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Ce jour-là, lorsque le sol se met à trembler, Sandesh et ses camarades sont en pause. Il fuit à l'extérieur, un mur s'effondre sur lui, le clouant à terre.
"Je jouais avec un ami. Nous étions dans le couloir. Nous voulions nous cacher sous les lits mais nous avons finalement décidé de courir, Puis le mur est tombé sur moi. J'ai perdu connaissance et je me suis réveillé à l'hôpital."
Sandesh est tiré des décombres, mais à l'hôpital, c'est le choc: on lui annonce que son meilleur ami a été tué.
Sandesh est lui-même dans un état critique. Il est gravement blessé à l'épaule et sa jambe gauche est dans un état tel qu'il doit être amputé sur le champ. Les médecins font leur possible pour sauver sa jambe droite, mais au bout d'une semaine, ils prennent la décision de l'amputer aussi.
Toujours hospitalisé, Sandesh a énormément de mal à accepter la situation et perd le goût de vivre. Toutefois, avec l'aide des thérapeutes de Handicap International et le soutien de Ramesh Kitra, un autre patient, il parvient petit à petit à se faire à son handicap. Il apprend à manœuvrer son fauteuil roulant, puis à se déplacer avec des béquilles, jusqu'à l'arrivée de ses prothèses.
"Je pensais ne plus jamais pouvoir marcher. La première fois que je me suis mis debout, j'étais tellement heureux."
© Lucas Veuve/Handicap International
À l'école, les répliques du séisme sèment la terreur
Avant le tremblement de terre, Sandesh vivait avec plus de 1’400 autres enfants à la Nepal Police School, un pensionnat des environs de Banepa, à moins d'une heure de Katmandou. Cette école a été construite pour l'éducation des enfants des membres des forces de l'ordre népalaises, en service ou non. La plupart des bâtiments de l'école ont été détruits par la catastrophe, notamment les chambres des professeurs, remplacées depuis par des tentes.
"Après le tremblement de terre, les élèves ont eu très peur lors des répliques. Nous en avons connu plus de 460 au cours des 10 derniers mois", précise Ranju Sigdel, policière et commandante du camp. Elle vit sur place et reste d'astreinte 24h/24 pour veiller aux aspects logistiques du fonctionnement de l'école. Elle est désormais également responsable du lent processus de reconstruction.
Apprendre à gérer le handicap à l’école
Près de 8 mois après le drame, Sandesh a eu l'autorisation de retourner à l'école. C'était en janvier. Et Ranju Sidgel ajoute: "au début, nous hésitions à le réintégrer à l'école. Aucun autre de nos élèves n'est handicapé; nous ne savions pas trop comment nous adapter. Mais nous sommes ravis de l'avoir fait." L'école a fait construire des toilettes exprès pour Sandesh, au même niveau que les salles de classe.
Les salles de classe et les chambres sont séparées par une pente abrupte, qui rend les déplacements de Sandesh difficiles. Pour surmonter cette difficulté, Sandesh a besoin de l'aide de ses amis ; c'est pourquoi il choisit de rester dans la classe toute la journée. Un employé de l'école lui apporte une tasse de thé et des tartines de confiture alors qu'il lit, assis.
"Je suis si content de retourner à l'école. J'ai pu retrouver mes amis et recommencer à étudier. Avant, j'adorais faire du sport mais c'est fini pour moi. Aujourd'hui, les maths ont véritablement éveillé mon intérêt."
À la fin de la journée, il se prépare à parcourir le trajet qui le sépare de sa chambre avec l'aide de ses deux meilleurs amis, Saroj et Badal. Avec un camarade pour le soutenir de chaque côté, il grimpe le chemin faiblement éclairé. Pour le repas du soir, l'école autorise Sandesh à entrer en premier pour qu'il ait suffisamment d'espace pour se déplacer sans être bousculé par les autres. Car avec 1’400 élèves à nourrir, le réfectoire est bondé.
Au dîner, Sandesh explique:
"Nous avions l'habitude de jouer au football tous ensemble, c'est comme ça que nous nous sommes liés d'amitié. J'étais le capitaine de l'équipe. Depuis le tremblement de terre, des élèves qui n'étaient pas spécialement mes amis avant m'apportent aujourd'hui leur aide. Nous sommes très soudés."
Des liens très forts
Pour sa convalescence, Sandesh est resté plus de 8 mois avec ses deux sœurs dans la maison qu'ils partagent avec des membres de sa famille éloignée. Son père, policier, a été tué en 2006 par des rebelles maoïstes; grâce à l'héritage laissé, Sandesh et sa sœur Sabina, 17 ans, ont pu aller à la Nepal Police School.
C'est surtout sa grande sœur Sandyha, 21 ans, qui s'est occupée de lui car leur mère a dû quitter le foyer pour aller travailler dans l'un des villages proches de l'Everest, à plus de 8 heures de route de la ville.
"J'ai démissionné de mon travail pour rester avec lui. Il avait besoin de moi et nous devions nous serrer les coudes pour prendre soin de lui."
La maison est animée par les va-et-vient de ses occupants. Sandesh et ses sœurs passent le plus clair de leur temps à étudier et à préparer les repas. Bien qu'en pensionnat, les enfants sont généralement autorisés à rentrer chez eux le samedi. Toutefois, comme sa famille n'a pas les moyens, Sandesh est souvent privé de ces retrouvailles.
"Si nous pouvons le faire rentrer, j'aime lui cuisiner un bon déjeuner" confie Sandyha tout en pilant herbes et épices. Alors qu'elle prépare le repas, un cousin passe saluer la fratrie. Officier dans l'armée népalaise, il avait fait un émule: avant son accident, Sandesh souhaitait lui aussi rejoindre l'armée. Aujourd'hui, il a accepté de faire une croix sur ce rêve.
Sandesh se lève pour chercher son maillot de foot préféré, celui de Chelsea. Son projet professionnel est désormais d'aider d'autres personnes handicapées dans la même situation que lui.
Grâce à votre don, des enfants handicapés pourront recevoir une prothèse, des équipements d'aide à la mobilité (béquilles, fauteuil…) ou les séances de physiothérapies dont ils ont besoin.
Publié le 10.10.2016 - 09:06.