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Madame la Présidente de l'Assemblée parlementaire,
Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie,
Monsieur le Secrétaire général parlementaire
Monsieur le Conseiller fédéral,
Excellences,
Chères et chers collègues parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
C'est avec un grand plaisir que j'apporte les salutations de l'Assemblée fédérale de la Confédération suisse aux parlementaires de langue française réunis au sein de l'APF.
Les inscriptions françaises sont rares dans cet édifice : c'est ainsi qu'on peut y lire Nationalrat et Ständerat pour nos deux conseils, Waadt, Wallis, Neuenburg et Genf pour ces quatre cantons francophones ou encore Nationalratspräsidentin au-dessus du bureau que j'occupe pendant mon année présidentielle. Malgré tout, les Suissesses et les Suisses de langue française ne se sentent pas seulement locataires mais également propriétaires de ces lieux. Chères et chers collègues, considérez-vous donc chez vous ici, au Palais fédéral à Berne !
Tel un arbre, la Francophonie a planté ses racines en Europe avant d'étirer ses branches, d'abord en Afrique et en Amérique du Nord, puis sur les cinq continents. Elle est composée de nombreuses essences et elle puise sa vitalité dans la richesse de ce métissage culturel. Et, comme l'a si bien exprimé l'écrivaine canadienne Antonine Maillet à propos de la francophonie, " un arbre est plus qu'un arbre : il est tronc, racines, sève, feuilles, fruits, vent dans les branches d'où s'échappent les oiseaux du ciel ".
Le français a longtemps joui d'une position éminente. N'était-ce pas la langue diplomatique ? On sait que l'ascension politique et économique des Etats-Unis, conjuguée à l'existence d'un vaste monde anglophone issu de l'empire britannique, fut la cause d'une expansion de la langue anglaise qui constitue une menace pour la position du français dans le monde.
Sachant qu'une langue est toujours plus qu'un moyen de communication, qu'elle est aussi le support d'une culture et d'une âme, nous devons veiller à la défense du français face à cette menace anglophone, non par goût de la bataille ou par souci de victoire, non par volonté expansionniste, mais pour préserver l'expression de nos cultures et de nos âmes, pour entendre " le vent dans les branches " et " les oiseaux du ciel ". Pour cela, il nous faut accepter que cette langue doive s'adapter à l'évolution du monde : les innovations technologiques tout comme les changements dans la répartition des rôles entre hommes et femmes requièrent une adaptation du français à ces nouvelles donnes. Pour rester vivante, une langue ne peut se satisfaire des règles et des usages en vigueur un ou deux siècles auparavant, elle doit montrer sa capacité au changement, condition sine qua non de la vie sous toutes ses formes.
Ce qui est remarquable dans l'histoire de la francophonie c'est que la prise de conscience du recul du français, doublée d'une volonté politique de le défendre, fut affirmée avant tout par des personnalités politiques d'outre-mer comme Léopold Sedar Senghor, l'inoubliable poète-président du Sénégal, décédé en décembre dernier, le roi du Cambodge Norodom Sihanouk, le Libanais Charles Hélou, qui fut président de notre Assemblée ou, plus tard, René Lévesque, premier ministre québécois, parmi tant d'autres que je ne citerai pas, en espérant que vous ne m'en tiendrez pas rigueur. Les dirigeants de tous ces pays qui ont la langue française en partage sentaient qu'ils avaient aussi des intérêts politiques, économiques et culturels en commun. L'AIPLF, devenue APF, fut la première institution politique francophone à voir le jour voici 35 ans.
C'est assurément grâce à la Francophonie que nous avons le plaisir de constater que le français est en progression puisque le nombre de francophones réels a progressé de 8 % en dix ans. TV 5, fruit de notre action volontariste, est certainement un puissant vecteur de la présence francophone dans le monde puisqu'elle est regardée par 600 millions de personnes dans les cinq continents.
Le français est une langue de la découverte de l'autre. La Suisse s'honore d'ajouter à une liste prestigieuse comportant les noms de François Villon, Victor Hugo, André Malraux, Marguerite Yourcenar et Tahar Ben Jelloun, ceux de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, du Vaudois Charles-Ferdinand Ramuz, du Neuchâtelois Blaise Cendrars ou de la Valaisanne Corina Bille. Toutes et tous auraient pu écrire comme Albert Camus : " Ma patrie, c'est la langue française !".
Cependant, la réunion des peuples ici représentés n'a de sens que si elle contribue à réduire l'écart dramatique entre le nord et le sud de notre planète. Le devoir des responsables du XXIe siècle est de vaincre les fléaux de la faim et de la maladie. A nous les parlementaires de donner les impulsions nécessaires qui feront agir les gouvernements !
A cet égard, le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) est un instrument qui doit matérialiser la détermination des Africains à prendre en main le développement de leur continent de manière endogène, concertée et globale. Comme le président sénégalais l'a écrit récemment, ce partenariat a pour but, grâce à des investissements massifs dans des projets de structures fondamentales et de développement humain, de résorber à terme les gigantesques fossés qui séparent l'Afrique du monde développé en vue de sa participation pleine et entière à la production mondiale et au commerce international. Comme M. Abdoulaye Wade l'a dit à juste titre : la raison refuse de considérer comme irrémédiablement condamné un continent qui dispose de ressources humaines et naturelles considérables.
L'autre défi d'importance est celui de la lutte contre le Sida. Les proportions que prend cette pandémie rendent intenable autant qu'insoutenable la politique de l'autruche. Si l'indifférence a longtemps été la règle des institutions internationales et, surtout, des bailleurs de fonds, l'heure est venue des déclarations de guerre et des appels à la mobilisation générale mais surtout, surtout, de l'action. Il faut sortir les opinions occidentales de leur apparente insouciance face aux 50 millions de personnes infectées par le VIH et aux 20 millions qui en sont mortes, laissant tant d'orphelins et de place de travail inoccupées, contribuant à péjorer une situation économique déjà très problématique. C'est l'avenir de tout un continent qui est ici en jeu, donc, forcément celui de la planète tout entière.
Les droits de la personne humaine sont également un aspect central de notre action et l'OIF comme l'APF agissent pour la promotion et l'effectivité de ces droits dans l'espace francophone. A ce titre, nous ne pouvons que nous réjouir de la mise en route, ces jours, de la Cour pénale internationale. La démocratie est également une valeur commune de nos pays et il m'est particulièrement agréable de saluer l'adoption de la déclaration de Bamako qui marque un tournant dans l'engagement de la francophonie en faveur de la démocratie. Francophonie et démocratie sont indissociables.
En observant l'évolution de la situation ces dernières années, on peut constater que certains pays ont connu une alternance exemplaire tandis que d'autres ont vu s'affronter des candidats longtemps après la fermeture des bureaux de vote, ceci alors que le suffrage universel les avait départagés. Nous devons être là pour dire et redire l'importance et les conditions de la démocratie mais gardons-nous toutefois de tout jugement trop sévère à l'encontre de ceux qui cherchent leur voie ou qui tâtonnent encore. Les Etats européens comme les provinces canadiennes ont également mis du temps à se doter d'institutions toujours perfectibles et n'ont de leçons à donner à personne.
La mondialisation est certes une promesse d'échanges et de richesses accrues. Mais elle ne doit pas signifier une dissolution dans un magma uniforme. Les valeurs de chaque pays doivent pouvoir s'exprimer pleinement. L'uniformisation alimente le repli identitaire et est source de dangers. L'homme ou la femme ne peut être réduit à son seul rôle dans le processus de production ou de reproduction. C'est pourquoi il importe que les biens culturels ne soient pas considérés comme des marchandises. La culture ne peut s'épanouir que dans la rencontre des différences. Placée au carrefour de trois grandes cultures européennes, la Suisse en est particulièrement consciente.
Mesdames et Messieurs,
La Confédération suisse a deux ministres de la science et de la recherche, chaque canton a son ministre de l'éducation et nous possédons donc en Suisse pas moins de vingt-sept ministres de l'éducation. Reconnaissant l'importance de l'éducation pour transmettre aux générations futures tant le souci de la démocratie que celui de la solidarité, tant la pratique d'une langue vivante que la connaissance des droits de la personne humaine, nous avons la chance d'avoir parmi nous aujourd'hui l'un de ces ministres, celui du canton de Neuchâtel, M. Thierry Béguin, ancien président de la délégation suisse auprès de l'Assemblée parlementaire, que je salue et auquel j'emprunte cette citation en la transposant à mon cas. Elle exprime mieux que tout autre discours la situation des Suissesses et des Suisses de langue française : " Je suis charnellement Genevoise, culturellement Française, spirituellement Européenne et politiquement Suissesse ".
Chères déléguées, chers délégués, soyez toutes et tous très cordialement les bienvenus à Berne.
Je souhaite que les travaux de la 28e session de l'APF soient couronnés de succès.