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Critique
"CHRONIQUE D'UNE DISPARITION (1996) est le premier film d'Elia Suleiman, cinéaste palestinien à qui l'on doit déjà INTERVENTION DIVINE, Prix du Jury à Cannes, en 2002 (CF n. 446). Le film qui sort aujourd'hui est moins connu, mais on y trouve déjà tout ce qui fera l'originalité de son second long métrage.
CHRONIQUE D'UNE DISPARITION s'articule en deux parties. Dans Nazareth - Journal intime Suleiman filme ses parents, ses proches, tous arabes en Israël. Leurs témoignages, leurs remarques viennent de l'intérieur du pays, du centre des événements. Dans Jérusalem - Journal politique, second chapitre, sont abordées des questions plus graves. Le regard est porté cette fois-ci de l'extérieur: Suleiman - qui a vécu à Paris, Londres et New York - occupe la place de l'observateur, du médiateur, en même temps qu'il s'interroge sur sa propre identité.
C'est ce double regard et ce jeu de cache-cache qui font l'originalité d'un film fonctionnant sur un constant décalage, souvent sur le mode de l'humour - ""la politesse du désespoir"" -, et jouant aussi la carte du contraste. Un film qui s'aventure parfois jusqu'aux frontières du loufoque et de l'absurde.
Dans la seconde partie de cette chronique, Suleiman joue lui-même le rôle d'un cinéaste qui revient dans son pays tourner un film sur la population arabe vivant en Israël. Le réalisateur se présente comme un personnage singulier, un peu absent, rêveur taciturne et mélancolique, comme à la recherche d'une explication, d'une image, d'un incident révélateur à capter.
CHRONIQUE D'UNE DISPARITION n'est pas un film politique sur le conflit israélo-palestinien. Il se situe entre fiction et documentaire, entre passé et présent, entre cocasserie et gravité. Il ressemble à une suite de tableaux sans liens apparents, à une série d'instantanés souvent insolites et d'images qui paraissent volées au quotidien. A la fois poème engagé et réflexion burlesque sur la situation des Arabes en Israël, le film déroute, il oblige le spectateur à un effort constant de remise en place des images qui lui sont proposées.
Tout n'est pas toujours très clair dans le film de Suleiman, qui joue le plus souvent sur la métaphore. On souhaiterait parfois découvrir un petit fil rouge... Si la bande-son est très étudiée, les dialogues sont rares et peu explicites (on est proche du cinéma muet). Reste à se demander de quel manque, de quelle ""disparition"" Suleiman veut bien parler. Celle de la Galilée où il est né? Celle de la signification à donner aux événements? Celle d'une coexistence possible? ""A mes parents, ma dernière patrie..."": le film se clôt sur ces quelques mots, qui traduisent tristesse et colère."
Antoine Rochat