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La médecine s’intéresse, de façon croissante, aux différences éventuelles relatives à la prévalence et la sévérité de pathologies et aux modalités de leur prise en charge chez les femmes et chez les hommes. Ces différences peuvent résulter de particularités liées au sexe, d’une part, au genre (gender des auteurs anglo-saxons), d’autre part. Les particularités liées au sexe concernent des caractéristiques physiologiques immuables, par exemple la sécrétion d’œstrogènes chez la femme contrastant avec la sécrétion de testostérone chez l’homme. Les particularités liées au genre, elles, concernent plutôt des habitudes sociologiques susceptibles d’évoluer au cours du temps, comme la femme restant au foyer et fumant moins que l’homme, une habitude considérée comme la règle jadis mais révolue actuellement.
Les femmes ont trop longtemps été les « oubliées » des maladies cardio-vasculaires, en général, et coronariennes, en particulier. En effet, pour des raisons liées à la fois au sexe et au genre, elles ont été exposées à un risque nettement moindre de maladies coronariennes que leurs congénères masculins. La différence est évidente avant l’âge de 50 ans (c’est-à-dire avant la ménopause, période où les femmes sont protégées par les œstrogènes naturels), alors qu’elle tend à s’estomper au-delà. Aussi, la médecine s’est-elle plutôt intéressée à des campagnes de prévention du cancer, celui du sein et du col utérin essentiellement (stratégie de prévention de type « bikini » !), plutôt qu’à des campagnes de prévention cardiovasculaire. Si l’on interroge les femmes, elles disent craindre bien davantage le cancer, surtout du sein, que la survenue d’un infarctus du myocarde. Pourtant, les femmes qui décèdent d’une maladie cardiovasculaire sont maintenant deux fois plus nombreuses que celles qui décèdent d’un cancer, quel qu’il soit, et la proportion par rapport à celles qui meurent d’un cancer du sein est de 10 sur 1 !
Si les femmes avant la ménopause sont moins exposées à la maladie coronarienne que les hommes, le risque de décéder d’un infarctus, lorsque celui-ci survient, est plus grand dans le sexe féminin que dans le sexe masculin. Par ailleurs, il a été montré que les femmes ayant survécu à un premier infarctus ont un risque plus élevé de présenter une récidive dans les années qui suivent lorsqu’elles sont comparées aux hommes. Ceci s’explique sans doute par des particularités physiologiques liées au sexe, comme par exemple des différences dans la topographie et le type de lésions des artères coronaires. Par ailleurs, les femmes ont tendance à minimiser l’impact d’un éventuel accident vasculaire et, pour diverses raisons sans doute, adhèrent moins volontiers aux programmes de revalidation qui leur sont éventuellement proposés. Mais, hélas, cela trouve aussi son explication dans des différences sensibles « hommes-femmes » en ce qui concerne l’intensité de prise en charge par les médecins. En effet, les enquêtes révèlent que le corps médical dépiste moins les facteurs de risque cardiovasculaire (comme l’hypercholestérolémie), pratique moins d’explorations coronaires (comme des tests d’effort ou des coronarographies), recourt moins à des procédures invasives (par exemple : angioplastie avec mise en place d’endoprothèses), propose moins des programmes de revalidation coronaire ou encore prescrit moins de traitements médicamenteux cardioprotecteurs (statines, antiagrégants plaquettaires, bêtabloquants, inhibiteurs du système rénine-angiotensine) chez les femmes que chez les hommes.
Les habitudes sociologiques ont fortement changé au cours des deux dernières décennies et les femmes sont maintenant beaucoup plus exposées au risque du tabagisme et du stress professionnel qu’auparavant, notamment les femmes jeunes, ce qui devrait contribuer à atténuer la différence observée dans les prévalences de la coronaropathie entre les deux genres, avant l’âge de 50 ans. Par ailleurs, l’espérance de vie en constante augmentation fait que de plus en plus de femmes sont exposées aux maladies cardiovasculaires, notamment cérébro-vasculaires, constat expliqué en partie par une prévalence importante d’hypertension artérielle.
Au vu de tous ces éléments, il convient que le corps médical change ses attitudes dans la prise en charge des femmes vis-à-vis des maladies cardiovasculaires. La première étape, scientifique, consiste à davantage réaliser des études prospectives spécifiques chez les femmes. En effet, la plupart des grandes études cliniques publiées dans le domaine cardiovasculaire ou bien ont exclu les femmes, ou bien n’en ont incorporé qu’un nombre assez limité dans leur recrutement. Combler cette lacune permettra de mieux définir les règles optimales de prévention et de prise en charge de la maladie coronarienne et de l’accident vasculaire cérébral dans la population féminine. La seconde étape, pragmatique, doit viser à ce que les médecins de terrain ne fassent plus d’ostracisme vis-à-vis des femmes dans la façon de les protéger, de les explorer et de les traiter pour ce qui concerne les maladies cardiovasculaires, en général, et coronariennes, en particulier. De grâce, n’oublions plus le cœur des femmes et attachons nous à le protéger le mieux possible tout en tenant compte, bien entendu, de la spécificité résultant à la fois du sexe et du genre !