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En 2015, vous avez été l’envoyé spécial du pape François au 1500e anniversaire de Saint-Maurice, en Valais; en 2018, c’est le pape lui-même qui vient en Suisse, à Genève. Comment avez-vous réussi à le convaincre?
Je ne pense pas que ce soit absolument nécessaire de convaincre le Saint-Père! (Rires.) Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE), le pasteur Olav Fykse Tveit, est venu l’été dernier à Rome et lui a fait cette invitation personnelle. Après, on a reparlé ensemble. Et en décembre dernier, il m’a simplement dit: «Oui, je le fais.»
Dans quelles circonstances vous l’a-t-il annoncé?
Je lui avais présenté un mémoire sur la visite du secrétaire général du COE à Rome. Le Saint-Père me donne une grande liberté dans mon travail, mais il y a des questions qu’il n’y a bien sûr que lui seul qui peut décider. Une visite à Genève était une question à l’ordre du jour lors d’une de nos rencontres et il me l’a alors annoncé.
Avez-vous beaucoup parlé de la Suisse avec le pape François?
Il faut d’abord dire que le voyage à Genève est une visite que le pape rend au COE. Il vient pour cela. Mais bien sûr, il répond aussi à l’invitation du gouvernement suisse et à celle de la Conférence des évêques suisses, raison pour laquelle il y aura un volet politique et pastoral.
Est-ce qu’il connaît la Suisse? L’a-t-il déjà visitée avant d’être élu pape?
Je ne crois pas, mais nous n’en avons jamais parlé. Mais il connaît bien la situation de l’Eglise en Suisse.
Entre la visite de Paul VI à Genève en 1969, celle de Jean-Paul II en 1982 et maintenant celle de François à Genève, vous observez quelle évolution?
La visite de Paul VI avait eu lieu juste après le concile de Vatican II, c’était le grand commencement du dialogue œcuménique. Nous avons maintenant plus de 50 ans de collaboration avec le COE, notamment à travers le Groupe mixte de travail de l’Eglise catholique. Et nous avons la préparation des textes de prières pour l’unité des chrétiens. Mais la chose la plus importante, c’est la commission «Faith and order» (Foi et constitution) qui traite des questions théologiques, des questions de la foi et des structures ecclésiologiques.
Pour François, l’œcuménisme, ce n’est pas seulement résoudre les malentendus ou différends théologiques, mais aussi prier ensemble, et agir ensemble. Cette insistance a-t-elle donné un nouveau souffle à votre action?
On ne peut pas parler de dialogue théologique sans des relations fraternelles. Nous distinguons l’œcuménisme de la vérité et l’œcuménisme de l’amour et de la charité. L’œcuménisme de la charité, c’est le fondement de tout. C’est ce que le Saint-Père veut protéger et promouvoir. Je me souviens de la première audience que j’avais eue avec lui lors de son entrée en fonction. Je lui avais demandé: «Qu’est-ce que vous attendez de moi?» Et il avait eu une seule parole: «Fraternité.» Et il use souvent de ces trois paroles, «marcher, prier et collaborer ensemble». C’est pour lui très, très important.
Aviez-vous déjà une relation personnelle avec le cardinal Bergoglio avant son élection comme souverain pontife?
Non, mais j’avais des informations le concernant sur son travail à Buenos Aires. Et puis j’ai eu la possibilité de le rencontrer durant la première semaine des congrégations générales avant le conclave. On avait discuté de la situation de l’Eglise sur tous les continents. Il avait parlé. Très fortement. Et on s’était rencontrés aussi pendant les pauses et pendant les repas, ça a été très important. J’ai été très ému quand il a été élu pape. Dans la chapelle Sixtine, quand j’ai voulu me présenter, il m’a dit: «Merci pour tout ce que vous faites pour l’œcuménisme.» Il savait déjà exactement ma fonction ici au Vatican.
Comment voyez-vous votre travail pour le dialogue religieux avec les chrétiens non catholiques et avec les juifs? Faites-vous davantage de la théologie ou de la diplomatie?
Lorsque Benoît XVI m’a appelé pour venir à Rome, j’ai pensé que je n’allais faire que de la théologie. Mais j’ai fait l’expérience que 60% de mon travail, c’est de la diplomatie, des relations œcuméniques fraternelles. C’est très important de rencontrer les personnes et d’approfondir les relations amicales.
Vous avez un bilan extraordinaire sur le plan diplomatique, le rapprochement de Cuba et des Etats-Unis, la rencontre du patriarche Kirill avec le pape…
Mais vous exagérez mon travail. C’est le Saint-Esprit qui le fait, nous sommes seulement des instruments.
Tout de même, vous avez une force de conviction et de dialogue…
Il faut aimer les hommes, les représentants des Eglises. Les apprécier. Et être ouvert, car l’élément décisif de l’œcuménisme, c’est l’échange des dons, l’échange des idées. Chaque Eglise a un don particulier pour contribuer à cette unité des chrétiens, un don d’être en contact. Le dialogue entre l’Eglise catholique et les autres Eglises, c’est un très grand défi.
Un mot sur les chrétiens d’Orient…
Ce sont les deux grands pouvoirs des Etats-Unis et de la Russie qui doivent trouver des chemins. La situation en Syrie est horrible. Nous devons tout faire pour accueillir tous les réfugiés qui viennent. Mais nous devons aussi aider à ce que les hommes ne deviennent pas des réfugiés. C’est notre devoir primordial et aussi la prière. J’ai visité deux camps de réfugiés en Jordanie et en Grèce. Et tous m’ont dit: «Ne nous oubliez pas. Priez pour nous.» Je pense qu’il faut approfondir cette réalité spirituelle.