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Que la vie ait une histoire est le seul point de consensus entre l’état de la science et les religions révélées. Au-delà, l’incompatibilité de conception du monde est totale entre qui pense qu’une vérité surnaturelle définitive sort de textes sacrés et qui pense que toute théorie sur l’état du monde est provisoire, et doit être mise à l’épreuve par des observations ou des expériences. Malgré Saint Thomas, les religions du Livre – ou plutôt de trois livres très contradictoires entre eux! – n’ont cessé de persécuter, si ce n’était pas supplicier et assassiner, ceux qui ne voyaient dans les textes dits sacrés que des hypothèses à confirmer.
Jules César Vanini, autour de 1600, écrivait que les animaux étaient issus de végétaux puisque nécessitant ces derniers pour vivre, pensait que les humains étaient issus de singes et que nos corps sont sans âme. Ce qui, après un étonnant road movie, lui valut d’avoir la langue coupée, d’être garrotté, puis brûlé vif, pour autant qu’il ait encore pu l’être! Car nier la théorie biblique de la création indépendante des espèces vivantes, non réfutable donc non scientifique, est insupportable en théocratie chrétienne. De même, quand Giordano Bruno proposa, comme Kant plus tard, que le temps et l’espace soient infinis, l’Inquisition en fit un barbecue. Car le «Good Book», interprété par les évêques d’autrefois, «datait» la création divine de moins de 6000 ans… avec des désaccords sur l’année, mais pas sur le jour et l’heure! Avec ses relations et sa prudence, Kant s’en tira mieux.
Comme Buffon plus tard, quand, marchand de canons et de mâts pour la Marine royale, il osa écrire le premier, dans son Histoire naturelle, que les espèces pourraient toutes descendre les unes des autres à partir «d’un seul être». C’était plus d’un siècle avant L’Origine des espèces… de Charles Darwin et un demi-siècle avant que la courte fenêtre de tir idéologique de la Révolution française permette à Jean Lamarck, protégé de Buffon, de théoriser le premier une très longue histoire de la vie, au cours de laquelle toutes les espèces vivantes passées et actuelles sont apparues sur une même généalogie, depuis les formes de vie les plus simples.
En piquant le concept de sélection naturelle à Malthus et Wallace, qui l’avaient mieux conçu que lui, Charles Darwin s’est approprié la gloire de l’évolution, dont le principe avait été conçu bien avant et publié peu avant sa naissance. Charles Darwin a bien d’autres mérites, dont ses écrits sur l’expression des émotions ou sur les milieux naturels, observés lors de son voyage. Mais faire de l’Origine… le livre fondateur de l’évolutionnisme est une imposture historique. Qui est sans doute liée tant au nationalisme anglais qu’au souci de remplacer un Good Book par un autre, comme aux Etats-Unis.
A la suite d’une impulsion donnée par François Mitterrand, alors président français, à la suggestion de Philippe Taquet, alors directeur du Muséum de Paris, la vieille galerie de Zoologie dudit Muséum, fermée depuis longtemps, a été transformée, il y a trente ans, en «galerie de l’Evolution». Située dans le Jardin des plantes, un peu au sud des statues monumentales de Buffon et de Lamarck, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle explique l’histoire ci-dessus et remette les pendules darwiniennes à l’heure.
Si vous y cherchez bien, vous trouverez une seule page du texte essentiel de Buffon, sans commentaire digne de ce nom, caché dans un troisième étage de galeries, là où personne ne va à l’issue d’une visite fatigante! Quant à Lamarck, il est exécuté en deux vitrines où l’on annonce, sans commentaire, qu’il s’est trompé! Après, on passe à une version brève du catéchisme darwinien, dépourvue des références historiques les plus sommaires et de toute critique. Les auteurs de cette forfaiture n’ont pas déboulonné les statues du jardin. Sur le socle de celle de Lamarck, sa fille lui déclare que la postérité finira par le reconnaître… On n’en est pas encore là!