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Godfrey Newbold Hounsfield, scientifique britannique, prix Nobel de médecine 1979 pour l'ensemble de ses travaux ayant permis la mise au point et le développement des scanners, est mort, jeudi 12 août, dans un hôpital de Kingston upon Thames (Surrey) à l'âge de 84 ans. Il n'est plus guère besoin, aujourd'hui, de souligner à quel point le scanner a constitué une véritable révolution de la pratique médicale. Il n'est pas inintéressant en revanche, avec l'aide des nécrologies des principaux quotidiens britanniques, de se pencher sur les enseignements du parcours pour le moins atypique de celui qui laissera son nom étroitement attaché à cette technologie.Né le 28 août 1919 près de Newark dans le Nottinghamshire, Godfrey Newbold Hounsfield est le cinquième enfant d'un ancien ouvrier métallurgiste devenu fermier au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il dira plus tard les délices qui furent ceux de son enfance dans la campagne anglaise et la ferme de son père, terrain de jeux idéal pour ce petit bricoleur. Le jeune Hounsfield se passionne notamment pour la mécanique électrique des machines agricoles de son père. Entre 11 et 18 ans, il multiplie les expériences, construit ses propres machines électriques et ne fait pas l'économie des accidents qui menacent les jeunes bricoleurs maniant des substances explosives. C'est ainsi que, curieux de voir à quelle altitude peut s'élever un projectile propulsé par de l'acétylène, il manque de disparaître avec l'ensemble de son dispositif.Cette passion dévorante pour la mécanique et l'invention ne l'aidera guère à briller à l'école de Newark où seules l'intéressent la physique et les mathématiques. Un premier emploi fort modeste dans le bâtiment et le début de la Seconde Guerre mondiale voit Hounsfield, également passionné par les avions et leurs moteurs, tout faire pour s'engager dans la Royal Air Force. Encouragé à étudier la mécanique radio, il passe un premier examen avec brio et passe le reste de la guerre en tant qu'instructeur, d'abord au Royal College of Science de Londres puis à la Cranwell Radar School. Après la guerre, une bourse lui permet de parfaire sa formation technique au sein de la Faraday House Electrical Engineering.En 1951, Hounsfield rejoint le groupe industriel EMI où il travaille d'abord sur les questions relatives aux radars et aux armes téléguidées. C'est toujours au sein de ce groupe qu'il commence, à partir de 1958, à se passionner pour les techniques émergentes de l'informatique. Il participe alors activement à la mise au point de l'Emidec 1100 le premier ordinateur géant, entièrement transistorisé, construit en Grande-Bretagne ; ordinateur qui ne rencontrera pas le succès commercial que ses concepteurs espéraient. La division ordinateur sera d'ailleurs dissoute en 1962 et Hounsfield transféré au laboratoire central des recherches d'EMI. Nous sommes en 1967 et, engrangeant les premiers dividendes inattendus du succès planétaire des Beatles qu'elle produit, EMI laisse Hounsfield poursuivre les recherches de son choix. C'est alors que ce génial inventeur perçoit tout l'intérêt de combiner les fonctions d'un tube à rayons X mobile avec le traitement informatisé des informations ainsi recueillies.Il a décrit un système complet de scanographie dans sa demande de brevet en 1968, et le brevet a été accordé quatre ans après, le Nobel onze ans plus tard. Le corps médical apprend ainsi, subjugué, à découvrir les images de tissus ceux du cerveau notamment que la radiographie classique ne parvenait pas à saisir. Organisant sa technique de telle manière à offrir aux radiologues la reconstitution imagée et informatisée des structures anatomiques du corps humain au travers de coupes d'une épaisseur de quelques millimètres, Hounsfield poursuivait et amplifiait la révolution engagée par le physicien allemand Wilhelm Conrad Röntgen, prix Nobel de physique 1901 à partir de l'usage médical des rayons X. Il préparait aussi le terrain à cette autre révolution diagnostique que devait être le développement de l'imagerie par résonance magnétique nucléaire. Il serait injuste de ne pas rappeler qu'à la fin des années 1960 d'autres chercheurs songeaient aussi à concrétiser ce mariage technologique. C'était notamment le cas aux Etats-Unis d'Allan Cormack, d'origine sud-africaine, qui partagera avec Hounsfield le prix Nobel de médecine en 1979. Pour autant, c'est bien le talent inventif et le pragmatisme d'Hounsfield qui permit la mise au point des premiers scanners.Outre le prix Nobel, Hounsfield devait recevoir de nombreuses récompenses, la moindre n'étant pas pour ce non-diplômé une élection à la société royale en 1975. Il fut anobli en 1981.Le jour où on lui décerna le prix Nobel, Hounsfield a donné ce conseil aux jeunes chercheurs : «Ne vous inquiétez pas trop si vous ne passez pas d'examens, à condition que vous vous sentiez certains d'avoir compris le sujet.» Anobli en 1981, ce chercheur hors norme ne modifia guère son comportement. L'inventeur des premiers scanners resta toujours célibataire et économe, menant une vie quelque peu bohème. Il ne deviendra propriétaire d'une résidence permanente qu'après 60 ans et, toujours passionné de sciences et d'inventions, consacrera une partie du montant de son prix à la création d'un petit laboratoire personnel à son domicile. La boucle inventive était bouclée avec les premières expériences conduites dans la ferme de son père.