Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07107.jsonl.gz/1349

Histoire de la botanique
Malgré l’abondance de livres richement illustrés, il faut bien admettre que les fleurs sont aujourd’hui moins connues du grand public que par le passé. De tout temps, les gens de la terre, et à fortiori ceux de la montagne, ont cultivé un certain savoir sur les plantes sauvages et leurs vertus culinaires ou médicinales.
Les premiers collectionneurs de plantes furent des médecins et des pharmaciens. L’exemple le plus ancien connu serait celui de Caspar Collin, pharmacien en Valais au XVIe siècle. D’abord chevrier dans son village natal de Grächen, puis médecin célèbre à Bâle, Félix Platter (1536-1614) a rapporté des plantes du pays de ses ancêtres dans son musée privé. Son herbier a été retrouvé il y a une cinquantaine d’années à Berne. Joachim Burser (1583-1639) a également récolté en Valais et laissé un herbier, conservé en partie à Bâle et à l’Université d’Uppsala en Suède.
Ces collections anciennes de plantes pressées et séchées sont très précieuses: elles permettent de vérifier les caractères des espèces, les noms donnés et les lieux de trouvaille, même après plusieurs centaines d’années.
Au XVIIIe siècle, les collectionneurs se multiplient. Parmi les plus célèbres, citons deux médecins zurichois, Johann Jacob Scheuchzer et Johann Gessner, ainsi que Horace Bénédict de Saussure, savant et alpiniste de Genève. L’étude plus ou moins systématique de la flore valaisanne commence avec Albrecht von Haller (1708-1777), médecin, botaniste, écrivain et politicien bernois, directeur des salines de Bex de 1759 à 1765. Sous son influence, le nombre des botanistes collectionneurs augmente. Abraham Thomas, garde-forestier à Bex, crée un petit jardin et un commerce de plantes alpines, repris plus tard par ses fils et petits-fils. Jean-Christophe Schleicher, Allemand établi à Bex, fait de même. Ces commerces contribuent à faire connaître la flore du Valais à travers le monde.
L’intérêt pour la botanique grandit aussi sur place, en particulier grâce aux chanoines de l’Ordre du Grand-Saint-Bernard. Le chanoine Laurent-Joseph Murith (1742-1818) publie «Le Guide du botaniste qui voyage dans le Valais», premier catalogue des plantes du canton conservé à l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Son nom a été donné en 1861 à la Société valaisanne de sciences naturelles, la Murithienne, qui poursuit aujourd’hui l’œuvre commencée à l’époque.
Alphonse Rion (1809-1856), chanoine à la cathédrale de Sion, publie lui aussi un «Guide du botaniste en Valais». La relève est assurée par les chanoines Pierre-Germain Tissières, Emile Favre, Maurice Besse et par Philippe Farquet, frère laïque de l’Ordre du Grand-Saint-Bernard. Parmi les passionnés de botanique, il y a aussi des médecins comme Franz-Joseph Lagger de Münster, des professeurs comme Friedrich-Othon Wolf qui enseigna au Collège de Sion et même de grands ingénieurs comme Ignace Venetz. Citons encore Denis Coquoz, paysan aux Marécottes, et Louis Coquoz, instituteur à Salvan, ainsi que Camille Oberson, aumônier aux Granges.
H. Christ consacre une large place au Valais dans son ouvrage «La Flore de la Suisse et ses origines» ; il remarque déjà les particularités des pratiques agricoles en faisant le voyage de Bâle à Zermatt, pour assister aux moissons à Findelen. En 1862, Jacques-Etienne d’Angreville, de Saint-Maurice, publie «La Flore valaisanne». Mais les données les plus complètes et les plus précises paraissent en 1895 dans le «Catalogue de la flore valaisanne» de Henri Jaccard; Alfred Bécherer y ajoute un important supplément en 1956.
Le début de ce siècle marque un tournant dans les études botaniques: on ne fait plus seulement des listes d’espèces, on s’intéresse aussi aux relations des plantes avec leur milieu, autrement dit à leur écologie. Dans ce domaine, le fameux botaniste autrichien Helmut Gams fait œuvre de pionnier. Après avoir séjourné dans la région de Fully de 1911 à 1913, il publie en 1927 un ouvrage intitulé «Des Follatères à la Dent de Morcles», monographie impressionnante dont la partie générale vient d’être traduite de l’allemand. Ses observations très précises concernent aussi bien la géologie que les cultures de l’époque ou la description de la plaine du Rhône dans son ancien état.
Un autre ouvrage publié en allemand en 1961, «La végétation sèche intra-alpine» souligne les particularités du Valais. Son auteur, Josias Braun-Blanquet de Zurich, est le père de la phytosociologie moderne, science qui étudie la manière dont les plantes s’associent en fonction de leur milieu. Concernant la répartition des espèces en Valais et dans toute la Suisse, l’atlas de Welten et Sutter, publié en 1982, fait le point des données récentes. Les amateurs, aussi bien que les spécialistes, apportent des informations très utiles pour les mises à jour qui s’imposent régulièrement.
Les botanistes contemporains gardent un profond respect pour leurs illustres prédécesseurs qui ont eu l’occasion d’observer des plantes et des milieux aujourd’hui disparus. Actuellement, les recherches sur la flore du Valais se poursuivent activement sur place et dans différents instituts universitaires, comme ceux de Lausanne ou de Neuchâtel. L’usage de gros ordinateurs facilite le travail, mais n’enlève rien à la nécessité de prospections soigneuses sur le terrain. Les botanistes sont conscients des valeurs de notre environnement végétal et se préoccupent de la conservation, pour les générations futures, de ce patrimoine irremplaçable.
Bibliographie
- Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988
Article connexe