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Deux rôles principaux: un homme et une femme. Pour celui de Nick Curran, le flic, une longue liste d’acteurs potentiels, comme Harrison Ford, Tom Cruise, Brad Pitt, Kevin Costner, ou Richard Gere.
Michael Douglas emporte la mise. C’est un acteur-producteur qui compte à Hollywood et qui ne se contente pas d’être le fils de Kirk. Il a su produire "Vol au-dessus d’un nid de coucou" et faire sa place.
Dans les années 80, il est partout : "A la poursuite du diamant vert", "Liaison Fatale", "Wall Street" d’Oliver Stone qui lui permet d’obtenir l’Oscar du meilleur acteur en 1988. Il enchaîne avec "Black Rain" de Ridley Scott, et "La Guerre des Rose".
"Basic Instinct" en 1992 semble presque chapeauter cette carrière sans nuages. Michael Douglas a tout ce qu’il faut. Le bon âge et le talent. Verhoeven l’adore et lui adore Verhoeven. De plus, le comédien aime cette idée d’un scénario policier bien construit qui pourrait choquer. Il ne lui déplaît pas de faire un pied de nez à la répression morale qui sévit alors aux Etats-Unis.
"Basic Instinct" est un film primitif sur la violence et les pulsions sexuelles, le mal. Il faut pouvoir parler de ces choses. Verhoeven a un sens très intense de la force du mal. Il voit les choses en noir et blanc, de manière très contrastée. Quant à moi, je préfère les personnages plus proches du raté plein de problèmes que du héros invincible. Peut-être parce qu’on ne rencontre pas de héros dans la réalité
Le réalisateur explique en interview: "Le choix de Michael Douglas fut un élément important pour le succès du film, car il possède cette fragilité humaine qui lui permet d’interpréter des personnages pas très clairs, tout en restant le héros".
Michael Douglas dans "Basic Instinct". [Carolco Pictures / Canal + / Collection ChristopheL/AFP]
Pour jouer sa partenaire à l’écran, il faut engager une actrice qui n’a peur de rien et surtout pas de se montrer nue et dans un rôle de tueuse sadique et perverse.
Les producteurs imaginent toutes les actrices du moment, de Kim Basinger à Michelle Pfeiffer, en passant par Rosanna Arquette, Melanie Griffith, Nicole Kidman. Elles refusent toutes, effrayées par le rôle.
Mais personne, à part Paul Verhoeven, ne pense à Sharon Stone. Ex-reine de beauté, ex-mannequin, ex-starlette, elle a accumulé les navets et les rôles de filles niaises alors qu’elle brille d’intelligence.
Paul Verhoeven vient de travailler avec elle sur "Total Recall". Il l’a vue, en tant que femme d’Arnold Schwarzenegger dans le film, passer de l’angélisme absolu à la figure démoniaque. Contre l’avis de Michael Douglas et du producteur, il parvient à l’imposer, à en faire un objet du désir. Il lui a expliqué avec précision ce qu’il attend d’elle. Elle accepte.
Ce rôle oblige l'actrice à travailler la dualité, les ténèbres et la lumière, la perversité et la douceur, avec une forme d’humanité biaisée.
L’actrice confesse que le réalisateur lui a conseillé de penser à la chanson des Rolling Stones, "Sympathy for the Devil" pour travailler son personnage. Tout est dans la chanson. L’esprit ambigu, rebelle et duel.
L'actrice Sharon Stone. [Carolco Pictures / Canal + / Collection ChristopheL/AFP]