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Severin Lüthi (à g.) pendant le match perdu par Roger Federer contre Stefanos Tsitsipas: vous avez dit inquiet?
(Photo: Keystone)
Severin Lüthi, vous qui avez partagé l’après-match avec lui, comment Federer a-t-il digéré son élimination face à Tsitsipas dimanche?
Il était déçu, bien sûr. Triste? Je ne sais pas. Avec Roger, c’est dur à dire. J’en connais, comme moi, qui ne pourraient pas parler pendant trois jours. Lui, à part la déception légitime, n’est pas du genre à se tordre de tristesse en se roulant par terre. En fait, il a une faculté à tourner la page et à aller de l’avant qui est là aussi la marque des champions.
Il a dit après le match qu’il voulait parler avec son staff de ces balles de break manquées, de ces retours de services dont il n’était pas satisfait: cette discussion a-t-elle eu lieu?
Oui, bien sûr. Il aurait gagné que nous aurions pareillement eu un débriefing. On regarde toujours ce qui va et ce qui ne va pas après un match. Nous en avons parlé ensemble lundi. Que dire? Que ce match s’est joué sur quelques détails. Tsitsipas nous a peut-être un peu surpris dans son style, un style inattendu. Il a très bien joué, il n’avait rien à perdre et il en a profité. Roger était plus en contrôle. Maintenant, une stat de zéro balle de break sur douze, ce n’est pas normal. Sans doute a-t-il existé une part de passivité. Le Federer de 19 ans aurait peut-être frappé en prenant tous les risques à chaque fois. Celui d’aujourd’hui a plus d’expérience et compose avec. Mais à la fin, cela se joue sur peu de chose. Il y avait aussi le fait que le soir, les nouvelles balles (Dunlop) sont plus lentes. Il y a plusieurs facteurs qui ont conduit à cette défaite. Qui ne remet rien en question de sa programmation. Il a quitté l’Australie lundi, ce n’est pas à moi de dire pour où.
Nadal est à 17 Grand Chelems, Federer à 20: pense-t-il à ça parfois, à ce record?
Je n’ai pas le sentiment que c’est une obsession pour lui. Bien sûr qu’il aimerait bien garder ce record. Mais ça ne le travaille pas. Quand il gagne un Grand Chelem, il ne se dit pas qu’il prend de l’avance sur Rafa ou qu’il le garde à distance. Et puis franchement, ce n’est pas un thème, nous n’en parlons pas.
Il va jouer sur terre battue cette saison, parce qu’il en a «envie, encore une fois»: cela veut-il dire que c’est son dernier Roland-Garros?
Je ne sais pas si c’est vraiment le sens profond de ce qu’il a voulu dire. Il a 37 ans, il va sur ses 38 ans, il est normal qu’il ne va pas donner des garanties sur 3 ou 5 ans. Ce que je peux dire, c’est que s’il avait déjà décidé d’arrêter à la fin de la saison, cela supposerait une préparation physique différente avec Pierre Paganini, parce qu’il n’aurait pas besoin de faire le foncier en fonction du futur. Or, il n’y a rien de modifié dans la préparation habituelle. Cela ne veut pas dire qu’il va forcément jouer en 2020, mais c’est ainsi pour le moment.
On entend beaucoup de choses autour du futur de Roger Federer…
Oui, je sais. Il y a trop de spéculations autour de lui. Il a toujours pris le parti de ne pas y prêter attention, de ne même pas répondre à toutes les rumeurs. C’est comme pour sa retraite. À force d’annoncer au hasard, il y a bien quelqu’un qui va tomber juste. Mais la réalité, c’est que ce n’est pas à l’ordre du jour. Et je ne crois pas que lui-même ait déjà décidé quoi que ce soit jusqu’à présent. Il n’y a que quelques vérités pour l’heure: l’envie de jouer sur terre; la certitude qu’il ne voulait pas faire une pause aussi longue que la saison passée entre le dur et le gazon; le fait que même si tout est différent sur terre battue, cela peut être utile pour la suite.