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En Irlande on peut entendre des protestations violentes contre la mise en place de "l'aide financière" imposée par l'Allemagne. Selon un quotidien irlandais, le "soutien" accordé par l'UE signifie en réalité une mise sous tutelle de l'Irlande. Ainsi la souveraineté irlandaise sur sa gestion intérieure serait suspendue par des mesures qui profitent avant tout aux banques allemandes. En même temps une cure d'austérité sans précédent est imposée aux couches modestes de la société. Le même quotidien met en garde contre le fait que ces mesures ne seront pas acceptées par la société irlandaise. Les cercles dirigeants de l'UE, de leur côté, expriment leur préoccupation quant aux demandes allemandes concernant la gestion de crises financières futures qui pourraient affecter l'un ou l'autre des membres de l'UE. Selon eux, ce sont ces demandes qui seraient à l'origine de la crise irlandaise. Selon le directeur d'un "think tank" influent de Bruxelles on peut entendre, à Bruxelles-même, des remarques sur le gouvernement de Berlin "qu'il vaudrait mieux ne pas imprimer". Même les médias allemands admettent crûment que ce sont des banques allemandes, et non pas l'Irlande, qui sont les vrais gagnantes de l'affaire des "aides financières" de l'UE. On parle de "parachute » - pour les banques allemandes.
Les protestations irlandaises proviennent de la manière dont les "aides" financières que l'UE met à disposition du gouvernement irlandais sont mises en place - sous pression de Berlin. Le gouvernement de Dublin avait déclaré pendant longtemps que l'Irlande pourrait se passer d'une aide communautaire. Pendant longtemps aussi les experts financiers ont pensé qu'une telle aide ne serait pas nécessaire. Ainsi les banques d'investissement Goldman Sachs et Barclays Capital étaient de l'avis que les besoins en capitaux des banques irlandaises étaient largement surestimés. Selon Goldman Sachs "nos calculs montrent que les hypothèses du gouvernement irlandais sont extrêmement pessimistes et surestiment de loin les besoins potentiels des pertes bancaires à prévoir" [1]. Malgré ces doutes, Berlin et Bruxelles ont imposé les "aides financières" à l'Irlande, tout en prenant - de fait - le contrôle de la gestion de l'Irlande. Le soutien financier à l'Irlande est conditionné par un plan de restrictions budgétaires sur quatre ans, qui doit permettre d'économiser 15 milliards d'euros - aux dépens de la population irlandaise.
Une parodie de démocratie
Le fait que la gestion intérieure de l'Irlande soit désormais contrôlée par l'UE provoque des commentaires acerbes dans ce pays qui s'est libéré de la tutelle britannique en 1922 seulement. Le quotidien "Irish Times", très lu en Irlande, a remarqué que "ayant obtenu l'indépendance politique de l'Angleterre depuis peu seulement, nous avons maintenant transféré notre souveraineté à la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International". L'Irlande a vu l'arrivée de représentants de ces institutions venus pour inspecter la gestion des finances de l'Etat irlandais [2]. Le même quotidien a commenté la politique d'austérité imposée par Bruxelles en disant que les couches modestes de la population allaient maintenant perdre des services publics qui étaient déjà insuffisants, mais qui leur assuraient un minimum d'espoir et de dignité. En même temps - toujours selon l' "Irish Times" - les 100 milliards d'euros que l'Irlande doit aux banques allemandes et les 109 milliards d'euros qu'elle doit aux banques anglaises seront sauvés - pour les banques qui les ont prêtés [3]. Les élections avancées décidées par le gouvernement provoquent également des commentaires acides : "Organiser des élections après avoir conclu un traité engageant l'Irlande fermement pour les quatre années à venir, c'est comme si pendant la grossesse on discute du type de préservatif qu'on devrait acheter. C'est la parodie d'un choix démocratique". On peut prévoit des manifestations dans les rues de Dublin.
Les profiteurs allemands
La population irlandaise est très remontée contre l'Allemagne - pour deux raisons. D'une part les plus grands créanciers de l'Etat irlandais et de l'industrie irlandaise sont des banques allemandes. Ainsi la Hypo Real Estate de Munich a investi pas moins de 10 milliards d'euros en Irlande. Selon une statistique de la Banque Fédérale Allemande du mois d'août 2010, les créances allemandes en Irlande s'élèvent à 115 milliards d'euros environ. Un banquier allemand de haut rang basé à Francfort concède que "nous profitons du fait que les Irlandais sont obligés de demander de l'argent frais à Bruxelles". Les médias titrent "Parachute de sauvetage - pour les banques allemandes". Ainsi se répète un scénario qu'on a déjà pu voir dans le cas de la Grèce : car déjà le sauvetage de la Grèse a surtout profité aux banques allemandes. Ce sont les banques allemandes, en fait, qui ont de loin le plus investi dans les quatre pays les plus durement touchés par la crise financière - la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne.
"Sentiments anti-allemands"
On peut constater à Dublin et ailleurs une irritation croissante à l'encontre de la nouvelle domination allemande qui se met en place. Certains experts estiment que le fait que le gouvernement fédéral allemand ait insisté sur la participation d'investisseurs privés à l'aide financière aux états en difficulté aurait exacerbé les difficultés des pays en crise. Ainsi l'attitude de Berlin aurait semé la panique parmi les investisseurs et fait monter la pression sur ces pays. Certains observateurs pensent que la solution envisagée par Berlin va en fin de compte favoriser les Etats qui sont déjà dans la meilleure position - comme l'Allemagne. A Bruxelles on peut entendre que, de ce fait, une atmosphère anti-allemande s'est installée au sein-même de la Commission Européenne . Il paraît que la même tendance se fait sentir dans le Conseil des ministres des finances européens et dans le Parlement européen [5]. Ainsi, en critiquant le comportement hégémonique de l'Allemagne, le ministre polonais pour les Affaires européennes a déclaré que "tous les pays doivent pouvoir contribuer à ce débat et non seulement l'Allemagne". Le directeur du "Centre for European Policy Studies" à Bruxelles commente ces critiques de l'Allemagne par le milieu politique européen en déclarant "ces gens-là ne savent pas résister" [6].
Aux commandes
La presse britannique libérale estime que "à travers toute l'Europe on peut entendre des plaintes sur la nouvelle Europe allemande qui est en train de s'installer". Les seuls qui approuvent cette évolution sont les Scandinaves, les Néerlandais et les Autrichiens. "Les Français ont capitulé alors que les Britanniques se contentent d'un rôle de spectateurs, de moins en moins engagés et presque oubliés [7]. La chancelière allemande est en train de placer son conseiller le plus important pour les affaires européennes sur le poste de secrétaire général du Conseil européen. Elle aurait aussi bien voulu installer le président de la Bundesbank allemande, Axel Weber, sur le siège de la Banque Centrale Européenne. La France est le seul pays qui pourrait arrêter l'Allemagne dans sa démarche, mais elle ne le fera pas. Le directeur du "Thinktank" Centre for European Reform (CER) à Londres s'exprime ainsi: "Les Français craignent l'euroscepticisme allemand, leurs succès sur le plan économique, et le fait que les Allemands pourraient passer des accords avec la Chine et la Russie sans passer par l'Union Européenne - pour cette raison ils vont finir par s'allier à l'Allemagne". Le directeur du CER conclut : "Les Allemands sont à nouveau aux commandes" [8].