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Michaël rentre un jour de l'école et trouve son père affairé dans son bureau :
- Salut papa ! s'écrie-t-il.
- Salut Michaël !, lui répond son père.
Michaël se met à lui raconter son dernier travail écrit. Mais la tête de son papa reste plongée dans ce qu'il est en train de faire; il est occupé, préoccupé par autre chose.
- Hé papa, tu m'écoutes ? lance-t-il à son père.
- Euh, oui, répond le père, je t'entends.
Cet événement, qui peut nous arriver à tous, démontre bien qu'il y a une différence entre "écouter" et "entendre". Savez-vous ce qu'est cette différence ?
· Le sens moderne et courant du verbe "entendre" est "percevoir par le sens de l'ouïe".
· "Écouter", par contre, selon le dictionnaire, signifie "s'appliquer à entendre, prêter son attention à, accueillir avec faveur jusqu'à apporter son adhésion ou sa confiance." Le Petit Larousse va jusqu'à définir ce verbe par "tenir compte de quelqu'un, de ses paroles, de sa volonté, de ses désirs".
Cette dernière définition du verbe "écouter" est très proche de l'association que Jésus fait des mots "écouter" et "faire" dans notre passage (Luc 8, 21). La parabole du semeur, dans notre texte, a pour but principal de nous rendre attentifs à la façon dont nous écoutons : superficiellement, sans enracinement dans la pratique, sans sérieux. Jésus insiste beaucoup sur l'écoute. Pour lui, sa mère et ses frères sont ceux qui écoutent... (v. 21). Son insistance sur cet aspect fondamental de l'existence va même s'appuyer sur une parole choquante (v. 18): "On donnera encore plus à celui qui a et à celui qui n'a rien, on enlèvera même le peu de choses qu'il a !" N'est-ce pas une affirmation qui semble promouvoir le système économique actuel favorisant les riches au détriment des pauvres ? Pourtant, d'habitude, Jésus parle plutôt de partager. Dans l'Évangile, il affirme même que les premiers seront derniers et les derniers premiers.
Nous avons l'impression, ici, que Jésus parle de biens matériels qui seront donnés ou enlevés. Mais s'agit-il vraiment de cela ?
Relisons la première partie de ce verset choquant. Jésus commence en disant: "Faites attention à votre façon d'écouter." Puis, la suite est introduite par deux mots importants qui font une liaison directe entre les deux phrases : en effet. Ce en effet indique que Jésus n'a pas changé de sujet et qu'il parle encore de la même chose qu'avant. Cela signifie que même si, maintenant, Jésus utilise des mots comme avoir, donner ou enlever, il est pour lui toujours question d'écouter. Il n'a pas changé de sujet. Ainsi, Jésus dit qu'il en va d'écouter comme d'avoir. C'est pour cela qu'il y a lieu de faire attention à la façon d'écouter, parce qu'on peut croire avoir, mais qu'en fin de compte, on n'a rien.
Jésus veut aider ses auditeurs à constater comment ils l'écoutent, parce que la manière d'écouter a des conséquences énormes. D'ailleurs, une traduction plus correcte de la fin de ce verset 18 choquant est la suivante : "Mais à celui qui n'a rien, on enlèvera même le peu de choses qu'il pense avoir (FC) ou croit avoir (TOB)." On pourrait ainsi reformuler le verset pour mieux le comprendre : "Celui qui écoute, on lui donnera encore plus. Mais celui qui n'écoute pas, on lui enlèvera même le peu qu'il a entendu."
Il est intéressant de noter que jusqu'au verset 15, Jésus parle d'écouter et d'entendre. Puis, tout à coup, aux versets 16 et 17, il parle de lumière. Et quand il se remet à parler d'écouter, il commence par dire "Regardez comment vous écoutez !". C'est très audiovisuel ! Jésus, en racontant et en expliquant la parabole, cherche à faire la lumière sur la manière dont les auditeurs l'écoutent. La parabole agit comme une lumière, elle dévoile ce qui est secret : à savoir l'écoute qui n'en est pas une.
On peut tirer un rapport entre avoir quelque chose et le quatrième terrain dans lequel une graine en produit 100 (davantage). L'enracinement et la persévérance correspondent à une écoute réelle. Celui qui n'a rien correspond aux trois premiers terrains qui semblent avoir, mais ne produisent rien (on enlèvera).
Si Jésus insiste, c'est pour me montrer qu'il se pourrait que je m'illusionne sur ma façon d'écouter. Il se pourrait que je croie écouter, il se pourrait que je croie être dans le coup, mais qu'il n'en est rien. Ainsi, la mise en garde de Jésus est de taille.
Mais c'est ici qu'il faut faire attention : il ne s'agit pas de faire un effort supplémentaire pour être meilleur, pour écouter plus ou écouter mieux. Il n'est pas question de progrès à faire, mais de changement d'orientation de vie. Il ne s'agit pas de passer d'une écoute de 25 % à une écoute de 100 % où l'on retiendrait tout. Il s'agit de changer notre disposition de cœur. C'est cela qui va entraîner un changement du taux d'écoute.
L'application de l'enseignement de Jésus est la suivante : la personne qui écoute la parole de Dieu comme étant sa richesse va devenir de plus en plus riche. Mais celle qui n'écoute pas cette parole comme étant sa richesse de vie, son fondement de vie, son orientation de vie, cette personne-là se verra enlever le peu qu'elle pense avoir. Cela peut paraître injuste et arbitraire, mais ne pas écouter la parole de Dieu comme son fondement, c'est l'écouter comme quelque chose de facultatif, d'agréable, d'arrangeant, c'est l'écouter comme une chose parmi d'autres, intéressante ou non ! Finalement, c'est l'écouter comme quelque chose dont je dispose, dont je reste maître, dont je reste moi-même dieu.
C'est à cause de cela que Jésus est si absolu et apparemment injuste et choquant. Jésus ne veut pas que je croie en Dieu tout en restant mon propre dieu. Car cela est la pire des illusions. Alors Jésus insiste. Il ne s'agit donc pas de mieux écouter, mais d'écouter la parole de Dieu pour ce qu'elle est, à savoir la chose la plus importante qui soit.
Ainsi, pour reprendre le langage de la parabole elle-même, on pourrait dire qu'il ne s'agit pas de pousser de 10, 30 ou 80 cm, mais de donner du fruit. Il s'agit de donner à la parole de Dieu l'importance maximale dont nous sommes capables. De cette façon, les soucis, les plaisirs de la vie ou les difficultés, tout en restant réels, n'auront pas la première importance.
Le fruit pourra naître. Et ce fruit consiste à être frères et sœurs de Jésus.
Amen !
Michaël rentre un jour de l'école et trouve son père affairé dans son bureau :