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création le 18 mars 2010 - Théâtre de l’Alhambra, 10 rue de la Rôtisserie, 1204 Genève
Une oeuvre scénique pour laquelle Kagel a écrit une suite de morceaux de courte durée pour une orchestration non déterminée.
Selon lui, un des enseignements les plus importants que nous tenons du romantisme est la supériorité de la substance musicale sur la sonorité des timbres.
Quand la matière musicale est suffisamment riche elle trouve toujours son mode d’expression le plus juste, même en utilisant des timbres interchangeables.
Il a imaginé La Trahison orale avec une alternance de textes tirés des Evangiles du Diable de Claude Seignolle. Un recueil d’histoires populaires sur le diable, personnage qu’il trouvait bien plus intéressant que le bon Dieu.
Nous inspirant de sa partition, nous allons reprendre à notre compte les préceptes de Kagel et, avec nos arrangements, nos timbres faire résonner, de belle manière, sa création.
Après les 10 marches pour manquer la victoire, de réjouissantes retrouvailles avec le compositeur argentin, maître du théâtre instrumental contemporain.
Les textes vont s’articuler entre les pièces, quelques-uns sur de la musique. Pour Raul Esmerode, ils fonctionnent comme un prolongement de la facture musicale. Ce sont des sortes de variations avec des mots du propos musical.
Mauricio Kagel est né à Bueno Aires en 1931.
Figure marquante de la musique contemporaine, il a laissé une oeuvre musicale abondante, variée et novatrice. Il est l’auteur de compositions pour orchestre, voix, piano et orchestre de chambre, de nombreuses oeuvres scéniques, de dix-sept films et onze pièces radiophoniques.
Il fut l’une des têtes pensantes de l’avant-garde des années 1950, au même
titre que Karlheinz Stockhausen (1928-2007) et Pierre Boulez (né en 1925).
Il se distingua cependant des autres modernistes en prenant le parti d’utiliser l’héritage musical passé, classique ou non. Dans les années 1960, il invente le théâtre instrumental (dont Sur Scène est la première manifestation) explorant les ressources dramatiques du langage musical. Le 18 septembre 2008, l’AFP annonçait la mort d’une figure libre et pleine d’humour de la musique contemporaine, un maître (…) qui a fait autorité sans se prendre au sérieux. Mauricio Kagel reçut de nombreuses distinctions (Prix Ernst von Siemens, membre de l’Académie des Arts de Berlin...) et fut un pédagogue très recherché.
Claude Seignolle est né en 1917 à Périgueux en France.
Il s’est passionné pour le patrimoine légendaire des régions françaises qu’il a recueilli pendant des années. Trente-cinq volumes ont été publiés à la suite de son minutieux travail de collecte, précieux documents ethnographiques sur les traditions folkloriques françaises.
Elles lui inspireront ensuite des romans et des recueils de nouvelles comme Histoires vénéneuses, Contes sorciers et Histoires maléfiques. Dans ces ouvrages il explorera d’une autre manière les mythes populaires et les superstitions. Les Évangiles du diable sont un recueil de différentes légendes populaires édité pour la première fois en 1967.
Extraits choisis :
Quelques dictons
Selon la femme que tu as choisie
Tu goûtes sur terre : Enfer ou Paradis.
On est si mal en enfer que le diable n’y reste pas.
Seuls le diable ou ta femme peuvent te faire goûter à l’enfer.
La fille possédée du démon
Il y avait une fois, dans une paroisse des bords de la Vilaine, une fille qui était possédée du diable.
Elle faisait la désolation de ses parents qui résolurent de la conduire au curé pour la faire exorciser.
Le prêtre l’aspergea d’eau bénite et ordonna au diable de sortir.
Je ne sortirai pas, s’écria le démon.
Tu sortiras, répondit le curé en continuant d’asperger la fille
Le diable, qui luttait tant qu’il pouvait, mais qui se sentait vaincu, s’écria :
- Je veux bien sortir du corps de cette fille, mais pour rentrer dans le corps du sacristain.
Ah ! mais non ! s’écria celui-ci indigné.
Le curé qui commençait, lui aussi, à en avoir assez d’asperger son sujet, dit au démon :
C’est une chose convenue, tu vas sortir par la bouche de la fille et rentrer par le derrière du sacristain.
Celui-ci, en entendant cela, fut s’asseoir dans le bénitier et s’écria :
Qu’il y vienne maintenant !
Le diable qui était sorti du corps de la fille, fut poursuivi à coups de goupillon par le prêtre qui le chassa de l’église et l’obligea à retourner en enfer.
Musiciens
Daniel Fuchs : piano
Christophe Berthet : saxophone sopramo, clarinette basse
Marco Sierro : saxophone alto et baryton
Yves Cerf : saxophone ténor, soprano, basse, flûte traversière
Ian Gordon-Lennox : trompette, buggle, tuba, euphonium
William Bill Holden : trompette
Yves Massy : trombone
Jean-Luc Riesen : contrebasse
Raul Esmerode : percussions
photos : Marius Durand