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Renvoyé par deux fois à son expéditeur, le rapport sur la politique de sécurité proposé par Ueli Maurer a finalement été, par lassitude, résignation ou désintérêt, accepté et publié par le Conseil fédéral à la mi-avril. Et ce texte a pratiquement fait l'unanimité contre lui, à force d'accumulation de lieux communs bouffés aux mites depuis la fin de la guerre froide, d'absence de priorités, de contradictions insurmontables et d'allergies inguérissables. Au bout du compte, le seul parti politique a avoir réussi à trouver quelque intérêt au pensum d'Ueli der Soldat a été... le « parti bourgeois démocratique », issu d'une scission du parti de Maurer. Un rapport creux à force de se vouloir consensuel, donc. Mais la médiocrité même de l'exercice a son utilité, paradoxale : le rapport de sécurité du Conseil fédéral dresse un diagnostic -non pas tant de la politique de sécurité, mais de l'incapacité politique et intellectuelle d'en concevoir une qui ait un sens à partir d'un instrument dont on ne veut pas se défaire : l'armée. Ueli Maurer aura décidement plus fait pour l'abolition de l'armée en trois ans de présence au Conseil fédéral que le GSsA en vingt ans d'activisme antimilitariste.
Musée militaire suisse ou Suisse musée militaire ?
Le rapport sur la politique sécurité 2010 est, à sa manière, une sorte de catalogue des contradictions insolubles en lesquelles se meut la dite politique de sécurité : la Suisse prétend mener une politique de sécurité indépendante, mais reconnaît que sa sécurité est garantie par l'OTAN et l'Union Européenne; elle veut bien contribuer, mollement, à des opérations de maintien de la paix, mais sa contribution figure au 115ème rang de celles des Etats membres de l'ONU; le rapport ne remet en cause ni l'armée de milice, ni l'obligation de servir, ni, évidemment, l'armée elle-même, mais rappelle que l'armée de milice est menacée d'hémorragie par la simple évolution démographique, estime que l'éventualité d'une attaque militaire conventionnelle de la Suisse est à peu près nulle, et dresse une liste de menaces face auxquelles l'instrument militaire est désormais à peu près aussi utile que pouvait l'être en 1939 le stock de hallebardes de la Compagnie 1602. Pour ceux dont les conceptions stratégiques n'ont pas bougé depuis le Réduit National, s'interroger sur les « missions de l'armée » relève d'ailleurs déjà de la profanation, même lorsque ces interrogations en restent à l'expression de doutes sur la pertinence du concept même de défense territoriale, face à des menaces qui ignorent toute notion de territoire. Depuis le dernier rapport sur la politique de sécurité, en 1999, deux ou trois événements (les attentats du 11 septembre, puis ceux de Londres et de Madrid, les guerres d'Irak et d'Afghanistan, le développements des attaques informatiques, l'évolution des mouvements migratoires, les effets de la dégradation des écosystèmes, entre autres) ont signalé un profond changement du contexte international, et donc des critères qui devraient déterminer les choix politiques. De ce changement, apparemment, on ne veut rien savoir, de ces critères, rien connaître, de ces choix, rien remettre en cause. Ce déni de réalité, ce refus d'admettre que les vieux instruments d'une vieille politique ont perdu toute utilité réelle réduisent les enjeux de la politique de sécurité à un choix assez simple : mettre l'armée suisse au musée, ou faire de la Suisse toute entière un musée militaire.