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02/05/2015
Nouvelle histoire du Génie de la Liberté (fiction)
Il y avait un homme qui, à Paris, passait inaperçu; il se nommait Robert Tardivel, et était employé à la mairie du douzième arrondissement: il recevait les gens qui avaient besoin de papiers d’identité. Il habitait avenue Daumesnil, dans un immeuble quelconque, et était célibataire. Mais il avait reçu une bonne éducation, et ne menait pas une vie particulièrement trépidante. Il allait voir sa mère à Vincennes tous les dimanches, car elle était veuve, et l’emmenait dans Paris, ou à la forêt de Fontainebleau.
Aimable avec ses collègues, il ne dégageait pas de charme particulier, et les femmes ne s’intéressaient pas spécialement à lui: il n’était pas galant, et l’amour ne semblait pas l’intéresser, lui-même. Il s'efforçait en tout cas d'en donner l'impression.
Mais il avait une double vie; car la nuit, souvent, un éclair le frappait, et il devenait le génie de la liberté dont une statue dorée se dresse au sommet la Colonne du 14 Juillet, place de la Bastille: il lui était en presque tout semblable, ayant une armure d’or forgée d'écailles luisantes, mais parsemée de plaques vermeilles aux flancs, aux jambes, aux bras, et au milieu du visage, autour de la bouche, du nez et des yeux. Il n'avait point tout à fait le visage du génie de la colonne; car si un joyau éclatant était bien à son front, brillant comme une étoile, ses cheveux étaient des ondes saisies dans le métal, stylisées et régulières, et des diamants les sertissaient à égale distance, leur donnant un éclat singulier. Ses prunelles étaient invisibles: une clarté d'or emplissait ses yeux, empêchant d'y rien distinguer. Quand il se mettait en colère, des éclairs en sortaient - au sens propre.
Souvent une lumière ceignait sa tête, et l’on voyait comme des cheveux de lumière voler, qui étaient des flammes lentes et douces, ne faisant aucun bruit. Autour, un cercle bleu se plaçait, comme s’ils dégageaient de la chaleur. C’est qu’alors le héros affrontait ses ennemis, entrait dans l’action, et qu’une force divine l’emplissait! On voyait volontiers un rayon sortir de sa gemme frontale, et déchirer les monstres.
Par ailleurs à sa poitrine était un insigne étrange: trois ondulations de rubis représentant des flammes y formaient un triangle, dont l'intérieur était lisse et vermeil, également de rubis, apparemment. Il sertissait une cuirasse dorée reproduisant la poitrine et le ventre d'un puissant homme musclé, comme on en avait dans l'antiquité. Ses gants et ses bottes étaient renforcées d'écailles, également d'or, mais le dos de sa main était orné d'une pierre luisante violette, une améthyste, et le dessus de ses pieds était dans le même cas. Sa ceinture était bleue, et des émeraudes avaient été placées dessus. Il portait une cape d'ombre, ayant également des reflets bleus, surtout à l'intérieur, comme s'il était né dans l'azur que la nuit dissimule.
Il pouvait voler, et alors le triangle de rubis qui ornait sa poitrine jetaient un éclat particulièrement vif, comme s’il le soulevait de son feu. Il était fait d'une pierre polarisée de façon mâle, et la terre étant femelle, il pouvait vaincre la pesanteur. Sa volonté l'emmenait, avec ce qu'il portait, vers le ciel! Encore fallait-il qu'il soit allumé, ce que le Génie accomplissait de sa seule pensée. Dans la nuit, la gemme de son front aussi brillait, lui servant de phare, et on croyait voir, dans les airs, passer un dragon, ou alors un météore.
Il tenait à sa main droite un sceptre court, un cylindre orné de runes secrets, par lesquels le génie véritable, force invisible guidant notre héros, lui donnait toute sa force: il s'agissait de ce qu'on nomme un bâton cosmique. Il était relié à la puissance des astres. Car le génie immatériel de Paris parmi ceux-ci vivait. Robert Tardivel le matérialisait sur terre. Et ce sceptre jetait des éclairs, et obéissait à Robert Tardivel sous sa forme de Génie de Paris: il allait et venait dans les airs, comme mû par une volonté propre. Il avait été forgé au ciel par Vurnarim - le forgeron des dieux. Aucune machine terrestre ne pourra jamais prétendre l'égaler.
Il faut le dire, ce héros était le successeur du Génie d’or, qui habitait Charles de Gaulle autrefois, et se matérialisait à partir de son âme; mais son régime était différent: en vérité, le Génie d’or n’était plus là en personne: il prêtait désormais son pouvoir à Robert Tardivel, un homme inconnu, point en vue comme Charles de Gaulle, et restait, lui-même, dans le palais de la Lune, aux côtés de sa Bien-Aimée: car il en avait gagné le droit. Il aidait à distance le héros, après lui avoir laissé ses armes. Et il élevait son fils, qui lui succéderait un jour.
On ne pensa pas à appeler le double de Robert Tardivel Génie d’or; mais, la première fois qu’on le vit et qu'on comprit sa nature, il fut nommé le Météore, parce qu’il laissait derrière lui, quand il volait, un sillon flamboyant; il porta aussi le nom de Gardien de Feu. D'autres néanmoins l'appelèrent le Gardien de Paris, ou le Génie de Paris, ou l'Ange de la Liberté, ou bien encore l'Homme-Comète.
Voici comment Robert Tardivel fut choisi par Solcum le Sage pour lui succéder - ou pour succéder à Charles de Gaulle, pour mieux dire. L’Immortel attendait depuis un certain temps un homme qui pourrait faire l’affaire, car après sa disparition, Paris était resté sans héros, et on avait érigé en idoles des hommes qui le méritaient peu; et le mal progressait, les hommes qui étaient censés l’arrêter en étant tout bonnement incapables. L’âme simple et bonne de Robert Tardivel le convainquit. Car le dimanche, il accompagnait sa mère à son association de charité, dépendant de la paroisse de Vincennes - comme on sait vouée à Notre-Dame, la sainte Vierge, Marie. Et il se rendait dans les immeubles pauvres des cités, et s’occupait des problèmes des gens, notamment ceux qui, arrivés récemment d’un pays étranger, connaissaient mille difficultés à s’insérer dans la société. À son bureau de la mairie, d’ailleurs, il recevait les personnes, quelles qu’elles fussent, avec bonté, attention, il se montrait très humain; dans les premiers temps on en avait ri, on s’était moqué de lui et de sa naïveté, mais il avait défendu sa façon de faire, et on l’avait taxé d’idéalisme niais: lui citait Victor Hugo, et continuait sur sa lancée.
Néanmoins, cet épisode commence à être long, et il faudra attendre une prochaine fois pour savoir comment Robert Tardivel rencontra la puissance occulte du Génie d'or dans les catacombes.
(N.B.: la seconde image ici présente a été créée par Régis Dabol.)