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Critique
"Les téléspectateurs qui, il y a une dizaine de jours, ont assisté au palmarès du festival, se souviennent encore de l'équipe lauréate collectivement du Prix d'interprétation chantant ""C'est nous les Africains"" sous les feux des projecteurs.
Cette équipe d'acteurs beurs a contribué pour une grande part au succès d'un film de guerre de facture classique, qui ne marquera pas l'histoire du cinéma mais qui touche les Français dans leur inconscient collectif.
En 1943, 130'000 ""indigènes"" (il faudra du temps pour passer à musulmans, puis à hommes) s'engagent dans l'armée française afin de sauver une ""patrie"" sur laquelle ils n'ont jamais mis les pieds. Poussés par des officiers français présentés comme des planqués dirigeant prudemment la manœuvre depuis l'arrière, ils progressent de l'Italie aux Vosges en passant par la Provence et les Côtes du Rhône. Le bataillon - ou ce qu'il en reste - dont font partie les héros du film devra défendre un village alsacien contre les assauts de la Wehrmacht, quelques jours après le débarquement de 1944.
Le film rend hommage et justice à des hommes enrôlés nolens volens dans une armée coloniale. Du passé? Quand on sait que les retraites et pensions d'invalidité de ces anciens combattants ont été gelées à leur niveau de 1959 et que, à ce jour, la question de la ""cristallisation"" n'est toujours pas résolue...
Daniel Grivel
1943, la guerre. Pour libérer ""leur"" pays, la France, 130'000 Africains du Nord s'engagent, ce qui augmente considérablement les effectifs de la France libre. Ils deviendront les héros dont l'histoire n'a pas retenu - ou voulu retenir - les noms. Ce film défend donc une cause, ce qui ne rend pas aisée la critique.
On suit tout particulièrement dans leur relation difficile avec leur officier supérieur Martinez les simples soldats Saïd, Abdelkader, Messaoud et Yassir, un petit groupe qui se soude au fil des combats en Italie, en Provence et dans les Vosges. Ce qui retient l'attention - bien avant les combats -, c'est l'évolution des personnages interprétés avec talent par une solide équipe. Et cela tant en leur for intérieur, dans leur façon de gérer le danger et la peur, que dans leurs rapports les uns avec les autres. C'est qu'il ne suffit pas, pour se comprendre et se respecter, d'appartenir au monde des ""Indigènes"" ou à celui des ""Blancs"", les choses sont plus complexes.
Aussi, plutôt que de servir une grande fresque de la Seconde Guerre mondiale, Rachid Bouchareb, qui s'intéresse au destin d'hommes particuliers, montre combien l'oubli de l'histoire s'est déjà tissé pendant la guerre, alors que s'instillaient déjà les lents poisons du paternalisme et du racisme. Les avancements freinés, voire refusés, les permissions reportées, la rétention du courrier, sans parler des brimades véhiculées par le langage et les attitudes, tout cela fait que, en raison de leurs origines, des hommes furent longtemps considérés comme des citoyens de seconde classe dès leur engagement, quand bien même ils partageaient un profond attachement tant à la terre de France qu'à celle d'Afrique du Nord.
Et bien sûr que si ce film évoque la destinée de quelques Africains du Nord, il concerne tout autant la situation des anciens combattants d'Afrique noire. Et même si, le 15 août 2004, le président Chirac a rendu hommage aux troupes coloniales et qu'une vingtaine de vétérans ont été faits chevaliers de la Légion d'honneur, la question des pensions n'est toujours pas réglée. Au fond, le cinéaste suggère ce que Léopold Sédar Senghor exprimait avec talent au sortir de la guerre, en 1948: ""Vous, tirailleurs sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort / Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang?... Je ne laisserai pas - non! - les louanges de mépris vous enterrer furtivement. Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur. Mais je déchirerai les rires bananias sur tous les murs de France.""
Serge Molla"
Ancien membre