Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07039.jsonl.gz/1070

06/11/2008
PEINTURE - SISLEY L'Infortuné
Alfred SISLEY naquit à Paris le 30 octobre 1839. De ses parents anglais il conserva la nationalité, et reçut une excellente éducation bourgeoise. Son père, commissionnaire en marchandises, jouissait d’une fortune suffisante pour offrir à ses trois enfants un cadre de vie agréable. Quand Alfred fêta ses dix huit ans, on l’envoya à Londres, pour parfaire ses connaissances du commerce, et de sa langue maternelle.
Mais SISLEY, naturellement attiré par les Arts, n’obtint pas les résultats attendus par son père qui l’autorisa à rentrer à Paris où il fréquenta lui aussi l’atelier de GLEYRE, après s’être inscrit aux Beaux-Arts. En 1862, il se lia d’amitié avec MONET, BAZILLE et RENOIR. Les quatre artistes, guidés par l’exemplaire indépendance de MONET, s’évadèrent alors de l’atelier du Maître pour conquérir la peinture d’après nature. Ils se rebellèrent contre l’éducation académique des Beaux-Arts, et durant plusieurs années, se retrouvèrent régulièrement pour peindre, ou pour admirer les œuvres de COROT, DELACROIX, MILLET ou ROUSSEAU. En 1867 SISLEY fut reçu au Salon, comme élève de COROT. Il pratiquait jusque là une peinture de plaisir puisque son environnement familial aisé ne l’obligeait pas à vendre ses œuvres pour subvenir à ses besoins.
Sa palette, d’une exquise douceur de tonalité, reflète des paysages harmonieux qui captivent l’attention. En 1870, son père alors ruiné, disparut. SISLEY fut, par la force des choses, confronté à la même misère que ses amis. Seul son pinceau lui resta pour tout travail. Il dut vendre sa peinture pour entretenir sa famille. Et lui qui jadis aidait ses amis peintres lorsque la situation aisée de son père le permettait, devint un nouveau pauvre. Il eut alors à souffrir du manque d’argent jusqu’à sa mort.
L’histoire raconte qu’avec son ami RENOIR, il peignait des paysages qu’il cédait pour cinquante francs à un antiquaire parisien qui revendait ensuite ces tableaux signés Théodore ROUSSEAU. Le 15 avril 1874, SISLEY participa à la première exposition des Impressionnistes, dans l’ancien atelier de NADAR. Cet accrochage fut un scandale, pour lui comme pour ses amis.
Leur mouvement qui jusque là se laissait appeler le « Groupe du café Guerbois », devint alors « Les Impressionnistes ». Les ventes espérées ne se manifestèrent pas, et SISLEY, comme ses confrères, dut se résoudre l’année suivante, à organiser une vente publique qui eut lieu le 24 mars 1875. Il proposa ce jour-là vingt et un tableaux sur le catalogue de cette manifestation qui devint elle aussi un échec. La police fut obligée d’encadrer la salle des enchères pour la protéger de la foule qui hurlait son indignation. On vint à la vente comme on serait allé au cirque, pour se divertir, et humilier tous ces « barbouilleurs de couleur qui ne savaient pas plus peindre que ça !». SISLEY ne retira que deux mille quatre cent cinquante cinq francs pour ses vingt et une toiles qui figuraient parmi ses plus belles compositions. Seuls quelques amis se portèrent acquéreurs pour une somme moyenne de cent francs par tableau.
L’année suivante, il réitéra l’opération avec les mêmes artistes, et reçut de nouveau la vindicte du public. Le Tout-Paris cria son désaccord à l’égard du groupe des Impressionnistes. Dans sa parution du 3 avril 1876, le Figaro traita ces peintres « d’aliénés auxquels une femme s’était jointe pour exposer des horreurs » (Berthe MORISOT). Il y eut d’autres tentatives d’expositions collectives auxquelles SISLEY participa, sans plus de succès.
Ses paysages, tous empreints d’une sensibilité extrême, représentent une nature toujours évocatrice, la lumière vibre sur les feuilles des arbres, pour exprimer parfaitement l’unité fidèle au caractère de la composition.
Les alentours de Fontainebleau ainsi que l’Ile-de-France s’attachèrent le talent de cet artiste calme et réservé. Mais sa sérénité à peindre n’était qu’illusoire, car SISLEY en fut réduit à vendre ses tableaux pour vingt cinq ou trente francs. Son dénuement extrême dépassa alors celui de RENOIR qui faisait déjà figure d’artiste sans le sou. Ensemble ils trouvèrent cependant table ouverte chez Murer, un restaurateur-pâtissier du Boulevard Voltaire, qui se faisait payer en tableaux.
En 1879, SISLEY se retira à Moret-sur-Loing où il vécut les vingt dernières années de son existence. Il obtint alors un relatif succès chez Durand-Ruel à Paris, quand ce dernier lui organisa une exposition personnelle en 1883. Les années 1890 lui apportèrent un semblant de notoriété lorsqu’il exposa quelques toiles à la Société Nationale des Beaux-Arts qui venait d’être créée.
Il s’éteignit dans la pauvreté et dans la solitude, à l’âge de soixante ans, le 29 janvier 1899, à Moret-sur-Loing, Seine et Marne, sans jamais avoir connu la véritable réussite. Sa disparition enflamma brusquement la cote de ses œuvres. Trois mois après son décès, ses héritiers mirent en vente vingt sept tableaux dont le produit atteignit plus de cent dix mille francs !
L’engouement subit des collectionneurs pour l’œuvre de SISLEY, trouva ensuite son apogée, un an après la disparition de l’artiste. En effet, le 6 mars 1900, un de ses plus beaux paysages, « l’Inondation », fut adjugé à la vente de la Collection Tavernier, pour la somme effarante de quarante trois mille francs or !
Nouveau, si vous souhaitez obtenir diverses informations concernant un artiste-plasticien, les expositions mondiales, ou le marché de l'art, cliquez en haut de page à droite sur ARTPRICE. Gratuitement vous aurez déjà accès à un grand nombre d'informations...
Pour découvrir plus d'informations concernant l'Historique de l'Art (de la préhistoire à nos jours), toutes les techniques utilisées (supports, matériels, produits, fabricants et marques, etc...), les réalités du Marché de l'Art International, visitez mon site : www.lartpourtous.net
Ce site dispose d'un certificat de sécurité SSL.
Alain VERMONT