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Durant les 850 premières années de son existence, Neuchâtel était résolument tournée vers son lac. En l'absence de voies de communication terrestres satisfaisantes, ses eaux calmes charrièrent personnes comme marchandises des siècles durant. Puis, le chemin de fer arriva, bouleversant l'orientation de la ville, la faisant se développer dans les hauteurs, autour de sa nouvelle gare. Et durant les 150 années qui suivirent, Neuchâtel oublia quelque peu son lac, lui tournant même parfois le dos.
En ces débuts de XXIème siècle, on voit se dessiner de nouvelles lignes pour l'aménagement de notre ville, des lignes qui veulent rétablir le lien entre nos rues et les rives qui les bordent. C'est ainsi qu'arrive sur nos pupitres ce soir le premier projet issu des réflexions lancées lors de la précédente législature concernant le réaménagement de notre ville. Un projet d'ampleur, se racontant comme une trilogie, du Numa-Droz aux Jeunes-Rives, en passant par la Place du Port. Nous allons traiter ce soir du premier tome d'un projet ambitieux, qui veut renouer les liens entre ville et lac.
Rappelons tout d'abord que ce projet est passé à plusieurs reprises devant notre Conseil. Lors de sa première ébauche, le groupe socialiste s'était dit mitigé, dubitatif et s'était par conséquent massivement abstenu. Un des éléments qui semait le doute dans nos rangs était le fait que la première mouture était déconnectée des autres points importants d'un réaménagement d'ampleur, notamment de sa place voisine, la Place du Port. Le Conseil communal avait alors entendu les craintes qui s'exprimaient et procédé à une mise au concours qui comprenait les deux places, comme les deux faces d'une même pièce. Par la suite, l'Exécutif a su associer son Législatif, par le biais de la commission spéciale des affaires communales en matière d'agglomération, ce projet faisant partie des premières mesures du projet d'agglomération, déposé à Berne en 2006. La commission l'a travaillé, a donné des axes, a suivi l'évolution du projet jusqu'à l'avaliser récemment dans sa version finale.
Nous avons ainsi triplé la surface à réaménager, afin de rendre le projet cohérent et complet. Si la cohérence rapporte, en termes de crédibilité d'un projet, elle a aussi un coût. L'extension de la zone concernée entre le projet initial et sa version finale se retrouve d'ailleurs dans la différence entre le montant prévu à la planification des investissements et celui que nous serons appelés à voter dans quelques instants. En voyant la facture finale, d'aucuns pourraient être pris de vertiges ou simplement se
demander si notre collectivité a bel et bien les moyens d'un tel projet. Pour nous, il ne fait aucun doute que nous ne voudrions pas d'un projet au rabais, d'une version timorée de ce réaménagement, que nous voulons beau et cohérent. La situation financière de notre ville est bonne, nous le savons. Nous avons de quoi faire face aux grandes échéances qui nous attendent, comme la Caisse de pension. Nous devons donc investir maintenant, lorsque nous en avons les moyens. Ceci d'autant plus qu'au final, plus de la moitié du montant est pris en charge par le Canton, la Confédération et d'autres partenaires. Qui plus est, nous avions accepté la constitution d'un fonds, l’an passé, pour financer les projets d'agglomération à venir, fonds qui sera utilisé pour financer la bonne moitié du montant à charge de notre Ville. Ainsi, toutes les conditions financières sont réunies pour permettre à ce projet de voir le jour.
Mais la finance n'est pas tout. La vision de notre Ville qui a présidé à la concrétisation de ce projet nous séduit. Réserver l'espace en surface aux habitants plutôt qu'aux voitures, redessiner les liens entre le centre-ville et le lac, favoriser la mobilité douce, réduire le trafic de transit... autant de bonnes raisons de se réjouir. Qui ne se souvient pas de l'impact de l'ouverture des tunnels sous la ville sur le trafic de transit ? Celui-ci avait alors chuté de plus de 40 %, désengorgeant les artères du centre. Aujourd'hui, le temps aidant, les vieilles habitudes ont repris le dessus et bien des automobilistes traversent la ville en surface, alors que les tunnels leur tendent les bras... Il convenait de remédier à cette situation. Le projet de réaménagement qui nous est présenté a le potentiel de faire diminuer le trafic total d'environ 25%, de quoi renvoyer le transit dans les tunnels et dégager les accès au centre-ville pour celles et ceux qui s'y rendent effectivement. D'aucuns s'émeuvent que la zone passe à 30 km/h, trouvant la limite trop basse, mais, soyons honnêtes, qui, aujourd'hui, peut prétendre à une moyenne de 30 le long de ce dédale de feux ? Personne. Supprimant les feux, le réaménagement va donc fluidifier le trafic restant, créant de même des couloirs de bus, afin d'éviter que les voitures soient bloquées lors de la montée ou de la descente des passagers.
Ainsi, nous sommes d'avis que ce réaménagement contribuera à l'attractivité du centre-ville, le rendant de fait plus accessible.
Reste, à ce stade, l'épineuse question du stationnement. Nous comprenons parfaitement les inquiétudes des commerçants voyant une petite cinquantaine de places en surface céder à des terrasses ou des espaces publics. La question du stationnement a bien sûr un impact sur la bonne marche des affaires, raison pour laquelle notre groupe avait déposé une motion pour que le stationnement soit revu aux alentours du centre-ville. Le présent rapport montre d'ailleurs que nous avons déjà été partiellement entendus, un certain nombre de places à durée de 30 minutes étant passées à 60 minutes. Cependant, le stationnement ne fait pas tout. La question de l'attractivité du centre-ville a de multiples facettes et les résumer à quelques dizaines de places de stationnement en surface est par trop réducteur. Après tout, il n’y a que dans les films américains que l’on trouve toujours une place là où on doit aller. Tout d'abord, il faut considérer que même si ces places disparaissent, il y en a toujours en suffisance aux abords de la zone piétonne, le parking du Port, par exemple, ayant toujours des places disponibles, même en heure de pointe. Mais nous ne voulons pas faire de cette question le centre du débat, ce projet n'ayant par ailleurs jamais eu la prétention de répondre, à lui seul, aux nombreuses questions du centre-ville. Et ces réponses, qui seront à trouver entre Exécutif, Commission du développement économique et les acteurs du centre-ville ne tiennent pas à 44 places de parc.
N'étant toutefois pas fermé à trouver des solutions intermédiaires, transitoires c'est le cas de le dire, notre groupe a co-déposé un postulat - dont je laisse la joie de la présentation à son premier signataire. Comme je le disais toute à l'heure, ce projet est à voir comme un projet dynamique, permettant de désengorger le centre-ville, d'en améliorer l'accessibilité et de redonner l'espace public aux habitants. Ce dernier axe est pour nous fondamental. A l'heure actuelle, disons-le tout net, traverser cette place n'est pas loin des quatorze stations d'un chemin de croix, où les piétons sont parqués sur des petits îlots de béton. Qui n'a pas maudit ces feux incessants sous une pluie battante ? Qui n'a jamais vu rouge en attendant que le petit bonhomme change justement de couleur ? Qui n'a pas viré au vert avant le petit bonhomme, respirant une pleine bouffée de gaz d'échappement d'un vélomoteur démarrant péniblement ? La création d'une zone 30 de la BPU à la Poste, remontant jusqu'au croisement des Terreaux et du Faubourg de l'Hôpital mettra un terme à cette mauvaise blague qui ne fait plus rire personne. Certes, les voitures seront toujours prioritaires, mais la traversée sera immensément facilitée pour les piétons, qui pourront le faire en tous points et n'affronteront plus qu'une voie dans chaque sens. Quant aux écoliers, que les parents se rassurent, les passages piétons situés aux abords des collèges des Terreaux et de la Promenade subsistent et la sécurité de nos chères têtes blondes, rousses, brunes ou noiraudes ne pâtira pas du réaménagement. Qui plus est, le parcours des bus est revu et un nouvel arrêt est créé devant le Numa-Droz, mettant fin à l'absurdité de n'avoir aucun arrêt proche d'un lycée et de la bibliothèque publique.
Sur le même plan, le projet permettra, à moyen terme, de libérer la rue St-Honoré du trafic des bus, les engageant sur les nouvelles voies de la Place Numa-Droz et regagnant un peu de place pour la zone piétonne. Enfin, last but not least, le réaménagement proposé est beau. Et tant qu'à dépenser autant d'argent pour un projet de réaménagement, autant que celui-ci ait de l'allure. Les aménagements de terrasses ou de places publiques, la mise en valeur des bâtiments du Collège latin et de la Poste, la végétalisation de la place, la qualité des revêtements sont autant de raisons de se réjouir de voir l'endroit sous un jour nouveau, avec le lac et les reflets des Alpes Bernoises en ligne de mire. Le groupe socialiste soutient donc le projet de nouvelle place Numa-Droz