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DE LA BALLADE.
Les Ballades sont de petits Poëmes anciens, qui ont ordinairement trois strophes, & un Envoi: & ces strophes sont tellement disposées, que le dernier vers de la premiere est le refrain, & vient prendre sa place à la fin de toutes les autres & de l'envoi.
Dans les Ballades de Clément Marot les strophes ont huit, dix, & même quelquefois douze vers, & les vers sont tantôt de huit, tantôt de dix syllabes: mais ils sont tous de la même mesure dans la même Ballade.
Les Ballades les plus exactes ont toujours un Envoi de quatre vers, lorsque les strophes sont de huit; de cinq, lorsqu'elles sont de dix: & de six, lorsqu'elles sont de douze, ce qui est rare. Cependant on en trouve deux dans Voiture qui n'ont point d'Envoi: l'une a quatre strophes, chacune de huit vers, toutes quatre sous deux rimes en eur & en age: l'autre a cinq strophes, chacune aussi de huit vers, mais le Poëte ne s'y est gêné que pour les quatre féminins, qui sont sous une même rime dans chaque strophe: les quatre masculins ont deux rimes différentes.
Ballade de M. Deshouliéres à M. Charpentier.
Les strophes sont de huit vers de dix syllabes sous deux rimes,
Fameux auteur, de tous auteurs le coq,
Toi dont l'esprit agréable & fertile
Des Latineurs a soutenu le choc
Par un écrit dont sublime est le style,
Plus éloquent que ne fut feu Virgile:
Tu leur fais voir qu'on doit les mettre au croc;
Pour chaque trait tu leur en rends deux mille,
Quant tu combats la victoire t'est hoc.
Dans leurs discours & ab hac & ab hoc,
Ils ont crié qu'à Paris la grand'ville,
Où l'étranger est en proie à l'escroc,
Inscription Françoise est inutile.
Latinité moins seroit difficile,
Disent-ils tous pour la gent vuide-broc:
On prêche en vain un si faux Evangile;
Quand tu combats, la victoire t'est hoc.
Du grand Louis qui de taille & d'estoc
De l'univers fera son domicile,
Et dont le coeur s'ébranle moins qu'un roc;
Pourquoi les faits, par une erreur servile,
Mettre en latin? Non, non, troupe indocile,
D'inscriptions nous allons faire troc.
Par toi, Damon, pédans vont faire gile;
Quand tu combats, la victoire t'est hoc.
Envoi.
Grands sçavantas, nation incivile,
Dont Calepin est le seul ustencile,
Plus on ne veut ici de votre affroc.
François langage est or; le vôtre argile,
Bon seulement pour gens qui portent froc.
Poursuis Damon, ils n'ont plus d'autre asyle:
Quand tu combats, la victoire t'est hoc.
Autre Ballade.
Qui sont ceux-là qui ont si grande envie
Dedans leur coeur, & triste marisson,
Dont cependant que nous sommes en vie,
De maître ennuie n'écoutent la leçon?
Ils ont grand tort, vu qu'en bonne façon,
Nous consommons notre fleurissant âge.
Sauter, danser, chanter à l'avantage,
Faux envieux, est-ce chose que blesse?
Nenni, pour vrai, mais toute gentillesse,
Et j'ai vouloir, qui nous tient en ses lacqs.
Ne blâmez point doncques notre jeunesse,
Car noble coeur ne cherche que soulas.
Nous sommes drus, chagrin ne nous suit mie,
De froid souci ne sentons le frisson;
Mais de quoi sert une tête endormie,
Autant qu'un boeuf dormant près d'un buisson?
Langards piquans plus fort qu'un hérisson,
Et plus reclus qu'un vieil corbeau en cage,
Jamais d'autrui ne tiennent bon langage:
Toujours s'en vont songeant quelque finesse.
Mais entre nous, nous vivons sans tristesse,
Sans mal penser, plus aises que Prélats.
D'en dire mal c'est doncques grand simplesse,
Car noble coeur ne cherche que soulas.
Bon coeur, bon corps, bonne physionomie,
Boire matin, fuyr noise, & tanson:
Dessus le soir, pour l'amour de s'amie,
Devant son huis la petite chanson:
Trancher du brave, & du mauvais Garçon,
Aller de nuit, sans faire aucun outrage:
Se retirer, voilà le tripotage:
Le lendemain recommencer la presse.
Conclusion nous demandons liesse:
De la tenir jamais ne fûmes las:
Et maintenons que cela est noblesse:
Car noble coeur ne cherche que soulas.
Envoi.
Prince d'amour, à qui devons hommage,
Certainement c'est un fort grand dommage,
Que nous n'avons en ce monde largesse,
Des grands Trésors de Juno la Déesse,
Pour Vénus suivre: & que Dame Pallas
Nous vînt après réjouir en vieillesse,
Car noble coeur ne cherche que soulas.
Il y a encore une espece de Ballade qui a deux refrains différens à chaque strophe, comme on le peut voir dans celle-ci, que Clément Marot fit sur son frere Lubin. Elle est composée de trois strophes chacune de huit vers, avec un Envoi de quatre, au nombre desquels se trouvent les deux refrains. Les vers sont de huit syllabes, & généralement tous les féminins sont sous deux rimes, l'une en ile, l'autre en aire, & tous les masculins sous une même rime en ien.
Pour courir en poste à la Ville
Vingt fois, cent fois, ne sçais combien:
Pour faire quelque chose vile,
Frere Lubin le fera bien:
Mais d'avoir honnête entretien,
C'est à faire à un bon Chrétien:
Frere Lubin ne le peut faire.
Pour mettre (comme un homme habile)
Le bien d'autrui avec le sien,
Et vous laisser sans croix ne pile,
Frere Lubin le fera bien.
On a beau dire je le tien,
Et le presser de satisfaire;
Jamais ne vous en rendra bien:
Frere Lubin ne le peut faire.
Pour amuser par un doux style
Quelque fille de bon maintien,
Point ne faut de vieille subtile,
Frere Lubin le fera bien.
Il prêche en Théologien:
Mais pour boire de belle eau claire,
Faites-la boire à notre chien,
Frere Lubin ne le peut faire.
Envoi.
Pour faire plutôt mal que bien,
Frere Lubin le fera bien:
Mais si c'est quelque bonne affaire,
Frere Lubin ne le peut faire.