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En des temps très reculés, une épidémie mortelle s’était répandue de par le monde. Les princes avaient cherché du mieux qu’ils pouvaient à épargner leurs peuples.
Pour tenter de limiter la contagion, la plupart avaient ordonné à leurs sujets de se cloîtrer chez eux. Les artisans et les commerçants avaient dû fermer leurs échoppes et les manufactures étaient à l’arrêt. Privés de leur gagnepain, beaucoup voyaient s’approcher avec inquiétude le spectre de la pauvreté. Chacun gardait pour lui le peu qui lui restait. Les princes s’étaient engagés à soutenir leurs sujets, mais pour combien de temps encore? Et le pouvaient-ils vraiment?
Il se murmurait que, dans des contrées lointaines, des peuples entiers avaient disparu, certains avec leurs princes. Les voyageurs étaient bannis, les chemins gardés. On craignait l’étranger, mais aussi le voisin. Et dans l’épreuve, chaque prince observait les autres: parvenaient-ils, eux, à contenir la maladie?
Après quelque temps, on constata que l’isolement imposé semblait limiter la propagation du fléau. L’emprise de la maladie diminuait. Le sentiment d’angoisse également même si on en savait toujours fort peu sur la nature du mal. Peut-être frapperait-il à nouveau?
En même temps que la confiance revenait apparaissaient aussi des signes de discorde. De nombreuses voix restées muettes au moment du danger blâmaient les décisions des princes et se faisaient pressantes pour appeler au retour à la vie d’avant.
On entendait qu’il fallait maintenant oublier la maladie même au prix de la résurgence du fléau et de pertes en vies humaines. Le travail retrouvé permettrait à chacun de se nourrir. Ce retour à la prospérité serait au bénéfice de tous puisque chaque personne inactive représentait un coût. Le sacrifice potentiel de certains était vu comme légitime pour assurer le bien-être général.
Mais d’autres considéraient qu’une vie humaine représentait le bien le plus précieux d’un royaume et que sa valeur surpassait toute considération matérielle. Une communauté ne pouvait pas se construire aux dépens des plus vulnérables. Il fallait tout mettre en oeuvre pour protéger chaque sujet même au prix de sacrifices consentis par tous.
Chaque prince se trouvait dès lors confronté à un grave dilemme. D’un côté, le bien-être général. De l’autre, la protection de chacun. Il s’agissait d’un choix essentiel. Fallait-il accorder plus d’importance au coût d’une vie ou à sa valeur?
Evelyne Pintado
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