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Au zoo, tout visiteur attentif aura remarqué le comportement étrange de certains animaux, comme l’ours blanc, qui tourne en rond pendant des heures, le tigre, qui se frotte sans cesse contre le grillage, ou l’éléphant, qui balance inlassablement sa tête, pour ne citer que les exemples les plus connus de stéréotypies chez l’animal. Le but de ces modèles répétitifs reste inexpliqué. Ces troubles s’observent chez quasiment toutes les espèces animales détenues par l’homme, surtout chez le chien et le cheval. Ils peuvent être provoqués par l’insuffisance des possibilités d’occupation dont ces bêtes disposent.
Le nouveau professeur de protection des animaux de la Faculté Vetsuisse de l’Université de Berne, Hanno Würbel, s’exprime sur les origines et les causes des troubles comportementaux.
Quelles sont les causes des stéréotypies? Peuvent-elles se résumer aux conditions de détention inadaptées des bêtes?
Les stéréotypies apparaissent lorsque des conditions de détention empêchent en permanence les animaux d’adopter un comportement conforme à leur espèce, en d’autres termes, d’avoir des réactions qui, dans leur habitat naturel, joueraient un rôle essentiel dans leur survie et dans leurs capacités de reproduction. Les lapins par exemple ont besoin de ronger et de fouir. Les lièvres ont pour habitude de creuser des tunnels ultra-ramifiés, dans lesquels ils trouvent refuge, se reproduisent et élèvent leurs progéniture. Mais si l’animal n’a pas la possibilité d’adopter le comportement qui lui est propre, il n’en éprouve pas moins le désir de le faire. S’ensuivront alors des tentatives qui se transformeront au fil du temps en stéréotypies. Ces troubles peuvent toutefois être d’origine génétique ou pathologique.
Ces troubles du comportement peuvent-ils être soignés?
Nous partons du principe que les stéréotypies sont l’expression d’un dysfonctionnement pathologique évolutif de certaines zones du cerveau. Ce type de trouble apparaît lorsque l’environnement trop pauvre en stimuli ne favorise pas le développement correct du cerveau et qu’une frustration chronique stresse les bêtes. Le succès thérapeutique dépendra du degré d’évolution des troubles. A un stade précoce de la maladie, les troubles disparaissent lorsque leur cause est éliminée, à savoir lorsque les animaux peuvent à nouveau vivre dans des conditions de détention conformes à leur espèce. Mais plus ces troubles sont installés depuis longtemps, plus ils sont résistants à la thérapie. Dans ce cas, le seul remède serait un traitement médicamenteux, même si la médecine vétérinaire n’en est qu’à ses balbutiements dans ce domaine.
Une détention conforme aux besoins de l’espèce est essentielle pour le bien-être des animaux. La notion de bien-être est un leitmotiv de la protection des animaux telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Encore faudrait-il pouvoir mesurer le bien-être animal.
Or ce n’est malheureusement pas le cas, puisque le bien-être et la souffrance sont des états totalement subjectifs. Mais à l’aide d’indicateurs adaptés et scientifiquement prouvés, nous pouvons reconstituer de façon de plus en plus plausible le ressenti des animaux. Nous autres chercheurs dans le domaine de la protection des animaux, nous procédons de la même manière que nos confrères de la médecine humaine, mais à l’inverse: nous utilisons l’être humain comme cobaye pour nos animaux. Ainsi, les recherches menées sur l’homme ont montré par exemple que notre humeur influence, voire déforme notre perception de l’environnement, perception qui peut être mesurée objectivement dans le cadre de tests ad hoc. Les personnes souffrant de troubles de l’humeur interprètent les stimuli ou événements neutres de façon plus négative que les personnes émotionnellement stables. Elles ne voient pas le verre à moitié plein mais à moitié vide. Depuis, ces distorsions cognitives de la réalité ont également été démontrées sur bien des espèces animales, même sur les abeilles. Cette approche compte parmi les plus prometteuses pour évaluer le bien-être des animaux. Mais des observations comportementales différenciées peuvent également fournir des conclusions fiables sur les états émotionnels subjectifs. Ainsi, une échelle de grimaces a été développée récemment pour les souris: elle permet d’évaluer l’intensité des douleurs post-opératoires.
Quelle est la part d’interprétation et quelle est la part de connaissances intervenant dans l’analyse des capacités cognitives des animaux et de leurs sensations?
Quelle est la part d’interprétation et quelle est la part de connaissances intervenant dans l’analyse des capacités cognitives des animaux et de leurs sensations?Les capacités cognitives, à savoir les capacités d’apprentissage, de réflexion et de mémoire, peuvent être recensées de façon objective. Mais la marge d’interprétation reste limitée, à condition qu’il s’agisse d’études très bien contrôlées. En revanche, les sensations étant par définition subjectives, elles ne peuvent être recensées que de manière indirecte. Dans ce cas, la marge d’interprétation est plus importante. La question déterminante ici est de savoir quels sont les animaux susceptibles d’éprouver des sensations subjectives. Lorsque nous pouvons partir du principe qu’un animal présente cette capacité, tous nos indicateurs seront selon toute probabilité fiables. Certes, nous ne pouvons jamais savoir avec certitude quelle est l’intensité de la douleur ou de la souffrance éprouvée par un animal, ou l’estimer par rapport à notre propre ressenti. Mais nous sommes au moins en mesure d’évaluer dans quelles conditions un animal éprouvera plus ou moins de douleurs ou de souffrances. Aujourd’hui, nous partons du principe qu’au moins tous les animaux vertébrés, et donc aussi les poissons, sont capables de ressentir douleurs et souffrances.