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Moutier
Pour la Confédération, le long combat du Jura pour son autonomie est considéré comme terminé. Après huit votations depuis 1959, la ville de Moutier va quitter Berne et entrer dans le canton du Jura. Lors du scrutin historique du 23 juin 1974, la population était divisée et le résultat a penché en faveur de Berne avec 50,8% des voix. Il s’en est donc fallu de très peu que la ville fasse partie du nouveau canton dès le début, en 1979. Eclate alors le scandale des caisses noires: le canton de Berne a soutenu financièrement les anti-séparatistes. En 1998, le cinquième vote aboutit au maintien dans le canton de Berne par 50,5%, avec 41 voix d’écart! Le scrutin du 28 mars dernier a l’avantage d’être enfin clair, avec ses 9,8% d’écart entre les deux positions (374 voix).
Les mesures pour assurer la sécurité du processus de votation, inédites en Suisse, ont été poussées jusqu’à l’extrême. Jamais, dans le combat jurassien, on n’avait vu durant la campagne un climat aussi feutré, poli, et aussi cadré.
Berne a donc perdu une commune: 7384 habitants, dans un canton de plus d’un million d’habitants (0,71%). Les traumatismes bernois dus aux pertes territoriales sont bien présents: après les trois districts du nouveau canton du Jura en 1979, celui de Laufon s’est rattaché à Bâle-Campagne en 1994, et la commune de Vellerat au Jura en 1996.
La Ligue vaudoise a toujours eu une position favorable à l’indépendance du Jura pour des raisons historiques objectives, mais aussi à cause d’une «dette d’honneur», comme l’écrivait André Manuel, des Vaudois envers l’ancien Evêché de Bâle qui, au Congrès de Vienne, avait été attribué à Berne en compensation de la perte du Pays de Vaud et de la partie occidentale de l’actuel canton d’Argovie.
En 1957, Marcel Regamey, Philibert Muret et André Manuel publiaient une importante étude sous le titre: Consultation donnée au Comité directeur du Rassemblement jurassien sur la création d’un canton du Jura (Delémont, 1957, édition allemande en 1958). Depuis lors, les Pères fondateurs ont toujours eu des sentiments cordiaux pour les auteurs de ce mémoire. Ces sentiments se sont étendus et perpétués au point qu’ils ont subsisté jusqu’aujourd’hui entre le Rassemblement jurassien, maintenant Mouvement autonomiste jurassien, et la Ligue vaudoise.
En 1963, sous l’impulsion de Bertil Galland et la direction de Roland Béguelin, les Cahiers de la Renaissance vaudoise ont publié un impressionnant ensemble de textes, Le Jura des Jurassiens, complété d’une «Anthologie poétique»: d’un coup les Vaudois, et les Suisses, se rendaient compte de l’existence politique du Jura.
La Ligue vaudoise a même eu son «ambassadeur» dans le Jura en la personne d’Ernest Jomini (1921-2016), membre de l’Association suisse des amis du Jura libre dès 1965 et présent régulièrement aux Fêtes du peuple jurassien, dont il donnait volontiers un compte rendu dans ce journal. En 1978, il fut la cheville ouvrière, avec Dominique Freymond, du Comité inter-partis de soutien à la création du canton du Jura. Ce comité fit campagne pour que le souverain suisse accueille dignement le Jura comme nouvel Etat confédéré.
On attend maintenant la mise sur pied du concordat entre les deux cantons, qui doit être approuvé par les deux parlements, puis ratifié par le vote des deux peuples. Si officiellement la question jurassienne est réglée, il subsiste néanmoins dans l’esprit des membres actifs du Mouvement autonomiste jurassien le désir que le Jura historique retrouve son unité.
Pour l’heure, nous souhaitons aux Prévôtois une heureuse intégration dans leur canton de toujours.