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Lectrice passionnée et amoureuse de la langue, Irma Blank est née à Celle, en Allemagne en 1934. Lorsqu’elle part s’établir en Sicile en 1955 avec son mari italien, l’expérience du déracinement (tant sur le plan géographique que linguistique) fonde aussi son travail artistique. La découverte qu’il « n’existe pas de mot juste » influence ainsi sa première série d'œuvres abstraites à la fin des années 1960, intitulée Eigenschriften (« auto-écritures »). Prenant appui sur le processus d’écriture même, la série tente de capturer l’expérience de l’autoréflexion à travers une intense concentration.
Ce premier travail, intime, qui se déploie sur d’innombrables pages, mène l’artiste aux Trascrizioni, où elle copie l’apparence du texte, plutôt que ses lettres, mots ou phrases. Arrivée à Milan en 1973, où elle vit encore aujourd’hui, sa pratique s’ouvre sur le monde par la transposition de pages imprimées. Reportant la typologie de différents blocs de texte trouvés dans des journaux ou des ouvrages de poésie, Irma Blank découvre l’enjeu principal de tout son œuvre : délier les mots de leur signification pour en établir la présence et la chorégraphie propre.
Elle tente, à travers son œuvre, d’établir une forme « d’écriture universelle » qui libérerait le langage du sens. Les tracés vident les mots de leur fonction et créent une forme de transmission universelle de l’acte d’écriture.
L’exposition offre un parcours des premières aux dernières séries d’œuvres de l’artiste, et se conclut par les Global Writings (2000-2016) et Gehen (2016-présent). Pour cette dernière série, l’artiste, droitière, a dû apprendre à utiliser la main gauche suite à d’importants problèmes de santé. L’expérience, menée au rythme d’une chorégraphie ralentie, lui permet de redécouvrir comment la danse de la ligne prend son départ dans le corps de l’écrivant. La série des Global Writings plonge dans la matière des lettres et du texte, notamment en remplaçant les phonèmes par la séquence de signes qui forme le cœur du langage inventé par Irma Blank (« hdjt ljr ») et en articulant répétition et rythme.
Comme beaucoup d’artistes femmes de sa génération, Irma Blank a dû attendre longtemps la reconnaissance de son travail, qui reçoit désormais l’attention qu’il mérite.
L’exposition, organisée par Johana Carrier et Joana P. R. Neves, est réalisée en collaboration avec Culturgest, Lisbonne ; CAPC, Bordeaux ; CCA, Tel Aviv ; ICA, Milan ; le Museo Villa Dei Cedri, Bellinzona ; et BombasGens Centre d'Art, Valencia
L'exposition a reçu le soutien de Q-International, Fondazione La Quadriennale di Roma