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Préparateur physique de Viktorija Golubic depuis bientôt quatre ans, Beni Linder raconte l'éclosion de sa joueuse de 28 ans et son acharnement aux entraînements pour améliorer son service.
Beni Linder, Viktoria Golubic était 138e mondiale en début de saison. La voici pour la première fois dans le top 50, et pour la première fois en quart de finale de Wimbledon (elle a été éliminée mardi par Pliskova). Comment expliquez-vous cet épanouissement soudain, à 28 ans? Tout d'abord, il faut rappeler qu'elle a eu une balle de match contre elle au 1er tour de Wimbledon, donc toute cette histoire aurait pu se terminer après un match. De la même façon, elle avait obtenu une balle de match au 1er tour de Roland-Garros cet été et a fini par perdre. La limite est très, très fine. Mais bien sûr, son ascension n'est pas due au hasard.
À quoi est-elle due? Viktorija travaille très, très bien depuis longtemps. Elle est en recherche permanente de solutions pour s'améliorer physiquement et tactiquement. Elle a faim de réussite. Pour moi, cette attitude est au centre de tout. C'est une clé pour provoquer la chance.
On a vu votre joueuse très sûre d'elle en 8e de finale contre Keys, et plus du tout contre Pliskova. Lequel de ces deux visages est le vrai visage de Viktorija? (il sourit) La différence entre les deux, c'est l'adversaire. Pliskova n'a presque pas de faiblesse. Elle est clairement plus forte que Keys; elle a un service plus précis, plus puissant, plus régulier, et apparaît plus stable dans ses déplacements. Elle a aussi un retour qui était mille fois meilleur que Keys.
Vous pensez que la qualité du retour de Pliskova a fait déjouer Golubic au service? Oui. Pour moi, c'est ça. Ensuite, tu te mets à hésiter. Tu ne vois plus le chemin pour gagner des points. Tu te dis: «Si mon service est trop faible, mon adversaire me met immédiatement la pression». J'ai vu sur le visage de Viktorija qu'elle devenait hésitante, qu'elle ne trouvait plus les solutions.
La RTS expliquait récemment qu'elle avait eu recours à un coach mental pour améliorer ses engagements. Pouvez-vous l'aider physiquement à être meilleure? On a déjà beaucoup travaillé ces quatre dernières années, et ce n'est pas facile. On a essayé plein de choses: on a jeté de vieilles raquettes aussi loin que possible pour accélérer son mouvement, on a lancé des balles, on a fait des analyses vidéos pour trouver des solutions dans le domaine bio-mécanique, on a été en salle de force, on a fait du badminton pour accélérer la main. Elle sait très bien accélérer la balle sur un smash, mais pas au service. Ce n'est pas facile...
Vous avez aussi travaillé mentalement? Oui. Elle a gagné en confiance en se focalisant sur la combinaison service-premier coup, afin d'avoir une liaison pour entrer dans l'échange. C'est ce qu'elle a d'ailleurs très bien fait jusqu'en quart de finale à Wimbledon.
Viktorija est une joueuse particulière, ni grande (169 cm), ni épaisse. Par quel miracle en faites-vous une athlète puissante, capable de rivaliser avec les meilleures? En travaillant surtout l'explosivité. On a aussi beaucoup bossé la coordination et la précision du jeu de jambes: s'ajuster sur la balle, se déplacer, chercher des appuis, reprendre des appuis dans les coins, etc. Au fil de nos séances, elle a également amélioré son démarrage et ses mouvements multi-directionnels, le stop and go. Là, elle est forte!
Le gazon est-il la surface qui lui convient le mieux? Elle l'aide en tout cas, puisque la balle restant basse, Viktorija n'a pas beaucoup de frappes à jouer au-dessus des épaules. Cela dit, elle a gagné Gstaad, en altitude, où les balles rebondissent davantage. Elle a aussi fait deux finales au printemps sur dur. Elle sait jouer sur tous les terrains. C'est une joueuse complète, même si elle doit améliorer son service.
Viktorija a versé quelques larmes en rejoignant son clan après sa victoire en 8e de finale. Est-elle sensible? Cela lui arrive, naturellement, mais ce qui est certain, c'est qu'elle est d'humeur égale aux entraînements. Elle n'a pas de up ni de down. On peut toujours très bien travailler, et c'est aussi parce qu'elle accorde une grande importance à la planification.
De quelle manière? Elle a 28 ans et a gagné en expérience. Elle sait quand elle doit prendre deux jours de repos pour souffler et relâcher la pression, et quand elle a encore assez d'énergie, physique et mentale, pour poursuivre son entraînement.
Pensez-vous que le meilleur reste à venir? Depuis six mois, elle a une idée très claire de l'intensité mentale et physique qu'il faut mettre pour rivaliser avec les meilleures et les filles qui frappent fort. Avec cette idée-là et ses connaissances tactiques, elle aura toujours des options pour améliorer son classement. Je ne sais pas jusqu'où elle ira, finalement peu importe, mais je sais qu'elle a les outils pour réaliser encore de très bons résultats.