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Les célèbres éléphants du désert de Namibie sont aujourd’hui menacés d’extinction. En cause? La chasse au trophée mais aussi une combinaison fatale de sécheresse et de mauvaise gestion de leur protection au niveau local et gouvernemental.
Dans la vaste région de Kunene, d’une superficie de 115 000 kilomètres carrés, dans la zone sèche du nord-ouest de la Namibie, vit une population d’éléphants remarquables, adaptés au désert – les seuls éléphants de ce genre en Afrique subsaharienne. Dans cette région composée principalement de plaines sablonneuses et pierreuses et de montagnes rocheuses, de petites communautés rurales nomades et quelques éleveurs de bétail coexistent.
Les éléphants du désert de Namibie vivent dans cette zone depuis des millénaires. Au début du XXe siècle, on en comptait environ 3 000 dans la région de Kunene. Cependant, dans les années 1980, leur nombre avait fortement diminué pour atteindre environ 300, en grande partie à cause du braconnage et de la chasse excessive pratiquée par les forces de défense sud-africaines qui opéraient dans la région dans les années 1970 et 1980.
Depuis, des mesures de conservation ont été mises en place avec les communautés rurales afin de sauver les éléphants ainsi que d’autres espèces sauvages du désert. Peu après l’indépendance, en 1990, le gouvernement namibien a accordé aux communautés rurales de la région de Kunene des droits d’utilisation réglementés de la faune. Ces communautés ont formé des groupes de gestion appelées «conservatoires communautaires». Grâce à ces initiatives, en 2013, le nombre d’éléphants était passé à environ 600 individus.
La chasse au trophée pointée du doigt
Hélas, ces éléphants sont à nouveau menacés. Le modèle de conservation communautaire, qui avait initialement contribué au léger rétablissement de leur population dans la région de Kunene est désormais la principale cause de leur déclin.
L’intention initiale du modèle de conservation communautaire était à la fois de préserver la vie sauvage et de corriger les inégalités affectant les paysans marginalisés de Namibie. Aujourd’hui, prétendument pour améliorer leur statut et fournir des revenus aux communautés de conservation communautaires de Kunene, les éléphants sont souvent abattus par des chasseurs de trophées internationaux, qui paient jusqu’à 50 000 francs suisses pour pouvoir tuer un individu.
La chasse au trophée est une activité lucrative en Namibie, où un quota de 90 éléphants au niveau national peut être abattu à cette fin. La chasse au trophée est saluée comme une réussite et est souvent considérée comme un «mal nécessaire», requis pour donner à la nature une valeur économique et ainsi conserver les populations d’animaux sauvages et leurs habitats. Selon le gouvernement namibien, la nature doit être rentable, et les parties prenantes à toutes les échelles (qu’il s’agisse des communautés locales ou des opérateurs de safaris internationaux) doivent voir des retours sur leurs investissements si l’on veut que des espèces comme les éléphants soient préservées.
La chasse au trophée est également justifiée pour réduire les conflits entre l’homme et l’éléphant. Dans la région aride de Kunene, les éléphants détruisent souvent les installations hydrauliques qui alimentent des villages entiers en eau potable. Les éléphants, généralement des mâles solitaires, commettent ces actes à répétition et sont donc la cible exclusive des chasseurs de trophées. En l’absence d’un client prêt à payer pour les abattre, ces animaux sont alors tués par un fonctionnaire lorsque l’on considère qu’ils provoquent trop de dégâts.
Malheureusement, la pratique de la chasse au trophée et l’abattage ciblé des individus posant problème ont fait s’effondrer la population d’éléphants de Kunene qui ne tenait déjà qu’à un fil. En 2016, seuls 277 éléphants ont été recensés lors d’une étude aérienne de la région. L’aspect le plus inquiétant de ce comptage était le rapport entre les éléphants mâles et femelles – seuls 22 mâles ont été dénombrés sur les 277, soit un chiffre inférieur à 10 %. Le manque de mâles reproducteurs risque en effet d’avoir un impact majeur sur la stabilité et les chances de survie de cette population isolée, car sans mâles, très peu de nouveaux spécimens pourront renouveler les troupeaux. Si l’on ajoute à cela la grave sécheresse qui sévi depuis ces cinq dernières années, le nombre d’éléphants qui meurent est bien supérieur à celui des naissances.
Une étude menée par Elephant-Human Relations Aid (EHRA) en 2020 confirme cette tendance inquiétante. Dans le sud de la région de Kunene, le long de la rivière Ugab, il n’y a que très peu de femelles adultes, et encore moins de mâles adultes. Depuis 2017, trois mâles en âge de se reproduire ont été abattus – deux par le gouvernement en raison des dommages provoqués, et un comme trophée. Un autre jeune mâle de 19 ans a été abattu car considéré comme «animal à problème». Il ne reste plus qu’un seul mâle reproducteur dans le sud de la région de Kunene. Le manque de mâles reproducteurs constitue donc une préoccupation majeure pour la survie de la population d’éléphants du désert.
Pire, en raison de la sécheresse et du stress causé par l’homme, la mortalité des éléphanteaux dans la partie sud de la région de Kunene atteint le chiffre stupéfiant de 100 %. Cela signifie qu’aucun nouvel éléphant n’est venu s’ajouter à la population depuis 2014! Les informations fournies par les agriculteurs locaux, les membres de la communauté locale et les biologistes laissent entendre que la population globale pourrait désormais compter moins de 200 individus…
Faible impact pour les communautés
De récentes recherches sur le terrain révèlent que les communautés qui dépendent des bénéfices financiers de la chasse aux trophées d’éléphants ne reçoivent que très peu, voire aucun revenu financier de cette activité. En général, environ 20 % du montant total payé par un chasseur de trophée est versé à la Direction du centre de conservation concerné. À Kunene, les gestionnaires de ces centres de conservation sont censés utiliser ces fonds soit comme paiements directs aux populations locales, soit pour contribuer au financement d’écoles et de cliniques. Cependant, dans la plupart des cas, les fonds disparaissent au profit de quelques fonctionnaires corrompus.
Dans les zones d’agriculture situées en dehors des zones de protection des espèces, la situation des éléphants du désert est encore pire. Les fermiers persécutent activement les éléphants qui détruisent les clôtures et les installations d’eau. Puisque, une fois encore, ce sont les mâles solitaires qui commettent généralement ces actes, ils se retrouvent directement visés par les abattages, et le nombre de mâles s’effondre encore davantage en conséquence…
Vente d’éléphants vivants
En plus de tout ce qui précède, le gouvernement namibien a annoncé l’année dernière qu’il souhaitait capturer et éliminer environ 80 éléphants présents sur les terres agricoles de la région de Kunene. L’Objectif: vendre environ six groupes familiaux et douze mâles à des clients nationaux et internationaux afin d’en tirer un profit considérable: en effet les éléphants vivants se vendent généralement entre 20 000 et 30 000 francs suisses!
Si ce marché devait aboutir, il est quasi inévitable que la soustraction de ces 80 animaux à une population déjà éprouvée par des pertes considérables sonnerait le glas des derniers éléphants du désert de Namibie…
|Une espéce adaptée au désert

Les éléphants du désert sont différents des autres éléphants d’Afrique à plusieurs égards, bien qu’ils ne soient pas considérés génétiquement comme une espèce distincte. Ils se sont adaptés à la vie dans le désert, et ont ainsi tendance à avoir des pieds relativement plus larges que les autres. Leurs pattes sont plus longues et leur corps est plus petit que celui des autres éléphants d’Afrique. Leur régime alimentaire varie selon la période de l’année, passant des montagnes aux plaines sablonneuses en fonction de la saison et de la disponibilité en nourriture et en eau. Le fait qu’ils sont capables de marcher jusqu’à 70 kilomètres en une nuit pour trouver des points d’eau explique la grande taille de leurs pieds et la longueur de leurs jambes. Pendant la saison des pluies, ils préfèrent les bourgeons et les feuilles vertes fraîches, mais pendant la saison sèche, ils se nourrissent de plantes tolérant la sécheresse, comme l’argousier, le myrte, le mopane et l’ana. Contrairement à la plupart des autres éléphants, ces créatures uniques au monde et adaptées à la rigueur de leur environnement peuvent se passer d’eau jusqu’à trois jours d’affilée. Leurs groupes familiaux sont relativement petits et se composent généralement d’une femelle dominante, ou matriarche, et de sa progéniture ou de deux soeurs et de leurs petits. Les éléphants mâles adultes sont en principe solitaires et parcourent de plus grandes distances que les femelles. Ils ont tendance à rester près des lits de rivières asséchées où la nourriture est plus abondante.
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