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Débat
Le président. Nous passons à notre avant-dernière urgence, à savoir la R 695, qui figure au point 57. Ce débat est classé en catégorie II: trente minutes. Il nous reste une demi-heure, nous devrions donc arriver à traiter cet objet. La parole est au premier signataire, M. Patrick Saudan.
M. Patrick Saudan (R). Merci, Monsieur le président. Je serai bref ! Mesdames et Messieurs les députés, vous n'êtes pas sans savoir que la Radio Télévision Suisse, dans le cadre de ses mesures d'économies, envisage de supprimer son programme en langue anglaise. Le Conseil d'Etat s'est ému de cette situation et a écrit il y a déjà quelques semaines pour exprimer son inquiétude quant à l'éventuelle disparition de ce programme. Il faut donc que nous autres députés du Grand Conseil nous posions la question de savoir pourquoi soutenir le Conseil d'Etat dans cette démarche. Alors je vous fais grâce des considérations économiques et diplomatiques, de l'importance de la communauté anglophone pour la Suisse et plus particulièrement pour Genève, mais je pense que nous, députés, avons une responsabilité particulière par rapport aux liens historiques qui nous unissent à la communauté anglophone. En effet, vous n'êtes pas sans savoir que nous siégeons dans une maison qui abrite la salle de l'Alabama, or cette salle est le lieu où a été signé en 1872 le fameux traité entre les Etats-Unis et l'Angleterre, qui a soldé en quelque sorte tous les comptes de flibusterie et de piraterie pendant la guerre de Sécession. C'est l'un des textes fondateurs, avec la création de la Croix-Rouge, de la Genève internationale, qui a permis, en partie, la prospérité de notre ville à l'heure actuelle et qui a rejailli sur l'ensemble de la Suisse - raison pour laquelle WRG est devenu WRS.
Alors si nous devons avoir une radio anglophone, quel type de radio devons-nous avoir ? La communauté anglophone est importante, mais elle a un petit travers: elle ne vit pas avec nous, elle vit à côté de nous. Mais il faut savoir que c'est assez simple; comme l'anglais est la «lingua franca», les anglophones peuvent tout à fait vivre en Suisse en anglais, en tout cas dans les grands centres urbains. WRS propose un programme original: tous les matins les animateurs de cette radio intéressent leurs auditeurs à ce qui se passe en Suisse, à la politique suisse, et ils interrogent même des politiciens suisses. Ils essaient donc d'intégrer au maximum cette population.
Vous avez tous reçu une lettre de M. Mark Butcher, un ancien journaliste de WRG qui travaille maintenant pour l'un des concurrents de WRS. Il vous présente un modèle de radio commerciale, et d'ailleurs il ne s'en cache pas, sa lettre est très explicite. C'est très - vous me pardonnerez cet anglicisme - «business oriented». Je suis moi-même allé sur le site de AngloINFO et vous n'y trouvez pas cette touche locale, cette touche d'intérêt national. Nous autres francophones, nous écoutons parfois WRS, mais je peux vous dire qu'aucun de nous ne se branchera sur Radio Frontière, ou Radio Frontier, parce que ce sera une radio pour les expats et uniquement pour eux.
Pour toutes ces raisons, Mesdames et Messieurs les députés, même si cette résolution est symbolique, il nous faut soutenir l'exécutif dans ses démarches pour maintenir une radio de langue anglaise au sein de la RTS. Je vous remercie de m'avoir écouté.
Mme Christine Serdaly Morgan (S). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, l'intégration ne concerne pas que les réfugiés et elle ne passe pas uniquement par l'apprentissage du français; l'intégration a différentes facettes et il est nécessaire de multiplier les occasions pour inviter les étrangers qui résideront plus ou moins longuement en Suisse à établir des ponts pour permettre de s'approprier notre culture. Ainsi, l'intérêt de WRS est de donner accès à l'actualité politique, culturelle et sociale de Genève et de la Suisse. La Confédération finance le programme Swissinfo, successeur de Radio Suisse Internationale, en neuf langues, pour la communauté internationale ainsi que pour les Suisses de l'étranger. Il y aurait quelques paradoxes à ne pas investir pour cette même communauté internationale dans les frontières de notre pays. Enfin, la Genève internationale n'est pas qu'un projet genevois, mais bien une politique nationale et, à ce titre, il semble normal de se donner les moyens de soutenir un programme de langue anglaise en Suisse en tant qu'outil au service de cette politique de la Genève internationale. Dans ce sens-là, nous vous invitons à soutenir cette résolution.
M. Guy Mettan (PDC). Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, beaucoup de choses ont été dites, et je ne vais pas les répéter. J'aimerais juste rappeler deux ou trois éléments. Cette radio a été fondée il y a une douzaine d'années et s'appelait alors World Radio Geneva. Elle a été largement soutenue par le canton qui, au début des programmes de WRG, a mis environ 500 000 F par an pour soutenir cette radio. Et pourquoi le canton s'est-il beaucoup investi en faveur de cette dernière ? C'est parce que, comme cela a été bien dit, il s'agit d'abord de s'adresser aux 120 000 anglophones qui sont dans notre région et dans la région zurichoise, mais aussi de resserrer les liens avec tous les fonctionnaires internationaux, les quelque 40 000 fonctionnaires internationaux qui sont à Genève et qui s'expriment majoritairement en anglais. Il faut savoir qu'il y a une pétition qui circule dans ces milieux internationaux: elle a déjà été signée par des milliers de personnes et nous sera prochainement remise. C'est dire que l'attention est très grande, et ce n'est pas du tout un problème uniquement genevo-genevois; la préoccupation dans tous ces milieux est vraiment très grande.
J'aimerais encore rappeler quel est le budget de cette radio: c'est 3 millions de francs pour une vingtaine d'employés, alors que la SSR a un budget de plus d'un milliard de francs par année. Je crois donc que la SSR peut tout à fait se permettre de payer ce programme qui est très utile non seulement à Genève, mais à l'ensemble des anglophones de Suisse.
M. Patrick Lussi (UDC). Mesdames et Messieurs les députés, vous l'avez vu lors de la précédente séance, nous avons refusé l'ajout et l'urgence. Oh, certains se disent déjà: «Ils ne veulent même plus entendre de l'anglais sur leurs ondes !» Mesdames et Messieurs les députés, lorsque nous avons reçu cette proposition de résolution, nous y étions presque favorables au sein de notre caucus. Toutefois, comme tout un chacun, nous avons trouvé totalement déplorable que, dans cette résolution, rien ne soit mentionné quant au fait qu'il pourrait peut-être y avoir quelqu'un qui n'est pas si diabolique que M. Saudan a bien voulu le dire, une société qui a aussi une grande implantation, ou tout du moins qui veut l'avoir, qui veut aussi travailler sur Zurich, une société qui est elle aussi dans la FM.
Alors en définitive, oui, l'UDC, par rapport à ce forcing que M. Saudan et peut-être certains de ses amis tentent de nous faire, mais je vois que la majorité est là... En somme on vous présente un projet tout fait, on vous dit que c'est parfait, et je comprends le groupe socialiste, la SSR est leur petit, c'est bien clair qu'ils vont soutenir cela... Ce qui m'étonne le plus, c'est que le PLR au moins n'offre pas l'opportunité d'aller un peu plus loin pour voir ce que ce groupe peut réellement faire, mais balaie simplement d'un revers de la main les efforts de cette Radio Frontière en disant: «Non, il n'y a que WRS, par rapport à la SSR, qui pourrait être viable.» Nous ne le pensons pas ! C'est la raison qui nous a poussés à dire non, nous ne sommes pas d'accord, pour amener un peu de débat. Et j'aimerais dire, Mesdames et Messieurs les députés, qu'il semblerait ce soir que vous êtes très sélectifs, et même - je vais vous faire hurler - soviétiques dans vos décisions. Le groupe UDC maintiendra donc sa position. (Quelques applaudissements.)
Une voix. Bravo !
Le président. Merci, Monsieur le député. La parole est à Mme Christina Meissner, à qui il reste une minute trente.
Mme Christina Meissner (UDC). Thank you, Mr President. For once, if you allow me, I'll speak in English... (Exclamations. Commentaires.) ...as what is at stake today is to know whether we want to keep an English-speaking radio in our country, and especially in Geneva. I'm not talking to my dear friends and colleagues of the deputy, but to the English-speaking people who hopefully do listen to us, even at such a late hour. (Brouhaha.) And if not to the English-speaking community, I would like to say to World Radio Switzerland, or maybe to Radio Frontier, that we would really love to have more contacts with you, because we regret that we have not been contacted by you, although your future is at stake.
Well, thank you, Mr President, for helping me and allowing me to speak in a language which is cherished by a lot of people in Geneva. That would be all. (Applaudissements.)
M. Pierre Weiss (L). Je tiens tout d'abord à féliciter pour une fois Mme Meissner...
Une voix. En latin ! En latin !
M. Pierre Weiss. Je ne le ferai pas en latin mais, enfin, je le pense quand même ! S'agissant de cette résolution, j'aimerais dire en premier lieu, dans la ligne de ce que M. Mettan a indiqué tout à l'heure, que cette station de radio, ce service public à la communauté anglophone de notre pays, c'est peanuts pour le budget de la SSR. Mais la proposition de la SSR montre combien cette régie publique, jadis monopole, privilégie son fonctionnement interne par rapport à sa mission réelle, combien elle privilégie le fonctionnement de sa bureaucratie par rapport aux auditeurs et aux téléspectateurs pour lesquels elle devrait travailler. Car les conséquences du maintien de World Radio Switzerland, c'est effectivement une réduction des moyens alloués à la bureaucratie, au profit des moyens alloués au service public de la communauté anglophone de notre pays, si possible dans un esprit de compétition, avec des stations privées, chères à M. Lussi.
Le deuxième élément que je tiens à relever, c'est qu'évidemment, de façon un peu sournoise, la SSR choisit ses victimes. Ces victimes, ce ne sont pas les Rhéto-Romanches, parce qu'on aurait pu se demander après tout pourquoi ne pas couper les chaînes rhéto-romanches... Ces victimes, ce n'est pas le deuxième, le troisième ou le quatrième programme qu'elle peut proposer sur les ondes. Non, ces victimes, c'est une communauté qui actuellement est obligée de payer la redevance - 462 F par an - mais qui en revanche ne vote pas. On choisit donc comme victimes des gens qui ne sont pas électeurs: c'est sournois, c'est mesquin, ce n'est pas digne d'une radio et d'une télévision de service public. Voilà aussi un argument, Monsieur le président du Conseil d'Etat, que je souhaite que vous rapportiez auprès de la direction et de la présidence de la SSR quand elles réfléchiront à leur façon de regagner de la popularité et une image de véritable radio et télévision au service de la population suisse et des habitants anglophones de notre pays.
Mme Marie-Thérèse Engelberts (MCG). Le MCG est tout à fait favorable au soutien de cette résolution. Quel plaisir d'écouter la radio internationale quand on est à l'étranger ! C'est extraordinaire de pouvoir écouter la radio dans sa langue maternelle - que ce soit le français, l'italien ou autre - et avoir des nouvelles qui sont relativement proches de soi. Alors je ne voudrais pas être lyrique, mais je dirais quand même que, lorsqu'on tue une radio pour des raisons d'économies, c'est un peu comme quand on se débarrasse d'une bibliothèque: ça laisse des traces, et c'est fort dommage.
Mes préopinants ont évoqué toutes les raisons d'accepter ce texte et je ne les répéterai pas, mais j'aimerais juste relever les principaux motifs. La forte présence à Genève et dans les environs, l'écoute qui est faite et l'analyse des besoins vont vraiment dans le sens de garder cette radio et de pouvoir la développer. L'outil d'intégration, comme l'a bien dit ma collègue socialiste, fonctionne dans les deux sens, et apprendre de notre milieu culturel mais aussi participer à la vie du canton ainsi que des communes me semble un bon facteur d'intégration. Quand on vit quelque part - et j'ai travaillé aussi dans une multinationale - il y a à la fois beaucoup d'aspiration et beaucoup de rejet. Il y a une incompréhension du monde dans lequel les gens vivent, ils ne savent pas comment on achète le pain, combien ça coûte, etc. Mais d'un autre côté il y a une volonté de s'intégrer: les femmes et les enfants le font donc en général, les maris un peu moins. Cette possibilité permet par conséquent une double intégration.
Quant à l'aspect culturel, je crois qu'on en est très proche. Vous avez évoqué les accords qui ont été conclus entre les Etats-Unis et l'Angleterre, et ensuite aussi pour le CICR. Je pense qu'il y a là une tradition qu'on pourrait encore plus mettre en évidence en cette période où l'on est à la recherche de liens, des liens culturels qui pourraient exister et qui nous éviteraient bien des inconvénients. Il y a une vingtaine d'années, nous avons déjà raté la possibilité d'avoir la radio BFM à Genève et de la développer. Je crois que l'on peut s'en mordre les doigts, et il serait dommage de perdre aussi celle-ci.
M. Patrick Saudan (R). Je voudrais juste répondre rapidement à M. Lussi qui m'a un peu mis en cause, et d'abord féliciter Mme Meissner pour la qualité de son anglais. Monsieur Lussi, je sais que vous appartenez à un parti qui a l'habitude des caricatures outrancières et des propos un peu diffamatoires, mais sachez que cette démarche est spontanée et que le PLR n'est pas une bande de copains qui est acoquinée avec tel ou tel groupe... (Commentaires.) Et je précise simplement, par rapport à Radio Frontier, que j'ai rendez-vous lundi avec M. Butcher pour discuter avec lui. En effet, je suis le dossier, et il m'a contacté suite à cette résolution. (Commentaires. Le président agite la cloche.) Alors, s'il vous plaît, arrêtez ! Si vous êtes juste capable de traîner dans la boue vos adversaires politiques parce que vous manquez d'arguments, vous êtes vraiment minable. Voilà ! (Exclamations.)
Le président. Merci, Monsieur le député. Monsieur Bertschy, il vous reste trente secondes, les voulez-vous ?
M. Antoine Bertschy (UDC). Oui, merci, Monsieur le président. Je suis surpris, je suis dépité par les propos que je viens d'entendre. Monsieur le résolutionnaire, si vous n'avez pas encore toutes les informations, faites preuve d'intelligence et, comme l'UDC l'a fait lors de la dernière session, retirez votre résolution ! On retraitera ce sujet dans six mois, quand vous aurez tous les renseignements nécessaires ! Visiblement, vous manquez d'informations, alors n'allons pas plus avant.
Moi j'ai de la peine à comprendre cette résolution du PLR: on a une radio qui est privée, qui marche très bien, qui a beaucoup d'auditeurs - 50 000 - et on veut faire de la concurrence; le PLR veut faire de la concurrence à une radio qui est privée, avec des fonds publics, pour une radio qui fonctionne moins bien... Je suis désolé, Monsieur le député, mais expliquez-moi où est la logique économique là-dedans ! Nous avons fait preuve d'intelligence...
Le président. Il vous faut conclure, Monsieur le député !
M. Antoine Bertschy. Je vais conclure. Nous avons fait preuve d'intelligence le mois dernier en retirant notre motion, alors faites-en de même, s'il vous plaît, Monsieur le député ! (Remarque.)
Le président. Merci, Monsieur le député. La parole est à M. René Desbaillets pour trente secondes.
M. René Desbaillets (L). Merci, Monsieur le président. Je m'excuse, mais moi je suis genevois depuis 1378, j'ai peu été à l'école, j'ai fait des HES - des hautes écoles communales de Satigny - et je n'ai pas compris les propos de Mme Meissner ! (Commentaires.) Est-ce que vous pourriez la rappeler pour qu'elle vienne s'exprimer en français afin que je puisse voter juste sans me tromper ? Je n'ai pas pu comprendre tout le débat, alors ce serait gentil, Monsieur le président, s'il vous plaît ! (Rires.) C'est pour un pauvre Genevois qui ne sait pas l'anglais, en tout cas qui ne le parle pas aussi bien que ça...
Le président. Je suis très sensible à votre complainte, Monsieur le député, mais je vous suggère de prendre rendez-vous avec Mme la députée Meissner à la salle Nicolas-Bogueret... (Exclamations.) La parole est à Mme la conseillère d'Etat Isabel Rochat.
Mme Isabel Rochat, conseillère d'Etat. Ecoutez, je vous laisserai faire vos rendez-vous galants dans les salles attenantes... (Exclamations.) Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, très rapidement, car l'heure avance, j'aimerais vous dire que le Conseil d'Etat s'est effectivement ému de cette décision, ou plutôt de cette volonté qui s'est trouvée exprimée par certaines rumeurs de nous faire abandonner ce magnifique instrument de liaison avec la population internationale qui nous tient à coeur. Il s'agit de 33 000 emplois rien que pour Genève, centre mondial de la gouvernance internationale, et je vous fais grâce de tous les arguments en faveur de ce magnifique outil de politique étrangère qu'est Genève. En revanche, le fait de pouvoir disposer de ce pont entre deux communautés est vraiment le message qui doit être maintenant envoyé par le Grand Conseil, suite à la communication qui a été adressée au conseil d'administration de la RTS. C'est essentiel, dans la mesure où la collectivité genevoise dans son ensemble, par la voix de son exécutif et de son législatif, saura sûrement émouvoir le conseil d'administration qui doit se réunir et, selon les dernières informations, prendre une décision d'ici à la fin du mois de juin. Le message de la cession de cette concession serait extrêmement mauvais pour le monde international, lequel a maintenant vraiment besoin d'impulsions et de savoir que Genève reste ce lien indispensable entre les différentes communautés internationales. Il s'agirait donc d'un changement très difficilement compréhensible, et il y a une nécessité pour les uns et les autres de pouvoir bénéficier de ce pont indispensable entre les communautés.
Vous l'aurez bien compris, je vous engage, au nom du Conseil d'Etat, à voter cette résolution comme étant vraiment très complémentaire à la volonté de l'exécutif de garder cette radio vivante, tant pour la Suisse romande que pour la Suisse allemande.
Le président. Merci, Madame la conseillère d'Etat. Nous allons maintenant procéder au vote sur le renvoi de la R 695 au Conseil d'Etat.
Mise aux voix, la résolution 695 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 67 oui contre 5 non et 3 abstentions.
Le président. Je vous prie de ne pas quitter vos places, car nous avons encore un point à traiter; cela prendra trente secondes !