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En collaboration et grâce au partage d'informations du SEM, le service de la recherche en éducation (SRED) continue l'exploitation des données de cette vaste enquête et partage d'autres constats.
La thématique du jour ? Le sentiment de compétence des enseignantes et des enseignants !
Pourquoi ce choix ? Parce que, que ce soit dans le domaine du numérique ou ailleurs, se sentir capable de faire les choses constitue un moteur essentiel de l'action.
Replongeons-nous donc dans l'enquête du SEM et interrogeons ce sentiment de compétence !
Première question : dans l'ensemble, les enseignantes et enseignants se sentent-ils compétents ?
73% des enseignantes et enseignants considèrent avoir une maîtrise suffisante, voire largement suffisante des équipements, services et ressources numériques. À l'inverse, 23% des enseignantes et enseignants déclarent une maîtrise insuffisante des outils et 4% évoquent même une maîtrise largement insuffisante.
Une grande majorité des enseignantes et enseignants se sentent donc suffisamment à l'aise avec les ressources numériques. Reste que plus d'un quart d'entre eux doutent de leurs compétences en la matière. Essayons d'en savoir plus sur le profil des enseignantes et enseignants selon la perception de leur niveau de maîtrise. Que nous disent les données ?
De manière assez claire, les hommes se sentent plus compétents que les femmes. C'est ce que montre le graphique ci-dessous. Le sentiment de compétence est décrit par les répondantes et répondants du point de vue de leur maîtrise des équipements, services et ressources numériques.
De manière tout aussi claire, plus les enseignantes et enseignants sont jeunes (et donc pourtant avec une expérience professionnelle moindre), plus elles et ils se sentent compétents (dans l'utilisation des outils numériques).
Enfin, relevons également un sentiment de compétence un peu plus élevé chez les enseignantes et enseignants primaires qui travaillent au cycle moyen (donc auprès des élèves de 8 à 12 ans) comparativement à celles et ceux du cycle élémentaire (donc en charge des élèves les plus jeunes). Cette différence s’explique principalement par la proportion plus importante d’hommes dans ce cycle.
Nous voici avec un portrait un peu plus précis : les enseignants qui se sentent les plus à l'aise avec le numérique sont des hommes, plutôt jeunes et donc avec peu d'années d'expérience dans l'enseignement, et qui travaillent auprès des élèves du cycle moyen. Peu surprenant bien sûr, mais confirmé par des données et des analyses qui nous permettent de dépasser le stade de l'hypothèse ou de la simple intuition.
Deuxième question : les enseignantes et enseignants qui se sentent compétents mobilisent-ils différemment les outils numériques ?
Ce sentiment de compétence joue-t-il sur les pratiques enseignantes ? Plusieurs questions présentes dans l'enquête du SEM permettent d'explorer cette question. Premier constat général : les enseignantes et enseignants mobilisent plus les technologies numériques en dehors des cours que pendant les cours. Les outils numériques leur permettent de préparer les leçons, de s'informer ou de faire des recherches. Elles et ils sont moins nombreux à les utiliser directement en classe pour donner leurs leçons. Mais que ce soit en classe ou en dehors, l'utilisation des technologies numériques dépend fortement du sentiment de maîtrise des enseignantes et enseignants.
Nous avons ici regroupé les enseignantes et enseignants en deux catégories : celles et ceux qui rapportent une maîtrise des outils suffisante, voire largement suffisante d'une part, et celles et ceux qui se considèrent moins compétents de l'autre. Comme on peut le voir, l'utilisation des technologies numériques, que ce soit pour enseigner ou pour élaborer ses enseignements, est bien plus fréquente parmi celles et ceux qui disent maîtriser les outils numériques que parmi celles et ceux qui doutent de leur compétence en la matière. À un sentiment de compétence plus élevé est donc associé un usage plus fréquent et plus varié des technologies numériques.
Les enseignantes et les enseignants peuvent aussi encourager les élèves à utiliser les technologies numériques. L'enquête montre clairement que cette pratique est peu développée, 29.5% des enseignantes et enseignants rapportant que, en classe, leurs élèves n'utilisent jamais les technologies numériques en mode dirigé et encore moins (42.3%) de manière autonome. À nouveau, ce constat est d'autant plus vrai pour les enseignantes et enseignants qui jugent leur niveau de maîtrise des outils comme étant insuffisant.
De manière générale, si les enseignantes et les enseignants se sentent moins compétents, les outils numériques sont principalement utilisés en tant que substituts des outils précédemment utilisés. En revanche, plus elles et ils se sentent compétents, plus l’utilisation des outils numériques permet soit une substitution des outils, mais avec l’ajout de nouvelles fonctionnalités, soit une transformation d’activité pédagogique, voire une création de nouvelles.
Par ailleurs, le niveau de compétence modifie la perception des outils numériques. Plus les enseignantes et enseignants se sentent compétents, moins elles et ils pensent que les outils numériques sont un atout pour tous les élèves ou ceux avec des difficultés. Par contre, elles et ils y voient un fort intérêt pour les élèves en situation de handicap et dans une moindre mesure pour les élèves absents pour maladie. Ainsi, il semble que le sentiment de compétence n’est pas associé avec une vision systématiquement positive des outils numériques. On peut faire l’hypothèse que le sentiment de compétence amène donc parfois à – et en tout cas n'empêche pas – une vision critique de l’usage des outils numériques.
L'utilisation des outils numériques demande donc une certaine expertise aux enseignantes et aux enseignants ou, plus exactement, le sentiment d'en avoir la maîtrise. Ce constat nous amène à notre dernière question, qui traite des besoins en matière de formation des enseignantes et enseignants au numérique.
Troisième et dernière question : pour développer leurs compétences, de quoi les membres du corps enseignant ont-ils besoin ?
Sans surprise, moins les enseignantes et enseignants se sentent compétents, plus elles et ils disent avoir besoin de formation. C'est ce que montre la figure ci-dessous. Pour tous les domaines de formation proposés, un sentiment de maîtrise jugé suffisant se traduit par des besoins de formation continue moins forts. Mais d'autres informations en ressortent également.
Que les enseignants et enseignantes se sentent ou non à l'aise avec les technologies numériques, leur principal besoin de formation concerne l’utilisation des outils numériques comme support des apprentissages dans les disciplines. Un niveau de compétence plus faible augmente de presque 20% la demande de formation dans l’utilisation des outils numériques pour de la pédagogie disciplinaire.
L’écart en besoin de formation continue entre celles et ceux qui se sentent compétents et celles et ceux qui se sentent moins compétents est encore plus important selon la thématique. L’éducation aux médias représente l’écart le plus important, avec 37% des enseignantes et enseignants qui disent avoir une maîtrise insuffisante contre 2% pour celles et ceux qui disent avoir une meilleure maîtrise. Le deuxième écart important concerne la thématique de l’environnement multimédias, où celles et ceux qui se sentent moins compétents sont 56% à exprimer un besoin de formation contre 25% pour celles et ceux qui maîtrisent les outils numériques.
Quelques mots de conclusion
L'enquête réalisée par le SEM (et le temps pris par les enseignantes et enseignants primaires pour y répondre) constitue une riche source d'informations pour avancer dans la réflexion sur l'école numérique. Les enseignantes et enseignants regrettent le manque d'outils, le SEM l'a bien expliqué dans les premiers Échos du DIP. Mais pour mobiliser ces outils au mieux, ils expriment également un besoin de formation. En étant mieux formés, les enseignants et enseignantes surfent plus facilement avec… les outils et les possibilités qu'ils offrent pour enrichir, transformer et créer de nouvelles activités et ressources pédagogiques.