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La participation du personnel à l’organisation des entreprises ne se limite pas à l’agencement des salles de pause. Selon des spécialistes, il en va de l'avenir de la démocratie.Ce contenu a été publié le 04 janvier 2022 - 11:00
Au début de la pandémie de Covid-19, les gens ont applaudi l’ensemble du personnel soignant dans de nombreux endroits du monde. Les collaboratrices et collaborateurs d'autres secteurs ont également fourni un travail irremplaçable: dans la vente, la logistique, la garde d'enfants, la production alimentaire. Toutes et tous ont tous permis au monde de tourner rond.
Pourtant, ce sont souvent ces personnes qui ont peu à dire sur leurs conditions de travail. Elles sont souvent mal payées et subissent une forte pression. Au moins, les protestations du personnel soignant ont été entendues en Suisse. Pour la première fois, une initiative des milieux syndicaux a été acceptée et un nouvel article constitutionnel a été créé pour améliorer la situation dans les professions de la santé.
«Les crises nous ont surtout appris que les êtres humains ne sont jamais une ressource. Ils investissent leur vie, leur temps et leur sueur dans les entreprises pour lesquelles ils travaillent et pour leurs clients», écrit la professeure d'économie et de sociologie Julie BattilanaLien externe, l'une des autrices du manifeste, dans un éditorial publié par le journal de la Harvard Business School, où elle enseigne. Sa conclusion: ces personnes qui investissent autant devraient avoir leur mot à dire. Et pas seulement sur les variétés de thé disponibles dans la salle de pause ou sur les horaires de travail.
Cette idée est également soutenue en Suisse. Le personnel devrait également avoir son mot à dire lorsqu'il s'agit de décisions stratégiques «sur ce quoi les personnes travaillent, comment elles travaillent et ce qui est produit dans quelles conditions», estime la professeure de philosophie suisse Rahel Jaeggi.
Pour elle, la démocratie sur le lieu de travail est même une condition préalable pour que la démocratie fonctionne au niveau de l'Etat. Celui ou celle qui est traitée comme une subordonnée sur son lieu de travail aura du mal à se considérer comme un citoyen ou une citoyenne à part entière. En outre, la démocratie doit exister à petite échelle pour pouvoir fonctionner à grande échelle.
Cette démocratie à petite échelle peut avoir lieu dans différents endroits: en famille, dans le cercle d'amis, à l'école, mais aussi au travail.
L'environnement de travail est considéré comme un terrain d'exercice important dans lequel la démocratie peut être apprise. Différentes études empiriques montrent que plus les personnes employées d'une région donnée ont leur mot à dire, plus la participation démocratique y est élevée, par exemple aux élections.
Mais la démocratie au sein de l'État n'est pas la seule à profiter d'un monde du travail démocratisé. Ce dernier profite également des organisations démocratiques. Les fonctions politiques et les partis sont justement des lieux de formation possibles pour les futurs cadres.
Les femmes en Suisse sont-elles sous-représentées dans les postes à responsabilité parce qu'elles ont longtemps été marginalisées en politique? En d'autres termes, existe-t-il un lien entre le moment où un pays a introduit le droit de vote des femmes et la proportion de femmes occupant des postes à responsabilité?
Pour Stéphanie Ginalski, chercheuse à la Faculté des sciences sociales de l'Université de Lausanne, une chose est sûre: le fait que seuls les hommes aient joui du droit de vote et d'éligibilité au niveau fédéral jusqu'au début des années 1970 joue «un rôle décisif» dans la sous-représentation persistante des femmes dans les postes à responsabilité.
Le monde du travail actuel comporte toutefois aussi des risques pour les démocraties. La globalisation du marché du travail, par exemple, conduit les personnes employées à se concentrer davantage sur elles-mêmes et sur leur propre carrière. Cela a pour effet que l'on perde un peu de vue l'intérêt général - que ce soit au sein de l'entreprise ou au-delà, explique Joachim Blatter, qui enseigne notamment la démocratie à l'université de Lucerne: «Si c'est la norme et la socialisation dans le monde du travail, cela a des effets de débordement sur la société et la démocratie.»
De plus, une incroyable fluidité caractérise le monde actuel - et donc aussi le marché du travail, explique le professeur: «Si quelque chose ne vous convient pas, vous cherchez tout simplement quelque chose de nouveau.» Cela crée certes du dynamisme, mais si cela prend de l'ampleur, c'est un danger pour la démocratie.
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