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Un des quatre Waldstätten, canton de l'ancienne Confédération depuis 1315, peut-être même depuis 1291 ou 1309. Partagé sous la République helvétique (1798-1803) entre le canton des Waldstätten et celui de la Linth. Canton de la Confédération dès 1803. Dénomination officielle: Kanton Schwyz, eidgenössischer Stand Schwyz. All. (langue officielle) Schwyz, ital. Svitto, rom. Sviz. Chef-lieu: S.
Le Pays de S. acquit au bas Moyen Age des "pays dépendants" (Angehörige Landschaften), à savoir la Marche, Einsiedeln, Küssnacht (SZ) et les Höfe (domaines de Pfäffikon (SZ) et Wollerau), de sorte que, dès 1450 environ, son territoire correspondait pour l'essentiel à celui du canton actuel. Au début, ces pays dépendants furent considérés, à certains égards, comme des partenaires, mais, sous l'Ancien Régime, ils devinrent purement et simplement des pays sujets. La République libre de Gersau fut rattachée au canton de S. en 1817; le domaine de Reichenburg, qui appartenait à l'abbaye d'Einsiedeln, passa à S. provisoirement de 1803 à 1814 et définitivement en 1831.
Situé dans la région des Alpes et Préalpes centrales, le canton s'étend entre le lac des Quatre-Cantons, le massif du Rigi et le lac de Zoug à l'ouest, les Alpes uranaises au sud, les Alpes glaronaises (que franchissent des sentiers et la route du col du Pragel) à l'est et le lac de Zurich au nord (que longe la route allant de Zurich aux cols grisons). Son chef-lieu occupe une cuvette par où passe l'axe nord-sud reliant Zurich au Gothard par l'Axenstrasse et Uri.
Le canton comprend trente communes. Il est divisé en trois régions géographiques (Innerschwyz au sud, Einsiedeln, Ausserschwyz au nord) et en six districts: S., Gersau, la Marche, Einsiedeln, Küssnacht et les Höfe. Hérités de l'Ancien Régime, ils jouissent toujours d'une certaine autonomie, ce qui est l'une des caractéristiques de la structure politique du canton, et ont chacun leur propre histoire. Trois d'entre eux (Gersau, Einsiedeln et Küssnacht) ne comprennent qu'une seule commune. L'expression "Ancien Pays" (Altes Land) apparut au XIXe s. pour désigner le district de S., par opposition aux autres districts qui correspondaient aux anciens pays sujets (aux époques antérieures, on appelle cette partie du canton Land Schwytz, en franç. Pays de S.).
|Superficie (2006)||908,3 km²|
|Forêt / surface boisée||306,0 km²||33,7%|
|Surface agricole||371,9 km²||40,9%|
|Surface bâtie||48,9 km²||5,4%|
|Surface improductive||181,5 km²||20,0%|
|Année||1850||1880a||1900||1950||1970||2000|
|Habitants||44 168||51 109||55 385||71 082||92 072||128 704|
|En % de la population suisse||1,8%||1,8%||1,7%||1,5%||1,5%||1,8%|
|Langue|
|Allemand||49 631||53 834||69 231||82 957||115 688|
|Italien||1 377||1 108||1 191||6 663||2 447|
|Français||146||296||312||283||502|
|Romanche||63||88||216||273||234|
|Autres||18||59||132||1 896||9 833|
|Religion, Confession|
|Catholiquesb||44 013||50 266||53 537||66 297||84 087||92 868|
|Protestants||155||954||1 836||4 642||7 271||16 401|
|Catholiques-chrétiens||79||43||46|
|Autres||15||12||64||671||19 389|
|dont communauté juive||7||9||15||19||51|
|dont communautés islamiques||202||5 598|
|dont sans appartenancec||238||6 331|
|Nationalité|
|Suisses||43 970||48 585||52 422||68 416||81 301||108 381|
|Etrangers||198||2 524||2 963||2 666||10 771||20 323|
|Année||1905||1939||1965||1995||2005|
|Personnes actives||Secteur primaire||13 598||14 696||5 432||5 909d||5 083|
|Secteur secondaire||10 304||9 829||18 166||19 395||18 075|
|Secteur tertiaire||6 392||6 440||9 992||28 987||36 238|
|Année||1965||1975||1985||1995||2005|
|Part au revenu national||1,2%||1,3%||1,4%||1,6%||1,7%|
Auteur(e): Kaspar Michel / PM
Au plus fort de la glaciation de Würm (env. 22 000 av. J.-C.), seules quelques zones d'altitude, comme le massif du Rigi, le groupe des Mythen, ainsi que les Alpes du Wägital et du Muotatal étaient libres de glace. Les rares recherches archéologiques n'autorisent guère de conclusions sur les débuts de l'occupation du canton. Elles n'ont pratiquement rien mis au jour dans les plaines (près d'Arth et entre S. et Brunnen). Des campements du Paléolithique final et du Mésolithique ancien ont été découverts en 1980 sur la rive nord du lac de Sihl et explorés scientifiquement après 1994; ils représentent les plus anciens témoins certains d'une présence humaine dans le canton (vers 12 500 av. J.-C.). Les fouilles systématiques menées depuis 2000 dans les grottes karstiques du Muotatal ont révélé de nombreux sites, depuis le Dryas récent (vers 10 000 av. J.-C.). Outre un unique outil (un perçoir en silex trouvé en 2009), elles ont mis au jour des ossements travaillés (marques d'outils tranchants et de feu) et des morceaux de charbon de bois datés au carbone 14, qui attestent des activités de groupes de chasseurs poursuivant surtout des bouquetins et des cerfs (alpages de Bödmeren, Twärenen et Silberen).
Dans le nord du canton, sur les rives du lac de Zurich, la région du Frauenwinkel (entre Pfäffikon et les îles de Lützelau et Ufenau) et les deux côtés de la langue de terre et digue de Hurden sont l'objet depuis 1996 de fouilles archéologiques, en partie subaquatiques. Les vestiges découverts à Hurden (comm. Freienbach) se rapprochent de la civilisation de Cortaillod, à l'ouest (env. 4500-3500 av. J.-C.); ceux de Lützelau et de Freienbach relèvent des civilisations de Pfyn (4000-3300 av. J.-C.) et de la céramique cordée (2750-2450 av. J.-C.). Dès l'âge du Bronze, plusieurs ponts ont été lancés entre la pointe d'Endingen (Rapperswil SG) et la langue de Hurden (la plupart apr. 1800 av. J.-C.). On a recensé à ce jour environ 200 000 pilotis, correspondant à sept passerelles; le matériel découvert à proximité (épingles, haches, poignards) atteste d'actes rituels: durant des siècles, les ponts eurent un rôle religieux. Des habitats occupaient les rives au débouché des ponts. Sur la rive schwytzoise, on en a identifié dix entre Altendorf et Bäch (comm. Freienbach), grâce à l'étude des fonds de cabane et de la disposition des pieux, appartenant à des horizons s'étageant entre 4300 et 2700 av. J.-C.
Dans le centre et le sud du canton, on n'a retrouvé aucun habitat de l'âge du Bronze, mais seulement quelques vestiges isolés à Einsiedeln, Lachen, Gersau, Steinen, Küssnacht et à Muotatal (peu apr. 1500 av. J.-C.). Les témoins se raréfient dans tout le canton après 1200 av. J.-C. Pour l'âge du Fer (VIIIe-Ier s. av. J.-C.), on ne compte que huit sites. Le trésor d'Altendorf, découvert en 1960-1961, lors de la rénovation de l'église Saint-Michel, en même temps que de la céramique romaine, est d'origine celte. Le vicus de Kempraten (comm. Rapperswil SG) étendait son influence jusque sur le territoire schwytzois; il est attesté, comme le pont massif construit par les Romains près de la digue actuelle, du Ier au IVe s. apr. J.-C. Le temple gallo-romain à déambulatoire de l'île d'Ufenau, centre religieux, fut construit vers 200 apr. J.-C. (emplacement de l'actuelle chapelle Saints-Pierre-et-Paul). La présence de ce sanctuaire et du pont laisse supposer celle (non confirmée à ce jour) d'habitats romains sur la rive schwytzoise du lac de Zurich. On a découvert en 1809 à Küssnacht un trésor de 2000 à 4000 monnaies (enterré apr. 270) et un autre de quatre-vingts monnaies en 1857 à Rickenbach, village de la commune de S. où l'on a aussi mis au jour deux cloches et deux plats en bronze ainsi qu'une fibule en argent. Une villa se trouvait peut-être à Küssnacht, car ce nom a été formé à l'aide du suffixe gallo-romain -acum, qui crée un nom de domaine à partir du nom du propriétaire. Einsiedeln n'a pas livré de vestiges romains.
Auteur(e): Kaspar Michel / PM
Au début du VIe s., le territoire du canton se trouvait à la frontière entre les royaumes burgonde et ostrogoth. Dès 536, il fit partie du royaume franc et sans doute, après le partage de 561, du duché d'Alémanie en Austrasie, où les ducs jouirent d'une relative autonomie jusque dans le deuxième quart du VIIIe s. La colonisation alamane pourrait avoir commencé vers 680; des groupes alamans et romans coexistèrent un certain temps et l'influence romanche était encore perceptible dans la Marche au Xe s.
Attribué au Zürichgau aux VIIIe et IXe s., le territoire de S. releva ensuite du duché de Souabe. Sa partie nord, au bord du lac de Zurich, fut habitée en permanence depuis le VIIe s. au moins, notamment à cause de sa proximité avec de grands axes utilisés depuis l'Antiquité tardive, surtout la route de Zurich aux cols grisons par le lac de Walenstadt, quand bien même la densité humaine sur la rive sud était moindre que sur la rive nord. Il semble que le site forestier (Waldstatt) d'Einsiedeln n'était pas habité, mais cependant exploité, comme l'attestent des analyses polliniques.
L'extension du peuplement au haut Moyen Age se révèle dans les églises alors édifiées et les sépultures. Il existe en outre (mais seulement pour le nord du canton) quelques sources écrites (chartes de donation) du dernier quart du Ier millénaire, mentionnant les noms de propriétaires et de seigneurs. Une localité remontant à l'époque alamane ou peut-être même gallo-romaine est attestée à Tuggen par les vestiges archéologiques d'une première église (vers 680/700 au plus tard) et par trois tombes du milieu du VIIe s., dont le mobilier (plaques de ceinture damasquinées de très haute qualité, scramasaxe, spathe) montre que les défunts appartenaient à l'élite sociale. Au VIIIe s., de nombreuses seigneuries foncières situées dans la bordure nord du canton et peut-être aussi dans les régions adjacentes au sud appartenaient au clan de Beata, laquelle céda des biens en 741 au couvent féminin de l'île de Lützelau. En 744, l'île et le couvent furent vendus à l'abbaye de Saint-Gall. Des sources monastiques des VIIIe et IXe s. (Saint-Gall, Säckingen, Bobbio en Emilie-Romagne) mentionnent des biens à Wangen, Tuggen, Altendorf, Ufenau, Pfäffikon, Freienbach, Bäch, Wollerau et renseignent sur les structures territoriales au nord du canton. La vita de saint Meinrad, rédigée après 900, et les chartes de donation à l'abbaye bénédictine d'Einsiedeln, fondée en 934 par des moines d'origine noble, renseignent en outre sur l'organisation des différents domaines (curtes) en indiquant les parcelles qui en dépendaient et parfois les églises.
Dans le sud du canton, l'archéologie a montré l'apparition de localités au début du VIIe s. à S., Steinen et Oberarth. On a repéré dans les Alpes du Muotatal des sites abandonnés du haut Moyen Age, qui cependant n'étaient pas des habitats permanents, mais de simples stations d'estivage. On a exploré à S. en 1965-1966 et 1988-1989, entre l'actuelle église paroissiale (une première église à une nef fut construite à cet endroit après 700) et la place de la Poste, un cimetière alaman à rangées de tombes, dont celle d'une dame de la classe dirigeante, ensevelie avec un riche mobilier (vers 700). A Küssnacht, dont la première mention écrite date du IXe s., on n'a pu découvrir ni église ni vestiges d'habitat antérieurs au XIe s. Pourtant, quelques trouvailles isolées et l'étymologie du toponyme rendent probable une occupation du site à l'époque romaine, peut-être continuée au haut Moyen Age.
Le territoire cantonal relevait du diocèse de Constance, fondé vers 700, dont les limites se confondirent pratiquement dès le milieu du VIIIe s. au moins, avec celles de la province franque d'Alémanie. Trois paroisses mères sont mentionnées: Tuggen ("dans la province d'Alémanie" en 833/834), Saint-Martin d'Ufenau et Saint-Martin de S. Plus tard apparurent des églises à Morschach, Steinen (IXe s.) et Arth (Xe s.). Les églises du sud du canton semblent devoir en majorité leur fondation à des propriétaires laïques, alors que celles du nord sont généralement des fondations cléricales, souvent monastiques. La christianisation fut grandement stimulée par les abbayes de Säckingen, Saint-Gall, voire Reichenau; elle a laissé un témoignage artistique exceptionnel: le reliquaire-bourse franc de Muotathal (vers 800; propriété de la paroisse de Muotathal, auj. conservé aux Archives cantonales de S.). Une prétendue visite des missionnaires franco-irlandais Gall et Colomban à Tuggen en 611 est mentionnée dans les vies de saint Gall, bien postérieures. Mais ces missions, si elles ont existé, n'eurent aucun succès.
Auteur(e): Kaspar Michel / PM
Tant au sud qu'au nord du canton, la colonisation fut surtout conduite par des seigneurs laïques et ecclésiastiques principalement possessionnés à l'extérieur du territoire schwytzois. Au sud, les comtes de Lenzbourg furent les plus gros propriétaires fonciers jusqu'à leur extinction en 1173. Puis les Kibourg, les Frobourg, la branche aînée des comtes de Rapperswil et les Habsbourg détinrent ou revendiquèrent des droits seigneuriaux (comme le montre le terrier des Habsbourg du début du XIVe s.). L'abbaye bénédictine d'Einsiedeln, fondée en 934, avait été richement dotée par ses fondateurs nobles; la première mention écrite de S. figure sous la forme Suittes dans un acte de 972 confirmant les possessions de l'abbaye. Au nord du canton, les principaux seigneurs fonciers étaient les abbayes de Saint-Gall, Pfäfers, Rüti, Schänis et surtout Einsiedeln; les comtes de Habsbourg et de Toggenbourg, ainsi que les seigneurs de Rapperswil disposaient aussi de terres et de droits. Des tours d'habitation en pierre et des châteaux forts servaient de centres administratifs et en même temps de résidence pour les seigneurs fonciers ou leurs représentants (tour des Archives, maisons Schorno et Nauer à S., châteaux de Pfäffikon, d'Alt-Rapperswil à Altendorf et de l'île de Schwanau sur le lac de Lauerz). La petite noblesse locale ne joua pas de rôle important à S., contrairement à ce qui se passa sur le Plateau suisse lors de la formation de la seigneurie territoriale habsbourgeoise. Pour la fortune et le prestige social, elle venait clairement après les administrateurs des domaines abbatiaux et même après les dirigeants paysans locaux.
Après l'extinction des Kibourg et face au déclin des Rapperswil dans la seconde moitié du XIIIe s., les Habsbourg se présentèrent comme leurs successeurs et tentèrent d'imposer leurs prétentions en Suisse centrale. Ils acquirent des patronages lucratifs (S., Steinen, Muotathal, Morschach) et obtinrent en 1283 l'avouerie sur l'abbaye d'Einsiedeln. Selon l'historiographie traditionnelle, ils auraient mené une politique d'expansion brutale à S. et en Suisse centrale, mais cette vision a été révisée. L'image des Habsbourg comme oppresseurs s'est formée au XVe s., appelée par le contexte de cette époque; le chroniqueur glaronais Aegidius Tschudi en fit un canon au XVIe s., qui fut longtemps admis. Mais, plus récemment, les historiens ont considéré que les éléments les plus décisifs pour la formation des structures à venir furent la chute de la seigneurie de Rapperswil vers 1300 et les querelles successorales entre les Habsbourg et Werner von Homberg, bailli impérial des Waldstätten dès 1309. Les abbayes profitèrent de cette situation; elles augmentèrent encore leurs possessions par des dons et des achats. Elles renforcèrent leur pouvoir en introduisant de nouvelles formes d'organisation économique (Schweighöfe ), qui déclenchèrent parfois de graves conflits, par exemple le Marchenstreit entre S. et Einsiedeln).
Tandis que dans le nord du canton la prépondérance d'Einsiedeln empêchait la fondation d'autres institutions monastiques, plusieurs communautés conventuelles, issues de béguinages, apparurent au sud au XIIIe s. Le couvent de cisterciennes d'In der Au à Steinen, relativement bien doté, est mentionné dès 1262. Celui des dominicaines de Saint-Pierre am Bach à S. est cité dès 1275 et celui des tertiaires franciscaines de Saint-Joseph à Muotathal ouvrit vers 1280; mais les bases économiques de ces maisons affiliées aux ordres mendiants restèrent fragiles. Des béguinages, attestés en plusieurs endroits dès le XIIIe s., disparurent au début du XVIe s.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
La population des différentes régions du canton actuel s'organisa de plus en plus fermement au cours du Moyen Age. Les paroisses, qui n'avaient pas seulement des fonctions religieuses, jouèrent un grand rôle dans ce processus.
Dans la cuvette de S., noyau du futur canton, face à la concurrence d'Arth et surtout de Steinen, le village, puis bourg de S. ne s'imposa qu'au cours du XIVe s. comme chef-lieu. Les cives de villa Svites ou cives de Suites sont mentionnés dans la première moitié du XIIe s., à l'occasion du Marchenstreit avec l'abbaye d'Einsiedeln. Acteur de plus en plus affirmé dès le début du XIIIe s., la communauté de vallée ou universitas vallis de Switz était dominée par de riches et puissantes familles d'origine paysanne, telles que les Stauffacher, Hunno ou Ab Yberg, qui disposaient généralement de vastes domaines fonciers, vivaient dans de belles demeures en bois (maison Bethlehem à S., 1287) et s'étaient assuré des positions dirigeantes en assumant des fonctions d'amman (administrateur de biens ecclésiastiques). Une partie des forêts et pâturages était soumise à l'exploitation collective dans le cadre de deux corporations d'usagers, l'Oberallmeind (S., Steinen, Muotathal, Sattel et Rothenthurm) et l'Unterallmeind (Arth), qui se constituèrent entre le XIIe et le XIVe s. pour des raisons à la fois économiques et politiques. Elles jouèrent un rôle non négligeable dans la fusion territoriale qui aboutit à la formation du Pays de S., selon un processus qui reste en partie inexpliqué. De nombreuses corporations d'usagers apparurent aussi au Moyen Age dans les autres régions du canton.
En 1240, la vallée de S. reçut de Frédéric II, pour services rendus, l'immédiateté impériale. Ses structures communales se renforcèrent dès la seconde moitié du XIIIe s. Le landamman et les gens de S. apparaissent comme acteurs politiques vers 1300. Le pays dispose alors d'un sceau, preuve et témoin de son autonomie. La landsgemeinde, organe politique, qu'à l'époque on appelait parfois diète (Landtag) Landschaften, se réunit à partir du XIVe s. Parallèlement se constituèrent comme entités administratives quatre quartiers (Obwässer, Nidwässer, Steinen et Muotathal). L'incorporation d'Arth, encore au XIVe s., rendit nécessaire une réorganisation; on créa deux quartiers supplémentaires (Altviertel et Neuviertel). Chacun des six quartiers envoyait dix représentants au Conseil du Pays de S., attesté dès la seconde moitié du XIVe s., qui comptait donc soixante membres.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Aux XIVe et XVe s., le mouvement communal et une tendance au regroupement des communautés campagnardes touchèrent aussi, avec un léger retard, les autres régions du canton, parfois sous l'influence du Pays de S. Les disparités locales tiennent au poids relatif des institutions seigneuriales. Dans la Marche, la landsgemeinde est attestée dès 1323 et le Conseil dès 1424. Dans la Waldstatt d'Einsiedeln, une autorité administrative appelée Drei Teile ("trois parties") est mentionnée dès 1399; y étaient représentés l'abbaye, le bailli nommé par le Pays de S. et les gens du lieu. A Küssnacht, les conflits, connus dès la fin du XIIIe s., entre la population et les chevaliers de Küssnacht, qui exerçaient la basse justice au nom des Habsbourg, favorisèrent sans doute le développement de structures communales (sceau attesté dès 1378), tout comme les longs démêlés avec l'abbaye d'Engelberg, détentrice du patronage, à propos de la desserte pastorale. Des aspirations à l'autonomie se firent jour aussi dans les Höfe (Wollerau et Pfäffikon), qui relevaient au bas Moyen Age de l'abbaye d'Einsiedeln. Gersau, qui n'était guère accessible que par le lac, pays allié de la Confédération dès 1359, s'affranchit en 1390 en rachetant les droits hypothéqués des Habsbourg et devint une commune libre dont l'empereur Sigismond confirma en 1433 l'immédiateté impériale.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
En reliant étroitement l'histoire du canton de S., surtout à ses débuts, à celle de la Confédération, on l'a parfois mal interprétée. L'ancienne historiographie et la tradition populaire reposant sur elle voyaient dans l'alliance de 1291 entre Uri, S. et Nidwald l'acte de fondation de la Confédération suisse, l'origine d'un Etat fondé sur la liberté. En revanche, les études plus récentes considèrent le pacte de 1291 comme une paix territoriale dans laquelle les partenaires, tout en s'engageant à une entraide mutuelle, soulignaient surtout l'obéissance due aux détenteurs du pouvoir. Roger Sablonier (2008) a même supposé qu'il s'agissait d'un document antidaté, établi en 1309 par Uri, S. et Unterwald, regroupés dans le bailliage impérial des Waldstätten, pour prouver la capacité de paix de la région et obtenir la confirmation de l'immédiateté. Les Habsbourg, renforcés par le déclin des Rapperswil, cherchèrent à étendre leur influence dans l'espace schwytzois; ils entrèrent en conflit avec les élites du pays, qui aspiraient à l'autonomie. Avoués d'Einsiedeln, ils voulurent organiser une expédition punitive contre les Schwytzois qui avaient attaqué l'abbaye en 1314, dans le cadre d'un conflit de frontières séculaire (Marchenstreit). Mais l'action aboutit à la débâcle autrichienne de Morgarten (1315). La même année, les trois cantons primitifs conclurent une alliance qui resta en vigueur jusqu'en 1798, confirmant une politique militaire et diplomatique commune qui aura aussi des retentissements sur le plan de la politique territoriale.
Dans le cas de S., les plus anciennes tentatives connues d'extension prirent la forme de conflits de frontière avec les vallées (Uri, Glaris) et seigneurs voisins (Einsiedeln), parfois menés avec acharnement à propos de zones encore inexploitées et qui doivent être mis en relation avec les mutations structurelles de l'agriculture (intensification de l'élevage). Au bas Moyen Age, des querelles analogues se produisirent à plusieurs reprises aux frontières avec Zoug (vallée d'Ägeri) et Lucerne (Küssnacht, Rigi).
Au XIVe s., les alliances conclues par les Waldstätten avec des partenaires extérieurs contribuèrent à leur développement territorial, surtout dans le cas de S. L'alliance militaire défensive signée avec Berne en 1323 fut pérennisée en 1353. Les alliances perpétuelles avec Lucerne (1332) et Zurich (1351) s'inscrivent dans un cadre analogue; contrairement à ce que les historiens pensaient autrefois, elles ne furent pas conclues à l'initiative des Waldstätten qui se contentèrent de les accepter. Néanmoins, S. joua au début un rôle suffisamment actif dans le système encore lâche des alliances confédérales et mena une politique d'expansion suffisamment agressive pour que son nom en vienne à désigner tous les Suisses, puis la Suisse; dans l'Empire, les chroniqueurs appellent au XIVe s. déjà les Confédérés Schwyzer ou Schweizer.
Vers 1350, le Pays de S. avait la maîtrise de ses affaires intérieures et extérieures. Il acquit ensuite, par conclusion de traités de combourgeoisie, par conquête ou par achat, divers territoires assez vastes. Le canton ainsi formé avait à la fin du XVe s. à peu près son extension actuelle, à l'exception de Gersau, commune libre devenue en 1359 pays allié de la Confédération, qui ne fut attribuée à S. qu'en 1817. Dans chaque cas, il fallut plusieurs décennies aux autorités schwytzoises pour réunir entre leurs mains l'ensemble des droits, de façon à se qualifier comme souveraines. La Waldstatt d'Einsiedeln fut occupée militairement en 1386; un bailli schwytzois y exerça la haute justice dès 1394; S. devint le protecteur de l'abbaye en 1397 (ce qui fit tomber dans sa zone d'influence la seigneurie abbatiale de Reichenburg) et son avoué en 1424. Après avoir reçu des gens de la Marche dans sa bourgeoisie en 1386, S. conclut une combourgeoisie avec la Marche moyenne en 1414 et avec la Marche supérieure en 1436, tout comme avec Küssnacht en 1424 (où il disposait déjà d'un péage dès 1383 et des droits de justice achetés en 1402). Les Höfe (Wollerau et Pfäffikon, au bord du lac de Zurich), conquis en 1440, ainsi que Hurden et l'île d'Ufenau, tombèrent aussi aux mains de S. Acquis progressivement et par des procédés divers, ces pays différaient entre eux quant à leurs relations avec le chef-lieu et au degré d'autonomie dont ils jouissaient.
En 1415, l'empereur Sigismond accorda aux Schwytzois, en remerciement de leur aide militaire dans la lutte contre le duc d'Autriche Frédéric IV de Habsbourg, la haute juridiction sur le Pays de S., Einsiedeln, Küssnacht et la Marche.
Toutes les tentatives d'extension ne furent pas couronnées de succès. Certaines opérations échouèrent face à l'opposition des villes de Zurich et Lucerne. Ainsi, en Suisse centrale, l'influence exercée dans la seconde moitié du XIVe s. sur la ville et bailliage de Zoug, où S. s'était emparé de la charge d'amman, prit brusquement fin en automne 1404 (Siegel- und Bannerhandel ). En Suisse orientale, S. signa une combourgeoisie à la fin de 1402 ou au début de 1403 avec les Appenzellois qui voulaient s'affranchir de l'abbaye de Saint-Gall, prit part aux guerres d' Appenzell et paraît avoir imposé l'amman local et des chefs militaires; cet engagement, d'abord prometteur, fut abandonné après la défaite des Appenzellois devant Bregenz en 1408.
Les Schwytzois furent plus heureux dans leurs efforts visant à contrôler une part du trafic entre Zurich et les cols grisons. Ayant conclu une combourgeoisie en 1417 et 1428 avec le comte de Toggenbourg Frédéric VII, mort sans enfant en 1436, ils prirent part au conflit autour de sa succession (guerre de Zurich, 1436-1450) et en tirèrent avantage au détriment de Zurich: outre les Höfe, ils acquirent avec Glaris, allié moins puissant, les bailliages d'Uznach (reçu en gage en 1437, acheté en 1469) et du Gaster (combourgeois en 1436, reçu en gage en 1438, puis augmenté de la seigneurie de Gams achetée en 1497).
Membre de la Confédération, montée en puissance au XVe s., le canton de S. prit part à l'administration des bailliages communs. Comme Uri et Nidwald, il s'intéressait pour des raisons économiques à une expansion au-delà du Gothard; il fut maître avec eux dès le début du XVIe s. de Bellinzone, porte de la Lombardie, de la Riviera et du val Blenio (Expéditions au sud des Alpes), puis gouverna avec tous les cantons (sauf Appenzell) les autres bailliages italiens (Lugano, Mendrisio, Locarno et val Maggia).
Les longs mandats des landammans Ital Reding le Vieux (1447) et de son fils Ital Reding le Jeune (1466) marquèrent la politique intérieure et extérieure du canton, qui n'était pas à l'abri de troubles internes. L'échec subi à Zoug en 1404 provoqua la destitution de plusieurs conseillers. La concurrence entre familles dirigeantes, qui pouvait dégénérer, comme le montre le meurtre de Werner Ab Yberg par Hans Ulrich en 1462, menaçait sérieusement la stabilité intérieure et donna lieu, à la fin du Moyen Age et à l'époque moderne, à des troubles aggravés par les réactions imprévisibles de la landsgemeinde.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
La landsgemeinde était, à S. plus encore que dans les autres cantons campagnards, le centre d'un système politique où elle incarnait l'idée d'un corps totalement autonome qui, conscient de ses libertés ancestrales et fidèle aux traditions vécues qui le fondaient, poursuivait imperturbablement et souvent brutalement ses propres intérêts. Aux XVIIe et XVIIIe s., elle était tout simplement qualifiée de Höchster Fürst, Oberste Gewalt ou Landesfürst (" prince très haut", "pouvoir suprême", "prince du pays"), ce qui illustre sa position incontestée au sein des structures étatiques avant 1798. Mais le régime démocratique qu'elle devait assurer n'était plus, dès la fin du XVIIe s. au moins, qu'une fiction archaïque, soigneusement entretenue; en réalité, un petit nombre de familles, économiquement prospères, monopolisaient le pouvoir.
A l'instar du Pays de S., certains des pays sujets, comme la Marche, avaient aussi une landsgemeinde. Toute personne jouissant de la bourgeoisie du pays, donc de l'ensemble des droits politiques et économiques, y était admise, mais la portée de cette participation fut relativisée dès le début du XVIe s. au moins par la tendance croissante des élites à se fermer sur elles-mêmes. Une classe dirigeante restreinte à quelques familles se forma non seulement dans les six quartiers du Pays de S., mais aussi dans les pays sujets. Les "habitants" (Beisassen) n'avaient accès ni aux charges lucratives ni aux biens communaux. L'acquisition du droit de bourgeoisie, encore possible au bas Moyen Age et au XVIe s., fut rendue de plus en plus difficile au XVIIe s. Les règlements restrictifs furent parfois assouplis en faveur de personnes prêtes à contribuer à l'assainissement d'une situation financière catastrophique. On décida ainsi, en 1715, comme la seconde guerre de Villmergen avait vidé les caisses de l'Etat, d'accorder la bourgeoisie, contre espèces, à des habitants et à des étrangers, plutôt que de lever un impôt direct.
Vraie constante dans la vie de l'Etat, la landsgemeinde (dite de mai) se réunissait le dernier dimanche d'avril, généralement sur la place d'Ibach (comm. S.), parfois à l'église ou sur la place principale de S. Les détenteurs de charges publiques y rendaient compte de leurs activités. L'assemblée votait sur les objets importants, approuvait les capitulations (contrats de recrutement pour le service étranger) et les admissions de nouveaux bourgeois, confirmait les anciennes coutumes. En cas de besoin, on convoquait une landsgemeinde extraordinaire.
Concrètement, les affaires incombaient au Conseil (Landrat), au sein duquel la landsgemeinde élisait les magistrats (entre autres landamman, vice-landamman, trésorier, banneret, capitaine du pays, maisonneur, intendant de l'hôpital, voyer, juge, receveur de l'ohmgeld) et où siégeaient aussi les Siebner, présidents des six quartiers. L'Etat avait quelques fonctionnaires: le sautier et les chanceliers avec leurs sous-secrétaires qui servaient aussi de greffiers dans les divers tribunaux. Chaque conseiller se faisait accompagner d'une ou deux personnes cooptées pour constituer le double Landrat (cour criminelle) ou le triple Landrat (préparation de la reddition des comptes des envoyés à la Diète, prises de position sur les demandes de la Diète). Le banneret (fonction honorifique) gérait les affaires militaires, avec le capitaine du pays, le lieutenant-colonel, le major (Obrist-Wachtmeister), l'enseigne du pays et le Conseil de guerre, où siégeaient le landamman, le banneret, l'intendant de l'arsenal, les capitaines de la Marche, d'Einsiedeln, des Höfe, de Küssnacht, du Gaster et d'Uznach, quatre majors, les capitaines de l'artillerie, les neuf capitaines du Pays de S., l'aide-major du pays (officier d'état-major assistant le capitaine du pays) et un secrétaire. Sauf celles de banneret, toutes ces fonctions n'étaient pourvues (et le Conseil de guerre n'était convoqué) qu'en cas de besoin.
L'omniprésence des communes bourgeoises (Corporation) gérant l'exploitation collective de pâturages, de forêts et d'alpages était une caractéristique de l'organisation interne du canton. Comme le droit de bourgeoisie du pays se doublait de l'appartenance à une corporation (Allmeind), les deux domaines de compétence restèrent indistincts jusqu'en 1816. Les autorités étaient les mêmes, les cercles d'administrés se confondaient. Dans les pays sujets aussi, il existait des corporations d'usagers (qui se sont perpétuées en partie jusqu'au XXIe s.), définies par le droit du sang ou certains intérêts.
Le landamman Jost Rudolf von Reding soumit à la landsgemeinde de 1704 une liste écrite de dix-neuf "principes", destinée à être lue tous les deux ans devant la landsgemeinde ordinaire. Ce texte, qui s'apparentait à une constitution, donnait aux gens du pays une certaine sécurité juridique tout en protégeant les autorités contre l'arbitraire du peuple. En proposant ces articles, le landamman voulait endiguer le mécontentement, parer la crise menaçante et désamorcer une atmosphère révolutionnaire. La landsgemeinde accepta les dix-neuf points sans modification. Intégrés au recueil des principales décisions de la landsgemeinde et augmentés de sept paragraphes jusqu'en 1733, ces préceptes servirent de constitution cantonale jusqu'en 1833.
Auteur(e): Kaspar Michel / PM
Les autorités furent souvent attaquées devant la landsgemeinde, généralement à propos du service étranger ou des arriérés de soldes. Fréquemment, le peuple finissait par accuser les magistrats de haute trahison (sans beaucoup de preuves concrètes) ou les élites oligarchiques de mise en danger de la religion catholique par une politique opaque. Comme les entrepreneurs militaires et les dirigeants appartenaient au même milieu, ces conflits aboutirent à plusieurs reprises à des destitutions, à des mesures d'interdiction contre le mercenariat et les pensions, à des dénonciations d'alliances et à de solides querelles, bien plus graves que les habituelles luttes de tendances entre factions, groupes à base clientélaire liés aux différents services étrangers, principalement ceux de France, d'Espagne et de l'empereur, mais aussi ceux de Savoie, de Venise et du pape. Les limites des clientèles étaient fluides et la composition des factions pouvait se modifier au gré des circonstances, même si elle dépendait largement de traditions familiales. Dès le XVIe s., la situation diplomatique européenne se refléta à S. dans l'existence presque constante de partisans et d'adversaires de la France.
Plusieurs cas d'agitation survenus après 1550 à propos de retards dans le paiement de la part des pensions réservée aux gens du pays illustrent la méfiance fondamentale envers la gestion du service étranger par les magistrats et les entrepreneurs militaires. En 1557, le landamman Dietrich In der Halden, chef du parti français, fut destitué au milieu de son mandat (et renvoyé avec plusieurs autres conseillers) par la landsgemeinde, fâchée de plusieurs années d'impayés dans les pensions françaises et travaillée par les intrigues d'entrepreneurs militaires du parti espagnol. A sa place, l'assemblée élut Sebastian Schilter, paysan de Morschach qui fit ainsi accéder sa famille à la classe dirigeante. Un destin analogue frappa le landamman Rudolf Reding (1539-1609), gendre d'In der Halden, tourmenté en 1606-1608 par ses compatriotes impatients à cause du retard des paiements français après 1590. Généralement, l'agitation retombait grâce à la médiation des cantons, à des promesses apaisantes de l'ambassadeur de France et aux avances consenties par les entrepreneurs militaires. L'affaire des Durs et des Doux (Harten- und Lindenhandel ) en 1763-1767 fut le conflit le plus grave entre le peuple et les entrepreneurs militaires; elle faillit emporter le régime et eut des répercussions jusque dans les pays sujets (affaire d' Einsiedeln).
Les historiens interprètent ces troubles comme une forme précoce d'opposition populaire; les pays sujets y prirent part à diverses occasions. Il y eut plusieurs cas, tout au long de l'époque moderne, de destitution de magistrats ou de conseillers. L'affaire d'Arth ou affaire des nicodémites, en 1655 (première guerre de Villmergen), suscitée par un groupe de protestants ou d'anabaptistes, fut également un mouvement d'opposition qui, bien que local, eut des répercussions au Conseil et à la landsgemeinde; mais il avait aussi des motifs religieux et doit être placé dans le contexte de la confessionnalisation. En revanche, la querelle du Défensional (1676) s'inscrit davantage dans la ligne d'une opposition populaire latente, de même que l'affaire Stadler au début du XVIIIe s., lors de laquelle le mouvement contre les aristocrates trouva un habile meneur en la personne du bailli Josef Anton Stadler, décapité en 1708.
Auteur(e): Kaspar Michel / PM
Du XVe au XVIIe s., S. fut en position de force dans l'administration des bailliages communs et des protectorats. Il occupait une position dominante à Rapperswil, à Uznach et dans le Gaster, territoires importants pour le trafic international, et avait part à tous les bailliages communs allemands et italiens. L'attribution des charges de bailli eut de grandes répercussions dans la politique cantonale, car la landsgemeinde désignait souvent les candidats les plus offrants et cette pratique ouvrit la porte à la corruption et à d'autres formes de trafic d'influence (vénalité des offices). Les bailliages les plus coûteux à obtenir, car les plus lucratifs, allaient en général à des membres de l'élite aristocratique. Quelques familles (surtout les Reding) occupèrent pendant des décennies des postes importants en Thurgovie et dans le comté de Baden. Néanmoins, un quart environ des 150 familles bourgeoises de S. participèrent à l'administration des bailliages entre 1630 et 1798.
En 1712, la quatrième paix nationale, conséquence de la seconde guerre de Villmergen, exclut S. de la gestion des bailliages communs lucratifs (comté de Baden, Freie Ämter inférieurs) et annonça une marginalisation politique du canton au sein de la Confédération. Cette évolution ne diminua en rien les droits de S. sur les territoires où il les exerçait seul (la Marche, les Höfe de Wollerau et Pfäffikon, Einsiedeln et Küssnacht), dont le statut juridique se péjora nettement. Les relations avec le Pays de S., qui à l'origine se rapprochaient par certains aspects d'un partenariat entre égaux, se transformèrent de plus en plus, au cours du XVIIe s. (surtout avec la Marche) en un rapport de sujétion. Alors qu'au XVe s., S. confirmait encore solennellement chaque année les droits des territoires combourgeois, il exigeait d'eux au XVIIIe un véritable serment de fidélité. La détérioration des relations entre le Pays de S. et ses sujets est à l'origine des graves conflits qui surgiront après 1798 et culmineront dans la scission du canton en 1833.
Auteur(e): Kaspar Michel / PM
Le sentiment d'identité schwytzois se forma au bas Moyen Age. Il se nourrit d'éléments empruntés aux mythes fondateurs de la Confédération, complétés d'autres légendes comme celle de l'origine suédoise des Schwytzois. Selon le traité Vom Herkommen der Schwyzer und Oberhasler, rédigé vers 1480 par Heinrich von Gundelfingen, 6000 Suédois et 1200 Frisons orientaux se seraient établis en Suisse et auraient obtenu l'immédiateté impériale pour avoir protégé le pape et l'empereur, vers 400 à Rome, les sauvant ainsi des Barbares. Au XVIe s., cette légende passait pour véridique; un mandat schwytzois sur les mœurs (fin des années 1520) et un arrêté de la landsgemeinde (1531) attestent que l'ascendance suédoise était la conception officielle des autorités cantonales. Un élément central du récit, le sauvetage du pape, se retrouve à certains égards dans les aspects sacrés du culte du drapeau qui s'était développé autour de la bannière schwytzoise ou dans le sens particulier que prenaient à S. les commémorations de batailles. Le canton ne se voyait pas seulement comme fondateur et protecteur de la Confédération, mais aussi comme bastion du catholicisme: il revendiquait à ce titre une certaine prééminence parmi les autres cantons catholiques.
La rigidité dans les questions confessionnelles, d'une part, et les fréquents conflits internes, d'autre part, prédominaient dans l'image que l'on se faisait du canton à l'époque moderne. Ambassadeurs et recruteurs étrangers tenaient les Schwytzois pour imprévisibles, entêtés, séditieux et cupides. Les cantons protestants, et même dans certains cas les catholiques, les jugeaient hautains et peu ouverts au dialogue politique, par exemple dans la négociation des défensionaux dès 1647 et dans l'affaire Zwyer. La politique schwytzoise qui tournait parfois au fanatisme religieux était souvent préjudiciable à une procédure confédérale raisonnable. Plus d'une fois le canton apparut comme l'"enfant terrible" du Corps helvétique. Ce caractère douteux de la culture politique schwytzoise eut des répercussions directes à la Diète et dans les bailliages communs, où la collaboration avec S. suscitait régulièrement des problèmes.
Auteur(e): Kaspar Michel, Oliver Landolt / PM
Les Alamans colonisèrent d'abord (VIIe s.), outre les Höfe et la Marche moyenne, la région de Küssnacht et la cuvette de S. La zone d'Einsiedeln était exploitée, mais non habitée. Aux VIIIe et IXe s., des défrichements eurent lieu dans le sud du canton. Les rives du golfe de Küssnacht sur le lac des Quatre-Cantons, la plaine autour de S. et le site de Gersau furent occupés en permanence dès 900 au plus tard. La conquête des terres d'altitude (Muotatal, Wägital) a dû commencer vers l'an 1000. Dans les vallées, les fermes isolées (sur le modèle alaman), agrandies à la suite de l'essor démographique, donnèrent naissance au Moyen Age à des villages; cette évolution se refléta finalement dans les méthodes d'exploitation collective typiques du pays. La plupart des habitats alpins temporaires (Alp Rederten dans le Wägital, alpages du Muotatal), attestés dès 1000 environ, étaient exploités collectivement. Des zones d'habitat dispersé se rencontrent aussi bien dans le nord du canton (versant nord du Rossberg-Etzel-Pfifegg) que dans le sud (Altmatt-Morgarten-Rossberg/Steinerberg, sud de l'Engelstock-Haggen-Ibergeregg); un type particulier de fermes habitées toute l'année se trouve dans ces régions, ainsi qu'en altitude (depuis le XIVe s.: site archéologique de Balmis près d'Illgau). Quelques centres villageois se formèrent précocement (Küssnacht, Steinen, S., Einsiedeln), d'autres plus tardivement (Brunnen, Morschach), voire seulement au XIVe s. (Arth, Lachen). A l'époque moderne, les endroits les plus densément peuplés étaient le village de S., Brunnen, les environs d'Arth, Küssnacht, Einsiedeln et la Marche inférieure.
Les indications chiffrées les plus anciennes datent du milieu du XVIIIe s. On comptait en 1743 dans le canton actuel (y compris Gersau et Reichenburg) 25 815 âmes, soit 12 287 dans le Pays de S. (dont 4639 au chef-lieu), 5246 dans la Marche, 3320 à Einsiedeln, 1506 à Küssnacht, 2321 dans les Höfe et 955 à Gersau. Dix ans plus tard, on recensait 1287 personnes de plus et déjà 34 138 habitants en 1799.
L'émigration ne pesa guère sur les statistiques; seuls quelques individus partirent pour des raisons religieuses ou politiques; les effets du service étranger sont souvent surestimés, car normalement, les mercenaires finissaient par regagner leur patrie.
Auteur(e): Kaspar Michel / PM
Dans le sud du canton actuel, l'agriculture visait au Moyen Age l'autosubsistance; mais aux XIVe et XVe s., elle mit l'accent sur l'élevage et la production laitière et se mit à exporter, tant vers le sud des Alpes que vers le nord (Suisse et Allemagne du Sud), du beurre, du fromage et des animaux (bovins, mais aussi chevaux, appréciés en Italie du Nord, et moutons). La céréaliculture, encore attestée au XIVe s., disparut peu à peu, à un rythme très variable selon les régions; l'approvisionnement en grains fut assuré par des importations en provenance du Plateau et d'Allemagne du Sud. Le bétail exigeait en outre du sel, qu'il fallait importer. Comme l'élevage demandait nettement moins de main-d'œuvre que la céréaliculture, le service étranger prit une grande importance au bas Moyen Age comme pourvoyeur d'emplois. L'économie forestière était une autre branche majeure. Aux XVIe et XVIIe s., de vastes surfaces furent défrichées pour créer des pâturages. Le bois abattu était débité en planches ou en bûches et exporté à Lucerne, à Zoug et surtout à Zurich.
Du début du XIe s. au début du XVe s., le denier zurichois circulait à S., rejoint, au XVe s., par des pièces lucernoises. S. utilisa le droit de battre monnaie reçu en 1424 de l'empereur Sigismond. Avec Uri et Unterwald, il eut un atelier monétaire à Bellinzone, au début du XVIe s. Les trois cantons en eurent un second à Altdorf (UR), de 1548 à 1610 (avec des interruptions), puis renoncèrent à collaborer. S. émit diverses pièces du XVIe au XIXe s.
Grâce aux ports de Küssnacht et surtout de Brunnen, sur le lac des Quatre-Cantons, le canton prenait part au trafic du Gothard. Einsiedeln profitait de son attrait religieux: avec ses auberges pour pèlerins, le bourg prit un caractère presque urbain.
Le marché de S. est mentionné pour la première fois en 1313, à l'occasion d'un procès. Celui d'Einsiedeln est cité depuis le XIVe s. En 1415, l'empereur Sigismond confirma au canton le droit de tenir un marché à Lachen, sur la route de Zurich aux cols grisons; ce marché existait depuis quelques années et concurrençait celui, hebdomadaire, de Rapperswil. Une foire au bétail est attestée en 1416 à Steinen.
Les arts et métiers étaient déjà bien développés au XVe s. dans quelques localités du Pays de S. et des pays sujets. Dès le XVIe s., les artisans s'organisèrent en confréries faisant office de corporations, telle la confrérie de Saints-Crépin-et-Crépinien, réunissant les tailleurs et les cordonniers du village de S. A Einsiedeln, l'imprimerie de l'abbaye joua un rôle économique et culturel notable.
L'industrie à domicile se répandit dans le canton selon le modèle né à Zurich au XVIIe s. Le filage de coton nourrissait de nombreuses familles au XVIIIe s. dans la cuvette de S., dans la Marche et dans les Höfe. Les initiatives lancées dans le dernier quart du XVIIe s. et surtout au XVIIIe afin de développer une industrie de la soie basée sur le travail à domicile furent plus (S. et Gersau) ou moins (Einsiedeln) couronnées de succès.
Dès le XVIe s., on tenta d'exploiter des mines de fer ou d'autres métaux; mais aucun de ces essais ne réussit durablement. Les carrières de pierre, attestées dès le bas Moyen Age, surtout dans la Marche et le Höfe, s'avérèrent plus profitables. Dès le XVIIIe s., on se livra à Einsiedeln et dans les marais de Rothenthurm à l'extraction de la tourbe, utilisée comme combustible. La première tuilerie du canton fut aménagée en 1596 à Ibach par les autorités, pour leurs propres besoins; d'autres suivirent, notamment à Einsiedeln et dans la Marche. Dans la seconde moitié du XVIIe s. et au XVIIIe, des verreries fonctionnèrent sporadiquement dans la région d'Iberg et dans l'Alptal.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Au cours du bas Moyen Age, on observe une différenciation sociale croissante dans chacune des régions du canton. A côté de serfs de la Maison-Dieu, de tenanciers et de serfs, on trouvait aussi des hommes libres, mais on ignore les parts relatives de ces groupes. L'ancienne historiographie pensait que les libres prédominaient, mais les recherches récentes n'ont pas confirmé cette hypothèse. Si l'on rencontrait des nobles au bas Moyen Age dans d'autres cantons campagnards comme Uri ou Nidwald, il n'y en avait sans doute presque aucun sur le territoire de l'actuel canton de S. Quelques riches et puissantes familles d'origine paysanne dominaient la communauté. La population se composait en majorité de modestes paysans, propriétaires ou locataires des terres plus ou moins étendues qu'ils exploitaient. De nombreuses personnes devaient gagner leur vie comme domestiques, valets, servantes ou armaillis, et dépendaient d'une entreprise agricole ou artisanale, ou d'une abbaye. On constate déjà au bas Moyen Age, dans le Pays de S. comme dans les pays sujets, les importantes différences qui séparent, sur les plans juridique, politique, économique et social, les bourgeois de plein droit (appelés Landleute à S., à Küssnacht et dans la Marche, Waldleute dans la Waldstatt d'Einsiedeln et Hofgenosse dans les Höfe de Wollerau et Pfäffikon) et les "habitants" aux droits limités. A l'époque moderne apparut en outre le groupe des Jahrgeldler, étrangers au bénéfice d'un permis de séjour payant valable une année, qui pratiquement n'avaient aucun droit.
Les gens du Pays de S. étaient privilégiés à l'époque moderne, dans divers domaines, par rapport aux ressortissants du reste du canton. Plusieurs familles firent fortune, surtout à partir du XVIe s., en mettant sur pied des troupes pour des princes étrangers (Entrepreneurs militaires); les nombreuses maisons de maître qu'elles firent construire aux environs du bourg de S. témoignent de leur richesse. Ces familles exerçaient aussi la puissance politique dans le canton, le landamman et les titulaires des autres principales magistratures sortant de leurs rangs. Leur influence politique reposait sur de vastes réseaux clientélaires, entretenus surtout grâce à des distributions d'argent. Dès le XVIe s., elles manifestèrent des tendances aristocratiques, s'efforçant notamment d'obtenir des titres et des armoiries de la part de princes étrangers.
Au XIVe s., les Stauffacher et les Ab Yberg faisaient partie de ces familles de magistrats. Dès le bas Moyen Age, les Reding, établis au village de S. dans la seconde moitié du XVIe s., eurent une grande influence non seulement dans le canton, mais aussi, par moment, dans la Confédération. Les In der Halden occupèrent souvent les plus hautes charges entre 1440 environ et 1580. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, outre les Ab Yberg, on trouvait les Schorno, Betschart, von Nideröst, Ceberg, Jütz et Weber. Dans la Marche qui, au début du moins, disposait d'une plus grande autonomie qu'Einsiedeln, Pfäffikon, Wollerau et Küssnacht, les Hegner s'assurèrent une position dominante après 1500 et les Schwyter au XVIIIe s.
Les indigents étaient surtout secourus par des fondations religieuses (fonds et bourses des pauvres, legs pieux privés). Les villages de S. et d'Einsiedeln disposaient, parfois depuis le bas Moyen Age, d'hôpitaux et de maladreries, qui accueillaient les indigènes, mais hébergeaient aussi épisodiquement des pèlerins malades et des voyageurs. Les chasses aux gueux organisées de temps à autre servaient surtout à expulser les mendiants non originaires du canton et des surveillants furent institués au XVIe s. pour contrôler la mendicité.
Les gros incendies (à Einsiedeln en 1509, 1577 et 1680, à Brunnen en 1620, à S. en 1642, à Arth en 1719 et 1759, par exemple), les épidémies de peste (notamment en 1519, 1611 et 1629), les catastrophes météorologiques, les famines et disettes n'avaient pas que de graves répercussions démographiques, mais marquaient les mentalités. Ces événements étaient interprétés comme la punition divine des péchés humains; c'est pourquoi on y réagissait souvent en renforçant les mandats sur les mœurs, en entreprenant des pèlerinages ou en construisant des chapelles.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Avant 1815, le territoire cantonal relevait du diocèse de Constance. La Marche, les Höfe et Einsiedeln faisaient partie du décanat de Rapperswil-Zurich, le Pays de S. et Küssnacht de celui de Lucerne (chapitre des Quatre cantons). Au terme de longs efforts, S. obtint en 1688 un commissaire épiscopal.
Au cours d'un processus de densification qui commença au Moyen Age et se poursuivit jusqu'à la fin du XVIIIe s., on érigea de nombreuses paroisses afin de répondre aux besoins spirituels des habitants. La foi profonde d'une grande partie de la population s'exprimait dans les pèlerinages nationaux (à Einsiedeln dès le Moyen Age, à l'ermitage de Nicolas de Flue à Sachseln dès le XVIe s., à la chapelle Sainte-Anne de Steinerberg dès 1641), dans la construction de multiples chapelles et oratoires, dans la fondation de confréries et la récitation publique de la grande prière (qui durait trois heures et fut sans doute introduite au début du XVIe s.). Le peuple tenait en haute estime les ermites retirés notamment sur l'île de Schwanau et à Tschütschi au-dessus de S.
L'abbaye bénédictine d'Einsiedeln, fondée en 934, devint un pèlerinage marial d'envergure européenne, attirant les foules. Ulrich Zwingli, curé du village d'Einsiedeln en 1516-1518, et Balthasar Trachsel, curé d'Arth en 1520-1524, propagèrent les idées de la Réforme, qui se répandirent surtout à Einsiedeln, Arth, Freienbach, Tuggen et peut-être même au village de S., mais qui furent bientôt réprimées par les autorités. Seul subsista un groupe clandestin de protestants ou d'anabaptistes, actif à Arth jusqu'en 1655. Parmi les cantons restés fidèles au catholicisme, S. se distingua par ses positions intransigeantes, dont souffrirent surtout les protestants dans les bailliages communs (comme le Gaster). Dans la période post-tridentine, les capucins jouèrent un grand rôle dans la défense de la foi catholique; ils ouvrirent des couvents à S. en 1585 et à Arth en 1656 avec l'appui financier du canton et bénéficiaient d'une forte popularité. Aux XVIIe et XVIIIe s., le paysage sacré schwytzois prit une couleur baroque; les familles dirigeantes, telles que les Reding, Ab Yberg, Kyd, Betschart, Büeler, Kothing ou Fassbind, financèrent l'édification de nombreuses églises et chapelles. Le catholicisme, soutenu par les autorités, marqua profondément de multiples aspects de la vie quotidienne: omniprésence des supplications publiques, des processions et pèlerinages pour détourner malheurs et catastrophes, exhortations à fréquenter régulièrement les offices divins. Les croyances magiques, souvent mêlées à des éléments religieux, étaient répandues jusque dans les milieux les plus huppés, comme le montrent les notes du landamman Michael Schorno (XVIIe s.). Des procès pour sorcellerie sont attestés dès la seconde moitié du XVIe s., mais l'état lacunaire des sources ne permet pas de les quantifier; les deux dernières condamnations furent prononcées en 1753 et 1754.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
L'abbaye d'Einsiedeln avait déjà une école au Xe s., mais elle était réservée aux moines. Des maîtres d'école du village de S. sont connus nommément dès le milieu du XVe s. Les autres villages ouvrirent des classes au cours du XVIe ou du XVIIe s., afin d'obéir aux exigences du concile de Trente. Mais le degré d'alphabétisation auquel on parvint ainsi est inconnu. Il existait des écoles latines, généralement tenues par des ecclésiastiques, à Einsiedeln, à S. depuis 1627 et à Lachen depuis 1690. Des sœurs du couvent de Saint-Pierre am Bach géraient une école de jeunes filles à S. depuis le milieu du XVIe s.
Dès le bas Moyen Age, quelques Schwytzois de bonne famille firent des études universitaires, surtout à Bâle, Bologne, Pavie, Milan, Paris, Vienne, Cologne, Heidelberg, Erfurt, Wittenberg, Tübingen et Fribourg-en-Brisgau. Après la Réforme, leur choix fut restreint aux universités catholiques. Ils sont proportionnellement moins nombreux que dans d'autres cantons.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Au Moyen Age et à l'époque moderne, la vie culturelle et artistique était placée sous le signe du catholicisme. L'abbaye d'Einsiedeln brilla dans l'art de l'enluminure (elle avait un scriptorium) et dans celui de la musique sacrée, particulièrement aux époques ottonienne et romane. Dès le début du XVIIe s., elle agrandit sa bibliothèque et se dota en 1664 d'une imprimerie. D'autre part, ouverte aux influences extérieures en raison de l'afflux des pèlerins venus de toute l'Europe, elle joua un rôle moteur dans l'introduction de l'art sacré baroque en Suisse centrale. C'est à l'époque baroque que le paysage sacré schwytzois a pris l'aspect qu'il a gardé, pour l'essentiel, jusqu'à nos jours; on doit la plupart de ses monuments à des artistes et artisans étrangers: architectes, stucateurs et fresquistes originaires d'Italie du Nord jusqu'à la fin du XVIIe s., bâtisseurs d'Allemagne du Sud au XVIIIe s. Des artistes indigènes sont néanmoins attestés depuis le bas Moyen Age, tel Ulrich Rosenstein, sculpteur sur bois et sur pierre établi à Lachen à la fin du XVe s., ou Johann Carl Hedlinger, de S., médailleur de réputation européenne. L'architecte Caspar Moosbrugger, originaire de la région de Bregenz, travailla à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe s. dans le canton de S. (reconstruction de 1702 à 1723 de l'abbaye d'Einsiedeln et de son église), mais aussi dans le reste de la Suisse et en Allemagne du Sud, où il participa à l'élaboration de nombreux édifices sacrés. L'habileté des menuisiers-charpentiers schwytzois apparaît dans leurs réalisations (maisons en bois documentées dès 1170). Aux XVIe et XVIIe s., l'usage de la pierre se répandit de plus en plus, souvent combiné avec le bois. Au XVIIIe s., les maisons paysannes reprirent des éléments urbains, par exemple l'avant-toit. Le service étranger entraînait aussi des transferts culturels, comme le prouvent certains détails exotiques dans l'architecture et l'aménagement intérieur (boiseries) des maisons de maître édifiées aux alentours du bourg de S. (maison Ital Reding par exemple).
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
En 1798, le Pays de S. s'opposa, pour des motifs politiques et religieux, à son intégration dans la République helvétique.
A part quelques rares exceptions (comme Augustin Schibig et, plus tard, Alois Fuchs), les membres du clergé refusaient fermement les idées des Lumières dans lesquelles ils voyaient un danger pour la foi catholique et pour la moralité. Les événements de la Révolution française et surtout sa politique ecclésiastique étayèrent leurs convictions. Leur attitude antirévolutionnaire fut en outre renforcée par les récits de nombreux religieux français réfugiés temporairement à l'abbaye d'Einsiedeln dans les années 1790. Une majorité de la population partageait leur refus, qui se manifesta en particulier lors de la landsgemeinde de 1798; cependant, la révolution helvétique fut parfois bien accueillie dans les pays sujets, notamment dans la Marche, qui aspiraient à l'autonomie.
Devant la menace créée par l'invasion française en mars 1798, S. accorda par étapes à ses pays sujets le droit à l'autodétermination. En avril, le canton refusa la Constitution helvétique, comme Nidwald, Uri, Glaris et Zoug. Les troupes de Suisse centrale, commandées par Alois Reding, durent capituler face aux Français supérieurs en nombre, malgré la victoire qu'elles avaient remportée à Rothenthurm le 2 mai 1798. L'Ancien Pays échappa d'abord à l'occupation et aux réquisitions, mais les pays sujets ne furent pas épargnés. L'abbaye d'Einsiedeln fut pillée. Le territoire schwytzois fut partagé entre le canton des Waldstätten (distr. de S., Gersau, Küssnacht et Einsiedeln) et celui de la Linth (distr. de la Marche, Wollerau et Pfäffikon). Après l'échec de l'insurrection de Nidwald en automne 1798, l'Ancien Pays, qui l'avait soutenue, dut déposer les armes et subit lui aussi l'occupation française et les réquisitions. La présence très pesante des troupes françaises suscita en avril 1799 un mouvement de résistance dit Hirthemmlikrieg ("guerre des chemises de pâtre"), qui fut écrasé; les Français déplacèrent ensuite le chef-lieu du canton des Waldstätten de S. à Zoug.
Durant l'été et l'automne de 1799, S. devint l'un des théâtres de la deuxième guerre de coalition. Au milieu d'août, le général français Masséna chassa des contingents austro-russes de la cuvette de S. A la fin de septembre, tandis que des combats se déroulaient dans la Marche, le général russe Souvorov passa le col du Kinzig avec son armée et attaqua les Français dans le Muotatal. Mais comme il ne parvint pas à atteindre la cuvette de S., il dut se retirer à Glaris par le col du Pragel. La population souffrit durement de ces événements, accompagnés de pillages et de livraisons forcées de denrées alimentaires.
L'acte de Médiation de 1803 rétablit le canton dans ses anciennes limites, tout en lui adjoignant Gersau et Reichenburg, mais abolit le statut de pays sujet (les pays sujets devinrent des districts). Tous les citoyens étaient égaux en droits. Chaque district était représenté dans les institutions proportionnellement à sa population.
La suspension de l'acte de Médiation réveilla les conflits internes. En février 1814, l'Ancien Pays tenta de s'emparer de la direction du canton et voulut réserver la participation politique à ses seuls bourgeois, comme avant 1798. Les autres districts s'opposèrent à cette exigence. Le chef-lieu s'inclina et reconnut dans l'accord de 1814 l'égalité politique de tous les citoyens du canton. L'Ancien Pays obtint néanmoins une position dominante. Le district de S. se vit en effet accorder deux tiers des sièges au sein des autorités; il fournissait en outre tous les principaux magistrats. Ses représentants cherchèrent ensuite à restaurer encore davantage leurs privilèges. Gersau, à nouveau république libre en 1814, fut rattaché définitivement à S. en 1817. Les anciens "habitants" du district de S., devenus "nouveaux bourgeois", jouissaient certes de l'égalité politique, mais non de l'égalité complète avec les "vieux bourgeois", telle qu'elle leur avait été promise en 1798, car ils restaient exclus des corporations d'usagers. Lorsque le district de S., en 1829, priva ses "nouveaux bourgeois" de leurs droits politiques, les autres districts n'y virent rien d'autre qu'un prélude manifeste à la remise en question par l'Ancien Pays de leur propre droit de participation.
En 1830, encouragés par la révolution de Juillet à Paris et par la régénération en cours dans d'autres cantons, les districts de la Marche, d'Einsiedeln, de Küssnacht et de Pfäffikon réclamèrent une nouvelle constitution qui garantirait notamment la représentation proportionnelle des districts au sein des autorités. Les responsables de l'Ancien Pays réagirent sans discernement et trop tardivement, de sorte que l'on ne put arriver à un compromis. Les districts dits "extérieurs" se séparèrent en 1831 de l'Ancien Pays. Un Conseil (Landrat) de S.-Extérieur fut créé le 9 mars à Einsiedeln; il mit en place une administration et une justice. Une constitution fut adoptée en 1832. La Diète reconnut S.-Extérieur comme canton de la Confédération au printemps de 1833, mais demanda la réunification.
Une querelle survenue à Küssnacht entre partisans et adversaires de la scission donna l'occasion à S.-Intérieur de résoudre la crise constitutionnelle par la force. Mais l'occupation militaire de Küssnacht, le 31 juillet 1833, ne fit qu'exacerber la tension, car la Diète décida d'intervenir, à la demande de S.-Extérieur et de Lucerne; des troupes fédérales furent envoyées dans le canton de S. en août. Même si les districts sécessionnistes étaient dirigés par des libéraux et les autres (S. et Wollerau) par des conservateurs ou des nostalgiques de l'Ancien Régime, le conflit n'était pas dû en premier lieu à des conceptions politiques opposées, mais à la révolte des districts discriminés par l'Ancien Pays.
Sous la pression de l'occupation fédérale, les districts élaborèrent rapidement une nouvelle Constitution qui donna une pleine égalité de droit à tous les habitants du canton et qui mit fin à la scission. Elle fut acceptée par la landsgemeinde du 13 octobre 1833, qui élut à la tête du canton réunifié deux progressistes, Nazar von Reding et Melchior Diethelm. Mais, au bout de six mois déjà, ils furent remplacés par des membres du parti conservateur. Celui-ci avait repris l'avantage en ralliant le député de Lachen, Franz Joachim Schmid.
Les conservateurs restèrent au pouvoir jusqu'en 1847. Faute de moyens financiers, le canton ne parvint pas à résoudre des problèmes urgents comme l'amélioration des routes ou le statut des heimatlos. On ne chercha pas à désamorcer les conflits internes (entre partis et districts). Au contraire, la querelle des Onglus et Cornus dégénéra lors de la landsgemeinde de 1838 en une rixe générale où les conservateurs l'emportèrent sur les libéraux. Le gouvernement reçut l'appui de la population du canton dans ses positions conservatrices en politique fédérale (affaire des couvents d' Argovie en 1841-1843, expéditions des Corps francs en 1844-1845, question des jésuites, révision du Pacte de 1815). Il trouva à l'extérieur un appui politique et religieux en adhérant en 1845 au Sonderbund. Il s'agissait à ses yeux de défendre la souveraineté cantonale et la religion catholique. A la landsgemeinde du 26 septembre 1847, le gouvernement obtint l'autorisation de mettre en œuvre, en cas de besoin, des moyens de défense militaires. Quand la guerre eut éclaté, l'enthousiasme retomba rapidement, surtout dans les districts libéraux. Le Grand Conseil approuva la capitulation, quatre jours après la défaite du 23 novembre à Gisikon.
L'occupation du canton par les troupes de la Diète entraîna la chute du gouvernement conservateur. Les deux commissaires fédéraux, l'Appenzellois des Rhodes-Extérieures Johann Heinrich Heim et le Saint-Gallois Matthias Hungerbühler jouèrent un grand rôle dans la restructuration politique qui suivit. Ils firent désigner un gouvernement provisoire et surtout une Constituante, dont le premier projet, qui prévoyait de scinder l'Ancien Pays en deux districts (S. et Arth) et d'enlever à S. son rôle de chef-lieu du canton, fut rejeté le 27 janvier 1848 à une courte majorité. Ces points controversés furent retirés du second projet qui fut approuvé par le peuple un mois plus tard.
La Constitution cantonale du 27 février 1848 réunit les districts de Wollerau et de Pfäffikon dans le nouveau district des Höfe. Rompant avec le passé, elle introduisit une séparation nette des pouvoirs législatif (Grand Conseil), exécutif (Conseil d'Etat) et judiciaire, ainsi qu'une structure à trois niveaux (communes, districts, canton) aux compétences (fiscales notamment) bien délimitées. Elle abolit la landsgemeinde. L'ancien organe suprême, discrédité après les événements de 1833-1847, ne suffisait plus aux besoins du canton, compte tenu de sa population et de son étendue. Les principales compétences de la landsgemeinde passèrent à treize arrondissements, nouvellement institués, dont les assemblées élisaient les députés et se prononçaient (par vote à main levée) sur les lois et les révisions constitutionnelles.
Aux élections du 12 mars 1848, les conservateurs emportèrent la majorité des sièges au parlement cantonal. Néanmoins, les députés élurent un gouvernement où prédominaient libéraux et radicaux. Le Conseil d'Etat eut la tâche difficile de consolider le canton intérieurement et de l'intégrer à un Etat fédéral que les Schwytzois n'aimaient guère (ils refusèrent à 75% des voix la Constitution fédérale). Sur le plan cantonal, il suivit une politique de réconciliation entre les partis et les régions. En dépit des oppositions intérieures et extérieures, il prit des mesures visant à rapprocher le canton de l'Etat fédéral. Les relations avec ce dernier se détendirent peu à peu après l'abandon en 1852 du solde de la dette de guerre du Sonderbund. Les fêtes fédérales jouèrent un rôle important dans le processus d'intégration, surtout celle des officiers (1856) et celle de tir (1867) qui eurent lieu à S.
Au début des années 1870, les luttes autour de la révision de la Constitution fédérale et le Kulturkampf opposant les gouvernements de quelques cantons radicaux à l'Eglise catholique entravèrent les rapprochements en cours. Les luttes nationales eurent des répercussions sur le plan cantonal: les conservateurs stricts, ultramontains, chassèrent du pouvoir les libéraux plus modérés. Ils firent campagne en 1881 dans l'affaire des sœurs enseignantes, et en 1882, dans le référendum contre la création d'un secrétaire scolaire fédéral, qualifié de bailli scolaire. Ils appartenaient à un mouvement qui, grâce à ses succès lors de votations, se renforçait sur le plan national, ce qui favorisa l'intégration des anciens cantons du Sonderbund à l'Etat fédéral. Les fêtes qui se déroulèrent à S. le 1er août 1891 et le lendemain au Grütli à l'occasion du 600e anniversaire de la Confédération furent le symbole évident de la réconciliation.
La Constitution cantonale de 1848 fit ses preuves à l'usage. Une tentative de révision lancée en 1854 par des nostalgiques de l'Ancien Régime, afin de rétablir la landsgemeinde et d'abolir les arrondissements, échoua nettement, tout comme l'initiative populaire présentée en 1866 par les radicaux en vue d'élargir les droits populaires. Mais une adaptation fut rendue inévitable par la Constitution fédérale de 1874. Une révision complète, d'inspiration conservatrice, fut approuvée en 1876 par 73% de oui. Elle limita notamment le pouvoir réglementaire du Grand Conseil, élargit le champ d'application du référendum obligatoire en matière de législation cantonale et introduisit le référendum financier obligatoire ainsi que l'initiative législative.
Les luttes partisanes reprirent au milieu des années 1890, lorsque les radicaux firent accepter une initiative demandant une révision de la constitution. Ils obtinrent une légère majorité à la Constituante et lui firent adopter des articles discutés qui limitaient la marge de manœuvre des couvents en matière de gestion de fortune et d'acceptation de novices. Invoquant la mise en danger de la religion, les conservateurs menèrent une campagne acharnée contre le projet et l'emportèrent nettement devant le peuple. Ce succès renforça leur prépondérance. Immédiatement, le gouvernement élabora une nouvelle version de la constitution, pratiquement semblable à la première, sauf sur les points contestés de politique ecclésiastique. Clairement accepté le 23 octobre 1898, ce texte introduisit notamment des élections générales tous les quatre ans, l'élection par le peuple de tous les parlementaires, la représentation de chaque commune par au moins un député au Grand Conseil, le système proportionnel dans les communes ayant trois députés ou davantage et une liberté de religion complète. Il a subi au XXe s. des révisions partielles. Une nouvelle constitution a été acceptée en 2011.
Les premières sections de la Société du Grutli apparurent dans les années 1870. Leurs représentants au Grand Conseil (le premier fut élu en 1900) siégèrent jusqu'en 1920 au sein du groupe radical qui ensuite se divisa à cause de la grève générale de 1918. Les associations ouvrières chrétiennes-sociales créées en 1904 fondèrent en 1926 le parti chrétien-social (cantonal), dont les députés s'associèrent au groupe conservateur populaire.
La période de la Première Guerre mondiale fut difficile. En raison de la durée du conflit et des mesures insuffisantes prises par les autorités, les prix des denrées alimentaires augmentèrent fortement. Parallèlement, le chômage tendit à s'accroître et les salaires baissèrent, dans des proportions supérieures à la moyenne suisse en raison de l'effondrement de deux branches importantes pour l'économie cantonale, le tourisme et l'industrie textile à domicile. Comme les soldats mobilisés ne touchaient aucune compensation, de nombreuses familles tombèrent dans le besoin. L'engagement de troupes schwytzoises dans le canton d'Uri, à Rapperswil et dans l'Oberland zurichois, lors d'interventions contre les grévistes de 1918, ajouté à la polémique sur les soldats morts de la grippe espagnole, conduisit à une polarisation de la vie politique. Les conservateurs instrumentalisèrent les soldats victimes de la grippe dans leurs campagnes électorales jusqu'au milieu des années 1930.
L'entre-deux-guerres fut placé sous le signe d'une profonde insécurité, comme le montrent les luttes très vives précédant élections et votations, surtout lors de consultations sur des propositions de politique sociale présentées par la gauche au niveau national. Entre 1919 et 1939, les Schwytzois refusèrent trente-huit projets fédéraux sur cinquante-huit (davantage que tout autre canton) et se forgèrent ainsi leur réputation de Neinsager. La polarisation politique culmina en 1938 quand le canton interdit le parti communiste. Cependant, face à l'ampleur des problèmes économiques, une collaboration dépassant les clivages partisans se mit en place dès le milieu des années 1930. Il s'agit en premier lieu d'offrir des programmes d'occupation aux chômeurs. La volonté de faire participer la classe ouvrière aux responsabilités gouvernementales, préparée par l'élection en 1940 du socialiste Johann Wattenhofer à la présidence du Grand Conseil, aboutit à l'entrée au Conseil d'Etat, en 1944, du socialiste Josef Heinzer qui s'imposa contre le représentant des paysans. L'Union des paysans de Suisse centrale, fondée en 1935, indépendante des partis, avait réussi à devenir un acteur politique marquant en utilisant la mauvaise humeur que suscitaient à la campagne la crise économique et la législation sur l'alcool. Elle avait atteint son apogée en 1943, en envoyant au Conseil national Josef Schuler (qui ne fut pas réélu en 1947). Sa défaite en 1944 marqua la fin des espoirs de créer un parti agrarien dans le canton.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le canton, même s'il n'était pas en première ligne sur les frontières nationales, fut confronté à la politique d'asile, au rationnement, au plan Wahlen et au service actif. Situé à la limite nord du réduit alpin, il fut bardé de fortifications et autres installations militaires (au Rigi, à Sattel, sur l'Etzel et dans la plaine de la Linth). Il focalisa l'intérêt à deux reprises: en 1941, à l'occasion des fêtes du 650e anniversaire de la Confédération (Musée des chartes fédérales) et en 1942, lors de l'émeute de Steinen, due à l'arrestation du propriétaire d'une laiterie et d'un moulin impliqué dans une grosse affaire de marché noir.
L'alliance entre les conservateurs populaires et les chrétiens-sociaux (réunis dès 1971 dans le parti démocrate-chrétien ou PDC) assura à ces deux partis la majorité au Grand Conseil jusqu'en 1988 et au Conseil d'Etat jusqu'en 2004. En réaction à la fondation du PDC, une section schwytzoise du parti des paysans, artisans et bourgeois apparut en 1972; elle adhéra en 1975 à l'Union démocratique du centre (UDC). Progressant fortement en voix et en sièges dès la fin des années 1990, aux dépens du PDC, mais aussi des radicaux, l'UDC était en 2008 le premier parti du canton. Son essor s'inscrit dans une tendance nationale, mais il est dû aussi au soutien de conservateurs aux yeux de qui les partis bourgeois avaient fait trop de concessions. Le Forum critique d'Ibach (1979-1999, dès 1983 Forum critique de S., plus tard Verts du canton de S.) joua un rôle important dans certains débats (protection des marais). Divers petits groupes n'eurent qu'une existence éphémère (partis des automobilistes, de la liberté, de l'Europe, Front patriotique de Marcel Strebel).
|1919||1939||1959||1967||1971||1979||1987||1991||1995||1999||2003||2007||2011|
|Conseil des Etats|
|PDC||2||2||2||2||2||2||2||1||1||1||1||1|
|PRD||1||1||1|
|UDC||1||1||2|
|Conseil national|
|PDC||2||2||2||1||1||2||1||1||1||1||1||1||1|
|PRD||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PS||1||1||1||1||1||1||1||1|
|UDC||1||1||2||2||1|
|Total||3||3||3||3||3||3||3||3||3||3||4||4||4|
|1920||1932||1944||1952||1964||1976||1988||1992||1996||2000||2004||2008||2010||2012|
|PDC||5||5||4||4||4||4||4||4||4||4||3||3||2||2|
|PRD||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2||1||2||2|
|PS||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|UDC||1||2||2||3|
|Total||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7|
|1920||1932||1944||1952||1964||1976||1984||1988||1992||1996||2000||2004||2008||2012|
|PDC||61||59||53||55||57||52||55||49||48||46||43||34||29||29|
|PRD||32||31||30||33||27||29||25||30||34||29||26||24||21||23|
|PS||9||12||13||14||16||16||14||13||11||11||11||15||9||10|
|Verts||4||2||1||1|
|UDC||3||4||4||5||12||20||27||41||35|
|Autres||1||3||3||1||2|
|Total||102||103||99||105||100||100||100||100||100||100||100||100||100||100|
Auteur(e): Erwin Horat / PM
La presse cantonale se caractérise par son implantation étroitement régionale. La plupart des titres sont liés à un district ou à une vallée. Jusque dans les années 1980, chacun défendait un parti; ensuite ils devinrent des tribunes d'opinions. Le premier journal schwytzois fut le Schwyzer Wochenblatt (1819, puis 1823-1830) suivi du Waldstätter-Boten (1833-1844). Les structures essentielles se mirent en place en une vingtaine d'années avec le Schwyzerisches Volksblatt (1846), la Schwyzer Zeitung issue du précédent (1849), le Bote der Urschweiz (1859, paru dès 1858 sous le nom de Wochenzeitung der Urschweiz), l'Einsiedler Anzeiger (1859), le March-Anzeiger (1860), le Wochenblatt für den Bezirk Höfe (1862) et le Freie Schweizer de Küssnacht (1866). Les décennies suivantes virent quelques naissances et presque autant de disparitions. Le Schwyzer Demokrat de Siebnen (1912-1987) fut le seul journal socialiste du canton, tous les autres ayant des positions bourgeoises. En 2010, les Schwytzois disposaient de huit journaux (le chiffre entre parenthèses indique le tirage en 2010): le Bote der Urschweiz, édité à S. (15 266 exemplaires), la Neue Schwyzer Zeitung publiée à Lucerne (3487), la Rigi Post de Goldau (3260), le Freie Schweizer de Küssnacht (4320), l'Einsiedler Anzeiger (5932), le March-Anzeiger de Lachen et le Höfner Volksblatt de Wollerau (ensemble 11 646), la Zürichsee Zeitung Obersee de Stäfa (11 087). La station locale Radio Schwyz émet depuis 1990 (Radio Central en 1997).
Depuis 1798, le canton de S. a toujours eu de la peine à se soumettre à des décisions venues d'instances extérieures ou supérieures. L'éventail va de la République helvétique à l'Espace économique européen (1992), en passant par les Constitutions fédérales de 1848 et 1874. Le fait que le canton n'ait encore fourni aucun conseiller fédéral, que ses ressortissants soient rares dans l'administration fédérale, surtout aux échelons supérieurs, et qu'il abrite peu d'institutions fédérales, mis à part des arsenaux (d'ailleurs fermés en 2004) et les installations des CFF à Arth-Goldau a contribué à son attitude de réserve envers la Confédération. D'un autre côté, le canton s'est toujours présenté comme un partenaire fidèle, en s'appuyant sur l'image qu'il a donné de lui-même dans les grandes commémorations patriotiques, et il n'a cessé de considérer l'organisation d'événements nationaux, telle la Fête fédérale des costumes de 2010, comme des actes concrets d'amitié confédérale.
Auteur(e): Erwin Horat / PM
Des constantes géopolitiques ont marqué l'histoire schwytzoise, en particulier la division en trois régions, à savoir Innerschwyz (distr. de S., Gersau et Küssnacht), Ausserschwyz (distr. de la Marche et des Höfe) et Einsiedeln. Le canton se distingue aussi par le poids politique important des districts, héritiers des pays de l'Ancien Régime. L'équilibrage des compétences entre le canton, les districts et, dès 1848, les communes a joué un grand rôle dans l'histoire cantonale.
Depuis la Médiation (1803) et jusqu'à la veille de l'intégration à l'Etat fédéral (1847), on compte seulement deux niveaux politiques: le canton et les districts; les communes, certes mentionnées dans la Constitution de 1833, n'avaient pas de compétences. En dépit des dispositions constitutionnelles qui prévoyaient une répartition entre canton et districts, ces derniers étaient les véritables détenteurs du pouvoir: ils avaient le droit de lever les impôts (dès 1833) et revendiquaient le produit des péages; le district de S. se considérait comme le propriétaire des bâtiments de l'ancien canton. La marge de manœuvre du canton était limitée par le poids du district de S., qui fournissait la majorité des fonctionnaires et qui, sous la Restauration, se réservait les deux tiers des sièges dans les conseils.
La Constitution cantonale de 1848 sépara pour la première fois les pouvoirs exécutif et législatif. Le point décisif fut la création d'un exécutif au niveau cantonal, le Conseil d'Etat, qui eut à mettre en place des institutions modernes. L'administration fut organisée selon un système de départements, au nombre de dix de 1848 à 1904, puis de sept, même si leurs noms et attributions ont pu changer: par exemple, la réforme de 2008 a créé un Département de la sécurité (réunissant la Police, les Affaires militaires et une partie de la Justice) et un Département de l'environnement, tandis que l'Instruction publique devenait le Département de la formation en s'adjoignant l'office de la culture.
L'administration cantonale se développa lentement. Elle comptait vingt-six personnes en 1850 (vingt policiers et six secrétaires de la chancellerie), une cinquantaine en 1900 (dont vingt-six policiers) et environ 150 en 1950. Ces effectifs réduits s'expliquent par la délégation de nombreuses tâches à des commissions et à des préposés à temps partiel, comme le vérificateur des poids et mesures ou le percepteur. La modernisation intervint dans les années 1960; elle s'accompagna d'une hausse rapide des effectifs, qui continua dans les décennies suivantes, parallèlement à l'augmentation des tâches de l'Etat. On dénombrait 1450 postes à plein temps en 2010.
Immédiatement après 1848, on se préoccupa surtout des infrastructures (routes, plus tard chemins de fer) et de l'école primaire. Les eaux et forêts s'y ajoutèrent après 1876. Durant les deux guerres mondiales et la grande crise des années 1930, le canton dut mettre sur pied de coûteux programmes d'occupation. Après 1960, ses activités et donc ses besoins en personnel s'accrurent, d'une part parce qu'il reprit des fonctions assumées précédemment par des institutions religieuses (écoles secondaires, santé) et d'autre part parce que la Confédération confia aux cantons des tâches d'exécution.
Une évolution analogue se produisit dans les districts et communes qui, jusqu'en 1950, avaient fort peu d'employés et comptaient sur des préposés bénévoles ou à temps partiel. La multiplication des prescriptions légales fut la cause principale de la professionnalisation qui s'imposa ensuite. En 2010, districts et communes employaient environ 2900 personnes, écoles et EMS compris.
Deux facteurs expliquent la modestie des moyens accordés à l'administration, à tous les niveaux. D'une part, les collectivités publiques avaient peu de recettes, car l'impôt sur le revenu, supprimé en 1854, ne fut réintroduit qu'en 1936. D'autre part, il était généralement admis que l'Etat devait être le plus maigre et économe possible. Il en résultait des problèmes d'exécution. L'application lacunaire des prescriptions légales, que ce soit dans l'instruction publique ou dans les contrôles de l'hygiène alimentaire, suscitait des plaintes dont les rapports de gestion du Conseil d'Etat donnent de nombreux échos, jusqu'au XXe s.
Les districts administraient leurs biens, entretenaient les bâtiments publics, les endiguements, les routes principales et secondaires, surveillaient les administrations communales. La Constitution cantonale de 1876 les affaiblit en attribuant la haute surveillance des communes au Conseil d'Etat. Ce dernier disposait déjà avec le Kommunaluntersuch (examen régulier des travaux administratifs des districts et communes, effectué pour la première fois en 1855) d'un instrument qui lui permettait d'améliorer et d'unifier les pratiques. La tendance fut de renforcer les communes, en limitant strictement les districts à leurs compétences traditionnelles. Dans les années 1960, on envisagea d'abolir ces derniers en tant qu'entités politiques, mais on redora leur blason en 1972, en leur confiant la responsabilité des écoles du degré secondaire inférieur (7e-9e années). Dans la suite cependant, la collaboration régionale passa surtout par les groupements de communes, si bien que le Conseil d'Etat proposa au début du XXIe s. une réforme visant à mieux équilibrer les tâches, les finances, les institutions et les territoires; ce projet, qui aurait fait disparaître les districts au profit des communes, fut nettement refusé par le peuple en 2006.
Les corporations d'usagers (on en compte une septantaine et elles restent les principaux propriétaires fonciers du canton), assumant des tâches publiques jusqu'au début des années 1830, jouèrent ainsi un rôle important. La Constitution de 1833, en accordant l'égalité des droits, les priva de leur influence politique, mais comme elles conservèrent leurs biens (pâturages et forêts), elles gardèrent un rôle éminent sur le plan économique. Le partage de la fortune publique entre le canton et les corporations réunies de l'Oberallmeind et de l'Unterallmeind fut réglé en 1877 par un accord devant le Tribunal fédéral. Traditionnellement, les pâturages étaient affermés et les ayants droit participaient au bûcheronnage. Dans la seconde moitié du XXe s., l'exploitation forestière se professionnalisa et l'on explora de nouvelles voies dans la mise en valeur des terrains à bâtir: plutôt que de les vendre, on accorda des droits de superficie, ou bien un membre de la corporation y édifiait un immeuble qu'il louait, se transformant en gérant immobilier.
La modernisation des années 1960 fut un changement fondamental, car le canton abandonna définitivement le modèle de l'Etat veilleur de nuit. Il rejoignit peu à peu les autres cantons et dans certains domaines, les finances en particulier, il atteignit les premiers rangs. Les prestations de l'Etat s'étoffèrent considérablement. De plus en plus, le canton et son administration se considérèrent comme des fournisseurs de services uniformisés. L'instruction publique fut le principal bénéficiaire de ces efforts, avec la santé et les affaires sociales. L'école primaire fut réformée, on créa les établissements régionaux du degré secondaire inférieur, le canton reprit plusieurs écoles professionnelles et secondaires supérieures (collège Maria Hilf à S. en 1972, collège du Christ-Roi à Nuolen en 1997; cantonalisation des écoles des métiers en 1966 et des écoles de commerce en 2008), tout en augmentant ses contributions en faveur des établissements privés et en développant les services spéciaux (logopédie, psychologie) et la pédagogie curative. L'Etat soutint dès les années 1960 les hôpitaux de S., Lachen et Einsiedeln. Il finança la transformation des anciens asiles bourgeoisiaux en EMS. Dans le domaine de l'assistance sociale, il s'en tint, selon la loi de 1983, à son rôle subsidiaire traditionnel (cofinancement), laissant la responsabilité des décisions aux institutions existantes (particuliers, associations, districts ou communes). Dans le domaine des soins psychiatriques stationnaires, les autorités favorisèrent les solutions intercantonales (accord de 1926 avec la direction de la clinique Saint-François à Oberwil bei Zug, concordat de 1983 entre Uri, S. et Zoug).
Auteur(e): Erwin Horat / PM
La population passa de 38 351 personnes en 1833 à 71 082 en 1950. Le taux d'augmentation (85%, soit un quasi- doublement) est inférieur à la moyenne suisse (2 190 258 hab. en 1837, 4 714 992 en 1950, soit 115%). Entre 1870 et 1914, l'essor fut plus marqué dans les districts de Küssnacht et de S., raccordés à l'axe ferroviaire nord-sud, que dans les autres. La même époque vit arriver la première vague d'immigrants étrangers, surtout italiens. La croissance s'explique par la natalité, car le bilan migratoire de la période est négatif. De nombreux Schwytzois quittèrent leur canton pour aller s'établir ailleurs en Suisse ou à l'étranger, surtout aux Etats-Unis; le mouvement culmina en 1847-1854 et en 1878-1884, mais il était continu. On compte 8500 départs entre 1868 et 1959, ce qui mit S. au troisième rang des cantons suisses par rapport à la population résidente. Les immigrants originaires d'autres cantons suisses étaient moins nombreux que les émigrants schwytzois, vu la rareté des emplois offerts. Les ateliers mécaniques de Caspar Honegger à Siebnen, dans les années 1840, puis l'hôtellerie et les chemins de fer furent les seuls à recruter; ils attirèrent notamment des protestants, pour lesquels on construisit les temples de Brunnen en 1886 et d'Oberarth en 1893. On observe des migrations à l'intérieur du canton: en 1860, presque 80% des résidents habitaient leur commune de naissance, contre 50% en 1950.
Entre 1950 et 2010, la population doubla une nouvelle fois pour atteindre 146 730 âmes; durant ces décennies, le taux cantonal de croissance démographique fut l'un des plus élevés de Suisse. L'essor toucha surtout la partie nord du canton, en particulier les Höfe (7573 personnes en 1950, quelque 27 000 en 2010), où se trouve Freienbach, commune qui a dépassé le chef-lieu en 2004. Ce district, le plus densément peuplé du canton, fait partie de l'agglomération zurichoise. Le développement des infrastructures (transports) et la politique fiscale schwytzoise ont attiré nombre de gens qui résident dans le canton, mais n'y travaillent pas, les emplois n'ayant pas augmenté dans les mêmes proportions.
|Année||Habitants||Etrangers||Catholiques||Protestants||Structure par âge (60 ans et plus)||Période||Accroissementa||Excédent naturela||Solde migratoirea|
|1850||44 168||0,5%||99,6%||0,4%||1850-1860||1,8o/oo||23,0o/oo||-21,2o/oo|
|1860||45 039||1,2%||98,8%||1,2%||6,6%||1860-1870||5,8o/oo||10,8o/oo||-5,0o/oo|
|1870||47 733||1,5%||98,6%||1,4%||7,2%||1870-1880||7,2o/oo||8,7o/oo||-1,5o/oo|
|1880||51 109||5,2%||98,4%||1,9%||7,8%||1880-1888||-2,0o/oo||6,8o/oo||-8,8o/oo|
|1888||50 307||3,2%||98,0%||2,0%||8,7%||1888-1900||8,0o/oo||8,5o/oo||-0,5o/oo|
|1900||55 385||5,3%||96,7%||3,3%||9,5%||1900-1910||5,4o/oo||10,3o/oo||-4,9o/oo|
|1910||58 428||6,8%||95,9%||4,0%||9,1%||1910-1920||2,2o/oo||6,7o/oo||-4,5o/oo|
|1920||59 731||4,5%||94,9%||4,9%||9,1%||1920-1930||4,3o/oo||8,7o/oo||-4,4o/oo|
|1930||62 337||5,2%||94,3%||5,4%||10,5%||1930-1941||6,0o/oo||7,8o/oo||-1,8o/oo|
|1941||66 555||3,3%||93,3%||6,5%||11,9%||1941-1950||7,3o/oo||11,0o/oo||-3,7o/oo|
|1950||71 082||3,8%||93,3%||6,5%||12,5%||1950-1960||9,4o/oo||11,3o/oo||-1,9o/oo|
|1960||78 048||6,9%||93,6%||6,2%||13,5%||1960-1970||16,7o/oo||13,2o/oo||3,5o/oo|
|1970||92 072||11,7%||91,3%||7,9%||14,2%||1970-1980||5,6o/oo||6,5o/oo||-0,9o/oo|
|1980||97 354||9,5%||86,6%||10,3%||15,9%||1980-1990||14,0o/oo||6,6o/oo||7,4o/oo|
|1990||111 964||12,8%||80,4%||12,4%||16,0%||1990-2000||14,8o/oo||5,8o/oo||9,0o/oo|
|2000||128 704||15,8%||72,2%||12,7%||17,3%|
Auteur(e): Erwin Horat / PM
Jusque vers la fin du XIXe s., l'agriculture fut l'activité principale; l'élevage et l'exportation de bétail prédominaient, mais les modes d'exploitation différaient considérablement entre les rives du lac de Zurich et les Préalpes. Puis elle céda sa place au secteur secondaire qui fournissait environ 44% des emplois en 1900. La protoindustrie (travail de la schappe) avait pris pied au XVIIIe s. à Gersau, où l'on ne cessa ensuite de produire de la soie (sauf de 1875 à 1892), de façon mécanisée dès le XIXe s. Des ateliers de filage et de tissage du coton furent ouverts à la même époque, surtout dans le district de la Marche; ils déclinèrent au début du XXe s. Jusqu'à l'éclatement de la Première Guerre mondiale, le tissage de la soie à domicile joua un rôle important, surtout dans les vallées retirées, de même que l'industrie du bois.
L'une des tâches principales du gouvernement, après 1848, fut d'aménager un réseau routier répondant aux besoins de l'économie. L'ambitieux programme lancé alors fut achevé pour l'essentiel en 1860. La navigation à vapeur sur le lac des Quatre-Cantons (1837), l'Axenstrasse (1865) et le chemin de fer du Gothard (1882) stimulèrent le tourisme qui constitua jusqu'à la Première Guerre mondiale un secteur majeur de l'économie cantonale. Les hôtes, issus de la bonne société, se rendaient à Brunnen, à Morschach et surtout au Rigi. Le premier chemin de fer à crémaillère d'Europe fut mis en service en 1871 sur le flanc lucernois du Rigi, entre Vitznau et Staffelhöhe, puis vinrent en 1875 la ligne à crémaillère Arth-Rigi et le tronçon à adhésion de Rigi Scheidegg à Rigi Kaltbad (désaffecté en 1931). Einsiedeln garda sa position de premier lieu de pèlerinage suisse (plus de 100 000 visiteurs par an); son rattachement au réseau ferroviaire en 1877, autorisant la nouvelle formule des "trains de pèlerins", fit encore augmenter la fréquentation.
La polémique des années 1860 sur le tracé du chemin de fer transalpin amena un conflit entre Innerschwyz et Ausserschwyz. L'ouverture en 1891 de la ligne Goldau-Pfäffikon par la compagnie du Sud-Est permit de raccorder les districts riverains du lac de Zurich à l'axe du Gothard. A la jonction des lignes Zurich-Gothard et Bâle-Gothard, Goldau devint un nœud ferroviaire et un village de cheminots.
L'économie connut une période de stagnation entre 1914 et 1945. L'industrie textile, tant en usine qu'à domicile, et le tourisme ne parvenaient pas à se relever. Dans les années 1930, la chute des exportations traditionnelles de bétail plongea l'agriculture dans la crise. Les améliorations (assèchement de marais) entreprises dans la plaine de la Linth, au Fänn près de Küssnacht et ailleurs ne déployèrent leurs effets qu'après 1945. Cependant, l'industrie du meuble prospéra dans la Marche. Le gouvernement tenta de lutter contre le chômage par de vastes programmes de génie civil. On créa des lacs artificiels (barrages du Wägital en 1921-1924 et du Sihlsee en 1932-1937), mais le canton ne sut guère profiter, ni de l'énergie produite, ni des concessions, octroyées à des conditions trop généreuses. L'usine électrique exploitant la Muota depuis 1897 fut remplacée à la fin des années 1950 et dans les années 1960 par les six centrales des Forces motrices du district de S.
Après 1945, l'économie cantonale évolua comme dans le reste de la Suisse. L'agriculture perdit en importance et la part de la population active employée dans le secteur primaire tomba en dessous de 10% en 1980. L'industrie et les métiers se diversifièrent; à son apogée, en 1970, le secteur secondaire fournissait 52% des emplois. Le secteur tertiaire prédomina ensuite (54% des emplois en 1990, 67% en 2000). L'amélioration des voies de communication dans le nord du canton (autoroute A3) et le prix relativement modeste du terrain à bâtir transformèrent S. en un canton de navetteurs; de nombreux habitants travaillaient dans les agglomérations de Zurich et de Zoug. L'immigration de familles de la classe moyenne jouissant de bons revenus permit d'abaisser les taux d'impôts. Cela renforça l'attractivité du canton; particuliers et sociétés affluèrent, autorisant de nouvelles réductions fiscales. Cette dynamique fit passer S., autrefois pauvre, dans le groupe des cantons financièrement forts. A la fin de 2009, la fortune du canton se montait à 605 millions de francs, celle des districts et communes à 390 millions. Les sociétés nouvellement installées créèrent des emplois et contribuèrent à réduire la proportion des navetteurs dans le district des Höfe (en 2000, une petite moitié des personnes actives avaient un emploi sur place). Revers de la médaille, un fossé se creusa entre communes riches des bords du lac de Zurich et communes pauvres des Préalpes. Des agglomérations se formèrent dans le nord (Ausserschwyz et Einsiedeln) et à l'ouest du canton (Küssnacht et Arth, dans la zone d'influence de Lucerne et de Zoug).
Les petites et moyennes entreprises fournissent la majorité des emplois. Le canton abrite cependant quelques firmes de réputation mondiale, comme la fabrique de couteaux Victorinox, fondée en 1884 par Karl Elsener, premier employeur privé en 2010 (quelque 1000 collaborateurs); Kühne & Nagel (transport et logistique) ouvrit une succursale à Pfäffikon en 1974 et déplaça son siège principal à Schindellegi en 1992. Estée Lauder a une filiale à Lachen depuis 1977. Pfäffikon se transforme depuis la fin des années 1990 en centre de services financiers, avec notamment MAN Investments (1994), la banque BZ de Martin Ebner (1997) et LGT Capital Management (1999).
|Année||Secteur primaire||Secteur secondaire||Secteur tertiaireb||Total|
|1860||14 617||54,8%||7 026||26,3%||5 050||18,9%||26 693|
|1870c||10 543||50,3%||7 955||37,9%||2 475||11,8%||20 973|
|1880c||10 180||42,8%||9 107||38,3%||4 479||18,9%||23 766|
|1888||9 070||39,9%||9 031||39,8%||4 607||20,3%||22 708|
|1900||9 142||35,3%||11 260||43,5%||5 482||21,2%||25 884|
|1910||8 885||32,7%||11 578||42,7%||6 676||24,6%||27 139|
|1920||9 988||35,7%||10 627||38,0%||7 369||26,3%||27 984|
|1930||8 336||30,0%||11 558||41,6%||7 905||28,4%||27 799|
|1941||8 424||28,7%||12 155||41,5%||8 736||29,8%||29 315|
|1950||7 845||25,4%||13 811||44,7%||9 231||29,9%||30 887|
|1960||6 350||18,6%||17 085||50,1%||10 678||31,3%||34 113|
|1970||5 218||12,8%||21 517||52,6%||14 171||34,6%||40 906|
|1980||4 461||9,8%||20 667||45,7%||20 140||44,5%||45 268|
|1990||3 841||6,6%||22 443||38,6%||31 800||54,8%||58 084|
|2000d||2 847||4,1%||19 546||28,2%||46 866||67,7%||69 259|
Auteur(e): Erwin Horat / PM
Les tendances à la fermeture restèrent après 1800 une caractéristique de la société schwytzoise. Les bourgeois eurent de la peine à intégrer les anciens "habitants" et à recevoir les citoyens d'autres cantons; la situation des heimatlos était particulièrement délicate. Le district des Höfe, en raison de sa position géographique, comptait la plus forte proportion d'étrangers au canton. Le chantier de la ligne du Gothard, au début des années 1880, causa la première vague sérieuse d'immigration. Une seconde vague surgit avec la haute conjoncture après 1945. La méfiance envers les travailleurs étrangers perdure, comme le montrent les résultats des votations touchant ce thème et les violentes discussions autour des règles relatives à la naturalisation.
Jusqu'au milieu du XXe s., les familles vivaient sous l'emprise d'un catholicisme patriarcal. L'Eglise définissait les normes et contrôlait leur respect. Les rôles des sexes correspondaient aux représentations traditionnelles. Pour les femmes, l'éventail des activités rémunérées se limitait en gros, après leur mariage, à l'agriculture, à l'industrie à domicile et au commerce de détail. La haute conjoncture et Vatican II (1962-1965) firent imploser ce monde figé dans l'espérance du salut éternel. A partir des années 1970, la mutation des valeurs rapprocha les Schwytzois des autres Suisses, dans leur perception des questions sociales.
Des catastrophes ébranlèrent à plusieurs reprises l'ordre traditionnel. La plus grave fut l'éboulement de Goldau, le 2 septembre 1806. Des disettes se produisirent en 1816-1817 et en 1845-1846. Les inondations étaient fréquentes (en 1910 par exemple), même après l'endiguement des torrents et les efforts de reforestation. Les améliorations foncières à grande échelle et les lacs artificiels, tout en changeant le paysage, provoquèrent un sentiment de perte du pays natal, surtout chez ceux qui durent abandonner leur ferme.
La diversité régionale (les rives du lac de Zurich au caractère suburbain diffèrent autant des petites villes de S., Lachen, Einsiedeln, Küssnacht et Arth que des zones rurales comme le Muotatal) se reflète dans les dialectes, même si la mobilité tend à les rapprocher, et dans les coutumes, en particulier dans le carnaval, célébré partout, mais dans chaque région différemment. Il en va de même pour la musique populaire, cultivée surtout dans les Préalpes, et pour l'architecture: on distingue des styles régionaux de maisons paysannes. Les méthodes traditionnelles de construction furent employées jusqu'au XXe s. Le palais du gouvernement fut encore élevé, en 1927, en style dit "baroque schwytzois". L'un des rares bâtiments construit en style moderne avant 1945 fut celui des Archives des chartes fédérales (1934-1936, Musée des chartes fédérales depuis 1992), extraordinaire monument de la Suisse à l'époque de la défense spirituelle.
Les sociétés de tir, qui remontent au bas Moyen Age, sont les plus anciennes formes de vie associative. Après 1848 apparurent comme ailleurs en Suisse des sociétés de musique, de chant, de gymnastique et de carnaval. Dans de nombreux domaines (gymnastique ou scoutisme par exemple), les associations catholiques firent contrepoids, jusqu'au milieu du XXe s., aux organisations nationales correspondantes.
Auteur(e): Erwin Horat / PM
Le catholicisme qui imprégnait la société et la vie quotidienne perpétua en général la tradition conservatrice de Joseph Thomas Fassbind et de Paul Styger. Le catholicisme libéral resta marginal. En 1950, 93% de la population étaient de confession catholique. La piété populaire s'exprimait dans les fêtes, processions et pèlerinages, fort nombreux. De 1848 à 1992, la plupart des communes étaient à la fois politiques et ecclésiastiques; la révision, adoptée en 1992, des rapports entre l'Eglise et l'Etat, rompit cette unité. Le nombre des protestants établis dans le canton passa de 4642 en 1950 à 16 401 en 2000. Une communauté musulmane apparut à la fin du XXe s., du fait des travailleurs immigrés (5598 personnes en 2000).
La réorganisation de l'Eglise catholique romaine selon des critères nationaux entraîna l'attribution définitive du canton au diocèse de Coire en 1824. Les deux chanoines schwytzois ont le droit de participer à l'élection de l'évêque. Le vicariat général de Suisse centrale, institué en 1970, avec siège à Brunnen, devint en 2008 vicariat épiscopal. Ingenbohl abrite depuis 1856, par décision épiscopale, la maison mère des sœurs de charité de la Sainte-Croix, dont Maria Theresia Scherer fut la première supérieure.
La loi scolaire de 1848, améliorant celle de 1841, imposa l'école obligatoire. Bien que l'on ait proposé des solutions de compromis pour les régions rurales (comme les demi-journées de cours), l'enseignement obligatoire se heurta à des oppositions et son application laissa à désirer. Une école normale cantonale fut fondée à Seewen en 1856 et transférée à Rickenbach en 1868. Aux examens pédagogiques des recrues, effectués dès 1875, les Schwytzois se retrouvaient régulièrement aux derniers rangs. La situation s'améliora au cours du XXe s., au moins après l'introduction de la neuvième année scolaire.
Les ecclésiastiques jouèrent un rôle important dans l'enseignement, à tous les niveaux, même après 1950. Ils dirigèrent longtemps les établissements gymnasiaux, accordant beaucoup de place à l'instruction religieuse, parce qu'ils accueillaient de nombreux élèves provenant de cantons non catholiques. Il s'agissait de l'école abbatiale d'Einsiedeln, fortement développée après 1848; du collège jésuite de S. (1836), devenu en 1847 le collège Maria Hilf géré par les diocèses de Coire, Saint-Gall et Bâle, puis en 1972 l'école cantonale de S.; du Theresianum d'Ingenbohl (1860), du gymnase de la Mission Bethléem à Immensee (1896) et du collège du Christ-Roi à Nuolen (1934-1997). Le canton ouvrit à Pfäffikon une école normale en 1971 et une école cantonale en 1975 (l'un des deux sites, dès 1997, de l'école cantonale d'Ausserschwyz, l'autre étant l'ancien collège du Christ-Roi).
La vie culturelle est fortement décentralisée. Musées et institutions se répartissent ainsi aux quatre coins du canton: au bourg de S., le Musée des chartes fédérales (1936), celui de la Tour (1953-1995), la maison d'Ital Reding (1982) et le Forum de l'histoire suisse (antenne du Musée national suisse, 1995); à Küssnacht un musée local (1951), à Goldau le Musée de l'éboulement (1966), à Vorderthal le Musée de la Marche (1977), à Pfäffikon le centre culturel Seedamm (1976; centre Vögele dès 2010), à Gersau le Musée de la république libre (1987), à Einsiedeln le panorama de la Crucifixion (1893-1960, rouvert en 1962 après un incendie), la crèche du diorama de Bethléem (1954), le centre culturel du Chärnehus (1977), la fondation Bibliothek Werner Oechslin (2006) et le Musée Fram de la fondation pour le patrimoine d'Einsiedeln (2010). L'espace Katzenstrick à Einsiedeln (1996-2008) mettait un atelier à la disposition d'un artiste pour un semestre, avec le soutien financier du canton. Avec son abbaye et son pèlerinage très fréquenté, Einsiedeln fut et reste un haut lieu cultuel et culturel, où ont fleuri aussi les arts graphiques dès la seconde moitié du XIXe s. grâce aux frères Benziger. En fabrique ou à domicile, la production d'objets de dévotion (livres, images et vignettes de saints) occupa jusqu'à 1500 personnes dans le district, devenu un centre international de la culture catholique de masse et de l'art religieux.
Quelques artisans se sont fait connaître au-delà du canton: modeleurs de cire (famille Kuriger à Einsiedeln), poêliers (à S., Lachen et Einsiedeln), orfèvres (à S., Lachen et Einsiedeln) et ébénistes (à S., Gersau et Einsiedeln). Parmi les écrivains, il faut citer Meinrad Lienert, Meinrad Inglin et Gertrud Leutenegger, parmi les musiciens, les compositeurs et chefs Joachim Raff, Othmar Schoeck, Artur Beul, Tony Kurmann et Graziella Contratto, parmi les peintres August Benziger, Josef Marius Beul, Anton et Clemens Bütler, Michael Föhn, Georg Anton Gangyner, Ugo Rondinone, Hans Schilter, les frères David Alois, Franz et Martin Schmid, Franz Xaver Triner et Georges Weber, parmi les sculpteurs Josef Bisa, Anton Janser, Josef Nauer, Josef Rickenbacher et l'atelier Alois Peyer/Franz Wipplinger, parmi les cinéastes Xavier Koller et Karl Saurer, parmi les gens de théâtre Werner Düggelin et Annette Windlin.
Auteur(e): Erwin Horat / PM
Auteur(e): Oliver Landolt / PM