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En Suisse, le traitement de l'obésité et des maladies liées au surpoids représente des coûts de plus de 5 milliards de francs par année. Un tiers des enfants et des adolescents de ce pays souffre d’un excès de poids.
On leur dit pour les aider : « Bougez-vous, mangez mieux et surtout débrouillez-vous tout seuls. » Cela est culpabilisant, inefficace, mais est malheureusement représentatif des mesures anti-obésité de la Confédération. Ce fléau rampant s'est installé lentement et il sera difficile de s’en débarrasser.
Pourquoi la société devient-elle obèse ?
Tout le monde parle aujourd’hui de l’épidémie d’obésité. De « Supersize me », le documentaire qui cartonne, en passant par les magazines grand public ou scientifiques. Le National Geographic (août 2004) a eu, par exemple, l'excellente idée de comparer un hamburger des années 50 et le même aujourd'hui: 79 grammes et 202 calories pour le premier, 122 grammes et 310 calories pour le second. Une dérive vers le "toujours plus pour le même prix" qui concerne aussi les portions de frites ou encore les sodas sucrés, qui ont enflé en même temps que nos silhouettes. Le gras fait la une des médias, et les malades prennent la parole: « Avant d'aller quelque part, je dois m'assurer que le bâtiment dans lequel je vais entrer va pouvoir supporter mon poids. » Et presque tout le monde se bagarre contre sa balance. Mais le lit de l'épidémie s'est fait très lentement. Tout a commencé vraisemblablement il y a 8 à 9 mille ans, quand notre plat du jour s'est sérieusement métamorphosé.
Thierry Souccar est journaliste scientifique et auteur de « Santé mensonge et propagande » (Seuil): « Le basculement des sociétés de chasseurs-cueilleurs, qui se déplaçaient constamment, à une société de cultivateurs et d'éleveurs sédentaires représente une révolution considérable dans l'histoire de l'humanité. L'homme s'est installé et il a commencé à cultiver et élever des animaux. Il s'est nourri évidemment des fruits de ce travail. Pendant sept millions d'années, l’homme n’a ainsi pas consommé de céréales. Puis, il y a huit mille ans, le mode alimentaire change totalement: on voit arriver dans les assiettes des céréales raffinées et des laitages, du sucre, du sel, qui n'existaient pas. Ce changement brutal de nos habitudes alimentaires au néolithique a été porteur, à retardement, de problèmes de santé considérables. »
Selon les paléontologues, les chasseurs-cueilleurs étaient très proches des valeurs recommandées par les experts en nutrition aujourd’hui. La sédentarisation a ensuite permis aux sociétés humaines de se développer et d'acquérir de la connaissance de manière très rapide. Mais, génétiquement, nous sommes restés les mêmes : nous ne sommes pas très différents de l’homme de Cro-magnon. Même si l'alimentation a une incidence sur l'expression des gènes, nous avons hérité de nos ancêtres l'obsession de trouver à manger et la peur de manquer. L'histoire de l'humanité a été marquée par de grandes famines et de grandes migrations. Dans les deux cas, n'ont survécu que ceux dont l'organisme avait résisté aux privations. Cette "pression" génétique a sélectionné les individus dont l'organisme "stockait" le mieux les calories absorbées. En d'autres termes, les plus gros s'en sortaient mieux que les plus maigres. Un avantage qui, de nos jours, est devenu un inconvénient.
A cause des famines, de la rareté de la nourriture, l'humain est naturellement attiré par ce qui lui apporte un maximum de calories: le gras et le sucré. Nous recherchons le sel car il a longtemps été une denrée rare. Il existe des mécanismes d'addiction au sel et au sucre. Plus on en mange, plus on a besoin d'en manger : cela fonctionne un peu comme une drogue, notamment à cause des effets physiologiques des sucres simples dans l'organisme. Ces sucres raffinés, appelés aussi sucres rapides, sont nos ennemis.
On ne peut pas consommer le sucre, le sel et le gras de manière raisonnable. Une fois qu'on y cède, on a envie d'y revenir. C'est incontrôlable et cela n'a rien à voir avec la vraie faim. Car, dans une situation normale, notre organisme règle en principe très bien ses besoins, en particulier pendant la croissance.
Nicoletta Bianchi, diététicienne en pédiatrie à l’Unité Nutrition Clinique au CHUV : « Un enfant qui a de bonnes habitudes alimentaires et surtout qui connaît bien son sentiment de satiété, s'équilibre tout seul d'un jour à l'autre ou d'une semaine à l'autre. Un enfant qui a perdu ses repères, qui grignote, qui mange devant la télé ou qui est enjoint à finir son assiette alors qu'il n'a plus d'appétit, va petit à petit perdre ses repères et il risque de manger trop, sans connaître ses limites et de prendre du poids à long terme. »
Du point de vue des fabricants, le fléau de l'obésité ne serait pas dû à la composition de leurs produits mais à la diminution de l'activité physique. Effectivement, si l’on absorbe plus de calories que l'on n'en dépense, on grossit. Mais la nature des aliments joue un rôle tout aussi capital. Plus il est raffiné et transformé, moins un aliment est rassasiant. Et plus son élaboration nécessite d'étapes, plus les marges du fabricant seront grandes. Un pain complet, par exemple, a une valeur ajoutée ridicule à côté d'une brioche sucrée et il rassasie. Commercialement, ce n'est donc pas intéressant.
Manger n'est pas seulement physiologique, c'est aussi culturel. La table est un lieu de plaisir, d'échange et de régulation. Mais les repas familiaux se sont déstructurés. L'industrie agroalimentaire s'est introduite dans les failles de cet univers culturel et a imposé ses produits et leur consommation anarchique. La télévision joue un rôle majeur dans l'épidémie. Premièrement, parce que le temps passé devant a remplacé des activités plus physiques. Et deuxièmement, parce que la TV sert de formidable caisse de résonance à des messages aberrants. Aujourd'hui, nous ne sommes plus des êtres humains avec une vision du monde, des envies, une liberté de choix. Pour les publicitaires, on n'est plus que des cerveaux ramollis qu'il faut gaver. Bref, la pub ça fait grossir.
Les propos du PDG de TF1 Patrick le Lay, devenus fameux, résument bien la situation: « Le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons, c’est du temps de cerveau humain disponible. »
Mercredi 18 août 2004, nous avons regardé TF1. Entre 9h00 et 11h00, les programmes pour enfants ont été interrompus cinq fois. En deux heures, cinquante-sept pubs ont marqué les cerveaux : trente-trois vantaient un produit alimentaire, dont vingt-huit destinés directement aux enfants ou aux ados. Ainsi, entre le petit déjeuner et le repas de midi, il faut beaucoup de volonté pour ne pas grignoter ! En plus, ces aliments n'ont strictement aucun intérêt nutritionnel. S’ils disparaissaient brusquement, la seule conséquence serait une amélioration générale de la santé. Leur consommation régulière est une cause importante de surpoids, puis d'obésité.
Michel Roulet, médecin responsable de l'unité de nutrition clinique du CHUV nous le confirme : « Il existe un phénomène assez particulier que l'on appelle le rebond d'obésité. A la naissance, le bébé est relativement gras : il a une masse grasse et un tissu adipeux relativement élevé. Au cours des premières années de vie, cette masse grasse va diminuer, proportionnellement au poids de l’enfant, pour atteindre un minimum vers l'âge de six ans, puis elle va ré-augmenter jusqu'à la fin de la vie. Si le rebond d'obésité a lieu avant l'âge de six ans, c'est-à-dire que si l'enfant devient obèse avant l'âge de six ans, ses chances de guérison sont extrêmement faibles. Il faut donc agir extrêmement précocement sur les jeunes enfants : il faut leur enseigner les principes fondamentaux d'une alimentation saine, leur apprendre à bouger, etc... Il faut être aussi extrêmement prudent avec la publicité pour les aliments. Si l’on devait un jour surveiller attentivement la publicité, j’insisterai spécifiquement sur les publicités pendant les émissions pour les très jeunes enfants. »
Peut-on encore parler de publicité face à un tel matraquage? Il s'agit plutôt de propagande et elle est redoutable. Un cerveau de jeune enfant ne fait pas la différence entre pub et divertissement. Avant la puberté, vers 12-15 ans, ils n'ont aucune chance de développer un esprit critique.
De plus, les messages sont subtilement conçus pour induire en erreur les consommateurs, grands ou petits, par exemple en jouant sur de pseudo-vertus en terme de santé. Les paquets de Kellogg’s affichent une pyramide alimentaire dépassée, dont la base est constituée de céréales. En Europe, pourtant, on a revu cette pyramide à la lumière des avancées dans le domaine de la nutrition, et sa base est désormais constituée de fruits et de légumes, les céréales se retrouvant à l'étage du dessus! Mais Kellogg’s s'est bien gardée de faire la correction. De plus, ces produits raffinés n'ont rien à faire au milieu des céréales brutes. En raison de leur taux de sucre ajouté, et aussi parfois de graisse, la majorité de ces céréales du petit déjeuner, devraient plutôt figurer à côté des pâtisseries.
Nicoletta Bianchi, diététicienne en pédiatrie à l’Unité Nutrition Clinique au CHUV à Lausanne, confirme: « Les céréales sont effectivement très grasses. Ce n’est donc pas une bonne alternative, surtout que la qualité des graisses est souvent mauvaise : ce sont des graisses saturées ou transformées, hydrogénées. 40 grammes de céréales, ce qui est la portion généralement indiquée de céréales amalgamées, accompagnés de 2dl de lait, représentent l'équivalent calorique et l'apport en sucre et en lipides d'une tranche de forêt noire ou d’environ 60 grammes de brownies. La seule différence est l’apport de protéines et de calcium apporté par le lait. »
L’étiquetage est intentionnellement mal fait. Même pour les nutritionnistes, c'est souvent incompréhensible. Il est impossible, par exemple, de savoir quelle quantité de sucre a été rajouté par le fabricant. Tout est regroupé sous la rubrique glucides. Il serait très simple d'imposer un étiquetage clair, que l'on pourrait déchiffrer sans être biochimiste, mais l'industrie résiste férocement et les autorités ne font rien. En Australie, pourtant, les consommateurs ont obtenu de haute lutte un programme pilote d'étiquetage. Des stickers de couleur indiquent l'indice glycémique d'un produit: faible, moyen ou élevé. Les patates, par exemple, ainsi que les céréales raffinées ou le sucre, ont un indice glycémique très élevé. Ce système permet d'opter facilement pour les sucres lents, préférables car plus rassasiants.
En Europe, non seulement il y a un déficit d'informations sur les emballages, mais en plus, certaines affirmations sont trompeuses. Le 17 juin 2004, l'Union Française des Consommateurs, L'UFC-Que Choisir, a porté plainte contre Nestlé et Harry's, filiale de Barilla.
Jean-Paul Geai, rédacteur en chef de Que Choisir, raconte : « Nous avons assigné en justice l'entreprise Nestlé, producteur de l’eau Vittel goût pêche, et Harrys, fabricant de la brioche Doo Wap. Nous aimerions avoir l'avis du juge sur les allégations santé que faisaient les deux fabricants à travers leurs produits. Harrys considère que les brioches Doo Wap sont de bons goûters riches en vitamines et en lait. Mais c'est en fait un produit très calorique, très riche en sucre : au niveau diététique, ce n'est pas un bon goûter. En plus, Harry's pousse les enfants à en grignoter toute la journée. Et après, forcément, on a soif. Concernant Vittel, il ne s’agit plus ici d’une eau minérale mais d'une boisson aromatisée très sucrée, dont la place est au rayon sodas et boissons sucrées. Il faut que les industriels de l'agroalimentaire donnent des informations qui ne soient pas tronquées, que l'on dise réellement la vérité au consommateur et que l'on arrête de jouer sur le discours un peu ambigu alimentation et santé ».
Cette manie de dire c'est sain, c'est allégé, à des seules fins marketing remonte à la fin des années 80 début des années 90. La décision de justice concernant Nestlé et Harry's est attendue pour 2005.
Un grand argument de vente dans le domaine de la santé, ce sont les vitamines. Cet été, le gouvernement danois s'est distingué en interdisant à Kellog’s de commercialiser 18 sortes de céréales enrichies en vitamines, dont les très populaires Korn Flakes, Rices Krispies, et Spécial K. Motif: les besoins en vitamines étant un problème de santé publique, ce n'est donc pas aux industriels de décider pour toute une population, d'autant plus qu'une consommation inadaptée ou des surdoses de vitamines peuvent être dangereuses pour la santé des enfants ou du foetus chez la femmes enceintes.
C'est la première fois qu'un gouvernement résiste. Nous avons sollicité une interview auprès de Nestlé pour savoir si elle craignait des mesures similaires contre ses produits enrichis en vitamines, et surtout pour avoir une réaction à la plainte de Que Choisir. Nous voulions également savoir si l'entreprise comptait, à l'avenir, commercialiser des produits mieux conçus du point de vue de la teneur en sucre et en graisse. Nestlé nous a répondu que, vu la disparité de nos questions, elle refusait de répondre! Il s'agit pourtant de la santé des consommateurs. Pour l'instant, l'industrie agroalimentaire dans son ensemble est peu inquiétée. Personne ne la somme de prendre ses responsabilités. Il faut dire qu'elle entretient depuis des années des rapports privilégiés avec les gouvernements et les experts en nutrition.
Co-signataire de Santé mensonge et propagande, Isabelle Robard, avocate spécialisée en droit de la santé, a enquêté sur ces questions: « On parle de 5% d'augmentation d'obésité par an et on se dirige tranquillement vers 20%. Les générations à venir peuvent s’inquiéter : raccourcissement de la durée de vie en raison de cette obésité, augmentation des maladies cardio-vasculaires, diabète, cancers. En fait, les mesures prises ne sont pas assez drastiques par rapport à l'ampleur du problème. Il faut prendre des mesures impératives avec des sanctions à la clé. Il faut peut-être aussi commencer à attaquer les industriels de l'agroalimentaire pour publicité trompeuse, et puis, s’ils ne veulent pas réorienter la gamme des produits proposés, il faut engager des procédures. »
En Suisse, on en est loin. Il n’y a pas de vrai programme de lutte nationale. L'Office fédérale de la santé publique ne fait que soutenir certaines initiatives des cantons, seuls compétents. Il n’y a pas non plus de mesures musclées contre l'industrie agroalimentaire.
Urs Klemm de la sûreté alimentaire à l’OFSP explique: « Nous n’avons pas l’intention de prendre des mesures comme la taxe sur la graisse, ni de contrôler plus strictement les publicités lors des programmes télévisés pour enfants, ni d’interdire des produits malsains comme il en est question en France. Pour l'instant, nous sommes en discussion avec les entreprises pour qu'elles prennent leurs propres responsabilités. L’industrie agroalimentaire nous a confirmé qu'elle va créer un code d'honneur pour la publicité. »
Pendant ce temps, en Europe, les choses bougent. Cet été, en France, un grand débat a eu lieu concernant les distributeurs de friandises, de barres chocolatées et de sodas sucrés dans les écoles. Malgré l'opposition farouche du lobby agroalimentaire, ils devraient disparaître de tous les établissements scolaires d'ici 2005. En Suisse, pas de directive nationale à ce propos. Chaque directeur d'école fait comme il veut. En Romandie, une grande majorité des gymnases et des cycles d'orientation s’est débarrassée de ces distributeurs. En revanche, le boulanger est présent durant toutes les récrés. Les alternatives aux viennoiseries sont rares. En Valais, par exemple, quelques distributeurs de pommes ont été installés. La consommation est d'environ une pomme pour trois élèves par jour.
Au collège des Creusets à Sion, ce sont les étudiants eux-mêmes qui l'ont demandé : « Ca vient d'une demande des étudiants, un besoin d'avoir des fruits frais pendant la pause pour manger. Je suppose que cela vient du fait que les étudiants, les filles surtout, se préoccupent de leur poids. »
Benjamin Roduit est le recteur de ce collège, il nous explique pourquoi les distributeurs de sodas et de barres chocolatées n’ont pas été carrément supprimés: « La classe d'âge qui nous concerne est 15 à 19 ans. Le but des collèges est d'exercer le sens critique de nos élèves, et nous estimons qu'il vaut la peine de laisser se côtoyer des produits sains et d'autres que l'on juge moins intéressants au niveau diététique. »
Pour lutter contre l'épidémie, il faudrait également revoir complètement les politiques agricoles et repenser les relations entre gouvernements, industrie agroalimentaire et producteurs. On s'interroge ainsi sur certaines recommandations nutritionnelles officielles: visent-elle la santé publique ou l'écoulement d'excédents agricoles? Ces dernières décennies, les paysans ont planté non pas ce qui est le mieux pour nous, mais ce que l'industrie agroalimentaire est susceptible d'acheter. On a ainsi commis de grosses erreurs, en favorisant par exemple l'huile de tournesol ou de maïs. Ces huiles sont riches en acide gras oméga 6, que l'on trouve aujourd'hui en excès dans notre alimentation. Sous la pression des lobbys, les huiles de colza ou de lin ont été stigmatisées alors qu’elles sont riches en acide gras oméga 3, dont nous manquons. Ce déséquilibre comme facteur de risque est une des pistes suivies pour expliquer l'épidémie, même si ce n'est encore qu'une hypothèse. La qualité des graisses pourrait plus ou moins favoriser le développement de nos cellules adipeuses :
A l'université de Nice Sofia-Antipolis, le professeur Gérard Ailhaud et son équipe font de la recherche fondamentale en biochimie, ils travaillent sur le rôle des lipides dans la formation du tissu adipeux. Ils ont montré chez l'animal qu'il y a graisse et graisse. A la lumière de leurs travaux, il se pourrait bien que le risque de devenir obèse existe avant même notre naissance.
Gérard Ailhaud, professeur au CNRS de Nice : « Chez l'animal, et chez la souris en particulier, on a très bien démontré que quand la future mère suit un régime hyper-lipidique différent, et qu'ensuite elle allaite, les souriceaux tètent un lait dont la composition en acide gras est le reflet de ce que la mère mangeait. Ceci va avoir une incidence très nette sur leur poids. La période gestation et allaitement est la période critique, qui va favoriser le développement du tissu adipeux pour peu que les lipides qu'ingère la mère soient très riches en acides gras de la série oméga 6 et relativement pauvre en acide gras de la série oméga 3. »
Et si c'était pareil chez l'homme? Cela expliquerait pourquoi l'indice d'adiposité des bébés a doublé en douze ans selon des études américaines, à un âge ou on ne peut pas encore incriminer la télévision ou le manque d'activité. Côté nutritionnel, il se trouve que ces quarante dernières années, le régime alimentaire s'est beaucoup enrichi en oméga 6 dans nombre de pays industrialisés :
Gérard Ailhaud précise: « Chez l'animal, le souriceau soumis à un régime riche en acide gras oméga 6 pèse plus qu'un souriceau nourri avec un régime oméga 6 oméga 3. La différence de poids persiste à l'âge adulte. »
Le lait est le reflet de ce que mange la mère. Sein ou biberon, c'est pareil, car les laits de substitution imitent les laits maternels. Il serait important de savoir rapidement si cela est effectivement une des causes possibles d'obésité de l'enfant. Mais la recherche en nutrition indépendante a pratiquement disparu des facultés. Les meilleurs chercheurs sont dans le privé, chez ceux qui justement vendent des produits trop riches en graisses omega 6.
Michel Roulet, médecin responsable de l'unité de nutrition clinique du CHUV : « En Suisse, l’industrie agroalimentaire est extrêmement puissante et les recherches indépendantes sont faibles : tous les chercheurs sont dans l'industrie agroalimentaire. Il faut corriger ça : il est important qu'il y ait des experts indépendants. »
Pour combattre l'épidémie d'obésité, il faudrait pourtant de l'information indépendante et accessible pour résister aux slogans publicitaires et aux experts sous influence. Au lieu de cela, on culpabilise les individus et on espère de la médecine un remède miracle contre le surpoids.
Michel Roulet : « On a actuellement une réponse qui est beaucoup trop médicale. On soigne un malade qui a une maladie infectieuse, mais on prend en charge un patient qui est obèse. Mais ce n’est pas suffisant et cela n'a pas de sens. Il ne faut pas seulement prendre en charge les gens obèses, il faut prendre en charge la société avant que les gens deviennent obèses et faire de la prévention. Elle doit être extrêmement précoce, active, et ciblée sur les jeunes parents, dans les crèches, les garderies, et les écoles enfantines. Il faut agir très vite dans la vie de l'enfant. »
Voici des conseils simples :
Retrouver un meilleur équilibre entre oméga 6 et oméga 3. On en trouve dans les huiles de colza, de soja, de noix, dans les poissons gras comme le maquereau, la sardine, le hareng ou le saumon.
Limiter les graisses saturées comme le beurre, éviter surtout celles qui sont hydrogénées et préférer l'huile d'olive pour cuisiner et le colza pour la salade.
Il faut donc se méfier des régimes hyperprotéinés et de l'excès de produits laitiers. L'excès d'apport protéique favoriserait l'obésité pendant la croissance et l'entretiendrait à l'age adulte.
Utiliser les produits les moins transformés possible, ce sont ceux dont la liste des ingrédients est la plus courte.
Se rappeler que les collations sont une invention de l'industrie agroalimentaire pour nous faire manger entre les repas.
Supprimer la télévision dans la chambre des enfants. Dans certain pays, le problème est devenu si grave que l'on envisage même de relier la TV a un rameur. Si l'enfant veut la faire fonctionner, il doit ramer, sinon l'écran s'éteint !
De la lecture
« Santé, Mensonges et Propagande » de Thierry Souccar et Isabelle Robard. Edition Seuil.
« Le Poids et moi » de Bernard Waysfeld. Edition Armand Colin.
« Savoir manger, le guide des aliments » de Jean-Michel Cohen et Patrick Serog. Edition Flammarion.