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24/04/2016
Victoria – Vancouver - Plongée dans un recueil d’histoires mythiques du peuple Haïda, « The Raven Steals the light » (Le Corbeau qui a volé la lumière) , ouvrage préfacé par Claude Lévi-Strauss ; une référence fréquente aux esclaves m’amène à investiguer pour découvrir une forme d’esclavage que l’on retrouve en Afrique et dans les pays arabes, à savoir une position spécifique de certains membres de la tribu ou du clan, dans l’organisation du travail du groupe familial. L’esclavagisme lignager.
Une conception qui ne s’applique qu’en lien avec la distribution des tâches selon s’il s’agit d’un jeune, d’une femme ou d’un quelconque autre membre de la famille, soumission d’un jeune frère à son aîné. L’esclavage permettait de se consacrer à des activités plus prestigieuses comme chasser l’animal pour sa fourrure qui se négociait très cher tandis que d’autres se consacraient à des taches importantes mais de moindre portée. l'esclavage non lignager pouvait être la capture d’un ennemi transformé en esclave. Corvée d’eau et de bois, réparation et construction de maison, préparation du poisson et du gibier. Les nobles tâches et les tâches ingrates formaient d’une part des « nobles » appartenant à la caste supérieure , et dont la plus noble des missions consistait à personnifier les ancêtres et de ce fait devenaient les personnes les plus importantes de la tribu, leur dimension spirituelle au sein de la communauté les conduit au sommet du groupe. La répartition des rôles et l’importance du statut et selon l’animal mythique qu’on représente place l’individu et détermine sa position.
Concernant les tribus amérindiennes vivant dans les forêts comme les Haïdas, la répartition des tâches est une organisation économique en lien direct avec l’environnement. Présenté pour la première fois en 1935 par une ethnologue russe I.P Averkieva, par une thèse « L’esclavage patriarcal chez les Indiens d’Amérique du Nord », on découvre une organisation sociale autour du travail créant des hiérarchies, inhérentes à la distribution des tâches.
Des potlachs, distribution cérémonielle de richesse selon la définition la plus courante pouvaient être organisés pour récupérer un parent fait prisonnier et esclave. La valeur du cuivre pouvait se chiffrer en nombre d’esclaves chez les Tlingits . Echanges de canots, couvertures tissées, masques, coffres pliés, chapeaux cérémoniels, armures, bâtons de parole, huile d’Eulachon, fourrures. De grandes pratiques cérémonielles permettaient de récupérer des personnes, mais aussi d’effacer l’humiliation. L’esclavage de guerre était en général de courte durée, car les membres d’un clan donné faisaient tout pour racheter rapidement les leurs, pris en otages.
A la notion d’esclaves venaient parfois s’ajouter la notion d’ "étrangers » qui induisaient des attitudes discriminatoires lorsque l’esclave venait carrément d’une autre région, exemple des indiens Salish (Flatheads) du Sud faits prisonniers sur la Côte Nord-Ouest.
Ce qui paraît intéressant dans cette forme d’esclavagisme est la fluidité d’un passage à l’autre, « libre »-« esclave » ce qui induit que les rapports domination/subordination ne sont jamais figés car toujours en mouvement .
Une organisation sociale passionnante qui montre les prémisses du rapport de production auquel s’attache la notion d’interdépendance. Il n’y a pas d’organisation sociale sans hiérarchisation des liens. L’esclavagisme existe depuis la nuit des temps mais prend des significations diverses au fil du temps. Ce qui est certain c’est que toute organisation sociale présuppose la distribution des rôles qui peut engendrer un rapport de supériorité, dominant-dominé.
04/10/2012
Rien de tel que des SMS pour faire renaître l’art du Haïku . A un feu rouge qui durerait trop longtemps, pendant une réunion ennuyeuse. Une pratique simple . Idéalement, le haïku se compose de 17 syllabes réparties en trois séquences ou trois lignes : 5-7-5. La règle veut qu’il comporte au minimum un mot –saison (kigo) ou du moins l’évoquer. Il est rédigé au présent.
Décrire brièvement, plus légères que les ailes d’un papillon, un moment d’émotion à lire en une seule respiration. L'art de séduire par les mots consiste à tracer un trait simple, intense et court. Tout peut être suggéré en trois lignes. Rajoutez donc les vôtres !
Le jet d’eau défait
Sa mantille de dentelle
Rosée turlurette
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Dans les yeux du soir
La lumière aspire
Le jour lumineux
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Les heures s’égrènent
Si longues si profondes
Temps immobile
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Magie des mots
Emportés par le vent chaud
Se déposent sur les lèvres
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La lune éclaire
Les rêves éphémères
Bouquets étoilés
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Sur la mer s’emporte
La vague ô déchaînée
L’écume des jours
Photo Bruno Toffano "Coucher du soleil à Genève" plus de photos http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/
mon site http://www.djemaachraiti.ch
28/07/2009
"Rougeur et oedème avec fièvre et douleur" - J'ai pêché cette phrase miraculeuse dans l'oeuvre magnifique de Ivo Andritch (ou Andric), oeuvre très personnelle et intime de réflexions, de pensées, intitulée "Signes au bord du chemin" et égrénée de conseils aux auteurs (blogueurs) que nous sommes avec un chapitre consacré aux Ecrivains dont un passage intéressant sur : qu'est-ce que le style ?
"A tout moment, en toute circonstance, sans raison apparente, et sous n'importe quel prétexte, on vous pose la question : qu'est-ce que le style ?
Les réponses sont multiples et variées, elles paraissent toutes aussi justes les unes que les autres, et pourtant la question revient inlassablement : qu'est-ce que le style ?
Lorsque quelqu'un voit ou éprouve un fait comme vrai et réel, lorsque, en suivant son sentiment intérieur il trouve la forme la plus adéquate pour le communiquer aux autres, et lorsqu'il le fait de la façon la plus simple et la plus parfaite possible- c'est le style dont cet homme se sert en lequel le fait en question se trouve le mieux exprimé.
Les anciens médecins définissaient, par exemple, l'inflammation de certains organes par ces mots : rubor et tumor cum calore et dolore. Voilà un exemple de bon style. Une telle définition est le résultat d'une longue réflexion, d'une patiente observation et d'un tri attentif des faits. Qui plus est, elle est condensée en une phrase qui ne comporte que sept mots. Cette phrase résume le plus clairement possible tout ce qui peut être dit sur un phénomène précis. En outre, elle sonne bien, elle est facile à comprendre et à retenir. C'est là un exemple du bien parler et , indirectement, unes des réponses possibles à la question : qu'est-ce que le style ?
Le style ? Douce musique universelle........ Mais il y a encore les mots, "leur sonorité, la phrase et la composition de l'ensemble, un contenu sensible ou spirituel" pareil à un tonneau de vin sur lequel nous frappons avec l'index nous indique par le son qu'il produit s'il est plein ou vide, pourquoi notre phrase ne dirait-elle pas, par sa seule musique, quelque chose sur la présence ou l'absence en elle d'un contenu ...?
On se pose la question suivante, le blog va-t-il créer un style différent ? Allons-nous réinventer une écriture, un style, une autre façon de dire les choses ? - Plus direct, plus court, plus intense sur l'exemple de : rubor et tumor cum calore et dolore.
Doit-on en observateurs attentifs être capables de poser en quelques mots le diagnostic : clair, simple, limpide, compréhensible de tous ?
Mais nous sommes surtout animés par la forte envie de raconter quelque chose et nous voulons être sûrs que le lecteur comprenne ce qu'on écrit même lorsqu'on blogue et qu'on blague allègrement.
Choisir dans ce foisonnement de mots, le mot le plus juste, écrire le mieux possible, être aussi exigeant que pour un écrit papier pour la simple raison, qu'au bout de vos mots et de vos phrases quelqu'un vous lira. Bien écrire même sur un blog juste pour offrir à l'autre" un Pont sur la Drina" , c'est-à-dire quelque chose de si bien raconté..... quant aux fautes d'orthographe, même si un texte en est bourré, le principal est d'être capable de comprendre ce que l'auteur a voulu dire (je rassure les mauvais en orthographe, les écrivains ne sont pas forcément bons en orthographe contrairement à ce que l'on imagine, le nombre de ratures en atteste. Oui, souvent, c'est dans la douleur et des grincements de dents qu'ils enfantent leurs si belles phrases vouées à la postérité.)
A chacun son blog, à chacun son style !
A lire Ivan Andritch - La chronique de Travnik- Il était un pont sur la Drina
15/05/2009
Quel affreux chantier ce bureau. Ce matin, il me paraît m'éveiller après de longs mois de sommeil, enfermée dans mes écrits pour lesquels je viens de signer le bon à tirer. Ca fait tout bizarre de se sentir "délivrée", on se sent toute chose de quitter définitivement ses personnages, ses ambiances, ses paysages qui vous ont portée pendant des mois, voire des années. Je me souviens avoir lu une interview de Pennac qui disait devoir être hospitalisé chaque fois qu'il lâche son bouquin, et qu'il faut inévitablement lui arracher des mains.
Lorsque je pense à Colette qui paraissait écrire avec tant de sérénité le chat sur ses genoux. Tandis que moi, je trace, biffe, retrace, hésite, tergiverse et en plus mon chat me donne de l'asthme.
Châteaubriand peinait, souffrait le martyre pour chaque ligne pondue, ça me console. Balzac travaillait avec son armée de "nègres" ce qui explique l'oeuvre prolifique.
A la maison d'édition, je leur ai dit voilà le bon à tirer et vous ne me renvoyez plus rien, vous prenez comme ça vient: avec les fautes, les hésitations, prenez-moi tout entière avec mes faiblesses et avec toute mon humanité.
Le ciel est gris, il me semble errer tristement devant un bureau surchargé de souvenirs, heureusement qu'il y a le désert, la ligne d'horizon devant moi, je contemple le bleu du ciel. Et me demande à quoi je vais m'atteler dorénavant.
Les titres d'un des deux bouquins s'appelle "Trou dans le CV et vue sur mer" ci-après le résumé et disponible dans un mois peut-être avec le CV de Jésus et sa photo, si Jésus devait se présenter pour un Job aujourd'hui, il serait soit au chômage, soit à l'assistance publique, j'ai ajouté son portrait en costard cravate comme s'il devait se présenter à un entretien d'embauche. Très voyou, mais tellement vrai !
" Trou dans le Curriculum Vitae "
Résumé : Les employeurs se méfient des « trous » dans les CVs, des plages vides, des années « inactives ». Vides ? Inactives ? C’est pourtant ces zones d’ombres qui intéressent Djemâa Chraïti, ces irrégularités de vie qui permettent à l’humain de l’emporter sur le monde policé de l’entreprise. Dans un monde où le travail se dépersonnalise de plus en plus, où l’homme est oublié au profit de la productivité, où les tâches sont fragmentées jusqu’à réduire à néant l’horizon de l’ouvrier, Trou dans le Curriculum Vitae apparaît comme un remède efficace. Texte chaleureux, personnel, qui s’adresse directement à ceux qui travaillent comme à ceux qui sèment leur CV d’escapades salutaires, il est un véritable éloge à la vie, à la liberté, à la solidarité, dans une volonté de repenser le monde de l’entreprise sous des rapports plus humains.
Critique : Et si le vivant, l’homme, ne résidait pas dans le parcours que liste soigneusement son CV, mais dans les blancs inexpliqués de celui-ci, dans les années d’interruption, de rêve, de liberté, de créativité, où il échappe au rouleau compresseur de la « productivité » et de « l’efficacité » ? Et si nous réapprenions à valoriser l’individu, à insuffler un peu d’humanité dans une chaîne de travail disséquée, démembrée, bien délimitée ? C’est ce que nous souffle Djemâa Chraïti, dans un joli texte qui mêle les voix fictives d’artistes, de penseurs, de poètes (qu’aurait pensé un employeur de nos jours devant le CV de Chopin, de Frida Kahlo ?) à celles bien réelles d’inconnus « troueurs de CVs », qui ont mis entre parenthèses leur vie professionnelle pour s’occuper de leurs enfants, prendre soin de leur santé, ou tout simplement obéir à un irrépressible besoin de liberté. Un appel émancipateur et salutaire dans un monde du travail qui se déshumanise de plus .