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Qui est A. H. Francke ?
Un missionnaire au Ladakh
Francke est né en 1870 à Gnadenfrei en Silésie. Il vient d’une famille de confession morave originaire de Bohème qui s’était installée à proximité d’Herrnhut au XVIIIe siècle. A.H. Francke fit des études dans diverses universités européennes et étudia plusieurs langues avant de devenir instituteur puis d’être envoyé en mission à Leh au Ladakh où il arrive le 8 juin 1896. En 1897, il se marie à Amritsar avec Anna Théodora Weiz (n.c.), connue sous le nom de Dora. Cette dernière était aussi morave, après de brillantes études en Europe elle vient à l’Institut Anglais pour filles d’Amritsar. A.H. Francke a eut trois enfants avec Dora, tous nés au Ladakh. À l’exception du premier, il a fait comme les chrétiens ladakhis en leur donnant un nom chrétien et un nom tibétain.
Mis en place à Leh en 1896, il va créer une mission à Khalatse en 1899, puis s’installera à la mission de Kyelang en 1906. En 1908 la santé de sa femme le contraint à rentrer en Allemagne, mais il retourne l’année suivante en Himalaya à la demande de l’Archaeological Survey of India. En 1911, il est nommé professeur honoris causa à l’université de Breslau, aujourd’hui Wroclaw en Pologne. En 1914, il retourne au Ladakh via la Russie, l’établissement morave de Sarepta, Yarkand et le col de Karakoram. Arrivé au Ladakh il rencontre l’expédition de Filippo de Filippi qui lui apprend l’entrée en guerre de l’Allemagne contre la Russie. Après être resté trois semaines seulement à Leh, il va à Srinagar où, la première guerre mondiale ayant éclaté, il est interné au camp de Ahmadnagar. Il est rapatrié en Allemagne en 1916 et sert d’interprète dans un camp de prisonniers militaires indiens en Roumanie. Il est emprisonné une seconde fois en 1918 en Serbie. À la fin de la guerre, ne pouvant plus retourner en Inde, il continue ses études et traductions en Allemagne où, à partir de 1922, il donne des cours de tibétain à l’université de Berlin avant que celle-ci ne le nomme professeur extraordinaire de l’université en 1925. Il meurt à Berlin en 1930.
Son travail
Francke fut l’un des savants morave les plus prolifiques, avec la publication de plus de 200 articles en anglais et en allemand et de nombreux livres à propos du Ladakh. Il s’est intéressé à l’histoire ancienne du Ladakh et à l’établissement de ses premiers habitants, à travers l’étude de preuves matérielles telles que des objets dardes ou des inscriptions, mais aussi en s’appuyant sur la tradition orale. Cette dernière comprend d’une part la retranscription de chants, dardes et ladakhis, mais aussi des traditions, contes et légendes. Les Ladakhis se considérant comme des descendants de Gesar de Ling, Francke a dû étudier l’épopée éponyme. Il a rapporté aussi un grand nombre de manuscrits et de livres qui sont aujourd’hui dans les archives allemandes, britanniques et indiennes. Parmi les manuscrits auxquels il a pu avoir accès, se trouvent les manuscrits des chroniques anciennes du Ladakh qui composent le second volume de Antiquities of Indian Tibet. Après son retour en Allemagne, Francke étudia aussi un texte bönpo, le Sermig, ainsi qu’un document historique tibétain retrouvé à Turfan. Bien qu’il ait su allier son travail scientifique et son activité missionnaire, il reçut tout de même quelques critiques de la part de certains de ses coreligionnaires comme Benjamin La Trobe (n.c.), évêque à Herrnhut, qui lui fit le reproche que ses études l’empêchaient de se concentrer sur son travail d’évangélisation. Francke lui répondit que pour communiquer, il fallait connaître la culture. Durant ses expéditions de 1906-1908, Sir Aurel Stein (1862-1943), découvrant des manuscrits tibétains dans les ruines de la forteresse de Miran dans le Taklamakan, notera au sujet de Francke :
« Pour une élucidation totale des documents, tels que ceux qui furent découverts dans la forteresse de Miran, une perspicacité philologique doublée d’une connaissance intime de la langue vivante ainsi que des coutumes du Tibet étaient absolument essentielles. Le docteur révérend A.H. Francke de la mission morave de Leh – l’un de mes anciens collaborateurs dont l’autorité est reconnue en matière d’antiquités du Tibet de l’ouest – est le confrère indispensable pour cette tâche et, à ma grande satisfaction, il a accepté d’y participer.»
Ladakh kyi Agbar
Francke a aussi eu l’occasion d’utiliser les presses lithographiques de Leh et de Kyelang. Outre les traductions religieuses comme une vie de Jésus en ladakhi, il y publiera certaines de ses études sur les proverbes, les histoires locales et les inscriptions. En 1904, il espère populariser l’écriture en lançant le premier journal entièrement écrit en tibétain, les Nouvelles du Ladakh (Ladakhi Agbar puis Ladakh Ponya). Malgré des problèmes de distribution, le journal aurait passé de main en main la frontière avec le Tibet. Cette première mouture du journal cessera au départ de Francke en 1908.
Sa connaissance des langues et des dialectes l’ont conduit aussi à travailler sur la traduction d’extraits de la Bible. Bien qu’il ait accepté que la Bible soit traduite en tibétain classique, il a comprit les difficultés des populations locales pour comprendre cette version. Il a traduit notamment l’Évangile selon Marc en dialecte du Lahul. En 1906 il est nommé membre d’honneur de la British and Foreign Bible Society. En 1909, alors qu’il était rentré en Allemagne, la British and Foreign Bible Society coordonna et finança le travail de traduction de la Bible. Joseph Gergan traduisit alors des extraits de l’Ancien Testament en 1910 qu’il envoya pour correction à Francke. Francke la révisa et en adressa une copie à David McDonald (~1870-1962), un officier britannique, de parents sikkimais et écossais, parlant couramment le tibétain de Lhassa.
Bien que certaines thèses de Francke, concernant notamment l’histoire ancienne du Tibet et du Ladakh, se soient révélées fausses, son travail pionnier sur le plan historique reste aujourd’hui encore reconnu par les historiens du Ladakh, notamment les Ladakhis. Selon Elijah Gergan, c’est Francke qui a donné à Joseph Gergan son intérêt pour l’Histoire. De plus, ses efforts concernant la traduction de la Bible, son poste au sein de la British and Foreign Bible Society et ses connaissances diverses auront permis à Joseph Gergan de mener à bien la publication de la traduction de la Bible en tibétain.