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Après la mort, dimanche, de l'ancien dictateur indonésien, considéré comme le dirigeant le plus corrompu des temps modernes, la question des fonds qu'il aurait éventuellement déposés en Suisse reste ouverte.
Malgré de sérieux soupçons, aucune procédure n'a jamais été lancée, car Jakarta n'a pas fourni à Berne une demande d'entraide judiciaire complète.
Dans les années 1990, alors que l'on parlait beaucoup des fonds des dictateurs Marcos, Mobutu et Abacha, les milieux engagés dans la politique de développement avaient avancé que les coffres des banques suisses pourraient aussi contenir des fonds Suharto.
La controverse avait pris de l'ampleur après la chute du dictateur en mai 1998. Des interventions parlementaires demandaient alors au Conseil fédéral de faire bloquer tous ses avoirs en Suisse.
Le gouvernement avait écarté de telles requêtes, faisant valoir que l'Indonésie n'avait pas entrepris de démarches en direction d'une entraide judiciaire. Contrairement à ce qu'il avait fait pour Mobutu, le Conseil fédéral avait renoncé à charger la Commission fédérale des banques d'enquêter.
La polémique avait pourtant repris de plus belle en 1999. Selon le magazine américain «Time», 9 milliards de dollars, sur les 15 à 35 milliards - selon les estimations - amassés par l'ex-dictateur et sa famille, auraient afflué en 1998 sur des comptes bancaires suisses et autrichiens.
Procédure en sommeil
En mai 1999, une délégation indonésienne, avec à sa tête le ministre de la justice et le procureur général, avait rencontré à ce sujet à Berne Ruth Metzler et Joseph Deiss, alors ministres de la Justice et des Affaires étrangères.
La Suisse avait assuré l'Indonésie de son soutien en cas de demande d'entraide judiciaire. Mais face aux exigences précises de la loi suisse, Jakarta a un peu tergiversé et la procédure est suspendue depuis plusieurs années.
Deux questions sont toujours sans réponses, a récemment indiqué l'Office fédéral de la justice. L'Indonésie n'a jamais précisé s'il existe une procédure contre Suharto dans son pays et quels comptes en Suisse sont concernés.
Jakarta aimerait conclure avec Berne un accord de coopération en matière pénale, qui lui permettrait notamment de recouvrer les fonds présumés illégaux déposés dans les banques helvétiques.
Les autorités indonésiennes ont fait part de cette volonté à Micheline Calmy-Rey lors de sa visite officielle à Jakarta en février 2007. La ministre des Affaires étrangères a estimé qu'un accord était souhaitable, mais ne représentait pas une condition nécessaire pour Berne, renvoyant aux lois suisses déjà en vigueur.
Une semaine de deuil
Dimanche, l'ancien dictateur s'est éteint dans un hôpital de Jakarta où il était soigné depuis le 4 janvier pour des problèmes cardiaques, pulmonaires, rénaux et digestifs. Il avait 86 ans. Les médias à Jakarta ont immédiatement bouleversé leurs programmes et une période de deuil officiel d'une semaine a été décrétée.
Vilipendé à l'étranger pour sa corruption et ses crimes, «Pak Harto» (Monsieur Harto), ainsi qu'il était surnommé avec déférence, demeurait respecté par des millions d'Indonésiens et il a bénéficié de nombreux égards pendant sa maladie.
Les massacres des années 60
Suharto, qui avait pris le pouvoir en 1965 à la faveur d'un putsch, pour ne le quitter qu'en en mai 1998 sous la pression de manifestations, est connu comme le «père du développement» de l'Indonésie. Sous son régime de «l'Ordre nouveau», le pays est parvenu à subvenir à ses besoins en riz et ses exportations ont connu un essor glorieux.
Mais l'ex-général a également mené au début de son règne une féroce répression contre le parti communiste indonésien et ceux considérés comme ses alliés, qui a débouché sur le massacre de 500'000 à un million de ses concitoyens.
Il a systématiquement réprimé les dissidents, écrasé les mouvements séparatistes et occupé le Timor oriental, provoquant la mort d'un tiers de sa population. Des faits toujours impunis.
Des défenseurs des droits de l'homme et des ex-opposants politiques indonésiens ont regretté dimanche que Suharto soit décédé sans rendre de comptes. «Sa mort est une tragédie pour toutes les victimes de ses crimes, ils n'obtiendront jamais Justice», a déclaré Budiman Sudjatmiko, qui avait été incarcéré alors qu'il était étudiant sous le régime de Suharto.
swissinfo et les agences
Faits
La République d'Indonésie est le plus grand État archipel du monde. Elle s'étend de la péninsule d'Asie du Sud-Est pratiquement jusqu'à l'Australie, au point de rencontre entre les océans Indien et Pacifique.
Sa population, ethniquement et culturellement très diverse, est de près de 250 millions d'habitants, musulmans à 80%.
Son produit intérieur brut équivaut à un peu plus de 300 milliards de francs suisses, soit un peu plus de 1200 francs par habitant et par année.
786 citoyens suisses sont établis en Indonésie.
Les exportations suisses vers l'Indonésie atteignent une valeur de 324,8 millions de francs, alors que la Suisse importe des produits indonésiens pour 155,1 millions.