Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06935.jsonl.gz/214

L'espérance de vie de notre population et la prévalence de l'ostéoporose sont en progression. Ainsi, à l'âge de 50 ans, près d'une femme sur deux et d'un homme sur cinq sont à risque de subir une fracture pendant le reste de leur existence.
De par les importantes morbidité, mortalité et dégradation de la qualité de vie, et les coûts élevés qu'engendrent les fractures d'origine ostéoporotique, il paraîtrait impératif de privilégier et d'appliquer toujours plus de mesures préventives efficaces. A l'échelle d'une population, des recommandations portant sur l'hygiène de vie, comme un exercice physique régulier et une nutrition équilibrée, l'abstention de conduites à risque, sont certainement à envisager. Cependant, l'application de manière systématique et prolongée de telles mesures, et la preuve de leur efficacité sont limitées. Une autre approche serait d'identifier avec précision les individus à risque augmenté de fracture, afin de les faire bénéficier d'un traitement spécifique à visée osseuse, traitement dont l'efficacité antifracturaire a été bien démontrée dans des essais thérapeutiques randomisés à double insu, avec l'incidence de fracture comme variable principale. Ces essais remplissent donc les critères stricts d'une médecine basée sur les preuves. On se heurte alors à la difficulté de sélectionner précisément ces individus à risque augmenté de fracture.
Le diagnostic de l'ostéoporose repose sur la mise en évidence d'une masse minérale osseuse abaissée en dessous d'un certain seuil, au niveau du fémur proximal, voire de la colonne lombaire, par absorptiométrie à rayons X. Ce seuil est défini par l'Organisation mondiale de la santé comme 2,5 écarts-types en dessous de la moyenne d'individus jeunes. Cependant, cette technique est trop insensible, et pas assez spécifique pour qu'elle puisse être utilisée dans un dépistage de masse. Nombre de facteurs de risque cliniques, tels que l'âge, des fractures prévalentes, ou des antécédents familiaux de fracture, influencent la relation inverse entre risque fracturaire et densité minérale osseuse. Ainsi, les fractures sont nombreuses même avec des valeurs non pathologiques de densité minérale osseuse. Dans ces conditions, il est indispensable de prendre en considération ces facteurs de risque cliniques, en plus du diagnostic ostéodensitométrique, pour apprécier le risque fracturaire individuel et, partant, le seuil d'intervention thérapeutique. Un groupe de travail, bénéficiant du soutien de l'OMS, a proposé l'intégration de ces facteurs de risque cliniques de fracture dans le calcul d'un risque absolu individuel. Cette approche est très semblable à l'évaluation du risque cardiovasculaire intégrant pression artérielle, diabète, obésité et autre tabagisme, appliquée de longue date.
Ces prochaines semaines, un algorithme basé sur l'âge, la fracture prévalente, les antécédents familiaux de fractures, le traitement par glucocorticoïdes, l'indice de masse corporelle bas, l'ostéoporose secondaire et la consommation excessive de tabac et d'alcool, ainsi que sur le diagnostic densitométrique d'ostéoporose, sera diffusé. Cet algorithme va aussi être adapté aux conditions de risque fracturaire et d'espérance de vie de la population suisse, et sera disponible sur le site internet de l'Association suisse contre l'ostéoporose (www.svgo.ch). Cet algorithme permettra au praticien de calculer pour son patient le risque individuel de fracture au cours d'une période de temps donnée, par exemple dix ans.
Des propos ci-dessus, il apparaît donc clairement que des facteurs de risque cliniques sont à prendre en considération pour apprécier le risque fracturaire individuel. Les articles rassemblés dans ce numéro de la Revue médicale suisse abordent certains facteurs de risque cliniques de fracture. Parmi ceux-ci seront discutés la détection de fractures vertébrales par une nouvelle technologie peu irradiante, l'absorptiométrie à rayons X (M.-A. Krieg et coll.), les troubles nutritionnels de l'anorexie mentale et leurs répercussions osseuses (A. Trombetti et coll.), et l'influence de traitements anticoagulants sur l'os (K. Ferrière et R. Rizzoli). Des aspects de prise en charge de patients fracturés (P. Ammann) et du rôle de la vitamine D dans la prévention des fractures (S. Ferrari) sont aussi revus. Par ailleurs, un aspect important de toute intervention thérapeutique, c'est son rapport coût-efficacité, que revoient nos collègues lausannois, O. Lamy et M.-A. Krieg.
Finalement, une note d'espoir est apportée par T. Chevalley et coll. Alors qu'avec le vieillissement de la population, on s'attend à une augmentation du nombre de fractures ostéoporotiques au niveau mondial, une étude sur les fractures du col du fémur survenues à Genève entre 1991 et 2000, montre que l'incidence ajustée pour l'âge serait en diminution, pour les femmes particulièrement.
Les nombreux efforts déployés depuis plusieurs années pour promouvoir le diagnostic, la prévention et le traitement de l'ostéoporose, pour en améliorer la connaissance, ainsi que les campagnes pour la prévention des chutes et de la malnutrition, commenceraient-ils à porter leurs fruits ? Cela doit nous inciter à continuer notre lutte contre l'ostéoporose, dans le but de maintenir l'indépendance fonctionnelle de nos populations âgées.