Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06888.jsonl.gz/267

Y a-t-il un lien entre le plaisir pris à apprendre à lire, écrire ou calculer durant la scolarité et l’envie d’apprendre à l’âge adulte ? Les chercheurs ont d’abord demandé aux participants de qualifier le plaisir éprouvé dans ces tâches, puis dans les entretiens, ils leur ont demandé quelles compétences ils pensaient le plus utiliser. Pour évaluer ce plaisir, l’interviewé était invité à déplacer un curseur allant d’un smiley exprimant « beaucoup aimé » à un autre exprimant « pas du tout aimé » pour chacune des matières.
Plus de 64% des personnes questionnées ont beaucoup aimé apprendre à lire et à écrire, alors que pour les mathématiques le pourcentage n’atteint que 41%. D’ailleurs une personne sur cinq (21%) dit ne pas aimer du tout cette matière, contre 2% pour la lecture et que tous sans exception disent aimer l’écriture. Ni l’âge, ni le genre, ni l’étiologie des participants n’influencent les appréciations exprimées à l’égard des apprentissages réalisés durant la scolarité.
Dans l’entretien, lorsqu’on demande aux personnes si elles mobilisent ces apprentissages à l’âge adulte, c’est l’écriture qui vient en tête. 91% des personnes mobilisent encore l’écriture, alors que ce rapport atteint 89% pour la lecture. Par contre, pour les mathématiques, seules 79% des personnes disent utiliser cette matière, la moins aimée des trois.
Lorsqu’on demande aux personnes si elles utilisent la lecture, cinquante disent mobiliser régulièrement cette habileté, contre 8 qui ne le font pas et 2 qui n’ont pas appris à lire. Les personnes répondant par l’affirmative disent utiliser la lecture principalement dans les activités de loisirs (52% des occurrences). Ces personnes lisent des livres. Les livres sur les animaux sont souvent mentionnés (le Livre de la jungle, le livre des Petites Abeilles, les chevaux, les chats, les ours), des livres de contes ou même des livres de recettes de cuisine. L’un lit la Bible, un autre un livre de géographie et d’histoire. Pour l’un, son livre préféré est Max et Lili, pour un autre Heidi (à la montagne) ou la série des Martine, Bécassine, d’autres lisent des romans d’amour avant de s’endormir.
Plusieurs disent utiliser la lecture pour faire des mots-croisés, des mots-fléchés, des mots cachés ou lire les chansons, la musique. Une autre ne lit pas de romans, mais préfère les ouvrages ou revues sur les voitures, d’autres préfèrent les sports, des livres sur « les cavaliers de l’Ukraine, Turquie, Afghanistan, de tout quoi, les Pokemons, etc ». Une déclare préférer des livres dans lesquels il y a peu de texte et beaucoup d’images ; les bandes dessinées sont aussi souvent mentionnées, Titeuf et principalement les Tintin. Grâce à la lecture, une personne rapporte avoir appris à reconnaître quand les poissons sont malades ou vieux. Un va chercher des livres « à la bibliothèque municipale depuis 45 ans ».
La lecture est mobilisée à hauteur de 27% d’occurrences dans les activités liées aux techniques de l’information et de la communication, principalement par la lecture des journaux, les principaux quotidiens romands et quelques magazines. A cela s’ajoute l’utilisation d’Internet et de Facebook.
Il est intéressant de relever que l’apprentissage de la lecture perdure à l’âge adulte par des cours de perfectionnement ou des tâches conceptuelles : « maintenant, j’arrive mieux à lire », « j’ai un gros classeur bleu pour apprendre les syllabes », « je trie des lettres », « j’apprends à faire des messages sur mon téléphone portable ».
Par contre, la lecture est peu mentionnée dans les activités sociales, si ce n’est pour lire des lettres d’amis. Une personne sachant lire peut aider les autres à déchiffrer l’écrit. Dans les activités de la vie communautaire et citoyenne, les personnes indiquent plutôt les lieux dans lesquelles elles sont amenées à lire : au magasin, à l’aéroport, à l’église et dans un groupe biblique. Dans les activités de travail, la lecture est peu mobilisée. Seules deux personnes disent l’utiliser dans le cadre de leur activité professionnelle. De même, dans les activités de la vie quotidienne, la lecture intervient peu, si ce n’est pour lire des recettes de cuisine et réaliser des achats particuliers.
Les résultats montrent que si la lecture est mobilisée par le 89% des personnes qui ont appris à lire à l’école, cette mobilisation va du décodage de l’écrit à des activités normatives comme « feuilleter le journal ». On constate, en ce qui concerne l’accès à l’écrit, que, les livres mentionnés ne correspondent pas aux lectures auxquelles on pourrait s’attendre en regard de l’âge chronologique des participants. En effet, la littérature enfantine se fonde sur les intérêts des enfants à un âge donné et ne répond pas aux besoins d’un public adulte. Ce manque de matériel adapté à une population ne maîtrisant pas totalement la lecture peut constituer un frein à la mobilisation de la lecture ou du moins ne pas permettre d’en tirer un plein parti.
L’écriture est mobilisée dans plus d’un tiers des occurrences dans les loisirs (34%). Dans ces moments-là, plusieurs personnes écrivent à propos de leur vie, comment est ou était leur vie, ou tiennent un journal de bord, « à la maison j’écris ce que je fais le week-end avec ma maman, ma sœur », « j’avais aussi un, comment t’appelles, un livre où je marquais tous les jours ce que je faisais ».
D’autres écrivent des histoires, des poèmes d’amour, prennent des notes sur le championnat de la Juve. L’une dit :
« J’aime beaucoup écrire. Ouais des fois je prends des petits, il m’arrive de prendre des petits, de faire des, de, de d’écrire des petites choses dans des cahiers, des petits textes, que je finis pas d’ailleurs. »
Certains font usage de l’écriture dans les mots-croisés ou pour copier des chansons.
L’écriture est mobilisée également dans des activités sociales (31%). Lorsqu’on demande si ça leur arrive encore d’utiliser l’écriture, une personne répond :
« Ben ça arrive des fois, quand je pars au camp par exemple, ben là je marque toutes les adresses quoi … Ouais à qui on a envie d’écrire. »
Ainsi 6 personnes disent écrire des cartes en diverses occasions : des cartes postales durant les vacances, des cartes de vœux, d’anniversaire, de deuil, de mariage, pour inviter des gens et certaines écrivent également des lettres « aux copains, copines », des lettres d’amour et l’un précise : « quand j’ai dû chercher un emploi, ben j’ai trouvé, j’ai dû écrire des lettres », par contre, les mails sont mentionnés plus rarement (n occurrences = 2).
A l’âge adulte, le perfectionnement de l’écriture (19%) se poursuit dans des tâches comme : copier un livre sur l’ordinateur, des mots, apprendre à faire des phrases sur le clavier - à écrire pour faire des mots-croisés - à signer - à écrire son nom. Une personne dit :
« j’ai fait un stage pour ça, pour apprendre à lire puis à écrire et faire des messages sur mon téléphone portable. »
et une autre précise :
« Le projet c’est pour écrire poulet, ciboulette : trop facile, trop dur. . . . Ouais, mais c’est pas facile, j’[aime] moins, mais c’est compliqué le projet. C’est encore à réfléchir dans tête, la mémoire. »
Sept personnes mentionnent l’écriture dans les activités liées à la vie quotidienne, principalement pour faire des courses : « Ben on marque sur un papier ce qu’on a besoin, comme commissions », écrire les recettes des menus ou dans un carnet d’alimentation.
L’écriture semble peu utilisée au travail. Seules 4 personnes la mentionnent (5%), dont 2 pour réaliser des commandes, une le matin pour écrire le menu du jour et une pour aider quelqu’un au cartonnage. Une personne écrit sur Facebook pour répondre à ses connaissances : « J’ai beaucoup d’amis ».
Que des personnes tentent d’écrire à propos de ce qui se passe dans leur vie, qu’elles tiennent un journal, ou simplement continuent à s’exercer montre que l’écriture est investie à l’âge adulte. Cependant, on peut se demander si un soutien plus intense permettrait d’obtenir des réalisations plus abouties. Le fait d’écrire des cartes, lettres et mails montre un intérêt pour le maintien des liens et le respect des conventions sociales selon les circonstances. L’arrivée des nouvelles technologies dans toutes les activités offre des opportunités pour poursuivre l’acquisition et la mobilisation de l’écriture.