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"L'île aux oiseaux", un huis clos suisse pour dire la catastrophe écologique
Maya Kosa, née à Genève de parents ayant fui la Pologne, et Sergio Da Costa, Suisse d'origine portugaise, se sont rencontrés à la HEAD de Genève. "L'île aux oiseaux" est leur troisième film après "Aux Bains de la reine" (2012), envoûtante exploration du sentiment contradictoire de se sentir à la fois ici et ailleurs, et "Rio Corgo" (2015) qui a obtenu de nombreux prix en festivals.
Le tandem n'a pas de règles précises. Parfois c'est elle qui amène un projet, parfois c'est lui. Ensuite, leurs désirs s'entrelacent, se complètent et se combinent. Maya est plus attirée par la fiction; Sergio par le documentaire. "L'île aux oiseaux" en est le parfait reflet. Lui, caméra à l'épaule, filmant dans la salle de la vétérinaire des opérations d'oiseaux; elle, à la direction d'acteurs.
Le cris des oiseaux et le bruit des avions
Tout part d'un lieu, le centre ornithologique de Genthod, à Genève, que Maya Kosa et Sergio Da Costa ont découvert le jour où ils ont amené un oiseau qui avait été blessé sur la route.
Le lieu m'a marqué: une grande allée centrale avec des volières tout autour, et un environnement sonore particulier où les cris des oiseaux se mêlent à celui des avions qui passent au-dessus toutes les minutes. On y sent une menace constante, une impression de fin du monde, de catastrophe.
Dans ce lieu si particulier, Maya Kosa va imaginer un personnage, Antonin, un jeune homme atteint d'une grande fatigue qui, après une longue période d'isolement, doit apprendre à revenir à la vie en soignant les oiseaux. Mais sa tâche est paradoxale. Pour nourrir les rapaces dont il a la charge, il doit tuer des rats.
>> A voir, un extrait du film:
Le film organise de manière astucieuse une sorte de hiérarchie du ciel: tout en haut les avions, énormes créations humaines bruyantes et polluantes, en dessus les oiseaux et tout en bas les rats qu'il faut tuer pour nourrir les oiseaux.
Le film engendre une forme d'inconfort, notamment liée à la chaîne alimentaire. Mais, c'est ainsi, les faucons ne seront jamais vegans!
Maya précise que le film ne montre jamais un rat en train de se faire tuer. C'est par des images thermiques que l'on comprend le sort qui lui a été réservé. "On voulait magnifier la mort du rat pour le réhabiliter".
Autre malaise provoqué par le film; les multiples et parfois dérisoires attentions prodiguées à l'égard d'un oiseau malade, alors que depuis 2013 les oiseaux sont en train de disparaître en masse, à cause de l'expansion des activés humaines et des pesticides qui affectent les oiseaux migrateurs. "On ne cesse de se prendre pour Dieu: on détruit tout et on recréée tout pour en avoir le contrôle total", dit Sergio Da Costa.
Court et éblouissant
Le film ne dure qu'une heure et comprend très peu de dialogues; pas d'avantage d'explication ou de théorie mais "il est éblouissant", selon Raphaële Bouchet, journaliste à la RTS, qui poursuit: "Le film est d'une simplicité très complexe. Tiraillé entre fiction et documentaire, il raconte une quantité de choses sur notre rapport à l'humanité, aux animaux et la catastrophe écologique qui nous guette".
Sujet traité dans Vertigo/mcm
Publié le 14 août 2019 à 13:51