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Le Bristol Paris
Histoire et photos de l'hôtel de luxe
parisien
Article du 1er mars 2011; dernière mise à jour le 7 mars 2011
Il y a
beaucoup d'hôtels de luxe dans la capitale française, mais très peu d'entre
eux arrivent à la hauteur de l'hôtel Le Bristol Paris.
“L'hôtel du silence” a été très médiatisé ces dernières années alors que
les clients prônent sa discrétion.
L'hôtel cinq étoiles ne se situe d'ailleurs pas à la fin du monde, mais au
centre de la mode; rue du Faubourg Saint-Honoré. En face se situe le Palais de
l'Elysée où siège depuis 1873 le Président de la République.
L'histoire du Bristol Paris
L'histoire du Bristol débute avec la construction de la place de la Concorde
en 1758, à l'époque du roi Louis XV. Lorsque le
Duc de Noailles vend le terrain sur lequel se trouve le Bristol, il s'agit
encore d'un vaste et verdoyant terrain maraîcher. Quelques années plus tard,
un entrepreneur y construit un hôtel particulier. La Comtesse de Damas
acquiert
la propriété puis la lègue à sa fille, alors veuve du Comte Charles de Vogüé,
En 1829, l'Hôtel de Vogüé est vendu au Comte Jules de Castellane, un mécène
de l'art dramatique qui fait construire son propre théâtre privé (jusqu'en
janvier 2011 le restaurant d'hiver du Bristol). Le Comte de Castellane était
une figure emblématique du Second Empire. L'excentrique propriétaire était
connu pour ses fêtes mondaines. Son palais était un haut lieu de l'élégante
société.
Hippolyte Jammet (*1893) est le fils des propriétaires du célèbre restaurant
“Le boeuf à la mode”. Son oncle Michel travaille comme chef de cuisine
pour le vice-roi d'Irlande.
Hippolyte apprend le métier d'hôtelier d'abord dans le
grand hôtel le plus ancien de Paris, le Meurice, fondé en 1817, puis au
fameux
Hotel
Adlon à Berlin.
Après une interlude à l'Hôtel Bellevue, acquis après la Première Guerre
Mondiale, mais revendu après deux ans parce qu'il ne correspondait pas à
son rêve d'un hôtel dans le style de l'Adlon,
Hippolyte
achète en 1923 l'hôtel particulier du Comte de Castellane, laissé à
l'abandon depuis quelques années.
En 1925, au
milieu des Années folles, l'hôtel réouvre ses portes sous le nom Le Bristol.
La façade et les détails de l'intérieur respirent l'Art Déco; plus tard, les
styles Louis XV et Louis XVI domineront.
L'hôtel est d'abord géré par François Jammet, le père d'Hippolyte. Le fils
travaille comme directeur général et c'est également lui qui choisit
l'architecte Urbain Cassan, qui s'est distingué avec la construction de
bâtiments modernes pour la Compagnie des chemins de fer du Nord. La façade
est faite d'un calcaire dure qui repousse la poussière et la boue. Les
poutres en acier utilisées par Cassan sont idéal pour un hôtel.
L'hôtel est nommé en hommage au Comte de Bristol (1730-1803), grand voyageur britannique
épris de luxe et célèbre pour ses exigences en matière de confort.
Hippolyte Jammet pense, comme beaucoup de ses concitoyens, que la crise
boursière partant de la bourse de New York de 1929 ne le touchera pas. Il
dépense son argent sans compter pour embellir son hôtel. En 1931, la
Grande Dépression arrive en France et frappe durement l'hôtellerie de luxe. Le
Majestic ferme définitivement ses portes et le propriétaire du Plaza Athénée
non seulement fait faillite, mais finit par se suicider.
Le Bristol reste plutôt vide. Cependant, il peut se vanter d'une
climatisation ultramoderne de la compagnie Carrier de Londres qui fonctionne
avec du gaz ammoniaque, permettant non seulement de régler le chaud et le
froid, mais également le sec et l'humide. Dans une brochure de 1930, l'hôtel
était fier d'annoncer que le Bristol était: “The only
hotel with manufactured weather in the public rooms.”
Hippolyte Jammet est un grand inventeur. Il invente notamment le
“microphare”, un miroir grossissant qui se laisse tourner dans toutes les
directions et qui intègre une ampoule. En 1934, il devient standard au
Bristol et ensuite dans les hôtels du monde entier. Mais c'est la compagnie
chargée par Hippolyte de créer ce miroir qui s'empresse à faire breveter cette invention ingénieuse...
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Bristol est le seul hôtel parisien
équipé d'un abri anti-gaz. Ainsi, il signe un accord avec l'ambassade des
Etats-Unis et devient la résidence officielle des ressortissants américains
à Paris.
Hippolyte Jammet demande en 1940 à l'ambassadeur américain,
William Bullit, quelles mesures de protection il avait prévu pour ses
concitoyens. Il répondit qu'il était en négociation avec l'hôtel Crillon,
situé à côté de l'ambassade; il s'agissait d'un contrat éventuel de dix
millions de Francs français. Hippolyte offre gratuitement les services de son
hôtel. Ainsi, Le Bristol sera le seul hôtel de luxe à Paris qui ne sera pas
réquisitionné par les Allemands pendant l'occupation de la ville.
Durant le conflit, Hippolyte Jammet protège notamment ceux parmi ses clients,
qui aident les persécutés à quitter la France. A partir de 1942, il héberge
clandestinement l'architecte juive Lerman qui, depuis sa chambre
mystérieusement absente des registres, supervise les travaux
d'embellissement du Bristol.
L'hôtel devient la résidence de tous les diplomates qui visitent Paris
temporairement. Le Bristol est une sorte de zone neutre. Anne Morgan, la
fille du banquier le plus puissant de l'époque, John Pierpont Morgan, réside
de 1940 jusqu'au 7 décembre 1941 au Bristol. Elle héberge toujours pour une
à deux nuits des juifs qu'elle fait fuir d'Europe par Lisbonne pour New
York. Ces voyageurs ne figurent évidemment pas dans le registre de l'hôtel.
Le chef de protocole de l'Ambassade allemande, Fritz Bodo, impose un régime
dure au Bristol et humilie régulièrement en public le pauvre Hippolyte
Jammet. A la fin des hostilités, on découvre que Fitz Bodo a été un des
informateurs les plus précieux des services secrets français à Paris. Après
la guerre, la fille du diplomate allemand travaillera comme secrétaire de
direction au Bristol.
La comédienne Cécile Sorel offre un spectacle d'un tout autre
registre. Durant la guerre, elle se fait masser avant chaque représentation,
étendue toute nue sur son lit, avec la fenêtre ouverte, ce qui ne reste pas
un secret et attire des visiteurs curieux dans les chambres d'en face.
Après la Deuxième Guerre mondiale, le Bristol, intact, est choisi comme
résidence par le ministère des Affaires étrangères pour les ambassadeurs et
autres diplomates accrédités à Paris, ce qui crée des envieux; voilà
pourquoi Le Bristol doit patienter jusqu'en mai 1949 pour obtenir sa
classification officielle de 4 étoiles de luxe (la catégorie du 5
étoile n'existait pas à l'époque).
En novembre 1951, le chancelier allemand Konrad Adenauer vient pour le
première fois au Bristol. Il restera fidèle à cet hôtel et tous les
chanceliers successifs suivront son exemple.
En 1974, Pierre Jammet, fils et successeur d'Hippolyte, décide de rehausser
l'image de la gastronomie dans les restaurants du palace. Il lance le
concept d'un menu unique et original, servi lors des
“mercredis du Bristol”. L'hôtel reçoit une avalanche de louanges et remporte une
année plus tard le prestigieux trophée Kleber Colombes pour sa cuisine.
En 1975, Joséphine Baker fête ses cinquante ans de carrière au Bristol lors
d'un souper réunissant quelques 250 invités. Ce sera la dernière grande
soirée de l'ère Jammet.
En 1978, l'homme d'affaires allemand Rudolf A. Oetker de Bielefeld devient propriétaire
du Bristol. Il possède déjà le célèbre Brenners Park-Hotel à Baden-Baden et
le Cap Eden Roc à Antibes. Plus tard, il ajoutera le Park Hotel à Viznau et
le Château du Domaine Saint-Martin à Vence à sa fabuleuse
“Oetker Hotel Collection”.
En 1979, Rudolf A. Oetker agrandit Le Bristol avec la construction d'une
nouvelle aile côté jardin, utilisant à cet effet le terrain de l''ancien
couvent des Petites Soeurs de la Bonne Espérance acheté par Hippolyte Jammet
en 1955. En plus, il construira une piscine sur le dernier étage ainsi qu'un
jardin à la française.
En 2007, Le Bristol Paris acquiert l'immeuble mitoyen. Le grand hôtel
bénéficie désormais d'une vue imprenable sur l'avenue Matignon. En septembre
2009, aux 161 chambres et suites existantes, Le Bristol ajoute 21 chambres
et 5 luxueuses suites ainsi qu'un nouveau restaurant, le
114 Faubourg.
Depuis juillet 2010, cet établissement de grande réputation est dirigé par
Didier Le Calvez. Ce dynamique et emblématique président directeur général a
auparavant notamment oeuvré au George V à Paris dont le prestigieux group
Four Seasons lui avait confié la réouverture en 1999. Sous sa direction, le
George V avait sept années de suite été désigné
“Meilleur Hôtel du Monde” par Andrew Harper's Hideaway Report et
“Meilleur Hôtel au Monde” par l'Institutional Investor en 2005.
Déjà avant l'arrivée de Didier Le Calvez, Le Bristol Paris fit parti des
meilleurs hôtels de luxe. Avec lui, le groupe Oetker veut hisser son palais
parisien à un niveau sans égal. A cette fin, la famille Oetker investit
quelques cinq millions d'euro chaque année pour maintenir l'hôtel au niveau le
plus élevé.
En janvier 2011, j'ai visité le spa du Bristol pour un traitement des mains. La ravissante et
compétente Anne Sophie a également su me divertir durant la manucure.
L'hôtel offre d'ailleurs quelques 120 chaînes de télévision, ce qui m'a
permis de regarder la défaite de 1:0 du Real Madrid le 30 janvier.
Ma Junior Suite 363 dans la nouvelle aile de l'hôtel était impeccable.
Toutes les chambres et suites au Bristol sont dotées d'une baignoire et d'une douche séparée.
Les salles de bain de la nouvelle aile de l'hôtel sont en marbre blanc de
Carrare. Ces chambres sont équipées de téléviseurs Loewe.
Une Chambre Supérieure de 35m2 représente déjà un excellent produit. Fin mars 2012, l'hôtel sera entièrement remis à neuf.
Le Bristol Paris est un hôtel de luxe du plus haut niveau avec un
restaurant trois fois étoilé au guide Michelin (Eric Frechon).
Lecture conseillée au sujet du Bristol Paris: Pierre Jammert: Le Bristol. Un palace dans son siècle. Hoëbeke, 1998,
137 pp. ISBN. 2842300572. Commandez ce livre chez
Amazon.fr.
L'auteur, Pierre Jammet, est le fils du fondateur de l'hôtel, Hippolyte Jammet.
Né un mois avant l'ouverture du Bristol en 1925 et directeur général de
l'hôtel de 1964 à 1978, il connait l'histoire de ce grand hôtel comme
personne d'autre. Son livre se distingue par son écriture fluide et ses
illustrations riches.
Photos © Uferas / Le Bristol Paris.

La façade du Bristol.
Photos © Le Bristol Paris.
La Suite Panoramique de plus de 200m2 avec fitness privé, cuisine équipée,
terrasse fleurie et une vue imprenable sur tout Paris. Photos © Guillaume De
Laubier / Le Bristol Paris.
Le Bristol est riche en meubles d'époque, d'une exceptionnelle collection de
tapisseries des Gobelins et de Lille ainsi que de toiles de Maîtres dont bon
nombre proviennent d'une vente aux enchères des réserves du Musée du Louvre. Les
tissus sont signés des créateurs les plus prestigieux: Frey, Nobilis, Rubelli,
etc. Les gravures et tableaux sont d'époque, les copies n'ayant pas droit
d'entrée au Bristol.
Photos © Sordello / Le Bristol Paris.
Le jardin du Bristol où fleurissent les azalées et rhododendrons au printemps.
Photos © Le Bristol Paris.
Une salle de bain.
Photos © Reto Guntli / Le Bristol Paris.
Photos © Sordello / Le Bristol Paris.
La Piscine en teck massif. Il représente le gaillard d'un grand voilier des
années 1920. A l'horizon de la toile en trompe-l'oeil, on découvre entre les
pins et les oliviers l'Hôtel du Cap Eden Roc au Cap d'Antibes qui fait également
partie des hôtels du groupe Oetker. Le professeur Pinnau est l'architecte de la
piscine. Il a également construit plein de yachts, notamment pour les armateurs Onassis
et Niarchos, ce dernier a d'ailleurs été un habitué du Bristol.
Photos © Le Bristol Paris.