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La sarcopénie était, jusqu’il y a peu, considérée comme un syndrome gériatrique associant une diminution de la masse musculaire couplée à une réduction de la force ou de la performance du muscle. Cette définition a été entérinée et largement répandue grâce à un consensus du groupe européen de travail sur la sarcopénie chez les personnes âgées (EWGSOP). Ces auteurs ont proposé un algorithme diagnostique reposant sur différents seuils, respectivement pour la vitesse de marche, pour la mesure de la force de préhension des membres supérieurs et pour la mesure de la masse maigre appendiculaire. Les seuils varient en fonction du sexe du patient. Il est recommandé de corriger la mesure de la masse musculaire pour la surface corporelle.1 Très récemment, ce syndrome a été reconnu comme une entité nosologique spécifique, bénéficiant maintenant d’une classification propre au sein de l’ICD-10.
L’ostéoporose est une maladie osseuse généralisée, caractérisée par une réduction de la masse et une altération de la microarchitecture squelettique, engendrant un risque accru de fracture. Ces conditions sont associées à un certain nombre de conséquences, parmi lesquelles on retrouve de manière non exhaustive, la chute, la fracture, une augmentation des hospitalisations, une perte de la capacité fonctionnelle, des handicaps, une augmentation des coûts hospitaliers et extrahospitaliers et un accroissement de la mortalité. Le décours temporel de ces deux pathologies est similaire, montrant une augmentation de l’incidence et de la prévalence chez la personne âgée avec toutefois un accroissement un peu plus rapide, pour l’ostéoporose, chez la femme, au moment de la ménopause. Il faut se rappeler que tant la perte de masse et de force musculaire, que celle de masse et de résistance biomécanique osseuse se retrouvent, de manière normale, au cours du vieillissement.2,3 Il est donc essentiel de définir la notion de pathologique, à travers des seuils diagnostiques validés, associés à un risque accru de survenue d’événements indésirables.
Il s’agit de deux affections pour lesquelles de nombreuses approches thérapeutiques, physiques, nutritionnelles ou pharmacologiques existent. Nonobstant, les médicaments de l’ostéoporose sont sur le marché depuis plus de vingt ans alors qu’aujourd’hui, aucune entité chimique n’a été enregistrée, par les agences réglementaires, pour la prise en charge de la sarcopénie. Ceci est évidemment paradoxal puisque de très nombreuses molécules ont montré leur potentiel anabolique permettant, théoriquement, de traiter la faiblesse musculaire. De manière non exhaustive, on peut citer les inhibiteurs des récepteurs de l’activine, les inhibiteurs de la myostatine, les modulateurs sélectifs des récepteurs des androgènes, des activateurs de la troponine, des inhibiteurs de cytokines, des modulateurs de l’expression de certains gènes, des facteurs de croissance ou encore des hormones anabolisantes
Le problème principal de la sarcopénie, par rapport à l’ostéoporose, est qu’il n’existe pas aujourd’hui de réel consensus sur une définition opérationnelle de la maladie pas plus que d’accord univoque sur les critères d’évaluation permettant d’apprécier l’efficacité des médicaments qui pourraient être utilisés dans cette pathologie.4 Il faut se rappeler que le point de départ de la mise à disposition, pour les malades, de médicaments actifs dans la prévention des fractures reliées à l’ostéoporose a été la publication, par l’Organisation mondiale de la santé, d’une définition opérationnelle de l’ostéoporose, basée sur la mesure de la densité minérale osseuse, au niveau du corps vertébral ou au niveau de la hanche et l’expression de cette mesure par rapport aux valeurs mesurées chez l’adulte jeune (T-Score).5
La définition d’une ostéoporose, présente chez tout malade dont le T-Score de densité minérale osseuse était inférieur à – 2,5 (c’est-à-dire inférieur d’au moins 2,5 écarts type par rapport à la valeur de référence mesurée chez des adultes jeunes) a permis d’avancer de manière significative dans le diagnostic de l’ostéoporose et subséquemment, dans la prise en charge de cette affection. Cette approche dichotomique reste toutefois limitée dans la mesure où elle ne tient pas compte des caractéristiques anamnestiques et cliniques ou encore du risque fracturaire de chaque individu considéré individuellement. Il a d’ailleurs été démontré qu’en utilisant cette simple approche, basée sur la densité minérale osseuse, un bon nombre de patients présentant des épisodes fracturaires n’étaient pas diagnostiqués correctement comme ostéoporotiques. Dans la sarcopénie, une telle définition opérationnelle, basée sur un seuil dichotomique, pouvant éventuellement inclure, comme dans les définitions de l’EWGSOP, la combinaison d’une valeur basse de masse musculaire et de performance musculaire, serait déjà un progrès significatif.
Il existe, à l’heure actuelle, un outil destiné à un diagnostic rapide de la sarcopénie, au cabinet du praticien (SARCF, un acronyme pour Strength-Assistance in walking-Rise from a chair-Climb stairs-Falls).6 Il est basé sur l’attribution d’un score, en fonction des difficultés rencontrées lors du port de charge, de la marche, du transfert entre une chaise et un lit, de la montée d’une volée d’escaliers ainsi qu’en fonction de la prévalence de chutes, au cours de l’année précédant le diagnostic. Cet outil se rapproche du One-minute osteoporosis risk test qui avait été développé par l’International Osteoporosis Foundation (www.iofbonehealth.org/) et qui permettait d’évaluer la santé osseuse de l’individu à partir de 19 questions portant sur des facteurs de risque prévalents. Ces deux outils sont en effet intéressants dans le cadre d’un dépistage primaire de l’affection, mais ils ne permettent pas d’évaluer l’impact potentiel de la maladie sur la capacité intrinsèque du sujet, c’est-à-dire sa résilience éventuelle à l’action de stresseurs externes qui pourraient diminuer ses performances fonctionnelles.
Toutefois, une démarche similaire au développement de l’algorithme FRAX, permettant dans l’ostéoporose d’identifier les patients présentant le risque le plus élevé de développer, dans les 10 ans subséquents, une complication inhérente à cette maladie, de même que l’identification d’un ou deux critères principaux d’évaluation de l’efficacité des médicaments, c’est-à-dire des événements significatifs en termes clinique et économique, permettraient aux différents laboratoires qui ont investi dans la recherche contre la sarcopénie de développer rapidement des médicaments qui, probablement, permettront d’améliorer la vie des patients souffrant d’une perte quantitative et qualitative anormale du tissu musculaire.
Il ne faut pas oublier non plus que toutes les sociétés scientifiques ainsi que les agences réglementaires insistent de plus en plus sur l’implication du patient dans l’évaluation des interventions pharmacologiques ou non, et des bénéfices qui leur sont subséquents. Il est donc important de développer pour toutes les maladies musculosquelettiques, comme pour la plupart des maladies chroniques, des outils d’évaluation qui impliquent la perception du malade. Dans l’ostéoporose, le questionnaire d’évaluation de la qualité de vie QUALEFFO7 a été validé, il y a près de vingt ans, et a été utilisé dans de nombreux essais cliniques et épidémiologiques, à la plus grande satisfaction des patients et des investigateurs.
Dans la sarcopénie, le premier questionnaire d’évaluation de qualité de vie, spécifique à cette affection (SarQol, www.sarqol.org/fr),8 a été récemment publié et sa traduction est en cours, dans près de vingt langues différentes. Gageons qu’il s’agira, là aussi, d’un outil qui permettra de mieux impliquer le patient dans la compréhension de sa maladie et le développement de médicaments permettant de l’aider.