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Au jardin Robinson, le petit Etienne, 3 ans, grimpe allègrement jusqu’à la plateforme supérieure de la tour d’escalade. «Regarde ce que je fais!» crie-t-il à sa maman. «Génial!» répond cette dernière en applaudissant. «Je suis tout en haut», reprend le petit. «Génial!» répète la maman. Pour Etienne, le compliment est une incitation à traverser le petit pont de bois pour grimper sur la tour suivante. Puis il s’écrie: «Regarde!» Et de nouveau: «Génial!» Puis Etienne en a marre et se met à construire un château de sable. «Regarde!» crie-t-il à sa mère. On se doute qu’elle trouve le château génial.
Piège
La maman d’Etienne est tombée dans le piège des compliments. Si à peu près n’importe quel petit geste est qualifié de génial, on peut se demander si, pour l’enfant, c’est vraiment utile. Cette inflation d’éloges engendre-t-elle vraiment de la confiance en soi et incite-t-elle le petit à évaluer seul les situations? Ou au contraire met-elle l’enfant sous pression, puisqu’il doit faire en sorte que tout soit «génial» afin d’apparaître conforme aux yeux de ses parents?
Un excès de compliments est de nature à effaroucher en particulier les enfants timides, craintifs et moins sûrs d’eux, montre une étude des psychologues des universités d’Utrecht aux Pays-Bas et de l’Etat de l’Ohio aux Etats-Unis. Ils qualifient d’inflationnistes les mots «sensationnel», «parfait», «fantastique» ou «super» qui saluent les actions les plus banales. Les chercheurs constatent qu’un compliment enthousiaste incite bel et bien les enfants déjà sûrs d’eux à s’attaquer à des tâches encore plus ardues. A l’inverse, les enfants peu sûrs n’oseront plus rien du tout, car ils pensent qu’ils ne sont pas à la hauteur des attentes standards.
Question de dosage
Ce à quoi s’ajoute le fait que les petits enfants ne veulent pas forcément être jaugés. Quand Etienne crie à sa mère «Regarde!», il veut juste établir le contact avec elle et s’assurer qu’elle le voit. Une réaction simple lui suffirait, du genre: «Eh, mais tu es arrivé tout en haut!» En le complimentant continuellement, la maman lui inspire le sentiment qu’en grimpant il pourrait faire quelque chose de faux ou s’y prendre mal. Or, même s’il n’arrive pas tout en haut, il faut le complimenter pour ses efforts: «Tu t’es vraiment donné beaucoup de peine, j’aime ça.»
Un éloge sain est comme un repas sain: une question de mesure et de panachage. Il convient de ne pas faire l’éloge de chaque petite réussite mais de reconnaître occasionnellement les aptitudes de son enfant. Les parents ne doivent en aucun cas renoncer entièrement aux compliments.
L’art de l’éloge
- Etre sincère et crédible
Le compliment ne doit pas devenir une simple formule de politesse: choix des mots réfléchi, bonne mesure et observation précise de l’enfant forment une vraie valeur ajoutée. Plus c’est précis, mieux ça vaut. Une reconnaissance sincère procure aux enfants une orientation crédible.
- Etre attentif
Un véritable éloge montre que les adultes sont attentifs et prennent la peine de décrire précisément ce qui est positif. Par exemple: «C’est un beau dessin. Je vois que tu as dessiné plein de fleurs de couleurs différentes. Le résultat est très réussi.» Plus le compliment est formulé de manière concrète et précise, mieux l’enfant peut évaluer sa performance de manière réaliste et bénéficier du compliment.
- Ne pas complimenter pour ce qui va de soi
Complimenter un enfant pour des broutilles ou pour des choses qu’il maîtrise depuis belle lurette (par exemple lacer ses chaussures) ou qu’il aurait dû faire depuis longtemps (par exemple ranger sa chambre) est hors de propos. L’enfant ne peut dès lors pas percevoir ses actes de manière réaliste et ne se sent pas pris au sérieux.
- Applaudir le comportement
L’éloge et l’intérêt permettent aux enfants de se forger une bonne image d’eux-mêmes et de croire en leur savoir-faire. Les adultes doivent complimenter le comportement et éviter d’y associer des conditions. Le lien entre adultes et enfant s’en trouvera renforcé. Exemple: «Je me réjouis que tu saches déjà enlever ta veste tout seul. Pour moi, c’est tellement plus facile.»
- Compliments muets
Plus un enfant est jeune, plus le compliment est important: par le contact corporel, la gestuelle, une mimique, un enlacement, un petit bec ou une caresse. C’est beaucoup plus efficace qu’un flot de mots. Pour des enfants plus grands, les expressions non verbales sont également indiquées. Parfois, un clin d’œil, un sourire ou un pouce levé suffisent.
- Toujours faire l’éloge des efforts
Et surtout lorsque, en dépit des efforts, le résultat laisse à désirer. L’enfant apprend ainsi qu’il n’y a pas que le succès qui compte. Par exemple: «Tu as longuement fait des exercices de flûte. Je trouve ça formidable, même si tu n’as pas encore trouvé les bonnes sonorités. Mais ça viendra.»
- Remercier plutôt que complimenter
Un merci a souvent un effet plus durable qu’un éloge. Par exemple, la maman demande à Etienne de déposer ses langes à la poubelle. Son remerciement incite Etienne à vouloir toujours donner un coup de main.
- Tenir compte de l’âge et du développement
On peut abondamment complimenter les petits enfants pendant et après leurs activités. Quand ils grandissent, à partir de 6 ans environ, quelques mots de validation pour des gestes particulièrement réussis peuvent suffire.
- Eloge sous forme de récompense
Une récompense appropriée a des effets motivants pour changer un comportement, apprendre de nouveaux gestes ou maîtriser certaines tâches. L’idéal est une récompense sous forme d’activités de loisir communes: place de jeux, piscine ou jardin zoologique. Pour l’enfant, c’est autrement plus intéressant qu’un bout de chocolat et ça renforce la cohésion familiale.
- Ne pas oublier la critique
Il va de soi que relever les erreurs fait partie de l’éducation. Par la critique, on explique aux enfants comment ils peuvent mieux réaliser quelque chose. Question critiques, les mêmes règles s’appliquent qu’aux éloges: elles doivent se concentrer sur des fautes et comportements concrets et ne pas viser des traits de caractère ou de personnalité. Bien sûr, la critique doit être honnête. L’enfant apprend ainsi à distinguer entre petites contrariétés et grosses fautes.