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Mousquet de tir à silex 1668
Très long mousquet de tir à silex 1668 France
Cette arme numéro D 23 de notre inventaire a été fabriquée et utilisée pour les compétitions dites : « du tir à l’oiseau ou papegay». Ce tir est un exercice qui consiste à essayer de faire tomber un oiseau juché au bout d’une perche plantée en terre et haubanée au milieu dans un champ, ou fixée à une tour d’un rempart, voire d’un bâtiment fortifié, les tireurs tiraient debout le dos appuyé contre une poutre pour se stabiliser quand l’oiseau était très haut. Pratiqué par les archers d’abord, puis par les arbalétriers et enfin par les arquebusiers, il faisait partie d’un cérémonial. Ces joutes, organisées dès le XVIe siècle ont opposé les armes de jet entre elles, puis les arbalètes aux armes à feu. Ces compétitions ont eu beaucoup d’attrait et de succès car ces spectacles donnaient lieu à des fêtes animées, le vainqueur recevant un prix important. La compétition se terminait quand l’oiseau tombait. Dès le XVIIIe ces tirs à l’oiseau furent organisés entre membres d’une Abbaye ou d’un Exercice tous tireurs à l’arme à feu.
Dans l’Histoire d’avant l’ère chrétienne, cette tradition du tir à l’oiseau faisait partie de la vénération « cultuelle » de l’oiseau : colombe, pigeon ou roitelet, qui pour les hommes d’alors, était des ambassadeurs du ciel, car plus près des Dieux. Ils pouvaient s’entremettre entre la terre et le ciel. La ritualisation de ce tir sacrificiel qui accompagnait les cérémonies des grandes funérailles des Rois et des Reines nous entraîne loin de ce tir pratiqué au Moyen Age, mais il y puise son origine. A cette tradition vont survivre à l’ère chrétienne des pratiques semblables de tirs sacrificiels mais aussi des tirs organisés aux cours de fêtes qui vont avoir lieu au printemps. Ce n’est que vers 1300 que l’oiseau vivant va être remplacé par une effigie en forme d’oiseau, en bois puis progressivement en métal.
Le tir à l’oiseau se perpétuait dans les Sociétés de tir de toute l’Europe, dont l’origine peut remonter aux Croisades que les Chrétiens d’Europe avaient menées contre les occupants des lieux saints de Jérusalem. Ces Croisades ont duré de 1096 à 1254. Les armées « indigènes » avaient employé avec succès des armes de jet principalement, arcs et arbalètes qui ont démontrés leurs supériorités à défendre les forteresses menacées grâce à l’emploi de groupes de tireurs.
Ces succès vont permettre à ces armes de se répandre dans toute l’Europe, ceci malgré des interdits de l’Eglise. C’est une révolution car les armes de tir viennent ternir un peu de l’image du Noble Chevalier toujours vainqueur à cheval armé de sa cuirasse et de son épée. Donc ces troupes nouvellement constituées, d’archers et d’arbalétriers, puis d’arquebusiers vont avoir des lieux de tir et vont former des forces nouvelles aux tâches précises modifiant la stratégie de défense des villes fortifiées. D’autre part, ces tireurs regroupés dans des lieux d’une ville, vont former des groupes différents des armes de trait ou la force dominait dans la hiérarchie. Pour les tireurs il fallait d’abord une bonne vision et de l’agilité ; et pour recruter de nouveaux adeptes rien de mieux que des jeux de tirs aux armes de jets, puis aux armes à feu. De là naissent des Exercices ou des Abbayes qui vont fédérer ces tireurs sous l’égide des Saints : St. Sébastien ou St. Georges pour former des groupes important dans les cités. Dans la liste des tirs organisés par ces sociétés, le tir à l’oiseau ou au papegay est programmé au printemps et correspond au renouveau de la nature où fleurs, oiseaux et danses sont au programme…
Aux Noble Exercices de l’Arquebuse on tir au papegay c’est le coup du Roi réservé aux Citoyens et Bourgeois, a lieu le 3e dimanche après Pâque. Il est annoncé par criée, au son de la trompe et des tambours. Les Arquebusiers se rendent en groupe chez le Roi ce jour-là, puis en cortège avec lui plastronnant centre jusqu’au stand de tir de la Coulouvrenière. Le concours peut commencer alors, le Roi tire le premier, si l’oiseau tombe le tir est terminé le Roi confirmé sur son trône, sinon on continue, l’ordre des suivant est tirer au sort. Sera le nouveau Roi celui qui abattra le premier le papegay. Une cérémonie de passation du pouvoir et de la couronne suit ce tir ainsi qu’une fête où il offre à boire et à manger à tous.
Caractéristiques de cette arme :
Arme à poudre noire se chargeant par la bouche au moyen d’une baguette en bois à bout métallique se logeant sous le fût du canon.
Le système de mise à feu est à silex. Sa platine est signée de l’armurier M. Meyer à Paris, le canon porte un poinçon C. F. se référant éventuellement aux initiales de : Congrégation de France, un groupe d’armuriers formé en Touraine en 1668. C’est justement la date qui figure sur cette arme. La sous garde est garnie d’un plomb de contrôle.
Son canon seul mesure 193 centimètres de long.
Sa longueur totale est de 235 centimètres.
Son calibre est de 23 millimètres. L’âme du canon est lisse.
La munition est constituée par des balles de plomb moulées.
La crosse est en noyer protégé par une plaque de couche métallique à bouton.
L’archiviste Rémy Mattenberger.