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« En tant que médecins, nous ne pouvons empêcher les gens de mourir » confie le néphrologue et professeur de médecine cardiovasculaire au Wolfson Institute of Preventive Medecine, Graham MacGregor, lors d’une conférence devant quelque 400 élèves de La Châtaigneraie. « Mais nous pouvons prolonger votre vie, et en améliorer la qualité, en enrayant un certain nombre de maladies comme les maladies cardiaques et le cancer ».
Au Royaume-Uni et dans la plupart des pays développés, les principales causes de décès sont (dans l’ordre) : les maladies cardiovasculaires telles que les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les crises cardiaques et l’insuffisance cardiaque, le cancer et les maladies respiratoires. Leurs principales causes sous-jacentes sont l’hypertension (qui tue en moyenne plus de 10 millions de personnes dans le monde chaque année), le tabac et le taux de cholestérol élevé. Ayant milité tout au long de sa carrière pour une réduction de l’hypertension, MacGregor sait parfaitement qu’une grande partie de ces décès peuvent être évités. Mais que pouvons-nous faire ?
Pour commencer, MacGregor indique qu’il faut distinguer entre les facteurs modifiables et non modifiables qui contribuent à l’hypertension. « D’une part, vous trouvez ceux que vous pouvez influencer par des choix de vie, tels que le taux de cholestérol, le tabagisme, l’obésité, le diabète, la nutrition et l’exercice. De l’autre sont les facteurs sur lesquels nous n’avons aucun contrôle, comme l’âge ou la génétique, » explique-t-il. Précisant qu’il y a plus de facteurs modifiables que non, MacGregor dénonce principalement les aliments transformés que nous consommons tous, qui peuvent être pleins de sel, de graisse et de sucre, et qui contribuent à l’augmentation de la pression artérielle, du cholestérol et de la glycémie.
Sauver 2,5 millions de vies par an
« Alors qu’il mourait d’un cancer du poumon, le cow-boy original de Marlboro a dit qu’il était la preuve vivante que le tabac tue, » raconte MacGregor. Mais bien qu’elle soit la cause principale de décès dans le monde, l’hypertension n’a pas encore gagné la même réputation mortelle que le tabac. Pourtant, « le risque commence à une pression systolique de 115mmHg – ce qui signifie qu’environ 83% des adultes sont concernés, » précise-t-il.
Mais qu’est-ce qui fait augmenter la pression artérielle ? MacGregor pointe du doigt un coupable principal : le sel. Les Chinois et les Égyptiens ayant découvert qu’il avait des propriétés conservatrices pour les aliments, le sel est rapidement devenu un produit de base essentiel durant la majeure partie de l’histoire. Grâce à la réfrigération et l’utilisation d’autres produits chimiques moins nocifs, il n’est aujourd’hui plus nécessaire à la conservation des aliments. Le sel alimentaire provient donc principalement de l’industrie alimentaire. En effet, 80% du sel consommé est caché dans des aliments transformés. « En réduisant la consommation de sel de 5-6 grammes par jour, vous coupez votre risque d’AVC d’un quart – ce qui correspond à 2,5 millions de décès en moins chaque année, » révèle MacGregor.
En 1996, alors qu’il est pleinement lancé dans son combat contre le sel, MacGregor met sur pied le groupe d’action Consensus Action on Salt and Health, qui vise à réduire de 40% la quantité de sel utilisée par l’industrie alimentaire et dans la cuisine de tous les jours. En fixant des cibles par groupe alimentaire, ce groupe d’action s’est efforcé de réduire progressivement les quantités de sel sur des périodes de deux ans. MacGregor souligne un avantage supplémentaire de cette méthode, qui s’appuyait sur un nouveau concept en santé publique : « au lieu de critiquer les gens pour qu’ils changent leurs modes de vie, nous avons changé la nourriture qu’ils mangeaient d’une manière si progressive qu’ils ne s’en sont pas rendus compte. Ils n’ont donc pas rejeté l’initiative ».
11 bananes, 18 oranges et un semi-marathon
Malgré cette victoire initiale et la coopération apparente de l’industrie alimentaire, MacGregor dénonce néanmoins « la pression impitoyable exercée sur les consommateurs, puisque la nourriture et les boissons sont disponibles à tout moment et en tout lieu ». Quand on cède à cette pression et qu’on mange un repas comme un Big Mac, des frites et des boissons gazeuses, c’est l’équivalent de 11 bananes ou 18 oranges, « et nous aurions à courir un semi-marathon juste pour dépenser les calories que nous venons d’ingérer, » explique MacGregor. Affirmant que l’industrie alimentaire est aussi mortelle que celle du tabac, il appelle à une interdiction à grande échelle de la publicité de la restauration rapide, et à la taxation des produits contenant des grandes quantités de sel, de sucre et de graisse.
En plus de lutter pour une réduction de la consommation de sel, MacGregor a également mis en place Action on Sugar, dont le but est de réduire le sucre caché dans les aliments et les boissons gazeuses. Montrant à son auditoire un tableau alarmant indiquant la teneur en sucre de divers aliments, il explique que le sucre présente un défi encore plus grand que le sel. Contrairement au sel, le sucre représente une part importante du poids d’un produit, qui ne peut être remplacée, et auquel on ajoute également souvent des édulcorants artificiels. Néanmoins, MacGregor reste convaincu qu’en fixant des objectifs progressifs, l’apport en sucre peut déjà être réduit de 100Kcal par personne et par jour sur une période de deux ans.
Rappelant aux élèves de La Châtaigneraie que les responsables sont, toujours, l’industrie alimentaire mondiale, MacGregor conclut avec un paradoxe souvent négligé : « si l’industrie alimentaire fabriquait des aliments plus sains, moins salés et moins sucrés, leurs consommateurs vivraient plus longtemps et achèteraient leurs produits plus longtemps ». Du grain à moudre pour les élèves de l’Ecolint qui, en tant que futurs médecins, défenseurs de la santé mondiale, dirigeants, mais surtout consommateurs, réfléchiront bien avant de manger des aliments transformés et de boire des boissons gazeuses, et regarderont deux fois avant de placer un autre article dans leur caddie.