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Le nouveau long métrage de Lee Chang-Dong dépeint la vie de trois jeunes sud-coréens en quête de sens au sein d’une société qui offre peu d’espoir. Le film s'inspire de deux nouvelles: Les Granges brûlées de Haruki Murakami et Barn Burning de William Faulkner.
Chômage alarmant, politique internationale instable (l’élection de Trump et ses intentions politiques sont évoquées) et inégalités sociales constituent la toile de fond de l’œuvre. Haemi (Jong-seo Jun) et Jongsu (Ah-in Yoo), fille et fils d’agriculteurs ayant grandi dans la même région se croisent par hasard en ville, tandis qu'elle danse vulgairement devant un magasin pour aguicher les clients. Ces premières séquences plongent le spectateur dans un milieu populaire, étouffant, sale. Certains comportements des protagonistes tendent à montrer leur caractère un peu rustre, comme lors d'une scène de discussion, lorsqu'ils crachent sans gêne dans un gobelet en plastique afin de mieux éteindre leur cigarette.
Une autre scène de partage sera rejouée en quelques sortes plus tard dans l’œuvre dans un contexte complètement autre. Haemi a entre-temps fait la connaissance de Ben (Steven Yeun), un jeune parvenu, ténébreux, rempli aux as, qu’elle séduit et qui représente manifestement pour elle l’espoir d’une ascension sociale. Sur le balcon de ce dernier, accompagnée de Jongsu, ils fument dans un espace ouvert, et non plus à l’étroit derrière un mur. Leur attitude n’est plus la même, et Jongsu crache cette fois-ci sur Ben, qu’il compare à Gatsby le magnifique. Si ce dernier mesure l’écart entre lui et Ben, Haemi, quant à elle, tente de le nier, elle qui déjà a eu recourt à la chirurgie esthétique, tirant symboliquement un trait sur son passé, et s’habille désormais avec classe. Elle finira cependant par disparaître mystérieusement…
A l’image de Jongsu qui cherche à percer les mystères de la vie, à déterminer si une chose a véritablement existé ou non et qui avance sans but, le spectateur est déconcerté par le déroulement de Burning, dont tous les chemins narratifs sont ouverts et qui se transforme tardivement seulement en thriller, au moment où le protagoniste semble trouver un sens à son quotidien.
Le jeu des acteurs vient parfaire cette œuvre magistrale. Ah-in Yoo incarne avec excellence un personnage introverti, énigmatique au regard enfantin et fuyant. Jong-seo Jun offre également une magnifique prestation d’actrice, notamment dans une séquence inoubliable, où ivre, elle danse à moitié nue à contre-jour sur un air de Miles Davis composé pour Ascenseur pour l’échafaud. Le paysage vallonné disparaît avec la tombée du jour tandis que le drapeau de la Corée du Sud flotte au bord du cadre. Puis, ce moment d’extase, de leurre, s’interrompt brutalement, la musique aussi, ses gestes perdurent comme si elle voulait maintenir cet instant de grâce envolé, avant de fondre en larmes. Vision crépusculaire, qui saisit toute la beauté de cette œuvre critique dont l’apparente tranquillité laisse présager l’explosion…
Sabrina Schwob
Voici l’histoire d’un triangle amoureux, adapté d’une nouvelle de l’écrivain japonais Haruki Murakami. Jongsu, jeune homme timide et solitaire, fils d’un fermier ruiné et violent, fait toutes sortes de petits boulots pour pouvoir accomplir son rêve : devenir écrivain. Il retrouve par hasard Haemi, originaire du même village que lui, et en tombe amoureux. Celle-ci, s’apprêtant à partir en voyage, le charge de s’occuper de son chat. Au retour, elle est accompagnée de Ben, un riche et mystérieux jeune homme rencontré à l’aéroport. Jongsu est à la fois jaloux et fasciné par ce garçon. Aussi, lorsque Haemi disparaît du jour au lendemain, se met-il à le soupçonner. Le ton du film bascule et l’ensemble se mue en un thriller existentiel qui oppose irrémédiablement les deux hommes. Mais où se situent le rêve et la réalité, la vérité et l’imaginaire, la vérité et le mensonge ? Les plans dans la campagne à la recherche d’indices permettent-ils d’être vraiment sûr que... ? Ainsi de longues séquences font monter la tension qui finira bien par exploser. Au final, ce qui aurait pu n’être qu’une simple chronique se déploie un drame dont l’issue paraît fatale. Et si tout n’était que chimère, à l’exemple d’Haemi, mimant l’épluchage et la dégustation d’une mandarine imaginaire ? Or tout n’est qu’illusion. Tout ?
Serge Molla
|Nom||Notes|
|Serge Molla||14|
|Sabrina Schwob||19|
|Georges Blanc||12|