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Le catholique carougeois François Velen a récemment, sur son blog, évoqué les dérives sexualistes actuelles, en faisant néanmoins remarquer que ce n'était pas à l'Église romaine de déterminer quelles positions il fallait pratiquer - d'entrer dans les considérations du Kâma-Sûtra.
Cependant, il sait bien qu'en premier lieu, les prélats les plus pudiques, à cet égard - disons, François de Sales -, ont rappelé le principe selon lequel il fallait rester dans les voies susceptibles de procréation, même quand on savait que celle-ci n'adviendrait pas. Car il s'agissait, par exemple pour saint Paul, d'appliquer en pratique l'idée que l'homme et la femme sont complémentaires: la spécificité de la femme et de l'homme, sur le plan physique, est dans l'organe génital.
Certains prélats, je crois, sont bien entrés, tout de même, dans des considérations liées aux positions, en suivant le fil de la complémentarité et de la réunion du principe féminin et du principe masculin, dans un sens du reste assez platonicien. Le Yin et le Yang - également - se complètent en se mettant l'un dans l'autre totalement. Pour les anciens philosophes, les deux principes avaient été malencontreusement séparés, à l'origine. L'amour y remédiait.
Or, Vâtsyâyâna et son Kâma-Sûtra, en réalité, vont globalement dans le même sens. Il ne s'agit néanmoins pas d'un ouvrage mystique, mais d'un traité pratique - une sorte d'équivalent de la Physiologie du goût de Brillat-Savarin.
Évidemment, pour les religieux, les livres doivent avant tout édifier, et non renseigner. On avait fait ce reproche à Vâtsyâyâna, de son temps, déjà: le sujet était indigne, disait-on, d'un traité de science. A cela, Vâtsyâyâna répond que la connaissance sert aussi à améliorer le monde ordinaire tel qu'il est, et que son traité est équivalent aux ouvrages sur l'art de la guerre, ou de la cuisine.
Or, dans les faits, il tend bien à rejeter les pratiques non conformes au principe de complémentarité énoncé précédemment, même s'il n'en donne pas d'explication particulière. Il s'exprimait selon le sentiment de l'amour qu'il pouvait avoir: l'idée de suivre des règles clairement conçues - et de jeter l'anathème sur ce qui s'en écarte - est plus occidentale.
Le fait est que Joseph Joubert a dit, de son côté, que le visage exprimait seul l'individualité, le reste du corps exprimant davantage l'espèce. Or, la complémentarité en principe se joue entre deux individus, deux âmes-sœurs.
A cet égard, comme au reste, le Kâma-Sûtra est un livre profane, mais pas forcément un livre impie.