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Les honneurs de l'ours et les droits du sacristain (décembre 1330)
Dans la société médiévale, le droit de chasse était une prérogative du seigneur qui affirmait ainsi son contrôle sur le territoire, notamment dans les zones non cultivées de l’espace alpin. Même s’il ne chassait pas directement, le détenteur du pouvoir seigneurial recevait les ‘honneurs’ prélevés sur les bêtes abattues. Dans le cas de la chasse à l’ours, les honneurs étaient généralement constitués par un quartier de viande, la peau, les pattes et les boyaux. Leur remise au seigneur était loin d’être anecdotique, surtout dans des contextes où l’autorité était l’objet de rivalités entre deux pouvoirs concurrents.
C’est ainsi qu’une controverse éclata en 1330 entre le sacristain de l’abbaye de St-Maurice, en tant que seigneur du village voisin de Lavey, qui avait reçu les honneurs d’un ours récemment abattu, et le châtelain savoyard de St-Maurice et Monthey, qui réclamait en faveur de ses maîtres, le comte et la comtesse de Savoie, Marie de Brabant, ces mêmes honneurs. Pour éviter que cette brouille seigneuriale ne dégénère, un autre officier savoyard, Guillaume de Châtillon, s’interposa et il confia les objets du litige à un marchand lombard de St-Maurice, en attendant que la controverse soit résolue. Celle-ci le fut à l’avantage du sacristain de l’abbaye, mais l’identité de l’arbitre – un officier savoyard – démontre l’autorité de fait exercée désormais par la Maison de Savoie qui s’affirmait comme seigneur territorial incontesté dans l’ensemble du Chablais.
Cette affaire est rapportée par un document légèrement endommagé sur sa marge gauche, qui est un acte levé par un notaire public, Aymon de Lully, originaire du diocèse de Genève, qui mentionne sa recognitio à la fin du texte, écrit dans une écriture soignée et régulière. On distingue également des éléments de son signum en haut à gauche. Si ces éléments formels suffisaient en principe à établir la force probatoire du document, le notaire a pris soin de mentionner également les témoins de l’affaires, chanoines de l’abbaye, clercs et bourgeois de St-Maurice ; cette précaution supplémentaire est probablement due à l’importance juridique de l’affaire, mais peut-être aussi au fait que le notariat public était encore une nouveauté relative en ce début du XIVe siècle.