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En France, à la demande de la Direction générale de la santé, l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation à la santé (Anaes) vient de mettre à la disposition des médecins généralistes et aux spécialistes d'urologie une synthèse des éléments d'information à délivrer aux hommes qui envisagent la réalisation d'un dépistage individuel du cancer de la prostate et qui consultent pour la première fois à ce sujet. L'Anaes prend soin de rappeler qu'afin que le patient puisse prendre une «décision éclairée» l'information qui lui est transmise doit être «objective, hiérarchisée et compréhensible». Cette information doit d'autre part «faire état des bénéfices escomptés du dépistage ainsi que des risques potentiels».
On sait que l'opportunité d'un dépistage par un test de dosage du PSA sérique total a fait l'objet de nombreuses évaluations. L'ensemble des agences d'évaluation en santé qui se sont prononcées sur le thème, dont l'Anaes et l'International Network of Agencies for Health Technology Assessment (Inahta) (regroupant alors 15 agences d'évaluation en santé), ont conclu que le dosage du PSA sérique total n'était pas recommandé dans le cadre d'un dépistage de masse, c'est-à-dire organisé ou de manière systématique. Les conclusions sont d'autre part discordantes au niveau des organisations professionnelles. Quatre d'entre elles ont considéré que les preuves étaient insuffisantes et ne recommandent pas le dosage du PSA dans un cadre de dépistage systématique. Plus récemment, deux d'entre elles, sur la base d'un consensus d'experts, ont recommandé un dépistage individuel annuel entre 50 et 70-75 ans. Enfin, trois organisations professionnelles et une agence d'évaluation en santé ont préconisé de porter la possibilité de dépistage à la connaissance du patient, notamment à risque, et de se référer à sa décision, après information et discussion.
Une pratique de dépistage individuel par le test de dosage du PSA s'est développée en France ce qui a conduit la Direction générale de la santé à réfléchir à des recommandations sur l'opportunité du dépistage individuel par le dosage du PSA sérique total. En vue de favoriser un diagnostic précoce, le dosage du PSA associé au toucher rectal, pourrait en effet être proposé individuellement sur la base de facteurs de risque statistiquement et cliniquement significatifs ou réalisé à la demande du patient.
Pour le groupe de travail réuni par l'Anaes, l'information doit d'abord être orale même s'il peut être utile de la compléter par un document écrit. «Comme pour toute information médicale, l'utilisation d'autres supports tels que le support vidéo ou la référence à des sites Internet, dans la mesure où elle peut se révéler intéressante, nécessite que leur contenu et leur efficacité soient validés» souligne le groupe de travail. Il rappelle d'autre part que cette information doit : être hiérarchisée ; présenter les bénéfices attendus des options envisagées avant leurs inconvénients et risques éventuels ; préciser les risques graves, y compris exceptionnels (c'est-à-dire ceux qui mettent en jeu le pronostic vital ou altèrent une fonction vitale) ; être compréhensible. Il est également recommandé que cette information soit personnalisée et transmise selon le rythme et les connaissances du patient.
L'analyse de la littérature suggère ici que la quantité d'informations a des effets directs sur la participation à un dépistage du cancer de la prostate : plus les hommes sont informés sur les avantages et inconvénients du dépistage, moins ils semblent intéressés à s'orienter vers une telle démarche.
S'agissant de la nature de l'information transmise, la perception nette d'un bénéfice individuel potentiel (psychologique ou thérapeutique) semble être l'un des facteurs décisifs engageant certains d'entre eux dans une démarche de dépistage individuel. La littérature rapporte d'autre part que pour les hommes qui ont des antécédents familiaux de cancers de la prostate, le dépistage du cancer de la prostate pourrait également avoir une valeur de réassurance. «Ces observations ne sont cependant pas généralisables et, de même que pour tout cancer, il est recommandé de prendre en compte que la réalisation d'un dépistage individuel peut être de nature à perturber l'équilibre psychologique du patient» souligne le groupe de travail.
Les hommes ont, de manière générale, un faible niveau de connaissances sur le cancer de la prostate et sur les bénéfices et inconvénients potentiels d'un dépistage. Il est difficile d'établir une liste type de questions-réponses qui réponde aux interrogations de l'ensemble des patients. Plusieurs éléments d'information semblent importants à délivrer aux yeux des professionnels et/ou des patients lors d'une information sur le dépistage. Il s'agit essentiellement de : ce qu'est un dépistage individuel ; l'histoire naturelle du cancer de la prostate et les facteurs de risque de cancer de la prostate ; la description et les performances du/ des tests de diagnostic, en particulier la possibilité de faux négatifs et de faux positifs ; l'impact psychologique négatif possible en cas de test PSA élevé ; l'incertitude sur la réduction de mortalité par dépistage individuel.
Les options thérapeutiques existantes, leurs bénéfices et leurs effets indésirables ainsi que les arguments en faveur et en défaveur du traitement précoce tout comme les conséquences en termes de survie et de guérison, en cas d'échec des traitements ou en cas d'abstention de traitement, devront également être abordés. La liste n'est pas limitative.
(A suivre)