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Notre ami et collaborateur Jeanlouis Cornuz nous a quitté le dimanche 14 octobre, par un lumineux jour d'automne. Il s'est endormi paisiblement la main dans celle qui fut sa compagne durant plus de trente ans. Jusqu'au bout il a récité des poèmes de Victor Hugo. Il avait l'espoir de tenir encore une année et demie afin d'assister à la thèse de doctorat en chimie de son petit-fils. La mort en a décidé autrement. Jeanlouis emporte avec lui une montagne de connaissances dans les domaines de la culture, la politique, la sociologie et les langues. Il est, probablement, un des derniers traducteurs à avoir travaillé pour le procès de Nuremberg en 1946, alors qu'il n'était âgé que de 24 ans. Son père l'avait envoyé à 14 ans dans un institut allemand où, très rapidement, il avait maîtrisé la langue. L'anglais ou plutôt l'américain n'avait pas de secret pour lui ce qui lui a permis d'enseigner dans une université des USA. C'est aux Gymnases de Chamblandes et de la Cité à Lausanne qu'il a passé la plus grande partie de sa carrière de professeur. Il aimait à se désigner comme «maître d'école». De nombreux anciens élèves relèvent ses talents de pédagogue et la façon exceptionnelle qu'il avait d'aimer, de comprendre les adolescents qui lui étaient confiés.
A côté de l'enseignement il a été chroniqueur et journaliste avec des collaborations au journal Coopération, à l'hebdomadaire Domaine public, à Gauchebdo et à l'Essor dont il avait repris la direction durant de nombreuses années.
Écrivain, il a publié des nouvelles, des romans et plusieurs essais sur André Dhôtel, Victor Hugo, Gottfried Keller, Jules Michelet pour qui il avait une tendresse toute particulière et qui a été le sujet de sa thèse, car il était docteur es lettres. Il a écrit des pièces pour la radio et le théâtre. Il avait commencé à travailler sur un sujet qu'il n'a, hélas, pas pu mener à bonne fin; c'était «L'entrée du Christ à Lausanne et autres lieux» inspiré par le tableau du peintre belge James Ensor intitulé «L'entrée du Christ à Bruxelles». Il y mêlait une satire persiflante, beaucoup d'humanisme et de la révolte.
La peinture était aussi un art avec lequel il aimait à partager ses réflexions, ses admirations. Il a publié une monographie du peintre Charles Rollier avec qui il entretenait une belle amitié. Sa première compagne, Christiane, était artiste peintre.
Une parfaite connaissance de l'allemand l'a conduit à entreprendre des traductions comme celles d'Ernst Wiechert, Walter M. Diggelmann ou encore Gottfried Keller.
Infatigable, cet homme qui portait en lui les talents d'un écrivain, d'un pédagogue, d'un journaliste, s'est également tourné vers la politique. Il ne pouvait être que du côté des plus démunis; sa sensibilité, son humaniste l'ont dirigé vers le parti ouvrier populaire dont il a été le député au Grand Conseil vaudois durant de nombreuses années. Grâce à son immense culture mêlée à un humour étayé par une foule d'anecdotes qui, toujours, survenaient au bon moment, il a su se faire entendre, respecter et aimer autant par les opposants que par ses camarades de parti.
Pacifiste dans l'âme, Jeanlouis avait publié un livre sur l'objection de conscience en 1979 déjà. Ses dernières publications formaient une trilogie inspirée par l'Histoire de l'Europe durant les 19 et 20e siècles. Le premier roman s'appelait «Les Désastres de la guerre», puis «Les Caprices» et enfin «Le complexe de Laïos» faisant allusion aux millions de pères allemands, français, italiens, russes, etc. qui ont envoyé leurs fils à des boucheries effroyables, des guerres inutiles. Il me disait: «Ai-je contribué, par ce roman, à une prise de conscience? Je ne sais pas».
Avec sa fantaisie malicieuse, alors que nous parlions des conflits mondiaux, il me dit: «La bêtise est ce qui donne le mieux l'idée de l'infini», une citation de Gustave Flaubert.
Jeanlouis, pour tous ceux qui t'ont aimé, tu resteras vivant.