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Samedi 29 novembre : " Journée sans achat "
C'est le moment : la crise financière, la récession qu'elle pourrait provoquer, et même les milliers de milliards balancés dans les banques privées pour les sauver du naufrage, et sauver avec elles l'ensemble du système parasitaire (mais qu'on se refuse à réformer réellement, et donc profondément) pourraient, et devraient, susciter un changement des comportements individuels et collectifs de consommation. " Pourraient ", en réduisant les ressources consacrées à la consommation; " devraient ", en modifiant les modes et les critères de celle-ci. La " Journée sans achat " du 29 novembre est l'occasion, à quelques semaines des frénésies mercantiles de la fin d'année grégorienne, de s'interroger non seulement sur le sens de ces rites, mais aussi sur nos comportements le reste de l'année. Et sur ce qui provoque ces comportements : ni des besoins, ni même des désirs -mais des réflexes. De toute façon, rien ne ressemble plus à un chien de Pavlov que le consommateur occidental moyen.
Cresco quia absurdum…
Il faudrait aujourd'hui, déjà, trois planètes supplémentaires pour produire les ressources naturelles et stocker les déchets de la généralisation du niveau et du mode de vie moyens des Suisses à l'ensemble de la population du globe. Et si c'était le niveau et le mode de vie moyens des habitants des USA que l'on généralisait, ce seraient six planètes supplémentaires qu'il nous faudrait. Il se trouve en effet que si la " croissance " se voudrait continue à l'infini, le monde, lui, est contenu et fini. Or toute l'organisation économique et sociale de ce monde tourne autour du mythe de la croissance continue, et de l'objectif d'une croissance quantitative du produit intérieur brut, c'est-à-dire de la production, de la consommation et du gaspillage. Or, qu'est-ce que la " croissance " telle que la mesure le produit intérieur brut ? C'est, au sens littéral de l'expression, " n'importe quoi " : une amélioration du niveau de vie provoquant une dégradation de la qualité de vie; une augmentation des dépenses utiles autant que le coût d'une catastrophe naturelle ou humaine (une bonne guerre, ça peut vous relancer le PIB). Comme le rappelait Spinoza, on ne peut concevoir quoi que ce soit d'illimité (la " croissance ", par exemple…) dans un monde limité. Et notre monde est limité. Limité, et inégalitaire : un cinquième de la population mondiale consomme et gaspille plus des quatre cinquièmes des ressources du monde. Nous sommes de ce cinquième du monde, gras à lard érigeant autour de nos sociétés transformées en centres commerciaux de dérisoires barrières contre les quatre autres cinquièmes en priant qu'elles les retiendront, alors qu'elles ne font que nous y enfermer. Mais avec le Père Noël.