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C'est sur la colline morainique située entre Regensdorf et Katzensee que se dressent les ruines d'Alt-Regensberg, un ouvrage qui fut primitivement le siège patrimonial d'une éminente lignée de seigneurs. Son nom évoque d'une part la localité toute proche de Regensdorf, mais en même temps, la terminaison de «-berg», qui n'a trait qu'à une butte de 30 mètres de haut, sert à le distinguer nettement de ses environs ruraux.
Les ruines d'Alt-Regensberg ont été soumises entre 1955 et 1957 à de sérieuses études scientifiques. Les recherches archéologiques ont révélé quatre phases de construction. Les plus vieux objets découverts permettent de conclure à un premier ouvrage datant de la seconde moitié du XIe siècle. Dans leurs traits essentiels, les murs aujourd'hui dégagés correspondent aux constructions issues de la troisième étape, entreprise entre 1350 et 1458. Comme on a, lors des fouilles, atteint le terrain naturel, le visiteur se meut aujourd'hui à peu près à la hauteur de l'étage d'habitation des premiers habitants. Là où un escalier permet d'atteindre l'enceinte se trouvait autrefois l'entrée du château. Ce n'est qu'au cours de notre siècle qu'on a fermé ici le mur d'enceinte, croyant que la porte initiale avait été pratiquée à l'endroit où se dresse maintenant un réservoir d'eau. Juste derrière l'entrée murée, on remarque les murs de fondation d'une lice, fermée par une seconde porte. Construite vers le milieu du XIIIe siècle, elle devait renforcer l'entrée. Dans la partie est, les fondements, consolidés aux angles, sont d'une profondeur surprenante. Si de telles mesures furent nécessaires, c'est parce que c'est ici que devait se trouver la plus vieille installation ayant servi à l'approvisionnement du château en eau, une citerne de plus de six mètres de profondeur revêtue de planches. Elle a disparu lorsque fut construite la lice, mais les fouilles ont permis d'établir qu'au début, on avait encore conservé un trou de deux mètres de profondeur qui, véritable trappe, aurait pu être fatal à l'ennemi qui se serait approché du château.
Le donjon fait partie des plus vieilles constructions de l'ouvrage. Ses fondations atteignent environ quatre mètres de profondeur et sa particularité, c'est qu'il était comblé jusqu'au niveau du sol. Cette méthode de construction massive devait empêcher tout assiégeant de saper la tour. L'étage inférieur, à la hauteur duquel se trouve aujourd'hui le visiteur, était éclairé par quelques jours. L'entrée se trouvait un étage plus haut, du côté ouest. On l'atteignait par une échelle et un simple palier de bois, dont on a, lors des fouilles, décelé les boulins au bas du mur. Plus tard, un escalier fut aménagé à l'angle nord-ouest; il en est resté le socle. Au cours des ans, l'extérieur du donjon a fait l'objet de transformations notables. Au XIe siècle, on dota la tour d'un appareil en bossages et marqua les joints par des lignes horizontales tracées dans le mortier. Vers 1200, ce revêtement extérieur fut arraché à partir du niveau d'habitation d'alors et remplacé par des moellons en bossage soigneusement équarris. Ce qui conféra à la tour un aspect beaucoup plus élégant.
Dans la partie nord, des soubassements de plan quadrangulaire sont accolés au mur d'enceinte. C'est ici que s'élevaient au XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle des constructions de bois reposant sur un socle de pierre, des communs et des écuries sans doute. Au XIVe siècle, ces bâtiments durent céder la place à un corps de logis qui, dans le secteur nord-est de l'ouvrage, prit tout l'espace compris entre le donjon et le mur d'enceinte. On reconnaît encore distinctement les deux gros murs transversaux, de plus de deux mètres de large, qui délimitaient le bâtiment d'habitation à l'ouest et au sud. Tous ces éléments tardifs ont un niveau d'habitation qui par endroits se trouve à deux mètres au-dessus du sol de la première époque de construction. Lors des travaux de conservation, on chercha à reconstituer cet état en faisant reposer les restes de mur les moins anciens sur des socles modernes. Les écuries démolies lors de la construction de l'habitation furent rebâties dans le secteur méridional de l'ouvrage, où l'on installa également un four pendant la seconde moitié du XVe siècle. Là où se trouve le réservoir construit en 1919 se dressait au XIIIe siècle une maison de pierre; elle servit sans doute de grenier et de cave.
A l'origine, le château d'Alt-Regensberg fut clôturé par une palissade. Ce n'est que vers la fin du XII siècle que fut construite une enceinte, portée par des fondations de quelque deux mètres de large. Au cours des siècles, elle fut réparée à maintes reprises, rehaussée et consolidée, surtout aux endroits où elle servait en même temps d'appui au corps de logis.
De tout temps, on attacha beaucoup d'attention à l'approvisionnement du château en eau. La plus vieille fosse à eau disparut lorsque fut construite la lice. On la remplaça par la citerne déjà creusée à l'angle sud-ouest de l'ouvrage. Cette énorme citerne de plus de 6,5 mètres de large, étanchée par de la terre glaise, recueillait l'eau de pluie déversée par les toits avoisinants. Après avoir traversé une couche de cailloux, l'eau filtrée s'accumulait dans un puits central d'où elle pouvait être tirée au moyen d'un seau.
Entre 1458 et 1468, les derniers habitants du château construisirent une nouvelle installation au rez-de-chaussée du corps de logis situé à l'est du donjon. Les eaux de pluie fournies par les toits furent alors recueillies dans un bassin de terre glaise carré de quelque 2,5 mètres de côté et d'un mètre de profondeur. II n'en est resté qu'un canal dallé ayant servi à déverser l'eau superflue de l'autre côté de l'enceinte.
En ces temps, seul le nom du château rappelait encore la dynastie de longtemps disparue des Regensberg. On sait aujourd'hui que ces seigneurs étaient originaires de la région de Montbéliard et qu'ils avaient appartenu à la haute noblesse. Un de leurs ancêtres, Lütold de Montbéliard, avait épousé Willebirg de Wülflingen. Lors d'un partage de succession, la branche des futurs seigneurs de Regensberg recueillit une large partie des biens propres des Montbéliard, de nombreux fiefs et actes de propriété, le tout compris dans une région s'étendant de Rüti à l'Allemagne du Sud. A l'origine, cet énorme héritage qui, soulignons-le, ne constituait pas un territoire d'un seul tenant, comprenait de plus d'importants biens fonciers dans le Reppischtal et le district de Knonau, sur les bords du lac de Zoug et même dans le pays obwaldien. Plus tard, cette dernière part de l'héritage passa aux sires de Sellenbüren, d'Uetliburg, puis, à leur mort, apparemment presque sans exception aux couvents de Muri, d'Engelberg et de Saint-Blaise (Forêt-Noire).
Dans l'acte dit de «Hunfried», établi en 1044, on trouve parmi les personnes citées comme témoins un nommé Lütold d'Affoltern (de nos jours, Affoltern est un quartier de Zurich). Comme les nobles, dans ce temps-là, ne portaient pas toujours le nom d'une résidence fixe, mais changeaient de patronyme selon leur demeure, il se peut fort bien que ce Lütold ait été le fondateur de Regensberg. Ce qui corroborerait les constatations faites lors des fouilles archéologiques, c'est-à-dire que le donjon et la palissade ont vraisemblablement vu le jour vers le milieu du XIe siècle. Lütold 1er de Regensberg, tombé en 1088 au cours d'une bataille livrée contre l'abbé de Saint-Gall, appartenait à la lignée des Lütold, dont le premier représentant connu fut Léotald de Mâcon. En 1130, Lütold II fit don au couvent d'Einsiedeln de terres situées au bord de la Limmat, à charge d'y ériger un couvent de femmes. Nommé «Fahr», ce monastère a, chose étonnante, survécu à tous les troubles engendrés par les luttes confessionnelles et politiques. Le titre de comte adopté par Lütold IV au début du XIIIe siècle témoigne de la puissance qu'avaient acquise ces seigneurs, une puissance fondée sur les biens et les droits qu'ils possédaient dans un vaste territoire, s'étendant du Klettgau et de la Thurgovie à l'embouchure de l'Aar, peut-être même à l'Oberland bernois et à l'Emmental. L'empire des Regensberg se refléta également dans certaines alliances conjugales, avec la maison comtale des Kybourg par exemple, ainsi que dans la fondation du couvent de Rüti. Le signe manifeste de leur essor fut le profond remaniement de leur château, qui devint un véritable siège féodal haut-moyenâgeux, pourvu d'un remarquable mur d'enceinte. Le donjon quant à lui fut revêtu d'un nouvel appareil. Les Regensberg semblent avoir fondé la bourgade de Grüningen vers 1230; ils doivent également avoir participé à la fondation ou à l'agrandissement de Kaiserstuhl. Puis vinrent Glanzenberg, dont quelques traces ont été retrouvées près du couvent de Fahr, et Neu-Regensberg. Un important partage de biens se fit après 1255. Outre le siège ancestral, Lütold VI obtint entre autres biens Grüningen, Rüti et le château de Balm, situé sur la rive droite du Rhin, non loin de Rheinau. Son frère Ulrich se vit attribuer Neu-Regensberg et les biens que sa famille possédait en bordure de la Limmat. Il semble que la fondation de Neu-Regensberg et ce partage aient fortement mis à contribution les moyens de la famille. Dès la seconde moitié du XIIIe siècle, les mises en gage et les ventes se succédèrent pour ainsi dire sans discontinuer; il est vrai qu'au début, elles portèrent avant tout sur les biens sis dans les régions les plus éloignées et non dans le centre proprement dit. Longtemps, on a attribué les causes de cette décadence à la légendaire guerre privée à laquelle furent mêlés les Regensberg en 1267. Conjointement, les Zurichois et les Habsbourg, recourant à diverses ruses, se seraient emparés de plusieurs châteaux des Regensberg, qu'ils haïssaient, en particulier de ceux d'Uetliburg et de Wulp, près de Küsnacht, ainsi que de la bourgade de Glanzenberg, et les auraient détruits. Les historiens d'aujourd'hui se montrent toutefois sceptiques quant à cette relation des événements de 1267. Comme les conditions de propriété n'ont jusqu'ici pas pu être établies avec clarté en ce qui concerne Wulp et Uetliburg et comme les recherches archéologiques n'ont pu apporter aucune preuve sûre des destructions en question, on peut soupçonner le chroniqueur Johannes von Winterthur d'avoir, avec beaucoup de fantaisie, réuni en un seul épisode tout ce qui se passa dans ces temps lointains.
A partir de 1290, la puissance des Regensberg décrut toujours plus rapidement. Déjà, Lütold VII avait abandonné le siège ancestral pour aller s'installer au château de Balm. Puis il vendit cet ouvrage et en même temps le château et la bourgade de Kaiserstuhl. Il n'est pas impossible qu'il ait une fois encore résidé à Alt-Regensberg avant sa mort, survenue en 1320. Les derniers représentants des Neu-Regensberg ont peut-être eux aussi pris demeure au château patrimonial après avoir aliéné, tout au début du XIVe siècle, leur propre château et la petite ville toute proche. La descendance mâle de cette lignée s'éteignit en 1331.
La disparition rapide des seigneurs de Regensberg correspond à l'image que nous ont laissée d'autres lignées de la haute noblesse, en particulier pendant la période allant de 1280 à 1320, des lignées telles que celles des de Wart, de Schnabelbourg, de Freienstein et de Teufen. Le vide créé par la décadence de ces familles fut en partie comblé par des lignées issues de la noblesse d'épée et s'étant acquis les faveurs de la cour autrichienne par les services qu'elles lui avaient rendus. Pour ce qui est plus particulièrement du territoire zurichois, nous pensons notamment aux sires de Landenberg. Ce n'est sans doute pas par hasard que Hermann de Landenberg-Greifensee a résidé à Alt-Regensberg vers le milieu du XIVe siècle. Sous son règne et sous celui de ses successeurs, le château subit de vastes transformations et agrandissements. Les nouveaux propriétaires firent exhausser le mur d'enceinte et aplanir le terrain du château, surtout au sud et à l'est. Le corps de logis et les nouvelles écuries sont eux aussi issus de ces transformations. Au début du XVe siècle toutefois, le château perdit de son importance, Ulrich de Landenberg-Greifensee ayant, après son mariage avec Clara de Seen-Wülflingen, décidé d'aller s'installer à Alt-Wülflingen. Il est vrai que son fils Martin resta à Alt-Regensberg; mais après que sa fille aînée eut épousé un Zurichois, Johann Schwend, il préféra sans doute aller vivre en ville plutôt que de mener une modeste existence dans son château. Le peu de signification de cet ouvrage se manifesta déjà au moment de l'Ancienne Guerre de Zurich, lorsque les Confédérés purent l'occuper sans rencontrer la moindre résistance. En 1458, le château délaissé de Katzensee fut acquis par un riche commerçant de Ravensbourg, Rodolphe Mötteli, qui à grands frais en remania surtout l'intérieur, le rendant ainsi plus confortable. Dans un rapport rédigé à ce propos, Mötteli parle de six pièces ayant été dotées de parquets et de boiseries et pouvant être chauffées. II est également question de fenêtres en verre, de carreaux de poêle, d'un nouveau four et d'une cave à vin creusée plus profondément. La ville de Zurich contesta toutefois à Mötteli son droit à Alt-Regensberg et en 1468, la ville de Lucerne, dont Mötteli avait pourtant acquis la bourgeoisie, prit le parti de Zurich. Le château et ce qui restait de l'ancienne seigneurie revinrent alors à la ville de Zurich. Mais comme celle-ci n'était aucunement intéressée à et ouvrage, elle le laissa tomber en ruine. Aujourd'hui, l'emplacement du château, mais non la colline, est propriété du canton de Zurich.
Bibliographie