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Issues des collections de la Tate Britain de Londres, une soixantaine d’aquarelles et dizaine de peintures à l’huile, sont actuellement exposées au musée Jacquemart-André.
D’abord jeune topographe, Joseph Mallard William Turner est depuis longtemps désigné comme précurseur des impressionnistes, d’innovations visuelles et de l’expression de l’art abstrait. Mais un des commissaires de l’exposition parisienne, David Blayney Brown, conservateur de l’art britannique du 19ème siècle à la Tate, n’est pas d’accord avec cette hypothèse :
Je ne pense pas que Turner aurait compris ce qu’était l’abstraction, il ne cherchait certainement pas à créer un art radical. Il s’intéressait à l’abstraction atmosphérique ou comment la lumière et l’atmosphère affectent notre perception des choses!
Né à Londres en 1775, l’artiste y est mort en 1851. Fils de barbier, Turner fut admis à la Royal Academy à l’âge de 14 ans. Talentueux étudiant, il suit les cours de sir Joshua Reynolds, président de la prestigieuse institution qui acceptait une quarantaine de membres titulaires. Turner a été nommé à 26 ans. Au début des années 1790 le peintre a présenté au jury une série d’aquarelles très sophistiquées. Intelligent, il a introduit dans ses premiers tableaux une infaillible et très efficace stratégie d’attraction et de séduction, espérant s’attirer l’attention générale, avec une dramatisation représentative et bien raffinée, grâce aux effets lumineux dont il seul connaissait le secret. Apte à créer des peintures modernes en s’appuyant sur œuvres des maîtres anciens, l’artiste devient vite principal peintre paysagiste de sa génération.
Quand il se rend à Paris en 1802, le Louvre présentait les chefs-d’œuvre particuliers et uniques, rapportés des campagnes napoléoniennes. L’ Anglais se penche sur les écoles du Nord et du Sud en étudiant Titien, Poussin ou Ruysdael. En revenant chez lui, Turner articule son art très différemment. Au commencement du 19ème siècle William Turner se consacre à l’expérimentation et l’innovation. Revenu de Rome en 1819, l’artiste ne vendait plus ses tableaux comme avant ! Ses pigments non aprouvés n’ont pas été compris ni acceptés par la “morale” artistique de l’époque. Mais le peintre continua d’exploiter les très extravagants effets et couleurs vives. Cela étonna de nombreux mécènes et amateurs d’art, qui n’ont pas su les lier au monde naturel.
Des milliers d’aquarelles
A partir des années 20 du 19ème siècle,Turner se fait discret, quitte souvent Londres et séjourne dans la minuscule station balnéaire de Margote, où Sophia Booth l’aidait dans l’atelier, avant de devenir la “servante” de son art. Leurs relations s’éclaircissent bien après la mort du peintre, qui dans ses dernières collections montrait sans les exposer, ses formes dissoutes avec couleurs lumineuses et transcendantes.
Personne ne niait son excellence et savoir faire dans l’art de l’aquarelle mais Turner était aussi un merveilleux dessinateur de haut niveau. Des huiles et croquis au crayon ou l’encre, puis des peintures pleines de lumière à l’eau, lui ont permis de sortir d’anonymat. Après la disparation de l’artiste son atelier contenait 37000 dessins et aquarelles et 300 de croquis. Chaque été Turner prenait son carnet en voyage et recherchait des motifs pittoresques qu’il captait au vif, au crayon ou l’aquarelle.
De ses déplacements au Nord d’Angleterre Turner composa un grand ensemble de paysages atmosphériques et lumineux. Pendant la visite aux pays de Galles à l’aube du 19ème siècle, ainsi qu’en Écosse en 1801, en France un an après, dans les Alpes suisses, Turner a produit un grand nombre de peintures à l’eau, des études au crayon et à la craie, représentant les montagnes et lacs, nimbés d’une lumière divine.
Exposées en 1804 à la Royal Academy et dans la propre galerie du peintre, elles se sont vendus vite car l’aquarelle était très demandée à cette période en Grande Bretagne. D’abord comprise comme simple technique d’esquisse légère qui retranscrit rapidement sur le papier les subtils effets de la lumière et des couleurs, elle devient autonome et intéressante pour les acheteurs car abordable. L’aquarelle se démocratise plus que des peintures à l’huile, en s’accordant à l’air du temps. Cela a permis aux aquarelliste de se structurer: ils organisent des expositions parallèles, très fréquentées par le public.
Turner a déjà séduit les amateurs d’art et les professionnels avec ses premières aquarelles à la gloire d’anciens maîtres. Avec sa technique unique, puisqu’il appliquait des champs colorés, en ajoutant de hachures et pointillés, des couleurs vives avec des pinceaux très fins, avec un seul poil, il dépassait des autres.
Durant la dernière décennie de son existence, Turner créé de magnifiques chefs-d’œuvre d’aquarelle, dessine les palais vénitiens imprégnés de la lumière qui se reflète partout. Dans les Alpes suisses le mont Rigi ressemble à l’imagination au lever du soleil. L’artiste obtient une pureté jamais réalisée dans ses observations méditatives.
Original, Turner ne faisait rien comme les autres peintres : il ne dessine pas ses toiles avant de les peindre, en utilisant l’avis ocre pour esquisser au pinceau, des éléments de sa composition. L’artiste commençait ses toiles en nuances sombres, en ajoutant par dessus des rehauts clairs, pour peindre le ciel, très important détail de ses peintures au fond lumineux et en tartinant au couteau ou à la spatule, une grande quantité de peinture blanche, étalée autour du soleil.
L’exposition est ouverte jusqu’à 11 janvier 2021.
A cause de la crise sanitaire, il est fortement conseillé de réserver sa plage horaire en ligne. Le port du masque est obligatoire et un contrôle de température est effectué à l’entrée.
Djenana Djana Mujadzic
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