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Les mœurs étaient sévères, Leurs Excellences intransigeantes, les consistoires actifs: et le monde était pécheur !!!
Voici un convenant fait le 2 août 1754 entre la Commune de Sullens et honnête Pierre Séchaux de Sullens :
Un jeune de Sullens, Isaac Séchaux (avec x à l'époque) fils de Pierre, est accusé d'être le père d'un enfant mis au monde par une fille de Mollens, nommée Louise Morellon.
On ne sait pas comment ces deux se sont connus, il n'y a pas de contestation à ce sujet; donc un(e) enfant a vu le jour le 24 février, et Séchaux nie être le père. L'affaire est alors portée devant les "illustres et très Honorés Seigneurs du Sup. consistoire" de Berne, qui transmet le dossier au consistoire de la paroisse de Sullens, en condamnant ledit Séchaux à l'entretien de l'enfant, ou, à défaut, il sera à la charge de Sullens !
Louise Morellon est venue se présenter à Sullens, accompagnée du sieur Daniel Cuvit de Mollens. Mais le père présumé, lui, a préféré prendre la fuite. On s'adresse alors au père de l'accusé pour le paiement des frais à ce jour - soit six mois - et surtout pour lui remettre l'enfant. Refus du père (grand-père). On recourt au sieur Tappy, justicier et au secrétaire Henriod, qui propose 40 fl. pour les 6 mois. Nouveau refus. L'enfant serait donc à la charge de la bourse des pauvres. L'affaire arrive aux oreilles du seigneur de Sullens, qui convoque une assemblée de commune, pour ce 2 août. Le coupable n'a pas de biens et son père fort peu.
Que faire ?
... Il serait "de la bienséance et des bonne mœurs de ne point rejeter cet enfant.
Et pour le tant mieux engager à une si juste et équitable proposition il fut dit qu'on suppléerait à son entretien"
Pierre Séchaux cède: il a "donné les mains à une si sage réquisition.. ". L'entretien complet de l'enfant dès le 25 août contre dédommagement de 15 batz par mois sera payé par la Commune (soit 45 fl. l'an) plus un char de bois la première année.
La convention est signée par le seigneur de Sullens, D'Albenas, attestée par le secrétaire Henriod; quant à Pierre Séchaux, qui ne sait pas écrire, il "a fait sa marque", une sorte de tache !
Le consistoire de Mollens qui a entrepris les premières démarches entend être payé et adresse une liste assez longue de frais : 37 fl.3 s. auxquels s'ajoute la pension de l'enfant: 18 fl. 9, soit 56 fl. en tout.
La note de Mollens est signée Mayor, accompagnée d'un sceau de cire rouge aux armes de Mollens: un cheval ailé ! Curieusement, les comptes ne mentionnent que 40 fl. à Pierre Séchaux, pas de trace des frais dus à Mollens, probablement payés par le recteur des pauvres dont nous n'avons pas les comptes.
Le cas ci-dessus n'est pas le seul, bien sûr. Nous en avons encore deux dans nos archives, sans savoir si la liste est complète !
Tout d'abord un arrangement intervenu entre le "coupable" et la Commune:
Jean-Pierre Laurent, fils de feu Jean-François, est accusé d'être le père d'un garçon mis au monde par Jeanne Cuérel de Villars-Ste-Croix, en 1759, à Lausanne.
L'affaire avait été soumise au vénérable consistoire de Lausanne, puis les Illustres et Magnifiques Seigneurs du Suprême Consistoire de Berne avaient cité Laurent à comparaitre à Berne. Comme l'intimé était absent du pays, les citations avaient été répétées de six semaines en six semaines à l'église de Sullens.
Ledit Laurent avait été condamné par contumace à entretenir l'enfant. Comme il n'avait pas de biens, ce sont les communes de Fey et Sullens, dont Laurent est aussi bourgeois, qui héritent de cette charge. Sullens, pour la première année, aura à débourser 8 fl. 6 sols par mois, outre l5 fl. pour les habits et le linge-
Or Laurent est par la suite rentré au pays, mais pour peu de temps, car il est au service d'un seigneur anglais qui réside à Turin (l'attestation dudit seigneur précise qu'il est alors en séjour à Lausanne chez M. de Mézery). Laurent fait savoir qu'il est disposé à élever l'enfant et à l'instruire selon les devoirs du christianisme. L'Assemblée de Commune, réunie à cet effet, a naturellement acquiescé, sans oublier de se faire défrayer des sommes déjà payées !
L'accord est signé le "8e Xbre 1760", est signé de "Jean Pierre Lorent, Henriod, secrétaire de Commune et Charles Ramuz gouverneur institué. Témoins: l'assemblée de Commune et le Sr Régent Guignard".
Voilà une affaire qui finit bien, pour les communes intéressées en tout cas ! Ces dernières avaient d'ailleurs été prévoyantes à en juger par des lettres échangées entre elles. Par exemple, on lit:
"qu'au cas que ledit enfant eut de l'inclination pour une profession convenable à son état conséquemment toutes les dépenses qui en surviendront seront payées de même" (à parts égales par les 2 communes) ou encore.
"Si ledit enfant vient vieux ou infirme on en agira de même tant à l'égard de toutes espèces de fournitures... nonobstant qu'il fut domicilié à fei (Fey) ou à Sullens"
A Fey, on avait été quelque peu surpris.
"... Lorsque ce jeune Enfant sera parvenu à l'âge requis pour vouer un jeune homme à une profession, les Communes de Sullens et Fey verront pour lors
Entre Elles ce qui leur conviendra le mieux de faire; n'anticipons pas les temps. Il n'est pas naturel non plus qu'on se mette déjà en règle cinquante ou soixante ans à l'avance... et l'on ne doit pas présumer que ce jeune Laurent se trouvera exposé à la même misère que sa naissance lui a donnée. Il deviendra peut être un des plus riches des villages de Sullens et Fey. D'ailleurs combien peut y a-t-il d'hommes qu'ils parviennent à la vieillesse..."
"Jouissons toujours tranquillement du présent et laissons... à nos successeurs..."
Que de sagesse chez le justicier Pierre Benniez, qui terminait sa lettre par le formule
"Vôtre très humble et très Obéissant serviteur". Sullens tenait à ces points, Fey à leur suppression. Nous n'avons pas la convention finale pour savoir qui des deux... Mais comme tout s'est bien arrangé sans cela... !!!
Il n'y a pas que des "coupables" a Sullens, mais aussi des "victimes". Voici le texte d'un billet adressé à l'honorable commune de Sullens:
"Le sieur Jaque Samuel Badens, gouverneur de l'honorable commune de Sullens, étant venu d'ordre d'Icelle pour remettre à la Paroisse de St Saphorin l'enfant qu'a eu François Louÿs Blanc de Chexbres de Marguerite Aguet dudit Sullens étant accompagnée de Celle-ci, lequel enfant a été adjugé par sentence souveraine audit Blanc et par conséquent Bourgeois de cette paroisse, Messieurs les Banderet Morel et Chatelain Morel ont chargé ledit sieur gouverneur de reconduire ladite Aguet avec son enfant audit Sullens en lui livrant un Ecu blanc par un mois de service à son entretien en attendant qu'on prenne des arrangements à l'égard dudit enfant..... Pour "foy" expédié audit sieur gouverneur à Sr Saphorin le dit jour l7 juin 1761"
"Coupables" ? Pour LLEE de Berne, tous deux - lui et elle - le sont, et coupables et punissables, dans tous les cas ! Nos archives, elles, possèdent un document mentionnant une punition que voici:
"Nous Jean Henry Polier De Vernand, Lieutenant Baillival et du Ven. Consistoire de Lausanne, savoir faisons que ce "jourdhui", sixième mars mille sept cent soixante six"' "
Le consistoire a procédé à une reconnaissance en paternité, dont le coupable s'appelle
Jean François Aguet, chamoiseur et habitant Yverdon. Il a reconnu être |e père de l'enfant de Marie de la Crausaz, d'Epalinges.
Tous deux sont coupables de
"simple fornication",
et l'un et l'autre subiront
10 jours de prison !
Texte G.C.