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La différence est le concept central des fondateurs de la philosophie contemporaine la plus novatrice - Nietzsche et Heidegger - et de leurs successeurs comme Deleuze et Derrida. De ce point de vue, elle remplace la contradiction et la structure. Elle désigne la simultanéité de la scission et de l'identité, la distance positive qui unit immédiatement, sans négativité ni dialectique, les contraires. Le premier temps de cette enquête consiste en une reconstruction de la catégorie de la différence et analyse systématiquement les deux usages qui la partagent conflictuellement : comme différence idéelle et infinie, figure initiale et terminale de la métaphysique (Nietzsche et Deleuze) ; comme différence réelle et finie, figure de dé-limitation de la métaphysique (Heidegger et Derrida). Dans un second temps, la critique de la différence débouche sur celle de la décision philosophique en général. Critique qui applique à l'histoire de la philosophie la pensée de l'un plutôt que de l'être, celle de la science aussi plutôt que de la philosophie dont elle s'avère indépendante. S'esquissent ainsi une science rigoureuse de la décision philosophique et une fondation de la contingence d'une telle décision. Elles interpellent radicalement la modernité philosophique - au-delà même de la réforme de l'entendement qu'impose la pensée critique de la différence.
La pensée contemporaine est celle des singularités, différences, jeux et multiplicités. Mais leur inflation nous a fait oublier les identités qui, elles aussi, dans la science et hors de la philosophie, doivent se dire au pluriel. Pour les distinguer de leurs images philosophiques (les totalités unitaires), on les appellera les identités-de-dernière-instance : vivantes, inaliénables, elles ne se perdent pas dans le monde, l'histoire, le pouvoir, le langage, etc., mais déterminent notre rapport réel à ces autorités. De là quelques conséquences pour la pensée même : une description dite non-épistémologique des sciences et de leur autonomie à l'égard de la philosophie : la science est la pensée qui se rapporte en dernière instance à ces Identités comme au réel même ; une généralisation, dans les limites de la science, des concepts de fractalité et de chaos, qui sont ainsi étendus des objets géométriques au savoir scientifique lui-même et, de là, au langage naturel (à la philosophie et à l'art) ; une nouvelle pratique de la pensée fondée sur la priorité de la science : par exemple une modélisation fractale et chaotique de la philosophie, d'où le concept d'une philosophie artificielle, d'une synthèse d'énoncés qui ne soit pas le simple prolongement de l'intelligence artificielle. Loin de la consommation morose de l'histoire et des textes, voilà quatre objets nouveaux en vue d'une réforme scientifique et esthétique de l'entendement.
La non-philosophie, à la différence de la philosophie (comme pensée de l'Etre) et de ses déconstructions (comme pensées de l'Autre), est une pensée de l'Un. Elle ne prétend pas dépasser ou remplacer la philosophie, mais suspendre seulement la foi philosop
Plutôt que de compliquer le marxisme par des interprétations philosophiques destinées à le rendre concret et intelligible, on propose une autre voie de réforme : sa paupérisation philosophique, sa simplification interne, à la fois sa radicalisation et son universalisation pertinentes pour toute conjoncture possible, c'est-à-dire le capitalisme et la philosophie réunis dans la pensée-monde. Une axiomatisation, transcendantale plutôt que formelle, doit le désencombrer de ses postulats inutiles, historico-dialectiques, et du concept philosophique des postulats. À cette fin, quatre voies sont prospectées qui doivent instaurer une pratique non-marxiste du marxisme : la détermination-en-dernière-instance, dont les philosophies ont méconnu l'originalité non-philosophique de causalité par immanence unilatérale, et qu'ils n'ont pu élucider par ensorcellement dialectique ; l'infrastructure comme immanence radicale du Réel travestie en matière et matérialisme ; l'identité sans synthèse dialectique de la science et de la philosophie, donc une réforme de la théorie et une discipline inouïe qui use de la philosophie sans en être une ; un nouvel objet, posé comme une hypothèse adéquate au concept axiomatisé de l'infrastructure, non plus les formes socio-économiques du capitalisme, mais la fusion du capitalisme transhistorique et de la totalité de ses conditions philosophiques de fonctionnement, c'est-à-dire de la philosophie en personne, dans l'universalité de la pensée-monde. Le programme non-marxiste ne nie pas philosophiquement le marxisme, il le pratique autrement pour retrouver son originalité théorique et humaine. Aller à Marx plutôt qu'y faire retour, le connaître plutôt que le reconnaître...
Le grand penseur français internationalement connu conclut ici son oeuvre magistrale traduite dans une dizaine de langues, mettant en scène tous les philosophes qui l'ont précédés. Comment réinterpréter et donner sens à l'idée de Socrate que la philosophie est la plus belle des musiques ? C'est ce que cherche François Laruelle en intégrant dans l'écriture philosophique l'idée de composition paramusicale, qui serait comme la " belle insonore ".
Il donne corps au concept de
Figura serpentinata, en construisant une longue montée, en guise de " gamme ", de la caverne au monde, puis du monde à l'univers. Techniquement, Laruelle transforme la réminiscence de Platon en réminiscience, ajoutant à la montée philosophique les concepts de
quantique (la philosophie ne peut plus être l'objet d'une automodélisation) et de
générique (l'universel est " surbaissé ", aucune philosophie n'a de suprématie sur les autres).
La superposition de ces concepts hétérogènes produit une " invention " au sens de Bach, une superposition de voix qui réorganise le matériau musical et conduit à un
cogito philomusical, qui réinterprète le silence, et permet de faire entendre autrement le tissu musical.
Dans un dernier temps, en une longue descente depuis l'univers, la musique insonore revient comme vécu des sujets humains. L'ensemble est une vaste réflexion sur le sens musical de la vie humaine.
Traitant de la déconstruction, cet essai se propose : - Un but unique et dédoublé. Il s'agit d'en analyser systématiquement les techniques, sur la base du travail de J. Derrida ; mais aussi d'en problématiser la possibilité. - Un déplacement et une greffe. La déconstruction est transposée ici dans une problématique machinique et matérialiste dont la clé est la libido dans sa version nietzschéenne. - Une question alors. Qui déconstruit ? Qu'en est-il du désir du déconstructeur comme sujet de l'écriture générale ? - Et un effet. Contre l'idéologie du signifiant se constitue un procès matériel de production textuelle. - Un enjeu et une thèse. Dans une déconstructiondésirante il y va de la libido comme valeur atextuelle des valeurs textuelles. D'où, à la limite, le déclin de l'écriture. - Une réserve. Comment la théorie peut-elle trancher l'indécidable de ces deux positions ? Sinon en se subordonnant en dernière instance, et contre toute instance, au désir - qui passe outre... F.L.
This book is a foundational text for our understanding of François Laruelle, one of France's leading thinkers, whose ideas have emerged as an important touchstone for contemporary theoretical discussions across multiple disciplines.
One of Laruelle's first systematic elaborations of his ethical and "non-philosophical" thought, this critical dialogue with some of the dominant voices of continental philosophy offers a rigorous science of individuals as minorities or as separated from the World, History, and Philosophy. Through novel theorizations of finitude and determination in the last instance, Laruelle develops a thought "of the One" as a "minoritarian" paradigm that resists those paradigms that foreground difference as the conceptual matrix for understanding the status of the minority. The critique of the "unitary illusion" of philosophy developed here stands at the foundation of Laruelle's approach to "uni-lateralizing" the power of philosophy and the universals with which it has always thought, and thereby acts as a basis for his subsequent investigations of victims, mysticism, and Gnosticism.
This book will appeal to students and scholars of continental philosophy, philosophy of religion, ethics, aesthetics, and cultural theory.
Sait-on de quoi l'on parle lorsqu'on évoque le pouvoir comme la raison illimitée de nos malheurs ou bien comme l'élément infiniment petit de notre assujettissement ? On ne trouvera ici ni le pouvoir-comédie, c'est-à-dire vu du côté de ceux qui le gagnent ou le perdent au gré du Prince, du Peuple ou des Sondages ; ni le pouvoir-tragédie, c'est-à-dire vu du côté de ceux qui croient en souffrir : grand Pouvoir pour philosophes dépités, conseillers congédiés du tyran marxiste ou conseillers en place du tyran freudien. Ce livre introduit au « Matérialisme politique » - discipline post-marxiste mais non anti-marxiste du pouvoir et des corps politiques. Il reformule dans cette problématique les concepts de la lutte politique (Dissidence, Résistance, Lutte des classes, Masses, Parti, Révolution). Et comme il commence par la question du sens du pouvoir, il termine par celle du pouvoir du sens, soit des techniques qui furent toujours comprises sous le nom d' « interprétation ». Il ébauche les grandes lignes d'une « herméneutique » mineure ou minoritaire, matérialiste à sa manière, et portant sur les modes d'être politiques du sujet.
La pensée-Nietzsche introduit une coupure radicale dans notre savoir et notre pratique de la politique. Nietzsche découvre un continent spécifiquement politique, irréductible à celui de l'histoire. Il substitue à la corrélation de l'histoire et de l'économie, la corrélation des rapports de pouvoir et de la libido, comme force productive principale. Ce nouvel objet définit un nouveau savoir, tout aussi irréductible au matérialisme historique : la duplicité d'une politique fascisante manifeste, et d'une politique révolutionnaire latente, ayant pour objet le continent politique. Nietzsche est ainsi le seul adversaire sérieux de l'impérialisme et du fascisme, parce qu'il se donne les moyens de les combattre sans les falsifier. C'est cette politique révolutionnaire, en tant que limite de destruction de la domination des forces productives comme techniques, à la fois de la métaphysique et du capitalisme, que Heidegger manque dans sa réduction de la politique nietzschéenne à sa surface impérialiste : Nietzsche, penseur de la technique absolue. Par un quiproquo continu, où il tombe dans le piège de la duplicité nietzschéenne, Heidegger confond les possibilités révolutionnaires latentes de la volonté de puissance avec le techno-logos fascisant que Nietzsche dut tenir aussi pour l'abattre. La politique nietzschéenne est le remède à l'impuissance politique marxiste.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Les auteurs, philosophes et non-philosophes de sensibilités différentes, expriment ici leurs convictions, témoignent de la façon dont ils éprouvent et pensent la conjoncture : l'insécurité a-t-elle des responsables, des théoriciens? est-elle un prétexte ? s'agit-il d'une question pratique ou d'un sentiment ? ne serait-elle pas, avec la sécurité, le fruit d'une même fabrique, celle qui produit les concepts, la philosophie ?
Les relations de la machine et de la pensée sont aussi anciennes qu'énigmatiques, toujours en attente d'une solution. C'est un mythe dont s'abreuve la philosophie. Il est ici repris en fonction de notre conjoncture, la science-fiction avec Matrix, la logique et l'ordinateur avec Turing, enfin l'élaboration théorique avec le cognitivisme et la non-philosophie. Ces essais ont été élaborés dans un même esprit au sein d'une équipe dont les jeunes philosophes partagent le désir commun de renouveler le style philosophique par une discipline de philo-fiction.
Ce livre est un pari : offrir aux lecteurs une mystique rénovée et sans croyances, une messianité immanente, un Verbe empruntant tout à la fois à la mystique chrétienne, à la philosophie néoplatonicienne et à la gnose, qui replacent l'Homme au centre de leurs préocupations, en réhabilitant l'hérésie contre les dogmes religieux, l'Enfer contre les lâchetés théologiques modernes.
Accéder à une autre idée de l'homme, une idée fondée en vérité, l'Homme générique, telle est l'entreprise que poursuit François Laruelle, interrogeant et cherchant à dépasser le discours philosophique enchâssé dans le long héritage de la théologie. Pour sortir de la gangue des croyances et accéder à l'Homme générique, il propose un pas de plus : « Si le christianisme est la religion de sortie des religions, Christ est la sortie hors du christianisme lui-même. [...] Achevons cette insurrection. » Que dit le Christ - le Christ non légendaire, non représenté par les diverses interprétations théologiques, « mal discernable dans son milieu juif par ses paroles grecques » - de l'Homme générique ? François Laruelle nous engage à sa suite dans une aventure de pensée qu'il appelle Christo-fiction, à mille lieues des sentiers conceptuels et exégétiques familiers. À sa manière, il reprend à son compte la démarche qui avait été celle des gnostiques (honnie combattus par l'Église), qui cherchaient à fusionner les « simples » et la connaissance qui sauve dans la vérité d'une fiction. Il fait acte de foi et entend témoigner par une « fiction rigoureuse », fidèle et fondée en science, « produisant ses axiomes et ses règles au fur et à mesure de leur investissement », d'une vérité de l'homme. Une vérité qui prend appui sur un savoir scientifique, en l'occurrence tout l'apport de la physique quantique et en particulier le principe anthropique. Puisque des êtres sapients, les hommes, existent, l'univers est nécessairement compatible avec leur existence. Ce qu'ils peuvent s'attendre à observer de l'univers est nécessairement compatible avec les conditions de leur existence d'observateurs. Philosophie et théologie ne suffisent pas pour penser le Christ-en-personne, tout au plus permettent-elles de penser les croyances qui lui sont attachées. François Laruelle renouvelle donc l'approche gnostique en introduisant la physique quantique comme science-pilote, mais réduite à une modélisation du message du Christ, qui est irréductible à Logos et à Torah. Il s'agit de former et transmettre le nouveau message de salut à l'humanité générique. « La christo-fiction ainsi engendrée témoigne d'une insurrection spirituelle plutôt que d'une « révolution culturelle ». L'Église s'étant constituée sur les bûchers de la gnose, il est temps que la gnose renaisse de la mise à nu du christianisme par le Christ même. C'est un livre de combat. »
Entre le menu de nos assiettes, notre santé, les aléas du climat et l'entretien de la terre, l'écologie ratiocinante des contemporains se fait invasive et rivale de la philosophie. Pour résoudre cette nouvelle antinomie de la raison humaine devenue domina
In this important new book, the leading philosopher François Laruelle examines the role of intellectuals in our societies today, specifically with regards to criminal justice. He argues that, rather than concerning themselves with abstract philosophical notions like justice, truth and violence, intellectuals should focus on the human victims. Drawing on his influential theory of `non-philosophy', he shows how we can submit the theorizing of intellectuals to the scrutiny of the everyday suffering of the victims of crime. In the course of a wide-ranging discussion with Philippe Petit, Laruelle suspends the presumed authority of intellectuals by challenging the image of the `dominant intellectual' exemplified by philosophers such as Sartre, Foucault, Lyotard and Debray. In place of domination, he puts forward instead a theory of `determination': the determined intellectual is one whose character is conditioned by his relationship to the victim, rather than one who attempts to dominate the victim's experience through a process of theorizing. While philosophy consistently takes the voice away from victims of suffering, non-philosophy is able to construct a theory of violence and crime that gives voice to the victim. This highly original book will be essential reading for all those interested in contemporary French philosophy and all those concerned with justice in the modern world.
Une théorie des victimes n'existe pas encore comme telle dans la philosophie qui s'intéresse davantage à la force, à la puissance et à la domination. Elles sont devenues un objet privilégié des intellectuels qui assument leur défense, mais aussi des médias qui les actualisent et en témoignent. Une théorie un peu rigoureuse supposera que la Victime-en-personne est la condition symbolique qui détermine la victimologie toute pénétrée de philosophie.
On dessine deux figures de l'intellectuel. L'intellectuel médiatique sous dominance philosophique ultime, engagé ou embarqué (« embedded ») par le pouvoir, qui se contente de représenter les victimes, de les photographier par la parole, l'écrit ou l'image. Et l'intellectuel générique qui travaille sous la condition déterminante de la victime plutôt que de la philosophie.
Nous examinons différents aspects de l'intellectuel, son malaise et sa trahison en fonction de la victime. Puis la victimisation comme processus de la double peine infligée à la victime, les notions de « force faible » et de « force forte », de « survivant » et de « ressuscité » le problème de la persécution et de l'extermination (pourquoi tue-t-on ?). Il s'agit de fonder l'éthique sur la victime plutôt que sur la force philosophique. La compassion n'est pas la pitié philosophique des animaux participant à la vie universelle, c'est le dernier vécu, celui du vaincu qui longe la mort et lui donne encore son sens. Une autre idée de l'homme, nous l'appelons « générique ».
L'ouvrage de Juan Diego BLANCO initie à une pensée - celle de François Laruelle - et prépare à une discipline nouvelle - la " non-philosophie ". Au moment où la philosophie s'affiche sur la scène médiatique, tandis que les nostalgiques s'efforcent de contredire sa mort ou son déclin, François Laruelle trace une troisième voie : celle d'une pratique de la philosophie qui ne soit plus elle-même seulement philosophique mais tout autant mystique, scientifique et esthétique. L'auteur explore sa genèse et ses aspects multiples à travers la totalité d'une oeuvre réputée difficile. Cette initiation est précédée d'un essai de François Laruelle sur les origines, le sens et les limites de la non-philosophie.