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Le chiisme
de Heinz Halm
Il y aurait un peu plus de 1.5 milliards de musulmans sur terre. Près de 15% sont chiites, principalement en Iran. C’est d’ailleurs la révolution islamique de Téhéran en 1979 qui a mit le chiisme sur le devant de la scène. L’ouvrage de Heinz Halm est une excellente synthèse sur cette branche de l’islam. Il part des origines pour remonter chronologiquement la construction du chiisme historique duodécimain. Les chiisme ismaélien ou septimain ainsi que les autres ramifications sont abordées dans une moindre mesure.
On considère souvent le chiisme comme l’expression d’une mentalité iranienne. Heinz Halm rappel qu’il n’en est rien. Le parti d’ali (shia ali dont nous avons fait le chiisme) s’est constitué dans le milieu arabe de Koufa (ville situé dans l’actuel Irak). C’est sous le calife Omeyyade Yazid (680-683) que le parti d’Ali commença à s’affirmer plus nettement comme mouvement religieux. La théorie de l’occultation de l’imam, principe centrale pour le chiisme, est aussi née à cette époque dans le milieu de Koufa.
Au alentours de l’an 900, sous les Abbassides, Bagdad remplaca Koufa comme centre du chiisme.. La croyance, selon laquelle le Douzième imam se serait occulté en 873 ou 874, ne parvint à s’imposer progressivement qu’au cours du Xe siècle contre les autres doctrines chiites de l’imamat : ce n’est qu’à cette époque que les imamites devinrent les duodécimains. Les imamites (ou duodécimains) abandonnèrent bientôt toute ambition politique et se muèrent en communauté purement religieuse. Le siècle des Bouyides (dynastie musulmane qui régna en Perse et en Irak) est définit par Halm comme l’ère des « Pères de l’église » duodécimains. Une série d’auteurs composa, aux Xe et XIe siècles, la littérature canonique de référence qui définit le doctrine imamite par rapport aux autres confessions chiites et la défendit contre les attaques non-chiites.
La question du pouvoir légitime en l’absence de l’imam n’a cessé d’occuper les imamites depuis la grande occultation. L’exercice des prérogatives des imams par les savants demeura contesté pour des siècles. Ce n’est qu’à la fin du XVIII et au XIXe que de nouvelles conceptions s’imposèrent. Ce sont principalement deux érudits de Hilla (Irak) qui firent évoluer le droit imamite dans la direction qui allait ensuite s’imposer à tous. L’un deux Al-Allamah al-Hilli créa les prémices du rôle ultérieur que joueront, et aussi en politique, des savants chiites, mollah et ayatollahs.
Le chiisme duodécimain deviendra religion d’Etat sous la dynastie des Safavides, qui règna sur l’Iran de 1501 à 1736. Heinz rappel que le mouvement safavide ne doit, à ses débuts, pour ainsi dire rien à l ‘Iran sédentaire et citadin, ni même rural, pas plus qu’au chiisme duodécimain. L’ancêtre de la dynastie Safavides à laquelle il a donné son nom, le cheikh Safi al-Din ishâq, était un derviche probablement kurde d’Azerbaïdjan. C’est sous les Safavides que la caste des oulémas gagna tant de poids et d’assurance qu’elle put, dès le XVIIe siècle, contester la maison royale. La transformation de la caste des juristes chiites en clergé sembla trouver sa conclusion logique losque le chah Sultan Husayn investi en 1712 Molla Mohammad baqer Khâtunabadi de la charge nouvellement crée de molla suprême (mollâ-bashi). C’est sous la dynastie des Kadjars (1786 à 1925) que s’acheva la transformation de la caste des juristes en clergé.
Le double rôle des oulémas, représentants des intérêts du peuple iranien contre l’influence étrangère et contre l’absolutisme du chah, ne cessa de grandir, et devait conduire, à la chute de la monarchie en 1979.
Recommandations, comptes rendus etc.
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