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L'essayiste qu'est l'auteur s'est penché sur les fondements et les enjeux de l'expérience littéraire. Après V. Hugo, P. Claudel, J.-P. Sartre, c'est à C. Huysmans qu'il s'est intéressé de manière pointue. On ne s'approche pas de Huysmans sans précaution... C'est un auteur qui a fortement marqué son époque (fin du XlXe, début du XXe). Celui pour qui la vie n'a d'abord été qu'une farce sinistre - qu'il décrit dans ses premiers romans - voit un jour poindre une lumière dans un brouillard cafardeux, et ce sera la conversion. Dès lors, son talent sera mis au service de ce qu'il découvre lors de ce grand bouleversement. La vie intérieure est chose difficile, confesse-t-il. Au milieu de ruines dévastées, se trouve une pièce quasi inaccessible, celle où Dieu s'est réfugié.
Chez Huysmans, pas de fulgurance à la Claudel ! Sa conversion a la couleur du noir ; elle est mélancolique, sans magnificat ; c'est comme un tour d'écrou, un vissage imperceptible. La foi, dira-t-il, n'est pas un voile pudique posé sur la vie, ni un refuge, c'est une façon d'assumer jusqu'au bout le drame de l'incarnation. Lire Huysmans, c'est découvrir une langue qu'il semble avoir créée pour satisfaire ses exigences. Ainsi, chez lui, les femmes sont parfois maigriottes, font la Marie-jem'embête, ont des cris de merluche ou de Mélusine. Les ouvriers flânochent ou flâmotent. Les noblaillons sont patriotards et pieusards. On ne pleure pas chez lui, on larme, une saloperie devient une salauderie ! On pourrait continuer ainsi longtemps.
Huysmans ne transige pas et ne dissimule jamais. Il a des colères terribles et laisse libre cours à ses haines politiques et à sa phobie de la franc-maçonnerie. F. Mauriac, qui l'a beaucoup aimé, disait dans un de ses blocs-notes en 1969 : « Il faut avoir eu vingt ans en 1905 pour pouvoir mesurer l'importance de livres comme En Route et comme La Cathédrale ; ils marquent, en pleine déroute, le commencement du renouveau catholique. Huysmans était à ce moment-là, avec le lointain Claudel, l'homme qui nous montrait que l'éternelle beauté se trouvait du côté de Notre-Dame de Chartres et du côté de Solesmes - l'éternelle beauté et l'éternelle vérité - à l'heure où Anatole France, inaugurant la statue de Renan à Tréguier, se moquait ?des anciens dieux?, de la fade odeur de l'encens et des cathédrales croulantes... » Bien sûr, Huysmans n'est pas de tout repos, littérairement parlant. « C'est une espèce d'hérétique qui, après avoir pénétré par la poterne dans l'enclos catholique, s'y est bâti, pour lui tout seul, un kiosque bizarre, où il a prié à sa manière, entrelardant sa prière de vitupérations véhémentes à l'adresse de ses frères en Jésus-Christ, qu'il aurait volontiers regardés comme de faux frères », dira de lui J. Calvet.
Après une étude extrêmement fouillée, l'auteur nous offre en prime quelques pages d'anthologie succulentes à déguster et qui permettent de soulever le voile d'une oeuvre fascinante.