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Veste d'uniforme du 1er régiment suisse
Cet habit a appartenu à Abraham Rey (1778-1859), officier vaudois au service de la France dans le cadre du service étranger. Les couleurs spécifiques (rouge garance et jaune jonquille) renvoient au 1er régiment suisse, tandis que le cor brodé sur le retroussis montre qu’il s’agit d’un corps de voltigeurs, c’est-à-dire une troupe d’infanterie légère. A cette époque, l’uniforme des soldats suit des règlements très précis : cet habit a été modifié en 1812 pour correspondre à de nouvelles exigences, en déplaçant notamment l’emplacement des boutons.
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Abraham Rey, fils de Gaspard Louis Rey, magistrat et commerçant à Lausanne, et de Marianne Neubrand, est né à Lausanne en 1778. Il entame sa carrière militaire à l’âge de 20 ans dans les milices cantonales puis au service étranger, et devient capitaine d’une compagnie de voltigeurs lorsque le 1er régiment suisse est formé en 1804 à la suite du traité d’alliance imposé à la Confédération par Napoléon Bonaparte. La Suisse doit alors fournir à la France 16’000 hommes, divisés en 4 régiments, ayant chacun 4 bataillons de 9 compagnies. Abraham Rey restera dans son régiment jusqu’au licenciement de toutes les troupes suisses en 1815, lorsque l’empereur revient de son exil à l’île d’Elbe. Durant cette période, il participe à de nombreuses campagnes, notamment en Italie et en Russie. En octobre 1812, lors de la deuxième bataille de Polotzk, son shako (couvre-chef réglementaire), également conservé au Château de Morges et ses Musées, est transpercé d’une balle ennemie : le trou en est encore visible aujourd’hui, et comporte une petite étiquette commémorative, probablement de sa propre main. La même année, il est blessé lors de la célèbre bataille de la Bérézina, qui marque la fin de la campagne russe de Napoléon Bonaparte et coûte la vie à de nombreux soldats suisses. Après deux ans comme prisonnier de guerre, il reçoit la Légion d’Honneur à son retour en France. À la suite de sa retraite militaire, Abraham Rey revient dans son pays, épouse la veuve d’un de ses amis, et s’engage en politique, siégeant à plusieurs reprises au Conseil Communal de Lausanne entre 1815 et 1855. Il décède en 1859, âgé de plus de 80 ans.
L’habit d’Abraham Rey, tout comme son shako et d’autres objets lui ayant appartenu, ont probablement été remis au Musée militaire vaudois lors de la fermeture du Musée historiographique vaudois en 1945. Pendant des décennies, et malgré de nombreuses recherches, ils sont restés anonymes, et l’on croit même que ce flambant uniforme n’est qu’une copie, montée avec des éléments d’époque. Ce n’est qu’en 2014, lors de la préparation de la nouvelle exposition permanente consacrée au service étranger, qu’une information capitale est découverte dans un document remis quelques années auparavant par une descendante d’Abraham Rey : un récit de la bataille de Polotzk par le lieutenant-colonel Abraham Rösselet (1770-1850), ami d’Abraham Rey, raconte l’épisode du shako troué, ne laissant plus de doute sur son propriétaire. De plus, une note du début du XXe siècle indique que le couvre-chef (par la suite transformé en coiffure d’officier de chasseur à cheval des milices vaudoises) ainsi que l’habit rouge et jaune d’Abraham Rey ont été remis au Musée historiographique vaudois. Un nouvel examen de l’uniforme révèle alors la qualité du tissu, la coupe de la veste et les ornements brodés et confirme son authenticité, permettant de retracer l’histoire de ces objets sur plus de 200 ans, des champs de bataille de Napoléon jusqu’aux vitrines du Château de Morges et ses Musées.
Pour aller plus loin:
- Henry, Philippe, « Service étranger », Dictionnaire historique de la Suisse [En ligne]
- Tornare, Alain-Jacques, Les Vaudois de Napoléon, Cabédita, 2003.
- Musée Militaire Vaudois, « Les effets d’un Vaudois de Napoléon sortent de l’ombre. Recherches sur le capitaine Abraham Rey (1778-1859), officier de voltigeurs au 1er régiment suisse », Le Brécaillon, Bulletin de l’Association du Musée Militaire Genevois, 2016 (36), p. 4-26.