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90 kilomètres séparent la source du Doubs de son embouchure, mais la rivière va faire un caprice de plus de 450 kilomètres, pour la plus grande joie des pêcheurs, avant de rejoindre la Saône. Depuis Mouthe, prenant une direction parallèle aux grands plis du Jura, le Doubs essaime de charmants petits lacs de même une partie de ses eaux souterraines qu’il envoie vers la Loue, l’Orbe et même l’Areuse.
A partir du lac des Brenets, pour les Suisses, ou de Chaillexon, pour les Français, la rivière traverse de grandes gorges où elle se plaît à se faire photographier dans son saut, jusqu’au moment où elle se dit que la mer du Nord est trop froide et par un grand coude elle repart à l’Ouest, passant par Saint-Ursanne et s’acheminant vers Besançon par une vallée encaissée creusée dans le plateau du Jura. Passé Dole, le Doubs accueille la Loue puis dans une large plaine alluviale il conflue avec la Saône à Verdun-sur-le-Doubs. Durant son périple jurassien, la rivière partage ses eaux entre les territoires de la Suisse et de la France durant 44 kilomètres.
C’est sur cette portion que l’étude a portée et principalement sur le village franco-suisse de Goumois. Au temps des rois de France et des princes-évêques de Bâle il n’y avait point de séparation à Goumois, car la seigneurie de Franquemont, dont le château à longtemps surplombé le village, dominait toute la région. Le prince-évêque de Bâle acquis ces domaines au 17e siècle et fit raser le château dont quelques minuscules ruines se voient encore de nos jours. Une dizaine d’années avant de monter à l’échafaud, le roi de France Louis XVI conclu un accord le 11 juillet 1780 avec Frédéric de Wangen le prince-évêque de Bâle au sujet d’une frontière définitive dans l’ancienne seigneurie. L’évêque cédait au roi, la souveraineté, le ressort et tous les droits qui lui appartenaient sur la rive gauche de la rivière, cette dernière, contre tous les usages, devenant entièrement français.
En retour, le roi de France cédait à l’évêque les droits souverains qu’il possédait sur les villages de Boncourt, Bure et Damvant, ainsi que la partie qui est située sur la rive droite du Doubs au moulin Jeannotat.
Mais l’événement le plus mémorable et le plus historique qui s’est déroulé à Goumois est sans aucun doute celui lié à l’été 1940. À partir du 17 juin 1940, les réfugiés abordent déjà la frontière suisse. Ces malheureux fuyaient leur pays en abandonnant tous leurs biens, n’emportant avec eux que de légers bagages.
Ces fugitifs affolés arrivent en Suisse par tous les moyens ; autos, motos, vélos et la majorité à pied. Ils sont acheminés vers l’intérieur du pays, les frontaliers connus sont accueillis dans les familles des villages alentours, d’autres sont dirigés à l’intérieur du pays. Cet exode durera environ 4 jours, jusqu’à l’arrivée des troupes allemandes. La 2e division polonaise combat sur le plateau de Maîche. Le 19 juin 1940, son commandant, le général Bronisław Prugar-Ketling prend l’initiative de passer la frontière suisse. Depuis le soir du 19 jusqu’au matin du 20 juin 1940, les unités de la 2e division de chasseurs à pied passèrent la frontière suisse par les villages d’Epiquerez, de Goumois, Brémoncourt, Réclère et Chaufour. 10’100 soldats français et polonais; 3’000 réfugiés civils; 1’763 chevaux, 870 voitures et 800 vélos, sont passé par Goumois.
Le 15 novembre 2006, nous avons eu le plaisir et la chance de rencontrer deux générations de dames qui vont nous entretenir, l’une de Doubs-frontière: Goumois, village franco-suisseses souvenirs, l’autre personne de ce qu’elle a entendu de ses parents et de ses concitoyens sur la vie à Goumois durant la Seconde Guerre mondiale. Ce sont mesdames Corinna-Maria Taillard, qui logeait à l’hôtel Taillard, et sa fille Jeanne-Marie Taillard. Autre témoignage de cette époque, celui de Marthe Brischoux, née Richard, ancienne habitante de Goumois. À même de répondre aux questions sur le passé et le présent du village de Goumois, les deux maires, Jeanne-Marie Taillard, pour la France et Jean-Marie Aubry pour la Suisse, qui nous ont cordialement reçus à la mairie (française) le 8 décembre 2004.
Qui parle de village frontière, parle de douane et de douaniers, et les Suisses nous ont aimablement dirigés vers l’un de leurs anciens collègues, André Thiévent, aujourd’hui à la retraite à Saignelégier. Il est originaire de la région et a été en poste à Goumois, il est donc parfaitement susceptible de répondre à nos interrogations.