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La Belle Époque est une période de mutations sociales et culturelles fondamentales: industrialisation et urbanisation accélérées, intensification de la mobilité, naissance d'une culture de masse, mais aussi avènement de nouvelles formes de représentations scientifiques et artistiques du monde.
Le lecteur est invité à faire un voyage qui, débutant à Paris, traverse la Suisse, pour se terminer en Allemagne et en Autriche. Et si cet itinéraire semble, de prime abord, suivre les aléas d'une vision romantique de la mode feuilletoniste, il n'empêche que notre point de départ s'ancre dans une réalité historique bien concrète, déjà relevée en son temps de manière fort pertinente par Walter Benjamin, qui écrit: "Il y avait, de fait, une corrélation entre l'effondrement des taux d'abonnement, l'essor des petites annonces et l'importance croissante du feuilleton." Une manière de dire qu'avec ses contenus multiples et ses allures polymorphes, cette littérature "bas de page" doit être comprise comme le lieu fort à la fois de l'espace public, de la société de consommation et de la littérature bourgeoise moderne.
"L'axe Venise-Anvers, écrit Fernand Braudel, est l'isthme européen le plus actif. Et les Alpes, ajoute-t-il, forment le théâtre d'un miracle continu au centre de l'économie-monde, du XIIIe au XVIe siècle." Placée dans cette perspective, la Suisse se situe donc au cur d'un réseau international, dont l'impact a largement déterminé son sort et son évolution. D'une importance existentielle, ses liens avec les marchés, les pays et les puissances extérieurs définissent encore aujourd'hui ses stratégies économiques et sa politique en matière d'Affaires étrangères.
Les études sur les relations internationales prennent généralement pour objet les échanges dans les domaines de la politique, de l'économie, de la diplomatie et du militaire; fréquemment, s'y ajoute une analyse géopolitique, s'appuyant sur des données issues de la géographie et de la statistique. Or, ce type d'approche des domaines "durs", facilement identifiables, ne semble accorder à la culture qu'un intérêt marginal, dû au fait que celle-ci semble y être considérée comme un phénomène peu significatif et en cela négligeable. A y regarder de plus près, on constate cependant que loin de jouer le rôle d'une expression individuelle, commode et anecdotique du fonds spirituel ou artistique des protagonistes, la culture tient dans les relations internationales une place substantielle et multiforme. Inscrite au cur même des différents réseaux de communication, elle peut même devenir un vecteur efficace au sein des échanges commerciaux et des accords politiques.
L'histoire de la Suisse n'est pas faite de consensus mais de conflits, parfois violents, qu'une vision officielle lénifiante cherche souvent à masquer. Dans ce recueil de plus d'une trentaine d'articles, H.U. Jost s'inscrit dans une perspective internationale, considère les évolutions dans la longue durée et dépasse le cadre des analyses courantes pour proposer de nouvelles interprétations. Les lieux du vrai pouvoir en Suisse, la fiction de la neutralité, l'Europe et le système helvétique, la politique culturelle de la Confédération, la figure dérangeante de Max Frisch, l'esthétisation de la politique comme arme antidémocratique, la sociabilité bourgeoise et l'appropriation du territoire, l'usage économique des biens des femmes dans le mariage, la faiblesse structurelle du mouvement ouvrier: autant de thèmes, parmi d'autres, qui nous font pénétrer dans l'atelier de l'historien.
Plus que jamais la politique étrangère occupe une place centrale dans la conduite des affaires publiques. L'indépendance nationale ne se conçoit plus sans interdépendance mondiale et régionale. Pour s'adapter aux solidarités multiples, la neutralité change de sens ou elle cesse d'être un instrument de la politique extérieure helvétique. L'étude des relations internationales est donc devenue un sujet de recherche essentiel dans les sciences sociales. Cet ouvrage comporte les contributions d'un 3e cycle d'histoire moderne et contemporaine et montre les différentes nouvelles approches du problème complexe des relations internationales.