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Else Spiller est la fille d’un monteur employé par Sulzer, qui meurt à 39 ans seulement de la tuberculose. La perte précoce de son père et la situation financière difficile de sa famille ont une influence déterminante sur sa vie. En effet, elle connaît parfaitement la pauvreté des petites gens.
La jeune femme fait ses premières expériences professionnelles comme vendeuse en papeterie et serveuse. Découvrant ses talents journalistiques, elle se rend dans les grandes villes européennes et rédige des articles sur leurs bidonvilles. L’éclatement de la Première Guerre mondiale marque un tournant dans sa vie: «maintenant, il faut des actes plutôt que des paroles», aurait-elle dit. Et elle agit. Un terrible fléau social de l’époque est l’alcoolisme. Else Spiller sait exactement quoi faire: elle prend la direction de l’Association suisse pour le bien des soldats, précurseur de SV Group. Avec de nombreuses autres femmes, elle crée, jusqu’en 1918, quelque 1000 «foyers pour soldats» dans lesquels sont servis du café, du thé, des gâteaux, mais pas d’alcool.
Le second tournant qui marque la vie d’Else Spiller est un voyage d’études aux États-Unis en 1919. Non seulement elle y rencontre Ernst Züblin, l’amour de sa vie, mais elle y trouve l’inspiration pour son prochain projet: des cantines d’entreprise ne proposant pas d’alcool, mais des repas sains et bon marché. En 1920, l’association est rebaptisée Association suisse pour le peuple (Schweizer Verband Volksdienst). Cette idée commerciale porte rapidement ses fruits et convainc même des entreprises industrielles ou en main publique, comme les CFF et les PTT.
L’engagement de la femme d’affaires a aussi d’autres facettes: elle élargit ses activités à l’assistance sociale destinée aux soldats, puis aux travailleurs. Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux nouveaux foyers pour soldats sont créés. Par ailleurs, elle encourage le travail de plusieurs de ses collaboratrices et participe ainsi pratiquement à l’émancipation des femmes. En 1941, l’Université de Zurich lui décerne le titre de docteur honoris causa.
Jusqu’à la fin de sa vie, Else Züblin-Spiller reste convaincue que l’entrepreneuriat et l’engagement social ne sont pas incompatibles: «Aidez-moi à appliquer mon idéal de vie au plus grand nombre de personnes possible, non pas en créant un comité chargé d’aider les autres, mais en faisant en sorte que l’on s’aide directement, d’un être humain à l’autre.»
L’ensemble des portraits des pionnières de la Suisse moderne feront l’objet d’une publication dans un livre qui paraîtra à l’automne 2014, édité par Avenir Suisse, les Editions Slatkine et Le Temps. A précommander ici