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À quel point Novak Djokovic était-il blessé lorsque, en 2021 et 2023, il a remporté l'Open d'Australie? Cette question ne revêt qu'un intérêt relatif (pour être poli): le Serbe a été le meilleur sur le terrain lors des deux éditions, il a remporté tous ses matchs pour triompher et accrocher deux Grands Chelems supplémentaires à son formidable palmarès.
Ils sont pourtant beaucoup à se demander s'il avait aussi mal qu'il l'a prétendu. Parce que c'est Novak Djokovic, son passé, son sens du tragique et du cabotinage, une certaine propension à l'entourloupette, aussi.
En 2021, c'était une déchirure abdominale; deux ans plus tard, une autre déchirure mais cette fois aux ischio-jambiers. La nature de sa blessure a été mise en doute dans les deux cas.
Face aux médias sceptiques, aux doutes de personnalités tennistiques aussi influentes que Toni Nadal et Patrick Mouratoglou (les deux entraîneurs s'étaient interrogés sur la possibilité de jouer à un tel niveau tout en souffrant d'un mal aussi handicapant), «Djoko» avait répliqué il y a deux ans. Il avait annoncé qu'un documentaire allait révéler les détails de sa déchirure de 2,5 cm aux abdominaux, mais l'émission n'est jamais sortie.
Il a adopté la même ligne de défense, peu ou prou, cette année après son titre à Melbourne. Le tombeur de Tsitsipas en finale a menacé de révéler les résultats de ses examens médicaux pour faire taire ses détracteurs et prouver sa bonne foi.
Ne voyant rien venir, le directeur du tournoi de Melbourne Craig Tiley est monté au créneau. Il a expliqué à la presse australienne que le lauréat avait joué avec une déchirure de 3 centimètres à l’ischio‐jambier.
«Il y a eu beaucoup de spéculations pour savoir si sa blessure était vraie ou non, a commencé Craig Tiley. Il est difficile de croire que quelqu’un puisse faire ce qu’il fait avec ce genre de lésion, mais il est extraordinaire. Une grande partie des critiques concernant Novak est lié au fait qu’il a une mauvaise réputation. En fin de compte, je ne pense pas que quiconque puisse mettre en doute ses capacités athlétiques. Il avait une déchirure de trois centimètres à la cuisse. J’ai vu les scans, les docteurs ne mentent pas. »
Craig Tiley n'a jamais fait d'études de médecine et serait sans doute incapable de lire un scan. Son intervention visait surtout à défendre un joueur qu'il estime accusé à tort. Or c'est raté. Pire: en prenant la parole, il n'a fait qu'accroître les doutes qui escortent le numéro un mondial depuis dimanche. «Djokovic ne peut pas avoir joué tout le tournoi avec une lésion très importante», a répliqué un médecin du sport français, qui sait lire un scan mais n'a pas vu ceux du tennisman.
En 2021 déjà, «Djoko» avait le choix: ne pas s'étendre sur sa blessure tant qu'il pouvait jouer et être compétitif, ou alors en parler franchement et en révéler la nature exacte, documents à l'appui. Il avait choisi une solution intermédiaire, la pire de toutes, qui consistait à se plaindre de gênes sans vouloir approfondir le sujet. C'est exactement ce qu'il a (re)fait cette année, avec les mêmes conséquences sur sa réputation. (jcz)