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Les jurés du procès de Paul Manafort, ancien directeur de campagne de Donald Trump, ont commencé jeudi leurs délibérations. Le consultant politique, poursuivi pour fraudes bancaires et fiscales, est passible d'une lourde peine de prison.
Son procès ne porte pas sur des faits directement liés à une possible collusion entre des membres de l'équipe de campagne du président américain et des responsables russes. Mais il est le premier à découler des investigations menées depuis mai 2017 par le procureur spécial Robert Mueller.
Les six hommes et six femmes composant le jury se sont retirés dans une pièce du tribunal fédéral d'Alexandria, en Virginie, près de Washington. Ils doivent examiner les 18 chefs d'inculpation visant Paul Manafort. Ces accusations, concernant ses finances personnelles, sont antérieures à son passage à la tête de la campagne Trump en 2016.
Lors du procès, qui a duré deux semaines, les procureurs ont fait déposer 27 témoins à la barre. La défense n'a pas souhaité produire de témoins, estimant que l'accusation avait échoué à démontrer la réalité des charges retenues contre M.Manafort.
Décrédibiliser
Le dossier porte sur les millions de dollars gagnés par Paul Manafort, aujourd'hui âgé de 69 ans, pour son travail de consultant politique auprès de politiciens pro-russes en Ukraine. Parmi ses clients figure notamment l'ex-président Viktor Ianoukovitch qu'il a conseillé lors de sa campagne électorale victorieuse en 2010.
Les procureurs accusent Manafort d'avoir dissimulé plus de 16 millions de dollars au fisc et d'avoir obtenu frauduleusement 20 millions de prêts bancaires.
Ses avocats ont notamment attaqué la crédibilité de Rick Gates, ancien associé de leur client et témoin-clef de l'accusation. Lui aussi inculpé par le procureur Mueller, Gates a plaidé coupable et coopère avec les enquêteurs. Kevin Downing, avocat de Manafort, a notamment utilisé une liaison extraconjugale de Gates pour tenter de mettre sa parole en doute.
Nombreux documents complexes
Aucune limite de temps n'a été fixée aux jurés par le juge T.S. Ellis. Vous pouvez prendre autant ou aussi peu de temps que vous le désirez", a-t-il déclaré aux douze jurés.
Ces derniers se sont retirés dans une salle assez grande pour accueillir les nombreux cartons de documents. Le dossier sur lequel ils doivent se pencher est complexe, truffé de transactions financières. "Le témoin vedette dans ce procès, ce sont les documents", a déclaré le procureur Greg Andres mercredi pendant son réquisitoire.
Au terme de leur première journée de délibération, les jurés, qui devront établir si l'accusé est coupable au-delà de tout doute raisonnable, ont demandé au juge de définir ce qu'était un "doute raisonnable".
Ils attendent aussi une définition du concept de "société dormante" (shelf company).
Gros enjeu
Visée sans relâche par les foudres du président, qui dénonce une "chasse aux sorcières", l'équipe de Robert Mueller joue donc gros ici. Un acquittement donnerait de nouvelles munitions à Donald Trump pour remettre en question le bien-fondé de cette enquête.
Parmi la trentaine d'individus déjà visés par Robert Mueller, dont une majorité de Russes, Paul Manafort est le seul Américain à avoir refusé de passer un accord avec la justice pour éviter un procès. Il risque de passer le restant de ses jours en prison.