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Jamais un président de la Confédération - qui ne soit en même temps ministre des Affaires étrangères - n'avait pris la parole devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU à Genève. Vendredi, c'était donc une première pour Moritz Leuenberger qui a prôné la globalisation du droit.Ce contenu a été publié le 30 mars 2001 - 11:32
Moritz Leuenberger aime les citations. A Genève, devant ce qu'il appelle la «véritable conscience morale de la communauté», il ne pouvait pas ne pas renvoyer ses auditeurs à Jean-Jacques Rousseau écrivant que «l'homme est né libre et partout il est dans les fers».
Cet exergue, le président de la Confédération va le développer dans deux directions. D'abord que la globalisation de l'économie appelle la globalisation des droits fondamentaux des gens. Ensuite qu'il ne suffit pas de dénoncer les violations de ces droits mais qu'il faut se donner les moyens de les faire respecter.
«Les frontières des Etats, reconnaît-il, se sont estompées devant la globalisation économique et technologique. Ces frontières doivent aussi reculer devant le respect des droits fondamentaux de la personne, devant le droit international humanitaire. C'est la condition de la compatibilité entre la mondialisation et les droits de l'homme».
Mais il ne suffit pas de réaffirmer la primauté des droits de l'homme, encore faut-il que les responsables politiques s'interrogent sur la cohérence de leurs stratégies. Ou, comme le dit Moritz Leuenberger, sur l'incohérence de leurs silences «qui masquent mal une certaine hypocrisie».
«Combien de fois le principe de cohérence n'a-t-il pas été bafoué par ceux-là mêmes, les pays riches en général, qui le proclament bien fort? Combien de fois la raison économique ou la raison d'Etat n'a-t-elle pas conduit à taire des violations des droits de l'homme dans un important pays, partenaire commercial ou allié stratégique?»
Moritz Leuenberger sait très bien que les recommandations et les résolutions adoptées chaque année par la Commission des droits de l'homme sont loin, très loin, d'être toutes suivies d'effets. Et que, à l'heure de la mondialisation, «la dénonciation unilatérale n'est plus de mise puisque la responsabilité est elle aussi globale».
«Mais, poursuit-il, notre responsabilité va plus loin que la simple incantation. Elle implique pour chacun de nous de prendre des mesures concrètes, y compris dans les domaines économiques et politiques, contre les régimes répressifs. Mais c'est le droit international qui doit guider ces mesures, et non pas les intérêts particuliers ou les visions de tel ou tel Etat».
Qu'en est-il de la Suisse? Elle qui s'inscrit volontiers en pays modèle des droits de la personne, mais qui est parfois montrée du doigt par la Cour européenne pour certains faits de discrimination raciale, d'inégalités entre hommes et femmes ou d'interdiction du regroupement familial pour les travailleurs saisonniers étrangers.
Le président de la Confédération y voit la démonstration que «les droits et libertés fondamentaux ne sont jamais acquis une fois pour toutes, qu'ils doivent sans cesse être défendus et qu'il faut se battre pour leur application, y compris dans un pays à tradition démocratique comme la Suisse».
Bernard Weissbrodt
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