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Michel Mégard, de Genève,
est «objecteur de conscience»
envers l'assurance-maladie.
Nous publions ici une partie de sa
réflexion, résumée par nos soins.
On peut lire son manifeste entier sur
son site web: ww.megard.ch/sante
(…) Je ne prétends pas détenir la vérité. La plupart des professionnels de la santé sont respectueux de leurs patients et ne veulent que leur bien. Je ne jette la pierre à personne en particulier, je suis reconnaissant pour tous les efforts qui sont faits.
Simplement, année après année, le malaise a grandi en moi; sentiment de tristesse et d'impuissance. Parce que je ne veux plus être complice d'un tel système, d'un tel gâchis. Parce que je ne peux plus concilier avec mes valeurs le paiement de primes à l'assurance-maladie obligatoire. Je me sens contraint à faire acte d'objection de conscience; je refuse de m'affilier à une caisse-maladie et de payer les primes.
Ce refus, par sa contribution à une nécessaire prise de conscience, est pour moi un acte de solidarité avec chacune et chacun. Je sais que cette attitude est difficile à comprendre car nous avons intégré ceci: «l'assurance maladie permet la solidarité et les recherches». En oubliant cela: «la santé ne s'achète pas».
Il y a deux gros mensonges. Le premier consiste à affirmer que les primes permettent la recherche médicale. En fait, l'essentiel va à la publicité, au renouvellement abusif des brevets et à la rétribution des actionnaires. La recherche est concentrée sur les médicaments destinés aux riches, les maladies les plus largement répandues sont délaissées car non rentables.
Le second mensonge concerne la solidarité. Voyez le film documentaire de Michael Moore : Sicko (2007). Voyez la situation en Suisse, où les compagnies d'assurance peuvent interrompre le remboursement des factures de soins lorsque les primes ne sont pas payées: 90'000 cas en 2006. Combien aujourd'hui? Les primes sont si élevées que de nombreuses personnes ne peuvent les payer; toujours en 2006, les assureurs ont engagé des poursuites contre 5,6% des assurés.
Ivan Illich a critiqué les institutions industrielles et en particulier le système de santé dans Némésis médicale (1975). Il révèle que le système médical n'améliore pas l'espérance de vie et n'a que peu d'effet sur la morbidité. Les deux «mensonges» mentionnés ci-dessus s'inscrivent globalement à ce niveau de raisonnement.
Cependant, dans les années 1990, Illich modifie son propos et affirme que «la recherche de la santé est devenue le facteur pathogène prédominant». Il écrit que «les symptômes que la médecine moderne s'efforce de traiter n'ont guère de rapport avec l'état de notre corps; ils sont, bien davantage, les signes des préjugés et des désordres propres aux façons modernes de travailler, de se distraire, de vivre. (…) J'invite chacun à détourner son regard, ses pensées, de la poursuite de la santé, et à cultiver l'art de vivre. Et, tout aussi importants aujourd'hui, l'art de souffrir, l'art de mourir».
Mon objection s'inscrit dans cette recherche d'une médecine globale respectueuse de chaque histoire de vie. Je constate que les primes des assurances-maladie contribuent à pérenniser et à développer un système nocif. La décision de refuser de payer ces primes signifie que je renonce à l'assistance qui y est liée. Je ne veux pas de traitement lourd et refuse la plupart des soins couverts par l'assurance de base. Seuls les soignants considérant l'être humain comme un tout me donnent confiance, mais ces praticiens et leurs méthodes sont quasiment tous exclus du «système de santé» actuel. Le message à faire passer concerne la «confiance en la Vie», que d'autres ont su mieux que moi exprimer.
Le mensonge trotte en carrosse, là où la vérité va pieds nus.
Dicts de Savoie