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Des soupçons pèsent sur la sûreté de trois produits de Roche: Tamiflu, Accutane et Lariam.
Ces trois médicaments sont accusés d'avoir des effets secondaires psychiatriques potentiellement mortels.
Vendredi dernier, la Food and Drug Administration (FDA), l'instance américaine de règlementation et de contrôle des médicaments dont les avis sont généralement suivis par les autres organismes de santé à travers le monde, a convoqué le vice-président de Roche pour le développement pharmaceutique afin qu'il s'explique sur des morts suspectes d'enfants prenant du Tamiflu.
Si la FDA ne voit pour le moment «aucune raison de faire une association causale entre l'usage du médicament et les décès constatés», comme l'indique sa porte-parole Susan Bro, les experts de l'agence qui ont enquêté sur l'affaire jugent «préoccupantes» les incidences de suicides de mineurs.
Dans leurs documents, les experts de la FDA indiquent avoir recensé, entre 2000 et avril 2005, 32 cas d'effets secondaires neuro-psychiatriques auprès de jeunes patients qui prenaient Tamiflu pour soigner ou prévenir une grippe normale. Ils ont aussi recensé 12 morts suspectes au Japon.
Accutane et Lariam également en cause
Mais Tamiflu n'est pas le seul médicament de Roche à être accusé de provoquer ce que la FDA appelle des «comportements anormaux», parfois caractérisés par des pensées suicidaires ou des accès de violence à l'égard d'autrui. Si l'inquiétude autour de Tamiflu est récente, deux autres médicaments du groupe suisse défraient ainsi la chronique aux Etats-Unis depuis des années.
Accutane, le médicament de Roche contre les formes prononcées de l'acné, est notamment accusé de provoquer dépressions graves et suicides, au moins 200 morts volontaires selon la FDA qui, en août, a placé Accutane sous haute surveillance.
Lariam, proposé par Roche contre le paludisme, est pour sa part accusé de susciter des changements de personnalité pouvant mener au suicide ou au meurtre.
Le directeur général des relations publiques de Roche aux Etats-Unis, Alfred Wasilewski, déclare à swissinfo que les problèmes imputés à Tamiflu, Accutane et Lariam ne sont «révélateurs d'aucun schéma similaire» et constituent «trois situations isolées».
Interrogé par swissinfo sur le point de savoir si Roche a vérifié si les ingrédients, les dosages ou les méthodes de fabrication utilisées dans ces trois cas pouvaient être défectueux, Alfred Wasilewski se dit «offensé» et juge la question «injuste».
«Roche est guidé par un code de conduite morale uniquement fondé sur l'amélioration de la sécurité des patients», explique-t-il. «Il faut reconnaître que chaque produit disponible sur le marché a des avantages et des risques et que les effets secondaires sont souvent mal rapportés, car ils peuvent être liés à d'autres circonstances au lieu d'être induits par tel ou tel médicament», ajoute le porte-parole de Roche.
L'expérience douloureuse d'un député
Le député américain Bart Stupak trouve les explications de Roche «insuffisantes». Démocrate représentant l'Etat du Michigan à la Chambre des Représentants, Bart Stupak a la particularité d'avoir été frappé de plein fouet par les risques d'Accutane.
Le 14 mai 2000, son fils, qui prenait Accutane depuis plusieurs mois, s'est en effet tué à l'aide d'une arme à feu. Le député, qui siège à la commission chargée de superviser la FDA, affirme que «les documents de Roche montrent eux-mêmes qu'au moins dans le cas d'Accutane, il y a un problème de dosage».
«Les études montrent que ces médicaments agissent sur le cerveau et personne ne dément qu'il y a eu des effets secondaires neuro-psychiatriques, même si certaines personnes remettent en question la relation de cause à effet avec ces produits», note M. Stupak.
Lequel ajoute: «Je ne sais pas encore s'il y a un point commun entre Accutane, Lariam et Tamiflu, mais au moment où notre pays s'embarque dans la constitution d'une réserve de Tamiflu en raison d'une éventuelle pandémie de grippe aviaire, nous devons nous pencher là-dessus de très près et passer en revue les dossiers pour nous assurer que les choses sont faites comme il faut».
Le cerveau comme dénominateur commun
De son côté, Sue Rose, la directrice de Lariam Action USA, une association de patients, se dit «très préoccupée» par les effets neuro-psychiatriques présentés par les trois produits de Roche.
«Les ingrédients sont complètement différents, pour ce qui est d'Accutane et de Lariam en tout cas, mais ces ingrédients agissent tous sur le cerveau», déclare Sue Rose à swissinfo. «Or pour le moment, la réaction de Roche est très cavalière, puisqu'elle consiste à appliquer le principe selon lequel si on ne cherche pas, on ne trouve pas».
Après un meurtre perpétré par un soldat de retour d'Irak, le Pentagone a cessé de donner Lariam aux troupes déployées dans ce pays. Mais pour Sue Rose, l'intervention du Congrès et de la FDA sont désormais nécessaires.
«La FDA doit réévaluer la sûreté de ces trois médicaments et exiger que les compagnies pharmaceutiques, tout en continuant à examiner les effets secondaires physiques de leurs produits, prêtent aussi attention à leurs effets secondaires neuro-psychiatriques; mais il faut que le Congrès ordonne à la FDA de le faire et lui donne les moyens de le faire, car à l'heure actuelle, la FDA manque, à la fois, de fonds et de personnel».
swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington
En bref
- Aux USA, la Food and Drug Administration (FDA) enquête sur le Tamiflu, produit par Roche, accusé par certains de provoquer ce que la FDA appelle des «comportements anormaux».
- Deux autres médicaments du groupe suisse défraient ainsi la chronique aux Etats-Unis depuis des années: Accutane, contre les formes prononcées de l'acné, et Lariam, contre le paludisme.
- Ces trois médicaments sont accusés d'avoir des effets secondaires psychiatriques potentiellement mortels. Pour Roche, les problèmes qui leur sont imputés ne sont «révélateurs d'aucun schéma similaire» et constituent «trois situations isolées».