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L'annulation totale des entraînements et des compétitions en raison de la pandémie du coronavirus est comme une blessure pour les athlètes, dit la psychologue du sport Romana Feldmann. Que se passe-t-il ensuite ?
La psychologue Romana Feldmann travaille depuis plus de dix ans en tant qu'indépendante et s'occupe des para-athlètes. La psychologue compare le confinement à une blessure car tout comme pour une blessures les athlètes n'auraient pas pu se préparer à l'arrêt des compétitions : "C'est un cocktail émotionnel similaire : d'abord ne pas vouloir y croire, puis être en colère, puis être triste et enfin regarder vers l'avenir. Avec une différence : quand on est blessé, on est seul. La pandémie touche tout le monde.
Retour à la vie quotidienne
Les para-athlètes regardent désormais vers l'avenir. Certains ont déjà de nouveaux objectifs, d'autres ont de nouveaux loisirs ou encore d'autres ont de nouvelles méthodes d'entraînement. Mais toutes et tous sont heureux d'être de retour sur les pistes ou dans l'eau.
La nageuse Nora Meister a été accompagnée par la chaîne de télévision alémanique SRF le premier jour de retour dans le bassin d'entraînement. Dans l'interview la jeune femme de 17 ans déclare : "Cela me procure un énorme plaisir. Je me sens plus moi-même dans l'eau. La sensation d'eau a naturellement disparu pendant le confinement". Ses articulations se durcissent quand elle ne s'entraîne pas, du coup la crise a frappée l'Argovienne encore plus fort. Comme les piscines étaient fermées, elle a essayé de s'entrainer plus sur son handbike. Le retour à l'entrainement dans l'eau est donc un soulagement et elle regarde vers l'avenir de manière optimiste: elle a une année supplémentaire pour se préparer à son grand objectif, les Jeux paralympiques de Tokyo.
C'est le point de vue que partage aussi l'athlète genevoise Celine van Till. Sa motivation pendant le confinement était son handicap : des problèmes d'équilibre, entre autres. Pendant le lockdown, elle a travaillé sur son équilibre et le départ sur la piste d'athlétisme après la crise a donc été un succès : le premier week-end de compétition, elle a couru son record personnel sur 100m. La Genevoise avait déjà appris à redémarrer après son accident de cheval. C'est ce qui rend des nombreux para-athlètes plus forts: ils savent comment gérer des situations difficiles.
Pour l'athlète en fauteuil roulant Catherine Debrunner, le changement mental après le report des Jeux paralympiques a été la chose la plus difficile au début. Comme beaucoup d'athlètes, elle attendait avec impatience les jeux de Tokyo, mais elle s'est re-orientée étonnamment vite en sachant que les Jeux n'auraient pas été équitables dans ces circonstances. Les paroles du conseiller fédéral Alain Berset, selon lesquelles les mesures prises ne sont pas une course de 100 mètres, mais un marathon, ont été immédiatement mises en pratique par la Thurgovienne. Depuis le confinement, elle s'entraîne sur la distance du marathon. "Cela me donne la motivation et j'ai pensé qu'il était temps d'essayer quelque chose de nouveau", dit l'actuelle championne du monde sur 400m.
Garder les acquis positifs
Dans la période difficile du confinement, il était important d'avoir un entraîneur à ses côtés, même à distance, et d'essayer de nouvelles choses. "De nombreux athlètes ont pu utiliser le temps de manière positive, pour réfléchir aux domaines dans lesquels ils pourraient gagner en force et à ce qui les rendrait plus forts en dehors des compétitions, car en mode compétition, il n'y a généralement pas de temps pour cela", explique la psychologue du sport Romana Feldmann. Ainsi, certains athlètes ont essayé de nouvelles disciplines, d'autres sont devenus des champions de l'élevage de pousses ou encore d'autres ont réfléchi à la manière dont ils peuvent améliorer leur sommeil en tenant un journal du sommeil.
La question qui se pose maintenant : comment peut-on mettre à profit ces expériences nouvelles et positives après la période du coronavirus ? Le calendrier des compétitions, pas encore trop dense, pourrait donner aux athlètes le temps de mettre en œuvre l'un ou l'autre acquis dans leur vie quotidienne. Concernant l'incertitude qui pourrait occuper les athlètes au début de la reprise Romana Feldmann dit : "La bonne chose c'est que c'est pareil pour tout le monde. Il s'agit de voir qui en tire le meilleur parti".
Photo : Les athlètes Elena Kratter et Sofia Gonzalez lors d'une des premières compétitions après le confinement, à Meilen (ZH).