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A Genève, jusqu'au 11 avril 2001, la Bibliothèque publique et universitaire présente une exposition d'ouvrages sacrés et profanes qui donnent une lecture de l'histoire naturelle du monde au travers du cadre biblique.
«Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était comme un grand vide, l'obscurité couvrait l'océan primitif, et le souffle de Dieu agitait la surface de l'eau», Genèse 1:1-2.
Et de pouvoir contempler dans une très belle bible allemande illustrée du XVIe siècle: Dieu dominant et bénissant un globe presqu'encore en fusion, autour duquel tournoient les eaux et les étoiles, le ciel et les poissons, avec, au centre, le paradis terrestre où séjournent Adam et Eve.
«Les Saintes Ecritures se révèlent un cadre de références incontournables du XVe au XVIIe siècles, souligne la commissaire de l'exposition, Danielle Buyssens. Le début de la science de la nature se développe à l'intérieur de la Bible. La Genèse est un vaste répertoire d'animaux et de plantes.»
«Et l'on se plaît surtout à s'interroger sur le rôle du déluge, au travers de la formation des fossiles, poursuit Danielle Buyssens. On se demande d'où proviennent les fossiles? S'ils sont des caprices de la nature? Si les pierres naissent, croissent et meurent comme le reste de la création. Et si, sous l'effet de la providence, elles imitent les organismes vivants?»
«On est de plus en plus troublé par ces organismes vivants, s'interroge Danielle Buyssens. Et l'on finit par se dire qu'ils constituent le reste du déluge. Par cet exemple, on constate que toute l'interrogation sur la nature s'inscrit dans le cadre biblique.»
Or, nous savons aujourd'hui que les fossiles sont souvent des restes d'espèces disparues. Mais c'est une chose qui est inconcevable dans la pensée biblique, puisque la création est parfaite et que rien n'a été produit, ni n'a disparu, après les six jours de grand labeur du Créateur.
En revanche, la pensée de la Bible ouvre d'autres portes à l'époque du XVIIe siècle. Le déluge qui aurait tout mélangé sur terre laisse entrevoir que des descendants de ces espèces inconnues existeraient dans des pays non encore explorés.
Ce flirt entre merveilles et sciences s'inscrit au début de la période du livre imprimé. Fin de la Renaissance. Juste avant le siècle des Lumières qui mettra fin au règne du merveilleux.
Que de livres à découvrir dans cette Bibliothèque de Genève. A tout seigneur, tout honneur, l'exposition a évidemment retenu le commentaire de Jean Calvin sur le premier livre de Moïse - la Genèse -, dans lequel paraît, pour la première fois, la carte du paradis terrestre.
«N'en déplaise à la science, l'imaginaire peut aussi être au service de la connaissance», conclut, dans une belle envolée nostalgique, la commissaire de l'exposition. Sans omettre de mentionner le colloque international du 16 au 18 octobre, sur le thème de «La Bible au carrefour des savoirs», à la Bibliothèque publique et universitaire de Genève.
Emmanuel Manzi