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La solitude du volleyeur
«Bienvenue au club!» • Le volley-ball a beau être un des sports les plus pratiqués dans le monde, il n'intéresse guère le grand public. Et ses adeptes n'ont pas l'air de s'en porter plus mal…
Pascal Bertschy
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Question: pouvez-vous citer le nom d'un ou deux joueurs de volley-ball? Ne levez pas tous la main en même temps! Et ne comptez pas sur moi pour sortir des noms de mon chapeau, je n'en connais pas un seul. Ben non, je suis comme vous, le volley me passe complètement au-dessus de la tête.
Le volley, pourtant, je n'ai rien contre. La preuve, j'ai un ami volleyeur. Cette phrase: j'ai un ami volleyeur. En la relisant, j'ai l'impression d'être un type qu'on accuse d'être raciste et qui proteste, non, non, pas vrai que je suis raciste, j'ai un ami juif!
Il n'empêche, j'ai un ami volleyeur. Et c'est lui qui vient de me l'apprendre: dans ce sport aussi, les équipes doivent suivre un protocole d'entrée sur le terrain. Le règlement est formel: les joueurs entrent dans la salle puis doivent s'aligner latéralement au milieu du terrain face à la tribune principale, histoire de saluer le public.
Mon copain joue aujourd'hui en quatrième ligue. Dis-moi l'ami, en quatrième ligue, il y a beaucoup du monde dans la tribune principale? Et elle est imposante, cette tribune? Rire du copain. Il n'y a évidemment pas un chat aux matches. Jamais l'ombre d'un spectateur. D'ailleurs, s'il y avait deux ou trois, ces derniers risqueraient de passer bien plus pour des voyeurs que pour des spectateurs.
La voix de la sagesse
Ça te dérange, toi, de pratiquer un sport si peu présent dans les conversations et dans les médias? Pas une seconde, m'a fait le copain, je n'ai même jamais regardé un match de volley de toute ma vie! Ah bon, pourquoi? Parce que ça ne se regarde pas et ça ne s'analyse pas, le volley, ça se joue!
Aujourd'hui, un peu partout dans le monde, environ 820 millions d'hommes et de femmes jouent au volley. J'ignore s'ils ont tous la sagesse de mon copain, mais sa réponse m'a plu. Tranquillité et sérénité au programme. On joue pour le plaisir de jouer et par amour d'un sport qui est ce qu’il est, pas plus, pas moins.
Il existe apparemment une solitude du volleyeur. Elle le pousse à monter au filet comme il monterait dans une tour d'ivoire, à vivre son sport avec une poignée de coéquipiers, à allumer son feu en craquant la petite allumette rangée au fond de sa boîte. Autant dire que son feu à lui n'a rien à voir avec les puissants projecteurs du sport spectacle, mais il réchauffe très bien le volleyeur comme ça.
Faire du sport par pure gratuité
Vous l'ai-je déjà dit? Quand je vois ici ou là des adeptes de sports négligés du grand public, ou toutes sortes de sportifs du dimanche, j'ai de la tendresse qui me monte. Ce que j'aime, en eux, c'est l'idée qu'on puisse faire du sport pour la simple beauté du geste. Pour se sentir bien, uniquement pour se faire du bien. Par pure gratuité et non pour devenir riche, célèbre ou applaudi par des foules en délire.
Les anonymes du sport, souvent, ont dans le cœur des trésors. On devrait le leur dire plus souvent. Et une fois qu'on le leur aurait dit, il faudrait inviter certains d'entre eux à cesser de se croire des mines d'or. Vous faites un sport dont on ne parle jamais? Bravo, très bien, mais arrêtez de vouloir le faire connaître dans toute la galaxie et de vous plaindre auprès des rédactions sportives des journaux.
Mon gosse vient de gagner un tournoi de tchoukball avec son équipe, pourquoi vous n'en parlez pas? Je suis devenu champion romand de taï-jitsu (j'ai battu en finale l'autre adepte de taï-jitsu que compte la Suisse romande), allez-vous faire un article sur moi?
Allons, un peu de sérieux. Si vous faites du sport pour avoir votre photo dans le journal ou pour passer à la télé, il ne faut surtout pas choisir le tchoukball, le pentathlon moderne, le tir à l'arc ou je ne sais quoi. Optez pour le tennis, le football, le hockey sur glace, la Formule 1, le vélo, éventuellement le ski alpin, et basta!
Depuis quand faudrait-il considérer l'anonymat comme une prison, un goulag? Tenez, mon fameux copain. Il pratique un des sports les plus populaires du monde, c'est-à-dire le volley-ball, et il ne lui viendrait pas à l'esprit de pleurnicher sur le peu d'audience médiatique de son jeu. Moi-même, pareil, je ne me plains pas non plus. Or j'aurais de quoi: la vie m'a donné un ami volleyeur plutôt que des copines joueuses de beach-volley, mais tant pis.
Avec dignité et modestie, je fais avec…