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Le mot Pâque (Pesach) signifie passage. La Pâque est un Passage, passage de la servitude à la liberté, passage par la mort pour une vie nouvelle. Lorsque les chrétiens célèbrent la Pâque, ils font mémoire et réactualisent plusieurs réalités: il y a la Pâque du peuple Hébreu, il y a 3500 ans. La Pâque qu’a vécue le Christ il y a 2000 ans. Il y a notre Pâque d’aujourd’hui. Il y aura la Pâque éternelle dans le Royaume.
Ø La Pâque Juive, la grande libération du peuple Hébreu à la servitude d'Égypte, le Passage de la Mer Rouge et l'Exode vers la terre promise.
Cette œuvre de libération opérée par Dieu était célébrée par Israël chaque année lors de la fête de la Pâque. (encore célébrée aujourd’hui par les Juifs)
Ø Jésus a lui-même célébré cette Pâque juste avant de mourir. Cette Pâque juive était une préfiguration de la vraie Pâque qu'accomplira Jésus. Jésus est la Pâque nouvelle.
Lors de la première Pâque, avant la sortie d’Égypte, les Hébreux devaient sacrifier un agneau et répandre son sang pour qu’ils soient préservés de la mort.
Dans la Pâque nouvelle, Jésus est lui même l’agneau pascal, sacrifié pour la vie du monde, pour sauver tous les humains du mal et de la mort.
La Passion, mort et résurrection de Jésus est passage de ce monde au Père céleste, passage de la mort à la vie. En Jésus s’accomplit le véritable passage du monde de l’esclavage à celui de la liberté, le passage de la mort à la vie.
Ø Et ce passage, il ne l'accomplit pas tout seul: puisque Jésus-Christ est le Nouvel Adam qui rassemble en sa personne toute l'humanité, toute l'humanité passe avec lui de l’esclavage à la liberté, passe avec lui de ce monde au Père, passe avec lui de la mort à la vie. L’humanité toute entière est appelée à entrer dans ce grand Passage, est appelée à une vie nouvelle.
Jésus est la Tête du Corps qu’est l’Église. Si la tête est déjà passée, le reste du corps est appelée à suivre, comme pour un accouchement. L’humanité est dans ce long enfantement à la Vie éternelle, passage de la mort à la vie, passage de ce monde au Père.
Ø Donc, depuis la Pâque de Jésus, nous sommes appelés à entrer dans ce grand passage, et chacun de nos actes, chacune de nos souffrances, chacune de nos crises, chacun de nos passages douloureux peut devenir une Pâque, un passage avec Jésus de la mort à la vie.
La Pâque des Hébreux esclaves en Égypte, et plus encore la Pâque de Jésus, deviennent pour les chrétiens un Passage fondateur, (un prototype): passage d'une situation d'esclavage, de mort, à une situation de liberté, de vie.
Ø La Pâque, ce n’est pas un jour dans l’année, ni même le temps pascal. « Tout le culte chrétien n’est qu’une célébration continue de la Pâque (…) Chaque messe célébrée, c’est la Pâque qui se prolonge ». Plus encore, toute notre vie est appelée à entrer dans la Pâque de Jésus, est appelée à devenir une Pâque. C’est ce que Zundel formulait en disant : « Nous avons à devenir Alléluia des pieds à la tête »
Ø La Pâque de Jésus, a été un événement extrêmement dramatique: la mise à mort de Dieu lui-même fait homme, et qui venait faire alliance avec eux. Or, Jésus a transformé cet événement dramatique en événement de salut pour toute l'humanité. Et depuis, il n'est aucun événement, aussi dramatique soit-il, dont Jésus ne puisse tirer du bien par la force de sa résurrection. (LG : Il n’est aucun événement en ce monde que nous ne puissions lire à la lumière de la résurrection du Christ)
Donc, la clef de compréhension de la Pâque chrétienne est le principe du passage par la mort pour arriver à la vie; il s'agit d'une mort pour la vie. Sortons donc de la théologie pour entrer dans celui de la science expérimentale: la physiologie et de la psychologie.
Les Pères de l’Eglise parlaient des semeia, des signes de Dieu dans sa création, comme la signature du Créateur, sa pédagogie pour nous aider à nous comprendre nous-mêmes et à comprendre notre vie.
Ø Examinons l'embryon et le fœtus humains: ils récapitulent au cours de leur croissance les étapes de l'évolution, et doivent nécessairement abandonner les vestiges des étapes antérieures: ainsi, à ses débuts, l'embryon comporte certains éléments du poisson (branchies), qui est un des premiers stades de l'évolution humaine; l'embryon va devoir les perdre. Avant la huitième semaine, l’embryon a une queue, qu’il va perdre par la suite ; ces pertes correspondent à des morts partielles (un peu comme le têtard qui devient grenouille).
Ø Plus encore, au plan de la croissance de l'organisme, les biologistes ont montré que celle-ci s'opère nécessairement par la mort de certaines cellules (appelée apoptose), pour la formation normale des membres, sans quoi on aboutit à des monstruosités anatomiques, et même à la mort de l’embryon. Quand on devient adulte, on n'a donc pas des bras d'enfant qui ont grandi; à la fin de notre existence, sur les milliards de cellules que nous avions à la naissance, presque toutes seront mortes et auront été remplacées par d'autres .
Ø Au plan de la biologie générale, J. Dausset, prix Nobel de physiologie et de médecine en 1980, souligne que la mort est un rouage essentiel à l'émergence et à la montée de la vie, une nécessité pour la progression de l'espèce : « La mort est loin de prendre ici un caractère dramatique; elle est au contraire absolument nécessaire pour l'évolution de la matière vivante. Sans mort, la possibilité de voir apparaître chaque fois un nouvel être légèrement différent du premier n'existerait pas. [...] Si nous avions des gènes éternels, il n'y aurait pas d'évolution du vivant, avec ses merveilleuses capacités d'adaptation ».
Ø La nature elle-même s'épanouit dans un cycle incessant entre la mort et la vie. Nous sommes actuellement au printemps, et nous assistons à une véritable explosion de vie. Mais il ne faut pas oublier que cette explosion s’est préparée tout au long de l’hiver, et même déjà en automne, voire vers la fin de l’été. Le compost, merveilleuse source de croissance pour les plantes, est composés des résidus morts de la végétation. Le processus global des saisons et la vie végétale se développe aussi dans une constante dynamique mort - vie.
Ø L'Évangile nous en donne l'exemple symbolique du grain de blé qui doit mourir pour porter du fruit et pour permettre à la vie de se continuer (Jn 12, 24). Dieu n'aurait-il pas laissé dans sa création des traces ou des signes de cette mort nécessaire à la vie ?
Ø L'image de la chenille, donnant naissance au papillon, s’étant métamorphosée dans le passage par la chrysalide, est très significative; mais ce papillon, pour devenir papillon, doit perdre son état de chenille, il doit passer par la phase pénible de la chrysalide.
Tout comme la croissance physiologique de l’être humain ne se fait pas par rajouts, mais par pertes successives en vue d’une évolution, il en est de même au plan psychologique et au plan spirituel.
Ø Selon le médecin psychiatre J. Monbourquette, "la vie est une suite ininterrompue d'attachements et de séparations, de morts et de naissances. Il faut sans cesse accepter de mourir à un état pour naître à un autre", jusqu'à l'ultime mort qui nous entraînera dans la naissance définitive. Notre existence est jalonnée de pertes, de départs, de deuils, aussi bien au plan physiologique que psychologique. Et toute perte est une mort partielle, impliquant un travail de deuil. Ce qui serait souhaitable, c'est de pouvoir transformer chacune de ces petites morts en chemin de vie, comme Jésus a transformé la mort en vie, pour lui-même et pour tous les êtres humains. Ainsi, toute perte peut être une naissance à quelque chose de nouveau.
Ø On peut constater que la naissance, au sens propre, est aussi un passage, un passage difficile et douloureux par une porte étroite ; passage d’un mode de vie confortable, vers un autre mode, moins agréable dans un premier temps, mais qui ouvre des perspectives toutes autres. La tentation de rester dans le sein maternel, de refuser le passage, on la retrouve tout au long de l’existence ! Or, comme il n’y a pas d’accouchement, pas d’enfantement sans douleurs, il n’y a pas de naissance sans douleurs.
Ø Selon E. Erikson, la croissance psychologique de l'être humain se fait à travers une succession de crises, de Passages difficiles et douloureux, qui impliquent le deuil de quelque chose d’important La plus connue, la crise d’adolescence, est nécessaire pour faire passer l’enfant à l’âge adulte. Mais ce n’est pas la dernière : il y a encore la crise du milieu de la vie, la crise du passage à la retraite… La crise ne peut se résoudre positivement, et une croissance ne peut s’opérer que s’il y a deuil de la réalité perdue ou à abandonner. Selon Erikson, le développement psychologique de l'être humain est indissociablement lié à la crise; autrement dit, il n'y a pas de croissance sans crise, et pas de croissance sans deuil.
Ø Le changement de la personne s'opérant au cours d'une crise est un passage: il est passage d'une situation antérieure à une nouvelle situation, encore inconnue. Passage d’une manière d’être à une autre, d’un état de la personne à un autre. Il peut devenir une Pâque avec Jésus.
Ø Ce chemin pascal est un chemin de sublimation . Le mot sublimation vient du latin sublimatio qui signifie élévation. Sublimer a le sens de transformer en élevant. La perte subie peut permettre de nous transformer, en nous faisant grandir, en nous élevant.
S. Freud et la sublimation : pour lui elle est un mécanisme de défense contre les pulsions des instincts : Elle permet de dévier les énergies sexuelles, affectives ou agressives vers des buts supérieurs qui présentent une certaine valeur sociale (art, sport, œuvre caritative…)
Le Petit Robert définit aussi la sublimation comme l’épuration d'un corps solide qu'on transforme en vapeur en chauffant; action de purifier, de transformer en élevant. Dans la sublimation de l’eau, celle-ci, tout en restant ce qu’elle est, est métamorphosée, est s’allège, s’élève.
Ø Un chemin de transfiguration ou de métamorphose :
- Hymne aux Philippiens : Jésus, qui était dans la condition divine (morphè théou).
- Transfiguration : Jésus fut métamorphosé
Nous sommes appelés à devenir progressivement toujours plus image et ressemblance de Dieu, à être métamorphosés, transfigurés en lui. Zundel disait : Nous avons à devenir Alléluia des pieds à la tête. Nous devons devenir la vie éternelle. C’est cela notre chemin pascal : devenir la Vie éternelle, devenir des vivants, qui témoignent par leur manière d’être de la réalité de la résurrection du Christ
Ø Notre culture occidentale nous fait miroiter les mythes de l'éternelle jeunesse, de la beauté sans rides, l'absence de manques et de limites, l’absence de frustrations, l’abolition de l’espace et du temps. Cette culture rend très difficile l'intégration de la souffrance, de la frustration et des limites comme composantes de la vie et du bonheur. Jésus disait : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, qui la perdra la sauvera » (Lc 17, 33). Cette réalité spirituelle est comme confirmée par la psychologie :
Ø Un extrait d'un article d’une psychologue, Marie Romanens, intitulé Un monde sans limites, expose bien la clef du problème: " L'expérience psychanalytique a révélé (...) une loi incontournable : quand l'individu nie le réel et se laisse séduire par les sirènes d'une imaginaire quête de toute-puissance, il court à sa perte. La voie de son accomplissement, qui lui donne accès, si ce n'est au bonheur, au moins à d'avantage de joie et de paix intérieures, ne s'ouvre que par la traversée des deuils inévitables qui jalonnent son existence. (…) Tant que la personne se fige dans un refus de la perte, elle s'enferme dans un monde irréel, responsable pour elle et pour autrui d'effets destructeurs. (...) Car refuser la perte, c'est aller à contre-courant de la vie"
Ø La croissance de l’être humain, aussi bien physiologique, psychologique que spirituelle va selon des lois radicalement différentes du « Tout et tout de suite », l’absence de frustration véhiculés par notre société de consommation. C’est au contraire dans le temps, lentement, petit à petit, que l’être humain grandit à tous les niveaux, et même que son bonheur se construit. Il en est de même pour les relations qui se tissent lentement, dans la durée. La présence du prochain me limite et me frustre, « tour à tour nous frustrons et nous sommes frustrés, nous limitons et nous sommes limités » La frustration, la perte et le deuil sont bien une loi de la croissance humaine. Refuser la frustration, la perte, les limites, c'est vivre dans une conception mensongère de l'existence.
Ø Selon Thierry de Saussure, psychanalyste à Genève, la frustration est quelque chose de nécessaire à la croissance de l’homme: « L’être humain est ainsi conçu qu’il n’évolue, grandit, mûrit que grâce à un dosage bien équilibré de satisfactions et de frustrations. Et cela tant sur le plan physique qu’affectif, intellectuel que spirituel ». Durant les premiers mois de la vie, dans le sein maternel, « nous vivons dans des fantasmes de plénitude, de nirvana, d’où germe le désir de toute-puissance. La vie fœtale et les premiers mois du nourrisson laissent en l’individu le "souvenir" que tout besoin (organique, puis affectif) est aussitôt satisfait. Au fond de l’inconscient demeure pour toute la vie le sentiment que cet état est la norme » . C’est pourquoi les expériences de frustrations qui suivront vont apparaître comme douloureuses et négatives. Certes, pour la croissance de l’être humain, un certain nombre de satisfactions est nécessaire. Mais, si le désir de satisfaction «ne s’accompagne pas d’une saine et progressive tolérance consciente à la frustration, il a tendance à accroître l’illusion que sa satisfaction est totale est possible et tout manque devient, à son tour, l’occasion d’échecs et d’insatisfactions paralysantes » (p. 17).
La croissance humaine s’opère dans un difficile équilibre entre satisfactions et frustrations. Or, selon de Saussure, notre époque, avec ses progrès technologiques, comporte des effets pervers particulièrement graves. Ces progrès évoquent et stimulent, pour l’inconscient individuel et collectif, les fantasmes de toute-puissance de l’embryon, qui ne tolèrent pas les limites et les frustrations. « L’influence de notre civilisation exerce donc un pouvoir dramatique dans le sens de la régression pathologique, nous ramenant à l’illusion de plénitude et d’absence de manque que nous avions au début de notre vie » (p. 18).
Ø Selon Freud lui-même, le principe du plaisir (pour lui fondamental) doit s'accorder au principe de réalité, sans quoi l'être humain vit dans l'illusion. Lorsqu’il y a refus de ces réalités, certains psychologues parlent même de conduite suicidaire, de suicide psychologique.
Ø Ce n’est que dans le temps, l’espace, les limites et les frustrations, les deuils, que l’être humain ne peut réellement naître à lui-même. Vivre, c’est apprendre à choisir en permanence. Et choisir, c’est renoncer librement à ce que l’on ne choisit pas.
On peut dire que l'existence humaine, et la croissance qui l'accompagne, est une succession de pertes, de crises, qui sont appelées à être succession de transformations, de métamorphoses, succession de naissances à quelque chose de nouveau.
Ø J.-F. Malherbe décrit l'existence humaine comme un accouchement de soi-même: «La vie humaine n'est-elle pas comme une grossesse? Quelque chose (quelqu'un?) vit en nous, grandit, nous bouscule, force notre étonnement [...]. Quelque chose qui, pour apparaître au grand jour, nous contracte, nous fait souffrir [...]. La souffrance de notre vie peut nous aveugler au point que nous refusons de voir ce qui tente de naître en nous». Les douleurs de l'enfantement pourraient d'ailleurs être l'image ou le signe de cette souffrance de passage, qui est une souffrance pour donner la vie.
Ø Jésus disait à Nicodème : « En vérité, en vérité je te le dis, à moins de naître à nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3). Cette idée de nouvelle naissance était chère à M. Zundel : L’homme existe depuis son entrée en ce monde, mais il doit ensuite naître à lui-même, naître à ce qu’il est appelé à devenir, naître à la vie éternelle, et cela peut être un accouchement de toute une vie. Jésus est en chacun l’accoucheur de notre vraie humanité. Jésus, image du Dieu invisible, et en même temps modèle de l’homme parfait, peut nous permettre de devenir réellement à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais cette naissance à notre vraie identité se fait à travers un chemin pascal qui peut être douloureux : il n’y a pas d’accouchement, pas d’enfantement sans douleurs.
Ø Toute notre vie est un cheminement, une naissance à notre identité véritable. Chaque jour, nous découvrons un peu plus qui nous sommes, nous devenons un peu plus ce que nous sommes appelés à être ("Deviens ce que tu es"). Et chaque jour, nous perdons un peu de ce que nous ne sommes pas, ou ce que nous sommes plus, c'est-à-dire nos fausses identités, la fausse image que nous nous sommes fait de nous-mêmes et qui nous fait vivre dans l'illusion, dans un monde irréel… Nous perdons nos masques, nos carapaces, nos camouflages. Nous perdons l'enfant, l'adolescent que nous avons été, et qui tendent encore à sommeiller en nous. Nous perdons une identité qui est celle d’un autre âge, qui est pour nous trop étroite.
Ø Tout au long de l'existence, on devrait apprendre à se débarrasser de ce qui est mort en nous (ou tout simplement ce qui est plus de notre âge), et qui nous alourdit, pour faire place à ce qui est vivant. Mais surtout, en apprenant à transformer toutes ces petites morts en chemin de vie, j'apprend à transformer la Mort en Vie. A travers tous ces petits passages de la mort à la vie, je me prépare au grand Passage de la Mort à la Vie éternelle. Apprivoiser la mort, c'est en fait préparer la Vie.
Ø Science et vie N° 210, Mars 2000, p. 102-103: «Mort cellulaire, un sculpteur inattendu » « Enlever de la matière pour façonner une forme : le principe est familier au sculpteur. Pour la nature, la mort cellulaire est un outil puissant, qui encadre le développement des organes dans l’embryon ». Le sculpteur ne procède pas par ajouts, mais par enlèvements. Enlever de la matière pour façonner une forme, tel est le principe de la sculpture. Tel est aussi le principe de la croissance biologique : la mort cellulaire est un outil nécessaire à la croissance embryonnaire. Je crois que c’est aussi le principe de la croissance psychologique et spirituelle : Chaque action, chaque choix difficile, chaque crise, est un coup de ciseau, et un coup de ciseau, cela fait mal. Mais le chef d’œuvre que nous sommes appelés à devenir est à ce prix.
Ø Histoire de l’œuvre d’art : C. Lewis : « Il n’appartient pas à tous de créer une œuvre d’art extérieure, comme une peinture ou un livre, mais tout le monde crée une œuvre d’art intérieure, sa vie, l’histoire vraie de sa vie (qui est une Histoire Sainte). Tout le monde crée aussi un personnage : soi-même. Dieu se contente de nous donner le matériel de la vie. A nous de donner une forme, au moyen de nos choix. La première œuvre de créativité d’une personne est de devenir soi-même. Nous peignons sans cesse notre autoportrait éternel. Chaque choix est un coup de pinceau. Nous sculptons notre propre ressemblance. Chaque action est un coup de ciseau » (Pourquoi Dieu nous fait-il souffrir, p. 138-139).
Ø Histoire du cheval volé / image ambivalente : Nous devons apprendre à regarder les événements avec du recul, avec le regard de Dieu, qui voit plus loin, et qui peut toujours en tirer du bien : « Tout concourt au bien de ceux qui cherchent Dieu » (LG : Il n’est aucun événement en ce monde que nous ne puissions lire à la lumière de la résurrection du Christ)
Martin Luther King : « Tout ce qui ne m’écrase pas me fait grandir »
Ø Si l’on regarde l’histoire du Peuple de Dieu dans l’AT , elle pourrait apparaître comme une histoire négative : une histoire douloureuse, histoire de destructions, une succession de guerres, de tueries, d’injustices, déportements, famines, épidémies.
Et pourtant, cette histoire constitue la Parole de Dieu. C’est une Histoire sainte : la même histoire sous le regard de Dieu, qui ne regarde pas seulement un élément de cette histoire, mais son ensemble et le dessein de Dieu, le but vers lequel Dieu conduit les événements.
Ø Vivre un chemin pascal, insérer la Pâque au cœur de ma vie, c’est transfigurer ces événements (pascaliser) : C’est les lire dans la lumière de la Pâque du Christ. C’est percevoir le sens qu’ils peuvent prendre, et faire qu’au lieu de m’écraser, ils puissent servir à me faire grandir, à me faire aller plus loin. C’est regarder ces événement dans le dessein de Dieu qui regarde à long terme, et non pas seulement une ou deux pages de notre histoire.
Ø En Hébreu, le même mot, davar, signifie à la fois événement – Parole. La Parole, ce sont les événements relus par le peuple sous le regard de Dieu, et qui deviennent Parole, qui deviennent Histoire sainte : l’événement devient Parole. Et cette Parole permet de regarder différemment le présent et d’envisager l’avenir dans une vision d’espérance, dans la lumière de Dieu.
Nous sommes aussi appelés à relire les événements de notre vie sous le regard de Dieu, pour qu’ils deviennent Parole pour notre vie, pour en faire une Histoire sainte, une Histoire pascale (où j’y projette la lumière pascale) Faire le deuil des événements de notre vie, c’est transformer des événements douloureux, négatifs, incohérents, en une histoire qui a un sens, parce que conduite par Dieu. C’est faire de ces événements une Parole de Dieu, en faire une Histoire Sainte, une Histoire pascale.
Ø Dans le Deutéronome, Dieu dit constamment au Peuple d’Israël : Rappelle-toi… Souviens-toi… : Dt 8, 14 : « N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ». Dt 8, 2 : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur t’a fait faire dans le désert pendant 40 ans » (4 fois dans le ch. 8). Le Peuple de Dieu est un peuple de la mémoire. L’avenir se bâtit sur la mémoire, car c’est la mémoire qui donne sens à l’avenir.
Marc Donzé parle de la mémoire du futur. « Une femme enceinte, par exemple, se souvient du futur qui l’attend : l’accouchement et la joie d’entendre le premier cri de l’enfant ». « Elle goûte par avance la joie de la naissance et cette joie déjà la porte, l’encourage et la vivifie ». Les douleurs de l’enfantement annoncent de façon certaine la naissance qui va venir. « Cette mémoire du futur est le fondement de l’espérance ». Faire mémoire de ce que Dieu a fait dans le passé, c’est se rappeler ce que le Seigneur fera aussi dans l’avenir. Faire mémoire du futur, c’est faire mémoire « d’un événement qui est déjà commencé, mais qui n’a pas encore produit tous ses effets ». C’est faire mémoire de la résurrection du Christ, résurrection qu’il veut aussi réaliser dans nos vies.
Ø Le peuple Juif vit très fort de cette mémoire du futur : Le Dieu qui nous a fait sortir de l’esclavage en Égypte, qui nous a fait traverser la Mer Rouge à pied sec, est aussi le Dieu qui continue son œuvre à travers les siècles, et qui viendra encore nous libérer, nous sauver. Car Dieu est le même, hier, aujourd’hui et demain. Célébrer la Pâque, c’est précisément activer cette mémoire du futur.
Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges