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Cette été encore, dans de nombreuses régions de Suisse, les valeurs d'ozone dépassent souvent la valeur limite légale. Ce surplus d'ozone provoque chez beaucoup de gens des yeux rouges, une baisse de capacité de travail et d'autres ennuis de santé. Bien que les pics d'ozone aient reculé ces dernières années, Ursula Ackermann-Liebrich, de l'Institut de médecine sociale et préventive de l'Université de Bâle, réclame des mesures supplémentaires pour réduire les polluants précurseurs de l'ozone.
Madame Ackermann, la concentration d'ozone dépasse régulièrement les valeurs limites admissibles. Est-ce la pollution qui est trop forte, ou les valeurs limites sont-elles trop sévères?
Ursula Ackermann: Il est évident qu'il faut réduire la pollution. Ces valeurs élevées sont un problème réel pour la population. Lorsque l'ozone monte, il y a plus de morts, les hôpitaux enregistrent plus de malades; beaucoup de gens ont les yeux qui brûlent, ressentent des douleurs lorsqu'ils respirent à fond ou se plaignent de grattements de gorge.
Quelles sont les personnes les plus touchées?
Ce sont les gens qui sont beaucoup à l'extérieur et qui y respirent à pleins poumons. Les sportifs, par exemple, les enfants qui jouent, ou encore les ouvriers qui effectuent des travaux pénibles. Il est dangereux de faire de gros efforts lorsque les valeurs d'ozone sont élevées.
L'ozone ne menace donc pas un groupe de la population en particulier, les personnes âgées par exemple, les enfants ou les gens qui souffrent d'asthme?
Certaines personnes sont plus sensibles que d'autres, mais elles n'ont pas de caractéristiques particulières. Il y a aussi des enfants qui sont plus touchés que d'autres; mais personne ne sait pourquoi.
Quels sont les symptômes les plus graves?
A mon avis - c'est aussi l'avis de l'OMS - les perturbations pulmonaires sont les conséquences les plus néfastes des concentrations élevées d'ozone. On ne les remarque pas tout de suite; les gens constatent simplement qu'ils sont plus vite fatigués.
Les gens souffrent-ils davantage de l'ozone là où l'air est particulièrement pollué?
Les situations varient d'une région à l'autre; dans le Tessin, comme on sait, les valeurs d'ozone sont les plus élevées de toute la Suisse. Mais l'une des propriétés de l'ozone est aussi d'être particulièrement stable là où l'air est pur. Lorsque l'air est pollué, par contre, il se dégrade assez vite. C'est la raison pour laquelle les valeurs d'ozone sont relativement faibles dans les villes, alors qu'elles grimpent dans les agglomérations et dans les aires de détente aux environs.
Ce sont donc juste les gens qui cherchent à se reposer et à faire quelque chose pour leur santé qui sont les plus touchés. Ne devrait-on pas prendre des mesures immédiates, interdire la circulation des voitures, par exemple?
C'est paradoxal, mais si on interdit la circulation en période de forte concentration d'ozone, les valeurs grimpent de plus belle. L'ozone se forme en cas de fort rayonnement solaire, à partir d'oxydes d'azote et de composés organiques volatils. Si l'on réduit trop tard les rejets de ces gaz - qu'on appelle des gaz précurseurs - et qu'il y a déjà trop d'ozone dans l'air à ce moment-là, la concentration d'ozone continuera d'évoluer.
Mais alors, quelles autres solutions proposez-vous?
L'ozone est un problème que nous devons résoudre une fois pour toutes. Nous ne réussirons à faire reculer les pics d'ozone que si nous parvenons à réduire à long terme les concentrations de gaz précurseurs.
L'ozone se forme et se dégrade donc avec une certaine lenteur. Et que font les autorités?
La situation s'est déjà nettement améliorée en Suisse. L'introduction des catalyseurs a été un succès, les rejets d'oxydes d'azote ont diminué. Grâce, en bonne partie, à une taxe d'incitation qui a encore été relevée le 1er janvier de cette année, il y a aussi moins de composés organiques volatils dans l'air. L'industrie s'est fortement investie et couvre mieux ses réservoirs de solvants, par exemple. Dans les stations-service, un système de refoulement des gaz est prescrit pour les bornes d'essence, mais la mise en œuvre de cette prescription n'est pas encore vraiment satisfaisante.
Ces succès dans la lutte contre les gaz précurseurs ne se reflètent guère dans les valeurs d'ozone...
Si, les pics d'ozone ont nettement baissé au cours des dix dernières années. Mais il n'y a pas de relation linéaire entre les valeurs d'ozone et les gaz précurseurs. Il est donc difficile de prévoir jusqu'à quel point ces substances doivent disparaître de l'atmosphère pour que les concentrations d'ozone restent en dessous de la valeur limite. La pollution par l'ozone que nous avons aujourd'hui reste trop élevée, et il faut y remédier.
Que devons-nous donc faire?
D'abord, il faut absolument détourner le trafic des poids lourds de la route sur le rail. L'augmentation constante des véhicules diesel pose également de graves problèmes, car un moteur diesel sans catalyseur dénitrifiant rejette bien plus d'oxydes d'azote qu'un véhicule à essence équipé d'un catalyseur. Il est important d'adapter les valeurs limite fixées pour les gaz d'échappement en fonction de l'évolution technique. Beaucoup d'émissions de composés organiques volatils sont dues à des moteurs à deux temps, ce qui serait tout à fait évitable, car il est facile de passer à des appareils électriques pour s'occuper du jardin ou faire des travaux d'artisanat. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer!
Et en attendant, que me recommandez-vous?
Si vous voulez faire du sport les jours de forte concentration d'ozone, arrangez-vous pour le faire en début de matinée ou dans la soirée. Je ne conseille à personne de rester à la maison: il faut bien aussi profiter du beau temps! Mais il vaut mieux éviter des efforts exagérés. Les écoles devraient renoncer à leurs journées de sport lors de fortes concentrations d'ozone, et personne ne devrait forcer les enfants à de grandes performances en cours de gymnastique - c'est une règle générale, mais elle vaut encore plus par temps d'ozone.
Entretien mené par Oliver Graf
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