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07/02/2017
Degolio XCIX: la vision de Jean Levau
Dans le dernier épisode de cette geste énigmatique, nous avons laissé Jean Levau, notre héros, alors qu'il venait d'écouter à la radio la version singulière des événements qu'il avait, lui, vécus dans l'enveloppe magique du Génie d'or, au sein de l'avion détourné.
Il éteignit la radio, excédé par la stupidité des experts qui s'y exprimaient, de ces gens diplômés qui en fait ne comprenaient rien et de ces journalistes qui leur faisaient aveuglément confiance tout en prétendant être remplis d'esprit critique et ne jamais céder au principe d'autorité. Si dérisoires étaient leurs illusions, à cet égard!
Dans son propre journal, il l'avait constaté maintes fois, en relisant les articles prétentieux de savants qui visiblement ne savaient pas de quoi ils parlaient. Mais, à la rédaction, quand il émettait des doutes, on lui faisait valoir les titres des savants en question; et quand il répliquait que les titres n'y faisaient rien, on lui affirmait que ce n'était certes pas leurs titres qui garantissaient leur véracité et inspiraient confiance, mais que leur expertise n'en était pas moins fiable, puisqu'ils enseignaient à la Sorbonne.
Jean n'y comprenait rien, et sans doute n'y avait-il rien à comprendre.
Il regarda par la fenêtre. Le soir parisien était clair. Un beau bleu profond, un azur épais, luisant, se dessinait au-dessus des immeubles. Il regarda vers la gauche. La lune brillait, croissant fin, et une étoile était à sa droite.
Soudain, il vit un trait de feu, suivi d'une fumée, traverser le ciel devant lui. Il ouvrit la fenêtre: l'air empestait. Une odeur de soufre était répandue.
Était-ce une attaque? Un avion qui s'écrasait? Le trait de feu repassa dans l'autre sens. Il était plus proche. Jean crut voir, au point le plus avancé du trait, un homme, silhouette noire sur le fond bleu, dans une sorte de robe qui volait derrière lui, lui faisant comme une aile; il tenait un guidon.
Des étincelles naissaient, à son passage, et la même fumée, et l'odeur était plus insupportable que la fois précédente. On n'entendait qu'un léger ronronnement.
Et il se souvint, il revit en vision ce que le Génie d'or et Captain Corsica avaient vu de tout près: Fantômas sur sa machine volante! C'était lui, à n'en pas douter! Il était déjà à Paris, ayant volé par dessus la mer et la terre à toute allure.
Le monstre tourna brusquement la tête vers lui, et deux yeux rouges, du fond de l'obscurité qui régnait sous son capuchon, se fixèrent sur lui. Il fut saisi d'horreur: tant de malice, tant de haine était dans ces rutilants globes!
Mais Fantômas tourna la tête dans l'autre sens, ne semblant pas avoir reconnu l'hôte de son ennemi, quoique, sans doute, son attention fût attirée par lui parce qu'il en avait vu un vague reflet dans son champ aurique: il avait dû sentir, depuis l'œil de Jean Levau, le regard du Génie d'or se braquer sur lui.
Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, et d'attendre le prochain pour savoir si réellement Jean Levau put reprendre sa vie normale, ou, plus exactement, jusqu'à quand il put la mener: car il devait y avoir fatalement un jour où Fantômas ferait surface! Alors il devrait agir comme Génie d'or, laisser s'exprimer en lui son alter ego!