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Les grandes extinctions sont des catastrophes lentes
Pour Michel Septfontaine, conservateur au Musée cantonal de géologie, la disparition des mammouths n'est pas comparable à celle des dinosaures. Les tyrannosaures et autres reptiles géants ont vécu une catastrophe d'une ampleur bien plus grande, qui concerne une famille entière d'animaux. Un phénomène qui s'expliquerait par la lente baisse du niveau marin à l'échelle du globe.
Le lent déclin des mammouths laineux n'a rien à voir avec les grandes extinctions dont on parle souvent. Il ne s'agit ici que de la disparition d'un genre (Mammuthus) de la famille des éléphantidés. La famille des éléphantidés, elle, a survécu. Si le besoin s'en faisait sentir, la nature pourrait reproduire un mammouth en faisant évoluer des éléphants actuels qui ont des poils. La nature aurait, en revanche, besoin de bien plus de temps pour reproduire un tyrannosaure, dont on ne connaît plus de proche cousin dans la faune actuelle", analyse Michel Septfontaine.
Et d'expliquer qu'on recense généralement deux périodes de grandes extinctions et trois autres de moindre importance.
"L'extinction la plus massive date de la fin de l'ère primaire, il y a 250 millions d'années. Ce sont alors pas moins de 90% des espèces marines qui disparaissent, ainsi que de nombreux animaux terrestres et plantes", poursuit le conservateur du Musée cantonal de géologie. Une autre grande extinction se déroule il y a 65 millions d'années, à la fin du Crétacé. Elle touche cette fois des groupes comme les ammonites et les dinosaures.
La météorite géante n'a pas suffi
L'explication retenue par Michel Septfontaine n'est ni la chute d'une météorite géante ("elle a bien fait des dégâts, mais pas suffisamment pour causer autant de disparitions d'espèces animales") ni une autre catastrophe naturelle extrêmement violente. "Il faut comprendre que les grandes extinctions ne sont pas des catastrophes brutales, comme celles que l'homme moderne pourrait provoquer, mais qu'elles prennent du temps. En fait, la bonne explication est sans doute celle qui implique une baisse du niveau des mers suite aux mouvements des plaques tectoniques. En effet, les périodes de grandes extinctions coïncident avec des phénomènes géologiques importants, comme l'émergence des continents et la formation des chaînes de montagnes. Schématiquement, on peut dire que les variations de la biodiversité (ndlr. le nombre d'espèces animales différentes en vie à une époque donnée) dépendent des mouvements liés à l'évolution de l'écorce terrestre, qui induisent des changements du niveau des mers. Enfin, c'est le modèle le plus probable."
La vie est un buissonnement opportuniste
Cette catastrophe lente que constitue la baisse du niveau des océans a pris des millions d'années. Le drame s'est déroulé centimètre par centimètre. A terme, il a impliqué la disparition des mers épicontinentales (mers peu profondes qui recouvraient les continents de l'ère secondaire), éliminant de nombreuses niches écologiques où un foisonnement d'espèces s'étaient installées. Une chute de la température en est aussi une conséquence.
"Les espèces mettent du temps pour disparaître, martèle Michel Septfontaine. Et encore ne s'éteignent-elles pas toutes: même lors de la grande extinction de -250 millions d'années, où seuls 10% des espèces animales marines ont survécu, tous les embranchements figuraient encore au nombre des survivants. Il y a eu une baisse de la diversité des espèces vivantes, mais pas d'éradication définitive. La vie est un buissonnement opportuniste: elle a recommencé avec les mêmes. Pour prendre une image: si certains rameaux de l'arbre de la vie ont disparu, le tronc était toujours là, prêt à poursuivre sa croissance avec de nouvelles branches."
Les mammouths, une disparition marginale
La disparition des mammouths laineux est en revanche un phénomène bien plus marginal. Parce qu'elle ne concerne qu'un genre (Mammuthus) et que la famille survit avec les éléphants d'Afrique et d'Asie. Reste que la disparition d'un animal aussi grand nous interpelle. "Ce d'autant plus que ce genre, qui apparaît il y a trois millions d'années, a supporté entre 20 et 30 glaciations successives, et n'a disparu qu'après la dernière." Comment l'expliquer? L'action de l'homme pourrait - déjà - avoir eu un effet destructeur. Il y a 12'000 ans, les populations humaines croissent en nombre et leurs techniques de chasse s'améliorent.
Des hommes en armes
On cite ainsi fréquemment leur capacité à creuser des pièges et l'apparition des lances de Clovis (du nom d'une localité du Nouveau-Mexique où les premières d'entre elles ont été retrouvées par des archéologues). Ces armes étaient capables de blesser gravement un pachyderme. Des essais effectués sur des cadavres d'éléphants actuels l'ont démontré.
On sait encore que l'homme utilisait des défenses de mammouths pour construire ses habitations. "Cela amène certains chercheurs à parler de blitzkrieg, une guerre-éclair qui aurait anéanti les mammouths. Mais l'explication n'est pas totalement convaincante", tempère Michel Septfontaine.
L'autre explication est climatique. "A la fin de la dernière glaciation, le réchauffement de l'atmosphère s'est encore traduit par un changement de la flore. La forêt a très vite remplacé la toundra dans laquelle le mammouth avait ses habitudes: il y trouvait sa nourriture et s'y déplaçait facilement. Avec ses défenses, l'animal est bien emprunté dans un environnement arboricole. Cela expliquerait son repli progressif vers le Nord, et notamment la Sibérie où on a retrouvé les mammouths nains. "Sa niche écologique rapetissant, voire disparaissant, le mammouth laineux n'avait plus sa place. C'est malheureux et je le regrette, mais c'est un phénomène naturel."
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