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Les deux campagnes effectuées durant l’été 2014 avaient surtout pour objectif d’évaluer l’intérêt archéologique du site ainsi que de donner des premiers éléments de datation. Elles ont permis de mettre en évidence un village de taille moyenne comprenant au moins 12 bâtiments s’étalonnant autour d’un replat identifié comme une place centrale. Les édifices sont de différents types, si l’on se réfère à leurs plans bien distincts.
On reconnaît tout d’abord des bâtiments d’une seule pièce mesurant en moyenne 4m de côté. Ils pourraient avoir servi de greniers ou de bâtiments de stockage. Ces bâtiments sont maçonnés et la plupart présente un côté semi-enterré qui suggère une élévation en bois.
D’autres édifices sont constitués de deux pièces. Si la partie basse de ces constructions est maçonnée, la partie haute devait être construite en bois selon la technique du blockbau (construction en madriers horizontaux). Il s’agit de maisons familiales constituées à l’avant d’une cave maçonnée surmontée d’une pièce à vivre totalement en bois, à niveau avec une cuisine située à l’arrière. Si ce plan de bâtiment existe encore aujourd’hui, on ignore à quand remonte les premiers exemples. Les maisons subdivisées en plusieurs parties semblent cependant apparaître au plus tôt vers 1200.
La place du village de Tiébagette est encore bordée par deux édifices dont le plan se distingue très clairement des autres constructions. Le premier, le bâtiment B13, situé dans la partie nord-est, surplombe l’ensemble du village. De plan rectangulaire, il a la particularité d’être augmenté à l’est par une exèdre quadrangulaire. Ce plan atypique suggère celui d’une chapelle où le chœur est à situer tout naturellement dans l’exèdre. Le sol de la « nef » est constitué d’un niveau de graviers bien damés. Le soin apporté à ce sol tout comme la situation privilégiée de l’édifice sont des d’éléments qui peuvent renforcer l’hypothèse d’une chapelle. Seule une fouille exhaustive permettrait de s’en assurer.
Le bâtiment B8, situé au sud de la place, se démarque aussi très clairement des autres par ses dimensions et par l’épaisseur de ses murs. Ses parois internes ont fait l’objet d’un traitement particulier appelé pietra rasa, selon lequel la paroi est enduite de mortier de chaux alors que la partie la plus saillante des pierres reste nue ; chaque niveau de pierres est ensuite délimité par une ligne horizontale tracée dans le mortier lorsque celui-ci est encore frais. Ce type de traitement se retrouve fréquemment au 13e siècle dans des châteaux et des constructions d’un certain standing. L’ensemble des particularités du bâtiment B8 nous invite à l’interpréter comme une tour d’habitation.
Deux petits sondages profonds, effectués dans les bâtiments B14 et B8 ont également apporté de nombreuses informations sur le site, notamment grâce à diverses datations au carbone-14 qui ont pu être réalisées sur des ossements ou des morceaux de charbon conservés. En effet, le sondage 1 ayant révélé une couche très charbonneuse, les restes de bois carbonisés découverts ont pu être datés du 15e siècle (1417-1490). De plus, postérieurement à ce niveau d’incendie, une fosse remplie d’ossements animaux – probablement un dépotoir pour des restes carnés d’animaux abattus et découpés sur place – a été mise au jour et datée autour du 16e siècle. Le sondage 3, effectué dans la tour, a permis de dater la dernière occupation de celle-ci au plus tôt dans le courant du derniers tiers du 15e siècle.