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Apprendre au saut du lit qu'un combat mené depuis près de cinq ans pour sauver la plus belle salle de cinéma romande de ceux qui voulaient la démolir (et de ceux qui ne faisaient rien pour les en empêcher), c'est commencer sa journée dans une sorte de douce euphorie... Ce combat a abouti à l’heureuse issue du rachat par la Fondation Wilsdorf du bâtiment dans lequel est située la salle de cinéma, et de l’intention de la Fondation d’en faire ce que nous proposions d’en faire : autour de la salle, un centre culturel voué au cinéma et pouvant accueillir toutes manifestations publiques liées à ce rôle. Et le grand perdant, symboliquement, dans ce combat, outre évidemment les porte-voix, les porte-plumes, les porte-serviette des propriétaires, c'est la collectivité publique. Parce que si la Fondation Wilsdorf a fait le travail de sauvetage patrimonial de l'Etat (et de la Ville) à la place de l'Etat (et de la Ville), si la fondation rachète un bâtiment que l'Etat ou la Ville auraient dû et pu racheter (c'est ce que demandait notre initiative), ce n'est pas parce que l'Etat (et la Ville) étaient incapables de le faire, c'est que l'Etat (et la Ville) ont, délibérément, renoncé à le faire... Finalement, on va peut-être condescendre à s'en acheter une, de Rolex...
Les Genevoises et de Genevois ont gagné un combat engagé depuis près de cinq ans : sans l’action de quelques militantes et militants, soutenus par des milliers de citoyennes et de citoyens (notamment les plus de 11'000 d’entre eux qui ont signé notre initiative « Le Plaza ne doit pas mourir »), sans le relais donné à ces engagements par des élues et élus au Grand Conseil et au Conseil municipal de la Ville, et par trois de leurs partis (le PS, les Verts et Ensemble à Gauche), « Le Plaza » aurait été démoli, et remplacé par un centre commercial superfétatoire et un parking nuisible.
Une salle d’une inestimable valeur patrimoniale et d’une incontestable importance culturelle a donc été sauvée par un combat citoyen, alors que l’Etat avait accordé à son propriétaire l’autorisation de la démolir et l’autorisation de la remplacer par un centre commercial et un parking., puis invalidé une initiative signée par plus de 11'000 citoyennes et citoyens qui demandaient d’accorder au maintien de cette salle «l’utilité publique » que son rachat par une fondation privée vient de constater. Une pétition exigeant la sauvegarde avait obtenu encore plus de signatures, un projet de loi avait déposé au Grand Conseil, une motion au Conseil municipal... mais dans ces deux parlements, la majorité de droite avait refusé de traiter ces projets en urgence.
Aujourd'hui, le Plaza est sauvé -mais ni le Grand Conseil, ni le Conseil municipal n'y sont pour rien. Ce sauvetage est un démenti à tous ceux qui assuraient que le combat pour le sauver était désespéré, que nous arrivions trop tard, qu’on ne pouvait plus rien faire et que les salles de cinéma ne sont que des vestiges du passé. Derrière ces piètres arguties, on pouvait entendre, sourdement, qu'on n'en avait cirer du patrimoine architectural, des espaces culturels, de l'architecte Saugey, de son talent, de la beauté de sa salle de cinéma. On pouvait entendre, plus explicitement, qu'à la place de la salle de cinéma, on voulait c'est un centre commercial avec un parking dessous. Et qu'on s'en foutait, qu'il y ait déjà trois centres commerciaux et quatre parkings dans un rayon de 500 mètres autour du Plaza, que les centres commerciaux périclitent à cause de la consommation en ligne et de la concurrence des centres commerciaux français ? On voulait un centre commercial. Même sans clients. Et un parking quasiment dans la nappe phréatique.
Le Plaza est sauvé : ce n'est pas le cadeau d'un mécène, c'est le résultat d'un combat contre le projet de le détruire et les complicités avec ce projet. Merci, donc, grand merci, à toutes celles et tous ceux qui ont soutenu et accompagné le combat et les actions pour sauver Le Plaza : vous avez prouvé qu’aucun combat n’est perdu d’avance –sauf ceux que l’on renonce à mener. On peut sauver ce qui mérite de l’être. On peut faire bouger les gouvernants. On peut résister à la disparition d’espaces culturels : c’est affaire de ténacité, de mobilisation. Et d'ignorance souveraine des arguties des juristes de la couronne.