Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07243.jsonl.gz/709

eux siècles se sont écoulés. Et pourtant, le traité de l’horloger Ferdinand Berthoud (1727-1807) sur l’histoire de la mesure du temps n’a pas pris une ride. Dans un langage accessible au plus grand nombre, cette première grande encyclopédie horlogère commence par diviser la conquête de la mesure du temps en neuf «époques», dont la première est «l’invention des roues dentées».
Cette genèse serait due à un mathématicien grec installé dans l’Egypte ptoléméenne, Ctesibius (285-222 av. J.-C.), qui aurait perfectionné une clepsydre par l’ajout astucieux de rouages. Son contemporain Archimède (287-212 av. J.-C.) aurait quant à lui, développé une sphère «mouvante», hypothèse corroborée par la découverte en 1901, au large de l’île grec d’Anticythère, d’un mystérieux mécanisme antique capable de représenter la course des astres.
Au fil du temps, les rouages se complexifient et forment un répertoire formidable, dans lequel les horlogers puisent pour concrétiser leurs visions les plus insensées: pendules astronomiques, complications acoustiques ou chronomètres de marine. «De tous les Arts qui ont rapport aux Mathématiques, celui de l’Horlogerie est un de ceux qui excite le plus la curiosité des savants, parce qu’il est des plus beaux et des plus utiles», écrivait en 1741 le maître horloger Thiout l’Aîné (1694-1767).
«De tous les Arts qui ont rapport aux Mathématiques, celui de l’Horlogerie est un de ceux qui excite le plus la curiosité des savants, parce qu’il est des plus beaux et des plus utiles.»
Onésiphore Pecqueur, quo vadis?
L’horloger est donc tout autant mathématicien que physicien, chimiste et bien évidemment mécanicien. Onésiphore Pecqueur en a été la preuve vivante toute sa vie. Né dans une modeste ferme de la région d’Amiens en l’an I du nouveau calendrier révolutionnaire, sa bibliographie est presque inexistante. Précoce, la légende veut qu’il ait complété son apprentissage horloger à Paris en quelques mois seulement, au lieu des quatre années requises. En 1818, son nom apparaît dans les registres de l’Académie française des sciences. Il y propose une ingénieuse solution mécanique permettant de résoudre toute équation à deux nombres premiers, y compris les nombres supérieurs aux centaines de milliers. Cette prouesse indéniable éveillera la curiosité de plusieurs académiciens.
Alors qu’il attend l’approbation définitive de l’Académie à son «équation mécanique», il présente à l’Exposition des produits de l’industrie française de 1819 une pendule indiquant le temps sidéral et le temps moyen. Le jury, composé entre autres d’Abraham-Louis Breguet (1747-1823), lui décerne une médaille d’argent pour l’invention d’un rouage qui «maintient les deux mouvements qui communiquent entre eux dans les rapports de vitesses convenables».
À première vue anodine, cette découverte aura des répercussions considérables, bien au-delà de la sphère horlogère. «Par cet artifice, le nombre de secondes dont la pendule sidérale avance ou retarde sur le temps sidéral est exactement égal au nombre de secondes qui exprime, au même instant, l’avance ou le retard de la pendule moyenne sur le temps moyen.» En d’autres termes, régler correctement la pendule de l’un des deux temps (sidéral ou moyen) permet d’obtenir instantanément l’autre temps.
Auréolé de la reconnaissance de ses pairs, le jeune Onésiphore, devenu chef des ateliers du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris, publie un ouvrage détaillant le fonctionnement précis de sa pendule. On ignore l’accueil que ce livre a pu susciter. Toutefois, il est certain que Pecqueur n’entend pas s’arrêter à cette première invention. Au Conservatoire, on l’imagine volontiers conceptualiser de nouvelles inventions, s’inspirant de la diversité des mécanismes qu’il restaure au quotidien. C’est pourquoi il décide alors de se présenter à la prochaine exposition des produits de l’industrie française de 1823.
L’horloger est tout autant mathématicien que physicien, chimiste et bien évidemment mécanicien. Onésiphore Pecqueur en a été la preuve vivante toute sa vie.
La consécration
Le 25 août 1823, le rez-de-chaussée du palais du Louvre ouvre ses portes à la cinquième «Exposition des produits de l’industrie française». Jamais, depuis sa création en 1798, la France n’aura rassemblé en un seul lieu autant d’exposants industriels, modestes artisans et inventeurs. Les proportions de ce salon hors normes sont titanesques: 1’762 entreprises réparties par secteur d’activité, dans 52 salles. Le visiteur curieux pouvait y découvrir les tous derniers modèles de «chauffage et éclairage» (salle no13), «cuirs et peaux» (salle no17), «instruments de musique» (salle no18), «soie et soieries, bonneterie, chapellerie» (salles no31 à 33), «bijouterie, tabletterie, coutellerie, armes» (salles no36 à 38) ou encore «verrerie, cristallerie» (salle no3).
Dans la salle no35, dédiée à l’«horlogerie fine et ornée», l’exposant no1093 – le jeune Onésiphore Pecqueur – expose côte à côte avec Antide Janvier (no1619), Lépine (no1574), Perrelet (no1598) ou encore Rieussec. Ce dernier présente une montre de son invention «qu’il appelle un chronographe», selon les propres mots du jury. Pecqueur doit attendre 1824 pour prendre connaissance des résultats de l’exposition. Le dénouement sera à la hauteur de son attente: le jury décide de lui décerner la plus haute distinction de sa catégorie, la médaille d’or. Ses concurrents devront se contenter de l’argent (frères Berthoud) et du bronze (Rieussec).
Ladite médaille récompense l’horloger et anticipe déjà les nombreuses répercussions industrielles des «rouages de Mr. Pecqueur»: «On peut en tirer un grand parti pour corriger les irrégularités de vitesse d’une machine à vapeur, d’une roue hydraulique, pour partager une résistance quelconque entre deux moteurs dans une proportion déterminée; enfin, pour résoudre une foule de problèmes de mécanique à la solution desquels les arts industriels sont directement intéressés.» Pecqueur lui-même en apporte la preuve éclatante pendant l’exposition. Il dévoile plusieurs applications concrètes qui couplent engrenages et vapeur, cette nouvelle force motrice, pierre angulaire de la révolution industrielle en cours.
Dans la salle dédiée à l’«horlogerie fine et ornée», le jeune Onésiphore Pecqueur expose côte à côte avec Antide Janvier, Lépine, Perrelet ou encore Rieussec.
Pecqueur, ingénieur automobile avant l’heure
Le 25 avril 1828, les «engrenages Pecqueur» font à nouveau parler d’eux. Pecqueur dépose le brevet d’un tout nouveau chariot à vapeur qui le projettera dans l’histoire... du monde automobile. L’ingénieur Émile Eude (1855-1928) écrira plus tard dans son Histoire documentaire de la mécanique française: «Ce qu’il y a de curieux dans le brevet de Pecqueur, c’est la description du différentiel qui prouve que nos ‘chauffeurs’ modernes n’ont peut-être pas tout inventé.»
En termes pratiques, la force motrice du chariot – une machine à vapeur installée à l’avant – est transmise aux deux roues de l’essieu arrière par un arbre central. Celui-ci est solidaire des arbres des deux roues arrières par l’intermédiaire d’un «mécanisme qui partage la puissance sur les deux roues sans nuire à leur indépendance», selon la description même de Pecqueur. Et c’est bien là que réside son principal intérêt: lors d’un virage, la roue intérieure ralentit tandis que la roue extérieure augmente proportionnellement sa vitesse.
-
- 1828: Onésiphore Pecqueur imagine un mécanisme qui régule les forces motrices en permettant aux deux roues d’un même essieu de tourner à des vitesses différentes. C’est l’invention du différentiel.
Cette invention, baptisée plus tard «différentiel mécanique», est aujourd’hui encore très largement utilisée par les constructeurs automobiles. Rares sont les inventions issues de l’horlogerie qui peuvent prétendre avoir eu un tel impact. Et Pecqueur en a parfaitement conscience en 1828, lors de son dépôt de brevet, quand il formula sa demande: «J’insisterais particulièrement pour obtenir le privilège de faire les applications de ce mécanisme à toute espèce de voitures à vapeur.» Il va alors dédier les deux décennies suivantes à donner vie à une multitude de machines à vapeur, à l’image de la fameuse machine à produire des filets de pêche – qu’une entreprise anglaise lui achètera à prix d’or.
Rares sont les inventions issues de l’horlogerie qui peuvent prétendre avoir eu un tel impact.
La renaissance de l’esprit Pecqueur
Par l’une de ces ironies dont l’histoire n’est pas avare, le nom de cet inventeur de génie est totalement tombé dans l’oubli. Il est cependant sur le point de renaître grâce à l’ambition d’un homme: Patrick Bornhauser, président fondateur du groupe BPM qui compte près de 2000 collaborateurs répartis sur 110 sites et dont l’activité principale est la distribution de véhicules motorisés.
Arrière-petit-fils de Joachim Bornhauser, qui était l’horloger attitré de la ville suisse de Saint-Gall, Patrick Bornhauser s’intéresse de longue date à toutes les disciplines où interviennent les arts mécaniques: la haute horlogerie bien sûr, mais aussi l’automobile, le monde des deux roues motorisées, ou encore l’aéronautique et le motonautisme.
-
- Descendant d’un horloger suisse, aujourd’hui à la tête d’un grand groupe de distribution de véhicules motorisés, Patrick Bornhauser rend hommage au génie d’Onésiphore Pecqueur à travers ce projet, qui signe également la naissance d’un club dédié aux amateurs de belles mécaniques.
Son hommage à l’ingénieur Pecqueur passera tout d’abord par la création d’une montre GMT équipée d’un différentiel Pecqueur, en construction étagée, qui sera officiellement dévoilée en marge du salon Watches and Wonders de mars 2023.
-
- Prototype de la future montre Pecqueur Motorists
Sous l’égide de la division BPM Exclusive, cette montre de série limitée servira de code d’accès et d’emblème au futur Club «Pecqueur Motorists», dont la signature «Arts Mécaniques en Mouvement» illustre parfaitement l’ADN de l’esprit Pecqueur. Plus de précisions fin janvier 2023, au prochain épisode de cette saga Pecqueur!
Le nom de cet inventeur de génie est totalement tombé dans l’oubli. Il est cependant sur le point de renaître grâce à l’ambition d’un homme: Patrick Bornhauser, président fondateur du groupe BPM.