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Vice-directeur de la Fondation GardP (Global antibiotic research and development partnership) à Genève et ex-conseiller pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Peter Beyer n'hésite pas à comparer la résistance aux antibiotiques à "une pandémie silencieuse". Dans Tout un monde, il évoque les pistes pour gérer cette situation.
Tout un monde: Selon la revue Lancet, près de 1,3 million de décès en 2019 sont dus à des bactéries résistantes aux antibiotiques, soit plus que le Sida ou encore le cancer du sein. Dans quelles régions cette résistance progresse-t-elle le plus?
Peter Beyer: On assiste à un problème croissant mais avec des différences entre les pays. En Europe par exemple, on voit une grande différence entre le nord et le sud, où le problème est plus grand. La Grèce, l'Italie ou encore les pays d'Afrique du Nord sont considérés comme à risque.
Il y a bien sûr une corrélation entre l'utilisation des antibiotiques au niveau humain et animal et la croissance de cette résistance. En Suisse, on a une situation assez stable, voire sous contrôle, mais dans le sud du continent, où on consomme beaucoup plus d'antibiotiques, la situation est de facto moins bonne qu'ici ou qu'en Scandinavie.
On évoque souvent l'administration d'antibiotiques aux animaux d'élevage comme l'un des gros problèmes. Mais quel est le lien? Est-ce parce qu'on mange de la viande dans laquelle il y a des antibiotiques?
Non, en fait, le problème n'est pas une question de viande contaminée. C'est juste qu'en utilisant davantage d'antibiotiques, des bactéries sont éliminées et celles qui ont un mécanisme de résistance vont survivre. De fait, on crée donc une sélection en faveur de ces bactéries plus résistantes.
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Quelles sont les maladies qui risquent d'augmenter en raison du développement de ces résistances?
Les bactéries peuvent causer des infections urinaires, des septicémies, des infections de la peau ou des plaies. Il y a en fait une panoplie d'infections causées par des bactéries différentes, c'est donc un domaine très vaste. En Suisse, les antibiotiques les plus consommés concernent des infections urinaires.
Au niveau suisse, beaucoup d'efforts sont entrepris pour réduire l'utilisation d'antibiotiques. Mais le problème étant mondial, peut-elle vraiment agir seule?
Ce que fait la Suisse est très bien. Ici, la situation est sous contrôle. Si vous allez aux soins intensifs des HUG, il est peu vraisemblable que vous soyez contaminés par des bactéries résistantes. La situation est très différente si vous êtes hospitalisés pendant vos vacances en Grèce par exemple. Là, il y a quasiment 100% des patients avec des bactéries résistantes. Cette différence s'explique surtout par l'hygiène hospitalière pratiquée en Suisse.
Il est donc important que le pays continue à faire des efforts mais évidemment, pour gérer un problème qui est global, qui voyage avec les personnes, il faut que tous les pays fassent des efforts.
Et quelles sont les réponses à apporter pour justement faire ces efforts?
Il faut déjà diminuer la consommation d'antibiotiques. Depuis 2012, la Suisse a par exemple réduit la consommation d'antibiotiques au niveau vétérinaire de presque 50%, et d'autres pays font la même chose. On est donc sur une bonne voie qui est très encourageante.
Il faut également généraliser une application de l'hygiène importante, spécialement dans les hôpitaux.
Le troisième volet, c'est évidemment de développer de nouveaux antibiotiques, car la résistance peut être ralentie mais pas éliminée.
Il reste pourtant très difficile d'intéresser les entreprises pharmaceutiques à s'engager dans le développement de nouveaux antibiotiques, non?
Ce n'est en effet pas un marché très attractif. C'est pour cela que GardP a été mis sur pied par l'OMS. Nous travaillons avec des petites entreprises pharmaceutiques aux Etats-Unis, en Suisse et en Inde. C'est un bon modèle car on peut vraiment se focaliser sur les besoins en santé publique. Un système gouverné uniquement par les lois du marché va se focaliser sur la taille du marché et ce ne sera pas forcément en corrélation avec les besoins.
On a surtout besoin de nouveaux antibiotiques de réserve, qui sont voués à être utilisés le moins possible. Avec l'entreprise indienne avec laquelle nous collaborons, nous avons justement deux médicaments qui sont en phase finale de développement: un pour la gonorrhée et l'autre pour de graves infections hospitalières (ndlr. des infections qui surviennent lors d’un séjour dans un établissement de santé).
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey/ther