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Schizo, Schizophrenic, Schizophrène, Schizophonia, Schizophonic… tels Geri Halliwell, The Wildhearts, US3, Kamini ou Nolwenn Leroy, les artistes sont nombreux à avoir joué autour du terme «schizophrénie» dans les intitulés de leurs albums et chansons. Certains osant même des jeux de mots incertains, comme Ian Hunter avec l’album «You’re Never Alone With a Schizophrenic» (rock, 1979). Cela ne veut pas pour autant dire que la maladie soit, sérieusement ou non, thématisée dans leur musique.
Pourtant de nombreux musiciens et musiciennes (et pas des moindres!) sont personnellement concernés par la maladie. Ils se retrouvent dans tous les styles de musique: classique, jazz, pop-rock… Vous trouverez ici quelques grands noms de la musique contemporaine:
Syd Barrett (1946-2006), musicien anglais né Roger Keith Barrett est l’un des membres fondateurs du mythique groupe Pink Floyd. Il a composé les deux premiers singles du groupe, étant tout à la fois chanteur, guitariste et compositeur officiel des Pink Floyd sur leur premier album, «Piper At The Gates of Dawn» (1967), qui introduit une nouvelle forme de rock progressif et planant dans la pop music.
Figure emblématique de la pop power generation, il a inspiré des artistes aussi divers que David Bowie, Paul McCartney, Pete Townshend, Jimmy Page, Brian Eno ou R.E.M. Alliant des atmosphères mélodiques riches et complexes, mais paradoxalement des mélodies simples, il impose des airs devenant entêtants, parfaitement reconnaissables qui s’imposeront dans le milieu rock.
Malheureusement, le LSD va très vite avoir raison de sa santé mentale. Après trois ans de collaboration, son comportement instable, lié à la drogue et à la schizophrénie, le mène à être exclu du groupe, au grand regret de celui-ci. Il vivra ensuite durant une trentaine d’année reclus chez sa mère, dans la banlieue de Cambridge, où il meurt en 2006.
Si son désordre mental ne fait aucun doute, le diagnostic de schizophrénie a beaucoup fait parler, certains traits de son caractère évoquant également le syndrome d’Asperger, facteur d’autisme.
Né en 1877 à la Nouvelle-Orléans, Charles Bolden est un cornettiste (trompettiste) afro-américain surnommé le premier «King of Cornet» et considéré comme l’inventeur du jazz.
C’est en 1895 qu’il fonde avec quelques musiciens le Bolden Band, qui joue les styles en vogue: valse, mazurka, blues, rag, etc. Mais il s’émancipe des cadres des musiques connues pour un style propre, original, révolutionnaire. Fusionnant le ragtime, le blues rural, les negro spirituals et la musique des marching-bands, il crée un ragtime relâché et très ouvert à l’improvisation. Mettant les cuivres en avant, libérant la musique de ses styles et partitions… Bolden invente ce qui sera plus tard nommé le«jazz».
Selon une étude du Département de psychiatrie de l’Université Sheffield, c’est la schizophrénie dont il est atteint qui empêche Charles de lire correctement les partitions, l’encourageant à s’en libérer pour mieux improviser. Le «Nouvel Observateur» en conclut que «les moments de pure démence musicale» de Bolden sont à l’origine du jazz actuel: c’est pour assurer le spectacle et contenter son public que le musicien se serait lancé dans l’improvisation de longs et impressionnants morceaux.
Cela dit, en 1907 cependant, la santé mentale de Buddy Bolden se dégrade. En plus de ses problèmes liés à l’alcool s’ajoutent de fortes migraines et des comportements incohérents, voire violents. Diagnostiqué schizophrène, il est interné dans un établissement spécialisé à Jackson (Mississippi), duquel il ne sortira plus. Il meurt en 1931.
Tom Harrell a adopté la trompette à l’âge de 8 ans et a commencé à en jouer professionnellement à 13 ans. Emmuré longtemps dans la forteresse intérieure de la schizophrénie, il a trouvé dans la musique le seul moyen de communiquer ses émotions à travers une écriture riche, élégante et lyrique… Tom Harrell est considéré comme l’un des instrumentistes les plus créatifs et les plus intransigeants d’aujourd’hui.
Daniel Johnston, né en 1961, est un dessinateur, chanteur, pianiste et guitariste américain de musique pop, folk ou rock, dans un style qui a été qualifié de lo-fi. Ses travaux illustrent son univers et sa vie tourmentée par la maladie mentale. Son parcours, sa personnalité et ses albums atypiques lui confèrent un statut singulier, un peu mythique, auprès des auditeurs et des critiques. Il sera diagnostiqué schizophrène dans les années 90.
En 2006, Jeff Feuerzeig lui consacre un magnifique documentaire «The Devil and Daniel Johnston». Les collaborations et l’influence de l’artiste sur les grands noms du rock (Kurt Cobain, Wilco, Yo La Tengo, Beck, Sonic Youth, Mercury Rev,etc.) y apparaissent clairement.
Pour suivre les aventures de Daniel Johnston sur son site officiel.
Pianiste afro-américain de jazz américain, Thelonious Monk est célèbre pour son style d’improvisation unique ainsi que pour avoir écrit de nombreux standards du répertoire du jazz, souvent considéré comme l’un des fondateurs du be-bop. Durant toute sa vie, Monk a souffert d’une forme d’autisme que les psychiatres identifièrent comme une «schizophrénie non répertoriée». Il vivra plusieurs crises (Boston en 1959, San Francisco en 1969) jusqu’à son silence définitif, de 1976 à 1982, où ayant tout dit, il semble attendre la mort.
Brian Wilson, auteur et compositeur de talent, cofondateur du groupe The Beach Boys, est présenté comme un adolescent patriotique et gentillet. Il se révèle avoir une personnalité complexe, névrosée, pétrie de doutes et de mélancolie.
Au début des années 60, Wilson compose les premiers singles du groupe: «Surfin’USA» ou «I get around». Après l’album «Pet Sound» (1966), encore souvent considéré comme le plus bel album pop jamais écrit, Wilson se met en tête de composer une «Symphonie adolescente à Dieu», le projet d’album «Smile». De ce projet naîtront des opus magnifiques, comme «Good Vibration». Mais l’enregistrement est mené à mal par les dérives paranoïaques et les crises de Wilson (en studio, il allume un feu de bois dans la corbeille et oblige les membres du groupe, coiffés de casques de pompier, à en sentir la fumée… pour la chanson «Fire»). Le projet est finalement abandonné. Le musicien traverse ensuite une longue période de dépression, durant laquelle il ne sort presque plus de sa chambre, ne se lave plus. Si la maladie explique cette dégringolade, son importante prise de drogue y contribue également! S’il se remet tranquillement sur pied au cours des années 80, c’est dans les années 90 que Wilson semble être parvenu à stabiliser sa vie affective et psychique. L’album «Smile» verra finalement le jour en 2004.