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L'analyse de l'échantillon B des urines du vainqueur du Tour de France confirme le taux anormal de testostérone. L'équipe suisse Phonak licencie son leader avec effet immédiat.
Floyd Landis annonce vouloir utiliser toutes les voies de recours possibles pour prouver son innocence. Il risque une suspension de deux ans et l'annulation de sa victoire dans la Grande Boucle.
Samedi, l'Union cycliste internationale (UCI) communique que l'analyse de l'échantillon B d'urine de Floyd Landis a confirmé le résultat anormal notifié par le laboratoire antidopage de Paris le 26 juillet suite à l'analyse de l'échantillon A.
La réaction de l'équipe suisse Phonak est immédiate. «Landis va être licencié sur le champ pour avoir violé la réglementation du code de l'éthique des équipes professionnelles», annonce la formation dans un communiqué.
Et d'ajouter que «Landis peut continuer à contester les résultats par les voies de recours normales. Cependant, cela ne concerne que lui et l'équipe Phonak ne veut plus être impliquée dans cette affaire».
«Déjà plus vainqueur du Tour»
Du côté des organisateurs du Tour de France, la cause est entendue. «Il va de soi que pour nous Floyd Landis n'est plus le vainqueur du Tour 2006», déclare Christian Prudhomme, directeur de la Grande Boucle.
Dans les faits, la décision de retirer son titre à l'Américain dépend de l'UCI, qui va demander une enquête à la Fédération américaine. Ainsi, l'Espagnol Oscar Pereiro Sio, arrivé deuxième derrière Landis, devrait être déclaré vainqueur sur le tapis vert.
Ce serait la première fois dans l'histoire du Tour qu'un vainqueur serait déclassé pour dopage. Pour Christian Prudhomme, «on ne peut imaginer un verdict différent» à l'issue de la procédure américaine.
«Cela va se passer comme sur le Tour d'Espagne, et le deuxième deviendra le vainqueur officiel», ajoute le directeur du Tour de France. L'an dernier, l'Espagnol Roberto Heras, vainqueur de la Vuelta, avait été déclassé pour dopage à l'EPO. La victoire était revenue au Russe Denis Menchov.
Outre la perte de son titre de vainqueur du Tour, Landis risque désormais une suspension de deux ans.
Encore quelques mois de procédure
Pour sa défense, le coureur américain fait valoir qu'il possède naturellement un taux de testostérone élevé dans son organisme, «depuis tout jeune», comme l'a indiqué Luis Sanz, l'un de ses avocats, lors d'une conférence de presse la semaine dernière à Madrid.
«Landis qui n'a jamais pris de produits interdits, maintient qu'il est innocent et croit qu'il sera lavé de ces accusations de dopage», ajoute Michael Henson, porte-parole de l'Américain.
Howard Jacobs, autre avocat de Landis, annonce de son côté qu'il prépare la procédure pour faire appel de la décision, le cas pouvant aller jusque devant le Tribunal arbitral du sport.
«Si la procédure suit un cours normal, elle devrait aboutir dans les quatre ou six mois qui viennent. Avec l'aide d'éminents experts scientifiques et médicaux, nous prouverons que la victoire de Floyd Landis dans le Tour 2006 n'a été favorisée en aucune façon par la prise de produits interdits», clame Howard Jacobs.
Contrôles à revoir
Si le cas de Floyd Landis ne surprend personne – pas plus que celui de son compatriote, le sprinter Justin Gatlin -, les athlètes aux taux de testostérone artificiellement élevé pourraient être encore bien plus nombreux que ça.
La semaine dernière, Martial Saugy, directeur du Laboratoire accrédité par l'Agence mondiale antidopage (AMA) de Lausanne, jugeait obsolètes les méthodes de détection de cette hormone, mises en place dans les années 1980, quand elle était le principal produit dopant dans le sport de haut niveau.
Aujourd'hui en effet, les athlètes ne prennent plus des doses massives de testostérone. Pour déceler l'hormone, il est donc nécessaire de faire un suivi longitudinal et d'aller chercher dans d'autres marqueurs que ceux mis en place à l'époque.
Le dopage à la testostérone, «ce n'est pas de la biotechnologie, du dopage génétique de pointe. On doit simplement affiner le système de contrôle pour aller rechercher ces produits», a expliqué Martial Saugy.
Et ce d'autant que «les athlètes ne sont pas égaux devant le dopage à la testostérone. Autant au niveau des effets que de la détectabilité du produit, il y a inégalité, il y a une très grande variabilité inter-individuelle» a ajouté le scientifique.
Pour lui, si elle veut gagner cette lutte, l'AMA doit se montrer «très réactive, aussi réactive que les milieux du dopage».
swissinfo et les agences
En bref
- En sept ans d'existence, l'équipe Phonak, seule équipe suisse du circuit professionnel, a été confrontée à 14 cas de dopage avant celui de Floyd Landis.
- L'annus horribilis a été 2004, lorsque trois coureurs de l'équipe ont été contrôlés positifs: le Suisse Oscar Camenzind, l'Américain Tyler Hamilton et l'Espagnol Santiago Perez.
- Après ces affaires, Phonak s'est doté d'un système de contrôle interne systématique de ses coureurs, plus sévère que ce que prescrit l'Union cycliste internationale.
- Malgré cela, les Espagnols Santos Gonzales et Enrique Gutierrez et le Colombien Santiago Botero ont vu leurs noms cités dans l'enquête en cours pour une affaire de dopage lors de la Vuelta.
- Enfin, d'autres coureurs moins connus de Phonak, dont le Suisse Sascha Urweider, ont eu des problèmes avec la réglementation anti-dopage.
Faits
La testostérone, principale hormone mâle est secrétée naturellement par le corps. Elle a notamment pour effet de renforcer la puissance musculaire.
Les hommes ont normalement un taux de testostérone de 1 à 2:1.
A partir de 4:1, on commence à soupçonner une prise de testostérone de synthèse.
Dans le cas de Landis, le taux mesuré est de 11:1.