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Fully - Charrat : le Rhône avant les corrections
L’un des premiers soucis des habitants est de satisfaire aux besoins en herbe de leurs animaux. Aussi toutes les terres susceptibles de fournir de l’herbe sont converties en prairies de fauche et en pâturages. Ces derniers sont considérés comme des biens communs qui font souvent l’objet de conflits entre les communautés riveraines. Les nombreuses sentences rendues à la suite de ces disputes dévoilent la complexité des enjeux liés à la pâture du bétail. Les prés sont, quant à eux, détenus par des particuliers et décrits dans les reconnaissances (ancêtres du registre foncier et du cadastre actuels).
Sur la commune de Fully, en 1428, 47 parcelles de prés se trouvent directement à côté du fleuve et occupent une surface d’environ 46 hectares. En 1503, plus d’une centaine de parcelles adjacentes au Rhône s’étendent sur 86 hectares entre les villages les plus éloignés de cette commune. Dans une région où le coteau présente de fortes pentes et où les mayens sont rares, les prairies de fauche de la plaine deviennent indispensables pour l’élevage du bétail. Leur superficie augmente donc dès le XVe siècle.
AC Martigny, Mixte, 756
Des vergers, jardins, champs et chènevières sont également exploités dans le voisinage immédiat du fleuve. Les roseaux et autres herbes des marais sont utilisés pour fournir de la litière aux animaux, d’où leur présence dans les actes.
Les documents permettent de reconstituer assez bien, entre Martigny et Sion, le paysage de la plaine, parsemée d’îles recouvertes d’arbres, de prairies et, ici ou là, de jardins et de champs. Ils révèlent que les paysans ont une connaissance précise des potentialités de ces terrains et construisent des digues pour les protéger.
La construction des digues génère de nombreux conflits entre les communes, car elles repoussent souvent le cours du Rhône contre l’autre rive. Comme le pouvoir de décision leur appartient au niveau politique, les travaux ne sont que rarement intégrés dans un plan d’ensemble. En outre, certaines communes refusent d’assumer les frais d’un endiguement qui ne leur bénéficie pas directement.
Grâce à la loi cantonale de 1833, le Conseil d’Etat peut ordonner aux communes les travaux à exécuter sur les berges du fleuve. Cependant, aucune subvention n’est versée pour leur exécution. Les importantes charges financières qu’ils entraînent grèvent les ressources communales.
Les troubles politiques qui paralysent l’Etat entre 1839 et 1852 ne permettent pas la réalisation d’un aménagement du fleuve de grande envergure. Pourtant, dès le début du XIXe siècle, des évolutions techniques et stratégiques ouvrent la voie pour la première correction du Rhône.