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Culte des 4 et 5 novembre 2017
Lecture de 1 Corinthiens 3 : 4 à 11 + 16
4Quand l’un déclare : « Moi, j’appartiens à Paul », l’autre : « Moi à Apollos », n’agissez-vous pas de manière tout humaine ? 5Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez été amenés à la foi ; chacun d’eux a agi selon les dons que le Seigneur lui a accordés. 6Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui faisait croître. 7Ainsi celui qui plante n’est rien, celui qui arrose n’est rien : Dieu seul compte, lui qui fait croître. 8Celui qui plante et celui qui arrose, c’est tout un, et chacun recevra son salaire à la mesure de son propre travail. 9Car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu, et vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu. 10Selon la grâce que Dieu m’a donnée, comme un bon architecte, j’ai posé le fondement, un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit. 11Quant au fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place : Jésus Christ. 16Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?
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Ré-écriture de 1 Corinthiens 3 : 4 à 11 + 16
4 Quand l’un d’entre vous affirme sans hésiter « moi je suis évangélique » et que l’autre déclare avec fierté « Luther, c’est la base » ou « Calvin, ça c’est du sérieux », ne confondez-vous pas le courant des fleuves et leur source ?
5 Qu’est-ce donc que le courant évangélique ? Qu’est-ce que le courant réformé ou le courant luthérien ? Qui sont les catholiques ou les orthodoxes ? Des courants, des fleuves, plus ou moins forts, tous désireux de conduire et de se jeter dans la mer.
6 Moi, j’ai mené à tel fleuve, un autre a conduit en eaux profondes, mais c’est Dieu qui irrigue les terres asséchées.
7 Celui qui situe tel fleuve compte peu, celui ose mener en eaux profondes ne sert à rien si le fleuve est à sec : Dieu seul compte, lui qui est source et mer, en amont et en aval de tous les fleuves
8 Celui qui situe tel fleuve et celui qui conduit en son milieu, c’est tout un, et chacun sera remercié pour son engagement.
9 L’un et l’autre collaborent aux côtés de Dieu.
Pour le dire tout cela autrement, vous êtes la start-up de Dieu, son réseau de relations.
10 Selon la grâce que Dieu m’a donnée, comme un bon communicateur, j’ai lancé beaucoup d’invitations. Je n’ai jalousement gardé aucune de mes expériences. Je les ai partagées. Vous les avez reprises et développées. Mes amis sont devenus les vôtres. Ainsi se crée la communauté vivante.
11 Quant au point commun de toutes ces relations, il n’y en a point d’autre que celui qui devient le proche de chacun : Jésus, visage de Dieu.
16 Ne savez-vous pas que vous êtes un loft, cet espace ouvert, sans frontière, où s’engouffre le souffle saint?
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Prédication à 3 voix
Et vous ! Quelle sorte de chrétiens êtes-vous ? Quelles sont les figures qui vous portent, qui vous inspirent ? Quand vous pensez à la manière de vivre votre foi, à qui aimeriez-vous ressembler ? Aujourd’hui, on ne se situe plus par rapport à Paul ou Apollos… pas plus qu’on ne se réclame spontanément de Luther, Calvin, Zwingli ou Viret.
Aujourd’hui, on se réfère peu à ces hommes-là. Mais le christianisme reste pluriel et nos sources d’identification variées : Martin Luther King, Nelson Mandela, Sœur Teresa, Mère Sofia, Saint-François d’Assise, Dietrich Bonhoeffer, ses parents, un ami, une pasteure, un voisin…
…
Quand on est “du dedans“, quand on se dit “pratiquants », les attachements, les modèles, les nuances, ça compte ! Vous savez, comme moi, qu’entre protestants, catholiques, orthodoxes ou évangéliques, il y a des différences ; de sacrées différences ! Ce n’est pas pour rien que vous êtes ici, en ce jour anniversaire de la Réformation. Après une série de 40 prédications tentant de dire l’actualité de la Réforme au 21ème siècle.
Mais c’est vrai aussi que pour beaucoup aujourd’hui, le christianisme est une nébuleuse. La religion n’a plus la même place dans la vie sociale et individuelle qu’il y a quelques décennies. Tous les chrétiens ne sont pas d’accord sur tout. Beaucoup ne sauraient dire aujourd’hui ce qui rapproche tous les chrétiens et ce qui les distingue. Comme conseillère synodale, j’entends de plus en plus de personnes qui attendent dans notre canton une présence et un témoignage chrétiens, les nuances confessionnelles paraissant secondes.
Parfois ça me réjouit. Car ce qui nous rapproche peut être plus fort que ce qui nous divise. D’autres fois, ça me froisse, parce que si je suis tant attachée à ma foi réformée c’est bien parce qu’elle est différente des autres. Je remercie les réformateurs car je ne sais pas si un autre christianisme m’aurait parlé pareillement. Les fleuves ont beau tous conduire à la mer, autant choisir son courant. C’est réformé, comme réflexe. La liberté, l’individu, la responsabilité personnelle. Avec toutes les questions que cela pose au niveau de la cohésion communautaire. Je dis que c’est réformé comme attitude, mais pas seulement…
Dans cette nébuleuse du christianisme dont tu parles, Line, et après tous ces thèmes de prédication dont certaines nous ont enrichis, d’autres pris la tête, je me pose toujours et encore une question ; la question des questions dans la tradition rabbinique.
« Près de sa fin, Rabbi Zousya prononça ces paroles : dans le monde qui vient, la question qu’on va me poser, ce n’est pas pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? Non La question qu’on va me poser, c’est pourquoi n’as-tu pas été Zousya ! »
Dans le monde qui vient, la question qu’on va me poser, ce n’est pas pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? Non La question qu’on va me poser, c’est pourquoi n’as-tu pas été toi ! »
C’est vrai qu’un jour moi aussi j’aurai à répondre de moi. Vous aussi, vous aurez à répondre de vous bien plus que des autres.
Mais n’est-ce pas déjà chaque jour que j’ai à répondre de moi ? de ma foi ? de mon engagement ? de ma capacité à témoigner ? Et que vous avez, chacune-chacun, à répondre de la vôtre ?
Paul le dit avec force : Si Dieu est à l’orgine et à l’horizon de toute vie, il a de tous temps eu besoin -envie même- d’être “personnifié“. Au-delà de son incarnation en Jésus, Dieu se donne à rencontrer à travers vous, à travers moi, à travers tant d’autres… hommes, femmes, enfants, de tous lieux, de tous temps qui sont ses relais vivants pour que l’amour qu’il porte à l’humanité éclate et rayonne sur toute la terre.
Mais Paul rappelle aussi avec force qu’au-delà de nos personnes, il y a une seule source ; il y a un fondement unique. Ne perdons pas cela de vue. La source tout comme le fondement sont là, bien avant moi. Je n’ai pas à m’y substituer. Je peux et je veux y renvoyer, humblement. Je veux permettre que l’eau circule ; que la pierre angulaire continue à soutenir la construction ; que la porte du temple reste ouverte à ceux qui pensent comme moi et à ceux qui me décentrent ; j’ai à être moi-même, enthousiasmée -c’est-à-dire remplir du souffle de Dieu. Sachant que je suis un courant parmi d’autres qui part de la source et conduit en eaux profondes. Ça vous parle ? Etre un courant parmi d’autres ?
Qu’est-ce que, pour moi, être chrétien, protestant, et protestant réformé aujourd’hui ? dans ma vie personnelle. Un témoignage en « je ». C’est bien cela ?
Pour entrer dans cette question, il faut que je vous raconte une petite histoire personnelle. C’était il y a bien longtemps, un peu moins de quarante ans, alors que j’étais étudiant en à la faculté de théologie de Paris, j’ai vécu une expérience à la fois intellectuelle et spirituelle étonnante.
Nous étions en train d’étudier les confessions de foi du XVIe, comparant celle des anabaptistes (ancêtres de nos modernes évangéliques) et celles celles provenant de Luther, Calvin et Zwingli. Dans cette comparaison, j’ai tout à coup pris conscience que mon salut, ma destinée, étaient entre les mains de Dieu et non entre les miennes. Dit autrement : je peux arrêter de croire (douter), mais Dieu, lui, continue de croire en moi.
Comme le dit 2Tim 2/13, « si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même ».
Ceci a profondément bouleversé ma manière de croire et de vivre.
Auparavant j’essayais d’être au plus juste, au plus près de ma conscience, faisant très attention à ce que ma foi soit vivante, que je sois « réveillé » et ceci chargeait mon existence me remplissaient de soucis et ne me laissait pas tranquille.
J’ai vécu en quelque sorte, mais bien sûr de manière bien plus modeste, un peu de ce que Luther a vécu dans ce qu’on appelle « l’expérience de la tour », cette prise de conscience du Réformateur de Wittenberg que c’est la foi qui justifie, et non pas les œuvres.
Pour moi, bien sûr, il ne s’agissait pas de me reposer sur mes œuvres mais de me reposer sur ma foi.
Ce jour-là, j’ai compris et réalisé intérieurement que ma vie reposait sur Dieu, en Dieu, que c’est lui qui « tient mes destinées dans sa main », comme dit le psaume. Et ma vie en a été profondément modifiée. Réorientée.
Ça c’est passé sur pas mal de plans :
La première chose, c’est que cela a dégagé du temps. Au lieu de sans cesse m’ausculter pour tenter d’être au top du bon chrétien, j’ai pu m’intéresser à autre chose…
- Je commencerai par le rapport à la Bible, aux Ecritures. Au lieu d’y voir un recueil de sentences à mettre en œuvre quasi directement, j’y ai peu à peu vu le récit d’hommes et de femmes mis en route par Dieu, auxquels je pouvais m’identifier…
- Je continuerai par le rapport au monde… Au lieu d’y voir le lieu du mal et de la mort (ce que j’avais appris dans mon jeune âge), j’y ai vu celui du lieu où peut commencer à se manifester le Royaume de Dieu… Toute la question de la justice, du partage, et plus tard, vous le savez, de l’écologie et du rapport au créé…
- Puis mon rapport à la culture, à la connaissance. Au lieu d’être le lieu du mal et de l’erreur, j’y ai perçu celui de la quête humaine à se comprendre elle-même. Au lieu d’être une menace, elle est devenue la possibilité d’un enrichissement ! Les fameux « maîtres du soupçon » : Freud Marx et Nietzsche sont devenus des puissants moyens de réfléchir à la manière de bien croire, de bien vivre…
- Mon rapport au corps et la Psychè. Au lieu, lui aussi d’être fui, est devenu le lieu de la révélation et de la présence divine (corps, temple de l’Esprit Saint…).
Bible, monde, culture, corps… Autant de lieux qui éclairent tant soit peu la spécificité de positions protestantes réformées dans le concert des dénominations, confessions et religions…
Maintenant, j’en reviens à vous. Et je vous le redemande : quels croyants êtes-vous ? Comment vivez-vous concrètement votre foi ? Comment en témoignez-vous ?
Vous connaissez sûrement ces mots que nous prions parfois dans notre Eglise.
Seigneur,
Tu n’as pas d’autres mains que nos mains pour faire du bien.
Tu n’as pas d’autres yeux que nos yeux pour regarder avec bienveillance.
Tu n’as pas d’autres bouuches que nous bouches pour dire des mots qui relèvent.
Tu n’as pas d’autres cœurs que nos cœurs pour aimer avec tendresse.
Tu n’as pas d’autres compagnons que nous pour faire goûter ton Royaume aujourd’hui.
Comment vous y prenez-vous ?
Qu’est-ce qui fait que vos proches, vos voisins, vos collègues de travail se disent : « Les réformés vaudois, il en fait partie, elle en est ! … ça se voit et ça donne envie ! »