Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07190.jsonl.gz/722

Pendant la guerre du Péloponnèse, plusieurs événements vont ébranler la démocratie athénienne, jusqu'alors solidement implantée. Au milieu des préparatifs de l'expédition de Sicile, un double scandale éclata à Athènes: en une même nuit, la plupart des «Hermès» d'Athènes furent mutilés au visage. L'opinion vit dans ce sacrilège un mauvais présage pour l'expédition. L'enquête révéla que des parodies des mystères d'Éleusis s'étaient déroulées dans certaines maisons. les soupçons se portèrent bientôt sur Alcibiade, qui, rappelé, prit le chemin de l'exil. Thucydide accorde beaucoup d'importance à l'événement. Aux yeux de l'historien, les Athéniens ont commis là une erreur politique et cette erreur était due à leur ignorance de l'histoire. Il était trop tôt pour qu'éclatât un complot oligarchique, mais le désastre de Sicile, suivi bientôt de la reprise de la guerre avec Sparte, allait redonner de l'espoir à ceux qui espéraient changer les institutions.
Après le désastre de Sicile, les circonstances parurent propices à ceux qui aspiraient à un changement de régime. Des rédacteurs furent chargés de faire une nouvelle constitution qui laissait le pouvoir à un Conseil de Quatre-Cents personnes dont la liste avait été dressée avec soin. Après la perte de l'Eubée, le régime fit place aux Cinq Mille, la citoyenneté étant réservée aux hoplites. Mais les marins de Samos refusèrent le nouveau régime et la démocratie fut bientôt restaurée.
Pendant l'intervalle qui sépare la première et la seconde révolution oligarchique, un nouveau scandale va démontrer la faiblesse des institutions démocratiques, lorsqu'elles sont manipulées par les démagogues. Il éclata curieusement après une victoire d'Athènes dans un des plus grands affrontements sur mer que l'Antiquité avait connus (~406, été). La victoire tourna au drame: une tempête avait empêché qu'on recueillît les naufragés de 25 vaisseaux (soit 5000 hommes). A leur retour à Athènes, les stratèges vainqueurs furent mis en accusation et, au terme d'assemblées tumultueuses où les haines personnelles et la démagogie le disputèrent à la piété la plus superstitieuse, ils furent collectivement condamnés à mort. La procédure à laquelle avaient recouru les Athéniens pour condamner les généraux était illégale, parce qu'elle avait permis de juger les stratèges collectivement et non individuellement (décret de Cannônos). Xénophon, qui nous rapporte les événements nous montre aussi à l'œuvre (une fois inefficacement, une fois efficacement) le recours à la procédure d'accusation en illégalité (graphè paranomôn), qu'on pense avoir été instituée dans les années 420 (les premiers cas connus datent de ~415). Plus tard, de tels cas relèveront exclusivement des tribunaux.
La capitulation d'Athènes porta au pouvoir une Junte de trente oligarques — parmi lesquels l'oncle de Platon, Critias — sous la protection du vainqueur, Lysandre. Les Trente tyrans s'illustrèrent par leur cruauté, qui provoqua le retour des démocrates réfugiés à Phylé et au Pirée et la restauration démocratique de l'archontat d'Euclide (~403/2).