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Au lendemain des élections parlementaires genevoises, dans une démocratie « normale », que serait le gouvernement que les partis représentés au Grand Conseil proposeraient dans un mois au choix des électeurs ? Et comment construiraient-ils leur projet ?
A l’instigation du parti le plus fortement représenté ils commenceraient sans délai à construire une alliance prête à soutenir un gouvernement de coalition fondé sur les orientations politiques communes de ses membres. Ainsi les libéraux engageraient-ils immédiatement des pourparlers avec leurs cousins de l’Entente afin de choisir le partenaire leur paraissant le mieux armé, quantitativement et politiquement, pour forger avec elle (42 % des sièges) une majorité parlementaire disposée à s’engager sur un programme de législature dont les objectifs et les moyens seraient clairement définis.
Il apparaîtrait assez rapidement, au vu de la nouvelle constellation politique du canton, que le parti à consulter en priorité est celui des Verts. Ce dernier, en effet, a montré au cours des les dernières législatures que dans nombre de domaines son projet de société s’approche de celui des partis de l’Entente. Quant à celle-ci, elle a infléchi sur bien des points son idéologie en direction des idées politiques défendues par les Verts.
Ces visions communes quant à l’avenir de Genève pourraient déboucher, moyennant des concessions réciproques, sur un programme de législature digne de ce nom, c’est-à-dire clairement énoncé, volontariste, engageant le futur collège gouvernemental, ses membres surtout, et susceptible obtenir le soutien d’une majorité du parlement, en l’occurrence de 59 % des députés.
Suivrait alors la désignation des sept candidats au Conseil d’Etat que présenteraient au vote populaire, sur une liste unique, ces quatre partis. A l’évidence cette liste serait constituée de 3 Verts, 2 libéraux, 1 PDC et 1 radical. Ce serait un gouvernement centriste dont la justification serait doublement évidente : d’une part il reflèterait la volonté médiane exprimée par une majorité du souverain dimanche dernier, d’autre part il exclurait les partis qui soit, ne disposant pas de colonne vertébrale idéologique, fondent leur action politique principalement sur l’opportunisme (MCG et UDC), soit défendent des idées mal adaptées à notre environnement social et économique actuel (PS). Les élus de ces partis formeraient l’opposition, indispensable au bon fonctionnement des institutions démocratiques.
Malheureusement il s’agit là d’un scénario qui n’a aucune chance de trouver sa concrétisation. Pourquoi ?
D’abord bien sûr parce qu’il s’agit d’une rupture avec les habitudes dites de « concordance ». Des habitudes dont on continue, dans les boutiques partisanes, à vanter les mérites aux citoyens alors qu’elles expliquent tous les maux dont souffre le canton, la mollesse gouvernementale en premier lieu.
Ensuite parce que, pour les élites politiques genevoises, renoncer à la répartition des portefeuilles traditionnelle amène plusieurs risques, le plus contraignant étant pour les partis membre de la coalition gouvernementale de devoir annoncer avant son élection ce que le Conseil d’Etat ambitionne d’entreprendre, le plus délicat étant de rendre possible la mesure par le parlement et le peuple de son action, le plus insupportable étant celui d’être, pour l’un ou l’autre de ces partis, rejeté lors d'une prochaine législature dans l’opposition.
Ainsi donc, pour la législature 2009-2013 en tous cas, les Genevois devront continuer de se contenter d’un Conseil d’Etat semblable à ceux qui l’ont précédé, soit sans programme, sans détermination, sans ambitions, sans cohérence. Un exécutif qui lui aussi administrera Genève mais ne gouvernera pas.
Pierre Kunz