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Marco Odermatt est votre antithèse: un gendre idéal, qui n'a que des mots compliments pour tout le monde et qui ne connaît pas le conflit. Il y a manifestement plusieurs voies vers le succès.
Paul Accola: Je ne suis pas du tout d'accord avec vous!
Pourquoi?
J'ai l'impression que nous sommes tous les deux exactement le même type de personnes cohérentes. Marco ne peut tout simplement pas dire à voix haute quand quelque chose ne lui plaît pas. La seule différence entre nous, dans le fond, c'est qu'Odermatt ne fait pas de slalom. Parce que quand j'ai remporté le classement général de la Coupe du monde, j'étais moi aussi le gendre idéal. Ce n'est que plus tard que je suis devenu un trouble-fête pour certains.
Qu'est-ce qui caractérise Marco Odermatt selon vous?
Il est hyper efficace en faisant peu d'efforts sur les skis. Il est extrêmement doué pour cela.
Quelles sont les principales différences entre votre époque et la sienne?
Quand j'ai commencé en 1988, il n'y avait pas de carving. Avec le nouveau matériel, skier est devenu beaucoup plus facile. Tout le monde peut être rapide.
Remporter le classement général de la Coupe du monde est le défi ultime de chaque coureur. Le champion fraîchement auréolé court-il le risque d'un passage à vide par la suite?
L'évolution de ma carrière pourrait le laisser croire. Mais je n'y vois aucun lien. Mon problème, à l'époque, c'était que je devais beaucoup trop me battre contre la Fédération de ski. Les responsables n'ont pas compris que je me battais pour le succès de l'équipe et non pour moi. Mike von Grünigen m'a dit un jour que j'aurais dû me concentrer beaucoup plus sur moi à l'époque.
Les conflits avec la Fédération et les entraîneurs vous ont-ils pris de l'énergie, ou vous en ont-ils donné?
Ils ne font que dévorer l'énergie. C'est ce que j'observe aussi chez Odermatt. Les critiques qu'il a formulées avant la descente olympique ne l'ont pas aidé non plus (réd: le Nidwaldien avait pesté contre une décision du jury favorable aux autres favoris).
Pourquoi l'avez-vous fait quand même?
J'étais naïf. Je me disais: «Si même nos chefs ne comprennent pas comment cela devrait fonctionner...» Mais le plus triste, c'est qu'ils ne l'ont toujours pas compris.
Comment cela devrait-il se passer selon vous?
Pour moi, Karl Frehsner (réd: entraîneur le plus titré du sport suisse) est le meilleur exemple. Il avait un effectif très large. Résultat: il y avait une saine concurrence au sein de l'équipe, ce qui a contribué au succès. Si vous connaissez aujourd'hui cinq Suisses qui contribuent à remporter des victoires, c'est déjà beaucoup.
Vous reprochez souvent à la génération actuelle de passer parfaitement les portes, mais de ne pas maîtriser le ski libre. Or chez Marco Odermatt, ce ski libre est précisément cité comme un facteur de réussite.
Je trouve génial que lui ou son père osent avancer explicitement ce point. Tout le monde à la Fédération n'aime pas entendre cela. L'entraînement d'été sur le glacier sert aussi à occuper les entraîneurs. Mais espérer s'y développer en tant que skieur, il faut oublier. A la fin de l'entraînement sur un glacier, la moitié des skieurs sont déjà hors course. Le risque de blessure est tellement grand.
Quels conseils pouvez-vous donner à Odermatt sur la base de votre propre expérience de vainqueur de la Coupe du monde?
J'aimerais beaucoup les lui transmettre une fois en privé, mais pas en public.
Pourquoi pas?
Si je dis cela à un journaliste, la moitié de l'effet se sera déjà dissipé. Pour vous, la priorité est toujours de faire de gros titres pour vendre vos journaux. J'ai toujours dit que les médias et les entraîneurs sont les plus grands adversaires des champions. Rétrospectivement, j'ai été un imbécile de régler mes différends par le biais des médias.
Poursuivons les comparaisons entre générations. Pourquoi presque plus aucun coureur ne participe à toutes les disciplines?
Vous voulez que je sois honnête?
Le contraire serait dommage.
Parce qu'ils sont trop paresseux. Moi, j'ai toujours perçu cela comme un avantage. Si ça ne marchait pas en slalom, je pouvais me rabattre sur le géant ou le super G. Les spécialistes actuels du slalom s'entraînent des milliers d'heures pour disputer dix courses en hiver, et être éliminés cinq fois! Un vrai athlète fait du sport parce qu'il aime la compétition. Il n'y a rien de plus cool. Or beaucoup de skieurs actuels, en se spécialisant, renoncent justement à cette expérience de la compétition. Je ne sais pas de quoi ils ont peur. Heureusement, il y a l'exemple de Marco Odermatt, qui pratique quatre disciplines, si l'on compte le combiné. Mais il n'y a presque plus de combinés et c'est dommage.
Pour Marco Odermatt, plus que les disciplines, la question se pose de savoir s'il ne devrait pas plutôt miser sur une structure privée.
Je le lui déconseillerais. Pour moi, la plus belle chose était de me mesurer à mes coéquipiers comme von Grünigen, Kälin ou Locher. Même à l'entraînement, on se poussait mutuellement vers le haut.
Donc pas de structure privée?
Mike von Grünigen m'a récemment confié qu'il avait pu faire entrer tous les entraîneurs qu'il voulait dans l'équipe d'entraîneurs de Swiss Ski. Je ne m'en étais même pas rendu compte. Il a fait cela de manière incroyablement intelligente.
Emmenez-nous brièvement dans cette saison magique, en 1991/92. Pourquoi tout s'est-il aussi bien passé ?
Parce que j'étais totalement libre dans ma tête. Je n'ai pas eu à me disputer une seule seconde avec quelqu'un. Même les journalistes étaient à mes pieds. Je me souviens que pendant tout l'hiver, je n'ai passé que cinq jours à la maison à Davos.
Quelle importance a eu pour vous le fait de gagner le gros globe?
Il n'y a rien de plus grand pour un skieur. En Suisse, il y a beaucoup plus de champions olympiques que de vainqueurs du classement général de la Coupe du monde.
Et quel a été l'impact de ce succès ?
Ma notoriété a considérablement augmenté. On me connaît encore aujourd'hui. Sauf peut-être les plus jeunes. Récemment, j'ai assisté à la Coupe du monde féminine à Lenzerheide. Certains jeunes soldats n'avaient plus aucune idée de qui j'étais. C'était il y a tout de même 30 ans.
Si l'on considère le déroulement de votre carrière, votre athlète préférée aujourd'hui devrait plutôt s'appeler Lara Gut-Behrami, non?
La manière dont elle est présentée par les médias, et aussi par certains entraîneurs, est à vomir. J'ai vraiment de la peine pour elle. Je trouve sensationnel ce que cette femme montre sur le plan sportif. Et on ne cesse de s'en prendre à elle. Cela dévore l'énergie et n'apporte rien à personne.
Vous n'avez pas l'impression que les relations entre la Fédération et les athlètes sont meilleures aujourd'hui, que les souhaits des skieurs sont davantage pris en compte?
Je ne peux que l'espérer. Ça me paraît être d'une nécessite absolue. La Fédération et les entraîneurs sont là pour ça dans le sport. Ils doivent dérouler le tapis aux athlètes. Rien d'autre.
Je crois que nous en avons fini avec les questions!
Il me reste encore une anecdote.
Ne vous gênez pas.
C'était lors d'un Championnat suisse junior à Dallenwil. Alors que nous nous entraînions exclusivement au slalom au ski-club Davos, j'ai disputé mon premier géant et je suis monté pour la première fois sur le podium en terminant 3e. Quand je suis rentré à la maison, mon frère m'a grondé en me disant que j'avais pris un de ses skis. Quand j'ai sorti les skis, l'un d'eux était en fait 10 cm plus long que l'autre. J'ai fait mon meilleur slalom géant avec deux skis de longueur différente, sans m'en rendre compte!
Ce n’est pas la première fois que le football suisse tente d’acquérir par des subterfuges ce que les meilleurs championnats obtiennent par la force de l’habitude: l'intérêt du public.