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Ce qu’un cavalier fait correctement de manière intuitive peut représenter un terrain totalement inconnu pour un autre. A l’occasion d’un séminaire de l’IENA Academy à Avenches, le public intéressé a examiné à la loupe le comportement d’apprentissage des chevaux de manière théorique et pratique - et a certainement pu en tirer des enseignements pour son propre parcours avec les chevaux.
Depuis des siècles, les comportementalistes et scientifiques s’intéressent de près à la nature et au comportement d’apprentissage du cheval. Ils ne cessent ici de confirmer la principale condition de base qui préconise que seul un cheval qui se sent bien est en mesure d’apprendre correctement. Aujourd’hui, selon les chercheurs, cette condition se résume par les trois F : freedom, friends, fourrage (liberté, amis, fourrage). Mais un autre composant central vient s’ajouter à l’environnement d’apprentissage : la confiance. Sans confiance, pas d’apprentissage. Et la confiance d’un cheval se gagne - scientifiquement parlant - via le conditionnement. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Pour répondre à cette question, allons encore un peu plus loin et plongeons dans le monde de la psychologie de l’apprentissage.
La confiance d’abord ...
La plupart des lectrices et des lecteurs se souviendront - au moins vaguement - d’un sujet abordé en cours de biologie, le « conditionnement classique » selon Ivan P. Pavlov (1849-1936). Cette théorie de l’apprentissage consiste à créer des associations et à établir des liens qui n’existaient pas auparavant. Prenons l’exemple d’un cheval qui rejette le contact avec l’homme. Il ne se sent vraiment bien que quand il broute, se roule ou se consacre au toilettage mutuel avec ses congénères. Le cheval n’établit ici aucun lien entre son sentiment de satisfaction et la présence de l’être humain. Mais cela peut changer grâce au conditionnement classique : si le cheval n’a plus le droit de brouter qu’en présence de l’homme, il établira alors automatiquement un lien entre l’homme et l’herbe. Une fois conditionné, le cheval associera ainsi la présence de l’homme avec quelque chose d’agréable, ici le droit de brouter. Il finira alors par éprouver également un sentiment de satisfaction en compagnie de l’être humain, même lorsqu’il ne broutera pas (encore). Mais l’amour, malgré ce que dit le proverbe, ne doit pas forcément passer par l’estomac. La chercheuse en éthologie Léa Lansade et son équipe sont parvenues à démontrer qu’après douze jours de pansage quotidien, les chevaux examinés dans le cadre de leur étude réagissaient d’une manière significativement différente lorsqu’un humain entrait dans leur box. Ces soins avaient permis de créer une relation positive et pour ainsi dire de confiance.
... le travail ensuite
Chez le cheval, la création d’une relation de confiance avec l’être humain est la base d’un apprentissage efficace. Et c’est ici qu’intervient une autre théorie de l’apprentissage, à savoir le conditionnement opérant selon Burrhus F. Skinner (1904-1990). Selon cette théorie, le cheval peut tout à fait être entraîné de manière ciblée et apprendre quelque chose à long terme. Pour ce faire, le cavalier peut utiliser la récompense (ou renforcement) ou la punition. Chez les chevaux, il convient de favoriser le renforcement afin de ne pas détruire la relation de confiance qui reste fondamentale. On distingue en outre le renforcement positif et le renforcement négatif.
Dans le cas du renforcement positif, le cavalier profite du fait que le cheval exécute un mouvement par hasard et lève la jambe, par exemple, un peu comme pour le pas espagnol. Il prononce alors directement un mot code et récompense le cheval avec un petit morceau de carotte. Cette procédure est répétée plusieurs fois et le cheval comprend ainsi rapidement ce que le cavalier attend de lui lorsqu’il prononce le mot code. Avec le temps, la friandise peut également être remplacée par une récompense vocale, le morceau de carotte ne venant plus confirmer le mouvement que de manière occasionnelle.
Un exemple de renforcement négatif consiste à exercer une pression avec la jambe, laquelle va cesser immédiatement dès que le cheval cède, ce qui sera alors considéré comme une récompense par l’animal. Ce comportement peut en outre être renforcé de manière positive, par exemple via une récompense vocale.
Le timing est primordial
Quiconque souhaite ainsi apprendre quelque chose de nouveau à son cheval doit procéder étape par étape. Selon l’expérience, le cheval a besoin, en moyenne, d’une vingtaine de répétitions pour apprendre un ordre. Le timing est ici d’une importance primordiale. Le renforcement selon Skinner doit être immédiat, c’est-à-dire huit à douze secondes maximum après l’exécution du nouvel ordre par le cheval. Plus le renforcement est immédiat, plus il sera efficace. S’il tarde trop, le cheval ne sera pas en mesure d’établir un lien entre la récompense et l’exécution de l’ordre. Avec le temps, il n’est plus nécessaire de récompenser à chaque fois. L’effet dit casino entre ici en jeu et une récompense occasionnelle suffit. En résumé, l’effet casino se traduit par la peur de passer à côté de quelque chose, un gain par exemple. Le cheval exécutera ainsi l’ordre même en l’absence de friandise, toujours dans l’espoir d’en recevoir une.
Si nous voulons apprendre au cheval à se coucher, par exemple, il convient de profiter d’une situation dans laquelle l’animal a envie de se coucher, par exemple pour se rouler dans le manège ou un paddock de sable. Le cheval agit donc tout naturellement et nous allons essayer d’associer ce comportement avec un ordre ou un mot code afin d’apprendre au cheval à se coucher sur demande via le renforcement. Il est également extrêmement important de ne jamais donner de récompense gratuitement. Cela permet d’éviter que l’animal ne développe des comportements indésirables, par exemple qu’il n’apprenne à réclamer, à mordre ou refuse tout simplement de travailler.
Nicole Basieux
Un cheval de concours complet qui participe à des épreuves internationales et qui a peur de la tondeuse doit à chaque fois être mis sous sédation pour être tondu. Lors du séminaire à l’IENA, il est conditionné positivement à la tondeuse. Le cheval est d’abord habitué au bruit, puis au contact d’une petite tondeuse. Toute réaction de confiance est récompensée. | © Nicole Basieux