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Il y a quelque chose de touchant chez Kate Winslet: cette manière qu’elle a de vouloir faire comme si elle vivait une vie normale. A longueur d’interviews, elle partage ses coups de cœur et de gueule, mettant en avant ses origines modestes, le pain qu’elle a fait de ses mains, émaillant son propos d’un mot commençant par «f» et finissant par «k». Mais elle reste Kate Winslet, LA Kate Winslet qui a gagné un Oscar en 2009, un Emmy Award, un Golden Globe, et une ribambelle de récompenses dont la liste est trop longue pour être reproduite ici. Et rien, absolument rien n’est normal chez elle.
Kate Winslet a vu le jour le 5 octobre 1975 à Reading, petite ville du Berkshire, en Angleterre, dans une famille modeste où elle a grandi entourée de ses parents Sally et Roger Winslet, de ses deux sœurs Anna et Beth et de son frère Joss. Elle avait 5 ans lorsqu’elle leur a annoncé la couleur: «Je veux devenir actrice.» Et c’est exactement ce qu’elle a fait en prenant des cours à la Redroofs Theatre School.
Sa famille n’est pas complètement étrangère à ce choix. Ses grands-parents maternels avaient fondé le Reading Repertory Theatre, ses parents, respectivement serveuse et installateur de piscines, étaient des acteurs occasionnels et ses deux sœurs sont devenues actrices elles aussi.
Elle a à peine 16 ans quand elle participe à «Dark Season», une série pour la télévision britannique. A l’époque, elle a les cheveux roux et cette rondeur adolescente qu’elle a gardée quelque temps. Elle enchaîne les rôles à la télé jusqu’à cette fameuse année 1996 qui va la faire basculer dans une autre dimension.
James Cameron cherchait «une sorte d’Audrey Hepburn» pour jouer Rose dans son film Titanic. Le réalisateur avait pressenti Gwyneth Paltrow, Gabrielle Anwar et Claire Danes. Lorsqu’elle a appris que les trois actrices avaient décliné l’invitation, Kate Winslet s’est mis en tête d’obtenir ce rôle. Après les auditions, elle a multiplié les courriers, les appels. Un jour, elle lui a même dit: «Je dois faire ce film et vous êtes vraiment fou si vous ne m’embauchez pas!» a-t-elle confié à Rolling Stone. Son acharnement a payé mais Cameron l’a harcelée sur son poids pendant le tournage. Il l’avait même surnommée «Kate-weighs-a-lot».
Incompréhensible quand on découvre son corps de Vénus dans la scène où elle pose nue pour DiCaprio. «Titanic» a remporté 11 Oscars et est resté le film le plus rentable de tous les temps, jusqu’à ce qu’il soit détrôné par «Avatar», du même James Cameron.
Kate Winslet a été nommée pour l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure actrice pour ce rôle mais ne les a pas reçus. Elle les a obtenus plus tard, en 2009, pour son interprétation de Hanna Schmitz, une contrôleuse de tramway tombée amoureuse d’un lycéen de 15 ans, et qui est rattrapée par son passé d’ancienne gardienne SS dans «The Reader», de Stephen Daldry.
En 2017, l’actrice fait une découverte surprenante sur ses racines: alors que sa mère, atteinte d’un cancer des ovaires, est proche de la mort, cette dernière lui parle de ses origines scandinaves très pauvres. Pour en savoir plus, Kate Winslet approche l’émission «Who Do You Think You Are?» («Qui pensez-vous être?»). Elle apprend qu’un aïeul a quitté la Suède pour immigrer en Angleterre et devenir tailleur et que son arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, Anders Jonsson, avait été emprisonné pour avoir volé des pommes de terre afin de nourrir sa famille.
Ses origines modestes, comme ses choix professionnels, la conduisent à prendre la parole sur des sujets qui lui tiennent à cœur: la misogynie, le «body shaming», le respect des individualités, le respect tout court. Elle a mal supporté les réactions de la presse à la suite de sa prestation dans le très beau film «Ammonite» de Francis Lee. Il raconte l’histoire vraie de Mary Anning, une paléontologue brillante spoliée par ses pairs masculins qui se sont approprié ses travaux. Dans le film, elle vit une relation d’amour avec une autre femme, interprétée par Saoirse Ronan. «Il devrait y avoir plus de films LGBQ, dit-elle au Guardian. On ne m’a jamais autant posé de questions sur les scènes d’amour que j’ai tournées.»
La belle actrice est une femme, une épouse et une mère avant tout. Elle a été mariée trois fois et a eu trois enfants avec ses trois maris: Mia (20 ans) avec le réalisateur Jim Threapleton, qui a commencé une carrière d’actrice, Joe Alfie (17 ans) avec le réalisateur Sam Mendes et Bear Blaze (7 ans) avec Edward Abel Smith (alias Ned Rocknroll). Elle s’en veut d’avoir tourné avec Woody Allen et Roman Polanski, à la suite des affaires de mœurs dans lesquelles ils ont été impliqués, oubliant qu’il s’agissait d’une autre époque et que les secrets de Hollywood étaient alors bien gardés.
Kate Winslet vit dans le Sussex avec sa tribu. Dans le cottage familial, on retrouve certains éléments de décors de films dans lesquels elle a joué: «J’aime garder un petit quelque chose de mes films. J’ai pris tous les rideaux du cottage dans "The Holiday"…» dit-elle au Guardian. Si elle doit s’éloigner des siens, ce doit être pour une bonne raison, or «Mare of Easttown» était une bonne raison. Dans cette série diffusée par HBO, elle joue le rôle de Mare Sheehan, une femme détective, divorcée, mère et grand-mère, confrontée à des disparitions de jeunes femmes dans la petite ville d’Easttown, en Pennsylvanie, où elle a grandi. La série nous plonge dans l’Amérique profonde, où se croisent des adolescents en mal d’avenir et des ouvriers sans présent. Pour être crédible, Kate Winslet s’est entraînée à reproduire l’accent et l’argot du comté de Delaware.
Une telle carrière peut faire perdre le sens du réel, mais Kate Winslet peut compter sur sa famille pour lui servir de garde-fou. «Mon père me disait toujours: «You’re only as good as your last gig, babe» («Tu es juste aussi bonne que ton dernier film, bébé»). Et le prochain? «Avatar 2», de James Cameron, qui sortira en 2022 et dans lequel Kate Winslet joue une créature aquatique. Jusqu’à présent, l’eau lui a toujours porté chance.