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La Fayette (1757 - 1834)
Marquis Gilbert Mottier de La Fayette(*)
Le marquis Gilbert Motier de La Fayette (*) demeure après plus de deux siècles le principal trait d'union entre la France et les États-Unis.
Mais son rôle historique ne se résume pas à ses années de jeunesse passées à combattre aux côtés des « Insurgents » américains.
Il a aussi joué un rôle moteur dans les débuts de la Révolution française et à nouveau dans la révolution des Trois Glorieuses qui vit le remplacement de Charles X par Louis-Philippe 1er à la tête de la France.
Fabienne Manière
Un jeune homme plein d'audace
Né en Auvergne le 6 septembre 1757, au château de Chavaniac (ou Chavagnac), Gilbert Motier, futur marquis de La Fayette, perd très tôt son père, tué à la guerre.
Il épouse à 17 ans une jeune et très riche héritière, Marie de Noailles.
Cette alliance lui donne accès à la Cour de Versailles et au roi Louis XV.
Assoiffé d'aventures, il rencontre en secret Franklin Benjamin, venu plaider à Versailles la cause des Insurgents américains et, malgré l'opposition de sa famille, quitte l'armée et décide de rejoindre l'Amérique.
Ayant soin de tromper la surveillance de ses proches et des Anglais, il se rend dans le Pays basque et embarque le 17 avril 1777 avec quelques fidèles à Pasajes de San Juan, près de San Sebastian, sur la Victoire, une frégate affrétée à ses frais, grâce à une avance sur sa fortune.
Dans une lettre à sa sœur, il explique son engagement : « Défenseur de cette liberté que j'idolâtre, libre moi-même plus que personne, en venant comme ami offrir mes services à cette république si intéressante, je n'y porte que ma franchise et ma bonne volonté, nulle ambition, nul intérêt particulier; en travaillant pour ma gloire, je travaille pour leur bonheur. […] Le bonheur de l'Amérique est intimement lié au bonheur de toute l'humanité ; elle va devenir le respectable et sûr asile de la vertu, de l'honnêteté, de la tolérance, de l'égalité et d'une tranquille liberté » (Lettre du 7 juin 1777).
Il a 19 ans quand il débarque à Georgetown le 15 juin 1777. Un an plus tôt, les Insurgents, bien qu'en minorité dans les Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord, ont proclamé unilatéralement leur indépendance.
Comme La Fayette, beaucoup de jeunes nobles européens ont pris fait et cause pour eux.
Parmi eux le Polonais Kosciusko, le Prussien von Steuben, le Rhénan von Kalb...
La Fayette se présente à Philadelphie devant le Congrès américain et revendique humblement le droit de servir comme simple soldat.
On lui attribue le grade de major général et il devient le proche collaborateur et l'ami du commandant en chef Georges Washington. Il considère celui-ci comme un père.
Comme les autres nobles européens, il va témoigner au combat d'une bravoure et d'un professionnalisme bien supérieurs à ceux des volontaires américains. Le jeune marquis est blessé à la cuisse à la bataille de Brandywine le 11 septembre 1777, puis, après quelques mois de repos, se distingue en plusieurs occasions, notamment en pénétrant au Canada avec une poignée d'hommes et en secourant deux mille insurgés assiégés par les Anglais.
Au printemps 1779, il revient en France, où il reçoit un accueil triomphal, et plaide la cause de l'insurrection. Il réclame l'envoi d'un corps expéditionnaire. Accédant à sa demande, le roi Louis XVI envoie un corps de 6.000 hommes outre-Atlantique sous le commandement du général de Rochambeau, avec le concours de la flotte du chef d'escadre François de Grasse.
La Fayette devance le corps expéditionnaire. Le 21 mars 1780, il embarque à Rochefort-sur-mer sur la frégate L'Hermione que lui a donnée le roi et arrive à Boston le 28 avril suivant. À la tête des troupes de Virginie, il harcèle l'armée anglaise de lord Cornwallis et fait sa jonction avec les troupes de Washington et Rochambeau.
Les troupes anglaises sont bientôt coincées dans la baie de Chesapeake, dans l'impossibité de recevoir des secours par mer du fait du blocus effectué par la flotte de De Grasse. C'est ainsi que les alliés franco-américains remportent la victoire décisive de Yorktown le 17 octobre 1781.
C'est pratiquement la fin de la guerre d'Indépendance. En attendant le traité de paix qui sera signé à Versailles, La Fayette peut s'en revenir en France, couvert de gloire et d'honneur.
Un libéral en avance sur son temps
Le noble et fortuné marquis va dès lors cultiver son aura et se mettre au service des idées les plus généreuses de son temps.
Le 17 février 1788, il crée avec Brissot et l'abbé Grégoire la « Société des Amis des Noirs », pour l'abolition de la traite et de l'esclavage.
Enfin survient la Révolution. La Fayette est élu député de la noblesse de Riom aux états généraux. Dès le 11 juillet 1789, à l'Assemblée nationale, il présente un projet de Déclaration européenne des droits de l'homme et du citoyen (dont s'inspirera le Bill of Rights américain de décembre 1791).
Le 13 juillet, il est élu vice-président de l'Assemblée et le 15 juillet, prend la tête de la garde nationale. Le 17 juillet, il invite ses troupes à arborer une cocarde tricolore (est-ce un hasard si l'on y retrouve les trois couleurs de la bannière américaine ?).
Mais il ne tarde pas à être tiraillé entre son obligation de protéger le roi et son désir de faire progresser les idées libérales de la Révolution.
Lorsque les Parisiennes vont chercher le roi à Versailles le 5 octobre 1789, il se montre maladroit dans la défense du château. Il n'en promet pas moins au roi et à sa famille de les défendre quoi qu'il arrive. Cela n'a pas l'heur de rassurer la reine Marie-Antoinette, qui le déteste.
Le marquis de La Fayette, surnommé « Héros des Deux Mondes », tient son heure de gloire le 14 juillet 1790, à l'occasion de la Fête de la Fédération, quand il prête serment devant le roi au nom de la garde nationale.
Son étoile se ternit lorsque le roi et sa famille tentent de s'enfuir et sont rattrappés à Varennes le 21 juin 1791, sans qu'il ait pu soupçonner quoi que ce soit. Un mois plus tard, le 17 juillet 1791, sur le Champ-de-Mars, La Fayette et ses gardes sont violemment pris à partie par des centaines de sans-culottes venus signer une pétition du club des Cordeliers réclamant l'instauration de la République. La garde nationale tire. Une cinquantaine de manifestants sont tués. C'est la première fracture entre le marquis libéral et la Révolution.
Après la chute de la monarchie, le général de La Fayette, menacé d'arrestation, prend la fuite avec une partie de son état-major. Il est incarcéré par les Autrichiens qui ne goûtent pas particulièrement sa geste révolutionnaire.
Libéré cinq ans plus tard grâce à une clause particulière du traité de Campoformio négocié par Bonaparte, il revient en France sous le Consulat mais se tient à l'écart de la vie politique jusqu'à la chute de l'Empire, en 1814.
Nostalgie, quand tu nous tiens... Pendant les Cent-Jours qui suivent le retour de Napoléon 1er de l'île d'Elbe, La Fayette prend fait et cause pour l'empereur et se fait élire député à la Chambre des représentants. Mais après Waterloo, il intervient pour obliger l'empereur à un retrait définitif.
En 1818, sous le règne de Louis XVIII, La Fayette, encore auréolé par son passé américain et révolutionnaire malgré la soixantaine bien sonnée, se fait élire député de la Sarthe. Toujours à la pointe du libéralisme, il participe aux manigances de la Charbonnerie et, en 1825, s'offre un voyage triomphal aux États-Unis.
Lorsque la révolution des Trois Glorieuses chasse Charles X du pouvoir, La Fayette retrouve à près de 73 ans le commandement de la garde nationale. Le 31 juillet 1830, il accueille à l'Hôtel de ville de Paris le duc Louis-Philippe d'Orléans, qui est comme lui un noble libéral attaché à la Révolution.
Le « Héros des Deux Mondes » convainc les insurgés parisiens de porter le duc sur le trône comme roi des Français en le présentant comme la « meilleure des républiques ». Chacun veut alors croire qu'avec un monarque constitutionnel tel que Louis-Philippe, la démocratie et la paix civile seront aussi bien assurées, sinon mieux, que sous un régime républicain.
« La Fayette, nous voici ! »
Le « Héros des Deux Mondes » meurt à 77 ans en pleine gloire. Il est inhumé à Paris dans le petit cimetière de Picpus, près d'une fosse commune où furent ensevelis de nombreuses personnes guillotinées sous la Révolution, y compris des membres de sa famille.
Devant sa tombe se recueilleront en 1917 les premiers Américains venus soutenir l'effort de guerre français et l'un d'eux aura ce cri du coeur : « La Fayette, nous voici ! »
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Sources:
https://www.herodote.net/La_Fayette_1757_1834_-synthese-194.php
1- https://cdlm.revues.org/1167