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L'avenir européen de la Suisse une nouvelle fois en jeu
Les Suisses devront dire le 4 mars s'ils veulent des négociations immédiates en vue d'une entrée de la Suisse dans l'Union européenne (UE). Quel que soit le résultat, ce vote devrait fortement influencer la future politique européenne de la Suisse.
L'initiative «Oui à l'Europe» a été lancée en 1995 par cinq organisations pro-européennes déçues par le vote négatif de décembre 1992 sur l'Espace économique européen (EEE). Cette initiative a l'avantage de la simplicité: elle demande que le Conseil fédéral ouvre immédiatement des négociations dans la perspective d'une adhésion.
Concernant l'objectif final, les initiants n'innovent pas vraiment. En effet, le Conseil fédéral a fait de l'adhésion un but stratégique. Et cela depuis longtemps déjà.
En fait, tout l'enjeu du scrutin porte sur le calendrier. En réclamant des négociations immédiates, les auteurs de l'initiative donnent un joli coup de pied dans la fourmilière d'un monde politique qui pense majoritairement que la question de l'adhésion n'est pas encore mûre.
Parmi les partisans de l'initiative, on retrouve naturellement les organisations pro-européennes, désormais regroupées au sein du NOMES, le Nouveau mouvement européen suisse. Et les partis de gauche. Ainsi que le Parti-démocrate chrétien et le Parti libéral.
Pour les partisans de l'initiative, la Suisse est, de fait, de plus en plus liée à l'UE. Et elle n'échappera pas, à terme, à une adhésion. Mais plus la Suisse attendra, plus le prix du billet d'entrée dans l'Union européenne sera élevé. De plus, vu que Berne s'aligne de plus en plus fréquemment sur les décisions de Bruxelles, une adhésion permettrait aux Suisses d'avoir une influence sur les décisions qui les touchent directement.
Parmi les opposants, on discerne deux tendances. Il y a, bien sûr, les mouvements traditionnellement opposés à une adhésion. En tête desquels on trouve l'Union démocratique du centre (UDC) et l'Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN).
Et puis - et cela peut surprendre - les radicaux se sont engagés, eux-aussi, contre l'initiative. Pourtant, ils sont favorables à une adhésion. Ce qu'ils contestent, en fait, c'est le calendrier proposé par les initiants.
Les radicaux estiment que, constitutionnellement, c'est au Conseil fédéral - et à lui seul - de décider du moment opportun pour ouvrir des négociations internationales. De plus, ils pensent que la question de l'adhésion est prématurée. Pour eux, il faut d'abord analyser les effets des accords bilatéraux signés avec l'UE avant de s'engager plus avant dans un processus d'adhésion.
C'est justement ce que craignent les partisans de l'initiative. Ils redoutent en effet que cette période d'observation ne s'éternise et que la question européenne soit enterrée pour longtemps.
Certes, ils ne croient pas que l'initiative sera acceptée, notamment en raison de l'opposition d'une majorité de cantons alémaniques. Mais, pour eux, plus le score de l'initiative sera élevé, plus la question européenne aura de chances de figurer en bonne place dans l'agenda politique de la Suisse.
Pour maintenir la pression, les initiants se sont fixés un objectif ambitieux: obtenir la majorité des voix du peuple et la majorité dans sept cantons, dont tous les romands.
Quoi qu'il en soit, la votation du 4 mars déterminera bel et bien l'avenir du dossier européen. Si l'initiative obtient moins de 40% des voix, il y a de fortes chances que la question de l'adhésion sombre dans les oubliettes. Si cette barre est franchie, la pression pourra être maintenue sur le monde politique.
Olivier Pauchard
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