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Les passionnés de saut d’obstacles ont probablement entendu parler de la querelle au sujet des compétitions de la Global Champions League – la série de compétitions créée par Jan Tops – et de la Fédération Internationale FEI. La plupart des gens ne comprennent cependant pas de quoi il est question exactement, surtout qu’il existe déjà les compétitions de la Global Champions Tour. Quelle est donc la différence entre Global Champions Tour et Global Champions League? Et quel est le problème exactement? Le «Bulletin» s’est informé directement auprès de la Secrétaire générale de la FEI, Sabrina Ibáñez.
Sabrina Ibáñez
«Bulletin»: Pourquoi la FEI n’approuve-t-elle pas la Global Champions League? Quelles conditions, respectivement quelles réglementations n’ont pas été respectées?
Sabrina Ibáñez: Étant donné que les réglementations définitives de la GCL n’ont toujours pas été soumises à la FEI pour approbation, la GCL fonctionne comme une série de compétitions non approuvée, en dehors de la juridiction de la FEI. Les organisateurs de la GCL avaient pourtant déclaré lors d’une séance avec l’administration générale et le comité de saut d’obstacles de la FEI en décembre 2014 qu’ils n’étaient pas prêts avec leur concept et leurs réglementations et s’étaient déclarés d’accord de revenir vers la FEI avec leurs réglementations définitives en mars 2015.
Début juin 2015, la GCL déposa une plainte auprès de l’Autorité belge de la Concurrence à Bruxelles, alléguant que la réglementation pour les compétitions non approuvées de la FEI violait la loi sur la concurrence.
La FEI n’est pas d’accord avec la décision de l’Autorité belge de la Concurrence et y fait opposition par tous les moyens légaux. Il n’y a aucune garantie que le bien-être des chevaux soit entièrement protégé lors des compétitions de la Global Champions League (GCL) et que les procédures essentielles, comme les contrôles antidopage qui préservent l’intégrité de notre sport, soient appliqués.
La GCL conteste la réglementation de la FEI concernant les compétitions non approuvées (une manifestation et/ou une compétition qui n’est ni publiée dans le calendrier officiel ni autorisée par une Fédération nationale). Il est fondamental pour le code d’éthique de la FEI que les manifestations internationales soient organisées sous la réglementation de la FEI afin d’assurer le bien-être des chevaux et la sécurité de nos athlètes ainsi que l’intégrité de la compétition. Les manifestations non approuvées ne sont pas soumises aux réglementations de la FEI et leurs organisateurs et participants n’ont donc pas de comptes à rendre à la FEI s’ils ne respectent pas les règles. Par conséquent, la FEI n’a aucun moyen de protéger le bien-être des chevaux et des athlètes participant à ces manifestations, ou de préserver l’intégrité du sport. C’est le même principe qu’au niveau national lorsqu’une manifestation nationale est organisée en dehors des réglementations nationales et malgré l’opposition explicite de la Fédération nationale.
La plainte déposée par la GCL concerne l’application (ou la non-application) de la réglementation de la FEI pour les compétitions non approuvées. Les mesures provisoires octroyées par l’Autorité belge de la Concurrence le 27 juillet 2015 ne concernent donc que les dispositions de la réglementation sur les compétitions non approuvées et ne s’appliquent qu’à la GCL et pas à d’autres manifestations non approuvées.
Mais permettez-moi d’être claire: il ne s’agit que de mesures provisoires que nous allons continuer de contester. Le fond de l’affaire doit encore être soumis à l’Autorité belge de la Concurrence.
La FEI a interdit à ses officiels d’exercer leur fonction à de telles manifestations. Certains ont ignoré cette interdiction et ont été suspendus pour 6 mois. Pourquoi, à votre avis, certains officiels et cavaliers sont-ils favorables à ce format de compétition?
Il se peut que certains cavaliers et officiels voient le format de la Global Champions League comme quelque chose de nouveau et de non traditionnel qui apporte un nouvel élément au saut d’obstacles. Mais il faut comprendre qu’en tant qu’organe directeur des sports équestres, il est de notre devoir de protéger la prospérité de ceux-ci et d’assurer l’intégrité des compétitions auxquelles participent nos athlètes humains et équins.
Le bien-être des chevaux et l’intégrité du sport sont les deux principes fondamentaux de la réglementation sur les compétitions non approuvées. Ces principes ne peuvent être protégés et encouragés qu’en mettant en place des règles et en acceptant les manifestations internationales dans le calendrier officiel uniquement sous la condition que le comité d’organisation accepte toutes ces réglementations et oblige les participants de ces manifestations à s’y tenir. Sans ces règles, nous n’avons aucun moyen de préserver le bien-être des chevaux et des athlètes participant à de telles compétitions ou de protéger l’intégrité des manifestations.
Quelles sont les conséquences pour les sports équestres en général si une telle série existe?
Tout d’abord, nous avons énormément de respect pour les compétitions que Jan Tops a créées. Il est le cerveau derrière la GCT qui a rendu notre sport plus visible et c’est grâce à sa contribution que la qualité des compétitions a également augmenté.
Les nouvelles séries ont un impact non seulement au sein du monde équestre, mais aussi dans la communauté sportive en général, étant donné que les innovations suscitent un intérêt accru dans notre sport et ouvrent la porte à une nouvelle audience. La FEI n’est pas fondamentalement contre des nouvelles séries comme la GCL, mais comme nous n’avons toujours pas vu les réglementations définitives pour la GCL, celle-ci est considérée comme une série non approuvée sans garantie que le bien-être des chevaux et l’intégrité du sport sont entièrement protégés.
Quelle importance a l’argent dans ce cas et dans les sports équestres en général?
Le monde du sport est extrêmement compétitif, les différents sports essayant d’attirer de nouveaux spectateurs, fans et sponsors. Évidemment que l’argent joue un rôle là-dedans. La couverture télévisuelle est la clé pour augmenter et développer la visibilité de notre sport, pas seulement pour de nouveaux fans, mais aussi de nouveaux sponsors.
Comme pour tous les sports de compétition, l’argent joue un rôle, mais il faut aussi remarquer qu’il n’est pas le seul attrait à la compétition. Pour les cavaliers, concourir dans le sport qu’ils aiment, être les meilleurs des meilleurs et faire partie de l’élite mondiale est la plus grande récompense. Ils ne cherchent pas uniquement le gain financier. Pour les athlètes, les Jeux olympiques et paralympiques sont le point culminant de leur carrière sportive. Lorsque l’on remporte une médaille olympique ou paralympique, ce n’est pas les gains qui comptent, mais le prestige. Cela signifie rencontrer les meilleurs athlètes du monde de toutes les disciplines, pas seulement des sports équestres.
La Global Champions League va-t-elle se poursuivre? De nouvelles décisions ont-elles été prises?
Comme je l’ai déjà mentionné, la vraie procédure n’a pas encore débuté jusqu’à présent. Le fond de l’affaire doit encore être soumis à l’Autorité belge de la Concurrence, et, jusque-là, aucune autre décision ne sera prise. En plus de cela, la FEI n’est pas la seule Fédération internationale (IF) soumise à des procédures judiciaires concernant des compétitions non approuvées. La Commission européenne est en train de traiter d’autres cas de compétitions non approuvées avec par exemple l’Union internationale de patinage (UIP) et la Fédération Internationale de Basketball (FIBA). C’est la Commission européenne qui va finalement décider si de tels règlements sont conformes à la loi sur la concurrence ou non.
FEI/Nicole Basieux
Photo: FEI