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Madame Elodie MIELCZARECK, sémiologue, vient de publier aux Editions du Cherche-Midi « La stratégie du caméléon » dans lequel elle rappelle l’expérience de Salomon Asch, dans les années cinquante.
Asch avait imaginé l’expérience suivante : il avait réuni dans une salle 8 personnes dont l’une d’entre elles seulement est le cobaye qui ignore que les sept autres sont des assistants de l’expérimentateur. On présente à ces personnes des lignes de différentes hauteurs A, B, C, D et les participants doivent dire si A est plus grand que B et que C, si C est plus grand que D etc.
Au début, chacun donne des réponses exactes, mais lorsque l’expérience se prolonge, et qu’on leur présente d’autres images, les participants complices affirment que la ligne B est égale à la ligne D (alors même que l’une d’elle est nettement plus grande que l’autre), ce qui incite le cobaye à confirmer, comme les sept autres participants, que les deux lignes sont équivalentes.
Des recherches plus récentes, réalisées sous IRM ont permis de mettre en évidence que la perception de la réalité est modifiée par le cerveau, de sorte que ce n’est pas seulement votre souci de vous conformer à l’avis commun qui vous fait dire comme les autres, mais c’est votre cerveau qui modifie votre perception de la réalité au point que vous voyez vraiment les traits inégaux de même longueur.
Mme Mielczareck en conclut que la connerie est effectivement contagieuse et va se répandre d’autant mieux que nous sommes entourées de nombreux cons, que nous les fréquentons – ou nous les lisons – souvent et qu’ils nous sont hiérarchiquement supérieurs ou qu’ils occupent une position sociale ou politique supérieure.
En ces temps de panurgie grave, où personne ne connaît exactement la nature de la Covid-19 ni comment la traiter, mais où on ordonne le port d’un masque et des « gestes barrière », des périodes de quarantaine et des zones interdites aux millions de moutons bêlants que nous sommes, il est rafraîchissant de prendre un peu de hauteur pour s’extraire de la masse des cons qui nous cernent de toutes parts.
Claude Paschoud