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Que se passe-t-il chez DPD?
Roman, les accusations d'Unia contre DPD sont sévères: l'entreprise ne respecte pas la loi et les chauffeurs doivent régulièrement travailler plus de 12 heures par jour. Comment Unia a-t-il obtenu ces informations ?
En février 2021, nous avons publié un rapport intitulé "Le système DPD". Il décrit en détail les problèmes, à commencer par les heures supplémentaires non rémunérées, l'absence de mesures d'hygiène pendant la pandémie et le fait que de nombreux chauffeurs doivent transporter des colis pesant jusqu'à 50 kg. Le rapport est basé sur environ 200 entretiens avec des conductrices et conducteurs et des employé-e-s de la logistique, qui nous ont parlé de leur travail quotidien chez DPD.
Le CEO de DPD, Tilmann Schultze, a récemment déclaré dans une interview que les accusations d'Unia sont très vagues, voire inventées de toutes pièces. Avez-vous des preuves de ces accusations ?
Notre rapport compte environ 35 pages. Il décrit de nombreux problèmes de manière très détaillée. Ils ne sont pas difficiles à trouver, si vous voulez chercher. Les secrétaires d'Unia rendent visite aux travailleuses et travailleurs devant les centres logistiques chaque semaine et voient ce qui se passe. Nous voyons les chauffeuses et chauffeurs arriver à 5h30 et nous les rencontrons encore au dépôt après la fin des visites à 18h. Tous nous disent qu'ils n'ont pas fait de pause, que les heures supplémentaires ne sont pas écrites et qu'ils ne sont pas payés de toute façon. Lors de conversations personnelles en dehors des heures de travail, d'autres conductrices et conducteurs de différents dépôts confirment la même chose. Depuis des mois, ils notent leurs heures de travail réelles et nous les envoient Il ne devrait pas être trop difficile pour DPD de faire la lumière sur ces abus. Il leur suffirait de demander aux personnes qui travaillent pour eux.
DPD affirme également qu'Unia ne veut pas négocier et que le syndicat n'a pas fourni à la DPD de preuves d'actes répréhensibles.
La discussion sur les griefs et la publication du rapport d'Unia ont toujours été accompagnées d'une proposition de dialogue. Il existe une correspondance qui dure depuis des mois, dans laquelle DPD a été sollicité à plusieurs reprises pour parler et a été invité à des réunions, afin que nous puissions parler à l'entreprise des problèmes documentés. Les chauffeuses et chauffeurs et les employé-e-s de la logistique ont également demandé des réunions pour exprimer leurs préoccupations. Ils ont élu des délégué-e-s dans toute la Suisse. Des centaines de salarié-e-s ont signé la demande de négociations. Mais le DPD refuse catégoriquement de leur parler ou de parler à leur syndicat, et d'examiner les preuves concrètes des griefs. Ils savent très bien que leur système ne fonctionne pas dès qu'on s'y intéresse sérieusement. On peut avoir des divergences de vues, mais ne même pas vouloir rencontrer un syndicat qui un nombre à trois chiffres d'employé-e-s dans l'entreprise, cela en dit long sur la culture d'entreprise.
Mais pourquoi ne pas simplement envoyer à DPD une liste avec les griefs concrets ?
Dans les dépôts et chez de nombreux sous-traitants, les patrons créent une atmosphère extrêmement hostile à Unia. Il y a des menaces ouvertes de licenciement contre les membres d'Unia. Il n'est donc pas étonnant que les conductrices et conducteurs, qui dépendent de leur emploi, souhaitent qu'un accord soit conclu au préalable sur la manière dont leurs préoccupations et leurs documents seront traités et sur comment ils seront protégés, avant que tout ne soit divulgué à l'entreprise. C'est pourquoi les négociations doivent se dérouler dans un cadre permettant d'établir une confiance mutuelle. De plus, une grande quantité de griefs très détaillés a été soumise à la direction dans différents dépôts au cours des dernières semaines. Nous attendons une réponse.
M. Schultze affirme également qu'Unia n'a pas assez de membres chez DPD pour faire des demandes de négociations.
C'est faux. Nous étions toujours prêts à faire confirmer par un notaire le nombre de nos membres chez DPD et ses sous-traitants. Il y a quelques semaines, nous avons fait la vérification notariée et l'avons envoyée à DPD. Mais en même temps, nous avons exigé d'avoir une première réunion sans conditions préalables. Malheureusement, DPD essaie de dicter des conditions impossibles pour ne pas avoir à discuter avec les employé-e-s. C'est le comportement d'une entreprise qui sait qu'elle a des choses à se reprocher.
Qu'en est-il de la convention collective de branche? DPD doit-il s'y conformer?
Schultze ne cesse de parler de la convention collective de travail pour la branche des livraisons de colis et prétend qu'elle est toujours valable. Le fait est que la CCT KEP&Mail a été résiliée et ne s'applique plus depuis fin 2020. Il n'y a pas non plus de négociations en cours pour un renouvellement. Les 3 800 francs qu'il mentionne (sans 13ème salaire, avec 4 semaines de vacances) correspondent à un salaire horaire indigne de 19,90 de l’heure. A titre de comparaison, on gagne au moins 23,27 francs dans l'hôtellerie-restauration.
Que va-t-il se passer maintenant?
Les chauffeuses et chauffeurs restent mobilisés, et nous aussi. L'objectif est clair: DPD doit améliorer les conditions de travail et respecter les lois en vigueur en Suisse. Le personnel voit déjà des pas dans la bonne direction grâce à la pression exercée en divers endroits. Par exemple, les heures de travail sont désormais enregistrées pour la toute première fois. L'énorme soutien du public montre que nous sommes sur la bonne voie. Le mois dernier, 100 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à M. Schultze pour demander des améliorations. Des centaines d'autres ont envoyé cette lettre de protestation à DPD. Cela encourage les employé-e-s à continuer à se battre pour leurs droits.