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Le ghetto est né à Francfort en 1349, mais il n'a été véritablement institutionnalisé qu'au XVIe siècle. Il tire son nom de l'ancienne fonderie (en vénitien, gheto) située aux abords de la résidence obligée des Juifs dès 1516 à Venise. Il porte des noms différents selon le pays : Judengasse en Allemagne, carrière dans le Comtat venaissin, mellah en Afrique du nord.
Depuis plusieurs siècles, dans l'Europe chrétienne et les pays musulmans, autant par choix que par obligation des autorités, les Juifs des villes se regroupent dans des quartiers : ils vivent à part par commodité, par habitude et surtout pour des raisons de sécurité.
Le ghetto désigne une situation toute différente : c'est un quartier entouré d'un mur ; deux portes, gardées aux frais des Juifs, sont ouvertes durant la journée et permettent la communication avec le monde extérieur. La nuit, les Juifs doivent avoir réintégré le ghetto et les Chrétiens doivent l'avoir quitté, sous peine de sanctions sévères.
Le ghetto ne peut s'agrandir. La natalité juive devient un facteur de paupérisme. Les masses juives d'Allemagne et d'Italie vivent misérablement, s'adonnant à de petits métiers : tailleur, fripier, etc. Le ghetto vit surtout de prêts sur gages : depuis le XIVe siècle, les Juifs d'Italie sont officiellement chargés - et même contraints - de pratiquer l'usure pour survivre. Au XVIIe siècle pourtant, on interdit aux Juifs de prêter avec intérêt - l'activité est confiée à des monts-de-piété - , mais on ne leur ouvre pas pour autant de nouvelles professions.
Outre les conditions économiques difficiles, le système du ghetto impose aux Juifs des brimades et des humiliations nombreuses, du sermon de conversion jusqu'au rapt d'enfants conduisant au baptême forcé.
Le ghetto devient le symbole de la vie juive et son modèle se diffuse dans toute l'Europe. En 1555, une bulle papale ordonne la création de ghettos et la concentration des Juifs résidant dans tous les états pontificaux. D'autres ghettos sont créés aux XVI, XVII et XVIIIe siècles.
La vie de ghetto a aussi suscité un style de vie où les joies de la vie familiale et la ferveur religieuse parviennent à faire accepter le combat quotidien. Derrière les murs, la vie artistique et intellectuelle s'épanouit et se traduit par de splendides décorations de synagogues, des enluminures de manuscrits, l'impression de nombreux livres et un débat philosophique stimulant.
Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, avec la propagation des idées républicaines, que les ghettos sont abolis (voir l'émancipation*).
En 1939, Hitler décide de concentrer de force les Juifs dans des ghettos. Le premier est mis en place à Lodz (Pologne) en 1940, d'autres suivent comme celui de Varsovie (500'000 personnes). Loin d'instaurer, comme au Moyen Age, une ségrégation marquant un statut d'infériorité, ces nouveaux ghettos ont conduit à la concentration des Juifs avant leur déportation et leur extermination massive (voir aussi les persécutions* nazies de 1933 à 1939 et la "Solution finale*").
Ricardo CALIMANI : Histoire du ghetto de Venise, Paris, Denoël, 1997.
Philippe PREVOST : Histoire du ghetto d'Avignon, Paris, 1975.
L. WIRTH : Le Ghetto, Presses Universitaires de Grenoble, 1980.