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Daniel Hameline
Daniel Hameline face aux « grands prédécesseurs » :
« Retrouver leur propos, leur ambition, leur entreprise, leur désir, les difficultés qu’ils ont rencontrées, les compromis auxquels ils ont été obligés… »
De 1982 à 1997, Daniel Hameline a occupé la chaire de philosophie de l’éducation et d’histoire des idées pédagogiques de l’Université de Genève, dont il est aujourd’hui professeur honoraire. Outre ses travaux pédagogiques connus (sur les méthodes actives, la pédagogie non-directive, la pédagogie par objectifs, la pédagogie différenciée…), Daniel Hameline a développé de nombreuses études qui articulent l’histoire et la philosophie.
Ayant créé (avec la professeure Mireille Cifali) la Fondation Archives Institut J.-J. Rousseau en 1984, il décide en 2019 de lui confier ses archives. Parmi les nombreuses ressources que celles-ci offrent aux chercheurs, certains dossiers donnent à voir les démarches d’un professeur d’université, son travail de conception d’un cours. Il nous a ainsi paru opportun de proposer quelques documents illustrant ces activités représentatives de l’élaboration d’une pédagogie universitaire.
Un exemple nous paraît très illustratif de ce travail. À la fin des années 1980, Daniel Hameline construit un cours intitulé « Instruire le peuple », à l’occasion duquel il explore le rôle et la pensée de Philippe-Albert Stapfer. Jeune théologien bernois, Stapfer se rend à Paris en 1791 et éprouve des sympathies pour la Révolution française. Il devient pasteur, mais aussi universitaire et homme politique. Lorsque la Suisse est sous occupation française, Stapfer est nommé en 1798 ministre des Sciences, arts, travaux publics et ponts et chaussées. S’entourant des pédagogues les plus renommés, tels Johann Heinrich Pestalozzi et le Père Girard, le ministre contribue à élaborer un plan d’éducation pour la nouvelle République helvétique. Réformateur, convaincu de la nécessité d’une science pédagogique, il entend notamment promouvoir des méthodes naturelles et actives, un système d’aide aux élèves et une fonctionnarisation des instituteurs. Il cherche ainsi à penser les conditions d’une promotion du peuple par l’éducation. Mais le projet – qui s’avère en outre trop coûteux – se heurte à un conservatisme encore dominant.
Pour problématiser la question de l’école dans le contexte des Lumières, Daniel Hameline étudie le parcours de Stapfer et développe une analyse systématique de ses prises de positions. Nous proposons ici de mettre en regard des notes de cours et un texte publié portant sur Stapfer.
Un autre document nous paraît illustrer la démarche philosophique et historique de Daniel Hameline. Nous le proposons donc en contrepoint de ces premiers documents portant sur la période des Lumières. Il s’agit de quelques extraits de la brève conférence introductive qu’il prononce en 1987 lors de la manifestation organisée pour le 75e anniversaire de la création de l’Institut Jean-Jacques Rousseau, manifestation intitulée : Faut-il célébrer ? Il précise à cette occasion la motivation et la méthode qui lui paraissent devoir présider à tout travail de relecture et de réexamen des grands moments fondateurs de l’éducation moderne. Il explique où se situe selon lui l’enjeu, pour les acteurs du présent, de procéder à certains détours historiques.
Chez Daniel Hameline, l’humilité du chercheur historien, dans la rencontre méthodique et prudente avec les grands prédécesseurs, se conjugue avec un art oratoire par lequel il entre dans un dialogue intime avec eux.
Les communications prononcées lors de cette manifestation sont écoutables : https://mediaserver.unige.ch/Auteurs/3179/Hameline%20Daniel
Documents :
Faut-il célébrer ? https://mediaserver.unige.ch/play/66119, en particulier de 5'17'' à 10'26''