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Critique
"Avec son premier film, George Clooney signe une comédie intelligente qui ne lâche pas le spectateur avant le générique de fin.
Cela fait plusieurs semaines que Chuck Barris (Sam Rockwell) n'ose plus quitter sa chambre d'hôtel. Il y tourne en rond, hagard et chevelu, essayant de remettre de l'ordre dans ce qu'il a vécu. Quinze ans plus tôt, après une longue suite d'échecs, il avait fait une entrée fracassante dans le monde de la télévision, en produisant une émission construite sur les rêves de l'homme de la rue: devenir une vedette, être reconnu le temps d'un passage sur le petit écran. Chuck avait su exploiter les pulsions du public, si bien qu'il en était adulé, tandis que la presse le traînait dans la boue.
Un peu plus tôt encore, alors qu'il peinait à mettre sa carrière sur les rails, convaincu qu'il n'avait jamais été qu'un raté, il avait entamé une autre vie que tout le monde ignorait, y compris son amie Penny (Drew Barrymore). Il avait accepté une offre de la CIA qui l'avait fait s'enfoncer dans les méandres de l'espionnage, lui donnant le sentiment de puissance qui lui avait tant fait défaut jusqu'alors. Agent secret, il l'est resté en poursuivant son triomphe à la télévision. Mais, lorsque le plancher a commencé à vaciller, lorsque ses amis se sont mis à disparaître, alors Chuck, au bord de la folie, s'est enfermé dans sa chambre d'hôtel.
Chuck Barris a réellement existé. Né en 1929, il a révolutionné la télévision états-unienne pour en faire le modèle des sottises qui hantent désormais les chaînes européennes aussi, du Loft au podium de Star Academy. L'autobiographie qu'il a écrite pour se sortir de sa folie a inspiré Charlie Kaufman, certes pas le moindre des scénaristes puisqu'on lui doit notamment DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVITCH et, tout récemment, ADAPTATION. George Clooney, comédien intelligent, l'a mis en scène avec non moins d'intelligence. Le tout produit par Steven Soderbergh, auteur de SEXE, MENSONGES ET VIDEO primé à Cannes en 1989. Voilà une brochette de talents qui séduisent. Mieux, ils tiennent leurs promesses dans cette comédie étonnante, absurde et drôle. ""Je n'ai jamais projeté consciemment de devenir metteur en scène, avoue George Clooney, mais j'aimais ce projet et je pensais savoir comment le tourner.""
Pari gagné. Le réalisateur puise avec justesse dans la panoplie des moyens et des techniques cinématographiques pour re-situer à tout moment le récit. Les éclairages sont convaincants, la bande-son discrète, jamais redondante. L'histoire est racontée avec beaucoup de doigté. Entendre, dans une comédie états-unienne, le personnage central affirmer que ""rien n'est tout noir, ni tout blanc"" a de quoi laisser bouche bée. Au demeurant, Sam Rockwell est excellent dans son rôle difficile d'homme détestable, racoleur, coureur de jupons et cependant aimé du public. Bref, CONFESSIONS D'UN HOMME DANGEREUX tient en haleine de bout en bout, surprend sans ennuyer et laisse songeur sur les questions qu'il soulève. Celles sur la dérive de la télévision entre autres, celle d'une double-vie jamais trahie aussi. Celle, enfin, de ce qu'on peut faire d'une enfance ratée."
Geneviève Praplan