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Il y a presque trois décennies, il y a eu la première tentative de fusion entre UBS et Credit Suisse. Les deux établissements s'appelaient alors Union de Banques suisses (UBS) et le Kreditanstalt (SKA). Le 1ᵉʳ avril 1996, Rainer E. Gut, le président de la SKA, a composé le numéro de Nikolaus Senn, le président d'UBS. Lors d'une conversation confidentielle, il a proposé la fusion des deux grandes banques. Senn a transmis cette information, mais l’idée s’est essoufflée.
Deux ans plus tard, un grand mariage a tout de même eu lieu: c'est Marcel Ospel, chef de la Société de banques suisses (SBS), qui a pris l'initiative. Cette fois-ci, rien n'a fuité et c'est ainsi que la SBS et l'UBS ont donné naissance à l'actuelle UBS. Le Credit Suisse est resté le CS, il s'est développé par ses propres moyens, a tenté sa chance dans la bancassurance et dans la banque d'investissement. Lors de la crise financière de 2007-2008, le Credit Suisse s'en est mieux sorti qu'UBS. Cette dernière a dû être sauvée par l'argent de l'Etat.
Depuis, les vents ont tourné et la banque en crise s'appelle désormais Credit Suisse. Avec une valeur boursière de 60 milliards de francs, l'UBS pèse dorénavant presque six fois plus que le CS, qui est encore évalué à 10 milliards. Semaine après semaine, les mauvaises nouvelles font chuter l'action de cette dernière. Jeudi, le rapport annuel 2022 aurait dû être publié, mais cela n'a pas été le cas. La veille, l'autorité américaine de surveillance des bourses est intervenue auprès de la banque pour dénoncer les révisions des années précédentes.
Il est plutôt complexe d'avoir une vue d'ensemble des faillites et des problèmes divers que rencontre l'établissement depuis quelque temps. Le CS a été rattrapé en partie par des charges héritées du passé, mais aussi par les conséquences d'une culture du risque mal orientée, et finalement, partiellement, par des «erreurs imprévues»... comme une déclaration douteuse du président du conseil d'administration Axel Lehmann.
En décembre dernier, il s'est montré confiant et a déclaré que les pertes avaient, pour l'essentiel, été stoppées. Mais ce n'était pas le cas, comme on a pu le constater par la suite. Une enquête est désormais en cours pour déterminer s'il a présenté la situation dans laquelle se trouvait sa banque de manière un peu trop optimiste.
En fait, il est étonnant qu'au vu de la perte de confiance et de la faible valorisation boursière, on ne parle pas d'une reprise du CS par l'UBS. Lorsque Rainer E. Gut a décroché son téléphone, en 1996, il l'a fait en position de force. Il se serait alors engagé dans une union entre des banques de taille (presque) égale. Si l'UBS et le CS se rapprochaient aujourd'hui, il ne s'agirait plus d'une fusion, mais d'un rachat par l'UBS.
L'idée d'un rapprochement n'a pas quitté les esprits depuis 1996. En décembre 2020 encore, Urs Rohner, alors président du CS, déclarait à la Schweiz am Wochenende:
Ne serait-ce pas le moment de le faire? Bien entendu, il y a des obstacles. Une reprise coûterait des emplois (du moins à court terme). Et, comme les deux banques sont d'importance systémique, les risques «too big to fail» (trop grand pour faire faillite) seraient concentrés dans une seule banque (mais leurs bilans cumulés sont bien moins importants que ceux de la seule UBS lors de la crise financière).
Et pourtant, compte tenu de la crise du CS, un rachat ne devrait pas être tabou. Un «champion national» renforcerait la place financière suisse et améliorerait sa réputation. Ce serait la meilleure des options pour l'économie helvétique et cela éviterait de voir le CS ou une partie de celui-ci être racheté par des banques étrangères. Le Credit Suisse compte beaucoup d'excellents collaborateurs qui sont frustrés et ne peuvent plus faire leur travail comme ils le souhaiteraient. Un établissement suisse solide pourrait être un employeur dont on serait fier. Peut-être que l'un des deux présidents devrait empoigner son téléphone.
«Deux économistes réunis ont trois opinions», dit un proverbe cynique, qui contient un fond de vérité. Mais il arrive que même les économistes soient d'accord, par exemple lorsqu'il s'agit de savoir comment relancer l'économie chinoise. Tous reconnaissent que cela ne peut se faire que par la consommation domestique.