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Regard sur le retour au pays d'expatriés italiens
Une étude réalisée à l'Institut de géographie de l'Université de Neuchâtel cherche à expliquer le retour ou le non-retour de migrants italiens arrivés à Bienne dans les années cinquante et soixante pour y travailler. Les résultats de cette monographie contribuent à éclairer une problématique encore peu étudiée en Suisse et à comprendre l'ambivalence identitaire du migrant retourné dans son lieu d'origine.
Pendant les "Trente Glorieuses", l'économie suisse accusait un fort besoin de main-d'œuvre. L'offre autochtone ne suffisant pas, la demande fut comblée par l'immigration de travailleurs en provenance des Etats du Sud de l'Europe. En tête, l'Italie avec environ 583'000 ressortissants émigrés en Suisse en 1970.
Très vite, la politique migratoire suisse a eu pour objectif d'éviter l'établissement durable de cette main-d'œuvre, notamment en accordant des autorisations de séjour temporaire et par des mesures empêchant le regroupement familial. Lors de la crise économique amorcée dès 1973, de nombreux travailleurs immigrés, contraints de retourner chez eux, ont joué le rôle d'amortisseur conjoncturel. Implicitement présent dans la politique migratoire suisse et intrinsèquement contenu dans la dénomination d'émigration, le retour demeure pourtant un champ des migrations peu étudié par rapport aux problématiques de l'immigration et de l'intégration.
La compréhension des facteurs de retour et de non-retour, des enjeux inhérents au processus décisionnel et du parcours de vie de migrants italiens sont précisément le thème d'une recherche menée par le géographe Thierry Burkhard dans le cadre de son mémoire de licence. Réalisée à Gissi (Italie) et à Bienne, l'étude se focalise sur une population restreinte à un village des Abruzzes caractérisé par une émigration très importante et dont la principale destination fût la ville de Bienne. Ainsi, parmi les 1'067 Italiens arrivés à Bienne dans l'intervalle de 1955 à 1964, environ 300 proviennent de Gissi.
Dans le contexte des Gissani, les résultats de l'étude montrent que la quasi totalité des migrants sont retournés dans leur village ou leur région d'origine. Seule une quinzaine de Gissani - actifs ou à la retraite - résident actuellement à Bienne. Certains nourrissent le mythe du retour, d'autres projettent désormais leur vie dans la citée seelandaise et ont définitivement renoncé à partir. Pour ceux qui sont rentrés, le retour ne s'est pas déroulé sans problèmes. Malgré les liens culturels et les relations entretenus avec la société et le pays d'origine, le pays hôte imprègne le migrant de références socio-culturelles. De retour chez lui, ce dernier prend alors conscience de sa différence avec le non-migrant. Il découvre que cette différence n'est pas seulement propre à son séjour à Bienne mais est un attribut inhérent à l'identité de migrant.
La recherche De Gissi à Bienne… et après?, essai de compréhension des facteurs de retour et de non-retour des migrants", réalisée par Thierry Burkhard, est disponible dans la collection Géo-Regards.16 février 2005
2005