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23/05/2015
Abolissons les privilèges (une bonne fois pour toutes !)
La nuit du 4 août 1789, en quelques heures, la toute fraîche Assemblée Nationale française vote l'abolition des privilèges de la noblesse. Cette date-clé marque traditionnellement la fin de l'ancien-régime et le début de l'ère de l'égalité.
Sauf que... en lieu et place des privilèges politiques et fiscaux de la noblesse, d'autres privilèges dynastiques sont vite apparus, puisque, par le biais de l'héritage, le capital restait concentré, et tendait à se concentrer de plus en plus, dans les mains d'un groupe restreint de familles, générant par la même un ordre de classes et, de ce fait, une lutte fameuse dans la littérature politique des XIXe et XXe siècles.
Ces privilèges n'ont aucun lien avec les valeurs libérales de ceux qui continuent à les défendre obstinément. Lorsqu'on défend la valeur du travail, la récompense du mérite et la juste concurrence, on devrait se révolter de l'injustice qu'il y a à voir certains incapables héritant de fonds de commerce gratuits saboter le travail de méritants qui, d'extraction modeste, doivent lourdement s'endetter pour monter leur propre entreprise et ne peuvent régater face aux fils-à-papa.
On voit ces jours fleurir sur nos murs des affiches dégoulinantes de bons sentiments. Voulons-nous vraiment taxer de pauvres orphelins ? Voulons-nous vraiment empêcher les biens familiaux chargés de souvenirs d'être transmis ? Evidemment non. L'initiative sur les successions ne propose de taxer qu'à hauteur de 20% la part excédant les 2 millions de francs. Son acceptation garantirait encore de beaux jours aux privilèges de classe, mais permettrait un léger redressement de la distorsion de concurrence actuelle et serait un apport précieux pour l'AVS.
On a trop souvent tendance à dissocier les trois termes de la devise "Liberté, égalité, fraternité". On oublie que, le premier est un idéal qui ne peut être atteint qu'en passant par les deux derniers. Et la fraternité, c'est précisément l'idée que nous partageons tous un héritage commun de nos ancêtres, qu'il soit culturel, social ou économique. Répartir entre tous la part dénuée de souvenirs et d'émotion du patrimoine d'un défunt, ce n'est pas lui faire insulte, ce n'est pas déposséder ceux qui ont la chance de l'avoir côtoyé de son vivant, de faire partie de sa famille, c'est juste affirmer que la fraternité et l'égalité sont des passages incontournables vers une vraie société de liberté.