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Les sculptures -video de Raphaela Vogel à la Kunsthalle : Ultranackt du 18 mai au 12 août 2018
Le titre de l’exposition offre un premier indice. Comment la nudité peut-elle être élevée à un niveau supèrieur ?
De l’utilisation des drônes comme meilleure illustration de sa pensée ou bien suivant l’adage , “on est jamais mieux servi que par soi-même ” , Raphaela Vogel se filme sous toutes les coutures , elle apparaît ici dans une vidéo enfilant un justaucorps imprimé de la musculature humaine, comme si elle était révélée par l’écorchure. Dans d’autres videos , on la découvre alternativement, dans son costume d’anniversaire dans une double représentation , entre un arbre isolé et la terre, ou à peine vêtue, en train de faire du toboggan aquatique.
Le tout est infiltré par une musique choisie ou plutôt une accumulation de sons comme ceux qui sortent des enceintes- boules multiples liées par des câbles rouges à un cheval majestueusement dressé sur ses pattes arrières mais dont la tête est transpercée de part et d’autre de filins rouges sanglants ( première salle ) ; caméraman, monteur, costumes et éclairages , concepteur, technicien du son : Vogel occupe tous ces rôles, y compris celui de l‘unique personnage central de ses oeuvres filmiques , “vidéos-sculptures”, comme les appelle l’artiste,, ainsi , elle en est elle-même le fil d’Ariane censé éclairer sa vision de la relation entre le corps, l’espace et la technologie. En outre , elle découpe les images pour qu’elles se réfractent et se reflètent.
L’oeuvre autocentrée de Raphaela Vogel
Il faut voir dans l’exhibitionnisme incessant de Vogel une critique anarchique de la phallocratie : une fois qu’elle a pris possession de sa propre image et réquisitionné les outils et la technologie nécessaires à sa production, elle exploite ceux-ci en tant que dispositifs émancipateurs en y juxtaposant des effets sonores , souvent une mixture entre punk et heavy metal (Judas Priest ). Lorsqu’elle était étudiante en art , Raphaela Vogel proposait telles quelles les videos produites par ses caméras fixées , par exemple au toit rétractable d’une voiture décapotable ou à la jambe d’un cheval au galop. Son propre nom l’ayant inspirée ( Vogel = oiseau ) , elle a programmé un drone illustrant la notion de vue à vol d’oiseau .
Pour ouvrir l’exposition, elle se passe d’images en mouvement et s’appuie plutôt sur une installation dont la bande sonore comprend des essaims de grillons périodiquement entrecoupée d’un des hymnes du Borussia Dortmund (BVB), passionnément entonné par le fan club du football allemand.
Tout au long d’Ultranackt, l’artiste privilégie une pratique sculpturale et installative, se montrant autant créatrice d’objets que d’images en mouvement. Ou plutôt, elle se révèle être une artiste qui considère arement la vidéo comme une fin en soi. L’élaboration et les constructions physiques palpables à l’intérieur desquelles ses pièces sonores ou vidéos sont montrées ne sont pas de simples dispositifs d’encadrement, mais font partie intégrante de sa pensée et de sa pratique. Il en va de même pour les connexions créées entre les installations individuelles. Notez comment la bande sonore du cricket de la première salle est subtilement répercutée dans le quatrième espace de l’exposition ; ou comment la ligne de sculptures (chacune intitulée Uri, 2018 une succession de squelettes d’enfants made in Uterusland ? ) traversant la deuxième salle et agissant comme colonne vertébrale de l’exposition, fait étrangement écho aux éléments moulés dans les œuvres murales de la dernière salle. Et si les éléments sonores et vidéo de l’œuvre de Vogel présentent un aspect particulièrement spectral, le mélange souvent baroque d’objets trouvés et modifiés à partir desquels ils sont projetés est souvent lourd et encombrant.
Invariablement, ils affirment les préoccupations les plus importantes de la sculpture, à savoir la gravité et l’équilibre.
Les urinoirs de Dixi : rendu presque méconnaissable en raison de son orientation décalée, l’urinoir extérieur, habituellement vertical, sort du mur comme une machine futuriste. A travers les cavités urinaires, des images vidéo de Vogel, serrant un enfant en plastique dans un fantasme utérin, peuvent être observées , dans une riposte subtile au peep show de Marcel Duchamp, Etant donnés (1946-66).
Isolator pesant plusieurs tonnes ( première preoccupation de Vogel à l’acceptation de cette exposition ) , exposé dans la dernière salle est une allusion à la force masculine , encadré par des éléments de charpente en aluminium qui rappellent la pointe d’un pilône électrique à haute tension. Une visionneuse figurant un voyeurisme exacerbé opéré par drône interposé est intégré à la sculpture d’acier qui projette des videos représentant l’artiste nue , rampant inondée comme un naufragé ou courant ( fuyant ? ) dans une nature rocailleuse hostile.
Depuis des années, à côté de ce que Vogel appelle ses “sculptures vidéo”, elle produit des pièces qui se situent quelque part entre une forme primitive de peinture et de sculpture comme ces peaux d’animaux tailladées et marquées . Dans cette exposition, il y a des spécimens en cuir synthétique qui contiennent des éléments suggérant des vertèbres coulées à partir d’os de dinosaures jouets, le titre de chaque œuvre rendant hommage aux noms stéréotypés des vaches suisses (Alma, Heidi, Vreni). Ces œuvres d’art viscéral sont accrochées dans la dernière salle de l’exposition en face de l’installation vidéo dans laquelle Vogel apparaît dans son body écorché. Comme s’il s’agissait d’une couverture élémentaire, ils semblent à l’endroit où ils se trouvent prête à protéger son moi surexposé.
Ce soi est “ultranackt”, mais pour l’artiste, l'”ultra” du titre contient encore une autre référence : aux fans de football purs et durs connus, comme Ultras en Italie, en Allemagne et en Suisse. Leur ferveur fanatique (presque exclusivement masculine) et leur violence louche trouvent un écho dans la dramaturgie de l’exposition, son escalade frénétique et le déploiement par l’artiste d’éléments communs aux événements publics de masse (suggéré par l’artiste) .
En s’insérant seule dans un monde d’hommes, Vogel est un agent provocateur, puissant et contrôlant son image dans une réfutation effrontée de l’autorité masculine et tout ce qu’elle a revendiqué depuis longtemps .
Raphaela Vogel (née en 1988 à Nuremberg ; vit et travaille à Berlin) a étudié les beaux-arts à l’Académie des Beaux-Arts de Nuremberg et à la Städelschule de Francfort. Elle a également entrepris des études de troisième cycle aux Ateliers d’Amsterdam. Parmi les expositions personnelles récentes de Vogel : Abbruch Korrektur Hilfe Bestätigung’, dans le cadre de la série philosophique’Überstürztes Denken’ à Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz (Berlin), en coopération avec BQ (Berlin) en 2017;’She Shah’ à Westfälischer Kunstverein (Münster);’In festen Händen’ à Motorenhalle, riesa efau (Dresde) et’Ich gebe euchine euchine euchine’ (Dresden).