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26 juillet 1992. Les adversaires? Inexistants. L'or olympique? Une promenade de santé. L'équipe américaine composée de Jordan, Barkley, Johnson & Cie domine le basket à Barcelone sans en faire des tonnes. Un mythe était en train de naître.
Les basketteurs américains ont battu l'Espagne mardi en quarts de finale du tournoi olympique (95-81). Ils affronteront l'Australie dans le dernier carré jeudi matin (6h15, heure suisse) à Tokyo. Les protégés de Gregg Popovich sont toujours en course pour remporter un quatrième titre olympique de suite, un seizième au total. Le plus beau a eu lieu il y a 29 ans.
Eté 1992. Le Danemark devient, contre toute attente, champion d'Europe de football en Suède. A peine un mois plus tard, plus personne, sur le vieux continent, ne s'intéresse au foot. Sur toutes les lèvres soudain, le basketball. On ne parle plus que de la Dream Team, de Michael Jordan, Magic Johnson, Larry Bird, Charles Barkley et leurs coéquipiers. Pas seulement en Europe: le monde entier attend avec impatience cette équipe de rêve en provenance des Etats-Unis.
Il faut rappeler que c’est grâce au CIO que les meilleurs joueurs de basket du monde ont été autorisés à participer aux Jeux olympiques pour la première fois. Avec la FIBA, le Comité international olympique a décidé, en 1989, que les professionnels seraient dorénavant autorisés à participer. Pour les Etats-Unis, champions olympiques en série, c'était l'occasion rêvée pour faire oublier cette «honteuse» médaille de bronze remportée par une équipe universitaire, à Séoul, en 1988.
La recherche de joueurs démarre à toute vitesse. Mais des problèmes apparaissent avant même la composition finale de l'équipe. Des questions se posent: quel équipementier choisir parmi les géants américains pour sponsoriser l'équipe? Cette dernière doit-elle vraiment se priver totalement des joueurs universitaires? Et enfin, une question cruciale: Les millionnaires du ballon orange vont-ils vraiment renoncer à leurs vacances pour jouer sous les anneaux olympiques?
Mais très vite, toutes ces inquiétudes s'avèrent infondées. Charles Barkley dit oui tout aussi spontanément que Larry Bird et Magic Johnson. «J'ai gagné tout le reste, alors pourquoi pas la médaille d'or?», déclare Johnson en début d’année 1991. Quelques mois plus tard, c'est le drame: la vie de Magic est bouleversée par un test positif au VIH. La star met immédiatement fin à sa carrière, mais sans pour autant abandonner l’aventure olympique.
Le seul qui se montre réticent (au début), c’est Michael Jordan. Il a déjà participé aux Jeux olympiques de 1984 à Los Angeles avec Patrick Ewing et, surtout, il a déjà sa médaille d'or. «J'espérais qu'ils ne me sollicitent pas», admettra plus tard la superstar des Chicago Bulls. Seul un voyage en Europe le fera finalement changer d'avis.
David Robinson et Patrick Ewing sont nommés pivots, Scottie Pippen, Karl Malone et Chris Mullin seront en attaque et John Stockton et Clyde Drexler, en position d'arrière-ailier. L'équipe est complétée par un certain Christian Laettner: Le meilleur joueur universitaire (et de loin) est préféré à Shaquille O'Neal himself.
C’est à La Jolla, en Californie, que l’équipe s’entraîne quotidiennement. Toujours suivie par un gigantesque cortège médiatique et des supporters euphoriques. Le premier test sur le terrain est un match amical contre une sélection de joueurs universitaires talentueux. Une rencontre qui tourne au désastre puisque les superstars, alourdies par leur ego, se font démonter par cette jeunesse motivée et réunie autour de Chris Webber. (Le résultat final? 54 à 62.)
En fin de partie, Chuck Daly, le coach principal, fait discrètement remettre le tableau d'affichage à zéro dans l’espoir que la presse n’ait pas vent de l’embarrassante défaite. Plus surprenant encore: Chuck Daly était persuadé que son équipe allait perdre. «Personne n'est invincible». Voilà le message qu’il a officiellement adressé à sa Dream Team. Mais ils ne devaient plus perdre un seul match. Le lendemain, toujours contre ces jeunes universitaires, les stars prendront leur revanche en écrasant leur adversaire avec 100 points d’écart.
Vient le moment de s’envoler pour l'Europe. Enfin. Première escale, Monaco. Un séjour à la fraîche. Sans couvre-feu, sans code vestimentaire, et surtout, agrémenté de seulement deux heures d'entraînement par jour.
La Dream Team se reposera aussi à Barcelone. Bien que le battage médiatique autour de l'équipe soit énorme, on pouvait croiser les superstars se baladant quotidiennement sur «Las Ramblas».
«L'Angola a vraiment un problème!»
Le 26 juillet: Premier match important. «Je ne connais absolument rien de l'Angola, je ne connais aucun de ses joueurs, mais vous pouvez lui dire: vous avez un problème», déclare Barkley juste avant la rencontre. Et il a raison, puisque le score final est sans appel: 116 à 48. Avec 24 points, Barkley est le meilleur marqueur. De son côté, Magic Johnson s'est montré plutôt convaincant avec dix passes décisives. Michael Jordan, lui, a aligné huit interceptions.
Mais le plus important est ailleurs: l'histoire est en train de s’écrire. Pour la première fois, le monde entier découvre que les Américains pratiquent le basket à un niveau stratosphérique. Et ils n'ont même pas besoin d’en faire des tonnes:
La Dream Team passe évidemment le tour préliminaire. En quart de finale, Porto Rico est expédié 115 à 77. En demi-finale, la Lituanie est liquidée 127 à 76. Et en finale, la Croatie s'écroule de nouveau: 117 à 85. Avec une avance de 43,8 points, les stars américaines foncent vers la médaille d'or. «Quand vous jouez avec d'autres grands joueurs, le basket devient si facile», dit Barkley. David Robinson ajoute: «C'était comme le paradis du basket.» Le coach américain n'a pas eu à demander un seul temps mort pendant toute la durée du tournoi.
C’est la Dream Team qui fera exploser la popularité du basket dans toute l’Europe. En Suisse, le streetball (3 contre 3 sur un seul panier) devient un sport tendance. Les champions olympiques en profitent également: Grâce à la vente de produits dérivés, les coffres enflent à vue d'œil.
Mais le succès n'est pas seulement matériel ou financier: aujourd'hui encore, les douze joueurs de la Dream Team sont considérés comme des héros. En 1996, ils ont tous fait partie des «50 meilleurs joueurs NBA de tous les temps», et tous, à l'exception de Laettner – qui n'a eu qu'une carrière en NBA plutôt moyenne par la suite – ont été intronisés au Hall of Fame.
La suite est plus lisse, plus classique. Bien que les sélections américaines successives, en Coupe du monde comme aux JO, ont toujours été officiellement baptisées «Dream Team», le monde du basket ne retrouvera plus jamais une équipe aussi emblématique que celle de 1992.