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Nos craintes étaient infondées, nos espoirs aussi, d'ailleurs (mais ils étaient plus ténus) : les élections genevoises de ce week-end ont un peu "normalisé" le parlement de Piogre, et présagé d'un rééquilibrage de son gouvernement. Au Grand Conseil, La gauche gagne sept sièges, la droite démocratique gagne cinq sièges, l'extrême droite perd douze sièges. A gauche les Verts effacent leur défaite de 2013, le PS continue de se réinstaller, petit à petit, à son niveau "normal" et "Ensemble à Gauche" se maintient au parlement. A droite, le PLR efface lui aussi sa défaite de 2015 (c'était l'effet de la fusion entre radicaux et libéraux) et le PDC résiste à l'érosion. A la droite de la droite, le MCG paie cash la scission staufférienne et l'UDC, très faible à Genève, recule. On retrouve ainsi une gauche à 40 % des suffrages (et 41 sièges), une droite démocratique presque au même niveau (38 % et 40 sièges) et une droite populiste, avec une composante d'extrême-droite, à 17 % et 19 sièges. Franchement, ça aurait pu être pire.
"La barque de leur amour civique s'est brisée sur le quorum"
Dans un édito pré-électoral, le Redac'chef de la "Tribune (encore) de Genève" évoquait la "quête d'un parlement enfin stable", mais est-ce de la stabilité qu'on attend d'un parlement, ou du courage, de l'inventivité et de l'intelligence ? Et l'édito du "Temps" de samedi invitait à "mettre fin à l'aventurisme genevois", mais outre que l'"aventurisme" est comme une seconde nature de la Parvulissime depuis bientôt 500 ans, il ne s'agit pas d'y mettre fin, mais de lui donner un sens, une direction. Il n'y avait pas de majorité stable dans le parlement sortant, fait de trois blocs eux-mêmes traversés de contradictions : la gauche, la droite démocratique, la droite populiste, Il n'y a toujours pas de majorité stable dans le nouveau parlement, et alors ? Dans le système politique qui est le nôtre, le travail que le parlement est incapable de faire, ou de faire conformément aux voeux du peuple, c'est le peuple lui-même -disons : sa part politiquement active, et donc minoritaire- qui le fait. Gageons qu'avec le parlement sorti des urnes ce week-end, ce "peuple politiquement actif" aura fort à faire. D'autant qu'il est fort minoritaire, au sein du "peuple réel".
Genève, c'est une République de 500'000 habitant dont la moitié n'ont pas le droit de vote (trop jeunes, ou étrangers avec ou sans statut légal), et n'ont donc pas pu voter. Sur la moitié de la population genevoise qui a le droit de vote, les deux tiers n'en a pas fait usage et sur les 35 % du corps électoral qui a voté, un quart (11 % des votants) l'a fait en pure perte : les listes pour lesquelles ces électrices et ces électeurs se sont prononcés n'ont pas passé la barrière du quorum de 7 % des suffrages. "La barque de leur amour civique s'est brisée sur le quorum", comme dirait Maïakovski. Résultat ? Genève s'est dotée d'un parlement "représentatif" de moins d'un cinquième de sa population... De quoi, de qui ce parlement si pingrement élu est-il alors représentatif ? du Peuple ? de la République ? Il l'est des militants des partis et de la petite minorité de la population qu'ils ont réussi à convaincre de faire usage de ses droits politiques. Ce ne fut pas faute d'efforts pour en convaincre en majorité, ce fut faute, peut-être, à une dépolitisation, une acculturation politiques générales.
Reste qu'un élisant si pingrement (plus de 60 % d'abstention) le parlement de la République, on a en quelque sorte rétabli un suffrage censitaire. Sauf que le cens se définit désormais plus par le niveau de formation et d'engagement social que par celui de l'impôt versé. Et que la population la plus modeste n'est pas exclue de l'exercice des droits politiques par la loi, mais par son statut social.
Le vote de ce week-end avait un cens. Donnons un sens aux votes de demain, en accordant le droit de vote cantonal aux étrangers qui l'ont déjà au plan communal et en abaissant l'âge de ce droit à 16 ans...