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Nouveau départ à Vienne
À la fin du XVIIIe siècle, les soldats de Napoléon renversèrent la Suisse. La Confédération n’opposa qu’une faible résistance face aux Français. Seuls les Nidwaldiens se défendirent farouchement.
Vienne, été 1815. Dans un majestueux palais, le «Comité suisse» se réunit à huis clos. Autour de la table siégeaient deux Russes, deux Anglais, un Prusse et un Français. La délégation suisse attendait à l’extérieur.
À l’origine du Congrès de Vienne: Napoléon. Après avoir bouleversé le monde et plongé l’Europe dans des guerres sanglantes, le Corse avait été vaincu et les vainqueurs, ainsi que la France, se réunirent pour discuter de l’avenir du continent. Les principaux sujets étaient la redéfinition des frontières, le droit international et la restauration de l’ordre ancien. Et puis, tout en bas de la liste, cette interrogation: que faire de la Suisse? Il était hors de question de la rattacher à la France, et la diviser entre les quatre pays victorieux promettait de nouveaux conflits. De plus, les grandes puissances souhaitaient une zone tampon entre la France et l’Autriche. La Suisse devait donc subsister – bien qu’elle fût intérieurement profondément divisée.
Une division visible au niveau de ses trois représentants officiels: de Montenach et Reinhart se querellaient devant le Comité suisse, et Wieland préférait lire «La Guerre des Gaules» de César plutôt que de discuter avec eux. Pendant ce temps, les agents des différents cantons s’activaient dans les antichambres. Les cantons de Vaud, d’Argovie, de Thurgovie et du Tessin plaidaient pour bénéficier du même statut que les autres, tandis que Berne réclamait qu’ils redeviennent des territoires sujets. Genève voulait, pour sa part, s’approprier de grandes parties de la Savoie: Zurich s’y opposa vivement, car l’intégration de catholiques francophones aurait mis fin à la domination des protestants germanophones. Et les Valaisans rêvaient de toute façon d’une république indépendante. Le plus grand lobbyiste suisse fut probablement Frédéric-César de La Harpe: il poussa le tsar à s’engager en faveur de l’indépendance du canton de Vaud et de la sauvegarde de la Suisse.
Au final, les frontières furent redessinées. La Suisse perdit la Valteline, Chiavenna, Bormio et Mulhouse, mais gagna le territoire des cantons actuels de Neuchâtel et du Jura, ainsi que le Fricktal, Rhäzüns, Tarasp et quelques communes autour de Genève. Les cantons furent tous placés sur un pied d’égalité, Berne se vit retirer le canton de Vaud et une partie de l’Argovie, mais reçut en compensation le Jura – germe d’un nouveau problème. Les juges étrangers furent une aubaine pour la Suisse: elle était si déchirée intérieurement que, comme le remarqua Wieland, des juges suisses auraient déclenché une guerre civile. Seule une pression massive des puissances étrangères pouvait permettre à la Suisse de renaître sous la forme d’un ensemble de cantons égaux.
Dans l’acte final du Congrès de Vienne, les grandes puissances reconnurent la Suisse comme un État indépendant et lui imposèrent la neutralité armée. Toutefois, rares étaient ceux à prendre cette neutralité au sérieux en 1815. Elle fut presque oubliée et même violée une première fois pendant le Congrès, lorsque des soldats de la Confédération suisse – issus des milices de plusieurs cantons – envahirent la Franche-Comté sous le commandement du général Niklaus Franz von Bachmann. Mobilisés par le retour d’exil de Napoléon, les soldats virent leur attaque tourner au fiasco. Ce n’est qu’au XXe siècle, suite aux deux guerres mondiales, que la neutralité suisse obtint son rayonnement presque mystique.