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Genève
Alain Marquet s'en est allé
Réclamer le possible, tout le possible,
c'est critiquer le monde tel qu'il est.
Erik Orsenna
Début mars, Alain Marquet a décidé de nous quitter à 49 ans! Je l'ai connu au Conseil municipal de la Ville de Genève: lui était vêtu de manière recherchée, arborant souvent une cravate colorée... et moi un short! Il était chez les Verts et moi à solidaritéS. Apparemment, il n'était pas évident que l'on se rapproche l'un de l'autre. Mais les apparences sont trompeuses: à sa boutonnière Alain arborait invariablement un signe de ralliement, un «pins» antimilitariste: un fusil brisé par deux poings!
Que ce soit pour dénoncer les violations des droits de humains en Chine, ou pour critiquer la place de l'armée à Genève, nous étions sur la même longueur d'onde!
Alain ne possédait pas seulement des idées originales, il était attaché à des idéaux, ceux que nous partageons! Il publiait sur le web un magazine d'information LAUTREINFO «Le site de l'Information différente, alternative, solidaire, libertaire et écologique».
Une semaine avant sa disparition, je l'ai rencontré au marché aux puces alors que je récoltais des signatures en faveur de la gratuité des transports en commun. Quelques jours plus tôt, Le Courrier publiait l'une de ces lettres: une critique ironique des milliards gaspillés pour la recherche spatiale titrée: «Akoiçasserre?»
«Mobiliser ainsi des scientifiques pendant des années, avec des salaires élevés, des compétences reconnues, des laboratoires de recherche équipés, et.c tout cela pour apprendre quelque chose qui ne sert strictement à rien dans le concret de l'existence humaine, je trouve cela d'une bêtise sans fond.
Toutes ces compétences, tous ces savoirs, tous ces moyens auraient trouvé un bien meilleur objectif d'utilisation dans le soulagement de la misère humaine, dans la limitation du travail des enfants, dans l'abolition de l'esclavage, dans la lutte contre l'exploitation humaine, dans la mise en oeuvre de programme de reboisement...»
J'ai félicité Alain pour sa lettre, mais ses préoccupations étaient autres; il pensait que je faisais allusion à un article (publié dans solidaritéS n° 62) en faveur de l'initiative que je faisais signer.
Un homme courageux
Dans le dernier numéro, le cinquantième, de son magazine LAUTREINFO, Alain Marquet se livre à un plaidoyer en faveur de la gratuité des transports en commun et mentionne qu'il a été coauteur, d'une motion du municipal demandant la gratuité des transports au centre de la ville. Ensuite, il se livre à un plaidoyer en faveur de l'initiative: «Nous sommes face à un choix de société et je considère que la position en faveur de la gratuité est cohérente avec nos engagements verts et programmatique en matière de mobilité, programme qui prônait tour à tour “une nouvelle politique des transports”, “l'éco-mobilité” et “de fortes mesures d'incitation à l'usage des transports en commun”.»
Il m'a parlé de la solitude avec laquelle il menait ce combat, son dernier combat! Alain était courageux, animé par des idéaux purs comme le cristal. Un minéral fragile. Dans LAUTREINFO, Alain reprend cette citation de Maxime Gorki: «Un homme qui peut tout comprendre est très malheureux.»
Dans la rue, au Municipal, ou sur le net, Alain laissera un vide difficile à combler!
Nous adressons toute notre sympathie à sa femme Anne-Marie et à ses enfants, Fanny, Clément et Alexis.
Daniel KÜNZI
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