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L'être humain n'est pas la seule espèce à être portée sur l'alcool et d'autres substances psychoactives. Certains jaguars, par exemple, mâchent de l'ayahuasca, une liane hallucinogène et anti-dépressive. On soupçonne aussi des dauphins d'atteindre des états de transe grâce aux toxines du poisson-globe.
En Sibérie, des rennes savent tirer le meilleur profit des propriétés hallucinogènes de certains champignons: afin d'éviter les effets secondaires et obtenir directement une forme plus concentrée, ils boivent l'urine d'autres rennes qui en ont consommé.
Quant à l'alcool, les fruits et le nectar secrété par certaines plantes produisent de l'éthanol par fermentation naturelle, avec des concentrations qui peuvent parfois atteindre plus de 8%.
Un attrait similaire aux humains
Les animaux ne se "saoulent" toutefois pas toujours volontairement. Comme ces nuées de passereaux qui se sont écrasés contre des vitres et des barrières, en plein jour, dans des circonstances un peu étranges, dans la région de Los Angeles, et dont l'autopsie a révélé que certains volaient à un pour mille, soit deux fois la limite autorisée en Suisse pour prendre le volant. Dans ce cas précis, il semble plutôt que les volatiles avaient mangé tellement de baies que celles-ci avaient, après ingestion.
Il apparaît toutefois que certains animaux développent un goût pour l'alcool et ses effets. Des études laissent penser que les raisons qui les poussent à consommer des substances psychoactives sont assez similaires aux nôtres: outre le côté hédoniste et stimulant, il s'avère que les individus stressés, rejetés ou piétinés par la hiérarchie sociale sont plus vulnérables à la dépendance.
Les singes vervets, notamment, en particulier dans les Caraïbes, à côté de plantations de canne à sucre, peuvent consommer l'équivalent de trois bouteilles de vin par jour.
Une protéine pour diminuer le plaisir
Or, des scientifiques ont constaté qu'en leur donnant une certaine hormone, ou plutôt un succédané de cette hormone, leur. Il s'agit d'une protéine produite naturellement par le foie, déjà étudiée dans le cadre de recherches sur des souris, chez qui l'hormone diminue l'appétit pour le sucre et un dérivé simple du sucre: l'éthanol.
Il semble que cette hormone affecte le plaisir procuré par la consommation, et non le goût, en activant une région du cerveau liée à la récompense. Sa production augmente lorsqu'on boit de l'alcool, comme si le foie mettait en place un système de protection afin de signifier au cerveau qu'il faut modérer le niveau d'ingestion.
Le pic de production de cette protéine lié à la boisson est particulièrement spectaculaire chez l'être humain. Comme si notre corps s'était adapté depuis que nous avons appris à produire nous-mêmes de l'alcool, un peu comme il l'a fait pour qu'on arrive à mieux digérer le lactose depuis la domestication des animaux laitiers.
Cette hormone pourrait donc être une piste pour traiter l'alcoolisme chez les êtres humains, aussi. Même si des scientifiques avertissent qu'il est toujours délicat d'intervenir dans notre système de récompense, dont on ne comprend pas encore tous les mécanismes et qui est intimement lié à notre aptitude au bonheur.
Lucia Sillig/iar