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Colloque: La gouvernementalité biopolitique et la crise globale du politique
Dernière mise à jour le 27 septembre 2012
La Haute école pédagogique du canton de Vaud organise un colloque sur le thème de "la gouvernementalité biopolitique et la crise globale du politique" du 3 au 5 octobre 2012.
Ce colloque est organisé autour des travaux liés au Projet de Recherche du Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique: «la governamentabilità biopolitica e la crisi globale del politico. Il contributo della filosofia interculturale alla creazione di modelli di razionalità alternativi». Un projet dirigé Jean-Louis Chancerel avec la collaboration de Giovanni Leghissa et Severino Ngoenha.
Le théories économiques néolibérales et la construction d'une théorie de la justice
Une partie importante du colloque concerne le rapport entre les théories économiques néolibérales et la possibilité de construire une théorie de la justice.
Le cœur autour duquel tourne la conception néolibérale du monde est donné par un modèle de rationalité économique qui se présente en mesure d’expliquer chaque aspect du comportement humain. Ce qui a des conséquences immédiates au niveau éthique et politique. Comment le fait de soutenir que les comportements altruistes, ou plus généralement, non déterminés par l’intérêt et le calcul soient alternatifs par rapport à l’usage économique, même si ceux-ci sont en fait expliqués comme une variante du comportement qui vise à l’optimalisation?
Comment concevoir une théorie de la justice qui tienne compte de la solidarité entre les membres de l’espèce humaine, si la théorie économique néolibérale nous invite à concevoir la résolution des problèmes posés par une distribution inégale des ressources comme étant une variante de la théorie du marché?
Comment est-ce possible de défendre la valeur de la participation démocratique contre les mécanismes qui gouvernent les décisions collectives si, à la lumière de la théorie néolibérale, la même activité politique se trouve réduite à un calcul du consensus?
Et enfin, comment justifier l’autonomie de la sphère politique par rapport à celle économique si les mêmes institutions publiques qui agissent dans le pays ou pour le pays se comportent en suivant les mêmes critères qui guident l’action d’une entreprise?
À partir de cette question, d’un côté, le fait de reconstruire la genèse du modèle de la rationalité néolibérale devient important afin de comprendre comment celui-ci a pu étendre les propres exigences/prétentions hégémoniques. De l’autre côté, il s’agit d’ouvrir la route vers un modèle éthico-politique capable de conduire à un nouvel équilibre entre rationalité économique et principes de justice.
Le noyau épistémologique des théories néolibérales
Un second moment de la discussion regarde le noyau épistémologique des théories néolibérales. Celles-ci ont subi diverses contestations, toutefois les départements de l’économie du monde entier continuent de rester fidèles au modèle de la Rational Choice Theory. En effet le (présupposé) pouvoir heuristique de cette dernière permet de présenter la science économique comme si elle était une science naturelle.
Pendant le colloque, c’est avant tout la portée épistémologique de cette naturalisation de l’économie qui sera examinée, en cherchant à reconstruire, au moins sommairement, l’histoire des théories économiques qui sont nées avec l’École de Chicago et qui par la suite se sont imposées au niveau mondial.
C’est seulement grâce à une telle approche historico-généalogique qu’il devient possible d’insérer la théorie économique néolibérale dans son contexte historico-culturel afin d’indiquer quels principes de nature non scientifique sont opérants.
À côté de cette historicité des théories de l’École de Chicago, il est nécessaire de faire interagir le discours économique avec les résultats obtenus par d’autres disciplines, qui ont donné vie à des programmes de recherche dans lesquels on enquête sur les mêmes objets que ceux que le savoir économique a choisi d’étudier.
À partir de la psychologie comportementale et de la neuroscience, depuis quelques décennies, le regard sur les interactions humaines s’est amplifié autant dans la condition de marché ou concurrentiel que dans les contextes coopératifs. Tant les confirmations que les profondes contestations du modèle épistémique qui s’inspire de la Rational Choice Theory peuvent provenir de ces champs disciplinaires.
Les conséquences sociales et politiques du néolibéralisme à l’échelle globale
Un troisième point regarde les conséquences sociales et politiques du néolibéralisme à l’échelle globale. La théorie économique inspirée par les principes néolibéraux informe depuis des décennies les choix politiques engagés par les gouvernements et les agences transnationales. Désormais il semble plus clair que de tels choix politiques ont profondément influencé les agencements /organisations politiques et sociales des nations entières, aussi par la manière par laquelle les états conçoivent la propre action en qualité d’acteur global.
En parallèle à cela, il faut se demander comment le contexte des choix issus des politiques néolibérales conditionne la redistribution de la richesse à l’échelle globale. Et encore: Dans quelle mesure celle-ci agit-elle dans les rapports entre le Nord et le Sud de la planète? Quelle configuration acquise – et quel rôle – joue la nouvelle élite globale qui s’est liée au capital financier ? Y a-t-il un risque que telle nouvelle élite s’empare à son propre avantage des mécanismes du marché global, en empêchant la création d’un cadre juridique transnationale capable de gouverner équitablement les processus de globalisation?
Enfin: il se profile peut-être à l’horizon une sorte de “nouvel âge féodal”, dans lequel non seulement les agences de gouvernement d’état, mais également les grandes corporations, jusqu’à hier moteur de la croissance économique, se retrouveraient asservies aux intérêts de la nouvelle élite financière, laquelle peut exercer un pouvoir de chantage envers toutes autres instances de pouvoir en vertu de l’accès à la richesse financière?
Grâce à l’articulation de telles demandes, il devient possible de construire le fond théorique nécessaire pour penser dans quelle mesure se pose actuellement la question des rapports entre le local et le global d’une part, d’autre part, la question de la soi-disant gouvernance globale – la question donc de l’architecture politico-juridique qui doit assumer le monde afin de faire face aux défis posés par le néolibéralisme. Pour répondre à ce défi, il nous apparaît nécessaire de se diriger vers les outils théoriques développés par la philosophie interculturelle. Depuis son début celle-ci a posé la question de la justice globale en tant que question préliminaire. L’enjeu ici est, d’une part, de prendre en compte la nécessité de «traduire» dans les langages de chaque tradition les principes de justice et d’égalité qui relèvent des Lumières européennes, et aussi, d’autre part, de donner expression à une exigence d’universalisme qui ne se laisse pourtant réduire à la seule voix issue de la modernité occidentale.
Quels modèles alternatifs?
Nous avons alors réfléchi à des modèles alternatifs possibles. Nous sommes tous tombés d’accord qu’une interculturalité, comme envisagée par un certain nombre de penseurs surtout du Sud mais aussi du Nord, peut constituer une alternative réelle et crédible à l’ultralibéralisme dominant.
Les questions auxquelles nous essaierons d’apporter des éléments de réponse sont les suivantes: Qu’est-ce qu’une philosophie interculturelle? Et dans la mondialisation, qu’est-ce qui correspond à une philosophie interculturelle?
D’autres questions, celles-ci plus en rapport avec le domaine éducatif, pédagogique.
Dans l’ère de la mondialisation des systèmes éducatifs, avec l’hégémonie de la pédagogie de la maîtrise et l’influence de l’École de Chicago, le pouvoir de l’État face à l’éducation et à la formation, ne serait-il pas illusoire? Quel(s) rôle(s) jouent les organismes internationaux?
Comment les systèmes éducatifs peuvent-ils gérer les flux d’informations avec la montée en puissance depuis quelques années déjà des technologies de l’information et de la communication?