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Dans l’Arctique, en été, il fait clair jour et nuit. Lorsque l’on y parcourt de longues distances, les reflets du soleil sur la neige peuvent, à terme, causer l’ophtalmie des neiges ou photokératite. Cette exposition prolongée aux rayons ultraviolets est aussi douloureuse que la sensation d’avoir du sable en permanence dans les yeux. C’est pourquoi les Inuits ont conçu, il y a plusieurs centaines d’années, d’ingénieuses lunettes aux fentes étroites, qui ne laissent filtrer qu’une partie de l’éblouissante lumière du soleil réverbérée sur la neige.
Dans l’Arctique, l’alternance de lumière que nous connaissons entre le jour et la nuit est très différente. À quatre mois de nuit polaire continue, se succèdent huit mois de jour polaire continu. L’association que nous établissons sous nos latitudes entre nuit et obscurité n’a pas lieu d’être dans l’Arctique.
Si la nuit revient chaque jour pour les Inuits, comme partout ailleurs sur la planète, il ne s'agit pas pour autant d'obscurité. Au nord de l'île de Baffin, par exemple, la nuit claire du printemps, aussi appelée soleil de minuit, était fréquemment désignée par les anciens, jusque dans les années 1990, par un terme spécifique unnuattak, différent du mot unnuaq qui se réfère à la nuit noire des autres saisons.
Bien qu'il y ait du soleil, ce n'est pas le jour, et ce n'est pas non plus la nuit ordinaire. Les termes "matin" et "soir" tels que nous les employons n’ont donc aucune signification dans ce contexte. Le jour n'est marqué par aucun phénomène objectivement observable à l'exception du fait que le soleil fait un tour complet dans le ciel. Ce qui distingue les nuits d'hiver et d'été n'est donc ni la lumière ni l'obscurité, mais essentiellement le comportement des gens en fonction de ce que le corps ressent.