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Aujourd’hui on retourne plus d’un millénaire en arrière à la découverte d’un jeu viking: le Hnefatafl (ou Table du roi). Cet ancien jeu de plateau, très régulièrement cité dans les sagas médiévales, a continué à évoluer sous d’autres formes dans des régions reculées de la Scandinavie jusqu’au XVIIIe siècle.
Le jeu viking est probablement l’adaptation nordique d’un jeu de guerre romain: le Ludus Latrunculorum. Le «jeu des petits soldats» était un jeu de stratégie, qui enseignait la tactique militaire de façon ludique. Avec l’expansion de l’empire romain, il s’est exporté partout en Europe et au Moyen Orient.
Repris à la sauce normande, le Hnefatafl a lui aussi voyagé au gré des conquêtes et routes de commerces scandinaves. On en a retrouvé dans le nord de l’Europe, en Angleterre et en Allemagne. Les plateaux et pièces retrouvées datent du début du Moyen Âge, entre le IVe et le VIIIe siècle. Il a ensuite probablement été supplanté par les échecs les siècles suivants. Par la suite, le Hnefatafl a dû peu à peu tomber dans l’oubli.
Des versions tardives du jeu nous sont parvenues: une du pays de Galles, encore jouée au XVIe siècle, et une de Laponie, découverte par le botaniste Carl von Linné en 1732 lors d’un de ses voyages. C’est grâce à ces témoignages, groupés avec les découvertes archéologiques et les textes littéraires des sagas que les règles du jeu ont pu être reconstituées.
La présence du Hnefatafl dans plusieurs tombes nordiques, et ces nombreuses mentions dans les sagas témoignent de l’importance culturelle de ce jeu. Dès l’enfance, les vikings apprenaient les règles du Hnefatafl pour comprendre la stratégie et la tactique, partie intégrante du mode de vie scandinave tourné par le commerce, les explorations et les pillages.
Chez les Vikings, même les dieux jouent au Hnefatafl ! Dans la saga Hervör et Heidrek, le roi Heidrek convoque son ennemi, Gestumblindi. Ce dernier, terrifié à l’idée d’être exécuté, demande l’aide d’Odin. Le dieu prend son apparence et propose à Heidrek de régler la question par un jeu d’esprit. Parmi les nombreuses énigmes d’Odin, on retrouve celle-ci :
-Quelles femmes sont-elles, en guerre ensemble devant leur roi sans défense; jour après jour, les ténèbres le surveillent, mais la belle va attaquer?
-C’est le jeu de l’Hnefatafl.
Au départ, le jeu se joue sur un plateau de 11×11 cases. Il est possible d’avoir un plateau plus petit de 9×9, ou plus grand avec des carrés impairs jusqu’à 19×19. Seul le nombre de pièces va changer.
Les attaquants, sur les bords, ont deux fois plus de pièces que les défenseurs, au milieu. Le roi, du côté des défenseurs, occupe la case centrale. Le but des attaquants est de capturer le roi. Celui des défenseurs est de lui permettre de fuir. Le roi est capturé lorsqu’il n’a plus d’issues, et est sauvé lorsqu’il atteint l’un des quatre coins du plateau.
Les pièces se déplacent de la même façon que les tours aux échecs. Les attaquants commencent le jeu. Toute répétition perpétuelle est interdite, et entraîne la perte d’une pièce.
Comme aux échecs, on va essayer de capturer un maximum de pièces à l’adversaire pour bloquer ses possibilités. Un joueur capture une pièce adverse en la prenant en sandwich entre deux de ces pièces à lui, sur une ligne ou une colonne.
Une pièce n’est capturée que si le piège est fermé par le mouvement de l’agresseur. Il est donc permis de s’intercaler entre deux pièces ennemies. Le roi peut participer aux captures.
Les quatre coins comptent comme des «cases hostiles», qui peuvent capturer une pièce. Ils font partie des cases restreintes, que seul le roi peut occuper. La seule autre case restreinte est la case centrale. Les pièces peuvent la traverser si le roi ne l’occupe pas, mais personne d’autre que lui ne peut s’y arrêter. Elle est aussi, pour les défenseurs, une «case hostile» qui peut aider à la capture d’un attaquant.
Les défenseurs gagnent si le roi atteint l’un des coins.
Les attaquants gagnent s’ils capturent le roi. Celui-ci se fait piéger comme les autres pièces, sauf s’il est sur ou à côté du trône. Dans le premier cas, les attaquant doivent l’encercler aux quatre points cardinaux. Dans le second, le trône devient une case hostile, et les attaquant occupent les trois points restant autour du roi.
Si un joueur ne peut plus bouger aucune de ses pièces, il perd la partie. Si aucun des deux joueurs ne peut gagner, faute de pièces suffisantes restantes sur le plateau, c’est un match nul.
Alors, qui veut tenter une partie contre moi ?
Vous voulez découvrir l’histoire d’un autre jeu?
Crown, Daniel. « Hnefatafl, le jeu de société au cœur de la culture viking ». 19.10.2019. En ligne ici.
« Hnefatafl – the Game the Vikings played.». Medieval Stories, 11.12.2022. En ligne ici.
Nielsen, Aage. « The origin of the Viking board game Hnefatafl and the Berserk rules». 09.10.2011. En ligne ici.
Règles complètes : Je vous renvoie à ce site consacré au Hnefatafl pour des règles exhaustives du jeu : Hnefatafl, the Game of the Vikings. http://tafl.cyningstan.com/
Image 1: Pixabay
Image 2: Linné, Carl von, Iter Lapponicum, 1732, p.147. En ligne sur Gallica.
Images 3et 4: Domaine public, Wikimedia Commons