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Du cinéma, on dit qu'il est le 7e art parce qu'il englobe tous les autres, en particulier la peinture, dont il partage la même exigence: remplir la toile blanche.
Si Matisse, avec son travail sur le mouvement et la couleur, a été le patron de la Nouvelle Vague; si Bacon, et ses corps en transformation, est devenu le maître de David Cronenberg et David Lynch; si Monet, Manet et Renoir ont donné envie à un certain cinéma français de sortir des studios, aucun n'aura autant influencé le cinéma mondial qu'Edward Hopper (1882-1967).
Pourquoi un tel engouement? Pourquoi une telle osmose entre le peintre et le cinéma? Pour le réalisateur suisse Lionel Baier, Hopper a d'abord un ADN profondément américain dans sa manière de confronter la nature et le monde civilisé, en idéalisant la première et en se méfiant du second.
"Room in New York", d'Edward Hopper (1931). [Lincoln, University of Nebraska, Sheldon Memorial Art Gallery.]
Son souci de représenter la classe moyenne l'apparente aussi au cinéma américain qui s'est toujours intéressé à cette classe sociale, à l'image du film de Robert Redford, "Des gens comme les autres", film très "hopperien", où les personnages, en apparence parfaits, sont prêts à imploser.
Lionel Baier poursuit:
C'est le peintre de la nostalgie, du temps qui passe, ce qui est le propre du cinéma. Il a aussi un sens aiguisé du montage. Ses tableaux sont des moments arrêtés, dont il faut imaginer l'instant d'avant et d'après. Enfin, Hopper travaille le hors-champ: ses personnages ne nous regardent jamais, ils portent leur regard ailleurs.
>> A écouter, Lionel Baier évoquant Edward Hopper, cinéaste des grands espaces:
Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse, ajoute un élément important pour comprendre l'alchimie entre le peintre et le 7e art: la lumière. "Quand on regarde certaines oeuvres de Hopper, on constate qu'il y a plusieurs sources de lumière, comme si des projecteurs avaient été posés. Ce n'est pas une lumière naturelle mais une lumière créée par un metteur en scène, qui serait en l'occurrence le peintre."
Cette dimension scénique est particulièrement à l'oeuvre dans ses toiles représentant des intérieurs de maisons ou d'appartements new yorkais. Il les peint comme de petits théâtres où se jouent des drames silencieux. De fait, ses personnages semblent parfois être des acteurs.