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Les origines
En l’an 1161, le nom de « Sornetain » apparaît pour la première fois dans les archives de l’ancien évêché de Bâle. Durant tout le Moyen Âge, la paroisse du Petit-Val groupe les villages actuels de Sornetan, Châtelat, Monible et Souboz avec les Cerniers et Rebévelier ; l’autorité sur la paroisse est tour à tour revendiquée par l’abbaye de Bellelay et le chapitre de Moutier.
L’église paroissiale, dédiée à St-Germain, se situe alors dans le village aujourd’hui disparu de Saipran (Sapran, voir photo) : dans le vallon de la Sorne, au-dessous de Sornetan, près de l’actuelle route cantonale entre Châtelat et l’entrée des gorges du Pichoux. La photo de Sapran montre ici le lieu de l'ancien Sornetan, avec les deux fermes. Le village de Saipran fut décimé par la peste noire en 1348 ; selon la coutume, ses maisons furent abandonnées puis détruites. Seule la petite église paroissiale fut maintenue jusqu’en 1707. On s’y retrouvait pour le culte.
Un manuscrit de l’époque (Jean-Pierre Juillerat de Châtelat) nous donne quelques impressions de ce petit sanctuaire dont on ne sait plus rien par ailleurs: « Or, après que Monsieur D’Aubigné (pasteur de Bévilard qui venait à cheval célébrer le culte à Saipran) fut posé sur notre cure, l’an 1696, et quelques dimanches furent passés, il luy semblait que sa voix ne pénétrait pas assez à cause que le planché estait trop bas et que Monsieur D’Aubigné n’avait pas la voix forte non plus… et pour ce sujet, il désirait qu’on refit grand nostre dit temple et qu’on desfit une petite voûte qui estait au bout et qu’on le fit de pareil grandeur tout le long… ».
Seul vestige de cette ancienne église du Petit-Val : la petite cloche, aujourd’hui dans notre clocher (voir photo); elle doit dater du 14e siècle (ou plus vraisemblablment du 15e siècle, selon l'allure générale et l'inscription latine couramment utilisée au 15e). D’un son particulièrement clair, elle porte en lettres gothiques l’inscription suivante : « Mentem sanctam spontaneam honorem Deo et patria liberationem » ("Une âme sanctifiée est un hommage spontanné rendu à Dieu et un gage de liberté pour la patrie"). On raconte que les moines de Bellelay, tellement ils convoitaient cette cloche au son cristallin, auraient offert, pour l’acquérir, de la remplir d’écus neufs. Il est vrai, toujours selon la tradition, que son airain renferme une notable proportion d’argent… outre son inscription (dite également dans la prière catholique à Ste-Agathe, invoquée pour protéger une contrée contre les incendies), cette cloche porte en figurines une petite crucifixion et quelques saints personnages.
La Réforme à Sornetan
Après l’instauration de la réforme à Berne et Bienne, les nouvelles idées se répandent en Prévôté. Chaque paroisse est appelée à se prononcer par un vote. Farel prêche à Tavannes et emporte la décision ; il s’adresse aux fidèles de Bellelay à la sortie de l’église avant de se faire chasser des Genevez. Il n’est pas impossible qu’il ait également prêché dans l’église de Saipran. En février 1531, par un vote, la paroisse de Sornetan adopte d’emblée la Réforme. Le premier pasteur, Alexandre le Bel, ne restera que quelques mois : les habitants du Petit-Val, extrêmement pauvres, n’avaient pas de quoi le payer… C’est ce qu’ils écrivent à ces Messieurs de Berne de qui ils exigent un traitement pour leur pasteur. « Car nous sommes petite paroisse et pauvres gens, mais de bon vouloir ». Guillaume Schaller, ancien moine de Bellelay, passé à la Réforme, lui succéda quelques temps. Mais en 1532, les deux paroisses de Chaindon et du Petit-Val furent réunies en une seule.
En 1538, Sornetan est détachée de Chaindon et réunie à Grand-Val jusqu’en 1571 où Sornetan devient une annexe de Bévilard. Cette dernière situation dura jusqu’en 1746, date à laquelle la paroisse de Sornetan retrouva son autonomie, grâce à un accord intervenu entre les communes du Petit-Val et l’évêque de Bâle. Durant ces 170 ans, le pasteur de Bévilard venait tous les 15 jours célébrer le culte à Sainpran quand les conditions atmosphériques le permettaient…
Construction et restaurations
En 1708, une nouvelle église fut construite à Sornetan. Depuis le début du 18e siècle, l’église n’a subi que peu de modifications. Le peu de moyens financiers de la paroisse l’ont empêchée de procéder à certaines transformations « au goût du jour », qui auraient tout gâché. On a dû construire, au début du 19e siècle des contreforts à la tour qui menaçait de s’affaisser… La première horloge date de 1904, elle a été remplacée en 1965. L’électricité fut installée en 1912. La restauration de 1965 a rendu à l’église de Sornetan son cachet original, grâce à l’architecte prévôtois Charles Kleiber, en collaboration avec l’architecte cantonal Hans von Fischer. En 1963, l’église et ses environs ont été classés monuments historiques. C’est l’un des plus beaux exemples de l’architecture baroque de style campagnard. Son harmonie, son plafond de bois en caissons, sa tranquillité en font un lieu de prédilection pour les amateurs de musique qui s’y retrouvent pour des concerts, des enregistrements, des semaines musicales, etc.
Les instruments anciens / les orgues : la musique dans l’église
Durant plus d’un siècle dès le milieu du 18e siècle pour la petite paroisse de Sornetan, la pratique musicale et l’accompagnement des chants furent confiés à un groupe d’instruments à vent : haut-bois et bassons (voir photo). Ils sont conservés précieusement à la cure de Sornetan. La paroisse s’est ensuite dotée d’un harmonium sur la petite galerie latérale, et en 1958, sous l’impulsion du pasteur Léchot et de son épouse, d’un orgue de 9 jeux. Cet orgue a été agrandi en 1975 pour élargir sa palette sonore et lui ouvrir les portes du récital. Après un quart de siècle, et des signes de fatigue manifestes, on décide la réalisation d’un nouvel instrument placé le long de la façade nord, posé sur le sol, au buffet élancé, élégant, de profondeur réduite, reprenant les éléments décoratifs de la chaire et du plafond. Par la création du Centre de Sornetan, l’église était appelée à devenir un lieu de méditation et de rencontre pour les chrétiens non seulement du Petit-Val, mais de tout le Jura et bien au-delà. Avec ses quinze jeux, sa parfaite adaptation au volume de l’église, cet instrument offre un large champ d’utilisation cultuelle, culturelle et didactique très apprécié.
Les résidents de l'église: des chauves-souris
En juin 2015, une soirée d'information et de comptage de chauves-souris a eu lieu à l'église. M. Valéry Uldry a expliqué à la population présente l'importance de ces mamifères pour la biodiversité et pour notre région. L'église de Sornetan est ainsi devenue au fil du temps un haut lieu de reproduction de plusieurs espèces.
Voici ci-dessous son texte explicatif:
Connaissez-vous les résidents du temple de Sornetan ? Bienvenue dans le monde des chauves-souris ! Depuis de nombreuses années, ces mammifères logent en effet dans les combles du Temple de Sornetan. Celles-ci reviennent chaque année à la belle saison après une longue pause hivernale dans les grottes de la région.
Des chauves-souris ! Oui, mais lesquelles ? Plusieurs espèces profitent de la chaleur et de la tranquillité des combles, du clocher et de la toiture de l’édifice. On y a recensé la Sérotine commune, la Pipistrelle commune et surtout l'Oreillard brun dont les femelles viennent mettre au monde leur unique petit de l’année. Ces chauves-souris partagent encore les lieux avec des martinets noirs et des moineaux domestiques. Une vraie arche de Noé !
Tous ces animaux ? Quelle pagaille ! Et bien, pas tant que ça. Contrairement aux fouines ou aux pigeons pouvant apporter beaucoup de saleté, les chauves-souris se posent simplement sur la charpente ou sous les tuiles sans les abîmer. Leurs crottes, appelées guano, sont parfois visibles et dispersées au sol. Ressemblant à de petits grains de riz noir friables, elles se reconnaissent facilement. Dans certains cas, des aménagements simples permettent de contrôler leur dispersion, voire même de les récolter pour l’utiliser comme engrais de jardin.
Les chauves-souris, mammifères de la famille des chiroptères, ont un rôle essentiel dans l’équilibre de la biodiversité car elles sont les principaux prédateurs des insectes nocturnes. C’est pourquoi elles sont protégées légalement et qu’il faut s’abstenir de les déranger. Du bruit ou de la lumière aux endroits qu’elles fréquentent les feront fuir avec un risque de mortalité pour les jeunes. Ces animaux sont en effet très sensibles et la majorité des espèces sont menacées de disparition.
C’est ainsi que, dans chaque région, il existe le Centre de Coordination Ouest pour l’étude et la protection des chauves-souris (CCO) qui est le partenaire privilégié des autorités pour les questions concernant les chauves-souris.Il apporte ses conseils et son expérience pour la protection de ces espèces qui est l’affaire de tout à chacun. Si vous avez ainsi des questions ou des observations à ce sujet, vous trouverez des informations et nos contacts à l’adresse suivante : www.fledermaus-be.ch/fr
Valéry Uldry, collaborateur au CCO
L’Oreillard brun (Plecotus auritus) est classé au statut de «Vulnérable (VU)» selon la nouvelle publication de la Confédération concernant l’état des populations de chiroptère (Liste Rouge Chauves-souris*). Il est facilement reconnaissable à son pelage brun-roux et surtout à ces longues oreilles qu’il replie en arrière lorsqu’il est au repos. Les femelles se tiennent souvent en grappe permettant de garder leur jeune au chaud entre elles. L’Oreillard se nourrit principalement de papillons de nuit. L’espèce est largement distribuée dans l’ensemble de la Suisse, mais est menacée par les rénovations de bâtiment, l’utilisation de produits toxiques dans les charpentes et les pesticides en agriculture et souffre de la déconnexion entre les gîtes et les terrains de chasse, particulièrement sur le Plateau.
Publication disponible sur www.bafu.admin.ch/uv-1412-f
Texte écrit en juillet 2015, suite à une soirée d’information et de comptage avec les paroissiens de Sornetan, le 22 juin 2015.