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En plus d’être un exercice scolaire, la dictée était un passe-temps de la cour. C’était même, disait-on, le divertissement favori d’Eugénie de Montijo, femme de l’empereur Napoléon III. C’est pour son amusement que Prosper Mérimée a écrit sa fameuse dictée en 1857. Elle a aujourd’hui encore la réputation d’être «la plus difficile du monde»…
Empereur de 1852 à 1870, Napoléon III règne à une époque où l’éducation représente un enjeu social majeur. Dans ce contexte, la dictée s’impose peu à peu au cours du XIXe siècle comme le meilleur moyen d’apprendre l’orthographe.
Hors des milieux scolaires, la dictée devient un passe-temps noble, rattaché à la littérature. C’est ainsi que quelques témoignages, provenant des journaux et chroniques de l’époque, nous rapporte que la dictée est un amusement de cour. Octave Feuillet, bibliothécaire du château de Fontainebleau, le mentionne en 1868. Il l’écrit dans une lettre adressée à sa femme: «On a joué à la dictée…».
On rapporte souvent qu’Eugénie, la femme de Napoléon III, aimait beaucoup les dictées. D’après les récits, c’est elle qui demande à Prosper Mérimée de lui en écrire une pour s’amuser. Ami de l’impératrice et auteur reconnu, il en écrit une qui restera célèbre pour sa difficulté, et pour le nombre d’erreurs des «joueurs».
On retrouve souvent ces chiffres. Napoléon III fait 43 fautes; Eugénie, 62; Octave Feuillet, 19; Alexandre Dumas, 24; et Metternich, ambassadeur d’Autriche, 3 !
Pour parler sans ambigüité, ce diner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuisseaux de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient, quelque exigües qu’aient pu paraitre, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguiller, il était infâme d’en vouloir, pour cela, à ces fusiliers jumeaux et malbâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraichissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entrainer à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguiller sur son omoplate vieillie.
Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie et l’imbécilité du malheureux s’accrut.
— Par saint Martin, quelle hémorragie ! s’écria ce bélitre.
À cet évènement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière.
Il est difficile de connaître précisément l’histoire de cette dictée. Son importance est faible dans les biographies des personnages illustres qui l’ont « jouées ». De ce fait, elle n’est que très rarement relatée. Beaucoup de sites internet rapportent les mêmes faits, malgré les sources qui différèrent sur de nombreux points. Le nombre de fautes commises (43 ou 75 pour Napoléon III), l’année de sa lecture (1857 ou 1868), les personnes présentes, le lieu, etc.
Réelle, faussée ou totalement imaginaire, la dictée de Mérimée est restée célèbre dans l’histoire, probablement pour l’image qu’elle renvoie. Elle montre effectivement que la noblesse commet aussi des erreurs.
Avec du recul, elle rappelle aussi qu’il est important de croiser ses sources en histoire. Elle peut d’ailleurs s’illustrer avec une devise célèbre, associée à Mérimée : « Souviens-toi de te méfier ».
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Image 1 : Pixabay
Images 2 à 4 : Domaine public, Wikipedia Commons.