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Un temps de réflexion avant le verdict dans le procès Tinner
Friedrich Tinner et ses deux fils Urs et Marco ont comparu lundi à Bellinzone devant le Tribunal pénal fédéral (TPF). Ils ont été longuement interrogés par la Cour des affaires pénales. Celle-ci se laisse le temps de la réflexion et ne rendra pas son verdict avant mardi après-midi.
Longuement interrogés par les juges, les trois accusés, qui répondent de violations de la loi fédérale sur le matériel de guerre, n'ont pas pu ou pas voulu répondre à de nombreuses questions. Friedrich Tinner a ainsi formellement refusé de donner des précisions concernant l'objet du contrat de coopération que lui et ses fils avaient passé avec les autorités américaines.
"C'est une toute autre histoire que celle qui nous occupe ici", a déclaré le septuagénaire. Il a rappelé ensuite que c'est lui seul qui avait pris l'initiative de contacter les autorités américaines pour les aviser d'un risque de violation du traité de non-prolifération des armes nucléaires par un Etat inconnu.
Zones d'ombre
A la question de savoir pourquoi il n'a pas averti les autorités suisses lorsqu'il s'est douté que ses exportations de matériel, destinées à la fabrication de centrifugeuses, pouvaient servir des fins non-pacifiques, Friedrich Tinner s'est contenté de répondre qu'avec les Américains, il savait que "l'affaire était en de bonnes mains".
Les trois juges de la Cour des affaires pénales ont aussi longuement interrogé Marco Tinner. Celui qui fut le comptable de la famille est souvent resté très évasif. Il n'a guère apporté de précisions concernant les zones d'ombre qui entourent les versements des Etats-Unis et les flux financiers liés aux transactions effectuées pour le compte du réseau pakistanais d'Abdul Qader Khan,
Au terme de l'audition des accusés, le procureur de la Confédération, Peter Lehmann, a pris la parole pour défendre les peines requises dans son acte d'accusation et plaider en faveur de la procédure simplifiée, par laquelle ses conclusions seraient entièrement retenues dans le jugement final.
Des pièces du dossier détruites
En raison de la destruction de nombreuses pièces du dossier, un procès équitable avec une administration complète des preuves n'est plus possible, a relevé le procureur. Le magistrat a également justifié le prononcé d'une peine avec sursis en faveur de Friedrich Tinner.
"C'est lui qui a pris contact avec les Américains, c'est lui aussi qui a donné l'impulsion pour la procédure simplifiée. A septante ans, il a tiré un trait sur son passé", a notamment déclaré le procureur.
Les peines requises
Compte tenu de tous ces facteurs et de la longueur de la procédure, une peine de 24 mois avec sursis, est appropriée, a ajouté le représentant du Ministère public de la Confédération.
Le procureur a également défendu les peines de 50 et 41 mois de prison requises contre Urs et Marco Tinner, tout en admettant qu'elles sont relativement sévères, en comparaison avec les sanctions qui seraient requises dans d'autres pays dans des affaires similaires,
Au terme de l'audience, la défense n'a rien ajouté, si ce n'est pour dire qu'elle soutenait elle aussi le choix de la procédure simplifiée.
ats/jgal
Quelques dates clé de l'affaire Tinner
Elle a besoin de centrifugeuses à gaz destinées à l'enrichissement d'uranium. A la même époque, le Saint-Gallois Friedrich Tinner et ses fils Urs et Marco collaborent avec Abdul Qader Khan. Leur entreprise fournit des éléments pour la construction de centrifugeuses.
2003: Urs Tinner est employé par l'entreprise malaisienne Scope, qui sert de plaque tournante aux commerces de centrifugeuses. Il informe la CIA de ses activités. Au plus tard en juillet 2003, les Tinner passent un accord de "coopération" avec la CIA.
2004-2005: les trois ingénieurs suisses sont arrêtés. Le Ministère public de la Confédération (MPC) ouvre une procédure d'enquête pour infraction à la loi fédérale sur le matériel de guerre à l'encontre des deux frères puis de leur père. Ce dernier est libéré au début 2006.
Noël 2008: après quatre ans, Urs Tinner sort de détention préventive. Son frère Marco sera libéré début 2009.