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Le mot mir,couramment utilisé par les paysans qui y habitaient, signifie en russe «le monde». Vers 1830, les Slavophiles -professant un retour aux valeurs éternelles de l’âme russe plutôt que l’imitation de l’Occident- désigneront cette organisation sociale par le terme d’obshchina que l’on peut traduire par «mise en communauté». A la fin du XIXème siècle, Marx s’enthousiasme pour ce concept qui devait permettre à la Russie de passer directement du féodalisme au communisme sans transiter par le capitalisme.
Tous ces théoriciens avaient en commun de vivre dans des salons bourgeois bien éloignés des réalités de la glèbe. De fait, si le paysan russe a alimenté autant de phantasmes, c’est parce qu’il a toujours été très mal connu. Un mur quasiment infranchissable séparait le monde rural et la société cultivée de l’Empire. L’aristocratie comme la bourgeoisie n’avaient de rapports que très épisodiques avec les serfs. Ils ne pouvaient d’ailleurs que difficilement se comprendre puisque la bonne société s’exprimait exclusivement en français et ne parlait presque pas le russe. Il faut attendre l’influence romantique du début du XVIIIème siècle pour que les traditions orales s’infiltrent dans la littérature. Le dédain manifesté par la classe dirigeante a permis à la paysannerie russe, au contraire de ce qui s’est produit en Europe, de développer une manière de vivre totalement indépendante des influences des villes, comme de la cour.
D’un point de vue structurel, le mir se divise en un certain nombre de feux. Chacun d’eux regroupe les membres d’une famille vivant sous le même toit et possède un droit de vote à l’assemblée communale. La principale tâche de cette dernière consiste à assumer de manière collective les obligations des moujiks envers leur propriétaire. En effet, le servage n’ayant été aboli qu’en 1861, les paysans russes appartiennent soit au Tsar, soit à des nobles. Les taxes ainsi que les corvées annuelles ne sont pas imposées aux individus mais au mir qui a ensuite la responsabilité de répartir les tâches entre ses différents membres. Outre l’impôt, la commune paysanne doit également désigner chaque année un contingent de jeunes hommes destinés à servir toute leur vie les armées impériales.
En compensation, le mir reçoit la gérance des terres. Les cultures fonctionnent selon le système de l’assolement triennal. Les lopins de sol arable, de prairie et de jachère sont ainsi distribués de manière régulière aux différents feux. L’assemblée paysanne n’a pas seulement un rôle organisationnel. Elle représente aussi l’autorité dans les villages où ses décisions ont force de loi. Celles-ci sont respectées car le bannissement des perturbateurs ou leur désignation pour le service militaire représentent des châtiments sévères.
De plus, le mir se charge de l’assistance à fournir aux plus démunis. Les malades, les anciens et les veuves ne sont pas abandonnés à leur sort mais reçoivent une part des récoltes. La communauté aide aussi parfois les familles qui traversent une mauvaise passe. Attention toutefois à ne pas idéaliser la situation: les cas considérés comme incapables de remonter la pente étaient le plus souvent réglés par la conscription pour les hommes et un mariage imposé pour les femmes.
Cette institution, qui remonte à l’époque médiévale, ne s’est pas construite sur des aspirations égalitaires comme l’ont prétendu certains. Elle constituait plutôt un moyen plus efficace de gérer les demandes toujours plus importantes des propriétaires fonciers.
Au fur et à mesure que le servage prend de l’importance, le mir augmente son influence sur la vie des paysans russes. Son apogée culmine entre le XVIIème et le milieu du XIXème siècle. Dès l’abolition du servage, les paysans peuvent acquérir des terres et se tournent petit à petit vers une économie individualiste. Cependant, la vraie disparition du mir date de l’époque soviétique, pendant laquelle le régime détruit toute structure paysanne traditionnelle au moyen de famines organisées et de déportations massives.
Chabag: colonie viticole suisse en Ukraine
Sources bibliographiques:
The Russian Peasantry 1600-1930, The world the peasants made. David Moon, Addison Wesley Longman, New York, 1999.
Civilisation paysanne en Russie, Pierre Pascal, Slavica, Editions l’Age d’Homme, Lausanne 1969.
Truffer Alexandre
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