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Formule 1 Le Grand Prix d’Australie doit-il avoir lieu?
A Melbourne, cinq mécaniciens se retrouvent en quarantaine et McLaren s'est retirée. Plusieurs voix, dont celle de Lewis Hamilton, protestent contre la tenue du Grand Prix.
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Du côté des pilotes, on trouve le politiquement correct. Genre Charles Leclerc: «Je fais confiance aux autorités sportives de la Formule 1», commente le pilote Ferrari. «S’ils disent que nous pouvons courir, alors je courrai.» Même écho du côté de Sebastian Vettel, son coéquipier.
Dans cette catégorie, on range aussi ceux qui refusent de se positionner: «Je ne suis pas un expert, alors je ne peux pas me prononcer sur une affaire qui me dépasse, plaide Daniel Ricciardo. Je suis ici pour courir, alors je cours.»
Mais on trouve aussi les pilotes qui sont ulcérés que la F1 compte parmi les seuls sports internationaux à maintenir une épreuve. Lewis Hamilton, jeudi après-midi, ne mâchait pas ses mots: «Je suis extrêmement surpris que nous soyons ici. Beaucoup de choses s’arrêtent, la NBA (ndlr: le championnat de basket américain) s’arrête, mais la F1 continue, tonne le sextuple champion du monde. Ici, tout semble se dérouler normalement, mais en fait rien n’est normal. J’espère juste qu’il ne se passera rien de grave ce week-end, mais il est inquiétant de voir tant de monde arriver depuis l’Europe pour cette course alors que Donald Trump a fermé les portes des USA.»
Lewis Hamilton ne comprend pas qu'on puisse vouloir maintenir le Grand Prix. Image: Keystone.
Une question de gros sous
L’annulation du Grand Prix pourrait être décidée par quatre entités différentes: la Fédération Internationale de l’Automobile - l’autorité de régulation, propriétaire du championnat. Ou Liberty Media, la société qui en a acquis les droits commerciaux, ou encore les organisateurs du Grand Prix d’Australie. Ces trois entités perdraient des millions de dollars en cas d’annulation de la course, chacune préfère donc laisser d’autres décider l’arrêt de la course et affronter les poursuites pour dommages et intérêts qui s’ensuivraient.
La seule entité qui pourrait donc annuler l’épreuve reste le gouvernement du Victora, l’état dans lequel se trouve Melbourne. Son premier ministre, Daniel Andrews, a déclaré mardi qu’il devra peut-être prendre des mesures pour empêcher les rassemblements importants, et donc les manifestations sportives.
Mais pour l’heure, l’Australie est relativement préservée du coronavirus et peut apparemment se permettre de laisser plus de 100'000 personnes se rassembler dimanche pour assister au Grand Prix.
Jeudi, en tout cas, les activités classiques de la journée ont eu lieu, sauf les rencontres pour signer des autographes entre pilotes et spectateurs. Chez Alfa Roméo, Frédéric Vasseur, le patron, est écœuré: «Tout le monde réalise que cette affaire de virus est grave, et la F1 continue comme si de rien n’était. On va passer pour des fous, et tout ça pour des histoires de gros sous, parce que personne ne veut avoir à payer les frais de l’annulation. Chacun attend que ce soit l’autre qui annule et qui paie l’addition. C’est ridicule.»
McLaren se retire du Grand Prix
Depuis mardi, l’un des employés de McLaren - un chauffeur poids lourd - se trouvait en quarantaine, tout comme deux membres de l’équipe Haas - auxquels deux autres mécaniciens de Haas ont été ajoutés jeudi. Jeudi soir, vers 22 heures (heure de Melbourne), le résultat du test du chauffeur de McLaren est tombé: positif au coronavirus.
Aussitôt, l’écurie a décidé de se retirer du Grand Prix d’Australie. Les organisateurs avaient prévenus que si un tel cas se produisait, toute l’écurie concernée se retrouverait en quarantaine.
Il a fallu deux jours avant que le résultat du test soit connu: Melbourne ne compte qu’un seul laboratoire habilité à mener ces examens, et il traite les demandes les unes après les autres, sans priorité. « Nous avons expliqué que ce test était urgent pour savoir comment agir dans le paddock, mais on nous a répondu qu’il n’y avait pas de passe-droit», regrette un délégué de la FIA présent à Melbourne.
Jeudi soir, le résultat des quatre membres de l’écurie Haas est aussi tombé: négatif. L’équipe américaine pourra donc bien disputer le Grand Prix - pour autant qu’il ait lieu.
Les autres Grands Prix dans le doute
Si le Grand Prix d’Australie pourrait avoir lieu dimanche - ce n’est pas encore certain -, celui de Chine a d'ores et déjà été repoussé. Et celui du Vietnam, prévu le 5 avril, devrait l’être également. A Bahreïn, la semaine prochaine, la course se tiendra à huis clos. Il n’y aura ni spectateurs, ni invités des équipes ou sponsors.
Mais c’est le début de la saison européenne qui est désormais remis en question: le Grand Prix de Hollande, le 3 mai, pourrait être reporté, de même que celui d’Espagne, prévu une semaine plus tard. La saison pourrait alors débuter à Monaco, le 24 mai, voir en Azerbaïjan, une semaine plus tard.
Les courses reportées devraient alors se tenir au cours du mois d’août, pour l’instant libre du 9 au 23. Les Grands Prix risquent de se bousculer cet été…
Luc Domenjoz, Melbourne
Créé: 12.03.2020, 13h20