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Cette vue de l'île Rousseau et des Pâquis a été prise d’un point surélevé, probablement un immeuble du Grand Quai (actuel quai du Général-Guisan). Elle n’est pas inversée, contrairement à la plupart des daguerréotypes, grâce à l’emploi d’un petit miroir ou d’un prisme placé devant l’objectif. Non datée mais antérieure à 1851, elle fait partie des rares représentations urbaines d'Eynard. En outre, elle forme le second volet d’un diptyque qui, avec un daguerréotype représentant le quai et le pont des Bergues (84.XT.255.24), constitue une sorte de vue panoramique de la rive droite du Rhône, unicum dans la production d'Eynard. L’attribution à Eynard de ces deux représentations de ville est cependant assurée par l’existence d’un portrait de lui tenant dans ses mains une vue de même type de l’hôtel des Bergues.
On constate cependant un petit décalage en hauteur entre les deux images, ainsi qu'un léger chevauchement, ce qui empêche de les juxtaposer pour composer une image unique. La volonté d'Eynard, qui est toujours de tendre vers une extrême précision, n'était probablement pas de réaliser un panorama au sens strict du terme, mais d'immortaliser deux aspects totalement différents de cette zone de la ville alors en pleine mutation. En effet, la vue de gauche (quai et pont des Bergues), très urbaine, montre le nouveau visage de la cité de Calvin : le quai des Bergues est bâti en 1830, le pont en 1833-1834, tandis que l'hôtel des Bergues, premier grand hôtel moderne de Suisse, est élevé entre 1830 et 1833. A contrario, l'image de droite révèle le caractère encore verdoyant et presque bucolique de certaines zones situées en bordure de la ville. A l'arrière-plan à droite, on voit l'ancienne grève et le hameau des Pâquis, très arborisé bien qu'il commence à être loti. En effet, le long bâtiment face au lac, couvert d'une toiture à croupe, a été transformé en 1836 afin de recevoir six appartements par niveaux (renseignements communiqués par David Ripoll). A sa gauche, s’élèvent deux hangars parmi les nombreux établis en bordure du Fossé Vert afin de stocker du bois et d'autre matériaux de construction, et qui seront bientôt démolis. Barrant le Rhône, on aperçoit l'alignement des pieux de l'ancienne estacade qui fera place au pont du Mont-Blanc en 1862. Ainsi, cette vue constitue-t-elle un précieux témoignage de l'aspect de ce quartier peu avant son urbanisation. La construction du quai du Léman (actuel quai du Mont-Blanc), en 1851-1853, permet de la situer avant cette date.
Ce daguerréotype d'une grande précision, réalisé sur une demi-plaque, a nécessité un temps de pose de plusieurs secondes et une bonne lumière, ce qui a entraîné une solarisation du ciel, défaut dont Eynard a su tirer profit. En effet, cette tonalité bleutée apporte une touche de réalisme non dénuée de poésie. (I. Roland)
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