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Notre revue de presse de la semaine passée : 5 au 17 septembre 2022.
Les matières premières, sous un angle différent – 13. Blé romain et politique alimentaire
La Suisse est une plaque tournante du négoce des matières premières. Saviez-vous que cette activité représente 4% du PIB suisse, et même 22% des recettes fiscales pour le canton de Genève ? Nous continuons d’explorer ce vaste sujet sous un autre angle, et nous publions une série d’articles, en nous focalisant à chaque fois sur une matière première avec des anecdotes, des citations. Après vous avoir expliqué la semaine passée l’histoire du blé romain, nous abordons la politique alimentaire sous l’empire romain.
Politique alimentaire sous l’empire romain
En 123 avant J.-C., le tribun Gaius Sempronius Gracchus instaure la Lex Sempronia frumentaria qui prévoit de taxer le blé à prix réduit.
Il décide qu’à l’avenir tout citoyen résidant à Rome et qui s’y fait inscrire aura droit à une prestation mensuelle d’un boisseau de blé à prix réduit.
A cette fin, il a fallu agrandir les greniers de la ville.
A partir d’Auguste, qui règne de 27 avant J.-C. à 14 après J.-C., l’une des préoccupations majeures du pouvoir impérial est d’assurer l’approvisionnement de Rome.
L’empereur fait distribuer du blé aux citoyens, en majorité pauvres. C’est ce qu’on appelle les frumentationes.
L’Annona
Dans le monde antique, chaque région cherchait à être autosuffisante, et le commerce des denrées alimentaires dépendait surtout de l’évolution irrégulière de la production, influencée par les variations climatiques, et par la nécessité d’aider la population rurale dans des moments difficiles.
Il devenait donc indispensable pour Rome de rationaliser et de spécialiser les productions d’une très vaste partie du bassin de la Méditerranée, afin d’en tirer un excédant suffisant pour satisfaire les besoins de la capitale et assurer l’annona ou cura annonae (c’est-à-dire l’approvisionnement en blé et en denrées alimentaires).
« À l’origine, le mot « annone » désignait l’approvisionnement de Rome, qui fut conçu sous la forme d’un impôt en nature versé par les provinciaux ; par la suite, il reçut un second sens et s’appliqua au service administratif chargé de collecter ce prélèvement et de le redistribuer à ses bénéficiaires ».
Annona est aussi une déesse romaine qui préside aux récoltes de l’année. On la représente l’épaule droite nue ainsi que le bras, tenant dans la main droite des épis, et dans la gauche la corne d’abondance.
Sesterce de Néron, vers 64-67
Très fréquente sur les monnaies de l’empire, L’Annone, incarnation de l’approvisionnement de Rome, fait sa première apparition sur un sesterce de Néron.
Cette opération est possible seulement du fait de la nette domination exercée par Rome.
Elle exige une maîtrise rigoureuse aussi bien de l’organisation des transports que de la gestion des réserves, pour pouvoir assurer une certaine régularité dans la distribution à la population du blé, des céréales, de l’huile et d’autres denrées alimentaires.
Tâches du préfet de l’Annone
L’administration de l’Annone, ou du ravitaillement, est assignée par Auguste à un préfet qui dépend directement de lui.
La tâche de ce dernier consiste à acquérir les denrées, à passer les contrats de transport, à gérer les stocks et à contenir les prix au détail, de façon à éviter que les citadins pâtissent des aléas et des variations de la production et de l’approvisionnement.
Pour ce faire, le préfet de l’Annone dispose d’une administration nombreuse qui devient de plus en plus complexe et spécialisée
La distribution gratuite du blé constitue un enjeu politique. Auguste est perçu comme un bienfaiteur aux yeux de la population.
Le Porticus Minuccia Frumentaria
Le Porticus Minuccia Frumentaria fonctionne comme office des distributions de blé, jusqu’au milieu du IIIème siècle, moment où sont définitivement supprimées les magistratures préposées à cette fonction. C’est seulement quelques dizaines d’années plus tard avec Aurélien, qu’est instituée une distribution gratuite du pain, grâce au développement de l’activité des moulins de la ville.
Le Porticus Minuccia Frumentaria compte de nombreux guichets ouverts au public, chacun en mesure de distribuer le blé à plusieurs dizaines de personnes, qui se présentent munies du bon frumentaire régulier, une tablette de bois portant le nom du titulaire, le numéro de l’arcade du portique, à laquelle il doit se rendre et le jour du mois qui lui est affecté.
Pour avoir le droit aux distributions gratuites de blé, il suffit de remplir deux conditions : être citoyen romain et résider dans la capitale. On estime que les ayants droits sont à l’époque augustéenne d’au moins deux cent mille.
L’empereur Aurélien
L’empereur Aurélien qui a régné de 270 à 275 après J.-C. redresse rapidement l’empire, ce qui lui vaut le surnom de « restitutor » (restaurateur).
Il est donc significatif qu’au retour de son expédition en Orient, à l’occasion de son triomphe (274 après J.-C.), Aurélien souhaite célébrer cette victoire particulière en introduisant des distributions de pain.
Il décide donc d’arrêter la distribution gratuite de blé et de la remplacer directement par du pain.
Aurélien est également crédité d’avoir augmenté la taille des miches de pain sans en augmenter le prix, une mesure sans doute populaire parmi les Romains qui ne reçoivent pas de pain et d’autres produits gratuits par le biais de l’assistance sociale.
Au IVème siècle de notre ère, Rome compte 290 greniers et entrepôts et 254 boulangeries qui sont réglementés et surveillés par l’État et bénéficient de privilèges pour assurer leur coopération.
Fin de la cura annonae
La date à laquelle la Cura Annonae prend fin est inconnue, mais elle peut avoir duré jusqu’au VIème siècle de notre ère.
Dans la même série, « Les matières premières, sous un angle différent » :
- Le chocolat
- Le tournesol
- Le café
- Le cuivre
- L’aluminium
- L’acier wootz
- L’étain
- L’hydrogène
- Le maïs
- Le riz
- Le coton
- Le blé romain
Sources :