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SCENE IV.
LE DEVIN, COLIN.
COLIN.
L'amour et vos leçons m'ont enfin rendu sage,
Je préfère Colette à des biens superflus:
Je sus lui plaire en habit de village,
Sous un habit doré qu'obtiendrais-je de plus?
LE DEVIN.
Colin, il n'est plus temps, et Colette t'oublie.
COLIN.
Elle m'oublie, ô ciel! Colette a pu changer!
LE DEVIN.
Elle est femme, jeune et jolie;
Manquerait-elle à se venger?
COLIN.
Non, Colette n'est point trompeuse,
Elle m'a promis sa foi:
Peut-elle être l'amoureuse
D'un autre berger que moi?
LE DEVIN.
Ce n'est point un berger qu'elle préfère à toi,
C'est un beau monsieur de la ville.
COLIN.
Qui vous l'a dit?
LE DEVIN, avec emphase.
Mon art.
COLIN.
Je n'en saurais douter.
Hélas qu'il va m'en coûter
Pour avoir été trop facile (Note 2)!
Aurais-je donc perdu Colette sans retour?
LE DEVIN.
On sert mal à la fois la fortune et l'amour.
D'être si beau garçon quelquefois il en coûte.
COLIN.
De grâce, apprenez-moi le moyen d'éviter
Le coup affreux que je redoute.
LE DEVIN.
Laisse-moi seul un moment consulter.
(Le Devin tire de sa poche un livre de grimoire et un petit bâton de Jacob, avec lesquels il fait un charme. De jeunes paysannes, qui venaient le consulter, laissent tomber leurs présents, et se sauvent tout effrayées en voyant ses contorsions.)
Le charme est fait. Colette en ce lieu va se rendre.
Il faut ici l'attendre.
COLIN.
A l'apaiser pourrai-je parvenir?
Hélas! voudra-t-elle m'entendre?
LE DEVIN.
Avec un coeur fidèle et tendre
On a droit de tout obtenir.
(à part.)
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
NOTES
Note 2: On lit dans l'édition de Genève, et dans toutes celles qui ont été faites postérieurement sans exception,
Pour avoir été trop facile
A m'en laisser conter par les dames de cour!
mais ce dernier vers n'est dans aucune édition antérieure, à partir de l'édition originale de 1753; il n'est point dans la partition gravée en 1754; enfin, il n'est point dans le manuscrit autographe de cette partition déposé à la bibliothèque de la Chambre des Députés. Voilà bien assez de raisons pour décider la suppression de ce vers, quelle que soit la cause de son insertion dans l'édition de Genève qui fait autorité en tant d'autres points.