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Les travaux lancés depuis une dizaine d'années lorsque l'on fit la découverte du franchissement de la barrière d'espèces depuis le bovin jusqu'à l'humain du prion pathologique (PrPSc) responsable de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la vache folle), commencent à porter progressivement leurs fruits. C'est ainsi que l'on apprend aujourd'hui qu'un petit groupe de chercheurs travaillant aux Etats-Unis et en Espagne vient de mettre au point un test qui pourrait permettre de détecter dans le sang le PrPSc durant la période d'incubation de la maladie et donc bien avant l'apparition des premiers symptômes neurodégénératifs. Il s'agit là d'une information qui pourrait rapidement se révéler d'une grande importance ; une avancée qui pourrait bouleverser le dispositif actuel de lutte contre la maladie bovine et sa forme humaine mais qui pourrait également soulever des difficultés éthiques de grande ampleur. On se souvient en effet que le diagnostic de la forme humaine de la vache folle ne peut être fait sur la base des seuls symptômes neurodégénératifs et impose une biopsie cérébrale post-mortem qui seule permet, après analyse, de conclure. Les incertitudes concernant la physiopathologie de cette maladie et notamment les interrogations quant à la présence de PrPSc dans le sang avaient, jusqu'à présent, interdit la mise au point de méthodes de dépistage non invasives.Les résultats de ce travail ont été mis sur le site de la revue Nature Medicine, dimanche 28 août. Dirigés par le Pr Claudio Soto, aujourd'hui au département de neurologie de l'Université du Texas à Galveston, les auteurs expliquent avoir travaillé sur un modèle expérimental de 18 hamsters infectés par le PrPSc. Ils ont eu recours à un procédé original d'amplification cyclique de la protéine anormale qui permet de multiplier par un très grand nombre de fois des quantités initialement infimes d'une substance dans le but d'identifier sa présence. Cette technique reproduite durant un certain nombre de cycles permet d'obtenir jusqu'à dix millions de fois le volume initial, soit une proportion suffisante pour détecter la présence ou l'absence du prion pathologique. En pratique, le résultat peut être obtenu en 48 heures au terme d'un nombre de cycles compris entre une cinquantaine et une centaine. En l'état actuel des données publiées, ce test ne donnerait aucun résultat faussement positif (sur la base de l'analyse du sang de 12 hamsters) et a permis d'identifier près de 90% (16 hamsters sur 18) des échantillons porteurs de PrPSc. Aucun obstacle théorique ne laisse craindre que ces résultats ne puissent être retrouvés dans un sang bovin ou humain.S'il permet effectivement de détecter à partir d'un simple prélèvement de sang la présence de l'agent pathogène au stade préclinique, ce test qui est d'ores et déjà protégé par un brevet risque fort de bouleverser à court ou moyen terme les modalités de la politique actuelle de dépistage systématique des bovins destinés à la consommation humaine et qui impose une certain nombre de manipulations de tissus cérébraux après l'abattage des animaux. Il pourrait aussi permettre, en médecine humaine, d'améliorer encore un peu plus la sécurité transfusionnelle et l'usage des produits thérapeutiques dérivés du sang, une sécurité assurée pour l'heure par des techniques de nanofiltration et l'exclusion de la pratique du don de sang des personnes ayant séjourné dans des pays où elles auraient pu se contaminer en consommant des aliments provenant de bovins infectés.On recense aujourd'hui environ 180 cas de la forme humaine de la maladie de la vache folle (ou nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt Jakob) à travers le monde dont 157 en Grande-Bretagne et 14 en France. La Grande-Bretagne a signalé d'autre part deux cas possibles de transmission du PrPSc par voie transfusionnelle et s'ils ont, ces derniers temps, été revus notablement à la baisse les pronostics quant à l'ampleur exact du phénomène ne peuvent être rassurants.«Ce résultat est très important parce qu'il nous permettra d'avoir une idée de la magnitude du problème. Nous devons savoir si ce sont des centaines ou si ce sont des milliers de personnes qui sont infectées. Nous sommes peut-être assis sur une bombe à retardement et dans vingt ans il sera peut-être trop tard, a souligné le Pr Soto. Nous devons être préparés. Si nous pouvons dès aujourd'hui démontrer que beaucoup de personnes sont infectées, des firmes commenceront à travailler pour mettre des thérapeutiques au point.» Le chercheur a pour projet d'expérimenter son test sur des animaux qui ont été contaminés de manière non expérimentale. Il envisage aussi de travailler sur des moutons pour identifier la présence ou l'absence de PrPSc. Il n'exclut pas non plus de mener rapidement des travaux sur des humains.Une question doit d'ores et déjà être soulevée : comment parviendra-t-on à mettre sans mal en place un dépistage sanguin d'une affection neurodégénérative dont la phase d'incubation peut durer des années et ce alors même que cette affection est incurable ? Ces travaux et d'autres menés sur le même thème seront au centre des débats du prochain congrès international sur les maladies à prions, organisé les 19 et 21 octobre à Düsseldorf.