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Et si le (mauvais) état de santé d’une population contribuait à déclencher des révolutions ? C’est la thèse de cet article publié par d’éminents trublions. Commentant à chaud, mais de façon très documentée, l’actualité politique, les auteurs analysent l’évolution de l’espérance de vie (EV) à la naissance des Ukrainiens depuis les années 30 :
1930, chute brutale de l’EV (sept ans pour les hommes, onze pour les femmes), attribuée à la famine «orchestrée» par Staline.
1938 : l’EV remonte, pour rechuter sévèrement de 1941 à 1945 (guerre). Il faut attendre le début des années 50 pour qu’elle dépasse 55 ans pour les hommes et 60 pour les femmes. Selon les auteurs, la répression du sentiment nationaliste ukrainien de l’après-guerre par Staline induit une mortalité accrue.
A partir de 1966, croissance lente, stagnant jusqu’à la dislocation de l’URSS en 1991. Durant toute la guerre froide, l’EV des Ukrainiens est superposable à celles des Russes et Estoniens.
1991 à 1996 : chute de l’EV des habitants des «nouvelles républiques indépendantes», dont l’Ukraine. Mais, alors qu’elle redécolle à partir de 1996 dans les Etats baltes, l’EV des Ukrainiens remonte plus lentement et sa courbe reste collée à celle de la population russe.
Commentaire : en Ukraine, la mortalité élevée (surtout chez les hommes) associée à une faible natalité provoque une crise démographique alarmante : en vingt ans, la population est passée de 52 à 46 millions et les hommes sont 3,6 millions moins nombreux que les femmes. Une analyse plus détaillée met en évidence un fort gradient géographique du taux de mortalité. Plusieurs facteurs l’expliquent : tabagisme, consommation d’alcool et disparité d’accès aux soins sont plus marqués à l’est du pays. Couplée à une situation économique déplorable (à la fin des années 90, le taux de pauvreté atteint 30% de la population), encore accentuée par la crise de 2008, ce cocktail explosif a contribué, selon les auteurs, à déclencher la nouvelle révolution ukrainienne. Car, plus encore que l’économie déficiente, c’est la faillite politique de l’Etat ukrainien qui plombe les indicateurs de santé du pays, le gouvernement étant incapable de mettre en œuvre des mesures de santé publique (lutte contre le tabagisme, l’alcool, les accidents de la route, les maladies cardiovasculaires...) basées sur les besoins réels de la population.
La santé des démocraties et celle des populations vont de pair, elles dépendent de l’économie et sont négativement corrélées au degré de corruption des Etats. Les auteurs en profitent pour souligner que l’Europe, qui soutient la jeune République ukrainienne, devrait prendre ces facteurs en considération pour aider le pays à redresser ses indicateurs de santé.