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© Markus Varesvuo
Depuis 1990, le Swiss Bird Index SBI® rend compte, au moyen d’indices simples, de l’évolution des effectifs de 174 espèces nichant régulièrement en Suisse. Cette année, la mise à jour du SBI® pour l’ensemble des espèces se situe à 111%, ce qui confirme une augmentation de 10% par rapport à l’effectif de 1990 (= 100%), laquelle se maintient depuis 2012. Jusqu’en 2009, ce chiffre oscillait encore autour de 100%.
En revanche, l’indice partiel des espèces figurant sur la Liste rouge ne s’élève plus qu’à 60% des effectifs de 1990. Alors qu’il fluctuait autour de 80% dans les années nonante, il a enregistré une nouvelle baisse au début de ce siècle. Depuis 2008, l’indice de la Liste rouge se maintient à environ 60% de l’effectif de 1990. Cela signifie que la hausse de l’indice global à 111% est en grande partie imputable au fait que les espèces répandues sont devenues plus fréquentes, tandis que les espèces rares et menacées se sont raréfiées au cours de la période étudiée.
Les migrateurs en difficulté
Sur la base de leur comportement migratoire, on distingue d’une part les oiseaux sédentaires et migrateurs à courte distance (120 espèces), qui migrent jusque dans le Bassin méditerranéen, et d’autre part, les migrateurs au long cours, qui hivernent en Afrique au-delà du Sahara (54 espèces). Ces deux groupes écologiques affichent des différences impressionnantes dans leur évolution depuis 1990. L’indice des migrateurs à courte distance, qui a longtemps oscillé autour de 100%, a augmenté à partir de 2003. Depuis 2007, il s’est stabilisé autour de 120%. Les migrateurs au long cours ont régressé dans les années nonante, leur indice passant de 100% à environ 90%. Depuis 2006, il varie entre 85 et 90%. Chez les migrateurs au long cours, 30% enregistrent une évolution négative durable. Ils ne sont que 18% chez les migrateurs à courte distance.
La disparition des habitats
Les raisons de cette évolution négative sont diverses, la cause principale étant propre à chaque espèce. Cependant, le recul des habitats dans les zones de nidification, de repos ou d’hivernage joue souvent un rôle déterminant. Une étude britannique portant sur 26 migrateurs au long cours a identifié la perte d’habitats dans l’aire d’hivernage comme un facteur important de leur régression. Au sud du Sahara, les nouvelles cultures progressent chaque année sur une surface plus grande que la Suisse, au détriment de la végétation naturelle. La disparition des habitats entraîne une diminution du nombre d’insectes, amplifiée par l’usage de pesticides.
La chasse, légale ou non, ainsi que le changement climatique exercent aussi une influence. Le nombre d’oiseaux qui migrent de l’Europe vers l’Afrique en automne est estimé à plus de 2 milliards. Une étude de BirdLife International évalue le nombre d’oiseaux tués illégalement dans la zone méditerranéenne entre 11 et 36 millions. Indépendamment des aspects éthiques et de la question légale, l’incidence de la chasse sur les populations européennes est à considérer selon l’espèce. On suppose p. ex. que la chasse constitue, avec la disparition des habitats, la cause principale du déclin du Bruant ortolan et de la Tourterelle des bois. En Suisse, le Bruant ortolan a pratiquement disparu.
En raison des dérèglements climatiques, la végétation et les insectes se développent plus tôt qu’avant sous nos latitudes. Il peut en résulter que, chez les migrateurs au long cours, les jeunes naissent alors que l’offre alimentaire n’est plus à son maximum, ce qui réduit leurs chances de survie. Chez de nombreux passereaux qui hivernent au sud du Sahara, les périodes de migration sont plus fortement déterminées sur le plan génétique et sont donc moins souples que chez les migrateurs à courte distance. Des recherches récentes montrent que ces espèces réagissent avec lenteur aux variations des ressources alimentaires.
Les causes du recul des migrateurs au long cours ne disparaîtront pas de sitôt, que ce soit chez nous ou ailleurs. C’est pourquoi il y a peu d’espoir que la tendance s’inverse chez ces oiseaux.