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La victoire pour la révision de la LAAM renforce l'Armée XXI, mais celle-ci doit encore convaincre
11 juin 2001
vec 51% des votants pour l'armement des soldats suisses à l'étranger et pour la collaboration accrue en matière d'instruction, cette votation a vu une victoire courte mais capitale pour l'engagement et l'instruction de l'armée au-delà de nos frontières, et elle permet au projet Armée XXI de poursuivre sa mise en place au rythme prévu.
Grâce à cette victoire, l'engagement de la Swisscoy au Kosovo et les exercices multinationaux ont formellement trouvé leur légitimité populaire. Mais les lacunes révélées au cours de la campagne montrent que la pleine concrétisation du projet exigera d'autres efforts pour convaincre.
A l'été 1999, lorsque la rédaction des études conceptuelles nécessaires au Plan directeur de l'Armée XXI (PDA) était en cours au sein de la désormais célèbre "Maison A XXI", deux hypothèques majeures étaient suspendues comme des épées de Damoclès au-dessus du calendrier de la réforme: l'initiative socialiste pour une redistribution des dépenses militaires, et le probable référendum à la révision partielle de la Loi sur l'armée et l'administration militaire (LAAM). A cette époque, suite aux premières réactions des parlementaires, c'est l'initiative socialiste – mettant en péril les fondements budgétaires de la nouvelle armée – qui apparaissait comme la menace principale.
Deux ans plus tard, à l'heure des comptes, il apparaît que ces prévisions erronées ont failli entraîner un coup d'arrêt sévère à la réforme: si 62,3% des votants ont refusé de diminuer le budget militaire de moitié le 26 novembre 2000, seuls 51% d'entre eux ont accepté la révision de la LAAM ce week-end. Bien entendu, cette double victoire permet à l'Armée XXI de poursuivre sa mise en place, et constitue un atout de poids dans le cadre de la procédure consultative en cours au sujet du PDA. Mais la lutte pour une armée moderne, crédible et efficace n'est certainement pas achevée, et elle demande même d'urgence un changement de stratégie.
La division au sein de l'armée
La fracture du pays mise en exergue par la votation correspond en effet largement à la fracture existant dans les rangs de l'armée quant à la réforme en cours. La défiance, la rancœur, l'incompréhension et la méconnaissance sont les facteurs incitant une large part des officiers de milice et même de carrière à ne considérer qu'avec suspicion une réforme pourtant rendue indispensable par les errements de l'Armée 95. La publication du PDA à elle seule n'a pas convaincu. Il faut aller bien plus loin en matière de communication.
La campagne absolument plate – aux tons pastel pourrait-on dire – du Conseil fédéral, malgré l'investissement personnel considérable du chef du DDPS Samuel Schmid, a également montré ses limites en ce domaine au cours des derniers mois. L'énumération presque mécanique d'arguments rationnels ne suffit pas face aux messages irrationnels et émotionnels des opposants, et il convient de relever que la formule gagnante de la votation de juin 1993 sur les avions de combat – images choc, raisonnement solide – semble bien oubliée. Le Conseil fédéral a d'ailleurs été tellement frustré par la campagne haineuse de l'ASIN qu'il a compris la nécessité d'un changement profond dans sa manière de communiquer.
Mais cette prise de conscience doit également avoir lieu dans les rangs de l'armée. Les nombreuses études et réflexions, les procédures de consultation internes et externes ayant déterminé l'orientation de l'Armée XXI et le contenu du PDA restent toujours inaccessibles au public – même militaire. Seuls quelques "happy few", hauts fonctionnaires et officiers généraux, ont suivi de bout en bout la gestation du projet et ont en main les informations essentielles le concernant. Alors même que la suppression de troupes traditionnelles, la dissolution de la majorité des formations et l'incertitude au sujet des carrières individuelles constituent un terreau idéal pour le doute et la méfiance. Les différentes interventions d'officiers opposés à la révision au cours de la campagne le démontrent à l'envi!
de l'exploiter et de conquérir les cœurs et les esprits de nos concitoyens. »
de l'exploiter et de conquérir les cœurs et les esprits de nos concitoyens. »
Il s'agit donc sans tarder d'ouvrir les vannes de l'information et de pratiquer une transparence maximale, dont la seule limite doit être la sécurité opérationnelle. La dissimulation et la discrétion que pratique le DDPS depuis 1999 quant aux conséquences politiques de la réforme Armée XXI ont failli nous coûter une défaite qui aurait remis en question tout l'édifice; de plus, les nombreuses fuites – et notamment la publication d'une planification à long terme ne reposant sur aucune décision, les fameux 30 milliards – ont joué un rôle pernicieux dans la campagne.
Il faut à présent jouer cartes sur table et faire confiance aux citoyens comme aux médias. Il faut laisser les militaires poser clairement les problèmes de l'adéquation des moyens aux missions, notamment pour ce qui concerne la défense autonome ou en coopération. Il faut, enfin, informer de manière large et directe l'ensemble des officiers de notre armée sur les orientations du projet, les décisions prises et les options évaluées, afin que le corps des officiers puisse jouer son rôle d'intermédiaire entre l'armée et la population – et non accroître l'incertitude et la confusion.
Gagner la guerre de l'information
N'en doutons pas: la mise en place de l'Armée XXI n'aura rien d'une sinécure. La coalition des extrêmes opposés à la révision de la LAAM pourrait en effet bien se transformer en un amalgame de deux partis gouvernementaux: le PS, qui a déjà annoncé son opposition à une armée technologiquement avancée au budget annuel de 4,3 milliards, et l'UDC, qui combattra certainement les acquisitions visant à accroître l'interopérabilité de l'armée et ses capacités à opérer à l'étranger. Déjà, l'ASIN menace d'un futur référendum la nouvelle armée, qui nécessite notamment une révision complète – cette fois – de la LAAM, alors que l'initiative du GSsA pour la suppression de l'armée est discutée au Parlement. Nous n'avons pas fini de voter sur l'armée!
Un combat sur deux fronts contre deux partis rassemblant une majorité de l'électorat semble de toute évidence voué à l'échec. C'est donc le compromis politique ayant présidé à la création de l'Armée XXI – savant dosage d'autonomie et de collaboration – qui risque en définitive d'être mis à mal. Faudra-t-il slalomer en permanence entre deux oppositions, alterner programmes d'armement axés sur l'ouverture (moyens de projection, capacités de collaboration) ou sur l'autonomie (moyens de combat lourds), et éviter toute confrontation avec l'addition des deux adversaires? Voilà qui promet quelques sueurs froides au Conseil fédéral!
Ce d'autant plus que les engagements et les exercices à l'étranger seront scrutés avec grande attention par les opposants à la révision de la LAAM. Mais cela ne doit pas nous inspirer d'inquiétude particulière: dès lors que nous nous trouvons sur le terrain de l'armée, les militaires auront certainement à cœur de justifier la confiance du peuple et de montrer le bien-fondé de sa décision si peu tranchée. Encore faut-il, naturellement, que ces engagements et que ces exercices fassent l'objet d'une communication efficace.
Ce week-end, nous avons sans conteste remporté une bataille, quoique la guerre de l'information de notre armée doit encore être gagnée. Mais une brèche a été ouverte dans le front des opposants: il s'agit donc sans tarder de l'exploiter, de passer à l'offensive, et de conquérir par une information substantielle et objective les cœurs et les esprits de nos concitoyens. En avant, marche!
Cap Ludovic Monnerat
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