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L'ONU n'a trouvé par contre aucune preuve scientifique d'une augmentation de la fréquence de cancers ou de la mortalité par cancer, ou de troubles non malins qui pourraient être mis en relation avec les rayonnements. Le risque de leucémie, l'une des inquiétudes principales du fait de la brève durée de latence, ne semble pas non plus avoir augmenté, même pas parmi les "liquidateurs" chargés des travaux de déblaiement après l'accident.
Une étude publiée le 22 mai 2001 dans les Actes de la Royal Society de Londres passe sous la loupe non pas les effets sanitaires de l'accident, mais les modifications moléculaires de la substance héréditaire parmi les descendants de liquidateurs de Tchernobyl. L'étude met en évidence que le génome des 41 enfants nés après l'accident qui ont été examinés dans le cadre de ces travaux présente bien plus de modifications de l'ADN que celui de 22 frères et soeurs nés avant l'accident ou de 28 enfants qui habitaient dans des régions non contaminées. Les résultats semblent démontrer pour la première fois qu'une contamination par de faibles doses de rayonnement provoque des mutations dans la voie germinale aussi chez l'humain et que la dose de doublement des mutations supposée jusqu'à présent est fixée à un seuil nettement trop élevé.
Les rayonnements ionisants peuvent engendrer dans la substance héréditaire de cellules somatiques des mutations susceptibles d'entraîner la formation d'un cancer ou la destruction des cellules concernées. Le fait que les rayonnements ionisants produisent également des mutations héréditaires dans les cellules germinales a été démontré par l'expérience dans de nombreux organismes. Mais pour l'humain, les données disponibles ne permettaient pas de conclure valablement sur la question de savoir si une irradiation des parents ou d'un parent provoquait des mutations exerçant des effets sur la descendance dans les cellules germinales.
Pour déterminer des modifications éventuelles radioinduites dans la voie germinale, la nouvelle étude a analysé des familles de liquidateurs ayant au moins deux enfants sous l'angle de la génétique moléculaire. L'un des enfants devait avoir été conçu avant l'accident et l'autre après. L'enfant venu au monde avant l'accident a servi de contrôle interne de celui qui a été conçu après l'accident, et donc après l'irradiation des cellules germinales de ses parents. On a eu recours comme contrôle supplémentaire à des familles de régions non contaminées. L'ADN a été isolé des cellules sanguines, découpé en utilisant des enzymes et séparé en fonction de la grandeur des fragments découpés. L'apparition de nouveaux fragments qui n'étaient présents ni dans l'échantillon du père, ni dans celui de la mère, indique des modifications radioinduites de l'ADN.
Les résultats de l'étude sont étonnants. Les échantillons provenant d'enfants qui ont été conçus après l'accident révèlent sept fois plus environ de nouveaux fragments d'ADN que ceux de leurs frères et soeurs conçus avant Tchernobyl. Ceci signifie que l'irradiation des parents à de faibles doses a entraîné des modifications de l'ADN de leurs cellules germinales et que ces modifications ont été transmises aux enfants. Plus le temps qui s'est écoulé entre l'irradiation (activité du père lors des travaux de déblaiement) et la conception a été long, et plus faible est le nombre de nouveaux fragments d'ADN démontrés. Même si l'on ne disposait pas de valeurs de doses exactes pour les personnes sur lesquelles des échantillons ont été prélevés dans l'étude israélo-ukrainienne, les auteurs estiment que la dose absorbée a dû se situer aux alentours de 50 à 200 mGy. Jusqu'à présent, on se basait sur une dose de doublement - c'est-à-dire la dose à partir de laquelle le nombre des mutations spontanées double - de 1 à 2 Gy. Les résultats de cette étude montreraient que cette dose de doublement a été fixée à un niveau au moins 5 à 20 fois trop élevé, une constatation assez inquiétante à première vue.
La méthode utilisée ici se distingue toutefois sur un point important de celles qui avaient été adoptées jusqu'à présent: on déterminait habituellement les taux de mutation en analysant les modifications génétiques dont les effets pouvaient être évalués sous les angles médical et biochimique. On se limitait à une petite partie de l'information génétique globale étant donné que 10% seulement du total de l'ADN possède des zones qui peuvent être lues. Le "reste" du génome n'était pas pris en considération, et le taux de mutation était extrapolé sur le nombre total de gènes. La méthode du "multi-site DNA fingerprinting" ("impression digitale d'ADN multiple"), qui prend tient compte de la totalité de l'ADN, a maintenant permis aux chercheurs israéliens et ukrainiens de détecter aussi chez l'homme des modifications radioinduites qui ont été transmises par le parent irradié à sa descendance. Les enfants examinés ne sont semble-t-il atteints d'aucune maladie; les modifications des régions analysées de l'ADN ne paraissent pas se répercuter sur l'individu, du moins dans la première génération. Il est probable que l'on a découvert avec cette méthode des atteintes radioinduites de l'ADN qui étaient certes déjà présentes en arrière-plan lors des essais antérieurs, mais que la nature des expériences ne mettait pas en évidence.
Une prochaine phase pourrait consister en une expérience analogue qui détermine les taux de mutation dans la même population avec des bases génétiques classiques. En cas de confirmation des résultats, l'étude indiquerait que les faibles doses engendrent un risque plus élevé que ce que l'on supposait jusqu'à présent. Cette possibilité a toutefois déjà été considérée en radioprotection.
Source
R. Scheidegger/C.P.