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L’ISTH (International Society on Thrombosis and Hemostasis) a promulgué depuis deux ans une journée mondiale de la thrombose, dont la date a été fixée au 13 octobre, jour anniversaire de la naissance de Rudolf Virchow qui, par la description de sa triade, avait jeté les fondations de la compréhension moderne de la physiopathologie de la maladie thromboembolique veineuse (MTEV). Cette journée est constellée de multiples manifestations dans les centres hospitaliers et les universités de nombreux pays. L’organisation d’une telle journée par une société internationale correspond-elle à un effet de mode, ou est-il réellement important de consacrer une journée à la MTEV ?
La MTEV peut être considérée comme un « silent killer »
La MTEV est la troisième cause de mortalité cardiovasculaire après l’infarctus du myocarde et l’accident vasculaire cérébral. A titre d’exemple, elle affecte de 300 000 à 600 000 personnes par an aux Etats-Unis. L’incidence annuelle de la MTEV chez les adultes est de 1-2 / 1000, et augmente jusqu’à 1 / 100 chez les sujets âgés, ce qui en fait une maladie fréquente. Il s’agit également d’une maladie potentiellement chronique, avec un taux de récidive annuelle de l’ordre de 5-10 % après un premier événement, un taux de syndrome post-thrombotique de 30 % après une thrombose veineuse profonde et un taux d’hypertension artérielle pulmonaire de 2-3 % après une embolie pulmonaire.
Près de la moitié des événements thromboemboliques veineux sont « non provoqués » ou encore appelés idiopathiques et l’autre moitié surviennent à la suite de facteurs plus clairement favorisants tels que la chirurgie, les traumatismes, les hospitalisations, les périodes d’immobilisation ou les néoplasies.
La MTEV peut être considérée comme un « silent killer » car, contrairement aux deux autres causes fréquentes de mortalité cardiovasculaire (infarctus du myocarde et AVC), elle demeure pour l’essentiel inconnue du grand public. Les symptômes de l’embolie pulmonaire sont peu connus et facilement attribuables à d’autres pathologies, ce qui peut en retarder le diagnostic et la prise en charge même par des professionnels expérimentés. Environ 10 % des patients avec une embolie pulmonaire décèdent avant que le diagnostic ne soit établi et 5-10 % des patients vont mourir rapidement après le diagnostic. Le manque d’information de la population générale sur cette maladie a probablement un impact sur ces chiffres. Dans une enquête récente portant sur plus de 7000 adultes, seulement 57 % des personnes interrogées avaient entendu parler de cette pathologie alors que respectivement 89 et 90 % savaient ce qu’est un accident vasculaire cérébral ou un infarctus du myocarde. Dans cette même enquête, seulement 28 % des personnes interrogées connaissaient les symptômes de thrombose veineuse profonde et 18 % les symptômes d’embolie pulmonaire.
Une connaissance insuffisante des facteurs de risque, de la présentation clinique, des possibilités de prévention et du traitement de la MTEV semble également exister auprès du corps médical. Ainsi, une récente enquête effectuée auprès de 155 médecins généralistes en France a révélé que la moitié ne connaissait pas les stratégies diagnostiques de l’embolie pulmonaire ou la possibilité d’un traitement ambulatoire chez des patients correctement sélectionnés.
Les données épidémiologiques concernant l’infarctus du myocarde et l’accident vasculaire cérébral ont clairement démontré que la connaissance de ces maladies par le grand public aboutit à un diagnostic et à une prise en charge plus rapide des patients, avec une diminution de la mortalité, en tout cas en ce qui concerne l’accident vasculaire cérébral. De telles données sont à l’heure actuelle plus que restreintes en ce qui concerne la MTEV.
Au-delà du bénéfice potentiel lié à des campagnes d’information au niveau du grand public, il reste aussi un travail important à faire au niveau de l’implémentation des vastes connaissances acquises ces vingt dernières années dans le domaine. Ainsi, bien que des stratégies diagnostiques bien conduites aient été clairement mises en relation avec un meilleur pronostic des patients atteints d’embolie pulmonaire, leur implémentation est loin d’être réalisée dans tous les centres hospitaliers. Un discours similaire peut être tenu en ce qui concerne l’utilisation de la prophylaxie hospitalière dont l’adéquation avec les guidelines internationales reste globalement modeste. L’implémentation dans la vraie vie des connaissances acquises ces dernières années reste donc un réel défi.
il reste un travail important à faire au niveau de l’implémentation des vastes connaissances acquises
En conclusion, la MTEV est bien un « silent killer » malgré l’amélioration progressive des stratégies diagnostiques et de prévention intrahospitalières. Les campagnes d’information telles que le World Thrombosis Day sont donc une occasion de faire connaître et de rappeler qu’il s’agit d’une pathologie représentant un vrai fardeau en termes de santé publique.