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Le passage du royaume burgonde à l'Empire incita de nombreuses familles nobles à consolider et à agrandir leurs seigneuries ou à gagner de nouvelles terres en procédant à des essartages dans des régions peu peuplées. Le Jura se prêtait particulièrement bien à de telles entreprises.
Ainsi, venant de la Haute-Argovie, les seigneurs de Bechburg occupèrent le flanc sud du Haut-Hauenstein et la région de Balsthal. Vers 1050, ils érigèrent un château sur une arête rocheuse abrupte dominant Holderbank. Leur première construction fut vraisemblablement une maison forte en bois entourée d'une enceinte. Elle fut remplacée au XIIe siècle par un château en pierre. L'avant-cour fut intégrée vers 1200 dans l'enceinte et on construisit en même temps un second bâtiment. On obtint ainsi dans une zone de défense commune deux ouvrages, un château antérieur et un château postérieur. Chacun appartenait à une branche de la même lignée. L'approvisionnement des habitants du château était assuré par une ferme située au pied du rocher. Vouée aussi bien à la production animale qu'à la culture des champs, elle était en mesure de livrer au châtelain les produits agricoles les plus importants. En cas de guerre, ses habitants et le bétail trouvaient refuge dans la vaste cour du château antérieur, où les attaques de l'ennemi ne pouvaient les atteindre.
Alt-Bechburg servit de base à ses maîtres, qui peu à peu acquirent d'autres domaines dans les environs plus ou moins proches. De nouveaux essartages leur permirent d'agrandir les terres qu'ils possédaient déjà dans les vallées jurassiennes. Pour mieux assurer la sécurité de leur territoire, ils construisirent de nouveaux châteaux. Dépassant la chaîne du Roggen, ils descendirent dans le Gäu et érigèrent au-dessus d'Oensingen la forteresse de Neu-Bechburg. La branche de la famille qui, à Alt-Bechburg, occupait le bâtiment postérieur et se nommait de Falkenstein, partit s'installer dans le château construit à l'extrémité de la cluse de Balsthal, qu'elle appela Alt-Falkenstein. II n'a pas été possible jusqu'à aujourd'hui d'établir qui des Bechburg ou des Frohbourg avait fait construire cette forteresse.
L'autonomie des Bechburg ne demeura pas longtemps incontestée. Bien que leur château se soit trouvé sur des terres essartées leur appartenant en propre, il devint au XIIIe siècle déjà un fief des puissants comtes de Frohbourg et peu après des évêques de Bâle qui, depuis le XIe siècle, cherchaient par tous les moyens à élargir leur puissance.
Au début du XIVe siècle, une grave crise économique affecta la noblesse. Elle avait plusieurs causes. De plus en plus l'économie agricole devait payer tribut à l'économie monétaire. De son côté, le trafic commercial, sans cesse croissant depuis les croisades, favorisait fortement le nouveau système économique. D'autre part, les épidémies de peste dévastatrices qui à plusieurs reprises affligèrent le pays éclaircirent de façon sensible les rangs de la population rurale, dont les recettes assuraient en grande partie l'entretien des nobles. Enfin, la noblesse prenait toujours plus conscience de son rang, ce qui se traduisait par un train de vie de plus en plus coûteux. Les tournois et les fêtes qui leur étaient liées engloutissaient d'énormes sommes et les guerres privées qui éclataient presque sans discontinuer, mais causaient généralement plus de dommages matériels qu'elles n'entraînaient mort d'hommes, occasionnaient elles aussi des frais démesurés. Sans cesse, il fallait reconstruire des fermes réduites en cendres et remplacer du bétail volé.
Connaissant de graves difficultés financières, bien des chevaliers se virent obligés d'emprunter de l'argent, puis d'hypothéquer leurs biens s'ils ne pouvaient rembourser leurs dettes. Peu à peu, il leur fallut même les aliéner à des hommes de leur condition mieux situés qu'eux ou à de riches artisans ou patriciens. Des titres de créance parvinrent jusque dans des instituts bancaires de Mayence et de Worms.
En 1325, Rodolphe de Falkenstein-Bechburg se vit contraint de vendre le château antérieur au chevalier Henri III d'Ifenthal. De son côté, Agnes de Bechburg, qui possédait le château postérieur, dut le remettre à la famille des Frohbourg. Mais après quelque temps, celle-ci se trouva à son tour à court d'argent. En 1336 déjà, Jean de Frohbourg aliénait le château postérieur et tous les droits seigneuriaux, en découlaient au même Henri d'Ifenthal. A nouveau la propriété d'Alt-Bechburg se trouva donc entre les mains d'une même et seule famille.
Les chevaliers d'Ifenthal possédaient deux châteaux patrimoniaux au-dessus d'Olten. Des essartages et surtout des services mercenaires leur permirent d'acquérir une certaine aisance et une position plus ou moins autonome, qu'ils surent conserver. Après être devenus propriétaires des châteaux de Bechburg, ils vendirent ceux d'Olten et transférèrent leur domicile et leurs activités à Bechburg. Immédiatement, ils cherchèrent, par l'acquisition de nouvelles terres, à agrandir et arrondir leur domaine. Ils mirent toutefois fm à cette entreprise dès le début du XVe siècle, car ils n'avaient pas de descendance mâle. La dernière représentante de la famille, Marguerite d'Ifenthal, apporta la propriété de Bechburg en mariage à son mari, qui ne sembla toutefois guère s'y intéresser. C'est pourquoi elle la vendit en 1418 à la ville de Soleure, qui se rapprocha ainsi d'un grand pas des cols jurassiens tant convoités et vit grandir son espoir d'acquérir des terres dans le Sisgau.
Le château et ses terres étant trop peu importants pour constituer un bailliage, ils furent rattachés à celui de Falkenstein. La ferme, elle, fut acquise par des particuliers, que le château n'intéressait toutefois guère. Lorsqu'il brûla, en 1713, personne ne songea à le reconstruire, de sorte que depuis cette date, il est demeuré en ruine.
Bibliographie