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Si le cours du franc ne se normalise pas rapidement, sa surévaluation devrait aussi laisser des traces à long terme dans l'économie suisse. Le bien-être de notre pays dépend de la santé de l’économie d’exportation. Le niveau salarial du peintre de Zurich ou de la conductrice de bus de Fribourg reflète la situation de l’économie d’exportation. Si cette dernière ne pouvait plus s’imposer dans le segment des produits de qualité, les salaires de l’économie intérieure seraient aussi en danger à long terme. Si moins d’argent était gagné avec les exportations, les salaires de l’économie intérieure seraient également tôt ou tard en danger.
À cause de la surévaluation du franc, les entreprises d’exportation rencontrent momentanément des difficultés à faire jeu égal avec la concurrence étrangère au plan des prix, alors que leurs produits sont, dans des conditions à peu près normales, totalement concurrentiels. Les entreprises industrielles perdront des parts de marché. On assistera parfois aussi à des délocalisations à l’étranger de parties de la production. Et jusqu’à ce que les parts de marché et les emplois perdus soient retrouvés en Suisse, un certain temps devrait s’écouler, même si la valeur du franc redevenait équitable.
S’y ajoute que la recherche et le développement d’une grande partie des entreprises industrielles dépendent de la situation des affaires. Lorsqu’elles se portent bien, les entreprises investissent davantage dans de nouveaux produits. Dans le cas contraire, les innovations reculent ou alors, les investissements se font plutôt dans des mesures de rationalisation, ainsi que le montre une étude du KOF. De ce fait, on n’investit pas assez dans des produits d’avenir importants, sur lesquels se fondera la compétitivité de demain. Ces interdépendances ont aussi être prouvées par des études macroéconomiques. Les monnaies surévaluées et les fortes fluctuations de taux de change ont dans l’ensemble pour conséquence une croissance moindre de la productivité, respectivement de l’économie[1].
Pour qu’à long terme, les salaires et les emplois, et donc le bien-être, soient garantis aussi à long terme en Suisse, la Banque nationale doit placer le franc à un niveau un tant soit peu normal. En comparaison avec l’Allemagne, le cours « équitable » du franc par rapport à l’euro se situe entre Fr. 1,45 et Fr. 1,50. Si un cours de Fr. 1,40/1 euro ne représente pas encore une valeur équitable pour le franc, il permettrait quand même d’enlever la forte pression qui s’exerce sur les salaires et les emplois.
Innovations : dépendance par rapport à la situation des affaires dans l’industrie
(part des firmes par branche)
|Branche||Procyclique||Anticyclique||Dépendant de la conjoncture|
|Industrie des machines||51%||20%||29%|
|Chimie||58%||31%||11%|
|Électronique/horlogerie||49%||23%||28%|
|Total industrie||42%||17%||40%|
Source : Arvanitis, S. et M. Wörter (2011) : Konjunktur und Innovationsverhalten, www.kof.ethz.ch/de/publikationen/p/kof-studien/2196/
[1] Aghion, P. et al. (2006) : Exchange rate volatility and productivity growth: the role of financial development ; Rodrik, D. (2008) : The real exchange rate and economic growth, Brookings papers on economic activity, Fall 2008.