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Le directeur de l’Observatoire maritime allemand George von Neumayer est l’initiateur de la recherche allemande en Arctique. En octobre 1899 à Berlin, au VIIIe Congrès international de géographie, il présenta le projet d’une expédition au pôle Sud. Erich von Drygalski, professeur de géographie et de géophysique à l’Université de Berlin, fut choisi pour diriger l’expédition après avoir acquis une certaine expérience polaire au cours d’une expédition au Groenland. Il avait en outre présenté de bons résultats dans la réalisation d’études scientifiques sérieuses dans des conditions polaires.
Le Reichstag allemand soutint financièrement l’expédition à hauteur d’un million et demi de marks. La construction du navire d’expédition commença en 1900. D’un coût s’élevant à cinq-cents mille marks, le navire mesurait 46,3 mètres de long (152 pieds) et 11,2 mètres (37 pieds) de large. La proue et la poupe étaient dotées de renforts en acier. Cependant, les caractéristiques de ce navire n’étaient pas vraiment impressionnantes. Lent et inconfortable par mer agitée, il était sombre à l’intérieur et étouffant sous les tropiques.
L’équipement comprenait un moteur auxiliaire de 325 CV. Le principal moyen de propulsion demeurait la voile. Chaque officier et scientifique avait sa propre cabine et ils disposaient de deux zones de restauration et de détente. Un an plus tard, le navire fut baptisé du nom du fondateur de la recherche scientifique sur l’Antarctique, Karl-Friedrich Gauss.
Le Gauss quitta Kiel le 11 août 1901 pour l’Antarctique. Il devait explorer le secteur situé entre 60° et 90° Est, secteur qui se trouvait à proximité du pôle sud magnétique. Peu de choses étaient connues sur cette région. Le 2 janvier 1902, le Gauss atteignit les îles Kerguelen, situées dans l’océan Indien. Le 31 janvier, le Gauss quitta Kerguelen pour l’Antarctique, apercevant sept jours plus tard un premier iceberg.
Le 21 février 1902, une terre bordée de murs de glace de 40 à 50 mètres de haut fut observée pour la première fois. Celle-ci fut nommée Terre de l’Empereur-Guillaume-II avant d’être rebaptisée plus tard Côte Guillaume-II. Le Gauss tenta de poursuivre sa navigation, mais fut bloqué par la formation de glace de mer. L’équipage tenta alors de tailler une brèche à l’aide d’explosifs, sans succès. Le 2 mars, il était devenu clair que le Gauss resterait bloqué pour l’hiver à 74 kilomètres (46 miles) de la côte.
Drygalski était avant tout un scientifique. Son intention était d’en apprendre le plus possible sur cette partie de l’Antarctique où il se trouvait. Lui et les membres scientifiques de l’équipage se préparèrent à observer des phénomènes magnétiques, météorologiques et astronomiques. Des postes d’observation avaient été mis en place et des trous percés dans la glace afin de collecter des pierres au fond de l’océan.
Le 29 mars 1902, Drygalski entreprit la première ascension à bord d’un ballon de reconnaissance gonflé à l’hydrogène jusqu’à une altitude de 490 m (1600 pieds) et aperçut au loin une élévation sombre. Quelques jours plus tard, Drygalski et quelques-uns de ses hommes ont entreprirent une reconnaissance en traîneau vers la montagne, située à environ 80 km de là. Au cours d’une mission de treize jours au total, le volcan de 371 mètres de haut fut exploré et mesuré. Comme pour le navire de recherche de l’expédition, il fut baptisé du nom du mathématicien Carl Friedrich Gauss, ou mont Gauss.
Le mont Gauss s’avéra être le point le plus au sud atteint par l’expédition. D’autres voyages en traîneau furent entrepris en avril, avant que l’hiver ne s’installe complètement. Drygalski gravit le sommet du mont Gauss lors de son dernier voyage, décrivant un paysage entièrement constitué de glace, exception faite de l’éperon rocheux du mont Gauss lui-même.
L’hiver arriva et les hommes s’occupèrent du mieux qu’ils purent. Le navire était bien approvisionné et il y avait suffisamment d’espace privé et public. Des conférences furent organisées et des clubs virent le jour : un club de musique, un club de fumeurs, des clubs de cartes et une fête de la mi-hiver furent organisés. Bien que ces hommes aient constaté que l’hiver avait ses rigueurs et qu’ils étaient déprimés par le manque de lumière du jour, ainsi que par le froid et les tempêtes à l’extérieur qui les tenaient souvent enfermés dans le bateau, ils survécurent aussi bien que tous les autres hivernants contemporains.
Drygalski avait espéré pouvoir atteindre le 72 ° ou 73 ° S, mais les circonstances données au printemps 1903 firent que cette idée fut abandonnée. Il pensait qu’il n’y avait pas de raison scientifique valable de continuer vers le sud. Il avait lu le récit de l’équipage du Belgica et les difficultés rencontrées pour échapper à la glace. Alors que le Belgica était enfermé dans une épaisseur de glace d’environ 2 m (7 pieds), le Gauss se trouvait dans une épaisseur de glace de 5 à 6 m (16 à 19 pieds). Sans oublier des congères d’une hauteur allant jusqu’à 12 m (40 pieds).
La libération semblait de plus en plus proche au début de l’année, mais le 21 janvier 1903, une violente tempête referma le chenal, poussant la neige sur les eaux libres comme si celles-ci n’avaient jamais été là. Une semaine plus tard, le 28 janvier, toute la zone était en mouvement et Drygalski ordonna de ramener à bord tout l’équipement déposé sur la glace. Bien qu’il en soit toujours prisonnier, le Gauss dérivait maintenant avec la glace.
Le temps s’était réchauffé et les phoques et les oiseaux pouvaient à nouveau être observés en grand nombre. La glace commençait à se fissurer, mais le navire se situait toujours à environ 600 m (2 000 pieds) de l’eau libre. Des explosifs et de longues scies à glace furent utilisés de tenter de tailler un canal vers l’eau libre, sans succès. L’équipage répandit à plusieurs reprises des cendres dans la zone située entre le « Gauss » et le bord de la glace. Sous cette couche de cendres sombres qui absorbent la chaleur, les rayons du soleil firent fondre un chenal de deux mètres de profondeur dans la glace.
Le 8 février, Drygalski écrit : « Nous avons soudain ressenti deux chocs violents en succession rapide … ce fut comme une révélation, et avec un cri ‘la glace se brise’, je sautai sur le pont ». Le Gauss s’est libéré et a retrouvé l’eau libre le 16 mars.
Le navire retourna jusqu’à l’archipel de Kerguelen, puis poursuivit sa route jusqu’au Cap, en Afrique du Sud, où il accosta le 9 juin 1903. De là, Drygalski envoya une demande à Berlin pour passer un autre hiver en Antarctique. Sa demande fut rejetée, très probablement parce que l’Empereur avait été déçu que de nouvelles terres importantes n’aient été découvertes ou que l’on ne l’ait pas informé d’une aventure sensationnelle. Le 23 novembre 1903, le Gauss repartit vers le nord et arriva à Kiel. Afin de payer l’expédition, il fut vendu au Canada.
Ce que l’expédition a apporté
En tant qu’expédition scientifique, elle fut un grand succès et ses réalisations saluées par la communauté scientifique. De 1905 à 1931, vingt volumes de rapports furent publiés. L’expédition fournit de solides preuves de l’existence de la convergence antarctique, six cents miles de côtes furent mesurés et 1.440 espèces d’organismes vivants endémiques à l’Antarctique décrites.
En tant qu’expédition d’intérêt public, elle fut cependant largement éclipsée par d’autres qui avaient atteint des latitudes plus élevées (et plus proches du pôle) à peu près à la même époque. Le public n’apprécia guère que le Gauss puisse se trouver dans une région totalement nouvelle, jamais visitée auparavant, où il travaillait seul et publiait des découvertes totalement inédites. En comparaison avec des aventures plus sensationnelles, le profane considérait qu’une ou dix nouvelles espèces d’une faune obscure ou des observations scientifiques soigneusement décrites n’avaient finalement que peu de valeur.
Heiner Kubny, PolarJournal