Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07047.jsonl.gz/1303

l'île de salagnon
En 1880 il n’y avait qu’un amas de rochers à peine émergé de l’eau appelé « La Roche aux Mouettes ». Vers 1886, l’ingénieur montreusien Joseph d’Allinges, chargé de la construction de la ligne du Tonkin entre Saint-Gingolph et Évian, remplit des barques de pierres de Meillerie et les déverse sur cet écueil de rochers pour en former une île artificielle de 1486 mètres carrés. Elle est la dernière-née des cinq îles du lac Léman après l’île de Peilz, l’île de Choisi, l’île de la Harpe et l’île Rousseau. Le cadastre l’enregistrera en 1889 sous le nom de Salagnon, en référence aux barques chargées de sel qui étaient autrefois soumises aux contrôles de la douane de Clarens. Une fois dédouanée, la saumure était ensuite acheminée jusqu’en Valais.
L’île est achetée le 20 septembre 1900 par le peintre d’histoire français Théobald Chartran (1849-1907). En 1901, sur les plans de l’architecte parisien Gaston Lauzanne et exécutés par Louis Villard, une maison de maître de style florentin à deux étages avec jardin et abri pour les bateaux est construite. Il fait surélever les murs qui entourent l’île et remblaie avec de la terre de Savoie amenée par bateau. Formée de blocs de granite de Meillerie et de terre arable de France, l’île de Salagnon est pratiquement cent pour cent française!
Avec son mobilier Louis XV-XVI et des décorations en stucs et marbre, les dix pièces, représentant une surface de 273 mètres carrés au total, comprennent l’atelier de l’artiste, de nombreuses pièces de réception et cinq chambres d’amis. Chartran y habitera tous les étés de 1901 jusqu’à sa mort en 1907.
De son vivant, le peintre donne des fêtes grandioses d’où l’on tire de magnifiques feux d’artifice admirés depuis la rive par les habitants de Clarens.
De nombreux hommes politiques français s’y rendent, tels Alexandre Millerand ou Louis Barthou, mais encore des milliardaires américains comme Henry Clay Frick et de nombreux artistes renommés. En 1949, Simone Signoret y tournera une séquence du film du réalisateur suisse Leopold Lindtberg « Suzanne et son Marin » et Francis Reusser en 1981 pour son film « Seuls ».
L’île sera rachetée aux héritiers de Chartran en 1917 par Robert Dorer, commerçant zurichois, puis en 1937 par une Américaine, Mary Shillito. En 1947, Salagnon devient propriété d’un homme d’affaires zürichois, Ernst Pflüger dont le fils Ernest Bernhard Pflüger en est toujours propriétaire.
Accessible uniquement en bateau, l’île, de même que la villa, sont classées comme biens culturels d’importance nationale. La carte postale a su populariser sa grâce et c’est, dit-on, l’une des maisons la plus photographiée au monde!