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Charleston: la veuve du pasteur se confie
Jennifer Pinckney avait espéré participer à l’étude biblique qui devait avoir lieu en soirée, ce 17 juin 2015. Mais sa fille de six ans avait d'autres projets. Les deux étaient dans le bureau du pasteur principal de l'Église épiscopale méthodiste africaine Emanuel, à Charleston, la nuit où Dylann Roof a ouvert le feu pendant l'étude biblique du mercredi soir, tuant neuf personnes.
Parmi les victimes se trouvaient Clementa Pinckney, le pasteur de l'église et mari de Jennifer.
Elle et sa fille ont entendu les coups de feu, ont barricadé la porte et se sont cachées sous un meuble dans le bureau d'une secrétaire. C’est ainsi que les faits ont été retranscrits lors de son
Témoignage à la justice. «Tais-toi. Ne dis rien», dit-elle à sa fille. Les deux ont survécu. Roof a finalement été condamné à mort.
Au cours des années qui ont suivi l'attaque de l’église coutumièrement appelée par les fidèles «Mère Emanuel», Jennifer Pinckney a travaillé dur pour recoller les morceaux et donner à ses filles le sentiment d'une vie normale. Alors qu’elle était récemment à Atlanta, où ses filles participaient à un concours de danse, elle a accepté une entrevue avec Religion News Service. Rencontre.
Près de quatre ans se sont écoulés depuis les événements tragiques de la fusillade de Charleston. Pouvez-vous nous ramener au jour où c'est arrivé et à ce que vous avez vécu?
Au début, vous êtes dans le déni. On n’emmagasine pas toujours quand il se passe quelque chose. Surtout lorsqu’il s’agit d’épisode aussi traumatisant que la fusillade de Charleston. Tu te dis: «C'est arrivé à moi?» Pour être honnête, au début, j'étais un peu dans le déni, je n’arrivais pas à croire que cela était vraiment arrivé. Ce que je peux vous dire, c’est que je suis immédiatement passée en mode «maman» pour protéger mes deux filles et être là pour elles. Elles étaient et restent ma priorité. Je me souviens alors d'être rentrée chez moi ce soir-là et d'avoir vu des voitures de police partout dans notre cour et d'avoir permis à mes filles de regarder brièvement par la fenêtre pendant que j'essayais de leur expliquer la réalité de ce qui était arrivé.
Comment, vous et les enfants, allez-vous aujourd’hui?
Nous avons nos bons et nos mauvais jours. Nous vivons à Columbia, en Caroline du Sud. Je m'adapte au fait d'être mère célibataire, et les filles réussissent bien à l'école et aiment participer à des compétitions de danse, auxquelles elles prennent part depuis qu'elles sont toutes petites.
Quand avez-vous réalisé que votre mari était parti?
Comme il voyageait beaucoup, c'était facile pour moi de penser qu'il rentrerait à la maison, alors au début, c'était comme s'il était parti en voyage. Ce n'est que lorsqu'ils ont ramené sa voiture à la maison qu'il est devenu réel pour moi. Je me souviens m'être assise dans sa voiture et avoir pleuré. C'est là que c'est devenu réel pour moi. Il y a eu d'autres moments, mais je m'en souviens très bien.
Y a-t-il d'autres émotions auxquelles vous avez dû faire face après le meurtre de votre mari?
Il y a juste différentes petites choses que j'ai traversées, comme quand j'allais dans son placard, sa chambre, sa salle de bain: je n'ai par exemple jamais déplacé son pyjama qu'il avait oublié dans cette pièce. Même quand je regarde mes filles, je peux parfois le voir en elles.
Les médias ont tellement parlé de votre mari, qui était-il pour vous?
Il y a beaucoup de gens qui pensent qu'ils le connaissaient, mais ils ne le connaissent pas, ce qui est l'une des choses les plus difficiles auxquelles j'ai à faire face… Clementa était si proche de ceux qu'il rencontrait. C'était un homme grand, alors quand il parlait aux filles, il s'agenouillait à leur niveau pour leur parler. C'était un homme calme. Même lorsqu'il siégeait au Sénat de l'État, ses collègues disaient qu'il écoutait attentivement les deux parties et qu'il demeurait calme. L'un de ses dictons préférés était: «As-tu également réfléchi de cette manière?» C'était vraiment un homme attentif. Aussi occupé qu'il était, le dimanche était notre temps en famille. Il nous bloquait intentionnellement ce temps libre, même après avoir prêché le dimanche.
Quel type de pasteur était-il?
Je me souviens encore de ses sermons. En fait, après sa mort, je suis retournée écouter certains d'entre eux. Bien que j'étais dans la pièce quand il les prêchait, les écouter à nouveau me faisait du bien. Ses sermons me donnaient alors l'impression qu'il me parlait depuis sa tombe. Ses sermons m'ont aidée à traverser des moments difficiles de ma vie.
Beaucoup de choses ont changé en Amérique ces trois dernières années; qu'en pensez-vous?
(Respiration profonde) Oui, beaucoup de choses ont changé, c'est pourquoi je pense nous avons encore besoin de beaucoup de prières.
Comment est votre vie aujourd'hui ?
Après l'incident, il y avait beaucoup de monde et le téléphone n'arrêtait pas de sonner, puis au bout d'un moment, tout s'arrête et les gens passent à autre chose. Je suis une mère d'abord, et élever mes deux filles est ma première priorité dans la vie. Je veux m'assurer que je m'acquitte bien de ce rôle.
Comment élever deux filles dont le père a été tué à cause d'un crime de haine?
Vous savez, j'essaie de leur apprendre juste parce que quelqu'un ne t'aime pas, tu dois aller au-delà de ça. Vous allez toujours vous heurter à des situations difficiles et à différents types de personnes, et vous devez aller au-delà de l'ignorance de cette personne.
Que voulez-vous que les gens se souviennent de votre mari ?
Qu'il aimait Dieu, qu'il aimait et respectait tout le monde. Il est également important de noter que peu importe à quel point il était occupé, les filles et moi avons toujours été les premiers. Il prenait toujours du temps pour nous. Clementa entendait le point de vue de tout le monde. Beaucoup de ses collègues l'ont qualifié de l'une des personnes les plus pacifiques qu'ils aient connues.
Vous demandez-vous parfois pourquoi cela n'est pas arrivé à quelqu'un d'autre?
Je ne le fais pas parce que ça ne devrait arriver à personne d'autre.
Comment avez-vous supporté la pression d'être sous le feu des projecteurs?
Avant la tragédie, la plupart des gens ne me reconnaissaient même pas vraiment. Quand la tragédie s'est produite et que les médias ont commencé à venir chez moi, j'ai dû passer en mode de protection pour m'assurer que mes filles étaient bien prises en charge. Je suis d'abord une mère. RNS/Protestinter