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Ce livre propose une fresque passionnante sur cette longue histoire qui nous concerne, dans un style accessible à tous. L'auteur explique comment et pourquoi la matière se complexifie puis, dès l'apparition de la vie, comment l'histoire de la matière devient dépendante de l'évolution biologique qui conduit, après trois milliards d'années, à l'apparition de l'homme, seul être vivant capable de faire évoluer la matière.
Dans ce livre, Claude Javeau soutient que l'individu moderne prétendument autonome ne serait que le jouet du règne de la marchandise, qu'il fait partie d'une masse qui l'incite à se comporter comme un mouton de Panurge dans de nombreux domaines. D'où les paradoxes de la modernité entre d'une part les prétentions à l'autonomie individuelle et d'autre part les injonctions de la société de consommation de masse qui rabotent les différences quand la société ne peut les homogénéiser, voire les commercialiser. Une réflexion originale mêlant philosophie et sociologie sur notre monde actuel.
Ce livre défend la thèse du réalisme et s'oppose à l'antiréalisme dominant dans la philosophie moderne, selon lequel le monde n'est que notre représentation. Ce réalisme peut être appliqué à l'esthétique, les propriétés esthétiques sont réelles, et nous pouvons les attribuer correctement aux objets qui les possèdent. Existe-t-il une harmonie entre le monde tel qu'il est, notre nature humaine et notre esprit ? Telle est la question centrale de ce livre.
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L'auteur ne dissocie pas la recherche esthétique de la recherche métaphysique et épistémologique. Sa thèse fondamentale est la suivante : il existe un monde en dehors de nous. Par consequent, on peut connaître le monde qui nous entoure tel qu'il est, au moins partiellement. En art, logiquement, l'auteur défend l'idée selon laquelle il existe un beau objectif, dont les lois sont perçues par tous, et qui se réalise dans l'accord sensible des esprits, dont le goût a été éduqué. La condition de possibilité ultime étant celle d'une nature humaine, dont le lot commun est un certain nombre de dispositions, développées ou non par l'éducation. Le socle de cette doctrine est finalement anthropologique. On est loin des thèses contemporaines sur le rien de l'art ou l'impossibilité de connaître le monde ou le beau. Avec un arsenal d'arguments puisés chez Aristote, saint Thomas d'Aquin, ou Wittgenstein, l'auteur s'emploie à défendre le bon sens, malmené dans la philosophie contemporaine. On est content de voir ce texte échafauder son édifice conceptuel à partir de sa propre maçonnerie et non en piochant dans le tas d'idées à la mode. Roger Pouivet cite Antoine Compagnon et la schizophrénie de nombre de critiques littéraires, faisant semblant de croire à la « mort de l'auteur » tout en continuant de lire des notices biographiques. Bref, on a affaire à un texte qui refuse le terrorisme métaphysique. A contre-courant des thèses ambiantes, à savoir qu'il n'y a pas de monde, seulement des représentations du monde, ce texte milite pour la reconnaissance de la réalité et, partant, se fait le champion du réalisme en esthétique. L'auteur est loin de simplifier les thèses qu'il combat. Celles-ci, même byzantines, lui sont nécessaires pour établir sa propre doctrine. On suit l'auteur pas à pas dans ce dédale. On songe à Descartes, pour ce style clair et distinct, occupé à trier les idées et les écoles, et à séparer le vrai du faux, bien que l'auteur ne le porte pas dans son coeur à cause de sa mise en doute de l'existence du monde extérieur. Détruire certaines évidences de la philosophie contemporaine, qui disqualifie souvent ses adversaires en les traitant de « naïfs », passe aussi par le vocabulaire. L'auteur utilise le mot « vertu », disposition acquise à faire le bien ou à reconnaître le beau. Ce livre est aussi, en creux, un éloge de l'esthétique. Peindre des choses est une affirmation métaphysique : cela signifie que des choses existent.
(D. Berthezène)
Prendre la parole, c'est projeter bon gré, mal gré une certaine image de sa personne. La présentation de soi, dénommée dans l'Antiquité grecque ethos, est une dimension intégrante du discours. Comment cette image s'élabore-t-elle concrètement face aux autres ? Comment construit-elle des identités et exerce-t-elle une influence ? Ces questions sont examinées sur la base de cas précis où l'image présidentielle croise celle de M. Tout le Monde, où l'ethos est analysé dans l'espace public et les domaines professionnels aussi bien que dans les interactions quotidiennes et l'espace du Web. Cet ouvrage montre en quoi la question de la présentation de soi ne cesse de nous interpeller dans tous les champs de nos activités. Au-delà des spécialistes en sciences humaines ou sociales, il s'adresse au grand public intéressé par un phénomène qui est au coeur de notre vécu et de notre actualité.
Le livre de Ruth Amossy est une grande synthèse, riche de nombreux exemples puisés dans les médias, la communication politique, les interactions en société et les textes littéraires, mais aussi dans l'art de la présentation de soi tel qu'il intervient dans toutes nos pratiques professionnelles et sociales.
Les auteurs de cet ouvrage (J.-F. Bordron, A. Bouvier, C. Giolito, D. Maingueneau, F. Cossutta) viennent d'horizons différents (sémiotique, sociologie cognitive, histoire de la philosophie, analyse du discours), mais ont en commun le souci de ne pas réduire les oeuvres philosophiques à leurs seules structures doctrinales, et prennent en considération leurs dimensions spécifiquement langagières et discursives. Ils s'interrogent sur la nature de l'argumentation philosophique, et proposent des modèles théoriques, permettant de relier les contraintes qu'une doctrine se donne dans la recherche de sa légitimité, avec les formes expressives présidant à leur mise en oeuvre. Le cartésianisme offre, à ce titre, un exemple particulièrement éclairant, puisqu'il prétend refuser le recours aux figures de rhétorique comme aux procédés scolastiques, et veut élaborer des formes d'expression qui garantissent simultanément la véracité et la communicabilité de son propos. En étudiant la langue, les modes d'exposition, les genres, les formes énonciatives et narratives adoptées par Descartes dans ses écrits, les contributions ici réunies montrent que, sous la clarté revendiquée d'une langue qui se voudrait celle de la raison même, s'opère un travail discursif complexe. Le philosophe doit, en effet, simultanément, dire au plus près et au plus juste ce qu'exige l'enchaînement nécessaire des raisons, et composer avec les reformulations ou les voix multiples qu'imposent la conversion du lecteur et les stratégies d'institution de la doctrine. Ce travail dans l'ordre du discours n'est pas dissociable de l'effort consenti pour philosopher, et c'est le mérite d'une théorie de l'argumentation philosophique de montrer comment une pensée fait oeuvre.
Perelman est né il y a cent ans. Sa pensée a révolutionné la rhétorique, qu'on avait rangée dans les oubliettes de l'histoire, tout autant que la réflexion sur le droit ; droit qu'il a théorisé comme résolution des conflits. Ce que la morale ne pouvait plus trancher, le juge avait désormais à sa charge de le résoudre.
La pensée de Perelman a été profondément marquée par le relativisme éthique, d'une part, et par une conception formelle, analytique, de la raison, d'autre part. La rhétorique a permis d'élargir le champ du raisonnable et elle a aujourd'hui gagné l'ensemble des sciences humaines.
Il appartenait à ses successeurs de l'Université libre de Bruxelles, Benoît Frydman et Michel Meyer, de montrer ce qu'est devenue à l'heure actuelle cette conception du droit et la rhétorique, en réunissant parmi les meilleurs spécialistes ceux qui ont su prolonger la pensée de Perelman dans des directions nouvelles.
Les sciences humaines étudient le rock comme un nouveau genre musical dont l'explication devrait être sociologique. Elles nous parlent de jeunes révoltés écoutant Jimi Hendrix à Woodstock ou de l'antiracisme des fans de U2 ; elles décrivent l'ambiance « sex, drugs and rock'n roll » des grands concerts. Ce livre est très différent. Il ne relève ni de la critique musicale ni de la sociologie de l'art. Il porte sur la nature des oeuvres musicales rock. Elles sont constituées par des enregistrements et faites en studio pour une diffusion de masse. - Quoi, le rock n'est pas avant tout une musique live ? - Non. Car l'oeuvre musicale rock est essentiellement une certaine sorte d'artefact, un enregistrement, conçu pour être aisément disponible, grâce aux moyens techniques que furent le disque ou la bande magnétique, et que sont le CD ou le fichier informatique. Ce livre propose ainsi une ontologie et une métaphysique de ces choses ordinaires, les oeuvres musicales rock, contenues dans les objets familiers : les CD ou les lecteurs mp3. Il révèle aussi la finalité de cette ubiquité des oeuvres de rock : nous gérons nos émotions en nous passant un CD ou en écoutant notre ipod, en voiture, dans le métro, en travaillant, en dînant, etc. Cette disponibilité de l'oeuvre de rock est la conséquence de son mode d'existence. Seule une philosophie conçue comme une ontologie pouvait nous l'apprendre.
Ce livre poursuit un travail de réflexion commencé dans un précédent ouvrage : "Philosopher avec Wittgenstein (Farrago, 2001) dont le langage et les formes de vie constituaient l'axe majeur. Les considérations grammaticales se heurtent à des évidences que semblent imposer les formes d'expérience ou de conscience, sur lesquelles la philosophie a fondé sa représentation de l'esprit, de la vie intérieure, de la pensée et du soi. L'intériorité et l'expression de l'intériorité occupent une place significative, opposant homme extérieur et homme intérieur. Ces questions ont mobilisé l'attention et la pensée de Wittgenstein dans sa seconde philosophie. Cet essai voudrait montrer l'intérêt de ces réflexions, en s'attachant plus particulièrement à l'image de "l'homme intérieur".
Le roman est devenu le genre central de la création littéraire, mais aussi ce que le public lit le plus aujourd'hui. De profonds changements ont affecté le roman, particulièrement depuis une trentaine d'années. Analyser le roman contemporain, c'est se plonger au coeur des traditions romanesques occidentales et des traditions extérieures à l'Occident, là où se croisent le paradigmatique et le singulier. Cela suscite des thèmes nouveaux qu'on se doit de faire dialoguer : modification de la représentation du sujet humain, dessin d'une anthropologie qui dépasse l'individu. Ces traits originaux opposent le roman contemporain à ce que l'on appelle la tradition du roman, qui fait lire, de manière continue, le grand roman réaliste, le roman moderniste, le nouveau roman et le roman postmoderne. Une évolution et même une révolution du roman sont en cours, lisibles en Europe, en Amérique du Nord, et surtout en Amérique latine, en Asie, en Afrique, en Nouvelle-Zélande. Cet ouvrage majeur dresse un panorama raisonné du roman contemporain, dans ses réalisations et dans ses contextes, devenus internationaux.
Quelle est l'essence du droit? Qu'est-ce qui rend compte de la juridicité en général? L'auteur met en avant le rôle fondamental des exigences d'ordre, de sens et de valeur, allant ainsi au-delà de la pure interrogation sur le droit pour confronter le lecteur philosophe aux divers horizons normatifs qui tissent la modernité.
Si les figures continuent à faire l'objet de l'attention des linguistes, c'est dans le cadre toujours restreint de l'élocution, en dépit d'ouvertures vers la pragmatique, qui minimisent le détail du fait grammatical. Cette étude les aborde dans une perspective non seulement de rhétorique générale mais aussi de linguistique et de philosophie du langage, ce qui conduit à soulever la question même de leur définition. Elle s'appuie sur une conception souple du langage, considéré non comme un code, mais comme un processus qui admet le flou et l'approximation. Les figures ne constituent pas un écart repérable par rapport à une norme, au demeurant introuvable, mais des agencements de faits grammaticaux qui prennent leur sens dans le contexte où ils se trouvent. On passe ainsi de la notion de figure à celle de configuration, ce qui est loin d'être une simple question de terminologie. Il ne s'agit donc pas de proposer une énième liste de figures aux noms savants, mais de mettre en évidence le jeu de mécanismes inscrits dans le logos, qui, en liaison avec l'ethos du locuteur et le pathos de l'interlocuteur, contribuent à la négociation de la distance entre individus à propos d'une question, où Michel Meyer voit l'essentiel de la rhétorique. C'est une nouvelle théorie des figures qui est proposée : loin d'en faire des écarts, elle les inscrit dans le fonctionnement ordinaire du langage.
Le particulier qui s'adresse à un avocat, ou qui lit la décision de justice rendue pour ou contre lui, éprouve un étrange sentiment : les « vraies » questions qu'il avait posées semblent avoir été escamotées. Elles n'ont pas reçu de réponse.
Le juriste semble détenir les réponses aux questions que se pose le justiciable ; c'est ce qui le définit en quelque sorte et justifie son intervention. Il les puise notamment dans la loi et dans les décisions judiciaires.
La réalité est moins simple. Entre questions et réponses en droit s'instaure un jeu complexe et subtil. Les questions risquent fort de s'y perdre tant elles sont préparées, codées, dirigées par les « réponses » supposées en attente.
La qualité du savoir des juristes dépend de leur aptitude à sauvegarder les questions, à ne pas les laisser s'émousser et disparaître sous l'emprise de notions, de catégories et de qualifications qui les recouvrent. Le retour aux questions de droit passe par la redécouverte du temps propre au savoir juridique et à sa sédimentation. Loin de la dogmatique juridique, il y a lieu de penser le droit et les lois comme des réponses. Les questions sont à poser en situation.
L'importance des débats publics dans la société d'aujourd'hui n'est plus à démontrer. Dans la presse, à la télévision et à la radio, les questions qu'on ne peut pas forcément résoudre entre soi sont exposées à l'appréciation de tous. Mais n'y a-t-il pas de règle spécifique à ce genre de confrontation ? Et que signifie alors le terme de « résolution » dans un tel contexte ?
Il fallait prendre ces questions à bras-le-corps et c'est ce qu'a accompli Constantin Salavastru dans un livre qui fera date pour tous ceux qui s'intéressent au problème de savoir comment se jouent la décision et le jugement de l'opinion publique.
Un grand livre, donc, fouillé et riche de multiples exemples, qui ne laisse aucun paramètre de côté.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Conférencier invité par la Société française de philosophie, séance du 23 avril 1960 à la Sorbonne, Perelman engage une discussion avec son public dans lequel se trouvent P. Ricoeur, Lacan, P. M. Schuhl, Koyré sur le thème : Pourquoi y-a-t-il désaccords entre philosophes, juristes et autres domaines ... Le désaccord qui oppose certains philosophes entre eux ne les disqualifie-t-il pas ? La philosophie est-elle capable de dépasser le désaccord ? Ces questions n'étaient pourtant pas nouvelles déjà Descartes se les posaient. Mais Perelman se définit comme anticartésien, comme Pierce qu'il admire, et son oeuvre envisage la question du désaccord d'une tout autre manière que Descartes. On peut poser la question ainsi : Pourquoi la doctrine cartésienne du désaccord est-elle inacceptable pour Perelman ? Alors que le désaccord était pour Descartes le signe de l'erreur, Perelman en revendique la légitimité. Le désaccord entre les perspectives théoriques des philosophes semblait presque inadmissible au premier, il se trouvera au contraire expliqué et même justifié dans les domaines juridiques et politiques par Perelman. Ce travail se propose de réaliser un examen général et critique de l'oeuvre de Perelman afin de souligner les imprécisions et indécisions qui demeurent dans cette oeuvre at qui ne peuvent être résolues que par une orientation interprétative déterminée. Le plus grand attrait de l'oeuvre de Perelman réside en effet dans un profond paradoxe, relatif à la revendication de la rhétorique pour la constitution de la raison. C'est par la rhétorique que se comprendraient les thèmes du jugement, de la justice, de la raison et enfin de la liberté. Le jugement rhétorique déterminerait les critères de la justice, leur application aux cas particuliers et la rhétorique serait fondatrice de la rationalité. Enfin et surtout la liberté de pensée se gagnerait par une activité rhétorique. Ce travail ne vise d'ailleurs pas à réduire la force de ces paradoxes mais à les reconduire vers leur enjeu ultime à savoir la question de la liberté de la raison. La liberté ne se fondant selon Perelman ni sur une spontanéité immotivée ni sur un savoir scientifique, elle doit se comprendre comme liberté de la raison rhétorique. Extrait de l'introductionLa rhétorique est souvent considérée comme superficielle ou trompeuse. Prenant le contre pied de ce présupposé, Perelman soutient au contraire que seule une rhétorique argumentée est rationnelle et juste. L'étude du droit positif le confirme : l'argumentation juridique est essentiellement rhétorique et c'est ce qui fait sa valeur. Les parties au procès, les différentes instances juridictionnelles et enfin la dogmatique juridique prétendent à la liberté et à la rationnalité et les établissent, pour une part, lorsqu'elles tentent de se persuader mutuellement du bien-fondé de leur interprétation de la loi. Texte de couverture
Le roman a suscité d'importantes théories, celles de Lukács, de Bakhtine, d'Auerbach. Les romanciers ont apporté leurs contributions. Les réflexions sur le récit et la fiction ont modifié ces théories. Ce vaste ensemble présente des thèmes à peu près constants : le roman, le monde, l'auteur, le narrateur, les voix du récit, la représentation, la fiction, le temps... Typologie qu'il convient de discuter. Ainsi doit-on identifier une représentation temporelle propre au roman (celle de la transition) qui associe des identités (celles des personnages, des lieux, etc.) fixées à leur indifférenciation. Tout type de roman se caractérise alors selon l'alliance contradictoire et constante d'un jeu de prédications - les identités - et de la notation du changement - la transition. Cette alliance invite à mettre en évidence les perspectives anthropologiques dont sont indissociables les personnages du roman. Elle permet de reconstruire, selon le questionnement qu'elle porte, l'histoire du roman, et d'expliquer que celui-ci soit devenu aujourd'hui un genre littéraire global.
« Les romans devraient être interdits par l'État » selon le professeur Kien, savant solitaire dans Auto-da-fé d'Elias Canetti. En quoi la littérature est-elle dangereuse ? Elle ne connaît de vérité que de passage. Elle se plaît à décliner les formes changeantes que l'imagination fait percevoir ou disparaître. Le charme qu'elle exerce menace ainsi l'identité. S'il est une séduction littéraire, elle réside dans l'invention d'une subjectivité impersonnelle : on ne parle pas de soi en littérature. Écrire procède d'un effort exceptionnel pour sortir du carcan de la personne, briser le miroir, s'évader de la psyché en faisant résonner, dans et par le style, une parole défigurée. L'autofiction se situe aux antipodes de l'enjeu littéraire majeur, lorsqu'elle prend la forme d'un déballage des émois dérisoires qui composent une vie. Dès lors, notre réflexion relève d'un double défi : extraire la littérature de la gangue du savoir critique qui risque de l'asphyxier sans que le refus de l'objectivité ne coïncide avec un retour au mirage de l'expression de soi.
Cette défense et illustration du pouvoir des fables implique un regard déniaisé sur le plaisir de l'imagination. La fiction ne demande pas un « oui » servile, adhésion à un monde cohérent qui comblerait les fissures de la réalité ; elle fait éprouver jusqu'au vertige de l'idée inattendue, dans l'exploration de mondes logiquement autonomes. Déployant une pensée déconcertante, la fiction met la raison à la question, égarée au-delà des terres familières de l'argumentation. Détournons la voix du poète : « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance » ; la littérature est enfer pour l'esprit de sérieux qui s'y effraie, s'accrochant à son identité, faute de tenter la quête de soi. La passion littéraire commence par l'abandon de réponses dépassées en vue d'une imagination en liberté, déculpabilisée. À l'heure où tout le monde prétend raconter sa vie et la publier, comptons que ce livre, réveillant le questionnement, servira la force littéraire, invitation à lire et écrire des livres dignes d'être brûlés.
S'obstiner à établir un distinguo dans le champ des conduites humaines entre celles qui seraient morales - et, à ce titre, objet exclusif de la philosophie pratique - et les autres, qualifiées de pathologiques et abandonnées de facto au médecin ou au psychologue, c'est s'obstiner à ne rien vouloir entendre des conduites humaines, quand tout un chacun sait - il en fait sans cesse l'expérience - que si nul n'est affranchi des usages, nul, non plus, n'est exonéré du symptôme, ni exempté du désir.
Que cette obstination soit le produit d'une histoire, sûrement. Mais le plus urgent est de s'en dégager en observant que toutes les conduites humaines relèvent du même modus operandi, sous réserve de bien saisir qu'elles prennent toutes leurs conditions auprès d'énoncés qui tirent leur légitimité, non d'une justification par l'observation - celle dont bénéficient nos énoncés cognitifs - mais de leur partage par une communauté ou de leur expression par une autorité, énoncés de croyance dont le pouvoir d'action est proportionnel à la rhétorique qui y est associée, comme l'exemplifient les messages publicitaires ou politiques.
Alors se découvre que ce modus operandi avait déjà été entraperçu par Aristote dans sa réflexion sur le syllogisme pratique, réflexion que l'on retrouve étonnamment sous la plume de Wittgenstein dans sa réflexion sur le rapport entre les jeux de langage et nos manières d'agir et sous celle de Lacan, dans sa réflexion sur les divers discours induisant nos conduites. Mais c'est alors à une tout autre conception de l'homme que nous sommes conviés, celle où le langage ordinaire en est le ressort et non quelque « volonté ».
La pensée contemporaine est celle des singularités, différences, jeux et multiplicités. Mais leur inflation nous a fait oublier les identités qui, elles aussi, dans la science et hors de la philosophie, doivent se dire au pluriel. Pour les distinguer de leurs images philosophiques (les totalités unitaires), on les appellera les identités-de-dernière-instance : vivantes, inaliénables, elles ne se perdent pas dans le monde, l'histoire, le pouvoir, le langage, etc., mais déterminent notre rapport réel à ces autorités. De là quelques conséquences pour la pensée même : une description dite non-épistémologique des sciences et de leur autonomie à l'égard de la philosophie : la science est la pensée qui se rapporte en dernière instance à ces Identités comme au réel même ; une généralisation, dans les limites de la science, des concepts de fractalité et de chaos, qui sont ainsi étendus des objets géométriques au savoir scientifique lui-même et, de là, au langage naturel (à la philosophie et à l'art) ; une nouvelle pratique de la pensée fondée sur la priorité de la science : par exemple une modélisation fractale et chaotique de la philosophie, d'où le concept d'une philosophie artificielle, d'une synthèse d'énoncés qui ne soit pas le simple prolongement de l'intelligence artificielle. Loin de la consommation morose de l'histoire et des textes, voilà quatre objets nouveaux en vue d'une réforme scientifique et esthétique de l'entendement.
Cet ouvrage se penche sur les différents discours de crise, sur leurs raisons comme sur leurs résultats. Lyotard, Kuhn, Habermas, Rorty, Apel et d'autres, trouvent ici leur place dans un tableau systématique qui permet d'en voir les complémentarités. Mais Carrilho va bien au-delà. C'est la rhétorique même de la dissolution du philosophique qu'il examine, et qu'il ressource en retour par une nouvelle conception de la raison et de la rhétorique centrée autour de l'activité de problématisation. Problématisation mais aussi argumentation : la vérité du discours est dans la remise en question toujours possible, et celle-ci s'inscrit au sein d'une communauté visée ou présupposée. La rationalité scientifique, elle-même, n'échappe pas à l'emprise de la communauté, même si ses méthodes de résolution lui sont propres. Le rôle du langage naturel devient déterminant en ce qu'il véhicule les adhésions comme les différends. L'interrogativité, avec ses multiples critères de résolution, s'avère occuper la place centrale de cette reconstruction. Par la positivité nouvelle que le questionnement se voit attribuer, il devient solution à part entière. Par la dynamique qu'elle assure à la science, au langage et à l'argumentation, cette interrogativité se présente comme le lieu de tous les pluralismes, et de leur unité au sein de la rationalité. Le livre de Carrilho, en articulant tous ces thèmes, se révèle l'un des meilleurs diagnostics de la pensée contemporaine. Sa vision de la rationalité, comme des problèmes philosophiques, nous ouvre une perspective originale pour un dépassement des apories de cette modernité.
La révolution scientifique, au XVIIe siècle, voit Descartes inventer la géométrie analytique et Leibniz l'analyse des infinis. D'où vient ce renversement de l'analyse, sa fécondité, qui s'achève avec Kant? Avec une histoire de l'évolution des sciences aux
L'idéologie commence lorsque l'interrogation philosophique cesse. Elle ne se développe pleinement que par la mise en service de certitudes pour permettre au sujet de se réaliser historiquement. La nation en fut la première expression moderne. Toutefois, par delà son apparition dans le tumulte de la Révolution et la véhémence de sa critique sous la Restauration, l'idéologie inaugure un mode de pensée qui, depuis Marx particulièrement, pose le problème de son rapport avec les autres discours, surtout la philosophie et la science. Loin d'ajouter une voix de plus à l'éternel cantique de la fin de l'idéologie, il s'agit plutôt ici de prendre le problème au sérieux et dans tous ses aspects, à la lumière des grands débats philosophiques contemporains. Ce livre s'efforce de resituer l'idéologie par rapport à l'histoire de la philosophie. De la Renaissance à cette hypothétique postmodernité, de Descartes à Rorty, il cherche à en retracer les signes annonciateurs (l'utopie, la métaphysique de l'humanisme, l'esprit de conquête, etc.), les instruments conceptuels (la conscience de soi, la prise en main du devenir, l'utilitarisme de la connaissance, etc.) et les formes d'interpellation de son oubli (par la science, par le désenchantement du monde et par le renvoi à l'immanence d'une nature des choses). Le questionnement proposé est construit autour de quatre plans d'analyse. L'idéologie y est saisie comme une démarche pour assigner une identité (qui suis-je ?), une prescription de l'action (que faire ?), une détermination du temps (où vais-je ?) et l'établissement d'un savoir sur les choses (que sais-je ?). Les attaques du scepticisme et le rejet du fondationalisme ont affecté notre conception du sujet, de la modernité, de l'histoire et de la connaissance. Aujourd'hui, le défi qui incombe à la pensée demeure entier. Cet ouvrage intéressera tous ceux qui sont préoccupés autant par l'absence de philosophies constructives aujourd'hui, que par la perte d'idéal dans les sociétés occidentales actuelles.
L'argumentation joue un rôle de plus en plus crucial dans les sciences humaines depuis Habermas et Perelman. La linguistique, la stylistique et la philosophie, pour ne citer qu'elles, s'y intéressent de plus en plus. L'argumentation permet aujourd'hui une meilleure compréhension de l'humain, et des rapports subjectifs dans la société. Le questionnement joue un rôle majeur dans ce renouvellement théorique, avec l'avènement de la problématologie. Ce volume se propose de repenser quelques-uns des thèmes majeurs de l'argumentation sous une nouvelle approche : dépasser l'aspect résolutoire de la rhétorique pour revenir à la démarche première de toute philosophie, qui est de s'interroger.