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« On reconnaît tout de suite un homme de jugement à l'usage qu'il fait du point et de la virgule. »
(Henry de Montherlant)
Bien qu’on lise toujours avec ravissement James Joyce, qui a opté d’écrire sans ponctuation, nul n’affirmera de bonne foi que les sigles dont la mission est d’assurer le rythme du texte soient inutiles, voire insignifiants. On se souviendra ainsi également du roman de Christian Prigent publié en 1996, Une phrase pour ma mère, sans point (et forcément sans majuscule) …
Il n’y a pas longtemps, un mouvement transfrontalier avait lancé un vibrant appel contre la disparition du point-virgule.
Suite au désespérant constat de la rareté de ce fameux signe de ponctuation tant dans les journaux que dans les romans sans oublier toutes sortes de rapports techniques, des comités de soutien se sont créés pour sa justification et enfin sa sauvegarde. Certes, d’aucuns hasardent une explication : la faute au raccourcissement des phrases selon le sacro-saint principe d’économie! Son funeste sort viendrait aussi du malaise que son emploi suscite : entre le point et la virgule, sa place paraît indéfinie ou indécidable ; alors que le « ; » s’utilise entre deux segments distincts qu’on veut mettre en opposition ou en parallèle, son affectation est souvent maladroite. On se rappellera enfin combien ce signe a été dévalorisé par Cavanna, qualifié par ses soins de parasite timoré!
À l’opposé, sa consoeur, la virgule trouve grâce aux yeux de tout le monde, un peu comme si elle incarnait le sommet du style … Calqué sur son aspect, ce signe vient du latin virgula (petite baguette, bâtonnet), terme formé à partir de virga (verge, baguette). C’est dire que le hasard connaît des chemins que la raison ignore : la valeur moindre attribuée à ce diminutif est proportionnellement inverse à son essor … Inutile de préciser que la virgule reste le signe de ponctuation le plus utilisé, au point d’avoir donné un synonyme aux correcteurs, appelés aussi « virguleux ». De ce sigle est tirée la locution ne pas changer une virgule qui veut dire « n’apporter aucune modification dans le texte », ce qui a donné par extension « ne rien changer ».
De grands auteurs en attestent. « J'ai tout pesé, jusqu'à la dernière virgule, je n'ai pas un zeste à changer», s’exclamait Villiers de L'Isle-Adam dans sa Correspondance en 1889. Dans la même veine, on entend Cyrano de Bergerac, qui réagit à la seule idée que l’un des vers pourrait être corrigé : « Mon sang se coagule, / En pensant qu'on y peut changer une virgule.»
Pour mettre un point final à l’affaire, il n'est pas inutile d'insister sur la nécessité de ne pas mettre entre parenthèses le point-virgule pour des raisons tant théorique qu’esthétique – l’idéologie n’ayant pas cours ici – car la richesse de la langue en dépend ... ?! ...; ...!? ... !!!