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«Use of human gametes obtained from anonymous donors for the production of human embryonic stem cell lines. «C'est sous ce titre qu'un groupe de chercheurs américains publie, dans le numéro de juillet du mensuel Fertiliy and Sterility, le détail d'une expérience qui fera date dans l'histoire mêlée de la biologie et de l'éthique. Etonnante publication qui, à l'évidence, n'a d'autre but que de provoquer la réflexion et la décision politique. Dirigée par Susan E. Lanzerdorf et Gary D. Hodgen, l'équipe américaine travaille à l'Institut de médecine de la reproduction de l'Eastern Virginia Medical School de Norfolk (Virginie). Ces chercheurs expliquent en substance avoir créé des embryons humains par fécondation in vitro avant, au stade de blastocyste, de les détruire dans le but d'établir des lignées de cellules souches.On ne reviendra pas, ici, sur l'ensemble des manipulations caractérisant ce travail. Il importe toutefois de préciser que ces biologistes, dans un premier temps, ont recueilli 162 ovocytes prélevés chez douze femmes volontaires dont la fonction ovarienne a été stimulée et qui ont, chacune, été rémunérées entre 1500 et 2000 dollars. Les spermatozoïdes provenaient de deux donneurs seulement. Les quatorze volontaires avaient, comme on l'imagine, été pleinement informés de l'objet de l'expérience. Ils savaient notamment que si elles pouvaient être établies et cultivées les lignées de cellules souches embryonnaires ne seraient pas utilisées à des fins thérapeutiques. Sur les 162 ovocytes récoltés, 110 purent être fécondés avec succès et sur les 110 embryons, 40 parvinrent au stade blastocyste après six jours de culture. Après une «chirurgie immunologique», seuls 18 purent être «utilisés» qui permirent, au total, d'établir trois lignées de cellules souches actuellement toujours en culture.Comme on l'imagine, une telle publication devait, outre-Atlantique, déclencher l'une de ces controverses sans fin qui voit s'opposer ceux pour qui l'embryon humain doit être considéré comme une personne (ou une personne humaine potentielle) et ceux pour qui il n'y a là, tout bien pesé, sinon une chose du moins un matériau biologique de nature à donner naissance à de substantiels progrès thérapeutiques. Une controverse qui n'émeut guère dans les milieux de l'embryologie : l'essentiel de la publication de Fertility and Sterility avait été présenté au meeting annuel de la Société américaine de la médecine de la reproduction (23-26 octobre 2000, San Diego) sans que cela ne fasse, apparemment, grand débat. «Nous avons examiné de nombreuses questions avant de débuter cette étude et notre objectif était de nous assurer que les donneurs d'ovocytes et de sperme comprenaient bien la nature et le but de nos recherches avant d'y participer» a précisé Susan Lanzendorf. De l'importance absolue, en somme, de ne pas être accusé d'avoir créé et détruit des embryons humains sans en avoir été autorisé par ceux qui avaient donné les indispensables gamètes.A dire vrai, les auteurs ne parlent guère des embryons. Sans aller jusqu'à utiliser le concept délicieusement britannique de «pré-embryon», ils préfèrent passer directement des gamètes aux lignées de cellules souches tout se passant en somme comme si un embryon, n'étant pas destiné à se développer, n'était pas, au fond, un embryon véritable. Précautions de présentation ou pas, c'est bel et bien la première fois que des biologistes expliquent avoir conçu puis détruit des embryons aux seules fins de la recherche scientifique et médicale. Depuis 1998 et les nouvelles perspectives offertes par l'usage des cellules souches embryonnaires, les recherches menées dans ce domaine n'utilisaient du moins peut-on avoir la naïveté de le penser que des embryons qui avaient été initialement conçus in vitro à des fins de reproduction puis conservés par congélation avant d'être abandonnés par le couple stérile à l'origine de leur création. On observe d'autre part depuis quelques années l'émergence d'une forme de consensus international sur le fait que, s'ils devaient être autorisés, de tels travaux ne pourraient l'être qu'à partir de ces embryons «orphelins» et qu'en toute hypothèse, on ne pourrait jamais créer des embryons humains aux seules fins de la recherche.Les temps, visiblement, changent bien plus vite qu'on pouvait le penser. Et l'équipe américaine de Norfolk nous le montre qui développe, dans la conclusion de sa publication, tous les arguments plaidant, selon elle, en faveur des embryons spécifiquement conçus de préférence à tous ceux qui résultent d'une surproduction de la machinerie procréative. A commencer par des raisons sanitaires. Car dans le futur proche où la médecine cellulaire aura commencé à voir le jour, il faudra pouvoir garantir l'absence de pathologie transmissible dans les lignées de cellules souches. Et quelle meilleure solution que de dépister les donneurs d'ovocytes et de spermatozoïdes plutôt que d'aller rétrospectivement tester les couples qui ne souhaitent plus donner la vie ? On notera ainsi que les douze donneuses (qui avaient chacune deux ovaires et une consistante réserve ovarienne) et les deux donneurs avaient été testés vis-à-vis du VIH (type 1 et 2) et des principaux virus des hépatites.Assurément, les temps changent qui voient les interdits disparaître sans que n'émergent de nouvelles vérités. La vérité ? «La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde, c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi», écrit le Dr Destouches dans son «Voyage au bout de la nuit». Ce Voyage dont n'est pas revenu celui qui écrivait aussi : «Philosopher n'est qu'une autre façon d'avoir peur et ne porte guère qu'aux lâches simulacres».