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Le système éducatif en Corée du Sud, l’excellence a un prix
En 2009, le système éducatif en Corée du Sud obtenait le « Saint Graal » des récompenses en caracolant en tête de l’étude PISA.
C’était une véritable consécration pour un pays qui cultive l’élitisme.
Mais si l’on se penche quelque peu sur le système éducatif de la Corée du Sud, un certain nombre de paramètres mériterait d’être quelque peu explicités :
Il existe une école publique gratuite qui suit environ les horaires standards des autres pays à savoir de 8h à midi le matin et de 13h à 16h l’après-midi. Le port de l’uniforme est requis et chaque école possède son propre habillement.
A l’école primaire de 7 à 13 ans, en général un seul enseignant suit tous ses élèves dans toutes les branches.
Au collège, de 13 à 16 ans la plurimagistralité apparait avec un enseignant pour chaque matière.
Le Lycée continuera dans la lignée du collège jusqu’à l’âge de 18 ans où les élèves passeront l’examen le plus important de leur vie dans l’espoir de rejoindre SKY (acronyme utilisé pour désigner les 3 plus prestigieuses universités : Séoul, Korea et Yonsei). Des concours d’entrées vont effectuer une sélection impitoyable des élèves après leur diplôme.
Les titres universitaires plus importants que l’expérience professionnelle
Le système éducatif en Corée du Sud fait que les titres décernés par les universités sont valorisés à outrance et sont bien plus recherchés par les employeurs que l’expérience professionnelle.
Les parents se retrouvent pris dans un cruel dilemme où ils devront choisir le meilleur avenir pour leur progéniture. Accepter que leurs enfants vivent une jeunesse « normale » et puissent profiter de moments après l’école pour se reposer ou avoir du temps libre ou alors inscrire leurs enfants dans un Hagwon, une école privée qui va les préparer à réussir brillamment leurs examens pour espérer rejoindre une université prestigieuse.
Près de 80% des enfants « ont choisi » de mener cette double vie afin de s’adapter aux exigences du système éducatif de la Corée du Sud. Nous sommes encore bien loin de la Finlande où l’enfant est d’abord considéré comme un enfant avant d’être un élève.
Un des premières questions qu’un Européen pourrait se poser serait la suivante :
Pourquoi les parents infligent-ils ceci à leurs enfants ?
La réponse n’est semble-t-il pas un manque d’amour mais peut-être bien un excès. Les parents sont devenus les otages privilégiés d’une société à deux vitesses.
Soit les parents parviennent à financer ces multiples structures privées, soit ils vont priver leurs enfants d’un avenir prometteur ou du moins leur fermer un certain nombre d’opportunités professionnelles.
En Corée il est devenu presque impossible de décrocher un travail prestigieux si l’on ne sort pas d’une grande université. Les concours d’entrée sont très sélectifs et seule une élite peut espérer les intégrer.
Après ces études que l’on pourrait qualifier de spartiates, force est de reconnaître que le niveau des étudiants est phénoménal. Mais comme dans toutes les sociétés, la culture de l’élitisme a un prix :
Le taux de suicide en Corée était en 2012 plus de trois fois supérieur à la moyenne de l’OCDE, ce qui montre bien la pression exercée sur les habitants.
Le Hagwon, le secret le mieux gardé de Gangnam
Mais intéressons-nous au quartier de Gangnam, un des quartiers les plus riches de Séoul rendu célèbre par le tube du chanteur Psy.
Un des secrets les mieux gardés des mamans de ce quartier est sans nulle doute l’adresse de leur « hagwon ».
Les hagwon sont des académies privées où les enfants vont étudier après les heures d’école jusqu’à parfois tard dans la nuit. En 2012 les Coréens ont dépensé 50 milliards de dollars en éducation privée, ce qui est une somme astronomique.
Du reste les enseignants à succès sont considérés comme de vraies rock stars et touchent parfois des salaires mirobolants. En revanche les enseignants des hagwons ne comptent par leurs heures et travaillent comme des forçats et subissent une pression folle. Certains enseignants abandonnent même l’idée d’enseigner dans ces écoles prestigieuses.
Ils doivent par exemple enseigner plus de 30 heures par semaines, ce qui ne leur laisse pas le temps de préparer des cours adaptés et d’assurer un suivi convenable des élèves. De plus tout leur enseignement est basé sur la préparation aux tests et l’apprentissage par cœur des toutes les notions qui risqueraient d’être testée. Donc malgré des conditions d’enseignement la pointe de la technologie, l’enseignement est répétitif et très contraignant.
Ils ont en moyenne 2 semaines de vacances par année et ne choisissent pas quand les prendre. Les enseignants finissent usés psychologiquement.
La pression qu’ils doivent faire subir aux élèves pour les pousser sans relâches à obtenir de meilleurs résultats est assez difficile à gérer du point de vue émotionnel. En effet, nombreux sont les étudiants qui fondent en larme et ne gèrent pas une telle situation et les enseignants font office de bourreaux.
De plus à la manière d’un entraîneur de foot, si les résultats des élèves ne sont pas à la hauteur des espérances des parents, il n’est pas rare de les voir demander le changement de professeur et de l’obtenir.
Donc même si le salaire peut sembler plus intéressant, la sécurité de l’emploi est une douce utopie.
Des journées interminables
Pourtant le responsable de ce mal-être n’est ni l’école publique qui fait sont possible avec les moyens qu’elle a disposition ni les 100 000 hagwons qui ont ouverts en Corée et qui font travailler les étudiants jusqu’à la tombée de la nuit, mais bien ces doubles journées.
Une journée d’un étudiant type commence à 6h30 le matin parfois plus tôt.
L’école publique commence autour de 8h et se termine autour de 15h.
Il s’ensuit une période de révision « libre », puis le départ pour le Hagwon.
De 18h à 23 h, les étudiants étudient sans relâches pour parfaire leurs connaissances avec pour seul et unique but de pouvoir réussir leur examen d’entrée. Ils luttent difficilement contre le sommeil et il existe même des tables où les étudiants vont travailler debout afin de ne pas s’endormir.
Depuis quelques temps le gouvernement coréen a instauré un couvre-feu à 22h pour éviter que les enfants ne se tuent à la tâche en étudiant toute la nuit. Depuis, certains établissements cherchent à contourner cette interdiction avec l’aval des parents en déplaçant les enfants dans des endroits avec des vitres obturées afin d’éviter de se faire pincer par la police.
Cette course à la performance commence parfois très tôt et certains hagwons ouvrent leurs portes dès l’âge de 4 ans. Les exigences des parents sont sans cesse plus grandes et la farouche compétition entre les écoles privées les pousse à proposer de plus en plus de service. Parfois les parents reçoivent plus de 100 messages, avec photos de leurs enfants en plein travail avec bien évidement un rapport quotidien attestant des progrès des élèves.
Les médecins et psychologues s’inquiètent de la situation car la plupart des enfants ont des interactions sociales quasi inexistantes ainsi que des problèmes de sédentarité très importants.
Malgré toutes les mises en garde, les parents continuent à dépenser parfois plus de 1000 dollars par mois en allant jusqu’à s’endetter afin de permettre à leurs enfants l’accès aux plus grandes universités.
Le problème semble pour le moment insoluble car les principaux employeurs proposent environ 100 000 nouvelles places de travail par année alors qu’il y 400 000 diplômés qui sortent des universités. Il est dès lors assez facile de s’imaginer de quelle manière va s’opérer la sélection.
Et vous? Comment voyez-vous l’enseignement? Partagez votre vision en laissant un commentaire ci-dessous.