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Il est difficile de comprendre la réticence de certains membres du personnel hospitalier à se faire vacciner, étant donné que la pandémie les touche directement et que l'afflux de patient·es les a poussés à bout. Bien que la proportion de personnel prêt à se faire vacciner contre le Covid soit désormais de 75%, est-ce suffisant ? Et comment pourrait-on l'augmenter ?
Nous avons réalisé une étude sur le comportement des médecins en matière de vaccination contre la grippe. Dans de nombreux hôpitaux européens, le personnel de santé n'est pas tenu de se faire vacciner contre la grippe saisonnière, bien qu'il ait été démontré que cette vaccination réduisait le nombre d'infections nosocomiales. Nous étions particulièrement désireux·ses de savoir quel rôle joue le climat d'équipe dans ce domaine.
De nombreuses équipes très performantes ont une chose en commun, que nous appelons la sécurité psychologique. Il s'agit d'un climat où les membres de l'équipe se sentent en sécurité pour être eux-mêmes - ils prennent plus de risques interpersonnels, comme demander de l'aide, suggérer des améliorations ou admettre leurs erreurs. Des études ont montré que la sécurité psychologique favorise l'apprentissage et les comportements innovants.
L'impact de la sécurité psychologique
Notre étude¹ s'articulait autour de la manière dont la sécurité psychologique dans une équipe est liée au comportement individuel. Nous avons supposé que la sécurité psychologique influence le comportement des membres de l'équipe en leur permettant de rester plus facilement fidèles à leurs convictions personnelles.
le contexte social qui prévaut.»
Nous savons que dans une équipe psychologiquement sûre, les individus craignent moins les réactions négatives des autres membres. Cela peut signifier qu'ils sont plus disposés à se comporter d'une manière conforme à leurs valeurs personnelles, même si cela contredit les normes de l'équipe. Ils se sentent plus à l'aise pour agir en fonction de leurs convictions personnelles, même si celles-ci ne correspondent pas aux objectifs généraux.
Des effets positifs et négatifs
Le comportement en matière de vaccination constitue un bon banc d'essai pour nos hypothèses. Dans un hôpital suisse, nous avons évalué l'opinion des médecins sur la vaccination contre la grippe, leur perception de la sécurité psychologique au sein de l'équipe et leur intention de se faire vacciner au cours de la saison à venir. Trois mois plus tard, nous leur avons demandé s'il·les s'étaient fait vacciner entre-temps.
La sécurité psychologique a influencé la relation entre leur attitude envers la vaccination et leur intention de se faire vacciner. Si les médecins avaient une attitude positive à l'égard de la vaccination et percevaient un niveau élevé de sécurité psychologique dans leur équipe, cela renforçait leur intention de se faire vacciner. Il est intéressant de noter que l'inverse est également vrai : les médecins qui avaient une attitude négative à l'égard de la vaccination et qui percevaient également un niveau élevé de sécurité psychologique étaient particulièrement réticents à se faire vacciner. De manière générale, la corrélation entre l'intention et le comportement réel était forte.
Nos résultats montrent que la sécurité psychologique peut être une bénédiction mitigée. Elle semble promouvoir un climat dans lequel les membres de l'équipe se sentent en sécurité pour agir selon leur propre opinion. Mais lorsque cette attitude n'est pas conforme aux normes de l'équipe ou aux objectifs de l'organisation, la sécurité psychologique peut également encourager un comportement qui a un effet négatif.
A la recherche d'un débat constructif
Appliqué à la situation de la vaccination contre le Covid-19, cela signifie que la volonté de se faire vacciner est aussi toujours influencée par le contexte social dominant. Un climat favorable nous encourage à agir selon nos propres convictions, plutôt que de nous conformer simplement aux normes du groupe auquel nous appartenons.
Si nous voulons accroître la volonté du personnel hospitalier et du grand public de se faire vacciner, nous ne devons pas avoir peur d'engager un débat ouvert. Un esprit d'équipe qui repose sur l'évitement des conflits peut nous conduire à adopter des attitudes qui, en fin de compte, nuisent au bien commun.