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Angela Merkel et le bilan de 16 ans au pouvoir en Allemagne
La chancelière allemande, Angela Merkel, va se retirer de la scène politique après les élections du 26 septembre prochain. Alors qu'en 2005 tout le monde doutait de ses capacités à durer, elle est aujourd'hui au sommet de sa popularité.
Surnommée "Mutti" par les Allemands et les Allemandes, la figure rassurante du pays s'en va et laisse dans l'incertitude toute une population.
Retour sur les 16 ans d'Angela Merkel à la tête du gouvernement allemand. Une série proposée dans Tout un monde par Blandine Milcent.
Episode 1
2006: La Coupe du monde de football
Le 1er janvier 2006, Angela Merkel s'adressait à ses concitoyens et concitoyennes en évoquant avec humour la Coupe du monde de football qui débutera 6 mois plus tard.
La chancelière savait que cet événements était une bonne opportunité pour l'Allemagne. "Des milliards de personnes vont suivre cette Coupe du monde de football à la télévision, et des millions de personnes vont nous rendre visite", disait-elle ce jour-là.
Les Allemands changent "leur regard sur eux-mêmes"
L'événement a créé une ambiance festive dans tout le pays, d'autant plus que la Mannschaft, l'équipe allemande, jouait en portant avec fierté les couleurs du pays.
"La Coupe du monde en 2006 a définitivement normalisé la relation des Allemands avec leur nationalité. Avant, ils avaient un peu honte de celle-ci à cause de l'histoire de l'Allemagne", explique Simon Dallmeier, journaliste sportif au quotidien Bild. "Le regard des Allemands sur eux-mêmes a définitivement changé", précise Gunter Gebauer, professeur à l'Université libre de Berlin.
Episode 2
2011: La sortie du nucléaire
Le 11 mars 2011, alors qu'une catastrophe faisait trembler Fukushima, au Japon, Angela Merkel venait de prolonger la durée de vie des 17 centrales nucléaires allemandes.
Elle revenait sur sa décision le 14 mars en expliquant qu'après une telle avarie, "inimaginable" pour elle, elle devait repenser au rôle de l'énergie nucléaire. Avec un objectif: renoncer complètement au nucléaire d'ici à la fin de l'année 2022.
Une annonce qui inquiète...
Cette annonce a inquiété sur le moment de nombreuses communes allemandes. Leurs maires préoccupés, comme Dieter Krone, se sont alors demandés quel allait être l'avenir de leurs communes et des nombreux emplois liés au nucléaire. "On s'est senti un peu seuls", raconte Dieter Krone, le maire de Lingen.
Il ne reste aujourd'hui en Allemagne que six centrales en activité, qui fournissent environ 12% de la production d'électricité. La centrale de Lingen sera la dernière à fermer, à la fin de 2022.
...mais qui est également une chance
Lorsqu'elle a annoncé la sortie du nucléaire, Angela Merkel a parlé de défis énormes mais aussi de grandes chances. Dans un premier temps, la sortie du nucléaire a accentué le recours au charbon et au gaz naturel qui représentent aujourd'hui 30% du mix énergétique allemand.
Cette sortie du nucléaire a surtout boosté les énergies renouvelables qui totalisent plus de 55% de ce mix énergétique contre environ 20% il y a dix ans.
Episode 3
2015 : L'ouverture des frontières aux migrants
Le 31 août 2015, Angela Merkel lâchait sa fameuse phrase: "Nous avons déjà atteint beaucoup, on va y arriver ("wir schaffen das"). On va y arriver, et si quelque chose se met en travers, ce sera surmonté. L'Etat fédéral fera tout, avec les Länder, avec les communes, pour y arriver".
Quelques jours plus tard, la chancelière allemande prenait la décision d'accueillir les milliers de réfugiés partis à pied de la gare de Budapest pour rejoindre l'Allemagne en passant par l'Autriche. Au total, le pays a ouvert ses frontières à près de 900'000 migrants en 2015.
Angela Merkel seule pour gérer la crise
Allemagne: Angela Merkel maintient sa volonté d'accueillir les migrants malgré sa défaite aux régionales [RTS]
Les premiers jours de septembre, la chancelière était seule alors qu'elle pensait pouvoir compter sur ses partenaires européens pour gérer la situation. La population allemande lui reprochait d'avoir agi unilatéralement.
Pourtant, trois ans après leur arrivée, 43% de ces réfugiés avaient déjà un emploi ou se trouvaient en formation professionnelle, selon une rapport de l'Institut d'économie DIW de Berlin.
Katja Schmidt, qui a coréalisé cette étude, explique que "l'intégration des réfugiés sur le marché du travail allemand s'est déroulée de façon positive (...) parce que l'économie allemande a connu un boom au cours des dernières années, ce qui a nettement profité aux réfugiés ".
Episode 4
Angela Merkel sur la scène internationale
Sur 16 ans au pouvoir, Angela Merkel a rencontré beaucoup de chefs d'Etat mais elle ne s'est jamais laissée impressionner. Sa méthode a toujours été la même: suivre sa voie sans répondre aux provocations.
Elle a été sacrée "femme la plus puissante du monde" 10 fois de suite par le magazine américain Forbes. Angela Merkel a symbolisé le retour de l'Allemagne sur la scène internationale.
"C'est toi qui mène le monde libre"
Après la réunification, "on place en elle (l'Allemagne) beaucoup d'attentes, qu'elle n'a pas du tout envie de remplir", selon Alexander Robin, journaliste au quotidien Die Welt et auteur d'un livre sur la chancelière. Il raconte que quand Donald Trump est arrivé au pouvoir, Barack Obama a dit à Angela Merkel: "c'est toi qui mène maintenant le monde libre. C'est toi qui doit le tenir en ordre, qui doit éviter la fin de l'Otan".
Angela Merkel va donc devenir au fil des années un pôle de stabilité, une figure rassurante dans un monde instable.
Une politique étrangère pratiquement inchangée
Le plan européen de relance post-coronavirus toujours dans l'impasse. [Francisco Seco - Pool via Reuters]
La chancelière allemande n'a pas bouleversé les grands axes de la politique étrangère de l'Allemagne. "Elle a pris quelques décisions à contre-courant comme la sortie du nucléaire ou encore sa politique libérale en termes d'asile. Mais en général, l'Allemagne est restée dans les grandes lignes fidèle à ses positions", commente Claire Desmesmay, chercheuse à la Société allemande de politique étrangère.
Angela Merkel a également géré beaucoup de situations d'urgence comme la crise financière, la crise de l'euro, les réfugiés, le coronavirus ou encore la Crimée.
Mais, selon Alexander Robin, il n'y a "pas eu de réforme fiscale, de réforme sociale, de réforme du marché du travail, de l'éducation, du fédéralisme. Il y a le besoin en Allemagne, et cela a été souligné par les erreurs dans la lutte contre la pandémie, de moderniser le pays. Et cela n'a certainement pas eu lieu au cours des années Merkel".
Episode 5
Déjà une pointe de nostalgie et beaucoup de respect: c'est le sentiment d'une bonne partie de la population allemande avant la retraite d'Angela Merkel, quelle que soit l'appartenance politique (écouter ci-dessous les témoignages récoltés).
C'est quelqu'un qui a toujours refusé la dramatisation, qu'il s'agisse de la crise financière, de la crise de la dette publique, de la crise de la politique d'asile en Europe ou de la pandémie, note Claire Demesmay, chercheuse à la Société allemande de politique étrangère.
Mais cette stratégie de stabilité politique s'est aussi faite au détriment "de réformes ambitieuses", notamment sur le plan socio-économique, relève Claire Demesnay.
Le 26 septembre, trois candidats principaux s'affronteront pour succéder à Angela Merkel, 16 ans après son arrivée à la Chancellerie: Armin Laschet pour la CDU, Olaf Scholz pour le SPD et Annalena Baerbock pour les Verts.