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Les événements dans les pays arabes pourraient être dus, comme les journalistes le suggèrent, à un lien profond existant entre les peuples de langue arabe, et s'expliquer ainsi mystérieusement par ce qui vit dans un peuple au-delà des apparences. En quelque sorte, il y aurait dans la langue arabe même le germe d'une révolution cette année: c'était écrit.
Mais les journalistes disent aussi que ces révolutions sont alimentées par les moyens modernes de communication. Et alors, je m'interroge: on sait que ces moyens ont été créés et répandus par les États-Unis. Or, le président Obama est intervenu directement dans les affaires de l'Égypte. On peut aussi se souvenir que George Bush, son prédécesseur, a cherché à donner un nouveau visage aux pays arabes en leur imposant, par la force, des régimes démocratiques. Il est difficile de croire que ses projets grandioses soient nés dans son seul esprit, ou qu'il ait sérieusement cru qu'il pouvait les mener à bien dans l'espace d'un ou deux mandats. On peut aussi regarder comme possible qu'ils aient été conçus en amont. Ensuite, chaque parti élu agit selon sa sensibilité propre: les républicains par la force armée, les démocrates par la suggestion, la persuasion, la séduction. Selon Rudolf Steiner, cette manière de faire alterner le chaud et le froid, propre à la politique américaine, vient en fait de Hegel, qui a défini ainsi la manière dont se faisait l'Histoire: car les élites américaines liraient Hegel et l'appliqueraient, alors qu'en Europe, on ne s'intéresse à lui que d'une manière abstraite; on le lit peu.
On sait à quel point il est aisé de créer de fausses identités et de fausses informations, sur Internet, et, par conséquent, d'animer dans telle ou telle direction des internautes. Que les révoltes soient limitées au monde arabe peut aussi s'expliquer par l'apparition, au sein d'une langue, de mots propres à susciter ces réactions. D'une langue à l'autre, cela ne fonctionne plus: Internet, de fait, reste tributaire des langues nationales. Il n'y a guère que l'anglais qui puisse passer partout.
Cela dit, même si ces sentiments que j'exprime correspondaient à quelque chose, pour que les mots choisis résonnent dans les âmes et y provoquent des réactions, il faudrait bien sûr qu'il existe un terrain favorable. Mais qu'ont de spécifique à cet égard les pays arabes? C'est assez difficile à dire. Car on ne voit que ceci que, précisément, le monde musulman semble être pointé du doigt par les Occidentaux, et en particulier les Américains, et que, par ailleurs, l'assimilation de la religion à la tradition nationale est profonde dans les pays arabes, puisque l'arabe est aussi la langue du Coran.
Ou est-ce que, justement, il y avait dans la culture arabe une aspiration à la liberté qui devait se manifester spécifiquement en 2011, par la volonté des dieux seuls? Comme une programmation céleste? Cela reste une énigme.