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Le débat autour de la question de la réouverture des services religieux au public est un miroir de la relation entre la religion et la société, de l’avis de Christian M. Rutishauser sj, le provincial des jésuites de Suisse. Il l'a écrit dans la Neue Zürcher Zeitung.
Le Conseil fédéral a décidé que les services religieux publics seraient à nouveau possibles à partir du 28 mai. La date ainsi que la décision ont été rendues publiques après une discussion avec le Conseil suisse des religions (SCR). Cela prouve que l'hypothèse selon laquelle le Conseil fédéral aurait oublié les églises -dont le poids ne pèserait pas lourd dans une société laïque- lors des premières annonces de retour à la normale est un mensonge. La fin de l'isolement religieux survient exactement quelques jours après la fin du Ramadan et immédiatement avant le Chavouot (Shavouot) et la Pentecôte.
Ce n'est pas une coïncidence, même si cela n'a sans doute pas été prévu longtemps à l'avance. Le calendrier des festivités musulmanes avait été considérablement réduit avant l'annonce, de même que celui des festivités juives et chrétiennes. Si le Conseil fédéral ne peut pas être accusé de discrimination religieuse, il se pourrait que ce dernier ait pensé que les mesures de protection contre le coronavirus ne pouvaient être garanties pour le Ramadan (23 avril - 24 mai), mais qu'elles pouvaient l'être pour le Shavuot (29 et 30 mai) et la Pentecôte (31 mai).
Des sous-systèmes de la société
Dans tous les cas, le débat sur les services religieux publics a été le miroir de la relation entre la religion et la société. Si la foi n'est qu'une affaire privée, elle peut tout aussi bien être vécue dans un semi-confinement. Si elle a également une pertinence sociétale, la question est de savoir où se situe cette pertinence: dans la motivation de l'engagement et l'accompagnement social? en cas de pandémie, pour ses rituels funéraires? 0u est-ce l'assistance pastorale pour la santé psychologique qui est particulièrement importante en temps de crise?
Il y a un large consensus sur le fait que la religion aide à faire face de manière significative à la souffrance et à la mort, et fournit une communauté de soutien.
Toutefois, pour que la religion ait cet effet, les communautés religieuses doivent être reconnues comme des sous-systèmes de la société. Elles ont une valeur indépendante qui ne peut être assumée par aucune autre institution. Les représentants de la religion doivent défendre cette position dans le débat public. L’Église est un lieu social entre pratique spirituelle relevant du privé et un regard paternel posé sur l'ensemble de la société.
Le débat sur la réouverture des églises était étroitement lié au débat pour ou contre les services de culte en ligne. Un flot d'impulsions spirituelles, d'offres de prière, de messes en continu, de soirées de groupe via Zoom, etc. a tenté de créer une communauté liturgique au cours des deux derniers mois. Les variations allaient de l'observation du service depuis le canapé de son salon à la rupture du pain et la consommation du vin devant l'écran. Elles démontrent comment les différents services de culte sont compris. Le débat n'est ainsi pas seulement celui du public contre le privé, de l'individuel contre le collectif. À travers l'alternative numérique aux cultes publiques, il s'agit de la relation entre le virtuel et le matériel, le spirituel et le physique, le mental et le corporel.
Il est tout à fait raisonnable que dans une situation d'urgence telle qu'une pandémie, les communautés religieuses s'appuient entièrement sur un support spirituel virtuel. Cette situation peut même contribuer à une intériorité souvent difficile à atteindre dans la vie quotidienne normale. Les très pieux, les mystiques, ont toujours pu se passer d'un culte extérieur, au point d'être imprégnés de l'esprit de transcendance. Mais la dissolution complète de la dimension physique en faveur du tout spirituel conduirait à des privatisations de la pratique religieuse et à une sortie du monde.
Mais les trois traditions abrahamiques qui cherchent à guider l'humanité prennent la présence physique et l’existence de leur communauté particulièrement au sérieux, cherchant à animer la réalité de leur esprit.
Physique et spirituel
Pour les églises, le confinement a commencé au moment du jeûne d'avant Pâques. En fait, c’était l'occasion idéale pour approfondir le jeûne.
Les services religieux sont désormais accessibles. Ils s’ouvrent très exactement entre deux jours de fête qui traitent de la relation entre le physique et le spirituel: le jour de l'Ascension, la présence physique de Jésus au sein de l'humanité prend fin; et le jour de la Pentecôte, où l'on célèbre l'Esprit Saint, qui représente la nouvelle forme sous laquelle le Christ est présent dans ce monde. Mais il serait erroné de croire que le christianisme doit être considéré comme une affaire purement spirituelle. Au contraire, Jésus et le corps du Christ peuvent maintenant être vécus concrètement dans la communauté de ceux qui suivent le Christ, au sein de l'Église.
Il faut espérer que cette coïncidence temporelle inspirera à de nombreux officiants une interprétation actualisée de la chrétienté lorsqu'ils célébreront les premiers services publics. Les sermons ennuyeux ne sont pas autorisés à la Pentecôte cette année.
Lire la version originale en allemand : pdf_NZZ_29 mai 2020