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De 1820 à 1944...
Bessarabie est l'ancien nom de la région située entre les fleuves Prut et Dniestr, entre la Roumanie et l’Ukraine. Valorisée par les vignerons suisses de Chabag de 1820 à 1944, la région est actuellement partagée entre la République de Moldavie et l'Ukraine.
Grâce au tsar russe Alexandre I-er, en 1813 la loi impériale encourage la migration des meilleurs agriculteurs européens vers la Bessarabie. Les familles étant reconnues comme bons agriculteurs recevaient des terres et des facilités fiscales. C'était le Vaudois Frédéric César de la Harpe qui a proposé au tsar Alexandre I-er, de créer une colonie suisse dans les terres nouvellement acquises dans le sud de la Russie. Après un voyage d'inspection en Bessarabie en 1820, Louis-Vincent Tardent fut convaincu de la réussite de ce projet. Il écrivit au gouvernement du canton de Vaud et vanta les vignobles du sud de la Russie comme une terre promise...
De Léman au Liman...
Le 19 Juillet 1822, le moment est arrivé. Les colons du canton de Vaud, 27 personnes, dont 14 adultes, se sont rassemblées sur la Place du Marché à Vevey. Embarqués dans 4 grandes charrettes tirées par des chevaux, ils se sont mis en route vers la mer Noire. Louis-Vincent Tardent avait alors 34 ans et conduisait le convoi. 2500 km de routes cahoteuses: par la Bavière, l'Autriche, la Pologne..., 3 mois et 10 jours vers l'inconnu, pour y rester et ne jamais revenir... Les Vignerons Suisses du Tsar, Olivier Grivat, 1987.
Le Journal de voyage rédigé par un jeune Lausannois de 16 ans au moment de son départ, François-David Noir, présenté et annoté par Jean-Pierre Bastian, 2016.
A découvrir - Livres.
Les vignerons suisses de Chabag ont été les pionniers du développement de la vitiviniculture dans toute la région de la mer Noire. Ils ont joué un rôle important dans le développement de la viticulture et la vinification notamment au sud de la Russie (P. Margot, 1945). Leur passion a été transmise en progression verticale et horizontale, ainsi vers le nord, comme vers l'ouest et l'est de Chabag.
Avant l’arrivée des suisses, la culture de la vigne était presque inexistante en Bessarabie, qui est bien confirmé par les observations de Dimitri Cantemir dans son œuvre « La Description de la Moldavie » écrite entre 1714-16 en latin et publié en allemand en 1771 à Berlin, puis traduite en russe en 1789 et en roumain en 1825 - “La Bessarabie ancienne quand elle était des moldaves, n’avait que de vignes faibles, mais après la domination des turques, ces vignes existantes ont tombé encore plus et maintenant seulement quelques chrétiens de Kilia et Ismail qu’en possèdent just pour leur propre consommation”. Aussi, selon Dimitri Cantemir, les meilleures vignes étaient en Moldavie occidentale, entre Cotnari et Danube. Toutefois, il mentionne que ces vignes d’excellence produisaient en quantité élevé, ce qui n’est pas forcement un signe de qualité de point de vue culturelle. La plante de la vigne existait évidemment comme espèce végétale dans la région de la Bessarabie ancienne et moderne depuis des milliers d’années, mais la culture de cette plante et la vinification compétente ont été apporté en premier par les vignerons suisses à partir de 1820 suite au voyage d’inspection du fondateur de la colonie L.-V. Tardent et depuis 1822 suite à l’installation des premiers colons suisses.
Chez Francois-Luis Bugnon dans son ouvrage “La Bessarabie ancienne et moderne” publié à Odessa et Lausanne en 1846, on trouve des observations bien intéressantes - “La vigne prospere dans la vallée du Dniester, dans celle de Danube, du Pruth, de la Bothna, etc., mais elle n'offre pas par tout le même caractère. Dans les vallée du Danube et du Dniester les ceps sont grands et échalassés, tandis qu'ils sont petits et sans échalas dans les vignobles d'Akermann et de Chabag. On trouve dans ce vignoble beaucoup de plants divers; je crois qu'il y a au moin une quinzaines d'espèces de raisin... Chaque année les colons suisses étendent leur propriétés vignicoles par des nouvelles plantations”. Bugnon est arrivé en Bessarabie en 1843 à l'âge de 21 ans. Très actif, il a parcouru le pays de haut en bas, pris de notes et fais des observations assez originales sur la vie autochtone.
La petite communauté suisse possédait un seul village connu, tandis que la communauté allemande avait au moins 50 villages du sud jusqu’au nord de la Bessarabie moderne qui comprend la République de Moldavie actuelle.
A partir de 1813, la Bessarabie était massivement peuplée par des migrants allemands qui venaient s’occuper surtout de l’élevage de bétail et de l’art textile. Il fallait attendre l’arrivée des suisses en 1822 et leur engagement passionnant dans la viticulture et vinification au village de Chabag, pour les allemands qui ont repris petit à petit l’activité viticole et l’ont transmis par conséquent sur tout le territoire de la Bessarabie russe, appelé aussi la Bessarabie moderne. Ainsi, la deuxième la plus ancienne cave connue de Bessarabie se trouve à 50 km au nord de Chabag sur le territoire de la Moldavie actuelle, le Château Purcari fondé en 1827 par une famille allemande, 5 ans après la fondation de la première cave suisse de Bessarabie, qui se trouve aujourd’hui sur le territoire de l’Ukraine.
Dans leur mémoires, ainsi des suisses comme des allemands, on trouve souvent les témoignages que la population autochtone ne savait pas cultiver la vigne et que le niveau culturelle était très bas. Ainsi selon le livre d’Olivier Grivat “Les Vignerons Suisses du Tsar” 1987, à l’arrivé de premiers colons suisses en 1822, les vignes existantes étaient fort négligés et les gents locaux ne savaient pas les soigner. Dans ses lettres, le fondateur de la colonie suisse L.-V. Tardent écrira - “...qui ne serait pas l’ami de ces paysans moldaves qui sont les meilleures gens du monde et auxquels il ne manque que l’instruction et plus d’activité au travail?”
“Nous réclamons votre indulgence: nous manquons encore de grands vases et des caves nécessaires à la conservation des bons vins” - le message transmis par un colon de Chabag en 1823 au gouverneur d’Odessa (Grivat, 1987). Les colons suisses on construit les premiers caves souterraines dans la région, bien comme les premiers vases en bois pour la garde et le stockage du vin selon leur habitudes et connaissances apporté de la Suisse. En 1825, les colons suisses possédaient 104000 ceps de vigne et deux géneration plus tard - 3 millions de ceps... (Grivat, 1987). Par rapport aux vignobles du Léman vaudois, à Chabag, il ne manquait pas du terrain pour se développer. “Les ceps y sont plantés dans des rangées assez éloignées les unes des autres de façon à laisser passer une charrue: au lieu de fossoyer la vigne comme chez nous, les colons la labourent. Les bœufs que l’on emploie sont petits et si dociles qu’ils vont très bien sans endommager les souches. On cultive à Chabag treize plants différents, tirés de Hongrie, de Grece, de France, du Portugal” écrit Desloës en 1845 (Grivat, 1987).
La remarquable contribution scientifique de Charles Tardent, fils du fondateur de la colonie, œnologue passionné, a été confirmé par la Société impériale d’agriculture de Russie méridionale et reconnue comme le specialiste de tout le midi de la Russie, Crimée et Caucase inclus. Il fait de recherches en opérant toutes sortes de croisements et de sélections parmi les 240 variétés de raisin dont il dispose et remporte de nombreux prix dans des concours viticoles. Son livre “Viticulture et vinification” a servi de matériel pédagogique dans les écoles d’agriculture de l’époque où il décrit 52 espèces de raisin differentes recensées, ainsi que les outils du parfait vigneron du XIX siècle (Grivat, 1987). La premiere champagnisation dans la région est apporté par Daniel Dogny en 1829, et la premiere distillerie en 1832 par Henri Broillat, destinée à la fabrication d’eau-de-vie à partir de marc de raisin et de lie de vin (Grivat, 1987).