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Au moment où, en France, un débat agite le monde médical quant à la participation de médecins à des reality-shows télévisés, où le secret médical est mis à mal, la télévision américaine montre jusqu'où on peut aller trop loin !Lundi 10 février, John Kerry, sénateur démocrate, candidat déclaré à la présidentielle de 2004, annonce qu'il a un cancer de la prostate et qu'il va être opéré à Baltimore le 13 février.Le lendemain, sur la chaîne locale de ABC à Boston, le journal diffuse une interview du médecin qui a diagnostiqué le cancer du candidat dans un prestigieux hôpital de la ville. Le commentaire est prudent, mais le médecin explique tout de même qu'il a adressé son patient prestigieux à un chirurgien de l'université Johns Hopkins, parce que c'est à ses yeux le meilleur du pays. Merci pour la pub.Mais le plus beau est à venir.Arrive le Dr Tim, Timothy Johnson, médecin consultant de la chaîne ABC et de son affiliée à Boston, WCVB (Channel 5).Le journal local diffuse une conversation téléphonique entre le Dr Johnson et le chirurgien de Baltimore, où on évoque le taux de PSA du patient, la localisation de la tumeur, la probabilité de récidive, la probabilité d'incontinence et d'impuissance.Le toucher rectal nous sera cependant épargné.Lawrence K. Altman du New York Times, l'une des plus grandes signatures de la presse médicale, reconnaît que le phénomène n'est pas très sain mais que dès qu'il s'agit d'une célébrité, c'est la règle en Amérique de déballer ainsi les choses.Entre les mensonges concernant Georges Pompidou et François Mitterrand d'un côté, et le grand déballage de John Kerry, il doit bien y avoir un moyen terme, une façon élégante de prendre des gants plutôt que d'exhiber le doigtier.