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La date du 5 décembre 2000 restera dans l´histoire comme la photo de référence de la Suisse au tournant du siècle. Ce recomptage est placé sous le signe de la nouveauté: les agents recenseurs ont presque disparu, l´Internet a pris un peu leur place.
Autour de l'an 2000, une bonne centaine de pays ont programmé le recensement de leur population. En Suisse, cette décision ne doit rien au hasard. Depuis 1850, elle en a régulièrement organisé tous les dix ans. Quant au choix de décembre, il remonte au temps où la majorité des gens vivait dans le monde rural. L'hiver se prêtait bien à ce genre d'exercice.
La dernière fois que les Suisses se sont comptés, en 1990 donc, ils étaient de mauvaise humeur. Ils avaient découvert qu'une certaine police fédérale les surveillait à leur insu dans des activités politiques pourtant des plus légales. Il avait fallu faire preuve d'esprit de persuasion pour éviter que cette «affaire des fiches» ne génère un boycott du recensement.
Rien de tout cela cette fois-ci, même si des voix se font entendre mettant en garde contre les tentations de centralisation des données personnelles. Juridiquement, les choses sont toutefois claires: les caractéristiques nominales du recensement doivent être détruites et ses résultats ne peuvent être utilisés qu'à des fins statistiques non personnalisées.
A lire le questionnaire dans le détail, on est pourtant bien obligé d'admettre qu'il ne porte que sur des banalités quotidiennes. Mais, commente Carlo Malaguerra, le directeur de l'Office fédéral de la statistique chargé de l'organisation du recensement, «lorsqu'on additionne ces banalités, on obtient une photo extrêmement parlante, riche et complexe d'un pays».
C'est cela, dit-il, l'objectif de ce dénombrement rituel qui permet à un peuple de saisir sa réalité, de voir ce qui change et de mieux comprendre sa propre histoire. La relative «banalité» du questionnaire trouve aussi une part d'explication dans le fait qu'il s'inspire largement d'une sorte de catalogue qui autorise ensuite les comparaisons internationales.
Le gros problème que l'Office fédéral de la statistique a dû résoudre, c'est la complexité des registres. Il y a en Suisse près de 3000 systèmes de registres de population, autant que de communes, mais il fallait une base standard pour le traitement centralisé des données. A l'arrivée, cela se traduit tout de même encore par onze variantes de questionnaires.
Au-delà du 5 décembre, le recensement pose bien des questions de fond sur la durabilité du système statistique suisse. Carlo Malaguerra n'y va pas par quatre chemins: «l'administration suisse vit encore et toujours dans une logique du 19e siècle tout en voulant utiliser des technologies du 21e!»
A l'entendre, il est grand temps d'imaginer une façon, non pas de centraliser les registres communaux de l'habitat, mais de les mettre en réseau et de les rendre compatibles». Ceux qui changent de canton et qui à chaque fois doivent reformuler des données qui figurent dans les dossiers de leur commune de départ n'en seraient pas mécontents.
Reste que les organisateurs de ce Recensement 2000 ont délibérément joué la carte de l'innovation. Non sans risques. Car neuf habitants sur dix ne verront pas d'agents recenseurs. Ils ont reçu leurs questionnaires par courrier postal et les retourneront à l'expéditeur par la même voie. A moins qu'ils ne choisissent d'y répondre par Internet.
Dimanche soir, quelque 100 000 ménages avaient déjà opté pour cette solution. Chacun y trouve son intérêt, le recensé parce qu'il bénéficie d'une aide en ligne, le recenseur parce que le système analyse aussitôt les données et en donne quittance s'il les estime plausibles.
L'Office fédéral de la statistique gagnera ainsi du temps, mais il lui faudra tout de même une année avant de pouvoir diffuser les résultats de ce recensement qui, ma foi, a pris des allures de simple formalité. Ce qui fait dire à Carlo Malaguerra, avec un brin d'exagération, «que les statisticiens s'intéressent aux masses, mais que l'inverse n'est pas vrai».
Bernard Weissbrodt