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|TCHERKESOFF Warlaam (CERKEZOV)|
(vedi in italiano: CERKEZOV)
Né à Tiflis (Géorgie) le15 septembre 1846, mort à Londres le 18 août 1925. Prince, journaliste, "ambassadeur des patriotes géorgiens", anarchiste-communiste.
Le jeune prince Tcherkesoff appartenait à une famille qui, durant trois siècles, a occupé une position éminente en Géorgie, propriétaire de milliers d'hectares de forêt, de vignes et de terres et de centaines de serfs. Révolté par le traitement infligé aux familles paysannes, il renonça très tôt à son titre princier.
Envoyé à 10 ans à l'École des Cadets de Moscou, il abandonna à seize ans la carrière d'officier et suivit les cours de l'Académie agraire de Pétrovsk, à quelques kilomètres de Moscou. Il décida de partir aux Etats-Unis pour y rejoindre les Républicains et lutter pour la libération des esclaves. Mais il se formait en Russie les premières sociétés secrètes socialistes, et il adhéra en juin 1864 au groupe d'Isutin, figure charismatique qui rêvait de vivre comme le héros de Que faire?, le livre de Tchernychevsky qui inspira toute une jeunesse. La répression consécutive à l'attentat de Karakazov, un de ses compagnons, conduisit à son arrestation et son emprisonnement dans une cellule isolée de la prison forteresse Pierre-et-Paul à Petersbourg, où il séjourna huit mois de 1866 à 1867. De retour à Moscou, il travailla comme ingénieur au tracé du chemin de fer de Rostov au Caucase.
Ardent patriote géorgien, il fut séduit par les idées fédéralistes de Bakounine dans le journal Narodnoe Delo [La Cause populaire], paru en septembre 1868. En 1869, sa librairie devint un lieu de rendez-vous favori des étudiants de Saint Petersbourg. Ils y pratiquaient l'auto-éducation, constituèrent un cercle politique, établirent un vaste réseau de relations clandestines ; il aida notamment Necaev à s'échapper de Russie. L’arrêtant le 29 décembre 1869, la police trouva sur lui "une sorte de guide du propagandiste dans la région de Tula, avec l'indication de l'état d'esprit dans les divers villages, des points d'appui, etc.". Il paya son action militante par un procès en juillet-août 1871, au cours duquel il osa affirmer devant la cour que le pays était en ruine, que la paysannerie souffrait de la pénurie, et que le gouvernement impérial était responsable de cet état de fait. Le tribunal le condamna à la déportation à vie dans le gouvernement de Tomsk en Sibérie occidentale.
En janvier 1876, il parvint à s'enfuir ; à Londres, il fut accueilli par l'équipe de rédaction du journal russe que publiait Pierre Lavrov, Vpered (En avant!). Il émigra à Berne et à Genève en octobre 1876. Il participa à une caisse de secours mutuels, organisa une bibliothèque et participa à la fondation d'Obschtschina (La Commune), journal socialiste-révolutionnaire russe, en janvier 1878. Il y tint une chronique mensuelle et traitait notamment de la guerre des Balkans. Il fréquentait Elisée Reclus et le Travailleur et rencontra Kropotkine. L'année suivante, il participa à la fondation du Révolté.
Il rejoignit la France en 1879 où il fréquenta le groupe du Panthéon, à Paris, où se rencontraient blanquistes et guesdistes, mais aussi des anarchistes italiens, Malatesta et Cafiero. Collaborateur des Temps Nouveaux de Jean Grave, il fut vers 1880 arrêté sur la place du Panthéon, au sortir d'une réunion et expulsé. Il se rendit à Genève, puis retourna à Londres.
Toujours préoccupé par le sort de la Géorgie, il visita clandestinement son pays à plusieurs reprises et séjourna en Asie Mineure, en Bugarie, en Roumanie. Il revint à Londres durant l'été de 1892, "ambassadeur des patriotes géorgiens". "Diadia" (oncle) comme le surnommaient les anarchistes, ami inséparable de Kropotkine et de Malatesta, s'établit alors définitivement en Angleterre. Il épousa Frida, une hollandaise, belle-sœur de Christian Cornelissen. Avec elle, il participa activement au groupe Freedom, gagnant sa vie comme journaliste. Il rentra en Géorgie à chaque révolution (1905, 1917) mais se trouva forcé de rentrer en Angleterre où il lutta de nouveau pour l'indépendance de son pays, jusqu'à sa mort en 1925.
Cet admirateur du syndicalisme français, dans lequel il voyait une forme de "socialisme populaire", a aussi suscité l'enthousiasme tant d'anciens militants comme James Guillaume que de certains trade-unionistes anglais. Porte parole du mouvement d'indépendance de la Géorgie, il a suscité l'intérêt des anarchistes pour les luttes des Arméniens, des Finlandais, des Boers et des Persans. Sa femme Frida poursuivit sa propre action libertaire après le décès de Varlaam, et donna des articles, entre autres, à Probuzhdenie, Detroit (USA).
(Ronald Creagh, adapté par Marianne Enckell).
FONTI:
ME / http://raforum.info/spip.php?article938 / Franco Venturi, Les Intellectuels, le peuple et la révolution, Gallimard, 1972 / Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1973