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Soprano, mezzo-soprano, contralto, ténor, baryton, basse, voix aiguë, voix grave, … Le savez-vous que dans l’opéra chaque typologie de voix et chaque tessiture peuvent être associées à des rôles potentiels ? Et très souvent ces voix interprètent toujours le même type de personnage. Dans la tradition lyrique classique européenne, les compositeurs ont donc à l’esprit des associations bien précises qui permettent au public d’identifier les caractères et comprendre l’intrigue.
Aux voix aiguës, qui priment sur les autres, sont associés le rôle-titre d’un opéra, les personnages principaux ou ceux dont la classe sociale est élevée. Les héros, les rois et les nobles sont ainsi toujours des castrats, des contre-ténors ou des ténors, selon les époques, les héroïnes et les reines toujours des sopranos. Alors à la célèbre Reine de la Nuit de la Zauberflöte, malgré son rôle secondaire, Mozart associe la voix de soprano, étant une reine. Et Figaro, malgré son rôle principal dans Le Nozze, étant un valet, est interprété par la voix basse de baryton.
La tessiture des voix renseigne aussi sur le caractère des personnages : les jeunes innocentes sont souvent des sopranos légères (Susanna des Nozze di Figaro), les personnages enchantés ou magiques des sopranos de colorature (Alcina de l’opéra éponyme de Georg Friedrich Händel), les femmes au fort caractère des mezzo-soprano dramatiques (Carmen de George Bizet), les femmes mûres et sages des contraltos (Erda dans Le Ring de Wagner), les ennemis du héros des basses (le vengeur Iago dans l’Otello verdien), les rôles plus comiques des basses bouffes (Don Bartolo dans Il Barbiere di Siviglia rossinien).
Et dans l’opéra, l’amour est impossible entre une voix aiguë et une voix basse. Les grands duos d’amour sont généralement entre une soprano et un ténor, ou éventuellement entre une mezzo-soprano et un baryton. En raison de cela, le destin d’Eugène Onéguine, baryton basse, et de Tatiana, soprano, dans l’opéra de Tchaikovsky, est dessiné dès le début et leur relation impossible.
Ce système d’association a cependant évolué dans le temps et la relation entre voix et rôle s’affaiblie. Avec Verdi par exemple, le baryton devient une voix-clé et un nombre important de personanges principaux lui sont attribués (il conte di Luna dans Il trovatore, Rigoletto dans Rigoletto, Falstaff dans Falstaff, Renato dans Un ballo in maschera, …). De même pour la voix de mezzo-soprano. Grâce aux opéras de Rossini, le répertoire pour cette tessiture vocale devient intéressant (Desdemona dans Otello, les rôles-titres dans Elisabetta, regina d’Inghilterra, Armida et Zelmira, Elena dans La Donna del Lago, Angelina dans La Cenerentola, …). En outre, Rossini n’écrivait pas pour une mezzo-soprano, mais pour « La Colbran » ou « La Pasta », des cantatrices virtuoses. Pour s’assurer le succès de l’œuvre, il fallait écrire des morceaux de bravoure qui mettaient en valeur leur talent. Le public était alors conquis par ces voix et par l’art du compositeur.
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