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FOOTBALL Hitzfeld: «On peut réaliser quelque chose d'historique»
A 65 ans, le sélectionneur allemand de l'équipe de Suisse espère finir en beauté lors de la Coupe du monde au Brésil. Interview à la veille du départ.
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Ottmar Hitzfeld se trouve face au dernier défi de sa longue carrière. A 65 ans, le sélectionneur allemand de l'équipe de Suisse espère finir en beauté lors de la Coupe du monde au Brésil.
Qu'est-ce que cela représente pour vous de relever votre dernier gros challenge dans un pays de football comme le Brésil?
Pour moi, le Brésil, c'est la terre d'origine du football. Ce pays est synonyme de football parfait, presque artistique. Pour ma génération, Pelé a été encore plus grand que Messi ne l'est aujourd'hui. Il a été la première grande star mondiale du foot. A Rio et partout ailleurs, le football prend une place énorme, prépondérante. Sur les plages, les gens jouent avec le ballon du matin au soir. C'est pourquoi cette deuxième Coupe du monde consécutive avec la Suisse prend une autre dimension qu'il y a quatre ans en Afrique du Sud.
Sentez-vous un enthousiasme similaire parmi vos joueurs?
Oui, il y a quelque chose, c'est indéniable. Je l'avais déjà expérimenté par le passé avec Aarau, Grasshopper ou Borussia Dortmund, lorsque j'avais emmené mes joueurs en camp d'entraînement au Brésil. Pour eux, un simple match amical contre une équipe brésilienne était déjà quelque chose de spécial.
Jusqu'ici, les Européens n'ont jamais réussi à remporter la Coupe du monde en Amérique du Sud. Cela peut-il changer?
La probabilité est grande qu'un pays sud-américain s'impose cette année encore. Ils ont des avantages sur leur continent, ils se sentent chez eux, ils ont un grand soutien populaire, ils connaissent la langue et ils sont habitués au climat. A mon avis, le Brésil est le grand favori de la compétition, devant l'Argentine. Les Européens auront des difficultés avec le climat, on l'a vu l'an passé à la Coupe des Confédérations. Par exemple, les Espagnols et les Italiens ont eu des crampes durant certains matches. Ce sont des problèmes qu'on ne voit plus, ou très rarement, en Europe.
Dans cette perspective, comment appréhendez-vous le fait que la Suisse soit justement opposée à deux équipes d'Amérique latine au tour préliminaire, en plus de la France?
C'est la raison pour laquelle nous venons de jouer contre la Jamaïque et le Pérou. Pour nous confronter à un autre type de football, plein d'émotion. Au Honduras comme en Equateur, les joueurs sont reçus par le chef de l'Etat, et ils doivent même prêter serment. Pour nous, ces matches vont représenter un gros défi sur le plan mental, car ces adversaires sont remplis de force et d'énergie. Ils sont aussi impétueux, ce qui les pousse parfois à faire des fautes. On devra faire attention à rester calmes et concentrés. Je l'ai dit à l'équipe dès le premier jour de la préparation à Weggis.
Sur le plan médical, quels sont les principaux soucis liés au climat que vous allez rencontrer?
La récupération constituera un thème important, voire décisif. A Manaus, la perte de liquide est cinq fois plus grande que lors d'un match normal. Habituellement, on perd environ un kilo et demi durant une rencontre de 90 minutes. Mais à Manaus, les organismes auront déjà évacué près de trois kilos à la mi-temps. Il est quasiment impossible de compenser cela. Nos scientifiques du sport et les médecins travaillent sur cette question depuis que nous savons que nous aurons ce match en Amazonie.
«J'ai toujours été un fan de l'équipe de Suisse»
Cette Coupe du monde marquera non seulement la fin de votre aventure à la tête de l'équipe nationale, mais aussi la fin de votre carrière d'entraîneur. Quelle place y a le dernier chapitre, que vous êtes en train d'écrire?
Être sélectionneur de la Suisse a été l'aboutissement d'un rêve pour moi. Les premiers grands matches que j'ai vus avec mon père ont été ceux du FC Bâle et de l'équipe de Suisse. J'ai toujours été un fan de cette dernière. Maintenant, comme entraîneur, c'est chaque fois un événement quand l'hymne national est joué. Je sens alors que je représente ce pays. Ces six années ont été un passage très spécial de ma vie. Et il est d'autant plus beau qu'il prendra fin justement au Brésil.
Quel est votre objectif pour ce tournoi?
La concentration se porte essentiellement sur la phase de groupes. C'est l'obstacle à franchir, pour lequel nous investirons toutes nos forces. Si on se qualifie, on aura atteint un gros objectif. Ensuite, dès les 8es de finale, les autres seront toujours favoris contre nous. Dès lors, nous n'aurons plus rien à perdre. On peut réaliser quelque chose d'historique. (SI/Le Matin)
Créé: 05.06.2014, 13h42