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L'intelligence humaine et artificielle sont complémentaires. C'est lorsqu'elles fonctionnent ensemble que l'on obtient les meilleurs résultats, explique Laura Tocmacov, co-fondatrice et Managing Director au sein de la fondation ImpactIA.
Comment définiriez-vous l'intelligence artificielle (IA)?
Laura Tocmacov: Il s'agit d'une machine virtuelle, intégrée à un ordinateur ou un robot, et à qui on va apprendre divers éléments jusqu'à ce qu'elle sache réaliser des tâches sans qu'on l'ait programmée pour les faire.
On confond parfois l'IA avec l'automatisation.
Effectivement. L'automatisation se caractérise par des lignes de code qui définissent ce que la machine doit faire dans une situation donnée. On peut penser par exemple à un robot programmé pour détecter un fruit qui arrive près de lui, le saisir et le déplacer dans une corbeille selon un angle et une trajectoire précises. Par contre, lorsqu'on apprend à ce même robot à faire la différence entre une prune et une pomme, à adapter la pression en conséquence lorsqu'il s'en saisit et à déplacer le fruit dans le bac correspondant avec un angle et une force adéquates, on est dans l'IA.
L'IA redéfinit donc la relation entre la machine et l'humain?
Tout à fait. C'est particulièrement flagrant dans le domaine médical. Pour diagnostiquer des cancers, des études ont montré que l'IA est légèrement plus performante que les plus grands spécialistes en oncologie. Mais ces études montrent aussi que les résultats sont véritablement meilleurs lorsque l'IA est combinée à l'intelligence humaine. Les deux doivent fonctionner ensemble.
Et dans le domaine commercial?
C'est pareil. Un bon manager a des intuitions et sent venir les choses. Par contre, il est limité par ses affects et la puissance de son cerveau. Au vu de sa mémoire et du grand nombre de données qu'elle peut compiler, l'IA peut suppléer à ce manque en lui fournissant des données précises et objectives sur le marché qui seront d'une efficacité redoutable pour l'aider à prendre ses décisions stratégiques.
«Un bon manager a des intuitions et sent venir les choses. Par contre, il est limité par ses affects et la puissance de son cerveau. L'IA peut suppléer à ce manque en lui fournissant des données précises et objectives sur le marché.»Laura Tocmacov Venchiarutti
Sait-on dans quelle proportion l'IA remplacera le travail humain?
Les pronostics des spécialistes divergent. Il y a deux courants. Pour les uns, l'IA va remplacer la majorité des emplois effectués par les humains. Les autres postulent que l'IA effectuera nos tâches actuelles mais que nos métiers vont évoluer. Je ne pense pas qu'il soit possible de trancher cette question à l'heure actuelle. En revanche, il y a consensus autour du caractère brutal de ce changement: l'arrivée de l'IA et son impact sur les emplois va aller très vite et des personnes risquent d'être dépassées durant une période donnée. Il s'agit donc d'accompagner ces changements pour éviter autant que possible que des gens ne soient laissés sur le bord de la route.
La société civile n'est pas encore prête à cela mais, selon moi, on doit aboutir à un revenu universel permettant de vivre dignement et de passer du monde du travail actuel à un monde du travail centré sur des activités bénéfiques pour l'humain.
Dans ce contexte, quelles sont les perspectives pour les employé-e-s de commerce?
L'IA va aussi générer des emplois. La fondation ImpactIA a identifié 17 nouveaux métiers liés à l'IA dont l'économie a déjà besoin. Beaucoup d'entre eux ne seront pas exercés par des informaticien-ne-s. Je pense par exemple aux labelliseurs de données, dont le rôle consiste à permettre à l'IA d'apprendre de nouvelles choses. Ces tâches constituent par ailleurs une partie de celles liées à un nouveau métier que nous avons nommé data alchimist. Il s'agit d'une fonction opérationnelle consistant à rechercher les données, les nettoyer, les augmenter et les évaluer selon des critères d'ordre éthique: par exemple, sont-elles représentatives? Comment éviter qu'une IA ne devienne raciste ou excluante? De par leur connaissance globale du monde de l'entreprise ainsi que par leurs compétences de généralistes, je suis convaincue que les employé-e-s de commerce peuvent jouer un rôle clé dans le domaine des IA.
«L'IA va aussi générer des emplois. Beaucoup d'entre eux ne seront pas exercés par des informaticiens.»Laura Tocmacov Venchiarutti
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Auteur
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Dominique Nussbaum