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Les anciennes industries du Plateau
Au nombre des plus anciennes industries du Plateau vaudois figuraient les dentelles, la tannerie, la papeterie et la meunerie.
L’industrie des Dentelles
Les dentelles en fil de lin, en coton, en soie blanche ou noire, avait été introduite vers 1750 à Saint-Croix. Après avoir occupé en 1836 plus du quart de la population, surtout des femmes et des enfants, elle fournissait encore vers 1842 du travail à quelques 600 personnes. Dépendante des fabricants et marchands des montagnes neuchâteloises pour son approvisionnement en matières premières et pour l’écoulement de ses produit, la dentellerie jurassienne avait lié son sort à celui de l’horlogerie.
Depuis le premier quart du siècle, la fabrication mécanique du tulle en Angleterre, la dentellerie fine des Flandres et du Brabant et celle bon marché de Loraine faisait une concurrence de plus en plus forte. Elle déclina rapidement puis disparu.
Les Tanneries
Très dispersées sur tout le territoire du canton, les petites tanneries familiales prospéraient au début du siècle. Elles employaient comme matière tannante soit les écorces de chêne vert ou blanc importées de la Bourgogne ou de la Savoie, soit, de préférence un tannage du sapin d’un prix moins élevé qui donnait un tannage rougeâtre.
Sur les 85 tanneries encore en activité peu après le milieu du siècle, on en comptait à peine 7 ou 8 dont les chefs avaient eu l’énergie de renouveler les procédés et de diversifier leur production. Leurs établissements prospéraient à Lausanne, à Vevey, à Moudon, à Morges, à la Sarraz, à l’Isle et à Nyon. Au premier rang de ces tanneries modèles figurait celle fondée en 1740 à Lausanne par deux réfugiés huguenots, les frères Pierre et Jean Mercier, originaires de Millau, dans l’Aveyron. La tannerie Mercier possédait une succursale à Bologne et elle exportait ses cuirs réputés jusqu’en Amérique. Quatre générations de Mercier se succédèrent jusqu’à Jean-Jacques Mercier (1859-1932).
Parmi les industries secondaires du cuir, mentionnons encore la ganterie et la chapellerie.
L’industrie du papier
Elle s’est profondément transformée à partir du début du XIX siècle à la suite de notables perfectionnements chimiques et techniques, enfin l’invention de la machine sans fin de Fourdinier pour la fabrication continue du papier. Toutes ces innovations permirent d’augmenter considérablement la production en réduisant les frais, mais la concurrence qui s’en suivit porta le coup de grâce aux antiques battoirs ou moulins à pilons fabriquant exclusivement le papier à la cuve à la Mothe, à Bière, à Saint-Sulpice sur la Venoge.
En 1826, il existait en Suisse 47 papeteries avec 82 cuves. Dont 4 cuves dans le canton de Vaud occupant en moyenne 8 personnes (sans le ramassage des chiffons). En 1828, après la disparition de la plupart des anciens moulins à papier vaudois, M. Lepelletier, d’origine française et son associé Dapples fondèrent à la Sarraz, à la sortie des gorges de Naveyres, une papeterie mécanique avec la première machine à faire le papier, dit papier sans fin ; elle allait révolutionner la papeterie nationale. Ils reprirent « le martinet à faire papier » de Clarens (près de Nyon) et s’associèrent avec la papeterie de La Batie (commune de Versoix). En 1842, la papeterie de La Sarraz livrait au comme 4'000 quintaux au commerce. Mais après avoir exposé en 1857 à Berne et Paris, elles se virent obligées de suspendre leurs activités. Le bâtiment de La Sarraz fut vendu et la fabrication de couvertures remplaça celle du papier. Cela fut une grande perte pour l’économie vaudoise.
Une seconde machine pour la fabrication continue du papier fut installée en Suisse dans la grande papeterie de la Sihl et la maison Escher Wyss & Cie à Zurich, fondée en 1805, entrepris la construction de ces machines avec plein de succès.
La meunerie
Au début du siècle, tous les districts, sauf celui de la Vallée, possédaient des moulins à blé. Celui de Vevey n’en comptait pas moins de 20 en 1806. Chaque village ou presque du district de Cossonay avait le sien (Chavannes, 1806). Il s’agissait souvent de modestes établissements fréquemment exploités en même temps qu’une scierie, une huilerie, un battoir à chanvre ou lin, une forge, un four à pain et un domaine agricole. Tous couvraient des besoins domestiques et locaux. Un filet d’eau, une faible chute d’eau ou un canal suffisait pour actionner leurs roues à palettes, à aubes ou à augets. Ils comportaient d’ordinaire une seule paire de meules rustiques en granit.
La modernisation de leur équipement au cours de la seconde moitié du siècle, plusieurs modestes établissements devinrent de grands moulins de commerce. Ce fut notamment le cas pour:
Aigle : Le Moulin de la Place, transféré à la Ferme des Salines, actionné par le Canal de Monneresse (canal dérivé du Rhône (Ollon, district d´Aigle), ne faisant que de la mouture à façon. La plus grande partie des blés arrivaient par La Mouche à Villeneuve. De ce port, des chariots les transportaient au moulin. Les générations de meuniers qui se succédèrent construisirent en 1864 en ville le Moulin Neuf.
Corcelles-Payerne : L’Arbogne, seul ruisseau de la région dont la force motrice fit mouvoir de nombreux moulins, scieries et battoirs ; ce cours d’eau actionnait deux établissements : tel le moulin de Corcelles dépendant du couvent de Payerne et le Moulin Dessous. Ces deux établissements furent acquis en 1857 aux quatre frères Bossy.
Cossonay : Depuis les temps les plus anciens, la Venoge actionnait deux moulins de la région, l’un dit de l’Islettaz (note 1) et l’autre dit « le Grand Moulin » à deux paires de meules. L’existence de cet établissement, auquel était rattaché un battoir à chanvre et un four à pain, est attestée par un abergement de 1494. D’après un plan levé en 1673, le moulin comportait trois roues à aubes. Le « Grand Moulin » fut acquis en 1824 par la famille Narbel qui l’exploita pendant une quarantaine d’années. Toutes ces installations furent reprises en 1865 par Louis Amaudruz, qui reconstruira le moulin de fond en comble.
Note 1). Le paisible et pitoresque moulin de l’Islettaz sera remplacé en 1880 par une fabrique de conserves et de produits alimentaires, puis quatre ans plus tard par une condenserie, enfin en 1898 par la première fabrique vaudoise de fils et de câbles d’installation, qui deviendra en 1910 la S.A. de Laminoirs et Câbleries et en 1923, la S.A. des Câbleries et Tréfileries de Cossonay-Gare.
Grange-Marnant : L’eau de la Lembaz a fait mouvoir de tout temps de nombreux petits moulins. L’un de ces établissements comportait en plus des meules à blé un battoir, une presse à fruits, une filature, une huilerie et un domaine agricole. Une société foncière racheta ces différents établissements donnant naissance à l’actuel grand moulin de Granges.
Orbe : L’existence d’un moulin situé sur la rive gauche de l’Orbe est connue depuis 1505. A partir de cette époque, il a ravitaillé sans interruption la population du bailliage d’Echallens-Orbe. Au milieu du XVIIIeme siècle, avec ses cinq paires de meules et ses longues bluteries, il faisait déjà figure de grand moulin. Sa reconstruction sur la rive droite de l’Orbe ne date cependant que du début du XXeme siècle (1902).
Rivaz : Si la date de construction du moulin n’est pas connue, son existence est attestée depuis 1420. Le Flon, ou Forestay, sortant du lac de Bret, actionnait ses artifices.
Pompaples : On ignore l’époque à laquelle remonte la construction du Moulin Bornu. Dès 1481, ses artifices étaient mus par un canal de déviation du Nozon.