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14 août 2012
Les papillons de Fukushima
Zizeeria maha. C’est leur nom scientifique. Nous, nous dirions: des papillons bleus. Des observateurs de la faune ont capturé une certaine quantité de ces papillons ayant grandi autour de la centrale accidentée de Fukushima au Japon.
Les résultats viennent d’être publiés dans Scientific Reports. 12% des larves exposées aux radiations lors de l’accident ont subi des anomalies: ailes et yeux déformés. Les études montrent que les gènes ont été modifiés pour les générations suivantes, puisque leurs descendants élevés en laboratoires montrent une proportion pouvant aller jusqu’à plus de 50% d’animaux atteints.
Cela confirme évidemment les conséquences d’une irradiation sur les espèces vivantes et les modifications génétiques transmises suite à une première irradiation. La pollution nucléaire est durable et insidieuse car invisible, même pour les animaux qui ne la sentent pas. Toutefois tous les sujets contaminés ne présentent pas d’anomalie, sans que l’on puisse encore l’expliquer.
Il semble qu’une adaptation se produise à plus long terme. Le constat réalisé à Tchernobyl est surprenant. Des mutations génétiques importantes ont été observées durant les premières années, puis elles se sont réduites et en 2006 on n’en constatait presque plus. La région ayant été interdite à l’habitation humaine et tous les habitants déplacés sur un territoire de 2500 km2, elle est devenue depuis une sorte de réserve animalière spontanée.
Des espèces disparues sont revenues. Les espèces locales se sont multipliées. Des oiseaux nichent dans le sarcophage. La radioactivité a certes diminué en 25 ans. Mais la terre n’a jamais été décontaminée. Pourtant les animaux qui mangent l’herbe ne présentent plus les mêmes mutations qu’au début. La forêt qui entoure la centrale reprend peu à peu vie.
L’accident de Tchernobyl a causé la mort d’un nombre indéterminé d’humains. Des milliers ou dizaines de milliers, principalement parmi les liquidateurs, ces héros qui ont travaillé sur le site pour recouvrir le coeur de la centrale et en diminuer les radiations. D’autres, des personnes exposées, sont décédés dans les années qui ont suivi.
La pollution nucléaire est évidemment catastrophique. On n’a pas d’éléments comparatifs avec les pollutions chimiques dues au rejets dans l’atmosphère ou aux produits liés à l’agriculture. Les pesticides détruisent une partie de la petite faune - les insectes utiles - sans pour autant altérer leur patrimoine génétique.
Mais les observations de Tchernobyl tendent à montrer que même au point de vue génétique, passé une période, la faune s’adapterait. Mais ce n’est pas rose pour autant. Si la faune est revenue et semble en partie s’adapter, elle reste en infériorité numérique par rapport à des zones non contaminées, indiquant que le taux de reproduction est amoindri. De plus des recherches ornithologiques montrent aussi qu’environ 10% des hirondelles présentent des tumeurs, ce qui n’est pas le cas dans des zones normales.
Ce que les constatations faites à Tchernobyl nous enseignent c’est que, comme à Hiroshima, la vie tente toujours de reprendre le dessus et de s’adapter.