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En Antarctique la disparition attendue du glacier Thwaites, appelé aussi « glacier de l’Apocalypse », relance l’alarmisme climatique. Sa fonte ferait monter les océans de 2,5 mètres. Mais il n’y a pas le feu au lac, si j’ose dire.
Les jours du glacier sont comptés, selon France24. Ses jours? Ses siècles éventuellement, pas ses jours. D’ailleurs la fonte totale du continent blanc, si elle devait survenir, prendrait des dizaines de milliers d’années.
J’ai déjà parlé ici de la fonte dans l’Antarctique. La partie concernée est l’ouest, autour de la péninsule qui pointe vers la Patagonie.
Le glacier Thwaites côtoie le Pine Island. Les deux se jettent dans la baie de l’île des Pins. Thwaites est un grand glacier: 120 km de large sur 600 km de long et 3 km de profondeur. Il défraie régulièrement la chronique en raison des grands icebergs qui s’en détachent.
Ces icebergs sont des morceaux de la barrière de glace qui s’étend sur la mer devant le glacier. C’est la glace du glacier lui-même, qui flotte sur l’eau après avoir coule depuis la source.
C’est le cycle de tous les glaciers: accumuler de la neige qui devient glace, puis s’écouler par son propre poids de la montagne vers une vallée. L’écoulement est très lent. Il est freiné par le frottement sur le sol.
La glace qui s’accumule en bas des glaciers est aussi appelée barrière de glace ou plate-forme glaciaire. Une fois sur la mer elle retient en partie l’écoulement du glacier. Cette langue de glace ne doit pas être confondue avec la banquise (glace de mer se formant en hiver).
Il est normal donc que cette barrière, cette accumulation de glace venue du glacier, se détache parfois. Elle ne peut se prolonger indéfiniment: la houle, les courants plus chauds et les grands vents des 50e hurlants ne le permettent pas. Elle se brise inévitablement. Puis elle est remplacée par une nouvelle couche descendue du glacier. Lui-même se recharge par des chutes de neiges.
On sait déjà que l’Antarctique fond par-dessous, à cause d’un point chaud et de volcans. Selon les conditions météo, des courants chauds peuvent parfois se frotter à la glace. Et qu’en est-il de l’air?
En Antarctique l’air ne dépasse jamais les 0° degrés, sauf sur la péninsule qui pointe à l’ouest, ou à l’occasion d’une bulle de chaleur temporaire venue du nord. Plus même qu’une bulle de chaleur il arrive que des rivières atmosphériques viennent réchauffer certaines côtes plus que la normale.
Ce sont des courants aériens plus doux, humides et très concentrés. Elles font fondre la barrière et la fragilisent pendant quelques jours.
« Lorsque la zone touchée correspond à une plateforme glaciaire, cet apport de chaleur et l’important rayonnement des nuages dans les grandes longueurs d’onde provoquent la fonte de la neige et de la glace. Ainsi la fonte de la grande plateforme de Ross est systématiquement déclenchée par l’arrivée d’une telle rivière atmosphérique. Et le phénomène semble jouer un rôle crucial dans le déclenchement des événements de fonte massive qui peuvent se produire sur les plateformes le long de la péninsule. »
Le réchauffement de l’air ne peut à lui seul faire fondre l’Antarctique, qui est largement sous zéro degrés tout au long de l’année. Si même il se produisait un réchauffement au-dessus de zéro au coeur du continent, ce qui n’est pas près d’arriver, il faudrait des milliers et milliers d’années pour peu à peu tout faire fondre, en tenant compte que chaque hiver austral remet une couche de froid.
Le glacier Thwaites avance à environ 800 mètres par an. À cette vitesse il faudrait environ 6 siècles pour qu’il disparaisse entièrement (s’il ne se reforme pas entretemps!). Une élévation de 2,5 mètres en six siècles, c’est gérable.
Et si la totalité du continent fondait l’océan monterait de 65 mètres. Combien de dizaines ou de centaines de milliers d’années prendrait cette lente submersion? Toutes nos villes côtières seraient noyées (image 2, Europe, source National Geographic). Mais sur cette durée elles auront déjà été reconstruites ailleurs et autrement.
Il serait déraisonnable d’attendre une stabilité immuable des conditions météorologiques et climatiques. En Antarctique la glace tombe dans la mer, mais est remplacée par de nouvelles précipitations.
Comment imaginer que cette compensation par les précipitations est toujours rigoureusement égale à la perte, laissant l’océan à la même hauteur? C’est exclu dans un système cyclique comme le climat, un système fait d’oscillations, de mouvements, d’équilibres instables jamais définitifs. Les fluctuations sont inévitables.
Il y a bien une érosion naturelle des côtes, constatée par exemple en France, mais c’est un processus géologique normal, connu, qui n’a pas forcément de lien avec le réchauffement.