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Le décrochage des bourses chinoises, tout juste ralenti par l’arrêt automatique des cotations, constitue sans doute un des signes avant-coureurs d’une nouvelle crise financière internationale. Pour mémoire, avec la dérégulation des marchés financiers intervenue à partir du dernier quart du XXe siècle, les crises financières n’ont cessé de se succéder: crise de la dette des pays du Sud dans les années quatre-vingt, krach boursier de 1987 aux Etats-Unis, crise mexicaine de 1994, crises asiatique et russe de 1998, bulle de la nouvelle économie de 2001 et, pour la dernière en date, crise des subprimes de 2008. Lorsque des débâcles de cette ampleur et à un rythme aussi rapproché surviennent, on ne peut plus parler d’accidents «normaux» de la vie économique. Incontestablement, le néolibéralisme a fait entrer l’économie mondialisée dans une période de crise permanente entrecoupée de moments de répit.
Deux phénomènes se conjuguent pour favoriser l’émergence de ces désordres économiques de grande ampleur. Le premier a trait au ralentissement de la croissance dans la grande majorité des pays du monde. Pour les pays à hauts revenus, Cédric Durand1Cédric Durand, 2014, Le Capital fictif, Les Prairies ordinaires, p. 8 et 9. a calculé que la croissance en moyenne décennale du PIB est passée d’un peu plus de 5% à un peu moins de 2% entre 1961 et 2011. Par ailleurs, les pays de l’OCDE à revenus élevés produisaient 80% de la richesse mondiale (PIB) en 1990 contre 61% en 2012. Pendant cette période, ce ralentissement de la croissance a été compensé en quelque sorte par celle des pays émergents: Chine, Inde, Brésil, Russie et Afrique du Sud principalement, mais ceux-ci, à l’exception de l’Inde pour le moment, connaissent à leur tour une baisse significative de la croissance. Cette baisse a de multiples causes: absence d’investissements dans certains secteurs productifs considérés comme risqués ou insuffisamment rentables, politiques d’austérité réduisant les dépenses des Etats et des ménages, tendance à la baisse des salaires – ce qui limite la consommation… Cette crise de l’économie réelle ne peut pas rester sans conséquence sur le système bancaire et financier. En effet l’endettement des ménages, des entreprises et des Etats s’est fortement aggravé pendant cette même période. Pour les ménages, les crédits sont venus compenser la baisse ou la stagnation des revenus salariaux. En ce qui concerne les dettes étatiques, en pourcentage du PIB et en moyenne des pays de l’OCDE, elles sont passées d’un peu plus de 40% en 1970 à plus de 90% en 20102Wolfgang Streeck, 2014, Du temps acheté. La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique, Gallimard, p. 32.. Ce renforcement de l’endettement des Etats étant pour partie lié au sauvetage de certains établissements bancaires lors de la crise de 2008. Par ailleurs, le système financier mondial est contaminé par des produits dérivés qui n’ont plus qu’un lointain rapport avec les actifs sur lesquels ils ont été construits. Alors qu’en 1972 ce type de produits financiers était quasi inexistant, en 2013, le total des dérivés s’élevait à 710 000 milliards de dollars. Pour comprendre l’importance de ce montant, il faut le comparer au total de la richesse produite la même année au niveau mondial, à savoir
73 000 milliards de dollars. Ainsi la sphère financière qui s’autonomise au regard de l’économie productive devient un lieu d’investissement plus profitable à court terme avec une aggravation du caractère spéculatif de la finance.
Dès lors, la baisse de la création de richesse conjuguée à une montée de l’endettement ne peut manquer d’avoir des conséquences sur le système bancaire. La fragilisation de certains établissements risque de conduire au même collapsus qu’en 2008, lorsque les relations interbancaires étaient bloquées car les banques ne se faisaient plus confiance. Seuls le sauvetage des établissements les plus faibles par les collectivités publiques et l’injonction massive de liquidités par les banques centrales ont permis de relancer le crédit interbancaire. Aujourd’hui, les Etats seraient-ils en mesure de prendre de nouvelles mesures de sauvetage si cela s’avérait nécessaire? Au vu du niveau d’endettement de certains d’entre eux, on peut en douter.
Notes [ + ]
|1.||↑||Cédric Durand, 2014, Le Capital fictif, Les Prairies ordinaires, p. 8 et 9.|
|2.||↑||Wolfgang Streeck, 2014, Du temps acheté. La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique, Gallimard, p. 32.|
* Membre de SolidaritéS, ancien député.