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Pour les investisseurs, le secteur pétrolier offre une prime de risque deux fois supérieure au niveau de 2018.
Au Sénat, Pompée aurait juré: «je n’ai qu’à frapper la terre du pied, il en sortira des légions». Mais, en 49 avant JC, lorsqu’il franchit le Rubicon rien ne se lève du sol pour ralentir César qui entre dans Rome désertée par son ennemi, avant de fonder l’Empire.
Deux mille ans plus tard, la puissance militaire ne se mesure plus par la capacité d’enrôlement mais par les moyens militaro-industriels dont dispose un État pour projeter sa force sur de multiples fronts, au-delà des océans. En 1945 la Pax Americana est autant due aux légions de GIs qu’aux colonnes de Jeep et de DC3 qui sortent des usines Willys, Ford et McDonnel Douglas.
Plus d’un demi-siècle après le plus grand conflit de l’histoire de l’humanité, la tertiarisation des économies développées et la prépondérance des actifs intangibles dans les bilans n’ont pas effacé la dépendance du monde aux matières premières. Au contraire, la digitalisation et l’électrification augmentent les besoins en énergie, en métaux conducteurs et en terres rares tandis que depuis un an, les ruptures d’approvisionnement soulignent le lien critique entre croissance, innovation et sécurisation de l’accès aux matières premières.
Parmi elles, le pétrole reste encore essentiel aux économies émergentes et développées.
Cependant, la période d’abondance du début du XXIe siècle, marquée par la course à la domination pétrolière à laquelle se livraient l’Arabie Saoudite et les États-Unis semble avoir pris fin. A cette époque (2005 à 2015) au cours de laquelle il suffisait alors de frapper du pied les sols bitumineux du Permian pour en extraire des légions de barils de pétrole pourrait succéder un cycle de «recartélisation» où l’offre, moins pléthorique, détermine à nouveau les prix.
Le temps où les actionnaires des majors pétrolières se plaignaient du retard pris par leurs investissements dans le Shale Oil est révolu. Au contraire, les derniers bastions des groupes les plus conservateurs (Chevron, Exxon) sont désormais ébranlés par les investisseurs activistes verts qui leur imposent de se diversifier hors des énergies fossiles. Inondant autrefois les champs pétrolifères telle l’huile jaillissant d’un derrick, les financements des activités de fracking se sont taris de la même façon. Représentant jusqu’en 2014 la moitié du total des CAPEX des entreprises américaines, le secteur pétrochimique s’est discipliné à la suite à un mouvement de consolidation et privilégie désormais le retour aux actionnaires plutôt que la croissance. L’industrie pétrolière mondiale n’investit guère plus de 350 milliards de dollars par an contre 750 milliards il y a sept ans. Si l’on considère qu’en moyenne, un pétrolier doit consacrer un cinquième de ses investissements au minimum pour conserver un stock de réserve à l’équilibre, alors le risque de voir l’offre future se tarir est significatif. On estime ainsi que les réserves de certains des plus grands projets actuellement exploités sur le globe, calculées en années, auraient décliné de 50… à 25 ans.
Contrairement aux compagnies minières, les sociétés pétrolières rechignent à sanctionner de nouveaux investissements dans l’exploration malgré le rebond des prix du baril. Le pétrole fait en effet moins partie de la feuille de route de la décarbonisation que le cuivre, le zinc ou le lithium tandis que l’attention des managements se tourne vers les énergies renouvelables comme diversification de leur activité de production amont. Pour les investisseurs, le secteur offre deux avantages: une protection contre l’inflation servie avec une décote historique par rapport au reste du marché (près de 40% lorsque l’on escompte les résultats des 24 prochains mois). C’est une prime de risque deux fois supérieure au niveau de fin 2018 lorsque les doutes quant à la croissance mondiale avaient resurgi comme c’est le cas aujourd’hui.
Le principal risque pour l’actionnaire demeure celui de voir les managements mettre un terme à leur discipline, relancer les investissements et recréer des surcapacités. Il n’y a en effet rien de plus profitable que la rareté. «Mon père était un chercheur d’or, l’ennui c’est qu’il en a trouvé» chantait Jacques Brel.