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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Etat social doit servir de rempart à la fois contre le fascisme, puisque ce dernier a pu se développer dans le creuset de la misère, et contre le communisme. Une occasion pour les socialistes de concrétiser un point central de leur programme.
Après 1946, le PS allemand n’existe plus qu’à l’Ouest puisque son équivalent à l’Est est contraint de fusionner avec les communistes pour former le «parti unique de la classe ouvrière», le SED. En RFA, dès 1969, le premier chancelier du SPD, Willy Brandt, et la coalition sociale-libérale au pouvoir s’attèlent à renforcer l’Etat social dans une logique redistributive. La part des dépenses sociales par rapport au PIB atteint son niveau le plus élevé en RFA en 1975 (33,4%), avant de décliner, alors que la situation économique devient de plus en plus difficile (chômage et renforcement des inégalités). Dans ce contexte apparaît un discours sur le poids du financement de l’Etat social qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. La coalition rouge-vert et le chancelier Gerhard Schröder arrivés au pouvoir en 1998 réforment l’assurance chômage ou Hart IV. L’allocation est réduite de 26 à 12 mois et fusionnée avec l’aide sociale. La réforme prévoit également une surveillance accrue des bénéficiaires par Jobcenters, qui les contraignent à trouver un nouvel emploi à tout prix, même s’il est mal payé, précaire et en dessous de leurs qualifications. De manière générale, si la réforme a sans doute fait baisser le nombre de bénéficiaires, elle a aussi contribué à la précarisation générale du travail en Allemagne (salaires bas, emplois à durée limitée).
En Suisse, les socialistes accèdent durablement au Conseil fédéral grâce à la formule magique (1959) qui donne deux sièges au PSS. Dès lors et jusqu’à aujourd’hui, ils vont s’atteler à réformer l’AVS née en 1948. Dans les années 1960, l’extension des rentes est menée par le socialiste Hans Peter Tschudi. Les retraites sont alors l’objet d’un débat dont les principaux tenants sont d’un côté les assureurs qui gèrent des caisses de pension toujours plus nombreuses et de l’autre l’aile gauche du PS et l’extrême gauche, favorables aux «pensions populaires». En 1972, les votant-e-s acceptent le principe des trois piliers (caisses de pension obligatoires) prévu dans le contre-projet de Tschudi, qui n’est mis en œuvre qu’en 1985. Les réformes se poursuivent jusqu’à aujourd’hui, notamment pour l’AVS dont le financement semble toujours menacé. La 10e révision de l’AVS, menée par la socialiste Ruth Dreifuss et acceptée en 1995, prévoit l’élévation de l’âge de la retraite des femmes. Actuellement, cette mesure fait partie de la nouvelle révision (PV 2020) promue par Alain Berset et considérée comme inacceptable par beaucoup d’organisations féministes et syndicales.
Les socialistes français participent aux gouvernements de l’après-guerre jusqu’en 1947 et aux réformes introduites alors, qui incluent les droits politiques pour les femmes, la sécurité sociale et la nationalisation de certaines entreprises. Pendant les années suivantes, les socialistes forment diverses coalitions avec les radicaux et se rapprochent des communistes. En 1965, François Mitterrand représente la Fédération de la gauche démocrate et socialiste à l’élection présidentielle contre Charles de Gaulle. Il est encore battu en 1974, avant d’accéder à la présidence en 1981. La victoire socialiste constitue alors un immense espoir et réactualise la collaboration avec les communistes qui participent au gouvernement. Mais dès 1983, ce dernier implémente un plan de «rigueur» qui vise à redresser les finances publiques. Le parti redéfinit également son programme. Dans La Gauche bouge paru en 1985, les quatre auteurs (dont François Hollande) proposent d’incarner une «gauche moderne et libérale» en précisant qu’il ne s’agit plus de représenter la classe ouvrière ni de renforcer l’Etat providence devenu trop coûteux.
Depuis les années 1950, les Partis socialistes ont clairement réorienté leur programme et leurs actions politiques. La chercheuse Line Rennwald montre que, confrontés à la diminution de leur électorat ouvrier originel, les socialistes ont cherché à renouveler leur offre pour assurer leur survie électorale. Elle conclut également que le déclin du vote socialiste est aussi largement dû aux changements d’orientation politique des PS.