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Paradis : Amour
Un an après sa participation en compétition au Festival de Cannes, Paradies: Liebe, premier film d'Ulrich Seidl à bénéficier d'une véritable distribution cinématographique en Suisse, arrive dans nos salles. Il s'agit du premier chapitre d'une trilogie, dont les autres épisodes, Paradies: Glaube,primé à la dernière Mostra de Venise, et Paradies: Hoffnung, présenté en compétition àa la Berlinale il y a quatre mois, sortiront au mois de juillet.
Dans les trois cas, l'histoire est centrée sur une femme. Pour ce premier volet, c'est Theresa (Margarethe Tiesel), une Autrichienne quinquagénaire, qui tient le rôle principal, tandis que sa soeur et sa fille occuperont les positions centrales dans les autres films. Theresa rêve d'amour et part en vacances au Kenya avec des amies, toutes à la recherche du plaisir auprès de beaux jeunes hommes africains. Elle croit avoir trouvé le bonheur lorsqu'elle fait la connaissance de Munga (Peter Kazungu), le seul homme qui n'essaye pas de lui vendre des objets divers. Pourtant, après leur première nuit de passion, il lui demande de l'argent, et c'est à ce moment-là que le rêve de Theresa commence à s'effondrer...
Comme son collègue et concitoyen Michael Haneke, Seidl est connu pour une mise en scène soi-disant "froide" et une approche "cruelle" envers les sujets qu'il traite. Il va donc de soi que Paradies: Liebe, qui emploie le mot "amour" dans le titre sans la tendresse que lui accordait Haneke dans son dernier chef-d'oeuvre, ne se présente pas comme un film facile à digérer, et qui provoque des réactions fortes, dans un sens ou l'autre, chez le spectateur. Le "Paradis" filmé par le cinéaste est en réalité plus proche de l'Enfer, où la souffrance joue un rôle primaire et l'exhibition de la nudité, physique et émotionnelle, n'a rien de particulièrement séduisant, mais plutôt d'humiliant. Le film est en fait une analyse pointue et, oui, cruelle des fantasmes et de la réalité qui s'y oppose, magistralement menée par la prestation majeure et très courageuse de Margarete Tiesel, qui aurait amplement mérité le prix de la meilleure actrice à Cannes, remporté par les deux protagonistes d'Au-delà des collines de Cristian Mungiu.
Cette première étape du voyage, réel et spirituel, mis en images par Seidl est une oeuvre troublante, que l'on admire tout en restant choqués. Pour les autres volets, nous avons déjà exprimé notre avis dans le cadre de nos chroniques de Venise et Berlin, mais nous reviendrons là-dessus lors de leur sortie en salle, pour un bilan plus précis de la trilogie.