Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07202.jsonl.gz/682

Des chercheurs genevois ont réussi à arrêter la prolifération de cellules tumorales prélevées sur un cancer de la prostate chez l'homme. Comme ils l'expliquent dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences du 24 août, Ariel Ruiz i Altaba, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Genève, et ses collègues y sont parvenus en perturbant un des mécanismes permettant aux cellules de communiquer entre elles. Il s'agit plus particulièrement de la voie de signalisation impliquant deux gènes connus depuis plus de dix ans : le Sonic Hedgehog (SHH) et le Gli1. Cette précision est d'importance puisque la prostate vient ainsi allonger une liste déjà longue des cancers capables d'être inhibés dans des essais menés in vitro en tout cas lorsqu'on agit sur le même mécanisme. Des expériences similaires menées notamment sur différents types de tumeurs du cerveau et de la peau ont en effet abouti aux mêmes résultats. Selon les auteurs, la voie de signalisation SHH-Gli1 représenterait même une cible universelle susceptible de soigner de nombreuses formes de cancer. «C'est en tout cas la meilleure chance actuelle pour faire avancer le combat contre le cancer qui n'a pas progressé depuis des décennies», souligne Ariel Ruiz i Altaba (PNAS 2004 ; 101 : 12561-6).Le gène SHH a d'abord été connu pour son implication dans le développement de l'embryon ainsi que de ses différentes parties et organes. Il contribue aussi à la conception de la forme des êtres vivants en définissant un sens aux choses, un haut et un bas, un postérieur et un antérieur. On trouve d'ailleurs des homologues de ce gène dans le reste du règne animal, de la mouche là où il a été identifié pour la première fois en 1980 au ver, en passant par la souris et l'être humain. Ce n'est que plus récemment que son activité a été associée à l'apparition de tumeurs cancéreuses.Le rôle du SHH est de synthétiser une protéine du même nom qui est ensuite relâchée avant d'être captée à la surface d'une autre cellule. A l'intérieur de cette dernière, cela provoque une cascade de réactions qui se termine par l'activation du gène Gli1, qui agit un peu comme un accusé de réception. Dans leur expérience, les chercheurs ont interrompu cette transmission en utilisant notamment la cyclopamine, un produit connu depuis trente ou quarante ans. Les résultats obtenus sur des cellules tumorales mises en culture sont impressionnants. Leur prolifération est parfaitement arrêtée.La cyclopamine a une histoire qui commence dans les années 60 chez les fermiers de l'Idaho. Les paysans de l'ouest des Etats-Unis ont en effet connu une peur bleue lorsqu'ils se sont aperçus que dans leur troupeau naissaient des brebis parfaitement cyclopes. Un chercheur appelé sur place, Richard Keeler, mène alors l'enquête et découvre le responsable des malformations spectaculaires, une plante appelée Veratrum californicum, broutée par le bétail, et dont le principe actif est immédiatement baptisé cyclopamine. Plus tard, la même malformation chez l'homme a pu être associée à une autre cause, à savoir une mutation du gène SHH. C'est comme ça que les chercheurs ont été mis sur la piste et ont découvert que la cyclopamine agit précisément sur la voie de signalisation SHH-Gli1.Il n'en fallait pas plus pour se rendre compte que ce qui était catastrophique lors du développement de l'embryon pouvait au contraire devenir salutaire lors du développement d'une tumeur. L'intuition est confirmée dans tous les tests menés en éprouvette jusqu'à aujourd'hui : à chaque fois, la prolifération des cellules cancéreuses est arrêtée. Il reste bien sûr à tester la cyclopamine, ou tout autre produit similaire, sur un organisme vivant souffrant d'un cancer. Des premiers tests sur des rongeurs souffrant de tumeurs au cerveau, dont les résultats sont en passe d'être publiés, sont paraît-il spectaculaires. Encore faut-il que les mêmes succès soient transposables de la souris à l'être humain. Pour l'instant, aucun essai clinique n'est prévu alors que le produit, certes cher, est facilement disponible sur le marché depuis longtemps.