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Teilhard de Chardin croyait en une synthèse de l’humanité qui lui donnerait enfin un esprit unique, une âme unifiée. Cependant, il distinguait fondamentalement cette synthèse d’un projet de fusion, et il rejetait avec la dernière énergie toute forme de massification dépersonnalisante, comme celle qu’à ses yeux favorisait la doctrine de Karl Marx. Il désapprouvait toute tendance à l’uniformisation.
Il affirmait, de fait, que la synthèse finale accomplirait l’individu dans sa spécificité, mais aussi les cultures ethniques. En effet, “Zoologiquement parlant, pourrait-on dire, le groupe humain peut se définir comme le produit d’une ramification (spéciation) constante, constamment surmontée et synthétisée par convergence en milieu spatialement et psychiquement courbe.” Et ainsi, “il faut tenir compte du fait que, non seulement individuellement, mais encore ethniquement, les hommes représentent des éléments complémentaires (...). Par suite de sa structure ramifiée, l’Humanité est formée, si l’on peut dire, d’un grand nombre d’‘isotopes’ réfléchis, - chacun doué de ses vertus particulières. Et ne pas tenir compte de cette diversité des écailles humaines pour en surveiller et assurer le développement en proportions convenables serait aussi grave que de chercher à contrarier la double force, externe et interne, qui les oblige à se reployer sur soi.”
C’est assez clair. La vraie synthèse, et donc un universalisme authentique ne peuvent passer que par le respect des spécificités culturelles de tous les groupes humains, parce que le progrès vers l’Unité ne peut se faire que par le développement des vertus propres à chacun d’eux. En aucun cas, il n’est possible de sacrifier l’humanité particulière à l’humanité globale, puisque la seconde n’est que l’accomplissement de la première.
On peut toujours contester qu’une culture ou une autre puisse se relier à l’universel: mais cette idée est l’essence du colonialisme, je pense.
Le projet de Teilhard est ambitieux, mais il a raison de dire, ailleurs, qu’il est le seul qui soit logique et cohérent, et donc, réalisable. Toute voie apparemment plus facile, plus réaliste, manque le but. La base de l’humanité unifiée ne peut être que la fraternité: non la soumission à un centre décrété relié au divin a priori. Et ici, je ne vise pas forcément ce qui s’affiche officiellement comme religion.