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Ancienne abbaye de bénédictines à Zurich, sur la rive gauche de la Limmat. Fondée en 853, dissoute en 1524, elle relevait du diocèse de Constance. 857 monasteriolum, quod est constructum in honore sancti Felicis et sanctae Regulae virginis Christi, 858 monasterium, quod situm est in vico turegum, 1210 abbatia sanctorum martirum F. et R., 1292 Gotzhus sant Felix und sant Regulen der abtei ze Zürich, 1329 Gotzhus zu Frowenmünster ze Zürich. Ses patrons étaient Félix et Regula.
Louis le Germanique fonda le F. comme couvent privé et lui assura l'immunité. Le 21 juillet 853, il lui fit don de son domaine de Zurich, du pays d'Uri et de la forêt de l'Albis, et en céda la jouissance à vie à sa fille Hildegarde. Les revenus de ce centre administratif des possessions royales autour de Zurich et à Uri devaient servir de dot ou de douaire aux membres féminins de la famille royale. Des dons en terres ou en revenus, reçus ultérieurement de diverses sources, assurèrent l'entretien des nonnes conformément à leur rang. Vers 1045, l'abbaye fut dotée de droits régaliens (monnaie, péages, droit de foire). La gestion économique et judiciaire incombait au bailli impérial; cette avouerie fut exercée jusqu'à la fin du Xe s. par les ducs de Souabe, ensuite par les Lenzbourg, enfin par les Zähringen (1172-1218).
Au cours du XIIe s., l'abbaye se libéra de son statut "privé". Elle eut l'entière jouissance de ses revenus, l'abbesse ne fut plus désignée par le roi, mais élue par les religieuses. En 1218, le bailliage de Zurich, avec l'avouerie sur le F. et le Grossmünster, retourna entre les mains de l'empereur Frédéric II, qui promit de ne jamais plus les aliéner. L'abbesse obtint le rang de princesse d'Empire (attesté en 1234); elle devait accueillir solennellement le souverain à chacune de ses visites. Comme souveraine de la ville, elle nommait déjà l'avoyer et influençait l'élection des autres fonctionnaires. Désormais, elle disposa aussi des régales; elle concédait régulièrement aux bourgeois la régale des monnaies et des péages, mais déterminait le titre et le poids des pièces et conservait les coins servant à la frappe. Elle n'exerça jamais personnellement le droit de vie et de mort, mais elle nommait le bailli de la ville et fit maintes fois usage de son droit d'asile. Elle apposa son sceau sur les lettres jurées de 1336, 1373 et 1393, qui entérinaient les changements sociaux et politiques survenus au sein de la bourgeoisie. L'abbesse détenait un droit spécial en matière de transactions immobilières: un bien donné par un particulier à une autre église zurichoise devait d'abord être remis au F., qui le cédait ensuite comme fief héréditaire et faisait dresser l'acte authentique.
La bourgeoisie de Zurich, qui s'affirmait de plus en plus, aspirait à davantage d'autonomie dans l'administration et la justice. L'exercice des droits régaliens concédés par l'abbesse facilita cette évolution. Au XVe s., la ville s'efforça avec toujours plus de succès de peser sur la gestion négligente des biens abbatiaux. Durant les dernières décennies de son existence, l'abbaye parvint à ralentir cette tendance; grâce à une amélioration de sa discipline et à une administration réorganisée de ses biens et revenus, elle connut un ultime renouveau, accompagné d'une intense activité de construction. Cependant, elle n'échappa pas aux idées nouvelles de la Réforme. Le 2 décembre 1524, l'abbesse Katharina von Zimmern remit à la ville de Zurich le couvent vieux de presque 700 ans, avec tous ses droits et possessions. C'est ainsi que la bourgeoisie gagna réellement son indépendance dans tous les domaines de l'administration et de la justice. Elle disposait désormais de la fortune du F. Un office fut créé pour la gérer. Les revenus devaient être utilisés pour les églises, les écoles et les pauvres. Avant tout, ils servirent à l'entretien des temples et aux salaires des pasteurs du F. et de ses filiales à Rümlang, Saint-Jacques-sur-la-Sihl, Maur, Oberrieden, Horgen et Hirzel.
Auteur(e): Judith Steinmann / FP
Le domaine royal cédé en usufruit par la charte de fondation (qui ne le délimite qu'approximativement) fut bientôt complété par des donations privées. Par la suite, tout ce territoire fut soumis à une même administration (centralisée à Stadelhofen et à Sankt Peterhof). Il comprenait la région allant de la vallée de la Glatt à l'Uetliberg, et de Zollikon à Affoltern et à la forêt de l'Albis. Dans l'espace occupé par la ville actuelle, le F. était propriétaire, sur la rive gauche de la Limmat, des environs de l'abbaye (In Gassen, Münsterhof) et, sur la rive droite, de quelques terrains bien situés (sur la Marktplatz, près des portes de la ville et à la Salzgasse). A Uri, le F. reçut la partie basse du pays: Bürglen, Spiringen, Silenen, Schattdorf et Altdorf. En 858, l'abbesse Berthe offrit le domaine de Cham, qui comprenait des églises, des terres et des droits de pêche sur le lac de Zoug. Tandis que ces biens restèrent pour la plupart attachés au F. jusqu'à sa dissolution, toutes les possessions alsaciennes léguées par Berthe en 877 (Altenheim, Kientzheim, Carspach et Sélestat) furent vendues avant 1291. L'abbaye détenait le patronage de Saint-Pierre (jusqu'en 1345), Saint-Etienne et Saint-Jacques-sur-la-Sihl à Zurich, de Maur, Horgen (jusqu'en 1345), Altdorf, Bürglen, Silenen et de leurs filiales.
Auteur(e): Judith Steinmann / FP
Les pensionnaires du F. ont probablement observé dès le début les règles monastiques. Les abbesses laïques de la maison royale s'adjoignaient une prieure pour les affaires religieuses. Les nonnes étaient toutes issues de la noblesse; plus tard elles s'opposèrent à l'admission de femmes de la bourgeoisie. La formule des vœux qu'elles prononçaient et le style utilisé dans leurs documents attestent qu'elles n'ont cessé de revendiquer leur appartenance à l'ordre bénédictin jusqu'à la disparition du couvent. Une rupture temporaire avec cette tradition n'a pu être constatée que lors d'une phase de sécularisation, au début du XVe s. Les offices religieux et la direction spirituelle incombèrent d'abord à un ou plusieurs prêtres. Formant dès le XIIe s. un chapitre de chanoines (qui comptait sept prébendes dès 1230), les derniers desservaient avec leurs vicaires le F., où se trouvaient à la fin dix-huit autels, et les églises dépendantes. Quelques-uns d'entre eux enseignaient à l'école abbatiale.
Une école accueillant des enfants laïques est attestée au F. depuis le milieu du XIIIe s. Une querelle éclata en 1275 avec sa rivale du Grossmünster; on régla le conflit en délimitant les sphères d'activité. Déjà très fréquentée avant la Réforme, elle s'agrandit encore après la sécularisation: on l'installa dans la demeure de l'abbesse et l'on consacra une partie des revenus de l'ancien couvent à la rémunération de l'inspecteur de l'internat et du corps enseignant, ainsi qu'à l'entretien d'écoliers externes sans ressources.
Auteur(e): Judith Steinmann / FP
L'église abbatiale carolingienne, basilique à trois nefs avec un transept et trois absides, fut consacrée vers 874. Entre le Xe et le XIIe s., on construisit notamment la crypte extérieure et la tour méridionale (nouvelle consécration en 1170). La chapelle rectangulaire Saint-Nicolas, au sud du chœur, existait déjà en 1145, de même qu'une chapelle Saint-Jacques de plan circulaire, à côté de la nef (démolie en 1300). Au XIIIe s., on commença un important remaniement gothique. Les restes des premières abbesses Hildegarde et Berthe furent réinhumés solennellement en 1272 devant (ou dans) une triple niche du transept sud. La tour septentrionale est mentionnée en 1285 comme turris nova. Le nouveau chœur, agrandi et aux voûtes ornées de peintures, fut séparé du transept par un jubé à trois travées et voûtes en croisées d'ogives. Au XIVe s., on construisit la nouvelle nef, munie de contreforts, mais ce n'est qu'au XVe s. que fut ajouté le plafond voûté avec ses arcs-doubleaux. Vers 1470 apparurent les fenêtres à remplage; au même moment, le jubé fut remanié en style gothique tardif. Le bâtiment abbatial roman et son cloître furent aussi régulièrement agrandis et modifiés, en particulier aux XVe et XVIe s. (édification d'une salle commune et d'un dortoir). A la fin du XIXe s., il fut démoli pour faire place à l'actuel hôtel de ville.
Auteur(e): Judith Steinmann / FP