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Dans le dernier épisode de cette série spéciale, nous avons laissé le protecteur secret de la haute vallée de l'Aude – j'ai nommé monseigneur l'Homme-Corbeau – alors qu'il venait de rendre au Père Noël libéré son célèbre attelage au bord du lac de Bugarach.
Puis, après avoir regardé le bienfaiteur des enfants s'élancer vers les étoiles et disparaître dans les lointains de la nuit avancée, il soupira, conservant à l'œil le dernier point brillant qu'il en avait vu au loin, à l'oreille le dernier tintement de clochette qu'il en avait entendu même au-delà, et d'un coup déploya ses ailes grandes et noires. Un vent se leva, et des vagues se créèrent, sur le lac. Mais quand il eut bondi et commencé à battre l'air de ses ailes à la force incroyable, ce fut une bourrasque, qui en vint, et une vague plus haute s'incurva et retomba bruyamment sur la rive en face, l'inondant en brisant quelques branches au passage. (Les malheureuses, détachées de l'arbre nourricier, en furent plus tard réduites à nourrir de chaleur quelque poêle humain.)
Poursuivant son vol fracassant dans le ciel qui commençait à s'éclaircir, l'Homme-Corbeau retourna bien vite au Canigou, où l'attendait le protecteur de la sainte Europe. Entrant dans la salle du trône, il eut la surprise de voir, avec lui, non pas Sinislën – qui, quoiqu'elle fût là, était ceinte de liens de lumière colorée, faisant des cercles contraignants autour de son corps –, mais une autre dame, aux traits très doux, aux yeux chatoyants – et qui lui rappela les images que l'on crée habituellement de Marie-Madeleine, la sainte amie de Jésus-Christ. Il lui demanda, ému et tremblant, si elle était elle, et l'entendant elle rit d'un rire frais, cristallin. Captain Europa à son tour sourit. Et de sa voix mélodieuse et pure la femme répondit qu'il n'en était rien, que l'Homme-Corbeau la confondait avec sa maîtresse, femme divine trônant au ciel aux côtés d'un être plus divin encore et de leurs deux plus proches amis, un homme et une femme qu'on ne saurait nommer, mais que tous les gens avisés connaissent. Or cette maîtresse l'avait-elle à cette heure envoyée, qu'il le sût! pour la représenter sur Terre – puisqu'elle-même vivait, comme de juste, parmi les étoiles; et c'est pourquoi, sans doute, elle avait pris à ses yeux ses traits.
Qu'il sût, également, qu'on la nommait communément Inimön la Douce, et qu'à la demande de Captain Europa elle serait dorénavant la nouvelle fée du Canigou, puisqu'elle était soumise aux justes anges du ciel. Sinislën en effet était déchue à jamais de son rang, et elle serait emmenée dans les astres pour y être jugée, malheur à elle, et y entendre la sentence et les peines rédemptrices qui lui seraient certainement infligées.
Inimön rappela à l'Homme-Corbeau, toutefois, que son nom ne devrait jamais faire l'objet de prières particulières, car elle devait de toute façon veiller avec attention sur les hommes – notamment pour les préserver de la menace du terrible Chaugnar Faugn, le véritable mentor secret de Sinislën (quoiqu'elle ne l'eût jamais nommé, et se prétendît, évidemment, la fidèle servante de la Mère divine).
Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser la suite de cette histoire à une fois prochaine.