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Parlons un peu des musiciens disparus que nous ne pourrons oublier. La quantité d'enregistrements qu'ils ont gravés, ainsi que les quelques images que le hasard a permis de conserver, permet de garder proche, et pour l'éternité, l'extraordinaire personnalité de ces êtres exceptionnels !
Les malheurs se sont succédé avec un rythme effrayant durant cette année 2001. Al GREY, trombone - Harry Sweet EDISON, trompette - Norris TURNEY, saxophoniste, et combien d'autres, parmi ces musiciens de jazz, qui ont disparus. Ils étaient en quelque sorte, des créateurs. Ils avaient vecu les début du jazz, ou presque, et ils ont eu le génie de la création. En tant que solistes, ils ont créé une manière, un son, et une personnalité qui ont fait école et dont on retrouve l'influence chez leurs successeurs.
David "Panama" FRANCIS, était un de ceux là. C'est à nouveau une grande figure du jazz qui disparaît. Il nous laisse un héritage exceptionnel. Batteur modèle, swinguant, précis et efficace ! Il était aussi un homme sérieux, aimable et attachant. Il a joué avec les plus grands, en particulier avec l'Orchestre de Lucky Millinder de 1940 à 46 et chez Cab Calloway Orchestra de 1947 à 52.
J'ai eu la chance de le rencontrer fréquemment. J'ai effectué une tournée européenne en sa compagnie, en 1983, et avec l'excellent orchestre qu'il avait crée et dirigé. les Savoy Sultans, un ensemble de 9 musiciens. C'est avec cet orchestre qu'il s'est présenté à deux reprises, en 1979 et 1980, sur la scène de notre Théâtre à Yverdon.
Panama FRANCIS est décédé à Orlando, où il habitait depuis plus de 20 ans, le 11 novembre 2001.
Adolphus "Doc" CHEATHAM, trompettiste, est né le 13 juin 1905 à Nashville, dans le Tennessee. Il est décédé le 2 juin 1997 à l'âge de 92 ans. Le sang indien qui coulait dans ses veines il l'avait hérité de sa mère, Alice Anthony, en partie indienne, native d'Atlanta. Son père, Marshall Ney Cheatham de Tennessee, était barbier et jouait de la mandoline ! "Doc" Cheatham s'était imprégné des traditions de ce peuple indien qu'il admirait. Il en avait acquit la sagesse et la droiture. C'était un homme de bon contact, aimable et chaleureux. Sa famille, ses amis et le jazz viennent de perdre un homme et un musicien de grande valeur.
Il a signé son premier engagement professionnel vers 1924 chez Marion Hardy's Band, lors de la présentation de "Sunshine Sammy". Il se déplace alors à Chicago pour jouer du cornet, du sax ténor et soprano dans le Band d'Albert Wynn. Durant la même année il enregistre, au sax soprano, avec la chanteuse Ma Rainey. A Philadelphie il joue du cornet, un an durant avec Wilbur de Paris. Après de nombreux stages dans différents orchestres il rejoint Cab Calloway avec qui il jouera de 1933 à 1934, puis à nouveau en 1951 et finalement en 1977 à Nice.
Ceci est un court résumé de l'éblouissante carrière de "DOC". Nous avons eu la chance de bien le connaître et de le fréquenter. En 1976, ma femme Suze lui avait offert un médaillon à l'effigie de Louis Armstrong. C'est le pendentif que l'on a pu apercevoir accroché à sa trompette jusqu'à la fin de sa vie.
La photo ci-dessus a été prise à Nice, à la Grande Parade du Jazz en juillet 1978.
Doc CHEATHAM a joué au Festival de Berne (CH), pour la dernière fois, en mai 1997. Il avait alors 92 ans.
Nous apprenons la triste nouvelle de la disparition de Guy Denis Fernand LAFITTE, saxophoniste, clarinettiste et compositeur.
Guy Lafitte est né à Saint Gaudens (France) le 12 janvier 1927. Il est décédé le matin du 11 juillet 1998. Il avait depuis longtemps de graves problèmes de santé.
Guy était non seulement un musicien exceptionnel, un sax. ténor certainement parmi les meilleurs, mais il était aussi un ami, chaleureux, généreux, aimable et plein d'humour. Il savait s'exprimer. Il avait la langue des poètes. C'est une grande perte pour ceux qui ont eu le privilège de le fréquenter et pour tous les amateurs de jazz.
Guy Lafitte, très tôt, s'est fait remarquer par sa manière de s'exprimer au saxo ténor. En 1953, je me souviens l'avoir entendu en direct, pour la première fois, lors d'une soirée radiodiffusée, j'en ai gardé un éblouissant souvenir. Depuis cette époque il n'a fait que progresser, son art s'est affirmé. Toujours très à l'aise,et possédant son instrument à la perfection il avait une sonorité ample, chaude, pleine d'émotion. Dans les ballades ou les tempos lents il communiquait au maximum son plaisir de jouer par une intensité et une chaleur pleine d'émotion. Il improvisait constamment et créait de merveilleuses phrases. Son langage musical était un régal. Ses histoires! Il était le seul à les jouer ou à les raconter avec la même veine, la même passion, le même humour..
Guy, durant sa carrière de musicien a eu le loisir de jouer en compagnie de nombreux grands musiciens américains lors de leurs passages en Europe. Il était très sensible à la manière dont il était accompagné, surtout par les rythmiques, ce qui est évidemment primordial pour le soliste. Je me souviens, en 1983, l'entendre me raconter, avec vigueur les soucis que peuvent engendrer les accompagnateurs insensibles aux jeux des mélodistes. J'ai eu le plaisir de l'entendre fréquemment avec Arnett Cobb, Wild Bill Davis, Clyde Lucas et Bill Coleman et bien d'autres encore, durant les meilleures années de la Grande Parade du Jazz à Nice, nous pouvions l'entendre fréquemment avec des musiciens de toutes provenances et de styles différents.
Au revoir Guy, ton message a été entendu mais on aurait bien volontiers encore fait un bout de chemin en ta compagnie. Il faudra beaucoup de temps pour atténuer notre peine !