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Critique
"Avec LE TEMPS QUI RESTE - un beau titre - François Ozon aborde un thème difficile, celui de la mort annoncée. Romain (Melvil Poupaud), jeune photographe de 30 ans, apprend en effet brutalement qu'il souffre d'un cancer généralisé et qu'il n'a plus que quelques mois à vivre.
Voilà une histoire simple, dans la mesure où la tension s'installe dès les premières images, mais en même temps une histoire très complexe, dès l'instant où un cinéaste décide en effet de parler et de mettre en images l'intimité d'un être qui se sait condamné à court terme. Force est de constater que François Ozon n'a pas réussi sur toute la ligne, même si l'émotion sourd par instants. Par exemple lorsque Romain s'en va rendre visite à sa vieille tante Laura (très belle scène avec Jeanne Moreau), où quand il essaie de renouer avec sa sœur, avec laquelle il est en conflit depuis longtemps.
Délicatement mis en scène et bien maîtrisé dans l'ensemble, le film ne va guère au fond des choses et pèche par digressions inattendues, comme si le cinéaste avait éprouvé le besoin d'étirer son récit. Si la longue description des rapports amoureux et de la rupture de Romain avec son ami - à qui il ne dit rien d'ailleurs de son état - se justifie peut-être, que penser du couple confronté à un problème de stérilité et qui s'adresse à lui? On rétorquera qu'il y avait là l'idée de la transmission, avant la mort, d'une forme de vie et d'amour, on l'a bien compris, mais le symbole est vraiment pesant.
Antoine Rochat
Suite à un contrôle médical, Romain (Melvil Poupaud), un jeune photographe, apprend qu'il n'en a plus que pour quelques mois à vivre. Après SOUS LE SABLE (2000) où Ozon abordait la mort de l'autre, il s'attache cette fois-ci à observer la mort de soi, avant d'aborder prochainement la mort d'un enfant. Comment poursuivre la route lorsque le temps est compté? Faut-il le faire savoir? Modifier ses relations? Tenter de réparer les fissures ou de rétablir les dialogues?
Romain s'interroge, s'engage sur la voie d'une rédemption, mais sans aller jusqu'au bout. Faute de forces ou de volonté? Ozon fait entrer son spectateur dans la peau de ce personnage très seul qui suspend ses activités professionnelles et qui frappe par le silence qu'il s'impose. Homosexuel, il rompt avec son ami, s'essaie maladroitement à renouer avec ses parents, rend une dernière fois visite à sa tante, prend en cachette moult clichés de l'enfant de sa sœur avec qui il ne s'entend pas. Il en vient même à ""rendre"" service à un couple en mal d'enfant, couchant avec la femme pour pallier l'infertilité du mari. Et tout cela en gardant le silence: autant dire que cet homme s'enferme et que la mort, en ce sens, ne fait que signaler quelle autre direction aurait pu prendre son existence. Et pourtant ce n'était peut-être pas trop tard.
Ozon signe là un film amer très révélateur d'une époque qui se croit libre, mais dans laquelle l'inflation de la communication ne facilite pas l'aveu, la possibilité de se dire (en vérité). La thématique est forte, mais le scénario retenu est-il réaliste, d'autant plus que tant d'éléments finissent par nuire à l'émotion intense qui n'affleure en définitive que lors de rares instants?
Serge Molla"
Ancien membre