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La centrale nucléaire de Mühleberg, maintenant en voie de démantèlement. Ce sont 3 TWh d’électricité qui nous manquent ainsi chaque année et dont seulement la moitié serait bienvenue cet hiver…
À la suite de notre publication le 26 octobre de sa conférence du 14 octobre, donnée à l’Université de Zurich, Eduard Kiener, ancien directeur de l’Office fédéral de l’énergie, nous a dressé cet article dont nous publions ici la version en français agréée par lui.
Eduard Kiener – 16 novembre 2022
Les mesures prises par la Confédération
La Confédération a pris un certain nombre de mesures préventives contre une pénurie d’électricité pour cet hiver ; il y a des coûts importants associés à cela :
- L’ElCom a proposé une réserve hydroélectrique de 500 GWh, plus ou moins 166 GWh, pour l’hiver 2022/23. Lors des enchères, seuls 400 GWh ont été achetés pour 296 millions, parce que la fourniture d’une plus grande quantité d’énergie n’aurait été possible qu’à des coûts excessivement élevés.
- La location de 8 turbines à gaz de réserve à Birr avec une puissance totale de quelque 250 MW s’élève à 470 millions pour quatre ans, soit 117,5 millions par an. En outre, il y a des coûts de 10 millions pour les mesures de protection contre le bruit et de 5 millions pour l’intégration de la centrale électrique dans la plate-forme de l’opérateur. Les coûts des combustibles ne sont pas encore pris en compte.
- Les systèmes d’alimentation de secours existants doivent désormais également être inclus dans le système d’alimentation. À cette fin, un crédit supplémentaire urgent de 16,5 millions est nécessaire pour 2022 et un crédit d’engagement de 46,5 millions pour les années allant jusqu’en 2026.
- Le plan de sauvetage des entreprises d’électricité critiques pour le système permet des prêts fédéraux d’un montant maximal de 10 milliards de francs.
- Un crédit supplémentaire urgent de 10 millions est demandé pour la campagne d’économie d’énergie.
- D’autres mesures de sécurité d’approvisionnement à court terme comprennent des augmentations temporaires de la capacité de transport dans le réseau de transport et des réductions des volumes d’eau résiduels.
- Un instrument de gestion de longue date est l’organisation d’urgence de la Confédération pour l’approvisionnement en électricité dans des situations extraordinaires (Ostral) de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE).
Les montants énumérés ci-dessus sont probablement les efforts financiers fédéraux les plus importants pour faire face à la pénurie d’électricité actuellement redoutée. Ils sont énormes, dont environ 900 millions ont déjà été engagés. La question de savoir si le plan de sauvetage entraînera des prêts, ainsi que des pertes ou des profits pour la Confédération reste encore ouverte. Ces coûts ne sont pas seulement dus à la guerre en Ukraine, mais aussi aux investissements totalement insuffisants dans la production et le stockage de l’électricité, ainsi qu’au vœu pieux selon lequel on pourrait importer n’importe quelle quantité d’électricité bon marché et à tout moment.
La désaffectation prématurée de la centrale nucléaire de Mühleberg
La centrale nucléaire de Mühleberg (KKM) a été fermée fin 2019, et cela malgré une autorisation d’exploitation illimitée. Les FMB/BKW ont qualifié la décision de fermeture prise en 2013 de justifiée sur le plan entrepreneurial, en raison des travaux de mise à niveau à venir, estimés à 200 millions de francs. Avec ceux-ci, la centrale aurait pu continuer à produire pendant quelques années de plus et fournir de l’électricité bon marché. Une poursuite de l’exploitation de 10 ans aurait probablement été possible en raison des bons résultats d’exploitation avec un taux d’utilisation (facteur de charge) constamment élevé, de plus de 90%, et des acquis de l’expérience internationale. Les coûts d’investissement de la modernisation (amortissement et taux d’intérêt de 5%) auraient augmenté les coûts de production de Mühleberg d’un peu moins de 1 ct/kWh, c’est-à-dire seulement marginalement. Une électricité désormais précieuse en hiver aurait été disponible, car Mühleberg pouvait justement générer 1’500 GWh en hiver, ce qui manque maintenant. À titre de comparaison, c’est près de quatre fois la réserve hydroélectrique, prévue pour 296 millions, requise pour l’hiver en cours.
L’approvisionnement électrique n’a évidemment joué aucun rôle dans l’arrêt de Mühleberg, le facteur principal étant probablement les bas prix du marché de l’électricité à l’époque, qui étaient de 5 ct/kWh en 2013. En outre, la décision du Conseil fédéral de sortir progressivement de l’énergie nucléaire, prise en 2011, a encore aggravé la situation politique déjà difficile de l’énergie nucléaire. La décision de désaffectation a donc été bien accueillie par beaucoup et, sans surprise, la cessation de production en date du 20 décembre 2019 a été célébrée.
D’un point de vue de la gestion économique, la décision de désaffectation était peut-être compréhensible à court terme, mais aujourd’hui, elle s’avère prématurée ; elle peut également être qualifiée d’erreur. Les FMB/BKW seraient probablement heureuses aujourd’hui si elles disposaient encore de la centrale de Mühleberg, d’un point de vue financier et de celui de sa mission d’approvisionnement. La poursuite de l’exploitation de la centrale aurait également eu un sens économique. Les immenses dépenses financières de la Confédération pour se prémunir contre la pénurie d’électricité, mentionnées ci-dessus, auraient été beaucoup plus faibles ou n’auraient pas été nécessaires du tout.
Eduard Kiener