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Le Brésil a été durement frappé par la pandémie de Covid-19 et le taux de mortalité du pays est l’un des plus élevés de la planète. La région amazonienne, au nord du Brésil, est particulièrement touchée : des centaines de milliers de Vénézuéliennes et de Vénézuéliens ont franchi la frontière ces dernières années. Ces réfugiés ont du mal à joindre les deux bouts, et la poursuite de leur déplacement est rendue difficile par les énormes distances à parcourir. Jean Paul Fariasa, médecin au Venezuela, témoigne. Il a osé tenter la marche de 750 kilomètres jusqu'à Manaus.
La pandémie de Covid-19 a frappé de plein fouet la population brésilienne. Comptant moins de 3 % de la population mondiale, le Brésil a enregistré 13 % des décès dus au coronavirus dans le monde. La pandémie y a provoqué l'effondrement du système de santé publique. Elle a également plongé d'innombrables personnes dans une profonde pauvreté.
L’absence d'une stratégie volontariste de lutte contre la pandémie favorise la propagation de variantes virales agressives. D’où une augmentation des évolutions graves de la maladie et une hausse rapide des taux de mortalité, même chez les jeunes. Le programme national de vaccination prend du retard vu le peu de vaccins disponibles. En maints endroits, les médicaments, les équipements médicaux et l'oxygène viennent à manquer ; le traitement adéquat des patients de la Covid-19 n'est pas garanti.
Des responsables de haut niveau du gouvernement brésilien qui dénigrent les mesures de protection habituelles - masques de protection et maintien des distances - doivent aujourd’hui se justifier devant une commission d'enquête parlementaire. Pendant ce temps, le virus continue de frapper le pays de manière incontrôlée. Les experts prévoient une nouvelle augmentation du nombre d'infections.
Amazonie : de nombreuses personnes vivent avec la moitié du salaire minimum
Structurellement négligée, la région amazonienne du nord du Brésil est particulièrement touchée. Selon des études actuelles, 61 % des habitants du nord du pays vivent avec moins de 95 francs par mois, ce qui correspond à la moitié du salaire minimum. De nombreux Vénézuéliens et Vénézuéliennes ont par ailleurs fui vers cette région ces dernières années, dont des milliers de migrants indigènes. Près de 300 000 réfugiés vénézuéliens vivent au Brésil à l’heure actuelle. Du fait de son énorme étendue et de ses particularités géographiques, la région amazonienne fait l’effet d’un cul-de-sac. Les déplacements ne sont souvent possibles que par bateau ou par avion et sont trop chers pour les réfugiés. Ils se voient ainsi refuser l'accès à d'autres régions où ils auraient de meilleures perspectives d'intégration sur le marché du travail.
Un grand nombre de migrants de cette région est actif sur le marché informel. Ils travaillent comme journaliers, marchands ambulants ou employés de maison pour assurer leur survie quotidienne. Directement exposées au virus sur les marchés locaux, ces personnes sont particulièrement touchées par les conséquences de la pandémie de Covid-19. Dans le nord du Brésil, au moins un travailleur sur deux trime dans le secteur informel et n'a donc pas accès à la sécurité sociale publique s’il perd ses revenus. Le gouvernement brésilien soutient ces travailleurs pendant la pandémie en leur allouant en moyenne 43 francs par mois et par famille. Mais ce montant équivaut à moins d'un quart du salaire minimum national. Pour couvrir leurs besoins fondamentaux comme le logement, la nourriture et les soins de santé, ces personnes sont donc tributaires de revenus complémentaires.
Le long chemin vers une nouvelle vie à Manaus
Au début 2018, Jean Paul Farias, un médecin de 32 ans, a également fui le Venezuela pour l'État de Roraima dans le nord du Brésil afin d’assurer la survie de sa famille. « Au Venezuela, je menais trois emplois de front. Je travaillais pratiquement 24 heures sur 24. Mes revenus n’étaient toutefois pas suffisants pour subvenir aux besoins de ma famille », explique-t-il. On lui a volé ses quelques biens dès son arrivée à Roraima et il a vécu dans la rue pendant des semaines.
« La pandémie est omniprésente au Brésil. Mais ce qui préoccupe vraiment les gens au quotidien, c'est la faim », affirme Jean-Paul Farias. Un jour, il a décidé de tenter de rejoindre Manaus, à 750 kilomètres de là, dans l'État fédéral d’Amazonas. À pied - pour y trouver du travail. Ce voyage semé d’embûches lui a fait traverser les vastes étendues de l'Amazonie brésilienne, en passant par des réserves de communautés indigènes et des petits villages où lui et ses compagnons ont pu mendier un peu de nourriture et d'eau potable. Les pluies tropicales ont rendu la marche encore plus difficile et Jean Paul Farias a souvent pataugé dans la boue jusqu'aux genoux. Un jour, il a néanmoins atteint la zone urbaine de Manaus, où il a trouvé le soutien d'une organisation d'entraide locale.
Des mois durant, Jean Paul Farias a travaillé comme employé de nettoyage jusqu'à ce qu'il puisse enfin ouvrir un petit bistrot où il vendait des mets locaux. Il était simultanément bénévole auprès de l'organisation d'entraide qui l’avait protégé à son arrivée à Manaus. Aujourd'hui, il a un emploi dans un projet d'assistance financé par Caritas Suisse pour combattre les conséquences fatales de la pandémie de Covid-19 dans le nord du Brésil. « Je suis heureux que mon travail me permette d’aider mes compatriotes. Il a changé ma vie et je veux construire un nouvel avenir ici à Manaus », se réjouit-il.
Aide d’urgence de Caritas Suisse contre la Covid
Pour lutter contre les conséquences fatales de la pandémie de Covid-19, main dans la main avec ses organisations régionales, Caritas apporte une aide d'urgence aux groupes de population particulièrement vulnérables au Brésil : elle distribue du matériel d'hygiène et de nettoyage et alloue une aide financière transitoire aux personnes les plus nécessiteuses. Cela leur permet de subvenir à leurs besoins de base comme le loyer, la nourriture et les soins de santé, et leurs droits fondamentaux sont préservés même pendant la pandémie. Caritas Suisse soutient aujourd’hui près de 25 000 personnes dans le nord du Brésil.
Photo : SPM