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Des vestiges de l'époque romaine ...
Les restes de poteries et des pièces de monnaies indiquent que ce lieu était déjà habité dès l'ère romaine. Au Moyen-Age, la terre de Carrouge faisait partie de la seigneurie de Vulliens, propriété de la famille noble de ce nom. En 1282, Jean de Vulliens est seigneur de Carrouge et Ropraz (archives communales de Ropraz). Après la conquête du Pays de Vaud par les Bernois, c'est la famille de Graffenried qui acquiert la seigneurie de Carrouge en 1634 et fait construire en 1709 la chapelle. Enfin, Bernard de Diesbach en devient propriétaire en 1769 jusqu'à la révolution de 1798.
Des conflits de frontières sont consignés au cours des siècles dans les archives*, notamment en 1569 avec la commune de Ropraz concernant l'exploitation des pâturages et la coupe de bois. La commune de Carrouge en appelle à la Haute Chambre du Pays de Savoie, à Berne. Deux juges ordonnent alors «que les deux seigneuries se séparent par le fil de l'eau (de la Bressonnaz) mais qu'une partie du territoire limitrophe devrait rester en commun», sentence confirmée en 1718. «s'il arrive que le bétail de l'un ou de l'autre, excepté les cochons, aille de son propre mouvement sur le terrain de l'autre, les prédites communes ne pourront pas réciproquement se gager».
Ces droits seront abandonnés en 1762 par la commune de Ropraz à la commune de Carrouge «moyennant la somme de trente-trois écus petits, payable à la Saint-Jean prochaine».
Les différends entre le seigneur et ses sujets sont également fréquents, ainsi en 1671, un procès oppose les communiers de Mézières au seigneur de Carrouge au sujet des corvées de cure.
* (in «La contrée d'Oron» édition Cabédita)
Il a laissé ses initiales sur la chaire avec cette inscription «au nom de Dieu, sois mon commencement», 1709. On retrouve d’ailleurs les initiales S.N. sur nombre de bâtiments de cette époque.
La chapelle a été une première fois restaurée en 1927, on l’a alors ornée d’un vitrail de René Martin, peintre vaudois décédé en 1986 aux Etats-Unis. Elle sera à nouveau rénovée en 1972 et on remplacera le joli petit clocher qui menaçait de tomber par un modèle identique, mais flambant neuf.
En 1971, le Conseil général de Carrouge avait accepté un crédit de 98'000 francs pour la restauration de la chapelle. On peut lire dans le rapport de la commission que l’on souhaitait garder «le caractère intime et simple de notre chapelle, telle qu’il avait été prévu dans sa conception initiale». Et c’est également cette sobriété que relève l’archéologue cantonal dans sa missive à l’architecte mandaté pour la restauration en 1972: «... La petite église de Carrouge a un type prononcé et très joli qu’il faut conserver ( ... ) Quant au plafond, j’espère que vous pourrez trouver un ouvrier italien (sic) chez un peintre capable de repeindre à la chaux le bleu. Le repérage des étoiles n’est pas difficile à faire. En relevant quatre ou cinq formes d’étoiles, on pourra éviter qu’elles soient toutes uniformes...»
Depuis longtemps, la chapelle de Carrouge fait partie de la paroisse de Mézières. On y célèbre le culte une fois par mois, des enterrements, des mariages et des baptêmes. En 2009, cette charmante petite vieille dame a été dignement célébrée.
On a trouvé au lieu dit « La Rappettaz », un grand nombre de squelettes humains de très grande taille, couchés en terre. La tradition a gardé le souvenir d'une bataille qui aurait ravagé ce coin du pays à une époque qu'on ne peut préciser. On a également découvert un fer de lance dont on a fait l'armoirie de la commune.
Autrefois, Ferlens ne formait qu'une seule commune avec Servion, mais suite à de nombreux différents, notamment sur le partage des bois, Ferlens adressa une pétition au Conseil d'Etat demandant la séparation des 2 bourgs. Le 3 juin 1816, le Grand Conseil décida le partage, mais il ne devint effectif qu'en 1820. Tous les biens communaux : forêts, champs, haies, caisse à graviers, furent partagés en fonction de la population de chacune des deux nouvelles commune. Tous les ressortissant de l'ancienne commune ont dû choisir pour toujours leur bourgeoisie dans l'un ou l'autre village. C'est ainsi que Servion se retrouva avec 835 âmes et Ferlens avec 377 inconditionnels. Les deux communes ont adopté en 1923 des armoiries très semblables. Alors que Servion retirait intégralement les armes attribuées aux anciens chevaliers du lieu, Ferlens remplaçait la bande par un fer de lance, se donnant ainsi des armes parlantes. Ferlens est le lieu d'origine des
« Pasche » et des « Buttet ». Quelques descendants de ces familles habitent encore la localité.
Les plus anciens vestiges datent de l'âge du bronze et sont une villa gallo-romaine et une nécropole du haut Moyen Age. On trouve une mention de "Paganus de Maseres" en 1161.
Le Moyen Age est marqué dès 1370 par deux coseigneurs, les de Vulliens et les d'Estavayer. Suivront les de Blonay auxquels succéderont vers 1540 les Lenzbourg, puis les Meyer, les Du Moulin, les de Graffenried, les de Diesbach et les Cerjats. Ces deux dernières familles étaient encore présentes en coseigneurage à Mézières en 1798.
De 1536 à janvier 1798, les habitants de Mézières et du Jorat, comme ceux de l'ensemble du futur canton de Vaud, deviennent "loyaux sujets de LL EE de Berne". L'autorité est exercée par le Bailli de Moudon, mais les coseigneurs de l'époque restent propriétaires de leurs biens.
Gardant soigneusement leur particularisme, ils durent, cependant, abandonner peu à peu le patois. Gardant - tant que pouvait se faire - leurs habitudes, leur rythme de vie point trop rapide, bridés toutefois par des ordonnances contraignantes qui réglementaient chaque détail de leur existence. Tout était alors codifié : le comportement, les vêtements, les plaisirs, les bals, les cultes... Le tout surveillé par une sorte de "tribunal des moeurs", le Consistoire rattaché directement à la Paroisse.
La présence bernoise, d'autre part, permit - mais pas avant 1700 - de mettre fin à l'insécurité des routes qui traversaient les bois du Jorat, routes infestées de brigands qui rançonnaient et n'hésitaient pas à tuer les voyageurs qui les empruntaient.
Mézières fut l'un des théâtre des exploits des brigands du Jorat; vers 1550, Félix Platter et deux autres étudiants, obligés de coucher à Mézières, "dans une méchante auberge", ne durent leur salut qu'à leur fuite pendant la nuit et à l'ivresse des brigands. A la fin du XVIIIe siècle, la noblesse ne dédaignait pas de tenir auberge. Celle de Mézières était la propriété d'Albert de Watteville, seigneur de Diesbach. Le 10 mars 1783, il céda cet immeuble, avec son mobilier et les vases de cave, à son gendre, E. de Watteville, de Chardonne pour le prix de Fr. 22'800.-.
Le 29 juin 1808, Dame Charlotte, née de Watteville, femme de Louis de Muralt, revendit l'auberge à la commune de Mézières pour le prix de Fr. 22'000.- outre
Fr. 400.- de vins. L'enseigne de l'auberge, en vieille serrurerie du XVIIIe siècle, porte encore les armes de Watteville. Elle a été restaurée et classée au nombre des monuments historiques.
Cependant, petit à petit, au bout de deux cents ans, environ, on voit se dessiner, timidement, çà et là, quelques velléités de révolte, essentiellement soutenues par la classe bourgeoise au reste. Révolte à la manière vaudoise, s'il vous plaît, c'est-à-dire (fort heureusement) sans violence ni effusion de sang. A ce titre, l'affaire du Pasteur Martin de Mézières est exemplaire. L'histoire, la voici :
Pasteur à Mézières de 1779 à 1792, il échappa au ministre Martin de dire, dans une conversation à la sortie d'un culte, que les pommes de terre étant un légume et non des céréales, la dîme n'en était pas due (impôt égal à un dixième des récoltes). Le Châtelain Reymond s'empressa - en les dénaturant - de rapporter ces paroles au seigneur de Carrouge, Bernard de Diesbach, qui les transmit immédiatement au Sénat de Berne.
Une accusation de haute trahison fut aussitôt décrétée contre le pasteur. Au milieu de la nuit, une troupe d'agents de la police bernoise, masqués, envahit la cure de Mézières, mit les papiers du ministre sous scellés, enleva le pasteur Martin et le conduisit dans les prisons de Berne. Distrait de ses juges naturels, mis au secret, soumis à une enquête sévère, le pasteur Martin vit pourtant son innocence reconnue et proclamée.
Après quatre mois de détention, un arrêt de l'avoyer et conseil souverain, en date du 4 avril 1791, lui ouvrit les portes de son cachot et lui alloua une indemnité de 100 louis d'or. Il fut solennellement réintégré dans sa paroisse et le délateur Reymond fut censuré et destitué. Le retour du pasteur Martin, les 11 et 12 avril 1791, fut un véritable triomphe. Partout au long de sa route, il fut acclamé et fêté. Le 12 avril, une foule de ses paroissiens, musique en tête, se porta à sa rencontre jusqu'à Bressonnaz. Il y eut des discours de bienvenue, le tout suivi d'un joyeux retour jusqu'à la cure de Mézières où le cortège fut reçu par une salve d'armes à feu. Ainsi finit la "révolte des pommes de terre"! Les armoiries de Mézières rappellent cette épisode.
Ce moment historique a fait le sujet d'une pièce de théâtre intitulée "La Dîme", par M. René Morax, qui fut jouée avec un très grand succès à Mézières par des acteurs de la contrée, à l'occasion du Centenaire vaudois de 1903. Le succès de cette pièce suggéra l'idée de construire à Mézières un théâtre qui serait destiné à mettre à la portée du grand public diverses manifestations de l'art dramatique et musical, avec la collaboration, autant que possible, des habitants de la contrée. Cette initiative fut appuyée par la faveur du public et par les plus hautes personnalités artistiques et littéraires de la Suisse et de l'étranger. Une société par actions se constitua, qui construisit "le Théâtre du Jorat", tout en bois, avec plancher incliné, 1'200 places assises et tous les locaux accessoires.
L'inauguration a eu lieu le 9 mai 1908 par la représentation d'"Henriette", drame rustique par René Morax, et la reprise de "La Dîme". En mai 1910, on donna "Aliénor", drame du même auteur. En juillet 1911, ce fut l'opéra "Orphée", de Gluck, sous le haut patronage de maître Saint-Saëns; en juillet 1912, "La Nuit des Quatre Temps", légende dramatique par René Morax, et, en 1914 "Tell", du même auteur.
Il existait, au XVII siècle, une école commune pour Mézières et Carrouge. Cette dernière localité contribuait aux frais, en 1721, pour une somme de 60 florins. En 1763, la part de la commune de Mézières dans l'entretien de l'instituteur consistait en :
- la jouissance d'un terrain suffisant pour y semer trois quaterons
- 2 quaterons de "moitié"
- 53 florins y compris les intérêts des 300 florins que LL EE et le seigneur de Mézières avaient donné en 1742 pour augmenter le bénéfice du régent
- cinq chars de bois de sapin
- un essert suffisant pour qu'on y sème un sac d'avoine.
En 1793, la commune de Mézières étant propriétaire d'une maison de commune, se chargea de loger le régent moyennant le paiement, par celle de Carrouge, d'une somme de 40 batz.
La paroisse existe probablement depuis le XVIII siècle, elle a été remplacée par un temple (classé) en 1706. La cure est de 1756, probablement à l'emplacement de l'ancien presbytère. La paroisse protestante s'étendait alors aux sept localités environnantes.
En 1874, Mézières connaissait déjà un Conseil communal, remplacé en 1885 et jusqu'en 1915 par un Conseil général.
En 1899 est fondée la Compagnie des chemins de fers (électriques) du Jorat. Les travaux commencent l'année suivante et se terminent en novembre 1902 par l'ouverture de la ligne La Sallaz-Moudon. Entre ces deux localités se situera l'importante gare de Mézières qui emploiera jusqu'à 20 employés. En 1963, les autobus remplaceront les trams.
L'ouverture du chemin de fer Lausanne-Moudon en 1902 et la fondation du Théâtre du Jorat ont contribué à faire connaître et apprécier cette région intéressante du pays, jusqu'alors un peu ignorée.