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Une pierre à écuelle à Sornetan (texte repris de Dr. A. Quiquerez /www.e-periodica.ch)
Le village de Sornetan dans une haute vallée du district de Moutier, semble tirer son nom de sa situation sur une colline, près de la source de la rivière de la Some, Sornedunum. Ce cours d'eau avait aussi donné son nom à la Vallée de Delémont, qu'on
appela Sornegau aux temps mérovingiens et plus tard encore.
Au Sud-Est de ce village, sur un mamelon naturel, on remarque une roche étrangère au Jura, un quartzite appartenant à un de ces blocs erratiques fort rares dans cette chaîne du Jura. Ce bloc a plus de 2 m de longueur, sur 80 cm de hauteur hors de terre. Tous ses angles sont arrondis soit par le tems, soit par un charriage. Il est connu sous le nom de Caillou.
Sur son flanc méridional, on remarque deux cavités de 12 à 16 cm de longueur, sur 10 cm de largeur et l'une d'elles en a 26 de profondeur. De là vient que les eaux pluviales s'y rassemblent comme au point le plus bas et qu'elles s'y maintiennent plus ou moins longtemps. On ne saurait dire si ces cavités sont naturelles ou si elles sont dues à un travail des hommes. Ceux-ci, au moyen d'un morceau de silex, ont pu les creuser ou les agrandir dans cette roche d'une dureté médiocre.
Le peuple des campagnes voisines a une certaine vénération pour cette pierre et c'est pour ce motif qu'il n'en a pas débarrassé le terrain qui a pris le nom de Pré du Caillou. Il est voisin d'une source et de l'emplacement d'une de ces forges des tems primitifs.
Ce même nom de Caillou a été donné à une roche calcaire informe placée par les hommes au milieu de la Vallée de Delémont et qui jadis a servi de limite entre le Sornegau et la Prévôté de Moutier. Son voisinage a restitué des fragments de poterie de l'âge de la pierre. On voit encore près de la vieille église de Courrendlin, déjà citée au IXe siècle, une roche calcaire offrant deux cavités attribuées à St-Germain, premier abbé de Grandval, au VIIe siècle1); une autre se voyait de nos jours près de la route dans les Gorges de Moutier-Grandval et elle était imputée à ce même saint qui y avait laissé l'empreinte de ses genoux, comme la précédente s'était ramollie pour lui former un siège pluscommode. Une troisième roche dédiée à St-Germain se voyait naguère devant l'église abbatiale de Moutier, sur la place où se tenaient les anciens Plaits de la contrée. Ces trois roches ont conservé des traditions et pratiques analogues à celles du Caillou de Sornetan. Elles sont toutes évidemment des pierres à écuelles, mises ensuite sous le vocable de St-Germain, pour donner une autre direction aux pratiques superstitieuses
dont elles sont néanmoins restées le sujet.
L'»Indicateur« a déjà reproduit le dessin de la pierre de St-Germain près de l'église de Courrendlin, mais nous croyons intéressant de fournir celui de la roche aux genoux de ce saint (PI. XVII, fig. 1) et celui du Caillou de Sornetan (PL XVII, fig. 2) à raison de leur analogie sons divers rapports.
La Vallée de Sornetan a offert diverses traces des tems préhistoriques. Elle n'était point déserte, comme on l'a crue; les Romainsy avaient fait passer un chemin et celui-ci était protégé par un castel qui a laissé des traces et son nom au tillage de Châtelat, tout près de Sornetan.
De Dr. A. Quiquerez (www.e-periodica.ch)
') Voir »Indicateur« 1869, pag. 2.