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Marie-Françoise Baslez, Les persécutions dans l'Antiquité. Victimes, héros, martyrs, Fayard, Paris 2007, 418 p.
Partant de Socrate, qui restera longtemps l'archétype du persécuté, cet ouvrage remarquable examine le phénomène de la persécution sous tous ses aspects, anthropologiques, politiques, sociaux et juridiques.
Dans la cité gréco-romaine, basée sur le consensus, la persécution n'a pas pour but d'éradiquer une doctrine ou une croyance, mais de réintégrer l'individu dont le comportement s'écarte des normes. Si la liberté d'association est en principe reconnue, elle a des limites et l'Etat tente de la contrôler en période de crise. Ainsi, dans la célèbre affaire des Bacchanales à Rome, en 186 av. J.-C., les accusés durent répondre non de leur appartenance à une secte, mais d'infractions dont chacun s'était rendu coupable. Ce fut l'occasion d'établir une distinction entre associations licites et illicites par un sénatus-consulte faisant encore jurisprudence aux IIe et IIIe siècles de notre ère.
Après Alexandre, les vastes royaumes hellénistiques sont le théâtre d'affrontements entre monarques soucieux d'hellénisation - voire en mal de divinisation - et communautés juives au bénéfice d'un statut d'exception. C'est en 171-169 qu'éclate l'affaire des Maccabées. Pour la première fois, le pouvoir prétend éradiquer une tradition religieuse et provoque une résistance active. Les Juifs subissent un véritable pogrom à Alexandrie. De là date ce que l'auteur désigne comme « l'invention du martyre ».
Dans un renversement des valeurs, la « belle mort » héroïque des Grecs devient la mort ignominieuse subie «pour la Loi», disent les Juifs, « pour la foi », diront bientôt les chrétiens. La mort ouvre le chemin de la vie éternelle et prend valeur de témoignage, conformément au sens du terme grec. Aussi la rechercheront-ils parfois jusqu'à la provocation, ce qu'apprécieront diversement les premiers évêques. Paul, repris par Clément d'Alexandrie, soulignera l'ambiguïté de la mort spectaculaire. Le culte des martyrs représente pourtant un facteur de cohésion pour les premières communautés chrétiennes qui vivent dans une insécurité permanente.
Vers 250, un édit impérial de Dèce institua un contrôle de la pratique religieuse, contraignant les chrétiens à sacrifier aux dieux officiels en vue d'obtenir un certificat qui leur évitait l'incarcération. Beaucoup cédèrent et leur réintégration au sein des communautés fit l'objet de désaccords allant jusqu'à la sédition. Il en fut de même après la Grande persécution de Dioclétien, qui culmina en 304. On vit alors les chrétiens se réfugier à la campagne ou dans le désert où l'émergence du monachisme marqua une évolution valorisant l'ascèse et justifiant le choix de vivre plutôt que de mourir.
L'édit de 313 de Constantin sera censé garantir la liberté religieuse. Dans les faits, le concile de Nicée établira l'orthodoxie, bannissant les hérétiques - les persécutés devenant persécuteurs - et l'idéal d'unification religieuse l'emportera sur celui de liberté.