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Le mot «dialogue interreligieux» est-il devenu superflu?
Le dialogue entre élèves se déroule à un autre niveau. Le fait que l’un soit protestant et l’autre musulman n’a pas d’importance au moment où ils discutent. Ce qui est important, c’est que dans cette situation se rencontrent des personnes avec leurs histoires de vie et leurs orientations. Je l’observe plus souvent dans les quartiers où la population est mélangée. À Brême, c’est le cas dans les quartiers de Walle, Gröpelingen et Huchting, où le taux de migrants est supérieur. Entre 50% et 60% des habitants sont d’origine musulmane ou arabe. Mais les jeunes appartiennent à la troisième génération et ils ont grandi en Allemagne. Ils sont liés dans l’amitié, indépendamment de l’orientation religieuse de leurs parents. J’aime mieux cette périphrase que le terme «dialogue interreligieux» qui réduit les phénomènes religieux. Il m’impose un filtre qui m’empêche de voir de quoi parlent ces jeunes.
Qu’est-ce qui est important pour les jeunes?
L’amitié. A-t-on le droit de dénoncer ou de trahir l’autre? Ce sont des sujets qui résultent du fait que les garçons sont copains. Mais ces sujets, les jeunes ne les formulent pas dans un discours explicitement religieux, mais dans une perspective de la pratique quotidienne.
Comment interprétez-vous ces discussions observées pendant les récréations?
Comme une religiosité qui ne se présente pas sous forme traditionnelle et qui n’est pas à première vue religieuse. Dans ces discussions, je remarque qu’ils ont une orientation très prononcée vers des valeurs. Ils accordent une grande importance à l’amitié et à la solidarité.
Sur le plan de l’enseignement religieux, la Constitution du Land de Brême est particulière, car elle propose des «cours de religion indépendants en matière de confession».
À Brême, la pédagogie de la religion a toujours essayé d’être indépendante en matière confessionnelle. Elle a vu le jour au 17e siècle, quand il y a eu des différences confessionnelles entre luthériens et réformés. Pour les unir, on a introduit un nouvel enseignement religieux «sur une base chrétienne générale». En 1947, les citoyens de Brême ont fixé cette tradition dans l’article 32 de la Constitution de Brême.
Vous avez accompagné les professeurs qui donnent ces cours. Comment se déroulent-ils aujourd’hui?
Je présente à la classe une situation de dilemme, par exemple le commandement «tu ne voleras point» et l’illustre par un cas concret: une personne a un proche malade. Il a besoin de prendre un médicament, mais ni l’un ni l’autre n’a l’argent pour le payer. Cette personne se retrouve donc face à un dilemme: soit elle aide son proche et vole le médicament, soit elle ne l’aide pas.
Face à cet exemple, les élèves réagissent. Certains disent: «Mais Dieu a dit: tu ne voleras point». D’autres s’appuient sur des autorités familiales: «Mon père a toujours dit que…». J’ai pu ainsi observer comment ces jeunes se formaient des convictions. Ils le font de mille façons. Souvent, ils partent de leurs propres observations. Les jeunes ont déjà pleine conscience qu’il existe des situations où l’homme est poussé à transgresser la loi. En tant que professeur en pédagogie de la religion, je cherche à rendre les élèves sensibles à leur façon de prendre une décision morale. Je suis surpris par le fait que les jeunes possèdent souvent plus de règles de conduite que ce que l’on imagine. Ils développent indépendamment leurs principes et leurs normes de conduite.