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Originaire des steppes, le cheval est adapté à l’ingestion continue de petites quantités de nourriture. Comme cet animal est aujourd’hui principalement détenu en boxe, la question du temps qu’il passe à se nourrir a gagné en importance.
De nos jours, les chevaux sont détenus et utilisés de manières très diverses. Les différences avec leur environnement naturel des steppes sont nombreuses. Des chercheurs ont étudié l’impact qu’avaient les différentes structures de compléments alimentaires sur la mastication et la durée de prise de nourriture des chevaux. Dans un travail de bachelor de la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL), quatre aliments complémentaires différents tant par leurs teneurs en cellulose brute (respectivement 10, 12, 14,5 et 18%) que par leur forme (muesli, muesli structuré et pellets) ont été testés sur huit chevaux de race haflinger.
Pourquoi la mastication est-elle importante pour les chevaux?
En raison de sa physiologie, le cheval est adapté à une absorption continue de faibles quantités d’aliments. Sur 24 heures passées au pâturage, les chevaux consacrent environ 12 à 15 heures à l’ingestion de nourriture. Sur une journée, leur alimentation se décompose en 10 à 15 périodes d’ingestion entrecoupées de pauses pouvant atteindre 3 à 4 heures. Les chevaux détenus à l’écurie présentent un comportement similaire, à condition qu’ils aient à leur disposition du fourrage grossier à volonté (ad libitum).
Ces dernières années, la durée d’ingestion de nourriture a fait l’objet de nombreuses études. D’une façon générale, les chevaux ont besoin de plus de temps pour ingérer du fourrage grossier que des céréales ou des aliments complémentaires (AC) sous forme de pellets. L’ajout de foin ou de paille hachée peut permettre, dans une certaine mesure, d’allonger cette durée. Outre le temps passé à s’alimenter, la relation entre l’ingestion de nourriture et la production de salive est également intéressante. Les aliments consommés en l’espace de 10 à 15 min/kg par les chevaux, comme les céréales ou les pellets, entraînent une production salivaire beaucoup plus faible, soit moins de 2 litres par kilogramme d’aliment que les fourrages grossiers, tel le foin ou la paille, pour lesquels il a été mesuré jusqu’à 7 litres de salive par kilogramme de nourriture. Or, la salive est nécessaire au bon déroulement des processus digestifs dans l’estomac, et elle a aussi un effet tampon sur l’acide gastrique.
Se pose donc la question suivante: dans quelle mesure les AC du commerce peuvent-ils contribuer à rallonger la durée d’ingestion de nourriture? Le présent essai étudie chez des chevaux de race haflinger l’effet de quatre de ces aliments, différant par leur forme et leur teneur en cellulose brute (CB), sur la durée d’ingestion et l’activité masticatoire.
Observer la composition: un impératif
Les mouvements masticatoires des chevaux sont significativement influencés par le type, la structure, la forme et la quantité de l’aliment. Dans la présente étude, les chevaux ont effectué 2644 mouvements masticatoires par kg de foin, soit presque deux fois plus que pour les AC. Des résultats comparables sont décrits dans la littérature. Soulignons à nouveau que le plus grand nombre de mouvements masticatoires n’a pas été mesuré pour l’AC contenant de la luzerne hachée, mais pour celui contenant de la balle d’épeautre et l’AC pelletisé. En raison des propriétés positives de l’AC pelletisé par rapport aux autres, qu’il s’agisse de la durée unitaire d’ingestion ou des mouvements de mastication, il vaut la peine d’examiner en détail sa composition. Cet AC contient 25% de paille de céréales, ce qui lui confère des propriétés de mastication similaires à celles de l’AC avec balle d’épeautre en vrac (également à hauteur de 25%). Cela semble indiquer que la paille de céréales lignifiée a une influence considérable sur l’activité de mastication des chevaux.
Une limite importante de la présente étude est qu’elle ne permet pas de comparer directement les AC à 25% de balle d’épeautre ou de paille de céréales avec l’AC structuré qui contient 6% de luzerne hachée, car les pourcentages d’agent structurant ne concordent pas. Mais si l’on considère les données documentées dans la littérature scientifique, même de l’avoine contenant jusqu’à 38% de luzerne hachée (Brüssow et al. 2005) induit chez les chevaux une ingestion plus rapide que l’avoine pure. On peut en conclure que les mueslis structurés n’entraînent pas une ingestion plus lente et plus intense, et qu’à l’avenir, il faudrait accorder plus d’importance à l’ajout de paille ou d’épeautre.
Sur 24 heures passées au pâturage, les chevaux consacrent environ 12 à 15 heures à l’ingestion de nourriture. (Photo: Conny Herholz)
L’expérience
L’expérience d’alimentation a été conduite avec huit chevaux de race haflinger, sept juments et un hongre. Les chevaux avaient un âge moyen de 8 ans (fourchette: 2 à 15 ans) et une masse corporelle (MC) moyenne de 480 kg (min. 420, max. 538 kg). Ils étaient détenus dans une écurie de groupe à stabulation libre, avec une aire de repos tapissée de litière de lin, un parcours extérieur et des stations d’alimentation individuelles.
Durant toutes les phases de l’essai, du foin a été distribué aux chevaux à raison de 1,5 kg MS/100 kg masse corporelle/jour, réparti en deux rations journalières. L’une des rations était distribuée le matin et l’autre le soir à 18h, après l’ingestion complète de l’AC. La ration était par ailleurs complétée chaque jour par 60 g d’un aliment minéral du commerce et une pierre à sel. Les chevaux étaient sortis tous les jours sur un paddock en sable.
Afin de déterminer la durée d’ingestion et l’activité masticatoire, les chevaux ont reçu, selon un dispositif en bloc randomisé, quatre AC présentant des teneurs croissantes en CB (tab. 1, fig.1-4).
L’AC à 10% CB est vendu comme un muesli pour chevaux de tous âges et toute intensité d’utilisation. Il contient des pellets minéraux, des flocons d’orge, de maïs et d’avoine, ainsi que des graines de tournesol. Le muesli structuré à 12 % CB est commercialisé pour les chevaux de western et de loisir. Sa composition inclut également des pellets minéraux, des flocons de maïs et d’orge, et il contient de plus de la luzerne structurée et de la mélasse. Le muesli à 14,5% CB est recommandé en tant qu’aliment complémentaire pauvre en nutriments, adapté à des chevaux aux besoins alimentaires réduits ou à ceux en convalescence peu actifs. Il est composé de graines de tournesol, de poudre de carottes et de ferments de céréales, ainsi que de balle d’épeautre, de flocons d’avoine et d’orge, et de maïs. L’AC à la teneur la plus élevée en CB (18%) est vendu en tant que pellets à faible apport énergétique et protéique. Il est composé de sous-produits céréaliers, de paille de céréales, d’orge, de pulpe de betterave et de mélasse.
Les chevaux ont été habitués à l’aliment à tester pendant cinq jours. Les deux jours suivants, ils ont été placés le matin dans des stations d’alimentation individuelles pour toute la durée de l’ingestion, et ont chacun reçu 1 kg de l’AC à tester dans une auge (fig. 5).
La durée d’ingestion des aliments et la fréquence masticatoire ont été mesurées grâce au licol Equiwatch®. Les deux journées d’essai ont été suivies d’une phase de «nettoyage» de sept jours, au cours de laquelle les chevaux n’ont reçu que du foin et un aliment minéral du commerce. Puis a démarré la phase d’adaptation au prochain AC à tester. Le relevé de la durée d’ingestion et de la fréquence masticatoire pour 1 kg de foin a été effectué de la même façon que pour les AC.
Les résultats
La vitesse moyenne d’ingestion était de 33 ± 4,2 min par kg de foin, ce qui correspond à une ingestion moyenne de foin de 27 ± 3 g par min. Au total, on a observé 2644 ± 338 mouvements de mastication par kg de foin, et la fréquence moyenne de mastication durant l’ingestion du foin se montait à 82 ± 5 mouvements par min. Les résultats des différents AC figurent sur le tableau 2.
Quelles conclusions peut-on tirer
des résultats?
L’ingestion de fourrage grossier doit non seulement approvisionner l’animal en énergie et en nutriments, mais aussi l’occuper continuellement, satisfaire son besoin de mastiquer et favoriser sa salivation. Des stéréotypies comme p. ex. le tic à l’appui ou le tic de l’ours sont souvent observées chez les chevaux consommant peu de fourrage grossier, soit moins de 6,8 kg de foin par jour. Par ailleurs, les chevaux recevant peu de fourrage grossier ingèrent une quantité significativement supérieure de litière et d’excréments, pour en fin de compte arriver à une durée d’ingestion comparable à celle des animaux nourris avec beaucoup de foin. Ainsi, afin de satisfaire leur besoin de mastiquer et créer des conditions physiologiques naturelles dans leur tractus gastro-intestinal, les chevaux doivent ingérer quotidiennement au minimum 1,5 à 2 kg MS de fourrage grossier (p. ex. du foin) par 100 kg de masse corporelle (MC).
Figure 5: Les chevaux dans les stations d’alimentation lors d’une mesure.(Photo: màd)
Foin: temps d’absorption le plus long
Dans la présente étude, les durées unitaires d’ingestion de 27 à 35 minutes par kg de foin décrites dans la littérature ont également été observées: les haflinger passaient en moyenne quelque 33 min à ingérer 1 kg de foin. La perte de poids de 3% observée durant l’étude s’explique par la restriction de l’apport en foin à 1,5 kg/100 kg MC, alors que les chevaux y avaient accès ad libitum avant l’essai. La durée unitaire d’ingestion du foin se différencie très nettement de celles des quatre AC, qui variaient entre 12 et 17 min /kg. Dans notre étude, la forme de l’aliment et sa teneur en CB semblent influencer la durée unitaire d’ingestion des AC.
Figure 6: Comparaison des durées unitaires d’ingestion (min/kg) du foin et des aliments complémentaires. (Photo: màd)
Luzerne hachée: pas de prolongation du temps d’absorption
Les deux AC les plus riches en CB étaient associés aux durées d’absorption les plus longues. A ce titre, il convient de mentionner l’AC à 12% CB qui contient 6% de luzerne hachée. Les AC contenant de la luzerne hachée (mueslis structurés) sont vendus en tant qu’aliments ralentissant l’ingestion, ce qui n’a toutefois pas pu être confirmé dans cette étude, car l’AC avec la luzerne a été ingéré significativement plus rapidement que l’AC pelletisé. D’autres auteurs avaient déjà obtenu des résultats similaires. Dans leur cas, l’avoine enrichie de luzerne hachée avait été ingérée significativement plus rapidement que la céréale seule. Dans notre étude, l’éventuelle influence sur l’ingestion d’un pourcentage plus élevé de luzerne hachée dans un AC n’a toutefois pas pu être déterminée. En revanche, l’ajout de balle d’épeautre, présente à 25% dans l’AC à 14,5% CB, a livré des résultats intéressants. Pour cet AC, on a constaté des durées unitaires d’ingestion d’environ 16 min/kg. La faible densité de la balle d’épeautre augmente le volume total de l’AC et influence ainsi la quantité d’aliment par bouchée. Toutefois, aucune différence dans la durée unitaire d’ingestion n’a été constatée entre l’AC pelletisé et l’AC à 18% CB. En revanche, ces deux AC sont ingérés bien plus lentement que l’aliment contenant de la luzerne hachée et celui combinant des flocons de céréales traités thermiquement et des pellets.
Cheval testé avec le licol-Equiwatch® pour mesurer le temps d’ingestion et la fréquence de mastication. (Photo: Evelyne Locher)
Conclusion
Même les AC contenant de la paille ou de la balle d’épeautre ne peuvent pas concurrencer le foin en termes de durée d’ingestion et d’activité masticatoire. Les résultats de notre étude suggèrent que pour favoriser les processus de digestion dans le tractus gastro-intestinal, il convient de limiter l’ingestion d’AC. Nous pouvons ainsi appuyer les recommandations actuelles, qui préconisent un maximum de 0,3 kg d’AC/100 kg de masse corporelle par prise alimentaire (GfE 2014*). Par ailleurs, il est judicieux de distribuer du fourrage grossier, p. ex. du foin ou du haylage, avant l’AC.
Ingrid Vervuert¹, ², Evelyne Locher¹,
Conny Herholz¹, Andreas Scheurer¹
¹Hochschule für Agrar-, Forst- und
Lebensmittelwissenschaften (HAFL),
3052 Zollikofen, Schweiz
²Institut für Tierernährung, Ernährungsschäden und Diätetik, Veterinärmedizinische Fakultät, Universität Leipzig, 04103 Leipzig, Deutschland
*GfE, Gesellschaft für Ernährungsphysiologie 2014. Empfehlungen zur Energie- und Nährstoffversorgung von Pferden. DLG Verlag
AC: aliment complémentaire
EDC: énergie digestible cheval
CB: cellulose brute
MS: matière sèche
a,b,c Différentes lettres minuscules marquent les différences significatives au sein d’une même colonne.
màd
Travail de bachelor sur le sujet
Influence de la structure des compléments alimentaires sur la durée d’ingestion et l’activité masticatoire des chevaux
«J’ai eu la chance de grandir en plein nature avec des animaux, entourée de magnifiques montagnes, et je peux m’estimer heureuse de pouvoir toujours redécouvrir la fascination du cheval.» Après un stage préliminaire, Evelyne Locher a étudié l’agronomie orientation sciences équines à la HAFL. Au terme de ses études en automne 2016, elle a commencé à travailler chez Nebiker Treuhand à Sissach comme responsable de mandat.