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12/03/2017
Je l'aime, parce qu'elle ne cherche pas à parler la première, ni ne s'oblige à terminer une conversation.
Elle n'a pas besoin de clôture ou de panneaux d'orientation.
Je l'aime, car elle ne se sert pas de la parole comme d'un burin ou d'un marteau, mais comme si elle en était travaillée. Elle est l'outil de la parole, sa propre finalité. Elle ne communique pas, elle délivre. Elle ne convainc pas, elle offre.
Je l'aime, parce qu'elle se laisse travailler par celui qui s'en approche, s'affine à son contact, agrandit celui qui la cherche. Pour sa confiance, sa quête d'authenticité. Parce qu'elle sait se laisser trouver, je l'aime.
Je l'aime, parce qu'elle me donne le sentiment d'être toujours au commencement du commencement, au tout début, et que la source est toujours de biais.
Je l'aime, parce qu'elle ne cherche ni à dominer ou contrôler, à rameuter ou refuser. Parce qu'elle n'a rien de chiche, de comptable, de rétréci ou rabougri; rien de la meute ou du clan, du badge, du code-barre, ou code d'entrée.
Je l'aime, parce qu'elle n'a ni nation, ni drapeau, ni troupes à son service, mais sert les plus détraqués et démunis: les lunatiques, les sensibles, les rêveurs, les épuisés: nous tous. Parce qu'elle est toujours un don, une gratuité, une présence et une option.
Je l'aime, parce que la parole ne lui appartient pas. Elle l'accueille seulement, la relaie. Quand elle en est parcourue, tout le monde le ressent, c'est un frisson. La parole la traverse simplement. Elle va son chemin. Elle n'accapare rien.
Elle ouvre sa maison comme si elle s'étonnait qu'on puisse s'arrêter chez elle, y trouver un intérêt quelconque. Elle illumine tout, le plus simple le plus quotidien. Elle a sûrement préparé la table, pris soin de son intérieur, décoré joliment les choses, déposé quelques fleurs sur le rebord de la fenêtre, mais la parole aurait aussi pu ne jamais venir. Parfois elle se moque des maisons trop bien rangées.
Je l'aime, parce qu'elle peut attendre sans impatience et donner sans recevoir. Elle est un souffle, un nid pour l'innomé. Parfois rien ne vient. Ce n'est pas cela qui importe. Elle permet de retrouver ce qui est perdu.
Je l'aime, parce qu'elle reconnaît les larmes, les rires, les silences, les prières et les insomnies comme le pouls du monde.
Je l'aime, parce qu'elle sait accueillir et dire au-revoir à la parole sans s'y attacher, comme si elle la connaissait depuis longtemps et ne s'étonnait plus qu'elle vienne ainsi, à petits pas, à bas bruit, comme un oiseau, un animal de la forêt, bouleverse tout parfois. Je l'aime parce qu'elle connaît la profondeur de la perte. Je l'aime parce qu'elle peut tout reprendre, chambouler.
Elle découvre ce qui la visite, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, avec l'innocence de l'enfant. Elle sait que les horloges des humains n'ont pas le dernier mot sur le temps. Je l'aime, parce qu'elle ne retient rien, ne contrôle pas, ne planifie jamais.
Je l'aime, parce qu'elle connaît la liberté, le vertige et le désir, et qu'elle refuse l'imposition. Elle sait de quoi est faite la peur.
Je l'aime, parce qu'elle sait dire l'amour, le silence et la mort, qui sont toute la vie.
Je l'aime parce qu'elle sait se passer des mots aussi, se faire note, oscillation, arbre, couleur, ou simple son.
Je l'aime, enfin, parce que je crois qu'elle nous survit, nous dépasse et nous agrandit; parce qu'elle est l'absence la plus présente qui soit.
La poésie.
Photo : Eric Roset www.eric-roset.ch
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23/07/2013
Aller aux blogs, c'est un peu comme se rendre aux champignons. On ne sait jamais ce que l'on va y trouver, ni ce que l'on va en ramener. On pourrait y passer une partie de la journée en flânant, l'air distrait, l'oeil vague, sans y dénicher rien de bon, sans rien y voir ni avoir à se mettre sous la dent. Pire, il en est des blogs comme de certains bolets, comestibles seulement en apparence mais qui pèsent ensuite sur le ventre. S'il y a des bons coins pour champignonner, il en est certainement de même pour les blogs. Il y a les bonnes adresses. Il y a aussi des lieux de désert; la tentation demeure pourtant d'y retourner. N'avais-je pas trouvé une fois une morille là même où toujours je retombais sur... rien ? - Une amanite? Ah misère, même les empoisonnés je commence à les prendre en affection. Ils ont le mérite de pousser, de persévérer, de s'inscrire dans ce paysage lunaire. Blogosphère ou mycophilie: même combat!
Il en est des blogs comme des bolets. Bolets-de-fiel, bolets fissurés, bolets des charmes, mous, rose pourpre, rudes, pruineux, et même satan.... la cartographie des blogs ressemble aux taches crèmes sur les amanites tue-mouche. Et si je vais au blog comme aux champignons, afin de prendre l'air, de l'altitude, y creuser quelques idées, traverser des thèmes comme des sentiers en forêt, je me retrouve souvent à quatre pattes à chercher l'invisible dans des taillis obscurs.
Il y a une injonction sur le site de la TDG à l'écriture du blog :"Une note par semaine c'est bien! plus c'est mieux!" On est proche des prescriptions intimant 5 légumes et fruits par jour (et les champignons c'est quoi alors?) Précepte rempli de bon sens. Pourtant, les blogs ne sont pas bons pour la santé, j'en ai la preuve. Deux amis comparaient leurs nombres de visites et leurs statistiques comme gamins nous comptions nos billes. Dis: "combien de pages vues chez toi? - trois mille. Trois mille, ah la vache! et toi ? Moi: deux mille seulement. Ah, c'est peu. Oui, c'est peu, tu l'as dit..." Ils comptent leurs clicks comme d'autres leurs like sur facebook. Ils comptent leur visites comme d'autres leurs amis sur un site de rencontre.
J'aime les blogs. Parce que l'écriture. Parce que dire. Parce que l'autre. parce que l'on s'y échine, échoue, heurte, s'y confronte, dans la langue. Certains auront le plaisir d'apparaître dans l'édition papier du lendemain, comme sur un menu du jour, d'autres seront mis en exergue sur la carte du site. Par quels ressorts cachés certains sortent des broussailles alors que d'autres restent tapis sous les feuilles? Nul ne le sait. C'est la main invisible de la rédaction, tel un nuage de Tchernobyl, qui en agrandit certains, en rapetisse d'autres. Et si tout est bon dans le champignon, il n'en est pas autrement dans les blogs, il suffit d'avoir l'estomac costaud, un bon canif pour la découpe, et un solide coup de fourchette pour la dégustation.
J'aime les blogs comme d'autres leurs paniers leurs canifs. Quelques conseils: faut surtout pas faire trop long. Non. Surtout pas. Faut être bref. Oui, bref, absolument. Percutant? Oui: per-cu-tant! Coller à l'actu'? Oui, coller à l'actu, radicalement. Râler? Non, râler ça suffit, basta, et si on essayait plutôt la marche buissonnière? Coupe moi le pied de ce bolet hideux, enfin, de ce blog gluant - ok?- ok! il faut faire comme cela. Oui, comme cela, tu vois? Ah bon.
On peut rire de tout? Pas sûr. Mais écrire? Assurément....Vote électronique le doute, pour sauver une ruche, l'expertisme nous gagne, la messe est dite, la Syrie un conflit oublié, Suisse scandale des enfants parias, conservons l'armée de milice (beurk), rendez le ciel aux oiseaux! Geneva airport: pay to jump the queues, Kate et Williams: naissance du royal baby. Voilà pour la récolte du jour. Merci.
Je blogue donc je suis. Et je crois que je suis tombé bien blog. Toi tu me réponds, mais non, depuis quelque temps tu planes, mais j'ai bien aimé ce que tu as écrit sur la soupe aux champignons. Même si je n'ai pas tout compris, fallait oser.
Tu n'as pas tout compris?
Non.
Ah, dommage.
Pas grave. Mais un peu long quand même.
Un peu long?
Oui, mais c'était bon.
C'était bon?
Oui.
Ah. Merci...