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Les volcans de la région des lacs du Chili méridional
Les volcans
de la région des lacs du Chili méridional
Les parois de la gorge du Rio Truful-Truful, constituées de strates superposées de cendres et de lapilli LES ALPES 1/2001
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ans le petit village de Melipeuco, bâti au pied de la cime fumante du Llaima, on raconte que l' érup volcanique de 1956 a fait un vacarme semblable à plusieurs jumbo-jets en plein décollage et que le sol était recouvert d' un bon demi-mètre de cendres. Ses deux voisins du nord et du sud, les volcans du Lonquimay et du Villarrica étaient aussi en pleine activité. En effet, ils doivent être reliés dans les profondeurs de la terre, car si l' un entre en éruption, un des deux autres au moins ne tarde pas à suivre. L' aubergiste de l' endroit a l' intime conviction que ces trois volcans se concertent à chaque fois qu' il s' agit d' effrayer ou de terroriser les pauvres êtres humains.
Un long chapelet de volcans
A six cents kilomètres au sud de Santiago du Chili, nous nous trouvons presque à l' extrémité méridionale de la chaîne des volcans. Longue de près de six mille kilomètres, elle s' étend de la Colombie ( Nevado del Ruiz, catastrophe de 1985 avec vingt-cinq mille victimes. Cf. bibliographie [1] ), jusqu' au sud du Chili, en passant par l' Equateur, le Pérou et la Bolivie. Certains volcans s' élè
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Le volcan du Llaima ( 3125 m ); prise de vue du 24.1.1999 par extrême sécheresse. Au premier plan, les rives de la Laguna Arco Iris, nappe d' eau formée derrière une coulée de lave. Les araucarias morts sont habituellement submergés Le Salto del Rio Truful-Truful s' est formé à la suite de l' érosion régressive du cours d' eau. Il franchit une coulée de lave particulièrement résistante Pho to s:
Dr .J ür g Ale an
T E X T E / P H O TO S D r Jürg Alean, Eglisau
LES ALPES 1/2001
vent à plus de six mille mètres, dont l' Ojos del Salado, à la frontière argentino-chilienne, qui culmine à 6880 m et qui est le plus haut de la planète.
Au sud du Chili, en revanche, les volcans n' atteignent pas quatre mille mètres. Certains se rangent cependant parmi les plus actifs de la Terre. L' Hudson est l' appareil volcanique le plus méridional de cette chaîne.. " " C' est lui qui a craché de gigantesques quantités de cendres en 1991. Cendres qui sont retombées sur de vastes régions du sud de l' Argentine et qui ont même atteint les îles Malouines ( Falkland ). Dans cet article, nous nous limiterons à la région andine qui s' étend entre les volcans du Llaima et du Calbuco.
Lacs et araucarias
Les rives du Rio Truful-Truful, à l' entrée du parc national du Conguillio, illustrent le passé tumultueux du Llaima. Lors de ses innombrables phases d' activité, le volcan a déposé, les unes sur les autres, des couches de cendres et de lapilli 1, diversement colorées. En les affouillant, la rivière a creusé une profonde gorge, aménageant ainsi une prestigieuse coupe géologique. Les dépôts volcaniques bordant le Rio Truful-Truful remontent tous à l' holocène. Ils datent de quatorze mille ans tout au plus. Ils témoignent d' éruptions dévastatrices à caractère explosif. Plusieurs de ces strates proviennent de nuées ardentes 2, la plus ancienne étant constituée d' ignimbrites, cendres basalto-andésitiques soudées par la chaleur. Seuls quelques rares volcans au monde rejettent un matériau analogue. Celui-ci s' est probablement formé il y a treize mille deux cent soixante ans environ ( imprécision de plus ou moins deux cents années ), par l' effondrement d' une caldeira d' un volume total prodigieux de vingt-quatre kilomètres cubes! Cette nuée ardente s' est arrêtée peu avant l' emplace actuel de la ville de Temuco, à septante-cinq kilomètres du sommet du volcan. Lors des dernières éruptions du Llaima, des millions de tonnes de cendres et de lapilli sont tombées sur les magniﬁques forêts d' arauca qui poussent sur son versant oriental. Toutefois, ces
1 Les débris rejetés par les volcans portent différents noms: lapilli pour ceux dont le diamètre est compris entre 2 et 24 mm, bombes pour les plus gros, cendres pour les plus petits. 2 Les nuées ardentes prennent naissance lorsqu' un mélange incandescent de cendres, de lapilli et de gaz se précipite au bas d' un volcan, à la manière d' une avalanche poudreuse ( voir en haut illustration ). Elles sont extrêmement dangereuses en raison de leur vitesse fatale, mais aussi parce qu' elles suivent n' im quelle vallée et qu' elles peuvent dévaster de vastes espaces.
Pho to s:
Dr .J ür g Ale an Le cratère du Villarrica ( 2847 m ); prise de vue du 21.1.1999. Le niveau du magma est si bas que le bouillonnement des roches en fusion n' est plus visible, mais seulement audible. Les gradins des parois intérieures de la cheminée sont partiellement recouverts de dépôts sulfureux. Ils ne portent aucune trace d' impacts récents de bombes volcaniques, ce qui permet de conclure à aucune activité à caractère strombolien durant ces dernières semaines. Mais l' humeur du volcan peut changer à tout moment!
Descente à la mode chilienne, très efficace, sur un névé des flancs du volcan du Villarrica. On remarquera les méandres de ce couloir utilisé chaque jour par des centaines de personnes LES ALPES 1/2001
vigoureux conifères à feuilles persistantes semblent bien avoir résisté. En effet, la végétation du sous-bois a partiellement disparu, tandis que ces magniﬁques arbres d' aspect antédiluvien continuent de croître imperturbablement. Malgré leur grande faculté de survie, les araucarias ont aussi leurs limites. Les larges coulées de lave qui se sont déversées dans les vallées ont tout emporté sur leur passage. En maints endroits, elles ont barré le passage aux rivières, créant ainsi de nombreuses nappes d' eau, dont la Laguna Verde ( lac Vert ), la vaste Laguna Conguillio et la minuscule et splendide Laguna Arco Iris ( lac de l' Arc des temps anciens, ces lacs conservent dans leurs eaux les troncs blanchis des antiques forêts d' arau qu' ils ont submergées. Au moment de notre voyage, une extrême sécheresse régnait sur cette région. Fléau pour les agriculteurs, elle faisait le bonheur des touristes, car ils pouvaient aisément observer ces forêts-fantômes au fond des lacs dont le niveau avait fortement baissé. Des chutes d' eau se sont également formées grâce à l' alternan de coulées de lave basaltique résistante et de dépôts friables de cendres.. " " .Le Salto del Rio Truful-Truful est l' une des plus petites d' entre elles, mais certainement la plus belle de la région des lacs du Chili méridional.
Eruption du Villarrica le 1 er janvier 1949, vue du nord. Reproduction d' une photographie de Pollak, affichée en 1992 dans un hôtel de Pucon. Un nuage de cendres de plusieurs milliers de mètres de hauteur s' élève au-dessus du cratère, tandis qu' une nuée ardente semble dévaler les flancs du cône volcanique ( nuage à droite ) Portion du sommet du Villarrica, vers le 7 septembre 1984. Photographe inconnu. Une coulée de lave parcourt un couloir allongé, qu' elle a creusé dans la calotte glaciaire du volcan. Sur le bord gauche de l' illustration en particulier, on distingue nettement les abruptes falaises de glace. Leur teinte plus claire se détache de celle de la neige, recouverte de cendres. Lors de certaines éruptions, la brusque fusion des névés et des glaciers est à l' origine de coulées de boue très redoutées ( lahars ) Activité strombolienne dans le cratère sommital du Villarrica, le 17 janvier 1996. Photographie de Werner Keller au téléobjectif ( 200 mm ) Eruption du Villarrica le 30 décembre 1971. Au premier plan, le Lago Villarica. Prise de vue de Frindt. Des fontaines de lave sont visibles à droite et à gauche du sommet. A l' horizon, une coulée de roches en fusion s' échappe vers la droite et transforme la glace en vapeur et en eau LES ALPES 1/2001
Au Villarrica, on mouille ses pantalons
Grimper sur un volcan! Tel est le souhait de nombre de personnes. Souhait réalisé mainte fois, en dépit des mauvaises chaussures et d' une ignorance totale des dangers des crevasses glaciaires ou des éruptions volcaniques! Cela a poussé la direction du parc national à réagir et à interdire l' accès à quiconque ne peut prouver par un document officiel son appartenance à un club alpin national. Sans piolet ni crampons, je décide de rallier une excursion guidée sur le Villarrica. Elle m' apportera un souvenir inoubliable et contrasté. Les deux guides, apparemment très bien formés aux techniques alpines,réussissent à propulser un groupe de dix-sept touristes jusqu' au sommet, malgré le manque de connaissances, d' entraînement et d' équipement des trois quarts des participants. Ceux qui ont emprunté des souliers en plastique doivent souffrir de douleurs indicibles! L' après vers quinze heures, nous abordons le cratère, en tête d' une escouade d' une douzaine de groupes.
Malgré le moment avancé de la journée, le temps nous reste favorable. La visibilité est excellente et nous admirons la vue plongeante dans le cratère,ainsi que le lointain sommet du volcan Lanin. Comme prévu, mais à notre déception, le niveau du magma s' est fortement abaissé dans la cheminée et, bien que nous l' entendions, nous ne voyons pas le dégazage ni le bouillonnement des laves. Solution élégante au problème de la descente abrupte du Villarica pour les habitués de la plaine: au début de la pente, on se place à l' entrée d' un profond canal creusé dans le névé, que l'on parcourt en glissant jusqu' à la vallée. Même avec un pantalon résistant aux intempéries, on a les fesses mouillées au terme de la descente! Comme deux à quatre cents personnes choisissent chaque jour
Prise de vue N° STS 0 AE de Space-Shuttle de février 1994 ( source NASA: http://earth.jsc.nasa.gov/ photoinfo.cgi? PHOTO= 0 AE ). Le nord se trouve en haut à gauche. Cette photo prise par satellite offre une vue admirable sur la région des lacs et des volcans du Chili méridional. De gauche à droite, on distingue la côte pacifique, puis une cordillère côtière d' al assez basse ( foncée, car boisée ). Plus à l' intérieur du continent s' étendent des terres agricoles fertiles, les vastes champs de blé se détachant en jaune. On reconnaît, sur le bord oriental des Andes, les lacs de piedmont formés derrière les barrages morainiques datant des périodes glaciaires. Le versant est des Andes possède aussi des lacs d' origine analogue, certains de forme compliquée, comme le Lago Nahuel Huapi, par exemple.
Le volcan du Llaima, cité dans le texte, se trouve hors de la prise de vue, à gauche, au-dessus du Villarrica Rouge = volcans Blanc = lacs LES ALPES 1/2001
ce mode de locomotion, le couloir de glace reste toujours en excellent état.. " " .A la façon d' un torrent glaciaire, il forme de beaux méandres fort bienvenus pour la régulation de la vitesse...
Feu et glace
Indigènes et voyageurs observent depuis des siècles les éruptions du Villarrica, le volcan le plus actif du Chili. Il se distingue par une alternance typique de courtes phases d' assoupissement ( pendant lesquelles son activité se limite à un dégazage tranquille des laves ), de périodes de réveil partiel ( avec un lac de lave remplissant le cratère sommital, siège de petites explosions à caractère strombolien ) et de violentes éruptions ( comme en 1948/49, en 1963/64, en 1971/72 et, la dernière, en 1994/95 ). Volcan basalto-andésitique, le Villarrica n' a eu, au cours de l' histoire, aucune violente explosion du type de celles du Mount St Helen ou, pire encore, du Pinatubo, qui ont tout détruit dans leur proche environnement. On n' a recensé des dommages et des victimes au Villarrica qu' à la suite de lahars 3.
Ce volcan illustre à merveille le conﬂit entre l' utilitaire et le dangereux. L'«andinisme » amène de précieuses devises aux localités de Villarrica et du Pucon et leur garantit des douzaines d' emplois. En effet, lorsque le cratère rougeoie la nuit, les touristes voudraient grimper sur la montagne sans attendre! Mais l'on joue littéralement avec le feu, car l' activité volcanique du Villarrica est surveillée avec des moyens dérisoires. A tel point que les risques d' accident augmentent fortement avec l' accroissement du nombre de visiteurs.
3 On parle de lahar ( mot javanais ) lorsqu' un mélange de cendres et d' eau dévale une vallée comme une coulée de boue. Les lahars peuvent se former à tout moment sur les ﬂancs de volcans englacés, tels que le Villarrica, le Llaima ou l' Osorno. Mais ce phénomène peut aussi survenir sur des volcans non englacés, lorsque d' intenses chutes de neige ou de pluie détrempent complètement les dépôts de cendres, par exemple. On peut éviter le danger des lahars en interdisant la construction au fond des vallées ou leur accès à pied ou en voiture en début des phases d' activité.
Fig. 2 Coupe schématique de l' écorce terrestre sous le Pacifique oriental, l' Amérique du Sud et le sud de l' Atlantique. Dans un but de simplification, on n' a pas tenu compte de la courbure de la Terre. Les roches les « plus légères » forment les radeaux continentaux qui, avec les plaques basaltiques sous-océa-niques, forment la partie supérieure de la lithosphère. Leur rigidité mécanique est plus prononcée que celle de la couche sous-jacente, l' asthénosphère. Les mouvements affectant cette dernière ( flèches ) déplacent les plaques de la lithosphère. L' activité volcanique se développe aussi bien le long des seuils océaniques où les plaques s' écartent que dans les zones de subduction, où elles entrent en collision en noir sont « destructives ». Dans ces zones de subduction, une plaque glisse sous l' autre. Ce processus est à l' origine des Andes et de ses volcans, ainsi que d' une profonde fosse sous-marine au large de la côte pacifique de l' Amérique du Sud. Les flèches bleues montrent de façon approximative les mouvements relatifs des plaques Fig. 1 Division schématique de l' écor terrestre en « plaques » dans la région de l' Amérique du Sud, de l' Atlantique méridional et du sud-est du Pacifique. Les limites des plaques portées en rouge sont « constructives », c'est-à-dire qu' elles sont le siège d' un renouvellement permanent de la lithosphère. L' épais du trait est en rapport avec la vitesse de ce phénomène. Les limites des plaques dessinées Dorsale médio-atlantique: 2 à 4 cm d' écartement par an Dorsale des îles Cocos, au Nord, et dorsale chilienne, au Sud: 5 à 9 cm d' écartement par an Dorsale est-pacifique: 9 à 18 cm d' écartement par an Zones de subduction ( destruction des plaques ) Volcans des zones de subduction Dorsale est-pacifique Océan Pacifique Gouffres Andes Amérique du Sud Croûte océanique Dorsale médio-atlantique Croûte continentale Afrique Océan Atlantique Lithosphère Asténosphère
Subd
uction
Plaque pacifique Plaque de Nasca Plaque sud-américaine Plaque africaine Villarrica LES ALPES 1/2001
Collisions au niveau de la croûte terrestre
Pourquoi les Andes abritent-elles autant de volcans? Au siècle dernier déjà, les scientiﬁques ont remarqué que les côtes orientales d' Amérique du Sud et les côtes occidentales de l' Afrique s' imbriquent comme deux pièces complémentaires d' un puzzle. En 1912, le météorologue et géophysicien allemand Alfred Wegener a formulé la théorie de la dérive des continents. Selon lui, ces deux terres émergées faisaient autrefois partie d' un même continent, beaucoup plus vaste ( la terre de Gondwana ). Puis elles se sont séparées et elles ont dérivé lentement dans des directions opposées. Bien que Wegener ait apporté des indices géologiques conﬁrmant son hypothèse, il a fallu attendre les années soixante, soit bien longtemps après sa mort survenue en 1930, pour que ses idées révolutionnaires soient généralement admises par les milieux scientiﬁques.
De nos jours, on a réussi à prouver un autre fait, inconcevable du temps de Wegener: l' écorce terrestre se renouvelle au milieu de l' Atlantique ( cf. ﬁg. 1 et 2, p. 23 ). Le long de la dorsale médio-atlantique, qui constitue en quelque sorte une gigantesque cicatrice de la lithosphère, des volcans comblent sans cesse les vides créés par les mouvements divergents entre les plaques sud-américaine et africaine 4. On estime de deux à quatre centimètres par an le renouvellement de la croûte terrestre tout au long de cette gigantesque faille. Soit vingt à quarante kilomètres par million d' années, une période courte à l' échelle des temps géologiques.
L' écartement de l' écorce terrestre est plus important encore le long de la dorsale est-paciﬁque. Là, l' accroisse annuel atteint neuf à dix-huit centimètres! La plaque de Nasca se déplace en direction de la côte ouest de l' Amérique du Sud, ce qui engendre la formidable collision dont est issue la chaîne récente des Andes.
Séismes
Les tremblements de terre sont des phénomènes presque quotidiens dans les Andes. Le touriste qui visite le Chili ou le Pérou est presque sûr de ressentir au moins un
4 Les plaques sont des portions de l' écorce terrestre qui se déplacent comme des radeaux plus ou moins rigides. Certaines constituent les socles des continents, comme la plaque sud-américaine, d' autres sont océaniques, comme celle de Nasca ( cf. ﬁg. 1 et 2 à la page 23 ).
LES ALPES 1/2001 Pho to s:
Dr .J ür g Ale an Forêt de hêtres antarctiques ( forêt à Nothofagus ) au pied du Lanin ( 3717 m ) Le sommet du volcan du Lanin montre, de façon impressionnante, l' effet du rayonnement solaire venant principalement du nord ( hémisphère sud ). Ce versant fortement ensoleillé est presque libre de glace ( à gauche ), tandis qu' un joli glacier orne le versant sud Des torrents d' eau de fonte des neiges dévalent les flancs de l' Osorno, même sans éruption volcanique. En effet, les chaudes journées d' été ou les fortes pluies produisent tant d' eau de fusion que de petites coulées de boue se déversent jusqu' au pied du cône volcanique et inondent parfois la route d' accès au Lago Todos los Santos LES ALPES 1/2001
séisme durant son voyage. Le 22 mai 1960, plusieurs secousses d' intensité allant jusqu' à 8,5 degrés sur l' échelle de Richter ont traversé le sud du Chili. Officiellement, on a annoncé 660 morts et 717 disparus.
Le célèbre volcanologue français Haroun Tazieff a constaté ( Quand la Terre tremble, 1962 ) que lors de cette secousse, des portions du territoire chilien se sont affaissées et ont perdu jusqu' à deux mètres d' altitude. Ce séisme a aussi provoqué un raz-de-marée géant ( tsunami ), qui a atteint les îles Hawaii et même le Japon. Il y a eu 100 victimes, 85 disparitions, 855 blessés et 1678 bâtiments détruits.
Des études 5 montrent que la profondeur moyenne des foyers sismiques s' accroît de la côte paciﬁque vers l' inté des terres. On en conclut que la plaque de Nasca plonge sous le radeau continental sud-américain ( phénomène de subduction ). Elle entraîne sous le continent des sédiments marins contenant beaucoup d' eau. Ces deux plaques entrent donc en friction sous les Andes. Les roches, proches de l' état liquide grâce aux formidables pressions qui règnent à cette profondeur 6, se liquéﬁent en partie et se transforment en magma. La densité un peu plus faible du magma lui permet de migrer très lentement vers la surface, tout en assimilant les roches avoisinantes de la lithosphère ( processus d' assimilation ). La composition chimique de ces roches en fusion se modiﬁe en conséquence.
La majorité de ces masses magmatiques, en ascension durant des millions d' années, n' atteint jamais la surface de la planète.. " " .Elles ﬁnissent par se solidiﬁer.. " " .Et donnent de la plutonite, roches éruptives profondes au nombre desquelles on compte le granite, et qui s' élèvent encore au cours de l' orogenèse. Ces roches sont ﬁnalement mises à nu par l' érosion superﬁcielle. C' est pourquoi les montagnes de la région des lacs du Chili méridional offrent de nombreuses parois de granite très résistant, propice à
l' escalade.
Les volcans, en revanche, se forment lorsque le magma se fraie rapidement un chemin jusqu' à la surface de la Terre.. " " .La composition chimique des laves 7 varie fortement en raison de la durée de séjour des roches en fusion à l' inté de l' écorce terrestre. La teneur en quartz et en eau des laves détermine leur viscosité et donc le caractère explosif des éruptions volcaniques.
Croisière entre les volcans
Fin janvier, notre séjour dans la région des lacs du sud du Chili tire à sa ﬁn. Nous passons les derniers jours sur les rives du magniﬁque Lago Llanquihue, la plus grande nappe d' eau de la contrée. Comme ses voisins du nord, le Lago Ranco, de forme circulaire, ou le Lago Villarrica, le Lago Llanquihue doit son existence aux glaciations.
De même que les Alpes, les Andes ont subi plusieurs périodes glaciaires au cours des deux derniers millions d' années. Les glaciers de la chaîne andine ont progressé, puis se sont réunis en gigantesques ﬂeuves de glace, qui se sont écoulés jusqu' en plaine, aussi bien vers l' est que vers l' ouest. Sur le versant chilien, contrairement aux latitudes plus méridionales 8, les langues glaciaires de la dernière période n' atteignaient pas la côte paciﬁque. Elles ont abandonné sur terre ferme de puissants arcs morainiques terminaux, qui se sont remplis d' un joli lac chacun.
Il y a treize mille sept cents ans, les glaciers du Villarrica descendaient encore jusqu' à huit cents mètres d' altitude et le niveau du lac se situait cinquante mètres plus haut qu' aujourd.
5 La sismologie est la science qui s' occupe notamment de la transmission des ondes émises par les tremblements de terre. 6 Le point de fusion est la température à laquelle, à une pression donnée, un corps passe de l' état solide à l' état liquide. 7 Le magma est constitué de roches en fusion non dégazées.. " " .Après l' éruption, les gaz du magma se sont échappés et les roches en fusion ainsi dégazées prennent le nom de laves. Ce terme s' applique aussi aux roches volcaniques refroidies et solidiﬁées. 8 Au sud de Puerto Montt,les ﬂeuves de glace atteignaient la mer,ce qui a permis la formation des fjords du Chili méridional.
Pho to: Dr .J ür g Ale an LES ALPES 1/2001
Le Lago Llanquihue est le plus beau des grands lacs du Chili méridional. Il reﬂète dans ses eaux pures l' Osorno, magniﬁque pyramide symétrique de neige et de glace, d' un blanc éclatant. Les dernières éruptions de ce volcan remontent aux années 1960. Elles ont surgi par des cratères adventifs.. " " .La bouche principale du sommet n' a fonctionné que beaucoup plus anciennement. C' est la raison pour laquelle le cratère est drapé d' une élégante calotte de glace immaculée.
Une dernière excursion nous conduit au pied de l' Osorno, sur les rives du Lago Todos los Santos ( découvert par des colons le jour de la Toussaint ). Sa forme rappelle vaguement celle du lac des Quatre-Cantons. Contrairement au Lago Llanquihue, il ne s' est pas formé en amont d' une moraine terminale, mais grâce à un solide barrage naturel, édiﬁé par des coulées de lave issues de l' Osorno. Lorsque son niveau est normal, il se déverse par des chutes ( Saltos de Petrohue ) qui franchissent bruyamment un gradin caractéristique du terrain.
Le touriste qui poursuit son voyage vers l' Argentine par beau temps pourra bénéﬁcier d' un splendide coup d' œil sur le Tronador ( 3460 m ). Cette prestigieuse montagne, ornée de plusieurs pointes, ne présente pas du tout l' aspect caractéristique d' un volcan. En effet, aucune éruption ne s' y est produite depuis des milliers d' années et les glaciers ont ainsi disposé de suffisamment de temps pour sculpter les cimes et les contreforts de ce massif. Une fois de plus, la nature nous présente ici l' interaction de ses forces. L' eau et la glace démolissent peu à peu le relief, les cours d' eau assurent le transport des débris de l' érosion vers la mer où ils vont contribuer à l' accumula des sédiments. Pendant ce temps, les collisions entre les plaques de l' écorce terrestre génèrent de nouveaux plissements et le volcanisme édiﬁe de nouvelles montagnes. Ce cycle naturel se déroule sur des millions d' an.. " " .Mesurée à cette l' histoire de l' humanité ne dure qu' un instant! a
Traduit de l' allemand par Cyril Aubert
Bibliographie
[1] Alean, J., Les volcans englacés, cahier trimestriel des Alpes 3/89, pp. 166-174 [2] Decker, R. et Decker, B., Vulkane – Abbild der Erddynamik, Spektrum Akademischer Verlag, Heidelberg, 1998. ISBN 3-8274-0314-6 [3] Keller, W. ( http:77 members.aol.com/povi97/eventos/homepage. htm ), « Volcan Villarica » [4] Keller, W., et Behncke, B. ( http://www.geo.mtu.edu/boris/Chile-home.html ), « Chile's volcanoes » [5] Schmincke, H.U., Vulkanismus, Wissenschaftliche Buchgesell-schaft Darmstadt, 2000. ISBN 3-534-14102-4
A la frontière entre le Chili et l' Ar, le Tronador ( 3460 m ) est aussi d' origine volcanique. Toutefois, son activité éruptive a cessé depuis fort longtemps et l' érosion glaciaire a déjà fortement attaqué ce cône, autrefois symétrique. La comparaison avec des photos prises par Albert Heim en 1939 montre un léger retrait des glaciers. Mais ce recul n' est pas encore dramatique LES ALPES 1/2001
Volcans de la région des lacs du Chili méridional
Etat actuel en novembre 2000
Rédigé en février 2000, notre article sur les volcans du Chili méridional nécessite un complément, car deux éruptions volcaniques majeures se sont produites depuis lors, l' une au nord du pays, l' autre au sud. Ces phénomènes sont courants dans les Andes chiliennes, dont les volcans ne « dorment » guère une année entière!
Le Copahue Le 1 er juillet 2000, une violente éruption s' est produite au volcan du Copahue qui se situe à la frontière argentino-chilienne, à plus de 100 km au nord-est du Llaima. L' hiver austral battait son plein et la région, fortement enneigée, était d' accès difficile.
Cette phase d' activité s' est manifestée par des pluies de cendres qui se sont étendues à plus de 100 km à l' intérieur du territoire argentin. De l' eau colorée et riche en acides s' est déversée dans les rivières et, le 5 juillet, des cadavres de poissons ont été retrouvés à Ralco-Le-poy, à 30 km au sud-ouest du Copahue. Les 12 et 13 juillet, des vulcanologues chiliens ont observé par avion des colonnes de fumée s' élevant à plusieurs milliers de mètres au-dessus du cratère.
La localité argentine voisine de Caviahue, qui compte 400 habitants en temps normal mais qui voit affluer qu' à dix mille vacanciers pendant la saison de ski, a connu, à la suite de cette éruption, des difficultés d' approvision en eau potable et des ruptures de lignes électriques à haute tension. A cause des chutes de cendres, plusieurs pistes de ski ont dû être fermées.
Le Copahue, volcan à couches superposées, est connu depuis le XVIII e siècle pour ses fréquentes éruptions, les plus récentes s' étant produites en 1992 et en 1995. Son cône s' élève à l' intérieur d' une vaste caldeira formée il y a 600 000 ans. Il se singularise par son cratère sommital, occupé par un lac. Lorsque le magma liquide et incandescent entre en contact avec ses eaux acides, il en résulte de très violentes explosions. On nomme ce genre de phénomène éruption phréatique.
Le Lascar Bien que le Lascar n' appartienne pas à la zone volcanique du sud de l' Argentine et du Chili – il se situe, en effet, sous le tropique du Capricorne, dans la partie chilienne du désert d' Atacama – nous mentionnons également sa récente et violente éruption. Annoncée par le « Washington Volcanic Ash Advisory Center », elle a été conﬁrmée le 20 juillet 2000 par les images du satellite GOES-8. La nuée de cendres semble avoir atteint une altitude de dix à treize mille mètres et a dérivé vers l' est sur des centaines de kilomètres en territoire argentin. Lors de sa précédente phase d' activité, en avril 1993, on avait observé une coulée incandescente de 7,5 km et une colonne de fumée de vingt-quatre mille mètres de hauteur. Ses cendres s' étaient répandues jusqu' à 1500 km sous le vent du cratère.
Le Villarrica Après ma visite de janvier 1999, l' activité du volcan Villarrica a repris de l' ampleur et s' est traduite par plusieurs éruptions à caractère strombolien, généralement limitées à l' intérieur de l' exutoire sommital. Certaines pourtant ont dépassé les bords du cratère et étaient visibles des localités de Pucón et de Villarrica. La lave basaltique qui remplissait la bouche du volcan était alors extraordinairement ﬂuide. Elle offrait le spectacle inoubliable d' une émission paciﬁque de lave, dite de Pahoehoe 1, qui n' est guère plus observable de nos jours qu' à Hawaii et à la Réunion. Depuis le mois d' octo, le Villarrica s' est calmé mais reste le siège de fréquentes secousses sismiques, sa cheminée étant probablement obstruée ( observation de décembre 2000 ).
Nouvelles de STROMBOLI ON-LINE De nos jours, la meilleure source d' infor sur l' activité volcanique se trouve sur des sites spécialisés d' Internet, à l' adresse http://stromboli.net 2, par
exemple. Ces pages donnent des renseignements en temps réel et en trois langues – allemand, italien et anglais – sur les éruptions en cours dans le monde entier. Depuis un an, ce site contient aussi un lexique photographique illustrant les termes propres à la vulcanologie. a
Jürg Alean, Eglisau, ( trad. ) 1 cf. http://stromboli.net 2 cf. Les Alpes 6/1997.
Photo 1.1O.2000 Photo 3O.1O.2000 Photo 27.1O.2000 Depuis septembre 2000, des guides de montagne prennent régulièrement, dans le cadre d' un projet d' observation directe, des photographies digitales de l' intérieur de l' exutoire du Villarrica. Elles montrent que le fond du cratère s' élève régulièrement et qu' il se remplit peu à peu et sans heurt d' une lave très fluide, du type Pahoehoe. On remarque surtout les variations du niveau du « lac » le long du surplomb rocheux, visible sur la paroi opposée, un peu à droite du centre de l' illustration. Des petits nuages blancs de vapeur d' eau trahissent le contact entre l' eau de fusion ( cf. 27.1O.200, au fond ) et le magma liquide ( cf. 3O.1O.200 ). On ne sait pas encore si le cratère se remplira jusqu' en haut, ou si ce processus se terminera par une phase explosive Cop yr igh t: w ww .v ol ca n- vill arr ica .d e