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Publié le 11 juin 2018 à 11:14
La recherche s’est focalisée sur l’intensité, la trajectoire et le nombre des cyclones, ces dernières années. Mais elle ne s’est pas beaucoup intéressée à leur vitesse de déplacement. Or selon une étude menée par un chercheur de l’Université du Wisconsin, cette dernière s’est ralentie de manière significative ces dernières décennies. Ce qui a un impact non négligeable sur les quantités de précipitations…
James P. Kossin, de l’Université du Wisconsin a mené une étude approfondie sur la vitesse de translation des cyclones entre 1949 et 2016, soit 68 années de mesures. Les observations satellite n'ont commencé qu'à partir des années 60 - ce qui rend parfois difficile la détection d’événements sur les océans - mais le suivi systématique des cyclones par les météorologues permet d'avoir une vision suffisamment étendue du phénomène.
L’analyse des données montre que les changements dans la vitesse de translation des cyclones varient considérablement d’une région à l’autre mais elle met en évidence des ralentissements de 20 à 30 % sur les régions de terre situées à proximité de l'ouest de l'océan Pacifique Nord, de l'océan Atlantique Nord et autour de l'Australie. A l’échelle globale, ce ralentissement serait d’environ 10%, des vitesses de translation des cyclones inférieures à 20 km/h ayant augmenté de manière significative à la fin du XXème siècle.
Ces travaux soulignent l’influence de la circulation générale des courants sur les quantités de précipitations générés par les cyclones tropicaux à l’échelle régionale. Ces derniers ont en effet tendance à " suivre le courant ", ce qui signifie que la direction et la vitesse auxquelles ils se déplacent sont guidées par les vents environnants. Tout changement dans la circulation tropicale pourrait ainsi affecter la vitesse de translation des cyclones à l’avenir.
Les conclusions de James P. Kossin, publiés la semaine dernière dans la revue Nature, mettent en évidence le phénomène des cyclones dits " bloqués ". Caractérisés par une vitesse de translation extrêmement lente (à l’image du typhon Morakot1 qui s'est déplacé au-dessus de Taïwan à une vitesse de translation de 5 km/h en 2009), ces derniers peuvent générer des cumuls de précipitations particulièrement élevés. Ils peuvent également revenir sur les mêmes zones, comme le cyclone Hyacinthe, qui est passé trois fois sur la Réunion en 1980. Le cumul des deux a même été observé pendant les événements d’Harvey sur le Texas en 2017.
Les cyclones tropicaux sont parmi les désastres les plus dangereux sur Terre, par la force des vents qui les accompagnent mais également par les quantités énormes de précipitations qu’ils génèrent, explique Christina Patricola, spécialiste du climat et de l’atmosphère à l’Université de Berkeley en Californie.
Mais la chercheuse reste assez prudente : "les découvertes de Kossin soulèvent beaucoup de questions mais on ne sait pas vraiment si ces cyclones « lents » sont devenus plus fréquents, ni comment la variabilité naturelle et le changement climatique d'origine humaine peuvent contribuer à une telle tendance. Il n'est par ailleurs pas aisé de prévoir des tendances pour le futur. Mais il ne fait pas de doute que l’étude aide à une meilleure compréhension du phénomène.
Philippe Jeanneret, avec le Magazine Nature