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Dans sa correspondance, J. R. R. Tolkien a énergiquement nié que son Seigneur des anneaux fût une allégorie de la Seconde Guerre mondiale – notamment parce qu'il affirmait que s'il avait voulu faire une telle allégorie, il aurait montré le camp du bien utilisant l'anneau de Sauron! Il faisait allusion à la bombe atomique. Lui aussi (comme David Lynch et Rudolf Steiner) liait l'énergie atomique à la magie d'un ange déchu, et susceptible de libérer sa puissance.
Charles Duits faisait à son tour d'Hiroshima l'expression suprême du mal tel que le matérialisme l'avait créé, avec Auschwitz. Et c'était un grand homme – mon auteur francophone préféré, sans doute.
Pour jeter l'Anneau au feu qui peut le détruire, il faut des trésors de moralité, nous rappelle Tolkien, dont seuls de petits êtres, des gens humbles peuvent donner l'exemple – et encore faut-il qu'ils comptent comme Frodo sur la Providence, le mal incarné par Gollum et qui accomplit sans le vouloir les desseins du Très Haut. Car on se souvient qu'au bord de l'abîme de feu, le hobbit refuse de laisser tomber l'anneau, et qu'il faut que Gollum l'attaque et lui coupe le doigt avec les dents pour qu'il s'en empare et tombe avec lui dans le volcan.
Ainsi, la Providence agit en dernière instance; mais elle ne le fait que si on s'est beaucoup aidé d'abord, si on est allé au bout de ses forces, si on a accepté de traverser le royaume du mal – de voyager en enfer.
Tolkien insistait sur l'échec de Frodo: il n'était pas un héros qui, par ses seules forces terrestres, avait vaincu. Seule la force qui vient du fond des cieux peut réellement vaincre. À elle toute la gloire! Et c'est en donnant à son action une forme suffisamment noble qu'elle peut agir pour donner la victoire au bien.
Il n'importe donc pas, pour entreprendre, qu'on réussisse. Comme le disait le sage, on n'agit pas pour atteindre des objectifs clairs, mais par beauté de l'action même – parce que, quand on agit bien, c'est la divinité qui agit à travers soi: on se confond alors avec elle. On n'agit pas en propre. Le corps est le véhicule d'une entité autre, avec laquelle on s'est intérieurement mêlé. C'est aussi cela qui est providentiel. Même quand l'action est héroïque, sa part d'héroïsme vient de ce soi qui est plus soi que soi-même – comme disait Teilhard de Chardin.
Ce qui figure extérieurement cette voie dans Le Seigneur des anneaux est Aragorn, qui ne fait jamais que ce qu'il doit, et effectue des prodiges, est le roi parfait parce qu'il laisse la divinité agir à travers lui. Loin d'utiliser l'Anneau, il protège ceux qui cherchent à ruiner son pouvoir, afin qu'il cesse de corrompre les gens. Il n'utilise que l'épée de ses ancêtres elfiques ou atlantéens, portant la bonté des anges en elle. C'est la magie blanche. La magie blanche dont sort l'arbre de Minas Tirith – lui aussi blanc comme la neige.