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Strauss a beau avoir affirmé – sans non ironie – qu’il se trouvait « tout aussi intéressant que Napoléon ou Alexandre », il ne se voyait pas dans la peau du « héros » qui titre son dernier poème symphonique. Tout au plus a-t-il admis avoir brossé le portrait d’un compositeur en lutte avec lui-même et contre ses adversaires – comprenez les critiques musicaux – et qui se retire finalement du combat, réconforté par sa compagne. Pour concevoir une telle œuvre, le musicien s’est forcément fondé sur ses propres expériences vécues, ce qui explique les nombreuses citations d’œuvres antérieures qui ponctuent le poème symphonique. Les premières esquisses de cette Vie de Héros remontent à l’été 1897 : tout en travaillant à Don Quichotte, Strauss avait fait allusion à une œuvre complémentaire intitulée Héros et Monde, traitant elle aussi du thème de l’héroïsme. Ce n’est toutefois qu’à la fin de l’année suivante qu’il a mis un point final à son dernier poème symphonique, désormais intitulé Une Vie de Héros. Si Strauss aimait à vivre en demi-teintes, cette œuvre est pour le moins haut en couleurs : le très grand effectif orchestral comprend des bois par quatre, huit cors, cinq trompettes, deux harpes et un vaste effectif de percussions. L’œuvre comprend six volets et se joue en continu, exception faite d’une interruption inattendue à la fin du premier épisode, qui brosse un portrait protéiforme du héros à travers une pléthore de motifs. Strauss a lui-même fourni des commentaires sur la portée de chacun des mouvements, mais s’est refusé à titrer ceux-ci de façon explicite lors de la publication. Cet imposant ouvrage a été dédié à Willem Mengelberg et l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, mais c’est à Francfort qu’a eu lieu la création, le 3 mars 1899, sous la baguette de l’auteur. Par la suite, Richard Strauss a lui-même réalisé plusieurs enregistrements discographiques de son ultime poème symphonique.