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En fait, j'ai commencé à chercher un autre poste à partir de 1991 déjà. La raison en est que j'avais été très désagréablement surpris du manque de soutien rencontré auprès du Bureau, du CD et du parti tout entier durant une opération politique. Il s'agissait de l'initiative destinée à octroyer les droits politiques aux étrangers.
Cette question agitait le parti depuis quelques années et une initiative était envisagée. Mais il fallait décider de quelle ampleur elle serait: droits politiques au niveau cantonal et/ou communal, droit de vote et d'éligibilité ou seulement de vote. La tension était forte entre les deux ailes du parti, au sein des différentes commissions qui planchaient sur un projet de texte à soumettre au Congrès. Pour ma part, j'estimais qu'il fallait faire les choses progressivement, d'abord au niveau communal puis au niveau cantonal. Par contre, j'étais d'avis qu'il ne fallait pas dissocier droit de vote et d'éligibilité. Ma position était donc moyenne, et c'est finalement celle qui l'a emporté dans le groupe de travail interne du PSV.
Le Congrès d'Orbe a donné lieu à un nouvel affrontement entre les partisans des petits pas et les adversaires de ce qu'ils appelaient le saucissonnage. Au final, les délégués ont majoritairement accepté le texte demandant l'octroi aux étrangers des droits de vote et d'éligibilité au niveau communal. L'initiative a donc été lancée immédiatement, et c'était une course contre la montre car il fallait récolter 12'000 signatures en trois mois.
Quelques jours plus tard, le Jeunesses socialistes prenaient la décision, en congrès, de soutenir, avec le POP et d'autres forces d'extrême gauche, le lancement d'une autre initiative, demandant les droits aux niveaux communal et cantonal. Les JSV ont donc commencé à récolter les signatures pour cette initiative, qui a rapidement engrangé des résultats.
De mon côté, j'étais en charge de coordonner la récolte de signatures pour notre initiative. Et je me suis rendu compte que les sections étaient plutôt mitigées sur cet objet. Certaines étaient visiblement hostiles à l'octroi de droits aux étrangers même au niveau communal, et les plus actives habituellement étaient elles aussi beaucoup moins présentes sur les marchés que lors d'autres initiatives. En bref, on n'arrivait à rien et je n'avais guère pu comptabiliser plus de 3 ou 4 mille signatures après la moitié du temps de récolte.
J'ai donc pris l'initiative de proposer au Bureau d'engager des étudiants pour récolter des signatures, considérant que cette population est généralement ouverte à l'étranger et est, de plus, capable de défendre un argumentaire. Le Bureau m'ayant donné le feu vert sans trop de réticences, j'ai fait un appel par le service des petits jobs de l'Uni et j'ai eu quelques candidats dans mon bureau, à qui j'ai expliqué la problématique. Le principe était que les étudiants recevaient Fr. 1.- par signature.
L'opération a démarré tranquillement, avec quelques feuilles de signatures qui me sont revenues remplies. Alors que nous n'en étions qu'à une trentaines de signatures ainsi récoltées, certains membres du parti ont appris que nous avions ainsi recours à de la main-d'oeuvre rémunérée pour cette récolte et s'en sont offusqués. Comme par hasard, il s'agissait de partisans de l'autre initiative, qui profitaient ainsi de tenter de couler celle du PSV en empêchant le procédé.
Les belles âmes du parti se sont émues de voir le PSV incapable de motiver ses militants, et le Comité Directeur a décidé d'arrêter l'opération, alors que la presse s'en était déjà emparée. A cette occasion, la Direction du parti n'a pas du tout assumé le fait qu'elle avait autorisé le recours aux étudiants, et j'ai eu en particulier très peu de soutien du Président Pierre Tillmanns. Celui-ci était d'ailleurs très peu présent à la tête du parti, trop occupé par ses fonctions de Municipal à Lausanne, et j'assurais quasiment seul la direction au jour le jour du parti et tout particulièrement de la campagne de récolte de signatures.
Au final, nous avons échoué et nous avons dû transformer notre initiative en pétition, déposée auprès du Conseil d'Etat avec un peu plus de 6'000 signatures. L'autre initiative, celle de l'extrême-gauche et des JSV, a par contre abouti. Lorsqu'elle est venue en votation, le PSV s'y est rallié, mais nous avons été laminé, avec 30% d'avis positifs seulement.
Cet épisode a été le signal pour moi d'aller voir ailleurs. J'ai commencé à faire des offres à de nombreuses annonces, mais ce n'était pas facile en ces années de crise. De plus, mon statut de Secrétaire cantonal politique me fermait des portes (Adjoint du Département de l'Education) ou me classait derrière d'autres candidats qu'on supposait soit plus disponibles, soit plus dociles.