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Quand William E. Rappard et ses amis fondaient l'internationale néoliberale au Mont-Pèlerin
Le monde est aujourd'hui soumis à la loi du neolibéralisme. Victorieux sur tous les fronts, il a longuement mûri, il y a 50 ou 60 ans, dans les universités de Chicago, Londres et Genève. Un de ses promoteurs fut le professeur William E. Rappard. Histoire courte.
La section d'histoire contemporaine dirigée par Hans Ulrich Jost à l'Université de Lausanne publie une fois l'an "Les Annuelles", recueil de travaux récents proposés par les étudiants et les enseignants de l'institut. Chaque livraison recèle quelque article propre à stimuler la curiosité. C'est le cas, dans le dernier volume, de l'étude de Cécile Pasche et Suzanne Peters intitulée "Les premiers pas de la Société du Mont-Pèlerin ou les dessous chics du néolibéralisme". Elle nous dévoile une étonnante page d'histoire qui s'est déroulée dans la Suisse de l'immédiat après-guerre. Une page d'histoire qui éclaire d'un jour trop vif l'actualité politique, économique et sociale d'une planète soumise à la toute-puissante hégémonie de la pensée néolibérale.
Cela se passe en avril 1947. Il n'y a même pas deux ans que la guerre mondiale est finie. L'Europe sort d'un hiver particulièrement difficile: mi-février, les Etats-Unis ont livré d'urgence 200'000 tonnes de blé à une France encore sujette à la faim. Le climat politique n'est pas bon non plus. En mars, à Moscou, les vainqueurs de Hitler ne parviennent pas à s'accorder sur le futur d'une Allémagne en ruines.
Pourtant, le ler avril, 37 personnes venues d'Europe et d'Amérique prennent à Vevey le funiculaire du Mont-Pèlerin pour gagner l'Hôtel du Parc, un palace début de siècle au confort douillet avec vue sur le Léman, les Alpes et le Jura. Le choix de cet hôtel ne doit rien au hasard: une notabilité genevoise, William E. Rappard, l'a proposé à l'organisateur de la réunion, Friedrich A. von Hayek, avec garantie de tranquillité et de discrétion.
Ces gens sont réunis pour échanger leurs idées sur la politique et l'économie. Dans leur quasi-totalité, les participants à ce colloque de dix jours sont des professeurs d'économie pratiquant à l'université de Chicago, à la London School of Economics ou à l'Institut universitaire des hautes études internationales (IUHEI) de Genève. Quelques philosophes - dont Bertrand de Jouvenel et Karl Popper - se sont mêlés au