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«Au grand galop de mon cheval, je paradais parmi les ventilateurs.
J'avais sept ans, rien n'était plus agréable que d'avoir trop d'air dans le cerveau. Plus la vitesse sifflait, plus l'oxygène entrait et vidait les meubles.
Mon coursier déboucha sur la place du Grand Ventilateur, appelée plus vulgairement place Tien An Men. Il prit à droite, boulevard de la Laideur Habitable.
Je tenais les rênes d'une main. L'autre main se livrait à une exégèse de mon immensité intérieure, en flattant tour à tour la croupe du cheval et le ciel de Pékin.
L'élégance de mon assiette suffoquait les passants, les crachats, les ânes et les ventilateurs. Je n'avais pas besoin de talonner ma monture. La Chine l'avait créée à mon image: c'était une emballée des allures grandes. Elle carburait à la ferveur intime et à l'admiration des foules.»
Amélie Nothomb, Le sabotage amoureux, éditions Albin Michel, 1993
«Qui veut acheter le Palais d'Été? Qui rêve de démolir vingt mètres de la muraille pour se construire une bicoque avec ces pierres sacrées? c'est à vendre.»
«Chaque premier de l'An à minuit, il portait le dieu en procession, offrait un sacrifice aux ancêtres, puis il mangeait un nombre incalculable de raviolis végétariens à l'huile de sésame.»
«Comment être sûr que c'est dans ces parages que la princesse s'est perdue? La route de Pékin à Kachgar a emprunté de tout temps la "Voie impériale" qui conduit d'abord à l'ancienne capitale Xi'an puis, entre Gobi et montagnes, vers Lanzhou sur les rives du Fleuve Jaune, Dunhuang et les grottes des Mille Bouddhas, puis la rive nord du désert du Taklamakan. Mais une alternative existe plus au sud: la route qu'empruntèrent justement Ella Maillart et Peter Fleming, sur laquelle nous cheminons.»
A une époque trop légendaire pour être datée, le monde chinois se mourrait sous une chaleur suffocante. Dix soleils dardaient leurs rayons sur la terre, devenue aride et infertile. On fit appel à Hou Yi, l’archer céleste, qui entreprit d’abattre les soleils un par un. D’une adresse redoutable, il les faisait tomber du premier coup. Jusqu’au dixième, qu’il gracia, afin que la terre ne sombre pas dans les ténèbres.
C’est ainsi que Hou Yi, comme beaucoup de personnages légendaires, sauva l’humanité.
Sous la dynastie des Shang (1766-1027 av. J.-C.), ceux qui se livrent à la guerre, ce sont les archers. Puis la pratique se popularise chez les nobles qui proposent des démonstrations d’archerie sur fond musical. Mais en plus de la guerre et du spectacle, le tir à l’arc se mâtine de philosophie: «L’archer a un point commun avec le sage: quand sa flèche n’atteint pas la cible, il cherche la cause en lui-même», aurait professé Confucius, lui-même archer.
Quelques milliers d’années et légendes plus tard , on se retrouve à Tianjin, au début du 20e siècle. Cette concession qui deviendra l’un des premiers ports de Chine. Des jeunes Chinois, progressistes et conscients de la modernité occidentale, exhortent alors leurs compatriotes à s’adapter à cette nouvelle ère. Et s’écrient: «La Chine sera-t-elle un jour en mesure d’accueillir les Jeux olympiques?» Tout juste cent ans plus tard, la cible est atteinte!
Aujourd’hui, ce sont les Coréens qui dominent le tir à l’arc olympique. La discipline consiste à viser une cible de 1,22 mètre de diamètre à 70 mètres de distance. Autant dire qu’elle n’apparaît pas plus grande qu’une punaise tenue à bout de bras! Est-ce que Pékin portera chance à l’équipe chinoise? Si l’on dissèque le mot «Chine», il s’écrit à l’aide de deux idéogrammes: «zhong» et «guo». Le premier signifie le milieu, et le deuxième le pays. Et si on regarde de plus près la graphie de «zhong», on remarque qu’il s’agit d’un rectangle traversé d’un trait. L’une des origines possibles de l’idéogramme serait une cible… percée d’une flèche.
Papiers de Chine