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histoire L'archéologue cantonal Jean-Pierre Dewarrat a révélé le tracé de la voie romaine qui va de Palézieux à Oron-la-Ville. La campagne vaudoise a longtemps représenté un passage entre le nord et le sud de la Suisse, voire de l'Europe, explique ce passionné, passé maitre dans l'art de transmettre son savoir. Rencontre.
Valérie Blom
Oron reflète la campagne vaudoise, bien loin de la ville et de sa haute fréquentation. Et pourtant, le village vaudois était un fort lieu de passage à l'époque romaine, entre le IIIe et le IVe siècle. Jean-Pierre Dewarrat, archéologue du territoire mandaté par la commune oronaise, a certifié le tracé de l'antique route. Ayant lui-même grandi à Attalens (FR), il avait songé d'instinct que les voyageurs transitaient par la région. De plus, des vestiges tels que des tessons de céramique ou autres matériels d'origine gallo-romaine ont été découverts grâce à des sondages archéologiques ou parfois même lors des labours des champs.
De voie romaine à voie verte
«Deux importants axes européens traversaient le pays: l'un via les Grisons et l'autre par Vevey, Oron, Avenches, puis direction le Jura. Les différentes couches de sédiments l'ont prouvé», note Jean-Pierre Dewarrat. Rencontré dans un café lausannois, le personnage en lui-même mériterait un article. «J'ai avant tout une question, interrompt-il dès le premier abord. Pourquoi consacrer un papier à la voie romaine? Êtes-vous certaine que les gens vont s'y intéresser?» Sûr, avec un professeur tel que lui. Il confie d'ailleurs dans l'introduction de son travail qu'il a vécu cette recherche «comme un roman policier.»
Il explique que le rideau d'arbres du Martinet atteste la présence de la route romaine. On les nomme des «marqueurs». Une partie du chemin existe encore et demeure emprunté par le trafic agricole. «Nous avons pu prouver l'existence de la route avec trois coupes, reprend-il. Elle n'est pas menacée, notamment grâce à la végétation qui la borde. Il serait intelligent d'en faire une voie verte, permettant de relier les deux villages de Palézieux.» Ce qui sera le cas d'ici à quelques années (voir encadré).
Toujours comprendre pourquoi
Jean-Pierre Dewarrat déborde de curiosité pour le monde qui l'entoure, avec la capacité à passer à autre chose une fois sa soif étanchée. «Déjà petit, je voulais tout savoir, tout comprendre.» C'est de cette manière qu'il s'est dirigé vers l'archéologie. «Découvrir où est passé le glacier, quelle trace il a laissé, où se sont installés les hommes, pourquoi, l'évolution de leur habitat, etc.» Il adore raconter l'histoire d'un lieu, en partant de l'époque glaciaire à aujourd'hui. «Mes étudiants m'adulent lorsque je le fais», raconte le professeur de la HES de Fribourg. Il a également signé durant quinze ans des chroniques dans La Liberté, sa plume étant aussi affutée que sa langue.
Il s'est spécialisé dans l'archéologie du territoire, se consacrant justement aux routes. «Les gens ne se rendent pas compte des richesses qui se trouvent parfois sous leurs pieds. La forêt de Moncor à Fribourg abrite des tombeaux par exemple. J'ai souri lorsqu'en 2006, l'Abbaye du Haut-Crêt a été officiellement située vers les Tavernes, à l'emplacement exact où j'attestais sa présence trente ans avant dans la Gazette de Lausanne», confie en rigolant celui qui vit de passion et d'instinct.