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30/04/2016
LXXXV: le réveil de Sainte Apsara
Dans le dernier épisode de cette fantastique série, nous avons laissé le Génie d'Or alors que, dans le vaisseau cosmique de Captain Corsica, il venait d'être contemplé par Sainte Apsara, qui pensait l'avoir connu et le reconnaître, et que, ne lui rendant pas son regard, il s'était contenté de contempler l'horizon enflammé par le soleil couchant.
Il finit par dire: J'ai été surpris, ô Captain Corsica, par les pouvoirs de Sainte Apsara; tu me l'avais peinte comme errante, comme se partageant exclusivement entre les jardins de Cyrnos et la tombe de ses parents, à Noscl; mais je vois que c'est une guerrière accomplie dont les points d'astres sont ouverts, dont les fleurs cosmiques sont épanouies. Que m'as-tu caché, qui explique une telle nature, chez cette ancienne nymphe sauvage de la forêt déserte?
Captain Corsica mit quelques instants à répondre. Sainte Apsara le regardait. Puis il dit: Sache, ô Génie d'Or, que Sainte Apsara s'est révélée à elle-même à l'époque où je combattais le Lestrygon. Je ne puis évoquer devant toi toute cette aventure. Mais je puis dire que je faillis deux fois perdre la vie, car c'était un être puissant.
La première fois, je sombrai dans la rivière appelée Restonica, échappant grâce à ses nymphes à mes poursuivants. Car elles m'emportèrent dans son courant.
Mais j'étais blessé, meurtri, et plein du poison de mon ennemi. L'eau me purifia: les nymphes ôtèrent de mon corps les parties corrompues par la bataille. Puis elles me confièrent aux nains, qui tissèrent pour moi de nouveaux membres, plus fermes, et me donnèrent une nouvelle force. Et ils m'offrirent aussi des armes, et me ramenèrent à Cyrnos, dont je revins comme ressuscité.
La seconde fois, je fus encore en difficulté, malgré ma seconde naissance. J'avais abattu un homme-machine créé par mon ennemi, mais celui-ci alors vint en personne. Nous luttâmes, mais j'eus à nouveau le dessous. Lui aussi avait accru sa puissance, tirant des profondeurs de l'abîme des pouvoirs nouveaux.
Me sentant perdu, j'adressai une pensée d'amour à Sainte Apsara, en guise d'adieu. Or, elle la perçut. Et depuis le lieu où je me trouvai, elle éveilla en elle quelque chose. Et soudain, elle se souvint.
Dans une autre époque, presque une autre vie, elle avait, semblablement, répondu à un appel de loin.
Elle sauta sur ses pieds, depuis le banc du jardin où elle se tenait assise, et, se précipitant vers Cyrnos, elle lui demanda de la transporter immédiatement dans la forêt de Valdaresca, comme il en avait le pouvoir; car il possède des ponts qui, passant derrière le voile des choses, traversent l'espace.
Cependant, il se refuse en général à les utiliser. Car, au-delà de la porte qui mène à eux, sont des êtres terrifiants, qui guettent tout passage pouvant se faire vers le monde des hommes, sont à l'affût de toute fenêtre leur permettant d'y pénétrer. Ils veulent, en effet, le conquérir, s'en rendre maîtres. Ouvrir une telle porte exige une grande vigilance, et des combattants aux aguets pour les empêcher d'entrer.
Cyrnos hésitait à répondre favorablement à la demande de Sainte Apsara aussi parce que, même si on parvenait à repousser ces créatures immondes, celui qui empruntait ces ponts n'était point en sécurité. Sans doute, le but de ces êtres est de pénétrer le monde de la surface, et leur soif d'air libre leur fait oublier les hommes qui y courent au-dessus d'eux; mais lorsqu'ils se voient repoussés par les guetteurs de la porte, souvent ils se vengent sur celui qui est dans leur monde. Cyrnos ne voulait point risquer une telle chose, pour Sainte Apsara, qu'il savait que j'aimais.
Ô lecteur, cet épisode commence à être long; et pour connaître la décision de Cyrnos, il faudra attendre le prochain. Nous connaîtrons aussi, alors, les circonstances dans lesquelles Sainte Apsara s'est métamorphosée, de nymphe sauvage et amnésique elle est devenue la guerrière éclatante que nous connaissons.