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(Dans le dernier volet de cet étrange récit de voyage en Amérique, j'ai continué le curieux conte que Captain America m'a fait de ses propres origines en tant que héros; et j'en étais au moment où, son précédent corps étant mort, des êtres mystérieux lui en avaient donné un nouveau, plus fort, plus beau! Mais c'était si difficile à exprimer en mots humains, pour lui!)
Il ne pouvait dire que ceci: en quelque sorte, il avait un corps de diamant - quoiqu'il fût vivant, souple, et tendre. Il avait acquis une remarquable apparence musculeuse, comme si une énergie nouvelle avait sculpté sa chair, sa poitrine était épaisse - son nouveau cœur, battant avec force, le nécessitant -, et ses poings, pareils à des marteaux, étaient gros et carrés. On l'avait revêtu, en outre, d'un costume qui était en même temps une armure, fait d'écailles métalliques d'une étonnante légèreté, et on lui avait donné un bouclier magique, dont jaillissait, vivante, une étoile lumineuse, lorsqu'il le décidait: douée de sa propre volonté, comme ailée de feu, elle tissait autour de lui un champ de force qui le protégeait du mal, et elle était une arme envoyant des rayons de feu sur l'ennemi, ainsi qu'aucun comic book ne l'a jamais dit. On la voyait se détacher de son bouclier, comme un cristal de lumière, et agir de la manière que j'ai dite. Un autre pouvoir, aussi, qu'avait Captain America et qu'il se découvrit, et dont ne parlent pas les livres illustrés qui l'ont présenté au public, est le vol libre: il pouvait vaincre les forces de pesanteur grâce à des ailes de clarté qu'il avait au dos, et que lui confiait l'être divin auquel il s'était mêlé et dont il était né pour ainsi dire une seconde fois. Ainsi était-il devenu véritablement un demi-dieu, un homme-ange, et le légitime protecteur du royaume américain.
À ce mot de royaume, je sursautai, une fois encore, et fis remarquer qu'à ma connaissance, les États-Unis d'Amérique étaient une république. Captain America sourit, et j'eus l'air stupide, me sentant bête comme les enfants qui répètent des mots entendus dont ils ne comprennent le sens; car il ironisa sur les mots hérités de l'antiquité latine dont les hommes d'Occident aiment à se draper, comme s'ils les glorifiaient, alors qu'ils sont vides, et maintint que le bon mot, pour désigner ce dont il voulait parler, était royaume, en anglais kingdom, et que je ne devais pas me laisser impressionner par les fumées poétiques dont les hommes nommaient leurs choses.
Il poursuivit néanmoins son récit, déclarant qu'une fois reçu son corps et ses armes, il fut renvoyé dans le temps humain, et s'aperçut, en regardant les étoiles, que plus de cinquante années s'étaient écoulées depuis son départ. Pendant son séjour dans la cité des glaces, en effet, il avait été initié à des mystères profonds, dont il n'avait jamais entendu parler jusque-là, et notamment le secret des astres, qui lui permettait de savoir, à tout moment, en quelle année il était, et même à quelle heure, et quel jour. En quelque sorte, les étoiles désormais lui parlaient, quand elles tremblaient dans l'azur, et il lisait en elles comme dans un livre.
(À suivre.)