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Le point de départ de cet ouvrage vient d'une interrogation sur la place du récit clinique chez les psychanalystes. L'auteur définit le champ de la psychanalyse entre la rhétorique, comme art de la persuasion, et le narratif, en tant que mise en représentation d'événements réels ou fictifs par le moyen du langage. La psychanalyse se trouve donc à un carrefour entre des événements cliniques et des événements conceptuels dont les récits témoignent. En effet, dans le processus de la cure, se joue une ouverture originale sur l'événementiel et l'historique. Encore faut-il pouvoir en parler. Dans l'exemple clinique se joue l'éthique du psychanalyste car il ne s'agit pas seulement de vérifier une théorie ou de se faire connaître ou reconnaître. L'éthique n'est jamais jouée une fois pour toutes, et c'est ce que les psychanalystes racontent quand ils parlent de ce qu'ils font. À partir d'un noyau d'auteurs, Freud, Melanie Klein, Winnicott, l'auteur dégage la place de la rhétorique dans l'acte narratif des analystes. Le récit dans la psychanalyse peut-il échapper à la rhétorique ? Qu'est-ce que raconter au plus juste quand on est analyste ?
D'ici l'an 2000, un Français sur deux risque d'avoir été délinquant. Est-ce à dire que l'autre moitié aura été victime ? Ce calcul projeté vers notre futur opère tel un dévoilement en forme d'avertissement : notre société risque de connaître sa dernière cassure, une division ultime entre l'Un et l'Autre, l'Agresseur et sa Victime, tous deux aussi menaçants car étrangers l'un pour l'autre. Entre ces étrangers il est urgent de réinventer des truchements. Comment l'aide en faveur des victimes d'infractions s'est-elle concrétisée sur le terrain suite à l'adoption par le Parlement de la Loi du 8 juillet 1983 ? Des bénévoles et des professionnels regroupés dans une de ces associations (Accord, Strasbourg) ont mis en commun leurs énergies pour réinventer d'autres formes d'accueil et d'écoute. Certains d'entre eux se sont donné les moyens d'un recul théorique pour décrire cet itinéraire fait de synergies. Les conciliations auxquelles ils ont participé sont la réalisation la plus aboutie de cette démarche en aidant le délinquant et la victime, qui tous deux ont un compte à régler avec la violence, chacun d'un autre versant de la souffrance. Ils ont fait ensemble le pari d'une autre rencontre, tout en reconnaissant la spécificité de chacun. Cette démarche ici n'est possible qu'en articulant les différences dans une nouvelle attitude transversale dont l'enjeu est de faire émerger des attitudes de solidarité plus globale pour aider à la reconstitution d'un tissu social déchiré.
Suite à une journée d'études tenue sous les auspices de l'Association régionale de criminologie d'Aquitaine, cet ouvrage fait apparaître les rôles de l'évaluation dans la pratique médicale et du travail social.
La maltraitance : en l'espace de quelques années, ce néologisme s'est imposé au point de devenir un mot courant. Il n'est plus question de parler de l'enfant, de l'éducation, des rapports entre adultes et enfants sans l'évoquer. Est-ce à dire qu'il y aurait aujourd'hui plus d'enfants en danger qu'auparavant ? Ce n'est pas certain. Mais il y a bien un phénomène nouveau que le présent ouvrage explore. Le regard porté sur l'enfant et la famille s'est radicalement modifié. Un soupçon a priori pèse désormais sur les familles et plus largement sur tous les adultes en charge de l'enfant. La notion de maltraitance induit une continuité entre le mal-être de l'enfant et le danger, entre les contraintes inhérentes à toute éducation et la violence qui détruit et déstructure. Ainsi l'idée que l'enfance est une « espèce en danger » conduit à repenser à la fois les pratiques éducatives, la vie sociale des enfants mais aussi l'organisation de la vie familiale et son intimité. Les auteurs montrent ici que l'émergence de cette nouvelle catégorie « enfant maltraité » a des conséquences qui vont bien au-delà de la prise en compte de la souffrance individuelle : en jetant un éclairage nouveau sur l'enfant et sa famille, elle affecte le lien social et le savoir-vivre entre les générations.
Pourquoi certains enfants, en dépit des carences, des abandons, des agressions, des traumatismes qu'ils ont subis, résistent-ils ? Quelles sont les forces, les capacités qu'ils mettent en oeuvre pour affronter les situations difficiles de leur vie ? Comment se construisent-ils malgré tout ? Le concept de résilience, emprunté à la physique où il décrit la capacité des matériaux à retrouver leur forme originale après avoir subi des déformations par pression, traduit cette part de liberté dans le mode de réaction adaptative de ces enfants. La résilience n'est pas un vaccin contre la souffrance mais une démarche personnelle qui restaure l'estime de soi. C'est aussi une façon positive et réaliste de prendre en charge les victimes, qui peut servir de base à une prévention réelle des séquelles immédiates et à long terme de situations traumatiques. Les auteurs de cet ouvrage proposent leurs réflexions et leurs expériences sur cette façon originale d'aborder la souffrance, et ouvrent des perspectives d'intervention renouvelées à ceux qui s'occupent des enfants et des victimes.
Fernand Deligny est considéré comme l'un des pionniers de l'éducation spécialisée. Pendant des années, après avoir connu un certain succès dans le milieu éducatif qu'il bouscula, il fut oublié. Disparu en septembre 1996, la profession s'est remise à parler de lui, de ses intuitions, de ses révoltes. L'objectif de cet ouvrage est de le présenter, de l'interroger et de le donner à lire.
La majorité des autistes souffrent d'un handicap global sévère du développement, et la déficience mentale qui y est associée est, le plus souvent, profonde. Faible compréhension, communication réduite ou nulle, retard important de la motricité générale et de la motricité fine, déglutition primaire, anomalies de la vision, troubles du comportement : les problèmes sont si importants, si multiples et si spécifiques qu'on pourrait être tenté de baisser les bras. Par où commencer pour aider l'enfant autiste en souffrance, pour aider sa famille dépassée par les difficultés, pour aider tous ceux qui doivent l'accompagner quotidiennement ? Gloria Laxer propose dans cet ouvrage une approche globale et pluridisciplinaire qui prend en compte l'ensemble des problèmes mais aussi les aptitudes, aussi minimes soient-elles, de chaque enfant pour définir un programme éducatif efficace. Elle donne très concrètement des repères, des éléments d'évaluation, des outils de travail pour qu'éducateurs, rééducateurs et famille, en coopération étroite, puissent offrir à chaque autiste un milieu respectueux de lui-même et capable de l'aider à développer son autonomie.
C'est par son corps, son tonus, ses gestes, ses mimiques, que le jeune enfant communique avec son entourage humain. C'est par son corps, ses gestes, ses mouvements qu'il explore son environnement physique, qu'il éprouve les lois de la pesanteur, qu'il joue avec l'espace et les objets à sa disposition. Relationnelle et expressive, sa motricité est un élément important dans la construction de sa personnalité. Entre ce qui est culturellement permis, ce qu'il s'autorise lui-même à faire, ce qui est valorisé ou au contraire proscrit, l'enfant peu à peu crée son rapport au monde et sa propre harmonie interne. Le thème de cet ouvrage a mobilisé un groupe bordelais pluridisciplinaire dont les membres, dans une dynamique partenariale, ont engagé leurs institutions respectives (Université, municipalités, Centre national de la fonction publique territoriale, Caisse d'allocations familiales, Éducation nationale, Fonds d'action sociale, Direction régionale de l'action culturelle, Protection maternelle et infantile) dans un projet d'éveil culturel du jeune enfant. Aux actions concrètes sur le terrain sous forme de formations professionnelles, d'animations pour les enfants et leurs parents, ce livre fait écho, en proposant des supports de réflexion. Artistes, chercheurs, professionnels de la petite enfance, enseignants, universitaires viennent ici soutenir les acteurs du quotidien dans leurs efforts pour offrir à chaque enfant, dans les différents lieux d'accueil, un espace créatif pour le jeu et le rêve, ouvert sur la culture et l'histoire de chacun.
Si la mort apparaît avec la sexualité, la pulsion de mort surgit avec le langage. Le sujet humain se trouve donc au centre du paradoxe suivant : le passage de l'ordre biologique à l'ordre signifiant lui assure une perte vitale et l'esquisse de sa mort, tandis que son assujettissement au langage lui assigne une place et lui ouvre une perspective de survie. Si la parole se déploie, porteuse d'actes, l'insistance de la pulsion de mort demeure souvent inaperçue. Mais quand la parole est empêchée, dans la répétition ou la fureur, Thanatos se déchaîne. La clinique a contraint Freud à inventer le concept scandaleux et controversé de pulsion de mort - à l'oeuvre dans la tragédie quotidienne, les symptômes et les mythes - dont l'éclairage lacanien précise la valeur essentielle. Cet ouvrage en accompagne l'élaboration et l'introduction dans la théorie analytique, y permettant un cheminement très proche de la praxis et un accès vivant à l'écoute du sujet de l'inconscient. Ses nombreuses références textuelles en font un véritable outil de travail.
Le théâtre de la mort s'est profondément modifié en cette fin de XXe siècle. Dans les années soixante-dix, la mort, de plus en plus médicalisée, a ouvert un débat passionné sur la puissance de la médecine, l'acharnement thérapeutique, l'euthanasie... Aujourd'hui, le développement du concept d'accompagnement et de soins palliatifs ne manque pas de soulever de nouvelles questions : celle de la pertinence d'une législation du droit à la mort, celle du partage de l'information et de la vérité, celle de la souffrance et du respect de la dignité de la personne en fin de vie, celle de la responsabilité de la poursuite ou de l'arrêt des investigations et traitements, etc. En proposant une réflexion et des repères cliniques, philosophiques, juridiques, théologiques, les auteurs de cet ouvrage nous invitent à en débattre. Ils sont tous engagés dans la promotion d'une éthique clinique qui consiste, dans l'action, à se poser toujours trois questions : pourquoi faisons-nous cela ? Pour qui le faisons-nous ? En avons-nous le droit ?
Les Rouillard... Qui sont-ils ? Un couple et ses dix enfants, six garçons et quatre filles, en attendant la naissance du onzième. Des gens très pauvres, de pauvres gens qui, de génération en génération, représentent le lieu de convergence (et de divergence) de multiples initiatives assumées par tout un éventail d'institutions et d'acteurs sociaux : élus municipaux, instituteurs, employeurs ; juges des enfants, gendarmes, délégués à la liberté surveillée ; assistants sociaux, tuteurs aux prestations sociales, inspecteurs de l'action sociale et sanitaire, éducateurs spécialisés... Deux séries de documents ont permis de retracer l'histoire des Rouillard : leur biographie administrative constituée par des enquêtes, rapports et dossiers de toutes natures dont, durant quinze ans, cette famille n'a cessé d'être l'objet et, comme en surimpression, leur autobiographie résultant d'un ensemble de lettres, de témoignages, de récits de vie, due au couple Rouillard et à d'autres membres de la famille. Ainsi se manifeste-t-il la continuelle mise à l'épreuve de leur identité familiale et personnelle, successivement éclatée, reconstituée sous la contrainte de leurs « tuteurs » sociaux, pour se trouver bientôt, à nouveau, détruite. À travers la suite, apparemment incohérente, de moments de total dénuement, d'accidents et de démêlés avec la justice, on discerne néanmoins les fils rouges d'une tragique continuité : l'irrémédiable dépendance pesant sur ce groupe humain et, parallèlement, l'acharnement des acteurs sociaux à vouloir porter remède à leur pauvreté et enfin la persistance d'une obscure volonté d'exister. De toute évidence, la biographie sociale élaborée par Jean-Pierre Nicolas constitue une mise en demeure adressée à l'ensemble des travailleurs sociaux et tout autant à ceux qui, dans les structures d'action sociale, éducatives et judiciaires exercent des pouvoirs et assument des responsabilités. C'est sur le sens et peut-être le contresens des pratiques et politiques sociales d'aujourd'hui que devront s'interroger les lecteurs de cet ouvrage.
L'ouvrage que voici surgit de deux séries d'interrogations croisées : le questionnement psychopathologique, le questionnement philosophique. Qu'en est-il du sujet humain, qu'en est-il de la subjectivité ? La psychopathologie tant phénoménologique que psychanalytique est au coeur de la problématique suscitée par le sujet de la Folie. Mais aurait-elle validité sans la réflexion philosophique qui, dans son champ propre, est confrontée depuis le début des temps à l'essence même de la subjectivité ? Le propos de ces confrontations est aussi de renouer le dialogue fondamental entre psychopathologie et philosophie, qu'avait inauguré, en son temps Henri Ey, lors des colloques de Bonneval. Ce dialogue apparaît comme une nécessité en ces temps où la psychiatrie et la psychopathologie se trouvent confrontées à un retour en masse d'une nouvelle mouture « postmoderniste » du scientisme visant à occulter toute psychopathologie. Une clinique du simple regard voudrait prendre le pas, au nom de la pseudo-objectivité, sur une clinique relationnelle qui présuppose, en son essence, l'intersubjectivité et le dévoilement. Tous les référents philosophiques s'évaporent dans ces impasses prétendument « a-théoriques ». Reprendre la problématique de la subjectivité à sa source nous apparaît dès lors comme impérieux devoir.
Qui nomme ? Qu'est-ce que nommer ? En quoi consiste la nomination ? Condition de notre naissance et garant de notre existence, un tel acte nous implique tous personnellement. Il nous confère un visage dans la génération et la filiation. Aussi le nom se donne-t-il suivant des modalités et des règles, des usages et des rites propres à chaque temps et à chaque culture. Cet ouvrage aborde le nom et la nomination dans la multiplicité de leurs facettes, la variété de leurs figures et de leurs fonctions. En effet, pareille approche concerne nécessairement les lieux et les oeuvres, l'origine et la transmission, le sujet, Dieu lui-même. Ainsi, le nom convoque l'oeuvre et la chose, le titre et l'intitulé, la signature et le sobriquet, la raison sociale et le renom, le faire-part et le prénom, le vocable et la désignation... À l'initiative de l'association CHAMPS, Centre pour la Recherche, l'Enseignement et l'Écriture (Lyon), acteurs et témoins, auteurs et artistes, religieux, juristes et philosophes, chercheurs et praticiens, psychanalystes notamment, se sont réunis dans ces pages pour se répondre et nous interpeller sur ce vivant sujet, de toujours et d'actualité.
Tel un mythe tenace et cependant insaisissable, le projet d'une grande réforme de l'éducation scolaire parcourt la seconde moitié de notre XXe siècle. Il paraîtrait ainsi aisé de retracer l'historique d'un mouvement destiné à accompagner et à régulariser, d'une guerre mondiale à l'autre, l'évolution sociale et culturelle de la France pour s'accomplir pleinement au seuil du troisième millénaire. C'est la tâche à laquelle Guy Avanzini consacre son nouvel ouvrage qui intervient toutefois, dans le débat autour de l'École, à contresens d'un pari en faveur des méthodes et structures d'enseignement improvisées. Aux yeux de ce chercheur réputé, tout ce qui appartient au domaine scolaire et éducatif se déroule en réalité à deux niveaux, faisant coexister une irréductible inertie avec une agitation en surface, inséparable, dans notre monde moderne, de la stagnation des fins et des moyens. Il y a quinze ans, le Professeur Guy Avanzini entreprit déjà dans un livre au titre retentissant Immobilisme et novation dans l'éducation scolaire de mettre en évidence la stricte complémentarité reliant en pédagogie l'improvisation à la stagnation. Depuis, en un bref laps de temps, de nombreux événements ont sensibilisé l'opinion commune aux problèmes de l'éducation et renouvelé l'expression quotidienne de l'état statique de notre système éducatif. Ainsi, l'ouvrage que voici parvient à faire sentir à ses lecteurs, en un saisissant raccourci, l'actuelle impossibilité d'une réforme globale de l'École. À cet effet, l'auteur analyse ce qu'il appelle les aventures et les mésaventures de doctrines pédagogiques contemporaines pour retrouver, derrière les apparences d'un mouvement, son caractère récessif et en chercher les vraies raisons. Il va de ce fait jusqu'à s'interroger sur l'utilité des méthodes, les conditions de leur émergence et de leur efficacité. Cette approche critique des projets novateurs s'applique avec une rigueur particulière à certaines tentatives de réforme globale du système éducatif, lesquelles ont fait date dans l'histoire récente de l'enseignement français telles que le « renversement total de 1984 » et le très actuel projet des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres. Il s'agit ainsi dans cet ouvrage, d'un ton vif et parfois enjoué, d'une mise à l'épreuve de l'idée même d'une réforme de l'École. Tout ceci s'inspire d'une réflexion fondamentale sur les finalités de l'enseignement, qui ne saurait laisser indifférent aucun lecteur intéressé par les sciences de l'éducation en tant qu'enseignant, chercheur ou citoyen s'interrogeant sur l'avenir de notre société.
L'homme est avant tout un être parlant. La gestion de son écoute, son élocution, sa lecture, son orthographe déterminent son confort et son adaptation sociale ou du moins s'en trouvent largement conditionnés. De leur côté l'apprentissage de langues étrangères ainsi que la pratique de la musique et du chant dépendent pour une bonne part de notre capacité d'utiliser l'oreille et les systèmes cérébral et émotionnel qui la pilotent. L'importance de ces données suscite un ensemble de questions qu'il devient aujourd'hui possible de formuler et de clarifier. La stimulation et l'exercice des fonctions auditives au moyen de techniques appropriées peuvent-ils changer l'avenir d'un individu qui se motiverait tout à coup pour la lecture et les études, nouerait des relations, entreprendrait des actions dont il se désintéressait auparavant ? Qu'en est-il de l'évolution des aptitudes sonores et musicales depuis l'enfance jusqu'à Page adulte ? Quel crédit accorder à la notion de « latéralité auditive » et aux tests dichotiques ? Quels sont les appareils de rééducation actuellement disponibles et quel est l'intérêt d'instruments, tels que ceux de Guberina, Tomatis, Beller, l'Akousmatix, ou plus simplement l'usage d'équalizers, ordinateurs, filtres ? Existe-t-il des liens connus et fiables entre les sons et les pulsions ? À cet égard l'ouvrage que voici fait état de données théoriques expérimentales et cliniques accumulées depuis plus de quinze ans. Les praticiens du son orthophonistes, ORL, pédiatres, musiciens, de même que les psychothérapeutes, psychologues et éducateurs, ne manqueront pas de parfaire leur information et, par la suite, leur formation dans le vaste de la psychosonique.
Rarement, le déroulement de notre existence collective et personnelle n'a donné lieu à un usage aussi justifié du verbe changer qu'en cette fin de notre XXe siècle. La simple tentative d'inventorier les ruptures politiques, économiques, idéologiques et culturelles intervenues depuis 1988 suffit à renouveler et à renforcer en nous le sentiment de désorientation constituant ces dernières années le background de notre vécu. Par-là s'explique également notre besoin instinctif de retrouver et, le cas échéant, de faire évoluer les finalités éthiques, constitutives de la personne. Dans leur fond, ces efforts de ressourcement ne représentent pas une rechute vers d'anciens conformismes mais l'exigence de sens que suscite l'épreuve du changement. Pour Alain Barrère, une telle volonté de comprendre par-delà le savoir et le savoir-faire correspond, il est vrai, à une nécessité périodiquement renaissante durant sa présence à la tête d'un grand mouvement de jeunesse, par sa spécialisation dans le domaine encore peu exploré d'une analyse macroéconomique, comme chercheur et enseignant universitaire à Toulouse, à Paris, à l'Université fédérale du Brésil et à l'École des hautes études en sciences sociales ; en son rôle de doyen de la Faculté de droit de Paris notamment durant les événements de mai 1968 et pendant une vingtaine d'années à la présidence des Semaines sociales de France. Vie de rencontres et d'action dont les travaux et publications n'ont cessé d'accompagner l'interrogation chrétienne sur les moyens et fins d'une économie au service de l'homme. Ces tâches, redevenues aujourd'hui obscures et urgentes, de ressaisir la signification humaine de la vie sociale, l'ouvrage que voici tend à les identifier pas à pas à trois niveaux : celui d'une analyse des sociétés modernes et des grandes théories explicatives de leur dysfonctionnement ; puis tout au long du grand débat public, une mise au point portant sur le travail, la propriété et la croissance ; enfin en réponse aux interrogations aujourd'hui les plus urgentes qui se manifestent à propos de l'identité du capitalisme et du socialisme, le sort du Tiers Monde et, en son sens le plus actuel, l'avenir de la société démocratique. On discerne ainsi, en suivant le parcours clairement balisé que propose ce livre, sa proximité aux inquiétudes et exigences du moment actuel.
Analyse, dans l'esprit de la méthode biographique, l'accueil et l'accompagnement d'adultes en difficulté dans la cité-relais à Strasbourg, institution d'assistance sociale et de réinsertion.
Des nourrissons en proie à une douleur indicible à Arnaud qui meurt du sida en ayant, par sa souffrance, trouvé un sens à sa vie, cet ouvrage nous plonge au coeur des souffrances humaines qui, pour être familières, n'en sont pas moins énigmatiques. Ainsi chaque fois, pour chacun, la question du sens de la souffrance s'impose dans une interrogation multiple. Comment comprendre la souffrance aujourd'hui ? Est-elle à combattre par tous les moyens, à nier pour tenter d'y échapper ? Est-elle la preuve, le passage obligé de l'existence ? Souffrance psychique, douleur physique se renvoient l'une à l'autre... la psyché parle-t-elle dans le corps ? Comment en déchiffrer le code ? Comment entendre la souffrance d'un corps qui parfois se débat en silence derrière son masque ? Il fallait une grande sérénité pour conduire une réflexion qui évite la simple compassion ou la froideur d'une optique purement neurophysiologique, pour offrir au lecteur une confrontation utile avec la souffrance. C'est dans cet esprit que se sont rassemblés psychanalystes, médecins, psychiatres, psychologues, enseignants, kinésithérapeutes pour mettre en perspective leurs recherches théoriques et leur pratique clinique et tenter d'y puiser des éléments de réponse au soulagement de la souffrance qui leur est apportée. Tous témoignent à leur manière que de la naissance à la mort, à chaque âge de la vie, la souffrance se révèle être une expérience structurante permettant une véritable croissance psychique... pour peu qu'elle puisse être apprivoisée.
Comment passer du statut d'enfant au statut d'adulte ? Dans les sociétés traditionnelles, des rituels symboliques très élaborés fournissent le soutien de toute la communauté pour cette transition épineuse. Dans la société occidentale contemporaine, il n'existe aucune aide de ce type. Tout incombe aux familles, peu préparées pour ce nouveau voyage. Il s'agit presque toujours d'un passage difficile. La sexualité, la colère, les sentiments de perte, d'excitation, l'attrait de l'aventure, tout cela envahit le domaine familial, comme jamais auparavant. Les valeurs sont remises en question, les conflits de loyauté s'exacerbent. De nouveaux liens et de nouvelles frontières doivent être tracés, négociés, vécus. Pour certaines familles, cette pression est un lourd fardeau qui justifie leur démarche de prise en charge thérapeutique. Parmi les nombreux modèles, la thérapie familiale par phases, issue de la pensée systémique, offre des possibilités d'intervention efficaces. En effet, elle tient compte de la famille dans sa globalité et des individus qui la composent. Elle s'adresse au présent et au passé, à l'esprit et au corps. Elle laisse à la famille responsabilité et choix, en favorisant la créativité du thérapeute. Son application est illustrée par des chapitres centrés, chacun, sur un champ clinique particulier de l'adolescence, traité dans différents lieux et cadres de travail.
L'ambition du Dictionnaire de la violence et du crime est de couvrir le vaste champ de la criminologie, conçue comme une science et une anthropologie spécifiques, dont l'objectif principal est de mettre à jour les causes, les effets et les traitements caractéristiques des comportements violents, depuis l'éducation jusqu'à la prévention, l'organisation de la vie sociale, la répression et la thérapie. Issu de nombreuses années de recherches et d'étude, ce dictionnaire présente de manière claire et systématique l'ensemble des concepts, théories, méthodes et auteurs qui, sur un plan international, constituent la base de la culture criminologique, nécessairement multidisciplinaire, indispensable à tout renouvellement dans l'approche des problèmes de violence et de délinquance. Le recours quotidien à un tel ouvrage de consultation devrait assurer - à tous ceux qui, dans une large diversité de motivations, de fonctions professionnelles et de responsabilités sociales, sont concernés par la criminalité, la violence, la toxicomanie, la violence urbaine, l'insécurité, les déviances et leurs conséquences individuelles et collectives - de solides références dont l'ouverture internationale contribuera à l'équilibre des idées et à l'efficacité des décisions.
On l'appelait Madame François. De son petit corps ramassé sur lui-même émanait une énergie indomptable, dont les yeux rayonnaient la lumière. Aventurière de l'éducation, élève irrespectueuse et affectionnée du Professeur Henri Wallon, elle était connue dans le monde entier, pour ses engagements, son esprit d'indépendance, et sa fidélité absolue à la cause des enfants. À travers les anecdotes qu'elle a bien voulu confier au cours de ses dernières années de vie, c'est toute une philosophie de l'éducation qu'elle propose. Ce livre rassemble quelques-uns de ses messages et les interprète, selon le désir qu'elle en avait elle-même manifesté. On a ainsi bien raison de dire qu'elle fut une sorte de Korczak français, juive et polonaise d'origine, comme Korczak lui-même. Il faut, cependant, se rappeler que, ne l'ayant jamais pu rencontrer de son vivant, elle ne l'a réellement découvert qu'à sa retraite, comme une image dans laquelle il ne lui déplaisait pas de se refléter. Militante de l'éducation nouvelle, elle restera pour tous ceux auprès desquels elle a vécu - le Groupe français d'éducation nouvelle (GFEN), l'Association nationale et la Fédération internationale des communautés éducatives (ANCE et FICE), les Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active (CEMEA), mais surtout pour tous ceux et celles qui continuent l'oeuvre du Renouveau - l'exemple d'une philosophie en action, jusqu'à l'utopie et même au-delà. Tant il est vrai que l'être humain est capable de tout, du pire comme du meilleur, et que si l'on choisit le meilleur, il faut toujours se surpasser.
Au-delà d'une évolution évidente des pratiques depuis vingt-cinq ans, le Placement Familial d'enfants rencontre l'incertitude actuelle concernant l'enracinement de l'être humain : filiation, procréation, naissance et mort. À la lumière de l'évolution des représentations de l'enfant, de la famille, de la santé mentale, les praticiens et les institutions de placement se doivent de réfléchir à la place et au devenir de l'enfant en famille d'accueil - en accordant toute leur importance aux notions de bien-être, de réussite, d'accès à la parentalité -, de questionner avec rigueur lois, décrets et statuts de l'enfant, et ainsi de penser les champs des responsabilités, des pouvoirs et de l'autorité. Au risque d'aller à l'encontre des formules antérieures, « placer un enfant » n'est pas une opération de placement - même si c'est un investissement à long terme - mais une opération de déplacement. On propose à l'enfant de passer d'un espace privé, sa famille, à un espace public, la famille d'accueil devenue l'objet de tous les regards, de tous les contrôles, de toutes les évaluations et en même temps de beaucoup de solitude. Or, offrir à l'enfant en état de souffrance une place dans une autre famille, cela doit rester pour lui un véritable espoir de devenir « commun », c'est-à-dire un enfant ordinaire, parmi d'autres. Ainsi les acteurs de cette opération - psychiatres, psychologues, éducateurs, assistants sociaux, assistantes maternelles - ont à réfléchir à leurs fonctions respectives et à l'articulation des places qu'ils peuvent occuper conjointement. Loin d'être « comme un », de faire tous la même chose comme cela a pu être la tendance, la mise en scène des conflits donnera à l'enfant l'occasion d'être, comme tout un chacun, multiple et imprévisible, un peu plus capable de savoir d'où il vient et où il va.
Les grands progrès de la condition des femmes sont le fruit d'une longue genèse portée à maturation par les mouvements féministes. Les militantes, quels que soient leur discours et leur présentation, ont posé les jalons d'une évolution. Quant aux jeunes générations elles ne connaissent pas toujours le féminisme. Des rencontres et des entretiens ont ainsi permis à l'auteur d'établir un bilan de l'utilisation plus ou moins consciente des acquis. Les femmes ont-elles changé ? Les rapports conjugaux se sont-ils modifiés ? Ces pages se veulent un rappel autant qu'un message pour que l'évolution des présences féminines, et par-delà la société tout entière, se poursuive.
On n'identifie pas sans risque de malentendu la tâche spécifique assumée par l'auteur d'une histoire de la royauté française. Il lui appartiendra en effet de mettre en évidence, à travers son évolution politique, économique et culturelle, les inévitables incertitudes d'une société à la recherche de son avenir. Parallèlement, un tel ouvrage consacré au vécu de multiples générations ne manquera pas de mettre à l'épreuve la liberté de jugement et la maturité de ses lecteurs.