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17/01/2013
Qu'est ce que l’État ? (III) – Des illusions libertaires et libertariennes
Mes définitions de l’État ont été fort critiqué par libertaires et libertariens, pourtant chacun d'entre eux a tort.
Les libertaires, car ils croient que la démocratie directe abolit la coercition sociale, alors que la démocratie, comme toutes les formes de société organisées, est coercitive.
En effet, toute assemblée prenant ses décisions à la majorité est coercitive.
Le principe du respect des minorités par la majorité n'est pas une implication de la démocratie, ce n'est qu'un comportement possible des citoyens votants.
Quant au principe de prise de décision à l'unanimité, ce n'est qu'un cache-sexe qui tend à déplacer les rapports de force et les conflits, mais qui ne supprime bien entendu par la coercition.
En fait, il n'y a pas de différence de nature entre un État démocratique et une assemblée fonctionnant par démocratie directe, il y a seulement une différence de degré, l’État démocratique étant davantage coercitif que l'assemblée fonctionnant en démocratie directe.
Ce que réclament les anarchistes et les libertaires n'est qu'une forme moins coercitive d’État (l’État libertaire ou anarchiste en somme, la société autogérée).
Toutefois, il faut quand même ajouter que toute société complexe comme la nôtre ne saurait se passer de délégation dans son organisation. Et cela implique qu'une société contemporaine ne peut fonctionner uniquement par la démocratie directe. A noter, que je considère que le mandat impératif est certes une forme raffinée de délégation, mais n'en reste pas moins une forme de délégation.
Quant aux libertariens et autres anarcho-capitalistes, j'ai d'ores et déjà montré dans mon texte sur le libéralisme humaniste que leur erreur est de croire qu'une société fondée sur la propriété privée des moyens de production et le marché est possible sans État, alors que justement une telle société implique un État assez fort et coercitif pour écraser toute velléité de révolte de la part des dominés victimes de l'inégalité de ce capitalisme pur.
Mais tout ceci ne doit pas nous amener à rejeter un idéal d'autonomie que Castoriadis a joliment défini comme suit :
« Qu'est ce que le projet d'autonomie individuelle et collective ?
C'est le projet d'une société où tous les citoyens ont une égale possibilité effective de participer à la législation, au gouvernement, à la juridiction et finalement à l'institution de la société.
Cet état de choses présuppose des changements radicaux dans les institutions actuelles.
C'est en cela qu'on peut l'appeler projet révolutionnaire. (...)
Il est clair qu'un tel état de choses est très loin du système actuel, dont le fonctionnement est essentiellement non démocratique. On appelle faussement nos régimes démocratiques, alors que ce sont des oligarchies libérales. »