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ArtBasel ouvre ses portes dans quelques jours. C'est l'occasion de partir à la rencontre de l'artiste Matt Mullican, un des artistes qui sera l'un des points forts d'Unlimited avec son oeuvre imposante "Two into One becomes Three" (2011), une œuvre de 22 x 7 mètres, présentée par les galeries Klosterfelde (Berlin) et Mai 36 Galerie (Zurich).
Artiste californien, Matt Mullican développe un système de signes dont certains sont le produit de son imagination, d'autres sont des pictogrammes du monde moderne (aéroports, supermarchés, autoroutes) ou encore de civilisations archaïques. L'interprétation de ces pictogrammes varie en fonction du support, du format et du contexte : un signe n'est pas perçu de la même façon s'il se trouve gravé dans le marbre, peint sur un vitrail, sérigraphié sur un drapeau ou un bouton; les symboles voisins et les couleurs environnantes lui confèrent une portée spécifique; les juxtapositions, superpositions, classifications, réseaux, les jeux de transparence et d'ubiquité multiplient les interconnections et complexifient l'interprétation.
Dans ses installations, peintures murales, reliefs, sculptures/objets ou interventions dans l'architecture, Matt Mullican élabore ainsi un système de signes et de couleurs codifiés, constituant un monde parallèle cohérent, une "cosmologie" qui prend en compte les aspects les plus divers des productions humaines et qu'il distingue en 5 niveaux, représentés par des couleurs et des signes différents: réalité matérielle (symbolisée par la couleur verte), inconscient (le bleu), langage (le noir), arts et sciences (le jaune), valeurs spirituelles (le rouge)… C'est ainsi un véritable langage graphique qui en résulte basé sur des chartes colorées et autres modes cartographiques d’expression, que l’artiste traite dans des panneaux et installations de taille importante.
"Matt Mullican n'est ni urbaniste, ni architecte de l'impossible. Pas plus qu'il n'est designer, graphiste ou linguiste du temps présent. Il occupe tour à tour ces différentes fonctions pour les actionner au sein d'une logique personnelle qui ne place pas pour autant la subjectivité créatrice en haut de l'échelle. Pas plus philosophe qu'artiste roi, Matt Mullican ne règne sur aucun empire de signes. A l'inverse, il destitue tout surplomb, toute vue transcendante, pour mettre en circulation, à la surface de son symbolisme minimal, les modèles sociaux de notre conscience du monde " (Olivier Zahm).
Il réorganise le monde selon les champs de connaissance et d'action, s'interrogeant sur les structures et les interactions sociales, sur les contextes de lecture et les modes d'appréhension du réel. L'artiste endosse tour à tour le rôle d'ethnologue, psychanalyste, linguiste, philosophe, architecte, urbaniste, voire grand prêtre d'une civilisation virtuelle proche de la nôtre. Le spectateur, quant à lui, devient explorateur, déchiffreur, interprète…
Matt Mullican a travaillé longtemps sur l’hypnose, commençant en 1973 avec un travail personnel de projection suggestive dans des images en silhouette, les "Stick Figure Drawings". Puis il crée un "double" graphique, tout d’abord, du nom de Glenn, le premier support d’un imaginaire mimétique, activé au moyen de techniques de transe. C’est à la Kitchen de New York que l’artiste réalise pour la première fois une séance publique d’hypnose sur trois volontaires, ouvrant un espace d’investigation expérimental pour la performance comme événement théâtral unique. Par la suite, dès 1978, il entreprend de limiter à sa seule personne l’exploration d’états modifiés de conscience qui, lors de performances publiques, conduisent à l’apparition de personnages multiples en parallèle de son travail sur les signes et pictogrammes. Matt Mullican contine son travail hypnotique, depuis quelques années, en suivant d'autres voies avec des alternances entre immersion et distance, dedans et dehors.