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Autrefois, c'était une petite ville de banlieue calme et inconnue près de la capitale ukrainienne: Boutcha. Mais depuis le mois d'avril 2022, ce nom est tristement devenu célèbre. En effet, les photos prises après le départ des Russes ont fait le tour du monde: des cadavres gisant au milieu de la rue, parfois avec les mains encore attachées.
Plus tard, d'autres corps ont été retrouvés dans des fosses communes, des voitures, des caves, des puits et des forêts avoisinantes. Pendant longtemps, il n'y a eu que des estimations, tant sur le nombre de morts que sur les causes de leur décès. Après des mois d'enquête, de nouveaux chiffres sont désormais disponibles.
Mychailyna Skoryk-Schkariwska, l'adjointe au maire de Boutcha, a dressé lundi un sombre bilan: 458 corps au total ont été retrouvés à Boutcha et dans ses environs. Parmi eux, 419 ont été abattus, torturés ou battus à mort. Selon Skoryk-Schkariwska, il s'agit probablement du chiffre le plus précis dont les autorités disposeront sur les victimes du massacre.
Selon le Washington Post, 39 victimes seraient décédées de mort naturelle. Mais leur mort est vraisemblablement aussi liée à la guerre, car les habitants et habitantes de Boutcha ont subi l'occupation russe pendant un mois.
Par exemple, une femme de 34 ans en bonne santé est décédée d'une crise cardiaque. Ceci alors qu'elle s'abritait d'attaques à la roquette dans un sous-sol avec ses trois jeunes enfants. Dans un autre cas, une femme âgée est décédée peu de temps après que sa sœur a été abattue par les troupes russes. Deux décès qui ne seraient pas survenus dans des circonstances normales.
L'occupation russe de Boutcha a duré 32 jours, du 27 février au 31 mars. Trente-deux jours au cours desquels la population de Boutcha a subi des souffrances indicibles. Il a fallu quatre mois pour quantifier ces souffrances. Une longue période qui souligne l'ampleur des événements brutaux.
Les enquêtes ont rencontré de nombreuses difficultés, dont, notamment, des coupures d'électricité et d'Internet. Ainsi, les premières preuves documentées ont dû être écrites à la main, comme le rapporte l'adjointe au maire de Boutcha, Skoryk-Schkariwska.
Malgré une enquête intensive, il était impossible d'identifier tous les corps. Cinquante corps restent sans identité. Le nombre total de morts ainsi que toutes les identités ne seront probablement jamais connus, suppose l'adjointe au maire de Boutcha.
Les statistiques globales comprennent par exemple un sac mortuaire rempli de morceaux de corps - les restes étant trop démembrés, décomposés et mutilés pour pouvoir être identifiés. Ils appartenaient probablement à plusieurs personnes. Selon les enquêteurs, des indices laissent penser que deux bras droits appartenaient à des Russes.
De nombreux corps ont, en outre, été brûlés par les Russes. Sans doute pour dissimuler les traces de torture. Parfois, il ne restait plus que des tas de cendres, qui n'ont pas pu être identifiés par des analyses ADN. Dix habitants sont toujours portés disparus.
Comme le rapporte encore Skoryk-Schkariwska, les corps des soldats ukrainiens ont été remis aux autorités ukrainiennes, où ils ont été comptés séparément. Les corps inclus dans le décompte devraient donc tous appartenir à des civils. 366 d'entre eux étaient des hommes, 86 des femmes. Le sexe de cinq corps n'a pas pu être identifié en raison de leur mauvais état. Neuf corps appartenaient à des enfants qui n'avaient pas encore atteint la majorité.
La plupart des habitants et habitantes de Boutcha ont fui avant que les Russes n'envahissent la ville. Sur une population estimée à 39 000 habitants, seuls 4 000 sont restés. En l'espace d'un mois seulement, un dixième d'entre eux sont morts.
Au lendemain de la conférence de presse de la maire adjointe, des funérailles collectives ont été organisées pour 15 morts. Tous ont été déterrés d'une fosse commune, près de quatre mois après le retrait russe, et présentaient des blessures par balle, à la tête ou à la poitrine. Quatorze d'entre eux n'ont pas pu être identifiés.
Chaque tombe des corps non identifiés est marquée. Si les corps peuvent tout de même être identifiés par des analyses ADN, une étiquette nominative peut être attachée par la suite et les morts peuvent être à nouveau enterrés par la famille.
Cette enquête et les chiffres qui l'accompagnent permettent d'illustrer d'une nouvelle manière la cruauté des troupes russes. Ainsi, comme l'a souligné l'adjointe au maire de la ville de Boutcha lors de la conférence de presse, chaque cas seront désormais examinés en détail. Mais l'identification des victimes est seulement la moitié du travail. La prochaine étape consistera à identifier les coupables et à les inculper pour crimes de guerre. (saw)
John Delury travaille à l'université Yonsei de Séoul, en Corée du Sud. Ses appréciations sur la Chine et la Corée du Nord sont régulièrement publiées dans le New York Times, le Washington Post et d'autres médias de référence. Nous l'avons rencontré lors de son passage en Suisse à l'occasion d'une manifestation de l'Asia Society Switzerland. L'occasion de le questionner sur les nombreux enjeux autour de la Chine et de ses liens avec la guerre en Ukraine, la Corée du Nord, Taïwan, Donald Trump et la Suisse. Entretien.