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La construction et l’architecture moderne en Suisse dans le second après-guerre
Conformément à leur mission, les Archives de la construction moderne étudient la construction, l’architecture et l’urbanisme modernes en Suisse. L’axe de recherche actuellement en développement aborde, plus spécifiquement, la construction et l’architecture du seconde après-guerre, avec un regard privilégié sur la Suisse romande, de la région genevoise aux territoires bilingues du Valais et du canton de Berne.
Les principes du Mouvement Moderne sont prônés dès les années 1920 par la revue ABC Beiträge zum Bauen, les écrits de Sigfried Giedion, la Déclaration de la Sarraz et sont mis en pratique durant les années 1930 par des architectes tels que Karl Moser, Max Ernst Haefeli, Alfred et Emil Roth, Hans Schmidt, Paul Artaria, Werner Max Moser, Max Bill, Alberto Sartoris et H. Robert Von der Mühll. Cependant, ils sont vite affaiblis par des manœuvres conservatrices telles que la nomination de Otto Rudolf Salvisberg à la direction de l’Ecole polytechnique fédérale en 1928, l’action de l’association L’Œuvre (pendant romand du Schweizerischer Werkbund) et l’utilisation persistante d’éléments formels et constructifs appartenant au domaine des constructions régionales traditionnelles. Lors de l’exposition nationale de 1939 à Zurich, ces circonstances amènent à reproduire, une fois de plus, un faux village suisse et à codifier un style de compromis entre tradition et modernité.
Par ailleurs, les principes les plus radicaux du Mouvement Moderne de l’entre-deux-guerres ne s’affirment pas véritablement en Suisse romande, abstraction faite de quelques réalisations de Sartoris et de Von der Mühll ainsi que d’ouvrages d’ingénierie ou proches de l’ingénierie comme les infrastructures sportives de la piscine de Bellerive et du parc de Montchoisi à Lausanne.
De retour des Etats-Unis où il avait pu bénéficier d’un séjour d’étude d’un an sur invitation de la section humaniste de la fondation Rockfeller, l’écrivain Max Frisch se dresse, dans plusieurs des écrits qu’il rédige dès 1953, contre l’architecture de compromis et le manque d’élan en faveur de propositions radicales. Le ton de Frisch rappelle celui que Giedion avait utilisé en 1923 pour critiquer l’absence de constructions suisses à l’exposition d’architecture moderne produite par le Bauhaus à Weimar sous la direction de Walter Gropius.
Cependant, dès le milieu des années 1950, s’ouvre un nouveau chapitre de l’architecture moderne suisse, qui tire sa force de l’admiration pour l’architecture américaine de Mies van der Rohe ainsi que pour l’architecture que Le Corbusier avait déjà annoncé dans les années 1930 mais qu’il pratique avec une complexité théorique inégalée dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce changement est accepté aussi parce que les grandioses ouvrages d’ingénierie bâtis dès le début du siècle, avec l’exhibition de formes inattendues dans le paysage helvétique traditionnel et l’usage de matériaux modernes tels le béton armé et l’acier, avaient contribué au développement d’une nouvelle sensibilité esthétique auprès du grand public, probablement avec plus d’efficacité que l’architecture moderne de l’entre-deux-guerres elle-même. A cela s’ajoutera le développement de l’industrie du bâtiment avec des solutions préfabriquées, tandis que, sur un plan plus général, l’admiration pour l’American way of life contribuera à instaurer une vision optimiste vis-à-vis de nouvelles solutions architecturales et urbanistiques.
Dans ce contexte, des architectes tels que George Brera, Max Schlup, Franz Füegg, Paul Morisod, Alin Decoppet et ses associés du bureau AAA – pour n’en citer que quelques-uns – développent leur langage et leurs constructions. Les recherches en cours et à venir des Archives de la construction moderne visent à analyser cette production architecturale et à identifier, à travers les sources originales, la méthodologie du projet et les pratiques de construction et de chantier.
Les Archives de la construction moderne sont une unité vouée à la recherche et aux services à la recherche. Ancré au territoire qui les accueille, au sein de l’EPFL, les Acm sont spécialisées dans l’étude de la construction et de l’architecture moderne en Suisse, notamment en Suisse romande, et conservent actuellement plus de 200 fonds d’archives sur la période de 1850 à nos jours.