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Une analyse du seuil de rentabilité permet de savoir à quelles conditions une branche de production est rentable. Une exploitation peut ainsi calculer, en se basant sur le prix du lait qu’elle perçoit, à combien ses coûts peuvent s’élever. Le prix du lait fait souvent débat. Mais on sait au moins à quel niveau il se situe. Il n’en va pas de même pour les coûts. Sachant qu’une exploitation pratique généralement plusieurs productions, il est souvent difficile d’isoler les coûts d’une seule branche de production. Les coûts généraux difficiles à imputer à une seule branche d’exploitation, comme le travail ou les coûts de machines par exemple, ne sont d’ailleurs pas le seul problème. La production laitière est une branche de production où l’on ne produit pas seulement du lait, mais aussi des coproduits (p. ex. des veaux, des vaches, des génisses) et qui contribue à l’entretien du paysage, une prestation précieuse pour la société et dédommagée par des paiements directs.
Répartition des coûts
Dans ces conditions, est-il possible de calculer précisément les coûts de la production laitière et de rapporter ces derniers au prix du lait? La réponse est non. On peut néanmoins estimer les coûts de la production laitière en se basant sur des hypothèses qui serviront à répartir les coûts généraux sur plusieurs branches de production. Supposons qu’il existe une liste indiquant les coûts annuels approximatifs occasionnés par une vache, un veau, une truie, un hectare de blé, etc. En se basant sur les coûts de structure d’une exploitation, on peut ainsi estimer les coûts engendrés par chaque branche de production. Pour ce mode de répartition des coûts, Agroscope a développé AgriPerform, un outil qui peut être téléchargé gratuitement sur www.agriperform.ch.
Deux méthodes différentes
La répartition des coûts au sein d’une branche d’exploitation repose sur des hypothèses supplémentaires. Comment estimer le coût de la production laitière et le niveau de prix du lait à partir duquel les coûts de production sont couverts, sans tenir compte des animaux qui sont élevés, engraissés et commercialisés en plus dans le cadre de la production laitière ? Pour y parvenir, deux méthodes peuvent être utilisées:
Soustraction:
On soustrait des coûts totaux d’une branche d’exploitation les revenus de l’ensemble des produits / paiements directs, à l’exception des revenus du lait. (Coûts du lait) = (Coûts branche d’exploitation Production laitière) – (Revenus totaux branche d’exploitation Production laitière, sans ceux de la vente du lait). Il s’agit de la méthode de la valeur résiduelle.
Ratio:
Dans le cas de la méthode du ratio, on répartit les coûts totaux de la branche d’exploitation Production laitière sur le lait et les autres produits, en fonction de la valeur de vente relative des deux groupes de produits. (Coûts du lait) = (Coûts branche d’exploitation Production laitière) × (Revenus du lait) / (Revenus totaux branche d’exploitation Production laitière).
Afin d’illustrer l’impact des deux méthodes susmentionnées sur les coûts du lait, les chercheurs ont utilisé les données comptables d’exploitations ayant participé au dépouillement central d’Agroscope en 2014. La branche de production «bétail laitier et remonte (et dans certains cas engraissement)» d’exploitations spécialisées en production laitière mais pratiquant également d’autres branches de production (p. ex. grandes cultures) a été analysée.
Variation selon les exploitations
La part du lait, des ventes d’animaux et des paiements directs au niveau des revenus totaux varie selon les exploitations. Certaines d’entre elles commercialisent plus de lait, d’autres plus d’animaux. Quel est l’impact de ces facteurs sur les méthodes de calcul? Il convient de préciser qu’en se basant sur des coûts du travail de Fr. 28.– de l’heure, le bénéfice calculé de la plupart des exploitations affiche un solde négatif. Les coûts ne sont couverts ni en production laitière ni en engraissement, ce qui est d’ailleurs fréquemment le cas en Europe de l’Ouest.
L’hypothèse de la méthode de la valeur résiduelle, qui part du principe que les coûts de production sont au moins équivalents aux revenus, est donc erronée. La méthode de la valeur résiduelle surévalue d’autant plus les coûts de la production laitière que la part des autres revenus (à l’exception du lait) est élevée. Expliqué différemment, les coûts calculés sont inférieurs pour les exploitations qui produisent principalement du lait et qui vendent peu d’animaux.
Dans le cas de la méthode du ratio des coûts, ce mécanisme est moins flagrant. Bien que les ventes d’animaux et les paiements directs jouent un rôle comparativement plus important en zone de montagne, la méthode du ratio des coûts parvient à délimiter les coûts de manière appropriée. Les calculs réalisés à l’aide de cette méthode débouchent par conséquent sur des coûts de production assez proches dans chaque région.
Comparer ce qui est comparable
Dans le cadre de l’analyse des coûts de production, les chercheurs d’Agroscope recommandent toujours de penser à l’impact de la méthode de calcul utilisée, sachant que cette dernière a un effet plus déterminant que de nombreux autres facteurs sur l’estimation des coûts. Des comparaisons de coûts ne sont donc pertinentes que si les exploitations affichent des structures similaires et que l’on a utilisé la même méthode de calcul.