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Lu par Francis Richard.
C'est sur une description, celle de l'arrivée en un lieu qui garde sa part de mystère, que s'ouvre le recueil de nouvelles "Quatre années du chien Beluga", dernier petit livre de l'écrivain Julien Sansonnens. Quelques notations, quelques éclats d'une vie passée: ainsi se présente "Au Mayen", première nouvelle du livre, qui annonce déjà la deuxième, celle qui donne son titre au livre.
Cette deuxième nouvelle constitue l'essentiel du recueil, à tel point que les deux dernières, certes liées aux deux premières par l'idée de la mort et de la maladie, semblent ne pas être à leur place ici. Prenons donc un peu de temps pour évoquer "Quatre années du chien Beluga".
On pourrait croire à une histoire personnelle, celle que l'auteur a vécue avec son chien durant quatre ans, de son adoption à sa mort, tant le regard porté sur la vie de l'animal est personnel et précis - de même que celui porté sur celui qui en est le maître. Cela dit, le lecteur ressent l'impression curieuse d'une mise à distance, suscitée à la fois par une écriture propre et soignée et par l'utilisation de la troisième personne du singulier, désignant "le maître". Entre témoignage et oeuvre d'imagination, on hésite donc.
L'auteur renvoie de l'animal une image vivante et claire, attribuant tel trait de caractère, telle habitude à son ascendance, à son passé peut-être, quitte à chercher des excuses à l'animal pour son caractère plutôt méfiant envers les humains (y compris les enfants) comme envers ses congénères, ou à relater avec un certain détachement les souvenirs d'impondérables dont Beluga a été l'instigateur gênant. Nombreuses sont les anecdotes qui reviennent à la mémoire du maître: tours appris au chien, voyages en France et plus loin.
Cela, sans oublier la série de promenades faites entre Sion et Lausanne, qui prennent dans la nouvelle l'allure d'une "super-promenade" avec le chien. Et donnent l'occasion à l'auteur de donner libre cours à son goût pour la description: le lecteur reconnaîtra les lieux dépeints, pas toujours avec aménité, par exemple lorsqu'il s'agit d'évoquer Villeneuve. Ces descriptions font écho aux photos, elles également décrites, comme autant de fragments de vie captés.
La maladie, puis le décès du chien amène des sentiments plus lourds et mélancoliques, plus complexes aussi. On peut évidemment être surpris, pour le moins, par l'éventualité, soulevée par le maître, d'un lien causal entre la naissance de sa fille et le cancer du chien: "Est-il envisageable que la naissance de l'enfant ait provoqué le mal dont souffre le chien?", s'interroge-t-il. Face au mal dont souffre le chien, se dessine, plus largement, l'impuissance du maître, qui se traduit aussi par un sentiment de culpabilité et quelques ressentiments vigoureux exprimés à l'encontre des humains: réveillé et déplacé à quatre heures du matin, un vétérinaire est ainsi considéré comme une "belle ordure".
Plus généralement, les pages de "Quatre années du chien Beluga" posent la question qu'un animal domestique peut prendre dans la vie des humains qui ont choisi de l'adopter. Ici, elle apparaît prépondérante, Beluga semblant faire partie de la famille, voire plus, tant il fait l'objet d'attentions: sa mort elle-même est ritualisée, sous la forme d'un enterrement avec ses objets préférés. Et en fin de nouvelle, le vide que laisse le chien après son décès, le silence qui s'installe, s'avèrent d'autant plus grands...
Julien Sansonnens, Quatre années du chien Beluga, Sainte-Croix, Mon Village, 2017.