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culture
«Orgueil et préjugés», l’ancêtre de la chick lit
L’odyssée commence en 1813 avec la chronique sentimentalo-mondaine de Jane Austen, l’Anglaise la plus vieille à exister sur Facebook!
Comme il faisait bon faire partie de la gentry anglaise au XVIIIe siècle… Les belles robes, les domestiques, les garden-party, les bals, les grandes maisons. Mais pour les femmes, l’angoisse aussi de faire un «bon» mariage où les sentiments n’étaient pas toujours compris dans la dot. Jane Austen en a fait son fonds de commerce, dépeignant avec humour la rigidité de la société anglaise et le douloureux quadrille des sentiments, alors qu’elle-même est morte sans avoir connu le bonheur matrimonial.
De ses six romans majeurs, Orgueil et préjugés est le plus célèbre, mais la reconnaissance est venue posthume. Jane écrit depuis toute petite, des poèmes, des pièces, des petites histoires pour divertir sa famille. Elle pond un premier jet de Pride and prejudice (Orgueil et préjugés en VO) en 1797, à l’âge de 21 ans, mais a beaucoup de peine à se faire éditer. Son premier roman, Raison et sentiments, ne sort qu’en 1811, anonymement, car une femme de la bonne société ne pouvait revendiquer le statut d’écrivain. Pour la même raison, Orgueil et préjugés est publié deux ans plus tard et signé par «l’auteur de Raison et sentiments».
Aujourd’hui reconnue comme une figure majeure de la littérature anglaise, elle suscite un véritable culte, et la plupart des romans de chick lit en sont directement inspirés. Marc Darcy, par exemple, l’amoureux de Bridget Jones, a le nom d’un personnage d’Orgueil et préjugés. Ce n’est pas un hasard non plus si Colin Firth incarne à la fois Mr. Darcy l’original dans une minisérie diffusée sur la BBC, et le moderne aux côtés de Renée Zellweger et de Hugh Grant. Hugh Grant lui-même est tout à fait austinien puisqu’il joue le grand amour de Miss Dashwood (Emma Thompson) dans l’adaptation de Raison et sentiments d’Ang Lee.
L’histoire
Dans ce roman plutôt long, on suit l’éducation sentimentale et mondaine des cinq sœurs Bennet, racontée par Elizabeth, dite Lizzy, fraîche et piquante comme une rose anglaise. La famille Bennet vit confortablement mais sans chichis au domaine de Longborn. En l’absence d’un héritier mâle, elle est menacée d’expulsion au profit d’un cousin peu brillant.
Mrs Bennet, femme sotte et bavarde, rêve de voir l’une de ses filles épouser le cousin. Jane, l’aînée et la plus belle, a d’autres aspirations, tandis que Lizzie, deuxième dans la fratrie, est un esprit libre et rebelle. Les trois cadettes ont tiré leur caractère écervelé de leur mère, et leurs frasques vont causer bien des soucis à leur famille. Emportées par leur orgueil et le poids des convenances, Lizzie et ses sœurs passent du rire aux larmes au gré de leurs aventures souvent tragiques. Heureusement, la destinée de ces personnages prend une tournure favorable car le registre dont se revendiquait Jane Austen reste comique. Le verbe est ciselé et mordant quand il le faut, mais toujours sensible.
Ce qu’il en reste
De par son esprit futé, sa vie et son œuvre qui semblent s’entremêler, Jane Austen est devenue un mythe. Née en1775, morte à 41 ans des suites d’une maladie, elle est restée célibataire, vivant avec ses parents et sa sœur complice de toujours Cassandra. Ses écrits ont été adaptés maintes fois au cinéma et la télévision et ses histoires n’ont que peu vieilli, si on leur ôte les formules de politesse amidonnées et les voitures tirées par des chevaux. Sa description des relations hommes-femmes inspire bien des jeunes femmes d’aujourd’hui car finalement trouver l’homme de sa vie reste la priorité de l’existence! A Bath, où Jane a vécu une partie de sa vie, le Jane Austen Centre perpétue le culte de l’auteure, tandis qu’un festival permet aux fans de s’immerger dans l’Angleterre géorgienne chaque mois de septembre, avec costumes et activités de l’époque, danse, musique, jeux de cartes et promenades. La maison où elle a passé les huit dernières années de sa vie a été transformée en musée. Partout dans le monde, les fans reconnus sous le nom de «janeites» se réunissent dans des clubs. Dans ses nombreuses applications, Facebook propose de découvrir quelle héroïne de Jane Austen sommeille en vous. Jane Austen et moi est un «livre dont vous êtes le héros» qui vous propose de gérer votre destin comme si vous étiez Elizabeth Bennet, en revisitant l’ensemble de l’œuvre de Jane Austen.
La phrase
«C’est une vérité universellement connue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.»
«Orgueil et préjugés», de Jane Austen 384 p. Ed. 10/18.