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En 2010, en Savoie, on fêtera le 150e anniversaire de l’Annexion. J’aimerais convaincre les Genevois qu’ils peuvent s’intéresser à cet événement.
De fait, le rattachement de la Savoie à la France a placé cette dernière non plus seulement à l’ouest de Genève, à Gex et à Ferney, au pays de Voltaire, mais aussi au sud et à l’est, à Annecy, à Chamonix, à Thonon. En vérité, Genève a alors cessé d’être le carrefour évoqué par Voltaire, et est devenue plutôt une ville enclavée. De surcroît, c’est bien à partir de 1860 seulement qu’on verra des Genevois - ou des étrangers demeurant couramment à Genève - s’installer à Thonon, ou sur la route du mont Blanc, par exemple à Megève. Soudain, la Haute-Savoie est apparue comme une petite Suisse, aux Français eux-mêmes !
La Haute-Savoie, en réalité, n’est pas restée complètement savoyarde. Elle est devenue très comparable au Pays de Gex. La grande zone franche l’a longtemps montré. On sait d’ailleurs peu que l’idée de cette grande zone, instituée en 1860, a pour origine la municipalité de Saint-Julien, qui voulait étendre ce qu’elle voyait exister à Gex, à cet égard, jusque sur son territoire ; Napoléon III a sauté sur l’occasion pour éviter d’avoir à laisser le Chablais et le Faucigny à la Suisse.
Or, cette zone franche du Pays de Gex a bien pour origine un désir de Voltaire. C’est lui qui l’a imposée aux banquiers lyonnais chargés de recouvrer les taxes dans ce petit territoire : pour ce faire, il s’appuya sur Turgot, ministre libéral de Louis XV.
On peut donc dire qu’en Haute-Savoie, jusqu’à un certain point, Voltaire a, depuis 1860, supplanté, dans les esprits, saint François de Sales. Cela a évidemment permis la multiplication des échanges avec Genève, où Voltaire avait également atténué l’influence de Calvin, comme on ne l’ignore pas. Le courant libéral-radical s’est durablement imposé en Haute-Savoie, en tout cas au Conseil général : car Annecy en particulier est restée plus démocrate-chrétienne. (Elle était en dehors de la grande zone, rappelons-le.)
Et il se trouve - ce qui n’est pas un hasard - que c’est avec ce Conseil général de coloration libérale-radicale que Genève a pu passer des accords directs en matière de reversement fiscal.
Il y a donc un paradoxe : l’influence française s’exerçant à la fois à Genève et en Savoie, au détriment des traditions séculaires et religieuses, cette influence française laïque, issue des Lumières, et qui a voulu mettre fin à la rivalité entre catholiques et protestants, a finalement rapproché la Haute-Savoie de Genève.
Genève peut donc s’impliquer dans la commémoration de l’Annexion.