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L'envoûtement de la diva Maria Callas surgit avec éclat dans le documentaire que lui consacre Tom Volf.
La grande diversité d'archives mobilisées (émissions télévisuelles, films Super 8, enregistrements) construit le portrait d'une Callas aux visages multiples, suggérant ainsi un regard peut-être plus juste sur celle-ci, un regard que les contradictions n'effraient pas. Jouant de cette variété de sources, Tom Volf crée, par le montage, des jeux de perspectives. A son magnétisme fascinant - exercé aussi bien par sa voix divine, son regard intense, son sourire éclatant - se juxtapose, dès que nous parvenons au début de l'année 1958, une facette jusqu'alors insoupçonnée et relayée par les médias: celle d'une diva tempétueuse, avec qui il semble difficile, voire impossible, de collaborer. Bien que le film n'explore pas cet aspect plus en profondeur (car c’est son témoignage à elle qui demeure central), il pointe en creux la présence d'un hors champ, d'une incomplétude de la représentation qui nous est offerte. Ainsi, Maria By Callas ne se veut pas un portrait exhaustif de la chanteuse d'opéra.
De manière très touchante également, le montage, tout en suivant une présentation chronologique de sa vie, produit des effets de dissension entre les espoirs de l'artiste et le déroulement effectif des événements. Ayant une relation amoureuse depuis plusieurs années avec Aristote Onassis, elle lui écrit une magnifique lettre témoignant des sentiments qu’elle éprouve à son égard et de son espoir quant à leur éternelle réciprocité. Dans la séquence suivante, nous apprenons en même temps qu'elle, par les journaux, le mariage de ce dernier avec Jackie Kennedy.
En adéquation avec cette forme qui articule plusieurs archives, Maria Callas tente également de combiner vie professionnelle et vie privée. Là aussi, les contradictions ne manquent pas. Dans un même entretien, découpé en plusieurs séquences et intervenant à des moments différents dans le documentaire, elle affirme une chose et son contraire: elle regrette d'abord de n'avoir pu vivre plus intensément sa vie et soutient ensuite qu’elle emprunterait le même chemin s’il était à refaire. Ces deux pôles semblent pourtant interdépendants: comme elle le dit elle-même, c'est le même fond spirituel qui unit ses deux personnalités (publique et privée). Serait-elle alors cette diva de l'opéra si elle n'était pas par ailleurs cette femme intelligente, sensible et désirant vivre intensément? Et, inversement, pourrait-elle vivre sa vie si passionnément, lorsqu'elle met sa carrière entre parenthèses, si elle ne savait pas qu'elle sacrifiait à ce moment-là ce pour quoi elle s'est destinée? Femme admirable, déboussolée, volcanique, passionnée, Maria Callas est tout cela à la fois... Voici un très bel hommage qui fait revivre, par ses chants célestes notamment, quarante ans après sa mort, ce personnage fascinant.
Sabrina Schwob
|Nom||Notes|
|Sabrina Schwob||18|
|Georges Blanc||17|
|Adèle Morerod||10|