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François-Jules Pictet de la Rive (1809-1872) était un entomologiste et paléontologue qui a contribué à transformer l’Académie de Genève en l’Université de Genève moderne que l’on connaît aujourd’hui, et à créer le Muséum d’histoire naturelle de Genève (MHNG). Au début de sa carrière, Pictet s’est concentré sur l’entomologie, en retravaillant la classification du groupe des Neuroptera décrits par Linné. En effet, ce dernier avait regroupé tous les insectes avec des ailes membraneuses dans le même groupe : les insectes primitifs comme les éphémères, les intermédiaires comme les psoques ou encore les plus avancés tels que les trichoptères ; mais Pictet a contribué à diviser le groupe de Linné en ordres que nous connaissons aujourd’hui. Cependant, il n’a fait aucune publication à ce sujet.
Dans son article sur le Sialis paru en 1836, il donne un aperçu de sa compréhension de la systématique des Neuroptera de Linné, largement similaire à celle d’aujourd’hui (si la logique de l’évolution n’existait pas, toutes les phylogénies seraient plutôt arbitraires).
Parmi les fonds du MHNG figurent les manuscrits inachevés de Pictet datant de 1840 portant sur l’étude des névroptères. Ceux-ci comprennent quelque 80 dossiers papiers pliés, contenant chacun des notes, mais également des illustrations.
Le premier est intitulé « Famille des Planipennes » et comporte les notes de Pictet qui concernent la division de cette famille en 4 tribus. Ce dossier regroupe les actuels Myrmeleontidae, Ascalaphidae et Nymphidae dans la première tribu, les actuels Hemerobiidae, Chrysopidae, Dilaridae, Osmylidae et Coniopterygidae dans la seconde, place les actuels Megaloptera dans la troisième et les Raphidioptera dans la quatrième.
Le dossier suivant divise le second groupe en genres Dilar, Hemerobius (subdivisé en Hemerobius et Chrysopa), Trigoniopteryx (un nom non publié et non disponible) et Osmylus. Pictet était clairement incertain quant à la position d’Osmylus, et, compte tenu de la position basale de ce groupe dans la classification, cela n’est pas surprenant.
Le troisième dossier traite du genre Hemerobius, dans lequel Pictet regroupe les espèces actuellement classées dans les Hemerobiidae et Chrysopidae. Il contient des notes morphologiques et des dessins, des tableaux de distribution et une liste de 83 espèces, la plupart considérées comme nouvelles pour la science par Pictet.
Les dossiers restants contiennent chacun des notes et des dessins d’autres espèces, bien que tous ceux de la liste de Pictet ne soient pas représentés. Ils comprennent des espèces d’Afrique, d’Amérique et d’Asie ainsi que d’Europe. Une vingtaine d’espèces ont été étudiées au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, mais aucun dépositaire n’est indiqué pour les autres spécimens. Comme d’habitude chez Pictet, les dessins des habitus (l’apparence générale) sont grandeur nature et colorés, et la qualité est étonnante. Une seule des supposées nouvelles espèces de Pictet, une chrysope d’Amérique du Sud, est identifiable dans la collection du MHNG.
Le spécimen a été placé dans la collection et étiqueté par la main de Pictet (on peut reconnaitre son écriture) sous le nom d’Hemerobius (Chrysopa) inconspicuus. Il a été identifié comme Chrysopa lanata Banks, 1910 par Longinus Navás (1858-1938), probablement en 1912 lorsqu’il s’est rendu au 2e Congrès international d’entomologie à Oxford ou à son retour.
La combinaison actuelle serait Chrysoperla externa (Hagen, 1861). Pictet cherchait à classer ses névroptères sans tenir compte de certains caractères (par exemple sans tenir compte des organes génitaux, etc). Cependant, ses capacités d’observation étaient remarquables, comme en témoignent ses illustrations de certaines espèces déjà décrites à l’époque.
On ne sait pas pourquoi, mais Pictet n’a jamais achevé ce travail. On ne sait pas non plus pourquoi il a abandonné l’entomologie pour la paléontologie (en passant par l’étude des insectes dans l’ambre). Sa carrière ultérieure comprenait de nombreuses fonctions administratives et politiques – il a été recteur de l’Académie et a représenté Genève au Parlement fédéral – il est donc possible qu’il n’ait tout simplement plus eu le temps. La collection de Pictet a été léguée à son fils Albert-Edouard (1835-1879) et a été donnée au MHNG par son petit-fils Jules-Camille (1864-1893), dans un état apparemment déplorable.
Le Muséum d’histoire naturelle de Genève et l’Université de Genève doivent beaucoup à Pictet, qui est également considéré comme l’un des parrains des éphémères, des plécoptères et des trichoptères (phryganes); un héritage qui vaut la peine d’être célébré 150 ans plus tard.
Hollier, J., Hollier, A. & Lehmann-Graber, C. 2022. François-Jules Pictet (1809-1872): notes for an unpublished work on the Neuroptera. Lacewing News: Newsletter of the International Association of Neuropterology 35: 6-8.
Hollier, J. & Hollier, A. 2014. François-Jules Pictet and the Neuroptera. Antenna 38: 95-102.
Pictet, F.-J. 1836. Mémoire sur le genre Sialis de Latreille, et considérations sur la classification de l’ordre des Névroptères. Annales des sciences naturelles 5: 69-81, plate 3.