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05/11/2018 Le fabriquant genevois qui frappe des pièces d'or
Passionné de métal jaune, l'ancien banquier Paul Noël ressuscite l'un des plus vieux métiers de la finance. Et après quelques péripéties désormais réglées avec la Confédération, ses pièces trouvent des clients partout à travers le monde.
Swissbullion frappe des pièces en or et renoue ainsi avec une mission d'origine des banquiers... mais aussi une fonction régalienne.
Dans la paume de la main de Paul Noël, une une petite fortune, une pièce d'or d'une once. Sur sa face, l'inscription «Suisse» en plusieurs langues. Pourtant, cette pièce n'est pas un vreneli, elle n'a pas été frappée par la Confédération. Ses semblables ont même suscité des interventions parlementaires courroucées il y a trois ans!
Cette pièce est genevoise. Elle a été frappée rue du Rhône, au coeur de la Genève des affaires, par un grand fan du métal jaune. Paul Noël se revendique même «amoureux de l'or». A tel point que cet ancien de Lombard Odier a fondé deux sociétés pour exprimer sa passion, Swissbullion en 2015 et Trueplus l'année suivante. Toutes deux ont un but: frapper et commercialiser des pièces d'or.
Protestations parlementaires
Comme il l'explique, «la frappe de la monnaie est un monopole de la Confédération». Mais ce privilège ne vaut que si l'on inscrit une valeur faciale sur la pièce, comme le Vreneli, sur laquelle figure le montant de 20 francs (en fait, sur le marché, elle en vaut beaucoup plus). En revanche, en l'absence d'inscription de valeur, la pièce n'est qu'un morceau d'or au poids rigoureusement certifié, comme l'est un lingot. Sans que dans son cas, elle ne pèse que 31 grammes au lieu d'un kilo. Sur le marché, sa valeur avoisine cependant 1200 francs.
Ces pièces jouissent d'une autre spécificité: bien qu'elles portent le nom de la Suisse, l'indication «Confédération» en est absente. Les premières, pourtant, faisaient figurer cette inscription jusqu'au jour où une intervention parlementaires du conseiller national UDC Maximilian Reimann a convaincu l'administration fédérale de l'illégalité de cette mention. «J'ai été convoqué chez Eveline Widmer-Schlumpf, alors cheffe du Département des finances, nous avons réglé cette affaire et tout le monde s'est excusé», sourit Paul Noël. Qui a ainsi pu poursuivre son affaire en toute légalité et transparence après cette épreuve du feu parlementaire.
Haute technologie
La vraie originalité des pièces de Swissbullion consiste dans leur marquage. Gravé au laser, un minuscule code informatique, ressemblant à un code QR à peine visible à l'oeil nu mais vérifiable au moyen d'une application pour téléphone portable équipé d'une lentille grossissante. Cette marque garantit, selon Paul Noël, l'authenticité de la pièce, et donc l'exactitude de son poids et de sa provenance exacte.
Un gage de confiance qui doit aussi refléter l'exactitude de la quantité d'or composant chaque pièce. Ces dernières sont fondues par Argor Haereus au Tessin, l'une des quatre fonderies spécialisées de Suisse. «Normalement, de petites commandes comme les miennes ne sont pas censées intéresser ces grandes fonderies. Mais elles y trouvent leur avantage en améliorant leurs propres processus», poursuit l'entrepreneur. Le fondeur lui réclame une marge de 4% du prix de l'or, soit, pour chaque pièce fondue et livrée, près de 50 francs au cours actuel du métal jaune. La dernière étape est franchie dans le petit atelier que Trueplus entretient rue du Rhône, où les pièces sont marquées et emballées avant d'être expédiées à leurs acquéreurs.
Combien sont-elles à avoir trouvé preneur? «Quelque 40'000 depuis le lancement de la société», affirme Paul Noël. La plupart de ses clients sont en Suisse, mais certains se trouvent dans les pays voisins, et jusqu'en Chine, où l'on apprécie la fiabilité et l'exactitude des pièces made in Switzerland. Pour son travail, l'entrepreneur perçoit une commission de 3% sur le prix des pièces, qui s'ajoute à celui du métal. Soit un peu plus de trente francs par pièce. Il reconnaît exercer d'autres activités. L'or est sa passion. Mais ce n'est pas son unique métier.
Source : bilan.ch
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