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Dialogue sur la guerre de Kappel
Traduction (Français)
Eusebius: […] Aux affaires sérieuses [Zwingli] mêla plaisanteries et amusements, car il n’est rien qui soit plus agréable et plus délectable à considérer et à entendre qu’un esprit gracieux et que des paroles plaisantes. Ensuite, également, il apprit parfaitement et pratiqua des instruments de musique de toute sorte; la raison n’était autre que d’avoir de quoi recréer son esprit épuisé par les activités sérieuses qui était les siennes, pour pouvoir ensuite y revenir frais et dispos.
Agathius: J’en ai entendu qui blâmaient plus que de raison son intérêt pour la musique, comme si elle servait davantage à lui apporter du plaisir qu’à lui venir en aide dans ses études, comme tu l’affirmes toi.
Eusebius: Nous avons souvent entendu des accusations encore plus honteuses, mais qu’y a-t-il de si sacré que la langue d’un homme mauvais ne puisse le flétrir? En ce qui nous concerne, nous disons ce que nous savons, et ne nous soucions pas des braillards.
Agathius: Continue.
Eusebius: Il ne se contenta pas de cultiver ainsi la musique, mais il exhorta tous les lettrés à faire de même, pourvu que ce soit pour la même raison que lui. En effet, puisqu’il n’est rien finalement qui ne réjouisse davantage l’esprit de l’homme lorsqu’il est agité par quelque tristesse, rien qui ne le rassérène davantage lorsqu’il est assombri par quelque grave événement et qui ne rende l’homme davantage homme que la musique, pourquoi ne les aurait-il pas ainsi exhortés? Après avoir assez longtemps sué sur les arts libéraux et la philosophie, il reçut finalement la récompense qui était encore en usage à l’époque, alors qu’aujourd’hui on ne la reçoit pas sans attirer de lourds soupçons.
Agathius: Quels soupçons?
Eusebius: Les maîtres des sept arts que l’on appelle libéraux sont presque soupçonnés d’ignorance.
Agathius: Attention, il pourrait t’arriver du mal si tu continues à parler ainsi.
Eusebius: Ce ne sont pas mes propos, mais ceux des Italiens: celui qui en est blessé, qu’il aille chercher réparation auprès d’eux. Notre Ulrich se mit ainsi au service, non de lui-même, mais plutôt des siens et de la sotte opinion des hommes, qui pensent que sont savants ceux qui portent le titre de docteur; en effet, il comprit très tôt, grâce à la vivacité de son esprit, combien il y a de vanité dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres. C’est en raison de l’admirable sagacité de cet homme que Glaris le choisit comme curé avant même qu’il ne fût ordonné. Ensuite, donc, il fallait achever ce qui avait été commencé. Il devint prêtre, et c’est alors seulement qu’il s’adonna véritablement aux études, surtout à la théologie, pour une tout autre raison que les pasteurs ordinaires. Il voyait combien de connaissances il était nécessaire qu’acquière celui à qui le peuple avait été confié pour qu’il lui enseigne les voies du Seigneur. Il fallait d’abord la science de Dieu, puis l’éloquence, grâce à laquelle, tenant compte de la compréhension de chacun, tout est exposé de manière correcte et utile. C’est pourquoi il s’appliqua à ces études avec un grand zèle – je ne connais personne qui, depuis de nombreuses années, s’y soit adonné avec autant de zèle –, et en effet personne à notre époque, même parmi ceux qui prétendent bien haut en être capables, n’a comme lui compris la force et la puissance du discours. Il n’essaya pas de reproduire la vigueur de Cicéron en suivant son exemple ou les prescriptions des anciens, mais selon les exigences de notre époque et de notre génie. Et il est parvenu exactement au même résultat que Cicéron auprès des siens. Il avait décidé (et il avait même déjà commencé à le faire) d’écrire sur ce thème pour nos concitoyens, afin que, si possible, forts de cet enseignement, ils ne perdent pas de temps à juger, à délibérer, à consulter; que, dans les assemblées et les Landsgemeinde, ils se rendent compte tout de suite de quoi il en retourne, qu’ensuite aussi ils s’expriment brièvement et correctement, en rapport avec le sujet, et aussi qu’ils comprennent les arguments hors sujet utilisés par les autres dans le but de tromper, et qu’ils soient sur leurs gardes. Mais, devancé par le destin, il ne put mener cette tâche à son terme. Parmi les raisons qui rendent sa mort encore plus odieuse, celle-ci n’est certainement pas la moindre. Nous avons eu un avant-goût de son enseignement, et nous sommes terriblement affligé de ce que l’art oratoire et nous-même ayons subi une telle perte par la mort de cet homme.