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Après plusieurs films de fiction, "Aujourd'hui" (2013) et "Félicité" (2017), le réalisateur Alain Gomis avait pour idée de faire un biopic sur l'un des grands noms du jazz, Thelonious Monk (1917-1982), partenaire de Coltrane et de Coleman Hawkins. A cet effet, il s'adresse à l'INA - l'institut national de l'audiovisuel - pour obtenir "Jazz Portrait" une émission réalisée en 1969 par la télévision française sur le pianiste virtuose. Il reçoit non seulement l'émission, mais également l'intégralité des rushs, c'est-à-dire toutes les images qui n'ont pas été diffusées.
C'est ainsi qu'est né "Rewind & Play", un documentaire qui permet à la fois de découvrir l'univers musical du jazzman américain, mais aussi comment certains médias de l'époque traitaient leurs invités, d'autant plus s'ils étaient noirs.
Deux mondes qui ne se comprennent pas
En décembre 1969, Thelonious Monk se rend à Paris pour un concert. Quelques heures auparavant, il est interviewé par la télévision française, par le présentateur Henri Renaud, lui aussi musicien. Tout au long de l'entretien, Henri Renaud tente de poser des questions et Thelonious Monk y répond de manière laconique. Le malaise est omniprésent des deux côtés.
Le paroxysme de l'interview est atteint quand Henri Renaud demande au pianiste s'il se rappelle sa première venue à Paris lors d'un concert en 1954. Le présentateur veut que Thelonious Monk reconnaisse que sa musique était trop avant-gardiste pour le public de l'époque, et, du coup, mal accueillie. De son côté, le jazzman réplique qu'il a eu beaucoup de mal à trouver des musiciens pour l'accompagner et que son cachet était bien trop faible. Henri Renaud veut effacer cette partie de l'interview au motif que "ce n'est pas gentil", mais aussi désobligeant pour l'organisateur du concert.
>> A voir: le documentaire "Rewind & Play"
Un documentaire esthétique
"Rewind & Play" ne se résume pas à une critique sur la manière dont les médias formatent les propos de leurs invités. Le documentaire est aussi entrecoupé de morceaux de musique joués par Thelonious Monk tout au long de son interview. Les plans réalisés par les caméras de l'époque sont très beaux. On y voit les mains du pianiste, la sueur qui coule de son front, les verres d'alcool qui s'enchaînent et son regard éberlué, un peu lointain. Et de rappeler que dans les années 1970, la cigarette était omniprésente.
Un petit bémol tout de même: le manque de contextualisation du documentaire. Les images et les plans se succèdent sans aucune remarque extérieure ou mise en perspective, ce qui laisse une grande marge d'interprétation du côté du spectateur.
Adaptation web: Sarah Clément
"Rewind & Play", de Alain Gomis est à voir au City Club Pully le 21 janvier 2023 à 19h (suivi d'un concert du Louis Matute Large Ensemble). Sinon, le film est à voir dans les salles de cinéma françaises ou sur Arte TV.