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Le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds accueille cet hiver de curieux tableaux. Des machines à coudre, des musiciens de jazz, des bottes, mais aussi des scènes érotiques. Ils ont tous été peints par l’artiste allemand Konrad Klapheck. Né en 1935 à Düsseldorf, il étudie à l’Académie des Beaux-Arts dans les années 1950. Alors que l’Europe se reconstruit après la Seconde Guerre mondiale, le peintre questionne le rapport entre l’homme et la machine.Konrad Klapheck, REICHTUM (RICHESSE), 1976.
En 1955, tandis que l’art abstrait domine le Vieux Continent, Konrad Klapheck va à contre-courant en peignant une machine à écrire d’une grande précision. L'artiste poursuit dans ce sens pendant plus de 40 ans en peignant des objets industriels comme des machines à coudre et des tuyaux d’arrosage. Mais que signifient ces curieux tableaux?
Des machines obscènes
Derrière cette apparente objectivité se cache une tension érotique, un zeste de jeux sado-masochistes sous-entendus par ces tuyaux chromés qui s'interpénètrent, qui font cliqueter leur clapet, qui piquent et qui coulent. L’œuvre première de Konrad Klapheck est faite de ces machines. Le peintre est d’ailleurs proche des cercles surréalistes parisiens dont André Breton a signé l’un des catalogues. Ce dernier possède d’ailleurs l’une des œuvres exposées au musée de La Chaux-de-Fonds.
David Lemaire, directeur du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, explique: "Klapheck est orphelin de père très jeune. Il va souvent représenter son père sous forme de machine à écrire et sa mère sous forme de machine à coudre. La machine à coudre parce qu'elle pique, mais surtout parce qu'elle sert à recouvrir le corps. Il y a cette idée de rentrer, de sortir, de pénétration et ainsi de suite, mais c’est surtout une machine qui permet de cacher la nudité. Klapheck a eu une éducation par sa mère qui était parfaitement prude: la sexualité et la nudité étaient des non-sujets."
Konrad Klapheck, "DER CHEF (LE CHEF)", 1965. [chaux-de-fonds.ch]
Les musiciens de jazz, ces pères de substitution
Dès la fin des années 1990, Konrad Klapheck prend un virage radical: il peint des gens et se lance dans la description de scènes ouvertement érotiques où les femmes paraissent surpuissantes. Il peint aussi de grands tableaux où des jazzmen jouent sur scène. Son amour pour cette musique date des années 1950, lorsqu'il commence à collectionner des disques après avoir assisté à un concert de Duke Ellington.
"Dans les années 1990, Konrad Klapheck est un homme mûr à l’apogée de sa carrière", raconte David Lemaire. "Il revient sur cette question du père disparu et du père choisi. Ce qui est intéressant, c’est que le jazz est vraiment associé à la figure paternelle alors que la figure maternelle va plutôt être associée aux questions érotiques."
Konrad Klapheck, "SWING, BROTHER, SWING, II" 2006. [chaux-de-fonds.ch]
L’art de la mécanique à La Chaux-de-Fonds
Le choix de montrer cet artiste qui aime la précision et les objets industriels à La Chaux-de-Fonds, pays des techniciens de l’horlogerie, n’est pas anodin, reconnaît David Lemaire: "Lorsque j’ai postulé pour venir ici, je réfléchissais à ce que je pouvais proposer pour le musée. Je me suis souvenu de Klapheck, avec l'intuition que le côté industriel, le côté humoristique – c’est une peinture d’apparence très froide, mais elle est en réalité extrêmement drôle – et ce rapport étrange à la sexualité qui est à la fois retenue et débridée, pouvait résonner avec le public. Les Chaux-de-Fonniers semblent pour l’instant s’y retrouver!"
La dernière œuvre de Konrad Klapheck, exposée au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, est une machine à écrire tremblante, faisant écho à sa première peinture. La boucle est bouclée.
Florence Grivel
Adaptation web: Myriam Semaani
"", à voir jusqu'au 2 février 2020 au Musée des beaux-arts de la Chaux-de-Fonds.