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La kinésiologie appliquée est fille de la chiropraxie, un traitement par la manipulation des vertèbres.
En 1964, Goodheart (www.icak.com/biograph/goodheart.html), chiropracteur va mettre au point une technique pour vérifier l’efficacité de son traitement et pour déterminer les blocages vertébraux de ses patients (Holdway, 2000). Il utilise des positions mises aux point par Kendall et Wadsworth dans les années 1940 (Holdway, 2000). Ces positions isolent au mieux un muscle, c’est-à-dire que ce muscle est le seul qui se trouve en position contractée, ce qui permet de ne tester que lui. Cette technique fut utilisée par des experts de compagnies d’assurance pour mesurer la force d’un muscle suite à une blessure.
La kinésiologie utilise les positions de cette technique mais ne mesure pas la force du muscle. Elle mesure la réaction neurologique du muscle, l’état de sa connexion, c’est-à-dire sa capacité à réagir, à se verrouiller. On a ainsi des muscles « faibles » et des muscles « forts ».
Goodheart va faire des liens entre certains muscles et les organes du corps. Il va constater que certains muscles sont faibles lorsque certains organes sont perturbés.
L’idée novatrice de Goodheart est de s’occuper non pas du muscle tendu et douloureux mais en premier lieu du muscle faible qu’il cherchera à renforcer afin de détendre le muscle tendu. Il met au point une technique appelée « origine-insertion »[1] qui travaille directement sur le muscle.
De plus, il enrichira sa pratique avec 3 types de travaux :
- Les travaux de Frank Chapman, osthéopathe présentés dans son livre « Endocrine Interpretation of Chapman’s Reflexes » (www.kinmed.com/archive.html)
- Les travaux de Terrence J. Bennett chiropracteur de Californie de son livre « Dynamics of Correction of Abnormal Function » (www.kinmed.com/archive.html)
- La médecine chinoise (Schatz, Larre & Rochet de la Vallée, 1979)
Chapman découvre des points réflexes neuro-lymphatiques reliés à des organes. Small par une dissection au collège d’osthéopathie en 1930 met en évidence physiologiquement des points de Chapman. L’hyper-excitation d’un point de Chapman diminue le flux lymphatique ; son traitement dilate les vaisseaux lymphatiques ce qui permet un meilleur drainage, c’est-à-dire une circulation des hormones dans les deux sens et une évacuation des déchets (Potchka, 2000, p. 52)
Terence Bennett découvre les points neuro-vasculaires situés sur le crâne. La stimulation de certains de ces points stimule la circulation sanguine dans certains organes.
Selon la médecine traditionnelle chinoise, les méridiens permettent la circulation du Ch’i, l’énergie vitale universelle. Sur ces méridiens se trouvent les points d’acupuncture. Dans la médecine chinoise, douze de ces méridiens sont associés chacun à des organes ou viscères, les zang et les fu. Dans les zang, se trouvent le cœur, le maître du cœur, les reins, les poumons, la rate et le foie. Dans les fu, il y a l’estomac, l’intestin grêle, le gros intestin, les trois réchauffeurs, la vésicule biliaire et la vessie.
Goodheart synthétisant ces divers travaux forge une pratique novatrice faisant un lien entre les muscles, les organes, les méridiens, les points neuro-lymphatiques et neuro-vasculaires.
La kinésiologie appliquée est née. Selon le « International College of Applied Kinesiology » (ICAK), elle implique un diagnostic. (Icak.com)
[1] cette technique travaille sur les points d’attache du muscle sur les os
Si l’on doit à Goodheart les techniques de base de la kinésiologie, c’est à John Thie (touch4health.com/thie_bio.htm), un de ses élèves, que l’on doit sa diffusion. John Thie est docteur en chiropraxie et écrit en 1979 son livre Touch for Health, la santé par le toucher. Thie y reprend des techniques mises au point par Goodheart avec son autorisation. Ce livre se veut ouvert à un large public, à la portée de tout le monde.
Thie y propose un enseignement sans diagnostic, avec des techniques décrites sans danger. On peut voir cette méthode comme une forme de médecine préventive ou comme une méthode visant à faire du bien.
Il s’agit d’équilibrer la personne qui est appréhendée dans sa globalité. Quatorze (ou quarante-deux) muscles sont testés. Ils fonctionnent comme des diagnostiqueurs de déséquilibre des méridiens et des organes ou viscères. Les techniques d’origine-insertion, le toucher des points neuro-vasculaires, un massage des points neuro-lymphatiques ou des méridiens permettent de rééquilibrer la personne et donc de renforcer les muscles faibles. Après ces manipulations, les muscles seront à nouveau testés pour vérifier si l’équilibre est rétabli. Quelques autres techniques correctives sont proposées par Thie.
« C’est un instrument de bio-feedback qui permet d’identifier et de révéler les différents déséquilibres d’un sujet et de vérifier à la fin de la séance si les corrections ont été efficaces. » (Bernascon, 1998)
Le testing musculaire consiste en une pression légère exercée par le kinésiologue sur un endroit du corps de la personne et qui sollicite chez elle un muscle précis. Par cette pression, le kinésiologue vérifie si le muscle est capable de s’adapter rapidement.
Thie nous a montré que certains muscles étaient des indicateurs de déséquilibres d’organes et de méridiens correspondants. La kinésiologie utilise toujours ces tests mais ils se sont généralisés. En effet, la kinésiologie utilise aujourd’hui ces tests sur des muscles à tonus normal, dits « indicateurs ». Le testing d’un muscle indicateur informe de l’état de stress de la personne.
Le kinésiologue doit s’assurer par des tests préalables que le muscle est testable, c’est-à-dire avec un tonus normal, ni bloqué ni amorphe. Dans le cas contraire, il procédera à des équilibrations.
Le pré-test qui évalue si le muscle est testable se présente comme suit :
Le muscle, en général le deltoïde, est testé et doit tenir. Le muscle est ensuite légèrement pincé en son ventre puis immédiatement testé, il doit lâcher.
Lors du testing, deux cas peuvent se produire sur un muscle testable :
• Le muscle tient, son tonus est normal, la personne n’a pas de problème concernant ce qui est testé.
• Le muscle lâche, il manque de tonus, la personne rencontre un stress concernant ce qui est testé.
Il y a 2 formes de testing sur un muscle indicateur :
• Le stress testing où le kinésiologue présente un élément, par exemple un mot ou une phrase affirmative, à la personne avant de tester.
• Le oui-non testing où le kinésiologue pose une question verbale à la personne avant de tester.
Si le muscle tient, la personne n’est pas stressée par l’élément ou elle est en accord avec la question.
Si le muscle lâche, la personne est stressée par l’élément ou elle est en désaccord avec la question. Le désaccord avec la question peut signifier que la question ne doit pas être posée, que la question contient un mot stressant ou que la personne y répondrait « non ». La réponse donnée par le muscle est donc délicate à interpréter et demande des précisions. ; il faut donc poursuivre l’investigation.
Pour le stress testing, l’évocation de l’élément va ou ne va pas provoquer un stress, ce qui donne une indication claire au kinésiologue.
Pour le oui-non testing, il se peut que la personne pense être en accord avec la question et que le muscle lâche, ce qui indique qu’un stress est présent. On ne peut alors que constater une contradiction entre la conscience et le reste de la personne .
La pratique montre que les contradictions mises en évidence entre le conscient et le reste de la personne peuvent rendre le muscle hypertone ou hypotone. Avec l’autorisation de la personne, c’est un point de départ de travail très fructueux.
Dans un test kinésiologique, il s’agit de vérifier la normalité de la tonicité d’un muscle.
« …les muscles au repos sont presque toujours légèrement contractés : ce phénomène est appelé tonus musculaire. Il est dû à des réflexes spinaux… » (Marieb, 1999, p. 280)
La personne se tient le bras à l’horizontale sur le côté. Le kinésiologue exerce une légère pression sur l’avant bras pour tester le deltoïde. Si la tonicité est normale, le muscle tient.
« Bien que le tonus musculaire ne produise aucun mouvement, il permet aux muscles de rester fermes et prêts à répondre à une stimulation. » (Marieb, 1999, p. 280)
Ensuite, le kinésiologue pince légèrement le ventre du muscle puis exerce une légère pression sur l’avant-bras pour tester le muscle. Normalement, le muscle lâche.
Enfin, le kinésiologue écarte légèrement le ventre du muscle, puis exerce une légère pression sur l’avant-bras pour tester le muscle. Normalement, le muscle lâche.
Voici ce qui se passe physiologiquement :
D’une part, l’étirement, correspond à l’excitation du fuseau neuromusculaire.
(Marieb, 1999, p. 486)
D’autre part :
« lorsque les fuseaux sont stimulés,… la fréquence des influx envoyés à la moelle épinière par les neurones sensitifs augmente… Les neurones moteur alpha excitent les myocytes extrafusoriaux du muscle squelettique… La contraction musculaire s’ensuit » (Marieb,1999, p. 486)
Enfin :
« Au cours de ce réflexe spinal, les influx transitent par les courants dorsaux de la moelle épinière et parviennent aux centres encéphaliques (traitement en parallèle) qu’ils informent de la longueur du muscle et de la vitesse du raccourcissement. » (Marieb, 1999, p. 486)
Ainsi, d’une part, pincer le muscle en son ventre revient à inhiber les fuseaux, ce qui provoque une décontraction du muscle, ce qui fait qu’une légère pression le fait lâcher.
D’autre part, écarter le ventre du muscle revient à exciter (désinhiber) les fuseaux, ce qui provoque une contraction du muscle, ce qui fait qu’il tient à nouveau.
Ainsi, le test kinésiologique vérifiant la testabilité du muscle peut recevoir une validation grâce à la physiologie.
Paul E. Dennison est d’abord enseignant en Californie. Il s’est intéressé à l’apprentissage de la lecture et en a mis au point un programme d’apprentissage. Il s’est rapproché de la chiropraxie et a développé la kinésiologie éducative ou l’Edukinésiologie. (Dennison, 1992) et (Dennison, 1998).
Pour lui, « L’apprentissage est une activité naturelle et agréable qui se poursuit tout au long de la vie. » (Dennison, 1992, p. 13)
Par conséquent, la méthode mise au point par Dennison proposera à la personne de se fixer un but, un objectif.
« L’équilibration Edu-K se fonde sur un modèle éducatif qui implique l’élève dans tous ses processus, en commençant par l’établissement d’un but, en passant par l’évaluation, l’enseignement et la réévaluation. » (Dennison, 1998, p. 5).
Les auteurs veulent construire tout nouvel apprentissage sur la base d’expériences motrices, en respectant le style de pensée et de développement de la personne et en tenant compte de l’environnement social. (Dennison, 1998, p. 6)
Ils vont intégrer des éléments de la kinésiologie à ces principes.
Par suite, la séance de kinésiologie éducative est mise au point
Marie, une fillette de 11 ans, raconte avoir des problèmes pour s’endormir. Elle explique avoir trouvé un truc qui consiste à faire jouer des personnages dans sa tête, pour s’aider à s’endormir. Ils sont en lien avec ce qu’elle a vu ou vécu dans la journée. Depuis quelques temps, ces personnages ne font pas ce qu’elle pense leur faire jouer dans sa tête.
Elle me donne l’exemple d’un bonhomme qu’elle veut faire sauter mais dont les jambes refusent de se plier.
Elle qualifie ce qui lui arrive de désagréable et d’énervant, dit que ça l’empêche de s’endormir.
Les pré-tests sont faits.
L’objectif élaboré est « je vois les images que j’ai pensées» . Il teste faible mais est positif, actif, clair et motivant.
La pré-activité consiste à voir le clown de sa chambre battre des mains. Marie n’y arrive pas et me raconte que le clown écarte les bras plutôt que de les joindre.
Les tests musculaires effectués démontrent que la dimension non intégrée est la focalisation, et que le domaine d’équilibration est celui des émotions. L’équilibration souhaitée est un contact frontal-occipital où le kinésiologue tient le front avec une main et l’occiput avec l’autre. Le testing indique que l’émotion « libération » doit être associée à l’équilibration.
Le testing informe qu’il faut préciser ce mot. Il indique qu’il est important de savoir qui doit être libéré. Le testing indique que c’est le clown qui doit être libéré, puis, que le clown, c’est Marie. Elle est très étonnée et rit. Le testing indique que le mot « libération » est assez clair.
J’explique à Mairie ce que je vais faire, qu’elle doit rester avec son objectif et avec le mot « libération ». J’ajoute qu’elle peut parler si elle a envie.
Au bout d’une minute, Marie me dit que la libération, « c’est la gloire pour le prisonnier et pour tous ceux qui sont avec ».
Après cette équilibration, le testing indique qu’il n’y a rien à ajouter.
Comme post-activité, Marie veut imaginer des plongeurs qui tournent sur eux-même avant de se lancer dans la piscine. Elle réussit avec succès, un immense sourire irradie son visage et son objectif teste fort.
La séance se termine ainsi, Marie me disant qu’il n’y a rien d’autre à faire ou à dire et le testing le confirmant.
J’ai rencontré Marie un mois plus tard et elle m’a dit que son problème avait disparu.
Bernascon, D. & V. (1998). La kinésiologie, art du test musculaire. Genève : Jouvence.
Dennison, P. & G. (1992). Le mouvement : clé de l’apprentissage « Brain Gym ». Barret-le-Bas : le souffle d’or.
Dennison, P. & G. (1998). Les 7 dimensions de l’intelligence. Fribourg : Institut de kinésiologie. (édition originale 1984).
Holdway, A. (2000). Kinésiologie. Guy Trénardiel. (1995).
Marchetti, C. (2004). Kinésiologie. Mémoire de demi-licence, Institut de Psychologie, Université de Lausanne.
Marchetti, C. (2007). Systémique et kinésiologie. Mémoire de licence, Institut de Psychologie, Université de Lausanne.
Marieb, E. N. (1999). Anatomie et physiologie humaines. De Boeck Université. (Canada : The Benjmin/Cumming Company, Inc., 1998).
Potschka, F. (2000). Toute la kinésiologie. Barret-le-Bas : le souffle d’or. (1990).
Schatz, J., Larre, C., & Rochet de la Vallée, E. (1979). Aperçus de médecine chinoise traditionnelle. Maisonneuve.
Thie, J. F. (1995). La santé par le toucher. Genève : Edition des sciences holistiques. (Library of congress Catalog card no 73-86019, 1979).