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La guerre dont Thucydide entreprend d'écrire l'histoire est ce que nous appellerions une guerre mondiale. Elle tire son importance de la puissance des belligérants, d'une part, de son extension (et aussi de sa durée), de l'autre.
En extension, cette guerre, qui dura un quart de siècle, impliqua la moitié orientale du bassin méditerranéen, jusqu'à la Sicile à l'Ouest, la Mer Noire au Nord-Est, là où sont les colonies grecques les plus importantes — Marseille, trop occidentale, demeure à l'abri du conflit. Elle toucha aussi à la côte de la Méditerranée qui est sous la domination des Perses, où les bateaux phéniciens qui forment leur flotte croisent au large de Chypre et de l'Égypte.
Son importance réside dans le fait qu'elle vit s'affronter les deux plus grandes puissances de l'époque, Sparte et Athènes, les seules cités qui soient capables non seulement d'aligner des effectifs importants, mais aussi d'entraîner à leur suite un grand nombre d'alliés.
Les Grecs ne possédaient pas encore le concept de «guerre mondiale», mais, pour désigner un affrontement majeur entre belligérants grecs, ils utilisaient la notion de «guerre hellénique» (hellenikos polemos). Thucydide aurait sans doute admis que sa guerre soit qualifiée de «mondiale». Il aurait sans doute été d'accord pour dire qu'une guerre mondiale était, par nécessité, hellénique! Un conflit n'impliquant pas les Athéniens n'aurait sans doute pas retenu son attention. Avant Thucydide, Hérodote avait entrepris de raconter la grande épopée des guerres médiques, mais il marquait peut-être plus d'ouverture : ne s'intéressait-il pas «aux exploits accomplis tant par les Barbares que par les Grecs» ?
Thucydide voit dans les guerres médiques le point de départ de l'évolution qui, par une sorte d'enchaînement mécanique qu'il s'applique à démonter dans le Premier Livre, conduit inéluctablement à l'affrontement des puissances. Il attribue clairement aux Lacédémoniens la responsabilité du déclenchement de la guerre du Péloponnèse. La cause ultime de la guerre est peut-être bien la crainte inspirée par les Athéniens aux Lacédémoniens. Elle est certainement celle qu'ils inspiraient aux Corinthiens. Depuis 446/5, les Athéniens et les Lacédémoniens et leurs alliés respectifs sont liés par une trêve de 30 ans. Les deux groupes d'événements qui préludent immédiatement à la rupture de la trêve, que Thucydide raconte en détail, touchent l'un et l'autre les intérêts de Corinthe.