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"On connaît bien le drame de ces paysannes polonaises du village montagnard de Koniakow, célèbre depuis plus de deux cents ans, pour perpétuer l'art de la dentellerie et qui par le plus pur des hasards s'est trouvé une nouvelle jeunesse, un second souffle qui devait relancer l'économie de toute une région qui ne tient désormais plus qu'à un fil : celui du string.
Certaines femmes brodent en douce la nuit des strings pour ne pas être accusées d'obscénité. Le village est séparé dorénavant en deux camps : celles qui brodent comme leur mère et grand-mère nappes et napperons traditionnels, rideaux savamment ouvragés qui prennent des semaines à être fabriqués et les délurées qui participent à vicier le monde par leur fantaisie outrancière, et qui en quelques heures fabriquent des petites culottes et des bouts de ficelles qui valent de l'or. Les secondes finissant naturellement par gagner mieux leur vie que les premières en travaillant dix fois moins.
Au début, certains maris préféraient fermer les yeux lorsqu'ils sentaient leur épouse glisser subrepticement hors du lit nuptial , marcher sur la pointe des pieds, toutes lumières éteintes et au plus noir de la nuit broder à la lumière discrète d'une bougie quelques dizaines de strings. Le lendemain, elles les livrent en douce, discrètement cachés dans un sac, à Malgorazata Sanaszek, la femme intelligente qui sut créer sa petite entreprise en révolutionnant entièrement le village. Certaines vieilles dentellières très pieuses allèrent jusqu'à s'enquérir auprès du prêtre pour savoir si c'était pécher que de broder ces strings; le prêtre très embarrassé à devoir juger de la chose sans jamais l'avoir vue dut s'en faire livrer quelques modèles, à l'église même.
Une autre femme très en vue dans le village et franchement opposée à cela, organisa même une conférence en invitant les auditeurs à réfléchir sur comment concilier le fait d'avoir fabriqué de la dentelle pour le pape Jean-Paul II , pour la reine d'Angleterre et pour d'autres églises réputées dans le monde et en même temps fabriquer de la dentelle pour des culs ?
L'auditoire, en guise de réponse, lâcha quelques phrases évasives, dans des borborygmes hésitants en défendant la clause économique et qu'au-delà de la ficelle, tout le village bénéficiait désormais de la visibilité internationale. Il fallait admettre que ce minuscule bout de fil, les avait extirpés et sortis du puit profond dans lequel ils étaient tous plongés depuis trop longtemps tout liés qu'ils étaient au monde religieux dont le faste d'antan s'amenuisait irrémédiablement, au fil des ans. Cette reconversion inattendue méritait ainsi force réflexion.
Le petit business de Malgorazata Sanaszek qui fit d'elle une femme très riche est simple; elle récolte les bouts de ficelle et autres sous-vêtements coquins fabriqués par les dentellières aux doigts de fée, les photographient, les scannent et envoie le tout sur son site internet. Les commandes affluent du monde entier et contribuent à ce que plus d'une famille parvient dorénavant à mettre et des épinards et du beurre dans son assiette."