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Duchayla et plusieurs matelots furent blessés. Cet attentat fut vengé par une canonnade terrible que les vaisseaux ouvrirent immédiatement sur la ville. Oneille fut livrée au pillage pendant deux jours, après lesquels les troupes furent rembarquées, leur nombre n'étant pas suffisant pour occuper la ville, et l'escadre retourna à Villefranche. Ces diverses expéditions nécessitèrent l'envoi de nouvelles forces dans la Méditerranée. Les vaisseaux de 74° le Patriote, le Léopard et le Duguay-Trouin, ainsi que la frégate l'Aréthuse furent expédiés de Brest; l'Apollon et le Généreux de 74° et la frégate l'Hélène, de Rochefort ; enfin le Thémistocle de 74° partit de Lorient.
Pendant que nos armées entraient dans les États de terre ferme du Piémont, le gouvernement songea à utiliser l'escadre de la Méditerranée, en la faisant participer à une ' attaque contre l'île de Sardaigne. Les troupes destinées à cette expédition se trouvant en Corse, le contre-amiral Truguet reçut l'ordre de réunir à Ajaccio tous les navires du commerce qu'il pourrait trouver, de s'y rendre de sa personne avec 4 vaisseaux et quelques frégates, et d'escorter ce convoi au mouillage de la petite île San Pietro, sur la côteS.-O.delaSardaigne. En conséquence de ces instructions, le contre-amiral Truguet quitta Villefranche et se rendit à Ajaccio. La campagne commença mal. Le vaisseau le Vengeur toucha en entrant dans la vaste baie d'Ajaccio, et cela si rudement, que la voie d'eau qui en résulta nécessita l'échouage immédiat de ce vaisseau, qu'il ne fut plus possible de relever. Les troupes furent embarquées et, le 13 janvier 1793, la division et les transports jetèrent l'ancre sur la rade de San Pietro.
De son côté, le capitaine de vaisseau Latouche-Tréville avait reçu l'ordre de se rendre à Naples avec le reste de l'escadre, c'est-à-dire avec 10 vaisseaux et 2 frégates, pour demander satisfaction de l'insulte faite à la nation dans la personne du citoyen Semonville, son ambassadeur à Constantinople, qui était outragé de la manière la plus violente dans un mémoire du général Acton, ministre du roi de Naples. Cette réparation obtenue, le commandant Latouche devait rallier le contre-amiral Truguet en Sardaigne. Un retard dans l'arrivée de 2 bombardes, que le commandant Latouche considérait comme indispensables, fit perdre un temps précieux pour la saison ; l'escadre ne quitta la côte que le 10 décembre. Lorsque le 16, vers midi, elle parut à la hauteur de l'île d'Ischia, à l'entrée de la baie de Naples, un officier napolitain monta à bord du Languedoc et rappela au commandant Latouche que les traités s'opposaient à ce que plus de 6 bâtiments de guerre de la même nation mouillassent sur la rade; il ajouta que le séjour d'une force plus considérable devant la ville pourrait être considéré comme un acte d'hostilité. Le commandant de l'escadre française répondit qu'il ne diviserait pas ses forces, qu'il allait jeter l'ancre devant le palais du roi, et que, si un seul coup de canon était tiré sur les vaisseaux de la République, il ne remettrait sous voiles qu'après avoir entièrement détruit la ville. L'escadre mouilla effectivement devant le palais sans aucune autre opposition, et le commandant Latouche demanda immédiatement la réparation qu'il devait exiger. Le général Acton proposa d'abord de soumettre l'affaire à l'arbitrage d'une troisième puissance : cette proposition fut repoussée. Enfin, après quelques hésitations, la Cour de Naples donna la satisfaction demandée. Vingt-quatre heures après, l'escadre appareillait pour la Sardaigne. Elle fut dispersée, pendant la nuit du 20 au 21, par un violent coup de vent d'O.-N.-O. et, au jour, les vaisseaux l'Entreprenant, le Scipion et une frégate étaient seuls réunis au Languedoc. Ce dernier démâta successivement de son mât de misaine, de son grand mât et du mât d'artimon; il faisait eau de toutes parts. Le vent ayant passé au S.-O. dans la journée, le commandant Latouche ordonna au capitaine Degoy, du Scipion, d'aller apprendre au contre-amiral Truguet la dispersion de l'escadre et l'état dans lequel se trouvait le Languedoc. Il se fit ensuite donner par l'Entreprenant une remorque qui cassa presque aussitôt, et gouverna pour rentrer à Naples. Le vent augmenta encore pendant la nuit suivante. La position du Languedoc devenait fort critique, car la terre s'apercevait à la lueur des éclairs, mais pas assez distinctement pour être reconnue. Les embarras croissaient d'ailleurs à chaque instant par la rupture des pitons de bragues et des boucles des palans des canons. La barre du gouvernail cassa aussi. Enfin, après avoir passé, dans l'après-midi du 24, à un jet de pierre de l'île de Capri sur laquelle il s'était trouvé affalé, le Languedoc mouilla sur la rade de Naples avec le vaisseau et la frégate qui l'accompagnaient. Il reçut dans ce port tous les secours dont il avait besoin et, le 30 janvier, il put remettre sous voiles. Huit jours après, le commandant Latouche ralliait le contre-amiral Truguet au mouillage de San Pietro, où tous les vaisseaux avaient successivement jeté l'ancre.
La non-acceptation, par une partie de la population, de l'ordre de choses établi en France, donna lieu à quelques ' événements maritimes que je ne puis passer sous silence. Pendant quelque temps, il y eut dans la marine deux drapeaux qui combattirent l'un contre l'autre, comme si les embarras du pays n'étaient pas déjà assez grands, sans qu'il fallût encore les augmenter par des dissensions civiles qui ne faisaient que l'affaiblir. Ce mouvement réactionnaire des esprits ne tarda pas à traverser l'Océan, et le Conseil exécutif sentit la nécessité de remplacer les bâtiments stationnés aux Antilles et d'y envoyer de nouvelles troupes. Le général Rochambeau, nommé gouverneur général des îles du Vent, le général Collot, gouverneur de la Guadeloupe, et quatre commissaires civils, prirent passage sur la frégate la Sémillante, capitaine Bruix, qui avait mission
d'escorter un convoi portant 2,000 hommes de troupes : cette frégate partit de Lorient le 10 août. Une lettre, arrivée à la Guadeloupe dans les premiers jours de septembre, annonça que les Prussiens et les Autrichiens étaient entrés à Paris, et qu'une contre-révolution avait eu lieu en France. Au milieu de l'agitation occasionnée par cette nouvelle, répandue probablement à dessein, le capitaine Malleveault, de la frégate la Calypso, demanda au gouverneur d'arborer le pavillon blanc. Malgré son refus formel, un pavillon blanc fut hissé à bord de la frégate et salué de 21 coups de canon. Cet acte séduisit la population de la Guadeloupe; le gouverneur lui-même fut entraîné, et le pavillon blanc fut arboré dans l'île entière. La Calypso mit aussitôt à la voile pour porter cette nouvelle à la Martinique, qui suivit l'exemple de la Guadeloupe. La Sémillante arriva sur ces entrefaites à la Martinique. Le 16 septembre, des députés du comité colonial se rendirent à bord et y ramenèrent un aide de camp du général Rochambeau qui avait été envoyé à terre avec des dépêches qu'il ne lui avait pas été permis de remettre. Le capitaine Malleveault signifia au chef de l'expédition, de la part du gouverneur Behague et du chef de division Rivière, qu'il eût à s'éloigner, s'il ne voulait pas être traité en ennemi. La partie n'était pas égale. La division navale de la Martinique se composait du vaisseau de 74° la Ferme, monté par le commandant; des frégates la Calypso et la Didon, capitaines Malleveault de Vaumorant et Villevielle ; de la corvette le Maréchal-de-Castries, capitaine vicomte d'Aché, et du brig le Ballon, capitaine Robert Rougemont. La Sémillante et son convoi prirent le large, et lorsqu'il vit le pavillon blanc flotter également sur la Guadeloupe, le général Rochambeau obtint d'être conduit au Cap Français de Saint-Domingue. La flûte la Bienvenue, capitaine Lacarrière, et deux transports chargés de troupes, se séparèrent du convoi et relâchèrent sur la rade de la Basse-Terre de l'île anglaise
de Saint-Christophe. Ils se disposaient à continuer leur route pour Saint-Domingue lorsque, le 3 octobre dans l'après-midi, 3 bâtiments portant flamme et pavillon blancs furent aperçus au large : c'étaient la Calypso, le Maréchalde-Castries et le Ballon. Après ce qui s'était passé à la Martinique, le capitaine Lacarrière s'attendit à être attaqué; il demanda protection au gouverneur de l'île, qui l'engagea à arborer les couleurs de la Grande-Bretagne. Un officier de la flûte, envoyé le lendemain à bord de la Calypso qui se tenait à l'entrée de la rade, fut accablé d'injures et chargé de prévenir son capitaine qu'il eût à arborer le pavillon blanc, s'il ne voulait être coulé. Cette intimation répandit l'alarme à bord de la Bienvenue et des deux transports; la majeure partie des équipages et des troupes qui, à la vérité étaient sans armes, se précipitèrent dans les canots ou se jetèrent à la nage pour gagner la terre. La Calypso ayant alors manœuvré pour atteindre le mouillage, la Bienvenue hissa le pavillon anglais. Cette détermination n'arrêta pas le capitaine Malleveault; il prévint celui de la flûte que ce pavillon ne l'empêcherait pas de le couler, s'il n'obtempérait à l'invitation qui lui avait été faite. Dans l'après-midi, le capitaine Lacarrière descendit à terre pour conférer avec deux officiers de la frégate, qui lui dirent avoir l'ordre du roi de faire arborer le pavillon blanc à tous les bâtiments français : il s'y refusa positivement. Le 5, la Calypso et le Ballon se placèrent tribord et bâbord de la Bienvenue et firent d'ostensibles dispositions d'attaque. Le capitaine Lacarrière se décida à couper ses câbles et à s'échouer à la plage; il descendit alors à terre avec les quelques hommes qui étaient restés à son bord. Les menaces du capitaine Malleveault n'empêchèrent pas les équipages et les passagers des 3 bâtiments français de trouver un asile dans la forteresse de Brimstone ; ils furent renvoyés en France peu de temps après. La Bienvenue fut remise à flot et emmenée par la Calypso qui laissa les deux transports, mais entièrement vides.