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Gérard Saint-Martin, L'arme blindée française - Tome 1,
12 novembre 2003
e drame de mai 1940 est avant tout l'échec d'une armée à intégrer les moyens de son époque. Ce livre exemplaire remonte aux sources de la débâcle en montrant les errements et préjugés qui ont entravé le développement de l'arme blindée française, puis son emploi.
Colonel en réserve de l'arme blindée cavalerie et docteur en histoire, Gérard Saint-Martin a servi au Commandement des écoles de l'armée de Terre et participé à la formation des stagiaires du Collège interarmées de Défense. Cet ouvrage de 365 pages, sous-titré « Mai-juin 1940 ! Les blindés français dans la tourmente », représente le première tome de sa thèse de doctorat en histoire militaire ; le deuxième tome, sous-titré « 1940-1945, Dans le fracas des batailles », a également été publié.
Pourquoi la France n'a-t-elle pas réussi à conserver sa domination en matière de chars, et comment en a-t-elle payé le prix au printemps 1940 ? Voilà les deux questions cruciales auxquelles ce livre répond de manière exemplaire. Sortie victorieuse mais épuisée de la Première guerre mondiale, l'armée française avait en effet une solide expérience des blindés et des cadres prêts à la développer ; deux décennies plus tard, ses chars puissants et nombreux seront décimés en un mois. Comment cela a-t-il pu se produire ?
Dans les 4 chapitres formant la première moitié du livre, Gérard Saint-Martin confirme sans ambages l'image populaire d'une hiérarchie militaire passéiste et rétive au changement. Le rôle et l'influence des chefs militaires majeurs dans les années 20 et 30, dont bien entendu Pétain, Weygand et Gamelin, sont cernés de manière impitoyable. Tous les plaidoyers et mémoires de l'après-guerre ne parviennent ainsi pas à cacher le dogmatisme et le conservatisme tragiques de l'Armée de Terre.
Par ailleurs, l'auteur s'intéresse de près aux doctrines codifiées, comme les instructions sur l'emploi tactique des grandes unités, véritables monuments à la défense statique, mais également à d'autres textes qui montrent comment la pensée de la manœuvre mécanisée parvenait à s'insinuer en dépit des résistance institutionnelles. On voit ainsi clairement l'évolution séparée qu'ont connue la cavalerie et l'infanterie, avec pour aboutissement les divisions légères mécaniques et les divisions cuirassées de réserve.
Dans les 4 chapitres de la deuxième moitié du livre, intitulé « le choc des réalités », Gérard Saint-Martin montre les conséquences de ces errements. En premier lieu, il compare l'arme blindée française avec son adversaire allemande, et montre bien les différences cruciales qui les séparent au niveau des équipements, de l'entraînement et de l'organisation. Pas de moins de 16 tableaux mis en annexe -caractéristiques techniques, articulation des chars et ordres de bataille comparés - soulignent son propos et fournissent une mine de renseignements.
L'ouvrage plonge également le lecteur dans le fracas des combats en décrivant neuf batailles, de Stonne à Abbeville en passant par Hannut et Montcornet. Souvent sans espoir, ces combats menés par les blindés français sont analysés en détail, carte à l'appui, et replacés dans leur contexte. Ils montrent que les DCR étaient fatalement handicapées par l'autonomie minime de leurs chars B1 Bis, conçus comme chars d'accompagnement de l'infanterie, alors que les DLM constituaient un bien meilleur instrument de manœuvre.
L'énorme quantité de sources et de témoignages utilisés par Gérard Saint-Martin confère à ses écrits un caractère nuancé et définitif. Mais si ce premier tome conclut au redressement naissant de l'arme blindée française, ce qui sera plus tard confirmé par la 2e DB, il n'en demeure pas moins que les conséquences des erreurs commises en temps de paix forment une leçon qui ne sera jamais soumise aux aléas du temps. La lecture de ce livre, de ce point de vue, est des plus salutaires.
Maj EMG Ludovic Monnerat
Maj EMG Ludovic Monnerat