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Une belle voix bernoise pour Lady Macbeth
L'opéra Macbeth de Verdi/Shakespeare se donne au Stadttheater de Berne. La cantatrice Ursula Füri-Bernhard y incarne l'incandescente Lady Macbeth.
William Shakespeare écrit la tragédie de Macbeth en 1605. Il aurait été plus juste qu'il l'ait intitulée «Lady Macbeth» devant l'importance du principal personnage féminin. «Mais, à cette époque, explique Ursula Füri-Bernhard, le masculin primait sur le féminin».
Homme faible, femme forte
Reste que cette tragédie s'alimente d'un homme, le roi Macbeth, faible et incapable et d'une femme, sa reine lady Macbeth, forte et manipulatrice.
«C'est une tragédie très actuelle», s'exclame la soprano bernoise. «En ces 20e et 21e siècles, on assiste à un retournement des rôles par rapport aux siècles précédents. Aujourd'hui, le féminin tend à dominer le masculin».
Dans ce mélodrame, «Lady Macbeth contrôle tout. Même le chœur des sorcières. Et pour ce faire, elle jongle tant avec les forces du mal qu'avec celles du bien».
Grande œuvre de Shakespeare
L'œuvre est peu commune. Sans doute aussi parce que la présence du fantastique chez Shakespeare est étrangère à Verdi. Aussi, le compositeur italien s'est attaché à tracer surtout l'évolution psychologique du personnage de Lady Macbeth. C'est donc dire le poids du rôle qui repose sur Ursula Füri-Bernhard.
D'autant que Lady Macbeth sombre dans la folie. «Et finit par se donner la mort», précise Ursula Füri-Bernhard.» C'est qu'elle en a fait verser du sang, Lady Macbeth. Qui ne peut oublier que c'est sur son instigation que, pour devenir roi, Macbeth fait assassiner le roi d'Ecosse et qu'il fait tuer son ami Banquo.
Cette tragédie de l'ambition et des remords est un des sommets du théâtre de William Shakespeare. Giuseppe Verdi en compose la musique le 14 mars 1847 pour le Teatro alla Pergola de Florence.
Version fidèle à Verdi
Le Stadttheater de Berne, lui, a choisi de rester fidèle dans l'interprétation par rapport aux intentions des auteurs. «On essaie d'être proches des émotions que voulaient faire passer Shakespeare et Verdi».
Pourtant, l'entourage d'Ursula Füri-Bernhard lui avait déconseillé l'aventure. Car Lady Macbeth est un personnage peu flatteur. Et le risque de «perdre sa voix» en l'interprétant peut refroidir plus d'une chanteuse d'opéra. «Mais je me suis dit que j'avais acquis la maturité artistique pour aborder l'étendue des registres vocaux de Lady Macbeth».
La cantatrice bernoise a même profité de sa participation au Festival d'Edimbourg de l'été passé pour mieux comprendre la psychologie des personnages britanniques croqués par Shakespeare. «Qui nous sont finalement très proches. Habités par les mêmes intrigues, les mêmes désirs qui peuvent nous mener à la folie...»
swissinfo/Emmanuel Manzi
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