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La croix et le croissant - Le christianisme et l'islam, de Mahomet à la Réforme
de Richard A. Fletcher
Sept ans après sa parution originale, cet ouvrage fait toujours écho à l’actualité. La question du rapport de l’Europe à l’islam et de l’intégration des musulmans revient continuellement sur le devant de la scène. Richard A. Fletcher propose de revenir aux origines des contacts entre l’islam et l’Europe chrétienne. Comment se percevaient mutuellement musulmans et chrétiens et quelles furent leurs relations ? Ces questions sont abordées d’une manière concise mais nuancée. Si l’auteur devrait les résumer en une seule phrase, la sagesse le pousserait à affirmer que les relations entre chrétiens et musulmans se caractérisèrent par l’échec persistant des tentatives de compréhensions mutuelles.
Quand les chrétiens d’Europe eurent connaissance de la prophétie de Mahomet, il fût inconcevable pour eux qu’il s’agisse là d’une nouvelle religion. Mahohet et ses sectateurs furent perçus comme une nouvelle vague de déviants théologiques, qui s’étaient égarés sur des points cruciaux de la doctrine. C’est encore cet approche qui prévalut lors des Croisades. C’est seulement au XIIIe siècle que l’islam fût en passe de devenir une culture digne d’être étudiée et comprise plutôt qu’une forme aberrante de christianisme à rejeter dédaigneusement.
Le regard des musulmans sur l’Europe passait aussi par le prisme du mépris. Fletcher explique qu’en ce début du moyen-âge, la chrétienté occidentale avait évolué d’une manière complètement différente de la société émergente de l’islam sous les Abbassides. Ces derniers régnaient sur un monde ce cités reliés par un commerce régulier alors que l’économie de l’Occident demeurait fondamentalement agraire. Fletcher cite un géographe du Xème siècle pour qui la « Francie » était un bon réservoir d’esclaves, c’était tout se qu’on pouvait en dire.
Ce cela ne signifie pas qu’il n’existait aucune relation entre la Chrétienté et le monde de l’islam. Au contraire : elles étaient bien plus intenses et plus diverses que sous la précédente époque omeyyade. Les diverses occasions de rencontres étaient la diplomatie et les pèlerinages, sans oublier le commerce. A ce propos, L’auteur revient sur la thèse de Pirenne qu’il trouve en partie exagérée. Les avancées en matière d’archéologie médiévale et de numismatique ont permis d’écarter certaines de ses conclusions.
Il est aussi question de l’Espagne musulmane et du bouillonnement intellectuel qui y régna. Fletcher estime que les progrès intellectuels de la chrétienté occidentale des douzième et treizième siècle ont été essentiellement accomplis grâce à l’acquisition de ce qu’offrait le monde islamique. Le terme offrir est à comprendre dans le sens le plus strict de transmission, sans aucune indication quant à la dynamique qui en était à l’origine. Tandis que les progrès scientifiques de la fin du Moyen-Age ne durent rien à des influences externes : cartographie, navigation, construction navale, horlogerie, artillerie et imprimerie, ils furent essentiellement d’ordre technique.
Les lettrés et les savants de l’époque ottomane furent moins ouverts, moins aventureux que leurs prédécesseurs du début de la période abbassides. Fletcher relève que la distance observée par les musulmans envers la chrétienté eut pour effet de leur masquer ce qui se préparait.
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