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Antoinette Quinche
Qui se souvient d’Antoinette Quinche? Cette Vaudoise née en 1896 est pourtant une pionnière à plus d’un titre. Encouragée par son père, le pasteur Hermann Quinche, elle obtient son baccalauréat, puis devient en 1923 une des premières femmes docteures en droit de l’Université de Lausanne. Quelques années plus tard, elle sera la première avocate vaudoise à ouvrir sa propre étude. Dès 1932, elle prend la présidence de l’Association vaudoise pour le suffrage féminin. En 1944, celle du comité suisse d’action pour le suffrage féminin.
Un an plus tard, elle prononce sur les ondes de Radio-Lausanne un plaidoyer en faveur du vote des femmes. A cette époque déjà, la Suisse fait figure de mauvais élève. Avec le Portugal, c’est le seul pays d’Europe à n’accorder aux femmes aucun droit de participation à la vie politique de la nation.
Si la Radio romande a conservé quelques documents d’Antoinette Quinche, ses traces sont presque absentes de la télévision. Dans un court reportage de l’émission Carrefour de 1962, on a d’elle une image furtive, alors qu’elle participe à une sortie des déléguées de l’Association suisse pour le suffrage féminin. Coiffée d’un chapeau clair, elle est en discussion avec Lotti Ruckstuhl, qui lui a succédé à la présidente de la faîtière nationale.
Antoinette Quinche décède en 1979, à l’âge de 83 ans. A cette occasion, la journaliste Marie-Claude Leburgue lui rend hommage. Elle rappelle notamment le rôle joué par l’avocate lors des scrutins sur le suffrage féminin en 1959. Si ce droit fut refusé aux femmes au niveau fédéral, les Vaudois furent les premiers en Suisse à l'accorder au niveau cantonal et communal.
Lise Girardin
Née en 1921, Lise Girardin, licenciée en lettres, a été enseignante avant de se lancer dans la politique au début des années 1960 au moment où le canton de Genève accorde le droit de vote et d'éligibilité aux femmes.
Il faudrait faire comprendre aux femmes que si elles ne s’occupent pas de la vie politique, la politique, en revanche, s’occupe d’elles.
Elle est d’abord députée au Grand Conseil dans les rangs du parti radical, puis double son mandat en devenant la première femme à rejoindre l’exécutif de la Ville de Genève.
En 1968, elle revient sur son parcours au micro de la Télévision romande. Usant d'un vocabulaire assez éloigné du discours revendicateur des féministes de gauche, elle évoque les difficultés pour une femme de mener de front une carrière politique tout en assurant les devoirs d'une maîtresse de maison.
Quelques mois après cet interview, Lise Girardin devient maire de Genève. Cette consécration suscite surprise et émotion à Genève mais le personnel qui côtoie "Madame le Maire" ne cache pas son admiration pour cette femme d'envergure et sa capacité de travail hors du commun.
Situation des plus paradoxales : jusqu'en 1971, Lise Girardin fera partie de l'exécutif d'une des plus grandes villes du pays tout en n'ayant pas le droit de vote au niveau fédéral !
Après le 7 février 1971, le destin de Lise Girardin prendra une dimension nationale. La Genevoise sera même la première femme à siéger au Conseil des Etats. Cette politicienne aura su se faire une place, et ouvrir la voie aux femmes dans un univers dominé par les hommes. Elle est décédée le 16 octobre 2010.
Gertrude Girard-Montet
Gertrude Girard-Montet est née à la Tour-de-Peilz en 1913. Pendant des années, elle travaillera dans l’entreprise de peinture de son époux. Active dans la lutte pour le droit de vote des femmes dès 1957, elle prend deux ans plus tard la succession d’Antoinette Quinche à la présidence de l’Association vaudoise pour le suffrage féminin. En 1961, elle devient conseillère communale à la Tour-de-Peilz et dès 1968 reprend la présidence nationale de l’Association pour le suffrage féminin.
En 1970, elle est interviewée dans le cadre d’une émission consacrée à l’évolution de la situation des femmes suisses depuis la deuxième guerre mondiale. Elle évoque le long et patient combat de son association. Elle rappelle qu'avant d’obtenir des droits civiques, des femmes ont réussi dès la fin de la guerre à accéder à certaines fonctions comme juges ou prud’hommes.
Quelques jours avant la votation du 7 février 1971, l’émission Affaires publiques la suit dans la dernière ligne droite de la campagne.
En fin d’après-midi, les premiers résultats tombent. Ils sont plus qu’encourageants. Cette fois-ci sera la bonne ! Dans l’équipe de Gertrude Girard-Montet, l’heure est à la joie et à l’émotion. La Suisse y a mis le temps, mais ça y est : les femmes sont enfin des citoyens comme les autres !
Candidate du parti radical aux élections nationales de 1971, elle termine dans les « viennent ensuite ». Bénéficiant d’un retrait, elle siégera à Berne dès 1974. Deux fois réélue, la Vaudoise démissionnera en 1983. Elle décédera six ans plus tard à Vevey.
Gabrielle Nanchen
En 1968, la TSR réalise un reportage dans la commune d’Icogne, en Valais. Un vent de jeunesse souffle dans ce village à la base plutôt traditionnaliste. Lors d’une assemblée de commune, une jeune femme prend la parole et aborde la question du droit de vote des femmes. Elle s’appelle Gabrielle Nanchen. Elle a 25 ans, un diplôme de sciences sociales en poche et déjà la politique dans le sang.
En 1971, Gabrielle Nanchen devient la plus jeune des onze femmes élues au Parlement suisse après l’introduction de droit de vote et d’éligibilité. Elle y siège comme conseillère nationale dans les rangs du parti socialiste.
Un an plus tard, l'émission Samedi-jeunesse de la TSR lui rend visite à Berne. La jeune femme évoque son apprentissage de l’univers dans lequel elle a été soudainement projetée. Ses collègues hommes ont pour la plupart fait leurs armes dans les législatifs ou les exécutifs communaux et cantonaux. Cette absence d'expérience politique est un handicap, comme l’est la pression contenue dans la question du journaliste -qui deviendra un leitmotiv adressé à toute femme exerçant une fonction politique- sur la conciliation entre vie publique et vie familiale.
En 1977, Gabrielle Nanchen ne réussit pas à devenir la première conseillère d’Etat valaisanne et suisse, victime d'une constitution cantonale interdisant à deux conseillers élus d’être domiciliés dans le même district. Après y avoir défendu une politique familiale plus juste et le droit à l'avortement, elle quitte le Conseil national en 1979.
Un combat loin d'être terminé
La victoire de 1971 a permis aux femmes d'entrer pleinement, au regard de la loi, dans la vie citoyenne et politique de notre pays. Leur lutte ne faisait que commencer. Les déconvenues de Lilian Uchtenhagen, échouant en 1983 aux portes du Conseil fédéral, puis celles de Christiane Brunner dix ans ans plus tard, attestent de la prégnance, au-delà des purs calculs politiques, d'une vision patriarcale du pouvoir. De la grève des femmes de 1991 jusqu'à celle du 14 juin 2019, des avancées évidentes ont été accomplies dans de nombreux domaines. Mais le combat n'est de loin pas terminé.
Sophie Meyer pour Les archives de la RTS