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[JEAN JACQUES ROUSSEAU]
JEAN-ADAM DE SERRE
LETTRE DE M. SERRE
Auteur des Essais & des Observations sur les Principes de l’Harmonie.... [par Jean-Adam de Serre]
[1769. Publication, 1782 == Du Peyrou/Moultou 1780-89 quarto édition, t. XIII, pp. 343-345.]
LETTRE
DE M. SERRE,
Auteur des Essais & des Observations sur les Principes de l’Harmonie,
A Mrs. les Imprimeurs de la nouvelle Edition des OEUVRES de M. Rousseau,
au sujet d’un Paragraphe qui le concerne dans l’article Systême du Dictionnaire de Musique.
MESSIEURS,
A l’occasion de quelques lignes du Dictionnaire de Musique de M. Rousseau qui me concernent, j’écrivis en 1769 aux Auteurs du Journal Encyclopédique une lettre qui n’y fut pas imprimée: elle étoit conçue à-peu-près en ces termes.
«Messieurs, j’ai été flatté de la maniere obligeante dont M. Rousseau en divers endroits de son Dictionnaire a parlé [344] de mes Essais sur les Principes de l’Harmonie: mais j’ai été surpris d’y trouver le paragraphe suivant, page 474 de l’Edition in-8º. M. Serre de Geneve ayant trouvé les Principes de M. Rameau insuffisans à bien des égards, imagina un autre Systême sur le sien, dans lequel il prétend montrer que toute l’Harmonie porte sur une double Basse-fondamentale; & comme cet Auteur ayant voyagé en Italie, n’ignoroit pas les expériences de M. Tartini, il en composa, en les joignant avec celles de M. Rameau, un Systême mixte, qu’il fit imprimer à Paris en 1753, sous ce titre: Essais sur les principes de l’Harmonie, &c. Je puis assurer M. Rousseau que je n’ai jamais été en Italie, & que je n’ai eu aucune connoissance, ni des expériences, ni de la théorie musicale de M. Tartini avant l’année 1756. Ce fut dans ce tems-là seulement qu’étant à Londres, j’eus l’occasion d’en être informé; un gentilhomme Anglois nouvellement arrivé d’Italie, m’ayant fait le plaisir de me prêter le Trattato di Musica, &c. de ce célebre musicien, imprimé en 1754. Or, le manuscrit de mes Essais étoit entre les mains du censeur M. l’Abbé Barthélemy avant le mois d’Août 1752, ainsi que le prouve la date de l’Approbation. Comme le nom de M. Tartini ne paroît point dans cet Ecrit, j’eusse été coupable d’un insigne plagiat, si j’eusse fait usage de ses expériences, ou de sa théorie, sans lui en faire le moindre hommage, sans le nommer une seule fois. C’est, Messieurs, ce qui m’engagé à vous prier de vouloir bien insérer cette lettre dans votre journal, &c. Comme ce paragraphe du Dictionnaire de M. Rousseau [345] qui suppose que j’ai été en Italie, & que j’y ai connu M. Tartini & ses expériences, se trouvé copié mot à mot dans le supplément de l’Encyclopédie, Edition de Paris, à l’article Systême (Musique), c’est pour moi un nouveau motif de protester contre cette supposition, due sans doute à quelque mal-entendu, & de vous prier, Messieurs, de vouloir bien placer ce désaveu dans votre Edition des OEUVRES de mon célebre compatriote: je l’aurois déjà mis moi-même ce désaveu dans mes Observations sur les Principes de l’Harmonie, imprimées à Geneve en 1763, si le Dictionnaire M. Rousseau, imprimé en 1768, l’eût été six ou sept ans plutôt. J’ajouterai, & je le dois, que vu la maniere honnête dont M. Rousseau parle de mes Essais, &c. en divers articles de son Dictionnaire, & particulièrement il à la fin du paragraphe même où se trouvé la méprise en question, je suis bien persuadé qu’il a cru recommander mon ouvrage, en le faisant envisager comme contenant un systême fondé sur les expériences de deux musiciens aussi célebres que M. Tartini & M. Rameau. Mais l’Analyse critique du Traité de Musique de M. Tartini, laquelle forme la seconde partie de mes Observations sur les Principes de l’Harmonie, indique assez le peu d’avantage que j’aurois pu retirer des lumieres ou des expériences de ce célebre musicien de Padoue, si je l’eusse en effet connu avant l’impression de mes Essais.»
Je suis, &c.
SERRE.
FIN.