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Gabriel Loppé (1825-1913) est un peintre, photographe et alpiniste français. S’il n’est plus aujourd’hui connu (ou peu) du grand public, il a joui de son vivant d’un succès certain. Il y a par ailleurs peu d’études sur sa peinture. Loppé est un peintre-alpiniste, c’est-à-dire un peintre et alpiniste qui place toutefois l’art avant tout : les sorties en montagne sont subordonnées à la pratique artistique.
Premiers pas en peinture
C’est en voyant deux peintres travaillant sur le motif depuis le sommet du pic Saint-Loup que Loppé a décidé d’être lui aussi peintre de paysage. Cette vocation sera facilité par ses séjours à Meiringen, alors un lieu important et fréquenté par des peintres venus de divers horizons – même des États-Unis –, où il fait ses premiers contacts avec l’école genevoise de peinture, emmenée par François Diday et Alexandre Calame. Le premier séjour date de 1846. Il se lie d’amitié avec de nombreux peintres. Loppé a aussi étudié dans l’atelier de Diday à Genève en 1847.
Loppé alpiniste
C’est en 1853, en montant au refuge des Grands Mulets, que Loppé découvre la haute montagne. À Chamonix, il fait la connaissance des principaux alpinistes de l’époque, dont Leslie Stephen, célèbre pour son livre The Playground of Europe, et Edward Whymper, auteur de plusieurs premières dans les Alpes, dont la célèbre et tragique ascension du Cervin en 1865. Loppé et Leslie Stephen ont fait plusieurs ascensions ensemble. Ces sorties en haute montagne leur évoquent une « réalité plus belle que les plus beaux rêves » comme l’écrit Loppé dans un manuscrit racontant les ascensions faites dans les Alpes entre 1871 et 1894. Ce fut un grimpeur assidu, faisant l’ascension du mont Blanc à au moins quarante reprises – le mont Blanc est à l’époque la seule ascension courante à Chamonix. Loppé a pourtant aussi fait des premières : le mont Mallet en 1871 avec notamment Leslie Stephen et le col des Hirondelles en 1873.
Après l’ascension hivernale réussie en 1874 de la Jungfrau et du Wetterhorn par le révérend américain Coolidge et sa tante Miss Meta Brevoort, l’ascension hivernale du mont Blanc devient un défi. Loppé y participera mais sans succès, malgré huit tentatives.
Peintre-alpiniste
Loppé passe chaque été à Chamonix depuis le début des années 1850, après avoir découvert la station et la mer de Glace en 1849. Vivre à Chamonix lui permet de combiner ses deux passions, la peinture et l’alpinisme. Il ne part d’ailleurs jamais sans piolet et sans pinceau. Loppé peignait sur le motif, y compris à 4000m d’altitude. S’il retournait si souvent au sommet du mont Blanc, c’est aussi parce qu’il était fasciné par les changements incessants du paysage glaciaire.
Loppé pouvait passer plusieurs jours en montagne, comme en 1877, lorsqu’il passe une semaine avec sa fille au col du Géant du 28 août au 5 septembre. Il travaille alors de l’aube au coucher du soleil.
Caractéristiques de la peinture de Loppé
Tous genres confondus, les sujets de prédilection de Loppé sont les levers ou couchers de soleil et les effets atmosphériques. Ses carnets le montrent très attentifs aux variations des ciels et de lumières. Loppé place souvent des crevasses de glacier au premier plan. De la sorte, il déstabilise le spectateur, qui se trouve dépourvu de premier plan stable et accueillant qui se trouve traditionnellement sur la plupart des tableaux de paysage. Ce premier plan de crevasses occupe parfois près de la moitié de la composition.
Il y a très peu d’évolution dans la peinture et la carrière de Loppé. Il est pour ainsi dire impossible de distinguer un tableau du début de la fin de sa carrière. C’est probablement dans la représentation des nuages qu’il a le plus évolué au cours de sa carrière, passant de ciels bleus (que la critique lui reprochait à ses débuts) à des effets de nuages, des nuages occupant la plus grande partie du ciel.
Peindre en hiver, la neige pour la neige
Un aspect novateur de la peinture de Loppé est la représentation de la neige pour elle-même. Il a peint de nombreux tableaux en hiver dans les vallées de Meiringen, d’Engelberg, de Zermatt, de Chamonix, ce qui n’est pas anodin à l’époque. Loppé lui-même en témoignait : « Le long de la route les gens nous regardent étonnés de voir à cette époque de l’année, des touristes avec des piolets et des guides, sur la grande route. La mode des courses d’hiver n’était pas encore créée. »
Premières expositions et galerie personnelle
Loppé expose sa peinture de haute montagne à l’exposition universelle de Londres en 1862 avec notamment un tableau du mont Blanc, loué par l’architecte, artiste et alpiniste Viollet-le-Duc : « Le contingent de la Suisse est très brillant à Londres. […] La grande vue du Mont-Blanc de M. Loppé est extrêmement curieuse et c’est de plus, un tableau habilement peint. »
Mais Loppé ouvrira sa propre galerie à Chamonix en 1874. Il commente ainsi l’ouverture : « Je préfère, pour plus d’une raison, grouper mes œuvres en une seule collection. J’estime qu’en raison du caractère particulier de mes sujets, mes tableaux non seulement ne sont pas en harmonie avec les autres œuvres exposées, mais qu’ils ne peuvent pas être jugés à leur vraie valeur. Dans la vallée de Chamonix, dans leur propre atmosphère, entourés par les motifs qui les ont inspirés, mes tableaux ne se montrent pas sous le jour désavantageux. »
Loppé a malgré tout exposé au Salon officiel à Paris, de 1881 à 1887, en 1889, 1890, 1894. Il y a rencontré des critiques élogieuses.
Une production intensive
Entre 1885 et 1891, Loppé expose de manière permanente environ trente peintures dans la grande salle à manger de l’Hôtel des Alpes à Zermatt. Entre sa galerie et la salle à manger à Zermatt, Loppé doit donc beaucoup produire. Trop comme il le laisse entendre à sa fille Aline : « Avec mes deux expositions, je suis condamné à produire davantage et surtout à varier un peu plus mes sujets de tableaux. Toujours Chamonix et Zermatt et un peu d’Eggishorn finissent par fatiguer les visiteurs et moi aussi. » Si Loppé peint Zermatt, Chamonix et l’Eggishorn, c’est parce que ce sont trois endroits très prisés du tourisme (pour la vue sur le glacier d’Aletsch en ce qui concerne l’Eggishorn), notamment anglais.
Loppé dessinateur
Loppé a aussi produit plusieurs dessins de montagne. Ils sont essentiels pour mieux comprendre sa production picturale, car Loppé s’en est souvent servi pour peindre ses tableaux, surtout à partir des années 1860. Loppé a aussi produit de nombreux dessins pour illustrer des livres touristiques. Comme ils doivent être reproduits en gravure, ils sont très minutieux.
Loppé et la photographie
Loppé a découvert la photographie en 1861, lorsqu’il a pris part à l’ascension photographique du mont Blanc des frères Bisson. Comme il connaissait très bien le milieu, il a très probablement indiqué des points de vue aux photographes. Mais ce n’est qu’à partir des années 1880 qu’il a commencé lui-même à prendre des photographies. Il photographie la ville – sa photo de la foudre frappant la tour Eiffel est célèbre –, mais aussi ses enfants… et la montagne bien sûr. Ce qui l’intéresse beaucoup lorsqu’il photographie en montagne, ce sont les phénomènes atmosphériques et leurs changements. Il sort ainsi parfois des canons esthétiques photographiques de son temps avec des contre-jour ou des photos sous-exposées. Il est en cela proche des préoccupations esthétiques de ses compagnons pictorialistes anglais du Camera Club.
Pour autant, Loppé n’a pas cessé de peindre après avoir commencé la photographie. Il peint même certains tableaux à partir de ses photographies. Il est intéressant de voir que certaines photographies et toiles sont prises depuis le même lieu. C’est le cas par exemple du Riffelsee, sur les hauteurs de Zermatt, lac qui jouissait depuis plusieurs années déjà d’un certain succès. John Hobbs (pour le compte de John Ruskin) a probablement pris la première photographie du Cervin, voire de montagne, depuis ses rives en 1859.
Je remercie la Galerie John Mitchel Fine Paintings de m’avoir accordé les droits d’utilisation des images utilisées dans cet article.
John Mitchel Fine Paintings est spécialisé dans la vente des plus belles peintures de montagnes.
Thomas Crauwels
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