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La Suisse est sans doute l’un des pays les plus mondialisés au monde. Elle se classe régulièrement parmi les dix premiers investisseurs étrangers du monde, avec un secteur financier puissant, des industries de négoce de matières premières dynamiques et une reconnaissance mondiale pour son fromage, son chocolat, ses champions de tennis et ses universités de premier ordre. Vingt-cinq pour cent de sa population est composée de migrant·e·s. Pourtant, une analyse historiographique systématique de la manière dont ce pays politiquement neutre, enclavé et doté d’un sens remarquablement fort de l’exceptionnalisme national a, ironiquement, toujours été à l’avant-garde de l’expansion européenne et de la mondialisation est encore largement absente.
Dans une démarche novatrice, ce projet qui bénéficie d’une bourse FNS Eccellenza et qui sera mené par Bernhard Schär à l’Institut d’études politiques dès janvier 2022, réexamine l’histoire de la Suisse non pas dans un contexte européen supposé autonome. Il s’agit plutôt de déterminer comment la Suisse moderne a évolué à partir d’une forme spécifique d’expansion impériale non étatique, à savoir celle menée par les missionnaires et les entrepreneurs économiques en Asie, en Afrique et en Amérique latine.
Trois sous-projets se concentrent sur des régions qui ont connu une présence suisse particulièrement forte à partir des années 1830 : 1) Mangalore, dans l’ancienne région du Canara Sud de l’Inde britannique (aujourd’hui le Karnataka côtier), où la Mission de Bâle a établi un vaste réseau de stations missionnaires, d’usines, d’écoles et une société commerciale ; 2) le Royaume du Lesotho, en Afrique australe, qui a établi une relation symbiotique avec les missionnaires suisses de la Société de la Mission évangélique de Paris pendant la lutte du royaume contre l’avancée des États Boers et le colonialisme britannique ; et 3) Bahia et Rio de Janeiro au Brésil, qui ont vu affluer l’une des plus grandes communautés de marchands suisses de l’époque, laquelle s’est ensuite engagée dans diverses activités allant de l’exploitation de plantations (d’esclaves) à la philanthropie en passant par la modernisation des infrastructures et l’exportation de cultures commerciales.
Sur le plan méthodologique, ce projet collabore avec des universités des pays susmentionnés, examine des sources dans des langues européennes et non européennes et les interprète pour des publics universitaires et plus larges en Europe et ailleurs. Ce faisant, ce projet offre un aperçu de la manière dont nos histoires partagées affectent différemment les populations en Suisse et à l’étranger, et ouvre de nouvelles possibilités pour construire un avenir commun dans un monde en voie de globalisation.
Bernhard Schär, bénéficiaire d’une bourse FNS Eccellenza