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Bellinzona ce 19 septembre 1854
Monsieur et cher Ami,
J'ai bien reçu votre honorée1 du 29 aout simultanément avec la lettre officielle du Gouvernement de Zuric qui propose de s'entendre sur l'enseignement du droit Tessinois à l'université de Zuric. La première impression n'a pas été favorable. L'on est sous l'empire de circonstances financières trés-défavorables, l'on est préoccupé par l'opposition rouge-ultramontaine soutenue par les austro-mazziniens, et pardessus le marché on a de la répugnance à cette nuée de petits avocats qui inondent le pays comme des sauterelles.2
Comme j'ai naturellement combattu cette manière de voir je ne saurais dire jusqu'à quel point on s'est ravisé: mais au moins n'a-t-on pas refusé de prime abord: on a mis la chose à l'étude et l'on m'a chargé de faire un rapport.
Ce rapport je ne le ferai qu'après le départ de Mr Guscetti3 chef du Départt de l'instruction publique qui partira dans le courant du mois prochain pour l'Amérique. C'est lui qui s'est prononcé | contre de prime abord.
Ce que je puis vous dire c'est que je ne manquerai pas de mettre le plus grand zèle pour la réalisation d'une idée à laquelle j'attache le plus grand prix pour le bien de mon canton qui serait par-là rattaché à la Suisse par un nouveau lien.
Nous ne perdons pas de vue les elections au conseil national. Au delà du mt Cendre nos candidats sont Luvini4 Demarchi5 et Bernasconi6 de Chiasso. Ce dernier est le frère du Lt Colonel fédéral7: il a été substitué à Fogliardi8 pour apaiser le District de Mendrisio qui gardait rancune de ce qu'après la mort de Soldini9 on lui avait soufflé le successeur. Nous avons tout espoir de réussir.
Dans le collège au-dessus du mont cendre nos candidats ne sont pas encore arrêtés. On avait primitivement pensé à mettre en avant les noms de Franscini10, Bonzanigo11, Pioda. Mais à Bellinzona surgirent quelques voix en faveur de Jauch12, en attendant qu'on s'aperçut de plus en plus que l'opposition entend livrer une lutte à mort. Dans ces circonstances beaucoup de monde se demande si le temps est bien choisi pour faire des demonstrations ad honorem et s'il ne serait pas beaucoup | plus sage de ne faire descendre dans l'arène que des forces vivantes. Ce n'est pas à dire que le nom de Franscini ne soit pas d'un secours réel. Le peuple Tessinois n'est pas, Dieu merci, aussi oublieux des services rendus. Il pourrait et devrait patroner notre candidature quoique son nom n'y fut pas. La réélection pure et simple des membres actuels Bonzanigo, Balli13, Pioda aurait, au dire de tout le monde, beaucoup plus de chances que toute autre combinaison.
Mais Mr Franscini a montré un désir assez vif d'être élu. Ce n'est pas qu'il désire continuer dans la carrière politique. J'ai écrit à Mr Kern sur ce sujet et je l'ai prié de vous en faire part. Il désire occuper la chaire de statistique avec ou sans l'économie politique. Mais il se flatte que sa réélection au conseil national et au Conseil fédéral lui viendra en aide pour obtenir la chaire de statistique.
Vous voyez qu'il est important pour nous de savoir ce que pensent les hommes influents sur le sort futur de notre Franscini. Si nous pouvons lui faire comprendre que son élection à la chaire est probable, que cette élection ne dépend pas de sa réélection au conseil national, et qu'en tout cas sa réélection au conseil fédéral ne dépend pas de sa réélection au conseil national, nous pourrions simplifier notre proposition au peuple et comme je l'ai dit, gagner beaucoup de chances.|
Si Mr Franscini n'était pas nommé au Conseil fédéral il y aurait toujours un inconvénient quoiqu'il fût appelé à la chaire de statistique, c'est-à-dire l'intervalle entre novembre et l'époque de l'ouverture de l'école polytecnique. Cet intervalle sera-t-il long?14
Je suis entré dans bien des détails: c'est que je connais votre estime pour Franscini et votre intérêt pour notre canton: c'est que je pense que les précautions ne sont jamais superflues lorsqu'il s'agit d'assûrer le triomphe du parti qui a conduit la Suisse avec autant de sagesse et de patriotisme pendant les deux premières législatures fédérales. J'espère donc que vous voudrez bien me répondre au plutôt et prier Mr Kern d'en faire autant.
J'ai aussi regretté de ne pas avoir eu l'occasion de vous saluer avant mon départ, d'autant plus qu'il est toujours possible qu'on ne se retrouve plus ensemble à l'assemblée fédérale.
Dans tous les cas vous savez que mon estime et mon amitié envers vous sont invariables depuis que j'ai été témoin des mérites eminens que vous avez soit envers votre canton soit envers la Confédération entière. C'est avec ces sentimens que je me déclare
Votre devoué Ami
J. B. Pioda