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(De retour à Genève.)
« Les petits-bourgeois démocrates, bien loin de vouloir bouleverser la société tout entière au profit des prolétaires révolutionnaires, aspirent à un changement des conditions sociales en vue de se rendre la société existante aussi supportable et aussi commode que possible. » Karl Marx
Nos amis les social-libéraux sont partout.
Ils pullulent, et leur voix emplit le monde d'un long cri : consensus, paix du travail, collégialité, partenariat social, patrons responsables, etc.
On trouve des social-libéraux de gauche comme de droite, et ils forment probablement la majorité de la population, la très grande majorité de la classe politique, et la totalité des gouvernements européens.
Les social-libéraux de gauche se disent social-démocrates, sans trop se poser la question sûrement du fait que ce terme ne désigne qu'une mouvance historique et non un ensemble d'idées (Staline se disait social-démocrate dans certains de ses textes de 1913, aujourd'hui Hollande s'en réclame aussi).
En Suisse les social-libéraux de droite se disent démocrates-chrétiens, libéraux humanistes, écologistes libéraux, ou encore radicaux. Mais ce ne sont que des nuances de mouvements ayant des origines historiques diverses, mais un état actuel identique (ou quasi-identique).
En réalité, la position social-libérale se veut bien souvent non idéologique, ce qui est un non sens bien entendu, mais qui découle du fait que une idée dominante s'impose comme naturelle aux individus qui composent la société dans laquelle cette idée domine.
Mais qu'est ce qu'un social-libéral exactement ?
Descendants du courant du nouveau libéralisme du XIXe siècle, les social-libéraux prônent un État providence (ou État-social), au sein d'une économie capitaliste de marché, à même d'assurer les droits sociaux des individus. L’État-providence doit notamment organiser la solidarité par la fiscalité afin d'assurer le maintien d'un système de santé et d'instruction publique efficace, et de développer un filet social composé entres autres d'assurances chômage, d'aides sociales, et d'un système de retraite.
Les social-libéraux de droite sont favorables à un État-providence de petite taille.
Les social-libéraux de gauche sont des social-libéraux keynésiens qui ajoutent à leur vision d'une économie capitaliste de marché modéré par un Etat-providence d'autres rôles à l’État. Ce dernier est en effet censé assurer la bonne marche de l'économie capitaliste de marché par la régulation, la redistribution des richesses (dans un but économique et non uniquement social), et d'autres politiques économiques (soit budgétaires, soit monétaires).
« Pour ce qui est des ouvriers, il est avant tout certain qu'ils devront rester des salariés comme auparavant ; la seule chose que les petits-bourgeois démocrates souhaitent aux ouvriers c'est un meilleur salaire et une existence assurée ; ils espèrent y parvenir par l'emploi partiel des ouvriers par l’État et grâce à des mesures de bienfaisance. Bref, ils espèrent corrompre les ouvriers par des aumônes plus ou moins déguisées et briser leur énergie révolutionnaire en leur rendant la situation momentanément supportable. » Karl Marx
Les social-libéraux forment donc ce très vaste centre qui occupe le champ idéologique contemporain et le champ de la politique institutionnelle. Dominant l'ensemble des principaux partis politiques européens, ils assoient ensemble les bases du consensus en faveur du capitalisme, et éliminent la contestation par des politiques corporatistes ou nationalistes.
Leurs principaux adversaires sont d'abord les étatistes philanthropiques et les keynésiens radicaux, suivis, bien plus minoritaires, des libéraux minarchistes, et des marxistes-léninistes. Sans parler enfin de la minorité socialiste (non marxiste-léniniste) réformiste ou révolutionnaire, et des communistes ou libertaires.
Tel est l'état de la politique contemporaine en Europe, voire au-delà.
« Mais ces revendications ne sauraient nullement suffire au parti du prolétariat. Tandis que les petits-bourgeois démocrates veulent amener au plus vite la révolution à son terme (...), notre intérêt, notre tâche est de rendre la révolution permanente, jusqu'à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir. » Karl Marx
(De retour à Genève.)