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LE MOT « HISTOIRE » provient du grec historia, substantif du verbe historein, qui signifie être témoin, enquêter, s’informer, interroger, faire des recherches au sujet de quelque chose qui a eu lieu afin de le connaître et de le raconter.
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La première réflexion sur l’histoire se trouve chez Aristote, l’élève de Platon qui, dans la Grèce du IVe siècle avant J.-C., a fondé notre tradition et par suite notre vision du monde. Pour et depuis Aristote, l’histoire concerne les faits singuliers tels qu’ils se sont passés dans un certain lieu et à un certain moment. Pour les connaître, l’historien part des témoignages relatés par des témoins qui, soit ont vu les événements en question de leurs propres yeux, soit en ont entendu parler de la bouche d’autres témoins. Un tel témoin, les Grecs l’appellent histôr — d’où le terme historia : mot apparenté au verbe eidénai, qui veut dire avoir vu quelque chose et par suite en posséder un savoir. Faisant recours à de tels témoignages (qui peuvent aujourd’hui être aussi bien des monuments, des écrits, des photographies, des enregistrements que des films et autres documents), les recherches historiques ont donc pour objet les faits tels qu’ils se sont réellement passés, c’est-à-dire tels qu’ils se sont présentés aux yeux des témoins.
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S’il est, par principe, possible que l’histoire porte sur n’importe quel fait, l’historien s’intéresse néanmoins avant tout à ceux des situations de crise pour la vie humaine. Son but est de connaître, démêler et dévoiler ces dernières en vue de comprendre ce qui s’est effectivement passé, de déterminer comment les choses se sont réellement déroulées. Pour ce faire, il commence par récolter un maximum de témoignages, rassembler toutes les sources ou données factuelles possibles avant de les soumettre à un certain nombre de questions :
- Quelles sont d’abord les données fiables, qui sont effectivement des faits et non des élucubrations vaseuses dénuées de fondement ?
- Quels sont ensuite les faits importants dans le contexte des événements étudiés ?
- Quelle est enfin la cause de chacun des faits ? Or, selon l’historien, celle-ci consiste toujours en un autre fait parmi ceux qui sont donnés. Ainsi le travail de l’historien consiste-t-il à lier les données factuelles disponibles les unes aux autres et les établir sous la forme d’une suite logique et cohérente marquée par la relation de causes à effets.
Le but de la recherche historique traditionnelle est ainsi, depuis Aristote, d’établir la suite logique et cohérente des faits effectifs, non seulement fiables, mais encore importants à l’origine des revirements qui se sont joués dans la vie humaine.
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Il convient de relever que pour procéder de la sorte et parvenir à répondre à chacune de ses questions, l’historien ne peut faire autrement que partir de toute une série d’idées préconçues, à vrai dire abstraites de la réalité sensible : pour pouvoir juger de la fiabilité des faits, il doit s’appuyer sur l’idée qu’il a au préalable de ce qui est possible comme fait dans le contexte des événements étudiés ; pour déterminer les faits les plus importants, il se voit contraint de faire recours à un certain nombre de critères de jugement a priori ; et la suite logique des faits qu’il constitue repose elle-même sur un principe de causalité purement intelligible, et partant pas forcément adéquat pour exprimer la multiplicité de forces qui travaillent dans la vie sensible.
En cernant la réalité à l’aune de ses structures de pensées, en plaquant ses images et autres catégories de raison sur la réalité, l’historien ne cherche à vrai dire qu’à rendre celle-ci adéquate à ses idées apriori. Il manque, écarte et exclut par là toute une dimension de la vie : le monde foisonnant de l’invisible, de l’absent et du retrait qui rend somme toute chaque donnée factuelle possible. En rationalisant ainsi le monde – au fond mystérieux et inexplicable –, il ne fait tout compte fait que danser sur les pointes émergées de toute chose.