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Les pièges à éviter, les opportunités à dénicher.
Les crises sont monnaie courante sur les marchés financiers. Au cours des 3 dernières décennies, nous avons notamment été confrontés à une récession au début des années 1990, à une crise financière asiatique en 1997, à l'effondrement de Long Term Capital Management en 1998, à une crise financière mondiale de 2008-2009 et à une crise de la dette souveraine européenne de 2011-2012. Chacune de ces crises était différente, mais elles avaient toutes des points communs. En tant qu'investisseurs, que pouvons-nous apprendre de ces crises pour nous aider à traverser l’actuelle pandémie du coronavirus?
La situation aujourd’hui est particulièrement difficile, car il ne s'agit pas seulement d'une crise économique, mais aussi d'une crise sanitaire et sociale - les gouvernements agissent sur deux fronts afin d’éviter un effondrement économique et empêcher que les systèmes de santé ne soient débordés.
Cette crise est également inhabituelle en raison de son acuité : la chute de l'indice S&P 500 qui était à ses plus hauts a soudainement a connu une descente vertigineuse et brutale. La situation est encore compliquée par le fait que le coronavirus a provoqué un double choc, énorme mais non encore quantifiable, du côté de la demande et de l'offre, avec d'une part des pénuries de main-d'œuvre et de fournitures médicales et d'autre part un excès d'offre de pétrole. Il est clair que nous traversons une période très préoccupante.
Quels sont les points communs entre les crises précédentes et la situation actuelle? Tout d’abord, le processus de réduction des risques nous a ramené au schéma bien connu de la vente à tout prix, de marchés désordonnés et enfin de l'effondrement des prix et de la corrélation des actifs généralement attendus (l'or, par exemple, ne devrait-il pas être en hausse à ce stade?). Au niveau des actions, les rendements attendus sont devenus imprévisibles, comme c'est généralement le cas lors de crises (en d'autres termes, le mécanisme de découverte des prix s'effondre tout simplement). C'est à la fois une source de frustration pour les investisseurs (qui ne parviennent pas à comprendre qu'ils se sont trompés) et une opportunité, car de véritables erreurs d'évaluation se produisent. Au-delà de cela, on nous rappelle que les marchés baissiers sont intellectuellement et émotionnellement épuisants.
En gardant tout cela en tête, voici 5 idées pour vous aider à survivre et, en fin de compte, à prospérer durant cette période très délicate:
- Soyez patient
N'essayez pas de trouver la solution unique. Sur des marchés en crise, il est normal de considérer l'ensemble de votre portefeuille ou de votre liste de couverture et de penser que seule la bonne orientation du marché compte, c'est-à-dire que l'analyse fondamentale des titres est inutile. Mais c'est faux. Mieux vous comprendrez vos entreprises, plus vous aurez confiance en investissant en période de crash. Ces mouvements devraient finalement être récompensés lorsque nous passerons au-delà de la crise. Restez concentrés.
- Evitez les prévisions
Vous ne pourrez pas savoir lorsque le fond est touché, alors pourquoi vous en vouloir ? Il est facile de commencer la journée optimiste et de rester bloqué sur les marchés pour ensuite avoir l'air ridicule en milieu d'après-midi. Personne, quoi qu'on en dise, n'a le pouvoir de prédire l’avenir - alors évitez d'en être obnubilé.
- Restez investis
Continuez à prendre des risques et restez investis. Quand le redressement arrivera (et je ne dis pas que nous avons touché le fond), nous pensons qu'il sera puissant et que la majorité du potentiel de hausse se produira en un nombre limité de sessions, de sorte que vous ne pourrez pas vous investir dans le temps. Dans tous les cycles de marchés baissiers mentionnés précédemment, le point d'inflexion n'est apparu qu'avec le temps. Aucune alarme ne retentit pour signaler que l’on a touché le fond.
- Privilégiez la qualité
Ne restez pas bloqué sur la chute des prix. Dans la sélection de titres, nous faisons toujours un pari relatif, mais je me rappelle qu'en 2009, c'était la "qualité" (un terme subjectif, je sais) qui revenait le plus régulièrement. L'exercice consiste maintenant à vendre bas pour acheter bas. Les actions de qualité offrent désormais un potentiel de hausse suffisant pour que vous n'ayez pas à prendre de risque existentiel avec des bilans à effet de levier. En 2008-2009, on s'est rendu compte que les actions pouvaient être des «multi-baggers» (soit doubler, tripler ou quadrupler leur valeur) une fois recapitalisées, mais la dilution pour les actionnaires existants n’était pas évidente.
- Soyez attentifs aux «fallen angels»
Pour ceux d'entre vous qui suivent des sociétés à petites capitalisations ou des titres à haut rendement, le schéma dont je me souviens de la crise de 2008-2009 est celui des entreprises qui étaient économiquement assez grandes et/ou très bien notées et qui ont vu leur capitalisation boursière (ou leur notation) se dégrader notamment dans le secteur des petites capitalisations ou des titres de second ordre. Ces entreprises peuvent présenter à la fois des opportunités et des risques lorsqu'elles font partie des indices de référence. Après la crise financière mondiale, nombre d'entre elles ont rapidement retrouvé leur statut de moyenne, voire de grande capitalisation.
Jusqu'ici, ces conseils ne sont que tactique. Il est également important d'être stratégique. Un nouveau cycle est en train de se mettre en place ; il y aura de nouvelles tendances et un nouveau leadership sur le marché. A ce stade, il est impossible d'identifier toutes ces tendances, mais il semble que nous soyons au moins dans une nouvelle ère d'expansion fiscale. Aux Etats-Unis, les mesures de relance budgétaire annoncées jusqu'à présent représentent environ 7% du PIB et ne cessent d'augmenter; au Royaume-Uni, Robert Chote, le président du bureau Budget Responsibility, a récemment déclaré «Ce n'est pas le moment d'être critique à l’égard de la dette du secteur public. Durant la Seconde Guerre mondiale, nous avons géré des crédits budgétaires supérieurs à 20% du PIB sur cinq ans, et c'était la bonne chose à faire». Ces raisons me laissent à penser que l’époque des taux ultra bas touche à sa fin.
Enfin, je tiens à souligner que les entreprises ultra performantes sont rares. Une étude réalisée en 2016 par Hendrik Bessembinder de l'université d'État de l'Arizona a, par exemple, révélé que de 1926 à 2015, seuls 86 titres sur les 26’000 suivis représentaient 50% du rendement du marché. Le top 1’000 des entreprises (soit moins de 4% du total) a représenté 100% de la création de richesse durant cette période.
Les occasions d'acheter des entreprises très intéressantes à des prix avantageux sont encore plus rares. Et nous sommes actuellement en plein dans cette période.