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C'est pour nous faire découvrir le visage d'un Jean-Sébastien Bach « dégraissé des images toutes faites et du coup plus incarné, plus ancré dans le monde de son temps, un homme qui n'est pas un créateur démiurge ou un dévot descendu du ciel », que l'auteur nous le présente. Et cela à travers son combat quotidien, dans les malheurs comme dans les joies, tout au long de la construction d'une œuvre unique : pèlerin de la cité des hommes, marchant vers la cité de Dieu. Marc Leboucher a choisi un cadre chronologique. Son style est alerte et vivant.
Dans le sillage de saint Augustin, Luther, pour qui chanter c'était prier deux fois, avait invité les chrétiens à prier dans la langue de tous les jours en chantant. C'est pourquoi chorals, cantates, motets, fugues, passacailles et passions accompagnent la vie de Bach.
Bon élève, celui-ci manifeste des dons musicaux très précoces. Dans la famille, les soucis matériels sont grands, mais à quinze ans, grâce à sa belle voix, il obtient une bourse qui lui permet d'étudier dans une école de musique. Il découvre, émerveillé, la musique française... Marais, Lully, Delalande, Couperin. A Hambourg, la Venise du Nord, il entend de grands organistes qui le séduisent et il devient organiste, puis musicien de cour. Bach n'est pas noble, mais il sait s'adapter à une étiquette rigoureuse. Il devient, au cours des ans, le plus italien des musiciens allemands, car il admire Vivaldi, Albinoni, Corelli, Frescobaldi, Marcello, Bonporti, qu'il transcrira mais ne plagiera pas. Etre musicien de cour peut cependant réserver des surprises. Si vous déplaisez au seigneur, un seigneur ombrageux, vous pouvez vous faire emprisonner ! C'est ce qui arrive à Bach. Dans sa solitude forcée d'un mois, il a tout loisir de mesurer le prix de la désobéissance et de la liberté.
La vie de Bach se révèle riche en contrats et en deuils, tel celui de sa première épouse alors qu'il est en voyage. Jours de douleur où paix et soleil ne brillent pas... Il se remarie un an et demi plus tard, avec une chanteuse à la cour qui lui donne treize autres enfants. Puis ce sont de nombreux déménagements et des compositions extraordinaires. Un de ses fils devient claveciniste du roi de Prusse. Lui-même devient aveugle et meurt un an plus tard, laissant une épouse et quatre enfants encore mineurs qui vivront dans la pauvreté.
Bach est considéré comme un des plus grands musiciens de tous les temps. Sa musique a traversé les siècles. Le régime d'Hitler, aussi étonnant que cela puisse paraître, la mettra en avant (pour ménager l'opinion luthérienne ?) ; à la chute du communisme, devant le mur de Berlin, Rostropovitch jouera ses suites pour violoncelle ; Pablo Casals les interprètera aussi, en signe de liberté, face au régime franquiste ; et en pleine Révolution culturelle, la pianiste chinoise Zhu Xiao-mei jouera aussi du Bach.
Difficile donc d'échapper à la musique de Bach. « On n'en a jamais fini avec lui », disait Schumann.