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11/10/2013
Captain Savoy sous l’œil d’Éros
Lors du dernier épisode de cette mythologique série, nous avons laissé Captain Savoy au moment où, dans la chambre d’Adalïn, il venait d’avoir eu la vision du dieu de l’amour sur le lit de la belle - puis, ayant relevé la tête, celle de la belle, qui le regardait en souriant.
Ses yeux brillaient, comme si elle n’ignorait rien de ce qu’il pensait, de ce qui l’intriguait, de ce qui lui inspirait du désir tout en le laissant dans l’incompréhension. Le héros demeura immobile, ne sachant que faire, et la princesse lui tourna le dos et fit mine de s’affairer à des objets qui se trouvaient sur une commode; apparemment, elle ne se souciait plus de lui.
Alors s’approcha-t-il, et mit une main sur son épaule et l’autre sur son flanc - et, comme on entendait toujours, au dehors, à travers la fenêtre ouverte, la mélodie des Gandharvas, qui semblait amener avec elle une sorte de clarté, il lui demanda si elle accepterait de danser avec lui.
Elle se retourna, souriant avec douceur, et leurs mains se joignirent. Leurs pas épousèrent le rythme de la musique; leurs corps tracèrent des figures.
Il l'embrassa: leurs lèvres s’unirent; leur baiser dura. Il lui caressait les cheveux; il lui sembla qu'ils s'allumaient d'une clarté étrange, qui fit autour du front de la belle comme une auréole. Il la regarda, et ses yeux étaient plus brillants que jamais. Il apposa un baiser sur chacun d'eux, comme pour en saisir la lumière. Il poursuivit son cheminement de baisers sur son visage et dans son cou. Des étincelles couraient sur sa peau, et il croyait pouvoir les capter. Une douceur ineffable s'y trouvait. De douces odeurs s'en exhalaient, pareilles à celles des fleurs, ou à celles des astres, s'ils en avaient eu une. Bientôt, en souriant, elle l'entraîna vers le lit, et ils s’y étendirent.
Et l'étonnement de Captain Savoy continua, mais cela renforça en lui le désir, si cela était encore possible, plus que cela ne l'amena à s'interroger. Car il crut voir, sur le sein dénudé d'Idalïn, surgir une flamme, mais qui ne le brûla pas : c'était, à nouveau, comme de la lumière. Et il s'efforça de la saisir de la main et de la bouche, couvrant de baisers ce corps magnifique et luisant. Et le plus merveilleux apparut alors : des épaules de la belle, il pensa voir deux ailes se déployer, tout enflammées!
Entre ses bras, elle était telle qu'une braise, rayonnant de l'intérieur; mais sa peau restait douce et fraîche, molle et parfumée, et il se sentit face à une déesse, ce qu'elle était.
Soudain, en une brève vision, Captain Savoy aperçut, au-dessus de lui et à sa droite, l’être scintillant qu’il avait déjà entrevu; il portait, à la main, un arc doré: des flèches, lentes et silencieuses, en partaient - et dès qu'elles touchaient la chair d’Adalïn, celle-ci s'éclairait!
Enfin, le héros plongea son visage dans la chevelure étincelante de la fée, et il se trouva comme pris dans une bourrasque de lumière, traversée d'étincelles de différentes couleurs, à la façon de blés d'or battus par le vent en plein soleil. Il lui sembla être parmi les astres, et qu'ils tournaient autour de lui, qu'ils dansaient, et chantaient. Et il se vit avec Adalïn, et son visage lui réapparut, plus beau que rien en ce monde, les yeux se confondant avec des étoiles particulièrement brillantes, et il l'aima à la folie.
Puis, la vision disparut. Après une explosion rougeoyante, une obscurité profonde s'était répandue. Il ne distinguait plus rien. Il ressentit une peur; éprouva une sorte de vertige.
Alors toutefois se manifesta encore une lumière, qui d'abord ne fut qu'un point; et, voici! elle grandit jusqu’à englober les deux amants. Et au sein de cette clarté Captain Savoy vit une forme se tracer, comme si se matérialisait de l’or vaporisé. Il ressemblait à un enfant, et là où se trouvait son cœur du feu brillait. Les yeux de l’être le scrutèrent, et il lui parut qu'il le connaissait; mais il se rappelait pas l’avoir jamais vu. Ce fut pour lui une énigme.
Cette seconde vision s’en fut. La chambre redevint ce qu'elle lui avait paru au moment où il y était entré, avec des lampes toutefois moins claires, moins lumineuses: elles ne brillaient plus que faiblement dans la pénombre. Il s’endormit, avec à ses côtés la divine princesse…
Et lorsqu’il s’éveilla, déjà l’aube s’était levée: la clarté du jour remplissait la fenêtre et faisait entrer dans la chambre sa lumière d’or. Adalïn, penchée sur lui, le regardait en souriant. Or il entendit, venant du dehors, des chants d’oiseaux, qui bientôt furent mêlés de chants d’hommes.
De la musique aussi s’éleva: des flûtes, des hautbois, des luths résonnaient, et des rires se faisaient ouïr. Ce n’était plus la musique des anges, des Gandharvas célestes, mais celle du peuple d’Adalïn, des chevaliers et dames du château d’Ordolün.
Bientôt les deux amants sortirent, et une pluie de fleurs, versée par des fées qui se trouvaient au-dessus de la porte, suspendues au mur, assises sur une corniche, leur tomba dessus. Les rires des autres n’en furent que plus abondants. Captain Savoy en fut confondu, et rougit; mais Adalïn souriait, comme si elle avait su qu’il en serait ainsi.
Un homme alors s’avança, et les déclara mariés pour l’éternité sous l’œil des anges, et par la volonté
divine!
divine!
Une fête s’ensuivit, qui dura trois jours. Aux festins s’enchaînaient les festins, et l’on chanta, dansa, l’on raconta mille histoires joyeuses. De hauts faits furent rapportés, qui éclairèrent beaucoup Captain Savoy sur la destinée du monde, et les êtres qu’il avait vus dans la chambre d’Adalïn; en particulier, on s’attarda sur les amours célèbres. Des principes cachés s’en exhalaient, qui devaient instruire les jeunes mariés, et surtout Captain Savoy, qui ne les connaissait pas. Il lui sembla, après cela, qu’une voix parlait dans son cœur, et lui inspirait une sagesse nouvelle: bien des choses devinrent transparentes, pour lui, qui jusque-là lui avaient paru opaques!
Néanmoins, la suite de cette fabuleuse aventure ne pourra être évoquée qu’une fois prochaine.