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07/05/2012
Débat autour du socialisme avec John Goetelen
Débat autour du socialisme avec John Goetelen
En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.
Voici la première, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :
http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...
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« Je crois à l’individu, à sa créativité, et à la liberté d’agir et d’entreprendre. »
Je crois à l'individu, et c'est justement pour le préserver de toute exploitation et de toute aliénation de type économique que j'adhère au socialisme.
En organisant collectivement la production, et non égoïstement, on préserve l'individu de toute production qui va à l'encontre de ses intérêts, puisque toute production allant à l'encontre la société ou de son cadre (l'environnement, l'écologie) va au final à l'encontre des intérêts réels de l'individu.
La créativité des individus est aujourd'hui borné par les limites du marché, nécessité d'une rentabilité et de faire du profit.
Grâce à la création collective, on pourra distribuer richesses, ressources, et fruits de la production, de manière à assurer les moyens à chacun de développer sa créativité, y compris hors des limites castratrices du marché et de ses lois limitatives.
Le socialisme est donc un vecteur de créativité et de progrès.
Quant à ce qu'on appelle la liberté d'entreprendre, elle existera dans le socialisme toujours, mais à travers la propriété commune (ou collective) des moyens de production, et elle sera donc filtrée par l'intérêt de tous (donc par l'intérêt réel de l'individu).
« Pas d’accord. Si le pouvoir économique est entre les mains d’une minorité, le droit de vote fait qu’il est possible d’édicter des lois qui limitent ce pouvoir. »
Selon la théorie du reflet de Marx, la superstructure (le rapport de force politique et idéologique) n'est que le reflet de l'infrastructure (le rapport de force socio-économique).
Gramsci a montré que le capitalisme et les intérêts d'une minorité se maintenaient en place par le maintien d'une hégémonie culturelle, morale, idéologique, et intellectuelle.
La pensée des classes dominantes dominent donc malgré la démocratie représentative, et le rapport de force politique n'est que la conséquence de cette aliénation idéologique et politique généralisée dans la société capitaliste.
Bourdieu ajoute lui que l'individu est forcé à intérioriser sa position de classe et son statut social, et à accepter l'ordre établi par la société (capitaliste).
Et puis très concrètement, on constate bien à chaque votation ou élection en Suisse que les moyens financiers des forces politiques sont très différents entre droite et gauche, entre intérêts de la minorité disposant du pouvoir économique, et la majorité dépossédée.
Bref, sans démocratie économique, pas de démocratie réelle !
« [Le contrat] c’est l’opposé de l’esclavage, c’est la reconnaissance des droits des deux parties. »
Entre le propriétaire du capital et celui qui ne possède que sa force de travail (manuelle, intellectuelle), il ne peut y a voir d'égalité contractuelle.
Celui qui ne possède rien doit se vendre ou accepter de vivre mal (en tout cas en Occident où les restes de l'Etat-social protège encore un peu un certain droit à la survie). Il n'a donc pas le choix de se vendre.
Le contrat, c'est donc l'illusion de la liberté.
Le contrat c'est la liberté du plus fort d'exploiter le plus faible.
« Le salariat n’est pas un esclavage et il est simplement abusif de lui superposer la traite des esclaves. »
Selon la théorie de Marx de la plus-value, le propriétaire des moyens de production (aujourd'hui l'actionnaire ou le patron) exproprie une part de la valeur du travail des travailleurs (des salariés) afin de s'offrir une rente (le revenu du capital) sans travailler.
Le revenu du capital privé c'est donc le revenu de l'oisiveté et du vol.
« La répartition équitable équitable des fruits de la production est un thème central dans le socialisme proposé. Equitable doit-il être compris dans le sens de justice ou d’égalité? »
Voici un point sur lequel je diffère de mes amis communistes, car je ne crois pas que le revenu du travail (le salaire) doive forcément être égalitaire. Je penche justement plutôt pour une répartition équitable des fruits de la production. Un écart salarial maximal de 1 pour 5 me paraît raisonnable (si on prend comme salaire minimum 4000 francs, cela correspond à un maximum mensuel de 20 000 francs, une somme encore fort rondelette).
« La politique gère, la morale juge ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. »
Toute conception idéologique (donc politique) s'appuie sur des conceptions morales (une vision de ce qui est bien ou mal, de ce qui est souhaitable). Il est illusoire de vouloir séparer les deux.
« Par ailleurs, à la place du chef d’entreprise on aura une sorte d’entité abstraite: l’assemblée de la coopérative autogérée. C’est la majorité des votants qui sera responsable de l’entreprise, et non pas une personne ou un groupe de personnes bien défini. Donc personne en réalité ne sera responsable nominativement. »
Attention, démocratie économique au sein de l'entreprise (ou autogestion), ne signifie pas suppression des fonctions dans l'entreprise, mais prise de décision collective dans les choix.
Concrètement, cela signifie qu'il y aura toujours des coordinateurs (aujourd'hui managers) qui exerceront une activité de gestion et de planification (donc il y aura toujours des responsables).
« Pourquoi l’humain serait-il soudain différent sous le socialisme? »
Comme prouvé en sociologie, l'individu est socialisé par son contexte social, par le système dans lequel il vit. Dans une nouvelle organisation de la société, on aura un nouvel être humain : un individu réellement libre.