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Pierre Streit
L'Irak, laboratoire de la privatisation de la guerre à grande échelle?
Les derniers chiffres officiels montrent que le nombre de "civils" sous contrat présents en Irak dépasse désormais celui des militaires américains. Une telle privatisation du conflit pose une série de questions, dont la plus importante est peut-être: qui dirige réellement l'effort de guerre et de reconstruction américain, en fonction de quels objectifs? Plus de 180'000 "civils" - américains, étrangers et irakiens - travaillent actuellement en Irak avec un contrat américain. Ce chiffre semble même en deça de la réalité, car il ne tient pas compte des agents de sécurité privés, qui protègent les membres du gouvernement irakien, les bâtiments officiels ou les représentations diplomatiques étrangères. D'un point de vue purement opérationnel, un engagement aussi massif de "privés" pose de sérieux problèmes de coordination. Dans un pays où la menace vient de partout et où les troupes régulières américaines, sous pression permanente, ont la gâchette facile, la question de l'identification ami-ennemi devient centrale. Au final, on peut se demander si la privatisation de l'U.S. Army elle-même n'est pas en cours, vu les interactions qui existent entre elle et les différents acteurs "privés" (recrutement des personnels, sous-traitance de tâches, ...), et quelle place reste-il encore à la conduite politique américaine, démocratiquement élue ...
PS