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A mes amis léninistes et trotskistes, qui croient encore aux vertus du coup d’État d'Octobre 1917 et au bien-fondé de l'action des bolcheviques, je dédie cette citation de Henri Arvon, tirée de son génial ouvrage sur l'autogestion.
« Dès le 5 décembre 1917, la prise en mains de l'économie par les soviets (conseils ouvriers) est endiguée et canalisée à l'aide d'une législation restrictive ; les entreprises industrielles sont, en effet, coiffées par un Conseil supérieur de l’Économie dont la fonction essentielle consiste à coordonner autoritairement l'action de tous les organes de la production. Le décret du 28 mai 1918 étend la collectivisation à l'ensemble de l'industrie transformant ainsi les socialisations sauvages des premiers mois de la Révolution, entreprises aux bénéfices des seuls travailleurs des entreprises respectives, en nationalisations soumises désormais aux directives d'une bureaucratie de plus en plus autoritaire.
Les structures hiérarchisées des entreprises ainsi collectivisées sont rétablies ou maintenues ; les directeurs et cadres techniques conservent leurs fonctions, ils sont appointés par l’État. Simultanément, le Congrès des Conseils de l’Économie qui se tient du 26 mai au 4 juin 1919 institue des directions d'entreprises, issues pour un tiers seulement des ouvriers de l'entreprise concernée, les deux autres tiers des membres étant nommés par les instances supérieures, les Conseils régionaux ou le Conseil supérieur de l’Économie. Quelques mois plus tard, le IIe Congrès du Conseil supérieur de l'Economie précise que ce ne sont pas les Conseils d'usine qui sont qualifiés pour diriger l'usine, mais les Conseils d'administration.
L'évincement progressif des Conseils ouvriers s'achève en 1920 lorsque le contrôle exercé encore jusqu'à cette date par eux passe entre les mains de l'Inspection ouvrière et paysanne, organisme nommé par l’État. Au IIe Congrès des Syndicats qui se tient en avril 1920, le rapporteur Lozovsky résume la substitution du pouvoir politique au pouvoir ouvrier au lendemain de la Révolution d'Octobre en déclarant : ''Nous avons renoncé aux vieilles méthodes du contrôle ouvrier et nous n'en avons gardé que le principe étatique.'' »