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Faire des «cochonneries ?» – Au trou !
Le 14 février aura lieu, dans le cadre des expositions de l’«Institute of Queer Studies», une nouvelle séance: L’historien Kevin Heiniger pose la question de savoir comment fut traitée la sexualité des jeunes gens qui étudiaient dans le Pensionnat d’Aarburg tout au long du 20e siècle.
Kevin, l’objet de ta présentation est aussi celui qui tu avais développé dans ta thèse. D’où vient ton intérêt pour ce sujet ?
Il s’est développé en étudiant les sources. J’avais appris il y a plus de 6 ans que le pensionnat d’Aarburg disposait d’archives qui n’avaient encore jamais été exploitées. J’ai obtenu l’accès à tous les documents et ai trouvé tout ce matériel incroyablement palpitant ! J’ai remarqué que le thème de la sexualité est de plus en plus présent dans les documents depuis les années 1930, et qu’il représenta même pour les directions successives, une préoccupation de plus en plus grande. J’ai pu confirmer dans ma thèse plusieurs suppositions en les confrontant à des traces laissées dans l’histoire de l’institution. Bien sûr, le thème de la discussion ne sera qu’une partie d’un sujet beaucoup plus vaste.
On peut lire dans l’annonce de la présentation que «la sexualité des jeunes gens n’avait droit à aucune place dans le cadre de leur éducation». Quels moyens furent utilisés pour réduire les pulsions sexuelles ?
Lorsque le personnel décelait que deux élèves devenaient un peu trop intimes, il était alors, en général, décrété une interdiction de contact. Les élèves incriminés se retrouvaient isolées et séparées l’une de l’autre. Si ces mesures étaient contournées, alors le deuxième niveau des mesures disciplinaires, comme la mise en cellule ou la privation de nourriture, était déclenché. Dans les cas extrêmes, le transfert obligatoire vers d’autres établissements était ordonné.
Tu insistes sur la distinction entre les «vrais» et les «faux» homosexuels, comme ils seront désignés dans la Psychiatrie à partir des années 30. Quelle est cette distinction ?
C’est incroyable de lire dans les documents comment les jeunes gens étaient analysés et catégorisés. Les «faux» homosexuels, par exemple, étaient tous ceux qui «avaient une apparence normale», mais qui dans certains cas – on pourrait dire en cas de besoin urgent – «ruaient dans les brancards» et faisaient quelque chose avec un autre jeune. Les autres furent classés comme «vrais» en raison de leur apparence extérieure «féminine».
Avec des exemples concrets, tu montres comment la situation de l’(homo) sexualité à considérablement évolué dans le monde de l’éducation au cours du 20e siècle. Peux-tu nous parler de ces changements ?
La première différence est certainement qu’à partir des années 30, la sexualité est enfin devenue un sujet de discussion. Ces questions étaient auparavant totalement taboues dans le monde de l’éducation. Cela s’est modifié dans les années 30. La directionn de l’Etablissement commença alors à en parler avec les jeunes et les interroger. Parfois, elle utilisait la sexualité des élèves comme moyen de pression pour contrôler qui faisait quoi avec qui dans l’Etablissement. C’était aussi un moyen d’humilier les jeunes. Un nouveau changement apparut dans les années 60. Une autonomie accrue fut donnée aux jeunes, et la sexualité eût un statut encore différent. On peut penser que la révolution sexuelle des années 60 et les évolutions libérales dans l’ensemble de la société ont aussi joué un rôle dans ces changements.
Quand et où: 14 février, 19h, Université de Zürich, Rämistrasse 71, Zürich, salle K02 F 150
Interview: Markus Stehle
Traduction: Fred Bourdier