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Populisme. C’est le nouveau mot à la mode. Incontournable, le populisme est « l’invité » de pratiquement chaque émission, journal ou blog d’actualité… Les commentateurs étudient ses manifestations récentes dans l’actualité politique de pays comme l’Hongrie, la Pologne, les Philippines ou les Etats-Unis, pour ne citer que quelques exemples.
Et pas besoin d’une nouvelle entrée dans le dictionnaire ; le populisme y est déjà depuis longtemps (à la différence d’une autre vedette, mot de l’année 2016 selon le Oxford English Dictionary: post-vérité/post-truth, inventé seulement en 2004).
Mais d’où vient le populisme ? Que signifie-t-il ? Et surtout, quels liens entretient-il avec la démocratie, directe de surcroit ?
Dans populisme il y a peuple, et dans démocratie il y a demos (peuple donc, en grec). Alors est-ce que le populisme et la démocratie seraient des jumeaux ? Des cousins ? Des amis… ? De faux amis, répondent juristes et politologues. Voici pourquoi.
Difficile de trouver une définition unique du populisme. Court-circuiter le Sénat et en appeler directement au peuple, semble être une caractéristique des « populares » de la république romaine. Entre le XIX et le milieu du XX siècle, les expériences de populisme en Russie (les narodniki), Etats Unis (populisme rural) ou Argentine (Péronisme), sont différentes et leur connotation, plutôt progressiste.
Au début des années ’80 l’on commence à utiliser (en France, par rapport au FN) le mot populisme dans un sens péjoratif, suggérant le fait de « courtiser » le peuple à des fins partisanes. Aujourd’hui le terme s’utilise régulièrement avec une connotation négative, synonyme de « démagogie ».
Voici un bref résumé du populisme donné par Hanspeter Kriesi, politologue suisse, lors d’un récent débat sur les défis de la démocratie suisse : le populisme se distingue par trois traits caractéristiques:
- Il met au centre le peuple ;
- Il s’oppose aux élites ; et
- Il déclare que la souveraineté doit être restituée au peuple.
Le peuple est considéré comme bon et homogène. Les élites auraient trahi le peuple. Il faut donc restituer la souveraineté au peuple.
Les populistes se font élire mais ont une idée particulière de la démocratie : ils seraient les seuls vrais représentants du « peuple réel ». Ceux qui ne les suivent pas ne font pas partie du « peuple réel », selon les populistes.
Dans des pays comme la Suisse, qui connait un gouvernement (fédéral) de coalition, une fois élus, les populistes se « socialisent » et font partie du système, selon Kriesi. La question est plus délicate dans des pays où un parti populiste gouverne seul (Pologne, Hongrie ou USA).
Un des défis de la démocratie moderne est la tension entre les principes libéraux et les principes démocratiques. Ces derniers comprennent notamment les principes liés au droit de vote (vote libre, secret, universel, égal et direct). Les principes libéraux comprennent entres autres le respect de l’état de droit (y compris de la répartition des compétences) et la protection des droits fondamentaux, notamment des minorités. Les populistes, selon Kriesi, attachent une importance exclusive aux droits démocratiques au détriment des principes libéraux. En ignorant les principes libéraux, les populistes écrasent les minorités, excluant ainsi des gens qui appartiennent, eux aussi, au peuple.
Cette tension entre démocratie et état de droit est par ailleurs un des majeurs défis de la démocratie suisse. Elle demande un travail constant et une vigilance permanente, prouvant encore une fois que la démocratie n’est pas donnée une fois pour toutes. Elle vit et évolue, subit des menaces et doit être défendue en permanence… Un combat de tous les jours.
Il faut choisir – disait Thucidyde – se reposer ou être libre.
Références :
Voir aussi deux positions opposées, publiées dans Le Temps :