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Endre Tót
16 mai 2022 MAMCO, Genève
Endre Tót
Figure centrale de l’avant-garde hongroise, Endre Tót (*1937) poursuit depuis les années 1960 une œuvre à la croisée de l’art conceptuel, du Mail Art et de la performance. Après avoir suivi une formation classique au sein de l’Académie des beaux-arts de Budapest, Tót se consacre d’abord à la peinture. Conscient des possibilités réduites qu’offre ce médium dans un contexte soumis à une censure omniprésente, il l’abandonne en 1970 et commence alors à travailler avec une machine à écrire. Invité à participer à une exposition sur le Mail Art organisée par Jean-Marc Poinsot pour la biennale de Paris en 1971, Tòt va accéder à un réseau international d’échanges artistiques. Jusque-là isolé dans une Hongrie aux ordres de Moscou, il accède tout à coup au monde dans sa globalité, à la faveur d’une pratique simple, rapide et en mesure d’échapper à la censure. C’est ainsi qu’il rentre en contact avec la galerie Ecart et qu’il initie une importante correspondance avec John Armleder.
Il entame une série de travaux qu’il intitule Nothingness (Néant). Il emploie le caractère « 0 », (zéro) de manière délirante dans une série de compositions à la machine à écrire sur papier qu’il envoie à ses différents interlocuteurs. Alors que le Mail Art vise à l’échange d’idée, ces pièces « anti-communicatives » comme il les décrit, sont marquées par le non-sens. Le critique d’art Pierre Restany envisage ainsi cette série comme « un monochrome postal », faisant de Tót « l’Yves Klein du Mail Art ». Ce signe migrera ensuite sur des tampons ou des timbres, parodiant les attributs de l’administration. Cette revendication du néant va également se déployer dans une série de pancartes et banderoles qui seront brandies par des manifestants lors de démonstrations joyeuses. C’est que parallèlement à cette série et en opposition à ce vide et cet absence de message, Tót fait également circuler des autoportraits de lui en artiste rigolard, moquant l’optimisme à toute épreuve qui caractérise les représentations socialistes. A force de répétition, cet enthousiasme de l’artiste devient de moins en moins crédible.
Tót intervient une première fois à Ecart en 1974. Il y présente One Dozen Rain Postcards, une autre série de travaux à la machine à écrire initié en 1971. La répétition du « / » (slash) sur les cartes postales plonge les vues de Budapest sous la pluie. A l’occasion de cette exposition, Ecart édite la correspondance entre Tót et Armleder afin de reproduire « un parcours significatif » et d’introduire « le travail de Tót dans l’esprit dans lequel il le conçoit. » L’artiste hongrois revient à Genève en 1976 avec l’exposition TÓTalJOYS. A cette occasion il réalise, avec Armleder, Dougal, et Lucchini, une série de manifestations dans la rue. Tôt y manifeste sa joie en brandissant une série de pancartes aux message tautologiques. Un grand zéro tracé à la chaux sur la devanture de l’espace d’exposition introduit aux photographies qui documentent ces actions.