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De nombreuses études observationnelles ont démontré un lien entre pollution de l’air et mortalité, associée notamment aux maladies cardiaques ischémiques chroniques, avec plus de trois millions de décès attribuables chaque année dans le monde à la pollution, selon l’étude Global Burden of Disease de l’OMS. Concernant les événements cardiaques ischémiques aigus (événements cardiaques aigus (ECA), infarctus et angor instable), l’effet de la pollution n’est par contre pas bien évalué. Les auteurs de cette grande étude collaborative européenne, baptisée projet ESCAPE, ont comparé les niveaux de pollution de l’air (particules solides, suies et oxydes d’azote) avec l’incidence d’ECA, dans onze cohortes européennes représentant plus de 100000 habitants de cinq pays, enrôlés entre 1997 et 2007 et suivis plus de onze ans. Le niveau d’exposition aux polluants a été estimé par un modèle complexe, basé sur des mesures répétées en des sites multiples, prenant en compte notamment des paramètres liés au trafic automobile, au niveau d’industrialisation, à l’aménagement urbain et à la densité de population. L’association entre ECA et niveau de pollution a quant à elle été estimée en se basant sur un modèle statistique incluant de nombreux facteurs confondants potentiels et des éléments déterminant le risque individuel de chaque participant. Enfin, de multiples analyses statistiques ont été conduites, afin de tester la robustesse des résultats et d’affiner les conclusions. Sur ces bases, les auteurs ont démontré une augmentation significative de 12 à 13% du risque d’ECA, associée à une exposition prolongée à des niveaux de particules fines et intermédiaires (l2,5 μm et l10μm) inférieurs aux seuils de tolérance usuels européens.
Commentaire: Ces données confirment deux études observationnelles plus anciennes, et montrent que la pollution de l’air, en particulier les particules solides rejetées par le trafic automobile et par l’activité humaine, est responsable d’une augmentation significative des ECA. Même si de nombreuses faiblesses méthodologiques peuvent être relevées, elles sont inhérentes à ce type d’études observationnelles dans lesquelles le niveau d’exposition au risque, la mesure de l’issue d’intérêt et la prise en compte des facteurs confondants sont le résultat d’évaluations modélisées compliquées, et donc discutables… On peut cependant affirmer qu’il s’agit là de la meilleure preuve possible (best evidence) et que ces résultats doivent être pris en compte dans la gestion du risque populationnel lié à la pollution de l’air. Ils imposent clairement des mesures de santé publique visant non seulement à diminuer les valeurs limites de tolérance (régulièrement dépassées!), mais surtout à diminuer la concentration des polluants dans l’air. Ou alors à vos masques!