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GOGNIAT, Emanuel, Aux racines du patriotisme. Affaire de la place d'armes des Franches-Montagnes et Question jurassienne (1956-1976)
Ce travail a fait l'objet d'une publication: voir Emanuel Gogniat, Aux racines du patriotisme. Affaire de la place d'armes des Franches-Montagnes et Question jurassienne (1956-1976), Courrendlin, Editions CJE, 2005, 227 p. Dès la fin des années quarante, le Département militaire fédéral lorgne du côté des Franches-Montagnes afin de trouver les terrains d'exercices exigés par le développement de l'armement. Après l'abandon de deux projets, le DMF signe, en 1956, des contrats d'emption avec les propriétaires d'importants domaines agricoles. Il veut y établir une place d'armes pour blindés, mais cette dernière fait l'objet d'une opposition vive et unanime. Six ans plus tard, le DMF revient avec, sous le bras, les plans d'un centre militaire du cheval, lui aussi rejeté par la population locale. Replacé dans le contexte jurassien de l'époque, ces événements apportent un nouvel éclairage de la Question jurassienne. L'affaire de la place d'armes en est, en effet, un moment majeur et la crise qui secoue les Franches-Montagnes n'est pas sans conséquence sur la situation politique jurassienne déjà suffisamment tourmentée. Le Rassemblement jurassien utilise à son avantage l'opposition franc-montagnarde et la stratégie ambiguë - voir maladroite - du gouvernement bernois. Il consolide ainsi sa politique et assoit la popularité de son mouvement. A cette époque, le Front de libération jurassien fomente ses premiers attentats sur les terrains militaires et menace de transformer le canton de Berne en une gigantesque poudrière. Quant à la foule séparatiste, elle fait du "Non à la place d'armes !" un de ses slogans favoris. L'étude de l'immixtion de l'affaire place d'armes dans la Question jurassienne permet de revisiter la notion, pas toujours aisée à définir, de patriotisme. Dans cette région essentiellement rurale, l'attachement à la patrie semble être vécu par de nombreux Jurassiens à travers leur enracinement dans la terre de leur petite contrée. La patrie commence par son propre jardin et devient, par extension, une entité plus abstraite, celle de l'Etat cantonal puis fédéral. L'affaire de la place d'armes donne ainsi une nouvelle coloration à la Question jurassienne : elle replace l'amour de la terre au cœur des motivations profondes des séparatistes. Pourtant, cet élément, qui surgit dans toute sa force à travers la crise franc-montagnarde, n'est pas nouveau. On le retrouve au centre de certaines œuvres de la littérature jurassienne, reconnues et utilisées par les séparatistes, ainsi que dans l'idéologie du RJ, développée notamment par Roland Béguelin et Roger Schaffter.