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La désinformation n’est pas un phénomène nouveau. Au XVIIIe siècle, on s’inquiétait déjà des fausses nouvelles, en particulier venant de la presse anglaise, qui était particulièrement virulente. Le Morning Post, fondé en 1772, diffamait toutes les figures publiques de l’époque, y compris Marie-Antoinette, en affirmant qu’elle avait une liaison avec un Anglais, et que ce dernier recevait des cadeaux de la Reine. Un autre journal, le Gazetier Cuirassé, lancé par Charles Théveneau de Morande à la même époque, incluait en notes de bas de page la mention précisant que la moitié des informations contenues dans les articles étaient vraies. Au lecteur de décider quelle partie. [1]
Des empereurs romains à Trump, en passant par la propagande menée pendant la deuxième guerre mondiale, l’histoire nous offre en effet une pléthore d’exemples où les fausses nouvelles ont été utilisées comme instrument pour assoir son pouvoir, obtenir un gain, ou pour influencer les populations, en temps de guerre comme en temps de paix. Les campagnes de désinformation, que certains États parrainent plus ou moins directement, font référence à l’utilisation de l’information et des fausses nouvelles pour atteindre des objectifs politiques et militaires. Dans l’histoire moderne de la désinformation, la guerre froide constitue un jalon important. Alors que les tensions entre les deux blocs étaient fortes, la désinformation s’est professionnalisée afin de manipuler le cœur et l’esprit des populations.
Les plateformes de médias sociaux offrent un terrain de jeu idéal pour diffuser des fausses nouvelles. Leur régulation présente de nombreux défis, en particulier lorsqu’il s’agit de leur demander de choisir quel type de contenu censurer. Mais au-delà de cette épineuse question, l’écosystème d’information actuel nous appelle à beaucoup de vigilance au moment de consulter les nouvelles sur ces plateformes.[2] Contrairement à la satire et à la parodie qui peuvent déclencher une réaction émotionnelle mais sans cacher le fait qu’il s’agit d’un faux, la désinformation n’a pas pour ambition première de faire rire ou réfléchir, mais plutôt de manipuler. Afin d’aider à mieux distinguer ces différentes pratiques, et visualiser ce que nous appelons « fausses nouvelles », voici un bref inventaire des formes de désinformation les plus courantes sur les réseaux sociaux :
– Fausse connexion : Ce sont principalement des articles d’actualité et multimédia dont le titre n’a pas ou peu de rapport avec le contenu. À l’ère de la viralité, où les producteurs de contenu tirent leurs revenus de la publicité et du trafic web, un titre est essentiel pour attirer un public et augmenter le nombre de clics. C’est une tactique pour augmenter la visibilité du contenu.
– Contenu trompeur : Il s’agit d’une information erronée mais utilisée dans un contexte correct. Par exemple des pourcentages et autres graphiques qui exagèrent certains aspects d’une situation. L’objectif est ici d’associer du contenu correct et vérifiable avec des données fausses, afin de représenter fictivement un aspect de la réalité. C’est particulièrement utilisé pour les questions sensibles de société (ex : chomage, immigration, genre, etc.).
– Faux contexte : Il s’agit d’une information correcte utilisée dans un contexte incorrect (par exemple, expliquer que les femmes gagnent 20 % de moins que les hommes en moyenne au Royaume-Uni, alors qu’il s’agit en fait d’une moyenne au sein de tous les États Membres de l’Union Européenne).
– Contenu imposteur : Il consiste à imiter une source d’information officielle, par exemple des grands médias tels que la RTS ou la BBC, pour diffuser des fausses nouvelles. Le contenu imposteur gagne ainsi en crédibilité grâce à sa fausse source officielle, ce qui permet de diffuser des fausses nouvelles (par exemple, les données des sondages) sous couvert de vérification et rigueur journalistique.
– Contenu manipulé : Il s’agit de tous les efforts visant à manipuler le contenu écrit, les images et les vidéos pour tromper le public. Par exemple les deep fakes sont des vidéos qui dissocient l’image et le son. Elles montrent un personnage public mais avec les paroles d’un imitateur, ce qui par conséquent permet de lui faire dire ce qu’elle n’a jamais dit.
– Contenu fabriqué : Cette dernière catégorie est la plus élaborée. Le contenu faux est créé de toute pièce. Il peut avoir la forme d’un site web sous une apparence sérieuse (ou pas selon l’audience choisie) et qui publie du faux contenu multimédia. Par exemple, la chaine TV chinoise CGTN a publié une vidéo dans laquelle des Italiens jouent l’hymne chinois et chantent “Grazie China”[3], ce que plusieurs chercheurs indépendants ont démontré comme faux.
Ainsi, même si la désinformation n’est pas nouvelle, c’est bien leur mode de diffusion et notre vulnérabilité face à ces nouveaux modes de diffusion qui pose problème. Garder un esprit critique face à tout contenu publié sur les réseaux sociaux (et par email) n’est pas forcément la manière la plus simple d’utiliser (et de profiter) de ces outils, mais au temps du télétravail et des cyber-attaques qui se multiplient, il est essentiel. Derrière ces efforts de désinformation se cachent effet souvent des États tiers qui ont pour objectif de vulnérabiliser nos démocraties et polariser la société. Restons vigilants.
[1] Voir les excellents ouvrages de Robert DARNTON dont : Robert DARNTON, 2014. De la censure. Essai d’histoire comparée, Gallimard ou encore Robert DARNTON, 2010. Le Diable dans un bénitier. L’art de la calomnie en France, 1650-1800, Gallimard.
[2] Voir l’émission de la RTS Géopolitis ou TV5 Monde ObjectifMonde sur le Complotisme et les réseaux sociaux.
[3] ‘Italians play Chinese national anthem to thank China for its aid’, CGTN, Mar. 15, 2020.