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Médine. Le procédé, donnant de bons résultats, on élargit le cercle de la confrérie, on augmenta le nombre des élus, sans pour cela créer de nouveaux titres, et chaque brevet de farrasch honoraire fut divisé en vingt-quatre carats. De cette manière, on fait plus d'heureux, et les aumônes croissent à proportion. Le service de la mosquée d'Omar, celui du tombeau de David ont adopté le même système, le trouvant bon à imiter; le ciel y gagne, et les gardiens des sanctuaires s'en trouvent bien.
Malgré l'amabilité du prieur des Mewlévy, et le plaisir que je trouvais dans la société de mon ancien compagnon de route, Moustapha, je ne pouvais cependant leur donner toute ma demi-journée; je les quittai donc pour aller visiter un autre tekkié, belle construction moresque, aujourd'hui veuve de sa garnison religieuse. C'est le tekkié de Kasséki sultane, connu des chrétiens sous le nom d'hôpital de SainteHélène.
Le titre de khasséki ou privilégiée s'attache à la principale épouse du souverain, lorsqu'elle lui donne un fils. Quand sultan Soliman le Canoniste pril à cœur de rendre llorissante la sainte ville, trop longtemps abandonnée, l'une de ses femmes, la mère du prince qui fut depuis Sélim II, la fameuse Roxelane enfin, voulut avoir sa part dans cette œuvre de régénération, et fonda à Jérusalem un hospice magnifique qu'elle dota, grâce à la générosité de son époux, d'immenses revenus. On devait, dans cet établissement de charité, recevoir les pèlerins de l'islam, trop pauvres pour s'entretenir à leurs frais, et distribuer chaque matin aux indigents de la ville du pain et du pilaw préparé largement pour eux dans les vastes chaudières que l'on y voit encore. Cette khasséki sultane, cette reine privilégiée, si libérale dans sa charité, ne pouvait être pour les chrétiens que la grande reine, la mère de Constantin, sainte Hélène, dont le souvenir leur rappelle une ère de faveur illimitée. Ainsi s'établit peu à peu1 l'appellation actuelle que l'on répète aux pèlerins, et le lekkié de la sultane ottomane devint l'hôpital de la sainte.
La charitable musulmane ne pouvait pas supposer que l'on dépouillerait un jour sa mémoire au bénéfice d'une princesse chrétienne. Peut-être, pourtant, se serait-elle consolée de ce mauvais tour que lui ont joué les guiaours — entre ennemis, c'est de bonne guerre; — mais, après avoir affecté des revenus perpétuels pour faire vivre son œuvre, après avoir fondé des wakoufs considérables pour en assurer à jamais l'entretien, que dirait-elle de voir le splendide édifice en ruines, les marmites vides, les pauvres renvoyés à jeun, oublieux du chemin qui conduit à la porte hospitalière? Que dirait-elle en apprenant que cette impudente violation de ses pieuses volontés a pour auteurs des musulmans, les fils de ceux-là mêmes en qui elle avait mis toute sa confiance et qu'elle avait spécialement chargés d'exécuter ses intentions? Ce sont les gardiens qui ont pillé le trésor; ce sontlesbergers qui ont dévoré le troupeau; ce sont les tuteurs infidèles qui ont dépouillé l'orphelin.
Voyez ces trois immenses portes si élégantes dans leur forme élancée avec la trifoliation de leurs cintres et leurs riches stalactites — portiques majestueux qui donnent accès à une vaste ruine — n'est-ce pas bien là une image exacte de l'empire d'Orient sous la dynastie ottomane? De sages règlements, un plan complet d'organisation savamment combiné, un système ingénieux d'administration, façade imposante et trompeuse d'un édifice qui croule; et à l'intérieur, dans la pratique, partout l'incurie, le pillage, la démoralisation.
Les biens de mainmorte ou Wakouf, réserve précieuse pour un empire dont la constitution est théocratique, s'il savait les administrer avec intelligence et honnêteté, condamnent à la stérilité plus d'un tiers des ressources publiques. Tout établissement religieux, mosquée, collége ou hospice a, comme apanage, un certain nombre d'immeubles dont les revenus, affermés par des baux à longs termes sont administrés par des fidéi-commissaircs ou Mutewelli. D'après les prescriptions qui règlent la matière, chaque fois que l'immeuble wakf change de main par décès ou par renonciation du fermier, les Mutewelli doivent faire une adjudication au plus offrant pour fixer le taux du nouveau bail. Mais, au lieu de cela, les redevances imposées primitivement, lors de la fondation (dans un temps où la piastre valait cinq francs et non vingt-deux centimes comme aujourd'hui), se perpétuent sans augmentation aucune, malgré l'énorme changement de valeur des monnaies; de sorte qu'une dotation de vingt mille piastres n'en vaut plus réellement que mille. Cette différence monstrueuse qui ruine les Wakoufs enrichit les Mutewelli, car, à toute transmission de biens de mainmorte, ils savent parfaitement mettre un prix à l'apposition de leur cachet sur l'acte de mutation; formalité indispensable pour donner à la transaction force et valeur. Le nouveau bail est une copie exacte de l'ancien, le chiffre de la redevance (héker) n'est pas changé, mais, comme il serait fâcheux que la somme dont le Wakouf est frustré profitât au