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par notre très regretté F∴ Roger Bongard,
de la R∴L∴ Fidélité et Liberté, à l'Or∴ de Genève.
Texte de 1993.
Au Moyen-Age, la construction des cathédrales gothiques fut exécutée par des maçons professionnels groupés en corporations.
Dans son "Histoire de Genève", le grand historien Spon expose aue sur la foi d'un parchemin de 1213, il existait à Genève, une Confrérie maçonnique fondée par un Evêque, pour veiller à la conservation de l'Eglise de Saint-Pierre, ainsi qu'une Conférie maçonnique ayant pour but la construction d'un pont.
Ceux qui étaient spécialisés pour la construction des ponts s'appelaient en ce temps, des "frères pontifes" et leur chef avait le titre de "Maître". Nous retrouvons ce terme de "pontife" dans certains degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Dans son étude sur Saint-Pierre de Genève, l'historien Blavignac indique aussi que l'édifice dut être repris en sous-oeuvre par les Francs-Maçons de l'époque et que ce travail dura de la fin du XIIe à la fin du XIIIe siècle.
Et la bulle du pape Innocent III du 17 février 1212 confirme qu'il existaient déjà à Genève à cette époque, des Ordres chevaleresques des Hospitaliers de Saint-Jean et des Chevaliers du Temple.
Il serait intéressant de rechercher s'il existe d'autres citations concernant la Franc-Maçonnerie à Genève entre le XIIIe et le XVIIe siècle.
C'est en 1736 que la Franc-Maçonnerie que nous pratiquons aujourd'hui fut introduite à Genève par un noble anglais, Georges Hamilton, qui fonda en compagnie de plusieurs compatriotes, une Loge nommée "Société des Maçons libres du parfait Contentement" à laquelle s'affilièrent également plusieurs genevois.
La Loge reçut en 1737 une patente de constitution de la Grande Loge de Londres et Hamilton fut nommé Grand Maître provincial auprès des Loges de Genève.
Mais déjà avant le 5 mars 1736, le Conseil des Deux Cents eut à intervenir contre la Maçonnerie à la suite d'une interpellation de M. de Budé de Boisy. Cette interpellation fut suivie le lendemain par une attaque du Consistoire, de sorte que le 2 avril 1736, le Syndic Bonnet intima au Frère Hamilton, l'ordre suivant :
"de recevoir à l'avenir dans cette société, aucune personne de cette ville, soit citoyens, bourgeois, natifs ou habitants, de même que les étrangers mineurs, à moins qu'ils n'aient le consentement de leur gouvernement."
Hamilton promet de respecter cette décision. Mais malgré l'interdiction du Petit et du Grand Conseil, il eu dès 1737 la création de plusieurs Loges, réunissant surtout des citoyens et des habitants de Genève.
En 1737, le Syndic de la Garde est encore informé que le 3 août, s'étaient réunis des Maçons libres, qu'il y avait des gens de la ville qui étaient présents et se promenaient dans les rues avec un tablier !
Pendant sept ans, les Maçons ne font plus parler d'eux, car les Loges qui sont constituées depuis 1737 ont continué de travailler plus discrètement.
Mais le 17 juin 1744, grand coup d'éclat !... Sous la présidence d'un anglais résidant à Genève, Mylord Malpas, une grande assemblée maçonnique a lieu aux Pâquis, dans le jardin des marchands toiliers.
"On s'y rendi sur les neuf heures du matin dans une barque décorée et ornée du pavillon d'Angleterre et des couleurs genevoises, au bruit des hauts-bois et de quelques boîtes et fauconneaux. Après un banquet où furent portées les santés d'ordre, les Frères, processionnellement, ramenèrent chez lui le noble Anglais, en cortège, musique en tête."
Le Conseil irrité, ordonne aux Auditeurs une enquête qui, menée avec célérité, révèle l'existence de six Loges. Le Petit Conseil publia alors l'Edit du 8 septembre 1744 :
"Très expresses inhibitions et défenses sont faites à tous citoyens et bourgeois, natifs, habitants et sujets de tenir aucune Loge soit assemblée de Francs-Maçons sous quelque prétexte que ce soit. Et à tous les propriétaires et locataires, de quelque qualité ou conditions qu'ils soient, de louer, sous-louer ou prêter pour tel usage leurs maisons, chambres ou parties de leur maisons à qui que ce soit. Défendons en outre à tous citoyens, bourgeois, natifs et sujets de s'incorporer à l'avenir dans la dite société. A peine contre chacun des contrevenants aux présentes défenses, de cent écus d'amende et de prison et de plus grande peine s'il y écheoit."
Il apparaît très concevable que la Loge La Prudence créée en 1744 citée par le F∴ Ruchon, l'ait été en réacion immédiate à cet Edit ?
Malgré cet Edit et les peines prévues, l'ordonnance du Conseil resta lettre morte !
En 1744, on signala aussi à Genève, la présence d'une Loge d'adoption mixte, connue sous le nom de La Parfaite Félicité. Selon Claudius Fontaine-Borgel, cette Loge "travaillait à des oeuvres de charité, à des actes de bienfaisance, qui furent même cités dans l'histoire, qui témoignent du rapprochement des classes sociales divisées par l'orgueil et la richesse." Ces réunions furent également interdites par décisions du Consistoire et du Seigneur Procureur Général, les 1er et 2 Mars 1745.
L'activité maçonnique, qui avait été un peu ralentie quelques années après l'Edit de 1744, reprit peu à peu et le 7 février 1768 est créée la Loge Union des Coeurs, ainsi que la Loge La Triple Union des Quatre Nations, en 1769 qui adoptera le nom de la Prudence en 1834.
De 1737 à 1768, les loges genevoises étaient rattachées à la Grande Loge de Londres (de 1717), par la Grande Loge Provinciale de Genève, dont le Frère Hamilton avait été nommé Grand Maître.
En 1769, le Frère Alexandre Girard, revenant d'Angleterre, proposa aux Loges genevoises de se détacher, avec toute la fraternelle courtoisie voulue, de l'Angleterre et de se constituer en pouvoir maçonnique indépendant. Ce projet fut adopté unanimement par les Loges de Genève, et la Grande Loge fut créée le 14 juin 1769 (ou le 24e jour du 4e mois?). Le nouveau pouvoir central prit le nom de Grande Loge de Saint-Jean de Genève, et décida qu'à l'avenir "nul maçon genevois ne serait reconnu comme régulier s'il n'appartenait à l'une des Loges affiliées". La Grange Loge comprenait 10 loges préexistantes, dont la Prudence et Union des Coeurs, encore en activité aujourd'hui.
Parallèlement à la nouvelle Grande Loge, se créa le Chapitre La Prudence, le 15 septembre 1770 lors d'une cérémonie qui réunit les Chevaliers Rose-Croix, parmi lesquels se trouvait le Frère Alexandre Girard, l'initiateur de la Grande Loge de Genève, ainsi que son premier Grand-Maître François Rillet. Tous ces Chevaliers Rose-Croix présentèrent leurs brefs, démontrant qu'ils avaient été régulièrement reçus à ce grade à Londres, Edimbourg ou Berlin. Le Chapitre La Prudence reçit l'hospitalité de sa Loge-mère La Prudence dans le local situé à ce moment dans les Rues Basses dans la maison Galland.
La Grande Loge de Genève installa et régularisa plusieurs Loges non seulement de Genève, mais également de Suisse; elle eut sous sa juridiction jusqu'à 17 loges, et délivra aux Frères des diplomes maçonniques pour la somme de 3 livres 10 sols, qui constituaient une recommandation lors des visites à des Loges étrangères.
Le F∴ Alexandre Girard, initiateur de la Grande Loge de Genève, occupa la charge de Grand Maître en 1774, puis de 1776 à 1778, et Jean-Louis Fatton de la Loge La Prudence en 1779.
En 1778, la Grande Loge de Genève admit deux nouveaux Ateliers dans son sein, la Loge La Bien Intentionnée et la Loge La Triple Union des Quatre Nations fondée en 1769, et qui jouera un rôle important en tant que l'un des ancêtres de la Loge Fidélité et Prudence, dont est issue [la] Loge Fidélité et Liberté.
En 1782, c'est de nouveau le Frère J.-L. Fatton qui est à la tête de la Maçonnerie genevoise. Cette année-là, il y eut un grave conflit à Genève. Le gouvernement genevois était aristocratique. L'Assemblée des citoyens formait le Conseil Général et avait le droit d'adresser des représentations au Conseil des Deux Cents et au Petit Conseil.
Ces derniers pouvaient rejeter ces demandes sans donner de motif. C'est ce qu'on appelait le droit négatif. Lors du conflit entre les négatifs et les représentants, soit entre l'aristocratie et le peuple, le 8 avril 1782, les troupes françaises, sardes et bernoises durent intervenir pour maintenir le pouvoir aux mains du parti aristocratique négatif.
L'un des premiers actes des négatifs après cette échauffourée, fut d'élaborer un édie de pacification qui fut sanctionné le 21 novembre 1782 par les Petit et Grands Conseils. Cet édit restreignit toutes les libertés, abolit les cercles et un grand nombre de sociétés, et banit un certain nombre de citoyens, dont plusieurs Maçons.
Cet édit porta un grave coup à la Franc-Maçonnerie. La Grande Loge de Genève tomba alors dans un demi-sommeil. Quelques Ateliers disparurent, mais quelques autres purent s'ouvrir à nouveau à partir de 1789, année où l'édit de pacification fut révoqué. Parmi ces nouveaux Ateliers, nous trouvons une Loge au nom de la Fidélité.
Dans nos locaux des Loges de Genève relevant de la Grande Loge de Suisse, au N° 14 av. Henry Dunant, est exposé un diplôme remis à un Frère de Bâle en l'an 5791, ce qui prouve que la Grande Loge de Genève avait repris force et vigueur. Elle ne s'éteignit qu'en 1801 lorsque ses dernières Loges rejoignirent le Grand Orient National de Genève.
Nonobstant l'existant de la Grande Loge de Genève qui était encore en demi-sommeil depuis 1782, le 22 mai 1786 se fonda en secret, le Grand Orient National de Genève.
Les représentants des Loges constituant le Grand Orient National de Genève, ne voulant pas, à l'avenir, travailler dans l'ombre, sollicitèrent des Autorités, une autorisation qui leur fut refusée le 17 juin 1786. Les travaux continuèrent alors clandestinement jusqu'en 1789.
En 1791, le Grand Orient National de Genève comptait sous sa juridiction environ 200 membres répartis en 16 loges à Genève et aux environs. Il était en relations officielles avec plusieurs Grandes Loges, d'Allemagne, d'Italie, de France et de Hollande. En 1798, la France annexait Genève. La période française est pour la Franc-Maçonnerie genevoise une époque sans gloire. Elle subit l'attraction du Grand Orient de France et plusieurs Loges sont sous l'Empire, surveillées par la police.
En 1799, après l'annexion de Genève par la France, plusieurs loges qui s'étaient transformées ou doublées en clubs, recommencèrent à travailler. De nouveaux Ateliers se créèrent. Après l'annexion, d'anciennes loges qui avaient repris leur activité, mais qui n'étaient inféodées au Grand Orient National de Genève, lui proposèrent de s'unir et de reprendre l'ancien titre de Grande Loge Nationale de Genève.
Douze loges nommèrent des Délégués, parmi lesquels les Frères Pittard et Anthonioz pour la Loge portant le titre de la Prudence et le Frère J.-P. David Guigon pour la Loge La Fidélité. Ils demandèrent au Grand Maître du Grand Orient de France, Roettiers de Montaleau de régulariser leur situation et de les reconnaître comme formant la continuation de la Grande Loge de Genève. En 1801, ces Loges se joignirent au Grand Orient de Genève, de sorte que l'unité des Loges genevoises put être solennellement fêtée sous l'Obédience du Grand Orient de France.
La Grande Loge Provinciale de Genève sous l'obédience du Grand Orient de France substita sous ce titre jusqu'en 1809.