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Photo Adrian Michael
Juché sur un promontoire rocheux en forte pente, juste au-dessus du village de Grüsch, dans le Prättigau, l'imposant ouvrage défensif de Solavers compte parmi les citadelles-églises les plus impressionnantes de la Rhétie. Si ses vestiges visibles ont conservé le caractère d'un château de repli primitif comprenant une zone sacrée, c'est surtout parce que les constructions du château féodal tardif ont presque toutes disparu. Les murs encore debout ne datent, certes, que du haut et du bas Moyen Age, mais il suffit de comparer cet ouvrage à ceux de Mesocco, Jörgenberg, San Parcazi ou Hohenrätien pour ne plus douter de son origine prémillénaire. Son importance en tant que centre sacré est de plus soulignée par la position de l'église. Contrairement à d'autres citadelles-églises - nous pensons en particulier à celles de Mesocco ou de Hohenrätien où le sanctuaire semble avoir été érigé en bordure de l'ouvrage, à Solavers, il se dresse sur le sommet le plus élevé, à l'endroit le plus marquant du site.
Les plus remarquables vestiges de ce vaste dispositif, ce sont ceux de sa longue enceinte, protégeant le côté nord de l'ouvrage, celui exposé à l'attaque. Ce rempart prend son point de départ à l'ouest, passe tout près de l'église et se termine à la limite orientale du plateau, où le terrain s'abaisse brusquement vers un ravin infranchissable. Chose frappante, les bâtisseurs de cette enceinte en ont adapté l'épaisseur aux possibilités d'attaque. Près de l'entrée, où la violence d'un assaut ennemi devait être particulièrement forte, l'enceinte présente une épaisseur de 1,6 mètre, tandis qu'au sommet de la colline, où le terrain escarpé enlevait à l'assaillant son élan, elle n'est plus que de 0,6 mètre. Venant du tronçon septentrional du fossé, le sentier du château atteint l'entrée actuelle, une porte assez large pour que puissent y passer des voitures. Les pierres de son jambage ont malheureusement été arrachées. Cette ouverture n'a été percée que tardivement, probablement lors de travaux de remaniement effectués à la fin du Moyen Age. La porte initiale se trouvait à un endroit difficilement accessible, quelque 15 mètres plus à l'est. Bien que condamnée aujourd'hui, elle est encore perceptible. Les contours de deux ouvertures rectangulaires maintenant fermées se dessinent de plus dans la partie supérieure de l'enceinte. Il s'agit probablement des traces de deux bretèches en bois. Par endroits, le mur était couronné d'un chemin de ronde s'abaissant en gradins à l'ouest.
Photos Adrian Michael
Derrière le rempart érigé du côté exposé à l'attaque se dressait une enceinte moins ancienne, dont ne sont restées que quelques faibles traces. Longeant le tracé irrégulier des bords de la colline, elle clôturait tout le plateau. Les bâtiments d'habitation féodaux occupaient le secteur sud du site, un peu en contrebas. Seules sont encore visibles de nos jours quelques traces d'une grosse tour presque carrée et quelques pans de mur d'un corps de logis percés d'étroites fenêtres en ogive. On ne peut s'expliquer quelles fonctions remplissait une porte surmontée d'un arc ogival et on ignore si l'ouvrage de Solavers comprenait d'autres bâtiments.
L'église édifiée au sommet de la colline était dédiée à la Sainte Vierge. La construction actuelle est le fruit de plusieurs étapes de travaux. Si la nef remonte à l'époque romane, le choeur polygonal, éclairé par des fenêtres gothiques, n'est apparu qu'au XVe siècle. Le socle de l'autel a été mis au jour il n'y a pas longtemps, lors de fouilles.
II n'est pas que le fait que le sanctuaire ait été dédié à Notre-Dame qui parle pour son édification à l'aube du Moyen Age, mais encore sa fonction d'église matrice de Seewis et de Fanas. Comme les sources écrites ne citent Solavers qu'à partir du XIVe siècle, il n'est pas possible de préciser la date à laquelle la citadelle-église a été transformée en château féodal. Au XIIIe siècle, le château parvint aux mains des seigneurs d'Aspermont, sous lesquels il se développa et devint le centre de la dynastie dans le Prättigau inférieur. Dans le haut de la vallée, cette fonction revenait à la forteresse de Castels. La lignée des Aspermont se divisa en 1344, à la suite d'un partage des biens de sa branche du Prättigau. Castels échut alors aux Matsch, tandis que Solavers et sa seigneurie furent attribués aux comtes de Toggenbourg. Ces derniers résidèrent à plus d'une reprise au château, où ils réglèrent plusieurs questions de droit et établirent des documents. Selon des informations - non confirmées il est vrai - le comte Frédéric VII, le dernier membre de sa lignée, serait né à Solavers. Sa mort, survenue en 1436, mena en Rhétie à la formation de la Ligue des Dix-Juridictions, une alliance par laquelle les gens de la vallée voulaient se protéger contre la domination de dynasties étrangères. Dès ce moment, la seigneurie de Solavers partagea le sort de celle de Belfort, centre du complexe des biens que les Toggenbourg possédaient en Rhétie et qui leur étaient revenus lors du partage de la succession des Vaz.
II est probable qu'après la mort du dernier comte de Toggenbourg, les bâtiments d'habitation féodaux de Solavers aient été délaissés et voués à la ruine. On ne sait en revanche pas pendant combien de temps l'ouvrage défensif servit encore de refuge à la population du Prättigau. II est même possible que les gens des environs se soient encore retranchés derrière ses murs pendant les troubles du XVIIe siècle.
L'église fut utilisée jusqu'à la fin du Moyen Age; on sait en effet qu'un prêtre y officia encore au XVe siècle et qu'en 1487, les communes de Seewis et de Fanas décidèrent de célébrer les principales fetes religieuses dans la vieille église de Solavers et d'assumer en commun les frais d'entretien de ce sanctuaire. A partir du XIIe siècle, on trouve toutefois un prêtre à Seewis et il est établi qu'en 1472, l'église Saint-Laurent de ce même village fut désignée comme église paroissiale; dès cette date, le sanctuaire de Solavers n'apparut plus que comme église succursale. D'un accès plus facile, l'édifice de Seewis a sans doute repris au cours du Moyen Age finissant les fonctions de la citadelle-église de Solavers. C'est au plus tard au XVIe siècle, après que le Prättigau eut adopté la nouvelle foi, que le sanctuaire du château a dû être définitivement désaffecté.
Bibliographie