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Du Théâtre municipal à l’Opéra de Lausanne
Devenue chef-lieu du nouveau canton de Vaud, Lausanne entreprend de 1803 à 1814 plusieurs travaux d’urbanisme pour asseoir son nouveau statut cantonal: bâtiment du Grand Conseil, Hospice cantonal, Maison des Aliénés, etc.
La culture ne sera pas en reste: la création du Théâtre municipal de Lausanne s’achève en 1871. En 1981, l’institution se mue en « Opéra de Lausanne » et gagne en notoriété, sur les plans national et international. Avec le temps, l’institution culturelle voit s’effectuer plusieurs rénovations, dont deux majeures, en 1932 d’abord, et de 2010 à 2012. Les travaux de 1932 permettront au Théâtre d’étendre sa capacité à 965 places et d’être restauré dans un style art-déco.
Un théâtre à l’italienne: voir et être vu
Le modèle du théâtre à l’italienne s’est imposé en Europe dès la Renaissance. Il définit la relation – frontale – entre l’univers des comédiens et le public. Il permet que, sur scène, le décor fonctionne visuellement selon les lois de la perspective et que soit observé le jeu des artistes. Mais il a aussi pour fonction de segmenter socialement le public selon les classes sociales: loges, balcons, parterre. Si l’on allait au théâtre pour voir, on y allait surtout pour être vu.
Répondant en tout point aux critères d’un théâtre à l’italienne, la structure de la salle de l’Opéra de Lausanne prend la forme d’un fer à cheval. Outre l’avantage de l’acoustique, une telle disposition, avec une capacité d’accueil de spectateurs somme toute modeste, garantit une excellente visibilité de la scène.
La salle se structure sur 4 étages, avec un premier niveau au sol, le parterre, et 3 balcons. Anecdote amusante, le dernier étage d’une salle à l’italienne, appelé « poulailler », est également le moins cher, en raison de son éloignement du plateau. Au 19e siècle, l’ambiance y était agitée : les occupants, traditionnellement des ouvriers et d’autres corps de métiers issus des milieux populaires, ne se privaient pas de crier leur appréciation du spectacle dans un esprit railleur. On raconte d’ailleurs volontiers que la dénomination de poulailler provient du fait qu’on y mangeait, buvait et faisait des miettes.
La scène, surélevée par rapport au parterre, est le point central de la cage de scène, volume dont la plus grande partie reste invisible au public. D’une hauteur de 22 mètres, la cage se compose du plateau, du plancher de scène et des cintres qui surplombent la scène et auxquels sont suspendus les éléments de décor. Elle permet de cacher ce qui doit l’être, comme les passerelles de service ou les équipements de sécurité.
Rénovations de 2010 à 2012 : reflets du théâtre sur la ville, de la ville sur son théâtre
Un théâtre qui laisse entrevoir sa ville, une ville qui se reflète dans son théâtre
Initialement, les travaux auraient dû commencer en 2007. Or, suite à de nombreuses oppositions, ils ont été repoussés à 2010. Néanmoins, à la suite d’un audit de la Ville révélant la nécessité de mettre à niveau les équipements pour des raisons de sécurité, le bâtiment a fermé ses portes dès 2007 et pour 5 ans. Ainsi, entre 2007 et 2012, l’Opéra a proposé à son public des saisons hors les murs, notamment au Théâtre de Beaulieu et à la Salle Métropole.
C’est le projet Sur la scène, dans la ville des architectes Inès Lamunière et Patrick Devanthéry (connus notamment pour avoir conduit en 2010 les travaux de la Tour RTS, à Genève) qui est choisi pour transformer l’Opéra, avec un coût total de CHF 31’700’000. Le projet se fonde sur la promesse d’un théâtre sur la ville et d’une ville qui se reflète dans son opéra, à travers des façades extérieures faites de panneaux de verre et d’inox (brossé, microbillé, poli façon miroir). Celles-ci se composent à la manière d’une mosaïque avec des panneaux pluridimensionnels. L’inox souligne le caractère contemporain du bâtiment tout en accentuant son volume. En s’approchant, on constate que le bâtiment raconte son environnement, la tour de scène se confondant avec le ciel.
La cage de scène: pierre angulaire du projet de rénovation de l’Opéra
Le fer de lance du projet reposait sur un défi technique : la construction d’une cage de scène adaptée aux défis actuels, qui offre notamment une plus grande profondeur de scène, afin de permettre de plus imposants décors. D’autre part, les bureaux administratifs et les zones techniques et publiques devaient être rénovés. Pour mener à bien cette vaste entreprise, le bâtiment a été divisé en deux au niveau du cadre de scène. La partie accueillant le public a été conservée et remise à neuf, alors que le reste du bâtiment a été déconstruit, puis reconstruit. Amélioration notable, une salle de répétition a été ajoutée au complexe. Celle-ci permet à l’Opéra de recevoir un spectacle en gestation en même temps qu’une œuvre qui s’y joue. Le bâtiment originel n’est pas touché, mais s’accorde brillamment avec la nouvelle construction. L’Opéra en a profité pour offrir un nouvel espace au public, le bar Laurent-Perrier. Ce dernier, aménagé dans l’ancienne menuiserie, est conçu dans un décor à la fois brut et sophistiqué.
Bien sûr, l’Opéra de Lausanne est considéré comme un « petit opéra » au regard d’autres bâtiments d’exploitation similaire tels que l’Opéra de Sydney (5738 places) ou le Royal Opera House de Londres (2256 places). Il offre pourtant au spectateur un rapport intime à la scène, un espace de partage.