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Rien, absolument rien, n'imposait à Christophe Darbellay de s'exprimer devant le Grand Conseil à l'aube de son mandat. Il eût pu ne rien dire, il eût pu expliquer son silence par la nécessité de prendre une pleine connaissance de son département, il eût pu d'une chiquenaude de vocabulaire sauter sur l'occasion pour remercier tous les fonctionnaires de l'avoir aimablement accueilli. Il eût pu, mais il n'a pas pu. Il a posé un autre acte.
Christophe Darbellay a pris ses responsabilités, a brièvement décrit les constatations qu'il avait personnellement faites en accédant au département de l'éducation. Et, ce qu'il a vu et ce qu'il a ressenti, il l'a transformé en parole offensive et déterminée.
On dira que la parole de Christophe Darbellay n'était là que pour critiquer son prédécesseur et discréditer une dernière fois son chef de service, Jean-Marie Cleusix.
Mais de quoi donc parlons-nous ? De la parole d'excuse d'un membre du gouvernement en direction des fonctionnaires, une parole reconnaissant la souffrance ressentie par des serviteurs de la fonction publique, ayant dû subir, à l'intérieur du DFS, un management délétère.
Cette parole gouvernementale et institutionnelle d'excuse peut paraître une petite chose aux yeux de tous ceux qui n'ont jamais été confrontés à une mauvaise ambiance de travail et à une absence d'empathie relationnelle. Mais cette parole, même en petits mots, a, j'en suis convaincu, contribué à protéger les âmes de tous ceux ayant dû affronter ces graves dysfonctionnements.
Lors de son entrée en fonction, en 2001, Claude Roch avait pu constater que son prédécesseur, Serge Sierro, avait nommé dans une école de commerce un directeur dont les actes, de harcèlement, psychologique, sexuel et moral, avaient été qualifiés de graves par les tribunaux et autorités administratives. Il avait alors préféré proposer une promotion à l'indélicat et s'était abstenu de prononcer la moindre excuse envers les professeurs atteints par ces actes directoriaux, osant même se déplacer à l'Ecole Supérieure de Commerce de Sierre pour vanter la carrière du harceleur.
La souffrance au travail engendre un coût immense en Suisse, environ deux milliards et cinq cent millions de francs par an, en prestations diverses effectuées par les assurances publiques et privées.
Qu'un nouveau membre d'un gouvernement cantonal affirme au début de sa législature sa volonté de ne pas laisser souffrir les membres de son équipe est une avancée symbolique remarquable dans un canton aussi sclérosé sur le plan des responsabilités publiques que le Valais.
Ce mot gouvernemental est aussi un signe pour les cadres de la fonction publique, car cette position signifie qu'il peut exister des conseillers d'Etat qui s'impliquent dans le management au quotidien et qui ne restent pas les bras ballants devant les agissements d'un petit chef "colonellement" autoritaire et indélicat.
Certains diront que ce ne furent que des mots. Mais que ceux-ci sachent alors que les mots peuvent avoir un poids certain chez les victimes et que ces simples mots énoncés devant les représentants du peuple ont un poids plus fort aux yeux de beaucoup que les silences scandaleux de Claude Roch, cet homme qui avait eu le brillant flair d'introduire dans les hautes sphères de l'éducation un colonel, alors radical.
De ces mots, fermes et limpides peut naître une nouvelle politique dans le champ des ressources humaines que géreront probablement ensemble et pour le bien du canton les trois nouveaux conseillers d'Etat (Roberto Schmidt, parce qu'il est en charge des ressources humaines, Frédéric Favre, parce que ce domaine ne lui a jamais été indifférent, et Christophe Darbellay, parce qu'il conduit le département impliquant le personnel le plus important).
Bonjour à tous ceux qui n'ont jamais reçu des excuses de la part des institutions valaisannes !