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Dans dix jours, on vote sur l'initiative des "Jeunes Verts" contre le "mitage du territoire". Pour la résumer, l'initiative fixe la zone constructible à sa taille actuelle, toute nouvelle zone constructible devant être compensée par une nouvelle zone inconstructible. On devra donc construire sur les 300 km2 de zone constructible non bâtie actuellement disponible : cela suffit pour abriter un million à un million et demi d'habitants supplémentaires, mais sans les disperser, les saupoudrer sur le pourtour des villes existantes. On retrouve avec cette initiative notre vieux programme des années quatre-vingt du siècle dernier : "construire la ville en ville" -ou, pour le dire autrement, par les mots de Mario Botta, "bâtir sur le bâti". L'initiative, au fond, renforce les villes, leur centralité, pour préserver ce qui reste de zones naturelles (ou ce qui reste de naturel des espaces non urbains). Cette initiative n'est pas un rêve de bon sauvages écolos : elle est contre la zone, mais pour la ville.
"Dire stop au mitage, c'est dire oui à la ville"
Déclarant sa flamme autant à l'initiative "stopper le mitage" qu'à la ville (non une ville en particulier, mais la ville en soi, comme "plus grande conquête" de l'humanité, "plus belle, plus courageuse, plus performante" forme de regroupement humain), Mario Botta résume (dans "Le Temps" de samedi dernier): "Dire stop au mitage, c'est dire oui à la ville" . affirme (et nous sommes, modestement, d'accord avec lui) que "l'identité des villes (est) plus forte que celle des nations" -qui d'ailleurs en sont nées. Et d'accord aussi sommes nous avec Botta lorsqu'il affirme que "hors des villes, dans le périurbain, vous avez l'anonymat, la banalisation, une qualité du bâti en baisse". Qu'en déduire s'agissant d'une initiative comme celle "contre le mitage" ? Qu'étant contre le "mitage", et pour une densification qualitative et raisonnée des villes existantes, pour "bâtir sur le bâti" urbain, elle est une initiative "urbaine" (peut-on dire "polisophile" ?), une initiative pour les villes. Le président du gouvernement genevois, Antonio Hodgers, ne dit pas autre chose, s'il le dit, fonction oblige sans doute, plus prudemment, après l'adoption en votation populaire de la loi sur le PAV, quand il dit que "si nous voulons préserver la zone agricole et 90 % de la zone villas, il faut créer des quartiers denses, là où les connexions aux transports sont bonnes". Après tout, cette densité ne serait pas autre que celle qui prévaut aux Eaux-Vives et aux Pâquis, quartierts dont nul qui les connaît n'ignore qu'ils sont d'entre les plus agréable à vivre de Genève. Mario Botta, d'ailleurs, note que "si tout le monde pouvait choisir son lieu de vie en toute liberté, beaucoup choisiraient le centre des villes", et beaucoup d'ailleurs les choisissent, quand ils le peuvent.
Mais il faut bien alors s'entendre sur ce qu'on considère comme une ville : la continuité du domaine bâti définit certes l'urbanisation, mais elle ne définit pas une ville. Il y a de Genève à Lausanne une conurbation, il n'y a pas de ville de GenèveLausanne, et si près des trois quarts (74%, soit 5'997’800 personnes) de la population résidente permanente de la Suisse vivent en zone dite urbaine (au sens très, trop large du qualificatif), seul un habitant de notre pays sur huit, 1'005’400 personnes au total) vit dans l'une des cinq "grandes" villes (celles de plus de 100'000 habitants) que sont Zurich, Genève*, Bâle, Lausanne et Berne. La Suisse réellement urbaine, c'est celle de ce million d'habitants. Et les cinq autres millions vivant dans la "zone urbaine" trop largement définie vivent dans le suburbain, le péri-urbain, le rurbain. C'est cette partie-là de la "zone urbaine" qui fait "mitage" du territoire. Du double point de vue de la qualité de l'urbanisme et de la défense de ce qui reste de naturel dans le territoire habitable de la Suisse, une zone villa, une zone industrielle, une zone commerciale, tiennent au mieux de l'absurdité, et souvent de la nuisance : elles allongent les distances (et donc la pendularité) entre les lieux de domicile, de travail et de loisirs, dissolvent la socialité, renforcent les isolements dans des espaces fonctionnellement affectés où on ne faire guère autre chose que ce à quoi on les a affectés. C'est cela, le "mitage du territoire", en même temps que le pire de l'urbanisme. Et c'est cela à quoi l'initiative comme celle des Jeunes Verts veut mettre fin. Et c'est pour cela qu'il faut l'accepter.
*le canton comme Genève a passé le cap du demi-million d'habitants en juillet dernier, peu de temps après que la Ville de Genève ait passé celui des 200'000 habitants. Les autres villes du canton, ensemble, ont une population comparable à celle de la Ville. Restent 100'000 habitants du canton vivant en zone suburbaine, périurbaine ou rurbaine.