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Article publié dans la Résonnances N°4 -Mensuel de l'école Valaisanne Décembre 2001
De l'isolement régional à l'échec scolaire, en passant par l'hétérogénéité des classes, il se trouve toujours quelqu'un pour laisser entendre qu'une solution moderne passe par les ressources inépuisables de l'Internet, notamment grâce à son ouverture au monde et parce que son attrait résoudrait les problèmes de motivation des élèves. D'un autre côté certains rejettent ces technologies comme "simplement ludiques"
Ces affirmations polarisent le débat plutôt que de favoriser l'émergence de solutions.
Dans le passé l'école a toujours intégré les technologies, mais jamais sans les adapter, les scolariser et toujours avec le temps du débat entre le rejet viscéral d'un côté et l'adhésion bavante de l'autre.
Une définition pour commencer
La motivation selon Myers, 98 est " un besoin ou un désir qui sert à dynamiser le comportement ou à l'orienter vers un but ".
On a donc une force et une direction, un vecteur diront les mathématiciens.
L'Internet, et le web en particulier justifient , par leur essor incroyable l'émergence du terme Technologies de l'Information et de la Communication (et de l'acronyme ICT pour la version anglaise).
Considérons ici l'Internet comme un ensemble de technologies permettant de communiquer et d'échanger de l'information.
La motivation
La question de la motivation se pose avec une acuité particulière lors de l'usage de l'ordinateur. Parce qu'il permet de communiquer avec d'autres personnes, parce que typiquement l'Internet s'explore avec un élève seul ou à 2, il crée des situations où l'influence de l'enseignant est moins tangible ; l'élève est au contact d'autres influences de dynamique et d'orientation autres et s'évade un peu de l'aura du maître, de son influence motivatrice.
La question de la force et de la direction de ces autres sources de motivation se pose donc de manière critique.
Distinguons quelques-uns des facteurs moins connus de l'attractivité de l'Internet :
-Son usage est fortement valorisé socialement, l'importance économique, l'image professionnelle qui accompagne ces ICT produisent un sentiment de fierté tant chez les enseignants que les élèves.
-Son contenu est perçu comme plus réel, plus authentique, que le savoir scolaire : les élèves rapportent souvent après une cyber-exploration avoir été en contact avec " la vie en vrai " puisque les savoirs qu'on y trouve n'ont pas été sélectionnés ni prescrits ils apparaissent moins "scolaires".
-L'Internet permet une ouverture sur l'extérieur : le réseau ouvre les murs de la classe à tout un monde qui informe parfois , qui inonde aussi bien souvent le surfeur en culottes courtes. Les élèves connectés au réseau se sentent plus " à la page ", " en prise directe sur notre temps ".
-Le réseau est nouveau. Cette nouveauté attire -on le sait bien- les jeunes.
-Paradoxalement, l'acceptation très nuancée, voire critique que l'école manifeste face à l'Internet le rend d'autant plus attrayant aux yeux de certains des élèves, qui ont par leur âge le goût de l'interdit. N'oublions pas que l'Internet s'est bâti sur une architecture décentralisée qui explique sa robustesse, mais aussi son rejet dans un premier temps par les autorités et les structures centralisatrices comme microsoft avant qu'elles n'y trouvent leur compte.
On a donc sur l'Internet un ensemble de forces de motivation très nombreuses et intenses, dans des directions divergentes et pratiquement incontrôlables. Cela justifie sans doute le sentiment que tout cela, bien que motivant, n'est guère utile pour l'école : c'est que la direction de cette motivation n'est pas souvent en accord avec les objectifs d'apprentissage.
Parmi les facteurs de motivation qu'on n'y trouve pas, l'obligation issue d'une autorité -celle du maître le plus souvent- est un vecteur de motivation qui oriente et dynamise bien des activité d'élèves.
À défaut d'obligation
Or l'ordinateur n'a pas d'autorité effective sur l'élève, en effet l'élève peut rêver ou suivre les consignes à l'écran à sa manière sans que l'ordinateur puisse même le savoir, en fin de compte il peut même éteindre l'écran.
Aussi la motivation à effectuer la tâche ne peut pas reposer sur une consigne impérative provenant du système ; s'il y a obligation, elle est l'expression de l'autorité du maître en dehors du système ICT. En somme l'ordinateur ne peut pas imposer, il propose : l'apprenant doit trouver sa motivation en lui ou dans la situation que le système et l'enseignant réalisent.
Ludique ?
Venons à la réflexion sur la futilité ludique de ces technologies. Internet et les ICT amènent en fait à repenser la relation de l'école au jeu. Cette opposition ludique-scolaire, avec une connotation négative apparaît alors plutôt comme un vecteur de motivation mal dirigé. D'autant plus que l'observation des mécanismes de base de l'apprentissage chez l'homme comme chez les autres mammifères montre qu'il n'y a généralement pas d'apprentissage sans jeu.
Ainsi la question devient : Comment exploiter la force de motivation que recèlent les ICT pour la diriger vers les objectifs d'apprentissage ?
L'Internet permet d'innombrables nouvelles situations pour susciter le désir d'apprendre reste à savoir comment les orienter vers les objectifs scolaires.
Comment utiliser l'Internet pour motiver les élèves ?
L'Internet peut être vu comme un moyen de créer de nouvelles situations où l'apprenant peut élaborer du sens.
Ainsi penser l'usage de l'Internet, c'est imaginer une activité d'apprentissage qui intègre comme une de ses facettes les ICT. Puisqu'on ne peut guère obliger l'élève, on doit imaginer des situations qui mobilisent les forces de motivation que l'Internet recèle, tout en les pilotant dans le sens des objectifs d'apprentissage.
Le Canadien Les Green résume bien cette approche par la question "Que voulez-vous qu'il veuille ?"
Explicitons sommairement :
La situation pédagogique se définira d'abord par le rôle qu'investira l'élève. Ce rôle doit être assez motivant ( qu'il veuille) mais de nature à lui faire acquérir les compétences visées. (Que voulez-vous )
Bien sûr on veillera à s'assurer pour chaque site qu'on prévoit d'utiliser que les objectifs implicites convergent avec ceux poursuivis pour cette activité, afin que le rôle effectivement joué par l'élève soit celui qui donne du sens à l'activité.
Puis on clarifiera les responsabilités :
-Ce que le système ICT (web, cédérom, ) fait,
-Ce que l'enseignant fait,
-Ce que l'élève fait.
On aura déjà alors une ébauche de l'activité.
Un exemple : Recourir à l'effet de motivation (actuellement énorme) que recèle pour les élèves la publication sur le Web de leurs pages. Leur faire rédiger un site -disons sur les saisons- les inciterait donc à approfondir ce sujet. Par ailleurs en écrivant des pages les élèves exerceront également leurs compétences de rédaction.
Ils voudront connaître tout des saisons, ils voudront rédiger correctement pour mieux présenter leur sujet sur un média actuellement valorisant.
On a réussi à faire converger la force de motivation que l'Internet développe en direction de nos objectifs d'apprentissage.
J'entends déjà certains remarquer que dans ce type d'activité Célestin Freinet n'est pas loin Sans doute, et c'est peut-être que le pédagogue est plus important que l'outil
F. Lombard, 21 novembre 01