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National
Initiative populaire fédérale
Pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre
La nouvelle initiative populaire fédérale qui vient d'être lancée par le GSsA et les jeunes Verts vise à interdire le financement de l'industrie de guerre dans le monde avec de l'argent en provenance des investisseurs publics ou qui sont sous contrôle étatique, comme les caisses de pension publiques et professionnelles, la Banque nationale suisse (BNS) ainsi que les fondations publiques. L'initiative précise que « sont considérées producteurs de matériel de guerre les entreprises qui réalisent plus de 5 % de leur chiffre d'affaires annuel avec la fabrication de matériel de guerre »
Louise Schneider, arrêtée après avoir sprayé «L'argent pour les armes tue» sur un panneau devant la BNS - Klaus Petrus
La guerre comme perspective de profit
L'initiative touche un aspect relativement peu considéré des dynamiques de guerre qui continuent à s'imposer dans le monde. Pour le capital financier, à la perpétuelle recherche de nouvelles perspectives de croissance, chaque nouvelle guerre ouvre des perspectives de profit accru. Dernier exemple en date, la Radio Télévision Suisse a calculé qu'au lendemain de l'attaque ordonnée par Donald Trump d'une base aérienne syrienne avec des missiles, les actions de Raytheon (quatrième fabricant d'armes au monde, entre autre de missiles) en possession de la BNS valaient 4 millions de dollars de plus qu'à la veille de l'attaque.
Une recherche publiée conjointement par la Campagne internationale pour le désarmement nucléaire (ICAN) et le GSsA en 2015 faisait état d'investissements pour plus de 600 millions de dollars de la BNS dans quatorze grandes entreprises d'armement.
Les perspectives de croissance dans les marchés des armements ont rarement été aussi bonnes qu'actuellement. Elles constituent le corollaire de la globalisation des inégalités et des logiques de domination qui sont tout aussi nécessaires pour que le capital puisse continuer à faire des profits.
L'Etat de guerre effective qui s'étend aujourd'hui à de très vastes régions du monde ( en Afrique, au Proche et au Moyen Orient), la course aux armements relancée par l'entrée en scène de nouvelles puissances régionales, notamment en Asie (Chine, Inde, …) et encore toute la militarisation des frontières avec les murailles, les fossés et les camps de détention que les pays riches mettent en place pour garder pour eux les richesses accaparées dans le monde, constituent par elles-mêmes des affaires très lucratives, qui plus est pratiquement entièrement financées avec l'argent public des Etats.
Un premier pas
Le nouvel article constitutionnel proposé par l'initiative ne concerne que les investissements du secteur public (BNS, caisses de pension) et ne touche pas aux investissements du capital financier privé, qui constitue évidemment une part encore bien plus importante dans le financement de la production et du commerce de matériel de guerre. Pour interdire tous les financements, notamment privés, du marché de la guerre il aurait fallu s'attaquer à la liberté de commerce, l'un des principes de base du système libéral qui régit la Suisse.
Toutefois le questionnement que l'initiative propose sur la participation de l'argent «public» à l'industrie de guerre dans le monde et la cooptation qui en résulte pour l'ensemble de la société est plus que salutaire. Devons-nous accepter que nos richesses dépendent de la croissance des guerres et de l'étendue de la mort et de la destruction qu'elles sèment sur la planète?
Tobia Schnebli
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