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19/10/2008
PEINTURE - LES PIGMENTS et LES COULEURS
LES PIGMENTS (conditionnés en poudres), pour une fabrication personnalisée des couleurs, et les COULEURS prêtes à l’emploi :
« Inventés » il y a plus de 15 000 ans, les pigments ont d’abord été utilisés par les « Hommes des Cavernes » pour réaliser les Peintures Rupestres. Ces pigments d’origine terreuse étaient mélangés à de l’eau et à de la graisse (animale) qui faisaient office de liants.
Les Mains en négatif de la Grotte de Gargas (Hautes Pyrénées) furent peintes il y a 29 500 ans.
Le Taureau de la Grotte de Lascaux a été peint il y a 13 500 ans.
Datation au Carbone 14 : cet Isotope (les différents types de noyaux atomiques d’un même élément) est absorbé par toutes les formes vivantes. Lorsque ces formes meurent (hommes, animaux, plantes), le Carbone 14 retourne dans l’atmosphère d’une manière très lente, et sa vitesse est connue.
Libby (chimiste américain 1908-1980 – Prix Nobel 1960 de chimie), découvrit avec un compteur Geiger que pendant une période de 5700 ans, le pourcentage de Carbone 14 se réduit de moitié, si l’on double cette période (11400 ans), le pourcentage de Carbone 14 est ramené à ¼, et ainsi de suite.
Les couleurs utilisées dans la Peinture Rupestre étaient généralement le Blanc de Gypse, la terre ocre, la terre marron, la terre rouge, la terre violette et le noir de fumée.
Pour la Peinture à l’Huile, 12 couleurs suffisent avec le Blanc (Titane ou Zinc) et le Noir d’Ivoire, à savoir : le Jaune de Cadmium citron, le Jaune de Cadmium moyen, l’Ocre jaune, la Terre de Sienne brûlée, la Terre d’Ombre brûlée, le Vermillon clair, le Carmin de Garance foncé, le Vert permanent, le Vert émeraude, le Bleu de Cobalt foncé, le Bleu outre-mer foncé (Lapis-Lazuli) et le Bleu de Prusse.
Pour rendre le meilleur modelé de la chair humaine, le Blanc, le Jaune, l’Ocre, le Bleu et le Carmin sont nécessaires.
La Tempéra, ou technique de la Peinture à l’Oeuf, des Peintres Primitifs, consistait à mélanger un œuf, entier, ou seulement le jaune, ou seulement le blanc aux poudres de couleur, faisant fonction d’agglutinant. Le diluant de l’époque étant de l’eau. Cette technique fut utilisée par la majorité des Peintres de la Renaissance. Certains mélanges comportaient parfois de l’huile en émulsion dans l’œuf, voire un peu de cire. Ces peintures, délicates, subtiles en tonalités, mais fragiles en atmosphère humide, devaient être protégées par un vernis résineux qui altérait l’harmonie chromatique des couleurs.
Il existe aujourd’hui des Tempéras prêtes à peindre, de très grande qualité, dans la marque Daler-Rowney (27 couleurs). Ce fabricant les propose en tubes (ce qui est rare pour une Tempéra), et ses produits sont utilisés par nombre de grands restaurateurs d’œuvres anciennes. Les produits Sennelier sont également de très grande qualité (tubes - 32 couleurs).
Les pigments d’origine terreuse étaient à l’époque le noir, le rouge, le jaune et le vert.
Pour les Noirs : la pierre noire tendre, (oxyde minéral) le noir de sarments de vigne calcinés, le noir de cosses d’amandes calcinées et le noir de fumée de graines de lin. Dans l’antiquité, le noir animal était utilisé, ainsi que le noir d’ivoire et le noir d’os.
Pour les Rouges, on utilisait la sinopia (ocre rouge oxyde de fer), la cinabrese (composée de sinopia et de blanc), la cinabre (sulfure de mercure naturel, équivalent au vermillon), le minium (oxyde de plomb), le sang-dragon (laque résineuse) et la laque (de garance).
Pour les Jaunes, l’ocre jaune (oxyde de fer), le giallorino (jaune de Naples, antimoniate de plomb), l’orpiment (composée de soufre et d’arsenic), le safran (végétal), le risalgallo ou jaune minéral (arsenic et chaux vive) et l’arziza (gomme gutte - latex).
Pour les Verts, la terre verte (protoxyde de fer), le vert azur (oxyde de cobalt) et le vert de gris (acétate de cuivre).
Les pigments d’origine naturelle étaient « travaillés », à savoir : le blanc, l’Outre-Mer et le jaune clair.
Pour les bleus, l’Outre-Mer naturel (lapis-lazuli) et l’azure d’Allemagne, (oxyde de cobalt).
Au 18ème siècle, la fabrication des pigments a évolué pour aboutir à des couleurs de synthèse. Diesbach, le Marchand de couleurs allemand de cette époque, « inventa » la première couleur de synthèse, à savoir le Bleu de Prusse, fabriqué avec de la potasse contaminée par une huile animale. Cette couleur très utilisée aujourd’hui, a la particularité de s’affaiblir à la lumière du jour, pour retrouver toute sa tonalité dans l’obscurité.
Durant la même période, les gisements de chrome d’Outre Atlantique, débouchèrent sur la découverte du Jaune de Chrome, très opaque et peu onéreux.
Les Blancs.
Le Blanc d’Argent : longtemps utilisé, mais délaissé aujourd’hui, ce blanc, toxique, surtout à l’état sec (oxyde de plomb), a la particularité de « grisailler » en vieillissant. Sa qualité reste son important pouvoir couvrant.
Le Blanc de Zinc : L’isolation du Zinc a permis au début du 18ème siècle, d’inventer le Blanc de Zinc. La meilleure qualité de fabrication de ce blanc s’obtient par l’utilisation d’oxyde de zinc chimiquement pur. Son pouvoir couvrant est très bon.
Le Blanc de Titane (le meilleur) : la qualité issue de l’Oxyde de Titane chimiquement pur (Oxyde de Titane pour laboratoire) donne des résultats exceptionnels en peinture, pouvoir couvrant important, et fixité dans le temps de la couleur qui demeure un blanc pur.
Concernant la fabrication des colorants modernes, on peut diviser en trois groupes les couleurs utilisées en peinture :
1. Les couleurs naturelles (généralement minérales).
2. Les couleurs artificielles (minérales).
3. Les couleurs organiques de synthèse (d’origine naturelle), sont extraites de plantes (garance, indigo), de coquillages (pourpre), de chenilles (cochenille). Leur synthèse date du 19ème siècle. Beaucoup de pigments utilisés aujourd’hui, sont dérivés des goudrons, de la houille, du benzène, du naphtalène ou de l’anthracène.
Les couleurs naturelles sont les plus anciennes, on les trouve dans des sols argileux, elles sont constituées d’oxydes de fer, et sont en général peu intenses, granuleuses et tenaces. Elles regroupent principalement les ocres, les terres (Terre de Sienne), et quelques couleurs plus complexes comme la cinabre naturelle. Après extraction de la carrière, ces couleurs subissent un premier lavage, elles sont ensuite séchées, concassées et pulvérisées aussi finement que possible, sous des meules. Elles sont ensuite lavées à nouveau et triées par ordre de finesse, sachant que les poudres les plus légères se déposent les dernières. Quand on veut obtenir une qualité irréprochable, on les pulvérise encore une fois.
Certaines terres sont calcinées. Elles produisent alors des poudres colorées d’un ton très différent de celui des terres naturelles, comme l’ocre jaune, qui une fois calcinée se transforme en ocre rouge.
Les couleurs artificielles minérales sont fabriquées à l’aide de deux procédés très différents, par voie sèche ou par voie humide.
La méthode par voie sèche s’applique à un petit nombre de couleurs comme le Blanc de zinc, ou le Vermillon (que les chinois obtiennent en faisant fondre du souffre et du mercure à feu doux). Certaines fabrications par voie sèche, sont obtenues par le mélange de deux poudres colorantes dans des récipients à billes, pour obtenir, par brassage, une troisième couleur, comme le Vert Anglais, qui est un mélange de Bleu de Prusse et de Jaune de Chrome.
La méthode par voie humide qui est la plus usitée, utilise les réactions chimiques d’une double décomposition dans laquelle le corps insoluble formé va constituer une couleur. Par exemple, l’hydrogène sulfuré en solution, ou à l’état gazeux, et dirigé dans une solution de chlorure de cadmium, fournit un précipité jaune, à savoir : le Jaune de Cadmium.
Si l’on souhaite fabriquer aujourd’hui ses couleurs, nombre d’artistes le font encore, il existe des pigments étude, et des pigments extra-fins qui proposent un nuancier de couleurs très large. Le prix de revient de la fabrication de ses propres couleurs est relativement modique, d’autre part on peut ainsi créer des couleurs très personnalisées.
1- Les pigments de qualité étude, sont très fins et offrent une parfaite résistance à la lumière. L’échelle de résistance à la lumière est appelée l’échelle de la laine bleue, et sa graduation va de 1 à 8. L’indice 8 étant le meilleur indice offrant une résistance maximale à la lumière et à l’humidité.
Concernant le liant à mélanger avec ces pigments, et afin de réussir une osmose parfaite pour obtenir une matière à peindre de qualité, on peut utiliser un liant à base de caséine ou un vernis au solvant, qui permettront de fabriquer des Couleurs à l’huile ou des Tempéras. Le Rutile, par exemple, à base d’Oxyde de Titane, miscible avec tous les pigments, en mélange sec ou humide, même en faible quantité, permet de créer vos couleurs comme vous le souhaitez.
2- Les pigments extra-fins, très agréables à travailler, s’adressent aussi bien aux artistes professionnels qu’aux artistes qui « consomment beaucoup de couleurs ». On peut citer deux marques de qualité supérieure, à savoir : Schmincke, qui utilise des pigments purs très finement tamisés et broyés, et conditionnés dans des pots en verre. Ou bien Sennelier qui fabrique des pigments en fonction de leur résistance à la lumière, de leur opacité, de leur vivacité, de leur pouvoir chromatique ou de leur siccativité, également conditionnés en pots.
Concernant le liant à mélanger avec ces pigments, et en fonction de la matière picturale que l’on souhaite obtenir, on peut utiliser de la gomme arabique, de l’huile, du liant acrylique ou vinylique, ou un liant de broyage prêt à l’emploi. On peut utiliser également de la poudre de marbre, matière calcaire d’un blanc pur qui va être ajoutée comme charge, au même titre que la Craie de Champagne qui servira à allonger les pigments de couleurs pour la gouache.
Pour bien « fabriquer » ses couleurs, il suffit de posséder une plaque de verre (20 x 30 x 1,5 cm), ou encore un mortier (moins pratique), et un pilon. Après avoir déposé sur la plaque, la poudre de pigment dans la forme d’un cratère de volcan, il faut verser le liant, doucement, jusqu’à obtention de la texture de pâte désirée, au moyen d’une cuillère ou d’une pipette, avant de mélanger le tout avec un couteau à peindre (spatule) par exemple. Lorsque la pâte sera devenue uniforme, il suffira de broyer l’ensemble à l’aide du pilon, en réalisant des mouvements en forme de huit.
Il est conseillé de préparer un petit volume, une noix par exemple, en notant bien les proportions, avant de réaliser une quantité plus importante lorsque le mélange obtenu vous satisfera dans son rendu colorimétrique.
La conservation des couleurs ainsi préparées pourra se faire dans des pots à pharmacies, en verre, de différentes contenances (125, 250, 500 ml, ou 1 litre), aux bouchons coniques, et aux formes élégantes, peu onéreux, et d’un bel effet de décoration, ou dans des flacons aux bouchons à visser (100, 200, 500 ml ou 1 litre), tous proposés chez les professionnels de Produits et Articles pour Beaux-Arts.
Concernant les Couleurs prêtes à l’emploi du commerce, deux qualité sont à mettre en avant en ce qui concerne la Peinture à l’Huile, à savoir : L’Huile Etude et l’Huile Extra-Fine.
La première (l’Huile Etude), est destinée plus particulièrement aux amateurs et aux débutants. Les gammes de nuances sont restreintes, et la pâte, relativement épaisse, contient beaucoup d’huile et de matières de charge. Ces couleurs sont néanmoins utilisées par certains artistes professionnels pour leurs esquisses par exemple, ou pour leurs études de composition.
La marque, Daler & Rowney, dans la gamme Georgian, est une excellente marque, au rapport qualité-prix remarquable. D’autres marques de qualité peuvent être conseillées comme Lukas Studio, Royal-Talens, ou Louvre, ou encore Griffin Alkyde qui demeure une peinture à l’huile séchant très rapidement (50 couleurs). En effet, après 24h, les œuvres sont sèches au toucher. Malgré cette qualité de séchage rapide, l’onctuosité et la fluidité des couleurs demeurent pendant 4 à 8h sur la palette. La particularité de cette matière à peindre, séchant plus vite que les couleurs à l’huile plus traditionnelles, provient de sa fabrication à base de pigments et de résine Alkyde modifiée à l’huile. C’est un excellent compromis entre la Peinture à l’Huile, séchant trop lentement, et la Peinture à l’Acrylique, séchant trop rapidement. Cette matière à peindre permet donc de travailler en plein air et de superposer aisément plusieurs nuances, en travaillant dans l’empâtement ou dans le glacis.
La seconde (l’Huile Extra-Fine), offre un taux de pigments plus élevé. De plus, nombre de nuances sont à base d’un seul pigment, ce qui assure une parfaite stabilité lors des mélanges, ainsi qu’un pouvoir colorant très élevé. Ces Huiles Extra-Fines contiennent un minimum nécessaire d’additifs chimiques. C’est dans cette gamme qu’on trouve les nuanciers de couleurs les plus larges. On peut citer les meilleures marques du commerce actuel, à savoir :
Old Holland, qui demeure le très haut de gamme des couleurs à l’huile, propose environ 170 couleurs issues d’un mélange subtil réalisé entre des pigments purs et de l’huile de lin pure, vierge, pressée à froid, tirée de la première pression et blanchie au soleil. Aucune matière de charge (sulfate de Baryum, hydrate d’Aluminium ou craie) n’est ajoutée dans cette marque, et de ce fait, ses couleurs offrent une résistance à la lumière et au vieillissement, ainsi qu’une opacité et une intensité hors du commun. De très Grands Musées de par le monde les utilisent pour restaurer les œuvres de Grands Maîtres. En outre, ces couleurs sont moins transparentes que les couleurs des concurrents. La marque remplit ses tubes à la main, tube par tube, étant donné que le mélange de pigments purs et d’ huile de lin pure, ne peut pas s’effectuer mécaniquement du fait de la texture extrêmement collante du mélange.
Schmincke, dans sa gamme Mussini, propose des couleurs à l’huile exceptionnelles, réalisées à base de résine naturelle de Dammar (Indonésie), et également à base d’huile de Noix, d’Oeillette, de Tournesol, ou de Carthame, auxquelles sont ajoutés du Médium et des Additifs influant sur la consistance et la finesse de la matière, et permettant un séchage harmonieux des couleurs. L’effet de volume qui émane du processus chimique de séchage, s’effectue à la surface de la toile, par la présence de l’oxygène, et par la compensation de l’évaporation d’une partie de la solution de Dammar se trouvant en profondeur, ce qui limite la formation de craquelures et de stries à la surface.
Lefranc & Bourgeois, la marque connue de tous, et utilisée jadis par Cézanne, Picasso ou Dufy, demeure d’une excellente qualité, avec un très haut niveau de pigmentation qui sous-tend une résistance à la lumière et une intensité exceptionnelles, le tout pour un prix très abordable.
D’autres Grandes Marques existent également comme : Sennelier, Rembrandt, Blockx, ou encore Winsor & Newton.
Pour l’achat d’une couleur « prête à l’emploi », il est conseillé de faire son choix en tenant compte de la « résistance à la lumière » de la couleur. Pour ce faire, la plupart des fabricants indiquent dans leur nuancier un indice, souvent symbolisé par une étoile. Plus le nombre d’étoiles est élevé, et plus la couleur offrira de « stabilité » dans le temps.
De plus, dans votre choix de couleurs, il est important également de tenir compte du niveau « d’opacité » de chaque couleur, en fonction du résultat visuel que vous souhaitez obtenir. En effet, chaque fabricant indique normalement les niveaux d’opacité, à savoir : Opaque, semi opaque /semi transparent ou transparent.
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Alain VERMONT
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