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22/07/2013
Noam Chomsky, un grand linguiste mais aussi un polémiste contesté
L'université de Genève, fidèle à sa politique d'"events" que constituent ses Grandes Conférences, lancée lors de son 450ème anniversaire, a cette fois-ci invité l'immense linguiste américain Noam Chomsky (après Arnold Schwarzenegger), un homme qui a aussi influencé la psychologie cognive. Chomsky a en effet été l'intellectuel le plus cité au monde entre 1980 et 1992; il est actuellement le 8ème intellectuel le plus cité et est détenteur de nombreuses distinctions, dont deux Prix Orwell !
Nul doute que cette invitation drainera vers l'alma mater un large public pour entendre, à défaut de comprendre (!), le professeur au MiT. Qui a aussi développé une réflexion théorique sur la politique économique des média, accusés d'être des "fabriques de consentement" au service de l'idéologie capitaliste hégémonique et belliciste des USA. L'aspect totalitaire de cette réflexion apparaît vite, car comment sinon rendre compte du fait que Chomsky lui-même est la preuve vivante que cette théorie connait des exceptions ? Au surplus, il n'est pas le seul dans son cas. L'animateur du Club suisse de la presse, qui profite de sa présence pour l'y inviter, fait aussi partie de ceux qui défendent de facto une conception libertaire de la liberté d'expression. Tout peut être dit, peu importe en définitive le rapport avec la vérité.
Sans compétence pour me prononcer sur la théorie de la grammaire générative et transformationnelle que d'autres, hors USA, critiquent (http://fr.wikipedia.org/wiki/Noam_Chomsky), j'aimerais ici mentionner que Chomsky est un Janus. Car à côté du scientifique, il y a le polémiste. Opposant à la politique étrangère américaine et donc, en son temps, à la guerre du Viet-Nam, à la politique menée par Israël (où d'aucuns le considèrent comme un traitre, même si lui-même se dépeint comme sioniste) à l'égard des Palestiniens, sceptique quant à l'implication de Al-Qaīda dans les attentats du 11 septembre et donc quant à la culpabilité de Ben Laden, assassiné à ses yeux, par Barack Obama, Chomsky s'est aussi singularisé comme un des signataires d'une pétition d'un négationniste américain en faveur du malheureusement célèbre négationniste français Robert Faurisson, l'homme qui nie l'existence des chambres à gaz.
À beau mentir qui vient de loin, diront pour l'excuser ses défenseurs. En écrivant, pour désamorcer la polémique suscitée en France par sa signature, que Faurisson était "une sorte de libéral (au sens américain du terme), relativement apolitique", décernant de la sorte un brevet d'honorabilité à un antisémite notoire, il aggrave son cas à mes yeux. Le premier amendement de la Constitution des USA, sur l'absolue liberté d'expression, n'excuse pas tout, et notamment pas le n'importe quoi. Surtout quand il ajoute que "sa prise de position est anodine". Le Pen, specialiste en détails de l'histoire, n'aurait pas dit mieux !
Je considère pour ma part que l'immense Chomsky a montré là ses limites d'analyste politique. Même si un autre classement le met au 4ème rang des personnalités les plus aptes à former un gouvernement mondial, juste derrière le Dalaï Lama (président), Mandela et Bill Cinton (http://fr.wikipedia.org/wiki/Opinions_politiques_de_Noam_Chomsky).