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L'interdiction du retraitement conduit à une "économie d'accumulation de stocks de plutonium" incontrôlable
"Le projet du gouvernement fédéral d'interdire le retraitement d'assemblages combustibles usés et de ne plus autoriser que le stockage final direct entraîne toute une série de conséquences techniques qui ont été jusqu'à présent complètement négligées dans la discussion, laquelle a été menée sur un plan essentiellement politique. D'ici l'an 2000, les réacteur nucléaires allemands donneront lieu à quelque 80 tonnes de plutonium contenu dans des assemblages combustibles usés. L'Allemagne doit d'ores et déjà évacuer 30 tonnes environ de plutonium pur. D'après les discussions sur le nouveau projet de loi atomique, ce plutonium devrait faire l'objet d'un stockage final direct. Ceci signifie qu'il existera quelque part en Allemagne un réservoir de plutonium qui contiendra au moins 80 tonnes de plutonium. Qui peut garantir la sûreté de ce réservoir pendant des décennies et des siècles, avec les changements des formes de société que nous risquons de connaître? Comment peut-on garantir pendant des siècles le maintien intégral des informations sur la sûreté du dépôt final de plutonium?
A l'heure actuelle, une trentaine de tonnes de plutonium pur provenant du retraitement de crayons de combustible allemands et qui doivent être retournées en Allemagne sont stockées dans les usines de retraitement de La Hague et de Sellafield. Viennent s'y ajouter 2 tonnes de plutonium qui sont stockées à Hanau sous la forme d'assemblages combustibles non irradiés du SNR 300 et de KNK II. Sous l'angle des normes de sûreté à respecter, ces matières doivent être traitées exactement de la même manière que les 100 tonnes de plutonium provenant des arsenaux américains et russes d'armes nucléaires. En matière d'évacuation du plutonium militaire, les Etats-Unis n'admettent que deux procédés pour respecter les normes de sûreté exigées par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA): soit le plutonium est mélangé à des déchets de haute activité puis vitrifié, soit il est utilisé pour la fabrication d'assemblages combustibles à oxyde mixte (Mox) avec recyclage consécutif dans des réacteurs nucléaires. L'Allemagne ne dispose d'aucune expérience avec le premier procédé, et la deuxième variante, avec laquelle l'Allemagne possède le plus d'expériences d'exploitation dans le monde, est irréalisable en cas de sortie rapide du nucléaire. On ajoutera que jusqu'à présent, il n'existe pour le stockage final direct aucun concept relatif à la surveillance des matières fissiles (les "garanties") par l'AIEA ou par Euratom.
L'exploitation actuelle des centrales nucléaires allemandes donne lieu chaque année à environ 4 à 5 tonnes de plutonium contenu dans les assemblages combustibles usés. Avec les 30 tonnes de plutonium pur, la quantité totale de plutonium qui sera engendrée d'ici l'an 2000 en Allemagne atteindra quelque 80 tonnes. Si ce plutonium est transféré dans un dépôt final, il faudra que différentes conditions soient remplies, conditions qui ne sont guère imaginables d'un point de vue actuel: le réservoir de plutonium devra être surveillé pendant des siècles et des millénaires, les informations sur le dépôt final devront être conservées dans leur intégralité. En cas de changement des formes de la société, et donc des situations de possession, le danger d'abus doit être entièrement exclu. La dissolution de l'ex-Union soviétique, qui s'est heureusement déroulée dans l'ensemble de manière pacifique, ainsi que le déplacement des arsenaux militaires ainsi entraîné, montre les conséquence que peuvent avoir des changements de structures d'un Etat."
Le Professeur Manfred Popp, président du Directoire du Centre de recherche de Karlsruhe, remarque ce qui suit à ce sujet: "Les plans du gouvernement fédéral d'introduire l'abandon de l'énergie nucléaire par une refonte rapide de la loi atomique et d'imposer en même temps l'abandon du retraitement, n'ont guère laissé de place, dans la discussion, à de nombreuses questions technico-scientifiques. Nous n'entendons pas remettre en question la primauté de la politique dans les questions énergétiques, mais nous devons attirer l'attention sur les conséquences de changements de cap précipités. Aucune décision hâtive d'une telle portée ne devrait être prise sans que les conséquences aient été mises en évidence et soupesées."