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Christelle et Greg ont choisi la vie nomade. Ils ont la trentaine et sillonnent le monde en minibus avec leurs deux petits garçons. Amateurs de surf, ils s'installent la` ou`se trouvent les meilleurs spots et vivent de petits boulots. Le vent les mène jusqu'à San Tiburcio, sur la côte mexicaine, Greg s'y sent vivant lorsqu'il danse sur la crête des vagues. Mais il faut s'habituer au soleil implacable, au grondement de l'océan, aux pluies diluviennes des tropiques. Un jour, une jeune femme du village, fait irruption dans leur existence. Elle entraîne Christelle dans une relation vertigineuse qui va bouleverser la famille. Dans une langue sensuelle et luxuriante, Anne Brécart décrit le quotidien vénéneux et inexorable de ces voyageurs à la recherche d'une autre vie.
Parmi les tantes en robes légères et les cousins chamailleurs, la narratrice s'applique à être adoptée dans la maison familiale où elle débarque chaque été. Elle s'imbibe de la vieille demeure qui lui transmet ses mystères et ses non-dits. Ses ancêtres morts, leurs livres, leurs bijoux, leurs fleurs séchées dans les dictionnaires font son éducation. Tout comme l'employé kosovar qui la déshabille sur le plancher, ou le cousin François qui se tue sur la route un soir d'été. « Roman sobre et dense (.) d'une merveilleuse perspicacité », pour Jean Soublin du Monde, qui renchérit : « un texte admirable » !
"Coeurs silencieux", ou la renaissance d'une femme grâce à un ancien amour. Quarante ans après une première relation clandestine, Hanna retourne dans le pays de son adolescence, y retrouve le génie du lieu en même temps qu'elle éprouve le même trouble auprès de l'homme qu'elle avait aimé très jeune fille. La présence du lac et de la forêt, l'humidité qui envahit tout, l'odeur de la terre, la force du vent traversent le roman avec la même puissance que le désir. Le souvenir des membres de la famille qui vivaient avec elle dans la grande maison remonte avec naturel, même si les sentiments qu'elle éprouve à nouveau ne sont pas mieux acceptés par les vieilles tantes aujourd'hui qu'hier quand elle était trop jeune.
Hanna vit aux États-Unis, loin de son passé. Le temps d'un été, elle se retrouve dans la ville de son enfance et de son adolescence. Hanna ne cesse de se souvenir. Les amours frôlées, fugitives, marginales, celles qui ne sont pas faites pour vraiment compter, qui lui ont donné l'impression d'être une autre, ne cessent de remonter à la surface. À la faveur des jours de chaleur, des rues retrouvées, et de sa présence au chevet de sa mère qui meurt, la narratrice comprend mieux l'importance cruciale de ces hommes et femmes dont elle a pu être intensément amoureuse mais étaient tombés dans l'oubli. Anne Brécart continue sa réfl exion sur la mémoire et son lien avec l'identité. L'atmosphère mélancolique donne aux scènes érotiques une saveur étrange, dont la réalité n'est jamais tout à fait sûre.
Dans le Berlin des années quatre-vingt, une jeune femme qui vient de subir un avortement marche de longues heures solitaires dans la ville. Elle rencontre Javier, jeune homme étranger comme elle, dont elle apprivoise progressivement le nourrisson de quelques mois. D'une petite chose scrutatrice et calme, il devient un enfant aimé et confiant.
Entre Javier, la femme et le petit s'installe un bonheur singulier : dans un immense appartement décati mais aux hauteurs aristocratiques, au coeur de l'hiver, de grandes journées longues et vides se transforment en un véritable temps enchanté qui durera presqu'une année. L'enfant devenu adulte retrouve sa mère provisoire le temps d'un récit, le passé remonte, le souvenir travaille.
" Mon enfance est comme une étrangère en moi.
Un lieu clos qui prend de la place dans le présent mais qui reste inaccessible. À cause de toutes ces questions ouvertes, ces incertitudes. Si tu pouvais entendre mon histoire, peut-être qu'il en jaillirait du sens. Mais... ton silence me renvoie mes souvenirs, ton silence amplifie les béances et donne une forme définitive au manque. Il y a pourtant une brèche, une entaille par où suintent lentement les mots, comme une glu épaisse.
C'est difficilement qu'ils arrivent, comme s'il fallait encore lutter pour les arracher au silence. C'est aussi à cause de la peur, car l'entaille est une blessure et les mots qui me viennent sont comme le sang qui coule, le sang de tes émotions vives, celles que tu ne voulais pas livrer de peur d'être blessé, peut-être. " Récit intimiste d'une relation d'amour avortée, ce texte évoque dans toutes ses conséquences le désastre d'une absence de lien entre un père et sa fille.
Cette enfant devenue femme tente de se réconcilier avec ce passé en se rendant dans la ville où ils ont vécu : la réalité de l'adulte s'expose au souvenir qui resurgit, brut et immédiat. Les morts sont muets, le passé ne s'explique pas ni ne se change. Cet homme mystérieux qui est son père, et vers lequel l'enfant levait le regard, reste à jamais dans l'angle mort de sa conscience.