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Les fausses bonnes idées ont la vie dure. Rejetée pour la première fois par les citoyens et les cantons en 1900, la proposition tendant à élire le Conseil fédéral par le peuple ressurgit depuis lors périodiquement, à trois reprises au siècle dernier, à 42 ans de distance chaque fois. En 1942, la seconde initiative populaire en ce sens, d’une teneur analogue à celle de 1900, faisait un moindre score auprès des votants (32,4% d’acceptants, contre 35% en 1900) et recueillait l’opposition unanime des cantons. En 1984, juste après la non élection de Lilian Uchtenhagen au Conseil fédéral, le lancement d’une troisième initiative populaire est évoqué sous le coup de l’émotion, puis heureusement abandonné, au vu des difficultés pratiques d’une élection du Conseil fédéral par le peuple, sauf à mettre au point un système complexe de quotas permettant de «tenir compte équitablement des tendances politiques et des régions linguistiques de la Suisse».
A chaque fois, l’idée porte une signature de gauche: le parti socialiste suisse et les catholiques-conservateurs en 1900, le PSS tout seul en 1942, la socialiste Valentine Friedli, conseillère nationale du Jura, en 1984. Et aujourd’hui, la conseillère fédérale genevoise Micheline Calmy-Rey ainsi que le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard reprennent l’idée. Tous deux partent du même constat qu’André Gavillet, qui relevait dans un récent article de Domaine Public combien le collège gouvernemental était devenu «Le maillon faible de la politique fédérale». Mais ils en tirent une conclusion différente, pour le moins hâtive: une élection par le peuple donnerait une légitimité et une crédibilité accrues au Conseil fédéral, dont nul n’ignore la présente faiblesse. Sauf que les défaillances actuelles relèvent moins d’un déséquilibre institutionnel que d’une configuration personnelle. Le parlement ne prendrait pas tant de place s’il n’avait pas un vide à occuper et des gouvernants peu combatifs à affronter, soucieux au mieux des affaires de leur propre département et peu enclins aux visions et politiques transversales.
Des campagnes électorales menées à l’échelle nationale, relayées par les télévisions suisses et régionales, sur la toile et par les réseaux sociaux favoriseront à coup sûr les candidats doués pour les langues et capables de maîtriser la communication à leur propre sujet. Mais Internet et YouTube n’aideront guère à constituer un collège plus solide et solidaire – dont les fortes individualités qui préconisent l’élection par le peuple pensent peut-être pouvoir se passer.
Les difficultés actuelles interdisent de tergiverser plus longtemps. Partis et parlementaires doivent poser leur calculette et prendre leurs responsabilités. A eux de proposer et d’élire des gouvernants en mesure de négocier et de fixer de commune entente puis de défendre collectivement les priorités politiques de la législature. Seul moyen d’espérer mettre fin aux confusions de compétences et au triste spectacle des alliances circonstantielles, des gesticulations opportunistes et des chipotages médiocres.