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Consommation modérée d'alcool: est-ce finalement bénéfique?
Alors qu'il est établi depuis longtemps qu'une consommation élevée et régulière d'alcool est associée à un risque de mortalité proportionnellement plus marqué, les bénéfices ou les risques d'une consommation modérée continuent à alimenter un débat passionné.
En effet, le désormais célèbre «french paradox» (qui montrait que de boire quotidiennement un peu de vin rouge protégeait contre les maladies cardiovasculaires) avait incité à penser qu'une petite consommation d'alcool pouvait apporter quelques avantages pour la santé en général.
De nombreuses études ont voulu voir si cela se vérifiait. Et effectivement, lorsqu'on réunit les données de plus de quinze travaux, on arrive bien à la conclusion qu'une consommation quotidienne moyenne équivalant à environ 15 à 30 centilitres de vin est associée à un risque de mortalité, toutes causes confondues, d'environ 16% plus faible.
Plusieurs études plus récentes ont toutefois remis en question ce paradigme, en prétendant au contraire que toute consommation d'alcool entraînait en moyenne une mortalité accrue. D'où une controverse qui n'est pas près de s'éteindre.
Attention aux faux abstinents
Depuis lors, des scientifiques ont souligné que la plupart de ces études prenaient comme référence des individus qui disaient ne pas boire, mais que parmi eux se cachaient des hommes et des femmes qui dans leur passé avaient été de gros buveurs. Un «détail» susceptible de fausser les résultats, d'autant qu'il est avéré que les gros buveurs font en général moins cas de leur santé que le reste de la population.
Par ailleurs, l'écrasante majorité des études passées reliant la consommation d'alcool à la mortalité ne tenaient pas compte de l'âge des participants. Or, on sait aujourd'hui que la consommation d'alcool augmente chez les individus de plus de 65 ans, que les modifications physiologiques dues à l'âge retardent l'élimination de l'alcool dans le sang, et donc que les possibles bénéfices d'une consommation modérée d'alcool pourraient être plus marqués à partir d'un certain âge, et fausser également les résultats.
Pour ces diverses raisons, une équipe de chercheurs britanniques de l'University College de Londres a décidé de passer au crible les données existantes d'une très vaste étude menée chaque année en Angleterre depuis 1994, «The Health Survey for England», dont l'un des nombreux paramètres était justement la consommation d'alcool.
Deux classes d'âge principales
Les scientifiques londoniens ont donc eu pour premier objectif de séparer les «vrais abstinents», ceux qui n'avaient jamais consommé d'alcool, de ceux qui peut-être aujourd'hui ne buvaient plus mais avaient été par le passé des buveurs, voire de gros buveurs. Ils ont tenu ensuite à faire la distinction entre hommes et femmes. Enfin, ils ont décidé d'introduire dans leur analyse la tranche d'âge des participants. En s'inspirant de l'une des deux seules études antérieures qui avaient intégré cette donnée, ils ont décidé de constituer deux tranches principales de patients, hommes ou femmes: celle des individus de plus de 50 ans mais de moins de 65 ans, et celle des individus plus âgés. A noter toutefois que dans un calcul parallèle ils ont tout de même considéré les chiffres relatifs aux individus plus jeunes (dans la tranche 16-64 ans), bien que la pertinence des chiffres de mortalité à moins de 50 ans soit plus discutable.
En reprenant ainsi une à une les dizaines de milliers de données accumulées par la Health Survey for England sur une période globale de quinze ans, les auteurs de cette étude rétrospective se sont efforcés de corréler la consommation individuelle d'alcool au risque relatif de mourir prématurément. Pour cela, ils ont pris en compte la consommation hebdomadaire moyenne rapportée par chaque individu pour l'année écoulée ainsi que la quantité maximale d'alcool que chacun disait avoir bue au cours de la semaine passée.
Seulement les femmes âgées
Les chiffres qui découlent de leur analyse sont intéressants à plus d'un titre. Ils confirment tout d'abord que, comparés aux personnes disant ne pas boire, les buveurs réguliers ont un risque de mort prématurée de 3 à 4 fois plus élevé.
Pour les buveurs modérés, toutefois, les choses se révèlent beaucoup plus subtiles. Car si l'on constate effectivement, de façon statistiquement significative, que chez les hommes et les femmes de tous âges le risque de mortalité prématurée est sensiblement réduit pour des consommations d'alcool modestes allant jusqu'à l'équivalent de 2-3 verres de vin par jour, le bénéfice se révèle sensiblement plus faible lorsqu'on les compare avec de stricts abstinents, une fois exclus les anciens buveurs. Le bénéfice n'est toutefois pas négligeable pour autant, puisque les hommes peuvent alors profiter d'une réduction de risque de 25 à 50%, pour des consommations quotidiennes jusqu'à l'équivalent de 1-3 verres de vin.
La même dérive (selon que l'on se réfère à de vrais ou de faux abstinents) se constate chez les femmes, avec un détail supplémentaire surprenant: le bénéfice qu'elles peuvent en tirer, à savoir une réduction relative du risque d'environ 30 à 40%, ne se vérifie en effet scientifiquement qu'après 65 ans, et pour des consommations quotidiennes jusqu'à l'équivalent de 1-2 verres de vin.
A votre santé, quand même…
En conclusion, cette étude démontre catégoriquement au moins une chose: le fait que la méthodologie adoptée jusqu'à présent ne tenait pas compte des anciens buveurs désormais assagis.
Mais son mérite additionnel est de montrer, dans les limites des variations statistiques acceptables, qu'une consommation modérée d'alcool n'entraîne en aucun cas une augmentation du risque de mortalité, et qu'elle apporte sans conteste des bénéfices, même s'ils sont parfois difficiles à chiffrer de façon strictement statistique.
Enfin, même si cette étude s'appuie essentiellement sur des informations rapportées par les patients, elle confirme sans réserve que pour les hommes de 50 à 64 ans une consommation d'alcool correspondant à 2-3 verres de vin par jour réduit leur risque de moitié. Quant aux femmes de plus de 65 ans, une consommation certes plus faible de 1-2 verres quotidiens leur procure tout de même une réduction de risque d'au moins 30%.
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Référence
Craig S. Knott, Ngaire Coombs, Emmanuel Stamatakis, Jane P Biddulph, BMJ 2015;350:h384