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Les quatre frères
Le premier obtint la ferme avec ses animaux et ses pâturages; le deuxième eut le moulin et devint meunier; au troisième échurent les champs de betteraves produisant du sucre; enfin, le benjamin eut la laiterie et devint fromager.
Tout aurait pu bien se passer… Mais un jour s’insinua entre eux le mensonge et la jalousie: au fil des années, le soupçon d’avoir été floué de son héritage au profit de ses trois autres frères germa dans les pensées de chacun. Les frères commencèrent à se montrer méfiants les uns envers les autres, puis totalement antipathiques, pour finalement se détester mutuellement. L’agriculteur accusa les autres de faire davantage de bénéfices alors que lui suait sang et eau pour entretenir son bétail et la ferme; le deuxième accusait les autres de vivre dans le luxe alors que lui peinait sous le poids des sacs et la poussière de farine; le troisième insinuait que les autres avaient eu la meilleure part de l’héritage; enfin, le benjamin se rendait compte que, sans le lait des vaches de son aîné, il ne pourrait plus fabriquer ni beurre ni fromages.
Un jour, il eurent la visite d’un vieil oncle qui n’avait pour tout bagage qu’un baluchon et un vieux grimoire. Jeune, il avait quitté le domaine familial pour découvrir le monde.
Le vieil oncle fut surpris de la division du domaine, et plus encore par l’animosité entre ses quatre neveux. Il visita chacun d’eux, et fut reçu à leur table. Mais lors de chaque repas, il manifestait comme une insatisfaction. Les desserts étaient insipides, peu nourrissants, trop lourds à digérer, ou trop gras… Bref, rien ne semblait le satisfaire.
Ses neveux, bien qu’en querelle, décidèrent de se rencontrer, chacun voulant offrir à son oncle le dessert parfait, pour devenir ainsi le neveu préféré.
Ils allèrent consulter leur oncle. Il ouvrit alors son grimoire et trouva la recette idéale. Mais pour la réaliser, chacun des quatre frères devrait coopérer avec les trois autres…
Ce gâteau se nommait le quatre-quarts: 4 œufs, 250 g de beurre, 250 g de farine, 250 g de sucre.
Mettant de côté leurs rivalités, ils se mirent à l’œuvre et préparèrent le fameux gâteau. Sitôt sorti du four*, l’oncle arriva pour déguster cette succulente pâtisserie. Chacun des frères attendait le verdict du vieux sage afin qu’il vante tel ou tel ingrédient.
Le vieil homme se régala, puis resta pensif un bon moment, pour finalement déclarer: «Mes chers neveux, je vous remercie enfin de m’avoir apporté la satisfaction d’un très bon gâteau. Cependant, je me rends compte d’une chose…»
Les neveux attendaient avec anxiété la suite du discours. On ne les avait pas vus depuis si longtemps à l’unisson…
«Eh bien oui, mes chers neveux, aucun des ingrédients n’est bon. Mais uni aux autres, il devient excellent! Vous ne ferez jamais un si bon ouvrage qu’en travaillant ensemble, tous égaux face à l’épreuve, mais unis dans la réussite.»
Les quatre neveux restèrent un long moment sans voix, pour se rendre compte enfin de leurs erreurs. Depuis ce jour, ils travaillèrent sur leur domaine en ayant toujours des pensées positives à l’égard des trois autres, et en s’aidant mutuellement. Le domaine divisé de leur père s’en trouva alors multiplié et prospère grâce au travail mutuel.
Le vieil oncle décida de délaisser les routes et les chemins. Il s’installa dans une petite dépendance du domaine, et finit ses jours à écrire des recettes de gâteaux.