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S'il est aujourd'hui une évidence pour la majorité de la population mondiale, le changement climatique continue à être négligé, voire réfuté, par certains individus et ce jusque dans les plus hautes sphères de l'administration Trump...
Pourtant, ses conséquences, dont font partie les sécheresses prolongées en Californie et en Afrique, les inondations spectaculaires en Asie ou encore la fonte des glaciers alpins, pourraient être dramatiques d'un point de vue humain et sécuritaire, rappellent les scientifiques et anciens agents des renseignements américains interrogés dans "Espions pour la planète", de Paul Jenkins (à revoir ci-dessus).
Un phénomène complexe
Dans ce film, le réalisateur britannique dresse toutefois bien plus qu'un état des lieux de la planète. Il met en lumière comment les connaissances actuelles sur le changement climatique ont bénéficié de la collaboration aussi surprenante que fructueuse des Etats-Unis et de la Russie dans les années 1990.
"Pour comprendre un phénomène si complexe et si dangereux que le changement climatique, et comprendre comment il va agir pendant les années à venir, il faut avoir des données très précises. Or, les services de renseignement sont les seuls à avoir ces informations ainsi que les systèmes technologiques intéressants pour le faire", précisait Paul Jenkins dans un entretien à Histoire vivante diffusé vendredi. "L'enjeu pour bien comprendre le futur était donc de mettre en contact ces données et ces systèmes avec l'élite scientifique mondiale".
Echange de données
Dans le contexte particulier qui a suivi la Guerre froide, les deux pays ennemis ont en effet échangé les données qu'ils avaient collectées l'un sur l'autre depuis le début des années 1960 à l'aide notamment de satellites espions.
Le génie d'Al Gore - qui n'était alors qu'un sénateur peu connu - est d'avoir saisi l'intérêt de faire un double usage des informations militaires accumulées pour les mettre au service de la compréhension du changement climatique, un sujet qui lui tient déjà à coeur, rappelle le documentaire.
Et si rien ne laisse initialement présager qu'une telle idée aboutisse, elle profitera d'un contexte géopolitique favorable et de l'arrivée au pouvoir de son initiateur, qui deviendra vice-président de Bill Clinton et signera un partenariat unique avec la Russie en 1995.
"Une rencontre miraculeuse"
Pendant cinq ans, dans le cadre du projet MEDEA, espions, scientifiques et hauts fonctionnaires russes et américains plancheront donc ensemble sur la mine d'informations mises à disposition, faisant progresser les connaissances sur le réchauffement climatique, la fonte des glaces et ses effets, ou encore la déforestation.
"MEDEA a été le fruit d'une rencontre miraculeuse. Tout le monde y croyait, mais c'était très fragile. Si l'un des éléments disparaissait, la dynamique s'arrêtait", se souvient Linda Zall qui était chargée de ce projet à la CIA. De fait, l'arrivée du républicain George W. Bush au pouvoir, en 2001, sonne le glas de ce partenariat historique entre la Russie et les Etats-Unis sur le climat.
>> Ecouter l'interview de Paul Jenkins dans Histoire vivante:
Juliette Galeazzi