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Avec "Parsifal", le Grand Théâtre de Genève s'immerge dans l'univers du Graal
Oeuvre monumentale qui allie symbolique chrétienne, inspiration bouddhiste et motifs arthuriens, "Parsifal" est le dernier opéra de Richard Wagner qui, au moment de sa création en 1882, est âgé de 68 ans.
Malade du coeur - il décédera l'année suivante -, le compositeur de la "Tétralogie" insuffle dans cette oeuvre toutes les réflexions spirituelles et métaphysiques d'un homme au terme de son existence.
Une intrigue dense et universelle
Il n'est pas aisé de présenter l'intrigue de "Parsifal"- construite sur des antagonismes tels que la faute et la rédemption, le pur et l'impur, le profane et le sacré -, tant les thématiques abordées sont denses et le livret sujet à diverses interprétations.
On peut néanmoins tenter d'esquisser en quelques lignes et de manière très factuelle l'intrigue ainsi. L'histoire prend place dans l'univers arthurien. Selon une prophétie, seul le pur et innocent Parsifal peut récupérer la Sainte Lance, volée à Amfortas, roi des chevaliers du Graal, par le magicien Klingsor, alors qu'il était tombé sous le charme de l'enchanteresse Kundry.
Ramener la relique permettra de sauver à la fois le roi qui, blessé par la lance sacrée lors de son combat contre le magicien, souffre terriblement de cette plaie inguérissable, mais aussi toute une communauté plongée dans la déchéance et le désespoir. D'abord totalement dépassé, Parsifal devra franchir différentes étapes initiatiques afin de tenter d'accomplir son destin.
Une scène de la production de "Parsifal" au Grand Théâtre de Genève en janvier 2023. [Carole Parodi - GTG]
Une distribution de haut vol
D'une durée de près de cinq heures (entractes compris), "Parsifal" est à voir actuellement au Grand Théâtre de Genève dans une distribution de haut vol.
Choisis parmi les voix wagnériennes prestigieuses du moment et pour des prises de rôle, on trouve le ténor suédois Daniel Johansson dans le rôle-titre, la basse allemande Tareq Nazmi (le chevalier Gurnemanz), le baryton britannique Christophe Maltman (Amfortas), le baryton Martin Gantner (Klingsor). A leurs côtés, la mezzo-soprano Tanja Ariane Baumgartner, qui elle, a déjà tenu le rôle de Kundry.
Ils sont accompagnés sur scène par le Choeur du Grand Théâtre de Genève et la Maîtrise du Conservatoire populaire de Genève et, dans la fosse, par l'Orchestre de la Suisse Romande. Le tout sous la direction de Jonathan Nott qui réussit à apporter toute l'intensité nécessaire à l'exécution d'une oeuvre aussi colossale.
>> A écouter: Interview de Jonathan Nott sur cette production de "Parsifal" dans l'émission "A l'opéra"
Une mise en scène sobre et sanguinolente
La lourde tâche de la mise en scène a été confiée à l'Allemand Michael Thalheimer qui avoue dans le programme être face à "une oeuvre impossible". Devant toute cette complexité, il a pris le parti de proposer "des images très claires et très sobres". Une simplicité qui doit permettre au spectateur de "placer ses propres images" à l'écoute de cette oeuvre difficile d'accès.
>> A voir: la présentation du "Parsifal" de Wagner présenté au Grand Théâtre de Genève
Pour cette production genevoise, le décor est donc très épuré et graphique. Une simplicité aussi dans les trois couleurs plus que symboliques choisies, à savoir le blanc, le noir et surtout le rouge.
Car oui, il y a beaucoup de sang, aussi bien sur les vêtements et les corps des protagonistes que sur les murs où il est jeté et étalé, dans cette mise en scène qui, à l'image de Gurnemanz tout tremblotant sur ses cannes, montre des chevaliers du Graal bien mal en point dans un monde plus post-apocalyptique que moyenâgeux.
Un choix radical que l'on apprécie ou pas, mais qui ne laisse pas indifférent.
Andréanne Quartier-la-Tente
"Parsifal" de Richard Wagner, Grand Théâtre de Genève, jusqu'au 5 février 2023.
Une oeuvre de dévotion
Testament spirituel et musical du maître de Leipzig, "Parsifal" est une oeuvre qui a toujours été considérée comme à part et cela à plus d'un titre.
Tout d'abord par Wagner lui-même, qui l'a désignée non pas comme un "opéra" mais comme un "festival scénique sacré". Et le sacré - s'il en sera bel et bien question dans cette intrigue qui parle du Graal - est aussi venu s'immiscer autour de l'oeuvre devenue un objet de dévotion.
Ne voulant pas que "Parsifal" soit un "simple divertissement" pour un public d'opéra banal, Wagner a interdit, pour une période de vingt ans les représentations ailleurs qu'à Bayreuth, en Allemagne, dans le théâtre qu'il a fait spécialement construire pour l'exécution de ses compositions lyriques. Un voeu qui sera presque entièrement respecté après sa mort.
A cela est venu s'ajouter la tradition de ne pas applaudir - moins pratiquée de nos jours - à la fin du premier acte, qui se termine par la célébration du Graal, et du troisième et dernier acte. Une manière de considérer une représentation de "Parsifal" davantage comme une cérémonie religieuse que comme un opéra.