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Définition
La différence essentielle entre les méthodes de dopage classiques et le dopage génétique réside dans le fait que l’apport de substances à l’organisme, telles que les anabolisants, les hormones ou le sang, est remplacé par l'apport de matériel génétique ou de substances qui servent à l'altération de la régulation de l'expression génique.
Il s'agit d'un matériel génétique, c’est-à-dire de substances capables d'influencer directement la croissance musculaire, le catabolisme des graisses ou la production des hormones correspondantes dans l'organisme. Ainsi, le dopage génétique pourrait, à l'avenir, compléter ou même rendre superflu les méthodes de dopage classiques, étant donné qu'il transforme le corps en sa propre usine de dopage. C'est ici précisément que se trouve l'origine du danger énorme engendré par le dopage génétique, car, une fois déclenchés, les processus sont irréversibles.
Le rôle des gènes dans le sport
Chaque être humain est porteur de gènes déterminant son aptitude à exercer telle ou telle activité. Ainsi, dans le sport, les uns sont dès le plus jeune âge plus rapides que les autres, alors que certains sont plus forts, plus grands ou plus habiles sur le plan de la coordination psychomotrice. Tout est dans les gènes. Néanmoins, la formation définitive du génotype d'un individu (caractère, préférences, caractéristiques physiques, etc.) est également déterminée par l'influence de l'environnement sur chaque individu.
Les gènes forment la base du potentiel sportif
La dépendance du potentiel sportif de la base génétique est facile à reconnaître à l'aide de quelques exemples:
- les sprinters les plus rapides sont des athlètes de couleur;
- les meilleurs marathoniens viennent d'Afrique orientale;
- les Asiatiques sont avantagées par leur stature et dominent la gymnastique artistique;
- et les Européens se distinguent en l'haltérophilie.
Il est scientifiquement prouvé que les muscles des sprinters se contractent particulièrement vite, mais ils se fatiguent aussi rapidement. Les muscles des coureurs de fond, en revanche, se contractent plus lentement mais ils disposent, par contre, d'une bien meilleure résistance. Une fois de plus, la différence réside dans les gènes.
Dopage génétique par détournement de la thérapie génique
L'objectif de la recherche médicale n'est pas de développer des méthodes génétiques à des fins de dopage génétique dans le sport, mais de s'en servir pour guérir des maladies héréditaires à l'aide de thérapies géniques. En effet, de nombreuses maladies sont d'origine génétique: l'immunodéficience, la dystrophie musculaire et le diabète de type 1 n'en sont que quelques exemples. L'idée d'une thérapie génique consiste à guérir de telles maladies au niveau génétique en remplaçant les gènes défectueux par des copies saines.
Pour des raisons d'éthique, dans la plupart des pays, la thérapie génique n'est autorisée que sur des cellules somatiques (thérapie génique somatique). Elle est interdite sur les spermatozoïdes et les ovules (thérapie génique germinale), étant donné qu'une mutation des gènes sur ces cellules se répercuterait également sur la descendance. La thérapie génique n'est pas encore considérée comme une méthode médicale standardisée.
Dopage génétique par transfert de gènes
Le dopage génétique peut se pratiquer par différentes méthodes. La Liste des interdictions en vigueur résume les méthodes suivantes - susceptibles d'améliorer les performances - comme interdites:
- L’utilisation d’acides nucléiques ou d’analogues d’acides nucléiques qui pourrait modifier les séquences génomiques et/ou altérer l’expression génétique par tout mécanisme. Ceci inclut sans s’y limiter, l’édition génique, le silençage génique et le transfert de gènes.
- L’utilisation de cellules normales ou génétiquement modifiées.
Dopage génétique par transfert de gènes
Il n'est pas aussi facile de remplir une seringue avec des gènes qu'avec des anabolisants ou de l'EPO. Le transfert de gènes d'une personne à une autre ne peut se faire qu'à l'aide d'un vecteur. On utilise à cet effet des virus génétiquement modifiés pouvant être injectés à l'athlète directement par voie sanguine. Une autre méthode consiste à prélever des cellules par ex. de la moelle osseuse de l'athlète, contenant le système hématopoïétique, et de les mettre en contact avec les virus à l'extérieur du corps, avant de les réintroduire dans le corps de l'athlète.
Les virus comme transporteurs de «gènes sportifs»
Les virus ne sont pas considérés comme des êtres vivants: ils ne sont formés que d'une enveloppe qui contient une certaine quantité de substance héréditaire. Les virus sont incapables de se reproduire par eux-mêmes, mais ils sont très astucieux: à l'aide de systèmes de détection particuliers, ils sont capables de trouver leur cible dans un organisme infecté, par exemple des cellules sanguines ou musculaires. C'est là qu'ils transmettent leur propre substance héréditaire à l'intérieur de la cellule cible. Ensuite, la substance héréditaire du virus reprogramme la cellule cible. À partir de ce moment, cette cellule obéit aux commandes du virus. Donc, si des virus génétiquement modifiés transfèrent à la place de gènes malades, des «gènes sportifs», ils n'affaiblissent pas leur proie, mais lui donnent de la force, de l'endurance ou de la vitesse.
Le dopage par influence des gènes endogènes
L'expression génique peut également être influencée de l'extérieur. C'est-à-dire, les gènes endogènes peuvent être activés ou désactivés, ou leur effet peut être renforcé ou inhibé. Ceci est possible de deux manières:
- à l'aide de petits éléments génétiques;
- par l’interférence de certains médicaments resp. d’agents d’édition génomique.
Ces deux méthodes ont la particularité commune – contrairement au transfert de gènes – de ne pas placer des gènes exogènes dans le patrimoine génétique (génome) de l'individu.
Les risques du dopage génétique
Le dopage génétique présente des risques multiples!
Risques au cours de la production: Si une méthode de thérapie génique, qui se trouve actuellement encore en phase de développement, est appliquée de manière illégale à des fins de dopage, le matériel génétique produit dans un «laboratoire clandestin» comporte des risques énormes.
Les vecteurs de gènes: Pour les thérapies géniques, les gènes sont transportés par des virus. Bien que ces virus soient préalablement modifiés de sorte à ne plus être infectieux, les virus en général, même à l'état neutralisé, présentent toujours un certain risque résiduel en tant qu'agent pathogène.
L'environnement: Le risque est bien plus élevé dans la production illégale de substances servant au transfert de gènes que lors du développement d'une thérapie génique médicale, en effet, en dehors d'un contrôle étatique, on peut envisager l'utilisation de virus seulement partiellement neutralisés, de préparations contaminées ou d'instruments infectés. De plus, il est à craindre que les soins médicaux pendant le traitement soient insuffisants ou que même des expériences non autorisées et dangereuses sur l'homme soient effectuées.
Risques lors du transfert: Même les virus inactivés correctement demeurent des corps étrangers dans l'organisme du patient et doivent être combattus par le système immunitaire. Les symptômes provoqués ressemblent en général à ceux d'une grippe. Les conséquences sont bien plus graves lorsque le système immunitaire se défend contre les protéines produites par les gènes injectés. Cela provoque des réactions allergiques pouvant même entraîner un choc anaphylactique mortel.
Risque génétique: Lorsqu'un gène est administré à un patient dans le cadre d'une thérapie génique, il n'est pas possible de déterminer exactement l'endroit où le gène va s'insérer dans le génome. Ceci risque d'avoir des conséquences fatales. Il est en effet possible que des séquences génétiques voisines provoquent une réaction indésirable ou imprévisible avec le nouveau gène introduit. Tous les effets possibles d'une thérapie génique sont loin d'être connus, voire même recherchés et analysés.
Effets secondaires possibles
Selon les connaissances dont nous disposons à ce jour, les modifications du génome par le dopage génétique ne sont pas complètement réversibles. Alors que dans le dopage classique, bon nombre d'effets secondaires s'amoindrissent après l'arrêt du dopage, l'effet du dopage génétique et de ses effets secondaires est durable et cela à long terme.
Il n'est pas encore possible aujourd'hui d'avoir des certitudes quant aux effets secondaires redoutés du dopage génétique – nous pouvons uniquement nous imaginer des scénarios comme celui-ci: un facteur de croissance tel que l'IGF-1 favorise, certes, la croissance des cellules musculaires, certes, mais il pourrait également stimuler le développement de cellules tumorales. De ce fait, une cellule isolée altérée qui, dans des circonstances normales, serait éliminée par les mécanismes de contrôle de notre corps, deviendrait rapidement une tumeur – ou une maladie cancéreuse comme par ex. une leucémie.
Détection du dopage génétique
La détection du dopage génétique est particulièrement difficile du fait que le produit du gène injecté ne diffère pas de celui du gène endogène. Il serait plus facile de prouver directement la présence de gènes injectés dans un échantillon de tissu. Pour ce faire, il faudrait prélever à l'athlète un petit morceau de muscle et le tester pour découvrir la présence éventuelle d'ADN exogène. Mais le prélèvement d'échantillons tissulaires est une intervention invasive non négligeable pour l'athlète et n'est pas prévu dans le Code mondial antidopage. C'est pourquoi la méthode de détection du dopage génétique par prélèvement tissulaire est exclue en tant que méthode standard.