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Il existe peu d’armes de prestige ornées d’une représentation anthropomorphe dans la région des Grassfields et celle-ci en constitue l’un des rares exemples. Elle pourrait être d’origine Bamum ou Bamileke. La garde du pommeau de cette épée nyi nja se confond fort subtilement avec les jambes écartées du personnage.
Cette attitude, réservée aux chefs, ainsi que la coiffure, les bracelets et la représentation d’un serpent enroulé en spirale sur la poitrine du personnage suggèrent qu’il s’agit d’un roi ou fon, malgré les menus seins qu’il arbore. Le serpent, ou plus précisément le python, était, avec d’autres animaux, comme le léopard et le buffle, un symbole royal dans l’ensemble de cette région. Chez les Bamileke, les symboles animaux sont explicitement liés au pouvoir du roi de se transformer en son double animal, pi. Les Bamileke prétendent que le chef a pour doublures tous les animaux de la forêt [1], mais le serpent
qui « habite dans le bois sacré de la résidence royale » est fréquemment évoqué dans ce contexte de métempsycose [2].
C’est cependant chez les Bamum que le serpent, et plus particulièrement le serpent à deux têtes, est le plus fréquemment évoqué dans l’art royal. D’après plusieurs auteurs, le serpent bicéphale renvoie aux exploits guerriers du roi bamum Mbuambua, qui avait réussi « à frapper des ennemis situés dans des régions diamétralement opposées du pays [3] ». C’est aussi à l’époque de ce roi bamum que l’art de la sculpture sur bois et surtout des objets forgés en laiton prit un grand essor. Le laiton ou cuivre y était appelé la pütü, « fer rouge ». Le roi Mbuambua concentra autour de son palais de Foumban un grand nombre d’artistes, dont un certain Nkome, métallurgiste renommé et issu de l’une des ethnies que Mbuambua avait conquises. Nkome forma beaucoup d’élèves au procédé de la fonte par la cire perdue [4]. Au début du XXe siècle, avec l’accroissement des quantités de cuivre disponibles, cet art était à son apogée chez les Bamum, alors qu’il avait pratiquement disparu dans les chefferies avoisinantes [5].
[1] Pradelles 1991, p. 194 ; Perrois et Notué 1997, p. 99.
[2] Ibid., p. 117.
[3] Jeffreys 1945, p. 8-9 ; Tardits 1980, p. 745.
[4] Geary 1982, p. 73.
[5] Cette figurine peut être comparée stylistiquement au personnage qui surmonte un étendard militaire et à la tête qui orne le sommet d’une cloche de guerre, dont la coiffure est ornée d’un serpent à deux têtes (ibid., ill. I-2 et I-4.). Outre la
similitude des traits du visage, ces deux figurines ont également les oreilles placées fort bas, à la hauteur de la bouche. Dans le contexte bamum et guerrier où nous nous trouvons, les deux sacs que ce personnage porte en bandoulière pourraient représenter des mo pa fü pit, petits sacs destinés à contenir les médecines de guerre, et qui devaient être portés autour du cou. Plusieurs exemplaires de ces sacs sont conservés au musée du palais de Foumban, dont l’un aurait appartenu au roi Nsangu, le prédécesseur du roi Njoya (Geary 1984, p. 184).