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Vecteurs de croissance, les échanges commerciaux revêtent une dimension géopolitique. Le marché des matières premières est donc par définition un monde instable, où tout est relatif, explique Philippe Chalmin, directeur du rapport Cyclope sur les marchés mondiaux de matières premières.
D'hier à aujourd'hui, "les matières premières sont pratiquement en première ligne des conflits", explique le professeur en économie politique à Paris-Dauphine. Les vives tensions actuelles entre les Etats-Unis et l'Iran autour du pétrole le démontrent. Mais elles concernent aussi le cobalt, le lithium ou les terres rares. Entre Washington et Pékin, le bras de fer s'articule plutôt autour du soja, du gaz naturel et de la viande de porc, notamment.
"La malédiction des matières premières est une constante"
A chaque époque sa matière première stratégique. "Lors de la première révolution industrielle, c'était le coton. Au sortir de l’époque médiévale, c'était le poivre, fondamental pour la conservation des aliments, et notamment des viandes", ajoute Philippe Chalmin. "Il a fait la fortune de Venise et c’est pour essayer de trouver des nouvelles routes d’approvisionnement des épices que les Portugais ont contourné l’Afrique pour arriver en Inde et que Christophe Colomb est parti à la découverte d’un passage plus direct." On connaît la suite: l’explorateur croit débarquer en Inde, mais arrive en Amérique, dont le sol est riche en or et en argent. "L'abondance de ce métal a d'ailleurs déséquilibré l'économie, au point que l'Espagne de Philippe II fait banqueroute."
Quelques siècles plus tard, "la malédiction des matières premières" vaut toujours, selon l'expert. "Tout simplement parce que la gestion de l'argent [généré] est extrêmement difficile et demande de la part des autorités politiques une certaine éthique, relativement rare. Certes, les chiffres d'affaires sont considérables, mais les marges de profit sont de l'ordre de 1 à 2%."
"Il n'y a pas un pays producteur de pétrole qui a su utiliser la rente, sauf la Norvège, qui a su mettre de l'argent de côté. Le Chili a bien géré le cuivre, mais ce sont là de rares exemples." A l'autre bout du spectre, le PIB vénézuélien, pays en pleine crise politique et pourtant riche en or noir, s'effondre.
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