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Les 743 hélicoptères de combat Apache de l'US Army cloués au sol pour la troisième fois en 4 mois
27 février 2000
Présentés comme les "tueurs de chars" par excellence lors de leur envoi en Albanie, durant l'opération "Allied Force" de l'OTAN, les Apaches subissent des revers en série: la lenteur de leur déploiement, leur incapacité à être engagés dans les Balkans et leurs incidents en vol ont considérablement assombri une aura héritée de la guerre du Golfe.
Avec l'arrivée de nouveaux concurrents comme le Tigre européen ou le Rooivalk sud-africain, ces déboires menacent l'hégémonie de l'Apache sur le marché en expansion des hélicoptères de combat.
743 hélicoptères cloués au sol
L'armée de terre américaine a ordonné cette semaine l'immobilisation au sol des ses 743 hélicoptères de combat AH-64 Apache, modèles A et D "Longbow" confondus, pour raisons de sécurité. Les huit attaches des pales de chaque appareil montrent en effet des signes d'usure imprévus. Mais cette immobilisation survient alors que l'ensemble de la flotte subit deux autres inspections, lancées en novembre dernier.
Le 1er juin 1999, l'un des quelque 40 Apache AH-64A que l'Etat d'Israël possède s'est en effet écrasé durant une mission; l'enquête a révélé une panne fatale de la transmission, survenant à la fois sur le système primaire et secondaire. Sitôt les résultats de l'enquête connus, le 15 novembre, l'US Army a ordonné une inspection de tous ses modèles. Six appareils au moins ont présenté les mêmes symptômes de défectuosité.
Cette décision était d'autant plus facile à prendre qu'une autre inspection de la flotte venait d'être lancée, le 5 novembre, en raison d'une défectuosité d'un système directionnel sur le rotor de queue incriminée dans le crash d'un Apache américain.
Des crashes qui restent inexpliqués
Ces accidents ont eux-mêmes été précédés par deux crashes particulièrement dommageables sur le plan médiatique, les 27 avril et 5 mai, en marge de l'offensive aérienne sur l'ex-Yougoslavie. Or, si le premier a pu être amputé à une erreur humaine, l'autre - qui a coûté la vie aux deux pilotes - reste à ce jour inexpliqué.
Aucune explication n'a également pu être fournie quant à l'usure majeure de certains éléments de la transmission ou des rotors. Comme solution transitoire, l'armée de terre américaine a ainsi décidé de remplacer tous les éléments douteux après un certain délai - 1000 heures de vol par exemple pour la transmission.
Des limites notables à l'engagement
Au-delà de ces problèmes de fiabilité, c'est toutefois la réputation et l'adéquation d'un appareil tout auréolé d'importants succès durant la guerre du Golfe qui sont remises en question. Produit à partir de 1982 et entré en service dans l'US Army en 1986, l'AH-64 Apache de Boeing (initialement Hughes, puis McDonnell Douglas) est un hélicoptère d'attaque complètement marqué par la guerre froide: rapide (284 km/h), puissant (16 missiles Hellfire, roquette de 70 mm et canon à chaîne de 30 mm) et lourdement blindé (résistant à des balles de 12,7 mm, voire des obus de 23 mm pour certains éléments), il excelle dans le combat antichar et dans la destruction d'ouvrage légèrement fortifiés, de jour comme de nuit.
Mais son poids important (presque 7 tonnes) et son autonomie limitée (400 km au niveau de la mer) peuvent restreindre son engagement, alors que son échelon logistique doit être particulièrement important. De plus, son utilisation résolument offensive l'expose aux armes antiaériennes portables comme le FIM-92 Stinger ou le SA-16 Grouse, dont les autodirecteurs infrarouge n'ont aucune peine à prendre des engins massifs comme l'Apache pour cible.
Un échec majeur en Albanie
Ces limitations sont d'ailleurs à l'origine du non-engagement des Apaches américains durant l'opération "Allied Force". Il a ainsi fallu 17 jours pour effectivement transférer 24 AH-64A d'Allemagne en Albanie et les rendre opérationnels. De plus, les montagnes de 3000 mètres au sud du Kosovo ont diminué drastiquement l'autonomie des Apaches, puisque l'obligation de voler à une altitude importante réduit celle-ci à 100 km; or des réservoirs supplémentaires auraient réduit au moins de moitié le nombre de Hellfire embarqués.
Par ailleurs, la nécessité d'emprunter certains passages précis entre les montagnes kosovares auraient sans aucun doute permis de prévoir l'itinéraire des Apaches en cas de mission contre l'armée yougoslave. Et la forte probabilité de perte, en raison des nombreux missiles sol-air en possession des troupes de Belgrade, s'est révélé tout bonnement incompatible avec les exigences politiques de la Maison Blanche.
Des concurrents menaçants
Ces diverses contingences, en partie propres à tout hélicoptère de combat, n'ont pas disparu avec l'introduction de l'AH-64D Longbow: notablement plus efficace, et devant constituer un duo mortel avec le RAH-66 Comanche furtif, le Longbow reste aussi exigeant au niveau logistique, ne dispose pas d'une autonomie supérieure et demeure très vulnérable à la DCA légère.
Des inconvénients qui pourraient avoir des conséquences commerciales: déjà commandé par la Grande-Bretagne, la Hollande ou encore Israël, qui exige toutefois d'obtenir la maîtrise de l'informatique embarquée, le Longbow pourrait pâtir de la concurrence du Rooivalk sud-africain et surtout du Tigre européen, plus léger, plus agile et nettement moins exigeant sur le plan logistique.
La Turquie, qui vient de repousser au 6 mars le choix pour un programme d'acquisition de 4 milliards de dollars, fournira un élément de réponse majeur.
Plt Ludovic Monnerat
Sources
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