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04/01/2012
Lance et anneau des Nibelungen, Bourguignons primitifs
On se souvient que la lance et l'anneau de saint Maurice étaient les symboles de la royauté de Bourgogne et qu'ils devinrent ensuite ceux des princes de Savoie. Saint Maurice, martyrisé à Agaune, était un Égyptien qui commandait une légion romaine et qui fut mis à mort parce que, dit la légende, il refusait de tuer des chrétiens sur l'ordre de l'empereur Dioclétien.
Selon les historiens, néanmoins, ce personnage n'a jamais existé. Il a été inventé par le roi de Bourgogne saint Sigismond pour sanctifier son trône. Or, rappelons que ce roi, quoiqu'il eût appris le latin avec saint Avit, archevêque de Vienne, avait pour langue maternelle le gotique - la langue des Bourguignons primitifs, appelés aussi Burgondes: ce sont ceux qui ont aussi fait l'objet du cycle légendaire fabuleux dit des Nibelungen.
L'opéra de Richard Wagner Der Götterdämmerung - Le Crépuscule des Dieux - évoque justement les Burgondes à l'époque où ils habitaient les bords du Rhin; saint Sigismond était censé descendre de ces grandioses personnages que la légende a fait meurtriers de Siegfried, lequel avait précédemment tué un dragon et pris le trésor des Nibelungen, les Êtres des Nuées - sortes d'êtres à demi divins qui vivaient au sein des éléments terrestres et avaient la faculté de changer d'apparence à volonté: ils rappellent les Elfes de Tolkien et les Singes enchantés du Râmâyana. Les anciens Grecs les appelaient Démons, et les chrétiens estimèrent que les dieux de l'Olympe, tels qu'on les concevait ordinairement, étaient au fond de leur race.
Le frère du roi Gunther, Hagen, était le fils caché d'un elfe, dit le texte islandais; et Wagner en fit le fils du Nibelung, méchant être démoniaque qui voulait se venger des Dieux en arrachant à Siegfried la pièce majeure du trésor des Nibelungen: l'Anneau. Hagen se munit d'une lance sur laquelle a été placé un vœu sacré qu'il dit avoir été trahi par Siegfried lorsqu'il a séduit la Walkyrie Brünnhilde en se faisant passer pour Gunther: car au lieu de l'amener vierge à celui-ci, il la lui a amenée déflorée, selon Hagen. La lance de celui-ci est un écho de la lance de Wotan - que Siegfried a brisée après avoir tué le Dragon, dans l'opéra qui porte son nom.
Ensuite, les Burgondes - ou Bourguignons -, invités par les Romains, se sont installés autour du lac Léman, dans l'ancienne Savoie. Et revoici l'Anneau et la Lance, chargés à l'origine de symboles enracinés dans l'ancienne tradition des Goths - Germains d'Orient -, et à présent vibrants de la légende de saint Maurice! Mais qui représente vraiment saint Maurice? Siegfried, martyrisé par Hagen au cours d'une chasse, alors qu'il n'avait pas commis, selon Wagner, le crime qu'on lui imputait? Ou un autre? Car Siegfried est aussi une figure de saint Georges et de l'archange saint Michel. Et l'empereur romain, descendant par César de Vénus, est lui aussi lié au Peuple des Nuées: les nuées qui s'épaississent aussi bien dans le grand Nord que sur le sommet du mont Olympe! Est-ce que d'ailleurs le mont Blanc, sommet de l'Occident, n'est pas tout près d'Agaune? Et les légendes locales disent qu'une reine enchantée y a vécu et régné: telle une Walkyrie, elle était d'argent, elle brillait dans sa demeure sublime, et des flammes l'entouraient, la séparant du monde des mortels; mais l'initié Siegfried les franchit, avant d'être trahi par Hagen - ou alors par Dioclétien, qui lui aussi défiait les dieux pour s'emparer de leur puissance magique, de leur puissance cosmique! Car saint Maurice, comme chrétien, franchissait la porte de feu, au cours de son initiation, pour rencontrer la reine des anges, la sainte Vierge. Et alors, me revient la sublime tirade chantée de Siegfried après avoir reçu son fatal coup de lance dans le dos: car je trouve Wagner grandiose, et les mots que prononce Siegfried au seuil de sa mort, bouleversants - surtout lorsqu'ils se prolongent dans la célèbre et divine Marche funèbre qui, pour ainsi dire, ouvre les portes du Ciel - où trône la Walküre. Car Siegfried, ayant bu un élixir que lui avait donné Hagen, avait oublié Brünnhilde - elle qu'un baiser de lui avait éveillée -, mais maintenant, il se souvient; et voici! il s'écrie: Qui t'a refermé les yeux, ô Sainte Promise?... Ô ces yeux maintenant ouverts pour l'éternité! Ô le souffle de l'haleine suave! Brünnhilde, bietet mir - Gruß! Les déesses du Ciel accueillent les héros!
Au fond de saint Sigismond, oui, il y avait cela. Dans les profondeurs de la Savoie primitive!