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Sangue del mio sangue
On l'a vu au mois d'août, à Locarno, où il était venu accepter le Léopard d'honneur et montrer au public la version restaurée de son premier long métrage, Les poings dans les poches. Aujourd'hui, Marco Bellocchio, un des réalisateurs les plus remarquables et intéressants du cinéma italien depuis cinquante ans, est de retour avec une autre oeuvre très personnelle, qui sort chez nous après avoir été présentée en compétition à la Mostra de Venise il y a deux mois.
Sangue del mio sangue est une refléxion sur le passé et le présent, se déroulant en deux époques distinctes. D'abord, au Moyen Âge, on assiste à l'histoire de Federico Mai, frère jumeau d'un prêtre qui vient de se suicider, qui veut interroger la femme qui aurait été à l'origine de ce fait tragique et que l'on soupçonne d'actes sataniques. On retrouve ensuite un autre Federico Mai (Pier Giorgio Bellocchio, fils du cinéaste) de nos jours. Le jeune homme veut acheter un ancien pénitentiaire et enquête sur la disparition d'un homme (Roberto Herlitzka) qui est présumé mort depuis huit ans mais se balade encore, la nuit, dans les rues, selon les témoins. On l'appelle le vampire...
Le film peut être frustrant en raison de son refus de tout expliquer, mais il reste un produit fascinant et captivant pour sa qualité extrêmement personnelle. On y retrouve, en fait, tous les éléments thématiques qui sont chers à Bellocchio: la famille (dans le film et derrière la caméra), le temps qui passe, la critique de la société italienne et, bien sûr, la ville de Bobbio, lieu de naissance du réalisateur et de sa filmographie (la maison familiale des Poings dans les poches joue un petit rôle au tout début). En fait, "Bobbio, c'est le monde", dit Herlitzka, cette présence spectrale et hypnotique - son personnage est-il vraiment un vampire? - qui représente, avec Filippo Timi et Alba Rohrwacher, les années les plus récentes de la carrière de Bellocchio, un homme de 76 ans qui fait encore du cinéma jeune, vital, furieux, passionnant. Un très beau retour qui ne plaira pas à tout le monde, mais le réalisateur s'en fiche. Quoi qu'on en pense, Sangue del mio sangue est, sans le moindre doute, son film.