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Le trafic aérien dans le ciel suisse est soutenu. Cela inquiète de nombreux riverains des centrales nucléaires. Des études montrent que les centrales nucléaires suisses comportent un degré de protection élevé en cas d’accident d’avion prémédité. Une protection absolue des installations n’est cependant pas possible.
Un trafic aérien soutenu survole quotidiennement la Suisse. Plusieurs installations nucléaires se trouvent dans le rayon de décollage et d’atterrissage de l’aéroport de Zurich-Kloten. Il se pose alors la question suivante : comment la sécurité des installations nucléaires est-elle garantie lors d’un accident d’avion ?
A la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) s’est attelée à cette question de manière intensive.
L’IFSN exigeait alors des exploitants une analyse approfondie concernant la sécurité des installations nucléaires suisses en cas d’accident intentionnel avec un avion de ligne.
L’analyse a été conduite avec les méthodes, modèles et données actuels. De plus, les éléments suivants ont été pris en compte :
- les différents types d’avions en exercice dans le monde à ce moment et leurs réacteurs,
- les quantités de carburant,
- les différentes vitesses,
- ainsi que différentes conditions d’approche.
Il a en outre été postulé qu’un avion atteigne sa cible de façon précise et à haute vitesse lors d’un crash intentionnel. Dans des simulateurs de vol, des pilotes de ligne expérimentés ont opéré des approches simulées vers les centrales nucléaires en considérant différentes hypothèses. Ces essais ont été menés en présence de l’IFSN et de ses experts.
Rapport de l’IFSN post-11 septembre
L’IFSN a établi sur ce point une prise de position technique. Elle l’a présentée et expliquée en avril 2003 lors d’une conférence de presse. Le rapport concernant des accidents d’avions intentionnels est disponible sur le site www.ifsn.ch. Ce rapport contient des indications qualitatives. Les résultats quantitatifs des analyses sont tenus secrets pour des raisons compréhensibles de sûreté.
En conclusion, les analyses montrent un haut degré de protection des centrales nucléaires suisses en cas de chute d’avion intentionnelle. Une protection absolue n’est cependant pas possible. Les nouvelles centrales nucléaires actuellement en construction à l’étranger sont encore mieux protégées face à des catastrophes aériennes. Cela signifie que la probabilité d’une fusion du cœur du réacteur à la suite d’un accident d’avion est extrêmement faible.
Le rapport de l’IFSN retient en résumé:
« A la différence des attaques sur le World Trade Center, un avion sera déjà presque entièrement détruit avant le bâtiment lors d’un impact sur une centrale nucléaire. En outre, des expériences et analyses plus récentes conduites au niveau international le confirment : les bâtiments de réacteur construits à partir de béton armé massif résistent à une charge nettement plus importante que ce qui a été démontré jusque-là.
Toutes les centrales nucléaires suisses disposent de systèmes de sauvegarde bunkérisés autonomes. Elles ont donc, en comparaison internationale, un standard de sécurité très élevé. Ces systèmes de sécurité supplémentaires élèvent aussi le degré de protection lors d’une catastrophe aérienne.
En partant de l’analyse, les enseignements suivants peuvent être déduits pour les centrales nucléaires suisses :
- Les études sur les charges limites pour les centrales les plus récentes de Gösgen et de Leibstadt montrent que les bâtiments pertinents en matière de sécurité font preuve d’une protection intégrale contre les conséquences d’accident impliquant un avion moderne, avec le plein de carburant et lancé à pleine vitesse. Les deux installations disposent ainsi d’un degré nettement plus élevé que ce qui avait été exigé sur la base des exigences des autorités lors de leur conception dans les années septante. A ce moment, une protection intégrale contre un Boeing 707 avec un reste de carburant et une vitesse de 370 km/h avait été exigée. Les analyses probabilistes pour un éventail de types d’avions et de vitesses d’approche possibles montrent que la probabilité d’un rejet de radioactivité en raison d’un accident d’avion est très faible.
- Pour les centrales nucléaires plus anciennes de Beznau et de Mühleberg, aucune exigence de conception concernant les accidents d’avion n’était en vigueur lors de leur construction. Les analyses de charges limites montrent cependant que la conception permet de parer à un accident d’avion avec un Boeing 707 tel qu’exigé lors de la conception des centrales nucléaires les plus récentes. Des réserves supplémentaires sont disponibles en plus de cela. Les résultats des analyses probabilistes pour le cas d’un accident d’avion montrent que les systèmes de sauvegarde rééquipés et parés contre des accidents d’avion contribuent à une faible probabilité d’un rejet de radioactivité. La séparation spatiale de dispositifs de sécurité agit également dans ce sens.»
La vitesse est décisive
Les analyses montrent que, lors du choc d’un avion sur un bâtiment, la vitesse de vol est plus décisive que le poids. La collision doit se produire avec une vitesse supérieure voire élevée afin qu’une perforation locale du bâtiment du réacteur soit possible. Lors d’une chute intentionnelle, il est aussi difficile d’atteindre le bâtiment du réacteur de façon si exacte que des dommages importants à l’intérieur s’ensuivent.
Limitations de vol au-dessus des installations nucléaires
La question de savoir si et comment des avions peuvent survoler des centrales nucléaires et dépôts intermédiaires a été réglée par l’IFSN et l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) il y a des années. En rapport avec « l‘approche coudée par le nord », l’IFSN a recommandé d’introduire une hauteur de vol minimale pour les avions civils au-dessus d’installations nucléaires. Naturellement, sur la base des règles valables de manière générale selon l’Ordonnance du DETEC concernant les règles de l’air applicables aux aéronefs sur les distances minimales du sol à respecter lors de vols à vue ou par instrument, une hauteur de vol minimale au-dessus des installations nucléaires est donnée.
Le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) décrète les règles de trafic pour l’utilisation de l’espace aérien suisse. Il se base pour ce faire sur l’ordonnance internationale sur l’aviation. En vertu de l’ordonnance sur le service de la navigation aérienne, l’OFAC peut émettre des consignes relatives aux prescriptions aéronautiques. L’OFAC a ainsi ordonné la consigne suivante le 23 mars 2005 en accord avec l’IFSN :
« Pour le trafic avec règles de vol aux instruments en présence d’avion longue distance (Wake turbulence categories medium and heavy) au-dessus des centrales nucléaires suisses (Beznau, Gösgen, Leibstadt et Mühleberg) et du dépôt intermédiaire ZWILAG à Würenlingen, Skyguide doit assurer dans le cadre de l’exécution sur les services de la navigation aérienne que dans un rayon d’au moins 1500 mètres autour des centrales nucléaires la hauteur de vol minimale de 1000 mètres au-dessus du sol ne soit pas franchie. »
La libération de substances radioactives est très invraisemblable
Une interdiction absolue de survol n’est ni sensée ni faisable. La raison en est qu’un avion en situation d’urgence peut encore accomplir une certaine distance jusqu’à l’impact. Sur la base d’expériences internationales, il convient de tenir compte du fait que la fréquence d’un accident d’avion à un endroit donné est encore influencée jusqu’à 100 km de distance par des avions situés à une hauteur de vol élevée. En outre, le risque d’une importante libération de substances radioactives par un accident d’avion non prémédité se situe nettement en-dessous de 0.0000001 par année selon les analyses des exploitants actuellement à disposition. Le risque ne serait guère influencé par un durcissement supplémentaire des règles de survol.