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Richard Strauss et la Suisse
Par Jean-François Monnard
Richard Strauss par Max Liebermann
L'attrait des voyages
Tous les compositeurs, lorsqu'ils sont en même temps exécutants, voyagent. C'est le cas de Richard Strauss (1864-1949) dont les déplacements émaillent la carrière et satisfont la curiosité touristique. Il a vingt-deux ans en 1886 lorsqu'il découvre le lac des Quatre-Cantons en revenant de son premier séjour en Italie. Sept ans plus tard, alors qu'une pneumonie le contraint à une longue convalescence en Grèce et en Egypte, le chemin du retour le conduit en Sicile, puis à Naples et à Florence. Avant de regagner l'Allemagne, il s'arrête à Zermatt ainsi qu'à Montreux. En octobre 1897, il se rend à Zurich où il présente son mélodrame Enoch Arden, une musique de piano pour la déclamation de l'oeuvre de Tennyson. Attiré par la Suisse, il décide en 1900 et 1901 de passer ses vacances d'été à Pontresina et à Mürren (dans l'Oberland bernois), où les menaces de censure qui risquent de compromettre les représentations de Feuersnot à Vienne le préoccupent et font l'objet d'un échange de correspondance avec Mahler, alors directeur de la Hofoper. Mais c'est au cours d'une vaste tournée avec l'orchestre des Tonkünstler de Berlin, en mars 1903, qu'il dirige pour la première fois à Genève et à Zurich. Au programme figurent ses poèmes symphoniques D'Italie, Don Juan, Mort et Transfiguration, ainsi que la scène d'amour extraite de Feuersnot. À Genève, il rencontre Dalcroze et Paderewski, à Zurich Friedrich Hegar, chef titulaire de l'orchestre de la Tonhalle jusqu'en 1906. L'événement n'échappe pas au jeune Paul Klee qui se rend à Zurich pour assister au concert. Les Bâlois vont profiter de la présence de Strauss en Suisse pour lui confier la direction d'un concert de l'Allgemeine Musik-Gesellschaft, concert au cours duquel il fait entendre Don Juan et Une Vie de héros. Il est inutile de rappeler ici que Strauss exerce le métier de chef d'orchestre depuis 1884 et le pratiquera jusque deux mois avant sa mort.
En mai 1908, il est de passage à Genève, Lausanne, Neuchâtel, Berne et Bâle avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin. Strauss a fait ses débuts avec cet orchestre à Berlin le 23 janvier 1888 (à vingt-quatre ans!) lors d'un concert où Hans von Bülow l'avait invité à prendre la baguette pour diriger D'Italie . Dans les rangs du public de Berlin se trouvait alors un certain Tchaïkovski qui suivait l'exécution partition en main. L'oeuvre est intéressante dans la mesure où elle alimente le (faux) débat sur la musique à programme. Ce que Strauss note à propos de son poème symphonique, inspiré de l'esthétique de Liszt, est à mettre en parallèle avec les commentaires de Beethoven sur la Pastorale. En effet, la partition ne cherche pas à peindre l'Italie, mais à traduire en musique les sensations éprouvées au contact de ce pays. Strauss écrit d'ailleurs à Bülow qu'auparavant il n'avait jamais cru au «pouvoir stimulant de la beauté de la nature, mais que la campagne romaine l'avait singulièrement fait changer d'avis». Nul doute que les émotions ressenties au spectacle de la nature à Mürren en été 1909 et durant deux hivers successifs à Sankt Moritz en 1911 et 1912 serviront également de substrat à la trame picturale de la Symphonie alpestre. Mais l'orchestration de Strauss est si imagée que rien n'interdit de voir dans cette symphonie une sorte de description de l'alpinisme, un «guide touristique d'une journée en montagne», comme la baptiseront ses adversaires. D'où l'importance des titres comme Don Quichotte, où Strauss a cherché à exprimer l'âme du héros de Cervantès.
Il faut attendre janvier 1917 pour retrouver le compositeur à la tête de l'ensemble du Théâtre de Mannheim et de l'Orchestre de Meiningen au Stadttheater de Zurich. Il y dirige Elektra et la seconde version d'Ariane à Naxos. Si la représentation d'Ariane le 28 janvier constitue une première audition suisse, Elektra, en revanche, était déjà à l'affiche depuis un mois sous la direction de Robert F. Denzler. La distribution est exemplaire: Marie Gutheil-Schoder chante Elektra alors que Maria Jeritza tient le rôle d'Ariane qu'elle a créé à Stuttgart et à Vienne. Les spectacles seront présentés également à Bâle et à Berne. Strauss dirige en outre deux concerts consacrés exclusivement à ses propres oeuvres: Ainsi parla Zarathoustra, Burlesque pour piano et orchestre et Don Quichotte à Zurich, Till l'Espiègle, Burlesque, la Danse des sept voiles et Une Vie de héros à Berne. Strauss avait invité Romain Rolland (qui l'avait fait bénéficier de ses conseils pour la version française de Salomé) à venir voir Ariane. Mais son vieil ami, malade, ne put faire le déplacement...
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(page mise à jour le 23 septembre 2010)