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Annemasse relié à Genève et rappel sur l’histoire de la région
Annemasse-Genève : premiers essais
Premiers essais des nouvelles voies
Le Tram de Genève pénètre sur l’ancien duché de Savoie à Annemasse. Une portée principalement économique mais qui a une valeur symbolique dans le contexte historique de la région…
Cette nouvelle voie de transport offre à la commune d’Annemasse un rattachement économique plus étroit encore à Genève…
160 ans plus tôt, contrairement aux autres communes limitrophes à Genève (Chablais, Faucigny, Nord du Genevois) la commune d’Annemasse hésitait à demander son rattachement à la Suisse. Lors des débats sur l’avenir du duché de Savoie, en 1860, la population est sensible à l’idée d’une union de la partie nord du duché à la Suisse. Une pétition circule dans cette partie du pays et réunit plus de 13 600 signatures mais seulement 64 pour la commune d’Annemasse. Ce faible nombre, pour une population de plus de 1000 habitants, s’explique en partie «par la crainte de perdre les avantages de la frontière et d’être réduite à un faubourg de Genève »…
Sans effet de toute manière: l’ensemble du duché de Savoie qui était une composante du Royaume de Sardaigne est cédé par ses princes (installés à Turin) à la France en 1860. Une annexion qui en contrepartie de l’ aide militaire de Napoléon III face à l’empire d’Autriche, lors de la deuxième guerre d’indépendance italienne. Annemasse reste donc de l’autre coté de la frontière mais devient française. MBVD
Et si le nord de la Savoie avait été Suisse ?
Rappel historique sur les événements décisifs du XIXe siècle qui en ont finalement décidé autrement… Une portée principalement économique mais qui a une valeur symbolique dans le contexte historique de la région…
Comment la Suisse a perdu la Haute-Savoie ?
C’est en 1815 que tous les vieux différends entre Genève et la Savoie se font jour alors au Congrès de Vienne
Mais c’est en 1860, que la Suisse a perdu la dernière occasion d’agrandir son territoire.
Par Joëlle Kuntz
Revenons en 1928 encore, à propos de ce traité de Turin de 1860 qui cédait le territoire savoyard à la France sans que le Conseil fédéral ait pu l’empêcher, l’historien genevois William Martin écrivait dans son Histoire de la Suisse: «On est vraiment honteux, comme Suisse, de l’accumulation des fautes qu’il commit alors.»
L’affaire commence par une insurrection à Milan, le 18 mars 1848, l’année des révoltes populaires dans toute l’Europe. Le Milanais appartient à l’Autriche. Les troupes du royaume de Savoie-Piémont-Sardaigne entrent dans la ville pour soutenir l’émeute. En avril, le roi Victor-Emmanuel II demande à la Diète suisse, alors en pleine élaboration de la nouvelle Constitution fédérale, de le soutenir contre l’Autriche. Proposition repoussée par 15 voix contre sept. La Suisse romande avec Henri Druey et Berne avec Jakob Stämpfli ont voté pour cette alliance car ils nourrissent l’espoir de négocier le rattachement du Chablais et du Faucigny à la Confédération.
Cet espoir se fonde sur les traités de 1815 par lesquels la Sardaigne a garanti la sécurité de ses Etats du Nord, Chablais, Faucigny et Genevois, en les plaçant sous la protection de la neutralité suisse. Pour prévenir une invasion, la Suisse peut les occuper. La situation ne se produit pas, mais la Confédération n’en considère pas moins avoir des droits historiques sur ce territoire.
En 1858, dans une entrevue secrète à Plombières, Cavour, premier ministre de Victor-Emmanuel II, obtient l’appui de Napoléon III pour bouter l’Autriche hors d’Italie. En échange, le royaume sarde cédera la Savoie et Nice à la France. L’Autriche est battue à Solferino en juin 1859. Mais un armistice est signé et Napoléon III renonce à la Savoie.
La population savoyarde intervient alors pour faire valoir ses préférences, nombreuses et variées. L’option d’un rattachement à la Suisse a les faveurs d’une bonne centaine de communes dans la partie Nord. Entre février et mars 1860, une pétition circule dans ce sens, recueillant quelque 13 000 signatures, chiffre considérable compte tenu du niveau d’alphabétisation de l’époque. Elle émane de démocrates hostiles à la France bonapartiste et de commerçants qui ont des affaires avec Genève. Elle a l’appui du Conseil fédéral, où est maintenant entré le Bernois Stämpfli.
L’agitation pro-helvétique dans la région et l’attitude revendicatrice du gouvernement suisse indisposent cependant la Savoie du Sud, qui ne veut pas d’un démembrement. Elle indispose également Napoléon III: il abandonne les sympathies qu’il avait manifestées pour la solution suisse. Ses troupes ayant pu traverser le territoire savoyard neutralisé pour se rendre en Italie sans protestation helvétique aucune, il ne craint rien de Berne, malgré l’appui de l’Angleterre sur cette question.
L’empereur a fait sonder l’opinion savoyarde par des émissaires secrets: la France ne serait pas rejetée. En mars 1860, les jeux sont faits: il est plus important pour Cavour de gagner l’Italie avec l’appui français que de garder la Savoie. Que Napoléon III la prenne, et vite. Dans cette partie de donnant-donnant, l’option suisse n’entre plus en ligne de compte. Le 12 mars, une convention secrète est passée à Turin. Le 24 mars, le traité est signé. Il place la Savoie du Nord dans une grande zone franche autour de Genève, manière efficace d’acheter des populations qui deviendront françaises sans perdre les avantages de leur proximité et habitudes économiques avec la ville. Un plébiscite est organisé pour avril. Résultats, dans les arrondissements du Chablais, du Faucigny et du Genevois: 47 076 «oui + zone», 14 354 «oui», 160 «non» et 3874 abstentions. Les bulletins portant la mention «Suisse» sont déclarés nuls.
Le traité de Turin contient cette formule: le roi «consent à la réunion de la Savoie et de Nice… sans nulle contrainte de la volonté des populations». Le plébiscite a été monté, organisé et surveillé par les notables conservateurs-catholiques et le clergé, contre les démocrates, réunis sous le slogan: «Contre la nationalité, nous choisissons la liberté.» D’une façon ou d’une autre, la Suisse avait perdu la Haute-Savoie, sa dernière tentative d’agrandir son territoire.
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