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La flèche de M. Trinh Xuan Thuan
La grande salle de Crêt-Bérard est pleine pour écouter l'exposé de l'astrophysicien bien connu Trinh Xuan Thuan, «Le Big Bang et après: L'Univers a-t-il un sens?». Celui-ci décrit, avec autant de science que d'humilité souriante, l'histoire de l'univers et des découvertes scientifiques. Il répond amicalement aux questions qui suivent sa conférence.
Aux confins du temps et de l'espace, l'astrophysique conduit naturellement à la philosophie et à la théologie. Le conférencier ne recule pas devant l'obstacle. Il se fait simplement un peu moins affirmatif, un peu plus personnel. Selon lui, tout ce que nous apprenons de l'univers nous renforce dans la certitude de son unité. Le fait que les lois de la physique soient universellement valables est un indice, comme aussi l'hypothèse du big bang, selon laquelle toute la matière de l'univers a jailli d'un point unique, ou encore l'«intrication quantique», qui illustre l'interdépendance des phénomènes dans l'univers. «Tout tend vers l'un», affirme-t-il.
Dans la foulée, il aborde la question de l'origine: l'univers est-il né par hasard? et la vie? et la conscience? Le conférencier rejette l'hypothèse du hasard: il y a trop de conditions initiales complexes à respecter simultanément pour qu'on puisse attribuer la naissance de l'univers à un simple hasard. Pour illustrer le degré d'exactitude requis par cet ajustement cosmique, il imagine un archer qui doit atteindre de sa flèche le centre d'une pièce de monnaie placée à l'autre bout de l'univers.
Contre le hasard, donc, le conférencier plaide pour l'existence d'un «principe créateur» ou «organisateur». C'est lui a guidé la flèche, c'est lui qui nous préserve du chaos cosmique, c'est à lui que nous devons un environnement viable et vivable. Pour autant, M. Trinh Xuan Thuan ne croit pas en un Dieu personnel et distinct. Il pense que le principe créateur fait partie intégrante de l'univers.
Pourtant, il semble que ce «principe créateur» devrait être, d'une façon ou d'une autre, distinct de sa création. A défaut, il faudrait penser qu'il s'est créé lui-même, et pourvu d'une finalité à long terme (plusieurs milliards d'année), en même temps qu'il déclenchait l'explosion originelle. Cette autocréation – à partir de rien – ne pose guère moins de problèmes que l'explication par le hasard. De plus, que penser d'un principe organisateur qui se modifie en même temps que l'univers qu'il organise? Et comment admettre, enfin, que ce principe sans existence propre soit si avisé, si efficace et de si bonne volonté? Cela ne revient-il pas à imaginer une flèche qui non seulement parcourt les espaces infinis et se plante avec une totale certitude en plein milieu de sa cible minuscule, mais n'a de surcroît pas été ajustée ni décochée par le moindre archer?
(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 3 octobre 2017)