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Ces ordinations sont intervenues juste avant la grève générale de 1918, dans un contexte d'agitation propice au changement. "Les femmes voulaient prendre plus en plus de place, elles demandaient l'accès aux études supérieures et aux mêmes professions que les hommes", explique Lauriane Savoy, historienne et assistante doctorante en théologie à l'Université de Genève, mardi dans l'émission Forum. La chercheuse travaille actuellement sur une thèse consacrée à "l'ouverture du ministère pastoral à la mixité hommes-femmes dans les églises de Genève et Vaud".
"Des débats agités mais pas houleux"
"Les débats étaient agités, mais je n'irais pas jusqu'à dire houleux", nuance toutefois l'historienne. "A la fin des années 20, les opposants aux femmes pasteures étaient très minoritaires (...). La question, c'était plutôt s'il fallait accepter qu'elles puissent être mariées ou s'il fallait leur imposer le célibat comme condition d'accès au métier", précise Lauriane Savoy.
Elle précise que les toute premières femmes pasteurs ont été ordonnées aux Etats-Unis au 19ème siècle. "Dans le cas de Genève, les femmes étaient engagées comme pasteures auxiliaires dès 1928. Elles avaient les mêmes prérogatives que les hommes pasteurs, prêchaient lors des cultes, faisaient les sacrements. Mais elles n'avaient pas les mêmes salaires et surtout, ne pouvaient pas être seules à diriger une paroisse", précise-t-elle.
L'église comme "laboratoire"
"Les quarante à cinquante premières années, elles étaient des exceptions que l'on comptait sur les doigts d'une main dans les différents cantons. C'étaient des femmes qui restaient célibataires même si elles n'y étaient pas forcément contraintes", explique encore Lauriane Savoy. C'est surtout à partir des années 70, à la suite des événements de mai 68 notamment, "que les femmes ont fait des études de théologie et se sont plus facilement vues dans ce métier".
Le protestantisme était-il en avance sur l'égalité hommes/femmes? "Oui, je pense que certaines églises protestantes ont fonctionné un peu comme des laboratoires, dans le sens où elles ont permis aux femmes de prendre des responsabilités, de voter dès les années 1910, d'être élues dans des conseils de paroisse, puis ensuite au synode ou au consistoire... alors qu'elles ont obtenu des droits politiques bien plus tard", analyse Lauriane Savoy.
Propos recueillis par Marie Giovanola et Renaud Malik/jvia