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Pour marquer le 250e anniversaire de la naissance du compositeur allemand cette année, des musiciens et informaticiens ont créé un logiciel permettant de prolonger l'œuvre inachevée.
Et pour Laurent Pugin, musicologue, informaticien et codirecteur du Répertoire International des Sources Musicales (RISM), faire appel à l'intelligence artificielle pour cette symphonie inachevée n'est pas une idée si incongrue que cela.
Grâce aux algorithmes d'apprentissage
"Il y a vraiment des progrès constants, avec la possibilité maintenant d'avoir des algorithmes capables d'apprendre un style sur la base des nombreuses esquisses qu'on a de Beethoven", explique-t-il. Il est donc possible, en entraînant des algorithmes d'apprentissage, de générer ensuite une œuvre qui serait peut-être dans la lignée de ce qu'a imaginé Beethoven. Mais cela donnera-t-il vraiment lieu à une symphonie, à la symphonie telle que l'a imaginée Beethoven?, s'interroge Laurent Pugin. "C'est une question qui reste complètement ouverte."
Le style de Beethoven décortiqué à l'EPFL
L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) tente aussi de poursuivre l'ébauche de certaines œuvres. En ce qui concerne Beethoven, la question de base est d'abord de savoir pourquoi sa musique sonne... comme du Beethoven.
Fabian Moss, chercheur au Laboratoire en musicologie digitale et cognitive, explique qu'il étudie le style du compositeur en réalisant des statistiques. Il analyse notamment l'ensemble de ses quatuors à cordes, soit huit heures de musique. Le but est de comprendre comment les compositeurs écrivent leur musique.
"Difficile de juger la pertinence de ces méthodes"
Et dans le cas de la 10e symphonie de Beethoven, les résultats issus de l'intelligence artificielle restent assez subjectifs, de l'avis du musicologue Laurent Pugin.
"Cela reste très personnel", souligne-t-il. "C'est toujours difficile de savoir quelle est la partie humaine qui est là-derrière, parce que ce n'est pas simplement donner quelques esquisses, appuyer sur un bouton, et la symphonie va se composer. Il y a tout un travail qui se fait, avec des experts, avec des musicologues impliqués dans le projet. Donc c'est très intéressant, mais c'est difficile de juger, sur la base d'un résultat, de l'efficacité et de la pertinence de ces méthodes".
Si la suite de la 10e de Beethoven est générée par ordinateur, elle est en revanche jouée par des musiciens bien humains. Deux mouvements devaient être joués fin avril à Bonn, ville natale de Beethoven. Mais l'épidémie de coronavirus a repoussé cet événement à plus tard.
Pierre-Etienne Joye/oang