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Historique
CHAPITRE IV
Coutumes et emblèmes de la société'
A la Noble Abbaye des Echarpes Blanches, comme à la plupart des sociétés de tir de notre pays, se rattache un certain nombre d'us et coutumes, qui autrefois ont fait son originalité et qui aujourd'hui continuent à lui donner son cachet particulier.
A côté de ces coutumes, dont quelques-unes, hélas ! et parmi les plus touchantes, ont disparu, il y a les emblèmes - crosse, drapeaux et coupes - auxquels la société voue un soin jaloux et qu'elle est fière de pouvoir montrer les jours de fête.
Tout cela appartient à l'histoire des Echarpes Blanches, et constitue un vivant trait d'union entre le passé et le présent.
Nous avons groupé, dans un seul et même chapitre, ce qui a trait aux emblèmes de la société, ainsi qu'à l'uniforme.
Les armes de la société
Nous n'avons que fort peu de renseignements sur les armes de la société. Un seul cachet a été retrouvé. Il se trouve dans le cahier de comptes de 1746, au protocole de la reddition. Les armes sont fort simples. Elles présentent un mousquet et une crosse, passés en sautoir, accompagnés, au chef, d'une grappe de raisin, semble-t-il. On lit, sur la bordure du sceau
" LABBAIVE DE MONTREUX ".
Les drapeaux
Au cours de sa longue existence - bientôt 350 ans l'Abbaye des Echarpes Blanches n'a eu que six drapeaux. Sur les trois premiers, nous avons des indications fragmentaires, alors que pour les trois autres nous disposons de renseignements nombreux et précis.
Dans la requête qu'en 1627 ils adressaient à LL.EE. de Berne, les membres fondateurs des Echarpes insistaient déjà pour avoir leur propre drapeau. " Plaise à Vos Excellences, écrivaient-ils, de Leur donner une Enseigne neuve, tant pour l'exercice de dite Abaye que principalement pour leur dit Tirage en général, vu que celle de Chillon est entièrement gâtée, comme leur Magnifique Seigneur Baillif en attestera, ou bien de permettre de porter la leur (celle des tireurs de la paroisse) qui a Vos vrayes couleurs, et la Croix Blanche au milieu, ou soit qu'ils en puissent faire une neuve pour leur dite Abaye portant les couleurs d'icelle... " C'est à cette troisième alternative, on le sait, que s'arrêtèrent LL.EE., qui autorisèrent nos Montreusiens à se faire confectionner une bannière.
Il fallut, cependant, attendre 1634 pour la voir flotter, la première fois, en tête du contingent, à l'époque encore bien modeste.
Pour trouver la somme nécessaire à l'achat de ce premier drapeau -il revint au total à 130 florins - on dut lever une contribution spéciale de 4 florins par confrère. L'abbé Jacques Mury constitua un fonds qui, d'emblée, atteignit 114 florins, et avec le notaire Daniel Dufour et Pierre Masson, il se rendit chez un artisan de Genève, dont les offres, probablement, étaient intéressantes.
Comment se présentait-elle, cette bannière ? On l'ignore. Paul Henchoz pense, à tort ou à raison, que les armes de la société figuraient au moins sur l'une de ses faces et qu'elle devait avoir un caractère nettement militaire. Gràce à d'innombrables réparations, elle dura jusqu'en 1734, date à laquelle vraisemblablement sur la proposition du châtelain Dufour, abbé de 1732 à 1735, on entreprit d'en faire faire une neuve. Le 30 mars 1734, on livra à Monsieur Chiron, cadet, 52 florins 6 sols, pour l'achat de soie blanche et 13 florins 6 sols pour deux aunes de soie jaune. Maître Villard, qui se chargea de la façon, reçut 30 florins, alors que Lemp en touchait 20 pour la dorure. Quant au bois, il ne coûta guère que 7 sols 6 deniers. Il y eut toutefois divers autres petits frais dont 5 florins pour " arroser " Villard et Lemp lorsqu'ils livrèrent leur " chef d'oeuvre ", si bien qu'au total, l'opération s'éleva à 130 florins.
Elle eut la vie moins longue que la précédente. En 1787, elle était déjà si usée, que la majeure partie des membres décidèrent d'en acheter une autre. L'abbé fut chargé de " pourvoir au nécessaire ", " selon sa prudence ".
Le troisième drapeau fut terminé le 27 avril 1788 et revint à 220 florins. Aux deux artisans qui l'avaient confectionné, MM. Joyeux et Béranger, l'abbé Rosset fit, " vu leurs comptes modiques ", quelques politesses et leur offrit à boire et à manger chez le cabaretier Michaud.
A la séance du 12 mars 1820, l'abbé-président Jean-Daniel Dubochet signala à ses confrères du conseil, que le drapeau de la société était " dans un si grand état de délabrement " qu'il n'était plus possible " de s'en servir pour les parades ".
On chargea le lieutenant d'abbé Spencer Dufour, des Planches, de prendre tous les renseignements nécessaires auprès d'un confrère imprimeur à Lausanne, Emmanuel Vincent'. Ce dernier, auquel, semble-t-il, on donna " carte blanche ", s'occupa de faire confectionner le nouveau drapeau. Il coûta 146 livres et 8 batz et, d'après les renseignements que l'on a, ne devait pas présenter de différences essentielles avec l'ancienne bannière. Il appartint à Jacques-François Rosset, porte-enseigne récemment nommé, de l'étrenner à la parade du 25 mai.
Quarante ans plus tard à peine, le drapeau de 1820 commençait à être quelque peu " fatigué ". On le serait à moins, avec toutes les occasions qu'on avait eues de le présenter en public...
A la demande de plusieurs confrères, il fut amené à l'assemblée générale du 20 mars 1859, afin que la société " puisse délibérer, après l'avoir examiné, et proposer d'en faire un neuf, s'il y a lieu ".
La décision ne paraît pas avoir été longue à prendre, chacun estimant qu'une nouvelle bannière devait flotter à la parade de 1860. Le président et le caissier s'adressèrent au bon peintre François Bocion, qui avait plus d'une attache avec Montreux 2, et qui, au printemps de l'année suivante, déjà, soumettait quelques projets. L'assemblée générale du 11 mars 1860 retint celui qui portait " d'un côté l'emblème du Soleil avec cette légende autour : " Viva Concordia, Montreux ", et de l'autre côté un dessin représentant des anciens arquebusiers avec légende autour : " Société des Echarpes Blanches de Montreux, fondée en 1627 ".
L'honneur de porter, pour la première fois, le nouveau drapeau revint au sous-lieutenant Louis Mayor, de Bon-Port, qui fonctionnait à la Fête de 1860 comme enseigne.
On eut pour cette bannière, qui avait coûté la bagatelle de 600 francs, les soins les plus jaloux. C'est ainsi, par exemple, que l'assemblée décida, en 1865, que dorénavant " le drapeau de la Société ne serait plus porté le soir du jour de la célébration de la fête bisannuelle chez le vice-président, comme cela s'est pratiqué jusqu'à ce jour, mais qu'il serait soigné par l'enseigne et remis par l'Abbé-Président à son successeur à son entrée en fonction ".
Le drapeau de 1860 conduisit les Echarpes Blanches jusqu'en 1923, date à laquelle on en fit refaire un neuf.
En effet à la fin de l'année 1922, un membre du Conseil informait ses confrères qu'il avait pris l'initiative " d'engager quelques demoiselles dévouées à passer une souscription auprès des familles de membres de la Société en vue de doter l'Abbaye, d'un nouveau drapeau ".
Initiative particulièrement bien venue et à laquelle d'emblée chacun applaudit, la bannière de 1860 étant dans un tel état de vétusté qu'il ne valait plus la peine de la réparer. A la première séance de l'année suivante, le 31 janvier 1923, on nomma une commission qui, après avoir pris contact avec MM. Schmid, architecte à Veytaux, et Ravussin, conservateur du Musée, présenta son rapport. En voici les conclusions : le drapeau " qui sert actuellement est hors d'état de subir l'assaut des intempéries lors d'un cortège "... En conséquence " la Société doit absolument en faire confectionner un nouveau ", avec les caractéristiques suivantes : flammé sur les deux faces de bleu et de blanc, avec une large croix blanche au milieu. D'un côté, un écu en forme espagnole, parti d'azur et d'argent à trois étoiles, représentant les communes de Montreux, avec l'inscription suivante : " La Noble Abbaye des Echarpes Blanches de Montreux. " De l'autre côté, deux armes en sautoir, avec une cible et une couronne, portant sur les branches de la croix : " Patrie et Liberté " et " 1627-1923 ", " ce qui rappellerait, ajoute le rapport, à la fois le caractère suisse, cantonal et local de la société. "
A l'assemblée générale du 4 mars 1923, le projet de MM. Schmid et Ravussin fut adopté à l'unanimité, avec cette restriction, toutefois, que le drapeau ne serait pas flammé bleu et blanc, mais jaune et blanc, le jaune étant l'une des couleurs de Montreux. Par la suite, il y eut une modification encore : à la demande d'un confrère, on entoura, sur l'une des faces, le blason central du traditionnel soleil de Montreux.
Le projet définitif fut confié à la Maison Kurer, à Will, dans le canton de Saint-Gall, qui l'exécuta pour le prix de 1050 francs. La souscription entreprise par les " demoiselles dévouées " avait rapporté 426 francs.
Le nouveau drapeau fut inauguré à la fête du 9 juin 1923, M. Louis Blanc étant abbé-président.
Il faut dire un mot encore - nous n'avons que très peu de renseignements à son sujet - du " drapeau des cadets " que l'abbé fut autorisé à acheter, en 1828, " à aussi bon compte que possible ", au citoyen jeanPierre Dufour. Il figurait en tête du cortège des fils de confrères, ne faisant pas encore partie de l'Abbaye. Il existait également un " drapeau des demoiselles ", que l'on vit apparaître à quelques fêtes, porté par un jeune armailli
La crosse de l'abbé
(1760)
De tous les attributs de la Noble Abbaye des Echarpes Blanches, c'est certainement la crosse en argent de l'abbé qui est l'objet du plus de vénération. A juste titre, d'ailleurs, car, vieille de deux cents ans, elle perpétue, de fête en fête, l'autorité du président.
Cette crosse, du plus pur style Louis XV, a toute une histoire, qu'il convient de raconter, non sans rappeler que c'est un emblème que l'on retrouve dans d'autres " abbayes ", en particulier la Confrérie des Vignerons de Vevey.
Dans une conférence, qu'il avait donnée en 1938 aux Echarpes Blanches, Paul Henchoz faisait allusion à une petite légende, à laquelle, disaitil, bon nombre croient " dur comme fer ", et selon laquelle la crosse aurait été offerte à l'Abbaye par l'abbé Vincent Dubochet, dont le nom est gravé sur la douille, avec la date de 1760.
En fait, la crosse a une autre origine. La voici : Le 9 mai 1760, au Conseil général assemblé à Sâles, l'abbé-président Dubochet exposait que " Monsieur jean-Abraham, fils aîné de Monsieur le capitaine Hugonin de la Tour de Peyls, a représenté, qu'ayant appris que feu Noble Daniel Hugonin, de ditte Tour, duquel il est descendant, avait été membre de ditte Société, comme se void par les rolles, étant le 23ème. Il demande d'être incorporé en sa place ".
Le Conseil général, après avoir délibéré et sans être " entré dans le détail des raisons qu'on auroit à dire sur cette incorporation par succession ", recevait " pour membre et confrère " jean-Abraham Hugonin. Persuadé d'ailleurs des bonnes intentions de ce dernier, le Conseil général laissait à sa générosité le soin de fixer le prix de son incorporation.
Bien lui en prit, puisque, le 15 juin déjà, le lieutenant jean Chessex, en l'absence de l'abbé, informait le Conseil étroit que jean-Abraham Hugonin lui avait " fait connaître que son sentiment (lisez, son intention) est de faire une crosse d'argent. Il fallait examiner si le modèle de la vieille en est bon, sinon d'ordonner quel modelle il faudra prendre ; ce qu'ayant été réfléchi, on a dit qu'on ne préciserait rien là-dessus à Mons. Hugonin, si ce n'est qu'on le prierait de prendre un véritable modèle de crosse et on lui en présentera un que le juge Dufour a remis, pour cet effet, sur lequel il se conformera, s'il le juge convenable ".
A qui Hugonin confia-t-il la confection de la crosse ? Se conforma-t-il au modèle proposé par le juge Dufour ? On l'ignore, mais le 25 juillet, il offrait à l'Abbaye, réunie en assemblée générale, la nouvelle crosse d'argent. Voici le protocole de cette remise solennelle : " Monsieur jeanAbraham, fils aîné de Monsieur le Capitaine Hugonin de la Tour de Peyls, s'est présenté en l'assemblée de dite Société et exposé que pour témoigner sa reconnaissance de la bonté qu'on a eu de le recevoir pour confrère... sans lui fixer aucun prix, ni exiger quoi que ce soit de lui, il prie ladite société de recevoir une crosse d'abbé pour marque de sa reconnaissance. Ce qui a été accepté par ladite Société avec remerciements. "
Il est amusant de souligner que l'abbé Vincent Dubochet ne porta jamais, officiellement, la crosse marquée à son nom, puisqu'il quitta ses fonctions le jour même, où elle fut remise aux Echarpes Blanches. Relevons aussi que le généreux donateur fit graver sur la crosse, son nom et ses armoiries, telles qu'on les retrouve sur un vitrail, conservé au Musée d'art et d'histoire, de Genève.
Quant aux anciennes crosses, on peut dire avec certitude qu'il y en eut au moins trois. En 1700, on en fit faire une, qui était encore utilisée en 1760, chez Maître Pierre Magnin. Elle était en étain et de " meilleure façon et forme que la précédente qui s'estoit rompue pour n'estre que de bois simplement argenté ". Elle coûta 12 florins, 3 sols et 9 deniers. En 1710, il fallut déjà la réparer, les vis s'étant détériorées.
Les coupes d'abbés
Ce n'est qu'en 1901, à l'assemblée générale du 21 avril exactement, que l'on parla, pour la première fois, des coupes que les abbés, sortant de charge, auraient la possibilité de choisir en lieu et place de l'indemnité de deux cents francs, qui leur était allouée " pour les frais de réception ".
Un mois plus tard, la sous-commission nommée pour étudier cette proposition, présentait au Conseil deux esquisses de coupes, exécutées par M. Portmann, en marquant une nette préférence pour le projet dit " Montreux ", à la condition toutefois que les écussons des trois communes y figurent. Quelque temps après, M. Portmann apportait au Conseil ses projets, cette fois-ci " en modelage " et c'est à l'assemblée générale du 27 avril 1902 que la coupe " Montreux " fut choisie à l'unanimité. On passa, ensuite, une commande pour douze coupes en argent, à deux cents francs pièce, à M. Béguelin, bijoutier à Montreux, qui s'engagea à faire un " travail soigné, élégant et solide ".
Un contretemps allait toutefois bientôt surgir, le fournisseur ne pouvant livrer les coupes pour le prix fixé. Le Conseil, qui avait trouvé l'échantillon à son goût, accepta sans sourciller de payer quarante francs de plus par pièce. En juin 1903, il prenait livraison de la première douzaine. A part celle qui fut immédiatement remise à Alfred Chatelanat, abbéprésident de 1901 à 1902, elles furent toutes déposées à la Banque de Montreux.
Il convient de souligner ici, que l'attribution de la coupe à l'abbé sortant de charge ne fut codifiée que dans le règlement de 1949, disant à l'article 39 : " Ses fonctions (de l'abbé-président) sont rétribuées par Fr. 200.- en espèces ou par un objet d'art de même valeur, au choix de l'Abbé, l'Abbaye prenant à sa charge les frais de gravure. "
En 1924, le stock des douzes premières coupes était épuisé. Unanime, l'assemblée générale se prononça " pour le maintien des traditions " et le Conseil examina malgré l'augmentation du prix de l'argenterie, " quel souvenir, coupe ou channe, d'une valeur de 200 à 250 francs pourrait être attribué aux futurs abbés ".
Diverses offres, émanant de bijoutiers de la place ou de maisons étrangères, furent faites à la Société. Toutes, cependant, dépassaient largement ce que les finances, en cette période difficile, pouvaient faire. Aussi, se rangea-t-on sans difficulté à la proposition de remettre à l'abbé la rétribution statutaire de Fr. 200.- en espèces ou une pièce d'argenterie de même valeur.
Aujourd'hui, on pratique encore de la même façon. Et ce n'est que justice de témoigner un peu de gratitude aux abbés-présidents pour le dévouement dont ils font preuve pendant deux ans, à la tête de la société
Pantalon blanc ou pantalon noir ?
Un lien sur Les costumes vaudois
Contrairement à ce que l'on croit d'ordinaire, le costume que portent aujourd'hui les confrères - redingote noire, pantalon blanc et tube - est relativement récent.
Voici son histoire : après la guerre franco-allemande de 1870-71 et les expériences que l'on put faire pendant la mobilisation, il s'avéra de toute importance de réorganiser l'armée. Cette réforme fut entreprise dans le cadre de la Constitution fédérale de 1874 et eut, pour conséquence très indirecte... la nouvelle tenue de parade des Echarpes Blanches. En effet, il est dit, à l'article 151 de l'Organisation militaire de la Confédération suisse du 13 novembre 1874, qu'il est désormais " interdit de porter dans la vie civile des effets d'uniforme à l'ordonnance, ainsi que des insignes réglementaires d'un grade. La Confédération décrète les pénalités à appliquer en cas de contravention ".
Les confrères des Echarpes Blanches, qui avaient coutume de porter leur uniforme de soldat ou d'officier, le jour de la fête, durent se soumettre a cette impérieuse disposition fédérale et trouver une autre tenue.
Les discussions, à ce sujet, commencèrent à l'assemblée générale du 14 mars 1875, lorsque l'abbé-président eut exposé que " la nouvelle loi militaire... oblige la société à réviser ses statuts, dans leurs prescriptions relatives à la tenue pour la parade ". L'assemblée, reconnaissant l'urgence de cette révision, demanda sur le champ, au Conseil, d'étudier le problème et de présenter un projet.
Il fallut attendre jusqu'au 9 février de l'année suivante pour voir le Conseil se préoccuper de l'affaire. Il est juste de dire, à sa décharge, que l'abbé-président, Frédéric Vuichoud, avait préparé une " ébauche ", ce qui contribua grandement à activer les choses.
Le projet de règlement fut présenté à l'assemblée générale du 27 février 1876, qui l'adopta " dans son ensemble pour le fond et pour la forme ". Diverses modifications, cependant, devaient intervenir par la suite, notamment à l'assemblée générale du 30 avril, au cours de laquelle un membre demanda, que le pantalon noir, prévu par le règlement, soit remplacé par le pantalon blanc et, qu'au port de l'arme soit substitué le port d'une canne.
Après mûr examen de ces deux propositions, l'article 6 fut adopté, dans sa forme définitive : " Le jour de la Fête et pour la parade, les sociétaires devront se présenter revêtus des insignes de la société, savoir : chapeau noir de cérémonie ; pantalon blanc ; habit et gilet noirs ou bleus
et une écharpe en soie blanche, aux franges en or en sautoir.
Les membres du Conseil porteront en outre, comme signe distinctif, un brassard aux couleurs de la société. "
Quant à l'article 7, l'assemblée l'accepta ainsi rédigé " A l'exception du Conseil, tous les sociétaires se présenteront à la parade armés d'une carabine ou d'un fusil. Les membres du Conseil porteront une canne garnie d'un ruban jaune. Le Conseil aura la faculté de libérer du port de l'arme les sociétaires âgés ou infirmes. "
Depuis 1876 la tenue de parade des confrères n'a pas varié. Seules quelques modifications sont intervenues dans le port de l'arme, comme on va le voir.
La canne remplace le fusil
Le règlement de 1820 prévoyait, pour le jour de la parade, outre le port du fusil, celui de l'épée et de la canne, survivance sans doute de la " baguette " de 1700, qu'on décorait d'un ruban jaune.
En 1850, sur proposition d'un membre, l'épée disparut de la tenue réglementaire. Quant à la canne, on n'en parla plus guère que comme attribut des membres du Conseil et cela jusqu'en 1891.
A cette époque, profitant d'une révision des statuts, on proposa un allègement de poids, c'est le cas de le dire, en supprimant dorénavant le fusil pour la parade. La canne - garnie d'un ruban jaune - fut alors réintroduite pour tous les confrères.
On désigna une commission de trois membres " pour s'occuper de faire confectionner les cannes ", qu'on voulait toutes semblables. Et le ler juin 1892, l'assemblée générale admettait le principe selon lequel elles devaient être remises gratuitement aux sociétaires.
On passa une commande à un artisan de la place et lors de la fête de 1892 - comme nous le montre une vieille photographie - la Noble Compagnie, se rendant à Vernex chez l'abbé jules Dufour, inaugurait, non sans fierté, ses nouvelles cannes.
En 1900 et en 1908, on voit les Echarpes Blanches renouveler leur stock et en commander chaque fois une centaine pour le prix de quatre francs pièce.
Aujourd'hui, la canne qui doit être décorée d'un cordon jaune et blanc, ainsi que le précise l'article 22 des statuts, constitue encore l'un des principaux attributs des confrères.
La couverture mortuaire
Comme cela se faisait dans d'autres sociétés du même type, l'Abbaye des Echarpes Blanches prit très vite à sa charge les ensevelissements des confrères. A l'origine, cependant, elle n'avait pas de couverture mortuaire - les manuaux et les comptes parlent de " couverte ". On en empruntait une, selon les cas. Ce n'est qu'après l'épidémie de peste de 1669, épidémie qui fut particulièrement grave, que l'on se décida à en acheter une. Elle était fort simple et ne consistgit qu'en un morceau d'étoffe noire. Elle fut payée à M. Carrier deux ducats et sept batz.
Cette première couverture, qui fut inscrite à l'inventaire, par crainte sans doute de la contagion avec la couverture commune de la paroisse, dura jusqu'en 1689, date à laquelle on en acheta une nouvelle pour le prix de 42 florins, six sols. Elle était, sans être somptueuse, plus belle que la précédente, Mme Grenier l'ayant bordée de rubans.
Il y en eut d'autres encore, au cours des ans. En 1787, par exemple, il fallut en acquérir une, la vieille étant hors d'usage, mais pas suffisamment cependant pour que l'on ne songe pas en tirer parti : " Lorsqu'on sera nanti du drap mortuaire, lit-on dans le manual, le fiscal Vuichoud pourra prêter le vieux à quiconque le souhaitera, moyennant une finance qu'il exigera en pareil cas, dont il tiendra compte à la société. "
La société avait aussi son brancard, pour lequel il fallait, naturellement, des porteurs. Commencé sous le signe de la gratuité, ce service fut récompensé par une collation au retour du cimetière. Mais le fiscal avait parfois de la peine à recruter ses hommes, aussi décida-t-on de leur allouer un florin par ensevelissement, un florin qu'ils se partageaient entre eux. Suivant l'éloignement de la maison mortuaire au cimetière, qui fut jusqu'en 1817 autour de l'église 4~ il fallait quatre, six ou même huit porteurs.
L'usage selon lequel l'Abbaye prit en charge les ensevelissements de confrères se perdit peu à peu, dans la première moitié du XIX' siècle. Constatant cet état de choses, le Conseil décida, le 16 décembre 1854, de vendre, en en tirant le meilleur parti possible, le brancard et le drap mortuaire.
Jusqu'en 1805, les membres du Conseil assistaient, aux enterrements, vêtus d'un manteau noir. Par la suite, ils n'arborèrent plus, de même que les porteurs, qu'un ruban blanc au bras gauche.
Ajoutons qu'au début obligation était faite aux confrères d'être présents aux enterrements des membres des Echarpes Blanches. Ceux qui, pour une raison non valable, n'y prénaient pas part, étaient punis d'une amende.
La susceptibilité des porteurs
Le citoyen abé fait rapport que le jour de l'ensevelissement du confrère Pierre-Ferdinand Masson, de Chernex, le Conseil, avec les fiscaux et porteurs, se sont rendus, comme de coutume, dans la maison du défunt. Les parents, pour défaut de place suffisante, ont placé le Conseil dans une petite chambre, au second étage, et les porteurs, au premier, avec les parents. Les dits porteurs, outrés de se voir ainsi séparés, ont d'abord, à l'exception d'un, ôté leurs suédoises, mais mieux réfléchi les ont remises, conduite qui a été observée par les dits parents du décédé, dont l'un a porté plainte. L'assemblée trouve que connaissance de cette conduite sera donnée au Conseil général, qui sera invité à la désapprouver par une délibération. " (Séance du 8 août 1830.)
En 1742, l'abbé Daniel Chevalley, constatant que " ceux qui ont manqué aux ensevelissements des confrères décédés " étaient particulièrement nombreux, demanda à l'assemblée générale si l'on devait " exiger (d'eux) les amendes ou pas ".
" 1. Qu'on ne fera aucune attention au regard des deffauts passés.
2. Que pour l'avenir aucun des confrères ne sera tenu d'assister à de telles funérailles, excepté Monsieur l'Abbé et son Conseil avec les personnes nécessaires pour porter le deffunct, en fournissant la couverte de l'Abbaye. Pour cet effet, les porteurs auront la paye ordinaire. "
Quant à l'abbé et aux conseillers, ils avaient le droit de boire " quelques quarterons de vin sur le compte de l'Abbaye ", au retour du cimetière, ce qu'ils manquaient d'ailleurs, rarement de faire.