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«Pour la première fois depuis longtemps, je pars tranquillement en vacances»
Interviewer Serge Duperret est toujours un moment à part. Le président du Mont commence sa phrase sur un thème, la finit avec un autre et n'hésite jamais à se contredire d'une minute à l'autre. Il mérite évidemment qu'on l'écoute, lui qui a amené Le Mont de la 3e ligue à la Challenge League. Aujourd'hui, Le Mont est le 14e club du pays, sur 1450. Pourquoi 14e? "Parce que Vaduz, ça compte pas!", rigole le bouillant président, qui s'est arrêté longuement face à nous, dans le restaurant du tennis au Mont.
Interviewer Serge Duperret est toujours un moment à part. Le président du Mont commence sa phrase sur un thème, la finit avec un autre et n'hésite jamais à se contredire d'une minute à l'autre. Il mérite évidemment qu'on l'écoute, lui qui a amené Le Mont de la 3e ligue à la Challenge League. Aujourd'hui, Le Mont est le 14e club du pays, sur 1450. Pourquoi 14e? "Parce que Vaduz, ça compte pas!", rigole le bouillant président, qui s'est arrêté longuement face à nous, dans le restaurant du tennis au Mont.
Interviewer Serge Duperret est toujours un moment à part. Le président du Mont commence sa phrase sur un thème, la finit avec un autre et n’hésite jamais à se contredire d’une minute à la suivante, mais il mérite évidemment qu’on l’écoute, lui qui a amené son club de la 3e ligue à la Challenge League. Aujourd’hui, Le Mont est le 14e club du pays, sur 1450. Pourquoi 14e, alors que Le Mont est 5e de deuxième division? « Parce que Vaduz, ça compte pas! », rigole le bouillant président, qui s’est arrêté longuement face à nous, dans le restaurant du tennis au Mont.
Président, on vous sent de bonne humeur…
C’est parce que je le suis! Pour la première fois depuis longtemps, je pars tranquillement en vacances. Je vais prendre l’avion avec ma femme samedi matin, on part deux semaines en Equateur, voir la famille. On a treize heures de vol.
C’est long, treize heures à côté de vous sans pouvoir s’échapper, non?
Elle connaît déjà toutes mes théories, donc je vais prendre mon futur beau-fils à côté. Il va s’occuper du marketing du Mont dans les mois à venir, et il ne connaît rien au foot. Il a 13 heures pour apprendre. Et si ça ne suffit pas, il y a le retour.
L’histoire du Mont, justement, ce club que vous avez pris en 3e ligue… Quel regard portez-vous sur ces débuts, 15 ans après?
Je ne me retourne pas. Je regarde vers l’avant. J’ai énormément d’énergie, je suis un hyperactif. Ce matin, je me suis levé à 3h30. A 4h j’étais au milieu de mes légumes, chez Roduit. J’adore ça. Et je vais vous faire une confidence, que je n’ai faite à personne, pas même à ma femme.
Oh!
Depuis quinze ans, chaque fois que je me réveillais, j’avais une pensée quelque part. « Comment je vais faire pour rembourser celui-là? » « Est-ce que je vais arriver à payer celui-là? » « Qu’est-ce qui se passera si…? » Et là, depuis quelques semaines, quand je me réveille: rien. Je n’ai plus de problèmes.
Concrètement?
Il y a une phrase que je dis souvent et qui a été mal interprétée, c’est que j’étais seul à la tête du club.
Ce n’était pas vrai?
Si. Mais j’étais maladroit en disant cela, puisqu’il y a énormément de bénévoles qui s’impliquent pour ce club, qui le font tourner. Non, je ne suis pas seul. Mais j’étais seul à décider. Jusqu’à l’arrivée de Pascal Roux.
Lui, c’est le meilleur transfert de l’année, non? On rappelle à nos lecteurs qu’il est le patron d’une société de gestion de fortune, et qu’il vous épaule désormais.
Oui, clairement. Vraiment. Totalement. Il est formidable. Je suis un fonceur, pas un homme de paperasse. Claude Gross, c’est un entraîneur, un gars de terrain. Pas un administratif non plus. Moi, j’ai le flair pour repérer un joueur. Chez moi, les gars, ils flambent. J’en tire le meilleur, je les motive. Je vois tout de suite qui est une chèvre ou pas. Avec moi, les gars, ils se défoncent. Mais pendant quinze ans, il me manquait un homme posé, réfléchi, qui prend du recul. Pascal Roux, c’est cet homme-là. Il m’aide énormément.
C’est pour cela que vous êtes aussi serein?
Oui. Vous m’avez demandé avant ce que je pensais du chemin parcouru. Voilà ce que j’en pense: lors de notre première montée en Challenge League, il y a cinq ans, on était des amateurs. Des bricoleurs. On était des fous, on a déboulé là et on a coulé une année après. Maintenant, on a des joueurs sous contrat, on a d’excellentes relations avec la Swiss Football League et on a les reins solides. Vous avez vu les joueurs qui viennent chez nous? Fabrizio Zambrella, vous lui avez parlé?
Pas ces derniers temps, non.
Faites-le. Ecoutez-le. Il vous dira qu’il est tombé dans un vrai club. On a énormément progressé en dehors, on a regroupé les juniors et les seniors. On est encadrés par une fiduciaire, on a eu deux fois de suite la licence et on va l’avoir une troisième fois dans quelques mois. On est cinquièmes au classement. On travaille juste. Maintenant, on doit progresser dans le marketing et la communication. On doit faire parler du club.
Tout le monde parle du Mont, non?
Pas assez. Enfin si, les gens en parlent, mais ils ne viennent pas au match. C’est mon seul point négatif, la seule chose qui me travaille. Franchement, ce qui peut nous tuer, c’est ça. On remercie chaque personne qui vient, qui nous soutient, mais on a trop peu de spectateurs. Là, j’avoue mon incompréhension. Mais j’ai envie d’y croire encore, je me dis que ça va venir, que les gens vont adhérer à notre histoire.
Vous avez un directeur marketing, maintenant?
Oui. On veut qu’il transmette nos valeurs, qu’il vende notre club, qu’il diversifie nos ressources. Notre histoire est belle.
Vous ne voulez plus fusionner?
Vous adorez parler de ça, hein?
Pas spécialement, mais tous les six mois, on entend qu’Yverdon et vous, ça va se faire. Donc on vous pose la question.
Le président d’Yverdon vous a dit dans un article il y a quelques semaines qu’il n’y aura pas de fusion en 2016, c’est juste?
Parfaitement.
Alors pourquoi vous me posez la question?
Parce qu’on aimerait bien savoir ce que vous en pensez.
Je peux vous confirmer que ça ne va pas se faire en 2016.
Merci beaucoup.
Bon, je vais vous répondre différemment: Le Mont a une histoire à respecter. Je ne peux pas simplement mettre la première équipe à Yverdon, y aller dans un rôle à définir, en collaboration avec M. Di Pietrantonio, quelqu’un que j’apprécie beaucoup au passage, et laisser tomber Le Mont. J’ai une responsabilité vis-à-vis des gens au Mont. Aujourd’hui, je sens que notre club est solide, qu’il a un avenir.
Il y a trois mois, vous disiez réfléchir à la suite, que vous n’êtes pas éternel. En fait, vous changez d’avis toutes les semaines?
Non. Je réfléchis à la suite. On discute avec Yverdon, et avec d’autres clubs, pour savoir comment pérenniser ce club et cette formidable aventure. Je ne veux pas que ce club disparaisse purement et simplement dans les oubliettes de l’histoire. Ce ne serait pas respectueux pour les gens qui s’y sont investis.
Vous avez peur de couler en Promotion League cet été? Vous êtes 5e, d’accord, mais le risque est toujours là.
Bien sûr. Ce serait un problème. Surtout pour les joueurs, d’ailleurs, qui ont pour certains un contrat qui dure jusqu’en 2017. On doit rester en Challenge League. Bon, les autres clubs vous diront tous la même chose, il en faudra bien un dans la charrette. Mais pas nous, merci.
Claude Gross, votre entraîneur, vous satisfait toujours autant?
Il a une immense qualité, qui n’est pas si courante dans le monde du football et qui compte énormément à mes yeux: l’honnêteté. Jamais il ne m’a fait un coup tordu. Et ça, je peux vous dire que c’est important.
Bon, mais sinon?
Il est tout à fait dans l’objectif et il fait du bon boulot. On communique bien, on s’appelle souvent, on se voit avec Pascal Roux et lui. Après, il doit avoir des résultats. Il le sait comme vous et moi. On a 23 points à la trêve. J’aurais aimé en avoir 25, mais c’est très bien. Si on en avait 12, il ne serait plus notre entraîneur. Il doit fournir des résultats, comme tout le monde. Et il a son diplôme UEFA à réussir, aussi.
Vous êtes incroyable. On vous pose une simple question et vous en profitez pour mettre la pression à votre entraîneur, celui qui vous a amené là en montant de deux ligues en deux ans et en vous maintenant contre toute attente la saison dernière.
Je ne lui mets aucune pression. Pas plus qu’à moi en tout cas. Moi, je dois réussir ma licence SFL pour que Le Mont joue en Challenge League. Lui, il doit réussir sa licence UEFA pour entraîner en Challenge League. Et les joueurs, son staff et moi, on doit assurer le maintien sur le terrain. Pour moi, si toutes ces conditions sont réunies, il peut rester à vie. Vous savez pourquoi vous ne serez jamais président d’un club?
Attention…
Parce que vous me parlez tout le temps du passé. Moi, je regarde l’avenir. Voilà.
Merci pour la leçon. Vous êtes content de vos transferts?
A 90%. Le tournant, il est arrivé à Bienne. Après le match, ce 3-3 où on a craqué derrière, Ibrahim Tall m’a arrêté dans le vestiaire. Il m’a dit: « Président, on a un souci derrière. Ca va pas. » Ibrahim Tall qui dit ça, hein, pas le grilleur de merguez du stade!
Et là, le jour d’après, vous prenez François Marque et Bertrand Ndzomo.
Exactement. Les deux meilleurs transferts de l’année. Mais on a globalement bien réussi notre campagne de transferts. Même si j’attendais plus de Daniel Gygax, par exemple.
Il ne remplit plus son rôle d’ambassadeur?
Si. Humainement et dans le vestiaire, il est top. On ne peut pas dire du mal d’un international suisse qui vient au Mont, je ne suis pas fou. Mais sur le terrain, ce n’est pas suffisant. J’attends de lui qu’il soit au top partout. On va le rebooster cet hiver, je veux qu’il soit énorme ce printemps.
Il y aura des départs cet hiver?
Pas à ma connaissance. On va prolonger le prêt de Jonas Omlin. Lucerne est d’accord, lui aussi. Sa blessure est derrière. Il faut qu’on trouve une solution avec nos gardiens.
Vous en avez quatre, c’est juste? Maxime Brenet, Jonas Omlin, Mike Richard et Anthony Mossi?
Oui. Bon, Anthony est en fin de prêt. Mais on va essayer de trouver une solution pour Mike. Enfin, on verra.
Le camp d’entraînement en janvier est toujours d’actualité? En Italie, c’est juste?
En Italie, au Maroc ou… pas du tout. Il faut qu’on réfléchisse encore.
Mais? Vous aviez dit que c’était réglé, non?
On va voir où on met les priorités. Il n’y a rien de définitif. On sera compétitifs, ne vous inquiétez pas. Pour répondre à votre question d’avant, je ne suis pas au courant d’éventuels départs. Mais on fera comme on a toujours fait si quelqu’un veut partir: on remplace par plus fort. Mais même sans départ, on aura peut-être une ou deux arrivées. Eventuellement un joueur de Team Vaud, ainsi qu’un défenseur expérimenté. On a le temps et on a encore assez de licences.
Le chemin parcouru depuis quinze ans est une chose. Mais celui depuis douze mois aussi, non?
Complètement. Je disais justement ça à ma femme: au début de l’année, on se retrouve sous la barre, la trésorerie est à flux tendu, il y a cet accident de télésiège qui nous vaut la Une du Matin, on a eu la peur de notre vie. A ce moment-là, je peux vous dire que je me retournais de tous les côtés dans mon lit avant de trouver le sommeil.
Et aujourd’hui?
Tous les salaires sont payés, vous pouvez vérifier en appelant tous les joueurs. Appelez-les tous, s’il-vous-plaît, et faites un article s’il y en a un qui vous dit que je lui dois un franc. Et faites de même pour les autres clubs de Challenge League, s’il-vous-plaît…
En clair?
Je dis juste que tout le monde est payé à l’heure chez nous. On est au milieu du classement, les joueurs désormais appellent pour venir chez nous et j’ai enfin trouvé un appui en la personne de Pascal Roux. Alors oui, Le Mont va bien. Et moi aussi du coup.