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C’est vrai. Si les enfants comprennent relativement rapidement qu’ils sont un garçon ou une fille, ce n’est que vers 6 à 7 ans qu’ils prennent conscience du lien entre sexe et appareil génital. Avant, ils sont convaincus que c’est la longueur des cheveux, la couleur des vêtements, le type de jouets, soit des éléments socioculturels, liés à une époque et un lieu donnés, qui déterminent le sexe d’une personne, celui des autres, ainsi que le leur. Or, entre enfants, les cheveux restent un signe prépondérant, puisqu’ils ne peuvent s’aider du maquillage ou des signes extérieurs, comme la barbe ou la poitrine, qui apparaissent à la puberté.
Il faut donc attendre ce qu’on appelle l’âge de raison pour que les enfants comprennent réellement ce qui fait qu’on est un garçon ou une fille. Avant d’atteindre cette prise de conscience, l’enfant passe par trois phases, qui consistent en une véritable construction identitaire cognitive et non un apprentissage (répéter à un enfant qu’il est un garçon parce qu’il a un «zizi» ou qu’elle est une fille parce qu’elle a une «zézette» ne suffira pas à lui faire intégrer cette notion).
Dès l’âge de 2 ans, un enfant est capable d’indiquer si une personne est un homme ou une femme, en utilisant souvent les mots «papa» et «maman». Il s’est construit un faisceau d’indices qui relèvent du masculin ou du féminin, comme les cheveux courts ou longs, et peut, à partir de ces indices, classer des personnes de manière consistante dans une des deux catégories. Ainsi, si on présente à un enfant une photo d’un homme rasé de près avec une perruque à cheveux longs, il la mettra dans le tas «femme»/«maman».
À partir de 3 ou 4 ans, l’enfant introduit dans cette reconnaissance un lien de temporalité: quelle que soit la catégorie d’âge, il comprend qu’il y a d’un côté les garçons et les hommes, et de l’autre les filles et les femmes. Un garçon deviendra un «papa», une fille deviendra une «maman». Pour autant, il ne démord pas de cette idée que seuls les indices extérieurs permettent de déterminer le sexe d’une personne. Un enfant pense donc que l’on peut passer sans problème d’un sexe à l’autre, notamment en se coupant les cheveux ou en changeant de vêtements. Le sexe, pour lui, n’est pas un élément constant.
À cet âge-là, il est donc très important pour l’enfant de ne pas faire des choses qu’il étiquette comme faisant partie du sexe opposé, car il penserait alors que son sexe serait modifié. Si un petit garçon a des cheveux bouclés qui lui tombent sur les épaules, il est tout à fait naturel qu’il réclame d’aller chez le coiffeur, pour bien montrer qu’il n’est pas une fille.
À 5-7 ans, l'enfant atteint le stade de constance de genre. Il prend conscience que le sexe d’une personne est immuable dans le temps, ne dépend pas d’une situation mais bien de la biologie interne, qui, elle, est stable, et que la face visible du sexe est l’appareil génital, le «zizi» pour les garçons et la «zézette» pour les filles.
Ce troisième et dernier stade comprend lui-même plusieurs étapes:
1re étape L’enfant a compris que, quoi qu’il fasse, même lorsque c’est quelque chose qui est étiqueté du sexe opposé, son sexe est une donnée stable. Par exemple, une petite fille sait que, même si elle se coupe les cheveux ou si elle enfile le costume de Batman de son frère, elle restera une petite fille. En revanche, elle est convaincue que ses copains et copines la verront alors comme un garçon. Et inversement: si l’un de ses petits copains porte une robe de princesse pour carnaval, l’enfant pensera qu’il est une petite fille. La constance du genre est intériorisée, mais pas encore étendue aux autres.
2e étape L’enfant applique ensuite ce constat à ses copains et copines. Il aura conscience que son copain Julien reste un garçon même s’il se déguise avec une robe de princesse à la crèche ou s’il a des cheveux longs.
3e étape L’enfant est capable de généraliser ce raisonnement à toutes les personnes. Et lorsqu’il a du mal à se prononcer, car les indices extérieurs le font douter, il n’hésitera pas à poser la question. À un adulte qui n’a pas de barbe et porte une boucle d’oreille et les cheveux longs, il lui demandera: «T’es quoi toi? Un garçon ou une fille? Mais pourquoi t’as les cheveux longs?»
On ne s’étonnera donc pas qu’à partir de l’âge de 7 ans il y ait plus de filles qui jouent au foot ! Les enfants de 7 à 12 ans rentrent en effet dans une phase de flexibilité, comprenant que le désir d’avoir une coiffure, de porter des vêtements ou de pratiquer un sport que l’on associe habituellement au sexe opposé, puisse exister sans pour autant que l’on change de sexe.