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FOASSA-FRIOT Giovanni-Battista
Homme politique sarde, Intendant de la ville de Carouge dont l’action politique permit le développement remarquable de cette cité entre 1780 et 1789. Défenseur de la tolérance religieuse et civile à l’égard des minorités.
Giovanni-Battista Foassa-Friot (Friotto de son vrai nom) est un piémontais originaire d’Asti. Avocat fiscal durant treize ans à Mortara (Lombardie), puis à Mondovi (Piémont), il occupe à partir de 1772 les mêmes fonctions à Aoste avant d’être nommé juge-mage des baillages de Ternier et de Gaillard le 17 septembre 1779 dont le siège de la judicature est à Saint-Julien-en-Genevois. C’est à ce moment là qu’il francise son nom de famille.
Propulsé à la charge d’Intendant de la province de Carouge le 9 mai 1780, Foassa-Friot dispose alors de pouvoirs élargis qui font de lui une sorte de Proconsul plénipotentionnaire du gouvernement central dont le rôle s’inscrit dans une stratégie politique de concentration de pouvoirs planifiée par la cour turinoise.1
Gestionnaire avisé, Foassa-Friot est un lecteur assidu de Jacques Necker. Il s’inspire largement du Compte-rendu au Roi (Louis XVI) publié en 1781 qu’il diffuse à la Cour de Turin pour appuyer sa vision de la politique économique à mener en faisant notamment appel à des investisseurs étrangers. Foassa-Friot pense bien sûr, et en tout pemier lieu, aux protestants genevois. Mais faut-il encore admettre leur libre établissement dans une cité catholique comme Carouge.
Plan de Carouge en 1787. Centre d’iconographie genevoise
Pour réussir, il va promouvoir auprès de Turin la mise en place d’une politique libérale qui s’appuie certes sur les écrits de Necker, mais qui s’inscrit aussi dans la mouvence des Lumières. Il est à cet effet également influencé par les écrits de Voltaire et son fameux Traité sur la tolérance publié en 1763. Appuyé dans son dessein par Pierre-Claude de la Fléchère, Comte de Veyrier et représentant local de la noblesse savoyarde, son action conduira le jeune monarque Victor-Amédée III à promulguer des Edits de tolérance civile et religieuse (en 1783 et en 1787) à l’égard des Francs-maçons, des protestants et des Juifs qui s’établiront librement dans la province. Dans les faits, comme le souligne l’historien André Corboz, les différentes minorités bénéficieront de l’application du droit commun, un cas unique dans les annales de l’histoire de l’Europe.
Vue lointaine de Carouge à la fin du XVIIIe siècle. Centre d’iconographie genevoise
Tout comme le Comte de Veyrier, qui suit de très près le développement de la cité, Foassa-Friot écrit des rapports manuscrits à Turin tous les deux jours (il fallait 29 heures pour qu’ils arrivent) pour rendre compte avec diligence de son action qui est largement soutenue et appréciée par Gisueppe Corté di Boncivino, l’Intendant général du Royaume et Ministre de l’intérieur:
« J’ai été et je suis continuellement témoin des soins infatigables qu’il se donne pour le service du Roi et du Public. C’est en bonne partie à ses mouvements et à son activité que l’on doit attribuer le succès des mesures que la sagesse du Ministère a dicté pour faire fleurir dans Carouge les arts et le commerce que l’on y voit régulièrement prendre pied autant heureusement qu’on peut le désirer. »2
Quelque peu obséquieux, dévoué à son monarque, habile à gérer et à convaincre, Foassa-Friot porte en effet à bout de bras, pendant une décennie, la naissance et la croissance de Carouge. C’est ainsi qu’il devint également réformateur et assesseur du Collège de Carouge institué le 17 février 1786.
En 1787 il fixe le modèle et le gabarit des maisons et confie à l’architecte Lorenzo Giardino la mise au point des façades. L’espace à urbaniser s’ordonne autour d’axes de circulation, formant un quadrillage régulier d’îlots. Ceux-ci sont peu hiérarchisés et spécialisés et favorisent ainsi le mélange des groupes sociaux. Seule la rue Ancienne (sur le tracé d’un axe antique) vient rompre la régularité du plan en damier. Les maisons, le plus souvent d’un étage sur rez, de style néoclassique, forment des rues-façades où alternent portes et arcades. Au centre de l’îlot on trouve un jardin ou une cour, dont beaucoup sont encore visibles de nos jours. Les maisons modestes ont un escalier extérieur menant à une galerie de bois, côté jardin, qui dessert les différentes pièces de l’étage.
Ses relations se ternissent cependant avec le Conseil de ville à partir de 1789 suite aux troubles qui secouent Genève au sujet du pain qui manque. Les paysans refusant d’exporter leur blé, les tensions dressent les responsables locaux contre Foassa-Friot au point qu’il faut l’intervention des troupes armées pour ramener le calme. Foassa-Friot, victime d’une Cabale, est accusé de faire preuve d’un trop grand autoritarisme dans ses prérogatives. Si cela ne semble pas véritablement être le cas, il est néanmoins désavoué par Turin et remplacé à Carouge par le Comte Joseph Buffatti de Chalambertet dont le tempérament est décrit comme plus modéré et conciliant.
Rue Saint-Victor à Carouge à la fin du XVIIIe siècle. Archives de la commune de Carouge
Muté à Aoste en août 1789 comme Juge-mage, Foassa-Friot est nommé sénateur de Savoie en décembre 1793, puis Préfet en juillet 1798. En 1801, il est nommé Président du Tribunal d’Instance de la ville d’Asti.3 Ulcéré par l’ingratitude des carougeois, il gardera un souvenir particulièrement amer de son séjour dans cette ville. Foassa-Friot n’avait certes pas un caractère facile, mais il fut le brillant cerveau et la charnière essentielle de l’extraordinaire essor de ce territoire en suivant jour après jour les travaux et projets qui permettaient son développement rapide. De ce fait, malgré son tempérament, il prit particulièrement à coeur de réussir la mission qui lui avait été confiée par le Roi pour créer une ville nouvelle et commercialement importante aux portes de Genève. Il mérite par conséquent une reconnaissance qui paraît tout à fait justifiée.
1 – Andra Désandré, Aosta dal 1773 al 1814: Amministrazione ed élites tra riforme, rivoluzioni e controrivoluzioni, in Il Comune di Aosta, figure istituzioni ed eventi in sei secoli di storia, a cura di Tullio Omezzoli, Le Château edizioni 2004, pp. 141-143.
2 – Extrait de la lettre de Giuseppe Corté di Boncivino du 22 novembre 1783. Citée par André Corboz, dans L’Invention de Carouge, p. 235.
3 – Federica Giommi, « Un processo penale per omicidio nella valle di Gressonney », in Justice, juges et justiciables dans les Etats de la Maison de Savoie, Colloque international d’Aoste, 25-26 octobre 2007, p. 54.
Les dates de naissance et de décès de Foassa-Friot sont inconnues.
© Jean Plançon/Patrimoine juif genevois – 2021