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L’exposition présente un ensemble important d’œuvres d’Ilse Garnier (1927-2020). En 1962, Ilse et Pierre Garnier (1928-2014) s’emparent de la revue Les Lettres, éditée par André Silvaire, pour la consacrer exclusivement à la poésie spatiale, visuelle, concrète et sonore. « Toutes ces poésies me paraissaient alors être proches par l’espace considéré comme agent structurel essentiel de la poésie, d’où le nom de revue du spatialisme » (P.G.). Ilse Garnier, qui a quitté l’Allemagne pour la France en 1950, dit de cette nouvelle forme de poésie : « En Allemagne la langue avait été tellement politisée, violentée, qu'on avait un grand besoin de s'en défaire... Au fond une nouvelle langue... Nous avions besoin d'une poésie en correspondance avec notre époque, la société moderne, supranationale, qui ne regardait plus seulement la terre mais regardait l'Espace ».
C’est dans le numéro 29 de cette revue, en janvier 1963, que Pierre Garnier publie son Manifestepour une poésie visuelle et phonique, texte fondateur du « spatialisme ». Ce mouvement défend une conception de la poésie dans laquelle l’espace est considéré comme son élément actif, capable d’influencer le sens des mots. La poésie s’envisage dès lors comme un art de la mise en espace et nécessite la libération du mot dont il faut révéler le potentiel oublié, voire réprimé, en travaillant sa matière sonore et visuelle. Ilse et Pierre Garnier écrivent ainsi : « Libérez les mots. Respectez les mots. Ne les rendez pas esclaves de phrases. Laissez-les prendre leur espace. Ils ne sont pas là ni pour décrire, ni pour enseigner, ni pour dire : ils sont là d’abord pour être. Le mot n’existe qu’à l’état sauvage. La phrase est l’état de civilisation des mots. »
Cette libération passe également par une dimension sonore. Pierre Garnier commence ainsi à réaliser ses « Sonies » en 1963. Les recherches du couple sur l’objectivation du langage l’amènent à entreprendre un travail sur « l’information esthétique des mots ». Dans les Prototypes-Textes pour une architecture (1965), la dimension spatiale du langage poétique peut être expérimentée grâce à des objets fonctionnels et industriels, pour créer une « poésie habitable » et vivante. Les Garnier manifestent ainsi une volonté de participation active de la poésie à la société.
Exposition organisée par Julien Fronsacq, en collaboration avec le Badischer Kunstverein (Karlsruhe), Anja Casser et Alex Balgiu