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Résumé
En Suisse, l’incidence à 14 jours des cas confirmés de SARS-CoV-2 est de 313 pour 100 000 habitants, ce qui pourrait indiquer un léger recul de l’épidémie. En ce moment, les chiffres concernant les hospitalisations que nous observons sont stables. Tout aussi stable est l’utilisation globale des lits certifiés en soins intensifs, qui se maintient autour de 80% depuis 10 jours. D’une manière générale, des chiffres stables alors que la couverture vaccinale est en progression signifient que la charge de morbidité dans la population non vaccinée augmente. Par ailleurs, avec la variante B.1.1.7, qui est désormais dominante en Suisse, le risque d’hospitalisation est également accru. En comparaison de la deuxième vague de l’épidémie, la proportion de patient·e·s nécessitant une hospitalisation sur l’ensemble des personnes testées positives est d’environ 50% plus élevée dans les groupes d’âge non encore vaccinés. Par rapport à l’évolution de la pandémie jusqu’à présent, pour les personnes non vaccinées le risque d’apparition de la maladie et de souffrir de formes graves de COVID-19 reste à un niveau relativement élevé.
Les enfants de tous âges et les adolescents peuvent être infectés par le SARS-CoV-2 et le transmettre. Cliniquement, l’infection par le SARS-CoV-2 chez les enfants et les adolescents se présente dans la grande majorité des cas comme une infection légère des voies respiratoires supérieures. Parmi ceux qui ont été soumis à un test, 2 à 5% développent des symptômes plus graves. L’hospitalisation pour le COVID-19 est le plus souvent due à une surréaction immunologique inflammatoire systémique avec atteinte de plusieurs organes. Jusqu’à présent, une centaine de cas ont été recensés en Suisse, ce qui correspond à une incidence approximative d’environ 40/100’000 infectés. Des mesures de prévention appropriées doivent être systématiquement appliquées dans les écoles, a fortiori tant que les enfants et les adolescents ne peuvent pas être inclus dans les campagnes de vaccination. Les mesures visant à protéger les enfants et les adolescents du risque de séquelles à long terme d’une infection par le SARS-COV-2, tout en assurant la poursuite de leur éducation et de leur participation à la vie et aux activités sociales, revêtent une importance cruciale s’agissant de protéger cette génération des conséquences directes et indirectes de la pandémie.
Les enfants et les adolescents franchissent de nombreuses étapes de développement en peu de temps ; par conséquent, ils sont d’autant plus affectés par cette crise, qui touche presque tous les domaines de la vie. Dans toute la Suisse, les cabinets et les institutions psychiatriques pour enfants et adolescents fonctionnent à pleine capacité depuis l’automne 2020, et certaines sont surchargées. Cette situation exige un triage minutieux afin de garantir que les plus touchés parmi les enfants, les jeunes et les familles reçoivent l’aide adéquate en temps utile. Les symptômes psychiatriques de l’enfance sont souvent l’expression d’une surcharge de leur entourage social. Il est nécessaire de faire appel au travail de prévention pluridisciplinaire de tous les professionnels de l’enfance et de la jeunesse, et de le renforcer. La confiance dans le pouvoir du développement de l’enfant et la reconnaissance de l’apport considérable que fournit, depuis plus d’un an, la jeune génération en matière de santé de la population revêtent une importance particulière aujourd’hui. D’autre part, des affirmations sans fondement scientifique (par exemple, l’augmentation des suicides), inquiètent. Environ 15 à 20% des enfants et des adolescents luttaient contre des troubles mentaux considérables déjà avant la pandémie. Ils ont surtout besoin de soutien pendant la crise en cours et lors du retour à la «normalité de la vie de tous les jours».
Une étude récente menée en Suisse sur près de 3 millions de résultats de tests de dépistage du SARS-CoV2 confirme la stratification sociale de la pandémie dans notre pays. Cette étude a montré que les personnes dont la position socio-économique est plus basse selon l’indice suisse de voisinage étaient moins fréquemment testées, mais aussi que ces personnes sont davantage susceptibles d’être testées positives, de devoir être hospitalisées, d’être admises en soins intensifs, ou même de décéder des suites du COVID que les personnes se situant dans la partie supérieure de l’indice. Ces résultats confirment que nous ne sommes pas tous égaux face aux possibilités de nous protéger – ce qui souligne l’importance de nos efforts conjoints pour nous protéger mutuellement.
1. Situation épidémiologique
Différentes souches de SARS-CoV-2 circulent en Suisse ; parmi celles-ci, la variante B.1.1.7 est dominante. Les paramètres épidémiologiques généraux – nombre de cas, d’hospitalisations, taux d’occupation des unités de soins intensifs (USI), nombre de décès – donnent une vue d’ensemble sans faire la distinction entre les souches individuelles. Globalement, tous ces indicateurs montrent que l’épidémie est stable, voire éventuellement en léger déclin. La quantification exacte est difficile en ce moment en raison du changement de pratiques envers les tests et de l’avancement des vaccinations. Les données issues de la surveillance des eaux usées constituent un indicateur important, indépendant du changement de pratiques. Les analyses des eaux usées de six emplacements confirment les tendances épidémiologiques observées sur la base du nombre de cas.
1.1 Dynamique
Sur la base des données actuelles, nous estimons que la tendance de l’épidémie de SARS-CoV-2 est stable, voire éventuellement en légère baisse au cours de la seconde moitié du mois d’avril. La moyenne sur sept jours du taux de reproduction dans l’ensemble du pays est de 0,93 (0,81-1,06), ce chiffre reflétant le niveau de circulation du virus enregistré dans la semaine du 17.04 au 23.04.2021[1].
Les estimations sur une base journalière du taux de reproduction effectif Re pour l’ensemble de la Suisse sont de :
- 0,93 (intervalle de confiance, IC de 95%: 0,79-1,07) sur la base des cas confirmés (au 23.04.2021).
- 0,93 (IC 95% : 0,78-1,08) sur la base des hospitalisations (au 18.04.2021). Pour une comparaison sur la base des cas confirmés, le Re est estimé à 0,94 (IC 95% : 0,83-1,06) pour le même jour.
- 1,15 (IC 95% : 0,73-1,66) sur la base des décès (au 11.04.2021). Pour une comparaison sur la base des hospitalisations, le Re est estimé à 0,96 (IC 95% : 0,83-1,1) pour le même jour. Pour une comparaison sur la base des cas confirmés, le Re est estimé à 1,01 (IC 95% : 0,91-1,11) pour le même jour.
Les estimations pourraient être rectifiées en raison des décalages temporels des notifications et des fluctuations dans les données. Nous soulignons que les valeurs Re reflètent le niveau de circulation du virus qu’avec un certain décalage, car un certain laps de temps s’écoule entre l’infection et le résultat du test ou, éventuellement, le décès. Pour les valeurs Re basées sur le nombre de cas, ce délai est d’au moins 10 jours, et jusqu’à 23 jours pour les décès.
Notre dashboard permet de suivre la variation des chiffres pour le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès, stratifiés par âge[2]. L’effet de la campagne de vaccination est visible dans le groupe d’âge des plus de 75 ans, où nous observons un recul du nombre de cas, d’hospitalisations et de décès. Alors que le groupe des 75 ans et plus représentait environ 50% des hospitalisations lors de la deuxième vague, cette part s’est réduite à 20% environ. Les hospitalisations des moins de 65 ans sont passées, quant à elles, de moins de 30% lors de la deuxième vague à plus de 60% aujourd’hui.
Avec l’avancement de la vaccination, nous nous attendons à ce que, dans les semaines à venir, le nombre de reproduction basé sur les hospitalisations et les décès sous-estime la dynamique de la transmission. D’une manière générale, des chiffres stables alors que la couverture vaccinale est en progression signifient que la charge de morbidité augmente dans la population non vaccinée, et diminue dans la proportion de plus en plus importante de la population vaccinée.
En parallèle, nous déterminons la période de doublement ou de division par deux des cas confirmés, des hospitalisations et des décès au cours des 14 derniers jours[3]. Le nombre des cas confirmés a varié de -16% (IC : -6% à -25%) par semaine, le nombre d’hospitalisations de -10% (IC : 2% à -21%) et le nombre de décès de 19% (IC : 69% à -16%). Ces valeurs reflètent l’incidence de l’infection survenue il y a plusieurs semaines.
1.2 Chiffres absolus
Le nombre cumulé de cas confirmés au cours des 14 derniers jours est de 313 pour 100 000 habitants. La positivité est de 5,6% (au 30.04.2021, soit le dernier jour pour lequel seules quelques notifications tardives sont attendues).
Le nombre de patients COVID-19 dans les unités de soins intensifs s’est situé, au cours des 14 derniers jours, entre 183 et 197[4] personnes (la variation était de -1% (IC : 7% à -8%) par semaine).
Le nombre de décès confirmés en laboratoire au cours des 14 derniers jours s’est situé entre 4 et 11 par jour[5].
1.3 Nouvelles variantes
En Suisse, les variantes B.1.1.7 et B.1.351, initialement décrites au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, ont été identifiées pour la première fois au cours de la 51e semaine de 2020. La variante P.1 détectée à l’origine au Brésil a été identifiée pour la première fois en Suisse au cours de la sixième semaine de 2021. B.1.1.7 est maintenant la variante virale dominante et l’épidémie en Suisse est une épidémie B.1.1.7[6],[7]. La fréquence de B.1.351 et P.1 est actuellement inférieure à 1%. La variante B.1.617, décrite à l’origine en Inde, a été identifiée pour la première fois en Suisse au cours de la semaine 16 de 2021.
La variante B.1.1.7, qui a un taux de transmission plus élevé, est celle qui domine désormais. Des recherches menées au Royaume-Uni fin 2020 ont révélé que le taux de transmission de B.1.1.7 est nettement plus élevé que celui des souches de SARS-CoV-2 connues jusque là[8]. La caractérisation génétique d’échantillons aléatoires provenant de personnes testées positives en laboratoire en Suisse, ainsi que la caractérisation génétique systématique des échantillons dans le laboratoire de référence à Genève, permet de confirmer ce taux de transmission accru également sur la base des données suisses[9],[10] (43-52% sur la base de[11] (et 42-60% sur la base de[12]).
Le risque d’une évolution sévère due à une infection B.1.1.7 est observé dans plusieurs études. Une nouvelle étude[13] menée au Royaume-Uni suggère que la mortalité due à l’infection par B.1.1.7 est augmentée de 50%, tous les groupes d’âge confondus. Ce risque accru de B.1.1.7 est confirmé par d’autres études menées au Royaume-Uni[14],[15]. Les résultats d’une étude[16] menée au Danemark indiquent que, en cas d’infection par B.1.1.7, le risque d’hospitalisation est également accru. Par ailleurs, une nouvelle étude – qui toutefois ne porte que sur les personnes hospitalisées – ne constate aucune augmentation de la mortalité[17]. Dans une autre étude évaluant les données d’une «COVID symptom study App», aucun passage à des formes plus sévères n’a été observé avec la propagation de B.1.1.7[18].
Dans les données suisses, on observe une tendance à l’augmentation du risque d’hospitalisation lorsqu’un patient est infecté par B.1.1.7. En conséquence, avec la diffusion de B.1.1.7, les probabilités d’hospitalisation pour un résultat de test positif ont augmenté. Par exemple, une personne dont l’âge se situe entre 55 et 64 ans testée positive avait un risque de 4,3% (moyenne de 28 jours) de devoir être hospitalisée au 31.12.2020 (lorsque B.1.1.7 était encore peu répandue). Au 31.03.2021 (date à laquelle B.1.1.7 était dominant), le risque était de 6,75%[19]. Les autres groupes d’âge de plus de 35 ans ont connu une évolution similaire (dans les groupes d’âge plus jeunes, les chiffres absolus sont trop faibles pour permettre des déclarations fiables). Les chiffres de décès des suites d’une infection par B.1.1.7 pour la Suisse sont trop faibles pour que nous puissions exprimer notre avis au sujet de la situation dans notre pays.
On s’attend à ce que les vaccins à ARNm actuellement utilisés en Suisse soient également efficaces contre les nouveaux variants[20].
Sur la base des données issues de la caractérisation génétique, nous pouvons estimer la variation du nombre absolu de cas causés par B.1.1.7. Depuis début janvier, ce nombre absolu n’a cessé d’augmenter alors que les autres variantes ont diminué[21]. Dans l’ensemble, le nombre de cas a diminué jusqu’à la mi-février ; entre-temps, B.1.1.7 est devenu dominant et le nombre total de cas a à nouveau augmenté, atteignant à la mi-avril un pic de plus de 2500 cas par jour. On compte actuellement moins de 1500 cas par jour. Notre modélisation suggère que le nombre actuel de personnes présentant une immunité due à la vaccination ou à une infection antérieure sera encore trop faible au cours des prochaines semaines pour avoir un impact significatif sur la transmission du virus.
2. Situation actuelle dans les unités des soins intensifs
Au 29 avril, le nombre de patients COVID-19 hospitalisés dans les unités de soins intensifs est stable depuis 10 jours. L’analyse de tendance du 20.04., qui prévoyait une augmentation, n’a donc pas été confirmée. L’analyse de la tendance courte actuelle montre des conditions stables pour les prochains jours. Avec 875 lits certifiés par la Société suisse de médecine intensive, 697 patients se trouvaient dans l’unité de soins intensifs, dont 253 patients COVID-19 (ce qui correspond à 28,9% de l’ensemble des lits en USI). Par conséquent, le nombre de patients non-COVID-19 hospitalisés dans les USI est également resté stable par rapport à la semaine précédente. L’utilisation globale des lits certifiés en soins intensifs a cessé d’augmenter et s’est maintenue autour de 80% au cours des 10 derniers jours.
En ces derniers jours, des différences régionales sont apparues, entraînant des transferts de patients dans le cadre de la coordination nationale des lits de soins intensifs (SSC, SSMI, Rega). Les hôpitaux travaillent actuellement à plein régime pour traiter toutes les interventions prévues, qu’il s’agisse de cas aigus, urgents, ou de cas non urgents et éviter que se forment des files d’attente[22] ; cela a occasionné localement des surcharges, mais aussi des violations du principe de solidarité. Depuis, les interventions de la Société suisse de médecine intensive et du mandataire du Conseil fédéral pour le Service sanitaire coordonné ont permis d’apporter des corrections à ces situations.
Comparativement au début de la deuxième vague de pandémie qui a touché la Suisse en octobre/novembre 2020, les différences épidémiologiques suivantes se sont manifestées lors de la troisième vague depuis le début du mois de mars 2021, lesquelles peuvent très probablement s’expliquer par la pathogénicité de 50% plus élevée du variant B.1.1.7 et par l’effet protecteur de la campagne de vaccination actuelle.
- L’âge moyen des patient·e·s hospitalisé·e·s et dans les unités de soins intensifs est plus bas. Dans le groupe des plus de 75 ans, on enregistre une forte baisse tant sur le plan des taux d’infection que des besoins d’hospitalisation.
- Dans les groupes d’âge des personnes non encore vaccinées, depuis le 01.03.21, la proportion de patient·e·s nécessitant une hospitalisation par rapport à l’ensemble des personnes testées positives a augmenté d’environ 50% par rapport à la deuxième vague. Dans la tranche d’âge 50-59 ans, 4% des personnes testées positives ont dû être hospitalisées lors de la deuxième vague ; depuis le 01.03.2021, ce pourcentage est de 6%.
- Parmi les patient·e·s nécessitant une hospitalisation, actuellement une proportion plus élevée a besoin de soins intensifs. En octobre/novembre 2020, cette proportion était d’environ 15% de l’ensemble des patients hospitalisés, actuellement elle est plutôt supérieure à 20%.
Ces changements concernant le niveau de gravité de la maladie de COVID peuvent avoir les conséquences suivantes:
- La classification du risque d’infection grave par le COVID-19 se déplace vers des groupes d’âge plus jeunes. D’un point de vue clinique, il y a lieu de considérer la tranche d’âge 50- 60 ans comme étant également une population à risque, celle-ci ayant, en cas d’infection par le SARS-CoV-2, 6 % de chances d’être hospitalisée et 2 % de chances de nécessiter un traitement dans une unité de soins intensifs. Il faut donc viser un taux de vaccination supérieur à 75% également chez les plus de 50 ans.
- Le taux d’occupation des unités de soins intensifs par des patient·e·s COVID gravement malades peut devenir limitant même si le nombre de cas et d’hospitalisations est faible.
3. Enfants et adolescents
3.1 Épidémiologie, transmission et santé publique
Les enfants, quelle que soit leur tranche d’âge, ainsi que les adolescents peuvent être infectés par le SARS-CoV-2 et le transmettre (voir la Policy Brief de la TF publiée le 27 avril 2021[23]). Généralement, les symptômes du SARS-CoV-2 sont moins nombreux et plus légers chez eux que chez les adultes, raison pour laquelle ils sont moins fréquemment dépistés et plus souvent sous-diagnostiqués. Il n’a toujours pas été établi quelle est la relation exacte entre l’âge, d’une part, et de l’autre l’acquisition et la transmission du SARS-CoV-2. Plusieurs études sont en cours, y compris en Suisse, pour chercher à comprendre en particulier dans quel sens va la contagion entre les enfants et les adultes dans des clusters familiaux et scolaires. Certains éléments indiquent qu’il est urgent de procéder à davantage de tests sur les enfants de tous âges et sur les adolescents, ainsi qu’à des études longitudinales bien conçues dans les écoles et les ménages. Des mesures de prévention appropriées doivent être systématiquement appliquées dans les écoles.
Cela est d’autant plus important, étant donné que les enfants et les adolescents ne sont pas inclus dans les campagnes de vaccination, du moins pas dans un avenir rapproché. Les mesures visant à protéger les enfants et les adolescents du risque de séquelles à long terme d’une infection par le SARS-COV-2, tout en assurant la poursuite de leur éducation et de leur participation à la vie et aux activités sociales, revêtent une importance cruciale s’agissant de protéger cette génération des conséquences directes et indirectes de la pandémie. Ces mesures sont décrites dans une Policy Brief de la Task Force publiée en janvier 2021[24] et comprennent la distanciation physique, le port de masques pour les enfants de plus de 6 ans, une aération adéquate, le dépistage des enfants et adolescents symptomatiques, la mise en quarantaine rapide et ciblée des classes présentant des signes de transmission afin d’empêcher que le virus ne se propage plus loin. Parmi les autres mesures visant à protéger les enfants et les jeunes, citons la vaccination prioritaire des enseignants et du personnel scolaire, le port de masques dans les transports publics (y compris sur le chemin de l’école), la surveillance de la qualité de l’air dans les écoles (salles de classe, cantines, bureaux et tous les locaux) en ouvrant fréquemment les fenêtres et en utilisant des capteurs de CO2, la facilitation, dans la mesure du possible, des repas et d’autres activités en plein air et la consigne de rester à la maison pour les enfants présentant des symptômes, même légers. En outre, le public, en particulier les parents, les enseignants et les autres membres du personnel scolaire (direction, etc.), doit être conscientisé du fait que les enfants peuvent être infectés et qu’ils peuvent transmettre le virus à d’autres enfants et adultes. Cette sensibilisation est essentielle pour que les parents acceptent et soutiennent le dépistage régulier des enfants et d’autres mesures de protection, notamment la vaccination des enfants et des adolescents dès que des vaccins sûrs et efficaces seront disponibles pour ces groupes d’âge.
3.2 Maladies somatiques associées au COVID
Sur le plan clinique, l’infection par le SARS-CoV-2 chez les enfants et les adolescents se traduit dans la plupart des cas par une légère infection des voies respiratoires supérieures qui ne dure que quelques jours et s’accompagne de fièvre et de toux ; très souvent, elle est totalement asymptomatique (environ 30% de tous les cas testés). Ce n’est que rarement (2 à 5% des cas testés) que des symptômes plus graves évoluent vers une pneumonie manifeste, qui nécessite l’intervention d’un médecin pour un examen et un traitement. Les symptômes graves de la maladie qui requièrent un traitement en milieu hospitalier sont extrêmement rares. L’hospitalisation pour le COVID-19 est le plus souvent due à une surréaction immunologique inflammatoire systémique avec atteinte de plusieurs organes. Le syndrome connu sous le nom de PIMS – ou MIS-C en anglais – est plus fréquent chez les minorités ethniques (notamment d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine) que chez les Caucasiens. Jusqu’à présent, une centaine de cas ont été recensés en Suisse, ce qui correspond à une incidence approximative d’environ 40/100’000 infectés. La moitié de ces enfants et adolescents étaient si gravement malades qu’un traitement médical intensif était requis (environ 20/100’000 infectés). Au cours de la pandémie, deux décès de jeunes de moins de 18 ans ont été signalés en Suisse sur un total estimé à 250 000 infections par le SARS-CoV-2 chez les enfants et les adolescents.
3.3 Conséquences psychologiques et psychosomatiques associées à la pandémie[25]
Les enfants et les adolescents franchissent de nombreuses étapes de développement en peu de temps ; par conséquent, ils sont d’autant plus affectés par cette crise, qui touche presque tous les domaines de la vie. Une étude longitudinale allemande avec collecte de données menée il y a trois ans (c’est-à-dire avant la pandémie), en mai/juin 2020 (après la première vague) et en décembre 2020/janvier 2021 (pendant la deuxième vague) montre que les troubles comportementaux et l’hyperactivité ont augmenté chez les enfants pendant la pandémie, tandis que les adolescents souffraient plus fréquemment d’anxiété et de troubles psychosomatiques[26]. Les manifestations d’asthénie et les douleurs abdominales, en particulier, n’ont cessé d’augmenter chez les adolescents à mesure que la pandémie progressait. Les jeunes souffrent également de la forte restriction des contacts sociaux et des relations d’amitié entravées. Un quart des adolescents et un tiers de leurs parents font état d’une augmentation de la fréquence des disputes dans la famille. Dans une étude transversale menée en avril et mai 2020 en Allemagne, en Autriche et en Suisse, les enfants présentent principalement des comportements défiants et agressifs, tandis que les adolescents souffrent d’anxiété et de dépression[27]. Un faible niveau d’éducation, les conditions d’habitation (promiscuité) et un contexte migratoire, ainsi que le stress psychologique des parents sont associés à une psychopathologie très marquée chez les enfants. Un bon climat familial perçu comme tel peut tout à fait compenser ces facteurs de risque.
Une étude représentative des adolescents de 12 à 17 ans, menée dans toute la Suisse dans trois régions linguistiques de juillet à octobre 2020, a révélé que plus d’un tiers des répondants souffraient de symptômes d’au moins un trouble mental[28]. Les symptômes de TDAH, principalement les problèmes de concentration, étaient les plus courants, suivis par le trouble oppositionnel, l’anxiété et la dépression. De manière surprenante, les adolescentes ont été plus nombreuses à faire preuve d’un comportement irritable et oppositionnel que les garçons. En outre, une augmentation de l’utilisation problématique des médias a été relevée chez 30% des adolescents.
Dans toute la Suisse, les cabinets et les institutions psychiatriques pour enfants et adolescents fonctionnent à pleine capacité depuis l’automne 2020, et certaines sont surchargées. Cette situation exige un triage minutieux afin de garantir que les plus touchés parmi les enfants, les jeunes et les familles reçoivent l’aide adéquate en temps utile. Certains services ont déjà été adaptés et étendus en conséquence (par exemple, la création de services de groupe, des ressources supplémentaires pour l’intervention de crise).
Les symptômes psychiatriques de l’enfance sont souvent l’expression d’une surcharge de leur entourage social. De nombreux parents, enseignant·e·s, etc. sont eux-mêmes épuisés et parfois dépassés par la crise actuelle. Les espaces qui assurent la sécurité des enfants et des jeunes sont particulièrement défaillants dans des systèmes qui étaient déjà mis à rude épreuve avant le début de la pandémie. Il est nécessaire de faire appel au travail de prévention pluridisciplinaire de tous les professionnels de l’enfance et de la jeunesse, et de le renforcer. La confiance dans le pouvoir du développement de l’enfant et la reconnaissance de l’apport considérable que fournit, depuis plus d’un an, la jeune génération en matière de santé de la population revêtent une importance particulière aujourd’hui. D’autre part, des affirmations sans fondement scientifique (par exemple, l’augmentation des suicides), inquiètent. Environ 15 à 20% des enfants et des adolescents luttaient contre des troubles mentaux considérables déjà avant la pandémie. Ils ont surtout besoin de soutien pendant la crise en cours et lors du retour à la «normalité de la vie de tous les jours».
Dans l’ensemble, les données scientifiques sur la fréquence et la répartition des troubles psychiques chez les enfants et les adolescents en Suisse en général, et sur l’influence exercée par la pandémie actuelle en particulier, restent lacunaires et nécessitent des mesures et des études interdisciplinaires coordonnées au niveau national.
3.4 Mesures de protection
Selon les estimations, la séropositivité dans la population suisse se situerait à environ 20%[29] ; chez les enfants (<16 ans) elle atteindrait des niveaux analogues, selon les résultats de l’étude de séroprévalence de Genève[30]. On ignore toujours quelle est l’immunité nécessaire pour obtenir une immunité de population. En supposant que l’immunité de population est atteinte à 80% (ce qui semble compatible avec les observations faites à Manaus (Brésil) et les estimations du nombre de reproduction de base ainsi que l’avantage de transmission de B.1.1.7), jusqu’à 60% d’enfants supplémentaires entreraient en contact avec le virus s’ils ne sont pas vaccinés.
Jusqu’à présent, environ 350 des moins de 16 ans ont été hospitalisés. Si 20% de ce groupe de population a été infectée et est donc séropositif, et dans l’hypothèse où 80% au total seront infectés si nous ne vaccinons pas les enfants ou si nous les protégeons jusqu’à ce qu’ils aient accès à un vaccin, alors 60% supplémentaires des enfants risquent d’être infectés. Ainsi, selon ces hypothèses approximatives, la charge de morbidité future serait trois fois supérieure aux chiffres actuels, soit environ 1000 hospitalisations.
Nous tenons à souligner que tous les chiffres et hypothèses ci-dessus sont sujets à une grande incertitude. Ce calcul simplifié est présenté à titre indicatif, et n’a pas de capacité prédictive réelle.
4. Stratification sociale du COVID-19
Le risque de contracter le COVID19 varie également en fonction de la profession, alors que les clusters d’infection par le SARS-CoV-2 persistent plus longtemps dans les quartiers socioéconomiquement défavorisés[31]. Cela pourrait être dû à des différences dans la faisabilité du télétravail, à des disparités dans la probabilité d’avoir des contacts non protégés au travail, et à davantage de proximité dans les habitations pour les personnes ayant un emploi à faible revenu. Ce résultat est cohérent avec les données américaines qui montrent une moindre distanciation sociale chez les personnes qui se trouvent sous le seuil de pauvreté[32]. En Suisse aussi, les personnes ayant un niveau de formation et un revenu plus faibles, entre autres, ont moins de chances d’avoir la possibilité de se protéger en travaillant à domicile[33]. La mise en œuvre cohérente des mesures de protection sur les lieux de travail revêt une importance particulière.
Une étude récente menée en Suisse sur près de 3 millions de résultats de tests de dépistage du SARS-CoV2 admissibles confirme cette situation. Cette étude a montré que les personnes dont la position socio-économique est plus basse selon l’indice suisse de voisinage (Swiss-SEP) étaient moins fréquemment testées, mais aussi que ces personnes sont davantage susceptibles de devoir être hospitalisées, d’être admises en soins intensifs, ou même de décéder des suites du COVID que les personnes se situant dans la partie supérieure de l’indice[34]. Les personnes appartenant à la catégorie Swiss-SEP la plus élevée avaient un risque de décès inférieur de 34% à celui des personnes appartenant à la catégorie la plus basse, bien que cette différence se résorbe après l’âge de 80 ans. Ces résultats confirment que nous ne sommes pas tous égaux face aux possibilités de nous protéger – ce qui souligne l’importance de nos efforts conjoints pour nous protéger mutuellement.
5. Nouvelles Policy Briefs de la ncs-tf
Procédures médicales reportées durant la troisième vague[35]
Un aspect de la pandémie de COVID a jusqu’à présent peu attiré l’attention: en prévision des vagues épidémiques, des procédures médicales doivent être retardées afin de libérer des places en unité de soins intensifs (USI). Cela représente un risque d’impact négatif important pour la santé publique. En se basant sur le rythme actuel de la campagne de vaccination, notre modèle estime que d’ici septembre 2021 environ 6 000 procédures pourraient devoir être reportées.
Le rôle des enfants et des adolescents dans l’épidémie de COVID-19[36]
Les enfants et les adolescents peuvent être infectés par le SARS-CoV-2 et peuvent le transmettre. Leurs symptômes sont en général moins sévères que chez les adultes. La littérature scientifique actuellement disponible ne permet pas de déterminer de manière précise les rapports entre l’âge d’une personne et les probabilités qu’elle soit infectée par le virus ou qu’elle le transmette. Il est important de distinguer différents groupes d’âge: les petits enfants (de 0 à 5 ans), écolières et écoliers (6-12 ans), adolescentes et adolescents (13-17 ans).
Liens:
[1] https://sciencetaskforce.ch/fr/taux-de-reproduction/ et https://ibz-shiny.ethz.ch/covid-19-re-international/: Les estimations de Re au cours des derniers jours peuvent être sujettes à de légères fluctuations, lesquelles se produisent en particulier dans les petites régions, lors de changements survenant dans la dynamique, ou lorsque le nombre de cas est faible.
[3] https://ibz-shiny.ethz.ch/covidDashboard/trends: les nombres de cas confirmés et d’hospitalisations/décès des 3 et 5 derniers jours respectivement ne sont pas pris en compte en raison des décalages temporels de notification.
[25] Cet article a été aimablement fourni par le Prof. Dr méd. Alain Di Gallo, de la Clinique pour enfants et adolescents des Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle, et par laProf. Dr méd. Susanne Walitza, psych. dipl.Clinique de psychiatrie et de psychothérapie pour enfants et adolescents de l’Hôpital universitaire psychiatrique de Zurich.
[26] Ravens-Sieberer U. et al. (2021): Quality of life and mental health in children and adolescents during the first year of the Covid-19 pandemic in Germany: Results of a two-wave nationally representative study, http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.3798710
[28] Mohler-Kuo M. et al. (2021): Stress an mental health among children/adolescents, their parents, and young adults during the first COVID-19 lockdown in Switzerland, https://doi.org/10.3390/ijerph18094668