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Faculté des lettres, Université de Lausanne
Thèse en cours sous la direction de Vincent Barras, IHM, CHUV-Unil
Dans cette thèse en histoire de la médecine, j’étudie comment, dès la naissance de la psychiatrie moderne en France au tournant du XIXe siècle, le suicide devient un véritable objet médical. Cette étude concerne les théories médicales sur le suicide au XIXe siècle, et plus précisément de la dépénalisation de cet acte en 1791 jusqu’à la fin du Second Empire. Dès sa dépénalisation émerge un postulat selon lequel tout suicide constitue un acte de folie. Il ne s’agit donc plus de prouver une coïncidence entre le suicide et la folie, comme on le constate avant 1791, mais de faire de tout suicide un acte de folie. Mon objectif est d’étudier comment, selon quels critères, motifs, arguments et influences, la médecine mentale parvient à inscrire cet acte dans le cadre médical. Bien que la position médicale sur la pathologie du suicide se transforme au cours du XIXe siècle, cet acte continue à dépendre d’abord et avant tout de l’expertise médicale. À partir de là, j’essaie de montrer que les positions médicales et psychiatriques sur la pathologie du suicide sont déterminées autant par des développements médicaux (tout particulièrement en médecine mentale, en médecine légale et en hygiène publique), que par des influences sociales (morales et religieuses, politiques, économiques et médiatiques).
Cette thèse se base essentiellement sur une analyse de textes médicaux publiés et manuscrits (articles de revues spécialisées, dictionnaires de médecine, traités, mémoires pour des prix, thèses de médecine). Cette analyse permet de comprendre comment le suicide comme objet médical se construit au moment même où la psychiatrie se constitue en branche médicale à part entière. Dès lors que le suicide s’érige en objet médical, la médecine mentale reconsidère tout un ensemble de questions. S’agit-il d’une maladie, d’un symptôme, d’un acte libre ? Comment les aliénistes articulent-ils les causes physiques et psychiques aux causes sociales et morales ? Quel rôle la morale et la religion jouent-elles dans la théorisation médicale du suicide, et comment sont-elles intégrées dans la conception médicale et hygiéniste de cet acte ? Pour comprendre comment le suicide se transforme d’un crime à une psychopathologie chronique et une maladie sociale, j’aborde également les contributions déterminantes de l’hygiène publique et de la médecine légale. J’analyse enfin les différentes mesures préventives et thérapeutiques qui ont été élaborées au cours du XIXe siècle.