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des autres; soit par le déréglement de leur esprit, soit par leur hypocrisie, ou par un faux zèle. Judas avoit encore une autre raison, c'est qu'il gardoit et voloit ce qu'on donnoit au Sauveur; et il croyoit qu'on ôtoit à son avarice, ce qu'on ne mettoit pas entre ses mains. Que l'avarice parle haut, quand elle peut se couvrir du prétexte de la charité!
Ses insolens discours n'attaquoient pas seulement les femmes dont il accusoit la profusion, mais encore Jésus-Christ qui la souffroit; mais il prit en main leur défense, en disant, qu'elles l'avoient fait pour l'ensevelir (1), se considérant comme mort, à cause que l'heure approchoit, et qu'il s'étoit mis dans l'esprit et dans l'état de victime.
Il vouloit en même temps nous faire considérer de quel honneur étoit digne ce corps virginal, formé par le Saint-Esprit, et où la divinité habitoit; par lequel la mort devoit être vaincue, et le règne du péché aboli. Quels parfums assez exquis pouvoient en marquer assez la pureté !
Il vouloit aussi que les parfums qui servoient à la mollesse et au luxe, servissent à cette fois à la piété; que la vanité fût sacrifiée à la vérité.
Vous aurez toujours des pauvres avec vous; et quand vous voudrez, vous leur pouvez faire du bien (2).
Les onctions étoient salutaires au corps: on s'en servoit non-seulement par délicatesse, mais encore par précaution et par remède. On faisoit nager les corps morts dans le baume et dans les parfums, pour les conserver et en prévenir la corruption,
(1) Marc. xiv. 8. Joan. x11. 7.— (2) Marc. xiv. 7.
même
même, après la mort : et c'étoit tout le bien dont le corps étoit capable alors. On pouvoit toujours faire ces sortes de biens aux pauvres, disoit le Sauveur : mais pour lui on n'auroit pas toujours son corps présent pour lui faire ce bien. Il falloit donc le lui faire pendant qu'on l'avoit : et quand on ne l'auroit plus, se consoler en le faisant aux pauvres, dont il imputoit le soulagement et le bien, comme fait à sa personne. Combien donc les pauvres nous doivent-ils être chers, puisqu'ils nous tiennent la place de Jésus-Christ! Baisons leurs pieds; prenons part à leurs humiliations et à leurs foiblesses: versons des larmes sur leurs pieds; pleurons leur misère; compatissons à leurs souffrances: répandons des parfums sur leurs pieds, des consolations sur leurs peines et sur leurs infirmités, un baume adoucissant sur leurs douleurs essuyons-les de nos cheveux; donnonsleur notre superflu; et privons-nous des vains ornemens pour les soulager.
En même temps parfumons Jésus; laissons exhaler de nos cœurs de tendres désirs, un amour chaste, une douce espérance, de continuelles louanges. Et si nous voulons l'aimer et le louer dignement, louons-le par toute notre vie : gardons sa parole.
Disons-lui dans l'épanchement de nos cœurs ce que lui disoit saint Paul (1), qu'il nous est justice, sainteté, sagesse, rédemption, et toutes choses: comme il est dit aux Corinthiens. Disons-lui tout ce que dit le même saint Paul aux Colossiens (2).
Chantons-lui tous les doux cantiques que lui chante dans l'Apocalypse tout le peuple racheté : Ľ’Agneau qui a été immolé pour nous est digne de recevoir la vertu, la divinité, les richesses, la sagesse, la force, la gloire, la bénédiction (1). C'est ce que lui doit chanter toute créature: c'est là le parfum que nous répandons sur lui dans l'épanchement de
nos cœurs.
(1) Apoc. v. 12, 13. VII. 10, 11, 12.
LA DERNIÈRE SEMAINE
DU SAUVEUR.
HUIT jours se sont passés à considérer les approches de Jésus vers Jérusalem. Nous voilà enfin parvenus à cette dernière semaine, que nous nous sommes proposé de considérer.
Nous en partagerons les discours en deux. Premiè rement, nous lirons ceux qui ont été faits depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à la Cène. Secondement, nous lirons ceux que Jésus a faits à ce jour, qui est le plus remarquable, puisque ç'a été la veille de sa passion.
SERMONS
OU DISCOURS DE NOTRE SEIGNEUR, DEPUIS LE Dimanche des rameAUX JUSQU'A La cène.
PREMIER JOUR.
Entrée triomphante de notre Seigneur dans Jérusalem: il y est reconnu roi, fils de David, et le Messie. Joan. XII. 12- 20. Matth. XXI. I — 17. Marc. XI. I — 17. Luc. XIX. 28-48.
TOUTES ces lectures nous apprendront l'entrée triomphante de Jésus dans Jérusalem, ce qu'il y fit,
et ce qu'il y dit. La tradition de l'Eglise met cette entrée au premier jour de la semaine, qui est un dimanche, qu'on appelle pour cette raison le dimanche des Rameaux: Dominica in ramis Palmarum.
Quoique le premier avénement de Jésus-Christ, contre l'attente des Juifs, dût se passer en humilité, il ne devoit pas être destitué de cette gloire et de cet éclat que les Juifs attendoient. Cet éclat étoit nécessaire pour leur faire voir, que tout humble qu'étoit le Sauveur, et tout méprisable qu'il paroissoit selon le monde, il y avoit dans ses actions et dans sa personne de quoi lui attirer la plus grande gloire que les hommes puissent donner sur la terre, et jusqu'à le faire roi, si l'ingratitude des Juifs, et une secrète dispensation de la sagesse de Dieu ne l'eût empêché.
C'est donc ce qui parut à cette entrée, la plus éclatante et la plus belle qui fut jamais, puisqu'on y voit un homme, qui paroissoit le dernier de tous les hommes en considération et en puissance, recevoir tout d'un coup de tout le peuple, dans la ville royale et dans le temple, des honneurs plus grands que n'en avoient jamais reçu les plus grands rois. Voilà donc cet éclat dont nous parlons: mais le caractère d'humiliation et d'infirmité, inséparable de l'état du Fils de Dieu sur la terre, n'y devoit pas être oublié; et nous l'y verrons aussi, après que nous rons auparavant considéré le caractère de gloire et de grandeur.
Il faut donc savoir que le Fils de Dieu, quoiqu'il parût à l'extérieur le dernier des hommes, étoit né pour être roi de la manière du monde la plus admi