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lundi 19 septembre 2005
Il est des lieux privilégiés qui ont été occupés par l’homme depuis les temps les plus reculés et d’une manière quasi ininterrompue ; c’est le cas à Genève de la colline couronnée par le temple de Saint-Gervais, sur la rive droite du Rhône, face à l’0ppidum de Saint-Pierre, sur la rive gauche.
Sous le premier lieu de culte, lors de recherches entreprises dès 1987 par Charles Bonnet, archéologue cantonal, et Béatrice Privati, on a découvert des traces d’habitations néolithiques (4500 à 4000 avant notre ère). Puis, à l’emplacement d’un temple romain, le chevet d’une église funéraire du Ve siècle a probablement tenu compte d’une sépulture privilégiée, placée dans un mausolée au bord de l’ancienne voie romaine. Les blocs architecturaux ont été récupérés et réemployés pour la construction d’une crypte partiellement enterrée, bâtie en même temps que le choeur surélevé semi-circulaire.
Le premier document écrit sur Saint-Gervais remonte à l’an 926 ; sans parler d’un lieu de culte, il mentionne le vicus Sancti Gervasii. On y conserve des reliques que Sant’Ambrogio, archevêque de Milan, a fait parvenir en ce lieu.
Plus tard, l’église est dédiée aux saints Gervais et Protais ; seul le nom du premier finit par être retenu par la mémoire populaire. Saint-Gervais désignera par la suite aussi bien l’église que le bourg de la rive droite (Geneva minor).
Gervasius et Protasius étaient des frères jumeaux, officiers romains, qui vivaient au temps de Néron ; Gervais périt sous les coups de fouet, son frère fut décapité.
Sur l’axe Italie-Flandres, qui passe par le bourg de Saint-Gervais, les échanges commerciaux vont s’intensifier : au XIe siècle déjà, Genève retire quelque avantage des efforts de Venise pour ranimer l’Occident. Au XIIe siècle, les marchands génois et pisans apportent ici des produits des bords de la Méditerranée. Les banquiers florentins fournissent aux foires genevoises, sous les fortifications et sur la grève de la rive gauche, leur précieux concours. Le ducat savoyard circule dans toutes les transactions essentiellement italiennes.
Le philosophe historien napolitain Benedetto Croce (1866-1952) a brossé en quelques superbes pages l’aspect de la cité d’avant la Réforme : "Genève, toute petite qu’elle était, ne différait guère des villes d’Italie du sud pour ce qui est des moeurs et des coutumes. La population aimait les fêtes et les cabarets où l’on vidait gaiement son pot ; les faubourgs étaient des lieux agréables et joyeux dont la vie était étroitement liée à celle de la cité. On y vénérait de fameuses reliques : un morceau de la cervelle de saint Pierre, un bras de saint Antoine."
Le temple de Saint-Gervais, tel qu’il se présente de nos jours, est un exemple caractéristique de l’architecture locale du XVe siècle, qui utilise principalement la brique de terre cuite.
Le temple se compose d’une large nef à quatre travées et d’un choeur à deux travées et à chevet droit, le tout voûté aux croisées d’ogive et flanqué de chapelles. La tour-clocher, à section carrée, s’appuie contre la façade sud du choeur ; dans sa face nord, s’ouvre une chapelle à deux doubles travées voûtées sur croisée d’ogive (bâtie vers 1478 pour la confrérie du Saint-Esprit).
Des nombreuses chapelles accolées de part et d’autre de la nef centrale, la chapelle de Tous-les-Saints est la plus remarquable et la mieux conservée. Entièrement peinte, voute et parois, commande faite par un marchand aisé, d’inspiration italienne (le pape Felix V est représenté sous le manteau de la Vierge) elle reflète le contexte historique de Genève vers 1440.
Après la Réforme, en 1688, le temple est aggrandi par la suppression de chapelles et la réalisation d’une vaste annexe contre la chapelle du Saint-Esprit, avec galeries en bois. Que ceux qui cherchent à approfondir notre riche passé visitent le temple de Saint-Gervais ; qu’ils prennent également conscience des récentes découvertes archéologiques. Cette "colline sacrée" est un manuel à l’inépuisable discours témoignant sur plusieurs millénaires !
Giuseppe Patanè
(article paru dans Construire, 19 août 2003)
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Giuseppe Patanè, architecte, - que nous remercions, est aussi l’auteur de l’ouvrage : Mémoires d’un enfant de Saint-Gervais, Cabedita, 1992.