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Après son baccalauréat, il fréquente l’Université de Fribourg, où enseigne notamment l’écrivain et futur académicien Pierre-Henri Simon. Il obtient sa licence en 1959 et rédige, en cours d’emploi, sa thèse de doctorat sur Albert Béguin, critique littéraire et directeur de la revue Esprit. Professeur de lettres classiques à l’Ecole secondaire de Romont, puis au Collège Saint-Michel de Fribourg, il fait un séjour d’une année à Milan dans une maison d’édition.
De retour en 1966, il est tenté par la politique dans un canton qui s’éveille après une léthargie centenaire imposée par le régime conservateur. Rompant avec la tradition familiale, il entre au parti socialiste. Il en devient aussitôt le secrétaire politique et l’un des rédacteurs de Travail, l’organe du PSF.
Ces activités lui valent d’être choisi comme candidat au Grand Conseil et au Conseil d’Etat et d’être élu à l’un et l’autre postes lors des élections cantonales de fin 1971.
Premier élu socialiste au Gouvernement avec Jean Riesen, il est placé à la tête de la Direction de la Police et de la Santé publique, puis, après une réorganisation interne du Gouvernement (rapport Crettol), il devient le chef de la Direction de la Santé publique et des Affaires sociales. Il doit faire face à l’hostilité déclarée de la Société de médecine qui s’oppose à toute relation institutionnelle avec l’Etat et les caisses-maladie. Il perd de justesse son siège en 1976 (235 voix de moins que Hans Bächler, radical). Il est alors porté à la présidence cantonale du parti socialiste, de 1978 à 1982, tout en étant professeur à l’Institut de français moderne de l’Université. Le parti remporte les élections communales de 1978 en ville de Fribourg, puis les fédérales de 1979 (meilleur résultat socialiste pour le Conseil national avec 30,7% et élection d’Otto Piller au Conseil des Etats). Le PSF lance sous sa présidence une initiative pour l’élection des conseillers d’Etat à la proportionnelle qui obtiendra plus de 40% des suffrages face à un contre-projet qui entendait limiter la représentation d’un parti qui ne serait pas majoritaire au Grand Conseil. Cas unique depuis l’élection des conseillers d’Etat par le peuple, il est réélu en 1981 et replacé sur « son » siège de directeur de la Santé publique et des Affaires sociales qu’il occupera jusqu’en 1991. En conflit avec l’aile gauchiste du parti, il quitte le PSF en 1989.
« Mon action politique est marquée par la volonté de mettre fin au régime politique en place.» Denis Clerc et le PSF rénové font « descendre la politique du ciel sur la terre ».
La maîtrise du domaine de la santé et du social, abandonné jusque-là aux seuls secours de la piété filiale et de la charité privée, lui donne l’occasion de faire intervenir, par voie légale, l’Etat comme agent de la justice et de la solidarité institutionnelle entre les individus. C’est ainsi qu’il fait passer de nombreuses lois, nouvelles ou révisées intégralement, qui créent « l’Etat social fribourgeois » : assurance maladie (1982), hôpitaux (1983), institutions spécialisées pour personnes handicapées ou inadaptées (1986), allocations familiales (1976 puis 1990), aide sociale (1991), allocations maternité (1991). Il lance enfin, avec MEDIPLAN 1989, la réorganisation des hôpitaux en proposant de concentrer les soins aigus dans trois établissements publics.
Cela provoque de vives résistances régionalistes, bientôt vaincues par la logique et la nécessité. Grâce à la loi de 1982, 55 homes pour personnes âgées sont rénovés ou construits entre 1981 et 1992. Il en va de même pour les établissements pour handicapés ou inadaptés. En 1983, il crée, dans le cadre du Centre psychosocial, le premier service de planning familial. La loi sur la protection des eaux est adoptée en 1974, après de longs débats parlementaires.
Cette activité, menée au pas de charge, mais dont la pertinence et les bienfaits sont aujourd’hui reconnus, ne va pas sans lui attirer quelque hostilité dans le monde politique, car l’homme ne ménage pas son monde. Ainsi seuls 50 députés lui accordent leur voix lors de son élection à la présidence du Conseil d’Etat pour 1988. Le président démocrate-chrétien du Grand Conseil éprouve le besoin de s’en excuser en séance. Au sein de son parti aussi, Denis Clerc qui, avec ses collègues Morel, Riesen et quelques autres, combat une tendance inspirée par le modèle mitterrandien de « rupture avec le capitalisme », suscite une gêne qui aboutira à son départ.
Après sa sortie du Conseil d’Etat (1991), Denis Clerc lutte au sein de la Communauté romande du Pays de Fribourg pour l’application du principe de territorialité des langues qu’il a contribué à faire inscrire dans la Constitution cantonale. Il critique avec son collègue Morel et le juge Curty l’élection de deux nouveaux juges de langue allemande au Tribunal de la Sarine (29.11.1990). Un projet de révision de la loi scolaire, dont il considère qu’il bafoue ce principe, est rejeté par le peuple en 2000, alors qu’il faisait la quasi-unanimité des milieux politiques, mais était contesté par le corps enseignant. Chroniqueur incisif mais non dénué d’humour, Denis Clerc n’a pas tourné la page politique. Il s’exprime régulièrement dans les colonnes de La Liberté. Il a écrit ses mémoires (Les lacets rouges).
Il décède le 7 avril 2012.
Extrait de : "Le Conseil d’Etat fribourgeois : 1848-2011"