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L’origine des études sur la voyance
Les expériences scientifiques menées dans le domaine de la voyance ont débuté à la fin du 19e siècle. Elle n’ont pas cessé de se poursuivre depuis. Comme pour la télépathie, la précognition utilise souvent des cartes (Zener ou autres) ou des images. Dans ce cas, l’objectif est de deviner à l’avance celles qui vont s’afficher. La voyance est testée à l’aide des statistiques depuis les années 1930.
L’un des plus grands spécialistes dans l’étude de la voyance a été, là aussi, l’américain Joseph Banks Rhine que nous avons déjà rencontré dans la partie “La télépathie“. Son épouse, Louisa E. Rhine a apporté une pierre importante dans ce domaine en étudiant les courriers envoyés à son époux entre 1961 et 1977. En tout plus de 30’000 lettres d’expériences parapsychologiques vécues par des adultes, mais aussi 216 envois concernant des adolescents.
Ce qui est vu durant les épisodes de voyance spontanée
Après examen, il est apparu que les expériences de voyance des adultes sont focalisées dans 78% des cas sur la famille. Ce chiffre chute à 22% chez les enfants. Par contre, ces derniers peuvent avoir la vision de leurs animaux (9%), d’eux-mêmes (15%), de leurs camarades (22%) et même de leurs voisins et de leurs professeurs (5%) ! Dans plus de la moitié des visions enfantines (54%), celles-ci concernent des événements très quelconques comme l’habillement qu’aura un camarade le lendemain ou, comme des jeunes me l’ont rapporté, des visions de futurs tests ou de personnes qui allaient leur rendre visite. Le plus étonnant a sans doute été le songe prémonitoire d’une jeune adolescente qui m’avait raconté avoir visité en rêve un centre commercial qui s’est ensuite révélé être exactement celui dans lequel elle est allée quelques semaines plus tard lors d’un voyage.
Les expérimentations de précognition à choix forcé
De nombreux chercheurs ont essayé de tester les dons de précognition en laboratoire. Les résultats étaient statistiquement significatifs, mais peu importants, parce que deviner de manière monotone quelle carte va apparaître ne correspond pas à notre réalité quotidienne et n’a rien de très motivant.
Les chercheurs ont donc décidé de mettre en place des protocoles à “réponse libre” qui obtiennent de meilleurs résultats. L’objectif n’est désormais plus de deviner des cartes de type Zener, mais des scènes naturelles et même, parfois, des lieux réels. Le participant va librement donner toutes ses impressions concernant la cible et celle-ci est sélectionnée après l’enregistrement.
Certains protocoles proposent également la mise sur pied d’un seul test de précognition par jour pour éviter tout effet de fatigue. On sait en effet que la répétition nuit invariablement à la qualité des résultats.
Résultats des expérimentations
Le chercheur américain Dean Radin a lancé une méta-analyse collectant les résultats d’expérimentations effectuées entre 1880 et 1940 avec des cartes. En tout 3,6 millions de tests produits par 4600 voyants dans le cadre d’un protocole scientifique strict. Résultat : moins d’une chance sur plusieurs milliards que le résultat positif de précognition soit dû au hasard.
Ses collègues Charles Honorton et Diane Ferrari ont pour leur part publié en 1989 un méta-analyse regroupant trois-cent-neuf études effectuées entre 1935 et 1987 (1). Les expérimentations menées en laboratoire avaient rassemblé plus de cinquante-mille personnes, en majorité des étudiants à l’Université. Les résultats combinés des études montrèrent une probabilité de une chance sur 1024 que la précognition qui apparaissait durant les expériences soit dûe au hasard.
Des biais pour expliquer les bons résultats ?
Les deux scientifiques ont aussi calculé combien d’études non publiées (avec des résultats négatifs qu’on aurait voulu cacher) auraient été nécessaires pour que les résultats publiés cumulés soient causés par un simple hasard : 14’269 études ! Etant donné qu’il n’y a jamais eu beaucoup de chercheurs et que les moyens ont toujours été limités dans le domaine de la parapsychologie expérimentale, il est impossible qu’autant d’études avec des résultats négatifs aient été produites et mises sous le tapis. Et on ne parle même pas du temps nécessaire pour mener de telles études oubliées !
Les deux chercheurs se sont également demandés si les méthodologies de piètre qualité employées par certains chercheurs pouvaient expliquer les bons résultats en précognition. L’analyse a montré exactement le contraire : plus la méthodologie utilisée pour l’étude était rigoureuse et plus les résultats étaient élevés.
Changements physiologiques en cas de précognition
Des chercheurs se sont demandés si le corps pouvait réagir à des événements futurs avant que nous en ayons conscience. Des expériences aux résultats très intéressants en faveur de la précognition ont ainsi mesuré la conductance cutanée (quantité de sueur mesurée avec un détecteur de mensonges) (3) , le rythme cardiaque (4), les variations de la taille des pupilles oculaires, l’activité électrique cérébrale et l’oxygénation du sang dans le cerveau (5). L’objectif était de voir si notre corps était capable de réagir avant la présentation d’un fort stimulus.
Par exemple, dans l’expérience d’examen des pupilles, les yeux des sujets étaient examinés en continu par oculométrie avant et pendant le passage de photos plus ou moins émouvantes. On sait en effet que les pupilles sont plus larges durant la vision d’images à fort caractère émotionnel. L’analyse des résultats a montré que les pupilles se dilataient bien avant la vision d’images fortes dans une proportion de 1250 chances contre 1 que cela soit dû au hasard. L’équipe de chercheurs a aussi démontré qu’il y avait plus de clignements des yeux avant la vision d’images émouvantes et qu’il y avait une légère corrélation des mouvements oculaires avant que la photographie apparaissent et durant le visionnement. (6)
Le fait que le corps réagisse avant que nous ayons conscience d’un événement expliquerait la “conscience exceptionnelle de la situation” bien connue des pilotes de chasse. Ceux-ci témoignent en effet réagir plus vite en situation de combat que ce qu’ils sont normalement censé être capables de faire. Mais ce phénomène semble toucher l’ensemble de la population comme vous pouvez le constater en lisant la page “l’intuition“.
Le pressentiment dans des études touchant d’autres sujets
Le psychologue néerlandais Dick Bierman s’est demandé si des phénomènes de pressentiment pouvaient apparaître dans des études sociales qui ne recherchaient pas ce phénomènes (2). Il a trouvé trois études utilisant la conductance cutanée qui se prêtaient à une deuxième analyse sous l’angle de la précognition. Il y avait par exemple une recherche qui essayait de déterminer à quelle vitesse apparaissait la peur des animaux chez des personnes phobiques en comparaison avec des personnes sans craintes spéciales. Les graphiques de ces trois études ont bel et bien montré qu’il y avait pressentiment avec des résultats statistiquement significatifs.
Ces résultats ont été confirmés par la chercheuse Julia Mossbridge. Elle a constaté que le rythme cardiaque, la conductance cutanée et les ondes cérébrales des sujets de deux études supplémentaires montraient bel et bien en deuxième lecture qu’il y avait eu pressentiment durant les expériences bien que cela ne soit pas l’effet recherché.
Ces recherches ouvrent de nouvelles perspectives d’études, puisqu’il serait possible de reprendre les résultats d’expériences existantes dans d’autres domaines pour détecter le présence de précognition. Mais elles prouvent d’ores et déjà que le pressentiment est présent en tous lieux et en permanence, bien qu’il le soit généralement de manière inconsciente. Les informations psi sont suffisamment filtrées pour que nous n’en ayons pas conscience, hormis, parfois, en cas d’urgence.
Quand les standards scientifiques changent pour dénigrer le psi
Le psychologue Daryl Bem et ses collègues ont procédé en 2015 à une méta-analyse regroupant nonante expériences menées dans trente-trois laboratoires siégeant dans quatorze pays différents (7). Leur étude prouve que des personnes peuvent avoir conscience de stimuli avant leur apparition. Les résultats ont évidemment amené une levée de bouclier des scientifiques matérialistes classiques. Et pourtant… « Le standard largement accepté de la valeur-p (la probabilité qu’une relation donnée soit due au hasard seul) pour la plupart des études biomédicales est fixé à p<0,05 (ce qui signifie que la probabilité statistique que les observations soient dues au hasard est de moins de 5 chances sur 100, ou moins d’une fois sur vingt). Par comparaison, Bem a conclu que la probabilité que les observations dans sa méta-analyse soient dues au hasard était de 0.000000012 pour 100, une valeur significative astronomiquement solide, et cependant, cela ne suffit pas à convaincre les « sceptiques » purs et durs. En fait, ils placent la barre à un niveau impossible à atteindre. » (8)
C’est là tout le problème de la diffusion et de la prise en compte des résultats dans le domaine du paranormal : les standards qui ont cours dans toutes les matières scientifiques ne sont plus admis lorsqu’il s’agit de recherches autour des capacités extra-sensorielles. Le réel problème est sans aucun doute l’insurmontable difficulté de nombreux scientifiques à dépasser le dogme matérialiste, comme l’exprimait par exemple Douglas Hofstadter, professeur de sciences cognitives et d’informatique à l’Université d’Indiana aux Etats-Unis, dans le New York Times du 5 janvier 2011: ” Si la moindre des revendication de Bem était vraie, alors cela mettrait à terre toutes les bases de la science contemporaine en nous obligeant à repenser tout ce que nous savons sur la nature de l’univers“. Ce refus de remettre en cause un ancien savoir est étonnant sachant que notre histoire est jalonnée de faits scientifiques remis en questions !
Au-delà, le travail de David Bem a aussi mis en avant les limites des matérialiste en les mettant devant leurs propres contradictions : “En employant ce que nous considérons comme des standards en matière d’expérimentation, d’analyse et d’exposition des données, tout en parvenant à une conclusion fantastique, Bem a mis les psychologues expérimentalistes dans une position difficile: ils sont forcés soit de réviser leurs croyances sur la nature fondamentales du temps et de la causalité, soit de réviser leurs croyances sur le bien-fondé de la pratique de recherche modale.” (9) En d’autres mots: soit leur vision du monde est fausse, soit leurs techniques de recherche sont erronées et de ce fait tous les résultats obtenus jusqu’alors avec ces méthodes n’ont aucune valeur scientifique !
La recherche de personnes disparues
Plusieurs voyants se sont par ailleurs distingués par leur capacité à retrouver des personnes disparues. On peut citer l’anglais Keith Charles qui a fait carrière comme officier de police à Londres avant de se lancer comme médium. Il a collaboré avec les services de polices canadiens, australiens, américains et britanniques. On peut aussi citer le Néerlandais Gerard Croiset qui a beaucoup travaillé sur la disparition d’enfants. Ceux-ci étaient malheureusement le plus souvent noyés dans les canaux dont regorge le pays. Ses capacités ont été étudiées à l’Université d’Utrecht par le professeur Wilhelm Tenhaeff.
Alexandra Urfer Jungen
1.Charles I Honorton, Diane C. Ferrari, “Future teiling: a meta-analysis of forced-choice precognition experiments, 1935– 1987”, Journal of Parapsychology, Vol. 53, December 198
2. D. Bierman, “Anomalous baseline effects in mainstream emotion research using psychophysiological variables”, Journal of Parapsychology, 64, 2000, p 239
3. D. Radin, “Electrodermal presentiment of future emotions”, Journal of Scientific Exploration, 18, 2004, pp 163-180; H. Sequeira, P. Hot, L. Silvert, S. Delplanque, “Electrical autonomic correlates of emotion”, International Journal of Psychophysiology; 2009, 71(1), pp 50-56
4. P.Tressoldi, M. Martinelli, S. Massaccesi, L. Sartori, “Heart rate differences between targets and non-targets in intuitive tasks”, Journal of Human Physiology, 2005, 31 (6), pp 646-650; R. Mc Craty, M. Atkinson, RT Bradley, “Electrophysical evidence of intuition: part 1. The surprising role of the heart”, Journal of alternative and complementary medicine, 2004, 10, pp 133-143
5. DJ Bierman, HS Scholte, “A fMRI brain imaging study of presentiment”, Journal of International Society of Life Information, 2002, 20 (2), pp 380-388
6. D. Radin, A. Borges, “Intuition through time: what does the seer see? Explore, 2009, 5, pp 200-211
7. Daryl Bem, Patrizio E. Tressoldi, Thomas Rabeyron, et al., « Feeling the Future : A Meta-Analysis of 90 Experiments on the Anomalous Anticipation of Random Future Events », F1000Research 4, 2015, 1188, doi :10.12688/f1000research.7177.1
8. Dr Eben Alexander et Karen Newell, Voyage d’un neurochirurgien au cœur de la conscience, Guy Trédaniel éditeur, 2017, p. 83
9. E. LeBel, K. Peters, “Fearing the future of empirical psychology: Bem’s evidence of psi as a case study of deficiences in modal research practice, Review of General Psychology, 2011, 15(4), pp 371-379