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Valeurs de vie commune
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Valeurs et normes
La société suisse repose traditionnellement sur une base de valeurs chrétiennes. Cependant, la population de notre pays est un mélange de représentants de conceptions du monde, religions et confessions diverses, qu’il convient dans tous les cas de respecter. Reste que d’après des études représentatives, une majorité considère que le ton est donné par la religion chrétienne. Les valeurs que Jésus-Christ a enseignées et vécues sont un fondement porteur pour la coexistence en tant que collectivité. Elles doivent toutefois être en permanence traduites dans notre contexte actuel et appliquées en fonction de la situation.
Le présent document entend montrer quelles valeurs chrétiennes peuvent servir de fondement à l’action politique. Il convient à cet égard de faire la distinction entre valeur et norme. Une valeur est une représentation, partagée par la majorité d’un groupe, de ce qui est bon ou mauvais. Une norme est une directive spécifique, une règle qui énonce le comportement à adopter dans des situations données. Une valeur importante est, par exemple, la crédibilité. Une norme fondée sur celle-ci pourrait être: "Ce que tu dis, tu dois aussi le faire". En politique, les valeurs décrivent les bases de la coexistence. La législation formule des normes sur la façon dont ces valeurs doivent être mises en œuvre dans un domaine concret de la vie quotidienne.
Quiconque connaît ses propres valeurs, peut définir des priorités en connaissance de cause. Le chemin menant au but n’en est pas pour autant déterminé. Les mêmes valeurs fondamentales peuvent susciter des opinions diverses quant à la façon d’énoncer par écrit une norme législative. Les pages qui suivent présentent une charte de valeurs ancrée dans la pensée chrétienne. La mise en œuvre concrète de cette charte est la tâche exigeante qui attend les femmes et hommes engagés dans la politique.
Valeurs en mutation
De récente date, les valeurs maîtresses de la société ont changé. Celui qui voulait progresser au milieu du siècle passé devait être appliqué, s’intégrer par l’obéissance et accomplir fidèlement son devoir. Les traditions qui avaient de longue date fait leurs preuves marquaient encore la vie en société. L’agitation de mai 68 a conduit à une profonde rupture avec la tradition. Les normes sociales ont été relativisées. Au cours des années 1970 et 80, le principe du plaisir et la consommation effrénée ont acquis une valeur supérieure aux préceptes transmis.
L’orientation matérialiste de cette époque a cependant induit un déficit sur le plan émotionnel. Le spécialiste allemand de la recherche sur les tendances Matthias Horx a observé, depuis les années 1990, une importance croissante accordée au vécu émotionnel et aux expériences spirituelles. Selon les études qu’il a menées, les valeurs dites "douces" vont encore gagner en importance. Des liens complexes peuvent être souvent mieux saisis par l’intuition que par la voie analytique. Le psychologue américain Daniel Goleman écrit dans la préface à son ouvrage à succès paru en 1995, "Intelligence émotionnelle": "A notre époque, les forces et aptitudes du cœur sont tout aussi importantes que celles de la tête".
En politique et en économie aussi, les valeurs douces gagnent en importance. L’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, disait: "L’Europe a besoin d’une âme". Une communauté qui repose exclusivement sur des valeurs matérielles n’est pas de ciment ni de force de cohésion. Après la mondialisation de l’économie, une mondialisation de l’éthique est de mise. L’éthique planétaire diffusée par le théologien Hans Küng de Tübingen va dans le même sens. Il en appelle à tous les hommes de bonne volonté et demande un consensus fondamental sur des valeurs et attitudes fondamentales qui lient les personnes les unes aux autres.
A l’initiative du Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan, des maîtres à penser représentant toutes les principales religions et cultures ont élaboré un catalogue de valeurs. L’ouvrage est paru en 2001 sous le titre "Crossing the Divide" (Ponts vers l’avenir) et décrit les conditions requises pour un dialogue planétaire entre les cultures. Ce Groupe de personnalités éminentes cite les valeurs d’humanité, de réciprocité et de confiance en tant que conditions préalables à une coexistence pacifique des êtres humains. Il a reconnu la réconciliation comme étant la forme la plus élevée de dialogue: "La réconciliation est une étape nécessaire vers une société meilleure". Le pardon et la réconciliation sont des valeurs chrétiennes clés, qui de l’avis de ces experts sont indispensables à l’humanité tout entière.
L’intérêt pour la religion est à la mode. Hommes et femmes sont en quête de sens et d’orientation. Les valeurs spirituelles et émotionnelles gagnent ainsi en importance. La foi et la spiritualité sont devenues des thèmes prépondérants dans la presse écrite et les émissions télévisées. L’humain post-moderne recherche ce qui est vrai et digne de confiance. On conçoit aisément que la politique puisse elle aussi s’ériger sur des valeurs chrétiennes. Une charte de valeurs solide constitue, en tant que boussole pour l’action politique, un indicateur utile.
Nature des valeurs chrétiennes
La Constitution fédérale de la Confédération suisse repose sur un fondement chrétien et commence par les mots "Au nom de Dieu Tout-Puissant!" Mais la législation ne s’oriente pas nécessairement de ce seul fait vers des valeurs chrétiennes. Notre société plurielle est marquée de traditions diverses. Ce qui est qualifié de "chrétien" par le gros de la population est en fait souvent des raisonnements d’application générale. La question se pose donc de ce qui est spécifiquement chrétien.
Quelles valeurs sont vraiment chrétiennes? Une réponse simple mais fondamentale est la suivante: est chrétien ce qui vient de Jésus-Christ. Son message clé est: "Repentez-vous! Le Royaume de Dieu s’est approché". (Matthieu 4,17) Se repentir et se tourner vers le Royaume de Dieu n’est pas une norme statique, mais un mouvement dynamique. Jésus a préparé ses décisions en dialogue avec son Père dans les cieux et a fait ce qui lui a été montré d’en haut. Les valeurs chrétiennes ne sont pas des exigences à respecter, mais elles naissent sur le chemin parcouru en tant que disciple de Christ. En fait partie l’expectative d’être conduit, enseigné et corrigé par le Saint-Esprit en cours de route.
"Repentez-vous!" est l’invitation clé lancée par le Christ. Elle implique un renouveau de la pensée et du geste. Des êtres transformés qui à leur tour transforment le monde. Représenter des valeurs chrétiennes signifie compter avec un renouvellement du cœur. Il est ici fait référence à ce changement de l’intérieur vers l’extérieur décrit dans Ezékiel 36,26-27: "Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur insensible comme une pierre et je le remplacerai par un cœur réceptif. Je mettrai en vous mon Esprit, je vous rendrai ainsi capables d’obéir à mes lois, d’observer et de pratiquer les règles que je vous ai prescrites". Suivre l’appel à la repentance signifie se tourner consciemment vers Dieu, assumer ses propres fautes, demander à être rempli du Saint-Esprit et adresser ses requêtes selon les directives divines.
Le deuxième élément dans le programme de Jésus est: "Le Royaume de Dieu s’est approché". Le Royaume de Dieu représente deux choses. D’une part, il signifie qu’il a déjà commencé dans sa personne. Partout où des disciples de Christ sont à l’œuvre, quelque chose de la nature du Royaume de Dieu doit par conséquent être visible. Ainsi, les choses commencent déjà ici et maintenant. D’autre part, ce Royaume ne deviendra pleinement réalité que dans l’au-delà spatial et temporel, lorsque les cieux et la terre seront créés à nouveau pour l’éternité. Les valeurs chrétiennes recèlent par conséquent aussi toujours une espérance qui déborde sur l’éternité.
Nous trouvons de nombreuses caractéristiques du Royaume de Dieu dans le sermon sur la montagne et dans les paraboles de Jésus, ainsi que dans les épîtres des apôtres. Paul le dit avec concision dans Romains 14, 17: "Le Royaume de Dieu n’est pas une affaire de nourriture et de boisson ; il consiste en la justice, la paix et la joie que donne le Saint-Esprit". Ainsi, le Royaume de Dieu n’est pas dominé par les valeurs matérielles. Le but en est la justice, la paix et la joie. Une règle fondamentale pour une vie axée sur le Royaume de Dieu figure dans Colossiens 3, 17: "Dans tout ce que vous faites ou dites, agissez au nom du Seigneur Jésus". Agir au nom de Jésus signifie se comporter comme lui le ferait à notre place.
Quiconque veut faire de la politique chrétienne, doit planifier et penser, parler et agir dans le sens et l’esprit de Jésus-Christ. Celui-ci était d’une part conservateur, par le fait qu’il ne voulait pas modifier les commandements divins, mais les accomplir. D’autre part, il était révolutionnaire, parce qu’il faisait avait une plus d’estime pour chaque être humain que pour la lettre de la loi. Il a régulièrement pris parti en faveur des faibles, sans pour autant mépriser les valeurs fondamentales. Une politique suivant son exemple ne peut dès lors pas être qualifiée de "gauche" ou "droite". Elle perçoit les besoins profonds de l’être humain et cherche des solutions profitables à tous les humains.
Les valeurs chrétiennes découlent du Christ, sont concrétisées dans notre quotidien et renvoient à quelque chose qui dépasse l’horizon terrestre. Elles ne sont pas consignées dans des livres de loi, mais vécues par des hommes et des femmes qui prient pour être remplis du Saint-Esprit et se laisser guider par cet Esprit. Ils demandent de la sagesse d’en haut, selon Jacques 1, 5: "Si l’un de vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui la lui donnera".
Charte chrétienne de valeurs
Les valeurs fondamentales doivent être énoncées de façon concise et aisément compréhensible. L’apôtre Paul a résumé les valeurs fondamentales chrétiennes dans 1 Corinthiens 13, 13 par le trio génial foi – amour – espérance. On peut en déduire les autres valeurs pertinentes dans l’activité politique.
La foi est apportée par la personnalité des politiciennes et politiciens.
Dans le texte biblique original, être croyant signifie aussi être fidèle, fiable, transparent et digne de confiance. Ce sont précisément les propriétés que le peuple attend des élus. Représenter les valeurs chrétiennes signifie convaincre en tant que personne. La plus grande force de persuasion se trouve dans la propre conviction. Seul celui qui représente ce dont il est lui-même pleinement convaincu émet un fort rayonnement. Il en découle la première des valeurs induites par la foi:
Crédibilité:
Elle englobe la sincérité, l’honnêteté, la transparence et la fiabilité. Celui qui apparaît comme crédible dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Il est authentique et se tient à l’écart des intrigues tactiques. Ses propos sont fondés et vrais. A court terme, cette attitude peut également présenter des inconvénients, mais à long terme, une confiance est ainsi bâtie qui est d’une valeur inestimable dans les délicates situations de conflit. Une personne crédible ne doit pas se cacher derrière des façades. Ce qu’elle représente correspond à son attitude intérieure.
Un croyant se comprend lui-même comme une création. Il a reçu du Créateur la tâche de cultiver et préserver la Terre. Il est chargé de prendre soin et de protéger les créatures qui lui ont été confiées. Il se voit comme un administrateur qui doit rendre compte de ce qu’il aura fait ou n’aura pas fait. La création, qui inclut tout être vivant, est un bien confié à l’homme, qui reste en dernier lieu la propriété du Créateur. Il en découle la deuxième valeur reposant sur la foi:
Responsabilité:
En tant que gestionnaire responsable, l’être humain est tenu de prendre soin de ses prochains, de l’ensemble des créatures et de toute la création. A l’ère de la technologie biologique et génétique, la préservation de la création en tant que tout incluant l’humain, la faune, la flore et l’environnement est devenu une tâche politique prioritaire. A ce propos, il convient de comparer l’utilité à court terme aux risques à long terme. Celui qui se conçoit comme un gestionnaire se doit de rendre compte à son mandant. Il doit se justifier vis-à-vis du Créateur de son action ou son inaction.
Faire de la politique dans la foi signifie aussi reconnaître sa propre faillibilité et ses limites. C’est aussi savoir renoncer, partager le pouvoir et faire preuve d’égards envers autrui. Parfois, le renoncement à un projet apporte davantage que le fait d’en imposer la mise en œuvre par tous les moyens. La modestie empêche de se surestimer. En découle la troisième valeur fondée sur la foi:
Autolimitation:
Celui qui connaît ses propres limites est conscient qu’il a besoin de ses prochains. Nul n’a à lui seul toute la perspective. Les tâches complexes ne peuvent être maîtrisées que par une collaboration qui se complète mutuellement. L’autolimitation comprend donc également le fait d’être disposé à partager le pouvoir. Elle inclut la considération envers ses prochains, leurs désirs et leurs besoins. Si l’on ne se surestime pas, l’on peut reconnaître les chances que recèle la collaboration avec autrui. Ensemble, l’on peut élaborer des solutions profitables à tous.
L’amour devient réalité à travers l’activité des femmes et hommes politiques.
En tant que noyau de l’éthique, Jésus cite le commandement d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Il a montré ce qu’il entend par là: estime, reconnaissance et considération envers chacune et chacun, profonde miséricorde, compréhension et serviabilité. Un tel amour représente la moelle épinière de la foi. Elle se nourrit de la certitude que tous les êtres humains sont acceptés de Dieu. L’attitude de Jésus à l’égard des hommes et femmes de son époque permet de déduire la valeur suivante:
Estime:
Avoir de l’estime l’un pour l’autre signifie accepter chaque être humain dans sa particularité. Cela n’implique pas seulement que l’on apprécie les qualités et performances, mais aussi que l’on accepte les faces d’ombre. Nous sommes souvent plus compréhensifs lorsque nous découvrons le récit de vie d’un prochain. La dignité d’un être humain ne dépend pas de sa performance ni de sa position. Le faible mérite lui aussi la considération. L’estime est une condition indispensable à l’élaboration d’une législation adaptée à l’humain.
Cet amour désintéressé est désigné, dans le texte biblique original, par le terme "agape". Cet amour n’attend rien de l’autre, mais fait tout pour l’autre. Là où cet amour manque, les valeurs de la société s’effritent. Il est certes possible d’imposer son droit sans amour. Mais celui qui aime n’agira pas injustement à l’égard d’autrui. Faire de la politique avec amour signifie par conséquent s’engager de façon désintéressée pour le droit de son prochain. En découle la deuxième valeur fondée sur l’amour:
Justice:
Justice est faite lorsque quelqu’un reçoit ce qui lui revient de droit et est traité équitablement et de façon moralement adéquate. Il n’y a pas de justice sans compensation sociale et économique. En font également partie la protection de l’intégrité physique et de la vie, de la santé et de la liberté dans la perspective des droits de l’homme. Ce faisant, il convient de ne pas perdre de vue la perspective mondiale. Même si l’action locale ne représente qu’une petite contribution à la justice universelle, notre attitude émet toutefois un signal. Les trésors de la nature sont un bien confié à l’humanité tout entière. La justice s’oriente donc également vers une utilisation durable de la Terre dans son ensemble.
Celui qui agit au sens de l’amour "agape", ne se met pas en avant. Il ne se comporte pas sans égards, mais respecte les avis divergents. L’amour s’engage certes en faveur du droit, mais il peut aussi renoncer une fois à son propre droit. Faire de la politique avec amour signifie être solidaire. Un amour respectueux permet à toutes les autres valeurs de s’épanouir. La troisième valeur reposant sur l’amour s’oriente vers l’intérêt commun:
Solidarité:
Être solidaire signifie soutenir également ceux qui n’appartiennent pas au propre groupe. Cela n’est possible qu’en lien avec la tolérance. Le terme latin "tolerare" signifie supporter. Nous devons par conséquent supporter les prochains dans leur particularité et les aider à porter leur fardeau. Cela implique parfois que l’on renonce à ses propres privilèges. La disposition au renoncement va de pair avec la solidarité. Faire de la politique avec amour signifie fortifier les faibles. La solidarité est le terme politique équivalant à l’expression chrétienne amour du prochain.
L’espérance est transmise par les objectifs des femmes et hommes politiques.
Insuffler de l’espoir en politique signifie créer des ordres capables de perdurer. Le but en est non pas le bénéfice à court terme, mais l’utilité la long terme, non pas le profit matériel, mais l’intérêt général, notamment pour la génération à venir. Cela implique que l’on agisse selon le principe de la durabilité. L’on en vient alors à la première valeur découlant de l’espérance:
Durabilité:
La notion de durabilité trouve son origine dans l’exploitation forestière. De génération en génération, les forêts doivent offrir une protection contre les avalanches, servir d’espace de détente et fournir un rendement périodique en bois. Une communauté doit elle aussi offrir perpétuellement une protection au faible, créer un bon climat de coexistence humaine et couvrir les besoins quotidiens. Pour ce faire, une stabilité sociale, écologique et économique est requise, tant pour la génération présente que pour les générations à venir.
L’espérance chrétienne est plus qu’un optimisme naturel. Elle vit de l’orientation vers le Royaume de Dieu. Cette étincelle d’espoir ne s’éteint pas, même en cas d’échec ou de revers. Celui qui espère aura confiance, même dans les difficultés, que les possibilités de Dieu dépassent largement les possibilités humaines et ne perdra ainsi pas l’objectif des yeux. La deuxième valeur fondée sur l’espérance est ainsi nommée:
Tenacité:
Celui qui s’oriente vers l’objectif à atteindre peut tenir ferme, même en cas de résistance extérieure. L’espérance fait naître une force intérieure qui ne dépend pas de la faveur du moment. Toutefois, une personne remplie d’espérance applique avec précaution son pouvoir d’imposer des décisions. Il n’oppressera ni ne privilégiera les semblables, mais il saura reconnaître le moment opportun et tirer profit des occasions qui se présentent. Par vent contraire, il continuera à avancer avec persévérance en direction du but.
L’espérance dans le Royaume de Dieu implique la réconciliation dans tous les domaines de la vie. Le terme biblique spécifique est "shalom" et signifie la paix avec soi-même, avec Dieu et avec toutes les créatures. Une telle espérance-shalom n’est pas sélective. Elle inclut toutes les créatures. La paix générale est l’accomplissement le plus élevé de l’espérance chrétienne. La troisième valeur dans l’action politique reposant sur l’espérance est ainsi nommée:
Paix:
La voie de la paix est praticable, même dans la confrontation politique. Elle commence par la disposition à aborder les conflits. Une écoute attentive est indispensable. Au fil du dialogue, les conditions, intentions et projets de l’interlocuteur sont perçus. Il est à cet égard tout aussi important d’être disposé à admettre ses propres erreurs que de faire preuve d’indulgence à l’égard des fautes d’autrui. La réconciliation est le pas le plus important vers la paix. Elle exige la capacité, non seulement à convaincre, mais aussi à se laisser convaincre, et avant tout l’aptitude à pardonner.
Mise en œuvre des valeurs chrétiennes
Comment ces valeurs doivent-elles à présent être mises en œuvre en politique? Elles peuvent certes être motivées et diffusées, mais pas imposées. Celui qui souhaite édifier sa politique sur des valeurs chrétiennes, doit avoir confiance en la force qui leur est propre. Jésus n’a pas agi différemment. Même s’il ne s’est jamais imposé par la force, son action, par son rayonnement, exerce un pouvoir d’attraction jusqu’à ce jour.
Lorsqu’on lui a demandé quel était le commandement le plus important, Jésus a dit dans Matthieu 22, 37-38: "Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton esprit. […] Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements". L’on peut en déduire le principe suivant:
Mettre en œuvre des valeurs chrétiennes signifie rechercher la relation à Dieu et respecter et estimer chaque être humain.
Jésus résume son éthique dans Matthieu 7, 12: "Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous!" Il fait ainsi le lien avec la règle d’or qui disait à l’époque: "Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse". Il convient de noter qu’il change la forme passive (ne faire de mal à personne) en une forme active (faire le bien). Il en découle une mise au défi active:
Mettre en œuvre des valeurs chrétiennes signifie ne pas rester passif, mais prendre l’initiative de faire le bien.
Il est remarquable d’observer l’attitude de Jésus à l’égard de ceux qui se sont rendus coupables. Il n’a jamais accablé les pécheurs de leur péché, mais les en a soulagés par le pardon. Il s’est donné pour réconcilier les hommes avec Dieu. La réconciliation est au cœur de l’éthique chrétienne, parce que Christ lui-même est le réconciliateur par excellence. La réconciliation est une force dynamique, qui ne fait pas que construire des ponts entre les blocs. Elle crée aussi l’espace pour des solutions créatives aux problèmes en cours. Cela dénote un style de politique tourné vers l’avenir:
Mettre en œuvre des valeurs chrétiennes signifie pardonner
et réconcilier
et, partant, jeter les bases de solutions constructives.
Jésus ne s’est jamais perçu comme un souverain, mais comme le serviteur de tous. Il le dit dans Matthieu 20, 28: "Le Fils de l’homme n’est pas venu pour se faire servir, mais il est venu pour servir". Il l’a fait, toutefois, sans se soumettre à des autorités étrangères. Il a accompli son service en étant véritablement libre. Il a compté sur la force de l’Esprit de Dieu et a renoncé à tout décorum lié au pouvoir. Cela lui a conféré des pouvoirs incomparables. L’on peut en déduire un principe quant à la relation au pouvoir:
• Mettre en œuvre des valeurs chrétiennes ne signifie
pas combattre dans un esprit de pouvoir,
mais agir au service de l’intérêt commun par le pouvoir
de l’Esprit.
Une politique fondée sur des valeurs chrétiennes recherche
le consensus et s’oriente vers des solutions. L’objectif en est
la paix au sens large – la paix dans la relation à Dieu et parmi
les humains, dans la gestion durable de la création, dans une solidarité
compatissante avec les faibles, dans une répartition équitable
du pouvoir et dans une coexistence respectueuse des cultures et peuples.
Une initiative du Parti Evangélique