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Sécurité de l'approvisionnement mise à mal par la production surintensive
La sécurité de l'approvisionnement est la capacité à pouvoir nourrir la population autant que possible avec ses propres ressources en cas de crise. Le principal objectif de la sécurité de l'approvisionnement est la pérennisation des bases de production, surtout la fertilité des sols, des structures agricoles opérationnelles et les fonctions de l'écosystème. Les contributions à la sécurité de l'approvisionnement, qui représentent le poste le plus important des paiements directs, provoquent l'effet inverse. Elles encouragent une production trop intensive au détriment des bases de production.
Sous le couvert de la "sécurité de l'approvisionnement", la majeure partie des subventions agricoles vise aujourd'hui à continuer de favoriser la production agricole. Avec succès: la Suisse n'a encore jamais produit autant qu'aujourd'hui, chaque année un peu plus, alors que de moins en moins de terres sont exploitées. Toutefois, l'intensité de production atteinte porte préjudice depuis longtemps à la nature et donc aux bases de production de l'agriculture elles-mêmes. Fertilité des sols, fonctions des écosystèmes et biodiversité vont au plus mal. L'augmentation de la production porte atteinte de manière croissante la sécurité de l'approvisionnement.
La mise en pratique d'une politique agricole vraiment axée sur la sécurité de l'approvisionnement et la durabilité, c'est la préoccupation principale de Vision Landwirtschaft. Notre atelier de réflexion réalise des études et en tire des exigences concrètes. Au premier plan se trouve la suppression des contributions à la sécurité de l'approvisionnement, soit le plus gros poste, et en même temps le poste le plus nuisible des paiements direct avec plus de 1 milliard de francs par année. Il est révélateur de relever que jusqu'à présent, ces contributions n'ont jamais fait l'objet d'une évaluation de leurs effets par la Confédération. Une intervention parlementaire qui le demandait a été bloquée avec succès par un représentant de l'Union suisse des paysans. "So funktioniert die agrarpolitische Bananenrepublik Schweiz" (C'est ainsi que fonctionne la politique agricole de la république bananière Suisse), titrait alors Vision Landwirtschaft.
Si les Européens et Européennes se nourrissaient davantage de céréales, de protéagnieux, de fruits et de légumes, de protéagineux, et de moins de viande, d'oeufs, de poisson et de produits laitiers, l'Europe serait en mesure se nourrir tous ses habitants en 2050. Et cela grâce à une agriculture durable, écologique et respectueuse du climat, sans utiliser de pesticides. Ce sont les conclusions d'une étude de l'Institut français du développement durable et des relations internationales IDDRI.
Pour y parvenir, il faudrait mettre fin à l'utilisation de pesticides et d'autres intrants agricoles, et à la place adopter des méthodes agricoles écologiques comme la rotation des cultures, la sélection des variétés, le travail minimal du sol, l'utilisation d'insectes auxilaires, etc. En outre, il faudrait promouvoir la restauration et préservation des structures pour la biodiversité comme les haies, les étangs, les bandes fleuries et autres. Dans le même temps, l'Europe pourrait réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% et préserfver la biodiversité. Les chercheurs français soulignent que ce scénario agro-écologique permettrait au secteur agricole européen non seulement de nourrir les consommateurs européens, mais aussi de maintenir les exportations actuelles de céréales, produits laitiers et vin. De plus, la dépendance de l'Europe face aux importations agricoles serait considérablement réduite. > > Vers l'étude de l'IDDRI "Une Europe agroécologique en 2050: une agriculture multifonctionnelle pour une alimentation saine"
L’Office fédéral de l’environnement fournit des informations sur l’état des sols en Suisse dans un rapport détaillé. De nombreuses activités humaines affectent cette ressource non renouvelable qu’est le sol. La préservation à long terme des fonctions du sol est ainsi remise en question. Malgré divers efforts, l’approche de la Suisse à l’égard des sols comme base de notre existence n’est pas durable. Le rapport constitue une base importante pour la stratégie des sols, qui est en cours d’élaboration par la Confédération.
Une réduction de moitié de l’utilisation d’aliments concentrés augmente le rendement laitier par vache et la productivité de la production laitière. C’est le résultat d’une expérience dans le sud de l’Allemagne à laquelle ont participé la société de recherche Aulendorf et l’Université de Hohenheim.
Le rapport relève de manière lapidaire en introduction: "Les conséquences d’une réduction de l’utilisation d’aliments concentrés ne sont pas claires." Manifestement, l’augmentation croissante de l’utilisation d’aliments concentrés s’est produite ces dernières décennies sans fondement scientifique et sur la base d’hypothèses qui pourraient se révéler fondamentalement erronées.
D’après les résultats disponibles de l’étude, la production de lait a toutefois eu tendance à augmenter avec une réduction de l’utilisation d’aliments concentrés de 250 à 150 gr par litre de lait. La diminution d’aliments concentrés a été largement compensée par l’augmentation de la consommation quotidienne de 1,8 kg de fourrage grossier, de sorte que la production calculée était plus haute de 2159 kg de lait par vache et par an.
La sécurité alimentaire n’est pas garantie par un taux d’auto-approvisionnement le plus élevé possible. L’agriculture suisse produit aujourd’hui si intensivement qu’elle est devenue en grande partie dépendante d’importations de l’étranger. Cette évolution n’apporte qu’un succès limité du point de vue économique, et détruit de plus en plus la base la plus importante de la sécurité alimentaire.
L'intégralité de cette newsletter n'est disponible qu'en allemand.
Pour garantir l’approvisionnement alimentaire des hommes, selon la thèse largement répandue, il faut impérativement augmenter les rendements agricoles. Cependant un examen plus approfondi des interrelations complexes montre qu’une production encore plus intensive est la stratégie la plus inefficace et la plus nuisible à la sécurité de l’approvisionnement dans les pays avec une agriculture „high-input“.
Dans un pays comme la Suisse, avec une production agricole intensive, accroître encore les rendements ne contribuerait ni à la sécurité alimentaire nationale, ni à l’alimentation mondiale, bien au contraire. Nous en avons déjà parlé dans une newsletter précédente (novembre 2015). Ici la question est : est-ce qu’il existe des alternatives ? De fait, il n’en manque pas. Les quatre les plus importantes ne sont pas seulement meilleur marché, mais agissent aussi plus rapidement, de manière plus durable, en respectant plus la santé et l’environnement qu'une croissance des rendements.
Une meilleure distribution et un meilleur accès à la nourriture : alors qu’il y a des excédents de produits alimentaires dans les pays industrialisés, que la population souffre de surpoids et que des moyens financiers doivent être investis pour atténuer les effets négatifs sur les prix d’une production qui n’est pas adapté aux lois du marché, les pays à marché émergent et en voie de développement souffrent de pénuries alimentaires et de sous-alimentation. Si la nourriture était distribuée selon les besoins et les disponibilités, ce ne serait plus 900 millions de personnes qui vivraient sur terre en étant sous-alimentées, mais un milliard de personnes supplémentaires nourries avec les denrées alimentaires disponibles aujourd’hui. La Suisse porte sa part de responsabilité dans la distribution inégale des denrées alimentaires, par exemple avec les subventions à l’exportation directes et cachées.
Minimiser le gaspillage alimentaire (food waste) : un tiers des denrées alimentaires qui sont produites pour la consommation en Suisse, sont perdues entre le champ et l’assiette. Cela correspond à environ deux millions de tonnes de produits alimentaires irréprochables qui sont détruits chaque année en Suisse. On pourrait éviter en partie ces pertes. Elles représentent plusieurs fois la différence de rendement légèrement inférieur qui résulterait par exemple d’une production plus durable ou avec un usage réduit de pesticides.
Réduire la consommation de viande à un niveau ménageant la santé : la production de protéines – que ce soit sous la forme de viande, de lait ou d’œufs – est une manière très inefficace de produire des denrées alimentaires sur des terres cultivables. Ce serait 5 à 30 fois plus efficace de cultiver directement des produits pour l’alimentation humaine par rapport à une quantité équivalente de calories par le biais de la production de viande. Si les terres arables disponibles dans le monde étaient utilisées directement pour l’alimentation humaine, on pourrait nourrir 4 milliards d’hommes en plus. Rien que cette mesure suffirait largement à nourrir l’humanité à venir selon les projections les plus hautes de croissance de population. En Suisse aussi, la consommation de viande se situe bien en-dessus des niveaux supportables pour l’environnement et notre santé. Les suisses mangent environ 65 kg de viande par an, soit 20 fois plus que les Indiens. Le citoyen suisse moyen mange ainsi trois fois plus de viande que la quantité recommandée par les médecins de 300 gr. par semaine. Si la consommation de viande reculait à ce niveau en Suisse, le pays pourrait, rien qu’avec cette mesure, améliorer son taux d’auto-approvisionnement de presque 60% à 80 ou 100%. 300 gr. par personne, cela représente exactement la quantité de viande qui pourrait être produite de manière durable sur les herbages de Suisse – à savoir là où une production est possible rien qu’avec des animaux mangeant de l’herbe et pas de cultures qui concurrencent directement l’alimentation humaine.
Eliminer les méthodes de production particulièrement inefficaces, comme la production de lait basée sur les aliments concentrés : parmi les deux méthodes de production les plus inefficientes en Suisse, on trouve l’élevage de vaches-mères sur des terres arable et la production laitière basée sur l’importation d’aliments pour animaux. Rien que les aliments concentrés qui sont donnés aux vaches laitières – en grande partie importés et produits dans des conditions très problématiques – nécessitent des surfaces de terres assolées qui permettraient de nourrir net 2 millions d’hommes en plus. Soit un quart de la population suisse. Renoncer aux aliments concentrés réduirait à peu près la production laitière de la quantité actuelle d’excédents sur le marché. De tels efforts ne rendraient pas seulement le rendement effectif en calories pour l’alimentation humaine bien plus élevé qu’une augmentation supplémentaire des rendements. Ils pourraient aussi être mis en œuvre à court terme et générer ainsi un revenu supplémentaire de la production primaire.
Conclusion Il existe des mesures qui peuvent augmenter le taux d’auto-approvisionnement et la sécurité de l’approvisionnement de manière bien plus forte et meilleur marché qu’une production intensive et conditionnée à de hauts rendements, qui entraîne de grands dommages à l’environnement et réduit le potentiel de production du sol. Parmi ces mesures efficaces, il y a les efforts qui intègrent le gaspillage alimentaire, la consommation de viande et l’utilisation efficiente des ressources. De telles mesures doivent à l’avenir être au centre des efforts de la politique agricole pour la sécurité alimentaire et remplacer l’actuelle détermination indéfendable à rechercher des rendements les plus hauts possibles qui doivent continuer à croître. Cela laisserait ainsi une important marge de manœuvre pour une production plus durable, plus respectueuse de l’environnement, et qui en même temps maintiendrait et améliorerait des bases de production au lieu de les dégrader de plus en plus.
La démocratie suisse vit des temps agités. Il y a un peu plus d’une semaine, l’UDC à fait voter les citoyens et citoyennes suisses sur une initiative qui voulait décrire interminablement et dans les moindres détails comment réglementer des textes légaux et réglementaires dans la Constitution. En parallèle, l’Union suisse des paysans USP laisse le Parlement et ses commissions discuter sans fin sur une initiative qui laisse jusqu’à aujourd’hui perplexe sur ce qu’elle veut vraiment. La démocratie directe suisse n’avait encore jamais connu ces deux situations en 150 ans d’histoire. Qu’est-ce qui se cache derrière ce mystère de l‘„initiative pour la sécurité alimentaire“ de l’USP et quelles seraient les conséquences pour la Suisse en cas d’acceptation ?
Le texte de l’initiative répète celui déjà existant de la Constitution
La question devrait en fait être résolue à partir du texte de l’initiative. Mais dans le texte de l’initiative, il n’y a rien, absolument rien, qui ne soit déjà dans la Constitution – à l’exception peut-être d’un passage qui appelle à la réduction de la bureaucratie. Cette exigence est cependant déjà incontestée et l’administration a déjà fait bouger les choses avec son propre projet. Alors pourquoi l’USP utilise des millions provenant de ses membres et de l’agro-industrie qui la soutient, pour un texte qui veut seulement rallonger la Constitution avec des doublons ?
À chacun ce qu’il veut
Jusqu’à présent, l’USP a obstinément refusé d’expliquer de manière cohérente ce qu’elle veut avec son initiative. Lors de la récolte de signature dans la rue aussi organisée qu’une armée de campagne, c’est le renforcement d’une production indigène et durable, avec des chemises paysannes aux edelweiss et des vaches avec des cornes, qui a été mise en avant. Qui ne voudrait pas soutenir une telle agriculture ? Ce n’est pas pour rien que les signatures ont été récoltées si rapidement. Exactement en même temps, le président de l’USP Markus Ritter remettait sa base sur les rails lors de l’assemblée des paysans : il a averti que l’écologisation de la politique agricole doit enfin cesser grâce à l’initiative pour faire un retour en arrière. Et avec la présence médiatique régulière du président de l’USP dans les médias, on fait croire aux consommateurs que l’initiative leur garantira aussi à l’avenir des denrées alimentaires saines et indigènes. Les organisations de protection de l’environnement doivent être attirées par la protection des terres agricoles. Cela n’a pas posé de problème à l’USP que Markus Ritter a également été actif dans un comité. Chacun reçoit de l’USP justement la réponse à ses questions, ou ce qu’il veut entendre.
L’USP championne de l’agriculture industrielle
Aucune association ne lutte aussi énergiquement et avec autant d’argent contre tous les efforts visant à promouvoir le maintien de structures paysannes et une agriculture suisse durable. Aucune association ne compromet plus la protection des terres agricoles quand il s’agit d’assurer le profit provenant de la vente de terrain à bâtir en zone rurale ou de faire passer de grandes constructions agricoles sur les terres cultivables. Et maintenant cette association veut d’un coup s’engager pour une agriculture suisse durable et pour les terres agricoles avec sa propre initiative ?
La réponse à cette énigme relève d’une nouvelle combine de la démocratie de base. Les vraies préoccupations de l’USP n’ont jamais obtenu de majorité. Aucun citoyen, ou presque (et pas non plus les paysans !) ne souhaite une agriculture toujours plus intensive et qui produit de manière industrielle, fortement subventionnée, dépendante de l’État et isolée. Presque personne ne veut revenir à l’ancienne politique agricole avec ses paiements forfaitaires et ses mauvaises incitations qui coûtent des milliards. Puisqu’on ne trouve pas de majorité de telles demandes, les fins stratèges de l’USP ont concocté le texte insignifiant d’une initiative qui ne choque personne et qui laisse la porte ouverte au plus grand nombre possible d’interprétations.
Chat en sac jusqu’à l’acceptation
Si l’initiative est acceptée, l’USP peut enfin tranquillement sortir du sac le chat qu’y était maintenu longtemps et soigneusement, et expliquer comment il faut comprendre l’initiative. Dès lors quelles que soient les décisions prises en politique agricole, l’USP se référera à la volonté du peuple et rappellera au Parlement et à l’administration que l’initiative de l’USP a bien été acceptée et que la politique agricole doit être mise en place selon la volonté de l’USP. On oubliera bien vite que personne ne savait à l’avance de que voulait l’initiative et donc que cela ne pouvait pas être la volonté du peuple.
Vote au Conseil national
Il sera intéressant de voir demain le résultat au Conseil national. Le PS et le PVL ont été les premiers à jouer ce jeu. Les Verts sont encore indécis et espère un arrangement pour que l’USP soutienne leur initiative s’ils aident à faire passer celle-ci. Le groupe UDC, qui agit en politique de manière presque identique à l’USP, a déjà donné sa parole pour un oui. Finalement c’est le PLR qui pourrait faire pencher la balance, qui jusqu’à présent est resté plus ou moins ferme car il craint la poursuite de la fermeture des marché en cas d’acceptation.
Il reste aussi difficile de savoir dans quelle mesure les parlementaires des régions de montagne vont céder à la pression de l’USP. Car l’agriculture de montagne, qui a grandement profité de la réforme de la politique agricole, ferait certainement partie des perdants en cas d’acceptation de l’initiative.
Rejeter ce trucage de démocratie de base
Après l’initiative d’application qui a tenté de renverser le système actuel de démocratie directe en voulant rédiger des lois et des ordonnances directement dans la Constitution, l’initiative pour la sécurité alimentaire est une nouvelle tentative d’abuser de la volonté du peuple en faveur de ses propres intérêts, avec le texte d’une initiative qui veut contenter tout le monde, et qui sera interprété par les auteurs seulement une fois l’initiative acceptée comme ils l’entendent. Il serait souhaitable que déjà le Parlement, et pas seulement le peuple, rejette cet abus de démocratie de base.
Quatre raisons de rejeter l’initiative pour la sécurité alimentaire :
L’initiative crée de la confusion et de l’incertitude : le texte est extrêmement vague et n’apporte rien de nouveau dans la Constitution si ce n’est des doublons.
L’initiative est une imposture : l’Union suisse des paysans a jusqu’à présent refusé d’expliquer clairement ce qu’elle veut avec cette initiative. Elle ne va interpréter le texte de son initiative qu’après son acceptation et ensuite mette la politique et l’administration sous pression selon son interprétation et en se référant à "la volonté du peuple".
L’agriculture n’a pas besoin d’un débat sur la Constitution : les bases actuelles de la Constitution jouissent d’une grande acceptation pour le domaine de l’agriculture. Remettre cela en jeu avec une initiative et créer de l’incertitude est malsain et la dernière chose dont a besoin l’agriculture maintenant.
L’initiative divise l’agriculture : de nombreuses organisations paysannes rejettent l’initiative, d’autres restent sceptiques. Un tel désaccord nuit à l’agriculture et demande une énergie dont on aurait besoin de toute urgence pour des discussions constructives sur l’avenir de l’agriculture.
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VISION LANDWIRTSCHAFT / ARTICLE DE JOURNAL 14.1. 2016
Produire le plus possible, c'est devenu le but principal des organisations paysannes. La Confédération encourage aussi une production alimentaire toujours croissante en Suisse à travers la protection aux frontières, des subventions forfaitaires et des primes de cultures. Et cela au nom de la sécurité de l'approvisionnement. Pourtant une forte production en temps normal ne garantit pas un approvisionnement en cas de crise, et peut même le menacer. C'est le cas quand la production dépend toujours plus d'importations - par exemple fourrages, énergie, machines, engrais, pesticides - ou quand elle endommage la fertilité des sols. En outre, les prix aux producteurs souffrent d'une production trop forte. Combien faut-il produire pour assurer une sécurité à l'approvisionnement, qui de plus soit acceptable? Vision Agriculture se penche sur cette question dans une nouvelle étude. Les résultats montrent que la sécurité à l'approvisionnement peut aussi être garantie avec 10 à 20 pourcent de production de moins qu'aujourd'hui. Pour autant que les réserves de terres nécessaires soient disponibles.
L'Union suisse des paysans (USP) lance une "initiative populaire pour la sécurité alimentaire", pour "préserver, à long terme, l'approvisionnement de la population suisse avec des denrées alimentaires issues d'une production indigène diversifiée".
Les revendications des auteurs de l'initiative sont largement incontestées. Et même davantage : elles sont déjà on ne peut mieux couvertes par l'article de la Constitution existant et la Loi sur l'agriculture (voir texte de l'initiative ci-dessous). Dans la Constitution, il est déjà inscrit que l'agriculture doit contribuer substantiellement à la sécurité de l'approvisionnement de la population.
Il s'agit donc d'autre chose pour les auteurs de l'initiative. La vraie préoccupation se comprend de manière plus éloquente avec le texte d'une initiative plus ancienne, qu'un groupe autour du conseiller national UDC Rudolf Joder et du député au Grand Conseil UDC Samuel Graber a présenté à la presse le 5 novembre 2013 en partenariat avec le président de parti Toni Brunner. Il y était clairement formulé comment la politique doit être accentuée. La disposition principale était : "Le but est d'assurer un taux d'auto-approvisionnement aussi élevé que possible de la population". Sous prétexte de taux d'auto-approvisionnement, on doit donner du regain à l'intensification plus avant de l'agriculture suisse – pour cela l'UDC et l'USP sont d'accord sans réserve – et on doit faire machine arrière pour la réforme de la politique agricole 2014-17, qui limitera quelques excès comme la surproduction de lait avec les aliments concentrés importés.
C'est ce qu'indique aussi l'argumentaire de l'initiative, et l'USP n'a pas peur de ces dires trompeurs. On y lit le titre : "Tendance à la baisse de l'auto-approvisionnement". Le taux d'auto-approvisionnement est resté constant autour de 60 pourcent ces vingt dernières années d'après les calculs habituels. La valeur de la dernière année disponible (2011) se situe même particulièrement haut d'après le rapport agricole 2013 de l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) : à 64 pourcent. Source : Union suisse des paysans USP.
Pousser la production, alors qu'elle n'a jamais été aussi haute qu'aujourd'hui malgré les surfaces cultivables en diminution, est irresponsable du point de vue d'une agriculture paysanne respectueuse de l'environnement et même contre-productif pour la sécurité alimentaire :
L'agriculture suisse produit déjà bien plus que ce qui est possible avec ses propres bases de production. L'augmentation de la production "indigène" comme demandé par les auteurs de l'initiative signifierait : encore plus d'aliments pour animaux, d'engrais et d'énergie importés de l'étranger. Cela rendrait l'agriculture encore plus dépendante de l'étranger que de nos jours et donc vulnérable en temps de crise.
L'augmentation plus avant de la production indigène comme demandé par les auteurs de l'initiative continuerait d'aggraver les hauts déficits de l'agriculture suisse concernant l'environnement et ainsi d'endommager le bien le plus important de l'agriculture suisse, à savoir : sa propre base de production. Aujourd'hui déjà la compacité des sols, l'utilisation abusive de pesticides et l'érosion des sols font partie des plus gros problèmes de l'agriculture suisse due à une exploitation trop intensive. Cette évolution affaiblit la sécurité alimentaire de manière irréparable, porte atteinte à la qualité des denrées alimentaires produites et met à mal l'image de l'agriculture suisse.
Une importation en hausse de certaines denrées alimentaires en cas de croissance de la population est tout à fait justifiable du point de vue global. Comme le sait très bien l'USP, il y a des surfaces cultivables à disposition suffisantes pas très loin à l'étranger.
Celui qui pense que l'initiative s'occupe quand même de la sécurité alimentaire, doit poser quelques questions aux auteurs de l'initiative :
Est-ce qu'une augmentation encore plus soutenue de la production reste comme avant un but de l'initiative?
Qu'est-ce que le Conseil fédéral ou le Parlement devrait faire concrètement pour appliquer l'initiative?
Est-ce que l'USP est prête à s'engager pour une intensité de production réduite si cela permet de mieux conserver les bases de production pour des périodes de crise?
Les réponses montreront si l'USP se préoccupe sincèrement de la sécurité alimentaire ou si elle veut juste marquer sa présence, ou s'il s'agit d'un véritable miroir aux alouettes qui vise à une agriculture-turbo chère et peu efficiente, qui nuit à la sécurité alimentaire au lieu de la servir.
Texte de l'initiative La Constitution est modifiée comme suit :
Art. 104a Sécurité alimentaire 1 La Confédération renforce l'approvisionnement de la population avec des denrées alimentaires issues d'une production indigène diversifiée et durable; à cet effet, elle prend des mesures efficaces notamment contre la perte des terres cultivées, y compris des surfaces d'estivage, et pour la mise en œuvre d'une stratégie de qualité. 2 Elle veille à maintenir une charge administrative basse pour l'agriculture et à garantir la sécurité du droit, ainsi qu'une sécurité adéquate au niveau des investissements.
Art. 197, ch. 11 11. Disposition transitoire ad art. 104a (Sécurité alimentaire) Le Conseil fédéral propose à l'Assemblée fédérale des dispositions légales correspondant à l'art. 104a au plus tard deux ans après l'acceptation de celui-ci par le peuple et les cantons.
Propositions de perfectionnement du système des paiements directs de l'agriculture suisse – comparaison fondée sur des simulations
La proposition de réforme de la politique agricole 2014–2017, soumise par le Conseil fédéral, contient des améliorations essentielles par rapport au système actuel des paiements directs. Il ressort d'une comparaison détaillée avec la pro- position de Vision Landwirtschaft qu'elle est toutefois loin d'exploiter le poten- tiel d'optimisation en faveur de l'agriculture et de l'environnement.
La réforme agraire amorcée depuis bientôt deux décennies s'est arrêtée pratiquement à mi-chemin. Les instruments actuels de la politique agricole ne sont pas conformes à l'article constitutionnel de 1996. Le Livre blanc de l'agriculture suisse offre une analyse de la situation complète et accessible à tous ; elle met en évidence quelles réformes s'avèrent indispensables à la mise en œuvre d'une politique agricole porteuse d'avenir et conforme à la Constitution. En publiant ce livre, Vision Landwirtschaft pose une première pierre sur laquelle devra s'appuyer le débat qui s'instaurera au sujet de la politique agricole dans les années à venir.
Analyse scrupuleuse. Dans le Livre blanc de Vision Landwirtschaft, les auteurs offrent une documentation complète et critique des derniers développements de la politique agricole suisse et une analyse accessible à tous de leurs répercussions au niveau des exploitations agricoles, de la production de denrées alimentaires et de l'environnement. Sur la base d'un état des lieux scrupuleux, ils proposent des améliorations de la politique agricole, axées de manière ciblée et transparente sur le mandat constitutionnel de l'agriculture – et, partant, sur l'indemnisation des prestations d'intérêt général d'une agriculture productive. Les incidences de l'amélioration du système des paiements directs sont analysées en détail à l'aide de modélisations.
Réalisation des objectifs.Les résultats dévoilent un potentiel d'optimisation inattendu. Les réformes proposées permettent d'atteindre voire de surpasser les objectifs politiques fixés dans le cadre du budget agricole actuel, tout en assurant à moyen terme des revenus supérieurs et une production agricole nette plus élevée. L'agriculture sera ainsi beaucoup mieux armée pour l'avenir, indépendamment d'une plus grande ouverture des marchés.
Le Livre blanc de l'agriculture est en vente dans les librairies ou au secrétariat de l'association. Les membres de Vision Landwirtschaft bénéficient d'un rabais de 10% sur le prix en librairie.