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Quand il a annoncé qu’il mettait fin à sa carrière compétitive en 2019, il était déjà clair que Marcel Hirscher, huit fois vainqueur du grand Globe de cristal et double champion olympique, n’était pas prêt à quitter entièrement le monde du ski. Il y a un an, l’Autrichien dévoilait enfin ses plans. Van Deer, ce serait “des skis de Coupe du monde pour monsieur Tout-le-monde”, dit-il lors de la présentation de la nouvelle marque de lattes qu’il venait de créer. Et de lancer le défi: “Ces skis vont gagner des courses de Coupe du monde”.
Le perfectionnisme de Marcel Hirscher était déjà connu lorsqu’il était athlète, non seulement à l’entraînement et sur la piste, mais surtout pour tout ce qui concernait son matériel. Il passait des heures à travailler avec son équipe chez Atomic pour trouver les centièmes de secondes qui lui permettrait de surpasser ses adversaires.
Van Deer, une affaire de famille
Avec Van Deer, l’Autrichien persiste et signe en promettant “zéro compromis… ce sont les meilleurs matériaux et les plus robustes”. À ses côtés, il a monté une équipe de choc, à commencer par son père Ferdinand Hirscher, son coéquipier de toujours hautement compétent sur les questions de matériel, ainsi que son frère Leon et son manager Dominic Tritscher.
À la base, Van Deer est une affaire de famille. Le nom de la marque vient du néerlandais (la mère de Marcel Hirscher vient des Pays-Bas) et est un jeu de mots sur le fait que le nom de famille ressemble au mot allemand Hirsch, cerf en français, ou “deer” en néerlandais. Van Deer, donc, était né.
Kristoffersen-Hirchser: des rivaux associés
La marque prend de l’ampleur cet été lorsque Red Bull se joint au projet, qui se renomme du coup Van Deer-Red Bull Sports. Marcel Hirscher et la marque de boissons énergisantes collaborent de longue date. Dans le team, on retrouve alors Toni Giger, jusqu’au printemps directeur sportif à la Fédération autrichienne de ski, qui devient directeur général.
Cerise sur le gâteau, le Norvégien Henrik Kristoffersen quitte Rossignol en juin et signe avec la marque autrichienne. La nouvelle attire l’attention car pendant des années, Hirscher et Kristoffersen se disputaient la plus haute place du podium en slalom et en géant. Les anciens rivaux sont maintenant associés. “J’ai toujours eu une excellente relation avec Marcel. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour lui, tout au long de ma carrière, et j’ai aussi senti qu’il avait beaucoup de respect pour moi. On est devenus bons amis, à force de voyager, avec Red Bull notamment,” nous a confié Kristoffersen en marge de l’ouverture de la Coupe du monde à Sölden.
“Côté matériel, pour moi, c’est à des kilomètres d’avance sur ce que j’ai eu par le passé. L’attention au détail, et la volonté de progresser et de produire le matériel le plus rapide, le meilleur matériel possible, c’est sur une autre planète comparé à ce que j’ai vécu auparavant”, sourit le Norvégien qui a remporté le Globe de cristal de slalom la saison dernière après une période difficile où les podiums se faisaient rares. Van Deer pourrait solidifier ce retour au sommet. “On verra dimanche!” dit-il en riant. “Non, vraiment, tout va très, très bien. Je suis super heureux.”
Curiosité des adversaires
Parmi les autres skieurs, on semble peu inquiet et plutôt curieux, voir excité, de voir Van Deer en action. “Je crois que c’est très bien quand une nouvelle marque arrive, surtout celle-ci avec Marcel et Red Bull derrière. C’est très bon pour notre sport,” a noté Alexis Pinturault cette semaine à Sölden. Le Français, qui skie sur du matériel Head, a longtemps rivalisé avec Kristoffersen et Hirscher dans les disciplines techniques. “Cela va nous pousser à nous améliorer. Nous aurons plus de pression de la part de Van Deer, et du coup avec Head on va peut-être travailler encore plus dur. Ça va aussi contribuer à notre sport en général, et faciliter la communication avec les autres marques… et peut-être aussi avec la FIS. Alors en général, je pense que c’est très bien et très important qu’arrive un nouveau souffle.”
Pour ce qui est du danger que Kristoffersen pourrait poser avec ses nouveaux skis, Pinturault ne se fait pas de soucis. “Cette marque est encore inconnue, du moins on n’a pas encore vu ces skis en compétition,” a poursuivi le Français. Avec ou sans Van Deer, “Henrik restera pour sûr un adversaire important”.
D’abord dans les discipline techniques
Ted Ligety, longtemps un des plus grands rivaux de Marcel Hirscher, s’est aussi montré enthousiaste. “Je crois que ce qu’il fait avec Van Deer est très cool,” affirme-t-il en citant l’amas de connaissances de l’Autrichien dans la construction d’équipements. “C’est définitivement un projet très intéressant qu’il faudra surveiller et il sera bien de voir à quelle vitesse ils auront du succès en compétition.”
Dans un premier temps, on verra les skis Van Deer en slalom et géant, disciplines privilégiées de Marcel Hirscher. En plus de Kristoffersen, la marque a signé un autre Norvégien, Timon Haugan, et le Britannique Charlie Raposo. L’Autrichien Vincent Kriechmayr, spécialiste de vitesse, du coup ne fera pas encore face à la nouvelle marque. Mais lui aussi a avoué être intrigué. “C’est super pour le ski. Tout ce qui peut aider le ski à avancer est une bonne chose. Et c’est passionnant pour moi aussi comme athlète de regarder ça.” À noter que Van Deer va aussi tenter de se faire une place en saut à ski puisque l’Allemand Andreas Wellinger sautera lui aussi sur des skis de la marque au cerf.
Pour Van Deer, la pression se fait déjà sentir, a avoué Dominic Tritscher au quotidien autrichien Kronen Zeitung. “Nous savons que tous les regards sont tournés vers nous. On sait que quand Marcel est derrière quelques chose, il livre.” Et dimanche, Kristoffersen et Raposo seront au départ du géant sur le glacier du Rettenbach pour l’ouverture de la saison de Coupe du monde. Les yeux du Cirque blanc rivés sur leurs skis.
Sim Sim Wissgott, Sölden