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Une histoire de l'informatique en Suisse
Chapitre 5 - Le Crocus, le Dauphin et Mubus 1976-1982
En 1975, les clubs d'électronique avaient beaucoup de succès et plusieurs jeunes rêvaient d'avoir leur système microprocesseur. Les processeurs Intel 8080 et Motorola 6800 étaient disponibles, avec un 6800 meilleur marché et plus facile à interfacer. JDN a donc dessiné un schéma autour du M6800 et donné un cours d'introduction. Un circuit imprimé simple face avec uniquement les conducteurs d'alimentations et les bus mémoire a été fourni à ces passionnés. Les autres liaisons étaient câblées avec du fil thermosoudable passant dans des caniveaux en plastique. Le Crocus avait 2 kilooctets de mémoire statique et une mémoire morte de 256 octets. L'écran alphanumérique se servait par DMA dans la mémoire principlale, Il avait 16 lignes de 64 caractères, ce qui était compatible avec un écran TV et l'horloge à 16 MHz. Les programmes, assemblés et chargés à la main, pouvaient être mémorisés sur un cassettophone, mais la fiabilité était assez mauvaise.
Un interprèteur Basic a été adapté par Jacques Virchaux, et plusieurs programmes ont ainsi pu être écrits par les utilisateurs.
En 1976, le besoin pour un système didactique pour enseigner les microprocesseurs était évident. Le Dauphin a été proposé en janvier 1977 aux membres du Club d'électronique, pour un prix de 270 CHF. Le microprocesseur Signetics 2650 a été utilisé, à la fois pour son prix très bas (80 francs suisses) et pour son interface très simple. La carte mémoire avait 256 octets, et le moniteur en mémoire morte n'utilisait que 128 octets. Le clavier 10 touches permettait d'introduire très efficacement les programmes, codés en octal. Des cartes d'extension ont été développées, par exemple une carte écran graphique de 32 par 64 pixels et une carte écran alphanumérique de 16 lignes de 64 caractères. Les 450 clients du Club d'électronique ont ainsi pu découvrir les possibilités des microprocesseurs grâce aux Dauphins. Les commutateurs sur la plaque de base du Dauphin permettaient une compréhension en profondeur du fonctionnement du microprocesseur, de son bus et des périphériques. L'accès direct au bus, processeur suspendu, permettait de comprendre les accès mémoire, les accès d'entrée-sortie, la synchronisation des échanges, etc.
Le bus du Dauphin avait des spécifications fonctionnelles logiques et plusieurs processeurs ont été interfacés sans peine. Avec la construction modulaire du Dauphin, il suffisait de changer la carte processeur et la mémoire morte du programme moniteur. Le Dauphin a été redessiné en 1978 par Stoppani SA comme un "Dauphin industrie". A cause de la faillite de Stoppani en 79, seulement 200 Dauphins ont été vendus par Stoppani.
Au LAMI-EPFL, le Dauphin club avec un processeur Z80 microprocessor a été utilisé jusqu'en 1985, pour être remplacé par un Dauphin industrie avec un microprocesseur M68008 et utilisé dans les cours d'introduction à l'informatique jusqu'en été 2002, le cours ayant été supprimé. Dans ce cours, deux séances de laboratoire donnaient une bonne compréhensions du fonctionnement du processeur, puisque les étudiants pouvaient voir l'état du bus sur de LEDs, exécuter le programme instruction par instruction, jouer avec le DMA et les interruptions, câbler et programmer leur propre interface construite avec les Logidules. Un bus spécifique pour commander des périphériques (MubusIO) se trouvait sur un connecteur latéral du Dauphin et sur tous les Smakys et autres cartes processeur développées au LAMI. Ce bus facilitait la mise au point, le développement de cartes interface et leur test, puis leur utilisation sur différentes machines.
Le besoin pour un bus de microprocesseur indépendant d'un fabricant était clair en 1974, quand cinq fabricants annoncaient un microprocesseur 8-bits. JDN était chez Digital Equipment à Maynard USA en été 74, développant le PCS (voir Partie 4 - La famille des Smakys) et Dominique Dutoit à l'EPFL développait les Microdules (voir Partie 3 - Les Logidules, les Microdules et le NovaSim). Mubus a résulté de cette synergie.
La première implémentation de Mubus utilisait deux câbles plat avec des connecteurs compatibles avec des socles de circuits intégrés à 16 broches, Le premier connecteur portait 14 lignes d'adresse et 2 alimentations, le second 8 lignes de données et 8 lignes de commande. Ceci permettait une réalisation simple, compacte et modulaire compatible avec du circuit imprimé, si nécessaire complétée par un câblage à la main (à l'époque, les trous métallisés n'existaient pas et le double face était très cher). Cette première variante de Mubus a été utilisée sur les Smakys 1 à 4 et sur le Crocus.
Pour le Dauphin, le connecteur bon marché choisi avait 31 broches, ce qui ne permettait que 12 lignes d'adresse (2 kilooctets de mémoire). Les 8 lignes de données et commande étaient compatible avec le Mubus du Smaky 1. Un groupe d'industriels, membres du GESO (Groupe d'Electronique de la Suisse Occidentale) s'est réuni dès 1975 pour définir une norme Mubus sur un connecteur "Europe" à 64 broches. Ceci permettait 20 lignes d'adresse, 16 lignes de données, et le même groupe de 8 lignes de commande. Ce bus a été utilisé pour plusieurs projets industriels, y compris chez BBC à Baden.
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