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Quel contrôle ont réellement les généticiens sur les modifications apportées par CRISPR/Cas9 ? Image: Shutterstock
Le développement d’un nouveau procédé a permis de dresser une carte précise des modifications génétiques involontaires induites après une modification par les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9. Les résultats sont sans appel. Les ciseaux moléculaires CRISPR/Cas9 ne sont pas les outils de précision attendus et causent de nombreux réarrangements du génome qui n'ont pas été pris en compte par les outils d'analyse utilisés jusqu'à présent. Il n’est donc pas question de banaliser les techniques d’édition génomique sous prétexte de "précision accrue" ou de l'absence d'insertion d'ADN étranger.
Cette nouvelle étude, en pré-impression, d’une équipe de chercheur chinois fournit la vue d’ensemble actuelle la plus précise sur les effets des ciseaux moléculaires CRISPR/Cas9 sur des cellules de souris et humaines en culture.
L'analyse approfondie des séquences génétiques a été rendue possible par un programme informatique récemment développé. Une équipe de développeurs chinois a testé le programme sur des données de séquences provenant de leurs expériences actuelles et précédentes avec CRISPR/Cas9 sur des cellules de souris et d'humains. Elle révèle que la majeure partie des changements induits par CRISPR/Cas9 ne sont pas pris en compte par les chercheurs car ils ne sont pas détectés par les outils d'analyse utilisés jusqu'à présent.
Si les ciseaux moléculaires CRISPR/Cas9 provoquent une coupure des deux brins d'ADN à un endroit relativement précis, cette cassure est ensuite réparée par les mécanismes de réparation de l’ADN de la cellule ou de l’organisme cible. Cette étude chinoise montre que cette réparation ultérieure de l'ADN n'est ni contrôlable, ni précise et mène à la fois des erreurs mineures, comme la suppression d'un seul bloc de construction de l'ADN, mais aussi des réarrangements majeurs de segments entiers de chromosomes. Au contraire de la sélection classique, les ciseaux moléculaires permettent de modifier volontairement un endroit du génome mais, comme dans la sélection classique, ils induisent des modifications involontaires qu’il faut ensuite éliminer par croisement.
Qu’est-ce que cela signifie pour la production d’OGM ?
Les ciseaux moléculaires CRISPR/Cas9 permettent non seulement de modifier des plantes mais aussi des animaux de rente et l’homme. L’introduction de changements génétiques incontrôlés dans les animaux de rente ou l’homme n’est économiquement ou éthiquement pas défendable. Les ciseaux moléculaires permettent également de modifier des parties du génome des plantes qui était auparavant inaccessibles. Il est donc probable que cette technique permette des changements involontaires du génome jusque-là jamais effectués et, donc, des mutations avec des effets potentiellement inconnus.
Le Dr Michael Antoniou, généticien moléculaire à Londres, commente : "Les techniques d'édition génomique et les processus de réparation de l'ADN qui s'ensuivent sont similaires dans les cellules animales et végétales." Il souligne que la technique de détection développés par les chercheurs chinois est un grand pas en avant : « il est important qu'elle soit adoptée et utilisée - non seulement dans le contexte de la thérapie génique médicale, comme le suggèrent les auteurs de la nouvelle étude, mais aussi dans l'édition du génome des cultures et des animaux. Pour obtenir une image plus complète des dommages causés à l'ADN par l'édition du génome, toutes les analyses effectuées précédemment sur des plantes modifiées génétiquement doivent être réévaluées à l'aide de ce nouvel outil."
L'étude mentionnée est une "préimpression". Une préimpression est un article scientifique mis à la disposition du public avant de passer par le processus d'examen d'une revue ou d'un éditeur. Nous vous informerons à nouveau dès que l'étude sera publiée.
- Vers l’article de GMWATCH: New analytical tool reveals massive DNA damage caused by CRISPR/Cas9 gene editing
- Vers l’article scientifique original : Global detection of DNA repair outcomes induced by CRISPR-Cas9