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Toutes les civilisations du monde, à toutes les époques, ont utilisé les pierres à des fins magiques, rituelles ou médicales.
La civilisation egyptienne, sumérienne, de la Chine antique, de la vallée de l'Indus, mycénienne, amérindiennes, utilisent la pierre pour élever des temples, sculptent dans la pierre des bas-reliefs, des statues monumentales qui métérialisent les dieux qu'elles se sont créées, des statuettes. La pierre est un support à la spiritualité. Tout est référence au divin et appartient au monde de la magie. La symbolique s'organise et se codifie dans tous les domaines de la vie sociale et religieuse.
Les géométries sacrées s'imposent : on construit des pyramides en Egypte, en Amérique du Sud, en Chine. On établit des liens cosmologiques (par exemple : dans la grande pyramide de Chéops, le canal qui débouche dans la chambre de la reine est orientée sur l'étoile de Sirius).
Le symbolisme des pierres se structure. On porte des bijoux d'or orné de pierres. En Egypte, grâce aux nombreux échanges commerciaux avec les pays voisins, les variétés de pierres utilisées sont nombreuses. Leurs couleurs et leurs emplacements sur le corps deviennent plus signifiants plus précis.
En Chine, la pierre majeure est le jade, la pierre de la vertu. Mais on lui attribuait bien d'autres qualités : prudence, intelligence, réserve, sincérité, respect.... Une cigale de jade était placée dans la bouche des défunts pour qu'ils connaissent la vie éternelle et la résurrection.
Dans les civilisations précolombiennes on utilise aussi le jade pour fabriquer des armes, des bijoux, des statuettes, des objets de culte. Mais, c'est la très rare et très belle "Emeraude" qui est la pierre des dieux.
Dès ces époques, les pierres ne sont plus seulement des objets utilitaires, armes ou outils ou parures destinées à mettre en valeur la beauté ou le rang social. Leurs énergies on été pressenties, on commence à les codifier, à essayer d'utiliser leurs propriétés.
Dès le début du premier millénaire un premier auteur recense les croyances populaires et les bienfaits des pierres dans son Traité d'histoire naturelle. Pline l'Ancien (photo) né en 23 à Côme, mort en 79 à Stabies est bien le premier auteur connu d'un dictionnaire de la lithothérapie.
A cette époque, moins de quatre cents pierres étaient recensées et les confusions étaient nombreuses entre des pierres semblables en apparence (sodalite, lapis-lazuli et dumortiérite par exemple) et que des erreurs d'interprétation ont pu être commises dans les traductions des textes qui nous sont parvenus.
Les mille premières années de notre ère, et notamment le Moyen Age, sont riches en symbolique des pierres. Les alchimistes cherchent la pierre philosophale en combinant les composés de plomb (anglésite, cérusite, galène, célestite,...) avec le soufre, l'émeraude, les composés de mercure (cinabre), et l'antimoine (stibine).
La Chine enrichit ses connaissances sur les propriétés du jade en médecine, produit de fabuleux objets rituels et symboliques. L'Inde codifie les propriétés des gemmes dans le Ratnaparîksâ et initie les jeunes brahmanes au symbolisme minéral.
Le Japon fait parler les pierres volcaniques et, dans la philosophie Zen, on voit dans les rochers un puissant stimulateur dans l'association complexe des idées.
Les Chamanes d'Océanie, d'Amérique du Sud et du Nord, d'Afrique, d'Australie, des tribus nomades dispersées dans le monde, ont intégré les pierres comme objets de relation entre l'homme et le divin.
La littérature occidentale parle abondamment des propriétés thérapeutiques et religieuses des pierres. La bible n'est pas avare de références à la pierre. Il est même probable que les alchimistes se sont imprégnés des textes bibliques pour développer leurs recherches.
L'objet le plus célèbre de la Bible pour sa richesse en pierres symboliques est le pectoral du Grand Prêtre Aaron, frère de Moïse. Comme pour tous les sujets dans lesquels le merveilleux se mêle au mystère, la littérature fantaisiste est abondante. L'hypothèse la plus crédible serait que cet accessoire sacré composé de trois colonnes de quatre rangées de pierres taillées en carré fixées par un sertissage souple, permettrait peut-être d'en modifier l'ordonnancement.
Les douze pierres sont gravées d'une lettre en hébreu symbolisant chacune des tribus d'Israël. Malgré les difficultés d'interprétation des noms de ces pierres, modifiées par tant de possibles erreurs de transcription au cours des siècles, il semblerait que P. Perrot (ingénieur géologue passionné des cultures porteuses d'une symbolique forte, habitué des temples) ait réussi à les identifier correctement en établissant d'intéressantes correspondances avec des solides arguments :
- rubis ou cornaline - Topaze ou ambre - Emeraude ou péridot -
- grenat ou tourmaline - Saphir ou lapis-lazuli - cristal de roche ou diamant -
- Zircon (hyacinthe) ou spinelle - Opale ou pierre de lune - améthyste -
- Turquoise ou béryl - Sardoine ou agate - Malachite ou jaspe.
Son analyse des géométries sacrées, des textes blibliques, des mentions "Urim" (lumière) et "Thummim" (sagesse) l'a conduit à déduire que le pectoral du Grand Prêtre était un outil de jugement, de discernement, de sagesse et de divination, dont Aaron se servait pour entrer en communication avec les forces divines et bénéficier de leurs conseils de sagesse en l'éclairant de leur lumière.
Durant le premier millénaire, d'autres auteurs moins célèbres ont mentionné les propriétés des pierres comme : le Grec Damigeron (1er siècle), Isidore de Séville (560-636) auteur célèbre au moyen âge, à qui l'on doit les Etymologiae vel Origines.....
Ensuite, un des personnages clés, fut, dès le premier siècle, Hildegarde von Bingen (1098), bénédictine allemande, appelée à tort Sainte Hildegarde car elle fut jamais canonisée. Mystique visionnaire, elle notait ses abondantes visions sur des tablettes de cire. La rumeur populaire lui a prêté de nombreuses oeuvres. Mais un doute plane sur l'origine de ses écrits. Des études récentes tendraient à démontrer que les manuscrits de référence seraient apocryphes et auraient été attribués à Hildegarde au XVIIème siècle, soit cinq siècles après sa mort, qu'ils se seraient largement inspirés des textes d'Albert von Bolstadt, dit Albert le Grand, né en 1193 à Cologne, dont les théories alchimiques furent célébrissimes. Si on patauge en pleine confusion, on a tout de même une certitude : les faits clairement établis sur la vie d'Hildegarde von Bingen démontrent chez elle une conscience cosmique exceptionnelle.
Comme dans toutes les rumeurs et légendes populaires, un fond de vérité doit être pris en compte.
Pour la période du Moyen-Age il y eut Marbode de Rennes (1035-1123), le plus célèbre des lapidaires médiévaux, auteur en 1096 du De Labidibus, ouvrage de référence, à l'époque, sur les minéraux. A ce titre, on peut le considérer comme le précurseur de la minéralogie moderne.
Pour commencer à idenfifier et classifier les minéraux de façon méthodique, il faudra attendre le XVIII ème siècle.
Le premier minéralogiste scientifique au monde est l'abbé René Just Haüy (1743-1822). Passionné de botanique, il s'intéresse progressivement aux minéraux en constatant que, contrairement aux plantes, le même minéral peut se présenter sous des formes différentes, aiguilles, prismes, cubes ou autres formes. C'est alors qu'il cherche par l'observation, à comprendre l'architecture et la structure interne des cristaux. (On peut encore voir ses collections minéralogiques et ses travaux, manuscrits et modèles, exposés avec les collections des rois de France au Pavillon de Minéralogie du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.)
René Just Haüy, va faire une découverte, publiée en 1781 sur la structure cristalline des grenats, qui va révolutionner l'identification des minéraux.
Il se rend compte que malgré l'extraordinaire foisonnement des formes et des couleurs des cristaux, il n'existe dans la nature que sept systèmes cristallins, tributaires non pas de la forme extérieure qu'ils revêtent, mais des axes de symétrie que la forme extérieure laisse supposer. Sa découverte sera confirmée par la suite, grâce aux progrès des sciences physiques, lorsque l'on aura découvert les particules élémentaires qui composent la matière. En effet, le système cristallin auquel un minéral appartient est tributaire de sa structure moléculaire. L'abbé ne pouvait pas le savoir à cette époque.
Infatigable chercheur, il fit aussi de nombreuses découvertes sur les propriétés magnétiques des minéraux, notamment sur la magnénite, sur leurs compositions chimiques, leurs propriétés physiques et électriques.
A cette époque, les pierres sont encore largement utilisées en médecine traditionnelle, surtout sous forme de poudres et d'elixirs. Il suffit, pour s'en convaincre de voir ce meuble monumental stocké dans les sous-sols du Pavillon de Minéralogie : l'armoire à pharmacie du médecin personnel du roi Louis XIV.
Une nouvelle ère vient de s'ouvrir pour la compréhension du monde, grâce aux travaux de l'abbé Haüy. Dès ce moment, ce sont désormais les connaissances scientifiques et le discours technique qui prennent le dessus lorsque l'on parle des pierres, de gemmes, de cristaux et de minéraux, chassant pêle-mêle les traditions populaires, renvoyant aux oubliettes les savoirs traditionnels, niant leur efficacité, balayant d'un revers de manche toute thèse qui ne serait pas dans la ligne du parti de la science.
Mais la symbolique de la pierre est restée intacte, même lorsqu'elle a été enfouie, voire enterrée sous le poids des pesanteurs scientifiques. Nombre de gens ont continué discrètement à se soigner avec les pierres que l'on trouvait encore jusqu'au milieu du XXème siècle dans certaines herboristeries et pharmacies homéopathiques. On doit cependant reconnaitre que la pratique était devenue extrêmement rare.
Ce n'est que vers la fin extrême du second millénaire que l'on assiste à un regain d'intérêt pour la symbolique des pierres et leurs propriétés, sous l'impulsion de certains mouvements comme ne New Age en Californie.
Aujourd'hui, c'est l'envolée extraordinaire de la pierre dans le bijou qui est à remarquer. Jamais à une autre époque de l'histoire mondiale, on a vu autant de pierres montées en bijoux. Il est certain que le regain d'intérêt pour les pierres est un phénomène plus profond dans l'inconscient collectif. Au fur et à mesure des avancées spectaculaires et souvent utiles de la science, les savoirs traditionnels on été oubliés. Mais les énergies sont toujours là, même lorsque l'on n'y pense pas. Si nos contemporains portent de plus en plus de pierres, c'est qu'ils éprouvent le besoin, conscient ou pas, de bénéficier de leurs énergies bienfaisantes.