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Le thérapeutique après le « récréatif » ? Dirigé par Michael C. Mithoefer (Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, Medical University of South Carolina, Charleston), un groupe de chercheurs américains vient de publier dans The Lancet Psychiatry1 les résultats d’un essai clinique original ; un essai de phase II dans lequel la 3,4 méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) a été étudiée dans la prise en charge du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) en complément de la psychothérapie. Le principe actif de l’ecstasy a été testé sur un petit groupe de patients : vingt-deux anciens combattants, trois pompiers et un policier – trois groupes dans lesquels la prévalence du SSPT est tout particulièrement élevée. Les vingt-six participants présentaient un SSPT modéré à sévère depuis au moins six mois. Ils ont été séparés en trois groupes selon la dose de MDMA reçue : 30 mg, 75 mg et 125 mg.
Ces participants avaient effectué trois séances de psychothérapie avant de recevoir la MDMA au cours de deux sessions de huit heures espacées de 3 à 5 semaines. Un suivi spécifique a été mis en place à la suite de chacune de ces deux sessions. Un mois après la seconde administration de MDMA, le SSPT a été réévalué. Il est alors apparu que les « doses actives » (75 et 125 mg) étaient associées à des améliorations plus importantes de la sévérité des symptômes. Un prolongement de cet essai a permis d’observer que les symptômes pouvaient aussi être significativement réduits après 12 mois de suivi après avoir reçu la dose la plus forte de MDMA. Quelques effets indésirables ont aussi été rapportés.
ces études ne peuvent que réjouir les addictologues et les neuropsychiatres
« Les données globales en termes d’innocuité présentent un rapport bénéfice-risque favorable avec des doses limitées de MDMA pour le traitement d’une population atteinte de SSPT, notent les auteurs. Nous avons montré que les doses actives de MDMA présentaient une amélioration significative par rapport à la dose témoin en termes de sévérité des symptômes du SSPT, de symptômes dépressifs et de qualité du sommeil, confirmant et prolongeant les résultats d’études précédentes. »
Toujours selon ces auteurs, si les résultats sont validés dans les prochains essais cliniques de phase III, la « psychothérapie assistée par MDMA » pourrait devenir une option de traitement viable et approuvée par la FDA américaine pour le SSPT d’ici 2021.
« Sur le plan éthique il n’y a rien, ici, à redire, car il s’agit de patients sévères et la MDMA est bien tolérée et sans effet secondaire grave, notamment addictif », a déclaré, au Quotidien du Médecin, la Dr Catherine Thomas-Antérion, spécialiste de neurologie et neuropsychologie (Lyon). « On peut observer que les auteurs eux-mêmes soulignent la faiblesse de l’échantillon et la nécessité de poursuivre les recherches, explique pour sa part à la Revue médicale suisse le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. A noter également l’intensité du suivi notamment médical et psychologique faisant évoquer la possibilité d’un rôle thérapeutique associé. »
Pour le Dr Lowenstein, cette publication témoigne aussi d’une nette évolution des esprits et des pratiques dans ce domaine. « Les Etats-Unis et, de fait, une partie de la planète médicale, avaient stoppé leurs recherches sur la plupart des molécules frappées d’opprobre après les années 68-70, explique-t-il. C’est ainsi que le LSD, cher à Timothy Leary sur les campus américains, entraîna dans sa condamnation tous les psycho-hallucinogènes, interdits de recherche à partir des années 1980. Bien entendu, les armées échappèrent à la censure et bien des molécules furent essayées notamment lors des guerres du Golfe et d’Irak. Le modafinil fut ainsi largement testé par les militaires français. »
Pour le président de SOS Addictions, ces études, qu’elles portent sur la MDMA, la kétamine ou le cannabis « ne peuvent que réjouir les addictologues et les neuropsychiatres ». « Elles éclairent les fonctions positives et étudient à des posologies précises les effets secondaires de ces molécules. Elles rappellent ainsi, s’il en était besoin et il en est toujours besoin, que les usagers n’usent (ou n’abusent) pas tous de cannabis, d’ecstasy, de kétamine ou d’opioïdes ou encore de GHB et d’alcool, uniquement pour faire la fête, se mettre en danger ou embêter leurs parents et la société… »
Ces usages (et mésusages) ont des propriétés fortes sur l’humeur (antidépressives, euphorisantes), les relations aux autres (empathie, désinhibition) ; le sommeil (notamment l’endormissement) ; la pensée (rétrécissement du champ des pensées des tachypsychiques et des hyperactifs) sans oublier les actions sur l’appétit, la douleur et la sexualité. « Que la science s’y intéresse à nouveau “positivement” et non pas seulement à travers l’obscurantisme prohibitif est marqué du sceau de l’ouverture des esprits et servira à tous les citoyens, conclut le Dr Lowenstein. Les antidépresseurs, anxiolytiques (benzodiazépines) et neuroleptiques ne peuvent plus laisser croire à une toute-puissance contre toutes les affections mentales. L’élargissement de la palette thérapeutique apparaît ici non seulement incontournable mais surtout urgente. »
Il y a cinq ans paraissait un roman hors du commun.2 Un roman-document signé du journaliste Boris Razon. Tout ou presque se situait dans le service de réanimation neurologique de la Pitié-Salpêtrière, puis au sein de l’hôpital Raymond-Poincaré (Garches). Titre de ce voyage aux frontières du coma et de la conscience : Palladium, allusion à la statue de Pallas, tenue pour gage de la conservation de Troie – allusion à ce qu’un peuple considère comme sa durée. Un roman autobiographique éclairé par de multiples extraits du rôle infirmier, sorte de coryphée, de frise poétique qui parcourt le récit de l’auteur atteint (qui sait ?) d’un Guillain-Barré.
Dans la recension qu’il avait fait de Palladium pour le Monde des Livres, le philosophe Pierre Zaoui écrivait que le Palladium «énonce une vérité tragique de l’expérience aux limites de la maladie : elle ne grandit jamais, n’enrichit jamais ; ce qui ne nous tue pas nous rend plus triste». «On pourra toujours alors reprocher à ce premier roman certains défauts du genre, il n’empêche c’est un livre dont on ressort les yeux rouges, ému, déplacé» concluait-il. Boris Razon : « La douleur est un langage ».
Aujourd’hui, en écho de cet ouvrage, un autre, cousin et également, remarquablement, hors du commun : « Le Lambeau » du journaliste Philippe Lançon.3 Autre musique mais d’innombrables convergences. C’est une forme plus que prenante du récit de la vie de l’auteur – une vie avant, pendant et surtout après l’attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 à Paris, attentat au cours duquel il a été grièvement blessé. Il écrit à ce sujet, « tout était à la fois brumeux, précis et détaché ». On lui demande si son livre est une manière, littéraire, de dissiper cette brume. « Il ne dissipe aucune brume, répond l’auteur. Il explore cette brume et il le fait avec les moyens du bord : dans mon cas, et depuis le début, écrire. C’est un acte de construction littéraire, qui s’accomplit parallèlement à la reconstruction chirurgicale. »
Philippe Lançon dit encore : « C’est l’histoire d’un homme qui a été victime d’un attentat, qui a passé neuf mois à l’hôpital, et qui raconte le plus précisément, et j’espère le plus légèrement possible, comment cet attentat et ce séjour ont modifié sa vie et la vie des autres autour de lui, ses sentiments, ses sensations, sa mémoire, son corps et sa perception du corps, son rapport à la musique, à la peinture, sa manière de respirer et d’écrire. »
De même que Palladium, Le Lambeau est un chef-d’œuvre. Deux livres qui disent, aussi, la grandeur, aujourd’hui gommée, du métier de soignant.