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26/10/2013
Nos adversaires nous qualifient souvent de jaloux, ou d'envieux.
Ces termes sont plutôt connotés négativement (et c'est évidemment d'ailleurs pourquoi ils nous qualifient ainsi), et je pense que beaucoup de militants ont peut-être du mal à faire la part des choses par rapport à eux.
Pourtant, la jalousie, l'envie, est légitime.
La société capitaliste, fondée sur la propriété privée des moyens de production, où une infime minorité possède des fortunes colossales tandis que la grande majorité trime au four et au moulin, est une société profondément inégalitaire.
Une société inégalitaire crée des situations évidentes où des individus de la grande majorité se retrouvent confrontés à des démonstrations de l'inégalité systémique, lorsque des représentants de l'infime minorité s'adonne à l'une ou l'autre de leurs activités de privilégiés.
Dans une telle situation, confrontés à l'expression concrète de l'inégalité sociale, les représentants de la grande majorité peuvent (pas de déterminisme ici s'il vous plaît) ressentir de la jalousie, ou de l'envie.
Quoi de plus naturel ?
Une société inégalitaire ne peut que produire de la jalousie et de l'envie à foison.
A partir de là, si la jalousie n'est que la production logique d'une société inégalitaire, de quel droit peut-on condamner la jalousie ?
Car avoir davantage qu'autrui, c'est être davantage libre qu'autrui.
La liberté n'est pas une notion abstraite, mais une notion au contenu, entre autres, positif : si je peux consommer davantage que x, alors je suis plus libre que x.
Être libre c'est, entre autres, avoir la capacité de se réaliser, et donc d'avoir la capacité de faire bien des choses.
Par conséquent, si certains sont moins libres que d'autres, et qu'ils en font l'expérience, on ne peut leur reprocher de ressentir de la jalousie.
La jalousie est donc légitime.
Mais la jalousie est une souffrance, un sentiment de peine devant une situation déplaisante, et c'est pourquoi nous devons supprimer les causes de cette souffrance, à savoir le caractère inégalitaire de la société capitaliste (ce n'est certes qu'une raison parmi tant d'autres).
L'égalité est une condition de la liberté. Mais l'égalitarisme pur n'est pas nécessaire, car il y a des écarts acceptables entre des situations différentes. En effet, tout le monde étant différent, il faut réaliser une société où « de chacun selon ses moyens, de chacun selon ses besoins ».
Enfin, oui, il faut admettre la possibilité que les riches ne vont probablement pas apprécier le fait qu'on les dépossède pour réaliser une société égalitaire. Mais l'expropriation des expropriateurs (des profiteurs), qui met fin à toute expropriation/exploitation future, n'est rien d'autre que la justice.