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«La liberté et le progrès dépendent de l’ordre de l’Etat-nation»
Beat Kappeler définit l’Etat comme «un ensemble de liens régulés d’une population par l’histoire et la volonté, sur un territoire délimité».1 Cela correspond aux trois éléments classiques d’un peuple, d’un territoire et d’un pouvoir étatique comme conditions prérequises pour tout Etat: une population vivant sur un territoire avec des frontières fixes et qui se soumet – en tout cas en ce qui concerne la Suisse – «par son histoire et sa volonté» (ou, selon Jean-Jacques Rousseau, par un «contrat social») à un pouvoir d’Etat, dont le contrôle suprême est exercé par le peuple lui-même, le souverain, dans l’Etat démocratique.
Kappeler explique la nécessité de l’Etat-nation ainsi: «L’Etat-nation est garant des droits fondamentaux, de leur imposition par les tribunaux, de la législation et des pensions de retraite, de l’organisation du territoire, de la politique sociale, de la formation, des infrastructures ainsi que de son approvisionnement et de la gestion des déchets.»
La tâche la plus urgente de l’Etat est donc la protection de la sécurité juridique et sociale de sa population – et non pas les intérêts de forces ou de trusts étrangers. En outre, l’Etat de droit souverain décide lui-même quels accords il veut conclure avec d’autres Etats: «Il [l’Etat-nation] effectue, ce qu’aucune organisation supranationale n’est capable de faire. Des réglementations supranationales ne sont nécessaires que si un Etat souverain exerce une influence sur d’autres nations.»
Raisons pour lesquelles le petit Etat de la Suisse est supérieur à une grande formation telle que l’UE
«La liberté des citoyens et leur prospérité augmentent d’une manière disproportionnée avec la décentralisation et dans les petits Etats. Cela a été démontré tant historiquement que dans la pratique, à l’aide de la concurrence entre diverses solutions nationales ayant apporté le progrès. L’union d’un ‹regroupement de plus en plus étroit› en Europe, en tant qu’expression de l’ancienne tromperie [l’UE, un projet de paix], est un abus. En outre, elle supprime la concurrence des solutions, c’est-à-dire le progrès.» Selon Kappeler, pour une coexistence réussie, il faut également la «solidarité» des citoyens. Celle-ci ne correspond cependant pas à l’«assistance complète par l’Etat-providence», mais à une situation où «chacun contribue selon ses forces, et non pas le profit de certains par le financement des autres».
Un tel principe de solidarité fonctionne dans une communauté à petite échelle – notamment au niveau communal – beaucoup mieux qu’avec une distribution à tout va de milliards provenant des divers fonds bruxellois. En Suisse, il est également nécessaire de contrôler soigneusement par exemple la légitimité de la perception des prestations sociales telles que les rentes d’invalidité ou les allocations de chômage afin d’empêcher autant que possible les abus aux frais des contribuables et payeurs des primes d’assurance. Dans un grand Etat centralisé ou un colosse bureaucratique tel que l’UE ce n’est guère possible.
Le progrès économique, sociétal et politique est étroitement lié à l’Etat-nation
L’excellente prise de position de Dani Rodrik dans la même édition du Schweizer Monat2 est spécialement réjouissante – pour un professeur d’économie à l’Université de Harvard et à la London School of Economics and Political Science ce n’est pas une évidence. Il est à juste titre d’avis que l’Etat-nation est indispensable justement dans un monde économique capitaliste et globalisé. Certes, «au sein de l’intelligentsia, il est rejeté […] comme étant majoritairement inapproprié – moralement insignifiant, voire réactionnaire – pour répondre aux défis d’un monde globalisé». Pour Dani Rodrik cela est une erreur fatale: «Une défense fondée de l’Etat-nation doit commencer par l’hypothèse que les marchés ont besoin de règles. […] Tout, ce qui va au-delà d’un simple échange entre voisins a besoin d’investissements en transport, communication et logistique, demande l’imposition des contrats, la mise à disposition d’information et des mesures contre l’escroquerie, un moyen d’échange stable et fiable, des arrangements pour la répartition sociale des gains et bien d’autres choses encore.» Selon Rodrik, les marchés nécessitent également des institutions pour «satisfaire les fonctions critiques concernant la régulation, la répartition, la stabilité monétaire et fiscale et le règlement de conflits. Jusqu’à présent ces tâches ont été remplies essentiellement par les Etats-nations».
Si ces exigences ne sont pas remplies ou imposées par les différents Etats souverains, cela peut, comme nous le savons, avoir des conséquences terribles pour la population et les entreprises locales ne peuvent survivre, car il n’est pas possible de faire des affaires sans un minimum de sécurité juridique.
«Là, où les Etats-nations échouent, des effondrements économiques et des guerres civiles en sont les conséquences»
Si nous poursuivons ce raisonnement de Rodrik, cela signifie l’inverse: les grandes puissances couvrant délibérément par des guerres et le chaos des Etats fonctionnant bien, ne visent pas à faire prospérer le commerce international d’un Etat à l’autre, mais poursuivent d’autres intérêts (trafic d’armes et de drogues, accès à des ressources rares, accaparement de terres, etc.). Sur le territoire des Etats, dont les gouvernements, les parlements et les tribunaux sont affaiblis par des bandes paramilitaires et des chefs de guerre et ne peuvent plus faire respecter leurs droits, il y a beaucoup de place pour que les puissances et les entreprises étrangères puissent se servir à leur guise – en violant le droit national et international et les droits de l’homme fondamentaux. En revanche, les entreprises économiques voulant poursuivre un commerce honnête d’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre dépendent d’un Etat de droit fort.