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En publiant son classement des 100 premières personnes les plus influentes du monde de l’art, le magazine ArtReview a validé ce titre emprunté au philosophe Yves Michaud (1) car les premières places vont aux commissaires qui font monter ces enchères.
Lors du Congrès de sociologie qui s’est tenu à Genève, le sociologue Alain Quemin nous indiquait pourquoi le Centre Pompidou a échoué dans sa tentative de jouer un rôle sur la scène internationale: Pour exister sur la scène il faut accéder au rôle de prescripteur et s’appuyer sur un fort marché intérieur. Entretien.
Nigel Cooke, The Inventory, 2009, ArtReview, Courtesy Stuart Shave/Modern Art, London.
Le classement de ArtReview fait apparaître cinq commissaires d’exposition parmi les dix premières personnes qui comptent ou “font” l’art aujourd’hui : Hans Ulrich Obrist (1er), Glenn D. Lowry (2e, directeur du MoMA) Nicholas Serota (3e), Daniel Birnbaum (4e), Iwona Blazwick (9e, elle réalisa la première exposition d’envergure de Damien Hirst), 2 hommes d’affaires collectionneurs: Larry Gagosian et François Pinault. Les artistes ne commentent à pointer qu’à la huitième place : Anton Vidokle, Julieta Aranda (8es ex-aequo avec le critique en ligne Brian Kuan Wood) et Bruce Naumann (10e). Le rôle des commissaires se renforce, soit une confirmation de la main mise des opérateurs culturels sur le onde de l’art comme Yves Michaud l’a si bien décrit dans L’artiste et les commissaires, en 1989.
Si le classement ne fait aucune distinction entre les différentes source de ce pouvoir (et le meilleur marchand est …) il distingue en premier ceux qui placent les oeuvres dans les vitrines (plus d’une expo par semaine pour Hans Ulrich Obrist en 2008, Rem Koolhaas rapporte “une rumeur qui veut que Hans Ulrich Obrist ait quitté son pays natal en raison de son débit, trop rapide pour les Suisses), et les marchands.
L’historique du classement fait apparaître l’affirmation de la présence des femmes (de 14% en 2002 à 29% en 2008), des artistes – quand même (12% en 2002 à 30% en 2008) et 76 des 118 classés (100 plus les ex aequo) sont anglo-saxons (US 55 et UK 21). La Suisse y trouve 5 de ses citoyens, la France 6 et l’Allemagne 9.
Les critiques, eux, ont plus de mal à participer au spectacle, si leur présence passe de 1% des distingués en 2002 à 3% en 2008, leur rôle est tenu pour négligeable, ce qui confirme les propos du commissaire Eric Troncy.
ArtReview publie sa liste chaque année en octobre pour coïncider avec la Frieze Art Fair, ce qui permet d’alimenter les conversations toujours assassines du milieu. Vingt personnalités du monde de l’art en décident anonymement.
La tâche du jury consistait à prendre en compte quatre caractéristiques, telles l’influence exercée sur le type d’art produit aujourd’hui, l’influence reconnue plus sur le plan global que local, l’influence sur le marché de l’art, et l’activité produite durant les douze derniers mois. Mais que viennent faire les artistes dans un tel classement? C’est la question.
Hou Hanru, commissaire de l’actuelle Biennale de Lyon analyse ainsi le phénomène :
“Malgré les effets aliénants de la société du spectacle sur notre vie et sur nos liens sociaux, elle est l’une des conditions fondamentales de notre existence. Nous percevons le monde et communiquons entre nous par le spectacle ”un système de production et de représentation d’images dominé par la logique du capitalisme de marché, qui tend à « développer » nos facultés de perception, d’imagination et de réflexion afin d’en faire un “modèle unidimensionnel” formaté par le langage de l’idéologie consumériste.”
En s’en tenant à la notion de sociabilité de l’art que propose Jean Baudrillard, il est impossible de parler de l’art contemporain sans le placer au sein d’un réseau de communication et de consommation. Les classements servent ces réseaux à qui s’adresse le spectacle. “L’art est entré (non seulement du point de vue financier du marché de l’art, mais dans la gestion même des valeurs esthétiques) dans le processus général de délit d’initié. Il n’est pas seul en cause: la politique, l’économie, l’information jouissent de la même complicité et de la même résignation ironique du côté des “consommateurs” (Le complot de l’art, Libération, 1996).
Jacques Magnol
Ben Vautier, à propos des curateurs
Les curateurs sont là :
“Une nouvelle génération d’individus occupent aujourd’hui la scène de l’art ce sont les curateurs d’expos de biennales etc. on ne parle plus que d’eux ce sont les vrais vedettes de leurs expos, ça rend les artistes jaloux. Leur système : Inventer un thème dit intelligent, réunir une dizaine d’artistes autour de ce thème et puis exporter l’expo.”
Les conservateurs et curateurs :
“Je les croyais au dessus de la mêlée. Mais non ils se gargarisent, ils coupent les cheveux en quatre et s’écoutent parler en théorisant de la théorie inutile. Ils écrivent des livres. Ils ont presque tous le complexe Szeemann : vouloir se montrer différents et comme ils ne le sont pas ils font n’importe quoi. sans véritable épine dorsale. Entre autres beaucoup de soucis pour trouver des expos chocs dont on parlera et dont le budget ne fera pas sursauter la Municipalité. L’expo « Void » est parfaite pour ça. Rien dans les salles et pourtant choc garanti.” Voir le site de Ben.