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a marque Certina est officiellement enregistrée il y a exactement 80 ans, en 1939. Et la Certina-DS sort en 1959, soit il y a 60 ans. Double anniversaire, donc, en cette année 2019, même si les origines de la marque remontent à bien plus haut, très précisément à 1888, date à laquelle les frères Adolf et Alfred Kurth installent leur atelier de production de montres à Granges, non loin de Bienne, avec, au départ, trois employés. L’entreprise grandit rapidement, devient florissante, embauche, mais ce n’est qu’en 1906 que les frères Kurth lancent une marque pour leur propre production, sous le nom de «Grana», nom latin de Granges.
Dès le début des années 30, leurs successeurs, Erwin et Hans Kurth, commencent à utiliser un autre nom, «Certina». Un nom dérivé du latin certus pour «digne de confiance». Ce nom, facile à prononcer dans toutes les langues, prend de l’importance et va graduellement éclipser «Grana» pour devenir la marque unique en 1949 (soit il y a 70 ans, autre anniversaire).
Mais revenons à l’année 1959, date de sortie de la Certina-DS!
1959, UNE GRANDE ANNÉE POUR CERTINA
70 ans après sa fondation, la manufacture portant désormais l’unique nom de Certina inaugure deux nouveaux bâtiments à Granges. D’un volume global de 10’000 m3, ils abritent l’administration, les bureaux techniques, le laboratoire de recherches et, dans les étages supérieurs, de tous nouveaux ateliers de remontage et de réglage, vantés pour leur modernisme (climatisation, installations de dépoussiérage, automatismes...). Une «organisation scientifique du travail», dit un article de l’époque, qui signale en passant une particularité: «les ateliers sont équipés de haut-parleurs diffusant à certaines heures de la journée de la musique appropriée, mesure qui s’est révélée avoir un heureux résultat sur la production.»
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- Le hall d’entrée moderniste de la manufacture Certina en 1959
Mais cette année 1959 va aussi rester dans les annales pour une montre marquante, la Certina-DS, dont l’héritage va perdurer - et se développer considérablement au cours des décennies à venir et ce jusqu’à nos jours. Mais qu’est-ce que la Certina-DS?
UN MOUVEMENT «FLOTTANT»
L’idée de départ, lancée au début des années 50 sous la direction de l’ingénieur Philipp Kurth, est de rechercher la plus grande robustesse alliée à la meilleure étanchéité. Pour y parvenir, les ingénieurs de Certina (peut-être inspirés par une musique «flottante», l’histoire ne le dit pas...) procèdent à de nombreuses recherches et vont finir par mettre au point un mouvement «flottant».
Rapidement expliqué, il s’agit d’un mouvement entièrement entouré d’un anneau amortisseur élastique type O-ring qui absorbe l’énergie cinétique dégagées par les secousses et les chocs. De plus, un fin coussin d’air est aménagé entre le cadran et le boîtier, de façon à ce que le mouvement puisse bouger dans toutes les directions. Le cadran lui-même est protégé par un épais Plexiglass. Le fond, renforcé, se veut pratiquement indéformable.
Quant à l’étanchéité, elle est testée et garantie, en 1959, jusqu’à 200 m. D’où son nom de DS pour Double Sécurité, garantie par sa robustesse et son étanchéité. Un brevet qui protège ce concept de mouvement flottant est déposé en 1958.
UN LANCEMENT CHOC
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- Capture d’écran d’un film réalisé par Certina
Pour le lancement de «la montre la plus résistante qui soit» et de son mouvement flottant que Certina présente comme «une nouveauté révolutionnaire», des test spectaculaires sont mis en place. Fixées à un poids de 27 kg, des Certina-DS «sont lâchées d’une hauteur de 6 m sur une dalle de béton, sans que le choc n’affecte la précision de leur mouvement».
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- La calibre 25-45 (Image www.horlogerie-suisse.com)
- © www.horlogerie-suisse.com
Le modèle original de 1959, une montre trois aiguilles ronde, en acier et d’allure classique avec des cornes allongées, est équipé du calibre 25-45 de 11 1/2 lignes datant du début des années 50, un mouvement automatique bidirectionnel avec seconde centrale. Deux ans plus tard, une date lui est ajoutée (calibre KF 25-451).
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- Publicité parue dans le Journal Suisse de l’Horlogerie en 1961
LES DÉBUTS D’UNE LONGUE AVENTURE
Déterminée à démontrer les qualités spécifiques de son système DS dans toutes les conditions les plus extrêmes, Certina multiplie les projets et expérimentations scientifiques, techniques et sportifs. En 1960, la Certina DS est au poignet d’une équipe d’alpinistes suisses qui réussissent la première ascension du mont Dhaulagiri, dans l’Himalaya, qui culmine à 8 167 mètres.
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- Photographie prise au sommet du Dhaulagiri
En 1960 est lancée la Blue Ribbon, qualifiée à l’époque de «montre la plus résistante au monde» et équipée d’un mouvement automatique ultra-plat. En 1969, c’est au tour des Certina DS-2 Super PH 500m et 1000m de participer aux expériences Tektike I et II de plongées profondes menées aux Antilles par la NASA qui juge les résultats excellents. La même année, c’est à nouveau une ascension, japonaise cette fois, partie à la conquête de l’Everest et au cours de laquelle le skieur japonais Yuichiro Miura, précurseur et gourou du ski extrême, dévale un vertigineux dénivelé de plus de 1’000 mètres DS-2 Chronolympic au poignet.
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- Yuichiro Miura, DS-2 Chronolympic au poignet
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- Une Certina DS-2 Chronolympic
UN CONCEPT QUI S’ADAPTE À TOUTES LES FORMES
Au fil des ans, le concept du mouvement flottant DS va prendre mille visages différents et démontrer que cette technologie particulière peut s’adapter à toutes sortes de montres. Apparu en 1975, un modèle particulier va frapper les esprits, la DS DiaMaster. Développée en collaboration avec Rado, elle pousse le concept de robustesse un cran plus loin grâce à sa boîte en carbure de tungstène qui est pratiquement inrayable. Un verre saphir vient encore la renforcer. De plus, elle est étanche à une profondeur de 220 m.
Muhammed Ali (alors encore appelé Cassius Clay) en reçoit une à sa sortie, histoire sans doute, de la faire tester par le roi des boxeurs.
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- Muhammed Ali reevant sa DS DiaMaster des mains du représentant Certina en Allemagne
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- Une Certina DS DiaMaster
LE CHOC DU QUARTZ
L’arrivée du quartz et les bouleversements qu’apportent cette nouvelle technologie vont secouer l’ensemble de l’industrie horlogère suisse. Certina n’est pas épargnée et doit lutter pour conserver ses marchés. Membre alors de l’ASUAG, qui fusionnera avec la SSIH avant de devenir membre fondateur de la SMH, futur Swatch Group, la société adapte son concept DS à la technologie quartz. On verra ainsi naître notamment des DS DiaMaster motorisés quartz puis de nouvelles propositions, au design radicalement différent, telle cette Certina-DS New Line apparue en 1983 dans les colonnes d’Europa Star.
L’argumentaire qui l’accompagne insiste toujours sur sa robustesse unique en son genre et son exceptionnelle étanchéité mais met également en avant sa «précision à la seconde» ainsi que son design moderniste (dû en l’occurrence au fameux designer français Roger Tallon).
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- Publicité parue dans Europa Star 1983 4
- © Europa Star 1983, N°4
En 1986, de nouveaux modèles DS font leur apparition, en titane ou recouvertes d’un traitement qui renforce notablement leur résistance au magnétisme (le texte ci-dessous évoquant comme champs magnétiques particulièrement puissants auxquels la montre peut résister le passage d’un train, la proximité d’un frigo, de hauts-parleurs, de grues ou de stations contrôle de l’espace aérien...
RETOUR À LA CASE SPORTIVE
A l’intérieur du groupe SMH, qui deviendra donc le Swatch Group en 1988, la question du positionnement de Certina va se poser avec acuité. L’idée centrale de Nicolas Hayek qui préside aux destinées du groupe, est que chaque marque occupe un segment bien défini du vaste échiquier horloger. Or, comme le détaille en 1995 Tamdi Chong, alors à la tête de Certina, dans un article d’Europa Star, Certina, au cours de la précédente décennie, «a souffert d’une certaine manière d’une image insuffisamment profilée et d’une identité manquant de cohérence. Face à un risque de confusion dans un secteur moyen de gamme par ailleurs largement représenté il fallait redéfinir sa place (ndlr dans le portefeuille du Swatch Group). Différentes options se présentaient qui ont été attentivement examinées et c’est l’option sportive qui a été retenue dans la mémoire et le respect de ce qu’était la marque créée en 1888».
Pour bien marquer le coup, on vit même Nicolas Hayek débarquer en Stetson et bottes de cow-boy au guidon d’une Harley Davidson pour présenter la nouvelle image de Certina, la DS Cascadeur. Un changement de ton radical, comme démontré dans la publicité ci-dessus et expliqué ci-dessous dans Europa Star en 1995.
La DS Cascadeur joue à plein sur l’idée de robustesse, qu’elle entend communiquer aussi dans le design de la montre, avec ses deux barres qui impactent visuellement, transmettent la notion de solidité, avec son visage technique protégé par un verre saphir durci, son bracelet aux attaches renforcées, sa boucle de sécurité. Une montre qui affiche ses muscles, bien dans l’ambiance des années 90.
Au-delà de l’effet d’image, l’objectif avoué est alors d’inscrire la collection Le Cascadeur «dans l’histoire de la marque». Elle aura du moins marqué avec force le retour de Certina aux origines de son concept de DS.
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- La DS Cascadeur Chronoalarm, dans Europa Star 1996 3
- © Europa Star Archives, 1996, N°3
DS AU FIL DE DEUX DÉCENNIES
Dans les années qui suivent, la DS va apposer son sceau sur des modèles variés, comme on peut le voir dans ses différentes apparitions au fil de ces pages d’Europa Star qui la replacent son évolution dans le contexte des époques et des tendances.
2019, LE CONCEPT DS A 60 ANS MAIS ON PEUT TOUJOURS COMPTER DESSUS
Récemment, Certina a ressorti le fameux modèle DS PH200M, très populaire parmi les plongeurs des années 60 et 70. Montée sur bracelet NATO cuir ou textile, elle renoue avec le look, devenu vintage, de l’époque de son lancement. Etanche à 200 m, en acier inoxydable 318L, concept DS, lunette tournante acier et aluminium, couronne vissée, fond de boîte vissé, traitement LumiNova, verre hésalite bombé, elle est équipée du mouvement mécanique à remontage automatique Powermatic de dernière génération. La montre offre par ailleurs une réserve de marche exceptionnelle de 80 heures. Look vintage, certes, mais performances techniques renouvelées, dans l’esprit même des précurseurs d’il y a 60 ans qui ont mis en avant la robustesse et l’étanchéité en lançant la première DS.
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- La nouvelle DS PH200M
LA DS1 BIG DATE
Autre modèle sorti par Certina à l’occasion des 60 ans du concept DS, la DS-1 Big Date. Une montre qui n’est pas la réédition d’une montre historique mais qui cherche à marier un style intemporel issu de son histoire avec les caractéristiques techniques les plus contemporaines. Ainsi ne est-il, notamment, du mouvement automatique ETA Powermatic 81.651 qui l’équipe, dont une des caractéristiques est d’être équipé lui aussi d’un spiral en NivachronTM. Un mouvement équipé d’un nouveau de spiral en NivachronTM, un matériau innovant développé en collaboration avec le groupe Swatch, qui permet d‘obtenir une résistance accrue aux champs magnétiques. De plus, grâce à sa base en titane, ce spiral est également extrêmement résistant aux variations de température et aux chocs.
Sobre, pure, en acier inoxydable 316L, elle est dotée d’une grande date placée à 6h sur son cadran bombé revêtu d’un dégradé de vert foncé soleillé - couleur fétiche de Certina - et est montée sur un bracelet maille milanaise de grande élégance. Mais sous ce classicisme, sous son elle dissimule l’extrême robustesse de sa construction, avec son fond renforcé vissé et ses joints d’étanchéité d’une «complexité avancée».
LA TORTUE, PLUS QU’UN SIMPLE TOTEM
Il y a 60 ans, les concepteurs du système DS choisirent la tortue pour emblème de leur réalisation. Un choix logique si l’on veut associer robustesse - en l’occurrence carapace - et étanchéité - on sait les tortues parfaitement amphibies et capables de nager sur des milliers de kilomètres.
Mais, au-delà d’un simple totem gravé sur bien des fonds des différentes DS qui se sont succédées au cours de leurs 60 ans d’existence, Certina s’est concrètement engagée depuis 2017 auprès de la Sea Turtle Conservancy, une association qui se consacre à la connaissance et à la sauvegarde des tortues depuis... 1959. Comme quoi, il n’y a pas de hasard.