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Nikon annonce à demi mot la fin de la production des objectifs à décentrement en monture F, utiles notamment pour les photos d’architecture. Sur les 6 focales produites, laissons de côté les 45 et 85mm à bascule et décentrement dont l’angle de champ est trop fermé pour les prises de vue d’architecture, pour nous concentrer sur les 4 grands angles:
- le 19mm à bascule et décentrement (une seule version sortie en 2016)
- le 24mm à bascule et décentrement (une seule version sortie en 2008)
- le 28mm à décentrement (une seule version commercialisée entre 1980 et 2005)
- le 35mm à décentrement (environ 6 versions; celle testée ici a été produite entre 1972 et 1975)
Nous allons, dans cet article, tenter de répondre à deux questions:
- est-ce que les “vieilles” optiques à décentrement peuvent encore régater avec les “nouvelles” à bascule et décentrement
- est-ce que nous pouvons nous passer du 28mm et le remplacer définitivement par le 24mm.
Je rappelle en préambule que ces optiques permettent de redresser les perspectives en plongée ou en contre-plongée, et proposent ainsi un cliché brut avec des verticales parallèles aux bords de l’image. Cette manipulation peut être réalisée a posteriori en post-production, moyennant quelques précautions préalables à la prise de vue.
Aspect général - déformations
Le protocole pour cette première étape consiste à comparer les optiques avec la plus grande ouverture accessible et une autre fermée (f/11), avec un décentrement en rapport avec le cadrage. Pour obtenir des clichés similaires, on varie la distance sujet-appareil en fonction de la focale. Pour le 19mm, la prise de vue est la plus rapprochée (appareil – sujet) alors que pour le 35mm, la prise de vue est la plus éloignée.
Les prises de vue sont classées du plus grand angle au plus fermé. On constate d’emblée deux choses à ce niveau:
- une surprenante forte déformation en barillet pour les deux optiques les plus modernes. Les lignes magenta délimitent la zone “intolérable” et les vertes la zone “acceptable” (les lignes oranges délimitent une zone “bizarre”…)
- une instabilité / inconstance des couleurs pour les deux plus anciennes. Peut-être un traitement des lentilles vieux ou absent.
On peut en outre mettre sur le compte de l’âge des optiques les déformations (moins surprenantes) des deux plus anciennes.
Netteté dans les bords
Pour cette deuxième étape, on zoome à 100% sur les coins supérieurs gauches des images de la série ci-dessus.
Pour toutes les optiques sauf le 28mm, le fait de fermer le diaphragme minimise les défauts de netteté. Il faut aussi prendre en compte que toutes ces optiques sont manuelles. Par conséquent, la précision de la mise au point dépend de l’œil du photographe. Le 24mm et le 35mm sortent du lot: les images sont totalement nettes jusque dans les coins une fois le diaphragme fermé à f/11.
Dérive chromatique
On remarque dans la série précédente, une forte dérive chromatique sur la barrière supérieure du bâtiment pour les deux optiques récentes (19 et 24mm). Nous allons réaliser une série spécifique pour mettre en avant ce défaut. Nous travaillons toujours à pleine ouverture et à f/11. Les quatre images de droite dans la galerie sont un zoom à 100% de la zone cerclée de rouge dans les images de gauche.
La dérive est autant présente à pleine ouverture, qu’à ouverture réduite: par contre, il semble y avoir une frange jaune et violette pour le 19mm, et verte et rouge pour le 24mm. Comme la fermeture du diaphragme n’a pas d’effet significatif, il faut passer à l’étape du traitement par Photoshop pour voir si l’on peut mieux minimiser ces défauts.
Correction numérique des défauts
Photoshop propose dans CameraRaw une galerie de profils de correction pour la plupart de ses objectifs récents ou “classiques”. Or aucun des Nikkor PC ne se trouve dans la liste des profils… Qu’à cela ne tienne, nous pouvons appliquer par exemple le profil d’un grand angle tel que le 24mm manuel. Dans le menu contextuel “optique”,
- la première des deux cases devrait corriger l’aberration chromatique
- la deuxième case permet de choisir le profil à appliquer, notamment pour les déformations barillet/coussinet, mais aussi le vignettage. On peut aussi utiliser une correction totalement manuelle si les profils proposés ne conviennent pas.
- une troisième étape permet de corriger plus finement la frange si la case “supprimer l’aberration chromatique” n’a pas tout à fait l’effet escompté.
Sur ce coup-là, la suppression de l’aberration chromatique sur CameraRaw est efficace. La subtile dérive disparaît.
Quant à la netteté, elle a été faite “à l’œil” sur le D850, ces deux optiques étant manuelles. Pour bien faire, il aurait fallu passer par le LiveView et l’image affichée à 100%…
Perspective
Dans la première série de tests, les plans du capteur et du bâtiment étaient parallèles, donc il n’y avait pas de point de fuite apparent et la perspective ne jouait aucun rôle.
En répétant la manœuvre sur le coin d’un bâtiment, on crée un premier point de fuite à gauche et un second à droite. On obtient les résultats suivants en faisant varier focale et distance de manière à maintenir dans le cadre le haut et le bas du bâtiment.
La perspective est bien différente entre chaque optique (forcément…). Avec le 19mm, le coin du bâtiment n’apparaît pas comme étant à angle droit (perspective tronquée). La perspective des 24 et 28mm est similaire. Et finalement, il faut se placer loin du bâtiment pour utiliser le 35mm (d’où la raison de ne pas retenir les 45 et 85mm pour ce comparatif pour lesquels il aurait fallu se placer encore plus loin), mais cette image semble la plus naturelle des quatre.
Conclusion
Sur le plan purement optique, à f/11, c’est étonnamment le 35mm qui s’en sort le mieux, suivi du 24, du 19 et finalement du 28mm. Ce dernier reste flou, même à diaphragme fermé. C’est peut-être un défaut propre à cette objectif précis et n’est pas forcément valable sur la série entière. Quoi qu’il en soit, d’un point de vue purement optique, je peux m’en séparer. Quant à la qualité optique générale, les vieux régatent encore en moyenne avec les nouveaux.
Sur le plan pratique, il y a plusieurs aspects:
- le 19 et le 24 proposent bascule et décentrement, alors que les deux autres n’offrent que le décentrement. De plus, les deux modernes autorisent l’accès à un décentrement en haut et en bas (ou à gauche et à droite) simultané. Pour les deux anciennes optiques, le décentrement ne joue que dans un sens. Pour obtenir l’autre, il est nécessaire tourner toute l’optique de 180°.
- les 19 et 24 ont un diaphragme électronique: on vise comme dans une autre optique à pleine ouverture et le boîtier commande la fermeture du diaphragme lors de la prise de vue. Pour les deux anciens, il y a une bague de pré-sélection du diaphragme: on vise ouvert, puis on actionne la bague pour fermer mécaniquement le diaphragme et on déclenche. C’est plus contraignant et moins intuitif, mais ça fonctionne bien. En mode A (priorité à l’ouverture), pas de risque de sur-exposition si l’on oublie de fermer la bague. Par contre, en mode M (tout manuel), en studio, j’ai personnellement tendance à systématiquement oublier de refermer le diaphragme.
- le 19 PC-E a une lentille frontale tellement bombée qu’elle exclut toute possibilité d’installer un filtre. Pour les trois autres, c’est tout bon: 72mm de diamètre pour le 24 PC-E, 62mm pour le 28 PC et 52mm pour le 35 PC.
- dans le cadre d’un déplacement “léger”, les deux derniers ont la côte du point de vue du poids et de l’encombrement. Mais comme il faut utiliser toutes ces optiques avec un trépied, ce n’est ni le poids ni l’encombrement qui vont faire une grosse différence.
Donc match nul en moyenne entre les nouveaux et les vieux pour la partie pratique.
Sur le plan financier, c’est la douche froide pour les deux optiques récentes: les 3800 CHF pour le 19mm et 2000 CHF pour le 24mm (prix du matériel neuf) ne sont pas des investissements raisonnables pour les photographes qui ne pratiquent pas la photo d’architecture très régulièrement. On trouve les deux plus anciennes entre 300 et 500 CHF en occasion.
Donc avantage financier aux anciens.
Conclusion personnelle générale: la possession du 24 et du 28mm fait doublon. Ils ont presque le même angle de champ, mais l’avantage va clairement au 24mm:
- il propose la bascule et le décentrement,
- il est d’une conception optique plus récente, avec des matériaux/traitements plus modernes,
- il a un diaphragme électronique qui permet de travailler constamment à pleine ouverture (c’est le boîtier qui le pilote et ferme le diaphragme à l’ouverture prédéfinie),
- il a un angle de champ légèrement plus grand, ce qui autorise une distance légèrement moins grande entre le sujet et l’appareil.
- et finalement, la qualité de l’image est bien meilleure.
Je peux donc me séparer de mon 28mm sans arrière-pensée… sauf si je ressors un boîtier argentique! Effectivement, le diaphragme électronique ne fonctionne pas sur les anciens boîtier argentiques.