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“La paix est toujours en Dieu, car Dieu est la paix”
Maxime authentique de Saint Nicolas de Flue
Dès qu’une guerre éclate, la neutralité suisse entre sur le terrain des opérations. Chacun tente de la définir.
Saint Nicolas de Flue: “n’élargissez pas trop la haie qui vous entoure” ?
Toutefois, certains font résonner faussement des phrases du saint-patron de la confédération helvétique Saint Nicolas de Flue.
Avant de dévoiler ma source principale, rappelons que frère Nicolas fut béatifié en 1669. La commune de Sachseln construisit alors une église en son honneur où son corps a été enterré. Dans la suite de la fin de la seconde guerre mondiale, Nicolas de Flue fut canonisé le 15 mai 1947 par le pape Pie XII. Il est Saint-Patron mondial de la paix depuis cette date. (homélie du Pape et compte rendu de la cérémonie).
Je désire encore porter à notre attention ses quelques sentences authentiques:
“La paix est toujours en Dieu, car Dieu est la paix”.
“Les péchés publics, il faut les empêcher et s’en tenir toujours à la justice”.
“Mon conseil est que vous fassiez preuve de bienveillance dans cette affaire, car un bien en amène un autre. Si l’amitié ne parvient pas à régler le différend, alors c’est le droit qui sera meilleur”.
En nous inspirant de Nicolas de Flue, nous pouvons être certain que la neutralité est de type militaire et nullement une neutralité morale ou juridique. Tout comme Saint Nicolas fut un médiateur, le Suisse offre un terrain de dialogue entre les belligérants, une diplomatie des bons offices afin que le droit et la justice soient appliqués.
Saint Nicolas de Flue: “n’élargissez pas trop la haie qui vous entoure” ?
Par contre, la fameuse phrase : “Mes chers amis, n’élargissez pas trop la haie qui vous entoure” est trop tardive pour être crédible. Je l’ai encore entendue cette semaine à la télévision pour justifier une ligne strictement neutre.
La maxime “Machet den zun nit zuo wit” autrement dit “N’élargissez pas trop la barrière” n’est pas authentique. Elle trouve son origine en 1537 sous la plume du greffier lucernois Hans Salat*, soit 50 ans après la mort de l’ermite.
Dans son livre préféré, pendant et après le seconde guerre mondiale, le professeur de théologie et Cardinal suisse Charles Journet écrit:
“Il ne faut pas entendre trop strictement, si elle est authentique, la recommandation, toujours citée, du bienheureux à ses contemporains: cette maxime est rapportée pour la première fois par Hans Salat, en 1535, au moment où Genève s’efforçait d’obtenir l’appui des confédérés et où les cantons catholiques refusaient de reconnaître comme territoire suisse les conquêtes bernoises dans le canton de Vaud.”
D’autres citations du saint sont incertaines:
“mes chers amis, n’élargissez pas trop la clôture. Vous persévérerez d’autant mieux dans la paix, dans la tranquillité et dans l’unité. Vous pourrez conserver votre chère liberté, acquise à si haut prix”
“ne vous chargez pas des choses étrangères. Ne vous solidarisez pas avec un pouvoir étranger”.
“gardez-vous de la discorde et de l’égoïsme. Ne laissez grandir chez vous ni l’égoïsme, ni l’envie ni la jalousie ni la haine ni les factions: sinon, c’en est fait de votre puissance et de votre règne”.
“protégez votre patrie et n’en sortez pas. Ne cédez pas à la convoitise et ne partez pas à la recherche de la gloire militaire. Mais si l’on vous attaque, combattez vaillamment pour votre liberté et pour votre patrie”.
L’intellectuel suisse note: “Ces recommandations ne sont connues que par des textes trop tardifs pour que la forme en puisse être regardée comme sûre.
Quoi qu’il en soit, c’était les trahir que de les citer, pendant la seconde guerre mondiale, pour justifier le principe d’une non-intervention morale de la Suisse”.*
*Cardinal Charles Journet “Saint Nicolas de Flue”, 5ème édition (1980) pp.78-81 – Robert Durrer est un recueil monumental de documents sur Saint Nicolas de Flüe dont Charles Journet puise largement.
*Hans Salat (1498-1561), originaire de Sursee, fut chancelier du tribunal de 1531 à 1540; durant cette prériode, il écrivit sa propre histoire de la Réforme d’un point de vue extrême ou bien “trop catholique”.
Saint Nicolas de Flue, Saint-Patron de la Paix mondiale
En ce temps de guerre en Ukraine, le Saint Patron de la Paix mondiale doit être prié.
Saint Nicolas est sans aucun doute un des grands inspirateurs de la neutralité militaire de la Suisse. Depuis le XVI siècle, la Suisse n’est plus guère impliquée dans les conflits militaires. Toutefois, la guerre perdue de Marignan en 1515 et les accords de Vienne de 1815 signés à la fin des guerres de Napoléon ont un fondement historique et politique bien plus assuré.
Pour terminer, la lettre de l’ermite du Ranft aux Bernois demeure incontestablement son testament politique:
LETTRE DE FRÈRE NICOLAS AUX BERNOIS
Que le nom de Jésus soit votre salut !
Nous vous souhaitons beaucoup de bien et nous vous remercions pour celui que vous nous faites. Que le Saint- Esprit soit votre dernière récompense. Je vous remercie profondément et grandement pour votre aimable présent, car j’y reconnais votre paternel amour; et celui-ci me réjouit encore plus que le présent lui-même. Et vous devez savoir qu’il me fait grand plaisir; et eût-il été la moitié de ce qu’il est, il m’eût également contenté. S’il est question, devant Dieu et devant les hommes, de mériter votre amour, j’y mettrai toute ma bonne volonté. Votre messager s’est très bien acquitté de sa mission, et je vous le recommande. Par amour, je veux vous écrire davantage. L’obéissance est le plus grand honneur qu’il y ait au ciel et sur terre. Aussi bien, tâchez de vous obéir mutuellement.
La sagesse est le plus aimable des biens, car elle fait tout entreprendre pour le mieux.
La paix est toujours en Dieu, car Dieu est la paix et la paix ne peut être détruite, mais la discorde est détruite. Cherchez donc à garder la paix. Protégez les veuves et les orphelins comme vous avez fait jusqu’ici.
Celui dont le bonheur est plus grand sur la terre, qu’il en soit reconnaissant à Dieu, et alors son bonheur sera aussi plus grand dans le ciel. Les péchés publics, il faut les empêcher et s’en tenir toujours à la justice. Vous devez porter la passion de Dieu en votre cœur, car c’est pour l’homme la plus grande consolation à sa dernière heure.
Beaucoup d’hommes ont des doutes au sujet de la foi, et le diable en fait succomber beaucoup à propos de la foi, surtout à propos de la foi. Il ne faut pas douter (des vérités) de la foi, car elle est comme elle est. Et je ne vous écris pas parce que je pense que vous n’avez pas la foi, je ne doute pas que vous ne soyez bons chrétiens, je vous écris pour vous avertir afin que, si le mauvais esprit vous tente, vous lui résistiez d’autant mieux, en chevaliers. C’est tout.
Dieu soit avec vous !
Donné le jour de la sainte Barbe en la quatre-vingt deuxième année (1482).