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L’«accomplisseur» de la Réforme
par Stephan Cezanne (EPD/Protestinfo)
Aux côtés de Luther et à sa suite, Jean Calvin (1509-1564) a marqué profondément le christianisme protestant. La Réforme d’il y a presque 500 ans n’a pas donné naissance à une Eglise protestante unique: aux côtés des luthériens, il y a les Eglises réformées, qui toutefois ne tirent pas leur nom de leur principal réformateur, Calvin – le «Luther français», mort à Genève il y a 450 ans, le 27 mai 1564, à l’âge de 54 ans.
Certains historiens de l’Eglise voient en Calvin «l’accomplisseur de la Réforme». Aujourd’hui, plus de 80 millions de chrétiens réformés se réclament de lui dans le monde. Jean Calvin est né le 10 juillet 1509 à Noyon, à une centaine de kilomètres de Paris – huit ans avant le légendaire affichage des thèses de Martin Luther (1483-1546) dénonçant les dysfonctionnements de l’Eglise de son temps. Les thèses de Luther enflammèrent la Réforme qui couvait depuis longtemps, renouvelant l’Europe de manière spectaculaire et conduisant à la constitution des Eglises protestantes.Deuxième vague de la révolution religieuse
Calvin, qui n’a jamais rencontré Luther, appartient à la deuxième vague de cette révolution religieuse. La démocratie moderne, la reconnaissance des droits de l’homme et la démarche œcuménique ont aussi été influencées par lui. Beaucoup voient dans ses célèbres Ordonnances ecclésiastiques de Genève, élaborées au milieu du XVIe siècle, un modèle précurseur de la séparation des pouvoirs.
Jean Calvin appartenait à l’élite intellectuelle de son temps. Né dans une famille aisée – son père était administrateur des biens épiscopaux –, il reçut une éducation classique et suivit une formation supérieure de type humaniste. D’abord fervent catholique, il eut manifestement accès, par des amis, aux idées réformatrices progressistes. Sans doute au début des années 1530, il se rallia à la Réforme et se réclama ouvertement de la foi protestante.
Fuyant Paris, Calvin séjourna notamment à Bâle et à Strasbourg, pour revenir finalement en 1541 à Genève, où il devait rester jusqu’à la fin de sa vie. Il transforma la ville provinciale de l’époque en un centre intellectuel de l’Europe et attira des savants, des artisans et des familles en quête de protection contre les persécutions religieuses.Calvin dynamisa Genève
Ainsi, Calvin, qu’on représente toujours comme un personnage maigre et sévère, contribua à la dynamisation économique de la région. Outre l’industrie horlogère, l’activité bancaire en témoigne encore aujourd’hui. La doctrine calvinienne de la prédestination, selon laquelle on reconnaît dans la réussite économique d’une personne l’estime dont elle jouit devant Dieu, a souvent été mal comprise.
Le sociologue allemand Max Weber (1864-1920), par exemple, y voyait la source de l’éthique protestante du travail et de la recherche du gain à la manière capitaliste, raison pour laquelle on appelle souvent aussi Calvin le «père du capitalisme». Mais en fait, la doctrine de Calvin veut mettre en évidence l’insignifiance de la volonté humaine face à la toute-puissance de Dieu.Un côté sombre
Il y avait aussi un côté sombre dans Calvin, surnommé parfois le «despote de Genève» en raison de son intransigeance sur les questions de foi. En particulier son rôle actif dans la mise en accusation du médecin et juriste espagnol Michel Servet charge lourdement sa réputation jusqu’à aujourd’hui. Accusé d’hérésie et de blasphème, Michel Servet mourut sur le bûcher le 27 octobre 1553. À la décharge de Calvin, les historiens invoquent l’esprit du temps.
La sévérité de Calvin avec lui-même et avec les autres est sans doute aussi la conséquence d’une vie marquée par les coups du sort: d’abord, il dut fuir sa patrie, la France; en 1549, sa femme mourut, et son fils nouveau-né ne survécut que peu de temps. Calvin a laissé à la postérité une forme de piété et de spiritualité protestantes qui continue à fasciner des millions de gens dans le monde.
(trad: FNa)