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Il y a des phrases que j'entends et qui traversent les générations, elles semblent sortir de notre bouche sans même que nous sachions vraiment ce qu'elles veulent dire et s'accrocher à nous pour apparaitre face à certains comportements des enfants !
"Tu fais ton intéressant"
Assise au salon chez des amis, j'entends un enfant qui semble refuser de mettre son manteau sur le porte-manteau ! Et en moins d'une minute, cette phrase fuse : "tu fais ton intéressant, tu veux faire ton intéressant parce que Lorina est là ?"
La nuit est tombée, je ne les vois pas, ils sont dans le couloir... et je souris, amusée de voir que l'on se raconte encore cette histoire "que l'enfant cherche à faire son intéressant" et surtout, qu'on y croit !
"Tu fais ton intéressant", je l'entends trois ou quatre fois en quelques minutes... avec "allez, ça prend une minute après tu pourras aller la voir" et vient le chantage "tu n'iras pas jouer tant que tu n'auras pas ramasser ton manteau", puis une forme d'humour (moqueur !), des chatouilles et un ton enjoué avec une nouvelle fois "tu fais ton intéressant" ; entre-croisé de "non", "je suis fatigué" et de début de phrase qui n'ont pas l'espace de se terminer !
"Tu fais ton intéressant"...comme je peux entendre à d'autres moments "il-elle cherche l'attention", "arrête ton cinéma", "il-elle fait sa crise", "tu as fais une bêtise", "tu veux te faire remarquer". Notre créativité mentale est sans limite :-)
Je me rappelle les avoir entendues enfant, elle me laissait un goût de solitude, d'être inadéquate ou nulle... je me sentais incomprise. Les adultes projetaient des tas de choses sur moi sans vraiment chercher à me rencontrer, me comprendre ! Alors, je souris et je suis un peu triste aussi. Le temps d'un instant de gêne ou d'impuissance à faire faire à l'enfant ce que nous souhaitons et ces phrases arrivent comme des vérités qui créées de la distance avec soi et avec l'enfant.
Ces phrases m'amènent de la confusion, je ne sais à la fois pas ce qu'elles veulent dire, je les vois comme des interprétations qui ne font pas sens en moi ; et en même tant, j'ai conscience qu'elle parle de notre agacement, notre fatigue, notre incompréhension ou.... Je dirai que ces phrases sont une manière maladroite de parler de ce que nous vivons et de ce à quoi nous aspirons, et qu'en même temps elles laissent à penser à l'enfant que ce qu'il ressent ne compte pas, n'est pas entendu, n'a pas de valeur et est peut-être même faux !! Elles semblent insignifiante et font parti de notre langage, celui qui nous déconnecte de nous, de l'enfant et l'enfant de lui-même.
Pourtant, il suffit parfois d'une respiration pour accueillir notre propre fatigue ou colère, une respiration pour se tourner vers l'enfant et écouter (vraiment) ce qu'il vit... quelques minutes pour changer l'expérience. Lâcher le projet du manteau le temps de respirer et de se rencontrer, c'est cela écouter... écouter pour tricoter ensemble ce vivre ensemble :-)
Auprès des enfants, j'ai appris la souplesse. Je me souviens de ce jour où je me suis détendue, ouverte à la douceur intérieure, à lâcher un de mes principes. À une époque, je restais convaincue que lorsqu'un enfant "devais" faire quelque chose, alors je ne devais pas lâcher pour qu'il le fasse à chaque fois... sinon, il ne le fera plus et ce sera l'enfer chaque jour !!! Ce jour là, il était midi, un garçon de 3 ans est rentré de dehors et a laissé son manteau au sol puis s'est assis sur une chaise et étalé sur la table (sa tête sur ses bras). Je lui ai demandé de ranger son manteau et il a soupiré en me disant qu'il était fatigué, je me suis approché de lui, à l'écoute, nous avons échangé quelques mots et j'ai vu son corps épuisé. Je me suis laissée toucher par la fatigue, celle que je connais aussi, et j'ai choisi d'aller pendre son manteau, comme un accueil de sa fatigue et de mon élan à contribuer, à être là. Et je n'ai à aucun moment eu peur que les jours suivant deviennent l'enfer.... et ça ne l'est pas devenu ;-)
Les enfants viennent régulièrement interroger nos principes et croyances, les confronter à la réalité humaine du mouvement de la vie, de nos émotions, des évènement qui surgissent. Apprendre à reconnaître notre propre fatigue, nos agacements, nos manques d'élans... et leur donner de la valeur est une clef pour s'ouvrir à rencontrer l'expérience de notre enfant, leur offrir, par exemple, la possibilité d'être fatigué et recevoir notre soutien. Et je sais combien il est bon de m'autoriser d'être fatiguée, de ne pas faire, de remettre à plus tard ou recevoir du soutien... et le monde autour de moi ne s'écroule pas, je dirai même qu'une douceur vient l'envelopper :-)
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