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La Chine ancestrale est toujours présente dans les spectacles de Yeung Faï. Le rideau se lève sur un homme, un paysan immémorial arcbouté sur une meule de pierre, tandis qu'un bébé geint dans les bras de sa mère. Une poule picore, une douce berceuse est murmurée d'une voix de femme, comme à la nuit des temps.
Le bébé est devenu une petite écolière (magie de la marionnette), traversant chaque jour une route à grand trafic avec son cartable. Elle ira à l'usine plus tard, car le travail des champs ne suffit pas à nourrir chacun, et quittera la campagne pour la grande métropole, où la jeune main-d'œuvre est embauchée à la fabrication des jeans destinés aux multinationales du prêt-à-porter. A l'usine à présent, drillé par le chef de la production sans cesse tendu vers l'augmentation des quantités, le petit personnage en blouse rouge aligne sa cadence, épuisé par sa journée de travail.
De fait, 70 % des jeans sont fabriqués en Asie pour les grandes marques américaines et européennes. La capitale mondiale du jeans s'appelle Xintang : 2,5 milliards de jeans en sortent chaque jour. Le salaire est de 0,15 yuans (2 centimes) par pièce. Les produits pour délaver les jeans sont rejetés dans les rivières, où colorants toxiques et métaux lourds polluent les sols. Mais pour le gouvernement chinois, tout est en ordre... Seules des ONG dénoncent la situation.
En filigrane se lit dans ce spectacle le duel inégal entre l'ancienne culture immatérielle et l'anti-culture de la mondialisation qui nivelle tout. La création de Yeung Faï puise aux marionnettes à gaine, au théâtre d'objets sur fond d'images - dans le style du cinéma d'animation - et à la vidéo, avec des projections très poétiques sur la nature et la civilisation paysanne, tandis qu'un TGV qui fend l'air laisse au loin la petite maison et sa cheminée qui fume. La pluie qui tombe est désormais rouge...
Blue Jeans est un plaidoyer bouleversant sur la perte d'un monde et le constat radical de l'inanité de la « mondialisation » et de son caractère mortifère. C'est un remarquable « documentaire marionnettique », avec trois interprètes venus de Chine, de France et d'Israël.