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les dispositions pour sauter à l'abordage, on vit une fumée épaisse sortir par les écoutilles et par les sabords de la frégate anglaise, puis bientôt, des flammes qui mirent le feu aux voiles et aux agrès qui couvraient le pont. Le QUEBEC était alors très-près de la Surveillante et un peu de l'avant; à défaut d'embarcations qui, toutes, avaient été détruites, celle-ci se servit d'avirons de galère pour s'éloigner. Mais une masse semblable n'était pas facile à mouvoir et avant qu'on eût pu parvenir à écarter quelque peu la frégate française, le QUEBEC fit une abattée sur bâbord et tomba en travers sous son beaupré. Le feu se communiqua de suite aux voiles et aux cordages qui étaient en pendant au-dessous de ce mât. L'officier auxiliaire Dufresneau qui commandait alors sous la direction du capitaine Ducouédic — tous les autres officiers étaient, ou tués ou gravement blessés — fit de suite couper le bout-dehors de foc et parvint à dégager la Surveillante. Poussée par la brise, la frégate anglaise courut de l'avant en élongeant son adversaire par bâbord; elle n'en était pas à plus de cent mètres qu'elle sauta. Il était 5". Ce fut alors seulement que, vaincu par l'intensité des souffrances que lui causaient ses blessures, le capitaine Ducouédic cessa de donner des ordres. L'enseigne Dufresneau fit immédiatement travailler à boucher les nombreux trous de boulets par lesquels l'eau entrait en quantité telle, que la frégate était menacée de couler. Il établit ensuite des mâts de fortune et fit route pour rentrer à Brest. L'Expédition et le RAMBLER n'étaient pas restés spectateurs de la lutte des deux frégates; ils avaient combattu avec acharnement jusqu'au moment où le feu s'était déclaré à bord du QUEBEC. Le cutter anglais ayant alors détaché une embarcation vers cette frégate, le capitaine de Roquefeuil fit cesser de tirer sur lui ; et, oubliant l'animosité qui, un moment avant, les portait l'un contre l'autre, les deux côtres se dirigèrent vers le lieu du désastre. Le capitaine de l'Expédition ne s'éloigna que lorsqu'il n'eut plus aucun espoir de sauver des malheureux se débattant contre la mort dans les flots. Il se dirigea alors sur la Surveillante et, à 11" 30", il la prit à la remorque. Traînée par les bateaux pêcheurs qui, en l'apercevant, étaient allés à sa rencontre, la frégate française mouilla le lendemain soir à Camaret; le 8 au matin, elle entra à Brest, remorquée par les embarcations de l'armée navale. Le capitaine Ducouédic mourut de ses blessures trois mois plus tard (1). 43 Anglais étaient parvenus à atteindre la Surveillante après l'explosion du QUEBEC; l'Expédition en avait sauvé 8, le Rambler, 17; enfin un navire suédois en recueillit 13, ce qui faisait un total de 81 hommes. On n'entendit plus parler du capitaine Farmer qui avait reçu deux blessures lorsque sa frégate fit explosion. On a prétendu que le capitaine Farmer avait quitté le commandement du vaisseau de 80° FoUDRoYANT, pour prendre celui du QUEBEC, à la suite d'un pari dans lequel il s'était fait fort de débarrasser l'Océan des frégates françaises et de conduire en Angleterre la première qu'il rencontrerait. Je ne rapporte ce bruit que sous toutes . réserves. J'aurai cependant plusieurs fois l'occasion de signaler de semblables actes de prétention à la supériorité de la part de quelques officiers de la marine anglaise. M. de Lostanges, l'un des officiers de la Surveillante, dit, dans la relation qu'il a donnée de ce combat, que la frégate française portait 36 canons. Il n'existait pourtant pas de frégates de cette force à cette époque. Le règlement de 1755 n'en reconnaissait pas au-dessus de 30 bouches à feu ; et l'état de situation des forces navales de la France, en 1779, ne fait mention d'aucun bâtiment de cette espéce ;
(1) On peut voir derrière le chœur de l'église Saint-Louis à Brest, appliquée contre le mur et à gauche de la grille d'entrée, une plaque en marbre noir représentant la coupe verticale d'une pyramide surmontée d'une urne, reposant sur un prisme. L'inscription gravée sur ce marbre rappelle le combat de la Surveillante et porte que ce monument a été élevé par ordre du roi pour perpé tuer le nom et la mémoire du capitaine Ducouédic (V. Biographie bretonne, t. I).
on n'y trouve que des frégates de 34°. Enfin, la matricule particulière des frégates range la Surveillante dans la classe de celles qui, portant 26 canons de 12, avaient reçu plus tard 6 canons de 6. Pour moi, et malgré l'assertion de M. de Lostanges, la Surveillante était une frégate de 32. Quant au QUEBEC, c'était une des frégates créées par l'ordonnance de 1757; elle portait : 26 canons de 12 en batterie, et 10 — de 6 sur les gaillards.
Les frégates de 32° la Fortunée et la Blanche, et la corvette de 20° l'Ellis, détachées de l'armée du vice-amiral d'Estaing pour rapporter une partie des troupes de l'expédition de Savannah dans les différentes colonies des Antilles, n'arrivèrent à la Grenade qu'après une traversée des plus pénibles et au bout de leurs vivres; une voie d'eau très-inquiétante s'était déclarée à bord de la Blanche. De la Grenade, les deux frégates et la corvette firent route pour Saint-Vincent où elles furent accueillies à coups de canon : la Fortunée eut sa vergue de grand hunier coupée avant d'avoir pu réussir à se faire reconnaître. Le 21 décembre, à 15 ou 18 milles de la Guadeloupe, elles aperçurent 4 vaisseaux sous pavillon français. Le capitaine de Marigny continua sa route, sans défiance, jusqu'à ce que, ayant fait des signaux de reconnaissance, ces vaisseaux arborèrent le pavillon anglais ; les frégates et la corvette prirent chasse. Prévenu de la mission qui avait été donnée à cette petite division , le contre-amiral Parker avait expédié le contre-amiral Rowley avec le SUFFoLK, le MAGNIFICENT, le VENGEANCE et le STIRLING CASTLE, pour l'attendre au passage. Les 3 bâtiments français avaient beaucoup souffert sur les côtes de la Géorgie et pendant cette dernière traversée; leurs équipages étaient tellement affaiblis que, la batterie armée, il ne restait pas un seul homme pour la manœuvre à bord de la Fortunée. Sur la Blanche, il n'y avait que 3 hommes au lieu de 7 à chaque pièce. La corvette avait 67 hommes, tout compris. Dans l'aprèsmidi, ils prirent la bordée du Nord; le temps était orageux et ils ne ressentirent bientôt plus que des fraîcheurs variables. Vers 6" 50", par une de ces bizarreries si fréquentes dans ces parages, les vaisseaux anglais arrivaient vent arrière sur les frégates qui tournoyaient dans une zone de calme, et ils purent bientôt leur envoyer quelques boulets, puis des bordées entières : un grain permit aux bâtiments français de s'éloigner, et chacun d'eux prit l'allure qui lui était le plus favorable. A 9", le temps redevint beau. Lorsque le ciel s'éclaircit, la Blanche se trouva sous la volée d'un vaisseau anglais : le capitaine de la Galissonnière n'essaya pas de lui résister. La Fortunée s'était éloignée davantage; mais, placée de nouveau sous l'influence des folles brises, elle fut atteinte par deux vaisseaux. Tout fut essayé pour échapper à ces redoutables adversaires; la batterie des gaillards fut même jetée à la mer. Vers 11", leurs boulets l'atteignaient.A 1", un de ces vaisseaux était par son travers à tribord et le second, par sa hanche de bâbord. Le capitaine vicomte Bernard de Marigny fit envoyer une volée au premier et amena son pavillon. Le capitaine Fonteneau n'eut pas une meilleure chance. L'Ellis fut prise, le lendemain, à 2" de l'après-midi.
A la suite du traité d'alliance que la France avait conclu avec les États-Unis d'Amérique pour soutenir la guerre de l'indépendance, l'Angleterre avait rappelé son ambassadeur à Paris, et les premières hostilités avaient eu lieu en juin 1778. L'escadre du vice-amiral d'Estaing était arrivée en juillet sur les côtes d'Amérique où elle avait trouvé celle du vice-amiral Howe. L'arrivée du vice-amiral Byron dans ces parages avait, depuis cette époque, donné aux Anglais une supériorité numérique qui faisait au gouvernement français une obligation d'y envoyer des renforts. Toutefois, afin de causer au commerce anglais le plus grand préjudice possible, il fut décidé que les bâtiments qu'on expédierait attaqueraient, en passant, les établissements que l'Angleterre entretenait sur la côte occidentale d'Afrique.
Le 15 décembre 1778, le chef d'escadre marquis de Vaudreuil était parti de Brest avec une division composée des bâtiments ci-après :
Canons.
Vaisseaux de 74 Fendant. . . capitaine marquis de Vaudreuil, chef d'esc. — de . 64 Sphinx. . . de Soulanges.
Cette division, qui escortait un nombreux convoi destiné aux Antilles, s'était d'abord dirigée sur le Sénégal, et le 31 janvier, elle faisait capituler Saint-Louis qui avait été cédé à l'Angleterre à la paix de 1763. Laissant alors les deux frégates, l'Epervier et les goëlettes sous le comman dement du capitaine de vaisseau Pontevès-Gien, le chef d'escadre de Vaudreuil continua sa route sur Saint-Domingue avec le convoi.
Le commandant Pontevès dirigea d'abord sa division sur la rivière de Gambie. Le 11 février, le fort James se rendit à discrétion et sans avoir fait aucune défense ; la goëlette la Gorée remonta alors la rivière et détruisit tous les établissements anglais des deux rives. La division appareilla le 6 mars, se porta sur les îles de Los et détruisit le comptoir qui y était établi. Le 12, elle entra dans la rivière de Sierra Leone : les batteries de l'île Tasso furent enlevées, après avoir été canonnées par l'Épervier. Les frégates attaquèrent ensuite le fort de l'île de Beuse ; après un quart d'heure, les Français étaient maîtres de cette fortification; neuf corsaires qui avaient cherché un refuge