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Nous reproduisons ci-après toutes les lettres et cartes adressées par Agathon De Potter à Raymond Broca entre 1891 et 1902 qui ont été conservées par la Société des études colin- siennes. Celle-ci possède également dans ses archives les minutes de quelques-unes des lettres de Raymond Broca, notamment celle du 1er novembre 1898 à laquelle Agathon De Porter a répondu par ses lettres des 5 et 7 décembre 1898. Après mûres réflexions, nous avons décidé de ne pas publier ces minutes dactylographiées compte tenu du fait qu'Agathon De Porter explicite presque constamment les arguments de son corres- pondant en les réfutant. Leur controverse s'inscrivait dans la tentative " révisionniste " de Putsage et Seghers que nous avons retracée et dont on constatera comment elle fut en l'espèce résorbée dans l'orthodoxie colinsienne représentée par Agathon De Porter.
* * *
Saint Josse ten Noode (Bruxelles), le 12 août 1891.
Monsieur,
Je viens bien tardivement répondre aux objections que vous avez formulées contre mon article sur la transformation l'appropriation individuelle du sol, en appropriation collective, et je vous prie de m'en excuser. Mais j'étais occupé, lorsque j'ai reçu votre travail, à défendre le socialisme rationnel contre des attaques dirigées de divers côtés contre lui ; et cette discus- sion m'a pris beaucoup de temps. Enfin, me voici à votre dis- position, et je vais examiner votre critique avec le plus grand soin.
Vous repoussez, d'une manière absolue, la première espèce d'anéantissement de la propriété individuelle (du sol) telle que je l'expose à ma page 4 ; et vous vous appuyez, à cet égard, sur les raisons suivantes :
A. - " L'aliénation du sol peut-elle être détruite avant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit soit anéantie, si ce n'est: sous peine d'une effroyable anarchie nous ramenant à l'ignorance primitive ? " Colins.
- Je réponds à cela:
1° Que anéantissement de la propriété individuelle du sol ne signifie pas établissement de la propriété collective dudit sol ;
2° Que l'appropriation collective du sol ne peut exister réellement qu'après que l'ignorance sur la réalité du droit a elle-même disparu;
3° Que l'anarchie effroyable dérivant de la pseudo- collectivité du sol, laquelle remplacerait la propriété individuelle foncière, ne s'établirait pas instantanément, mais se dévelop- perait assez lentement pour permettre aux premiers versements de mineurs instruits de centupler la force de l'autocrate.
Ainsi comprise, la citation de Colins ne prouve pas que ma première espèce d'anéantissement de la propriété individuelle foncière soit absurde. Passons dès lors à la seconde citation.
B. - " II y a des possessions légales, qui peuvent néan- moins être jugées nuisibles à la chose publique: celles-là attendent avec raison une indemnité, mais encore faut-il les éteindre. " Siéyès.
- Je ne vois réellement pas en quoi cette proposition de Siéyès prouve que ma première espèce d'anéantissement de la propriété individuelle foncière soit absurde. Passons dès lors à une nouvelle citation de Colins que vous m'objectez.
C. - " Si le paupérisme matériel pouvait être anéanti, avant l'anéantissement du paupérisme moral, l'anarchie tuerait la vieille société, etc... " Colins.
- A quoi je réponds, d'abord ce que j'ai dit à propos de votre première épigraphe, ensuite... Mais Colins répond pour moi, dans les lignes qui précèdent la citation C.
Voyons maintenant une objection à vous, que vous for- mulez ainsi :
- " Donc, le cas où par excès de paupérisme l'anéantisse- ment de la propriété foncière individuelle serait nécessaire, serait aussi le plus dangereux pour l'avenir social; ou bien il faudrait que l'autocrate eût entre les mains les moyens néces- saires à empêcher trop rapidement l'extinction du paupérisme, extinction résultant nécessairement de l'appropriation collec- tive de la totalité du sol. "
- Si l'autocrate n'avait pas les moyens nécessaires d'em- pêcher l'extinction trop rapide du paupérisme, ce serait un autocrate pour rire. Et d'ailleurs, je le répète : anéantissement de la propriété individuelle foncière ne signifie pas établisse- ment de la propriété réellement collective du sol; et tant que celle-ci n'est pas constituée, le paupérisme ne peut réellement disparaître en totalité.
Vous rapportez à ce propos, - pour corroborer votre assertion, - une phrase de moi qui ne fait que reproduire ce qu'a dit Colins, et que j'explique de la même manière que cette dernière.
En somme, je ne puis admettre la validité des raisons que vous donnez pour repousser comme absurde la première espèce de transition.
Passons au second point, et commençons d'abord par l'incidente que vous soulevez à propos de la science unie à la force, et de la valeur de cette expression.
Vous m'écrivez que je suis à cet égard en contradiction avec ce que dit Colins sur le 96e obstacle. Je ne vois pas cela. J'y vois seulement la prétention, - justifiée d'ailleurs, - qu'il est impossible, ou même quasi impossible, de faire percevoir la vérité aux sommités sociales actuelles. Mais il n'y est nullement démontré qu'il est impossible de faire accepter la vérité à des individualités qui, plus tard, peuvent devenir des sommités sociales de l'avenir.
La phrase de Colins que vous citez à ce propos paraît, en effet, indiquer qu'il est impossible de faire percevoir la vérité à n'importe qui, même aux seules sommités sociales, avant l'arrivée de l'autocrate. Mais il y a là une exagération mani- feste, contredite d'ailleurs par l'extrait que voici :
- " La démonstration de la réalité de l'éternelle sanction indépendante de l'anthropomorphisme, étant découverte par un individu, il est impossible que cette sanction soit socialement intronisée, en dehors de cette circonstance, en apparence mira- culeuse, dont nous avons parlé (l'autocratie). Mais, à cause de l'indestructibilité de la presse, il est impossible aussi que cette découverte, une fois imprimée, soit anéantie. Alors cette découverte, dès qu'elle ne peut mourir, se propage: très lente- ment d'abord, et comme la goutte d'huile sur le papier; ensuite d'autant plus rapidement que l'immoralité, résultant de l'absence de sanction éternelle même illusoire, et que le paupérisme résultant de l'absence de sanction éternelle réelle, font faire plus de progrès à l'anarchie. Dès ce moment, la force qui, jusqu'alors, avait exclusivement gouverné notre humanité, vient, peu à peu, s'unir à la science réelle, et de cette union naît, nécessairement, sur une partie quelconque du globe, une autocratie suffisamment forte: non pour éclairer la génération contemporaine, cela est impossible, mais pour s'emparer etc., etc. " (Colins, Justice, tome I, pp. 13 et 14).
La Science unie à la force est donc bien le nombre possédant la Science.
Les deux citations que vous faites de Colins (de la page 502) ne prouvent pas davantage contre moi, car je n'ai jamais eu l'idée de faire admettre que ce n'était pas un seul qui devait diriger la transition.
A vrai dire, je ne vois pas bien ce qui, au fond, nous sépare sur ce point. Ne dites-vous pas que l'appui des sommités sociales sera utile, même indispensable à l'autocrate ? Or je le dis également.
Je vais pouvoir poursuivre votre lettre.
Vous regrettez que je n'ai pas tenu compte de la valeur mobilière qui tombera dans la caisse sociale et qui pourrait servir à indemniser les propriétaires fonciers que la société exproprierait. Je vous rappellerai à ce propos que, à la page 31, j'ai dit: Ajoutons enfin les rachats de terre que l'Etat peut opérer successivement à mesure que les ressources s'accrois- sent. Je vous ferai remarquer encore qu'ailleurs j'ai dit que je me bornais aux données sur lesquelles il est possible, jusqu'à un certain point encore, de tabler. Or, vous-même l'avouez, il est difficile sinon impossible de se procurer les chiffres exacts nécessaires aux calculs que vous me reprochez de n'avoir pas faits.
Vous passez ensuite à la critique du moyen supplémentaire que je propose, et qui consiste dans l'inaptitude à être pro- priétaire foncier, attribuée à tous ceux qui naîtraient un an après l'ouverture de la période de transition.
- " II léserait, dites-vous les propriétaires fonciers tandis que les propriétaires mobiliers seraient épargnés. "
- Toute transformation sociale lèse toujours, au moins en apparence, ceux contre qui elle est faite. Et les propriétaires mobiliers seront lésés comme les autres, par des mesures dont je n'avais pas à parler, et que vous connaissez aussi bien que moi.
- " De plus, continuez-vous, ce ne serait pas une mesure d'ordre, car elle mécontenterait une grande partie de la popu- lation rurale. "
- Mais ne pas anéantir la propriété foncière individuelle serait encore moins une mesure d'ordre, puisqu'elle affecterait un nombre beaucoup plus considérable d'individus.
- " Elle porterait en même temps, dites-vous, atteinte à l'hérédité. "
- Comment cela? Parce que l'on proscrirait de laisser sa terre à ceux qui n'existent pas encore ? Ne pas pouvoir tester en faveur des habitants de la Lune, cela porte-t-il atteinte à l'hérédité? D'ailleurs, pensez-vous que les mineurs, sortis des établissements sociaux, connaissant donc la règle rationnelle des actions, consentiraient à posséder du sol en propre ?
J'ai omis, dites-vous, un point très important: c'est d'indi- quer quelle serait la proportion de sol devenu collectif lors du premier versement de mineurs instruits dans la société des majeurs. Et vous commentez à ce propos une de mes propo- sitions. Je vais en donner le sens exact qui, probablement par ma faute, n'a pas été bien saisi par vous. J'ai voulu dire: il convient que le sol entre à la collectivité suivant la même pro- portion que les mineurs instruits entrent dans la société des majeurs. Ainsi, lorsqu'il y a 1/50, 1/20, 1/2 de la population, composé d'individus réellement instruits, il faut que au moins 1/50, 1/20, 1/2 du sol soit devenu collectif. Or, le premier verse- ment de mineurs, qui est de 611.000, est le 57e de la population totale de la France. Il n'est pas exagéré d'admettre que si le sol entier peut cesser d'être aliéné en moins de 36 ans, au moins 1/57 sera dans le même cas au bout de 19 ans, lors du 1er verse- ment des mineurs.
Mais ce n'est pas 1/57 du sol qui, à cette époque, serait devenu collectif; ce serait probablement plus de la moitié. Il y a en effet 970.000 naissances annuellement en France; donc au bout de 19 ans, on compte 18 1/2 millions d'individus environ dont les uns, morts, n'ont pu laisser à leurs héritiers du sol, puisqu'ils n'en avaient point, et dont les autres, les vivants, ne peuvent en posséder. Ce qui porte la quantité de sol désaliéné au bout de 19 ans à près de la moitié du sol total français, puisque 18 1/2 millions dépasse la moitié de la population totale française.
Je prévois une objection: une partie de ces 18 1/2 millions peuvent encore avoir leurs ascendants, et ceux-ci possèdent probablement du sol. Mais je n'ai pas de données suffisantes pour évaluer la quantité de ce sol.
En tous cas, il me semble évident que, sauf erreur ou omis- sion de ma part, comme disent les banquiers, le premier verse- ment de mineurs aurait largement de sol réellement collectif à sa disposition. D'où je conclus que, contrairement à votre assertion, il est possible de jeter, dans la propriété collective, la moitié du sol national pour le moment du 1er versement des mineurs instruits, dans la société.
Il y a du bon dans ce que vous dites relativement à l'expro- priation des propriétaires fonciers; mais il est à regretter que vous n'ayez pas donné quelques chiffres permettant de juger de la praticabilité de votre moyen.
Je pense. Monsieur, avoir rencontré les diverses critiques que vous m'avez adressées au sujet de mon travail, et y avoir répondu d'une manière qui vous satisfera. Il ne me reste plus qu'à vous assurer que je reste à votre disposition pour le cas où des éclaircissements nouveaux vous seraient encore nécessaires, et à vous prier d'agréer l'assurance de ma considération distinguée.
Agathon De Potter
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Bruxelles, le 19 juillet 1892.
Cher Monsieur,
M. Adolphe Seghers m'apprend en même temps que son journal L'Ordre social va bientôt paraître, et que vous en êtes
l'administrateur secrétaire.
Je vous envoyé les feuilles 4 à 8 incl. de L'Economîe sociale. J'espère que les 4 premières feuilles sont bien arrivées. M. Seghers ne m'en a pas accusé réception dans sa lettre.
Le service de la Philosophie de l'avenir sera fait au journal. Je serais heureux de recevoir deux exemplaires de L'Ordre social, pour pouvoir en donner un en lecture aux personnes que j'estimerai être dans le cas de s'y intéresser, ou de s'y abonner. Je ferai adresser au journal, à la demande de M. Seghers, quelques années de la Philosophie de l'avenir.
M. F. Brouez n'est pas actuellement à Bruxelles. Mais la Société nouvelle a des bureaux à Paris, 66, rue de la Roche- foucauld, où vous pourriez vous adresser pour savoir s'il accepterait l'échange.
Je vous ferai également parvenir prochainement les ouvrages de science sociale que demande M. Seghers pour la Bourse du travail.
Agréez je vous prie, cher Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
Agathon De Porter
(Carte postale adressée à M. Broca 12, rue de la Grange-Batelière, Paris.)
Bruxelles, le 25 juillet 1892.
Cher Monsieur,
Je vous envoyé les feuilles 9 à 12 inclus, de mon Economie sociale.
Si vous pouviez me faire avoir encore quelques exemplaires du prospectus de L'Ordre social, je pourrais en disposer en faveur de personnes qui s'intéressent aux questions sociales et en particulier au socialisme rationnel.
J'attends avec impatience l'apparition de votre premier numéro.
Agréez, cher Monsieur, l'assurance de ma parfaite consi- dération.
Agathon De Potter
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(Carte postale.)
Cher Monsieur,
Bruxelles, le 27 juillet 1892.
J'ai bien reçu les 6 premiers exemplaires du prospectus de
L'Ordre social, dont j'ai disposé au mieux de la propagande. Je n'ai pas encore reçu le second envoi. Il ne tardera proba- blement pas.
Envoyez-moi un certain nombre d'exemplaires du 1er numéro du journal; j'en userai de même. Une douzaine me suffira. C'est un excellent moyen de publicité.
J'ai eu trop tard les renseignements relatifs au journal pour en parler dans le corps de la Philosophie de l'avenir; mais je l'annonce sur la couverture.
Agréez, je vous prie, cher Monsieur, mes salutations empressées.
Agathon De Porter
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Bruxelles, le 30 juillet 1892.
Cher Monsieur,
J'ai bien reçu le paquet des Ordre social; je vous en remercie. J'en ai déjà commencé la distribution.
Voici quelques petites remarques, au sujet de ce premier No, dont je vous demande la liberté de vous faire part.
1. Il serait convenable, à mon avis, de compléter le sommaire par ces lignes :
Feuilleton : Economie sociale.
2. Il est commode pour le lecteur que les feuilletons soient numérotés à l'aide d'un chiffre placé au-dessus du titre, dans l'angle à droite sous le filet. Les journaux le font presque tous pour leurs feuilletons littéraires, au moins chez nous.
3. Il faudrait rectifier la bibliothèque de Science sociale, p. 4 du journal, qui est fautive. Copier à cet égard la page 3 de la couverture du No. de Juin de la Philosophie de l'avenir.
Ci-joint un petit articulet pour un des prochains numéros de L'Ordre social.
Bien à vous, cher Monsieur,
Agathon De Potter
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(Carte postale.)
Cher Monsieur,
Bruxelles, le 3 août 1892.
M. Borde m'apprend que M. Sébastien Faure, prisonnier politique à Aix en Provence, lui a écrit pour lui demander des ouvrages traitant de sciences sociales. Je lui ai envoyé en consé- quence quelques publications, plus le 1er N° de L'Ordre social. Je suis persuadé qu'il entrera dans les intentions de M. Seghers d'adresser à M. Faure les Nos suivants de son journal, au moins ceux qui renfermeront mon étude sur la Souveraineté.
Vous avez dû recevoir jusqu'à la feuille 12 inclusivement de mon Economie sociale, et un articulet.
Bien à vous, cher Monsieur.
Agathon De Potter
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Bruxelles, le 7 août 1892.
Cher Monsieur,
M. Faure, à qui est parvenu le 1er numéro de L'Ordre social que je lui avais envoyé, recevra avec plaisir les numéros sui- vants, et étudiera sans parti pris, dit-il, le socialisme rationnel.
Je vous adresse les feuilles 13 et 14 de l'Economie sociale, plus un article de M. Flürscheim que celui-ci m'envoyé avec prière de le traduire en français pour le faire paraître dans L'Ordre social. M. Flûrscheim est un allemand, partisan de la nationalisation du sol, dont j'ai fait la connaissance au Congrès agraire de 1889, et avec qui j'ai rédigé la résolution qui a été votée à l'unanimité. Ses idées ne sont pas toujours orthodoxes, sur l'intérêt notamment, comme vous avez pu le voir par ma discussion avec lui dans un des précédents numéros de la Philosophie de l'avenir.
Je ne sais s'il entre dans la pensée de M. Seghers d'insérer des articles non entièrement conformes au socialisme rationnel. Il consent peut-être à le faire, à la condition de donner à la suite une réfutation des erreurs qui ont été émises. M. Seghers appréciera, après lecture de l'article que je vous envoyé.
Voici, pour le cas où il voudrait correspondre avec M. Flûrscheim, l'adresse de celui-ci :
M. Michaël Flûrscheim, villa Kùhn
Lugano-Castagnola (Suisse)
J'ai adressé les deux premiers numéros de L'Ordre social à divers journaux et personnes. Ceux qui désireront échanger et celles qui voudront s'abonner peuvent s'adresser au bureau du journal. Il suffira donc désormais de me faire parvenir seulement deux numéros.
Bien à vous, cher Monsieur.
Agathon De Potter.
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(Carte postale.)
Cher Monsieur,
Godesberg, Hôtel Blinzier,
le 19 août 1892.
Me voici ici pour quelques jours, puis, lundi ou mardi prochains, je vais à Kôningswinter sur le Rhin, où vous pouvez adresser, le cas échéant et poste restante, les communications que vous auriez à me faire.
Envoyez-moi, je vous prie, en plus de mes deux N08 de L'Ordre social que je trouverai à Bruxelles, un numéro supplé- mentaire de celui de hier. Je tiens à rester au courant de ce que contient le journal.
Vous avez dû recevoir un articulet de moi, avec quelques feuilles de l'Economie sociale, que je vous ai envoyés de Bruxelles avant mon départ.
Bien à vous, cher Monsieur.
Agathon De Potter
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(Carte postale.)
Godesberg, le 21 août 1892.
Cher Monsieur,
Je vous ai adressé ce matin :
1° une feuille de l'Economie sociale;
2° un article sur les rapports entre le travail et le capital;
3° un article sur un discours de M. Poubelle.
Il conviendrait, je pense, de ne pas mettre ces deux articles dans le même numéro, car ne ne suis pas certain de pouvoir vous en envoyer prochainement. Le premier à faire paraître serait, me semble-t-il, celui sur M. Poubelle, à cause de la presque actualité.
J'ai bien reçu le N° 4 de L'Ordre social. Le prochain, s'il vous plaît, poste restante à Kônigswinter-am-Rhein.
M. Seghers est-il à Paris ? Je n'ai jamais reçu la lettre que, d'après vous, il devait m'écrire lors de son départ pour le Portugal, à propos de l'article FlUrscheim.
Bien à vous, cher Monsieur.
Agathon De Potter
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(Carte postale.)
Bruxelles, le 28 septembre 1892.
Cher Monsieur,
M. Seghers m'avait prié, il y a quelques temps, de lui envoyer des ouvrages de socialisme rationnel qu'il avait l'inten- tion de remettre à la Bourse centrale du travail, 3, rue du Château d'eau, à Paris.
Je viens de réunir, dans ce but, un certain nombre d'ouvrages de Colins et de moi. M. Manceaux, notre éditeur, veut bien se charger de vous les expédier. Vous les recevrez prochainement. Vous voudrez bien, n'est-ce pas, les faire prendre chez vous par ladite Bourse du travail.
En attendant, Monsieur, je vous prie de recevoir l'assurance de ma parfaite considération.
Agathon De Potter
P.-S. Je vous ai envoyé le 24 7''" la feuille 19 de l'Ec. soc., et un articulet.
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(Carte postale.)
Bruxelles, le 30 septembre 1892.
Cher Monsieur,
Voulez-vous avoir l'obligeance d'envoyer un exemplaire du dernier N° de L'Ordre social (N° 10, du 29 P1"'6 au 6 octobre), à l'adresse suivante :
M. J.W. Sullivan
rédacteur du Twentieth Century
19, Astor Place
U.S.A. New York
Je profite de l'occasion pour vous dire que je n'ai reçu, par erreur, qu'un seul exemplaire de ce même N° 10. Je vous serais reconnaissant de m'en adresser un second, à la première occasion.
Bien à vous, cher Monsieur.
Agathon De Potter
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Bruxelles, le 21 février 1898.
Cher Monsieur Broca,
J'apprends avec plaisir votre retour à Paris, l'espoir que vous avez d'y pouvoir séjourner d'une manière suivie, et votre intention de publier un bulletin de socialisme rationnel.
Mais pensez-vous que l'instant soit bien favorable pour commencer une pareille situation? Le public me semble, en France, trop préoccupé pour le moment, trop passionné, pour prêter la moindre attention à une ?uvre de logique et de froide raison. Mais vous êtes mieux en situation que moi pour appré- cier l'opportunisme de votre projet, et je me trompe peut-être.
Je ne puis pas vous promettre des communications régulières. J'ai mon travail habituel à la Revue, et, de plus, je donne aussi souvent que je le puis des articles au Journal de Charleroi, qui tire à un assez grand nombre d'exemplaires; mais je ferai mon possible.
Je vais faire part aux amis de Belgique de votre projet, comme vous me le demandez. Je suis certain qu'ils en seront fort heureux.
Je vous serre cordialement la main.
Agathon De Potter
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Bruxelles, le 5 mars 1898.
Cher Monsieur Broca,
J'ai bien reçu votre premier numéro. Il se présente fort bien et je lui souhaite longue vie.
J'ai quelques corrections à vous proposer pour votre pro- chain N°. Il eût été trop long de vous les expliquer par lettre. Je les ai signalées sur mon exemplaire que je vous retourne orné de corrections indiquées typographiquement. Je vous prierai de bien vouloir m'en envoyer un nouvel exemplaire, pour mettre dans ma collection.
Veuillez aussi m'inscrire à la Rubrique Souscription pour fr. 50.00 que je vous adresserai prochainement.
Cordiales salutations.
Agathon De Porter
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Bruxelles, le 18 mars 1898.
Cher Monsieur Broca,
Je réponds à vos deux dernières lettres.
Il suffit que vous m'adressiez un exemplaire de votre publi- cation, si vous vous chargez d'en envoyer aux amis de Belgique.
N'oubliez pas, dans votre distribution, M. Georges Renard, professeur à l'Université de Lausanne, et directeur (l'est-il encore ?) de la Revue socialiste.
Je crois que la brochure à laquelle vous faites allusion, et que vous désireriez avoir, est mon Etude sur le monde physique, qui a paru pour la première fois, en 1859, dans la Revue tri- mestrielle de Bruxelles, dont j'ai eu des tirés à part épuisés maintenant, et qui a été reproduite dans la Philosophie de
l'avenir, livraison de juillet & août 1876. Cette fois, il n'a pas été fait de tirage à part. Impossible, donc, à mon grand regret, de vous satisfaire sur ce point.
Vous avez dû recevoir quelques N08 du Journal de Charleroi, dans lequel je fais paraître de temps à autre des articles. Je vous ai envoyé hier la fin d'une étude sur l'Economie politique. Elle sera entièrement reproduite dans le prochain numéro de la Philosophie de l'avenir.
Laissez mon résumé de science sociale à votre ami le médecin. Je vous en adresse un nouvel exemplaire.
Votre tout dévoué
Agathon De Porter
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(Carte postale adressée à M. Broca 253, rue Saint-Denis, Paris.)
Bruxelles, le 9 avril 1898.
Cher Monsieur Broca,
Bien reçu les exemplaires de votre N° 2. Merci.
Je vois avec plaisir que les socialistes rationnels de Paris ont institué des réunions mensuelles. Si, comme je le pense, je vais à Paris dans le courant de cet été, je m'arrangerai de façon à m'y trouver le deuxième mardi du mois, afin de pouvoir vous rencontrer tous ensemble.
Salutations cordiales.
Agathon de Potier
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Bruxelles, le 18 avril 1898.
Cher Monsieur Broca,
Tenez-moi, je vous prie, au courant de ce qui sera décidé au sujet de mon Etude sur le monde physique. Je verrai alors ce que j'aurai à faire.
Je trouve comme vous que M. Bonnet a montré beaucoup de courage dans la discussion avec M. Poinsot. Mais, si un cas semblable se présentait de nouveau, et s'il me demandait mon avis à cet égard, je lui conseillerais d'attaquer son adver- saire d'une toute autre façon, en lui disant, par exemple: Vous êtes catholique, vous prétendez que le salut social consiste dans le rétablissement du catholicisme comme autorité, etc., etc. Admettons-le un instant. Expliquez-moi maintenant comment il faut s'y prendre pour en arriver là. Pensez-vous pouvoir rétablir l'inquisition, que la religion catholique n'a pu empêcher de tomber ?
Je pense que la discussion ne durerait pas longtemps et que le contradicteur serait bientôt réduit à quia.
Je vous renvoyé les définitions de M. Potron accompagnées d'une note.
Cordiales salutations.
Agathon De Porter
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Bruxelles, le 26 octobre 1898.
Cher Monsieur Broca,
Je viens de recevoir votre dernier N°. J'ai lu très attentive- ment votre discussion contradictoire. Je la trouve en général très bien conduite. Mais vous permettrai (sic) certainement à un vieux socialiste rationnel, de présenter quelques observations à un jeune. Elles vous prouveront l'importance que j'attache à votre publication.
D'abord une petite critique typographique. Les tirets qui séparent certaines phrases, et qui devraient, me semble-t-il, indiquer chaque fois que l'on a affaire à un nouvel interlocuteur, réel ou supposé, ne me paraissent pas toujours bien placés. Voyez comme exemple les N08 marqués en rouge sur l'exem- plaire que je vous renvoyé. Il en résulte que l'on ne sait pas toujours bien quel est l'interlocuteur qui parle.
Maintenant, les critiques du fond. Remarquez que je vous les présente, tout en étant persuadé que vous en savez, là dessus, autant que moi. Mais il faut compter avec vos lecteurs, qui ne demanderaient pas mieux, pour la plupart, de vous trouver en défaut; et à cet effet il importe d'être aussi clair que possible, de ne prêter à aucune équivoque, et de ne jamais user du langage figuré qu'après avertissement ou quand il n'y a pas moyen de faire autrement. Et cela importe aussi afin de ne pas se mettre dans le cas de devoir plus tard se corriger, rectifier ce que l'on a dit, etc., etc.
Voyez N° 2 en rouge. Le point commun à ceux qui raisonnent est, à proprement parler, la perception de l'existence, ou la proposition : je me sens exister. Dire que ce point commun est la sensibilité, c'est trop vague.
N" 3. C'est cette définition qui a tant horripilé M. Putsage. Il est de beaucoup préférable de dire: tout ce qui modifie le sentiment que nous avons de notre existence. Car sentiment d'existence ayant, entre autres significations, celle de sensi- bilité, votre définition implique que la sensibilité pourrait
être modifiée, ce qui est contradictoire à son essence, si elle est immatérielle.
N" 4. Etre éternel, ce n'est pas être libre, c'est pouvoir être libre dans certaines circonstances.
N" 5. Observation très juste.
Vous voyez qu'il n'y a pas grand'chose, en somme, à relever dans votre discussion; rien même dans votre seconde lettre.
Vous recevrez par le même courrier un mandat-poste de fr. 50 pour votre journal. Prière d'inscrire cette somme de la même manière que la première fois.
Je vous serre cordialement la main.
Agathon De Potter
* * *
Bruxelles, le 5 décembre 1898.
Cher Monsieur Broca,
Je vais répondre à une partie de votre lettre, me réservant de traiter la question principale quand j'aurai plus de loisir.
1. Vous appuyez quelques-unes de vos assertions sur l'autorité du Catéchisme social de mon père. Notez que ce livre a été publié en 1850, c'est-à-dire tout au début de la conversion de mon père au socialisme rationnel, et que son langage était encore trop peu précis à cette époque. - Vous ne vous figurez peut-être pas combien il est difficile, avec notre langage et avec notre dictionnaire actuel, de s'exprimer clairement sans donner prise à des critiques.
2. En théorie, vous avez raison de mettre une distinction entre les socialistes rationnels complets et les soc. rat. incom- plets ; et encore, à vrai dire, admettre l'organisation rationnelle de la propriété, sans accepter l'immatérialité des sensibilités, n'est guère logique, puisque la base de cette organisation est la distinction absolue entre l'homme et les choses, entre l'homme et le Capital. Mais passons. - En pratique, et pour le moment, la distinction que vous proposez de faire me semble inutile et même dangereuse. En effet, supposons la nécessité de cette distinction admise; si c'est vous qui êtes chargé de l'examen des candidats au titre de socialistes rationnels, me voilà blackboulé; si c'est moi au contraire qui constitue le jury, c'est à votre tour d'être relégué. Et voilà notre groupe immédiatement dissous. Je fais allusion ici à votre lettre du 1er novembre, qui constate que nous ne sommes pas d'accord sur des points très importants.
J'estime que, pour le moment, il convient que nous admettions tous les hommes de bonne volonté, du moment qu'ils acceptent, soit le socialisme rationnel dans sa totalité, soit seulement la nécessité de rendre le sol collectif.
S'il fallait classer les personnes qui font partie de notre groupe, je crois qu'il serait plus facile, et sans danger, de le diviser en deux catégories : l'une renfermant ceux qui admettent la nécessité du lien religieux, l'autre, ceux qui ne l'admettent pas.
Donnez-moi, tout à votre aise, votre avis sur ce que je viens de vous exposer, et croyez-moi, cher Monsieur Broca, votre bien dévoué.
Agathon De Potter
* * *
Bruxelles, le 7 décembre 1898.
Cher Monsieur Broca,
Voici ma réponse à votre lettre du 1er novembre, que vous m'avez envoyée seulement un mois après l'avoir écrite, ne voulant pas, et avec juste raison, me la faire parvenir sans avoir mûrement réfléchi.
Je laisse les points 1 & 2 sur lesquels nous sommes d'accord. Nous le sommes également, me semble-t-il, à l'égard du No 4. Remarquez cependant que la phrase: Considéré dans le temps, un être éternel est un être uni à un organisme, c'est-à-dire capable
de liberté dans certaines circonstances, est logiquement incor- recte.
En effet:
1° Un être immatériel, par conséquent éternel, est, non pas seulement capable de liberté, mais réellement libre, du moment qu'il est considéré comme existant dans le temps. Car alors le verbe est développé, et la perception de l'existence existe;
2° Un être, uni à un organisme, ne saurait en tous cas constituer un être éternel, puisque l'organisme ne l'est pas.
Mais vous avez compris et accepté mon observation. Pas- sons donc au N° 3.
Avant d'examiner la définition de matière telle que la donne Colins, recherchons ce que signifie sentiment de l'existence.
Cette expression a deux sens principaux. Elle signifie :
1° Connaissance de soi. Quand un malade tombe en syncope, on dit qu'il a perdu connaissance, qu'il a perdu le sentiment ou la conscience de son existence. Il ne se sent plus exister.
2° Le sentir, la sensibilité, Y Etre capable, en certaines cir- constances, de se percevoir.
Ce sont là deux significations bien différentes, et quand on ne les distingue pas, on s'expose à ne pas être compris par le lecteur peu attentif. C'est ce qui est arrivé à Colins avec sa définition de la matière.
Il a dit: La matière est tout ce qui modifie le sentiment de l'existence.
Comment comprenait-il sentiment de l'existence ?
S'il entendait par là la conscience de son existence, comme
je le pense, rien à objecter à sa définition.
Mais s'il voulait dire par là le sentir, la sensibilité, alors cette
définition, prise au propre, est inexacte, absurde même, puisque,
d'après lui, la sensibilité, en sa qualité d'Immatérielle, est
immodifiable.
Je vous ai conseillé de dire : la matière est tout ce qui modifie
le sentiment que nous avons de notre existence, précisément pour éviter toute confusion entre les deux sens de sentiment d'exis- tence.
Dans la définition de la matière, perception de l'existence et
sentiment de l'existence ont, pour moi, des valeurs identiques.
Je ne comprends pas bien pour quelle raison vous retournez contre moi, à ce propos, ce que j'avais dit à M. Putsage.
Venons-en maintenant à l'idée de modification, appliquée
à la matière et à l'Immatérialité.
Jusqu'à présent, il semble qu'il s'agit uniquement entre nous d'une dispute de mots. Mais à partir de ce moment, cela change, et nous allons nous trouver dans le plus parfait désaccord.
Vous prétendez que la matière, au propre, n'est pas modi- fiable. J'avoue ne point comprendre un mot de la phrase par laquelle vous essayez d'expliquer votre étrange proposition, d'autant plus que vous y dites textuellement: que les phénomènes matériels se modifient perpétuellement.
Se modifier ou être modifié signifie se transformer, cesser d'être la même chose, changer. Changer sous quel rapport? Sous celui des propriétés que l'être modifiable présente: forme, couleur, poids, grandeur, etc., etc. Or, un être simple, indi- visible, n'a pas de propriété. Comment est-il dès lors possible qu'il soit modifiable au propre?
Vous avez lu peut-être un peu trop rapidement la pochade Pierrot & Jacquot. Quand Colins fait dire à Jacquot que quelque chose c'est rien, il est facile de comprendre qu'il n'a pas
donné pour valeur à rien, zéro, mais uniquement rien de réel. Jacquot le dit, du reste, en toutes lettres. Relisez le passage en question attentivement, et vous serez convaincu.(1)
Voyons ce que vous pensez à l'égard de l'expression modifié. " Etre modifié : ce ne peut être changer d'essence. " - C'est parfaitement vrai. " C'est changer de mode, de manière d'être. " - Encore parfait. Ainsi, être modifié, c'est changer de mode d'existence. Vous ajoutez ensuite : " Pour changer de manière d'être, il faut être un être réel. " Mais tout au contraire. Un être réel est un être un, simple, indivisible. Comment voulez-vous qu'il change d'état? Son essence est de ne pouvoir changer, d'être toujours identique à lui-même. Le seul être susceptible de changer d'état, c'est l'être composé, divisible, matériel en un mot, ou apparent.
Ecoutons les développements que vous donnez à votre thèse.
" Ressentir du bonheur, du malheur, percevoir, n'est-ce pas changer de mode, d'état, de manière d'être ? " Non. Si les sensibilités sont immatérielles, c'est sentir le changement d'état ou de manière d'être de l'organisme. Je vous rappellerai à cet égard ce qu'écrivait Colins à mon père (26fév.45): " Pour parler strictement et sans figure, ce n'est point l'âme qui est modifiée, il n'y a que la matière qui puisse être modifiée, mais l'âme, si elle existe comme immatérielle, sent les modi- fications qu'éprouve l'organisme auquel elle est unie. " (2) Ce passage est très remarquable, et je ne saurais trop vous engager à fixer sur lui toute votre attention.
Voilà, cher Monsieur Broca, les observations que vous me demandez. Examinez-les avec le plus grand soin, et tout à votre aise; puis, dites-moi ce que vous en pensez. Je suis toujours à votre disposition si, comme cela est probable, nous ne sommes pas d'accord du premier coup. Mais j'aurais peut-être réussi, du moins, à vous faire douter.
Je joins à cette lettre un exemplaire du Dictionnaire ration- nel de mon père. M. Mangin m'a dit que vous désiriez l'avoir.
Votre bien dévoué
Agathon De Porter
* * *
Bruxelles, le 31 décembre 1898.
Cher Monsieur Broca,
Notre ami Borde vous a probablement écrit à propos des observations que je lui ai adressées au sujet de votre travail à insérer dans la Philosophie de F avenir. Pour le cas où il ne l'aurait pas fait, j e vous donne ici le résumé de mes deux lettres.
1° Je ne me retrouve pas facilement dans votre manuscrit; et l'imprimeur s'y retrouverait moins bien encore.
2° La forme que vous avez imitée de Colins, et qui consiste à rejeter au bas de la page, en notes, vos réflexions, rebute fort le lecteur. C'est là une critique que j'ai entendu bien souvent émettre à propos de la forme des écrits de Colins.
3° Vous commencez votre 3ème lettre par la page 12. Celles qui devraient précéder arithmétiquement, en quoi consistent- elles ? 4° II y a bien des phrases dont certains mots paraissent manquer. 5° Dans votre Automatisme ou liberté vous priez le lecteur
de recourir aux Nos correspondants (il y en a 68) indiqués à la fin de la lettre. Or, je n'ai pas trouvé ces N08 auxquels vous renvoyez.
Notre avis à nous deux, M. Borde et moi, est d'insérer dans le N° prochain Automatisme ou liberté. Ce travail peut être confié au compositeur. Mais il me faut les 68 Nos dont je viens de parler.
Quant au reste, je vais vous le renvoyer, pour que vous le mettiez en état d'être facilement compris par les compositeurs. N'oubliez pas qu'ici beaucoup d'entre eux savent à peine le français. Vous jugerez peut-être aussi, avec nous deux, qu'il conviendrait de disposer le tout sous forme dialoguée entre votre correspondant & vous, au lieu de rejeter vos réponses,
observations et critiques, en notes au bas des pages.
Le reste serait inséré dans le N° d'avril. Vous avez donc le temps devant vous pour opérer ce changement de forme.
Je reçois à l'instant une circulaire annonçant que YEtoile socialiste interrompt, jusqu'à nouvel ordre, sa publication.
Je profite de la fin de l'année pour vous présenter, cher Monsieur Broca, mes v?ux très sincères de bonheur et de bonne santé, et je me dis de nouveau votre tout dévoué.
Agathon De Potter
P. S. J'ai envoyé le monde physique à MM. Bonnet, Boy, Delaporte, Potron, Seghers, et à vous. Je ne connais pas les adresses des autres personnes avec lesquelles j'ai dîné logo- cratiquement à Paris. Pourriez-vous me les indiquer ? AP
* * *
Bruxelles, le 5 janvier 1899.
Cher Monsieur Broca,
Je pense avoir enfin compris l'agencement de votre manuscrit, que je vous ai renvoyé hier. Ce qui m'avait induit en erreur, c'est l'ordre dans lequel je l'avais reçu ; vous auriez évité cela en ne donnant qu'une pagination unique, au lieu de trois différentes, et mieux encore, en donnant des explications suffisantes en marge.
Votre travail consiste donc dans Automatisme ou liberté que vous coupez par les notes de 1 à 68 ; lesquelles notes sont, à leur tour, interrompues par d'autres notes.
Si toutes ces notes, primaires et secondaires, étaient rejetées au bas des pages, la chose deviendrait presque illisible et rebuterait certainement le lecteur. J'estime qu'il conviendrait de donner une meilleure disposition à cet ensemble.
Je comprends maintenant pourquoi vous êtes d'avis que le tout doit paraître ensemble.
Je vais vous faire expédier par Manceaux quelques exem- plaires du monde physique. Je vous demanderais seulement de vous entendre avec MM. Bonnet et Seghers afin que la même personne n'en reçoive pas plusieurs exemplaires. Tenez note que j'en ai envoyé à MM. Potron, Bonnet, Seghers, Wilbois, Delaporte, Boy, Monségur, et au Musée Social.
Merci pour vos v?ux que je sais être sincères. Veuillez je vous prie, cher Monsieur Broca, recevoir ceux que je forme pour vous, et agréer mes cordiales salutations.
Agathon De Potter
* * *
Bruxelles, le 11 février 1899.
Cher Monsieur Broca,
Quand on crée un mot pour exprimer une idée, dans quelque domaine que ce soit, ce mot a son sens propre. Quand on se sert ensuite de ce mot pour exprimer une idée plus ou moins analogue à la première, ou même appartenant à un autre domaine, on lui attribue alors un sens plus étendu que le sens primitif, c'est-à-dire qu'on lui donne un sens figuré.
Exemples :
Aimer signifie: se sentir attiré vers... Tel est le sens propre du mot, qui a été créé pour exprimer cette idée, et qui appartient au monde moral.
Mais si on dit qu'un des pôles d'un barreau magnétique, librement suspendu, aime à se diriger vers le nord, alors aimer est pris au figuré, pour ceux qui savent que le barreau aimanté ne jouit pas de la perception de l'existence.
Voilà pour un mot dont le sens propre appartient au monde moral, au domaine des êtres réels, des êtres sensibles. Voici maintenant pour un mot qui, pris au propre, se rapporte au domaine matériel.
Passer signifie: aller d'un endroit à un autre. Tel est son sens propre, qui appartient au monde physique. Une pierre qui n'est pas soutenue tombe, ou passe d'un point à un autre.
Mais quand on dit que l'âme, après la mort, passe dans un autre organisme, l'expression passe est alors prise au figuré.
J'apprends avec bien du plaisir que nous pouvons espérer vous voir prochainement, un jour ou l'autre. Mais si vous avez encore quelque chose à objecter relativement aux sens propre et figuré, n'oubliez pas que rien ne vaut une explication par écrit.
Avez-vous lu sur cette question du propre et du figuré les
pages 487 et 488 du tome III de la Justice dans la Science, etc.,
de Colins. Je vous les recommande très instamment.
Maintenant, les affaires.
Le prix de ma brochure est de fr. 1.25.
Je vais m'occuper de vous faire faire un envoi des livres que
vous demandez. Je ne pourrai y joindre:
Ni la Révolution prédite, qui est épuisée ;
Ni les 4e volumes de YEconomie politique que je n'ai pas. M. Potron sait ce qui en est;
Ni les 5 premiers volumes de la Science sociale que je pos- sède pas non plus (sic). Il faudrait les demander, soit à M. Mangin, soit à M. Brouez qui, je crois, en possède encore. Je crains bien qu'il n'y ait plus d'exemplaires complets;
Ni les 6 exemplaires demandés de la Logique. Je vous envoyé le dernier que je possède. Placez-le à bon escient.
Mais vous savez, n'est-ce pas, que tous les ouvrages de Colins peuvent être consultés dans quelques bibliothèques de Paris, et notamment au Musée social, où se trouvent aussi les miens.
Je vois dans une de vos 2 lettres que votre santé s'est amé- liorée. Vous avez donc été indisposé? Ce n'était pas grave, j'espère.
Comme vous me demandez que je vous envoyé un exemplaire de YEconomie sociale le plus tôt possible, je vous l'adresse aujourd'hui même.
Salutations cordiales.
Agathon De Potter
* * *
Bruxelles, le 25 février 1899.
Cher Monsieur
Une observation préliminaire.
Quand je vous ai dit que le sens propre d'un mot est celui pour lequel il a été créé, et le sens figuré, celui qu'il peut acquérir en l'appliquant par extension aux faits d'un autre ordre, j'ai exposé la chose théoriquement. Mais combien la mise en pra- tique en est difficile, sinon le plus souvent impossible !
Le sens propre d'un mot est son sens naturel et primitif, par opposition à son sens figuré, a dit Littré. Pour connaître véritablement le sens propre d'un mot, il faudrait donc remon- ter à l'origine de la langue dont ce mot fait partie. Il y a même, si je ne me trompe, des mots qui ont passé du sens propre au sens figuré, et vice versa, dans le cours des siècles.
L'essentiel, c'est de bien préciser, quand on parle ou que l'on écrit, le sens propre que l'on attribue actuellement aux mots dont on se sert.
Je vous dis ceci à cause du mot passer que j'ai choisi dans ma lettre précédente (choix peu heureux, je l'avoue) comme appartenant en propre au domaine physique. J'ignore complè- tement, en effet, à quelle occasion ce mot a été créé primitive- ment.
Les mots sont nos esclaves. Sachons nous en bien servir en leur donnant le sens que nous voulons, ce que nous pouvons toujours faire, à condition de nous y tenir et d'en prévenir le lecteur.
Maintenant je réponds à votre lettre.
Remarquez que passer, dans le sens d'aller d'un endroit dans un autre, n'est pas un verbe actif, mais neutre. Passer n'est actif que dans son autre sens, comme dans la phrase: passez- moi la casse, et je vous passerai le séné.
Cela n'empêche pas que quand le passage est considéré comme une action, il est pris au figuré quand l'être qui passe n'est pas libre; et au propre quand cette action est volontaire.
Je crois inutile de revenir sur la définition de la matière donnée par Colins. Il est par trop évident que, après avoir dit: l'immatérialité ne peut être modifiée, il n'a pu employer le terme modifier qu'au figuré, en l'appliquant à la sensibilité supposée ou démontrée immatérielle.
Et maintenant quelques mots au sujet de ce que vous dites à propos de modifier.
Modifier, verbe actif, indiquant une action sur..., est pris au propre quand le sujet du verbe est un être libre, et au figuré quand son sujet est un être ne jouissant pas de la liberté.
Modifier réellement, ou apparemment, que signifie cela? Quand l'homme laboure un champ, il faut le considérer comme un agent modificateur au propre. Est-ce que le champ en question n'est modifié qu'en apparence? Je ne comprends ni le sens, ni la portée de votre thèse.
Côté affaires:
Gardez pour vous un exemplaire des tomes V et VI de l'Economie politique de Colins. Et, au fur et à mesure que vous placerez quelques-uns des volumes que je vous ai envoyés, versez-en le produit dans la caisse de la Régénération, à valoir sur ma souscription.
J'ai lu les deux lettres de Wilde. C'est à peu près ce qu'il m'a écrit également. Néanmoins, je vous demande de pouvoir les conserver quelque temps; elles peuvent m'être utiles dans ma discussion avec lui. M. Jean Dewilde (sic) me semble avoir beaucoup de bonne volonté et de bonne foi.
Sentiments cordiaux.
Agathon De Potter.
* * *
(Carte postale.)
Cher Monsieur Broca,
Bruxelles, le 4 mars 1899.
J'ai lu et relu l'article A. de. M., inséré dans le dernier No. de la Régénération. Je me doutais bien que votre correspondant était l'ami Monségur. J'en ai été sûr quand j'ai reçu une lettre de lui, dans laquelle il se déclarait l'auteur de l'article.
Je suis loin de partager, - et vous aussi, je pense, - toutes les idées émises par lui. J'ai fait une réponse que je vous enverrai aussitôt copiée, pour le prochain No. de votre journal. Je vous prie donc de m'y réserver une place, si cela vous convient.
Sentiments dévoués.
Agathon De Porter
* * *
Saint Josse ten Noode (Bruxelles), le 13 Avril 1901.
Cher Monsieur Broca,
Penser convertir à nos idées les électeurs qui ne savent pas ce qu'est la nationalisation du sol, par des affiches, des confé- rences et des tracts comme on dit en Angleterre, et tout cela dans le court espace de temps qui vous sépare des élections, me semble une utopie poussée à la N""' puissance. Mais, fran- chement je croyais vos électeurs plus avancés que cela, et je crois que la situation est bien différente ici. Enfin, l'essentiel est de faire discuter votre candidature et les idées que vous personnifiez par la presse périodique.
Vous me demandez d'examiner attentivement le compte que renferme votre lettre. Je ne suis pas compétent à cet égard,
ne connaissant pas les prix à Paris. Une simple observation cependant.
Je ne saisis pas bien l'utilité du poste: bulletin d'adhésion à la ligue. Est-ce pour connaître les noms et adresses des adhé- rents ? C'est peu intéressant. Et si c'est seulement pour savoir leur nombre, celui des votants en votre faveur le ferait suffi- samment connaître, me semble-t-il. Si je ne me trompe, il y aurait là une économie possible de 544 fr.
Il vous faut, dites-vous, 2211 fr. Nous en avons recueilli en Belgique 1275 fr. Si M. Borde a pu obtenir de son côté 936 fr., ce qu'il doit savoir mieux que moi, vous " pouvez aller". Si non, "attendez". C'est donc à lui à vous faire connaître définitivement le mot d'ordre. Je lui ai appris il y a quelques jours le résultat de la souscription en Belgique. Quant à celui de la souscription française, je l'ignore. Et voilà pour- quoi j'ai dû vous télégraphier hier: attendez, et non pouvez aller.
Une autre fois, il s'agira de se mettre en route plus tôt.
Rien ne sert de courir, il faut partir à temps.
Votre tout dévoué.
Agathon De Potter
* * *
Saint Josse ten Noode (Bruxelles), le 1er avril 1902.
Cher Monsieur Broca,
Je reçois à l'instant communication de votre lettre du 28 mars à l'ami Borde.
Celui-ci m'apprend que vous maintenez ou non votre candidature, selon ce que nous déciderons ici financièrement parlant. Ce qui est peu clair, car, entre décider l'ouverture
d'une souscription, et obtenir la somme demandée, il y a de la marge.
J'écris à Madame Brouez pour nous entendre relativement à l'ouverture d'une souscription pour couvrir les frais que votre candidature nécessite.
En théorie, vous maintenez donc votre candidature.
Mais si cette souscription ne donne pas la somme nécessaire ? Pour en connaître le résultat, il faudra, remarquez-le bien, au moins une dizaine de jours.
En attendant, impossible de donner le bon à tirer de la pre- mière feuille de notre No. d'avril, puisque votre candidature y est affirmée; impossible à moins de supprimer ce passage, ce que je ne veux pas faire sans votre approbation.
J'attends donc de vous une réponse à cet égard, par retour du courrier.
Votre tout dévoué.
Agathon De Potter
* * *
Bruxelles, le 4 Avril 1902.
Cher Monsieur Broca,
Vous trouvez que le manifeste n'est pas suffisamment explicite, puisque il passe sous silence les moyens de natio- naliser le sol, et qu'il sera en partie incompréhensible pour certains électeurs.
Je ne suis pas d'accord avec vous quant au premier point. Il n'est question, en ce moment, que d'affirmer la nécessité de nationaliser le sol, et de réunir le plus grand nombre d'adhérents sur ce point. C'est plus tard seulement, quand cette nécessité sera reconnue et acceptée, qu'on pourra utilement nous deman-
der: comment cette nationalisation peut-elle s'opérer? A quoi bon parler du comment d'une action, tant que l'on n'est pas d'accord sur la nécessité de cette action ? Chaque chose en son temps. Puis, quoi que vous en disiez, les avantages de la natio- nalisation sont indiqués dans le manifeste, puisqu'il y est dit qu'elle a pour effet l'anéantissement de la domination du Capital.
Quant au second point, vous avez raison partiellement; mais il est impossible de donner, dans un manifeste, un cours complet d'économie sociale. D'ailleurs, il est trop tard pour remanier cette pièce. Il est fâcheux que l'on ne se soit pas occupé plus tôt de cette question; on aurait eu le temps de l'élucider plus à fond et de se mettre d'accord sur tous les points.
La souscription est ouverte à Mons. Je pense que M. Borde s'en occupe de son côté, pour la France.
Sur ce, je souhaite que votre candidature ait pour résultat une discussion sérieuse de la thèse que nous défendons, et je vous serre cordialement la main.
Agathon De Potter
* * *
(Carte postale.)
Cher Monsieur Broca,
Bruxelles, le 10 Avril 1902.
Nous avons obtenu, en Belgique, 1225 francs, auxquels on pourra joindre encore quelques petites sommes, selon toutes apparences.
Et en France, savez-vous quel résultat a été obtenu, jusqu'à ce jour ?
Le No. d'avril est fort en retard, cette fois. Mais, en raison des circonstances, je n'ai pu donner le bon à tirer que le 6.
Quand ce sera nécessaire, vous voudrez bien me dire où il faudra envoyer l'Argent.
Votre tout dévoué.
Agathon De Potter
* * *
[1]. Cf. Colins, L'économie politique, source des révolutions et des anarchies
[2]. Cf. à ce sujet I. Rens, Introduction au socialisme rationnel de Colins, op. cit., p. 337.