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pouvait les trouver, les informations nécessaires pour découvrir la vérité. > Avant de constater jusqu'à quel point il est arrivé à ce dernier résultat dans ce qui concerne les origines de l'histoire des Waldstàtten, faisons connaître la version qu'il en donne. Ce chapitre de sa chronique a pour titre: < Des anciennes guerres des trois Waldstatten et de la grande bataille du Morgarten. > En voici le texte:
< Bien longtemps avant que Berne eût été bâtie, dit Justinger, les trois Waldstatten. Schwyz, Uri et Unterwalden avaient de grandes guerres, d'abord avec les seigneurs de Kybourg, puis avec les seigneurs de Habsbourg, enfin avec ceux d'Autriche. La cause de la guerre était que ceux de Schwyz et d'Unterwalden devaient appartenir aux seigneurs de Habsbourg, et Uri au couvent du Fraumiinster à Zurich. Or Uri s'était confédéré depuis longtemps avec les deux autres Waldstatten. Ce qui donna lieu à la guerre fut que les seigneurs, leurs baillis, et les employés ( V'ùgte und AmpUeute) qu'ils avaient dans les Petits Cantons (Lànder) introduisirent de nouveaux droits et de nouvelles charges, à côté des droits légaux et des anciennes obligations qu'ils (les Waldstàtten) avaient remplies envers l'Empire, par lequel ils avaient été aliénés. Les employés se comportaient aussi très-outrageusement envers les gens de bien, leurs femmes, leurs filles et les jeunes fUles, et ils voulaient satisfaire de force leur méchanceté. Mais les honnêtes gens ne purent à la longue souffrir cela, et ils s'insurgèrent contre les employés. 11 en résulta une grande inimitié entre les seigneurs et les Petits Cantons, et les seigneurs se fortifièrent contre les cantons. Ceux de Schwyz cherchèrent avec empressement du secours auprès de leur souverain légitime, l'Empire romain, auquel ils appartiennent effectivement, comme ils peuvent bien le prouver avec leurs bonnes lettres royales. En outre, ceux de Schwyz avaient fort anciennement porté un grand secours à un roi des Romains vers Eligurt et de ce côté-là, et ils s'étaient si vaillamment conduits, que le roi leur avait donné pour leur drapeau rouge le Saint-Empire, c'est-à-dire toutes les armes et les instruments du saint martyre de Notre Seigneur JésusChrist.
< Et, comme les seigneurs de Habsbourg avaient si longtemps guerroyé contre les Waldstàtten, ils s'en lassèrent à la fin et cherchèrent du secours et des conseils auprès des seigneurs d'Autriche. Le résultat fut que les seigneurs d'Autriche donnèrent à ceux de Habsbourg une somme d'argent pour leurs droits. Ainsi les seigneurs d'Autriche acquirent des droits sur les Waldstàtten. Mais quelle était l'étendue de ces droits, je n'ai pas pu l'apprendre exactement; aussi je n'en dirai rien. Quand cela eut duré un certain temps, les employés des seigneurs introdiiisiretd de reeltef de nouvelles charges et des prétentions inaccoutumées, que les cantons ne voulurent pas souffrir. Ainsi la guerre s'établit entre les seigneurs d'Autriche et les Waldstàtten pendant longtemps, et les trois Waldstâtten résistèrent (seuls) à la puissance des seigneurs, car ils n'avaient personne qui leur portât secours. Lucerne, Zug. Glaris, l'Entlibuch, Unterseen et tout le pays voisin appartenaient entièrement aux seigneurs. Et ils résistèrent de la sorte jusqu'à ce que les seigneurs voulurent les envahir et les soumettre par la force. Cela dura jusqu'à l'année 1315, où eut lieu la victoire du Morgarten par laquelle Schwyz mit fin à la guerre 8. >
Si le lecteur a présents à la mémoire les résultats certains auxquels nous a conduit, dans la précédente portion de ce livre, l'étude de l'histoire, il ne lui sera pas difficile de reconnaître ce que le récit de Justinger renferme de vrai et ce qu'il contient de hasardé et d'inexact. On se trouve ici en présence de cette première période de l'altération des faits historiques dans laquelle, à des souvenirs en partie fidèles commencent à se mêler des interprétations erronées ou imaginaires. Dans la narration qu'on vient de lire il y a sans doute bien des allégations qui sont à peu près conformes à la vérité, mais la tradition qui les retient encore a perdu la juste notion de deux éléments de première importance en histoire: les dates et le caractère particulier des événements. Sans parler de l'expédition d' < Eligurt > et du < Saint-Empire, qui est représenté par les instruments de la passion du Christ, > où l'on voit bien clairement percer l'invention légendaire, la tradition met en présence et en lutte, dès le douzième siècle, les Waldstatten et l'ancienne maison de Kybourg qui n'ont jamais été en guerre; elle fait intervenir à la même époque les Habsbourg dont le conflit avec les vallées n'a eu lieu que beaucoup plus tard, et elle amène sur la scène la seconde maison d'Autriche, avant que le roi Rodolphe eût relevé le duché de ce nom au profit de sa famille. Cette confusion chronologique, et l'absence de toute indication précise sur les principaux personnages qui jouaient un rôle dans les événements, prouvent que le souvenir du passé allait s'obscurcissant, parce qu'au lieu d'avoir à se nourrir de ces détails piquants ou émouvants que retient si volontiers la mémoire populaire, il n'avait derrière lui qu'une histoire toute politique, composée d'éléments plus complexes que frappants, et dont il était difficile de conserver la véritable physionomie.
Ceci se laisse mieux voir encore dans ce que la tradition reproduite par Justinger dit sur la nature des rapports qui existaient entre les Waldstatten et les Habsbourg ou l'Autriche. Le chroniqueur avoue lui-même qu'ayant voulu s'en informer, il n'en a rien pu savoir; c'est là pourtant que gît le point capital et comme le nœud de toute cette histoire. Mais ce que la tradition ne sait plus, elle l'invente; et elle supplée à son ignorance en expliquant la lutte et la rupture survenues entre les vallées et les seigneurs, par la supposition banale d'excès qu'auraient commis des baillis, dont l'existence n'a jamais pu être constatée par aucun témoignage authentique. Toutefois, à supposer que ce fût bien à des causes de ce genre que l'on dût rapporter l'origine et les conséquences du conflit, il n'en résulterait point que Justinger soit une autorité que l'on puisse invoquer en faveur de la tradition consacrée. Ce qu'il dit la dément au contraire.
En effet, si cette tradition, qui n'existait pas, comme nous l'avons vu, cent ans plus tôt, avait depuis lors été adoptée dans les Petits Cantons, il est évident que Justinger, qui a puisé ses renseignements chez eux, et qui ne manque pas une occasion de citer des anecdotes quand il les trouve sur son chemin, aurait donné place dans son récit aux épisodes caractéristiques qui forment l'essence de la légende traditionnelle. Or, non-seulement il n'en sait rien, mais, à l'inverse de la version devenue classique, ce n'est pas sous les princes de la maison d'Autriche, c'est (avec beaucoup plus de raison) cinquante ans plus tôt, sous la branche cadette des Habsbourg, qu'il place l'insurrection à laquelle il donne pour motif le genre d'excès dont les épisodes susdits supposent l'existence. Du roi Albert, de ses baillis, de leur tyrannie, de la révolte des Waldstâtten sous son règne, il ne dit mot, ou plutôt il envisage cette seconde période d'un point de vue tout différent, puisqu'il en parle comme d'une époque de longs conflits avec l'Autriche, dont la bataille du Morgarten fut le dénouement, et qu'il n'est pas question, dans son récit, d'une émancipation violente survenue à la suite d'une révolution. Lui, qui met en : cène le fou du duc Léopold, à propos de cette bataille, n'aurait-il rien dit de Gessler, de la conjuration du Griitli, de Guillaume Tell, à propos de l'affranchissement des Waldstàtten? H suffit de son silence pour démontrer que, de son temps, la légende n'était pas encore éclose parmi les confédérés, bien que les premiers germes d'où elle devait sortir commençassent à se montrer.
Depuis que les Waldstatten avaient triomphé au Morgarten plus d'un siècle s'était écoulé, durant lequel l'oubli avait d'autant mieux fait son œuvre, que rien de ce qui prévient ou redresse ses erreurs ne le tenait alors en échec. L'imprimerie n'était pas là pour contrôler et pour rectifier le souvenir des faits accomplis. Le manque de lumières, le défaut d'esprit critique empêchaient d'autant plus de rechercher et de discerner le vrai caractère des événements anciens, que les incidents qui avaient amené peu à peu l'affranchissement des Petits Cantons étaient, comme nous l'avons dit, d'une nature assez complexe. Les relations avec les deux branches de la maison des Habsbourg avaient été assez variées et mêlées d'assez de péripéties, pour qu'il fût difficile d'en bien conserver la mémoire, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on cherchât à combler cette lacune