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Détail de l'archive
Les micropolluants : Les PME contribuent aussi à la pollution
7 avril 2022,
Les produits chimiques provenant des matériaux de construction, des produits d'entretien et des médicaments ou des cosmétiques sont acheminés vers les stations d'épuration avec les eaux usées domestiques. Selon le niveau d'équipement, ces micropolluants y sont plus ou moins bien éliminés. Une partie d'entre eux atteint donc les eaux. S'y ajoutent les pesticides qui parviennent directement des surfaces agricoles dans les eaux souterraines ou de surface. L'analyse de la situation publiée aujourd'hui par le VSA sur les "apports de substances issues de l'industrie et de l'artisanat dans les eaux" (pdf, en allemand) montre que les petites et moyennes entreprises (PME) et l'industrie contribuent également, parfois en quantités considérables, à la présence de telles substances dans les eaux.
La gestion des eaux usées des PME n'est pas adaptée aux micropolluants
Les raisons sont multiples : dans l'ordonnance sur la protection des eaux, il n'existe pas de valeurs de rejet spécifiques aux substances pour les micropolluants issus de l'industrie et de l'artisanat. Souvent, la gestion des eaux usées des entreprises est axée sur les polluants "classiques", comme les métaux lourds ou les résidus d'huile et de graisse, et non sur les micropolluants. De plus, la diversité des substances est énorme. Les entreprises et les autorités manquent souvent de connaissances sur les différents composants des produits utilisés. De plus, les quantités rejetées par entreprise et par jour ou par semaine sont faibles. Mais si on les extrapole à une charge annuelle, elles peuvent tout de même peser lourd. Le chef de projet Pascal Wunderlin calcule un exemple : "Si une entreprise ne rejette qu'une fois par semaine un kilogramme d'une substance active de médicament avec les eaux usées, cela correspond à environ un million de comprimés par an qui finissent dans les eaux".
Une démarche commune avec les branches et les entreprises
L'analyse a identifié des branches et des processus pertinents qui doivent maintenant être examinés de plus près - toujours en collaboration avec les entreprises. Les entreprises qui traitent des déchets spéciaux liquides, les entreprises avec des processus galvaniques mais aussi l'industrie chimique et pharmaceutique sont en ligne de mire. Les premiers projets de la plate-forme VSA "Technique des procédés pour les micropolluants", en collaboration avec l'OFEV, l'Eawag et les branches, ont été lancés. L'objectif est d'obtenir une meilleure vue d'ensemble des micropolluants pertinents pour les eaux usées provenant des branches prioritaires, ainsi que de soutenir les autorités et les entreprises dans l'amélioration de la situation.
Trois questions à Heinz Singer (département de chimie environnementale)
Tu as fait partie du groupe d'accompagnement de cette analyse - qu'est-ce qui t'a le plus surpris dans les
résultats ?
J'ai été surpris par le nombre énorme de micropolluants possibles - substances de départ, produits intermédiaires, secondaires et de transformation, substances actives ou solvants - ainsi que par les charges parfois extrêmement élevées. Souvent, les eaux usées d'une seule entreprise peuvent déjà entraîner une pollution considérable des eaux Il est étonnant de constater que cette situation ne se limite pas à un seul secteur ou à une seule grande entreprise ou région de Suisse.
L'Eawag fait beaucoup de recherches sur les eaux usées domestiques et leur traitement. Devrait-elle maintenant s'occuper (aussi) davantage des eaux usées industrielles et commerciales ?
Le rapport montre clairement l'importance des eaux usées industrielles et artisanales sur la qualité des eaux. De mon point de vue, il est donc inévitable que l'Eawag s'occupe davantage de ce thème. L'Eawag devrait élaborer des solutions conceptuelles en collaboration avec les associations et l'industrie. Les mesures spécifiques aux entreprises sont l'affaire de ces dernières. L'Eawag est d'ailleurs déjà très actif dans ce domaine de recherche à travers quelques projets. Un institut de recherche ne peut justement pas dire "le problème est trop complexe et multidimensionnel, alors laissons-le de côté".
L'analyse de la situation montre qu'il faut agir, écrit le VSA. Par où faudrait-il commencer pour pouvoir réduire le plus rapidement possible les nuisances de l'industrie et de l'artisanat ?
Il n'y a certainement pas de solution unique. Le problème a trop de facettes pour cela. Il faudrait intervenir aussi bien au niveau de la production (mot-clé "chimie verte" ou "begnin-by-design") qu'au niveau du prétraitement décentralisé des eaux usées de l'entreprise et du traitement centralisé et étendu des eaux usées. Dans certains projets, nous avons vu que le simple fait d'échanger et de discuter intensivement avec les entreprises et les associations sectorielles sur la base de mesures concrètes a déclenché une prise de conscience du problème et donc un changement de comportement (c'est-à-dire des mesures). Mais il faut certainement d'abord des relevés systématiques des rejets de substances pour pouvoir lancer correctement cette discussion. Une partie de la résolution du problème passe certainement aussi par la diffusion d'informations par des manifestations, de formations et de brochures d'information en collaboration avec les associations sectorielles.
Photo de couverture: Branches concernées par les apports de micropolluants dans les eaux (graphique : VSA, zeichenfabrik.ch et kun-st.ch)