Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06902.jsonl.gz/1018

Rudolf Steiner – Biographie
Rudolf Steiner est né le 272 février 1861 à Kraljevec, un petit village près de la frontière austro-hongroise. Son enfance fut imprégnée de la beauté de la nature mais aussi du monde naissant de la technique moderne : « Mon enfance se déroula dans un cadre merveilleux. La vue s’étendait jusqu’aux montagnes qui relient la Basse-Autriche à la Styrie, le Schneeberg, le Wechsel, la Raxalpe et le Semmering. … La verdure souriante de ce paysage faisait encore mieux ressortir les montagnes. Au loin se profilaient les sommets majestueux, alors que les proches alentours étaient caractérisés par une nature pleine de charme. »3 « D’autre part, le regard pouvait à chaque instant se porter également sur la civilisation moderne avec ses dernières prouesses techniques : le chemin de fer dont s’occupait mon père, mais aussi le télégraphe et sa contribution au trafic moderne. On serait tenté de dire : le garçon n’était en rien soumis aux conditions de la vie citadine moderne, car le lieu où se trouvait cette gare et où il passa sa première enfance était une très petite localité ; les seules impressions modernes qu’il éprouva lui vinrent d’une filature locale qui constituait à l’époque une branche très moderne de l’industrie. »4
Dès l’âge de seize ans il lisait Kant, et bientôt ensuite, Fichte, Hegel et Schelling. « La question qui m’importait le plus à cette époque était la suivante : comment peut-on prouver que c’est la réalité de l’esprit qui agit dans la pensée.5 » Mais ses aspirations de connaissance étaient toujours équilibrées par la vie pratique : « Cette quête ne me détourna pas du sens pratique et de l’habileté qu’exige la vie courante. Il se trouva qu’un des employés qui remplaçait mon père dans son service savait faire de la reliure. C’est lui qui me montra comment relier les livres…. Pendant ces mêmes vacances, j’appris la sténographie sans que personne ne me l’eût enseignée…. mes parents disposaient d’un modeste jardin avec des arbres fruitiers, ainsi qu’un petit champ de pommes de terre. Mon frère, ma sœur et moi-même, nous cueillions les cerises, assurions les travaux de jardinage, préparions les plants de pommes de terre, bêchions le champ et récoltions les pommes de terre. »6
Pour payer ses études, il donnait de nombreuses leçons particulières, également aux élèves du lycée classique. Son baccalauréat autrichien passé avec succès, il s’inscrit, à l’automne de 1879, à l’Ecole supérieure polytechnique de Vienne où il choisit comme matières principales la biologie, la chimie, la physique et les mathématiques. C’est à cette école qu’il rencontra Karl Julius Schröer, son professeur de littérature allemande, qui joua un rôle si important à ce moment de sa vie.
« Les exposés de la littérature allemande, que Karl Julius Schröer faisait, à cette époque, à l’Ecole Polytechnique, furent pour moi d’une importance capitale. … Je fus captivé dès sa première conférence. Esquissant l’évolution de la pensée spirituelle en cette Allemagne de la seconde moitié du XVIIIe siècle, il exposa d’une façon dramatique la foudroyante révélation qu’avait été pour ce siècle la première manifestation du génie de Goethe. »7
C’est par la recommandation de K. J. Schröer qu’il reçut la tâche par Kürschner, en 1882, de présenter l’œuvre scientifique de Goethe pour l’édition de ses œuvres.
A Vienne, Rudolf Steiner fréquentait des milieux très différents: les cafés de Vienne, hauts lieux des débats littéraires, sociaux ou politiques très animés où se retrouvait la jeunesse intellectuelle, les salons littéraires où se croisaient artistes, philosophes, théologiens et libres penseurs.
Comme il donnait toujours plus de leçons particulières, il quitta, à l’automne 1883, l’Ecole Polytechnique. Il reçut alors la demande de la famille Specht de soutenir l’éducation de leurs quatre enfants dont un souffrait d’hydrocéphalie. Steiner réussit si bien avec ce jeune enfant que celui-ci (Otto Specht) put mener par la suite des études de médecine avec succès.
Son travail8 sur les œuvres scientifiques de Goethe attira l’attention des Archives de Goethe à Weimar et il reçut l’invitation de venir y travailler. Au début de l’automne 1890, Rudolf Steiner quitte finalement Vienne pour Weimar.
Peu de temps après, il présente sa thèse de doctorat en philosophie. Elle fut publiée ultérieurement sous le titre : « Vérité et science »9. Cet écrit est consacré à l’acte de connaissance (théorie de la connaissance) tel que nous pouvons le comprendre à partir de l’auto-observation. Il réfute alors la théorie de la connaissance de Kant en démontrant que celle-ci n’est pas absente de préjugés. Il évoque également la position de Fichte vis-à-vis du Moi. Cet écrit, extrêmement dense, est un petit chef d’œuvre de philosophie scientifique qui prépare merveilleusement à la compréhension de son œuvre philosophique majeure : La philosophie de la liberté (parue fin 1893).
« Une fois installé aux anciennes Archives de Goethe et Schiller, aménagées dans le château, [je] fis de nouvelles expériences enrichissantes. Il y régnait un va-et-vient perpétuel de savants indigènes, étrangers, y compris américains, en sorte que les Archives de Goethe et Schiller devinrent un lieu de rassemblement de toutes les sciences. »10.
1Texte rédigé par Maurice Le Guerrannic
2 Le 25 février est une date de sa naissance donnée également par certains biographes, voir à propos de cette question : Martina Maria Sam, Rudolf Steiner, Kindheit und Jugend, Verlag am Goetheanum.
3 Autobiographie, vol. 1, p. 15, GA 28, EAR.
4 Textes autobiographiques, document de Barr, EAR.
5 Autobiographie, vol.1, p. 59, GA 28, EAR.
6 Autobiographie, vol. 1, p. 48, GA 28, EAR.
7 Autobiographie, vol. 1, p. 64, GA 28, EAR.
8 Goethe, le Galilée de la science du vivant, GA 1, Novalis ; Une théorie de la connaissance chez Goethe, GA 2, EAR ; Goethe et sa conception du monde, GA 6, EAR.
9 GA 3, EAR.
10 Textes autobiographiques, Document de Barr, pages 66-67, 1988, EAR.