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"L'Europe offre un spectacle pitoyable de manque de solidarité"
"Un spectacle pitoyable de manque de solidarité". Voilà comment Vincent Cochetel définit l'attitude de l'Europe à l'égard des migrants qui tentent de gagner le continent par la mer.
Au début de l'été, l'Italie avait notamment refusé d'accueillir l'Aquarius et les 630 migrants à son bord, le contraignant à accoster à Valence, en Espagne. Le dernier navire humanitaire qui secourait les naufragés au large de la Libye est désormais privé de pavillon et bloqué dans le port de Marseille.
Au strict niveau de l'asile, "on parle de 33'000 individus en Espagne, de 20'000 en Italie. C'est tout à fait gérable pour le continent européen", s'indigne le représentant du HCR. Celui-ci constate que l'opinion "est toujours marquée par les événements de 2015 où malheureusement les Etats n'ont pas prouvé aux populations qu'ils étaient capables de gérer une situation d'urgence".
Flux en baisse
Vincent Cochetel balaie catégoriquement l'idée que l'Europe pourrait être à l'avenir submergée par des vagues venues d'Afrique: "La plupart des mouvements de population n'ont pas lieu vers l'Europe mais vers des pays africains. Ce sont d'abord eux qui sont confrontés aux pressions migratoires".
Il n'y a eu que 210'000 demandeurs d'asile cette année, loin des 1,2 million de 2016.
L'expert précise qu'il n'y a eu "que 210'000 demandeurs d'asile sur le continent cette année, loin des 1,2 million de 2016. Parmi eux, seuls 38% ont besoin de protection et les autres doivent rentrer dans leur pays d'origine".
Trafiquants impunis
Plus de 1800 personnes se sont encore noyées en Méditerranée même si les flux vers l'Europe diminuent considérablement. Vincent Cochetel pointe une certaine hypocrisie des pays occidentaux dans la lutte contre les passeurs, alors que les moteurs de leurs bateaux transitent par des Etats européens: "Pourquoi ne suit-on pas les filières d'acheminement des bateaux comme si c'était de la drogue, des armes ou du terrorisme?"
Il faut geler les avoirs des passeurs où il sont, en Europe ou dans les pays du Golfe.
L'envoyé spécial du HCR rappelle que de nombreux trafiquants en Libye sont connus mais que seuls six ont été nommés par le comité des sanctions des Nations Unis. "Il faut en nommer beaucoup plus, geler leurs avoirs où il sont, (...) en Europe ou dans les pays du Golfe".
Investir dans la paix
Avec une Europe riche et vieillissante d'un côté et un continent africain dont la population pourrait doubler d'ici 2050, l'expert sait qu'il sera impossible de stopper les flux migratoires.
"On peut les réduire, on peut les gérer beaucoup mieux", nuance Vincent Cochetel. Comment? "Il y a encore dix-neuf conflits sur le continent africain. L'Europe peut s'attaquer à un certain nombre d'entre eux et les résoudre".
Kevin Gertsch
Publié le 20 octobre 2018 à 09:45