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La patience poétique du ponceur. Niels Ackermann honore ces travailleurs de l’ombre sans lesquels aucune moisson artistique ne serait possible
A quoi pense Ajaz, derrière sa ponceuse? A la ligne qu’il faut suivre pour que s’effacent scories et aspérités du parquet, sans doute. Au vernis qu’un de ses collègues posera plus tard, aussi. A ce masque qui lui donne un air de décontaminateur dans un immeuble bouffé par l’amiante, peut-être. A la tendresse du soir qui estompera l’obsession du jour, qui sait?
Voyez l’ombre géante sur le mur blanc, ce titan qui s’incline vers sa charrue et qui confère à la scène une dimension mythologique. Niels Ackermann suggère la beauté poétique de ce moment-là, où Ajaz paraît labourer le champ de sa rêverie. Le bruit que fait la machine est assourdissant. Une voix se faufile pourtant, elle s’échappe d’un transistor posé dans une autre pièce. On dirait de l’italien, c’est du roumain. C’est Ionel, le peintre, qui se relie ainsi à son pays natal. Ce maelström sonore constitue une musique de chambre. Le chant cacophonique d’un exil.