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Le module scientifique russe Nauka s'est amarré à l'ISS
Après un voyage de huit jours dans l'espace et avec quasiment 15 ans de retard, le nouveau module scientifique russe Nauka s'est amarré jeudi à la station spatiale internationale (ISS). Il a cependant connu un problème provisoire de propulseurs.
Quelques heures après l'amarrage, les cosmonautes ont en effet signalé l'allumage inattendu des moteurs de Nauka, les obligeant à allumer ceux du segment russe de l'ISS pour compenser le mouvement produit sur le laboratoire orbital.
"Les propulseurs ont commencé à fonctionner [...] de manière inattendue et par inadvertance, déplaçant la station de 45 degrés hors de sa position. Les opérations de redressement l'ont replacée dans sa position [initiale, ndlr] et l'équipage n'est pas en danger", a expliqué la NASA sur Twitter.
Lors d'une conférence de presse, la responsable des vols habités de la NASA, Kathy Lueders, a qualifié l'incident "d'heure vraiment excitante", tout en remerciant l'équipage pour avoir redressé la situation.
Procédure d'évacuation
Le cargo spatial Dragon du programme SpaceX, actuellement accroché à l'ISS, a été mis en position d'attente, prêt à évacuer l'équipage en cas de nécessité. En raison de cet incident, le lancement-test du véhicule spatial Boeing Starliner, sans équipage, vers la station spatiale, a été reporté au moins jusqu'au 3 août pendant la durée d'une enquête en cours.
Nauka avait décollé le 21 juillet à bord d'une fusée Proton-M du cosmodrome russe de Baïkonour, au Kazakhstan. A l'issue de ces huit jours dans l'espace, nécessaires pour se positionner sur la même orbite que l'ISS, ce laboratoire spatial s'est amarré à 16h29 (15h29 en Suisse) au module de service russe Zvezda.
L'amarrage devait se dérouler en mode automatique mais le cosmonaute Oleg Novitski, actuellement à bord de l'ISS, a pris le contrôle manuel du module pour le guider sur les tout derniers mètres. "Nouveau module, nouvelles perspectives pour la cosmonautique russe", a quant à lui salué sur Twitter le cosmonaute Ivan Vagner.
Plusieurs mois et une série de sorties extra-véhiculaires seront encore nécessaires pour rendre Nauka pleinement opérationnel et intégré à l'ISS. C'est la première fois en onze ans qu'un nouveau module russe rejoint le laboratoire orbital.
15 ans de retard
L'opération était scrutée de près par l'agence spatiale européenne (ESA), Nauka emportant avec lui un de ses équipements, le bras robotisé ERA, qui sera installé à l'extérieur du module.
Après un lancement et une mise sur orbite réussis, le parcours de Nauka avait été marqué par plusieurs soucis techniques, obligeant Roscosmos à des manoeuvres et faisant craindre un temps que le module ne puisse rejoindre l'ISS.
"On a été préoccupé les trois premiers jours. Il y a eu une perte de télémétrie", a dit le chef de l'agence spatiale russe Dmitri Rogozine, ajoutant qu'une "commission d'Etat analysera toutes les observations".
D'un poids total de 20 tonnes pour un volume intérieur de 70 m3 - ce qui en fait l'un des plus gros de l'ISS -, le module a commencé à être assemblé pendant les années 1990. Mais son lancement, initialement prévu pour 2007, a été constamment retardé.
Remplaçant du module Pirs
Comme d'autres projets spatiaux russes, il a été victime de problèmes de financement, d'errements bureaucratiques et de problèmes techniques au cours de sa conception.
Ce laboratoire spatial remplace le module Pirs, bien moins grand, qui s'est détaché lundi de l'ISS avant de se consumer en rentrant dans l'atmosphère terrestre au-dessus de l'océan Pacifique.
Si Nauka est d'abord un module-laboratoire, il fournira également "des volumes supplémentaires pour les postes de travail et le stockage du fret, des emplacements pour les équipements de régénération de l'eau et de l'oxygène", selon Roscosmos.
Le bras robotisé de l'ESA, quant à lui, était quasiment prêt depuis 2007 et n'attendait que cet amarrage. Accroché à Nauka et capable de se "déplacer" le long du segment russe de l'ISS, il peut porter jusqu'à huit tonnes de matériel. Il aidera notamment les spationautes pendant leurs sorties extra-véhiculaires.
ats, afp