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L'incidence de la méningo-encéphalite verno-estivale (MEVE) a plus que doublé en Suisse au cours des dernières années. En Suisse romande, plusieurs cas semblent avoir été acquis en dehors des zones d'endémie connues.
Trente patients avec MEVE résidant ou ayant déclaré avoir été infectés en Suisse romande entre 2000 et 2005 ont été recensés. Pour un patient, il n'a pas été possible d'obtenir d'information précise sur le lieu d'acquisition de l'infection et seize patients ont été infectés dans des foyers d'endémie connus. Parmi les treize patients restants, six ont acquis l'infection sur les rives sud du lac de Neuchâtel et sept dans la plaine de l'Orbe. Nous concluons qu'il existe de nouveaux foyers d'endémie de MEVE dans le nord vaudois. La vaccination devrait être proposée à la population à risque de ces régions. En plus, il est important que les personnes ayant une activité dans la nature dans ces régions respectent les mesures de prévention contre les piqûres de tique.
La méningo-encéphalite verno-estivale (MEVE) est une infection à flavivirus transmise par les tiques. La majorité des infections est asymptomatique, mais 5-15% des patients développent une maladie fébrile biphasique avec atteinte neurologique. L'évolution naturelle est souvent marquée par une récupération lente ou la persistance de séquelles neurologiques en particulier chez la personne âgée.1 Il existe un sous-type occidental répandu en Europe centrale et en Europe de l'Est, et un sous-type oriental que l'on retrouve au niveau de la ceinture forestière qui s'étend de l'Europe de l'Est jusqu'à Vladivostock. Contrairement à la répartition de la maladie de Lyme, les foyers de MEVE sont discontinus avec une juxtaposition de zones infectées et de zones indemnes. Ces foyers sont considérés comme très stables. Cependant ces dernières années, une augmentation de l'incidence a été signalée par différents pays européens.2 De plus, de nouveaux foyers ont été décrits surtout en Scandinavie et en Europe de l'Est.3,4
En Suisse, la MEVE est une maladie qui est soumise à la déclaration obligatoire au médecin cantonal et à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Le nombre de cas déclarés a augmenté progressivement durant les années 90 atteignant une moyenne d'environ 100 cas par année au début des années 2000. En 2004 et 2005, une forte augmentation a été observée atteignant en 2005 une incidence de plus de 200 cas. Une analyse des données suggère qu'il s'agit surtout d'une augmentation du nombre de cas ayant été infectés dans des zones d'endémie connues.5 Cependant, il est clair que de nouveaux foyers se sont également développés comme par exemple en Thurgovie.6
En Suisse romande, la seule région d'endémie connue se situe au niveau du triangle des trois lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat. Cependant des cas de MEVE sans exposition dans des foyers connus ont été signalés par plusieurs médecins de Suisse romande, surtout du nord vaudois. Suite à ces informations nous avons effectué une investigation visant à préciser avec exactitude le lieu d'acquisition de MEVE en Suisse romande.
Dans un premier temps, nous avons cherché à identifier tous les cas de MEVE acquis en Suisse romande entre 2000 et 2005. Une liste anonymisée des patients habitant ou ayant signalé avoir acquis l'infection en Suisse romande a été demandée à l'OFSP. Afin d'identifier de possibles cas qui n'auraient pas été déclarés à l'OFSP, nous avons contacté en plus les laboratoires principaux effectuant les sérologies de MEVE, ainsi que certains médecins hospitaliers de Suisse romande susceptibles d'avoir traité des cas de MEVE. Sur la base de ces informations, une liste de personnes ayant souffert d'une maladie fébrile accompagnée d'une symptomatologie neurologique et une sérologie à IgG et IgM positive pour MEVE a été établie.
Les médecins de premier recours des patients ayant acquis l'infection en dehors de foyers d'endémie reconnus ont été contactés. L'anamnèse des événements précédant le diagnostic de MEVE a été revue dans ses détails. Une attention particulière a été portée aux activités dans la nature et une éventuelle exposition dans des zones d'endémie connues durant les quatre semaines avant l'apparition des symptômes. Des informations concernant la date et l'endroit d'une piqûre de tique ont également été relevées. Si le médecin de premier recours n'était pas en possession des informations requises, l'autorisation lui a été demandée pour contacter directement le patient.
Le protocole de cette investigation a été soumis et accepté au préalable par la Commission d'éthique de la recherche clinique de la faculté de biologie et de médecine de l'Université de Lausanne.
Trente cas de MEVE chez des patients résidant ou ayant acquis l'infection en Suisse romande ont été identifiés. Vingt-sept cas ont été déclarés à l'OFSP, nos recherches ont révélé trois cas supplémentaires (figure 1). Cinq cas n'ont pas été inclus dans l'analyse. Quatre patients romands ont acquis l'infection lors de séjour dans des foyers d'endémie connus de Suisse allemande. Pour un patient résidant dans le canton de Genève, il n'a pas été possible d'obtenir d'informations précises sur le lieu d'acquisition de l'infection.
Les 25 cas restants ont été considérés comme acquis en Suisse romande. La figure 2 montre le nombre de cas déclarés par année et par région. Douze patients ont déclaré avoir été exposés dans le triangle entre les trois lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat. S'agissant d'une région déjà connue comme une zone d'endémie, nous n'avons pas cherché à obtenir des informations supplémentaires pour ces patients. Pour les treize cas restants, les médecins traitants ont été contactés pour obtenir des informations supplémentaires. Dans neuf cas nous avons également contacté directement le patient. Les figures 3 et 4 montrent les lieux probables de l'acquisition de l'infection. Six patients ont acquis la maladie sur la rive sud du lac de Neuchâtel, tandis que sept cas ont été infectés dans la plaine de l'Orbe.
Le tableau 1 résume les informations obtenues sur ces treize patients. La médiane d'âge était de 46 ans (17-87 ans), cinq patients (38%) étaient des femmes. Neuf patients sur treize (69%) se rappelaient clairement d'une piqûre de tique dans les quatre semaines précédant l'apparition de symptômes. Toutes les expositions ont eu lieu à des altitudes entre 400 et 650 m. Malgré une recherche anamnestique active, onze patients sur treize ne rapportaient pas d'autre activité les exposant à une piqûre de tique ailleurs que dans les nouveaux foyers. L'anamnèse du patient 11 peut servir d'exemple. Ce patient vit à Boussens situé environ 10 km au nord de Lausanne et n'a pas d'activité dans la nature autre que des joggings occasionels dans la forêt d'Echallens. Le 23.7.2005 (J0), il se rend à la plage de Portalban pour un pique-nique. Ce jour-là, il porte des shorts et des sandalettes. Il reste assis pendant une heure sur une couverture avec les jambes allongées dans les hautes herbes. Après ce pique-nique le patient retourne en voiture à domicile. Le 26.7 (J3), il découvre une tique sur la cuisse droite. A partir du 30.7 (J7), il développe une maladie fébrile biphasique menant à une hospitalisation le 15.8 (J23).
Deux patients ont rapporté avoir eu d'autres activités dans la nature durant les 28 jours précédant l'apparition des symptômes. Le patient 4 est allé chasser sur les hauts plateaux du Jura. Le patient 7 a travaillé dans d'autres régions du canton de Vaud sans qu'il se rappelle toutefois d'une autre piqûre de tique.
Le nombre de cas de MEVE a significativement augmenté en Suisse. Jusqu'à récemment, la Suisse romande semblait être largement épargnée. De 1988 à 1999, seules 25 infections ont été rapportées chez des patients habitant en Suisse romande et une seule zone d'endémie limitée au triangle entre les trois lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat avait été identifiée.
De 2000 à 2005 le nombre de cas de MEVE acquis en Suisse romande a été de 26 (= 4,3 cas par année). Ceci correspond à une nette augmentation de l'incidence et cela semble s'inscrire dans le cadre d'une tendance similaire observée dans les zones d'endémie de Suisse allemande. Cette évolution de la MEVE en Suisse romande n'est cependant pas seulement due à une augmentation du nombre de personnes s'infectant dans des zones à risque connues. En effet, les données présentées ici indiquent que de nouveaux foyers d'endémie se sont développés dans la plaine de l'Orbe et sur la rive sud du lac de Neuchâtel. Jusqu'en 1999, seul un cas avait été signalé au sud-ouest du triangle des trois lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat, soit un cas à Estavayer-le-Lac en 1998. Nos données montrent qu'entre 2000 et 2005, treize cas auraient été infectés au sud-ouest de ce triangle.
Les données récoltées paraissent fiables. Premièrement, tous les cas ont eu une sérologie à IgG et IgM positive pour la MEVE, permettant donc d'exclure des expositions anciennes non reconnues dans des zones d'endémie hors de la Suisse romande. Deuxièmement, une attention particulière a été portée à d'éventuelles expositions dans d'autres lieux, tenant compte que le temps d'incubation de la maladie varie entre 4 et 28 jours. Pour onze des treize cas infectés en dehors des foyers reconnus, il n'y avait aucune indication suggérant qu'ils auraient pu acquérir l'infection dans un autre lieu. Finalement, il est peu probable que l'augmentation de l'incidence de la MEVE soit due à une déclaration plus régulière des cas ces dernières années. En effet, la déclaration obligatoire se fait directement par les laboratoires de sérologie et les modalités de déclaration n'ont pas été modifiées depuis 1988.
Les raisons précises de l'augmentation de l'incidence et de l'apparition de nouveaux foyers de MEVE ne sont pas connues. Il semblerait que des facteurs climatiques pourraient jouer un rôle.3,7 D'autres facteurs pouvant influencer l'épidémiologie de cette maladie sont une augmentation du nombre d'animaux réservoir et des changements de mode de vie de la population locale avec exposition plus fréquente aux tiques.2
En général, trois cas doivent avoir été déclarés dans un périmètre limité pour que l'OFSP déclare une région comme une zone d'endémie. Lors de la mise à jour des recommandations pour la vaccination contre la MEVE de mars 2006, l'OFSP a rajouté comme nouveau foyer en Suisse romande la région de Cudrefin et Salavaux.8 Notre investigation semble donner suffisamment d'arguments pour que l'OFSP puisse également déclarer la rive sud du lac de Neuchâtel de Cudrefin à Estavayer-le-Lac comme zone d'endémie. En effet, avec le cas déjà déclaré en 1998 à Estavayer-le-Lac, il semble très probable que toute cette région soit infectée.
En outre, un nouveau foyer devrait être ajouté à la carte de l'OFSP au niveau de la plaine de l'Orbe. Cette nouvelle zone d'endémie s'étend le long du pied du Jura de Fiez/ Grandson jusqu'aux Clées. Peu avant la soumission de cet article pour publication, nous avons eu connaissance de trois cas supplémentaires acquis dans la plaine de l'Orbe au courant du printemps 2006. Ces cas sont marqués par une couleur différente (point bleu) sur la figure 4, étant donné qu'ils ne font pas partie de la série de cas initiale. Cependant, ces cas rajoutent à l'évidence pour le nouveau foyer d'endémie de la plaine de l'Orbe.
Le lieu d'acquisition de l'infection du patient 10 se situe approximativement à distance égale entre le foyer de Estavayer-le-Lac/Cudrefin et celui de la plaine de l'Orbe. Vu qu'il s'agit d'un cas isolé, il n'est pour l'instant pas possible de déclarer cette région comme infectée. Il sera cependant intéressant de voir si, à l'avenir, d'autres cas seront signalés de cette zone.
La reconnaissance de nouveaux foyers d'endémie n'est pas sans importance. Premièrement, il est important d'encourager la population concernée à respecter les mesures de protection contre les piqûres de tique, tels que le port de manches longues et de pantalons longs, l'utilisation de répulsifs lors d'activité dans la nature et d'éviter les sous-bois. Deuxièmement, il existe un vaccin efficace contre la MEVE, et les nouvelles recommandations de l'OFSP suggèrent que tous les adultes et les enfants à partir de six ans soient vaccinés dans les régions d'endémie, sauf les individus qui ne s'exposent pas aux tiques. Ceci signifie donc qu'à l'avenir une large partie de la population du nord vaudois devra être vaccinée contre la MEVE.
En conclusion, les données présentées confirment la suspicion de nouveaux foyers de MEVE dans le nord vaudois. Ces nouveaux foyers se situent au niveau de la rive sud du lac de Neuchâtel entre Estavayer-le-Lac et Cudrefin, ainsi que dans la plaine de l'Orbe. La vaccination doit être proposée à la population à risque. En plus, les mesures de protection contre les piqûres de tique doivent être renforcées auprès des personnes avec des activités dans la nature dans cette région.