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Malgré ses envolées architecturales, Chicago a gardé les pieds sur terre. La Ville des vents vaut le détour, cet automne surtout.
Le vent joue les relookeurs: de son souffle puissant, il revisite les coiffures et met du rouge aux joues. Il s’engouffre par-dessus le lac, s’échappe dans les rues comme une diva courroucée et oblige à resserrer les manteaux et les tricots. Dès les premiers instants, on comprend que Chicago n’est pas une destination pour les touristes en quête de beau temps. Visiter la ville au bord du lac Michigan exige de s’habiller chaudement: de toutes les métropoles américaines, la Ville des vents est celle qui compte le moins de jours de soleil, les températures les plus basses et des quantités de neige élevées. Ernest Hemingway, le plus célèbre des enfants de Chicago, n’avait guère de mots tendres pour sa ville. Voici comment il décrivait la banlieue d’Oak Park où il avait grandi: «Un endroit aux larges surfaces de gazon et aux esprits étroits.» Ce qui n’est que partiellement vrai. Car, à une rue seulement de la maison natale de l’écrivain, un des architectes majeurs du XXe siècle écrivit l’histoire du design: c’est en effet à la Chicago Avenue que Frank Lloyd Wright ouvrit, en 1893, son premier bureau d’architecture. Grâce à ses Prairie Houses, caractérisées par leurs lignes horizontales et leurs toits plats, il passa à la postérité à Chicago et dans les environs. Tout comme les architectes stars Frank Gehry, Ludwig Mies van der Rohe, Rem Koolhaas ou Helmut Jahn, qui ont donné à Chicago un des plus beaux visages architecturaux des Etats-Unis.
«Après le grand incendie de 1871, la ville a dû se réinventer», explique Iker Gil, propriétaire du studio d’architecture MAS et éditeur de la revue MAS Context Magazine. «Quand on se balade dans le centre, aujourd’hui, on a l’impression de faire une promenade à travers l’histoire. La ville possède un richissime legs de bâtiments historiques.» L’Espagnol s’est installé ici il y a dix ans pour consacrer son crayon et son bloc à dessin à la ville qui a offert au monde ses premiers gratte-ciel. A la Willis Tower, qui fut longtemps le plus haut bâtiment du monde, au gratte-ciel sis au 333, Wacker Drive, dont la façade de verre reflète le bleu azur de la rivière Chicago, ou au Wrigley Building, dont la pierre calcaire, les jours de soleil, n’étincelle pas moins que le chewing-gum du
fabricant du Spearmint. Mais ce qu’Iker Gil préfère, ce sont les deux Epis de maïs de Marina City, devenus des symboles. «Non seulement j’aime leur forme, mais ce qui me fascine, c’est que Bertrand Goldberg, il y a cinquante ans déjà et avant tous les autres, avait compris l’importance de la rivière dans la ville. C’était vraiment visionnaire.»
L’appartement d’Iker Gil se trouve au 34e étage de la tour ouest. De son balcon à la forme organique, revêtu de gazon artificiel vert, Iker Gil a vue sur le Riverwalk. La promenade au bord de la rivière vient d’être prolongée et s’étend désormais jusqu’à la jetée Navy Pier. Des skateurs filent à côté des joggeurs, des bouledogues français flirtent avec des caniches et des taxis fluviaux croisent des bateaux de tourisme. Pendant deux ans, Iker Gil et le photographe suédois Andreas E. G. Larsson ont étudié les appartements de la Marina City et observé leurs locataires. «J’aime le caractère des habitants de Chicago. Il est vrai que la météo pourrait y être plus clémente et que l’hiver est très long et froid: ce n’est pas une ville facile. Les gens sont, d’une certaine manière, très bruts, très directs et ont les pieds sur terre. Rien à voir avec New York, par exemple. Ils prennent les choses à bras-le-corps, ça me plaît.» Iker Gil développe actuellement un concept d’utilisation des passages souterrains en friche et travaille à une exposition pour la première Biennale d’architecture de Chicago, qui se tiendra à l’automne. «Ici, les bonnes personnes réalisent des choses grandioses pour redonner son importance à la Ville des vents.»
«Chicago possède un richissime legs de bâtiments historiques.»
L’atelier d’Iker Gil se trouve dans le quartier de Wicker Park, au nord-ouest du Loop, cœur historique de la ville, que le métro L sillonne toujours avec fracas sur ses piliers d’acier. Avec le quartier voisin de Bucktown, Wicker Park est le secteur le plus branché de Chicago: il illustre de manière impressionnante à quel point la troisième plus grande ville des Etats-Unis a changé ces dernières années. Si Wicker Park, au tournant des années 2000, était encore considéré comme l’une des zones les plus dangereuses de toute l’Amérique, le magazine Forbes l’a récemment classé au rang des quartiers les plus «branchés et hipsters» des Etats-Unis. Le premier hôtel-boutique de Wicker Park est en train d’y voir le jour dans le Coyote Building, dont la fine façade Art déco abritait, dans les années 20, des fenêtres illuminées de rouge… Les rues colorées du quartier, où les graffitis côtoient le glamour, sont également le terrain de jeu préféré de la blogueuse de mode Jena Gambaccini, que ce soit pour y boire un cappuccino entre amis à la brûlerie La Colombe, essayer les bagues du créateur de bijoux Jules Vance ou farfouiller au concept store RSVP Gallery. «Quand j’étais petite, ce quartier était absolument tabou, raconte la blogueuse, née à Chicago. Des gangs de la drogue tenaient les places et les parcs. Personne n’osait s’aventurer ici.»
Tandis que le centre, avec ses gratte-ciel, tutoie les hauteurs, quelques stations de métro plus loin, on dirait que les immeubles s’inclinent devant tant de magnificence. On trouve là des maisons en brique, presque aussi plates que la prairie sur laquelle elles sont bâties, avec de petits jardins sur le devant, des massifs d’hortensias et des vérandas de bois sous lesquelles les étudiants de l’Université de l’Illinois engloutissent, le soir venu, les légendaires pizzas de Chicago. Ou les fameux hot-dogs, qu’on ne déguste jamais, au grand jamais, avec du ketchup.
Le charme d’une petite ville, en somme, loin des buildings. Le cœur de Wicker Park est le carrefour Six Corners, où se rejoignent les avenues Cicero et Milwaukee et l’Irving Park Road. D’ici partent en éventail des rues bordées de restaurants, de bars et, surtout, de boutiques. Des lieux incontournables que Jena Gambaccini décrit dans son blog Chi City Fashion, nommé ainsi en référence au surnom de la ville. «Tout le monde déménage à New York ou à Los Angeles. Mais moi, je ne pourrais pas vivre dans un endroit où l’on a besoin d’une voiture. Chi-City est incroyablement propre et la qualité de vie y est excellente. A présent, elle compte de nombreux designers, des blogs et des événements. J’aimerais contribuer à faire avancer ma ville, confie la blogueuse de 27 ans. C’est génial que Chicago possède une scène artistique aussi active, cela favorise aussi celle de la mode. Les deux marchent main dans la main.»
La ville du Middle West a longtemps été brocardée par les habitants des côtes est et ouest, qui n’y voyaient que les «abattoirs des Etats-Unis». Vers 1900, les Union Stockyards traitaient et conditionnaient plus de 80% de la viande américaine. C’est qu’ici se trouve le plus grand nœud ferroviaire des Etats-Unis. Mais dès 1893, quand Chicago accueillit l’Exposition universelle, les «bohèmes» de la côte cessèrent de ricaner. Et quand, la même année, s’ouvrit en outre l’Art Institute, un des plus grands musées d’art des Etats-Unis (la collection compte aujourd’hui plus de 300 000 œuvres), on commença à prendre au sérieux l’intention des habitants de Chicago de faire de leur ville une des premières du monde. «Il y a toujours eu de nombreux collectionneurs d’art à Chicago», raconte la galeriste Rhona Hoffman. Ses locaux d’exposition se trouvent dans le West Loop, dans un des nombreux bâtiments industriels dans lesquels, autrefois, on abattait les porcs et les bœufs.
«C’est génial que Chicago possède une scène artistique aussi active.»
On en suspend du reste encore quelquefois ici, mais seulement sous la forme de tableaux sur les murs. En mai, Rhona Hoffman s’est vu décerner un doctorat honorifique pour ses mérites dans le commerce de l’art de la part de l’école de l’Art Institute, une distinction accordée en même temps à Kanye West. Le titre salue notamment son engagement dans l’exposition d’art qui se tiendra pour la quatrième fois à Chicago en septembre, sur le Navy Pier, que relookent actuellement des architectes paysagistes. «Tout le folklore touristique kitsch disparaîtra. De l’expo, on apercevra tous les voiliers sur le lac. Les amateurs d’art en visite verront à quel point la ville est belle. Et ils reviendront ensuite», la galeriste en est convaincue.
Dans l’espace public aussi, l’art est omniprésent. Notamment au Millennium Park, qui est, depuis son ouverture il y a dix ans, le «salon vert» de Chicago. Chaque été, des milliers de spectateurs se rassemblent devant le Pavillon Jay Pritzker de Frank Gehry pour assister à des concerts gratuits en plein air; des enfants barbotent dans les flaques qui s’étendent au pied de la Crown Fountain, une œuvre d’art interactive de Jaume Plensa; des jeunes prennent des selfies devant la sculpture Cloud Gate d’Anish Kapoor, dans laquelle se reflètent les tours de bureaux et les immeubles d’habitation. «Il y a un an, le Chicago Park District s’est également transformé en surface d’exposition d’art moderne», raconte Rhona Hoffman. Depuis, des œuvres d’artistes comme Ai Weiwei ornent les espaces verts sur les rives. Même si les rafales froides que le vent ramène du lac Michigan provoquent des frissons fréquents et que les hivers sont longs et rigoureux, Frank Lloyd Wright avait peut-être raison quand il déclara qu’un jour Chicago serait la dernière belle métropole du monde.
Voyager
United Airlines La compagnie d’aviation propose des vols directs à destination de Chicago en partage de code avec Swiss. On peut aussi faire escale à Newark pour Chicago et plus de 300 autres destinations aux Etats-Unis. Prix à partir de 1000 fr. Réservations: www.united.com
Park Hyatt Chicago Cet hôtel de luxe se trouve tout près de l’artère commerçante du Magnificent Mile. Ses chambres élégantes sont décorées de bois de cerisier, de chaises Eames et d’œuvres d’art modernes; elles donnent sur le lac ou la célèbre Water Tower. Le restaurant NoMI est une des bonnes adresses de la blogueuse Jena Gambaccini. parkchicago.hyatt.com
Dana hotel & Spa Cet hôtel au design moderne au cœur du centre-ville est surtout connu pour son bar-terrasse sur le toit, le Vertigo Sky Lounge, le seul à Chicago à être ouvert toute l’année, doté d’une cheminée extérieure.www.danahotelandspa.com
Manger
Owen+Alchemy «Drugstore» stylé servant uniquement des jus pressés à froid et des smoothies. www.owenandalchemy.com
Eleven city diner Un «diner» à la mode «delicatessen». Atmosphère agréable et service très attentionné.www.elevencitydiner.com
The berkshire Room Ce bar à cocktails tendance sert des drinks créatifs et de la bière brassée maison. www.theberkshireroom.com
Longman & Eagle La version moderne du traditionnel «Chicago Inn». Le matin, on y déguste un café et, le soir, un burger.www.longmanandeagle.com
La colombe Pas de carte, pas d’articles publicitaires et pas de sirop dans le café. On y propose de nombreuses spécialités de café et des en-cas.www.lacolombe.com
Acheter
Ikram Boutique de designer avec café et galerie, au centre-ville de Chicago.www.ikram.com
RSVP Gallery «Concept store» à Wicker Park, proposant des marques comme Givenchy, 3.1 Phillip Lim et de nombreux articles de «street style». rsvpgallery.com
Space 519 Des fringues aux accessoires en passant par les livres, ce «concept store» situé sur le Magnificent Mile propose tout ce qui fait notre bonheur.www.space519.com
Another 20 Cette boutique située dans le West Loop vend des articles de mode de nombreuses marques tendance comme A.P.C. ou Marc by Marc Jacobs.www.another20.com
Voir & visiter
Biennale d’Architecture La première Biennale d’architecture de Chicago se tiendra du 3 octobre 2015 au 3 janvier 2016. C’est la plus grande exposition d’architecture contemporaine en Amérique du Nord.chicagoarchitecturebiennial.org
Expo Chicago Pour la quatrième fois, du 17 au 20 septembre, le Navy Pier accueillera artistes, collectionneurs et amateurs d’art moderne.expochicago.com
Art institute of Chicago Un des plus grands musées d’art du monde. La Modern Wing, inaugurée en 2009, a été conçue par Renzo Piano.artic.edu
First lady cruise Croisière sur la rivière Chicago avec des guides de la Chicago Architecture Foundation qui commentent les bâtiments riverains. Elue meilleure croisière touristique de Chicago.cruisechicago.com
Guide «Escale à Chicago» de Claude Moreau, Ed. Ulysse.Des itinéraires, des plans détaillés, le tout dans une mise en page colorée et attrayante, pour ne rien manquer de la Ville des Vents. guidesulysse.com