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De la cabane du Weisshorn au Mountet
( Nouvel itinéraire, lmPar Hassler Whitney Avec 1 illustratioA ( 11Cambridge, U. S. A. ) S' il était isole, le Schallihorn serait une cime imposante et magnifique; dominé comme il l' est par des sommités plus élevées et plus grandioses, il passe presque inaperçu de la plupart des grimpeurs. C' est probablement pourquoi son arête E, qui s' étire en une longue crête régulière du Glacier de Schalli au sommet, est restée complètement négligée.
Supposez qufun grimpeur, après avoir traversé le Weisshorn, désire, de la cabane de ce nom, se rendre au Mountet. Le choix de l' itinéraire comporte deux problèmes principaux: gagner d' abord la crête Weisshorn-Rothorn par le versant de Randa, puis la quitter — peut-être à un autre point que celui où on l' a atteinte — pour descendre vers Zinal. Pour ce qui est du premier point, l' itinéraire le plus naturel consisterait à gagner par une longue traversée de flanc origine *. Mais le le Glacier de Hohlicht, puis à remonter celui-ci jusqu' à son glacier fortement crevassé risque de faire perdre des heures.
On peut alors gagner du temps en gravissant le contrefort rocheux sur la rive gauche ( N ) du gl&cier, mais on y est exposé aux chutes de séracs. Une autre voie, extrêmement intéressante, conduit d' abord au Schallijoch 2, puis traverse le Schallihorn par ses arêtes N et S. Depuis longtemps l' auteur de ces lignes avait pensé à une variante de cette route, qui consisterait à gravir l' arête Es pour redescendre par l' arête S. Aussi nous n' eûmes pas un instant d' hésitation, D. Bach et moi, lorsque G. de Rham nous proposa de l' essayer. Deux jours plus tard ( 15 août 1939 ), le silence solennel de l' aube naissante est troublé par le grincement de nos souliers cloutés et de nos piolets cherchant un point d' appui sur de raides pentes herbeuses et le flanc des moraines. Toutefois, les désagréments de cette marche pénible s' effacent bientôt « devant la curiosité et le désir de connaître un nouvel aspect de la montagne. Apres une heure de traversée dans des pentes caillouteuses, puis un bout de glacier et enfin le long d' une vire gazonnée très raide, nous pouvons enfin nous diriger vers le Schallihorn. Pendant deux heures nous gravissons des pentes de sch.stes durcis et des névés, puis nous tournons à droite pour atteindre le P. 3222, au pied même de notre arête. Nous y faisons une halte grelottante en attendant que le soleil vienne réchauffer nos carcasses, et 1 Guide Alpes oalaisannes II, itin. 348. 1 Guide Alpes valaisannes II, itin. 358.
* Cette arête f it probablement suivie pour la première fois par Mrs. Main avec Jos. Roman Imbodei le 21 septembre 1895. Je suis convaincu, d' après la description publiée dans VAlpine Journal ( vol. XVII, 582 ), que leur ascension s' effectua par la face SE et l' arête E, et qu' elle n' est pas seulement une variante de l' arête S comme l' indique le guide. La deuxième ascension est celle que je fis avec J.W. Alexander le 22 août 1933.
La troisième est mentionnée dans Les Alpes, 1937, 253. La quatrième est celle décrite ci-après. La roche di sagrégée n' est pas mauvaise au point de créer de sérieuses difficultés ä une forte équipe; ( Ile empêchera cependant que cette arête ne devienne populaire.
Alpen - 1948 - les Alpes 4 VÌ iì,; attaquons enfin notre pic. Le premier ressaut est gravi tout droit par le fil de l' arête, avec de légères déviations dans le flanc. Six ans auparavant, Alexander et moi avions tourné par la gauche le deuxième ressaut, plus élevé, mais cette fois nous décidons de l' escalader directement. C' est un mur presque vertical, avec des prises peu sûres, qui ne présente toutefois pas de difficultés extraordinaires. Parvenus au-dessus, nous nous débarrassons de la corde, de sorte que chacun de nous peut choisir son propre chemin. Nous grimpons longtemps dans les éboulis du flanc sud, escaladant quelques petites cheminées ou des becquets rocheux. Peu à peu cependant la montagne se redresse, ses faces se creusent et se font plus abruptes, et nous sommes forcés de revenir à l' arête. Aux trois quarts de la montée, nous prenons quelques instants de repos sur une petite esplanade, où nous trouvons une bouteille laissée par la caravane de 1895. A partir de ce point la varappe devient très intéressante, plus aérienne; on sent que l'on gagne de la hauteur. Brusquement nous nous trouvons sur l' arête terminale, et une crête neigeuse nous amène en quelques instants au sommet.
Nous y demeurons quelque temps, paresseusement étendus au soleil, admirant les formidables falaises et le clocher pointu du Rothorn. Mais comme le dit soleil ne semble pas vouloir ralentir sa course, il faut bien se décider à lever ce camp de mollesse; crampons aux pieds, nous descendons l' arête S. Nous voici maintenant devant le second problème de la journée, soit le choix d' une route pour gagner la cabane du Mountet. La descente du Hohlichtpass sur le Glacier de Moming étant extrêmement raide, nous abordons sans hésiter la traversée de la Pointe N de Moming. L' arête offre une jolie varappe, avec quelques passages assez durs. Quelques dalles enneigées du versant E nous amenèrent sur l' arête S, par laquelle on descend facilement au Col de Moming.
D' ici, le chemin normal suivrait la splendide crête effilée de la Pointe S de Moming, puis, toujours vers le sud, rejoindrait à l' Epaule la route habituelle du Rothorn. Une variante intéressante, qui doit être possible au début de l' été, serait de descendre du Col de Moming sur les névés supérieurs du glacier du même nom, et de tourner la Pointe S par le NW en remontant la longue et étroite bande glaciaire accrochée à ses flancs pour arriver directement à l' Epaule. Un troisième itinéraire, tout à fait distinct, consiste à descendre jusqu' au Glacier de Moming et, par un vaste circuit au-dessous de l' Epaule, de rejoindre le Blanc à son extrémité inférieure. Nous nous décidons pour ce dernier, surtout parce qu' il nous conduira dans un paysage glaciaire d' une rare splendeur, très rarement visité par les alpinistes.
Avant d' atteindre le col, nous quittons l' arête et descendons directement au glacier par la face W de la Pointe N, utilisant de notre mieux quelques îlots de rocher. Puis nous nous glissons entre des dunes neigeuses aux courbes d' une grâce ineffable, tournant à droite ou à gauche, parfois taillant des marches sur le flanc d' une cassure, ou bien tapant du talon pour descendre un talus plus raide, et atteignons bientôt le grand plateau supérieur du glacier. Les principales difficultés de la course sont maintenant derrière nous et, faisant une banquette de nos piolets, nous nous installons pour dîner.
Le site qui nous entoure est aussi varié que la course que nous venons de faire. Derrière nous se dressent les formidables murailles du Schallihorn, au pied desquelles déferlent les vagues du glacier que nous avons descendu; puis vient la masse tourmentée, glace et neige, suspendue aux flancs de la Pointe S de Morning. Plus loin vers l' ouest, la muraille soutient la crête du Blanc; elle est raide et lisse, sauf pour les innombrables cannelures que les pelotes et les rouleaux de neige y ont burinées. Le Besso dresse sa tête cornue au-dessus du plateau du glacier et enfin, dans le lointain, la Dent du Midi et les Alpes vaudoises reposent doucement, estompées dans une légère brume.
Cependant nous sommes encore loin du Mountet; il faut se remettre en route. La légère remontée du plateau vers le Blanc est pénible; la croûte glacée n' est pas solide, et le pied y enfonce souvent. Il nous faut maintenant gravir le mur de neige extrêmement escarpé du Blanc. Les premiers mètres sont presque verticaux. Enfonçant les pieds et le bras gauche aussi profondément que possible, et plantant le piolet aussi haut que je puis atteindre, je réussis à m' élever; laissant derrière moi les marches et les prises en piètre état, si bien que les autres doivent monter à la corde.
Une fois sur la crête, nous pûmes enfin jeter les yeux vers la cabane du Mountet. Toutefois nous n' étions pas encore au bout de nos peines. Il nous fallut remonter la crête du Blanc sur une certaine distance avant de pouvoir couper vers les côtes rocheuses et atterrir par là sur le glacier, où une trace bien marquée nous conduisit à la cabane hospitalière, bien que surpeuplée.Traduit par L Seylaz )