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Du célèbre buffet de la gare d'Olten, haut lieu du militantisme, à la Paradeplatz de Zurich, symbole de la puissance économique, en passant par la mythique prairie du Grütli, le 19h30 et Forum vous emmènent cet été à la découverte de sept "lieux de pouvoir" qui ont compté dans l'histoire plus ou moins récente de la Suisse.
Chapitre 01
Le buffet de la gare d'Olten
Rouven Gueissaz - RTS
Olten et son buffet de la gare, haut lieu du militantisme
Quel est le point commun entre le Club alpin suisse, l'Union syndicale suisse, le Parti radical-démocratique, l'Association suisse de football et la Fédération des Eglises protestantes de Suisse? Ces entités ont toutes été fondées dans la deuxième moitié du XIXe siècle à Olten, et plus précisément au buffet de la gare.
Fondé en 1856, le buffet de la gare d'Olten - aujourd'hui tenu par une grande chaîne internationale - est le lieu de ralliement parfait pour les événements d'ampleur nationale. La cité soleuroise, l'un des principaux noeuds ferroviaires de Suisse, est en effet située au centre du pays et est rapidement accessible depuis les plus grandes villes helvétiques.
>> Le reportage de Rouven Gueissaz:
Un peu d'histoire
"Olten est un lieu totémique pour la gauche suisse", relève Jean-Claude Rennwald, ancien vice-président de l'Union syndicale suisse (USS), une organisation fondée le 7 novembre 1880 au buffet de la gare d'Olten. Mais le choix de ce lieu n'a cependant pas de réelle importance symbolique, reconnaît le politologue jurassien. "Ce qui explique ce choix, c'est la centralité de la gare d'Olten."
"Ce qu'on remarque aussi, c'est le poids, à l'époque, des Alémaniques au sein de la lutte syndicale, parce que l'industrialisation a démarré plus rapidement dans ces régions-là", note encore l'ancien conseiller national socialiste. Et Jean-Claude Rennwald de souligner que "sur les 27 présidents de l'USS, il n'y a eu que deux Tessinois et deux Romands".
La fondation de l'USS n'est pas le seul événement ayant marqué l'histoire syndicale de la Suisse. C'est dans la cité soleuroise qu'est créé le comité d'Olten au début 1918. Ce comité d'action, qui regroupe des membres de l'aile gauche du PS et des syndicalistes, sera le fer de lance de la grève générale de novembre 1918, rappelle Jean-Claude Rennwald.
>> L'interview de Jean-Claude Rennwald:
L'archive
Le premier grand congrès ouvrier de Suisse se réunit à Olten le 1er octobre 1973, rappelle l'émission Calendrier de l'histoire de la RTS à la fin septembre 1973. De ce congrès sortira l'Union syndicale suisse quelques années plus tard.
Chapitre 02
Aarau
Julien Guillaume - RTS
Aarau, éphémère capitale de la République helvétique
Savez-vous que Berne n'est devenue la capitale de la Suisse qu'en 1848, au moment de la création de la Suisse moderne?
A la fin du XVIIIe siècle, la Suisse n'existe pas encore en tant qu'Etat. Des cantons souverains règnent sur des cantons sujets. En 1798, l'ancienne Confédération vole en éclats et les troupes révolutionnaires françaises envahissent notre pays pour en faire un Etat centralisé sur le modèle français. La République helvétique est née.
Les autorités s'installent dans une maison de maître d'Aarau, qui devient ainsi la première capitale du pays. Un vaste plan de développement urbain est lancé. Mais six mois plus tard, la toute jeune République, à l'étroit dans cette petite ville d'à peine 2500 âmes, déménage à Lucerne. Ne seront finalement construits que quelques logements pour fonctionnaires...
>> Le reportage de Julien Guillaume:
Un peu d'histoire
Pourquoi la petite ville d'Aarau est-elle choisie comme capitale de la République helvétique en 1798? "Aarau était déjà à l'époque un lieu de pouvoir", rappelle l'historien Alain-Jacques Tornare, interrogé dans l'émission Forum. C'est là que la dernière Diète fédérale (l'assemblée des députés des cantons suisses, ndlr) se réunit et que les émissaires des confédérés renouvellent une dernière fois leur alliance."
Peu après cet événement, les bourgeois vont se révolter contre la tutelle bernoise, sans succès. Mais quelques mois plus tard, l'invasion des troupes françaises signe la disparition de l'ancienne Confédération et le début de la République helvétique. Pour les Français, choisir Aarau comme capitale, "c'est une manière de 'faire la nique' aux Bernois. L'idée était d'abattre la puissance bernoise en l'humiliant au passage", note Alain-Jacques Tornare.
"Souvent, on présente la République helvétique comme un copier-coller de la Constitution française, ce qui est en partie faux. C'est un laboratoire de la Suisse moderne, mais c'est aussi un laboratoire pour les Français eux-mêmes", ajoute l'historien. Reste que ce régime porte en lui les germes de la Suisse moderne, et notamment l'idée de plurilinguisme. "Avant, à la Diète - la Tagsatzung -, on ne parlait que l'allemand. A partir de là, on crée l'égalité", conclut Alain-Jacques Tornare.
>> L'interview d'Alain-Jacques Tornare:
L'archive
Dans son son émission du 12 avril 1964, Calendrier de l'histoire raconte la naissance de la République helvétique 166 ans plus tôt à Aarau. Il faudra attendre encore un demi-siècle pour voir la création de la Suisse moderne.
Chapitre 03
La Suisse des bunkers
Urs Flüeler - Keystone
Les bunkers et la stratégie du Réduit national
Aujourd'hui transformée en musée, la forteresse de Fürigen (NW), située au bord du lac des Quatre-Cantons, est l'un des multiples bunkers militaires creusés par la Suisse pour se défendre d'une éventuelle attaque étrangère lors de la Seconde Guerre mondiale. L'idée était de se retirer du Plateau et de se recroqueviller sur les zones les plus difficiles à conquérir, à savoir les Alpes.
Théorisée au XIXe siècle déjà, cette stratégie militaire à vocation essentiellement dissuasive - appelée la stratégie du Réduit national - a été officiellement mise en oeuvre en juillet 1940 et a duré jusqu'à l'automne 1944. Les milliers d'ouvrages fortifiés ont ensuite continué d'être utilisés par l'armée durant la Guerre froide, avant d'être peu à peu abandonnés.
>> Le reportage de Pierre Nebel:
Un peu d'histoire
L'aspect mythique qui entoure les bunkers helvétiques fait aujourd'hui partie de l'identité nationale. Maurice Lovisa, conservateur des monuments et sites du canton de Vaud et spécialiste du patrimoine militaire suisse, a visité "quelques centaines" de ces édifices, sur les "quelques milliers" que compte le pays. Il explique leur impact sur l'imaginaire national par deux facteurs principaux. D'une part, le secret qui les entoure: "Quelque chose qu'on ne peut pas visiter, on l'imagine", note-t-il. D'autre part, ils ont été un véritable symbole durant la Seconde Guerre mondiale. "Pour certains, ça a sauvé la Suisse d'une invasion", dit-il.
Toutefois, les premiers ouvrages fortifiés de l'époque moderne en Suisse datent de 1886, avec l'ouverture du tunnel ferroviaire du St-Gothard. Cet axe, liaison la plus directe entre Gênes et les ports de la Mer du Nord, a constitué un enjeu stratégique. "Immédiatement, les Suisses ont senti la nécessité de fortifier cette ligne", raconte Maurice Lovisa. Car la Suisse, coincée entre l'Allemagne et l'empire austro-hongrois, l'Italie et la France, "avait déjà compris qu'il y avait des enjeux stratégiques". En outre, par la suite, "ces bunkers ont certainement contribué à décourager ces mêmes grandes puissances d'envahir la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale", confirme l'historien, s'appuyant sur des rapports d'espionnage de l'époque.
Maurice Lovisa tire un parallèle entre les bunkers et les cathédrales. Selon lui, il y a une symbolique similaire dans les deux types d'ouvrages, militaires ou religieux. "C'est ce qu'on pouvait faire de mieux, avec le meilleur de la technologie à une époque donnée, et sans aucune limitation d'argent". Par ailleurs, "on y retrouve, profondément enraciné, le fédéralisme suisse. Quelques centaines de ces ouvrages ont été bâtis par l'Etat fédéral, mais les autres ont été construits par des divisions et des unités locales, et chaque génie de ces unités a mis sa patte, et leur a donné un petit caractère particulier, surtout pour les ouvrages en béton de surface", explique encore ce passionné.
Aujourd'hui, beaucoup de bunkers ont été fermés. Il est en outre difficile de les transformer, ou de les démanteler. "On doit les stabiliser, on doit enlever les matériaux qui pourraient à long terme perturber l'écosystème ou devenir problématiques pour l'environnement. C'est compliqué", explique Maurice Lovisa. Quant à ceux qui restent utilisés, on y trouve des centres de calculs, des musées, des cultures de champignon, on y stocke aussi des collections d'art ou des fromages.
>> L'interview de Maurice Lovisa:
L'archive
En été 1994, un mystérieux chantier agite Kandersteg. En fait de secret, il s'agit d'un secret de polichinelle: dans ce village de l'Oberland bernois se construit le bunker du Conseil fédéral, devisé à 300 millions de francs. Pour la TSR, pas question d'en parler, sous peine de prendre le risque d'un procès.
A la mi-juillet, la chaîne allemande ZDF, elle, diffuse un reportage sur la Suisse qui se replie dans lequel elle dévoile l'information. Le journaliste explique s'être adressé à l'office du tourisme local, qui lui a montré sur une carte où se trouvait le fameux bunker.
Du coup, les services de la Confédération révisent leurs connaissances sur les limites du secret militaire. C'est promis, on sera moins frileux, comme l'indique le porte-parole du Département militaire fédéral dans le Télé journal du 20 juillet 1994.
Chapitre 04
La Paradeplatz
Ennio Leanza - Keystone
La Paradeplatz, symbole du pouvoir économique de Zurich
C'est une petite place au coeur de Zurich, mais son seul nom suffit pour évoquer le secteur bancaire suisse. La Paradeplatz, qui abritait encore jusqu'au XIXe siècle un marché de bestiaux, accueille aujourd'hui les sièges des deux plus grandes banques du pays, UBS et Credit Suisse. A deux pas se trouvent la Bourse suisse et nombre d'autres établissements financiers. Un concentré d'argent et de pouvoir, en quelque sorte.
"Petite et grande à la fois, la Paradeplatz correspond plutôt bien à la Suisse", commente Lukas Hässig, journaliste pour le média spécialisé Inside Paradeplatz. Symbole de la puissance économique et financière de la cité de Zwingli, cette place est toujours un lieu de pouvoir, "mais moins qu'avant la crise économique et financière de 2008", relativise l'historien Tobias Straumann.
La Paradeplatz est également l'objet de bien des fantasmes. On raconte ainsi que son sous-sol est rempli de lingots d'or. Le professeur Tobias Straumann n'est cependant pas sûr que cela soit vrai. "C'est peut-être le dernier secret de la place financière suisse et de la Paradeplatz", conclut le professeur d'histoire économique à l'Université de Zurich.
>> Le reportage de Séverine Ambrus:
Un peu d'histoire
La Berne fédérale a accordé un soutien très fort à la la place financière zurichoise lorsqu'elle s'est affirmée au cours du XXe siècle, note Mathieu Leimgruber, professeur d'histoire économique et sociale à l'Université de Zurich.
Il se souvient d'une anecdote qui illustre ce lien entre Berne et Zurich: "Lors d'une séance du Conseil fédéral en novembre 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, le Conseil fédéral estime que les investissements des banques suisses à l'étranger sont des 'possessions coloniales' qu'il s'agit de défendre de manière aussi forte que le territoire national. Cela montre combien les activités de ces banques sont devenues une affaire d'Etat au cours du XXe siècle."
Mathieu Leimgruber explique que cette symbiose entre politique financière et diplomatie suisse a contribué à la fascination que suscitent les banques suisses auprès de l'opinion publique. "Leur ascension au cours du siècle dernier a donné lieu à toute une série de légendes voire de fantaisies qui ont marqué l'imagination publique. Les banques suisses se retrouvent aussi dans la culture populaire, avec des représentations multiples dans des films ou des romans d'espionnage par exemple."
La Paradeplatz ne se limite néanmoins pas aux banques. "Une place financière, ce n'est de loin pas que des banques. Ce sont aussi des traders en matières premières, des spécialistes de la fintech, des assureurs ou des juristes, précise l'historien. Mais évidemment, les banques, du fait de leur ancienneté et de leur rôle symbolique très fort, ont toujours occupé le premier plan."
>> L'interview de Mathieu Leimbgruber :
L'archive
Le 16 septembre 1971, la TSR consacre une soirée spéciale à la Ville de Zurich, avec notamment un reportage sur la puissance financière et économique de la plus grande agglomération du pays. Et comment parler de cela sans faire un détour par la salle des coffres d'une des banques installées sur la Paradeplatz?
Chapitre 05
La prairie du Grütli
Urs Flüeler - Keystone
Le Grütli, entre mythologie et nationalisme
C'est un modeste carré de verdure accroché à un flanc de montagne au bord du lac des Quatre-Cantons, mais la prairie du Grütli bénéficie néanmoins d'une importance fondamentale pour une bonne partie des Suisses. Il y a plus de 700 ans, ce lieu est censé avoir abrité le mythe fondateur de la Suisse: le serment du Grütli conclu entre les représentants des trois cantons primitifs, Uri, Schwyz et Unterwald.
Peu d'endroits en Suisse réunissent à ce point histoire et pouvoir. C'est là que le général Guisan, en 1940, a réuni les officiers supérieurs de l'armée pour présenter la stratégie de la Confédération. Plusieurs chefs d'Etat, dont le Tchèque Vaclav Havel ou la reine d'Angleterre, y ont fait une visite. Et enfin, au tournant du XXe siècle, les extrémistes de droite ont tenté d'en faire un symbole nationaliste.
>> Le reportage de Thierry Clémence:
Un peu d'histoire
Située au bord du lac des Quatre-Cantons, dans la commune uranaise de Seelisberg, la prairie du Grütli est, selon la légende, le lieu où les premiers Confédérés se sont réunis lors de leur conjuration contre les baillis autrichiens pour y prêter serment, à l'aube du 14e siècle. "Au niveau de l'histoire, c'est une légende assez récente, qui a essentiellement été mobilisée à la fin du XIXe siècle quand on a créé des lieux de cohésion nationale, quand on a construit cette identité nationale", explique l'historien Dominique Dirlewanger. "Mais le plus intéressant, c'est que c'est un lieu de controverse, c'est un lieu où des conflits se sont organisés depuis des décennies, et à ce titre, c'est un lieu de pouvoir éminemment contemporain". Elle représente également une Suisse à un "moment un peu hors du temps, sur lequel on peut construire une discussion politique", ajoute-t-il.
En 1859, la Société suisse d'utilité publique achète le terrain pour empêcher la construction d'un hôtel et pour en faire don, une année plus tard, à la Confédération comme "bien national inaliénable". Une "tentative de sanctuarisation", pour Dominique Dirlewanger, "ce qui montre aussi que la volonté politique n'était pas immédiatement là". Le site a ensuite été important durant les deux guerres mondiales, et notamment à l'occasion du Rapport du Grütli, le 25 juillet 1940, lorsque le général de l'armée Henri Guisan réunit cinq cents officiers supérieurs pour appeler à la résistance nationale face aux forces de l'Axe.
Enfin, dans les années 2000, la prairie a encore été au coeur de débats et de récupérations politiques, essentiellement par la droite conservatrice, qui a voulu "s'arroger une exclusivité sur cette prairie". Mais pas seulement, comme en attestent le discours de la présidente socialiste Micheline Calmy-Rey en 2007, ou encore le Grütli des femmes organisé en 2021 à l'occasion des 50 ans du droit de vote féminin.
>> L'interview de Dominique Dirlewanger:
L'archive
Le 1er août 2000, la visite du conseiller fédéral Kaspar Villiger sur la prairie du Grütli est chahutée par environ 150 extrémistes de droite. Ces derniers scandent des discours nationalistes en réponse à son discours d'ouverture, notamment en faveur d'une adhésion à l'Union européenne, comme le montre le compte-rendu du Téléjournal.
Chapitre 06
Les sociétés d'étudiants
facebook.com/zofinguevaud
Helvetia et les sociétés d'étudiants
Les sociétés d'étudiants occupent une place méconnue dans les lieux de pouvoir. Mais elles ont souvent permis aux partis de recruter des membres et certains sont même devenus conseillers fédéraux.
>> Le reportage de Céline Brichet:
Un peu d'histoire
Selon Olivier Meuwly, historien et ancien membre de la société Helvetia, les principales sociétés d’étudiants sont nées durant la première moitié du XIXe siècle. Les grandes associations Zofingue, Helvetia et la Société des étudiants suisses ont joué "un rôle politique important dans la construction et la création de l’Etat fédéral tel qu’on le connaît aujourd’hui".
Ces sociétés ont plusieurs fonctions, selon l’historien. Elles assurent un rôle de convivialité, ainsi que de sociabilité, grâce auquel des personnes "se rencontrent et partagent des valeurs communes". De plus, à leurs débuts, "les sociétés d’étudiants vont jouer un rôle de formation d’idées politiques" et constitueront des espaces "où les débats politiques vont pouvoir avoir lieu".
"Toutes les grandes figures de la vie politique suisse sont passées par des sociétés d’étudiants", affirme Olivier Meuwly, ajoutant que ces associations leur ont offert un "premier cercle d’action" à travers notamment la création d’un réseau politique.
>> L'interview d'Olivier Meuwly:
L'archive
Le 18 juin 1973, l'émission Un jour une heure de la TSR est consacrée au 125e anniversaire de la société d'étudiants lausannoise Helvetia. L'occasion d'évoquer, déjà, la perte d'influence des sociétés d'étudiants et de questionner leur manque d'ouverture aux femmes.
Quatorze ans plus tard, l'Université de Lausanne célèbre son 450e anniversaire. Interrogé dans l'émission Témoin, un Helvétien continue de justifier, au nom du respect des traditions, l'interdiction faite aux femmes de devenir membres. Une interdiction qui perdure.
Chapitre 07
Central téléphonique
Str - Keystone
Les centraux téléphoniques, noeud de communication stratégiques
Le dernier épisode de notre série sur les lieux de pouvoir vous plonge dans les coulisses des centraux téléphoniques. Pendant longtemps, ces installations étaient gérées par des téléphonistes - la plupart du temps des femmes - qui reliaient manuellement un abonné à un autre. C'est en décembre 1959 que les PTT (l'ancêtre de Swisscom et de La Poste) ont remplacé le dernier central manuel de Suisse par un central automatique.
Ces installations sont des noeuds de communication; lorsqu'un de ces noeuds ne fonctionne pas, une partie du réseau est affectée. Les récentes pannes de Swisscom nous rappellent à quel point ces sites sont sensibles et stratégiques. C'est particulièrement le cas lorsqu’il s’agit de transmettre des appels au sommet de l’Etat. En 1988, c'est d'ailleurs un coup de téléphone qui pousse la conseillère fédérale Elisabeth Kopp à la démission...
>> Le reportage de Valérie Gillioz est à découvrir dans le 19h30 ce dimanche 22 août:
Un peu d'histoire
Mais qui dit centraux téléphoniques dit aussi écoutes téléphoniques. "Via ces centraux, par l'entremise des PTT, on a écouté toutes sortes de personnes, d'associations, de secrétariats, soupçonnés de représenter un danger pour la démocratie dans le contexte de la guerre froide", rappelle Stéphanie Roulin, enseignante-chercheuse en Histoire à l'Université de Fribourg et UniDistance.
Les employées des PTT qui opéraient ces écoutes étaient triées sur le volet, avec injonction au secret, et leur activité était gardée plus ou moins secrète par leur employeur, raconte la chercheuse. "Leur nombre a crû jusqu'à atteindre une quarantaine de personnes dans les années 1980", précise Stéphanie Roulin.
Leur rôle, à plein temps, était de retranscrire les écoutes téléphoniques, tout en éliminant des transcriptions les éléments qui n'avaient pas de lien avec l'enquête en cours, normalement. "Cela passait souvent à la trappe, et les historiens ont mis au jour certains protocoles très exhaustifs, qui comportaient des éléments sur la vie privée et amoureuse des personnes. C'est sur la protection de la vie privée que les PTT se sont trouvés dans une zone grise, car les écoutes étaient par ailleurs très bien encadrées par la loi et les procédure pénales", souligne Stéphanie Roulin.
Le nombre des écoutes est estimé à 40 à 80 par année, selon la commission d'enquête chargée de faire la lumière sur le fonctionnement du Département de justice et police.
>> L'interview de Stéphanie Roulin:
L'archive
A la fin 1965, le journal de la TSR consacre un reportage à l'entrée en fonction d'un nouveau central téléphonique à Versoix (GE).