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Mukhisa Kituyi a insisté sur l'importance d'améliorer la demande globale.
KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI(sda-ats)
Les économies mondiales doivent stimuler la demande et l'investissement, et revaloriser les salaires pour doper la croissance. Selon la CNUCED, le ralentissement des pays développés a emporté les Etats en développement.
"C'est une année dangereuse", a affirmé devant la presse le directeur pour la mondialisation et le développement à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Richard Kozul-Wright. L'absence d'avancées sur l'emploi se reflète notamment dans l'électorat en colère aux Etats-Unis, le Brexit, la montée des discours contre la mondialisation, déplore le secrétaire général Mukhisa Kituyi.
Les Etats industrialisés se sont trop appuyés sur la politique monétaire en combinaison avec une fiscalité d'austérité. En matière de redistribution, M. Kozul-Wright regrette la baisse de la part des salaires dans le revenu national, malgré certaines "améliorations" dans plusieurs pays.
En présentant le rapport principal de la CNUCED publié mercredi à Genève, M. Kituyi a déploré que le G20 n'ait pas oeuvré récemment davantage pour lutter contre les réflexes "protectionnistes". Davantage que le protectionnisme, la raison principale du ralentissement est attribuée à la faible demande globale, dont celle dans les pays en développement.
Dialogue avec le secteur privé
L'une des raisons de la stagnation des emplois est aussi "la réticence des grandes entreprises à investir dans des gains de production", dit M. Kituyi. La financiarisation, la spéculation et les dividendes prennent le dessus.
Selon la CNUCED, la croissance ne devrait atteindre que 1,6% aux Etats-Unis et en Europe cette année. Dans les pays en développement, elle sera inférieure à 4%, avec une Amérique latine en récession et malgré une Asie en progression légère mais continue. La CNUCED s'attend à un niveau mondial en dessous des 2,5% des deux années précédentes.
Le rapport appelle à la fin des niches fiscales pour les entreprises mais aussi à des mesures réglementaires pour favoriser l'investissement à long terme. La CNUCED demande aux gouvernements des pays en développement de dialoguer avec leur secteur privé et à le "discipliner" en leur retirant leur soutien s'il n'est pas suffisamment couronné de succès.
Cet élément institutionnel est souvent négligé, explique également M. Kozul-Wright. La CNUCED pour autant souhaite un soutien public à la recherche industrielle. Il faut lier les approches économique, financière, commerciale et industrielle.
Accords commerciaux régionaux
Des régions en Asie ont montré l'importance de secteurs d'exportation industriels forts. Mais cet élément ne suffit pas sans réinvestissement des bénéfices dans la productivité. Des difficultés sur ces deux fronts constituent une "combinaison très inquiétante", estime aussi M. Kozul-Wright.
La CNUCED met en garde contre une "désindustrialisation prématurée" qui s'accompagne d'une baisse de la productivité, de l'emploi et de la croissance des investissements. Il y a deux ans, l'Asie totalisait notamment 90% des exportations industrielles.
L'amélioration technologique ou les économies d'échelle dans certaines industries peuvent constituer une solution. Mais les entreprises de pays en développement peuvent difficilement entrer sur les marchés de manière concurrentielle, dans un environnement de chaînes d'approvisionnement mondiales.
Les réglementations devront être davantage orientées vers le développement, l'accès au financement facilité et les capacités de production plus intégrées et étendues. Les pays en développement doivent éviter la financiarisation de leur économie et protéger leur marge de manoeuvre politique et fiscale. La CNUCED leur recommande aussi de s'appuyer sur des accords commerciaux régionaux et des chaînes d'approvisionnement régionales.
sda-ats