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Le phénomène haut potentiel est encore globalement perçu comme «un plus», fait de facilités et de compétences intellectuelles. Il est difficile de concevoir qu'une efficience puisse pénaliser quelqu'un dans ses apprentissages et ses relations sociales. Et pourtant... On estime que seul un tiers des enfants à haut potentiel a de très bons résultats scolaires. Un autre tiers obtient des résultats moyens et le troisième se trouve à un moment ou l'autre en échec scolaire.
Il y a plusieurs causes possibles à cette situation d'échec. En voici une liste non exhaustive...
L'incapacité à fournir un effort
Ce qui fait qu'un élève développe efficacement ses capacités ne dépend pas du seul facteur cognitif. La motivation ainsi que la capacité à fournir un effort sont des éléments essentiels. Les enfants à hp se trouvent pénalisés sur ce plan puisqu'ils atteignent rarement la zone d'effort. De ce fait, ils ne développent pas de technique de travail et surtout ne réalisent pas qu'il y a une réelle différence entre comprendre et savoir. Le danger: ils peuvent perdre pied au moment où comprendre ne suffit plus, par exemple quand il s'agit d'apprendre des listes de vocabulaire.
Un raisonnement différent
L'enfant à hp a une approche intuitive des savoirs; c'est-à-dire qu'elle ne s'appuie pas sur une démarche construite, posée, apprise. Sa pensée est immédiate. Quand l'enfant fait appel à sa capacité de raisonnement, c'est sur la base de critères qui lui sont propres, ce qui le met en porte-à-faux avec les règles logiques conventionnelles, admises communément et enseignées au sein de l'école. Le danger: l'enfant n'arrive pas à suivre la consigne, ne peut pas expliquer comment il a trouvé la réponse, cherche midi à quatorze heures...
Un extraterrestre ?
Selon la façon dont se manifestent ses capacités intuitives, l'enfant peut parfois se trouver en grande difficulté scolaire dès son plus jeune âge, car il se trouve piégé par une pensée qu'il ne contrôle pas. De multiples blocages face aux apprentissages peuvent être observés, souvent incompréhensibles pour l'entourage, y compris des professionnels de l'éducation et de la santé. Compte tenu de ses capacités, il y a un risque concret que l'enfant se replie et développe des stratégies de défenses extrêmement efficaces le mettant en échec ainsi que tout le dispositif l'entourant
La démotivation
L cerveau de l'enfant à hp tourne à toute vitesse. Fixer son attention sur une tâche répétitive peut représenter pour lui une véritable difficulté. Il y parviendra d'autant mieux qu'il comprend le sens à long terme de l'exercice. Le danger: s'il ne perçoit pas de sens, l'enfant peut désinvestir les apprentissages scolaires. Parfois subrepticement, malgré tous ses efforts. Parfois carrément, en refusant simplement d'effectuer les tâches demandées.
L'imitation
Ce manque de sens peut également provoquer des malentendus. En arrivant à l'école, un enfant à hp peut mettre toutes ses capacités à correspondre aux attentes de l'enseignant. Le danger: s'il ne comprend pas le but des exercices proposés, il peut s'appliquer à imiter les difficultés de ses camarades, dans des tâches qu'il maîtrise pourtant parfaitement. Imaginons un enfant à hp qui a appris à lire avant l'école primaire et qui est déjà mordu de romans de la Bibliothèque rose. Pourtant, en arrivant en première primaire, il voit ses camarades qui déchiffrent des syllabes avec peine, et l'enseignant qui les félicite. Il peut arriver qu'il ne fasse pas le lien avec la lecture telle qu'il la connaît, et qu'il s'applique à imiter leurs balbutiements, dans le seul but d'être félicité lui aussi.
Une trop grande adaptation
Cette grande capacité à correspondre aux attentes, un autre enfant hp va l'appliquer à ses pairs: tous ses efforts vont lui servir à s'adapter au groupe, à se fondre dans la masse. Le danger: il va limiter intentionnellement ses résultats, rajouter des fautes, se forger une sorte de fausse identité.
Les troubles associés
Le haut potentiel peut être accompagné de n'importe quel trouble de l'apprentissage: dyslexie, dysphasie, déficit d'attention... Le danger: les difficultés rencontrées par l'enfant empêchent de reconnaître son haut potentiel, et inversement, son haut potentiel lui permet de compenser son trouble de l'apprentissage. Ces difficultés masquées rendent tout diagnostique difficile.
Il n'est pas simple de répondre aux besoins spécifiques des élèves à hp, car même s'ils ont en commun ce mode de fonctionnement cérébral, leur manière de le vivre est propre à chacun.
Les enfants à hp sont pour l'école comme «un petit caillou dans une chaussure», un corps étranger parfois gênant mais dont on s'accommode.
Il existe encore de nombreux aspects méconnus du monde hp, même pour les enseignants. Intégrer l'enfant à hp dans le cadre scolaire, c'est aussi accepter qu'il fonctionne différemment et que parfois ses différences demandent des ajustements et des appuis comme n'importe quelle autre spécificité.
Un système scolaire qui se poserait vraiment la question de l'intégration harmonieuse de tous les élèves devrait prendre en considération que certaines difficultés rencontrées par un élève peuvent relever d'éventuels hauts potentiels. Il reste encore du chemin à faire afin de sortir des préjugés et de donner aux enseignants les moyens de dépister à temps ces élèves particuliers.
«Le bonheur, au fond, n'est rien d'autre qu'exploiter ses capacités à cent pour cent.»
Mihaly Csikszentmihalyi