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Étrangement, un matin, je reçois une lettre de Pondichéry.
J’ai l’impression que les dieux du panthéon hindou communiquent plus rapidement entre eux que les cellules de mon cerveau entre elles, me dis-je.
Je l’ouvre et je découvre le portrait d’une jeune et belle personne habillée d’un sari doré.
Est-ce une femme ou un homme déguisé, une vraie ou une photo truquée? je me demande.
Je lis sur le dos de cette photographie, douteuse à mes yeux:
Je m’appelle Krishna Hirapati. Je parle le hindi, l’ourdou, le tamoul, l’anglais et le français. Mes parents furent de grands lecteurs et admirateurs de Jiddu Krishnamurti, dont votre père a certainement dû connaître. Donc imaginez la suite. J’ai une question à vous poser. Elle est toute simple. Croyez-vous sincèrement qu’une fortune qui dort est capable de réaliser de gigantesques rêves? Si oui, bonne chance! Si non, ayez au moins le courage de me contacter. Cordialement, Krishna.
<email-pii>.
Vers la fin de l'après-midi, je lui envoie le message suivant:
Si vous êtes fou, allez vous faire frire un œuf. Si vous êtes folle, je suis prêt à vous rencontrer.
Malgré les neuf heures et demie de décalage horaire, Krishna me répond aussitôt:
Désolée d’avoir omis de préciser mon sexe. En effet, mon prénom est androgyne. Je vous attends donc prochainement.
Mais qui donc a osé parler de moi à cette belle inconnue? trotte dans ma tête. Carla? Impossible, trop possessive. Adolf? Avec lui tous les possibles sont permis.
Mais voilà, comme tout imbécile heureux, tu préfères languir dans l’ignorance que de jouir quelques secondes dans la connaissance, me dirait ma petite sœur. Il y a du masochisme intellectuel en toi...