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Sous le titre «Une autre Suisse», un livre paraît ce vendredi à Lausanne et à Paris. Il dresse le portrait d'un peuple qui a résisté, malgré quelques compromissions.Ce contenu a été publié le 03 janvier 2002 - 10:19
«Trop c'est trop.» Excédé par les critiques toujours plus violentes dont la Suisse fait l'objet à propos de son comportement pendant la Deuxième Guerre Mondiale, le journaliste français Jean-Pierre Richardot - un ancien du quotidien Le Monde - décide il y a quatre ans de réagir.
Il «sait» que les Suisses n'étaient pas «pour les Nazis», comme il l'entend partout autour de lui. Il le «sait» car il était là.
Né en 1929, Jean-Pierre Richardot a en effet vécu en Suisse entre septembre 1942 et mars 1945 et déjà à l'époque, il acquiert la conviction que face aux Nazis, les Suisses «n'étaient pas des pleutres».
Contre la Suisse de Ziegler
Or ce qu'il entend aujourd'hui ne correspond ni à ses souvenirs, ni à ce qu'il a appris par la suite. Il juge donc de son devoir de témoigner. Et cela lui paraît d'autant plus nécessaire - c'est un homme de gauche - qu'une grande partie de l'intelligentsia française est visiblement persuadée que la seule vérité historique sur le comportement de la Suisse pendant la Deuxième Guerre Mondiale est celle, entièrement négative, propagée par le socialiste genevois Jean Ziegler.
Richardot propose donc à plusieurs éditeurs suisses et français (mais «La Suisse de Ziegler» occupant le terrain, seule la douzième tentative sera bonne!) un livre montrant que fondamentalement, la population suisse était anti-nazie.
Bien des Suisses - par exemple ceux qui ont aidé la Résistance française dans les régions frontalières - ont résisté à leur manière et collaboré par là avec les Alliés. Et une capitulation suisse à la Vichy aurait probablement entraîné dans le pays une rébellion armée. Bref, Richardot estime qu'il y a «une toute autre Suisse que celle présentée ces dernières années dans le monde entier».
Une cinquantaine de témoignages
Résultat: un ouvrage passionnant (préfacé par Gilles Perrault) fondé sur de solides recherches et sur une cinquantaine de témoignages. On y découvre des Suisses de tous les milieux dont l'auteur a admiré le courage et la droiture et qui ont joué à l'époque, à un titre ou un autre, un rôle efficace dans la résistance au nazisme.
Parmi eux, le regretté August Lindt (décédé en avril 2000), que Richardot a bien connu. Cet ancien Ambassadeur de Suisse, et ancien Haut-Commissaire des Nations-Unies aux réfugiés, joua un rôle essentiel dans le mouvement secret de résistance A.N.W. créé en 1940 par des personnalités suisses de tous bords.
L'A.N.W. était prête à intervenir - y compris militairement grâce à des connivences dans l'armée - pour le cas où le gouvernement suisse, sur des points essentiels, aurait capitulé face aux Nazis.
Destiné surtout à un public français - mais bien des Suisses le liront avec profit, «Une autre Suisse» contient par ailleurs d'excellentes explications sur le fonctionnement des institutions suisses, l'histoire du pays, sa «mentalité» profonde, et de jolis portraits. Par exemple, celui du fondateur de la Migros Gottlieb Duttweiler.
Une part de ruse et d'esquive
Fondamentalement helvétophile, le livre de Richardot n'en est pas pour autant une apologie aveugle de la Suisse. Sévère par moment pour ce pays, l'auteur ne cache pas que ce qu'il appelle la politique de «survie» de la Suisse comportait «une part de ruse et d'esquive».
Enfin selon lui, «la Suisse n'a été ni ce parangon de vertu qu'elle croyait être naguère, ni ce pays intéressé et sans conviction dont on cherche à nous dresser une très étrange caricature».
Michel Walter
«Une autre Suisse - 1940-1944 / Un bastion contre l'Allemagne nazie», Jean-Pierre Richardot . Il paraît chez Kiron aux éditions du Félin à Paris et chez Labor et Fides à Genève
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