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L'industrie, ou secteur industriel, n'est pas définie partout de la même manière. L'OCDE en retient une définition large, qui comprend l'ensemble de l'industrie manufacturière, artisanat inclus, les industries minières et autres activités d'extraction, le secteur du bâtiment et des travaux publics, ainsi que l'énergie et l'eau. Dans cette acception, il se confond avec le secteur secondaire tel que défini par l'Office fédéral de statistique (OFS).
Pour en mesurer l'importance et l'évolution, on recourt généralement aux données sur les professions et l'emploi qui, en Suisse, font partie intégrante des recensements fédéraux de la population depuis 1860. Pour les années antérieures, on en est réduit à des estimations et même les premières statistiques officielles (1860, 1870) doivent être interprétées avec prudence. A partir de 1880 et 1888, leur qualité s'améliore beaucoup.
Un autre critère de mesure est celui des valeurs produites. Mais la pénurie de données fiables à ce sujet représente un sérieux obstacle. En l'absence d'une statistique officielle de la production industrielle (valeurs brutes, valeurs ajoutées) avant la Deuxième Guerre mondiale, seules sont disponibles des estimations rétrospectives, souvent privées. Des indicateurs de production sont élaborés par l'OFS depuis 1965 et 1975 sur la base d'enquêtes par échantillonnage. Quant à la statistique de la valeur ajoutée par branche, les principales enquêtes remontent à 1949.
Parmi les pays développés (Europe, Etats-Unis), la Suisse se distingue par un secteur industriel fort pourvoyeur d'emplois vers 1880 déjà (40% des personnes exerçant une profession, pour quelque 20% aux Etats-Unis, 30% en Allemagne, mais 50% au Royaume-Uni). Et c'est encore le cas vers 1960 et 1970 avec 46 à 48,5% de la population active, alors que les pays européens de l'OCDE voient leur secteur secondaire se stabiliser autour de 38% (entre 1960 et 1973). En Suisse, la tertiarisation différée, c'est-à-dire le prolongement d'une structure où l'industrie reste le principal employeur, s'explique notamment par l'afflux massif d'ouvriers étrangers après la Deuxième Guerre mondiale: c'est en effet une période d'expansion économique sans précédent, induite par la demande de biens et services des pays voisins en pleine reconstruction et par les besoins intérieurs en infrastructures (construction de routes nationales et, surtout, de logements en raison d'un important accroissement démographique). Après 1970, l'industrie perd sa position dominante pour n'occuper plus que 23,7% de la population active en 2005 (Population active occupée).
|Année||Pourcentage|
|1800||26,3%|
|1850||32,4%|
|1860||35,2%|
|1870||38,0%|
|1880||40,3%|
|1888||40,6%|
|1900||43,6%|
|1910||44,1%|
|1920||42,9%|
|1930||43,2%|
|1941||43,3%|
|1950||45,3%|
|1960||48,5%|
|1970||46,0%|
|1980||39,4%|
|1990||31,6%|
|2005||23,7%|
En valeur ajoutée (estimations), le secteur industriel représente dès les années 1860 quelque quatre dixièmes du PIB, ravissant à l'agriculture sa place prépondérante jusqu'en 1858. Cette part progresse légèrement, évoluant entre 40 et 45% du PIB jusqu'au milieu des années 1970, pour décliner ensuite. Tout comme pour les données sur l'emploi, l'estimation des valeurs ajoutées semble attester la grande stabilité du secteur industriel de la fin du XIXe s. jusqu'aux années 1970.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat
L'importance de l'industrie en Suisse s'explique par le caractère extraverti de son économie: par la nécessité de développer des activités de transformation rémunératrices qui puissent procurer au pays les créances sur l'étranger nécessaires au financement des importations les plus vitales. Comme dans le cas d'autres petits pays faiblement dotés en ressources naturelles, le modèle d'industrialisation de la Suisse repose avant tout sur la formation d'une industrie orientée vers les marchés extérieurs, achetant et écoulant à l'étranger matières premières et produits finis. Le secteur "international" reçut des impulsions majeures au temps du Refuge huguenot (Réfugiés protestants) avec l'implantation dans certaines régions d'activités fortement tournées vers l'exportation, florissantes au XVIIIe s. dans le cadre des structures protoindustrielles (industries de la montre, de la soie et du coton, Fabrique, Protoindustrialisation). Au XIXe s., la croissance du commerce extérieur helvétique joue un rôle crucial dans le développement du secteur industriel, qui connaîtra encore une autre forme d'internationalisation au seuil du XXe s.: la multinationalisation des grandes entreprises suisses (Multinationales).
L'importance des industries d'exportation (Economie d'exportation) pour l'économie nationale et l'abondante littérature qui leur est consacrée occultent cependant tout un pan de l'activité économique: le secteur domestique, vivant dans l'ombre des premières et parent pauvre de la recherche historique. Il comprend les industries et les artisanats dont la croissance et les transformations répondent principalement aux besoins intérieurs: construction, industries de la pierre, du bois et du papier; industries alimentaires (Meunerie, Brasserie, Conserverie, etc.) et de l'habillement (Tannerie, Industrie de la chaussure); armement (production et commerce d' Armes); activités extractives enfin (Mines, Salines). Parfois présenté comme un secteur traditionnel, peu innovateur et supposé stagnant, le secteur industriel interne exerça toutefois un rôle grandissant dans la croissance économique helvétique, avec l'avènement des chemins de fer dès le milieu du XIXe s., puis de l'électricité industrielle (production d'énergie, construct de centrales et de barrages, Energie hydraulique), d'autant plus que ses branches les plus dynamiques allaient aussi se tourner vers l'exportation.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat
Tout au long du processus d'industrialisation, la structure du secteur secondaire s'est considérablement modifiée. C'est d'abord le recul irréversible du travail à domicile, très répandu dans l'industrie textile et l'horlogerie au XIXe s., et celui des métiers artisanaux, dont certains d'ailleurs se muent en industries (les branches de l'alimentation par exemple). C'est surtout le changement du poids relatif d'une série de branches, provoqué par les modifications de la demande dans les pays développés, principaux partenaires commerciaux de la Suisse, en faveur de biens de consommation et d'équipement incorporant plus de savoir-faire technique et de connaissances scientifiques. Les transformations de la demande intérieure en Suisse ont exercé un même effet: accroissement démographique et élévation du niveau de vie ont stimulé la diversification industrielle.
De cette évolution, le trait le plus caractéristique réside dans le glissement des activités à productivité déclinante (les industries légères de consommation, comme le textile et l'habillement, dominantes au XIXe s.) vers les nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée: l'industrie chimique, l'industrie des métaux (Métallurgie) et la construction mécanique (machines, équipement électrique puis électronique, mécanique fine, optique, montres, industrie des machines). Tout comme les branches pilotes de la modernisation au XIXe s., cette nouvelle génération d'industries et de firmes est fortement dépendante des marchés extérieurs. Au début du XXIe s., les PME (petites et moyennes entreprises) occupent une place non négligeable dans les secteurs à forte valeur ajoutée, en occupant ou cherchant à occuper des niches de haute technologie où la concurrence mondiale est faible.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat