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Critique
Présenté à Cannes 1999 dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, LA COUPE est une curiosité à plus d'un titre: premier film bhoutanais, premier long métrage parlé en tibétain, tourné dans un authentique monastère de bonzes tibétains réfugiés au nord de l'Inde par un non moins authentique lama, Khyentse Norbu (plus connu comme Son Eminence Dwongsar Jamyang Rinpoche, et reconnu à l'âge de sept ans comme la réincarnation d'un saint homme du XIXe siècle).
Petit rappel: dans les années 50, les Chinois envahissent le Tibet, tuant plus d'un sixième de la population, soit plus de 1'200'000 habitants, et détruisant 10'000 monastères (même l'Autriche de Haider n'a pas un pareil «tableau de chasse»...). Aujourd'hui, ce petit pays montagnard compte plus de Chinois que d'autochtones.
Palden et Nyima, deux jeunes Tibétains réfugiés au pied de la chaîne himalayenne, sont ordonnés et découvrent non sans quelque surprise que si c'est ça la vie que les moines font... En effet, leurs jeunes condisciples sont obnubilés par la Coupe du monde de football et se damneraient quasiment pour assister aux transmissions finales. Les bons comptes faisant les bonzes amis... ils participent à une collecte qui permettra de louer téléviseur et antenne parabolique.
Le film de Khyentse Norbu est l'oeuvre d'un philosophe et d'un enseignant sans grande expérience cinématographique: le rythme est lent, l'histoire s'étire et aurait suffi à un court métrage, mais c'est une fenêtre ouverte sur un monde peu connu, au-delà des déclarations pleines de bon sens lénifiant du Dalaï Lama et de l'imagerie dépourvue de recul critique par rapport au monachisme tibétain. Au risque d'affliger quelques âmes candides, il est assez piquant de voir, filmés par le maître d'un monastère, des moinillons bouddhistes shooter dans une canette de coca vide, orner les parois de leurs cellules de photos de vedettes du ballon rond ou dissimuler sous leur robe pourpre et safran un maillot au nom de Ronaldo... On rappellera à ces jusqu'aubouddhistes de la mystique cette sage maxime: «Si un problème peut être résolu, ce n'est pas la peine d'être malheureux. S'il ne peut pas être résolu, être malheureux n'y changera rien».
A noter que le proviseur du monastère, incarnant son propre rôle, a été surnommé «Une prise», tant sa maîtrise devant la caméra était exceptionnelle; que le vieux devin est un vrai yogi qui ne s'est jamais lavé les cheveux (d'où ce que certains appelleraient une odeur de sainteté...); que les phases du tournage se sont conformées aux ancestraux rites de divination.
Daniel Grivel