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Les poissons de rivières, comme la truite ou l’ombre commun, ont besoin d’une eau suffisamment oxygénée. Or plus l’eau est chaude, moins elle contient d’oxygène. Les réacteurs nucléaires puisent l’eau de rivière ou de la mer pour éviter la surchauffe. Les canicules et les sécheresses réduisent le débit des rivières et augmentent leur température. Lorsque l’eau dépasse 25 °C, la survie de ces espèces est mise en danger. A partir de 19 °C, la truite entre en déjà état de stress physiologique et cesse de s’alimenter. Il en va de même pour les ombres communs qui vivent dans des eaux fraîches (inférieures à 20 °C) et bien oxygénées. Cette espèce figure déjà sur la Liste rouge des espèces menacées.
La centrale de Beznau (Argovie) puise directement l’eau de l’Aar, et la restitue réchauffée. En principe, les rejets d’eau ne doivent pas faire dépasser la température de l’Aar au-delà de 25 °C. A la suite de la vague de chaleur de 2018, les eaux en aval de la centrale de Beznau ont dépassé cette température pendant plusieurs jours. L’été 2022, la centrale de Beznau a été autorisée à déroger à la règle malgré la surchauffe de l’Aar. La législation fédérale sur la protection des eaux a pour buts, entre autres, de sauvegarder les biotopes naturels abritant la faune et la flore indigènes et sauvegarder les eaux piscicoles.
Son ordonnance prescrit à l’annexe 1: «La qualité de l’eau doit être telle que le régime de température présente des caractéristiques proches de l’état naturel ». L’annexe 3 stipule que pour les déversements dans les cours d’eau (…) «le réchauffement des eaux ne doit pas être supérieur à 3 °C par rapport à une température aussi peu influencée que possible et dans les tronçons appartenant à la zone à truites du cours d’eau (…) l’autorité peut accorder des dérogations si le réchauffement de la température de l’eau n’excède pas 0,01 °C par déversement ou que le déversement provient d’une centrale nucléaire existante (nous surlignons)». Pour le nucléaire, tout est donc permis?
Les épisodes plus fréquents de température élevée et de sécheresse prolongée vont singulièrement compliquer le refroidissement des centrales nucléaires
La centrale de Beznau peut être arrêtée en période de canicule sans répercussions sur l’alimentation électrique, puisque l’été correspond à la période de consommation basse et de production solaire élevée. La protection du climat, la sécurité de l’approvisionnement énergétique et la conservation de la biodiversité sont intimement liées. La récente révision de la Liste des poissons sur liste rouge montre que le mauvais état des populations piscicoles suisses s’est aggravé au cours des derniers vingt ans. Les rivières suisses font partie des écosystèmes les plus altérés en raison de la dégradation généralisée et continue des eaux.
C’est pourquoi il est impératif de faire respecter les seuils de température censés préserver l’écosystème des cours d’eau. L’intérêt à la protection de la faune aquatique, très sensible aux différences de température, doit primer sur celui de la production d’une électricité nucléaire dont on peut se passer. A l’avenir, les épisodes plus fréquents de température élevée et de sécheresse prolongée vont singulièrement compliquer le refroidissement des centrales nucléaires. La priorité est de préserver la biodiversité.
* Chargée d’affaires WWF Valais.
Article adapté, à paraître dans le prochain trimestriel Sortir du nucléaire.