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Guerre à la guerre
Définition
En philosophie politique et en relations internationales, notamment en irénologie, le concept de guerre à la guerre désigne la réification des conflits armés.
Origine
Si un ouvrage d’Edmond Potonié-Pierre de 1877 discute déjà la notion de réification des conflits sous le titre La Guerre à la guerre1, dans son acception moderne, le terme est inventé en 1906 par William James dans son essai L’équivalent moral de la guerre. Il a été utilisé par les mouvements pacifistes et antiguerre au XXe siècle2, notamment dans sa version allemande de Kriege dem Kriege, d’après le pamphlet éponyme en deux volumes d’Ernst Friedrich de 19253, qui fut largement traduit dans toute l’Europe. Plus tôt, face à la Grande Guerre, le slogan de « guerre à la guerre » était employé par le mouvement ouvrier français.
Évolution au XXe siècle
Sur le monument aux morts de Gy-l’Évêque : Guerre à la guerre.
Bien que le terme et le concept même (en tant que réification des conflits) de guerre à la guerre fasse l’objet d’une plaidoirie anti-militariste en 19164 et d’une campagne d’affichage de l’Association de la paix par le droit à Paris à la veille de la Grande Guerre, le concept sera également développé par l’Armée française, le général Alexandre Percin lui consacrant une étude complète qui envisage, pour la première fois, quelques-uns de ses points doctrinaires et opérationnels : « Guerre à la Guerre »6. Parfois employé par certaines tendances de l’internationale socialiste, comme dans le discours de 1923 du syndicaliste Edo Fimmen au congrès international pour la paix de la Haye (1922)7, politiquement, le concept demeure neutre au XXe siècle, étant aussi bien revendiqué par la Démocratie chrétienne, que par Gérard Marier et Jean Godin, abordant la question du désarmement nucléaire, au lendemain de la crise des missiles de Cuba, du point de vue de la guerre à la guerre8
Jean Jaurès
Jean Jaurès utilisa le concept de « guerre à la guerre » dans ses plaidoyers pacifistes 9,10 ce qui influencera notamment Jean Guéhenno11
Discussion contemporaine
Aberkane & Goldstein
Plus récemment, le concept fut discuté par les chercheurs Joshua Goldstein et Idriss Aberkane. Ainsi qu’Aberkane le définit, « il nous permet, avant que la maladie de la guerre n’atteigne sa phase terminale, de poser la question : “l’Homme a-t-il domestiqué la guerre ou la guerre a-t-elle domestiqué l’Homme ?” ». Basé sur le paradigme d’Humberto Maturana et de Francisco Varela dans la description de l’autonomie, ainsi que sur les travaux d’Idries Shah en psychologie de groupe, la discussion du concept par Aberkane consiste en la caractérisation des guerres comme des systèmes autopoiétiques, donc dissipatifs et surtout parasites, comparables à la notion de gène égoïste de Richard Dawkins, d’où le terme de « guerre égoïste ». Conceptuellement Aberkane dresse ainsi un argumentaire sur l’usage prescriptif de l’irénologie, notamment dans une étude sur le désamorçage des tensions communautaires au Xinjiang, dans lequel il justifie la viabilité logique du concept de « guerre à la guerre » en cinq points :
la complexité de la notion d’intérêt n’interdit pas qu’un acteur poursuive un objectif qui n’est pas son intérêt
il n’est pas réfuté que les intérêts particuliers puissent être internalisés dans un seul intérêt collectif sans contradiction
le sixième problème de Hilbert n’étant pas résolu, la réalité n’est pas axiomatisée ce qui implique que
là où des théorèmes d’incomplétudes peuvent être énoncés en logique, il n’existe pas de théorème d’incomplétude en physique
l’inexistence d’une intersection stable des intérêts particuliers et collectifs n’est donc pas encore démontrable.
Positivisme érénologique
Ce qu’Aberkane définit ainsi comme un « positivisme érénologique» s’énonce ensuite, dans le vocabulaire de la théorie des jeux comme le fait qu’en relations internationales « il n’est pas prouvé qu’une situation Pareto-optimale à l’échelle globale (…) ne puisse pas recouvrir l’équilibre de Nash défini par l’intersection des intérêts individuels »
Unesco
L »Organisation des Nations unies pour l’Education, dont la constitution18 déclare que « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix », décrivant ainsi une conception avant tout mémétique de la guerre, a constitué en 1982 une communication collective de poésie intitulé War on war; poets of the world at Unesco19. La question « comment faire la guerre à la guerre » s’y trouve clairement posée au Symposium international sur les Questions de Sécurité Globale de 199620.
Jean-Jacques Lebel en 2008, le poète participe en 1982 à l’ouvrage collectif de l’UNESCO War on war; poets of the world at Unesco aux côtés notamment d’Allen Ginsberg.
Allen Ginsberg, 1979
Transcendance par la Non-Violence de Martin Luther King
Le principe de non-violence de Martin Luther King va au-delà du concept de guerre à la guerre puisqu’elle est, selon ses termes, l’affirmation positive de la paix plutôt que la réfutation négative de la guerre. C’est là un des principes qui figurent au Martin Luther King, Jr. National Memorial :
« It is not enough to say “We must not wage war”. It is necessary to love peace and sacrifice for it. We must concentrate not merely on the negative expulsion of war, but on the positive affirmation of peace. » (24 December 1967, Atlanta, GA) »
Souce : Wikipédia