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Alors que se dispute le Championnat d’Europe des Nations de Football, les 24 heures du Mans pourrait être marqué par l’adage célèbre de l’attaquant anglais Gary Lineker : « … et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne » tant l’hymne allemand a été joué sur le podium Sarthois durant l’histoire de la plus grande course d’endurance, 2016 ne faisant pas exception à la règle.
Pourtant, Toyota semblait tenir, enfin, sa première victoire. Du moins jusqu’à trois minutes de la fin. Sans réellement dominer l’épreuve, les deux Toyota TS050 pointaient aux avants-postes dès les premiers tours, lorsque Mike Conway, qui prenait le départ de l’épreuve sur la n°6, prenait la tête de l’épreuve après les huit premiers tours disputés sous le régime du safety car.
Et la suite de la course vît un duel Toyota – Porsche tout d’abord, entre la 1 et la 6, avant que la 919 hybrid des champions en titre ne soit longuement retardée dans son stand durant la nuit. Mais la voiture sœur allait prendre la relève et maintenait une menace permanente sur les deux prototypes japonais, échangeant la place de leader au gré des ravitaillements, lors d’une course où les écarts furent serrés du début à l’arrivée, comme en témoignent les trois secondes séparant les 3 premiers après 17 heures de course.
Au petit matin, Sébastien Buemi prenait la tête au volant de la Toyota n°5 devant la voiture soeur, le pilote vaudois creusant même l’écart sur ses deux poursuivants au terme d’un relais très impressionnant. Si il ne restait plus qu’une Porsche pour jouer la victoire en milieu de matinée, le Toyota Gazoo Racing comptait toujours sur ses deux voitures, jusqu’à la sortie de piste de Kamui Kobayashi sur la n°6, cette dernière perdant ensuite du temps dans les stands.
Dès lors, les dernières heures de course se résumèrent au duel Toyota n°5 – Porsche n°2, mais l’avantage était pour le prototype japonais avec une trentaine de secondes d’avance, avantage porté à plus d’une minute lorsque, en vue de l’arrivée, Neel Jani repassait par les stands en raison d’un problème détecté sur la roue avant droite. Dès lors, la voie semblait royale pour la n°5 et les sourires commençaient à pointer sur les visages dans le stand n°5 lorsque l’impensable se produisit : Kazuki Nakajima annonçait à la radio qu’il n’avait plus de puissance, et sa voiture n’arrivait plus à dépasser les 200 km/h dans les Hunaudières…. Très vite, la consternation puis la tristesse prenait place au sein du Toyota Gazoo Racing, l’équipe voyant le succès s’éloigner… et à l’entrée du dernier tour, la n°5 s’arrêtait sur la piste, face à son stand, alors que la Porsche n°2 prenait le commandement de l’épreuve.
Si, dans le clan japonais, on ne pouvait retenir ses larmes, ce fut euphorique au sein de Porsche : Romain Dumas et Marc Lieb explosèrent de joie autant que de surprise lorsque Neel Jani récupéra la tête de l’épreuve. Les trois pilotes vainqueurs, exprimant leur désolation à l’arrivée pour l’équipe japonaise, alors que les deux constructeurs allemands s’exprimaient le lendemain sur les réseaux sociaux ici et là. Et l’histoire des 24 heures du Mans « Mythique, Magique, Unique« écrivait une nouvelle ligne à sa légende, et cette édition, qui voyait la dix-huitième victoire de Porsche, restera certainement dans les annales. Porsche empochait donc une nouvelle victoire, démontrant une fois de plus que la course n’est jamais finie tant que le drapeau à damier n’est pas abaissé. Mais cette victoire n’est pas au rabais, l’équipage de la numéro 2 ayant, constamment, maintenu la pression sur Toyota, obligeant l’équipe japonaise à ne faire aucune faute. Et si Sébastien Buemi, Kazuki Nakajima et Anthony Davidson rendaient une copie sans faute, il n’en fut pas de même pour la mécanique. De plus, si le pilote japonais parvenait à franchir la ligne d’arrivée, son dernier tour dépassait les 6 minutes imposées lors du dernier tour de chaque voiture. C’est ainsi que la n°6 allait se retrouver non classée, laissant la deuxième marche du podium à la voiture sœur, alors que l’Audi n°8 récupérait une troisième place inespérée, devant l’autre Audi R18, tant les déboires au sein du constructeur d’Ingolstadt furent nombreux.
Tout d’abord, c’est la n°7 de Marcel Fässler qui allait connaître une première alerte, nécessitant un changement du turbo en début de course, avant de repasser régulièrement à son stand pour diverses réparations au point de terminer à 17 tours du vainqueur. Si la n°8 semblait, un temps, en lutte pour la victoire, les problèmes techniques allaient également s’acharner sur la voiture de Luca di Grassi, Loic Duval et Oliver Jarvis, et le podium final (à 12 tours des vainqueurs) masquait, quelque peu, la déroute du constructeur allemand.
Du côté de Rebellion Racing, si la n°12 fut rapidement en dehors du coup en raison d’un capteur de température d’air défaillant, la n°13 pouvait prétendre à une belle place d’honneur en restant à l’affût des soucis rencontrés par les hybrides. Mais au milieu de la nuit, le prototype suisse allait connaître un début d’incendie, et la belle aventure allait s’arrêter là. Handicapés par des soucis techniques, puis abandonnant sur un incendie, Simon Trummer et l’équipe ByKolles n’allait pas non plus voir la ligne d’arrivée. Aussi, malgré des arrêts pour changer l’embrayage et les injecteurs, la Rebellion n°12 (Nicolas Prost – Nick Heidfeld – Nelson Piquet Jr) récupérait la victoire en LMP1 privé.
Tout comme en LMP1, la catégorie LMP2 fut particulièrement disputée, même si la Signatech Alpine du Franco-Suisse Nicolas Lapierre, vainqueur, menait l’épreuve depuis la dixième heure de course, l’Oreca 05 du Team G-Drive restait à l’affût malgré de multiples pénalités. Matthias Bêche et le TDS Racing pouvaient, eux aussi, espérer un bon résultat, avant d’être contraints à l’abandon au cours de la dix-septième heure en raison d’une sortie de piste. Enfin, notons que Race Performance franchissait, une nouvelle fois, la ligne d’arrivée de l’épreuve, l’équipe Bernoise ne comptant aucun abandon dans l’épreuve sarthoise en six participations.
Au terme des qualifications, le duel Ford – Ferrari était annoncé en catégorie GTE-Pro, et il fut confirmé en course. Si les 488 d’AF Corse furent rapidement éliminées de la course à la victoire, la voiture du Risi Competizione fut, pendant longtemps, une réelle menace pour les GT américaines. Mais un passage dans le bac à graviers le dimanche allait offrir la victoire à la Ford de Sébastien Bourdais, Joey Hand et Dirk Müller, 10 secondes devant la Ferrari américaine malgré des pénalités d’après-course qui furent infligées aux deux voitures sans modifier le classement. Pour le Franco-Suisse Patrick Pilet, les années se suivent et se ressemblent, puisque la Porsche n°91 fut contrainte à l’abandon sur une casse moteur.
En GTE-Am, la Scuderia Corse remportait la victoire devant la Ferrari n°83 d’AF Corse, cette dernière prenant le meilleur sur la Porsche n°88 en fin de course. Gary Hirsch, qui était au volant d’une Aston Martin Vantage accompagné de deux Gentlemen Driver, n’allait pouvoir démontrer tout son talent, puisque ses deux coéquipiers faisaient le choix d’une voiture facile à piloter au détriment des performances, ce qui empêchait le champion ELMS 2015 de pouvoir attaquer sous peine de partir à la faute. Dans ces conditions, il ne pouvait guère espérer mieux que la septième place finale en catégorie GTE-Am. Quant à Joël Camathias, il voyait l’arrivée au dixième rang de la catégorie, la Porsche de KCMG ayant été retardée par deux réparations en raisons de problèmes techniques dans son stand.
Enfin, notons la performance du Français Frédéric Sausset, qui a réussi son pari de rallier l’arrivée malgré son handicap (quadri-amputé).
Crédit photos : Sébastien Moulin/Sport-Auto.ch ; Jean-Baptiste Lassaux/Sport-auto.ch]]>