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« Les devoirs moraux que l’on attend des familles les obligent à fournir des prestations très élevées dans la vie quotidienne », a expliqué Anna Hausherr, responsable du secteur politique familiale et politique sociale auprès de la Fédération suisse des familles monoparentales.
Dans sa conférence, elle a dressé une liste des nombreuses prestations quotidiennement fournies par les familles durant des années, et mis en évidence les attentes importantes de la société vis-à-vis des familles.
On encourage surtout les familles de la classe moyenne et les « familles normales »
Ces attentes sont sans rapport avec le soutien que les familles obtiennent, constate Karin Jurczyk, responsable du département famille et politique familiale au Deutscher Jugendinstitut de Munich. Bien que dans son mandat de politique familiale, l’État se propose de soutenir les prestations de la famille, cette politique obéit trop souvent à des impératifs économiques avec des effets sélectifs : d’une part, on encourage surtout les familles bien qualifiées de la classe moyenne, d’autre part, en dépit de la variété des modèles existants aujourd’hui, on concentre encore et toujours l’encouragement de la famille sur le modèle de la « famille normale », ce qui augmente le risque de pauvreté des autres formes de familles.
Monika Pfaffinger, vice-présidente de la Commission fédérale de coordination pour les questions familiales, a approfondi la question de la pauvreté des familles. Pour elle, la pauvreté en Suisse est essentiellement féminine. Elle a explicité les causes structurelles de cet état de fait. Elle considère que plusieurs mécanismes sociaux, légaux et institutionnels poussent les familles vers une certaine répartition des rôles entre l’homme et la femme. Cette répartition asymétrique est porteuse d’un risque de pauvreté pour les familles.
Esther Alder, maire et conseillère administrative de Genève, a exposé comment on pouvait réduire considérablement la pauvreté des familles grâce à des instruments politiques efficaces, à l’exemple de la ville et du canton de Genève. Le canton a introduit en 2012 les prestations complémentaires familiales pour les familles dont les parents travaillent mais qui ne gagent pas suffisamment pour couvrir les besoins de la famille. La ville de Genève verse une prime de rentrée scolaire située entre 100 et 200 francs pour les familles en situation précaire. Elle offre également des activités parascolaires à bas prix ou gratuites, ainsi que des cours de français pour les mères allophones. Roland Müller, directeur de l’Union patronale suisse, a montré le potentiel, mais aussi les limites de l’économie en tant qu’acteur de la politique familiale : « Les modèles de travail et la mentalité d’entreprise sont des aspects qui peuvent influencer directement l’employeur. »
Sous l’égide de Nicole Althaus, journaliste et membre de la rédaction en chef de la NZZ am Sonntag, les conférencières et conférenciers ont approfondi leurs réflexions et leurs thèses dans deux tables rondes.
En complément au Forum, Caritas Suisse publie l’Almanach social 2016 sous le titre « La famille n’est pas un luxe ».