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Un militant laïque a un jour écrit, dans un blog de la Tribune de Genève, qu’en ce qui le concernait, il n’entendait pas appeler culture des idées comme celles de l’Infaillibilité du Pape ou de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. J’y ai déjà fait allusion à propos de la première de ces deux doctrines, défendue particulièrement par Joseph de Maistre dans son Du Pape: il le dit inspiré mécaniquement et nécessairement par le Saint-Esprit. Or, récemment, j’ai lu un recueil de textes (d’ailleurs acheté chez un bouquiniste genevois) de l’autre grand écrivain savoyard qu'était François de Sales, et qui rassemblait les écrits que celui-ci avait consacrés à la sainte Vierge: il contenait effectivement l’idée de son immaculée conception.
Elle est devenue officiellement un dogme, et un lecteur de ce blog, voulant m'éclairer sur son sens exact, m'a cité le canon: Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. Ce qui s'est passé spirituellement au moment de sa conception n'est d'ailleurs pas forcément rendu net par ces expressions consacrées, et peut-être le catholicisme moderne manque-t-il de la tendance à l'occultisme propre aux temps anciens, car on peut comprendre, de ce point de vue, que le démon qui se place dans chaque corps humain du fait de la conception par la voie charnelle, a été empêché d'entrer dans le corps de la Vierge Marie par une grâce divine, l'intervention d'un ange. Mais pas que Marie ait été comme son fils conçue autrement que par un homme s'unissant charnellement à une femme.
Quoi qu'il en soit, sans lui non plus l'expliquer précisément François de Sales affirme que cette grâce accordée à la Vierge sainte la rendait rayonnante aux yeux des anges mêmes - lesquels, dit-il, étaient penchés admiratifs sur son berceau! Il fait des mystères du christianisme une féerie qui n’est pas sans rappeler celle des contes de Charles Perrault. Même goût pour un merveilleux dont la signification morale est claire, et qui ne se déchaîne pas dans le monde de l’imagination, mais dont le caractère spécifique ne fait pas l’objet d’une remise en cause particulière: à plusieurs reprises, François de Sales a défendu le merveilleux en littérature, s’il était inspiré par la religion; et personnellement, il estimait que la foi devait porter l’esprit à recevoir comme authentique, à cet égard, même ce qui apparaissait à première vue comme invraisemblable.
Sa grande idée était que la controverse, la polémique sur des points théologiques, était complètement inutile, et même, nuisible. Pour lui, on était efficace contre ce qu’on estimait être une hérésie quand on prêchait avec amour ce en quoi on croyait. Or, une doctrine religieuse présentée avec amour passe forcément par des images qui parlent au cœur; il en est bien ainsi des récits de miracles, des légendes telles que les a racontées jadis Jacques de Voragine, par exemple.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, néanmoins, ce n’était pas une simple ruse pour séduire: François de Sales était sincère, et il estimait qu’il fallait l’être. Peut-on aimer ce qui est faux, et peut-on communiquer un amour qu’on ne ressent pas? Sa méthode a pu être imitée par des esprits froids, et sceptiques, mais lui-même n’était pas ainsi. Au fond, il essayait de maintenir vivante, y compris sans sa propre âme, la vieille tradition, qui faisait de la divinité un être personnel, aimant, ayant des sentiments, et pouvant, donc, intervenir dans le monde qu’il avait créé, pour le modeler à sa guise. Le Père tout-puissant et miséricordieux pouvait-il être enchaîné par sa propre création? Il pouvait seulement sembler s’en désintéresser, si les hommes eux-mêmes ne se tournaient pas vers lui. Or, à coup sûr, pour l’évêque de Genève, la naissance de la Vierge Marie était une marque d’intérêt profonde pour l’humanité: elle était l’effet de la bonté divine ! Elle devait donc être sans tache, dans sa source.