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Le dernier film de Steven Spielberg « Pentagon Papers » est sorti le 24 janvier dernier. Un long-métrage qu’il qualifie comme « le plus politique » qu’il n’ait jamais réalisé. Retour sur un film qui – malgré quelques déceptions – se pose comme une œuvre défendant la liberté de la presse.
Le contexte historique
Le film se passe en 1971 aux États-Unis, entre Washington et New York. Une étude menée par des hauts placés du gouvernement américain est communiquée clandestinement dans un premier temps au New York Times, puis au Washington Post, par un ancien employé de la RAND Corporation, Daniel Ellsberg. Cette étude « United States-Vietnam Relations, 1945-1967: A Study Prepared by the Department of Defense » – soit « Relations entre les États-Unis et le Viêt Nam, 1945-1967 : une étude préparée par le département de la Défense » – est divisée en 47 volumes, qui dévoilent, sur plus de 7’000 pages, des informations confidentielles sur le rôle militaire et politique des États-Unis durant la guerre du Viêt Nam. Le président de l’époque – Richard Nixon – a dès lors lancé une procédure légale visant à interdire la publication de la suite de ces documents compromettants.
Un casting prometteur offre un résultat décevant
Un duo iconique à l’affiche nous faisait rêver : Meryl Streep dans le rôle de Katharine Graham, éditrice du Washington Post et Tom Hanks dans le rôle de Benjamin Bradlee, rédacteur en chef de 1965 à 1991. Malheureusement, le résultat n’est pas au rendez-vous. La performance de Tom Hanks est plus que moyenne : le rédacteur en chef apparaît assez fade, sans grande profondeur ou charisme, malgré un caractère fort qui aurait pu être mieux exploité. Parallèlement, le public ne ressent que trop peu les sentiments et dilemmes qui divisent les protagonistes. Combinés à des scènes de dialogues trop longues où l’on finit par s’ennuyer un peu, on décroche. C’est dommage, car Spotlight (2015) – film de Tom McCarthy, qui relate l’enquête du Boston Globe sur la pédophilie dans l’Église catholique – avait beaucoup mieux réussi à partager avec le spectateur l’angoisse vécue par les journalistes de l’époque. Preuve que c’était possible. Il faut cependant noter la prouesse de Meryl Streep, qui a brillament relevé le défi de jouer une éditrice effacée, peu intéressante et privilégiant ses amis à l’éthique journalistique qui évolue en une véritable femme de pouvoir qui assume son rôle décisionnel.
Un message nécessaire
Mais au-délà des quelques aspects décevants du film, il faut se concentrer sur son message. L’importance de la presse mais surtout l’importance de sa liberté. Un thème plus que d’actualité aux États-Unis. Steven Spielberg a déclaré à Konbini : « J’ai trouvé que les gens aux États-Unis avaient un regard nouveau. Ils ont été témoins d’attaques brutales de la part du gouvernement à l’encontre de la presse écrite, de la presse TV, de CNN, de MSNBC. Envers tous ceux qui ne sont pas d’accord avec cette administration », admettant qu’il s’agit probablement du film le plus politique qu’il ait réalisé. « Des tas d’histoires qui étaient vraies ont été cataloguées comme fausses, continue-t-il, Il y avait cette culture de la confusion entretenue par la Maison-Blanche, de sorte que personne ne sache plus qui croire. C’est pire que ce qu’il s’est passé en 1971 avec Nixon ». Et c’est véridique. Dans une société occidentale où le journalisme est au plus bas, où la qualité de l’information n’est plus valorisée, où les fake news et des initiatives comme No Billag sont sur le devant de la scène, un film comme « Pentagon Papers » fait office de piqûre de rappel qui semble bien plus que nécessaire.
« My Foolish Heart », le film poignant sur la mort de Chet Baker
« My Foolish Heart », un drame néerlandais signé Rolf Van Eijk a été présenté hier au au Geneva International Film Festival (GIFF). Le film – projeté pour la première fois à l’internationale – était nominé dans la catégorie « Compétition internationale de longs métrages ».
L’histoire se base sur des faits réels : le décès du trompettiste prodige Chet Baker, joué par Steve Wall. Il est retrouvé mort, en 1998 à Amsterdam, tombé de la fenêtre de son hôtel. Le détective Lucas (Gijs Naber) décide d’enquêter sur les derniers jours du jazzman. Il se lance alors dans une investigation tourmentée, durant laquelle ses recherches le confrontent à ses propres démons…
Quatre années de travail acharné, avec un petit budget, ont été nécessaires pour tourner le film. Rolf Van Eijk a lu énormément de livres biographiques, mais est surtout allé à la rencontre des personnes qui côtoyaient Chet Baker au quotidien, dont son docteur, entre autres. Ainsi, de nombreuses anecdotes du film ont été racontées directement par des proches de Chet Baker.
Le film est plein d’émotions, fortes, lourdes. Les dialogues sont courts, criards, marquants, souvent remplacés par des silences parlants et des regards qui s’étendent jusqu’à vous transpercer. Et là, submergés par l’émotion, vous ne pouvez que vous cramponner au siège, reculer votre tête pour essayer de distancer cette brutalité que l’on vous jette à travers l’écran.
Les bruits sont exacerbés. Le sol crépite. Les respirations sifflent. Chaque son nous plonge un peu plus dans une intimité particulière avec les protagonistes, au début gênante puis attachante. À tout moment, la musique s’entremêle à la projection, la puissance du jazz nous emporte, nous hypnotise.
Une histoire brutale s’entre-choque avec l’esthétique chaleureuse du long-métrage. Même si la majorité du film se déroule dans la pénombre, les images sont douces et rassurantes. Leurs tons cuivrés et orangés rappellent subtilement cet univers feutré et tamisé du jazz et plus particulièrement, la trompette..
Les différents interrogatoires durant l’enquête présentent une réalité différente, crue et violente. La solitude. Une solitude destructrice. La vie du musicien que l’on découvre au fur et à mesure agit comme un miroir sur le détective. Leurs histoires se ressemblent, les mêmes scènes se succèdent…
Le tueur, est-il arrêté ? Est-ce réellement un meurtre ? Ou alors un suicide ? Un accident ? La chute est si parfaite que je ne peux vous la révéler ici …
Après une bonne heure et demie, les lumières se rallument. Le film se termine et quelques sanglots brisent un silence, qui reflètent l’opinion unanime d’un public touché et conquis.
« Wij », un film déroutant sur l’adolescence
Adaptation d’un roman de 2009 d’Elvis Peeters qui avait fait grand bruit en Belgique flamande, « Wij » se base sur une histoire vraie. Le film de Rene Eller est une histoire violente, autant psychologique que physique. L’image est belle, léchée, graphique et lumineuse. Sous ses airs de film pour ado, où les romances et les premiers émois se font sentir, se cache une histoire d’excès, de manipulation et de perdition.
En rentrant dans la salle Pitoëff, le lieu central du Geneva International Film Festival – le GIFF pour les intimes – j’entends une personne âgée dire derrière moi qu’elle est venue voir le film car « pour une fois un film sur les jeunes n’a pas l’air trop violent ». C’est la première personne à être sortie de la salle en fin de séance, bouleversée.
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« Wij » (« we »en anglais, ou « nous » en français) c’est l’histoire de huit adolescents, quatre filles, quatre garçons. Ils s’ennuient un été et décident de s’occuper. Les premières minutes du film nous portent à un procès en Belgique flamande aux bordures des Pays-Bas. On se questionne, on ne sait pas qui accuse qui, ni comment, ni pourquoi… Mais on sait que quelque chose d’horrible s’est déroulé. On suit alors tour à tour ces jeunes selon leurs perspectives, leurs manières de comprendre ce qui s’est passé cet été-là. Le film est découpé en quatre parties. Quatre univers musicaux, quatre voix off, quatre versions différentes de la même histoire. Racontés du point de vue des protagonistes, des éléments sont omis. Le spectateur est laissé ainsi, à lui de reconstruire les liens.
Ces jeunes jouent. Ils jouent avec les jeux de la société dans laquelle ils vivent, avec le sexe, avec la pornographie, avec l’argent, avec la politique et avec le sexe tarifé. Ils poussent les limites, tirent de plus en plus. Pour finir, on a l’impression que c’est le film lui-même qui joue avec nous et nos ressentis. Notre génération s’identifie aux personnages et on s’y attache, au point d’être gêné par la tournure des événements. Certaines scènes nous retournent, j’ai senti mon utérus se tordre sur lui-même lors d’une scène d’avortement. Les scènes de sexe sont crues et gênantes.
C’est après un casting de presque deux ans que le réalisateur Rene Eller a trouvé ses protagonistes. Il les a alors rassemblés pour adapter le scénario et parler des limites de chacun, de ce qu’ils étaient prêts ou pas à faire face à la caméra. Le réalisateur nous avoue après la projection ne pas leur avoir demandé quelque chose pour le film, qu’il n’était pas prêt à faire lui-même. C’est notamment par cette phase de réécriture qu’il a réussi à créer une vraie énergie de groupe entre les acteurs, ce qui se ressent à l’écran.
Rene Eller nous pousse à nous interroger sur notre société qu’il décrit comme en « crise existentielle » et où la jeunesse serait en perte de repères. Il dépeint dans son film les peurs qu’il peut en avoir. «Wij » est un film qui nous questionne face à notre propre sortie de l’enfance. Aux limites que l’on s’est imposées et qui se sont imposées au cours de notre adolescence. On en sort perturbé, choqué mais peut-être pas aussi pessimiste que son réalisateur.
La 24èmeédition du GIFF continue jusqu’au 10 novembre à Genève
Informations et billetterie sur le site du GIFF.