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Le taux de suicide est bien l'une des valeurs de santé publique les moins explicables, malgré de très fortes variations géographiques. Une multitude de facteurs semblent avoir une influence, du taux de chômage à la facilité de se procurer des armes, en passant par la prévalence de l'alcoolisme. Ainsi, personne ne sait très bien pourquoi le Mexique connaît un taux de 3,4 pour 100 000, la Chine de 14 ou la Fédération de Russie de 34.Il faudra désormais tenir compte d'un autre facteur : la difficulté d'estimer correctement ces chiffres dans les pays en développement. Des chercheurs indiens, soupçonnant d'inexactitude les rapports de police et autres sources sur lesquels se basent les statistiques officielles, ont décidé de procéder à une évaluation du taux réel dans une région du sud de l'Inde (BMJ 2003 ; 326 : 1121-2). Leur méthode, «l'autopsie orale», consistait à recouper de façon systématique les informations recueillies sur place par différents acteurs d'un réseau de soins auprès des familles, des chefs de village, des voisins.Résultat : un taux de suicide annuel moyen de 95,2 pour 100 000, stable durant les six années étudiées. Un chiffre neuf fois plus élevé que la moyenne nationale, deux à trois fois supérieur à ce que laissaient soupçonner les données antérieures pour cette région. Les auteurs estiment que le phénomène n'est pas isolé. Pour des raisons sociales ou économiques, beaucoup de suicides ne seraient jamais déclarés comme tels dans les pays en développement. Les chercheurs estiment qu'il est nécessaire d'y créer des centres sentinelles à même de surveiller le phénomène.A raison, car l'OMS constatait en 2001, dans son rapport sur la santé dans le monde consacré aux maladies mentales, que le suicide fait partie des trois premières causes de décès des 15-34 ans dans toutes les régions du monde. Pour lutter contre cette hémorragie, des données fiables sont bien entendu indispensables.