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27/01/2017
C'est fait, le gouvernement Temer a choisi. Il a désigné le nouveau président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI en la personne d'Antônio Fernandes Toninho Costa, plus couramment appelé Antônio Costa. Un dentiste, mais aussi pasteur de l'Eglise baptiste, membre du Parti Social Chrétien – PSC; un parti conservateur, membre de la base présidentielle. Il a eu une formation en matière de santé indigène et il a exercé une activité au Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI. Il est le 39e président de la Fondation créée en 1967. Dans une note publiée sur le site de son parti, le nouveau président promet le dialogue et beaucoup de travail. Dans la foulée, le Ministre de la justice a également nommé le général Franklimberg Ribeiro de Freitas comme directeur de la Promotion du développement soutenable de la Funai. Lui aussi, est membre du PSC.
D'autres noms avaient été évoqués. En juin 2016, celui du général Roberto Sebastião Peternelli Junior, également membre du PSC. L'annonce de sa probable nomination a soulevé de nombreuses protestations qui ont fait reculer le gouvernement. A aussi été avancé celui de l'avocat, membre du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne – PSDB, Noël Villas Bôas, le fils de l'indigéniste Orlando Villas Bôas, il avait l'appui du leader Kayapó, Raoni Metuktire. De leur côté, le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien - PMDB et le Parti Démocrates – DEM de l'État d'Acre ont proposé Sebastião Alves Rodrigues Manchinery, plus connu sous le diminutif de Sabá Manchinery. Ce leader indigène avait été à la tête de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB entre 1994 et 1996.
L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB avait annoncé, en octobre 2016, qu'elle respectait la volonté de tous les leaders indigènes qui postulent en leur nom ou sont proposés par des partis politiques. Elle avait alors connaissance d'une dizaine de candidats indigènes. Cependant elle maintient sa position de poursuivre son rôle de contrôle social. Après l'annonce de la nomination d'Antônio Costa, le 14 janvier dernier, elle a rappelé les positions du PSC au parlement : soutien à la destitution de Dilma Rousseff, réduction du budget de la FUNAI et du nombre de ses fonctionnaires; un parti qui est de ceux qui veulent réduire les droits constitutionnels des peuples indigènes. L'APIB se demande si le nouveau président va être capable de s'opposer aux directives de son parti quand il devra mettre en œuvre les revendications des peuples et organisations indigènes ? Elle appelle ses organisations de base à rester vigilantes et à ne jamais reculer dans la défense des droits acquis.
Ces deux nominations inquiètent les peuples et organisations indigènes.
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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".
Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 114 le bulletin de l'association "Appui aux indiens
Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
25/11/2016
Le 17 octobre, le Ministre d'État de la Santé, Ricardo Barros a signé un arrêté qui enlevait au Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI et, à travers lui, les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes - DSEI du pays, leurs compétences en matière de gestion budgétaire et financière. Celles-ci devant être reprises et centralisées par le Ministère à Brasilia. C'est l'autonomie de ces instances qui était supprimée. Dans une note technique, le Ministère Public Fédéral considère que cette décision est illégale et contraire à la Constitution.
La réaction des organisations indigènes a été rapide et conséquente. Elles y ont vu une dangereuse aggravation du fonctionnement du service de santé indigène qui, déjà, ne donne pas satisfaction. Le 23 octobre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a appelé les peuples et organisations indigènes à se mobiliser entre le 24 et le 28 octobre pour demander la révocation immédiate de cet arrêté en occupant les bureaux du SESAI dans les différentes parties du pays. L'appel a été entendu. Des manifestations ont effectivement eu lieu un peu partout dans le pays : occupation des bureaux du SESAI, barrages sur des routes, etc. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI a estimé qu'environ onze mille indigènes ont participé au mouvement. Le 26 octobre, l'APIB pouvait annoncer qu'après une rencontre avec le ministre, celui-ci était revenu sur sa décision.
Dans une note publiée le 14 novembre, l'Articulation s'est adressée aux leaders et aux Peuples indigènes pour manifester sa satisfaction. Mais elle rappelle qu'il y a d'autres sujets préoccupants : la déforestation qui atteint des Terres Indigènes; les projets d'exploitation minière et de construction d'infrastructures (usines hydroélectriques); la réduction des activités de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et sa "militarisation" (un colonel a été nommé coordinateur de la Fondation à Campo Grande, dans l'État du Mato Grosso do Sul), etc.
Elle termine sa note par un appel : "Malgré ce contexte difficile, nos peuples ont déjà démontré qu'ils restaient unis et déterminés à ne pas relâcher leur lutte pour assurer leurs droits consacrés par la Constitution fédérale et les traités internationaux signés par le Brésil. Aucun droit en moins. Résister unis pour continuer d'exister!"
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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".
- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 112, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
09/09/2016
Inlassablement**, le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho attire l'attention sur l'état de santé du peuple Xikrin de la Terre Indigène Kateté. Son dernier rapport, publié en juillet, rappelle a quel point la pollution engendrée par l'usine de Onça Puma, exploitée par la multinationale Vale SA***, impacte le quotidien des 1'282 Xikrin habitant les trois villages Kateté, Djudjê-kô et Oodjã.
L'eau du Rio Cateté qu'ils boivent, dans laquelle ils se baignent, préparent les aliments qu'ils consomment, pêchent les poissons qui composent une bonne partie de leur nourriture est polluée. L'air qu'ils respirent est également pollué par les poussières toxiques relâchées dans l'atmosphère. Cette pollution atteint les animaux qu'ils chassent et l'ensemble de la végétation de la région. C'est bien tout l'environnement qui est atteint. Le médecin note quelques mesures déjà prises mais souligne que la pollution persiste. Il en appelle à Vale pour qu'elle y mette un terme. Récemment, à la demande des Xikrin, le vidéaste genevois Aurélien Fontanet a réalisé une vidéo de quelques minutes sur cette pollution. Elle a été mise en ligne sur Youtube au début de ce mois d'août (voir ci-dessous).
Le 9 août, les Xikrin, sous l'égide du Ministère Public Fédéral du Pará ont signé avec Vale un accord de compensation financière en vue d'atténuer les dommages causés aux communautés par l'exploitation minière de Onça Puma. Mais l'origine de la pollution, et les mesures à prendre pour y mettre un terme font encore l'objet d'une controverse.
Une autre préoccupation du docteur Botelho concerne le contenu des repas scolaires - en brésilien, le "Merenda escolar" servis aux enfants et étudiants Xikrin : il le juge inapproprié et préjudiciable à leur santé. Il a observé que les groupes indigènes qui ont abandonné la diète traditionnelle pour la diète industrielle ou "occidentale" présentent un taux élevé d'obésité et de diabète, sources de complications graves. Il recommande l'application de l'art. 12 du décret 6861/2009 qui précise que "L'alimentation scolaire destinée aux écoles indigènes doit respecter les habitudes alimentaires des communautés…" Plus concrètement, il demande que soient notamment bannis des repas scolaires les aliments contenant du sucre cristallisé. Il recommande aux collectivités publiques - municipalités et État du Pará - en charge de fournir les repas, de s'inspirer de pratiques en cours dans plusieurs Terres Indigènes de l'État de São Paulo qui utilisent des aliments issus de cultures traditionnelles des communautés indigènes. Pour le docteur, l'idéal serait que les indiens fournissent les aliments tirés de leurs propres cultures pour les repas scolaires. Produits achetés par les municipalités et gouvernements des États, ce qui aurait l'avantage de renforcer l'économie des villages et contribuerait à réduire la pauvreté.
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* Prononcer "Chikrine".
** Voir sur ce blog, les notes du 23 décembre 2014 et 11 septembre 2015
*** Vale International SA a son siège en Suisse, à Saint-Prex, dans le canton de Vaud.
La vidéo ci-dessous (4'47") est en portugais:
PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".
- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 111, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
21/04/2016
La Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Mme Victoria Tauli Corpuz, a fait un voyage d'une dizaine de jours au Brésil entre le 7 et le 17 mars. Le but de cette visite était de dresser un état des lieux de la situation des droits des peuples indigènes dans le pays et de constater l'application des recommandations formulées par son prédécesseur, James Anaya venu au Brésil en 2008.
À Brasilia, elle a eu des conversations avec de nombreux représentants d'organismes divers. Le 7 mars, elle a été reçue par João Pedro da Costa, le président de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI. Il lui a été présenté un tableau des difficultés auxquelles les peuples indigènes, et même l'institution, sont confrontés. Au parlement, elle a rencontré les membres des Commissions des droits humains de la Chambre des Députés et du Sénat. Elle a visité des communautés indigènes dans trois États: Au Mato Grosso do Sul, les Guarani-Kaiowá de plusieurs Terres Indigènes; dans celui de la Bahia, des Tupinamba et des Pataxó; au Pará des Juruna, Parakanã et des Arara (un peuple de récent contact) dont certaines sont touchées par le barrage de Belo Monte. Le 16 mars, à Brasilia, elle a rencontré des représentants indigènes des cinq régions du Brésil réunis au sein de l'APIB - Articulation des Peuples Indigènes du Brésil. L'occasion pour l'Articulation de présenter les principales préoccupations du mouvement indigène national. Au total, la rapporteuse s'est réunie avec les représentants de plus de cinquante peuples indigènes du pays.
Lors de la conférence de presse qu'elle a tenue à Brasilia au terme de sa visite, elle a relevé que, par rapport au constat établi par James Anaya "il y a eu des reculs extrêmement préoccupants dans la protection des droits des peuples indigènes, une tendance qui continuera à s'aggraver si des mesures décisives ne sont pas prises par le gouvernement pour retourner la situation." Elle a annoncé qu'elle présentera son rapport avec ses conclusions et recommandations, au gouvernement brésilien ainsi qu'au Conseil des Droits de l'homme, en septembre prochain. Considérant l'urgence de la situation, sur la base de ce qu'elle a observé pendant sa visite, elle a proposé sept recommandations préliminaires. La première : "que des mesures soient prises pour protéger la sécurité des leaders indigènes et conclure les enquêtes sur tous les assassinats d'indigènes…"
À plusieurs reprises, ces dernières années, des délégations de peuples indigènes étaient venues à Genève, au Conseil des droits de l'homme, dénoncer la situation qui leur est faite dans ce pays. Les recommandations de la rapporteuse seront-elles suivies d'effets ? La crise politique qui sévit actuellement au Brésil permet de douter d'une réponse positive, de plus rapide, des autorités du pays !
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Photo : ONU/ Jean-Marc Ferré - Mme Victoria Tauli-Corpuz, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.
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PS 1.- Réponse à Pierre Jenni (voir le commentaire à ma note du 8 avril relative aux Yanomami contaminés au mercure) :
En effet, en septembre 2015, la Déclaration de Berne a publié un rapport intitulé "Un filon en or" sur la véritable histoire de l'or "togolais" raffiné en Suisse. La DB a remonté la chaîne d'approvisionnement de la raffinerie tessinoise Valcambi aux mines artisanales du Burkina Faso, dans lesquelles adultes et enfants travaillent dans des conditions innommables. Ce dossier vient en appui à l'initiative populaire pour des multinationales responsables, lancée par une coalition de près de 80 organisations qui viennent d'annoncer avoir récolté 140'000 signatures nécessaires à son aboutissement.
Le même mois de 2015, l'ancien Conseiller aux États Luc Recordon a déposé un Postulat (No 15.3877) qui demande au Conseil fédéral de faire le point sur le commerce de l'or produit en violation des droits humains. Ce postulat a été repris par Liliane Maury-Pasquier. Ce texte a été adopté le 1er décembre par la Chambre des Cantons après une intervention du Conseiller fédéral Didier Burkhalter. Il est à espérer que ces démarches apporteront un progrès…
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PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".
- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 109, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
08/04/2016
En utilisant du mercure (Hg), l'orpaillage illégal* pratiqué dans les cours d'eau de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) contamine les populations riveraines. C'est ce que montre une récente étude conduite par la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) et l'Instituto Socioambiental (ISA).
Demandée par l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, l'enquête a porté sur les populations Yanomami et Ye'kuna vivant dans des communautés riveraines des rios Mucajaí et Uraricoera (voir la carte ci-dessous). Sur ces deux rivières de l'État de Roraima, l'orpaillage illégal y est pratiqué régulièrement et depuis longtemps.
En novembre 2014, une équipe de chercheurs a visité 19 villages. Elle a collecté 239 échantillons de cheveux issus des groupes les plus vulnérables à la contamination : enfants, jeunes femmes, mais aussi des adultes ayant eu un contact direct avec l'activité d'orpaillage. Elle a également collecté 35 échantillons sur des poissons – surtout carnivores de grande taille - faisant partie de l'alimentation habituelle de cette population.
Le cas le plus alarmant a été observé dans la communauté Yanomami de Aracaçá, dans la région de Waikás. Dans ce village, 92% des échantillons présentent un taux élevé de contamination. Il est de plus de deux fois au dessus de celui duquel l'Organisation Mondiale de la Santé considère qu'il peut avoir de sérieuses conséquences pour la santé.
Ce mois de mars, une délégation de leaders indigènes, de la Fiocruz et de ISA est allée à Brasilia pour présenter les résultats de l'enquête aux responsables de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, de l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA, du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI, du Ministère Public Fédéral et encore à la Rapporteuse Spéciale sur les Droits des Peuples autochtones de l'ONU en visite au Brésil.
Les leaders indigènes ont demandé le retrait immédiat des garimpeiros (les orpailleurs) de la TI-Y et un service de santé particulier pour les personnes contaminées.
Cette note est l'occasion de rappeler que la Suisse importe de l'or du Brésil**. Y a-t-il une part d'or "sale" dans ces importations ? Quand donc un système de traçabilité sera-t-il mis en place pour assainir ce marché ?
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* Voir sur ce blog la note du 5 juin 2015
** En 2015, la Suisse a importé 22'283 kg pour un montant de 651'750'692 CHF, et 2'637 kg pour les mois de janvier et février 2016, pour un montant de 75'129'741 CHF. Ces chiffres sont encore provisoires.
Photo © ISA Marcos Wesley : Davi Kopenwa remet l'étude de la Fiocruz et de ISA à Mme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
Carte : ISA
- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 109, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
09/10/2015
On se le rappelle, la "Nati" – l'équipe suisse de football - a participé au Mondial de 2014. À cette occasion l'Association Suisse de Football – ASF a tenu à manifester sa solidarité à l'égard du peuple brésilien en soutenant un projet social dans chacune des villes du Brésil où elle a disputé un match du premier tour : Brasilia, Salvador et Manaus*. L'ASF a chargé l'ambassade de Suisse à Brasilia de suivre ces projets.
À Manaus, la représentation helvétique a proposé de soutenir le programme de promotion de la santé chez les Yanomami de l'État d'Amazonas mis en œuvre par le "Service et Coopération avec le peuple Yanomami"- Secoya , le partenaire de l'ONG genevoise AYA.
Trois cours ont été organisés dans le cadre de ce projet. Un module "santé" a été proposé dans un cours destiné à des enseignants Yanomami. Cours qui a eu lieu du 22 au 26 septembre 2014. Il réunissait 27 professeurs originaires de neuf xapono** des rios Marauiá et Demini. Deux autres cours destinés aux Agents Indigènes de Santé – AIS de la même région ont eu lieu du 2 au 12 décembre 2014 et du 19 avril au 7 mai 2015.
Seize AIS ont participé à ce dernier cours. Ils venaient de sept villages différents. Trois thématiques étaient au programme : les signes vitaux, la dénutrition infantile et les mathématiques appliquées.
La thématique "Signes vitaux" a été l'occasion de revoir ce qui concerne la température, la fréquence respiratoire, les pulsations cardiaques, la pression artérielle. Pour chacun de ces signes vitaux, les intervenants ont abordé les aspects théoriques et les apprenants ont eu l'occasion de pratiquer les mesures. Les stagiaires ont également revu ou appris la manière de remplir une fiche individuelle de consultation. Les AIS sont également appelés à transmettre par radio l'état de santé d'un patient. Certains ont de la difficulté à expliquer ces signes vitaux en portugais, d'où la nécessité pour les intervenants de rédiger un glossaire portugais – yanomami.
Quatre jours ont été consacrés au thème de la dénutrition infantile, notamment les connaissances nécessaires pour réaliser une courbe de poids des enfants et être en mesure de déceler les cas à risque, la recherche des causes de la dénutrition et les mesures à prendre pour améliorer la situation.
Chez les Yanomami, le système de numération est élémentaire : un, deux et beaucoup. Les heures sont déterminées par la position du soleil et de la lune, par les ombres sur le terrain. Mais le travail des AIS, lui, fait appel à des notions mathématiques du système décimal et un mélange complexe de plusieurs autres systèmes (duodécimal, sexagésimal…) notamment pour la mesure du temps. Cela représente une difficulté pour nombre d'agents quand ils doivent calculer l'âge des enfants ou des patients, la durée des traitements, mesurer les pulsations cardiaques par minute, la tension artérielle, etc. Pendant plusieurs jours, les participants ont bénéficié d'un cours de mathématiques appliquées avec de nombreux exercices pratiques.
Ces cours ont été réalisés par la SECOYA en collaboration avec l'association "Os Rios Profundos" et le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI. Les cours ont été appréciés des participants. La mise en pratique des notions apprises doit contribuer à améliorer l'état de santé des communautés villageoises.
Le match joué le 25 juin 2014 à Manaus a porté chance à la Nati. Elle a gagné 3 à 0 contre le Honduras (trois buts marqués par Xherdan Shaqiri). Cela lui a permis d'aller en 8e de finale du Mondial. Son passage à Manaus a encore des effets bénéfiques, loin de cette ville, dans une zone reculée d'Amazonie, au profit du peuple Yanomami. Une heureuse et singulière troisième "mi-temps" en différé du match !
AYA tient à remercier vivement l'ASF pour son geste de solidarité en faveur de la promotion de la santé dans ces communautés indigènes souvent négligées.
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* Voir sur ce Blog, la note du 23 juin 2014 / ** Prononcer "Chapono" (village)
Photo © Secoya : quelques participants au cours d'agents indigènes de santé. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.
- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
28/09/2015
C'est une augmentation sensible des actes de violences et de violations des droits pratiqués, en 2014, contre les peuples indigènes du Brésil que le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI* a recensé dans le pays. Le traditionnel rapport annuel de l'entité a été présenté, le 19 juin à Brasilia, au siège de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB. Comme à l'ordinaire, les violences sont – la situation est - présentées en trois chapitres : Violence contre le patrimoine, Violence contre les personnes et Violence par négligence des pouvoirs publics.
Il a été relevé 221 cas de "Violence contre le patrimoine" dans 17 États (97 cas dans 18 États en 2013). Parmi ceux-ci, il y a eu 19 cas de conflits relatifs aux "Droits territoriaux" dans 7 États (10 cas en 2013 dans 4 États).
Dans la catégorie "Violence contre les personnes", il a été dénombré 70 assassinats dans 12 États, dont 25 dans le seul Mato Grosso do Sul. L'année précédente, le CIMI avait dénombré 53 assassinats dans 9 États, dont 33 dans le Mato Grosso do Sul). De son côté, en 2014, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI a compté 138 décès résultant d'agressions dans 20 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI, dont 41 dans le District du Mato Grosso do Sul. Dans cet État le niveau de violences est particulièrement élevé.
En ce qui concerne la "Violence par négligence des pouvoirs publics", 206 des cas constatés l'ont été dans 21 États (dans 19 États en 2013). Le recensement de cette catégorie de violences n'avait pas été fait de la même manière en 2013. La comparaison avec l'année précédente est donc impossible. Ce troisième chapitre concerne les suicides, le manque d'assistance dans le domaine de la santé, la mortalité infantile, l'usage de boissons alcooliques et d'autres drogues et les déficiences de l'éducation scolaire indigène.
Un quatrième chapitre est consacré aux peuples isolés ou de peu de contact. Le cinquième et dernier chapitre traite de la mémoire et de la non démarcation des terres indigènes génératrice de graves violences.
Dans la présentation du rapport, Cleber César Buzzato, le Secrétaire Exécutif du CIMI relève que "L'année 2014 a été marquée par l'approfondissement du processus de violences et de violations contre les peuples indigènes et leurs droits au Brésil. En consonance avec "l'ordre" hégémonique répondant à la logique de l'accumulation, les trois pouvoirs de la république se sont associés dans la mise en oeuvre d'actions structurantes et systématiques contre ces peuples. Nous considérons que la tentative de retirer à ces peuples la condition de sujets de droits est la ligne directrice fondamentale qui guide ce processus."
Le rapport a eu un écho, le 5 août, à la "Commission des droits humains et législation participative" du Sénat fédéral. Le sénateur Telmário Mota a présidé une audience publique pour discuter du document, mais aussi de la Proposition d'amendement Constitutionnel – PEC 215/2000. Le sénateur a relevé que les violences contre les peuples indigènes du pays sont terribles : "Les douleurs, les menaces, les invasions, les tortures, les agressions quotidiennes sont les conditions auxquelles les peuples indigènes sont soumis. Beaucoup de parlementaires liés aux secteurs qui considèrent que la terre est seulement source d'exploitation et de bénéfice, incitent, y compris dans des audiences publiques, la population à prendre position contre les droits des peuples indigènes quand les données collectées par le CIMI mettent en évidence des conflits extrêmement graves".
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* Le CIMI est l'organisme de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge de la question des peuples indigènes.
Gravure : 1ère de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.
PS 1 : Pour l'année 2013, voir sur ce blog, la note du 17 septembre 2014
PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".
- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
16/03/2015
Le 19 janvier, une cinquantaine d'Indiens Yanomami, Xirixana et Xiriana ont occupé l'immeuble du Secrétariat spécial de santé indigène – SESAI dans le centre de Boa Vista, la capitale de l'Etat de Roraima. Les Indiens se plaignent du manque de médicaments et plus généralement des lacunes du service de santé dans la Terre Indigène Yanomami. Ils demandent le départ de Maria de Nascimento, la coordinatrice du District Sanitaire Yanomami – DSEI-Y. Selon le leader Júnior Yanomami, "… l'état de santé dans l'aire Yanomami a empiré ces quatre dernières années. Nous sommes ici pour revendiquer des améliorations pour nos enfants". Le 27 janvier, les premiers manifestants ont été rejoints par d'autres Yanomami. Ils ont quitté les lieux onze jours plus tard sans avoir obtenu satisfaction.
Selon Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami, cette occupation n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable avec les leaders des autres régions couvertes par le DSEI-Y : "Nous sommes en faveur du maintien de Maria Nascimento parce qu'elle n'a pas terminé son travail". Davi reproche aux leaders qui ont initié la protestation d'avoir agi pour des motifs personnels. Selon la "Folha de Boa Vista", l'association Kurikama qui rassemble les Yanomami de l'État d'Amazonas, elle aussi, n'est pas favorable au départ de la responsable. Elle regrette également de ne pas avoir été consultée au sujet de cette opération. Pour ces organisations indigènes, le problème de la santé dans les communautés indigènes est davantage lié au manque de moyens mis à disposition qu'à la personnalité des responsables du service de santé.
Les déficiences du service de santé ont maintes fois été dénoncées. La "Folha de Boa Vista" a eu connaissance d'un rapport interne au Sesai faisant état, pour les huit derniers mois de 2014, de la mort de 117 Yanomami dans les unités de soins coordonnées par le Dsei-Y.
En décembre 2013*, une manifestation organisée par les associations indigènes avait eu lieu pour demander le départ de Claudete Schuertz, qui était la titulaire du poste. Les manifestants avaient obtenu gain de cause en janvier 2014.
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* Voir sur ce blog, la note du 24 février 2014
- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".
- Cette note est une version mise à jour de la brève a été publiée dans "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
23/12/2014
Au cours du mois de juillet dernier, le photographe et vidéaste genevois Aurélien Fontanet est retourné chez les Indiens Xikrin* du Cateté (dans l'Etat brésilien du Pará) qu'il avait déjà visité en 2013**. Il avait alors apporté l'ouvrage que leur a consacré l'ethnologue René Fuerst qui avait vécu avec ce peuple en 1963. Cette année, Aurélien a effectué son voyage en compagnie du docteur João Paulo Botelho Vieira Filho, professeur adjoint à l'Ecole de médecine de São Paulo – UNIFESP. Ce médecin apporte son aide aux Xikrin depuis 1967. Il est le consultant médical des associations indigènes Xikrin, Kakarekré, Porekrô et Baypran. En juillet, il a publié un rapport intitulé "Vision de la santé des Xikrin de la Terre Indigène - TI Kateté", avec un sous-titre évocateur : "L'insensibilité des personnes envers les proches malades et nécessiteux devrait être cataloguée comme pathologie psychique". De son voyage, Aurélien a rapporté cet intéressant document.
En 2014 comme en 2013, le médecin a réalisé un relevé démographique des trois villages de la TI, Djudjê – Kô, Kateté et Oodjã où le nombre total d'habitants est quasiment resté stable, soit 1'313 en 2014 et 1'320 en 2013. Il faut rappeler que dans les années 60, les Xikrin du Cateté étaient un peu moins d'une centaine. Cette "renaissance" reste fragile. Les menaces qui pèsent actuellement sur les trois communautés sont bien réelles.
Elles tiennent d'abord à la proximité de l'exploitation minière de la multinationale Vale*** qui a un impact sur les communautés. Un décret présidentiel de F.H. Cardoso de 1997 impose à cette compagnie de fournir une assistance aux habitants de la TI. Une assistance sous diverses formes : indemnité versée aux associations indigènes, transports des malades vers les hôpitaux, etc. Le médecin attire l'attention de Vale sur la pollution du rio Cateté causée par ses activités minières. La santé des habitants de la TI dépend de la qualité de l'eau de la rivière. Si le rio devait rester pollué par des déchets de minerai, des matières toxiques ou des métaux lourds, les indiens seront exposés à des cancers. Les poissons seront impropres à la consommation. Il demande la construction d'ouvrages pour empêcher cette pollution.
Le rapport aborde également d'autres problèmes concernant les pouvoirs publics brésiliens : période de vaccination contre la grippe trop tardive, dépistages du cancer du col de l'utérus trop rares, manque de dentiste, nécessité d'un poste de santé dans le village de Kateté, comportements autoritaires des non indiens vis à vis des Xikrin. Compte tenu du nombre de diabétiques, le médecin rappelle l'importance de l'éducation alimentaire et la nécessité d'adapter le "Cesta basica" (le panier de base) remis à la population et les "Merendas escolares", les repas servis aux enfants des écoles des villages indigènes : ils sont trop riches en sucre. En raison de leur patrimoine génétique, les populations indigènes sont celles qui, dans le monde, ont une plus grande prévalence et incidence du diabète.
L'appel du médecin sera-t-il entendu ?
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* Prononcer "Chikrine"
** Voir sur ce blog la note du 12 mars 2014
*** Vale International SA a son siège en Suisse, à Saint-Prex, dans le canton de Vaud
Photo © Aurélien Fontanet : Le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho avec l'une de ses patientes Xikrin / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.
Ci-dessous : une carte (Instituto Socioambiental) pour situer la TI Xikrin - Cliquer sur le vignette pour agrandir l'image.
- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 98), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
18/10/2014
Au début du mois d'août, lors d'une réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste – CNPI, le ministre de la Santé, Arthur Chioro, a présenté un nouveau projet de service de santé indigène, il propose la création d'un Institut National de Santé Indigène – INSI. La nouvelle entité, qui dépendrait toujours du SESAI, serait un organisme de droit privé responsable des actions de santé indigène dans les communautés. Selon le Ministère cela devrait faciliter le recrutement des professionnels qui agissent sur le terrain. Le projet doit faire l'objet d'une loi à soumettre au Congrès.
La création de cet institut est controversée. De son côté, le ministère de la santé affirme que le projet a été discuté lors de la 5e Conférence nationale de santé indigène qui a eu lieu du 2 au 6 décembre 2013 et approuvé par 29 des 34 Conseils de Districts Santé Indigène – CONDISI. Cependant, l'annonce de la création de cet Institut a suscité de nombreuses réactions au sein des organisations indigènes et indigénistes.
L'Articulation des Peuples Indigènes – APIB demande aux autorités de renoncer à cette proposition. Plus d'une dizaine d'organisations indigènes régionales ont également manifesté leur opposition à cette proposition. Parmi les organisations indigénistes, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, a exprimé son hostilité au projet. Pour le Ministère Public Fédéral, ce transfert de tâche à une entité privée est contraire à la Constitution fédérale. À suivre !
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- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".
- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2