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Kuoni est en proie à de violentes luttes internes. Le président du conseil d'administration Daniel Affolter et le conseil de la fondation Kuoni et Hugentobler, principal actionnaire du voyagiste, sont sous le coup d'une plainte pénale pour gestion déloyale.
Cette plainte sera déposée ces prochains jours par la direction de Kuoni Holding et par une majorité du conseil d'administration, ont annoncé ces dernières jeudi soir dans un communiqué.
Elle se double d'un recours auprès des autorités de surveillance demandant la démission de M. Affolter et des quatre membres du conseil de la fondation, dont le fondateur de celle-ci Alfred Kuoni.
Les intéressés, dont la démission immédiate est exigée, se voient reprocher de s'être accordés des honoraires exagérés au titre de prestation au mérite.
Concrètement, Daniel Affolter, qui est à la fois président du CA de Kuoni Holding et de la fondation Kuoni et Hugentobler, s'est octroyé 8,1 millions de francs à titre personnel, auxquels s'ajoute un million par an jusqu'à sa retraite en cas de démission de la présidence du conseil d'administration.
Les trois autres membres du conseil de fondation se sont accordés 3 millions en tout, à savoir 2 millions pour Alfred Kuoni et 500 000 francs pour ses deux collègues. Ces versements, pour lesquels la fondation a dû contracter un prêt, sont parfaitement injustifiés et doivent être restitués, estime la direction de Kuoni.
Celle-ci, de même que les cinq membres - sur sept - du conseil d'administration à l'origine de la plainte soulignent que leurs reproches n'ont rien à voir avec une quelconque tentative de prise de contrôle étrangère qui se dissimulerait là derrière.
Daniel Affolter et Alfred Kuoni ont pris les devants jeudi en fin d'après-midi en convoquant d'urgence une conférence de presse pour dénoncer ce qu'ils estiment être une tentative de putsch à l'instigation d'un groupe étranger qui tenterait de s'emparer de Kuoni. M. Affolter avait cité nommément l'Allemand TUI, principal voyagiste européen et numéro deux en Suisse, d'être à l'origine de cette «déstabilisation».
MM. Affolter et Kuoni ont eux-mêmes annoncé le dépôt d'une plainte pénale pour vols de documents appartenant à la fondation. C'est sur la base de ces documents que les versements en millions ont été portés à la connaissance de la direction et du public.
Aux yeux de M. Affolter, les prestations en question sont parfaitement justifiées. Elles portent sur les années 1990 à 2000 et sont proportionnelles à la croissance de la fortune de la fondation, qui a quintuplé ces cinq dernières années. Le groupe Kuoni dans son ensemble a prospéré, ajoutent-ils.
Ces versements, pour l'instant bloqués sur un compte spécial de la fondation, visaient notamment à garantir l'indépendance de M. Affolter, dont les rétributions se situaient jusqu'à présent bien en dessous de celles des anciens managers du groupe, ont poursuivi les principaux intéressés.
«Je n'ai jamais vu cela», a déclaré Alfred Kuoni, qui a créé la fondation en 1957 et y a investi 90% de sa fortune. Ces accusations surviennent quelques jours avant l'assemblée générale de Kuoni, ce qui indique bien selon lui qu'une manœuvre inamicale se cache là-derrière.
Les cinq membres «critiques» du conseil d'administration sont les cinq Suisses de ce conseil: Heinz Müller, ancien directeur de l'UBS, Hans Eisenring, ex-directeur général des CFF, l'avocat Roland Rasi, l'économiste Gilbert Probst et Claudia Depuoz, directrice des assurances Depuoz. Tommaso Zanzotto et Geoffrey Lipman seraient restés loyaux à MM. Affolter et Kuoni.
En 2000, et malgré une perte opérationnelle essuyée par l'unité Europe, Kuoni a réalisé des résultats records. Le chiffre d'affaires du voyagiste a crû de 17% par rapport à 1999, à 4,113 milliards de francs, et le bénéfice d'exploitation (EBITA) de 14,3% à 174,7 millions.
swissinfo avec les agences