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Hommage à Pierre Lagonico (1936-2018)
Le simple nom « Lagonico » évoque pour plusieurs centaines d’hellénistes et d’archéologues, suisses et grecs, la Fondation du même nom. Un grand nombre d’entre eux lui doivent le succès de leurs carrières.
Pierre Lagonico, qui s’est éteint le lendemain de son 82e anniversaire, le 25 décembre 2018, était l’âme de la Fondation, qu’il avait suivie avec dévouement depuis sa création en 1973.
Privé de son père dès l’âge de 7 ans, devenu ingénieur EPFL, Pierre Lagonico avait été pressenti par son oncle Théodore Lagonico (1887-1981) pour l’assister dans la conduite de la fondation que ce dernier avait décidé de créer en 1973. Originaire de Chios, résidant à Alexandrie, puis à Lausanne, Théodore Lagonico avait constitué sa fortune dans le commerce du coton égyptien. Il dota sa fondation d’un capital d’un million de francs. Le but visé était d’accorder des bourses à des chercheurs poursuivant des études à l’Université de Lausanne. La moitié au moins des bénéficiaires devait être de nationalité grecque, dont un si possible originaire de l’île de Chios.
Le fondateur a exercé la présidence jusqu’à son décès en 1981. Son épouse Maggy lui succéda en qualité de présidente jusqu’à son propre décès, le 5 mai 2001 à Athènes. C’est alors seulement que Pierre accéda à la présidence. Il la céda à son fils Stéphane en 2011 et devint président honoraire.
Théodore Lagonico avait veillé à ce que son neveu occupe les postes de secrétaire et de trésorier. Mais ces fonctions, purement nominales puisque le travail effectif était assuré par les collaborateurs de l’Université de Lausanne, dissimulaient l’influence déterminante que Pierre Lagonico a exercée sur la marche de la Fondation et tout particulièrement sur le choix des candidates et candidats.
En effet, une extrême courtoisie, une grande réserve, une discrétion de tous les instants ne l’ont jamais empêché de formuler son avis, sous la forme de questions, de suggestions, d’interventions en apparence timides. C’est ainsi qu’il veilla à ce que le soutien de la Fondation aille si possible aux meilleurs, aux plus qualifiés, aux plus méritants. Du côté suisse, il était relativement aisé de dépister les étudiants les plus prometteurs. Plus difficile, plus ambitieuse aussi, fut la tâche de recruter des candidatures de qualité en Grèce, et tout particulièrement originaires de Chios. Mais la Fondation n’a pas à rougir de son palmarès dans ce pays non plus.
Par son action exemplaire, ce mécène érudit, aussi discret que bienveillant, mérite l’hommage et la gratitude des nombreuses institutions et de tous les jeunes talents qu’il a soutenus.
par Pierre Ducrey