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La journée internationale des migrants du 18 décembre ainsi que les élections municipales de mars 2020 à Genève invitent à se questionner sur le comportement électoral des populations étrangères.
La démocratie moderne repose sur l’idée que le peuple doit pouvoir participer au processus décisionnel par le biais des élections. En votant pour un parti ou par un candidat particulier, les individus autorisent les législateurs et les gouvernements à prendre des décisions en leur nom. Cependant, lorsque de larges portions de la population ne votent pas, la légitimité de la démocratie est mise en péril. D’après la littérature scientifique, l’abstentionnisme s’explique surtout par trois facteurs: soit les gens n’ont pas le droit de vote, soit ils n’ont pas la motivation de participer au processus démocratique, soit personne ne les mobilise pour se rendre aux urnes.
En ce qui concerne la participation électorale des populations étrangères, la question est d’autant plus intéressante à étudier que ces dernières représentent plus de 40% de la population dans le canton et 60% en ville de Genève, la plus grande commune. En outre, à Genève, depuis 2005, les étrangers qui vivent en Suisse depuis au moins huit ans ont le droit de voter aux élections municipales. La chancellerie, le Bureau de l’intégration des étrangers et les communes informent les étrangers par le biais de campagnes ciblées et détaillées en plusieurs langues et encouragent à la participation civique. Le relatif faible taux de participation des étrangers observé jusqu’ici ne peut donc pas s’expliquer par une ignorance qu’auraient ces derniers de leurs droits. La raison la plus plausible d’une moins grande assiduité électorale des populations étrangères est le facteur socio-économique. Les immigrés sont, en moyenne, moins formés, plus jeunes et ont des salaires moins élevés que le reste de la population. Or dans les pays occidentaux, toutes ces variables sont associées à une moindre participation électorale.
Plus le temps passé dans la société d’accueil est long, plus la propension à s’intéresser aux questions politiques tend à augmenter. Le sens du devoir civique peut aussi s’être forgé dans le pays d’origine, en particulier si le régime politique qui y prévalait était démocratique. L’intérêt pour la politique et l’identification à un parti peuvent jouer un rôle dans la motivation électorale. Cependant, les études des politologues ont prouvé que ces facteurs jouent un rôle moins important qu’un autre, à savoir le sentiment d’appartenir à la communauté du pays d’accueil, d’avoir son mot à dire et de compter au sein de celle-ci. Ainsi, ce sont les étrangers qui ont les contacts les plus fréquents avec la population suisse, y compris des liens émotionnels, ainsi que ceux qui sont engagés dans des associations – en particulier de défense des droits humains – et qui ont confiance dans les autorités locales qui sont les plus enclins à voter. La seule intégration économique ne suffit pas. Les témoignages indiquent que de nombreux expatriés travaillant au sein de la Genève internationale ne votent pas car ils ne se sentent pas intégrés socialement et culturellement à Genève. Enfin, les campagnes politiques nationales xénophobes de l’extrême-droite populiste ainsi que la privation du droit de vote au niveau cantonal et fédéral constituent des freins à la participation étrangère aux élections muncipales.
Wahba Ghaly est conseiller municipal, Vernier, PS.
Emmanuel Deonna est député, Grand Conseil genevois, PS.