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Des croyances comme seul bagage
Lorsque les esclaves arrivent à Haïti en provenance de la côte ouest africaine (golfe du Bénin principalement), ils ne possèdent rien. Importés comme du bétail pour remplacer les amérindiens décimés, on les prive de tous leurs biens avant de les enchaîner à fond de cale pour leur faire traverser l'Atlantique. Mais parmi les choses que les colons espagnols et français ne peuvent leur enlever, il y a la religion.
Progressivement, en mélangeant des pratiques africaines ancestrales, quelques éléments empruntés aux habitants originels de l'île et le christianisme que les européens tentent de leur imposer, les esclaves créent un nouveau culte: le vaudou. Ils se réunissent à la nuit tombée, dans des lieux tenus secrets (champs, grottes, forêts, etc.) et, sur le rythme des tambours, dansent et psalmodient d'étranges chants.
Cérémonies et rituels
Les adeptes vénèrent un panthéon d'esprits, les loas, dominés par Dieu (ou le Grand Maître). Mais c'est bien aux esprits, intermédiaires entre l'humain et le divin, que le culte est rendu. Nombre d'entre eux correspondent à des Saints chrétiens. Papa Legba, un des principaux loas, est parfois représenté sous les traits de Saint-Pierre alors qu'Erzoa, esprit de l'amour, est assimilée à la Vierge Marie.
Lors de cérémonies tenues dans des temples dédiés au culte, les adeptes dansent autour d'un "poteau-mitan" par lequel les esprits accèdent au monde des mortels. Sur l'autel central sont disposés des offrandes spécifiques à chacun des loas. Le prêtre ou la prêtresse commence par invoquer un esprit puis lui sacrifie un animal. La cérémonie atteint son point culminant lorsque le loa prend possession du corps d'un des initiés, le menant jusqu'à la transe et créant un lien qui subsistera une vie durant.
Aujourd'hui comme hier
Aux temps de l'esclavagisme, ces croyances devinrent un point de ralliement pour des hommes et femmes venus d'horizons et de cultures parfois très différents. C'était pour eux une manière de faire front commun face à l'oppresseur blanc. Celui-ci comprendra d'ailleurs le danger qu'il y a à les laisser faire et tentera de les en empêcher. En vain. Difficile d'enlever à ces déracinés l'unique chose qu'ils possèdent, le seul lien qui les unit. Cinq siècles plus tard, le culte vaudou détermine encore de nombreux aspects de la société haïtienne.
Franck Sarfati, 8 décembre 2007
Sources: