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Objet : artisanat (sidérurgie, production de charbon de bois, production de chaux)
Datations : Bas Moyen Age, époque moderne
Fouilles : 1995-1996, Service archéologique du canton de Berne (SAB)
Collections : SAB, Berne
En automne 1995, dans le cadre des travaux préliminaires au percement de la galerie du Raimeux
(A16), le SAB a mis sur pied une campagne de sondages à la Combe Chopin. Ces travaux ont révélé l'existence de différentes structures qui témoignent d'activités préindustrielles médiévales et modernes : bas fourneau à réduction de minerai de fer, places à charbon et fours à chaux.
Four à fer
Un bas fourneau à réduction de minerai de fer est implanté dans le flanc nord d'un monticule naturel peu élevé qui a été creusé sur une profondeur de quelque 40 cm. La construction a été placée à l'intérieur de ce creusement : elle est constitué d'un épais manteau de moellons calcaires assez bien préservé, formant une couronne circulaire massive de 230 cm de diamètre extérieur. L'élévation conservée atteint environ 50 cm, alors que la hauteur initiale devait arriver à quelque 200 cm. A l'origine, le fourneau avait l'aspect d'un cône tronqué. Plusieurs rechapages permettent d'établir l'emploi de cette structure sur le moyen ou le long terme. Elle utilisait sans doute un tirage naturel, à l'image de plusieurs autres fours jurassiens attestés à la même période.
Le minerai utilisé se présentait sous la forme de grains ferreux arrondis appelés pisolithes. Il n'était pas extrait dans la proximité immédiate du site, mais provenait vraisemblablement de la vallée de Delémont, sachant que son accès était bien aménagé. Les analyses quantitatives proposent une production globale d'environ 2880 kg de fer pour 10560 kg de matière première (pisolithe) s'étalant sur toute la durée d'exploitation.
Le choix de l'implantation du bas fourneau est vraisemblablement motivé par sa proximité avec les ressources en combustible, bien qu'aucune trace de charbonnière contemporaine n'ait été documentée à proximité.
Les tessons de poterie découverts autour du fourneau et les datations C14 permettent de situer son fonctionnement entre le XIe et le XIIIe siècle de notre ère. Ce type de fourneau, connu dans l'ensemble de l'arc jurassien, apparaît à l'époque romaine et perdure (avec quelques modifications) jusqu'au XVIe siècle environ, époque à laquelle il est remplacé par le haut fourneau.
Charbonnières
Les places à charbon étaient matérialisées par des taches charbonneuses de 8 à 9 m de diamètre. Quatre charbonnières ont été fouillées à la Combe Chopin, mais on ne peut exclure qu'une même place ait été utilisée à plusieurs reprises, puisqu'un rythme régulier pouvait être observé, dans la limite des ressources en bois. L'hiver était habituellement réservé à la coupe, alors que l'érection des meules de bois puis leur combustion se déroulait en général durant les mois de juin à septembre, époque où elles risquaient le moins d'être dégradées par le mauvais temps. Le charbon ainsi obtenu pouvait donc rapidement être utilisé, sans doute par les exploitations sidérurgiques de la région.
Les datations C14 obtenues renvoient aux XVe-XIXe siècles, ce qui correspond à une période d'exploitation intensive des forêts jurassiennes que l'on peut mettre en relation avec diverses productions proto-industrielles (sidérurgie, verrerie, production de chaux), sachant la valeur calorifère remarquable du charbon de bois.
Fours à chaux
Trois fours à chaux ont été dégagés. Deux d'entre eux sont très proches sur le plan typologique : ils ont une forme circulaire de 400 cm de diamètre environ, pour un volume de chargement de 40 à 60 m3
, ce qui les rattache à la catégorie des grands fours. Le troisième est assez semblable mais a une forme ovale un peu plus petite (diamètre de 260-290 cm).
Le manteau de ces installations est constitué de gros moellons liés par de l'argile et ils ont une chambre de chauffe plane. Dans les deux premiers cas, la gueule, constituée de grandes dalles calcaires posées de champ, était encore en partie conservée.
Les fours à chaux sont destinés à transformer le calcaire en chaux par combustion. Le produit ainsi obtenu était utilisé pour la construction de bâtiments ou de routes, mais également dans le cadre de la sidérurgie, puisqu'elle permet l'évacuation des scories en faisant office de liant.
Les deux plus grands fours remontent vraisemblablement au XIXe siècle. Quant au troisième, son utilisation s'inscrit dans une large fourchette, allant du XVIe au XIXe siècle.
L'installation à Roches de charbonnières et de fours à chaux s'expliquent par la présence de matière première abondante à proximité immédiate (bois, roche calcaire idoine) et sans doute aussi par l'essor de l'industrie du fer dans la région delémontaine entre le XVIIe et le XIXe siècle (hauts fourneaux à Courrendlin et Choindez). En effet, nous avons pu entrevoir leur rôle respectif dans le processus de fabrication de la fonte.
Voir aussi la notice Archéologie
.
Auteur·trice du texte original: Claude Juillerat et François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997 (complété en 2008 : Ludwig Poget), 01/12/2008
Bibliographie
Direction des travaux publics, des transports et de l'énergie du Canton de Berne (éd.), N16 Transjurane communications, 11, novembre 1996, 2 p.
Claude Juillerat, François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997
Chistophe Gerber e.a., Fours à chaux, fours à fer entre Moutier et Roches, Berne, 2002
Laurence-Isaline Stahl Gretsch e.a. (éd.), « Des tailleurs de silex aux souffleurs de verre dans le Jura et le Jura bernois », in Archéologie suisse, 28/2, 2005
Service archéologique de canton de Berne et Section d'archéologie et paléontologie du canton du Jura (éd.), Roches-Combe Chopin BE, Rebeuvelier-La Verrerie JU : balade archéologique à travers l'histoire préindustrielle jurassienne : bois, minerai de fer, calcaire, sable siliceux, Porrentruy, 2007
Suggestion de citation
Claude Juillerat et François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997 (complété en 2008 : Ludwig Poget), «Combe Chopin (site archéologique, Roches)», Dictionnaire du Jura (DIJU), https://diju.ch/f/notices/detail/6730-combe-chopin-site-archeologique-roches, consulté le 25/04/2024.