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«Avons-nous deux Évangiles, l’un pour les hommes, et l’autre pour les femmes ? L’un pour les sages, et l’autre pour les fous? Ne sommes-nous pas un en notre Seigneur?» Par ses mots et ses ouvrages, Marie Dentière, femme protestante et écrivaine, partage ses idées sur la Réforme, l’égalité et la liberté. Un combat difficile, à une époque où les femmes n’avaient pas le droit à la parole…
Marie Dentière naît à Tournai vers 1495 dans une famille noble. Elle entre au couvent à une date inconnue, probablement vers 1508. Cependant, convertie aux idées de Luther qui commencent à circuler, elle renonce au catholicisme et s’enfuit en 1524 pour Strasbourg, ville de refuge des réformés.
Elle y rencontre de nombreux protestants (Calvin, Farel, Froment…) dont Simon Robert, un prêtre réformé qu’elle épouse en 1528. Elle fait aussi la rencontre de l’écrivaine Catherine Zell, femme du réformateur Matthieu Zell, qui encourage sûrement Dentière dans la voie de l’écriture.
Marie Dentière et son mari travaillent en collaboration avec Guillaume Farel et Antoine Froment, qui prêchent la Réforme en dehors de Strabourg. Farel part pour Genève en 1532. Simon Robert décède en 1533, après cinq ans de vie commune avec Marie Dentière et cinq enfants. Elle se remarie avec Antoine Froment, et ils partent ensemble pour Genève en 1535.
Suivant ses maris prédicateurs qui voyagent pour prêcher la Réforme, Marie Dentière tente elle aussi de convaincre les nonnes de suivre son exemple : quitter le couvent pour fonder une famille. À Genève, lorsque la Réforme se met en place, le couvent de Sainte-Claire reste un ordre important de religieuses catholiques. Les Réformés de Genève, Calvin et Farel en tête, essayent de les convertir en vain. Pour contrer leur échec, ils envoient Marie Dentière à leur rencontre, qui n’a pas plus de succès.
Parmi les religieuses, on retrouve Jeanne de Jussie, qui écrit pour le couvent une chronique résumant la vie à Sainte-Claire durant la Réforme. Cette dernière montre que les religieuses sont parfaitement satisfaites de leur vie. Pour Jeanne, c’est le couvent qui libère les femmes du mariage. Une vie monacale leur permet ainsi d’avoir une éducation et de se spécialiser dans plusieurs compétences.
Maie Dentière quant à elle, prône aussi la liberté, même si elle ne la définit pas de la même façon. La Réforme la libérée du couvent, elle trouve la vie bien meilleure au côté de sa famille et d’un mari qui la soutient.
Pour Dentière, les femmes ont un devoir de mère et d’épouse, mais peuvent aussi prêcher. Ayant reçu une bonne éducation, elle ne comprend pas pourquoi elle n’a pas le droit d’être prédicatrice. Comme on lui refuse la parole, elle écrit. Dans ses ouvrages, elle exige que les femmes puissent aussi prêcher l’Évangile. Un combat vain à son époque, où les Réformés pensent que les femmes n’ont pas leur mot à dire dans une église…
Plus que le droit à la parole, Marie Dentière plaide pour l’égalité entre hommes et femmes, que ces dernières puissent s’exprimer librement et qu’elles reçoivent une bonne éducation. Ses deux ouvrages, La guerre et deslivrance de la ville de Genesve et Epistre tres utile paraissent anonymement en 1536 et 1539.
Ouvertement opposée à Calvin et Farel, Marie Dentière est éloignées des changements religieux opérés à Genève de même que son mari. Lorsque Calvin et Farel sont momentanément mis à l’écart en 1538 par le conseil municipal, Dentière tente de partager plus librement ses idées, d’où la publication de son Epistre tres utile. Mais il n’a pas l’effet escompté : ses pamphlets sont censurés. Suite à cela, Froment et sa femme sont forcés de quitter Genève. Ils ne reviendront qu’en 1549.
Froment travaille alors pour François Bonivard, et devient bourgeois de Genève en 1553. Deux ans plus tard, en 1555, Calvin demande à Marie Dentière d’écrire la préface de son ouvrage Sermon sur la parure des femmes. Loin d’être une réconciliation, ce geste de Calvin sert à montrer à Marie Dentière quelle est sa place dans la Réforme.
Marie Dentière meurt à Genève en 1561. Longtemps restée absente dans l’histoire réformée, il faut attendre le XIXe siècle pour qu’elle soit remise en lumière. Son nom est finalement ajouté au Mur des Réformateurs le 2 novembre 2002.
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Mark, Joshua (auteur), Étiève-Cartwright, Babeth (traductrice). « Marie Dentière ». World history, 03.04.2022. En ligne ici.
Wirz, Matthias. « Marie Dentière, visage féminin de la Réforme ». Réformés, 21.02.2024. En ligne ici.
Wirz, Claudia. « Marie Dentière: une sœur en spiritualité incommode ». Le Temps, 07.07.2014. En ligne ici.
Images 1, 2 à 5. Photographies de l’auteure.
Images 4 et 5: Domaine public, Wikimedia Commons.