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La neutralité intégrale: un modÈle dépassé?
La neutralité intégrale de la Suisse est ancrée, vécue et codifiée depuis quelque 500 ans. La Suisse a de ce fait marqué de son empreinte la conception de la neutralité dans le droit international pub
par Ueli Maurer, conseiller national, président UDC Suisse
La neutralité intégrale de la Suisse est ancrée, vécue et codifiée depuis quelque 500 ans. La Suisse a de ce fait marqué de son empreinte la conception de la neutralité dans le droit international public. Après leur défaite à Marignan, les Confédérés ont retenu volontairement la maxime de la neutralité pour leur politique extérieure – mais aussi pour leur cohésion intérieure, donc pour cimenter cette alliance des cantons. La neutralité helvétique a été reconnue au niveau du droit international public en 1648 par les grandes puissances signataires de la Paix de Westphalie et en 1815 par le Congrès de Vienne. Durant tous ces siècles, la neutralité a préservé la Suisse de nombreuses guerres européennes. C’est la neutralité de la Suisse qui a réuni les conditions permettant la fondation d’une des plus grandes œuvres humanitaires du monde, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Les Conventions de Genève qui en ont découlé depuis 1864 ont été signées par tous les Etats européens. Elles ont été complétées et élargies en 1929 et en 1949. Presque tous les pays du monde y ont adhéré à ce jour. Grâce à sa neutralité permanente, la Suisse est aujourd’hui dépositaire des Conventions de Genève et permet ainsi au CICR de travailler dans le monde entier. C’est pour cette même raison que Genève est devenue au fil des ans le siège de nombreuses organisations internationales et humanitaires.
Les errements de la politique de neutralité
Après la Deuxième Guerre mondiale, le Conseil fédéral refusait encore catégoriquement d’adhérer à l’ONU pour des motifs de neutralité. La chute du Mur de Berlin a cependant inauguré une remise en question de la neutralité intégrale par le gouvernement suisse. Dans le climat d’euphorie qui régnait à l’époque – et qui a aussi encouragé le Conseil fédéral à déposer sa malheureuse demande d’adhésion à Bruxelles – le gouvernement a posé les premiers jalons vers un abandon progressif de la neutralité intégrale et, surtout, de la neutralité vécue. Cette intention a été documentée pour la première fois dans le rapport de politique extérieure de 1993. Procédant par petits (mais nombreux) pas, le Conseil fédéral a renoncé à la traditionnelle neutralité de la Suisse. Le document stratégique de l’UDC illustre clairement cette évolution. Certes, le Conseil fédéral continue de faire l’innocent et prétend maintenir la neutralité telle quelle. Pourtant, le rapport de 1993 réduit implicitement la neutralité suisse au noyau juridique de la Convention de La Haye de 1907. Cette nouvelle conception a lancé le démantèlement progressif de la politique de neutralité menée durant des siècles par la Suisse. La Suisse s’est par la suite approchée pas à pas de l’ONU, de l’architecture de sécurité de l’UE et aussi de l’OTAN.
Cet abandon du modèle d’un petit Etat indépendant et neutre a connu un premier point culminant avec l’adhésion de la Suisse à l’ONU en 2003. Cette votation également s’est déroulée dans un climat d’espoir de paix éternelle. Nous savons bien aujourd’hui que ces espoirs n’ont pas été comblés. Notons accessoirement qu’en l’espace de cinq ans les contributions suisses à l’ONU ont plus que doublé.
Renforcer le rôle humanitaire de la Suisse
Ce minage voulu de la neutralité suisse compromet le crédit de la Suisse en tant que petit Etat indépendant. Avec son activisme et son besoin irrépressible de se mettre en scène au niveau international, le Conseil fédéral menace le travail du CICR qui a besoin d’une réputation d’impartialité totale pour ses interventions humanitaires dans le monde.
Près de deux décennies après la chute du Rideau de fer, l’UDC estime qu’il est grand temps de procéder à une nouvelle appréciation de la situation. Malheureusement, nous sommes plus éloignés que jamais d’une paix éternelle. Les conflits se sont au contraire multipliés et durcis; la violence a pris un nouveau visage, un visage anonyme et plus brutal que jamais. L’escalade de la violence est quotidienne et impitoyable.
Plus que jamais le monde a besoin d’un Etat véritablement indépendant et neutre qui offre aux parties belligérantes un endroit neutre pour tenter de régler leurs conflits. La Suisse ne peut poursuivre un authentique et durable engagement humanitaire que sur la base d’une neutralité intégrale. Elle a aujourd’hui la chance d’assumer une tâche unique et importante sur la scène internationale. Mais elle ne peut pas jouer ce rôle selon son bon plaisir et en fonction de l’air du temps. Certains acteurs politiques semblent le croire et il faut mettre fin à leurs agissements.
Cette chance sera définitivement perdue quand nous nous serons éloignés de la neutralité intégrale. Ce serait une perte inestimable pour notre pays et même – nous ne nous gênons pas pour le dire à l’UDC – pour le monde. Beaucoup de pays peuvent et veulent placer quelques centaines de soldats n’importe où dans le monde, mais aucun n’est à la hauteur de la Suisse quand il s’agit de lancer des actions humanitaires internationales. L’UDC veut un petit Etat neutre et indépendant qui, partant de sa longue tradition, renforce son rôle humanitaire et offre ses bons services à tous les pays du monde. Il est temps de nous rappeler des forces de notre pays, de faire le point de la situation et de saisir la chance qui s’offre à la Suisse.