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Le 21 septembre 2001 a eu lieu à Toulouse la plus importante des catastrophes technologiques connues en France à ce jour. Trois cents tonnes d'ammonitrates ont explosé sur un site industriel classé Seveso 2, provoquant de nombreux blessés et de très importants dégâts bâtimentaires sur la ville.Le site industriel est détruit et les dégâts sont majeurs dans les environs proches.Rapidement les secours s'organisent de façon coordonnée conformément aux plans préétablis : Plan particulier d'intervention et Plan rouge. Ceci permet aux différents services de secours de travailler ensemble sur le site industriel et dans les environs pour prendre en charge rapidement les victimes.L'impact humain est majeur et la technique opérationnelle du Plan rouge d'installer un poste médical avancé a été une réussite opérationnelle afin de protéger les services d'accueil hospitalier qui ont accueilli près de 3000 blessés, particulièrement pour les victimes les plus graves.
Le 21 septembre 2001, la plus grande catastrophe industrielle jamais survenue en France s'est produite à Toulouse. Un dépôt de 300 tonnes d'engrais sur le site même d'une usine de production explosait provoquant des dizaines de morts et des milliers de blessés ainsi que des dégâts matériels sur une grande partie de la ville.
Après un instant de stupeur et de confusion, lié notamment au souvenir récent des attentats américains visant le World Trade Center, les secours se sont rapidement orientés vers l'origine de l'explosion dans le complexe chimique sud de la ville.
Cette zone située en bordure de la Garonne, au cur même de l'extension actuelle de la ville, est constituée de trois entreprises qui produisent des engrais et de nombreux produits chimiques : le carburant d'Ariane, du phosgène, etc.
Du fait de leur proximité, un seul Plan particulier d'intervention (PPI) avait été élaboré et validé par le préfet. Ce PPI avait été testé à de nombreuses reprises en tenant compte d'un risque majeur identifié : le risque de pollution par un nuage toxique.
L'usine de production d'engrais est la première sur la voie d'accès depuis le centre ville. Située en zone péri-urbaine elle est située à proximité d'une zone commerciale, de quartiers d'habitation à forte densité, de deux hôpitaux et de deux lycées. Elle est longée par des voies de communications importantes : rocade périphérique et route nationale. Enfin, la voie de chemin de fer desservant le sud et l'ouest de la région longe l'usine pour en assurer aussi le fret ferroviaire.
Le 21 septembre 2001 vers 10 h 17, 300 tonnes d'ammonitrates explosent. Il s'agissait d'un dépôt d'engrais impropres à la commercialisation déposés dans un hangar de stockage avec de nombreux autres produits. La ville est rapidement traversée par un nuage de couleur orangée poussé par le vent d'autan, aux odeurs d'ammoniac qui incommodent aux proches abords de l'entreprise, faisant craindre le pire. Mais, l'examen rapide des victimes ne montre pas de signes d'intoxication clinique (il s'agit là d'un bon élément d'examen à condition de bien connaître les produits susceptibles de se trouver sur le site ainsi que leurs signes d'intoxications).
Les destructions immédiates sur le site industriel et à proximité immédiate sont d'emblée majeures. De l'entrée de l'usine et de son mur d'enceinte il ne reste rien. Le bâtiment des services de sécurité a été entièrement soufflé. Le cratère créé par le souffle de l'explosion a été mesuré à 15 mètres de profondeur et 60 mètres de longueur. Dans les environs proches les dégâts sont variables : les commerces et le dépôt d'autobus sont totalement détruits. La destruction d'une centaine d'autobus posera par la suite des problèmes de restauration des transports en commun.
On distingue plusieurs zones de destructions délimitées par des cercles (schéma 1). Ces cercles sont en fait non concentriques car il semble qu'un effet de réverbération sur un mur intact de l'usine voisine a protégé la partie sud de la ville renvoyant l'onde de choc vers le centre ville.
Dans une première zone d'environ un kilomètre de diamètre nous avons trouvé de gros dégâts bâtimentaires avec l'existence de victimes ensevelies.
Le nombre de chantiers apparaît d'emblée important avec :
I le site de l'AZF : dévasté ;
I le centre hospitalier spécialisé G. Marchant détruit avec une notion rapide de nombreux blessés parmi les 350 malades hospitalisés. Nous avons eu à évacuer complètement cet hôpital ;
I la zone commerciale avoisinante avec les différents magasins touchés : Brossette effondré, Darty détruit, Speedy écroulé ;
I la rocade : voie à grande circulation où de nombreux véhicules (une centaine) ont pris le souffle de l'explosion de plein fouet ;
I les deux lycées professionnels, situés à environ 600 mètres, sont détruits avec de nombreux blessés et un mort ;
I entre ces différents chantiers de nombreuses habitations sont gravement touchées.
La deuxième zone est un cercle de plus de deux kilomètres de diamètre où les dégâts sont importants, les structures bâtimentaires ont bougé, les toits sont effondrés.
Enfin la troisième zone englobant l'ensemble du centre ville avec toutes ses structures sanitaires publiques et privées a pu être comparée à un cercle de plus de 8 kilomètres. L'explosion a été entendue à plus de 80 kilomètres de Toulouse et le tremblement de terre induit par le souffle a été évalué à 3,8 sur l'échelle de Richter.
Sur un plan médical, les victimes apparaissent d'emblée très nombreuses, il est difficile d'en appréhender exactement le chiffre. Mais de nombreux blessés sont autonomes et refluent sans panique, se soutenant les uns les autres, en sang, vers le centre ville. Les lésions sont traumatiques avec des plaies, des contusions. Les blessés au sol, présentent également pour la plupart des lésions traumatiques, avec plaies, traumatismes externes et internes, arrachement de membre. Les lésions sont dues :
I au blast primaire ;
I au blast secondaire : projectiles envoyés par le souffle de l'explosion ;
I aux bris de verre ;
I aux chutes d'objets, de bris de murs, aux effondrements de structure.
Le Plan rouge, le Plan particulier d'intervention sont rapidement déclenchés par le Préfet. Ces modalités prédéfinies ont servi de trame à toute l'organisation et à la mise en place des secours. Placés sous l'autorité du préfet responsable du déclenchement mais aussi soumis à une obligation de résultat : limiter les conséquences du risque industriel ; porter secours à de nombreuses victimes.
Les parades de mise en sécurité des personnes sont de plusieurs natures : éviter l'intrusion de personnes inutiles (badauds) en ville, faciliter l'arrivée des colonnes de secours. Ceci a été réalisé par la maîtrise des voies de communications : routes, gare et trains, aéroport, métro, autoroutes.
Cependant, les axes principaux comme toutes les rues du centre ville seront rapidement envahis de toulousains paniqués cherchant à se regrouper, en famille le plus souvent, quittant les lieux de travail pour récupérer leurs proches et quitter la ville. Les consignes de confinement diffusées quelques minutes après la catastrophe n'ont donc pas été écoutées et suivies, car le plus souvent non connues au préalable par la population qui n'en a pas compris l'intérêt.
Etablie par le directeur des secours médicaux (DSM) et le commandant des opérations de secours (COS), la chaîne médicale s'est rapidement mise en place, dans un premier temps avec des moyens limités, ceux-ci seront rapidement étoffés grâce à une montée en puissance importante mobilisant de nombreux renforts de Toulouse, puis du département et enfin de toute la région du Sud-Ouest de la France.
L'avant est très étendu. La première décision prise par le DSM est de ne pas trop médicaliser cette partie de la chaîne des secours. En effet, le risque de sur-accident est non négligeable avec un risque toxique toujours possible (même si le risque toxique apparaissait inexistant au début, le risque de fuite secondaire sur un stockage fragilisé par l'explosion n'était pas exclu). Par ailleurs, le peu de moyens médicaux présents sur site dans les premiers moments ne permettaient pas de médicaliser de façon optimale l'importante superficie où se trouvaient les victimes. Aussi, seule la zone industrielle dévastée a été médicalisée par un petit nombre de médecins pour assurer le triage afin de déterminer des priorités d'évacuation sur le poste médical avancé.
La petite noria a été débutée très précocement avec les moyens du bord : véhicules privés en covoiturage pour les victimes valides, ambulances privées en mission au moment de l'explosion sur le quartier, divers véhicules sapeurs pompiers engagés rapidement sur site. Elle ne sera pas ou peu médicalisée.
Situé à environ 2000 mètres de l'AZF, sur la route naturelle de fuite des victimes vers le centre ville, son emplacement est décidé rapidement et son ouverture effective à partir de 11 h 00. La première victime «urgence absolue» (UA) y entre vers 11 h 15. Installé sur un centre de rééducation des invalides civils (CRIC), il sera particulièrement fonctionnel, s'adaptant au fur et à mesure de l'arrivée des victimes. Nous y avons trouvé un abri fonctionnel pour les victimes et les sauveteurs, et même s'il manquait des vitres soufflées par l'explosion, un endroit confortable avec téléphone, électricité, eau et toilettes.
Une salle UA est installée dans le réfectoire, jusqu'à trois salles d'«urgences relatives» (UR) sont installées dans des salles de classe, enfin deux salles seront ouvertes pour les soins externes. Au total 37 UA, 94 UR et 85 soins externes seront vus au PMA.
Le personnel travaillant au PMA appartient à deux grandes catégories :
I personnel institutionnel provenant des SMUR de toute la région ;
I personnel non institutionnel : personnel appartenant au Centre de rééducation et personnel soignant bénévole (médecins et infirmières libéraux) provenant principalement du quartier où a été installé le PMA.
Au total à l'ouverture : nous commençons les soins avec deux médecins généralistes puis trois médecins urgentistes ; ensuite la montée en puissance des moyens nous apporte un important renfort d'anesthésistes et d'urgentistes. On disposera au total de vingt-deux médecins urgentistes ou anesthésistes, quatre infirmiers anesthésistes, vingt infirmier(e)s, quinze logisticiens/
ambulanciers et trois permanenciers auxiliaires de régulation médicale.
Le véhicule de transmission installé dans la cour du CRIC a servi de lien de communication avec la cellule de crise hospitalière installée au SAMU afin d'assurer le dispatching des victimes entre les différents points d'accueil hospitaliers publics et privés.
Le PMA restera fonctionnel avec une équipe médicale et du matériel en stand by jusqu'à la levée officielle du plan rouge soit le mardi 25 septembre 2001.
La grande noria a été assurée par les ambulanciers privés dans sa majeure partie. Les urgences absolues ont été médicalisées dans leur transfert vers les structures hospitalières par des médecins ou des paramédicaux (infirmiers anesthésistes) détachés du PMA. Quatre blessés ont été transférés en hélicoptère (deux vers Agen, un vers Montpellier, un vers Tarbes). A 17 h 00 les dernières UA ont quitté le PMA. Au total le PMA, dans le cadre du plan rouge, aura géré environ 10% des blessés, mais environ 85% des blessés graves, jouant ainsi parfaitement son rôle sur la stabilisation des lésions et d'orientation, vers des services d'accueil les plus appropriés.
Il est important de noter que des points de rassemblement des victimes se sont constitués spontanément, certains ont été médicalisés tels que l'hôpital psychiatrique Marchant détruit au moment de l'explosion où se sont rassemblées une soixante de victimes dont deux UA qui ont été transportées vers le PMA.
Parallèlement à cette organisation sur site, l'accueil hospitalier s'organise. Celui-ci doit faire face d'emblée à différents problèmes.
Tout d'abord aux conséquences de l'explosion sur le site de l'hôpital :
I le Centre hospitalier universitaire Purpan a quelques vitres cassées, des plafonds effondrés mais surtout toutes les alarmes incendie qui sonnent, engendrant ainsi une décision immédiate d'évacuation ;
I le Centre hospitalier Rangueil, plus proche du site de l'explosion est dans la zone des dégâts importants avec une cinquantaine de blessés légers parmi le personnel et des dégâts bâtimentaires importants. Une décision d'évacuation est prise rapidement.
Dans un même temps, l'hôpital doit faire face à un afflux de blessés légers. Quelques blessés graves arriveront par le biais d'«évacuations sauvages» effectuées par des témoins ou des ambulanciers. Par ailleurs, le CHU perd son site logistique : restauration et blanchisserie situées à proximité de l'AZF.
Rapidement, devant l'ampleur du problème, le plan d'accueil en cas d'afflux massif de victimes ou Plan blanc est déclenché permettant l'installation de la cellule de crise située au sein du SAMU proche de la régulation médicale qui gère la catastrophe. Cette organisation, renforcée par l'action des cliniques privées, qui, elles aussi, ont été prises d'assaut par un flux de victimes venues spontanément et qui ont réussi sans préparation particulière à assurer la prise en charge de nombreuses victimes, a permis l'accueil de plus de 2200 blessés et l'hospitalisation de plus de 800 personnes sur le secteur toulousain. La prise en charge psychologique s'est rapidement organisée, mais l'ampleur de la tâche était là aussi considérable.
I Humains : 31 décédés, plus de 4000 blessés dont 57 graves, 862 hospitalisés.
I Matériels : un hôpital détruit, 27 000 logements endommagés, 11 000 logements détruits, 40 000 personnes sans abris, 6343 entreprises touchées dont 300 arrêtées temporairement et 134 définitivement, 7000 personnes sans emplois.
I Scolaires : trente lycées endommagés, dont onze inutilisables et deux totalement détruits, 18 collèges et 52 écoles fermées, une université très endommagée qui n'a pu accueillir ses étudiants que deux mois plus tard, l'Institut du génie chimique détruit.
Les séquelles physiques et surtout psychiques sont actuellement très difficiles à évaluer. De nombreux comités de suivi se sont mis en place, ceux-ci permettront peut-être d'évaluer l'impact de cette catastrophe sur la population toulousaine.