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Résumé
Les travaux de R.O. Šor occupent une place originale – relativement indépendante et médiatrice – dans la vive controverse qui a opposé formalisme et marxisme dans la jeune Union soviétique. Membre du Cercle linguistique de Moscou puis active au sein de l’Académie d’État des sciences artistiques (GAXN), Šor s’inscrit d’une part dans la mouvance formaliste, sans pour autant n’avoir jamais été une représentante de la «méthode formelle». Dans son article «La méthode formelle en Occident» (1927), on la voit même spécifiquement attaquer certaines thèses du formalisme russe, notamment celles de R.O. Jakobson, avec des arguments souvent fort simi- laires à ceux utilisés par les divers critiques marxistes (L.D. Trockij, A.V. Lunačar- skij, P.N. Medvedev). Dans d’autres ouvrages (par exemple Sur les voies d’une linguistique marxiste [1931]), elle semble s’approprier des positions théoriques très proches de la linguistique marriste – mais là non plus, sans qu’elle ne se soumette véritablement aux dogmes de cette dernière. L’objectif de cet article sera de mettre en contexte le positionnement intermédiaire, voire médiateur, des travaux de Šor, et de montrer qu’un de ses plus grands intérêts tient au fait que, de façon apparem- ment surprenante, Šor s’est appuyée sur les Recherches logiques d’E. Husserl ainsi que sur les travaux de G.G. Špet, A. Marty ou A.A. Potebnja pour critiquer les théories formalistes russes et chercher sa propre synthèse entre les aspects formels, expressifs et sociologiques du langage.
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