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Editorial
La tension entre réalité et fiction, et la capacité de celle-ci à éclairer celle-là, émerge des livres de ce mois. Beaucoup de critiques et d'auteurs refusent de prendre en considération les dimensions autobiographiques d'une oeuvre pour l'interpréter: soit qu'ils revendiquent l'autonomie de l'oeuvre; soit qu'ils insistent (c'est plus rare) sur la dimension nécessairement subjective de toute perception — à l'instar d'une Fleur Jaeggy, affirmant que "tout est autobiographique, même la couleur du ciel".
Dans le cas des écritures autobiographiques, plusieurs écrivains contribuent pourtant à réanimer cette question, en revendiquant de manière plus ou moins explicite des dimensions autobiographiques de leurs oeuvres. Ainsi, pour ne prendre des exemples que dans les pages récentes du Culturactif, Bernard Comment nomme le protagoniste de son dernier roman Bernard Wiewann, et en fait ainsi un avatar de lui-même. La prose poétique de Philippe Rahmy sur la souffrance physique est assortie d'une brève notice biographique sur l'auteur, spécifiant qu'il est atteint d'une maladie congénitale, de sorte que le lecteur peut-être tenté de lire le livre comme un écrit autobiographique, ou du moins d'attribuer à l'auteur une forme d'autorité en la matière, d'y voir une sorte d'expert. Corinne Desarzens, présente sur nos pages de juillet, a déjà affirmé son propos de transcender l'histoire familiale personnelle par l'écriture romanesque: "La réalité n'a qu'à bien se tenir", soulignait-elle dans son avant-dernier roman, dont le plus récent constitue une continuation. C'est sur un mode farcesque que Christoph Keller et Heinrich Kuhn mettent en abîme leur propre situation d'écrivains (à quatre mains) dans leur dernier livre: les protagonistes en sont justement deux auteurs, qui s'attellent ensemble à un roman policier, puis se trouvent surpris par l'arrivée en chair et en os de l'un de leurs personnages, pygmalions malgré eux.
Lorsque ce sont des thèmes historiques qui sont en jeu, par contre, plus personne n'hésite à interpréter l'oeuvre en la confrontant avec la réalité, du seul fait que cette réalité est supposée publique, et non privée. Lukas Bärfuss a ainsi composé une fiction à la première personne pour dépeindre ou interroger un situation historique, celle du génocide rwandais, et le rôle de la coopération internationale suisse dans ces événements. La problématique est par certains aspects comparable, et très riche, dans le premier roman de Nicolas Buri, racontant l'histoire de Jean Calvin à la première personne : dans quelle mesure ce livre est-il une lecture de la biographie de Calvin et d'un cadre historique, ou au contraire une construction romanesque autonome? Difficile, après une telle lecture, de ne pas fouiner dans des textes d'histoire afin de démêler le vrai du faux, de faire la part entre la vérité historique du récit d'une part, et la portée psychologique et morale de la fable d'autre part; même si, paradoxalement, l'auteur affirme avoir cherché avant tout à "divertir".... L'impression prévaut que l'écriture fictionnelle l'a emmené ailleurs et plus loin qu'il ne l'avait imaginé. Cette dernière remarque s'applique également à Pas du tout Venise , premier livre de Virgile Elias Gehrig.
La question de l'engagement et de la politisation de la littérature a récemment été posée à nouveau, en termes très explicites — suite notamment à une discussion lancée par voie de presse par Lukas Bärfuss, mais aussi à la publication de plusieurs ouvrages sur le sujet (notamment "Quelle éthique pour la littérature" et "Formes de l'engagement littéraire"). Gehrig, Comment, Buri, Desarzens et bien d'autres nous interpellent alors: est-ce plutôt dans l'imprévisible de l'écriture et de l'invention qu'il faut chercher l'engagement de la littérature? Un auteur confronté à un thème de fiction, quel qu'il soit, et quelle qu'en soit la source, l'époque, se prononce-t-il nécessairement, par l'écriture, sur le réel? L'engagement de la littérature passe-t-il obligatoirement par une politisation plus explicite du propos et des thèmes, comme chez Bärfuss? Ou cet engagement réel réside-t-il plutôt dans le désir, qu'un livre parfois suscite, de lui répondre, comme à une lettre d'un ami, pour reprendre la formule de Françoise Delorme à propos des Eoliennes de Ferenc Rakoczy?
Francesco Biamonte
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Sommaire
Les Livres du Mois
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Corinne Desarzens, Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème . Elisabeth Vust dresse une critique du dernier livre de l'auteure, autour de la figure du père.
Monique Schwitter, Ohren haben keine Lider. Découverte avec enthousiasme en 2006 pour ses nouvelles, l'auteure alémanique livre son premier roman, commenté par Beat Mazenauer.
(Page en allemand avec résumé en français / Seite auf deutsch mit frz. Resümee )
Virgile Elias Gehrig, Pas du Tout Venise. Brigitte Steudler livre une critique très positive de ce premier livre.
Christoph Keller et Heinrich Kuhn, Der Stand der letzten Dinge . Un roman surprenant, duquel Beat Mazenauer nous rend compte. (Page en allemand avec résumé en français / Seite auf deutsch mit frz. Resümee )
Ferenc Rakoczy, Eoliennes . Françoise Delorme livre une critique subtile et passionnée de ce recueil de poèmes.
Nicolas Buri, Pierre de scandale . Avec un long article de Francesco Biamonte
L'invitée
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Véra Michalski , éditrice actionnaire majoritaire du groupe éditorial Libella (incluant notamment Noir sur Blanc et Buchet Chastel), a annoncé il y a quelques mois la création d'une fondation Jan et Vera Michalski pour la littérature. Anne Pitteloud a pris des nouvelles de ce projet, incluant bourses, prix et résidences.
Inédit
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De Giorgio Orelli, nous proposons en traduction trois poèmes , dans le cadre de notre partenariat avec Le Courrier.
Et encore...
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Page créée
le 08.07.08
Dernière mise à jour le 08.07.08