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Dans la perspective de participer à l'effort commun, c'est très
volontiers que j'accepte de faire figurer sur le site les éléments
qui suivent.
L'introduction dans le cursus gymnasial helvétique du "Travail de maturité" un travail personnel qui prend généralement la forme d’une recherche de longue durée (jusqu’à 12 mois), présentée oralement et dans un rapport écrit, a été l'occasion d'une large réflexion pédagogique et elle a amené les enseignants et les responsables scolaires à élaborer des stratégies de formation des élèves à la probité intellectuelle, stratégies dont la lutte contre le plagiat est évidemment une des pierres angulaires.
Il y a trois ans, à la suite d'une affaire de plagiat dépisté et sévèrement sanctionné par la direction d'un établissement genevois avant que le fautif ne bénéficie d'une certaine mansuétude de l'instance de recours, j'ai reçu mandat de revoir les bases réglementaires qui régissent à Genève le travail de maturité. Le rapport que j'ai remis le 15.11.2004 au chef du Département de l'instruction publique du Canton de Genève consacre un chapitre à la question du plagiat, à sa prévention et à sa sanction (voir ci-dessous).
Ce rapport et les propositions qu'il contenait ont été globalement bien reçus par l'ensemble des acteurs, enseignants, élèves, parents et responsables scolaires, même si certains ont regretté que la sanction suprême du plagiaire, à savoir le refus pur et simple de la maturité, ait dû être abandonnée car jugée disproportionnée par les juristes de la couronne.
La plupart des propositions formulées dans le rapport ont été
traduites dans les règlements et dans la pratique des établissements
(qui n'avaient d'ailleurs pas attendu mon rapport pour agir contre le plagiat).
Bien entendu, le problème du plagiat n'est pas pour autant résolu au niveau du gymnase, tant s'en faut! L'effort de formation doit donc se renforcer sans cesse. Pour ne donner qu'un seul exemple, la direction d'un collège a convoqué cet automne l'ensemble des élèves de l'établissement, degré par degré, pour une séance d'information sur le plagiat.
Avec mes salutations les meilleures
Jean-Jacques Forney, ancien directeur du collège de Saussure à
Genève (Suisse)
Extrait de « Travail de maturité : Bases réglementaires et déroulement du travail »,
Rapport au Département de l’instruction publique du Canton de Genève, J.-J. Forney, 15.11.2004
6. Le plagiat et sa prévention
6.1 ; Définition du plagiat et rôle de l’école
« Tout ce qui a été bien dit par quelqu'un est mien » écrivait Sénèque [1] au 1er siècle de notre ère.
« Je ne compte pas mes emprunts, je les poise », avouait Montaigne quinze siècles plus tard avec une certaine désinvolture. Mais il faisait aussi observer : « C’est témoignage de crudité et d’indigestion que de regorger la viande comme on l’a avalée ».
C’est dire que la notion de plagiat n’a pas toujours été considérée du même oeil qu’aujourd’hui ! Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour que s’impose l’idée de propriété intellectuelle, reconnue légalement en France pour la première fois en 1791 par la loi Le Chapelier qui consacre le droit d’auteur[2].
Sur le fond, on peut définir le plagiat comme l’action consistant à faire passer pour son œuvre ce que l’on a emprunté à autrui, en omettant d’en citer la source.
Pour l’application sur le terrain scolaire et, en particulier, dans les directives concernant le travail de maturité, on doit être plus précis. De nombreuses écoles ont formulé des définitions « opérationnelles » du plagiat. Je reprendrai ici celle qui figure dans la brochure « Présentation du travail de maturité » du collège Sismondi et qui s’inspire du complément au « Guide méthodologique » du Collège pour adultes Alice-Rivaz :
« Par plagiat il faut entendre
- la copie (quel que soit le support d’origine) de phrases entières sans les mettre entre guillemets et/ou sans citer leur source ;
- la traduction d’un texte rédigé dans une autre langue sans révéler la source originale ;
- l’emprunt d’informations précises à une source à laquelle aucun renvoi n’est effectué. »
À ces définitions factuelles, nécessaires pour fixer sans ambiguïté les règles du jeu et, le cas échéant, pour établir la faute, il est indispensable d’ajouter une qualification du plagiat en termes d’éthique et de valeurs. L’école a sur ce plan une responsabilité à laquelle elle ne peut se dérober. Il est de sa mission de former les jeunes qui lui sont confiés à la probité intellectuelle et au respect d’autrui et de soi-même qui va avec.
Plagier dans le cadre du travail scolaire, c’est d’une part se dérober à l’effort personnel exigé mais c’est aussi rompre le contrat de confiance indispensable à la relation pédagogique. Recourir au plagiat dans la réalisation du TM, c’est, de plus, passer à côté d’une occasion exceptionnelle de développer, dans un cadre adéquat, ses aptitudes à la pensée, à la recherche et à l’expression autonomes.
Les sanctions prévues pour cette forme de fraude doivent donc être exemplaires et dissuasives, et elles seront d’autant plus faciles à appliquer que l’institution scolaire pourra s’appuyer sur une action pédagogique et éducative préventive de longue haleine en matière d’éthique intellectuelle.
C’est pourquoi la notion de plagiat doit faire l’objet d’une formation progressive tout au long du cursus scolaire de l’élève, mais en tout cas dès la première année gymnasiale.
Les enseignants sont tout à fait conscients de la responsabilité qui leur incombe à cet égard ainsi que du rôle qu’ils ont à jouer et qu’ils jouent déjà.
Les considérations qui précèdent ne sont d’ailleurs pas là pour dénoncer un quelconque manquement de l’institution mais pour conforter les écoles et les maîtres dans leurs efforts.
6.2 Mesures de prévention
Signe des temps, les publications et, notamment, les sites Internet prodiguant d’utiles conseils en matière de lutte contre le plagiat ne manquent pas[3]. On trouvera ci-dessous une liste de mesures qui sont de nature à réduire les risques de plagiat dans la réalisation des travaux personnels :
- dans la documentation remise aux élèves, mentionner explicitement le plagiat en mettant en évidence :
˜ la gravité de la faute
˜ ses conséquences réglementaires
- ne valider un sujet que lorsqu’il est formulé dans les termes d’une problématique précise. On diminue ainsi le risque de trouver un travail déjà rédigé sur le même sujet
- privilégier la recherche d’informations par des voies non livresques telles que :
˜ enquêtes
˜ interviews
- encourager les recherches sur des sujets en rapport avec l’actualité très récente
- assurer un suivi serré ; interroger systématiquement l’élève sur les sources qu’il consulte ; vérifier si besoin
- fixer des échéances pour les différentes parties d'un projet, avec des rapports d'étape, et tenir compte de ces rapports dans l'évaluation finale
- encourager la tenue du Carnet de bord qui permet de retracer les étapes de la démarche et l’identification des sources
- exiger que l’élève se réfère à des sources multiples
- demander une bibliographie détaillée en précisant que toutes les sources doivent être mentionnées
- exiger, dès les premières étapes du travail, la production de textes rédigés par l’élève. Le maître accompagnant dispose ainsi d’un échantillon représentatif du style de l’élève et de son habileté rédactionnelle. Tout texte ultérieur manifestement « trop bien écrit » doit alors faire l’objet d’un examen attentif
- mettre à profit la soutenance pour tester la maîtrise du sujet par l’élève et l’interroger sur ses sources
- faire signer à l’élève une « déclaration d’authenticité » par laquelle il atteste être l’auteur du dossier rendu
- plus généralement, étudier l’éventualité de faire signer à tous les collégiens un « Code de probité intellectuelle » qui les engagerait dans l’ensemble de leurs études
La plupart de ces mesures sont déjà régulièrement appliquées dans la plupart des établissements. Leur généralisation contribuerait à minimiser encore les risques de plagiat.
6.3 Les moyens informatiques de détection
Outre les mesures fondées sur le bon sens et sur l’expérience pédagogique, qui suffisent le plus souvent à éveiller l’attention du maître accompagnant, il vaut la peine d’envisager le recours aux moyens technologiques disponibles.
Le développement de l’Internet met à la portée de chacun une masse quasi-illimitée d’informations et de textes rédigés que des élèves en mal d’inspiration ou de matière peuvent être tentés d’incorporer dans leur travail en les faisant passer pour leur production. Il existe même des sites qui vendent (et qui achètent) des travaux déjà rédigés.
Mais ce même développement met aussi à disposition des outils performants permettant de déceler les emprunts sur le web. Des logiciels existent et des services payants donnent la possibilité de soumettre des textes suspects à des moteurs de recherche capables de retrouver la source des plagiats. Les élèves sont déjà tenus de rendre le dossier de leur TM sur un support informatique. Cela facilite l’utilisation des logiciels de dépistage et des moteurs de recherche.
Pour tirer le meilleur parti de ces outils technologiques, il serait en outre utile de
- placer sur Internet (sites d’écoles, serveur centralisé genevois ou romand ?) le plus grand nombre possible de TM. On pourrait ensuite soumettre des passages suspects à l’action d’un moteur de recherche ou de logiciels spécialisés
- faire une étude en vue d’abonner les écoles ou un bureau spécialisé à un service de détection
- faire savoir aux élèves que l’on connaît les sites proposant des travaux déjà rédigés et leur proposer d’utiliser les travaux trouvés sur Internet comme des sources parmi d’autres.
[1]Sénèque, Lettres, LXXIX, 6
[2] « Le plagiat », Christian Vandendorpe, Université
d’Ottawa,
http://www.uottawa.ca/academic/arts/lettres/vanden/plagiat.htm
[3] cf. par ex. Le plagiat avec Internet, des solutions…, N. Perreault,
Le Bulletin Clic N° 51, oct. 2003, http://clic.ntic.org/clic51/plagiat.html
ou
Halte aux tricheurs ! S. Bourdon, Pour parler profession, www.oct.ca/fr/CollegePublications/Ps/septembre_2001/netplag.asp