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Population de sangliers plus nombreuse à cause de printemps secs et chauds
Le sanglier était assez rare en Suisse au début du XXème siècle mais la persistance de populations en France et en Allemagne voisines a favorisé son retour au fil des décennies. L’absence de grands prédateurs comme le lynx et le loup a aussi contribué à cet état de fait.
Répartition des sangliers en Suisse (en orange: données avant 2000 - en rouge: données après 2000) [Laurent Guignard - CSCF]
Le développement de la culture du maïs dans les années 1970 et l’augmentation des surfaces forestières ont marqué un tournant décisif dans la prolifération de l’espèce en lui fournissant des gîtes de qualité et de la nourriture en grandes quantités. L’avènement d’hiver plus doux et de printemps cléments ont également joué un rôle à partir des années 1990, en réduisant la mortalité hivernale des sangliers, notamment celle des marcassins.
Les printemps chauds et secs permettent aux sangliers de mieux se nourrir
Une étude menée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’office français de la biodiversité montre que la multiplication des printemps secs et chauds a été particulièrement profitable aux sangliers ces deux dernières décennies, en stimulant la production de glands par les chênes :
Feuille de chêne et spécimens de gland [André Gerber - Wikipedia]
Alors que la production était très variable d’une année à l’autre au XXème siècle, les chênes bénéficient aujourd’hui de conditions climatiques plus favorables, produisant des fruits en abondance une année sur deux en moyenne.
Or les sangliers raffolent des glands, qui peuvent constituer jusqu’à 90% de leur nourriture. Ce rythme de production convient également aux laies qui se reproduisent en général à partir de deux ans. Tous les deux ans, il y a donc à la fois abondance de glands et abondance de naissances, puisque les femelles sangliers sont bien nourries. Et ainsi de suite.
« Si les sangliers sont plus nombreux avec le réchauffement climatique, cela veut dire qu’il est important de continuer de réguler les populations de sangliers par la chasse », explique Marlène Gamelon, chercheuse au CNRS, l’une des auteurs de l’étude.
Spécimen de sanglier adulte [A. Savin - Wikipedia]
Même son de cloche sur le terrain: « La Suisse est particulièrement concernée par le phénomène » précise Jean-Pierre Liechti, chasseur dans le canton de Vaud. « Au-delà des considérations climatiques, on constate que lorsque la population de sangliers dépasse un certain seuil, son taux de reproduction augmente. Cela s'explique en grande partie par le nombre élevé de marcassins qu'une laie peut avoir chaque année, en moyenne entre cinq et dix", précise-t-il. "La grande mobilité du sanglier et ses capacités d’adaptation hors du commun ont également contribué à sa prolifération".
Une situation qui a poussé les autorités de Vaud à rallonger la période de la chasse, qui commence maintenant au mois de juin. Près de 1500 bêtes ont été abattues dans le canton l’année dernière.
Philippe Jeanneret