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Petit historique de l'orgue
Voici un historique condensé de l' orgue . Nous disposons pour cela de la Bibliographie de notre site, avec, notamment:
- Nouveau dictionnaire de la Musique, par R. de Candé, Seuil, Paris, 2000.
- Encyclopédie de la Musique, la Pochothèque, Garzanti, Paris, 1995.
- La Musique, les Hommes, les Instruments, les Oeuvres, Collection In Quarto de Larousse, dirigée par Norbert Dufourcq, Paris, 2 volumes in Quarto, 1965.
- Image, ci-dessous, dans cette page, d'une console moderne actuelle d'orgue à traction mécanique (orgue du facteur Hugo Mayer en Russie, à Penza):
Ce facteur = http://www.orgelbau-mayer.de/. Pour cet orgue: voir ici.
Consulter aussi la rubrique " facture d'orgue ".
Le plus ancien orgue que l'archéologie ait mis en évidence vient du 3ème siècle avant notre ère. C'était l' hydraulis , orgue hydraulique. Comment fonctionnait cet instrument primitif ? Par un système hydraulique ingénieux, l'inventeur (Ktésibios d'Alexandrie) assurait une pression d'air constante, air qui partait pour faire parler quelques rang de tuyaux. Le son devait être assez faible. Sous l'Empire romain, on construisit plusieurs de ces " hydraules ", même d'assez importants. Le système de Ktésibios a eu une assez longue carrière, notamment grâce aux Arabes. Des vestiges d'un de ces instruments ont été découverts sur l'emplacement de l'ancienne Aquincum (près de Budapest): 13 touches y faisaient parler 4 rangs de tuyaux. Byzance a été l'un des premiers centres de facture d'orgues au Moyen-Age. Le site suivant nous présente une maquette reconstituant l'orgue hydraulique de Ktésibios:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ct%C3%A9sibios .
Après l' orgue hydraulique ou "hydraule", vient, au Moyen-Age, l'orgue pneumatique (déjà, oui !). Cet orgue pneumatique a fait partie des cérémonies du temps de l'Empire byzantin au 4ème siècle. Cet instrument était moins lourd et moins encombrant que l'hydraule. On l'appelait l'Organum Penumatikon; il était transportable sur un chariot et l'on en a fabriqué de petits modèles que l'organiste pouvait porter lui-même. Il y avait des orgues dans les villas romaines mais ils ont été détruits lors des grandes invasions. Cet instrument pneumatique refait son apparition en Espagne au 5ème siècle, en Angleterre à partir de l'an 700, Constantinople restant le centre le plus fameux. Site qui parle du Pneumatikon et de l'Hydraule:
http://musique.baroque.free.fr/claviers.html (Copyright pour les textes et images sur ce site ©).
Au 8ème siècle, un orgue fut offert à Pépin le Bref par l'empereur byzantin Constantin Copronyme (en 757): clavier de planchettes coulissantes introduisant l'air d'une machine pneumatique dans les tuyaux qui étaient de bronze ou de cuivre. L'instrument comptait plusieurs rangs de ces tuyaux. Au siècle suivant, Charlemagne commanda une réplique de cet orgue qui fut mis en place à Aix-la-Chapelle, en 822.
10ème siècle: la ville de Winchester (ou Westminster ou Windsor selon les auteurs) possède un orgue de 400 tuyaux nécessitant le concours de 70 souffleurs et 2 organistes ! Les petites orgues, de petites dimensions s'appellent déjà " positifs " à cette époque; il y avait aussi des "portatifs" que l'on pouvait entraîner dans des processions ou des fêtes.
11 et 12èmes siècles. On constate les premières tentatives de mettre les tuyaux par familles ou " jeux ", certains de plusieurs rangs (pleins-jeux de 10 rangs ou plus). Le nombre de touches augmente. Le toucher devient si dur, que l'organiste est obligé de jouer avec les poings (comme dans les carillons actuellement). Cette période correspond à l'introduction des orgues dans les églises.
14ème siècle: on constate l'apparition du pédalier. Le clavier manuel prend l'aspect que nous lui connaissons et permet de jouer les demi-tons. On note aussi l'apparition des jeux d'anches (que nous décrivons dans une rubrique spéciale de notre site). L'orgue d'Halberstadt, décrit par Praetorius au 17ème siècle, possède un jeu de 32 pieds (32'). On voit apparaître les premières pièces écrites spécifiquement pour l'orgue, notamment en Angleterre.
15ème siècle: le nombre de tuyaux va en s'amplifiant (par ex.: 2000 à Amiens). Les instruments commencent à avoir 3 claviers: Grand Orgue, Positif, Récit + Pédalier.
16ème siècle: on invente de nouveaux jeux, notamment les jeux bouchés. Les premiers sommiers avec gravures et registres apparaissent. J. Titelouze est organiste à Rouen.
17ème siècle: le 4ème clavier apparaît (clavier d'Écho). On invente les jeux de gambes, et perfectionne les mixtures. Passagèrement, on voit des jeux figuratifs faire leur apparition: Coucou, Tambours, Grelots... Les premiers instruments de CLICQUOT apparaissent. F. Couperin est organiste à Saint-Gervais et Frescobaldi à Saint-Pierre de Rome. Le grand Buxtehude joue à Lübeck.
18ème siècle: on voit apparaître un 5ème clavier, celui de "Bombarde" avec des jeux très percutants et des jeux d'anches impressionnants. On invente la "boîte expressive" qui renferme les tuyaux du Positif: les effets de crescendo sont obtenus avec une pédale à la console qui actionne des "jalousies" qui s'ouvrent ou se ferment devant les tuyaux (on a ainsi créé le jeu "expressif"). Les facteurs les plus demandés sont Clicquot, Silbermann, notamment. L.C. Daquin est organiste à Notre-Dame de Paris et Bach joue à Weimar. Jusqu'à ce siècle, la TRACTION DES ORGUES EST EXCLUSIVEMENT MECANIQUE. Ceci n'empêche pas d'avoir des instruments de grandes dimensions avec de nombreux jeux. C'est cette traction mécanique qui va subir les avatars de la traction pneumatique tubulaire, bientôt, vers le milieu du 19ème siècle. Cette traction mécanique est l'idéal vers lequel la plupart des organiers actuels tendent à nouveau.
19ème siècle: on perfectionne la mécanique de l'orgue. On voit apparaître la fameuse machine Barker qui est une sorte d'assistance aux claviers lorsque la traction mécanique devient dure (par l'éloignement des tuyaux notamment). On électrifie la soufflerie, ce qui est un progrès important. Le nombre de jeux augmente encore (cent ou plus). Les claviers ont maintenant 5 octaves. C'est à ce moment que les premiers instruments Cavaillé-Coll arrivent. L'un des premiers ayant été celui de la basilique Saint-Denis à Paris. Nous sommes au milieu du 19ème siècle et dans la seconde moitié de ce siècle, on voit surgir un courant romantique et symphonique dans la facture d'orgues. On est en pleine redécouverte du Moyen-Age, des cathédrales, de la musique de Bach, des travaux de Viollet-le-Duc sur de nombreux édifices religieux ou civils. Les organiers ont tendance à restreindre les mixtures qui donnent tant d'éclat et de corps à l'orgue. Mais on multiplie les anches, et augmente la pression dans des tuyaux plus étroits. On essaye de normaliser les commandes des consoles en 1864 (Malines), mais le courant romantique est parti et l'orgue PNEUMATIQUE TUBULAIRE, puis électropneumatique, est arrivé. A partir de ces dates, souvent, les merveilleux instruments classiques français subissent parfois des altérations graves, tellement graves que certains sont perdus. On enlève les Positifs de dos, on multiplie les jeux "orchestraux", on dénature la traction mécanique qui le plus souvent est éliminée, etc. Cavaillé-Coll, après avoir construit des orgues magnifiques, encore classiques, comme le chef-d'oeuvre de la basilique Saint-Denis, va "passer" au "tout pneumatique". A cette époque, Saint-Saëns est organiste à la Madeleine à Paris, Widor l'est à Saint-Sulpice, Franck l'est à Sainte-Clothilde et Vierne à Notre-Dame.
20ème siècle: grâce à des interprètes comme Albert Schweitzer, la facture d'orgue va prendre le tournant du renouveau. On construit alors des instruments capables de permettre l'interprétation de la musique de Bach et de ses contemporains, mais aussi d'aborder le répertoire romantique très important, comme Franck, Vierne, etc. On remarque un retour à la traction mécanique et à la construction d'orgues permettant d'aborder le répertoire le plus large possible. Les instruments romantiques et symphoniques sont restaurés, lorsqu'ils sont classés. La traction pneumatique rend l'orgue beaucoup plus fragile que la traction mécanique et les travaux à engager sur ces instruments sont souvent importants. A partir de la seconde moitié du 20ème siècle et jusqu'à nos jours, les organiers artisans se donnent la peine de restituer de superbes instruments, exactement comme les facteurs de clavecins le font en copiant de précieux instruments conservés dans les musées. Les facteurs, ayant une entreprise de petite taille, sont nombreux et très recherchés. Ils s'engagent pour un instrument: finie la production "en série" des facteurs qui ouvraient plusieurs chantiers à la fois. C'est à cette catégorie d'artisans qu'appartient la manufacture des orgues de Chézard-Saint-Martin dans notre canton de Neuchâtel. On produit un peu moins, mais BIEN.
Pour mieux faire saisir la différence entre l'orgue de la fin du 19ème siècle (romantique) et les orgues actuellement construites dans le respect de la facture dite classique , nous mettons ci-dessus la console de l'orgue Cavaillé-Coll (1898) de l'église du Sacré-Coeur à Paris (78 jeux et 4 claviers) et le lien pour la console d'un orgue de Hugo Mayer: 3 claviers (construction récente neuve).