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L'ancien président péruvien qualifie d'«imaginaires» les 18 millions de dollars qu'il aurait placés sur des comptes à numéros en Suisse, avant de trouver refuge au Japon. Des propos relayés par le quotidien japonais Yomiuri Shimbun.
Alberto Fujimori s'en prend vivement aux autorités péruviennes, responsables de la propagation de ces rumeurs. Le gouvernement péruvien ferait mieux, dit-il, de récupérer les 70 millions de dollars que Vladimiro Montesinos - son ancien chef des renseignements actuellement en fuite - a bel et bien transféré en Suisse.
A en croire Alberto Fujimori, la classe dirigeante péruvienne est très embarrassée. Surtout parce qu'il a dû s'enfuir au Japon, car sa vie était en danger. Du coup, elle tente maintenant de «démolir» l'ancien numéro un en prétendant qu'il possède des comptes à numéros en Suisse.
Cette somme de 18 millions de dollars proviendrait du butin - près d'un milliard de dollars - amassé durant les dix ans de présidence de Fujimori par Vladimiro Montesinos. Celui-ci est soupçonné de liens avec la CIA et avec les barons de la drogue sud-américaine. Il est également accusé d'avoir torturé et d'être responsable de la disparitions d'opposants politiques.
«Ce sont les complices de Montesinos qui alimentent la presse de Lima avec ces rumeurs et des documents falsifiés qui font aussitôt le tour du monde», souligne Alberto Fujimori. L'ancien président ne risque plus d'être extradé au Pérou: le gouvernement japonais a reconnu qu'il avait aussi la nationalité japonaise.
L'ancien président péruvien rappelle que les autorités suisses ont confirmé le dépôt, par Vladimiro Montesinos, de 70 millions de dollars sur des comptes à numéros helvétiques. Il observe aussi que Berne a déclaré que rien n'indiquait, jusqu'ici, qu'Alberto Fujimori avait des fonds en Suisse.
Dans le même article, Alberto Fujimori exhorte le nouveau gouvernement et le Parlement de Lima de recouvrer l'argent déposé par Vladimiro Montesinos dans les banques suisses. Il soupçonne en fait les autorités de manquer d'intérêt pour une telle action.
Cette inertie pourrait être due au fait que son ancien chef des renseignements s'est servi des banques suisses essentiellement pour blanchir l'argent de la drogue du cartel de Medelin. Or, certains membres du nouveau gouvernement péruvien ne seraient pas non plus au-dessus de tout soupçon...
L'argent de Vladimiro Montesinos a de quoi causer une certaine gêne dans les allées du Palais fédéral. La Suisse est sur la liste des pays que le G7 menace de sanctions s'ils s'obstinent à vouloir garder un œil mi-clos sur le blanchiment d'argent sale.
Or, Alberto Fujimori ne dément pas totalement la rumeur selon laquelle il a reçu, avec Montesinos, un million de dollars de Pablo Escobar, le patron de la drogue colombienne entre-temps décédé. Ce montant aurait été contribution pour la première campagne présidentielle de 1990.
«Le financement de cette campagne était des plus modeste. Une seule donation atteignait les 100 000 dollars», se contente de dire Alberto Fujimori qui devint, cette année-là, le premier président péruvien d'ascendance japonaise.
Georges Baumgartner, Tokyo