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Fin 1902, un jeune homme de 20 ans et aspirant poète envoie ses vers à son aîné Rainer Maria Rilke et sollicite son jugement : ses poèmes sont-ils assez bons pour qu'il prétende être poète ? Le monstre sacré n'a que 27 ans et a la rare humilité de prendre de son temps pour lui répondre. Avec déjà la plume d'un vieux sage, il lui dispense ses conseils, qui dépassent les considérations de forme, et lui propose d'examiner en lui sa vocation. Au lieu de professeur en prosodie, il se fait guide spirituel.
« Vous me demandez si vos vers sont bons... Votre regard est tourné vers le dehors ; c'est cela qu'il ne faut plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? » R.M.R.
« Que diable peuvent bien être les raisons d'une demande en mariage faite au triple galop ? » H.v.K.
À la fin du XVIIIe siècle, en temps de guerre, la marquise d'O ignore l'identité du père de l'enfant qu'elle porte. Son amnésie remonte à un évanouissement, après que le comte F a pris sa défense face à des soldats qui l'enlevaient pour la violer. Son sauveur passe un temps pour mort, puis reparaît soudain et demande avec insistance la jeune veuve en mariage. Sa grossesse apparaissant, sa famille la renie. La marquise se lance alors dans la recherche désespérée d'un homme dont elle n'a aucun souvenir...
Ce court récit de Heinrich von Kleist, paru en 1808, plonge dans l'atroce ambiguïté des élites européennes, mélange cynique de civilisation et de barbarie, où la violence se rachète sous un masque de courtoisie.
(La Marquise d'O, traduction française de Dominique Miermont, éditions Mille et une nuits, 1999)
« Dans un petit village d'Italie, situé au pied d'une montagne au bord de la mer, dans la chaleur écrasante du plein été, deux couples passent des vacances comme chaque été : Gina et Ludi, Jacques, Sara et l'enfant. D'autres amis sont là, dont Diana. Ils se baignent, se parlent, s'ennuient...
Dans la montagne, au-dessus du village, un jeune homme a sauté sur une mine. Ses parents là-haut, veillent.
« Qu'est-ce qui manque à tous ces amis ? demande Diana.
- Peut-être l'inconnu, dit Sara. » Marguerite Duras (Les Petits Chevaux de Tarquinia, I, Gallimard, 1953)
La lecture par Catherine Deneuve du chapitre I des « Petits Chevaux de Tarquinia », accompagnée du chant méditerranéen des cigales, nous plonge avec délice dans l'oeuvre romanesque de Marguerite Duras.