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Souvenez-vous. Quand il gesticulait derrière le banc de GE Servette et lorsque son équipe était menée d’un but à quelques minutes du coup de klaxon, Chris McSorley adorait procurer des sueurs froides à ses adversaires et aux arbitres. A quelques reprises, en effet, il lui était arrivé de demander aux officiels de mesurer la courbure de la palette de certains adversaires dont il savait pertinemment que la canne était illégale.
Chris McSorley: «Patrick Fischer est resté des années sans m’adresser la parole» (Photo: Keystone)
Dans la plupart des cas, c’était bingo et un concert de sifflets inondait l’enceinte lorsque le match se disputait sur une autre glace que celle des Vernets. Cela fut notamment le cas en 2005 lorsque le technicien ontarien avait secoué le Herti zougois en actionnant ce levier autorisé par le règlement, mais que personne n’avait osé manipulé auparavant afin de ne pas être considéré comme le «Schwarzpeter» de la profession. Il avait ainsi soulevé la colère de Patrick Fischer, l’actuel sélectionneur de la Suisse alors attaquant de l’EVZ, dont le bâton était illégal. «Patrick est resté des années sans m’adresser la parole, se souvient Chris McSorley. Après cet épisode, il aurait été impossible de lui proposer un contrat avec GE Servette.»
Le cours de la finale a changé
L’ancien coach des Aigles avait brisé ce tabou car son histoire familiale est associée à un tel événement. Le 4 juin 1993, il y a 27 ans pile poil donc, son frère Marty avait été envoyé pour deux minutes au cachot après avoir été pincé avec une canne à la courbure incorrecte. Le problème: alors qu’il portait le maillot des Kings de Los Angeles en finale de la Coupe Stanley contre le Canadien de Montréal, l'attaquant ontarien avait rédigé un épisode insolite qui avait renversé le cours de la série. Avant la mesure, le club californien menait 1-0 dans le duel et 1-2 dans l’acte II au Forum.
Les deux minutes infligées à Marty McSorley ont mené le Canadien de Montréal à la Coupe Stanley. (Photo: capture Youtube)
Ce soir-là, le Canadien avait signé le 2-2 lors de la punition infligée à Marty McSorley et remporté la partie dans la prolongation. Les deux fois, le défenseur Eric Desjardisn avait touché la cible. Sur leur lancée, les Habs avaient gagné les trois matches suivants et soulevé une 24e fois la Coupe Stanley. «C’était tombé sur Marty, reprend Chris McSorley. Mais six ou sept joueurs des Kings avaient des bâtons illégaux.» Et d’ajouter: «J’étais triste pour mon frère, mais admiratif du travail de Jacques Demers, l’entraîneur en chef de Montréal. Dans mon esprit, pour gagner un match, on est autorisé à recourir à chaque ligne du règlement.»
Un avis partagé par Guy Carbonneau, capitaine du Tricolore lors de la conquête de 1993: «Etait-ce une loi non écrite de laisser les adversaires jouer avec leur bâton (illicite)? Peut-être. Mais quand t’arrives en finale de la coupe Stanley, les lois non écrites n’existent plus.»
Chris McSorley y va également de sa confidence: «Quand j’entraînais GE Servette, il était fréquent que quelques-uns de mes joueurs commencent la partie avec des cannes non réglementaires. Il n’y a pas un coach assez fou pour demander à mesurer une palette lors des 40 premières minutes. Mais, dès l’entame de la troisième période, Jimmy, notre chef mat, avait pour mission de contrôler tout le matériel. Il était interdit de se présenter sur la glace avec un canne non conforme à la réglementation.»
L’actuel directeur sportif de GE Servette a accumulé suffisamment d’expérience dans ce registre pour connaître les habitudes du milieu. Depuis ce fameux 4 juin 1993, il affirme avoir recouru «au moins 50 fois à ce stratagème. Je l’ai peu fait en Suisse. Mais dans les ligues mineures nord-américaines et en Angleterre, je l'ai activé régulièrement.»
Emmanuel Favre