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Quelques réflexions après le vote Brexit
"Nous avons voté pour quitter l'Union européenne et pour devenir un pays indépendant et souverain. Nous ferons ce qu'ont toujours fait les pays indépendants et souverains. Nous déciderons nous-mêmes comment nous allons contrôler l'immigration et nous serons libres d'édicter nos propres lois."
Voilà une déclaration qui témoigne d'une grande assurance – malheureusement elle n'a pas été faite par un membre du gouvernement suisse, bien qu'elle eût exprimé parfaitement la position de la Suisse par rapport à l'UE. Mais cette assurance dans la prise de position par rapport à Bruxelles, cette volonté d'exprimer l'indépendance de son pays par rapport à l'UE, tout cela fait totalement défaut aux poltrons qui peuplent le Conseil fédéral. Cela manque aussi dans les directions des partis politiques qui ne savent que s'opposer aveuglément à l'UDC. Cela manque enfin dans l'administration fédérale et dans les associations faîtières de l'économie suisse.
Les phrases citées en tête ont été prononcées par Madame Theresa May, premier-ministre de Grande-Bretagne, lors du dernier sommet de l'UE (cf. "Weltwoche" no 40 du 6 octobre 2016).
Par les déclarations de son chef de gouvernement, la Grande-Bretagne a célébré sa liberté de décision retrouvée – jamais les négociateurs suisses dans leur habituelle attitude de soumission à l'égard de Bruxelles n'auraient exprimé un tel avis.
La Suisse est en meilleure position
Pourtant la Suisse est en meilleure position par rapport à l'UE que la Grande-Bretagne. Les Britanniques doivent encore, dans les négociations qui commencent au printemps 2017, marchander avec l'UE les conditions auxquelles ils auront accès au marché intérieur de l'UE.
Côté suisse, l'accès au marché intérieur UE est réglé depuis 1972 grâce à l'accord de libre-échange que Berne a conclu avec la CEE de l'époque, organisation qui a précédé l'UE. C'est précisément cet accord de libre-échange qui règle les conditions auxquelles la Suisse peut accéder au marché intérieur de l'UE et non pas – comme le prétend souvent la Berne fédérale avec une totale mauvaise foi – le train des accords bilatéraux signés à la fin des années nonante et peu après la fin du dernier millénaire.
Cet accord est en vigueur depuis 44 ans et il fonctionne parfaitement. Et, surtout, il fonctionne à la totale satisfaction des deux partenaires qui le confirment d'ailleurs régulièrement. Ce constat est fait chaque année par ledit "comité mixte" qui est chargé de traiter de manière paritaire les éventuelles divergences d'opinions qui pourraient surgir dans l'application de l'accord. Faute de différends, cet organe est d'ailleurs presque toujours au chômage comme en témoigne la rétrospective annuelle qu'il publie depuis 1972. L'accord de libre-échange entre la Suisse et l'UE fonctionne sans accroc pour les deux parties. Personne – pas plus dans l'UE qu'en Suisse – n'a jusqu'ici fait la moindre déclaration dans le sens d'une résiliation ou d'une modification de cet accord.
La base de l'accès réciproque aux marchés
Contrairement à ce que propagent régulièrement les eurofanatiques suisses qui ne sont pas à un mensonge près, l'accord de libre-échange de 1972 ne comporte aucune "clause de la guillotine" comme c'est en revanche le cas pour les sept premiers accords bilatéraux. Même en cas de résiliation de l'accord de libre circulation des personnes, le traité de libre-échange reste en place sans changement avec le plein accord des deux parties au contrat.
Entre-temps, l'accord de libre-échange a de surcroît été consolidé sur le plan légal dans l'intérêt des deux parties, mais en dehors de la zone d'influence de l'UE. Il a en effet été conforté pas les conventions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dans lesquelles les deux parties s'engagent à ne pas prendre de mesures unilatérales qui pourraient discriminer l'autre partie au contrat. Des modifications unilatérales de l'accord de libre-échange au détriment de l'autre partie sont donc exclues. Ce sont là des règles fondamentales dont il a été convenu dans l'intérêt des deux parties. Les agissements malhonnêtes des eurofanatiques suisses jusqu'au niveau du Conseil fédéral, qui tentent régulièrement de jeter le doute sur cette réalité, n'y changent rien.
Il est révélateur à ce propos que ces déclarations de mauvaise foi ne sont jamais soutenues par Bruxelles. De toute évidence, l'UE n'a aucune intention de mettre arbitrairement en jeu les conséquences bénéfiques pour les deux parties de l'accord de libre-échange, sachant bien que, depuis de nombreuses années, la Suisse importe beaucoup plus de l'UE qu'elle y exporte. Ecarter un bon client qui paie toujours rubis sur l'ongle, voilà une voie sur laquelle une UE secouée par les crises ne s'est jamais laissé entraîner par les intrigants eurofanatiques de la Berne fédérale.
Courage d'un côté, soumission de l'autre
La Grande-Bretagne, qui ne sera plus longtemps membre de l'UE, et la Suisse, qui n'en est pas membre, se distinguent cependant fondamentalement dans leur attitude par rapport à Bruxelles. Fière et sûre d'elle, la Grande-Bretagne se réfère au vote Brexit. Elle saisit l'occasion de cette décision démocratique pour rappeler les principes de la démocratie occidentale aux fonctionnaires de Bruxelles qui ont souvent le mot de démocratie à la bouche, mais qui s'en moquent complètement quand il s'agit de faire passer leurs décisions.
Les négociateurs suisses, en revanche, se comportent à Bruxelles comme de misérables mendiants. Ils font tout pour passer sous silence les décisions démocratiques prises par le souverain helvétique. Ils croient même devoir s'excuser pour les décisions prises en toute liberté et selon toutes les règles de la démocratie par le peuple suisse. Puis ils confrontent le souverain suisse à des menaces qui n'ont souvent même pas été lancées par Bruxelles, mais qui ont été inventés par des gens d'ici pour lesquels le seul salut passe par l'UE et qui cherchent par leurs manœuvres de bas étage à ramollir la volonté des Suisses.
Les faits réels
Madame Theresa May, premier-ministre de Grande-Bretagne, se fonde sur des constats totalement différents. Elle sait que les Allemands veulent continuer de vendre aux Britanniques des Mercedes, des BMX, des VW et d'autres voitures, de même que des milliers d'autres produits et prestations de service. Et le même constat vaut pour les 26 autres pays qui sont restés membres de l'UE et qui n'ont aucune envie de perdre leurs clients d'outre-Manche.
Si les producteurs de marchandises et prestations de services des pays membres de l'UE veulent garder la Grande-Bretagne comme cliente, ils doivent forcément lui offrir des conditions commerciales qui ne la discriminent d'aucune manière. Faute de quoi les Britanniques se serviront davantage auprès de fournisseurs asiatiques. C'est ainsi que fonctionne le marché.
Madame Theresa May a confiance dans le marché et dans les forces du marché. Elle connaît les intérêts des pays UE qui, pour sauvegarder leur développement économique, ne peuvent pas s'offrir le luxe de perdre des clients britanniques. Elle sait se servir de ces intérêts dans les négociations et il est certain qu'elle obtiendra pour la Grande-Bretagne de bonnes conditions d'accès au marché UE. Son assurance, son opiniâtreté, son adresse à jouer au bon moment les atouts de la Grande-Bretagne sont autant de garants d'un accord répondant aux intérêts de son pays.
L'attitude des négociateurs suisses est juste inverse. Courbant le dos devant leurs interlocuteurs, ils taisent soigneusement toutes forces de la Suisse, tous les aspects qui pourraient donner un avantage à notre pays. Ils se lamentent devant les décisions du souverain helvétique. Ils inventent des scénarios de la peur pour intimider les Suisses. Ces traumatismes aussi artificiels que grotesques ont récemment atteint le sommet du ridicule: si la Suisse subit la clause de la guillotine à la suite des demandes d'adaptation de la libre circulation des personnes, elle serait coupée du trafic aérien international…
Quelle idiotie! Les Suissesses et les Suissesses prennent chaque année des millions de fois l'avion pour des voyages d'affaires ou pour faire du tourisme. Les Suisses sont des clients appréciés au pouvoir d'achat élevé. Comment peut-on croire sérieusement que les compagnies aériennes du monde entier lanceraient un boycott contre cette clientèle extrêmement intéressante juste parce que des fonctionnaires frustrés de Bruxelles veulent prendre une revanche sur la Suisse? Quelques fonctionnaires butés et simplets de la Berne fédérale, secondés par des bureaucrates encroûtés d'economiesuisse, veulent-ils vraiment nous faire croire que les compagnies d'aviation ne s'intéresseraient plus aux affaires juteuses qu'ils font avec les passagers suisses et se soumettraient sans coup férir aux ordres de l'UE en matière de libre circulation des personnes? Que les Suisses se contentent de regarder du fond de leurs grottes les traînées de condensation laissées par les avions dans leur ciel?
L'actuel chef d'economiesuisse, Heinz Karrer, était autrefois patron du groupe touristique Kuoni. Il y a déjà fait la preuve de son incompétence. Malgré le boom touristique au niveau mondial, il a réussi à conduire Kuoni dans un mur. La direction de Kuoni a été incapable d'identifier les nouvelles orientations du marché touristique, de saisir les nouvelles chances du marché, d'attirer des clients intéressés. Kuoni a par exemple complètement raté le secteur des voyages combinés en bus et en bateau de croisière fluviale. D'autres agences, plus intelligentes, ont su profiter de cette aubaine. Kuoni a été évincé du marché.
Il est infiniment regrettable que le principal responsable de cet échec commercial soit aujourd'hui le principal porte-parole de l'économie suisse, également concernant les rapports Suisse-UE. Comme tous les ratés de l'économie privée, il lorgne sur les subventions publiques et sur les béquilles de l'Etat. Seuls des chefs d'entreprise forts et performants gagnent sur le marché.
Theresa May représente les vrais chefs d'entreprise, economiesuisse est dans le camp des perdants et des fonctionnaires sans imagination, c'est toute la différence entre la Grande-Bretagne, qui ne sera bientôt plus membre de l'Union européenne, et la Suisse, qui n'est pas membre de l'UE, dans les rapports avec Bruxelles.
Si le Suisse veut avoir du succès, du succès sur les marchés libres, elle doit commencer par changer le personnel responsable de ses rapports avec l'UE – à la Confédération comme chez economiesuisse.
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