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Il s'occupait par le passé des garçons avant de gérer des équipes de filles. Aujourd'hui, «Charly» Grütter maîtrise parfaitement les différences.
Ce Soleurois de 57 ans n'a pas seulement l'habitude de coacher des footballeuses – il a dirigé plusieurs équipes masculines tout au long de son parcours. Aujourd'hui, Charly Grütter connaît parfaitement les différences entre les deux sexes et nous en parle dans cette interview.
Vous êtes l'entraîneur des joueuses d'YB, sélectionneur de l'équipe nationale suisse féminine M15 et travaillez à temps plein comme conseiller en placement dans une banque à Aarau. Vous roulez quatre fois par semaine de Aarau à Berne. Qu'est-ce qui vous motive à ce point dans le football féminin bernois?
Charles Grütter: Cela n'a rien à voir avec la ville de Berne, mais bien avec le football en lui-même. Le football occupe une grande place dans ma vie. YB dispose d'une structure professionnelle qui me plaît beaucoup. Nous avons la possibilité de jouer et de nous entraîner régulièrement au Wankdorf. Voilà 42 ans que je suis sur les terrains de football pratiquement tous les soirs; d'abord comme joueur, puis comme entraîneur. Pour moi, le trajet n'est pas un obstacle tant que l'ensemble est cohérent.
Combien de crises de couple avez-vous surmontées à cause de tout ça?
(il rit) Ma femme et moi nous sommes mariés dans ces conditions. A l'époque, je jouais en ligue nationale, aux Old Boys Bâle. Mon épouse est donc habituée à ce que je parte directement à l'entraînement après le travail et que je rentre tard le soir.
Vous avez dit un jour que les femmes sont nettement plus reconnaissantes que les hommes, mais qu'elles sont moins ambitieuses. Etes-vous toujours du même avis?
Les femmes sont extrêmement reconnaissantes. Par exemple, lorsque le gazon est trop haut, certains footballeurs se plaignent en disant que le terrain est impraticable. Les femmes le voient de manière totalement différente. Elles accorde davantage de valeur à des entraînements de qualité et bien organisés. Même si elles n'ont qu'un demi-terrain à disposition, elles sont contentes.
Nous retrouvons Charles Grütter dans un court instant, après une petite pause publicitaire:
Revenons à notre interview.
Qu'est-ce qui vous fait dire que les femmes sont moins ambitieuses?
Il y a des femmes qui pensent que signer un contrat professionnel leur rapportera des millions sur leur compte en banque. Mais cela ne correspond pas du tout à la réalité. J'essaie de leur montrer les aspects positifs, d'autres ambitions possibles à titre personnel. Avec un contrat professionnel à l'étranger, par exemple, elles peuvent apprendre une nouvelle langue, se constituer un réseau ou effectuer un semestre à l'étranger. Ces avantages sont très précieux et ne doivent pas être comparés à une grosse somme d'argent.
Pourquoi dites-vous cela?
On ne peut pas se permettre de se présenter à l'entraînement cinq fois par semaine, de terminer sa carrière à 25 ans et de s'en contenter. Tous ces jours sacrifiés pour l'entraînement et les matches doivent servir à quelque chose. Elles doivent se rendre compte qu'elles peuvent en bénéficier - de manière différente que les hommes, bien sûr. Il ne sert à rien de comparer les carrières.
Comment faites-vous pour transmettre ce message au sein de votre équipe?
Avec des exemples comme celui de Carola Fasel, qui est passée l'été dernier de YB à Nancy. Aujourd'hui, elle apprend une nouvelle langue, elle étudie là-bas et elle apprend à connaître une nouvelle culture. Si l'on prend le cas de grands noms comme Alisha Lehmann, Ramona Bachmann ou Noëlle Maritz, toutes ces joueuses ont aussi débuté en Suisse. Je sais qu'il s'agit d'un processus progressif et qu'il faudra certainement encore quelques années pour retrouver une telle ambition chez les jeunes. Mais j'y crois. Je ne cesse de de dire à mes collègues à la banque qu'ils devraient investir dans le football féminin. L'avenir est prometteur.
Vous voilà bien optimiste, non?
J'en suis conscient, mais cela ne sort pas de nulle part. J'ai eu la chance de travailler avec l'équipe nationale féminine M16 pour la première fois il y a cinq ans. Sur cinquante joueuses que nous suivions, vingt faisaient partie de la présélection. Aujourd'hui, en comparaison, il y a 200 jeunes joueuses que nous prenons en considération dans notre scouting. La qualité et l'intérêt ont massivement augmenté.
Vos yeux brillent lorsque vous parlez de football féminin. Qu'est-ce que vous appréciez particulièrement dans votre travail avec une équipe féminine?
Les femmes font preuve d'un engagement remarquable à l'entraînement. Je peux compter sur elles, peu importe le trajet qu'elles ont effectué pour venir. Les séances sont toujours très agréables. Après des fautes ou des erreurs, elles continuent de jouer sans perdre de temps à discuter. Je précise ici que nous faisons exactement les mêmes séances d'entraînement, schémas de passes et exercices que les hommes. Mais il ne faut pas comparer les deux sexes. Les femmes ont des capacités physiques et mentales différentes. Elles doivent faire face à des problèmes que l'on ne peut pas ignorer.
J'imagine que vous parlez des menstruations.
Absolument, il est important de briser ce tabou. Une joueuse m'a dit un jour à l'entraînement: «Ne me parle pas, j'ai mes règles.» Cela faisait plusieurs jours qu'elle n'était pas dans son assiette. Ce cas m'a fait réfléchir. J'étais impatient d'en savoir plus et j'ai suivi une formation. Aujourd'hui, nous en sommes même arrivés au point où les joueuses nous en parlent d'elles-mêmes. C'est une étape importante. D'autres clubs, comme Chelsea, utilisent une application pour savoir quelles joueuses peuvent être sollicitées au maximum ou non. Ces données sont utilisées pour préparer les séances individuelles.
N'est-ce pas difficile de gérer 24 femmes à la fois?
Non. Mais il y a plusieurs défis. Par exemple, la manière dont elles font face aux critiques. Il ne faut surtout pas critiquer vertement des joueuses en présence de toutes les autres. Je dois communiquer cela de manière individuelle et dans le calme. Sinon, l'entraîneur court le risque que la moitié de l'équipe se retourne contre lui. Mes joueuses sont elles-mêmes très critiques, mais pas devant les autres. Je pense que cet aspect va changer, car les joueuses évoluent toujours davantage. D'une manière générale, la concurrence est de plus en plus rude et le championnat gagne en qualité.
Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps?
Certaines femmes ont accepté un rythme trop faible ces dernières années. Lorsque j'étais entraîneur à Aarau, en LNB, il n'y avait pas d'entraînement pendant la pause de l'équipe nationale. Les joueuses disaient que cela avait toujours été comme ça. J'ai aussi dû préciser, avant le camp d'entraînement, qu'il ne fallait pas considérer ce stage comme une colonie de vacances ou un séjour de bien-être, mais que nous y allions en premier lieu pour nous entraîner et nous améliorer sur le plan sportif.
Imaginons que Pep Guardiola quitte Manchester City parce qu'il veut se consacrer au football féminin en tant qu'entraîneur. Quel conseil lui donneriez-vous?
(il rit) Mon principal conseil à Guardiola serait de prendre les femmes telles qu'elles sont, avec leurs qualités et défauts. Ce n'est qu'ainsi qu'il sera apprécié par l'équipe et qu'il ressentira beaucoup de joie dans son travail avec les joueuses. S'il y parvient, il ne voudra jamais revenir au football masculin.