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Les partis gouvernementaux sont d’accord, comme peuvent l’être les membres d’un oligopole: le Conseil fédéral doit refléter le poids électoral de chacun selon la formule traditionnelle du 2-2-2-1 (DP 1902).
Même le bouillonnant jeune Turc socialiste Cedric Wermuth, militant du dépassement du capitalisme, a prêché pour cette formule devant une récente assemblée des délégués de l’UDC, suivant ainsi la direction de son parti qui joue à « tu me soutiens je te soutiens ». Dans les médias, nombre de commentateurs politiques tiennent le même raisonnement.
Répétons-le donc: la concordance ne se résume pas à l’application mécanique de la règle de trois.
Cette manière de déduire la composition du Conseil fédéral du résultat des élections à l’Assemblée fédérale fait l’impasse sur la nature du régime politique helvétique. Le raisonnement vaut pour un régime parlementaire où le gouvernement doit pouvoir compter sur une majorité stable tout au long de la législature; il y va de sa survie.
Or nos institutions ne relèvent pas de cette logique de bipolarisation (majorité/opposition) et d’alternance. Le Conseil fédéral est élu pour une durée fixe de quatre ans. Pour chacun de ses projets, il doit trouver une majorité au Parlement, pas toujours la même d’ailleurs et, le cas échéant, le soutien d’une majorité populaire. Ce jeu à trois – Conseil fédéral, Parlement, peuple – justifie la participation à l’exécutif des principales forces politiques. Cette participation doit faciliter la recherche de solutions de compromis, seules à même de trouver un soutien suffisant.
L’UDC, en se positionnant en force d’opposition radicale, refuse les règles de la concordance. Elle ne montre aucun intérêt à bâtir des compromis. Son seul objectif consiste à optimiser ses résultats électoraux en exacerbant les mécontentements. Pour ce faire, elle n’hésite pas à invectiver systématiquement les autres partis, le Conseil fédéral et la justice accusés de trahison, prétendant être seule à défendre les intérêts du pays. Plutôt que de coopérer dans la recherche de solutions, elle a fait le choix systématique d’un bouc émissaire, les étrangers. Dans cette entreprise de terrible simplification, elle va jusqu’à mettre en question les principes fondamentaux d’un Etat de droit tels que l’égalité de traitement, le principe de proportionnalité et la séparation des pouvoirs.
Ce parti, qui se veut le champion du patriotisme, est en passe de mettre la Suisse dans une situation intenable sur la scène internationale. Qu’il s’oppose à une adhésion à l’Union européenne, c’est son droit. Qu’il ait fait échouer l’adhésion à l’Espace économique européen, c’était aussi son droit. Mais qu’il soit prêt maintenant à faire capoter les accords bilatéraux montre à quelles extrémités destructrices peut conduire l’obstination de cette formation.
Un tel parti, qui n’a que mépris pour ses adversaires et qui ne montre aucun intérêt au compromis, n’a pas sa place au sein du Conseil fédéral.
On rétorquera que les socialistes aussi mènent une politique d’opposition. Mais cette opposition n’a rien de systématique. La concordance n’exclut pas d’ailleurs des positions parfois divergentes lorsque le compromis se révèle trop peu équilibré.
Les autres partis gouvernementaux et surtout les libéraux-radicaux ne semblent pas avoir encore compris que l’UDC n’est pas soluble dans la concordance.
L’UDC passe pour un parti conservateur. Erreur: il s’agit d’un parti révolutionnaire prêt à détruire les institutions et à mettre en danger l’économie. Ne lui concéder ne serait-ce qu’un siège au gouvernement, c’est affaiblir l’exécutif et non renforcer sa représentativité.