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La Boillat : la finance destructrice de richesses ?
En Suisse, nous vivons sous un régime démocratique dit « libéral ». Ainsi, nos lois font la part belle au sens des responsabilités qu’endosse l’individu pour que, mû par une certaine vertu, il évite de profiter des largesses de leur lettre pour en violer l’esprit. Dans le cas des entreprises, le législateur a estimé que le propriétaire se battait nécessairement pour la survie et le succès de son entreprise, et pas pour sa destruction. En effet, si l’on estime que l’entreprise est un moyen de production de richesses, via le travail qui y est effectué, on doit alors estimer que l’objectif du propriétaire de cet outil est de maximiser la création de richesses.
Toutefois, on peut noter deux cas particuliers. Le premier est celui où une entreprise choisit de supprimer l’une de ses parties pour optimiser l’ensemble, par exemple via une délocalisation. Dans ce cas, une suppression de richesse au niveau local est censée générer une quantité de richesses supérieures pour l’ensemble de l’entreprise. Le second cas est celui où la direction d’une entreprise décide de supprimer des richesses, de manière locale comme au niveau de l’ensemble, parce que certains individus, dont la direction en question, bénéficieront marginalement de cette suppression, pouvant aller jusqu’à la destruction de l’entreprise. Une telle action, si elle est tolérée par notre système juridique, est contraire à son esprit, et s’assimile à une sorte de rapine. Martin Hellweg, le CEO de Swissmetal, est un exemple de ce dernier cas.
9% de rentabilité
Je ne mentionne que Martin Hellweg car ce dernier a construit, au sein de Swissmetal, un système de pouvoir s’apparentant à une dictature. Les personnes s’opposant à lui, même de manière éclairée et constructive, sont automatiquement licenciées, et seules celles qui lui renouvellent fréquemment leur allégeance sont considérées comme utiles, ce qui laisse penser qu’il est seul à connaître la finalité de son projet. La partie visible de l’iceberg consiste en un chiffre : 9% de rentabilité, promis aux actionnaires. La valeur initiale des actions, suite au refinancement opéré par Martin Hellweg en 2003, était de 9 francs l’unité (Martin Hellweg en a eu 88'000 à moitié prix), et aujourd’hui, elle est d’environ 16 francs. Cependant, bien des commentateurs s’accordent pour dire que cette action est sous-évaluée, et l’objectif du CEO est dès lors de faire monter le cours.
Ainsi, il propose une stratégie consistant, en résumé, à étendre le Swissmetal via des acquisitions (très douteuses d’ailleurs). De plus, il tue à petit feu la Boillat, pourtant seule unité de production véritablement rentable du groupe, en voulant, notamment, fermer sa fonderie. L’un des ses rêves est d’implanter des usines Swissmetal en Asie. Enfin, Martin Hellweg force les travailleurs de Swissmetal a accepter des conditions de travail toujours revues à la baisse (abandon de la CCT, engagement d’intérimaires, etc.). Il s’agit donc d’une politique à court terme, fondée sur la seule volonté de parvenir rapidement à ces 9% de rentabilité, en faisant fructifier au maximum, et sur peu de temps, les avantages concurrentiels du groupe. Si ces 9% étaient atteints, l’action de Swissmetal monterait à des niveaux garantissant à Martin Hellweg une bonne plus-value, et il pourrait se tresser les lauriers du sauveur d’entreprise, avant de s’en aller avec quelques gratifications supplémentaires. Une autre hypothèse est celle de la vente du groupe à une autre entreprise, lui garantissant elle aussi une fin de mandat dorée. Une dernière hypothèse (qui s’est produite, et pas par hasard, quand il dirigeait Keramik Laufen) est la vente du groupe à bas prix, alors que ce dernier est dans une situation difficile. Là encore, l’acheteur saurait remercier Martin Hellweg pour ses services. Ainsi, quel que soit le cas de figure, l’action de Martin Hellweg s’avérerait payante, mais uniquement pour lui et quelques uns de ses sbires.
Destruction industrielle
Au niveau industriel, les choses se passeraient autrement car les avantages de la Boillat (un savoir-faire de haut niveau et des produits uniques), dont profitait tout le groupe ne seraint plus reconduits. Il resterait une coquille vide. J’ajoute encore que ladite stratégie est menée d’une manière tellement catastrophique que jamais il ne sera possible à Swissmetal de dégager les 9% de rentabilité promis. Les erreurs de management (déplacement de la fonderie de la Boillat sans étude préalable, licenciements aberrants, démotivation du personnel, etc.) sont trop graves.
On peut donc conclure que chez Swissmetal, nous assistons au sacrifice de la Boillat, puis de l’ensemble du groupe, au nom d’un profit qui ne viendra jamais. Il s’agit là d’une destruction pure et simple de richesses, pour qu’un CEO on ne peut plus malhonnête arrache quelques centaines de milliers de francs au passage. Un autre profit sera celui de l’usine Busch-Jaeger, concurrente malheureuse de la Boillat, qui aura alors supprimé son concurrent, et récupéré sa clientèle.
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Actualisé le 19.11.06 par webmaster