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Jean de Gaza est l'homme de son oeuvre. De cet auteur, on connait uniquement ce que l'unique manuscrit à l'avoir transmis (le même codex qui contient la célèbre Anthologie Palatine) nous en dit - qu'il était professeur de lettres et poète de circonstances - et, par recoupements avec d'autres auteurs de la même période, que son activité avait pour cadre la Gaza byzantine du premier quart du VIe siècle de notre ère.
À côté d'une production poétique de moindre importance (six petites poésies anacréontiques en ont été conservées), son grand oeuvre s'intitule la Description du Tableau cosmique. Il s'agit d'un long poème en grec de 732 vers qui ressort de la catégorie rhétorique de l'ekphrasis ou description circonstanciée dans un style élaboré. Ce texte est l'unique témoin de l'existence et de l'apparence que pouvait avoir une oeuvre d'art, désormais disparue, de cette époque : une vaste composition iconographique qui ornait l'un des édifices publics de bains de cette ville opulente. La sophistication du poème rend compte de la complexité d'une telle fresque. Jean décrit ainsi quelque soixante personnifications réparties en douze groupes. Pour chaque figure, il livre également une exégèse. Derrière la logique utilitaire de commande d'un discours encomiastique par les édiles locaux, le poète se révèle aussi philosophe. Dans ce milieu chrétien, en présence probablement de l'évêque, la déclamation publique du poème mêle références théologiques et philosophiques spécifiquement issues des oeuvres du néoplatonicien Proclus, le tout pour rendre compte d'une oeuvre d'art de tradition hellène - pour ne pas dire " païenne ". Ambitieux par son contenu, ce poème l'est tout autant par sa forme : outre les 29 trimètres iambiques, trait de composition caractéristique de l'époque et que l'on retrouve aussi dans la tradition papyrologique de tels textes, Jean compose les 703 hexamètres qui constituent le corps du poème dans le style " moderne " illustré par le poète égyptien Nonnos de Panopolis dans ses Dionysiaques et la Paraphrase de l'Évangile de Saint Jean qui lui est attribuée.
Le présent ouvrage propose une nouvelle édition critique du texte grec fondée sur l'examen de l'ensemble des manuscrits (le Palatinus et ses apographes) et des éditions qui est appelée à remplacer celle que Paul Friedländer avait fait paraître chez Teubner en 1912. Le texte est équipé d'un apparat faisant état des différentes leçons critiques ainsi que des fontes et des testimonia. La première traduction intégrale du poème dans une langue moderne - le français - est donnée en regard du texte grec. Le texte est présenté dans une introduction qui met en lumière le contexte historique, les enjeux littéraires, l'histoire de la tradition et les principes de cette édition. Des notes de commentaire viennent préciser les points saillants du texte tant du point de vue philologique, lexical et stylistique qu'au niveau de l'interprétation, en tenant compte de la problématique principale qu'est l'interaction entre le poème et l'oeuvre d'art. Enfin, des annexes variées viennent compléter l'ensemble (lexique, listes diverses, bibliographie, indices).