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En disciple d’Adam Smith, qu’il cite à plusieurs reprises, Benjamin Constant dénonce l’industrialisme, ou plus précisément la politique gouvernementale en faveur des manufactures, qu’il juge menaçante pour le bon fonctionnement de l’économie. Celle-ci requiert en effet la liberté, afin de fonctionner selon les lois naturelles. Constant est donc un libéral résolu qui croit, comme Adam Smith d’ailleurs, en la supériorité naturelle de l’agriculture sur l’industrie.
« De la liberté d’industrie », (1818)[1]
p. 378 : Constant pense que l’agriculture sera toujours prioritaire, « car il faut que les artisans et les manufacturiers aient de quoi se nourrir ». Par conséquent, « les manufactures s’élèveront aussitôt que les produits de la terre seront en quantité suffisante, car l’intérêt individuel poussera les hommes à s’appliquer à des travaux plus lucratifs que la multiplication des denrées dont la quantité réduirait le prix ».
p. 379 : « S’il y a plus de bras qu’il n’en faut pour mettre en valeur la fertilité du sol, les habitants tourneront naturellement leur activité vers d’autres branches d’industrie [2]». A l’inverse, « Si la nature du terrain rend nécessaire un grand nombre de cultivateurs, les artisans et les manufacturiers ne se multiplieront pas, parce que le premier besoin d’un peuple étant de subsister, un peuple ne néglige jamais sa subsistance. D’ailleurs, l’état d’agriculture étant plus nécessaire, sera par cela même plus lucratif que tout autre. Lorsqu’il n’y a pas de privilège abusif qui intervertisse l’ordre naturel, l’avantage d’une profession se compose toujours de son utilité absolue et de sa rareté relative. Les productions tendent à se mettre au niveau des besoins, sans que l’autorité s’en mêle. Quand un genre de production est rare, son prix s’élève. Le prix s’élevant, cette production, mieux payée, attire à elle l’industrie et les capitaux ».
p. 380 : « La liberté seule est suffisante pour les maintenir tous [les producteurs] dans une salutaire et exacte proportion ».
Constant pense donc qu’il ne sert même à rien de venir en aide aux classes laborieuses de la nation (par exemple les ouvriers agricoles), parce qu’ils émigreront vers d’autres secteurs s’ils sont trop mal traités. D’ailleurs il est trop évident que c’est sur l’agriculture que repose la prospérité des nations. Il ne sert donc à rien de la relever ou de la rendre honorable, car seule l’opinion commune peut rendre une profession honorable et considérée comme nécessaire, par le gouvernement. C’est la richesse par le travail qui honorera le paysan, l’artisan et le manufacturier.
[1] In Collection complète des ouvrages publiées sur le gouvernement représentatif et la Constitution actuelle de la France, formant une espèce de Cours de politique constitutionnelle, t. I, Paris, 1818, p. 358-383.
[2] Chez Constant comme chez tous les penseurs de son époque, industrie signifie toujours activité économique. Il y a donc une industrie agricole et une industrie manufacturière.
Référence : Michel Bourdeau & Béatrice Fink, « De l’industrie à l’industrialisme. Benjamin Constant aux prises avec le Saint-Simonisme », in Œuvres et critiques, 33/1, 2008, p. 61-78.