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Le Musée d’art et d’histoire de Genève, désirant compléter ses fonds byzantins, a récemment acquis une garde de dague gravée d’une inscription grecque d’un grand intérêt historique.
La lame de notre dague a disparu, car elle était en fer, plus fragile que le bronze de la garde. En revanche, la dorure de cette dernière reste très visible sur l’une des faces principales, celle marquée d’une invocation à la Mère de Dieu. L’inscription atteste l’origine byzantine de la garde et ses caractères ont pu être attribués aux VIIIe-IXe siècles. Elle court sur les deux faces, et la première partie est précédée et terminée par une petite croix: + Mère de Dieu aide + Therdatos le megistan.
La transcription byzantine Therdatos, pour Tiridate, prénom arménien, est connue par d’autres exemples, tandis que le terme de megistan (le noble), qui ne désigne pas un titre, marque l’appartenance à l’aristocratie.
Constituant un ensemble ethnique prédominant dans l’Empire, y compris jusque dans les plus hautes sphères de la société byzantine, les Arméniens sont présents non seulement dans les régions orientales, mais aussi en Thrace ou en Macédoine. En effet, afin de contrer les solidarités possibles entre militaires et populations, des empereurs comme Basile II envoient des corps d’armée arméniens, avec parfois leur famille, pour combattre les Bulgares. Actuellement, il reste encore des traces de ce phénomène historique en Grèce du nord sous la forme de certains patronymes. On peut évoquer, à titre d’exemple, les noms de famille de deux cinéastes bien connus, Costa Gavras et Agnès Varda.
Qui pouvait être Tiridate?
Dans la première moitié du IXe siècle, le prénom Tiridate – le possesseur de la dague – se retrouve parmi des officiers arméniens, engagés dans l’armée byzantine, mais ayant déserté au profit des Bulgares. Il est mentionné en tant que candidat sur un couvercle de sarcophage de pierre gravé au nom du khan Omourtag (814-831). L’inscription grecque, bien tracée, a pu être traduite ainsi: «Le grand khan Omourtag: le candidat Tiridate était mon homme fidèle et il est mort à Pliska.» Sur cette inscription protobulgare, la transcription de Tiridate est différente (Tourdatzis), mais peut-être est-ce dû au fait que le couvercle a été gravé en Bulgarie, tandis que notre garde a plus vraisemblablement été manufacturée dans un territoire hellénophone.
On est ainsi tenté d’affecter la découverte de cet objet aux pilleurs de la tombe bulgare du candidat Tourdatzis, dont le viol a été constaté lors de la fouille archéologique de 1970. Cependant, si cette hypothèse est très séduisante, elle est quelque peu contredite par l’emploi du terme de megistan, moins précis que celui de candidat, mais peut-être Tiridate a-t-il conservé une dague réalisée avant son accession au titre de candidat.
Ce texte a été publié dans La Tribune des Arts, juin 2012
Il est présenté sur ce blog suite à l’Entretien du mercredi du 7 novembre, par Marielle Martiniani-Reber.