Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07023.jsonl.gz/919

Critique
"Fondateur du Parti socialiste chilien, marxiste convaincu sans être un théoricien, Salvador Allende a été candidat à l'élection présidentielle à trois reprises. Le 4 novembre 1970, il est élu président et s'engage dans la transformation socialiste de son pays, tout en respectant à la lettre la démocratie et ses institutions. Pour les Etats-Unis, ce danger socialiste est intolérable. Les dollars américains affluent pour soutenir l'extrême droite dans sa préparation d'un coup d'état militaire. Jusqu'au bout, Allende se battra avec les armes de la démocratie. Le gouvernement d'Allende renversé, le Chili va plonger dans dix-sept ans de dictature.
Le film de Patricio Guzman (LE CAS PINOCHET) résume ces événements et la période où la classe ouvrière du Chili a vu l'espoir d'une vie différente, grâce à Salvador Allende. Le cinéaste brosse un portrait très flatteur, il annonce d'emblée son admiration pour Allende, et le film ressemble dès lors à un véritable panégyrique. Il donne presque une dimension mythique à son président. Il reconstitue ses faits et gestes à travers des documents d'archives, des témoignages actuels d'anciens sympathisants, et apporte quelques critiques de déçus ou d'adversaires. D'une facture très classique, le documentaire manque d'un ancrage plus précis, d'un point de vue mieux développé; finalement, il n'apporte pas beaucoup d'éléments neufs ou originaux sur le sujet.
Ivan Corbisier
Cette œuvre tombe à point. Avec MACHUCA, Andrés Wood vient de rappeler par les souvenirs d'un enfant, les semaines qui ont précédé le renversement de Salvador Allende, un certain 11 septembre 1973. Le documentaire que Patricio Guzman consacre au président chilien ouvre des horizons sur cet homme qui a payé de sa vie ses convictions et sa loyauté. Le réalisateur est chilien, lui aussi. Toute sa vie a été marquée par ce coup d'Etat, à l'instar de ses compatriotes. Il n'existe toujours pas de biographie d'Allende, un silence pesant se fait souvent, lorsqu'on prononce son nom. Restent de lui quelques vestiges, une paire de lunettes cassées, sa carte du parti... C'est dans les mémoires de ses fidèles qu'il demeure, le peuple chilien n'a pas encore fait son travail d'histoire.
Voilà pourquoi Patricio Guzman a tourné ce film. ""Un pays sans documentaire, c'est comme une famille sans photo"", affirme-t-il. Par sa démarche, il tente la reconstitution par l'image d'un souvenir abîmé, il manque tant de pièces au puzzle. Son film suit la chronologie des faits, précédée de quelques bribes d'enfance. Il rejoint Allende dans ses campagnes politiques, son élection, ses mois de gouvernance, son discours à l'ONU. On découvre ce président, on le redécouvre dans ses gestes d'homme politique. Surtout on fait la connaissance d'un homme profondément humain, voulant par-dessus tout redonner à ce peuple qu'il aime une raison de vivre. Allende a tout fait pour éviter la violence.
Trop, lui reproche-t-on ici et là. Sa foi en la paix était-elle utopique? Que pouvait-il contre ceux qui voyaient en lui la voix de l'Union soviétique? Différentes personnes témoignent, mais les paroles de l'ambassadeur des Etats-Unis portent loin. Et l'on se prend à réfléchir sur la tragique coïncidence de ces deux ""11 septembre"".
Beau film et film nécessaire, le documentaire de Patricio Guzman ne peut pas tout dire, les éléments sont trop peu nombreux. Mais il ouvre la porte aux Chiliens, afin qu'ils se risquent à leur tour à affronter leur passé.
Geneviève Praplan"
Ancien membre