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Réforme sociale ou Révolution? est la réponse de Rosa Luxemburg aux théories réformistes d’Eduard Bernstein, dans le cadre d’un débat traversant le parti social-démocrate allemand à la fin du XIXe siècle. Le ton est donné dès la préface: «L’alternative: réforme sociale ou révolution, but final ou mouvement, est, sous une autre face, l’alternative du caractère petit-bourgeois ou prolétarien du mouvement ouvrier».
Rosa Luxemburg commence par réfuter la thèse réformiste. Bernstein la formulait plus ou moins ainsi: l’analyse de Marx serait fausse car le capitalisme ne s’écroulera pas naturellement sous ses contradictions. Au contraire, l’accroissement du crédit des petites entreprises et des organisations patronales serait les signes d’un apaisement du capitalisme. Le rôle du parti est donc de réformer lentement les structures sociales, par la lutte parlementaire et syndicale, en abandonnant le but révolutionnaire.
Rosa Luxemburg affirme que le crédit n’est pas un facteur de stabilisation de l’économie, mais qu’il renforce au contraire les effets des crises. De même, les coopératives, prônées par Bernstein, ne permettront jamais de sortir des structures capitalistes, car elles ne pourront jamais subsister qu’en marge du système.
Rosa Luxemburg tient sur- tout à démontrer que l’abandon du but révolutionnaire a des conséquences pratiques. Sans renier l’importance de la participation aux élections parlementaires ou du mouvement syndical, prônés par les réformistes, l’auteure relève que l’abandon du but révolutionnaire réduit le mouvement ouvrier à un simple mouvement de défense corporatif. Dire du parti socialiste qu’il est le parti de la «valeur» qu’est la «justice», et non de classe, revient à accepter la perpétuation du capitalisme. Car l’erreur fondamentale des réformistes est, en fin de compte, de penser que les réformes légales pourront éliminer l’exploitation, alors que celle-ci n’est pas organisée par les lois, mais résulte du rapport de force économique, donc, en fin de compte, des rapports de classe. L’analyse de Rosa Luxemburg, qui était aussi une internationaliste et une démocrate convaincue, n’a rien perdu de son acuité.
Arnaud Thièry
À lire : Rosa Luxemburg, « Réforme sociale ou Révolution ? », in Réforme sociale ou révolution ? Grève de masse, parti et syndicats, Paris, La Découverte, 2001.
Article publié dans Pages de gauche n° 124, juillet-août 2013.