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Il était une fois, dans le monde réel...
Pocahontas, Alice, Belle: voici la vraie vie (pas si rose) des princesses Disney
Pocahontas, une tragédie amérindienne nommée Matoaka
Au ciné
On adore l’héroïne sauvage aux longs cheveux noirs, qui n’écoute que son instinct et saute librement des plus hautes falaises rocheuses. Dans le dessin animé de 1995, Disney offre à cette princesse têtue une histoire d’amour compliquée avec John Smith, un blondinet britannique un brin arrogant.
Dans la vraie vie
Pas de raton laveur, ni d’arbre qui parle dans le monde réel (dommage!). La véritable histoire de Pocahontas date bien du XVIIe siècle, mais se distingue de la version Disney par une issue très malheureuse. En effet, le célèbre dessin aimé revisite la vie de la jeune Matoaka, fille de Wahunsenaca, le chef de la tribu des Powhatans.
L’histoire d’amour entre notre héroïne et son prétendant blond aurait été inventée de toutes pièces! Selon l’histoire amérindienne, le bateau de John Smith, un colon britannique âgé d’une trentaine d’années, aurait atteint le rivage du Nouveau Monde alors que Matoaka n’avait que dix ans. Or, le véritable John n’avait strictement rien d’un prince charmant et se serait même montré violent envers les populations natives. Dans son livre, «Histoire générale de la Virginie», publié en 1624, il avance toutefois que Matoaka lui a sauvé la vie à plusieurs reprises. Les diverses versions de l'histoire supposent donc qu'il s'était lié d'amitié avec la princesse.
Une fois adulte, bien après le départ de Mr Smith (rapatrié suite à une blessure), Matoaka doit supporter les terribles conditions de vie infligées aux populations amérindiennes durant la colonisation de l'Amérique. Mariée à l’âge de 14 ans (son mari s’appelait Kocoum, comme dans le Disney!), elle aurait été kidnappée par un autre colon prénommé Samuel Argall, qui l’aurait forcée à abandonner son enfant.
Dans son ouvrage consacré à la véritable histoire de Pocahontas, le Dr. Linwood Costalow raconte que la pauvre femme serait tombée dans une profonde dépression et aurait été violée à plusieurs reprises par ses ravisseurs, avant de donner naissance à son second bébé, Thomas.
Accrochez-vous bien, car la fin de l’histoire n’est pas plus gaie! Finalement convertie au christianisme par les colons, Matoaka est rebaptisée Rebecca et épouse John Rolfe, l’un des premiers exportateurs de tabac en Angleterre. (Il aurait même piqué les techniques de culture du peuple de Matoaka, qui excellait en la matière!) Rolfe emmène alors son épouse en Europe, où sa présence devait rassurer les politiciens britanniques, inquiets du déroulement de la colonisation.
Peu de temps après son arrivée, la jeune femme meurt subitement, quelques minutes après avoir pris un repas. Les historiens expliquent ce décès précoce par un empoisonnement. Elle n’avait que 21 ans. Son corps repose actuellement dans l’église de Gravesend (Kent), au Royaume-Uni, où une statue à son effigie a été érigée. (C’est quand même mieux dans le Disney, non..?)
Sources
The History Chicks podcast, Pocahontas
«The True Story of Pocahontas, The Other Side of History», du Dr. Linwood Costalow
Les travaux de William Strachey (1572-1621), auteur britannique ayant beaucoup traité de la colonisation anglaise en Amérique du Nord
La Belle, épouse du «monstrueux» Petrus Gonsalvus
Au ciné
Inutile de vous résumer ce célèbre conte, réadapté par les studios Disney en 2018, avec Emma Watson. Un prince transformé en bête, une théière qui parle, une rose magique... tout porte à croire que l’histoire a été inventée de toutes pièces, mais ce n’est pas tout à fait le cas!
Dans la vraie vie
L’un des contes ayant inspiré les créateurs de Disney a été rédigé en 1740 par Gabrielle-Suzanne Barbot de Villeneuve, et se base sur la vie d’un certain Petrus Gonsalvus, né en 1537 dans les îles Canaries. Ce pauvre homme est identifié comme étant le premier cas connu d’hypertrichose, une maladie caractérisée par une pilosité excessivement abondante sur tout le corps. Moqué durant sa jeunesse, il est qualifié d’«homme sauvage» et expédié en tant que «cadeau» auprès du roi français Henri II, comme on offrirait un chiot ou un singe de compagnie. Mieux accueilli qu’il l’espérait, c’est dans le somptueux palais que Petrus trouve sa place, découvre la littérature, les sciences, la vie politique de Versailles et… rencontre la femme de sa vie.
À la mort du roi, l’histoire veut que Petrus Gonsalvus soit tombé entre les mains de la reine (les versions divergent sur le nom de celle-ci, mais la plupart évoquent Catherine de Medicis). Curieuse, Sa Majesté voulut savoir ce qui se produirait si cet étrange personnage trouvait l’amour et engendrait une lignée. Elle se serait alors empressée d’organiser des noces surprises, entre Petrus et une certaine Catherine Raffelin.
Si personne ne connaît les pensées du couple, au moment de se voir pour la première fois, leur mariage semble avoir été heureux: sept enfants, dont quatre étaient atteints d’hypertrichose, ont rapidement vu le jour. Malheureusement, la descendance de Petrus dut endurer le même sort que son géniteur. Les quatre enfants souffrant de la même maladie furent également envoyés en guise d’offrandes à plusieurs nobles européens.
L’histoire d’amour de la véritable Belle semble toutefois avoir été digne d’un conte: Petrus et son épouse ne se sont quittés qu’à la mort du premier, après 40 ans de vie commune.
Sources
«The Marvelous Hairy Girls: The Gonzales Sisters and Their Worlds», de Merry Wiesner-Hanks
Le site History vs Hollywood
Alice, une muse malgré elle
Au ciné
Une jeune blondinette pleine d'imagination suit le lapin blanc dans son terrier et tombe dans un univers absurde, rempli de personnages loufoques. Elle y rencontre une armée de cartes, un drôle de chat rayé, un chapelier fou et même la reine de cœur... avant de réaliser qu'il ne s'agissait que d'un rêve.
Dans la vraie vie
Rassurez-vous, on ne va pas essayer de vous faire croire que le récit de Lewis Carroll (alias Charles Lutwidge Dodgson) est basé sur des faits réels! Cependant, son héroïne est bel et bien inspirée d'une véritable jeune fille, Alice Liddell - qui se serait bien passée de toute cette attention.
L'auteur britannique aurait choisi ce pseudonyme, afin d'assurer que ses récits pour les enfants ne soient pas rattachés à sa carrière de professeur au sein d'Oxford. Sa réputation, peu flatteuse, lui prêtait plusieurs relations amicales avec de très jeunes filles, auxquelles il envoyait des lettres et qu'il aimait beaucoup photographier....
Il serait devenu proche des trois filles de son patron, Henry George Liddell, qu'il aurait emmenées pique-niquer le 4 juillet 1862: elles s'appelaient Alice, Lorina et Edith. Alors qu'ils naviguaient tranquillement à bord d'une barque, il leur aurait raconté les aventures d'une jeune enfant tombée dans le terrier du lapin. La petite Alice n'était âgée que de 10 ans et demanda à l'écrivain de noter cette histoire improvisée, pour qu'elle puisse la relire par la suite. À ce moment-là, elle ne comprenait pas encore qu'elle était devenue une muse. Lewis Carroll passa les trois années suivantes à écrire et à perfectionner le récit qui deviendrait un succès international.
Selon la rumeur, son amitié avec la famille Liddel aurait pris fin de façon très brusque, quelques années plus tard. Plus jamais Lewis Carroll ne fut autorisé à passer du temps seul avec Alice. Cette dernière aurait vécu une vie longue et heureuse, serait devenue maman de trois garçons. Elle aurait gardé le manuscrit original de Lewis Carroll durant la majeure partie de sa vie, avant d'être obligée de le vendre.
Sources
Podcast «The History Chicks», Alice in Wonderland
«The Mysteries of Lewis Carroll», de Jenny Woolf
Blanche-Neige, une comtesse exilée?
Au ciné
Sept nains, une sorcière maléfique et une pomme empoisonnée, inutile de vous résumer ce conte de fées allemand de 1812, écrit par les frères Grimm et repris par Disney en 1937. Un classique!
Dans la vraie vie
Selon l'historien Eckhard Sander, le conte de Blanche-Neige serait basé sur la vie de Margaretha von Waldeck, une comtesse allemande née en 1533.
Sa biographie n'est pas très détaillée, mais quelques éléments familiers y apparaissent tout de même. Réputée être d'une très grande beauté, la jeune femme vivait apparemment en compagnie d'une belle-mère plutôt sévère, nommée Katharina von Hatzfeld. Selon la légende, cette dernière aurait exilé Marghareta du royaume de son père, qui possédait plusieurs mines, dans lesquelles œuvraient de jeunes enfants, choisis pour leur petite taille...
La jeune femme aurait alors traversé les Sept Montagnes («Siebengebirge»), pour aller vivre en compagnie de son oncle, au château de Valkenburg. Elle y aurait fait la rencontre de plusieurs nobles, semblant plutôt enclins à la poursuivre de leurs assiduités (possédaient-ils par hasard un destrier blanc?). Malheureusement, elle serait morte subitement à 21 ans seulement, le même âge qu'avait Matoaka, au moment de son décès! La rumeur accuse un empoisonnement, mais la fameuse marâtre était déjà décédée. Par ailleurs, l'histoire ne mentionne aucun baiser salvateur, ni le moindre prince.
Selon Sanders, les frères Grimm se seraient également inspirés d'un homme ayant vécu à la même époque et qui aurait eu pour habitude de distribuer des pommes empoisonnées aux enfants du voisinage.
Décidément, on préfère largement le Disney, ne serait-ce que pour les petits oiseaux capables de préparer un gâteau aux pommes!
Sources
«Snow White: Fairy Tale or Truth?» de Eckhard Sander (1992)
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