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18/10/2016
Origines de l’esprit analytique: à la recherche de l’esprit du vin
Jean Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826), dans sa fameuse Physiologie du goût (1825), affirme: La méthode qui nous a fait découvrir l’alcool a conduit encore à d’autres résultats importants; car, comme elle consiste à séparer et mettre à nu les parties qui constituent un corps et le distinguent de tous les autres, elle a dû servir de modèle à ceux qui se sont livrés à des recherches analogues, et qui ont fait connaître des substances tout à fait nouvelles, telles que la quinine, la morphine, la strychnine et autres semblables, découvertes, ou à découvrir.
Il y a, dans ce passage, un certain reflet d'une pensée qui hiérarchisait les éléments physiques, en tâchant de voir dans celui-ci une essence, dans celui-là une matière plus grossière, et servant de support à l'autre. Cela a pu aller jusqu'à attribuer à certains éléments physiques une puissance causale qui somme toute relève de la magie.
Teilhard de Chardin disait, pourtant, que la division de la matière, pour en saisir l'élément essentiel, était illusoire. On pouvait, en effet, la diviser à l'infini, et toujours la force contenue dans la chose échappe, et semble présente dans un élément encore plus ténu. On se souvient du feuilleton de la particule de Dieu; on cherchait le boson qui créait la masse. C'était pur mirage.
Lorsqu'on souffle sur un objet mou, il prend la forme des ondes de l'air; plus il est mou, plus il le fait. Plus une partie est, dans un objet, molle, plus elle le fait. Le reste ne le fait que discrètement. Pourtant, l'ensemble de l'objet est poussé dans un sens. Mais la source du souffle est extérieure à l'objet, quoiqu'il en prenne la force, quoiqu'il soit habité par lui.
L'alcool au fond est sacralisé. On lui attribue des vertus magiques. On en parle avec ravissement. Sans qu'on en soit conscient, on en fait une liqueur divine. On ne nomme pas Dieu, mais le sentiment est celui que la superstition peut avoir face au sacré.
On n'hésite pas à proclamer que le vin est le secret de la santé. Est-ce là qu'il faut voir l'origine du culte de la matière mystérieuse à laquelle on prétend pouvoir attribuer la puissance causale?
Jean-Jacques Rousseau disait que si on remontait les causes en ne regardant qu'à la matière, on allait dans le passé à l'infini: cela rejoint Teilhard de Chardin. À l'origine d'un mouvement, ajoutait-il, était une volonté, une puissance spirituelle. Celle qui meut les organes pour créer le souffle est antérieure aux organes, dont elle se sert comme d'outils. On peut seulement dire que les organes sont antérieurs, dans la succession causale, à l'objet qui reçoit le souffle né de l'organe. C'est parce qu'on spiritualise l'organe au lieu de se souvenir qu'il est lui aussi physique, peut-être, que l'on attribue la source du souffle à l'organe.