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La dernière enquête de la télévision publique alémanique SRF montre que le clivage politique entre les zones urbaines et rurales reste solidement ancré en Suisse depuis les années 1980. Les grandes villes ont renforcé leur sensibilité libérale et de gauche, tandis que les campagnes, quoiqu'un peu plus proches du centre, restent majoritairement conservatrices et de droite.
En trente ans, le clivage politique entre zones rurales et centres urbains ne s'est pratiquement pas estompé en Suisse, comme le montre la dernière enquête data de SRF News. On retrouve les grandes villes à l'extrémité gauche de l'échiquier politique, tandis que les communes rurales sont toujours les plus à droite et les plus conservatrices.
Les données mettent en évidence que les grandes villes, par exemple Genève et Lausanne, sont politiquement plus à gauche et plus libérales que toutes les villes moyennes qui les entourent. Les différences entre petites villes et communes rurales sont aussi frappantes: en 2014, Altstätten (canton de Saint-Gall), la plus conservatrice des villes de petite taille, était plus libérale que de nombreuses communes rurales.
Ces différences significatives étaient peu ou prou les mêmes il y a 30 ans. «Il est étonnant de voir à quel point les communes sont stables politiquement», a résumé à SRF News Michael Hermann, spécialiste en géographie politique et directeur de l'institut de recherche Sotomo. En dépit du développement de la mobilité entre les zones urbaines et rurales, le fossé politique reste d'actualité. Il y a toutefois eu des évolutions politiques isolées. Ainsi de la ville tessinoise de Lugano, qui s'est progressivement «droitisée» entre 1983 et 2014.
Forte hétérogénéité dans les zones rurales
Même si elles restent dans l'ensemble majoritairement à droite et conservatrices, les communes rurales se sont quand même un peu rapprochées du centre au fil des ans. Il faut aussi dire qu'au sein des zones rurales, on note une grande hétérogénéité: la commune la plus à gauche de Suisse, Lajoux (Jura), est une commune rurale, tout comme Doppleschwand (Lucerne), la commune la plus à droite.
On constate par ailleurs que le niveau de richesse crée de nettes disparités politiques. Les communes de haut statut où les habitants disposent de revenus confortables telles que Lussy-sur-Morges (Vaud) apparaissent nettement plus libérales que des communes de statut inférieur très proches, comme Crissier ou Ecublens, en périphérie de Lausanne.
Polarisation constatée dans les grandes villes
La polarisation politique, quoique souvent évoquée, ne se manifeste pas vraiment dans le comportement de vote des communes. Sur beaucoup de questions politiques majeures, telles que l'Union européenne ou la politique environnementale, les opinions sont aujourd'hui moins extrêmes qu'elles ne l'étaient par le passé. Selon Michael Hermann, la polarisation existe mais au sein des partis, dont les représentants endossent des positions de plus en plus radicales. «Certes, elles peuvent apporter le succès électoral mais elles ne sont souvent pas représentatives de la base modérée», explique le spécialiste.
Les grandes villes sont l'exception à la règle. Il y a 30 ans, elles se situaient déjà à l'extrémité gauche de l'échiquier politique et ellles se sont depuis encore «gauchisées», devenant dans le même temps plus progressistes. En 1983, elles étaient moins libérales que les communes de statut élevé, essentiellement des bastions libéraux-radicaux à l'instar de Genolier (Vaud). Aujourd'hui, les grandes villes sont de loin les plus libérales.
Pour Michael Hermann, cette évolution s'explique surtout par les objets soumis au vote au cours des dernières années. Au lieu de viser large, de nombreuses initiatives de gauche -par exemple celles concernant le salaire minimum et l'impôt sur les successions- ont ciblé les électeurs «rouges et verts» urbains. En dehors des grandes villes, ces initiatives ont massivement échoué, renforçant l'isolement politique des centres urbains.
La méthode
L’institut de recherche Sotomo et SRF News ont déterminé le positionnement des communes à gauche ou à droite de l’échiquier politique, et leur niveau de conservatisme, en se basant sur les résultats de tous les scrutins fédéraux depuis 1983.
Le positionnement à gauche ou à droite a été défini notamment par l’opinion sur la police et l'armée, la protection de l’environnement ou l'asile. Le scepticisme quant à l'ouverture et au changement a été qualifié de «conservateur», tandis qu'ont été considérées comme «libérales» les communes majoritairement favorables aux réformes sociétales.