Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07039.jsonl.gz/948

Les malformations congénitales
Yolanda Botta Kauer
Parmi les patients qui consultent en chirurgie plastique dans les hôpitaux d'Afagnan (Togo) et Tanguiéta (Bénin), un nombre remarquable, environ 20% présente des malformations congénitales.
Dans les premières années de mon activité dans ces hôpitaux, cette catégorie de patients était très faible, mais les patients qui venaient à l'hôpital présentaient des déformations très spectaculaires et beaucoup plus importantes de celles que je voie aujourd'hui.
Un enfant né avec une malformation était considéré souvent comme une malédiction et il n'était pas rare de sauver des enfants condamnés à être tués ou à laissés mourir parce qu'ils étaient accusés d'être la raison de la sécheresse, des incendies, ou de n'importe quel malheur qui atteignaient le village. Même la naissance de jumeaux, dans certaines régions réputées comme un bonheur, était dans d'autres régions considérée comme un grave malheur, une erreur de la nature et un des deux enfants était condamné à mort; ne parlons pas des triplés ou des hermaphrodites. La personne atteinte d'une malformation était condamnée à vivre cloîtrée dans la maison, si elle osait quand même s'éloigner du village, elle risquait de se faire agresser. La peur qu'elle réveillait chez les autres était souvent la justification.
Si la personne n'était pas tuée, elle risquait de se faire séquestrer par des communautés de féticheurs et être obligée à participer à des rituels.
Aujourd'hui que j'ai un meilleur accès dans les villages, les communautés et les écoles, j'ai le sentiment que le pourcentage d'enfants nés avec une malformation grave ou moins grave est beaucoup plus important dans ces pays africains que ici en Suisse ou en Europe. Une des raisons, est probablement la co-sanguinité, et j'ai personnellement le sentiment que les pharmacies ambulantes jouent souvent un rôle non négligeable. Il y a dans les marchés, dans les villages, des personnes qui vendent entre autre chose des soit disants "médicaments". Ceux-ci sont exposés à l'air libre, souvent au soleil dans des sacs en plastique de couleurs différentes, et le vendeur, entraîné je ne sais pas où, ni par qui, s'efforce de convaincre le public des qualités de puissance, force et des pouvoirs extraordinaires dont peut bénéficier l'acheteur de l'un ou l'autre de ces "médicaments". Les femmes enceintes considérées souvent comme nécessitant des soins particuliers consomment en quantité importante ces "médicaments" destinés selon elles, à assurer les meilleures chances à leur enfant.
Dans l'anamnèse des mamans d'enfants malformés, je retrouve presque toujours l'antécédent d'une prise de "médicament".
Une des malformations la plus courante : les becs de lièvre, était dans le temps considérée de même que d'autres malformations, une malédiction honteuse. Mais peu à peu nombreux patients une fois opérés, rentrant au village, en reprenant le travail, en se mariant, on fait perdre la peur de cette malformation et beaucoup des enfants viennent aujourd'hui en consultation de plus en plus tôt, il n'est pas rare que ce soit le grand-père opéré par moi il y a peut être 20 ans, qui amène son petit fils. On amène aussi d'autres patients présentant des malformations semblables à celles-ci que l'on a soigné et amélioré grâce à une intervention chirurgicale qui sont nos meilleurs éclaireurs dans les villages.
Dans les premières années de ma collaboration avec les hôpitaux d'Afagnan et Tanguiéta, il existait vraiment des monstruosités, des cas cliniques que j'avais vu uniquement dans des livres. Quelques uns de ces patients dits "récupérables" étaient à l'époque transférés en Suisse.
Ce transport n'était pas toujours aisé, déjà à cause du malaise que la présence à bord d'un de ces patients provoquait parmi les autres voyageurs (souvent en voyage pour les vacances).
Une fois opéré et de retour en Afrique, des problèmes surgissaient parfois lors des contrôles de police : les photos du document de voyage fait avec la malformation très visible ne correspondait plus au visage amélioré qui rentrait au pays.
Aujourd'hui la plupart de ces patients présentant des malformations importantes ou même petites peuvent être soignés sur place. C'est le même cas que les séquelles de brûlures, que les déformations dues à des accidents graves ou à des tumeurs, le patient soigné rentre au village et constitue un exemple motivant pour ceux qui n'osent pas encore sortir du village et venir se faire soigner.
Des campagnes d'éducation au niveau des dispensaires, des centres religieux et des écoles permettraient une consultation de plus en plus précoce et l'obtention de meilleur résultat. Ceci aurait par conséquence une meilleure intégration de ces personnes dans leurs communautés et dans leur vie sociale et leur travail.
Contrairement aux brûlés, les patients atteint de malformations congénitales sont souvent des personnes résignées qui se sont vus reléguées, qui n'ont pas eu la possibilité d'avoir un contact social, lorsque cette réintégration se fait tardivement, les possibilités de réintégration de ces patients ayant récupérés un visage acceptable ou des extrémités fonctionnellement valables, se trouvent diminué pas seulement par le refus social, mais par un manque psychologique du patient d'adaptation à la lutte dans la vie.