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Venu des courses de fond, le jeune André Bucher ne tarde pas à se signaler sur le plan international dans des disciplines plus courtes et plus nerveuses. Vice-champion du monde U20 sur 1500 m en 1994 à Lisbonne, il établit son record dans cette discipline en 1996 avec 3’38″44. À partir de ce moment-là, il décide de concentrer ses efforts sur le 800 m et cette décision va être la bonne pour lui. Il devient vice-champion d’Europe U23 en 1997 à Turku, puis il décroche une nouvelle médaille d’argent aux championnats d’Europe élite en 1998 à Budapest, derrière l’Allemand Nils Schumann. Dans l’enchaînement, il améliore lors de Weltklasse à Zurich le record suisse de Markus Trinkler en 1’44″96. La saison 1999 est celle de tous les records suisses avec dans l’ordre 2’15″66 sur 1000 m à Langenthal (chipé à Pierre Délèze), puis 1’44″27 sur 800 m à Oslo, 1’14″72 sur 600 m à Bellinzone et enfin 1’42″92 sur 800 m à Bruxelles. En revanche, il doit déchanter lors des championnats du monde à Séville car il est éliminé en demi-finales.
Les Jeux Olympiques 2000 à Sydney
À 24 ans, André Bucher sait qu’il fait partie des meilleurs coureurs de 800 m de la planète et une médaille lors des Jeux Olympiques de Sydney est désormais son objectif numéro 1. Toute la Suisse va être derrière le Lucernois en cette fin du mois de septembre 2000. À l’instar de Werner Günthör, médaillé de bronze au lancer du poids en 1988 à Séoul, l’athlétisme suisse possède en André Bucher un nouvel athlète capable de décrocher un podium aux Jeux Olympiques. À Sydney, cette opportunité semble tourner en sa faveur au fur et à mesure que la compétition se déroule. Les séries qui ont lieu au matin du 23 septembre lui donnent l’occasion de se rassurer pleinement sur son état de forme. En courant intelligemment, tout en s’économisant, Bucher se met très vite à l’abri d’une chute qui peut toujours être possible au sein du peloton. Il termine deuxième en 1’46″51 derrière le Marocain Khalid Tighazouine. Deux jours plus tard, le niveau se corse nettement lors des demi-finales au cours desquelles André Bucher doit affronter notamment sa bête noire, l’Allemand Nils Schumann, mais aussi le Sud-Africain Hezekiel Sepeng, le Botswanais Glody Dube, le Britannique James McIlroy, le Kenyan William Yiampoy, le Marocain Mouhssin Chehibi et le Norvégien Vebjorn Rodal. Longtemps hanté par sa désillusion de l’an dernier à Séville lors d’une demi-finale extrêmement lente, le Lucernois choisit cette fois-ci de prendre les devants après 250 m de course afin de dicter le rythme parfait pour lui. La tactique a bien fonctionné car à 50 m de l’arrivée il est sûr de se qualifier derrière Nils Schumann et il n’a pas besoin de sprinter; c’est donc une nouvelle fois sans peine, mais tout de même en 1’44″38, qu’il parvient à se qualifier pour la finale. Cette économie d’énergie sera très importante dans deux jours au moment de l’emballage terminal de la finale olympique.
Le mercredi 27 septembre à 20:20, les huit coureurs de cette finale du 800 m semblent être capable de remporter la victoire. C’est en tous cas ce que pense André Bucher, qui espère bien faire partie des trois premiers une fois la ligne d’arrivée franchie. Mais ce n’est pas parce qu’il détient la meilleure performance mondiale de l’année en 1’43″12, que les choses seront faciles pour lui dans la dernière ligne droite; au contraire ce sera une guerre âpre, comme toutes les finales olympiques que cette discipline a pu en produire par le passé, dont celle de 1924 avec un Paul Martin en état de grâce et finalement récompensé d’une médaille d’argent. Septante-six ans plus tard, la finale de Sydney débute sur un rythme relativement lent et c’est le Suisse qui mène le bal avec un premier tour en 53″43. S’attendant à un coup de pouce de l’un ou l’autre de ses adversaires, Bucher n’est cependant pas exaucé car aucun n’a envie de tirer les marrons du feu pour tout le monde. Ainsi, à l’approche des 600 mètres, le Suisse tient toujours bien la tête et surtout la corde, afin de ne pas se faire surprendre par l’intérieur. Au moment d’aborder le dernier virage, Bucher sent qu’il se fait attaquer. Il s’agit de l’Italien Andrea Longo qui fait mine de passer, tout en se déplaçant sur sa gauche. Alors que les six autres athlètes ont au moins deux mètres de retard, Longo et Bucher se frottent côte à côte quand soudain un coup d’épaule de l’Italien envoie le Suisse dans l’herbe. Déséquilibré, le Lucernois doit se remettre en piste, mais il a nettement perdu son rythme et les forces qu’il doit fournir pour se relancer vont forcément faire défaut dans la dernière ligne droite.
Devant, Andrea Longo caracole en tête dans le dernier virage, tandis que Wilson Kipketer doit se dégager avant d’entamer son sprint final. Parti de trop loin, Longo lâche en milieu de ligne droite finale et c’est Nils Schumann, en parfaite position, qui fonce vers la victoire en 1’45″08. Le recordman du monde Kipketer échoue au poteau, comme Paul Martin en 1924, en étant crédité de 1’45″14 et c’est l’Algérien Aissa Djabir Said-Guerni qui s’empare du bronze en 1’45″16. André Bucher s’est lui aussi bien battu dans la dernière ligne droite, mais le mal était fait quinze secondes plus tôt. Il termine cinquième en 1’45″40, derrière Hezekiel Sepeng (1’45″29), mais devant le Russe Yuriy Borzakovskiy (1’45″83). Pour son interférence, Andrea Longo a logiquement été disqualifié, ce qui fait une belle jambe à André Bucher. Ce dernier reste étonnamment calme en zone mixte : «Oui, sans doute, j’ai perdu une médaille dans l’incident avec Andrea Longo. Mais je ne lui en veux pas, c’est un ami, sa bousculade n’était pas intentionnelle. Il est d’ailleurs venu tout de suite s’excuser». Pour l’instituteur de Neudorf, ce coup du sort ne va pas changer sa vision par rapport à la suite de sa carrière : «Avec Andy Vögtli, mon coach, on va continuer à travailler. Je dois encore poursuivre ma progression». Effectivement, André Bucher n’a pas encore fait le tour du 800 m. Il a dans le viseur les championnats du monde en 2001 à Edmonton et les championnats d’Europe en 2002 à Munich pour effacer cette grosse désillusion de Sydney.
Ce coup d’épaule a malheureusement contrecarré les bons plans d’André Bucher et on ne saura jamais ce qu’il serait advenu s’il n’avait pas été bouté hors de la piste par l’Italien Andrea Longo. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : il méritait mieux que ce qui lui est arrivé lors de ces Jeux Olympiques.
PAB
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