Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06958.jsonl.gz/1002

Les rues de Gênes, de Rome ou de Bangkok ont récemment été dévastées par les eaux. Pour Hans Hurni, directeur du centre pour le développement et l’environnement Nord-Sud de l’université de Berne, de telles catastrophes s’expliquent par une croissance urbaine mal contrôlée.
Dans le nord de l’Italie, la ville de Gênes a connu fin octobre une véritable «apocalypse», comme l’a écrit le journal Il Tempo. En un peu plus de 12 heures, le chef-lieu de la Ligurie a reçu plus de 350 mm d’eaux, soit l’équivalent du tiers des précipitations annuelles. Ce véritable déluge a transformé les rues du centre-ville en fleuve.
Des images de ville submergée sont également parvenues de Rome, frappée par une violente tempête le 20 octobre. Puis il y a eu Bangkok. Envahie par une exceptionnelle masse d’eau, la capitale thaïlandaise a vu certains de ses quartiers transformés en lacs artificiels.
Pas une surprise
Ces scénarios catastrophe ne surprennent pas outre mesure le directeur du Centre pour le développement et l’environnement Nord-Sud de l’université de Berne. «Ces villes sont construites au pied des montagnes ou sur des terrains plats proches des rives, dans des zones ou le risque d’inondation ne peut pas être exclu», explique Hans Hurni.
Le problème de Gênes et de Bangkok, poursuit-il, est celui de toutes les villes qui ont crû de manière démesurée au cours des dernières années. «Le développement n’a pas tenu compte de la sécurité», déplore-t-il.
A l’époque, rappelle Hans Hurni, les villes étaient édifiées dans des lieux totalement sûrs. «Bangkok est née sur des terrains assez élevés et Gênes à bonne distance des fleuves. Par la suite, ces villes se sont agrandies. Leurs routes et leurs constructions se sont étendues sur des zones plus risquées», dit-il.
«La majeure partie des villes européennes ont adopté des mesures pour prévenir les inondations, souligne-t-il, par exemple en augmentant la profondeur des cours d’eau et en érigeant des digues. Ces interventions n’ont cependant pas été effectuées dans l’optique d’événements exceptionnels.»
Du coup, la question qui se pose est de savoir comment faire pour limiter les dommages causés par des phénomènes météorologiques extrêmes qui, selon des prévisions, devraient se multiplier. «Il faudrait avant tout éviter de construire dans les zones à risque», répond Hans Hurni, qui insiste aussi sur les systèmes d’alerte précoce.
«La population doit pouvoir quitter rapidement la zone dangereuse, ce qui ne s’est pas passé à Gênes. Il faudrait en outre penser à des issues de secours dans les maisons qui permettent par exemple de se réfugier au premier étage», déclare-t-il.
Les leçons de Brigue
La nécessité de se protéger contre des événements exceptionnels concerne naturellement aussi la Suisse, qui a été à plusieurs reprises le théâtre d’inondations tragiques. En 1993, à Brigue (Valais), d’abondantes précipitations avaient fait déborder la Saltina, un affluent du Rhône. Bilan: deux morts et plus de 600 millions de francs de dégâts.
«C’est tout le système de protection qui n’a pas fonctionné, rappelle Hans Hurni. Après cette catastrophe, on a mis sur pied un système d’alerte précoce et également construit des ponts mobiles.»
Le principal pont enjambant la Saltina est ainsi en mesure de s’adapter automatiquement au niveau du cours d’eau, ce qui évite que les alluvions n’obstruent le passage de l’eau. En cas d’augmentation du niveau des eaux, il ne faut que quelques minutes pour soulever de trois mètres toutes la structure du pont.
Les vieux ponts destinés aux piétons ont ensuite été remplacés par des passerelles qui peuvent être rapidement démontées en cas de nécessité. Ce système s’est révélé particulièrement efficace en 2000, lorsque le volume de matériaux transportés par le cours d’eau a dépassé celui de 1993. Le soulèvement et le démontage des ponts a permis de contenir la crue du cours d’eau et donc de limiter les dommages.
Toujours un risque
Mais si Brigue a montré qu’il était possible de résister à des événements exceptionnels, on ne peut pas en dire autant pour d’autres villes suisses. «Je ne suis pas certain que toutes les villes suisses soient suffisamment protégées, déclare Hans Hurni. Chez nous non plus, on ne s’est pas toujours rendu compte du potentiel de dangerosité.»
Parmi les cas les plus notoires, il y a celui de la ville de Brienz, dans l’Oberland bernois. «Pendant plus d’un siècle, on a construit sur les cônes de déjection des torrents de montagne. Le résultat a été désastreux: de nombreuses maisons ont été emportées lors des inondations de 2005.
Pour Hans Hurni, on ne peut pas faire de miracles. «Soit on déplace les bâtiments des zones à risque, soit on renforce les structures de prévention des dégâts. Eliminer le risque est impossible. Peut-être même devrions-nous commence à apprendre à vivre avec des catastrophes», constate-t-il.
2005, annus horribilis
L’été 2005 s’est caractérisé par une série de tempêtes qui ont frappé l’Europe centrale.
Les précipitations ont également touché la Suisse, tout particulièrement les régions du centre et de l’est du pays.
Berne, Lucerne, Uri et Obwald ont été les cantons les plus touchés. A Berne, le quartier de la Matte a été submergé par le débordement de l’Aar. Les travaux de réparation ont duré plusieurs semaines.
Les inondations de 2005 ont provoqué la mort de six personnes et les dégâts se sont montés à 2 milliards de francs pour le secteur privé (habitations, entreprises, mobilier, etc.) et à 500 millions pour le secteur public (route, voies de chemin de fer, immeubles).Fin de l'infobox
Centre de recherche Nord-Sud
Le Centre pour le développement et l’environnement Nord-Sud fait partie du pôle de recherche (NCCR) du Fonds national suisse de la recherche scientifique.
Lancé en 2001, le NCCR est le plus important programme jamais réalisé dans le cadre de la recherche interuniversitaire.
Sept centres de compétence suisses étudient, en collaboration avec une douzaine d’institutions d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, les répercussions des changements sociaux-économiques actuellement en cours.
Le programme est financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et par la Direction du développement et de la coopération.Fin de l'infobox
(Traduction de l’italien: Olivier Pauchard), swissinfo.ch