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Italie La souffrance des homards en justice
Une association animalière a porté plainte contre un poissonnier pour mauvais traitements. Un tribunal va devoir trancher.
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Le dilemme est shakespearien: le homard souffre-t-il ou ne souffre-t-il pas dans la glace? Un juge italien va devoir trancher ou pour le moins essayer, une association animalière venant de porter plainte contre un poissonnier pour mauvais traitements.
L’affaire a commencé il y a trois jours à peine dans un marché situé dans le centre historique de Trévise. En voyant trois homards entreposés dans de la glace avant de passer à la casserole, un consommateur a imaginé la souffrance des crustacés et a appelé le service vétérinaire municipal et les pompiers. Immédiatement confisqués, les trois homards ont toutefois été rendus le lendemain au poissonnier, le magistrat ayant refusé de valider l’acte de saisie des crustacés. Mais une procédure a été ouverte contre le commerçant sur la base des articles 544 et 727 du Code pénal italien.
Selon ces deux dispositifs, «les personnes faisant vivre des animaux dans un environnement incompatible avec leur habitat naturel et leur font subir des souffrances graves» sont passibles d’une peine de prison et d’une amende calculée en fonction de l’ampleur du délit.
En Italie comme partout ailleurs, le débat sur les souffrances du homard ne date pas d’hier. Il y a six ans, le Tribunal de Vicence avait donné raison à un restaurateur local accusé par une association de défense des droits des animaux de maltraiter les crustacés qu’il conservait dans de la glace avant de les jeter dans l’eau bouillante. Pour sa défense, le restaurateur avait produit devant les juges un rapport établi par un éminent professeur de zoologie affirmant que «les crustacés n’élaborent pas la souffrance et que par ailleurs, la glace est un sédatif».
L’an dernier en revanche, le Tribunal de Florence, saisi par une association animalière toujours sur le thème de la souffrance du homard, a rendu justice aux crustacés. Pour les magistrats de la Cité de Dante, «on peut parler de mauvais traitements lorsque les crustacés sont jetés dans l’eau bouillante en vertu d’une habitude sociale». Cela rejoint les déclarations de l’écrivain et journaliste américain David Foster Wallace, qui défendait mordicus les crustacés à l’aube du IIIe millénaire durant le festival du homard qui se tient chaque année dans l’Etat du Maine, aux Etats-Unis. «Même en couvrant la marmite et en s’en détournant, on peut entendre les cognements et claquements du homard contre la paroi. En d’autres termes, le homard se comporte comme un être humain plongé dans de l’eau bouillante», écrivait David Foster Wallace, qui ne faisait pas partie des végétariens militants.
Leur sang se glace
Pourtant, certains experts italiens comme Patrizia Torricelli, biologiste et professeur d’écologie à la Faculté de Venise, sont formels, les invertébrés ne peuvent pas souffrir. «Ils ne sentent pas les températures. Dans ces conditions, les flux corporels s’altèrent jusqu’à ce que leur sang se glace. Il s’agit donc sûrement d’un choc physiologique», estime Patricia Torricelli. Reste à voir si les juges de Trévise seront du même avis. (Le Matin)
Créé: 18.01.2016, 11h47