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Cette pirogue en chêne témoigne de l’importance de la navigation sur le lac Léman au moins dès l’Âge du Bronze. En l’absence de routes aménagées, il était alors plus rapide de se déplacer par voie d’eau. L’embarcation a sans doute aussi servi au transport de marchandises et à la pêche.
C’est après de nombreuses péripéties que cette pirogue, conservée aux deux tiers dans sa partie avant et taillée dans un seul tronc, intégra les collections genevoises.
Repérée dès 1806 au large de Morges, elle subit une première tentative d’extraction clandestine vers 1823. Mais la petite moitié du canot, qui seule put être ramenée sur le rivage, ne tarda pas à tomber en poussière. Restée au fond de l’eau, la partie avant fut à nouveau reconnue en 1854 aux abords de la station palafittique de la Grande-Cité, entre autres par le pionnier de la plongée archéologique Adolphe Morlot.
Elle fut laissée en place dans l’attente d’être accueillie au Musée Cantonal de Lausanne. Mais c’était sans compter sur l’intervention de deux pêcheurs genevois, qui la prélevèrent en 1877. Transportée en bateau à vapeur à Genève, elle fut vendue au conservateur du Musée archéologique, Hippolyte-Jean Gosse (1834-1901), contre versement d’un acompte de 50 francs sur un prix de 300.
Arguant notamment d’une interdiction faite à tout étranger au canton de pêcher des antiquités dans ses eaux, l’État de Vaud fit aussitôt une demande de restitution. Le Département de Justice et Police genevois ordonna le séquestre, sous la bonne garde de Gosse. Celui-ci se défendit d’avoir commandité l’opération aux pêcheurs incriminés, qui pour leur part contestèrent le caractère sciemment illégal de leur action. Le séquestre levé le en 1880, Gosse s’acquitta du solde de la facture et offrit la pirogue à la Ville de Genève.