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02/02/2017
L'ONU embauche un retraité
L'ONU est-elle si dépassée qu'elle se trompe même dans l’embauche de son numéro un ? Elle engage un vieillard au lieu de s'offrir les services d'un gestionnaire d'un grand cabinet anglo-saxon de conseils et audits.
Depuis la création de l’Organisation des Nations Unies le 24 octobre 1945, une dizaine de personnes se sont succédé au poste de Secrétaire général. Le dernier en date est le Portugais António Guterres qui a pris ses fonctions le 1er janvier 2017.
Cet ancien Secrétaire général du Parti socialiste portugais et ancien Premier ministre du Portugal, d’octobre 1995 à avril 2002, a intégré le monde de l’ONU en 2005 en occupant le poste de Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCNUR).
Age et pouvoir
Selon le classement Forbes des hommes les plus puissants du monde, la fonction de Secrétaire général de l’ONU représente la 36ème place sur l’échiquier des puissants. Et ce, derrière une bonne vingtaine de dirigeants de multinationales.
Au moment de son entrée en fonctions aux commandes des Nations Unies, Guterres a exactement l’âge moyen des hommes politiques qui le précèdent à ce niveau de pouvoir, c’est-à-dire 67 ans.
J'ai été interpellé par ce chiffre et je me suis livré à un petit exercice de comparaison pour comprendre pourquoi l’on prend à ces fonctions des personnes en âge de recevoir l'AVS : à partir de l’année 1945, année de création de l’ONU. J’ai pris comme référence les présidents des pays suivants : États-Unis, Russie (URSS) et Chine.
Résultat, je n’ai pas été étonné de constater que l’âge moyen des dirigeants chinois lors de leur entrée en fonctions était de 67 ans, celui des soviétiques/russes de 64 ans et celui des américains de 57 ans.
Cependant, pour relever cette moyenne, les Etats-Unis se sont dotés cette année d’un président âgé de 70 ans !
Age et emploi
Envisager le recrutement d’un senior signifie souvent que l'on se pose des questions particulières relatives à la vieillesse qui relèvent de la discrimination et de l’âgisme.
Voici quelques questions courantes : est-il/elle toujours apte (santé physique et mentale) ? Est-il/elle toujours à la page avec les outils de travail ? Pourra-t’il/elle s’intégrer au sein d’une entreprise où la moyenne d’âge du personnel est plus basse ?
Cependant, concernant le cas Guterres, ce type de considérations a été probablement relégué au deuxième rang.
La bonne question était tout d’abord de se dire « Qui a les compétences et les connaissances indispensables à la fonction ? », ce qui exclut toute considération du type « On ne veut pas un senior à ce poste, car ce n’est pas sexy et cela coûte cher ».
En fin de compte, les jeunes qui ont de l’ambition ne sont pas nécessairement les mieux outillés, bien qu’ils soient familiarisés avec les technologies nouvelles. D’ailleurs l’expérience et les connaissances s’acquièrent bien plus souvent par l’âge que par un autre moyen. Le fait de placer des jeunes à certains postes très élevés, c’est souvent vouloir placer des incompétents, des marionnettes, des alibis, des moins brillants que soi et ce au détriment du bon fonctionnement de l’entreprise et en pénalisant les parties prenantes (stakeholders) de cette même entreprise.
Or, le respect de l’éthique est indispensable au bon fonctionnement de la société ; ce qui a tendance à disparaître de nos jours.
La demande de seniors suisses
En Suisse, le nombre des demandeurs d’emploi est à la hausse depuis bien longtemps. En 2016, le nombre des demandeurs d’emploi (tous âges confondus) était de 211'000 en moyenne annuelle.
Pour ce qui est des employeurs, selon une étude effectuée par l’Université de Zurich publiée en avril 2016, 72.6 % des annonces publiées par les employeurs et indiquant un âge limite fixe la barre à 45 ans. Les annoncent qui ne mentionnent pas d’âge limite représentent le 89% des annonces publiées sur la période 2005-2015.
En 2015 seulement 6% des annonces mentionnaient un âge limite, ce qui est un signe de la forte tension sur le marché du travail (postes vacants/demandeurs d’emploi), et pourrait donner à penser que les annonceurs sont prêts à renoncer à une limite d'âge (si seulement cela pouvait être vrai !).
Il reste maintenant à favoriser les rencontres entre les demandeurs d’emploi et les entreprises prêtes à les embaucher. Je pense en particulier à l’Association Phare Seniors qui effectue un travail exemplaire, mais qui est toujours à la recherche de soutiens de la part des autorités régionales pour ce qui est des ressources. Le message s'adresse également au département de Mauro Poggia qui est à la tête du département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé (DEAS), qui a souvent tendance à tourner la tête lorsqu'il s'agit d'aider cette population.
Au contraire, ces derniers devraient être valorisés, notamment car ils n'ont pas contribué aux dernières débâcles contrairement aux brillants consultants anglo-saxons à la mode, qui ont conseillé les gouvernements dernièrement.
Pour conclure je vais modifier un vieux dicton : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » par « Si jeunesse savait, car vieillesse peut ».
https://www.seco.admin.ch/dam/seco/fr/dokumente/Publikationen_Dienstleistungen/Publikationen_Formulare/Arbeit/Arbeitsmarkt/aeltere_arbeitnehmende/SMM%202006-2015.pdf.download.pdf/SMM%20-%20Altersgrenzen%20in%20Stelleninseraten%202006-2015.pdf
https://www.seco.admin.ch/dam/seco/fr/dokumente/Arbeit/ALV/Arbeitslosigkeit/Aeltere_Arbeitslose/Bericht_Arbeitslose_50plus.pdf.download.pdf/FR_Bericht_Arbeitslose_50plus_(2015).pdf
http://www.phareseniors.org/index.php/l-association/presentation