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Le 12 novembre dernier mourait à Pau (sud-ouest de la France), à l'âge de 95 ans, le Père jésuite Xavier Léon-Dufour. Exégète de renommée mondiale, professeur à Enghien, puis à Lyon et à Paris, ses oeuvres qui s'échelonnent de 1945 à 2005 témoignent d'une passion exceptionnelle pour la Parole de Dieu. Homme libre, très informé mais non inféodé à une école, cet infatigable « serviteur de la Parole » aura abordé presque toutes les questions de la critique du Nouveau Testament : le rapport des Evangiles à l'histoire, les miracles de Jésus, la résurrection, la souffrance et la mort de Jésus, l'eucharistie, l'Evangile de Jean.
Trois axes de son oeuvre demeurent actuels. En premier lieu, l'ouverture oecuménique. A une époque où, en France, exégètes catholiques et protestants travaillaient chacun dans leur propre confession, Léon-Dufour fut un des principaux artisans de la Traduction oecuménique de la Bible, la TOB, dont le Nouveau Testament parut en 1972. Avec des exégètes protestants suisses, dont Pierre Bonnard de Lausanne, il traduisit et annota l'Evangile de Matthieu. Premier fruit dans le monde francophone de l'ouverture opérée par le concile Vatican II. Léon-Dufour introduisit les oeuvres de grands exégètes protestants germaniques et du monde anglican.
En second lieu, Léon-Dufour s'ouvrit lui-même et aida ses collègues à s'ouvrir à la culture et aux autres disciplines des sciences humaines. Au lieu de ne s'attarder qu'à l'explication des textes relatifs au passé, il chercha à montrer « en quel sens nous sommes aujourd'hui concernés par l'événement passé ». Il avait conscience que l'exégète ne peut se comporter comme « un spectateur pur et désincarné », selon le mot de Paul Ricoeur ; il doit se poser les questions nouvelles d'ordres philosophique, psychologique et du langage. Avec d'autres exégètes, dans les années 1967-1969, il amorça le tournant herméneutique, en dialogue avec Paul Ricoeur pour la philosophie, Antoine Vergote pour la psychologie, Algirdas Julien Greimas et Roland Barthes pour l'analyse structurale des textes. « Nous osions penser qu'une telle attitude (d'ouverture à d'autres disciplines) rétablirait le contact avec l'auditeur contemporain qui repousse instinctivement l'orgueil de celui qui s'imagine dominer le cours de l'histoire et donner le sens des textes en répétant le langage de jadis », écrivait-il.
En troisième lieu, la trajectoire de Léon-Dufour est marquée par le souci pastoral « de communiquer aux autres la saveur spirituelle » que la Parole de Dieu « est capable de produire, les découvertes qui enrichissent la foi ». Ce souci constant de féconder par les textes bibliques la vie de foi à l'intérieur de l'Eglise et aux marges, s'exprima d'abord par des sessions de groupes bibliques à Barèges, dans les Hautes-Pyrénées, puis, dès 1945, lorsqu'il rédigea un « vocabulaire biblique » pour l'édition du Missel biblique, ancêtre de ce qui deviendra plus tard, avec 70 collaborateurs, le Vocabulaire de théologie biblique. Il s'agissait pour lui, toujours « appuyé sur une base scientifique, de révéler la substance spirituelle des textes, et ainsi acheminer le lecteur à ce point mystérieux où Dieu se laisse rencontrer ». Il ne pratiquait pas une exégèse technique vue comme une fin en soi.
Dans sa dernière oeuvre, Le pain de la vie, avec un brin de désillusion, il constate que son premier ouvrage sur le sujet « a connu un réel succès auprès des spécialistes mais [qu']il n'a guère modifié la compréhension du grand public : je constate que (malgré Vatican II), on continue à faire de la messe un moyen pour produire la présence réelle du Seigneur dans l'hostie ». Et il ajoute, dans un billet manuscrit : « Comment modifier la mentalité qui voit dans les personnes des choses? » Or, selon lui, « communier ne consiste pas en un simple contact avec Jésus ; c'est me faire abandonner mes propres soucis pour participer à l'édification du 'corps du Christ' ».
Aujourd'hui, l'esprit d'ouverture de l'exégète pourrait nous orienter à l'heure de défis en partie nouveaux. Du 5 au 26 octobre 2008, le synode des évêques catholiques se réunira à Rome pour faire le point sur « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise ». Souhaitons que les axes de l'oeuvre du bibliste français inspirent leurs travaux.