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Ce sang n'est pas celui d'un poète. Mais celui de la vengeance, plat qui comme on le sait se consomme glacé. Face caméra, hirsute et hébété, sale et négligé, devant sa (?) voiture, tee-shirt et pantalon maculés de sang, le comédien Macon Blair semble entre expectative et hésitation. Il n'y a en tout cas aucune action décelable dans cette image, contrairement à ce que peuvent signifier tous les éléments qui la composent. Dans cette logique, Blue Ruin de Jeremy Saulnier est effectivement un film qui déjoue les a priori et les codes usuels de la représentation. Sous les apparences du film de genre (polar ou horreur), cette production est d'abord un film dramatique, qui brode sur le motif de la vengeance pour mieux en désamorcer les ressorts. Il contient même une forme d'humour très froide et distancée qui se niche au sein de séquences plus dures mais à la violence plus contenue que ce que ce plan laisse sous-entendre. En 2013, on découvrait Jeremy Saulnier à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes avec ce Blue Ruin inclassable à plus d'un titre. Cette année, ce réalisateur américain indépendant y a présenté son nouvel opus, Green Room.
Blue Ruin passe actuellement aux Cinémas du Grütli.