Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06988.jsonl.gz/1184

Participez dès maintenant à notre concours et gagnez des prix attractifs
Une vieille dame aux idées foisonnantes
Les premières tentatives visant à définir des règles applicables de manière générale ont eu lieu vingt ans déjà avant la création d’une organisation de normalisation en Suisse. En effet, en 1898, les représentants de plusieurs pays réunis à Zurich entament des négociations portant sur la normalisation d’un filetage métrique.
Un besoin de normes dans tous les secteurs
En juillet 1919 se fonde à Baden la Schweizerischer Normalien-Bund (Association Suisse des Normes) qui deviendra quelques années plus tard l’actuelle Association Suisse de Normalisation (SNV). La première réunion a lieu sur initiative de la Société suisse des constructeurs de machines (VSM) dans le but d’échanger sur le besoin d’un travail commun de normalisation.
Un rôle important sur la scène internationale
Sur le plan international également, la Suisse a joué très tôt un rôle important par son activité de normalisation. En 1926 déjà, les spécialistes suisses de la normalisation sont impliqués dans la création de l’International Federation of National Standardizing Associations (ISA). C’est d’ailleurs la Suisse qui a donné à l’ISA, qui deviendra 20 ans plus tard l’actuelle Organisation internationale de normalisation (ISO), son premier président, Curt Hoenig, qui présidera l’association de 1928 à 1931.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Suisse est membre fondateur de l’ISO, qui établit son siège à Genève. En 1947, la Neue Zürcher Zeitung écrit que « ... ces décisions témoigne de la considération dont jouit notre pays, et en particulier la normalisation suisse, sur la scène internationale. » De même, c’est à Zurich qu’a lieu la pose de la première pierre dans la création, en 1961, du Comité Européen de Normalisation (CEN).
Une organisation en fonction des secteurs particuliers de la normalisation
En 1962, la SNV est constituée sous forme d’association et près de dix ans plus tard, sa structure et son mode de travail correspondent à l’organisation actuelle par secteurs particuliers. En 2019, la SNV se compose des sept secteurs particuliers suivants :
- Secteur interdisciplinaire de normalisation (INB)
- Industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (SWISSMEM)
- Bâtiment (SIA)
- Secteur de la route et des transports (VSS)
- Industrie horlogère (FH)
- Electrotechnique (Electrosuisse)
- Télécommunications (asut)
Une vieille dame avec des préoccupations modernes
Celui qui croit que la centenaire qu’est la SNV est devenue obsolète, ne connaît pas ses dernières missions. Au cours des dernières décennies, elle a toujours été au diapason des exigences des différents secteurs et considère aujourd’hui encore la normalisation comme sa principale mission. Des normes suisses, européennes et internationales sont élaborées en collaboration directe avec les utilisateurs. Ainsi, il est possible d’assurer que les directives présentent un avantage à long terme pour l’économie, la société, les producteurs et les consommateurs et qu’elles leur procurent une plus grande sécurité. Ce processus de normalisation accessible à tous couvre tous les domaines de l’existence. De plus, étant donné que notre monde ne cesse d’évoluer, la SNV reste elle aussi absolument jeune d’esprit : par exemple, elle s’occupe actuellement de thèmes tels que l’industrie 4.0, les technologies intelligentes, la chaîne de block, la protection du climat et le développement durable.
En tant que plaque tournante et centre de compétence indépendant, la SNV assure un accès efficace aux normes nationales et internationales. Elle rend possible et encourage l’élaboration et l’harmonisation de nouvelles normes par la prise d’influence active de ses membres en tant qu’experts dans les organes de normalisation nationaux et internationaux.
DIN A4 : la norme de toutes les normes
Aujourd’hui, chaque écolier connaît le format papier A4, qui est adapté à n’importe quelle imprimante, enveloppe ou classeur. En revanche, peu savent que le format A4 est en réalité le fruit d’une longue histoire.
Il y a cent ans, la question du format du papier à lettres se posait encore dans le monde entier. Si la demande d’un format papier uniforme se faisait certes de plus en plus pressante, le grand nombre de formats existant sur le marché rendait l’harmonisation difficile. Le procès-verbal de fondation de la Schweizerischer Normalien-Bund (Association Suisse des Normes) de 1919 précise que « ... le format de lettres choisi sera le format 220 mm × 280 mm, qui est le plus répandu et convient partout dans tous les classeurs ».
L’étape décisive a lieu en Allemagne lorsqu’en 1922, un ingénieur, Walter Porstmann, fait circuler l’idée d’une page aux dimensions constantes, qu’il met ensuite en œuvre sous forme de norme DIN. La dimension initiale pour les formats papier est DIN A0 avec une surface d’un mètre carré. L’ensemble des autres formats constituent des dérivés obtenus à partir de la division ou de la multiplication de cette surface, afin de créer une dimension de page constante de 1: √2. Enfin, c’est de là que dérive également le format DIN A4 210 mm × 297 mm.
La VSM suit l’exemple allemand et reprend le format A4 pour les papiers commerciaux sous la désignation « format de lettre VSM ». La poste unifie également ses formats papier et en 1924, le Conseil fédéral décide d’introduire les nouveaux formats en tant que standards dans l’administration fédérale. Une période transitoire de douze ans a été fixée pour pouvoir épuiser les stocks et formulaires existants. Alors qu’au début de l’année 1942, les matières premières se raréfient à cause de la guerre, une décision de l’office de l’industrie de guerre et du travail de la Confédération impose de produire exclusivement du papier fini de la série A. Cette décision a pour effet d’établir définitivement le format DIN en tant que format normal en Suisse.
« Do it once, do it right, do it internationally ! »
Hans Zürrer a été directeur de la SNV entre 1987 et 1999. Lors du bref entretien qu’il nous a accordé dans le cadre de notre année anniversaire, il se remémore quelques moments et épisodes clés de son mandat.
1) Quelle a été pour vous la norme la plus spéciale sur laquelle a travaillé la SNV durant votre mandat en tant que directeur ?
Les normes 9000 de l’ISO en matière d’assurance qualité, d’essai et de certification ont été élaborées durant cette période. Cette série de nouvelles normes importantes a exercé une forte influence sur la gestion de la qualité dans tous les domaines, et est devenue incontournable aujourd’hui. Tous ceux qui, à l’époque, ont travaillé à son élaboration se sont beaucoup engagés dans leur travail et ont été extrêmement sollicités. Notamment en raison du fait qu’il a fallu traduire de nombreux nouveaux concepts dans les trois langues de l’ISO et également en allemand pour l’utilisation des normes dans la Communauté Européenne (CE) de l’époque.
2) A-t-il été facile pour vous d’expliquer aux personnes externes les tâches de la SNV ?
Non, cela n’a pas été facile et ne l’est toujours pas à l’heure actuelle. Et cela représente un défi particulier lorsque ces « personnes externes » sont les supérieurs des créateurs de normes. En effet, le travail de normalisation a surtout besoin de compréhension pour la libération temporaire des experts actifs à titre bénévole dans le cadre de leurs obligations professionnelles ainsi que pour leur financement. De plus, des moyens financiers sont nécessaires également pour l’infrastructure, à savoir pour les organisations SNV, CEN et ISO. Cela devient particulièrement difficile lorsque la suppression des entraves techniques au commerce pour certains produits et secteurs n’est pas évidente. Le directeur était souvent appelé à intervenir dans des discussions de médiation.
De plus, nous avons dû déployer des efforts importants pour que l’Etat suisse reconnaisse, à travers l’ancien Office fédéral des affaires économiques extérieures (OFAEE, aujourd’hui Secrétariat d’Etat à l’économie, SECO), l’importance de la suppression des entraves techniques au commerce pour l’industrie suisse d’exportation et pour qu’il soutienne la SNV dans le cadre d’un mandat. Jusque-là, la Suisse était le seul membre de l’ISO à ne pas être cofinancé par l’Etat.
3) Comment les experts de la normalisation ont-ils réagi au non du peuple suisse à l’adhésion à l’EEE ?
Quelques années avant cette votation, j’étais membre du groupe de présidents du CEN, du European Committee for Electrotechnical Standardization (CENELEC) et du European Telecommunications Standards Institute (ETSI) et j’étais en contact permanent avec certains cadres de l’UE et représentants des gouvernements. Pour eux, le non suisse à l’EEE a été une véritable surprise. D’une manière générale, cette décision populaire a été perçue comme un non de la Suisse à l’Europe. Toutefois, il a eu peu d’impact sur le travail de normalisation au sein des organes européens. Pour la Suisse en tant que membre de l’AELE, la suppression des entraves techniques au commerce est demeurée une priorité importante. Toujours est-il que, pour l’économie d’exportation et plusieurs instances politiques, un oui à l’EEE aurait grandement simplifié la situation.
4) Qu’avez-vous le plus apprécié dans la collaboration internationale ?
Le rôle des directeurs des organisations nationales de normalisation se limitait essentiellement à participer aux comités de pilotage. Les conférences internationales étaient l’occasion non seulement de rencontres entre les chefs de la normalisation, mais également entre les délégués des gouvernements et les représentants de l’industrie et de l’économie. Le fait de se connaître personnellement a permis de créer de nombreuses relations utiles, et même des amitiés qui ont survécu aux départs à la retraite. Bien entendu, une telle activité impliquait également des voyages, avec les avantages et désavantages que l’on sait.
J’ai toujours été impressionné par la mise en commun des forces de la technique, de l’économie et de la politique et par la création de consensus. Nous appliquions le principe suivant : au moment de décider, tous ne pouvaient pas être pour, mais aucun contre.
5) Tous les pays faisaient-ils preuve de la même compréhension pour les besoins de la normalisation internationale ?
La plupart des grands pays disposent d’un arsenal normatif important et de ressources appropriées. Ils donnent également le ton lors du travail de normalisation et tentent de faire valoir leurs intérêts nationaux sur les plans régional et international. Toutefois, la recherche du plus fort dénominateur commun possible a également pour effet de renforcer le travail international de normalisation selon le mot d’ordre « Do it once, do it right, do it internationally ! »
Une autre particularité sur le plan européen était la « New Approach » ou « nouvelle conception » initiée par la commission européenne. Elle vise à coordonner l’harmonisation technique aussi bien dans la normalisation que dans les prescriptions des autorités. Selon cette approche, les textes législatifs de l’Etat ne contiennent plus que les exigences de base concernant la santé, l’environnement et la sécurité et renvoient pour le reste à des normes qui fixent les détails techniques élaborés grâce au travail éprouvé de la normalisation issue de l’économie privée. Une fois que les normes ont été adoptées par une décision prise à la majorité qualifiée, les Etats membres de l’UE et de l’AELE sont tenus de retirer les prescriptions ou normes nationales qui sont en contradiction avec les nouvelles normes.
Le renvoi aux normes internationales a une nouvelle fois confirmé la devise « Do it once, do it right, do it internationally ! »
Les autres membres de l’ISO se sont intéressés à l’idée de la « Nouvelle approche » et des experts ont été mandatés par la Commission de la UE pour y travailler. Dans les Etats totalitaires, la nouvelle conception a été synonyme d’une totale renonciation au status quo, car là-bas la normalisation n’était pas non plus organisée par l’économie privée. Je me souviens en particulier de missions de l’ISO en Russie, en Chine, en Colombie et dans les Etats candidats à l’adhésion à l’Union européenne de l’est de l’Europe. Ma visite à Moscou auprès du membre de l’ISO soviétique m’a particulièrement impressionné. Mon collègue russe était chef d’un Ministère et était responsable de plusieurs milliers d’employés. Malgré l’énormité du territoire du pays et une multitude de bureaux régionaux, tous les bureaux compétents et l’ensemble des secteurs spécialisés de la normalisation, de la certification, du contrôle, de la métrologie, des télécommunications, etc. étaient regroupés sous un même toit.
6) Y-a-t-il un épisode ou une anecdote de votre mandat en tant que directeur que vous aimez particulièrement raconter ?
Immédiatement après le non à l’EEE, une séance du CEN a eu lieu à Bruxelles. Mon vol avait du retard, et je suis arrivé en retard à la séance. Le président de séance a alors déclaré en riant : « Nous pensions que tu ne viendrais plus ! » Naturellement, nous avons beaucoup discuté de la votation lors de la pause, et la question de la forte majorité négative au Conseil des Etats est revenue à plusieurs reprises dans la discussion. Martin Bangemann, président de la UE de l’époque, était très intéressé au fait de savoir pourquoi je lui avais fait part précédemment de ma conviction que le peuple suisse accepterait certainement l’adhésion à l’EEE.
Monsieur Zürrer, merci infiniment pour cet entretien.