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Art sacré | Églises | L'Église dans les médias
L’église du couvent des capucins
Publié le 01 janvier 2023
Le dimanche 27 novembre 2022, la messe dominicale
a été célébrée en l’église des capucins de Fribourg en
commémoration de la consécration de cette église 400 ans
plus tôt, soit en 1622. C’est l’occasion pour L’Essentiel
de revenir sur l’histoire de la présence capucine à Fribourg.
PAR SÉBASTIEN DEMICHEL | PHOTOS : SIEGFRIED OSTERMANN
Les capucins constituent une des trois branches du premier ordre franciscain, issu d’une spiritualité remontant à saint François d’Assise (1181-1226). Ce dernier applique à la lettre l’idéal de pauvreté de l’évangile et vit en solidarité avec les plus démunis. Très vite, il est entouré par des frères qui commencent à former un ordre mendiant, l’ordre des Frères mineurs (ofm), en référence aux « plus petits » mentionnés
dans les évangiles.
Le premier ordre franciscain est réservé aux hommes et se subdivise tout d’abord en deux branches suite à une controverse sur la pauvreté. Au XIVe siècle, certains frères exigent une stricte observance des règles originelles et sont à l’origine de la scission de l’ordre. Le pape Léon X consacre juridiquement cette scission en 1517 en séparant les observants (franciscains bruns) et les conventuels (franciscains noirs ou cordeliers). En 1525, une nouvelle branche apparaît : l’ordre des Frères mineurs capucins (les frères doivent ce nom à leur grand capuchon). Son ambition est de retrouver le respect littéral de la règle, la
pauvreté vraie et une forme d’érémitisme. La prédication s’ajoute par la suite.
Contre-Réforme et expansion capucine en Suisse et à Fribourg
A la fin du XVIe siècle, le franciscanisme est très éprouvé par la Réforme. À la suite du Concile de Trente, les jésuites et les capucins s’engagent en réaction à la Réforme. Dans ce contexte, l’ordre des Frères mineurs capucins s’implante en Suisse dans les régions catholiques. Tandis que les jésuites s’occupent des gens considérés comme instruits, les capucins cherchent à mettre en œuvre les décisions du Concile de Trente auprès de la population.
Entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, de nombreux couvents capucins sont construits en Suisse dans les régions catholiques. Lucerne devient le siège de la province de Suisse. À Fribourg, une place pour la construction du couvent est réservée au Criblet en 1609, mais en raison de conflits avec les propriétaires, l’emplacement de la rue de Morat est finalement mis à la disposition des capucins. En 1617, les frères s’y installent et à Pâques de cette année-là une première messe est célébrée. Cependant, il faut attendre le 27 novembre 1622 pour assister à la consécration de l’église par le nonce apostolique Alessandro Scoppi en l’honneur de sainte Marie-Madeleine. Nous en célébrons les 400 ans cette année.
Au début de l’époque moderne, les capucins bénéficient d’une grande popularité en raison de leur engagement pour le peuple et en particulier pour les victimes de la peste. À Fribourg, le chapitre Saint- Nicolas confie aux capucins la prédication régulière pour la confrérie du Très-Saint-Sacrement (ce qui durera jusqu’au XXe siècle). Ouvert à la prédication, les capucins ne renoncent pas à leur idéal de pauvreté, aisément remarquable dans l’architecture simple de leur église. Y figurent notamment le monogramme du Christ entouré d’un soleil, ainsi que les tableaux du maître-autel réalisés par Gottfried Locher. Un chemin de croix, œuvre de jeunesse de Joseph-Emmanuel Curty, est ajouté en 1772.
Des Lumières à nos jours
L’impact des Lumières et de la Révolution française provoque une baisse du nombre de capucins. Lors de l’invasion française de 1798, les capucins sont des acteurs de la résistance. L’armée française prend 14 otages, parmi lesquels le capucin Séraphin Sansonnens, et les déporte au château de Chillon. Puis au XIXe siècle, dans le contexte de la guerre du Sonderbund (1847), le gardien du couvent de Fribourg Ignaz Galster est accusé d’activités réactionnaires par le gouvernement libéral fribourgeois. Le couvent est même fouillé en 1849. Malgré une perte de vitesse liée au Kulturkampf, l’ordre des Frères mineurs capucins est redynamisé au début du XXe siècle avec de nombreuses fondations ou refondations en Suisse. À Fribourg, les capucins participent à la création de l’université en 1889. Le couvent des capucins est complètement rénové entre 1982 et 1985 et appartient depuis 1994 au canton.
La bibliothèque des capucins
Il serait maladroit de parler des capucins de Fribourg sans évoquer leur bibliothèque. Celle-ci remonte à leur arrivée à Fribourg. Elle est composée dans un premier temps d’ouvrages théologiques de référence,
nécessaires pour des raisons pastorales et pédagogiques. Puis, la bibliothèque s’accroît grâce aux dons, incluant par exemple la bibliothèque de l’humaniste et avoyer de Fribourg Peter Falck. Le rapport que les capucins entretiennent avec les livres est complexe, puisque les statuts de l’ordre ne les autorisent pas à en posséder. De plus, ils ne peuvent lire que l’Écriture sainte et les livres pieux.
Au XVIIIe siècle, cette vision évolue. Un décret de Benoît XIV de 1752 autorise l’accès aux livres anciennement proscrits pour permettre aux capucins de se former à la controverse et d’affronter leurs adversaires. La bibliothèque se dote alors de livres profanes qui témoignent d’une grande culture humaniste. Aux textes des Anciens s’adjoignent des ouvrages d’Érasme, d’Alciat ou encore de Tissot.
En 2004, les bibliothèques rattachées aux couvents des capucins de Fribourg, Bulle et Romont font don de 30’000 livres anciens à la BCU. En 2021, cette collection est mise en valeur par l’exposition « Territoires de la mémoire – bibliothèques des capucins fribourgeois » qui débouche sur une publication du même nom. En novembre 2022, deux très précieux incunables (terme désignant les premiers imprimés du XVe siècle) issus de la bibliothèque des capucins et volés pendant la Seconde Guerre mondiale, sont rétrocédés à l’État de Fribourg par la Library of Congress de Washington.