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Après 30 années de valse-hésitation autour de la recherche d'un lieu de stockage définitif pour les déchets radioactifs, aucune solution n'est en vue.
Pour les déchets hautement radioactifs, la Suisse pourrait s'engager dans la voie d'une solution au niveau international.
La nouvelle loi sur l'énergie nucléaire, en vigueur depuis 2005, stipule que les déchets radioactifs produits en Suisse doivent être stockés dans le pays. Et désormais, le canton qui héberge les déchets n'a plus de droit de co-décision: la compétence finale en la matière relève de la Confédération.
Pour trouver un lieu de stockage approprié, Moritz Leuenberger, ministre de l'Energie, a mis sur pied un comité de réflexion. Une démarche qui vise à consolider l'acceptation du processus de recherche tout en évitant de se fixer sur Benken, dans le «Weinland» zurichois. Il s'agit de recenser d'autres lieux possibles, dans les cantons d'Argovie et de Soleure par exemple.
Processus laborieux
L'Autriche a déjà fait part de son opposition au projet de stockage définitif des déchets nucléaires à Benken. Des critiques aiguës sont également venues d'Allemagne.
Lors de la session d'automne, le Conseil des Etats, la chambre haute du Parlement suisse, a fait pression pour que qu'une position soit rapidement arrêtée sur ce dossier. Moritz Leuenberger espère qu'une décision - sur la capacité d'élimination des déchets hautement radioactifs d'une part et sur la procédure relative au choix de l'emplacement d'un dépôt en profondeur d'autre part - tombera au cours du premier semestre 2006. Le choix du site lui-même devrait intervenir en 2010.
Si des sondages géologiques supplémentaires s'avéraient nécessaires, Moritz Leuenberger estime que la décision relative à un emplacement pourrait être repoussée à 2014. Et Werner Bühlmann, vice-directeur de l'Office fédéral de l'Energie, fixe à l'horizon 2040 seulement la mise en service d'un dépôt.
La Suisse lorgne-t-elle vers l'étranger?
En matière d'entreposage final des déchets hautement radioactifs, la Suisse semble toutefois se réserver également l'option d'une solution au niveau international.
Elle participerait à un projet de recherche de l'UE pour la mise sur pied d'un lieu de stockage des déchets radioactifs au niveau européen. Le projet (SAPIERR), auquel participent 14 Etats européens, est en train d'évaluer un emplacement. Le bureau «Arius», qui a son siège en Suisse, est chargé de la coordination du projet.
Selon Charles McCombie, responsable du projet, lors d'une séance de clôture du projet SAPIERR à Bruxelles une liste a été rédigée, qui propose la possibilité de diverses évaluations envisageables. Mais aucun lieu n'a été fermement envisagé, déclare Charles McCombie à swissinfo.
On ne parle plus de la Russie
En mai 2004, on évoquait encore la Russie comme lieu de stockage définitif possible. Charles McCombie avait alors déclaré sur les ondes de Radio DRS: «La Russie a manifesté son intérêt pour la reprise de déchets d'autres pays, déchets qu'elle souhaiterait stocker avec ses propres déchets. Le cas échéant, les procédures de contrôle devraient être fondamentalement redéfinies à un niveau international».
Depuis, les choses ont semble-t-il évolué. «SAPIERR n'a rien à voir avec la Russie. Nous souhaitons chercher des solutions régionales au sein de l'UE. C'est une problématique qui relève spécifiquement de la politique de l'UE, la Russie n'a jamais été envisagée», déclare Charles McCombie à swissinfo.
Selon lui, la Suisse a officiellement manifesté son intérêt, à plusieurs reprises, pour un lieu de stockage international des déchets hautement radioactifs. «La double politique choisie par la Suisse pour l'entreposage des déchets - une option interne et une option externe - est un exemple intéressant.»
Michael Aebersold, de l'Office fédéral de l'Energie (OFE), contredit cette affirmation. La Confédération n'est pas partie prenante du projet SAPIERR, déclare-t-il à swissinfo. Et la législation suisse a fixé le principe du stockage en Suisse. «Nous cherchons d'une manière résolue des solutions en Suisse», déclare-t-il.
Une solution internationale quand même envisageable?
Avec le récent élargissement à l'Est de l'Union européenne (UE), le nombre des Etats qui recourent à l'énergie nucléaire s'élève désormais à 13. Le besoin d'une coordination est donc urgent.
«Bien sûr, un ou deux sites au niveau international peuvent s'avérer économiquement beaucoup plus intéressants qu'un site dans chaque pays», constate Michael Aebersold. Mais si la Suisse devait envisager une solution internationale, cette dernière devrait donner toutes les garanties en termes de normes de sécurité et devrait être en complète conformité avec le droit international.
La crainte du terrorisme nucléaire incite les Etats à renforcer le contrôle des déchets au niveau international. «Depuis septembre 2001, l'acceptation d'une solution multilatérale a fait beaucoup de progrès», déclare Charles McCombie. «Assurer la sécurité sur 29 lieux d'entreposage en Europe plutôt que sur un ou deux sites est évidemment beaucoup plus difficile.»
Une opinion partagée par l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA). Mohammed El Baradei, son directeur général, insiste depuis deux ans déjà pour que la question du traitement des déchets radioactifs soit réglée au niveau international.
swissinfo, Jean-Michel Berthoud
(Traduction et adaptation: Bertrand Baumann)
Faits
La Suisse compte quatre centrales nucléaires et cinq réacteurs.
La première centrale à été mise en service en 1969 (Beznau).
En moyenne, 38% (jusqu'à 45% en hiver) de la production suisse en énergie électrique sont couverts par des centrales nucléaires.
La Suisse ne dispose encore d'aucun lieu de stockage des déchets radioactifs.
En bref
- Depuis le 1er février 2005, la Suisse s'est dotée d'une nouvelle loi sur l'énergie atomique. Cette dernière exige que les déchets atomiques produits en Suisse soient stockés dans notre pays.
- Une partie du combustible nucléaire utilisé dans les centrales nucléaires suisses est exportée vers les usines de retraitement de La Hague (France) et Sellafield (Angleterre).
- La Suisse est obligée de reprendre une partie des déchets, au moins 12 m³ par année, résultant des opérations de retraitement des déchets hautement radioactifs. Actuellement, ces déchets sont temporairement stockés à Würenlingen, dans le Canton d'Argovie.