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VENTE D'UN HAFLINGER
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La transformation des fusils
Les événements politiques - ou la décision d'un homme - influencent souvent l'évolution de l'armement. Rappelons comment le général Boulanger, nommé ministre de la Guerre en janvier 1883, exigea de la commission d'étude désignée en mars 1886, pour le 1er mai 1886, la présentation d'un nouveau fusil pour l'armée française. Le résultat fut le Lebel, surclassé très vite par les systèmes à magasin sous la culasse.
L'affaire de Neuchâtel
En Suisse, c'est "l'affaire de Neuchâtel" qui fit accélérer les progrès de l'arme portative. En voici l'histoire : le canton de Neuchâtel, entré en 1815 dans la Confédération helvétique, était gouverné depuis 1707 par le roi de Prusse, sauf pendant la brève période d'interrègne - de 1806 à 1814 - du prince-maréchal Berthier.
Au lendemain de la révolution de 1848 en France, le gouvernement conservateur neuchâtelois, attaché au roi de Prusse, est renversé ; le Parti républicain s'empare du pouvoir et c'est la proclamation de la république de Neuchâtel. Mais après huit ans d'attente, dans la nuit du 2 au 3 septembre 1856, les partisans de l'ancien régime s'emparent du château et de la ville. Le lendemain, les républicains attaquent ; il y eut des morts et des blessés du côté royaliste et surtout 480 prisonniers. Le roi de Prusse réagit vivement et revendique ses droits en donnant un ultimatum au 2 janvier 1857 pour le retour de sa domination sur Neuchâtel, date après laquelle il dirigerait ses armées contre la Suisse. Celle-ci fortifie alors ses frontières de Neuchâtel au lac de Constance et partage les troupes fédérales en neuf divisions d'environ 10000 hommes chacune qui devront s'opposer aux 110000 hommes prévus par la Prusse pour le règlement de cette affaire. L'ensemble des contingents cantonaux qui forme l'armée fédérale, soit l'élite et la réserve, arrive à l'effectif total de 119 206 hommes. C'est donc toutes les forces disponibles du pays qui s'apprêtent à le défendre.
N'oublions pas que l'organisation de la Landwehr - les hommes de 41 à 44 ans - est laissée entièrement aux décisions des législations cantonales et qu'elle représente une possibilité d'appui non négligeable pour l'armée fédérale en cas de danger grave (41 596 hommes, voir rapport cité, p. 165).
Les chambres fédérales, à l'unanimité, appelèrent le général Guillaume-Henri Dufour (1787-1875) à la tête de l'armée, choix qui provoqua un grand enthousiasme non seulement parmi les soldats, mais dans tout le pays.
La fin du conflit avec le Prusse
La diplomatie européenne, heureusement pour la cause de la paix, se saisit de l'affaire, ne pouvant admettre l'éventualité de l'envahissement de la Suisse. Napoléon III, ami personnel du général Dufour, s'entremet énergiquement et la réunion des plénipotentiaires de France, d'Autriche, d'Angleterre et de Russie aboutit au traité du 26 mai 1857, qui statue sur la renonciation de la Prusse à ses droits souverains sur la principauté de Neuchâtel et sur le comté de Valangin. Neuchâtel est reconnu comme canton faisant partie de la Confédération suisse. Ce traité est ratifié par les chambres fédérales les 11 et 12 juin. Le 19, le roi de Prusse fait publier officiellement le traité et il délie ses anciens sujets de Neuchâtel de leur serment de fidélité.
Et c'est "l'affaire de Neuchâtel" qui met en évidence les lacunes et les points faibles de l'organisation militaire de la Suisse, spécialement pour l'armement de l'infanterie. On lit, dans le rapport déjà cité: " ...Appenzell. Rhodes-Intérieures, ne possède pas un seul fusil en bon état pour son infanterie de réserve... L'armement du canton de Schwytz se trouve aussi dans l'état le plus défectueux. Les fusils de l'infanterie de réserve du canton d'Unterwalden ne sont pas encore tous munis de platine à percussion et par conséquent, ne sont pas propres au service de campagne... ".
L'armement en Suisse
L'armée fédérale, qui aurait pu être appelée à intervenir pour s'opposer à l'armée prussienne, comptait environ 150000 hommes porteurs de fusils. Sur ce nombre, 23 000 hommes environ - soit les carabiniers et une partie des chasseurs - ont en main des fusils rayés, précis et à grande portée. La puissance de feu des autres soldats est assurée par le fusil à canon lisse, de gros calibre, dont les qualités balistiques sont inchangées depuis 150 ans. L'armement de la masse des troupes doit être amélioré, mais selon quels critères ? L'unanimité est loin d'exister, quant au calibre notamment, dans les différentes écoles de tir d'Europe.
Les fusils d'infanterie en Europe
La France, avec son système 1857, met aux mains de son infanterie un fusil au calibre de 17,8mm, avec 4 rayures de 0,2 mm de profondeur, au pas de 2 mètres ; la balle de 32 g à tête plate, avec une gorge à la base, présente un évidement pyramidal triangulaire qui assure la prise des rayures par les parois de la jupe. La charge de poudre est de 4,5 g. Cette munition est due au capitaine Nessier, des chasseurs à pied. L'infanterie anglaise appréciait l'excellent fusil Enfield, modèle 1853 à 3 rayures, de 6,65mm de largeur et 0,36mm de profondeur, au pas de 1,981 mètre. Le calibre de 14,66mm (.577 in) utilisait la balle cylindro-ogivale, sans culot, de Mr Pritchett, armurier à Londres, pesant 33,64 g avec une charge de poudre de 4,43 g. La hausse est réglée jusqu'à 823 mètres (900 yards).
A cette époque, l'armée prussienne n'est pas armée, dans sa totalité, du fusil Dreyse à aiguille. En 1855, les régiments non encore pourvus de cette arme reçoivent des fusils rayés tirant une balle à culot. Le calibre est de 18mm avec 5 rayures, les vides étant égaux aux pleins, soit 5,33 mm, avec une profondeur de 0,26mm et un pas de 1,556mm. La balle pèse 45,67g et est propulsée par une charge de 5,18g. La hausse est graduée jusqu'à 1 000 pas.
En 1855, l'Autriche adopte, pour son infanterie de ligne, des fusils rayés utilisant la balle présentée par le lieutenant Lorenz et la même cartouche pour toutes les armes : carabine des chasseurs et fusil de ligne, au calibre de 13,899mm (6 lignes, 4 points). Le poids de la balle est de 29,166 g et celui de la charge de 4,01 g. La hausse est réglée jusqu'à 300 pas (225 mètres). Toutefois, celle des armes des hommes du troisième rang est graduée jusqu'à 900 pas.
Ce bref tableau fait ressortir deux gros calibres: 17/18 mm, et deux calibres moyens: 14/15 mm. La Suisse n'était donc pas trop mal placée en faisant rayer ses fusils de 18 mm.
Le rapport du Conseil fédéral sur sa gestion pendant l'année 1836, fait état, pour la première fois, du prochain armement : ... Le système du fusil inventé par M. Prélaz, maître armurier à Vevey et perfectionné avec le concours de M. le Lieutenant-colonel Burnand, a attiré dès l'abord toute notre attention. Il s'agit maintenant d'examiner sérieusement avec quel avantage et moyennant quels frais l'on pourrait appliquer ce système à notre fusil d'infanterie.
Les armuriers : Prelaz et Burnand
Qui étaient ces deux hommes ? Joseph Prélaz, né en 1819, est un modeste armurier de Vevey ; il cherche à perfectionner l'arme de stand et surtout sa munition, Edouard Burnand est né en 1814 à Moudon, d'une famille qui avait compté nombre d'officiers au service étranger. La carrière militaire le passionne; il participe à la guerre du Sonderbund et en sort major d'artillerie à 33 ans. Il s'intéresse aussi au tir et à la balistique. Il deviendra colonel d'artillerie et premier directeur de la section armement de la société industrielle suisse à Neuhausen, en 1860. Après 10 années, il revient à Moudon où il est très actif jusqu'à son décès en 1892. En 1855, Burnand apprend les essais de tir à grande distance tentés par Prélaz. Lui-même travaille depuis plusieurs mois à la transformation du fusil d'infanterie de l'armée suisse et il invite Prélaz à faire une démonstration de son arme. Elle a lieu, avec de remarquables résultats dont parlent les journaux. Cette divulgation intéresse la France, l'Angleterre et la Russie : on est au paroxysme de la guerre de Crimée, Le 1er novembre 1856, Prélaz sollicite l'appui et la compagnie de Burnand pour présenter son arme au gouvernement français, Les deux hommes sont reçus à Paris par le colonel Favé; ils sont munis d'une lettre du général Guillaume Henri Dufour affirmant que le fusil Prélaz a une portée juste de 1 200 mètres.
Le lendemain, les deux inventeurs partent pour Vincennes, avec Favé. Sur place, les attendent le commandant Minié et quelques chasseurs de service. Une grande cible se dresse sur la butte... Nous sommes à 1 200 mètres explique le colonel Favé, voulez-vous tirer sur le chevalet ? Non, à bras franc répond Prélaz. Le coup part. le clairon de la butte sonne le "touché ". les marqueurs sortent du fossé et annoncent l'impact au centre de la cible... Le tir continue avec succès ; 900 mètres, 300 mètres. C'est Burnand qui tient l'arme, il ne son pas du noir.,. Lorsqu'on en vint à parler chiffres, les Suisses proposent un contrat, fixant à 500000F le prix de cession. C'est beaucoup pour une carabine ! L'empereur ne peut se décider à acquérir à ce prix une arme qui s'écarte trop du fusil d'ordonnance. Toutefois, le brevet est déposé à Paris. Les deux inventeurs rentrent en Suisse et s'appliquent à chercher, pour le fusil suisse, un type de rayures et une munition permettant de toucher les performances de la carabine Prélaz. Les perfectionnements nécessaires sont réalisés, Burnand entreprend une tournée des capitales, son fusil est breveté à Londres, en Belgique et aux Etats-Unis.
Les recherches des deux inventeurs intéressent aussi l'autorité militaire de leur canton d'origine: Vaud. Des essais sont organisés le 9 février 1856 à Moudon avec un fusil d'infanterie de l'ordonnance 1842, sortant des fabriques de M. Francotte à Liège et modifié pour tes rayures et la hausse. A 400 mètres, la balle traverse 5 planches de un pouce d'épaisseur, dont 4 en sapin et 1 en chêne.
LES ESSAIS
Dans la plupart des essais auxquels procède l'Europe militaire du milieu du XIXè siècle figure le fusil Minié. Il en est encore ainsi à Moudon, avec la constatation suivante : …Pour tirer à 300 mètres, la hausse du fusil Prélaz-Burnand est la même que celle des fusils Minié pour 150 mètres. Ainsi, la trajectoire de la balle Prélaz-Burnand est la moitié plus tendue que celle de la balle Minié, ce qui est un avantage considérable.
En 1857, les expériences continuent sous le contrôle d'une Commission fédérale, mais sans décision définitive. Celle-ci, en effet, est difficile à prendre ; parmi les spécialistes, plusieurs comprennent la nécessité d'adopter un petit calibre, tout en admettant que la solution parfaite n'a été découverte dans aucun pays et qu'il est peu raisonnable d'envisager un armement alors que l'on n'est sorti nulle part des périodes de tâtonnement. La transformation des anciens fusils présente deux avantages : le coût : 4 F par arme, alors qu'une arme neuve représente une dépense d'au moins 70 F et la rapidité de mise à disposition des armes modifiées, soit quelques mois, alors que la fabrication d'une arme nouvelle exige un délai de 6 à 10 ans. Ces raisons conduisent l'Assemblée fédérale à la décision du 26 février 1859:
L'arme
Le canon est à 4 rayures, larges de 6,9mm, profondes de 0,25 mm, au pas de 1600 mm. La hausse, en forme de lyre, est soudée à l'étain sur le canon, avec des graduations pour les distances de 400, 600 et 800 pas. La réalisation de cette hausse, qui a représenté pour les inventeurs autant de recherches que pour les rayures ou la balle, est assez habile: un bloc rectangulaire supporte un cylindre contre les flancs duquel pivotent, en avant et en arrière, les branches de la hausse en forme de lyre avec une encoche de visée à son sommet. Un axe, en forme de vis, assure la liaison lyre-cylindre. Sur le fusil d'infanterie, le cylindre porte les graduations:
Sur le fusil de génie et de parc (garniture laiton) un trait-repère est gravé sur le cylindre, alors que les graduations 4, 6, 7 sont inscrites sur la partie arrondie du pied de la hausse et viennent en face du repère pour les diverses distances de tir. Pour les deux armes, la hausse vient à plat sur le canon jusqu'à 400 pas; le cran fixe de visée, du système 1842, subsiste sur la queue de culasse. Dès l'arrêté du 26 janvier 1859, l'autorité militaire se met en relation avec les inventeurs pour les engager à se charger de la transformation. Ceux-ci se récusent et présentent, à leur place, Jules Manceaux, manufacturier à Paris avec lequel - et conjointement avec Edouard Burnand - est signée, le 25 février, une convention. Ce fait étonnant démontre les faibles possibilités de l'armurerie suisse à cette époque. Manceaux organise, à Zofingue, des ateliers pour la transformation des armes. Toutefois, la qualité du travail fourni par le manufacturier amène des difficultés entre celui-ci et le contrôleur fédéral ainsi qu'avec les cantons. La convention est rompue et le travail de transformation continue, en régie, à Zofingue, dans les arsenaux cantonaux et chez quelques armuriers. Les cantons livrent les canons et les baguettes ; la S.I.G. à Neuhausen et la fabrique de MM. d'Erlach à Thoune participent d'une manière importante aux opérations de transformation.
Rappelons, ci-dessous, les principales mesures des armes transformées, celles du système 1842 :
Fusil d'infanterie :
Fusil de génie et d'artillerie :
La munition
La cartouche des fusils 1859 contient la balle de plomb, dessinée par MM. Prélaz et Burnand, de 36,5 g, au calibre de 18mm et la charge, soit 4,5g de poudre n° 4 - l'enveloppe est graissée - la balle à pointe émoussée se présente avec une rainure et une cavité en forme de cône tronqué. C'est une balle expansive, les gaz de l'explosion forçant les parois du cône contre les rayures. La dotation cantonale, par fusil, étant de 160 cartouches, la Confédération décide de constituer un stock central de un million de cartouches. Chaque homme reçoit 40 cartouches.
Les prévisions quant à la rapidité des travaux de transformation se révèlent exactes : il ne restait, à la fin 1860, qu'à modifier les 20% de fusils surnuméraires et les 20 000 fusils à mettre en réserve pour la Confédération. L'élite et la réserve avaient en main, à la date prévue, le fusil Prélaz-Burnand.
L'opinion publique suisse, si sensible à l'efficacité de l'armée, est tranquillisée par le nouvel armement, mais les responsables des affaires militaires considèrent que celui-ci ne représente qu'une mesure transitoire destinée à préparer le chemin à l'introduction définitive d'un nouveau fusil d'infanterie.
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