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Alors que la croissance s’approche de ses points bas et que les risques s'atténuent, les devises émergentes bénéficient de valorisations attrayantes.
A la mi-octobre, l'équipe Dette Emergente de Neuberger Berman s’est réunie à Washington dans la foulée des réunions annuelles du Conseil des gouverneurs de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International.
Un sentiment de prudence, et non d’anxiété, est ressorti de ces dernières séances de la Banque mondiale et du FMI. Les chaînes de production et les plans d'investissement se sont adaptés afin de se préparer à l'impact du ralentissement de la croissance mondiale et des tensions commerciales. Cette dynamique s'est reflétée dans les prévisions de croissance du FMI, qui prévoyaient des révisions à la baisse généralisées pour 2019, mais un potentiel de hausse modeste pour l'an prochain.
Selon nos propres prévisions, fondées sur une agrégation pondérée par les PIB des perspectives détaillées de 80 pays, la croissance des marchés émergents hors Chine devrait passer de 2,8% à 3,2% l'an prochain. Nous prévoyons des améliorations dans plusieurs pays toutes régions confondues, y compris sur les pays Frontier et les économies plus avancées.
Parmi les grandes économies, nous pensons que la croissance passera de 0,9% à 2,0% au Brésil, de 0,5% à 1,3% au Mexique, de 1,4% à 1,9% en Russie, de -0,1% à 2,1% en Turquie, de 0,7% à 1,3% en Afrique du Sud, et de 6,5% à 6,6% en Inde. Les pays d'Europe centrale et orientale devraient voir leur croissance décliner par rapport aux niveaux actuels relativement élevés, en raison des effets différés du ralentissement économique en Allemagne, mais même ici, la forte consommation locale a rendu ces économies remarquablement résistantes.
Parallèlement à l'amélioration des perspectives par pays, nous constatons un certain creux dans les facteurs qui ont récemment contribué au ralentissement de la croissance mondiale, comme les effets différés du resserrement de la politique monétaire aux États-Unis et en Chine, et la diminution des stocks accumulés autour des fortes attentes de croissance qui ne se sont pas réalisées.
En octobre, il était encourageant de voir le nombre de nouvelles commandes augmenter et les stocks de produits finis diminuer dans l'indice JPMorgan Global Manufacturing Purchasing Managers' Index (PMI). Les avancées vers une résolution du conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine devraient également améliorer les perspectives et la confiance des marchés.
Les banques centrales font leur part pour améliorer l’environnement économique. La politique monétaire mondiale est aujourd’hui plus accommodante que jamais depuis la crise financière. En février de cette année, nous nous attendions à neuf mois de hausses et à aucune réduction de taux de la part des 37 banques centrales à travers le monde. Aujourd'hui, une quinzaine d'entre elles pourrait baisser leurs taux et presque aucune ne devrait les augmenter.
Compte tenu des tendances passées, cet assouplissement des conditions financières devrait bientôt commencer à se manifester dans les données macroéconomiques - nous le constatons sûrement déjà dans les estimations du PIB en Europe et dans le PMI manufacturier mondial qui ont dépassé les attentes au troisième trimestre. En Asie, qui a connu en premier le ralentissement économique et qui devrait par conséquent mener la reprise, la production industrielle s'est améliorée en septembre notamment en Chine, en Corée et au Japon, tandis que les PMI d'octobre laissent entrevoir un quatrième trimestre plus solide.
Une légère reprise de la croissance mondiale renforcerait les arguments en faveur de la dette en devise locale par rapport à la dette en devise forte sur les marchés émergents.
Même si nous continuons de penser que les spreads en devise forte vont poursuivre leur resserrement, en particulier sur les segments les plus rémunérateurs, leur duration de sept ans entraîne habituellement une sous-performance par rapport aux obligations en devise locale lorsque la croissance et les rendements sont à la hausse. Cela dit, les marchés obligataires locaux sont quelque peu surchargés et les rendements y sont à des niveaux historiquement bas, ce qui complique la situation pour ce qui est de la duration en monnaie locale. Nous privilégions donc l'exposition aux devises émergentes (et à la duration uniquement dans les pays offrant les plus forts rendements)
A l'exception d'une brève reprise en 2017, les devises émergentes sont délaissées depuis 2013. Le positionnement des investisseurs sur les devises émergentes est faible par rapport aux autres classes d'actifs. Les modèles fondamentaux de taux de change, qui tiennent compte de paramètres tels que la balance courante et les conditions du commerce international, montrent que la majorité se négocie aujourd’hui à bas prix. L'amélioration des fondamentaux des pays émergents, avec par exemple les réformes au Brésil ou les politiques budgétaires et monétaires restrictives en Russie, ont également contribué à améliorer les valorisations.
L'évolution récente ne signifie pas que la croissance va nécessairement s'améliorer. Entre autres choses, nous surveillons de près si la consommation aux Etats-Unis peut éviter au pays d’entrer en récession, et de nouvelles tensions inattendues dans la guerre commerciale ne feraient qu'affaiblir davantage le sentiment des entreprises au niveau international.
Toutefois, avec le léger rebond de la croissance dans le cadre de notre scénario central, nous adoptons maintenant une position plus positive à l'égard des devises émergentes, parallèlement à notre surpondération actuelle dans le crédit des marchés émergents.