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Connus généralement par leurs masques zoomorphes, supports emblématiques de cultes collectifs lignagers et villageois, les Nuna possèdent aussi de rares statuettes anthropomorphes étroitement associées à des cultes individuels. Elles seraient détenues notamment par les hommes appelés vùrù, un type de devin qui, d’après Christopher D. Roy [1], est aussi présent parmi les populations proches des Nuna. Or, par le terme de vùrù ou de vùria, on désigne en réalité les adeptes de Vuuro, entité conférant des facultés oraculaires et objet d’une puissante institution initiatique qui, née chez les Pwa, a fini par gagner, de proche en proche, une vaste région. Tous les cinq ans, des fêtes imposantes célébrées en l’honneur de cette entité réunissent, chez les Pwa, un nombre impressionnant d’adeptes provenant des pays voisins nuna, winye, kasena et sisala.
Chez les Nuna, comme ailleurs, Vuuro est réputé se manifester à travers la possession. Seul un devin initié à cette entité peut déceler si la personne a été réellement recrutée par Vuuro et, dans ce cas, lui conseiller où « s’incorporer ». D’après la règle, l’intéressé doit s’initier hors de son village, ce qui crée entre populations voisines un réseau complexe de liens et de relations qui animent la corporation des vùria. Il n’existerait qu’un seul support de l’entité par village : une grande statue féminine détenue par le doyen des adeptes, et associée à son rôle d’initiateur. Emblématique d’une puissance commune provenant de l’extérieur, elle serait censée attirerl’influence de Vuuro afin que le nouvel affilié s’en nourrisse et soit soumis à son inspiration.
Évoquant l’image de la féminité, le corps et le visage ornés de scarifications profondes, la poitrine saillante, l’allure austère et pourtant si douce, ces statues au gabarit imposant, aussi rares qu’exceptionnelles, traduisent majestueusement le concept d’une puissance nourricière, génératrice d’une forme de pouvoir autant exclusif qu’énormément ramifié.
[1] Dans Schmalenbach 1988, p. 76.