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Drame de l'Allier «On a enfermé les passagers dans un cercueil sur roues»
Le chauffeur et le propriétaire du fourgon impliqués dans une collision qui avait tué 12 Portugais en 2016 ont été condamnés à 3 et 4 ans de prison mercredi.
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La justice française a condamné mercredi deux Portugais de Suisse suite à l'accident qui a coûté la vie à douze de leurs compatriotes en 2016. Le chauffeur d'un fourgon aménagé devra purger une peine de trois ans de prison, son oncle, propriétaire du véhicule, quatre.
«Un cercueil sur roues»
Les deux hommes, âgés respectivement de 22 et 44 ans, étaient jugés pour «homicide involontaire» et «violation délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence». Les victimes avaient pris place dans un petit utilitaire, aménagé sommairement en mini-bus, qui s'est encastré contre un poids lourd sur une route réputée dangereuse du centre de la France.
«Le piège mortel, ce n'était pas la (route), c'était le maudit Sprinter. On a enfermé les passagers dans un cercueil sur roue», a dénoncé la procureure de la République de Moulins (centre), Emmanuelle Fredon, lors du procès. Elle avait requis quatre ans de prison pour les deux.
Le tribunal correctionnel de Moulins a assorti leurs peines d'une annulation de leurs permis de conduire pendant cinq ans et d'une interdiction d'exercer une activité professionnelle dans le secteur du transport de personnes.
Pas d'appel
Les deux hommes ne feront pas appel. «Cette peine me semble pas totalement disproportionnée, cela aurait pu être pire. Il n'y a pas de mandat de dépôt; ils peuvent rentrer au Portugal», a relevé l'avocat de l'oncle, Me Antoine Portal.
Le 24 mars 2016, douze personnes âgées de sept à 62 ans avaient pris place dans un fourgon Mercedes sur la route Centre-Europe Atlantique (RCEA), tristement célèbre pour sa dangerosité. Parti de Romont (FR), le véhicule avait pour destination la région de Guarda où les voyageurs prévoyaient de passer les fêtes pascales.
Morts sur le coup
Vers 23h30, alors qu'il doublait un véhicule à Montbeugny près de Moulins, le fourgon avait percuté un camion italien «dans un choc frontal d'une violence inouïe», selon la procureure. Les passagers, dont certains n'avaient pas de ceintures de sécurité, étaient morts sur le coup.
Une banquette de bus rouge avait été sciée et attachée le matin même sur un socle en contreplaqué provenant de mobilier de bureau. Sans place assise, une fillette voyageait sur les genoux de ses parents.
Timides excuses
L'oncle, propriétaire du fourgon, et son neveu, ont timidement exprimé des excuses auprès des familles des victimes. Ils ont regretté s'être «fait confiance». «A 19 ans, il aime voir du pays. Il ne peut avoir conscience du danger. Son oncle lui a fait confiance, sans doute surestimée parce que c'est un membre de sa famille», a expliqué l'avocat du conducteur, Me Antoine Jauvat.
Assurant n'avoir «aucun souvenir» du drame, le jeune chauffeur, à la voix peu audible et couverte par celle de son interprète, a estimé qu'il était «suffisamment expérimenté» pour conduire le véhicule, bien qu'il ne possédait pas le permis de conduire nécessaire pour transporter plus de neuf passagers.
«Trous noirs» à répétition
L'accident ? Probablement dû à un «endormissement» alors qu'il tentait un dépassement à gauche, selon lui. «Des propos incohérents», qui ont agacé le président du tribunal Philippe Vignon, devant les «trous noirs» à répétition du prévenu. «Depuis le départ en Suisse, on a une moyenne de conduite de 120 km/h», au lieu des 90 et 110 autorisés sur la RCEA. «La mort était au bout du chemin», a renchéri Emmanuelle Fredon, en pointant les imprudences commises par le chauffeur.
L'oncle, un ancien ouvrier de chantier, s'était lancé en mars 2015 dans une activité non déclarée de transports de personnes fonctionnant par bouche-à-oreille - avec «trois à quatre voyages» par mois entre les deux pays, payés «200 euros» l'aller-retour. «On est dans le goût du lucre», a jugé la procureure, allant jusqu'à évoquer «une association de malfaiteurs» entre les deux hommes. (ats/nxp)
Créé: 13.06.2018, 21h12