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Les « Promenades avec Robert Walser » de Carl Seelig sont publiées aux Éditions Zoé dans une nouvelle traduction de Marion Graf. Enfilez vos chaussures et bonne route !
Une nouvelle traduction est toujours un petit événement. C’est particulièrement le cas de cette édition des Promenades avec Robert Walser de Carl Seelig, publiée chez Zoé dans une traduction de Marion Graf. Non seulement, cette parution rend à nouveau accessible un texte épuisé depuis plusieurs années, mais elle lui offre un regard neuf.
Marion Graf se base en effet sur les Wanderungen mit Robert Walser publiées chez Suhrkamp en 2021 et dont le texte correspond exactement à la toute première édition de 1957 – le livre a connu seize rééditions en Allemagne, agrémentées de corrections. Ce retour aux sources s’explique par « la volonté de restituer au texte allemand sa couleur linguistique originale et son effet de spontanéité », précise Marion Graf dans sa note éditoriale. Ce coloris nettement alémanique n’ayant toutefois pas d’équivalent en français, la traductrice a eu recours pour l’évoquer à des tournures orales et à certains usages du français de Suisse. Il s’agissait aussi de donner à entendre deux voix contrastées qui dialoguent, celle de Walser, « impatiente, blessée, avec sa constante lucidité et ses formules fulgurantes », et celle du journaliste et écrivain Carl Seelig, « avec son goût de l’anecdote et des destins hors du commun ».
Carl Seelig rencontre Robert Walser en 1936 à Herisau, dans la maison de santé où l’auteur de L’institut Benjamenta séjournera jusqu’à sa mort en 1956. L’écrivain est âgé de 58 ans et il a cessé d’écrire. « Son apparence me frappa, écrit Carl Seelig. Un visage enfantin tout rond, fendu comme par la foudre, les joues un peu rouges, les yeux bleus et une courte moustache dorée. » Durant les vingt ans qui suivent, les deux hommes effectueront une quarantaine de promenades pendant lesquelles Seelig prendra plusieurs fois l’écrivain en photo.
Robert Walser part de la clinique et y revient à la fin de l’excursion. Carl Seelig vient le chercher ou ils se retrouvent à la gare. Ils parcourent des dizaines de kilomètres à pied, par tous les temps, en direction de Rorschach, Saint-Gall ou Gossau, tout en parlant avec passion de littérature et d’écriture, parfois d’actualité. Non sans quelque réticence, Walser évoque aussi sa vie. Et les deux compères n’omettent jamais de s’arrêter dans quelque auberge ou pâtisserie pour reprendre des forces. Le temps de déguster avec ferveur de tendres escalopes de bœuf Holstein accompagnées de carottes, haricots, nouilles et salade et suivies de meringues glacées, « le tout arrosé, à la demande expresse de Robert, de vin rouge d’Espagne ».