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C'est très exactement la définition de 'référendum'. C'est ainsi que fonctionne le système suisse qui est une démocratie et c'est étymologiquement inattaquable. En France, on planche en ce moment sur le sujet, sans trop savoir de quoi il s'agit. D'où un certain nombre de bêtises proférées. Pour les uns, qui ont vaguement entendu parler de ce qui se faisait dans un pays voisin, le nôtre donc, le référendum pourrait être un remède aux maux (et aux mots) de la France. Pour d'autres, c'est un ogre qui pourrait bouffer ce qui reste de libertés dans leur pays.
Un des arguments des adversaires, c'est que le peuple peut se tromper. Ce qui est vrai, avec cette objection immédiate qui dit que les gouvernants peuvent aussi être dans l'erreur. Alors, que le meilleur gagne ? Ce qui est vrai, c'est que mener un État est une chose délicate qui se fait à tâtons. On essaye de faire au mieux et, en général, cela ne marche pas trop mal. La perfection serait évidemment la charia, estampillée Allah, qui lui ne se trompe jamais puisqu'il est la perfection. Mais notre vanité d'humains fait que nous préférons encore nous débrouiller tout seuls.
Une autre critique dit que l'appel au peuple, c'est ouvrir la porte au populisme. En mettant tout le péjoratif possible dans ce mot devenu maudit. En Suisse, l'appellation officielle est 'votation populaire'. Mais l'adjectif est remplacé par 'populiste' lorsqu'elle déplaît à la réaction. Cette malheureuse épithète n'a pas toujours été damnée. Elle a servi par exemple à définir 'une école littéraire qui cherche dans les romans à dépeindre la vie des hommes du peuple', c'est la définition du Robert, qui ajoute encore : 'importance donnée aux couches populaires de la société (en art, en politique, etc)' sans ajouter un péj. destructeur.
Un reproche qu'on fait aux Suisses, c'est leur peu d'enthousiasme à faire usage de cet excellent système qu'est le leur. Pensez, il n'y a qu'un Suisse sur deux qui prend la peine d'aller voter dans le meilleur des cas. On est à cinquante pour cent, rarement plus. Moi, je vois le verre à moitié plein. Qu'il y ait un Suisse sur deux qui prend la peine de se pencher sur la documentation qui lui est envoyée avant chaque votation, et cela peut prendre plus d'une heure, qui réfléchit sur la décision qu'il va prendre, qui va mettre cette décision à la Poste (déplacement quelquefois par temps froid), qu'il a ainsi le sentiment d'être modestement aux commandes, je trouve ça formidable. Être dans la bonne moitié, un motif de satisfaction citoyenne.
La France est supérieure en tout, c'est son ADN qui veut ça. Le meilleur système hospitalier, le meilleur système scolaire, le meilleur code du travail – 3'000 pages, qui dit mieux ? –, sans compter qu'elle a la plus belle avenue du monde, ni le Liechtenstein ni Saint-Marin ne lui arrivent à la cheville. Cette situation glorieuse a un inconvénient, elle l'empêche, la cas échéant, de demander conseil à des pays qui ont dans certains domaines une expérience qu'elle n'a pas. C'est dommage. Ainsi, notre modeste, par comparaison, pays se ferait un plaisir de lui montrer, exemples à l'appui, comment ça fonctionne, un référendum. Et malgré notre réputation, ça serait gratuit. Offre non limitée dans le temps.
Wir wollen sein ein einzig Volk von Brüdern,
In keiner Not uns trennen und Gefahr.
(Le Serment du Grütli, dans la version de Friedrich Schiller dans le drame Wilhelm Tell, en quelque sorte l'ancêtre de la votation populaire.)