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Le procès controversé de 2 journalistes et 3 autres personnes accusées d'avoir divulgué des documents confidentiels sur les malversations et dysfonctionnements financiers du Saint-Siège s'est ouvert mardi. Il reprendra le 30 novembre avec les premières dépositions.
Au cours de la première audience d'un peu plus d'une heure dans la toute petite enceinte du tribunal du Vatican, en présence des cinq prévenus, le juge a rejeté deux requêtes en nullité.
Deux journalistes italiens, Gianluigi Nuzzi, 46 ans, et Emiliano Fittipaldi, 41 ans, sont poursuivis pour avoir utilisé des documents confidentiels dans deux livres publiés le 5 novembre sur les arcanes financières du Vatican. Ils y décrivent un Saint-Siège où la volonté réformatrice du pape François se heurte à une vive résistance, qui est à l'origine de ce procès.
Un prélat espagnol de 54 ans, Lucio Angel Vallejo Balda, l'un de ses anciens collaborateurs Nicola Maio, 37 ans, et une consultante italienne de 34 ans, Francesca Immacolata Chaouqui, accusés de leur avoir transmis des documents, sont poursuivis pour "association criminelle organisée".
Avocat commis d'office
Informés samedi de leur inculpation et convocation à ce procès dont le verdict pourrait être rendu avant le début, le 8 décembre, de l'Année sainte décrétée par le pape François, plusieurs des prévenus ont dénoncé le refus du tribunal d'enregistrer l'avocat de leur choix. Plusieurs n'ont rencontré leur avocat commis d'office que mardi avant l'audience.
Tous accusés d'avoir divulgué des documents "concernant les intérêts fondamentaux de l'Etat du Vatican", ils risquent jusqu'à huit ans de prison, en vertu d'une loi vaticane introduite après le procès de l'ancien majordome du pape Benoît XVI, Paolo Gabriele, condamné - puis grâcié par Benoît XVI - pour avoir transmis des lettres confidentielles à des journalistes, parmi lesquels déjà M. Nuzzi.
Première pour le Vatican
Le fait que les auteurs des deux livres soient également poursuivis constitue une première pour le Vatican, dénoncée avec force par les deux intéressés.
M. Fittipaldi a ainsi demandé au juge d'annuler les poursuites contre lui, faisant valoir qu'elles étaient trop vagues puisqu'elles ne précisent pas quels étaient les documents et informations confidentiels.
"Je n'ai rien écrit de faux ou de diffamatoire", a-t-il insisté, faisant valoir que son droit de publier des informations et de protéger ses sources était reconnu par la convention internationale des droits de l'Homme.
Le procureur adjoint Roberto Zannotti a répondu qu'il ne s'agissait pas d'une affaire "sur la liberté de la presse (...) mais sur la manière dont les documents ont été obtenus", par des moyens de "pression" ayant été "clairement" décrits dans l'acte d'accusation.
Après 45 minutes de délibéré, le juge a rejeté la demande de M. Fittipaldi. Lundi, le procès reprendra avec la déposition de Mgr Vallejo Balda.
Caste privilégiée
"Il y a des informations qu'on ne peut divulguer parce qu'elles sont couvertes par le secret d'Etat. Moi je ne pense pas -mais peut-être je me trompe- que savoir qui vit dans un appartement de 500 m2 à loyer zéro, ou qui vit dans un appartement à 6 euros par an, soit couvert par le secret d'Etat", a fait valoir M. Fittipaldi à sa sortie de la cité-Etat.
"On parle ici d'une caste qui garde des privilèges absolument contraires au cours de l'Histoire et peu transparents, et de cas de malversations où des personnes vivent de privilèges et de luxes avec l'argent de la quête", a ajouté M. Nuzzi.
A la sortie des deux livres, le Vatican s'était empressé de souligner l'important travail de transparence lancé par le pape François et d'assurer qu'une partie des dysfonctionnements signalés appartenaient au passé.
Appel de l'OSCE
Lundi, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a exhorté le Saint-Siège à retirer ses charges.
"Les journalistes doivent être libres de rendre compte de questions d'intérêt public et de protéger leurs sources confidentielles", a déclaré la représentante de l'OSCE pour la liberté des médias, Dunja Mijatovic.
ATS