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Une des questions essentielles posée par le pseudo-retour de la morale et de l'éthique dans le monde des affaires concerne le niveau de rémunération des dirigeants d'entreprises.
Etrangement, le débat se focalise sur le salaire des dirigeants, certes indécents dans de nombreux cas, mais il occulte l'autre volet de la distribution des bénéfices des entreprises, à savoir la distribution des dividendes aux actionnaires. En fait, la distribution de dividende est une soustraction en partie arbitraire de la richesse produite par les collaborateurs et collaboratrices de l'entreprise.
L'actionnaire est un co-propriétaire, il encaisse une rémunération pour son placement, son investissement (donc son risque aussi), pas pour son travail. Ainsi, on peut se demander si les pressions qui existent pour baisser les rémunérations des dirigeants ne sont pas davantage motivées par la volonté de rémunérer davantage les actionnaires plutôt que par de belles considérations égalitaristes.
Moins de fric pour les dirigeants, qui restent des "travailleurs", c'est plus de fric pour les actionnaires, les propriétaires qui "placent".
Une forte tendance économique des dernières années est justement d'encourager massivement la propriété, l'actionnariat. Et son corollaire, la spéculation. On l'a encore vu avec la votation du 24 février dernier mensongèrement intitulée "réforme des entreprises II" alors qu'elle visait essentiellement à faire des cadeaux fiscaux aux gros actionnaires (plus de 10% du capital, indépendamment du fait qu'on travaille ou non dans l'entreprise).. Placer plus, placer mieux pour gagner plus. Sans travailler. L'argent qui tombe du ciel. Le règne du bling bling.
L'existence de placements spéculatifs, aux risques plus élevés, introduit une distorsion fondamentale entre la rémunération "normale" de projets de l'économie réelle et la rémunération spéculative de projets déconnectés de l'économie réelle par différentes techniques financières à l'opacité croissante.
Un rendement compris entre 2% et 10% pour un projet de l'économie réelle n'est pas rare; il est considéré comme trop faible dans une économie spéculative, où une rémunération de l'ordre de 15%, voire de 20%, est considérée comme un minimum… Et la confusion – volontaire - est telle qu'on demande à l'économie réelle d'offrir les mêmes conditions de rémunération que la spéculation… ce qui explique d'ailleurs aussi les énormes pressions qui existent pour baisser les coûts de production, donc les salaires, dans l'économie réelle. La rémunération ne distingue plus le papier, la transaction informatique de la matière, de la production de biens et services matérialisés. Le profit ignore l'être humain, qui est un facteur de production, un coût, parmi d'autres.
Les systèmes économiques qui encouragent le placement, la propriété, au détriment du travail réel, se déconnectent de la réalité et surtout engendrent un système basé sur le parasitisme, les sangsues qui possèdent le capital sucent les revenus des travailleurs pour que cela rapporte plus.
Rien de nouveau sous le soleil en fait, l'inégalité des revenus étant considérée comme une sorte de fatalité et les droits de la propriété comme sacré, même lorsqu'ils s'exercent sans respect des autres. Et que bien souvent ils résultent d'opérations menées au détriment des autres; on gardera à l'esprit que des banques suisses telles que l'UBS, le Crédit Suisse ou à la défunte SBS ont fait d'excellentes affaires avec le régime sud-africain de l'Apartheid qui produisait de l'or et des diamants en exploitant des travailleurs noirs privés de droits. Plus loin dans notre histoire, on pensera aux excellents rapports commerciaux de la Suisse avec l'Allemagne nazie, aux banquiers genevois qui ont financé l'esclavagisme ou les exploitations coloniales (même si évidemment la problématique n'a pas concerné que la Suisse , les puissances coloniales ayant financé par le vol systématique de matières premières, de terres et d'esclaves leur industrialisation)
La rémunération du capital ne devrait pas être une fin en soi. Aujourd'hui, il est cependant extrêmement difficile d'envisager un système économique qui ne serait pas (plus) basé sur cette engeance, notamment parce que les Etats occidentaux ont trouvé le moyen d'étendre ce type de financement basé sur la spéculation aux systèmes de retraite… C'est un très mauvais calcul quand, comme aujourd'hui, des fonds de pension jouent les retraités d'aujourd'hui contre les travailleurs d'aujourd'hui… qui seront les retraités de demain !
Mais ce système n'est pas une fatalité ! Des entreprises, des banques mêmes, essayent de créer un système économique plus équitable entre les travailleurs et les propriétaires ! L'avenir est devant nous !
Mais en attendant, comme le chemin est encore long (je vous épargne les raffarinades possibles), je vous propose de venir faire une petite course avec les Socialistes et leurs amis dans le cadre de la course de la Marmite, ce samedi 6 décembre à 18h30... en vous déguisant selon l'inspiration du moment sur le thème de la course contre le profit, en lingot, berlingot, chèque de 60 milliards ou autre !