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Bien sûr, d'abord le goût des mots... Mais on est poète avant d'écrire, par le regard, la voix, la soif, la blessure au coeur de l'être.
Poète, Denyse Sergy l'est déjà depuis longtemps quand elle publie, à vingt ans - elle s'appelle encore Denyse Moinat - des Chansons pour un faune pleines de jardins et de chagrin. Et puis sa vie bascule. C'est la fin de la guerre. Une autre urgence - la souffrance des enfants - l'arrache à l'urgence d'écrire. Sur l'île de Noirmoutier, avec son mari, elle va accueillir, au long des années, trente-sept garçons. Temps plein à ras-bord. Vivre suffit. Jusqu'au matin de ses quarante ans où, sur un coin de table de cuisine, l'écriture lui est rendue. Articles, billets, chroniques. Qui désormais vont drainer le trop plein de la vie, jaillir et courir vers les autres.
En exergue au recueil qui les rassemble en juin 1990 aux Editions Ouverture - Des coquillages plein les poches - elle s'explique, citant Haldas : "Au début, je voulais être poète. Je ne souhaite plus qu'être le scribe de l'essentiel dans les petites choses."
Mais le scribe est poète. Et quand ce livre paraît, il y a quinze ans d'éjà qu'entre un article et une chronique, un premier poème s'est frayé un chemin "sur les graviers de la nuit". D'autres ont suivi. Ont été donnés à lire à travers de petites publications artisanales et confidentielles. Aujourd'hui, enfin, un grand nombre d'entre eux sont ici rassemblés.
Denise Mützenberg
"Le temps des aromates" : Le titre s'est imposé quand nous avons décidé de rassembler les poèmes écrits par Denyse Sergy ces dernières années. (Précédés par "Marées" et "Sur les graviers de la nuit", poésie de l'âge mûr.)
Ces aromates que des femmes portent sur les bras, courant à l'aube vers le tombeau. Ces aromates destinées à embaumer le corps du crucifié.
La vieillesse n'est-elle pas une sorte de supplice ?
D'autant plus cruel qu'il réduit au silence.
Denyse Sergy a risqué des mots sur cette réalité crue :
On s'indigne avec raison
quand un garnement arrache
les ailes d'une mouche
ou crève les yeux d'un chat.
La vieillesse n'agit-elle pas de même
qui nous dépiaute tout vifs ?
Elle sème le vertige,
multiplie les pannes.
Un jour elle coupe le son
puis l'image.
Des poèmes à la fois âpres et lumineux.
Parce qu'ils osent dire l'indicible sans pathos, sans édulcorant, sans tricherie.
En quoi ils sont plus que jamais "consolation de la nuit"
Denyse Sergy, Le temps des aromates, Editions Samizdat, 2006, 96 pp.
Page créée le 12.02.08
Dernière mise à jour le
12.02.08