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« La sortie ou le transfert de 16 incurables continue l’œuvre d’épuration en vertu de laquelle, l’aliéné qui peut encore bénéficier d’un traitement et guérir, doit avoir le pas sur celui qui est en dehors des ressources de l’art et ne réclame plus qu’un abri, une nourriture et des soins que toute personne charitable est à même de lui donner. Laisser Préfargier s’encombrer de cette catégorie de malheureux, serait méconnaître le but de l’établissement et les intentions de celui qui l’a fondé. »
— Rapport du médecin inspecteur des maisons de santé, le docteur Nicolas, adressé à Robert Comtesse et daté du 25 février 1890.
Un groupe d’aliénés réfractaires à tous traitements, ceux que leurs contemporains nomment les incurables, préoccupe particulièrement la direction de Préfargier tout au long des années 1880. Les problèmes que ces malades posent sont prioritairement d’ordre administratif. Les incurables sont, par définition, résistants à toutes thérapies ; ils ne peuvent donc pas être la cible de soins médicaux poussés. Le rôle de l’asile se confine généralement à leur fournir un toit, à les nourrir et à s’occuper d’eux en l’absence d’autres alternatives. Si, le cas échéant, ces malades souffrent de crises d’agitation, on leur fait prendre des bains, ou on leur donne des sédatifs dans l’espoir de les calmer. Il est cependant hors de question de les guérir car les incurables sont à un stade trop avancé de la maladie ou souffrent de maux trop graves. Puisque l’expertise médicale n’est pas nécessaire pour s’occuper des incurables, il est possible de les placer dans des petites pensions privées quand la famille en a les moyens. Si les incurables se retrouvent internés dans la Maison de santé de Préfargier, c’est parce que leur famille ou les autorités de leur commune ont décidé de cet internement. Plus qu’une hospitalisation, l’accueil d’incurables au sein de Préfargier s’apparente à du placement ou à de l’internement à long terme. Les familles et l’Etat se déchargent d’individus encombrants en les faisant admettre dans la maison de santé de Marin. La population d’aliénés incurables pose donc de gros problèmes car elle contribue au surpeuplement de l’asile qui provoque en retour une détérioration générale du fonctionnement de l’établissement dont le but est prioritairement de guérir les aliénés curables.