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Le 11 mai 2011: La chapelle de Notre-Dame du Scex fêtait ses 1400 ans !
Le petit sanctuaire qui attire les regards au milieu de la falaise de Saint-Maurice doit son origine à saint Amé, le plus ancien ermite du Valais, qui y vécut entre 611 et 614 et y jeta les fondements d’un sanctuaire dédié à la Vierge invoquée au titre de « Notre-Dame du Scex », c’est-à-dire Notre-Dame du Rocher.
En mai 611, le moine Amatus — saint Amé, ou Aimé —, cherchant « le secret d’un désert plus désert » sortit en cachette du monastère d’Agaune pour aller vivre dans la solitude au milieu des rochers qui dominent la ville de Saint-Maurice. L’Abbé du monastère donna sa permission pour qu’Amé puisse vivre dans le petit ermitage qu’on lui construisit. Après trois ans de solitude, l’ermite fut appelé à aller fonder un monastère sur le Saint-Mont de Remiremont, dans les Vosges, où il mourut un 13 septembre, probablement en 628.
La petite chapelle et l’ermitage du fondateur, construits en bois, ont été remplacés dès l’époque carolingienne par des constructions en dur. Les édifices seront agrandis et transformés plusieurs fois au cours des siècles. En 1620, pour favoriser son accès par les pèlerins toujours plus nombreux, on transforme radicalement la chapelle, en inversant son orientation et en l’agrandissant. En 1628, on construit un nouvel ermitage sur la terrasse herbeuse où il se trouve toujours. Les principales restaurations interviendront en 1764, en 1903, en 1948 et en 1958. Notons les grandioses projets d’agrandissement de l’architecte genevois Adolphe Guyonnet : en 1933, il dessine plusieurs plans pour une « église creusée dans la roche, parallèlement à la chapelle actuelle » ; fort heureusement le sanctuaire a gardé sa belle harmonie baroque. La dernière intervention date de 1996 lorsque l’on rénova le toit de bardeaux, rafraîchit les parois intérieures et aménagea l’autel pour la célébration de la messe face au peuple.
Sur l’entrée de la chapelle, le petit campanile reconstruit en 1948 abrite deux cloches, l’une commanditée par Dom Jean de Chastonay en 1479 (malheureusement aujourd’hui fêlée) et l’autre offerte en 1954 puis refondue en 1975. Les vitraux intérieurs et le retable du maître-autel sont l’œuvre du peintre Albert Chavaz. La merveille du sanctuaire est la petite statue romane qui trône sur l’autel : la Vierge présente son Enfant sur ses genoux.
L’intérieur de la chapelle était autrefois recouvert d’ex-voto de toutes sortes. Les diverses restaurations ont causé plusieurs fois la destruction de ces témoins de la piété populaire. Décrochés pour les travaux de 1958, seuls quelques tableaux ont été miraculeusement sauvegardés. Aujourd’hui, ne subsistent que 9 ex-voto anciens (celui de 1639 est le plus antique du Valais) et une icône russe en bronze placée en 1983. Les fidèles peuvent toujours offrir un signe de reconnaissance sous la forme d’un cœur en laiton. Ces ex-voto sont les témoins de grâces obtenues par l’intercession de la Notre-Dame du Scex. Les archives conservent des récits de miracles et de guérisons obtenus dans ce sanctuaire fréquenté depuis toujours par de nombreux pèlerins, touristes et curieux.
Dès qu’en 1317 les textes écrits mentionnent la chapelle, il est question de solitaires qui vivent en ermites au Scex. Au 14e siècle, il y eut des recluses (des femmes qui vivaient enfermées dans l’ermitage), et plus tard des hommes, jusqu’en 1863 où mourut frère Philippe, un ancien soldat de Napoléon. La mémoire collective garde le souvenir de frère Luc, fidèle serviteur de la chapelle pendant 50 ans jusqu’à sa mort en 1958. Enfin, de 1992 à 1997, c’est Nicolas Buttet qui résida à l’ermitage du Scex où il accueillit de nombreux visiteurs et que naquit la fraternité Eucharistein.
Extrait de la vie de saint Amé
La première partie de la vie de saint Amé s’est déroulée à Agaune. Après son séjour dans l’ermitage du Scex, il a été appelé dans les Vosges, à Luxeuil, et il fonda le monastère de Remiremont.
La traduction complète de la Vie de saint Amé sera publiée dans un numéro spécial des Echos de Saint-Maurice à paraître en septembre 2011.
Traduction française par Cédric Roduit
1. Je me suis disposé à obéir à vos ordres, très saint Père Dydo, avec une éloquence certes limitée, mais un cœur débordant. Vous me demandez de confier à l’écrit, dans l’ordre chronologique, les saintes œuvres qu’accomplit en ce monde le bienheureux Amé, pour que ne soit pas plus longtemps passé sous silence ce qui mérite d’être célébré avec les plus grands éloges. Maintenant donc, puisque vous l’exigez et que Dieu le permet, je vais exposer quelques-uns de ses nombreux hauts faits, montrant en quelque sorte la voie aux lettrés.
2. Au temps du roi Dagobert, cet homme fut aussi illustre pour ses mœurs, qu’Aimé (ou Amé) à la fois pour sa sainteté, son nom et ses actions. Issu de parents nobles d’origine romaine, cet enfant aux remarquables dispositions naquit dans les environs de la cité de Grenoble. Son père, nommé Héliodore, était très attaché au respect de la religion chrétienne. Comme c’était un homme très pieux, il voulut consacrer son fils Amé aux veilles monastiques et, lorsqu’il eut grandi, l’enfant fut donné au monastère de Saint-Maurice comme un présent agréable à Dieu. Instruit dès son jeune âge parmi les meilleurs élèves, il ne tarda pas à être considéré pour ses qualités comme le premier d’entre eux.
3. Alors qu’il s’était soumis tout entier pendant près de trente ans à la règle monastique, recherchant une retraite plus solitaire, il sortit en secret de l’enceinte du monastère, et un peu plus loin, dans la roche accidentée d’une très haute montagne, il se désigna lui-même comme le champion du Christ dans le combat contre le Diable. Alors, comme l’abbé et les frères du monastère le recherchaient avec une grande inquiétude et un soin empressé, et qu’on en était au troisième jour de jeûne, on découvrit enfin ses saintes traces sur le versant de la montagne, au milieu de périlleux rochers, et on arriva au lieu où le saint, certes, se cachait des hommes, mais s’offrait au regard de Dieu. Lorsqu’il fut retrouvé, on le somma de rentrer au monastère : l’abbé et les frères étaient tristes et inquiets à son sujet et se demandaient la raison de cet éloignement. Celui-ci répondit aussitôt : « Laissez-moi, mes frères, je vous en prie, pleurer mes fautes dans ce lieu resserré et servir mon Rédempteur avec une parfaite soumission. »
4. Comme ils ne pouvaient l’arracher à ces lieux, les frères lui dirent alors : « Indique-nous au moins ce que tu veux comme nourriture. » Il répondit : « Du pain et de l’eau, mais seulement lorsque j’aurai accompli un jeûne de trois jours ou plus si Dieu le veut ; je ne réclame ni n’ai besoin de mieux ; et que ce soit du pain d’orge. » Ils racontent à l’abbé qu’ils l’ont retrouvé et ce qu’il leur a dit. Alors l’abbé choisit l’un des frères, nommé Bérin, pour le servir de façon permanente. Celui-ci prend un pain et une cruche remplie d’eau, se rend auprès de l’homme de Dieu, puis, lui ayant donné ces provisions, se retire. Comme le saint homme était courbé pour la prière, voilà que le Tentateur arrive sous l’aspect d’un corbeau, vole le pain et renverse l’eau. Amé, se redressant et voyant cela, dit : « Je te rends grâce, Seigneur Jésus-Christ, de m’ordonner de prolonger mon jeûne. Ceci sera fait selon ton désir, car il n’est rien dans ce monde qui ne se produise sans ta volonté. »
5. Quelque temps après, on lui construit un petit abri. Mais l’artisan, qui ne connaît pas les dimensions de la cellule, s’approche de l’homme de Dieu et lui dit : « Permettez-moi de me rendre un instant à l’endroit où l’on coupe le bois, car cette poutrelle me semble trop courte de deux paumes. » Alors Amé lui répond : « N’y va pas, mon fils, mais retourne-t’en et refais les mesures. Aie confiance. » Il s’en retourne donc et, refaisant les mesures, il trouve le bois allongé d’autant qu’il était trop court un instant auparavant. Retournant aussitôt auprès de l’homme du Christ, il lui raconte ce qui s’est passé. Alors celui-ci dit : « Garde le silence, et ne le coupe pas, car c’est un don de Dieu. » Je peux moi-même en témoigner : j’ai vu cette poutre sortir du toit, dépassant les autres de la longueur indiquée.
6. Le Seigneur fit un autre miracle par l’intermédiaire de cet homme. Depuis une année déjà, son serviteur lui apportait de l’eau puisée dans les ruisseaux de la vallée, lorsque, compatissant à sa peine, Amé dit aux frères : « Allons, mes frères, approchons-nous de ce rocher et prions Dieu car il peut faire jaillir l’eau de la pierre. » La prière accomplie, chacun se redressa et, au moyen du bâton qu’il tenait à la main, l’homme de Dieu frappa le rocher ; il en jaillit aussitôt une source intarissable ; Amé y fit fabriquer une citerne de plomb. Je l’ai moi-même vue remplie, recrachant continuellement de l’eau au-dehors.
7. Plus tard, découvrant sur ce même rocher une parcelle de terre, il la défricha et en fit un petit champ capable d’accueillir un quart de muid, dans lequel il prit l’habitude de semer de l’orge ; « il est juste, disait-il, que chacun vive de son propre travail. » Il possédait encore une meule, au pied de sa cellule, qu’il actionnait de la main lorsque, chantant les louanges, le sommeil s’insinuait dans ses membres fatigués. Il ne portait jamais de chaussures aux pieds : or le lieu où il avait coutume de poser les pieds pour tourner la meule était recouvert de petits cailloux tranchants. Il prit ainsi l’habitude de chasser la tentation de la chair et l’engourdissement du corps par le travail de la meule.
8. Un jour, alors que l’homme de Dieu sarclait le petit champ qu’il avait l’habitude de cultiver, un énorme bloc de rocher dévala du sommet de la montagne ; Amé comprit qu’il allait bientôt causer la ruine de sa cellule – c’était, à mon avis, la ruse du Démon qui l’avait poussé. Alors, faisant un signe de croix, Amé dit : « Au nom de Jésus-Christ, je t’ordonne de ne pas dévaler davantage. » Le rocher était déjà arrivé tout près du toit de la cellule, lorsque, d’un seul coup, il s’arrêta, suspendu à la montagne. Il reste suspendu, attaché au flanc de la montagne, et ne cause aucun dommage à la grotte. Souvent le Diable se présentait avec son escorte et menaçait de briser la cellule et de l’arracher totalement à la montagne ; mais, fort dans le Seigneur, Amé combattait en conservant un cœur inébranlable et indifférent au danger, disant : « Le Seigneur est mon secours, je ne crains pas ce qu’un homme peut me faire » (cf. Ps 118, 6).
9. L’évêque de cette région s’était lié d’une amitié particulière avec lui ; il lui rendait fréquemment visite et prenait plaisir à être auprès de l’homme de Dieu, qui, par Amour du Christ, avait choisi la pauvreté. Il voulut le consoler avec une somme d’or qu’il pouvait décider d’utiliser pour lui-même ou pour les pauvres. Mais Amé lui dit : « Bon évêque, ce que tu offres doit être distribué à ceux qui sont dans une plus grande nécessité. Quant à moi, je méprise les entraves du monde et de même que je suis sorti nu du ventre de ma mère, c’est nu que je retournerai à la terre. » L’évêque, qui ne voulait – ni n’aurait pu – lui faire accepter ces pièces en le priant, s’en alla et déposa discrètement l’or sur l’autel où Amé avait coutume de célébrer la messe. Une nuit passa et, comme de coutume, le serviteur du Christ arriva à l’heure qui convient pour célébrer les mystères sacrés. Il trouva les pièces et, les maudissant comme une ruse l’Ennemi, les jeta précipitamment au fond de la vallée en disant : « Le Seigneur est mon héritage (cf. Ps 16, 5), je n’ai pas besoin de cela. »
10. Amé se couvrait le corps de peaux de mouton. Durant le temps du Carême, il se nourrissait de cinq noix et d’une petite coupe d’eau par jour après avoir prié les vêpres – repas certes frugal, mais agréable à Dieu. Il endurait de temps en temps des jeûnes de trois jours et souvent plus longs. Son corps était fatigué mais, lui, rempli du Saint-Esprit, restait au service du Christ avec une infinie dévotion. Deux fois dans l’année seulement, il profitait du soulagement qu’offrent les bains : avant le saint jour de la naissance du Seigneur et avant celui de sa résurrection pascale. C’étaient les seuls soins qu’il apportait à son corps. Pour le reste, la plupart des miracles qui ont alors eu lieu demeurent inconnus.
11. En ce temps-là, dans la région des Vosges, vivait l’abbé Eustase (Disciple de Colomban, abbé de Luxeuil en 611, mort en 625), un homme remarquable et très illustre pour sa piété. Il advint par hasard que, parti pour atteindre les terres d’Italie, il entra dans le monastère d’Agaune et voulut savoir qui parmi ces saints hommes était tenu pour le premier. Alors ils lui dirent : « Peut-être ne connaissez-vous pas le saint homme Amé, qui, depuis près de trois ans, mène une vie austère, là-haut, sur ce rocher ? » A ces mots, il gravit en toute hâte la montagne par un sentier escarpé et glissant sous les pas. Lorsqu’il trouva Amé, il l’embrassa avec tant d’affection qu’il ne supporta plus d’en être séparé. Que dire de plus ? A son retour d’Italie, il entraîna avec lui le saint homme et le conduisit jusqu’à Luxeuil, disant qu’une lampe ne doit pas être cachée sous le boisseau, mais doit plutôt éclairer ceux qui sont dans la maison (cf. Mt 5, 15) et que celui qui abandonnait son propre séjour, était invité à suivre une voie encore plus parfaite.
12. Saint Amé demeura quelque temps dans ce monastère et se fit aimer de tous. Il avait en toutes circonstances un visage serein et un air enjoué. Il possédait une brillante et vive éloquence. Il était sage et ferme dans ses conseils. Il s’adonnait à la pénitence et était prodigue en larmes. Modéré dans la prospérité, paisible et joyeux dans l’adversité, remarquable pour ses mœurs, resplendissant de sainteté, il faisait preuve de charité en toute chose et s’imposait une très grande austérité. Riche de toutes les qualités, il brillait sur le monde comme une grande lumière. A cette époque, il arriva qu’à la demande de ses frères, Amé parcourut quelques villes d’Austrasie, car il avait un grand talent pour la prédication.