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J'ai choisi d'insérer nombre de liens, sur Wikipedia ou d'autres sites afin de vous permettre de prendre connaissance des concepts, du travail des compositeurs, des interprètes, musicologues et luthiers. Les éléments qui sont donnés sont largement suffisants pour comprendre la place tenue par chacun, sans que j'aie besoin de les développer ici. Dans ce texte, la chronologie sera parfois un peu chahutée au profit de la compréhension des événements.
Mon parcours musical m'a fait rencontrer dans les années 1967-1970, une approche de l'interprétation radicalement différente de ce qui se faisait à l'époque: le mouvement baroque. Ce mouvement a ses "aficionados", un groupe informel, auquel j'adhère sans réserve, disséminé à travers le monde: "les baroqueux".
J'ai toujours eu une forte inclination pour ce type de musique.
J'ai rencontré et côtoyé bon nombre des acteurs cités, à partir des années 1970, c'est dire, si une fois de plus, vous me trouverez objectif.
Il va donc être question de musique baroque, d'un peu d'histoire, de femmes et d'hommes qui ont tenté de faire passer leurs convictions esthétiques, basées sur des documents originaux.
Ce mouvement n'est pas né brutalement dans les années 1970 ou 80, voire 90, idée généralement admise, selon les références discographiques auxquelles on s'adresse, mais trouve son origine dans 3 concepts disséminés dans le temps:
- la canonisation des grands compositeurs dont on retrouve les premières traces importantes chez le Baron Van Swieten qui familiarisera Mozart avec J.S. Bach et G.F. Haendel
- La redécouverte du répertoire ancien: Mendelssohn redécouvre et dirige la Passion selon Saint Matthieu de J.S. Bach le 11 mars 1829
- L'exploration de la construction et de la pratique des instruments anciens dont un des très grands pionniers est Arnold Dolmestch
Ces concepts ont avancé plus ou moins simultanément.
Une synthèse préliminaire de ces 3 points historiques est de respecter texte et esprit en leur restant fidèle.
Nous verrons que cette idée a été incroyablement difficile à faire naître et accepter.
Le clavecin, par exemple, qui avait totalement disparu, renaît progressivement grâce à Wanda Landowska
En 1953, dans une interview réalisée peu de temps avant sa disparition elle dit:
"De nos jours, il y a tant de clavecinistes qui poussent maintenant comme des champignons, il y en a partout, mais ils n'ont pas idée de la dureté de la bagarre que nous avons dû livrer."
Première question: pourquoi? Parce que chaque époque (musicale) a imprimé sa marque, en générant des modes (la Fils-de-Bach-mania à Londres dans les années 1780), en construisant des salles d'opéra plus grandes que les salles de concert des maisons bourgeoises ou des châteaux princiers, qu'il a bien fallu remplir grâce à des instruments plus puissants. Enfin, la notion d'esthétique propre à chaque époque prime.
Deuxième question: A-t'on une idée de l'esthétique de la fin du XIX ème. Oui et non.
Non, car nous ne possédons aucun enregistrement sonore aussi ancien.
Oui, car les traditions britanniques bien ancrées et considérées immuables ont perpétué une façon de faire, un "goût" jusque dans les années 1930. À titre d'exemple, en 1926 à Crystal Palace un concert réunit 3000 choristes pour donner le Messie de Haendel. En voici un calamiteux exemple.
Bien entendu, des opposants acharnés se sont exprimés à chaque époque. Un d'entre eux, célèbre: Hector Berlioz qualifiait la musique de Bach de "sotte et ridicule psalmodie".
Nous venons donc de survoler à grands traits, la situation. Voyons un peu plus en détail, les situations respectives qui ont amené le mouvement baroque moderne.
La canonisation et la perpétuation
Chopin, a joué François Couperin toute sa vie, Brahms s'est inspiré de Bach, a transcrit Bach (La Chaconne de la 2e partita pour violon transcrite pour la main gauche du piano), fait jouer Heinrich Isaac, Gabrielli. Ce sont des exemples de perpétuation des compositeurs anciens. Nous avons déjà vu l'exemple de Mendelssohn -Bach, de Mozart-Bach-Haendel. Voilà pour les compositeurs.
La pratique musicale.
Historiquement, au XIX ème, la musique ancienne est sur tous les fronts à l'exception notable de l'opéra, chasse gardée du couple Italie-Allemagne, tenants de la tradition classique.
L'exposition universelle de 1889 voit un célèbre pianiste, Louis Diemer, donner des concerts de clavecin dont un clavecin historique de Pascal Taskin. En 1895, il fondera la Société des Instruments Anciens.
En 1894, est fondée à Paris, la Schola Cantorum (à ne pas confondre avec celle de Bâle) dont le but premier est de remettre en honneur le chant grégorien et Palestrina. De concerts de "musique ancienne" sont donnés chez la Princesse de Polignac. On y joue Monteverdi, Rameau.
Les instruments.
Nous avons vu que quelques rares interprètes, se signalent par l'utilisation d'instruments anciens. L'intérêt pour ces instruments, n'est pas mort: Le grand pianiste et compositeur Anton Rubinstein déclare que "les instruments anciens ont des couleurs non reproductibles aujourd'hui" (il parlait du piano).
Il faut savoir que le XIXe siècle a eu 2 types d'attitude dominante face aux instruments anciens: destruction-oubli ou transformation. Des inventaires après décès faits par des notaires indiquent que tel ou tel instrument sera détruit, n'ayant plus aucun intérêt. Combien de violons ou de violoncelles baroques seront définitivement transformés en instruments "modernes" (changement de l'inclinaison du manche, cordes métalliques. Combien de violes de gambe seront transformées en (mauvais) violoncelles. Des clavecins seront vidés de leur mécanisme pour être transformé en bar (j'en ai vu!!).
Le premier personnage important de notre histoire qui reproduit les instruments anciens et ne les réinterprète ni ne les massacre est Arnold Dolmetsch, déjà cité.
Il commence par copier un clavicorde - instrument favori de J.S. Bach, puis des flûtes à bec dont l'usage s'était totalement perdu; il implique sa famille: sa fille Nathalie deviendra une référence en matière de viole de gambe, son épouse Mabel sera la pionnière de la redécouverte de la danse ancienne.
Voici un enregistrement de Dolmetsch dans un prélude du Clavier bien tempéré de J.S. Bach
Un mot: Dolmetsch a toujours été imprégné de culture britannique qui laisse la part belle aux amateurs. Il s'est toujours revendiqué comme tel. On peut y voir une explication des "imperfections" de l'interprétation présentée.
Il dissémine son savoir faire, part aux USA où il fait fabriquer sans trop de succès des clavecins. Il initiera au clavecin nombre de musiciens, en particulier Ralph Kirkpatrick.
Une remarque à propos des instruments de Wanda Landowska. On a beaucoup dit qu'elle défendait la musique pour clavecin avec de mauvais instruments. Certes, mais elle a énormément voyagé, dans le monde entier et les conditions de transport de l'époque…
J'ai transporté à de nombreuses reprises un clavecin. Il s'agit d'un instrument d'une fragilité extrême pour ce qui est des instruments historiques ou leurs reproductions (un clavecin italien de 2,47 m de long pèse… 12 kg). Wanda avait demandé à Pleyel de lui construire un "tank-clavecin" (on a parlé de "boîte à punaises") qui ne craindrait pas les transports. Pour avoir approché un de ces clavecins, je peux confirmer que cette impression est réelle. Il faudra attendre les années 1950 pour voir des facteurs reproduire des clavecins historiques.
Secundo, la qualité des transferts vers les 33 tours à partir des 78 t, est d'une qualité assez médiocre, en particulier dans la série EMI References, un peu meilleure dans la série de Pearl.
Dès lors, la braise couve. Face à cette braise, la musique classique romantique du XXe siècle règne. Le XIXe siècle a considéré, globalement, la musique ancienne, non comme une succursale du romantisme ambiant, mais bien plus comme une "formalité idéalisée". Des enregistrements sonores très anciens, montrent, en particulier dans les pays latins une "contamination romantique poussée", donc classique pour l'époque. Ainsi va la première moitié du XXe siècle.
1908, le premier ténor de l'Opéra Comique, Léon Beyle, (ce n'est pas un gag,) enregistre des airs de Castor et Pollux de Rameau
Une rivale de Wanda Landowska, Violet Gordon Woodhouse nous en donne un exemple dans l'Andante du Concerto Italien de J.S Bach. Attention à ceux qui n'ont pas le pied marin, ça tangue, ça tangue…
Un dernier exemple: Les Chanteurs de la Chapelle Sixtine "noient" Palestrina. Mettez vos gilets de sauvetage. À noter parmi les solistes, la présence de Alexandro Moreschi, le dernier castrat chanteur.
Je donne ces exemples car ils montrent assez bien l'esprit de certains interprètes du temps. On joue des compositeurs d'antan, y compris avec des instruments d'époque, mais y appliquant l'esthétique ambiante.
Sous une autre approche esthétique, les dix premières années du XX è illustrent bien la braise évoquée.
Landowska fréquente les salons (Madame de Polignac), fondera une école de musique à Saint Leu la Forêt où elle réside (fréquentée par Ruggero Gerlin, Rafael Puyana (biographie en espagnol), Ralph Kirpatrick et donnera des concerts en communiquant énormément avec le public,
La Schola Cantorum de Paris donne des extraits du Couronnement de Poppée de Monterverdi
1904 le musicologue Alfred Einstein publie sa thèse sur la viole de gambe.
1905 Albert Schweitzer publie une biographie J.S. Bach
Quelques musiciens allemands, Christian Döbereiner, Paul Grumer, Eva Heinitz maintiennent le feu sous la marmite de la viole de gambe. August Weinzinger à la Schola Cantorum de Bâle achève le travail, en émancipant franchement le jeu de la viole de celui du violoncelle.
Les années trente voient tout de même une médiatisation importante de la musique ancienne: la BBC retransmet les concerts organisés par Dolmetsch, les cantates de Bach sont diffusées à partir de Saint Thomas de Leipzig où Bach a travaillé par la WDR.
1935 Decca investit une somme colossale pour l'époque pour enregistrer Didon et Énée de Henry Purcell
Nadia Boulanger, en France est une grande prêtrese de la musique ancienne.
En 1941, Wanda Landowska, juive, doit quitter la France; s'installe aux USA où elle enregistre sa seconde version des Variations Goldberg en 1945.
Au début des années cinquante, un courant que je perçois "récupérateur" des "modernes" la "Nouvelle Objectivité" apparait.
Voici un exemple de cette approche dirigée par Gunther Ramin
C'est propre, carré, rien ne dépasse, mais quel ennui!! Le credo des tenants de cette école est l'absence de liberté de l'interprète, les instruments parlant à la place de celui-ci. L'austérité de l'interprétation serait équilibrée par la richesse des timbres instrumentaux. Le texte doit se révéler de lui-même au contact de l'instrument. En clair, on dégraisse le superflu, on tourne autour du sujet de manière à donner l'illusion d'un regard neuf, mais de fait: tendez-moi vos poignets et surtout vos oreilles que je vous menotte tout ça.
Un grand défenseur de cette tendance est Helmut Walcha. Entre 1947 et 1952, il enregistre tout Bach sur clavecin et orgue historiques en privilégiant la lecture sur les partitions originales.
Paul Hindemith souscrit aussi à cette école.
1950 Pour le bicentenaire de la mort de Bach (encore de la canonisation), Herbert von Karajan (je ne vous le présente pas celui-là) enregistre la Messe en Si mineur de Bach avec un orchestre pachydermique - une centaine de musiciens - dont 9 contrebasses tout de même, (pourquoi pas 8, pourquoi pas 10?); les cordes, le chœur d'une centaine de chanteurs (J.S. Bach en avait 17), les solistes chanteurs sont atteints d'une maladie de Parkinson: ils vibrent sans cesse,
Karajan n'est pas pire que les autres, il fait beaucoup, beaucoup parler de lui; c'est la raison pour laquelle je le cite. Il n'est pas de la "Nouvelle Objectivité", il est Karajan. Te ce n'est pas Bach.
Les vingt années à venir vont voir un immense travail de ré-appropriation des instruments anciens et de la manière de chanter. Nous allons le voir en parcourant quelques notes biographiques des "Maîtres" et le déroulé de l'histoire.
1950, encore, Gustav Leonhardt termine sa scolarité à la Schola Cantorum Basiliensis. Il n'a pas encore, à cette époque, touché aux instruments anciens. Il va devenir, avec les années, LA référence du clavecin baroque.
Une petite note relative aux clavecinistes: majoritairement, ils sont aussi organistes.
Leonhardt enregistre son premier disque en 1950 sur un orgue historique (déjà) à Klosterneuburg en Autriche. Deux ans plus tard, il enregistre les variations Goldberg de Bach au clavecin. Il travaille à Vienne. Nous verrons l'importance de ce fait avec Harnoncourt.
En 1967, il joue le rôle de J.S. Bach dans le petit film de Jean Marie Straub "La Petite Chronique d'Anna-Magdalena Bach" d'après le livre éponyme, mais apocryphe.
Ce timbre est tellement inouï que le musicologue Antoine Golea participant à la célèbre "Tribune des critiques de disques" à propos de Purcell qualifie Alfred comme suit:
Cet ensemble va marquer les vrais débuts du mouvement baroque (je sais que cette notion est discutée et discutable, mais l'histoire est continue et il faut bien choisir).
Harnoncourt a un antécédent sérieux: avec un groupe conduit par Josef Mertin, il tient la partie de violoncelle dans les Concertos Brandebourgeois.
Les choix sont faits: compositeurs antérieurs à 1780, joués sur instruments anciens ou des reproductions très fidèles d'après les originaux des musées ou des plans d'époque (oui, il en existe encore), fidélité aux textes par l'utilisation de copies de partitions d'époque, refus de la rigueur académique, utilisation d'une altération du rythme (interdit, forbidden, verboten jusque-là), le rubato - altération du rythme par décalage temporel de certaines notes afin de jouer sur l'expression.
En 1954, le Concentus Musikus Wien, les Harnoncourt, Leonhardt, un violoniste qui joue du violon baroque et de la viole de gambe Eduard Melkus, un hautboiste suisse Michel Piguet s'unissent pour accompagner Alfred Deller dans un enregistrement des cantates BWV 54 et 170 de J.S Bach.
Leonhardt a dit, à propos de cet enregistrement, parlant de Deller: "Nous étions affreux, il était sublime".
Notons, que cette rencontre, dont le résultat atteint des sommets esthétiques, aurait pu être une catastrophe, au plan du résultat tant les approches "intellectuelles" sont différentes. En effet, Deller déguste les mots, repense l'expression en fonction de leur signification. D'ailleurs, il portait peu d'intérêt aux instruments et aux "originaux". Pourtant le résultat est là: inouï.
Un mot avant de progresser; cet enregistrement, et aucun des participants ne s'en réclame ou ne s'en est réclamé, est fondateur. En effet, on y trouve ce que l'histoire du "mouvement" illustrera par les différents courants de pensée: Deller représente l'école anglaise, Leonhardt l'école hollandaise, Harnoncourt et Melkus l'autrichienne et le hautboïste suisse représente la Schola Cantorum de Bâle.
1954, encore, le musicologue anglais Thurston Dart publie "The interpretation of early music"
Parallèlement, Paul Hindemith, ce n'est pas un baroqueux mais un tenant de la "Nouvelle Objectivité", recrée l'Orfeo de Monteverdi, joué sur instruments anciens: simple, Monteverdi donne des indications très précises de l'instrumentarium de la partition originale.
1954 la WDR, une station de radio de Cologne confie à August Wenzinger la direction de la Cappella Coloniensis, pour enregistrer les concertos de Corelli sur instruments anciens.
Joel Cohen, musicologue américain découvre une collection importante d'instruments anciens pourrissait dans les sous-sols du musée des Beaux-Arts de Boston. Il fonde la Boston Camerata.
La mèche de la mise en lumière des instruments anciens est allumée.
Mais…
1955 Allumez vos répondeurs téléphoniques: L'ensemble italien I Musici enregistre les Quatre Saisons de Vivaldi. Les Musici jouent sur instruments modernes et pas baroque du tout. Énorme succès discographique, Vivaldi devient un compositeur populaire, mais on est loin, loin du mouvement baroqueux: c'est sirupeux, le caramel coule, ça vibre: tout pour plaire.
Heureusement, la même année, Leonhardt fonde son consort.
1960 Consécration du disque microsillon. Telefunken lance la collection "Das Alte Werk" entièrement dédiée aux enregistrements de musique ancienne, avec les canons nécessaires.
1962 Création de l'ensemble Collegium Aureum de Franzjosef Maier, très grand violoniste baroque.
Les années soixante voient petit à petit disparaître le goût "mélodiste" et l'écoute du public s'éveille peu à peu aux timbres jusque-là inouïs.
Les orgues: Une bande d'amis se réunissent à Saint Maximin dans le Sud de la France. Pourquoi? L'église recèle des orgues historiques. Michel Chapuis y donne des concerts dans une académie d'été. Un grand amateur d'orgues Bernard Coutaz fonde alors une maison de disques Harmonia Mundi qui enregistre les concerts donnés. La diffusion se fait sur un mode "nouveau". Les spectateurs bénévoles vendent les disques autour d'eux. Étonnamment, ça marche.
1962 Geneviève Thibaut, Comtesse de Chambures est nommée à la tête du Conservatoire Musical de Paris.
Elle fonde un atelier de restauration de clavecin qu'elle confie à Frank Hubbard et organise des cours d'organologie. Les cordes ne sont pas en reste puisque leur restauration est confiée à Pierre Jaquier.
Sa biographie succincte montre l'intérêt constant qu'elle porta à la musique ancienne.
À l’âge de 14 ans, elle réunit toutes ses économies pour acheter une partition originale “Atys de Lully”, aux armes de Louis XIV. Après avoir obtenu une licence de lettres elle publie un mémoire sur "John Dowland, poet and musician.".
Elle rencontre, en 1928, un militaire en retraite, Georges Le Cerf avec qui elle fonde la Société de Musique d’Autrefois. Elle acquiert sa collection de 258 instruments, un orgue et 25 archets, probablementen1929.
Tout au long de sa vie, elle enrichira cette collection, tout en permettant aux musiciens d’y accéder: Le premier instrument qu'elle ait jamais prêté a été un violoncelle, qu'elle confiera en 1953 à un certain Nikolaus Harnoncourt!!! Elle confia à Jordi Savall une basse de viole anonyme, française du XVIIIème avec laquelle il enregistrera Caix d’Hervelois. Elle prête des clavecins, et toute sorte d'instruments.
Elle organise l'Exposition "Les instruments de musique au XVIIIe siècle: France et Grande Bretagne" qui tourne dans vingt villes en France et en Angleterre. Dans cette exposition non seulement instruments et partitions originales sont montrées, mais des concerts ont lieu chaque jour.
Sigiswald, Wieland Kuijken et Robert Kohnen, jouent ici les Pièces de clavecin en concert de Rameau avec des instruments de l'exposition.
Trevor Pinnock joue le clavecin historique de Collesse
À sa mort, le dernier jour de l'exposition, elle laisse plus de 700 instruments, d'innombrables documents originaux.
Elle avait aussi contribué largement à la constitution du CIMCIM Comité International des Musées et Collections d'Instruments de Musique.
1964 Harnoncourt enregistre les Concertos Brandebourgeois, 2 ans plus tard la Passion selon Saint Jean et en 1970 les tenants du classicisme sont définitivement assommés: les baroqueux ont osé, ils ont touché à un monument, la passion selon Saint Matthieu qu'Harnoncourt enregistre aussi.
Entre 1965 et 1970 la "prise de pouvoir" se renforce par les enregistrements et concerts incessants de musique vivante, qui jouent les instruments anciens, dans des textes d'origine, avec des articulations franches et non sirupeuses on voit disparaître le vibrato systématique, on laisse s'exprimer les timbres et le sens de cette musique.
Très étonnamment, les experts s'accordent pour dire qu'on assiste à un éloignement du public de la musique contemporaine. Comme si…
Un tour d'horizon des ensembles et solistes en 1966 aux USA et en Europe permet de constater que l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et les USA ont adhéré au mouvement. En France et en Angleterre peu de choses ou rien.
En France, Jean Claude Malgoire créée en 1966 la Grande Écurie et la Chambre du Roy, mais ne joue pas sur instruments anciens car peu ou pas de musiciens ont cette pratique.
En 1964 deux des 3 frères Kuijken Sigiswald, violoniste et violiste, Wieland violoncelliste et violiste, fondent avec Robert Kohnen claveciniste, en 1964, l'Ensemble Alarius de Bruxelles, puis seront en 1972 à la base de la création de "La Petite Bande". Le premier enregistrement de cet ensemble sera consacré à la musique de Lully pour le "Bourgeois Gentilhomme".
Avant d'y parvenir, "Sigi" réinvente le violon baroque
Sigi, joue sans mentonnière, en posant le violon sur l'épaule avec des cordes en boyau.
En1967,un génial flûtiste anglais David Munrow créé the Early Music Consort of London, plutôt orienté vers les musiques antérieures à la période baroque. On trouve dans cet ensemble des gens qui seront les piliers du mouvement en Angleterre quelques années plus tard, à savoir:
- Christopher Hogwood qui va fonder the Academy of Ancient Musicen1973,
- James Bowman contre-ténor de la deuxième génération après Deller,
- Simon Standage violoniste baroque premier violon de The English Concert et du Collegium Musicum 90
- Catherine McIntosh et Monica Hugett qu'on retrouvera plus tard aux premiers violons de l'Amsterdam Baroque Orchestra de Ton Koopmann
1969 Harnoncourt défriche l'Orfeo de Monteverdi.
Enfin, à partir de 1971, Harnoncourt et Leonhardt se partagent l'enregistrement de l'Intégrale des Cantates de Bach
Puis se créent
- Musica Antiqua Koln avec le génial violoniste Reinhardt Goebel,
- La Chapelle Royale de Philippe Herreweghe qui donnera avec Musica Antiqua Koln, l'Amsterdam Baroque Orchestra et le Collegium Vocale de Gand une hallucinante Passion Selon Saint Matthieu de Bach en l'Église Sainte Clotilde de Paris pour Pâques le 13 mars 1980
- Les Arts Florissants de William Christie
- The English Baroque Soloists de John Elliot Gardiner (ensemble venu sur le tard aux instruments anciens et encore aujourd'hui imprégné d'un classicisme gras et sirupeux)
- The King's Consort de Robert King
- The Tallis Scholars
Retour en France. Rien, toujours rien au plan ensemble orchestral. Malgoire s'essaie au Rinaldo de Haendel: c'est un bide commercial parce qu'il n'y a pas de bon musicien baroque français. Une raison simple à cela. Si on ne possède pas la nationalité française, on n’a pas le droit d'enseigner dans les conservatoires. Circulez, pas cheu'nous Môssieu!!
Pour illustrer ce propos, quelques mots sur un génie du clavecin: Scott Ross
Scott, né américain arrive en France en 1964, âgé de 13 ans (Il y mourra en 1989). À 14 ans il prend ses premiers cours d'orgue avec la grande figure de Saint Maximin, Michel Chapuis. Arrivé à 18 ans au Conservatoire à Paris, il stupéfie ses professeurs le découvrant jouer le Fandango du Padre Antonio Soler. (La video que je vous propose date de la fin de la vie de Scott, mais cette interprétation est… foudroyante). Il enregistrera une bonne partie de Bach, tout Rameau, tout Couperin, tout Haendel, tout Scarlatti.
Scott adorait la France, y vivait, était… intégré, disponible, mais s'est toujours vu refuser l'entrée à des postes d'enseignement officiels au prétexte qu'il n'était pas français. Pendant ce temps-là, les clavecinistes partaient qui à Bâle, qui à La Haye…
1977 2 événements discographiques: l'enregistrement des Pièces pour la flute traversière de Michel de La Barre par Stephen Preston (flûte), Jordi Savall (basse de viole), Hopkinson Smith (théorbe) et Blandine Verlet (clavecin). Important parce qu'il s'agit, historiquement des premières pièces composées pour cet instrumentarium.
La même année, le violoncelliste hollandais Anner Bijslma enregistre sa première version des sonates pour violoncelle seul de J.S. Bach. Sa seconde version reste une somme encore insurpassée.
Un événement va profondément changer le cours des choses: le concert de la Passion selon Saint Matthieu de Pâques 1980, déjà cité, fait intégrer à tout un monde de mélomanes ce mouvement. Cette passion est incandescente et laissera des traces dans le mental de tout ceux qui l'ont entendue.
1982 Savall enregistre 11 fois, Emma Kirkby 23, Pinnock et The English Concert enregistrent les 4 Saisons de Vivaldi… ça marche pour le mouvement baroque.
Et… Et… En 1982… Oui, ça y est, le temple de l'Opéra Classique, le Festival d'Aix donne un opéra de Rameau "Les Boréades" avec The English Baroque Soloists sous la direction de Gardiner. Triomphe.
L'année d'après, mais pas du tout du tout baroque (quand je vous disais que Gardiner hum… - instruments, textes, esprit…). Les solistes chanteurs n'ont AUCUNE formation à la déclamation baroque Jessye Norman et José Van Damm.
Voilà, nous y sommes, le mouvement baroque est devenu surpuissant et reconnu. Il faut dire, qu'en France, France Musique avec Jacques Merlet animateur infatigable autour du monde du baroque, la renommée s'est construite. Jacques génère autour de lui des événements, fait entendre des solistes et des ensembles venus des quatre coins de la terre.
En Allemagne, des ensembles se créent, sans cesse:
- Concerto Koln
- Freiburger Barock Orchestra
Parmi les plus connus.
Enfin, en 1987, consécration mondiale pour un concert réalisé en France, avec un orchestre français, mais dirigé par un chef américain, des solistes majoritairement hexagonaux, une œuvre d'un compositeur francisé, italien d'origine: Lully. Il s'agit d'Atys.
Bien sûr, maintenant que le mouvement a conquis ses lettres de noblesse et la notoriété, il lui faut se maintenir.
L'Italie soutient l'activité avec Fabio Biondi et son ensemble l'Europa Galante, Il Giardino Armonico dont les fondateurs sont des élèves d'Harnoncourt. À propos de cet ensemble, je te tiens à dire qu'ils ont bien renouvelé le répertoire du répondeur téléphonique
L'esthétique de ces ensembles italiens est à l'opposé des choix anglais. Là où les Anglais sont… anglais, fins, délicats, parfois un peu trop discrets, les Italiens sont exubérants, les tempi sont d'une vivacité extrême, les timbres d'une franchise inégalée. Bref, arrivant après, ces ensembles italiens supplantent petit à petit les ensembles anglais.
En 1987, Savall qui a enregistré nombre de CD de violes et de musiques de petit ensemble avec Hesperion XX créée, avec son épouse Montserrat Figueiras, la Capella Reial de Cataluniya. La première prestation de l'ensemble est consacrée à un musicien catalan peu connu Joan Cererols. Bingo: succès mondial.
À partir de 1992, le mouvement débute à mon sens, juste après le phénoménal succès de Tous les Matins du Monde, un lent reflux: il s'attaque aux musiques et compositeurs postérieurs aux fils de Bach. Des enregistrements douteux de Beethoven (Andrew Parrot), Schubert etc.. font perdre au mouvement son âme.
Les chefs Harnoncourt en tête, Herreweghe, Bruggen, se mettent à diriger des œuvres pour lesquelles les canons du baroque n'ont, à mon avis aucun intérêt: je me moque d'entendre Beethoven sur instruments anciens avec les tempi annotés de la main de Beethoven. J'aime pas Beethoven!!!
Bien sûr, les cours d'interprétation se sont multipliés dans le monde entier.
Alfred Deller à Lacoste, donne un cours d'interprétation.
Aujourd'hui, qu'est devenu ce mouvement?
On peut sans risque d'erreur, dire que la majorité du répertoire intéressant a été remis en lumière, que de multiples approches en ont été réalisées. On peut aussi féliciter les facteurs d'instruments, d'avoir su reconstituer avec la plus grande fidélité les clavecins, violons baroques, violes de gambe, violoncelle, hautbois, bassons, clarinettes, orgues, flûtes. Les traités de l'époque ont été réédités.
Pour ce qui est de l'enseignement, il est pratiquement fondu dans l'enseignement classique. On peut aujourd'hui, apprendre les 2 techniques de violon, mais "tellement pas bien", à mon sens; il faut s'en contenter.
Que reste-t-il?
Les radios: France Musiques conserve une seule émission: "Les enfants du baroque" dont le producteur Gaëtan Naulleau est un très fin connaisseur.
Une radio sur Internet www.1.fm diffuse de très beaux enregistrements, sans interruption avec quelques rares pubs.
Les concerts? La revue des principaux concerts de musique classique sélectionnés par le journal "Le Monde" le 10 janvier 2009 n'indique que la "Folle Journée de Nantes consacrée à Schütz et Bach, pour les six premiers mois de 2009. Les radios ne diffusent pratiquement plus rien. Heureusement, il me reste mes chers enregistrements.
Nous étions pionniers à l'oreille naïve, il y a 35 ans. Merci, tant de mercis à tous ceux qui les ont remplies de musiques, de timbres, de bonheur et d'émotions.