Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07118.jsonl.gz/693

L’égalitarisme, tel que nous l’entendrons ici, est une doctrine prônant l’égalisation des possessions matérielles entre les individus. Stefan Gosepath liste trois formes d’égalitarismes : l’égalitarisme intrinsèque, l’égalitarisme instrumental et l’égalitarisme constitutif. L’égalitarisme intrinsèque affirme que la seule valeur, dont il est moralement souhaitable de poursuivre la réalisation politiquement, est l’égalité, les autres valeurs étant soit inexistantes (seule l’égalité étant une valeur), soit secondaires par rapport à l’égalité (l’égalité étant la valeur la plus essentielle de toutes). L’égalitarisme instrumental affirme quant à lui que l’égalité a uniquement une valeur dans la mesure où elle permet de réaliser d’autres valeurs ; l’égalité est donc une valeur secondaire par rapport aux autres valeurs. L’égalitarisme constitutif, enfin, tente une conciliation entre les deux précédents égalitarismes en affirmant que l’égalité a en même temps une valeur intrinsèque et une valeur instrumentale. Selon cette forme d’égalitarisme, l’égalité est donc secondaire par rapport à certaines valeurs et primordiale par rapport à d’autres.
Gosepath distingue aussi plusieurs formes d’égalités possibles, et, notamment, l’égalité stricte des possessions matérielles[1] et l’égalité des opportunités[2]. Il convient en effet de distinguer entre un égalitarisme favorable à une stricte égalité (une égalité totale) des possessions matérielles et un égalitarisme admettant que l’on déroge à cette stricte égalité, c’est-à-dire admettant l’existence d’un certain nombre d’inégalités matérielles entre les individus. A noter qu’il ne sera pas question ici d’égalitarisme au sens de doctrine favorable à l’égalité en droits ou à l’égalité devant la loi[3]. Non que ce type d’égalitarisme ne présente pas un intérêt en tant que tel, mais, d’une part, parce qu’il ne concerne a priori pas directement le sujet de la présente réflexion (qui est la pauvreté) et, d’autre part, parce que mon contexte d’étude porte sur des sociétés respectant, dans une large mesure d’ores et déjà, l’égalité en droits et l’égalité devant la loi entre citoyens.
Quand on considère uniquement la question de la pauvreté, les diverses formes d’égalitarismes semblent a priori passer le test du voile d’ignorance. En effet, il peut sembler qu’une politique d’égalisation des possessions matérielles, stricte ou partielle, signifie nécessairement une redistribution de ceux qui possèdent davantage à ceux qui possèdent moins. En ce sens, on pourrait considérer que les contractants, dans la position originelle sous le voile d’ignorance, ne verraient pas de problème à se retrouver dans une société égalitariste, car le risque de se retrouver parmi les membres les plus pauvres de la société serait soit tolérable dans une société partiellement égalitariste, soit inexistant dans une société strictement égalitariste. Nous allons voir que cette intuition première se heurte à un ensemble de problèmes et d’arguments. Pour ce faire, notre étude de l’égalitarisme sera structurée en quatre temps. Dans un premier temps, nous aborderons l’égalitarisme sous sa forme la plus stricte, dans un second temps, l’égalitarisme partielle, dans un troisième temps, l’égalitarisme des opportunités, et, enfin, nous explorerons le luck-egalitarianism.
Adrien Faure
[1] Gosepath Stefan, Equality, Standford Encyclopedia of Philosophy, 27 June 2007, p. 9.
[2] Ibidem, p. 16.
[3] Ce qui correspond à un égalitarisme libéral, défendu par la tradition libérale classique et par les libéraux contemporains.