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La capacité de mentalisation est une acquisition évolutive qui se développe par une sensibilisation progressive à la signification mentale d’indices expressifs pertinents (comportementaux, verbaux et situationnels) qui indiquent la présence d’états mentaux chez les personnes. Elle se produit lors de l’interaction avec le soignant dans le contexte de la relation d’attachement, grâce au processus de miroir affectif.
Le fait d’être exposé de manière répétée à ces expériences favorise le développement de la capacité à comprendre la signification de leurs états affectifs et à relier cette signification à l’expérience vécue. Ces enfants, trouvant leur propre être intentionnel dans l’esprit de l’autre, deviennent de plus en plus compétents pour reconnaître leurs propres états mentaux et ceux des autres, pour les décrire et les utiliser comme guide pour leur propre comportement.
En outre, ils deviennent de plus en plus habiles à différencier les émotions manifestées et à les relier aux causes qui les ont provoquées, sont capables de les réguler avec l’aide du soignant et apprennent au cours du développement à développer des compétences d’autorégulation appropriées.
En revanche, l’absence d’un environnement miroir sensible, à l’écoute des émotions et des états intentionnels de l’enfant, empêcherait l’établissement de représentations des états de soi de l’enfant, prédisposant à des sentiments de vide et à une capacité déficiente de contrôle des impulsions.
L’expérience par laquelle l’enfant se perçoit comme un sujet agissant et ressent un sentiment de maîtrise et d’efficacité par rapport à l’environnement, s’organise donc grâce au processus d’autorégulation, mais seulement dans la mesure où la régulation interactive permet ou favorise également cette expérience.
Le moi et l’estime de soi
Selon Kohut, des réponses parentales suffisamment sensibles et accordées aux demandes de l’écho et la participation aux manifestations exhibitionnistes de ses fantasmes grandioses, favorisent le développement d’une saine estime de soi chez l’enfant. A cela s’ajoute la frustration optimale, générant une structure psychologique capable de tolérer la tension. Ainsi, l’enfant apprend à accepter ses limites réalistes et à remplacer les besoins exhibitionnistes par des buts et des objectifs en accord avec l’ego. Sinon, le moi grandiose ne serait pas absorbé par l’ego mais serait préservé dans sa forme inaltérée.
L’exigence fondamentale est donc la disponibilité d’objets réels pour servir de Moi-objet à l’enfant.
Les relations objet-Soi satisfont trois besoins fondamentaux du Soi :
– Être confirmé, accepté, apprécié, reconnu dans sa grandeur et sa perfection (« miroir ») ;
– d’idéaliser un objet-Soi pour l’admirer et se sentir partie prenante de celui-ci (‘idéalisation’) ;
– d’être soutenu par un autre qui suscite en lui une affinité (‘soutien’ dans une relation avec un moi-objet ‘jumeau’).
Les objets d’amour doivent donc être suffisamment idéalisables et fournir des réponses d’estime de soi empathiques et validantes. Par le biais de leurs réponses en miroir, ils remplissent des fonctions de confirmation et d’approbation des expressions de soi exhibitionnistes grandioses, renforcent l’estime de soi et satisfont les besoins narcissiques qui sont fondamentaux pour le développement normal car ils offrent à l’enfant un sentiment de valorisation en le protégeant des sentiments d’humiliation et de honte découlant de son impuissance.
Les besoins d’objet-Soi persistent tout au long de la vie, suivant un développement parallèle à celui de l’amour d’objet.
Lorsque ces conditions sont remplies, les expériences positives de sécurité et d’estime de soi qui en résultent seraient intériorisées dans un Moi solide et cohésif, qui préserve le noyau d’enthousiasme et de vitalité des états narcissiques originels et immatures et le transforme en ambitions saines qui s’accompagnent des idéaux et des valeurs intériorisés à travers l’image parentale idéalisée ; inversement, la permanence d’une estimation d’un Moi vulnérable et sensible aux offenses de l’autre, aurait besoin d’être compensée par l’approbation et la confirmation de Moi-objets de substitution dont dépendrait le sentiment de valeur de la personne.