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Une étude portant sur 50'000 conscrits suédois a montré dès 1989 le lien entre la consommation de cannabis à l’adolescence et un risque 2 à 3 fois plus élevé de développer une schizophrénie à l’âge adulte (cf. Dr Charles Bonsack, “Cannabis et psychisme”, in Le Fait Médical no 63, décembre 2006). Bien que le lien de causalité soit difficile à prouver - la consommation de cannabis contribue-t-elle au déclenchement de la schizophrénie ou témoigne-t-elle, à l’inverse, d’une tentative d’atténuer les premiers symptômes psychotiques ? - l’augmentation de la concentration des produits, de la fréquence et de l’abaissement de l’âge de la consommation de cannabis rendent cette problématique toujours plus actuelle.
L'histoire personnelle ci-dessous illustre ainsi l'une des modalités possibles d'apparition de symptômes de schizophrénie.
Né en 1971, j’ai décidé de reprendre des études d’architecte l’automne dernier. Cependant, mes relations avec mes proches commençaient à battre de l’aile, car mes parents n’approuvaient pas une relation que j’entretenais avec une femme dont je m’étais rapproché affectivement depuis quelques mois. Il est vrai que ce rapprochement coïncidait avec une augmentation significative de ma consommation de cannabis, passant d’un joint par jour à sept ou huit…
Au début, on consommait pour se détendre, rechercher une sensation de bien-être ensemble mais, en forçant la dose, mon comportement a également changé envers mon amie. Je suis devenu agressif, voire menaçant, car moi-même je me sentais en danger. Comme je ne dormais plus, je consommais toujours davantage, pour essayer de m’apaiser, sans succès.
Finalement, la relation avec mon amie s’est rompue après quelques semaines d’enfer et j’ai commencé à dériver à travers la ville.
J’étais « guidé » par une voix inconnue, relayée de temps à autre par une musique. Cette voix me disait par où je devais passer, à qui je devais faire attention, me donnait des missions à accomplir, comme rentrer dans un bar et aller sauver quelqu’un qui était séquestré dans les toilettes, au point d’en venir à une bagarre avec un Sécuritas, tant j’étais convaincu que cette personne était bel et bien enfermée, torturée et maltraitée à cet endroit. J’ai essayé d’expliquer à ma manière ce qui s’était passé à mes proches, mais personne ne me croyait.
Puis, je me suis cru le Messie, l’envoyé de Dieu, avec une mission de faire le bien, de combattre le mal : ma dérive continua ainsi à travers la ville, me mêlant à chaque situation hostile sur la voie publique.
A cette période, j’avais développé une hyperacousie et une hypersensibilité cutanée ; ma pensée était confuse et comme accélérée ; je ne maîtrisais plus rien, jusqu’au jour où j’ai été interpellé par la police et qu’on m’a conduit en clinique psychiatrique…