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Le ton principal qui ressort de cette correspondance est celui d’une volonté d’aller de l’avant et de résoudre les problèmes constatés sans se préoccuper du superflu. Monnet présente toujours ses instructions de façon très structurée, prenant le temps de séparer clairement les thématiques exposées.
Ces caractéristiques sont bien illustrées par cet extrait du mémorandum du 9 juillet 1952 qui expose le problème du relèvement allemand.
Ainsi que nous en avions convenu par téléphone, j’ai communiqué au Chancelier Adenauer le texte de la décision prise par le Gouvernement de proposer la création d’une autorité politique européenne pour l’ensemble des 6 pays participant à la Communauté du charbon et de l’acier, et de confier l’élaboration du projet à l’Assemblée de cette Communauté. Je lui ai indiqué que la rédaction de ce texte appelait encore une mise au point et que vous l’aviez déjà remis à M. Eden.
Je l’ai également communiqué à M. François-Poncet, et, à titre personnel, à M. McCloy. […]
Au cours de mes entretiens avec le Chancelier Adenauer et M. Hallstein, j’ai eu la confirmation de la détermination du Gouvernement allemand de poursuivre la politique de création de l’Europe et d’intégration de l’Allemagne à l’Ouest. Mais le Gouvernement allemand joue une partie difficile. Il est évident que le temps presse. Il y aura des élections en Allemagne dès le mois de mai de l’année prochaine. Nous ne devons pas nous dissimuler que certaines tentations pourraient se faire jour: l’Allemagne se relève et se développe; elle aura besoin de marchés d’exportation; et quelle sera la réaction d’autres dirigeants allemands que ceux qui sont aujourd’hui nos interlocuteurs, en face d’une Russie qui leur offrirait à la fois l’unification et l’ouverture de tous les marchés de l’Est, de la Pologne à la Chine? Une tractation directe entre l’Allemagne et la Russie représenterait le péril le plus mortel pour la paix.
Ce risque nous rappelle que l’un des objectifs essentiels de la création d’une Europe, c’est de fixer l’Allemagne à l’Ouest, de la fondre dans une entité plus vaste qu’elle, de la préserver ainsi, pour son propre bien, comme pour le nôtre et celui de l’Europe, de la tentation de se reconstituer comme une force nationale au service d’une politique nationaliste. […]
A première vue, on pourrait croire que les relations entre Jean Monnet et Robert Schuman sont strictement professionnelles. L’approche pragmatique du premier ne laisse pas vraiment de place à l’émotion. Cependant, au fur et à mesure que leur collaboration progresse, on peut voir naître une amitié entre Monnet et Schuman qui s’affiche de façon certes discrète mais qui est néanmoins présente. Cet extrait d’une lettre de Schuman à Monnet du 19 février 1953 illustre bien ce dernier point.
Mon cher Président et Ami,
Je vous remercie très cordialement, vous et les autres membres de la Haute Autorité, du témoignage que vous avez bien voulu me donner de votre sympathie et de la concordance de nos idées dans la grande œuvre entreprise en commun. Tout visiteur qui nous revient de Luxembourg confirme l’excellence de l’esprit dans lequel la Communauté fonctionne et qui permettra de résoudre heureusement les grands problèmes se dressant sur votre route.
Je suis sûr que vous trouverez toujours auprès du Gouvernement français la compréhension et le concours les plus complets.
Veuillez croire, mon cher Président et Ami, à mes sentiments les plus fidèles.
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