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L’Hôtel des postes de la rue du Mont-Blanc
Construit en 1892, l’Hôtel des postes de la rue du Mont-Blanc est emblématique du développement de la communication au sein d’un monde en pleine mutation, et en particulier à Genève où son essor s’illustre par la construction de trois édifices majeurs. Celui de la rue du Mont-Blanc mérite que l’on s’y arrête un peu plus pour admirer ce chef d’œuvre découlant de l’esprit de deux architectes qui ont fortement contribué au développement du paysage urbain genevois, à savoir John Camoletti et son frère Marc.
Les premières liaisons postales officielles virent le jour dans le courant du XVIIe siècle. Elles relièrent les principales villes de Suisse (Genève, Vevey, Aarberg, Neuchâtel, Bâle, Zurich et Berne). Le courrier était acheminé à travers la Suisse le long de grands axes internationaux reliant le sud de l’Allemagne à la France méridionale. En 1675, le Bernois Beat Fischer se fit octroyer un droit exclusif d’acheminer du courrier officiel sur le territoire de son canton. Il trouva le moyen d’étendre une telle autorisation au fil des ans à d’autres cantons, puis à prolonger son réseau au-delà des frontières helvétiques.
Une centralisation progressive s’installe inéluctablement
L’invasion de la Suisse par les troupes napoléoniennes en 1798 coïncide avec une tentative avortée de regrouper le réseau de distribution de la poste. La création de la Poste fédérale en 1849 a comme conséquence d’unifier les services postaux jusqu’ici ordonnés à l’échelon privé ou cantonal. La foison d’entités a été ainsi été unifiée au sein d’un organisme doté de larges compétences en matière de transport de voyageurs, d’acheminement du courrier, des colis et de la monnaie.
L’essor de ces services se traduit par la construction de bâtiments et la mise en place d’infrastructures indispensables à leur bonne marche. Les postes organisées au niveau cantonal ou sous forme d’entreprises privées perdent alors une bonne partie de leur autonomie au profit d’une entité centralisée dont la mission implique une harmonisation de ses procédures administratives. Un an plus tard, on voit apparaître les premiers timbres-postes valables désormais sur l’ensemble du territoire fédéral.
Élevée au rang de siège de l’administration postale genevoise
À Genève, l’administration postale se retrouve éclatée entre l’édifice de la place de Bel-Air, celui situé à la rue du Stand et celui du Mont-Blanc. Implantée sur un quadrilatère formé par la rue du Mont-Blanc, la rue de Berne, la rue Michel Roset et la rue Jean Pécola (patriote, héros et martyr de l’indépendance genevoise), c’est cette dernière bâtisse qui fut consacrée pendant longtemps à la charge de poste principale de Genève.
L’Hôtel des postes fut inauguré en 1892. La première étape de sa modernisation nécessita un investissement de 1’800’000 francs. La direction d’arrondissement de la Poste put enfin emménager dans le nouveau bâtiment de style néoclassique. Celui-ci a été construit là où avait été érigé auparavant un premier centre postal d’un seul étage qui n’avait duré que 30 ans.
Suivre les tendances architecturales de l’époque
Au premier étage, les spacieux et lumineux locaux accueillent tous les guichets auxquels on accède par un perron à double rampe. L’ancien vestibule de 50 mètres de longueur a été obturé aux deux extrémités par deux majestueuses portes sculptées dans des panneaux de chêne. Celles-ci sont encadrées par de belles colonnes et entablements d’ordre ionique.
La transformation du hall des guichets a coïncidé avec l’apparition de murs dotés d’un revêtement en marbre ainsi que d’élégantes portes en bronze. Enfin, l’abaissement des plafonds, qui sont désormais enduits d’un vernis blanc, apporte une clarté accrue bienvenue dans les locaux.
Pour faire face à l’essor galopant du trafic des communications, le bâtiment est entièrement rénové une nouvelle fois, entre 1907 et 1909, à partir des plans élaborés par le célèbre architecte Marc Camoletti. Il devient le siège de la première Direction des téléphones de Genève en 1921.
Un majestueux accès aux étages
Aujourd’hui, on accède au hall des guichets en franchissant l’un des deux escaliers extérieurs implantés aux extrémités du bâtiment. De là, on peut encore poursuivre son escalade en empruntant l’une des deux volées de marches des escaliers intérieurs qui s’élèvent en colimaçon aux deux extrémités du hall des guichets. Les anciennes rambardes en fer forgé qui protègent les personnes qui s’y lancent ont par chance été soigneusement préservées. On peut de cette manière accéder sans risque aux étages de l’édifice qui sont réservés à l’aménagement des bureaux administratifs. La vue plongeante dont on bénéficie depuis le haut des escaliers intérieurs est impressionnante.
Des transformations stratégiquement bienvenues
Le chantier majeur visant à améliorer et moderniser les structures du bâtiment de la Poste du Mont-Blanc coïncida avec le début de la Seconde Guerre mondiale. C’est en effet en 1939 que les travaux de transformation du rez-de-chaussée de l’édifice sont entrepris de manière approfondie. L’aspect extérieur n’est pas fortement touché, si ce n’est pour ce qui concerne l’entrée du public. Le perron auquel on accède depuis deux escaliers donnant sur la rue du Mont-Blanc permet d’avoir accès au premier étage.
Un nouveau hall des guichets fait son apparition, tout comme des ascenseurs, un transporteur aérien et un monte-charge qui allègent le transbordement des colis et un tapis roulant celui des lettres. Des faux-plafonds sont installés au rez-de-chaussée et au premier étage, en vue d’améliorer le rendement énergétique des installations de chauffage à l’intérieur des locaux.
L’ombre de la guerre plane sur les installations postales
Des modifications ont aussi été réalisées au sous-sol et des abris de défense aérienne y sont construits afin de protéger les installations et les employés des postes dont le travail s’avérait toujours plus déterminant dans le bon fonctionnement d’une administration et d’une économie en plein développement.
À peine sortie de la Deuxième Guerre mondiale, l’importance stratégique de la communication met en évidence l’intérêt des communications et les risques qui planaient sur les infrastructures publiques et auxquels les habitants étaient confrontés en tant que victimes potentielles des bombardements par l’aviation des belligérants. C’est pour cette raison qu’il est décidé de construire un abri anti-aérien dans la cour du bâtiment.
L’excavation et l’aménagement de celle-ci s’effectuent en 1959. Pendant toute la durée de ce chantier, le chargement des véhicules électriques destinés à la distribution des lettres et colis est transféré de la cour vers le sous-sol du bâtiment.
Des besoins en constante progression Au fil des ans, les activités postales, télégraphiques et téléphoniques de l’arrondissement de Genève (dont les activités s’étendaient jusqu’à Nyon) nécessitèrent de trouver un surcroît d’espace dans ses différents édifices pour faire face à ses besoins grandissants. La demande s’avéra particulièrement aigüe à partir des années 1960, raison pour laquelle le bâtiment fit l’objet de transformations importantes. Cette tranche du chantier de modernisation engloba aussi la valorisation des espaces inexploités, tels que les combles, dans lesquelles on installa le Contrôle d’arrondissement ainsi que les salles d’instruction et de lecture.
Cette étape fut aussi l’occasion d’en profiter pour démolir, pour des questions de sécurité, neuf des dix statues (taillées dans une molasse dont l’inconvénient était d’être trop fiable et susceptible de chuter de leur socle) de 3,5 mètres de hauteur qui avaient été érigées sur le haut de la façade du bâtiment. Chacune de ces sculptures représentait l’un des pays fondateurs de l’Union postale universelle (à l’exception des États-Unis). À noter qu’aucun musée ou collectionneur sollicité pour reprendre ces statues n’acceptèrent de les recueillir, car leur réelle valeur artistique n’arrivait probablement pas à la hauteur de l’investissement que cela aurait nécessité pour les retirer. Elles disparurent une fois leur démantèlement parachevé.
La monumentalité à l’honneur
Quel que soit l’angle sous lequel on l’observe, on ne peut que saluer l’effet de modernité de l’Hôtel du Mont-Blanc. De l’extérieur, les statues lui apportaient une indéniable magnificence, tout comme les colonnes et frises qui soutiennent la structure du bâtiment. Celui-ci n’a pas perdu de son apparat en dépit des interventions que l’architecte Adolphe Guyonnet apporta dans les années 1930, au niveau du hall des guichets, au haut plafond vouté créé à l’origine par les frères Camoletti. Les modifications disparurent heureusement lors des grands travaux de rénovation lancés entre 1985 et 1992.
C’est dans le courant de l’année 1986 que l’Hôtel des postes est inscrit à l’inventaire des bâtiments de valeur historique.
Actuellement, il accueille aussi des locataires, tels que les bureaux de la police genevoise (au rez-de-chaussée) ainsi que pendant un certain temps, ceux de l’institut de formation Ifage, et de Genève Tourisme, qui apporte son soutien aux organismes ayant besoin d’un soutien logistique pour organiser des événements, conférences et séminaires au sein de la Cité de Calvin.
Un plongeon dans la modernité
Si, jusqu’à présent, les travaux d’entretien effectués sur l’Hôtel des postes se sont confinés à des interventions sur l’aspect structurel du bâtiment, ceux-ci se sont étendus au volet artistique.
S’inspirant de la pratique dite du Kunst am Bau, un Fonds de décoration est instauré par la Ville de Genève pour stimuler le déploiement d’œuvres de qualité. L’artiste-peintre Felice Varini en profite pour y déployer son expression personnelle dans le cadre de cette initiative jusqu’au cœur même du hall d’entrée du bâtiment.
Dénommée « Hôtel des postes », cette œuvre picturale est la première de ses commandes d’art public. C’est en effet en 1991 que Felice Varini décroche le concours de la Ville pour son œuvre consistant à décorer d’une ligne jaune le plafond et les parois du hall des guichets de l’Hôtel des postes. Elle attire encore aujourd’hui le regard interloqué des Genevois par sa simplicité et la finesse de son trait au cœur du grand hall de l’édifice.