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La Suisse est à l'honneur dans la grande rétrospective d'Edouard Vuillard qui a ouvert ses portes dimanche à Washington.
Dans l'oeuvre du peintre français, né en 1868 et mort en 1940, elle correspond en effet à deux moments très importants.
Cette rétrospective dont la tournée mondiale débute à la National Gallery de Washington est la plus grande exposition jamais consacrée à Edouard Vuillard.
Parmi les quelques 230 oeuvres exposées, une très grande partie n'a encore jamais été vue par le public et provient de collections particulières. Telles celle de l'acteur Sean Connery.
Quant aux dix grands panneaux de la série des "Jardins Publics", ils sont réunis dans une même salle pour la première fois depuis 1906.
Organisée chronologiquement par le conservateur Guy Cogeval, directeur du Musée des Beaux-Arts de Montréal, la rétrospective laisse le visiteur découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de Vuillard dans toute sa richesse et sa diversité.
Des petits formats aux constructions colorées des Nabis, un groupe où Vuillard côtoyait Pierre Bonnard à la fin du 19ème siècle, jusqu'aux portraits des années trente dans lesquels Vuillard annonce Edward Hopper en saisissant des hommes et des femmes d'affaires dans leurs bureaux.
Un parcours qui passe par les affiches et décors pour le théâtre d'avant-garde, les superbes intérieurs où la vie intime de la famille de Vuillard émerge littéralement de la matière picturale.
Mais aussi par la photographie que l'artiste adopta dès 1897, les vitraux réalisés pour le verrier américain Louis Comfort Tiffany ou encore les peintures glaciales ramenées d'un séjour dans les hôpitaux de campagne de la première guerre mondiale.
La Suisse à l'honneur
La Suisse est à l'honneur dans cette longue vie de peinture puisqu'elle apparaît à deux moments importants dans l'oeuvre de Vuillard.
En 1900, Vuillard sort de ses intérieurs et découvre la nature. Il sort de Paris et voyage en Suisse pendant le mois de septembre.
"J'aime vraiment être à la campagne et je suis capable de regarder et d'admirer sans que des tableaux me reviennent en mémoire", écrit-il à cette période.
Avec cet oeil neuf, Vuillard produit une série de paysages somptueux, certains inspirés par la ville de Rheinfelden en bordure du Rhin, d'autres par la campagne et les villages du canton de Vaud.
En 1920, Camille Bauer, fondateur de l'entreprise helvétique qui porte son nom et se spécialise dans les instruments de mesure, commande à Vuillard trois panneaux et deux dessus-de-cheminée pour sa demeure bâloise.
Un voyage à Bâle
L'industriel et collectionneur laisse toute liberté à l'artiste. Dans un nouveau moment important de son oeuvre, Vuillard choisit de rendre un hommage explicite à ses influences.
Le Musée du Louvre vient de rouvrir après la guerre et le peintre se replonge avec délice dans les nus gréco-romains, dans les vitraux du Moyen-Age, dans Chardin et Watteau, dans les vases et les sculptures de la Salle des Cariatides.
Deux ans plus tard, Vuillard se rend à Bâle pour voir ses tableaux accrochés dans la maison de Camille Bauer, où ils resteront jusque dans les années 60.
Dispersés lors d'une vente, les cinq tableaux retrouvèrent par la suite la famille Bauer et figurent aujourd'hui dans les collections de deux membres de la dynastie, Hans-Peter et Albert.
La rétrospective Vuillard se poursuit à Washington jusqu'au 20 avril. L'exposition se transportera ensuite au Musée de Montréal, puis au Grand Palais à Paris, avant de finir sa tournée l'an prochain à la Royal Academy of Arts de Londres.
swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington