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Est-ce le dernier tabou du football féminin? Coupe du monde 2023: les femmes jouent, les femmes entraînent, les femmes arbitrent, les femmes officient comme consultantes aux côtés d'un journaliste ou analysent sur les plateaux télé. Mais pratiquement aucune femme ne commente les matchs en direct. Une Allemande figure parmi les rares exceptions: Claudia Neumann. Et elle le paie cher.
Avant même le coup d'envoi de la finale de Ligue des champions entre Manchester City et l'Inter Milan, en juin dernier, les critiques pleuvaient sur la journaliste. #Neumann est devenu une curée sur tous les réseaux sociaux. La commentatrice de la chaîne allemande ZDF était abreuvée d'insultes avant même d'avoir prononcé une seule syllbae. Morceaux choisis: «Assistante dentaire non qualifiée». «Alibi de la diversité».
Claudia Neumann est entrée dans l'histoire: elle est devenue la première femme à commenter une finale de Ligue des champions à la télévision allemande. Pendant le match, cependant, elle a fait quelques fautes de vocabulaire. Les réactions sur le net se sont déchaînées: «Neumann n'est plus supportable, jetez enfin ce vieil homme dehors.»
ZDF a pris position dans un communiqué: «Claudia Neumann est une commentatrice professionnelle et expérimentée, ce qu'elle a une fois de plus prouvé lors de la finale de la Ligue des champions. Une critique constructive et factuelle de son travail est parfaitement naturelle. Ce qui est totalement intolérable, en revanche, c'est le niveau de haine et d'insulte.»
Le sport, en particulier le football, est consommé à l'écran par de nombreux téléspectateurs masculins. Du moment qu'elles interviennent en studio ou en appui d'un commentateur, les femmes sont aujourd'hui tolérées par les fans et les joueurs sur presque toutes les chaînes. Exemple avec l'ex-internationale Laure Boulleau sur Canal+ 👇
Mais cette tolérance s'arrête avec les commentaires en direct. Pourquoi? «Les femmes commentatrices ont du mal dans le football», confirme Mario Nauen, patron du football chez Sky Allemagne. La compétence professionnelle est la base du commentaire, qui s'applique autant aux femmes qu'aux hommes. La grande différence est la forme de critique non objective à laquelle les commentatrices sont le plus souvent exposées. Leur travail ne demande pas seulement de l'expertise, mais du courage. «Il ne suffit pas de vouloir, il faut aussi savoir à quoi s'attendre», admet Mario Nauen.
L'organisation «Le football peut faire plus», au sein de laquelle figure la pionnière Claudia Neumann, oeuvre notamment à l'égalité des sexes et à la diversité dans le football, ce qui inclut la promotion des femmes en tant que commentatrices. Sky Allemagne fait partie du projet et s'est fixé pour objectif de développer des commentatrices à long terme.
Pour y parvenir, le diffuseur puise dans le vivier de footballeuses professionnelles. «Dans le football masculin, les femmes sont toujours confrontées à une opposition violente qu'elles doivent endurer», observe Mario Nauen, qui ne veut pas s'engager pour un quota féminin à l'avenir. Néanmoins, le patron de Sky souhaite que la relation homme-femme change. «L'objectif est l'intégration des femmes et au final peu importe qu'un homme ou une femme commente un match de football.»
Le professeur d'éthique lucernois Peter G. Kirchschläger rappelle que, historiquement, «les gens excluent ce qui pourrait être dangereux pour eux». Kirchschläger condamne les commentaires haineux: «Le moment est venu depuis longtemps de dénoncer ces violations discriminatoires et de les rejeter clairement.»
«Les hommes ont eu plus de pouvoir dans la société que les femmes pendant très longtemps et ils continuent d'en jouir, poursuit le Professeur. On le voit dans les associations sportives, par exemple. Les femmes comme Claudia Neumann sont des pionnières. Les changements sociaux ne peuvent être portés que par des actes héroïques. Mais ces actes exigent beaucoup de l'individu.»
En Suisse aussi, les commentatrices de football sont rares. En clair: il n'y en a pas. Le monde du football reste entre les mains des hommes. Des journalistes comme Elodie Crausaz ou Marie Annette Fetscherin animent des émissions et gravitent autour du football, mais le commentaire en direct reste essentiellement un travail d'homme. La patronne de Blue Sport, Claudia Lässer, le résume ainsi:
Si une femme avec un haut niveau d'expertise, une voix agréable et suffisamment de vivacité d'esprit, passait un casting, «je l'embaucherais immédiatement», soutient Claudia Lässer. Mais trouver une femme avec suffisamment de passion, d'expertise et de résilience est très difficile.
Résilience: le mot-clé. Susan Schwaller, rédactrice en chef des sports à la télévision alémanique (SRF), essaie - comme d'autres diffuseurs - de former des commentatrices pour les matchs en direct. Schwaller voit le principal problème dans le fait que les femmes compétentes ne veulent pas s'exposer:
Des exemples comme ceux de Michèle Schönbächler, ex-commentatrice sur la Coupe du monde de ski, montrent qu'il est même difficile d'installer des femmes dans d'autres sports. «Elles élèvent parfois la voix dans des situations émotionnelles et ces seuls "cris" peuvent conduire à des dénigrements violents», témoigne Schwaller. Après un seul hiver et de nombreuses critiques, Schönbächler a décidé de renoncer au ski alpin. Aujourd'hui, elle commente avec succès les sports équestres, où elle est moins exposée que dans le sport national qu'est le ski.
Les chaînes de télévision en Suisse, et apparemment aussi en France et en Allemagne, ne renoncent pas à impliquer des femmes dans le commentaire en direct du football. Mais c'est un combat particulièrement difficile qui, jusqu'ici, semble singulièrement manquer de combattantes.
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