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"Turkestan occidental", "Turkestan oriental": frontières réelles et frontières pensées en Russie, en Asie centrale et en Chine
Samstag, 6. Februar
15:00 bis 17:30 Uhr
Raum 104
Le monde russo-soviétique/postsoviétique et le monde chinois partagent une frontière de plusieurs milliers de kilomètres, aujourd’hui redécouverte des deux côtés par l’explosion des échanges commerciaux. Toutefois, dès le XVIIIe siècle, ce " verrou " convoité par la Russie comme par la Chine a été transformé en un espace frontalier par excellence. Les discours géopolitiques et les pratiques administratives et scientifiques des gouvernements nationaux russes et chinois ont voulu prouvé la légitimité du rattachement du Xinjiang à ses voisins septentrional ou oriental. Cependant, les réalités de terrain aussi bien géographiques qu’humaines sont souvent entrées en contradiction avec cette volonté politique.
Notre panel vise à démonter sur la longue durée – du XIXe au XXIe siècles – les rapports complexes existant entre les discours (géo-)politiques/philosophiques sur la nature des frontières du Xinjiang, les réflexions d’ordre stratégique/économique, les pratiques de délimitation de l’espace, la conduite des acteurs locaux, en particulier des groupes transfrontaliers, vis-à-vis des traceurs de frontières, ainsi que les multiples imaginaires idéologiques suscités par la fabrication de cette frontière.
Sur la base de plusieurs cas de figure, nous réfléchirons à l’imbrication complexe entre les frontières réelles et les frontières imaginaires dans l’Asie centrale sino-russe. A travers l’histoire de l’occupation russe de Kouldja en 1871-1881, nous expliquerons comment à la fin du XIXe siècle les élites périphériques et métropolitaines de l’empire russe ont conçu les territoires contigus à l’empire Qing, et examinerons les outils de stabilisation qu’elles ont tenté de mettre en action. Nous passerons ensuite en revue les théories sur le climat et les concepts sur la " civilisation ", la " barbarie ", la nation et l'ethnie, afin de comprendre comment les frontières physiques et culturelles se chevauchent dans les débats scientifiques. Nous décrirons enfin la situation politique actuelle, notamment le long de la frontière sino-kazakhstanaise. Dans notre analyse du processus de trans-nationalisation, nous prendrons en compte la dissociation qui sépare l’Asie centrale chinoise des cinq États centrasiatiques devenus indépendants en 1991.
Nous privilégions donc une approche systématiquement transfrontalière et comparative. Le point fort de notre analyse est de réunir conceptuellement l’Asie centrale russo-soviétique à l’Asie centrale chinoise – le Turkestan russe et le Turkestan chinois de l’époque impériale. Ce regard simultané sur les deux côtés d’une frontière qui semble séparer deux mondes de manière étanche montrera toute l’efficacité de la démarche.
Verantwortung
Moderation
ReferentInnen
Referate
- Pourquoi Kouldja n’est pas devenu russe ? Exemple d’une utilisation de la théorie des ‘frontières naturelles’ lors de la conquête russe de l’Asie centrale aux XIXe-début du XXe siècles
- Au-delà de la frontière scientifique, la frontière du réel en Asie centrale chinoise
- Frontière réelle et frontière phantasmée. Enjeux politiques et perceptions identitaires de la frontière chinoise dans l’Altaï russe et kazakh
- Postes frontaliers et passeurs culturels entre Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan) et Chine