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«Comment être sûr que c'est dans ces parages que la princesse s'est perdue? La route de Pékin à Kachgar a emprunté de tout temps la "Voie impériale" qui conduit d'abord à l'ancienne capitale Xi'an puis, entre Gobi et montagnes, vers Lanzhou sur les rives du Fleuve Jaune, Dunhuang et les grottes des Mille Bouddhas, puis la rive nord du désert du Taklamakan. Mais une alternative existe plus au sud: la route qu'empruntèrent justement Ella Maillart et Peter Fleming, sur laquelle nous cheminons.»
«Chaque premier de l'An à minuit, il portait le dieu en procession, offrait un sacrifice aux ancêtres, puis il mangeait un nombre incalculable de raviolis végétariens à l'huile de sésame.»
«Qui veut acheter le Palais d'Été? Qui rêve de démolir vingt mètres de la muraille pour se construire une bicoque avec ces pierres sacrées? c'est à vendre.»
«Au grand galop de mon cheval, je paradais parmi les ventilateurs.
J'avais sept ans, rien n'était plus agréable que d'avoir trop d'air dans le cerveau. Plus la vitesse sifflait, plus l'oxygène entrait et vidait les meubles.
Mon coursier déboucha sur la place du Grand Ventilateur, appelée plus vulgairement place Tien An Men. Il prit à droite, boulevard de la Laideur Habitable.
Je tenais les rênes d'une main. L'autre main se livrait à une exégèse de mon immensité intérieure, en flattant tour à tour la croupe du cheval et le ciel de Pékin.
L'élégance de mon assiette suffoquait les passants, les crachats, les ânes et les ventilateurs. Je n'avais pas besoin de talonner ma monture. La Chine l'avait créée à mon image: c'était une emballée des allures grandes. Elle carburait à la ferveur intime et à l'admiration des foules.»
Amélie Nothomb, Le sabotage amoureux, éditions Albin Michel, 1993
Je vivais une vie tranquille, à bronzer sur les rivages de l’île de Hainan, tout au sud du pays.
Puis un jour des experts sont venus et ont emporté quelques uns de mes frères et mes sœurs pour les envoyer dans un laboratoire au Canada. Là-bas, il sont été mesurés, pesés, scrutés sous toutes leurs facettes. Nos cousins du Shandong et du Guangdong ont subi le même examen. C’est nous qui l’avons remporté! Le sable de Hainan a rempli tous les critères de sélection de la Fédération internationale de volley-ball (FIVB). Nous serions aussi purs que nos camarades scandinaves, qui d’habitude recouvrent les stades de beach-volley. Ainsi, février 2007, toute la famille et quelques voisins avons pris le bateau pour Tianjin. Douze jours entassés dans une cale. En tout nous pesions 10 000 tonnes. A 3 microgrammes le grain de sable, le métro pékinois aux heures de pointe, c’est de la rigolade! Puis deux heures de camion nous ont amené au parc Chaoyang, en bordure des quartiers chics, tout à l’est de Pékin.
Le reste de la famille nous a rejoint quelques mois plus tard. On totalise maintenant 17 000 tonnes sur 10 000 m2. Il paraît que les frais de voyage ont été un peu élevés: dix millions de yuan, c’est le prix qui circule, nettoyage et polissage compris. Quand je pense à tous mes cousins des déserts du Taklamakan et de Gobi qui viennent gratuitement à Pékin, profitant des vents de printemps, je me dis que tout ça est bien cher.
Mais la pureté se paie. La capitaine de l’équipe du Canada, Anouk Boileau, qui nous a foulé en été dernier, nous a jugés de «bonne qualité». La télévision nationale – accourue pour nous filmer - a été plus élogieuse encore: «Le meilleur sable au monde!». Et le bruit circule que des analyses de la FIVB ont prouvé que nous étions de qualité supérieure à celui des trois éditions précédentes des JO. Alors tous ces compliments me donnent force et courage pour supporter encore pendant quelques temps cette horrible serpillère verte géante qui nous recouvre et nous protège de la pluie et de la neige (même si elles ne sont guère tombées jusqu’ici). Heureusement, moi je suis à la surface. D’autres se trouvent 40 cm plus bas et n’auront pas, comme moi, la chance de voir cet été le soleil pékinois.
Papiers de Chine