Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06876.jsonl.gz/1084

Les trônes en bois recouverts de perles multicolores assemblées en motifs éton- nants font partie des objets les plus spectaculaires créés par les artistes bamoun qui travaillaient pour la cour royale. Ils étaient réservés au roi et à la reine mère, leurs formes pouvaient aller de magnifiques trônes supportés par deux figures, à des tabourets ronds finement sculptés et décorés de perles. Ces œuvres, dont plusieurs se trouvent dans les collections européennes et quelques-unes encore à la cour bamoun à Foumban, possèdent une iconographie complexe et véhiculent de multiples significations (Geary 1981, 1983a et b).
Ce trône perlé appartient à un ensemble particulier et rare de ce corpus. Composé d’un tabouret et d’un dossier à trois niveaux, il rappelle la forme des premières chaises européennes apportées par les Allemands lors de leur arrivée à Foumban, capitale du royaume des Bamoun, en 1902. L’histoire de ce trône est peu documentée. Nous savons cependant que, depuis le début du XXe siècle, il se trouvait dans un château britannique et qu’il fut plus tard mis aux enchères en Angleterre. Un trône semblable quitta la terre des Bamoun entre 1908 et 1912
environ. Il est actuellement conservé au musée Rautenstrauch-Joest de Cologne, en Allemagne. Un troisième fut documenté à la même époque par les premières campagnes photographiques allemandes (Geary 1988).
À l’époque, le roi Njoya (1870-1933) régnait sur les Bamoun. Visionnaire, novateur et habile politicien, il dirigea le royaume pendant une époque troublée. Tout à fait conscient de l’impact politique et esthétique des arts, il fut un grand mécène dans ce domaine, s’inscrivant dans la tradition de ses prédécesseurs. Les matériaux utilisés pour la fabrication de ce trône, comme les perles précieuses importées et les plaques de cuivre, étaient réservés à la famille royale. Les cauris, importés également, servaient de monnaie. De tels matériaux soulignent la richesse du roi et de son royaume. De nombreuses sources nous apprennent que Njoya encouragea les artistes à intégrer des éléments européens dans leur vocabulaire visuel et à les associer à l’iconographie bamoun. Ici, le motif des serpents bicéphales, ancienne métaphore bamoun du roi et allusion à ses exploits militaires et rituels, se mêle habilement aux motifs européens.
En définitive, ce trône incarne fortement l’esprit du règne de Njoya : sa politique puisa ses forces dans sa capacité à intégrer des éléments occidentaux, islamiques et bamoun dans les sphères politiques, sociales, intellectuelles, et commerciales. Il utilisa les arts pour illustrer ce que son royaume avait de mieux à offrir.