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En 1993, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la lutte contre la tuberculose «urgence mondiale», face au développement d'une épidémie qu'on pensait révolue. Le sixième rapport annuel de l'organisation sur cette question, publié le 22 mars dernier, montre pourtant que les pays les plus touchés se battent quasiment seuls contre ce problème «mondial». Les 22 états qui totalisent 80% de la charge mondiale de morbidité imputable à la tuberculose ont supporté 70% des dépenses liées au traitement et à la lutte contre la maladie, malgré leurs moyens limités.Toujours en 1993, l'OMS a fixé comme objectif pour 2005 de parvenir à diagnostiquer 70% des cas de tuberculose évolutive dans le monde et de guérir 85% d'entre eux. Or, le dernier rapport constate qu'au rythme actuel, ce ne sera pas le cas avant 2013. Sur la base de l'évaluation intermédiaire réalisée par l'OMS en 2001, il suffirait de 300 millions de dollars par année pour permettre aux 22 pays les plus touchés d'atteindre les objectifs de 2005.La stratégie de lutte recommandée par l'organisation (baptisée DOTS, Directly Observed Treatment, Short-course) permet des taux de guérison d'environ 80% dans les pays où elle est appliquée. Mais seuls 27% des malades dans le monde y ont accès. Chiffre inquiétant lorsqu'on considère l'ampleur de l'épidémie. Selon l'OMS, la tuberculose pourrait faire 30 millions de victimes dans les dix prochaines années.Le faible suivi des directives de l'OMS en la matière pose également le problème de la multiplication des formes du bacille résistant aux antituberculeux standards. L'un des principaux objectifs de la stratégie DOTS consiste à garantir que tous les traitements délivrés sont suivis jusqu'à leur terme, afin d'éviter la pression sélective en faveur des formes multirésistantes de la maladie.La stratégie DOTS exige ainsi qu'un agent de santé assiste à la prise des médicaments, au moins pendant les deux premiers mois du traitement (d'où l'appellation Directly Observed Treatment). Un approvisionnement régulier en antituberculeux, l'engagement des gouvernements à long terme, un diagnostic systématique complètent les recommandations.L'OMS prépare déjà une stratégie «DOTS-Plus» capable de prendre en charge les cas de tuberculose multirésistante. Avec toute la difficulté que représente le prix très élevé des antituberculeux de seconde ligne. Des accords avec l'industrie pharmaceutique ont permis de lancer des projets pilotes. Mais qu'en sera-t-il à grande échelle ?