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Y a-t-il deux Esaïe différents ?
Question:
On a prétendu qu'il y avait deux Isaïe, l'un se prononçait "isaille" et l'autre "iza-i". Est-ce exact ?
Réponse:
Pour répondre à cette question, je vous donnerai trois éléments, la prononciation des noms en hébreu et la liste des personnages appelés Isaïe, puis les raisons qui ont fait "inventer" un second Esaïe.
A l'origine, l'hébreu était écrit uniquement avec les consonnes. Ce n'est qu'à partir du 4e siècle que les Massorètes ont ajouté des signes correspondants à des voyelles. Le problème de la traduction était donc de rendre un nom prononçable en français, au plus proche de la phonétique d'origine.
Selon les traducteurs, on a donc différentes orthographes pour le même nom - qui est aussi rendu différemment en anglais ou en allemand, par exemple.
Ainsi, le nom Isaïe est souvent rendu, dans les traductions françaises, par Esaïe, appellation qui sera utilisée ci-dessous.
A part Isaï, le père de David, nous trouvons dans la Bible plusieurs Esaïe (ou Isaïe, en anglais Isaiah ou Jesaiah). Ce nom signifie "L'Eternel a sauvé" ou "Salut de l'Eternel".
1. Esaïe le prophète, fils d'Amots. Il est toujours facilement reconnaissable par la mention "le prophète" ou "le fils d'Amots", sinon par le contexte.
2. Esaïe, fils d'Hanania et petit-fils de Zorobabel (1 Ch 3:21)
3. Esaïe, un Benjamite (Néhémie 11:7)
4. Esaïe, un des 6 fils de Jeduthun (1 Ch 25:3)
5. Esaïe, fils de Rechabia (1 Ch 26:25)
6. Esaïe, fils d'Athalia (Esdras 8:7)
7. Esaïe, un chef des descendants de Merari (Esdras 8:10)
Le livre d'Esaïe le prophète, posait un problème car il annonçait des événements qui se sont produits des siècles plus tard. Les critiques devaient donc accepter l'idée que la Bible était un livre inspiré par Dieu - ou inventer un second Esaïe, qui aurait vécu bien plus tard. Voici ce qu'en dit le commentaire Scofield, (selon la New Scofield Reference Bible), dans l'édition de la Bible Louis Segond © La Société Biblique de Genève, 1975: (au début du chapitre 40):
"Cette partie d'Esaïe n'annonce jamais l'exil, mais elle en parle comme s'il s'était déjà produit et elle en promet la délivrance. Aussi, une hypothèse a-t-elle été émise: ces chapitres n'auraient pas été rédigés par Esaïe, mais par un auteur inconnu nettement postérieur, appelé parfois le second Esaïe, qui les aurait écrits vers la fin de l'exil. A l'appui de cette théorie, on a prétendu que le style et les conceptions théologiques divergeaient de ceux du premier Esaïe.
Cependant, les similitudes de style et de vocabulaire sont bien plus importantes que les différences; le style d'Esaïe est effectivement très personnel. Les prétendues variantes d'ordre théologique ne sont jamais contradictoires; elles sont l'expression d'un accent spécial mis sur telle ou telle vérité. En raison de la diversité des sujets traités, on peut s'attendre à des différences de style ou de présentation de certains thèmes théologiques. Aussi ne subsiste-t-il que deux arguments majeurs à l'appui de l'hypothèse de deux auteurs différents:
1. Le fait que le nom de Cyrus soit mentionné un siècle avant sa naissance;
2. Le fait que l'exil est plutôt sous-entendu que prédit.
Le premier de ces arguments ne saurait être un problème pour celui qui accepte la possibilité de la prophétie. A titre comparatif, le nom de Josias a été prédit près de trois siècles avant son temps (1 R. 13:2).
Quant au second argument, il s'évanouit à son tour si l'on songe qu'il était loisible au prophète de s'intégrer dans le contexte de l'avenir. Un tel procédé ne se limite pas à ces chapitres, mais se retrouve en nombre d'autres sections des livres prophétiques (ex.: Es. 9:1-3; Mi. 4:9-5:1).
A la mort d'Ozias, la captivité avait déjà frappé le royaume du Nord depuis un certain temps, et la persistance du péché en Juda rendait inévitable sa déportation future. Aussi, Esaïe et ses compagnons fidèles devaient-ils se sentir un peu comme s'ils vivaient déjà en exil. En l'occurrence, il n'est donc pas surprenant que l'Esprit de Dieu ait conduit Esaïe à parler comme un exilé, donnant à ses compagnons un message de délivrance qui, plus tard, ranimerait le courage et la foi des croyants durant leur captivité.
L'unité du livre est confirmée par le Nouveau Testament qui attribue à Esaïe des passages tirés de chacune des parties principales de sa prophétie. Ainsi, en Jean 12:37-44, des citations des chap. 6 et 53 sont toutes deux attribuées au même auteur: Esaïe le prophète.
Au sujet de l'attribution erronée de la première et de la deuxième section d'Esaïe à deux auteurs différents, les critiques sont généralement allés plus loin: utilisant les mêmes arguments quant au style ou la théologie, ils fragmentent à leur tour la deuxième partie d'Esaïe, qu'ils attribuent respectivement à un deuxième et un troisième Esaïe. Ils imaginent aussi des divisions supplémentaires, du début comme à la fin du livre, qui seraient donc une mosaïque de textes rédigés au cours de plusieurs siècles, par une multiplicité d'auteurs. Mais ils n'apportent aucune preuve pour rejeter le point de vue des écrivains du N.T., à savoir que tout le livre est l'oeuvre d'un seul homme, Esaïe, fils d'Amots (Es.1:1)."
Note complémentaire: même si l'on voulait attribuer le livre d'Esaïe à plusieurs auteurs, il faudrait encore expliquer comment ceux-ci ont pu, des siècles à l'avance, décrire la mort du Seigneur Jésus... (Esaïe 53)
Non ! Esaïe le prophète, fils d'Amots, a bien écrit le livre qui porte son nom et il a parlé de la part de l'Eternel.
sl&pl