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L’église Saint-Théodule de Gruyères fait partie de l’enceinte médiévale, mais elle est située à l’écart et en contrebas de la ville, juste au-dessous du château. Contrairement à Fribourg où le clocher de Saint-Nicolas domine les quartiers anciens, et à la plupart des villages, où la tour de l’église dépasse les autres bâtiments, nos petites villes d’origine féodale (comme Gruyères, Romont, Rue ou Morat) ont placé le château plus haut que la maison de Dieu. Pourtant, l’église Saint-Théodule, n’est pas à l’étroit, comme la plupart de ses sœurs urbaines ; elle est précédée d’une large place et son cimetière se trouve toujours sur son flanc. L’entrée principale se fait par la tour porche (1680), avant de pénétrer dans la nef (fin des années 1850) pour se terminer dans le chœur (1731-1732).
Visite de l’église
En entrant dans l’église, on passe tout d’abord la grille en fer forgé des années 1740 offerte par le curé Castella et par son frère le chapelain. Sur la tribune (non accessible au public) se trouve l’orgue néo-gothique de Joseph Scherrer de 1863 qui a été transformé plusieurs fois, avant d’être restauré en 1998.
Les médaillons des écoinçons des arcades représentent le chemin de croix et six autres scènes de la Vie du Christ et de la Vierge (année 1860). Les vitraux, à la fois non-figuratifs et figuratifs, sont l’œuvre de Yoki et datent de 1963-1964, tout comme la fresque du trône de grâce (Sainte-Trinité) qui occupe le dessus de l’arc triomphal.
La chaire néo-gothique des années 1860 probablement est en bois de chêne, alors que les retables eux sont en marbre. A l’entrée du chœur à gauche, se trouve l’autel de Notre-Dame du Rosaire (année 1860), avec un tableau principal de Joseph Reichlen, repeint semble-t-il par Isidore Castella ; à l’attique les princes des Apôtres Saint Pierre et Saint Paul. A droite, l’autel de Sainte Catherine et de Sainte Anne, toutes deux représentées sur le tableau et à l’attique, Saint Jean-Baptiste. Dans le bas-côté nord, on voit l’autel de Minsiez, avec Notre-Dame de Compassion par Joseph Reichlen, d’après Paul Deschwanden et à l’attique, Saint Michel Archange. Dans le bas-côté sud, se trouve l’autel de Saint Georges, avec un excellent tableau du peintre Italien Tolini, d’après Raphaël (vers 1860) et à l’attique, Saint Antoine ermite.
Egalement placé à l’entrée du chœur, le superbe lutrin en chêne sculpté de la première moitié du XVIIème siècle, provenant certainement de l’ancienne chartreuse de la Part-Dieu, sert actuellement d’ambon.
Dans le vaste chœur, on voit tout d’abord les stalles marquetées, de style Régence, exécutées par Nicolas Gachet en 1753, puis les fonds baptismaux en marbre noir du début du XVIIème siècle et de deux statues en bois polychromé, qui représentent le Christ et Saint Jean-Baptiste (atelier bullois, début XVIIème siècle). L’abside semi-circulaire est occupée par l’imposant maître-autel en marbre de l’atelier Doret de Vevey, réalisé en 1846. L’excellent tableau de Paul Monnier (année 1940) montre le patron de l’église, Saint Théodule, évêque de Sion, avec Valère et Tourbillon à l’arrière-plan.
Le trésor conserve de nombreuses et magnifiques pièces médiévales de valeur et un bel ensemble de parements liturgiques du XVI au XVIIème siècle. Le trésor d’église n’est actuellement pas accessible au public. Toutefois, un concept de mise en valeur dans une salle sécurisée est en cours d’étude et devrait permettre à tout un chacun d’admirer ces inestimables pièces.
Paroisse de Gruyères :
Printemps 2015, avec le précieux concours de Monsieur Ivan Andrey, historien de l’art, spécialiste en biens culturels religieux.
A l’origine, Gruyères faisait partie de la très grande paroisse de Bulle, qui comprenait toute la rive gauche de la Sarine, du Gibloux jusqu’à la Tine. En 1254, le comte de Gruyères, Rodolphe III, obtint la séparation d’avec la paroisse-mère, cependant que le droit de colature restait aux mains du prévôt et du chapitre de la cathédrale de Lausanne. A la Réforme, ce chapitre disparut et le droit de colature revint aux comtes de Gruyères. Lors du rachat du comté en 1555, Fribourg reprit ce droit, qu’il céda au clergé en 1588, avec l’assentiment du vicaire général du diocèse. L’église comptait alors une dizaine d’autels et presque autant de chapelains. Depuis lors, le clergé dut entretenir le chœur et la cure, les paroissiens étant chargés de la nef, à l’exclusion des autels, propriétés de familles ou de confréries.
En 1679, la foudre tomba sur le clocher, qui fut reconstruit dès l’année suivante. Placé à droite de l’entrée, un superbe bénitier en calcaire gruérien porte la date de 1688. En un siècle, de 1687 à 1788, deux curés seulement ont occupé la cure de Gruyères. D’une longévité exceptionnelle et d’une personnalité forte, ils ont marqué la vie de la paroisse et Jacques Ruffieux, curé de 1687 à 1741, construisit la cure en 1711 et le chœur de l’église en 1731-1732, ayant aussi fait bâtir la chapelle des Marches et celle de la Daudaz à Grandvillard. Dom Antoine-Tobie Castella, curé de 1741 à 1788, ajouta un étage à la cure en 1742, paya la grille du narthex, fit achever le maître-autel de Joseph Deillon et offrit de nombreuses pièces au trésor, où elles sont toujours conservées. Issu d’une vieille famille de Gruyères, il s’opposa pourtant à quelques traditions bien ancrées, comme les danses publiques, le jeu de la Passion, ou la Fête des Rois, dont il obtint la suppression auprès du gouvernement. A cette époque, l’église n’avait qu’une seule nef, couverte d’un berceau lambrissé, peint en blanc en 1752. Au fil des siècles, quelques chapelles latérales, s’étaient greffées sur ce vaisseau. Mais en 1806, le curé Fracheboud fit percer les murs latéraux d’une série d’arcades donnant sur les chapelles, sans doute pour éclairer davantage la nef centrale.
En 1856, le 22 mai, jour de Fête-Dieu, un projectile de mortier toucha le toit en bardeaux de la nef, qui prit feu, ainsi que le toit du chœur, dont la voûte cependant résista. C’est l’architecte cantonal Antoine Nein qui donna les plans de reconstructions de la nef. Dans un souci d’intégration, il s’inspira à la fois du chœur et de la tour. Il reprit les pilastres, les arcs doubleaux et les voûtes d’arêtes du chœur ainsi que les fenêtres de la tour. Il conçut une nef large, bien éclairée par cinq fenêtres hautes et des bas-côtés plutôt sombres, percés de rares ouvertures. Pourvue d’un riche décor de peintures et de stucs, la nef de la fin des années 1850 n’était pas un simple rappel des éléments préexistants. Malheureusement, la plus grande partie de ce décor a été supprimée en 1921 puis en 1964.
Gruyères a toujours été un modèle artistique pour la région. Les encadrements de portes des maisons de la ville, taillés dans la pierre du pays, ont été repris dans plusieurs villages, notamment à Grandvillard. L’église as dû jouer le même rôle dans l’architecture et l’art religieux. Le schéma classique de la tour porche en pierre, de la nef unique couverte d’un berceau lambrissé et d’un chœur voûté en pierre ou en stuc a été répété inlassablement dans les églises paroissiales gruériennes, construites ou reconstruites à l’époque de la Contre-Réforme. Une même émulation jouait certainement pour le mobilier de bois sculpté et polychromé. L’incendie de 1856 a malheureusement détruit ce qui devait être le principal modèle de la région, avec ses retables, ses statues et ses tableaux.
Bussard Christian, Président
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Antonietti Isabelle
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