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La polémique sur « l’appropriation culturelle » atteint un quartier branché de Berne.
Le groupe n'a été autorisé à jouer que jusqu'à l'entracte. Le 18 juillet 1 dernier, la Brasserie Lorraine, à Beine, a interrompu un concert du groupe Lauwarm. « Pendant le concert, plusieurs personnes se sont approchées de nous indépendamment les unes des autres et ont exprimé leur malaise face à la situation. Cela concernait la thématique de « l’appropriation culturelle », écrit la brasserie sur Facebook. Nous tenons à nous excuser auprès de toutes les personnes chez qui le concert a provoqué des sentiments négatifs. »
Le terme « appropriation culturelle » (en anglais : cultural appropriation) désigne à l'origine l'utilisation d'éléments d'une culture par des membres d'une autre culture. Une semaine après la déclaration de la brasserie, sa démarche reste majoritairement incomprise sur les réseaux sociaux.
Le restaurant prévoit d'organiser un débat sur le thème de l'appropriation culturelle :
Un précédent à Hanovre. L'interruption du concert rappelle un incident similaire en Allemagne : à Hanovre, des activistes climatiques ont déprogrammé le concert de la chanteuse Ronja Maltzahn parce qu'elle est Blanche et porte des dreadlocks.
Dominik Plumettaz est le chanteur principal du groupe Lauwarm. Lui et son groupe ont été informés du malaise dans le public par les organisateurs. À l'entracte. 4<Nous avons été pris de court, nous n'avions encore jamais vécu une telle situation. »
Il précise : les critiques de certaines personnes présentes concernaient les vêtements, la musique et les coiffures de certains membres du groupe. Deux membres du groupe ont des dreadlocks et portaient lors du concert des vêtements africains colorés.
Au début, il dit avoir compris la situation. Mais, «de notre point de vue, il aurait été préférable que les gens viennent directement vers nous ». Il ajoute : «Si nous utilisons quelque chose d'une autre culture, c'est quelque chose qui nous transporte et qui est aussi enrichissant.» Reggae, pop ou sonorités indiennes font Je répertoire de Lauwarm. «Nous sommes fidèles à notre musique et à nos coiffures, et nous ne changerons rien», précise Dominik Plumettaz.
Une culture « pure»
Le professeur à l'EPFZ Harald Fischer-Tiné s'intéresse à l'histoire du colonialisme et de l'impérialisme. Pour lui, l'indignation face à l'appropriation culturelle repose sur l'hypothèse de l'existence d'une culture « pure». Il existerait ainsi des styles musicaux « jaunes », « noirs » et «blancs » qui ne devraient pas se mélanger. Selon le professeur, cela repose en fin de compte « sur une essentialisation de la culture, ce qui est hautement problématique et empiriquement indéfendable »; L'idée même que les formes d'expression culturelle puissent être clairement délimitées est fausse, d'après lui. « En définitive, les critiques de l'appropriation culturelle encouragent l'ethnicisation de la culture », souligne Harald Fischer-Tiné.
L'historien est convaincu que si l'on interdisait l'appropriation culturelle, aucune forme de musique populaire ne serait plus jouable : ni le jazz, ni le blues, ni le rock, ni le tango, ni le hip-hop. La musique pop repose toujours sur l'hybridation et le mélange de traditions musicales, de styles et d'instruments. « Ce n'est que de cette manière qu'une nouveauté peut finalement voir le jour. »