Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07039.jsonl.gz/621

Edito: Nutrition et cancer : (presque) tout est dans l'assiette
Rev Med Suisse
2003; volume -1.
23325
Résumé
Le cancer est associé à 6,7 millions des 56 millions de morts dans le monde, soit 12% de tous les décès en 2000. Des 5,3 millions d'hommes et 4,7 millions de femmes atteints du cancer, 6,7 décéderont de la maladie. Le poumon, l'estomac et le foie sont les trois cancers les plus létaux et représentant à eux seuls 17,8, 10,4 et 8,8%, respectivement, des morts par cancer. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) précise que «les preuves scientifiques sont nombreuses pour affirmer qu'un tiers des cancers peuvent être évités par des mesures préventives portant prioritairement sur le tabagisme, l'alimentation et les infections».1 Ces mesures sont une priorité sanitaire mondiale, car l'OMS prévoit une augmentation majeure du nombre de cancers à 15 millions d'ici à 2020.Première bonne nouvelleLes pratiques alimentaires contemporaines sont d'ores et déjà fortement corrélées à une réduction de la prévalence de certains cancers. Ainsi, la mortalité liée au cancer de l'estomac a chuté de 60% dans tous les pays durant les vingt dernières années. Les épidémiologistes associent deux raisons à cette impressionnante observation :I la viande et le poisson sont dorénavant réfrigérés tant dans les chaînes de distribution des aliments qu'à domicile. Ce progrès réduit massivement la génération de composants toxiques liés à la dégradation des aliments et leur conditionnement sous saumure, connue pour favoriser le développement de cancer gastrique ;1I les fruits et les légumes frais sont de plus en plus largement disponibles tout au long de l'année, permettant ainsi des apports accrus en composés antioxydants dont l'action protectrice contre le cancer est démontrée. La vaste étude épidémiologique française SUVIMAX portant sur 13 000 participants répartis en deux groupes, durant huit ans sous supplémentation en vitamines et éléments traces ou sous placebo, a montré une réduction du risque de cancer de 31%. Elle montre aussi que ce résultat peut être obtenu en consommant quotidiennement, non pas des suppléments thérapeutiques, mais 500 g de fruits et légumes frais.2 La solution est donc presque dans l'assiette !Deuxième bonne nouvelleLes résultats de l'immense étude internationale EPIC (10 pays européens, 519 978 participants) corrélant la prévalence du cancer et les paramètres décrivant le mode de vie viennent d'être partiellement publiés.3 Une analyse des prises alimentaires a été effectuée et les conclusions devraient permettre de mieux comprendre les rôles respectifs, protecteur ou défavorable, du comportement alimentaire et des nutriments spécifiques. Ce travail fondera la stratégie des mesures préventives, essentiellement éducatives, visant à réduire les comportements à risques et promouvoir une alimentation protectrice.Dans ce numéro de Médecine et Hygiène, la revue de Ginesi et coll. décrit l'adaptation de l'alimentation dite «méditerranéenne» ou «crétoise», aux us et coutumes suisses, afin d'en faciliter l'intégration au quotidien. On peut parier que ce mode alimentaire, vanté pour sa valeur préventive des maladies cardiovasculaires, sera également le modèle d'une alimentation préventive contre le cancer. En effet, il se caractérise par plusieurs prises quotidiennes de fruits et légumes frais, riches en composés antioxydants et fibres.Quand la prévention n'est plus de mise et que le cancer est avéré, la nutrition thérapeutique peut moduler la croissance tumorale et/ou la sensibilité de la tumeur aux radiations ionisantes.Récemment, Dupertuis et coll. ont montré que des nutriments ubiquitaires, dont la concentration était artificiellement modifiée, avaient de telles propriétés sur un modèle expérimental de culture cellulaire.4 Ils présentent une revue pondérant les avantages démontrés de la nutrition thérapeutique lors de cancer mais aussi les incertitudes entourant encore l'alimentation de l'hôte et
de sa tumeur. La quête n'est pas terminée, mais le rythme des trouvailles s'est significativement accéléré.Bonne lecture à tous.