Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06883.jsonl.gz/475

Face aux abus, une parole toujours plus libre
Depuis la publication du rapport sur les abus sexuels au sein de l'Eglise, la parole des victimes se libère. Entretien avec Charles Morerod.
La Télé: Monseigneur Charles Morerod, il y a plus d'un mois, vous avez souffert de soucis de santé. Comment est-ce que vous vous sentez aujourd'hui?
Charles Morerod: Nettement mieux. Si je n'avais pas pu être opéré en urgence à Genève, je ne serais certainement pas là pour vous parler.
Vous avez été hospitalisé en urgence juste après la sortie du rapport de l'Université de Zurich en septembre. On imagine que vous n'avez pas pu faire votre convalescence loin des affaires du diocèse?
Non, mis à part les deux jours qui ont suivi l'opération. Après cela, j'ai beaucoup correspondu avec mes collaborateurs.
La vie du diocèse a continué. Quelques jours plus tard, on a d'ailleurs appris le retrait du vicaire Bernard Sonney. C'est vous qui avez dénoncé ce cas à la justice?
Une lettre avait été envoyée au Pape. Elle a ensuite été communiquée à plusieurs instances, y compris la justice. La lettre ne mentionnait pas de nom, il a fallu donc du temps pour découvrir de qui il s'agissait. J'ai parlé avec Monseigneur Bonnemain, lui aussi chargé d'une enquête, qui m'a indiqué que Bernard Sonney s'était retiré de lui-même suite à une accusation de harcèlement sur une personne majeure.
Entre-temps, vous avez été personnellement accusé d'avoir détruit des lettres, adressées à Monseigneur Genoud, concernant des abus au sein du diocèse. Que répondez-vous face à ces accusations?
Il y a quelques années, j'ai en effet trouvé deux cartons de lettres qui n'avaient jamais été ouvertes. Le courrier non confidentiel a été ouvert et nous avons retrouvé beaucoup de chose, y compris de l'argent. Mais, je n'ai pas le droit de lire des lettres confidentielles adressées à quelqu'un d'autre que moi. Beaucoup de Gruériens s'adressaient à lui sur leur vie privée.
Dans ce cas, pourquoi avoir détruit les cartons, qui auraient possiblement été utiles pour les enquêtes?
Personne n'avait le droit de les ouvrir. Légalement, on ne peut même pas en faire des archives. Evidemment, je me suis demandé après coup ce que ces lettres contenaient. Il y avait peut-être des appels à l'aide. C'est troublant, mais je continue à penser que je ne pouvais pas faire autrement. Ce n'était pas mon intention de détruire des éléments de preuve.
Il y a un sentiment qu'au fil des ans, l'Eglise a cherché à dissimuler ces cas d'abus, et c'est ça, aujourd'hui, qui est au cœur de la problématique.
C'est vrai. C'est pour cette raison que depuis des années, je dis que si un cas m'arrive, je le dénonce à la police. Il ne faut pas le cacher, sinon le problème va continuer.
Vous dites que vous dénoncez les abus?
Depuis que je suis évêque, j'ai signalé 17 cas à la justice.