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Malgré cette déclaration de la Convention, les capitaines de cette armée navale furent mis en jugement. Le capitaine de vaisseau Gassin du Jacobin, après une détention préventive de vingt-deux mois, fut condamné à trois mois de suspension sans solde. Les capitaines Tardy du Gasparin, Langlois du Tourville, Berrade du Pelletier, Lucadou du Patriote, Allary de la Convention et Dumoutier du Trajan furent destitués. Le capitaine et les officiers du Révolutionnaire, qui avaient été mis en prison à leur arrivée en France, et tous les autres capitaines, furent acquittés.
Le contre-amiral Nielly sortit le 12 septembre, avec une des divisions de l'armée navale de Brest, pour intercepter les convois qu'on savait être attendus en Angleterre. Cette division était composée des vaisseaux :
Canons.
des frégates : la Fraternité (2), la SurveilIante, la Précieuse,
La Fraternité et la Surveillante rentrèrent le 20. La première avait démâté de son petit mât de hune et craqué son beaupré. L'autre, à laquelle un coup de mer avait occasionné de graves avaries, se laissa souventer. Elle fut · poursuivie par plusieurs vaisseaux anglais et obligée de chercher un refuge dans le port. Le contre-amiral Nielly renvoya le côtre pour demander d'autres frégates. Le 3 octobre, il fut rallié par la Dryade, la Gentille, la Cocarde, la Tribune et la corvette la Jacobine. Contrariée par une série de mauvais temps et des brumes, cette division
(1) L'ancien Lion.
rentra à Brest deux jours après, sans avoir rencontré aucun mavire et avec des avaries plus ou moins graves. Le contre-amiral Nielly sortit de nouveau le 22 octobre ; il avait porté son pavillon sur le Tigre. Les vaisseaux de 78° le Caton et le Pelletier (1), capitaines Donat et Raillard, avaient remplacé le Zélé et le Nestor. A quelques jours de là, le Caton démâta de son petit mât de hune, cassa ses barres de perroquet et fut renvoyé à Lorient. Surprise, le 31 vers 4" du matin, par les vaisseaux anglais de 82° GANGEs et MoNTAGU, la corvette la Jacobine, capitaine Dandicolle, qui s'était écartée de la division, amena son pavillon après avoir vainement essayé de leur échapper. Le cap Finistère restait à 120 lieues dans l'Est. Le 6 novembre, la division courant au Sud par une jolie brise de O.-N.-O., eut connaissance, à 2" 15" du matin, de 2 bâtiments dans le S.-S.-O. Le contre-amiral Nielly les fit chasser et la division française prit comme eux les amures à bâbord. Lorsqu'il fit jour, on reconnut 2 vaisseaux anglais : c'étaient l'ALEXANDER, capitaine Rodney Bligh, et le CANADA, capitaine Powell Hamilton, tous les deux de 82°; ils retournaient en Angleterre après avoir escorté à la hauteur du cap Saint-Vincent un convoi pour Gibraltar et pour l'Amérique. A 6" 45", les vaisseaux français se formèrent en ligne de bataille, le Tigre en tête, et aussitôt, le Marat, les Droits de l'Homme et le Jean Bart reçurent l'ordre de doubler l'ennemi au vent pour le mettre entre deux feux. A 8" 15", le Tigre était en position d'envoyer quelques boulets à l'ALEXANDER ; mais ce vaisseau ne pouvant échapper à ceux qui étaient au vent, le contreamiral Nielly ne s'arrêta pas à le combattre et, suivi du Pelletier, il poursuivit le second qui courait un peu au large. A 8" 30", quelques boulets furent échangés entre le Tigre et le CANADA qui s'éloignait toujours. Le vent mollis
(1) L'ancien Séduisant.
sant beaucoup, les 2 vaisseaux français levèrent la chasse et rallièrent le reste de la division. Moins heureux que son compagnon, l'ALExANDER fut joint à 11" 30" par les Droits de l'Homme qui engagea le combat au vent, à portée de pistolet et, peu de temps après, par le Marat qui se plaça sous sa hanche, du bord opposé. Le vaisseau les Droits de l'Homme ayant eu sa vergue de petit hunier coupée après une demi-heure, ne put se maintenir au poste qu'il occupait; le Jean Bart le remplaça. A midi 15", le Marat passa derrière le vaisseau anglais et lui envoya une bordée d'enfilade : le Jean Bart le canonnait alors par le bossoir. L'ALExANDER ne pouvait résister longtemps à une pareille attaque; à 1" 25", il amena son pavillon. Dès que le Tigre eut rallié, il le prit à la remorque, car les vaisseaux qui l'avaient combattu avaient trop souffert pour le faire. Le Pelletier en fut chargé le lendemain, et la division fit route pour Brest, où elle arriva avec sa prise dont l'avarie principale consistait dans la perte de sa grande vergue. Le CANADA, qui n'eut à soutenir qu'une canonnade de peu d'effet, gagna un port d'Angleterre.
A la fin de cette année, le gouvernement donna l'ordre au contre-amiral Renaudin de partir de Brest avec 6 vaisseaux, 3 frégatesetune corvette pour porter des projectiles àToulon. Le vice-amiral Villaret, qui avait conservé le commandement de l'armée navale, devait escorter cette division en dehors du golfe de Gascogne, croiser ensuite pendant quinze jours dans ces parages et, avant de rentrer, détacher 6 vaisseaux et 3 frégates à la Guadeloupe et à Saint-Domingue. La pénurie envivresetenapprovisionnements étaittelleàBrest, en ce moment que, pour armer complétement les vaisseaux et les frégates en partance et pour donner six mois de vivres . à ceux qui allaient aux Antilles, il fallut dégarnir les autres. Parmi ces derniers, plusieurs durent sortir n'ayant que pour quinze jours de vivres. La plupart avaient des
mâts jumelés et les coques étaient généralement hors d'état de résister à un mauvais temps. L'armée avait essayé plusieurs fois de sortir. Le 24 décembre, le vice-amiralVillaret fit de nouveau à l'armée le signal d'appareiller; il ventait grand frais du N.-E. Cette fois encore elle resta au mouillage; le signal de mettre sous voiles n'avait cependant pas été annulé. Un incident malheureux marqua cette dernière tentative d'appareillage. Le vaisseau de 110° le Républicain chassa sur ses ancres pendant qu'il virait et, dérivant sur la roche dite la Cormorandière, il laissa tomber deux ancres. Le capitaine Longer appareilla à 2" 30"; mais, ne se voyant pas suivi, il mouilla dans le goulet. L'ancre était à peine au fond que, sur les observations du pilote, il donna l'ordre de la lever. Pendant qu'on y travaillait, le câble cassa et, avant que les voiles fussent établies, le Républicain fut porté sur la roche Mingan; il était alors 5*30" du soir. Quelque moyen qu'on employât pour le retirer, le vaisseau ne bougea pas. Bientôt il commença à talonner, et l'eau entra dès lors rapidement dans la cale; la batterie haute et celle des gaillards furent jetées à la mer. Le vaisseau étant échoué par l'arrière, l'eau se porta de l'avant et cette partie s'enfonça incessamment. Toutes les embarcations étaient déjà brisées ou emportées. La violence du vent empêcha de porter des secours au Républicain avant le lendemain. Le vaisseau le Fougueux, capitaine Labrier, arrivé l'avantveille de Rochefort et mouillé à Camaret, lui envoya ses embarcations à 9", et parvint à sauver la majeure partie de l'équipage; dix hommes seuls se noyèrent. Le Redoutable, qui cassa ses câbles, se tira d'affaire plus heureusement que le Républicain; il put prendre le large. La frégate la Vertu reçut l'ordre de le suivre. Enfin, le 29 dans l'après-midi, l'armée navale, forte de 35 vaisseaux, outre les frégates et les corvettes, mit à la voile et alla mouiller à Camaret pour attendre quelques retardataires; elle fit route définitivement le lendemain.
Le jour où le vaisseau le Républicain se perdait dans le goulet de Brest, un désastre semblable avait lieu sur la rade de Cherbourg : la corvette de 20° la Sérieuse, jetée à la côte, y avait été défoncée.
Le contre-amiral Martin (1), qui commandait l'escadre de Toulon, se disposait à sortir avec 7 vaisseaux et quelques frégates destinés à porter des troupes en Corse et à escorter 15 navires chargés d'approvisionnements pour cette île, lorsque la nouvelle de la prise de Bastia par les Anglais vint changer la destination de cette division. Le 6 juin dans l'après-midi, cet officier général, auprès duquel on avait placé le représentant du peuple Salicetti, mit sous voiles avec la division ci-dessous, pour aller croiser sur la côte.
Canons.
Généreux. , . . . » . . . - Louis.
Frégates : Junon, Friponne, Sérieuse, Boudeuse.
Le vent était à l'Ouest, petit frais, et une division an
glaise de dix voiles était en vue dans le Sud, courant bâbord amures. Les Français se formèrent en bataille, les
(1) M. Pouget, Précis historique de la vie et des campagnes du vice-amiral Martin, dit que les opérations de l'escadre de la Méditerranée sont racontées d'une manière très-inexacte dans toutes les relations; et, expliquant la cause de ces inexactitudes par la disparition des rapports du vice-amiral Martin, il déclare pouvoir réparer ces erreurs, étant possesseur des journaux de bord et de la correspondance officielle de cet officier général. Ce que dit M. Pouget de la disparition des rapports est exact. Mais les journaux du Sans-Culottes existent au ministère de la marine, et c'est à eux et à quelques rapports de capitaines que j'ai emprunté les faits dont on trouvera ici le récit.
(2) L'ancien Dauphin Royal.
(5) Primitivement la Commune de Bordeaux.