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La Réforme est-elle un berceau de la haute finance?
Non, le néolibéralisme n’a plus rien de chrétien
Pierre-Luigi Dubied
Le néolibéralisme est le courant économico-politique qui guide nos sociétés. Sa caractéristique est le primat des impératifs capitalistes sur tout le reste: entreprise privée, libre concurrence, spéculations boursières et profits en sont les uniques règles. Seule importe la liberté d’entreprendre et de consommer. L’individu est pensé comme l’entrepreneur de sa propre vie, en tout et pour tout.
Le néolibéralisme n’a plus rien de commun avec la pensée de la Réforme ni avec l’application que certains protestantismes en ont fait et en font encore dans le domaine de l’économie. On peut même aller jusqu’à prétendre qu’il n’a plus rien à voir avec le christianisme: il suffit de penser à ce que Jésus a pu dire de l’argent (cf. Matthieu 6,24). Luther, qui définit la vocation chrétienne dans l’exercice d’un métier, ne peut pas être rendu responsable de la dérive économiciste. Et Calvin, encourageant plutôt l’épargne que la dépense, se trouve en opposition aux tendances actuelles de la consommation effrénée, sans laquelle le système ne fonctionnerait plus.
L’ascèse laïque pratiquée par les puritains de la Nouvelle-Angleterre a été mise au rancart au profit du «tout, tout de suite» de la consommation. Depuis un certain temps déjà, le protestantisme et même le christianisme ont été chassés de la place publique de tous nos pays. Peut-être pourrait-on leur demander de revenir juste pour faire la critique du néolibéralisme?
Oui, la Réforme et le capitalisme sont liés
Gilles Bourquin
En renversant l’idéal chrétien de pauvreté du Moyen Âge, les Réformateurs ont contribué à l’émergence du libéralisme et du capitalisme. Dépréciant la dévotion religieuse, Luther a valorisé le travail laïque et Calvin a fait de l’enrichissement un signe de bénédiction divine, pour autant que l’argent soit dépensé avec modération. Le protestantisme a été dès le début la religion des bourgeois, de la classe conquérante des commerçants. Après la Réforme, les capitaux ont migré des villes catholiques du sud, Venise et Florence, vers l’Europe du Nord protestante. Malgré l’apparition d’un protestantisme de gauche au XIXe siècle, les pays protestants figurent toujours parmi les plus prospères de la planète.