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Bonjour,
Nous vous proposons l’article publié dans notre Lettre d’information de mars 2020 qui décrit l’histoire de l’Abbaye de Hauterive. Jean-Denis Chavaillaz en est l’auteur.
|L’abbaye d’Hauterive (Altenryf en allemand) a été le couvent le plus important situé sur le territoire actuel du canton de Fribourg. On ne peut cependant évoquer la fondation de l’abbaye cistercienne d’Hauterive sans parler de la famille des sires de Glâne dont un des descendant, par ailleurs dernier de la lignée, est à l’origine de la fondation de l’abbaye. Sire Guillaume de Glâne (Guillelmus ou Willelmus de Glana), fils de Pierre de Glâne. Il est dès lors justifié de s’attarder un tant soit peu sur cette famille.|
Son origine est incertaine. Il est cependant plausible qu’elle soit originaire de Bourgogne. Parmi les chevaliers au service du comte de Bourgogne figurait, en effet, un nommé Ulrich qui épousa une dame du pays de Glâne. En remerciement de ses services, Ulrich reçu de Guillaume II de Bourgogne la seigneurie d’Arconciel-Illens qui comprenait notamment les terres d’Onnens, d’Ecuvillens, de Prez et …. des Faverges de St-Saphorin. Ulrich eut deux fils, Pierre et Philippe, tous deux massacrés avec Guillaume III de Bourgogne dans l’Abbatiale de Payerne en 1127.
Après le massacre de son père et de son oncle (ou peut-être de son frère), Guillaume de Glâne décide d’entrer dans les ordres. Il n’est pas marié et n’a pas d’enfant. Il aurait fait démolir le manoir en ruine de ses ancêtres et utilisé les matériaux pour la construction de l’abbaye d’Hauterive en 1138. Il y vécu comme simple frère convers jusqu’à sa mort, le 11 février 1143 et fut enseveli dans le chœur de l’église de son abbaye.
On ne sait pas précisément si le manoir ou le château en question était situé à l’emplacement du vieux château d’Ecuvillens, au lieu-dit la Vuerda, ou sur un promontoire situé au confluent de la Sarine et de la Glâne, sur l’ancienne commune de Posieux (FR) comme le laisse supposé cet extrait de plan datant de 1855 et qui y situe le Château du fondateur. Ce site est signalé comme site archéologique depuis 1861. On mentionne la présence, sur le sommet du promontoire, d’un rempart et de gros blocs taillés de pierre calcaire, attribués aux époques romaine et médiévale.
En raison du peu de document d’époque évoquant l’emplacement précis du château, l’énigme reste entière. Cependant, il est avéré que Guillaume de Glâne possédait un château et qu’il l’a cédé, ainsi qu’une grande partie de ces terres, à l’abbaye d’Hauterive. Les inscriptions dans le livre des donations d’Hauterive (Liber donationum Altaeripae) sont, sur ce point, assez claires. L’auteur de ces lignes est cependant de l’avis que les ruines du château au lieu-dit La Vuerda sont bien celles de la demeure des sires de Glâne. Il est en effet peu probable que cette imposante construction ait appartenu à la petite noblesse établie à cette époque à Ecuvillens et dont les possessions ne s’étendaient guère au-delà de la paroisse.
L’abbaye d’Hauterive à travers les âges
Guillaume de Glâne a donc fondé l’abbaye d’Hauterive en 1138 en cédant ses biens à Guy de Maligny, évêque de Lausanne et à Gérard, abbé de Cherlieu (Bourgogne), de l’ordre de Citeaux qui s’installe avec 12 moines. Ils choisissent ce fond de vallée oû coule une eau abondante et ou le silence et la paix sont propices à la construction d’une maison vouée à la prière. Comme déjà mentionné, Guillaume de Glâne les rejoint pour y passer le reste de sa vie.
Les moines défrichent le fond de la vallée et aux baraquements de bois construits initialement sur l’emplacement de l’actuel bâtiment St. Loup, succèdent, vers 1160, de nouveaux bâtiments sur l’emplacement actuel. Très rapidement le monastère se développe, grâce aux dons des seigneurs voisins dont ont voit encore quelques-unes des tombes dans le cloître et l’église.
Le révérend père Justin Gumy a rassemblé dans un ouvrage d’une qualité exceptionnelle publié en 1923 (le Regeste de l’abbaye de Hauterive) de nombreux documents historiques couvrant la période de 1138 (fondation) à 1449. En le parcourant, on en apprend beaucoup sur les gens vivant dans la région. Il sont notamment cités comme témoins lors de diverses donations. En voici un extrait :
1138, 25 février. Hauterive
Guilelmus seigneur de Glâne donne, en présence de Guido évêque de Lausanne, à Dieu et à l’église de Hauterive les Faverges de St-Saphorin. Il fait ce don avec d’autres encore, à Hauterive, le jour de la dédicace de la première église. Témoins : Giroldus doyen de Belfo, Petrus de Escuvilens et Johannes de Orsenens prêtres, Guilencus de Cortiun, Guiberts de Chenens, Cono de la Porte de Glâne, Ulricus de Nuruos et Jorans son fils, Cono de Favernie.
Cet extrait nous apprend ainsi que la paroisse d’Ecuvillens existait déjà à cette époque et que le dénommé Petrus en était le prêtre.
A la fin du 12ème siècle, le couvent de Hauterive comptait pas moins de 35 religieux. Il est devenu, grâce au travail d’avant-garde des moines, un centre important pour le développement de toute la région. En procédant au défrichement des forêts, à l’assèchement de marais, à la création d’exploitations agricoles et viticoles (notamment les Faverges). Ils disposaient de leurs propres moulins, forge et tannerie. Ainsi, les moines cisterciens, par leur savoir-faire tant manuel qu’intellectuel, exercèrent une influence certaine, mais aussi bienveillante, sur les fribourgeois dans tous les domaines et l’on peut affirmer que les 12ème et 13ème siècle furent l’âge d’or de Hauterive.
Mais Hauterive ne fut pas épargné par les épreuves. Ainsi, l’abbaye connut plussieurs incendies qui l’ont partiellement détruite. Les écrits nous rapportent ceux du 7 juillet 1578, de 1707 et 1884. En 1715 ce fut la ferme de Grangeneuve qui devint la proie des flammes. A chaque fois, l’abbaye s’est relevée de ses cendres et a été reconstruite à l’identique.
L’abbaye a aussi été victime de pillages (en 1386 et 1448 par les bernois) et les droits d’avouerie (protection et représentation juridique d’une institution ecclésiastique) furent exercés successivement par les comtes de Neuchâtel, par Guillaume d’Aarberg puis par Louis de Savoie et, dès 1455, par le gouvernement de Fribourg.
En 1848, coup de tonnerre en pays fribourgeois : Conséquence de la guerre du Sonderbund et de la défaite fribourgeoise, alors que 17 religieux occupent les lieux, le nouveau régime radical décide la suppression de l’abbaye, ceci en s’appuyant sur la nouvelle constitution cantonale et convaincu que toute l’agitation vient d’Hauterive. En exécution de l’arrêté du Conseil du 31 mars 1848, quatre gendarmes se présentent à la porte de l’Abbaye. Ils viennent s’assurer que les moines quittent effectivement leur monastère à la date prescrite. Contrairement au sort subi par d’autres abbayes (Cluny, Citeaux, Frienisberg, etc.), les révolutionnaires ont respecté l’intégrité des bâtiments.
En 1859, alors que le projet de vente de l’abbaye n’a pas abouti, l’école normale des instituteurs s’installe dans les locaux vides. Elle y restera jusqu’en 1940 A noter qu’un illustre professeur de chant et de musique y a œuvré quelques années : l’abbé Bovet.
En 1939, un groupe de 10 moines de Mehrerau (Suisse-allemande) occupe les locaux de l’abbaye qui leur sert de maison d’études puis de prieuré. En 1966, le Conseil d’Etat crée la Fondation d’Hauterive et la dota de biens-fonds agricoles et forestiers.
En 1973, le peuple Suisse à décider la suppression des articles de la Constitution fédérale interdisant la fondation et la restauration de monastères. Suite à la demande formulée par less moines de Mehrerau, le Pape a reconnait, par décision du 18 septembre 1973, la restauration canonique de l’abbaye d’Hauterive et autorisé que le supérieur de la Congrégation soit promu au rang d’Abbé régulier. Depuis, la communauté de l’abbaye d’Hauterive s’est lentement développée et le monastère est à nouveau ce centre de vie monastique et liturgique voulu par ses fondateurs en 1138.
Sources bibliographiques
Révérend père Justin Gumy, Regeste de l’abbaye d’Hauterive
Romain Pittet, l’abbaye d’Hauterive au moyen âge
Mgr. Johann Peter Kirsch, Hauterive, l’église et l’abbaye
M. Charles Pilloud, les années tristes d’Hauterive