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La maladie de mes cinq ans, la mise en quarantaine, le sommeil de plomb dans la calèche me conduisent vers les étés de mon enfance, chez mes grands-parents paternels, à La Rosière. Un village de paysans, avec l'école et le four banal, une chapelle dédiée à sainte Anne, d'une blancheur éblouissante au soleil d'après-midi.
Chemins et ruelles débouchent sur la modeste place de la fontaine dont l'eau s'écoule dans deux bassins de granit. Les vaches et les mulets y vont boire et j'y conduis fièrement, deux fois par jour, la mule rouge de mon grand-père. Lorsqu'elle m'avait ramené de l'hôpital, je n'imaginais pas la place qu'elle allait prendre bientôt dans ma vie.
Je revois ma grand-mère, femme sans âge qui ne sortait guère, vivant, entre le fourneau et l'évier, de café noir pris à petites doses bouillantes, vingt fois le jour.
Elle avait depuis longtemps renoncé à tout et offert sa vie à ses enfants, à ses petits-enfants, n'espérant en retour qu'un peu d'harmonie dans la maisonnée et le confort de sa cafetière toujours ronronnante, où la précieuse liqueur n'en finissait pas d'atteindre sa perfection.