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«On ne sait plus s'il faut être scandalisé ou révolté par ses propos», explique Raphaël Charles, ingénieur agronome au FiBL, l'institut de recherche de l'agriculture biologique. Le responsable de l'antenne romande de l'institut établi à Frick en Argovie semble résigné au bout du fil. «Le président de Syngenta fait un travail de lobby, il parle bien entendu pour ses intérêts, mais ce qu'il dit est tout simplement scandaleux.» Le ton est donné.
Nous proposons à notre interlocuteur de décrypter les points principaux de l'argumentaire d'Erik Fyrlwald, le patron de Syngenta. L'agriculture bio est-elle rentable? Est-elle responsable de la famine sur le continent africain, si oui, devons-nous l'abandonner? Voici de quoi démêler le vrai du faux, selon Raphaël Charles.
Selon Syngenta, le bio a un rendement allant jusqu'à 50% inférieur aux produits classiques, si oui, est-ce que c'est un problème?
Alors oui, il est vrai qu'il y a des différences de rendement entre la production biologique et la production conventionnelle, mais je peux vous dire que parfois les différences s'élèvent à 50% et que, parfois, elles sont même identiques. Les raisons qui expliquent cette différence de rendement, c'est qu'en agriculture conventionnelle, on peut cultiver des espèces qui sont hors de leur milieu naturel.
Dans l'agriculture biologique, nous tentons de respecter le sol et la biodiversité. Nous renonçons à l'utilisation de ces intrants chimiques, cela explique cette différence de rendement.
Mais en utilisant l'agriculture biologique, nous n'aurons pas assez de rendement pour nourrir la population mondiale, Syngenta dit vrai alors?
Si on met l'agriculture bio en concurrence avec le conventionnel, nous perdons au niveau du rendement, c'est vrai. Mais ce n'est pas la question aujourd'hui, car nous devons respecter les milieux naturels et ménager les ressources non renouvelables:
Aujourd'hui, une bonne partie des surfaces cultivables nourrissent principalement les cochons, les volailles et même les bovins qui mangent de l'herbe. Cela ne nourrit pas les humains et c'est ça le problème actuel: nous sommes en concurrence avec les animaux qui nous nourrissent.
On doit donc revoir nos habitudes de consommation et manger moins de viande, c'est ça l'idée?
Oui. Nous vivons sur une planète limitée en matière de ressources et les affirmations de Syngenta sur l'amélioration de la production ne s'attaquent pas aux problèmes de fond. On doit produire mieux en respectant la nature. L'agriculture biologique est une des pistes envisagées. Augmenter la production en ajoutant seulement des intrants ou autres modifications génétiques n'est qu'une solution simpliste à court terme.
Revenons à l'interview du patron de l'entreprise agrochimique. Une des solutions proposées aux problèmes de productions actuelles serait l'édition du génome pour rendre les cultures plus résistantes, est-ce que c'est une piste plausible?
Non. Tout d'abord, ce que propose Syngenta n'est pas une solution rapide qui correspond au contexte actuel:
D’autre part, ces modifications génétiques soulèvent encore de nombreuses questions scientifiques. Je suis un scientifique et ce n'est pas parce que je travaille dans l'agriculture biologique que je ne fais pas preuve de rigueur, de questionnement et d'innovation technique. Aujourd'hui, les développements portés par l'agriculture biologique sont systémiques, cela veut dire que les enjeux sont considérés à de multiples échelles : agriculture, alimentation, ressources non renouvelables, climat, biodiversité. Ce que Syngenta dit, c'est qu'il suffit d’ajouter quelques techniques pour augmenter la production et pour résoudre les problèmes de famine. Intellectuellement parlant, c'est malhonnête, car les problèmes majeurs résident dans le choix des productions, la manière de les conduire qui considère qu’il n’y a aucune limite sur terre, et finalement la mauvaise répartition des denrées alimentaires.
Mais le génie génétique n'est donc pas la solution à la famine?
Le discours est bien rodé.
Il n'y a pas une seule et unique solution, mais un ensemble d'éléments qu'il faut changer. Il faut penser à transformer notre système agroalimentaire en réduisant l'utilisation de fourrage pour la volaille ou les porcs, en réduisant le gaspillage alimentaire et en tenant compte des limites de la terre.
Erik Fyrwald dit que la conséquence indirecte est que les gens meurent de faim en Afrique, parce que nous mangeons de plus en plus de produits biologiques. Cette affirmation est-elle vraie?
Alors, là, j'ai rarement entendu quelque chose d'aussi cynique.
Ce n'est pas la première crise alimentaire à laquelle nous sommes confrontés et c'est toujours l'accaparement des ressources par une minorité qui doit être pointée du doigt.
Ce que produit l'Ukraine, les pays africains pourraient en faire de même si les conditions-cadres du commerce mondial le permettent. A cet égard, il convient à chacune et chacun d’entre nous de bien considérer ce qu’il a dans son assiette et ce qui a été nécessaire pour le produire. Personnellement, il y a longtemps que j’ai remplacé la banane même bio par la pomme.
Vous semblez bien remonté face aux affirmations d'Eryk Fyrwald?
Comment peut-on rester insensible à ce type de discours? Eryk Fyrwald prêche pour sa paroisse évidemment. Son business, c'est de vendre des pesticides et des OGM. On sait à qui on a affaire, mais c'est fatigant d'entendre de telles déclarations. Le bio représente seulement 15% du nombre de fermes en Suisse et un peu plus de 5% à l'échelle européenne. Dans son discours, Syngenta s'attaque à un secteur qui ne détient pas les leviers de la faim dans le monde, mais qui est une force de proposition qui tient compte d’un ensemble d’enjeux futurs. Cette polémique est malhonnête intellectuellement, mais aussi scientifiquement.
Boris Bondarev, un ex-diplomate russe de 41 ans, est sous la protection 24h/24 de policiers suisses, rapporte 24 heures. Les raisons? Il a quitté lundi, à Genève, le service de la mission de l’Organisation des Nations unies (ONU) de son pays en attaquant le président russe Vladimir Poutine et sa guerre en Ukraine à travers une lettre ouverte. Une protestation qui a eu un retentissement mondial.