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Le 13 mars 2022, Primoz Roglic remporte Paris-Nice, alors que Tadej Pogacar en fait de même sur Tirreno-Adriatico. En 2023, les deux cyclistes s'échangent les courses: Roglic écrase la «Course des deux mers» alors que son jeune compatriote réalise un récital sur les routes niçoises.
Loin de l'asphalte, dans les airs de Planica, la «Mannschaft» slovène imposait sa loi aux derniers Championnats du monde de saut à ski. Plus près de la neige, Ilka Stuhec, championne du monde de descente en 2017 et 2019, retrouvait les sommets en claquant un succès dans la descente de Cortina d'Ampezzo.
A force, il deviendrait presque barbant de citer tous les sportifs slovènes qui s'illustrent au plus haut niveau. Ils sont partout, ils brillent même en NBA et en NHL. La Slovénie est devenue une nation emblématique du sport.
S'il fallait encore fournir des chiffres pour mieux comprendre l'exceptionnel réservoir slovène, prenons les Jeux olympiques de Pékin: la Suisse y a envoyé une délégation de 168 athlètes, contre 41 pour la Slovénie. En ôtant les 48 sélectionné(e)s du hockey sur glace féminin et masculin, la Suisse compte encore 120 représentants, le triple de la Slovénie.
Pourtant: la Suisse a raflé quatorze médailles, contre sept côté slovène. Plus globalement, la Slovénie est la deuxième nation de ces JO au nombre de médailles par habitants. Elle se classe derrière l'ogre norvégien mais devant la grande Autriche.
L'engouement populaire n'est pas en reste: en Suisse, Swiss Cycling nous communique 505 licenciés (423 hommes et 82 femmes) alors que la Slovénie en recense quelque 1600. Comment et pourquoi ce petit pays niché entre l'Italie, la Croatie, l'Autriche et la Hongrie parvient-il à briller autant?
Igor E. Bergant, ancien journaliste sportif et natif de Ljubljana, explique le miracle slovène par la variété des paysages, pittoresques, propices à la pratique du sport en extérieur. Mais pas que: Bergant rappelle la mise à disposition d'infrastructures d'excellente qualité, certes payantes, mais subventionnées par la communauté et les sponsors.
Mais les racines de ce succès remontent également au passé, à l'héritage de l'ex-Yougoslavie. A la base du développement des athlètes, il y a l'école. Un cadeau de la période communiste, «qui inclut vraiment le sport comme une matière majeure, l'éducation physique de notre jeunesse», explique Blaz Perko, secrétaire général du comité olympique, au quotidien L'Equipe.
Donner le goût de l'effort dès l'enfance, c'est la valeur de tout un pays. Si bien que tous les mois d'avril, un programme intitulé «SLOfit» regroupe les élèves du primaire et du secondaire pour les soumettre (avec le consentement des parents) à une dizaine de tests d'aptitude sportive. Les résultats sont analysés à l'Institut des sports de Ljubljana, centre névralgique de la formation du pays.
Comme le souligne Perko, ce processus permet d'avoir un suivi physique des jeunes générations et de détecter les capacités physiques pour une pratique du sport de haut-niveau.
Une jeunesse entraînée et évaluée, dont on extrait les meilleurs éléments. Un travail à la racine qui démontre que le sport est une valeur cardinale de la Slovénie. L'activité physique est si imprégnée que le slogan du Ministère du tourisme dit:
Mais plus étonnant encore, le sport représente une manière de se démarquer socialement. L'apparence est censée refléter un niveau de vie. Laurent Hassid, docteur en géopolitique, interrogé par L'Equipe, expliquait que face aux inégalités qui se creusent, «il est important de montrer que le Slovène est du bon côté de la transition économique et politique».
Cet insatiable désir de se dépenser et de briller en société débouche sur un chiffre assez ahurissant: presque 65% de la population est active. La Slovénie cultive l'image d'un petit pays qui cherche à travailler dur, qui ne lésine pas sur les efforts. Une mentalité qui s'affranchit de l'ex-Yougoslavie, d'un certain complexe d'infériorité, désormais transformé en instinct de gagneur. Les Slovènes ont cravaché et avec le temps, cette sensation d'être en retrait a disparu.
A travers les Pogacar, Dragić (le capitaine de l'équipe slovène de basket), Doncic (la superstar de la NBA) ou Roglic, c'est un pays qui s'élève et des graines de champion plantées aux quatre coins du pays. Des icônes du sport, des ambassadeurs en or. Mais les autorités ne jouent pas le jeu comme souhaité. C'est le père de Lukas Doncic, Sasha Doncic, toujours dans les colonnes de L'Equipe, qui tire la sonnette d'alarme.
Un manque de soutien qui pèse sur les épaules de nombreux athlètes au pays. Pour preuve, une skieuse comme Tina Maze (un grand Globe, 2 titres olympiques notamment) a dû créer une structure privée pour durer au plus haut niveau. Une formule qui s'applique dans tous les sports, individuels et collectifs: il faut s'émanciper, partir pour réussir. Les cas Pogacar, Roglic, Doncic, ou encore Anže Kopitar, le hockeyeur des Los Angeles Kings exilé en Suède à 17 ans, illustrent les carences du système slovène. Comme quoi, la recette est peut-être très personnelle.
La plupart des fans de sport qui veulent voir un résumé du match de leur équipe doivent se contenter d'une succession de temps forts filmés depuis une tribune latérale du stade. C'est efficace, mais pas franchement spectaculaire. Les supporters des Atlanta Falcons, eux, voient d'une autre manière les meilleurs moments de leur équipe de NFL depuis que celle-ci a installé une caméra sur le toit de son stade, le Mercedes-Benz Stadium.