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Grand Format Musique
Hommage au maestro Claudio Scimone
Introduction
Pionnier de la redécouverte de la musique ancienne, le chef italien Claudio Scimone, né en 1934, s'est éteint à Padoue le 6 septembre dernier. Malgré son âge avancé, le maestro était toujours actif sur la scène musicale et avait encore un agenda de concerts bien chargé. Hommage à ce grand spécialiste du répertoire baroque italien dont le nom restera à jamais lié à l'orchestre qu'il a fondé, les Solisti Veneti.
Chapitre 01
Scimone et Vivaldi
Vivaldi est sans conteste le compositeur dont le nom restera à jamais associé à celui de Claudio Scimone. Le maestro italien a exploré sa vie durant son immense catalogue. On a peut-être oublié aujourd'hui le rôle de pionnier que Claudio Scimone et ses Solisti Veneti ont joué dans la redécouverte et l'interprétation de l'œuvre de Vivaldi.
Claudio Scimone a dirigé la totalité de l'œuvre instrumentale que le compositeur a publiée de son vivant, à commencer par les incontournables "Quatre saisons", oeuvre qu'il a interprétée dans le monde entier.
Si ces concertos sont aujourd'hui mondialement connus, il ne faut pas oublier que ce n'est qu'en 1942 qu'ils ont été enregistrés pour la première fois.
>> Voir Claudio Scimone diriger I Solisti Veneti dans six concertos pour flûte de Vivaldi (soliste: Sir James Galway):
C'est l'envie d'explorer ce répertoire vibrant et pétillant mais totalement méconnu qui a donné à Claudio Scimone l'idée de créer son propre orchestre en 1959. C'est ainsi qu'a commencé une aventure qui a duré presque un demi-siècle. Aujourd'hui, les Solisti ont toujours leur siège à Padoue et ont donné plus de 5'5OO concerts dans le monde entier.
Chapitre 02
Faire revivre la musique vénitienne
Tout au long de sa carrière, Claudio Scimone n'a de cesse de faire découvrir la grande musique vénitienne tombée dans l'oubli. Avec ses Solistes, il a enregistré notamment l'intégrale des œuvres de Vivaldi éditées du vivant de l'auteur.
Derrière le corpus immense de la musique instrumentale du compositeur vénitien se cache aussi un nombre impressionnant d'opéras et de dramma per musica. Vivaldi lui-même affirmait avoir écrit quelque 94 opéras. Claudio Scimone est ainsi l'un des premiers à restituer son "Orlando Furioso".
Il n'y a pas que l'œuvre de Vivaldi qui connaît une nouvelle vie sous la direction de Maestro Scimone. Le chef, qui est aussi un musicologue de renommée internationale, n'a de cesse d'explorer les trésors enfouis dans les bibliothèques de son pays. Ses recherches lui ont permis de tirer de l'oubli de nombreux ouvrages.
>> A écouter, l'émission "Quai des orfèvres":
Chapitre 03
Scimone et les compositeurs de l'Ottocento
On l'oublie parfois, mais le répertoire des Solisti Veneti ne se limitait pas au seul baroque italien.
Avec sa philosophie habituelle, Claudio Scimone saura tirer parti du vent nouveau soufflant sur la musique italienne pour aller à la rencontre des compositeurs lyriques des siècles suivants, l'ottocento, le novecento et même la musique contemporaine.
Je crois que la musique est utile: elle panse les plaies et peut abattre toutes les barrières entre les hommes. Elle unit l'humanité.
Explorer et découvrir, ces deux termes définissent en quelque sorte la philosophie de maestro Scimone, qui était doué d'une curiosité insatiable comme en témoigne son importante discographie. Pas moins de 350 titres recensés.
SALIERI (1750-1825)
Antonio Salieri (1750-1825). [Leemage - ]
Claudio Scimone tire de l'oubli et enregistre deux concertos pour piano et orchestre d'Antonio Salieri, un compositeur qui a quelque peu souffert de l'image négative que lui a donné Milos Forman dans le film "Amadeus". Sa musique mérite amplement d'être redécouverte.
BOCCHERINI (1743-1805)
Luigi Boccherini au violoncelle 1764-67 [ - wikipedia] Autre compositeur de l'ottocento italien remis au goût du jour par maestro Scimone, Luigi Boccherini, compositeur et violoncelliste dont l'œuvre a longtemps souffert de la comparaison avec celle de son illustre contemporain Joseph Haydn. Pourtant de son vivant, Boccherini était très apprécié de ses pairs. Il s'est acquis dès l'âge de 13 ans une réputation de virtuose du violoncelle qui l'a amené à parcourir l'Europe d'alors.
Boccherini laisse une œuvre instrumentale et vocale abondante, aujourd'hui encore relativement peu connue. Maestro Scimone est l'un des premier à s'être intéressé à sa musique. A la frontière du classicisme et du romantisme, ces pages témoignent d'un remarquable talent de mélodiste. Boccherini avait un don inné pour jouer avec la couleur des instruments.
Si Scimone était un grand spécialiste du répertoire italien, le maestro sortait volontiers de son répertoire de prédilection pour explorer des œuvres dont le caractère ou l'ambiance lui rappelait son baroque chéri.
ROSSINI (1792-1868)
Portrait du compositeur Gioacchino Rossini (1792-1868). Peinture anonyme. [Luisa Ricciarini - Leemage/AFP] Tout au long de sa carrière, Claudio Scimone a défendu l'œuvre du maître de Pesaro, Gioacchino Rossini, qu'il a portée sur les scènes du monde entier. Son plus grand mérite est d'en avoir exploré la face cachée.
Sous sa baguette, c'est tout un florilège d'œuvres qui sortent de l'oubli et prennent le chemin de la scène.
L'art du chef est enrichi par ses compétences de musicologue. Claudio Scimone collabore notamment à l'édition intégrale de l'œuvre de Rossini, publiée sous les auspices de la Fondation Rossini de Pesaro.
>> A écouter, Claudio Scimone dirige Rossini et les compositeurs de l'Ottocento:
TOSTI (1846-1916)
Francesco Paolo Tosti est un compositeur et professeur de musique né à Ortona en 1846 et mort à Rome en décembre 1916. Tosti était connu à la belle époque pour ses romances très prisées par les plus grands chanteurs de son temps, Enrico Caruso, Nellie Melba, Giuseppe di Stefano, Pavarotti ou encore José Carreras et plus particulièrement par les chanteurs à la voix très grave comme Tito Gobi et Ruggiero Raimondi.
Le chef avait un flair sans pareille pour dénicher les vrais talents. Il a ainsi eu le plaisir d'accompagner des solistes d'exception. Ruggiero Raimondi, Maryline Horne, Cecilia Gasdia qui avait toutes ses faveurs ou encore Lucia Valentini Terrani.
Chapitre 04
Scimone, le mystique
Claudio Scimone était profondément croyant, presque mystique. Il avait une foi profonde et sincère et considérait Dieu comme une institution. Pour lui, la prière du Notre Père était la plus belle définition que l'on ait de Lui.
Je ne crois pas que l'expérience religieuse doive être subordonnée à la logique, c'est quelque chose qu'on doit ressentir.
La religion était donc pour lui une expérience éminemment personnelle. Il considérait la musique comme un véhicule de la transcendance. "La musique", disait-il, "est le message le plus direct, un langage sans mot, qui communique une forme supérieure de vérité. La beauté du message catholique, c'est sa simplicité: aime ton prochain comme toi-même et pardonne et tu seras pardonné". Le catholicisme était pour lui une religion de générosité, de charité et de bonté.
Aussi n'est-il pas surprenant que le maestro ait mis à son répertoire les chefs-d'œuvre sacrés des siècles passés, plus particulièrement ceux de ses chers Vivaldi et Rossini.
>> A écouter, l'émission "Quai des orfèvres" sur la carrière de Claudio Scimone:
>> A écouter, Claudio Scimone dirige la Petite Messe Solennelle de Rossini:
S'il restera dans l'histoire de la musique comme fondateur et directeur des Solisti Veneti, Claudio Scimone a également été appelé à diriger d'autres orchestres, notamment l'Orchestre Symphonique de Monte Carlo. Maestro Scimone a également été invité à Londres pour diriger le Royal Philharmonic Orchestra et à Tokyo pour conduire l'Orchestre symphonique Yomiuri du Japon.
Entre 1979 et 1986, il dirige en tant que chef principal l'Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, avant d'en devenir le directeur honoraire.
Crédits
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Proposition et textes
Catherine Buser
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RTS Culture
Melissa Härtel & Lara Donnet
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Novembre 2018