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En fonction de 1981 à 1989, le Président américain Ronald Reagan fit campagne en 1980 pour réaliser un programme d’action inspiré de la doctrine néolibérale, selon laquelle seule l’économie de marché pouvait résoudre les conflits sociaux, garantir la liberté et le progrès et assurer le bien général. De fait, cette campagne était surtout centrée sur la lutte contre l’URSS, désignée comme « l’empire du mal ». Elle légitimait sur les plans idéologique et économique une démonstration de force militaire, Reagan promettant de vaincre l’empire soviétique par un réarmement nucléaire massif. [....] l’empire du mal soviétique s’effondra bel et bien en 1991. [...]
C’est ainsi que sonna le glas de la concurrence des systèmes. La victoire définitive du capitalisme fut proclamée et la dictature du parti fit place, dans l’empire éclaté, à celle des « oligarques » – souvent des anciens de la Nomenklatura – et de l’argent. Menées dans la hâte sur le modèle néolibéral, les privatisations y furent également légion dans les années 1990, remplaçant l’empire du mal soviétique par « l’Empire du Mal » de la dictature du marché. L’idéologie néolibérale fut ainsi érigée à l’échelle planétaire en pensée unique sous la houlette des multinationales, des mégabanques et de la Nomenklatura d’une nouvelle aristocratie de managers-propriétaires. Dès lors, il n’y eut plus de liberté et de salut en dehors du libre marché prétendument efficient.
Depuis six ans, ce nouvel Empire du Mal est à son tour en crise de survie. La voie à suivre pour la surmonter constitue aujourd'hui un enjeu à la mesure du tournant historique du début des années 1990. Pour le relever, il est indispensable de sensibiliser chacun aux mécanismes de fonctionnement de "l'Empire", aux dessous de la crise et aux théories économiques et éthiques qui le sous-tendent. Telle est l'ambition citoyenne de l'auteur, qui souhaite contribuer à la compréhension de la faillite systémique de 2008 et à la réflexion sur des solutions, dans l'espoir d'ouvrir des perspectives d'avenir plus équitable. [...]
Au fil des pages:
La prochaine implosion financière peut en effet se produire à tout instant et il y a fort à parier qu’elle provoquerait cette fois-ci un effondrement économique et social irrémédiable. Il ne s’agit pas là d’une prédiction alarmiste, mais de la conséquence logique du manque de réforme du système bancaire et financier, toujours aussi hypertrophié et éperdu de spéculation. Ce pronostic doit également beaucoup au fait que la gestion politique et économique de la crise est restée attachée aux thèses néolibérales et au maintien d’un régime de privilèges accordés au capital et aux plus nantis. Or, en s’inscrivant dans une volonté de continuité, l’autorité politique et économique persiste à nier les risques systémiques intrinsèques à un tel mode de fonctionnement. Elle ne tient en outre aucun compte du fait que le capital sous toutes ses formes, en particulier sous sa forme financière, n’est rien sans le travail et parfaitement stérile en soi. Elle continue ainsi à faire fi de l’équité et du besoin de sens et de transcendance de l’être humain et de la société dans son ensemble.
Ce faisant, elle montre que les mémoires sont courtes et s’expose au risque de voir émerger des mouvements extrémistes, tels que la théocratie islamique, qui se répand, le nationalisme ethnique, qui resurgit chez nous, ou le fondamentalisme chrétien, toujours très présent aux États-Unis. Persister ainsi dans l’erreur, c’est en effet oublier que la force de séduction des régimes totalitaires, qui ont réussi à concurrencer le modèle de démocratie libérale aux temps du marxisme-léninisme et du fascisme, consistait en premier lieu en une promesse d’ordre idéal, celle de satisfaire le besoin de justice et de sens en offrant « l’utopie » du Bien à l’individu et à la communauté.
En remontant plus loin encore dans le temps, on constate pourtant sans peine que l’Économie seule ne peut être un but en soi, sauf à déshumaniser ceux qu’elle est censée servir. Ainsi, le Moyen Age satisfaisait-il cette soif fondamentalement humaine de justice et de sens, ce besoin de transcendance, par la primauté de la religion, qui régulait la vie sociale et individuelle. A la Renaissance, la pensée des Lumières imposa progressivement la primauté de la science et de la politique sur la religion par le droit au libre usage de la raison. L’individu fut ainsi libéré de l’exigence d’adhérer à un dogme sans examen critique et légitimé à faire ses propres choix matériels et spirituels. Ce droit à l’autonomie, à l’identité et à la liberté individuelle, se traduisit aussi par la foi dans le progrès technique pour rechercher le bien individuel et commun. La démocratie libérale issue des Lumières paracheva cette évolution en érigeant l’individualisme en credo. Celui-ci prit alors définitivement le pas sur la communauté et les valeurs communes. La recherche de sens transcendant et du Bien fut confinée à la sphère privée ou tout au plus économique.
A l’ère néolibérale, on fit un pas de plus, qui fut sans doute un pas de trop. Depuis lors, nous vivons en effet la primauté absolue de l’économie, alors qu’elle n’a nullement favorisé la recherche de sens, que ce soit dans la sphère économique ou dans la sphère privée. Pire, en accentuant outrageusement l’individualisme, nous l’avons paradoxalement dégradé en un vaste écran de fumée liberticide. L’égoïsme roi ne trouve même plus de limite dans la liberté d’autrui et déresponsabilise totalement les acteurs du système. Il est désormais urgent d’opérer un changement de culture et une réforme des structures visant à tempérer cet individualisme outrancier pour privilégier à nouveau la communauté. Il ne s’agit pas de bafouer le droit à l’autonomie de l’individu, qui doit être préservé, mais de se rappeler que nous sommes tous interdépendants. L’oublier reviendrait à se nier et à nier notre besoin de sens et d’équité. Les analyses et faits présentés tout au long du livre montrent entre autres que la condition humaine et la vie en société ne se résument pas à de simples faits économiques ou matériels et qu’il faut chercher à dépasser le matérialisme, somme toute barbare, de l’Empire du Mal. Pour permettre l’émergence d’une société qui sera digne de nos enfants et de nous-mêmes, il est indispensable de remettre au centre de l’organisation sociale les aspects éthiques et spirituels de notre nature et de notre existence au lieu de les évacuer du domaine public.
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