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Il y a quelque(s) temps un collègue sur Twitter a mis en ligne des fiches de géographie qu’il prépare pour ses élèves et qu’il dévolue dans un axe vertical pour aboutir à un échange parlé. Les fiches s’enchaînent de semaine en semaine d’une manière frontale, en suivant le programme. Je me suis permise, avec son accord et dans un souci de partage et d’aide, de les utiliser afin de voir comment ces documents pouvaient être intégrés à un autre système, celui de la classe inversée, dans une pédagogie de projet numérique.
La tâche complexe a consisté à réfléchir aux moyens de transports existant en Suisse en partant des moyens de transports français, et ce dans le but de partir peut être en voyage en France.
Quatre groupes de travail sont constitués en fonction de leur affinités, auxquels s’adjoint un carnet Evernote par groupe contenant les dits documents et la tâche complexe. 2 groupes pour le ferroviaire, 2 groupes pour l’aérien.
L’objet de cet article n’est pas de présenter le travail des élèves, mais de mettre en évidence que le milieu didactique au sens de Brousseau a une importance capitale dans l’acte d’enseignement. Je m’explique:
Les situations didactiques sont des situations qui servent à enseigner.
– Une situation est didactique lorsqu’un individu a l’intention d’enseigner à un autre individu un savoir donné.
– Une situation non didactique est une situation sans finalité didactique pour laquelle le rapport au savoir s’élabore comme un moyen économique d’action.
– Une situation a-didactique est la part de la situation didactique dans laquelle l’intention d’enseigner n’est pas explicite au regard de l’élève Le sujet réagit comme si la situation était non didactique. C’est à l’élève de prendre des décisions, d’engager des stratégies, d’évaluer leur efficacité.
« En situation scolaire l’enseignant organise et constitue un milieu, par exemple un problème, qui révèle plus ou moins clairement son intention d’enseigner un certain savoir à l’élève mais qui dissimule suffisamment ce savoir et la réponse attendue pour que l’élève ne puisse les obtenir que par une adaptation personnelle au problème proposé. La valeur des connaissances acquises ainsi dépend de la qualité du milieu comme instigateur d’un fonctionnement « réel », culturel du savoir, donc du degré de refoulement a-didactique obtenu » (Brousseau, 1989, p.325).
« Le maître se refuse à intervenir comme possesseur des connaissances qu’il veut voir apparaître. L’élève sait bien que le problème a été choisi pour lui faire acquérir une connaissance nouvelle mais il doit savoir aussi que cette connaissance est entièrement justifiée par la logique interne de la situation. » (Brousseau)
« Dans les situations adidactiques, les interactions des élèves avec le milieu sont supposées suffisamment « prégnantes et
adéquates » pour qu’ils puissent construire des connaissances, formuler des stratégies d’’action, valider des savoirs en utilisant les rétroactions de ces milieux sans que leur activité ne soit orientée par la nécessité de satisfaire aux intentions supposées du professeur » (Sensevy)
C’est pourquoi il s’agit de se poser les questions suivantes en amont:
- Y a t il bien un problème posé aux élèves ?
- Quel est le ou les savoirs visés ?
- Quelles sont les procédures possibles pour résoudre le problème?
- L’utilisation de la connaissance visée est-elle nécessaire pour parvenir à la solution du problème posé aux élèves?
- L’élève peut-il comprendre la consigne et s’engager vers une solution sans disposer de cette connaissance entièrement élaborée ?
- Comment voit-il qu’il a réussi ou échoué ; Est-il entièrement dépendant de l’adulte ou la situation comporte t-elle des rétroactions ?
- La vérification du résultat peut-elle lui donner des informations sur la façon de réussir ?
- Peut-il recommencer en modifiant sa procédure ?….
Il s’agit enfin de peaufiner la manière dont nous allons présenter l’activité, à savoir la dévolution de la tâche:
« La dévolution est l’acte par lequel l’enseignant fait accepter à l’élève la responsabilité d’une situation d’apprentissage (adidactique) ou d’un problème et accepte lui-même les conséquences de ce transfert » (Brousseau)
La dévolution est le processus par lequel le professeur fait en sorte que les élèves assument leur part de responsabilité dans l’apprentissage. Si la dévolution est ratée, à nous de repenser le contrat didactique passé avec nos élèves.
Penser le milieu est fondamental avant de commencer tout projet, tout cours.
Le milieu didactique doit être considéré comme un milieu de nature sémiotique (fait de significations) qui évolue et se transforme grâce à l’activité des élèves.
C’est l’activité de l’élève qui amène cette dynamique au milieu: l’élève transforme le milieu lorsqu’il y a activité cognitive, c’est-à-dire, interprétations, essais, erreurs, corrections, modifications, adaptations…
Nous sommes au coeur d’un système global de communications dans lequel s’exercent un modèle dialogique et collaboratif et un modèle sémiotique.
L’élève cherche activement des indices contextuels, explicite et implicites, lui permettant de savoir, le plus rapidement possible, quelles sont les attentes de l’enseignant. En même temps, l’enseignant prévoit également les tâches en fonction de ce qu’il connaît des élèves, des rapports qu’ils pourraient entretenir avec les contenus qui seront travaillés, et c’est sur la base de ces connaissances et de ses attentes qu’il conçoit les tâches. La plus value de la classe inversée est de placer l’élève dans une situation complexe, pensée par l’enseignant certes, mais c’est l’élève lui-même qui va construire son propre parcours de pensée par les ressources externes qu’il va chercher, puiser et mettre au service de ses pairs et de l’enseignant! Encore une fois, l’élève est acteur de ses apprentissages et producteur.
Je laisse maintenant ce collègue s’interroger, revisiter son approche dans l’acte d’enseigner, sa posture et celle de ses élèves. 😉