Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07052.jsonl.gz/420

En 2016, tandis que la plupart des étudiants diplômés en ingénierie à l'institut indien de technologie de Delhi (ITT Delhi) angoissaient à l’idée de passer les entretiens professionnels de fin de cursus, Kushagra Srivastava, 24 ans, ne se laissait pas surmener. En tant que PDG, il envisageait déjà d'agrandir sa start-up, créée en juin la même année.
Après avoir récolté de l'argent auprès d'anciens élèves, de leurs familles et de leurs amis, Kushagra Srivastava et ses collègues étudiants en génie textile ont voulu construire une machine — plus précisément un filtre — qui retient les particules fines émisses par les groupes électrogènes diesel, assurant un air pur. Les émissions polluantes ainsi extraites sont ensuite transformées en encre pour les imprimantes ou en peinture.
L’appareil, Chakr Shield, est le système de contrôle des émissions des générateurs diesel pilier de l’entreprise Chakr Innovations (CI), fondée il y a trois ans par Kushagra Srivastava et ses collègues, Arpit Dhupar, ingénieur mécanicien de deux ans son aîné de l'IIT Delhi et Prateek Sachan, du département de génie chimique. Ils ont d’ores et déjà installé 70 machines de capture de particules dans un grand nombre d'industries et affirment avoir «purifié environ 50 000 milliards de litres d'air» qui se seraient autrement propagés dans l'atmosphère.
Kushagra Srivastava et Arpit Dhupar affirment avoir été personnellement touchés par la pollution lorsqu'ils étaient étudiants à Delhi. «J'aimais beaucoup le football, mais la mauvaise qualité de l'air affectait souvent mon jeu en extérieur», raconte Arpit Dhupar dans un film promotionnel sur CI. Selon les chiffres compilés et publiés l'an dernier par l'Organisation mondiale de la santé, 14 des 20 villes les plus polluées du monde se trouvent en Inde, avec Delhi en tête de liste.
Le Chakr Shield s'insère dans le pot d'échappement d'un générateur diesel et capte entre 70 % et 90 % des particules émises par le moteur. L'appareil s'inspire des filtres à particules diesel (FAP) disponibles dans le marché et installés dans les voitures en Europe pour retenir les particules fines et toxiques, mais il renverse le concept, selon Kushagra Srivastava.
Un FAP standard est constitué d'un système de tamis qui capte les particules diesel ultrafines émises par le tuyau d'échappement du moteur. L'air provenant de la chaleur du moteur «brûle» ces particules fines et les transforme en dioxyde ou en monoxyde de carbone. «Ainsi, les particules fines dangereuses sont transformées en gaz moins néfastes [émis par le tuyau d'échappement du moteur]», explique-t-il. Un FAP traditionnel ne convertit qu'une forme de carbone en une autre et nécessite plus d'énergie (et donc de carburant) pour évacuer le carbone.
Quant à Chakr Shield, il n’utilise pas de tamis et refroidit le pot d'échappement. Lorsque les petites particules refroidissent rapidement, elles coagulent et se dilatent par phénomène de thermophorèse, devenant ainsi plus faciles à capturer. Ces particules plus grosses sont ensuite aspirées dans un «labyrinthe de formes et de mailles» serpentiforme. Un solvant passe alors par ce chemin tortueux et le liquide qui en résulte peut être transformé en encre. Le moteur, ainsi débarrassé de ces particules, émet alors de l'air relativement propre.
Le PDG de Chakr Innovations prévoit une rentabilité dans deux ans et a déjà effectué deux levées de fonds dont la société ne souhaite pas divulguer le montant. Indépendamment des entreprises avec lesquelles CI est associée, comme Titan, Jyoti Sagar Associates et Mahindra & Mahindra, Kushagra Srivastava voit la production d’encre noire comme son principal pilier d’activité. Il s'attend à ce que son activité prenne une dimension «monstrueuse» grâce à une variété d’utilisations possibles par les imprimeurs et dans l’industrie de l’imprimerie en général.
Avec un marché estimé à 232 millions de tonnes et évalué à environ 54 milliards de roupies indiennes (830 millions de dollars), l'industrie indienne de l'encre a connu une croissance moyenne de plus de 8 % par an au cours des 10 dernières années, selon la revue spécialisée InkWorld Magazine. «Nous approvisionnons Dell [pour les imprimantes de la société informatique] et leur demande est déjà 100 fois supérieure à ce que nous pouvons produire… et ils en veulent aussi pour leur division chinoise,» relate Kushagra Srivastava.
Selon l'agence d'études de marché Prescient & Strategic (P&S), le marché mondial de l’encre d'imprimerie devrait connaître un taux de croissance annuel de 4,7 % d’ici 2023, atteignant près de 24 millions de dollars.
L'idée de fabriquer de l'encre à partir des émissions de diesel n'est pourtant pas exclusive à CI. Graviky, une société basée à Bangalore, extrait également l'encre de FAPs placés dans les moteurs automobiles. Cependant, Kushagra Srivastava, inspiré par Elon Musk, le PDG de Tesla, a déclaré que son entreprise ne s’intéressait pas aux voitures du fait de leur potentielle obsolescence future. «Dans une dizaine d'années, je pense que les véhicules électriques auront pris le relais et qu'il n'y aura plus de marché pour les voitures diesel. Nous souhaitons viser les industries qui ne peuvent pas être électrifiées», explique le PDG de CI, «Nous collaborons par exemple avec ONGC (la principale compagnie pétrolière et gazière en Inde), pour extraire la suie des cheminées industrielles. Il y a aussi les chaudières. Notre société travaille avec d’autres entreprises, nous ne sommes pas orientés vers les particuliers.»
L'entreprise cherche maintenant à améliorer l'efficacité de son produit ainsi qu'à explorer des applications parallèles, comme le charbon actif. Il s’agirait de produits qui utilisent du charbon de bois ou du charbon ayant une plus grande surface spécifique (et donc une plus grande capacité d'absorption des polluants). Pour Kushagra Srivastava, ce charbon peut être utilisé dans les filtres à eau ou dans des applications similaires.
Jacob Koshy The Hindu (Inde)
Kushagra Srivastava et ses collègues étudiants en génie textile ont voulu construire une machine qui retient les particules fines émisses par les groupes électrogènes diesel. Les émissions polluantes sont ensuite transformées en encre pour les imprimantes ou en peinture.
En 2016, tandis que la plupart des étudiants diplômés en ingénierie à l'institut indien de technologie de Delhi (ITT Delhi) angoissaient à l’idée de passer les entretiens professionnels de fin de cursus, Kushagra Srivastava, 24 ans, ne se laissait pas surmener. En tant que PDG, il envisageait déjà d'agrandir sa start-up, créée en juin la même année.