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introductionDès les années 30, les médecins se sont interrogés sur le pouvoir quasi inquisiteur qu'exercerait la blouse blanche sur la relation avec leur patient. Nous avons effectué une revue de la littérature afin de savoir si, par analogie à des situations étudiées sur ce que pensent médecins et malades du port d'une tenue à caractère professionnel, la blouse blanche devait être recommandée pour l'habillement des médecins de la Policlinique de médecine de Genève. En général, il a été observé que l'opinion des patients est nettement influencée par l'habillement de leur propre médecin. En revanche, la satisfaction des patients en ce qui concerne les soins ou de la relation avec le médecin ne semble pas liée au port d'une blouse blanche et le lien entre port de blouse blanche et professionnalisme reste à déterminer.évolution de l'image de la médecineLa perception sociale du médecin s'est, comme l'on sait, profondément modifiée. On peut penser que ceci se reflète dans le changement de la signification d'un symbole de la profession : la blouse blanche.Dans notre société, l'habillement est encore mis en relation avec l'importance de l'activité. On s'habille «sérieusement» pour traiter les «affaires sérieuses». Il ne serait donc pas illogique d'émettre l'hypothèse que la santé, comme toute «affaire sérieuse», nécessite un habillement en relation avec l'importance de la tâche. Dans l'imaginaire collectif, le médecin est traditionnellement défini par quatre symboles : la blouse blanche, le stéthoscope, le miroir frontal et le sac noir. L'évolution de la représentation de notre profession au sein de la population change cependant avec le temps et de plus en plus rapidement. Le fait que les deux derniers attributs soient plus souvent cités par les plus âgés d'entre nous en est un indice.1Les premiers à avoir instauré un habillement particulier (une blouse blanche en l'occurrence) pour cette noble tâche furent les chirurgiens. Personnages ô combien puissants, capables d'arracher l'homme à la mort !Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la réputation de la médecine fut mise à mal par la science en plein développement, qui démontra que les cures de la médecine étaient fréquemment inefficaces. Néanmoins, même si celle-ci était incapable de proposer des alternatives, le public, tout comme les professionnels de la santé, se tournèrent toutefois vers cette dernière, persuadés que le salut viendrait d'elle. Et les médecins furent pressés de se présenter comme des «scientifiques».1 Des démonstrations de la toute puissance de la science, telle, par exemple, la construction du canal de Panama, contribuaient à renforcer l'idée auprès de la collectivité que les limites de toutes disciplines scientifiques pourraient toujours être dépassées et que la voie était par conséquent tracée pour une version moderne de la guérison. Même l'éducation médicale a ainsi été structurée autour des sciences, autoproclamées «fondamentales». Aucune individualité de croyance ou de désir n'a plus été tolérée sur les déterminants de la santé publique tels qu'ils étaient définis par les laboratoires.L'image des hôpitaux a ainsi changé ; du mouroir pour nécessiteux, vers celle d'un laboratoire où le malade pouvait être guéri. Cette transformation s'est également reflétée jusque dans l'habillement du personnel : les habits noirs des ordres religieux ont fait place au blanc des infirmières «modernes». La guérison arrachée à la mort s'émancipait des règles de l'Eglise et la couleur blanche s'associait avec celle de la guérison, de la santé, de la vie. L'innocence face à la maladie, par opposition au châtiment divin. La propreté s'est associée à la pureté. Concrètement, l'utilisation de la blouse blanche s'est ainsi accompagnée d'une modification des comportements médicaux, la notion de pureté, écartant tout caractère sexuel, a notamment permis de donner au médecin l'accès au corps de son patient.Depuis les années 30, cette évolution a amené les médecins à s'interroger sur le pouvoir quasi inquisiteur qu'exercerait la blouse blanche sur la relation avec leur patient dans la pratique. Plus récemment, après avoir décrété que la place du malade dans la société était l'hôpital et non plus parmi les siens, l'hôpital (et par conséquent les médecins hospitaliers) ont été accusés de prolonger l'agonie. Ainsi, la pratique médicale ne serait plus seulement capable de protéger et de guérir le patient, mais également de lui nuire. Ce sentiment, partagé par une partie des professionnels, contribue à une certaine volonté de se démarquer, en particulier en institution, et de faire «tomber la blouse blanche». L'objectif est de remettre le médecin à sa juste place, de le décréter abordable, mais peut-être aussi faillible. Des valeurs «préscientifiques», humanistes, sont introduites dans le discours et dans la faculté.la vision actuelleAu sein des Hôpitaux universitaires de Genève les styles diffèrent. De la cravate indécrochable du cou des dermatologues, au «tout blanc» des chirurgiens, en passant par une «tenue de ville et blouse blanche» des internistes, il semble exister un «look» de service, voire de département. A la Policlinique de médecine (Polimed), plusieurs courants sont présents, de la tenue de ville décontractée ou plus formelle, au port de la blouse, exceptionnel ou quotidien. D'aucuns pourraient peut-être y voir un reflet de la mission de la Policlinique qui assure la prise en charge de patients dans le domaine de la médecine de premier recours, aussi bien dans l'urgence que dans la continuité. L'institution s'ouvre ainsi vers la communauté. Il n'est par conséquent pas surprenant que les médecins de la Polimed aient des allures très différentes en fonction des différents services où ils ont fait leur formation et de leurs fonctions du jour (cabinet, service des urgences, enseignement, recherche) ou même de leur sensibilité propre. Mais si l'on adhère à l'idée que la tenue du médecin peut avoir un impact sur la relation médecin malade, que dire de ce foisonnement de tenues ?l'avis des patients et des médecins au sujet du port de la blouse blancheNous avons effectué une revue de la littérature afin de savoir si, par analogie à des situations étudiées sur ce que pensent médecins et malades du port de la blouse blanche, une tenue, en particulier ladite blouse, devait être recommandée pour l'habillement des médecins à la Policlinique de médecine et des urgences ambulatoires. Pour ce faire, nous avons sélectionné une trentaine d'études conduites dans des cabinets médicaux, des centres de médecine ambulatoire, ou encore dans les départements d'urgence en raison d'une certaine similitude avec notre contexte de soins.De manière générale, les études ont souvent examiné les attitudes des patients à l'égard non seulement de la blouse blanche stricto sensu, mais également de l'apparence physique (coiffure, bijoux, maquillage, etc.) et de l'habillement sans blouse blanche (jeans, cravate, etc.). Malgré une méthodologie et des contextes culturels différents qui rendent difficiles les comparaisons, quelques traits généraux semblent ressortir. Globalement, on observe que les patients ont tendance à préférer une tenue relativement formelle (absence de baskets et de jeans), en particulier s'il s'agit d'un médecin inconnu qu'ils doivent sélectionner sur la base de photos.2,3 Il semble que l'âge soit un facteur important, puisque plus les patients et les médecins sont âgés, plus les uns et les autres sont en faveur d'un habillement formel.4,5 Mais de manière générale, les médecins semblent exiger de leurs pairs plus de formalisme que leurs patients.6 Par ailleurs, des pratiques vestimentaires régionales sont observées, en particulier pour les médecins internes. On porte une blouse blanche parce que «tout le monde en porte» ou inversement. Certains évoquent des aspects pratiques (grandes poches, entretien assuré par l'institution
).Quelques études montrent que l'opinion des patients est nettement influencée par l'habillement de leur propre médecin qui devient une sorte de référence.7,8 Dans les situations où ce dernier ne porte pas lui-même de blouse blanche, cette tenue est moins souvent préférée par ses patients. Il est intéressant de noter que dans notre revue, la satisfaction des patients à l'égard des soins n'était pas liée à la tenue vestimentaire des médecins,9,10 mais les résultats sont plus contradictoires quand on s'intéresse au lien entre le degré de confort ou de confiance ressenti par les patients envers le médecin et la tenue de ce dernier. Il n'est pas surprenant qu'en milieu hospitalier, le vêtement ait également un rôle d'identification de la fonction.11 La forme ou la couleur du vêtement permet en effet de distinguer le médecin de l'infirmière ou du réceptionniste. Dans ce contexte les patients expliquent une préférence pour la blouse blanche et le «badge» par ces aspects pratiques et non pas parce qu'il s'agit d'un choix relationnel.conclusionAinsi, le port de la blouse blanche ne semble pas impératif dans un contexte médical où les patients sont suivis régulièrement par le même médecin. Mais lors de consultations sans rendez-vous ou d'une première consultation, le port de la blouse blanche pourrait faciliter l'identification du médecin. La satisfaction des patients à l'égard des soins ou de la relation avec le médecin ne semble pas liée au port d'une bouse blanche12 et le lien entre port de blouse blanche et professionnalisme reste à déterminer. Il demeure avant tout la relation médecin-malade. Stratégie de recherche et critères de sélectionLes données utilisées pour cette revue sont issues d'articles en français ou en anglais publiées de 1970 à 2005 et identifiées via Medline dans les domaines de la pratique médicale hospitalière et ambulatoire. Les mots clés utilisés pour cette recherche ont été les suivants : «white coat», «image of the physician», «patient attitude», «physician attitude», «professional appearance», «doctor dress», «doctor appearance», «physician dress style».Bibliographie1 Blumhagen DW. The doctor's white coat. The image of the physician in modern America. Ann Intern Med 1979;91:111-6.2 Gjerdingen DK, Simpson DE, Titus SL. Patients' and physicians' attitudes regarding the physician's professional appearance. Arch Intern Med 1987;147:1209-12.3 Rehman SU, Nietert PJ, Cope DW, Kilpatrick AO. What to wear today ? Effect of doctor's attire on the thrust and confidence of patients. Am J Med 2005;118: 1279-86.4 Dover S. Glasgow patients' attitude to doctors' dress and appearance. Health Bull 2001;49:293-6.5 Keenum AF, Wallace LS, Stevens AR. Patients' attitudes regarding physical characteristics of family practice physicians. South Med J 2003;96:1190-4.6 Gjerdingen DK, Simpson DE. Physicians' attitudes about their professional appearance. Fam Pract Res J 1989;9:57-64.7 Anvik T. Doctors in a white coat what do patients think and what to doctors do ? Scan J Prim Health Care 1990;8:91-4.8 Ikusaka M, Kamegai M, Sunaga T, et al. Patients' attitude toward consultations by a physician without white coat in Japan. Intern med 1999;38:533-6.9 Friis R, Tilles J. Patients' preferences for resident physician dress style. Fam Pract Res J 1988;8:24-31.10 Menahem S, Shvartzman P. Is our appearance important to our patients ? Fam Pract 1998;15:395-97.11 Harnett PR. Should doctors wear white coats ? MJA 2001;174:343-4.12 Hall PM. It's what's inside the white coat that counts. Cleve Clin J Med 2004;71:607-8.