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Un cabinet d’avocat américain accuse la banque zurichoise de fraude, de malversation et d’avoir détourné plusieurs millions de dollars de dépôts.
Les sommes en jeu atteignent au moins 40 millions de dollars (49,8 millions de francs), plus les intérêts et autres sanctions financières.
Pour la banque Julius Bär, ces accusations sont «ridicules». L’institution affirme même à swissinfo qu’au besoin, elle n’hésitera pas à «justifier vigoureusement» ses actes, si on le lui demande.
Elle estime même que cette plainte pourrait lui fournir une possible raison d’assigner en justice la firme Leahey and Johnson.
Le cabinet de Wall Street a déposé plainte contre plusieurs personnes devant la cour suprême de l’Etat de New York, notamment le président honoraire du conseil d’administration, Hans Bär, et Raymond Bär, actuel président de la banque.
Une magouille de longue haleine
Dans une prise de position faxée, Leahey and Johnson affirme poursuivre la banque et plusieurs de ses filiales, employés, agents, contrôleurs et directeurs.
Ils sont soupçonnés d’avoir participé à un système de longue haleine destiné à piller et détourner des fonds déposés par un vendeur d’antiquités de Manhattan. Mandatés par Bijan Nassi et sa société, BBCFD, les hommes de loi ont donc déposé un dossier de plainte de 115 pages.
Parmi les personnes mises en accusation, on trouve également le nom de Yehuda Shiv, un conseiller financier qui, selon les avocats, a été condamné pour avoir commis des fraudes sur des titres.
Il est prétendu que le financier et la banque suisse ont été mêlés à un «système élaboré» pour détourner à leur profit les investissements de Bijan Nassi.
Une banque de dépôts
Même si Julius Bär a précisé qu’il ne lui était pas possible de commenter une affaire judiciaire en cours, la banque souligne que son rôle s’est limité à celui d’une banque de dépôts, ne s’occupant que de l’administration des comptes.
Les détails de la plainte indiquent que Bijan Nassi a déposé des actifs familiaux dans une succursale new-yorkaise de la banque. Que ce dernier a ensuite été escroqué pour la raison que Julius Bär était en relation avec un «escroc condamné» qui, officiant avec l’assentiment de la banque, était de facto son employé.
Que la banque en ait eu conscience ou par négligence, des procurations ont été utilisées illégalement pour transférer des millions de dollars à partir de comptes, dont celui de Bijan Nassi, au profit de Yehuda Shiv et de la banque elle-même.
«Yehuda Shiv avait son bureau à la banque, faisait partie de ses réseaux informatiques et de communications, percevait une rémunération pour les affaires qu’il lui rapportait», affirme Peter Johnson, avocat du plaignant.
Négligence coupable?
«La plainte soutient que les dirigeants de la banque étaient conscients des fraudes opérées sur les dépôts, ou qu’ils auraient dû l’être», poursuit l’intéressé.
Elle comprend également un tableau faisant état de 99 transactions «non autorisées» opérées à partir des dépôts de Bijan Nassi entre 1988 et 2001. Leur montant atteint 19 millions de dollars.
Un nombre important de transferts ont été effectués auprès de Sagam Corporation, une société d’investissement propriété de Yehuda Shiv et exploitée comme un joint venture avec la banque.
Dans une déclaration à swissinfo, Julius Bär avoue coopérer avec la justice et les autorités de régulation depuis début 2002. Aux yeux de la banque, Yehuda Shiv est un gestionnaire qui administre des comptes sur la base des instructions qu’il reçoit de ses clients.
Compassion avec les clients
«Nous avons été choqués d’apprendre que Monsieur Shiv et ses sociétés fournissaient à leurs clients de fausses informations sur les comptes qu’ils géraient», explique la banque.
«Toutes les règles bancaires, comme les réglementations internes, ont été respectées dans les actes de gestion opérés par Monsieur Shiv et nous avons pleinement coopéré avec les autorités.»
«Nous compatissons avec les clients de Yehuda Shiv, mais restons persuadés que nous avons rempli nos obligations, poursuit-il. Nous n’hésiterons pas à justifier nos actions si on nous le demande.»
swissinfo, Robert Brookes
(traduction et adaptation: Jean-Didier Revoin)
Faits
Une étude d’avocats de New York poursuit Julius Bär devant la Cour suprême de l’Etat.
La banque est accusée de fraude, de pillage et de détournement de fonds.
Julius Bär qualifie ces accusations de «ridicules».