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Du 3 au 9 août, le pont du Mont-Blanc sera pavoisé des drapeaux du projet « 100 ans de multilatéralisme à Genève », lancé par l’ONU Genève et ses partenaires de la Genève internationale pour célébrer le centenaire du multilatéralisme moderne, de l’établissement de la Société des Nations en 1920 jusqu’au 75e anniversaire des Nations Unies en 2020.
Le Centenaire est célébré avec une série d’événements, de discussions, d’expositions et d’autres initiatives afin mettre en relief l’importance de la coopération multilatérale à Genève. Le pavoisement du pont du Mont-Blanc vise à promouvoir le projet en lui donnant plus de visibilité auprès des Genevois et de tous ceux qui visitent la ville. Il est soutenu par le Perception Change Project et la Ville de Genève.
Le Centenaire
Pourquoi célébrons-nous le Centenaire?
Au vu de sa longue tradition internationale, Genève a été désignée comme siège de la Société des Nations (1920-1946), la première organisation intergouvernementale chargée de maintenir la paix et de promouvoir la coopération internationale. En dépit de son incapacité à éviter le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la Société a laissé un héritage important aux Nations Unies, qui ont vu le jour en 1945.
Août : un mois qui a marqué l’évolution du multilatéralisme à Genève
Août 1920
Le 9 août 1920 une petite délégation de la Société des Nations (SdN) se rend à Genève depuis Londres, où le Secrétariat a provisoirement été établi, afin de trouver un bâtiment pour accueillir le siège permanent de l’organisation. Parmi les différentes options envisagées, c’est finalement l’immeuble de l’hôtel National qui est choisi. Situé sur le quai du Léman, il s’agit à l’époque du plus grand édifice de ce genre en Suisse occidentale. Avec ses 170 chambres, cette ancienne structure hôtelière alors en rénovation paraît tout à fait adaptée à accueillir les bureaux des fonctionnaires de la SdN et les réunions du Conseil.
Travaux de rénovation de l’hôtel National (gauche) et façade de l’hôtel National (droite). Archives ONU Genève.
Parmi les membres de la délégation de la SdN qui se rend à Genève en août 1920, deux personnalités vont laisser une empreinte sur l’évolution du multilatéralisme moderne. Le premier est le Britannique Sir Eric Drummond, à l’époque Secrétaire général de la Société (1919-1933). Drummond est considéré comme l’artisan du premier Secrétariat international. Au moment de la création de la SdN, il insiste pour que les fonctionnaires ne représentent pas leur pays, mais pour qu’ils soient au service de tous les États membres de l’organisation. Le deuxième membre de la délégation qui a marqué l’histoire du multilatéralisme est le Français Jean Monnet, alors Secrétaire général adjoint (1919-1923), qui deviendra après la Seconde Guerre mondiale un des pères de l’intégration européenne.
Eric Drummond (gauche) et Jean Monnet (droite). Archives ONU Genève.
L’hôtel National est acheté à la Société de l’industrie des hôtels de Genève pour la somme de 5,5 millions de francs suisses. Les fonctionnaires du Secrétariat de la Société s’y installent en novembre 1920, quelques jours après leur arrivée à Genève par train spécial. En 1924, le quai du Léman est rebaptisé en honneur du « père de la SdN », l’ancien président des États-Unis Woodrow Wilson, décédé la même année. C’est sans doute grâce à son dévouement et sa détermination que le Pacte de la Société des Nations a vu le jour lors de la Conférence de paix de Paris en 1919. Wilson a également joué un rôle important pour la désignation de Genève comme siège de la SdN. Ce n’est qu’après le déménagement de la Société dans le Palais des Nations en 1936 que l’ancien hôtel National est appelé Palais Wilson.
Quai du Léman depuis le bâtiment de l’hôtel National, aujourd’hui connu sous le nom de Palais Wilson, Archives ONU Genève.
Août 1946
Le 1er août 1946 le Palais des Nations est officiellement transféré aux Nations Unies. Le bâtiment a été construit pour accueillir le siège de la SdN entre 1929 et 1938. Les différentes sections de l’édifice sont occupées au fur et à mesure. Dès 1936, le Secrétariat y emménage et le Conseil y tient sa première réunion. L’année suivante, l’Assemblée se réunit pour la première fois dans le Palais. En 1938, les travaux de construction sont officiellement terminés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Secrétariat de la SdN reste actif à Genève. En dépit des difficultés politiques et financières, il continue certaines activités techniques, comme dans le domaine de la santé, de la coopération économique et financière ou pour l’enregistrement des traités. Finalement, l’Assemblée de la SdN vote la dissolution de l’organisation le 18 avril 1946.
Dessin du Palais des Nations (gauche). Archives ONU Genève.
L’accord entre la Société des Nations et les Nations Unies entrée en vigueur le 1 août 1946 prévoit également le transfert de certains « services ». En plus de la Bibliothèque, du service de la sténodactylographie et de celui de ronéographie (pour la reproduction des documents), l’accord prévoit que le Service d’études économique et certains éléments du Service de communication et transit poursuivent leurs activités au sein des Nations Unies.
Signature du transfert des avoirs de la SdN à l’ONU (droite). Archives ONU Genève.
Une des questions liées au transfert concerne les droits sur les terrains bordant le lac Léman achetées par la Société ainsi que ceux sur le parc de l’Ariana. En effet, à l’origine, le Palais des Nations aurait dû voir le jour sur les propriétés Bartholoni, Moynier et Perle du Lac (voir photographie). Cependant, suite à une donation pour ajouter une Bibliothèque au siège de la Société en 1927, la superficie de ces terrains ne convient plus au projet de construction. Grâce à l’intervention des autorités suisses, le parc de l’Ariana, qui avait été légué à la Ville de Genève en 1890, est mis à disposition de la Société pour y construire son nouveau siège en échange des parcelles acquises au bord du lac. Les propriétés ne sont pas vendues mais font l’objet d’un accord qui définit les droits respectifs de la Ville de Genève et de la SdN sur les terrains échangés. En 1946, l’ONU remplace la Société dans ce qui est connu sous le nom de Convention de l’Ariana.
Terrain initialement destiné à la construction du Palais des Nations. Archives ONU Genève.
Au moment de la création des Nations Unies, la possibilité d’installer le siège de la nouvelle organisation à Genève est évoquée. Afin de respecter la neutralité helvétique, un projet prévoit que les organes techniques de l’ONU s’installent au Palais des Nations tandis que le Conseil de sécurité et le Conseil d’état-major doivent siéger dans un immeuble construit en France voisine. Les deux bâtiments devaient être reliés par un couloir international. Ce projet reste au stade d’ébauche et n’est jamais officiellement présenté. Finalement, le Palais des Nations deviendra le siège de l’Office européen des Nations Unies.
Premier emblème de l’ONU utilisé à la Conférence de San Francisco en 1945 (jusqu’en décembre 1946). Archives ONU Genève.
La première grande réunion qui se tient au Palais des Nations après la dissolution de la Société des Nations et celle du Comité de l'Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction (UNRRA) en juillet 1946. Après le transfert du Palais des Nations à l’ONU, les activités augmentent rapidement. En 1947, le Palais abrite pendant plusieurs mois la Conférence sur le commerce et l’emploi. La même année, la Commission préparatoire de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la Commission économique pour l’Europe (CEE-ONU) y prennent leurs quartiers. Le Palais des Nations devient ainsi un des pôles iconiques d’une la Genève internationale en constante évolution. Aujourd’hui, l’ONU Genève est le centre des Nations Unies le plus important après le siège de New York.
Séance de la Conférence sur le commerce et l’emploi au Palais des Nations. UN Photo.