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Les jeunes soumis à la "pression publicitaire" des paquets de cigarettes
C'est une étude inédite car elle permet d'analyser le comportement inconscient de jeunes consommateurs. Trente-quatre jeunes âgés de 10 à 17 ans y ont participé. Munis de lunettes permettant d'enregistrer leurs mouvements oculaires, ils devaient se rendre dans un kiosque avec pour seule consigne d'acheter un snack, des chocolats ou un journal. Tous ignoraient le but de l'expérience.
Résultat: 14,5% de la durée moyenne de leur passage dans le point de vente (4,80 minutes) ont été consacrés à des supports publicitaires sur les produits du tabac. Les chercheurs ont également enregistré 22 points de fixation en moyenne par passage dans le point de vente. En clair, le regard du participant a croisé soit un paquet de cigarettes, soit une affiche publicitaire, soit une cigarette électronique (IQOS) à 22 reprises en moins de cinq minutes.
Hausse de la probabilité de fumer
Autre enseignement de cette enquête, seuls trois jeunes sur 34 disent spontanément avoir vu des cigarettes lors de leur passage. Une fois questionnés, plus de la moitié des participants se rappelle en avoir vu. "Cette étude montre que même si tous les participants ne s'en souviennent pas, leurs yeux ont bien vu les paquets de cigarettes", résume Camille Dubied, assistante de recherche à HEG Arc Neuchâtel. Elle ajoute: "Cela s'intègre sans filtre dans leur inconscient."
Or l'exposition régulière à la publicité du tabac augmenterait la probabilité de devenir fumeur. Selon une étude britannique publiée en 2013, les jeunes se rendant quotidiennement dans un point de vente ont deux fois plus de risque de devenir fumeur que ceux qui s'y rendent moins d'une fois par semaine.
Les mineurs "pas ciblés"
"La législation suisse actuelle ne permet pas de protéger la jeunesse de l’influence massive et inconsciente des publicités pour le tabac", déplore Cipret-Vaud, qui a mandaté cette étude. Dès lors, le centre de prévention du tabagisme demande une "interdiction de toute publicité en faveur du tabac".
L'industrie du tabac, quant à elle, se défend de cibler les personnes mineures. "Toute notre publicité s'adresse aux fumeurs adultes", affirme-t-on du côté de Philip Morris Suisse.
Même son de cloche chez British American Tobacco (BAT): "Nous procédons à des restrictions volontaires", déclare Philippe Gordon, responsable des affaires publiques chez BAT Suisse. Il donne comme exemple le fait que l'entreprise n'affiche pas de réclame à proximité des écoles ou qu'elle fait la promotion de ses produits avec des "personnes âgées d'une trentaine d'années et non de 18 ans révolus". Et dans les points de vente? "L'accès à un kiosque ne peut pas se limiter à des gens qui ont plus de 18 ans", répond Philippe Gordon.
>> Entretien avec le conseiller national Philippe Nantermod (PLR/VS):
Delphine Gianora et Théo Allegrezza
Publié le 08 juin 2017 à 19:32 - Modifié le 08 juin 2017 à 21:19
Le projet de loi d'Alain Berset rejeté
Le texte prévoyait d'interdire la vente de cigarettes aux mineurs dans toute la Suisse. Il proposait également de réduire la visibilité des produits du tabac en en interdisant la publicité sur les affiches dans l'espace public, dans les cinémas, dans la presse écrite et sur internet. Des mesures déjà en vigueur dans de nombreux cantons. "Nous aurions toujours eu la loi la plus libérale de tout le continent européen", avait souligné Alain Berset.
Il faudra désormais attendre au moins jusqu'en 2019 avant de voir un nouveau projet de loi soumis au Parlement.
La Suisse, mauvaise élève
En Suisse, le tabac provoque chaque année 9500 décès prématurés. Ce qui fait dire aux autorités que le tabagisme est l'un des "principaux problèmes de santé publique" dans le pays. Plus de la moitié des fumeurs commencent avant 18 ans, la quasi-totalité avant 25 ans.