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Le Japon, pays hôte
En 1964, Tokyo est la plus grande ville du monde, avec 10 millions et demi d’habitants. Le Japon a fait des investissements considérables en vue d’accueillir ces Jeux olympiques et achever d’effacer les stigmates de la Seconde guerre mondiale. A Tokyo, les quartiers ultra-modernes, les métros monorail côtoient les habitations traditionnelles à toit plat et les ruelles étroites. La ville offre un contraste saisissant entre tradition et modernité.
Destination Tokyo
Les Jeux olympiques se déroulent du 10 au 24 octobre 1964. Quelques semaines auparavant, la TSR organise l'opération Destination Tokyo, un grand concours d'athlétisme qui s'adresse aux jeunes Romands âgés de 18 à 19 ans. Le vainqueur se verra offrir un séjour tous frais payés à Tokyo pour assister aux compétitions. Le 16 septembre 1964, 60 jeunes athlètes sont réunis au stade de Vidy à Lausanne pour les éliminatoires. En arrière-fond, on remarque les installations de l'Exposition nationale. Au programme : lancer du poids, saut en hauteur, course à pied sur 100 et 1000 mètres.
Quelques jours plus tard, les 5 meilleurs participent à la finale qui se tient au centre national de sport de Macolin. La victoire revient à un Valaisan, Freddy Delaloye. Clin d'oeil à l'actualité: le jeune athlète se fait vacciner en direct contre la variole, un vaccin obligatoire pour qui veut se rendre au Japon.
Freddy Delaloye [RTS]
La délégation suisse aux Jeux olympiques de Tokyo
Quelques jours après leur arrivée sur le site olympique de Tokyo, la délégation suisse, forte de 66 athlètes, est invitée à commémorer, dans le temple bouddhiste de Shanagawa, une cloche au destin particulier. Dérobée au 19e siècle, cette dernière fut en effet retrouvée dans le parc du Musée de l'Ariana. En 1930, la Ville de Genève la restitue au Japon. 34 ans plus tard, au moment des Jeux olympiques, la communauté bouddhiste remercie les représentants de la Suisse et les invite à faire sonner la fameuse cloche.
Petite incursion dans le village olympique, situé dans le quartier du Yoyogi. On découvre quelques-uns des bungalows accueillant la délégation helvétique. Là, les sportifs se préparent, se reposent, se détendent. Les organisateurs japonais ont imaginé un système de vélos en accès libre. Une manière pratique et innovante de se déplacer.
Henri Chammartin, le roi du dressage
Officiant comme dresseur de chevaux pour la cavalerie suisse, le sergent-major Henri Chammartin connaît bien l'ambiance des Jeux olympiques. Médaillé d'argent en dressage par équipe à Helsinki en 1952, il obtient le bronze dans la même discipline aux Jeux de Stockholm quatre ans plus tard. A Tokyo, à l'âge de 46 ans, il remporte l'unique médaille d'or helvétique lors de l'épreuve de dressage individuel, avec son cheval Woermann. L'émission Carrefour le rencontre quelques jours après son retour en Suisse. L'occasion de voir le cavalier et sa monture à l'oeuvre et d'entendre le récit de l'exploit.
Les cavaliers suisses vont également se distinguer lors du concours de dressage par équipe. Henri Chammartin et ses camarades Gustav Fischer et Marianne Gossweiler, unique femme de la délégation suisse, se voient décorés d'une belle médaille d'argent.
Henri Chammartin (à gauche), Marianne Gossweiler (au centre) et Gustav Fischer (à droite) composent l'équipe suisse de dressage aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 [Reuters]
Du bronze en aviron pour Gottfried Kottmann
Né à Zurich en 1932, Gottfried Kottmann n'est pas non plus un débutant. De 1954 en 1959, il est chaque année monté sur les podiums des Championnats d'Europe d'aviron. Aux JO de Tokyo, le sportif de 32 ans décroche la médaille de bronze dans l'épreuve en solo de skiff. Le bonheur de l'athlète sera de courte durée. Quelques semaines plus tard en effet, le 6 novembre 1964, Gottfried Kottmann meurt tragiquement en se noyant dans le Rhin lors d'un exercice militaire.
Gottfried Kottmann, médaillé olympique aux JO de Tokyo en aviron [RTS]
La surprise Eric Hänni
C'est aux JO de Tokyo que le judo devient une discipline olympique. La médaille d'argent du delémontain Eric Hänni en catégorie poids léger constitue la grande surprise suisse de ces Jeux olympiques.
Le judoka Eric Hänni fêté à son retour des Jeux olympiques de Tokyo en 1964. [RTS]
Hänni est le représentant type du sport amateur. Mécanicien de profession, il travaille plus de 9 heures par jour, tout en consacrant trois heures quotidiennes à l'entraînement. Sans soutien financier, il n'a pu payer son voyage à Toyko que grâce aux soutiens de ses amis, qui ont organisé une collecte. Une fois sur place, il se retrouve seul, sans entraîneur ni lieu d'entraînement assuré. Dans un entretien réalisé après son retour en Suisse, le judoka raconte comment il a pu compter sur le soutien du Néerlandais Anton Geesink, une star du judo européen de l'époque.
De 1964 ...à 2021
Les Japonais accueillent la délégation suisse participant aux JO de Tokyo [RTS]57 ans ont passé depuis les premiers JO de Tokyo. Alors que la capitale nippone s'apprête à ouvrir à nouveau ses portes à la compétition, mais sans public à cause du risque sanitaire, le sport olympique a connu des évolutions profondes. La pratique s'est largement professionnalisée, l'entraînement et la gestion des performances sont quasiment devenus des sciences exactes. Côté suisse, la délégation, avec ses 116 athlètes, a presque doublé et la parité hommes-femmes est proche d'être réalisée, puisque 55 femmes contre 61 hommes seront du voyage à Tokyo.
Sophie Meyer pour Les Archives de la RTS