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Les écrevisses à pattes blanches et à pattes rouges cèdent le terrain à leurs voisines américaines et disparaissent inéluctablement de nos cours d’eau. Une situation qui a de multiples causes.
Les deux espèces d’écrevisses indigènes que compte le canton de Vaud disparaissent petit à petit, cédant la place à leurs cousines américaines. Elles figurent sur la liste rouge des espèces très menacées. Appelées écrevisse à pattes blanches et écrevisses à pattes rouges, elles colonisaient autrefois pratiquement toutes les rivières et étangs du pied du Jura. Selon un inventaire établi entre 2001 et 2006, elles occupaient vingt cours d’eau vaudois, contre soixante au début du XIXe siècle. Plusieurs causes sont à l’origine de cette disparition annoncée.
La première concerne l’arrivée, en 1880 en France, de l’écrevisse orconectes limosus, venue d’Amérique du Nord. Elle a fait son apparition en Suisse au début du siècle dernier. Elle est présente maintenant dans les lacs de Morat, de Neuchâtel et Léman. Elle a été suivie, dans les années 1970, par l’écrevisse signal, beaucoup plus agressive et grosse, et qui a élu domicile notamment dans la Thièle, les lacs de Joux, de Neuchâtel et le Léman, ainsi que dans ses affluents, pour le plus grand plaisir des goélands qui s’en régalent. Les femelles produisent 150 à 300 œufs, alors que les pattes blanches n’en pondent que 50 à 100. Elle a une croissance beaucoup plus rapide et elle est capable de se reproduire dès un an, contre trois ans pour les indigènes.
Outre le fait que sa cousine d’Outre-mer soit beaucoup plus grosse, puisqu’elle fait 15 cm de la tête à la queue et qu’elle a un poids d’environ 180 grammes – contre 12 cm maximum et 50 grammes pour la Suissesse –, elle est aussi arrivée porteuse de la peste de l’écrevisse, créant des ravages dans nos populations.
Une pêche très courue après-guerre
Patrick Porchet, garde-pêche dans le Nord vaudois, explique que «l’écrevisse se pêche avec des nasses ou des balances (ndlr: une sorte de panier ouvert au centre duquel on fixe un appât) dans les rivières profondes et les lacs, et avec des balances dans les lieux moins profonds. La peste de l’écrevisse se présente sous la forme de spores qui se propagent de site en site, véhiculés par du matériel de pêche mal ou non désinfecté. Mais la destruction des biotopes, tout comme la pollution, contribue aussi à la disparition de nos écrevisses. Sans oublier qu’après-guerre, c’était une pêche très courue et, à cette époque, les gens prélevaient tout ce qu’ils trouvaient sans trop se poser de questions.»
Le changement climatique a également des incidences sur ces populations, car il est de plus en plus fréquent que certaines rivières soient à sec en été. Car si l’écrevisse est capable de survivre en plein air grâce à l’eau qu’elle stocke dans ses branchies, il est vital pour elle d’être toujours dans un milieu humide. Par ailleurs, les fortes pluies amènent, par drainage des champs, beaucoup de limons qui colmatent les fonds des ruisseaux, ce qui diminue les caches sous les pierres qu’apprécie ce crustacé. Enfin, la mise sous tuyaux de rus et ruisseaux dans les années 1950 a aussi contribué à sa disparition.
«Le canton de Vaud a interdit la pêche à l’écrevisse il y a sept ou huit ans. Mais comme nous souhaitons freiner l’avancée de l’écrevisse signal dans six rivières sur la Côte, notamment la Venoge, la Morges et la Promenthouse, ainsi que dans le lac de Joux et le lac de Bret, nous avons octroyé un nombre limité d’autorisations de pêche, et sur des sites précis. Les pêcheurs sont tenus de nous rendre des statistiques de leurs prises», relève Patrick Porchet. Qui ajoute: «Nous procédons actuellement à des comptages dans la Thièle, car il n’est pas exclu que, selon l’évolution de la population, on octroie quelques autorisations de captures dans quelques années.» Il est vrai qu’en peu de temps, six écrevisses signal de belle taille ont été prises dans sa nasse, lors de notre rencontre.
Aujourd’hui, une nouvelle invasion est en cours avec l’écrevisse de Louisiane. Avec sa très belle couleur orangée, elle a fait le bonheur de quelques aquariophiles qui, devant les dégâts que devait probablement provoquer l’animal dans leur aquarium, les ont jetées dans l’étang artificiel de Vidy. Sans oublier les magasins qui en font commerce et dont quelques individus doivent parfois se sauver. Elle aussi est une concurrente de taille.
Limiter les dégâts
Le combat des protecteurs de la faune consiste à tenter d’éradiquer les écrevisses étrangères dans les quelques cours d’eau qui abritent encore des indigènes, et à éviter que les américaines ne colonisent de nouveaux sites. Mais c’est là la seule chose qu’ils puissent faire. C’est le combat de David contre Goliath.