Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06972.jsonl.gz/1533

L'écrivaine Anna Burns est devenue mardi la première nord-irlandaise à remporter le Man Booker Prize, prestigieux prix littéraire décerné chaque année au meilleur ouvrage de fiction en langue anglaise. Elle a été récompensée pour "Milkman".
Le jury a qualifié de "totalement singulier" son roman, une exploration de la violence omniprésente durant la période des troubles en Irlande du Nord. "Aucun d'entre nous n'a jamais rien lu de semblable auparavant", a affirmé Kwame Anthony Appiah, président du jury 2018, en annonçant le nom de la lauréate. "C'est un roman très puissant".
Bien que se déroulant dans une ville anonyme, "Milkman" est indubitablement inspiré de l'expérience d'Anna Burns, née à Belfast en 1962 et qui a grandi pendant la période des troubles, qui ont ensanglanté la province britannique pendant trois décennies.
Violence militaire et sociale
Ecrit à la première personne, d'une traite et sans paragraphe, "Milkman" évoque la violence militaire mais aussi sociale au travers du regard d'une jeune fille de 18 ans, confrontée aux rumeurs.
Non nommée, si ce n'est par le qualificatif de "soeur cadette", elle aime lire, et se plonge dans les livres, y compris dans la rue, s'isolant ainsi de la violence ambiante, jusqu'au jour où un homme bien plus âgé qu'elle et marié ne commence à la poursuivre de ses assiduités non désirées.
Pour le quotidien The Guardian, plus qu'à la violence d'Etat ou des paramilitaires, l'auteure s'attaque "aux forces plus insidieuses que sont l'oppression exercée par le tribalisme, le conformisme, la religion, le patriarcat, la vie dans une méfiance généralisée et la peur permanente".
Anna Burns, qui vit aujourd'hui dans le Sussex, dans le sud de l'Angleterre, l'emporte devant cinq autres finalistes dont la favorite des bookmakers, la jeune britannique Daisy Johnson, 27 ans, sélectionnée pour "Everything Under", et l'Américain Richard Powers, nommé pour son éco-roman "The Overstory" ("L'arbre-monde" pour sa traduction en français).
Elle remporte une récompense de 50'000 livres (environ 65'300 francs), mais surtout une notoriété internationale immédiate qui devrait propulser les ventes de son roman.