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Alban van der Straten, Les Explorateurs belges, Editions Mardaga, 400 p., EUR35.
Petit pays sans grande tradition maritime, il est rare que, dans l’imagination populaire, on associe la Belgique aux grandes découvertes, mise à part l’exploration du Congo par Stanley, commanditée par Léopold II. L’ouvrage d’Alban van der Straten vient donc corriger cette perception en dressant le portrait de 34 explorateurs belges, du Moyen-Âge aux débuts du XXe siècle, regroupés en six parties.
Dès l’introduction van der Straten expose sa méthode pour retenir (ou non) un candidat explorateur belge. Trois conditions devront être remplies : tout d’abord il exige la présence d’un témoignage matériel, un récit de voyage par exemple ou un carnet de bord ; ensuite il faut que le personnage mérite d’être retenu comme un explorateur ; et enfin il faut qu’il soit belge. La première condition est en définitive soumise à un test de matérialité, relativement objectif. Van der Straten retient de l’explorateur une définition large, celui qui aura parcouru des contrées inconnues si bien qu’on retrouve parmi ses héros des explorateurs au sens où le XIXe siècle retiendra ce mot mais aussi des voyageurs, des aventuriers, des navigateurs, des marchands, des prédicateurs, des savants, des astronomes et des interprètes.
Enfin se pose la difficile question de savoir qui est belge. Tandis que feu Jean Stengers nous rappelle que le sentiment national belge ne se forme qu’à partir du XVe siècle avec la constitution en un Etat des Pays-Bas bourguignons, ce sentiment n’est pendant longtemps pas exclusif d’autres appartenances. Ainsi, alors que le premier de nos explorateurs, Guillaume de Rubrouck est flamand, en ce sens qu’il est né au XIIIe siècle dans le comté de Flandre, alors partie du Royaume de France, peut-on dire de lui qu’il est belge ? Si dans l’ensemble ces 34 personnages sont nés dans les provinces qui forment la Belgique d’aujourd’hui, la question demeure souvent ouverte, ce dont témoignent les guillemets dont van der Straten encadre le mot « belge ». Elle prendra son actualité après les guerres de religion même si l’auteur a bien conscience que parler de Belges et de Néerlandais en 1600 au sens où l’on comprend ces mots aujourd’hui constitue un anachronisme.
A la suite de la reconquête des Pays-Bas du Sud par Alexandre Farnèse, nombreux furent les réformés, principalement brabançons, qui émigreront vers la Hollande. Jacob le Maire par exemple est de ceux-là ; issu d’une famille de la petite noblesse tournaisienne convertie au calvinisme, établie à Anvers en un premier temps mais qui la fuit après la prise de la ville par Farnèse en 1585, il est le fils d’Isaac, un redoutable homme d’affaires installé à Amsterdam. Jacob le Maire sera le premier à contourner le cap Horn, auquel il confère le nom de la ville de Hoorn en Hollande. On ne peut s’empêcher de songer cependant que les aventures des le Maire père et fils et des autres brabançons dont van der Straten livre le récit s’inscrivent davantage dans l’histoire des Provinces-Unies que de celle de la Belgique ; du reste Wikipédia mentionne Jacob le Maire comme un explorateur et marin hollandais, pas belge. Peut-être van der Straten s’est-il aventuré un peu loin.
Les ressorts qui animent nos explorateurs sont multiples, la guerre, le commerce, le noble désir de courir le monde et puis l’élan missionnaire. Celui-ci est extraordinaire. Dès le tout début du XVIe siècle, Pierre de Gand et Joos de Rijcke se rendront en Amérique, dans l’empire naissant de Charles-Quint, y convertir les Indiens, l’un chez les Aztèques, l’autre chez les Incas. Leur empreinte est telle que leurs noms sont encore vénérés au Mexique et en Equateur de nos jours. Plus tard, devenus les Pays-Bas catholiques, la Belgique enverra outremer de nombreux missionnaires, en particulier des Jésuites en Chine au XVIIe siècle, hommes d’exception parmi lesquels se détache le personnage de Ferdinand Verbiest, astronome de l’empereur.
Qu’importe en définitive la question de savoir qui est belge et qui ne l’est pas, car le livre de van der Straten, richement illustré, fait rêver dès la première page. D’un style précis, rigoureux mais fluide, il emmène son lecteur vers des cieux ignorés où brillent des étoiles nouvelles. De chacune de ses aventures il compose un récit où s’engage le lecteur à telle enseigne qu’on voudrait parfois que ces récits fussent un peu plus fouillés pour lui permettre de découvrir le merveilleux que ces explorateurs ont dévoilé pour nous.