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Des travailleurs portugais mis à la rue par leur patron
Attirés par des conditions de travail alléchantes des ouvriers portugais se retrouvent dans une situation de grande précarité
Unia a organisé une action pour dénoncer le cas de plusieurs travailleurs de MM Constructions. Recrutés directement depuis le Portugal, ils se sont vus promettre des conditions de travail exemplaires. En réalité, ils étaient tous employés en qualité d'«aide» et touchaient environ la moitié de leur salaire, le reste étant retenu pour payer des frais annexes. Aujourd'hui, bien que toujours liés par un contrat avec l'entreprise, ils ne reçoivent de leur patron ni travail, ni logement, ni salaire.
«Au Portugal, c'est la crise. Quand on m'a proposé de venir en Suisse pour 24,90 francs de l'heure, je n'ai pas hésité une seconde. Je l'ai fait pour apporter à ma famille de meilleures conditions de vie.» Manuel (prénom d'emprunt) va vite déchanter. Embauché par MM Constructions à Genève en contrat à durée indéterminée, il est logé avec 7 à 8 collègues portugais dans une villa en France voisine louée par le patron. Des feuilles d'heures montrent que Manuel travaille entre 40 et 50 heures par semaine. Mais entre juin et octobre 2015, il touche des salaires oscillant entre 1600 et à peine 3000 francs. Suite à un contrôle de la Commission paritaire qui exigera l'édition de fiches de salaire, jusque-là inexistantes, Manuel comprend la supercherie: il est bel et bien rémunéré 24,90 francs de l'heure mais le tiers, voire la moitié, de ses heures réellement effectuées lui sont amputées. «Le patron a répondu qu'il conservait 700 euros pour le logement, les trajets et l'assurance maladie», informe José Sebastiao, secrétaire syndical chez Unia. Manuel réclame son dû. En novembre, il est correctement payé: il touche près de 4550 francs net. «En décembre, le patron a encouragé ses employés à rentrer dans leur famille pour les fêtes, rapporte le syndicaliste. Ils devaient tous reprendre le 14 janvier, mais au début de l'année, le patron a envoyé un mail disant qu'il n'y avait plus assez de travail au sein de l'entreprise et que plus aucun logement n'était mis à leur disposition...» Si la plupart sont restés au Portugal, Manuel et un de ses collègues, Pedro (prénom d'emprunt), décident de se battre pour leur emploi et reviennent en Suisse. Depuis, leur employeur ne leur fournit ni travail, ni logement, ni salaire, ni ne les licencie. 15000 francs d'heures impayées sont en jeu pour Manuel. Une plainte pénale sera prochainement déposée auprès du procureur.
Non à l'exploitation des ouvriers
«Depuis début 2016, nous avons déposé une dizaine de plaintes similaires, dénonce José Sebastiao. Cela met en lumière l'imagination débordante des patrons du second œuvre pour contourner les règles conventionnelles: on peut parler d'exploitation organisée!»
Pour éviter ce genre de cas, les syndicats exigent une meilleure protection des travailleurs. Pas une priorité pour la partie patronale qui, lors de la première séance de négociation pour le renouvellement de la convention collective, a évoqué son envie d'instaurer une semaine de travail de six jours, de flexibiliser les horaires de travail, de plafonner les hauts salaires et d'abandonner la protection des travailleurs âgés...
En attendant que les choses bougent, après avoir passé une nuit dans la rue, Manuel et Pedro dorment dans un hôtel discount en France voisine. Ils ont dépensé toutes leurs économies et n'ont même plus de quoi rentrer au pays. Ce qu'ils souhaitent? Régler cette histoire et retrouver un emploi en Suisse. «J'ai travaillé aux Etats-Unis, en Hollande, en Angleterre, au Canada, et jamais il ne m'est arrivé une chose pareille», confie Pedro.
Manon Todesco