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03/08/2016
Les jardins d'Amariel et l'Elfe Jaune (Momulk)
Dans le dernier épisode de cette fameuse série, nous avons laissé Momulk alors qu'il s'ébanoyait avec les fées de Vouan et qu'Amariel leur reine venait de lui offrir un habit et de lui annoncer qu'elle lui faisait forger au haubert, pour le remercier de l'avoir aidée contre le démon Fomal et le civiliser davantage.
Amariel alors dit: En attendant, Momulk, que ton haubert soit prêt, je te confie à mes demoiselles; je veux que tu apprennes d'elles la douceur, un début de sagesse, et la science des plantes sur lesquelles inconscient tu places lourdement tes gros pieds. Écoute ce qu'elles te disent, et tu sentiras en toi la lumière venir, qui sera aussi une chaleur, et de l'amour. Et ayant entendu ces mots, et les ayant compris, Momulk s'inclina, en signe de respect.
Puis Amariel choisit de s'en aller avec l'Elfe Jaune, afin de lui faire visiter son domaine et de l'initier à quelques-uns de ses secrets.
Ils partirent vers l'Est, marchant sur un sentier bordé de fleurs qui brillaient au soleil du matin. Elle lui montra les différents arbres qui composaient la forêt entourant la clairière où l'Arbre Sacré se dressait: tous, disaient-elle, étaient ses enfants, mais davantage acclimatés à la Terre que lui, qui venait du Ciel; et ainsi s'étaient-ils affaiblis et assombris, avaient perdu de leur éclat et de leur grandeur d'antan, et commençaient à ressembler aux arbres ordinaires de la Terre où vivent les hommes. Toutefois restaient-ils, vis à vis de ceux-ci, comme des pères, des ancêtres royaux. Et voici! leurs essences, leurs fruits, leurs fleurs contenaient encore beaucoup de cette force du pays d'en haut pour laquelle le désir des mortels est si grand.
Et il en allait de même des herbes, au sol. Puissantes étaient leurs vertus pour guérir les plaies et les maux. Elle lui désigna une herbe dont les feuilles étaient dentelées et les fleurs bleues et brillantes. Vois, dit-elle, celle-ci; elle naît des rayons de l'étoile de Saturne, comme vous la nommez d'après l'un de nous qui prit ce nom, lorsqu'il séjourna parmi les Latins. Et grande est la force qui réside en elle. Elle adoucit les peines, calme les fureurs, transporte par son parfum et par les tisanes qu'on peut en faire dans un lointain monde bleu, enfoui et chatoyant, et ainsi répare les natures dissoutes dans la rage et l'emportement, dispersées par les excès, les passions. Elle leur redonne un fondement, une prise sur les choses. Et c'est comme une immense fraîcheur versée dans le feu qui consume les âmes.
Mais il ne faut point en prendre trop, car elle peut être aussi un terrible poison, elle peut figer le sang, et l'épaissir jusqu'à la mort. Lorsqu'elle devient pernicieuse, comme pour son maître Saturne ses effluves provoquent chez les mortels des maladies qui peuvent s'avérer mortelles et se nourrissent de leur vie, à la façon de vampires. L'initié parmi les hommes, ou l'œil naturel des immortels, y distingue des formes hideuses, caricatures des formes splendides qui normalement, et en ce pays, demeurent dans les douces senteurs de ces fleurs - et dont nous autres, fées de Vouan, sommes les copies, les visibles manifestations.
Certaines d'entre nous le sont précisément de l'âme de ces fleurs-ci - bleues et douces -, mais d'autres le sont de celle d'autres fleurs, d'autres herbes, d'autres plantes. Est-ce que tu ne t'en doutais pas? Pour moi, par exemple, je suis apparentée à cette herbe que tu vois ici, à deux coudées de la précédente, et dont les fleurs sont blanches et piquetées de pourpre. Et voici! la première herbe, nous la nommons Esil, et la seconde, nous la nommons Isten. Elles ont chacune leurs vertus, chacune aussi leurs périls; mais elles sont dangereuses surtout aux mortels. Et pour ceux que, comme toi, l'initiation a élevés au rang d'immortels, elles ne le sont pas tant. Elles ne le sont pas davantage que pour les mortels le sont les fleurs filles de celles-ci, lesquelles ils conservent parmi eux, en ornant leurs salons, et ont leur forme et leur couleur, quoique non leur splendeur.
Car ici, tu le vois, elles ressemblent aux étoiles tombées du ciel, mais dans le royaume périssable le lien avec les étoiles est devenu ténu, et les mortels ne les y reconnaissent plus. À tes pieds, elles se montrent comme émanant des rayons des astres qui pénètrent la terre et s'en revêtent, pour ensuite former des plantes: la pellicule est fine, qui les sépare de leurs formes éthérées, nobles et claires - de ces formes que tissent dans l'air les astres. Et il en est ainsi parce que la terre ici est pure et pleine de qualité céleste. Mais parmi les mortels, alourdie par leurs péchés et leurs morts, la terre plus épaisse, plus corrompue, revêt pesamment les formes pures, et le lien devient difficile à distinguer, avec les étoiles.
- Ô dis-moi, Amariel, fit alors l'Elfe Jaune, quelle vertu a cette fleur Isten, à laquelle tu es apparentée. J'aimerais le savoir!
Néanmoins le lecteur devra attendre une autre fois pour connaître la réponse de la belle Amariel, cet épisode commençant à être long.