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Socialisme
Power to the people! Imagine un autre monde...
En 1971, inspiré par l’occupation d’UCS, lorsque des milliers de travailleurs des chantiers navals de la Clyde avaient pris le contrôle de leurs lieux de travail, John Lennon écrivait son fameux hit: «Power to the People!». A en croire deux responsables du Scottish Socialist Party (SSP), l’une des principales tâches du socialisme au XXIe siècle, ce sera de donner vie à ce slogan exaltant*.
Le droit de vote est un droit humain élémentaire que tout socialiste défendrait bec et ongles. Cependant, toute élection devrait être conduite démocratiquement, sur un pied d’égalité, avec le même accès de toutes les parties aux médias. De nombreuses raisons plaident aussi pour des parlements et des conseils réélus chaque année afin de s’assurer que les politicien/nes doivent rendre des compte à la population, non seulement tous les 4 à 5 ans, mais constamment. (...)
Construire la démocratie par en bas
Mais un parlement ne garantit pas plus une véritable démocratie, qu’un pinceau une véritable oeuvre d’art. Le socialisme implique l’extension de la démocratie pour permettre à chacun-e de participer aux décisions clés qui affectent sa vie, sa communauté et son pays. Le socialisme implique de sortir de la démocratie représentative – dans laquelle d’autres gens prennent toutes les décisions importantes à votre place – pour aller vers la démocratie directe. La totalité de la société capitaliste se fonde sur une structure hiérarchique, du haut vers le bas, qui s’impose par la peur et le favoritisme, la corruption et le clientélisme. (...) Le socialisme, au contraire, implique la création d’une démocratie à la base, du bas vers le haut. (...) Il pourrait aussi y avoir une décentralisation maximale du pouvoir au niveau des communautés locales ou de la place de travail. (...)
Pourquoi des décisions clés qui affectent une communauté devraient-elles être prises par des gens qui ne font pas même partie de cette communauté? Pourquoi des politicien/nes auraient-ils le pouvoir de fermer une école, une bibliothèque ou un centre communautaire, sans la permission de la communauté locale? Pourquoi des représentant-e-s du gouvernement seraient-ils habilités à lancer des bulldozers pour construire une route à travers un village ou une banlieue sans même consulter les gens dont les vies vont être bouleversées par cette décision? (...)
Sus au paternalisme
Malheureusement, même quelques gens de gauche craignent la démocratie. Ils n’ont pas confiance dans le fait que leurs idées trouvent preneurs. Ils sont opposés aux référendums et aux scrutins secrets parce qu’ils craignent de perdre le vote. Leur vision paternaliste du socialisme est basée sur l’idée qu’il est possible pour une minorité éclairée d’imposer des idées et des valeurs progressistes à tous les autres. Mais le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. Sans une démocratie à la base, dans laquelle le peuple dans son ensemble a le dernier mot sur la gestion de la société, le résultat sera le bureaucratisme, l’oppression et la dictature. (...)
Dans une société socialiste, les journaux, les revues, les radios et les télévisions minoritaires et alternatifs disposeraient d’un accès égal aux technologies les plus sophistiquées. Les réseaux de distribution, qui sont aujourd’hui monopolisés par les groupes géants des médias, pourraient être accessibles à chacun-e. Une véritable presse et des médias libres et diversifiés se développeraient, qui ne seraient pas aux ordres des annonceurs des grandes sociétés. En même temps, les organes de presse communautaires, propriété de la société, connaîtraient un essor, donnant un accès égal à toutes les nuances de l’opinion sur toutes les questions controversées qui apparaîtraient. (...)
Autogestion sur les lieux de travail
Les places de travail pourraient être gérées démocratiquement, avec des conseils de travailleurs/euses élus au niveau de chaque unité pour ratifier les décisions clés concernant les salaires, les conditions de travail, l’augmentation et la réduction de l’emploi, les objectifs de production et les investissements. Ces conseils sur le lieu de travail pourraient à leur tour envoyer des délégué-e-s à des conseils d’industrie pour formuler, de concert avec le gouvernement élu et les groupes de consommateurs/trices, un plan plus général pour l’industrie dans son ensemble.
Toutes les lois anti-syndicales seraient abolies. Les syndicats seraient complètement à l’abri de toute interférence gouvernementale. Un mouvement syndical libre et indépendant sera toujours un contrepoids nécessaire contre l’abus d’exploitation, même dans un Etat socialiste. Le mouvement syndical lui-même sera certainement transformé dans un sens plus démocratique dans le cours de la lutte pour le socialisme, avec des permanent-e-s pleinement sous le contrôle des membres et percevant à peu près les mêmes revenus que les travailleurs/euses qu’ils/elles représentent. (...)
La démocratie socialiste, ça marche...
Il est vrai qu’aucune véritable démocratie socialiste n’a jamais été établie. Mais il y a eu assez d’aperçus convaincants de la démocratie socialiste en action pour démontrer sa viabilité. Par exemple, en Catalogne, en 1936-37, les travailleurs/euses ordinaires ont pris le contrôle de l’agriculture et de l’industrie, réorganisant la société dans un sens démocratique. Trains, autobus, navigation, gaz, électricité, textile, mine, industries automobile, mécanique et alimentaire, brasseries, presse, grands magasins, hôtels, bars et restaurants ont été expropriés par les travailleurs/euses et gérés de façon démocratique.
Dans cette période pionnière de la révolution, bien que la guerre contre le fascisme fasse rage à travers toute l’Espagne, la production catalane a crû largement, permettant une hausse des salaires et des standards de vie. Dans les trams de Barcelone, le nombre de passagers a augmenté d’un million par semaine au cours d’une année. Le nombre de véhicules et de services s’est développé, les tarifs ont baissé, les salaires ont progressé et la sécurité a été améliorée. Durant cette période, l’ensemble du réseau de tramway était géré par les travailleurs/euses eux/elles-mêmes, par des assemblées de masse et des comités démocratiquement élus. (...)
Ces exemples n’offrent pas de modèle exact pour une future démocratie socialiste. Mais ils présentent un premier aperçu du talent, de l’intuition et des capacités organisationnelles que possèdent les gens ordinaires. Cette énergie et cette créativité sont étouffées et supprimées par les structures sociales hiérarchiques du capitalisme. (...) L’élitisme, l’autoritarisme, la hiérarchie et la bureaucratie ont fait leur temps. Le jouir viendra, dans le cours de ce siècle – le plus tôt sera le mieux – où ils seront balayés et remplacés par une démocratie égalitaire. Comme l’a chanté Bob Dylan, «Your old road is rapidly ageing» (Votre vieille route prend de l’âge rapidement).
* Extraits du petit livre de Tommy Sheridan et Alan McCombes, «Imagine. A Socialist Vision For the 21st Century», Edinburgh, 2000, chap. 16, pp. 163-175. Coupures et traduction de notre rédaction.
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