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Parmi les principaux résultats de notre recherche nous retenons les suivants:
Le fait que les jeunes adultes de la "deuxième génération" ont été socialisés très largement - sinon exclusivement - dans le pays de résidence leur a donné accès à des niveaux de formation aussi élevés que les enfants des Suisses issus d'un milieu social similaire. Ceux/celles qui ont arrêté leur formation après la scolarité obligatoire constituent en effet une minorité très restreinte de 7% (2% si l'on considère uniquement les personnes âgées de 18 à 35 ans), alors que près de 80% de leurs pères/mères n'avaient pas dépassé la scolarité obligatoire. De plus, un tiers des jeunes issus de la migration a terminé - ou est sur le point de terminer - une formation de niveau tertiaire, proportion analogue à celle que l'on trouve parmi leurs homologues d'origine suisse issus d'un milieu social proche, mais inférieure à celle qui connaissent les jeunes d'origine suisse dont les parents détiennent un diplôme tertiaire.
Ce capital culturel (formation, langues) permet à cette population de connaître une mobilité sociale ascendante par rapport à la situation de leurs parents. Ils abandonnent les professions manuelles et glissent massivement vers des professions du type "col blanc": employés qualifiés, cadres inférieurs et moyens (plus de 70% des actifs). Leur parcours professionnel ne diffère guère de celui des jeunes d'origine suisse issus d'un milieu social comparable: ils réalisent ainsi le projet de mobilité sociale que leurs parents avaient formé pour eux. On notera également qu'ils sont moins nombreux que les jeunes d'origine suisse à considérer que l'origine sociale des parents influence fortement la réussite professionnelle d'un jeune d'aujourd'hui (38% vs 48%); pour expliquer la mobilité, ils privilégient ainsi le mérite personnel au détriment des déterminismes sociaux. On peut donc estimer qu'à la différence d'autres pays européens, un processus d'intégration sur le plan socio-économique est, d'une génération à l'autre, en marche. Ce processus a été facilité par la longue période de croissance économique et de faible chômage qu'a connue la Suisse, à l'inverse des pays voisins. On peut se demander cependant dans quelle mesure les modifications de la structure économique actuellement en cours affecteront ce processus, en particulier pour les jeunes qui se présentent aujourd'hui sur le marché du travail. Par ailleurs, le processus d'insertion reste encore inégal en ce qui concerne la participation à des emplois du secteur public. En effet, seul un quart des jeunes issus de la migration y travaillent alors que tel est le cas de près de 40% des jeunes d'origine suisse.
En ce qui concerne l'acquisition de la nationalité suisse, les jeunes de la deuxième génération ont moins d'obstacles à surmonter que leurs parents: 43% d'entre eux ont obtenu la nationalité, le plus souvent en conservant ou en récupérant leur nationalité d'origine. Par ailleurs, 14% songent à la demander bientôt, alors que 43% "n'y songent pas". Le processus d'acquisition de la nationalité demeure néanmoins sélectif, puisque les naturalisés sont issus des familles à niveaux de formation et socioprofessionnel plus élevés que la moyenne, et dont le niveau d'intégration à la société suisse tend vers l'assimilation. Enfin, l'accession à des positions statutaires relativement élevées sur le plan de la formation et de l'emploi est plus manifeste pour les jeunes d'origine immigrée qui sont naturalisés que pour ceux qui sont restés étrangers (42% des premiers et 21% des seconds accèdent par exemple à une formation de niveau tertiaire). Si l'on compare les procédures suisses d'acquisition de la nationalité avec celles mises en place dans les pays voisins, on constate que le processus est plus lent qu'en France, où le jus soli offre aux jeunes qui y sont nés une accession quasi automatique à la citoyenneté, mais plus rapide qu'en Allemagne où la nationalité est jusqu'à présent attribuée selon le droit du sang.
Aujourd'hui, la majorité des jeunes issus de la migration se trouve bien insérée dans des réseaux sociaux informels, relativement diversifiés du point de vue de leur composition ethnique. Leur participation à des réseaux formels de type associatif est, par contre, un peu plus faible que celle des jeunes d'origine suisse (39% de participants versus 47%). Leur parcours d'intégration n'a cependant pas toujours été exempt d'embûches. Près de quatre jeunes sur dix affirment avoir connu des situations d'hostilité ou d'injustice en raison de leur origine, notamment de la part des jeunes de leur génération. Beaucoup se souviennent par ailleurs de la période Schwarzenbach, des initiatives xénophobes, même si aujourd'hui ils estiment être traités de la même manière que les jeunes d'origine suisse. Il est vrai que les plus hautes autorités se réfèrent à eux comme à des "étrangers uniquement sur le papier".
Leur forte mobilité sociale, leur accession plus aisée à la nationalité suisse et la diversification de leur réseau social n'impliquent pas qu'ils s'éloignent de leurs parents, avec lesquels ils gardent des contacts très étroits et des relations de solidarité importantes. Les liens intergénérationnels sont en effet plus forts que dans les familles suisses: les jeunes d'origine espagnole/italienne quittent plus tard le foyer parental; s'ils le quittent, ils habitent plus fréquemment à proximité du lieu de résidence de leurs parents et les voient plus souvent; et 57% de ces jeunes, contre 42% des jeunes d'origine suisse, envisagent d'accueillir leurs parents chez eux au cas où ces derniers se retrouveraient handicapés ou dépendants. L'intégration réussie des jeunes d'origine immigrée ne signifie pas non plus une tendance majoritaire à l'assimilation culturelle: certains indicateurs en témoignent. La grande majorité des enquêtés estime maîtriser aussi bien la langue locale que la langue d'origine. Même si plus de la moitié (55%) d'entre eux estime que "leur" langue est le français ou l'allemand, 22% considèrent que c'est l'italien ou l'espagnol et 23% se jugent bilingues. Ajoutons que 45% des personnes avec enfant(s) utilisent souvent ou toujours avec ces derniers la langue d'origine. Plus significatif: à la question "Si l'on vous demande qui vous êtes...", 13% des jeunes interrogés disent se sentir suisses ou genevois/bâlois, un tiers se considèrent avant tout comme Italiens/Espagnols, 45% affirment une identité biculturelle, tandis que 5% se définissent par rapport à des appartenances plus larges (européens, citoyen du monde). En ce qui concerne leurs liens avec le pays d'origine, 90% de ces jeunes s'y rendent au moins une fois par an, au temps des vacances; mais seulement une minorité songe à s'y établir de manière durable. Clairement, la Suisse représente pour eux leur terre de résidence et,encore plus, le pays de leurs enfants. Le problème est que, même si la presque totalité d'entre eux sont nés dans la Confédération, celle-ci ne reconnaît pas encore pleinement leur appartenance à celle-ci. Une politique de naturalisation automatique ou, à tout le moins facilitée, établirait un lien plus clair entre leurs modes de vie concrets et leurs appartenances formelles.