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Les temps sont durs pour tout le monde. Mais pour certains, c'est devenu invivable. Alors qu’une partie de la population se fait vacciner, l’autre descend dans la rue. Points communs entre ces deux camps: La volonté de revenir à la normale le plus rapidement possible, mais aussi la farouche conviction d’être du bon côté. Mais le chemin pour y parvenir est radicalement différent. D'un côté, l’adaptation, de l’autre la résistance.
Comment peut-on expliquer que certains refusent les tests ou la vaccination? Ont-ils le sentiment que leur liberté et leur vie sont menacées par la piqûre? Qu'est-ce qui pousse une personne à s'opposer ouvertement aux mesures? Pour tenter de répondre à ces questions, tournons-nous vers la psychologie.
Le phénomène de la résistance psychologique est appelé «réactance». Il s'agit d'un mécanisme de défense psychologique saine déclenchée par le système de l’individu, qui se met en «mode combat» dès qu'il sent que sa liberté est menacée. La réactance peut également se produire lorsqu’on lui retire quelque chose alors qu’il ne trouvait pas important avant qu'il en soit privé. Au premier abord, on a l'impression d'être face à un enfant qui ne peut pas se contrôler. Et en effet, c'est le cas:
Dans la plupart des cas, la colère émotionnelle se décharge dans un cadre socialement acceptable et plutôt inoffensif. Les gens cherchent avant tout à retrouver une marge de manœuvre et à reprendre le contrôle. C’est aussi la raison pour laquelle ils descendent dans la rue: Ils ont le sentiment de faire quelque chose contre une situation, d'être vu et entendu dans une période difficile où chacun se sent impuissant.
Parce que la liberté est un sentiment subjectif. Certaines personnes se sentent fortement privés de liberté pour des futilités, tandis que d'autres se sentent libres dans les circonstances les plus défavorables.
De nombreuses personnes vivent la pandémie comme une situation stressante, mais elles ont développé des stratégies pour préserver leurs libertés personnelles. Elle interprètent la situation comme temporaire, mais aussi avec l'espoir que la crise peut être résolue de manière solidaire, en adhérant aux mesures.
En revanche, certains voient la situation différemment. «A leurs yeux, ils œuvrent pour le bien de la société par leur résistance active et volontaire. A un certain moment, les opposants aux mesures anti-Covid ne se rendent plus compte qu'ils acceptent de nouvelles restrictions par leur propre comportement», explique Urte Scholz.
L’appartenance à un groupe social joue aussi un rôle important. Elle peut renforcer le comportement et inspirer les gens, de manière constructive comme destructrice. Les personnes qui se sentent négligées ou qui ont le sentiment de ne pas être à leur place trouvent une nouvelle estime d'elles-mêmes dans un contexte social émergeant où elles partagent les mêmes opinions. Et pour que les groupes aient un impact sur la société, il faut qu’ils soient entendus.
Un groupe social se définit toujours en se distinguant des autres. Ainsi, plus un individu se dit ouvertement contre les autres, plus il a le sentiment d’appartenir à son propre groupe ou à une bulle qui confirme son opinion.
Toutefois, le chercheur suisse Florian Kaiser, professeur de psychologie sociale à l'Université Otto von Guericke de Magdebourg, met en garde:
Il est donc également difficile d'expliquer et de classer ce qui pousse les manifestants contre le Covid à protester, voire à créer des émeutes en pleine rue. «On ne peut que spéculer sur les motivations individuelles», dit le chercheur.
Toutefois, Florian Kaiser souligne une certitude: «La souffrance perçue est manifestement élevée chez ces personnes.» Il est vrai que cela ne justifie en rien leur comportement, mais cela explique pourquoi une personne irait jusqu'à enfreindre délibérément des règles qui sont mises en place pour le bien de tous.
D’un point de vue psychologique, la pression crée une contre-pression. La pandémie actuelle donne lieu à une situation stressante pour la majorité de la population. D’abord, parce que les gens se sentent à la merci des décisions des autres. Mais aussi parce que tout le monde voudrait revenir à la normalité. Pour ces raisons, les gens sont enclins à la rébellion.
Cette réactance a lieu des deux côtés: Certains refusent de se faire vacciner, d’autres ne portent plus de masque dans le train parce qu’ils ont été vaccinés. Dans une vision idéaliste, toutes les personnes qui s’opposent aux mesures devraient bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre. Si une personne sent qu'elle a de nouveau le contrôle sur sa vie et son corps, la réactance diminuerait.
Mais pour l'instant, la politique s'appuie sur ce que l'on appelle le «renforcement négatif». C'est un terme utilisé en psychologie lorsque des choses désagréables sont supprimées à titre d'incitation. Cela se traduit notamment par le fait que les vaccinés se voient progressivement restituer de plus en plus de privilèges. Les conséquences négatives de la pandémie leur sont ainsi «retirées», tandis que les non-vaccinés doivent continuer de vivre dans une situation restreinte, les maintenant sous une forme de pression.
Pour la professeur Urte Scholz, il ne faut pas donner trop d’attention aux activistes anti-Covid. Il faut plutôt apporter de la sécurité et des réponses aux critiques et aux personnes en colère face à cette situation. La clé serait d’expliquer encore mieux pourquoi les mesures sont nécessaires du point de vue de la société. Si les gens peuvent comprendre pourquoi ils doivent respecter les règles, ils seraient plus susceptibles de décider par eux-mêmes et ressentiront moins de réactance.
Un dernier point: Si un individu perd le contrôle dans un certain domaine de sa vie, il peut apprendre à y faire face en déplaçant le domaine de contrôle. Il peut se concentrer de plus en plus sur les événements et les circonstances sur lesquels il a de l’influence.
Par exemple, en s'adonnant à un nouveau passe-temps ou en veillant à ce que sa relation se passe bien. De plus, ce que les psychologues appellent la «comparaison sociale descendante» peut également aider. Comme le fait de se rendre compte que beaucoup d’autres personnes sont bien plus mal loties que l’individu lui-même. Tout est une question de perspective.