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Kim Phuc Phan Thi a fait la Une des médias internationaux car elle a vécu l'enfer. Le 8 juin 1972, des bombes au napalm tombent sur son village du Sud-Vietnam, larguées par erreur par les forces de Saïgon. Âgée alors de 9 ans, elle prend la fuite sur une route, mais est happée de dos par les flammes. Les vêtements réduits en cendres, sévèrement brûlée et terrorisée, elle est photographiée par un reporter d'Associated Press. L'image devient un symbole de l'horreur de la guerre du Vietnam.
Le cliché de Nick Ut est lauréat du World Press Photo 1972 et du prix Pulitzer de la photographie d'actualité en 1973. [Nick Ut - Keystone/AP]
"Pendant très longtemps, je n'ai pas du tout aimé cette photographie", raconte dans le 19h30 Kim Phuc. "Elle m'a longtemps rappelé que j'avais tout perdu: mon enfance, mon bonheur et mon avenir."
Celle qui a été la "petite fille brûlée au napalm" s'est réconciliée avec le cliché lorsqu'elle a eu ses enfants, explique-t-elle. Elle a alors ressenti le besoin de les protéger et de s'engager en faveur de la paix.
Une sérénité qu'elle a retrouvée grâce à ce qu'elle appelle les "3 D": le désir, la détermination et la discipline. "Malgré tous les moments difficiles et en toutes circonstances, j'ai choisi d'être reconnaissante et d'aller de l'avant", dit-elle. Un cheminement qu'elle raconte dans son livre "Sauvée de l'enfer".
"Je devais mourir, mais j'ai survécu"
Près d'un demi-siècle plus tard, Kim Phuc se souvient encore de ce jour de printemps 1972. "J'ai vu le feu sur mon bras gauche et j'ai utilisé ma main droite pour essayer de l'arrêter", se rappelle-t-elle. "A ce moment-là, je me suis dit que je serai laide et que les gens me verront d'une autre manière désormais."
Hurlant de douleur, elle est conduite à l'hôpital par le photographe d'Associated Press Nick Ut, qui deviendra son "oncle Ut". Ses brûlures sont jugées si sévères qu'elle est placée à la morgue. "Ma mère et mon frère m'ont retrouvée là-bas après trois jours", explique Kim Phuc. "Ma mère m'a sortie de là et m'a ramenée vivante au village alors que tout le monde s'attendait à voir revenir mon cadavre."
Dans les mois qui suivent, la jeune fille subit une quinzaine d'opérations et de greffes. Une douleur physique qu'elle a surmontée à l'image de sa souffrance psychologique. "Je devais mourir, mais j'ai survécu", résume celle qui est devenue ambassadrice de bonne volonté de l'Unesco. "Je devais être laide, mais je me suis mariée et je suis devenue mère, puis grand-mère", lâche-t-elle dans un sourire.
Jadis petite fille au napalm, Kim Phuc est devenue la femme qui transmet la paix. Elle dirige aujourd'hui la Fondation Kim, apportant son aide aux enfants victimes de la guerre.
Propos recueillis par Darius Rochebin
Adaptation web de Tamara Muncanovic