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Lors de sa création, la Schweizerische Gemeinnützige Gesellschaft / Société suisse d’utilité publique se considère comme l’héritière de la Société helvétique. Ses objectifs s’inspirent des Lumières et du patriotisme. Elle a comme modèle la « Gesellschaft für das Gute und Gemeinnützige Basel », créée en 1777 à Bâle. Au centre de ses préoccupations est placé le bien commun et, au cours des premières décennies de son existence, elle se concentre notamment sur la lutte contre la pauvreté et la promotion de l’instruction, de l’éducation et du progrès économique. D’esprit libéral, les membres de la SSUP – issus de milieux tant protestants que catholiques – œuvrent pour un forum de discussions ouvertes sur des réformes, où se réunissent les élites politiques, économiques et spirituelles-religieuses du pays. De ce fait, ces membres favorisent l’intégration nationale et soutiennent l’État fédéral.
À partir de 1823
À partir de 1823, les assemblées générales de la SSUP constituent un cadre assimilable aux actuels laboratoires d’idées, où sont débattus des dossiers concrets préparés par des membres s’appuyant sur des faits réels. Les exposés sociopolitiques présentés et les contributions versées aux débats sont consignés et publiés dans les “Verhandlungen” de la SSUP, et, à partir de 1862, dans la “Revue” de la SSUP. Si la mise en œuvre des idées et projets développés grâce aux débats est d’abord laissée à l’initiative d’acteurs locaux, la SSUP commence à se lancer dans des activités pratiques propres à partir de 1830.
Lors de l’assemblée générale de 1823, Johann Caspar Zellweger propose officiellement de combattre la pauvreté par la formation et de promouvoir parallèlement savoir, moralité et morale. L’école est un sujet longuement débattu au sein de la SSUP qui ouvre la voie à la réforme scolaire libérale, laquelle fait son chemin à travers la Suisse entière à partir des années 1830. En 1835, la SSUP crée une commission pour l’éducation des pauvres, laquelle se consacre à la formation de «formateurs de pauvres». Au milieu des années 1850, grâce à un important legs, la SSUP est en mesure de faire construire le premier institut de formation d’enseignants (école normale) dans le canton de Schwyz.
Dès 1828
La SSUP prend l’habitude d’organiser ses assemblées annuelles en différents endroits du pays, afin de renforcer les liens existants, de développer d’autres relations et de conforter ainsi la cohésion nationale. Dans les années 1840, politiquement mouvementées, la SSUP œuvre pour la paix et fait progresser l’esprit humanitaire; elle fournit un cadre à l’intérieur duquel les adversaires politiques recourent au dialogue afin de trouver des solutions. Au tournant du 3e millénaire, la SSUP s’engage en faveur de l’institution de la «Fondation Suisse solidaire», se chargeant même de diriger la campagne de votation y relative. Par principe, la SSUP favorise des projets servant la cohésion nationale et l’échange entre les régions linguistiques. La première action officielle de la SSUP remonte à 1834 lorsqu’elle coordonne la collecte de fonds pour les victimes d’une catastrophe provoquée par des intempéries dans les Préalpes.
En 1859, par l’acquisition de la prairie du Grütli et son don subséquent à la Confédération, la SSUP se forge une notoriété nationale durable. Au 19e siècle, la SSUP institue et gère des établissements d’éducation et de redressement (écoles spécialisées); elle fait la promotion de la formation professionnelle, de l’instruction de la population en matière de santé et d’alimentation et elle s’engage dans la lutte contre l’alcoolisme et la dépendance aux jeux de hasard. En 1901, la SSUP initie la création du fonds de secours pour les dommages non assurables causés par des forces naturelles.
Milieu du 19e siècle
La SSUP reçoit de plus en plus de dons et de legs. Grâce à ces fonds, la fortune administrée par l’association augmente continuellement au 20e siècle, passant de CHF 180 000 en 1910 à CHF 5,7 millions en 1980 et à CHF 63 millions en 2009. Ainsi, la SSUP est en mesure de faire de l’octroi de subventions et d’aides individuelles ponctuelles l’une de ses principales missions. Parallèlement, les structures de l’État social se développent, et les nouvelles forces réformatrices à orientation socialiste ne s’intègrent pas suffisamment au sein de la SSUP, ce qui conduit à l’essoufflement de l’influence politique jadis exercée par cette «pépinière d’idées» attachée aux valeurs conservatrices, libérale de par ses convictions économiques et critique envers l’État social.
Au 20e siècle, création de plusieurs organisations
La SSUP est à l’origine de la création de plusieurs organisations de bienfaisance privées :
Pro Juventute en 1912, Pro Senectute en 1917, la Fondation suisse d’encouragement à la réalisation de maisons de commune et de salles de réunion en 1918 et Pro Mente Sana en 1978. En initiant et soutenant des congrès et par l’instauration d’un secrétariat professionnel, la SSUP contribue à la concertation dans la politique familiale (Commission pour la protection de la famille en 1931, Pro Familia en 1942), à la coordination d’organisations caritatives privées et à la professionnalisation du travail social. En 1932, elle initie la Conférence nationale suisse de l’action sociale, laquelle coordonne l’aide aux réfugiés dans un premier temps; suivent, en 1942, l’Aide Suisse aux Montagnards et, en 1934, le Bureau central des œuvres de bienfaisance (l’actuel ZEWO).
Dans les années 1990, la SSUP prend une nouvelle orientation, consacrant plus d’attention à la promotion du bénévolat.