Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06861.jsonl.gz/1050

“Sharing and teaching”. Politique du tourisme et du savoir en terre salée aborigène (Kimberleys, Australie)
Céline Travesi a soutenu sa thèse intitulée « Sharing and Teaching ». Politiques du tourisme et du savoir en terre salée Aborigène (Kimberleys, Australie) » sous la direction du Professeur Mark Goodale, le 15 décembre 2016 à l‘Université de Lausanne.
Cette thèse explore les pratiques liées aux activités touristiques développées par les Aborigènes Bardi et Jawi, dans le nord-ouest de l’Australie. Elle interroge les modalités de production du « tourisme aborigène » comme un nouveau lieu d’« énonciation du politique » (Bayart, 1985) participant également de la production et de la reproduction sociale, tant au niveau local que national. Elle examine ainsi les formes de « résistance » que les Bardi et les Jawi opposent aux catégories et aux actions de l’Etat, et ce à différents niveaux : dans les définitions qu’ils proposent d’eux-mêmes aux touristes ; dans la manière dont ils conçoivent le tourisme et le type de projet économique qu’il incarne ; et dans les relations qu’ils négocient avec les touristes.
La thèse analyse également les « politiques de la connaissance » déployées par les Aborigènes dans le contexte touristique et la manière dont elles informent notamment les interactions qu’ils construisent avec les touristes, et plus particulièrement avec les touristes australiens. Ces interactions sont fondées sur des notions de « partage » et d’« enseignement » et l’instauration d’une relation de « réciprocité asymétrique » (Myers, 1980 ; Peterson, 2013) à travers laquelle les Bardi se réapproprient un pouvoir de parole et affirment une autorité. Mais elles procèdent également de rapports de collaboration avec les touristes qui y trouvent aussi leur compte. Les touristes comme les Bardi, en effet, recherchent autant, sinon plus, à construire une forme d’enchantement ou un espace d’expérience partagée, de manière à pouvoir répondre à des besoins, à des préoccupations différentes (négocier des sentiments ambivalents à l’égard des Aborigènes pour les uns ; obtenir des gestes de réciprocité pour les autres), qu’ils ne cherchent à produire ou à rencontrer de l’authenticité.
L’interaction à laquelle participent les Bardi et les touristes australiens, dans le contexte des activités touristiques proposées par les premiers, offre ainsi un cadre privilégié pour l’expérimentation de nouvelles manières d’interagir et la production d’un espace d’expérience partagée.