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Depuis environ cinq ans, Eric Hattan constitue une collection de vidéos qui sont formellement proches du carnet de notes. Ces images, apparemment anodines, prises au gré de ses promenades et voyages, synthétisent pourtant l'ensemble de sa pratique artistique. Que ce soit dans la pratique de sa sculpture ou ses interventions dans l'espace public, E. Hattan s'attache à révéler, par des moyens discrets et souvent avec humour, des détails de notre environnement. On pourrait presque dire que c'est simplement par des déplacements ou par des détournements d'objets qu'il modifie de façon sensible notre perception du banal. La sculpture est alors conçue comme un matériau empreint d'une certaine vulnérabilité, en perpétuel changement.
« + das halbe Leben » (1990) est dans ce sens un travail significatif. Considérant qu'il est arrivé plus ou moins à la moitié de sa vie, E. Hattan avait, alors, décidé de transporter les objets lui appartenant dans un espace d'exposition pour en faire une installation. Son activité de « rangement » est longuement documentée par une vidéo qui peut être considérée comme l'un de ses premiers travaux avec ce médium. La caméra fixe suit le va-et-vient tranquille de l'artiste qui installe ses objets. Dans ce travail, il affirme sa volonté de ne pas ajouter d'autres objets à la masse de ceux existants, de concevoir un travail artistique dans lequel la sculpture devient une manière d'activer l'espace. Il poursuit dans le même esprit avec une série de travaux à partir d'emballages divers où il accentue l'idée que la sculpture est bien la transformation d'un matériau. L'image est cadrée sur un emballage quelconque entre les mains de l'artiste qui s'applique patiemment à le retourner pour reconstituer sa forme initiale inversée. Avec cette action apparemment insignifiante, il met en évidence un processus de transformation, et il amène à reconnaître dans ces actions peu spectaculaires des événements sculpturaux particuliers.
Toutes les vidéos comprises dans l'installation « Béton liquide » représentent des petites scènes urbaines, peu spectaculaires. Ce qui les distingue principalement des travaux antérieurs, c'est que le médium n'est plus utilisé pour documenter une action de l'artiste : il devient le moyen de capturer des détails de l'environnement urbain. L'installation des moniteurs dans l'espace est conçue de sorte que les bandes ne soient jamais perçues dans leur ensemble. Le spectateur est également invité à déambuler pour découvrir peu à peu les différentes séquences présentées. Chaque vidéo se caractérise par une absence totale de mise en scène et le montage est réduit au minimum. Quant au cadrage, il élimine la plupart du temps toute idée de contexte, supprimant ainsi tout élément anecdotique. Ces séquences montrent des événements sculpturaux particuliers qui se forment n'importe où, même lorsqu'on ne pense pas à l'art. Ainsi, pour E. Hattan, l'art est une tentative de comprendre et de compléter la relation qu'il entretient avec son environnement. En affirmant le caractère peu spectaculaire des séquences présentées, il tente de provoquer l'attention du spectateur dans l'espace du musée, mais il l'invite aussi à porter un regard nouveau sur la réalité qui l'entoure.