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La saison de skicross s'est terminée prématurément vendredi dernier suite à l'annulation des finales de Veysonnaz en raison de la pandémie de coronavirus. La déception digérée, Fanny Smith est revenue pour Bluewin.ch sur son hiver. Interview exclusive.
Fanny Smith, comment avez-vous vécu cette fin de saison, laquelle a notamment été marquée par la suppression des finales en raison de la pandémie de coronavirus?
"C'était une fin quelque peu abrupte, mais totalement compréhensible. On avait déjà eu une longue pause entre l'épreuve de Sunny Valley (Russie) et les finales de Veysonnaz à cause de plusieurs annulations. J'y ai toutefois cru jusqu'au bout, même si je m'entraînais en sachant plus ou moins que les courses allaient aussi être annulées. On a finalement eu la confirmation la veille des finales. Mais il s'agit d'une décision normale et logique."
Comment avez-vous gardé la motivation en ayant la quasi-certitude que ces épreuves valaisannes allaient être annulées?
"En arrivant à Veysonnaz et en voyant les dernières infos dans la presse, on se disait qu'il ne serait pas possible de skier. Malgré tout, notre événement tenait toujours. Je me suis donc conditionnée mentalement comme si les finales allaient avoir lieu afin de rester dans le 'mood' et pour être prête au maximum."
Avant ces finales, vous ne pointiez qu'à 59 points de la leader du général de la Coupe du monde, la Suédoise Sandra Näslund, et pouviez donc encore remporter le Gros Globe. Sportivement, y a-t-il eu de la frustration suite à cette annulation?
"Peut-être un peu, car je n'ai pas pu prouver et montrer ce que j'avais encore en stock. J'avais effectivement encore une petite chance d'aller chercher ce Gros Globe. Mais, au vu des circonstances, je m'étais fait une raison. C'est tout simplement la loi du sport. Ma saison reste toutefois bonne puisque le titre ne m'a échappé que pour quelques points."
Cette suppression des finales de Veysonnaz fausse-t-elle la saison?
"Je dirais plutôt que ce sont les multiples annulations qui ont faussé la saison. Au total, il y a eu quatre épreuves supprimées et une cinquième course où ce sont les temps des qualifications qui ont fait foi. C'est plutôt cet ensemble qui me péjore."
Du coup, est-ce que Sandra Näslund mérite son titre?
"Elle le mérite entièrement. A ce niveau, on se bat toutes au maximum de nos capacités. Je ne suis donc pas amère quant à ma deuxième place au général, surtout que je sais pourquoi mon début de saison a été un peu plus tangible qu'à l'accoutumée. Malgré les petits soucis rencontrés durant ma préparation estivale, mes résultats ont été globalement bons."
Vous dites avoir rencontré des problèmes l'été dernier... Rien n'avait pourtant fuité dans la presse. De quels maux avez-vous souffert?
"J'ai eu de grosses carences en septembre, en rentrant d'Argentine. J'avais eu de très gros blocs d'entraînement durant deux mois. Avec mes entraîneurs, on s'est rendu compte à ce moment-là seulement qu'il y avait eu une surcharge de travail. Il m'a ensuite fallu du temps pour me remettre d'aplomb et j'étais finalement en forme au début du mois de décembre. Ma préparation a donc été perturbée et ces carences m'ont privé d'une vingtaine de jours de ski, ce qui a affaibli mon toucher de neige lors des premières épreuves. J'ai également dû adapter ma préparation physique car je stagnais. Le corps n'avançait plus, j'étais tout simplement vidée... J'ai toutefois appris quelque chose pour le futur et je vais désormais davantage suivre mon état physique, mon énergie et essayer de rendre les entraînements plus ludiques. Il ne faut toutefois pas que cela péjore ma préparation puisque, globalement, elle marche."
Malgré ces ennuis de santé, vous avez montré une grande régularité tout au long de l'hiver en ne sortant jamais du Top 7. Etes-vous satisfaite de votre saison?
"Elle reste bonne étant donné que je suis la seule à avoir remporté quatre victoires cette saison (ndlr: elle est aussi montée à trois autres reprises sur le podium). Il s'agissait déjà de ma onzième saison en tant que professionnelle. Cette expérience et mon entourage peuvent expliquer ma régularité. J'ai également su me renouveler et prendre des décisions drastiques comme avant les Jeux olympiques de PyeongChang en 2018 où j'avais complètement changé ma structure d'entraînement. Je recherche constamment le progrès et je sais que je peux encore m'améliorer. Mes bons résultats sont forcément liés à ma volonté et à mon travail."
La saison prochaine auront lieu les Championnats du monde. Avec quelles ambitions allez-vous vous rendre en Chine?
"Ce sera un des gros objectifs de ma saison, mais je me réjouis surtout de connaître un nouvel endroit. C'est vraiment motivant lorsqu'il y a un nouveau lieu dans le calendrier. Cette saison, l'épreuve de Coupe du monde prévue en Chine avait d'ailleurs dû être annulée. Ce sera également le test en vue des Jeux olympiques 2022. Ces Mondiaux représenteront donc un objectif plus intéressant que d'autres joutes étant donné qu'ils se dérouleront sur le lieu des Jeux de Pékin."
Le pain quotidien demeurera toutefois la Coupe du monde. Après 2013 et 2019, viserez-vous pour la troisième fois de votre carrière le Gros Globe?
"C'est clair! Je pense d'ailleurs qu'il s'agit du titre le plus important, celui qui prouve la stabilité de l'athlète. Une carrière, dans sa globalité, permet de montrer combien de temps un sportif a su rester au top."
Vous avez également évoqué les Jeux olympiques de Pékin en 2022. Est-ce déjà dans un coin de votre tête?
"Très honnêtement, oui. Les Jeux olympiques de Tokyo, qui devraient avoir lieu cet été, nous mettent d'ailleurs déjà indirectement dans le 'mood'. L'or olympique? On verra. Si on m'avait dit il y a onze ans, lorsque j'ai arrêté l'école pour me lancer dans le skicross, que j'aurais un tel palmarès, je ne l'aurais pas cru. Tout athlète rêve évidemment d'une médaille olympique et j'ai eu la chance de décrocher le bronze en 2018. Il est toutefois clair que si je peux décrocher l'or, ce serait le Graal. Je vais me préparer au maximum et tout donner. Ensuite, on verra..."
Finalement, quel est votre programme pour ces prochaines semaines? La pandémie de coronavirus va-t-elle avoir des impacts sur vos activités professionnelles?
"Je devais normalement participer à plusieurs 'events' et effectuer des tests de matériel. Suite aux directives du Conseil fédéral, tout cela tombe forcément à l'eau. Je ne pense toutefois pas que le report des tests auront un impact sur mon prochain hiver car je ne change pas de marque. J'espère simplement que j'aurai le temps nécessaire pour travailler sur mes nouvelles chaussures."
Vous avez mentionné les mesures adoptées par les autorités. Avez-vous peur du confinement, vous qui êtes une personne plutôt hyperactive?
"(Rires) J'ai énormément de chance d'habiter à la montagne, à Villars, où je dispose d'un grand jardin. Je vais donc essayer de me montrer créative afin de rester active. Mais il est vrai que cette crise sanitaire 'tombe mal' pour les skieurs professionnels puisqu'il s'agit de la période où on est de retour à la maison. Généralement, on en profite pour revoir notre famille et nos amis qu'on n'a pas vu pendant des mois. Ce n'est toutefois pas la fin du monde et on a de la chance d'avoir les nouvelles technologies pour communiquer."