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VISIONS, CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST, ETC.
Une heune fille de Wittemberg, étant malade, eut une vision comme si Jésus-Christ se présentait à ses regards sous un aspect imposant et plein de beauté. Elle lui adressa des prières ferventes, car elle n'imagina pas que ce put être un autre que Jésus-Christ. On s'empressa d'envoyer un exprès au cloître, afin de donner avis de cela au docteur Luther; il se rendit auprès de la jeune fille et il lui dit, après avoir vu la vision, que pareilles apparitions étaient souvent un effet de l'imposture du diable et qu'elle devait se tenir en garde contre les ruses de Satan. Alors elle se mit en prières, el, élevant les yeux, elle vit la figure du Sauveur se changer aussitôt en un gros serpent qui sauta sur la jeune fille dans son lit et la mordit à l'oreille, de sorte qu'il coula plusieurs gouttes de sang. Le serpent disparut ensuite. C'est ce que le docteur Luther a vu de ses yeux, ainsi que beaucoup d'autres personnes.
Jésus-Christ s'est montré visiblement sur la terre et il a manifeste sa gloire, et, conformément à la détermination préalable de Dieu, il a accompli l'oeuvre de la rédemption du genre humain. Je ne désire pas qu'il se montre une seconde fois de la même manière, ni je ne souhaite qu'il m'envoie un ange. D'ailleurs, un ange descendrait-il du ciel vers moi, il n'ajouterait rien à ma foi, car j'ai la promesse et le sceau de Jésus-Christ notre Sauveur; je suis en possession de sa parole et de ses sacrements ; je m'en repose sur pareilles assurances et je ne réclame pas une nouvelle révélation. Afin de me confirmer plus résolument dans cette détermination de m'en tenir à la seule parole de Dieu, je vous raconterai ce qui m'est arrive dernièrement. Le jour du vendredi-saint, j'étais dans ma chambre, livré à une oraison fervente, et je contemplais en mon esprit comment Jésus-Christ fut attaché sur la croix et comment il soumit et mourut pour nos péchés : il apparut soudain sur le mur une nuage brillante de Jésus-Christ percé de cinq plaies, et me
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regardant fixement comme si c'eût été le Sauveur lui-même en présence corporelle. Au premier aspect, je pensai que c'était quelque révélation céleste, mais je réfléchis ensuite qu'assure ment c'était une illusion et une ruse du diable, car Jésus-Christ nous a apparu dans sa parole et sous une forme beaucoup plus humble et plus vile. J'adressai donc la parole à la vision en ces termes : « Fuis, diable réprouvé; je ne connais d'autre Christ que celui qui a été crucifie et qui s'est retrace et présente à moi dans sa parole. » Alors l'image disparut, montrant évidemment de qui elle était l'ouvrage (1).
En 1521, lorsque je partis de Worms et non loin d'Eisenach, je fus fait prisonnier. Je fus logé dans le château de Wartbourg, qui fut mon île de Pathmos, relégué dans une chambre, loin de tous les hommes, et personne ne pouvait avoir accès jusqu'à moi. si ce n'est deux jeunes garçons qui, deux fois par jour, m'apportaient à boire et à manger. Entre autres choses, ils m'apportèrent des noisettes que je mis dans une boite, et parfois je m'occupais de les briser et de les manger. Durant la nuit, je diable vint ; il sortit les noisettes de la boîte et il les cassa contre un des pieds de mon lit, faisant ainsi un grand fracas; mais je n'y lis aucune attention, et je commençais à m'endormir lorsqu'il fit, sur les escaliers, un affreux vacarme, comme si une foule de barriques vides dégringolaient pêle-mêle. Je savais que l'escalier était barré par de fortes grilles en fer, de sorte qu'il n'y avait de passage ni en haut ni en bas; je me levai cependant, et j'allai voir ce qui en était ; mais trouvant la porte bien fermée, je dis : « Tu es là; eh bien! restes-y: je me confie en Jésus-Christ, mon Seigneur et Sauveur, dont il est écrit : Tu as soumis toutes choses à ses pieds » ; et je me recouchai.
1 L’éditeur anglais qui a donné, en 1832, un extrait fort insuffisant des Propos de table, cherche à établir (page 179) que cette vision fut réelle, qu'elle fut l'oeuvre du diable et que le malin esprit s'enfuit à la voix de Luther.
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Moi, le docteur Luther, je ne veux rien savoir d'un autre Dieu que de celui qui a été attaché sur la croix, c'est-à-dire Jésus-Christ, le fils de Dieu et de la vierge Marie. Si Jésus-Christ n'était pas Dira, il n'y aurait assurément pas de Dieu. Je ne crois point à un autre Dieu, bien qu'aucune religion ne semble plus insensée que celle du Christ ». Que Jésus-Christ soit Dieu «d’homme tout ensemble, c'est contre toute raison. Mais je rends grâce à la connaissance que j'ai de ce mystère ; il n'est pas écrit que je doive le comprendre on que je ne doive croire que ce que saisira ma raison. Ici il ne s'agit pas de disputer. Disputer trouble l'allégresse et donne motif que l'on commence à douter. Ce qui m'irrite si fort contre Erasme, c'est qu'il met en doute des Choses qui doivent être pour nous des sources de la plus grande joie. Celui qui prend conseil de la raison ne pourra jamais avoir une loi sincère dans les bases de notre croyance.
Dans les grandes luttes et combats que j'ai eu à soutenir avec le diable, j'ai appris de l'Écriture sainte et je suis assuré que Jésus-Christ, vrai Dieu par nature, est aussi un homme; et non- seulement je crois, mais encore j'ai éprouvé de diverses façons que cet article de la foi est sincère et certain. C'est à lui que j’ai eu recours dans mes plus rudes épreuves, et c'est ainsi que j'ai trouvé de la consolation et que j'ai repoussé le diable. Dieu a fort et ferme maintenu cette vérité; il l'a soutenue puissamment contre les hérétiques, le pape, le Turc, et il l'a appuyée de beaucoup de signes merveilleux. Toute la sagesse du monde n'est qu'enfantillage auprès de la connaissance de Jésus-Christ.
Jésus-Christ a dû, à Nazareth, aider son père à construire des maisons (1). Que penseront au dernier jour les habitants de Nazareth,
1 Wiewohl keine religion narrischer scheint denn der Christen.
2 Les évangiles apocryphes racontent divers miracles que fit Jésus pour aider son père dans sa profession de charpentier, des pièces de bois s'allongeaient, se raccourcissaient, s'étendaient à sa voix. Voir l’Évangile de Thomas l'Israélite, chap. XIII (p. 305 du Codex apocryphus de C. Thilo, Leipzick 1832) et (p. 113) le chap. XXXIX de l’Évangile de l’Enfance.
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lorsqu'ils verront Jésus-Christ et qu'ils lui diront : « Seigneur, ne m'as-tu pas aidé à construire ma maison ? D'où vient donc que tu es élevé à une telle gloire ? »
Lorsque Jésus-Christ est né, il a pleure et crié comme un autre enfant ; Marie a dû le soigner et veiller sur lui, l'allaiter, lui donner à manger, l'essuyer, le tenir, le porter, le coucher, etc., tout comme une mère l'ail pour son enfant. Ensuite il a été soumis à ses parents; il leur a souvent porté du pain, de la boisson et autres objets. Marie lui aura dit : « Mou petit Jésus, où as-tu été ? ne peux-tu donc pas rester tranquille ? » Et, lorsqu'il aura grandi, il aura aidé Joseph dans son état de charpentier.
On a écrit qu'il y avait eu un pieux évêque qui avait souvent demandé à Dieu avec ferveur de lui révéler ce que Jésus-Christ avait fait dans sa jeunesse. Cet évêque eut un songe, et il lui sembla qu'il voyait un charpentier occupé des travaux de sa profession, et, près de lui, il y avait un jeune garçon qui ramassait les copeaux de bois tombés par terre. Puis, il vint une jeune femme en robe verte qui les appela tous deux, leur disant de venir dîner, et elle leur apporta un pot de bouillie. L'évêque, pendant ce temps, se tenait derrière la porte et les observait. Et l'enfant se mit à dire : « Que fait cet homme qui est là? est-ce qu'il ne viendra pas manger avec nous ? » L'évêque fut si épouvante de se voir ainsi interpellé, qu'il se frappa avec force la tête contre le chevet de son lit, et il se réveilla.
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J'ai grand plaisir lorsque à l'église, on chante bien fort, avec lenteur et harmonie, ces paroles : Et homo factus est. Ce sont des mots que le diable ne peut entendre ; il lui faut alors s'enfuir à bien des milles de là ; il sait bien ce que renferme cette sentence.
Quand nous lisons que Judas s'est pendu lui-même, que son ventre a crevé et que ses intestins sont tombés, nous devons penser qu'il y a là une allégorie et un mystère. Ce ventre de Judas signifie toute la nation juive, qui devait également tomber et choir parterre, si bien qu'il n'en restât rien. Quand nous voyons que les intestins du traître se sont répandus, cela montrait que les enfants des Juifs, leur race et leur postérité la plus reculée devaient partager leur sort.
Quelqu'un dit à table que les éclipses n'avaient nul effet ni résultat, mais que, depuis une époque fort éloignée, on prétendait qu'elles annonçaient la mort d'un roi ou d'un grand personnage. Le docteur Luther dit : « Les éclipses n'auront bientôt aucun résultat. Je pense que notre Seigneur Dieu se montrera bientôt et qu'il fera comparaître le monde au jugement dernier, ainsi que je l'ai vu récemment en songe; car m'étant , après midi, disposé pour dormir, j'ai fait un rêve qui m'annonçait que le jugement dernier surviendrait le jour de la fêle de la conversion de saint Paul. »
Le docteur Luther, tenant en sa main un Pater noster (1) d'agate blanche, dit : « Plût à Dieu que le dernier jour vint bientôt ! J'avalerais ce Pater noster pour que ce fût demain.»
1 Un chapelet.
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Le docteur Luther dit un jour que l'Esprit saint était la certitude absolue dans le monde, nous donnant une telle assurance en la parole de Dieu, que nous croyons fermement et sans hésitation qu'il en est comme l'annonce la parole divine et non autrement. L'Esprit saint est seul capable dédire que Jésus-Christ est Dieu; il enseigne, prêche et déclare Jésus-Christ. L'Espril saint va le premier et devant, dans ce qui concerne l'enseigne ment; mais quant à ce qui regarde l'audition, la parole va la première, et l'Esprit saint la suit. Car nous devons d'abord entendre la parole, et ensuite l'Esprit saint opère en nos cœurs. Il opère dans les cœurs de qui il veut et quand il lui plaît. L'Esprit saint n'opère pas sans la parole. Le Sauveur a prononcé la plus terrible des dénonciations contre ceux qui lui résisteront et qui pécheront contre lui (1).