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Les phases de tarissement et préparation vêlage sont des étapes cruciales pour le démarrage d'une lactation réussie. La ration des vaches taries est souvent négligée. Les fourrages de moins bonne qualité ou les refus des vaches sont couramment distribués aux taries sans tenir compte de leurs besoins nutritionnels. Les besoins en énergie et en protéines de la ration ainsi que la qualité du fourrage sont connus, mais ne sont souvent pas pris en compte. Cela conduit à des erreurs d’affouragement qui peuvent entrainer des maladies métaboliques pendant la phase de démarrage et à des conséquences qui ne peuvent pas être compensées pendant la lactation.
Dans le cadre d’un travail de diplôme d'un agro-technicien, le sujet « alimentation en phase de tarissement et transition dans les exploitations laitières suisses » a été approfondi. Environ 40 exploitations laitières totalisant 1 551 vaches ont participé à l'enquête. Les stratégies d'alimentation sont variées et très différentes selon les régions (de la plaine à la zone de montagne 3), de même que les modes de gestion des exploitations.
Résultats d’enquête
La taille du troupeau des exploitations étudiées se situe entre 15 et 118 vaches de toutes races. La moyenne suisse du nombre de vaches par ferme est de 26 vaches. Bon nombre des fermes étudiées dépassent cette valeur moyenne : la taille moyenne du troupeau des fermes enquêtées est de 43 vaches. La production moyenne par vache des exploitations ayant participé à l'enquête est de 8’225 kg, et oscille entre 5’300 kg et 10'300 kg. La moyenne de production suisse est de 7'000 kg. Une durée moyenne de service (période entre le vêlage et l’insémination réussie) de 125 jours et un indice d'insémination de 2,1 ont été calculés. En moyenne dans toutes les exploitations, les vaches sont taries 52 jours avant la date de vêlage calculée.
Deux tiers des exploitations utilisent une mélangeuse mais seulement un tiers l’utilise aussi pour la ration des taries. Il y a 16 exploitations foin-regain et 22 exploitations qui distribuent de l’ensilage. Seules 6 des exploitations enquêtées ont des vaches à l’attache (soit 132 vaches attachées sur 1’551). Dans peu de cas, les exploitations ont des vaches taries à l’attache et une stabulation pour les vaches laitières.
Les exploitations ont pu être divisées en 4 types d’alimentations :
Stratégie 1: Les vaches taries restent dans le troupeau en lactation
Pour un petit nombre d’exploitations, les vaches taries restent dans le troupeau pour des raisons de bâtiment ou de gestion et reçoivent la ration des vaches en lactation à l’exception des aliments concentrés.
Stratégie 2: Les vaches taries passent la période estivale au pâturage
Dans 19 fermes, les vaches taries sont détenues au pâturage. Quatre des chefs d'exploitation interrogés montent même les vaches taries sur un alpage.
Stratégie 3: Au pâturage et dans l’écurie
Certains agriculteurs combinent le maintien au pâturage avec 20 à 50 % de foin écologique dans l'étable.
Stratégie 4: Le foin écologique est complété par des refus
En règle générale, les refus des vaches laitières et du foin écologique sont distribués, surtout en hiver.
Sur la base des types d'alimentation, les valeurs en énergie, protéines, calcium et phosphore peuvent être calculés au moyen d'un plan d'alimentation. Les tableaux suivants montrent les besoins des vaches laitières aux différents stades de la lactation et l'apport en nutriments par les stratégies d'alimentation des exploitations.
Les besoins en énergie, protéines, calcium et phosphore d'une vache tarie dépendent du mois de gestation, mais restent nettement inférieurs aux besoins d'une vache en lactation.
Les différentes stratégies d’alimentation ne sont pas toujours parfaitement adaptées aux besoins d’une vache tarie et peuvent entraîner des problèmes lors de la prochaine lactation en raison d’une suralimentation ou d’une sous-alimentation.
Stratégie 1 - Pour une vache en début de lactation, les besoins en énergie sont d’environ 7 MJ NEL/kg MS, les besoins en protéines sont de 16%/kg MS. Les besoins en calcium et en phosphore dépendent des performances et de l'état de santé. En fonction de la persistance et des performances, les besoins des vaches en fin de lactation sont de 6,0 à 6,5 MJ NEL/kg de matière sèche et de près de 16 % de protéines. Les besoins en calcium et en phosphore diminuent avec la baisse de la production laitière. En distribuant une ration équilibrée pour les vaches en lactation aux vaches taries, on constate un net excédent d'énergie, de protéines, de minéraux et d'oligo-éléments, malgré une consommation de matière sèche plus faible.
Stratégie 2 - Avec des pâtures équilibrées de zone de plaine, l'alimentation à 100 % au pâturage des vaches tarie entraîne presque toujours un excédent d'énergie, de protéines, de calcium et de phosphore. Du point de vue physiologique, le pâturage est certainement judicieux pour les vaches taries. Néanmoins, se nourrir exclusivement d'herbe fraîche, que ce soit dans les pâturages ou dans la stabulation, conduit à un approvisionnement incorrect. En plus de sa haute teneur en énergie, en protéines et en minéraux, l'herbe manque souvent de structure. Cela peut également entraîner une acidose (suracidification du rumen) chez les vaches laitières.
Stratégie 3 - Pour les rations pâturages ou herbe fraîche complétée avec du foin écologique, cela dépend de la proportion de chaque fourrage. On constate une suralimentation des vaches taries lorsqu’elles consomment plus de 50% d’herbe fraîche.
Stratégie 4 - La densité énergétique et protéique et la teneur en minéraux et oligo-éléments des refus de vaches en lactation dépendent du fourrage distribué et de l'ajout de minéraux et d'autres additifs. Pour une ration contenant de l'ensilage de maïs et d'herbe, du foin, du sel et des minéraux, il est judicieux d'utiliser du foin écologique pour baisser les valeurs alimentaires. Dans quelques fermes, un mélangeuse spéciale taries est distribué.
Souvent, les restes de la crèche sont poussés vers les taries et complétés par du foin écologique. L'utilisation de foin écologique permet de réduire la concentration de la ration mais de maintenir un volume élevé, de sorte que la capacité d’ingestion puisse être maximisée le plus rapidement possible après le vêlage. De cette manière, le volume du rumen est maintenu même lors du tarissement, ce qui empêche le déplacement de la caillette et permet une consommation élevée d'aliments dans la phase de démarrage. Cependant, le risque de cette stratégie réside dans l'approvisionnement en minéraux. En particulier, si l'apport en calcium est trop élevé. Le risque de fièvre de lait augmente, car en phase de tarissement, l'animal doit être habitué à mobiliser le calcium des os si nécessaire. Si l'apport de la ration est trop élevé, la vache n'est pas en mesure de mobiliser suffisamment de calcium en début de lactation. Il en résulte un mauvais démarrage de lactation et des coûts vétérinaires parfois élevés. Si le minéral est distribué via un DAC ou sous la forme de seaux ou de pierres à lécher et qu’ils ne sont pas dans les refus, l’alimentation à partir de reste de crèches et de foin écologique est la solution optimale. La ration de la vache tarie doit être complétée par un minéral spécifique pour vaches taries.
Maladies métaboliques dues à des erreurs d’alimentation en phase de tarissement
Dans le cadre du travail de diplôme, des données sur les performances des exploitations ont également été récoltées. Outre la production laitière et les teneurs, les chefs d’exploitation ont également indiqué les défis auxquels ils doivent faire face pendant la phase de démarrage. De plus, le recours à des produits spéciaux autour du vêlage a également été questionné. Les pertes d’état corporel, la fréquence des fièvres de lait, la cétose (acétonémie), les problèmes de délivrance et les problèmes de fertilité ont été mesurés. Selon les chefs d’exploitation, 7,7% des 1551 vaches laitières font une fièvre de lait en début de lactation. Le taux de cétose est nettement plus faible avec 4,7%, soit près de 80 vaches malades. Les agriculteurs rencontrent aussi des problèmes de rétention placentaire chez 10,4% de leurs animaux. Souvent, les problèmes de fertilité ne sont pas directement liés au tarissement, mais avec 20,2%, c’est-à-dire plus de 300 vaches, c’est le problème le plus important de toutes les exploitations.
Le faible pourcentage de fièvre laitière, de cétose et de rétention placentaire est influencé par une bonne gestion des exploitations. Une grande partie des agriculteurs observent très attentivement les animaux et réagissent individuellement à l'animal en cas de changement de poids important. De nombreux chefs d’exploitation connaissent bien leurs animaux et savent quand la vitamine D3 ou un bolus est nécessaire pour les soutenir. Les bolus sont très utilisés pour un apport ciblé en vitamine D3, calcium, phosphore, magnésium ou en énergie. Dans certaines exploitations de vaches à haut potentiel, du Propylène-glycol est distribué pendant la phase de démarrage afin d’alimenter le métabolisme de manière ciblée. L’alimentation dans son ensemble a une grande influence sur la fertilité. Si la vache est trop grasse ou devient trop lourde en phase de tarissement, les vêlages sont souvent compliqués. L'ingestion diminue pendant le tarissement et n'augmente pas assez vite au démarrage de la lactation. Cela entraîne un manque d'énergie, qui influe sur la fertilité. Une grande partie de la graisse corporelle est mobilisée et tout le métabolisme est mis à rude épreuve. Les problèmes autour du vêlage (rétention placentaire, infection etc.) ont aussi un impact négatif sur la fertilité.
Il n’existe pas de ration modèle idéale pour les vaches taries. Toutefois, les fourrages grossiers disponibles sur l’exploitation peuvent généralement être combinés de manière à obtenir une très bonne ration avec un approvisionnement correct en énergie et en protéines, une minéralisation et des oligo-éléments. Même pour un petit nombre de vaches taries, il est important d’adapter l’alimentation.
Êtes-vous devenu curieux d’étudier de plus près vos vaches taries ? Si vous avez des questions concernant l'alimentation de vos vaches taries, veuillez contacter votre conseiller commercial ou votre technicien. Nous sommes heureux de répondre à vos demandes.
Un grand merci à toutes les exploitations qui ont pris le temps de répondre à ce questionnaire.
Roger Hämmerli, HF Agrotechnicien, Rheinhof Salez SG
Rebecca Krieg, Service technique vaches laitières