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L'Australie a appelé dimanche à l'ouverture d'une enquête indépendante sur la lutte mondiale contre la pandémie du Covid-19 et sur la façon dont l'OMS a géré la crise, et notamment sur la manière dont la Chine a géré l'épidémie à Wuhan, où est apparu le Covid-19 en décembre 2019.
"Nous avons besoin de connaître des détails que seul un rapport indépendant peut nous permettre de comprendre", a déclaré la ministre australienne des Affaires étrangères Marise Payne, disant "partager les craintes" des Etats-Unis.
De son côté, Donald Trump s'en est à nouveau pris à Pékin qu'il accuse d'avoir "dissimulé" la gravité de la pandémie. Pour le président américain, s'il s'avère que la Chine est "sciemment responsable" de l'épidémie, elle devra "faire face à des conséquences". "Cela aurait pu être stoppé en Chine, ça n'a pas été le cas, et le monde entier souffre à cause de ça", a déclaré Donald Trump.
Après avoir dans un premier temps salué la réaction de la Chine face à l'épidémie, le leader républicain a adopté en mars un virage dans sa rhétorique. Si bien que certains de ses détracteurs aux Etats-Unis l'accusent de tenter de détourner les regards vers Pékin pour faire oublier ses propres manquements. Ils lui reprochent aussi de surfer sur un sentiment anti-chinois dans le pays à des fins électorales, à moins de sept mois du scrutin présidentiel.
Critiques françaises à demi-mots
Interrogé jeudi dans lesur la façon dont la Chine a géré l’épidémie, le président français Emmanuel Macron a quant à lui également évoqué à demi-mots un manque de transparence de Pékin. "Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas", a-t-il déclaré.
Dès le lendemain de la parution de l’entretien, et face aux nombreuses reprises de cette phrase, l'entourage du président a tenu à nuancer: "Le président de la République n’a rien dit que l’on ne sache déjà. En Chine, il n’y a pas d’accès à l’information totale. Or, "la transparence est nécessaire pour lutter contre l’épidémie", ont fait valoir des proches,.
Le Royaume-Uni a aussi averti la Chine qu'elle devrait répondre à des "questions difficiles sur l'apparition du virus, et pourquoi il n'a pas été stoppé plus tôt".
La piste d'une fuite accidentelle d'un laboratoire
Les doutes sur l’origine du nouveau coronavirus restent importants, notamment outre-Atlantique, sans qu’aucun élément déterminant ne permette d'émettre des conclusions à ce stade. Selon la plupart des scientifiques, le nouveau coronavirus a probablement été transmis à l'homme par un animal. Un marché de la ville de Wuhan a été incriminé car il aurait vendu des animaux sauvages vivants.
L'Institut de virologie de Wuhan, de classe P-4. [Hector Retamal - AFP]
Mais deux laboratoires de recherche de Wuhan nourrissent les spéculations depuis plusieurs jours, celui de l’Institut de virologie, de niveau P-4 (soit une installation de très haute sécurité abritant des "pathogène de classe 4"), et celui du Centre de contrôle et de prévention des maladies de Wuhan, de niveau P-2.
Le flou autour des premiers cas de Covid-19, dont environ un tiers n'auraient pas eu contact avec le fameux marché aux fruits de mer de Wuhan, laissent la porte ouverte à l'hypothèse d'une fuite accidentelle. À l'heure actuelle, aucune preuve n'a été apportée, mais le manque de transparence de la Chine suscite la méfiance.
En effet, si le gouvernement chinois a démenti toute "dissimulation" vendredi, le pouvoir cadenasse l’information: depuis début avril, tout article scientifique chinois sur l’origine du virus doit passer par une relecture du pouvoir central avant d’être publié, et aucune visite d’expert étranger n’a été organisée.
Démenti formel de l’Institut de virologie
De son côté, le directeur du laboratoire de l’Institut de virologie de Wuhan a catégoriquement démenti samedi toute responsabilité. "Nous savons clairement quels types de recherches sont menées à l'institut et comment sont gérés virus et échantillons", a-t-il dit, "c'est impossible que ce virus vienne de chez nous".
"Les gens ne peuvent pas s'empêcher de faire des associations", a-t-il déploré, accusant des médias qui "essayent délibérément de tromper les gens" avec des informations "entièrement basées sur des spéculations".
semblent confirmer que ce laboratoire P-4 n'étudie pas de coronavirus dans ses murs. Mais celui du Centre de contrôle et de prévention des maladies, situé à proximité du marché aux animaux, concentre les soupçons.
Malaise au sein du pouvoir chinois
Ces soupçons sont nourris par une vidéo publiée en décembre dernier par l’Association chinoise de science et de technologie, mettant en scène un expert du laboratoire P-2 plongé dans les grottes du Hubei à la recherche d'échantillons de chauves-souris.
>> La vidéo de promotion chinoise avec le chercheur Tian Junhua:
Par ailleurs, un rapport publié par deux chercheurs de Wuhan en février (et retiré depuis) souligne que ce même Tian Junhua a reconnu s’être mis en auto-confinement par le passé après être entré en contact avec du sang et de l’urine de chauve-souris.
Selon Jean-Pierre Cabestan, sinologue et professeur à l’Université Baptiste de Hong-Kong interrogé dans Forum, si ces hypothèses sont infondées pour l’instant, elles suscitent néanmoins un malaise, y compris au sein du Parti communiste chinois, soucieux de son image internationale, mais aussi domestique:
Les gens en Chine se posent beaucoup de questions et cette spéculation suscite évidemment une forme de défiance pas seulement à l’international, mais aussi au sein de la société chinoise. Ce n’est donc pas de bon augure pour le parti communiste.
Sa seule solution désormais, c’est la transparence, estime Jean-Pierre Cabestan. "Et comme le système est fondé sur l’opacité et la dissimulation, on voit mal le gouvernement chinois devenir plus transparent du jour au lendemain".
Les scientifiques sont en tout cas unanimes: le virus n’est pas fabriqué par l’homme. Il est d’origine naturelle. Et ceux qui admettent la possibilité d’une propagation accidentelle soulignent que ces incidents restent rares.
L'origine d'une pandémie, objet de fascinations
Rares, mais plausibles, confirme dans Forum Jacques Pépin, professeur au Département de microbiologie et de maladies infectieuses à l’Université de Sherbrooke, au Canada, et spécialiste quant à lui de l'épidémie du VIH.
Selon lui, pour le sida, les recherches de l'origine du virus étaient plutôt de nature scientifiques et historiques, afin de mieux comprendre la maladie. Dans le cas du SARS-CoV-19, la Chine est sur le banc des accusés, les enjeux sont géopolitiques et on recherche, peut-être, un bouc émissaire. Mais la situation devra peut-être, selon lui, amener les Occidentaux à "repenser le type de relations qu'ils auront à l'avenir avec la Chine".
L'interview complète de Jacques Pépin dans Forum:
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jop avec agences/Michael Peuker