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Ella Maillart - Nicolas Bouvier
Fille d’un marchand genevois et d’une mère très sportive d’origine danoise, Ella Maillart se lance dans le sport dès l’adolescence. Passionnée de ski, elle participe à des compétitions et entraîne l’équipe féminine nationale. Elle crée le premier club suisse féminin de hockey sur terre. Parallèlement, elle pratique assidûment la voile. Elle est la seule femme et la plus jeune concurrente aux régates olympiques de 1924, où elle représente la Suisse.
Devant renoncer faute d’argent à son rêve de tour du monde à la voile, Ella Maillart sait que vivre à seule fin de gagner sa vie ne lui suffit pas. Elle veut la liberté et l’exaltation. S'ensuivent alors des années à la découverte de l’Asie. Elle parcourt la Russie, fait un reportage dans une région de Chine alors occupée par les Japonais, puis convainc Peter Flemming de faire avec elle un voyage de 6000 km de Pékin à Srinagar (Inde), dans des zones interdites. Dans d’autres voyages, elle traverse la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan. Partout elle écrit, photographie, documente. Puis elle passe cinq ans de quête spirituelle en Inde.
De retour en Suisse après la seconde guerre mondiale, elle s’établit à Chandolin, pays montagnard où elle se sent libre. Elle voyage encore au Népal, en Chine, au Tibet, au Bouthan, au Japon et en Corée. Elle organise des voyages culturels, donne des conférences, écrit ses récits de voyages. En cherchant toujours une réponse à sa question: «qu’est-ce que cette réalité que nous vivons, quelle est la réalité du moment présent?».
Fils d’Auguste Bouvier, directeur de la Bibliothèque publique universitaire et d’Antoinette Maurice, Nicolas Bouvier est un enfant rêveur, passionné par les couleurs des atlas de géographie et un grand lecteur de romans d’aventures. Encouragé par son père, il fait son premier voyage solitaire en Norvège à l’âge de 17 ans. De retour à Genève, il suit des cours d’histoire médiévale et de sanskrit à l’université, où il obtient deux licences en droit et en lettres. Il effectue également des reportages pour La Tribune de Genève et Le Courrier.
Il consacre sa vie à l’écriture – une prose et des poèmes magnifiquement ciselés – aux recherches iconographiques et aux voyages. Après un premier périple de Venise à Istanbul en 1951 avec Thierry Vernet et Jacques Choisy, il parcourt les routes de Belgrade à Kaboul en Fiat Topolino, toujours avec Thierry Vernet. Le voyage suivant, décrit dans le Poisson scorpion, le voit faire un long séjour douloureux et solitaire à Ceylan. Plus tard, avec son épouse et complice Eliane et leur deux enfants, il part au Japon. D’autres pays d’Asie ou d’Europe suivront.
Dans son roman le plus connu, L’Usage du monde, il écrit: «un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait». Ami attentionné et conteur accompli, il est lié aux gens de théâtre, aux peintres et aux écrivains.
Tiré de «Faces à Faces», Université de Genève, 2009
Tania Chytil
Publié le 08 mars 2011 - Modifié le 21 février 2013