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Avec "Close", le réalisateur virtuose Lukas Dhont suit l'amitié fusionnelle entre Léo et Rémi, deux adolescents de 13 ans. Mais les commentaires blessants sur leur relation éloignent Léo de Rémi. Heurté par le rejet de son meilleur ami, qui cherche à ne pas être ostracisé par les autres élèves, Rémi se renferme. Jusqu'à un événement terrible qui trace une séparation définitive entre les deux amis et plonge la mère de Rémi, Sophie (Emilie Dequenne), dans l'incompréhension.
Déjouant constamment les directions attendues qu'appelle son histoire (ce n'est ni un récit initiatique sur les premiers émois homosexuels entre deux adolescents ni un film sur le harcèlement scolaire), "Close" impose d'emblée une mise en scène totalement organique, focalisée sur les visages, les corps en mouvement, les regards, les non-dits.
>> A voir: la bande-annonce du film "Close"
Lukas Dhont, réalisateur virtuose
"Close" est le deuxième long métrage du réalisateur belge, après "Girl" sorti en 2018 et acclamé par la critique. "Pour 'Girl' que j'ai écrit à 22 ans, je m'étais inspiré d'un article consacré à cette jeune ballerine trans que j'avais lu quelques années auparavant. Je l'ai écrit sans savoir vraiment ce que je faisais. C'était intuitif. Pour 'Close", c'était différent: beaucoup plus intellectuel, beaucoup plus focalisé sur mes attentes et sur celles des autres. Je savais que je voulais faire un film sur la masculinité, mais je ne savais pas dans quelle forme", raconte Lukas Dhont à la RTS.
C'est dans ses souvenirs et sa mémoire que le réalisateur belge a trouvé l'inspiration. Il s'est aussi basé sur les recherches d'une psychologue américaine qui s'est penchée sur la question de l'amitié masculine entre 13 et 18 ans. Ses études ont montré qu'à 13 ans, les garçons décrivent leurs histoires d'amitié comme des histoires d'amour. Mais que plus tard, ils n'osent plus décrire avec le même courage et le même langage leurs sentiments amicaux. "C'est un problème sociétal: on apprend aux garçons, quand ils grandissent et qu'ils deviennent de jeunes hommes, à ne plus exprimer ce qu'ils vivent en eux", explique le cinéaste.
>> A écouter: l'interview de Lukas Dhont dans "Vertigo"
Un récit profond et des instants de grâce
"Close" parle d'un moment de transformation entre l'enfance et l'adolescence. Dans l'enfance, Léo et Rémi partagent une sensualité et une connexion très naturelle. "Pour moi, les champs de fleurs et leurs couleurs sont une manière idéale de décrire leur nature, leur enfance. L'école secondaire marque la confrontation aux normes, aux codes, au groupe, à tout ce qui est sociétal. Pour moi, la nature et les fleurs représentent la fragilité. Les machines arrivent, la brutalité et les couleurs changent", souligne Lukas Dhont.
Avec une virtuosité jamais stérile, le réalisateur montre plutôt qu'il n'explique et trouve, dans les zones enfouies de son récit, une profondeur humaine et émotionnelle proprement prodigieuse. Soutenu par le comédien Eden Dambrine (Léo), révélation foudroyante du film, le résultat nous emmène très loin et incarne ces thématiques avec une force inouïe, posant la question du pardon, de la culpabilité et de comment continuer à vivre après une séparation.
Il faut voir ces instants de pure grâce: un échange de regard entre Léo et la mère de Rémi lesté de tout le poids de ce qui ne peut être encore exprimé, une course dans un champ de fleurs, l'absence qui pèse et imprime ses réminiscences dans chaque plan, pour saisir la grandeur de ce film dont on sort les yeux embués par tant de beauté.
Critique et propos recueillis par Rafael Wolf
Adaptation web: Lara Donnet
"Close" de Lukas Dhont, à voir actuellement dans les salles romandes.
La musique sensible et délicate du film
"Close" marque la seconde collaboration entre Lukas Dhont et le compositeur français Valentin Hadjadj, nouveau talent de la musique de film, qui alterne les projets cinéma, télévision, scène et réalité virtuelle.
>> A écouter: la chronique consacrée à Valentin Hadjadj dans "Musique matin"
Pour "Close", Valentin Hadjadj produit une partition qui s'inscrit dans le prolongement de son travail pour le film "Girl". Ses compositions favorisent les cordes et les bois. Très présente, la musique de Valentin Hadjadj apporte un commentaire mélancolique dénué de sentimentalisme qui circule comme un frisson à fleur de peau sur les images du film.
Sujet radio: Pascal Knoerr