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La Suisse est l’un des pays les plus prospères du monde, et ceci ne date pas d’hier. Certes, dans l’histoire, de nombreuses régions du pays ont été pauvres, et l’émigration économique vers des horizons plus favorables a parfois été importante. Mais les villes principales formant la Suisse d’aujourd’hui – Bâle, Zurich, Berne, Genève – sont riches depuis longtemps. La prospérité de la Suisse s’est fortement accélérée au début du 20e siècle ; à l’aube de la Première Guerre mondiale, la croissance du pays était l’une des plus fortes en comparaison internationale. Ce mouvement a duré jusqu’à la fin des Trente Glorieuses, avant une période de stagnation dès les années 1980-1990. Il fallut un vigoureux programme de réformes internes, ainsi que l’accès au marché de l’UE garanti sous forme des Accords bilatéraux, pour que la croissance reprenne. Le premier Livre blanc (édité en 1995 par David de Pury et d’autres auteurs) incarnait le besoin de nouvelles politiques pour relancer la croissance dans le pays. Fortement critiqué à sa sortie, le programme de réformes proposé dans ce document fut pourtant très largement réalisé dans les années qui suivirent. Ce premier livre blanc fut quelque part le précurseur du think tank Avenir Suisse, fondé peu après pour influencer de manière pérenne l’évolution des politiques publiques, en défendant de valeurs libérales.
La Suisse vit actuellement une période de prospérité à haut niveau, mais voit son avance sur d’autres pays s’effriter. Le taux de productivité du travail est faible, et la légère croissance économique repose sur une utilisation toujours plus extensive, mais pas toujours plus efficiente, des ressources (capital, travail, sol). La relation avec l’UE, principal partenaire politique et économique de la Confédération helvétique, s’est essoufflée : en l’absence d’accord-cadre exigé par l’UE, pas de nouveaux accords sectoriels d’accès au marché intérieur pour les exportateurs suisses. A l’interne, la libre circulation des personnes avec l’UE cristallise les critiques, jusqu’à une prochaine votation sur son maintien (ou non).
Dans ce contexte, Avenir Suisse a remis l’ouvrage sur le métier avec un nouveau Livre blanc Suisse. Cette fois-ci, pas de programme ou de plans d’actions élaborés, mais une analyse comparative de scénarios – forcément simplifiés – décrivant ce que la Suisse pourrait devenir d’ici à 2030, selon les choix politiques essentiels qu’elle fera. Les scénarios (visibles en cliquant ci-dessous) ont été comparés selon deux critères principaux : le degré d’autonomie (ou de souveraineté formelle) du pays d’une part, le degré d’ouverture aux marchés économiques d’autre part.
Avenir Suisse constate que les scénarios combinant large ouverture aux marchés et intégration partielle dans un espace supranational (principalement l’UE) sont les mieux à même de maintenir ou développer la prospérité actuelle du pays (besoin d’exportations et de main-d’œuvre qualifiée). Le scénario « Partenariat solide » décrit une Suisse ayant conclu un Accord faîtier cadrant l’évolution des Bilatérales avec l’UE (c’est grosso modo la voie choisie par le Conseil fédéral). Dans le scénario « Normalité européenne », classé juste en dessous du point de vue de l’impact économique positif, la Suisse aurait adhéré à l’UE et abandonné le franc pour l’euro ; au prix, évidemment, d’une perte d’autonomie de décision politique, mais au gain d’une participation aux décisions de l’UE elle-même. Les scénarios d’adhésion à l’UE peuvent et doivent être contestés, mais il était important de les décrire et de les analyser le plus objectivement possible, sans s’interdire la réflexion sur ce qui semble encore une discussion impossible, un tabou politique.
La Suisse n’est pas un pays visionnaire, mais a su constamment s’adapter. Il est grand temps que le pays – c’est-à-dire vous et moi, les citoyens votants – choisisse comment il veut s’adapter aux réalités de notre temps.
Cet article a été publié le 5 juin dans l’Agefi.