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Je pense qu'un Dictionnaire quelconque ne pourra être bien fait que par un seul homme. Il s'élève tant d'opinions contraires tant de discussions oiseuses, tant de difficultés stériles, tant d'idées divergentes, qu'il faut une tête altière qui ordonne à la plume de trancher court et net.
Il y a une foule de Dictionnaires qui ont chacun leur utilité particulière. Qu'un écri
digressions, que chacun ne débite un conte plaisant ou quelques nouvelles, qu'on ne parle des affaires d'état et de réformer le gouvernement. Quand on veut faire une définition, on consulte tous les Dictionnaires qui sont sur le bureau; on prend celle qui paraît la meilleure ; on la copie mot à mot dans le cahier, et alors elle est sacrée, et personne n'y oserait plus toucher, en vertu de la clause de leur prétendu privilége. »
Le Dictionnaire de l'Académie fut, dans l'origine, le dictionnaire des halles : ce n'est pas cela que je lui reproche; mais d'avoir redouté, après l'adoption de tant de termes communs, celle d'expressions nobles et relevées qui auraient tiré le langage de sa honteuse servitude."
Balesdent, académicien! prononçant sur les délicatesses de la langue; réclamant la propriété exclusive du Dictionnaire ! qu'en dites-vous, abbé Morellet? il y a métempsycose.
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tain s'environne de tous les matériaux, de toutes les lumières, soit; mais qu'il ose ensuite donner sa loi ou le projet de loi, car il faut oser en ce genre; qu'il décide ce qui paraît être incertain, il fera bien plus alors que tous les circonspects dits sages. La langue est l'instrument qui doit obéir; l'instrument, certes, m'appartient, et dès que suis entendu, me voilà justifié.
J'ai osé, car je ne suis pas de la classe de ces litèérateurs hardis à être timides, amou* reux de leurs fers, roulant dans la vieille ornière, et préjugistes obstinés; j'ai osé, bravant de vaines et passagères clameurs, envisageant la langue telle qu'on l'a parlée , telle qu'on la parlera sans doute un jour, ou telle enfin qu'on devrait la parler; j'ai osé, dis-je, certain de son prochain et long triomphe, deployer sur ses plus hautes tours l'oriflamme de la Néologie.
Plus les têtes s'assemblent , plus elles se rétrécissent. Heureux qui dans son travail est libre et despote! il ne sera vaincu ni par l'ennui, ni par certains égards, ni par ces divagations le supplice de la pensée : il sentira vivement, il abrégera tout; il ne sera pas du moins un demi-siècle à tâtonner
des mots; il ne dira que ces paroles : j'adopto, je rejette, car telle est ma volonté.
Puisque vos règles ont fait tant d'avortons, tant d'hommes médiocres, que craignezvous, lorsque vous supprimerez vos règles ? elles sont la plupart si arbitraires ! elles ont pour unique fondement l'imagination la plus capricieuse. En voulant symétriser nos créations hardies, c'est la source de toutes nos lumières qu'elles essaient de tarir.
On parle de l'importance d'un bon Dictionnaire : la première chose serait de ne pas le confier à une race d'étouffeurs qui se mettent à genoux devant
quatreou cinq hommes du siècle de Louis XIV (1), pour se dispenser, je crois, de connaître et d'étudier tous les autres, et qui, criblés des plus misérables préjugés, fermant le petit temple de leur idolâtrique admiration, ne savent pas qu'il n'y a point de perfection fixe dans les langues
Les plus belles langues qui aient été cone pues dans le monde, c'est d'abord le hasard
(1) Il serait facile de prouver qu'il y avait plus de génie en France dans le seizième siècle, que du
temps de Louis-le-Grand; mais dites à nos beaux esprit de lire da vieux gaulois !
qui les a produites, et l'art ensuite qui les a perfectionnées. Quelque parfaite que soit une langue, elle n'a pas d'autre origine que la plus barbare. Elle ne diffère que par l'abondance des mots, la variété des tours et la netteté de l'expression. Le Français qu'on parlera dans deux cents ans,sera peut-être plus différent de celui qu'on parle aujourd'hui, qu'il ne l'est de celui qu'on parlait il y a deux cents ans. Point de langue si barbare qui ne puisse acquérir la perfection de la langue grecque ou latine; il ne faut que le temps, le nombre et le génie des hommes qui la parleront , qui l'écriront, et qui s'appliqueront sur-tout à la perfectionner.
Plus d'un peuple a trouvé par lui-même l'invention de l'écriture par des signes et caractères dont on ne s'était jamais avisé avant lui. C'est ainsi que tout peuple à naître se fera une langue qui n'a jamais été, et qui ne laissera
pas que d'exprimer d'une manière nouvelle , les mêmes choses que nous.
Quand j'intitule cet ouvrage Néologie, qu'on ne l'appelle donc pas Dictionnaire Néologique (1)! Néologie se prend toujours en
(1) L'abbé Desfontaines' a publié, sous ce titre',
bonne part, et Néologisme en mauvaise; il y a entre ces deux mots, la même différence qu'entre religion et fanatisme, philosophie et philosophisme. Tous les mots que j'ai ressuscités , appartiennent au génie de la langue française , ou par étymologie, ou par analogie; ces mots viennent de boutures, et sont sortis de l'arbre ou de la forêt, pour former autour d'elle des tiges nouvelles, mais ressemblantes; ainsi je me fais gloire d'être Néologue et non Néologiste : c'est ici que *Pon a besoin, plus qu'ailleurs, de nuances assez fortes, si l'on ne veut pas être injuste. Au reste , les ennemis injustes font du bien, disait Montesquieu.
Il en est d'une langue comme d'un fleuve que rien n'arrête, qui s'accroît dans son cours, et qui devient plus large et plus majestueux, à mesure qu'il s'éloigne de sa source, Mais
un despotisme est ridicule, plus il affecte de la gravité et de la sagesse. Et qui ne
une critique de la Néologie de son temps. Qu'est-il arrivé ? c'est que la presque-totalité des expressions qu'il a blâmées, se sont naturalisées parmi nous. Il semble avoir donné le signal de leur adoption, en croyant déterminer leur réprobation éternelle. Exemple insigne de la gaucherie de nos feuillistes !