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LA TABLE DE JEU
Dans la légende de l'Ouest, le joueur professionnel, qui est parfois une dame, est un personnage presque aussi indispensable que le cow-boy, l'Indien, le shérif ou le hors-la-loi.
Les parties de poker menteur se terminaient parfois dans la fumée de la poudre noire et personne ne venait prendre place à une table de jeu sans une petite arme dissimulée dans son gousset, sa ceinture ou son sac à main.
Les pistolets compacts à un coup appelés deringers ont longtemps été prisés, même après la commercialisation de petits revolvers bon marché qu'il était moins facile de dissimuler.
Pourquoi le nom de deringer ? Parce qu'aux États-Unis ce nom était passé dans le langage courant pour désigner des petits pistolets de gousset.
Le fabricant des authentiques Deringer, Henry Deringer (1786-1868), était un armurier de Philadelphie (Pennsylvanie). Il devait sa notoriété à ses superbes petits pistolets de poche à percussion, à un coup, de calibres .41 ou .44, chargés par la bouche.
Ces armes étaient remarquablement exécutées, avec un sens admirable de l'équilibre des formes.
C'est avec un vrai Deringer que l'acteur John Wilkes Booth assassina le président Lincoln, le 14 avril 1865, au théâtre Ford de Washington, pour venger la défaite de la Confédération sudiste.
Auprès de la clientèle des joueurs professionnels et des dames de petite vertu, les deringers subirent la concurrence active des revolvers de poche de petit calibre, tels les modèles Colt New Line, qui avaient sur eux la supériorité de pouvoir tirer plusieurs coups consécutifs.
À la fin des années 1860, époque des balbutiements de la cartouche métallique, de nombreux fabricants se lancèrent clans la fabrication de curieux pistolets de poche dont l'aspect et le mécanisme laissent souvent perplexe.
Les petits pistolets deringer à un coup furent parmi les premières armes Colt à cartouche métallique.
Mais plutôt que de créer sa propre ligne d'armes de ce type, la compagnie Colt acheta en 1870 la société National Arms Co., qui fabriquait d'excellent petits deringers.
Les ouvriers de National Arms furent attirés à Hartford pour y poursuivre la fabrication sous les appellations Colt Deringer n° 1 et Colt Deringer n° 2.
Le n° 1 est entièrement métallique alors que le n° 2 comporte une poignée moins courbe munie de plaquettes en bois. Le canon pivote latéralement pour le chargement. En 1875, F. A. Thuer créa le Colt Deringer n° 3 calibre .41 annulaire, très différent des précédents. Il comporte un canon pivotant dans le plan horizontal
Fabriqué de 1863 à 1888 en deux calibres (.22 el .32) avec des caractéristiques différentes (cinq canons en calibre .22 et quatre canons en calibre .32), il connut un certain succès.
Sa production totale devait atteindre 25 000 exemplaires.
Il ne s'agit pas d'une poivrière, puisque les canons sont fixes. Leurs chambres sont successivement mises à feu par un percuteur tournant au moyen d'une détente fonctionnant uniquement en double action.
À la même époque, d'autres fabricants continuaient de fabriquer des deringers à un coup, comme celui de Williamson, qui, avec un adaptateur, peut être utilisé comme un "vieux" pistolet à percussion chargé par la bouche. Mais il était surtout destiné à
tirer une cartouche de .41 annulaire.
Comme beaucoup d'autres grands fabricants d'armes, Remington produisit plusieurs pistolets de poche capables de répondre à la demande grandissante de petites armes de défense faciles à porter dans la poche ou à dissimuler sous un vêtement. Après avoir essuyé une déconvenue avec sa poivrière Zig-Zag, créée en 1861, Remington s'intéressa au petit pistolet à canons multiples breveté par Elliot le 29 mai 1860 et le 1er octobre 1861.
Breveté le 12 décembre 1865, le Remington Double Deringer était un petit pistolet de poche à deux coups, compact et d'allure agressive.
Il connut un succès étonnant. Il fut fabriqué pendant soixante-dix ans, toujours dans le même calibre.
Il était chargé de deux cartouches à percussion annulaire de calibre .41 short. La balle en plomb, de 8,4 g, était propulsée par 0,8 g de poudre noire à la vitesse de 210 m/s.
Sans être mirobolant, cela n'était pas ridicule. L'arme est organisée autour de deux courts canons superposés (over and under) longs de 3 pouces, qui basculent vers le haut autour d'une charnière pour le chargement et pour l'extraction des étuis tirés. Le mécanisme est à simple action, avec armement manuel du chien.
Un petit mécanisme à crochet modifie la position du percuteur tournant. La détente est du type mexicain, sans pontet. Un petit levier, sur la droite de la carcasse, assure le verrouillage et le déverrouillage du canon inférieur, permettant l'ouverture ou la fermeture des canons.
Le Remington Double Deringer avait tout pour plaire. Facile à porter et à dissimuler dans une poche de gilet ou un sac à main, il fut en son temps, avant la création des petits pistolets automatiques de poche, l'arme du dernier recours.
Le Double Deringer était proposé en plusieurs finitions.
Parallèlement à ses deringers à cartouche métallique, la compagnie Colt fabriqua très tôt des revolvers de poche, le House Model Clover-leaf à quatre coups en .41 annulaire, ou encore un petit modèle en calibre .22 annulaire, le Colt Open Top Single Action Pocket, qui ne pesait que 225 grammes et comportait un barillet à sept coups.
Ce fut un grand succès, puisqu'il fut vendu à 114 200
exemplaires en sept ans.
Peu après la création de ce revolver, William Mason,
qui avait d'abord travaillé pour Remington, conçut en 1873
une famille de revolvers de poche dont l'encombrement
variait avec le calibre, les New Line Single Action Pocket.
Ils furent fabriqués en quatre carcasses de dimensions différentes
et cinq calibres .22 annulaire (55 343 exemplaires),
.30 annulaire (11 000), .32 annulaire (22 000 )
38 annulaire (5 500 ) .41 annulaire (7 000 )
Colt Open Top Single Action
Remington Double Deringer
Williamson Single Shot Deringer
Colt Deringer n°3 First Type
Colt Deringer n° 2