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À l'origine
« Quand j'arriverai à Paris, elle sera en vie. Il ne peut pas en être autrement, cela ne se peut pas. Elle n'a pas le droit de mourir. Plus tard, peut-être, quand nous le lui permettrons » : en 1974, Werner Herzog, apprenant sa maladie, se rendait auprès de Lotte Eisner – grande historienne du cinéma allemand – à pied, en traversant une Europe enneigée entre Munich à Paris. Expérience fondatrice dont il tirera un livre, Sur le chemin des glaces. Filippo Filliger retrouve ce geste dans A l'Origine, cette fois avec une caméra, en marchant entre Genève et Locarno vers sa mère, atteinte d'un cancer, à travers un paysage qu'il a toujours vu défiler derrière une vitre de train ou de voiture, mais « jamais vécu ». C'est dans le ventre de la montagne, séquence inaugurale du film, qu'il prend la décision de péleriner pour retarder l'issue fatale de la maladie et laisser surgir un sentiment de tristesse qui lui permettra de laisser partir sereinement l'être aimé. En chemin, le temps ralenti provoque rencontres, dialogues impromptus, fulgurances visuelles : comme une jouvence de l'attention portée à la moindre des choses.
Emmanuel Chicon