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Le drapeau suisse en tant qu’emblème commun de tous les cantons témoigne de l’attachement au Christ des anciens confédérés. Le Jeûne fédéral est le moment idéal pour faire un peu de recherche historique.
Dominik Lusser
Selon Annina Michel, directrice du Musée des Chartes fédérales de Schwytz, la croix apparaît sur le drapeau schwytzois au plus tôt au milieu du XIVe siècle. « La plus ancienne bannière du canton de Schwytz, utilisée lors de la bataille de Morgarten en 1315, était un tissu rouge n’arborant aucun insigne. La représentation la plus ancienne préservée du Christ crucifié avec les instruments de la Passion se retrouve sur le drapeau utilisé lors des guerres de Bourgogne (1474–1477). » Il faut probablement voir la croix en relation avec la grande dévotion au Christ et la religiosité populaire au Moyen Âge. En intégrant la ‘croix de la Passion’ (à savoir, le Christ crucifié avec les instruments de la Passion) à leur bannière, les Schwytzois se placent sous la protection du crucifié.
Du drapeau schwytzois au drapeau suisse
L’on part du principe que l’histoire du drapeau schwytzois fait partie intégrante de l’histoire du drapeau suisse. Mais comment la croix blanche sur fond rouge est-elle devenue le signe de ralliement de tous les confédérés qui, au Moyen Âge, combattaient principalement sous la bannière de leur canton ? Avec l’élargissement de la Confédération, le problème pratique sur le champ de bataille est de savoir comment les soldats confédérés habillés différemment pouvaient se reconnaître mutuellement. Dans les descriptions de la bataille de Laupen (1339), des croix de tissu blanc cousues au vêtement militaire des confédérés sont, pour la première fois, mentionnées en tant que signe distinctif. Selon une chronique bernoise de 1420, tous les confédérés arboraient à Laupen une croix blanche sur écusson rouge. Entre 1450 et 1520, la croix blanche devient le signe d’appartenance à la Confédération, notamment pour se démarquer de la croix de saint André en forme de x des lansquenets allemands au service du duc de Bourgogne. En même temps, la croix blanche est intégrée aux drapeaux de tous les cantons. Les premières représentations de la croix suisse en tant que symbole unique sur le drapeau (toutefois avec une croix traversante, non avec une croix alésée) apparaissent dans la chronique de Lucerne de 1513. La croix blanche est qualifiée de « croix fédérale » depuis le milieu du XVIe siècle.
Depuis 1815, les armoiries officielles de la Suisse arborent la croix ; le drapeau ne le fait pas encore officiellement. En 1815 également, la croix suisse alésée apparaît pour la première fois sur les drapeaux des bataillons confédérés. Les contingents cantonaux disposent toutefois encore d’autres drapeaux propres qui, avant 1798, avaient comme seul point commun la croix blanche traversante. Par décision de la Diète fédérale du 2 septembre 1839, tous les bataillons d’infanterie adoptent un drapeau commun avec la croix suisse. Vers 1848, l’État fédéral récemment fondé reprend le drapeau militaire fédéral. En 1889, l’Assemblée fédérale fixe de façon précise les dimensions de la croix toujours en vigueur aujourd’hui : « Les armoiries de la Confédération consistent en une croix blanche, verticale et alésée, placée sur fond rouge et dont les branches, égales entre elles, sont d’un sixième plus longues que larges. » La dimension de la croix suisse par rapport au drapeau n’est, elle, pas encore fixée.
Une particularité mondiale
Cela n’est que depuis le 1er janvier 2017, date d’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur la protection des armoiries, que la forme carrée du drapeau devient obligatoire (article 3) – une particularité que la Suisse partage uniquement avec le Vatican : « Le drapeau de la Confédération suisse consiste en une croix suisse placée dans un carré. » Pour les proportions de la croix suisse par rapport au drapeau, la loi stipule que la distance entre la croix et le bord du drapeau est de la largeur d’une branche de chaque côté.
Comme son histoire le montre, le drapeau suisse n’est pas uniquement un symbole d’attachement à Dieu, mais également des racines chrétiennes de la fondation de notre État – ce que rappellent les drapeaux suisses à de nombreux endroits.
L’article est paru dans le magazine Zukunft CH, numéro 5/2021. Le magazine peut être commandé gratuitement : Contact Futur CH