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Le projet d’Open Forum prend ses origines dans les protestations de plus en plus violentes de groupes altermondialistes à l’encontre du World Economic Forum (WEF). Elles contraignirent en 2002 les organisateurs à déplacer la manifestation à New York, officiellement en signe de solidarité après le 11 septembre. Pour que le forum puisse revenir à Davos l’année suivante, il fallait créer à l’intention d’une opinion publique de plus en plus critique, un lieu institutionnalisé en-dehors de la rencontre mondiale où un débat, aussi sur les sujets controversés, puisse avoir lieu. Il fallait offrir une plateforme ouverte au public à la protestation dans la rue, permettant aux participants et aux détracteurs du WEF de dialoguer. Lors d’une rencontre de religious leaders au siège principal du WEF à Cologny, Thomas Wipf et les hauts responsables du Forum entamèrent non seulement un dialogue, mais lancèrent aussi par la suite l’idée de l’Open Forum Davos. Menée parallèlement au WEF en 2003, cette série de manifestations fut organisée et réalisée à partir de 2004 en coopération avec le WEF, la FEPS et Pain pour le prochain.
Dans le contexte de l’époque, le courage dont fit preuve la FEPS en prenant cette décision ne saurait être assez souligné. Le Conseil, comme l’attestent ses discussions, prit très au sérieux le risque d’un déplacement de la contestation, du WEF vers les Églises. Et en effet, dès la première édition en 2003, l’Open Forum savait qu’il s’exposait à coup sûr aux critiques aussi bien externes qu’internes. Cependant, contrairement au WEF, la FEPS parvint à les intégrer de manière constructive dans le dialogue au sein de l’Église et sur le plan socio-politique. L’Open Forum devint ainsi une véritable école de la confrontation démocratique pour la recherche des meilleures réponses, et cela à deux titres : d’une part en faisant office de «‹living bridge› between the main Annual Meeting, critical NGOs and the local community» (WEF, Annual Report 2002/2003: Building trust, peace and reconciliation, 7), et, d’autre part en alimentant les débats internes sur la mission, le positionnement et la pratique des Églises.
Près de 2000 invitées et invités étaient admis à ce podium de trois jours, organisé parallèlement au WEF dans l’Alpine Mittelschule de Davos. Cependant, grâce à la transmission de la plupart des manifestations en direct ou en différé à la télévision suisse et, ultérieurement, sous forme de podcasts sur le net, les débats touchèrent un public bien plus large. Les sujets abordés étaient très variés et reflétaient chaque fois la situation politique mondiale et les défis les plus pressants. L’intérêt particulier de ces discussions résidait dans la rencontre de personnalités nationales et internationales issues des domaines de la politique, de la société, de la science, de la religion et de la culture. Leur attrait était encore rehaussé par la présence glamoureuse de stars, comme Angelina Jolie qui, lors de son intervention en 2006 en qualité d’ambassadrice spéciale du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), s’était élevée contre le refus des États-Unis de signer la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant. S’il n’est pas dans les habitudes des réformés de se laisser aveugler par les stars d’Hollywood, l’Open Forum Davos a montré en revanche que les réformés suisses assumaient non seulement une responsabilité globale, mais étaient aussi perçus de manière globale.
Lectures complémentaires : Hella Hoppe/André Schneider, Lehrstück für den demokratischen Dialog. Geschichte und Perspektiven des Open Forum Davos: Thomas Flügge et al. (Hg.), Wo Gottes Wort ist. Die gesellschaftliche Relevanz von Kirche in der pluralen Welt. Festgabe für Thomas Wipf, Zürich 2010, 119–128; FEPS, bulletin sek feps 1/2009: Numéro spécial « Open Forum Davos 2009 ».