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Les anciens aux commandes!
Qu’est-ce qui a pris à Andy Tschümperlin d’affirmer que tous les mandats parlementaires devraient expirer à l’âge de la retraite? Peut-être voulait-il se venger de la décision prise par le groupe parlementaire de son parti (PS) de placer, contrairement à sa demande, Susanne Leutenegger Oberholzer au prestigieux poste de présidente de la Commission de l’économie et des redevances CER?
D’après lui, la Bâloise combative et issue de l’aile gauche du parti devrait avoir la gentillesse de laisser la place aux plus jeunes au lendemain de son 65e anniversaire. Le parlement, enfermé dans sa bulle sous la coupole du Palais fédéral, serait-il devenu une entreprise quelconque qu’il conviendrait de quitter à l’âge du départ à la retraite?
Les parlementaires de la Confédération ne sont-ils pas des représentants élus par le peuple, responsables en premier lieu non pas auprès d’un parti ou d’une institution, mais auprès des électeurs et de la Constitution? L’air sous la coupole du Palais fédéral serait-il nocif pour Monsieur Tschümperlin, y perdrait-il son bon sens à cause du manque de contact avec le peuple, de l’omniprésence des médias à la recherche d’histoires juteuses et de la pression des lobbyistes qui cherchent à renforcer leur influence, voire à cause du plaisir qu’il éprouverait lui-même à être courtisé? Faut-il toujours qu’il fasse preuve d’impertinence et qu’il fournisse aux médias des scoops sur la vie du parlement? Sans compter – ironie du sort – qu’il tombe inévitablement dans le piège qu’il s’est lui-même tendu, les journalistes se faisant un malin plaisir à étaler sa frustration suite à la décision prise par son parti.
Cependant, il est important que le parlement soit représentatif de toutes les principales forces politiques, de toutes les catégories d’âge, des deux sexes, de toutes les régions et de toutes les langues, en fonction du rapport de force entre les différents partis après les élections.
Il est également important que nous placions aux chambres des femmes et des hommes compétents et engagés, qui comprennent les rouages de la politique, qui connaissent les dossiers, qui sachent communiquer à la population et qui soient capables d’articuler clairement leurs arguments .
En revanche, on peut très bien se passer d’une limitation de la durée des mandats et d’un âge de mise au rancart. Les partis sont au contraire invités à planifier la carrière politique de leurs représentants à long terme. Un coup d’œil dans ses propres rangs serait d’ailleurs instructif pour le PS: avec un peu de bonne volonté, il serait contraint de reconnaître que, par exemple Paul Rechsteiner, le chef de syndicat de gauche, a su gagner l’estime de ses électeurs au cours de ses 25 années passées au Conseil national au point de convaincre la population de Saint-Gall, qui a plutôt tendance à privilégier les candidats des partis bourgeois, de l’envoyer au Conseil des Etats à la majorité absolue. S’il avait quitté la vie politique après 12 années de service, il serait certainement tombé dans l’oubli.
La proximité avec le peuple du pape François, sa décontraction et surtout sa volonté réformatrice surprennent le monde entier. Il est âgé de 78 ans!
En Italie, Giorgio Napolitano, chef d’Etat très âgé, a récemment sauvé son pays d’une véritable crise. A 89 ans, il a accepté un nouveau mandat parce que l’élite parlementaire italienne n’arrivait pas à se mettre d’accord sur un autre candidat. C’est également lui qui, avec sa carrure d’homme d’Etat, a toujours su tenir tête à Silvio Berlusconi lorsque celui-ci cherchait à défendre ses intérêts personnels.
En Allemagne, Konrad Adenauer fut élu premier chancelier de la République fédérale d’Allemagne à l’âge de 73 ans. Lorsqu’il a quitté ses fonctions en 1963, il avait 87 ans. Avec son ministre de l’Economie Ludwig Erhard, il a été à l’origine du miracle économique allemand. Quant au pape François, sa proximité avec le peuple, sa décontraction et surtout sa volonté réformatrice surprennent le monde entier. Il est âgé de 78 ans!
N’oublions pas que l’UDC ne bénéficierait pas de la même couverture médiatique et qu’elle aurait perdu de son éclat ainsi que quelques deniers si ce n’était pour la contribution de Christoph Blocher, aujourd’hui âgé de 73 ans.
Pour rester encore plus proche de l’actualité, il suffit d’évoquer Nelson Mandela, qui est devenu président de l’Afrique du sud à 76 ans, après 27 années passées en prison. Sans rancune, sans amertume et avec un sens de la justice et de l’égalité aiguisé, il a su sortir son pays de l’isolement, vers un avenir où ses frères et sœurs de couleur allaient enfin bénéficier de l’égalité des chances.
Vous me direz peut-être qu’il s’agit d’exceptions; toujours est-il que ces exceptions sont toujours appréciables de nos jours. Andy Tschümperlin voudrait-il nous l’interdire? Cette attitude n’est ni perspicace, ni intelligente, mais tout simplement bornée.