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10/05/2010
Le répit de Captain Savoy
Pour Captain Savoy, regardant ses ennemis disparaître dans les ténèbres de la nuit, au loin, lançant des imprécations et des menaces pour la suite, promettant de revenir en force et mieux armés et accompagnés de monstres plus puissants encore qu'eux-mêmes, promettant aussi des souffrances infinies, dans les tréfonds du monde, à celui qui avait osé les affronter, tentant de jeter dans son cœur une terreur cosmique - pour lui, donc, le moment du repos ou du moins du répit était arrivé: il avait accompli avec succès sa première mission, dont il savait cependant que ce serait l'une des plus faciles. Il savait que ses adversaires n'en resteraient pas là, et qu'il devrait souffrir encore longtemps; mais au nom du dieu de justice et d'amour de l'univers, il était prêt au pire, il était prêt au sacrifice, et il bénissait les dieux du ciel de lui avoir permis d'exercer cette force qu'il possédait au service du bien, dût-il en périr.
C'était sa mission, et il avait vu les anges glorieux la lui donner, et leur grâce se déposer sur le front de nombre de héros qui l'avaient précédé, la gloire être placée dans les cieux sur leur tête, à la façon d'un astre qui les eût couronnés; il les vit même, en vision, s'asseoir sur des trônes d'or, semblables à ceux des dieux de l'Olympe - et du reste, ils étaient ceux qu'avait laissés vides la défection de certains de ces immortels jadis vénérés: ils avaient chu dans les ténèbres, rejetés par les anges du Seigneur. Quelle crainte, par conséquent, devait avoir Captain Savoy, notre héros? Sa soumission au roi de toute chose était sans égale.
Sur Terre, le peuple des hommes mortels le regarda partir majestueusement et lentement dans une direction inconnue. Il se taisait, ébahi, émerveillé, admiratif, stupéfait que le temps des héros fût revenu. La première réaction fut celle d'un espoir incroyable, d'une foi infinie. Plus tard viendraient les doutes, les contentieux, les voix discordantes. Pour le moment, on voyait s'éloigner vers l'horizon, en direction de Faverges, et des montagnes lointaines qui se dressaient par-delà, ce vaillant chevalier volant.
La dernière vision qu'on en eut fut celle d'un éclat brillant, d'un trait d'or qui sembla traverser le ciel, comme s'il était entré dans la montagne ou dans un autre monde, comme s'il avait disparu soudain dans ce que certains appellent l'Intermonde, et qui abrite des hommes immortels, ou des anges qui ont un corps sensible, faits d'éther, corps qu'on a souvent dits de gloire. Cela fit un éclair, on entendit un faible roulement de tonnerre, et le silence total ensuite se fit. Mais dans la ville d'Annecy, on laissa alors éclater sa joie.
Ce fut une joie grandiose, qui donna lieu à des fêtes enthousiastes, des discours d'un genre complètement nouveau; les sceptiques mêmes n'osaient plus parler. De ce qui eut lieu durant ces festivités, et de ce qui s'ensuivit pour la vie de la cité même, je reparlerai la prochaine fois, si je puis.