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"Souvenirs d'octobre" - 1 -
Watkins Glen (USA), le 4 octobre 1964 : la délivrance…
Dans cette série de « Highlights » dédiée à Jo Siffert, nous avons déjà évoqué son remarquable parcours réalisé aux Etats-Unis dans les épreuves d’endurance, marqué notamment par ses succès à Daytona (1968), à Sebring (1968) et à Watkins Glen (1969) ainsi que ses classements flatteurs dans la CanAm en 1969 et 71. Au volant de Porsche (modèles 907, 908 et 917) bien sûr.
Aujourd’hui, ajustons la loupe sur ses résultats à l’occasion du GP des USA de F1, toujours disputé au début du mois d’octobre sur le tracé de Watkins Glen dans l’Etat de New-York, dessiné au milieu de nulle part, où là aussi, son taux de réussite peut être taxé d’exceptionnel puisque sur neuf GP auxquels il prit part entre 1963 et 1971, il en termina cinq dans les points ; dont deux fois sur le podium !
Après une première expérience avortée (abandon/boîte de vitesses avec sa Lotus-BRM) en 1963 qui, il faut le dire, avait un peu des allures de « promenade d’école » récompensant son titre officieux de meilleur indépendant du plateau des GP et qui correspondait à sa découverte du Nouveau Monde, Siffert frappa un grand coup lors de l’édition 1964. Il venait d’être enrôlé par le team britannique de Rob Walker – en conservant sa monoplace d’alors, une Brabham-BRM qui changeait simplement de robe, passant du rouge suisse au bleu-nuit cher à son patron – et voyait ainsi ses soucis liés au financement de sa propre structure d’indépendant s’estomper, en lui permettant de se concentrer à fond sur ses desseins sportifs. Pour un pilote, être en confiance, libéré de toute contingence matérielle, ce n’est pas rien…
Ce jour-là (le dimanche 4 octobre), on ne peut pas dire qu’il déçut son employeur : 12ème sur la grille (sur 19 concurrents), il accomplissait une formidable chevauchée qui le conduisait jusque sur le podium (fictif à l’époque) derrière la BRM de Graham Hill et la Ferrari de John Surtees peinte en…blanc et bleu (les deux hommes étaient encore au coude à coude pour l’attribution du titre mondial que finalement l’ancien champion de moto s’attribua trois semaines plus tard au Mexique au terme d’un suspense insoutenable). Inutile de préciser qu’à l’arrivée, Joseph Siffert était aux anges avec ce baptême de rêve au sein de sa nouvelle organisation. Un baptême qui, pour être franc, allait transformer sa vie de compétiteur en le hissant définitivement parmi les ténors de la discipline.
Passons comme chat sur braise sur 1965 qui se solda par un classement moyen (11ème). En revanche, les trois éditions suivantes de ce GP des USA lui offrirent à nouveau la possibilité de se mettre en évidence.
En 1966 et 67, on a déjà eu cesse de vous répéter que ses exercices en F1 furent calamiteux ; la faute, essentiellement, à un matériel médiocre, une Cooper à moteur Maserati V12 toujours inscrite sous les couleurs de Rob Walker. Or, comme par enchantement une fois l’Atlantique franchi, cette monture allait lui permettre de glaner à chaque fois les trois points alors attribués au 4ème de la course ! Certes, son retard sur le vainqueur (Jim Clark avec sa Lotus dont une fois propulsée par un moteur BRM…16 cylindres) se chiffrait à deux-trois tours ; mais pour le moins, ces résultats mettaient du baume sur deux années de galère quasi continue en lui permettant – maigre consolation – de figurer au classement final du championnat du monde (14ème en 1966 et 11ème en 1967). Même si ces rangs ne correspondaient pas à son véritable potentiel.
En 1968, la belle série se poursuivait. Mais le contexte était différent dans la mesure où, grâce à sa nouvelle machine (la Lotus 49B à moteur Ford-Cosworth V8) qui l’avait vu triompher à Brands Hatch en juillet, il pouvait s’immiscer « naturellement » aux luttes pour les premières places. C’était encore le cas à Watkins Glen mais à quelques tours de la fin (sur les…108 rondes que comportait le GP), Siffert dut respecter un arrêt inopiné à son stand pour rajouter quelques gallons d’essence, manœuvre qui le relégua en définitive en 5ème position à deux tours du quatuor Stewart, Hill, Surtees et Gurney.
1969 (abandon après trois tours déjà) et 1970 (9ème sur sa March ce qui, avec le nouveau barème instauré bien des années plus tard lui aurait rapporté quelques points bienvenus…) ne lui laissèrent pas vraiment de souvenirs marquants.
En revanche, il réalisait un nouveau coup d’éclat en 1971, cette fois au volant de sa BRM 12 cylindres, contribuant encore à assoir sa notoriété outre-Atlantique. Le titre mondial était déjà décerné à Jackie Stewart et par conséquent, le GP comptait « pour beurre ». Mais un GP de formule 1 reste un GP ; et Siffert allait le négocier à merveille, se classant au 2ème rang derrière la Tyrrell de François Cevert. Une performance qui consolidait sa 4ème position (à égalité avec Jacky Ickx) au classement final du championnat du monde des conducteurs derrière Jackie Stewart, Ronnie Peterson et François Cevert.
Pays où les dollars coulent à flots – du moins pour les manifestations sportives de l’envergure d’un Grand Prix – les Etats-Unis avaient donc régulièrement souri au pilote fribourgeois. A tel point que les mauvaises langues prétendirent que c’était surtout l’appât du gain et des billets verts qui l’avait motivé et qui lui avaient donné des ailes pour y signer tant d’exploits. Ce qui est certain c’est que sur un total de 68 points de marqués durant sa carrière en F1 qui s’étala sur 96 GP, il en comptabilisa 18 rien que sur sol américain ; soit plus du quart !