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Dans le salon, un cendrier sur la table basse et un vaisseau spatial en plastique suspendu au plafond. «Ne touche pas à ça malheureux, ça vaut une fortune!» Cédric parlait d'une figurine trônant sur l'étagère du corridor (et dans son emballage d'origine). A côté, les clefs de sa Golf et une facture de gaz. Cédric était déjà un adulte. Un être humain banal, mais fonctionnel. Avec un travail, une vie sexuelle, un compte d'épargne.
Et un sabre laser en guise de dérouleur de papier toilettes.
Cédric est ce que l'on est obligé d'appeler un fan de la saga Star Wars.
Que son choix puisse parfois se porter sur un t-shirt «bébé Yoda» quand il entend «habille-toi bien, le resto est un peu chic», n'explique pas totalement (et étonnamment) pourquoi nous ne sommes plus amis.
Je n'ai jamais vu un seul épisode de La Guerre des étoiles. Que ce soit dans le désordre ou sous la contrainte. Et le fait que j'écrive La Guerre des étoiles, en français, sans que le sol ne se dérobe sous mon amour-propre, prouve déjà que mon existence a pu se façonner sans tous ces petits vaisseaux qui font «piou, piou, piou», dans l'espace et mon téléviseur. Pour moi, Star Wars, c'est un peu ce petit boulon bâtard dans le kit de montage d'un tabouret Ikea: je sais que ça existe, mais je n'en ai pas besoin.
Aucune animosité, ici. Encore moins d'aigreur intergalactique. Juste une nonchalante indifférence. Ou peut-être un doux scepticisme. J'assiste parfois, passivement fasciné, à des discussions enflammées. Par exemple à l’occasion de la sortie d'un nouvel opus. Ou d'une paire de baskets, en édition limitée, à l'effigie de la grande bestiole toute poilue. Il paraît d'ailleurs que ce Chewbacca «fait partie du noyau de rebelles qui ont restauré la liberté dans la galaxie». Je l'en félicite. Sur terre, ce n'est pas tous les jours que des libertés sont restaurées. Alors dans la galaxie.
Et puis, ce n'est pas bien grave si je ne suis pas très à l'aise avec l'idée d'avouer à son fils que l'on est son père, peu après avoir fait mumuse avec des néons colorés, le visage encastré dans un casque en forme de gland et la voix coincée dans une boîte de conserve. On est parfois plus courageux sur fond vert que dans la vraie vie. Et Freud, c'est has-been.
Enfin, si Harrison Ford a pu se construire une carrière crédible et sérieuse malgré son rôle dans le premier épisode en 1977, il n'y a aucune raison que je ne survive pas dignement à cet énième Star Wars Day.
Vous ai-je dit que le papier toilette se déroulait facilement autour du sabre laser? Au fond, Cédric avait raison. C'est peut-être aussi ça, restaurer des libertés.
Ambiance de finale, en début de soirée, au restaurant du Tennis du mail à Neuchâtel. Plus de deux cents personnes se sont données rendez-vous ici pour soutenir, en direct, Loris Triolo en finale de The Voice. L'enfant du Tennis club et la fierté locale. «Il est tellement humble et gentil, c'est mérité qu'il soit arrivé jusque-là», explique Franco, père de la meilleure amie de Loris.