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Pour la quatrième fois dans son histoire, notre pays a donc décroché lundi, grâce à la Franco-Américaine Esther Duflo, mais aussi à son conjoint le chercheur indien Abhijit Banerjee et le professeur américain Michael Kremer, le très prestigieux prix Nobel d’économie. Un prix qui vient récompenser non seulement leurs travaux qui, aux dires du jury, « ont introduit une nouvelle approche pour obtenir des réponses fiables sur la meilleure façon de réduire la pauvreté dans le monde », mais aussi la carrière fulgurante de cette « icône » de la « nouvelle » gauche, qui a été choisie par Barack Obama pour l’épauler à la Maison-Blanche sur les questions de développement mondial.
Des maîtres à penser politiquement très engagés
Née en 1972 à Paris, d’un père mathématicien et d’une mère pédiatre très engagée dans l’action humanitaire, la plus jeune lauréate du Nobel (46 ans) a très tôt travaillé comme bénévole au sein de plusieurs ONG. Reçue quatrième au concours d’entrée de Normale Sup en 1992, elle y a obtenu en 1994 une maîtrise d’histoire et d’économie grâce à un mémoire portant sur le premier plan quinquennal de l’URSS. Encouragée alors par le très contesté économiste socialiste et pro-immigration Thomas Piketty, elle se tourne vers l’économie appliquée, et décroche un DEA d’économie à l’EHESS en 1995, puis en 1996 l’agrégation de sciences économiques et sociales, tout en étant l’assistante de recherche du célèbre Jeffrey Sachs, dont la fameuse « thérapie de choc », censée sortir de la pauvreté la Bolivie, la Pologne et la Russie à la fin des années 1980, a eu des conséquences désastreuses pour la population de ces pays… Après avoir soutenu en 1999 sa thèse de doctorat, consacrée à l’évaluation économique des projets de développement, au sein du prestigieux MIT, elle devient professeur en 2002, d’abord à l’université de Princeton, puis au MIT en 2004. Des travaux qui lui vaudront d’être saluée par The New Yorkercomme l’« intellectuelle française de centre gauche qui croit en la redistribution », et, en 2013, d’être choisie par Obama pour l’épauler sur les questions de développement mondial. Avec les résultats que l’on sait…
Des travaux contestés
Co-fondatrice en 2003 du laboratoire de recherche « Poverty Action Lab » (ou J-PAL pour « Jameel Poverty Action Lab »), ses études destinées à lutter contre la pauvreté sont basés sur les recherches de terrain, en partenariat avec d’autres ONG. Sa méthode ? Inspirée des « essais randomisés » conduits en médecine ou en biologie, elle consiste, pour vérifier par exemple si un programme de soutien scolaire est efficace, à choisir au hasard 200 classes, dont 100 mettent en place le programme et les 100 autres pas, puis à analyser le résultat. Une méthode d’évaluation applicable à une foule de domaines et qui, selon ses défenseurs, permettrait à l’économie du développement de sortir des approches idéologiques qui opposent les libéraux, convaincus qu’il faut laisser faire le marché, et les interventionnistes, qui défendent l’idée que les politiques internationales et publiques sont la solution. Cependant, si les travaux de Duflo lui ont valu quelque succès, ils suscitent aussi beaucoup de critiques, y compris de la part d’anciens prix Nobel d’économie, qui reprochent notamment à sa méthode de ne pas être suffisamment reproductible. Comme Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement, qui soulignait que les essais aléatoires menés par le J-PAL donnent des résultats qui varient trop selon le lieu et l’époque pour qu’on puisse en déduire une loi générale. •
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