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La fondation Hirondelle a dix ans. Ce nom n’évoque rien pour le grand public, si ce n’est une radio, il y a dix ans, près des grands lacs africains. Hirondelle soutient des médias dans des pays dévastés, mais ne fait pas d’appel de fonds auprès du public.
Génocide du Rwanda, 1994. Des radios appellent au meurtre. En réaction la section suisse de Reporters sans frontières crée «Radio Agatashya», hirondelle en kinyarwanda, qui se veut indépendante, professionnelle et créatrice d’un espace de débat public entre Hutus et Tutsis. Une fondation du même nom reprend la gestion de la radio en 1995. Les émetteurs sont au Zaïre, à Bukavu et Goma. L’année suivante, la radio disparaît, entraînée par la guerre et l’avancée des troupes rwandaises au Zaïre. La station ne renaîtra pas, l’insécurité est trop grande dans la région des grands lacs.
La renaissance
Mais la fondation est toujours là. Elle avait ouvert un bureau de correspondant à Arusha pour couvrir les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Le bureau sera converti en agence de presse en 1997. Celle-ci fonctionne toujours et produit chaque année plus de 1400 dépêches en quatre langues : anglais, français, swahili et kinyarwanda.
Nous touchons là un des principes fondateur de la fondation Hirondelle : les médias sont multilingues et doivent couvrir les principales langues locales, ce qui pose bien sûr le problème du contrôle. Comment empêcher un journaliste de travestir les faits, s’il s’exprime au micro dans une langue que ses collègues ne comprennent pas? Heureusement, les collaborateurs des radios d’Hirondelle sont multilingues. En général, ils parlent une des grandes langues occidentales, la langue véhiculaire locale, swahili ou lingala par exemple sans compter leur langue maternelle souvent différente. L’auto-contrôle est donc aisé.
En 1997, Star Radio est fondée au Libéria en collaboration avec une fondation américaine. Elle sera fermée trois ans plus tard par Charles Taylor, le président «élu» et renversé en 2003. Star Radio émet à nouveau depuis mai 2005. Média de parole plus que de musique, Star est administrée par un comité purement libérien avec deux expatriés de Hirondelle. Son ambition est de couvrir également les événements de Sierra Leone, de Guinée et de Côte d’Ivoire.
Le partenariat de l’ONU
A la demande de Sergio Vieira de Mello, alors représentant de l’ONU dans la région, la fondation Hirondelle crée une radio au Kosovo en 1999, puis à Timor-Leste en 2001 sous l’égide des missions des Nations Unies. A Pristina, Blue Sky fait aujourd’hui partie de la radio-télévision du Kosovo et à Timor-Leste, Hirondelle accompagne jusqu’à la fin 2006 ce qui devrait devenir la radio publique du nouvel État. La demande est similaire au Centrafrique où Radio Ndeke Luka a été créée par l’ONU et remise à la fondation Hirondelle pour jouer un rôle civique dans le cadre du processus électoral qui s’est mis en place depuis l’automne 2004.
L’effort majeur de la fondation se situe au Congo Kinshasa avec les neuf stations de Radio Okapi, montées en 2002 sous l’égide de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo), seul média qui dessert l’ensemble de cet immense pays sans réseau routier, partagé et divisé entre factions depuis plus de dix ans. Quelques journalistes de Okapi, les okapistes comme ils se désignent eux-mêmes, ont été jetés en prison par des chefs de guerre locaux, mécontents de l’indépendance dont ils faisaient preuve. De très fortes pressions ont permis leur libération. Okapi est fermement soutenue par la MONUC qui assure la logistique et la sécurité, fournit les générateurs électriques et souvent les transports.
Les liens étroits qui existent entre les entreprises de la fondation et les missions de l’ONU peuvent-ils mettre en danger l’indépendance des stations ? Les radios de la nébuleuse Hirondelle sont-elles devenues des «Radio Casque bleu»? La question est légitime, mais la réponse est négative. La création de ces médias a pour but de recréer un espace de discussion public dans des pays qui sortent d’un état de guerre. Leur indépendance, garante de leur crédibilité, est essentielle. Radio Okapi n’a pas hésité à réaliser des émissions sur les cas de viols et de pédophilie qui ont mis en cause le personnel des Nations Unies. Aujourd’hui, un projet de radio au Soudan est en train d’être mis en place en partenariat avec l’ONU. D’autres pays émergeant de guerres civiles sont également intéressés.
La Grande-Bretagne
en première ligne
Le financement de la fondation est une curiosité. Hirondelle est une fondation suisse dont le siège est à Lausanne. Il semblerait logique de penser que l’aide suisse au développement (DDC) soit le principal bailleur de fonds. Et bien, pas du tout: la Grande-Bretagne finance plus de 40% de la fondation, les États-Unis et la Suisse 20% chacun, le reste est réparti entre l’Union européenne, la Norvège, le Luxembourg, le Canada, et d’autres encore. La France est quasiment absente, si ce n’est à travers son ambassade à Bangui. Les pays anglo-saxons sont-ils plus sensibles que d’autres à la liberté de la presse ? La France s’est-elle trouvée trop impliquée avec certains régimes en Afrique ? Difficile de répondre. En tous cas, cette diversité est une preuve du sérieux et de l’indépendance de la fondation qui ne cesse de se développer. Les pays en conflit et sans médias autonomes ne manquent pas. Hirondelle a de quoi voler longtemps ! jg
www.hirondelle.org