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Tourné aux États-Unis, entre le Montana et le Michigan, le film d'Arnaud Desplechin est adapté du livre du psychanalyste et anthropologue Georges Devereux, «Psychothérapie d'un Indien des plaines», publié en 1951. L'ouvrage relate l'analyse de Jimmy Picard, un Indien Blackfoot, traumatisé par les combats auxquels il prit part pendant la seconde guerre mondiale. Pionnier de l'ethnopsychiatrie, Georges Devereux a retranscrit son travail avec Jimmy Picard, séance après séance.
Comme souvent dans le cinéma de Desplechin, le récit s'ouvre sur l'exposition d'un conflit intérieur. Indien à la stature solide, Jimmy Picard est fragilisé, depuis son retour du front, par des troubles inexpliqués. Sa vue se brouille, son cœur s'accélère, son souffle devient court. Ces malaises le laissent hagard, paralysé par la terreur. Sa sœur, propriétaire du ranch où Jimmy travaille depuis son retour à la vie civile, l'exhorte à consulter des médecins, spécialisés dans les pathologies des vétérans. Mais le corps médical abdique face aux symptômes mystérieux que présente Jimmy. Son état, non imputable à un dysfonctionnement d'ordre neurologique, atteste d'un mal-être plus profond. En proie à une détresse aiguë, Picard multiplie les fugues de l'établissement où il est soigné, pour s'alcooliser plus que de raison. C'est finalement vers la psychanalyse qu'on l'oriente.
C'est l'histoire de cette rencontre que met en scène Arnaud Desplechin dans un beau film classique, dense, subtil, foisonnant d'idées de mise en scène et où se télescopent ses préoccupations habituelles: la névrose, le rapport complexe aux femmes, la judéité incarnée par Georges Devereux. Juif d'origine hongroise, né en 1908 en Transylvanie, l'anthropologue partage avec Jimmy Picard un génocide. L'un la Shoah, l'autre le massacre des Indiens d'Amérique. Le film n'aborde pas frontalement ces traumatismes, mais la culpabilité des personnages affleure au détour de scènes où la parole occupe bientôt tout l'espace.
Récit de guérison, puissant autant que sensible, «Jimmy P.» parle de ces blessures de l'âme qui obligent à redéfinir la notion volatile de folie. Dément, Georges Devereux l'excentrique (interprété avec fougue par Mathieu Amalric) l'est plus que son patient. Endossant avec sobriété le rôle de cette masse souffrante, soumis aux turbulences de son roman familial et de la grande Histoire, Benicio Del Toro forme avec Mathieu Amalric un duo, de prime abord mal assorti, mais des plus complémentaires à l'arrivée. – Sandrine Marques, Le Monde
Une seconde soirée Le divan du jeudi soir organisée par la Société Suisse de Psychanalyse avec la projection du film «Freud, passions secrètes» (réal. J. Huston, 1962) aura lieu le 23 mai, à 20h, au cinéma CityClub Pully.