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Les Grammy Awards se préparent à fêter dimanche à Los Angeles la musique et ses talents du moment, comme Lizzo, Billie Eilish et Lil Nas X, mais un autre air brouillera la partition: les graves accusations portées contre l'organisation par sa patronne, récemment suspendue de ses fonctions.
A quelques jours de la grand-messe annuelle de l'industrie musicale, la PDG de l'Académie des arts et sciences de l'enregistrement, association professionnelle qui organise les Grammys, a déposé plainte à Los Angeles auprès de la Commission pour l'égalité des chances professionnelles.
Deborah Dugan accuse non seulement l'Académie, qui vient de la suspendre de ses fonctions, de discrimination et de harcèlement, mais elle affirme également que son prédécesseur s'est rendu coupable de viol sur une artiste et que certains votes pour les nominations aux Grammy Awards sont entachés par des «conflits d'intérêts».
Son prédécesseur à la tête de la «Recording Academy», Neil Portnow, a catégoriquement démenti ces «accusations de viol ridicules et fallacieuses», et l'organisation a elle aussi réfuté ces «graves allégations», soulignant que Mme Dugan avait été placée en «congé administratif» après avoir été elle-même accusée de harcèlement moral par une employée.
Une enquête indépendante a été ouverte sur ces faits et les accusations de Mme Dugan. Le responsable des prix au sein de l'Académie est monté au créneau jeudi pour défendre les procédures en vigueur aux Grammy Awards.
«Les allégations fallacieuses selon lesquelles des membres ou des comités utilisent notre processus pour promouvoir les nominations d'artistes avec lesquels ils sont en relation sont catégoriquement fausses, trompeuses et erronées», affirme Bill Freimuth dans un communiqué.
Les femmes dominent
Première femme à avoir pris la tête de l'Académie, en août dernier, Deborah Dugan affirme être victime de mesures de rétorsion parce qu'elle voulait y «changer les choses» après 17 ans de présidence de Neil Portnow.
Ce dernier avait officiellement renoncé à prolonger son contrat après avoir été vivement critiqué pour des propos jugés sexistes: il avait déclaré que les femmes devaient «passer à la vitesse supérieure» pour justifier le fait que peu d'entre elles avaient obtenu des récompenses lors de l'édition 2018.
Abstraction faite de ces querelles, le millésime 2020 devrait de ce point de vue être une réussite. Les femmes dominent la liste des nominations, en particulier dans les quatre catégories reines (album de l'année, enregistrement de l'année, chanson de l'année et meilleur nouvel artiste).
Outre Lizzo, en pole avec huit nominations, Billie Eilish (six), Ariana Grande (cinq), Lana Del Rey, Beyoncé et la chanteuse H.E.R. ont également tiré leur épingle du jeu.
Quant à Lil Nas X, phénomène de 2019 avec son tube «Old Town Road», il incarne aussi la diversité, car il est l'un des rares rappeurs à avoir publiquement déclaré être homosexuel. Artiste noir, il a aussi secoué le monde très blanc et très américain de la country, qui a rechigné à accepter sa chanson comme faisant partie de son univers.
Vent nouveau sur les Grammys?
L'exubérante Lizzo, 31 ans, et la sombre Billie Eilish, 18 ans, incarnent deux styles très éloignés l'un de l'autre: d'un côté une pétillante jeune femme noire, aux clips colorés et aux éclats de voix; de l'autre une ado blanche à la voix douce et entêtante.
C'est un vent nouveau qui pourrait souffler dimanche sur les Grammys, avec deux favorites qui ont percé en 2019 même si elles sont dans le circuit depuis plusieurs années.
A l'image de Taylor Swift, encore omniprésente voici quelques années mais qui n'est cette fois en lice que dans trois catégories, les artistes établis «ne dominent pas réellement», estime John Vilanova, enseignant à l'université Lehigh qui a beaucoup étudié les Grammy Awards.
La cérémonie, qui se tiendra dans le fameux Staples Center de Los Angeles, est souvent aussi marquante pour ses performances que pour ses récompenses.
Cette année, Lizzo, Billie Eilish et Ariana Grande mèneront le show, avec en outre une version très attendue de «Old Town Road» par la sensation de la K-pop, le groupe coréen BTS, la star country Billy Ray Cyrus et DJ Diplo.
Un hommage sera également rendu au rappeur Nipsey Hussle --tué l'an dernier à Los Angeles et qui est en lice à titre posthume dans trois catégories-- par John Legend, le rappeur Meek Mill et DJ Khaled. (afp/nxp)