Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07114.jsonl.gz/444

Dans une saison normale – comprenez sans Covid-19 – les clubs de Super League et Challenge League sont directement qualifiés pour les 32e de finale (à l'exception du FC Vaduz, qui dispute la Coupe du Liechtenstein). A ces 19 équipes s'ajoutent 44 autres issues de première ligue, de deuxième ligue interrégionale et les vainqueurs des coupes cantonales.
Ces formations de première ligue et de deuxième ligue interrégionale doivent passer par des tours qualificatifs lors de la... saison précédente.
Le dernier ticket est attribué à l'équipe désignée la plus fair-play de tout le pays, peu importe son niveau.
Au final, 64 clubs prennent part à ce premier tour. Soit seulement 4,5% de tous les clubs répertoriés en Suisse (1419), si l'on se réfère aux chiffres officiels du département des sports et loisirs de la Confédération (OFSPO).
En comparaison, chez notre voisin, plus de 7000 clubs prennent chaque année part à la Coupe de France. Tour après tour, les clubs de chaque division, depuis le bas, entrent en lice. Véritable fête nationale, cette compétition réunit également les formations d'outre-mer.
Même Saint-Pierre-et-Miquelon, une petite île française de 7000 habitants au large du Canada, envoie chaque année un représentant au troisième tour. Cette année, le club de l'AS Saint-Pierraise a effectué plus de 4000km pour défier l'USSA Vertou (N3, cinquième division) en région Pays de la Loire. Une expérience humaine mémorable racontée dans cette vidéo:
Pour savoir si le système actuel de la Coupe de Suisse est approprié, on a tout simplement posé la question aux principaux intéressés: les joueurs. Et leurs avis sont particulièrement divergents.
Noah Saillen, ancien joueur de deuxième ligue interrégionale au FC Saint-Maurice et actuellement entraîneur d'une équipe en quatrième ligue valaisanne, ne comprend pas les modalités actuelles. Il pointe du doigt le système de qualification:
Du côté des professionnels, le constat n'est pas forcément le même. Le défenseur d'YB, Quentin Maceiras, pense notamment que le calendrier pourrait poser problème:
Son ancien coéquipier au FC Sion, Kevin Fickentscher, en bon Helvète, pense toutefois qu'il est possible de trouver un compromis entre le système actuel suisse et celui appliqué en France:
«Trop peu de clubs participent à la Coupe. C'est vraiment compliqué pour eux d'avoir la chance de jouer contre une grosse équipe. Je suis plus partisan du système français qui permet à tout le monde de participer. Est-ce que c'est faisable avec les calendriers? Peut-être que l'on pourrait envisager une solution très suisse, en coupant la poire en deux et en créant un tournoi entre notre système actuel et celui de la France.»
Pour Baptiste Dheur, défenseur du FC Aigle (VD) et passé par le football belge, son pays d'origine, la Coupe de Suisse représente un «manque dans sa carrière». Il ne s'étonne toutefois pas du système de qualification parce qu'il est similaire à celui qu'il a connu en Belgique. Son gardien et coéquipier à Aigle, Alexandre Bonal, formé à Evian et passé par le football espagnol, relève que la Coupe représente une belle vitrine pour ces joueurs, à cheval entre le monde pro et le monde amateur:
Si le gardien du FC Aigle termine en mettant en avant l'humain, c'est qu'il a connu une expérience particulière en Espagne:
Avant Aigle et l'Espagne, Alexandre Bonal a connu la France et la Coupe Gambardella avec son club formateur d'Evian. Un tournoi juniors M19 qui accueille la totalité des clubs de l'Hexagone. «En France, la Coupe, c'est vraiment magique, c'est le tournoi le plus populaire. J'en garde mes meilleurs souvenirs avec des matchs dans tout le pays. C'est dommage que cette culture de la Coupe ne soit pas présente ici en Suisse», conclut le portier chablaisien.
Au rayon des belles histoires en Coupe, on peut ajouter celle de Logan Clément. Le jeune Genevois, récemment transféré au FC Saint-Gall, avait tapé dans l'œil des Brodeurs quand il les a affrontés au premier tour en septembre dernier avec Chênois (première ligue).
Si la France a régulièrement vu des petites équipes atteindre la finale de la Coupe (on pense notamment à Vendée Les Herbiers en 2018, à l'US Quevilly en 2012 ou à Calais en 2000), le phénomène des «surprises de Coupe» reste plutôt rare en Suisse.
Récemment, on peut citer le parcours de Béroche-Gorgier (deuxième ligue régionale) en 2019 qui avait écarté deux équipes de ligues supérieures avant de tomber en huitièmes de finale ou à celui d'Echallens (première ligue) en 2017 qui avait éliminé coup sur coup Aarau et Xamax.
Des belles histoires qui restent toutefois l'exception et non la règle. Pour Quentin Maceiras, l'importance de la Coupe en Suisse est l'une des raisons pouvant expliquer cette absence de surprises:
Pour Kevin Fickentscher, c'est également le niveau anormalement haut du football semi-professionnel en France qui explique cette différence:
Pour les joueurs du FC Aigle, Baptiste Dheur et Alexandre Bonal, le problème pourrait également être culturel:
En attendant une potentielle révolution du tournoi, les «petits poucets» cette année se nomment Bienne, Carouge et Chiasso, tous pensionnaires de Promotion League et encore en lice.
Quand on leur demande si un bon sportif fait forcément un bon politicien, ils répondent un peu gênés que ce n'est pas toujours le cas, qu'il n'y a pas de règle universelle en la matière, mais tous conviennent aussi que leur expérience de champion leur a donné des outils précieux pour la chose politique. «Abnégation, goût de l'effort, esprit de compétition, acceptation des règles et de la défaite», dresse Philippe Leuba, conseiller d'Etat et ex-arbitre de football, avant d'ajouter, non sans malice: «Et la plus grande compétence de toutes: la capacité à surmonter les critiques des médias!».