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Les dates historiques adossées aux années ne parlent jamais d’elles-mêmes. Pourtant, il est parfois possible d’y faire référence pour faire ressortir certaines évolutions. Pour la Suisse, les années ’15 en font partie, en particulier vis-à-vis de notre rapport à l’Europe.
Ainsi, 1315 consacre avec la bataille de Morgarten le tournant expansionniste helvétique. La victoire des « Suisses » inscrit désormais la poursuite d’une politique extérieure commune parmi les objectifs communs des vallées de Suisse centrale et donne le coup d’envoi à une phase d’expansion guerrière de 200 ans.
Puis, la bataille de Marignan en 1515 marque la fin de cette puissance européenne helvétique et du colonialisme territorial suisse. L’exportation de mercenaires, la participation au commerce des esclaves vers les terres du « Nouveau Monde » et la mise en place d’un réseau commercial et financier de premier plan prennent désormais le relais.
Le Congrès de Vienne de 1815 sacre quant à lui la continuité européenne de la Suisse qui devient une zone tampon entre les grandes puissances européennes et une épine dorsale stratégique des infrastructures européennes. En contre-partie, on demande aux Confédérés la neutralité face à de futurs conflits militaires.
En 1915, la Conférence de Zimmerwald annonce le renforcement des idéaux et des revendications socialistes. L’Europe devient le laboratoire des moyens de destruction massive issus du capitalisme industriel. Des socialistes et pacifistes européens, opposés à la Guerre de 1914, trouvent refuge en Suisse. Les plus déterminés d’entre-eux, dont Grimm, Lénine et Trotsky, se retrouvent à Zimmerwald pour émettre un programme révolutionnaire au cœur duquel on revendique une cessation des faits de guerre et la rupture avec les partis bourgeois.
Qu’en sera-t-il de 2015 ? Après le 9 février 2014, la Suisse se repose une nouvelle fois la question de son rapport à l’Europe. D’aucuns pensent qu’elle peut résoudre seule ses problèmes actuels (lutte contre la perte de pouvoir d’achat de la moitié des ménages, construction de logements abordables, modernisation des infrastructures, consolidation de l’AVS). D’autres estiment que sans un effort en matière de progrès sociaux, de rôle dynamique de l’Etat sur les infrastructures et les logements, d’offensive de formation professionnelle, une position pragmatique face à l’Union européenne sera impossible à tenir. En consolidant ces réformes, notre avenir européen serait assuré.
En 2015, la Suisse a les moyens de regarder son avenir en face.