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L’école des émotions passe par le jeu
Le jeu de faire semblant favorise le développement des compétences socio-émotionnelles chez les enfants de cinq à six ans.
Exemples d’illustrations tirées du programme visant à travailler les stratégies de régulation des émotions négatives. La première image montre une stratégie de type « distraction cognitive » et la deuxième une stratégie de « résolution de problème ». @UNIGE/RICHARD
Être compétent sur le plan social et émotionnel dès le plus jeune âge favorise l’acceptation par les pairs, l’établissement de meilleures relations avec les enseignant-es et facilite les apprentissages scolaires. Le jeu de faire semblant représente un outil pédagogique permettant de stimuler les compétences socio-émotionnelles de l’enfant. Un programme basé sur cette approche a été implémenté dans des classes d’élèves âgés de cinq à six ans par une équipe de recherche de l’université de Genève (UNIGE), de la Haute école pédagogique du Valais, du canton de Vaud et de l’université Vita-Salute San Raffaele en Italie. L’étude de l’évaluation des effets de ce programme, publiée dans la revue Bristish Journal of Psychology, montre que les élèves qui ont suivi ce programme ont augmenté leurs capacités de reconnaissance émotionnelle et leur lexique émotionnel par rapport à un groupe témoin. L’usage du jeu de faire semblant comme un outil pédagogique permet donc à l’enfant de s’approprier des compétences émotionnelles, avec un effet potentiel positif sur son comportement prosocial et, à plus long terme, sur sa réussite scolaire.
Lors de leur entrée à l’école, les enfants capables de comprendre leurs propres émotions et celles des autres sont plus susceptibles de les réguler et d’adapter leur comportement. Ces jeunes élèves auraient ainsi moins de problèmes de comportement et seraient plus enclins à gérer leurs relations interpersonnelles de manière prosociale. «Ces compétences sociales et émotionnelles favorisent l’acceptation par leurs camarades de classe et leur permettent d’établir de meilleures relations avec leurs enseignant-es. Des recherches ont montré qu’elles facilitent également leur capacité à se focaliser sur les apprentissages et leurs résultats scolaires s’en trouvent améliorés quelques années plus tard», indique Sylvie Richard, Doctorante en psychologie du développement à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UNIGE et Chargée d’enseignement à la HEP/VS.
Des pistes d’apprentissage existent, indique Édouard Gentaz, Professeur ordinaire à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UNIGE. «Le jeu de faire semblant est connu pour favoriser la compréhension et la régulation des émotions, ainsi que le comportement prosocial lors des premiers degrés de la scolarité, mais très peu d’études quantitatives basées sur des mesures objectives qui intègrent systématiquement le jeu de faire semblant ainsi que son développement existent à ce jour.» C’est pourquoi son équipe de recherche a mis sur pied une étude visant à évaluer les effets de l’implémentation d’un programme basé sur le jeu de faire semblant dans cinq classes de deuxième année Harmos dans le canton du Valais, en Suisse.
Apprendre en faisant semblant
Le jeu de faire semblant donne l’occasion à l’enfant de faire usage de son imagination à travers notamment, des scénarios qu’il invente et des rôles que l’enfant interprète. «Par exemple, ils peuvent incarner un sorcier ou une sorcière qui prépare une potion magique pour endormir un dangereux dragon. L’enfant crée les règles lui-même, les ajuste en fonction de son scénario, il fait appel à son imagination», précise la chercheuse. Pour cette étude, Sylvie Richard et ses collaborateurs/trices ont élaboré un programme structuré pour exploiter cette approche à travers des sessions de jeux associées à des phases d’enseignement/apprentissage plus systématisées avec les élèves autour des compétences travaillées.
Onze séances d’environ 60 minutes ont ainsi été réalisées par 5 enseignantes, à raison d’une séance par semaine. Les enseignantes étayaient le jeu, au niveau du scénario, des rôles, du langage, de l’utilisation symbolique d’accessoires et du temps de jeu. Elles investissaient également les phases de jeu en proposant des défis aux élèves au niveau de leur jeu, comme jouer à faire semblant d’éprouver une grande joie, de résoudre un problème interpersonnel etc.. Pour ce faire, elles ont bénéficié d’environ 20 heures de formation sur les compétences socio-émotionnelles et sur l’étayage du jeu de faire semblant. Afin de pouvoir comparer les progrès des élèves de ces cinq classes, une équipe d’enseignantes et d’élèves contrôle a également fait partie de l’étude. «Il était important que ce groupe contrôle pratique également le jeu de faire semblant, mais pas forcément axé sur des scénarios liés aux compétences socio-émotionnelles», relève la chercheuse.
Une meilleure reconnaissance des émotions
Au total, 79 enfants ont participé à cette recherche. Les résultats montrent une amélioration de la reconnaissance des émotions, particulièrement la colère. Les enfants ont également augmenté leur vocabulaire émotionnel. «Ces résultats suggèrent, d’une part, qu’il est essentiel de concevoir un enseignement qui considère les compétences socio-émotionnelles ainsi que le jeu de faire semblant comme des savoirs à enseigner. D’autre part, l’étude montre que l’usage de ce type de jeu comme un outil pédagogique permet à l’enfant d’expérimenter, de réinvestir, d’éprouver et de s’approprier ces compétences», conclut Édouard Gentaz. Compte tenu de son succès, l’étude se poursuit à travers un programme plus étendu, qui prend place actuellement dans le canton du Valais.14 déc. 2020