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Le Musée cantonal des beaux-arts à Lausanne propose une exposition intitulée «Alice Bailly – La fête étrange».
Dans la mouvance du cubisme et du futurisme, Alice Bailly est l'une des rares Suissesses à avoir participé activement aux avant-gardes du début du XXe siècle.
C'est à une bien étrange fête que convie l'artiste genevoise Alice Bailly, sur ses toiles à multiples facettes, où le mouvement est rendu à la façon des futuristes italiens. Elle a été assez peu exposée depuis sa mort, survenue en 1938, alors qu'elle-même, très active, avait participé à de nombreuses manifestations, en France et en Suisse, de manière à promouvoir sa peinture.
Née en 1872, elle était montée à Paris, y avait d'abord fréquenté la «petite colonie suisse», qui comprenait Charles-Ferdinand Ramuz et Alexandre Blanchet, avant de s'inscrire plus largement dans la vie artistique de la cité – Apollinaire saluera sa peinture «orphique» lors de l'un de ses envois au Salon.
Vaste rétrospective
L'exposition lausannoise a l'ambition de parcourir toute la trajectoire d'Alice Bailly, afin qu'on puisse mieux en percevoir la cohérence. Elle part donc des débuts, très colorés, encore marqués par l'influence de Hodler, qui régnait alors à Genève, et proches de Cuno Amiet, pour mieux mettre en évidence l'espèce d'accélération qui se produit dans la capitale française, au moment où l'artiste suisse entre en contact avec les milieux cubistes notamment.
Là, entre 1906 et 1914, Alice Bailly vit ses heures glorieuses. Elle ose des compositions insolites, elle limite quelque peu sa palette, pour mieux la faire coller à la palette cubiste (les beiges, les verts, les ocres) et pour mieux faire, ensuite, exploser ses couleurs.
Car Alice Bailly a un tempérament bien à elle, elle aime la fantaisie, les rythmes musicaux aussi, elle va jusqu'à produire des tableaux brodés ou «tableaux-laine», sans craindre de faire taxer son art de «féminin».
Parmi ses tableaux restés célèbres, les versions des buveuses de thé, dont le mouvement de la main apparaît décomposé, ou cette «Sonate à Dukas», qui révèle son amour pour la musique, et la musique la plus contemporaine.
Poésie picturale
La guerre force Alice Bailly à trouver refuge dans son pays natal. Elle y poursuit son travail, s'y sent sans doute moins à l'aise, plus à l'étroit. Elle fréquente les milieux alémaniques, introduit par exemple Picabia dans le cercle dadaïste de Zurich, se prend de passion pour le mécène de Winterthour Werner Reinhart.
Jamais à court d'idées et de visions, et de moyens pour les restituer sur la toile, Alice Bailly traduit ainsi le monde onirique d'Alain-Fournier, ou la poésie de Rilke, elle dépeint des jardins habités de chevaux et d'amazones, ou un simple cimetière valaisan, dont les tombes sont blanches.
Au moment où elle réalise une commande pour la décoration de Théâtre municipal de Lausanne, elle décède des suites d'une infection pulmonaire.
swissinfo, Laurence Chauvy
En bref
- L'exposition «Alice Bailly – La fête étrange» est une vaste rétrospective de l'œuvre d'Alice Bailly (1872 - 1938).
- Occupant toutes les salles du musée, les 225 œuvres de l'exposition sont présentées de façon chronologique.
- A voir jusqu'au 15 janvier 2006.