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dossier | La Réforme sur nos terres
La Réforme dans le sud de l’Evêché de Bâle
Au tournant de 1500, le prince-évêque de Bâle, à la tête du diocèse du même nom, est aussi le chef d’un Etat, «l’Evêché de Bâle» ou principauté, qui n’a pas les mêmes frontières que le diocèse et couvre les territoires actuels du canton du Jura, du Jura bernois et de Bienne, du Laufonnais et du Birseck. La partie nord dépend du Saint Empire. Le sud en revanche est lié à la Suisse par ses alliances ou «combourgeoisies» avec des villes du Plateau, Berne notamment, qui profitera de la Réforme pour y accentuer son influence. Sur le plan spirituel, Bienne, l’Erguël, La Neuveville et la Montagne de Diesse relèvent du diocèse de Lausanne, Porrentruy de celui de Besançon. Le reste de la principauté (avec la prévôté de Moutier-Grandval) appartient au diocèse de Bâle.
En moins d’un lustre, Bienne (1528) et les vallées méridionales de l’Evêché (1529-1531) adoptent la Réforme. Un cataclysme pour le prince-évêque, qui perd en même temps sa cathédrale de Bâle: les bourgeois de la ville embrassent en effet les idées nouvelles en 1529, et l’évêque s’installe à Porrentruy, hors de son diocèse! Le Laufonnais et le Birseck se réforment à la même époque, avant d’être décatholicisés par l’évêque Blarer dès les années 1580. Le reste de la principauté (canton du Jura actuel) restera catholique.
Intérieur de la Blanche-Eglise à La Neuveville
Wyttenbach et la Réforme à Bienne
Le curé de Bienne Thomas Wyttenbach (1472-1526) a joué un rôle prépondérant dans l’introduction des idées nouvelles. D’une famille de notables biennois, Wyttenbach étudie les lettres et la théologie à Tübingen, puis à Bâle. Il enseigne à l’Université de Bâle, où il a pour élève Ulrich Zwingli. Il est nommé curé à Bienne en 1507, chanoine de la collégiale de Berne en 1515. Il condamne les abus de l’Eglise, proclame la nouvelle foi et s’oppose au service étranger, à la boisson, aux jeux et aux danses. Il rejette la doctrine catholique de la transsubstantiation, qui veut que, lors de l’Eucharistie, le pain et le vin se transforment en chair et en sang du Christ.
Dans un premier temps pourtant, l’opposition du camp adverse (le chancelier Sterner, le maire épiscopal de Rambevaux) est trop forte. Marié en 1524, Wytteynbach est destitué de son poste de curé par le Conseil, conservateur. Il meurt en 1526, sans avoir vu le triomphe de la Réforme à Bienne. Il faut attendre que Berne embrasse la Réforme, en 1528, pour que Bienne lui emboîte le pas, peu de temps après. La première a d’ailleurs promis son aide à la seconde si celle-ci se faisait attaquer pour ce choix. La Réforme est – aussi – une question de pouvoir.
La Réforme en Erguël, à Moutier et à La Neuveville
L’activisme de Bienne est à l’origine de la Réforme en Erguël, région où la ville exerce déjà un certain pouvoir puisqu’elle y a le droit de lever des soldats. La consultation populaire sur le changement de religion (le «plus») débouche d’abord sur un résultat négatif en 1529. Bienne organise un second vote, en 1530. Cette fois, les Erguëliens font le «juste» choix, sous la pression des émissaires biennois. En prévôté de Moutier, Guillaume Farel, muni d’une lettre de recommandation de Berne, prêche la Réforme en 1530. Les paroisses adhèrent, parfois après un premier refus (comme à Moutier), sauf celles situées en aval de la Roche-Saint-Jean, qui restent catholiques. A La Neuveville, dont le Conseil est conservateur, il faudra bien la fougue de Farel et les injonctions réitérées de Berne pour faire accepter les idées nouvelles.
Permanences et évolutions
Même réformés, les habitants du sud de l’Evêché, y compris Bienne, restent sujets du prince-évêque. Le chapitre de Moutier-Grandval perçoit toujours les dîmes. Certains pasteurs continuent même d’être nommés par des catholiques. Deux siècles plus tard, Théophile-Rémy Frêne, pasteur de Tavannes, est encore désigné par l’abbé de Bellelay.
La Réforme apporte toutefois des changements tangibles. Les images, les statues des saints sont ôtées des églises et souvent détruites. Le chapitre de Saint-Imier disparaît, celui de Moutier s’exile à Delémont. Les consistoires veillent désormais sur les mœurs. Les Eglises réformées s’organisent soit de manière autonome soit sous la férule bernoise, mais indépendamment de l’évêque. En définitive, la Réforme a contribué à éloigner encore plus de ce dernier des sujets qui s’en étaient déjà distanciés par leurs combourgeoisies, jouant sur le contre-pouvoir qu’elles leur apportaient.
Damien Bregnard,
archiviste adjoint aux Archives
de l’ancien Evêché de Bâle (AAEB)
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