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Le roman commence comme une banale enquête policière dans un camp militaire en Israël alors qu'une équipe tourne un court métrage pour l'armée. L'enquête s'enlisera. Pendant ce temps, les huit personnages qui participent au film, obsédés par leur propre histoire plutôt que par le scénario insignifiant qu'ils sont en train de tourner ou les mots qu'ils sont en train d'échanger, s'échappent, chacun dans son univers intérieur.
La deuxième partie du roman se déroule à Paris. Elle débute également par une énigme policière qui n'aboutira pas alors qu'un étudiant des Beaux-Arts travaille à une version moderne d'un tableau de la Passion. Et pour peindre la déploration du Christ, il choisit de situer la scène à la morgue, prenant comme modèles trois clochards volubiles et prêts à exposer leur vie.
Le troisième volet se situe hors du temps, hors de la géographie, et emprunte la forme d'une légende. Un roi et son grand prêtre obligent leur peuple et les ennemis vaincus à ériger une statue à leur dieu. Mais la tentative d'atteindre le divin se soldera par un échec.
Dans ce roman bâti en forme de triptyque, chaque partie semble, en apparence seulement, indépendante. Entre les digressions souterraines des personnages et les intrigues qui se jouent en surface, Youval Shimoni dresse un portrait troublant de la condition humaine.
Extrait :
« Les portes n'étaient plus qu'à quelques pas. Silencieuses, elles vous jaugeaient de la tête aux pieds : d'un œil louche, elles regardaient la jambe de Nadia, le sac vide d'Edith, la crasse des vêtements du barbu, elles fermaient l'oreille aux cliquetis des bouteilles dans ton sac. Elles étaient soupçonneuses comme les portiers d'hôtels cinq étoiles ou les concierges des immeubles du seizième ou même du neuvième, oui, où Edith avait travaillé autrefois, oui-oui : au bout du couloir qui conduisait à la morgue, c'était très important pour elle de réussir à raconter avant d'entrer, que, il y a longtemps, on ouvrait devant elle des portes comme celles-ci et d'autres portes aussi, en disant : “Je vous en prie, madame Edith, je vous en prie, après vous”. »