Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07249.jsonl.gz/420

Christian Tirefort, Syndicat du livre et du papier (SLP)
& Andréas Schweizer, Association pour le Patrimoine industriel (API). Genève
Ceux qui cherchent les causes du chômage confondent le plus souvent les effets et les causes. Ainsi parmi les causes invoquées on parle souvent de l'évolution technologique qui supprimerait les emplois, ou de la haute productivité qui diminuerait le temps nécessaire de travail, ou encore du coût du travail qui empêcherait l'embauche parce que trop élevé, etc. Peu de gens réfléchissent au fait que le travail est en principe le moyen de créer la richesse, et que ne pas l'utiliser c'est se refuser à créer la richesse.
En réalité, le chômage est dû au mode de rétribution de la société marchande, qui ne distribue pas les gains de productivité aux gens qui en ont besoin, empêchant ces derniers de signaler leurs besoins sur le marché. Si tout le monde était payé selon sa productivité, il est à peu près certain qu'il y aurait assez de travail pour tous, et que le temps économisé grâce aux technologies nouvelles qui augmentent la productivité du travail serait employé pour satisfaire d'autres besoins que ceux strictement matériels.
L'imprimerie est particulièrement touchée par le chômage. Cette branche appartient à l'industrie de la communication, qui est pourtant en pleine croissance. Le média écrit stagne alors que de nouveaux vecteurs médiatiques naissent. Cela fait que la part de la communication dans la production de biens et de services va augmenter pour atteindre plus de dix pour cent de la part du chiffre d'affaires en Suisse, toutes branches confondues.
Aux médias traditionnels tels que l'écrit ou les médias audiovisuels, viennent s'ajouter ce que l'on appelle les multimédias, terme générique donné à plusieurs choses bien différentes: le CDRom, les réseaux tels Internet, etc. On vit la transition entre les médias off line, c'est-à-dire les objets médiatiques qui sont commercialisés comme tels (livres, journaux, disques, cassettes, disquettes, CD, CDRom) et les médias on line, c'est-à-dire les réseaux tel Internet où le consommateur va chercher son produit en ligne, sur le réseau. Cette évolution entraîne une relation de plus en plus étroite entre la création médiatique et son transporteur: les télécommunications.
Que l'imprimerie, qui a la chance d'appartenir à un secteur porteur, soit touchée par le chômage montre bien qu'elle n'est pas encore entrée dans le futur. Pourtant les emplois existent dans les nouveaux médias, et l'adaptation des connaissances de base des métiers de l'imprimerie et de la presse écrite aux nouveaux médias ne devrait a priori pas poser de problème majeur. C'est oublier que s'il y a des résistances à la nouveauté parmi ceux qui travaillent dans les arts graphiques, il y en a tout autant dans le système de formation professionnelle. A l'heure actuelle on peut dire que les systèmes de formation sont encore basés sur l'ancien, le bon vieux temps où lorsque quelqu'un avait appris un métier il pouvait le pratiquer 40 ans durant sans avoir besoin d'adapter ses connaissances. La sonnette d'alarme doit être maintenant tirée. Dans l'imprimerie par exemple, où le système de formation n'est pourtant pas plus lourd que dans les autres branches, il a fallu dix ans pour mettre sur pied un règlement de formation de polygraphe, et quand ce règlement est enfin entré en vigueur on s'est aperçu qu'il était déjà dépassé. La technologie n'avait pas attendu. S'il y a des endroits où il faut flexibiliser, c'est bien dans le domaine de la formation de base et continue. Il faut admettre que la vie professionnelle de chacun sera séquencée par des périodes de formation (environ tous les 5 ans). Ceux qui refuseront cette réalité seront largués et resteront au bord de la route.
La branche des arts graphiques a su conserver intact son savoir de base -le texte et l'image - qui sont aujourd'hui précisément au centre des technologies émergeantes. Aussi les compétences acquises des travailleurs et entreprises des arts graphiques doivent-elles d'urgence être complétées. Le son, l'image animée, la réalité virtuelle, le montage numérique, les bases de données, sont quelques-unes des nouvelles compétences requises pour accéder à ce nouveau marché du travail, gage de prospérité. Ces compétences déjà acquises devraient permettre aux travailleurs et aux entreprises de se mobiliser, ensemble, autour d'un projet de formation digne de ce nom. C'est la responsabilité de l'ensemble de la branche de créer les conditions d'une formation. Sans cette volonté, la branche sera menacée de disparaître, laissant à d'autres (qui n'ont pas la chance d'avoir ces compétences acquises) les places de travail de demain. Dans ce contexte, il n'est pas suffisant de répondre à la demande du client d'aujourd'hui. Il faut s'interroger dès à présent sur la forme de service qu'il exigera demain. Trop habitués à penser que demain sera pareil à aujourd'hui, peu d'entre-nous ont développé cette volonté.
Combien de patrons et d'entreprises de la branche favorisent leurs orientations vers ces nouvelles technologies par des investissements en matériel ou en formation ?
Combien de travailleurs de la branche ont réellement pris conscience que la formation préserve leur emploi et leur prospérité ?
Que chacun se pose la question et que l'on cesse de bricoler les formations !
Il est urgent de sortir des formations-bricolage -sur le tas - créées par les plus courageux. Pour répondre à ces défis d'une nouvelle prospérité, il nous faut un front solide de formation à l'échelon national, des compétences, des centres de formation, des collaborations renforcées entre les hautes écoles et l'industrie, des politiciens qui agissent et des banquiers moins frileux.
La Suisse a des bases solides. Elle possède des infrastructures de communication performantes. Tout laisse à penser qu'elle pourrait partir avec une bonne longueur d'avance vers l'ère de la cybernétique. Mais il faut qu'elle démarre. Demain il sera trop tard.
Fêter Ramuz, c'est bien. Organiser des expositions nationales ou universelles, aussi. Mais pourquoi ne pas créer un choc psychologique et décréter que 1998 sera l'année de la Cyber-Suisse!
Nous vous convions à signer notre pétition nationale pour une Cyber-Suisse: un citoyen, un numéro d'AVS. Pourquoi pas une adresse e-mail ?
Favorisons l'accès pour nos jeunes aux outils informatiques, et que ces nouvelles technologies soient répandues et leur enseignement inscrit dans le programme obligatoire!
Et que ça bouge !
|retour au sommaire du Flash informatique spécial été 97|
|retour à la page principale des Flash informatique|
|Vos commentaires|
|© FI SPECIAL ETE du 2 septembre 1997|