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Résumé
La violence, n'y a-t-il pas de sujet plus actuel, bien que cette actualité ait touché tous les âges de l'Humanité depuis qu'on en a la mémoire ? L'«abus de force» touche physiquement 4% des individus de plus de 12 ans par an dans le monde occidental, selon des statistiques qui pèchent probablement par omission. Si la notion d'agression et de comportement hostile peut s'appliquer au règne animal, celle de violence est réservée à l'Homme, développant l'agression comportementale ou psychologique au-delà de simples besoins de survie. Une intention de nuire, de détruire ou d'abuser en employant la force sous-tend la violence, et la fait entrer dans le crime lorsque les barrières légales sont franchies. Si l'absence de nécessité vitale peut aboutir à la violence «gratuite», les motivations que l'on retrouve dans l'agression animale sont généralement aussi présentes dans les comportements violents, comme la rivalité inter-sexe, la prédation, la peur ou la douleur, la protection parentale, la sexualité, la défense territoriale, ou l'irritabilité de la frustration ou de l'isolement. L'impulsion, qui décrit une urgence soudaine nécessitant une action rapide peu ou pas réfléchie, est un mode classique de la genèse d'un acte violent, par ailleurs une caractéristique des comportements associés aux «troubles de la personnalité» et à la perte du «self-control».Le fonctionnement cérébral associé à la violence est complexe, et il existe encore moins de «centre de la violence» que de centre du langage dans le cerveau. Cependant, l'anatomie clinique et fonctionnelle montre que globalement, les lésions associées aux comportements violents touchent les régions cérébrales qui sont celles dont le rôle régulateur des émotions est critique. La région orbito-frontale (aires 11, 12, 25) et la région temporale antérieure et latérale à l'hippocampe, là où se trouve le noyau amygdalien (impliqué notamment dans l'émergence de crainte face à certains stimuli, par exemple : la vue d'un serpent, etc.) ainsi que l'hypothalamus, sont les structures principales dont l'altération peut modifier en plus ou en moins, les réactions violentes. Dans le syndrome de Klüver-Bucy par exemple, des lésions bilatérales antéro-temporales réduisent l'individu à une placidité pathologique même face à des menaces sérieuses. Vice versa, certaines atteintes fronto-temporales peuvent désinhiber des comportements violents en principe retenus par l'individu sain. En outre, les lésions gauches sont davantage impliquées dans la violence que les lésions droites.Un caractère plus explosif et non réfléchi à des stimulations mineures, une relative absence d'intentionnalité facilement reconnaissable, une périodicité fréquente et marquée, et un profond embarras suivant le comportement, sont des indicateurs incitant à exclure une lésion organique cérébrale sous-jacente. Cela dit, même en présence de lésion du cerveau, la violence d'un sujet doit être absolument indissociée du contexte social «déclenchant» ainsi que la fonction précise qui est primairement altérée par la lésion. Par exemple, une lésion fronto-basale à même de faire disparaître l'empathie d'un patient, c'est-à-dire sa perception des émotions d'autrui (en général aussi des siennes propres), sera facilement associée à des réactions violentes lorsqu'un besoin de satisfaction rapide ne peut se réaliser.Tant chez le porteur de lésion cérébrale que chez le sujet «normal», les modifications de neurotransmetteurs semblent un chaînon majeur dans le développement d'actes violents. La sérotonine, qui exerce un contrôle inhibiteur de l'agression et des mouvements rapides, a par exemple ses sites de transport cortical effondrés dans la région préfrontale des suicidés. La noradrénaline et la dopamine peuvent faciliter les comportements agressifs, et ceux-ci peuvent être modulés par le GABA et certains peptides. Le rôle hormonal n'est pas aussi simple que parfois on le croit, car si les hommes sont statistiquement plus violents que les femmes, les femmes souffrant d'un syndrome adréno-génital et les hommes XYY ne sont pas particulièrement violents. Les taux dramatiquement élevés de suicide dans certaines maladies comme la chorée de Huntington, mais pas dans d'autres affections neurologiques tout aussi dramatiques (par exemple, la sclérose latérale amyotrophique), sont aussi une piste pour une meilleure compréhension des comportements auto- ou hétéro-agressifs. Enfin, quelques rares études par tomographie à émission de positons sur des criminels violents, qui suggèrent un hypométabolisme frontal étendu chez les criminels «non déprivés» psychosocialement dans leur enfance, alors que les criminels «déprivés» ont un métabolisme cérébral à peu près semblable à celui de témoins sains non criminels, sont une autre voie de réflexion et d'exploration
Entre guerre et paix, la violence, témoin de l'ascendance prise par l'homo sapiens sur l'animal, est par cette spécificité un des aspects neurobiologiques les plus fascinants de l'étude des comportements humains.