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« Si un homme a beaucoup plus qu'il ne faut, c'est que d'autres manquent du nécessaire.»
(Léon Tolstoï)
Sur notre planète, toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. Le rapport annuel (2010) de la FAO, qui fournit ce chiffre, indique que l'agriculture mondiale pourrait aujourd'hui nourrir normalement 12 milliards d'êtres humains. Or nous sommes pour l'instant environ 7 milliards à prétendre vivre sur cette terre*.
Les grands prédateurs (banques, hedge funds) sont en partie responsable de ce carnage. En spéculant sur les matières premières agricoles, ces parasites engrangent d'astronomiques profits, mais créent en même temps une explosion des prix des aliments de base (riz, blé, maïs, soja, haricot vert, etc.). Et tous les États sont complices.
Que faut-il en conclure ? Qu'il n'y a aucune fatalité là-dedans. Un enfant qui meurt de faim est souvent un enfant assassiné.
Par ailleurs, notons que les 85 personnes les plus riches possèdent autant que la moitié de la population mondiale, soit environ 3,5 milliards de personnes.
* J. Ziegler, La faim du monde expliquée à mon fils
Il faut se méfier des "on dit"
On nous dit que le capitalisme n'est pas seulement le moyen le plus judicieux d'organiser une économie, mais la seule et unique façon possible de l'organiser ! On nous dit que les dissidents de « cette sagesse conventionnelle » doivent être ignorés. On nous dit encore que le capitalisme n'est pas seulement le système que nous avons, mais le seul système que nous pouvons avoir. D'ailleurs, il n'y a aujourd'hui même plus besoin de persécuter les "hérétiques", car ils sont manifestement dénués de "bon sens". De plus, même les politiciens qui se disent "anticapitalistes", de nos jours, n'ont nullement l'intention de changer les règles du jeux. C'est devenu, pour eux, juste un bon slogan, sans plus. Preuve de plus que le capitalisme est bon. D'ailleurs, nous avons déjà pu voir les méfaits du "communisme" d'État. Tout cela, on nous l'a appris dès notre plus tendre enfance et sans relâche.
Mais au fait, qui nous dit tout cela ? Il faut savoir que ces "on dit" viennent généralement de ceux qui ont le plus à gagner dans ce système, notamment ceux du monde des affaires qui ont, bien entendu, de quoi financer toute la propagande: dans les écoles, les universités, les médias et à travers la politique traditionnelle (de gauche à droite). Nous sommes ainsi, du berceau au tombeau, nourris par cette propagande. Difficile donc de réfléchir autrement qu'avec cette logique. Par conséquent, le capitalisme n'est pas un choix , mais plutôt "un fait d'État" qui est devenu pour nous "un état de fait".
Pourtant, le capitalisme (ou néolibéralisme) sera notre "mort" si nous ne luttons pas contre ; ou du moins il sera la mort de notre civilisation ! C'est pourquoi, tous ceux qui s'opposent à cette économie injuste devraient essayer d'expliquer à leurs proches – de manière simple – pourquoi il faut abandonner le plus vite possible un tel système ! Car le capitalisme est mauvais dans son essence-même et il n'est pas viable à long terme. C'est ce que nous allons tenter de démontrer ci-dessous.
1. Le capitalisme est inhumain
Premièrement, il faut savoir qu'il y a une théorie derrière le capitalisme. Cette théorie prétend que nous sommes tous des animaux avides et égoïstes, et que, par conséquent, le système économique doit récompenser ces "instincts" primaires, si nous voulons prospérer économiquement. Alors, sommes-nous cupides et égoïstes ? Bien sûr (sans pour autant être des animaux à proprement parler). Mais nous sommes tout aussi capables de compassion et d'altruisme. Nous pouvons certainement agir de manière compétitive et agressive, mais nous avons aussi la capacité d'agir de manière solidaire et coopérative. En bref, la nature humaine est vaste. Nos actions sont certes ancrées dans notre nature, mais cette dernière est "très variable" et peut aussi être influencée. En effet, dans un système où la compassion et la solidarité serait la norme, nous aurions tendance à agir de cette façon. Dans un système où la compétitivité et l'agressivité sont récompensées, la plupart des gens tendent vers un tel comportement. Ce n'est pas plus compliqué que cela.
Ainsi, pourquoi devrions-nous choisir un système économique qui sape les aspects les plus décents de notre nature et renforce les plus inhumains ?... Et à plus forte raison en tant que chrétiens: comment avons-nous pu et comment pourrions-nous soutenir encore un système qui, dans son essence-même, va à l'encontre de l'éthique chrétienne, de l’Évangile, de la charité, de la communauté des biens ?! À moins de désavouer une grande partie des enseignements du Christ, cela n’est pas possible.
2. Le capitalisme est antidémocratique
Principe : le capitalisme est un système de concentration de richesse. Si vous concentrez la richesse dans une société, vous concentrez aussi le pouvoir. Il n'y a donc rien de démocratique là-dedans. Certains commencent toutefois à se réveiller gentiment et à comprendre que les plus riches dictent depuis longtemps les grandes lignes des politiques publiques.
En effet, de nos jours, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que certaines Banques et entreprises multinationales sont tout aussi puissantes que des États ! Il est vrai qu'officiellement un pauvre a, en démocratie, le même "poids politique" qu'un riche. Mais en fait, ce n'est pas du tout le cas. Même en Suisse où nous avons une démocratie semi-directe, le peuple n'est pas vraiment le souverain. Il ne peut se déterminer que sur des sujets d' "ordre secondaire" qui doivent d'ailleurs passer par bien des filtres au préalable avant d'être présentés au peuple. Le reste, ce sont souvent les lobbies qui s'en chargent, notamment en versant des petites "aides financières" aux députés. La démocratie sous un régime capitaliste est une ploutocratie. C'est une réalité que vous ne pouvez plus ignorer ! Ou alors, posez-vous la question suivante : que feraient tous ces lobbies au Palais fédéral si le peuple était réellement souverain ?
Ainsi, quoique nous ne soyons pas particulièrement attaché à la démocratie (du moins, dans ce contexte actuel "antichrist", d’apostasie générale et d’abrutissement des masses, qui ne peut conduire qu'à une ochlocratie au service de ploutocrates), il faut néanmoins se rendre compte de la supercherie. Car la démocratie (ou ce qu'on appelle ainsi), qu’elle soit semi-directe ou représentative, n'est pas du tout un système qui donne "aux gens ordinaires" la possibilité de participer de manière significative à l'élaboration des politiques publiques. Nous ne jouons aucun rôle dans la ratification des décisions prises par les puissants. Le mieux que nous puissions faire en démocratie, c'est de valider celles qui n'ont aucune importance aux yeux des élites. Croire le contraire, c'est croire encore au père Noël. Par conséquent, le capitalisme et la vraie démocratie sont incompatibles.
3. Le capitalisme n'est pas viable
Le capitalisme est un système basé sur l'idée d'une croissance illimitée. Le seul problème c'est que nous vivons – jusqu'à preuve du contraire – sur une planète "finie" ou du moins dont les ressources ne se renouvellent pas au même rythme que l’exploitation que l’on en fait. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la Bible préconisait une année sabbatique tous les sept ans (Lév. XXV, 4). Car, de même que l'homme a besoin de se reposer pour reprendre ses forces, la Terre aussi a besoin d'un repos pour se renouveler comme il faut. Or, dans un système capitaliste de croissance infinie, un tel repos est exclu (car "le temps c'est de l'argent").
Dans cette configuration, il n'y a donc que deux façons de défendre une croissance illimitée : 1. En trouvant une autre planète comme la nôtre (si possible assez vite). 2. En trouvant des façons de faire face à ces limites physiques, c'est-à-dire, en inventant des technologies toujours plus complexes permettant de transcender ces limites (mais qui amèneront indubitablement d'autres problèmes, conformément au système technicien).
Bref, ces deux positions sont aussi délirantes l'une que l'autre. Le délire peut apporter du réconfort temporaire, mais il ne résout rien. Au contraire, il peut causer plus de problèmes. Et ces problèmes semblent s'accumuler avec le temps…
*Texte inspiré en partie d'un article anglais que nous avions lu il y a quelques années et dont le nom de l'auteur nous échappe.