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Les jours précédant un départ, les mystérieux personnages de Rubicón nous emmènent à travers les rues d'une ville, peu importe laquelle, dans un pays inconnu. La lumière brûlante de l'après-midi, une valise qui se remplit, des chuchotements... Un film en suspens, comme un vertige avant le départ.
Nous sommes dans un pays inconnu, peut-être en Amérique du Sud, dans une grande ville – peu importe laquelle. Pour y pénétrer, on suit l'autoroute qui lui sert d'entrée. C'est la tombée de la nuit, et le chemin est bondé de voitures. On se laisse alors emporter par le rythme doux de la circulation, par les premières notes d'une bossa nova, par la voix d'une femme qui raconte comment elle a nagé pour rejoindre la côte, comment elle a réussi à entrer dans le pays sans papiers. À partir de là, le film se transforme en une sorte de jeu clandestin. Nous avons peu d'informations sur la vie de ces personnages qui surgissent à l'écran, et qui se déplacent dans la ville tels les héros d'un film d'espions, pris sous la lumière brûlante de l'après-midi, mais nous tenons bien quelques pistes : une valise qui se remplit, une fenêtre à moitié ouverte, un dernier appel téléphonique. Nous devinons alors un départ imminent. Manuel Muñoz nous invite à réfléchir sur le vertige de l'exil, sur le sentiment d'être un étranger, sur le déracinement. Plus qu'un film, Rubicón est un poème sur le mouvement incertain au coeur de chaque départ.
Elena López Riera