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L’"homophobie" désigne couramment le rejet et les discriminations vécues par les personnes homosexuelles ou supposées telles. C’est une notion largement utilisée aujourd’hui dans le langage politique et médiatique mais aussi au sein des recherches en sciences sociales portant sur les minorités sexuelles. Le point de départ de ce numéro de Nouvelles Questions Féministes a été une envie et une nécessité de réfléchir à la portée et aux limites de cette notion d’homophobie, en particulier dans son articulation avec une perspective féministe.
Qu'est-ce que l'intersexualité et comment les personnes intersexes sont-elles traitées en Occident? Entre les années 50 et 90, lorsqu'un·e enfant naissait intersexe, c'est-à-dire avec des organes génitaux définis médicalement comme "ambigus" (le terme impliquant que le sexe est flou et non qu'il s'agit d'une simple variation anatomique), l'état d'urgence était déclaré. La santé de l'enfant nouveau-né·e n'étant presque jamais en danger, l'urgence était moins médicale que sociale, celle de déterminer le plus rapidement possible le "vrai" sexe de l'enfant: était-ce un garçon ou une fille? Depuis une dizaine d'années, le temps de réaction s'est rallongé, mais l'impératif culturel de déterminer une fois pour toutes de quel sexe est l'enfant demeure et l'équipe médicale ne parle toujours pas d'intersexualité aux parents.
Ce numéro fait suite au colloque international Genre et Militantisme qui s'est déroulé les 26 et 27 novembre 2004 à l'Université de Lausanne. Cette rencontre rassemblant plus de 50 contributions et 250 chercheur-e-s a passé au crible du genre les structures et les pratiques militantes d'un grand nombre de mouvements protestataires, organisations politiques, partis et syndicats. En quoi ces structures et pratiques de l'engagement politique sont-elles sexistes ou au contraire féministes, dans quelles conditions pouvons-nous militer aujourd'hui pour lutter contre les multiples oppressions-de sexe, de race, de classe-que vivent les dominé-e-s, telles sont les questions de départ que nous avons voulu partager avec le lectorat de Nouvelles Questions Féministes.
"Intellectuelle ou militante? Le serpent de mer fait son numéro": tel est le titre quelque peu énigmatique de l'édito rédigé par le groupe qui a coordonné ce numéro. Serpent de mer, ces deux termes, souvent mis en opposition, hantent régulièrement les milieux féministes Il s'agissait donc d'interroger les liens et les enjeux véhiculés par cette alternative posée par des femmes hors ou dans l'académie, qui se considèrent le plus souvent elles-mêmes comme militantes. Serpent de mer, car cette opposition s'appuie également sur le constant rappel du moment féministe militant initial qui s'instaure en mythe des origines. Quel rôle joue ce dernier aujourd'hui? Quelle en est la fonction? Voici certaines des questions que les éditrices posent à la communauté féministe.
Après deux ans de suspension, la revue Nouvelles Questions Féministes reprend cette année avec de nouvelles forces. Fondée notamment par Simone de Beauvoir et Christine Delphy, d'abord sous le nom de Questions Féministes en 1977, puis sous celui de Nouvelles Questions Féministes, cette revue francophone de portée internationale constitue une ressource importante pour la réflexion des militantes, des chercheuses et des enseignantes féministes. NQF se dote désormais d'un comité de rédaction franco-suisse, sous la responsabilité de Christine Delphy (CNRS, Paris) et Patricia Roux (Université de Lausanne, Suisse). Incluant près de cinquante femmes, celui-ci veut être le carrefour d'expériences multiples: par les ancrages disciplinaires de ses membres (sociologie, histoire, littérature, sciences politiques, anthropologie, philosophie, droit), par sa composante intergénérationnelle (plus de la moitié n'ont pas la trentaine ou à peine), par la diversité des formes d'engagement dans lesquelles les membres sont investies. La revue demeure fidèle à sa ligne théorique et politique, et continue à se consacrer au développement et à la diffusion de réflexions ancrées dans les mouvements et les actions féministes. Par ailleurs, elle se donne également pour objectif de renforcer la légitimité scientifique des Etudes Genre et de contribuer à leur reconnaissance.