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Le marché du travail évolue : les emplois traditionnels à plein temps ont vu leur part diminuer au cours des dernières décennies. Parallèlement, des formes plus flexibles, comme l’engagement à temps partiel, les contrats à durée déterminée, le travail sur appel, le travail temporaire et les stages, ont gagné du terrain. Lorsque la flexibilité est obtenue aux dépens des travailleurs, ces emplois sont qualifiés d’atypiques-précaires. Selon la terminologie employée ici (voir encadré), un poste est considéré comme précaire lorsque les incertitudes qu’il implique ne donnent pas lieu à une compensation financière[1].
En 2016, environ 113 000 personnes avaient un emploi atypique-précaire en Suisse. Cela représente 2,5 % de la population active (voir illustration 1). Ce pourcentage est demeuré relativement stable au cours de la décennie en cours : il reste compris entre 2,2 et 2,5 % depuis 2010. Après un léger recul de 2010 à 2013, on a observé une certaine augmentation entre 2013 et 2015.
De 2004 à 2009, le nombre des emplois atypiques-précaires avait augmenté. En raison toutefois d’un changement dans la structure des données utilisées[2], les pourcentages relevés avant et après 2010 ne peuvent être comparés.
Ill. 1. Pourcentage de la population active ayant un emploi atypique-précaire (2004 à 2016)
Remarque : en 2010, la méthode de sondage de l’Enquête suisse sur la population active (Espa) a changé. Ce fait est indiqué dans le graphique par la mention « Changement de structure de l’Espa ». Les incertitudes essentielles sont de type « temporelle » et « économique », un même emploi pouvant impliquer les deux (voir encadré).
Source : OFS (Espa), calculs d’Ecoplan / La Vie économique
Les contrats à durée déterminée gagnent du terrain
Les incertitudes temporelles et économiques se retrouvent avec plus ou moins de régularité dans les emplois atypiques-précaires. Les premières sont avant tout causées par les contrats à durée déterminée, dont le nombre augmente depuis 2010 (voir illustration 2). La moitié de cette croissance provient des stages. Les incertitudes économiques, elles, résultent essentiellement du travail sur appel, largement répandu.
C’est dans le secteur des services que l’on trouve le plus d’emplois atypiques-précaires. Les femmes, les jeunes et les personnes dont le niveau de formation est faible sont les plus touchés. Chez les hommes et les personnes bénéficiant d’un niveau élevé de formation, ces emplois sont plus rares. La répartition par région montre qu’ils se concentrent fortement sur la Suisse latine, en particulier le Tessin et la région genevoise. Au Tessin, cela provient probablement de la relative faiblesse des salaires. L’augmentation observée entre 2013 et 2015 a en outre eu lieu en Suisse latine et non en Suisse alémanique : les différences régionales se sont donc creusées au cours des dernières années.
Ill. 2. Nombre de personnes ayant un emploi atypique-précaire entre 2004 et 2016 en fonction de l’importance (double comptage compris)
Remarque : pour le travail à domicile durant les années 2004, 2005, 2007 et 2013, les chiffres résultent d’une extrapolation faite à partir de moins de cinquante observations. Ils doivent donc être interprétés avec une extrême prudence.
Source : OFS (Espa), calculs des auteurs / La Vie économique
Il ressort de la comparaison des situations professionnelles avant et après un emploi atypique-précaire que de nombreuses personnes n’exercent une telle activité que pour une courte durée. Seuls 15 % des individus concernés travaillent plus de deux ans dans une telle situation. Nombre d’entre eux passent d’un emploi traditionnel à un emploi atypique-précaire et inversement. Par ailleurs, plus de personnes passent du chômage ou de l’inactivité professionnelle à un emploi atypique-précaire que l’inverse.
La part des indépendants travaillant seuls reste stable
Les indépendants en solo sont confrontés au même type de défis que les personnes ayant un emploi atypique-précaire. Leur niveau de sécurité sociale est également souvent inférieur à la moyenne nationale. La part de ces professionnels – agriculteurs exceptés – n’a pas évolué entre 2004 et 2016 et représente quelque 6,5 % de la population totale.
Les indépendants seuls sont également plus nombreux dans le secteur des services et en Suisse latine. À l’inverse des résultats observés pour les emplois atypiques-précaires, leur nombre augmente avec l’âge et les personnes à faible niveau de formation sont proportionnellement moins représentées dans cette catégorie qui compte également plus de Suisses que d’étrangers.
L’influence d’Uber, Airbnb et autres n’est pas encore connue
Avec les avancées technologiques, en particulier la numérisation, différents canaux de communication et plateformes se sont développés. Ils permettent de fournir du travail ou des services indépendamment de l’éloignement géographique entre l’employeur, l’employé et le client. De nouvelles formes de travail sont ainsi apparues. Les plateformes de transport Uber, d’hébergement Airbnb et de travail indépendant Upwork sont des exemples connus. Les rapports professionnels diffèrent toutefois fortement suivant les cas. Leurs caractéristiques communes sont d’être atypiques et donc de ne pas correspondre aux critères d’un rapport de travail normal. Il est très difficile pour l’heure d’évaluer l’importance de l’économie de plateforme sur le plan international. Plusieurs études ont conclu qu’à ce jour, le rôle de ce domaine était encore très modeste par rapport à l’ensemble de l’économie. En Suisse, sur la base des données de l’Espa, il n’existe pas encore de preuve empirique faisant état d’une croissance de l’économie de plateforme en tant que source d’activité principale.
- Le présent article est basé sur l’étude d’Ecoplan, L’évolution des emplois atypiques précaires en Suisse, mandatée par le Seco, 2017.
- Enquête suisse sur la population active (Espa).