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"Les pays en développement doivent mettre en place des systèmes relativement informels, qui contrastent avec le "mainstream" qui vient du Nord par des questions d'infrastructure" Octavio Kulesz
En préparation de la table ronde du samedi 30 avril 2011, première partie de notre entretien avec Octavio Kulesz, de l'Alliance Internationale des Editeurs Indépendants, qui va publier une étude sur l'édition numérique dans les pays en développement.
Frédéric Kaplan : Vous allez publier une étude sur l'édition numérique dans les pays en développement, comment est né ce projet ?
Octavio Kulesz : Le projet est né de la collaboration entre l'Alliance Internationale des Editeurs Indépendants et la Fondation Prince Claus (Pays Bas). En septembre 2010 ces deux organismes ont fait un appel pour mener une recherche sur l'édition numérique dans le Sud. En octobre mon projet fut choisi, ce qui signifia pour moi une occasion privilégiée d'échanger des idées avec des collègues de l'Amérique Latine, l'Afrique, le Moyen Orient, la Russie, l'Inde et la Chine. Toutes ces perspectives ont été inclues dans un rapport qui sera bientôt en ligne (en espagnol, français et anglais) et qui permettra aux lecteurs de contribuer avec de nouvelles informations et points de vue.
Frédéric Kaplan : Quels sont aujourd'hui les différents visages de la lecture numérique dans les pays en développement ? Il y a-t-il de grandes différences entre les pays ?
Octavio Kulesz : Il y a de différences considérables mais en même temps certaines ressemblances qui sont très intéressantes. C'est évident que pour un petit éditeur libanais ou bolivien l'appropriation des nouvelles technologies ne pourra être la même que pour une plateforme chinoise qui, comme Shanda, a plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs. Il y a des différences d'echelle et aussi des différences dans la façon où chaque culture utilise les outils. En Amérique Latine, par exemple, la pénétration d'Internet fixe de haut débit est assez élevée, ce qui a fait que les téléphones mobiles comme plateforme d'édition soient moins séduisants; par contre, dans d'autres régions (surtout l'Afrique subsaharienne et l'Inde), les mobiles représentent un opportunité extraordinaire, puisqu'il s'agit du seul réseau qui est "déjà là".
Par rapport aux ressemblances, il est clair que tous les pays en développement se rapprochent les uns des autres dans la mesure où ils doivent mettre en place des systèmes relativement informels, qui contrastent avec le "mainstream" qui vient du Nord (Kindle, iPad, etc.), par des questions d'infrastructure. Les problèmes et les opportunités sont ainsi similaires dans plusieurs régions. De cette manière, des projets de distribution de textes littéraires pour des téléphones mobiles en Afrique du Sud peuvent être d'énorme utilité pour des entrepreneurs du Maghreb, ou les expériences d'impression à la demande au Brésil et en Argentine (pays de grandes dimensions) peuvent aider les éditeurs russes, et vice versa.