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J'ai une grande peine à prendre la plume puisque j'ai à vous entretenir d'un sujet pénible, mais en général je crois qu'il vaut mieux, quand on veut conserver des liens francs, s'expliquer clairement.
Depuis que nous sommes venus en Angleterre, j'ai eu la preuve journalière de la sincérité de l'attachement que vous portez à Caroline, et de la bonté de votre cœur, mais je ne dois pas vous dissimuler qu'au milieu de cela, je vous ai vu aussi des injustices momentanées il est vrai, mais qui n'en ont pas moins d'effet sur elle. Je vais vous faire de la peine j'en suis sûr, mais c'est un devoir qui m'y oblige, et bien je vous dirai que les dernières scènes qui ont eu lieu à Cowes ont eu un effet qui aurait pu devenir fatal pour sa santé et le méritait-elle ? Je vous dirai que la manière respectueuse et calme dont elle a souffert vos reproches qui n'étaient pas fondés, j'ose le dire, m'ont donné s'il est possible mille fois plus d'estime et d'amour pour elle. Mais à l'avenir je dois lui éviter des ... pénibles parce qu'elle y attache sans le faire paraître une importance bien plus grande que vous n'y mettez vous-même. Elle a dû être vivement blessée des reproches que vous sembliez lui faire d’évoquer vos paroles avec Harriet et de vouloir semer entre vous deux la zizanie, tandis que vous savez fort bien et Harriet aussi, qu'elle a toujours tâché et qu'elle tâche toujours d'atténuer les paroles de l'une et de l'autre et qu'elle fait toujours son possible de vous bien disposer pour votre fille aînée. Je dirai encore deux mots sur la scène de Cowes où je conviens qu'un instant les paroles d'Harriet pouvaient vous donner bien à nous accuser de faire des rapports. Vous vous rappelez qu'après les reproches que vous avez adressés à Caroline elle sortit de la chambre rouge comme le feu. Il fut naturel à sa sœur de lui en demander le sujet, nous le lui dîmes, ne pensant même pas que vous pourriez en être contrariée. Mais je puis vous assurer que nous le lui dîmes en atténuant beaucoup tout ce qui la concernait.
Vous devez donc sentir combien vos reproches le lendemain ont dû paraître durs et injustes à Caroline. Elle en a souffert et je vous le répète elle prend trop vivement peut être tout ce que vous lui dites. Je crois que dans un état de choses comme celui-là, si des scènes pareilles à celles de Cowes venaient à se renouveler, elles amèneraient naturellement une rupture entre vos enfants et vous, ce dont je ne serais on ne peut que plus fâché, connaissant à fond et votre cœur et votre attachement pour eux.
C'est donc pour la prévenir que je pense qu'il vaudrait mieux que Caroline fasse ses couches à Paris où nous espérons toujours vous voir et vous voir avec la même franchise de sentiments qui a existé jusqu'à présent entre nous. Si pourtant cette détermination vous affligeait, je vous préviens que nous ne la prendrions que de votre consentement. Veuillez donc entrer dans toutes les raisons que je vous ai présentées aussi franchement et aussi entièrement que moi.
Veuillez m'écrire ce que vous pensez et croire que quelle que soit votre réponse, elle ne pourra changer en rien l'attachement que je vous porte.