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Par Olivia Loup, étudiante en génie électrique à la HEIG-VD et ambassadrice du domaine ingénierie et architecture.
En tant que femme dans un monde d'ingénierie, j'ai l'habitude d'entendre tout type de commentaire concernant les femmes et les matières techniques. Comme beaucoup, je tente toujours d'essayer de prouver que ceci n'est qu'un cliché.
Cependant, malgré les efforts pour diminuer ces expressions, celles-ci restent d'actualités. A la HES-SO, les femmes représentent environ 20% des effectifs des filières du domaine ingénierie et architecture. Et si les femmes elles-mêmes faisaient confirmer ces préjugés sans le vouloir ? C'est ce que l'étude de Spencer et al. (1999), intitulée "Menace stéréotypée et performances mathématiques des femmes", tente de prouver.
Suite à d'autres études traitant des stéréotypes, les auteur·es ont voulu vérifier cette idée par rapport au niveau des femmes en mathématiques. En utilisant deux groupes de femmes et d'hommes venant de sphère de bon niveau en mathématiques, ils ont mené leur étude en différentes étapes.
Dans un premier temps, les participant·es ont été évalué·es sur un test facile suivi d’un test difficile. Les bilans montrèrent que les femmes ont obtenu les mêmes résultats que les hommes pour le test facile, mais de moins bons résultats au test plus difficile.
Dans un second temps, avant de fournir les tests, un groupe de participant·es a été informé que ces tests généraient des différences de résultats entre les hommes et les femmes, tandis qu’un autre groupe a appris que les tests ne montraient aucune différence de résultat entre les sexes.
Dans le premier groupe, les femmes ont obtenu de moins bons résultats que les hommes, tandis que les résultats du second groupe ne montraient pas de différences entre les sexes. Les auteur·es ont d'ailleurs pu voir que cet effet est similaire pour une population d'étudiant·es de formations plus variées en mathématiques.
Que pouvons-nous tirer de cette étude? Il y a en effet un risque que les femmes aient de moins bons résultats à cause de l'image ancrée que les mathématiques seraient trop difficiles pour elles. Les tests montrent l'effet de l'image commune sur la différence de niveau et la possibilité d'éliminer ce biais avant le test. Ceci prouve aussi que cette menace des stéréotypes touche n'importe quel niveau.
Il est donc probable que, afin ne pas participer aux clichés liés à son genre, un effet d'anxiété de performance se produirait. Ce trouble amènerait donc un stress supplémentaire donnant donc de moins bonnes conditions de travail.
En gardant un esprit critique sachant qu'une étude reste toujours sujette à interprétation, il a été démontré que les femmes ne sont pas moins bonnes ou les hommes pas meilleurs dans les matières techniques. Cependant, les préjugés - conscients ou inconscients – peuvent affecter les performances des femmes dans les domaines techniques.
Une question légitime serait de se demander comment se débarrasser de ces stéréotypes et biais de genre. Tel tout biais cognitif, ceux-ci sont difficiles à retirer. Mais déjà s'en rendre compte permet d'éviter d'être biaisé·e. Plutôt que de vouloir mettre toutes les forces pour enlever rapidement ces fausses images endoctrinées depuis des années, il suffirait d'adopter un autre discours. Préciser l'équité d'un test ou l'encouragement des personnes comme étant à leur place et donc compétentes permettrait déjà de réduire la menace des stéréotypes.
Référence :
Spencer, S. J., Steele, C. M., & Quinn, D. M. (1999). Stereotype Threat and Women's Math Performance. Journal of Experimental Social Psychology, 35(1), 4-28. https://doi.org/10.1006/jesp.1998.1373.