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Une femme qui se coupe ou se récure les ongles des pieds, une autre qui se remaquille, un homme mangeant une cuisse de poulet. Des attitudes qui contrastent avec leurs vêtements, robes de soirée pour elles, costume pour lui. Habits qui semblent portés depuis des jours et ressemblent désormais à des fripes qu'on n'utilise que pour se recouvrir. Derrière ces trois personnages aux actions indifférentes l'une à l'autre et à l'intimité relâchée, on devine d'autres personnes, et on remarque surtout que l'intérieur où ils se trouvent a l'air cossu, riche, bourgeois. Le contraste avec ce que raconte l'image est d'autant plus saisissant. Aucune de ces actions ne paraît correspondre au contexte général. Ce plan est l'un des plus célèbres de L'Ange exterminateur de Luis Buñuel (1962), qui met en scène des invités d'une réception de l'aristocratie mexicaine confrontés à une situation aussi extrême que surréaliste. L'absurdité de la trame se combine à une critique d'une virulence extraordinaire de la conformité bourgeoise et de la déchéance d'une classe sociale dont le vernis des apparences éclate et se dégrade en quelques heures. Coincés dans un piège dont ils ignorent l'origine et les ressorts, les personnages de L'Ange exterminateur deviennent les héros barbares de leur propre destin, les figures emblématiques d'une société dont les repères n'existent plus et dont le seul salut réside dans la pure animalité. Pour son cycle d'hiver, intitulé "Antibourgeois", le Ciné club universitaire ne pouvait rêver meilleur titre pour sa soirée inaugurale. L'un des - sinon le - meilleur film de Buñuel, L'Ange exterminateur est un chef d'oeuvre absolu.
L'Ange exterminateur sera projeté le lundi 28 septembre à 20 heures à l'auditorium Arditi dans le cadre du cycle "Antibourgeois" du Ciné club universitaire.