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11/01/2017
Hier, l'actuel président de la Jeunesse Socialiste Genevoise (JSG), Tristan Pun, a annoncé qu'il ne devrait pas se représenter pour un nouveau mandat. Avec la fin de sa présidence se termine une séquence de 5 ans, débutée en mars 2012 avec le commencement de ma présidence et le retrait de Romain de Sainte-Marie, où un groupe de cinq personnes de bonne volonté et un peu idéaliste (Tristan Pun, François C, Muriel Läuchli, Philippe Berger et moi-même) reçut le contrôle de la JSG et en profita pour la réformer en mettant en place (plus ou moins consciemment et finalement assez spontanément) une autogestion du parti par ses membres.
Autant que je le sache, c'est le seul parti à fonctionner ainsi en Suisse ou à Genève et c'est pourquoi je vais m'y arrêter quelque peu car l'exemple de l'organisation de la JSG peut être utile à d'autres.
Le fondement de l'autogestion peut être exprimé en quelques mots : l'Assemblée Générale délibère, le comité exécute. Pour ce faire, une condition nécessaire : l'Assemblée Permanente. Dans l'idéal, l'AG siège chaque semaine, c'est l'AG hebdomadaire, rassemblement de tous les membres du parti, possédant tous les pouvoirs et toutes les compétences, souverains égaux au sein du parti. Ce fut le cas à la JSG durant mes années de présidence, et cela fut changé en une quasi assemblée permanente après ma présidence, avec une assemblée toutes les deux semaines. Dans cette configuration, le comité a des fonctions générales pré-déterminées à réaliser (des fonctions à effectuer nécessaires au bon fonctionnement basique quotidien de tout parti) mais reçoit des instructions spécifiques hebdomadaires, ou bi-hebdomadaires, qu'il doit exécuter aussi complètement que possible. C'est donc l'AG qui décide de l'action du parti, de ses positions politiques, de sa tactique et de sa stratégie. Les membres ne sont pas des créatures passives, mais des acteurs responsabilisés, égaux aux membres du comité. C'est l'idéal de l'horizontalité qui est ainsi réalisé, la suppression de la hiérarchie et des rapports de pouvoir. Le leadership, la force d'impulsion et d'initiative, est partagée par tous, et non détenu par un président soit-disant omniscient ou par une direction aristocratique.
Pour renforcer et préserver l'horizontalité existe un principe de subsidiarité. Tout ce que le comité pourrait faire, les membres peuvent le faire aussi s'ils le désirent. Le comité est le dernier recours, lorsque les membres du parti ne souhaitent pas réaliser une tâche ou une autre. Mais à tout moment, les membres peuvent obtenir l'attribution d'une tâche qui avait été temporairement dévolue au comité. Ainsi, les membres sont responsabilisés et non infantilisés. Ils peuvent être des éléments actifs et non passifs, tandis que le comité ne croule pas sous les devoirs et est ainsi capable d'effectuer son cahier des charges sans accumuler les retards ou les bourdes.
Les membres ont en outre le contrôle de l'agenda politique du parti, car l'ordre du jour de chaque assemblée générale est rédigé en commun (via les réseaux sociaux). Le comité ne pouvant d'ailleurs point refuser une demande d'ajout d'un point à l'ordre du jour. L'assemblée générale ne devient pas ainsi le jouet d'un comité stalinien où ce dernier pourrait faire approuver par quelques momies immobiles ses derniers caprices.
Par ailleurs, les membres gardent le contrôle des positions politiques du parti, de sa ligne, par l'établissement d'un Manifeste, document fondamental, constamment discuté, débattu et amendé en assemblée générale, présentant les prises de position fondamentales du parti. Ce document guide et contraint toute parole publique du comité qui ne peut se permettre de s'étaler sur ses lubies du jour librement.
Concernant les Assemblées Générales elles-mêmes, elles ne sont pas une longue litanie des desiderata d'un comité étalant ses vues de l'esprit et son humeur du jour à quelques statues assoupies, mais un échange vivant et dynamique entre des membres conscients et autonomes. Chaque membre peut exprimer ses vues autant de fois qu'il le souhaite, une éventuelle limite de temps à une discussion étant discutée et acceptée par l'AG elle-même et non le résultat d'un joug de comité : c'est l'Assemblée Participative. Les membres sont des participants, et des décideurs. Le comité ne siège pas physiquement à l'extérieur des membres, il ne se fait pas corps parasitaire et dominant, mais se fond dans le groupe des égaux, chaque membre du comité étant non d'abord un membre du comité, mais bel et bien un membre de l'Assemblée du parti, égal parmi les égaux. Ni le comité, ni le président, n'ont de droit la modération des discussions, mais la modération de l'Assemblée est attribuée en fonction du volontariat des membres au début de chaque AG. Nul pouvoir spécial sur la prise de parole n'est ainsi dans les mains du comité ou de sa présidence. La parole est libre, la parole est partagée, la parole est exprimée.
Quant au Trésor du parti, il est la propriété commune des membres. Ni le comité, ni la trésorerie, n'ont le contrôle des biens communs. La fortune du parti est transparente aux membres-propriétaires qui ont le droit à l'accès aux chiffres et aux comptes à tout moment sur leur souveraine demande et décide de l'investissement des fonds.
Le journal du parti est lui le fruit de la réflexion et de la rédaction commune des membres du parti. Le comité n'empêche pas les membres de s'exprimer, au contraire il les y invite et les assiste dans cette tâche. Le Rédacteur du journal est donc commun.
Enfin, le parti, jeunesse de parti, est aussi indépendant que possible du parti-mère (le Parti Socialiste Genevois), et aussi autonome que possible de la confédération des sections (la Jeunesse Socialiste Suisse). Nulle majorité ou bureaucratie extérieure ne devrait pouvoir s'imposer et supplanter la volonté des membres du parti cantonal (c'est à dire la JSG elle-même).
Voilà, cher lecteur, ce qui fut mis en place dès 2012. Voilà ce qu'est l'autogestion réellement réalisée au sein d'un parti, le pouvoir des membres sur le parti, l'horizontalité complète, le règne de l'Assemblée.
L'autogestion perdurera-t-elle avec le départ de Tristan Pun de la présidence de la JSG ? Les structures et les idéaux survivent-ils aux Hommes ? Nous verrons bien. Mais j'encourage tous ceux qui lisent ces lignes à adopter dans leurs partis et leurs associations le type d'organisation que j'ai décrit ici. Ce n'est pas seulement ainsi que l'on obtient un parti efficace, mais c'est aussi comme cela que l'on crée les conditions d'une expérience humaine riche et savoureuse, loin du carriérisme et de l'opportunisme, du réseautage froid et de l'absence de passion réelle pour la chose politique : un mouvement de militants plutôt qu'un parti politicien et bureaucratique sans force vive.
Adrien Faure
Cortège du 1er mai 2012 - Fête des travailleurs