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Après "Un tsunami sur le lac Léman" en 2019, un premier livre accompagné d’un documentaire sur le tsunami qui a sévit sur nos terres helvétiques en 563, l’auteur genevois Pierre-Yves Frei revient en novembre 2021 avec un nouvel opus surprenant. Fan de sujets historiques décalés, il cosigne avec Sandra Marongiu un livre relatant des faits historiques, "Du pâté d'éléphant chez Calvin - ou les terribles aventures de Miss Djeck, star acclamée et capricieuse".
Les ménageries, un business dangereux
Miss Djeck est une éléphante de spectacle qui ravit petits et grands à travers l’Europe dans les années 1830. "C’est une époque où il y avait beaucoup de ménageries ambulantes, ce qui n’existe plus aujourd’hui, précise Pierre-Yves Frei à la RTS. La fin du 18e siècle marque le début de la marchandisation des animaux exotiques. Ce phénomène envahit toute l’Europe, qui adore les animaux." La Suisse n’échappe pas à la règle, et l’éléphante Miss Djeck et son spectacle passent par la cité de Calvin en 1837.
C’est aussi dans cette ville que l'animal connaît un destin tragique. L’un des spectateurs, un pasteur naturaliste, vient la voir tous les jours et s’enorgueillit d’avoir créé une relation de confiance avec l’animal. Miss Djeck ne l’entend pas de cette oreille. Elle décide de le remettre à sa place, en le piétinant. Le pasteur s’en sort miraculeusement indemne, mais l’agressivité de Miss Djeck envers le public est de plus en plus forte: au total, elle tue trois personnes et en blesse plus d’une dizaine.
Le pâté d’éléphant
Son propriétaire, Monsieur Lott, décide de la vendre à François-Isaac Mayor, docteur et chirurgien naturaliste. Il décide d'abattre l’éléphante… avec un boulet de canon, car la carabine n’est pas assez puissante pour traverser son crâne. "Les bouchers découpent alors la viande de l’éléphante pour la vendre aux Genevois, explique Pierre-Yves Frei. Ils en mangeront pendant une semaine! Voilà d’où vient le titre du livre."
Les parties molles et les os de l’éléphante se retrouveront quant à eux au futur Museum d’histoire naturelle de Genève, sous la supervision de François-Isaac Mayor. Le squelette est ensuite étudié à des fins d’anatomie comparée.
Un assassinat qui fait scandale
Alors qu’il travaille en tant que chargé d’exposition au Museum d’histoire naturelle de Genève, Pierre-Yves Frei découvre le crâne de l’éléphante. "Nous étions en train de préparer une exposition appelée ‘Trésor’, pour fêter le bicentenaire du Museum et du Musée académique. J’étais dans la réserve, et on m’a dit ‘va chercher l’éléphant’. C’était Miss Djeck. J’ai remarqué que son crâne était troué au niveau du visage et mon collègue m’a appris les circonstances de sa mort."
Il décide alors de faire des recherches et de raconter la vie de l’animal, de sa naissance en Inde à son arrivée en Angleterre, du début des années 1800 jusqu’à sa mort en 1837. "Je ne suis ni historien, ni à l’aise avec les sources. Par chance, comme Miss Djeck était un animal de spectacle, elle a laissé des traces dans les quotidiens de l’époque. On parle d’elle comme d’un être humain, en la traitant de princesse. Et puis, François-Isaac Mayor, ‘l‘assassin’ de Miss Djeck, a écrit un texte racontant son histoire. La Suisse était montrée du doigt par toute l’Europe car cet assassinat faisait scandale. Contre toute attente, l’élite qui achetait des animaux exotiques commençait déjà à s’intéresser à leur bien-être."
Propos recueillis par Anne Flament
Adaptation web: Myriam Semaani
Pierre-Yves Frei, Sandra Marongiu, "Du pâté d'éléphant chez Calvin - ou les terribles aventures de Miss Djeck, star acclamée et capricieuse", éd. Savoir Suisse.