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Cousins véritables et cousins à la mode de Bretagne
par Eric-André Klauser, historien
Avec le décès, en 1373, du comte Louis, disparaissait le dernier mâle de la maison de Neuchâtel. Sa fille Isabelle, épouse de Rodolphe IV de Nidau, lui succéda jusqu'à sa mort en 1395. A cette date, le fils de Varenne, sœur d'Isabelle et femme d'Egénon (ou Egon) IV de Fribourg (en Brisgau), devint comte de Neuchâtel : Conrad, premier représentant « neuchâtelois » de la maison de Fribourg. En 1424, Jean de Fribourg, époux de Marie de Chalon, prit la relève jusqu'à son décès en 1458, laissant alors l'autorité comtale au premier ressortissant de la maison de Hochberg, Rodolphe IV de Hochberg, fils de Guillaume de Hochberg et petit-fils d'Anne de Fribourg, sœur de Conrad de Fribourg et femme de Rodolphe II de Hochberg. A Rodolphe IV de Hochberg succéda en 1487 son fils Philippe de Hochberg, mari de Marie de Savoie (fille du duc de Savoie Amédée IX et de Yolande de France, sœur du roi Louis XI), et à celui-ci, en 1503, la fille de ce dernier, Jeanne de Hochberg, femme de Louis d'Orléans-Longueville puis, de 1543 à 1707, plusieurs descendants de ce couple appartenant à la maison d'Orléans-Longueville.
C'est dire qu'en l'espace de 131 ans, de la mort du comte Louis de Neuchâtel en 1373 au mariage de Jeanne de Hochberg avec Louis d'Orléans-Longueville en 1504, le comté de Neuchâtel a connu quatre «maisons» différentes - le terme « maison » ayant ici le sens de lignée - et une quinzaine de souverain(e)s et régent(e)s successifs, tous apparentés par les liens du sang ou du mariage.
Ainsi, Isabelle de Neuchâtel, fille du comte Louis, était la sœur de Varenne, la belle-sœur d'Egénon (ou Egon) IV de Fribourg, la tante (au 1er degré) de Conrad et d'Anne de Fribourg, la grand-tante (tante au 2e degré) de Jean de Fribourg et de Guillaume de Hochberg, l'arrière-grand-tante (tante au 3e degré) de Rodolphe IV de Hochberg, l'arrière-arrière-grand-tante (tante au 4e degré) de Philippe de Hochberg et l'arrière-arrière-arrière-grand-tante (tante au 5e degré) de Jeanne de Hochberg et de Louis d'Orléans-Longueville !
Et qu'en était-il du cousinage - de la parenté entre cousins - parmi ces seigneurs de Neuchâtel ? Jean de Fribourg et Guillaume de Hochberg, par exemple, étaient cousins germains (cousins au 1er degré), puisque le père celui-là (Conrad de Fribourg) et la mère de celui-ci (Anne de Fribourg, femme de Rodolphe III de Hochberg) étaient frère et sœur, tous deux étant les enfants de Varenne de Neuchâtel et d'Egénon (ou Egon) IV de Fribourg.
Quant à Philippe de Hochberg (dont une galerie du château de Neuchâtel porte le nom), par son mariage avec Marie de Savoie (une salle du même château lui est dédiée), fille de Yolande de France (sœur du roi de France Louis XI), il était arrière-arrière-arrière-cousin (cousin au 4e degré) de Marie de Bourgogne, fille du duc de Bourgogne Charles le Hardi ou le Téméraire, et femme de l'empereur Maximilien d'Autriche. En effet, le roi de France Jean II le Bon (1350-1364) était leur arrière-arrière-arrière-grand-père commun !
Du latin consobrinus (cum, avec, et sobrinus, parent ou descendant issu de frères ou de sœurs), le substantif « cousin » désigne donc le degré de parenté entre les enfants de deux ou plusieurs frères et/ou sœurs puis, sur X générations, entre les descendants de ces enfants. On qualifie de germains (du latin germanus, naturel, vrai, authentique, fraternel, de même sang) les cousins issus directement de l'oncle ou de la tante ; par rang de proximité relative dans la parenté, on parle aussi dans ce cas de cousins au 1er degré. En revanche, les cousins issus de germains sont dits cousins au 2e degré, etc.
Une locution française bien connue sert à signifier une personne avec laquelle il n'existe que de très vagues relations de parenté : un cousin à la mode de Bretagne. Cette expression doit son origine au fait qu'on attribue, tout particulièrement en Bretagne, la qualité de cousins même à des parents fort éloignés qui, stricto sensu, n'ont pas droit à cette appellation. A noter que l'allemand utilise, lui aussi, une formule analogue : « Vetter um tausend Ecken herum », ce qui signifie littéralement « cousin à mille coins à la ronde ».
Par ailleurs, sans référence obligatoire à de vrais liens de sang ou de mariage, les monarques de France décernaient volontiers le titre de cousin aux princes royaux, aux pairs, aux cardinaux, aux maréchaux et autres dignitaires.
Enfin, on remettra en mémoire une autre locution française, de moins en moins employée de nos jours : « Le roi n'est pas son cousin », dédiée à un individu si fier ou si content que le roi lui-même ne lui semble pas un parent digne de lui.