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Ignazio Cassis: La guerre en Ukraine "a accéléré le changement d'époque"
"Depuis quelque temps, on sentait qu'une époque de prétendue stabilité touchait à sa fin", a déclaré Ignazio Cassis selon la version écrite de son discours devant les Suisses de l'étranger réunis en congrès à Lugano.
"La guerre d'agression brutale menée par une puissance disposant du droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU contre un pays souverain en Europe a accéléré ce changement d'époque", a estimé chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en faisant allusion à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. "Nous vivons aujourd'hui dans un monde nouveau".
La Chine et son modèle alternatif propagé
Non seulement le droit international n'est pas respecté, mais il est parfois bafoué, a relevé le président de la Confédération. Les puissances émergentes se détournent de l'Occident et propagent des modèles alternatifs de société et de développement. "Je pense bien sûr avant tout à la Chine", a précisé le Tessinois. Le pays connaît un développement économique sans précédent, mais qui ne repose ni sur la démocratie ni sur une économie de marché libérale.
La mondialisation est actuellement globalement en recul et l'économie mondiale souffre, a encore déploré Ignazio Cassis. La montagne de dettes a atteint des "hauteurs vertigineuses", l'inflation réduit à néant les progrès du développement et l'explosion des prix des denrées alimentaires et de l'énergie renforce les difficultés de nombreuses personnes.
Crise de confiance des démocraties libérales
Le conseiller fédéral a également souligné que "des solutions multilatérales aux grands défis mondiaux sont aujourd'hui plus importantes que jamais". De nombreuses organisations internationales ont cependant des difficultés, car elles ont été créées à une autre époque.
En Europe également les démocraties libérales sont confrontées à une crise de confiance. Depuis la crise financière de 2008, les courants populistes se sont renforcés et ont bouleversé le paysage des partis nationaux. La démocratie et le progrès libéral sont donc loin d'être garantis, a rappelé le libéral-radical.
Une menace qui vient aussi de l'intérieur
Et aujourd'hui, a-t-il ajouté, les démocraties ne sont pas seulement menacées de l'extérieur mais aussi de l'intérieur. "Des forces 'illibérales' se montrent parfois prêtes à saper les institutions démocratiques auxquelles elles doivent leur mandat et, si nécessaire, à les faire tomber".
Ignazio Cassis reste tout de même confiant et se dit convaincu que les démocraties libérales ont encore quelques atouts dans leur manche dans la concurrence entre les systèmes. Certes, elles produisent régulièrement des erreurs, concède-t-il, mais elles peuvent aussi être très performantes, comme elles l'ont montré à maintes reprises.
Pour lui, le système libéral "dispose de mécanismes de correction qui permettent de corriger les développements erronés". Et d'ajouter que l'une des plus grandes forces des démocraties libérales est le dialogue critique avec les citoyens.
La lutte programmée face aux autocraties
Les prochaines années seront marquées par la lutte entre les démocraties et les autocraties, a encore analysé le chef du DFAE. Et le Conseil fédéral devra en tenir compte dans sa prochaine stratégie de politique extérieure pour les années 2024 à 2027, qui sera adoptée l'année prochaine.
"Pour pouvoir maîtriser nos grands problèmes mondiaux, tous les Etats doivent travailler ensemble. Pour cela, il faut un minimum de confiance et des bâtisseurs de ponts comme la Suisse", a-t-il lancé.
ats/oang
Le regard "extérieur" des Suisses de l'étranger
Pour Ignazio Cassis, qui s'adressait à eux à l'occasion de leur congrès à Lugano, les Suisses de l'étranger jouent un rôle important dans le renforcement de la démocratie.
Grâce à leur regard extérieur et à l'expérience de leurs pays d'accueil, ils peuvent souvent apporter de nouvelles connaissances importantes.