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« Lion », qui raconte l’histoire d’un enfant des rues à Calcutta, est un film plein d’émotions, qui nous donne de surcroît un aperçu très réaliste de la pauvreté et de la violence qui marquent le quotidien d’un grand nombre de personnes en Inde. Caritas peut raconter bien des histoires réelles qui ressemblent à cette fiction.
Le film, basé sur des faits réels, raconte l’odyssée d’un enfant indien qui passe des rues de Calcutta à une vie protégée chez des parents adoptifs en Australie pour revenir chez sa mère dans un village indien isolé. Le film donne une bonne idée de la pauvreté qui règne dans des régions entières de l’Inde, et de la vie des innombrables enfants qui vivent dans les rues, livrés aux aléas des activités criminelles. Mais c’est aussi une leçon d’espoir, d’amour, de courage, de chance et de ténacité.
Le film raconte l’histoire de Saroo, un enfant qui accompagne partout son grand frère en quête de n’importe quel petit boulot lui permettant de gagner quelques sous dans l’Inde profonde, et qui se retrouve soudain dans les rues de Calcutta, où il réussit de justesse à échapper aux filets de trafiquants d’êtres humains. Il passe quelque temps dans un terrible home d’enfants et finit par trouver un foyer très loin de l’Inde dans une famille d’adoption australienne. Devenu adulte, il se remémore sans cesse les souvenirs de sa première vie. Avec une énergie infatigable et une bonne dose de chance, il finit par retrouver sa mère dans son village d’origine. À la fin du film, un bandeau explique que plus de 80 000 enfants disparaissent en Inde chaque année.
Les faits : en Inde, près de 70 % de la population vit avec moins de deux francs par jour, et 35 % vivent avec moins de 95 centimes, en dépit du fait que l’Inde fait partie de l’une des plus importantes zones économiques du monde. Plus de 326 millions de personnes y sont des migrants intérieurs, passant d’un lieu à un autre à la recherche d’un revenu et de conditions de vie moins précaires. Le nombre de personnes qui sont victimes de trafic ou d’exploitations de toutes sortes, comme domestiques, ouvriers ou en usine, ou encore réduits à la mendicité, se compte en millions, même si les chiffres sont difficiles à connaître dans cette zone grise.
Prévention et protection
Caritas Suisse travaille en Inde depuis des années à prévenir le trafic d’êtres humains. Nos projets sont effectifs aussi bien dans les régions d’où viennent les victimes de ce trafic que dans les lieux où elles arrivent. Dans le Bihar, un État du nord de l’Inde, nous collaborons avec la population des villages pour renforcer les droits des enfants et informer les gens sur les mécanismes du trafic d’enfants. La scolarisation des jeunes filles et jeunes garçons est encouragée de manière ciblée, on améliore la qualité de l’enseignement, et on ramène à l’école les enfants qui travaillent. On forme des comités villageois agissant pour la protection de l’enfance et prenant la responsabilité des services d’ordre locaux. On aide les institutions étatiques à veiller au respect des droits des enfants, à reconnaître les abus et à faire appliquer la loi. Dans la métropole de Delhi, nous lançons et soutenons une association d’employés de maison. À Delhi seulement, on estime que 400 000 personnes sont des « domestic workers ». L’espace privé étant pratiquement non réglementé, ces employés sont souvent soumis aux abus, à l’exploitation, à la violence. Notre partenaire local les soutient par des moyens juridiques, leur offre protection, et les encourage à intégrer les réseaux et associations. Grâce à une large mobilisation et une collaboration efficace avec les organisations qui poursuivent les mêmes buts, nous pouvons influencer la législation indienne et faire en sorte qu’elle protège mieux les employés de maison.
Il reste beaucoup à faire. Dans ce domaine, la prévention doit se faire avec des situations sociétales très complexes et difficiles à saisir, des activités criminelles bien organisées et des difficultés qui semblent d’abord impossibles à surmonter. Caritas Suisse se donne tout de même l’objectif d’empêcher le trafic d’êtres humains. L’une des possibilités consiste à favoriser la mise en réseau des nombreuses initiatives isolées qui luttent contre le trafic d’êtres humains, à encourager les institutions étatiques à appliquer le droit, et la société civile à proscrire l’exploitation et le travail forcé. Il y faut de la ténacité, du courage, de l’amour et un peu de chance.
Photo: Pia Zanetti