Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06896.jsonl.gz/501

“Veritasium” est un vulgarisateur de sciences sur youtube. Son doctorat portait sur l’efficacité des vidéos dans l’enseignement des sciences. Ses recherches ont abouti à un résultat assez surprenant: si les vidéos de sciences sont trop claires, elles sont contre-productives!
Détaillons l’expérience et essayons de comprendre…
Des étudiants ont été soumis à un test de physique. Après y avoir répondu, ils devaient regarder une vidéo d’une dizaine de minutes abordant le sujet du test puis répondre à nouveau au test.
Les résultats n’étaient pas améliorés. Pourtant, les élèves avaient trouvé la vidéo très claire! Et, ce qui est plus inquiétant, même ceux qui se trompaient étaient plus sûrs d’eux après l’avoir visionnée! Alexander Muller (Véritasium) remarque que les étudiants n’ont pas conscience qu’ils n’ont pas compris et que c’est la raison pour laquelle ils ne sont pas plus attentifs au contenu des vidéos, qui leur semblent confirmer leurs croyances alors qu’elles disent autre chose.
L’expérience a donc été renouvelée avec une vidéo qui présentait les erreurs de représentations usuelles avant de donner “la bonne explication”. Les élèves ont trouvé la vidéo peu claire et perturbante… mais ils ont presque doublé leur score!
Cette expérience nous montre à quel point il est important de partir des préconceptions des élèves. Pour que notre cerveau mette à jour une information, il faut qu’il l’ait identifiée comme fausse.
Une autre expérience, décrite dans “Apprendre” de Stanislas Dehaenne, rejoint ces observations.
Pour la comprendre, il faut connaître d’abord l’expérience de Pavlov: on fait systématiquement entendre une cloche à un chien avant de le nourrir. Puis on fait sonner la cloche sans nourrir le chien, qui salive tout de même car il a associé le son de la cloche à la nourriture. Cette expérience marche avec d’autres indices sensoriels tels qu’une lumière, par exemple. Dans une seconde expérience, on fait systématiquement entendre une cloche à un chien avant de le nourrir, puis, quand l’association est établie, une cloche et une lumière. La cloche seule fera bien saliver le chien, mais pas la lumière seule… Explication: le chien n’a jamais eu à contredire la théorie “cloche => nourriture”, si bien qu’il n’a jamais mis cette théorie à jour et n’a pas associé la lumière à la nourriture.
Stanislas Dehaene conclut: “en l’absence de surprise, aucun apprentissage ne se produit : l’erreur de prédiction est indispensable à l’apprentissage”. Et si cela semble particulièrement vrai dans l’enseignement des sciences, c’est parce que les élèves ont des représentations a priori en la matière. Mais ils en ont aussi en histoire, en géographie, en maths, etc… Soyons-y donc attentifs 🙂
Lien vers la vidéo de Veritasium (elle ne dure que 8 minutes):