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La conquête bernoise, travail lent, progressif – Etat politique du Pays de Vaud après les guerres de Bourgogne – Le duc Philibert de Savoie essaye de reconstituer ses Etats – Tentative infructueuse – Les débuts de la Réforme. La Renaissance, mouvement littéraire et scientifique
La conquête bernoise que nous avons vu débuter par les guerres de Bourgogne ne s’accomplit pas avec rapidité. Soixante ans de préparations, discussions, envenimées par la question religieuse, précédèrent l’année 1536 qui vit l’invasion des Etats de la Savoie par la France et Berne ; cette absorption lente et progressive, mais fatale, inévitable. La conquête bernoise dura presque un siècle depuis les guerres de Bourgogne jusqu’au traité de Lausanne, en 1564, où elle devint définitive. C’est cette période que nous allons résumer ci-dessous :
L’aspect du Pays de Vaud après le traité de Fribourg de 1516 était lamentable, le pillage et l’incendie avait dévasté ces terres fertiles. Seize villes, entre autre Yverdon et Lucens, quarante-trois châteaux et un nombre infini de villages et hameaux n’étaient plus que cendres et débris fumants. Le peuple était affolé avec une horrible famine.
Toute unité était rompue dans le malheureux Pays de Vaud, dont l’étranger se disputait les membres sanglants ; les Suisses s’étaient emparés des quatre mandements d’Aigles, des châtellenies de Morat, d’Orbe, d’Echallens et de Grandson ; le comte de Gruyère, dévoué aux cantons, occupait les châtellenies d’Aubonne et d’Oron, l’évêque régnait sur les Terres-de-l’Evêché d'Avenches, Bulle, la Roche, Curtilles, Lucens, Lausanne et sa banlieue et les quatre paroisses de Lavaux. La maison de Savoie n’exerçait plus qu’un simulacre de souveraineté sur quelques villes et seigneuries que le traité de Fribourg lui avait conservées, mais grevée d’une hypothèque de trois millions de francs en faveur des cantons. Ainsi, plus d’espoir pour le Pays de Vaud de revoir un jour l’époque de liberté et de gloire dont il avait joui au temps des Pierre de Savoie et des Amédée.
Charles le Hardi, tué devant Nancy, ne pouvait plus protéger la maison de Savoie – et par conséquent le Pays de Vaud – Le comte de Romont mourait en 1486.
Duc Philibert 1er
En montant sur le trône de Savoir (1480), il avait tenté de réparer ces ruines et de faire cesser les abus qui s’étaient implantés dans le pays pendant sa minorité. L’évêque de Lausanne, entre autres, profitant de ces longues années d’absolue anarchie, n’avait travaillé qu’à augmenter, aux dépens du pauvre, sa domination temporelle. Philibert, par une charte datée de Chambéry, 18 mars 1480, ratifia et confirma les franchises du Pays de Vaud.
Ainsi, on eut pu croire à une période de paix pour les Pays de Vaud ou de relèvement pour la maison de Savoie sous le règne d’un prince débutant si sagement. Mais la Savoie était frappée à l’aile et la puissance bernoise, toujours à l’affût, semblait étrangement protégée par les faits. Le duc Philibert meurt à peine âgé de dix-huit ans, suite à une partie de chasse et l’anarchie se manifeste à nouveau pendant une période de régence successive, incapable et faible. En 1504, Charles III monte sur le trône et sous le règne malheureux de ce prince indécis, que le populaire Charles le Bon, alors qu’on eût pu l’appeler Charles le Faible, que la Maison de Savoie perdit la possession du Pays de Vaud. Mais avant d’arriver à cette chute que fut la gloire de Berne et le dernier acte belliqueux de la conquête, il est utile de dire les débuts, les préparatifs plutôt, d’un acte dont les circonstances devaient être de toute importance dans la politique européenne et de toute importance aussi dans l’administration de notre pays. Il s’agit de la Réforme religieuse.
La Renaissance
C’est un triple réveil auquel assistèrent les hommes de la fin du quinzième siècle et du commencement du seizième siècle, ces hommes grands par la pensée et le courage, ces hommes qui firent la Renaissance.
Le spectacle de cette renaissance des arts, des lettres et de la foi sera éternellement beau dans l’histoire. « L’esprit humain qui, jusque-là, s’était épuisé en douloureux efforts pour percer l’étroit horizon dans lequel l’enserraient les dogmes rigides du moyen âge, réussit enfin à trancher les mailles de son réseau, et mû par un espoir superbe, s’élance dans tous les domaines de la pensée, à la conquête du monde. Avant tout, l’homme reprend confiance en lui-même, en la puissance de son esprit. Il n’admet plus qu’on fixe des bornes à sa curiosité, il a soif de tout connaître et de discuter toute chose. Il ne se perd plus tout entier dans les abstractions, il veut étudier également les faits concrets, tels qu’il les voit autour de lui". (ODIN- Genèse des grands hommes. T.I.p.14).
Et tout s’offre à cette saine curiosité, tout la seconde, le hasard même se fait complice des investigations humaines. En somme, le génie scientifique, le génie littéraire, le génie philosophique, en ce siècle superbe, se réunissent et, malgré la guerre, malgré le sang, malgré les persécutions et les martyrs, créent à eux trois le monde moderne. Mais nous n’avons pas à faire ici l’histoire de la civilisation européenne. L’antithèse suffit qui montre l’état de dégradation générale au-dessus duquel tout à coup, se lèvent les hommes du seizième siècle, Luther réformant l’Eglise, Gutenberg inventant l’imprimerie, Erasme déterrant l’hellénisme oublié, Colomb découvrant l’Amérique en 1492, Galiliée, Paraselse, la science, en un mot, brisant ses chaînes.