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Dans le dernier épisode de cette bouleversante série, nous avons laissé Jean Levau, double terrestre du Génie d'or, alors que, écoutant le récit du clochard Michel Ritrard, il venait d'avoir eu la révélation qu'un mystère avait eu lieu à Noël, impliquant l'entité qu'il dédoublait. Puis il avait quitté ce témoin étonnant.
Sur le chemin du retour, il pleura. Il s'étonna d'avoir à ce point oublié le Génie d'or - l'être sublime qu'il accueillait -, qu'il ne s'était pas rendu compte, la nuit de Noël, d'une intervention qu'à travers lui il avait faite. Et, d'un autre côté, il était amer, de ce que son destin, qui le liait à ce Génie d'or, l'eût perdu aux yeux d'une femme qu'il désirait!
La fin de cette histoire était venue plus vite encore qu'avec Séverine Dalaton, et Jean se sentit maudit, puni par les dieux. Pourtant, il subissait les effets d'une grâce insigne. Comment pouvait-il penser le contraire? Son âme était profondément tourmentée.
Soudain, alors qu'il longeait une rue sombre, s'enfonçant dans les ténèbres à sa droite, il crut y voir briller quelque chose, qui attira son œil. Et il fut surpris de voir le Génie d'or, dans sa flamme dorée, au fond de la ruelle! Il semblait l'attendre. Il le regardait. Jean se dirigea vers lui.
Il admira une nouvelle fois sa beauté. Il était pareil à une ombre recouverte d'une armure dorée. Il avait vu, dans une église, une statue de saint Maurice, qui était semblable: on le représentait noir, mais avec une armure d'or, et des joyaux qui créaient des reflets d'arc-en-ciel. Tel était, sous les yeux de Jean Levau, le Génie d'or ce soir-là, au fond d'une ruelle obscure!
Lorsqu'il fut tout près, il distingua son impénétrable visage, couvert de son heaume, dont les yeux étaient pareils à des saphirs ovales, et luisaient devant eux, diffusant une clarté; à sa poitrine le rubis à la forme de flamme faisait pareil; à son poing le bâton céleste, couronné d'une émeraude, à son tour jetait une lueur dans l'obscurité. La cape du démon créait autour de lui une nuée de nuit profonde, sans étoiles; il semblait avoir pris sur lui l'éclat des astres, l'avoir capté et en avoir vidé le ciel.
Comme l'être ne parlait pas, Jean s'écria: Génie d'or, Solcum, qui était cet être que tu as combattu, l'autre soir, lors de la nuit de Noël? Et pourquoi, sur le moment, l'ai-je vécu comme un rêve, qu'ensuite j'ai longtemps oublié? Que s'est-il passé?
Or, voici ce que répondit le Génie d'or: Mon ami, tu dois savoir que, chaque année, à la même date, un esprit auguste prend corps sur Terre, venant d'une étoile, afin d'y répandre une secrète paix sur les cœurs. C'est un don d'un être puissant, que je ne puis te nommer. Il le fit aux hommes, en reconnaissance d'une action qu'ils avaient faite pour lui, et qu'ils ont oubliée depuis.
Ce vieillard que tes souvenirs te ramènent est cet esprit auguste, qui depuis sa main laisse tomber des flocons d'astre, des étincelles détachées du ciel qui viennent se fondre dans le cœur des hommes - mais aussi dans la terre, afin de préparer, dans les officines des profondeurs, le retour des fleurs, au printemps. Sans lui, bien des choses qui se déroulent sur terre, et dont les hommes se réjouissent, n'adviendraient pas. Les mortels, fous qu'ils sont, le considèrent comme un dû, une loi nécessaire, une mécanique à laquelle sont soumis les dieux, mais il n'en est rien: cela émane de leurs choix. Seule la grâce d'un être divin accomplit en vérité ces choses. Ce que les mortels prennent pour une nécessité n'émane que des esprits élémentaires qui obéissent sans pouvoir refuser à ces esprits supérieurs, que la cécité humaine ne distingue pas, et même nie. Ils regardent circuler une voiture automobile, et ne voient pas l'homme qui la conduit, croyant qu'elle suit des règles immuables.
Mais il est temps, ô lecteurs, de laisser là cet épisode déjà long. Les révélations du Génie d'or sur Fantômas continueront la fois prochaine!