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Comment savoir ? Comment répondre à la question que tout le monde se pose mais que personne, ou presque, n'ose soulever publiquement : combien comptera-t-on, dans cinq, dix, vingt, trente ans ou plus, de victimes de la forme humaine de la maladie de la vache folle ? Quels pays seront concernés ? Quelles conséquences sociales pourra alors avoir cette épidémie que l'on ne fait, pour l'heure, que redouter ? Et, pour l'heure, comment progresser dans la raisonnable prévision d'un phénomène qui comporte encore tant d'inconnues ? Les dernières projections dans ce domaine dataient d'août 2000 lorsque les statistiques officielles fournies par le gouvernement britannique, datées du lundi 7 août, recensaient en Grande-Bretagne soixante-dix-neuf cas de la variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ). «Une large partie de la population du Royaume-Uni court un risque grave», expliquaient alors les Prs Stanley Prusiner, Prix Nobel 1997 de médecine, Robert Will et James Ironside, trois des meilleurs spécialistes internationaux des maladies à prions. A cette époque l'équipe britannique dirigée par le Pr Roy M. Anderson (Wellcome Trust, université d'Oxford) équipe dont la compétence est amplement reconnue à l'échelon international publiait dans les colonnes de Nature (daté du 10 août) les résultats d'une étude concluant que le nombre à venir des victimes de la vMCJ en Grande-Bretagne pourrait se situer entre 63 et 136 000. L'équipe du Pr Anderson travaillait alors depuis plusieurs années sur ce thème et avait publié des résultats préliminaires dans les comptes rendus de la Société royale britannique de biologie. A partir d'un modèle mathématique informatisé intégrant de multiples données (évolution de l'épidémie d'ESB, quantités de viandes et d'abats bovins potentiellement contaminés consommés par la population britannique à partir des années 80, durée d'incubation de la vMCJ), ces chercheurs avaient initialement estimé que le nombre total des cas à venir de vMCJ pouvait être compris entre 14 000 et 500 000.Pas de chiffres aujourd'hui mais de bien sombres prévisions à partir de résultats publiés dans la revue américaine Proceedings of National Academy of Sciences (datée du 22 mai). Il s'agit là d'une étude expérimentale conduite par un groupe de scientifiques de l'Imperial College School of Medicine de Londres qui soulève de nouvelles inquiétudes quant aux proportions que pourrait atteindre l'épidémie de vMCJ. Ce travail a été mené sous la direction du Pr John Collinge, l'un des meilleurs spécialistes internationaux des affections dues à des prions pathologiques. Le Pr Collinge conclut que la durée de la phase d'incubation de la variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) pouvait être très différente en fonction de certains critères génétiques. Ces conclusions résultent de données expérimentales établies sur plus d'un millier de souris de patrimoines héréditaires différents et infectées par un même prion pathologique.Les auteurs des Proceedings of National Academy of Sciences observent notamment que la maladie neurodégénérative apparaît chez ces animaux à des stades différents selon leurs caractéristiques génétiques. Ces résultats laissent selon eux penser que différentes régions du génome (des régions autres que celle du gène qui dirige la synthèse de la protéine-prion) pourraient jouer un rôle quant à la durée de la phase d'incubation. Pour le Pr Collinge ces conclusions expérimentales peuvent raisonnablement être appliquées à l'homme, puisqu'il est aujourd'hui établi, grâce aux travaux de séquençage, que la structure du génome n'est guère éloignée de celle de la souris. Le scientifique britannique estime ainsi que les 99 victimes de la vMCJ qui, à ce jour, ont été recensées au Royaume-Uni sont peut-être celles qui sont «génétiquement prédisposées à avoir la période d'incubation la plus courte». «Cette étude nous rappelle que nous ne pouvons pas relâcher notre vigilance à propos des risques potentiels posés par l'encéphalopathie spongiforme bovine en termes de santé publique a-t-il ajouté. Les maladies du prion se développent selon un calendrier tout à fait particulier et nous ne pouvons exclure une épidémie qui évolue sur des décennies».En écho aux propos du Pr Collinge, un autre scientifique le microbiologiste Stephen Dealler, considéré depuis des années par nombre de ses pairs comme un «prophète de malheur» a aussitôt estimé que cette nouvelle étude ne venait que renforcer son hypothèse, émise il y a quelques années, selon laquelle la maladie n'atteindrait son apogée qu'entre 2010 et 2020 et qu'elle pourrait même frapper à long terme jusqu'à 5 millions de personnes. Le comité scientifique sur l'encéphalopathie spongiforme chargé d'informer le gouvernement britannique sur les maladies du prion juge pour sa part que les implications de l'étude du Pr Collinge ne permettaient pas de conclure aussi vite. Il y aura bientôt vingt ans que nous découvrions l'émergence du sida. Quand saurons-nous la vérité sur ce nouveau fléau ?