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Zoom sur l'IQOS, produit de tabac chauffé
Le leader des produits du tabac chauffé est l’IQOS du groupe Philip Morris. Quel est son principe? Comment est-il accueilli par les fumeurs? Est-il vraiment moins nocif que des cigarettes combustibles? Le point sur IQOS.
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Philip Morris International a mis au point un vaporisateur de tabac, ou cigarette chauffante, nommé IQOS pour I Quit Ordinary Smoking. Le principe? Des mini-cigarettes (appelées HEETS) -contenant un filtre et du tabac- à insérer dans un petit appareil qui chauffe le tabac à température de 330°C et libère un aérosol de tabac à inhaler. Cela grâce à une lame chauffante contrôlée électroniquement. Il n'y a donc pas de combustion, mais il y a de la pyrolyse. Ses avantages par rapport aux cigarettes combustibles? Moins d’odeur et pas de cendre, et pas de fumée selon le fabricant, mais... ce dernier point est contesté.
Le dispositif IQOS de Philip Morris a été vendu initialement au Japon en 2014. Il domine aujourd’hui le marché des produits du tabac chauffé. Il est en vente dans une trentaine de pays d'Asie et d'Europe, et dans plusieurs provinces canadiennes.
L'industrie du tabac cherche à commercialiser des produits à risque réduit mais qui donnent autant de satisfaction aux fumeurs que les cigarettes classiques. Des recherches ont démontré que IQOS délivre des doses de nicotine satisfaisante par inhalation. Des études menées par PMI sur leur système IQOS ont montré que les taux de nicotine dans le plasma peuvent être identiques chez les fumeurs de cigarettes classiques ou chez les utilisateurs de IQOS. (1)
Une étude indépendante menée par le Dr Konstantinos Farsalinos a récemment montré que la quantité de nicotine fournie par l'IQOS était de 30% inférieure à la quantité de nicotine fournie par une cigarette Marlboro Regular.(2) Avec des bouffées intenses d’IQOS, le taux de nicotine contenu dans l’aérosol est supérieur à celui délivré par une cigarette de test, la 3R4F. (3) Ces chiffres ont été mesurés dans les aérosols et les fumées et ne tiennent pas compte de la cinétique de la nicotine dans le sang, qui dépend aussi du mode de consommation. Les taux de nicotine dans les sticks d’IQOS sont similaires à ceux d’une cigarette combustible. Le « hit » (gratouillis dans la gorge) n’est cependant pas aussi intense qu’avec une cigarette combustible (Farsalinos). (4)
Le groupe Philip Morris a déposé en 2017 auprès de la FDA américaine une demande d'homologation de "produit du tabac à risque modifié" pour l'IQOS.
Les industriels du tabac indiquent que les vaporisateurs de tabac comme IQOS éliminent la combustion. Or, c'est la combustion qui génère la majorité des substances nocives (monoxyde de carbone, goudrons, hydrocarbures polycycliques) qu’inhalent les fumeurs. Ainsi, les vaporisateurs qui éliminent la combustion contiennent beaucoup moins de composés chimiques toxiques, voire pas du tout de certains composés. C'est ce que montrent les études réalisées en interne par l'industrie du tabac : les composés chimiques seraient en nette baisse dans l’aérosol de IQOS par rapport à une cigarette classique. (5) Philip Morris assure que la nocivité de l'IQOS serait réduite de 90% par rapport à une cigarette classique. Le vaporisateur Glo produirait 90% à 95% moins de substances toxiques qu'une cigarette conventionnelle d'après BAT France.
L’industrie du tabac investit des milliards de dollars pour développer ces produits et pour démontrer qu’ils sont moins toxiques que les cigarettes classiques, et pour les enregistrer ensuite comme produits à risque réduit. Selon le Pr Dautzenberg, Président de l'Office Français du Tabagisme (OFT), ces produits conservent un certain niveau de risque, notamment parce que le tabac chauffé dégage des nitrosamines cancérogènes. Une étude indépendante récente semble lui donner raison.(6) Des chercheurs lausannois ont trouvé des taux de substances toxiques dans l’aérosol de l'IQOS plus élevés que ceux annoncés par le groupe Philip Morris. Principaux chiffres : ce vaporisateur de tabac dégagent l'équivalent de 82% de l'acroléine (substance très toxique et irritante) d'une cigarette Lucky Strike Blue Lights, l'équivalent de 74% du formaldéhyde et 50% du benzaldéhyde. Il dégage près de 3 fois plus d'acenaphtelène, un goudron. L’aérosol de l'IQOS contient aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et aussi du monoxyde de carbone (CO), résultant de la pyrolyse. En réalité, il n'y a pas de combustion complète mais il y a bien une pyrolyse et une combustion incomplète qui entraînent la formation de composés chimiques toxiques. Les auteurs de cette étude affirment que cela justifie de décrire comme étant de la fumée l’aérosol produit par IQOS, alors que le fabricant affirme que IQOS ne produit pas de fumée.
De façon encore plus récente, un groupe de scientifiques de l’UCSF Tobacco Center of Regulatory Science (Université de Californie, San Francisco) a publié un rapport reprenant des données fournies par la FDA qui soulignent des risques liés à l’utilisation d’IQOS. Ils ont conclu que le FDA pourrait ne pas accorder à l’IQOS l’allégation produit du tabac à risque réduit car ce produit du tabac chauffé présenterait des risques de toxicité pulmonaire et d’effet sur le système immunitaire (études in vivo sur des modèles animaux). (7)
D’autres études soulignent un risque potentiel de toxicité dû à la présence de furfural, un composé chimique. Les auteurs concluent qu’une étude plus approfondie est nécessaire pour estimer le degré de toxicité. (8)
Il est important que de nouvelles études indépendantes puissent informer les fumeurs qui ont le droit de savoir si ce produit est vraiment à risque réduit par rapport aux cigarettes traditionnelles ou s’il peut représenter des risques nouveaux.
Le groupe Philip Morris a annoncé que 80% des fumeurs au Japon utilisant l'IQOS ont totalement ou en partie remplacé les cigarettes par l'IQOS. Les taux de conversion exclusive (plus de 95% de la consommation de tabac est représentée par IQOS) n’ont fait que grimper tout au long de l’année 2016 : de 52% en janvier 2016, le taux de conversion est passé à 72% en décembre 2016. 2 millions d'unités y ont été vendues en 2016. L'IQOS représentait à fin 2017 14% du marché du tabac au Japon et un million d'utilisateurs ont été conquis par ce dispositif. Les chiffres récents fournis par le groupe annoncent des résultats de conversion dans les autres pays de commercialisation en phase avec la situation japonaise : 70- 80% des fumeurs ayant testé IQOS sont passés complètement aux Heat sticks (plus de 95% du tabac fumé) ou presque complètement (70 à 95% du tabac fumé)
Les chiffres par pays (en décembre 2016) : (9)
Dans le monde, 3,7 millions de fumeurs ont arrêté de fumer des cigarettes traditionnelles en passant complètement au système IQOS (chiffre d’août 2017, Philip Morris)
L’objectif du groupe Philip Morris est que d’ici 2025 plus de 30% des fumeurs de cigarettes combustibles produites par Philip Morris qui veulent continuer à fumer passent à un produit du tabac chauffé, notamment IQOS. Cela représenterait 40 millions de fumeurs de cigarettes Philip Morris.
Un des grands enjeux pour le groupe est l’autorisation de commercialisation de leur produit aux Etats-Unis, avec ou sans allégation santé, chose qu’ils espèrent possible dès le premier trimestre 2018. Philip Morris veut aussi attaquer le marché asiatique, notamment chinois. La Chine représente en effet 300 millions de fumeurs adultes, un beau vivier pour IQOS. (10)
En parallèle, et fort du succès de leur IQOS et de ses racharges HEETS, le groupe Philip Morris a développé 3 autres produits du tabac à risque réduit : TEEPS, STEEM, et VEEV. TEEPS devrait être commercialisé en phase de test dès 2018. Ce produit vise tout particulièrement à convertir les plus gros fumeurs de cigarettes combustibles.
IQOS est donc appelé à ne pas être le seul produit de tabac à risque réduit pour le groupe Philip Morris
(Auteure : Anne-Sophie Glover-Blondeau | December 2017)
Pulm%20and%20Immuno_Calfee%20Group.pdf