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Après la fondation de la bourgade, le plus important élargissement de ses fortifications fut la construction du château de Montebello sur une arête rocheuse s'étendant à l'est de Bellinzone. Si cet ouvrage doit son aspect actuel à des remaniements effectués au XVe siècle, il est encore possible de reconnaitre les bâtiments primitifs érigés vers la fin du XIIIe siècle.
Dans son ensemble, la forteresse de Montebello consiste en une ceinture extérieure de fortifications dont le plan décrit un losange et en un château central, un corps de bâtiments de plan irrégulier divisé en plusieurs parties.
L'enceinte extérieure est reliée aux remparts de la ville par de longues braies crénelées et flanquées de tours. Dans le secteur oriental, un profond fossé en auge partage l'enclos du château en un avant-château et un château principal. L'enceinte est munie d'un chemin de ronde. Le mur d'enceinte est de plus flanqué à trois angles de tours saillantes. Du nord, l'entrée mène à l'avant-château où se trouve une première porte; une seconde, consistant en une imposante tour, se dresse à l'entrée du château principal. Toutes deux sont précédées de fossés franchissables par des ponts-levis. Le mur actuel d'enceinte date du XVe siècle. D'importants vestiges de cette première enceinte sont encore visibles à l'est du bâtiment central.
Sis au millieu d'une cour intérieure, le château retranché représente la plus ancienne partie du château de Montebello. Il comprend une tour dont la superstructure a été reconstruite, deux cours pourvues d'une citerne et un corps de logis avec ses annexes. Le noyau de la forteresse représente la première construction; il a été érigé par les Rusca à la fin du XIIIe siècle. Aujourd'hui, ses murs abritent un musée d'archéologie et d'histoire retraçant les origines de la ville.
Au cours du XIVe siècle, Bellinzone se trouva de plus en plus prise entre les villes rivales de Côme et de Milan. Après que les Visconti furent devenus maitres de Milan, la métropole lombarde mena une politique territoriale de plus en plus aggressive et Bellinzone devint elle aussi sa victime. En 1335, Azzo Visconti obligea Côme à se rendre. Menacés par l'avance milanaise, les Rusca parvinrent tout d'abord à maintenir leur position à Bellinzone. Mais lorsqu'ils tentèrent de passer à l'attaque et d'avancer vers Milan, Lucchino et Giovanni Visconti les repoussèrent et s'emparèrent, en 1350, de Bellinzone. Ce succès offrit à Milan l'occasion qu'elle attendait depuis longtemps, intégrer dans son territoire. Vaincus et privés de leur pouvoir, les Rusca durent se retirer dans leur propriété de Montebello.
Bellinzone connut sous le règne des Visconti un essor rapide. Les magistrats milanais firent leur entrée dans la bourgade et s'installèrent au Castel Grande. Le trafic de transit se développa grâce à un régime douanier fort bien conçu, à la construction de gites pour les voyageurs et à une lutte impitoyable contre le banditisme. Divisé jusque-là en de multiples propriétés privées, le Castel Grande se transforma en une forteresse d'État. Peu à peu, les Visconti acquirent tout l'ouvrage et le transformèrent afin qu'il réponde mieux aux besoins d'une forteresse seigneuriale de frontière. Les bâtiments inutilisés ou ayant perdu leur valeur et l'église San Pietro, privée elle aussi de ses fonctions, furent démolis. Les Visconti durent en revanche faire bâtir des logis pour les troupes d'occupation et les fonctionnaires militaires et civils, de même que des entrepôts pour leurs vivres et leur matériel de guerre. C'est également aux Visconti qu'on doit la construction des murs crénelés qui divisèrent le Castel Grande en trois secteurs.
Au début, ces constructions furent entreprises en toute tranquillité, surtout en ce qui concerne les ouvrages de fortification, car du côté nord, aucun danger ne semblait menacer. Mais la mort du duc Gian Galeazzo Visconti, survenue en 1402, amena un changement radical de la situation. La succession du prince défunt donna lieu à des luttes sans merci dans le duché même et plusieurs seigneurs féodaux venus de l'extérieur tentèrent de s'approprier certaines régions du duché sans défense. De son côté, Albert de Sax s'avança du val Mesolcina jusqu'aux portes de Bellinzone et s'empara de la place forte, soutenu sur le plan politique par les Confédérés, avec lesquels il avait conclu un accord. Eu égard au développement que connut Milan sous le règne de Filippo Maria Visconti, les Sax s'attendirent à une contre-attaque. Après la mort d'Albert, ils cherchèrent à s'y soustraire en vendant Bellinzone, en 1419, aux Uranais et aux Obwaldiens. Depuis quelque temps déjà, les cantons de la Suisse centrale convoitaient les vallées sises au sud du Gothard et en 1403, ils avaient accordé le droit de cité aux habitants de la Léventine. Maintenant, en 1419, ils crurent avoir acquis sans difficulté la position clé que représentait Bellinzone.
La réaction milanaise ne se fit pas attendre. Les Uranais ayant refusé les offres répétées du duc, prêt à racheter Bellinzone pour une forte somme, le condottière milanais Carmagnola lança en 1422 une attaque surprise contre Bellinzone, occupa la ville et mit à la porte la garnison prise à l'improviste. La tentative des Confédérés de reconquérir par la force des armes la forteresse de Bellinzone qu'ils avaient perdue de façon si ridicule se termina par la défaite d'Arbedo, en juin 1422. Pendant longtemps, tous les efforts que déployèrent les Confédérés, en particulier les Uranais, pour reprendre possession de Bellinzone demeurèrent vains. Surpassés par la diplomatie milanaise, qui par le biais d'avantageux accords économiques et autres sut sauvegarder la bonne entente avec les Confédérés, et délaissés par la plupart des autres cantons, qu'un élargissement du territoire suisse au-delà du Gothard n'intéressait guère, les gens d'Uri durent patienter pendant de longues décennies avant de pouvoir réaliser leur but, c'est-à-dire reprendre Bellinzone. En 1450, ils parvinrent, certes, à occuper la Léventine jusqu'au pont de Biasca, mais leur victoire spectaculaire de 1478 - aidés de leurs alliés, ils avaient réussi à battre près de Giornico une troupe milanaise numériquement bien supérieure à la leur - ne leur permit pas d'arracher au duché la forteresse de Bellinzone.
A Milan, on était toutefois conscient du fait que les Uranais brûlaient d'envie de faire oublier leur défaite d'Arbedo et de s'emparer de Bellinzone. C'est pourquoi les Milanais s'employèrent dès après 1422 à renforcer systématiquement leurs fortifications. Les ingénieurs ne se contentèrent pas d'agrandir et de moderniser les ouvrages de défense du Castel Grande et du Montebello, de même que les remparts de la ville, mais transformèrent peu à peu les fortifications déjà existantes en un barrage quasi imprenable, fermant tout le défilé de Bellinzone et la plaine du Ticino. Les murs d'enceinte du Castelgrande furent eux aussi consolidés et une grande partie de ceux de la ville et du Montebello reconstruits. Les années qui suivirent la bataille de Giornico virent donc se déployer une intense activité de construction. Le mur de barrage situé à l'ouest du Castelgrande, commencé au début du XVe siècle, mais demeuré inachevé du fait qu'il n'avait pas une grande valeur militaire, fut totalement transformé et terminé vers 1480. Nommé Murata, il se greffait sur l'enceinte du Castelgrande, longeait une arête rocheuse naturelle, traversait la plaine du Ticino et, sur le versant droit de la vallée, touchait près de Carasso au flanc de la montagne. De nos jours, il ne reste de cet ouvrage que ses parties sud. Au XVIe siècle, des crues catastrophiques arrachèrent tout ce qui se trouvait près de la rivière. Le Portone, une imposante entrée traversée par une rue contournant la colline du Castelgrande, fut démoli en 1869, on ne sait pour quelles raisons, et le bastion en forme de tour érigé près de Carasso sur la rive droite du Ticino, la Torretta, fut lui aussi abattu au XIXe siècle.
Les parties de la Murata touchant au Castelgrande ont été soigneusement restaurées. Elles donnent une fort bonne impression de ce que fut ce mur de barrage. Large de plus de quatre mètres, il était couronné d'une plate-forme pourvue des deux côtés d'une rangée de mâchicoulis. Sur une éminence rocheuse, le tracé du mur était coupé par une grosse tour ronde crénelée, voûtée à l'intérieur. Tout le mur était de plus parcouru par un couloir de presque deux mètres de large, voûté lui aussi. Des deux côtés, des meurtrières permettaient le tir aux armes aux canons de petit calibre. Des puits verticaux pratiqués dans le mur à distances régulières facilitaient l'évacuation des fumées de poudre.
Vues aériennes (1953)
Lorsque fut fondé le canton du Tessin, au début du XIXe siècle, les fortifications de Bellinzone revinrent à l'État. En 1820, ce dernier fit aménager les bâtiments du Castel Grande en arsenal et en prison. L'installation intérieure de l'aile sud et de la torre Nera rappelle encore cette époque. Pour obtenir plus de place, on construisit également quelques nouveaux bâtiments; hormis une aile, ils ont tous été démolis entre-temps. De vastes travaux de restauration ont été réalisés; ils ont eu pour objet les bâtisses encore debout, en particulier l'aile sud du château, d'une grande valeur historique, Montebello, Sasso Corbaro et les éléments les plus importants des fortifications de la ville.
Les trois châteaux et le bourg fortifié de Bellinzone figurent désormais sur la liste des monuments et des sites du patrimoine mondial protégé par l'UNESCO. Ils viennent s'ajouter aux trois autres biens culturels déjà sélectionnés en Suisse: le Couvent de Saint Gall, celui de Mustair et la Vieille Ville de Berne.
Deux ans d'enquêtes, d'échanges et de négociations à coups d'expertises et de diplomatie ont convaincu l'ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) de l'importance et de l'intégrité de la forteresse. L'ICOMOS a soumis, à son tour, la candidature de l'ensemble monumental à l'approbation du Comité qui l'a ratifiée lors de sa 24e réunion annuelle, qui s'est tenue à Cairns (Australie) en novembre dernier.
Le bien culturel proposé par la Confédération Helvétique et soutenu par une imposante documentation sur son histoire, son intégrité et sa protection, a répondu à tout les critères de sélection.
Les autorités cantonales ont confirmé que l'ensemble monumental était non seulement un témoignage de l'importance de l'architecture militaire au moyen age mais également un exemple unique en Europe de l'évolution d'un site, en constante adaptation aux besoins de l'homme selon les époques et, qu'à ce titre, il méritait tout autant de figurer sur la liste du patrimoine mondial.
En effet, les découvertes préhistoriques, qui remontent à près de 60 siècles, révèlent la présence d'installations humaines depuis le néolithique (IVe siècle av. J.-C.) sur le promontoire rocheux de Castelgrande. Cette barrière naturelle, située sur un lieu de passage étroit au milieu d'une vallée profonde, rellant le nord de l'Europe actuelle au sud, a depuis toujours incité l'homme à construire, transformer et améliorer l'endroit, l'érigeant au cours des siècles en véritable forteresse défensive, allant jusqu'à barrer la vallée de part en part du fleuve Tessin par une muraille.
Il a également été rappelé que la consolidation de l'ensemble s'étant produite entre les XIIIe et XVe siècles, son "authenticité" ou, du moins la vision qui nous en reste, remonte bien à la fin du moyen âge. Quant aux démolitions et aux ajouts successifs, ils furent dictés, le plus souvent, par la volonté de réutiliser les bâtiments selon les nécessités du moment. Mais, c'est néanmoins grâce à la somptuosité du lieu et à sa situation stratégique naturelle, que les ruines furent constamment restaurées et que l'ensemble a survécu jusqu'à nos jours.
La dernière restauration en date, oeuvre de l'architecte Aurelio Galfetti, est un défi contemporain voulu qui permet à la fois une lecture claire de l'histoire de l'Europe à travers l'histoire de la forteresse, et une utilisation fonctionnelle des bâtiments et du parc par les habitants du bourg de Bellinzone, chef-lieu du Canton du Tessin.
Bibliographie