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L'eutrophisation des lacs suisses due aux fertilisants a provoqué la disparition de près de 40% des espèces de corégones indigènes. Une étude de l'Eawag et de l'Université de Berne publiée dans la revue "Nature" a mis en évidence un phénomène de croisement entre espèces autrefois distinctes.
Dès 1950, l'apport excessif d'engrais agricoles, ainsi que les rejets phosphatés des lessives ont dégradé de nombreux milieux aquatiques, provoquant notamment une prolifération d'algues. Les couches profondes de nombreux lacs ont été progressivement privées d'oxygène, a indiqué jeudi l'Eawag, l'Institut de recherche de l'eau du domaine des EPF, dans un communiqué.
Les niches écologiques occupées par des poissons se nourrissant ou se reproduisant en profondeur ont en grande partie disparues. Les espèces de fond qui avaient évolué depuis les dernières glaciations en se spécialisant ont alors été contraintes de remonter pour retrouver des conditions propices.
Les corégones - connus sous diverses appellations locales, comme féra, palée ou encore bondelle - se sont alors croisés avec des espèces parentes qui occupaient déjà les lieux et ont perdu leur intégrité génétique et fonctionnelle en l'espace de quelques générations, un phénomène appelé "dé-spéciation".
Poissons introduits
Le nombre d'espèces a chuté de 38% en moyenne et la population d'origine a même totalement disparu dans 7 des 17 lacs suisses étudiés, remplacée par des corégones introduits (les lacs Léman, de Morat, de Sempach, de Hallwil, de Pfäffikon, de Baldegg et de Greifen). Seuls les lacs profonds de Thoune, de Brienz et des Quatre-Cantons, moins touchés par l'eutrophisation, n'ont pas subi de perte de diversité spécifique.
Les lacs de Walenstadt et de Zurich abritent encore deux des trois espèces autrefois répertoriées et le lac de Constance a pu en conserver quatre sur cinq. Mais les espèces restantes ont également été affectées et présentent une variabilité morphologique et une différenciation génétique et écologique moins marquées que par le passé.
ATS