Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06933.jsonl.gz/1179

Les images ont été prises sur la côte amalfitaine, au sud de Naples, puis retravaillées. En rendant la représentation de l’eau presque invisible, il s’agissait d’établir une confusion entre la mer et le ciel, entre des falaises en plongée et des montagnes vues de face. L’image devait ainsi avoir la force d’une énigme. Sous la forme d’une illusion qui se donnerait comme telle, il importait de montrer la puissance symbolique de la permutation mer-ciel. Un tel basculement épouse la pensée de Nietzsche. Celle-ci propose constamment une inversion des repères du haut et du bas, de l’élevé et du profond. Certains passages d’Ainsi parlait Zarathoustra sont ainsi propres à nous donner un salutaire tournis :
Sommet et abîme, – tous deux maintenant sont confondus.
D’où viennent les montagnes les plus hautes? ai-je demandé jadis. Alors j’ai appris qu’elles venaient de la mer. […] Il faut que ce soit du plus profond que le plus haut s’élève à sa hauteur propre.
Ô ciel au-dessus de moi, ciel pur, ciel profond ! abîme de lumière ! […] Me jeter dans ta hauteur – c’est là ma profondeur !
Chez le philosophe allemand, ce brouillage spatial est tout sauf gratuit. Il s’intègre à une attaque en règle contre un système de valeurs qui oppose traditionnellement le supérieur à l’inférieur : l’esprit supérieur au corps, le réel supérieur à l’artifice, etc. Nietzsche met ainsi à mal toutes les hiérarchies dualistes de la pensée occidentale.