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J'ai reçu une bien triste nouvelle jeudi soir passé.
Okazou est décédé, le 18 août.
Okazou n'est plus là.
Depuis le début de Cuk.ch ou presque, il était tout le temps avec nous.
Comme commentateur, puis comme rédacteur, comme commentateur à nouveau, puis comme simple lecteur.
Je sais qu'il nous a lus jusqu'à il y a peu, puisque le jour où j'ai réécrit une petite humeur politique à propos de Cuba, il est ressorti du bois et m'a fait un très beau commentaire.
J'ai écrit la plupart de mes articles depuis des années en me demandant ce qu'Okazou en penserait.
C'est comme s'il était là, toujours derrière moi.
Il était pointu Okazou.
Il était énervant parfois, souvent même.
Mais il savait nous réveiller.
Ce qui m'a frappé, c'est que je n'ai jamais rien su de lui mis à part ses opinions politiques très à gauche.
Je ne savais pas comment il s'appelait ni ce qu'il faisait.
J'ai bien essayé souvent de deviner, je n'ai jamais trouvé qui il était vraiment.
Ce qui est certain, c'est que je crois n'avoir jamais lu quelqu'un qui écrivait aussi bien que lui.
Quelqu'un d'aussi entier aussi.
Pas très souple non plus, il faut bien l'avouer.
Je me souviens aussi d'une humeur que j'avais écrite à propos de l'anonymat sur le Web le 6 juillet 2007. À propos du fait que l'on ne savait pas, quand un lecteur qui d'habitude commentait souvent se taisait soudain, s'il le faisait simplement parce que Cuk ne les intéressait plus, ou si c'était parce qu'il était malade, ou décédé.
Dans le commentaire 36 de cette humeur, je me posais la question du pourquoi de l'absence d'Okazou qui avait décidé de prendre un peu de recul par rapport aux commentaires en écrivant:
"Là par exemple, Okazou n’intervient pas depuis quelques jours.
Je ne me fais pas de souci pour sa santé, mais je suis persuadé qu’il nous fait la gueule parce que nous avons été un peu tous secs avec lui la dernière fois.
J’ai peut-être tort, mais voilà aussi le genre d’idées qu’on se fait dans notre tête en cas d’absence prolongée:-)"
Et soudainement, Okazou est réapparu en commentaire 42 et me rassurait:
"Quel fin psychologue tu fais là !
Tout faux ! C’est pour ma santé que tu devrais justement te faire du souci. Deux semaines que cette saloperie de rhume bronchiteux ne me quitte pas et m’attaque les boyaux de la tête à me rendre sénile.
Qui a été un peu sec avec moi la dernière fois ? Aucun souvenir. Je suis le genre de type sur lequel on peut taper à qui mieux mieux sans que ça le perturbe sérieusement. Vous gênez pas ! Si ça peut vous faire du bien…
Et puis je suis tellement absent que je suis allé jusqu’à poster une contribution hier soir sur le site des contributeurs. Si, si ! Pas de nouvelles depuis. D’ailleurs, j’ai rencontré quelques problèmes avec les illustrations et autres détails. L’admin, que j’ai pourtant salué respectueusement avec force courbettes, doit être endormi ou bien j’ai tellement pédalé dans la choucroute que je n’ai rien laissé en partant ? Possible, c’est la première fois que je m’essaie à poster moi-même.
Alors, tes inquiétudes tombent à pic, François, puisque tu es là (en vacances ?), je vais te poster l’objet en direct et tu vois ce que tu peux en faire, d’accord ?
Pour le double débat, mort des combattants et anonymat, mon point de vue rejoint celui de beaucoup ici mais bon, la mort, ça ne dérange toujours que ceux qui restent, le mort, lui, s’en fout. On y passera un jour ou l’autre, sans se presser. Et puis on s’en va comme on est venu, non ? On est tous arrivés ici de la même façon, par hasard, personne ne nous connaissait, on peut repartir de la même manière. Après tout, l’homme n’est d’abord qu’un passant. Alors passons, anonymes ou pas et si on n’a pas le temps de fermer la porte en sortant, eh bien c’est pas grave.
Un petit mot à ceux qui ont osé écrire ici et qui n’osent plus, pensant qu’ils ne sont pas parvenus à entrer dans le cercle. Qu’ils sachent que nous les lisons (en tout cas, moi, je lis tout le monde et je retiens le nom, bidon ou pas, de chacun) attentivement. Si nous ne répondons pas toujours à leurs propos c’est souvent par manque de temps et par souci d’« efficacité ». Dans un sujet bien chaud, il faut répondre globalement, sur les idées, pour faire avancer le schmilblic, comme si ce n’étaient pas des personnes qui affichaient leurs propos mais les propos eux-mêmes qui se répondaient, au-delà des personnes. Comme si, assistant à un match de ping-pong on ne regardait que la balle en se moquant bien de qui l’envoie. Le mieux est de se débarrasser des egos et de tout ce qui pourrait trop personnaliser les propos. L’orgueil gâche tout. Qu’est-ce qui est le plus intéressant des œuvres de Lascaux ou de leurs auteurs ? Quand on a répondu, on peut s’appeler Gabriel ou Kèsako, on s’en bat les…
L’anonymat, on peut le rompre ou pas. Quand quelqu’un me contacte par mon adresse cuk.ch, je ne réponds généralement pas, même quand c’est sympa. À part un oiseau de la liste avec qui j’échange des lectures utiles et avec qui je papote de temps en temps (rarement), je préfère rester peinard dans mon coin et j’y tiens. Surtout quand on me demande des comptes politiques comme c’est arrivé à l’élection d’Iznogoud. No comment.
Cela dit, je comprends fort bien et j’approuve les rencontres quand elles sont voulues. L’humanité est bien la meilleure valeur partagée ici."
Le mort lui, il s'en fout...
Mais pas moi Okazou.
Je suis triste parce que cette fois, tu ne pourras pas me rassurer.
À son amie, à sa famille, à ses amis qui le connaissaient, je souhaite bien du courage pour poursuivre une vie sans lui.
Pierre, puisque c'est ainsi qu'il s'appelait, devait être de ces gens qu'il faisait bon côtoyer ou aimer.
Purée, quelques mois après alec6, Okazou...
Deux êtres chers de par ici, qui ne sont plus là, ça fait beaucoup...