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Gruyère par Zurlauben 1777 (graphica-antiqua.ch)
Autres vues aériennes de la Gruyère (1, 2, 3 )
La croupe rocheuse qui resserre la vallée de la Sarine, était prédestinée à la construction d'une forteresse féodale. Un tel ouvrage devait permettre de contrôler le cours supérieur de la rivière qui, ici, quittait la montagne pour arroser une région mise en valeur à partir du XIe siècle, après maints défrichages. Du haut de cette éminence, il était facile de surveiller la vaste plaine s'étendant en bordure des Alpes.
On ignore à quelle date fut fondée la maison comtale de Gruyères. L'origine du mot Gruyères, resp. Gruyère, demeure elle aussi obscure. La grue, emblème des armoiries et du sceau de la maison de Gruyères est apparu en 1221 déjà.
C'est en 1073 que le château fort est signalé pour la première fois. Font partie des plus vieux éléments encore visibles une tour de plan carré et la solide enceinte intérieure, dont les murs de quatre mètres d'épaisseur délimitent la cour du château. Par la suite, plusieurs bâtiments d'habitation furent adossés à ces murs. Ce secteur de l'ouvrage devait déjà être terminé au début du XIIIe siècle, peut-être même, dans sa majeure partie, avant 1200. Il semble que la partie orientale de la bourgade date elle aussi du XIIe siècle, du moins pour ce qui est du haut de l'agglomération, jusqu'à l'actuelle porte de SaintGermain. Des documents de 1195/96 font en effet état d'un marché auquel les comtes durent, après des différends avec l'évêque de Lausanne, renoncer en faveur de celui de Bulle.
La Savoie entra en scène au XIIIe siècle. Devenus ses vassaux en 1244, les comtes de Gruyères prirent part à plusieurs des guerres menées par leurs maîtres. Ce qui ne les empêcha pas de veiller aussi à conserver, et même à élargir leur propre territoire. Le témoin le plus marquant de l'époque de Pierre II de Savoie, c'est le gros donjon circulaire qui se dresse à l'angle sud-est du château. Datant des environs de 1250, il mesure 11,25 mètres de diamètre et se distingue par ses étages voûtés. Le mur d'enceinte extérieur aggrippé à la pente rocheuse abrupte a probablement été renforcé et surélevé à la même époque, ce qui permit l'aménagement de la large plate-forme du côté de la cour intérieure. Son secteur nord-ouest sert aujourd'hui de point de vue, celui de l'est est agrémenté depuis l'époque baroque d'un ravissant jardinet à la française. L'une des tours abrite la chapelle domestique citée pour la première fois en 1324.
Se fondant sur un document de 1221, plusieurs historiens pensent pouvoir f§xer à cette époque la fondation de la bourgade avancée et de son dispositif de défense. Aujourd'hui encore, l'attention est retenue par le quartier occidental de l'agglomération, où les ruelles légèrement courbes en raison de la topographie du site vont en se rétrécissant, par le Calvaire baroque dressé près de l'ancienne gabelle et par de remarquables demeures, dont plusieurs datent du Moyen Age finissant.
Les murs d'enceinte et le château furent encore remaniés aux XVe et XVIe siècles. Peu avant 1500, on entreprit le remaniement du corps de logis, l'imposante aile d'habitation délimitant le côté sud de la cour intérieure. Tous ces travaux tinrent largement compte de plusieurs demandes des châtelains, qui aspiraient à plus de confort. La décoration artistique ne fut pas négligée non plus. Et c'est sans doute aussi sous l'influence de la Renaissance italienne que virent le jour la tour d'escalier octogonale et les arcades qui de trois côtés longent la cour.
Les habitants de Gruyères en particulier surent, au XVe siècle, se faire octroyer quelques franchises. De leur côté, les comtes, aspirant à plus d'indépendance, conclurent un droit de combourgeoisie avec Fribourg et, aux côtés des Confédérés, participèrent aux guerres de Bourgogne. Ce qui, lors de la conquête du Pays de Vaud (1536) leur permit d'échapper à une occupation par les troupes bernoises ou fribourgeoises.
Les énormes frais occasionnés par diverses constructions endettèrent à tel point la maison comtale qu'en 1555, elle fit faillite. Son territoire fut partagé entre Fribourg et Berne. En particulier la Seigneurie d'Oron fut rachetée par Berne. Par la suite, les dispositifs de défense, en particulier les remparts dressés au nord de la ville, furent renforcés.
Comme nous l'avons vu, tous ces investissements coûtèrent finalement aux comtes leur propriété. Le dernier des comtes de Gruyères, Michel, termina sa vie en France, où il était chef d'une troupe de mercenaires.

Après avoir passé aux mains de Fribourg, qui jusqu'en 1798 fit administrer la Gruyère par un bailli, le château ne subit plus aucun remaniement d'importance.
Il fut restauré au XIXe siècle, alors qu'il était propriété de la famille Bovy. A cette occasion, des peintres tels que J.-B. Corot et Barthélemy Menn enrichirent les boiseries de quelques pièces de ravissants paysages, une attraction de plus pour les visiteurs.
Le château a été racheté en 1938 par le canton de Fribourg.
Bibliographie