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Chacun des voyages des papes a ses particularités, dépendant de l’occasion qui l’a motivé ou de son objectif, et se déroule différemment en fonction du temps et des forces dont dispose le pape, et du contexte religieux et politique du pays visité. Au cours de son très long pontificat, Jean-Paul II, alors qu’il jouissait encore d’une vigueur et d’une force physique extraordinaires, a cherché à faire de vraies «visites pastorales» dans un grand nombre de pays; il est le seul à avoir fait un séjour de plusieurs jours en Suisse (12-17 juin 1984), ralliant quatorze localités dans diverses parties du pays et plusieurs diocèses, s’entretenant avec le Conseil fédéral et avec la Conférence des évêques, à Lohn et à Einsiedeln. On se souvient aussi de l’effort émouvant qu’il fit, alors qu’il était parvenu à la limite de ses forces, pour consacrer aux jeunes de Suisse l’avant-dernier de ses 104 voyages hors d’Italie, en 2004 à Berne.
Genève avait aussi été la destination de Paul VI, le 10 juin 1969, à l’occasion du 50e anniversaire de l’Organisation mondiale du travail (OIT); mais il visita également le Centre du Conseil œcuménique des Églises. C’était alors le 5e voyage d’un pape à l’étranger dans l’histoire contemporaine. Jean-Paul II avait l’intention de se rendre à nouveau dans cette ville en 1981, à l’invitation de l’OIT, mais l’attentat dont il fut la cible et ses conséquences l’obligèrent à reporter sa visite d’une année; elle eut lieu le 15 juin 1982 et, à cette occasion, il visita également le Comité international de la Croix-Rouge, le CERN et des représentants des organisations catholiques internationales. Deux ans plus tard (le 12 juin 1984), au cours du grand voyage pastoral mentionné ci-dessus, il se rendit au Conseil œcuménique des Églises (COE) et à l’Institut œcuménique de Bossey.
François et l’unité des Églises
C’est donc maintenant au tour de François. Il est invité à Genève à l’occasion du 70e anniversaire du COE, auquel il attache une grande importance en raison des relations multiples que l’Église catholique entretient avec cette institution, surtout au travers du Conseil pour l’unité des chrétiens. Ce Conseil, ne l’oublions pas, est présidé par Kurt Koch, ancien archevêque de Bâle et seul cardinal suisse âgé de moins de 80 ans qui, naturellement, sera du voyage.
Le pape François a souhaité que le but essentiellement œcuménique de son déplacement genevois soit clair, selon sa propre définition: un pèlerinage œcuménique, pour remercier Dieu de ce que le COE a accompli au service de l’unité des Églises. Ainsi, outre la prière et la rencontre au Centre du COE, il se rendra à l’Institut d’études œcuméniques de Bossey, émanation du COE, avec lequel de nombreux contacts et coopérations existent du côté catholique. Sur la belle médaille commémorative du voyage frappée par le Saint-Siège, une représentation du château de Bossey est surmontée de l’inscription latine: Ire Orare Una Operari. Oecumenica Peregrinatio (Cheminer, Prier, Travailler ensemble. Pèlerinage œcuménique). Le séjour étant limité a une seule journée, le temps ne permettra pas cette fois de visite à d’autres institutions internationales présentes à Genève, comme l’Organisation internationale du travail, même si elles sont importante et appréciées du pape pour leur service. Cependant, rien n’empêche d’espérer d’autres visites à Genève à l’avenir.
Le choix cette fois s’est donc porté sur l’œcuménisme. À cet égard, François a donné ces dernières années plusieurs impulsions importantes, notamment en 2016, lors de son voyage à Lund, en Suède, pour la commémoration des 500 ans de la Réforme luthérienne, au cours duquel une relation forte s’est instaurée avec le pasteur Alav Fykse Tveit, secrétaire général du COE. On mentionnera aussi ses rapports fraternels avec le patriarche Bartholomée de Constantinople, sa rencontre avec Kyrill, patriarche de Moscou, sa visite aux Vaudois du Piémont, à Turin, ses amitiés personnelles avec des pasteurs évangéliques de la mouvance pentecôtiste, ses bons rapports avec les anglicans, etc. Parmi les diverses dimensions de l’engagement commun des chrétiens, François voue une attention particulière aux efforts en faveur de la paix et de la sauvegarde de la création, au soutien des chrétiens persécutés et vivant dans des situations difficiles au Moyen-Orient, etc.
Sur le plan diplomatique
Le pape, à côté de son office de pasteur, est aussi une autorité reconnue au niveau international, en tant que chef du Saint-Siège et du petit État de la Cité du Vatican. Le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques avec 183 États dans le monde, représentés par des ambassadeurs accrédités ; les nonces pontificaux le représentent à leur tour auprès d’eux. C’est également le cas pour la Suisse dont les relations diplomatiques avec le Saint-Siège, normalisées en 1989, se sont développées (avec l’accréditation d’un «ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire») à l’occasion du voyage de Jean-Paul II en 2004.
On n’oubliera pas non plus que la présence historique de la Garde suisse du Vatican favorise les rapports et les visites fréquentes de personnalités suisses à Rome, raison pour laquelle son Commandant fera partie de la délégation entourant le pape, à titre honorifique et non pas avec des fonctions liées à la sécurité. En outre, une représentation pontificale permanente réside à Genève, très active auprès de l’Office des Nations Unies, de ses institutions spécialisées et des autres organisations internationales qui ont leur siège dans cette ville (Organisation mondiale du commerce, Office international pour les migrations).
Un voyage du pape hors du Vatican et d’Italie implique donc une planification au niveau «diplomatique» et un certain nombre d’engagements protocolaires. On ne saurait les considérer seulement comme purement formels, car le pape se sent proche de tous les peuples et responsable de ce qui leur est bénéfique, ainsi que des grandes valeurs que sont l’amitié entre les peuples et la paix. On se souviendra aussi que la visite d’un pape comprend toujours un engagement considérable des autorités locales chargées de résoudre une vaste série de questions liées à la logistique et à la sécurité (ce qui n’est pas la moindre des choses), éléments essentiels pour garantir un déroulement serein et positif de l’évènement. C’est là un aspect important de cette préparation, qui exige une coopération cordiale entre les responsables des administrations locales, les représentants du Vatican, sous la conduite des nonces, ainsi que ceux des Églises locales. Dans le cas de ce voyage en Suisse, ces contacts doivent avoir lieu à divers niveaux: non seulement celui de la Confédération, mais aussi ceux des cantons de Genève et de Vaud, sur le territoire duquel se trouve Bossey. Mais c’est toujours la volonté de collaborer qui est déterminante, et pour ce voyage, elle s’est constamment manifestée pleinement, de la part de tous.
On comprend bien que le pape ne se rend jamais dans un pays sans y avoir été invité, notamment par les autorités de cet État. Il est donc normal qu’à son arrivée sur le territoire de la Confédération suisse il soit accueilli chaleureusement par le président et s’entretienne au moins une fois avec lui en privé. Bien souvent, lors de voyages dont le programme est chargé, de tels entretiens ne vont pas au-delà des contacts de courtoisie, sans ordre du jour spécifique de caractère politique et diplomatique. Ils restent néanmoins importants, surtout pour quelqu’un qui, comme le pape François, est si désireux de rechercher les rencontres personnelles pleines de spontanéité, d’humanité et de cordialité, ce qui correspond à cette «culture de la rencontre» dont il parle fréquemment.
Rencontre avec les catholiques
Comme le pape est le pasteur universel de l’Église catholique, chacun de ses déplacements comporte nécessairement une rencontre avec la communauté catholique. La préparation d’un voyage implique donc toujours la Conférence épiscopale du pays visité, qui se réjouit de la venue du pape et l’invite officiellement, elle aussi, en faisant connaître, dans le cadre de l’organisation, ses propositions et ses attentes relatives à la participation de la communauté locale ou nationale. Le moment culminant de la rencontre avec les catholiques est presque toujours, dans la mesure du possible, la célébration de l’eucharistie. Ce fut le cas à Genève au parc de la Grange, avec Paul VI, et au palais des expositions, avec Jean-Paul II. De même, lorsque le pape François s’est rendu à Lund, en Suède, pour la commémoration des 500 ans de la Réforme luthérienne, il a prolongé d’un jour son séjour dans ce pays parce qu’il tenait à célébrer l’eucharistie avec les catholiques présents en Suède.
Au nombre des nombreux préparatifs et repérages précédant un voyage du pape, même de brève durée, on tient donc toujours compte de ceux touchant les aspects liés à la célébration et à la liturgie. Ainsi les personnes chargées des célébrations pontificales collaborent étroitement avec les liturgistes locaux, afin d’assurer des célébrations dignes, festives, participatives et ferventes, pour que tous puissent s’y sentir à l’aise. La célébration eucharistique que François présidera à Genève à Palexpo aura un caractère «national», à la demande de la Conférence épiscopale. C’est dire qu’il s’agira d’une rencontre qui ne se limitera pas aux catholiques du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, mais concernera l’ensemble du pays. Le fait que le logo du voyage ne comporte qu’un seul élément coloré, le drapeau suisse, signifie ce caractère national.
La messe du pape affiche complet, avec 41’000 personnes inscrites. Nous souhaitons que le charisme de communication directe et spontanée du pape François touche le cœur des fidèles présents, afin que jaillisse l’étincelle d’une rencontre chaleureuse et profonde entre un pape venu «du bout du monde» et le catholicisme suisse, dans la richesse de ses diverses composantes historiques et linguistiques, locales, internationales et celles issues de la migration, sous le signe de l’accueil réciproque et du service pour la paix, au niveau local et dans le monde entier.
traduction Claire Chimelli