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Par féodalité (le terme apparaît en français en 1515), les historiens entendent les rapports personnels, réglés juridiquement, entre un seigneur et son vassal, ainsi que leurs répercussions sur les structures politiques, militaires et économiques que l'on rencontre dans l'Europe du Moyen Age (Société féodale). Souvent pris comme synonyme, le féodalisme a un sens plus large: la terminologie scientifique en a fait une catégorie universelle. Dans la vision médiévale, le fief (lat. beneficium, all. lêhen) est au cœur non seulement de la vassalité (qui concerne la noblesse), mais aussi des rapports de dépendance envers un seigneur foncier ou envers une ville; en revanche, les spécialistes distinguent aujourd'hui entre le fief noble et la tenure bourgeoise ou paysanne. Le mot latin feudum, issu du germanique fihu (bétail), prit à l'époque carolingienne le sens restreint de terre remise en fief.
L'inféodation était un acte juridique formel qui comprenait l'hommage par lequel le vassal promettait solennellement service et obéissance, le serment de fidélité accompagné, dans les territoires de la maison de Savoie, comme en France, de l'échange du baiser, enfin l'investiture ou remise du fief. Quand le lien était brisé par la mort, soit du seigneur, soit du vassal, les héritiers renouvelaient l'inféodation. Les obligations du vassal étaient le service militaire (en campagne ou dans son château fort) et le conseil (convocation à la cour); le seigneur devait garantir la possession du fief et offrir son assistance. Le manquement à la fidélité, la félonie, entraînait la confiscation du fief. Au début, seule la haute noblesse pouvait détenir des fiefs; au Moyen Age classique, des ministériaux et des bourgeois en furent aussi pourvus. En Allemagne, les théoriciens médiévaux du droit féodal (Miroir de Souabe, Sachsenspiegel) élaborèrent une hiérarchie des liens vassaliques qui comprenait sept degrés ou "enseignes" (Heerschild). Au bas Moyen Age, se répandit le fief de bourse ou fief rente, qui consistait en une somme d'argent remise annuellement par le suzerain à son vassal.
La "féodalité" franque (ou plutôt la vassalité), qui, déjà aux VIe et VIIe s., combinait les éléments personnel et matériel, a une double origine: d'une part, la protection accordée par le roi à des hommes libres qui s'étaient mis à son service, aliénant ainsi leur liberté, comme le montrent plusieurs indices, tels les termes de vassus ou vassalus, dérivant du gallo-romain gwas (valet), le fait que lors de l'hommage le vassal place ses mains jointes dans celle du seigneur (dation des mains) ou l'insistance mise sur le devoir d'obéissance; d'autre part, la coutume germanique qui insistait sur la fidélité mutuelle entre un homme et son chef et contribua à valoriser socialement la vassalité au VIIIe s.
A côté des liens personnels, l'élément matériel du fief (le bénéfice) joua très tôt un rôle important. Il tire son origine, sous les Mérovingiens, de l'attribution à des vassaux de biens fonciers appartenant au seigneur, en contrepartie de service militaire. Sous Charlemagne, une réforme de l'armée prescrivit l'obligation de servir, non plus à tous les hommes libres, mais aux seuls vassaux, ce qui renforça leur rôle; le chevalier devint le guerrier par excellence (Chevalerie). Notons cependant que les vassaux de la couronne et ceux de seigneurs ecclésiastiques ou laïques ne constituaient pas un groupe homogène. En même temps se produisit une féodalisation des charges publiques: les détenteurs d'offices royaux, tels les comtes et les margraves, furent considérés comme des vassaux de la couronne, leurs offices et les terres afférentes de plus en plus comme des fiefs. A ce moment déjà, les fiefs commencèrent à devenir héréditaires (Droit successoral), les règles valables pour les alleux tendant à s'appliquer par analogie. Cette évolution, jointe au fait que certains vassaux se mirent à tenir des fiefs de plusieurs seigneurs, fit perdre à la vassalité son caractère originel de lien personnel. Au lieu que le fief vienne récompenser un service, le service fut rendu en raison du fief. La féodalité permit aussi d'inclure l'Eglise dans l'édifice étatique, évêques et abbés étant investis en tant que vassaux.
Auteur(e): Franziska Hälg-Steffen / PM
Après l'effondrement de l'empire franc, la féodalité évolua différemment selon les pays. Dans le Saint Empire, une volonté politique imposa de nouveau, dans la première moitié du XIIe s., le droit féodal dans l'attribution de charges publiques et ecclésiastiques. Selon le concordat de Worms de 1122, qui mettait fin à la querelle des Investitures et éliminait le système ottonien d'Eglise liée à l'Empire, les princes ecclésiastiques n'étaient dès lors vassaux de la couronne que pour leurs seuls pouvoirs temporels et non plus spirituels, mais cela eut pour effet de les intégrer au système féodal. En Souabe, l'absence d'un pouvoir ducal fort dès le XIe s. entraîna une féodalisation croissante. D'une manière générale, le groupe des princes d'Empire laïques se forma avant 1200; les ducs, autrefois détenteurs d'une fonction, devinrent des princes territoriaux et des vassaux directs de l'empereur. Mais, contrairement aux rois de France et d'Angleterre, les Hohenstaufen ne réussirent pas à édifier un Etat féodal achevé; minée par leurs querelles avec la maison des Guelfes, la puissance impériale s'effondra.
Il en résulta au bas Moyen Age une situation favorable au développement de seigneuries territoriales, avec leur féodalité distincte de celle de l'Empire. La vassalité à ce niveau est l'expression d'une politique menée par un suzerain en vue de renforcer son pouvoir et d'arrondir son territoire en se fondant sur les liens féodaux. A cet égard, un important instrument était le "fief de reprise" (feudum oblatum), propriété allodiale cédée à un puissant pour des raisons politiques ou économiques et reprise en fief. Les liens ainsi créés allaient dans le sens d'une soumission à l'Etat en voie de formation. A l'orée du bas Moyen Age, le sentiment d'appartenance à une entité territoriale se mit à primer, pour les vassaux, sur les liens personnels avec le seigneur. Quant aux détenteurs de la suzeraineté, ils s'efforcèrent d'éliminer sur leur territoire les droits d'autres seigneurs. La féodalité changea donc de caractère vers 1300; elle vit diminuer ses fonctions administratives et judiciaires (réorganisées selon des formes nouvelles) et même son importance militaire, mais sans perdre complètement, comme les historiens le pensaient autrefois, son rôle dans la gestion du pouvoir. Les clauses de préemption souvent mentionnées dans les sources, le maintien par le seigneur de son droit de retrait (droit de rachat), le fait qu'on ait continué de réinféoder les fiefs vacants et la création de fiefs rentes montrent clairement que les suzerains considéraient encore, aux XIVe et XVe s., la féodalité comme utile. Elle ne devint un obstacle qu'au XVIIe s., quand l'absolutisme voulut unifier le statut des sujets.
Auteur(e): Franziska Hälg-Steffen / PM
En Suisse, la féodalité prit bien moins d'ampleur qu'en France ou qu'en Allemagne. La prétendue soumission de nombreux nobles envers les comtes de Kibourg telle que présentée dans l'historiographie traditionnelle est aujourd'hui sérieusement contestée; de fait, on n'en sait presque rien. Le rôle de la féodalité dans l'édification de la seigneurie territoriale des Habsbourg dans leurs domaines de l'Autriche antérieure est lui aussi diversement apprécié. Au XIIIe s., les Habsbourg augmentèrent notablement le nombre de leurs vassaux, surtout au nord-ouest de la Suisse. Il ressort de documents comme le Habsburgisches Urbar (qui contient des révocations) qu'au début du XIVe s., ils n'étaient plus en mesure de connaître et de défendre l'ensemble de leurs droits. En l'état actuel des recherches, qui diffère beaucoup selon les régions, on peut cependant supposer qu'il y eut au moins des tentatives pour renforcer la seigneurie territoriale autrichienne en intensifiant les liens féodaux; ce fut le cas dans certains endroits, par exemple autour de Rothenburg-Wolhusen. Mais ces essais ne furent pas poursuivis. La liste de fiefs dressée lors d'une diète tenue en 1361 sur l'ordre du duc d'Autriche Rodolphe IV montre déjà clairement une évolution défavorable de la féodalité en Autriche antérieure. Les feudataires énumérés sont pour la plupart des bourgeois et des paysans aisés; les nobles sont en minorité. Les fiefs sont très morcelés; vu l'éloignement de la cour, ils sont administrés de manière trop négligente pour pouvoir servir de base efficace à la construction d'une seigneurie territoriale. Passés aux mains d'une couche sociale inférieure en mal de clientèle, ils ne sont qu'un investissement pour des feudataires s'intéressant aux revenus qu'ils en tirent plutôt qu'à leurs droits et devoirs envers le pouvoir autrichien.
La Suisse romande fut davantage marquée par la féodalité que la Suisse alémanique. A l'extinction des ducs de Zähringen, la propriété allodiale commença certes par progresser. Mais la noblesse locale ne put pas maintenir longtemps son immédiateté impériale. Après 1240, les nobles vaudois, tels les comtes et sires de Gruyère, de Cossonay, de Bioley, d'Estavayer, de Grandson, de Montagny, tout comme les évêques de Lausanne et Genève, firent allégeance aux Savoie, cédant une partie de leurs alleux. Pierre II essaya au XIIIe s., sans y réussir toujours, de remplacer les liens féodaux par le système administratif des châtellenies et d'intégrer ainsi les seigneuries locales à la seigneurie territoriale savoyarde. Au début du XVe s., Jean Balay, commissaire d'extentes pour le Pays de Vaud dressa une liste des fiefs concédés par les comtes de Savoie (Grosse de la rénovation des fiefs nobles du Pays de Vaud). Ainsi, tandis qu'en Suisse alémanique l'hérédité des fiefs était déjà largement admise au XIVe s., leur confiscation était encore possible dans les terres des Savoie. La féodalité avait son tribunal et se caractérisait en outre par l'hommage lige; celui-ci, dont dépendait la coutume de l'échange du baiser, crée un lien plus étroit que l'hommage simple. Quant au comté de Neuchâtel, il était depuis 1288 dans la mouvance des comtes de Chalon, dynastie bourguignonne.
Auteur(e): Franziska Hälg-Steffen / PM
Auteur(e): Franziska Hälg-Steffen / PM