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"Héros" ou "tricheur", comment la presse jugeait Lance Armstrong
Les premières victoires et le poids de l'affaire Festina
La première victoire de Lance Armstrong lors d'un Tour de France 1999 plombé par l'affaire Festina de l'année précédente, ne pouvait pas laisser les journalistes indifférents.
Ainsi, le quotidien romand Le Temps se posait déjà des questions sur la Grande Boucle la plus rapide de l'histoire. Revenant sur ce qui devait être "le Tour du renouveau", le quotidien laissait entrevoir ses doutes en affirmant que "la vitesse ne démontre pas vraiment un retour en arrière, puisque Lance Armstrong a gagné le Tour le plus rapide de l'histoire avec une moyenne horaire de plus de 40km/h."
En France la suspicion était également de mise dans les pages du Monde qui se demandait grâce à quel miracle le peloton du Tour avait réussi à dépasser les performances de la période 1992-1998, "années de la généralisation de l'EPO". "La victoire finale de Lance Armstrong constitue un nouveau succès du cyclisme scientifique, qui, après ce Tour de France, reste drapé de mystère", concluait l'auteur de l'article.
Tout autre son de cloche dans la Tribune de Genève où le cycliste américain se voyait dépeint comme un "champion miraculé". "Cette victoire, que personne ne peut lui contester malgré la vilenie de certaines attaques, c'est d'abord celle d'un homme ressuscité", affirmait une chronique qui regrettait également que le Tour ait été faussé par "la chasse paranoïaque menée par certains esprits vicieux".
Les victoires s'enchaînent, les doutes persistent
En 2000, Libération analysait sans langue de bois la deuxième victoire de Lance Armstrong: "Cet homme concentre tous les soupçons d'un nouvel âge du dopage où la biologie supplanterait la chimie", écrivait ainsi le quotidien français. En Espagne, El País affirmait de son côté que "l'on ne pourra décider définitivement de la victoire d'Armstrong quand on aura analysé les échantillons d'urine congelés", faisant allusion aux nouvelles méthodes de la lutte antidopage (lire encadré).
Au même moment, Le Monde s'interrogeait une fois de plus sur la vitesse déployée, cette année "limitée" à 39,6km/h, à l'époque quatrième Tour le plus rapide de l'histoire.
Le journal L'équipe s'était attaqué au mythe Armstrong en 2005. [RTS] D'autres cependant préféraient toujours s'extasier devant les exploits de "l'extraterrestre". Ainsi, dans Le Matin, il était affirmé qu'Armstrong semait ses poursuivants avec "des gouttes de pluie et de froid. Son talent naturel, oui, oui, fait le reste."
Pour le Tour de l'an 2000, Le Temps, après être revenu sur les nouvelles méthodes de dopage, retenait que les performance du cycliste texan apportaient "matière à réflexion, mais aucune preuve".
En 2001, sans directement dénoncer une tricherie, Libération relevait simplement que le deuxième record de vitesse de l'histoire du Tour venait d'être établi.
La même année, l'éphémère hebdomadaire Dimanche.ch résumait bien les sentiments ambivalents des observateurs de la Grande Boucle: "Pour l'instant, on en est là. Entre le sentiment de dénigrer un héros et celui d'aduler un tricheur."
La lassitude
Les années suivantes, réhabitués aux exploits surhumains, ou simplement désabusés, les journalistes ont limité les analyses du cas Armstrong. Mais l'opposition entre partisans de la théorie de la triche et "optimistes" continuait de s'afficher.
Ainsi, suite à la 6e victoire d'affilé du "miraculé", Le Temps relevait que les records de l'édition étaient "si extraordinaire qu'ils en deviennent presque embarrassants" avant d'ajouter que "la domination outrancière de l'Américain et de ses coéquipiers de l'US Postal est nimbée de doute". Sur la même longueur d'ondes, Le Monde notait les interrogations qui entouraient ces performances et concluait que "la supériorité d'Armstrong et de ses hommes n'aura donc jamais été aussi flagrant, aussi peu contesté, et peut-être aussi troublante que cette année".
Une analyse de loin pas partagée par Le Matin, qui regrettait alors "des esprits chagrins qui remettent en doute sa légitimité". Pour le quotidien orange, "le Texan joue dans la cour des grands grâce à un savant dosage de talent, de travail et de sacrifices".
Finalement, la septième et ultime victoire du cycliste de l'US Postal en 2005 - la plus rapide de l'histoire - ainsi que l'annonce de sa retraite, permettaient d'afficher une fois encore des points de vue opposés.
Une chronique du Matin continuait à croire au miracle, en dénonçant "des reproches à ajouter aux doutes que d'anciens employés en mal d'argent et de publicité s'ingénient à entretenir". La Liberté, doutant manifestement du sportif, concluait en posant la question: "Génie ou escroc?" Une interrogation à laquelle il est plus facile de répondre aujourd'hui.
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