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Selon Joseph Gagnon, senior fellow du Peterson Institute for International Economics (fameuse boîte à idées - «think tank» - américaine fondée en 1981 par Fred Bergsten), le cours du franc serait grossièrement sous-évalué, ce qui vaudrait à la Suisse de figurer parmi les vingt pays les plus manipulateurs de leur monnaie.
L'auteur de l'étude se fonde pour étayer sa thèse sur l'état et l'évolution des réserves de change par rapport au produit intérieur brut, ainsi que sur le solde moyen de la balance des paiements courants, toujours en % du PIB. L'idée est simple: si un pays enregistre un fort excédent extérieur en même temps qu'une augmentation rapide de ses réserves de change, c'est la preuve qu'il maintient sa monnaie à un niveau artificiellement bas. Ce qui serait le cas, outre le nôtre, de pays tels que la Chine, la Russie, la Corée, le Japon, le Danemark et j'en passe.
Passons aussi sur les critères retenus, entre autres, pour qualifier d'excessif le niveau de réserves de change des pays incriminés (supérieur à six mois d'importations par exemple) ou celui de leur balance courante. Le Fonds monétaire international avait de son côté, dans son examen annuel de la Suisse, relevé le niveau élevé de l'excédent extérieur (15% du PIB) mais néanmoins estimé que le franc était «légèrement» surévalué, pour juger finalement que la fixation d'un cours plancher par rapport à l'euro était admissible dans les circonstances actuelles. Etant entendu que lorsque ces circonstances (risque important de déflation et de contraction de l'activité) auraient disparu, le franc devrait sans délai recouvrer sa pleine liberté.
En d'autres termes, ce que le FMI avait exprimé à demi-mots, c'est qu'une surévaluation, certes modérée et progressive, mais surévaluation tout de même du franc par rapport à la parité des pouvoirs d'achat était dans l'ordre des choses, compte tenu de la position particulière de la Suisse (dette extérieure inexistante, déficit budgétaire quasi nul, secteur financier proéminent). Seules exceptions à la règle et qui absolvent temporairement, faute d'autres possibilités d'action, d'éventuelles «manipulations» de cours, les pressions intolérables qui s'exercent sur le taux de change lorsque, en temps de crise, le franc devient l'objet de toutes les convoitises et menace de s'envoler vers des hauteurs stratosphériques.
Peu importe à vrai dire de savoir si le franc est sur- ou sousévalué. Ce qui compte en définitive, c'est la capacité de la Suisse à résister aux chocs y compris monétaires, et sa légitimité à recourir à des mesures non conventionnelles lorsque les circonstances l'exigent. Même la Banque centrale européenne, la mieux placée pour en parler, l'a reconnu.