omniprésente dans le Pas-de-Calais, n'aurait pas dû intervenir dans le dossier d'Outreau. « Ce choix n'était pas le meilleur que pouvait faire le juge Burgaud », ironise Me Hubert Delarue, conseil de l'accusé Alain Marécaux, rappelant que le conseil général avait prudemment souligné sa « proximité » avec cette psychologue...»
«La défense reprochait également à l'experte son comportement à la barre. « Il ne s'agit pas seulement d'être impartial, il faut en donner l'apparence », précise Me Berton. Aux yeux de la défense, la psychologue s'est montrée « passionnée » et « militante » en exposant le fruit de ses rencontres avec les petites victimes présumées. Elle se serait trop impliquée personnellement, trahissant cet investissement en appelant avant-hier encore les parties civiles « mes enfants .»
Quant à l’expert M. Viaux, auteur de copiés-collés:
«L'expert a finalement mis en cause une confrère avec qui il a signé le rapport, Marie-Christine Gryson.
...
Sur une question de la défense, Jean-Luc Viaux a ensuite reconnu avoir recopié pour les quatre enfants expertisés les mêmes conclusions, au mot près et à la faute de frappe près. "Sont (sic) témoignage reste mesuré", lit-on dans son rapport à quatre reprises.
Dans les couloirs, l'expert, furieux, a expliqué à la presse que son travail était médiocre en raison d'une rémunération médiocre. "Quand on paie des experts aux tarifs d'une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage", a-t-il dit.»
Selon la Commission parlementaire qui a enquêté sur Outreau, :
«Des doutes peuvent être émis, comme l'a relevé Mme Annie Sanctorum au cours de son audition du 7 mars 2006, sur la possibilité, pour un seul expert, de réaliser la totalité des expertises de victimes dans une affaire aussi complexe. De plus, en ne sollicitant que deux experts pour examiner plus de quarante sujets, le magistrat s'interdisait de disposer de différents points de vue sur les personnalités des parties au procès.
Ce choix était d'autant plus malheureux que l'impartialité de Mme Marie-Christine Gryson-Dejehansart pouvait faire l'objet d'interrogations.»
«Mme Marie-Christine Gryson-Dejehansart, à laquelle avait été confiée la réalisation des expertises psychologiques de 16 mineurs, a été récusée pendant le procès d'assises de Saint-Omer après la remise en cause de son impartialité par plusieurs avocats. Il s'est avéré que Mme Gryson-Dejehansart était, depuis 2000, présidente de l'association « Balise la vie », association ayant pour objet « de prendre en charge les enfants une fois que le processus judiciaire est terminé »212. Cette association était subventionnée par le département du Pas-de-Calais, qui par ailleurs était partie civile au procès dans lequel Mme Gryson-Dejehansart intervenait comme expert. Le président de la cour d'assises de Saint-Omer a pris acte de cette situation en commissionnant d'autres experts pour réaliser de nouveaux examens des mineurs.»
«M. Jean-Luc Viaux a expliqué, pour sa part, devant la commission d'enquête, comment il avait réalisé en commun avec Mme Marie-Christine Gryson-Dejehansart les expertises de quatre enfants. Leur accord sur le fond des analyses les avait amenés à ne pas faire état des divergences de formulation qu'ils avaient pourtant eues et des différences entre les méthodes adoptées par chacun d'entre eux. Ces différences, a expliqué M. Jean-Luc Viaux, les avaient tout de même conduits « à trancher de manière un peu systématique » leurs conclusions.
On peut s'interroger sur la rationalité de cette systématisation qui a peut-être contribué, par ailleurs, à cette mauvaise interprétation faite, selon M. Jean-Luc Viaux, des conclusions de ses expertises. Elle a de plus abouti à proposer pour chacun des enfants des réponses identiques pour la majorité des questions posées. Cette coexpertise a ainsi amené à l'uniformisation quasi mécanique des conclusions.
Il est à noter que les dispositions de l'article 166 du code de procédure pénale font obligation aux experts d'indiquer dans leurs rapports, non seulement leurs différences d'avis mais aussi leurs éventuelles réserves sur les conclusions communes.»
Quant au conflit d’intérêt de Mme Marie-Christine Gryson-Dejehansart, il est très clairement relevé par la Commission parlementaire qui fait état d’une note selon laquelle 4 des enfants devraient être confiés à cette psychologue. Elle aurait dû se récuser d’elle-même.
«Dans cette note en date du 12 avril 2001 Mme Claire Beugnet, responsable de service, fait part en effet de son souhait de confier la prise en charge psychologique de quatre enfants cités dans l'affaire d'Outreau à Mme Marie-Christine Gryson-Dejehansart, ce à quoi faisait obstacle sa nomination en tant qu'expert ; il y est demandé « de revoir la question avec M. Burgaud ». Ce dernier a déclaré devant la commission d'enquête ne pas avoir souvenir de ce document.
Il apparaît ainsi que si le magistrat instructeur a ignoré les liens de cet expert avec les parties civiles au procès, ni le magistrat du parquet, qui selon Mme Marie-Christine Gryson-Dejehansart connaissait les activités de son association ni le juge des enfants ne l'ont informé de ce risque de confusion d'intérêts.
En tout état de cause, il revenait à Mme Marie-Christine Gryson-Dejehansart de renoncer à cette mission.»
En ce qui concerne la notion de crédibilité des personnes expertisées, il faut une fois pour toutes être extrêmement clair: La notion de crédibilité en psychiatrie signifie que la personne n’est pas une affabulatrice pathologique. C’est tout. Cela ne donne aucune véracité aux faits supposés, car la personne peut inventer ou mentir sans être une personne pathologique. Aucun expert sérieux ne peut se substituer à la justice et déclarer vrais les faits supposés. L’expert n’y était pas. La Commission parlementaire le rappelle explicitement:
«Le principe est clairement posé : aussi élevé que soit un degré de crédibilité, nul ne peut en déduire une vérité.»
«En entretenant une proximité illusoire avec la notion de véracité, cette hyperbole (de Mme Grison, ndlr) a donné une assise à l'argumentation du réquisitoire définitif du procureur de la République, de l'ordonnance de mise en accusation et de l'arrêt de renvoi de la chambre de l'instruction.»
«Comprise de cette manière, la crédibilité est mentionnée dans le corps même des attendus de certaines décisions. Par exemple, il y est fait référence dans une ordonnance rendue par le juge d'instruction M. Cyril Lacombe, le 31 décembre 2002, relative à une saisine du juge des libertés et de la détention suite à une demande de mise en liberté de M. David Brunet : « attendu [...] que tant les mis en examen qui reconnaissent les faits que les enfants de M. et Mme Delay ont été reconnus crédibles par les experts [...] » La crédibilité est ici utilisée comme un élément suffisamment probant pour argumenter une demande de maintien en détention.»
Ainsi, Madame Gryson peut écrire tous les livres qu’elles veut: tant qu’elle confond crédibilité et véracité du récit, elle se trompe lourdement et déroge à sa qualité d’expert, comme elle y a dérogé en ne se récusant pas d’elle-même alors qu’elle ne présentait pas les qualités d’impartialité indispensables. On ne peut voir cette thèse (crédibilité = véracité) être étalée sans rappeler un principe fondamental à ce sujet.
De plus c’est une aberration de nommer un seul expert pour l’ensemble des enfants. Comme de lui laisser lire le dossier avant les expertises. Dans de telles circonstances, comment ne pas se construire une histoire dans sa tête et finir par y croire?
Ayant reçu deux commentaires de sa part sous un de mes billets, où elle annonce le tournage d’un film d’après son livre, j’ai estimé nécessaire de faire cette mise au point.
On peut comprendre qu’elle tente de se réhabiliter, mais elle ne peut continuer à mélanger crédibilité et véracité ni à défendre sa partialité.