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Frère John de Taizé, Une multitude d'amis, Taizé, Presses de Taizé 2011, 172 p.
L'auteur tente de réimaginer l'Eglise chrétienne à l'heure de la mondialisation. Il nous offre un parcours passionnant, qui a commencé à germer dans sa tête lorsque, au cours d'un voyage, on lui demanda s'il ne se sentait pas seul, loin de sa communauté. Seul ? Il n'en avait pas le sentiment car il était accueilli par tant d'amis.
Ces amis ne l'étaient pas à titre personnel mais résultaient d'expériences partagées, soit à Taizé, soit dans d'autres rencontres passées à approfondir la foi chrétienne et le sens d'être ensemble à cause du Christ.
La spécificité de la foi chrétienne ne réside pas dans le fait qu'elle soit une religion car « Jésus n'appelle pas à une nouvelle religion mais à la vie », insistant fortement sur ce que nous appelons une relation personnelle avec Dieu. Le christianisme peut donc être comme une spiritualité qui s'enracine dans ce que la Bible appelle le coeur humain. Et l'auteur de citer Lumen Gentium (Constitution sur l'Eglise). « L'expression la plus claire de la foi chrétienne, en tant que l'offre en acte d'une communion universelle en Dieu, est un réseau mondial d'amis qui sont des amis de Dieu, tout en étant des amis du Christ. »
Pour parler d'amitié, l'auteur se réfère à C.S. Lewis, qui distingue quatre sortes d'amour : l'affection, l'amitié, le désir et la charité, à Augustin d'Hippone accordant toute sa vie une très grande importance à l'amitié, à Aelred de Rievaulx (Père abbé du monastère du même nom, 1110-1167), connu comme le Bernard du Nord, dont le livre préféré était Les Confessions de saint Augustin et qui, dans ses propres livres, Le miroir de la charité et L'Amitié spirituelle, réconcilie les notions païenne et chrétienne de l'amitié. Il se réfère aussi à Thomas d'Aquin, au cardinal Newman, à Dietrich Bonhoeffer, à Simone Weil et à deux théologiens allemands du XXe siècle, Jürgen Moltman et Elisabeth Moltman-Wender.
Pour le fondateur de Taizé, Frère Roger, l'amitié est en quelque sorte la face humaine de l'Eglise. Un souci brûlant de réconciliation entre les chrétiens l'a poussé à se faire des amis d'un grand nombre de personnes à travers le monde. Pour lui, l'amitié se caractérise par l'attention à l'autre et, dans notre relation à Dieu, cela s'appelle la prière personnelle.
Dans le chapitre Une parabole de Communauté, l'auteur revoit la fondation de Taizé, son cheminement, sa solidarité, son épanouissement et sa quête de communion avec tous. En conclusion, comme dernière parabole, il se souvient avec émotion de la mort du fondateur, de l'espérance, de la force qui revêtirent alors chaque Frère, les poussant encore plus loin dans leur mission d'ouverture et de coexistence avec des groupes ayant des pratiques et des croyances spirituelles différentes ou n'en ayant pas du tout.
Un très beau livre, qui résonne comme une promesse.