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Il existe deux approches pour estimer les quantités de vieux arbres et de bois mort nécessaires au maintien de la biodiversité :
1) Observer des forêts naturelles
La recherche se penche souvent sur les forêts naturelles, considérées comme la référence pour une gestion forestière proche de la nature. Il est possible de mesurer les volumes de bois mort et de décrire les structures que l’on trouve dans les forêts naturelles: ces données caractérisent les conditions dans lesquelles les espèces saproxyliques se sont développées et qui leur sont favorables. Cette démarche comporte des limites car de telles observations sont difficiles à réaliser dans les forêts tempérées d’Europe centrale qui portent presque toutes la marque d’une gestion passée.
Il existe cependant encore quelques sites de référence, dont :
- Les hêtraies primaires d’Uholka-Shyrokyi Luh dans les Transcarpates ukrainiennes. S’étendant sur une superficie de plus de 10 000 ha, il s’agit de la plus grande hêtraie primaire d’Europe. Ces forêts contiennent en moyenne 163 m3 de bois mort à l’hectare. >>pour en savoir plus
- La réserve intégrale du Parc National de Bialowieza en Pologne. Dans les forêts naturelles de Bialowieza, on a mesuré de 52 à 94 m3/ha de bois mort au sol (Kirby et al. 1991).
- Dans la forêt de Fontainebleau (près de Versailles), quelques parcelles non exploitées ont été délimitées comme réserve totale, ce qui signifie que le forestier laisse la végétation évoluer sans intervention. L'une d'elles la Tillaie, couvre 34 ha et les hêtres y atteignent 220 à 270 ans. Sur cette petite surface préservée depuis 1953, les très vieux arbres s'écroulent sur place et pourrissent lentement. On y a mesuré de 90 à 145 m3/ha de bois mort.
- >> pour en savoir plus du bois mort en forêt naturelle et en forêt primaire
2) Suivre les besoins des organismes saproxyliques
Quelle quantité de bois mort est nécessaire pour la conservation des espèces menacées ? Les valeurs seuils écologiques permettent de répondre à cette question. Elles désignent les quantités minimales de bois mort nécessaires à la conservation d’une espèce donnée (par exemple le Pic tridactyle) ou d’un groupe d’espèces (par exemple les coléoptères saproxyliques).
Si l’on connaît les valeurs seuils écologiques de beaucoup d’espèces, il est possible de dériver des valeurs cibles pour les quantités de bois mort. L’étude de Müller & Bütler (2010) donne un aperçu des valeurs seuils pour des espèces inféodées au bois mort. La plupart des espèces peuvent survivre à partir d’un volume de bois mort de 20 à 50 m3/ha. Du point de vue de la protection de la nature, ces valeurs constituent des valeurs cibles en forêt de production. Elles sont cependant insuffisantes pour la conservation d’espèces plus rares et plus exigeantes pouvant avoir besoin de plus de 100 m3/ha de bois mort. Le tramète jaune citron (Antrodiella citrinella), un champignon très rare, requière par exemple un volume de bois mort supérieur à 120 m3/ha. La conservation d’une telle espèce n’est pas compatible avec l’exploitation des forêts. Les instruments appropriés pour la promotion de ce type d’espèces sont les réserves forestières naturelles et les îlots de sénescence.