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La cathédrale de Berlin accueille dès mercredi les toiles du «livre mémoire de Theresienstadt». Elles ont été peintes par Dessa, d'après la musique du compositeur Victor Ullman, exécuté à Auschwitz. Un hommage aux victimes de l'Holocauste.
Dessa aime Berlin: «c'est ma deuxième ville, après Lausanne». Le vernissage de son exposition - «le livre mémoire de Theresienstadt» - au Berliner Dom, la cathédrale de la capitale allemande campée face à l'Alexander Platz, «tombe à pic». A la veille même de la grande manifestation qui devrait rassembler les Berlinois contre la persistance de la violence d'extrême droite, des groupes néonazis.
Les grands-parents maternels de Dessa ont disparu à Auschwitz. L'artiste a vécu sa jeunesse en Afrique, au Zimbabwe, elle vit en Suisse depuis vingt ans. «Je venais souvent en Allemagne, mais ce n'était pas facile pour moi. J'ai songé qu'à travers mes créations je pourrais créer un autre rapport avec ce pays».
Puis, visitant Berlin pour la première fois en 1991, elle a été conquise. Elle a ressenti la particularité de la capitale allemande, son ouverture, son cosmopolitisme, cette créativité culturelle inlassable. Dessa a exposé depuis à plusieurs reprises à la Bremer Galerie, dans la Fasanenstrasse, qui, hasard, accueille aussi le siège de la communauté juive berlinoise.
Elle peint à partir de la musique. Elle a créé ses toiles «mémoire de Theresienstadt» en écoutant la 7ème sonate pour piano de Victor Ullman, compositeur, dirigeant du «théâtre allemand» à Prague, déporté en 1942 à Theresienstadt, puis à Auschwitz, où il a été tué en 1944.
Dessa a découvert cette musique par hasard, en 1995, à la phonothèque de Lausanne. Elle en a tiré des peintures aux couleurs heurtées, sombres et éclatantes.
Ullman reste quasi-inconnu en Allemagne. Interprétée mercredi soir dans la nef du Berliner Dom, son oeuvre est donc à la fois un hommage au compositeur et aux victimes de l'Holocauste. La soirée, organisée par le Lyon's est placée sous le patronage de Thomas Borer-Fielding, ambassadeur de la Suisse en Allemagne.
Michel Verrier, Berlin