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(Le Matin)
Le National a accepté une motion demandant que les trois langues des signes suisses soient reconnues dans une loi fédérale. Une victoire pour tous les sourds et malentendants.
par Christine Talos
Bonne nouvelle pour les personnes sourdes et malentendantes. Le Conseil fédéral devra présenter une loi fédérale pour que les trois langues des signes suisses soient reconnues légalement. Le National a soutenu mercredi par 134 voix contre 32 une motion en ce sens de sa commission de la science, de l’éducation et de la culture.
«En langage parlé, les trois langues nationales sont des langues étrangères pour les sourds. C’est pourquoi de nombreuses personnes sourdes ont de grandes difficultés à communiquer par écrit ou à comprendre le contenu de longs textes», a expliqué Lilian Studer, au nom de la commission. Les trois langues des signes suisses sont bien plus qu’une simple aide pour surmonter un handicap – elles sont pour la communauté des sourds la caractéristique unique qui fonde son identité et sa culture», a-t-elle ajouté.
La langue des signes pas reconnue en Suisse
Et de rappeler encore que la Suisse est l’un des rares pays d’Europe à ne pas avoir reconnu juridiquement la langue des signes, malgré la ratification de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées en 2014. En outre, la motion veut améliorer l’égalité entre les personnes malentendantes et les autres. Trop souvent, les personnes sourdes sont discriminées, a-t-elle expliqué. Notamment à l’école, dans le monde du travail, dans l’exercice des droits politiques et dans les soins médicaux, notamment parce que les traducteurs en langue des signes font souvent défaut.
«La surdité ne doit pas être comprise comme un handicap mais être considérée comme une minorité linguistique et culturelle», a de son côté plaidé Anna Giacometti (PLR/GR). La langue des signes est une langue à part entière, équivalente à la langue parlée, selon elle. La langue et la culture des sourds sont des éléments qui enrichissent la Suisse, a-t-elle encore ajouté.
Risques de créer de nouvelles injustices
Une minorité rejetait la motion. «La question est de savoir si ces nouveaux compléments de loi apportent réellement le succès escompté. En outre, le problème est qu’ils créent de nouvelles injustices par rapport aux personnes souffrant d’autres handicaps», a argumenté Verena Herzog (UDC/TG). Une solution doit être trouvée dans le cadre légal actuellement en vigueur, a-t-elle estimé.
Pour le ministre de l’Intérieur, Alain Berset, une telle reconnaissance dans la loi du langage des signes «constitue un signal important pour la communauté des sourds, car elle permet de regrouper et de rendre plus accessibles les mesures déjà prises pour la promotion de l’égalité de toutes les personnes concernées», a-t-il souligné.
Joie des personnes malentendantes
La joie des personnes sourdes qui suivaient les débats à la tribune du National.
Fédération suisse des sourds
la Fédération suisse des sourds a explosé de joie au moment du vote positif. «Malgré les lois actuelles, les personnes sourdes restent aujourd’hui encore exclues de nombreux secteurs de la société. C’est pourquoi, aux yeux de la Fédération, la reconnaissance juridique des langues des signes est un prérequis indispensable pour améliorer la situation des personnes sourdes en Suisse», a-t-elle expliqué dans un communiqué.
La motion passe au Conseil des États.
Plus de 10’000 personnes sourdes
En Suisse vivent près de 10’000 personnes sourdes dont la langue maternelle est l’une des trois langues des signes suisses: la langue des signes suisse alémanique (DSGS), la langue des signes française (LSF) ou la langue des signes italienne (LIS). Notre pays compte en outre un million de personnes malentendantes.