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QUARTIER (gentrification, démocratie, etc)
Le quartier, essai de définition
Étymologiquement, portion d’un tout divisé en quatre parties (quartier de pomme). En fait, portion assez quelconque de l’espace […] ; le mot est étendu à toutes sortes de divisions : quartier de brie, quartier d’orange, et même bloc détaché d’un tout mal défini (quartier de roche) » [Brunet, Ferras et Théry, 1992, p. 411]. C’est ainsi que les auteurs du dictionnaire Les Mots de la géographie amorcent une sorte de non-définition du quartier, sans utilité en géographie urbaine. Le quartier n’est donc pas une réalité géographique mais un morceau d’espace ubiquiste, sans échelle, ni lieu propre.
Il ne prend sens, tout à la fois échelle et objet dans la géographie urbaine, qu’à la fin des années 1970, dans le contexte d’un renouvellement des problématiques et des méthodes de la géographie, au moment où la pertinence de la notion de quartier est contestée dans l’ensemble des sciences sociales. Se saisir du quartier en géographe devient donc un enjeu dans le positionnement de cette discipline au sein des sciences sociales. Il s’agit donc de s’interroger sur la spécificité et l’originalité d’une approche spatiale du quartier.
La vie dans les quartiers : un projet de société
« Cités », « banlieues », « quartiers populaires », « zones sensibles », etc. Ces territoires que l'on ne sait plus nommer ont subi bien des transformations depuis trente ans : paupérisation, ségrégation urbaine et ethnique, expansion des économies souterraines, durcissement des rapports avec les institutions. Le repli identitaire et les explosions de violence viennent régulièrement révéler les limites de l'action publique.
Mais derrière l'accumulation de problèmes émergent des dynamiques singulières et des acteurs aspirant à davantage de reconnaissance. Comment sortir de l'impasse actuelle ? Ne faut-il pas inventer une « politique des banlieues » s'appuyant sur la force des quartiers, sur la jeunesse et le dynamisme des acteurs ? Comment réinsérer les cités dans un projet de société digne de ce nom ?
Dans un article publié en 2006, la sociologue Stéphanie Vermeersch analysait comment la classe moyenne s’aidait des associations pour se valoriser dans une idéologie de la « mixité sociale » et aller à la rencontre des quartiers populaires et des autres classes sociales. Créer des socialités interculturelles, interclassistes et diversifiées, en plus d’être aujourd’hui une recommandation systématique de tous les appels à projets, est devenu le motif récurrent de toutes les luttes associatives. Vermeersch, non contente de souligner que – paradoxalement – ces populations gentrificatrices (les travailleurs et bénévoles des associations) cultivent souvent un certain esprit d’entre-soi, montrait combien l’« exotisme » de ces quartiers populaires était fantasmé : « cosmopolitisme », « diversité », « authenticité » sont devenus les mots clés d’une doxa très caractéristique de cette « classe d’alternative » associative. Or, qui forme cette classe ? « Il s’agit largement de membres des couches moyennes et supérieures, dotés d’un niveau culturel élevé, de formation universitaire, exerçant des professions liées aux milieux intellectuels, à l’enseignement, à l’animation, au travail social et à la santé… La mixité est-elle donc le reflet du désir des classes populaires, ou bien l’univers fantasmé des classes moyennes qui travaillent dans ces quartiers populaires ?
Compte tenu de ce fait observable et expérimentable dans les associations comme ailleurs, n’y a-t-il pas lieu d’interroger de façon critique ces injonctions sans cesse réitérées par les pouvoirs publics : « créez de la mixité ! », « faites se rencontrer des publics qui ne se rencontrent pas d’habitude ! », « ayez de la diversité dans vos publics ! », autant de déclinaisons de cette même idéologie que nous évoquions ci-dessus ? Précisément, derrière un aspect « positif » et « émancipatoire » de la diversité, ne se cache-t-il pas une énième oppression de l’idéologie dominante où, pour chaque denier public investi, on aimerait voir autant de personnes minoritaires rejoindre la norme sociale et bourgeoise où « mixité » et « diversité » forment l’alpha et l’oméga de l’intégration ? Sans porter de réponses hâtives à cette problématique, la question mérite certainement d’être posée. En particulier dans le contexte de l’éducation permanente, dont – rappelons-le – les objectifs visent l’émancipation et l’esprit critique des personnes, non leur normalisation dans un cadre idéologique, fut-il cosmopolite et empreint de mixité.
« mixifier » revient souvent à gentrifier, c’est à dire amener d’autorité des personnes plus aisées dans les quartiers pauvres, en supposant que leurs habitants d’origine n’ont pas les capacités à déterminer par eux-mêmes la forme de mixité qui leur convient.
Quelle mixité ?
Une première piste pourrait être celle d’une promotion de la mixité qui soit, non plus requise et formulée comme un objectif à atteindre, mais simplement valorisante de celle qui, en acte et en l’état, existe déjà dans tous les quartiers. Par-delà l’ethnocentrisme nourri de stéréotypes qui fait de tout quartier populaire une masse indistincte de « cultures minoritaires », il s’agit de prendre acte de la diversité intrinsèque qui s’y déploie : multiplicité culturelle, diversité des modes de vies et d’habiter, superpositions de pratiques sociales différentes et de secteurs professionnels, variété des modes d’appropriation du patrimoine culturel en sont les dimensions effectives auxquelles ne manque, comme telles, aucune mixité supplémentaire. Un travail associatif dans ce contexte pourrait, alors, être celui d’une prise de conscience de cette diversité, celui d’une appropriation de l’impact significatif qu’ont toutes ces cultures et pratiques dans le tissu urbain et ses singularités. Dans cette perspective, il s’agirait de s’approprier de façon critique les dynamiques socio-culturelles en jeu dans notre environnement proche afin de mesurer combien nous y avons, qui que nous soyons, de puissance d’agir.
Un exemple de transformation d’un quartier et une association
Les services de l’État travaillent aussi sur la transformation du secteur entre les routes des Acacias et des Jeunes. Plus de 2500 appartements y sont prévus à terme, ainsi qu’une école et des activités. Les travaux devraient démarrer côté route des Jeunes, avec notamment un grand parking centralisé d’un millier de places. L’image de ce futur quartier sera rendue publique d’ici à l’été. L’Association pour l’animation des Acacias s’inquiète de cette forte densité. Pour défendre la réalisation d’une place publique digne de ce nom, Pascal Thurnherr rappelle le rôle important joué par l’actuel parc des Acacias. Et pas seulement pour les grillades collectives estivales. Outre le fameux vide-greniers de La ville est à vous, qui envahit parfois les Acacias, diverses animations sont prévues tout au long de l’année.
La Maison de quartier est aussi un lieu central pour rapprocher les riverains. De la mi- janvier à Pâques, des plats du jour cuisinés par des habitants du quartier rassemblent. Intitulée Quartiers d’hiver, cette activité dépasse le seul aspect culinaire. «On valorise la culture et les compétences des chefs qui préparent des spécialités de leurs pays. Un véritable tour du monde en passant du ceviche au poulet africain et à la fondue», estime Pascal Thurnherr.
«En tissant des relations de proximité, on espère briser l’anonymat urbain. En plus, vivre dans un quartier convivial renforce la sécurité, plaide-t-il. En s’appropriant son environnement direct, en parlant avec ses voisins, on devient plus solidaire et on se sent nettement moins en danger.»
Christian Johr a été responsable des UAC (Unités d’Action Communautaire). Il nous fait part de son expérience de terrain :
La Ville de Genève en 2004 a souhaité créer des unités d’action communautaire, les UAC. L’objectif était de créer des équipes de quartier qui travaillaient sur le « pouvoir d’agir » des gens. On retrouve ceci dans l’animation socioculturelle, mais là c’était poussé le plus loin possible en disant : on ne produit rien du tout, on ne met pas en scène les choses, si ce n’est d’accompagner des personnes qui pourraient en avoir besoin. On peut percevoir par un « espèce d’état de veille » et de se dire : tiens, dans cette région-là, dans cet immeuble-là, il y a un problème qui est émergent. Le concierge nous l’a dit. Donc, après, nous analysons la situation et faisons en sorte que les gens qui sont acteurs de la situation puissent eux-mêmes résoudre la question. C’est une approche assez fine de connaissance du quartier et des personnes–relais (des concierges, cafetiers, commerçants et enseignants) pour déceler les problèmes à de petites échelles. On n’est plus sur des échelles de quartier, mais bien sur des micro-territoires, c’est une connaissance souvent très fine d’un immeuble, d’une cour, d’un préau, dans lesquels il peut y avoir des conflits de voisinage, des immeubles abritant une majorité de personnes âgées, avec des isolements en train de se jouer
Yann Boggio actuel secrétaire général de la FASe, s’interroge sur les nouvelles maisons de quartier et les nouveaux enjeux sociétaux :
Je pense qu’un quartier a besoin d’une « Maison du peuple » qui peut être habitée par tout un chacun. Une des vraies questions qui se pose aujourd’hui en termes de vitalité associative, est de savoir qui représente les intérêts du quartier. Quand on a un comité qui a trois, quatre, ou cinq membres qui sont les mêmes depuis trente-cinq ans, ça pose beaucoup de questions... Est-ce qu’ils sont encore représentatifs du quartier ? Moi, je n’en suis pas vraiment persuadé. Je pense qu’il faut qu’on réfléchisse à ce que signifie la Maison de quartier de demain et comment on peut assurer une gouvernance de Maison de quartier de manière à ce que toutes les populations et communautés présentes dans un quartier soient représentées et parties prenantes. Et on réfléchit à des modèles de Maison de quartier qui pourraient être gérées par un collectif d’associations, pourquoi pas l’envisager pour demain ?
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