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Au moment où une initiative populaire fédérale démarre intitulée «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», une énième initiative en faveur de l’environnement, donc favorable à la protection des eaux, il m’a paru utile de porter un regard sur la qualité de l’eau en Suisse. Ce sujet fait l’objet du premier numéro de l’année de la revue «Environnement» éditée par la Confédération (1/2017).
Dès le préambule, rédigé par la sous-directrice de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), on apprend que la Suisse est un pays exemplaire où l’on peut se baigner dans les eaux des lacs et cours d’eau même en milieu urbain. Mais cela n’en a pas toujours été ainsi, les eaux étaient si polluées que personne ne songeait à s’y baigner. Il a fallu attendre le développement quasi-généralisé des stations d’épuration.
À l’origine, il y avait la peur des épidémies et la menace sur les lieux de pêche. Autour de 1880, les premières lois interdirent le rejet d’eaux polluées dans les zones poissonneuses. Quand il devint évident que les maladies transmises par l’eau potable étaient liées à l’infiltration des eaux usées dans les sols, on privilégia l’éloignement des captages de sources par rapport aux lieux habités.
Une première station d’épuration biomécanique des eaux usées (STEP) fut mise en service en 1917 au nord de Saint-Gall. Mais c’est dans les années 50 que la protection des eaux démarra pour de bon, alors que des apports excessifs de nutriments étouffaient les lacs sous la prolifération d’algues et que des mousses se formaient sur les cours d’eau. Une première Loi sur la protection des eaux fut promulguée en 1957. Dans la décennie suivante, une soixantaine de STEP furent alors construites et 12% de la population y furent raccordés.
C’est en 1971 qu’une nouvelle loi exigea l’assainissement de toutes les canalisations. Des zones de protection autour des captages devinrent obligatoires. A partir de cette époque, d’autres lois et ordonnances vinrent régler des points plus précis dont, entre autres, les seuils quantitatifs pour divers polluants, les exigences en matière de sécurité pour les industries à risques. En 1991, la troisième Loi sur la protection des eaux régla l’utilisation des engrais de ferme. L’ordonnance sur la protection des eaux de 1998 formula des objectifs écologiques pour les eaux et définit des exigences chiffrées pour les teneurs maximales de substances problématiques telles que le nitrate, le cuivre et les pesticides organiques, tant dans les eaux de surface que dans les nappes souterraines fournissant l’eau potable.
En 2011, Confédération et cantons lancent un programme commun d’observation de la qualité des eaux de surface (NAWA), les micropolluants font l’objet de campagnes spécifiques, ce qui amène à la révision de l’Ordonnance sur la protection des eaux, qui fixe les critères d’élimination des micropolluants dans les STEP. Un plan d’action est actuellement en élaboration pour réduire les risques causés par les produits phytosanitaires.
Malgré tout ce qui a été mis en place, une large enquête de l’OFEV concernant les eaux des rivières et des ruisseaux accuse un bilan mitigé: si l’on observe une forte réduction de phosphates et de nitrates, si les algues et les mousses ont disparu, la teneur en micropolluants a pris de l’ampleur. Pour la baignade, la plupart des eaux ne pose pas de problème, mais pour de nombreux organismes aquatiques, il en va parfois de leur survie. Non seulement les pesticides et les engrais agricoles sont nuisibles, mais aussi les résidus de médicaments, de produits cosmétiques et de produits de protection du bois. Ce qui est aussi déterminant pour la santé d’un cours d’eau, c’est un débit et un charriage suffisants. Et la santé des eaux de surface est d’autant plus importante que des polluants particulièrement persistants et très mobiles peuvent pénétrer dans les eaux souterraines qui approvisionnent les captages d’eau potable. Il ne faut pas oublier que les changements climatiques auront aussi des conséquences négatives sur la qualité des eaux.
La revue consacre un article aux mesures innovantes qui permettent de réduire la pollution due aux micro-polluants. Cependant, il s’agit encore d’applications isolées, notamment dans quelques domaines agricoles et viticoles.
Le gros problème, qui n’est pas du tout mis en évidence, c’est le rôle des grands producteurs de pesticides de synthèse et de l’industrie pharmaceutique. Leur lobby est assez puissant à Berne pour expliquer ce silence.
Malgré ce tableau assez pessimiste et les risques croissants de dégradation des eaux, la Suisse possède un réseau d’alimentation en eau potable parmi les meilleurs au monde. Les chercheurs de l’OFEV sont catégoriques: l’eau du robinet est aussi bonne que l’eau en bouteille. Toutes deux ont la même composition chimique, abstraction faite des eaux minérales spécifiques. C’est donc la publicité qui fait la différence, peu de gens se rendent compte que l’eau du robinet coûte en moyenne 444 fois moins cher que l’eau en bouteille!