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Le mouvement pour la reconnaissance se définit par la quête d’une reconnaissance de soi, la confrontation à un échec, le retour à ce qui fonde la quête, la possibilité d’un recommencement. Le mouvement de la foi s’inscrit dans le mouvement de la reconnaissance ; quête de justification de soi, échec, retour sur la parole de Dieu, nouvelle compréhension de soi sous la grâce.
Dans ce modèle de mouvement, l’échec est pris au sérieux ; il introduit une rupture qui met en question une poursuite de la pensée dans la continuité, l’oblige à un retour au point de départ, la pousse à une reprise à nouveaux frais. Ce modèle de mouvement, où la pensée réagit à l’échec, se différencie du modèle propre à la pensée spéculative, qui entend tabler sur des bases positives. Il introduit la nécessité de la réflexivité critique.
La prise en compte du moment de l’échec a ainsi un caractère qui pourrait être intéressant pour jauger la compréhension de soi d’une instance doctrinale, d’un mouvement de foi ou d’une conception théologique. Essai de vérification à propos du catholicisme.
Examen de la compréhension du magistère dans le catholicisme à cette aune
La compréhension du catholicisme est définie par son magistère. Pour examiner la place qu’il donne au moment de l’échec dans sa compréhension de lui-même, on peut se référer à des documents officialisés par ce magistère, et notamment à la constitution conciliaire Dei verbum promulguée par le concile Vatican II.
Le point de départ est donné dans la révélation salutaire de Dieu en Jésus-Christ, le verbe fait chair. Dieu a confié la proclamation de cette révélation aux apôtres. « Les Apôtres, transmettant donc ce qu’ils ont eux-mêmes reçu, exhortent les fidèles à garder fermement les traditions qu’ils ont apprises soit de vive voix soit par écrit (cf. 2 Th 2, 15) [...] » (Dei verbum II,8). « Mais pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les Apôtres laissèrent pour successeurs des évêques, auxquels ils « remirent leur propre fonction d’enseignement. » (Dei verbum II,7)
La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église » [...] « La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ. Pourtant, ce Magistère n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service, n’enseignant que ce qui a été transmis [...] ». « Cette Tradition qui vient des Apôtres progresse dans l’Église, sous l’assistance du Saint-Esprit ; en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur (cf. Lc 2, 19.51), soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des réalités spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme certain de vérité. » (Dei verbum II,8)
« Le développement des dogmes n’est pas « une augmentation de la connaissance intellectuelle ». Il n’est pas le fruit d’une déduction logique […] La foi que nous professons est substantiellement celle des apôtres. Mais les dogmes sont obtenus par abstraction à partir du Mystère révélé, fractionné (en dogmes) pour être appréhendable par l’intelligence humaine […], si bien que la foi n’augmente pas, l’explicite étant déjà contenu dans l’implicite. Ce progrès de l’expression dogmatique est celui d’une explicitation de ce qui est déjà implicitement contenu dans la Révélation originelle. » (www.dogmatique.net / L’essentiel catholique, Thèse 4 – Le dogme et son interprétation)
Dans la compréhension que le catholicisme a de lui-même, l’Eglise, à travers son magistère, est investie d’un dépôt de vérité destiné à être communiqué en explicitations toujours partielles, mais garantie par l’assistance du Saint-Esprit, en fonction des mouvements de l’histoire. Dans la mesure où il s’agit toujours à nouveau d’explicitations et où le dépôt originel est identifié à la vérité, les explicitations ne peuvent pas être en contradiction avec la vérité originelle. Elles n’en sont toujours que des développements partiels, conditionnés par les contextes historiques que traverse l’Eglise et destinés à mettre en évidence son rôle salutaire. La conséquence en est l’infaillibilité du magistère dans son interprétation de la révélation divine. Du fait de cette infaillibilité, le moment de l’échec n’est pas pris en considération dans la compréhension que le magistère se fait du catholicisme.
Marc-André Freudiger
Suite en (Echec
et évangéliques)
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