Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06965.jsonl.gz/615

<email-pii>, SIC-EPFL
L'Australie compte aujourd'hui 41 institutions universitaires, dont 3 entièrement privées, pour 19 millions d'habitants. Huit universités (ANU, Monash, Adelaide, Melbourne, New South Wales, Queensland, Western Australia et Sydney) ont des research schools qui mènent des activités de recherche intensive. Depuis une dizaine d'années, les Colleges of Higher Education ont été élevés au rang d'universités, et cette évolution associée à un contexte économique et politique complètement rénové depuis 5 ans a eu plusieurs conséquences. Tout d'abord l'augmentation de la population estudiantine: en 1999, elle se montait à 685'000 étudiants, en croissance de 50% par rapport à 1989. La diminution importante de la part du financement par fonds publics des universités en placeest également à signaler: alors que leur budget global se montait à 9 milliards d'AUD (1 dollar Australien (AUD) vaut environ 1 CHF) l'année dernière, elles ne dépendent en moyenne que pour la moitié de ce montant des sources gouvernementales.
Face à cette situation, les universités ont dû rechercher d'autres sources de financement propres ou de tiers, et y sont parvenues en bonne part. Tout d'abord la gratuité de l'enseignement supérieur, institutionnalisée dans les années 70, a été partiellement démantelée et les étudiants paient des students fees de plusieurs milliers de dollars par année, qui ne représentent d'ailleurs qu'une fraction des coûts réels. L'étudiant a le choix entre payer chaque année ou rembourser plus tard, sous forme d'impôts directs additionnels. Les collaborations, sponsorships et autres programmes de soutien des universités par le secteur privé se développent sous la poussée des vice-chancellors (recteurs) promus CEO de corporate higher education centre. Parmi les sources de financement explorées (et convoitées), la commercialisation de produits développés le plus souvent par la recherche prend de plus en plus d'importance.
Une troisième tendance trouve sa racine dans la mondialisation et l'accès à la formation à tout moment, depuis tout point du globe connecté à Internet: la demande croissante pour du Lifelong Learning, Learning on Demand, formation flexible. Les tendances mentionnées dans les deux paragraphes précédents sont renforcées par la pénétration d'Internet par câble ou satellite, les cédéroms et autres moyens de diffusion compacts et économiques, en d'autres termes par la concurrence.
Même si beaucoup d'universitaires s'en défendent encore, sous la poussée du pouvoir politique et de l'économie, le savoir est devenu une matière première pour laquelle coût de revient, capital immobilisé, rentabilité, etc. peuvent être chiffrés. Contrairement aux espoirs suscités par la baisse de prix de la technologie, le coût de ce savoir augmente toujours plus vite que l'inflation: pas d'économie notable en vue mais expansion des activités et raccourcissement des délais de réaction. Les enseignants doivent modifier leurs habitudes (cours le weekend, hors des heures de travail habituelles, rémunération en fonction des résultats des étudiants, ou même réévaluation de leur salaire d'embauche, etc.): la valeur ajoutée du mode de diffusion prend toujours plus d'importance, avec le risque qu'elle puisse être perçue, au moins en surface, comme aussi importante que le savoir lui-même.
Les universités à but entièrement lucratif, encore très minoritaires, ont très vite compris qu'elles pouvaient répondre à une demande croissante de formation, et notamment de formation flexible, en économisant sur deux postes: en laissant les coûts induits par la recherche aux universités traditionnelles (professeurs et enseignants recrutés sur contrats par exemple) et en exploitant un campus physique réduit au strict minimum. Comment les universités en place peuvent-elles survivre dans ces conditions?Il semble que le mélange des genres ne soit pas possible. La forte compétition pourrait résulter en une épuration de l'offre, et ce malgré une poussée de la demande en formation supérieure; les centres de formation supérieure traditionnels devront leur survie à leurs capacités conjuguées à:
Pour ceux qui ne pourront répondre à ces critères, le choc de la réalité économique et du learning on demand à moindre coût risque de s'imposer.
Face à ces défis les réponses varient: pour citer un exemple, Monash (6 campus en Victoria pour 45'000 étudiants) a choisi une approche entrepreneuriale et s'implante à l'étranger comme le ferait une multinationale pour y donner des cours avec le label Monash (Malaisie, Afrique du Sud, Hong-Kong, Angleterre, Allemagne). University of Melbourne (24'000 étudiants) a choisi de rentrer dans des réseaux de partenariat comme Universitas 21 et vise à faire venir les étudiants sur les sites physique et virtuel.
La plupart des universités visitées (Monash, Deakin, Melbourne, Adelaide, Flinders, ANU, Canberra, Queensland) ont des centres spécialisés dans le multimédia pour l'enseignement supérieur où informaticiens, techniciens de l'audiovisuel, pédagogues, professeurs et professionnels de technologie éducationnelle travaillent de concert aux développement des outils et méthodes. Les enseignants y font appel pour se former (l'évaluation des enseignants par les étudiants est la règle, prise en compte pour les avancements de carrière) ou pour un support au développement d'un produit particulier. Ces centres sont rattachés à un très haut niveau, le directeur faisant souvent partie de la direction de l'université. Les NTIC sont essentiellement développées ou implantées dans une optique de stratégie pragmatique et rarement dans le but d'étendre les collaborations nationales.
Leur moteur principal d'implantation reste le renouveau de l'enseignement. Dans un contexte particulièrement compétitif entre les universités, soit pour attirer les fonds fédéraux soit pour rester attrayant auprès des étudiants étrangers qui paient des full student fees, la qualité de l'enseignement est un des points cardinaux de la performance des unis.
Les facteurs de succès mentionnés plus volontiers comme critiques par les interlocuteurs rencontrés touchent trois domaines, le projet pédagogique, l'organisation et la technologie. Le choix spécifique d'une technologie parmi une palette qui ne cesse de s'étendre ne joue pas toujours un rôle dominant pour atteindre le succès. On peut toutefois citer parmi les conditions de réussite que la technologie doit être:
Le projet pédagogique quant à lui:
Pour finir, l'organisation ne doit jamais être sous-estimée, reconnue comme pouvant faire échouer le projet même si les deux précédents aspects cumulaient les avantages. Pour être au rendez-vous du succès, un certain nombre de conditions préalables:
Parmi les plus importantes:
Aujourd'hui, trois ans après le début de cet effort important, les défis désormais sont de
Deux cassettes vidéo Evaluation of IT Projects for University Learning (case study, planning and developping a project) ont été remises à l'auteur par l'office fédéral chargé du financement de la plupart de ces projets et peuvent être empruntées si souhaité dès le mois de mars.
Cas particulier: l'Université de Melbourne
Contact: Peter McTigue, Director Multimedia Educational Unit
Pour l'ensemble de l'Université de Melbourne, les ressources allouées au multimédia pour l'enseignement ont triplé en une année, atteignant 3 millions de dollars AUD en 1999. La moitié est allouée aux facultés sur une base proportionnelle au nombre d'étudiants, les 50% restants sur une base compétitive. Les sommes allouées par projet annuel plafonnent en général à 50'000 AUD. Les projets sont passés en revue par un comité piloté par le MEU (Multimedia Education Unit) - http://www.meu.unimelb.edu.au - rattaché au Vice-Chancellor, et composé de représentants de chaque faculté. MEU compte environ 25 personnes, dont deux professeurs et une majorité de professionnels de l'audiovisuel. MEU conduit des activités de recherche, offre des conseils dans le domaine de l'enseignement (planification de projets, questions de propriété intellectuelle, sources de financement et développement professionnel du personnel enseignant) ainsi que techniques (graphisme, photographie, vidéo, image digitale, production). Les questions de propriété intellectuelle pour le multimédia sont le domaine du business manager du MEU - http://www.meu.unimelb.edu.au/meu/212intell_prop.html. Les expériences et success stories varient en fonction de la spécificité des facultés: la médecine est largement standardisée sur TopClass; l'ingénierie a tendance à privilégier des solutions techniques performantes, le renouveau pédagogique ne venant souvent qu'après; la Faculté de Droit a pris l'approche inverse et ses étudiants, probablement moins familiers au départ des possibilités des NTIC, sont globalement les plus enthousiastes.
Contact: Mark Shortis, Assistant Dean (Multimedia), prof. of Geomatics
La faculté compte 3500 élèves undergraduate (15% du total) et 120 membres du corps enseignants. Six départements: génie chimique, informatique, génie civil et environemental, génie électrique et électronique, géomatique et génie mécanique.
Le Prof. Shortis est depuis une année assistant dean de la faculté, responsable du multimédia pour l'enseignement. La faculté compte environ 130 unités différentes. Les locaux de la faculté abritent environ 230 PC sous NT, quelques 50Macintosh plus 200 stations UNIX, le tout dans des salles ouvertes 24h/24 et accessibles par carte magnétique. Une équipe de 4 personnes à plein temps gère les deux tiers de ces installations qui sont disponibles pour l'ensemble de la faculté, le reste étant attribué à des départements particuliers. Une salle avec 26 prises pour PC portables a été équipée il y a une année, surdotée pour le moment, les étudiants, pourtant souvent équipés de portables pendant les cours, préfèrent travailler sur le site sur des logiciels tels cad/cam, Spice, Matlab, etc.
Les attributions 2000 allouées à la faculté s'élèvent à 450'000AUD pour 14 projets accordés (sur 26 demandes). En grande partie les ressources demandées sont affectées à du personnel de support à la programmation ou pour décharger l'enseignant qui peut se consacrer au développement de son cours sur multimédia. Un seul projet l'année dernière pour un cdrom, les 5 autres plus les 14 de cette année sont pour des outils Web based ou stand alone sur PC. Pas de standardisation imposée, mais un fort encouragement à brancher les outils développés sur WebRaft (http://webraft.its.unimelb.edu.au/), environnement de gestion commun proposé à toutes les facultés, développé et maintenu par l'ITS (l'équivalent du SIC, mais pour les 24000 étudiants) qui a démarré l'année dernière et qui semble bien accepté dans deux facultés au moins. Il s'agit d'un espace proposé au développement d'outils pour l'enseignement. Il est intégré avec les services administratifs pour étudiants. Il donne entre autres une gestion automatique des comptes et un espace disque pour les pages de l'enseignant, l'accès à WebCrossing pour le travail coopératif, la gestion des listes de diffusion par sujets, de l'espace pour publication y compris par les étudiants. Pas d'accès hors d'un sujet spécifique d'enseignement, pas de compétition entre chat et forums par exemple.
Les succès les plus notables pour le moment en engineering sont pour les cours de première année, où le nombre de sessions traditionnelles a diminué de moitié. Les étudiants remplissent des évaluations pour chaque cours, les promotions du personnel enseignant étant basées en partie sur ces mêmes évaluations depuis plusieurs années. Depuis peu, 2 questions ont été rajoutées sur l'évaluation du support multimédia. A partir de l'année prochaine, les montants pour le fonctionnement des unités seront liés à ces mêmes attributions, arguments de plus pour convaincre les réfractaires au changement, selon M. Shortis.
Les cours sur le Web doivent etre standardisés sur TopClass pour la mise à disposition des cours, plus développements de modules plus spécialisés (CDROM ou WEB) dont deux ont déja débouché sur des produits commerciaux. Il y a dix-huit mois était créé le Biomédical Multimedia Unit (voir http://www.medfac.unimelb.edu.au/BMU/): environ 15 personnes (multimédia, informatique, technique, ingénierie...) à plein temps plus deux professeurs à temps partiel, pour 13 projets et 360 mille AUD pour 99. Le matériel pour les salles se compose de 100 MAC et IMAC, 200 prises pour laptops mises à dispositiondès 1500 étudiants que compte cette faculté.
D'après l'expérience de MEU, un certain nombre de questions préalables doivent être envisagées par quiconque entend développer un produit multimédia pour l'enseignement universitaire,
Premier cas: le développement est fait par des employés de l'unité ou du laboratoire, en utilisant les fonds propres de l'unité. Comme pour toute invention, la propriété intellectuelle revient en règle général à l'Université, sauf dans les cas des produits IT où une importante modification a été apportée il y a quelques années. Pour ceux-ci, l'Université peut accorder tous les droits sur un produit multimédia développé par des membres du personnel de recherche et enseignement, si:
Typiquement: les premiers 25000 AUD de rentrées financières reviennent aux inventeurs. Ensuite et jusqu'à recouvrement des frais de développement, 85% des retours pour l'Université, 15% pour les inventeurs. Ensuite selon répartition des bénéfices réglée par contrat.
Dans le cas de développement avec participation de tiers, la question de la propriété et surtout du copyright doit être réglée dans le contrat de collaboration. Dans tous les cas, pour les parties nécessaires à l'exploitation du produit pour lesquels l'Université n'a pas de copyright, l'inventeur doit s'efforcer d'obtenir des . Un contrat cadre prévoyant le transfert du copyright de toutes les parties développées par l'extérieur est fourni par le Multimedia Development Unit. Dans les cas où le partenaire tiers ne veut qu'octroyer un droit de licence, la négociation se fait de cas en cas.
En règle générale le ou les inventeurs seront identifiés dans la première phase de développement: il s'agit d'employés qui ont défini le schéma directeur du développement et la finalité du produit. La qualité de co-inventeur peut être accordée en cours ou à la fin du développement si l'employé a participé de manière importante, mais à deux conditions: elle ne peut être accordée qu'à ceux dont le cahier des charges ou le contrat d'engagement ne spécifiait aucun développement en rapport avec le produit. Il est indispensable aussi que l'employé ait travaillé de manière autonome sur des parties importantes du produit: un assistant qui reçoit régulièrement des directives et dont le travail est fréquemment contrôlé a peu de chances de se voir reconnaître la qualité de co-inventeur.
Afin d'éviter les problèmes ultérieurs difficiles, chaque employé ou contractant oeuvrant sur le développement d'un produit doit être au clair sur son rôle.
Cette spinoff de l'Université de Melbourne a vu le jour en 1996 sous la houlette du Professeur P. Gerrand (Electronics and Electrical Engineering) avec trois employés. Bénéficiaire depuis sa création, aujourd'hui elle en compte 110 et a annoncé en 1998 un bénéfice net de 1 million de dollars australiens. C'est la plus grande spinoff issue d'une université dans ce pays. Entrée sur le marché ASX (Australian Stock Exchange) le 14 décembre 1999, elle a quadruplé sa valeur boursière à la fin de la journée pour atteindre 455 millions de dollars australiens. Si au départ son produit phare étaient les adresses .com.au, elle s'est aujourd'hui diversifiée: elle commercialise des adresses .net et .com, mais aussi Creator Learning Management System, un produit authoring pour le développement et la publication de cours multimédia haut de gamme destiné aussi au monde universitaire et à celui de l'entreprise; Real-Time Online Registration System, pour gestion des noms de domaines et fonctionnalités pour le e-commerce. Elle offre aussi nombre de services dans le domaine du e-commerce, on-line-enterprise information solution, web site design and development.
De plus, elle gère un incubateur pour spinoffs dans le domaine de l'IT, des télécommunications et du multimédia qui abrite une dizaine de startups. L'Université de Melbourne détient 15% du capital de Melbourne IT.
url: http://www.melbourneit.com.au/
|retour au sommaire du Flash informatique du mois de janvier 2000|
|retour à la page principale des Flash informatique|
|Vos commentaires|
|© FI-1-00 du 25 janvier 2000|