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Pour Rudolf Steiner, la dimension esthétique, en éducation, dans la santé, et dans tous les aspects de l’existence, était fondamentale. Il regardait la beauté comme contenant les forces de vie.
De fait, ce qui est purement technique maintient en l’état une situation, qu’elle soit bonne ou mauvaise, ou bien l’amplifie; mais ce qui relève de l’art y développe la dimension qualitative.
Les bâtiments destinés à abriter l'activité humaine ne devraient pas apparaître comme simplement fonctionnels. Dans les domaines en particulier qui s’adressent à ce qui chez l’être humain est vivant, animé, développe le sens de ce qui est vrai ou faux, juste ou pas - et cherche, également, à créer des êtres humains en bonne santé, tant au moral qu’au physique -, ce qui ne possède que des formes abstraites, mathématiques, ne convient pas: il faut manifester une forme d’enthousiasme, de chaleur morale. Ce qui est beau crée intérieurement de la lumière; et la vie n’en vient-elle pas?
Dans la Savoie romantique, un roi en fut pleinement convaincu: Charles-Albert. Il voulait que les bâtiments destinés à l’activité économique eussent des formes chatoyantes. Il instaura une architecture néomédiévale qui s’observe dans des ponts - notamment celui de la Caille, près de Cruseilles -, des tunnels ferroviaires - à Modane, à Aix -, des fabriques d’horlogerie - en particulier à Cluses. Théophile Gautier, George Sand, ont chanté ces ouvrages, en leur temps!
À Metz, également, on trouve une gare de trains pleine d'art; elle date de la période allemande. Tout le monde reconnaît que les préoccupations esthétiques du gouvernement de l’époque ont donné de belles œuvres, qui accroissent le sentiment d’attachement à la cité, au sein de la population.
Mais lorsqu’il s’agit de domaines concernant directement le vivant, ou l’humain, comme sont l’éducation et la santé, cela est d’autant plus important.
La Sorbonne à Paris a ses peintures, ses statues: elle a conservé les habitudes qu’on avait dans l’ancienne France, à cet égard, et qui étaient bonnes.
J’ai déjà souvent parlé de la dimension esthétique à acquérir dans le domaine éducatif.
Qui ignore que le facteur moral, et l’environnement favorable, la beauté, l’amour avec lequel les soins mêmes sont prodigués, aident les malades à guérir?
Que la politique s’exerce depuis un beau lieu la rend également plus humaine, je crois. Il ne s’agit pas seulement d’impressionner le public par la richesse, ou d’entretenir le mythe d’un roi venu du Ciel, mais de nourrir l’âme des dirigeants de beauté, afin que leurs décisions aillent dans le sens de ce qui est juste. C’est ce qui n’a pas été bien compris, par les philosophes rationalistes - ou parfois par les rois eux-mêmes, qui ont utilisé la chose pour se donner une aura.
Naturellement, tout cela est admis en théorie; mais dans les faits, on s’en occupe peu, car on refuse d’entrer dans le mystère des liens entre l’âme et le corps d’une part, l’âme et l’intellect d’autre part. Cela fait fuir. D’en parler même rend nerveux. On en reste donc à cet égard souvent à de simples déclarations d’intention.