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Les adeptes des médecines complémentaires pensent qu'elles remplacent avantageusement la médecine classique. On nous dit qu'elles s'en prennent aux causes et non aux symptômes. Qu'elles coûtent moins cher et permettent donc de faire des économies. Mais je trouve que ces arguments ne tiennent pas.
1) Les médecines complémentaires coûtent moins cher.
Oui. Ca c'est un fait. Mais moins cher que quoi ? Peut-on se permettre de comparer un traitement qui s'attaque au mal de dos ou à des alergies bénignes avec une opération chirurgicale ? Avec une trithérapie ? Avec un scanner ? En réalité, je ne pense pas que les médecines complémentaires traitent des problèmes qui nécessitent une action médicale urgente. Pour reprendre l'exemple du mal de dos, qu'un rebouteux peut sans doute soulager, il suffit presque toujours de reprendre une activité physique régulière pour le voir disparaître. Des problèmes gastriques ? Mangez plus équilibré et, à moins d'un réel problème médical tel qu'un ulcère qui nécessitera peut-être une opération, vous devriez vous sentir mieux.
Les défenseurs de ce type de pratiques disent ne jamais aller chez le médecin. Très bien. Moi non plus. Quand on est en bonne santé, on n'a aucune raison d'aller chez le médecin. Je n'y vais pas non plus pour une simple grippe, car je suis capable de payer mon Néocitran moi-même ! Si toutes les personnes en bonne santé avaient un peu de bon sens, Pascal Couchepin n'envisagerait pas de mesures servant à punir les gens qui abusent de la médecine et qui finalement punissent aussi ceux qui ont réellement besoin de la médecine. L'assurance de base devrait être réservée au payement de longs et coûteux traitements et pas au payement de n'importe quel petit médicament qu'on peut se procurer en automédication.
Il semble ainsi qu'une partie de la population souhaite le remboursement de ses traitements complémentaires, parce qu'elle n'est pas concernée par la médecine classique et doit ainsi ajouter les frais médicaux complémentaires aux primes de l'assurance maladie. Mais il s'agit là d'une incompréhension du rôle de l'assurance maladie obligatoire. Cette dernière a été créée pour s'assurer que tout le monde, quelque soit son niveau de vie, puisse accéder à des soins médicaux de qualité. Il serait par exemple immoral qu'une personne soit contrainte de refuser une opération à coeur ouvert parce qu'elle est trop chère ! Et toute personne en bonne santé qui pense payer pour rien ses primes de caisse maladie, sera sans doute contente d'avoir cette assurance à sa disposition le jour où elle aura besoin de véritables soins médicaux. Alors, les frais peuvent rapidement monter à plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de francs. Et dans ces cas-là, il n'existe aucune forme de médecine alternative pour remplacer ces soins de manière efficace...
Bref, je pense que dans la plupart des cas, les gens s'adressent à la médecine complémentaire parce qu'ils n'ont pas de raison de s'adresser à la médecine classique. Et lorsqu'ils y font appel pour de réels problèmes médicaux, la grande majorité d'entre eux le font en association avec un traitement classique, sans en avertir le médecin puisque celui-ci y serait souvent opposé. Difficile dans ce cas de juger de l'apport réel à la guérison de ces pratiques. Et pire : je ne pense pas que le remboursement des médecines complémentaires va inciter les assurés à choisir plus souvent ce type de pratiques. En effet, une personne ayant réellement besoin d'un suivi médical ne va quasiment jamais préférer un traitement alternatif et même si elle le faisait, le praticien, s'il est consciencieux, conseillera la consultation d'un médecin classique en parallèle dans ce cas. Et si cette personne consulte un praticien d'une médecine complémentaire pour un problème ne nécessitant pas d'assistance médicale particulière, il ne sera pas plus encouragé qu'aujourd'hui à choisir la médecine complémentaire, car la franchise impose qu'il devra continuer à payer intégralement pour ce traitement. Et finalement, je pense que le coût de la médecine va encore augmenter au lieu de diminuer comme les défenseurs de l'initiative le promettent.
2) Les traitements de la médecine complémentaire soignent les causes et non les symptômes.
Il est sans doute vrai que, pour le traitement de toute une gamme de petits bobos, la médecine complémentaire fait mieux que la médecine classique. Mais il faut tout simplement se rendre compte que le but de la médecine classique est différent. Là où la médecine classique soigne de réelles maladies, les médecines complémentaires s'attachent plus à la restauration d'un équilibre biologique. Certes, l'utilité de ce type de soins n'est pas à démontrer puisqu'elle améliore sans doute le bien-être d'une personne. Mais est-ce une raison de les faire prendre en charge par l'assurance maladie de base ? Cela présuposerait que l'assurance maladie sert à assurer le bien-être de l'individu. Ca n'est pas mon opinion.
Dire de la médecine classique qu'elle ne traite que les symptômes est par contre un mensonge grossier. C'est sans doute vrai dans le traitements de rhumes ou autres grippes bénignes qui ne nécessitent de toute manière aucun traitement pour être soignés, le corps de la grande majorité des gens étant suffisamment armé pour se défendre seul. Mais dans le cas de maladies plus graves, c'est absolument faux. Est-ce qu'une chimiothérapie par exemple ne s'attaque qu'aux symptômes du cancer ? Non, elle soigne la maladie. Et dans le meilleur des cas définitivement. Je ne pense pas qu'une seule technique médicale complémentaire puisse en dire autant. D'ailleurs, je ne suis pas certain que ceux qui affirment que ce genre de traitements a trop d'effets secondaires et est trop néfaste refuseront de le suivre le jour où ils en auront besoin et se tourneront alors vers un traitement naturel ou homéopathique par exemple.
Finalement, on s'aperçoit que ce débat est plus profond qu'il n'y paraît de prime abord, puisqu'il ne porte pas seulement sur la prise en charge ou non de certains traitements, mais oppose surtout deux conceptions de l'assurance maladie obligatoire. Il y a d'un côté ceux qui pensent que l'assurance doit couvrir les risques majeurs et permettre à chacun d'accéder aux meilleurs traitements dans les cas graves, quelque soit leur niveau de vie, et de l'autre ceux qui veulent que l'assurance maladie couvre tous leurs moindres besoins en matière de soins médicaux. Et ces derniers semblent ainsi oublier la raison qui a conduit à adopter une assurance obligatoire. Et le changement qu'il réclament risque de coûter si cher que s'ils en étaient conscients, ils le refuseraient d'eux-mêmes.