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Courrier Neuchâtelois, 12.10.2005
Snow White
Samir
Chanteur d'un groupe de rap romand en tournée, Paco (incarné par le leader du groupe lausannois Sens Unik, Carlos Leal) fait la connaissance à Zurich de Nico, une jeune fille de vingt ans qui lui cache volontairement ses origines aisées (son père est banquier). Résultat: le coup de foudre tourne mal quand Paco découvre qu'elle lui a menti. Le nouveau film de Samir explore les contradictions de la jeunesse urbaine contemporaine, qui nage dans le fric, la drogue et les belles voitures, en se déconnectant toujours plus de la (triste et pauvre) réalité.
De père irakien et de mère suisse-allemande, né à Bagdad en 1955, Samir est arrivé en Suisse à l'âge de 7 ans. Il commence en 1982 à réaliser ses propres films, en s'impliquant politiquement dans les mouvements qui agitent la Suisse des années 80. Après avoir signé trois longs-métrages de fiction remarqués (Morlove, Filou, Immer und Ewig) et un documentaire (Babylon 2), il tourne plusieurs téléfilms de fiction pour la télévision. En 1994, avec le cinéaste Werner «Swiss» Schweizer, il reprend la direction de la société de production Dschoint Ventschr et signe en 2002 le documentaire Forget Bagdad, étonnante enquête auprès des Juifs irakiens émigrés en Israël.
C'est dire si Samir s'est toujours intéressé à la réalité sociale en Suisse, avec un accent privilégié pour le croisement des cultures qui s'y opèrent. Dans Babylon 2, justement, il mettait en scène ceux que l'on appellera ensuite des «secondes», fils d'immigrés de la deuxième génération, parmi lesquels Carlos Leal d'origine espagnole. «Snow White» n'est au fond qu'une suite, un prolongement logique de son travail d'exploration.
Présenté en première mondiale en compétition au dernier Festival de Locarno «Snow White» a divisé la critique: Pour d'aucuns, ce mélo interculturel sur la jeunesse de la Goldküste zurichoise accumule poncifs et lieux communs; pour d'autres, au contraire, il décrit avec justesse une certaine réalité d'aujourd'hui, en utilisant une forme à mi-chemin entre le cinéma le plus populaire et un certain travail d'expérimentation. C'est en bref le reflet assez exact des origins et des goûts du cinéaste, nourri à la fois de «musicals» ou de mélos égyptiens, de télévision et d'art contemporain Et l'actuel succès du film auprès d'un public jeune dans les salles de Zurich démontre que son choix formel était plutôt pertinent.
Frédéric Maire
|Last update: 20.01.2006, Dschoint Ventschr Filmproduktion|