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Pendant presque un siècle, de 443 à 534, Genève se trouve sous domination burgonde. Venu de Worms, ce peuple germain est placé sur ce lieu stratégique par les Romains pour servir de bouclier contre les Alamans. Aujourd’hui encore, des traces de cette période sont encore visibles dans la région qu’ils occupaient.
Les Burgondes sont un peuple germanique. Après plusieurs migrations, ils s’établissent au début du Ve siècle à Worms, en actuelle Allemagne. Fédérés par Rome, ils ont ordre de rester dans la région pour garder le Rhin. En 436, les Burgondes cherchent à agrandir leur territoire, et tentent de gagner du pays du côté de la Belgique.
Afin de stopper cette conquête, Aetius, général romain, s’allie aux Huns (chez qui il avait été otage). Ensemble, ils infligent une défaite absolue aux Burgondes, qui y perdent la majorité de leurs soldats. Aetius ayant des problèmes du côté de Genève avec les Alamans, qui passent le Rhône pour piller les villes, il place le reste des Burgondes (les reliquiae burgundionum) en garnison dans cette ville.
Ils défendent alors la vallée du Rhône contre ces tentatives d’invasions. La région qu’ils occupent, nommée Sapaudia (qui a donné le nom Savoie), s’étend sur les deux rives du Léman, en Haute-Savoie et sur tout le plateau suisse. Cependant, étant en effectifs réduits, les Burgondes se concentrent entre Lyon et Genève.
Les Burgondes se mêlent à la population gallo-romaine. Ils ont le pouvoir politique sur la région, et sont aussi ceux qui ont les armes, face à une population rurale et une aristocratie qui les a laissées de côté depuis longtemps.
Le premier roi burgonde en Gaule romaine est Gondicaire. À sa mort, ses fils Gondioc et Chilpéric I se partagent le royaume. Par la suite, Chilpéric I règne seul de la mort de son frère en 473 jusqu’à son décès vers 480. Se sont ensuite les quatre fils de Gondioc qui règnent ensemble : Gondebaud, Chilpéric II, Godomar II et Godégisile. Deux d’entre eux décèdent rapidement, et le royaume est divisé entre Gondebaud à Lyon et Godégisile à Genève.
En 500, les deux frères se battent pour le pouvoir sur l’ensemble du royaume burgonde, et Gondebaud l’emporte. Il règne ainsi seul de 501 à sa mort en 516. Il place également son fils, Sigismond, à Genève. En 516, c’est lui qui récupère le pouvoir et le royaume de son père. Il est ensuite écarté du trône par son frère Godomar III, qui finira par être défait par les Francs en 534, signant ainsi la fin du royaume burgonde.
Parmi les différentes stratégies et lois mises en place pour assurer l’entente entre les Burgondes et les Gallo-Romains, Gondebaud a marqué les mémoires en instaurant la lex Burgundionum, que l’on nomme en français la loi Gombette en hommage à ce roi. Premier recueil de lois d’un roi germanique en Gaule, elle s’inspire beaucoup du droit romain, tout en conservant des mœurs typiquement germaniques. Entre autres, elle contient des dispositions relatives au mariage, à l’héritage, ainsi qu’aux réparations et peines à appliquer lors des procès.
Le conflit opposant Gondebaud à Godégisile en 500 a réduit en cendres une partie de Genève. C’est Sigismond qui fait reconstruire la ville, ainsi que sa cathédrale. Cette dernière constitue les fondements de la cathédrale Saint-Pierre, qui a depuis subit de nombreux agrandissements, reconstructions et réaménagements.
Aussi, tous les noms romands qui finissent par –ens sont des noms burgondes. Ce suffixe, qui signifie propriété de se retrouve encore dans certains noms de communes en Suisse romande, comme Renens ou Cottens. Quant au mot burgonde, il a donné son nom à la Bourgogne.
De plus, en servant de bouclier contre les Alamans, les burgondes ont arrêté l’avancée des Germains en Gaule. Ils ont ainsi préservé à Genève une langue latine, qui deviendra peu à peu le français. Sans les Burgondes, Genève parlerait peut-être allemand aujourd’hui…
Vous voulez connaître l’histoire d’un autre monument?
« Les Burgondes – Interview de Justin Favrod ». RTS Découverte, 18.03.2019. En ligne ici.
Images 1 et 3: Photographies de l’auteure
Image 2 : « Assemblée de gouvernement germanique, d’après un relief de la colonne de Marc Aurèle (193 ap. J.-C.)». Müller-Baden, Emanuel. Bibliothek des allgemeinen und praktischen Wissens, Bd. 2. – Berlin, Leipzig, Wien, Stuttgart: Deutsches Verlaghaus Bong & Co, 1904. Domaine public, Wikipedia Commons.
Image 4: « Sigismond », par Maistre Théodérich de Prague. 1360. Domaine public, Wikipedia Commons.