Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06974.jsonl.gz/1187

Instituée par l’arrêté fédéral du 13 décembre 1996, la Commission indépendante d’experts Suisse-Seconde Guerre mondiale (CIE) devait faire toute la lumière sur les «fonds en déshérence», c’est-à-dire les valeurs déposées auprès de la place financière suisse entre 1933-1945 et qui n’ont pas été récupérées par les ayants droit après la guerre. Avec un budget de 22 millions de francs (ce qui reste modeste en comparaison des 800 millions du budget de la commission américaine dirigée par Paul Volcker en 1996), la CIE publiera vingt-cinq monographies, soit plus de 11 000 pages, et un rapport de synthèse de 500 pages traduit en quatre langues. C’est la recherche historique de tous les superlatifs.
Les différents ouvrages publiés par la Commission Bergier dévoilent une vaste collaboration économique avec le IIIe Reich. Les conclusions du rapport balaient définitivement le mythe d’une «Suisse résistante» véhiculé durant les décennies d’après-guerre. Ainsi, les pressions étrangères, les marges d’action des autorités politiques et les choix conscients des directions de l’économie privée font l’objet d’un examen critique cinglant. Or, la «crise identitaire» ouverte par l’affaire des «fonds en déshérence» ne sera pas résolue.
Vingt ans après sa publication, la grande enquête historique sur le rôle de la Suisse pendant la guerre mondiale est ponctuellement attaquée par les milieux conservateurs. Alors que la crise ouverte par l’affaire des «fonds en déshérence» se clôt en 1998 par un accord global entre les banques suisses et la justice américaine, les résultats de la recherche historique n’intéressent plus l’opinion avec la même acuité. Si le travail de la CIE est reconnu par de nombreux spécialistes qui saluent l’ampleur et la richesse des publications, le Parlement fédéral renonce à l’organisation d’un débat sur les résultats des recherches.
En 2007, cinq ans après l’édition du rapport de synthèse, Jean-François Bergier, président de la CIE, déclare avec amertume: «Nous nous attendions à plus de discussions ou même à des coups bas, ce qui d’ailleurs n’a pas été vraiment le cas, sauf de la part de quelques irréductibles, mais c’est resté marginal. […] J’ai eu une première déception en constatant que notre mission civique n’intéressait plus la classe politique».1>Swissinfo, 19 mars 2007.
La journée d’étude du 30 novembre propose d’examiner certaines des questions ouvertes par les travaux de la CIE selon quatre axes principaux. Elle reviendra, dans une première table ronde, sur l’expérience du travail au sein de la commission et sur les conséquences que cet engagement a eues sur la suite de la carrière des personnes qui y ont participé.
Une seconde table ronde s’intéressera aux difficultés que rencontrent les historien·nes travaillant sur la Suisse, qu’il s’agisse de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, des rapports de la Suisse avec d’autres puissances ou de la question des internements administratifs. L’accès entravé aux archives est une question sans cesse renégociée sur tous ces terrains. Les participant·es à une troisième table ronde discuteront non seulement des acquis de la Commission Bergier, mais aussi de ce qu’elle a permis d’ouvrir pour les recherches historiques futures en Suisse.
Enfin, un grand débat viendra rappeler que toutes ces questions ne doivent pas être confinées dans le cadre de colloques universitaires, mais concernent le passé de la société suisse, donc forcément aussi son présent et son avenir. Nous espérons ainsi que cet événement permettra de poursuivre d’une certaine manière la «mission civique» que J.-F. Bergier assignait à la commission dont il avait été le président, en rappelant que ni le passé ni les historien·nes qui l’examinent et l’interprètent ne sont déliés des enjeux politiques présents.
Notes
|↑1||>Swissinfo, 19 mars 2007.|
Mercredi 30 novembre 2022 dès 10h30, Unil-Géopolis; grand débat à 19h au Palais de Rumine. Programme complet sur www.unil.ch/iep
* Organisateurs de la journée d’étude de l’UNIL pour les vingt ans du rapport Bergier.