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Teodora Vasquez lutte désormais pour les femmes encore emprisonnées au Salvador, ce pays d'Amérique centrale qui est l’un des plus restrictifs en matière d’interruption de grossesse, volontaire ou non.
Elle était cette semaine de passage en Suisse pour promouvoir le film "Nuestra Libertad", dont elle est l’une des protagonistes principales (lire encadré). Elle s'est entretenue notamment avec des parlementaires des Chambres fédérales mercredi à Berne.
Dans une interview pour l'émission Tout un monde de la RTS, elle est revenue sur ce jour tragique de juillet 2007, lorsqu'elle a perdu sa fille en couches alors qu'elle attendait vainement les secours à domicile. C'est finalement la police qui se présentera, pour l'arrêter et l'emprisonner.
"Au moment où on m’arrête, je sens que je perds tout", raconte Teodora Vasquez. "J’ai perdu ma fille, mais mon fils aussi, parce que quand tu finis en prison, tu perds tout, ta famille, toute ta vie, ta jeunesse, tous tes rêves."
"La prison n'était pas à l'intérieur de moi"
Teodora Vasquez dans le studio de la RTS à Berne. [Cédric Guigon - RTS]Plus tard, à l'heure du verdict pour homicide aggravé, "c’est mon monde qui s’effondre", se souvient-elle. Mais Je pense à mon fils qui reste (…) Je me suis dit que pour lui je pouvais lutter. Et je me suis mis dans la tête que moi, Teodora Vasquez, j’étais à l’intérieur de la prison mais que la prison n’était pas à l’intérieur de moi".
Condamnée à 30 ans de réclusion, elle sera finalement libérée après dix ans et sept mois passés en détention. "En réalité, l’Etat du Salvador ne m’a jamais innocentée", précise-t-elle. "J’ai été libérée pour bonne conduite, et grâce aux efforts des organisations sociales et internationales."
Au-delà de sa propre remise en liberté, les efforts de ces organisations ont du reste permis la libération de plus de quarante femmes. "Mais il en reste vingt", souligne Teodora Vasquez. "Et nous sommes ici en Suisse, pour ces vingt femmes, et pour espérer un changement de législation, pour que notre histoire ne se répète pas pour les générations suivantes."
Le poids de la religion et de la culture
Le Salvador est l’un des rares pays au monde où il est totalement illégal d’interrompre sa grossesse, volontairement ou non. L'ancienne condamnée l'explique notamment par le poids de la religion, du machisme et de la culture. "C’est ce qui fait que les lois ne bougent pas."
Aujourd'hui, avec d'autres, Teodora Vasquez lutte pour une loi qui comprendrait quatre exceptions fondamentales: lorsque le fœtus n’est pas viable, en cas de viol, quand il y a un risque pour la vie de la mère et en cas d’inceste. "Et cette proposition de loi, on l’a soumise aux parlementaires du Salvador. Malheureusement avec un tel gouvernement actuel, ils l’ont rapidement classée."
Propos recueillis par Cédric Guigon/oang
Un film pour faire bouger les choses
Image du documentaire "Fly so far". [RTS / Pråmfilm AB]Le ("Notre Liberté"), de la réalisatrice suisso-salvadorienne Celina Escher qui s'appelle aussi "Fly so far", sera diffusé fin décembre par la RTS.
"Ce film parle de ma vie en prison et hors de prison", explique Teodora Vasquez. "Mais il y a aussi les histoires de mes autres compagnes d’infortune, certaines qui sont encore en prison, d’autres qui sont sorties."
L'objectif est de sensibiliser toute la population du Salvador, "que les gens puissent voir ce film et se rendre compte de cette réalité". Et le reste du monde, insiste-t-elle, doit faire pression sur le Salvador, pour que le pays finisse par changer la loi.
Ce film a obtenu le Prix du Jury des Jeunes OPERA PRIMA du Festival FILMAR en América Latina, qui s'est déroulé du 19 au 28 novembre à Genève. Une projection est prévue aux Cinémas du Grütli à Genève, le dimanche 19 décembre 2021, à 16h30.