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Après une année 2019 impactée par une blessure à la cuisse, Loïc Gasch - spécialiste de saut en hauteur - a brillamment réussi son début de saison en salle. Le Vaudois a battu son record personnel en janvier et a glané un dixième titre national le mois dernier. Il revient pour Bluewin.ch sur ce départ canon et parle de la situation actuelle liée au report des principales compétitions. Interview exclusive.
Loïc Gasch, vous avez vécu une saison 2019 compliquée avec seulement deux meetings en raison d’une blessure à la cuisse. Expliquez-nous.
"Je me suis blessé le 31 décembre 2018 à l'un des muscles de la cuisse, suivi d'une opération le 15 janvier 2019. J'ai eu ensuite environ quatre mois de rééducation mais, malheureusement, juste après avoir repris la compétition, ça a relâché. Je n'ai pas eu de chance et je n'ai pu faire qu'un meeting à Orbe en mai. Finalement, j'ai quand même pu participer aux Championnats de Suisse fin septembre pour me tester. Mais je ne pouvais pas en faire plus."
Était-ce la première fois que vous subissiez une telle blessure?
"J'ai déjà subi beaucoup de blessures durant ma carrière, dont plusieurs au tendon rotulien (ndlr: au genou) ou encore des entorses et des problèmes de dos. Donc j'en ai eu pas mal. Après, celle de la saison dernière a été la plus importante que j'ai eu, notamment en raison de l'opération et au fait que j'en ai subies deux à la suite. C'est vraiment celle qui a été la plus violente, mais pas la plus compliquée à soigner. Ce n'était pas l'une de ses lésions vicieuses que tu traînes pendant longtemps et tu ne sais pas pourquoi."
Avez-vous tout de même pu tirer du positif de cette situation?
"À Athletic’Orbe en mai 2019, j'ai quand même réussi à passer les 2m20. Ça m'a donc montré que, même avec peu d'entraînements, je pouvais revenir très fort. Aux Championnats de Suisse en septembre, j'ai réussi avec un élan réduit à atteindre les 2m15 et à remporter le concours sans trop de préparation également. Ça m'a donc réconforté. Après, avec mes coaches, on a travaillé juste et correctement."
Après ces ennuis physiques, vous êtes revenu à votre meilleur niveau en 2020 avec quatre sauts supérieurs à 2m21, dont votre record personnel à 2m27, et un 10e titre de champion suisse en élite. Comment jugez-vous vos performances et votre début de saison?
"J'ai changé d'entraîneur juste après les Championnats d'Europe à Berlin en 2018 et ça montre qu'on travaille bien depuis. On a commencé très fort en passant 2m20 à tous les meetings et en ayant une moyenne de sauts à 2m24. Ça montre aussi la régularité à des barres hautes et que, sur un jour où la forme et le technique sont là, je pourrais aller encore plus haut."
Plus globalement, quels objectifs vous êtes-vous fixé en début de saison?
"Pour la saison d'hiver en salle, je ne m'étais pas vraiment fixé d'objectifs. Je savais que je voulais aller haut. Mais pour la reprise, on n'a pas fixé de minima ou de maxima. Le but était de se faire plaisir et de reprendre confiance après ce que le corps avait subi. C'était une reprise de confiance afin d'attaquer l'été. Tous les meetings auxquels j'ai participé, je les ai gagnés (ndlr: Clarholz en Allemagne, Hirson et Liévin en France et les Championnats de Suisse à St-Gall) malgré la concurrence élevée. On prend encore plus de plaisir quand ça fonctionne. Avec mon record personnel dès le premier meeting à Clarholz, toute l'équipe était contente et encore plus motivée pour l'été. S'il y en a un, bien sûr."
Son record personnel à 2m27 au meeting de Clarholz en janvier:
Vous vous étiez notamment qualifié pour les Championnats d’Europe à Paris en août prochain et espériez un billet pour les JO de Tokyo (minima à 2m33). Ces deux événements font-ils partie de vos objectifs?
"Les Jeux (ndlr: reportés depuis mardi à 2021) font effectivement partie des objectifs principaux. J'y crois complètement car, avec ce que j'ai montré cet hiver, c'est totalement possible. Et ensuite, s'ils ont lieu, il y aura les Européens de Paris qui seront mes deuxièmes Championnats continentaux après Berlin en 2018 où j'avais atteint la finale (une 10e place). Actuellement, avec des barres entre 2m27 et 2m30, je sais que je peux aller chercher une très belle place, voire un podium. Avec l'expérience acquise, je pense que j'aurai moins peur et je me sentirai plus légitime d'être là que la première fois. Le but pour Paris est d'abord d'atteindre la finale et ensuite de faire mieux qu'à Berlin."
Avec la situation actuelle liée au coronavirus, on imagine qu'il est compliqué de mettre en place un programme d'été. Comment est-ce que vous gérez cela?
"Avec le report des Jeux, ça va encore changer la dynamique. Pour le moment, je partais du principe qu'il y aurait une saison d'été plus ou moins normale. Maintenant, j'imagine que les grands rendez-vous vont passer à la trappe. Il va donc falloir s'adapter. Il faudra voir maintenant quel meeting aura lieu et aller chercher au maximum la concurrence avec des sauts à 2m30 et plus."
On a appris mardi que les JO de Tokyo étaient reportés à 2021. Quelle a été votre réaction? Étiez-vous favorable à un renvoi?
"Avec la situation actuelle, je pense que c'était plus simple pour tout le monde de déplacer au niveau de la préparation. Personnellement, j'avais pris deux mois de vacances pour partir en camp d'entraînement, mais tout a été annulé. De plus, à côté du sport, je travaille à 80% et je fais un brevet de comptable. Mes examens se tiendront en mars prochain, c'est-à-dire que la grosse partie des révisions sera en pleine préparation des JO. Il faudra donc que je m'organise un peu différemment. Pour moi, l'idéal était que les Jeux se tiennent cette année, comme ça je pouvais me concentrer sur la fin de mes études et ensuite vraiment pousser sur le sport."
On imagine toutefois que ce report vous laisse davantage de temps pour atteindre le minima de 2m33...
"Tout le temps que je peux avoir en plus pour me préparer est bon à prendre. Comme je l'ai dit, ça fait maintenant une année que j'ai changé d'équipe (ndlr: il est entraîné dorénavant par Nicolas Verraires). On apprend toujours à se connaitre. Donc avec une année de plus et pour l'optimisation de l'équipe, ça sera encore mieux."
On sait que si vous voulez vous rendre à Tokyo, il vous faudra battre le record de Suisse de Roland Dalhäuser (2m31 en extérieur en 1981 et 2m32 en salle en 1987). Avec votre forme actuelle, vous sentez-vous capable de le faire?
"Cet hiver, j'ai testé à trois reprises les 2m30, donc c'est bien entendu l'un de mes objectifs. Après, ce sont des barres nouvelles que j'attaque, le timing est différent. C'est aussi quelque chose qu'il faut que j'apprenne. Toute l'expérience que j'ai engrangée ces derniers mois en salle me sera très utile cet été. Elle me permettra de voir si je peux passer ces barres. Le saut à 2m27 en janvier n'est pas un coup de chance, car j'ai été très régulier. Ça montre que je peux et que je veux atteindre cette hauteur."
Qu’est que cela représenterait pour vous d'atteindre ces barres ou de battre le record de Suisse?
"Une grande fierté, parce qu'il n'y a pas beaucoup de sauteurs qui vont à plus de 2m30. Entrer dans ce cercle serait incroyable. Après, je bosse pour y arriver et je suis convaincu que je peux le faire. Ça me ferait ultra plaisir et c'est pour ces moments-là que je m'entraîne."
Avec vos excellents résultats actuels, on imagine que la pandémie de coronavirus vous coupe dans votre élan. Comment est-ce que vous le vivez?
"Je ne pense pas que ça me coupe. C'est sûr que ça retarde la saison et annule les camps d'entraînement. Mais actuellement, c'est vraiment la période où l'on fait de la condition physique. J'ai pu installer une salle de musculation dans mon garage et peux aller courir dehors. En gros, cette coupure tombe un peu au bon moment, car ce n'est pas maintenant que j'ai besoin de beaucoup de techniques et des installations d'un stade. Je peux pratiquement suivre tous mes plans sans rien louper."
Justement, avec l'aménagement de votre garage en salle de musculation, quel programme vous êtes-vous fixé pour ces prochaines semaines? Et combien d'heures par jour vous entraînez-vous?
"Le programme est bien entendu adapté à la situation actuelle et, s'il y a soudainement un confinement, on l'adaptera encore. Mais on a mis effectivement un plan où je travaille quotidiennement. J'essaie de m'entraîner environ deux heures par jour. Il faut néanmoins faire attention, car j'ai plus de temps actuellement pour me préparer vu que je ne travaille pas. Par contre, les physios ne sont pas disponibles et c'est un facteur à prendre en compte au niveau de la récupération."
Finalement, avez-vous peur de la pandémie du coronavirus? Êtes-vous inquiet pour la suite de la saison?
"Je ne peux pas dire que je suis inquiet, mais après c'est sûr que je ne fais pas le malin. J'espère qu'il y aura une saison d'été. La santé passe toutefois avant tout et, si c'est trop dangereux, on se tiendra à ça. Donc je n'ai pas peur, mais je ne suis pas confiant non plus."