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Le travail de Natalie Czech (*1976, Neuss, Allemagne) apparaît à la confluence de la poésie concrète et de la photographie « appropriationniste », deux courants qui interrogent les rapports du texte à l’image et auxquels le MAMCO porte une attention particulière. Des poètes concrets, Czech retient les procédés de spatialisation du texte – par sa mise en page et sa typographie – qui induit cette équivalence entre ce que dit le poème et ce qu’il montre, entre le lisible et le visible. Des « appropriationnistes », l’artiste garde un rapport critique à la notion d’originalité et lui substitue celle d’intertextualité, notion qui invite à considérer « tout texte comme un tissu nouveau de citations révolues » selon les termes de Roland Barthes. Exclusivement photographique, les œuvres de Czech scrutent ainsi un matériel textuel existant pour y révéler différentes strates signifiantes et poétiques et jouer de correspondances inattendues.
Ainsi, la série des Poèmes Cachés (Hiddens Poems) présente diverses sources (articles, lettres, publicités ; pochettes de disques…) recadrées, dans lesquelles l’artiste révèle, à l’aide d’un stylo ou d’un surligneur, des poèmes de e. e. cummings, Jack Kerouac, Robert Lax, Eileen Myles, Larry Eigner ou Frank O’Hara entre autres. Le texte original se trouve comme « légendé » par cette révélation poétique, tandis que le texte second acquiert une nouvelle mise en page.
La série des Questions de poète (Poet’s question) prend pour point de départ des interrogations prélevées et isolées dans les poèmes d’écrivains tels que Lev Rubinstein, Robert Grenier ou Charles Bernstein. Les lettres qui composent ces questions constituent un « stock », comme les lettres d’un Scrabble, que l’artiste va rechercher dans les objets de son quotidien. Une photographie fait ainsi apparaître la question « Do hearts break if you don’t touch them ? » [Est-ce que les cœurs cassent si on ne les touche pas ?] du poète Charles Bernstein, sur une cassette audio du groupe Imperial Bedroom. La question se retrouve écrite avec la bande magnétique, comme si la cassette elle-même recomposait l’anagramme. De la musique au texte, de la poésie à la photographie : la mise en abyme intertextuelle se double d’une mise en abyme intermédiale.
Réalisée pour l’exposition, la série des Mégots de cigarettes (cigarette ends) résulte d’une opération de collecte et d’assemblage. Ici l’artiste ne cherche plus à dévoiler des poèmes existants mais compose ses propres textes à partir du nom des marques inscrites directement sur les cigarettes. Cette poésie minimaliste permet de porter une attention accrue à la typographie et finit par conférer à ces rebuts consumés une qualité plastique inattendue. Czech poursuit ainsi son travail d’ode poético-esthétique aux choses les plus triviales.