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Répercussions
Deux personnes se rencontrent: si les circonstances sont favorables, une relation va naître qui les transformera toutes les deux. Ou encore: deux véhicules se rencontrent; s’ils s’approchent trop l’un de l’autre, il en résultera un dommage matériel. En langage philosophique, cela donne: si deux objets entrent en relation, cela peut entraîner la création d’un troisième objet qui a un effet rétroactif sur les deux premiers. Le fait que ce troisième objet soit matériel ou abstrait ne joue aucun rôle.
L’assemblage dans la construction en bois se comporte d’une manière semblable: si deux barres se joignent, elles se transforment toujours et le «nœud» qui en résulte est plus que la somme des éléments qui le constituent. Ceci est valable aussi bien pour les assemblages de charpenterie que pour ceux d’ingénierie. Même quand il ne s’agit que d’un façonnage des extrémités des barres, le nœud qui résulte de cette «relation» forme une troisième entité nouvelle.
L’époque moderne n’a tenu compte de cette circonstance qu’unilatéralement en faveur du nœud. A croire que son intérêt pour le côté «matériel» a plutôt isolé que rapproché les choses les unes des autres. Le vide s’est installé entre les nœuds. L’époque moderne connaît bien évidemment d’autres exemples. Jean Prouvé par exemple, le maître français des tôles formées par compression, avait intériorisé le principe expliqué plus haut de la multiplication rétroactive. Ses projets sont autant de leçons sur l’adaptation réciproque et l’interpénétration formelle d’éléments de construction.
Il aura fallu presque un demi-siècle pour qu’on atteigne à nouveau un degré d’intégration de ce niveau, mais avec des baguettes en bois à la place des tôles métalliques. On remarque que les joints en bois gagnent de plus en plus en qualités plastiques, qualités pas très éloignées de celles qu’on obtient par façonnement artisa-nal, grâce à la fabrication par CNC et au vu des réductions de budget en CO2. Dans la structure constructive, à côtés des nœuds, les barres réclament aussi à nouveau l’attention des constructeurs. Les sections distendues des poutres du toit du siège de l’entreprise Max Felchlin AG, qui nous a inspiré pour ce cahier, montrent très bien que les forces qui agissent dans des liaisons complexes façonnent aussi les barres. Nous avons reçu la nouvelle de la mort de Marcel Meili quand nous étions plongés dans l’étude de cette construction novatrice. Nous rendrons hommage à son œuvre dans notre prochaine édition. — Tibor Joanelly, Roland Züger