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Le 23 janvier 1872, à la demande du canton, deux médecins se rendent à Reconvilier. Ils sont chargés de faire un rapport sur l’épidémie de fièvre typhoïde qui s’est déclarée dans le village. Leurs observations sont aussitôt communiquées aux autorités, puis publiées dans une plaquette. Elles doivent servirent à éradiquer la maladie et, d’une façon générale, mettre en place des conditions d’hygiène et de soins appropriées pour la classe ouvrière.
Par son détail, ce document révèle une image précise – et effrayante ! – des conditions de vie dans ce village du Jura bernois à la fin du 19e siècle. Chaque page de ce petit livre contient des informations sur les conséquences de l’introduction de l’industrie dans un bourg jusqu’alors essentiellement agricole et artisanal. Une même situation se retrouve alors dans la plupart des localités de la région.
Les médecins relèvent que le récent développement industriel du village a conduit à un accroissement important de la population, sans augmentation parallèle du nombre de logements. Ils comptent une moyenne de plus de dix habitants par maison et une occupation des lits par deux à trois personnes, malades et individus sains confondus. Ils désapprouvent la disproportion entre le prix d’un logis de deux chambres (12 francs par mois) et le salaire des ouvriers (de 2 à 8 francs par jour). Ils déplorent l’impossibilité d’aérer les logements dans lesquels règne, écrivent-ils, « une odeur de ménagerie ». Des infrastructures permettant à la population de se baigner et de laver correctement literies et vêtements font défaut. Les toilettes sont en nombre insuffisant et obligent les habitants à évacuer les excréments de façon primitive dans l’entourage des maisons. L’eau des fontaines provient de sources locales dont le sol est souillé, certains habitants boivent l’eau tirée de la Birse. L’alimentation des ouvriers est pauvre : ils se nourrissent principalement d’un peu de lait coupé avec de la chicorée et de pommes de terre. Sans jugement, les médecins affirment que la consommation d’eau-de-vie tente de couvrir cette insuffisance de nourriture. Les observations se suivent et poursuivent ce tableau de l’indigence ouvrière.
Les médecins préconisent finalement un ensemble de mesures pour remédier à cette situation. Ils espèrent que l’épidémie qui vient de frapper le village fera que cette réforme sanitaire sera acceptée par la population et qu’elle pourra servir d’exemple pour les autres villages du pays.
Ils seront entendus, mais il faudra du temps. L’essor industriel se poursuit. En 1900, le recensement fédéral enregistre 1730 habitants à Reconvilier, alors qu’il y en avait 915 en 1870. La pénurie de logements est telle que la municipalité prévoit la construction de maisons aux « Fraîches ». Des recherches pour disposer d’eau potable provenant de sous Montoz avaient été entreprises en 1881.
La plaquette fait partie de la bibliothèque de Mémoires d’Ici.