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Canton de la Confédération depuis 1501 jusqu'à sa division en 1833 en deux demi-cantons, Bâle-Ville et Bâle-Campagne. All. Basel, it. et rom. Basilea. Dénominations anciennes: "Ville de Bâle", "Bourgmestre et Conseil de la Ville de Bâle" (1602), "Etat libre de Bâle" (1798), "Canton de Bâle" (dès 1798). La langue officielle était l'allemand, le chef-lieu la ville de B.
Le territoire du canton appartient à divers espaces naturels: la plaine du Rhin et les abords de la Forêt-Noire au nord, les collines du Sundgau et la vallée du Birsig à l'ouest, le Jura tabulaire et le Jura plissé, avec les vallées de la Birse, de l'Ergolz et de leurs affluents, au sud. Les voies de communication vers le nord (par le Rhin), vers l'ouest (par la trouée de Belfort) et vers le sud (par les cols jurassiens) ont joué un grand rôle dans l'histoire du peuplement.
De nombreux vestiges sont apparus dans le nord du canton, surtout dans les vallées de la Birse et de ses affluents, où les glaciers se sont retirés assez tôt. Le coup-de-poing de Pratteln, pièce isolée taillée dans une pierre provenant de Lausen, a entre 300 000 et 100 000 ans. Le Paléolithique moyen (120 000-35 000 av. J.-C.) est représenté par des vestiges isolés dans les grottes de Liesberg, Brislach et Pfeffingen, ainsi que dans les stations de plein air d'Allschwil et Münchenstein. Une occupation plus intensive du territoire à la fin du Paléolithique supérieur (Magdalénien, vers 12 000 av. J.-C.) est attestée par une douzaine de grottes (Brislach-Kohlerhöhle, Arlesheim-Hollenberg 3) et quelques stations de plein air à B. (Bruderholz), Muttenz (Rütihard) et Lausen. Plusieurs sites dans la vallée de la Birse (Nenzlingen) et dans le Jura tabulaire (Muttenz, Pratteln, Lausen), mais aussi à proximité des cols (Oltingen-Zig, Eptingen-Chall) datent du Mésolithique (dès 9000 av. J.-C. env.). Les vestiges du Paléolithique et du Mésolithique ne révèlent pas seulement une culture matérielle, mais aussi certains aspects de la vie intellectuelle (restes de colorants, pendentifs en coquilles fossiles, galets peints par exemple).
Auteur(e): Jürg Tauber / PM
Les vestiges du Néolithique attestent la pratique de l'élevage et de l'agriculture. Du Néolithique ancien datent les sites du Rubané de Bottmingen et d'Allschwil, ainsi qu'une tombe à squelette en position contractée sur le dos, dans la grotte de l'Ermitage à Arlesheim (vers 5300 av. J.-C.). Plus de cent vingt stations de plein air sur les hauteurs fertiles du Jura tabulaire et l'exploitation d'un vaste gisement de silex à Lampenberg (fabrication de haches largement diffusées) remontent au début du Néolithique récent (vers 3900 av. J.-C.). A la civilisation de Horgen (Néolithique tardif) se rattachent des sites de hauteur (Sissach-Bischofstein, Arboldswil-Kastelenfluh) et de vallée (Reinach-Langrüttiweg), ainsi que des tombes dans des grottes près d'Arlesheim (vers 3200 av. J.-C.). Le Néolithique final est représenté par des vestiges d'habitat à Pfeffingen-Schalberg et Sissach-Bischofstein (civilisation de la céramique cordée), par des dolmens à Aesch (vers 2300 av. J.-C.) et Laufon, ainsi que par des sépultures à squelette replié et de la céramique campaniforme (habitat?) à Allschwil.
Auteur(e): Jürg Tauber / PM
Le Bronze ancien est presque absent du territoire cantonal, mis à part les débuts d'un habitat de hauteur au Wartenberg près de Muttenz et peut-être une hache à Ettingen-Büttenloch. Le Bronze moyen se concentre dans le nord du canton (Muttenz-Wartenberg, Aesch-Fluhstrasse, Pfeffingen-Schalberg), quoique des objets trouvés dans la région des sources de l'Ergolz et de l'Eibach (Wenslingen, Zeglingen, Oltingen) montrent que le col d'Erlimoos avait une certaine importance. Pour le Bronze final, outre le dépôt de fondeur d'Aesch (début de la période), de nombreux vestiges sont attestés non seulement au nord du canton: habitats de hauteur (Sissach-Bischofstein, Pfeffingen-Schalberg) et de vallée dans le Birseck (Reinach), tombes à incinération (Reinach, Binningen, Muttenz), mais aussi au sud (Waldenburg-Gerstelfluh, Diegten-Rutenrain, Gelterkinden-Baumgarten par exemple).
Auteur(e): Jürg Tauber / PM
Le premier âge du Fer (Hallstatt) a laissé très peu de traces: site fortifié du Burgenrain (Sissach), site de vallée d'Allschwil-Vogelgärten, outre quelques tumulus contenant en général plusieurs squelettes à la Hard près de Muttenz et à Pratteln. Dans ce dernier site, les tombes les plus récentes datent du début du second âge du Fer (La Tène), époque surtout représentée ensuite par des groupes de tombes à inhumation qui, exception faite de celles de Lausen, Diepflingen et Zeglingen, se concentrent dans le nord du canton. Des habitats de La Tène ancienne se trouvent à Gelterkinden (plan d'une maison, fosse à provisions), Sissach (fosse de potier) et Therwil (fosses à provisions contenant des grains carbonisés). A La Tène finale, les vestiges se font encore plus rares: les sites importants comme celui de Sissach (village avec fours de potiers au fond de la vallée et fortification avec murus gallicus en hauteur, à la Fluh) restent l'exception: à part des trouvailles isolées, on ne peut mentionner que l'habitat de la Gerstelfluh (Waldenburg) et les fours de potiers de Muttenz et Oberwil. La présence de céramiques de La Tène dans des villae romaines reste difficile à expliquer; à Munzach (Liestal), on admet que la villa succède à un habitat celte. César nomme Rauraques les habitants de l'actuelle région de B.
Auteur(e): Jürg Tauber / PM
Après la fondation de la colonie romaine d'Augusta Raurica, de nombreuses villae furent édifiées dans les environs, parfois sans doute à l'emplacement d'un habitat celte, quelques-unes dès la première moitié du Ier s. apr. J.-C., les plus grandes aux portes de la ville (Muttenz-Feldreben, Pratteln-Kästeli, Liestal-Munzach), les plus modestes souvent plus à l'écart (Bennwil, Hölstein). L'époque romaine a laissé encore d'autres vestiges: nécropoles à incinération à Allschwil, Reinach et Wenslingen, temples à Bubendorf-Fieleten et Frenkendorf-Schauenburgerfluh, aqueduc entre Lausen et Augusta Raurica. En revanche, les routes dites "romaines" ne sont peut-être pas toutes aussi anciennes. Si une inscription à Langenbruck et des statuettes de bronze trouvées à Waldenburg attestent que le Haut-Hauenstein était utilisé à l'époque romaine, il n'est pas sûr que le chemin creux actuel existait déjà. Le peuplement recula fortement après les incursions des Alamans à la fin du IIIe s. Mais outre les castra de B., de Kaiseraugst et sans doute aussi de Liestal, les tours de guet sur le Rhin et les fortifications de seconde ligne (Wahlen-Stürmenkopf), quelques villae subsistèrent jusqu'au IVe s. et au-delà.
Auteur(e): Jürg Tauber / PM
La région de B. n'a pas connu de coupure nette vers l'an 500. Certes la circulation monétaire et l'importation de produits de luxe cessèrent; les séries monétaires se terminent partout au début du Ve s. Mais tandis que les Alamans sont attestés sur la rive droite du Rhin dès le Ve s. dans les nécropoles du Petit-Huningue, de B.-Gotterbarmweg et de Herten (D), de nombreux indices prouvent le maintien de la population gallo-romaine sur la rive gauche: persistance de toponymes pré-germaniques, utilisation ininterrompue des nécropoles des castra de Kaiseraugst et de B.-Aeschenvorstadt, absence d'influence germanique jusqu'au milieu du VIe s. Les nécropoles de B.-Bernerring (vers 540), de Liestal-Radacker et de Therwil-Benkenstrasse (seconde moitié du VIe s.) sont les seules à présenter avant le VIIe s. des cas précoces de germanisation: adoption d'usages et de costumes germaniques, immigration de groupes proches des Francs. On trouve dans toutes les régions du canton des nécropoles du haut Moyen Age, petites ou grandes; aucune n'a été entièrement fouillée. Mentionnons celle d'Aesch-Steinacker, qui comprend un peu à l'écart un cimetière noble où l'on a mis au jour plusieurs chambres funéraires dans des fosses circulaires, des tombes dans un bâtiment à quatre piliers et de nombreuses offrandes remarquables, notamment une fibule en filigrane d'or. Le mobilier des tombes de la classe supérieure évoque le monde des Francs plutôt que celui des Alamans: objets typiquement francs comme l'angon de B.-Bernerring ou la francisque de Liestal-Radacker, éléments de costume caractéristiques des Francs orientaux du Rhin.
Présent déjà dans l'Antiquité tardive (baptistère et pierres tombales à Kaiseraugst, mention d'un évêque de Kaiseraugst, Justinien, en 346, fibule cruciforme "à têtes d'oignon" ornée du monogramme du Christ à B.-Aeschenvorstadt), attesté ensuite par certaines offrandes funéraires, le christianisme s'est notamment diffusé grâce au soutien de familles dirigeantes, dont les tombes ont révélé un riche mobilier (par exemple, à l'église de Sissach, les tombes, surtout féminines sauf à la génération du "fondateur", d'une famille noble du VIIe s.). Il y a des églises aux VIIe-VIIIe s. On trouve une (Aesch-Salbünten) ou plusieurs tombes à l'intérieur de certaines d'entre elles, ce qui facilite les datations; le fait qu'elles soient rares ou en grand nombre tient sans doute à des raisons chronologiques, mais aussi à des différences de statut: églises patrimoniales, fondations privées, églises jouissant du soutien d'un évêque ou d'un souverain. Ce dernier cas pourrait être celui d'Aesch-Salbünten, église funéraire du Haut-Birseck, dont le grand cimetière remplaça ceux de Reinach et d'Aesch-Steinacker. Une seule de ces églises primitives, celle de Buus, était en bois, toutes les autres en pierre, ce qui prouve une forte tradition romaine.
Eglises et cimetières permettent d'imaginer un réseau serré d'habitats, sans doute assez petits, dont les vestiges, surtout des fonds de cabane et autres constructions de bois, sont plutôt rares. Le site de Lausen-Bettenach est particulièrement important: on a pu y mettre en évidence une continuité d'occupation depuis le moyen Empire romain jusqu'au Moyen Age (dont un mur du IVe/Ve s.); la quantité et la qualité du mobilier font penser à un domaine seigneurial ou royal. A Reinach, on peut suivre le déplacement du centre du village en différents lieux entre le VIIe et le XIIe/XIIIe s.
Pour l'histoire du peuplement, les sources écrites sont rares. A part B., peu de localités sont mentionnées avant l'an 800: Arlesheim (donation d'une curia) en 708, Augusta (Kaiseraugst) en 752. Kaiseraugst, encore siège épiscopal au VIIe s. (Ragnachaire, évêque d'Augst et B. en 615), a donné son nom à l'Augstgau. Un plaid se tenait vers 800 à Monzacha (Munzach). Les rares documents écrits, les saints auxquels sont dédiées les églises et les vestiges archéologiques laissent supposer qu'entre le VIIe et le IXe s. la région bâloise avait avec l'Alsace des liens qui ne se limitaient pas au plan culturel.
La combinaison de l'archéologie et de la toponymie est plus parlante: la densité des habitats était relativement élevée. Les toponymes prégermaniques indiquent sans doute une persistance de l'occupation gallo-romaine. Les toponymes germaniques peuvent désigner soit de nouvelles fondations (Eptingen et Reigoldswil), soit des habitats déjà existants (Allschwil, Oberwil, peut-être Binningen). Dans la vallée de l'Ergolz, à côté du vieux centre romain autour de Liestal (qui comprend Munzach et Lausen-Bettenach), on trouve une agglomération germanique plus récente, Sissach, avec son église et ses deux sites fortifiés de la Fluh et du Burgenrain; pour ce dernier néanmoins, l'attribution au haut Moyen Age ne repose que sur quelques indices architecturaux.
Dans le domaine de l'histoire économique, mentionnons les fours de potiers d'Oberwil, Therwil et Reinach, où de nouvelles céramiques au tour remplacèrent dès le VIIe s. les produits traditionnels gallo-romains, de surface plus rugueuse. De plus d'importance encore est l'exploitation du minerai de fer jurassien, qui a laissé des traces nombreuses, mais impossibles à dater directement. La métallurgie est attestée notamment à Lausen-Bettenach. Dès 800 environ il y avait un village de fondeurs près de Munzach, où l'on produisait non seulement des lingots de fonte, mais des objets finis.
Auteur(e): Jürg Tauber / PM
La rareté des sources écrites entre le IXe et le XIIe s. ne nous permet guère d'entrer dans le détail des faits culturels, économiques et sociaux, et nous oblige à recourir à l'archéologie ou à l'analyse inductive de sources plus récentes. La mention occasionnelle, au IXe s., de chefs locaux, tel le comte Chadaloh, et de terres appartenant à des abbayes éloignées fait entrevoir l'existence de structures seigneuriales. Au Xe s., la région de B. à gauche du Rhin faisait partie du second royaume de Bourgogne. La faiblesse du pouvoir royal encouragea la formation de seigneuries nobles, notamment dans le Jura, peu peuplé et couvert de forêts. La cession de B. à l'empereur Henri II vers 1006 et celle de la Bourgogne à l'empereur Conrad II en 1033 n'y changea rien, bien qu'Henri III ait investi l'évêque de B. des droits comtaux sur le Sisgau en 1041.
Partant des vieux terroirs hérités de l'Antiquité et du haut Moyen Age, les défrichements médiévaux touchèrent peu à peu les marges des vallées latérales et les hauteurs. Il s'agissait de gagner de nouvelles terres à cultiver et à coloniser, mais aussi, surtout dans les régions relevant des comtes de Frobourg et dans la moyenne vallée de la Birse, de chercher et d'exploiter le minerai de fer. Souvent liés aux défrichements, les châteaux forts du Xe s. (Altenberg, Vorder-Wartenberg, Ödenburg, Zunzgen par exemple) devinrent les centres des complexes seigneuriaux qui se formaient dans les terres anciennes et nouvelles et dont les traces écrites sont de plus en plus fréquentes dès la fin du XIe s. La construction des châteaux forts connut son âge d'or au XIIIe s. et cessa au XIVe. Les défrichements, la construction des châteaux et la formation des seigneuries ont pour responsables des parentèles nobles, de rang comtal, dont les sources nous donnent les noms vers 1100 au plus tôt: les Soyhières-Pfeffingen dans la moyenne vallée de la Birse, les comtes de Frobourg, qui progressent du pied sud du Jura vers le Sisgau. Les comtes de Homberg-Thierstein exerçaient au titre d'avoués les droits temporels de l'évêque de B.. Les comtes de Rheinfelden avaient des biens et des droits mal connus; leur extinction, avant 1100 déjà, semble avoir profité aux seigneurs d'Eptingen, peut-être d'origine libre et non ministériale, qui édifièrent dans le Sisgau, aux XIIe et XIIIe s., plusieurs petites seigneuries protégées par des châteaux forts (notamment Eptingen, Bischofstein, Wildenstein, Gutenfels, Madeln près de Pratteln). Les seigneurs de Ramstein et de Rotberg, assurément nobles et non ministériaux, avaient leurs terres au bord sud-ouest du Sisgau.
Dès la fin du XIIe s., la petite noblesse campagnarde se mit aussi aux défrichements, ce qui entraîna la construction de nombreux châteaux forts sur les terres nouvelles, tels Bärenfels, Scheidegg (comm. Gelterkinden), Schauenburg ou Ramlinsburg. Au XIIIe s., la noblesse urbaine de B. se mit à élever des châteaux à la campagne, tels Münchenstein, Angenstein, Landskron (F), Schalberg et Münchsberg (tous deux dans la commune de Pfeffingen), dont ne relevaient le plus souvent que quelques arpents, parfois un village.
Les couvents de Beinwil-Mariastein, Olsberg et Schönthal, fondations nobles des XIIe-XIIIe s., n'ont joué qu'un rôle de second plan dans le processus des défrichements.
La formation d'unités territoriales commença dans la région de B. vers 1200 avec la fondation par les seigneurs souverains de villes et de châteaux forts. Les comtes de Frobourg, après avoir créé dans le Sisgau Waldenburg, Liestal et Neu-Homberg, durent abandonner vers 1270/1280 leurs ambitions princières aux évêques de B. Ceux-ci s'affirmèrent dans la moyenne vallée de la Birse en fondant Laufon vers 1295. Leur politique territoriale passa par la transformation en fiefs de la plupart des seigneuries autonomes du Sisgau et de la vallée de la Birse, au XIIIe et au début du XIVe s. Mais la situation régnant vers 1300 ne dessine pas encore les futures frontières cantonales et nationales.
L'organisation ecclésiastique, notamment celle des paroisses et des décanats, n'est connue qu'à partir du bas Moyen Age, mais l'essentiel devait déjà être en place vers l'an mille. Alors que le territoire dépendant de l'évêché puis de la ville de B. situé sur la rive droite du Rhin relevait du diocèse de Constance, celui situé sur la rive gauche fit partie dès le haut Moyen Age du diocèse de B. Le décanat du Sisgau comprenait les parties des cantons actuels de B.-Campagne et de Soleure à l'est de la Birse, et Rheinfelden, celui du Leimental la vallée moyenne de la Birse, le Sundgau méridional et le bassin du Birsig.
Auteur(e): Werner Meyer / PM
La formation d'une principauté épiscopale compacte fut empêchée aux XIIIe et XIVe s. par la présence des Habsbourg, suzerains de plusieurs seigneuries du Sisgau (notamment Muttenz-Münchenstein), et de seigneuries qui restaient indépendantes de l'évêque, comme Eptingen, Schauenburg, Wildenstein, Madeln-Pratteln. En outre, les comtes de Thierstein, qui n'étaient vassaux de l'évêque que pour le landgraviat du Sisgau, édifièrent dans l'est du pays, vers le milieu du XIVe s., un ensemble seigneurial autour du château de Farnsburg. Dans la vallée de la Birse, la puissance de l'évêque se heurtait à la ville de Laufon et dans le Sisgau avant tout aux comtes de Frobourg: mais ceux-ci furent contraints de céder à l'évêque la seigneurie du Birseck en 1245. Ils lui vendirent la seigneurie de Waldenburg en 1265, puis la tinrent de lui en fief jusqu'à leur extinction en 1366. L'évêque la transforma alors en bailliage, comme il l'avait fait en 1303 pour les seigneuries de Liestal et de Homberg, achetées à une branche des Frobourg, les Homberg. Il renforça sa position dans la vallée de la Birse en installant en 1459 un bailli à la tête de la seigneurie de Zwingen, fief devenu vacant à l'extinction des Ramstein. Au XIVe s., les difficultés économiques menacèrent de rompre le tissu encore fragile de la seigneurie épiscopale. Les droits les plus importants furent à nouveau engagés, en partie aux Habsbourg et aux margraves de Hochberg.
La situation changea quand la ville de B., devenue autonome dans la seconde moitié du XIVe s. en rachetant à l'évêque les droits qu'il avait sur elle, se mit à acquérir les terres épiscopales dans le Sisgau. Après avoir acheté en 1392 la ville du Petit-B., sur la rive droite du Rhin, elle prit en gage en 1400 les bailliages de Liestal, Waldenburg et Homberg (le gage ne se transformera en pleine propriété que vers 1585). Malgré ses efforts, son expansion subit ensuite un coup d'arrêt. Hypothèques et combourgeoisies ne durèrent que quelques années: Olten (1407-1426), Laufon, seigneurie de Neu-Thierstein. La ville prit part en outre à plusieurs conflits armés (guerre avec Catherine de Bourgogne vers 1410, bataille de Saint-Jacques-sur-la-Birse en 1444). Elle ne fit aucun gain durable avant de pouvoir acheter en 1461 la seigneurie de Farnsburg aux barons de Falkenstein, qui l'avaient héritée en 1418 des comtes de Thierstein.
B. eut au XVe s. une attitude changeante à l'égard de la Confédération. Son alliance avec Berne et Soleure à l'époque de la bataille de Saint-Jacques-sur-la-Birse la gêna plus qu'elle ne l'aida. La ville resta neutre lors de la guerre de Waldshut en 1468. Membre de la Basse-Union, elle prit part aux guerres de Bourgogne, de 1474 à 1477, aux côtés des Confédérés, mais reprit sa neutralité lors de la guerre de Souabe, qui s'acheva par la paix de B. (1499). Dans la seconde moitié du XVe s., la politique territoriale de B. se heurta de plus en plus à celle de Soleure, qui cherchait depuis 1400 environ une communication avec le Sundgau, en prenant pied dans le Laufonnais et dans le Sisgau. Les Soleurois ne purent occuper durablement les châteaux forts de Diegten et de Münchenstein. Mais la seigneurie de Dorneck leur fut acquise en 1485 et 1499, au grand dépit des Bâlois; en effet, même si le Pacte de 1481 entre Soleure et les Confédérés étendait sur elle sa protection, elle se trouvait dans le landgraviat du Sisgau. B. acheta aux Münch (nobles bâlois) la seigneurie de Muttenz-Münchenstein, sous forme de gage en 1470 (en pleine propriété en 1515). La ville acquit en 1482 et 1487 les seigneuries de Diegten et d'Eptingen, rattachées au bailliage de Farnsburg. Mais lors de son entrée dans la Confédération, en 1501, la formation de son territoire n'était pas achevée: elle n'avait pu étendre ses possessions à l'ouest de la Birse, l'évêque et les comtes de Thierstein-Pfeffingen ne se laissant pas déloger, et elle resta séparée, jusqu'à l'acquisition de Pratteln en 1525, de ses bailliages du Sisgau (anciennes terres épiscopales).
La guerre de Souabe (1499) avait montré aux Bâlois qu'ils n'avaient pas les moyens de protéger leur territoire par leurs propres forces. Ainsi mûrit l'idée d'une alliance avec les Confédérés, qui offrait un système de sécurité collective, pas trop contraignant mais capable de garantir les possessions de la ville. En contrepartie, B. accepta de limiter sa liberté d'action en politique étrangère: le pacte d'alliance lui interdisait de faire la guerre seule et de conclure des alliances séparées avec de tierces puissances; il l'obligeait à rester neutre et à offrir sa médiation en cas de conflit entre Confédérés.
Auteur(e): Werner Meyer / PM
Tandis que la population de la ville de B. augmentait de 6000 à 10 000 âmes environ entre 1300 et 1500, surtout grâce aux immigrants, celle de la campagne passait, selon des estimations peu sûres, de 4000 à 5000 habitants: Liestal comme Laufon en comptaient 300 à 500, les villages 50 à 150 en moyenne (10 à 40 feux).
Les défrichements étaient pratiquement achevés vers 1300 aux environs de B. Malgré les épidémies de peste qui frappèrent dès 1349, la population s'accroissait encore, ce qui fit grandir un peu les villages, mais surtout B. et les petites villes. Lors de la crise du bas Moyen Age, marquée par les guerres et les difficultés climatiques, certaines terres agricoles furent abandonnées.
On observe au XIIIe s. un phénomène particulier autour de Liestal: les villages environnants, Munzach, Bettenach (comm. Lausen), furent désertés et les habitants, sans cesser d'être paysans, vinrent s'établir, sans doute sur ordre, dans la ville nouvelle de Liestal. Il dut se passer des choses semblables à Laufon. Le tremblement de terre de 1356, dont il faut situer l'épicentre à 10-15 km au sud de B., a causé bien moins de dégâts aux maisons villageoises à colombage qu'aux églises et châteaux forts. Beaucoup de ces derniers ne furent pas reconstruits. L'abandon, aux XIVe et XVe s., de châteaux édifiés sur des défrichements écartés entraîna souvent celui, total ou partiel, de leurs terres. Des fermes isolées semblent avoir subi le même sort. En revanche, la plupart des structures villageoises antérieures au bas Moyen Age se sont maintenues à cette époque et même longtemps après.
Auteur(e): Werner Meyer / PM
La ville de B. fut dès la fin du haut Moyen Age un centre économique régional (grand commerce, artisanat), devançant nettement ses voisines, Rheinfelden, Mulhouse, Laufon ou Liestal. Loin de se limiter aux territoires soumis au bas Moyen Age à sa souveraineté, sa zone d'influence économique directe (celle où elle écoulait ses produits, d'où venaient ses principales matières premières et son approvisionnement alimentaire) comprenait aussi, en gros, le nord de l'évêché de B., le Schwarzbubenland (au nord du Passwang) relevant des Thierstein puis de Soleure, le Sundgau et le Fricktal autrichiens, ainsi que le sud-ouest de la Forêt-Noire. L'archéologie confirme la diffusion de certains produits bâlois, comme les fourneaux en catelles.
B. disposait dans ses environs immédiats, soit dans le futur ressort, de terres agricoles exploitées par les citadins eux-mêmes. Mais les grains, les fruits et légumes, le vin et le bétail de boucherie qu'on en tirait ne suffisaient pas. Il fallait s'approvisionner plus loin, en premier lieu dans le Sundgau, où les couvents et les bourgeois de B. avaient de vastes propriétés. Le Sisgau, le Birseck et le Laufonnais formaient au bas Moyen Age un pays au caractère agricole marqué, où dominait la céréaliculture (seigle, froment, épeautre) en assolement triennal. Dans les zones périphériques régnait l'élevage (bovins, porcs, ovins), accompagné d'une céréaliculture extensive selon le système des champs temporaires; les domaines dépendaient de fermes isolées ou de châteaux. La viticulture n'était pas rare; le paysage actuel en porte encore les traces (terrasses, murs de soutènement). Les activités agricoles dominaient aussi dans les bourgades, comme Liestal, Laufon ou Waldenburg. Les corporations de la ville n'auraient d'ailleurs pas toléré qu'un artisanat concurrent se développe dans les campagnes sujettes. Les châteaux forts (notamment Frobourg, Ödenburg) abritaient aux XIe-XIIe s. des ateliers d'artisans, attestés par l'archéologie, mais leur activité semble avoir régressé dès le XIIIe s. La pêche, surtout dans le Rhin et la Birse, et la pisciculture en étangs dès le XVe s., fournissaient une part des aliments de base.
La forêt offrait toutes sortes de ressources: glands et faînes pour les porcs, bois pour la construction et pour le chauffage (notamment sous forme de charbon de bois). Les fûts étaient si possible flottés jusqu'au Petit-B.; sinon, il existait dès le XIVe-XVe s. des scieries où on les débitait en tronçons transportables.
L'artisanat villageois, rarement exercé à plein temps, se limitait aux besoins locaux. Les moulins se trouvaient souvent hors des villages, près d'une chute d'eau. De nombreux forgerons et maçons sont attestés. L'exploitation minière, très active avant 1300, semble régresser ensuite, bien que des entrepreneurs aient tenté de la réanimer jusqu'au XVIe s., par exemple dans le Laufonnais et la vallée de la Lucelle. Il y avait une infrastructure pour le transit des marchandises le long des routes du Haut-Hauenstein et du Bas-Hauenstein, ainsi qu'à Liestal et à Waldenburg. Mais l'axe principal était le Rhin, surtout en aval de B. Si les douanes profitaient à la ville de B., la campagne tirait d'importants revenus des auberges, tavernes et autres services liés aux transports.
Auteur(e): Werner Meyer / PM
Si la proportion des ecclésiastiques était élevée dans la ville de B., elle était très faible à la campagne où, en l'absence de grands couvents, les curés des paroisses représentaient presque seuls l'Eglise. Pourtant ces curés, lorsqu'ils prenaient leur rôle au sérieux, jouissaient d'une très grande considération, non seulement à cause de leurs fonctions religieuses, mais aussi parce qu'ils se chargeaient de certaines tâches économiques (le domaine de la cure élevait le taureau et le verrat villageois) et que, sachant écrire, ils servaient d'hommes de confiance.
Au bas Moyen Age, une partie des chevaliers propriétaires de châteaux forts quittèrent la région ou entrèrent dans la bourgeoisie de B. ou de Rheinfelden. Quand B. acquit la souveraineté, les châtelains nobles cédèrent la place à des baillis issus de la bourgeoisie, voire des corporations, auxquels les sujets devaient prêter hommage. A cela s'ajouta qu'au XVe s. plusieurs petites seigneuries, comme Wildenstein ou Schauenburg, passèrent aux mains de familles de la bourgeoisie bâloise (Achtburger). Ces changements n'eurent aucune influence sur la structure sociale des villages où soit le sous-bailli soit le mayor exerce la basse justice et l'administration locale au nom du seigneur; pris généralement dans l'élite locale, il transmet sa charge à ses descendants. Désignés dans les sources comme officiers, en général détenteurs de manses, divers fonctionnaires locaux l'assistent, soit en surveillant les droits du seigneur et des villageois, soit au tribunal: membres du Gescheid (tribunal compétent pour les querelles de frontières communales), jurés, marguilliers, messeillers surveillant champs et forêts. Parmi les paysans astreints au paiement du cens, ceux qui avaient une tenure relevant d'un seigneur autre que la ville étaient dispensés de prêter hommage au bailli.
Les villes de Laufon, Liestal et Waldenburg avaient un embryon d'administration communale autonome, les deux premières même un conseil, mais les avoyers, mayors et avoués étaient avant tout des représentants du souverain. Dès 1400, des bourgeois de B. s'emparèrent de la charge d'avoyer à Liestal (qui tenta une vaine résistance) et à Waldenburg.
Le service étranger ne joua presque aucun rôle dans l'exode rural du bas Moyen Age; ceux qui partaient devenaient surtout domestiques ou compagnons à B. Au XVe s., le pays subit plusieurs fois les malheurs de la guerre (bataille de Saint-Jacques-sur-la-Birse, guerre de Souabe entre autres), ce qui déstabilisa son économie et ses structures sociales, provoquant la formation de bandes qui terrorisèrent notamment le Laufonnais. Lorsque, vers 1400, la deuxième communauté juive de B. fut dissoute (la première est attestée de 1213 à 1348/1349), quelques-uns de ses membres trouvèrent refuge dans le Sundgau autrichien ou dans le Laufonnais épiscopal, et quelques autres dans le Sisgau, dont ils furent chassés quand le pays passa à B.
Auteur(e): Werner Meyer / PM
Au Moyen Age, B. entretenait d'étroits contacts culturels avec d'autres villes rhénanes, mais ne songeait guère à son arrière-pays. Cependant, jusqu'au XVe s., la noblesse campagnarde participait aux fêtes de cour et aux tournois organisés en ville. Le livre de famille des seigneurs d'Eptingen, rédigé en majeure partie vers 1480, est un témoin majeur de la culture chevaleresque. Des peintres de la ville ont dû collaborer aux fresques exécutées du XIVe au début du XVIe s. dans les églises de Muttenz, Lausen, Ziefen, Ormalingen et Oltingen, entre autres. On ne sait si le concile de B. a eu des répercussions sur la vie culturelle de la campagne.
Il y avait des liens culturels institutionnels entre la ville et la campagne au sein de l'Eglise. La vie religieuse de la population avait pour cadre les paroisses. Chaque village ou presque correspondait à une paroisse ou à une filiale. Au bas Moyen Age, les filiales obtinrent généralement le droit d'inhumation et un cimetière apparut donc à côté de la plupart des églises. Jusqu'à l'acquisition des droits souverains par B. ou par Soleure, les églises se trouvaient sous le patronage de divers seigneurs qui subvenaient à l'entretien des bâtiments avec l'aide des paroissiens. Expression de la piété du bas Moyen Age à l'égard des saints et des morts, des confréries se formèrent dans plusieurs villages, à Laufon et à Liestal. On peut mentionner quelques béguinages à l'existence parfois éphémère. Il n'y avait pas de grand pèlerinage dans la campagne bâloise (on se rendait à Zurzach, à Einsiedeln, à Rouffach ou à Sainte-Odile en Alsace) et ceux de Meltingen et de Mariastein, fondés au XVe s. par des familles nobles, restèrent d'importance locale. Les fêtes patronales consistaient en processions et autres cérémonies religieuses, mais offraient aussi l'occasion d'organiser banquets et beuveries, bals et concours; celle de Liestal était célèbre et attirait même des gens de la vallée de la Birse. Liestal avait une société de tir.
La culture quotidienne de la population paysanne reposait sur un ensemble de traditions que l'on connaît plus par des objets et des images que par l'écrit. Il y avait une école élémentaire à Liestal et peut-être à Laufon. Dans les villages, les ecclésiastiques dispensaient quelques rudiments de lecture et d'écriture (fait attesté à Sissach en 1504). Pour s'instruire mieux, si l'on en avait les moyens intellectuels et financiers, il fallait aller à B.
Auteur(e): Werner Meyer / PM
Au XVIe s., la ville de B. acquit le statut de république urbaine et d'Etat territorial indépendant, tout en s'intégrant à la Confédération, dont elle faisait partie depuis 1501 et en s'émancipant de toute sujétion à l'égard de l'évêque. Le patriciat, d'origine noble (chevaliers) ou bourgeoise (Achtburger), perdit son influence et le pouvoir passa entièrement aux corporations. Le Conseil s'affranchit unilatéralement de l'autorité épiscopale en 1521. De plus, l'introduction de la Réforme en 1529 priva l'évêque de la juridiction spirituelle. En revanche, la ville n'eut pas la même marge de manœuvre, dans sa politique territoriale, pour affirmer ses intérêts face à ceux de ses voisins, en particulier l'Autriche et Soleure; elle dut se contenter de viser d'abord le maintien du statu quo. Dans ce but, elle établit des combourgeoisies avec des communes relevant du prince-évêque, dans le Birseck et le Laufonnais en 1525, dans la vallée de Delémont et les Franches-Montagnes en 1555, et conclut des accords avec le prince-évêque en 1547 et 1559. Elle cherchait à s'attacher la principauté politiquement et financièrement, mais non pas à l'éliminer, car elle estimait plus facile d'exercer son influence sur le nord de l'évêché en soumettant indirectement l'évêque qu'en menant une politique d'expansion offensive.
Les liens économiques avec les pays voisins, dont la ville dépendait pour son approvisionnement, en particulier avec l'Alsace, l'obligèrent à adopter après la Réforme des positions pragmatiques en matière religieuse et juridique. Les oppositions confessionnelles, qui se renforcèrent au cours du XVIe s., nuisaient à l'économie et à la sécurité de B. La ville n'avait pas réglé sa situation juridique envers le prince-évêque après la proclamation de 1521. Elle eut à en payer le prix en 1585, lorsqu'elle dut se plier à un arbitrage confédéral rendu à Baden: le prince-évêque obtenait un dédommagement financier en échange du renoncement définitif à ses anciens droits et les combourgeoisies entre B. et les communes du nord de l'évêché étaient annulées. La ville se vit du moins reconnaître son indépendance et la possession définitive de son territoire. Après une assez longue période de louvoiement où elle se rapprocha des luthériens, B. se rangea plus fermement dès 1585 dans le camp réformé helvétique (zwinglien). Pendant la guerre de Trente Ans, les troupes impériales, suédoises et françaises opérant dans le Haut-Rhin menacèrent plusieurs fois la ville et ses pays sujets; quelques communes, surtout aux frontières avec le Fricktal et l'évêché, subirent des pillages. Le bourgmestre de B. Johann Rudolf Wettstein, envoyé en mission à Münster en 1648 avec le soutien des cantons protestants, demanda que B. soit exemptée des tribunaux impériaux. La paix de Westphalie clarifia définitivement la situation de B. en droit international (séparation avec l'Empire). En même temps, la France prenant pied en Alsace devenait un voisin direct et sa forteresse de Huningue représenta dès 1681 une menace militaire.
La ville de B. agrandit encore un peu son territoire aux XVIe et XVIIe s.: Bettingen en 1513, la seigneurie de Ramstein avec Bretzwil en 1518, Riehen en 1522, Biel et Benken en 1526, Arisdorf en 1532, Binningen et Bottmingen en 1534, Petit-Huningue en 1640. L'achat de Pratteln en 1525 permit d'unifier le territoire.
Dès 1640, le territoire de B. comprenait les bailliages de Liestal, Waldenburg, Homburg (Homberg), Farnsburg, Münchenstein, Riehen et Petit-Huningue. Le petit bailliage de Ramstein fut réuni en 1673 à celui de Waldenburg. Leur administration continua comme auparavant: les baillis, désignés par le Petit Conseil jusqu'à la crise de 1691, puis par le Grand Conseil, étaient compétents en matière judiciaire (basse justice), fiscale, militaire et policière. Les bailliages de Waldenburg, Farnsburg, Riehen et Petit-Huningue étaient réservés à des membres du Petit Conseil, les autres étaient accessibles, surtout après 1691, aux Grands Conseillers. Le secrétaire de la ville de Liestal était aussi celui des bailliages "du haut" (Liestal, Waldenburg, Homburg et Farnsburg). Dès 1738, il y eut un second secrétaire à Sissach pour les bailliages de Farnsburg et Homburg. Les secrétaires des bailliages "du bas" étaient le substitut du Conseil (remplaçant du chancelier) pour Münchenstein et Riehen, le secrétaire de la ville du Petit-B. pour Petit-Huningue. Les Petit et Grand Conseils contrôlaient la gestion des baillis et recevaient les doléances des sujets. Plusieurs commissions s'occupaient spécialement de la campagne bâloise: le collège des députés (Deputatenamt) qui contrôlait les biens de l'Eglise et des écoles, les commissions de la campagne (Landkommission, organe consultatif sur l'administration du pays sujet), de la forêt et dès 1738 des fabriques.
Les communautés villageoises avaient, à côté de leurs fonctions économiques et sociales, quelques compétences judiciaires. Elles désignaient en leur sein, parfois en collaboration avec le bailli, les titulaires de charges villageoises: sous-bailli, juré, assesseur, membre du Gescheid, messeiller, marguillier, surveillant des mœurs, sage-femme. Les tribunaux locaux, présidés par le sous-bailli, jugeaient les causes civiles, faisaient dresser les actes de vente immobilière et rendaient parfois des arbitrages. Les appels étaient portés au Conseil de B. ou à ses commissions. Le droit n'était guère unifié, chaque bailliage avait des règles particulières. Le premier coutumier pour les bailliages de Waldenburg, Homburg, Farnsburg et Ramstein fut promulgué en 1611 et renouvelé en 1654 et 1757.
Il y eut des crises ouvertes entre la ville et ses sujets en 1525 (guerre des Paysans), 1591-1594 (guerre du Rappen) et 1653 (guerre des Paysans). Après les troubles de 1525, le Conseil abolit le servage et accorda des franchises aux bailliages, mais il retira ces concessions dès 1532. La ville n'investissait guère dans ses bailliages et en tirait des revenus assez modestes. Après la guerre des Paysans de 1653, elle s'attaqua aux droits politiques des sujets: les bourgeois de Liestal ne purent plus élire ni leur Conseil, transformé en un simple tribunal, privé en outre du droit de haute justice, ni leurs deux avoyers (mais à nouveau l'un des deux dès 1674, l'autre étant de B.). Avant 1798, les idées des Lumières et les embryons de critiques contre le système n'eurent aucun effet concret sur la vie politique bâloise.
La défense militaire s'organisait dans le cadre des corporations. Les sujets de la campagne étaient mobilisés en cas de besoin. Des inspections périodiques et des exercices de tir servaient à maintenir la capacité défensive. Néanmoins, ni l'armement ni l'instruction ne suffisaient à résister efficacement aux menaces, comme on le vit lors de la guerre de Trente Ans. Ni la réorganisation de la milice de la campagne au début du XVIIIe s. (huit compagnies, soit 1600 hommes) ni la création à la fin du siècle de petites unités de dragons, de grenadiers et d'artilleurs n'y changèrent quoi que ce soit.
Auteur(e): Hans Berner / PM
Entre la fin du XVe s. et le début du XIXe, la population de la campagne s'accrut beaucoup plus fortement que celle de la ville de B., passant d'environ 5000 âmes vers 1500 à quelque 17 000 à la fin du XVIIe s. et à 26 235 en 1798. Le recensement de 1815, le plus sûr entre 1798 et 1832, donne 28 416 habitants pour la campagne et 16 674 pour la ville. La densité augmenta dans les agglomérations existantes: il ne s'en créa point de nouvelles. Jusqu'au milieu du XVIIe s., la campagne put absorber l'excédent démographique en remettant en culture des terres délaissées depuis le XIVe s. ou exploitées extensivement. Dans la seconde moitié du XVIIe s., la croissance se heurta à l'épuisement de cette ressource, mais elle put reprendre au XVIIIe s., grâce au développement de l'industrie à domicile (Verlagssystem) et à de nouvelles structures agraires (enclosures). Elle fut la plus forte dans le bailliage de Waldenburg, où l'agriculture était très peu productive mais où l'industrie se répandait: environ 4600 habitants en 1709 et 7000 en 1798, mais 7200 et 9500 dans le bailliage de Farnsburg, 1100 et 1500 dans celui de Homburg, 2800 et 3300 dans celui de Liestal. Dans les autres bailliages, Münchenstein, Riehen et Petit-Huningue, proches de B., l'essor démographique, faible au XVIIIe s., s'emballa dès le début du XIXe, entraîné par l'expansion de la ville.
Auteur(e): Hans Berner / PM
L'assolement triennal et la céréaliculture dominaient autour des villages, tandis que les fermes isolées des hauteurs jurassiennes pratiquaient surtout l'élevage et l'économie laitière. Aux alentours de la ville, on cherchait autant que possible à satisfaire la demande urbaine. Les parcelles bien exposées étaient plantées en vigne. L'assolement obligatoire entraînait une réglementation sévère et peu propice aux innovations. Néanmoins quelques nouveautés se répandirent dans la seconde moitié du XVIIIe s.: clôture des communaux, mise en culture des jachères, trèfle, pomme de terre. Grâce à la passementerie, beaucoup de Tauner s'assurèrent une modeste existence en tissant des rubans et en se nourrissant du produit de leurs lopins (Soierie).
Les quinze corporations de la ville de B. réglementaient strictement les métiers. Leurs membres travaillaient aussi pour les marchés des territoires sujets, Liestal, Waldenburg et Sissach. Les artisans de la campagne avaient l'autorisation d'exercer s'ils couvraient les besoins locaux (forgerons, charrons, etc.), mais sous la surveillance des corporations. En revanche, l'artisanat tourné vers l'exportation put se développer à B. en dehors des contraintes corporatives: l'imprimerie fleurit dans la première moitié du XVIe s. (de même que la fabrication de papier) et à nouveau dans la seconde moitié du XVIIIe s. Les réfugiés protestants français et italiens stimulèrent l'industrie textile, le commerce de transit et les exportations dans la seconde moitié du XVIe s. et après la guerre de Trente Ans.
Dès le début du XVIIe s., contre la volonté des corporations, des marchands de la ville de B. firent produire à la campagne, par des travailleurs à domicile (Verlagssystem), des rubans de soie, des bas et des draps destinés à l'exportation. Le métier à navettes multiples (grand métier, moulin à rubans) fut introduit en 1667. Le Petit Conseil décida dans les années 1670 que les marchands pourraient, moyennant paiement d'une taxe, continuer à fabriquer des textiles pour l'exportation, le marché régional étant réservé aux membres des corporations.
Mis à part quelques crises conjoncturelles isolées, l'Industrie textile prospéra jusqu'au XIXe s.: la bonneterie, la draperie, dès la seconde moitié du XVIIIe s. l'indiennerie, et surtout la passementerie, activité dominante dans certaines régions de la campagne (1205 métiers en 1754, dont plus de la moitié dans le bailliage de Waldenburg) et en ville. Le grand commerce des draps, du coton, du fer et des denrées coloniales, à côté duquel la banque internationale et l'import-export prirent de plus en plus de place, était l'affaire de la ville.
Auteur(e): Niklaus Röthlin / PM
Les habitants des territoires acquis par la ville étaient des serfs. Même si ce statut, aboli en 1791 seulement, ne représentait guère plus qu'une formalité juridique, il s'accompagnait de corvées, mainmorte, dîmes et autres anciennes redevances. Avec une tendance croissante à l'absolutisme, la ville renforça sa domination sur la campagne, dès le milieu du XVIIe s., en de nombreux domaines. Cependant, la situation des sujets bâlois restait supportable, malgré les suites de la guerre des Paysans de 1653 qui vit la rébellion de l'élite paysanne et malgré les nombreux privilèges réservés aux bourgeois de la ville. Parmi les paysans, on distinguait entre ceux (dits Vollbauer) qui possédaient un train de charrue entier, soit quatre bêtes, ceux qui n'avaient qu'un demi-train (Halbbauer) et les Tauner qui n'avaient pas de terres ou très peu. Les Vollbauer, assez peu nombreux, les aubergistes, les meuniers et peut-être les forgerons formaient l'élite des villages. Les nombreux Tauner devaient avoir une autre activité à côté de la culture de leurs petites parcelles: ils étaient journaliers agricoles ou passementiers à domicile. Les pasteurs, les baillis et quelques fonctionnaires inférieurs venaient de la ville; ils représentaient les autorités et restaient extérieurs à la société campagnarde.
Dans la ville de B., l'instauration du régime corporatif en 1521 et l'adoption de la Réforme en 1529 privèrent de leur influence politique les nobles et les Achtburger, qui s'exilèrent ou entrèrent dans la bourgeoisie corporative. Mais le pouvoir et le prestige social ne tardèrent pas à se concentrer à nouveau, cette fois entre les mains de quelques riches familles de marchands et d'artisans. Il se forma en outre à la fin du XVIe s. un petit groupe de familles enrichies par les charges publiques dans les pays sujets (bailliages, administration des biens des couvents sécularisés) et par le service étranger. La crise politique de 1691, réaction contre l'oligarchisation croissante, n'aboutit qu'à un contrôle financier rigide et à l'attribution des charges par tirage au sort. Jusqu'au milieu du XVIIe s., la ville accorda la bourgeoisie à de nombreux réfugiés huguenots et à d'autres immigrants; puis le Conseil devint très restrictif. Il n'y eut aucun nouveau bourgeois durant de longues périodes du XVIIIe s. A la fin de l'Ancien Régime, les marchands, les banquiers et les industriels de la soie dominaient la vie politique et sociale.
Auteur(e): Niklaus Röthlin / PM
Grâce à ses imprimeurs plus encore qu'à son université, fondée en 1460, B. fut un des hauts lieux de l'Humanisme de la fin du XVe s. jusqu'à la Réforme (Université de Bâle). Les réfugiés protestants français et italiens contribuèrent à une nouvelle floraison intellectuelle dans la seconde moitié du XVIe s. Cela ne resta pas sans effets dans les domaines scolaire et ecclésiastique.
Au début du XVIe s., les formes traditionnelles de piété imprégnaient le quotidien religieux; elles s'exprimaient, en ville comme à la campagne, au travers de nombreuses fondations individuelles ou collectives et dans la construction d'édifices sacrés. Après 1520, les citadins accueillirent de mieux en mieux les thèses des réformateurs, répandues par le livre ou la prédication. A la campagne, ces idées pénétrèrent surtout à Liestal (Stephan Stör). Les paysans révoltés de 1525 exprimèrent des doléances contre les tribunaux ecclésiastiques, contre les dîmes et cens, et s'en prirent ici ou là aux biens de l'Eglise. Quelques groupes d'anabaptistes se formèrent, malgré les persécutions, dans les bailliages "du haut" et surtout dans le Birseck (qui relevait du prince-évêque).
D'abord partagé, le Conseil se décida en 1529, sous la pression des bourgeois, en faveur de la Réforme. L'ordonnance de réformation, rédigée par Jean Oecolampade, valable pour la ville comme pour la campagne, et la confession de B. (1534) suivaient pour l'essentiel les points de vue de Zwingli. L'Eglise était placée sous le pouvoir de l'Etat: le Conseil nommait les receveurs (Schaffner) qui administraient les biens de l'Eglise et des écoles sous la surveillance du "collège des députés" (Deputatenamt) représentant le Petit Conseil; il dominait le conseil d'Eglise (organe central, présidé par l'antistès, auquel appartenaient aussi les quatre "députés"), le synode, le consistoire et le tribunal matrimonial. Le Petit Conseil nommait, sur proposition du conseil d'Eglise, les pasteurs des quatre paroisses urbaines et ceux des paroisses rurales, groupées en trois chapitres (Liestal, Waldenburg et Farnsburg) dirigés chacun par un doyen. Les paroisses n'avaient que de modestes compétences administratives (marguilliers, surveillants du consistoire); à la campagne, elles parvinrent cependant toujours à conserver certains usages locaux, malgré la toute-puissance des autorités urbaines et leurs tentatives réglementaristes. L'orthodoxie protestante qui régit l'Eglise d'Etat bâloise dès la fin du XVIe s. se tempéra au XVIIIe s., surtout sous l'influence de courants piétistes (Hieronymus Annoni, les Frères moraves, la Christentumsgesellschaft), mais sans que cela entraîne des changements institutionnels.
Depuis la Réforme, les écoles se trouvaient aussi soumises à la surveillance du Conseil (par le collège des députés). Dans la ville de B., l'enseignement élémentaire se donnait dans les écoles paroissiales; dès 1589, c'est celle de la cathédrale (le futur gymnase) qui servit d'école latine. Le Grand-B. et le Petit-B. avaient chacun une école de filles. Dans la campagne, des écoles publiques, dites des députés, fonctionnaient toute l'année à Liestal et Riehen dès la Réforme, à Muttenz, Buckten, Waldenburg, Sissach et Bubendorf dès la fin du XVIe ou le début du XVIIe s. La plupart des communes disposaient déjà avant la fin du XVIIIe s. d'écoles où l'on ne dispensait à vrai dire que des rudiments. La Restauration réalisa en partie les réformes proposées sous l'Helvétique, grâce aux lois de 1817 et 1818 sur l'école publique et l'université. Le gymnase devint plus nettement une école préparant à l'université, tandis que s'ouvrit une école réale d'orientation plus pratique. L'université de B. sut faire appel à quelques personnalités d'envergure qui renforcèrent son prestige.
Les écrivains et historiens bâlois dignes de mention sont tous de la ville. Ils ont vécu surtout à l'époque de l'humanisme et de la Réforme. L'esprit des Lumières n'a influencé qu'un tout petit cercle. Isaak Iselin (1728-1782), publiciste et philanthrope, est resté un cas unique et l'université n'a jamais défendu les idées nouvelles. Les mathématiques, par contre, virent s'illustrer les Bernoulli et les Euler. Dans les Beaux-Arts, si le XVIe s. fut le siècle du portrait (Hans Holbein le Jeune, Hans Bock l'Ancien), les XVIIe et XVIIIe s. furent ceux du paysage, avec Matthäus Merian l'Ancien et Emanuel Büchel. Au XVIIIe s., les nombreuses et fastueuses demeures des industriels de la soie témoignent d'un goût architectural raffiné, en ville comme à la campagne.
Auteur(e): Hans Berner / PM
A la fin de l'Ancien Régime, l'oligarchie bâloise s'était partagée en deux camps: les patriotes réformistes et les "aristocrates" conservateurs. Après la Révolution française, poussé par une intervention d'Abel Merian le 21 septembre 1789 et par une pétition de la ville de Liestal en juillet 1790, le Grand Conseil abolit le servage le 20 décembre 1790, mais maintint la plupart des redevances qui lui étaient liées. Les années suivantes restèrent calmes. Au tournant de 1797/1798, le rapport de force bascula en quelques semaines en faveur des patriotes conduits par le premier prévôt des corporations Pierre Ochs. Passant par B. le 24 novembre 1797 en se rendant au congrès de Rastatt, Bonaparte invita Ochs à Paris, officiellement pour négocier le rattachement du Fricktal à B. Là, Ochs se rendit compte que la France ne tolérerait pas plus longtemps les régimes aristocratiques de B. et des Confédérés. Si le Grand Conseil refusait encore avec indignation le 18 décembre 1797 une proposition de Peter Vischer demandant l'égalité de la ville et de la campagne, au Nouvel An suivant des campagnards purent prendre part impunément à un banquet révolutionnaire (Bärenmahl). Lorsque des troubles commencèrent à éclater dans les premiers jours de janvier (marche d'Arisdorf, arbre de la liberté à Liestal), il n'était déjà plus temps d'agir pour les Conseils de B.
Les assemblées populaires et l'incendie des sièges baillivaux de Waldenburg, Farnsburg et Homburg (du 17 au 23 janvier 1798) firent tomber le régime. Le 20 janvier, le Grand Conseil déclara égaux en droits tous les citoyens du canton (charte de liberté). Une assemblée nationale élue au suffrage indirect (comprenant 20 représentants de la ville et 40 de la campagne, dont 20 devaient être bourgeois de la ville) tint 45 sessions plénières et d'innombrables séances de comités, qui lui permirent par exemple de réorganiser la justice et d'abolir la plupart des droits féodaux. Ce parlement très actif, le premier sur territoire suisse, n'eut qu'une existence éphémère, du 6 février au 18 avril; il disparut avec l'entrée en vigueur de la Constitution helvétique (12 avril 1798).
Sous la République helvétique, le canton de B. comptait quatre districts: B. (la ville et onze communes), Liestal, Gelterkinden et Waldenburg. Le préfet national était à la tête du canton; un sous-préfet le représentait dans les districts et un agent national dans les communes; il dirigeait la police et contrôlait la chambre administrative, de cinq membres, chargée d'appliquer les directives de l'Etat central. Dans les communes, les citoyens élisaient la municipalité, distincte dans les grandes localités de la chambre de régie qui gérait la bourgeoisie. Chose inconnue jusqu'alors, un groupe de communes ou un district pouvait créer, dans un but de coordination (par exemple pour partager les charges militaires), une "municipalité centrale" ou "de district" informelle.
D'un côté, le canton de B. profita sous l'Helvétique de son rôle d'avant-garde révolutionnaire en Suisse: les occupants le traitèrent mieux que d'autres cantons et ne pillèrent pas son trésor public, transféré en partie à l'Etat central helvétique. D'un autre côté, il souffrit comme d'autres du passage des troupes, des réquisitions et des cantonnements. A l'approche des armées de la deuxième coalition, en 1799, il fallut raser des maisons et abattre des arbres pour permettre de fortifier les portes du Petit-B. La population subit de lourdes charges, même si (contrairement à une opinion répandue) l'Etat central helvétique remboursa une partie des dépenses de guerre, soit en espèces, soit en titres sur les couvents sécularisés. La ville fut plus touchée que la campagne, qui ne se montra guère solidaire; cela explique peut-être en partie le comportement futur des citadins à l'égard des campagnards.
La population se détacha de plus en plus du nouveau régime, à mesure qu'elle découvrait ses dissensions internes et ses compromissions envers la France. Tant la campagne (en septembre 1800 contre les cens fonciers) que la ville (en automne 1802, comme dans toute la Suisse) se soulevèrent.
Auteur(e): Matthias Manz / PM
La première Constitution cantonale (au sens moderne du mot) était jointe à l'acte de Médiation du 19 février 1803, imposé par Bonaparte. Elle se basait sur un projet de Hans Bernhard Sarasin, délégué bâlois à la Consulta. Le canton était divisé en cinq districts: B., district du Bas (Unterer Bezirk), Liestal, Sissach et Waldenburg. Un Grand Conseil de 135 sièges détenait le pouvoir législatif; 45 "corporations électorales", 15 pour la ville (définies par l'appartenance professionnelle) et 30 pour la campagne (définies géographiquement), y élisaient chacune un député direct et quatre "candidats", dont deux étaient tirés au sort. Le premier Grand Conseil élu comptait 53 citadins et 82 campagnards, ce qui correspondait au poids relatif des populations (36% et 64%). La nouvelle Constitution cantonale garantissait l'égalité formelle des citoyens. Mais certaines dispositions favorisaient de fait ceux de la ville: l'exigence d'une fortune minimale pour être éligible, un Petit Conseil (exécutif) mal rémunéré et aux séances fréquentes, ce qui obligeait pratiquement à résider en ville; sur ses vingt-cinq membres, huit seulement venaient de la campagne. Deux bourgmestres, alternant annuellement, présidaient le Petit Conseil. B. fut deux fois canton directeur, hôte de la Diète fédérale. La charge de Landamman de la Suisse revint donc aux bourgmestres Andreas Merian (chef des "aristocrates" à la fin de l'Ancien Régime) en 1806 et Peter Burckhardt en 1812. Les corporations de métiers de la ville ne retrouvèrent certes pas leurs anciennes prérogatives politiques, mais bien leurs privilèges économiques. Les campagnards en prirent leur parti; ils se rebellèrent uniquement en 1804, lorsque leur milice fut envoyée dans la campagne zurichoise, à la demande de la Confédération, pour réprimer un soulèvement contre la réintroduction des dîmes et des cens (guerre de Bocken).
La ville ne se confondant plus avec l'Etat, sa fortune dut être séparée de celle du canton. Héritée de l'Helvétique, la séparation entre communes d'habitants et bourgeoisies fut maintenue, mais un unique conseil dirigeait presque partout ces deux institutions.
La Suisse restait dépendante de la France et Napoléon fit pression dès le début pour qu'elle participe à la guerre économique contre l'Angleterre en respectant le Blocus continental. A B., les restrictions commerciales frappèrent en particulier l'industrie de la soie; les passementiers à domicile en furent les premières victimes. Mais elles profitèrent à certains entrepreneurs, comme Christoph Merian.
Au printemps 1809, des troupes françaises passèrent le Rhin à B. Le gouvernement, impuissant, dut même céder du terrain au Petit-Huningue pour que la France puisse y établir une tête de pont sur la rive droite. B. encourageait financièrement l'enrôlement de soldats pour les armées napoléoniennes, dans le cadre des capitulations militaires conclues entre la Suisse et la France. Dès 1812, il y eut des levées forcées, en particulier pour la campagne de Russie. Dans l'hiver 1813-1814, alors que les Alliés progressaient vers l'ouest en chassant les Français devant eux, la Suisse se déclara neutre et occupa sa frontière nord. Les Alliés ne reconnurent pas cette neutralité, parce que la Suisse avait combattu du côté français et n'avait pas retiré ses contingents, même après la défaite de Leipzig. Dès le 21 décembre 1813, 80 000 hommes des armées autrichienne, prussienne et russe entrèrent à B. et prirent leurs quartiers en ville et dans tout le canton. Les troupes fédérales avaient déjà quitté le canton. L'occupation dura jusqu'au 20 juin 1814 et doit avoir coûté au total 800 000 jours de pension. Une partie des frais fut remboursée ultérieurement. Les soldats propagèrent le typhus, provoquant une épidémie qui fit plusieurs centaines de victimes civiles. Mais on se souvint longtemps d'un événement qui éclaira cette sombre époque: la présence simultanée à B., le 13 janvier 1814, de l'empereur d'Autriche François Ier, du tsar Alexandre Ier et du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III.
Auteur(e): Matthias Manz / PM
La Constitution bâloise fut révisée le 4 mars 1814 dans l'esprit de la Restauration. Elle prévoyait un Grand Conseil de 150 membres à vie, dont 60 députés directs, élus dans les "corporations électorales" (30 par la ville, 30 par la campagne) et 90 cooptés par le Grand Conseil (60 pour la ville, 30 pour la campagne). Le rapport ville-campagne était donc de 90 pour 60, alors que la démographie l'aurait fixé à 55 pour 95 (16 700 et 28 400 habitants). L'ancien Grand Conseil (de la Médiation), où la campagne avait pourtant la majorité, accepta ce rétablissement de jure de la prépondérance de la ville par 63 voix contre 3 et quelques abstentions, 67 députés étant absents: les campagnards manquaient de confiance en eux-mêmes et de personnalités capables de mener la lutte contre l'esprit du temps. Le congrès de Vienne décida le 20 mars 1815 du sort de l'ancien évêché de B., attribuant les bailliages de Pfeffingen et du Birseck au canton de B., qui en prit possession le 28 décembre, après avoir signé l'acte de réunion du 7 novembre avec les représentants des neuf communes concernées. Egales en droit aux autres communes campagnardes, elles formèrent le district de Birseck, alors le sixième. Quatre sièges supplémentaires au Grand Conseil leur furent attribués. Elles n'eurent un statut spécial qu'en matière d'Eglise (la pratique de la confession catholique était garantie dans le canton), d'écoles et d'assistance publique.
Auteur(e): Matthias Manz / PM
Encouragés par la révolution de Juillet à Paris, quarante citoyens de la campagne réunis à Bad Bubendorf adressèrent une pétition au bourgmestre de B. Johann Heinrich Wieland (remise le 26 octobre 1830), demandant plus de liberté et d'égalité, par la voie d'une révision constitutionnelle. Une seconde pétition exigeait que le peuple ait à élire la constituante, puis à approuver le futur texte. Le projet adopté par le Grand Conseil le 4 janvier 1831 ne répondait qu'en partie aux attentes des campagnards. En particulier, au lieu de prévoir un nombre de députés proportionnel aux populations, il en attribuait 75 à la ville et 79 à la campagne, laquelle restait moins bien représentée que sous la Médiation. La Constitution révisée fut acceptée en votation populaire le 28 février 1831 (sauf dans deux des cinq districts campagnards), mais le climat politique se détériora de plus en plus: l'agitation continuait à la campagne, la ville se cramponnait à ses privilèges. La formation d'un premier gouvernement provisoire campagnard, le 7 janvier 1831, fut réprimée militairement; les meneurs, passés en jugement, furent exclus de la loi d'amnistie adoptée un peu plus tard, si bien que les démêlés avec les rebelles, partisans de Stephan Gutzwiller, de Therwil, vinrent s'ajouter à la question de la représentation dans un débat de plus en plus vif.
La Diète fédérale envoya en mission de reconnaissance des représentants qui ne parvinrent pas à calmer les esprits. Après de nouveaux affrontements violents en août 1831, elle décida une intervention militaire. Elle réussit à séparer les partis, mais non à les réconcilier. Comme elle agissait sans grande fermeté contre les révolutionnaires, les autorités et la population de la ville eurent le sentiment qu'elle les dupait. Une votation populaire sur la séparation eut lieu le 23 novembre 1831; le parti campagnard rebelle préconisa l'abstention. Dans les communes de la campagne (sans celles de la rive droite du Rhin, Riehen, Bettingen et Petit-Huningue), la participation se monta à 50,4% et la séparation fut refusée par 3621 voix contre 789. Mais, dans 46 communes, la majorité absolue ne fut pas atteinte; le Grand Conseil y vit un vote de défiance. Il décida le 22 février 1832, comme il l'avait annoncé, de supprimer l'administration cantonale dans ces communes récalcitrantes dès le 15 mars. Deux jours plus tard, le 17 mars 1832, le nouveau canton de B.-Campagne se constitua. La ville voulut porter secours aux fidèles qui lui restaient dans les hautes vallées de l'Ergolz et de Reigoldswil; ses troupes furent battues à Gelterkinden.
Le 4 mai 1832 déjà, 55 des 78 communes de la campagne adoptèrent la première Constitution de B.-Campagne. L'élection des nouvelles autorités cantonales (législatives, exécutives et judiciaires) se fit dans le même souffle. La Diète retira ses troupes et reconnut dans les arrêtés des 14 juin, 14 septembre et 5 octobre la séparation partielle du canton de B. Le Grand Conseil de B. rejeta ces décisions. Tandis que le nouveau canton consolidait sa position sur place et dans le reste de la Suisse, la situation des communes fidèles à la ville et la position des autorités bâloises dans la Confédération devenaient toujours plus précaires. La population de la ville se sentait humiliée. Une dernière tentative militaire pour renverser le cours des choses s'acheva en désastre pour la ville, le 3 août 1833, à la Hülftenschanze entre Pratteln et Augst. Aux campagnards s'étaient joints quelques Polonais, réfugiés en Suisse après l'échec de la révolution de 1830. Plusieurs soldats de la ville, fuyant après la défaite, furent massacrés sur le chemin du retour.
La Diète fédérale décida le 26 août 1833 la séparation complète, sous réserve d'une réunification volontaire. B.-Ville adopta une nouvelle constitution le 3 octobre 1833. Le partage des biens des deux demi-cantons se fit durant les deux années suivantes, sous l'autorité d'un tribunal fédéral d'arbitrage, au prorata du nombre d'habitants (1/3 pour la ville, 2/3 pour la campagne); une fois de plus la ville se sentit désavantagée, tant par la Diète que par les décisions du président du tribunal d'arbitrage qu'elle avait elle-même nommé, Friedrich Ludwig Keller.
Auteur(e): Matthias Manz / PM
La structure économique de la campagne ne changea guère entre le milieu du XVIIIe s. (artisans 29%, ouvriers à domicile 26%, Tauner 27%, paysans indépendants 18%) et le premier tiers du XIXe, sinon localement: les artisans devinrent le groupe majoritaire dans les communes proches de B. après 1798, tandis que le nombre des ouvriers à domicile s'accrut fortement dans le district de Waldenburg entre 1774 et 1815.
Dans l'agriculture, les changements ne suivirent pas partout le même rythme. Le passage aux prairies cultivées et à l'élevage fut plus précoce dans la région de Waldenburg, où la passementerie s'implanta très tôt, qu'à l'ouest, à l'est et au nord du canton. Dans cette "ceinture agricole", la céréaliculture en assolement triennal dominait encore durant la première moitié du XIXe s.; elle s'intensifia lentement mais sûrement grâce à l'adoption de nouvelles rotations des cultures (céréales, pommes de terre, trèfle, cultures sarclées). La pomme de terre devint l'aliment principal au plus tard après la crise de 1816-1817. L'arboriculture (surtout cerisiers) s'accrut particulièrement dans la première moitié du XIXe s. La plupart des cens et des dîmes furent rachetés dans les première décennies du XIXe s., avant 1830.
L'artisanat et l'industrie se développèrent dans un contexte marqué par l'introduction de la liberté de commerce en 1798, puis par sa suppression en 1803. Les ordonnances corporatives restèrent en vigueur en ville de B. jusqu'au milieu du XIXe s., imposant la coexistence d'une petite production réglementée à côté d'une industrie d'exportation et d'un secteur financier plus innovateurs. Métier non réglé, la passementerie fut le moteur du développement industriel. La première filature mécanique de schappe (J.S. Alioth & Cie), ouverte en ville en 1824, se transféra à Arlesheim en 1830. Les premières fabriques utilisant l'énergie hydraulique ou celle de la vapeur, dans les années 1830, appartenaient aussi au secteur de la soie (filature, retorderie). La passementerie employait surtout des ouvriers à domicile, établis en majorité dans la partie supérieure du canton. Il y avait 2242 métiers en 1786 et 4691 soixante ans plus tard. La première passementerie mécanique fut inaugurée en ville de B. en 1836.
Auteur(e): Ruedi Brassel / PM
La "réunification volontaire" dont la Diète avait expressément réservé la possibilité en 1833 revint régulièrement sur le tapis au XIXe s., surtout dans les moments où la crise de la passementerie mettait en lumière la forte dépendance des deux B. (putsch de Gemeindejoggeli à Gelterkinden en 1839, annulation par le peuple en 1864 du refus "irrévocable" de la réunification décidé par le Grand Conseil de B.-Campagne en 1861). Vu les crispations de part et d'autre, la question ne devint plus concrète que lorsque apparut le "problème de la banlieue", lié à l'industrialisation. Si dans les premières décennies après la séparation, c'étaient les passementiers du haut du canton qui avaient le plus de liens économiques avec la ville, ce furent ensuite les communes proches de B. Celles-ci espéraient diminuer, en cas de réunification, leurs dépenses d'infrastructure toujours plus lourdes. Les ouvriers appréciaient aussi la politique sociale progressiste de la ville.
En 1933, cent ans après la séparation, l'association pour la réunification (fondée en 1914) lança une initiative dans les deux demi-cantons. Cela suscita, surtout dans le haut de B.-Campagne, une vive opposition, qui s'organisa en "mouvement pour un canton de B.-Campagne indépendant". L'initiative fut acceptée en février 1936, non seulement à B.-Ville, mais aussi à B.-Campagne, après de violents débats, grâce au district d'Arlesheim, le plus proche de la ville. Le peuple des deux demi-cantons adopta aussi l'article d'application, deux ans plus tard. Mais les Chambres fédérales refusèrent d'abord leur garantie; elles l'accordèrent en 1960, sur la base d'une initiative cantonale qui, soumise préalablement au vote populaire à B.-Campagne, avait recueilli 59% d'avis favorables. Enfin, en 1969, une Constitution préparée par un conseil commun fut acceptée à B.-Ville par deux tiers des votants, mais refusée à B.-Campagne par 59% des voix. L'opinion s'était retournée principalement parce que B.-Campagne avait fermement décidé d'améliorer son infrastructure.
La réunification quitta donc l'ordre du jour. Par la suite, les deux cantons intensifièrent leur coordination, y compris en matière financière. Ils adoptèrent tous deux en 1974 un article constitutionnel sur la collaboration. En outre, au-delà des relations intercantonales, la coopération internationale dans le cadre de la Regio Basiliensis a pris de plus en plus d'importance. Par ailleurs, des efforts sont entrepris afin que B.-Ville et B.-Campagne passent du statut de demi-canton à celui de canton.
Auteur(e): Ruedi Brassel / PM
Auteur(e): Bernard Degen