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Roman Abramovich avait promis que le vente n'aurait pas lieu dans la précipitation, mais tout va très vite
dans le football dans le conflit russo-ukrainien: Chelsea pourrait changer d'actionnariat «dans les dix prochains de jours, un délai inhabituel pour ce genre de transaction», annonce le directeur général de la Premier League Richard Masters.
Deux acquéreurs semblent se profiler:
Soupçonné d'entretenir des relations privilégiées avec le Kremlin, Roman Abramovich vend Chelsea sous la contrainte, ou presque, avant son éventuel séquestre par les autorités anglaises. Il en aurait fixé le prix à 3,6 milliards d'euros (après l'avoir acheté 190 millions d'euros en 2003) mais selon Bloomberg, les premières offres n'excéderaient pas 2,5 milliards.
Abramovich a promis de renoncer au remboursement des prêts accordés au club (1,8 milliard d'euros) et de «reverser le produit net de la vente à une fondation caritative au profit de toutes les victimes de la guerre en Ukraine».
S'il est devenu un paria dans la bonne société anglaise, Roman Abramovich reste une figure culte de la Premier League, où son départ laisse apparaître un trouble, à tout le moins une certaine ambivalence affective. «Son nom est autant cité sur les chaines d'informations que celui de Poutine», témoigne un correspondant de BFMTV.
Le Daily Telegraph rappelle sa plus noble contribution à l'émancipation du football anglais: «Il a délogé le duopole obsolète que Manchester United et Arsenal avaient créé». Au sortir d'un match de Cup (gagné péniblement 3-2) à Luton, l'entraîneur Thomas Tuchel est apparu très affecté. Il n'a pas nié que la perte d'Abramovich ne serait pas qu'une question d'argent:
L'oligarque a bouleversé les normes du football anglais, voire international, par des investissements massifs et rapides. Comme Manchester City ou le PSG, Chelsea a d'abord connu une croissance artificielle, à grandes injections de pétrodollars. Sauf qu'à la différence des super-riches qataris et émiratis, il n'a pas tardé à remporter la Ligue des champions. Il a instauré un nouvel ordre anglais et menacé la suprématie d'une vieille aristocratie européenne (Real, Barcelone, Bayern, Juventus, ManU, etc).
Le palmarès de Chelsea sous l'ère Abramovich:
Au départ, le fonctionnement était clair: Roman Abramovich couvrait les déficits liés aux transferts, tandis que le club subvenait seul à ses dépenses structurelles, salaires compris.
Peu à peu, Chelsea a intégré le commerce de joueurs dans son modèle d'affaires, en valorisant le potentiel autant que la carrière et en créant une cellule de recrutement tentaculaire. Aujourd'hui, le club est capable de dégager des plus-values conséquentes. Il possède plus de 80 joueurs sous contrat, dont une moitié sont «loués».
Après un lancement timide, l'académie forme et fournit de nombreux talents: Mason Mount et Reece James à Chelsea, mais aussi Tammy Abraham (vendu à Rome), Tino Livramento (Southampton) ou Tariq Lamptey (Brighton).
Les transferts obéissent à la même logique de rendement: ils privilégient des joueurs confirmés, mais jeunes, (Mendy, Havertz, Pulisic) à des profils de type top gun (Lukaku) et deviennent rarement des échecs (Werner).
Les excédents réalisés sur la vente de joueurs ont permis à Chelsea de répondre aux exigences du fair-play financier, tout en tissant un vaste réseau d'accointances en Europe. Aujourd'hui, le développement du club est cité en exemple, non pour s'être affranchi des moyens illimités d'Abramovich, mais pour lui avoir préféré les potentialités infinies du football moderne.
Chelsea a revendiqué un bénéfice de 36 millions d'euros pour la saison 2019/20, malgré trois mois d'inactivité dus au Covid. Le chiffre d'affaires, bon an mal an, avoisine le demi-milliard d'euros.
A l'exception de 2021, les cinq derniers exercices sont bénéficiaires. Les revenus commerciaux maintiennent une croissance à deux chiffres et les recettes de billetterie sont en constante augmentation, malgré les infrastructures obsolètes de Stamford Bridge.
Derrière ce succès, il y a une femme, Marina Granovskaïa. Une femme de l'ombre qui fuit les projecteurs, qui ne connaissait rien au football et que les médias anglais présentent comme «la Dame de fer» de Chelsea.
Marina Granovskaïa a intégré le board en 2013, alors qu'elle était l'assistante personnelle d'Abramovich. Elle fut d'abord une employée de Sibneft, le groupe pétrolier vendu à Gazprom pour 13,7 milliards de dollars.
Abramovich lui accorderait une confiance totale. Marina Granovskaïa partage sa culture du secret: elle n'a jamais donné la moindre interview «ni accepté la moindre invitation à dîner», rapporte un agent dans FourFourTwo. Elle assiste rarement aux matchs et connaît à peine le chemin du centre d'entraînement.
Dans un portrait fouillé, L'Equipe Magazine raconte une femme «toujours tirée à quatre épingles», «peu soucieuse de son ego», «pas très grande, très sûre d'elle», parfaitement équipée pour marcher sous les radars, un anglais impeccable «sans le moindre accent russe», une femme que les agents ont d'abord «accueillis comme une potiche» avant de la découvrir particulièrement fraîche, «très fraîche en affaires».
C'est toute l'accumulation de ce savoir, de ce vécu rare, que Chelsea craint de perdre avec Abramovich, arrivé dans le foot en mécène sulfureux et reparti en Russe douteux, après 19 ans de succès au milieu.
La nostalgie à l'état pur. Voilà qu'après la victoire de l'équipe nationale face au Kazakhstan mardi (3-2), un gardien en sueur portant le numéro 26 (comme Martin Gerber autrefois) et parlant l'allemand de l'Emmental (comme Martin Gerber autrefois) vient raconter son aventure. Gerber a disputé 46 matches de Coupe du monde pour la Suisse, y compris la finale de 2013. Il a remporté la Coupe Stanley en NHL et est devenu millionnaire en dollars.