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Le mouvement #MeTooInceste s'attaque à l'omerta sur l'inceste en France et révèle l'ampleur du phénomène chez nos voisins. Qu'en est-il en Suisse? Combien y a-t-il de victimes?
Pour le savoir, il ne faut étonnamment pas s'intéresser au délit d'inceste. Contrairement à d'autres pays comme la France, le délit d'inceste dans le Code pénal suisse vise surtout la procréation, la lutte contre la consanguinité, et ne concerne pas l'intégrité sexuelle des personnes. Il n'est donc que très rarement retenu par la justice, tout au plus une petite dizaine de condamnations par année.
L'intégrité sexuelle des enfants est protégée par un autre article du Code pénal: le délit d'actes d'ordre sexuel avec des enfants. L'analyse des données policières sur cette infraction fait apparaître une toute autre réalité de l'inceste en Suisse.
En 2019, 343 victimes d'actes sexuels sur enfants avaient un lien de parenté avec l'auteur. Ce chiffre, qui oscillait autour de 250 il y a 10 ans, a augmenté ces dernières années.
Dans près de 60% des cas, l'agresseur est un parent de la victime. Pour les 40% restants, il s'agit d'un autre lien de parenté (frère, soeur, oncle, tante, cousin, cousine, etc.).
Ces données permettent aussi de montrer que près d'un tiers des actes sexuels sur enfants sont commis au sein de la famille. La proportion, qui oscillait en 2009 autour de 20%, a augmenté au cours des dix dernières années.
Cette évolution pourrait être liée à la libération de la parole ces dernières années. Pour Alessandra Duc Marwood, pédopsychiatre au CHUV, la proportion reste toutefois encore inférieure à la réalité: "Là où les enfants sont le plus en danger, c'est au sein de la famille. On estime qu'environ deux tiers des abus sexuels sur mineurs sont commis au sein de la famille, mais beaucoup ne sont pas dénoncés."
Les très jeunes filles, principales victimes
Qui sont les victimes d’incestes en Suisse? Principalement des filles, jeunes, voire très jeunes.
Trois victimes sur quatre sont en effet des filles. Près d’une sur deux est âgée de moins de 10 ans. Chez les garçons, deux tiers des victimes ont moins de 10 ans.
"Des chiffres noirs gigantesques"
Tous ces chiffres relatent uniquement les cas dénoncés à la police. Cela ne pourrait être que la pointe de l'iceberg. En 2019, il y a eu 2153 consultations dans des centres d'aide aux victimes pour des actes d'ordre sexuel avec enfants dans le cadre familial, ce qui laisse penser que le nombre réel de cas risque d'être plus élevé.
"De manière générale, les actes de violence sexuelle sont rarement dénoncés à la police et seules 8% des femmes violées déposent plainte", explique Camille Perrier Depeursinge, Professeur en droit pénal à l'Université de Lausanne. "Pour les enfants, c'est encore plus difficile de le faire, avec la pression de l'agresseur qui a un ascendant sur l'enfant, la peur de l'enfant des conséquences pour toute sa famille, pour l'auteur lui-même, l'impression qu'on n'a pas le droit d'en parler, qu'on ne sera pas cru, la honte, la culpabilité, etc. On peut donc imaginer des chiffres noirs gigantesques par rapport à ce qu'on sait."
>> Le grand débat de Forum sur l'inceste et le suivi judiciaire:
Valentin Tombez et Camille Degott
Plus de 9 auteurs sur 10 sont des hommes
Concernant le profil des prévenus, il s'agit à 94% d'hommes. La majorité ont entre 30 et 50 ans, mais de nombreuses classes d'âges sont concernées, comme le montre le graphique ci-dessous.