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RTSinfo.ch: Pour quelles raisons le TCS est-il opposé à la hausse de la vignette?
Peter Goetschi: Le TCS s’oppose à cette hausse pour deux raisons principales. Tout d'abord, l'argent pour financer des projets autoroutiers est déjà disponible. Des réserves de 3,8 milliards se trouvent dans la caisse routière, dont 1,8 milliard dans le fonds d'infrastructures. Il n'est donc pas nécessaire pour le moment d'apporter un financement supplémentaire.
Ensuite, les usagers de la route paient déjà 9,5 milliards par année à la Confédération à travers diverses taxes. Dans ce contexte, ajouter encore 300 millions qui viendraient de la vignette n’est tout simplement pas acceptable.
Pourquoi parler de tromperie sur vos affiches?
Cette augmentation est bien une tromperie. Le paquet que le Conseil fédéral propose ne tient pas ses promesses. Les partisans nous font croire que cela est nécessaire pour rendre meilleures et plus sures nos routes et autoroutes. Mais ce qui est prévu avec ces 300 millions supplémentaires, c'est la reprise de 20 projets et de 380 km de routes existantes réparties sur toute la Suisse.
Que reprochez-vous à ces reprises?
Si on regarde dans le détail, la reprise des 380 km de routes nationales par la Confédération constitue en fait un transfert de charges des cantons vers les automobilistes.
L'entretien et l'exploitation de ces routes coûtent 100 millions de francs par année. Les cantons sont déchargés de ces coûts et les automobilistes doivent payer davantage mais pas pour une plus-value, puisque ces routes existent déjà. De plus, nous n'avons aucune garantie que les cantons baissent l’impôt sur les véhicules pour compenser.
Quant à la reprise de la vingtaine de projets prévus de contournement et de traversée de localité, seuls trois sont inscrits dans la loi et se feront réellement. Il s'agit des contournements des localités neuchâteloises du Locle et de la Chaux-de-Fonds et de Näfels (GL).
Même l'Office fédéral des routes (OFROU) a dit que tous les projets ne pourraient pas être réalisés. Les partisans nous font miroiter des réalisations qui ne se feront pas.
Selon Doris Leuthard, un non à la vignette équivaudrait à un non au contournement de Morges, qu'en pensez-vous?
C'est faux. Le projet présenté par le Conseil fédéral prévoit uniquement l'intégration de Morges et Glattal dans le réseau des routes nationales et leur planification. Dans le message qui accompagne la loi, il est clairement spécifié que la vignette ne pourra pas financer ces réalisations.
Et de toute manière, même sans hausse, la planification devra se faire.
De plus, Morges et Glattal figureront forcément dans le programme de développement stratégique que présentera Doris Leuthard en début d’année prochaine.
Développer le réseau afin de réduire les goulets d'étranglement, un beau programme, pourquoi n'y croyez vous pas?
Mais le texte qu’on nous soumet le 24 novembre ne s’attaque pas à cela.
C’est clair qu’il faut développer le réseau qui date des années1960. Il est clair aussi qu'il faut régler les problèmes de bouchons, particulièrement à Morges et Glattal mais cela coûte 5,4 milliards. Et il faudra plus de 8 milliards pour tous les projets prévus.
Encore une fois, la vignette, qui rapportera 4 milliards sur 20 ans, ne pourra pas tout financer.
Alors quel serait le meilleur moyen pour vous de développer le réseau routier?
Notre système de financement des infrastructures routières est très compliqué. Par exemple, 800 millions tirés de la caisse routière sont utilisés pour des projets ferroviaires. Certes, cela aide aussi les automobilistes car tout ce qui est sur le rail n’est pas sur la route, mais le TCS souhaite une vision plus globale.
Il faut un plan de développement des infrastructures routières avec une liste des priorités et leurs coûts. Le Conseil fédéral semble aller dans cette direction puisque le programme de développement stratégique pour la route sera présenté l'année prochaine.
L'alternative à la hausse est une augmentation du prix de l'essence de 6 ct par litre, selon Doris Leuthard, que lui répondez-vous?
Pour moi, c’est une mise sous pression regrettable et infondée. Utilisons déjà les 3,8 milliards de réserve. Il faut avoir une vision globale avant de se demander s’il faut des hausses ou sous quelles formes. Au final, on nous promet monts et merveilles pour le prix d'un café par mois, mais les réalisations effectives seront très limitées.
Propos recueillis par France-Anne Landry
Lire aussi l'interview d'Yvan Perrin, conseiller d'Etat neuchâtelois UDC, membre du comité en faveur de la vignette à 100 francs.