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Les classements mondiaux des universités sont des exercices légers parce qu’ils excluent tout ce qui qui n’est pas exprimé en anglais, langue universelle de la recherche scientifique. Ils ne nous disent rien du droit, de la littérature, de l’histoire ni de ce qui ne peut s’exprimer que dans une langue spécifique.
Mais ce sont aussi des listes très sérieuses réalisées avec une méthodologie précise qui mesure un rayonnement, une capacité d’attirer les meilleurs, des moyens financiers, des résultats de recherche, des capacités pédagogiques (DP 2098).
Le dernier tableau du Times Higher Education, le grand spécialiste de ces classements, qui a le mérite de s’appuyer sur une méthodologie transparente, rend un peu perplexe. Il mesure la réputation des hautes écoles, et comme tel se revendique ouvertement subjectif. Une enquête conduite de janvier 2016 à mars 2016 a récolté 10’323 réponses de «scholars» du monde entier, autrement dit de chercheurs et d’enseignants.
Leur répartition s’est faite selon deux critères: les disciplines académiques, avec une répartition à peu près égale entre sciences physiques, sociales, économie et médecine, et la provenance géographique, en fonction des statistiques des Nations unies sur la répartition des étudiants; parmi les interrogés, 33% provenaient d’Asie, 27% d’Europe et 19% d’Amérique du Nord.
Les participants à l’étude devaient simplement mentionner au plus 15 établissements universitaires de grande réputation dans leur domaine, en faisant une liste pour la recherche et une autre pour l’enseignement. L’addition des résultats de tous les participants fournit le classement. Le tableau n’est publié que pour les cent premiers.
Les résultats sont bien sûr sans surprises, avec les habituels Harvard, MIT, Oxford et Cambridge dans les premiers, un déluge d’universités du monde anglo-saxon, surtout américaines, et deux établissements helvétiques dans les 50 premiers: l’EPFZ en 19e position et l’EPFL à la 48e place. Une seule autre université européenne non britannique figure dans les 50 premières: LMU Munich est en 40e position. Ces résultats sont assez banals: ils corroborent les classements «sérieux» basés sur les publications et établis en fonction de critères liés à l’enseignement.
L’intérêt est ailleurs. Les auteurs de l’étude soulignent que les universités doivent devenir des «marques» comme Hermès ou Louis Vuitton pour maintenir leur réputation. Il existe une «marque» Harvard, synonyme de perfection même si tous les enseignements n’y sont sans doute pas au sommet de leur discipline. Il y a, par exemple, une «marque» Stanford liée désormais à la Silicon Valley, même si tous les anciens ne vont pas créer une start-up et devenir milliardaires.
En Suisse, l’EPFL est devenue en quelques années une marque, ce qui représente peut-être la plus belle réussite de Patrick Aebischer. Grands noms de l’architecture, participation à des projets spectaculaires comme Solar Impulse contribuent à façonner une marque mondiale qui permet d’attirer davantage de talents, de fonds, d’accroître le niveau de l’établissement et de grimper vers les sommets.
A l’inverse l’EPFZ, appuyée sur sa réputation scientifique centenaire (après tout, Albert Einstein y a fait ses études) a sans doute moins poussé à développer une stratégie de marque.
Toutefois, la recherche de la notoriété en succombant sans trop de précautions aux sirènes des entreprises qui financent des chaires et des programmes de recherche est un des vrais dangers qui guettent nos hautes écoles.
A la suite d’une enquête de la télévision alémanique, la presse a mis en évidence le contrat de 12,5 millions de francs qui permet à Merck Serono de financer trois chaires à l’EPFL dans les domaines des neurosciences, de l’oncologie et de l’administration des médicaments, tout en conservant un droit de regard sur le contenu des publications issues de ces trois chaires. Et le cas de l’EPFL n’est pas isolé. La concurrence dans la recherche de sponsors est un sport très pratiqué dans le monde universitaire.
La solution réside peut-être dans la création d’un registre central public des contrats des universités avec des tiers. Les clauses de confidentialité et de restriction des publications seraient ainsi connues de tous. Le débat est vif en Suisse alémanique, pour l’instant feutré en Suisse romande. Mais la transparence est dans l’intérêt à long terme de nos universités, qui perdraient pour le coup toute notoriété si une dépendance trop importante aux desiderata du secteur privé était avérée.
A l’avenir, l’EPFL mettra peut-être moins l’accent sur le côté paillettes pour continuer à gravir les échelons de la notoriété et l’EPFZ devra éventuellement ajouter un peu d’esprit glamour pour conserver son rang.