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Se réfugier sans discernement dans une notion telle que rien n’a été humilié et que personne n’a humilié dans l’espoir d’échapper à la contingence de ce monde, aurait pour effet l’indifférence et le refus de sa dignité.
Il semblerait que l’homme ne puisse être toujours satisfait de lui-même, et que pour porter un jugement sur lui (pour la connaissance de ses propres limites), il ne puisse compter que sur lui-même et pour cela qu’il ait besoin de l’autre ( cf. Jasper). Encore faut-il que l’opinion d’autrui ait grâce à ses yeux et qu’il la perçoive comme plus judicieuse que la sienne.
Que l’homme ait besoin du regard d’autrui, cela semble évident, mais s’il est donné sans entendement un crédit sans limite au jugement d’autrui, nous manifestons une infériorité face à ceux que nous érigeons comme supérieurs et nous perdons toute notion de dignité. Il est important de ne pas perdre de vue que l’homme ait besoin aussi de dignité. Mais quel sens doit-il être donné à cette dignité ? L’homme doit-il se manquer de respect pour prendre conscience de ses limites ? Agir ainsi le conduit fatalement, dans une majorité des cas, à se laisser traiter comme « moins que rien ».
Se réfugier sans discernement dans une notion telle que rien n’a été humilié et que personne n’a humilié dans l’espoir d’échapper à la contingence de ce monde, aurait pour effet l’indifférence et le refus de sa dignité. Le refus de sa dignité ne serait pas une vraie modestie. Alors qu’il serait souhaitable d’être, dans toutes ses relations, modeste pour ne pas paraître vaniteux en se surestimant ou humble pour s’exposer avec ses faiblesses et ses défauts. Etre humble ne consiste pas à se persuader que l’on ne puisse pas exiger le respect, mais faire en sorte, tout comme l’homme de la voie, de demeurer discret chaque jour de sa vie durant, alors même que sa dignité d’être humain s’exprime dans cette exigence. Exiger le respect, ne pas être traité comme « moins que rien », c’est exiger sa dignité bien que ce que l’on est on ne se l’est pas totalement donné à soi-même. Faudrait-il refuser d’être humble pour échapper à l’humiliation ?
L’histoire rapporte l’anecdote suivante au sujet de Bodhidharma : – Il était resté neuf ans, et personne ne le connaissait. Un soulier à la main, il s’en retournait chez lui tranquille, sans cérémonie – tranquille et sans cérémonie, c’est l’image qui exprime le mieux la modestie -, lui qui avait apporté la preuve de l’esprit humain englué dans la gangue de l’ignorance ne pouvant parvenir à aucune certitude, une fois faite, il s’en retourne chez lui aussi simplement qu’il était venu.