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Enregistré le jour de Noël 2011.
Il s’agit d’un des deux tientos sur un mode de fa, ce qui, chez Cabezon en tous cas, indique un caractère exubérant, extraverti, jouant sur des thèmes joyeux et parfois très frustes.
D’ailleurs je relève ici que la différence entre variante « authentique » (5è ton) et « plagale » (6è ton) d’un même mode (ici mode de fa) (en tous cas s’agissant des modes avec tierce majeure, soit les modes de fa et de sol) reste à mon avis imperceptible dans le cas de la musique de Cabezon. Certes, les tientos du 5è et du 6è ton sont très différents l’un de l’autre, mais ils partagent ce caractère extraverti et même certains motifs. Cette différence entre variante « authentique » et « plagale » avait sans doute un sens s’agissant de musique vocale, où la tessiture est limitée, de sorte que le fait que la finale est soit sur la note la plus grave de l’échelle, soit au contraire au milieu de l’échelle, fait une différence. Mais cette différence disparaît ou du moins ne persiste que comme une survivance purement théorique lorsque la figuration musicale n’est pas limitée et peut parcourir tout le clavier.
Le thème initial, dont le développement en imitation occupe le premier quart de la pièce, est parfois déformé lors de certaines entrées, ainsi la répétition de notes (4è et 5è notes du thème) est supprimée lors d’une des entrées; et vers la fin de l’épisode, il est déformé au point qu’on n’en perçoit plus qu’un vague écho:
Cette façon de déformer les motifs en cours de route rejoint un procédé que nous avons déjà mentionné à propos d’un ricecar de Girolamo Cavazzoni, mais il y a une différence: chez Cavazzoni, des états différents d’un motif sont successivement traités dans des sections distinctes de la pièce, alors que chez Cabezon cette transformation peut se faire de façon plus ou moins continue (voire totalement opportuniste) tout au cours de l’épisode où le motif apparaît.
Les autres motifs dont le développement occupe les épisodes suivants, vous expliquent pourquoi j’ai dit que le mode de fa se complaisait volontiers dans des thèmes « frustes et joyeux » (un mot qui vous a peut-être choqué). Ce qui n’implique de ma part aucun jugement sur la qualité musicale, d’autant plus que je trouve ces passages très jouissifs!
La pièce se termine sur des figurations rapides, en croches puis en doubles-croches, qui lui font une conclusion brillante.