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C est le lieu de constater que la commercialisation de l'éducation supérieure est particulièrement problématique dans les pays en voie de développement. Un contrôle de qualité de l'offre de formation par un organisme international devient nécessaire. Il en est de même de la mobilité et du recrutement des étudiants de ces pays vers les pays développés. Nous pouvons apporter notre contribution à soulager ce brain drain en intensifiant des projets communs de recherche et d'enseignement. tel celui intitulé Universanté un espace d'apprentissage sur des problèmes de santé publique. Cette coopération, avec confrontation des idées, permet de garder la richesse de la diversité.
Ces nouvelles relations entre l'offre et la demande soulèvent aussi des questions concernant le rôle de l'Etat. dont l'une des tâches traditionnelles est de réguler l'offre d'éducation publique. Cette tâche devient plus difficile, d'une part parce que la démarcation entre public et privé devient plus floue (voir la stagnation des subventions étatiques de base et l'augmentation des financements pour des projets conjoncturels soutenus par des organismes publics ou privés) et d'autre part, parce qu'une partie importante de l'éducation supérieure sera fournie par Internet ou par des organisations étrangères au pays. Et comme ces changements interviennent non seulement au niveau national, mais à un niveau global, le rôle que l'Etat pourra jouer à l'intérieur de ses frontières sera peu à peu remplacé par la globalisation. Qui garantira alors à l'avenir que les aspects les plus essentiels de l'enseignement supérieur soient son contenu, sa qualité, son accessibilité et son coût raisonnable? Il nous semble que de nouvelles responsabilités pourraient être partagées avec des organisations internationales. D'ailleurs, en Europe. la gouvernance supra-nationale est en train d'être construite dans l'Espace européen de l'enseignement supérieur et dans l'Espace européen de la recherche. ce deuxième concept établissant un tout nouvel environnement pour les collaborations dans la recherche.
En ce qui concerne l'enseignement, le processus dit de Bologne — en promouvant en principe la transparence, la mobilité, la comparabilité et la qualité entre universités des divers pays d'Europe — pourra être un des moyens de réguler cette internationalisation et cette privatisation. Mais il ne pourra jouer ce rôle que si certaines conditions fondamentales sont respectées, que nous expliquons sans relâche aux autorités compétentes. Ou petit citer les coûts supplémentaires induits par l'allongement de la durée des études, la poursuite des allocations jusqu'à la fin normale des études qui sera le titre de Master, l'amélioration des conditions d'encadrement et les modalités de distinction et de passerelles entre les deux types de hautes écoles HES et universités, l'aide à la mobilité. Faute de respecter ces conditions, la mise en oeuvre de Bologne ira à fins contraires.
L'Université doit intensifier encore l'attention qu'elle voue au développement et à la gouvernance de la formation continue, qui se situe précisément à la charnière entre les mondes académique et professionnel.
En ce qui concerne la recherche, il nous plaît de rappeler que l'Université de Genève est déjà fortement engagée dans des projets européens. Mentionnons, parmi les réalisations les plus récentes, le Centre de données spatiales du satellite européen d'observation de rayons gamma qui vient d'être inauguré à l'Observatoire de Genève. Relevons aussi que notre Université est membre fondateur de la nouvelle Ligue des universités européennes de recherche. qui regroupe les meilleures universités complètes en Europe. Nous sommes persuadés que cette alliance nous donnera des avantages décisifs dans la réalisation de projets de recherche internationaux et de formation de chercheurs.
L'Université de Genève a également cherché à optimiser ses activités, notamment en intensifiant les collaborations interuniversitaires: on peut citer la mise en route du pôle de sciences humaines et sociales IRIS et le projet de pôle de génomique fonctionnelle communs aux Universités de Genève ei de Lausanne et à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, la mise sur pied du RUIG avec IUTHEI et IUED, l'élargissement de la coordination Genève-Lausanne, entamée en 1996, à l'Université de Neuchâtel, ainsi que les alliances transfrontalières CLUSE et Coimbra.
Enfin, afin de faciliter encore l'internationalisation de notre Université, nous avons besoin d'une réforme de notre cadre politique de gestion. Les travaux menés avec l'Etat de Genève sont en cours depuis un certain temps. En particulier, nous avons reconnu comme nécessaire la demande politique d'établir une convention pluriannuelle entre l'Université et l'Etat. Il est souhaitable que cette période d'incertitude prenne fin rapidement.
Une planification quadriennale 2003-2006 a été élaborée. Elle présente une université complète, avec des objectifs clairs, tendant à renforcer ses activités basées sur la recherche fondamentale et non liées directement au marché, quitte à abandonner certains domaines moins compétitifs sur le plan international.
Il en découle qu'une augmentation des moyens financiers publics pour la formation et la recherche est nécessaire, estimée à au moins 2 % par année sur 4 ans du budget de l'Université. Une privatisation de l'Université n'est pas envisagée. Notre analyse rejoint celle de tous ceux qui se sont penchés récemment au chevet de la place universitaire suisse, que ce soit le Conseil suisse de la science et de la technologie qui recommande un accroissement annuel de 10 % des dépenses publiques de recherche pour les 4 années à venir, les conseillers fédéraux Ruth Dreifuss et Pascal Couchepin qui soutiennent une croissance du système de l'enseignement tertiaire en Suisse ou la CRUS.
Sur deux points essentiels, il y a convergence de vue entre la planification de l'Université de Genève et celle de la Confédération: l'augmentation considérable du nombre d'étudiants, surtout dans les Facultés des sciences économiques et
sociales, des lettres et de psychologie et des sciences de l'éducation, demande une amélioration substantielle des conditions d'encadrement et, d'autre part, un soutien prioritaire accru des pouvoirs publics à l'encouragement de la recherche scientifique fondamentale est nécessaire.
Nous ne voulons pas terminer sans féliciter chaleureusement le Fonds national suisse de la recherche scientifique qui fête cet été ses 50 ans d'existence. Cette superbe organisation joue un rôle capital en Suisse: la recherche fondamentale qu'il soutient, gérée par des scientifiques, est — par son indépendance même et par ses exigences de qualité — un des plus sûrs moyens de promouvoir des retombées utiles à la vie économique et sociale, tout en permettant à la Suisse de se profiler, très favorablement, par la science, sur la scène internationale.