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Ordet (La parole), déjà adapté au cinéma en 1943, est au départ une pièce signée par le pasteur Kaj Munk. Fidèle à sa pratique, Dreyer la dépouillera et la stylisera au point d’obtenir une parabole incandescente sur la foi. L’intrigue oppose des pharisiens, comme le patriarche Morten Borgen, des agnostiques, comme Mikkel, ou des incroyants, comme le médecin, à la femme, Inger, qui fait preuve d’un tendre humanisme, au fou, Johannes, qui, tel un prophète, perçoit ce que les autres ne voient pas, et à l’enfant. C’est aussi une allégorie sur la supériorité d’une spiritualité qui libère face à une religion ou des convictions qui aliènent. Le jeu est lent et hiératique, les déplacements de la caméra quasiment invisibles, les cadrages tirés au cordeau, mais la mort et la résurrection d’Inger donnent lieu à deux scènes parmi les plus poignantes de l’histoire du cinéma.