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Le mouvement lettriste pourrait bien marquer un tournant dans l'histoire de la poésie expérimentale, en ce qu'il constitue une théorisation et une systématisation de procédures largement issues des avant-gardes de la première moitié du siècle. Les repensant sur le seul mode d'un travail de la lettre, Isidore Isou en subordonne la dimension performantielle à un texte qui lui préexiste, tendant ainsi à neutraliser cette part d'indétermination qui, comme l'a montré Jean-Pierre Bobillot dans un récent ouvrage, en constitue l'un des enjeux majeurs. C'est dans ce contexte que peut être analysée la double dissidence de François Dufrêne et de Gil Wolman, qui quittent tous deux le mouvement lettriste au début des années cinquante. Si le premier se revendique d'un ultra-lettrisme alors que le second se rapproche, au sein de l'Internationale Lettriste, des positions de Guy Debord, ils renouent l'un comme l'autre dans leurs oeuvres poétiques avec une dimension performantielle dont le mot d'ordre pourrait être l'injonction de Dufrêne: « Hors de page! ». Cette sortie du livre implique pour les deux auteurs un tendanciel abandon de la problématique isouienne de la lettre au profit d'une approche du poétique comme acte. Crirythmes et mégapneumes constituent ainsi un déplacement de la relation qui unit le poète à son éventuel récepteur. Au travers de l'analyse de ce basculement, il s'agira ainsi d'analyser les enjeux pragmatiques que recouvre, pour Wolman comme pour Dufrêne, le passage à la performance. Cette recherche d'un nouveau statut-poème pourrait constituer le point nodal à partir duquel lire l'unité des oeuvres poétiques, plastiques et cinématographiques des deux auteurs.