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Le gouvernement a donné son feu vert mercredi à la vente de 180 chars de grenadiers M113 aux Emirats Arabes Unis, qui en feront don à l'Irak.
Cette décision suscite la réprobation de la gauche et de l'Union démocratique du centre (UDC / droite dure).
La Suisse pourra exporter des chars de transport de troupe M113 vers le Pakistan et l'Irak (via les Emirats arabes unis). Le Conseil fédéral (gouvernement) a habilité mercredi le Secrétariat d'Etat à l'économie (seco) à autoriser ces demandes.
Concernant l'Irak, 180 véhicules M113 en bon état provenant des surplus de l'armée suisse (valeur: 12 millions de francs environ) seront exportés vers les Emirats arabes unis. Ces derniers en feront ensuite don au gouvernement irakien.
«Il est dans l'intérêt de la Suisse que la situation en Irak, où les attentats terroristes se multiplient, se stabilise aussi rapidement que possible», déclare Joseph Deiss, ministre de l’économie. A ses yeux, cela ne pourra se faire que si les nouvelles forces de sécurité irakiennes disposent de moyens appropriés pour assurer leur protection.
Les M113 peuvent servir utilement dans ce cadre. Ni la Suisse ni les Emirats arabes unis contreviennent aux mesures d'embargo internationales en exportant ces véhicules, souligne le Conseil fédéral.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a en effet demandé aux Etats membres d'aider le gouvernement irakien à mettre en place des services efficaces de police, de surveillance des frontières et de protection d'installations. Il a expressément autorisé des livraisons d'armements au gouvernement irakien.
Pakistan et Inde
S’agissant du Pakistan mais aussi l'Inde, le Conseil fédéral avait décidé de ne plus approuver aucune demande d'exportation de matériel de guerre vers ces pays à la suite de leurs essais nucléaires en juin 1998. Il a désormais rétabli la procédure habituelle prévue par la loi sur le matériel de guerre.
La tension entre les deux pays est retombée et des progrès ont été faits concernant leur pomme de discorde, le Cachemire, note Joseph Deiss. Ce dernier rappelle que ni l'ONU, ni l'Union européenne n'avaient lancé d'embargo général envers Islamabad et New Dehli.
Pour ce qui est du Pakistan, le seco pourra approuver la demande de courtage visant à négocier un contrat pour la vente de 736 M113 (plus les pièces détachées) pour un montant évalué à 40 millions de francs.
Ces véhicules devront être exclusivement utilisés pour des interventions de l'ONU dans des pays tels que la Sierra Leone, le Liberia, le Congo, le Burundi et plus tard le Soudan.
Les troupes pakistanaises ne parviennent pas à assurer la protection des troupes onusiennes de manière satisfaisante en raison de leur équipement insuffisant. La qualité de leur engagement pourra être considérablement améliorée par les M113 des surplus de l'armée suisse, estime le gouvernement.
La Corée du Sud aussi
Concernant l'Inde, le seco pourra donner une réponse positive à une demande préalable concernant l'octroi de licences pour la construction de canons de DCA de calibre 35 mm et la fourniture partielle de pièces détachées, pour une valeur totale de 300 millions sur cinq ans.
Dans le sens inverse, le gouvernement toujours a donné son aval à une importation temporaire en Suisse de matériel sud-coréen (valeur: 2,5 millions) à des fins de travaux d'entretien sur 50 à 100 ogives de missiles air-air du type «Sidewinder». Le matériel ne devrait que transiter en Suisse puisqu'il serait ensuite réexporté vers Séoul.
La Corée du Sud ne menace ni la sécurité internationale, ni la stabilité régionale, souligne le gouvernement. Plusieurs Etats européens livrent d'ailleurs des armements à Séoul. Vu qu'il n'y a pas eu de combats avec la Corée du Nord depuis 50 ans, la neutralité suisse n'est pas violée, estime le Conseil fédéral.
Cette commande sera du reste l’occasion pour le consortium helvétique RUAG de cultiver son savoir-faire dans l'entretien de missiles «Sidewinder», également utilisés par l'armée suisse, relève Joseph Deiss.
Réactions mitigées des partis
Si les partis du centre-droit soutiennent et légitiment le gouvernement dans son approche, l'UDC, les Verts et les socialistes la déplorent, voire s'en offusquent.
«Cet activisme soudain dans le domaine des ventes d'armes militaires entre en contradiction avec la neutralité de notre pays», proteste le sénateur socialiste jurassien Pierre-Alain Gentil.
Son parti note que «pour répondre à des intérêts à court terme, la Suisse met en jeu sa crédibilité et les efforts qu'elle développe dans le domaine du maintien de la paix dans le monde»
«C'est d'autant plus incompréhensible que, le mois dernier, la commission de surveillance du traité de non-prolifération nucléaire a signalé que l'Inde, comme le Pakistan, poursuivaient leur programme d'armement nucléaire», constate le PS.
Les Verts protestent, eux aussi, contre une décision qui touche deux régions en crise. Le parti écologiste exige, à moyen terme, une interdiction totale d'exporter des armes et, à long terme, un durcissement de la loi. Il va d'ailleurs, lors de la prochaine session parlementaire, prendre position pour une formulation plus contraignante de la loi.
Selon l'UDC, la décision du Conseil fédéral représente un changement de position et pose des questions sur la politique de neutralité de la Suisse, explique son porte-parole Simon Glauser.
Cette décision touche des pays en crise ou, dans le cas de l'Irak, en guerre. L'entretien de matériel sud coréen, alors que la Suisse participe au contrôle de l'armistice dans la région, est absurde, note l'UDC.
swissinfo et les agences
Faits
D’ici à 2010, l’armée suisse doit liquider du matériel pour environ 10 milliards de francs (prix d’achat à neuf). Et notamment:
1200 blindés légers M 109 et M 113
200 Chars 68/88
30 hélicoptères Alouette III
45 avions de combat F-5 Tiger.
2600 tonnes de fil de fer barbelé
20'600 tonnes de matériel de génie
320 tonnes de filets de camouflage
230 tonnes de tentes