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L’Ebola en 7 questions
- Que sait-on exactement sur ce virus?
- Comment se transmet-il?
- Quels sont les symptômes de la maladie?
- S’agit-il bien d’Ebola?
- Que peuvent faire les médecins?
- Quelle prévention?
- Faut-il redouter une pandémie?
C’est en 1976 que l’on a isolé pour la première fois le virus Ebola. Deux flambées épidémiques simultanées étaient alors observées à Nzara (Soudan) et à Yambuku (République démocratique du Congo). Yambuku est située près de la rivière Ebola, c’est de là qu’est venu le nom de la maladie.
Ce virus fait partie du genre Ebolavirus, qui est l’un des trois genres appartenant à la famille des filoviridés (filovirus), avec le genre Marburgvirus et le Cuevavirus. Il compte cinq espèces distinctes: «Zaïre» – la souche qui touche actuellement l'Afrique de l'Ouest –, «Soudan», «Bundibugyo», «Reston» et «Forêt de Taï».
Une trentaine de flambées de la maladie à virus Ebola ont été observées en Afrique depuis 1976. Il s’agissait le plus souvent d’épidémies touchant des villages isolés d'Afrique centrale (RDC, Ouganda, Soudan, Gabon). La nouveauté aujourd’hui est que le virus sévit à grande échelle à l'Ouest du continent (Guinée puis Liberia et Sierra Leone) depuis mars 2014. Une épidémie face à laquelle l’OMS avoue être «dépassée».
L'épidémie actuelle a commencé en Guinée forestière. Une personne est entrée en contact avec un animal malade ou porteur du virus. En effet, pour s’introduire dans les populations humaines, le virus Ebola doit d’abord être présent dans du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques d’animaux infectés. En Afrique, l’infection a été constatée après la manipulation de chimpanzés, de gorilles, de chauves-souris frugivores, de singes, d’antilopes des bois et de porcs-épics retrouvés malades ou morts dans la forêt tropicale. Les soupçons se portent tout particulièrement sur les chauves-souris frugivores, appartenant notamment aux espèces Hypsignathus monstrosus, Epomops franqueti et Myonycteris torquata.
La «durée de vie» du virus à l'air libre n’est que de quelques heures et les mouches (ou moustiques) ne jouent aucun rôle dans sa dissémination.
De même que chez les animaux, la transmission interhumaine s’effectue à nouveau par des contacts directs (peau lésée ou muqueuses) avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques de personnes infectées. La transmission peut aussi se faire par contacts indirects – comme par l’intermédiaire d’environnements contaminés par ce type de liquides. «Les rites funéraires au cours desquels les parents et amis du défunt sont en contact direct avec la dépouille peuvent également jouer un rôle dans la transmission du virus Ebola, précise l’OMS. Et le sperme peut continuer de transmettre le virus jusqu’à sept semaines après la guérison clinique.»
Des médecins, des infirmières et des aides-soignantes s’infectent assez fréquemment en traitant des cas suspects ou confirmés de maladie à virus Ebola. Ces infections se produisent lors de contacts étroits avec les patients, lorsque les précautions anti-infectieuses n’ont pas été strictement appliquées. «Lors des contacts proches avec des patients ayant une maladie à virus Ebola (c’est-à-dire à moins d’un mètre), ils doivent porter une protection faciale (écran facial ou masque chirurgical et lunettes de protection), une blouse propre, non stérile, à manches longues, et des gants (stériles pour certains actes médicaux)», précise l’OMS.
La durée d’incubation (le temps écoulé entre l’infection par le virus et l’apparition des premiers symptômes) varie entre 2 et 21 jours. Il s’agit ici d’une «virose aiguë sévère»: apparition brutale de la fièvre, faiblesse intense, douleurs musculaires, céphalées, irritation de la gorge. Ces premiers symptômes sont suivis de vomissements, de diarrhées, d’une éruption cutanée associée à une insuffisance rénale et hépatique. Dans certains cas, des hémorragies internes et externes apparaissent. Les analyses biologiques révèlent une baisse de la numération leucocytaire et plaquettaire, ainsi qu’une élévation des enzymes hépatiques.
Les personnes infectées sont contagieuses tant que le virus est présent dans leur sang (personnes dites «virémiques») et dans leurs sécrétions. On a isolé le virus Ebola dans le sperme 61 jours après l’apparition de la maladie chez un homme ayant contracté l’infection dans un laboratoire. Le taux de mortalité varie de 25% à 90% et les personnes qui survivent à la phase aiguë peuvent être contagieuses pendant deux mois. En Afrique de l’Ouest, la mortalité est estimée en moyenne entre 70 et 80%. Les personnes malades qui survivent sont ensuite immunisées contre une infection ultérieure.
Avant de poser le diagnostic de maladie à virus Ebola, les médecins doivent exclure la possibilité d’autres affections pouvant provoquer les mêmes symptômes: paludisme, typhoïde, shigellose, choléra, leptospirose, méningites…
La confirmation du diagnostic ne peut être apportée qu’au moyen de tests biologiques pratiqués dans des laboratoires spécialisés. Les prélèvements effectués sur les patients doivent être manipulés avec les plus extrêmes précautions. Et les analyses réclament des conditions de confinement les plus rigoureuses possibles.
Il n’existe pas de vaccins préventifs ou thérapeutiques contre l’infection par virus Ebola. Il n’existe pas non plus de traitement spécifique (à l’exception du «ZMapp» pour lequel les espoirs doivent être considérés comme très préliminaires). Les malades doivent être placés en unité de soins intensifs, ce qui est loin d’être toujours possible en Afrique. Les patients sont souvent déshydratés et ont besoin d’une réhydratation par voie orale au moyen de solutions d’électrolytes ou par voie intraveineuse.
En l’absence de traitement efficace et de vaccin pour l’homme, la sensibilisation aux facteurs de risque et la connaissance des mesures de protection à prendre à titre individuel sont le seul moyen de réduire l’infection et la mortalité chez l’être humain. L’OMS a élaboré une série de recommandations concernant les situations épidémiques africaines:
- Réduction du risque de transmission entre les animaux sauvages et l’homme par contact avec des chauves-souris ou des singes/primates infectés et par la consommation de leur viande crue. Il faut alors manipuler les animaux avec des gants et porter des vêtements protecteurs adaptés. Les produits (sang et viande) doivent être cuits soigneusement avant d’être consommés.
- Réduction du risque de transmission interhumaine provenant de contacts directs ou rapprochés avec des personnes infectées, notamment avec leurs liquides biologiques. Il faut ici éviter tout contact rapproché avec des patients infectés par le virus Ebola. Il faut porter des gants et un équipement de protection individuel adapté lorsqu’on soigne des patients à domicile. Il est indispensable de se laver régulièrement les mains après avoir rendu visite à des parents malades à l’hôpital ou après les avoir soignés à domicile.
- Les communautés touchées par le virus Ebola doivent informer la population de la nature de la maladie et des mesures prises pour endiguer la flambée, «y compris lors des rites funéraires». Les personnes mortes de cette infection doivent être enterrées rapidement et sans prendre de risque.
Non. Le virus Ebola n’étant pas transmissible par voie aérienne, comme ceux de la grippe, il est très improbable qu’il se transmette parmi les passagers d'un avion ou d'un train. Le risque épidémique est d’autre part très faible dans tous les Etats dotés d'un système de santé et de surveillance efficace. La surveillance mise en place dans les pays développés permettra, le cas échéant, une bonne prise en charge des cas et une réduction des risques de propagation.
Le problème se pose en revanche dans les pays qui n'ont pas ces capacités de surveillance. Aujourd’hui, les quatre pays africains concernés par l'épidémie (Guinée, Libéria, Sierra Leone et Nigéria) n’ont ni les infrastructures ni les moyens en personnel ou en matériel pour répondre à la situation présente et à la menace sanitaire. «Les besoins sont énormes, et la propagation du virus n'est pas sous contrôle, alerte Médecins Sans Frontières (MSF). Il faut aider ces Etats, car il faut arriver absolument à contrôler ce qui se passe en Afrique de l'Ouest. Les prévisions sont difficiles. Nous savons que nous avons du travail dans les prochains mois, et que ce ne sera pas facile. Nous en sommes très conscients. Nous sommes stressés par ce qui se passe, et nous souhaitons que davantage d'Etats et d'organisations nous aident.»
A court terme, le risque majeur serait une extension au Sénégal et à la Côte d’Ivoire.