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Lâchée par le PDC, consciente que les soutiens lui restant ne lui permettraient pas d'obtenir la majorité parlementaire nécessaire à sa réelection Eveline Widmer-Schlumpf a donc jeté l'éponge et ne se représentera pas au Conseil fédéral, laissant ainsi la place à un UDC labellisé à la fois par l'UDC et par les autres partis gouvernementaux. Pour être réélue, il aurait fallu qu'elle puisse compter sur le PDC. Et compter sur le PDC, c'est un pari que n'importe quel bookmaker refuserait, et qu'il faut vraiment être au dernier stade du désespoir pour prendre. Le "centre" se confirme ainsi être ce qu'on a toujours su de lui, et ce par quoi on le désignait dans les assemblées révolutionnaires françaises : le marais.
Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent.
Le président du PDC, Christophe Darbellay, a jeté l'éponge d'Eveline Widmer-Schlumpf trois jours avant qu'elle se résigne à le faire elle-même : dans Le Matin Dimanche Darbellay reconnaissait « la légitimité de l'UDC à avoir un deuxième siège au Conseil fédéral », comme conséquence du résultat de l'élection du Conseil National et de la progression de l'UDC. Et d'ajouter : « à l'UDC ensuite de présenter un candidat éligible par l'Assemblée fédérale », c'est-à-dire un candidat PLR-PDC-compatible. Un candidat au moins bilingue (on feint toujours de suggérer un « latin », mais on n'y croit plus guère) qui accepte le maintien des accords bilatéraux, ne remette pas en cause la primauté du droit international sur le droit national et n'invite pas la Suisse à résilier sa signature au bas de la Convention européenne des Droits de l'Homme. Bref, un candidat UDC le moins UDC possible. Mais UDC tout de même.
On avait fini par croire que le sort gouvernemental de la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, UDC élue au Conseil fédéral en prenant la place du Pithécanthrope, exclue pour cela de l'UDC et se rétablissant en créant son propre parti, ce pourquoi l'UDC lui vouait depuis une haine inextinguible, était l'enjeu majeur des élections fédérales...Tout ça pour ça ? Evidemment, dès lors que le PDC, les Verts, les Verts libéraux, le PBD et l'aile la moins droitière du PLR avaient reculé sans que le PS ne compense ce recul par sa propre avancée, EWS était condamnée à moins que se constitue un « solide bloc du centre », oxymore désignant une forte (et très improbable) alliance du PDC, du PBD et des Verts libéraux, non seulement pour faire réélire la Conseillère fédérale PBD, mais aussi pour défendre un programme politique cohérent. Faute d'une telle alliance, faute du soutien du PDC, Eveline Widmer-Schlumpf tire donc sa révérence, après huit ans de ministère.
Le plus sérieux candidat de l'UDC à sa succession, le Conseiller national grison Heinz Brand, feignait de croire que si EWS se représentait, elle serait élue car le parlement ne se permettrait pas d'écarter une ministre en place. Comme s'il ne l'avait pas fait en écartant Ruth Metzler pour mettre Christoph Blocher à sa place, puis, parce qu'il s'était rendu insupportable, en écartant Christophe Blocher pour mettre Eveline Widmer-Schlumpf à sa place...
Eveline Widmer-Schlumpf a bien fait, pendant huit ans, le travail qu'on attendait d'elle : celui d'une ministre de droite pragmatique confrontée notamment à la déréliction du secret bancaire et à l'exigence d'un taux d'imposition unique des entreprises. Cela ne suffisait pas : la sacralisation de la « formule magique » est passée avant la reconnaissance de l'utilité d'une formule politique fondée sur un consensus gouvernemental, quelques éléments de programme et une « concordance » politique sur quelques enjeu fondamentaux. Et la « formule magique » suppose précisément que l'UDC retrouve un deuxième siège (et donc qu'Evelyne Widmer-Schlumpf prenne la porte). L'instauration de la « formule politique » aurait supposé un Conseil fédéral sans UDC du tout, avec Eveline Widmer-Schlumpf et un deuxième PDC, ou sans Eveline Widmer Schlumpf remplacée par un-e autre PBD, ou un-e représentant-e d'un autre parti (les Verts ?) non représenté au Conseil fédéral, voire à un-e socialiste ou un-e PLR de plus... Le renvoi de l'UDC dans l'opposition : Un coup de poker, un risque politique, une audace qu'apparemment seul le PS était prêt à assumer.
« Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent » avait coutume de dire l'insubmersible ministre « centriste » des quatrième et cinquième républiques françaises, Edgar Faure. Et en Suisse, le vent, aujourd'hui, souffle vers la droite (sans pour autant, curiosité qui distingue la politique de la météorologie, venir de gauche). La girouette se tourne donc vers la droite, et le PDC cède au Conseil fédéral une majorité absolue à une alliance « à droite toute » UDC-PLR qui le marginalise lui-même (et marginalise aussi le PS, soit dit en passant).
Commentant l'enjeu électoral du deuxième tour pour le Conseil des Etats, Christophe Darbellay déclare au Matin Dimanche que s'il sera « très difficile de gagner » contre la gauche à Genève, où l'UDC et le MCG divisent les voix de la droite élargie (distandue et dilatée), cela « démontre la difficulté de collaborer avec l'UDC. Et ceux qui lui cirent les pompes, comme le PLR, ont dû déchanter le lendemain des élections » .
Et pas ceux qui, sans « cirer les pompes » de l'UDC, lui pavent tout de même la voie du gouvernement fédéral ?