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En décembre, la Commission européenne a décidé de limiter à un an l’autorisation donnée à la Bourse suisse pour être active dans l’Union européenne. Cette dernière a justifié sa décision par le manque de progrès dans les négociations avec Berne sur un accord-cadre pour chapeauter toutes les bilatérales.
Avec son attitude sévère, l’UE serait en train de préparer le terrain pour la future négociation sur le Brexit avec les Britanniques. "La Suisse est prise dans le fait qu'une série d'événements oblige l'Union européenne à revoir sa politique de voisinage. On le sent partout: avec le Brexit, en Suisse... Mais il y a aussi des tensions de plus en plus fortes sur la renégociation d'un accord d'union douanière avec la Turquie. Et on sent des problèmes de mise en oeuvre de la coopération avec l'Ukraine", explique Franklin Dehousse.
"Impérialisme européen"
Pour l'ancien juge à la Cour de justice de l’UE, l'Union serait en train de serrer les boulons de sa gouvernance extérieure avec ses voisins: "Ce qui se passe actuellement est le résultat à la fois de tensions entre l'Union européenne et ses partenaires et d'un certain impérialisme européen. Celui-ci constitue la puissance régionale locale en matière de commerce. Et, comme certaines puissances locales, l'UE a parfois tendance à manquer de finesse."
Les changements en termes de commerce international ont également des conséquences sur les relations géopolitiques, estime Franklin Dehousse: "C'est devenu une machine technocratique beaucoup plus complexe (...) Il y a des chaînes de production beaucoup plus compliquées. Il y a aussi, dans le secteur des services, un niveau de sophistication beaucoup plus compliqué."
Vers un "monticule juridique"
Concernant les conditions d’accès au marché européen, l'UE établit des lignes rouges face à ses voisins. Une attitude que Franklin Dehousse qualifie de logique: "D'une part, il y a de plus en plus de partenaires extérieurs et, de l'autre, il y a des accords commerciaux qui portent sur un nombre de problèmes toujours plus grand." Le risque, dit-il, est de se retrouver avec un "monticule juridique difficile à gérer". "Le problème, ajoute le spécialiste, est que l'Union européenne pressent cette situation, mais qu'elle n’est pas encore arrivée au niveau de conscience où elle remet tout sur le tapis. C’est donc assez malaisé comme exercice."
Reste que le Brexit est bel et bien en route et, d’ici l'automne, Bruxelles et Londres devront définir les grandes lignes de leur future relation bilatérale.
Propos recueillis par Guillaume Meyer
Texte web: hend