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SERMON POUR LA VIGILE DES APOTRES SAINT PIERRE ET SAINT PAUL. Sur le triple secours que nous recevons des saints.
1. Quand on célèbre les vigiles des fêtes de saints, il faut que l'homme spirituel veille s'il veut célébrer leurs fêtes en esprit et en vérité. Il y a, en effet, veilles et veilles, les unes sont les veilles des hommes charnels, les autres des spirituels. Les premiers préparent des habits plus riches et des festins plus somptueux, peut-être même dans leurs veilles, font-ils des oeuvres de ténèbres, se réjouissent-ils du mal qu'ils ont fait, et sont-ils heureux des pires choses du monde. Pour vous, ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, vous, dis-je, qui avez suivi le Christ, qui avez tout quitté, et qui devez considérer d'un oeil vigilant ce que signifie le nom même de vigiles. En effet, les vigiles sont instituées pour que nous nous éveillions si nous nous sommes endormis dans quelque péché, ou dans quelque négligence, et pour que nous nous hâtions de nous présenter devant les saints pour célébrer leurs louanges (Psal. XCIV, 2). Ce n'est pas ainsi que l'entendent les enfants du siècle, ce ne sont pas là les vigiles des hommes puissants à boire du vin, et vaillants à s'enivrer (Isa. V, 22), et qui s'endorment dans leurs crimes et leurs forfaits. N'oubliez point que ceux qui s'enivrent, s'enivrent la nuit, de même que ceux qui dorment, dorment durant la nuit (Thess. V, 7). C'est en vain qu'on fait retentir à leurs oreilles le mot de saintes veilles, ils aiment mieux dormir que veiller. Mais vous, vous n'êtes point les fils de la nuit ni des ténèbres, mais les enfants de la lumière et du jour, et vous ne voulez point que les jours de fêtes des saints vous surprennent et vous trouvent sans préparation.
2. Il y a donc trois choses à considérer attentivement dans les fêtes des saints : leur secours, leur exemple et notre confusion. Leur secours, attendu que le saint qui a été puissant quand il était sur la terre est plus puissant dans le ciel, où il est placé sous les regards de son Dieu. Si, pendant le cours de sa vie mortelle, il eut pitié des pécheurs et pria pour eux, à présent il tonnait d'autant plus complètement nos misères qu'il les voit sous un jour plus vrai, et il prie son Père pour nous; la patrie bienheureuse n'a point changé, mais augmenté sa charité. Il n'a pas cessé de compatir à nos maux, pour avoir cessé de les endurer, il a plutôt pris des entrailles de miséricorde depuis qu'il est à la source de la miséricorde. Il y a une autre cause qui presse encore davantage les saints de s'intéresser à nous, c'est que, selon le mot de l'Apôtre, Dieu a réglé, à cause de nous, qu'ils ne jouiront point d'un bonheur consommé avant nous. En effet, le saint roi David a dit : « Les justes sont dans l'attente de la justice que vous devez me rendre (Psal. CXL, 8). » Nous devons, en second lieu, fixer nos regards sur leurs exemples, car tant qu'ils ont vécu sur la terre, et conversé avec les hommes, on ne les vit s'égarer ni à gauche ni à droite; ils ne se sont point écartés de la voie royale qu'ils ne soient arrivés à celui qui a dit: « Je suis la voie, la vérité et la vie (Joan. XIV, 6). » Jetez les yeux sur l'humilité de leurs couvres, sur l'autorité de leurs paroles, et vous verrez alors comment ils ont brillé parmi les hommes par la parole et par l'exemple. Vous verrez quelles traces ils nous ont laissées à suivre, si nous ne voulons nous égarer. Car le Prophète a dit, avec une grande justesse : «La route du juste est droite, les sentiers où il marche sont droits (Isa. XXVI, 7). »
3. Mais prêtons encore un peu plus d'attention, et nous remarquerons notre confusion, attendu que les saints sont des hommes semblables à nous, passibles comme nous, et formés du même limon que nous. D'où vient donc que nous regardons, non point comme difficile seulement, mais comme impossible de faire ce qu'ils ont fait, et de marcher sur leurs pas? Soyons couverts de confusion, mes frères, et tremblons à ce mot; peut-être cette confusion nous rendra-t-elle la gloire, si la crainte engendre la grâce en nous. Oui, c'étaient des hommes, ces saints qui nous ont précédés, et qui nous ont si merveilleusement tracé la voie que nous les regardons à peine comme des hommes. Voilà comment les fêtes des saints sont pour nous une source de joie, parce que ce sont des patrons maintenant pour nous, et de confusion, parce que nous ne pouvons les imiter. C'est ainsi que notre joie dans cette vallée de larmes doit être mêlée avec un pain détrempé de larmes, en sorte que la tristesse se retrouve, non-seulement à la fin mais au commencement de notre joie, attendu que s'il y a pour nous une ample matière à nous réjouir dans les fêtes des saints, il y a aussi très ample sujet à nous affliger. « Je me suis son venu de Dieu, dit le juste, et j'ai trouvé ma joie dans ce souvenir, » mais il ajoute aussitôt : « Mon esprit est tombé en défaillance; je me suis senti plein de trouble, et je ne pouvais plus parler (Psal. LXXVI, 3 et 4). »
4. Si telles doivent être nos pensées aux vigiles des fêtes de quelques saints que ce soit, quelles ne seront-elles pas à la veille de la fête des saints et souverains apôtres? Il suffirait de la fête d'un seul pour inonder de joie la terre entière ; les deux fêtes ont été réunies en une seule, pour porter notre allégresse au comble, et pour qu'ils ne fussent point séparés dans la mort après s'être aimés comme ils l'ont fait pendant la vie. Qu'est-ce qui dépassa leur puissance, tant qu'ils furent e sur la terre? L'un avait reçu les clés du royaume des cieux, et l'autre l'apostolat des nations : l'un frappe de mort Ananie et Saphire d'un mot tombé de ses lèvres, l'autre donne tout ce qu'il donne au nom de Jésus Christ, et il n'est jamais plus fort et plus puissant que lorsqu'il est faible. Combien sont-ils plus puissants dans les cieux ces apôtres qui l'ont tant été sur la terre, et qui nous ont laissé de plus grands exemples que les hommes qui ont souffert la faim et la soif, le froid, la nudité et le reste, que rapporte Saint Paul (II Cor. XI, 27 et Hebr. XI, 26), et qui finirent par monter par un heureux martyre dans le royaume des cieux? En vérité, ils sont bien faits pour nous couvrir de confusion, ces saints que nous osons à peine regarder en face, car je ne parle point de les imiter. Prions-les donc de nous rendre propice leur ami qui est notre juge et notre Dieu, béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.