Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07243.jsonl.gz/180

L’histoire des pays d’Appenzell
10 February 2022
Les origines d’Appenzell, avec son beau paysage vallonné et montagneux, sont suisses et les coutumes et traditions y sont toujours soigneusement entretenues.
La superficie des deux demi-cantons est de 420 km2. La partie nord, canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures (AR), est constituée de collines et borde le lac de Constance et la partie sud, canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures (AI), est dominée par les préalpes dont le plus haut sommet, le Säntis, culmine à 2 502 mètres.
Appenzell Rhodes-Extérieures comprend les régions d’Hinterland (arrière-pays) avec le chef-lieu Herisau, du Mitteland (moyen-pays) avec le chef-lieu Teufen et du Vorderland (avant-pays) avec le chef-lieu Heiden. Le chef-lieu d’Appenzell Rhodes-Intérieures est Appenzell.
Dans le canton d’Appenzell, les rhodes furent introduites au XIIIème siècle afin d’encadrer les personnes astreintes au service militaire et au paiement de l’impôts en faveur de l’abbaye de Saint-Gall dont dépendait alors le canton Appenzell : il fut ainsi partagé en rhodes, subdivisions jouant un rôle judiciaire et économique.
Aujourd’hui, le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures est organisé en six districts, créés en 1873 à partir des anciennes rhodes et le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures compte vingt communes.
C’est en 1597 qu’Appenzell se scinda en deux demi-cantons. Un autre changement intervint à cette époque : une extension de l’élevage du gros bétail – aujourd’hui encore la branche agricole la plus importante – ce qui engendra un recul de l’agriculture mixte.
Au XVIème siècle, le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures compta environ 10’000 habitants et le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures environ 4 000 habitants. Ces chiffres sont aujourd’hui respectivement de 55 000 et de 16 000 habitants.
La période jusqu’en 1513
Appenzell fut habité par des tribus rhétiques jusqu’à l’occupation romaine (15-13 av. J.-C.). Après le départ des Romains en 410, la culture et la langue rhéto-romane se sont développées dans cette région.
A partir des VIIème et VIIIème siècles, nombre d’Alémaniques s’installèrent dans la région et l’alémanique – le haut alémanique – devint la langue principale (voir le site Swiss Spectator du 9 février 2021, La langue alémanique).
Comme nous venons de le voir, la célèbre abbaye de Saint-Gall joua un rôle important dans cette région. Au XIIIème siècle les abbés furent nommés par les souverains carolingiens et leurs successeurs allemands du Saint-Empire romain germanique.
L’abbaye de Saint-Gall fut un monastère impérial – pendant plusieurs siècles l’un des plus importants d’Europe – directement soumis à l’autorité d’un empereur plutôt qu’à celle d’un souverain local.
Ce statut est comparable à l’immédiateté impériale obtenue par les villes de Berne, Lucerne, Lucerne, Zoug, Zurich et les cantons de Schwytz, d’Uri, de Glaris et d’Unterwald divisé en deux demi-cantons : Nidwald et Obwald.
Ce statut mena également Appenzell, soutenue notamment par Schwytz et Glaris, sur le chemin de l’indépendance.
Lorsqu’au début du XVème siècle, les droits du prince-abbé sur Appenzell furent confirmés par le roi Robert 1er du Saint-Empire, la région renforça alors son indépendance en signant en 1411 un traité de combourgeoisie avec l’ensemble des confédérés des cantons de Schwytz, Glaris, Uri, Unterwald, Lucerne, Zoug, Zurich, excepté Berne. Ce traité fut à l’origine d’un processus qui, par certains côtés, a pu apparaître comme un « apprivoisement » des Appenzellois par les confédérés.
Le conflit entre l’abbé de Saint-Gall et la population essentiellement paysanne d’Appenzell engendra les guerres d’Appenzell (Appenzeller Kriege) qui durèrent de 1401 à 1429. En fait, il s’agissait plutôt d’un conflit entre les Habsbourg et l’abbé de Saint-Gall, d’un côté, et la Confédération, de l’autre côté.
Le traité de paix de 1429 renforça l’indépendance d’Appenzell vis-à-vis du monastère de Saint-Gall. Le conflit se termina finalement sur une médiation confédérée qui confirma les droits de l’abbé de Saint-Gall.
Les guerres d’Appenzell contribuèrent à émanciper le pays de la souveraineté du prince-abbé. Et elles permirent aux Appenzellois d’affirmer leur identité politique et institutionnelle tout en les rapprochant de la Confédération suisse.
Appenzell participa ensuite aux guerres qui opposèrent les cantons de la Confédération aux Habsbourg lors de l’Ancienne guerre de Zurich (Alter Zürichkrieg) en 1436, de la Bataille de la Birse (1444), de la conquête de la Thurgovie (1460), de la guerre de Waldshut (1468), des guerres de Bourgogne (1474-1477) et de la guerre de Souabe (1499).
En 1513, Appenzell fut le treizième canton à rejoindre la Confédération des XIII cantons. Depuis lors, le canton d’Appenzell est lié à l’histoire politique de la Confédération suisse : en effet, selon la Constitution fédérale de 1848, les cantons appelés historiquement demi-cantons ne disposent que d’un seul siège au lieu de deux au Conseil des Etats.
Par ailleurs, la Landsgemeinde, institution datant du Moyen Age existe aujourd’hui encore dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures.
La Réforme
Jusqu’à la Réforme protestante, vers 1530, rien ne laissa présager la division d’Appenzell en deux demi-cantons. Au contraire, en 1513 Appenzell fut le treizième canton à rejoindre l’ancienne Confédération suisse.
En 1597 cependant, comme déjà évoqué, intervint la séparation – remarquable exception en Europe – du canton d’Appenzell en deux demi-cantons : Appenzell Rhodes-Intérieures et Appenzell Rhodes-Extérieures. Cette séparation se fit dans le calme et constitua une solution durable.
En cause, la religion. En effet, le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures est protestant depuis la Réforme, tandis que le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures est resté catholique.
Le fossé entre Appenzellois était devenu si profond que toutes les tentatives de médiation échouèrent et les confédérés n’exclurent plus une scission du canton. La landsgemeinde extraordinaire d’Appenzell Rhodes-Extérieures accepta la division le 2 juin 1597 et l’assemblée de la paroisse d’Appenzell prit une décision semblable le 15 juin.
Six arbitres, tant protestants que catholiques de Zurich, Lucerne, Schwytz, Nidwald, Glaris et Schaffhouse, désignés lors de la Diète fédérale du 29 juin, négocièrent avec les deux parties et aboutirent à l’Acte de séparation du 8 septembre 1597.
En fait, après la Réforme, la Confédération suisse était constituée de cantons protestants et catholiques souverains qui discutèrent et décidèrent des affaires lors de la Diète fédérale (Tagsatzung) sur un pied d’égalité, ce qui fut unique dans une Europe alors déchirée par des guerres de religion.
Conclusion
Le sens de la diplomatie des autorités et des confédérés, la vision d’un avenir commun empreint de paix et de sérénité, le renforcement de la cohésion ainsi que le système politique suisse avec des cantons trouvèrent leur apogée en 1597 alors que le canton d’Appenzell fut divisé en deux demi-cantons, sans remous.
La Confédération ne fut pas épargnée par les luttes religieuses et les guerres civiles, cela même jusqu’en 1847, mais celles-ci furent moins intenses et moins virulentes que les autres guerres qui se déroulèrent en Europe.
Cela peut être attribué à une certaine chance, mais relève surtout de la démocratie directe, ainsi que du compromis et du consensus qui appartiennent à la culture politique de la Confédération.
Pour information : les alliances et les affrontements religieux – parfois compliqués – en Europe ne sont pas tous mentionnés ci-dessus.
Grâce à son concept politique, la Confédération des XIII cantons souverains – protestants et catholiques – a relativement bien traversé la période des guerres de religion des XVIème et XVIIème siècles.
Même suite à la guerre du Sonderbund de 1847, guerre civile suisse à caractère sécessionniste provoquée par des antagonismes religieux et politiques, l’hégémonie des vainqueurs et l’exclusion firent place à la recherche du compromis et à l’intégration des vaincus.
Le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, canton à fort pourcentage de population catholique, resta officiellement neutre lors de ce conflit.
Les Appenzellois – et la Confédération suisse – ne mériteraient-ils pas rétroactivement le prix Nobel de la paix ?
Source : A. Weishaupt, Dictionnaire historique de la Suisse, ‘Appenzell ’, https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/007389/2019-10-25).
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.