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Rigidité et stagnation
« Il ne faut jamais oublier que l’intelligence est incroyablement plastique, qu’un mauvais élève peut devenir bon en l’espace de quelques mois quand il est dans un milieu sécure. Or, plus un système est rigide, moins il tient compte de cette plasticité de l’intelligence. »
Boris Cyrulnik
Chaque fois qu'un parent à bout de souffle me parle de rigidifier une situation critique avec son enfant par un fameux "serrage de vis" sous forme punitive, je pose la question: "êtes-vous prêt à en payer le prix ?"
Et quel est ce prix ?
Il s'agit de celui de la perte de la qualité du lien avec son enfant. Oui, parfois une punition restrictive fonctionne, mais à quel prix ? Une dégradation relationnelle avec son enfant alors qu'une chose importante est ce lien qui permet à l'information de circuler de manière "sécure" entre deux êtres.
Bien sûr, le paradoxe est que justement l'enfant, ressentant un lien si fort qu'un parent peut avoir pour lui, en sera tellement rassurer qu'il se sentira libre de faire toutes les bêtises du monde sans même se soucier d'une quelconque rupture (et c'est d'ailleurs parfois à cause de cette réassurance que des enfants sont plus "impossibles" avec leurs parents que le reste du monde).
Il y a donc un réel équilibre à trouver pour éduquer un enfant et si nous observons un funambule nous pouvons voir qu'il n'est jamais vraiment en équilibre, il oscille sans cesse entre tous les micro-chaos qui le poussent d'un côté ou de l'autre.
Vous sentez-vous parfois ballottés d'un côté ou de l'autre ne sachant plus trop s'il faut endurcir ou adoucir votre éducation, s'il faut pousser ou retirer des limites, s'il faut être plus à l'écoute ou plus directif ? Aucun mode d'emploi parental ne pourra vous le dire puisque l'équilibre n'est pas un état définitif ou constant.
Ce qui permet à un funambule d'avancer sur son câble, c'est de se sentir "sécure", soit physiquement (filet, baudrier, bonnes conditions météorologiques, entraînement, etc.) soit psychiquement (confiance en soi, acceptation des émotions, compétences acquises, ressentis, etc.).
Etre "sécure" c'est dans le contexte du moment, ni hier, ni demain. Si aujourd'hui le câble est tendu à 1 mètre du sol, le sentiment de sécurité et les dispositions qui en découlent ne seront pas les mêmes que hier quand le câble était à 3 mètres du sol, ni que demain avec un câble prévu à plus de 100 mètres du sol.
Cet équilibre impose que ce qui fonctionnait hier ne fonctionne plus forcément aujourd'hui et que demain ce sera encore différent.
L'éducation exige donc une flexibilité (ce qui n'est pas du laxisme), de l'empathie (ce qui n'est pas de la sympathie) et une certaine stratégie tenant compte des avancées des neurosciences chez l'enfant afin de poser des limites sans pour autant rigidifier un système familial qui, comme le déclare la citation du jour, tendrait plutôt vers la stagnation que l'évolution.
Et de conclure par les paroles de la funambule française Tatiana-Mosio Bongonga :
Car c’est précisément ce sens du déséquilibre qui fonde la discipline.