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Mama raconte ce qui se passe pendant sept jours dans un village en Chine rurale dans les années 1990. Il représente la mémoire de Xiaoxian, une fille de douze ans, sa famille et son village. En sept jours, elle témoin de deux naissances et de trois décès dont la mort de sa propre mère qui meurt en donnant naissance à sa quatrième sœur.
Le film de Li Dongwei s’ouvre sur un plan qui dévoile la campagne luxuriante et verdoyante. Le chant des cigales domine le paysage et on distingue, au loin, une fillette vêtue de blanc, se frayant un chemin dans les hautes herbes. On perçoit le bourdonnement d’insectes et le sifflement de quelques oiseaux : c’est l’été à la campagne.
Arrivée devant la caméra, de dos, elle interpelle son grand-père, au loin, et lui demande si le repas est prêt.
Dans la séquence suivante, on retrouve une famille réunie autour d’une table en bois dans une bâtisse rudimentaire. Sur un des côtés de ce local qui sert de pièce à manger et à vivre s’accumulent des pommes de terre entassées. On comprend immédiatement la pauvreté dans laquelle vit cette famille.
Les journées s’égrainent, entre labeurs domestiques et des chants auxquels participent les enfants. Peu de dialogues sont échangés et restent minimalistes; ceux-ci vont à l’essentiel. Les activités du quotidien se succèdent – la marche dans les montagnes et les près, le transport en tracteur, les achats à l’épicerie locale mais aussi un convoi funéraire en pleine chaleur.
Pour réaliser son premier long métrage, Li Dongwei puise dans sa propre histoire qu’elle met de manière picturale et poétique en scène :
« Ma mère est décédée le 29 août 1992, durant le calendrier lunaire quand j’avais douze ans. Vingt-sept ans après, ma mémoire liée à la mort de ma mère est revenue ainsi que les moments de la routine quotidienne au village et il m’est venu à l’esprit d’écrire une série d’événements couvrant une période de sept jours autour de la mort de ma mère.
Ma troisième sœur et moi venions de rentrer de l’école quand nous avons vu le corps de notre mère allongé sur une natte dans le coin de la pièce principale, nous nous sommes agenouillés devant elle et avons pleuré. On a vu étaient des larmes au coin de ses yeux, même si l’hôpital l’avait déclarée morte pendant des heures. Cependant, je ne voulais pas y croire. »
Les activités quotidiennes se succèdent, dans une quiétude tangible : les trois jeunes filles qui jouent dans le préau de l’école, les transports à l’arrière d’une camionnette, les longues journées pour tous les membres de la famille, y compris les enfants qui aident aux tâchent ménagères et aux travaux des champs après l’école. Li Dongwei semble brosser par de légers et subtils coup de pinceaux des saynètes qui s’enchaînent avec harmonie, à la tonalité lumineuse à l’extérieur, des tons beiges et ocres des pièces d’intérieur.
Les spectateurs cernent que le milieu social dans lequel vit cette famille de paysans est très modeste. Les parents travaillent aux champs et la grande sœur doit emmener la petite dernière à l’école avec elle mais l’enfant de quatre-cinq ans est épuisée et dort aux pieds de sa sœur alors que la classe lit à haute voix un texte. L’enseignant autorise la petite sœur à aller sommeiller dehors.
La mère de famille tente de poursuivre les tâches quotidiennes, promenant tant bien que mal son immense ventre. Un jour, alors que les trois fillettes rentrent de l’école, leur père les accueille et leur annonce la terrible nouvelle :
« Je me suis vu terrifiée et impuissant face à ma mère à qui je n’ai pas dit au revoir. J’ai vu ma grand-mère faire face à la douleur de perdre sa fille. J’ai vu mon père plein de culpabilité, à genoux devant la tombe pleurant, mais déplorant toujours l’injustice. »
Comme chez la plupart des cinéastes, des écrivains et des créateurs en général, Li Dongwei s’inspire de son vécu, des émotions, exprimées ou refoulées jusqu’alors, pour transmettre une fresque humaine au sein de la campagne chinois au début des années nonante :
Le film porte le souvenir de cet été. J’ai essayé de présenter ces souvenirs de la manière la plus simple manière concise. Les émotions et les sentiments sont limités comme une peinture sans aucune modification ni rendu.
A travers son premier long métrage, Li Dongwei rend hommage aux siens et à son village, à sa culture et prouve. par son parcours, que l’on peut accéder à l’éducation – dans son cas, brillamment – même quand on est issu d’une région défavorisée.
Li Dongmei est née dans un village rural de la province de en Chongqing en Chine. Elle a été la première étudiante de son village à entrer à l’université où elle a étudié les littératures anglaise et américaine.
Sa famille n’avait pas la télé mais son grand-père était doué pour raconter des histoires captivantes. Ses sœurs et elle étaient fascinées par tous les personnages et images des histoires qu’il racontait; ce sont ces histoires qui l’ont motivée à étudier la littérature.
Devenue professeur d’anglais au collège de Futian, elle a vu un jour un film sur la vie quotidienne d’une fille iranienne. C’était une histoire très simple, mais qui reflétait la sienne. En effet, le film parlait du père de ce fille iranienne qui a toujours voulu un fils, tout comme son père.
Ce film a eu un tel impact sur elle qu’elle a décidé d’étudier la réalisation au Victorian College of the Arts à l’Université de Melbourne. Elle est retournée en Chine et s’est retrouvé cette année avec son premier long métrage au Lido de Venise dans la section Giornate degli Autori.
Firouz E. Pillet
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