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Plus de 9000 décès peuvent être attribués au tabagisme chronique chaque année en Suisse. Les associations classiques avec les pathologies pulmonaires ou de la sphère ORL et les maladies cardiovasculaires expliquent l’essentiel de cette mortalité. Cependant, environ 15% des décès précoces des fumeurs ne sont pas en lien avec ces pathologies. Le tabagisme est donc probablement associé à d’autres complications, que cette étude rétrospective de cinq cohortes combinées a tenté de mettre en évidence. La consommation de tabac a été évaluée dans cette population de près d’un million d’Américains de plus de 55 ans suivis depuis plus de dix ans, et elle a été confrontée à la mortalité et aux causes de décès rapportées dans le registre national. L’analyse met en évidence une augmentation de la mortalité – évidente et connue – en grande partie attribuable aux causes classiques. Mais 17% des décès liés au tabac sont dus à des causes qui ne lui étaient jusqu’alors pas associées, telles que diverses néoplasies (cancer du sein ou de la prostate, cancer de site primaire inconnu) et des pathologies vasculaires (insuffisance rénale chronique, hypertension essentielle, ischémie mésentérique). En présence de mécanismes physiopathologiques et toxicologiques plausibles, et du fait de l’évidence d’un effet dose-réponse significatif, cette association est le plus probablement causale. L’étude One Million Women (Lancet, 2013) arrivait à des conclusions similaires, et on peut donc raisonnablement compléter la liste des pathologies induites par le tabagisme chronique.
Commentaire : Quelques limitations méthodologiques, classiques pour une telle étude observationnelle, peuvent être relevées, comme la mesure subjective et ponctuelle de l’exposition au tabac, les participants estimant eux-mêmes leur consommation. Mais ces limitations n’altèrent pas la force du message : le tabac tue, et ses armes sont multiples ! Les enjeux de ces résultats peuvent être discutés du point de vue individuel et du point de vue de la santé publique. Individuellement, les médecins visant à motiver le patient fumeur pour un arrêt de consommation ont de nouvelles informations sur les risques encourus : cet accroissement du catalogue de pathologies n’aura probablement pas beaucoup d’impact, les approches basées sur le risque et la peur étant peu efficaces. Du point de vue de la santé publique, s’il n’est plus nécessaire de convaincre quiconque des effets néfastes du tabac, ces résultats pourraient encourager une lutte plus active contre le tabagisme, en déséquilibrant encore un peu plus la balance entre les coûts induits par les conséquences médicales et sociales et l’immense profit en lien avec la vente et les taxes sur le tabac.