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Avant toute chose, un petit bout d'histoire
Une petite parenthèse avant d'attaquer cette histoire se doit d'être faite sur ce qui constitue un instrument électronique, celui ci étant bien sur nécessaire pour produire de la musique électronique. On pourrait croire que tout ce qui demande de l'électricité est forcément électronique, mais on passerait alors à coté du concept.
En effet, l'ère de l'électronique s'ouvre au début du siècle en 1906 alors que Lee DeForest invente la lampe triode (le tube audion) basée sur le concept de la diode d Fleming (1904), l'ancêtre du transistor. Ce sera le premier morceau de puzzle pour créer un oscillateur électronique, ce que fera d'ailleurs De Forest peu de temps après. Toutefois, il est généralement accepté par la communauté scientifique de donner la paternité au circuit oscillant à Edwin Howard Armstrong. De plus, DeForest fabriquera pendant la période de la première guerre le Audion piano utilisant le principe de l'hétérodyne (voir la section La radio plus bas), un circuit générant un timbre à fréquence variable ce qui en ferait le premier prototype d'instrument de musique électronique. Il y a par ailleurs quelques informations d'appoint sur les tubes à électrons qui se retrouvent sur le site du conservatoire national des arts et métiers.
La radio à tube
Pendant la première guerre mondiale, un russe du nom de Lev Sergeivitch Termin (mieux connu sous la variante française de Léon Theremin) travaillait à un système d'alarme, basé sur le circuit du récepteur radio à lampe triode - De Forest ayant démontré l'influence de la proximité d'un humain sur ce circuit. Il se basait aussi sur un principe fondamental dans la transmission radio, celui de l'hétérodyne. En termes simples, si on soumet le signal de deux oscillateurs à une interaction hétérodyne, on obtiens une fréquence résultante qui est la différence des deux initiales. Par exemple, si on a une fréquence de 100 KHz et une de 101 KHz, deux fréquences inaudibles pour l'humain, on se retrouve avec une fréquence de 1 KHz, soit 1000 Hz, une fréquence parfaitement audible.
L'idée de Theremin fut de rendre un oscillateur stable, et l'autre, variable par capacité d'une antenne. En approchant la main de l'antenne, la capacité changeait un peu et la fréquence de l'oscillateur aussi et de ce fait la différence changeait. L'application à un système d'alarme était prévue, mais il su y voir un potentiel musical. Ce ne fut toutefois qu'après la guerre qu'il put se rendre en amérique et vendre le concept (brevet US en 1919 mais il en fabriquait dès 1916-1917 soit environ en même temps que l'Audion piano de De Forest) à RCA qui le commercialisera dans les années 20. Toutefois, contrairement à ce que la publicité disait, "si vous savez sifler, vous saurez jouer du Thereminvox", le Theremin demandait une maitrise de soi et une dextérité incroyable ainsi qu'une très bonne oreille. La plus grande Thereministe de l'histoire est Clara Rockmore, la protégée de Theremin et bien peu de noms la cotoie. Souvent on utilisera plutot le Theremin pour créer des effet spéciaux dans les films de science-fiction dès les années 30, dont le fameux "The day the earth stood still". Bien qu'utilisé surtout dans les musiques de films aujourd'hui, le Theremin est un des plus importants instruments de l'histoire de la musique électronique, en partie puisque ce fut le premier produit commercialement, mais aussi parce qu'il suggérera une alternative au clavier de piano. Le film "Theremin: An electronic odyssey" raconte la vie de Theremin.
Parrallèlement à Theremin, le français Maurice Martenot travaillait dans l'armée pendant la première guerre comme radio-télégraphiste. Lui aussi découvrira le principe de l'hétérodyne de par son métier et y verra un outil musical possible. Ce n'est toutefois qu'en 1926 qu'il aura fabriqué son premier instrument: Les ondes Martenot. La première version sera similaire au Thereminvox, mais avec un jeu par fil plutot que par proximité. En 1928 il déposera un brevet et continuera d'améliorer son instrument, y ajoutant un clavier et un banc de filtre permettant de modifier le timbre sonore. En ce sens cet instrument est ce qui se rapproche le plus du synthétiseur moderne. Il y ajoutera une bande de controle pour le volume, un peu comme on peut retrouver aujourd'hui sur le Korg Prophecy (ribbon controller). Il sera aussi le premier à ajouter de la réverbération à un instrument électronique grace aux diffuseur 2 (un genre de gong) et au diffuseur 3 (la palme, avec des cordes). Edgar Varèse composera pour les Ondes Martenot (il avait aussi composé pour le Thereminvox), tout comme Honneger et Messiaen.
En 1927, un an après le premier Ondes Martenot, Armand Givelet sortait le Clavier à Lampe. Même principe pour l'oscillateur, mais avec un clavier de piano. Givelet étant ingénieur pour la station radio de la tour Eiffel, il fera en 1928 la première diffusion (sans microphone) directe par ondes (le telharmonium avait été utilisé de la même facon avec le télégraphe) grace à son clavier à lampe.
Un quatrième instrument utilisant le principe hétérodyne sera inventé en 1931 par Franz Trauntwein, le Trautonium. Tout comme les Ondes Martenot, le Trautonium utilise un banc de filtres pour modifier le timbre et un clavier. Par contre, les oscillateurs utilisent des tubes au néon, donnant un timbre riche en harmoniques et permettant plus de variante avec les filtres. De plus, le clavier est un vrai clavier qui répond à la pression grace à un tube flexible rempli de graphite qui sert de résistance variable, une première. Plus tard, Oskar Sala fabriquera un modèle amélioré, le Studio Trautonium et enregistrera quelques disques avec dont "five improvisations on tape", en 1959.
Tout ces instruments sont monophoniques (un seul son à la fois), contrairement au Telharmonium qui peut jouer des accords. Il faudra attendre 1929 et L'orgue des Ondes de Armand Givelet pour le premier instrument électronique polyphonique, bien qu'en 1926 le Pianorad allemand avait fait une incursion dans ce domaine en combinant 24 instruments en 1, chacun ayant son haut-parleur ce qui donnait l'equivalent d'un instrument polyphonique à deux octaves.
La roue phonique (tone wheel)
Le problème de la polyphonie se posait bel et bien. Vers la fin du 19e siècle, le Telharmonium l'offrait, mais avec 200 tonnes en prime. Au début du 20e, le Choralcello reduirat un peu la taille et le poids sans pour autant le rendre grand public. Viendra ensuite l'Orgue des Ondes avec un circuit à lampe plutot qu'à couple dynamo-moteur. Givelet expérimentera beaucoup avec son circuit à tube et ira même jusqu'à faire un modèle avec sonorités programmées sur cartes perforées et ce en 1930. Il faudra attendre un autre 20 ans pour que RCA réutilise le concept. En plus, Givelet inventa le concept de roue phonique pour remplacer la dynamo des Telharmonium et Choralcello et breveta même ceci en 1932 soit 2 ans avant le dépot du brevet de Laurens Hammond sur exactement le même concept. Malheureusement pour Givelet, c'est Hammond qui profitera de la technologie.
En effet, Laurens Hammond non seulement utilisera le concept de roue phonique mais il réussira à faire un dépot de marque (Hammond Organ) avec le mot générique, orgue! Ce cas fera office de jurisprudence d'ailleurs par la suite. A partir de ce moment, de nombreuses compagnies utiliseront les roues phoniques et le nom d'orgues mais peu auront la renommée des Hammond (en particulier les séries A avec le A100, B avec le B3 et les C avec le C2). Au niveau du diffuseur (haut-parleur) toutefois ce sera la compagnie Leslie avec son haut-parleur rotatif qui prendra le marché, Hammond n'arrivant pas à égaler les produits de Leslie.
Au niveau de la musique électronique, plusieurs claviéristes utiliseront les orgues à roue phonique mais pas dans les années 30. Ce sera plutot dans les années 60 et surtout 70 avec la vague de space rock et des performers comme Keith Emerson.
Le ruban et le disque optique
C'est en 1927 que l'ingénieur Français Pierre Toulon invente le Celluphone, un instrument à cellule photo-électrique interrompue grace à un disque opaque avec des trous, la vitesse de rotation déterminant la fréquence, et la taille changeant le volume à un moment précis (avec possibilité de créer des enveloppes). Des disques avec des formes différentes permettent de changer de timbre. En 1931 il utilisa une variation du système pour synthétiser de la voix avec des rubans de films.
Plusieurs variations sur le thème seront produites de 1930 à 1935 sans vraiment améliorer l'instrument. Puis, en 1936 Louis Lavallée ajoutera au Celluphone, un disque (ou peut-être un ruban) optique avec l'enregistrement de la performance, créant ainsi le premier équivalant du piano mécanique (Givelet ajoutant cette fonctionnalité à l'Orgue des Ondes en 1937, mais avec un ruban perforé). En 1937, l'allemand Welte améliore le Celluphone en utilisant un disque de verre avec 18 formes d'ondes (3 par octaves, pour 6 octaves) alors qu'en 1936 l'américain Sammis produisait un celluphone avec du film 35mm. Cette dernière technique sera utilisée à la BBC jusqu'en 1964 par Daphne Oram.
Le dernier produit manufacturé utilisant cette technologie sera le Mattel Optigan dans les années 70 et sera utilisé dans la "body music" des années 80.
Le ruban magnétique
Vers 1900, des expériences pour enregistrer la voix furent menés avec des téléphones, combinés à des inducteurs devant lesquels défilaient soit des fils, des rubans ou des disques métaliques. En rejouant ceux-ci devant un autre inducteur plus sensible relié à un diffuseur, on réentendait ce qu'on avait enregistré. On ne pouvait toutefois pas dire que la qualité était meilleure que les 78 tours et même que les rouleaux de cires dans certains cas! Il faudra attendre le ruban magnétique en plastique recouvert d'oxyde de fer pour que le procédé puisse être appliqué à l'enregistrement musical. Le premier exemple de cette technologie sera le magnetophons, invention allemande datant de la 2ieme guerre mondiale, soit bien après le ruban optique. Ce n'est toutefois qu'au millieu des années 50 que le ruban prendra finalement sa place comme médium de choix pour l'enregistrement.
La musique électroacoustique et donc la musique concrète, sera la première à bénificier de cette technologie, puisque ce sera en fait l'élément manquant pour la réaliser. Quant à la musique acousmatique il est aussi raisonnable de dire qu'elle doit sa naissance au ruban magnétique, mais je vous laisse juger par vous même en lisant cette thèse de doctorat, écrite par W.L. Windsor.
Parmi les noms les plus importants dans cette naissance pendant les années 50 et 60 de la musique électroacoustique (ce liens ne fait que toucher la surface, mais c'est un début) et de ses dérivées on retrouve Pierre Shaeffer, Jean-Claude Risset, Pierre Henry, Edgar Varêse, John Cage. Toujours en utilisant le ruban magnétique comme support final et avec une approche utilisant beaucoup plus de "synthétiseurs" on retrouvera Oskar Sala, Karlheinz Stockhausen et Ilhan Minaroglu. Ce dernier démontrera même comment la différence entre la musique purement électronique et électroacoustique (ou musique concrète comme il y référera) peut être indiscernable et de ce fait, rendant futile la guerre de tranchée entre musique concrète et électronique que les académiciens alimentaient.
PS: Pour les curieux(es) je ne fais que écouté ce style, je ne le danse pas (genre tecktonik...), en revanche je fais party de la génération Dance 90's! J'ai donc suivi l'évolution logique de cette mouvance happy electro pour ajourdhuit devenir DJ officiel de la plus grande major d'europe (dans ce style) dont je ne dirais pas le nom, si ce n'est que ca commence par Paradise et que ca fini par import.