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Le passeport biologique de l'athlète (PBA)
Les propos ci-dessous sont très techniques mais ont été mis dans un but éducatif, ils n'engagent que le Laboratoire suisse d'analyse du dopage et ne peuvent être utilisés comme standard légal.
- Qu'est-ce qu'un passeport biologique de l'athlète?
- Que contient un PBA?
- Dans quel contexte est-ce que le PBA a été introduit?
- Comment est-ce que le PBA a été développé?
- Comment est utilisé le PBA?
- Aujourd'hui, quels sont les paramètres suivis dans le PBA?
- Quelles conditions doit remplir un marqueur biologique pour faire partie du PBA?
- Comment est-ce qu'un PBA est-il révisé?
- Comment sont établis les niveaux de référence individuels dans le PBA?
- Est-ce qu'un résultat anormal et/ou un écart inhabituellement large dans un PBA indique le dopage ?
- Pour le PBA, est-ce qu'une règle de décision peut être définie sur une vraie probabilité de dopage?
- Quelle est la logique d'incertitude du PBA?
- Qu'est-ce que le passeport hématologique de l'athlète?
- Qu'est-ce que le passeport stéroïdien de l'athlète?
- Qu'est-ce que le passeport endocrinien de l'athlète?
- Qu'est-ce qu'un bon plan de tests pour le PBA?
- Qu'est-ce que le logiciel Passeport biologique de l'athlète?
- Quels services propose le laboratoire suisse d'analyses du dopage pour le PBA?
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Qu'est-ce qu'un passeport biologique de l'athlète?
Le passeport biologique de l'athlète (PBA) est un document électronique individuel qui collecte des données pour un athlète spécifique qui peuvent être utiles pour établir si cet athlète s'est dopé. Le principe fondamental du PBA est le suivi temporel de marqueurs biologiques qui peuvent révéler les effets du dopage ou une pathologie. Le fair-play et la protection de la santé des athlètes étant fondamentaux dans tout programme anti-dopage, les bénéfices de l'adoption du concept PBA sont d'une portée considérable.
Que contient un PBA?
La collection et le traçage d'informations comme l'enregistrement longitudinal de mesures de marqueurs biologiques, des caractéristiques de l'athlète comme l'âge et le sexe, son histoire d'exposition à des altitudes élevées, la prise de médicaments ou encore les dates de participation à des compétition sportives, etc... dans un PBA apportent un registre pertinent pour l'évaluation de données sérielles et pour reconnaitre des traits caractéristiques d'une pathologie ou de dopage dans les marqueurs biologiques. Tous ces éléments sont entrés progressivement dans l'élaboration continue du passeport biologique.
Dans quel contexte est-ce que le PBA a été introduit?
Durant plus de quatre décennies, les stratégies anti-dopage ont quasi exclusivement été basées dans le but de découvrir une substance dopante dans un fluide biologique de l'athlète. Ce paradigme a rencontré des succès sporadiques. Le développement continu de nouveaux médicaments issus de la course biotechnologique que se livrent les industries pharmaceutiques ainsi que la sophistication croissante des protocoles de dopage aujourd'hui médicalement supervisés ont assignés des limites claires à ce paradigme. Ainsi, afin de retrouver un semblant de fair-play tout en garantissant la sécurité sanitaire des athlètes que ce paradigme ne pouvait garantir par exemple dans les années 1990 avec l'arrivée de l'érythropoïétine (EPO) produite par technologie génétique recombinante, certaines autorités sportives comme la Fédération internationale de ski et l'Union cycliste internationale ont introduit des limites sur les marqueurs d'une érythropoïèse modifiée, avec l'athlète exclu temporairement de compétition.
Comment est-ce que le PBA a été développé?
Conceptuellement, le PBA peut être vu comme le fruit mature de différent produits: les limites sur les marqueurs indirects introduits dans les années 1990 par certaines autorités sportives, le suivi médical longitudinal introduit par les commissions médicales de certaines organisations sportives à la même période, l'utilisation des profils stéroïdiens pour cibler des athlètes avec le test de spectrométrie de masse sur le rapport isotopique, etc...
Ces dernières années, l'introduction de marqueurs multiparamétriques du dopage, l'utilisation des valeurs précédentes de l'athlète afin de définir des limites individuelles avec l'athlète devenant sa propre référence, l'inclusion de facteurs hétérogènes telles que le sexe, l'âge ainsi que des facteurs potentiellement confondants telle que l'exposition à l'altitude, l'adoption de protocoles standardisés pour la collection, le transport et l'analyse d'échantillons, l'utilisation de systèmes externes de contrôle de qualité afin de contrôler l'incertitude analytique, le développement et validation de techniques d'inférence probabilistes pour évaluer le niveau de preuve ont tous contribué à formalisés des concepts originellement disparates en ce qui s'appelle aujourd'hui le PBA.
Comment est utilisé le PBA?
Le PBA représente un nouveau paradigme dans la lutte anti-dopage. Le traçage biologique durant la carrière d'un sportif est un concept qui peut être appliqué à tout sport. En particulier, l'effet dissuasif du PBA est visible parmi les sports qui l'ont déjà implémenté.
Des écarts inhabituellement grands entre des valeurs historiques de l'athlète et des valeurs récentes peuvent alerter les autorités sportives d'un possible dopage ou d'une condition médicale demandant un examen plus complet. Dans les deux cas, nous avons une bonne raison de retirer l'athlète de toute compétition durant une période courte, typiquement deux semaines. Bien que cette règle de compétition n'a pas été introduite à ce jour par les autorités sportives, il y a un consensus scientifique générale supportant son implémentation avec le PBA comme base.
Lorsque aucune pathologie ne peut expliquer des écarts inhabituellement élevés dans le PBA avec le dopage comme seul cause possible, l'information contenue dans un PBA est alors suffisante pour lancer une procédure disciplinaire anti-dopage contre l'athlète.
Enfin et surtout, un athlète peut utiliser son PBA pour attester de son fair-play en présentant des profils de marqueurs biologiques normaux. Alors qu'un résultat négatif d'un test direct n'est pas nécessairement synonyme d'un athlète non-dopé – parce que certains tests directs ont une sensibilité faible avec une petite fenêtre de détection -, la présentation d'un passeport au début d'une compétition peut montrer que l'athlète participe dans son état physiologique naturel. Si une règle de compétition est mise en place, un athlète ne pourrait présenter des valeurs significativement différentes de ses valeurs basales, de telle sorte que les effets recherchés du dopage seraient si bas que le dopage n'est vaudrait plus la chandelle.
Aujourd'hui, quels sont les paramètres suivis dans le PBA?
Le PBA est constitué de plusieurs modules qui sont à différents niveaux d'avancement. Aujourd'hui, le module le plus avancé est le Passeport hématologique de l'athlète (PHA). Le PHA est un document qui enregistre les valeurs longitudinales des marqueurs d'une érythropoïèse modifiée afin d'identifier la possibilité qu'un athlète essaie d'augmenter artificiellement sa capacité à porter de l'oxygène aux muscles. Aujourd'hui, plus de 800 cyclistes d'élite ont un PHA géré par l'Union cycliste internationale. Le Passeport endocrinologique de l'athlète (PEA) est un autre module du passeport biologique qui est basé sur la description d'hormones sécrétées par le système endocrinien. En particulier, comme sous-module du PEA, le Passeport stéroïdien de l'athlète (PSA) est composé d'un suivi longitudinal de profils stéroïdiens afin de détecter l'abus de testostérone ou de ses prohormones. Ces trois modules sont expliqués en détail ci-dessous. De nouveaux marqueurs venant des champs de recherche tels que la protéomique, la génomique, la métabolomique, la métabonomique, la transcriptomique sont étudiés aujourd'hui et pourront être introduits dans le PBA dans un future proche.
Un avantage du PBA est que la validation et l'introduction d'un nouveau marqueur est faite une fois pour toute. Au contraire, pour la détection directe d'une substance dopante, un test spécifique doit être développé et validé après l'arrivée de chaque nouveau médicament présentant un potentiel dopant. Par exemple, il n'y a aucun raison fondamentale pour que le PBA ne soit pas déjà sensible aux générations futures d'EPO recombinante, alors que la sensibilité du test direct n'est elle pas garantie pour celles-ci.
Quelles conditions doit un marqueur biologique remplir pour faire partie du PBA?
Il y a plusieurs conditions qu'un marqueur biologique doit remplir pour être inclus dans le PBA.
Premièrement, la mesure d'un marqueur requiert des procédures fortement standardisés qui suivent des protocoles légitimes. Dans un cadre médico-légal, la charge de la preuve étant du côté des autorités de test, ceux-ci doivent démontrer la validité et robustesse des mesures. Cet aspect est particulièrement important pour le PBA car il est essentiel de quantifier les variations attendues des marqueurs. Parce que la conformité à des protocoles différents mène à des variations différentes, ces protocoles font partie à part entière du PBA. Ces dernières années, un gros effort a été fourni afin de trouver un bon compromis entre une standardisation rigide qui minimise les variations attendues des marqueurs biologiques et des contraintes pratiques évidentes sur la mise en place du passeport. Il y a des protocoles spécifiques au PBA pour la collection, le transport et l'analyse des échantillons biologiques.
Deuxièmement, le marqueur doit avoir une sensibilité au dopage prouvé dans des essais cliniques longitudinaux. En particulier, la relation entre la sensibilité – l'aptitude du marqueur à détecter le dopage dans des sujets dopés (le pourcentage de vrais positifs) – et la spécificité – l'aptitude du marqueur de ne pas détecter le dopage dans des sujets non-dopés (1 moins le pourcentage de faux positifs) – doit avoir être estimée sur une grande cohorte de sujets. Des évidences empiriques sur un grand nombre de sujets non-dopés est primordial puisqu'une grande spécificité – afin d'éviter d'accuser un innocent – est requise dans un cadre anti-dopage.
Troisièmement, les composantes de variations des marqueurs doit être connues dans les conditions où les protocoles ont été suivis. Certains marqueurs sont connus pour présenter une grande stabilité quand mesurés sur le même sujet, c'est-à-dire de présenter une petite variance intra-individuelle. Le suivi temporel de marqueurs est particulièrement intéressant lorsque les variations intra-individuelles sont significativement plus faibles que les variations entre sujets. La pertinence d'un suivi longitudinal doit avoir été évaluée dans des essais cliniques longitudinaux en mesurant le rapport des variations intra- sur inter-individus.
Quatrièmement, dans une population fortement hétérogène, la variabilité inter-individuelle peut être significativement réduite si on connaît la nature des facteurs qui influences le marqueur. Par exemple, de plus hautes valeurs du marqueur hémoglobine (HGB) sont attendues pour les hommes que pour les femmes. Ainsi, les relations causales entre les facteurs hétérogènes – tels que âge et sexe – et le marqueur doivent avoir été évaluées. Bien que certains facteurs liés à l'origine ethnique et l'information génétique sont connus pour être reliés aux valeurs mesurés de marqueurs biologiques utilisés dans le PBA, ils ne sont pas collectés aujourd'hui pour des soucis de protection de la vie privée. De même, les facteurs confondants sont des facteurs autres que ceux de la cause recherchée – dopage ou pathologie – qui sont connus pour avoir une influence sur la valeur d'un marqueur. Par exemple, l'exposition à l'altitude peut être un facteur confondant du dopage sanguin car elle peut accélérer l'érythropoïèse. La connaissance des facteurs confondants qui changent d'un test à un autre mène typiquement à une diminution de la variance intra-individuelle.
Comment est-ce qu'un PBA est-il révisé?
L'interprétation de l'information contenue dans un PBA est un problème typique d'évaluation d'indices scientifiques sous incertitude. Dans les essais cliniques, des volontaires reçoivent un produit dopant et des variations sont observées dans les marqueurs biologiques: le dopage – la cause – induit des différences dans les paramètres – l'effet. Pour le PBA, le but est d'établir si un athlète est dopé ou présente une pathologie à la lecture du suivi des mesures des marqueurs biologiques. Au contraire des études cliniques, ce type de problème va à l'encontre de la direction causale et le seul raisonnement logique possible ici est le raisonnement Bayésien. Si un athlète reçoit une transfusion sanguine – la cause – la valeur du marqueur biologique HGB augmente – l'effet. Si un modèle qui lie cause et effet est obtenue à partir de données empiriques d'essais cliniques longitudinaux, le théorème de Bayes peut être utilisé pour suivre la direction qui est opposée à la causalité afin de déterminer si une augmentation de HGB peut être le résultat d'une transfusion ou est causée par des variations naturelles En particulier, la relation causale entre une activité dopante – la cause – et les modifications induites sur les marqueurs – l'effet – peut être formalisée et représentée graphiquement par un réseaux graphique probabiliste appelé réseau Bayésien. Le raisonnement Bayésien permet aux autorités anti-dopage de prendre en compte premièrement les variations naturelles des marqueurs biologiques – à travers un formalisme mathématique basé sur des probabilités –, et deuxièmement la complexité qui découle de la multiplicité des causes et effets confondants – à travers une représentation graphique distribuée et flexible. La force de cette approche est qu'elle est basée sur des tests empiriques fondés sur de grandes populations et des protocoles légitimes.
Comment sont établis les niveaux de référence individuels dans le PBA?
Un PBA comprend une série de tests collectée sur le même athlète qui permet l'établissement de limites individuelles pour chaque marqueur biologique. Dès que de nouvelles données sont introduites dans le passeport, les techniques d'inférence Bayésiennes sont utilisés afin de prédire les profils probables pour le futur test. Le processus est donc séquentiel. Dès que de nouveaux tests sont introduits dans le PBA, on peut passer d'une comparaison avec une population à une détermination de valeurs individuelles où l'athlète devient sa propre référence. A tout moment, par exemple en prévision d'un test à réaliser juste avant une compétition, il est possible de prédire les valeurs attendues pour tous les marqueurs biologiques en fonction de l'information contenue dans le PBA.
Dans un cadre médico-légal, il est primordial d'assurer une grande spécificité, pour garantir la présomption d'innocence et d'accuser un innocent athlète. Ainsi, le premier pas dans le processus d'évaluation est de fixer des seuils individuels avec une grande spécificité. Typiquement, une spécificité de 99% est choisie, avec des seuils fixés à 0.5 et 99.5 percentiles des distributions prédictives des valeurs attendues des marqueurs biologiques. Toute valeur plus faible que 0.5 et plus haute que 99.5 est considérée comme anormale et va nécessiter un examen minutieux.
Il est important de noter que ces niveaux de référence individuels sont connus avant l'application d'un nouveau test.
Est-ce qu'un résultat anormal et/ou un écart inhabituellement large dans un PBA indique le dopage ?
Non, pour deux raisons.
Premièrement, parce que la règle de décision décrite ci-dessus n'est pas basée sur une vraie probabilité de dopage, mais sur combien le profil diffère de ce qui est attendu pour des athlètes sains. Cette différence conceptuelle est bien connue en sciences forensiques pour l'évaluation du niveau de preuve: punir un sujet seulement sur un niveau élevé de spécificité est un sophisme propre au raisonnement statistique qui résulte de la mauvaise compréhension du principe de multitude de tests. Un grand nombre de tests anti-dopage augmente la probabilité de trouver un positif par pur chance.
Deuxièmement, le dopage n'est pas la seule cause possible qui peut expliquer une anormalité. Une condition pathologique doit être exclue avant. En hématologie par exemple, la prévalence de désordres sanguins peut être élevée dans certaines populations – typiquement quelques pourcents – en fonction de facteurs tels que l'âge et l'origine ethnique.
Cette information à l'esprit, il n'est pas nécessaire d'augmenter la spécificité plus haut que 99% car la proportion d'athlètes présentant une condition médicale peut être significativement plus élevée que 1% et passée non détectée avec un seuil trop permissif. En comparaison, en médecine, les niveaux de référence pour un test particulier ou un marqueur biologique sont généralement définis comme les valeurs que 95% - ou deux déviations standards – de la population présente.
Un examen minutieux du PBA est fait par une commission d'experts afin de déterminer l'origine de l'anormalité. Cet examen est typiquement accompli durant la courte période d'inaptitude si une règle de compétition est en place. La commission d'experts est composée de spécialistes dans le domaine: des hématologistes pour l'évaluation des marqueurs du PHA, des endocrinologistes pour l'évaluation des marqueurs du PEA. Le rôle de cette commission d'experts n'est pas seulement de garantir le droit de l'athlète à un examen compétent avant l'assertion possible d'une violation d'une règle anti-dopage, mais aussi d'assurer que tous les facteurs et causes possibles ont été considérés avec soin.
Pour le PBA, est-ce qu'une règle de décision peut être définie sur une vraie probabilité de dopage?
Oui, mais seulement dans les conditions où la prévalence de dopage peut être estimée précisément. Pour le PBA, la règle opportune pour une prise de décision est la règle de Bayes. La règle de Bayes est une règle pour mettre à jour des degrés de conviction lorsque de nouveaux éléments doivent être prise en compte, dans notre cas des tests de résultats anti-dopage. Dans le processus d'acquisition de nouveaux éléments de preuve, le théorème de Bayes est utilisé pour mettre à jour une probabilité a priori de dopage et définir une probabilité a posteriori. Une estimation précise de la prévalence de dopage – c'est-à-dire de la proportion d'athlètes dopés dans une population bien définie – peut typiquement être utilisée comme probabilité de dopage a priori.
On peut imaginer que seul un test capable d'identifier facilement un dopant peut être utilisé pour estimer la prévalence du dopage. Prenons un exemple pour montrer le contraire. Supposons que 200 cyclistes ont été testés avant le départ d'un grand tour. Les valeurs d'hématocrite d'une population composée d'athlètes homme caucasiens d'endurance vivant en basse altitude est bien décrite par une distribution normale de moyenne 44% et de déviation standard 2.7%. Ainsi, pour une population avec une prévalence de zéro, moins de 4% de ces athlètes devraient présentés une hématocrite naturellement plus haute que 49%. Supposons ensuite que 152 des 200 résultats ont présentés des valeurs plus hautes que 49%. Puisque 48 coureurs ont présentés une hématocrite plus petite que 49% dans cette population, seulement 2 coureurs auraient du avoir une hématocrite plus haute que 49%. Une estimation grossière de la prévalence est alors (152-2)/200=75%. Cet exemple est simpliste (en fait biaisé) et des méthodes bien plus performantes existent dans la littérature scientifique pour estimer précisément la prévalence du dopage.
Quelle est la logique d'incertitude du PBA?
Le changement de paradigme que l'on voit aujourd'hui dans la lutte anti-dopage suit les même lignes de raisonnement que celui que l'on voit en sciences forensiques en général, à partir d'hypothèses désuètes de certitude absolue et de perfection à une base empirique et probabiliste plus facile à défendre devant le tribunal. Un des rôles principaux des scientifiques forensiques est de recommander les preneurs de décision sur la signification de leur constatations à travers l'évaluation des incertitudes associés aux inférences qui peut être déduites des éléments de preuve. Pour cette tâche, beaucoup de scientifiques forensiques considèrent la théorie des probabilités et la règle de Bayes comme les concepts fondamentaux qui gouvernent leur raisonnement. Au contraire de ce que l'on pourrait croire à première vue, les forensiciens ne voient pas les nombres comme étant en soit important dans un raisonnement probabiliste, ce qui est important est qu'un cadre probabiliste apporte des règles de raisonnement judicieuses pour vérifier les conséquences logiques de certaines propositions. En particulier, pour le PBA, les réseaux graphiques probabilistes présentent l'avantage de premièrement modéliser les variations naturelles des marqueurs biologiques – à travers un formalisme mathématique basé sur des probabilités –, et deuxièmement la complexité inhérente à la multiplicité des causes et effets confondants – à travers une représentation graphique distribuée et flexible.
Qu'est-ce que le passeport hématologique de l'athlète?
Le passeport hématologique de l'athlète (PHA) est le module du PBA qui collecte toute information sur les marqueurs de l'érythropoïèse mesurés dans les échantillons sanguins de l'athlète. Le PHA est sensible à toute forme d'EPO recombinante ainsi qu'à toute forme de transfusion ou manipulation sanguine. Dans le système d'administration de l'Agence Mondiale Anti-Dopage, les paramètres suivants sont enregistrés pour le PHA (en anglais):
- HCT: hematocrit
- HGB: hemoglobin
- RBC: red blood cells count
- RET%: the percentage of reticulocyte
- RET#: reticulocytes count
- MCV: mean corpuscular volume
- MCH: mean corpuscular hemoglobin
- MCHC: mean corpuscular hemoglobin concentration.
Ils sont obtenus à partir d'un hémogramme des échantillons sanguins de l'athlète. Finalement, les marqueurs multiparamétriques OFF-score (index de stimulation) et ABPS (score de profil sanguin anormal) sont calculés à partir de ce set de paramètres.
Bien que tous les paramètres sont obtenus lors d'une analyse d'un échantillon sanguin, seul les marqueurs HGB et OFF-score remplissent aujourd'hui les conditions pour pouvoir sanctionner un athlète. Les autres marqueurs biologiques sont utilisés par la commission d'experts indépendants comme indices supplémentaires afin de distinguer entre le dopage sanguin, un échantillon qui a été altéré (par exemple hémolyse) et/ou le diagnostique d'une pathologie.
Il y a six facteurs hétérogènes et confondants pour le PHA:
- le sexe (facteur fixe)
- l'origine ethnique (facteur fixe)
- l'âge (facteur fixe)
- l'altitude (facteur variant d'une mesure à une autre)
- le type de sport (facteur fixe)
- la technologie utilisée (facteur variant d'une mesure à une autre).
Le PHA est le seul module du PBA qui est utilisé en routine aujourd'hui par plusieurs organisations sportives.
Qu'est-ce que le passeport stéroïdien de l'athlète?
Le passeport stéroïdien de l'athlète (PSA) est le module du PBA qui collecte des informations sur les marqueurs d'un métabolisme modifié des stéroïdes endogènes dans les échantillons d'urine. Le PSA est sensible au dopage à la testostérone et à ses précurseurs, aux dopants qui agissent comme antagonistes des récepteurs de l'oestrogène et les inhibiteurs d'aromatase.
Il y a 6 paramètres principaux dans le PSA (en anglais):
- T: testosterone
- EpiT: epitestosterone
- A: androsterone
- E: etiocholanolone
- 5 alpha-diol: 5 alpha-androstanediol
- 5 beta-diol: 5 beta-androstanediol
auxquels s'ajoutent encore :
- DHT: dihydrotestosterone
- DHEA: dehydroepiandrosterone
peuvent être ajoutés.
Les rapports T/EpiT, A/E, 5 alpha-diol/5 beta-diol, A/T sont obtenus ensuite à partir de ces paramètres. À l'exception du rapport T/EpiT qui est déjà utilisé pour cibler des athlètes abusant de testostérone, le PSA est encore aujourd'hui au stade de projet pilote.
Qu'est-ce que le passeport endocrinien de l'athlète?
En plus d'un profil stéroïdien dans l'urine, le passeport endocrinien de l'athlète (PEA) collecte aussi des informations sur les marqueurs de l'abus d'hormone de croissance dans le sang. Des marqueurs tels que (terminologie anglaise) insulin-like growth factor 1 (IGF-1), type-3 pro-collagen (P-III-P), insulin-like growth factor binding protein 2 IGFBP-2), insulin-like growth factor binding protein 3 (IGFBP-3) et carboxyterminal cross-linked telopeptide of type I collagen (ICTP) ont tous montré être sensibles au dopage à l'hormone de croissance dans des essais cliniques longitudinaux. Ce travail est encore au stade du développement dans le réseau de laboratoires accrédités par l'AMA.
Qu'est-ce qu'un bon plan de tests pour le PBA?
Un programme PBA n'a de sens que si il est géré par des personnes compétentes et qualifiés. La question cruciale pour un effet dissuasif du PBA est le bon timing des tests. Pour le PBA, il est préférable d'avoir 4-5 tests par an obtenus à partir d'un plan de tests réfléchi que plus de résultats obtenus aléatoirement qui gaspillent des ressources et diluent l'information. Les données déjà disponible dans le PBA, ainsi que le calendrier de compétition de l'athlète et d'autres éléments non-analytiques doivent être utilisés pour la détermination d'un plan de tests efficace. Quels échantillon biologique (sang, sérum, plasma et/ou urine), le nombre d'échantillons (1 ou 2), quelles analyses à demander au laboratoire (hémogramme, CERA dans le sang ou le sérum, la rEPO dans l'urine, l'hormone de croissance dans le sérum, la spectrométrie de masse par rapport d'isotope etc...) sont des questions qui requièrent un personnel qualifié afin d'optimiser les ressources investies pour le PBA et la lutte anti-dopage en général.
Qu'est-ce que le logiciel Passeport biologique de l'athlète?
Au laboratoire Suisse d'analyses du dopage, nous avons développé un logiciel pour gérer, visualiser et évaluer un PBA. Le passeport est un document électronique avec extension “.abp” qui n'est lisible que par ce logiciel. Celui-ci est continuellement mis à jour en fonction des avancées scientifiques sur la découverte et validation de marqueurs biologiques du dopage. Le logiciel n'utilise que des modèles validés publiés dans la littérature scientifique. Le logiciel n'est que disponible pour les personnes ou organisations travaillant dans le monde anti-dopage. Merci de contacter <email-pii> pour toute question concernant le logiciel ABP.
Quels services propose le laboratoire suisse d'analyses du dopage pour le PBA?
En plus des mesures des marqueurs dans les échantillons biologiques, le Laboratoire suisse d'analyses du dopage, par son unité de gestion du passeport biologique, peut prêter son assistance aux organisations sportives pour:
- implémenter le programme du passeport en accord avec les recommandations de l'AMA
- garder et gérer les passeports par le logiciel dédié ABP sur une base strictement anonyme, avec les résultats de tests obtenus soit par le module ABP d'ADAMS ou toute autre base de donnée équivalente
- définir un programme de tests optimal pour chaque athlète pour optimiser l'effet dissuasif du passeport en fonction de l'information déjà disponible dans celui-ci, le calendrier de compétition de l'athlète et d'autres éléments non-analytiques
- conseiller et aussi d'assurer que les fonds et ressources investies dans le programme PBA le sont de manière efficace
- donner une évaluation des passeports par des personnes qualifiées et compétentes que l'organisation peut utiliser pour cibler les athlètes ou autres motifs
- faire le lien avec une commission d'experts indépendants choisie par l'organisation pour évaluer tout passeport suspect.
Merci de contacter <email-pii> pour toute information sur ces services ou sur le passeport en général.