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La sexualité à l’ère numérique : les adolescents et le sexting 2.0, 2ème phase
Abstract
Introduction
Le sexting a d’abord été rendu public par des cas dramatiques relayés par la presse dans lesquels des jeunes filles avaient été harcelées à la suite de la publication et du partage d’une de leurs photos intimes. Pourtant, depuis, cette pratique a également été appréhendée de manière plus positive ou moins alarmiste, pouvant raisonnablement faire partie du développement et des expérimentations des jeunes.
En 2016, nous avons mené une première recherche qualitative qui avait pour but d’explorer la pratique du sexting chez les jeunes en menant des groupes focus avec des jeunes âgés de 16 à 21 ans, des parents et des enseignants d’enfants et d’élèves âgés d’au moins 11 ans. Dans le cadre de cette première étude, certains résultats nous ont amené à élaborer une étape exploratoire supplémentaire.
Ainsi, nous avons souhaité continuer notre approche exploratoire de la pratique du sexting en incluant les opinions et interprétations des jeunes âgés de 12 à 15 ans ou en tout cas encore dans le système d’école obligatoire. Ajouter les opinions et interprétations des 12-15 ans nous offrira une vision complète de la problématique du sexting et permettra assurément d’adapter les messages de prévention au plus près de la pratique en établissant les différents facteurs de risque et de protection quant à la pratique du sexting.
Cette recherche peut être considérée comme la suite de la première recherche menée en 2016 auprès des jeunes âgées de 16 à 21 ans, des enseignants et des parents. Ainsi, les objectifs et les méthodes sont très similaires.
Nos questions de recherche étaient les suivantes :
• Quelles sont les différents éléments qui définissent le sexting du point de vue des jeunes ? Quelle est la définition du sexting ?
• Quelles sont les raisons qui peuvent motiver une personne à pratiquer le sexting (en termes d’envoi et de réception) mais aussi à transférer le contenu à d’autres personnes ?
• Quels sont les risques, conséquences et réactions possibles, notamment en termes de jugement ?
• Est-ce que la prévention relative au sexting est utile ? Que pourrait-on faire pour prévenir ?
Méthodes
La méthode des groupes focus est particulièrement recommandée pour les recherches ayant un but exploratoire sur un sujet encore relativement peu connu, notamment afin de saisir les différents termes, définitions et vocabulaires utilisés par les participants.
Un total de 36 jeunes (56% garçons) ont participé à 6 groupes focus. Pour pouvoir participer, le jeune devait être âgé entre 12 et 15 ans ou être encore dans le système de l’école obligatoire. La moyenne d’âge des participants était de 14.3 ans.
Au vu de la thématique touchant à des notions de sexualité et d’intimité, nous avons décidé de séparer les filles et les garçons. De plus, une homogénéité quant au genre est souvent recommandée lorsque des groupes focus sont conduits avec des jeunes, évitant ainsi le plus possible une adaptation de leur parole ou une gêne par rapport au sexe opposé et encourageant la discussion grâce à ce point commun. Les garçons et les filles sembleraient également apprécier différemment les pratiques liées à la sexualité. Finalement, une telle séparation nous a également permis de mener une analyse par groupe. Ainsi, 3 groupes de filles et 3 groupes de garçons ont participé à cette étude.
Au vu de nos questions de recherche et de l’objectif principal de cette étude, nous ne cherchions pas des témoignages personnels quant à la pratique du sexting. Ainsi, dans nos annonces de recrutement, nous avions clairement mis en évidence que nous ne cherchions pas à parler de leurs propres expériences mais bien de leur opinion générale sur la pratique.
Une grille d’entretien basée sur nos questions de recherche regroupait les principales thématiques à parcourir (définition, motivations, risques, réactions et prévention), ainsi que quelques exemples de questions ouvertes. Pour pouvoir faire des comparaisons, nous avons utilisé la même grille d’entretien qu'en 2016.
Afin de ne pas induire de définition préconçue, la discussion sur la pratique du sexting débutait avec une question très générale sur leur connaissance du terme sexting puis nous proposions de lire deux vignettes afin d’amorcer la discussion et de rassurer les participants sur le fait qu’ils n’avaient pas nécessairement besoin de parler de leur propre expérience, à moins qu’ils choisissent de le faire.
Afin d’extraire les différents thèmes et dimensions soulevés par les participants, nous avons procédé à une analyse thématique de contenu, une méthode permettant d’extraire les interprétations et les significations subjectives d’un phénomène social en utilisant un procédé de classification et de catégorisation des données.
Recommandations
• Rappeler aux jeunes les comportements à adopter en cas de réception d’un nude (contenu intime et/ou à caractère sexuel) :
- Effacer le contenu reçu (destinataire principal ou secondaire) ;
- Ne pas partager ou montrer le contenu reçu ;
- Aucun partage ne peut être géré même s’il est fait avec des personnes particulières ;
- Ne pas participer aux moqueries, aux insultes et à l’isolement de la victime même s’ils ne comprennent ou n’acceptent pas la pratique;
- Oser parler en tant que victime (en amont ou en aval) et en tant que témoin.
• Mettre en place une stratégie de soutien envers les victimes et supprimer la double victimisation qu’une diffusion non consentie et les réactions des pairs peuvent produire.
• Tout en considérant que les garçons peuvent également être victimes, il est nécessaire de sensibiliser les jeunes aux discours violents qui sont tenus envers les filles.
• Les victimes doivent être considérées comme des victimes, il ne faut pas que la situation se retourne contre elles même si les risques pouvaient être connus.
• Rappeler les aspects légaux entourant la pratique du sexting, tout en prenant en compte l’ensemble des spécificités que la pratique présente, notamment en termes de contenu.
• Améliorer les connaissances des jeunes quant aux solutions envisageables et aux personnes à contacter en cas de problèmes ou en cas de questionnements.
• Les personnes ressources doivent éviter d’utiliser des discours moralisateurs, même indirectement, qui pourraient être repris par les jeunes eux-mêmes et accentuer les réactions négatives. Il est nécessaire d’être à l’écoute des interrogations des jeunes et d’avoir connaissance de leurs pratiques.
• Faire participer les jeunes à la conception des messages de prévention et d’éducation, notamment pour déterminer les intervenants, les canaux, le matériel et leurs interrogations.
• Ne pas oublier la place des témoins actifs et passifs et le rôle important qu'ils peuvent avoir dans la résolution des problèmes ou, au contraire, dans l'aggravement d'une situation.