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02/12/2013
Lice, lisse & lys: étude de trois homonymes.
Le mot "lice" date du XIIème siècle. À l'origine, une lice était un espace entouré par une clôture, il s'agissait généralement d'un champ, dans lequel se déroulaient des tournois. On parlait de champions qui se mesuraient "dans la lice". Le mot a traversé les siècles en gardant une signification sportive. Aujourd'hui, une lice est soit une palissade entourant un champ de course, soit une bordure marquant la limite intérieure d'une piste d'athlétisme. On retrouve le mot dans une expression qui, elle aussi, a survécu à travers les âges: entrer en lice. Cela veut dire qu'on s'engage dans une compétition ou que l'on intervient dans un débat.
Dans le langage de la chasse à courre, une lice désigne la femelle d'un chien de chasse destinée à la reproduction. Il existe une fable de Jean de La Fontaine baptisée "La lice et sa compagne" dont voici la morale:
Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette.
Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête,
Il faut que l'on en vienne aux coups;
Il faut plaider, il faut combattre.
Laissez-leur un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.
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Le mot "lisse" est surtout connu comme adjectif. Lisse par opposition à rugueux. On parle d'une surface lisse, par exemple: sans aspérité. On utilise aussi l'adjectif dans le sens de "calme", de "paisible": l'eau lisse d'un lac, un ciel lisse. On peut aussi parler de cheveux lisses: qui ne sont pas bouclés. Ou encore d'un visage lisse: concernant un homme, cela indique qu'il est parfaitement rasé. Dans ce cas, il est également possible de recourir à l'adjectif "glabre": sans poils.
Une lisse en tant que substantif est un terme technique qui possède plusieurs sens selon l'environnement et la profession: un outil de cordonnier pour polir le cuir, un outil de maçon pour polir les revêtements, une machine à cylindres employée en papeterie pour égaliser la surface du papier, un terme de tissage désignant un fil de métal sur un métier à tisser et, sur un bateau, une pièce de bois ou une barre métallique fixée sur des montants et servant de rambarde.
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Le lis ou le lys, on a le choix entre les deux orthographes, est une belle fleur odorante blanche, jaune ou rouge. On rencontre aussi le lys comme terme général pour décrire d'autres plantes: lys des vallées pour muguet et lys d'eau pour nénuphar. En poésie, au sens figuré, un "teint de lys" désigne la peau très pâle d'un visage. En littérature, le lys est le symbole de la pureté, de l'innocence.
En France, à partir du règne de Louis VII, le roi des Francs, et du siège de Damas par les Croisés en 1148, la "fleur de lys" devint l'emblème de la royauté. Louis VII aurait été le premier à choisir la fleur de lys par allusion à son nom de Loys, comme on l'écrivait en ancien français. On serait passé de "fleur de Loys" à "fleur de Louis", puis, enfin, à "fleur de lys"¹. On trouvait la fleur de lys sur les blasons et les armoiries. Une figure héraldique où elle est représentée sous une forme stylisée, jaune sur fond bleu. Pour décrire la France, d'ailleurs, on utilisait à l'époque une expression qui n'existe plus aujourd'hui: on parlait du "Royaume des lys". Cependant, plusieurs théories opposées s'affrontent à ce sujet. Pour certains historiens, il ne s'agirait pas d'une fleur de lys, mais d'un iris des marais, ou iris jaune, choisi au Vème siècle par Clovis, le premier roi des Francs, qui l'aurait mis sur ses bannières pour remplacer les trois crapauds qui les ornaient jusque-là. Pour d'autres, la forme ne représenterait pas une fleur, mais l'embout pointu et crochu de l'angon des Francs, une sorte de javelot ressemblant à un harpon: un symbolisme guerrier tout à fait en adéquation avec l'époque.
Au XVIIème siècle, le Code noir français instaurait les mutilations corporelles pour punir les esclaves noirs qui avaient tenté de s'échapper ou qui avaient commis des vols. Parmi ces mutilations, le marquage au fer rouge d'une fleur de lys. Le Code noir, promulgué par Louis XIV en 1685, était un recueil d'une soixantaine d'articles visant à régler les conditions de vie des esclaves noirs dans les colonies françaises. Vous l'aurez compris, il servait principalement à légitimer les droits du "maître" sur son esclave.
Aujourd'hui, l'emblème de la fleur de lys n'a pas disparu. Il est encore couramment repris comme motif de décoration sur des tapisseries ou des tissus d'ameublement.
Il est aussi visible à l'étranger.
Le drapeau du Québec, nommé le "fleurdisé", est composé d'une croix blanche et de quatre fleurs de lys de la même couleur sur fond azur.
La fleur de lys est l'emblème de la ville italienne de Florence, Firenze venant du latin florens qui signifie "en fleurs". Les terres sur lesquelles la ville s'est établie étaient en effet à l'origine abondamment fleuries. L'emblème figurait sur les premiers florins d'or des Médicis, et ils passèrent ensuite sur les armoiries de nombreuses familles de la noblesse italienne.
¹Supplément à l'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres, à Amsterdam, chez M. M.Rey, libraire, 1777.
21/11/2013
Le mot "escogriffe" date du début du XVIIème siècle. À l'époque, un escogriffe était un voleur. L'origine du mot est obscure, mais il vient vraisemblablement d'une combinaison de "escroc" et de "griffe": un voleur qui s'empare de quelque chose avec ses mains, avec un sens de danger souligné par le terme "griffe", symbole de menace et d'agressivité. Une hypothèse renforcée par le fait qu'en argot, "griffe" est l'action de "griffer" dans le sens de "voler": "À cette époque-là, il y allait encore pas mal à la griffe"¹.
Au fil des siècles, la signification du mot a changé. Aujourd'hui, on l'utilise pour qualifier un homme dégingandé, c'est-à-dire grand, maigre, avec des attitudes gauches et une démarche peu coordonnée, principalement dans l'expression "un grand escogriffe". Mais la notion de danger présente à l'origine n'est jamais loin. Il reste souvent la connotation d'un individu dont l'allure louche incite à la méfiance.
Le mot "escogriffe" signifie déjà en lui-même "un homme de grande taille". Aussi, lorsqu'on parle d'un "grand escogriffe", il s'agit d'un pléonasme, mais qui est entré dans le langage courant. L'expression peut aussi véhiculer une idée de moquerie concernant le côté maladroit et comique d'un homme dont la démarche à l'apparence disloquée paraît bizarre. On retrouve d'ailleurs la formule dans le onzième album des aventures de Tintin, "Le secret de la Licorne", où le capitaine Haddock invective un personnage en ces termes.
Pour l'anecdote, "Le grand escogriffe" est le titre d'un film de Claude Pinoteau sorti en 1976 avec Yves Montand, qui raconte l'histoire d'un vieil escroc.
Le mot "escogriffe" possède plusieurs synonymes. Une "grande perche" désigne aussi une personne grande et maigre, de même que "grande asperge". Enfin, il existe le mot "échalas", altération d'"échelle", qui vient de l'ancien français escharat et du grec kharax, "pieu". L'emploi de ce mot pour désigner une personne suggère une maigreur associée à une certaine raideur. Et pour cause: le sens premier du mot renvoie à un pieu en bois que l'on enfonce dans le sol au pied d'un arbuste ou d'un cep de vigne pour le soutenir. Lorsqu'on décrit quelqu'un comme un "grand échalas", on compare cette personne à un long morceau de bois. L'expression détourne toutefois le sens du mot parce que le pieu en question n'est pas d'une taille immense. On a donc là une contradiction, elle aussi passée dans le langage courant.
¹Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.
14/11/2013
Un mot qui se savoure aussi bien en hiver qu'en été.
L'homme a connu et baptisé la forme solide de l'eau depuis les temps les plus reculés, ce qui nous vaut des noms très différents selon les familles de langues: parmi les langues latines, citons ghiaccio en italien, gel en catalan, gelo en portugais, gheaţă en roumain, et parmi les langues germaniques, Eis en allemand, ijs en néerlandais, is en islandais et ice en anglais.
En français, le mot "glace" a plusieurs sens.
Le premier renvoie à de l'eau congelée. On utilise de la glace ou des glaçons pour rafraîchir une boisson, on met de la glace sur le front d'un malade qui a de la fièvre pour le soulager. Et en hiver, il arrive que les pare-brise des voitures soient recouverts de glace le matin parce qu'il a neigé puis gelé pendant la nuit. Dans ce cas, on peut aussi parler de "givre".
Le mot "glace" est souvent employé au pluriel. Par exemple, on dira qu'un bateau a été pris "dans les glaces". Le mot désigne alors des gros blocs de glace. Dans le même sens, on peut aussi dire "iceberg" ou "banquise". Lorsqu'un bateau est ainsi fait prisonnier, on recourt à un brise-glace, un navire spécialement construit pour ouvrir ou maintenir ouvertes des voies de navigation dans les eaux prises par la banquise.
Il existe deux expressions en rapport avec cette glace. La première, c'est "briser la glace" ou "rompre la glace". On dit cela lorsqu'on fait le premier pas pour dissiper la timidité qui existe entre des personnes pendant une réunion ou dans une conversation. Et une fois que la gêne a disparu, on dit: la glace est rompue. L'origine de l'expression "briser la glace" remonte au XVème siècle. Pendant les mois les plus rudes de l'hiver, et comme les brise-glace n'existaient pas encore, les marins allaient briser la glace au sens littéral du terme pour libérer leur navire. Au XVIème siècle, l'expression prend un sens figuré pour définir le commencement d'une activité. Ce n'est qu'à partir du XVIIème siècle qu'elle acquiert le sens que nous lui connaissons aujourd'hui. La seconde expression, c'est "être de glace" ou "rester de glace". Ici, le mot "glace" prend le sens métaphorique d'insensibilité, d'indifférence. C'est la même chose lorsqu'on est ou qu'on reste "de marbre".
Le deuxième sens, apparu dans la langue française au XVIIème siècle, c'est la crème glacée qu'on aime bien manger en été, surtout lorsqu'elle est italienne et qu'elle vient d'une gelateria. Il ne faut pas confondre la crème glacée et le sorbet. La crème glacée, ainsi que son nom l'indique, est élaborée à partir de produits laitiers, crème ou lait, auxquels on ajoute du sucre et des fruits. Le sorbet, lui, ne contient pas de produit laitier. C'est un mélange de sirop de sucre, composé à 50% d'eau et à 50 % de sucre, et de fruits.
Le troisième sens du mot "glace", c'est la plaque de verre ou de cristal que l'on met dans des fenêtres, dans des portes ou à la devanture d'un magasin. On dit aussi "vitre" ou "vitrine". On utilise aussi le mot "glace" pour parler du châssis mobile et vitré d'une voiture.
Le quatrième sens, c'est le miroir de grande dimension. À Paris, au château de Versailles, il existe une galerie de style baroque qui contient 357 miroirs et qui s'appelle la galerie des Glaces ou Grande Galerie, comme on la nommait au XVIIème siècle. Depuis le XIXème siècle, on parle de glace pour qualifier toute espèce de miroir, même petit: glace à main, glace d'un poudrier. Mais lorsqu'on utilise l'expression "armoire à glace", c'est pour désigner un homme très grand et costaud.
Le cinquième sens du mot est un terme de cuisine. Il s'agit d'un jus de viande ou d'un fond de cuisson qu'on laisse réduire jusqu'à ce qu'il prenne une consistance semblable à celle de la gelée: filet de bœuf sauté dans sa glace. Au contraire, lorsqu'on mouille de vin le fond de cuisson pour le dissoudre par réchauffement, c'est le terme "déglaçage" qui est employé.
Le sixième et dernier sens nous vient aussi de la cuisine, plus précisément des confiseurs. C'est la couche brillante avec laquelle on recouvre certaines pâtisseries. On dit aussi "glaçage". Cette glace, composée de sucre et de blancs d'œufs, ressemble à un vernis, d'où son nom. Pour la préparer, on utilise d'ailleurs un sucre spécial qui s'appelle bien sûr... sucre glace !