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Si la vaccination contre le Covid progresse à l'étranger, certains pays pauvres comme le Bangladesh ou l'Indonésie doivent patienter encore une année avant de recevoir une quantité suffisante du précieux sérum. Marcel Tanner, un épidémiologiste bâlois, préconise une accélération.
Commençons par la bonne nouvelle. Selon le décompte effectué par Reuters, 171 pays ont commencé à vacciner contre le Covid-19. Toutefois, ce chiffre ne reflète pas la réalité. En général, les pays riches disposent de meilleures infrastructures sanitaires pour produire, conserver et distribuer les doses de vaccin à leur population.
Parmi les personnes ayant déjà reçu une dose de vaccin:
En Grande-Bretagne par exemple, 49% de la population a reçu une première dose et 15% a reçu une deuxième dose. Le Soudan a également commencé à vacciner, mais seul 0,2% de sa population a reçu une première dose.
Voilà ce que constate Marcel Tanner, un épidémiologiste bâlois qui a passé de nombreuses années en Afrique et en Asie à faire des recherches sur les maladies infectieuses, notamment dans le cadre de la lutte contre le paludisme et de la vaccination.
Il constate que les données sont lacunaires. Le défunt président tanzanien estimait que les tests étaient inutiles. Il aurait succombé au coronavirus. Depuis des décennies, Marcel Tanner participe à des projets dans le domaine de la santé. Plusieurs de ses collaborateurs sont décédés du Covid mais ne figurent pas dans les statistiques.
En Afrique, les vaccins sont nécessaires. Mais à en croire les estimations d’experts, ils seront disponibles en grande quantité seulement dès 2023. Sauf dans les pays plus développés comme l’Afrique du Sud, le Kenya ou l’Égypte où un certain niveau de couverture vaccinale devrait être atteint d’ici début 2022.
«Contrairement à d’autres pays africains, le Kenya a effectué des tests de dépistage très tôt et a pris des mesures. Il dispose de données relativement fiables» explique Marcel Tanner. Au total, l’Afrique n’a reçu pour l’instant que 2% de vaccins.
Dans le monde, d’autres régions subissent le même sort. Si l’approvisionnement en Inde, qui produit ses propres vaccins, est bon, certains pays d’Asie tels que le Bangladesh, la Mongolie ou l’Indonésie devront attendre encore une année avant d’obtenir une quantité suffisante de doses, comme en Afrique.
Certains pays d’Amérique latine se trouvent dans la même situation. Marcel Tanner parle alors de fatalité:
Selon lui, une division du monde en trois catégories: premier, deuxième et troisième monde n’est pas acceptable et ne fonctionnerait pas.
Afin de permettre un accès équitable aux vaccins contre le Covid, l’OMS a lancé l’initiative Covax en collaboration avec l’Alliance GAVI dont le siège est à Genève. Des pays partenaires et la Fondation Bill & Melinda Gates soutiennent notamment ce programme.
Covax a pour objectif de fournir au moins deux milliards de doses de vaccin d’ici la fin de l’année pour sortir de la phase aiguë de la pandémie. Les pays les plus pauvres devraient recevoir au moins 1,7 milliard de doses pour protéger environ 26% de la population. À cet effet, la Suisse a fait un don de 20 millions de francs. Marcel Tanner trouve ce montant «très modeste» compte tenu de la somme totale de 22 milliards reçue par l'OMS.
«Le programme Covax se concentre non seulement sur la distribution, mais également sur la négociation entre les différents pays afin d’empêcher le nationalisme vaccinal», explique Marcel Tanner. Beaucoup de pays, notamment en Afrique, y sont toutefois confrontés. Le président du Venezuela, par exemple, a distribué des vaccins à ses camarades de parti. Mais la corruption n’est pas la seule source de problème selon l’épidémiologiste. Beaucoup de pays manquent d’expérience et d’expertise en matière de gestion et de logistique. Dans certains pays, il est plus facile de transporter des armes vers une ligne de front que d’envoyer des médicaments et des vaccins.
Selon Marcel Tanner, l’initiative Covax doit dorénavant être opérationnelle plus rapidement. Cela passe par des approches plus pragmatiques dans les pays moins développés. En d’autres termes, même si les données sur le Covid sont encore lacunaires, la vaccination doit être planifiée et accélérée.
Le projet Covax-Facility a été lancé. 40 millions de doses ont été envoyées à 114 pays, dont 35 États africains. «C’est très bien. Mais 40 millions dans 114 pays, dont certains sont très peuplés, c’est relativement peu. La Namibie, par exemple, n’a reçu que 25 000 doses jusqu’à présent», raconte l’épidémiologiste. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, estime que la plupart des pays africains n’ont même pas assez de vaccins pour les professionnels de la santé et les personnes à risque.
Le programme Covax se trouve face à une tâche herculéenne. Il est inévitable que des pays comme l’Inde, qui compte plus d’un milliard d’habitants, suspendent leurs livraisons direction l’Afrique en cas de pénurie. Marcel Tanner précise:
De manière générale, le développements des vaccins dans le monde a le vent en poulpe. Selon l’OMS, 275 projets officiels de vaccins sont actuellement en cours dont trois qui ont été autorisés en Suisse:
L’UE a autorisé un autre vaccin, celui d’Astrazeneca. Grâce aux nouvelles technologies, à l’expérience acquise lors de projets de vaccins ultérieurs et à l’accélération de toutes les procédures d’autorisations par les autorités sanitaires, le développement des vaccins contre le Covid n’a pris que quelques mois.
Huit vaccins sont actuellement utilisés dans le monde dont le Spoutnik de Russie, le Sinovac de Chine, le vaccin de Sinopharm et le vaccin américain Novavax. Selon Marcel Tanner, le choix du vaccin utilisé dans un pays n’a pas d’importance pour le moment. L’épidémiologiste estime qu’il n’existe aucune preuve scientifique pour démontrer l’efficacité et la sécurité de vaccins dits inférieurs, même si le vaccin d’Astrazeneca est actuellement en cours d’examen dans plusieurs pays.
Article traduit de l'allemand par Kenza Vionnet.