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Et oualà, c'est fait, on a un nouveau Conseil d'Etat, on va maintenant pouvoir passer aux choses sérieuses -et elles ne manquent pas. " Ouf " et " bof ", donc... " Ouf " parce que le MCG n'est pas entré au Conseil d'Etat. On ne s'attendait d'ailleurs pas vraiment à ce qu'il y soit : dans une élection au système majoritaire, à deux tours, face à deux coalitions représentant chacune un tiers des électeurs, un parti solitaire, qu'il soit de gauche ou de droite, n'a pas grande chance. Les deux candidats MCG obtiennent toutefois un résultat remarquable, bien supérieur à celui de leur seul parti. Quant à l'UDC, son candidat n'a même pas réussi à jouer les utilités -sinon celle, dont il convient de lui être reconnaissant, de priver le MCG des quelques milliers de suffrages qui auraient permis à Mauro Poggia d'être élu à la place de Michèle Künzler. " Ouf ", donc. Et puis, " bof ", puisqu'on est mollement retombé dans la normalité : la majorité de l'électorat actif a voté à droite, la majorité du parlement est à droite, la majorité du gouvernement sera à droite comme elle l'est constamment depuis plus d'un siècle, à deux législatures près. Aucun mouvement n'a bougé les lignes et malgré une participation en hausse, le gouvernement de la République n'a une fois de plus été élu que par une minorité d'un corps électoral qui n'est lui-même qu'une minorité de la population : le mieux élu de nos ministres n'a obtenu le soutien que d'un-e habitant-e de Genève sur neuf et à peine 1200 suffrages séparent la plus mal élue de la meilleure non élue.
Pour la gauche en général, pour le PS en particulier, la reconquête du terrain perdu (dans l'électorat, et dans la société) ne se faisait pas ce dimanche : dans le meilleur des cas, on espérait le statu quo gouvernemental, et dans le pire des cas (sauf à imaginer le MCG en parti gouvernemental), on se préparait au retour à la normalité gouvernementale : une majorité issue de la droite traditionnelle. Le meilleur était tout aussi relatif que le pire : le cadre de la législature a été donné par l'élection du Grand Conseil, et ce dimanche on n'en parachevait que les dorures. Le résultat de ce dimanche nous met (et ce " nous " ne se limite pas à la tribu socialiste) au défi de deux nécessité : celle de l'unité, et de la cohérence. Unité à la " gauche de la gauche " (pour qu'elle en finisse avec ces listes concurrentes et ces organisations scissipares qui ne font que se nuire les unes aux autres, empêchent le courant politique dont elles émanent d'être représenté dans les parlements et renforcent à la fois la droite et l'extrême-droite parlementaires et les tendances centrifuges des Verts), et unité entre toutes les composantes de la gauche, ce qui implique la permanence, sous une forme ou une autre, de l'Alternative, avec une " gauche de la gauche " réunifiée (peut-être aux " noces de Schaffhouse ", samedi prochain ?). Et puis, cohérence : entre les discours et les pratiques, entre ce qui se dit avant les élections et ce qui se fait après, entre la politique que l'on promet de mener et celle que l'on mène en réalité. Dans la faille qui sépare l'une et l'autre, c'est le populisme qui s'engouffre. Nous avons à reprendre pied dans la " Genève d'en-bas " en nous appuyant sur les instruments de la démocratie directe et sur les espaces politiques où nous sommes forts (la Ville, les grandes communes), et en cessant au moins pendant l'année et demie qui nous sépare des Municipales, d'investir l'essentiel de nos forces, de nos moyens et de notre temps dans le jeu politique institutionnel cantonal : en Ville, les quatre candidates et candidats socialistes et verts passent dans les sept premiers, et nous y avons une majorité à défendre, et si possible à renforcer. Nous avons à le faire sans cultiver l'illusion qu'on y arrivera en caressant le populisme dans le sens du poil, ni celle qu'on peut être majoritaire sans être unitaire.