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Mais qu’est-ce que le Brexit ? C’est la contraction de British exit (littéralement la sortie - sous-entendu de l’Union européenne - des Britanniques). Le premier ministre David Cameron avait promis cette votation dès 2007. Il renouvela cette promesse lors de la campagne électorale de 2010, puis de 2015. Comme souvent en politique, il surfait alors sur le sentiment xénophobe d’une partie de plus en plus grande de la population exaspérée par la venue des émigrés sur le territoire britannique. Peut-être nourrissait-il aussi une arrière-pensée visant à obtenir des concessions supplémentaires de la part de l’Union européenne. La Grande-Bretagne reste en effet un contributeur net au budget de l’Union (quelques quinze milliards d’euros par an) et certains outre-manche reprennent le refrain de Mme Thatcher (1979) : «I want my money back» («je veux que mon argent me revienne»). Sur ce terrain, la plupart des économistes prédisent un manque à gagner, voire un ralentissement de la croissance britannique dans le cas où le Brexit serait mis en œuvre. La Grande-Bretagne ne pourrait plus servir de tête de pont aux entreprises multinationales dans leur stratégie de pénétration des marchés européens, les accords de libre-échange seraient moins favorables, la place financière de Londres serait affectée. Sans parler des Programmes de recherches financés par l’Europe (ce qui a conduit quelques prix Nobel britanniques à militer contre le Brexit). En revanche, prédisent les ténors favorables au Brexit, la Grande-Bretagne retrouverait une plus large souplesse des règlementations sociales ainsi qu’une plus grande liberté budgétaire. Quoi qu’il en soit, de l’avis quasi-unanime, les conséquences économiques pour l’Union européenne seraient beaucoup moins graves que pour les Britanniques.
Cependant, sur le Continent européen, la peur du Brexit l’emporte. Non pas pour des raisons économiques, mais pour des raisons politiques. Le départ des Britanniques supprimerait l’un des trois plus gros piliers de l’Union (l’Allemagne, la France et la Grande Bretagne), ce qui renforcerait le poids de la France, disent certains commentateurs, ce qui laisserait l’Allemagne maîtresse du jeu, prétendent les autres. La sociologie politique des instances représentatives européennes laisse prévoir, en cas de Brexit, un léger affaiblissement de la tendance libérale, renforcée jusqu’à présent par les Britanniques. De plus, la sortie de la Grande-Bretagne constituerait un mauvais signal quant à l’avenir de l’Union et laisserait la porte ouverte, pense-t-on, à d’autres initiatives semblables, ce qui fragiliserait davantage le tissu européen, déjà bien malmené par une politique monétaire dangereuse, des politiques budgétaires disparates et l’afflux de migrants.
En revanche, les plus cyniques parmi les européens se réjouiraient d’une sortie de la Grande-Bretagne, l’accusant de ne pas jouer la solidarité européenne. Elle ne fait pas parti de l’Espace Schengen ni de l’Union monétaire de l’euro. De plus, elle a obtenu certaines facilités quant à l’application des Directives européenne (équivalent des lois contraignantes) touchant la législation sociale. À cela s’ajoute ce qu’elle a récemment acquis sous la menace du Brexit, et qui a conduit M. Cameron à se positionner nettement en faveur du maintien dans l’Europe : une clause de sauvegarde pour sept ans rabotant certaines aides sociales destinées aux nouveaux émigrants, une indexation des aides familiales sur le niveau de vie des pays d’origine ; la possibilité de s’exempter d’un traité sur décision d’une majorité de 55% des suffrages alloués aux parlement nationaux ; les garanties en faveur de la place financière de Londres ; des promesses en vue d’améliorer la compétitivité. Tout cela paraît finalement bien maigre et laisse sur leur faim les partisans du Brexit.
Quoi qu’il en soit de l’issue de cette votation du 23 juin 2016, le scrutin ne produira pas immédiatement d’effets. La raison en est que seul le gouvernement britannique pourrait engager auprès des instances européennes un processus de sortie. (Contrepartie de l’un des reproches permanents faits à l’Europe, d’être une réunion de politiciens - voire d’administrations nationales - plutôt que de peuples). En supposant même que le gouvernement britannique urge le mouvement de sortie, celui-ci ne sera effectif que dans deux ans au mieux, d’autant plus que de nombreux points de «détails» parmi lesquels ne sont pas les moindres le statut de l’Écosse et les modalités de l’accord de libre-échange avec l’AELE (Association européenne de libre échange). De toutes les façons, les résultats attendus permettront à la Suisse de voir plus clairement le terrain miné où elle s’engage dans ses pourparlers avec l’Union européenne.