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couleurs entre elles. Celles qui se touchent immédiatement paroissent être les mêmes : cependant elles different beaucoup ensuite en se graduant insensiblement. Telle étoit la délicatesse de leurs ouvrages. L'or y étoit assorti avec la soie de la manière la plus industrieuse; chacune retrace sur sa toile diverses ayentures antiques.
F A B L E I I I.
Pallas et Arachné expriment sur la toile
différentes métamorphoses.
PALLA
ALL AS peint la montagne de Mars dans Athènes, et l'assemblée des dieux, devant lesó quels elle et Neptune se disputèrent la gloire de nommer cette ville naissante. Les douze divinités étoient assises avec un air grave et sévère, et Jupiter étoit au milieu d'eux. Chacun des dieux est caractérisé, et on les reconnoît aisément sur la toile. Jupiter étoit reconnoissable à cet air majestueux qui annonce le maître du monde. On voyoit ensuite Neptune debout, frappant la terre de son trident, et en faisant jaillir un cheval; ce qui sembloit l'autoriser à donner un nom à la ville. Minerve s'étoit représentée elle-même avec son bou, clier , son carquois, sa pique, et son égide, sur laquelle étoit l’horrible tête de Méduse. Elle paroissoit donner un coup de sa lance sur la terre, et en faire sortir l'olivier chargé de feuilles et de fruits. A ce prodige, les dieux paroissoient remplis d'admiration et lui accorder la victoire. Tels étoient les sujets qu'elle avoit eu l'art de représenter.
Mais, afin de faire comprendre à Arachné ce qu'elle doit attendre de sa téméraire entreprise et de son peu
de
respect pour une divinité, elle place aux quatre coins de son ouvrage quatre métamorphoses. A l'un des angles on yoit Hémus, roi de Thrace , et Rhodope, son épouse, changés en montagnes , pour avoir osé se donner l'un à l'autre les noms de Junon et de Jupiter. Dans un autre angle paroît la reine des Pygmées , qui, ayant préféré sa beauté à celle de Junon, fut métamorphosée en grue, et fait maintenant la guerre à sa nation. Dans le troisième est la fille de Laomedon, l'orgueilleuse Antigone, qui, pour la même présomption, fut transformée en cigogne. Le
quatrième enfin offre le désespoir de Cinyras* embrassant les degrés du temple de Junon, et les baignant de ses pleurs. Pallas avoit peint des branches d'olivier qui terminoient son ouvrage, et qui, serpentant alentour, le couronnoient de toutes parts.
F A B L E I V.
Description de l'ouvrage d'Arachné.Pallas, jalouse, la frappe de sa navette et la change en araignée.
Arachné peignit l'enlèvement d'Europe. On voyoit sur la toile un véritable taureau, une mer véritable; tant elle avoit miso d'art dans leur représentation. Europe paroissoit avoir les regards tournés vers le rivage qu'elle venoit de quitter; il sembloit qu'elle appeloit encore ses compagnes à son secours, et qu'elle soulevoit ses pieds pour les garantir des flots de la
* Cinyras , roi d'Assyrie. Ses filles se vantoient d'être aussi belles que Junon, La déesse les changea en pierre, et les fit servir de degrés à son temple.
Il.
mer. Astérie s'efforçoit de résister à Jupiter changé en aigle. Le même dieu, sous la figure d'un satyre, séduisoit Antiope ; sous celle d'un cygne, il étoit auprès de Léda ; sous les traits d'Amphitryon il trompoit Alemène ; il descendoit en pluie d'or dans le sein de Danaé; il se changeoit en feu pour s'approcher d'Égine; Mnemosyne le prenoit pour un pasteur; il se présentoit à Proserpine métamorphosé en serpent.
Neptune, déguisé en taureau , surprenoit Tritogénie; ayant pris les traits du fleuve Énipée, il charmoit les yeux d'Iphimédie, dont il eut les Aloides; transformé en belier, il étoit caressé par Bisalte; en cheval, il plaisoit à Cérés et à Méduse; en dauphin, à Mélantho. Tous ces changemens étoient exprimés avec. la plus exacte vérité. Arachné n'avoit pas oublié ceux d'Apollon en berger, en épervier, en lion, enfin en pasteur à côté d'Issé fille de Macarée. Érigone saisissoit Bacchus , croyant cueillir une grappe de raisin. Saturne, caché sous la forme d'un cheval, rendoit Phillyra mère du Centaure Chiron.
Desguirlandes de fleurs, enlacées de feuilles de lierre, embrassoient tout l'ouvrage et for
lui con
moient la bordure. Cet ouvrage défioit les yeux de l'Envie même, et Pallas y chercha vainement des défauts. Tant de perfection la rendit jalouse. Dans son dépit, elle frappa trois ou quatre fois le front de la malheureuse Arachné, qui se pendit de désespoir. Pallas èut pour elle une cruelle pitié; elle la souleva
pour server la vie. Demeure en cet état, fille audacieuse , dit-elle : je veux aussi que tes descendans soient sans cesse suspendus comme toi.
En parlant ainsi, elle l'arroså du suc d'une herbe puissante, et, dans l'instant, Arachné se vit dépouillée de ses cheveux, de son nez, de ses oreilles; sa tête et son corps devinrent d'une petitesse extrême : au lieu de jambes , elle a un grand nombre de doigts longs et minces pour soutenir le poids de son ventre, dont elle fait sortir des filets pour composér encore le tissu de sa toile.