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A chaque époque ses regards. Voici le jeune comédien Abdul Khalim Mamatsuiev dans un plan de The Search. Il observe quelque chose - ou quelqu'un - caché derrière une barrière. Il a l'air à la fois dur et innocent. Ce mélange résulte d'un travail de direction d'acteurs opéré sur le jeune garçon par celui qui a réalisé le film, Michel Hazanavicius. L'une des lattes de la barrière crée un léger effet d'ombre sur l'enfant. Ce qui a pour effet de souligner l'intensité de son regard, et pour certains d'en rajouter dans le pathos. Mais cette image, c'est aussi celle d'une main qui s'agrippe et protège son jeune héros d'un extérieur dont il se méfie. A raison. The Search est un remake, certes très lointain, d'un film oublié de 1947, The Search (Les Anges marqués) de Fred Zinnemann, avec Montgomery Clift. Les intrigues sont différentes, sauf qu'un enfant occupe dans l'une et l'autre une place capitale.
Seconde image, voici le jeune Ivan Jandl (décédé en 1987) dans le film original, ici avec Monty Clift qu'on reconnaît en amorce. Il avait à l'époque à peu près le même âge que le jeune Abdul du film d'Hazanavicius. Mais l'expression de son regard n'est pas du tout la même. Plus triste, d'un désespoir probablement difficile à simuler à cet âge, et surtout plus datée, finalement symptomatique du cinéma mélodramatique de l'immédiat après-guerre. Hazanavicius ne s'est pas du tout attardé sur ces détails et ces différences, et n'a sans doute même pas revu le film de Zinnemann. Les rimes que suggèrent les deux oeuvres entre elles sont donc probablement inconscientes. En les mettant côte à côte, on découvre, quelque part, comment le regard que nous-même portons sur les regards a lui aussi évolué.
The Search (de Michel Hazanavicius) est actuellement à l'affiche en salles.