Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07160.jsonl.gz/379

Il reste environ neuf mois avant les élections de 2020. Le processus de sélection du candidat démocrate débutera la semaine prochaine avec le caucus de l’Iowa et se terminera en juillet. Côté républicain, Donald Trump est entré en campagne dès sa prise de fonction en janvier 2017. L’élection de 2016 nous rappelle que rien n’est acquis : le résultat s’était alors joué dans quelques états, le vainqueur avait perdu le vote populaire, les coups de théâtre et les interférences avaient été nombreux. Aujourd’hui, la polarisation partisane est sans équivalent. Cette note énumère 10 points incontournables pour juger cet événement politique majeur.
Focus US par Bruno Cavalier, Chef Economiste et Fabien Bossy, Economiste
1. L’élection vue du côté républicain
En général, le président en exercice est réélu. Les rares exceptions dans l’histoire moderne (Carter 1980, Bush Sr 1992) sont associées à des situations de marasme économique ou de récession. Donald Trump peut dire que l’économie est en bonne santé. Une petite majorité de sondés désapprouve son action (graphe) mais il a le soutien inconditionnel de sa base et son parti. C’est une formalité pour la convention républicaine de le désigner officiellement comme candidat les 24-27 août. La polarisation partisane, que Trump a contribué à entretenir, est sans précédent. Cela accroît l’incertitude des modèles de prévisions électorales1, mais il n’est pas exagéré de dire que Donald Trump part en favori pour l’élection du 3 novembre.
2. L’élection vue du côté démocrate
A ce jour, sur les 12 candidats en lice, cinq sortent du lot, du fait de leur notoriété, leur richesse ou des intentions de vote2. Il y a par ailleurs une séparation entre une option centriste et une option radicale. Joe Biden (77 ans), ancien vice-président du président Obama, est largement en tête parmi les modérés avec 28% des intentions de vote, devant Michael Bloomberg (77 ans) et Pete Buttigieg (38 ans), à respectivement 8% et 7%. A l’aile gauche du parti, Bernie Sanders (78 ans) devance Elizabeth Warren (70 ans), à 23% vs 15%. Tous deux poussent un agenda de hausse des impôts sur les hauts revenus, de refonte du système de santé et de lutte contre les inégalités.
3. Le calendrier des primaires démocrates
Le premier test est traditionnellement le caucus de l’Iowa (3 février), suivi par le New Hampshire (le 11), le Nevada (le 22) et la Caroline du Sud (le 29). Ces états n’attribuent que 3.9% des délégués mais servent à orienter les préférences et réduire le nombre des prétendants. Le 3 mars aura lieu le Super Tuesday qui distribue 34% des délégués. La dernière primaire aura lieu le 6 juin (tableau). En règle générale, les délégués sont attribués aux différents candidats en proportion des voies obtenues dans chaque comté avec un seuil qualificatif de 15%.
4. La sélection du candidat démocrate
Les délégués choisiront le candidat lors de la convention démocrate les 13-16 juillet. Si un candidat a obtenu une majorité des 3979 délégués, il est investi. Dans le cas contraire (brokered convention), les délégués sont libres de s’entendre sur leur candidat au prix de compromis. Par ailleurs, 771 super-délégués constitués de membres éminents du parti démocrate se rajouteront alors et participeront au choix du candidat.
5. La procédure d’impeachment va-t-elle influencer la campagne?
Donald Trump a été inculpé par la Chambre des représentants le 18 décembre pour abus de pouvoir et obstruction au Congrès dans le cadre des relations avec l’Ukraine. Le procès devant le Sénat a débuté le 16 janvier. Une condamnation nécessiterait une majorité des deux tiers (67 sur 100). Il n’y a que 47 sénateurs démocrates et peu d’appétit chez les Républicains de s’écarter de la ligne partisane. D’ici peu, cette affaire sera de l’histoire ancienne.
6. La “surprise” du mois d’octobre
Une fois les candidats désignés, la campagne sera marquée par trois débats télévisés, le 29 septembre, le 15 octobre et enfin le 22 octobre. Le mois d’octobre est le plus critique. C’est là que les informations nouvelles sur les candidats, potentiellement négatives, ont le plus de chance de marquer les électeurs indécis3.
7. Vote populaire vs collège électoral
La Président des Etats-Unis est élu au scrutin universel indirect. Ce n’est donc pas la majorité des voix qu’il faut viser mais la majorité des grands électeurs. Leur nombre varie dans chaque état en fonction de la population. Le candidat qui arrive en tête dans l’état remporte tous les grands électeurs. Les états où la balance partisane est fluctuante dans le temps (swing states) peuvent donc avoir un rôle déterminant, comme en 2016.
8. Peut-on se fier aux sondages?
L’expérience de 2016 incite à répondre par la négative, mais rappelons que les sondages sont mieux armés pour capter le vote populaire que le vote du collège. On ne doit pas totalement les discréditer. Que disent-ils à ce jour? D’après l’agrégation de RealClear Politics, Trump est en général battu par les candidats démocrates mais son retard reste modéré. Il est de 4 pts dans un duel Trump-Biden, 3 pts dans un duel Trump-Sanders. Grâce à une répartition favorable dans le collège électoral, Trump avait remporté l’élection en 2016 avec un retard de 2.1 pts. En prenant un swing uniforme, il aurait même pu gagner avec un retard de 2.8 pts. La course est donc tout à fait ouverte.
9. Le Congrès et la Maison Blanche seront-ils dans le même camp?
Le 3 novembre se tiennent aussi les élections au Congrès. Comme tous les deux ans, la Chambre des Représentants sera renouvelée en totalité. C’est un scrutin majoritaire à un tour dans les 435 circonscriptions. Les Républicains ayant un avantage structurel, les Démocrates doivent viser une avance de 5pts au moins pour avoir la majorité. Si Trump l’emporte, il a de bonnes chances de regagner la Chambre (perdue en 2018) ; si c’est un démocrate, l’issue est plus incertaine. Au Sénat, seuls 35 sièges sur 100 sont en jeu, dont 23 pour les Républicains et 12 pour les Démocrates. Il faudrait une vague démocrate pour faire basculer 3 sièges et reprendre le contrôle du Sénat. Enfin, il y aura des élections locales. Après le recensement de 2020, les cartes électorales seront aménagées. Le contrôle du Congrès peut donc donner un avantage non négligeable pour la décennie à venir.
10. L’élection impacte-t-elle l’économie ou les marchés?
Historiquement, l’effet du cycle électoral sur l’activité est difficile à cerner. Des études ont montré que de 1961 à 2004 la croissance avait tendance à ralentir en début de mandat puis à accélérer4 mais on ne voit rien de tel depuis lors. Quant à l’influence partisane, elle reste débattue. Au cours de l’histoire, la croissance économique et les gains du marché boursier ont été plus élevés avec un président Démocrate mais la relation causale n’est pas vraiment robuste. Cela résulte des circonstances extérieures (et donc en partie la chance), non de l’orientation de la politique économique5. En somme, l’étiquette politique du futur président n’est pas sans importance, même s’il est difficile d’en faire une règle absolue. Au demeurant, Donald Trump se distingue de ce qu’on considérait jadis comme la doctrine économique du parti républicain. Du côté démocrate, compte tenu des options différentes défendues par les prétendants, il est prématuré d’évaluer les possibles répercussions sur l’économie ou les marchés. Dans tous les cas, on peut s’attendre durant toute la campagne à des promesses mirifiques de part et d’autre.
A suivre cette semaine
Même si les indices manufacturiers régionaux et les indices PMI sont mieux orientés, c’est l’enquête ISM qui reste pour beaucoup l’indicateur de référence pour juger du climat des affaires. Dans le secteur manufacturier, l’indice ISM est au plus bas depuis mi-2009 à 47.2. Le consensus attend un rebond à 48.5 (le 3). L’indice non-manufacturier (le 5) est attendu stable à un niveau confortable de 55.
Vu les données récentes d’inscriptions au chômage et de confiance des ménages, il n’y a pas lieu d’attendre de grands changements dans le rapport sur le marché du travail de janvier (le 7). Le rythme des créations d’emploi est attendu au voisinage de +150k (la moyenne des trois derniers mois est à 184k) et le taux de chômage stable à 3.5%. L’élément de surprise peut venir des gains salariaux qui avaient curieusement ralenti le mois dernier à +2.9% sur un an.
Sources : fivethirtyeight.com, Oddo BHF Securities
1. Voir Focus-US du 20 décembre 2019 : “Président Trump, inculpé mais réélu ?“
2. https://www.realclearpolitics.com/epolls/2020/president/us/2020_democratic_presidential_nomination-6730.html
3. Le 7 octobre 2016 était diffusée une ancienne interview (Access Hollywood tape) où Trump tenait des propos ouvertement sexistes. Le 28 octobre 2016, le chef du FBI annonçait la réouverture de l’enquête sur l’utilisation de serveurs privés par Hillary Clinton quand elle était secrétaire d’Etat.
4. Voir Grier (2008), US presidential elections and real GDP growth 1961-2004, Public Choice
5. Voir Blinder & Watson (2015), Presidents and the U.S. Economy : An Econometric Exploration, NBER