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Federer aspire à autre chose
Tennis—
Jeu de dupes
Roger Federer nie avoir ressenti les douleurs qui, lundi encore, entravaient ses mouvements et encombraient ses pensées.
Sa peine, la vraie, lui faut causée par David Ferrer, «un joueur que nous respectons tant car il ne craque jamais mentalement». Or Ferrer a bel et bien craqué, mais peut-être était-ce intellectuellement, au moment où il semblait s’épargner l’humiliation d’une quatorzième défaite d’affilée, rattrapé par des fébrilités adolescentes et de funestes inhibitions devant l’exploit.
Roger Federer aurait pu perdre mais, allez comprendre, cette hypothèse est parue toute à la fois plausible et totalement invraisemblable, vue et revue. Le maître a finalement eu le loisir de commettre 39 fautes directes, d’écarter neuf balles de break, de cibler plus ou moins un service sur deux (30% dans les trois premiers jeux) sans même concéder un set, ni avoir le temps d’y penser.
Et sinon, «la santé va bien, merci».
LES 5 MATCHES-EXHIBITIONS DE FEDERER EN AMÉRIQUE LATINE
6 décembre
Sao Paulo (Bré) contre Thomaz Bellucci
8 décembre
Sao Paulo (Bré) contre Jo-Wilfried Tsonga
12 décembre
Buenos Aires (Arg) contre Juan Martin del Potro
13 décembre
Buenos Aires (Arg) contre Juan Martin del Potro
15 décembre
Bogotá (Col) contre Jo-Wilfried Tsonga
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Ce fut un jour de plus; ou un jour de moins, tout dépend à quel bout on se place. Tandis que son dos semblait grincer comme les essieux d’une guimbarde, Roger Federer a trouvé le moyen d’atteindre les demi-finales, cahin-caha, en poussant David Ferrer à la faute; un Ferrer particulièrement léger, vaincu pour la quatorzième fois d’affilée (6-4 7-6). Simple routine...
Son corps le châtie de quelques excès, avec des langueurs de lendemain d’hier, mais le cœur, lui, est toujours en fête, partant pour une nouvelle tournée (est-ce bien raisonnable?) en Amérique latine, du 6 au 15 décembre prochain. Trois étapes sont prévues: le Brésil, l’Argentine puis la Colombie. «Je ne suis jamais allé dans ces pays. J’avais très envie de les découvrir, de les visiter. Je connais un peu leur histoire mais, malheureusement, je n’en ai une vision théorique. J’aimerais parler avec des gens.»
Il lui suffisait de commander un catalogue et de réserver par Internet. Mais Roger Federer n’a pas besoin de vacances. Il part en représentation, rock’n’roll attitude, interprète de son propre personnage et acteur de sa propre histoire, à la rencontre de peuples lointains et acquis.
En Argentine, les organisateurs ont vendu 20 000 billets en moins de six heures. Jose Luis Clerc, ancien champion du lieu, n’a pas vu une telle hystérie collective depuis les Beatles. Un stade sera construit spécialement. Les cachets de la star sont estimés par la presse argentine à 1,3 million de francs par match.
«Je suis très touché de compter autant de fans dans le monde, de recevoir un tel accueil dans tous les endroits de la planète où je vais. Cette popularité est pour moi une motivation à poursuivre ma carrière. J’ai la chance d’évoluer dans de grands stades, où les gens sont heureux de venir me voir. Les rencontres, les voyages, tous ces aspects contribuent à mon bonheur de jouer au tennis.»
Sa propre vie d’abord
Des proches lui prêtent le secret espoir d’organiser une autre tournée, sans doute l’ultime, dans tous les tournois qu’il a remportés, jusqu’aux plus archaïques et provinciaux. A ce stade d’une carrière accomplie, Roger Federer semble s’ouvrir à d’autres perspectives, au-delà du simple but à atteindre.
Il le reconnaissait à demi-mot, dimanche, en ouverture du Masters: «Je suis heureux de la carrière que j’ai eue, des moments que j’ai vécus. La place de numéro un exige de nombreux sacrifices. C’est un état d’esprit à plein-temps. Je n’en ferai pas une idée fixe. Depuis mon jeune âge, j’ai voulu remporter des Grand Chelem, puis beaucoup d’autres, et encore plus. Aujourd’hui, la démarche est différente. Je cherche moins à suivre un plan de carrière que ma propre voie.»
Makis Chamalidis, psychologue de nombreux sportifs français, tirait déjà le même constat en 2009: «Finalement, le tennis est une activité lassante. C’est un microcosme composé des mêmes gens et des mêmes escales. A partir d’une certaine usure, il est important de défendre une autre idée que simplement gagner ou perdre. Muhammad Ali a défendu une religion, Arthur Ashe une race, Billie Jean King la condition féminine. Federer, d’une certaine façon, défend l’élégance. Peu importe comment mais il est essentiel qu’un champion, passé une forme d’avènement, se reconnecte avec son désir.»
Jusqu’en 2016
Puisque la connexion est excellente, Roger Federer jouera au moins jusqu’en 2016, année des Jeux de Rio. Il a déjà réinventé son jeu, revenu à des instincts premiers, à des espiègleries originelles. Il ne lui reste plus qu’à imaginer une suite. (Le Matin)
Créé: 09.11.2012, 07h31