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D’innombrables troncs gisent sur les côtes arctiques où les arbres sont pourtant rares: les courants marins les ont transportés depuis les forêts de Russie et d’Amérique du Nord jusque sur ces rives. Les autochtones ne sont pas les seuls à apprécier ces bois flottants arctiques qui leur servent de matériau de construction et de combustible. Ils ont également une grande valeur pour les dendrochronologues, qui désirent leur arracher leurs secrets.
Au nord-ouest de l’Islande, où aucun arbre ne pousse, on peut tomber sur une scierie. Étonnant, non? Pas forcément, car cette scierie exploite les bois flottants arctiques, apportés par les courants océaniques depuis les forêts de conifères boréales. Pour les Inuits, peuple originel du Groenland, du centre et du nord du Canada, ces matériaux ont longtemps été l’unique source de bois.
Un long voyage
Les forêts de conifères boréales (du latin borealis signifiant «situé au nord») s’étendent le long du 60e parallèle autour de l’hémisphère nord. Les arbres y poussent malgré les températures basses. Pendant le flottage – c’est-à-dire le transport de troncs pour l’industrie du bois, par exemple pour les scieries – et les crues, des troncs se retrouvent dans les fleuves boréaux, qui les emportent vers le nord jusqu’à l’océan arctique. Une fois enfermés dans la glace, ils peuvent flotter, et continuent d’être transportés par les courants marins. Après plusieurs années, ils arrivent sous forme de «bois flottants arctiques» sur les côtes dénudées de l’Islande, du Groenland et d’autres îles arctiques.
Les dendrochronologues jouent les détectives
Les dendrochronologues du WSL entrent alors en jeu: ils ont collecté le long des côtes du Groenland, de l’Islande, du Spitzberg et des îles Féroé quelque 2’500 tranches de troncs. Revenus en Suisse, ils les ont étudiées sous la loupe binoculaire. Dans un premier temps, ils ont déterminé les essences et constaté que la plupart des arbres étaient des pins sylvestres. Cette essence ne poussant pas en Amérique du Nord, les scientifiques ont pu limiter l’origine des bois flottants à l’Eurasie. En comparant les cernes annuels des échantillons de bois flottant avec une «bibliothèque de cernes» existante (les chercheurs nomment cette technique le «crossdating»), ils ont estimé que ces bois flottants provenaient des grands bassins fluviaux de Russie.
Une archive millénaire
Il est intéressant pour les océanologues de connaître l’origine des bois flottants, car elle leur permet de reconstruire les grands courants de la mer polaire et les variations de son extension au cours du temps.
Pour les climatologues, les bois flottants sont également une précieuse archive. Dans les forêts boréales de conifères, les arbres sont fortement influencés par les températures estivales. Des cernes larges signifient des conditions chaudes, et des cernes étroits des conditions froides. Les températures d’autrefois peuvent donc facilement être extrapolées dans ces régions à partir des cernes annuels. L’avantage des bois flottants est qu’ils sont parfois très anciens et permettent de reconstruire le climat sur plusieurs milliers d’années.