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DOSSIER DES LATINISTES
TEXTES DU MUSEE ROMAIN DE LAUSANNE-VIDY
obligeamment communiqués par leur auteur, M. Laurent Flutsch
COMMENTAIRES RELATIFS AUX OBJETS EXPOSES

Le monde romain est toujours là, partout autour de nous. En quelques lointaines années du 1er siècle, l'intégration à l'empire a apporté quantité d'innovations qui fondent aujourd'hui notre culture. Jusque dans leur nom, les Romands portent encore l'empreinte de Rome. Né du latin, le français qu'ils parlent, son alphabet et l'écriture remontent à la période romaine, tout comme le droit, la religion officielle, l'urbanisme et l'architecture de pierre, de béton et de brique. Les verres aussi, et le vin régional qu'on y boit. C'est à l'époque romaine que la monnaie devient courante. A la fin de l'antiquité, la plupart de nos villes sont en place, les villas romaines deviennent villages, tandis que l'arrivée des Germains dessine le paysage linguistique moderne. L'histoire antique n'est pas de l'histoire ancienne.
Brique
Terre cuite, 1er siècle de notre ère.
Brique
Terre cuite, 21e siècle de notre ère.
Flacon
Verre soufflé, 1er siècle de notre ère.
Flacon et verre
Contenu : produit régional. Verre soufflé, 21e siècle de notre ère.
Fragments de texte
Sur calcaire, 2e siècle de notre ère.
Textes
Sur papier, 21e siècle de notre ère.
La plupart des maisons privées de Lousonna sont modestes. Si les murs sont désormais maçonnés et crépis, et si les toits sont couverts de tuiles, les foyers à même le sol rappellent les maisons gauloises, tout comme les cours où s'ouvre fréquemment un puits et où se déroulent bon nombre d'activités domestiques. Certaines résidences présentent toutefois un aménagement plus conforme au mode de vie romain, avec thermes privés, mosaïques, peintures murales, eau courante et chauffage.
Connu par des images et par quelques éléments métalliques, l'ameublement est surtout construit en bois et en rotin. Tentures, couvertures et coussins ajoutent au confort. L'éclairage est assuré par des torches, des chandelles et des lampes à huile, une nouveauté très largement adoptée.
Les chiens ne sont pas rares dans les habitations ; on y trouve parfois des chats, voire d'autres animaux de compagnie.
La plupart des habitants sons sans doute propriétaires de leur logis, même si la location existe. Très abondantes sur les sites gallo-romains, les clés et les serrures reflètent sans doute un sens aigu de la propriété privée, et peut-être le développement de son corollaire : le vol.
Fermé à clé
Les premières clés connues dans nos régions remontent à la fin de l'âge du bronze, vers 1000 avant notre ère; ce sont de longues tiges courbes et pointues qui permettent, par un trou de la porte, d'aller faire coulisser un loquet de bois horizontal placé à l'intérieur.
A l'époque gallo-romaine, la serrurerie s'est perfectionnée. Portes, coffres ou armoires ferment à clé à l'aide de mécanismes variés ; le plus répandu est un mécanisme à soulèvement, sans rotation : passée à travers la porte, la clé soulève le pène puis fait coulisser latéralement le loquet métallique. Inconvénients : le mécanisme ne peut être actionné que d'un seul côté, et la clé ne peut être retirée tant que la porte est ouverte. Avantage : crocheter une serrure de ce type est pratiquement impossible.
(dessin: les 3 phases dans VRAC, p. 127 au milieu)
Clés à soulèvement
De section triangulaire, carrée ou rectangulaire, parfois circulaire, les dents sont façonnées à la lime dans un bloc de fer plein qui forme l'extrémité coudée de la clé. Fer, époque romaine.
Encombrante
Une clé énorme dont ne subsiste que le manche en bronze, orné d'une tête de lion, un motif exotique qui devient familier chez les Gallo-Romains. Les manches se terminent aussi fréquemment en tête de bélier. Bronze et fer, époque romaine.
Ornementale
Montée sur une bague, cette clé fermait peut-être un coffret à bijoux. Fer, époque romaine.
"Moderne"
La serrure à rotation telle que nous la connaissons, actionnée par une clé à panneton vertical, apparaît à l'époque romaine. Elle est alors utilisée surtout pour fermer des cadenas, parfois les menottes ou les fers des prisonniers et des esclaves, ou encore des coffrets. Fer, époque romaine.
Penture
Fixé sur un battant de porte ou de volet, cet élément à ferrure ornementale est la partie complémentaire et mobile d'un gond. Fer. époque romaine.
Mentonnet
Encore familière de nos jours, cette pièce appartient à un loquet simple destiné à maintenir une porte fermée. Fer, époque romaine.
Crapaudine
Ajustée dans la cavité creusée dans un seuil de pierre, cette pièce accueille l'axe vertical et pivotant d'une porte; elle protège le seuil de l'usure causée par la rotation et le poids et du battant. Fer, époque romaine.
Cave canem : attention au chien
Les chiens sont nombreux à la campagne, notamment dans les fabriques de tuiles, où ils laissent souvent des traces sur les pièces séchant au sol avant la cuisson. Terre cuite, époque romaine.
Compagnons et gardiens, ils ne sont pas rares non plus dans les demeures privées. Le chien est considéré comme un animal bénéfique, associé au dieu gaulois Sucellus et il est peut-être aussi, comme son congénère gréco-romain Cerbère, le gardien de l'autre-monde. Figurine en terre blanche importée de Gaule centrale. Terre cuite, 1er - 3e siècle.
Avec la lampe à huile venue du monde méditerranéen, un nouveau luminaire vient s'ajouter aux torches et chandelles traditionnelles. Fabriquées en série, les lampes en terre cuite sont très courantes : plus de 400 exemplaires ont été découverts à Lousonna. Certaines sont fabriquées sur place, mais la plupart sont importées. Plus rares, les lampes de bronze sont l'apanage des maisons riches, voire de certains édifices publics.
Design italien
Lampe signée Strobilus, un fabricant connu du Nord de l'Italie et qui possédait aussi une succursale à Lyon. Terre cuite, fin 1er siècle de notre ère.
Article de Lousonna
Avec trou de remplissage élargi. Terre cuite, 2e - 3e siècle.
Pratique
Signée Vibirnus, cette lampe est munie de trois anneaux de suspension sur les bords et d'un quatrième au centre. Terre cuite, 2e - 3e siècle.
Richement illustrées
Les lampes sont très souvent ornées de motifs variés, de la botte de légumes aux scènes érotiques en passant par les figures divines et animaux. Une rosace à huit pétale et un crabe -peut-être l'emblème zodiacal du Cancer, peut-être gourmandise, peut-être ornement sans signification particulière Terre cuite, 1er siècle, et 2e - 3e siècle.
De luxe
Lampes à huile en bronze, toutes munies d'anneaux de suspension. Le bec de la plus grande est orné de motifs végétaux. Bronze, 1er - 3e siècle.
Accessoire
Crochet de suspension pour lampe à huile. Bronze, époque romaine.
Tradition
Si la lampe à huile d'inspiration romaine est très répandue, les modes traditionnels d'éclairage ne s'éteignent pas pour autant. Les lampes ouvertes où l'on brûlait du suif restent en usage, tout comme les chandelles de cire. Terre cuite, époque romaine.
Sinistre
Attention au feu : à Lousonna comme à Rome, le danger d'incendie est accentué par l'étroitesse des rues, par les habitations qui, même en maçonnerie, intègrent beaucoup de matériaux combustibles, par les foyers au cur des pièces, par les lampes à huile. Les corps de pompiers des agglomérations combattent tant bien que mal les sinistres. Dans l'incendie d'une maison de Lousonna, les flammes ont fait fondre ensemble parois, sol et gobelets. Terre cuite (et recuite), 2e - 3e siècle.
Les Gallo-Romains utilisent divers types de charnières. Certaines sont en métal, à deux barres articulées clouées dans les deux battants. D'autres, en os, sont faites d'éléments cylindriques enfilés sur un axe; les trous latéraux servent à fixer une tige fichée dans l'épaisseur des battants. Fer, os, époque romaine.
D'un ameublement sans doute cossu, du moins chez les riches particuliers, ne subsistent le plus souvent que des pièces métalliques telles qu'appliques décoratives, charnières ou poignées de tiroirs et de coffrets. Elles s'ornent fréquemment de motifs exotiques gréco-romains, comme des dauphins. Bronze, argent, époque romaine.
Bibelots
Un intérieur chic ne saurait se passer d'ornements qui témoignent à la fois des moyens financiers et de la culture du maître des lieux. Mosaïques, peintures murales et meubles adornés de motifs tout droit issus de la civilisation gréco-romaine côtoient des "objets d'art" plus ou moins raffinés, comme des bustes ou des statuettes. Certaines, représentant des divinités, figurent aussi dans les laraires, petits sanctuaires voués au culte domestique. Bras gauche de statuette. Bronze, époque romaine.
Paries perpetu(u)s communis est
Ce mur, sur toute sa longueur, est mitoyen
Cette plaque, qui fixe la possession d'une paroi entre deux propriétaires, atteste la diffusion de notions du droit romain. Molasse, 1er - 2e siècle.
L'intégration dans l'empire apporte aux Helvètes tout un lot d'innovations qui bouleversent le quotidien.
L'architecture et les techniques de construction méditerranéennes transforment le cadre de vie, avec la maçonnerie et la pierre, la brique, la tuile, les vitres, l'arche et la voûte, les canalisations et les bassins, le chauffage par hypocauste Durant trois siècles, on vit dans un confort sans précédent, et que bien des châteaux du moyen âge n'offriront pas par la suite. Portiques, toits de tuiles, bâtiments à étages, fontaines donnent à Lousonna des airs de Grèce et d'Italie. Dans les maisons les plus cossues, peintures murales, mosaïques et bains reflètent le roman way of life.
L'époque romaine introduit aussi les premières machines : grues et autres engins de chantier, moulins hydrauliques, orgues
Dans l'empire, les gens et les idées voyagent, ce qui favorise la diffusion du savoir-faire et des inventions. C'est ainsi que le soufflage du verre, apparu au Proche-Orient, se répand dans toute l'Europe au 1er siècle de notre ère. L'innovation n'est pas si anodine : désormais, les habitants de Lousonna ont la possibilité de "boire un verre".
Les Romains utilisaient la maçonnerie depuis le 3e siècle avant J.-C. au moins. Suite à la conquête, leur technique s'impose dans nos régions au bout d'un bon demi-siècle, le temps que les habitudes se modifient et que les infrastructures nécessaires, notamment les carrières, soient en place. Dès le milieu du 1er siècle de notre ère, la plupart des bâtiments sont en maçonnerie, même si l'architecture de terre et de bois, héritage du savoir-faire indigène, reste parfois en usage.
En cuisant des pierres calcaires dans un four, on produit de la chaux vive, que l'on noie pour obtenir la chaux éteinte nécessaire à la fabrication du mortier. La méthode est indiquée par l'architecte Vitruve vers 25 avant notre ère : "quand la chaux est éteinte, il faut la mélanger comme suit : un volume de chaux, trois volumes de sable de carrière ou deux volumes de sable de mer ou de rivière." Cette préparation, à laquelle on ajoute aussi de l'eau, se solidifie en un ou deux jours.
Avec les maçons apparaissent de nouveaux outils, comme la truelle, l'équerre et le fil à plomb. Plomb, bronze, époque romaine.
Apparus à l'âge du fer, les clous deviennent omniprésents à l'époque romaine ; ceux en T servent à fixer aux parois des placages ou des briques creuses de chauffage (tubuli). Fer, époque romaine.
Verre à vitre
Teintées ou non, les plaques de verre étaient enchâssées dans des lattes rainurées en bois, parfois en bronze ou en plomb. Elles étaient parfois scellées au plomb ou au mortier. Epoque romaine.
Utilisé par les peintres et les fresquistes, ce pigment est composé de silice, d'un sel de cuivre et d'un sel de calcium. Les composants étaient broyés et malaxés en pâte. Les boulettes étaient ensuite chauffées pour obtenir une couleur prête à l'emploi. Epoque romaine.
L'empire romain introduit dans nos régions les éléments de construction en terre cuite - dalles, tuyaux, tuiles et briques, promis à un bel avenir : il suffit de regarder les murs du musée.
Eléments d'hypocauste
Certaines pièces des demeures aisées, les bains privés et les thermes publics étaient chauffés par hypocauste : de l'air chaud circule sous le sol surélevé par des pilettes, et dans les parois à travers des briques creuses (tubuli).Terre cuite, époque romaine.
Tuiles
Les toitures étaient couvertes de tuiles plates (tegulae) et de couvre-joints (imbrices). Terre cuite, époque romaine.
Facilitée par les machines de levage, la construction en grand appareil de blocs taillés, assemblés sans mortier, est surtout réservée aux monuments publics, religieux ou funéraires. Les riches demeures y recourent aussi en partie, pour les colonnades et autres ornements. Des entreprises de génie civil exploitent les carrières et construisent les édifices. Elles emploient notamment des tailleurs de pierre et des sculpteurs, qui ornent chapiteaux, frises ou corniches de motifs d'inspiration méditerranéenne.
Destiné à fendre des billes de bois ou des blocs de pierre. Fer, époque romaine.
Ciseau droit
Pour tailler la pierre. Fer, époque romaine.
Compas
Utilisés par les forgerons, les charpentiers ou les tailleurs de pierre pour reporter des distances et tirer des arcs de cercle. Fer, époque romaine.
Portée à une température de 800 degrés, la masse de verre est soufflée à la canne, soit dans un moule qui permet d'obtenir des formes standardisées, soit librement, "à la volée". Le fond et les bords sont ensuite façonnés à la pince. Le verre naturel est bleu-vert; on peut le teinter en y ajoutant des oxydes métalliques.
Coupe
Verre, milieu 1er - fin 2ème siècle.
Fontaines et bains, publics ou privés, consommaient de grands volumes d'eau qu'il fallait amener mais aussi évacuer. Si l'on ajoute les drainages et les collecteurs d'eau de pluie, on mesure la quantité de conduites, enterrées ou non, qui sillonnaient les agglomérations. Une densité de canalisations et de tuyaux dont témoignent les trouvailles archéologiques, et qui ne trouve guère d'équivalents avant les temps modernes.
Tuyaux
L'eau circulait dans des canalisations de maçonnerie, de bois, de terre cuite ou de plomb. Les tuyaux de plomb (un métal onéreux) n'étaient utilisés que pour franchir des maçonneries ou amener de l'eau sous pression. On les a souvent récupérés à l'abandon des édifices ; les marques à l'extrémité du tuyau exposé, épargné parce qu'il était scellé dans un mur, trahissent le travail des récupérateurs. Terre cuite, plomb, époque romaine.
Coude de tuyau
L'une des extrémités est obturée au plomb ; la partie coudée est renforcée avec du plomb également. Bronze et plomb, époque romaine.
Goulot de fontaine
L'eau jaillissait par les trous du motif : une couronne végétale entourée d'un ruban, avec au centre une tête humaine et une grappe de raisin. Bronze, époque romaine.
Grille d'écoulement
Plomb, époque romaine.
Si le port et le commerce forment les piliers de l'économie de Lousonna, la production locale contribue aussi à son développement. Héritiers d'un savoir-faire celtique enrichi des techniques nouvelles apportées par l'empire, les artisans travaillent les textiles, le cuir, l'os, la pierre et le verre, forgent le métal, fabriquent de la poterie. Oeuvrant dans les cours des maisons ou dans des ateliers installés en périphérie (à cause des nuisances), ils produisent pour une clientèle régionale, de Lousonna et des campagnes environnantes, qui de leur côté alimentent la bourgade en denrées et en matières premières.
Hommes libres, le plus souvent de condition modeste, les artisans se regroupent parfois en corporations professionnelles. La plupart exercent en indépendants, en relation directe avec leurs clients. D'autres écoulent leurs produits par l'intermédiaire de marchands. D'autres enfin travaillent comme sous-traitants pour des producteurs industriels.
Certaines officines de poterie diffusent leur production sur le Plateau suisse, ouvrant même des succursales. Quelques patrons et employés de ces antiques PME lausannoises sont connus par leurs marques de fabrique : ils se nomment Vepotalus, Pindarus, Jucundus, Iuvenis, Attius ou encore Lucus, ce dernier spécialisé dans les lampes à huile.
La laine et le poil de certains animaux, le lin, le chanvre, peut-être aussi l'ortie, le houblon et les filaments sous l'écorce de certains arbres, servaient à la confection de tissus, de cordages et de filets. Les fibres étaient en généralement mises à tremper, puis démêlées au peigne, filées à la quenouille et enfin tissées.
Retrouvés dans les habitations, les objets liés à cet artisanat montrent qu'il s'agissait d'une activité essentiellement domestique ; on ne connaît pas, pour l'heure, d'ateliers textiles spécialisés.
Forces
Ciseaux à ressort, utilisés notamment pour la tonte des moutons. Fer, époque romaine.
Fuseaux et fusaïoles
Attaché à la laine que l'on file, le fuseau tord le fil en tournant comme une toupie suspendue. La fusaïole équilibre le fuseau et, par son poids, facilite sa rotation. Os, époque romaine.
Dessin: fuseau. Légende: vase grec, 6ème siècle avant J.-C.
Pesons
Ces poids servaient à tendre les fils verticaux de la trame sur le métier à tisser. Terre cuite, époque romaine.
Dessin de métier. Légende: vase grec, 6ème siècle avant J.-C.
Baguettes et lame de tisserand
Les baguettes servaient à écarter des bandes de trame sur le métier, et à tasser les fils (certaines de ces pièces peuvent avoir également servi de poinçon pour agrandir des trous percé dans du cuir, voire de fuseaux). Pour tasser le tissu sur la trame sur une plus grande largeur, le tisserand utilisait la lame. Os, époque romaine.
Navettes à filocher
Le fil était embobiné entre les fourches. Trop dures et pointues pour avoir servi au tissage, ces navettes étaient utilisées pour la confection de filets. Bronze, époque romaine.
Aiguilles à chas
Remontant à la préhistoire, l'aiguille à chas n'a pas évolué jusqu'à aujourd'hui. Fer, bronze, os, époque romaine.
Marteau de cordonnier
Fer, époque romaine.
Alène
Outil servant à percer le cuir. Fer, époque romaine.
Dans toutes les agglomérations, les artisans tabletiers récupéraient les ossements animaux, les cornes, les bois et l'ivoire pour confectionner outils, aiguilles et épingles, gonds, instruments de mesure et de musique, cuillères, dés et jetons, perles, manches de couteaux, boîtes, poupées, ou encore ornements d'ébénisterie.
Ebauches
Abandonnées en cours de façonnage, ces pièces attestent la présence de tabletiers à Lousonna. Os, époque romaine.
Manches d'instruments
Façonnés sur un tour horizontal actionné par un archet. Os, époque romaine.
Charpentes, coffrages, échafaudages même au temps de la pierre et de la maçonnerie, le secteur du bâtiment recourt abondamment au bois. Sans parler de la charronnerie et des chantiers, de la tonnellerie, de l'ébénisterie et de la fabrication d'innombrables objets en tout genre. Le bois se conservant mal, c'est surtout par leur outillage que les charpentiers et les menuisiers sont connus. En outre, la corporation des charpentiers de Lousonna était assez prospère pour avoir ses places attribuées au théâtre.
Outils destinés au travail du bois
Hache, herminette, lime, ciseaux. Fer, époque romaine.
La fonte du fer était encore inconnue à l'époque romaine, faute de pouvoir atteindre les hautes températures requises. Réduit dans des bas-fourneaux sur les lieux d'extraction du minerai, le fer était acheminé sous forme de lingots vers les forges installées le plus souvent en périphérie des agglomérations. Celles de Lousonna sont attestées par d'abondantes scories et par de l'outillage. Les outils exposés ont été retrouvés dans deux dépôts enfouis, l'un sous le cimetière du Bois-de-Vaux, l'autre près du Musée. Ces instruments, ou leur poids de métal, devaient donc représenter un bien précieux.
Scories
Formées par l'accumulation de débris divers au fond du foyer de forge, les scories très abondantes à Lousonna illustrent l'intense activité des forgerons. L'analyse de ces déchets a montré que le fer provenait de la région de Ferreyres, près de la Sarraz, à une trentaine de kilomètres.
Enclumes
Un tas, une enclumette, deux bigornes. La présence d'un trou (ou "oeil") permettait de forger un clou ou de percer une tôle au poinçon. Entretenues, transmises d'un artisan à l'autre, souvent récupérées pour leur masse de métal, les enclumes sont très rares sur les sites archéologiques. Avec six enclumes au total, celui de Lousonna est une exception. Fer, époque romaine.
Pinces
Fer, époque romaine.
Marteaux à emboutir
Pour le martelage des tôles. Fer, époque romaine.
Chasse carrée
Ce marteau, posé sur la pièce à forger et frappé avec un second marteau, servait à aplanir et à lisser une surface métallique. Fer, époque romaine.
Poinçon
Pour percer des feuilles métalliques. Fer, époque romaine.
Mélange fondu de silice (contenue dans le sable), de chaux et de potasse sous forme de cendres (de hêtre, de fougères ou de roseaux), le verre était travaillé à l'âge du fer pour la confection de perles et d'anneaux. Cet artisanat connaît un grand essor à l'époque romaine, grâce notamment à la nouvelle technique du soufflage et à l'apparition des vitres. La pâte de verre sert aussi à la fabrication de parures, et de tesselles de mosaïque colorées.
Fragment de creuset
Couvert d'une épaisse couche vitreuse, cet objet semble attester, comme les fragments recueillis à proximité, la présence d'un atelier de verrier à Lousonna. Terre cuite, époque romaine.
Anse
Les anses de certains récipients étaient fabriquées séparément, avant d'être apposées sur le vase. Verre, époque romaine.
Tige creuse
On en découpait des segments pour confectionner des perles. Verre, fin 1er siècle avant - début 1er siècle après J.-C.
Le secteur de la poterie invente, à l'époque romaine, la production industrielle. En Italie du Nord puis en Gaule, des manufactures fabriquent en série la vaisselle de table dite terre sigillée, cuisant dans d'énormes fours jusqu'à 40'000 récipients en une seule fournée! Leurs produits sont écoulés dans tout le monde romain et même au-delà.
En Helvétie aussi, des ateliers s'installent, nettement plus modestes. Les artisans y fabriquent pour une diffusion régionale une vaisselle analogue à celle des officines gauloises, en proposant parfois des formes originales, d'inspiration locale. Souvent, ces produits sont estampillés à leur nom. Ils produisent aussi divers récipients d'usage courant, de tradition indigène ou non : gobelets, plats, cruches, marmites, pots à provisions
Ce secteur était florissant à Lousonna où neuf ateliers ont été repérés. L'un des plus anciens potiers connus en Suisse, Vepotalus, s'y installa à la fin du 1er siècle avant J.-C., après avoir appris son métier à Lyon. Plus tard, au 1er siècle de notre ère, l'officine dite "de la Péniche", en périphérie est de l'agglomération, fabriquait notamment de la vaisselle sigillée. Pindarus, un patron, Jucundus, Juvenis et Attius y travaillaient. D'autres ateliers fonctionnèrent jusqu'au 3ème siècle.
Image
Four à atmosphère réductrice
Les gaz et la fumée circulent dans le laboratoire, privé d'oxygène : pour une céramique grise ou noire. Avec un apport d'oxygène lors du refroidissement, elle deviendra beige-orangée.
Image
Four à atmosphère oxydante
Canalisés, les gaz et la fumée n'entrent pas en contact avec la marchandise. C'est la technique utilisée pour la terre sigillée, préalablement revêtue par trempage d'une pellicule d'argile fine qui, à la cuisson, donne un vernis rouge et brillant.
(Légende pour les 2 images: 1. aire de chauffe 2. alandier 3. plateforme perforée ou sole 4. chambre de chauffe)
Spatule et lissoir
Pour mettre en forme l'argile lors du tournage puis lisser la surface avant le séchage complet. Fer et os, époque romaine.
Fragments de moules
Utilisés pour la fabrication de bols en terre sigillée ornée. Les motifs sont imprimés à l'intérieur à l'aide d'un tampon en relief :sur l'un des fragments, des gladiateurs affrontés; sur l'autre un décor animalier avec chien, lion, chèvre et lièvre. Terre cuite, début 2ème siècle (gladiateurs) et fin 2ème -début 3ème siècle (animaux).
Tampon
Pour imprimer le moule d'un médaillon appliqué ensuite sur un récipient. Le motif figure une scène de sacrifice.
Moule
Pour réaliser un médaillon appliqué ensuite sur un récipient. Décor : siégeant sur un trophée au milieu de boucliers, de flèches et de lances, Rome personnifiée, casquée et bottée, appuyée sur une lance, tient dans sa main droite une Victoire sur un globe. Une scène typique de l'imagerie impériale (ou impérialiste). Terre cuite, 2ème - début 3ème siècle.
Estampille
Pour apposer sur le fond des récipients la marque de fabrique : ATTO F(ecit), fait par Atto. Terre cuite, époque romaine.
Support de cuisson
Placés entre les récipients empilés dans le four, ces supports empêchaient qu'ils se touchent, évitant ainsi les marques voire la soudure accidentelle des pièces entre elles. Terre cuite, 1er siècle de notre ère.
Moule et lampe
L'extérieur des lampes à huile était façonné dans un moule d'argile. Terre cuite, 2ème - 3ème siècle.
Bol caréné
Fabriqué à Lousonna, selon une forme très fréquente en Helvétie. Terre cuite, fin 1er début 2ème siècle.
Coupes en terre sigillée
Imitations lausannoises de formes produites en Gaule. L'une d'elles porte, au fond, la signature IUVEN pour Juvenis. Terre cuite, 1er siècle de notre ère.
Coupe et assiette en terre sigillée
Formes originales créées dans l'atelier de la Péniche. Terre cuite, 1er siècle de notre ère.
Pas si facile de cuire de la poterie : la terre sigillée par exemple, doit être portée à 980 degrés ; à 1170 degrés, elle commence à fondre. Il s'agit donc de vérifier en permanence la montée de la température, et sans thermomètre. Le refroidissement doit lui aussi être lent et contrôlé, pour éviter les fissures. Ces délicates opérations n'allaient pas toujours sans mal, et même les potiers chevronnés pouvaient perdre, en une seule fournée ratée, des dizaines et des dizaines de vases dont le tournage et la décoration, sans parler de la préparation de l'argile et autres tâches, avaient exigé de nombreuses heures de travail.
Un peu trop cuit
Un bol à collerette en terre sigillée (imitation d'une forme de la Gaule), et une jatte en terre grise, légèrement déformés par un excès de chaleur. Dans ce cas, les récipients sont encore utilisables ; mais peut-être faut-il les vendre au rabais. Terre cuite, 2ème siècle.
Trop cuit
Assiettes boursouflées, pots et gobelets déformés et collés ensemble. Terre cuite, 1er - 3ème siècle.
Trop cuit
Un ratage signé Jucundus, de l'atelier de la Péniche: une pile d'assiettes en terre sigillée, de couleur gris-verdâtre, soudées entre elles. Terre cuite, 1er siècle de notre ère.
Bien trop cuit
Des assiettes en terre sigillée quasiment liquéfiées, mélangées à la paroi du four. Elles sont signées L. Attius Jucundus. Lui et le Jucundus de la pile d'assiettes sont peut-être un seul et même potier : d'abord esclave d'un certain L. Attius, il aurait signé simplement Jucundus. Puis, affranchi, il aurait repris le nom de son patron pour composer son triple nom, signe de citoyenneté romaine. Une promotion sociale qui, manifestement, ne lui a pas épargné les fiascos. Terre extrêmement cuite, fin 1er siècle de notre ère.
Refroidi trop vite
Une fissure au fond de ce récipient le rend inutilisable. Terre cuite, 2ème siècle.
Les vestiges archéologiques de l'époque romaine sont bien plus abondants que ceux de l'âge du fer et ceux du haut moyen âge. Pourquoi?
Il y a des raisons modernes : grâce notamment aux constructions en maçonnerie, les sites romains sont plus repérables et donc plus souvent fouillés ; par ailleurs, l'archéologie de l'antiquité existe depuis quatre bons siècles, alors que celles de la préhistoire et du haut moyen âge sont nettement plus récentes. D'où pléthore de restes romains dans les musées.
Mais il y a aussi, et surtout, des raisons antiques : avec l'intensification des échanges et l'industrialisation de la production, l'empire romain génère de grandes quantités de biens matériels et préfigure la société de consommation.
Le matériel archéologique, si l'on excepte les offrandes déposées dans les tombes ou les sanctuaires, est essentiellement composé de déchets : emballages perdus, pots cassés, reliefs de cuisine, objets perdus, ruines et rebuts variés. Ces ordures, qui ont échappé au recyclage antique puis aux ravages du temps, sont devenues de précieux témoins pour la connaissance du passé.
Sur la trame des chemins anciens, l'empire romain développe un réseau de voies fluviales et routières bien aménagées, contrôlées et sûres (du moins en temps de paix et de stabilité). Le col du Grand Saint Bernard, facteur de prospérité pour l'Helvétie, est presque entièrement carrossable depuis l'an 47 de notre ère.
Sur les grands axes jalonnés de bornes milliaires, les voyageurs trouvent à intervalles réguliers des mutationes qui servent de relais, notamment aux coursiers de la poste impériale, et des mansiones, à la fois motels et stations-service où l'on trouve gîte et nourriture pour les hommes et les bêtes, ainsi que charrons et maréchaux-ferrants. Les voies sont aussi jalonnées de postes militaires et policiers qui contrôlent les axes stratégiques et garantissent la sécurité contre les brigands.
Les marchandises qui entraient et sortaient de Gaule (une région qui englobait plusieurs provinces) étaient soumises à une taxe de 2,5% de leur valeur, appelée la Quarantième des Gaules. Des postes de douane étaient installés à cet effet au débouché des cols alpins, à Massongex près de Saint-Maurice, à Genève, à Zurich, à Grenoble.
La charronnerie est l'un des domaines où les Romains ont profité du savoir-faire de peuples conquis : les Celtes étaient en effet passés maîtres dans la construction de véhicules de toutes sortes, pour les marchandises et les passagers. C'est d'ailleurs le mot gaulois carrus qui a donné nos cars, chars, chariots, charrettes, sans parler des cars anglo-saxons. Et c'est d'un autre mot gaulois, benna, que viennent nos bennes et nos bagnoles.
Clavette d'essieu
La clavette permettait de démonter rapidement une roue pour la changer ou la réparer; elle est attestée depuis l'âge du bronze final, vers 1000 avant notre ère. Quant aux roues, les plus anciennes qui soient conservées proviennent de Zurich; elles remontent au néolithique et sont datées vers 3000 avant notre ère.
Roue miniature
Fréquentes sur les sites gallo-romains, les pièces de ce type peuvent avoir différentes fonctions : éléments de char miniature (jouet ou objet rituel), parure, ou encore amulette. Bronze, époque romaine.
Passe-guide
Fixé au harnais, au joug ou au timon. Bronze et fer, époque romaine.
Mors
Utilisé pour les chevaux d'attelage comme pour les montures. Fer, époque romaine.
Hipposandale
Pour protéger ou soigner les sabots des chevaux, les Gallo-Romains utilisent essentiellement l'hipposandale, fixée par des lanières de cuir. Certaines sont munies de crampons ou de stries pour renforcer leur prise sur terrain glissant. Le fer à cheval existe-t-il déjà dans l'antiquité? Les avis divergent; mais certains semblent bien provenir de contextes archéologiques gallo-romains bien datés. Fer, époque romaine.
Comme avant la conquête, le menu des petites gens de Lousonna consiste essentiellement en pain, céréales bouillies, fromage, ufs, fruits et légumes, poisson et viande de temps en temps. Celui des riches s'enrichit de volailles et de gibier, y compris ours, merles, moineaux, poules d'eau et autres mets passés de mode. Jambons, saucisses et abats, tétines et matrices sont très appréciés. Cuisses de grenouilles et escargots aussi.
De nouvelles plantes sont introduites en Helvétie : l'avoine, le seigle, le cerisier, le châtaignier S'y ajoutent les denrées importées : poissons et fruits de mer, dattes, grenades, épices... Les mets rares et raffinés (langues de paons, talons de chameaux, crêtes arrachées aux volailles vivantes, oies engraissées de figues sèches tuéee par noyade dans du miel, etc.) sont prisés des milliardaires ; mais y en avait-il à Lousonna ?
D'autres nouveautés deviennent très courantes, qui changent la cuisine et les goûts. L'huile d'olives remplace le saindoux, et les sauces de poisson très fortes relèvent les mets, ainsi que le poivre et quantité de plantes aromatiques.
Nécessaire pour la cuisine et la conservation, le sel est un ingrédient vital. Le miel tient lieu de sucre, alors inconnu. Tout comme les pâtes, les patates, les tomates, les oranges, le café, le cacao et autres produits exotiques postérieurs.
En cuisine
A l'instar des Helvètes d'aujourd'hui, qui ont vite assimilé la pizza, les pâtes, la paella, le couscous, les sushis ou les cheeseburgers, les habitants de Lousonna adoptent de nouveaux plats et de nouvelles façons de faire la cuisine. En ville, des tavernes servent boissons et plats simples, à l'emporter ou à consommer sur place. Et dans les rues fréquentées, des marchands ambulants proposent des saucisses et autres snacks. Mais les repas sont en général cuisinés et pris à domicile, les plus riches ayant leur chef privé, ou engageant un cuistot à l'occasion.
Faute de frigos, les aliments sont conservés à la cave, parfois dans des tonneaux enfouis dans le sol, ou en cuisine. Les denrées solides, des réserves de céréales au miel, sont stockées en sacs, en jarres de terre cuite et en pots. Les liquides importés -vin, huile, sauce de poisson- restent dans leurs amphores ou sont transvasés dans d'autres récipients plus petits. L'eau, le lait et autres liquides emplissent jarres et bombonnes en terre cuite, ou bouteilles en verre. Terre cuite, époque romaine.
Mouler le fromage
Selon Pline l'Ancien (mort dans la catastrophe de Pompéi en 79), les fromages des régions alpines étaient réputés à Rome. Les faisselles, percées de trous par où s'écoule le petit-lait, sont fréquentes dans nos régions. Terre cuite, fin 2e - 3e siècle.
Trancher la viande
Les Gallo-Romains consomment surtout du porc, sans négliger pour autant le buf, le mouton, la chèvre, le cheval, la volaille et le gibier. Couteaux. Fer, époque romaine.
Préparer les sauces
Les Helvètes adoptent rapidement et largement la cuisine à la méditerranéenne, où les sauces occupent une place importante. En témoignent les nombreux mortiers, inconnus auparavant, qui font leur apparition à Lousonna dès la fin du 1er siècle avant notre ère. Leur revêtement interne abrasif (quartz, basalte ) permet de râper et d'écraser les ingrédients. Terre cuite, 2e - 3e siècle.
Faire cuire
Sur le foyer à même le sol ou au four, les aliments sont cuits dans des marmites à pieds de tradition indigène, des pots, des plats ou un chaudron suspendu à une crémaillère. Des pelles en fer aident à l'entretien du foyer et à la manipulation des plats. Terre cuite, bronze, fer, époque romaine.
A l'étouffée
Les récipients en pierre ollaire sont fabriqués dès l'époque romaine dans les vallées alpines où abonde cette roche facile à façonner et d'une grande capacité thermique. On en fait des gobelets, des plats et des pots à cuire souvent dotés d'un couvercle comme celui-ci. Pierre ollaire, époque romaine.
Quelques citoyens aisés (et snobs?) se mettent à manger allongés à la romaine, ce qui exige du personnel de service : pas facile de couper sa viande, entre autres, appuyé sur le coude. Mais la plupart des Gallo-Romains prennent leur repas assis, comme auparavant. Utilisaient-ils des assiettes individuelles? La question est conservée ; souvent, ils devaient se servir à même les nombreux plats, bols et sauciers disposés sur la table, comme cela se pratique par exemple au Proche-Orient.
Service de table
Pour les aliments solides, la vaisselle de table se compose de multiples bols, plats et écuelles. Pour la boisson, la cruche d'origine méditerranéenne devient à l'époque romaine un récipient très répandu. On boit dans des gobelets, individuels ou collectifs. Terre cuite, époque romaine.
Dernier cri
Sans doute plus coûteuse que la terre cuite, la vaisselle de verre apparaît fréquemment sur les tables. A l'avant, un médaillon décoratif en verre moulé, à l'origine accolé à la base de l'anse d'un flacon. Il figure une tête de femme, probablement Méduse. Verre, époque romaine.
Service de table (version luxe)
Le nec plus ultra, pour manger en famille et pour recevoir, c'est la vaisselle de bronze, d'argent, parfois d'or. Certains potiers s'évertuent d'ailleurs à imiter le luxe en reprenant leur forme et, parfois, en revêtant leur surface d'un enduit brillant à l'éclat métallique. Bronze étamé, époque romaine.
A la petite cuillère
La fourchette ne fait son apparition qu'au 18e siècle. Les convives gallo-romains se servent de leurs doigts et de cuillères rondes ou ovales, dont l'autre extrémité est parfois pointue. Bronze, os, époque romaine.
Couteaux et manches de couteaux
Emmanchés dans de l'os, du bois ou du bronze, les petits couteaux servent à table et à de multiples autres usages. Souvent munis de manches finement décorés, les canifs à lame repliable existent déjà: celui à l'avant est muni d'un manche dont l'extrémité est en forme de marteau arrache-clous, qui peut-être évoque le métier de son propriétaire. Fer, bronze, os, époque romaine.
Si les bons vivants de Lousonna continuent sans doute à boire les traditionnelles bières de céréales, ou encore de l'hydromel, le vin devient sans doute la principale boisson alcoolique. Non soutiré, le vin antique est plutôt épais ; on doit donc le filtrer dans des passoires métalliques ou des tissus de lin où l'on ajoute parfois du céleri ou de l'anis, histoire de rehausser l'arôme ! Seuls les ivrognes invétérés et les malades le boivent pur ; les autres le coupent d'eau chaude ou froide. Si les riches peuvent déguster des crus réputés, les autres se contentent le plus souvent de piquette, que certains producteurs indélicats (en région marseillaise notamment) vieillissent artificiellement en le fumant. Le vin existe en variétés nombreuses : miellé, résiné, poivré, liquoreux sans parler des "vins" à base de fruits divers, de millet, de navet, d'herbes aromatiques, de rose ou encore d'absinthe. Passoire et louche pour le service du vin. Le manche de la louche est orné d'une scène de chasse : sous deux têtes d'oiseaux, un lièvre entre deux chiens ; les attaches sont également en forme de têtes d'oiseaux. Bronze, époque romaine.
Délicatesse
Importées vivantes des rivages atlantiques ou méditerranéens, les huîtres peuvent résister au maximum deux mois hors de la mer, pour peu que la température reste fraîche. Que les (riches) habitants de Lousonna aient pu s'en régaler montre à quel point les transports étaient performants. Epoque romaine.
Comme la "culture" américaine aujourd'hui, l'influence gréco-romaine imprègne et transforme le quotidien des Helvètes de Lousonna. Quatre siècles durant, la bourgade au bord du Léman devient très méditerranéenne. Des monuments publics aux habitations, le cadre de vie à la romaine introduit un design et des motifs sans rapport avec la culture régionale, des portiques à colonnades aux peintures murales, des chapiteaux à feuilles d'acanthe aux pieds de meubles en tête de panthère.
La culture romaine affecte tous les aspects de la vie quotidienne : avec une nouvelle langue très vite adoptée, avec l'écriture, avec de nouveaux loisirs, de nouveaux goûts culinaires, de nouveaux mythes, de nouveaux héros et de nouveaux dieux, le mode de vie local change en profondeur, même si les gens modestes se "romanisent" sans doute moins vite et moins complètement que les riches.
Loin de disparaître pour autant, la culture indigène reste vivace. Il n'y a ni résistance ni conflit : les traditions locales et l'influence du Sud se fondent et se conjuguent pour engendrer une civilisation originale, dite gallo-romaine. Ici comme ailleurs, le brassage des cultures est un enrichissement.
A Rome, il y a 150 jours fériés par an. En Helvétie comme ailleurs, la culture des loisirs imprègne la vie sociale. Bien sûr, les gens modestes passent tout de même le plus clair de leur temps à travailler, sans oublier les réalités de l'esclavage. Reste que les thermes, les jeux, la lecture, le tourisme et bien sûr les spectacles, sponsorisés par de riches citoyens ou par les autorités, procurent aux Gallo-Romains de multiples façons nouvelles d'occuper le temps libre.
Abondants sur les sites archéologiques, dés, pions et jetons évoquent les jeux de stratégie et de hasard, où d'aucuns engagent des fortunes. Dans les thermes privés ou publics, on se relaxe, fait du sport, se rencontre. Les amphithéâtres des grandes villes attirent des milliers de spectateurs aux combats de gladiateurs, chasses et autres spectacles ultra violents. Les habitants de Lousonna doivent pour cela se rendre à Martigny, Avenches ou Nyon. Ils disposent en revanche d'un théâtre où l'on donne tragédies et farces, pantomimes et concerts, et sans doute aussi des spectacles religieux.
Comme les thermes, les spectacles contribuent beaucoup à la promotion de la culture romaine; l'engouement qu'ils suscitent se reflète par quantité d'objets usuels figurant des des masques de théâtre ou des scènes d'amphithéâtre. Certains gladiateurs deviennent des stars, avec groupies et supporters fanatiques.
Alea jacta est
Les dés sont jetés : le mot célèbre de Jules César illustre le goût romain des jeux de hasard. On se sert d'astragales (os du talon) de chèvre ou de mouton, à quatre faces planes toutes différentes. Les dés cubiques à six faces, apparus en Mésopotamie des millénaires auparavant, sont également très répandus. Os, ivoire, époque romaine.
Jetons
Les Romains pratiquent divers jeux de table, dont les latroncules, jeu de stratégie d'inspiration militaire très proche des échecs, qui se joue d'ailleurs aussi sur un échiquier de 64 cases. On joue aussi au jeu des douze lignes, comparable au backgammon, et au "charet". Os, pierre, pâte de verre, époque romaine
(dessin)
Le pactole d'un joueur
Dans un petit coffret enfoui dans sa maison, un habitant de Lousonna a déposé, entre les années 68 et 80, un petit magot : des clés en fer, une boîte de bronze, deux anneaux et d'autres objets métalliques non identifiés. Et surtout, des pièces de monnaie, deux dés, et 40 jetons en os déposés dans un petit sac. Parmi les monnaies, une pièce gauloise des Allobroges, un demi as romain d'époque républicaine, frappé avant 91 avant J.-C., une imitation d'un denier d'Auguste (16 avant J.-C.) ou des guerres civiles (68 après J.-C.) en argent fourré de plomb, un denier de Tibère (après 33), une pièce d'or de Néron (64 ou 65), enfin une "fausse" pièce d'or des guerres civiles (68) en or fourré de cuivre.
Deux des jetons portent le nom de leur propriétaire, Iustus. L'un d'eux porte, sur une face, l'inscription IVSTI SVM, "j'appartiens à Iustus", et sur l'autre face le dessin d'un gladiateur (en l'occurrence un rétiaire, armé d'un trident et d'un filet).
Ben Hur
Les combats de gladiateurs et les courses de chars, qui passionnent les foules, inspirent souvent des décors aux verriers et aux potiers. Les courses de chars se déroulaient dans un cirque, sorte de stade très allongé dont seuls les grands centres pouvaient se doter. Aucun monument de ce genre n'est encore connu en Helvétie. Le tesson de verre bleu, conserve à gauche les deux premiers chevaux d'un quadrige; à droite le vainqueur brandit une palme et une couronne de laurier. Verre, 1er - début 2e siècle.
Si les élégantes suivent la mode romaine des vêtements drapés, la plupart des gens conservent les habits cousus locaux, mieux adaptés au climat. Pour Madame, chemise de lin et robe tenue aux épaules par des fibules, tombant aux chevilles pour les dames, à mi-mollet pour les servantes et les esclaves. Par-dessus, selon le temps, châle ou manteau agrafé. Pour Monsieur, tunique au genou, avec bandes molletières ou bas de laine par temps froid. Le pantalon celte reste en vogue, bien qu'il signale le barbare pour les Romains. Pour les frimas, le cucullus, pèlerine à capuchon typiquement gauloise, est très tendance. Quant à la toge, apanage malcommode du citoyen romain, elle n'est guère portée que dans les occasions officielles.
Galoches rustiques ou bottines de cuir fin, sandales ou caligae cloutées, toutes les chaussures sont sans talon. Mode coiffure : suivre les tendances dictées par les impératrices. Côté accessoires, torques et bracelets de chevilles gaulois sont franchement out. Les autres bijoux sont très en vogue, de la joaillerie d'or à la pacotille de bronze.
On se parfume abondamment (à tel point, ironise Plaute, qu'une femme ne sent bon que si elle ne sent rien). Trends maquillage : fond de teint très pâle, sourcils noircis et paupières ombrées. Pour une peau lisse et sans rides, utiliser masques, laits et pommades.
Ancêtre de l'épingle de sûreté, la fibule est très répandue dès l'âge du fer. A ressort, puis à charnière dès le début de l'époque romaine, elle répond d'abord à la nécessité de fixer ensemble les pans de vêtements. Avec le temps, les habits cousus devenant de plus en plus répandus, elle perd sa fonction pratique pour devenir un simple ornement analogue à nos broches modernes. Parfois en fer, le plus souvent en laiton et en bronze (qui à l'état neuf ressemble à de l'or), plus rarement en argent ou en or véritable, les fibules deviennent de véritables bijoux aux formes et aux décors très variés.
Pièces rares
A la transition entre l'époque helvète et la période romaine, ces pièces peu courantes remontent aux premières décennies de Lousonna. Bronze, 40-20 avant notre ère.
A l'ancienne
Dans la ligne de celles de l'époque celtique, ces fibules à ressort sont encore plus fonctionnelles qu'ornementales, comme l'indique leur arc large, dicté par la nécessité d'agrafer au moins deux épaisseurs d'étoffe. Celle à l'avant est décorée de chevrons en argent incrusté. Laiton ou bronze, argent, 1er siècle de notre ère.
Broches fantaisie
Le ressort est désormais systématiquement remplacé par la charnière, et l'arc s'est aplati. Devenues essentiellement décoratives, les fibules prennent des formes diverses, géométriques ou figurées : sandale, paon, lion et lunule, ou chien poursuivant un lièvre. Cette dernière est décorée de traits niellés (une poudre à base de plomb, de soufre et d'alliage cuivre-argent déposée dans des creux, et qui au four donne des motifs noirs brillants). D'autres sont ornées de motifs poinçonnés, d'incrustations de verre et d'émail; l'une des fibules émaillées est aussi adornées d'une colombe ou d'un paon.
Ces parures, toutefois, ne sont pas forcément que des signes de coquetterie : certains motifs, comme les yeux ou des animaux, avaient aussi valeur de talisman. Laiton, bronze, 1er - 3e siècle.
Parure de prix
Les fibules "en oméga" ne sont pas rares à l'époque gallo-romaine, et existent encore aujourd'hui. Celle-ci, en argent plaqué or, est toutefois une pièce d'exception. Argent et or, fin 1er - 2e siècle.
Pour l'officier
D'époque tardive, les fibules cruciformes sont portées par les militaires gradés, qui agrafent ainsi leur manteau. D'abord partie intégrante de la panoplie militaire, elles deviendront avec le temps le signe distinctif des hauts fonctionnaires de l'empire. Bronze doré, argent, fin 3e - 4e siècle.
Boucle de ceinture
Bronze, époque romaine.
Anneaux divers
Or, argent, bronze, os, lignite, époque romaine
Bleu
Bague en bronze plaqué or, sertie d'un chaton en nicolo bleu où figure la déesse Fortune. Peut-être avait-elle valeur de talisman. Fin 2e - début 3e siècle. A côté, un chaton en pâte de verre, imitation nicolo, orné d'un profil masculin. Epoque romaine.
(dessin)
Orange
Sur le plus gros chaton, un artisan nu tient son uvre : un bouclier décoré. Dans l'autre main, peut-être ses outils. Sur le plus petit, déesse Fortune, tenant une corne d'abondance et peut-être un gouvernail. Cornaline, 1er - début 2e siècle, et 2e -3e siècle.
Perles
Pâte de verre, époque romaine.
Une souris verte
Pendeloque en forme de souris. Bronze, époque romaine.
Diffusée par les monnaies et autres portraits officiels, la coiffure des impératrices donne le ton aux élégantes de province. Au début du 1er siècle, la tendance est à la raie au milieu et chignon sur la nuque, avec des mèches torsadées entourant le visage. Dès les années 70, on passe aux coiffures bouclées en tour, avec parfois des perruques complémentaires pour gagner de la hauteur. Au 2e siècle, chignon sur la nuque à nouveau, avec tresses enroulées autour de la tête, façon turban. Mais la plupart des femmes ne suit pas la vogue des coiffures tarabiscotées, qui exigent du temps et du personnel. Tresses et chignons simples sont très répandus, et finissent par même par devenir à la mode.
(Dessins)
Pour s'admirer
A l'époque romaine se répandent le miroir fait d'un disque de bronze poli, ainsi que des petites glaces, plus rares, en verre doublé d'une couche de plomb. Le miroir métallique à manche est l'emblème de la séduction et de la beauté; il figure du reste parmi les attributs de Vénus. Bronze, époque romaine.
Divine coiffure
Buste de Diane ou de Vénus, coiffée bandeaux ramenés en chignon sur l'avant. Terre cuite, époque romaine.
Epingles à cheveux
Accessoires indispensables au maintien des coiffures compliquées, les épingles sont aussi des parures. Leur tête arbore parfois des décors géométriques et parfois figurés : une main tenant une boule, une tête féminine. Bronze, époque romaine.
(dessins)
Epingles à cheveux
L'une, sans parallèle connu, se termine en tête d'antilope. L'autre en buste de femme, coiffée du chignon en vogue dans la seconde moitié du 1er siècle. Os, époque romaine
Fond de teint blanc : poudre d'escargots séchés mêlée de bouillie de fèves, ou pommade à la crotte de crocodile, ou huile à la fiente de veau, graine de lin, craie Noir à sourcils: purée de mouches et ufs de fourmis. Crème pour la peau : masques d'argile, lait d'ânesse, miel mêlé d'abeilles mortes, caille de pigeon au vinaigre, huile de tortue, graisse de cygne. Pâte dentifrice : à base de cendres de rats, de miel et de racine de fenouil, ou à base d'urine de jeune garçon et de poudre de pierre ponce. Telles sont les recettes fournies par les auteurs latins. Aujourd'hui encore, les produits cosmétiques contiennent souvent des ingrédients sans grand rapport avec la séduction féminine.
(Dessin)
Palette à fard
Pour écraser et mélanger les produits de beauté. Pierre polie, époque romaine.
Bâtonnets de maquillage
Pour extraire fards et onguents des fioles, les mélanger ou les appliquer. Certains, pointus, ont pu servir aussi d'épingles à cheveux. Verre, 1er - 2e siècle.
Mélangeurs
Pour broyer les fards et préparer des crèmes et pommades à usage cosmétique ou médicinal. La tête est ornée d'un chien. Bronze, époque romaine.
Parfums de femme
A base d'extraits végétaux incorporés à de l'huile, de la graisse, de la résine ou de la gomme, les parfums, de consistance assez épaisse, présentent une vaste gamme d'effluves. Les essences les plus précieuses viennent d'Orient : baume de Judée, nard indien, cannelle d'Arabie ou de Ceylan, encens, safran D'autres, plus communes, sont à base de citronnelle, d'iris, de narcisse, de marjolaine. En bas de gamme, l'huile de jonc n'est guère porté que par les prostituées. Fioles à parfums et à onguents; celle en terre cuite provient de la région de Vichy. Terre cuite, verre, époque romaine.
Strigiles
Une partie des soins corporels prend place aux thermes, où l'on s'asperge d'eau, s'enduit d'huile puis se racle la peau à l'aide du strigile. Assez répandus, ces objets illustrent la diffusion des coutumes typiquement romaines dans la population locale. Bronze, époque romaine.
Kit de toilette
Pour homme ou femme. Une pince à épiler et un cure-oreilles cassé. D'autres exemplaires comportent encore un cure-dent, un cure-ongle et une lime, un petit racloir. Bronze, époque romaine.
Brucelles
Pour l'épilation, pour retirer une écharde, elles sont utilisées pour la toilette mais servent aussi d'instruments médicaux.
C'est à l'époque romaine que nos régions se mettent à la viticulture. Mais on consomme surtout du vin importé des rivages méditerranéens, principalement d'Italie, d'Espagne et du midi de la Gaule. De véritables bateaux-citernes remontent le Rhône, leurs immenses cuves de terre cuite (jusqu'à 2500 litres!) remplies de piquette en vrac. A Lyon et dans d'autres ports, elle est ensuite transvasée en tonneaux (spécialité gauloise utilisée depuis longtemps pour la cervoise), amenés ensuite par bateau ou par chariot jusqu'aux tavernes et aux caves des agglomérations.
Les crus de meilleure qualité, eux, sont transportés dans des amphores, emballages perdus de tradition méditerranéenne, fabriqués et emplis sur les lieux de production vinicole.
(image: bateau avec tonneaux)
Halage d'un bateau transportant du vin en tonneaux. Au registre supérieur, des amphores à vin du Sud de la Gaule; trois d'entre elle sont emballées de paille tressée. Relief de Cabrières d'Aygues, France.
Vin du Midi
Amphore du Sud de la Gaule. Terre cuite, 1er- 3e siècle.
Vin d'Espagne
Amphore de Tarraconaise (région de Barcelone). Terre cuite, milieu du 1er siècle avant - début du 1er siècle après J.-C.
Vin d'Espagne
Amphore d'abord fabriquée en Campanie (dans la région de Naples, où l'on produisait le plus fameux vin antique, le Falerne), puis en Espagne et en Gaule. Terre cuite, fin 1er siècle avant - 1er siècle après J.-C.
Avec l'Empire romain, les Helvètes découvrent les produits de la mer, et notamment le garum: une sauce très forte à base de morceaux de poissons macérés (proche du nuoc mâm actuel), très prisée des Romains qui l'utilisent comme condiments dans presque toutes leurs recettes, pâtisserie y comprise. A Lousonna comme ailleurs, la population a vite adopté ce nouveau goût, comme en témoignent de nombreuses amphores à garum et autres saumures de poisson. Signe que la colonisation culturelle romaine s'exerce jusque dans les papilles, et entraîne pour ainsi dire une révolution de palais. Aujourd'hui, Rome est en Amérique, et le garum s'appelle Ketchup.
Amphore à poissons ou à garum
Provenant de Bétique, au Sud de l'Espagne. Terre cuite, fin du 1er siècle avant - 1er siècle après J.-C.
Amphore à poissons ou à garum
Probablement importée d'Espagne, elle présente une forme originale. Sur le col, l'estampille CEP ou CFP. Terre cuite, 1er - 3e siècle.
Amphore à garum
De Bétique, au Sud de l'Espagne. Terre cuite, 1er siècle - milieu du 2e siècle.
Moulin à bras
En grès coquillier, sans doute extrait de carrières de la région broyarde, où cette roche abonde. La partie supérieure, mobile, est actionnée à l'aide d'un manchon de bois coudé, logé latéralement dans la pierre. On peut régler la finesse de la mouture en l'écartant ou en la rapprochant de la meule fixe sur l'axe de rotation. Pour faire du pain bien sûr, mais aussi des bouillies de céréales, on cultive le blé, l'épeautre, le seigle, l'orge, l'avoine, le millet.
Vase de stockage
Le grain, la farine et autres denrées solides sont conservées dans de grandes jarres (dolia). Sur la panse de celle-ci, probablement fabriquée à Lousonna, le potier a signé son uvre avant la cuisson : LOSSO FECIT, "fait par Losso". Terre cuite, époque romaine.
Vasque
Pour l'eau nécessaire aux diverses activités domestiques, cuisine, toilette et entretien.
Des Pays-Bas à la Maurétanie et de la Caspienne à l'Angleterre, l'empire romain connaît la monnaie unique.
Flash-back : c'est à partir de 300 avant notre ère environ que les peuples celtes avaient adopté le système monétaire, en imitant les pièces d'or du roi Philippe de Macédoine (359-336). Au cours du 2e siècle, le monnayage se développa et se diversifia, chaque peuple émettant le sien. La monnaie n'était pas encore courante : objet de prestige, elle servait surtout à accumuler de la fortune, ou à rémunérer des troupes. Le commerce, lui, restait largement fondé sur le troc.
Vers 100 avant notre ère, plusieurs peuples celtes alignèrent leur système monétaire sur le denier romain. But : favoriser le commerce avec Rome et sa nouvelle Province de Transalpine, qui s'étendait dans le Sud de la Gaule et la vallée du Rhône jusqu'à Genève.
Mais c'est avec l'empire romain que vient la véritable révolution. Le sesterce est monnaie unique, et monnaie courante. Les pièces font désormais partie du quotidien de tout un chacun, que ce soit pour payer une livre de pain, une taxe, un employé ou une quelconque prestation.
Grâce à cet instrument, grâce aussi à l'unification des poids et mesures et au développement des infrastructures de transport, le monde romain devient un gigantesque et prospère marché commun. Bien sûr, le commerce est tributaire de la stabilité politique et des équilibres économiques. Et dès le 3e siècle, l'empire doit affronter des phénomènes nouveaux tels que crise monétaire, inflation galopante et dévaluations.
Même si des devises locales subsistent en Orient, le système monétaire instauré par Auguste est valable dans tout l'empire aux 1er et 2e siècles. Suite aux crises économiques du 3e siècle, de nouvelles pièces sont introduites, tandis que diminue la teneur en métal précieux. Alors qu'un denier de Néron (54-68) contient 90% d'argent, celui de Marc-Aurèle (161-180) n'en a plus que 75%, celui de Septime-Sévère (193-211) 50%. Et celui de Gallien (253-268) 5%! Parallèlement, les prix flambent : un boisseau de blé qui valait un demi-denier au 2e siècle en coûte 100 à la fin du 3e siècle. Dioclétien (284-305) parviendra à juguler l'inflation, en fixant le prix maximal des denrées et des prestations, et en émettant des pièces à haute teneur en métal précieux.
Système monétaire d'Auguste
1 aureus (or, 7,8 g.) = 25 deniers (argent, 3,8 g.)
1 denier = 4 sesterces (bronze, 25 g.)
1 sesterce = 2 dupondius (bronze, 12 g.)
1 dupondius = 2 as (bronze, 11 g.)
1 as = 4 quadrans (bronze, 3 g.)
Denier
Argent. Frappé à Rome sous Domitien, 90.
Sesterce
Bronze. Frappé à Rome sous Marc-Aurèle, entre décembre 176 et l'automne 177.
Antoninien
Pièce d'argent valant deux deniers, introduite par Caracalla en 214. Exemplaire frappé à Rome ou à Milan sous Gallien, entre 260 et 268.
Follis
Pièce en cuivre à léger pourcentage d'argent, introduite par Dioclétien. Exemplaire frappé à Trèves sous Constantin Ier, entre 313 et 315.
La conquête n'abolit sans doute pas les anciennes unités de mesure locales, qui restent probablement en usage dans la vie courante. Mais l'empire introduit un système unitaire qui facilite les transactions et le commerce à grande échelle.
Fléaux de balances romaines
Dans l'empire coexistent la balance à deux plateaux et la balance romaine, avec fléau muni d'un crochet où suspendre la charge à peser et bras gradué, où se déplacent des poids mobile. Fer, bronze, époque romaine.
Grands et petits poids
Le poids était chiffré selon un système duodécimal (base de 12). L'unité de base était la livre, libra, pesant 347,5 g., subdivisées en 12 onces ou unciae de 27,28 g. Le poids en bronze à l'avant correspond à 4 unciae, soit 1/3 de livre ou 107 g. Pierre, plomb, (éléments de fixations en fer), bronze, époque romaine.
Pieds pliants
Les mesures de longueur sont étalonnées en référence au corps humain. L'unité est le pied, pes, (29,6 cm). Sous-multiples : 1 pied vaut 4 paumes (7,4 cm) ou 16 doigts (1,85 cm). 24 doigts font 1 coude (44,5 cm), et 5 pieds font 1 pas (1,48 m). 1000 pas font 1 mille romain (1482 m). Utilisées par les artisans et les constructeurs, les règles graduées et pliantes en bronze et plus rarement en os préfigurent notre double-mètre. La distance entre chaque trou est de 2,95 cm, soit un dixième de pied. Os, époque romaine.
Etiquette
Munie d'un trou permettant de l'attacher à un quelconque objet, elle porte sur les deux faces, en écriture cursive, l'inscription SVNVCI PRIMI, "de, ou à, Sunucus Primus" (un nom à consonance celtique). Les étiquettes te taille réduite comme celles-ci sont rares en Helvétie. D'autres, plus grandes, sont mieux connues ; généralement attachées à une marchandises, elles en indiquent le prix, la quantité ou le nom, ainsi que celui du commerçant.
Après la conquête, voilà les Helvètes englobés dans un monde nouveau, un empire en pleine expansion. Leur communauté devient la "Cité des Helvètes" (civitas helvetiorum) avec Avenches pour chef-lieu. Dès la fin des années 80, ce territoire appartient à la Province de Germanie supérieure, créée par Domitien. Capitale : Mayence. Lousonna est à la pointe sud de cette Province ; de l'autre côté du lac et à Genava, les Allobroges dépendent, eux, de Narbonne.
Dès 12 avant notre ère, les délégués de toutes les Cités celtes de Gaule se réunissent chaque 1er août à Lyon, dans un amphithéâtre et un sanctuaire fédéral, pour débattre de leurs affaires et surtout célébrer le culte de Rome et de l'empereur. Le 1er août est aussi la fête celtique du dieu Lug : un exemple parmi d'autres de l'habileté politique romaine... Pour les Cités des Germanies, l'empereur Claude instaure de semblables rencontres annuelles à Cologne.
Intégrée dans l'empire, Lousonna se retrouve aussi au cur d'un immense marché. Avantageusement située au carrefour des grands axes routiers et fluviaux, l'agglomération connaît un boom commercial qui fonde sa prospérité.
Parler de la "Suisse romaine" est une aberration : dans l'antiquité comme dans la préhistoire et le moyen âge, rien ne préfigure la Confédération moderne. Depuis toujours morcelé culturellement et politiquement, enrichi d'apports extérieurs et d'échanges, l'actuel territoire suisse était à l'époque romaine divisé en cinq provinces, avec pour capitales Narbonne, Mayence, Augsburg, Milan
La Suisse était à la fois aux confins de tout et au cur de tout : entre transversales alpines, couloir du Plateau, bassins du Rhône, du Rhin et du Danube, elle était à la croisée des grands axes qui assuraient sa prospérité. Mais les pôles de décision et les enjeux étaient ailleurs.
Numinibus Aug(ustorum) nautae [lac]u Lemanno qui Leuso[nn]ae consistunt l(ocus) d(datus) d(ecreto) d(ecurionum)
Aux divinités des empereurs, de la part des bateliers du lac Léman, qui ont leur siège à Lousonna.
Cette dédicace aux empereurs était exposée dans les bureaux de l'influente corporation des nautes, installés dans une annexe de la basilique, sur le forum de Lousonna. L'autorisation de la placer dans un lieu public a été donnée par les décurions d'Avenches, dont relevait ce type de type de décision.
Les nautes assuraient le transport des marchandises sur le lac ainsi que leur transfert par la route jusqu'au lac de Neuchâtel, où d'autres corporations de bateliers les prenaient en charge. 2e - début 3e siècle.
Emballages perdus, containers industriels sans valeur, les amphores étaient fabriquées sur les lieux de production des denrées à transporter. Ces amphores-ci contenaient de l'huile d'olive venue de Bétique, au Sud de l'Espagne. Certaines portent encore des étiquettes peintes indiquant selon les cas le nom du négociant exportateur, de l'armateur, le poids de l'huile, le nom du domaine producteur et de son propriétaire, le nom du préposé à la pesée Toutes trouvées à Lousonna, ces amphores illustrent bien le trafic commercial lié au port.
Poids d'une amphore vide : 30 kg ; pleine : 100 kg. Terre cuite, 1er - 3e siècle.
Bien avant la conquête, des hommes d'affaires romains avaient ouvert des négoces en pays gaulois, où ils écoulaient notamment de vastes quantités de vin italien.
Avec l'intégration dans l'empire s'ouvre un marché immense, globalisé : l'import - export connaît alors un boom sans précédent. Jadis réservées aux classes dominantes, les marchandises d'origine méditerranéenne et orientale deviennent des biens de consommation courants. Vins, huile d'olive, poissons et fruits de mer, épices, dattes et autres produits exotiques affluent en grandes quantités. Les matières premières, telles le fer, l'étain ou le plomb circulent en lingots. On importe du marbre de Carrare ou d'Egypte, de l'ambre de la Baltique et même des articles de luxe produits au-delà des frontières de l'empire, comme de la soie de Chine. Autre nouveauté, un mode de fabrication industrielle inonde le monde romain de produits standards comme les récipients en terre sigillée, vaisselle de série accessible à tout un chacun.
Au chapitre des exportations, nos régions envoient vers le Sud des Alpes certains produits manufacturés, des lainages et des peaux, des salaisons, des fromages, du bois, et de la marchandise humaine, car le commerce des esclaves était florissant. Un ex-voto trouvé au col du Grand Saint Bernard signale le passage d'un Helvète nommé Caius Domitius Carassounus, marchand d'esclaves.
L'immense marché de l'empire romain engendre un commerce intensif, qui amène au bord du Léman comme ailleurs de vastes quantités de biens de consommation nouveaux, venus d'horizons plus ou moins lointains. Outre des denrées alimentaires dont ne restent que les emballages et parfois des noyaux ou des coquilles, les habitants de Lousonna trouvent désormais dans le commerce quantité de produits manufacturés que les marchands apportent d'Italie, de Gaule, de Germanie et d'ailleurs.
Vaisselle cassée
Née en Orient au cours du 2e siècle avant notre ère, la vaisselle dite "sigillée", à enduit rouge brillant, fut fabriquée en Italie du Nord, dans la région d'Arezzo, à partir de 50 avant J.-C. Puis, pour se rapprocher de l'importante clientèle que représentaient les militaires, les centres de production se déplacèrent et se développèrent, d'abord au Sud de la Gaule au 1er siècle de notre ère, puis au centre de la Gaule au 2e siècle, enfin au Nord-Est.
Les grandes manufactures produisent industriellement (40'000 récipients par fournée!) cette vaisselle de série diffusée partout dans le monde romain et au-delà, jusqu'en Inde. A Lousonna et ailleurs en Helvétie, des ateliers plus modestes en produisent également, reprenant la technique et les formes des officines gauloises (voir la vitrine en face de celle-ci).
L'abondance de la vaisselle sigillée, la standardisation de ses formes et les marques de fabrique apposées dans certains types de récipients en font un excellent moyen de datation archéologique.
Précoce
Quatre fragments de plat de la plus ancienne vaisselle sigillée importée dans nos régions, celle d'Arrezzo. Terre cuite, fin du 1er siècle avant notre ère.
Coupe de Gaule du Sud
Issue d'un atelier de Banassac. Au fond, la marque PERRVS F pour PERRVS FECIT, "fait par Perrus". 2e moitié 1er siècle.
Bol de Gaule du Sud
Fabriqué dans une manufacture de La Graufesenque ou de Banassac. Sur le pourtour, une scène de chasse figure un chien poursuivant un cerf. Pour le procédé de fabrication et de décoration, voir la vitrine opposée à celle-ci). Terre cuite, deuxième moitié 1er siècle.
Bol à collerette de Gaule centrale
Produit dans la région de Lezoux, ce récipient est estampillé ALBVCIANI, "fait par Albucianus". Terre cuite, 2e siècle.
Gobelet de Germanie
Importé de la région de Trèves ou de Cologne, ce vase enduit d'un revêtement argileux noir rehaussé de blanc porte sur la panse une inscription hélas incomplète. Peut-être bien s'agit-il, à l'instar d'autres exemplaires mieux conservés, d'une déclaration d'amour : [AMO] TE DV[L]C[I]S , "je t'aime, ma douce".
Voués à la boisson, les vases de ce type passent de main en main dans les banquets ; certains portent aussi des maximes de buveurs. Terre cuite, 3e - 4e siècle.
Verrerie d'importation
Si des artisans verriers uvrent à Avenches, à Martigny et probablement à Lousonna, nombre de récipients proviennent d'ateliers plus lointains. Tesson de coupe probablement importée d'Italie, décorée d'un motif en résille obtenu en juxtaposant des baguettes de verre entourées de filets de verre blanc opaque. Verre, fin 1er siècle avant - début 1er siècle de notre ère.
Tesson de coupe
Fabriquée et décorée en mosaïque, elle a sans doute importé d'Italie. Verre, fin 1er siècle avant - début 1er siècle de notre ère.
Tesson d'assiette
La technique décorative du millefiori indique probablement une importation d'Italie, ou peut-être d'Egypte. Verre, époque romaine.
Tesson de fiole
Décoré de filets de verre blanc opaque en spirales. Probablement importé. Verre, début 1er - début 2e siècle.
Tesson de coupe
Les récipients à décor de pointes étirées sont très fréquents en région rhénane, où se trouvait vraisemblablement leur lieu de fabrication. Verre, milieu 2e - milieu 3e siècle.
Qualité helvète
A Aquae Helveticae (aujourd'hui Baden, Argovie), station thermale réputée à l'époque romaine, un certain Gemellianus fabriquait en série des étuis à couteaux ornés de bronze ajouré. Sans doute avec le couteau, précurseur du couteau suisse, ils étaient vendus comme souvenirs aux curistes, parmi lesquels beaucoup de militaires en permission. On retrouve ces étuis en abondance dans les régions militarisées, au long du Rhin et du Danube, mais aussi au Maroc. Les étuis complets portent l'inscription AQVIS HE(lveticis) GEMELLIANVS FE(cit), "fait par Gemellianus de Baden". Bronze, fin 2e - 3e siècle.
Difficile de connaître les tarifs pratiqués dans l'empire : ils ont subi bien des fluctuations et les témoignages disponibles concernent des régions et des périodes très variées. On peut toutefois fournir quelques chiffres : un manuvre touche 4 sesterces par jour ; un légionnaire 2 sesterces et demi au début du 1er siècle, 4 à la fin du 2e, tandis que la solde d'un centurion se monte à 50 sesterces et celle d'un officier supérieur à environ 80 sesterces.
Selon les graffitis de Pompéi, on peu obtenir contre 1 as (un quart de sesterce) : 1 kilo de pain, 1/2 litre de vin ordinaire, 1 assiette ou 1 lampe en terre cuite. Avec 1 sesterce, on achète 1/2 litre de vin de qualité supérieure (du Falerne), 330 grammes d'huile, ou le nettoyage d'une tunique. Pour 520 sesterces, une mule.
L'inégalité sociale, déjà, était fortement marquée en termes de salaire et de pouvoir d'achat. Pour le légionnaire ou l'ouvrier père de famille, il n'était pas facile de joindre les deux bouts, et nombre de femmes travaillaient pour alimenter la caisse du ménage. En haut de l'échelle, tel médecin célèbre affirmait gagner 600'000 sesterces par an, et certains milliardaires dépensaient jusqu'à 200'000 sesterces pour un seul repas
Si les plus riches étaient parfois, bon gré mal gré, de généreux donateurs, ils n'en négligeaient pas pour autant les attraits de la fortune personnelle. Et faute de discrets comptes à numéros, ils confiaient souvent, en période troublée tout au moins, leurs économies à des cachettes habilement dissimulées.
C'est ainsi que, peu après 144 après J.-C., fut enfoui à Lousonna un magot en monnaie qui compte parmi les dix plus importants du monde romain. Dans deux cachettes à l'intérieur d'une même maison furent déposés deux lots de 35 pièces d'or: l'un contenait des pièces frappées entre 72 et 143, l'autre des monnaies émises entre 100 et 144. Avec 70 pièces au total, ce trésor représente une livre d'or ; il vaut 1750 deniers d'argent ou 7000 sesterces, soit 3500 repas, ou 7 ans de salaire d'un légionnaire ou d'un enseignant !
Des troubles semblent avoir agité la région au milieu du 2e siècle ; c'est peut-être ce qui a incité le propriétaire à mettre sa fortune à l'abri. Quoi qu'il en soit, il n'a pas été en mesure de récupérer son bien ; et les occupants ultérieurs de la maison vécurent avec un trésor sous leurs pieds sans s'en douter. Heureusement pour les archéologues qui, au bout de 18 siècles, eurent la joie d'exhumer ce magot.
Les pièces d'or et d'argent étaient frappées à Rome, dans des ateliers impériaux. Elles véhiculent dans tout le monde romain l'imagerie officielle, à commencer par le portrait du souverain, parfois de son successeur désigné ou de son épouse. Y figurent aussi les titres de l'empereur et, au revers, les symboles de sa puissance et de sa politique : dieux protecteurs, vertus personnifiées (la Concorde, l'Espoir, la Piété, etc.), images civiques (déesse Rome), hauts faits (victoires militaires) et bienfaits (distributions de biens).
(image: dessin de monnaie avec titulature)
Avers : Trajan et ses titres (entre 112 et 117)
IMP(eratori)TRAIANO AVG(usto) GER(manico) DAC(ico) P(ontifici) M(aximo) TR(ibuniciae) P(otestate) CO(n)S(uli)VI P(atri)P(atriae)
Chef des armées (Imperator), honoré de surnoms célébrant ses victoires en Germanie et en Dacie (germanicus, dacicus), le prince est aussi tribun du peuple (tribunicia potestas), consul pour la sixième fois (consul VI), et grand pontife (pontifex maximus). Le titre de père de la patrie (pater patriae), l'élève au rang des dieux, auprès de qui il intercède pour le peuple romain.
(Photo Vrac p. 76 en bas)
Revers : Jupiter statori
Jupiter sauveur, père des dieux et protecteur de l'empereur, est aussi l'homologue divin de celui qui se présente comme père de la patrie (Antonin le Pieux, 140-143).
(Photo Vrac p. 77 en haut)
Revers : mythologie édifiante
Enée fuyant Troie en portant son père Anchise sur ses épaules : évocation du mythe fondateur de Rome (Enée est censé être l'ancêtre de Romulus et Rémus), l'image exalte aussi la piété filiale, l'une des vertus cardinales de l'idéologie romaine (pièce à l'effigie de Faustine, épouse d'Antonin, 141-161).
(Photo Vrac p. 77 milieu gauche)
Revers : à la Santé de l'empereur
Généralement représentées en femmes, les vertus personnifiées jouent un rôle important dans la propagande impériale. Elles transmettent leur pouvoir au souverain et, par son intermédiaire, aux citoyens de l'empire. Ici, SALUS : le Salut, la Santé (pièce en l'honneur de Tibère, frappée sous Trajan, 107).
(Photo Vrac p. 77 milieu gauche, les 2 photos)
Revers : l'empereur conquérant
Représentation de la colonne trajane érigée à Rome pour célébrer la victoire sur les Daces (Trajan, 112-114). L'Afrique personnifiée symbolise l'extension de l'empire (pièce à l'effigie de Sabine, épouse d'Hadrien, 134-137).
(Photo Vrac p. 77 en bas droite)
Revers : le prince et le pauvre
Bienfaiteur du peuple, l'empereur distribue du pain aux défavorisés (Trajan, 111)
Faute de connaissances anatomiques et biologiques suffisantes, la médecine antique reste assez empirique, mêlée de superstitions et de remèdes de bonne femme. Tout de même, c'est à l'époque romaine qu'apparaît en Helvétie une médecine professionnelle, liée au serment d'Hippocrate et soutenue par une formation en faculté; il y en a probablement une à Avenches.
Les praticiens, souvent d'origine grecque, savent réduire les fractures, ligaturer les vaisseaux, ôter les varices, pratiquer l'ablation des amygdales, trépaner le crâne, opérer de la cataracte. Mais la chirurgie, faute d'anesthésie, se limite en général aux interventions d'urgence. La cautérisation se fait d'ordinaire au fer rouge.
Parfois itinérants, plus souvent installés dans un cabinet en ville, les médecins exercent à titre indépendant. Certains, fonctionnaires, sont rémunérés par une collectivité locale, ou encore rattachés à un hôpital civil ou militaire. D'autres enfin, libres ou esclaves, sont au service exclusif d'un riche particulier.
Quoiqu'en général bien considérés, ils sont parfois vertement critiqués, pour leurs échecs souvent fatals et surtout pour leur cupidité. Certains médecins célèbres réclament en effet des honoraires astronomiques. Par exemple, un certain Charmis de Marseille a facturé 200'000 sesterces pour une seule consultation en Italie; frais compris, il est vrai.
Une tige transversale coulissante permet de maintenir la pincette serrée. Très utile pour la médecine. Bronze, époque romaine.
Trousse de chirurgien
Scalpel à lame de fer, et manche de bronze orné d'argent. Aiguilles ; spatules à cuilleron (utilisées aussi pour la préparation d'onguents). L'extrémité renflée en olive sert de pilon, de sonde ou de cautère. Bronze, fer, argent, époque romaine.
Scie
Probablement utilisée en chirurgie. Bronze, époque romaine.
(Dessin)
Sur les collyres (préparations pâteuses et dures à délayer avant usage) qu'il vendent à leurs patients, les ophtalmologues impriment à l'aide d'un cachet de pierre leur nom, la composition du remède, l'affection qu'il est censé soigner, et le mode d'emploi. Très abondants en Gaule, ces tampons suggèrent que la médecine des yeux était une spécialité locale. Mais des praticiens d'origine grecque l'exerçaient aussi, comme l'indique le cachet à deux faces de Lousonna:
Q(uinti) Post(umii) Hermetis pelagin(um) ad clarita(tem)
Collyre pélagien de Quintus Postumius Hermes, pour éclaircir la vue
Q(uinti) Post(umii) Hermetis chloron ad epipho (ras)
Collyre vert de Quintus Postumius Hermes, contre l'épiphora (inflammation de l'il)
Avec son ancien maître Quintus Postumus Hyginus, l'affranchi Quintus Postumius Hermes a par ailleurs laissé une inscription sur pierre à Avenches, dédiée au médecins et aux professeurs. Stéatite verte, fin 2e siècle.
Née 3000 ans plus tôt au Proche-Orient, l'écriture n'apparaît dans le monde celtique qu'au cours des derniers siècles avant notre ère. Les Celtes, qui écrivent dans leur langue mais en alphabet grec, ne l'emploient guère : ils favorisent la tradition orale.
A l'époque romaine, l'écrit devient omniprésent. Sur pierre, sur métal, sur des tablettes de bois et cire d'abeilles, sur les murs, les vases et les emballages, d'innombrables documents sont conservés, du diplôme militaire à la déclaration d'amour en passant par les ex-voto, les épitaphes, le courrier, les comptes, les graffiti variés, les étiquettes, les marques de fabrique, les bornes milliaires ou les malédictions de sorcières.
L'empire est bilingue : latin en Occident, grec en Orient. Langue officielle et langue du business, le latin est très largement adopté par la population, ce qui ne signifie pas que le celte n'est plus parlé. Certains se familiarisent aussi avec le grec, langage privilégié de la science et des arts.
La propagation des langues nouvelles est facilitée par le fait qu'à l'époque, le langage n'est pas ressenti comme un symbole d'identité ou de souveraineté. Même dans les domaines traditionnellement conservateurs, comme la religion, les Helvètes se mettent à honorer leurs dieux ancestraux en latin, et par écrit.
Contrairement au celte qui est un idiome parlé, le latin, qu'on apprend à l'armée, à l'école et dans la rue, s'écrit. Le fait que toutes les inscriptions retrouvées à Lousonna soient en latin n'implique donc pas que le celte n'y est plus pratiqué (de même qu'une fouille de Berne dans 2000 ans, où l'on n'exhumerait que des textes en Hochdeutsch, ne signifierait pas que le Schwytzertütsch a disparu). Reste que le latin et l'écriture, innovations fondamentales, transforment en profondeur le quotidien des Gallo-Romains.
Pour la correspondance, on utilise des tablettes enduites de cire d'abeilles, où l'on grave le texte à la pointe d'un style, ou stylet. A l'autre extrémité de l'instrument, la "gomme": une spatule qui permet de lisser la cire. Fer, os, époque romaine.
Dessin : tablette à écrire. Légende: Courrier d'un soldat sur une tablette de Vindonissa (Windisch, Argovie) : soleas clavatas fac mittas nobis ut abeamus. Cum veniemus ; "envoie-nous des souliers cloutés pour que nous puissions partir. A notre retour "
Sous pli discret
Boîtes à sceau, entre le cachet de cire et le fil plombé d'aujourd'hui. Pour garantir l'inviolabilité d'un envoi, on l'entourait d'un lien dont les extrémités étaient nouées dans un petit boîtier, empli de cire et fermé. Entre le cachet de cire et le fil plombé d'aujourd'hui. Bronze (le couvercle de l'un des boîtiers est plaqué argent), époque romaine.
Dessus d'encrier
Les Gallo-Romains écrivent aussi sur des rouleaux de papyrus puis, dès le 3e siècle, sur du parchemin. Ils utilisent pour cela un roseau taillé (calame) ou une plume d'oiseau, trempée dans de l'encre à base de noir de fumée de résines et de gomme. Séchée, cette préparation est à délayer dans de l'eau avant l'emploi. Des encres à base métallique sont aussi introduites au 2e siècle. Encrier en terre sigillée importé du Sud de la Gaule. Terre cuite, 1er siècle de notre ère.
Environ huitante récipients de Lousonna portent des graffiti, qui attestent la diffusion de l'écriture dans toutes les couches de la population. Sur ce gobelet, au dessus du motif en croix, la marque Caba, abréviation de Baballus, Cabalio, Cabalicus ou autre nom d'origine celtique. Terre cuite, 2e -3e siècle.
Sous sa coupe
Gravées sous le récipient, les lettres NAVT désignent probablement une certaine Nauta, dont le nom n'est pas sans rappeler le mot désignant les bateliers. Bon nombre de marques de ce genre sont faites par des femmes. Les filles allaient aussi à l'école (quoique moins longtemps que les garçons), et la pratique de l'écriture était donc bien répandue dans la population féminine aussi. Coupe importée du Sud de la Gaule. Terre cuite, 1er siècle de notre ère.
Langues vivantes
En plus du latin, certains pratiquent aussi la langue et la littérature grecques. Ce graffito érudit trouvé à Lousonna cite un célèbre vers qui peut se lire dans les deux sens (palindrome) : HDH MOI DIOS AR¢A PATA PARA SOI DIOMHDH "regarde-moi, là, à côté de toi, le piège de Zeus, Diomède." Crépi, époque romaine.
Calculette
Pour les opérations arithmétiques un peu compliquées, les Romains recourent à un système de petits cailloux (en latin, des calculi) disposés dans des cases. Certains, soigneusement façonnés et polis, sont aussi faits en verre. Notons qu'il est pratiquement impossible de distinguer les calculi des jetons de jeu. Pierre, pâte de verre, époque romaine.
©Laurent Flutsch, Conservateur du Musée romain de Lausanne-Vidy
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