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Les Escher sont une ancienne et grande famille zurichoise, dans laquelle la faillite de mon grand-père avait provoqué pas mal de dégâts. Dès que mon père eut reconstitué une petite fortune, il fit construire une demeure hors de la ville, baptisée le «Belvoir», qui fut mon refuge. À plus forte raison après le décès de mon épouse, qui me laissa seul avec notre petite fille. Dès mes études en droit, je me suis engagé dans la vie politique, comme élu cantonal puis conseiller d’État zurichois. En 1848, à 29 ans, j’ai été élu au Conseil national, où j’ai siégé jusqu’à ma mort. J’ai fondé, entre autres, la ligne de train reliant le nord-est de la Suisse, et un établissement bancaire, qui a permis au pays de passer d’une économie agricole à un État moderne. En temps que président de la direction de la ligne du Gothard, j’y ai consacré toute mon énergie, c’était l’œuvre de ma vie. Les opposants et les politiciens jaloux ont utilisé comme prétexte les dépassements de coûts pour exiger ma démission – deux ans avant le percement, auquel on ne me convia même pas. Lors de l’inauguration, en mai 1882, j’étais déjà très malade. Un an et demi plus tard, je suis mort, aigri, à 63 ans.