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Tabagisme passif: quand les enfants en sont les victimes
Fumer peut nuire gravement aux tout-petits. Publiée dans la revue Pediatrics(1), une étude menée par des chercheurs de l’hôpital pédiatrique de Cincinnati vient de le confirmer. Après un recrutement initial de 774 enfants et adolescents (âgés de 1 à 16 ans) ce travail a pu être mené chez 619 d’entre eux. Certains avaient dû être réhospitalisés un an après une première hospitalisation. Il s’agissait d’hospitalisations en urgence pour une crise d’asthme sévère ou d’autres difficultés respiratoires inquiétantes.
Les chercheurs ont voulu savoir s’il pouvait exister un lien entre ces problèmes et une exposition à la fumée de tabac. Ils ont pratiqué une série d’examens biologiques: le dosage dans le sang et dans la salive des concentrations en cotinine, un métabolite de la nicotine qui constitue un fidèle marqueur d’une exposition à la fumée de tabac. Quatre enfants ou adolescents sur dix (39%) avaient de la cotinine dans le sang et sept sur dix (69,9%) dans la salive, alors même que l’entourage ne mentionnait pas d’exposition au tabac. Ces proportions passaient respectivement à 87,6% et 97,7% quand l’entourage déclarait être fumeur.
Inciter les parents au sevrage
Les différents dosages et le suivi des enfants sur une période de douze mois ont permis aux chercheurs d’établir que le risque de réadmission aux urgences hospitalières pédiatriques était deux fois plus élevé chez les enfants exposés au tabagisme passif que chez ceux qui ne l’étaient pas.
Que conclure d’une telle étude? Pour le Dr Robert S. Kahn, directeur du Département de pédiatrie générale et auteur principal de cette étude, le dosage de la cotinine permet de cibler des interventions spécifiques avant la sortie de l’enfant de l'hôpital. La première de ces interventions est l’incitation des parents et des membres de l’entourage à envisager un sevrage tabagique. Spécificité américaine, le Dr Kahn évoque les incitations financières au sevrage que pourraient mettre en place les compagnies d'assurance pour réduire ensuite les coûts des réadmissions des enfants à l’hôpital.
Cigarette en voiture
Des études précédentes ont cherché à évaluer quelle pouvait être, aux Etats-Unis, la fréquence d’exposition des enfants au tabagisme passif dans les véhicules automobiles. Un travail, également publié dans Pediatrics(2), démontrait que la majorité des parents fumeurs y exposaient leurs enfants à la fumée du tabac. Et ce alors même qu’ils prenaient garde à ne pas faire de même à leur domicile. Selon le Dr Emara Nabi-Burza (Massachusetts General Hospital for Children, Boston), signataire de la publication, la voiture devient un lieu privilégié de consommation du tabac suite aux interdictions successives concernant les lieux de travail, les restaurants et les bars.
Dans cette étude, 795 parents fumeurs ont été interrogés sur leur position quant à la cigarette en voiture. Ces questions ont été posées alors que les parents sortaient d’une consultation pédiatrique pour leurs enfants. Près de la moitié d’entre eux reconnaissaient fumer dans leur voiture en présence des enfants. La plupart déclaraient avoir adopté une stricte «politique antitabac» à leur domicile mais un sur quatre seulement appliquait les mêmes principes en voiture. Ces parents n’ont que très rarement été interrogés sur ce sujet par le corps médical.
Bébé sanglé
Les auteurs de ce travail estiment en conclusion que les pédiatres devraient jouer de manière plus proactive un rôle de prévention contre le tabagisme (en voiture) auprès des parents, en faisant valoir les risques encourus par leurs enfants. Pour le Dr Jonathan P. Winickoff, responsable de ce travail, «un bébé sanglé dans un siège auto est à la merci de la dépendance de ses parents au tabac».
En 2011, des membres de l'Association médicale britannique (BMA) avaient réclamé que des mesures soient prises pour interdire aux conducteurs de fumer dans leur véhicule. Ils expliquaient que l’exposition au tabac y était hautement plus élevée que dans les autres espaces clos. Ils soulignaient également que la distraction due à la cigarette pendant la conduite était un facteur nullement négligeable d’accidents de la circulation routière.
Interdictions de fumer en voiture
Qu’en est-il de l’interdiction de consommer du tabac dans un véhicule automobile en présence d’enfants? Un document du Sénat français fait le point sur ce sujet. Il apparaît que plusieurs États d'Australie, du Canada et des États-Unis ont, entre 2007 et 2012, adopté une telle interdiction. En Europe, la question a été évoquée aux Pays-Bas (où le gouvernement a jugé inopportun d'édicter une législation), en Espagne (Pays Basque), ainsi qu'en Irlande, en Italie et au Royaume-Uni, trois États où des propositions de loi ont été déposées en 2012 afin d'instituer une interdiction.
Quand celle-ci est appliquée, le montant de l'amende va de l'équivalent de 90-95 CHF (Californie) aux environs de 220 CHF (Nouvelle-Galles du Sud et Ontario) et jusqu’à 1766 euros (Nouvelle-Ecosse).
(1) Un résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.
(2) Un résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.