Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07039.jsonl.gz/252

24/09/2013
Je n'ai pas été particulièrement impressionné par le Programme de transition de Trotsky (de 1938), mais il faut bien lui reconnaître une qualité certaine, celle de mettre en évidence (voire de conceptualiser) la nécessité d'adapter le contenu de la propagande socialiste et révolutionnaire au grand public (ce qu'il appellerait plutôt les masses je suppose), ce qui n'est pas si loin de quelque chose comme le populisme (dans une définition non propagandiste justement). Car si le populisme consiste à dire au grand public ce qu'il veut entendre (ou à lui dire que ce qu'il veut est ce qui est bon ou bien), à l'opposé de la philosophie (politique ou pas) qui établit la vérité (ce qui est bon ou bien entre autres) et la présente au grand public, alors la propagande de transition de Trotsky se trouve à la croisée des chemins entre philosophie politique socialiste et populisme.
Selon Trotsky, la propagande de transition est la propagande qui est nécessaire dans le cadre d'un niveau de développement donné d'une société non socialiste. Il s'agit de savoir comment s'adresser au grand public sans le rebuter, en passant sous silence les éléments les plus radicaux qui pourraient par trop choquer, en vulgarisant ce qui doit l'être, et en axant son discours sur des objets concrets (non théoriques) à même de toucher directement les groupes sociaux visés. Ainsi, d'une propagande de transition efficace est censée émerger une adhésion progressive au programme socialiste révolutionnaire de la part du grand public, jusqu'au niveau de conscientisation et de mobilisation nécessaire à la réalisation des premières étapes de la révolution.
Bien entendu, il y a une propagande de transition comme il y a une action (politique) de transition, et peut-être même une philosophie (politique ou pas) de transition, formant un militantisme de transition.
Dans son texte (cité au début de ce billet), Trotsky aborde la question des programmes. Lui-même écrit un Programme de transition, dont je tire la présente méthodologie militante, qui explique (entre autres) comment dans le contexte de son époque mettre en pratique une propagande et une action de transition. Il y a pour Trotsky des programmes minimum, maximum, et de transition. Les programmes maximums sont les programmes qui décrivent, non pas la société idéale recherchée dans son détail (ce serait je suppose pour lui un programme idéaliste ou utopiste, et donc anti-marxiste), mais plutôt ce que l'action politique socialiste révolutionnaire cherche à réaliser (le renversement de l'état des choses). Les programmes minimums sont les programmes qui se content de décrire ce qu'un parti ferait comme réformes (non révolutionnaires*) s'il arrivait à la tête de l’État dans le cadre d'une société capitaliste. Les programmes de transition sont les programmes cherchant par des objets de luttes concrètes à conscientiser et mobiliser progressivement le grand public.
Ceci étant posé, il est bien plus difficile de savoir ce qu'est exactement un bon programme de transition, ou de manière plus générale, un bon militantisme de transition, et il me semble que c'est essentiellement par la pratique, par le tâtonnement, que l'on parvient à s'adapter au contexte dans lequel on évolue.
Un petit mot en conclusion, je suis bien conscient que mon blog n'est pas un blog de transition (aucune de ses trois parties ne l'est), mais ce n'est pas son but. Mon blog est un blog de recherche et de débat qui s'adresse avant tout aux autres militants. Il ne s'agit pas de faire de la propagande au grand public (ce que d'autres blogueurs font, particulièrement en ces temps d'élection), mais bien plutôt d'essayer de construire les bases théoriques d'une culture politique militante socialiste et révolutionnaire contemporaine.
*Les réformes révolutionnaires sont les réformes qui favorisent l'avènement de la révolution socialiste. Les réformes contre-révolutionnaires sont celles qui produisent l'effet inverse. Les réformes neutres n'ont aucun effet sur l'avancement ou l'affaiblissement de la probabilité révolutionnaire.