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Au cours des quatre décennies qui ont précédé la Première Guerre mondiale, les travailleuses et les travailleurs de tous les pays industrialisés se sont constitués en puissance organisée. Ils ont fusionné en syndicats et ont formé des partis socialistes, sociaux-démocrates ou ouvriers.
Ils étaient ainsi tout à fait prêts à lutter contre les conséquences économiques et sociales de la Première Guerre mondiale. À partir de 1916, les grèves et autres manifestations contre l’insuffisance de l’approvisionnement alimentaire et l’inflation ont commencé à se multiplier dans les États en guerre et les pays neutres. Dans ce contexte, les femmes ont joué un rôle important, par exemple lors des manifestations des marchés de l’été 1916 à Berne, Bienne, Granges, Thoune et Zurich. Une manifestation d’ouvrières contre la faim, en mars 1917, a par ailleurs lancé la Révolution russe. La vague de protestations, de grèves et de révolutions survenue dans les années 1917-1920 a probablement été la plus grande de l’histoire du 20e siècle.
Elle a également touché la Suisse : parmi les premiers faits saillants figurent les manifestations contre l’inflation organisées pendant les heures de travail, à l’échelle nationale, le 30 août 1917. Après que le projet (du Conseil fédéral) d’instaurer une obligation générale de service civil eut été rendu public, à la fin de 1917, les syndicats et le parti ont formé le comité d’Olten (Oltener Aktionskomitee (OAK)) (4 février 1918). Au printemps et à l’été 1918, par des menaces de grève générale, le comité d’Olten a réussi à obtenir des améliorations importantes, mais encore insuffisantes, de l’approvisionnement alimentaire.
La grève des employés de banque zurichois (30 septembre et 1er octobre 1918) et la révolution qui éclata en Allemagne et en Autriche-Hongrie fin octobre ont fait régner la peur dans le bloc bourgeois suisse. Le 6 novembre 1918, le Conseil fédéral a décidé d’occuper militairement Berne et Zurich. Le comité d’Olten a réagi à cela par la grève de protestation du 9 novembre. Le même jour, l’empereur était renversé à Berlin. Le 11 novembre, la Première Guerre mondiale prenait fin. Le lendemain marque le début d’une grève nationale de trois jours en Suisse.
*L'obligation de servir au sein d'un service civil: ce plan (qui ne verra finalement jamais le jour grâce à la pression du mouvement des travailleurs) prévoyait d'introduire l'obligation de servir au sein d'un service civil pour chaque individu entre 14 et 60 ans, qu'il soit un homme ou une femme. Le but de ce plan était de recruter manu militari les forces de travail nécessaires à l'extension de la production de denrées alimentaires (un objectif en principe indiscuté), plutôt que de devoir les embaucher sous contrat. Dès l'automne 1917, les membres du service d'aide de l'armée, ainsi que les déserteurs étrangers et les «réfractaires» ( les ressortissants d'états étrangers restés en Suisse dans le but d'échapper à la conscription dans leur pays), furent réquisitionnés par la force pour les récoltes, ainsi que pour des travaux de mise en valeur de terrains agricoles.
Adrian Zimmermann, historien, mars 2018
Vous trouverez encore plus de contenu concernant la grève générale sur le site que le PS Suisse a dédié à cet événement majeur dans notre histoire: https://www.grevegenerale1918.ch