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L'écologie industrielle est une démarche relativement récente exposée pour la première fois dans un article de Frosch et Gallopoulos dans le «Scientific American» de septembre 1989. On en trouve une présentation très complète dans l'ouvrage de Dominique Bourg et Suren Erkman intitulé «Perspectives on Industrial Ecology» (Greenleaf Publishing Ltd, UK, 2003). L'écologie industrielle se veut une tentative de reproduire dans le système économico-industriel (ou anthroposphère) le mode de fonctionnement de la biosphère (ensemble de ce qui vit sur la Terre). Dans cette dernière, la règle du jeu est le fonctionnement en cycles fermés. Toute matière organique, quel que soit son état, participe à ces cycles, d'où il résulte qu'il n'y a pas de déchets organiques.
L'écologie industrielle considère le système économico-industriel comme ayant son métabolisme propre qu'il s'agit d'abord de connaître et d'analyser. La notion de métabolisme s'applique aussi à des entreprises, des communautés, des Etats. Pour le connaître, il faut déterminer les flux de matière (material flow analysis ou MFA) et d'énergie qui traversent ses entités, de l'extraction des ressources au dépôt final des déchets. Le but est d'augmenter ce qu'on appelle «la productivité des ressources», c'est-à-dire la quantité de produits et services que l'on peut obtenir par unité de ressource prélevée sur le stock disponible de la planète, Il a été proposé d'augmenter cette productivité d'un facteur 4 (Lovins) et même 10 (Schmidt-Bleek) au cours des prochains 50 ans. Il s'agit donc avant tout de faire durer les ressources et donc de maintenir le système économico-industriel en vie plus longtemps sans toutefois le remettre en question.
On constate d'emblée que l'utilisation du terme «écologie» est quelque peu usurpée et ne correspond pas vraiment à la démarche envisagée. En effet, selon la définition du Petit Robert, l'écologie est «l'étude des milieux ou vivent et se reproduisent les êtres vivants ainsi que du rapport de ces êtres avec le milieu». Il n'est question ici ni de ressources, ni de déchets, ni d'ailleurs d'environnement. Dans le tout organique qu'est la biosphère, il n'y a ni ressource ni environnement (voir par exemple à ce sujet: P. Lehmann, «La destruction de la biosphère et de la société par les énergies non renouvelables», dans «L'énergie du Futur», Editions d'En Bas, 1997). Un tout organique, que ce soit une plante, un animal, un être humain, un écosystème, voire la biosphère dans son ensemble, n'est pas constitué de parties. Ce n'est pas quelque chose qui a été assemblé. Mais l'approche scientifique actuelle veut comprendre le tout à partir des propriétés de supposées parties, d'où la confusion.
Si le terme écologie ne semble guère applicable à l'activité industrielle, la notion de métabolisme paraît adéquate. Ce que l'on cherche à faire, c'est de rendre ce métabolisme pus efficace en réduisant les flux de matière et d'énergie qui le traversent pour une production donnée. Différentes approches sont bien sûr possibles. On pourrait par exemple supprimer les activités industrielles non indispensables ou trop polluantes. Mais cela serait contraire au dogme de la croissance économique, à la liberté de commerce et d'autres tabous de l'économie de marché. M ais on peut aussi se demander si les déchets des uns ne pourraient pas être les matières premières des autres. Cette démarche a été entreprise dans plusieurs domaines et a permis des récupérations et des recyclages intéressants. Par exemple, les effluents des aciéries contiennent des poussières riches en zinc que l'on peut récupérer et mettre à disposition de différentes industries qui utilisent ce métal.
L'analyse des différents métabolismes de l'anthroposphère devrait aussi permettre de lutter plus efficacement contre la pollution qu'ils provoquent dans la biosphère. Au lieu des méthodes «end of pipe» (sortie de tuyau) qui prévalent aujourd'hui – incinération des ordures, épuration des eaux, décharges, etc. – il est possible d'adapter les méthodes de production pour d'une part réduire les émissions polluantes et d'autre part faciliter la prise en charge et le recyclage des objets en fin de vie: voitures, machines à laver, frigos, etc., et surtout de les faire durer. La «Bonne combine» à Lausanne répare depuis plus de vingt ans des quantités d'appareils qui auraient sans cela fini au rebut. La quantité d'appareils sauvés est de l'ordre de 200 à 500 tonnes par an. Il s'agit là d'une contribution importante à la réduction des flux de matière. Les appareils réparés sont revendus à des prix avantageux pour l'acquéreur mais suffisants pour permettre à la «Bonne combine» de tourner. Des entreprises analogues devraient être mises en place dans toutes les grandes villes. Par ailleurs, beaucoup d'appareils sont d'utilité marginale et la démarche la plus importante est de se demander, avant de les acheter, si on en a vraiment besoin.
Les Suisses sont d'authentiques champions en matière de recyclage. En 2003, 47% des déchets urbains ont pu être recyclés. Parmi les déchets ménagers, les Suisses ont recyclés 70% du papier, 71% des bouteilles en plastique, 95% du verre, 85 à 90% de l'aluminium et 75% des boîtes de conserve. Les entreprises s'y mettent aussi. L'exemple le plus louable à cet égard est certainement celui des CFF. Chaque année, ces derniers collectent: 2,5 millions de bouteilles en plastique, 2 millions de boîtes d'aluminium, 1 million de bouteilles de verre et 3608 tonnes de journaux et magazines.