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Ce carton en couleur est le dessin précis à l’échelle 1:1 pour les deux fenêtres hautes à gauche dans la nef du temple de Coppet : le vitrail de la première verrière pour la partie basse figurant Adam et Eve et celui de la deuxième pour la partie haute présentant le soleil et la lune.
La comparaison de ce carton avec le vitrail dans le sanctuaire nous permet de constater que le quadrilobe au-dessus des deux lancettes a été inversé avec celui du vitrail d’à côté. En effet, le soleil et la lune figurent au-dessus d’Eve mangeant le fruit défendu et Adam et Eve chassés du Paradis. Par contre les deux écoinçons en dessous du quadrilobe sont restés à leur place. Ce changement d’image est étrange car les motifs dans les écoinçons complétaient ceux représentés dans le quadrilobe figuré au-dessus et auraient dû logiquement également être intervertis. Que signifie donc ce changement partiel ? Comment peut-on l’expliquer ? Peut-être est-ce une volonté de dernière minute des commanditaires ? Ou une erreur dans le montage des vitraux ? Il est difficile de donner une réponse claire.
Dans le fonds Charles Clément donné au Vitromusée Romont en 1995, plusieurs esquisses, dessins et maquettes sont consacrés aux vitraux du temple de Coppet. Sept sont dédiés à cette fenêtre consacrée à Adam et Eve (CHC_038, CHC_039, CHC_040, CHC_041, CHC_042, CHC_043, CHC_044). Il est très instructif de les étudier afin de voir comment le sujet a évolué. Il semble que la création d’Eve à partir d’une côte d’Adam pour la lancette de droite ait été évidente dès le début. Plusieurs essais sur la position d’Eve ont été faits avant d’arriver à la solution définitive d’une Eve de face, son bras relevé et plié sur son front. Par contre, le thème de la lancette de gauche semble avoir subi plusieurs changements importants. Alors que la présentation côte à côte d’Adam et Eve a peu évoluée dès la quatrième esquisse, leur environnement a beaucoup changé. Dans le premier dessin (CHC_040) un agneau mange dans la main d’Eve mais très vite Clément choisit l’option de faire figurer à ses côtés un lion (CHC_038, CHC_039, CHC_041, CHC_042, CHC_043, CHC_044). Ils se font face, le lion devant Adam et l’agneau devant Eve, et sont plus ou moins proches selon les variantes. Adam a sa main posée sur le dos du fauve. Ces deux animaux vont disparaître de la scène définitive pour se retrouver dans le quadrilobe au-dessus des deux lancettes du vitrail.
Sous les pieds des deux protagonistes, la planète terre est figurée en une demi-sphère sur laquelle volent deux colombes. Cette partie inférieure sera supprimée sur le carton définitif et les deux oiseaux déplacés au-dessus d’Adam et Eve. Le sommet des deux lancettes est traversé dès la première esquisse par un large demi-cercle. En son centre figure un soleil ou seulement ses rayons selon les versions. Sur le carton définitif, cette proposition de demi-cercle est supprimée. L’artiste a déplacé le soleil dans le quadrilobe au-dessus des deux lancettes, proposition déjà esquissée sur les deux dessins CHC_039 et CHC_042. La lune et les étoiles, présentes sur ce carton n’apparaissent sur aucun des dessins. Finalement, la lancette de gauche du vitrail dévoile un couple originel présenté côte à côte sur un parterre de verdure et devant un arbre fleuri. Au-dessus, un quadrilobe dévoile un grand bouquet de fleurs au pied duquel est couché un lion et un agneau.
L’étude de ces dessins nous permet de comprendre qu’à partir d’un thème choisi par le commanditaire et donné à l’artiste, celui-ci fait librement des propositions qui sont discutées puis modifiées selon les désirs du commanditaire. L’évolution de ces deux lancettes nous montre aussi que le cheminement jusqu’au projet définitif peut être long et présenter de nombreuses difficultés ou être plutôt aisé et répondre rapidement aux souhaits.
Charles Clément réalise les vitraux pour le temple de Coppet en deux phases. Il est appelé une première fois pour les vitraux du choeur (Crucifixion et les deux verrières d’évangélistes) entre 1933 et 1934, qu’il réalise en collaboration avec l’atelier fribourgeois Kirsch et Fleckner. Vingt ans plus tard, en 1953-1955, il réalise avec l’atelier Kirsch frères les vitraux pour la nef et la façade occidentale.
En 1933, il est de retour en Suisse depuis une année après cinq ans passés à Paris et Marseille et continue son activité liée au vitrail (Rouiller, 1989, p. 199-200) commencée dix ans auparavant avec des verrières pour le temple d'Arnex (1922) (Courthiau, 2011, p. 327). Alors qu’il débute son travail pour les verrières du temple de Coppet, il est en train de terminer celui pour la cathédrale de Lausanne. Il y a réalisé quinze vitraux entre 1930 et 1934. Il vient également de terminer la grande verrière du choeur pour l’église de la commune voisine de Coppet, Commugny (1933), et va s’occuper de la création des vitraux pour le temple de Cuarnens (1935) (Rouiller, 1989, p. 205).
Lorsqu’il commence la seconde phase de sa création à Coppet, Clément s’occupe en même temps de la réalisation de cinq vitraux pour l’église de Crêt-Bérard à Puidoux et de quatre verrières pour l’église réformée de Goumoens-la-Ville (1953). En juin 1954, le vitrail du Christ Roi pour l’église Saint-Luc à Lausanne est inauguré (Rouiller, 1989, p. 205).
Entre ces deux époques le style de Clément a évolué. Pour les trois verrières du choeur, l’artiste compose un dessin avec une multitude de pièces de verres très petites et modèle ses personnages dans un style cubiste. Vingt ans plus tard, il simplifie ses motifs, agrandit les verres et va à l’essentiel. Son travail sur la couleur semble suivre le même chemin. Alors qu’il juxtapose une multitude de couleurs dans ses premières verrières, parfois se contrastant fortement, il préfère l’harmonie des teintes dans cette seconde phase créative. La verrière du Jugement dernier en est un parfait exemple. Composée dans une déclinaison allant du lie de vin au mauve, l’impression générale est harmonieuse et paisible alors que le vitrail consacré à la Crucifixion dégage une impression d’hétérogénéité qui fait néanmoins toute la force de la verrière.