Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07217.jsonl.gz/910

adresse:
Jean-Bernard ROUX
Professeur d'informatique et d'applications des mathématiques au
Collège de Saussure
Petit-Lancy, Genève, Suisse
email:
le prénom un point le nom l’arrobase puis edu.ge.ch
manifeste
contact
Je milite pour l'enseignement de l'informatique à l'école. Je considère qu'il s'agit bien là d'une discipline à part entière. L'informatique est à la fois une science qui étudie, à l'aide d'expériences, d'abstractions et de théories, les mécanismes fondamentaux du traitement de l'information et une discipline pratique qui vise l'implantation, logicielle ou matérielle, de systèmes informatiques efficaces répondant aux besoins complexes de la société moderne.
Alors qu'un physicien étudie un atome ou une étoile et qu'un biologiste travaille sur une cellule ou une plante, l'informaticien se concentre sur l'information, sur les moyens de la représenter et de la traiter ainsi que sur les machines et systèmes pour y arriver. Les principaux défis intellectuels sont la pensée algorithmique, la représentation des informations et la programmation. L'informaticien est donc à la fois créateur et metteur en scène tout comme un auteur de roman crée des personnages et les fait vivre sous sa plume. Ce qui explique, en partie du moins, la fascination dont font l'objet les ordinateurs.
L'informatique peut être vue comme une discipline très jeune, attractive sinon séduisante, et qui, sans conteste, est en pleine expansion. Une technique peut être comprise comme une forme primaire d'instrumentalisation de procédés. Une science, elle, se fonde alors à partir de la technique existante, en adoptant une posture disciplinaire : elle est démarche de connaissance dans le champ que la technique a ouvert. Une technologie, enfin, se forme par dérivation d'une science. C'est un savoir qui a été au préalable théorisé et qu'on place en situation d'utilité sociale. Elle est applications, par essence. Ces distinctions sont importantes.
Encore aujourd'hui, l'image stéréotypée de l'informatique se réduit injustement à une pratique organisée autour d'une machine et d'un humain en situation de résolution de problème. Or, cette image, qui doit beaucoup à la banalisation de l'informatique n'est que la partie médiatique d'une science à part entière qui articule des principes, des méthodes, des exigences et des valeurs de rigueur. C'est aussi une image appauvrissante dans la mesure où elle occulte plusieurs aspects d'une discipline dont la complexité grandissante se reflète dans sa pénétration dans presque tous les secteurs de l'activité humaine de nos jours. Cette image stéréotypée se retrouve dans les critiques adressées à l'école : j'ai été capable d'utiliser mon ordinateur tout seul pourquoi faut-il en faire un objet d'apprentissage?
L'école doit avoir le courage d'enseigner à ses élèves l'informatique en tant que science et ne plus se contenter de disciplines aux libellés ambigus et aux contenus divers. L'informatique fait partie de la culture générale et devrait être enseignée à tous les élèves, notamment la programmation et les algorithmes. Apprendre à résoudre un problème à l'aide d'un ordinateur est une activité pédagogique parfaitement formatrice.