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Stéatose hépatique non alcoolique
Définition
La stéatose hépatique non alcoolique (SHNA), appelée également NAFLD de son acronyme anglais (Nonalcoholic Fatty Liver Disease) ou plus souvent NASH (nonalcoholic steatohepatitis), est une pathologie caractérisée par une surcharge de graisses dans le foie. Cette accumulation se manifeste par une présence abondante de gouttelettes de lipides au sein du tissu hépatique. Si on prend une analogie avec les oies sauvages, ces animaux se gavent au niveau du foie pour faire face à une longue migration. Mais à la différence des oies sauvages, l’être humain “gavé” ou “auto-gavé” est obligé de changer son alimentation pour se débarrasser de ces stocks de graisses1.
Mal toléré par le foie, ce dépôt lipidique provoque une inflammation chronique et des lésions des cellules hépatiques, entraînant ainsi sa destruction progressive. La stéatose hépatique est dite non alcoolique, car cette maladie peut toucher les personnes consommant peu ou pas d’alcool.
Classement en deux catégories
La stéatose hépatique stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD) comprend généralement deux catégories : la stéatose hépatique non alcoolique NAFL (non alcoholic fatty liver) et la stéatohépatite non alcoolique NASH (nonalcoholic steatohepatitis, ou nonalcoholic fatty liver disease). Voir infographie ci-dessous
La stéatose hépatique non alcoolique NAFL concerne les personnes développant plus de 5% de stéatose simple ou isolée accompagnée ou non d’une petite inflammation lobulaire. La NAFL n’est en général pas une forme qui endommage le foie.
On parle de stéatohépatite non alcoolique (NASH) lorsqu’une personne développe plus de 5% de stéatose intrahépatocytaire accompagnée d’importante inflammation lobulaire et de ballonisation hépatocytaire. La NASH est une forme plus agressive caractérisée par une inflammation.
La stéatose hépatique (NAFLD) n’inclut pas les autres causes de la stéatose hépatique comprenant la consommation excessive d’alcool, les maladies héréditaires et le traitement stéatogène.
La NAFLD est l’un des motifs les plus fréquents de transplantation hépatique.
Epidémiologie
La stéatose hépatique est une maladie fréquente, touchant environ 20 à 25% de la population européenne et 25% de la population mondiale, les personnes âgées sont particulièrement touchées2. Son taux de prévalence varie entre 1,5% et 6% auprès de l’ensemble de la population. L’hépatopathie chronique du foie provient généralement de la stéatose hépatique.
Aux Etats-Unis la stéatose hépatique non alcoolique est la forme la plus fréquente de maladie chronique du foie3.
Au Royaume-Uni, en 2022 on estimait qu’un Britannique sur cinq souffrait de stéatose hépatique non alcoolique (en anglais NAFLD)4.
Surpoids et obésité :
On estime que la stéatose hépatique non alcoolique est présente chez près de 75% des personnes en surpoids et chez plus de 90% des personnes souffrant d’obésité sévère5.
Causes
La stéatose hépatique non alcoolique (ce qui exclut la consommation d’alcool) provient notamment d’une mauvaise habitude alimentaire caractérisée par un excès de lipide et de sucre. Une résistance à l’insuline, souvent présente chez des personnes en surpoids ou atteintes d’obésité, serait une explication à la SHNA (NAFLD)6.
D’autres facteurs à risques prédisposent également l’organisme à ce type d’affection :
– L’obésité
– Le diabète type 2
– L’hypertension
– L’hyperlipidémie (haute concentration lipidique sanguine)
Pour la NASH, des experts pensent que l’origine est un stress oxydatif.
Âge apparition des symptômes :
La stéatose hépatique non alcoolique peut toucher des personnes de n’importe quel âge, même des enfants, mais la maladie apparaît plus souvent chez des personnes à la quarantaine ou cinquantaine.
Origine physiologique possible de la maladie :
Des cellules B (lymphocytes B) pourraient jouer un rôle important dans l’apparition de la NAFLD, selon une étude américaine publiée le 20 février 2021 dans le journal Hepatology (DOI : 10.1002/hep.31755). Les scientifiques ont remarqué que les personnes souffrant de NAFLD avaient un nombre anormalement élevé de lymphocytes B inflammatoires au niveau de leur foie. Les chercheurs de l’Université du Minnesota qui ont mené cette étude ont remarqué qu’une alimentation riche en graisses et sucres (y compris sucrose et fructose) était responsable de l’activation de ces lymphocytes B dans le foie, menant à la maladie. Cette découverte pourrait ouvrir la porte vers des traitements spécifiques de la NAFLD. Début 2021, il n’existait aucun médicament enregistré dans le monde spécifique indiqué contre la NAFL (lire davantage aussi sous Traitements ci-dessous).
Symptômes
Considérée comme une maladie sournoise, la stéatose hépatique est souvent asymptomatique. Aucun signe particulier n’est ressenti par l’individu lors de l’accumulation progressive de lipide dans le tissu hépatique.
Cependant, dans certains cas, certaines personnes peuvent ressentir une sensation de malaise, de fatigue ou de problème abdominal (douleurs dans la partie supérieure droite de l’abdomen7). Un examen clinique peut également détecter l’augmentation du volume du foie.
Diagnostic
Le diagnostic de la stéatose hépatique repose sur une palpation du patient en vue de confirmer l’existence d’une hépatomégalie. Une échographie abdominale sera proposée en prolongement de cette appréciation afin de confirmer les dépôts de lipides au niveau hépatique. L’imagerie abdominale a une sensibilité de 93% lorsque la stéatose est supérieure à 30%. S’ensuit ensuite un contrôle des gamma GT et transaminase (une enzyme hépatique) via une analyse sanguine. Ce test permet d’évaluer une éventuelle évolution de la pathologie vers un stade de cirrhose.
La distinction entre NAFLD et NASH ne peut se faire qu’à partir d’une biopsie hépatique ou des méthodes d’imagerie médicale (ex. transient elastography (FibroScan) ou magnetic resonance elastography). La biopsie est un examen invasif, nécessitant la ponction d’un fragment du tissu hépatique, seulement réservé à certains cas.
Complications
Des complications peuvent survenir lorsque l’évolution de la pathologie entraîne une inflammation du foie. Si celle-ci n’est pas maîtrisée, des symptômes plus sévères comme la cirrhose du foie ou la fibrose (cicatrice) hépatique peuvent apparaître. Le risque d’un cancer du foie est aussi réel en cas d’aggravation de la maladie.
Traitements
Le principal traitement ou la mesure principale pour lutter contre cette maladie est une perte de poids grâce à un changement d’alimentation (régime) et à la pratique régulière d’exercice.
Il est important d’adopter un régime riche en fruits, légumes et grains complets et pauvre en graisse saturée9.
Une chirurgie de l’obésité peut être recommandée pour les personnes devant perdre beaucoup de poids10.
Médicaments :
En mars 2022 (date de mise à jour de ce dossier), aucun médicament n’est enregistré sur le marché spécifiquement contre la stéatose hépatique non alcoolique, en tout cas en Europe et aux Etats-Unis11. En Inde, un médicament (saroglitazar) a été enregistré contre la stéatose hépatique non alcoolique en 2020.
Il existe cependant plusieurs molécules en essai clinique de phase I et surtout II ou III.
Vitamine E :
Les médecins prescrivent parfois de la vitamine E avec des thiazolidinédiones pour le traitement des patients souffrant de stéatose hépatique d’origine non alcoolique. Ces médicaments ont toutefois plusieurs effets indésirables, y compris la vitamine E. La vitamine E pourrait réduire l’accumulation de graisses dans le foie et réduire l’inflammation. Certaines plantes médicinales peuvent s’avérer utiles, en tout cas en complément (lire rubrique Remèdes naturels ci-dessous).
Cirrhose :
Chez les personnes qui développement une cirrhose du foie, une transplantation du foie peut être une option thérapeutique12.
Remèdes naturels (phytothérapie)
Les plantes médicinales ayant une action protectrice du foie (hépatoprotectrice) peuvent être envisagées comme remède naturel contre la stéatose hépatique. Certaines d’entre elles peuvent avoir des actions cholérétiques en optimisant la production de bile tandis que d’autres favorisent la contraction de la vésicule biliaire. Mais il faut rappeler que la principale mesure efficace contre la maladie est un changement d’alimentation (régime).
Le Chardon-Marie (Silybum marianum) est à la fois un cholagogue (stimule la contraction de la vésicule biliaire) et un draineur hépatique. L’un de ses constituants, la silymarine joue un rôle hépatoprotecteur grâce à ses propriétés antioxydante et anti-inflammatoire.
D’autres plantes médicinales hépatoprotectrices sont notamment le romarin, le chardon-Marie, le curcuma, le boldo ou l’angélique.
Boire 2 cafés par jour peut être bénéfique contre la stéatose hépatique non alcoolique.
Bons conseils
Certaines habitudes comme la pratique d’une activité physique régulière, la réduction de toxines dans les régimes alimentaires au quotidien, la maîtrise du cholestérol et du diabète permettent de réduire les effets liés à la stéatose hépatique. La substitution de médicament pouvant être à l’origine de la stéatose hépatique par un autre peut aussi améliorer l’état de santé d’une personne souffrant de cette pathologie.
Prévention
L’apparition et le développement de la stéatose hépatique non alcoolique proviennent en grande partie d’une mode de vie sédentaire associée à une alimentation raffinée, industrielle, riche en sucre et en graisse. Il est ainsi conseillé de :
– Changer du style de vie en prenant soin d’adopter une alimentation équilibrée. Il est recommandé de consommer plus de fruits et légumes tout en consommant moins de graisses saturées. Il s’agira aussi de limiter les boissons riches en fructose. Suivre un régime méditerranéen est particulièrement adapté pour prévenir cette maladie. Il est partiellement prouvé qu’une perte de 5 à 10% du poids corporel peut permettre de contrôler et, dans certains cas, d’inverser la maladie (NAFLD)13.
– Pratiquer régulière des activités sportives afin de prévenir l’accumulation de graisse qui est l’une des causes principales de la stéatose hépatique.
– Eviter l’alcool.
Rédaction :
Xavier Gruffat (pharmacien)
Sources :
Mayo Clinic, journal Diagnostic and Interventional Imaging, World Gastroenterology Organisation Global Guidelines
Références études scientifiques :
Hepatology (DOI : 10.1002/hep.31755).
Dernière mise à jour de la page :
23.04.2022
Crédits photos et infographies :
Adobe Stock, Pharmanetis Sàrl (Creapharma.ch), © 2020 Pixabay. Voir cette page en portugais du Brésil : Doença hepática gordurosa não alcoólica
Notes de bas de page et références :
- Livre : “Manuel de phytothérapie écoresponsable”, 2021, par Dre Aline Mercan (médecin), édition Terre vivante
- Newsletter de la Mayo Clinic, Mayo Clinic Health Letter, page 1, édition de mai 2022 parlant notamment de la stéatose hépatique non alcoolique
- Livre en anglais : Mayo Clinic on Digestive Health, How to prevent and treat common stomach and gut problems, 4th edition, Sahil Khanna, M.B.B.B.S, 2020, Mayo Clinic
- Journal anglais Daily Mail, édition du 9 juin 2022
- Newsletter de la Mayo Clinic, Mayo Clinic Health Letter, page 1, édition de mai 2022 parlant notamment de la stéatose hépatique non alcoolique
- Newsletter de la Mayo Clinic, Mayo Clinic Health Letter, page 1, édition de mai 2022 parlant notamment de la stéatose hépatique non alcoolique
- Livre en anglais : Mayo Clinic on Digestive Health, How to prevent and treat common stomach and gut problems, 4th edition, Sahil Khanna, M.B.B.B.S, 2020, Mayo Clinic
- Livre : “Manuel de phytothérapie écoresponsable”, 2021, par Dre Aline Mercan (médecin), édition Terre vivante
- Newsletter de la Mayo Clinic, Mayo Clinic Health Letter, page 2, édition de mai 2022 parlant notamment de la stéatose hépatique non alcoolique
- Livre en anglais : Mayo Clinic on Digestive Health, How to prevent and treat common stomach and gut problems, 4th edition, Sahil Khanna, M.B.B.B.S, 2020, Mayo Clinic
- Is a Treatment for NASH Finally on the Horizon?, Labiotech.eu, 2 mars 2022
- Journal anglais Daily Mail, édition du 9 juin 2022
- Newsletter de la Mayo Clinic, Mayo Clinic Health Letter, page 3, édition de mai 2022 parlant notamment de la stéatose hépatique non alcoolique