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La SSR a décidé cette année d'inclure les Suisses de l'étranger dans son sondage pré-électoral. Elle compte ainsi obtenir plus d'informations sur la participation de ce groupe de Suisses bien particuliers - que l'on nomme "cinquième Suisse" - dans la vie politique helvétique.
Que ce soit pour des raisons professionnelles, économiques ou de formation, de nombreux Suisses décident ou sont forcés de quitter la patrie. Selon l'Office Fédéral de la Statistique, ils sont ainsi 752'000 à avoir quitté le territoire, soit près de 11% de la population totale à fin 2017. Un pourcentage conséquent si on le compare à celui de nos voisins comme la France qui ne compte que 3% d'expatriés, ou l'Allemagne avec 7%. Pour ce qui est de la répartition, 62% des Suisses de l'étranger vivent en Europe, principalement en France.
Alors que la SSR s'interroge sur les raisons de la faible participation des Suisses expatriés aux élections cantonales et surtout fédérales, se pose la question des droits politiques de cette catégorie non négligeable de la population. Chez nos voisins, la France accorde le droit de vote à tous ses citoyens de manière quasiment inconditionnelle. Quant à l'éligibilité, ces Français disposent d'une représentation au sein du Sénat. L'Allemagne est en revanche plus sévère car les Allemands doivent avoir passé au moins 3 mois continus dans leur patrie depuis l'âge de 14 ans pour pouvoir voter, ils doivent en outre ne pas avoir quitté l'Allemagne depuis plus de 25 ans.
Chez nous le droit de vote est possible tant pour les objets fédéraux que cantonaux. Le droit d'éligibilité est reconnu mais il a fallu attendre 2015 avant d'obtenir une représentativité des expatriés à Berne, et c'est bien heureux car les mauvaises surprises commençaient à pleuvoir! Lors des dernières élections au Conseil National, le diplomate Tim Guldimann est le premier conseiller national à représenter les Suisses de l'étranger, il démissionne malheureusement en 2018.
Quel est l'intérêt à avoir un ou une représentant/e de la cinquième Suisse au Conseil National? Pour les résidents en Suisse, mise à part une vision plus vaste et ouverte sur le monde extérieur, pas grand chose. En revanche, c'est une richesse énorme pour les expatriés qui peuvent, à travers cette représentation, faire entendre leur voix et défendre leurs droits. Car priver les citoyens de leurs droits politiques revient à les arracher une deuxième fois à leur patrie et à compliquer leur retour en Suisse. Ceci est valable aussi bien pour les retraités qui décident de revenir au bercail que pour les étudiants ou les chercheurs qui peuvent faire profiter la Suisse de leurs connaissances. En bref, remettre en cause ces droits risque de nous isoler et d'affaiblir notre compétitivité.
Il faut surtout veiller à ne pas couper l'herbe sous ses pieds car la restriction des droits politiques de la cinquième Suisse peut être irréversible. Et face à un monde du travail en constante mutation, la mobilité doit rester un droit non pénalisant.