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Le Messie (Messiah selon le titre original anglais) comprend une vingtaine de pièces chorales, une quinzaine de récitatifs et autant d’airs pour solistes, deux pages orchestrales et deux duos vocaux, le tout totalisant quelque deux heures trente de musique. Loin de décourager les mélomanes, cette grande fresque musicale centrée sur le Christ s’est imposée du vivant de Haendel déjà comme l’une des œuvres les plus populaires jamais écrites dans le registre choral. L’ouvrage a été conçu en 1741, à une époque où l’intérêt du public londonien s’était détourné du théâtre lyrique italien au profit d’histoires bibliques narrées dans un style épique. Contraint de suivre les goûts de sa patrie d’accueil, Haendel a donc renoué avec le genre de l’oratorio qu’il avait déjà abordé au cours de ses années de jeunesse. Enrichissant le modèle italien de nombreux chœurs et d’une dimension dramatique inspirée de l’opéra, Haendel a ainsi créé de toutes pièces «l’oratorio anglais», genre à même de satisfaire tant les attentes d’un public bourgeois avide de propos moralisateurs que son amour du grandiose.
Le Messie est de loin l’œuvre chorale la plus célèbre de Haendel, mais occupe paradoxalement une place marginale dans sa production puisqu’il s’agit de l’un des rares oratorios haendéliens basés sur des textes sacrés. Le «livret» a été conçu par Charles Jennens, un riche gentilhomme écrivain à ses heures qui avait déjà fourni à Haendel les textes des oratorios Saül et Israël en Egypte. Pour Le Messie, Jennens a réuni des extraits de l’Ancien et du Nouveau Testament se référant à la Résurrection du Messie et à la Rédemption qu’elle opère. La narration directe n’y a que peu de place: l’œuvre est bien plutôt la mise en musique d’un immense sermon s’adressant à des auditeurs pour qui la lecture de la Bible était un exercice courant dans cette Angleterre du milieu du XVIIIe siècle.
Haendel a composé Le Messie à la fin de l’été 1741 en l’espace de trois semaines et la création a eu lieu au printemps suivant à Dublin, un centre musical et littéraire des plus actifs au XVIIIe siècle. Le succès de cette création irlandaise n’a pas eu de suite immédiate à Londres, des dévots ayant décidé de s’opposer à cette œuvre dont ils trouvaient le titre trop sacré pour être interprété dans un théâtre. Les choses se sont toutefois arrangées à partir de 1750, lorsque Haendel a pris l’habitude de diriger son oratorio dans la chapelle de l’une des fondations charitables chères à la bonne société londonienne. Le Messie a alors commencé une fulgurante carrière qui n’a fait que grandir, au même rythme que le nombre de participants réunis sur l’estrade. Haendel a par la suite plusieurs fois remanié la partition de cet ouvrage, en fonction des effectifs disponibles.