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04. Feb. 2009
Le Temps
C'est le fondement de la démocratie, l'idéal
de la Révolution française: que tous ceux qui subissent des décisions puissent y participer
Par Viviane Ménétray
Vous pensez qu'a 12 ans on est mûr pour voter?
Beaucoup de jeunes comprennent mieux la politique que les vieux qui l'ignorent totalement où sont indifférents. La maturité politique, c'est une utopie concrète. Plus vous devenez vieux, plus vous réalisez que vous n'êtes pas assez mûr.
Franchement, proposer le droit de vote à 12 ans alors que la plupart des jeunes de 16 ans ne l'ont pas en Suisse, c'est de la provoc, non?
Non, car l'idée n'est pas de le généraliser à tous, mais de le donner à ceux qui en ont envie et qui le demandent. L'idée ne vient pas de moi. C'est le fondement de la démocratie, l'idéal de la Révolution française: que tous ceux qui subissent des décisions puissent y participer. Aujourd'hui, il y a un trop grand décalage entre ceux qui décident et ceux qui subissent. Les Non-Suisses et les trop jeunes représentent plus d'un tiers de la population !
Tout de même, la démocratie, c'est une chose sérieuse …
C'est même tellement sérieux que personne ne doit être exclu du processus décisionnel. Si vous n'êtes pas d'accord, vous pouvez aussi légitimer l'aristocratie et dire que les gens sont trop bêtes pour voter.
Quel parti choisiraient-ils? Celui de Britney Spears?
Il ne faut pas être méprisant ou arrogante. Les très jeunes sont souvent très bien informés et très sensibles pour la cause publique et les grandes questions de notre existence. A l'école, certains enfants corrigent même leurs profs sur des questions d'éducation civique et politique.
Les parents ne risquent-ils pas de manipuler leurs enfants?
Je vous l'ai dit: à 12 ans, il y a des gens qui sont mûrs alors que d'autres n'ont aucune indépendance d'esprit à 40 ans. Tous vos craintes valent aussi bien pour les enfants que pour les adultes.
Alors pour vous, on est vraiment indépendant à 12 ans?
J'ai l'impression que vous ne connaissez pas les jeunes d'aujourd'hui. Regardez cette fille de 13 ans qui vient d'avoir un bébé. C'est beaucoup plus difficile à gérer que de pouvoir voter. Vous savez, les jeunes font beaucoup de choses que font les adultes. Ils fument, boivent de l'alcool. Les limites d'âge ne veulent plus rien dire aujourd'hui. L'essentiel c'est : la démocratie s'apprend par l'exercice et par l'expérience. Le plus tôt vous commencez avec cela, le plus mûr vous pouvez devenir !
Et vous, vous pensiez à la politique à cet âge-là?
Naturellement. Je lisais les journaux, je m'informais; pas dans Le Matin, mais dans les journaux les plus sérieuses. J'ai commencé à discuter la politique avec mon grand-père à l'âge de 8 ans lorsque Nixon et Kennedy s'affrontent pur la présidence.
Justement, pourquoi ne pas laisser à la famille le soin de faire cette éducation?
Parce qu'aujourd'hui les familles sont surchargés avec d'autres préoccupations. Je le vois avec les étudiants qui arrivent à l'Université. La plupart n'ont aucune formation, ne connaissent pas l'histoire politique. La Suisse doit faire beaucoup plus pour former ses jeunes à la démocratie et cela doit partir des cantons. C'est à eux d'accorder le droit de vote aux jeunes sur demande. D'ailleurs Schwytz y réfléchit.
Au fond, vous refusez que les enfants aient des occupations de leur âge?
Non, je veux simplement que ceux qui ont envie de participer à la vie démocratique puissent le faire. C'est quand même eux qui subiront nos décisions le plus longtemps!
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