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Le résultat n’est certes que préliminaire ; préliminaire et expérimental. Il pourrait néanmoins se révéler à terme prometteur. Il vient d’être publié dans Nature Medicine par l’équipe du Pr Vincent K. Tuohy (Lerner Research Institute, Université de Cleveland).1 Cette équipe démontre en substance qu’il est possible de développer une stratégie vaccinale préventive du cancer du sein dans des modèles murins. On sait que le principal obstacle rencontré dans le développement de tels vaccins prophylactiques anticancéreux tient pour l’essentiel au fait que les antigènes tumoraux sont généralement des variations des propres protéines de l’organisme ; de ce fait, leur utilisation à des fins vaccinales exposerait probablement à des complications auto-immunes.
L’équipe du Pr Tuohy a quant à elle ciblé l’alpha-lactalbumine. Il s’agit là d’une protéine de différenciation spécifique du sein : elle n’est pas exprimée dans les autres tissus. Elle est d’autre part exprimée en grande quantité dans la majorité des cancers du sein humains. Elle n’est d’autre part naturellement exprimée par les cellules épithéliales mammaires que durant l’allaitement.
Les chercheurs ont évalué l’efficacité de cette approche vaccinale à partir de la version murine recombinante de l’alpha-lactalbumine et ce chez deux lignées de souris. La première était une lignée de souris transgéniques qui développent spontanément des tumeurs mammaires : la moitié d’entre elles présentent une tumeur après environ 200 jours de vie. La seconde était une lignée de souris chez lesquelles une transplantation de tumeurs mammaires était expérimentalement pratiquée. Dans le premier cas, la vaccination prophylactique des souris (effectuée à l’âge de deux mois) les protège totalement du cancer mammaire ; et ce alors que ce cancer est, au bout de dix mois, observé chez toutes les souris du groupe témoin qui n’avaient reçu que l’adjuvant vaccinal. Dans le second cas, le vaccin injecté (deux semaines avant la transplantation de tumeurs mammaires) a également pour effet d’inhiber la croissance tumorale. Ce même vaccin a également une efficacité thérapeutique : il inhibe la croissance de tumeurs déjà établies dans les deux lignées de souris.
Les données expérimentales recueillies indiquent que les effets du vaccin sont dus à l’action des lymphocytes T CD4+ et T CD8+ activés qui infiltrent les tumeurs. D’autre part, contrairement à ce qui aurait pu être observé ce vaccin n’entraîne pas d’inflammation mammaire liée à une auto-immunité. Les chercheurs en concluent que la vaccination par l’alpha-lactalbumine pourrait conférer une protection efficace contre le développement du cancer du sein pour les femmes qui ont passé l’âge d’avoir des enfants et d’allaiter, soit dans les années précédant la ménopause, lorsque le risque de développer un cancer du sein est élevé.
«Nous avons profité de deux événements qui surviennent chez les femmes lorsqu’elles cessent d’avoir des enfants autour de l’âge de 40 ans. L’un est un risque accru de développer le cancer du sein, qui s’élève considérablement à partir de l’âge de 40 ans, l’autre est la réduction du besoin d’allaiter à la fin de leur période de procréation, a ainsi déclaré au Quotidien du médecin le Pr Tuohy. Notre étude étaye la possibilité selon laquelle des femmes adultes saines, qui ont cessé d’avoir des enfants et qui n’allaitent plus, pourraient être vaccinées sans risque contre l’alpha-lactalbumine et être ainsi significativement protégées contre le cancer du sein durant les années où le risque de ce cancer s’élève considérablement.»
Plus généralement, le spécialiste américain songe d’ores et déjà à des programmes de vaccination de l’adulte visant à protéger contre des affections comme le cancer du sein, de la prostate, ovarien ou encore celui du côlon. Il s’agirait là selon lui d’un programme qui reproduirait chez l’adulte et vis-à-vis des affections cancéreuses les résultats préventifs obtenus via les programmes vaccinaux de l’enfance vis-à-vis des maladies infectieuses. «Nous croyons vraiment qu’un vaccin préventif contre le cancer du sein fera au cancer du sein ce que le vaccin polio a fait à la polio» assure-t-il.
Dans l’attente, l’équipe américaine est à la recherche de financements pour mettre en œuvre les premiers essais cliniques chez des femmes souffrant d’un cancer du sein avancé, ainsi que chez des femmes exposées, pour des raisons génétiques à un risque accru de cette affection. «Le financement est le seul facteur limitant explique non sans franchise, le spécialiste américain. Nous espérons que la publication de cette étude pourrait faciliter l’obtention des fonds nécessaires.» Dont acte.