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L’endurance intensive: mauvaise pour la pompe!
La pratique d’une activité d’endurance telle que le cyclisme, le marathon ou le ski de fond, de manière intensive et à long terme, pourrait provoquer des dommages sur la pompe cardiaque. De récentes études présentent en effet l’endurance comme un facteur de risque pour la fibrillation auriculaire.
La fibrillation auriculaire est la forme la plus fréquente d’arythmie cardiaque, une affection sévère, liée à une mortalité élevée. Habituellement, ce trouble survient chez le sujet âgé, en association avec des causes cardiaques, telles que l’hypertension artérielle, les vulvulopathies, l’insuffisance cardiaque, la maladie coronarienne etc., ou encore à des affections comme l’hyperthyroïdie, les infections aiguës ou l’embolie pulmonaire. Mais il arrive aussi que des patients de moins de 60 ans, qui ne présentent aucune anomalie cardiaque, soient touchés par ce trouble, qui se traduit principalement par des palpitations et une difficulté respiratoire. La fibrillation auriculaire sur cœur sain, dite idiopathique (ou en anglais lone AF), touche 2 à 10% de la population générale seulement.
Preuves à l’appui
Une première étude, menée à la fin des années nonante, a évalué la présence cette affection chez plus de deux cents coureurs d’orientation, d’une moyenne d’âge de 48 ans. Les coureurs ont été suivis pendant pas moins de dix ans. Au terme de cette période, il s’est avéré que douze d’entre eux présentaient une fibrillation auriculaire idiopathique (soit 5.3%), tandis que deux cas seulement ont été diagnostiqués dans le groupe contrôle (soit 0.9%) - des personnes en bonne santé qui ne pratiquaient pas la course d’orientation. Autre observation, le premier épisode d’arythmie est apparu, en moyenne, après 36 ans d’entraînement. Aux yeux des chercheurs, cette incidence est étonnamment élevée pour des sujets d’âge moyen n’étant pas particulièrement prédisposés à cette forme d’arythmie cardiaque. Plus probant encore, une analyse rétrospective sur des patients touchés par une lone AF a permis de relever que 63% d’entre eux pratiquaient une activité sportive régulière, à raison de plus de trois heures par semaine, alors qu’ils n’étaient que 15% chez des personnes sédentaires.
Cyclisme ou golf
Une autre recherche a comparé l’état de santé d’une soixantaine d’anciens cyclistes professionnels, ayant tous participé au moins une fois au Tour de Suisse entre 1955 et 1975, à des golfeurs qui n’avaient jamais participé à une telle compétition d’endurance. Tous étaient âgés de 66 ans en moyenne. Comme attendu par les scientifiques, les cyclistes avaient une fréquence cardiaque plus basse au repos. Fait plus intéressant encore, 10% d’entre eux présentaient une fibrillation auriculaire, surtout chez les cyclistes les plus entraînés, contre 0% chez les golfeurs ! La pratique du vélo à une intensité élevée a elle aussi des effets sur l’anatomie des coureurs les plus confirmés, puisque leur ventricule et oreillette gauches se sont avérés plus grands.
Dans une autre étude, ces chercheurs ont abouti à des conclusions identiques, en relevant par ailleurs que des facteurs indépendants, tels que la taille du patient et la grandeur de l’oreillette gauche (augmentée) prédisposaient à de plus fréquents épisodes de fibrillation auriculaire. L’intensité de la pratique sportive joue aussi un grand rôle, au même titre que le sexe, puisque les hommes entre 40 et 50 ans, après plusieurs décennies de pratique sportive soutenue et régulière, y sont davantage exposés.
Adaptation physiologique à l’effort
Les mécanismes physiologiques à l’origine de ce problème demeurent encore aujourd’hui largement inconnus. Certes, on sait que dans la population générale, que l’on soit ou non sportif, la dilatation de l’oreillette gauche prédit la survenue d’une lone FA. On sait aussi qu’un effort physique important augmente fortement les paramètres comme le débit cardiaque et la tension artérielle. A terme, le sport intensif entraîne donc une adaptation physiologique et anatomique, qui peut elle-même avoir des répercussions pathologiques, comme la survenue d’une fibrillation auriculaire, entre autres. Plusieurs travaux suggèrent de leur côté que des variations du système nerveux autonome pourraient être impliqués dans l’apparition et le maintien de ce trouble cardiaque.
Solutions thérapeutiques
Les symptômes accompagnant cette arythmie altèrent bien évidemment la qualité de vie des athlètes, au même titre que leurs performances sportives. Mais pour y faire face, l’arrêt ou la diminution du sport à un degré élevé sera malgré tout conseillé, en première intention. Si l'ablation par radiofréquence - servant à brûler les tissus responsables de la genèse de la fibrillation auriculaire - sera certainement à l’avenir le traitement de choix, car il permet une reprise de l’activité physique, pour l’heure, il n’y a pas de prise en charge type pour ce problème. En attendant, la réponse thérapeutique doit être adaptée à chaque individu en fonction de son âge, du type de fibrillation auriculaire et de l’acceptation quant à la prise de médicament quotidienne.