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1. Les hallucinations sont généralement
définies comme des perceptions qui surviennent, chez l’homme, en
l’absence de stimuli externes correspondant. Toute anomalie dans le système
perceptif, qui fait prendre conscience d’objets et de leurs relations avec
l’environnement en réponse à une stimulation des organes
des sens, peut faire le lit de délires d’hallucinations, d’illusions
et de mésinterprétations de la réalité (LINN,
1985).
De telles perceptions peuvent impliquer l’ensemble des systèmes sensoriels conduisant à des hallucinations auditives, visuelles, tactiles, olfactives ou gustatives. De tels phénomènes impliquent l’ensemble du système nerveux depuis les organes sensoriels périphériques jusqu’au cortex et sont modulés par les expériences passées (mémoire), les anticipations en cours, et des facteurs de l’environnement. A la différence des illusions, les hallucinations ne reposent pas sur un stimulus externe mais ont recours aux voies de la perception à la différence du délire qui utilise l’idéation.
2. L’abord de la biologie des hallucinations implique un rappel des conditions dans lesquelles elles surviennent. Les hallucinations peuvent accompagner des phénomènes physiologiques : le sommeil (hallucinations hypnagogiques et hypnopompiques), les déprivations sensorielles (syndrome de Charles Bonnet chez le sujet âgé ; syndrome d’Anton), les processus de développement chez l’enfant (les compagnons imaginaires), le jeûne, la fatigue, le stress, le deuil, l’hypnose et la transe, la pensée intense (illumination). Des phénomènes hallucinatoires sont décrits chez des gens exceptionnels : Socrate, Jeanne d’Arc, Mohammed, Luther, Pascal, Napoléon, Goethe ... (MEDLICOTT 1958).
Les hallucinations font partie de nombreux syndromes ou pathologies neurologiques : l’épilepsie, les tumeurs cérébrales, la migraine, la narcolepsie, diverses pathologies vasculaires cérébrales, la sclérose en plaques ou les maladies extrapyramidales, de nombreuses encéphalopathies. Les hallucinations liées à une pathologie focale sont instructives sur le plan des structures et mécanismes en cause.
C’est néanmoins en psychiatrie que les hallucinations sont le plus souvent répertoriées en particulier dans les syndromes psychotiques (schizophrénie, mélancolie), le syndrome de stress post traumatique, l’alcoolisme (delirium tremens ; syndrome de Korsakoff).
3. Comme pour tout phénomène impliquant le système nerveux central chez l’homme, l’accès aux bases biologiques et à la physiopathologie est complexe et passe immanquablement par une tentative d’analyse des mécanismes de neurotransmission (ALLAIN 1995) voire de neuro-imagerie. Peu de travaux contemporains sont néanmoins consacrés à la biologie des hallucinations.
Sur un plan historique, l’approche pharmacologique a été fructueuse non tant par la voie d’entrée des thérapeutiques proposées pour corriger les hallucinations (neuroleptiques, lithium, carbamazépine, benzodiazépines) que surtout par l’étude du mécanisme d’action des substances hallucinogènes ou à un degré moindre des médicaments pouvant induire des hallucinations (psychotropes, psychostimulants, antiparkinsoniens, analgésiques, anesthésiques, etc.) (ASAAD 1990).
Cette manière d’aborder le sujet est d’actualité : la diversité des substances notamment psychotropes susceptibles d’induire une expérience hallucinatoire est telle qu’aujourd’hui, systématiquement en phases I et II de développement des médicaments, la détection d’hallucinations est au centre des échelles de screening ; parallèlement l’évaluation chez l’homme de nouveaux ligands de sous-types de récepteurs récemment identifiés laisse en priorité planer la possibilité d’induction d’hallucinations non détectables chez l’animal. Sur un plan théorique, le médicament, via sa possibilité de modifier l’expression hallucinatoire ou idéatoire est considéré comme une "sonde" des mécanismes inconscients (ALLAIN 1994). Une des limites à cette entreprise réside dans le fossé sans cesse grandissant entre l’envol des connaissances en neurobiologie et l’absence ou le retard de l’évaluation des médicaments sur ces nouveaux concepts. La littérature et les données actuelles se résument ainsi en grande partie aux neurotransmetteurs surtout aminergiques (et majoritairement la sérotonine), les récepteurs opioïdes, les récepteurs ou sites de type sigma (O’NEILL 1995), les récepteurs aux acides aminés excitateurs. La question du rapport existant entre ces "hallucinations pharmacologiques" et les hallucinations rencontrées en clinique humaine reste néanmoins toujours entière.
4. Les principaux hallucinogènes sont d’origine naturelle ou synthétique (SMYTHIES, IRELAND 1989 ; SCHULTES, HOFMANN 1981). Ces substances distordent la perception et peuvent amplifier les horizons de l’expérience et des sensations (psychédéliques). Chacune de ces substances peut induire un certain type d’expérience hallucinatoire qui mériterait d’être rapproché du mécanisme d’action principal. Nous ne ferons que citer :
1) les substances psychédéliques
: LSD ; mescaline ; cannabis ; psilocybine ; harmine ; diméthyltryptamine
;
2) la phencyclidine
3) la marijuana
4) la cocaïne
5) les amphétamines
6) les opiacés
7) la méthaqualone
8) les solvants volatiles
La plupart de ces substances sont illicites et sont mieux connues sous leur "nom de rue".
5. Les théories neurochimiques ont d’abord mis en avant la dopamine, en grande partie du fait de l’action des amphétaminiques sur cette voie à neurotransmission ; la cocaïne est un inhibiteur quasi spécifique du transporteur présynaptique de la dopamine.
Malgré tout, les travaux considérables
consacrés au LSD ont placé la théorie sérotoninergique
en avant, la plupart des hallucinogènes bloquant les récepteurs
5HT notamment au niveau du raphé médian. Il est probable
que la noradrénaline et l’acétylcholine interviennent indirectement
sur la 5HT. Les sous-types de récepteurs 5HT les plus incriminés
dans l’induction des hallucinations sont à l’étude. La même
démarche est entreprise avec les ligands spécifiques des
récepteurs opiacés ou les récepteurs sigma. Plus récemment
la découverte de ligands endogènes à certains types
de récepteurs du cerveau a relancé la théorie biologique
des hallucinations au profit d’un déséquilibre ou d’une surproduction
en ces ligands spécifiques, suspectés depuis longtemps (DMT,
OMB) ; un exemple récent est celui de la découverte de l’anandamide,
substance endogène qui se lie spécifiquement aux récepteurs
du cannabis (DI MARZO 1994 ; RICHARD, SENON 1996). Pour conclure, il importe
aujourd’hui d’observer l’impact de la génétique moléculaire
: schizophrénie ; décryptage des anomalies de gènes
codant pour certains types de récepteurs (5 HT2a par exemple : SPURLOCK
1996), source potentielle de progrès dans la pharmacologie des hallucinations.