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Ça commence par un lent et long plan-séquence de ressac océanique conduisant à l'apparition d'une immense barricade métallique, au pied de laquelle une femme dialogue avec une personne invisible de l'autre côté, qui lui donne un ours en peluche pour son petit garçon. Puis on suit un homme d'un certain âge qui va s'acheter des chaussures pour fêter son entrée à la retraite. Le spectateur est alors entraîné dans une somptueuse propriété où végète une vieille femme richissime entourée de sept employés - dont Lidia (Susana Salazar) tout à sa dévotion et à celle de Princeza, levrette pourrie gâtée.
Peu à peu, on comprend que l'histoire se passe à Tijuana, ville-frontière du Mexique (d'où la barricade), que l'homme, Rafael (Jesus Padilla) et Lidia ont été mari et femme et qu'ils ont perdu leur enfant; que Rafael, nettoyeur depuis 30 ans dans une fabrique d'ampoules, ne peut pas toucher sa pension, étant immigrant non déclaré (Salvadorien, il avait à l'époque voulu entrer aux Etats-Unis, et la commission d'immigration y avait mis pour condition qu'il s'enrôle dans la guerre au Viêtnam, ce qu'il a fait pour être refait...); que Lidia, comme le reste du personnel, héritera du magot de la vieille dame fraîchement décédée après la mort - naturelle, cela va de soi - de la chienne.
Les deux travailleurs déjouent à leur manière la division du travail mise en place par une société prétendument égalitaire. Rafael, obligé de rester à l'usine pendant dix ans, commet chaque jour un petit sabotage discret dont l'addition finit par coûter cher à son employeur; Lidia, par des agressions, finit par stresser Princeza à mort.
Le plan-séquence final, identique au premier mais vu de l'autre côté, conclut ce premier film très (bien) écrit par un jeune réalisateur prometteur: notamment meilleur film mexicain au Festival de Guadalajara, mention dans la section Panorama de la Berlinale 2013.
Le film est lent - on a souvent l'impression d'assister à des scènes en temps réel -; le goût mexicain pour le morbide voire le macabre perce souvent. Les images sont belles, les acteurs excellents, le propos grinçant à souhait. La revanche des besogneux sur les puissants est assez jouissive.
Daniel Grivel
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