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Eldorado de la randonnée alpine Serpenter le long de la frontière dans le Rätikon
Le sentier d' altitude du Prättigau incarne surtout la diversité. Même si le parcours est coté T3 au maximum, le détour par l' un des nombreux sommets le transforme en randonnée alpine difficile.
Pour de nombreux randonneurs, le Rätikon fait immédiatement penser au sentier d' altitude du Prättigau. Non sans raison, puisqu' il présente tous les atouts d' un chemin panoramique: d' incessants changements de vues, au loin ou plongeantes, de bons sentiers au dénivelé abordable et, çà et là, un petit col ou une brèche offrant un panorama dégagé. Ce sont les coulisses de cette course qui nous intéresseront ici, à savoir l' un des plus imposants massifs calcaires des Alpes suisses, le Rätikon. Sur la carte nationale, on lit cependant « Alpstein », terme que personne n' utilise ici, car il est incontesté dans le Prättigau qu' il appartient aux Saint-Gallois et aux Appenzellois. Les deux massifs ont néanmoins vu le jour de la même manière, tout comme le reste des Alpes. Il y a près de 100 millions d' années, le continent africain a heurté l' Europe. Cela déplaça les uns au-dessus des autres les territoires pris entre deux, comme poussés par un chasse-neige qui finit par laisser sur place un empilement de couches. Lors de la formation des montagnes, la strate austroalpine supérieure du Lechtal triompha à l' est du Rätikon. Dans la partie centrale, ce furent les calcaires de la Sulzfluh, et à l' ouest, le cristal de la couche de la Silvretta. A l' arrivée de ces roches plus dures, le flysch du Prättigau, géologiquement tendre, dut se contenter des miettes.
La Suisse dispose donc aussi d' un massif dolomitique. Ses sommets ne sont cependant pas équipés de via ferrata comme dans les Alpes dolomitiques orientales, à l' exception de celle de la Sulzfluh. Par contre, il existe ici des chemins de randonnée véritablement authentiques mettant en exergue la géologie et permettant de parcourir gorges et recoins des plus abrupts sans assurage. C' est le cas par exemple à la Schesaplana. Ici, entre les épaisses couches de calcaire des Dolomites, on trouve de fines strates de gypse et de schiste, dont le blanc et le brun ressortent de la grisaille du calcaire. Sur ces bandes, il y a tout juste de quoi poser les deux pieds, et elles sont si bien aménagées à l' horizontale qu' elles peuvent être franchies librement, bien sûr sans vertige, neige ou humidité. Celles-ci et le calcaire ne font pas bon ménage du tout dans les terrains escarpés, lesquels se transforment alors en de poisseux toboggans.
Nous proposons une course par beau temps qui commence dans la petite Enderlinhütte CAS, dans le Gleggtobel, sur les hauts de Maienfeld. Elle ne débute pas dans la vallée, car la première étape est déjà suffisamment longue ainsi. On ne voudrait pas manquer la conquête du Falknis comme premier sommet, et le chemin de la Fläscher Fürggli constitue une bonne initiation à la randonnée alpine. Dans un T4 soutenu, il vaut mieux parcourir dans l' ombre matinale les traces de sente qui cheminent à travers les pentes herbeuses humides de rosée jusqu' à la Fläscher Fürggli. Depuis le Falknis, on aperçoit la vallée du Rhin qui baigne dans la lumière matinale. On ne devrait pourtant pas tarder à se remettre en chemin dans le Fläscher Tal, ou Radaufis, comme on appelle cette cuvette de pâturages traversée par une route alpine. Un tunnel conduit à Ijes Alp. On enchaîne avec une montée au Barthümeljoch, d' où l'on se retrouve à un jet de pierres de la Pfälzerhütte LAV, à moins que l'on ne s' accorde un détour par le Naafkopf ( voir aussi Les Alpes 6/2008 ). Dépourvu de sentier, mais facile, l' itinéraire du Barthümeljoch mène droit au sommet, lequel comblera toute aspiration à une belle vue. Ce sommet peut aussi être au programme matinal de la seconde étape: de la Pfälzerhütte LAV, l' ascension est raide, et la descente s' effectue par l' arête jusqu' au Barthümeljoch. Ici, on effectue encore un kilomètre sur sol autrichien pour gagner le Hochjoch, suivi d' un autre côté suisse vers la Chlei Furgga. C' est ici qu' on foule pour la première fois les strates de millefeuille du Rätikon. Le sentier d' altitude conduit directement dans la face sud du Salaruelkopf et bifurque ensuite soit vers le sommet, avant de traverser les reliques d' un glacier pour gagner la Mannheimer Hütte, soit vers le bas, en direction de la Schesaplanahütte CAS par le Frickweg. Si l'on choisit la seconde variante, c' est l' ascension suisse de la Schesaplana par la Schesaplanahütte CAS qui figurera au programme du jour suivant. Le sentier serpente de manière incroyable dans la face, devient de plus en plus abrupt, et la concentration augmente. On est envahi par une sensation de via ferrata, à la différence que les mains ne touchent pas des échelles de fer, mais un calcaire tempéré. Sur le haut de la première partie, on foule une seconde fois le millefeuille géologique. Même la descente à la Gamsluggen par lapiaz et dolines promet son lot de tensions. Pour les amoureux, elle réserve une surprise exceptionnelle. D' ici, le Lünersee leur offre sa forme de cœur. Après cet épisode romanesque, le chemin vers la Carschinahütte CAS continue le long du sentier d' altitude du Prättigau, car les Kirchlispitzen et la Drusenfluh appartiennent bel et bien aux grimpeurs.
Si l'on a assez de temps, la Sulzfluh fait partie du programme, que ce soit par la via ferrata pour les plus aguerris ou par l' itinéraire d' hiver facile du Gemschtobel. On redescend par de vastes étendues karstiques vers la Tilisunahütte, puis par le Tilisunafürggli vers Partnun et St. Antönien. Pour plus d' exclusivité, on optera pour la variante allant de la Tilisunahütte au Plasseggenpass en passant par le Gruobenpass. La plaine de Plasseggen est l' un de ces endroits où l'on aimerait planter sa tente à proximité du murmure d' un ruisseau et d' où on apprécierait voir la Sulzfluh toute proche se nimber de rose dans la lumière vespérale. Si l'on préfère la solitude, on évitera cette étape plutôt facile et on descendra à St. Antönien, au lieu de passer la nuit à la Carschinahütte CAS. C' est là en effet qu' intervient le grand final. Il débute sur le sentier d' altitude du Prättigau qui monte au superbe point de vue du Jägglisch Horn. De là, une arête insignifiante mène vers le sud-est à la Saaser Calanda. Même s' il n' y a ni chemin, ni via ferrata, il est facile à parcourir, en tout cas jusqu' au Nollen, d' où les raides lacets d' un chemin de chasseurs descendent à l' Alp Zastia. Sur le flanc nord, sous la Saaser Calanda, l' itinéraire revêt des atours exclusivement alpins, où le chemin bifurque et réapparaît au-dessus d' un couloir escarpé. Maintenant, il n' y a plus que des vires à chamois, et le degré de difficulté atteint un bon T5. En revanche, on se retrouve à nouveau au milieu des Dolomites du Rätikon, que l'on traverse en direction du Rätschenhorn pour ensuite gagner la station supérieure du téléphérique de la Madrisa, en passant par le Rätschenjoch. Mais le téléphérique peut aussi être atteint directement en traversant la longue et spectaculaire arête sud par les traces de sentes du Bockhorn et du Geisshorn.