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Journal d'Architecture
Giairo Daghini
Construire un site pour une cité polytechnique (fragment)
Au printemps de l'année 1476, racontent les historiens du lieu, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, concentre ses troupes dans la plaine de l'actuelle Ecublens. Une ville éphémère, composée de campements militaires surgira, où plus de vingt mille soldats seront entraînés en vue des batailles de Grandson et Morat. Dans cette même plaine, après cinq cents années d'une bonne agriculture, naîtra, dès les années soixante-dix, la ville des Hautes Ecoles Polytechniques Fédérales.
Le lieu, en légère pente vers le lac, est situé sur le territoire de la commune d'Ecublens, à l'ouest de la ville de Lausanne. Il est délimité au sud par la Route du lac, au nord par le tracé du métro et, au-delà de celui-ci, par un quartier résidentiel, à l'ouest par le tracé de l'avenue du Tir Fédéral (la Route cantonale n° 82).
Une première étape a déjà été réalisée à l'initiative du Conseil des Ecoles Polytechniques Fédérales, maître de l'ouvrage, entre 1972 et 1984. Cette étape a touché la zone Est du vaste territoire de l'Ecole et comprend les départements de génie civil, génie civil et géomètres, de physique, de chimie, de mathématiques et de mécanique, ainsi que la bibliothèque et des bâtiments affectés aux fonctions administratives, totalisant une surface de 150.000 m2.
Une seconde étape, planifiée en 1979 déjà, a touché - cette fois-ci - le Sud-Ouest de la parcelle et a vu la construction des départements d'électricité, des matériaux, d'informatique, ainsi que l'étrange édifice composé d'octogones de grandeurs différentes, superposés, appelé «La Coupole». Cette seconde étape se poursuit actuellement avec ce concours dont le programme complexe comprend le département d'architecture, la direction et l'administration générales, les services généraux et académiques, un centre de conférences et de postformation ainsi que l'extension de bâtiments déjà existants.
Le terrain faisant l'objet de ce concours se trouve dans la partie nord-ouest de l'ensemble de l'Ecole, la partie restante. Il est délimité à l'est et au sud par les bâtiments de génie civil et les octogones de «La Coupole», tandis qu'au nord, après avoir franchi la route de la Sorge et les lignes du Métro-Ouest, la parcelle aboutit aux quartiers d'habitation d'Ecublens. Il s'agit d'un terrain difficile, coupé en deux dans la direction nord-sud par des lignes ferroviaires et une route.
Une autre contrainte est le front d'édifices surgi lors des étapes précédentes sur les côtes est et sud avec lequel les projets de cette dernière phase doivent se confronter. Car il s'agit d'intervenir dans une ville universitaire, composée de parties distinctes, où se confrontent des typologies et des méthodes de construction différentes et où le plan directeur a été réélaboré plusieurs fois à la suite d'événements internes et externes à l'Ecole.
La première étape, comprenant six départements, a été réalisée avec l'intention de bâtir un ensemble intégré et cohérent donnant des possibilités d'extension multiples. La trame modulaire des architectes Zweifel et Strickler visait ce but. Ils réussiront à produire une forte structure architectonique sur trame orthogonale, axée autour d'un corps central traversant toute la première étape d'est en ouest.
Le seconde étape, par contre, naît sous le signe d'événements qui ont modifié les données de l'implantation de l'Ecole et de la préoccupation de minimiser la consommation d'énergie en ayant recours le plus possible à l'énergie solaire passive. Le résultat donnera une composition d'édifices singuliers, servis par un axe diagonal de distribution, selon la proposition de l'architecte Bernard Vouga et associés, où la trame orthogonale de la première étape est abandonnée. Il apparaît, à la fin de cette phase, des espaces définis de centralité, comme par exemple le lieu dit l'«Esplanade», ou de relation, comme l'«Allée de Savoie», dont la haute définition symbolique est égale au vide problématique de leur utilisation effective.
Cette diversité de typologies est en même temps une complication «historique» libératrice parce qu'elle permet aux participants au concours de la dernière étape de l'Ecole d'expérimenter des choix projectuels non engagés dans l'existant. En clair, il faudra tenir compte du déjà construit comme d'une donnée de fait, entre autres, et non pas d'un système préétabli à développer. Cet aspect avait été l'une des constantes des premiers plans directeurs pour l'ensemble de l'Ecole, notamment de celui de Zweifel et Stricker, réalisé, ainsi que de celui présenté, en l970, par Mario Botta avec Carloni, Galfetti, Ruchat et Snozzi, en forme de grand condensateur social.
La diversité des thématiques des solutions proposées est probablement l'aspect le plus intéressant du concours dans son ensemble. Ce fait est d'ailleurs bien exprimé dans les projets primés. Plus loin, l'article de Sylvain Malfroy analyse quelques «foyers thématiques» où sont regroupées les propositions saillantes de ce concours.
Cinq prix ont été assignés dans l'ordre suivant: D. Schnebli, T. Ammann, F. Ruchat et collaborateurs: 1er prix et réalisation; Diener+Diener et M. Steinmann, 2e prix; T. Hotz et collaborateurs, 3e prix; A. Stocklin & F. Wettstein, J.R. Moneo et collaborateurs, 4e prix; H. Cometti, D. Geissbühler, A. Galliker, A. Scheitlin, M. Syfrig et collaborateurs, 5e prix.
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