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Nouveaux doyens aux facultés de théologie et des lettres
Deux nouveaux doyens aux facultés de théologie et des lettres
Dès le 15 juillet 2005, les facultés de théologie et des lettres changent de décanat. Les deux futurs doyens présentent leurs priorités pour les années à venir...
François Dermange, Faculté de théologie
Après des études à HEC Paris et un poste de conseiller chez Arthur Andersen, François Dermange a entrepris des études de théologie, d'abord à Paris, puis à Genève. Il obtient successivement une licence, un doctorat avec une thèse sur l'éthique commerciale, un poste de maître-assistant et un poste de maître d'enseignement et de recherche, pour être ensuite nommé professeur ordinaire d'éthique à la Faculté de théologie. Dès le 15 juillet, il reprend le décanat à la suite de Bernard Rordorf.
Percevez-vous des menaces sérieuses pour la Faculté de théologie dans le paysage universitaire suisse?
François Dermange: Idéalement, une faculté devrait compter au minimum 200 à 300 étudiants. Cela ne sera jamais le cas de la nôtre, mais l'Université de Genève s'est créée autour d'elle. Il faut aussi relever que la Faculté de théologie bénéficie d'un rayonnement considérable, qui dépasse très largement le monde francophone, rayonnement particulièrement important en Afrique et en Corée. Pour beaucoup, Genève est assimilée à Calvin.
Toutefois, face aux changements qui s'amorcent de part et d'autre dans le paysage universitaire suisse, nous avons pris les devants. Le Triangle azur a créé, l'an dernier déjà, la Fédération des facultés de théologie. L'enseignement pour le master est aujourd'hui réparti entre les trois universités membres, soit Lausanne, Neuchâtel et Genève et le bachelor est donné intégralement à Lausanne et à Genève, ce qui démontre la complémentarité de nos centres d'excellence.
Comment se déroule l'intégration du processus de Bologne au sein de la Faculté?
Nous avons joué un rôle de pionnier dans ce processus en proposant, pour la rentrée 2004 déjà, un bachelor et, en 2005, un master. Globalement, l'intégration s'est déroulée sans difficulté majeure, même si quelques ajustements restent nécessaires. S'il est encore trop tôt pour tirer un bilan de cette réforme, il nous faut toutefois rester attentifs au fait que celle-ci doit réellement favoriser la mobilité des étudiants et être profitable à ceux-ci et pas seulement être une réforme bureaucratique.
Comment envisagez-vous l'avenir de la Faculté de théologie?
Nous chercherons à toucher de nouveaux publics, selon deux axes prioritaires. D'une part, en augmentant les formations post-grades dispensées, soit directement à la Faculté ou en lien avec l'Institut œcuménique de Bossey et, d'autre part, en développant le e-learning – le bachelor de théologie de la Faculté est actuellement en Europe la seule formation à distance existante en théologie. A titre d'exemple, pour la première année de bachelor, il y a actuellement sept étudiants en présence et vingt étudiants supplémentaires grâce au e-learning.
En octobre prochain, la Faculté se trouvera aussi face à un autre défi, celui de l'intégration des nouveaux professeurs, avec quatre nouvelles arrivées sur les sept postes existants.
Et quant à l'avenir de l'Université de Genève?
La carte à jouer pour l'UNIGE est internationale. Genève a acquis son rayonnement grâce à son ouverture au monde, à son regard plus large que sur la seule Helvétie. Il nous faudra cultiver cette tolérance et cet esprit critique. Les contraintes administratives imposées par la Confédération, la CRUS ou encore le FNS ne doivent pas nous conduire à perdre notre force première: un état d'esprit, une pensée ouverte et soucieuse de l'humain.
Eric Wehrli, Faculté des lettres
Professeur au Département de linguistique, Eric Wehrli prendra la tête du décanat de la Faculté des lettres, dès le 15 juillet 2005. Licencié ès lettres de l'Université de Neuchâtel, Eric Wehrli a obtenu un doctorat de linguistique à l'Université McGill de Montréal. Il a ensuite poursuivi sa formation en logique et en informatique à l'Université de Neuchâtel et au M.I.T. à Cambridge, Mass. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles sur la linguistique et l'informatique. Il a été nommé professeur ordinaire à la Faculté des lettres de l'Université de Genève en 1988. Il dirige depuis plusieurs années le Laboratoire d'analyse et de technologie du langage.
La Faculté des lettres va effectuer son passage au système de Bologne cet automne. Comment percevez-vous cette réforme?
Eric Wehrli: Il s'agit pour nous d'un défi très important et la réforme a été accueillie de manière plutôt positive au sein de la Faculté. Nous mesurons bien les avantages de ce nouveau système, notamment la mobilité accrue pour les étudiants et la compatibilité avec les titres européens. En même temps, la décision d'adopter cette réforme est intervenue un peu précipitamment, sans grande consultation, ce qui a nourri des inquiétudes.
La réforme entraîne-t-elle des chamboulements importants dans les plans d'études?
Un des traits les plus marquants est la quasi-disparition de la branche C, qui conduisait jusqu'à présent à une demi-licence. Elle subsiste sous la forme d'un 15e module, tandis que les deux disciplines principales occupent chacune 7 modules. Beaucoup de "petites" disciplines vivaient, sous l'ancien système, grâce à l'existence de la branche C. Pour éviter leur disparition, nous avons procédé à des regroupements. Par exemple, l'enseignement de langues comme le portugais ou le rhéto-romanche sera désormais intégré au plan d'études des langues romanes.
En passant à un système à deux disciplines, est-ce que les étudiants n'y perdent pas en diversité?
Pas vraiment, car les nouveaux plans d'études prévoient, dans la plupart des cas, la possibilité de prendre un ou deux modules en option. L'étudiant peut donc choisir entre un parcours très spécialisé dans un domaine et un parcours plus éclectique. Au final, on y gagne en flexibilité.
Comment voyez-vous l'organisation des études de lettres dans les années à venir? On parle beaucoup de supprimer les filières qui attirent peu d'étudiants…
Notre réponse à ces menaces consiste à opter pour le regroupement maximal: les études de lettres forment désormais une seule et unique filière! Je suis relativement confiant sur ce point. On ne supprime pas des enseignements aussi facilement, par décret. Il y a une dizaine d'années, la Faculté des lettres souhaitait, de sa propre initiative, renoncer à l'enseignement du grec moderne, mais cela a provoqué une telle levée de boucliers dans la République que nous avons dû faire marche arrière. Cela étant, le développement de collaborations régionales nous paraît souhaitable, dans l'optique de conserver l'enseignement de certaines disciplines à l'échelle de la Suisse romande.
Vous envisagez donc des réaménagements?
Bien sûr. Si nous voulons créer du neuf, développer tel ou tel secteur, nous serons obligatoirement amenés à effectuer des réallocations, étant donné que l'on ne peut pas tabler sur une augmentation des moyens au cours des années à venir.
Et quels seraient ces développements nouveaux?
A ce stade, il est difficile de me prononcer. Mais je peux tout de même donner une piste: nous souhaitons renforcer le domaine des études asiatiques.
Bologne et réallocations mises à part, quelles seront vos autres priorités au décanat?
Nous voulons mettre en place des écoles doctorales dignes de ce nom. Ce troisième étage de la structure de Bologne a été mis un peu de côté. Nous regrettons qu'il n'y ait pas eu de directives à ce sujet. L'encadrement des doctorants, surtout dans le contexte des sciences humaines, où beaucoup de travail se fait en solitaire, nous apparaît en effet indispensable. D'autant plus que Bologne entraîne la suppression de la plupart des DEA qui, jusqu'à présent, servaient de tremplin entre la licence et le doctorat.
On entend dire qu'il faudrait supprimer les facultés, qui correspondent à une organisation du savoir, héritée du Moyen Age, qui n'a plus cours aujourd'hui. Qu'en pensez-vous?
Il faut des structures, et elles font rarement l'unanimité. Les facultés ne m'apparaissent pas comme des carcans. Lorsque le besoin se fait sentir, on voit qu'il est possible de passer par-dessus les barrières. On peut citer des entités comme le Centre universitaire d'informatique, à cheval entre les facultés des SES, des sciences et des lettres. Notre Faculté entretient également des collaborations avec la Faculté de médecine et celle de théologie. Je ne vois donc pas de raison de changer.
15 juin 2005
2005