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Mort d'une patiente — Le Parquet recule face aux médecins
Le procureur renonce à soutenir l'homicide par négligence, tout en soulignant les fautes graves des deux radiologues.
Devant le Palais de justice, le mari et le fils de la défunte avec un portrait de cette dernière.
Image: Steeve Iuncker-Gomez
Le procureur Gregory Orci renonce à soutenir son acte d'accusation jusqu'au bout. Il ne requiert finalement aucune peine pour homicide par négligence à l'encontre des deux radiologues assis depuis hier sur le banc des accusés. Et laisse au Tribunal de police la responsabilité de trancher.
Dans son réquisitoire pourtant, il souligne les graves «manquements» des deux médecins qui, le 3 juin 2010, n'ont pas réagi suffisamment vite au choc allergique présenté par une patiente et ne lui ont pas administré la piqûre d'adrénaline qui aurait pu la sauver. Cette femme de 53 ans était venue effectuer un scanner. Elle n'a pas supporté le produit de contraste qui lui a été injecté. Une demi-heure plus tard elle était morte.
Le magistrat rappelle qu'une minute déjà après l'injection de 10 h 48, la patiente se plaignait de difficultés respiratoires. A 11 h au plus tard, les médecins devaient savoir qu'il s'agissait d'un choc allergique. Or, les secours n'ont été appelés qu'à 11 h 09. Neuf minutes, «une éternité», souligne le procureur. L'adrénaline ne lui a été administrée qu'à l'arrivée du cardiomobile à 11 h 22. «Il était beaucoup trop tard, poursuit-il. Les médecins ont été dépassés par cette situation extrêmement stressante et violé les règles de prudence.»
Alors, pourquoi le magistrat renonce-t-il à l'accusation d'homicide par négligence? «Parce qu'il n'est pas possible de dire avec certitude que cette patiente aurait survécu si l'injection avait été donnée tout de suite», explique-t-il dans son réquisitoire. Il se base sur les rapports et l'audition des experts médicaux. Ces derniers ont certes souligné que l'adrénaline aurait certainement pu sauver la vie de la malheureuse. Mais ils ont ajouté qu'on ne pouvait pas en être totalement sûr. Même avec une piqûre d'adrénaline faite dans les temps, il arrive que des patients meurent.
C'est ce dernier élément qui a instillé le doute chez le procureur. Pouvait-il dans ce contexte soutenir activement l'homicide par négligence? Il a décidé que non et s'en rapporte sur ce point à la décision du tribunal. Ce qui ne l'empêche pas d'affirmer que, sur le plan civil, les praticiens ont commis un acte illicite: ils ont violé les règles de l'art médical. Il veut qu'ils soient condamnés aux frais de la procédure.
Mes Marc Lironi et Sandy Zaech, avocats du veuf et du fils de la défunte, demandent la condamnation des radiologues pour homicide par négligence et exposition. Non seulement ils n'ont pas fait les gestes adéquats pour sauver leur patiente, plaident-ils, mais ils l'ont en quelque sorte «abandonnée» à son sort. La docteure «a perdu pied et démissionné», quant à son collègue, il n'a pris aucune bonne décision: «Dans un cabinet de radiologie, le seul cas d'urgence qui peut se présenter est celui-là et ils n'ont même pas su le reconnaître!»
Mes Lionel Halpérin et Yaël Hayat, conseils des prévenus, relèvent toutes les failles de l'enquête pour conclure que «la preuve de l'injection d'adrénaline n'existe pas. Mais la preuve de la non-injection non plus!» A leurs yeux, la piqûre a certainement été faite mais, vu la mauvaise qualité de l'instruction dans laquelle plusieurs procureurs se sont succédé, ils ne peuvent pas en apporter la preuve formelle. Il faut donc acquitter. Verdict vendredi.
Source: TDG