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Antoine Godinot, 10 juin 1998
1ère étape :
Dans le petit fascicule "CSA bilan 1994" distribué au public est mentionné p.15 :
"on note cependant une très faible activité en tritium dans les rejets gazeux de la cheminée : l'activité moyenne est de l'ordre de 0,05% de la limite admise pour le public."
Cette phrase qui aurait du être dans le chapitre "La surveillance de l'environnement" est curieusement glissée dans un autre chapitre. "Les unités en radioactivité" ou est expliqué ce qu'est le Gray, Sievert etc. Ca n'est pas là que le public intéressé ira chercher des données sur les rejets radioactifs du centre.
2ème étape :
L'information du "CSA - Bilan 1995 - Document pour la réunion du 15 mai 1996 de la Commission Locale d'Information.", 34 pages.
L'ANDRA mentionne (p16) :
"événement classé au niveau 0 : émission anormale de tritium à la cheminée rejetant l'air de la ventilation nucléaire de l'atelier de conditionnement des déchets (78 GBq de tritium) entre le 22 et le 30 novembre. Situation déjà observée entre le 22 et le 30 juin (41 GBq). Aucun impact sur l'environnement mais défaut dans les contrôles des colis".
et p.26 :
Les deux émissions de juin et de novembre 1995 qui ont fait l'objet d'une déclaration d'événement significatifs…Elles ne doivent cependant pas persister aux niveaux constatés en 1995 car elles résultent de la présence de produits interdits (ampoules de gaz tritié) dans les déchets et non détectés résultent de la présence de produits interdits (ampoules de gaz tritié) dans les déchets et non détectés lors de leur tri."
Deux tableaux sont également donnés (p.22) :
Tritium sous formeTritium sous forme aqueuse
(HTO) gaz (HT)
------------------------------------------------------------
moyenne 1992 < 0,57 < 0,60
moyenne 1993 < 42 < 41
moyenne 1994 52 < 23
moyenne 1995 en
excluant les semaines26 et 48 reportées dans 21 < 7
le second tableau
------------------------------------------------------------
juin 95 semaine 26 122 13 600
nov 95 semaine 48 431 23 900
Hormis les semaines 26 et 48 pour lesquelles ce chiffre est donné, il n'est pas possible de connaître l'activité totale relâchée à partir de ce tableau puisqu'on ne nous donne pas le nombre de m3 évacués par le cheminée. Il reste donc encore à l'exploitant de fournir la radioactivité totale tritium relâchée en 1992, 1993, 1994 et 1995 pour les semaines restantes (et depuis 96, 97 et début 98). Il est difficile d'avoir une idée de l'impact du centre sur l'environnement sans ces chiffres de base absents des "résultats synthétisés".
Comme, les informations données lors de la "troisième étape d'information", que l'on va voir plus loin, sont encore plus partiels, on fait le point ici sur ce qu'est le tritium et les textes et recommandations existantes à son sujet.
Le tritium
Le tritium est un hydrogène avec deux neutrons. C'est un atome radioactif. Il se désintègre en hélium en libérant un rayonnement bêta :
L'énergie de ce rayonnement est de 18 500 électronvolt, 3000 fois celle des ultra violets. L'hélium (généré ainsi, dans une cellule par exemple) est un "gaz rare", il n'est plus liable dans les molécules. Le rayonnement b n'irradie pas vraiment à distance (quelques dizaines de centimètres à 1 mètre dans l'air, quelques millimètres de plastique, verre ou aluminium). Le danger vient donc de l'ingestion, de l'inhalation et du contact. Comme toute radioactivité, il est absolument indécelable par nos sens. On ne peut pas le détecter avec le compteur Geiger non plus car celui ci détecte les rayonnements g, pas les rayonnements b. Seul un laboratoire spécialisé peut le mesurer, par exemple les laboratoires des associations agréées spécialisées l'ACRO et la CRII-RAD sont équipés pour sa mesure dans l'eau. Mais on ne sait pas encore assez de chose sur le tritium organiquement lié dans les molécules des végétaux et animaux et qui ne peut être quantifié que dans l'eau de combustion. Ce dernier type de mesure est rare (IPSN) et l'effet du tritium lié sur la santé encore en cours d'études donc pas vraiment intégré dans les normes.
Avant sa désintégration le tritium est chimiquement de l'hydrogène.
Nature
Le tritium existe en petite quantité dans la nature. Il est produit dans la haute atmosphère par les rayonnement cosmiques (naturellement il y a quelques atomes de tritium pour 1018 [18 zéros avant la virgule] atomes d'hydrogènes).
Comme son nom l'indique ("qui génère l'eau"), l'hydrogène gaz (H2) passe vite sous forme d'eau (H2O). Ainsi c'est sous forme d'eau que l'on trouve dans la biosphère la majeure partie du tritium généré dans la haute atmosphère. L'eau qui nous entoure avait avant la dernière guerre mondiale une activité naturelle de 0,2 à 0,9 Bq/litre.
Industrie
Mais notre eau est (encore) aujourd'hui dix fois plus radioactive (<10 Bq/l) à cause des explosions nucléaires expérimentales aériennes (les bombes testées par les puissances nucléaires ont injecté dans l'atmosphère une quantité de tritium environ 100 fois supérieure à l'activité naturelle). L'industrie nucléaire produit beaucoup de tritium soit dans la réaction de fission des réacteurs civils ("produits de fission"), soit par bombardement neutronique du fluide caloporteur ("produits d'activation"). Les réacteurs nucléaires rejettent en fonctionnement normal beaucoup de tritium dont une partie dans l'atmosphère. En dissolvant à l'acide nitrique bouillant le combustible irradié de ces réacteurs à La Hague, COGEMA le libère et rejette des quantités considérables de tritium, la moitié d'ailleurs issu de combustibles étrangers. Son tuyau, dont la presse a enfin parlé ces derniers temps (il sert depuis 1966) rejette 30 à 50% de ce tritium dans la Manche mais ses cheminées en rejettent aussi de bonnes quantités dans l'air. Ces cheminées n'ont aucun système pour le retenir, COGEMA le qualifiant de "non piégeable" (Gazette Nucléaire, Août 92, p.28 [1]). Les centres militaires DAM (comme Valduc à l'Ouest du Sud de la Haute Marne) manipulent de grandes quantités de tritium qui, avec le deutérium (lui non radioactif) entre en fusion dans l'explosion thermonucléaire ("bombe H" car tritium et deutérium sont deux isotopes de l'Hydrogène). A Marcoule COGEMA exploite deux réacteurs (les réacteurs "Celestins") de production de tritium pour les bombes en irradiant du lithium 6. Dans l'atelier d'extraction associé " le tritium peut diffuser à travers les murs chauffés " (Barillot & Davis "les déchets nucléaires militaires français, CDRPC, 1994, p.125). La pollution tritium est parfaitement mesurable autour de Marcoule : en mars 1970, un "pic", l'eau de pluie est presque 200 fois plus tritiée qu'avant 1953 ( bull. BRGM 1974 (2ème ser) sec III, n°3 : 250-53), la "tache tritium" est mesurée dans les sarments et feuilles de vigne dans un rayon de plusieurs Km (étude CEA reproduite dans la Gazette Nucléaire 78/79, juin 87, p.8 [1]). On le sait depuis moins longtemps autour de Valduc aussi, jusqu'en Ht Marne à Chaource. L'agro-alimentaire est pris en otage dans pas mal de provinces françaises : protester c'est révéler au consommateur français ou européen que ses produits sont touchés.
L'activité tritium d'une résurgence au sein du petit village de Digulleville, situé en contrebas du stockage ANDRA de La Hague (le CSM) est de 1340 Bq/l (mesure ACRO du 28/12/94, [2]). La nappe phréatique est en effet profondément polluée par les ouvrages de stockages des déchets nucléaires (jusqu'à 1 million de becquerels par litre dans un certain piezomètre 9 en 1994, la mesure est de l'ANDRA). C'est d'ailleurs pour le tritium, la nappe phréatique la plus polluée de France. Le tritium est aussi utilisé pour des peintures radioluminescentes.
Or, à la place du CSM, c'est "Soulaines" qui reçoit désormais les déchets nucléaires de toutes les installations nucléaires civiles et militaires de France. 18% de l'électricité produite en France est vendue à bas prix à l'Italie, la Grande Bretagne, l'Allemagne…, les déchets de fonctionnement de ces réacteurs d'exportations (10 réacteurs puis 14 avec Chooz et Civaux) vont tout droit à "Soulaines".
Conversion
Le tritium rejeté par la cheminée de "Soulaines" sous forme de gaz (H2) ne va pas rester ainsi :
"Comme l'hydrogène stable, le tritium diffuse facilement : il donne rapidement de l'eau tritiée soit par échange isotopique avec l'hydrogène de la molécule d'eau (c'est la diffusion isotopique) soit par oxydation. Sa distribution dans l'eau est quasi instantanément homogène. Son comportement est lié à celui de l'hydrogène, c'est à dire en pratique à celui de l'eau". (extrait de "Les déchets nucléaires" J. Lefèvre, 1986, collection CEA, 513p., p.34).
Comme tout hydrogène le tritium a tendance à se combiner avec l'oxygène (qui compose 21% des atomes de l'air) pour former de l'eau (H2O soit deux hydrogènes et un oxygène).
Suite à un essai avec du tritium gaz, on lit ainsi dans une note d'information du CEA de Mai 1987 à la Commune de Bruyère-le-Chatel sur la vitesse de conversion du tritium en eau tritiée (reproduit dans la Gazette Nucléaire n°78/79, juin 87, p.4 [1]) :
"La vitesse de transformation du tritium dans l'atmosphère est très faible pendant la première demi-heure après le relâcher, c'est ensuite par réémission au niveau du sol que l'on observe de fortes concentrations en eau tritiée." (SIC)
aussi; "le point le plus exposé, situé dans les champs à quelques centaines de mètres environ du point de lâcher."
A notre connaissance il ne pleuvait pas.
Notre organisme ne retient pas l'hydrogène gaz. C'est pour cette raison que bien que les caractéristiques radioactives du tritium gaz ou vapeur (humidité) soient strictement les mêmes, le tritium gaz est considéré comme beaucoup moins dangereux.
La composition de notre propre corps inclue 10% d'hydrogène (environ 7Kg), et l'hydrogène est présent dans toutes les molécules y compris l'ADN, le coeur de notre patrimoine génétique.
Parce que notre organisme consomme (et est composée de) l'eau en grande partie, le tritium aqueux va y stationner un certain temps. C'est pourquoi il est considéré comme 25 000 fois plus dangereux que le tritium gaz. Il est certain qu'il est plus dangereux encore lorsque organiquement lié (dans les molécules de la nourriture que l'on mange, lait etc.) car son stationnement dans le corps est alors beaucoup plus long, mais les études sont encore en cours et les normes, même les plus récentes, n'en tiennent pas encore bien compte.
Le passage spontané de tritium gaz à tritium vapeur dans la nature rendra un même rejet jusqu'à 25 000 fois plus dangereux, aussi :
Pour l'estimation des risques, le mieux est, par prudence pour la population d'assimiler tout le tritium relâché à du tritium vapeur, surtout que l'exploitant n'a jamais montré le moindre dossier à ce sujet, et que le CEA en est encore aux études (qui confirment la conversion);
Un principe de base de radioprotection est que (Décret 66-450 modifié 88-52, Annexe IV-I) :
"en cas de doute sur la nature du composé chimique, on doit systématiquement adopté les valeurs les plus sévères. 3
Ainsi le rejet de juin 95 devrait être considéré comme :
13 722 Bq/m3,
et le rejet de novembre 95 : 24 331 Bq/m3, tritium total, sous sa forme la plus pénalisante c'est à dire vapeur (aqueux);
Normes
Par dérivation de la législation pour l'homme adulte standard professionnel du nucléaire affecté 2000 heures par an en milieu exposé contrôlé (titre II), le décret 66-450 modifié 88-521 (J.O. 30/06/66 et 06/05/88, "Principes généraux de protection contre les rayonnements ionisants") donne pour le public une concentration maximale dans l'air de 80 000 Bq/m3 si la seule radioactivité présente est celle du tritium. Encore pour le savoir faut-il que l'endroit où l'air est respiré soit contrôlé (et que l'on y soit pas plus de 2000h/an). On doit donc savoir où est la radioactivité et l'emploi du temps de chaque personne. Cela aboutit, rien que pour ce tritium, à une dose reçue de 5mSv/an (article 17 et 9).
Or on sait depuis 1985, au vu des résultats qui continuaient d'arriver sur le suivi des personnes irradiées (Hiroshima, travailleurs du nucléaire, ouvrières des aiguilles de réveils au radium etc…, pratiquement toutes les études sont hors de France), que cette limite de 5mSv est considérée comme 5 fois inadmissible pour le public aux yeux de la CIPR (organisme international qui édicte les recommandations en matière de protection nucléaire et que suivent la plupart des pays).
La limite est devenue 1mSv (publication de la CIPR en février 1990, voté par le parlement européen en avril 94, adopté dans la législation allemande). La France a admis le 1mSv dans le principe en juillet 94 (Le Monde 13/07/94) mais le décret, par pur délai administratif, n'est pas encore modifié 4 ans plus tard. Médicalement parlant il est obsolète depuis 1985 date de la Conférence de Paris où le CIPR s'est mise à préconiser le 1mSv (Gazette Nucléaire, janv.91, p.18).
L'expression "limite admise pour le public" utilisée par l'ANDRA ne figure dans aucun texte légal dont elle viole l'esprit. Pour la CIPR ces limites annuelles indiquent des "bornes qu'il faut considérer comme inacceptables" (CIPR, déclaration de Come, 1987, reproduit dans Gazette Nucléaire janv.91, p.27).
Pour une personne du public (les enfants malheureusement ne sont pas spécifiquement considérés) dont on connaît l'exposition, la limite d'inacceptabilité en dessous de laquelle il faut se tenir aussi bas que possible, serait s'il n'y a que le tritium de 16 000 Bq/m3 ("Future limite sanitaire" de l'exploitant).
Cette division par 5 est due au changement 5mSvÆ1mSv et s'applique en bloc sur les chiffres existants pour tous les atomes spécifique de la radiotoxicité propre à chaque atome. Or justement celle du tritium est en plein changement.
Pour l'eau de boisson, la norme d'inadmissibilité tritium vient d'être ramené par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) outre le divisé par 5 ci-dessus (270 000 Bq/litre Æ 54 000 Bq/litre) à 7800 Bq/litre (mais au Canada limite maximale 100 Bq/l dans le lac Ontario utilisé pour la consommation avec objectif 20 Bq/l maxi; [3], p.60).
La recommandation de l'OMS est que cette consommation d'eaux, "réellement et régulièrement utilisées, n'engagent pas plus de 5% de l'exposition moyenne naturelle annuelle, soit 0,1 mSv " (cité par la "Commission d'évaluation de la situation du centre de stockage de la Manche" dit Rapport Turpin, repris à son compte par le gouvernement français, 16 juillet 1996, page 54).
On ne trouve pas de chiffre pour la respiration de tritium vapeur car il ne viendrait probablement à l'idée de personne que le public soit dans l'obligation d'en respirer, mais chacun appréciera que l'air de tous est "réellement et régulièrement utilisé" (si l'on s'en passe plus de 2 mn, c'est qu'on est plus de ce monde).
La dose engagée ne devrait pas engager plus de 5% de l'exposition moyenne naturelle soit 0,1mSv. Si pour 2000 h/an en milieu contrôlé, 1mSv est reçu avec une concentration tritium seul de 16 000 Bq/m3, alors le 0,1mSv maxi de l'OMS sera reçu avec 1600 Bq/m3.
et non pas 400 000 000 Bq/m3 comme le fait l'exploitant pour tout relâcher tritium qui est sous forme gaz (H2) au passage du col de sa cheminée. Par ailleurs on ignore tout du devenir de cette radioactivité qui peut très bien se reconcentrer en aval, comme cela se produit actuellement en France dans les vallées du Mercantour avec le dépôt 1986 de Tchernobyl. S'il y a en plus d'autres atomes radioactifs comme iode 125, iode 129 et carbone 14 dans l'air, les 1600 Bq/m3 sont trop élevés car ils résultent d'un calcul maxi pour tritium seul. On n'oublie pas de toute façon qu'il est reconnu au niveau international qu'en matière d'exposition à la radioactivité, il n'y a pas de seuil d'innocuité.
3ème étape :
Le directeur du centre a fini par envoyer à Mr Michel MARIE de l'association CEDRA photocopies de trois transparents présentés à la CLI du 20 novembre 1996 suite à plusieurs lettres recommandées, la première datant de 1996. Suite aux rejets du bilan 95 (la "2ème étape de l'information") Mr MARIE demandait les chiffres de tous les rejets aériens des années précédentes, peu de chose vu que l'ANDRA n'a aucune autorisation de rejet. Mr le Directeur après avoir précisé que les dernières données sont du 18 décembre 1997 dont certaines s'arrêtant au 20 nov. 96 à l'exception de celles de 1992.
Ces trois transparents, des diagrammes, sont, un pour le tritium vapeur (eau tritiée), un pour le tritium gaz et un pour l'iode 125. Ils sont joints en tête du présent commentaire.
Le diagramme tritium vapeur (humidité de l'air);
Alors que les termes du bilan 95 laissaient penser à une accidentelle note malencontreuse sur le bulletin scolaire d'un autrement bon élève "émission anormales…qui ne doivent pas persister", que dans le bilan 94 on nous faisait comprendre qu'on mentionnait quelque chose qui ne méritait vraiment pas de l'être "très faible activité…0,05% de la limite admise pour le public". On découvre qu'il y a eu de très importants relâchers de tritium en avril-mai 1993. Rien que pour le tritium vapeur on a plus de 1500 Bq/m3, quatre fois plus que lors des semaines "accidentelles" de 1995. Pendant un mois sans discontinuer la cheminée a relâché du tritium radioactif sur les environs, le centre nucléaire avait un an…Que de nouveau en mars 1994 on dépassait les 100 bq/m3, deux à trois fois plus qu'en 1995. Que les relâchers style 1995 sont assez réguliers. Pour le tritium vapeur seul : dans les 400 bq/m3 en mars 1993, dans les 200 Bq/m3 en juin 1993, dans les 100 Bq/m3 en mais 1994, dans les 200 bq/m3 en avril 1995 (non mentionnées comme tel dans le bilan 95 probablement parce que non accompagné de tritium gaz ?), dans les 200 Bq/m3 en janvier puis en février 1996 (le rideau tombe le 30/10/96).
Pas plus que chez la COGEMA à la Hague, ou sur chacun des 57 réacteurs nucléaires de la branche nucléaire d'EdF, il n'y a pas de dispositif pour empêcher le tritium de s'échapper de la cheminée de "Soulaines". Il est clair que ce site nucléaire rejettera lui aussi du tritium dans l'atmosphère aussi longtemps que la presse fonctionnera. Le site de "Soulaines" n'est pas seulement un endroit ou l'on dépose irréversiblement une partie des déchets radioactifs (les deux tiers des ouvrages bétonné dans la masse), chacun aura sa petite idée sur la "réversibilité" d'un ouvrage bétonné dans la masse), c'est aussi un centre très important de reconditionnement de déchet nucléaires. La presse détruit l'emballage existant et pendant un moment la seule barrière entre l'agrégat radioactif et l'extérieur est l'enceinte du bâtiment de compactage et les filtres de la cheminée, d'où les rejets inévitables même si illégaux.
On nous a toujours répondu sur le centre que les relevés tritium étaient hebdomadaires et que c'est la raison pour laquelle on ne pouvait pas bien identifier les clients fautifs, donc : 1) les concentrations données doivent être des moyennes sur une semaine qui ne reflètent pas forcément la manière dont est sorti le tritium, 2) on ne voit pas tellement comment, ni sur la base de quoi, au regard des diagrammes qu'il nous fournit, on doit pouvoir selon la lettre du Directeur "constater" que les mesures doivent être réalisées en cumulé "pour pouvoir détecter les radioéléments".
Le diagramme tritium gaz
Mis à part les axes de ce diagramme et les libellés, c'est une page blanche qui a été présentée à la CLI il y a deux ans. Donc aucun rejet ?
Mais les rejets connus de tritium gaz du bilan 1995 nous mettent la puce à l'oreille. N'y avait-il pas 13 600 et 23 900 Bq/m3 en juin et novembre 1995?
La première graduation, à environ 2cm au dessus de l'axe des abscisses, est pour 100 millions de becquerels par m3. A cette échelle la hauteur du pic 23 900 Bq/m3 est de 0,0048 mm, donc invisible. Disons que tous pic inférieur à 0,2 mm, soit 1 000 000 Bq/m3 ne sera pas visible.
Par son diagramme vide l'exploitant nous informe qu'il n'y a pas eu de concentrations moyennes supérieures à 1 millions de Bq/m3 à la cheminée de la presse entre janvier 1993 et septembre 1996. Par contre, toutes les périodes qu'il a pu y avoir au cours desquelles ils ont rejetés plusieurs centaines de milliers de Bq tritium gaz ne peuvent pas apparaître. Or, vu ce que l'on découvre sur le diagramme tritium vapeur, l'existence de telles périodes est oh combien loin d'être exclue. Il y a 5000 mesures par an nous dit-il et ce n'est pas notre faute si les "résultats synthétisés" qu'il nous en donne par le même courrier sont un diagramme vide. On sait par recoupement qu'à une échelle appropriée, ce diagramme n'est pas vide du tout. L'affaire tritium gaz est à suivre.
Ce que l'on peut dire, c'est que tant que l'exploitant n'aura pas étudié soigneusement le devenir du relâcher de la cheminée, par exemple par des émissions de fumées colorantes sous les différents régimes de vent, taux d'humidité et pluie possibles, et cela après décontamination du bâtiment de la presse (il serait souhaitable que les Conseil municipaux et associations puissent y assister), personne ne pourra dire où ça va ni s'il y a des endroits où des concentrations se produisent. De même tout raisonnement est bloqué tant que l'on ne connaîtra pas les vitesses de conversion du tritium gaz en tritium aqueux en fonction de différents paramètres. La conversion a lieu plus ou moins complètement et plus ou moins rapidement, c'est une certitude. Par précaution, comme on a vu plus haut, et comme l'exige le décret, si un chiffre tout tritium pouvait être utilisé pour le public en l'absence de ces informations essentielles, ce serait 1600 Bq/m3. Une telle valeur aurait été outrepassée au moins 625 fois si, à l'échelle choisie par l'exploitant pour son diagramme tritium gaz présenté à la CLI il y a deux ans, quelque chose avait été visible.
La limite présentée par l'exploitant (partie supérieure du diagramme) existe bien. Elle impose qu'il n'y a aucune conversion du tritium gaz en tritium vapeur (l'enjeux est un facteur 25 000) même si dehors c'est le brouillard ou la pluie battante, c'est à dire que le tritium est dans un lieu maîtrisé et contrôlé. C'est à ce type de situation d'ailleurs que réfère le décret 66-450 modifié 88-521 et cela veut dire que l'exploitant arrêt son raisonnement à l'orifice de la cheminée. En outre, si on considère que l'air du coin est "réellement et régulièrement utilisé" la valeur obtenue doit être divisée par dix (soit pour 0,1 mSv) selon les recommandations de l'OMS. C'est le rapport Turpin qui s'adresse d'abord et avant tout à l'ANDRA qui le rappelle (on conseille aux mairies des environs de "Soulaines" de se procurer ce rapport). Et il est antérieur à la réunion de la CLI de "Soulaines" du 20 novembre 1996.
Enfin le décret auquel se réfère l'exploitant dit aussi (article 6) :
"l'exposition des personnes et le nombre de personnes…doivent …être aussi réduits que possible", envoyer la radioactivité dans l'atmosphère de tous n'est peut être pas le meilleur moyen de limiter le nombre de personnes exposées.
On s'est amusé de constater que la période, courte, de l'iode 125 avait été inscrite en gros par l'exploitant sur le diagramme correspondant. Il a oublié de reporter celle nettement moins courte du tritium sur les diagrammes respectifs.
La période du tritium est de 12,3 ans, c'est à dire qu'il perd une première moitié de sa radioactivité en 12,3 ans. Cela permet aux cumuls et concentrations de se produire autour du centre. Prenons simplement l'exemple des 78 GBq (G=Giga=milliard) de la semaine 48 de fin 1995 : ils seront devenus 39 GBq en 2008, 19,5 GBq en 2020, on aura encore 9,75 GBq en 2032…mais bien d'autres Gigabecquerels y étaient depuis 1992 et d'autres seront venus s'y ajouter chaque nouvelle année de fonctionnement de la presse. Tout cela est "stocké" en dehors du centre nucléaire, dans la nature et l'air environnants.
Du point de vue juridique l'ANDRA est dans l'illégalité depuis 5 ans n'ayant aucun droit de rejet (décret 74-945 modifié 85-449, articles 2 et 5 et décret de création du 09 sept 1989, article 2.2). Mais on sait par l'ACRO [2] qui siège à la Commission de surveillance établie suite au rapport Turpin pour le stockage ANDRA déficient de La Hague, qu'une demande d'autorisation de rejets allait être déposée pour "Soulaines" (cela a été annoncé mais là-bas…, le 09 juin 1997). L'exploitant doit être en train de nous préparer une nouvelle enquête publique sur le canton de Montier en Der.
Le diagramme Iode 125
COGEMA ne retient que partiellement l'iode aux cheminées de ses usines de La Hague y compris UP3 toute neuve qui travaille pour l'étranger. L'efficacité des filtres à iode ne serait que de 28%. Le piégeage efficace est possible avec des filtres à l'argent (Japon), c'est donc pour des raisons essentiellement économiques que ça n'est pas fait ([3], p.12). De plus les analyses de COGEMA portent sur les poussières en suspension dans l'air et pas sur les gaz or l'iode est en grande partie rejeté sous forme gazeuse ([3], p.11).
Il aurait été étonnant que "Soulaines" soit le seul à avoir des filtres à l'argent. Toujours est-il que c'est la première fois que l'exploitant reconnaît jeter de l'iode radioactif dans l'environnement dervois. On nous donne des moyennes d'environ 0,25 Bq/m3 en mars 95, en avril 96 mais encore une fois, sans le nombre de m3 impliqués. On perçoit aussi sur le diagramme que depuis février 95 il y a un "suintement" continuel d'iode 125, de l'ordre de 0,05 Bq/m3. Faute de mieux, le volume d'air refoulé par la cheminée de la presse peut être estimé du rejet total divisé par la moyenne tritium/m3 d'une des semaines 26 ou 48 de 1995 : en divisant 41 GBq par 13 600 Bq/m3, on obtient de l'ordre de 3 millions de m3 en une semaine, soit 144 millions de m3 pour 48 semaines par an. Ce suintement de 0,05 Bq/m3 correspondrait alors à 7,2 millions de becquerels par an qui vont "se stocker" hors du site nucléaire. Mais, à moins que l'ANDRA ne fasse mieux que COGEMA, ceci ne serait que la radioactivité portée par les poussières, l'activité de l'iode gaz ne serait pas mesurée.
La période de l'élément n'est que de deux mois mais ce stockage "dans la nature" n'est pas légal. En effet selon le décret 66-450 modifié 88-521, même non réactualisé, toute activité supérieure à 50 000 Bq pour un élément à forte radiotoxicité comme l'est l'iode 125 (groupe 2, il est 100 fois plus radiotoxique que le tritium vapeur) doit être déclarée et soumise à autorisation. Est-ce le propriétaire de la forêt ou des vaches concernées qui doit le faire ?
Il y a dans la lettre du Directeur un oubli assez fondamental, quels sont les rejets d'iode 129 ? Car on est bien d'accord que si l'iode 125 passe, l'iode 129 passe aussi.
Dans les rejets gazeux de l'usine neuve UP3 à La Hague, 98% de l'iode rejeté est de l'iode 129 (donnée CEPN, [3], p.12).
L'iode 129 est bien importée à "Soulaines" puisque le "scénario du puits" du rapport provisoire de sûreté le rend responsable d'une dose de 30mSv à qui prélèverait la moitié de son eau potable d'un puits sur le site dans 360 ans (Rapport provisoire de Sûreté, indice B (juin 92), Vol.I, chap.4,p.11). Sa période de 16 millions d'années n'est pas vraiment adaptée à un stockage "à durée de vie courte" mais il est visiblement moins facile qu'on nous le disait au début, ou pas économique, de bien séparer les vies courtes des autres avant stockage.
Dans des mousses du village d'Omonville la petite, sous les vents dominants de La Hague, la CRII RAD a mesuré de 5 à 100 Bq/Kg sec pour cet élément qui est de nature uniquement artificielle. Attention, le seuil de détection de l'appareillage doit être indiqué par l'exploitant. Par exemple il doit impérativement être inférieur à 13 ou à 19 Bq/l pour les liquides; Imaginons dans une ferme un enfant de un an qui boirait 1 litre de lait par jour à 18 Bq/l, iode 129. On nous dirait que c'est "sous le seuil de détection" (de 19 Bq/l) sous entendu, pollution inexistante. Or cet enfant recevrait une dose de 1,44mSv pour l'année rien que par cet iode 129 dans le lait ([3], p.12). L'iode, qu'il soit 125 ou 129 est chimiquement de l'iode et il se concentre dans la thyroïde.
Affaire iode 129 à suivre donc.
Et le carbone 14 ?
Un autre oubli qu'il faudra combler aussi est les rejets de carbone 14. Lui aussi est bien présent à "Soulaines" puisque dans le "scénario du puits" une dose de 0,8mSv/an lui est imputée pour qui vivra là dans 1300 ans (Rapport provisoire de sûreté, indice B (juin 92), vol.III, chap.3, tableau 2.4).
Le carbone 14 est comme le tritium un émetteur b pur et n'est pas détectable avec un compteur Geiger. Il perd une première moitié de sa radioactivité en 5730 ans. Il se désintègre en azote :
L'énergie de ce rayonnement est de 156 000 électronvolts.
Comme le tritium il existe naturellement étant produits par les rayons cosmiques dans la haute atmosphère. Sous forme de gaz carbonique il est assimilé dans les plantes par la photosynthèse (aussi carbonates). Il est populaire par son usage en datation en archéologie. Cependant il ne faut pas perdre de vue qu'il est "en quantité infimes" naturellement (Que-sais-je Géochimie, n°759, p.75). Pour l'archéologie, il est mesuré sous forme gazeuse purifiée par quelques laboratoires spécialisés pour la datation avec des compteurs perfectionnés à bruit de fond bas (protection contre et correction pour les rayonnement cosmiques) pendant 24h, parfois plus.
Avec l'industrie nucléaire, on change d'échelle. Par exemple après avoir expliqué qu'en 1950 la radioactivité naturelle due au carbone 14 avait baissée de 2% par dilution due à la combustion du charbon et du pétrole depuis le début de l'ère industrielle, Mr Labeyrie, directeur du centre des faibles radioactivité CEA-CNRS à Gif, nous dit (La Recherche n°73, dec 1976, p.1040) :
"Mais cette modification allait se montrer bien modeste, comparée à celle qu'allaient produire, quelques années plus tard, les grosses explosions nucléaires dans l'atmosphère. Dès 1958, leur effet commençait à devenir très visible, ainsi qu'on peut le voir sur la figure 3, et devenait réellement énorme après 1963 lorsque les gaz des explosions de 1962 commencèrent à diffuser de la stratosphère vers le niveau de la mer : à ce moment, la quantité de carbone 14 présente dans l'air où nous vivons avait augmenté de près de 100% !"
L'usine anglaise de retraitement de Sellafield annonce de gros rejets de carbone 14 sous forme de gaz carbonique radioactif dans l'atmosphère. Cependant en France :
"Très curieusement, et contrairement aux iodes radioactifs, au krypton 85 et au tritium, le carbone 14 ne figure pas dans les bilans de rejets des installations de La Hague. Il n'est d'ailleurs pas spécifié en tant que tel dans les autorisations de rejet. Plus grave, le CEPN indique que COGEMA ne mesure pas l'activité du carbone 14 rejeté dans l'atmosphère….Le CEPN estime que le rejet dans l'atmosphère du carbone 14 par l'usine UP3 en 1991 représenterait 99% de la dose collective globale engagée par l'ensemble des rejets atmosphériques de cette usine sur une durée de 100 000 ans." ([3], p.23). L'Allemagne reconnaît que tout réacteur nucléaire à eau pressurisée rejette du carbone 14 en fonctionnement normal, principalement sous forme de rejets atmosphériques (222 Gbq/1000Mwé/an; Martin & Thomas, Actes du Colloque nucléaire-santé-sécurité, conseil Général du Tarn et Garonne, 1989, p.380). Ces auteurs (Ecole Normale Sup. et Paris VI) constatant que la branche nucléaire d'Edf ne donne aucun chiffre posent la question "Fait-il l'objet de mesures dans les rejets des centrales françaises ?" (p.364).
"Soulaines" reçoit des déchets de tous ces centres nucléaires. Si COGEMA et la branche nucléaire d'EdF laissent filer le carbone 14, et peut être ne mesurent pas l'activité échappée, on ne voit pas très bien pourquoi l'ANDRA a qui ils confient leurs propres déchets le ferait. Et comme l'exploitant reconnaît par ailleurs que certaines émissions "résultent de la présence de produits interdits", ce qui sort devient complètement imprévisible.
Le carbone est comme l'hydrogène une brique du vivant, 18% de notre propre corps en est constitué (12-13 Kg), c'est donc un radioélément important à surveiller en radioprotection. Il est l'ossature de la plupart des molécules qui nous composent, ADN inclus.
Pour finir, on rappellera simplement aux habitant de tous les villages environnants le site nucléaire de "Soulaines" qu'ils ont à la Mairie, dans leur copie de l'étude d'impact de l'enquête d'utilité publique de juin 1986, dans le deuxième chapitre de l'introduction, paragraphe 4.3, page 24 (Int-II-24) l'affirmation suivante :
"Le fonctionnement normal du centre de stockage ne donne lieu à aucune émission d'effluents radioactifs gazeux…l'air extrait est surveillé et passe dans des filtres avant rejet. Ainsi la contamination éventuelle de ces locaux ne peut pas être répandue à l'extérieur."
paragraphe 4.4, même page :
"Le fonctionnement du Centre de stockage ne donne
lieu à aucune émission d'effluents radioactifs vers l'environnement,
ni à aucun transport d'effluents radioactifs vers l'extérieur.
Dans ces conditions, aucune demande de rejet n'est à effectuer."
ACTUALITÉ 9
L'affranchi de Chaumont vend 26 juin 1998
INTERROGATIONS SUR LE SITE NUCLÉAIRE DE SOULAINES
Alors que la gouvernement n'a pas encore autorisé la construction du laboratoire souterrain, le CEDRA critique la gestion par l'ANDRA du site nucléaire de Soulaines et s'inquiète de rejets de tritium.
Depuis son ouverture en janvier 1992, le site nucléaire de Soulaines rejette dans l'air en toute illégalité des grosses bouffées de tritium industriel (hydrogène radioactif) à 1,5 km du village de Ville-au-bois. Les villages de Louze, Ceffonds et Montier-en-Der qui veulent développer le tourisme nature sont sous les vents dominants. On est en pleine région laitière AOC Brie de Meaux. Les habitants sont tenus dans l'ignorance de ces rejets".
S'appuyant sur des données communiquées par le Centre de stockage de l'Aube à la Commission locale d'information, Antoine Godinot relève que la cheminée rejetant l'air de la ventilation de l'atelier de conditionnement des déchets rejette également du tritium, un gaz toxique qui se transforme rapidement en eau tritiée.
Les quantités sont moins élevées qu'au Centre de retraitement de la Hague ou même qu'autour de n'importe quelle centrale nucléaire. Mais Antoine Godinot qui a une formation géologique, se refuse à dire que ces rejets ne sont pas dangereux. Ils sont en tout cas illégaux puisque l'Andra ne dispos d'aucun droit de rejet. L'étude d'impact de l'enquête d'utilité publique réalisée en 1986 contenait ainsi l'affirmation suivante : "Le fonctionnement normal du centre de stockage ne donne lieu à aucune émission d'effluents radioactifs gazeux…l'air extrait est surveillé et passe dans des filtres avant rejet. Ainsi la contamination éventuelle de ces locaux ne peut pas être répandue à l'extérieur. Dans ces conditions, aucune demande de rejet n'est à effectuer".
Or, l'ANDRA s'apprête aujourd'hui à déposer une demande d'autorisation de rejet. Antoine Godinot relève également que le site de Soulaines rejette de l'iode radioactif dans l'environnement dervois et s'interroge sur d'éventuelles émissions de carbone 14.
Sans vouloir se montrer catastrophique, cet écologiste bragard se demande "pourquoi tout cela n'a pas été dit dès le début, pourquoi tous les rejets ne sont pas publiés". "Il faudrait déjà savoir précisément tout ce qui est rejeté, ajoute-t-il. Ensuite, des spécialistes pourront dire si c'est dangereux ou pas. Pour le moment, un certain nombre de questions se posent".
Contacté par l'affranchi, le responsable de la communication du centre de Soulaines confirme qu'un dossier est en préparation pour obtenir une autorisation de rejet. Une enquête publique devrait donc avoir lieu prochainement. Mais il ne peut s'agir, selon lui, que de "rejets non radioactifs", d'un "bilan des entrées et sorties en terme de liquides".
Le Centre doit en effet s'adapter aux nouvelles dispositions de la loi sur l'eau de 1992 et de son décret de 1995.
Quant aux rejets de tritium, Christophe Neugnot reconnaît qu'il s'est produit "deux incidents" en 1995. C'était donc "hors fonctionnement normal". Et cela ne se serait pas reproduit depuis.
Reste que comme le tritium se transforme rapidement
en eau, et que l'enquête publique doit justement porter sur ces rejets,
le débat ne risque pas d'être clos de sitôt.
Un million de m3
Situé en Bar-sur-Aube et Montier-en-Der, à une cinquantaine de kilomètres de Chaumont, le centre Soulaines stocke en surface, depuis 1992, les déchets faiblement et moyennement radioactifs à vie courte. D'une capacité d'un million de m3, il a pris le relais du Centre de la Manche (la Hague) et recevra ces déchets durant environ 50 ans.
Les déchets arrivent par camions, soit directement depuis leurs lieux de production, soit, pour l'essentiel, après avoir transité par le terminal ferroviaire de la gare de Brienne-le-Château. La surveillance de ce terminal a été renforcée suite à la détection de traces de contamination dans la terre accumulée entre les rails.
Après avoir été compactés
et conditionnés (fûts métalliques, caissons en béton…),
les colis de déchets sont mis dans des cases en béton de
25 mètres de côté et 8 mètres de haut. Quand
ces ouvrages sont pleins, ils sont fermés par une dalle de béton
recouverte d'une couche de plastique imperméable.
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