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Nous étions assis dans ce magnifique restaurant, très réputé pour la qualité de sa cuisine, dans une capitale d’Europe dont je maîtrise assez mal la langue. Nous discutons un peu, puis nous passons commandes de nos entrées et plats, spécifiant à la serveuse que nous n’avons pas encore choisit le vin.
Nous consultons la carte des vins, et après quelques anecdotes sans rapport avec notre choix, j’appelle notre serveuse d’un geste. Je lui montre sur la carte et lui dit en même temps, dans une langue qui ressemble approximativement à la sienne, le vin que nous avons choisi. Elle note, et me répond en français1. Puis me demande ce que nous voulons manger.
Là, je la regarde un peu bêtement, en me demandant si elle se moque de moi. On lui a dit il n’y a pas 5 minutes. Je lui fais remarquer, poliment mais fermement. Elle me regarde, aucunement perturbée par mon ton. Elle se retourne et montre une autre employée dans la salle et me demandant, poliment et doucement, si je n’ai pas commandé à sa collègue.
Honte sur moi! J’ai confondu les deux serveuses. Elles étaient noires.2
Moi? Je me bats contre le racisme auprès de mes connaissances aussi souvent que je le peux, je suis contre la discrimination, toujours à la recherche de l’intégration et de la compréhension. Je suis profondément convaincu de la justesse de ce combat, et voilà que moi-même, je tombe dedans.
S’en suis une longue série d’excuses que je bredouille à mon convive. “Elles doivent être sœur, voire même sœur jumelle”. “J’étais distrait”. “La décoration est vraiment magnifique, non?” Les excuses débiles que j’articulais ne pouvaient me faire oublier cette honte.
Quelques jours plus tard, je me fais les réflexions suivantes: “Ne suis-je pas en train de faire de la discrimination positive? Comment aurais-je réagis si elles avaient été blanches?” Ou pire encore: “Finalement, ne suis-je pas raciste au fond de moi-même, sentiment refoulé, castré par une envie bien-pensante gauchiste mal placé?”
Évidement que non, et ce genre de réflexions est assez communes. Nous, dans nos pays de blancs, avons un problème assez simple. Nous n’avons pas l’habitude de voir des noirs. Du moins, pas autant que des blancs. Leur morphologie étant quelque peu différente de la nôtre il nous est naturellement plus difficile de les différencier.3 Pour nous, ils “se ressemblent tous”.4 Il n’y a donc aucune honte à cela, mais surtout, il est important d’avoir ça à l’esprit pour ne pas tomber précisément dans le racisme.