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France: une cinquième dévoyée, enfin?
La vie politique que vivent mes voisins français est désormais régie par des périodes quinquennales sanctionnées par deux élections concomitantes, celle d’un PDG du gouvernement, suivie de celle des députés à l’Assemblée nationale. Les quatre derniers présidents élus selon ce rythme ont pu ainsi jouir d’une forte majorité présidentielle, ce qui est très confortable et permet d’éviter de se compromettre avec l’opposition.
Pourtant, ce n’est ni une règle absolue ni une loi naturelle qui empêcherait que s’installe une cohabitation réduisant grandement les pouvoirs effectifs d’un président devenu chef de minorité. Ce fut le cas par trois fois au temps des septennats, et ce ne furent pas les pires moments politiques de ce pays, au contraire.
Cependant, cette fois pourrait être différente, sans majorité absolue. Imaginons un instant un résultat possible et plausible de l’élection de juin 2022: les partis réunis en soutien du président réélu obtiendraient 35-40% des 577 sièges, la droite gaulliste 15-20%, la droite nationaliste-populiste 10-15% et la gauche réunie et pourtant désunie 25-30%. Avec une telle distribution, aucune majorité stable ne pourrait être établie et il faudrait donc que, afin qu’un gouvernement puisse fonctionner, des pactes politiques soient conclus ou des coalitions formées entre chiens et chats, voire entre corbeaux et renards, ou grenouilles et scorpions. Pourtant, aucune de ces chimères n’est disposée à cohabiter avec l’autre sauf pour l’équarrir. Un gouvernement de minorité présidentielle serait aussi possible mais qui, pour chaque objet faisant débat, devrait trouver des équilibres à chaque fois différents. En quelque sorte, ce serait un retour aux va-et-vient d’une 4ème République, sauf en matière de politique étrangère, chasse gardée du président.
Les ministres, arbitrés par le premier d’entre eux, n’auraient plus à obéir à un cabinet élyséen dénué de légitimité, et les députés pourraient ne plus être godillots. Les procédures législatives devraient alors prendre une autre tournure, avec des députés mis en face de leurs responsabilités, car lorsque l’on pactise il n’est plus possible de vivre dans la seule protestation. Il est vraisemblable que le président réélu ne souhaite pas telle configuration qui romprait la verticalité du système, mais ne serait-ce pas à l’avantage du pays que la représentativité (re)devienne ce qu’elle doit être, diverse et constructive?
Nous attendons de voir…
Michel de Rougemont
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