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La qualité du sperme helvétique reléguée en queue du peloton international
Selon une étude parue le 22 mai dans la revue Andrology, le nombre de spermatozoïdes des jeunes Suisses, leur mobilité et leur morphologie sont en effet très en dessous des valeurs de référence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En particulier, 17% d’entre eux peuvent être considérés comme «subfertiles», c’est-à-dire qu’ils risquent de rencontrer plus tard des problèmes pour concevoir des enfants. Le travail, mené par l’équipe de Serge Nef, professeur au Département de médecine génétique et développement (Faculté de médecine) en collaboration avec d’autres institutions et le soutien logistique de l’armée, met aussi en évidence une possible corrélation entre la faible qualité du sperme et une augmentation du cancer des testicules.
Provenant de tous les cantons, conçus et nés en Suisse, 2523 jeunes hommes de 18 à 22 ans ont participé à l’étude lors de leur recrutement militaire. Les volontaires, représentatifs de la population mâle du pays, ont rempli un questionnaire sur leur santé, leur style de vie, leur alimentation et leur éducation. Leurs parents ont été invités à faire de même afin d’apporter des renseignements supplémentaires, notamment sur le déroulement de la grossesse.
Les chercheurs ont ensuite réalisé un spermogramme pour chaque volontaire en mesurant le volume, la quantité, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes. La concentration médiane de spermatozoïdes mesurée chez les recrues helvétiques est de 48 millions par millilitre. En Europe, cette valeur varie entre 41 et 67 millions par ml. En d’autres termes, la Suisse se retrouve en queue de peloton en compagnie du Danemark, de la Norvège et de l’Allemagne.
Plus précisément, 17% des jeunes hommes présentent une concentration de spermatozoïdes inférieure à 15 millions par ml, une catégorie qualifiée de subfertile; 25% d’entre eux ont moins de 40% de spermatozoïdes mobiles; et le taux de formes morphologiquement normales est inférieur à 4% chez 40% des sujets étudiés. Au total, 60% des jeunes Suisses présentent au moins un de ces trois paramètres en dessous des références fixées par l’OMS et 5% ont un problème pour ces trois facteurs simultanément.
Les auteurs admettent qu’un spermogramme unique n’est pas prédictif de la fertilité de la personne. Cependant, pris globalement, les résultats suggèrent que la qualité spermatique des jeunes hommes en Suisse est critique et que leur fertilité future sera vraisemblablement affectée.
Fertilité en Berne
La tendance générale de la fertilité de la population est d’ailleurs depuis longtemps à la baisse. Entre 2002 et 2010, le nombre de couples infertiles suisses recourant à la procréation médicalement assistée (PMA) a en effet doublé, passant de 3000 à plus de 6000 par an. Parmi les causes de l’infertilité, qui touche à parts égales les femmes et les hommes (seuls 10% des couples présentent une infertilité d’origine inexpliquée), la qualité du sperme joue un rôle important.
Des études épidémiologiques menées dans les pays industrialisés ont montré en particulier une diminution de la concentration de spermatozoïdes de 99 millions par millilitre (ml) à 47 millions par ml en cinquante ans.
Les spécialistes notent qu’en dessous de 40 millions de spermatozoïdes par ml, le temps pour parvenir à la conception d’un bébé augmente significativement. Un homme avec une concentration de spermatozoïdes en dessous de 15 millions par ml peut être considéré comme subfertile et rencontrera probablement des problèmes pour concevoir un enfant. L’infertilité se définit par l’incapacité de concevoir après douze mois de rapports sexuels réguliers non protégés.
Tabagisme maternel
L’étude suisse n’a pas permis d’identifier des différences de qualité de sperme entre les diverses régions géographiques du pays, ou en considérant des critères tels que la langue parlée qui peut refléter des différences de mode de vie ou la résidence en milieu rural ou urbain. Par contre, le tabagisme maternel durant la gestation est associé à une diminution de la qualité du sperme. Chez les hommes dont la concentration de spermatozoïdes est inférieure à 15 millions par ml, 18% des mères fumaient, contre seulement 11% chez les hommes dont la concentration de spermatozoïdes est supérieure à 40 millions par ml.
Cette étude a aussi permis aux chercheurs d’observer une corrélation entre la mauvaise qualité du sperme et le cancer des testicules. En Suisse, ce dernier progresse depuis trente-cinq ans et on compte aujourd’hui plus de 10 cas pour 100 000 hommes, un taux élevé comparativement à d’autres pays européens. De manière générale, la qualité du sperme est inférieure dans les pays où l’incidence de cancer testiculaire est élevée. Selon les auteurs, c’est vraisemblablement la conséquence d’une altération du développement testiculaire au stade fœtal. —