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« On peut dire que j’ai rencontré quelques difficultés techniques. J’ai connu des années de vaches maigres à aligner des petits boulots censés m’offrir, comme me le répétaient mes supérieurs avec un sadisme patent, des « perspectives d’avenir ». En fait, ces jobs ne m’avaient rigoureusement rien apporté, à moins de considérer l’alcoolisme, l’éveil spirituel tendance karma ou la foi aveugle dans le télétravail comme des « perspectives d’avenir ».
Milo Burke n’avait pas beaucoup de perspectives d’avenir et elles se sont encore raréfiées après son renvoi de l’université pour laquelle il collectait des fonds. Une divergence d’opinion sur le sens du mot respect avec la fille de l’un des plus importants pourvoyeurs de l’institution aura eu sa peau. Il se retrouve donc chez lui à errer comme une âme en peine entre les trajets pour amener son fils à l’école et ses maigres tentatives de recherches d’emploi. Il ressasse sa carrière de peintre avortée trop tôt, se complait dans une vie de couple plus ou moins morose et voit sa nation, les Etats-Unis perdre un peu plus de sa splendeur à chaque édition de son journal quotidien. Coincé dans cette existence étriquée, il s’adonne au cynisme et à la bouteille jusqu’au jour où son ancien travail le recontacte pour une « mission spéciale » auprès de l’un de ses anciens amis, Purdy. Milo part donc en quête de sa rédemption et s’engage à aider Purdy à dissimuler à son épouse l’existence d’un fils né d’un amour de jeunesse.
« Mais bon, si moi, j’étais un cas clinique d’adolescent toxique, « ce type », comme l’appelait Maura, était un vrai désastre. Seulement c’était mon père, soit une version adulte de moi-même – du moins, c’est ce que je pensais. Les rares fois où nous allions au bowling ou que nous laissions cramer nos tartines ensemble, ou encore le jour où il m’avait appris à changer une roue sur la Dodge dont il disait qu’elle serait un jour mienne ; ces fois-là représentaient, pour reprendre une métaphore financière tout droit tirée du monde de Purdy, les liquidités émotionnelles de ma jeunesse. ».
Devant affronté ses démons et sa rage, Milo se retrouve engagé à la poursuite des résidus de ses rêves de jeunesse et d’une sérénité familiale plus fantasmé que réelle. Cette quête existentielle passe par l’abandon complet de la moindre parcelle d’estime de lui-même qu’il aurait pu avoir et de ses idéaux anticapitalismes. Nul ne peut se mesurer à la machine à broyer qu’est la société et s’en sortir indemne. Milo va en faire l’expérience de manière douloureuse et ses vaines tentatives de reconstruction sur les cendres de son existence ne vont pas se révéler des plus concluantes.
« J’ai commencé à envoyer mon CV un peu partout. Le cadavre du capitalisme était en état de décomposition, mais était-ce une raison pour paniquer? De toute façon, j’avais si peu de talents que j’aurais pu me caser n’importe où. Je ne constituerais jamais une menace pour mes collègues. C’était mon angle d’approche. ».
Roman de la désillusion, Demandes, et tu recevras, passe à la sulfateuse le rêve américain et les crises existentiels des quarantenaires pour en restituer une version hilarante et magique, portée par une écriture acerbe et cinglante qui propulse l’art du dialogue à son paroxysme.