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Là il y a bien longtemps, battait le coeur d'une capitale, grouillante de tout son peuple d'ouvriers, d'artisans, de fonctionnaires, de dignitaires et de princes; là s'érigèrent des temples, des palais, des centres administratifs, des magasins; là furent tracées des rues bordées de demeures aux façades blanchies: là surtout, un homme seul, l'un des plus déconcertants de tous ceux dont l'histoire a gardé la mémoire, tenta de vivre son rêve. De ce rêve, plus rien ne subsiste aujourd'hui, si ce ne sont, émergeant du sol, quelques pans de mur et des tronçons de colonnes arasées. Tell el-Amarna, rongée par l'oubli, s'est effacée sous le voile des sables.
La haine de ses contemporains porta ses fruits: aucune des sources auxquelles nous avons coutume de nous référer, listes royales ou archives, ne mentionne Akhenaton ni la Table d'Abydos ni le Papyrus royal de Turin, ni même la Chronologie de Manéthon.
Or, en 1969, préfaçant l'une des grandes monographies consacrées au drame amarnien, Cyril Aldred pouvait écrire : « Le personnage de Cléopâtre mis à part, aucun souverain de l'ancienne Egypte n'a peut-être fait couler autant d'encre de la plume des historiens, archéologues, moralistes, romanciers et amateurs divers que le pharaon Akhenaton». La réhabilitation d'Akhenaton est le fait de tous ceux qui, par leurs travaux, par leur passion surtout, contribuèrent à conjurer la vieille malédiction : aujourd'hui, le roi a retrouvé sa place parmi les grands novateurs de la conscience universelle.