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Figure clé de l’architecture bernoise et suisse du XIXe siècle, Horace Edouard Davinet (1839-1922) impressionne par ses multiples facettes. Formé au métier d’architecte à Berne auprès de son beau-frère Friedrich Studer (1817-1879), il ouvre un bureau avec lui en 1866 à Interlaken, station touristique en plein essor. Davinet s’affirme bientôt comme un spécialiste des grands hôtels dans les Alpes : il réalise l’hôtel Beau-Rivage à Interlaken (1873), l’hôtel Schreiber au Rigi Kulm (1875), l’hôtel Giessbach (1875, 1884) à Brienz, ou encore l’hôtel Sonnenberg à Seelisberg (1875). De retour à Berne en 1876, il se met à son propre compte avant de se lancer dans la planification et construction du quartier du Kirchenfeld. En 1891 finalement, il est nommé inspecteur du Musée des beaux-arts de la ville, un poste qu’il occupera pendant presque trente ans. En 1921, il met sur papiers ses Souvenirs de Mons. Ed. Davinet, né à Pont d’Ain (France) qui témoignent de la conscience que l’architecte a de lui-même. Conçu sous forme d’enquête monographique, cet article propose de mettre en lumière trois facettes de l’architecte à l’aune de son propre récit.
Enseignement Architecture et Patrimoine
Kerralie Oeuvray, «Jules Clerc et la percée de l’architecture raisonnée. La recherche implacable de la ‘bonne combinaison’»
Architecte français doué de la Belle Époque, Jules Clerc (1844-1909), né à Mâcon et formé à l’École des Beaux-Arts de Lyon, s’installe dans la région montreusienne aux environs de 1879. Auteur d’un nombre restreint d’édifices, il est cependant salué par ses contemporains pour sa maîtrise de tous les aspects de la construction, son ouverture vers des matériaux et des styles nouveaux. La constitution d’un récit biographique se heurte toutefois à l’absence de sources concernant ses premières expériences professionnelles, après son départ de Lyon en 1871. Cependant Clerc, tout à la fois rédacteur et polémiste accompli, livre lui-même de nombreux indices à travers sa correspondance et l’élaboration de ses projets architecturaux. Se révèle alors un engagement clair vers une architecture envisagée comme un système de pensée raisonnée, de pratiques responsables et d’expression artistique. Les éléments-clés d’un récit biographique se mettent ainsi en place.
Mona Joseph, Les villas urbaines de Louis Bezencenet à Lausanne au tournant du XXe siècle
Alors qu’il est architecte à Lausanne dès 1870, Louis Bezencenet (1843-1922) ne réalisera ses premières villas urbaines que dans les années 1890, avant de s’y consacrer principalement à partir de 1900. L’apparition de ce type de chantier prend place dans la dernière phase de sa carrière et incarne un mouvement plus global de changement de pratiques quant à la construction de logements urbains à Lausanne au tournant du siècle, marqué notamment par les problématiques de l’hygiène ou l’essor des transports.
Constituant une part moins étudiée de la carrière de Bezencenet, qui est surtout connu pour ses édifices publics mais moins pour son architecture privée, il s’agira de s’intéresser à une étude croisée du développement d’une typologie et de la manière dont s’en empare Bezencenet dans différents chantiers qui témoignent de la diversité de ses possibles.
Adrien Hürlimann, Charles Mauerhofer : un architecte lausannois oublié ? 
Cet article appréhende la carrière de Charles Mauerhofer, une figure importante de l’architecture de Lausanne de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Malgré le rôle essentiel que ce dernier joue dans le développement urbanistique de l’époque, l’architecte, d’origine bernoise, reste méconnu du grand public. Les raisons principales de ce désintérêt sont le manque d’informations concernant tant sa jeunesse que le début de sa carrière ainsi que l’inexistence de fonds d’archives liées à son bureau. C’est par l’étude de la généalogie familiale que certaines pistes de compréhension concernant sa formation et la structure de son bureau durant sa carrière sont abordées. Par l’investigation de son programme architectural et de sa place dans la société lausannoise, un certain profil d’architecte est ainsi mis en évidence.
Giuliana Merlo, « Icônes de la modernité ou sculptures minimalistes ? Les voiles minces en béton d’Heinz Isler »
Auteur de près de 1400 coques en béton en Suisse et à l’étranger, Heinz Isler (1926-2009) s’inscrit dans la lignée des ingénieurs dits « structurels ». À la fois ingénieur et architecte, il recourt à des méthodes de création de formes peu conventionnelles, inspirées des lois de la nature, qui lui permettent d’obtenir des structures complexes, extrêmement stables, malgré leur finesse – proportionnellement parlant, elles sont trois fois plus fines que la coquille d’un œuf. Bien plus que des constructions utilitaires, les voiles minces, symboles de modernité et de progrès technique, se transforment devant l’objectif de l’ingénieur-artiste en de monumentales sculptures minimalistes, inscrivant son œuvre dans un nouveau discours.
Lorena Ehrbar, « « Pour un art social ». L’engagement du sculpteur André Lasserre en Suisse romande
Le sculpteur André Lasserre (1902-1981) s’installe à Lausanne en 1951 et coupe radicalement ses liens avec le communisme, qui avaient guidé une part importante de sa pratique artistique d’avant-guerre à Paris. L’objectif de cet article est de rendre compte de la redéfinition que Lasserre opère de son engagement une fois en Suisse romande et de la façon dont il se matérialise. Celui-ci s’aligne sur les préoccupations artistiques vaudoises, plus spécifiquement sur celles de l’association de l’Œuvre, et se manifester par la réalisation de design industriel, de sculptures destinées à l’espace public, intégrées aux de bâtiments ou aménagées au sol. Cette orientation permet à Lasserre de se distinguer par l’usage pionnier qu’il fait de l’usage plastique du béton. La participation de Lasserre à l’Expo 64 contribue à renforcer sa position sur la scène artistique. Le soucis d’une collaboration entre artiste et architecte ainsi qu’une réflexion sur les interactions entre l’art et son public deviennent centrales dans sa pratique.
Camille Noverraz, Valérie Sauterel, Sophie Wolf, « De béton et de verre. La dalle de verre et ses premières utilisations en Suisse »
Fruit des recherches de deux projets menés parallèlement au Vitrocentre Romont, l’un sur la dalle de verre et l’autre sur les arts verriers dans le Groupe de Saint-Luc, cet article vise à mettre en évidence les premières utilisations de la dalle de verre en Suisse romande à partir des premières expérimentations de Nüscheler avec la « fenêtre de pierre », au milieu des années 1910, jusqu’au moment où la dalle de verre se généralise en Suisse dès les années 1950. Il met en évidence l’approche novatrice du fondateur du Groupe de Saint-Luc, Alexandre Cingria, l’un des premiers à travailler dans la technique de la dalle de verre en Suisse romande au sein des églises construites et décorées par les artistes du Groupe de Saint-Luc (1919-1945).
Manon Samuel, « La Bourdonnette. Portrait d’un ensemble lausannois des Trente Glorieuses »
Le quartier lausannois de la Bourdonnette est construit entre 1966 et 1973 par l’architecte Jean-Pierre Desarzens. Malgré son programme particulièrement ambitieux, l’architecture de cette véritable petite ville a souvent suscité l’incompréhension. Son monolithisme, son emplacement périphérique et la monochromie de son béton figurent parmi les reproches les plus courants. Si cette architecture peine à être appréciée, c’est peut-être qu’elle est pensée pour ses habitants. Les atouts de la Bourdonnette demeurent cachés aux regards externes. Les logements garantissent un confort indéniable à leurs occupants grâce à leurs dimensions généreuses qui défient les normes cantonales. Les jardins et les espaces extérieurs, ceinturés par les masses bâties, ont fait l’objet d’une attention particulière, avec un résultat étonnamment varié et verdoyant. Même le béton, qui a si souvent déplu, présente un traitement par moulage qui s’avère précurseur à l’échelle locale. Il semblerait que le quartier de la Bourdonnette ait plus à offrir qu’il n’y paraît.
Diego Maddalena, « L’Atelier des Architectes Associés (1961-1976). L’architecture entre la technique et le social »
Bureau parmi les plus grands de Suisse romande durant les années 1960-1970, l’Atelier des Architectes Associés (AAA) réunit une dizaine de mandataires au sein d’un groupement qui se veut non seulement compétitif, mais également collectif. Durant sa courte mais prolifique période d’activité, l’AAA développe des projets dans deux directions à première vue opposées : l’une tournée vers la technologie et l’innovation constructive, l’autre renouant avec des procédés plus traditionnels et cherchant à adresser les besoins sociaux des usager.ère.s. Dans les deux cas, néanmoins, le bureau aspire à participer à un certain progrès social en répondant de manière efficace et pertinente aux défis contemporains les plus urgents. Par son activité, l’AAA témoigne d’une approche idéologique particulièrement représentative des Trente Glorieuses.
Aline Jeandrevin, « Les tours du Valentin (1965-1976). Architecture brutaliste au centre de Lausanne »
À l’heure actuelle, de l’architecture des tours de l’ensemble du Valentin, il ne reste que la hauteur et la vue, sublime panorama sur la ville de Lausanne et le paysage lacustre. L’isolation périphérique a outrepassé les volumes, la trame dessinée par les parapets des balcons en béton ajourés a disparu, tandis que l’expressivité forte des carreaux de céramique murale orangée des halls et espaces de circulation communs a été brisée. Autant d’interventions lourdes qui annulent l’articulation du langage architectural et des matériaux d’origine, l’attitude brutaliste déployée au temps de la construction. La silhouette et l’ambition de cet ensemble urbain, n’en demeurent pas moins le témoin de l’élan qui a traversé les années 1960 et le début des années 1970. Une période qui plaçait la construction de tours d’habitation comme l’expression de la modernité en marche, teintée d’américanisme, à laquelle les conséquences du premier choc pétrolier de 1973 ont donné le coût d’arrêt.
Bruno Marchand, « Un patrimoine en première ligne. Notes sur l’architecture des années 1920-1975 dans le canton de Vaud »
L’architecture des années 1920-1975 dans le canton de Vaud reste incomprise et peu acceptée du grand public. On peut ainsi constater un déficit de reconnaissance dont l’origine est aussi fortement corrélée à la conviction, partagée depuis longtemps par certains critiques, que cette architecture est en deuxième ligne. Ce préjugé, particulièrement durable et déterminant pour la vision qu’on se fait de cette période, part du constat que la plupart des architectes de cette période ancrent leurs projets dans une culture académique et latine, démontrant leur « goût de l’ordre et de la symétrie axiale » dans des œuvres marquées par leur « élégance». Cet essai s’attache a contrario à identifier quelques coups d’audaces qui orienteraient l’architecture des années 1920-1975 en terres vaudoises vers une première ligne : l’américanisme et l’américanisation, l’industrialisation de la construction et, enfin, les écoles construites selon le CROCS.
Dave LUTHI, « Enseignement Architecture & Patrimoine: projets en cours et à venir »
Fondé en 1972 sous le nom d’Histoire de l’art monumental régional, l’enseignement d’Architecture & Patrimoine est aujourd’hui quarantenaire, l’âge (vraiment) adulte! Un colloque a été organisé à cette occasion les 25 et 26 octobre pour célébrer cette longévité mais aussi pour réfléchir aux enjeux actuels de la recherche sur le patrimoine régional en Suisse.
Dave LUTHI, « Enseignement Architecture & Patrimoine: projets en cours et à venir »
L’année 2010-2011 a été riche en projets et en réalisations pour l’enseignement d’Architecture & Patrimoine (section d’Histoire de l’art, Faculté des Lettres, Université de Lausanne): inventaire des monuments funéraires vaudois et romands, préparation du premier guide d’architecture lausannoise, organisation d’un colloque consacré à l’architecture scolaire…