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Bestiaire subtil est constitué de proses contemplatives du monde minuscule des insectes dans une langue disparue dont Alexis Buffet recueille, pour mieux se les approprier, les cendres volatiles. Brouillant les postures énonciatives et jouant sur des modèles qu'il se plaît à subvertir, l'auteur fait de l'insecte le vecteur fantasmatique d'une « rêverie-méditation sur l'homme, sur le monde, sur le temps, sur la création poétique » et l'érige en « acteur d'une histoire universelle » (Catherine Fromilhague). Sans doute le constat peut-il être étendu aux autres parties du recueil qui traitent les souvenirs et la terre de l'enfance comme un « monde révolu » que la langue a moins à charge de ressusciter dans sa véracité que de transmuer en « une sorte de réalisme supérieur, qui va jusqu'à la vision » (Bernard Dilasser).
« Un recueil politique, dans le meilleur sens du terme, une noirceur non exempte d'espoir, comme l'était le Germinal de Zola. Dans cette optique, l'âpreté du style, avec toutes les nuances de la caricature et de l'invective, jusqu'à la percussivité rythmique, sont parfaitement en harmonie avec la condition humaine représentée. » Pusteria
Journal d'une transmission féminine, Comme après rend hommage à la tante maternelle, suédoise, qui représentait pour l'auteure un modèle d'indépendance. La question de l'identité se décline à travers des jeux de miroir impliquant aussi d'autres figures de femmes ; l'exercice physique, la promenade ou la photographie servent de tremplin à la rêverie. Cette prose à l'apparence relâchée, de fait admirablement tenue, pourrait être le pendant français de la poésie de Mayrcker.
D'un recueil à l'autre, Bernard Dilasser s'efforce de viser, à travers les "mille feux de l'adieu", un sacré que, loin des abstractions désincarnées, il appréhende dans une sorte d'ivresse où l'on se roule "parmi les fruits rouges de la finitude". L'exercice est rude, sans doute, mais empreint d'une ardeur, d'une joie qui se confondent avec l'acte de nommer.
À l'origine de ce livre, cette question : pourquoi tant de poètes se sont-ils engagés dans la traduction de poèmes en langues étrangères, scellés selon Dante dans l'intraduisi-bilité par « le lien musaïque » ? Quelle serait une éventuelle relation entre le désir de traduire et le souci de la poésie (Bonnefoy) ?
Sans doute un rapport intime : quand ce souci cherche à donner du sens au sensible, c'est au moyen de la métaphore au sens large, apanage des poètes. Ils tirent, pour la forger, le meilleur parti de la polysémie des mots ; jetant des ponts inattendus entre eux, ils les disposent selon le rythme propre à leur langue maternelle. Ce processus correspond à la « traduction » à travers la grille de la langue (Celan), qui finit par rendre leur langage à la fois particulier et commun. Mais leur parole peut-elle ainsi toucher et tisser des liens au-delà des frontières linguistiques ? Aurait-elle une autre vie dans une autre langue ?
Ce livre comporte une partie théorique qui interroge ces questions, suivie de trois articles consacrés à la pratique de la traduction des poèmes : ceux de Jacques Dupin par Paul Celan ; ceux de Michel Deguy par l'auteur lui-même ; ceux des haïkus de Bashô par divers poètes français.
Fagots de lumière marque une nouvelle étape dans la démarche poétique de Bernard Dilasser, qui vise à une sorte de célébration paradoxale de figures essentiellement phobiques en même temps qu'à un détachement du moi, dans ce qu'il a d'imaginaire.
Cet essai rend justice au poète Pierre Reverdy (1889-1960) : solitaire, secret, vivant retiré à Solesmes, il a marqué en profondeur toute la création poétique contemporaine. Proche des peintres cubistes, il témoigne en son temps d'une « transformation fondamentale de l'art ». Chacun de ses poèmes élève la parole à la hauteur d'une véritable tragédie spirituelle, où la condition humaine se révèle à nu, dans un intemporel bouleversant. Avec lui, « on franchit l'émotion qui barre le chemin et sans se retourner on va toujours plus loin. »
Le monologue du poète inspiré par ce qui l'entoure en ces lieux habités : la maison aux mille pièces, le jardin aux mille plantes, environnement riche en objets chargés d'ans et de vivants, auxquels elle adresse ces mots dans une quête éperdue pour les rejoindre.
Reynier questionne le mystère poétique, introduisant de la durée dans le hors-temps au plus près de la réalité sensorielle du rapport sexuel, qui est d'ordre spirituel : tentative d'extraire la "chair" de la relation, pour l'écrire ; en correspondance avec le cosmos, le désir de l'Autre et son assouvissement sont crûment détaillés dans de puissants poèmes à la forme très aboutie.
Chaque page de ces poèmes en prose est une contemplation de petits paysages. Des paysages pensants qui nous regardent désormais plus que nous les regardons.
C'est en américain contemporain que ce traducteur s'essaie aux fables, recréant l'humour et le ton du texte initial dans une version allègre où les trouvailles abondent. Il se sert très à propos des tournures énergiques du parler familier, afin de garder sans cesse la verve incisive du fabuliste. Confronté à la langue française du 17ème siècle, ce très moderne travail de traduction mis en regard avec les gravures anthropomorphiques de Sophie de Garam, est des plus réjouissants.
Jubilation est écrit dans cet espace "entre la vie et la mort" qu'évoquait Nathalie Sarraute. C'est à une véritable aventure spirituelle qu'est convié le lecteur, à une méditation sur le rapport entre le temps et l'éternité. Et puis il y a des fulgurances, comme ce "je" qui, selon l'auteur, est le nom que l'on donne à "la blessure ouverte des mémoires". Un très beau livre, dont la justesse rare des images, des métaphores discrètes mais qui portent, nous mène en « eaux profondes », là où aux confins du langage s'exprime l'ineffable.
Le poète Mandelstam, traqué pour avoir écrit une épigramme contre Staline, passe trois nuits chez le metteur en scène Meyerhold. Mandelstam ressent d'emblée les dérives totalitaires du régime soviétique, tandis que Meyerhold est enthousiasmé par l'idée révolutionnaire et participe à l'avant-garde artistique soviétique dont Maïakovski est une des figures de proue. Un dialogue pour une même visée de l'art, mais par des chemins opposés, avant que les deux hommes ne soient broyés dans le même destin tragique par la machine totalitaire.
Bivouac est né d'une confrontation avec l'expérience de Jack London, telle que concentrée dans Martin Eden. Cartographie d'une année 2017 vécue sur le mode de l'exploration, la pratique du trek y rejoint les exercices avec l'enfant, la découverte de la grotte Chauvet, les stations dans les cafés et les friches.
Premier recueil d'une forte puissance intellectuelle assortie d'une grande richesse thématique, il suscite l'enthousiasme par sa modernité. La ponctuation très singulière, où les virgules et les tirets sont le reflet d'un rythme intérieur cohérent, forme les bases d'une architectute magistrale où la sincérité parfois un peu rugueuse traduit un rapport à la réalité en forme de kaléidoscope ou de cube Rubik.
Dans la continuité des Immaudits parus en 2015, on retrouve le style familier d'une forte voix qui s'affirme, disant la concrétude en subtiles abstractions. La poésie se remue, ni maudite ni portée aux nues, persévérant à « garder concentration au milieu du bazar ».
Petits poèmes en prose dans lesquels l'auteur resserre sa méditation au plus intime dans un faisceau de correspondances avec la nature et les objets familiers auxquels se mêlent ses intellections.
Une suite de poèmes placés sous le signe d'une angoisse traduite en images qui sont comme autant d'étapes sur le chemin d'une véritable re-naissance.
Poèmes écrits à un moment où la poétesse sort « exténuée » de plusieurs années d'écriture romanesque et théâtrale dont elle s'est, selon ses propres termes, « échappée », par la poésie. Ce titre se veut rejoindre le message du rap : « s'en sortir », et s'attaque à une vision convenue et écrasante depuis plus de deux siècles en Europe, du « poète maudit ». Une grande fraîcheur se dégage de cette écriture à la spontanéité très travaillée.
Ce recueil rassemble une sélection de poèmes rédigés de 1995 à 2015 et pour une trentaine d'entre eux déjà publiés en revue (Etudes, Arpa, Nunc, etc..) Certains textes se présentent comme des poèmes en prose, d'autres adoptent le vers libre, mais tous concourent à la construction d'un même univers poétique à la fois stable et protéiforme : la coïncidence du trivial et du spirituel y fait l'étonnement de la vie et de la parole toujours renaissante de ses cendres. L'ouvrage est présenté par Jean-Pierre Lemaire.
Des méditations profondes en petites proses poétiques de très belle facture sur des thèmes annoncés dans les titres et complétées à la table des matières par les définitions de l'auteur sur quelque mot ou expression que l'on pourrait qualifier de précieux si leur emploi n'était empreint de cette légèreté toute en finesse drolatique qui caractérise l'ensemble du recueil.
Sous la forme de carnets regroupant des fragments de pensées éparses, le poète Pascal Boulanger partage à la fois ses confidences intimes et existentielles, ses impressions de lectures, une réflexion sur la poésie et une critique politique. Confiteor n'est pas un essai spéculatif, il est l'expression d'une pensée en fragments, une pensée de l'existence. L'auteur y évoque des thèmes qui lui sont chers tels que la poésie politique et la liberté divine. Il y consigne également un journal de lectures et de citations. Ces fragments révèlent le travail de réflexion qui précède le travail poétique, constituant ainsi un véritable laboratoire de la pensée, de l'écriture et de la sensibilité du poète. Ils sont une tentative de transcrire ce qui se joue pour un poète dans les coulisses. « C'est un peu comme faire visiter mon atelier », remarque Pascal Boulanger, « pour montrer ce qui s'inscrit en amont du poème. » Confiteor a aussi une forte teneur politique : dans l'esprit de « Mon coeur mis à nu » de Baudelaire, Pascal Boulanger y produit une violente critique de la modernité.
"Avec ce nouveau recueil de poésie, « Le prince des vasières » suivi de « Neiges tardives », Bernard Dilasser cisèle encore un peu plus une oeuvre originale. Quelle rupture d'inspiration, pourtant, avec ses précédents récits, écrits dans une encre flamboyante ! Les poèmes poursuivent ici, d'une page à l'autre, une sorte de méditation ininterrompue. Étranges poèmes aux allures de haïkus que leur gravité rend si simples et mystiques à la fois. La raison rend les armes à l'imagination. D'où ce désintéressement à soi, cette désaccoutumance, cette sécession qui caractérisent l'oeuvre poétique." Le Télégramme
Petite est l'histoire universelle de l'enfance remise en mouvement par la grâce de la prose poétique. Une écriture qui se situe dans une certaine tradition d'épure et de fausse simplicité, à la manière de Jean Grosjean, Rutger Kopland ou de Raymond Carver. Mais le style de Céline Walter échappe aux influences écrites : elle puise à la source vitale et doit plus à la brise qui agite les feuilles du tilleul à son passage qu'à ses lectures poétiques. Son monde est le Tout, avec sa réalité et ses possibles, apparemment imaginaires, que les poètes et les mystiques ressentent violemment. La foi n'est d'ailleurs jamais loin chez Céline Walter et le divin accompagne Petite tout au long de ces pages. Le texte est préfacé par l'une des plus grandes voix de la poésie contemporaine, Bernard Noël. Celui dont l'oeuvre témoigne des rapports physiques entre le corps et l'écriture, écrit à propos de Petite : « Ces pages parlent une autre langue à l'intérieur de votre langue ». Une langue qui retrouve « sa vitalité originelle : une allégresse, une innocence, une surprenante simplicité. » « Et voilà comment Céline Walter nous précipite dans le paradis perdu d'un temps où jouer et vivre étaient inséparables. »
L'Île des morts est un recueil de vingt textes de prose auxquels sont associés vingt dessins au crayon et à l'encre de l'auteur. A l'origine dessinateur, Philippe Lobgeois a imaginé les textes de L'Île des morts comme des « portraits de morts qu'il n'a pas connus » se rendant sur l'île peinte par Bcklin. Ces créations poétiques ne sont pas le fruit d'un plan précis, mais sont survenues dans un état semi-conscient, après avoir passé de longues heures à dessiner. Ecrits pour la déclamation, ces portraits prennent leur pleine intensité lors de leur lecture à haute voix.