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Chef-lieu d'arrondissement du Bade-Wurtemberg (D), à la frontière de la Suisse, sur les deux rives du Rhin à sa sortie du lac de Constance. 5446 hab. en 1604, 7366 en 1855, 25 477 en 1900, 45 052 en 1950, 76 084 en 1992, 80 162 en 2002.
Vers l'an 600, un siège épiscopal fut fondé ou transféré de Vindonissa dans les ruines du castrum romain de Constantia (fortifications remontant au IVe s. mises au jour en 2003). Cependant la ville se développa à partir du marché qui se tenait devant la cathédrale. Jusqu'au XIVe s., elle grandit vers le sud, le long de l'ancienne voie romaine. Bien qu'elle n'appartînt pas à la Thurgovie, C. en fut en quelque sorte jusqu'au début du XXe s., économiquement du moins, le chef-lieu tacite. La bourgeoisie de la ville se mit à jouer un rôle politique lors des troubles entraînés par la querelle des Investitures; puis le privilège fiscal accordé en 1192 par l'empereur Henri VI reconnut son autonomie face à l'évêque, son seigneur.
La ville semble avoir obtenu le droit d'élire un Conseil dans les premières décennies du XIIIe s., alors qu'elle commençait à s'agrandir non plus seulement vers le sud, mais vers l'est, grâce à de grands travaux de remblayage des rives du lac. Au cours du XIIIe s., elle devint de plus en plus un centre du commerce de la toile dans l'Allemagne du Sud, puis, en 1312, la pierre angulaire de l'alliance des villes du lac de Constance. Jusqu'au milieu du XVIe s., le Conseil de C., ville non plus épiscopale, mais impériale de fait dès 1372, eut à louvoyer constamment entre une Confédération de plus en plus puissante d'un côté, les Habsbourg et les Ligues urbaines de l'autre (Ligue de Constance, 1385). Si le choix de C. comme siège du concile œcuménique de 1414-1418 (concile de Constance) illustre la considération dont elle jouissait, ses implications dans les guerres d'Appenzell (1401-1406), de Zurich (1443-1450) et des Plapparts (1458), puis la conquête de la Thurgovie voisine (1460), rendirent sa situation de plus en plus précaire. Et cela d'autant plus qu'elle avait acquis la haute juridiction sur la Thurgovie en 1417 et sur le bailliage d'Eggen en 1449. L'espoir de se tailler un territoire à l'aide des droits qu'elle détenait en Thurgovie s'effondra en 1498, quand elle se vit contrainte d'adhérer à la Ligue souabe et d'affronter de ce fait la Confédération. La guerre de Souabe en 1499 et la bataille du Schwaderloh remportée par les Suisses aux portes de la ville valurent à cette dernière de voir une frontière d'Etat longer ses remparts. La seconde moitié du XVe s. fut pour C. une période de déclin économique.
La Réforme prit pied à C. dès 1519. En 1526, l'évêque et le chapitre cathédral durent quitter la ville et le siège épiscopal fut transféré à Meersburg. C. conclut des combourgeoisies chrétiennes avec Zurich (1527) et Berne (1528). En relation suivie avec Zurich, Bâle et Strasbourg, elle devint un centre de propagation de la foi réformée en Allemagne du Sud et dans le nord de la Suisse, ce qui rendit sa situation de plus en plus difficile au cours des années suivantes. En 1548, le Conseil fut forcé de céder à toutes les exigences de Charles-Quint et de se rendre sans condition aux Habsbourg-Autriche. De cité impériale, C. fut réduite au statut de ville autrichienne. L'élite réformée réussit, il est vrai, à s'enfuir et à se réfugier généralement auprès des Confédérés avant que les troupes autrichiennes n'investissent la ville, qui redevint catholique, même s'il y subsista jusqu'au XVIIe s. une poignée de protestants prenant appui sur les paroisses réformées de la proche Thurgovie.
La vie politique s'étant normalisée vers 1560, C. parvint à reconquérir sa position de centre commercial de la région du lac; mais la guerre de Trente Ans et surtout le siège - même infructueux - de la ville par les Suédois en 1633 l'affaiblirent à nouveau. Des négociations secrètes avec les Confédérés en vue de se placer sous leur protection échouèrent. La paix de Westphalie fit de C. en 1648 une ville frontière. Durant la première moitié du XVIIIe s., sa stagnation économique, politique et culturelle ne cessa de s'aggraver. Même les efforts de l'empereur Joseph II pour y fixer après 1784 des fabricants chassés de leur patrie par les révolutions genevoises restèrent sans résultats tangibles.
Le nouvel ordre européen instauré par Napoléon ne signifia pas seulement pour C. la fin de la domination autrichienne et le rattachement au grand-duché de Bade en 1805-1806; il entraîna aussi en fin de compte la suppression de l'évêché en 1821. Défendu par le landamman thurgovien Joseph Anderwert, le projet d'englober C. dans la Confédération sombra au congrès de Vienne en 1815. Dernier vestige de l'ancien bailliage d'Eggen, C. a conservé le Tägermoos, terrain situé en Suisse, mais cultivé par les maraîchers du faubourg adjacent de Paradies. En vertu d'un traité de 1831, C. y assume la police champêtre. Dans la seconde moitié du XIXe s., la ville connut un vif essor économique dû pour une bonne part au tourisme. La ligne ferroviaire Romanshorn-Kreuzlingen fut prolongée jusqu'à C. en 1871. De 1893 à 1937, Kreuzlingen et de nombreuses communes thurgoviennes des lacs Supérieur et Inférieur vinrent se raccorder au réseau de gaz de C. Le chemin de fer C.-Wil (SG) fut inauguré en 1911. En 1914, C. fut reliée au réseau à haute tension des Forces motrices du Nord-Est (NOK), tandis qu'un service d'autobus Kreuzlingen-C. voyait le jour en 1927. Les deux guerres mondiales et la période national-socialiste rendirent nettement sensible la frontière qui sépare C. de la Suisse. Dotée d'une université depuis 1966, la ville est devenue récemment un centre culturel dont le rayonnement s'étend aussi sur la Suisse orientale.
Bibliographie
– H. Maurer et al., Geschichte der Stadt Konstanz, 6 vol., 1989-1995 (21996-)
– R. Seuffert Konstanz, 2003
Auteur(e): Helmut Maurer / WW