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Selon la brochure de l'Office fédéral de la statistique (OFS) «Etudier sous Bologne», pas moins de trois quarts des étudiants suisses cumulent des études supérieures et une activité rémunérée. La majorité d'entre eux (83%) travaillent durant les semestres, parallèlement à un cursus considéré déjà comme une activité à plein temps. Les autres étudiants concernés par l'enquête de l'OFS ont soit accompli un stage, soit travaillé durant les vacances dans les douze mois précédant l'analyse. Qui sont ces étudiants? Pourquoi travaillent-ils? Quelles sont les répercussions de ce double enjeu?
L'OFS constate tout d'abord que l'âge influence le pourcentage d'étudiants actifs ainsi que leur taux d'occupation. En effet, il semble que plus les étudiants sont âgés, plus ils sont nombreux à exercer une activité rémunérée et plus leur taux d'occupation est élevé. Ainsi, seuls 50% des moins de 20 ans travaillent contre 80% des 31 à 35 ans. Alors que dans la première catégorie seulement 5% des étudiants occupent un poste à plus de 30%, dans la seconde 50% d'entre eux dépassent ce taux.
On remarque par contre que le sexe n'influence pas les statistiques chez les étudiants sans enfant. On trouve une même proportion d'hommes et de femmes actifs dans chaque domaine d'études. La situation est toute autre pour les étudiants avec enfant. Alors que seules 56% des mères étudiantes travaillent, 85% des pères étudiants exercent une activité en marge des études. On peut expliquer ce phénomène par la persistance d'une vision traditionnelle du foyer où l'homme subvient aux besoins pendant que la femme s'occupe des enfants.
Pour terminer, le domaine d'études influence également le taux d'étudiants actifs. Dans les universités, la plus haute proportion de ceux-ci se constate dans les domaines qui sont les moins réglementés, où l'étudiant peut plus librement organiser son temps de travail. Ainsi, 84% des étudiants en sciences humaines et sociales exerce une activité contre 63% dans les sciences techniques. Dans les HES, un facteur supplémentaire - les stages obligatoires - fait fortement augmenter le taux d'étudiants exerçant une activité rémunérée.
Les études supérieures sont considérées comme une activité à plein-temps. On peut alors se demander quels facteurs incitent les étudiants à alourdir une semaine déjà chargée. On trouve tout d'abord les motifs économiques. Pour 67% des étudiants actifs, l'aisance financière constitue le principal motif. Un peu plus de la moitié désirent prendre leur autonomie vis-à-vis de leurs parents. Enfin, l'activité constitue une réelle nécessité pour 47% des étudiants actifs.
Outre l'apport financier, les étudiants exercent souvent une activité rémunérée dans le but d'acquérir de l'expérience pour leur carrière professionnelle future (47%) ou pour améliorer leurs chances de trouver un emploi (34%). Ainsi, de nombreux étudiants, principalement en Master, souhaitent que leur emploi fournisse une expérience en lien avec leur projet professionnel.
Pour terminer, les résultats de la brochure de l'OFS montrent que seuls 28% des étudiants actifs souhaitent établir des contacts pour faciliter leur insertion professionnelle. Un nombre encore plus restreint (24%) estiment que leur emploi les aide à s'intégrer socialement. Enfin, seuls 7% des étudiants actifs exercent une activité parce qu'elle s'avère obligatoire dans leur cursus.
Une activité rémunérée peut déboucher sur plusieurs résultats positifs, notamment de l'expérience en vue d'un perfectionnement dans son domaine ou d'une future carrière professionnelle. Ainsi, les étudiants évaluent plus positivement les activités en lien avec leur domaine d'études. Les étudiants en Master sont plus nombreux à exercer une telle activité. De même, les étudiants actifs des HES, où les stages sont plus fréquents, travaillent plus souvent dans un domaine lié aux études que ceux des HEU.
La conséquence négative principalement avancée concerne la charge de travail. Il est parfois difficile, surtout lors d'un taux d'occupation supérieur à 30%, de concilier vie professionnelle et estudiantine. Ces étudiants doivent souvent renoncer à suivre tous les cours de leur programme. Certains craignent même que leur emploi nuise à la réussite de leurs études. Ces difficultés liées à la charge de travail affectent principalement les étudiants les plus âgés. En effet, la majorité d'entre eux vivent de manière financièrement autonome et ont donc besoin de plus amples ressources.
Un quart des étudiants n'effectuent pas d'activité rémunérée en marge de leurs études. Ils avancent plusieurs raisons. La plupart estiment qu'il leur est impossible d'alourdir encore leur charge de travail hebdomadaire sans risquer de rater leurs études (72%). Pour certains, il n'est ni nécessaire ni utile de fournir un revenu supplémentaire au foyer (41%). Malheureusement, pour 15% des étudiants sans emploi, c'est-à dire pour un peu moins de 4% de la population estudiantine totale, leurs recherches n'ont pas reçu de réponse positive. Parfois, c'est le permis de séjour adéquat qui fait défaut pour les étudiants étrangers scolarisés à l'étranger.
Ainsi, l'âge, la situation financière, la charge de travail, parfois le sexe, influencent les taux statistiques des étudiants actifs. Mais qu'en est-il du système en général? La brochure de l'OFS devait analyser l'influence du nouveau système de Bologne sur la vie des étudiants. Concernant les emplois, la légère baisse d'étudiants actifs entre 2005 et 2009 ne peut pas être imputée de manière certaine au changement de système, puisque la récession économique est venue s'insérer dans les années concernées par la recherche. Les analyses à venir apporteront sans doute des éléments de réponses…
«Une honte pour la Suisse», c'est ainsi que l'Union des Etudiant-e-s Suisses (UNES) qualifie les inégalités d'accès et de réussite qui grèvent l'enseignement
supérieur.
Dans sa prise de position sur l'étude 2010 de l'OFS sur la situation sociale des étudiants, intitulée «La formation n'est pas un jeu de hasard mais bien une responsabilité politique!», elle s'alarme sur les conditions de vie des acteurs de demain.
L'UNES regrette notamment que la mise en oeuvre du système de Bologne ait accentué le caractère sélectif de la formation tertiaire en favorisant l'accès aux étudiants issus des classes privilégiées.
Pour lutter contre les discriminations socio-économiques et encourager la démocratisation des études, l'UNES insiste en outre sur l'importance d'harmoniser un système de bourses d'études par trop précaire. C'est d'ailleurs la trame de son initiative populaire fédérale lancée en juillet 2010. «Puissant vecteur d'égalité sociale, les bourses d'études doivent faire l'objet d'un investissement public conséquent.»