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Depuis les années 1990, les écarts entre les revenus et les salaires représentent un des problèmes économiques les plus importants en Suisse. Or, d’un point de vue statistique et analytique, ce problème n’est pas traité comme il devrait l’être. C’est pourquoi l’USS a rédigé l’an dernier un rapport sur la répartition des revenus et de la fortune en Suisse (« Verteilungsbericht »). D’une part, le présent rapport est une actualisation (nouvelles données) de ce dernier ; de l’autre, il contient un plus grand nombre d’analyses des causes à l’origine des écarts entre revenus et entre salaires. Afin de clarifier ces causes, un chapitre du présent rapport a été consacré à l’analyse des études économiques existantes sur cette question.
Depuis les années 1990, les écarts entre les salaires se sont fortement accrus. Les salaires élevés (+33 % depuis 1994) ont augmenté nettement plus que les bas (+9 %) et les moyens (+7 %) salaires. En raison de la crise financière, les salaires les plus élevés (pour-cent supérieur) ont certes connu un léger recul entre 2008 et 2010, mais, en comparaison sur un plus long terme, il n’y a rien de particulier à cela. Si la valeur ajoutée créée par les banques a momentanément chuté, la croissance des salaires très élevés a aussi été un peu plus faible.
En Suisse, contrairement à ce qui a été le cas dans d’autres pays, aucun écart ne s’est creusé entre bas et moyens salaires. Cela devrait s’expliquer par la politique que les syndicats ont activement menée contre les bas salaires. Grâce à la campagne « Pas de salaires au-dessous de 3000 francs ! », les salaires les plus bas du secteur des services ont été augmentés. Dans certaines branches (hôtellerie-restauration, commerce de détail, etc.), certains salaires minimums ont augmenté de plus de 40 % depuis 1998.
Pendant la crise, la part des plus riches à la fortune totale a légèrement diminué. Les différences de fortune sont toutefois restées extrêmes. 2,6 % de la population possèdent 50 % de la fortune. La Suisse fait ainsi partie des pays les plus inégalitaires du monde.
La politique fiscale appliquée entre 2000 et 2010 a favorisé les couches supérieures de la société. Les hauts et très hauts revenus ont en effet profité de baisses d’impôts sur le revenu et sur la fortune. Par contre, les bas et moyens revenus ont vu leur charge croître à cause des impôts indirects, de certaines taxes et des primes de caisse-maladie ainsi que des loyers. Concernant les ménages d’une personne à bas et moyens revenus, les hausses de salaire réel de la dernière décennie ont même été plus qu’entièrement « mangées » par les hausses de certaines taxes, des primes de caisse-maladie et des frais de logement. Le revenu disponible de cette catégorie de personnes a ainsi baissé.
Les politiques peuvent combattre activement les inégalités de salaire. Que ce ne soit pas simplement des « forces du marché » globales qui creusent les écarts entre les salaires, on le voit déjà au fait que ces écarts ne se sont pas creusés de manière identique et pendant la même période dans tous les pays. S’il peut être vrai que c’est surtout une main-d’oeuvre hautement qualifiée et mieux rémunérée qui a pu profiter de l’introduction de nouvelles technologies (ordinateurs, entre autres) ou de la mondialisation, de la dérégulation des marchés financiers, etc., les politiques (« institutions ») n’étaient pas désarmés face à cette évolution. Les études économiques existantes montrent que dans tous les pays où les syndicats, ainsi qu’une politique économique et sociale active, se sont opposés au creusement des écarts entre les salaires, la répartition des revenus est aujourd’hui moins inégalitaire. Pour une évolution équilibrée des salaires, l’existence de syndicats forts, des salaires minimums efficaces, une assurance-chômage de qualité et une bonne protection des travailleurs et travailleuses 7 Schweizerischer Gewerkschaftsbund / Union syndicale suisse / Unione sindacale svizzera sont des éléments déterminants. Ces « institutions » renforcent la position des salarié(e)s ordinaires sur le marché du travail et contribuent à ce que leurs salaires puissent progresser au même rythme que l’évolution économique. Contrairement aux systèmes de salaires avec bonus axés sur une politique salariale individualisée, les systèmes classiques prévoyant des hausses générales freinent les excès commis avec les salaires les plus élevés. Certaines mesures publiques destinées à améliorer la formation initiale et continue des travailleurs et travailleuses ont aussi pour effet de réduire les inégalités. Et l’organisation des services publics est également importante ici. Les pays qui ont privatisé ces derniers ou les ont externalisés se signalent par des écarts entre les salaires plus importants que dans les pays qui n’ont pas procédé de la sorte.