Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06993.jsonl.gz/1201

Si vous êtes comme moi et vivez le film que vous regardez au cinéma. Au point de transpirer, sursauter, pleurer, et avoir des envies de meurtre lorsque votre voisin gâche l’illusion d’une scène en déballant sa barre chocolatée, passez votre chemin. Car je suis sur le point de détruire un effet sonore plutôt commun.
…
Vous êtes toujours là ? Soit, commençons.
Je ne me rappelle plus la première fois où j’ai entendu le cri Wilhelm. Probablement en regardant Aladdin au cinéma avec mes parents. Et depuis lors, dès que j’ai été en âge de développer un sens critique, ce son a rampé dans mon subconscient pour s’y installer et ne jamais plus me quitter. Je hais ce cri, je le déteste ! Non pas parce qu’il est mauvais ou mal réalisé (encore que), pas non plus parce qu’il me fait grincer des dents. Non, je l’abhorre parce que nous l’entendons partout. Et je n’exagère pas. Partout ! Dans les films de Disney comme dans les films d’horreur, dans les séries comme dans les dessins animés… dans les jeux vidéos. PARTOUT !
Créé et étiqueté par la Warner sous le titre Man getting bit by an alligator, and he screams, on l’entend pour la première fois dans un western de Raoul Walsh, Distant Drums en 1952. Le cri, enregistré après le tournage, a eu droit à quelques prises, toutes plus ou moins similaires et utilisées dans le film. Depuis lors, on a eu le plaisir de subir cette voix dans de nombreux titres de la Warner – et notamment dans the Charge at Feather River pendant lequel un personnage nommé Private Wilhelm (soldat Wilhelm, joué par Ralph Brooke) se prend une flèche dans la jambe et pousse le hurlement désormais familier – jusque dans les années 70.
Mais il ne passe pas inaperçu. Un excellent spécialiste du son nommé Ben Burtt le remarque avec ses amis dans de nombreuses productions et décide en 1974 de l’intégrer à sa parodie de film d’épée the Scarlet Blade. Quelques années plus tard, en 1977, Burtt est engagé par George Lucas pour créer l’univers sonore de Star Wars. Il a soudainement accès aux archives de la Warner et mène son enquête dans le studio pour retrouver le cri original et le nommer amoureusement Wilhelm. Il découvre qu’il a été poussé par un acteur du nom de Sheb Wooley et il devient dès lors une sorte de signature pour le bruiteur. Après l’avoir intégrer à la trilogie galactique et s’être bien amusé, son ami Richard Anderson, bruiteur également, reprend le flambeau. Et plus tard encore, les monteurs de Skywalker Sound et de Technicolor Sound Services s’essayent à placer le son dans chacun de leur film, du moins quand cela est approprié. De nos jours, on peut donc l’entendre dans plus de 280 films, séries et jeux vidéos !
Depuis la mort de Sheb Wooley en 2003, Ben Burtt a cessé de glisser le cri Wilhelm dans ses mixages. Mais nombre de réalisateurs comme Quentin Tarentino, Peter Jackson ou Joss Whedon continuent d’en abuser. Cependant nous sommes loin de la bonne blague entre gens du milieu, l’ignoble effet sonore est devenu un incontournable des blockbusters. Et c’est bien le problème; à chaque fois que je l’entend, la douce illusion jusque là maintenue de participer au film, de le vivre, est brisée. Hollywood, nous avons assez entendu le cri du soldat Wilhelm…
Et voila ! Jamais plus vous ne regarderez un film d’action de la même manière. Merci qui ?