Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07047.jsonl.gz/1269

En arrivant à New York en 1978 comme étudiant à la Cooper Union, Christian Marclay (*1955 San Rafael, vit à Londres) participe rapidement à la foisonnante scène culturelle new-yorkaise. Celle-ci est alors marquée par une très grande connivence entre les mondes de la musique et des arts visuels. En particulier dans les lieux de la contre-culture comme la Kitchen où la programmation interdisciplinaire entre artistes et musiciens correspond aux recherches de Marclay sur les sons comme matériau plastique et les arts visuels. « Une grande partie de mon travail, explique-t-il quelques années plus tard, est à propos de la manière dont une image exprime le son, comment le son est exprimé visuellement. »
Marclay concentre ses recherches, dans tout le développement de son travail, sur la relation entre le son et la vision, explorant les manières dont le son peut se manifester visuellement. « Je veux que mon œuvre, insiste-t-il, porte sur le sonore, mais elle ne doit pas nécessairement avoir rapport avec la musique. »
L’onomatopée est un magnifique outil, justement, par ce qu’elle simule un bruit particulier, qu’elle imite un son qu’elle représente. Il s’approprie ces expressions graphiques qu’il trouve dans des vitrines, dans la rue, sur des panneaux publicitaires, dans des bandes dessinées, sur des emballages de produits variés. Comme le sampling, le collage est un moyen fréquemment utilisé par Marclay pour créer un enchaînement d’images montées et projetées comme un long poème bruitiste silencieux qui peut devenir une partition pour un chanteur. Depuis 1989, les onomatopées sont apparues dans l’œuvre de Marclay avec une série de pages d’albums de comics recouvertes de peinture ne laissant apparaître que les transcriptions sonores. Dès 2006, il traite l’onomatopée en déchirant des pages de bandes dessinées et en assemblant ces fragments en des collages qui créent une « narration » visuelle évocatrice.
L’intérêt de Marclay pour la bande dessinée est un marqueur essentiel dans son travail sur la visualisation du son. Forme d’expression artistique populaire, elle intéresse particulièrement Marclay pour sa juxtaposition de dessins articulés en séquences narratives accompagnées notamment d’interjections et d’onomatopées. Grand collectionneur d’images trouvées, de BD comme de photographies, de pochettes de disques ou de fragments de films, Marclay ne se contente pas d’accumuler tout ce matériel disparate mais il l’organise et lui confère une nouvelle intégrité. Ainsi ses bandes dessinées sont-elles un subtil montage de dessins expressifs, d’interjections sensorielles variées, de mots-images, de typographies éloquentes qui créée une composition rythmique — une partition ouverte à l’interprétation sonore.
Réalisée par Marclay en 2016, To Be Continued" est une bande dessinée de quarante-huit pages que le lecteur peut regarder pour la vivacité et l’expressivité de ces images découpées et assemblées comme autant de petites histoires. Les collages préparatoires exposés révèlent un moment du travail : lorsque le choix des images s’opère et que se construit la mise en forme. L’artiste a créé "To Be Continued" comme une partition musicale dédiée à l’Ensemble baBel avec qui il collabore étroitement depuis 2012. Les cinq musiciens de cet Ensemble improvisent sur les dessins de chaque page durant trente secondes sans qu’aucun arrêt ne scande le concert.
L’exposition, organisée par Françoise Ninghetto, marque le retour du Cabinet d’arts graphiques du MAMCO