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Nataly Herrera (chercheuse indépendante) et Tom Pegram (University College, Londres)
Cette étude approfondie de la prévalence et de la prévention de la torture au Pérou offre un tableau diversifié de la prévalence de la torture (fréquence, gravité et répartition géographique de ces pratiques) sur la période 1985-2014. Elle examine un certain nombre de dimensions clés, y compris la législation et la pratique relatives à la détention, aux poursuites pour actes de torture et aux mécanismes de monitoring et de traitement des plaintes pour torture. En s’appuyant sur un large éventail de sources d’informations primaires, l’étude démontre que la pratique de la torture a été largement utilisée à travers le pays tout au long des trois dernières décennies et continue de l’être. La torture représente aujourd’hui la violation des droits humains la plus grave et la plus répandue dans le pays.
L’étude passe en revue plusieurs étapes de l’histoire récente du Pérou qui peuvent expliquer l’évolution des pratiques de torture. Une attention particulière est accordée à l’impact du conflit armé interne brutal qui a sévi dans le pays entre 1980 et 2000. Cependant, les chercheurs se sont également efforcés tout particulièrement d’établir une distinction analytique entre, d’une part, le recours à la torture comme pratique historiquement enracinée et, d’autre part, les violations massives des droits humains commises dans le cadre du conflit. Le retour à la démocratie, en 2000, a permis de lancer un processus de rénovation important des institutions et de l’État de droit. Cependant, comme le montre l’étude, cela n’a pas mis un terme au recours à la torture ; ce sont plutôt le profil des victimes, les méthodes utilisées et les circonstances dans lesquelles les actes de torture sont perpétrés qui ont changé. À cet égard, la police a une responsabilité centrale dans l’échec des efforts de prévention de la torture. De même, les profonds dysfonctionnements des systèmes pénaux, judiciaires et de poursuites ont entraîné des lacunes structurelles graves qui continuent de porter atteinte aux mesures de prévention de la torture et aux droits des victimes au Pérou.
Le bureau du médiateur pour les droits humains qui a récemment été officiellement désigné en tant que mécanisme national de prévention en vertu du Protocole facultatif à la Convention contre la torture constitue un exemple encourageant de bon fonctionnement au sein d’un cadre national déficient en matière de protection des droits humains au Pérou. Cependant, comme cette étude le montre clairement, il est important de garder à l’esprit que les attentes suscitées par les mécanismes de prévention de la torture doivent être définies à l’aune des conditions opérationnelles de ces organes.