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"La décision de se retirer de Syrie répond certes à une volonté de nombreux Américains de tous bords qui estiment que la présence américaine dans la région dure depuis trop longtemps, mais la manière dont cela a été fait, sans préparation, sans consultation et sans planning, rend difficile à en comprendre les intérêts pour les Etats-Unis", constate dans Tout un monde Robert Malley, qui dirige actuellement l'ONG de promotion de la paix International Crisis Group.
Et l'ancien conseiller de Barak Obama sur le Moyen-Orient et l'Etat islamique de souligner également l'inquiétude autour de "la possible résurgence" du groupe djihadiste et le fait que ce retrait "offre le contrôle des événements dans la région à la Russie."
La Russie et le régime syrien "gagnants"
A la question de savoir qui profite de ce retrait, Robert Malley évoque précisément Moscou, "parce qu'elle est la rare à avoir des bonnes relations avec tous les acteurs de la région et qu'elle peut chorégraphier un arrangement entre eux". Autre bénéficiaire, le régime syrien qui a la possibilité de se rétablir dans cette zone, huit ans après le déclenchement de la guerre civile.
On ne peut mentionner aucun cas où l'intervention militaire des Etats-Unis a eu un effet positif sur un changement de régime.
Le directeur d'International Crisis remonte encore plus loin dans le passé en admettant que, depuis trente ans, "le bilan des interventions militaires américaines dans la région est assez désastreux. On ne peut mentionner aucun cas où l'intervention militaire des Etats-Unis a eu un effet positif sur un changement de régime."
"Amateurisme et ignorance"
Robert Malley cite notamment l'Afghanistan, l'Irak, la Libye ou la Syrie. Autant d'échecs qui montrent "les limites de la puissance américaine" dans une région "qui sait que les Etats-Unis ne sont pas là pour longtemps et où ils ont fait preuve soit d'amateurisme, soit d'ignorance des dynamiques régionales."
Mais il souligne quand même l'utilité du rôle sécuritaire de la présence des soldats américains et l'importance diplomatique que son pays peut jouer. "En espérant qu'il s'oriente plutôt vers une politique diplomatique visant à aplanir les tensions plutôt qu'à les exacérber." Et ce, surtout dans cette région du monde où on ne peut pas contenir une crise, "parce qu'un conflit, automatiquement, déploie des tentacules partout ailleurs."
Ne pas compter sur "la cavalerie" américaine
Robert Malley voit toutefois un avantage au retrait de Syrie: "Les pays de la région, notamment l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou Israël, ont désormais compris que la rhétorique américaine dépasse de loin l'engagement pratique et qu'il ne faut pas compter sur 'la cavalerie' pour vous défendre".
Ces Etats devront donc "compter davantage sur eux-mêmes" et assurer leur sécurité "non pas de manière militaire, mais en s'engageant sur la voix du dialogue".
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Article web: Victorien Kissling