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On se permettra de trouver profondément navrante la polémique surgie autour de l’affiche du comité référendaire contre la rénovation du MAH, affiche réalisée par Exem et reprenant l’imagerie du Nosferatu de Murnau, en la détournant pour en faire une métaphore de la menace que ferait, selon les opposants, peser sur le bâtiment du MAH le projet – ou ce qu’il en reste – attribué à Jean Nouvel – dont on reconnaîtra les traits sous ceux de Nosferatu. D’aucuns ayant cru bon d’accuser le dessinateur de reprendre une imagerie d’extrême-droite des années trente, à contenu antisémite, on rappellera ce qui suit, histoire de faire un peu d’alphabétisation culturelle:
1) Le dessin d’Exem reprend donc l’imagerie du film de Murnau, Nosferatu. Un chef d’œuvre du cinéma allemand, du cinéma expressionniste, du cinéma fantastique – et du cinéma tout court, salué comme tel par les surréalistes. Le film date de 1922. Le nazisme n’est alors qu’un mouvement totalement marginal. Et Murnau est mort avant l’arrivée au pouvoir de Hitler et de sa bande, sans jamais en avoir été proche;
2) Le film et son réalisateur sont exemplaires de l’expressionnisme allemand. Ce courant culturel (essentiellement cinématographique, pictural, mais inspirant tous les autres champs culturels) est fondamentalement antifasciste et antinazi, et a été traité (et ses créateurs avec lui) comme manifestation de l’«art dégénéré» par les nazis.
3) Le Nosferatu de Murnau est une adaptation du Dracula de l’écrivain irlandais Bram Stoker. Le personnage central (Dracula/Nosferatu) du roman est lui-même inspiré d’un personnage historique, le voïvode roumain Vlad Tepes, dit «Vlad l’empaleur», dont le roman fait un homme se vengeant par le vampirisme (et l’éternité) de la douleur d’avoir perdu son épouse. Il n’y a aucun fond antisémite (ni évidemment fasciste ou nazi) dans le roman de Stoker, ni dans le film de Murnau – pas plus qu’il y en a dans le Frankenstein de Mary Shelley.
4) La figure du vampire a en effet été largement utilisée par les antisémites pour symboliser ce qu’ils voyaient en les juifs. Ou en les «bolchéviks». Mais elle a tout aussi souvent été utilisée par la gauche révolutionnaire pour symboliser les capitalistes… et par les antifascistes et les antinazis pour symboliser le fascisme et le nazisme. Le vampire, c’est l’ennemi, quel que soit l’ennemi. Le détournement d’une figure littéraire (ou cinématographique) à des fins de communication politique est une constante de l’histoire de la communication politique depuis 200 ans, tous courants politiques confondus.
5) Les procès d’intention reposent le plus souvent sur une ignorance crasse. Celui auquel il est fait allusion ici n’échappe pas à la règle.
6) Rien dans ce qui vient d’être écrit ne préjuge de la position de celui qui l’a écrit au sujet de l’enjeu du vote du 28 février (et de l’affiche des référendaires).
7) Procurez-vous le film de Murnau en DVD ou en téléchargement, et voyez-le, ou revoyez-le: c’est un pur chef d’œuvre…
* Conseiller municipal carrément socialiste en Ville de Genève.