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La pièce « Manuel d’exil » s’inspire du roman éponyme de Velibor Čolić, que le destin fait atterrir en 1992 à Rennes dans un foyer pour réfugiés. L’écrivain, déserteur de l’armée bosniaque, dépose alors une demande d’asile auprès du gouvernement français. Il possède uniquement trois mots dans la langue de son pays d’accueil ― Jean, Paul et Sartre ― et doit littéralement se réinventer ; vingt-trois ans plus tard, il rédigera son Manuel d’exil en français, sans passer par sa langue maternelle. Le récit, dont le sous-titre est Comment réussir son exil en trente-cinq leçons, est rédigé dans une prose poétique qui fait la part belle à l’autodérision et à une ironie féroce. Dans l’adaptation théâtrale (mise en scène de Maya Bösch et scénographie de Sylvie Kleiber), Jean-Quentin Châtelain, comédien à la voix puissante, se retrouve seul sur les planches pour interpréter cette histoire troublante, radicale et à la fois intime, d’un réfugié, qui pousse à réfléchir à certaines situations absurdes et tragiques. La première de « Manuel d’exil » a eu lieu à l’automne 2021 au Théâtre Saint-Gervais et figure sur la shortlist de la Rencontre du théâtre suisse 2022.
Maya Bösch est née en 1973 à Zurich et vit à Genève. Double nationale américano-suisse, elle a étudié la mise en scène à l’université de Philadelphie, puis s’est spécialisée dans le théâtre politique. Elle a ensuite travaillé comme assistante de mise en scène à New York, Bruxelles, Genève et Vienne. En 2000, elle fonde la compagnie sturmfrei à Genève, où elle travaille souvent à partir de textes contemporains, par exemple d’Heiner Müller, de Peter Handke, d’Elfriede Jelinek, de Sarah Kane, de Marguerite Duras, de Mathieu Bertholet, etc. Artiste, metteuse en scène et commissaire d’exposition, elle explore de nouvelles formes théâtrales et artistiques. Qualifiée de « multitalent vigilant » par le jury du prix suisse de théâtre, elle figure parmi les lauréats en 2015. Jean-Quentin Châtelain reçoit la même distinction en 2016 pour « une carrière exceptionnelle d’acteur », et Sylvie Kleiber en 2020 en tant que « scénographe d’avant-garde ».
« Manuel d’exil » se présente comme un monologue polyphonique qui décline en langage théâtral l’histoire d’un homme en exil. À partir d’un drame personnel, les spectatrices et spectateurs sont plongés dans une histoire plus vaste : celle des tragédies migratoires (mais pas seulement) qui affectent un si grand nombre d’êtres humains. Porté par une construction complexe qui fait écho aux parcours des créateurs, à leur perpétuelle recherche artistique, le spectacle conjugue avec brio les dimensions interprétative, scénographique, sonore et littéraire de l’oeuvre. Celle-ci relève le périlleux défi d’allier la force des contenus avec l’audace et la pertinence des formes d’expression. Voilà le travail que nous souhaitons récompenser par ce prix.