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Des guides testent les nouveaux moyens d'orientation. Un avenir pour le GPS?
Des guides testent les nouveaux moyens d' orientation.
Un avenir pour le GPS?
Le GPS ( Global Positioning System ou Système de localisation à l' échelle du globe ) remplace-t-il la boussole et l' altimètre? Une soixantaine de guides ont cherché une réponse à cette question lors d' un cours de formation dans la région du Titlis. L' intérêt pour cet appareil électronique a – presque – remplacé le scepticisme.
Nous sommes dans la grange de la Hüet-hütte, près du Trübsee. Assis devant son ordinateur portable, le guide Michael Wicky regarde l' écran, où s' affiche une carte nationale au 1:50000. Il pointe le curseur de la souris au départ d' un itinéraire, juste devant la porte de la cabane, et clique. De là, il tire un trait vers le Stadel et – clic – place le deuxième point d' itinéraire ( « waypoint » ). Maintenant, changement de direction, vers le nord. Comme une araignée, le curseur déroule un ﬁl derrière lui. Clic. Wicky installe un troisième point de repère pour sa ligne de marche, au milieu de la pente. Et il continue ainsi jusqu' au but, Engelberg. Sur la barre du menu, il sélectionne la fonction de transfert des données dans le GPS. Un petit bruit et l' appareil GPS, relié par un câble à l' ordinateur, a chargé les données en mémoire; il montre maintenant la direction du premier point d' itinéraire à viser. Il ne reste plus qu' à chausser les skis et, sur l' affichage du GPS, à suivre la ﬂèche d' un point à l' autre.
La technique que Wicky montre jourd' hui à ses collègues du cours de formation n' était encore, dix ans auparavant, qu' à l' état d' ébauche. La puissance des microprocesseurs et des ordinateurs – et une décision récente de l' ancien pré-
1 Cf. Les Alpes, 10/1996, p. 24
sident américain Bill Clinton – ont, depuis lors, largement simpliﬁé la localisation d' un point quelconque sur la surface du globe. « La technologie du GPS s' est largement développée ces dernières années. En tant que guides, nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe dans ce domaine » estime Wicky, organisateur du cours avec Stefan Stocker.
Fonctionnement La localisation par satellite n' a rien de neuf: ses principes remontent à plus de trois décennies 1. Elle a été rendue possible par la mise en orbite de 24 satellites, sous contrôle de l' armée américaine, qui envoient en permanence des signaux codés vers la Terre. Les récepteurs GPS mesurent avec précision le temps mis par les signaux pour les atteindre et convertissent cette durée en distance. Grâce à la réception de quatre signaux venus d' autant de satellites, le récepteur calcule par trigonométrie sa position sur la surface terrestre. Il y a encore un an, le réseau de satellites GPS servait d' abord à des ﬁns militaires: les signaux accessibles aux récepteurs civils fournissaient des positions affectées d' une dérive aléatoire et l' erreur induite ( dite « Selective Avail-ability », ou disponibilité sous condition ) ne pouvait être réduite qu' au moyen de techniques complémentaires de correction. La précision des récepteurs civils variait de 30 à 100 mètres – marge d' er peut-être acceptable pour de nombreuses applications, mais plus problématique en montagne. La dérive aléatoire des signaux civils a été supprimée en mai 2000 seulement, grâce à un décret signé par Bill Clinton. Cette libéralisation a décuplé la précision des appareils GPS, qui rivalisent désormais avec les cartes officielles suisses, admettant une marge d' erreur d' une vingtaine de mètres. La localisation par satellites est depuis lors une aide d' une réelle utilité pour les alpinistes.
La question du lieu Quiconque s' est déjà orienté, par un épais brouillard et sur un glacier plat, avec une boussole, un altimètre et une carte, sait que l' instinct et la technique conduisent rarement aux mêmes résultats. « Il me semble que je marche depuis longtemps – pense-t-on – dans la même direction. N' aurais pas déjà dépassé le massif rocheux que je visais auparavant ?» Combien serait-il rassurant de pouvoir ré-
En montagne, le GPS ne dispensera jamais de lire une carte Pho to :B er na rd va n Die ren don ck
Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur
Per l' alpinista, lo sciatore e l' escursionista
Für den Skitourenfahrer, Bergsteiger und -wanderer
pondre précisément à la question « où suis-je » en plein brouillard! Le GPS offre cette possibilité, donnant ainsi une dimension nouvelle à l' orientation en montagne. Les appareils affichent en effet en permanence leur position dans le système de coordonnées choisi. ( On active le système suisse par la fonction « Swiss grid » et la conﬁguration géodésique « map datum »: « CH-1903 ». ) Les récepteurs GPS offrent encore davantage en permettant d' entrer en mémoire les coordonnées du lieu où l'on se trouve: revenir à son point de départ n' est plus un problème majeur, même si l'on se déplace en terrain inconnu avec une carte sommaire. Il est aussi possible de mémoriser les coordonnées de points relevés sur une carte et de programmer son itinéraire. Cette manœuvre est désormais facile, puisque le GPS peut être relié à l' ordinateur. Outre les CD-ROM des cartes au 1:50000 de l' Office fédéral de topographie, diverses sociétés et sites Internet offrent des programmes qui permettent de tirer des coordonnées d' une carte quelconque passée au scanner 2. En plus d' indiquer la direction à prendre, le GPS fournit aussi diverses données comme la distance, la vitesse et la durée du déplacement jusqu' au point suivant de l' itinéraire.
Trois appareils Lors de la rencontre du Titlis, trois appareils ont été présentés: le « Etrex Summit » de Garmin, le « Multinavigator » du fabricant Silva et le « GPS 315 » de la maison Magellan, qui se distinguent tous par un faible poids, une tenue en main aisée et des fonctions relativement complexes. Les importateurs invités par les organisateurs du cours n' avaient pas la tâche facile puisqu' ils devaient présenter leurs appareils en 20 minutes seulement. Les GPS ressemblent aux téléphones portables par le fait que leurs diverses fonctions sont accessibles par l' intermé d' un affichage à menus dérou-lants: on active et on valide les différentes « pages » et fonctions en pressant sur un bouton. La fonction fondamentale, à savoir la mise en mémoire de coordonnées, est d' un maniement complexe.
2 Plusieurs sites Internet traitent de l' utilisation des récepteurs GPS, fournissent des programmes, des conseils et des itinéraires à télécharger, comme le site http://perso.wanadoo.fr/richard.scauri/, en français.
Pour le moment, le GPS ne remplace encore ni la boussole ni l' altimètre Pho to s: Be rn ar d v an Die ren don ck LES ALPES 3/2001
Il faut sérieusement s' exercer si l'on veut réussir l' exercice lors d' une course, par mauvais temps, avec en sus un groupe de gens qui s' impatientent! Rapidement, les préférences sont allées aux modèles de Garmin et Silva qui, contrairement à l' appareil de Magellan, sont équipés d' une boussole et d' un baro-altimètre. Conçu d' abord pour les véhicules et les bateaux, le GPS de Magellan ne donne la direction de marche que s' il est déplacé à relativement grande vitesse ( plus de 3 km/h ). Les deux autres, en revanche, fonctionnent même à l' arrêt, ce qui est de toute première importance pour les alpinistes, dont la vitesse de progression est souvent très faible.
Pour et contre Après de nombreux exercices, les participants se sont rassemblés pour faire le point. La plupart des participants utilisaient pour la première fois un GPS et étaient favorablement impressionnés. Avec un GPS, plus besoin de suivre aveuglément un azimut, tel qu' on le pratique avec une boussole. En effet, comme il indique toujours la direction du point d' itinéraire suivant, il permet de contourner facilement des zones de crevasses ou de fortes pentes. Le « vol sans visibilité » qu' autorise le GPS ne se base pas nécessairement sur des points reconnaissables sur le terrain, mais sur des points où le passage est le plus logique et le plus sûr.
Malgré ces avantages, les participants n' entendent pas renoncer à la boussole et à l' altimètre. Car l' inconvénient majeur du GPS est de consommer beaucoup de courant: au cours de la journée d' exercice, il a fallu changer les piles de chaque appareil une fois au moins. De plus, la réception des signaux – bonne au Titlis – n' est pas partout de la même qualité: elle est souvent mauvaise dans les vallées encaissées. Par ailleurs, certaines perturbations atmosphériques, la disposition spatiale des satellites et la présence de lignes à haute tension et d' émetteurs contribuent parfois à dégrader la réception du signal.
Conditions Ces inconvénients posent problème lorsque l' utilisateur croit que le GPS lui accorde une sécurité absolue. L' automne dernier, un automobiliste – selon un compte rendu de presse – a suivi sans réﬂéchir les indications de son GPS pour se retrouver dans une décharge! L' appa indiquait en effet une ligne à vol d' oiseau et non pas le meilleur chemin à suivre. Utiliser des moyens d' orientation électroniques ne dispense jamais de savoir lire une carte topographique et de conserver un certain sens critique à l' égard de ces appareils!
En bref, les guides sont d' avis que le GPS peut être d' une aide précieuse lors de courses à ski, de randonnées d' altitu et d' expéditions. Et cela bien que le sac à dos contienne déjà un détecteur de victimes d' avalanche ( DVA ), un téléphone portable, un radio-émetteur pour les secours, sans compter toutes les réserves de piles qui vont avec! a
Bernard van Dierendonck, Zurich ( trad. ) S' exercer, encore et toujours – aucun appareil électronique n' est d' un maniement simple Avec ou sans GPS, il est indispensable de préparer sérieusement une course. Avec un GPS, on peut programmer à l' avance les points importants – comme ici au Mont-Blanc, la cabane Vallot qui émerge du brouillard Dans le brouillard naissant, il est vite fait de s' écarter de son itinéraire; arête sommitale, Weissmies