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Le sens de toute action socialiste est le mouvement vers la (ou une) société socialiste : tout ce qui nous y entraîne est un progrès et tout ce qui nous en éloigne est un échec.
Une action «à petits pas» vers un idéal a besoin d’un programme – une lutte violente («révolutionnaire») vers le même but peut s’en passer. Ë cette lutte violente ont cru les majorités socialistes des années 1920. Nous, la génération suivante, y avons cru à nouveau après 1945. En constatant que les partisans de la lutte révolutionnaire avaient remplacé l’idéal de la société socialiste par l’adoration de coupoles dorées au-dessus d’un marasme de goulags, quelle qu’ait été l’utilité de l’existence de l’Union soviétique pour la gauche occidentale, nous sommes (re) devenus socialistes.
Les socialistes ont toujours senti le besoin d’un programme, dont l’utilité n’a jamais été évidente. Par conséquent toute une série de programmes a été promulguée. Chacun enregistrait une diminution du contenu socialiste du précédent, au nom du «pragmatisme» de l’action du parti. Il n’y a aucun espoir qu’il en soit autrement pour le nouveau programme en train d’être élaboré par un conclave élargi : la fumée blanche indiquera moins de socialisme et davantage de «pragmatisme».
Le socialisme ne peut pas être simplement greffé sur le tronc pourri du capitalisme. La voie vers le socialisme passe fatalement par la destruction des principes du «néolibéralisme». Qui veut donc entreprendre une telle greffe à l’aide d’un nouveau programme ?
Ce sont certainement de nombreux socialistes qui – représentant leur parti en tant que membres minoritaires dans les parlements et/ou gouvernements du consensus – ont tenté, rarement avec succès, de réaliser quelques petits pas et seraient naturellement heureux de voir leurs efforts reconnus comme bases du socialisme par un nouveau programme. Ce sont à plus forte raison ceux qui n’étaient devenus socialistes que pour obtenir ainsi une charge gouvernementale.
Ce sont en dernier lieu les prophètes descendus du Gurten qui n’ont réussi à intéresser que quelques journalistes de droite. («Bisbille chez les socialistes»)
Utilité d’un programme de parti ?
Un programme peut servir à dire aux électeurs ce que ses auteurs se proposent de faire, s’ils obtiennent une majorité. Rien que, pour cette raison, le renouvellement fréquent de programme du parti socialiste français peut être utile : il pourrait obtenir une majorité. Nous, les socialistes suisses, n’avons aucune chance de devenir majoritaires : à quoi bon dire aux électeurs ce que de toute façon nous ne ferons pas ?
Un programme peut être utile pour dire aux militants d’un parti, de notre parti, ce qu’ils devraient penser. Je crains qu’ils sachent cela.
Né en Allemagne en 1920, Georges Peters s’oppose sans hésiter au régime nazi. Il quitte ensuite l’Allemagne et se forme à Istanbul où il obtient son doctorat de médecine. Après la guerre, de retour dans son pays, il travaille dans la recherche pour l’industrie pharmaceutique. Puis, en 1960, il arrive en Suisse. Naturalisé en 1974, il entre au parti socialiste vaudois et inaugure une nouvelle carrière politique. Ce qui fait courir ce «Vaudois citoyen du monde», c’est la certitude qu’une société socialiste est possible.
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