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Le 22 avril 1945, Yvonne Oddon est libérée du camp de Mauthausen. Le 28 juin 1945, elle témoigne au Muséum national d'Histoire naturel. Ce récit, écrit à chaud, saisit par sa rigueur factuelle. Yvonne Oddon décrit sans fard les conditions de vie inhumaines des prisons de la Wehrmacht et des camps de Ravensbrück et Mauthausen.
Par-delà la souffrance, c'est aussi la vie quotidienne des prisonnières qu'elle tâche de retranscrire, tout particulièrement celle des femmes. En dépit des atrocités, la dignité des prisonnières demeure, des solidarités se nouent, graines de résistance semées au comble de l'horreur. Le désespoir est finalement absent de ce récit car la bibliothécaire est habitée par une autre préoccupation : l'urgence de témoigner.
/> Née à Gap en 1902, Yvonne Oddon devient bibliothécaire au Musée d'ethnographie du Trocadéro en 1929. Elle participe en 1940 à la fondation du Réseau du musée de l'Homme, l'un des premiers organismes clandestins de résistance dont fut également membre Boris Vildé. Arrêtée en 1941, elle est incarcérée, avant d'être libérée du camp de Mauthausen en avril 1945. Elle effectue par la suite diverses missions, notamment pour l'Unesco, et participera à la création du Conseil International des musées.
La Chine et l'Europe relèvent de deux traditions politiques différentes. En retraçant leur histoire et en les comparant, Billeter en arrive à une compréhension profonde de l'une et de l'autre, précisément au moment où celles-ci entrent en conflit. Depuis un siècle en Chine, les forces du progrès se sont continûment inspirées de la tradition européenne. Or, l'ambition du pouvoir actuel est de les vaincre et d'entraver leur action partout ailleurs. Quand le pouvoir se réclame de la grandeur passée de la Chine, il lance un défi à l'Europe, défi que celle-ci se doit de relever, puisqu'elle dispose des ressources nécessaires. Encore faut-il qu'elle tire de son histoire un nouveau projet politique et philosophique. Billeter en pose les principes, ceux d'une véritable... "révolution culturelle".
Éminent sinologue, Jean François Billeter a dirigé le département de langue et littérature chinoises de l'université de Genève. Il a publié plusieurs ouvrages aux éditions Allia, dont Leçons sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Un paradigme et Esquisses. En 2013, il a reçu le prix culturel de la Fondation Leenaards. En 2017, il a publié Une rencontre à Pékin et Une autre Aurélia, couronnés du prix Michel-Dentan, du prix Roger Caillois de l'essai et du prix Psychologies magazine.
Exilé à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, Alexandre Koyré a publié en 1943 ces réflexions sur la place du mensonge dans les sociétés totalitaires. Le fonctionnement de ces régimes d'un type nouveau repose d'après lui sur la transformation de la vérité. Le jugement moral porté sur le mensonge dans la vie quotidienne, ou sur les plans religieux et philosophique, se trouve remis en cause en période de guerre. Le mensonge devient une arme nécessaire pour vaincre l'ennemi, voire une obligation. Or, c'est bien un climat de guerre que les régimes totalitaires instaurent constamment. Ces régimes fonctionnent comme des sociétés secrètes, pour la survie desquelles le mensonge est indispensable. À la seule différence qu'ils le pratiquent "en plein jour", en plantant une barrière entre la classe gouvernante et la "masse" qu'ils entendent diriger et asservir.
Vers 1900, toutes les fées ou presque s?étaient penchées sur le berceau du nouveau siècle : découvertes scientifiques prodigieuses, élévation des niveaux de vie, acclimatation progressive de la démocratie et du libéralisme, avancée des libertés, diffusion de l?information et de l?image, irruption de courants artistiques inédits. Dans les pays occidentaux du moins, l?avenir s?annonçait radieux. Au lieu de cela, le déclenchement de la guerre en août 14 a ouvert un cycle qui semble ne s?être clos qu?en 2001 avec la destruction des Twin Towers, et l?humanité a gâché toutes ses chances.
Vue avec le recul d?une génération, celle-ci n?a pas suivi au 20e siècle une trajectoire linéaire, elle a emprunté toutes les fausses pistes, elle a engendré le totalitarisme, le matérialisme, le génocide, la contre-culture, l?idolâtrie des robots, les désastres écologiques, la dérégulation incontrôlée et toutes sortes d?autres doctrines et de pratiques mettant l?humanisme en péril.
Certes, rien n?a totalement découragé l?espèce dans sa volonté de progrès et un filet d?espérance a toujours subsisté. L?esprit de recherche n?a pas irrigué la seule science mais
aussi les lettres et les arts qui n?ont pas été privés de révolutions fécondes : nul doute que la création ait alors connu des succès comparables à ceux des époques passées. Si les Églises et les observances ont perdu du terrain, la spiritualité est demeurée une ressource inépuisable. Quant à l?intelligence, qui a plusieurs fois précipité le monde au bord de l?anéantissement, elle a fait défaut, hélas, en rejetant une autre exigence universelle, la conscience sans laquelle l?être n?est capable ni de dépasser ses perceptions ni de maîtriser l?impact de son action. C?est seulement de la science réunie à la conscience que pourrait venir la rédemption au 21e siècle.
Peter Trawny, l'un des plus brillants philosophes de sa génération, engage ici, à travers le cas Heidegger, une réflexion sur le processus de l'errance dans une pensée, errance que Heidegger tenait pour « inévitable ». En décidant de publier en l'état, avec leurs passages antijuifs, ses Cahiers noirs dont les deux premiers tomes sont parus en mars en Allemagne sous sa direction Heidegger n'a t-il pas voulu montrer en effet combien un philosophe, même de son envergure, peut se fourvoyer ? Liberté de se tromper, de se laisser effrayer en particulier lorsqu'elle s'applique à une époque aussi trouble, aussi noire que le XXe siècle. Au-delà du seul cas Heidegger, ce thème nous a semblé d'une... effrayante actualité.
S'il existe un Eldorado des idées reçues, c'est bien la Russie ! Vue de France, et plus globalement d'Occident, son image tour à tour magnifiée ou caricaturée se focalise
alternativement sur le Bien ou le Mal... mais toujours dans une belle unanimité.
De George Turberville qui en 1568 écrit : « en peu de mots, le pays est trop froid et les gens sont bestiaux », à l'équation sommaire « Poutine = Staline », la Russie de Catherine II fut louée par Voltaire, celle de Staline chantée par Aragon, et la gorbimania submergea un Occident qui ne pardonnera jamais à Eltsine d'avoir mis fin au rêve d'un « socialisme à visage humain ». Ces visions manichéennes de la Russie traversent les siècles sans prendre une ride, s'accordant bien à cet autre poncif d'une « Russie éternelle ».
Analysant une quinzaine d'idées reçues sur la société, l'économie ou les relations internationales de la Russie contemporaine, Pascal Marchand nous permet, grâce à
une réflexion approfondie et nuancée, de mieux comprendre ce « rébus enveloppé d'un mystère au sein d'une énigme » (Churchill).
Que valent les formes de pensée traditionnelles face à l'apparition des régimes totalitaires ? La démocratie a-t-elle présenté des lacunes favorisant l'émergence en son sein de tels régimes? Que devient l'idéal de progrès, de bonheur et de liberté des citoyens ? Leo Strauss et Hannah Arendt ont tous deux affronté ce dilemme et posé la question de la portée de la philosophie politique. C'est leur démarche, strictement parallèle mais radicalement opposée, que Carole Widmaier confronte dans une étude stimulante : du constat de la crise à leur parcours dans l'histoire de la pensée et à leur rapport respectif à la tradition et à la modernité. Tandis que Strauss invite à réhabiliter l'idée classique d'une nature humaine, Arendt montre la nécessité d'abandonner cette idée pour approcher l'existence humaine et ses différentes modalités. D'une part la défense d'un mode de vie philosophique retiré, la recherche de la vérité, de l'autre le " souci du monde " et l'attention à l'événement. Une réflexion salutaire pour affronter les maux de la modernité et s'ouvrir au changement politique.
Les auteurs de ce livre partent d'un constat clair : il n'y a pas eu de pensée du totalitarisme comme il y a eu une pensée du capitalisme, de la démocratie, de la dictature... C'est donc à la fois un concept «
Best-seller international, le petit livre rouge a été imprimé
à plus d'un milliard d'exemplaires. Ce recueil de citations
de Mao est rapidement devenu le manifeste de la Révolution
culturelle et un objet de culte aussi bien en Chine que pour les
maoïstes occidentaux.
Apparu en 1964, les Citations du président Mao Tsé-toung,
bréviaire inspiré des discours ou des oeuvres du fondateur de la
République populaire, est d'abord conçu comme un outil d'éducation
politique pour l'armée, puis devient l'« arme spirituelle » des gardes
rouges et le manuel de vie de 700 millions de Chinois. En Europe, il
séduit une partie des intellectuels, les « maos » français de Mai 68,
qui le rebaptisent « petit livre rouge » et en font le talisman de leur
propre « révolution », ignorants les atrocités commises par le régime
chinois.
Cinquante ans après le début de la Grande Révolution culturelle
prolétarienne et quarante ans après la mort de Mao Zedong, la journaliste
Pascale Nivelle raconte l'épopée de cette petite bible en vinyle
rouge vif qui a été, de Pékin à Paris, le coeur d'une immense et folle
passion collective.
Des psychanalystes français et étrangers proposent dans ce livre une approche psychanalytique des drames de notre société contemporaine. Leur réflexion porte sur certaines situations extrêmes qui ont marqué et bouleversé notre époque : guerres mondiales, totalitarismes et génocides répétés qui ont causé des millions de morts, mais aussi des séquelles psychiques durables auxquelles sont confrontés les psychanalystes dans leurs pratiques. Ainsi les échos des traumatismes de la Shoah ou du génocide arménien parviennent-ils jusqu'à nos divans actuels après plusieurs générations, tout comme ceux des patients ayant subi des tortures, notamment en Amérique latine. Les analystes ont dû parfois travailler sous les bombes comme dans la guerre du Liban, ou participer à un travail de groupe auprès de personnes déplacées pour raisons de guerre. Dans les sociétés totalitaires comme les ex-pays communistes, la pratique de la psychanalyse a été contrainte à la clandestinité, un espace analytique devant être reconstruit après la chute de ces régimes.
Si à l'origine la psychanalyse s'est appuyée sur la sexualité infantile et la cure analytique sur l'élaboration des traumas infantiles, à partir du début des années 1920 leur champ s'est élargi. En effet avec « Au-delà du principe de plaisir » Freud a enrichi sa théorie avec la pathologie des traumatismes de guerre. La psychanalyse moderne s'intéresse à la réalité de ces traumatismes psychiques, leur nature extrême, leur violence, ainsi que leur caractère collectif, d'où l'attention portée dans les travaux rassemblés dans cet ouvrage aux développements théoriques concernant les relations que le sujet entretient avec le groupe.
La thèse est audacieuse : le nazisme était un projet utopique au sens fort du terme. Elle est audacieuse parce nous avons tendance à exonérer l'utopie pour n'en conserver que la dimension émancipatrice, en minorant les dérives, les erreurs, les meurtres qu'elle a aussi produits.
À présent, mettons face à face la rhétorique nazie et les caractéristiques fondamentales de l'utopie : refaire l'homme par l'éducation, le travail et le sport ; bâtir une cité réconciliée, unie et heureuse, tenter de la rendre éternelle... Point par point, Frédéric Rouvillois démontre un emboîtement presque parfait - et mortifère. La volonté nazie de refaçonner le monde avait beau être délirante, elle était strictement réglée et se voulait rationnelle. L'idéologie national-socialiste était paranoïaque, théoriquement indigente, c'est vrai, mais elle aussi promettait l'épanouissement d'un peuple élu. Sinon, comment expliquer l'engouement des Allemands pour un projet aussi monstrueux ?
Envisager le nazisme sous l'angle de l'utopie permet deux choses. De souligner le parallèle avec l'autre totalitarisme du XXe siècle, le communisme : il n'y a pas d'utopie innocente. De comprendre le « judéocide », massacre conçu et organisé comme la condition et l'une des finalités de cette utopie criminelle. Le premier rapprochement est admis par beaucoup. Le second est plus inédit, mais l'idée de l'utopie comme intrinsèquement porteuse de génocide s'impose à nous à la lecture de cet essai.