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Au-delà des clichés sur le clan Bonaparte, une lecture novatrice et brillante du système familial impérial.
Que n'a-t-on pas écrit sur la famille de l'homme dont le destin étonna le monde ? À peu près tout et son contraire, une image dominant toutefois l'ensemble des autres, celle d'un clan avide d'argent, d'honneurs immérités et de dépouilles prélevées sur les cadavres d'antiques monarchies. Joseph, Louis, Jérôme, Élisa, Caroline et Murat, Pauline et Lucien : tous des frères dissipateurs, des sœurs ambitieuses et dépravées, des épouses indignes, des cousins sans scrupules...
Pourtant, nul ne peut construire une dynastie sans compter sur son propre sang et c'est là le nœud gordien de toute l'entreprise de Napoléon Bonaparte : ses frères et sœurs ont accompagné, soutenu et parfois déterminé ce processus de conquêtes et de constructions civiles et militaires, partageant dès le début les douleurs de l'exil, la remise en cause systématique de leur place dans la société et les blessures d'amour-propre. Un homme seul, du reste, n'aurait sans doute pas pu réussir, lorsqu'un " système " (le mot est de Napoléon lui-même) multicéphale permettait ce succès, même éphémère. Vincent Haegele décrypte ce magnifique coup politique et offre une lecture novatrice du système familial impérial, loin des clichés convenus sur le clan Bonaparte.
Conservateur des bibliothèques de Versailles, ancien élève de l'Ecole nationale des chartes, archiviste paléographe, spécialiste reconnu de l'Empire, Vincent Haegele a publié la Correspondance intégrale, 1784-1818
de Napoléon et Joseph Bonaparte, ainsi qu'une biographie croisée des deux frères. Il est également l'auteur, chez Perrin, d'un Murat
remarqué.
« L'honneur, qui veut toujours régner, se révolte, et il ne reconnaît point de loi. » Cette phrase de Montesquieu semble avoir été lue par les protagonistes des trois histoires qui composent la trame de ce livre : un marquis trop sûr de son droit, au point d'envisager de traîner le roi en justice ; un modeste affairiste emporté dans une aventure dont les intérêts le dépassent ; un jeune officier frivole d'un régiment colonial, envoyé dans la lointaine Ceylan par sa famille. Pour raconter ces trois destins tour à tour surprenants, tragiques et terriblement humains, Vincent Haegele a imaginé une approche différente de l'histoire et de son récit. Il brosse ainsi un tableau saisissant, vivant et original de ce que pouvait être la France des dernières décennies de l'Ancien Régime : un monde régi par un droit pluriel, où l'initiative individuelle reste suspecte, mais nécessaire, et dans lequel les relations sociales, malgré leur verticalité, sont intimement imbriquées.
Le portrait renouvelé du plus flamboyant maréchal de Napoléon et roi de Naples, Joachim Murat, figure jusqu'alors écrasé sous le poids de la légende impériale.
Le portrait renouvelé du plus flamboyant maréchal de Napoléon et roi de Naples, Joachim Murat, figure jusqu'alors écrasé sous le poids de la légende impériale.
Joachim Murat est bien connu des amoureux de l'Empire ou de l'idéal romantique : cavalier extraordinaire, épicurien affirmé, collectionneurs d'uniformes baroques, le maréchal aura pu se flatter d'apparaître comme la face flamboyante d'un Napoléon plus terne. Dès le moment où sa route croise celle de Bonaparte, tout semble le porter vers une irrésistible ascension : la campagne d'Italie puis celle d'Egypte, son mariage avec Caroline Bonaparte, le proconsulat italien, les brillantes campagnes qui portent la guerre à son apothéose et, enfin, la couronne royale de Naples.
Pourtant, derrière la grandeur des tableaux d'Ingres, Murat n'est pas sans afficher quelques contradictions : si l'instinct de la gloire le pousse à réaliser des prouesses sur les champs de bataille, il épouse ensuite les querelles d'hommes politiques qui ne le manipulent que trop bien. L'esprit d'analyse a souvent manqué à cet homme jeune, droit et rigoureux, formé à la discipline d'abord au séminaire, puis à l'armée. Tout entier voué à la guerre, mais à une guerre d'essence noble, privilégiant la surprise et le mouvement à la destruction et aux horreurs, Murat apparaît parfois comme égaré dans les méandres de son temps, chevalier porté à la tête d'immenses armées, lorsque tout son être tend vers l'exploit individuel. La grandeur, la gloire et l'ambition ont eu raison d'une conscience fragile, tout entière placée dans la dépendance du grand homme de son époque, dont il tentera en vain de s'émanciper.
L'on voit alors combien le fils de laboureurs du Quercy s'est élevé pour gagner une dimension historique. La légende lui ayant conféré une stature de héros, Vincent Haegele propose ici de retrouver la mesure de cet homme contrasté mais fascinant.
Personnage contrasté, souvent incompris, malheureux dans sa carrière militaire, Joseph Bonaparte souffre d'une image particulièrement négative en regard de la légende qui auréole la statue de son frère cadet Napoléon. Et pourtant, l'aîné de l'empereur fut le soutien permanent de son élévation et un pilier du nouveau régime instauré après le coup d'État du 18 Brumaire. Homme politique aux convictions modérées, grandement influencé par les idées des penseurs des Lumières, mais proche également des théories de Germaine de Staël, Joseph, est un personnage incontournable de la vie politique française. Devenu roi de Naples en 1806, puis roi d'Espagne en 1808, il s'attache, sans succès, à allier les principes du système de famille napoléonien à ses propres conceptions du pouvoir. Comme tous les souverains faisant partie intégrante de l'Empire, il ne parvient pas à éviter les tensions avec le maître de l'Europe, et le « meilleur des frères », et se mue peu à peu en un opposant résolu. Cette étude, qui se fonde sur les archives personnelles de Joseph, sa correspondance et des témoignages de contemporains, aborde successivement l'éducation parallèle des deux frères, leur parcours sous la Révolution, l'opposition menée par Joseph dans les premières années de l'Empire, son « laboratoire » napolitain, l'échec espagnol et la tentative d'instaurer dans la Péninsule un régime politique libéral, ainsi que les jours sombres de la Campagne de France. Elle tente également de comprendre l'émergence d'une pensée politique se voulant novatrice, le bonapartisme. Il s'agit moins d'une biographie de Joseph que du portrait de ses relations avec l'homme qu'il prétendait le mieux connaître et partager les traits, Napoléon.