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Le Tour de Lombardie se cherche. Son parcours n’est pas figé, il évolue au gré des éditions. Contrairement à la majorité des classiques, moins enclines à de grands bouleversements.
RCS Sport, qui gère l'épreuve, a fait le choix de l'alternance entre Côme et Bergame. L'organisateur n'hésite pas non plus à ajouter ou retirer des ascensions, selon l'envie du moment. Dans ce joyeux «petchi», un col n'est, lui, jamais rayé de la carte: le Ghisallo. Personne n'y touche. Le lieu est sacré, en raison de cette chapelle, la Madonna del Ghisallo, située en son sommet.
Le Col de Ghisallo n'a rien de «très difficile». Par Bellagio, dans le sens Bergame - Côme, on y trouve toutefois les pourcentages les plus raides, avec des passages à 12%, au pied. C'est souvent là, à plus de 50 kilomètres de l'arrivée, que les grandes manœuvres débutent. Dans l'autre sens, par Erba, lorsque l'épreuve s'élance de Côme, l'ascension vient plus rapidement, en début de course. Elle permet alors à l'échappée de se dessiner.
Dans l'imaginaire, le Ghisallo est de la même trempe que l'Alpe d'Huez, le Stelvio ou l'Angliru. Incomparable par la distance et les pourcentages, certes, mais tellement plus spirituel.
L'histoire raconte qu'à l'époque médiévale, le comte de Ghisallo, de passage, fut attaqué par des brigands. Il échappa au pire, en courant vers une apparition: celle de la Vierge Marie, qui le sauva. On attribua à cette vision le nom de madone de Ghisallo, qui devint d'abord la patronne des voyageurs locaux.
Une chapelle fut construite en 1623, mais ce n'est qu'en 1949 que la Madonna del Ghisallo fut associée au monde du vélo. Les coureurs du Giro et du Tour de Lombardie passant régulièrement devant ce lieu de culte, un prêtre persuada le pape Pie XII d'admettre la chapelle comme sainte patronne des cyclistes.
Dès la décision prise, un flambeau béni fut porté du Vatican jusqu'à la chapelle, avec Gino Bartali et Fausto Coppi comme derniers relayeurs.
Plantée au sommet du Ghisallo, la chapelle ne paye pas de mine, du moins à première vue. Elle sait toutefois se faire entendre. Sur le Tour de Lombardie, on sonne les cloches au passage des coureurs, et il suffit de lever la tête pour deviner des roues en haut du clocher.
Le cadre impressionne, plus que la bâtisse elle-même. Il faut dire qu'à deux pas de la chapelle, la vue plongeante sur le Lac de Côme ne laisse pas indifférent.
La Madonna del Ghisallo sait cacher son jeu. C'est en franchissant ses portes que l'on s'imprègne réellement du lieu. Les murs sont recouverts de fanions, venant de clubs cyclistes, italiens, mais pas que.
D’autres reliques sont observables, notamment des tuniques ayant appartenu aux plus grands. On y trouve par exemple le maillot de champion du monde d'un certain Mario Cipollini.
Des vélos, de tout âge, sont exposés. Parmi les modèles, l’un retient toute l’attention. La machine de Fabio Casaterlli, celle sur laquelle il pédalait lorsqu'il trouva la mort, dans la descente du Col de Portet d’Aspet sur le Tour 95.
La mort, fil conducteur de nombreux objets, dispersés par-ci, par-là. La chapelle est un mémorial pour tous ceux qui ont péri en pratiquant le cyclisme. Des photos d’illustres inconnus, décédés, sont ainsi exposées. Tout comme celle de Marco Pantini, idole au destin tragique. Pour tous ces disparus, brûle une flamme éternelle.
Le lieu incite au recueillement chez les fidèles, animés d'une même passion, celle du cyclisme. Qu’ils soient amateurs ou professionnels – quelles que soient leurs croyances.
Si bien qu'à la veille du Tour de Lombardie, nombreuses étaient les équipes de passage à la Madonna del Ghisallo, à l'instar de la Groupama-FDJ. Pour reconnaître le parcours, évidemment, mais aussi pour s'imprégner de ce lieu si particulier.
Aux abords de la chapelle, se dresse à flanc de montagne un bâtiment plus moderne: le musée du cyclisme de la Madonna del Ghisallo. La raison de sa construction? La collection d'objets recensés dans la chapelle devenait trop grande.
Le musée, lui aussi, se veut étroitement lié à la religion. Le 31 mai 2006, le pape Benoît XVI bénissait la pose de la dernière pierre, sur laquelle est toujours inscrit «Omnia Vincit Amor». L'amour triomphe de tout.
À l'intérieur, les fans de cyclisme sont aux anges. Bien sûr, le musée fait la part belle au Giro et aux nombreux champions italiens, mais Merckx et bien d'autres ont aussi leurs encarts.
Une collection dédiée au record de l'heure est également présentée au public. C'est là que l'on peut admirer le Colnago de Tony Rominger, celui avec lequel le Suisse avait parcouru 55,291 kilomètres en 60 minutes.
La Lombardie est une véritable terre de vélo, attractive en raison de ses routes escarpées, de sa météo clémente et de ses paysages à couper le souffle. Pour les cyclistes, la Madonna del Ghisallo fait partie des nombreux stops incontournables de la région, pas seulement le jour de la classique des feuilles mortes.
L'argent fait faire des folies, on le sait depuis la nuit des temps. La dernière initiative du FC Barcelone ne contredira pas cette affirmation. C'est en tout cas l'avis de beaucoup de fans de foot.