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20/10/2013
La mairie de Saint-Julien: française ou sarde?
Les 5e Journées du patrimoine de Saint-Julien, prises en charge par des étudiants de l'Université de Genève, ont été l'occasion de découvrir un patrimoine souvent méconnu du public genevois. Localité sous influence piémontaise, Saint-Julien devient française en 1860 et connait à cette occasion un développement considérable. Elle se dote d'une imposante mairie, d'une sous-préfecture, d'une grande église néo-gothique, d'un nouvel hôpital. L'architecte César-Auguste Pompée joue un rôle de premier plan dans cette métamorphose.
L'histoire du projet pour l'hôtel de ville est à présent mieux connue. C'est à Ignace Monnet, architecte diocésain d'Annecy, qu'il incombe, dès 1845, de dresser les plans d'un hôtel de ville digne de ce nom sur l'emplacement des ruines de l'ancien château de Saint-Julien. Il dessine un bâtiment d'un néo-classicisme épuré pour abriter le double programme d'une mairie et d'un palais de justice. L'affaire ne se conclut pas immédiatement et est ajournée d'une quinzaine d'années.
Au lendemain du rattachement à la France, le projet est à nouveau sur le métier. César Auguste Pompée, architecte originaire du Doubs, dessine le solide bâtiment toujours visible aujourd'hui, au fond de la place Charles de Gaulle, d'un néo-classicisme opulent propre aux années 1860' et de nature à s'imposer à l'administré lambda. Le rez-de-chaussée abrite les locaux de justice, tandis que l'étage noble est celui de la mairie. César Auguste Pompée est aussi l'auteur à Saint-Julien dans les mêmes années de la sous-préfecture, de l’hôpital Saint-Joseph; à Genève il participe au chantier du Petit Palais.
La mairie de Saint-Julien a subi deux réfections au XXe siècle, la première en 1974, la seconde en 1994. Si l'escalier monumental subsiste ainsi que la grande salle d'audience du premier étage, de nombreux bureaux ont été réaménagés, des ascenseurs installés, toutes choses nécessaires à la bonne marche de l'administration. Lors de la deuxième étape de travaux, surveillée par un architecte des bâtiments de France, l'enveloppe du bâtiment, jusqu'alors dans une tonalité claire, en accord avec le goût classicisant français, a viré au rouge orangé. Mais on se défend d'avoir rien changé: même l'enduit est à la chaux.
Photo Philippe Boillat
Mettre l'édifice en rouge, c'est l'extraire de son contexte pour porter l'attention sur lui, comme on l'a vu faire en maintes circonstances, par exemple au Palais Wilson à Genève dans les années 1980'. Impossible, pour sûr, de manquer ces individus architecturaux! L'ensemble chromatique qu'ils formaient avec leurs voisins est très parfaitement anéanti. Quelques Saint-Julienois, s'agissant de la mairie, invoquent le caractère sarde de la couleur. Mais, pour autant que la couleur soit sarde, fallait-il s'en aller barioler d'un jus cisalpin un fleuron de l'architecture française construit pour célébrer l'agglomération tout juste naturalisée?