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Petite histoire d’un plat national
La fondue est présente depuis des siècles dans les esprits des Helvètes, la première recette répertoriée remonte en effet à 1699. Cependant, elle ne fut pas directement un plat à part entière comme on le connait aujourd’hui. Eh oui, jusqu’au début du 20ème siècle, on nommait «fondue» un bon nombre de recettes, toujours composées de fromage, souvent d’œufs, de vin et de crème. Fait intéressant, un dictionnaire de cuisine de la fin du 19ème siècle mentionne une «fondue valaisanne» qui correspond à la raclette actuelle.
Démocratisation
Raboud-Schüle nous apprend également que la recette de la fondue telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est popularisée vers 1900 dans les zones urbaines de Suisse Romande. Cette particularité géographique est intéressante car de nos jours, la fondue est davantage associée à la campagne et à la montagne. Quoi qu’il en soit, la consommation de fondue, jusqu’alors plutôt Romande, s’est répandue à l’échelle nationale dès 1930 grâce à une large campagne promotionnelle lancée par l’Union suisse du commerce du fromage. Cette campagne était destinée à pousser les Suisses à consommer davantage de fromage car sa production était à cette époque excédentaire. Leur coup mercatique prévoyait d’ailleurs l’envoi aux citoyens de marches à suivre pour faire connaître le savoir-faire associé à ce repas, incluant notamment le fait que la fondue se doit d’être consommée dans un cadre familial ou amical. Un slogan, qui devint très populaire, fut également lancé. On le connait tous, car il est toujours bien vivace en 2014; il s’agit bien sûr du fameux «la fondue crée la bonne humeur». L’équivalent Suisse-allemand ne fut inventé qu’en 1980 au travers de l’acronyme imprononçable «figugegl», qui signifie «fondue isch guet und git e gueti Luune». Sur les affiches promotionnelles, le slogan était associé à des images représentant le «temps à fondue», c’est-à-dire une météo pluvieuse ou hivernale, et un groupe de personnes se réchauffant dans la bonne humeur autour d’un caquelon.
Le caquelon: un outil indispensable
«Caquelon», attesté depuis le 19ème siècle, est un régionalisme qui désigne une petite casserole. Et c’est la poterie jurassienne de Bonfol qui fournit le marché helvétique jusqu’à la moitié du 20ème siècle. Moins fragiles, les caquelons en fonte prendront ensuite le relai. Sur simple demande, l’Union suisse du commerce du fromage, dans ses campagnes promotionnelles, se pourvoyait de caisses contenant caquelons et autres ustensiles à fondue (notamment des réchauds) et les envoyait à l’armée suisse – qui a rapidement fait entrer le plat dans ses menus – , mais également aux organisateurs de manifestations dans tout le pays.
La fondue crée la bonne humeur
Voilà comment donc, au travers de quelques décennies, ce plat s’est popularisé dans la Suisse entière au point de devenir un de ses plats emblématiques, et représentatif d’un attachement patriotique. Il semble donc que cette intense campagne promotionnelle de 1930 a réussi à répandre une manière de faire qui se verra progressivement adoptée unanimement par la population suisse (malgré quelques variations régionales). En fait, on peut dire qu’elle a même créé une tradition qui se verra intégrée dans l’identité nationale. Finalement, la fondue telle que nous la connaissons aujourd’hui, ce n’est pas si vieux que ça. On souhaite néanmoins que ce plat mythique le reste encore au moins un millénaire ! Le Petit Jurassien vous souhaite d’ailleurs de bien mêler vos fourchettes en cette fin d’année 2014, et de ne surtout pas perdre vos bouts de pains dans le caquelon, sinon… !