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En ce début de XVIIIe siècle, Venise n'est plus que le fantôme de la cité puissante et prestigieuse qu'elle fut dans les siècles précédents. La grande respiration de l'histoire s'exprime ailleurs. Mais pourtant Venise est la ville la plus grouillante d'Europe. Un phénomène nouveau est apparu qu'on appelle le Grand Tour. Au sortir de l'adolescence, comme couronnement à la formation de l'élite cultivée, l'usage s'est développé de visiter les grandes cités des arts et de la civilisation. Les riches équipages de la jeunesse d'Europe déferlent ainsi du Nord vers l'Italie, avides de distractions autant que d'édification artistique.
Venise est donc déjà une ville musée, une cité factice, un théâtre, une scène joyeuse où le carnaval dure presque toute l'année. Dans ce monde de représentation, de mise en scène, de mascarade, les peintres de paysages, les vedutistes, proposent aux visiteurs en quête de souvenirs, d'autres représentations, d'autres visions aménagées, idéalisées, d'une ville sublimée dans la volupté plastique, de l'harmonie de la lumière et de l'espace.
Flottant avec légèreté entre l'azur du ciel et l'émeraude du bassin de San Marco, la mosaïque de lumière sur les murs de Venise flatte et séduit votre regard. Fixée sur la toile pour émigrer vers l'Angleterre ou l'Allemagne elle voyage maintenant sur l'internet, une autre "toile" !
Le Grand Tour emprunte les nouvelles voies de la communication et Venise y voisine avec Abydos, Bagaya, Houston, ...