Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07182.jsonl.gz/1102

J'ai trouvé étrange cette association, "prénom" et "viril", mais avant de sourire, j'ai préféré consulter mon dictionnaire. Ainsi, je me suis vue rappeler que viril signifie (en résumé)
1. propre à l'homme
2. qui a l'appétit sexuel d'un homme normal et peut le satisfaire
3. qui a les caractères moraux qu'on attribue plus spécialement à l'homme : actif, énergique, courageux,
avec, comme contraire, "efféminé", "féminin".
Là, je n'ai plus souri, j'ai soupiré : franchement, est-ce que Julius est un prénom plus "viril" que Antoine, Pablo l'est-il davantage que Jean, Evgeni moins que Giovanni ? Partant, un prénom comme Charlotte doit-il être considéré comme plus féminin que Marie mais moins que Auriane ? Non, vraiment, le concept "viril" et "prénom" reste absurde, du moins à mes yeux : je vois mal un officier d'état civil admettre un "Fabienne" pour un enfant de sexe masculin, donc oui, un prénom masculin est forcément viril, même s'il existe des prénoms "doubles" comme Dominique.
Remarquez, l'entier des sens reconnus à ce mot m'a semblé étrange : qu'est-ce que l'appétit sexuel d'un homme normal ? Déjà, qu'est-ce qu'un homme "normal" ? Selon quels critères, selon quelle époque, selon quel lieu ? Et quel appétit sexuel cet homme normal est-il supposé développer ? Est-ce qu'un moine, qui a fait le choix de renoncer à assouvir ses besoins sexuels, en devient-il "anormal" pour autant ? L'homme qui fait l'amour quatre fois par semaine est-il plus "viril" que son voisin qui n'a que rarement des rapports sexuels ?
En sommes-nous réellement encore à considérer que le courage est un attribut masculin ? Ingrid Betancourt, captive depuis 2255 jours des FARC, goûtera... Le cliché selon lequel un homme qui pleure n'est pas viril a-t-il vraiment encore cours ? D'ailleurs, même en admettant qu'un homme qui ne cache pas ses larmes n'est pas viril, doit-on alors considérer qu'il est efféminé ? Et même si la réponse est affirmative, en quoi est-ce un bien ou un mal de l'être ? Selon moi, tant les hommes que les femmes ayant été pourvus de glandes lacrymales, je ne vois pas pourquoi elles ne devraient servir qu'à l'un des représentants de l'humanité et traduire un signe de faiblesse chez l'autre.
Je suis convaincue que parmi les lecteurs de cuk, très nombreux sont ceux qui ne s'interrogent pas sur leur "virilité" lorsqu'ils changent la couche de leur enfant, lorsqu'ils font la vaisselle ou lorsqu'ils décident d'aller se faire épiler, le torse, le dos ou les jambes, par choix esthétique, par décision sportive avant une compétition ou pour répondre à un fantasme quelconque de leur partenaire. Et je le répète : je suis fort aise de ne pas devoir me cantonner à des activités dites "féminines", sans quoi j'aurais déjà fait plusieurs dépressions, tant le tricot et la cuisine m'ennuient.
Il y a malgré tout un domaine dans lequel j'ai (relativement) souvent entendu le terme "viril", dans la bouche même des hommes. Tenez, prenez plusieurs couples, mettez-les autour d'une table, lancez le terme "vasectomie" et regardez ce qu'il se passe...
Les femmes, elles, diront le "bien" ou le "mal" qu'elles pensent d'une telle intervention, sur le plan éthique, moral, social, sur l'avantage qu'elles pourraient ou non trouver au fait de renoncer au moyen contraceptif utilisé jusqu'alors; elles évoqueront peut-être l'aspect pécuniaire de ce geste, s'interrogeront sur sa dangerosité éventuelle et passeront immédiatement à la question de savoir si elles, elles pourraient accepter qu'un médecin leur ligature les trompes.
Parmi les hommes, je prends les paris, il s'en trouvera pour refuser à grands cris l'éventualité d'une telle intervention, au motif qu'elle serait certainement attentatoire à leur "virilité". Ce qui est d'ailleurs assez amusant, c'est que c'est ceux qui hurlent le plus fort qui accepteraient immédiatement que leur compagne se fasse stériliser... Il convient encore de souligner que parmi ceux qui hurlent, beaucoup savent parfaitement que la vasectomie n'aura aucune conséquence sur l'érection et l'orgasme en tant que tel. Et pourtant, ils "hurlent" parce que non, aucun bistouri ne viendra s'en prendre à leur virilité...
Moralité, s'il n'est pas certain que les acceptions reconnues à ce terme soient encore "up to date", il faut quand même admettre qu'il a probablement encore de beaux jours devant lui.
A ce stade-là de mes cogitations, je suis fort empruntée : dois-je respecter la tradition de la question conclusion ou dois-je simplement prendre congé jusqu'à mon prochain billet ?
En effet, mettez-vous une seconde à la place de la femme non virile que je suis, ma situation est inextricable : comme je vous avais déjà demandé ce qui vous rendait sexy, je ne peux pas décemment vous demander si vous vous trouvez virils ! La question de savoir quel moyen de contraception vous utilisez est indiscrète, celle des raisons ayant motivé le choix des prénoms de vos enfants est "nunuche", le "avez-vous passé un bon week-end" hors sujet...
Bref, je ne peux que faire fi de la tradition.... J'espère que la lecture de mon billet vous aura donné envie de partager à votre tour quelques tribulations avec moi !