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Après le désastre du 26 décembre 1999, l´industrie du bois s´est trouvée du jour au lendemain confrontée à un gros excédent de l´offre. Le prix de cette matière première a rapidement baissé. Mais cet effondrement est aujourd´hui moins grave qu´annoncé.
Dix millions d'arbres cassés, cela fait, en volume, plus de douze millions de mètres cubes de bois. Ce chiffre, d'après les calculs d'experts, correspond à peu près au triple d'une exploitation annuelle normale ou à la quantité de bois que les forêts suisses produisent en quinze mois. C'est dire le problème qui se posait au lendemain de la tempête.
Les forestiers avaient certes déjà fait l'expérience d'un autre ouragan, Vivian, en 1990. Les dégâts qu'il avait causés relevaient aussi de la catastrophe, mais ils étaient bien en dessous de ce que Lothar réservait aux forêts suisses une dizaine d'années plus tard.
A l'époque, les travaux de déblaiement avaient été ardus et coûteux, se souvient Andrea Semadeni, suppléant du Directeur fédéral des forêts. Mais cette fois-ci, poursuit-il, «il était impensable, pour des raisons économiques, de sortir tous les chablis de la forêt. La situation sur le marché du bois tout comme les caisses des pouvoirs publics l'interdisaient.»
Pourtant, de très nombreux arbres endommagés ont pu être évacués, plus qu'on ne le pensait au début, explique Mario Broggi, directeur de l'institut fédéral de recherches. «Leur récolte a été favorisée par l'accès aisé aux forêts du Plateau et par la surprenante capacité d'absorption du marché du bois. Bon nombre de propriétaires ont donc pu, malgré la chute des prix, façonner et vendre de grandes quantités de bois tout en couvrant leurs frais.»
Depuis la tempête, qui est survenue au moment où commençait la coupe saisonnière des arbres, jusqu'au mois d'avril 2000, les prix de bois ronds à scier ont chuté d'environ 30 pour cent. Mais par la suite les prix sont restés plutôt stables.
La demande relativement forte de bois, pour l'intérieur du pays mais aussi et surtout pour l'exportation, a permis d'éviter un effondrement encore plus important du marché. Les spécialistes jugent que les prix ont désormais atteint leur valeur plancher et qu'ils vont remonter, mais ils ne s'attendent pas à une normalisation avant la fin de l'année prochaine.
La conjoncture économique plutôt favorable de l'année 2000 a bien évidemment facilité les choses. Les scieries suisses indigènes ont ainsi acheté trois millions de mètres cubes de bois, c'est-à-dire un tiers de plus que d'habitude. L'industrie du papier et des panneaux a également accru ses achats. Idem pour la demande en bois de feu.
Plus étonnant encore: trois autres millions de mètres cubes ont été vendus hors des frontières, ce qui représente le double des ventes d'une année normale. L'Autriche à elle seule a acheté près de la moitié de ce volume.
Mais toute médaille a son revers, note Andrea Semadeni: comme les capacités dans le secteur de la transformation étaient insuffisantes, il a fallu vendre à l'étranger d'énormes quantités de bois but, sans pouvoir y gagner préalablement une quelconque valeur ajoutée. Ce qui revient à dire que la Suisse ferait bien d'augmenter ses capacités de façonnage du bois, et pas seulement en prévision d'éventuelles catastrophes.
Bernard Weissbrodt