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Au milieu des années 2000, Colombo accepte de confier à Pékin la construction d'un port ex-nihilo dans la ville de Hambantota, au sud de l'île. Il n'est alors pas encore question de route de la soie – un programme conceptualisé par Xi Jinping en 2012 –, mais tous les ingrédients en sont réunis. "Des fonds et des ingénieurs chinois sont mobilisés pour construire des infrastructures hors de Chine, dans le cadre d'un partenariat censé être ‘gagnant-gagnant' : c'est la définition même de la logique des routes de la soie", souligne Jean-François Dufour, économiste et directeur du cabinet d'études DCA Chine Analyse. Le président chinois intégrera d'ailleurs le projet sri-lankais dans ses routes de la soie dès 2013.
À l'époque, Colombo pense pouvoir toucher les bénéfices de l'exploitation du port, tandis que Pékin obtient un point de passage dans "le très stratégique océan Indien par lequel transite une importante partie des navires commerciaux chinois à destination de l'Europe", rappelle l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, dans une note d'avril 2018 consacré à ce chantier. Le projet assure aussi à la Chine une présence dans une zone où la compétition fait rage entre Pékin et l'autre grande puissance asiatique : l'Inde.
Mais en 2015, des nuages financiers s'amoncèlent au-dessus de l'avenir du port d'Hambantota, qui a coûté 1,1 milliard de dollars. Le Sri Lanka croule sous les dettes, et se trouve dans l'incapacité de rembourser les plus de 8 milliards de dollars de prêts consentis au total par la Chine pour plusieurs projets d'infrastructure dans le pays. Furieux, Pékin hausse le ton et menace d'arrêter de soutenir financièrement le pays si une solution n'est pas rapidement trouvée. En décembre 2017, après deux ans de négociations, Colombo accepte finalement de céder à la Chine l'exploitation du port de Hambantota pour une période de 99 ans en échange de l'effacement de la dette chinoise.
Le port de Hambantota et celui de Trieste, même combat ?
Une concession vécue comme une humiliation au Sri Lanka, tandis que "les adversaires de la Chine, comme l'Inde, ont présenté toute l'opération comme un plan délibéré pour acquérir des positions stratégiques dans la région", explique Jean-François Dufour. La Chine est soupçonnée d'avoir étranglé Colombo à dessein avec des prêts à un taux de 6 %, bien supérieur à ceux pratiqués par d'autres prêteurs – comme la Banque mondiale – vers lesquels Colombo avait l'habitude de se tourner auparavant.