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Le président Fernandez remanie le gouvernement en Argentine
Mis sous pression par un revers électoral et par sa vice-présidente, Cristina Kirchner, Alberto Fernandez a nommé un nouveau gouvernement vendredi.
Le président argentin Alberto Fernandez a annoncé vendredi un nouveau gouvernement, afin de dénouer une crise politique provoquée par un revers électoral de sa majorité et qui a dégénéré en affrontement ouvert avec sa vice-présidente, Cristina Kirchner.
L’exécutif a traversé sa crise la plus aiguë cette semaine, dans la foulée des élections primaires législatives de dimanche dernier, au cours desquelles la coalition au pouvoir Frente de Todos (péronisme de centre-gauche) n’a obtenu que 31% des voix au niveau national.
Créé en 2009, le système de primaires générales pour tous les partis politiques, le même jour et à l’échelle nationale, est une particularité argentine. Le vote étant obligatoire, ces primaires sont un baromètre grandeur nature avant un scrutin.
Pression de Cristina Kirchner
Les mauvais résultats dominicaux de la coalition au pouvoir lui font craindre, lors des élections du 14 novembre, la perte de sa majorité au Sénat et l’abandon de l’espoir de l’obtenir à la Chambre des députés, alors qu’il reste encore deux ans du mandat Fernández-Kirchner.
La crise de l’exécutif a éclaté mercredi, lorsque le ministre de l’Intérieur, Eduardo «Wado» de Pedro, a présenté sa démission, tout comme quatre autres membres du gouvernement. Tous sont considérés comme des proches de Cristina Kirchner et l’initiative interprétée comme une pression de la vice-présidente sur le chef de l’État pour remanier entièrement le gouvernement.
«Croyez-vous sérieusement qu’il n’est pas nécessaire, après une telle défaite, de présenter publiquement les démissions et que les responsables facilitent au président la réorganisation de son gouvernement?» a ensuite écrit Cristina Kirchner jeudi, dans une lettre ouverte dans laquelle elle critique les hiérarques qui «se cramponnent à leur fauteuil».
Crise économique
Le président n’a pas accepté ces démissions, et les cinq ministres démissionnaires restent finalement en poste, de même que Martin Guzman, titulaire du portefeuille de l’Économie et à ce titre principal interlocuteur du Fonds monétaire international (FMI).
Juan Manzur, gouverneur de la province de Tucuman (nord-ouest), a été nommé chef du Conseil des ministres, en remplacement de Santiago Cafiero, un des membres de l’exécutif les plus contestés par Cristina Kirchner. Santiago Cafiero a toutefois été nommé chef de la diplomatie, à la place de Felipe Sola, qui se trouve au Mexique.
Les nouveaux ministres sont Anibal Fernandez (Sécurité), Julian Dominguez (Élevage, Agriculture et Pêche), Juan Perzyck (Éducation) et Daniel Filmus (Science et Technologie). Juan Ross est le nouveau secrétaire à la Communication et à la Presse, à la place de Juan Pablo Biondi, que la vice-présidente avait critiqué ouvertement en l’accusant d’organiser des «opérations de off», ces discussions avec les journalistes sous le couvert de l’anonymat.
Un des taux d’inflation les plus élevés au monde
En récession depuis 2018, l’Argentine traverse une crise économique exacerbée par la pandémie de Covid-19. Pour amortir les effets dus aux restrictions sanitaires, le gouvernement a procédé à de grosses émissions de monnaie, notamment en 2020, malgré son impact sur l’inflation.
Cristina Kirchner, présidente entre 2007 et 2015, a critiqué cette semaine le président Fernandez en estimant qu’il n’avait pas émis assez de liquidités en 2021. «J’ai fait savoir que je pensais qu’une mauvaise politique d’ajustement budgétaire était menée, et qu’elle avait un impact négatif sur l’activité économique et, par conséquent, sur la société dans son ensemble et que, sans aucun doute, cela allait avoir des conséquences électorales», a-t-elle aussi écrit dans sa lettre ouverte de jeudi.
L’Argentine connaît des taux élevés de pauvreté (42%) et de chômage (10%), ainsi qu’un des taux d’inflation les plus élevés au monde (32% de janvier à août) et une dette en souffrance de 44 milliards de dollars (41 milliards de francs) auprès du FMI. Le 22 septembre, le pays doit verser au FMI une échéance de 1,9 milliard de dollars (1,8 milliard de francs), et une autre du même montant en décembre.
AFP