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29/06/2010
TANGUY ou Le Surréalisme Onirique
Le plus américain des artistes peintres français, Yves TANGUY, naquit à Paris le 5 janvier 1900. Ses origines bretonnes le firent, à l’âge de dix huit ans, s’engager dans la marine marchande pour sillonner les mers du globe pendant deux ans. Deux ans de voyages divers qui amoncelèrent dans son esprit d’artiste qui s’ignorait encore, des quantités infinies de paysages qui, transposés d’une manière Surréaliste très personnelle, devinrent peu après la matière de ses tableaux.
En 1920, il effectua son service militaire dans l’infanterie, en faisant par la même occasion, la connaissance de Jacques Prévert qui devint son ami. Revenu de l’armée, il retrouva Paris, et pratiqua tous les métiers pour subvenir à ses besoins. Installé rue du Château, à Montparnasse, aux côtés de Prévert, il partagea la maison d’un jeune mécène industriel de l’hôtellerie, Marcel Duhamel qui apporta son aide matérielle aux deux amis.
En 1923, TANGUY reçut un choc émotionnel en découvrant dans la vitrine du marchand Paul Guillaume, un tableau de DE CHIRICO intitulé « Le cerveau de l’enfant ». Il décida alors de devenir artiste peintre, et composa ses premières œuvres autodidactiques, en exécutant une peinture naïve d’inspiration populaire, représentant par exemple des rues de Paris.
En 1925, Prévert lui fit rencontrer les Surréalistes, et en particulier André Breton qui s’attacha à promouvoir sa peinture qu’il jugeait comme « La plus pure production du Surréalisme Pictural ».
Dans sa première Manière Surréaliste à laquelle appartient le tableau « L’orage », composé en 1926, TANGUY laissa deviner un dessin nerveux dans cette représentation des formes extirpées du subconscient. Son art s’orienta ensuite vers une technique de représentation fidèle d’un monde d’objets hétéroclites disposés dans une nature inventée.
A propos du langage plastique de TANGUY, Jacques Lassaigne a écrit : « Son œuvre épouse à l’avance les buts profonds du Mouvement Surréaliste, et épuise les retentissements possibles du psychique sur le physique. Elle ne recourt à aucun procédé d’écriture…A propos de cette œuvre, on a parlé d’évocation sous-marine ou extra planétaire. Il s’agit en vérité d’une vision purement subjective, peuplée de formes sans équivalence. »
Ses talents de visionnaire lui ouvrirent alors la voie de l’univers des images hallucinées engendrées par son esprit imaginatif. Il peignit des paysages de rêve dans lesquels reposaient d’étranges créatures, ainsi que des espaces et des êtres surnaturels qu’il imagina vivant sur d’autres planètes, et dans d’autres mondes imaginaires tirés de son seul subconscient.
Tous ses tableaux, hormis ses œuvres de jeunesse qu’il brûla pour la plupart, évoquent une même tonalité de base qui demeure le silence d’un monde infini, parfois inquiétant, mais toujours étonnant. Il se révéla comme un véritable peintre qui maîtrisait parfaitement les problèmes liés à l’utilisation de la couleur et de la forme. André Breton nomma sa peinture : « des expéditions au long cours ».
Je vous attends
TANGUY ne peignit pas le fantastique au sens traditionnel, mais la réalité de son subconscient, empreinte des visions subjectives du monde qui vivait en lui, « alogique mais organisé ».
En 1939, alors réformé des obligations militaires, il rejoignit les Etats-Unis où il retrouva l’artiste peintre américaine Kay SAGE rencontrée l’année précédente à Paris. Le couple s’installa à New York, avant de se marier en 1940, pour ensuite voyager sur la côte ouest, ainsi qu’au Canada, avant de se fixer définitivement à Woodburry, dans le Connecticut.
Jusqu’à sa mort, TANGUY n’eut de cesse de produire cette peinture originale issue des mêmes sujets oniriques donnant naissance à des plaines s’étendant vers l’infini, souvent sous un ciel couvert, et dans des immensités désertiques peuplées d’objets fantastiques créant un ensemble exprimé par une technique illusionniste précise.
A l’exemple du tableau « Le diapason de satin », crée en 1940, et dans lequel l’artiste composa un paysage gris qui, par sa désolation, peut apparaître comme un décor de théâtre Surréaliste idéal. A l’observation de l’œuvre, on constate que comme dans bon nombre de ses tableaux, il n’existe pas de ligne d’horizon précise. Le ciel gris et la terre plus sombre se fondent l’un dans l’autre dans la moitié transversale de la toile, alors que quelques cailloux voisinent avec une grosse branche aux volumes indéfinissables, hérissée de rameaux nus, et sur laquelle repose une forme verte et rouge au lustre métallique et froid engendré par un éclairage important provenant du côté droit de la composition.
L’aspect fantastique du tableau est rendu par les ombres noires projetées ainsi au sol, qui permettent de situer les objets sur la terre, alors qu’à priori l’ensemble paraît situé quelque part entre ciel et terre.
Le titre de l’œuvre refléta la volonté de TANGUY à souvent choisir ses titres de façon arbitraire, pour créer ainsi un contraste avec le sujet de l’œuvre plutôt que de donner une explication tangible à son tableau.
Les créations de TANGUY expriment, dans les paysages, des embryons larvaires dont l’aspect se situe entre le monde minéral et le monde organique. Le soleil et la lune restent absents de ses compositions, au même titre que les hommes ou les animaux, les maisons ou les arbres. L’univers de ses tableaux s’entoure de formes inventées fantastiques, organisées sur la toile d’une manière très élaborée qui met en avant les qualités plastiques de l’œuvre, comme le souligna encore Jacques Lassaigne : « Si ces formes paraissent parfois surgir des fumées du rêve, ou naître des accidents même de la matière, elles possèdent cependant une structure précise ; elles obéissent à une logique intérieure, et des rapports rigoureux s’établissent entre elles. De remarquables dessins qui constituent une part importante de l’œuvre de TANGUY en font foi ».
Dans sa fin de vie américaine, TANGUY s’appliqua à agrandir les formes individuelles composant ses toiles, et à les rapprocher du premier plan du tableau, en enchevêtrant alentours d’autres formes plus petites représentées par des éléments hérissés de pics, ou arrondis, donnant l’illusion d’ossements extra-terrestres, comme dans le tableau « Ma vie blanche et noire » réalisé en 1944.
Un an avant sa mort, il composa « Du vert et du blanc », qui représente une vision apocalyptique dans laquelle, et sous un ciel bleu moiré de constellations blanches, sont reproduits en nombre des colonnades tronquées, des obélisques, des piédestaux et quelques pierre sculptées qui suggèrent les vestiges architecturaux d’une civilisation humaine à jamais disparue.
Du Vert et du Blanc
D’aucuns ont tenté d’identifier l’origine des paysages surréels de TANGUY, en proposant comme explication l’existence des curieuses formations géologiques qui affleurent près de Locronan, dans le Finistère où TANGUY enfant passait ses vacances. D’autres ont plus facilement « découvert » les sources de sa peinture, dans l’abus qu’il aurait fait de l’alcool et d’autres stimulants.
Quoiqu’il en soit, sa peinture incomparable demeure aujourd’hui encore l’exacte expression du talent qui était le sien, ce talent qui s’entourait de bien peu de choses comme nous l’explique son voisin de l’époque, le cinéaste américain Hans Richter dans « In Mémory of two friends » : « Si la maison était propre, son atelier, dans une grange redécorée, était aseptisé. D’une blancheur insurpassable, cet atelier était complètement nu. Sur le chevalet impeccable, un tableau en cours, sur la table une rangée de pinceaux alignés comme des soldats de plomb, des tubes de peinture et la palette admirablement ordonnés. Devant le chevalet une chaise droite et rien d’autre dans cette vaste pièce haute de plafond, sinon le sourire amical et moqueur qui semblait vouloir dire « Que cherchez-vous au juste, rien n’a d’importance ici ! ».
Naturalisé américain en 1948, Yves TANGUY mourut dans son pays d’adoption, à Woodburry, le 15 janvier 1955, à l’âge de cinquante cinq ans. Il est curieux de constater encore aujourd’hui que sa renommée discrète n’a toujours pas rejoint la valeur marchande internationale de ses œuvres.
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Alain VERMONT