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- Pourquoi tu t'appelles le petit Roi Gaucher ? - C'est mon ami qui m'a donné ce nom. Petit Roi parce que j'étais le premier dans l'étoile. Je ne savais pas écrire avant de le connaître. Je n'en avais pas besoin. Il écrivait beaucoup. Il me lisait ce qu'il écrivait, et c'était si beau que je lui ai demandé de m'apprendre. J'ai écrit avec ma main gauche, pour moi, c'était plus facile. Alors il m'a dit que sur la Terre, avant c'était défendu, qu'on attachait la main gauche des enfants pour les forcer à écrire de la main droite. Car telle était la règle. Alors il m'a appelé le Petit Roi Gaucher
Au contact d'une petite fille, un homme sort de la grisaille d'une vie réglée, pour entrer dans le paradis perdu de l'enfance. Cette rencontre est pour lui l'événement capital qui va, durant un temps, le délivrer. À ses yeux, il n'existe plus rien d'autre que cette enfant, et la beauté rayonnante qui émane d'elle. L'homme réapprend à rire, à parler, à écouter, pour tout dire : à aimer. Hélas, l'enfant grandit. La puberté va mettre fin à toute cette transparence. Le monde des adultes va tout opacifier. Incapable de supporter cette évidence, qui réveille au fond de lui les souvenirs d'une enfance saccagée, l'homme ira jusqu'au bout de son amour... Dès lors, la folie fait peu à peu son entrée. Tout bascule, se disloque, s'effondre dans la peur. Une troublante poésie se fait chair.
Le 2 février 1994, Muriel Rigal se défenestre du troisième étage. De cette chute de dix mètres, elle ressort grièvement blessée à la jambe et à la colonne vertébrale, mais vivante et pleinement consciente. « C'est de là, dit-elle, que date ma véritable naissance. » Jour après jour, pendant près d'un an, Muriel se bat farouchement contre la souffrance et l'impuissance, afin de gagner une nouvelle autonomie physique. Surtout, c'est son intégrité morale qu'elle veut reconquérir. Comprendre les raisons de son acte irréparable, désamorcer un désespoir profondément enraciné en elle, causé par une enfance sacrifiée et une jeunesse saccagée, s'accepter et s'aimer, retrouver le respect de soi et le goût de vivre avec les autres - telles sont les étapes par lesquelles elle devra passer pour se reconstruire, et prouver que rien n'est jamais perdu.
Jeanne, 10 ans, fille de mineur, mène une existence calme et heureuse avec ses parents, son petit frère, ses amis, au milieu des corons et des terrils dans un paysage triste et sans lumière. Un jour, la maladie s'installe, non dite, insidieuse. On la déracine, on l'envoie dans une clinique du sud de la France, dans un paysage de rêve. C'est alors que le cauchemar commence. L'établissement est inhumain. Elle se rebelle, fugue, on la rattrape. Le système est simple : il faut rentrer dans le moule, ici on fabrique des adultes. Jeanne refuse. Sa solution : le rêve, puis la perte de la réalité. Un désir : rejoindre le nid de l'aigle, là-haut dans la montagne. Elle apprend la nature, les animaux singuliers, les plantes. Marcher, avancer coûte que coûte, ne plus se retourner. Mais le rêve se casse. On vient la rechercher. On la ramène dans son pays. Tout a changé, elle est devenue une étrangère. Elle connaît à présent l'imposture, la cruauté, le mensonge. Un roman sur l'injustice. Le regard d'une enfant sur l'univers impitoyable des adultes.