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Dramaticule est une installation en plusieurs volumes conçue pour le lieu d’exposition - la galerie T293 -, assemblage
scénographique dans laquelle le spectateur est amené à déambuler. Par ses composants sculpturaux et ses allures de décor,
l’installation évoque les problématiques fondamentales liées à la sculpture et plus spécifiquement celles de la dématérialisation
et de la décomposition des formes classiques, telles qu’indexées par le mouvement du Land art des années soixante.
Composée de terre battue, de fonds de studio photo et de fragments de pots d’argile, l’installation se répand en suivant les lignes de fuite du long couloir de la galerie T293. Les monticules de terre battue se défont au gré des courants d’air et des passages du public, mentionnant une plaine désertique; le drapé « baroque » s’affaisse à mesure que la gravité exerce sa force ; des sculptures de papier photo s’étiolent dans un processus d’assombrissement. De l’ensemble naît comme un temps de latence, opaque et indéterminé.
À la manière d’un dramaticule Beckettien1, l’installation se joue en un temps court dans une atmosphère d’après catastrophe. Avant d’être synonyme de désastre, destruction, malheur, etc., la catastrophe, dans le théâtre grec, était la dernière des cinq parties de la tragédie2: « celle-ci désignait le dénouement tranchant un nœud de forces antagonistes qui bloquaient l’action théâtrale (…) La catastrophe est alors le moment abrupt qui fait passer une situation de tension ou de crise aigue à un état final de résolution, bref, à une fin heureuse ou malheureuse3. »
Les fragments de pot d’argile semblent par ailleurs former les vestiges d’un édifice. En effet, lors de ma dernière visite à Rome, une impression qui m’avait déjà étreinte lors d’une visite précédente me revient en mémoire: troublée par l'esthétique théâtrale de la ville, j’ai le sentiment qu'un drame va se jouer à chaque coin de rue. Accolés aux routes bétonnées, des parcs de ruines complètent les traces de décor antique caractérisé par les monuments dinosaures comme le Panthéon. Une colonne échouée, une bribe de temple, quelques dalles disséminées - ces parcs se donnent à voir en plongée/contre-plongée, tels un arrêt sur image dans ce péplum4 fantasmé. Cet aménagement renvoie sans doute à la conception du territoire comme palimpseste5. Les multiples strates des organisations urbaines du passé dessinent le visage contemporain de la ville. Cette archéologie qui se lit sur et sous les murs de la ville me raconte un temps passé et lointain vers lequel se déroulent d’abstraites et vagues pensées.
Sonia Kacem
1 Samuel Beckett, CATASTROPHE, Paris, Editions de minuit.
2 tirée du Nouveau Petit Robert de la langue française 2010, Paris, Le Robert 2009.
3 Michel Ribon, ESTHETIQUE DE LA CATASTROPHE, Essai sur l’art, Paris, Editions Kimé, 1999, p.13.
4 Genre cinématographique désignant des films dont l'action se situe historiquement dans l'Antiquité. Wikipédia,
l’encyclopédie libre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Péplum
5 notion développée par l’urbaniste genevois André Corboz, Le territoire comme palimpseste et autres essais, Les éditions de l'imprimeur, 2001.