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La diversité culturelle était comprise comme un obstacle et un frein à l'universalité et au progrès. Depuis l'adoption de la Déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle en 2001, et de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, en 2005, la diversité est comprise au contraire comme une ressource à préserver.
Les individus veulent être libres de prendre part à la société sans avoir à se détacher des biens culturels qu'ils ont choisis. C'est une idée simple, mais profondément perturbatrice affirme le PNUD dans son Rapport 2004 sur le développement humain.
Pourquoi le PNUD déclare-t-il que cette idée est perturbatrice ? Elle prend de face l'affaiblissement progressif de l'Etat qui, non seulement se trouve soumis aux pressions conjuguées de la mondialisation et de l'autonomisation des acteurs privés, mais doit reconnaître aussi que sa prétention à la neutralité culturelle - ou au monoculturalisme national, ce qui revient au même - est battue en brèche. La conception démocratique de l'Etat doit aujourd'hui se départir de l'illusion selon laquelle la construction démocratique, comme la science, serait au-delà des cultures, dans un univers pur qui serait celui de la raison. Nous devons prendre aujourd'hui la pleine mesure des critiques qui ont été faites à l'égard de cette conception neutre de l'« Etat libéral », le « ré-enculturer » retrouver et développer les ressources de sa culture démocratique, réhabiliter leur diversité.
La protection mutuelle de la diversité et des droits culturels, par et pour les droits culturels, forme un nouveau paradigme politique qui permet de valoriser les ressources dispersées, Les cultures ne sont pas des entités que l'on peut comparer. Il ne peut y avoir de « choc des cultures », mais seulement un « choc des ignorances », car chaque tradition culturelle porte en elle des germes d'universalité et d'hospitalité. Il convient de les retrouver, surtout lorsque des traditions se sont sclérosées, sont devenues fondamentalistes et exclusives, et prétendent s'opposer à l'universalité des droits de l'homme.
Déformées dans leur contenu, les revendications identitaires représentent un danger pour la paix et pour la compréhension de l'ensemble des droits de l'homme : ils « justifient » le relativisme et l'inaction, ou au contraire l'exclusion, les discriminations et les purifications ethniques, avec des actions humiliantes et violentes. Par ailleurs, la violation des droits culturels peut encourager la déformation de ces revendications. C'est pourquoi leur clarification et leur stricte insertion dans le système des droits de l'homme sont une urgence de ce temps, et constituent les bases et les conditions du dialogue interculturel.
L'analphabète dans un monde où tout s'écrit, celui qui n'a jamais éprouvé la possibilité de l'expression, celui qui n'a jamais été bouleversé par une œuvre, celui dont le travail n'est que répétitif et aliénant, ne peuvent accéder aux autre droits humains. Les violations des droits culturels sont une humiliation des plus fondamentales et le gaspillage social le plus radical.
Patrice Meyer-Bisch / Alfred Fernandez