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La construction d'une centrale hydroélectrique peut-elle être interrompue parce qu'elle menace l'habitat d'une espèce de plécoptères menacée? Un précieux biotope en plein milieu de la ville doit-il céder la place à un immeuble de seize appartements? Dans les deux cas, la biodiversité (loi sur la protection de la nature et du paysage, LPN) entre en conflits avec d'autres intérêts, comme le développement vers l'intérieur (loi sur l'aménagement du territoire, LAT) ou les besoins croissants en énergie. Il existe cependant une marge de manœuvre pour trouver des solutions: l'instrument de l'aménagement du territoire qu'est la pesée des intérêts permet de déterminer, d'évaluer et de pondérer tous les intérêts en jeu. Par la suite, le projet peut souvent être réalisé avec quelques adaptations.
Rôle clé et conflits potentiels
En tant que thème transversal aux interactions multiples, la biodiversité joue un rôle clé dans les questions de protection du climat et d'adaptation au changement climatique. Elle permet une adaptation à l'évolution des conditions environnementales ainsi que de faire face aux effets du changement climatique.
- Protection du climat (atténuation): Le rôle de la biodiversité dans la lutte contre le changement climatique est essentiel. Les forêts, les tourbières et les autres habitats naturels qui présentent une grande biodiversité sont d'importants réservoirs de CO2. Ces écosystèmes contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
- Adaptation au changement climatique: La biodiversité augmente la capacité de résistance des écosystèmes aux changements et aux influences externes. Une plus grande diversité d'espèces végétales et animales est plus à même de réagir à des conditions changeantes, en raison des différentes stratégies d'adaptation développées. Cette diversité augmente donc la résilience des écosystèmes et leur permet de se régénérer plus rapidement.
Cependant, le potentiel de conflit s’accroit également avec l’augmentation de la biodiversité, en raison des nombreux intérêts différents en jeu. Dans certains cas, de précieuses synergies peuvent toutefois émerger.
Jardins potagers inscrits dans un périmètre environnant à l'ISOS
La commune valaisanne d'Ernen, avec ses 540 habitant-es, montre de manière exemplaire comment la biodiversité peut être encouragée dans un paysage culturel unique, en synergie avec l'utilisation agricole et la protection de la nature. Et cela tout en protégeant la culture du bâti, en accord avec les exigences de l'ISOS.
Ernen est connue pour ses jardins potagers traditionnels au cœur du village. Trente-sept parcelles, dont certaines de moins de dix mètres carrés, forment «dr Gross Garten». Elles sont cultivées depuis des générations par les habitants. Les variétés anciennes y sont dominantes et on y a renoncé à l’usage de pesticides ainsi que d’engrais chimiques. Les jardins appartenant à des particuliers ne sont pas seulement une source importante de fruits et légumes frais, ils constituent aussi des lieux riches de biodiversité. Les nombreuses espèces de plantes sauvages et cultivées fleurissent en harmonie et offrent un habitat et de la nourriture à d'innombrables insectes. Le potager ne contribue pas seulement à la diversité génétique et à la protection du patrimoine culturel, il est également un lieu social et de rencontre: on s'y entraide et on s’échange des légumes, des semences, etc.
Cette intégration d’aspects environnementaux dans les pratiques d’agriculture urbaine au sein d’un périmètre environnant inscrit à l’ISOS est remarquable. L'accent n'est pas seulement mis sur la protection de l'environnement naturel, mais aussi sur l'utilisation durable des terres. Les prairies sont pâturées de manière extensive et les murs de pierres sèches, les haies et les bandes fleuries offrent un habitat naturel diversifié.
Plan directeur intercommunal dans le Binntal
Ernen forme avec Binn, Bister, Blitzingen, Grengiols et Niederwald le parc naturel régional du Binntal. En raison de sa grande valeur naturelle, paysagère et culturelle, le Binntal est inscrit à l'Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d'importance nationale (IFP). Les six communes du parc ont élaboré ensemble un plan directeur intercommunal dans le cadre d'un projet-modèle de la Confédération (2014–2018). Il définit des axes de développement stratégiques pour l'urbanisation et le paysage et constitue la base d'un développement vers l'intérieur avec une culture du bâti de qualité, dans lequel les objectifs de protection – et donc la promotion de la biodiversité – sont harmonisés. L'instrument de planification est contraignant pour les autorités et constitue une base importante pour un développement territorial durable.
Approche bottom-up dans la plaine du Laveggio
Dans le Mendrisiotto, au sud du Tessin, le Parco del Laveggio est un exemple remarquable de promotion de la biodiversité à grande échelle. Dans le passé, l'industrie, les lignes électriques et les habitations marquaient la plaine le long de la rivière Laveggio. Actuellement, une toute nouvelle infrastructure est en train de voir le jour: une infrastructure écologique. Des habitats fragmentés sont reconnectés, les martinspêcheurs et les libellules retrouvent leur place, et la population profite d'un espace de détente de qualité.
C'est le mouvement citoyen «Cittadini per il territorio» qui a initié cette démarche comprenant jusqu'à présent 28 projets individuels. Il réunit la population, les administrations et le monde politique, et s'engage pour la protection du paysage et de la nature. Le plan directeur cantonal et le projet d'agglomération du Mendrisiotto intègrent la vision du Parco del Laveggio , avec comme élément clé la participation de la population.
Jardins de pierre et arbres protégés
La promotion de la biodiversité est toutefois aussi possible sans l’existence préalable d’un projet modèle, d’un centre de village pittoresque ou de citoyens engagés. Des mesures pour la protection du climat intégrées dans des processus de planification sont généralement bien acceptées par la population lors de votations ou d'assemblées communales. Plusieurs exemples le montrent:
- Bubendorf BL: Cette commune bâloise interdira prochainement les jardins de pierres. L'assemblée communale s'est prononcée en ce sens. L'article 35 sur l'aménagement des espaces extérieurs dans le règlement des zones prévoit que les "surfaces empierrées sans valeur écologique" ne soient plus autorisées, à l'exception de mesures visant à la protection des façades.
- Canton de Fribourg: Des températures plus élevées et des vagues de chaleur plus intenses nécessitent une bonne couverture arborée. Les arbres réduisent les pics de chaleur de plusieurs degrés et constituent une plus-value pour la société et la biodiversité. Dans le cadre du plan climat cantonal, le Service des forêts et de la nature du canton de Fribourg a donc révisé le guide destiné aux communes pour la planification de leur patrimoine arboré et a établi une liste d'essences adaptées au climat.
- Canton de Bâle-Ville: dans la ville de Bâle, les arbres d'un diamètre supérieur à 90 centimètres sont déjà protégés depuis 1960 par le règlement sur la protection des arbres (en dehors de la zone protégée indiquée sur le plan de zones).
La pertinence des indices?
La pertinence d'établir un indice de verdure ou un indice de constructions souterraines dans un règlement sur les constructions et l’aménagement du territoire au niveau communal dépend des besoins et objectifs spécifiques de la commune ainsi que du cadre juridique.
Il n'existe pas de solution unique. Seule une approche différenciée permet de trouver des solutions adaptées aux conditions locales et aux objectifs spécifiques d'une commune. La ville de Lucerne a, par exemple, déjà introduit un indice de constructions souterraines dans son règlement sur les constructions et l’aménagement du territoire. La disposition correspondante concernant les aménagements extérieurs précise ainsi que dans la zone à bâtir à ordre non contigu, le 40 pour cent de la surface qui n’est pas comptabilisée comme surface constructible doit rester libre de construction en-dessus, mais aussi en-dessous du sol. La stratégie d'adaptation au climat de la ville de Lucerne de 2020 stipule en outre que le sous-sol doit être pris en compte pour la protection des arbres.
Des synergies grâce à une planification minutieuse
L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) élabore actuellement des dispositions types pour les cantons et les communes, avec comme base la loi sur la protection de la nature et du paysage (art. 18b al. 2 LPN). Cette dernière oblige les cantons à veiller à la compensation écologique, c'est-à-dire à préserver et à promouvoir les habitats et leur mise en réseau dans les paysages exploités de manière intensive et densément peuplés. Au niveau communal, la ville de Zurich a par exemple défini l'entretien et la gestion de ses espaces verts et ouverts dans une ordonnance administrative. L'intégration de la biodiversité en aménagement du territoire et la prise en compte de l'interaction entre la biodiversité, l'adaptation au climat et la protection du climat est nécessaire et possible. En effet, l'aménagement du territoire offre une panoplie d'instruments permettant de relever les défis et d'intégrer efficacement la biodiversité. Il est donc important d’évaluer les intérêts et de planifier avec soin afin d'atteindre les objectifs fixés et de profiter de synergies.
Guide pratique pour les communes
Le canton du Valais encourage des approches innovantes en matière de promotion de la biodiversité. Il a élaboré en 2022 un guide pour les communes.