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Forum social suisse: une création des mouvements
Samedi 14 décembre, 150 personnes, provenant de 60 organisations, ont participé à la première session plénière du Forum social suisse. La création de ce dernier s´inscrit dans un processus international, engagé avec le Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre et le Forum social européen de Florence. Le Forum social suisse se fonde sur deux documents, la Charte de Porto Alegre et l´Appel des mouvements sociaux adopté lors du dernier FSM, en janvier 2002. Ces documents formulent les trois discriminantes qui structurent ce mouvement, à savoir le refus de la globalisation néolibérale, de la guerre, du racisme et de la xénophobie.
Au départ, le FSM s´est constitué en référence à la seule globalisation néolibérale, dans le but d´élaborer une alternative à ce modèle. Les deux autres axes de travail s´imposent désormais, vu les tendances croissantes à la domination et à la guerre et la montée de l´extrême droite et de la xénophobie dans tous les pays européens.
Un lieu d´échange
Le Forum social suisse se conçoit comme un lieu ouvert et une zone d´échange et de réflexion collective entre les mouvements sociaux en vue de construire une alternative à un système destructeur. Les divers mouvements sociaux agissent en effet souvent de manière isolée et demeurent cloisonnés entre eux, bien que chacun d´eux soit confronté dans son champ d´activité ou sa thématique à la globalisation néolibérale et au «nouvel ordre mondial» que celle-ci suppose.
Tous les mouvements qui se reconnaissent dans les trois discriminantes mentionnées ou du moins dans l´une d´entre elles trouveront place dans ce forum social, lequel implique la reconnaissance de la pluralité et l´acceptation de la confrontation d´idées entre mouvements sociaux et entre différents courants de pensée.
La journée a été ouverte par une introduction de Sergio Ferrari qui a souligné que, dans le cadre de cette mondialisation, tout devient marchandise, y compris la santé et la culture. Le système universalise ainsi sa logique, engendrant nécessairement la polarisation entre capital et travail dans chaque pays et au niveau mondial. Le projet du système consiste à mettre en place une logique d´adaptation constante des faibles aux forts. Dans le domaine culturel et idéologique, le Forum social suisse a ainsi pour but de démystifier le discours dominant.
Groupes de travail
Dans la première partie de la journée, plusieurs groupes de travail ont été mis sur pied.
- Le groupe migration a insisté sur l´importance d´un réel travail de solidarité afin de ne pas tomber dans une optique de «charité». Il s´agit d´ouvrir une dynamique pour aboutir à des convergences de positions claires; on ne peut se borner à formuler tous les deux ans des contre-propositions à la politique xénophobe de l´UDC. Il faut aussi renforcer les groupes de migrant-e-s et engager un travail de conscientisation parmi ceux-ci.
- Le groupe contre la privatisation des services publics a mis l´accent sur la lutte contre l´Accord général sur le commerce des services (AGCS) en cours de négociations à l´Organisation mondiale du commerce (OMC). Le groupe a dénoncé le fait que les services publics sont de plus en plus traités comme de simples marchandises alors qu´il en va de besoins vitaux des populations. Aujourd´hui, nous ne connaissons rien des intentions du Conseil fédéral dans cette négociation de l´AGCS; nous devons exiger des comptes au gouvernement car les décisions prises auront d´importantes conséquences pour la population.
- Le groupe sur la guerre a mis en évidence le néo-militarisme qui s´est considérablement renforcé depuis les évènements du 11 septembre 2001. Il faut formuler des perspectives pour la Suisse, notamment dans les domaines de l´exportation d´armes et des tendances à la militarisation.
- Le groupe sur la concentration des medias a mis en évidence la tendance à la concentration des contenus (dans un sens de légitimation du système), au détriment de la diversité et pluralité des opinions: 80% des flux d´information mondiaux proviennent ainsi des quatre principales agences de presse mondiales.
- Le groupe de travail écologie a dénoncé les aberrations auxquelles conduit cette mondialisation néolibérale, en particulier les transports (polluants) sur de longues distances de biens et marchandises qui seraient avantageusement produits sur place. Il a insisté sur la nécessité de réduire l´exploitation et la destruction des ressources naturelles.
- Le groupe de travail sur le féminisme a mis en évidence les problèmes de genre qui découlent de la globalisation, et la manière dont les structures patriarcales tendent à nier cette problématique (cf. les questions de la parité dans les syndicats et la difficulté à aborder les questions de genre dans ceux-ci).
- Le groupe sur les multinationales suisses a mis en évidence le rôle de ces dernières, en particulier des banques et assurances, dans l´exploitation des pays du Sud et le pillage de leurs richesses.
- Un groupe de travail a mis l´accent sur le fait que le Forum social suisse doit être ouvert, mais aussi efficace, ce qui suppose une structure minimale. Il a aussi pointé le manque de clarté de certains contenus. Il faut mettre en évidence le contenu minimal et assurer une transparence.
Enfin, si nous contestons ce système, nous devons en même temps être conscient-e-s que nous sommes aussi parti-e-s de celui-ci. Nous devons réfléchir à cela, si nous ne voulons pas nous-mêmes reproduire les tares de ce système. La question de la démocratie de base est ainsi essentielle.
Dans la discussion, il a été mis en évidence qu´il manquait un groupe sur le thème de la place financière suisse, de son rôle dans la fuite des capitaux et dans l´évasion ou la fraude fiscales. Dans cette perspective, le thème des réparations envers les populations d´Afrique du Sud est évidemment essentiel, en raison du soutien apporté jusqu´au bout au régime d´apartheid par les banques et multinationales suisses. Il faut, de plus, aborder de front la question du changement de la politique de coopération, un sujet tabou, et analyser pour la critiquer la position de la Suisse dans le cadre de l´OMC, du FMI et de l´ONU.
Les échéances pour 2003
Dans la deuxième partie de la journée ont été présentées les échéances du mouvement pour 2003. Je citerai, en particulier, la manifestation convoquée le 25 janvier à Davos par l´Alliance d´Olten, contre le World Economic Forum, lors duquel les dirigeants du monde économique discutent de leur stratégie; les mobilisations prévues contre le sommet du G8, qui se tiendra début juin 2003 à Evian, au bord du lac Léman; la journée internationale contre la guerre en Irak, qui se tiendra dans toutes les capitales européennes le 15 février prochain; la manifestation nationale contre la xénophobie et pour les droits des migrant-e-s, qui aura lieu le 15 mars prochain à Berne, laquelle revêt aujourd´hui une importance toute particulière pour contrer la xénophobie de l´UDC; enfin, la manifestation contre l´OMC, qui se tiendra en mars 2003 à Genève pour s´opposer à la libéralisation de l´agriculture et à l´AGCS.
Les participant-e-s ont, enfin, discuté l´avenir du Forum social suisse et son programme pour 2003, lequel sera structuré autour de deux journées de débat prévues en septembre 2003. La configuration de ces journées et les thèmes à discuter seront décidés lors de trois assemblées générales du Forum social suisse; la première se tiendra à Berne, en principe le 15 février au matin (avant la manifestation contre la guerre).
Eric Decarro
Président du Syndicat des Services Publics (SSP/Vpod)
Titre et intertitres de la rédaction
article paru dans Services Publics du 20.12.02