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HISTORIQUE DE LA FCJ
par Jean-Louis Petignat
(texte paru dans la brochure du centenaire de la Fédération des Céciliennes du Jura, Saignelégier, 24-25 mai 1975)
- Sainte Cécile, patronne des musiciens
Sainte Cécile est d'une famille de la noblesse romaine, martyre pour la foi chrétienne au début du IVe siècle. Sa désignation comme patronne des musiciens est d'essence populaire. En effet, le musicologue Jean de Valois explique: Un passage de sa légende, repris par un répons de son office spécifie qu'à son mariage Cécile "chantait en son cÏur à son seul Seigneur", les instrumentistes jouant de leur côté. Une antienne du même office omet les mots "dans son cÏur" et "seul", ce qui a conduit à traduire: Cécile chantait au son des instruments. D'où, vers la fin du XIVe siècle, l'adoption progressive de cette sainte comme patronne des musiciens.
Dès cette époque, et ceci contribua fortement à la désignation de Cécile comme musicienne, les peintres nous la montrent jouant de divers instruments tels que la viole de gambe, l'orgue ou le clavecin.
Les grandes associations chorales
Au Moyen âge, à la Renaissance et jusqu'au XVllle siècle, il n'existe pas de grandes associations chorales. Jusque-là, à part la Chapelle Sixtine de Rome, la Chapelle de rois, d'empereurs ou de princes, il n'y avait guère eu d'institutions régulières de chant collectif en dehors des monastères. Les voix de femmes étaient d'ailleurs rigoureusement interdites de ces ensembles formés de musiciens professionnels, enfants et hommes, le plus souvent chanteurs, instrumentistes, voire compositeurs.
L'association de chantres la plus ancienne en Occident fut la "Schola cantorum" romaine fondée par saint Grégoire à la fin du VIe siècle. Plus tard une autre maîtrise fut organisée à Paris, la "Schola palatina" qui devait devenir la "Chapelle-musique" des rois de France.
Parmi les plus anciennes associations de chanteurs qui fonctionnent encore aujourd'hui, figurent le" Thomanerchor" de Leipzig, celui-là même que dirigea Jean-Sébastien Bach, dont la fondation remonte à 1312 et le "Choeur des Petits Chanteurs de la Hofburgkapelle de Vienne" dont firent partie, en tant qu'enfants Haydn et Schubert, fondé en 1498.
Les autres "chapelles", pour la plupart, disparurent dans les remous de la révolution française et des guerres napoléoniennes.
- Création des Céciliennes
En 1847, Pie IX crée 1'"Académie Sainte-Cécile", dont l'ancêtre est la congrégation romaine du même nom. Instituée à Londres en 1781, la "Caecilian Society" dure jusqu'en 1861. Enfin, Franz Witt fonde à Ratisbonne, en 1867, le "Caecilienverein" qui est à l'origine même des Sociétés chorales dites "Céciliennes". Witt en Allemagne, dom Pothier, Bordes, Vincent d'Indy en France, ont le grand mérite de remettre en honneur le merveilleux répertoire des maîtres de la Renaissance. Leur influence, débordant des grands centres musicaux d'Europe, va, par l'intermédiaire des Céciliennes notamment, pénétrer jusque dans les plus petites églises de la province.
- Fondation des Céciliennes dans le Jura
Au sortir de Kulturkampf, sous l'influence du renouveau de la musique liturgique, les catholiques jurassiens sentirent le besoin de se grouper dans toutes sortes d'associations, associations qui fêtent leur centenaire dans les années 1970 à 1980.
Dans le Jura, une personnalité est à la base de la création de nombreuses sociétés Sainte-Cécile, comme de la Fédération des Céciliennes du Jura: JOSEPH GURTLER.
Joseph Gurtler (1833-1901) fut instituteur aux Breuleux de 1855 à 1869 où il fonda la toute première Cécilienne du Jura. Il quitta son poste d'instituteur pour devenir imprimeur à Porrentruy. C'est en Ajoie qu'il allait donner la pleine mesure de son talent. Qu'on en juge: en 1872 il fonde la Sainte-Cécile de Porrentruy; en 1873 celle de Courtedoux; en 1874 celles de Fontenais, Coeuve et Boncourt.
En 1874 ou 1875, la date n'est pas précise, Gurtler regroupe les sociétés Sainte-Cécile d'Ajoie en une association des Céciliennes sur le modèle de ce qui s'est fait dans les diverses régions suisses-allemandes du diocèse. Cette association, qui se donnera des statuts en 1881, deviendra la Fédération des Céciliennes du Jura.
- Revue "Caecilia
Pour entretenir la vie et assurer le développement de l'association, Joseph Gurtler rédigea, édita et imprima un journal Caecilia. Cette revue donne des nouvelles des sociétés jurassiennes, des directives mais aussi des articles sur le chant liturgique, sur les grandes associations allemandes ou françaises. C'est d'ailleurs la seule source de renseignements sur la Fédération jurassienne à ses débuts.
Joseph Gurtler publia également un recueil de musique religieuse ne comprenant pas moins de 312 chants et 200 pièces d'orgue dont plusieurs de sa composition. Aidé par l'abbé Stemmlin, vicaire à Porrentruy, il travailla à la formation d'organistes et de directeurs en leur faisant donner des leçons.
Il est intéressant de relire les exhortations de Gurtler aux chantres, elles sont encore valables aujourd'hui...
"Jusqu'ici les populations de langue française ont un peu négligé la culture de la musique religieuse, cet art qui, dès les premiers siècles du christianisme, faisait les délices des fidèles. C'est surtout ces dernières années que l'apathie, l'indifférence s'est propagée. Où sont ces siècles de foi où les grands du monde, des rois même, tenaient à honneur de prendre part aux chants des offices... Si tant de jeunes gens désertent l'église, c'est qu'on ne s'attache généralement pas à la leur faire aimer. Pour s'épargner la peine de réunir et d'instruire la jeunesse, on se contente trop souvent de ce qu'on a quelques voix fatiguées par un long exercice et qui ne sortent pas du petit répertoire qu'elles ont péniblement acquis. Donnez aux jeunes gens qui en ont le goût les notions indispensables du chant; les premiers exercices bien sus, abordez la pratique par quelques morceaux faciles. Si l'on ajoutait quelques petits concours où les différents choeurs d'une contrée auraient l'occasion de se faire entendre, une saine émulation ne manquerait pas de s'établir, et notre jeunesse serait heureuse de s'appliquer à un art qui, outre ses agréments propres, contribue si puissamment à entretenir la vie religieuse parmi les fidèles."
- Première réunion-concours des Céciliennes
L'idée d'une rencontre de plusieurs choeurs allait être réalisée le 12 octobre 1879 à Porrentruy. La revue Caecilia en dit ceci :
"Nous ne nous étions pas trompés en comptant sur le zèle et le dévouement de nos compatriotes pour la fondation d'une section de l'association de Sainte-Cécile dans la Suisse française. Cinq sociétés d'Ajoie étaient présentes à la réunion du 12 octobre à Porrentruy, et deux autres avaient envoyé leur adhésion. Toutes ont pris la résolution de travailler activement à la réalisation du but que se sont proposé les fondateurs de cette association."
La réunion débutait à une heure par une répétition des choeurs d'ensemble, suivie des Vêpres chantées en plain chant à l'exception du Tantum ergo chanté en chant polyphonique.
Le concours suivait et il est intéressant de voir quel était le choix des choeurs à cette époque. C'est ainsi que :
Coeuve (16 exécutants), "Sanctus" à 3 voix de Stoecklin
Courtedoux (20 exécutants), "Kyrie" à 4 voix de Witt
Fontenais (16 exéc.), "O salutaris" à 3 voix de Wackenthalter
Porrentruy (14 exécutants), "Veni creator" à 4 voix de Witt
A cette énumération, on constate que le choix des chants se limite à la production allemande des fondateurs du "Caecilienverein". Il est vrai aussi que la musique mise à disposition des Sainte-Cécile jurassiennes provient de la Suisse allemande !
Le journal "Le Pays" lui, relate surtout le discours du doyen de Porrentruy, Mgr Hornstein qui, dans une pathétique improvisation remercia tous ces jeunes gens de la généreuse pensée qu'ils avaient conçue de relever cet art si merveilleux qui a toujours fait le charme des réunions chrétiennes.
Cliquez ici pour lire l'article du "Quotidien jurassien" du 12 octobre 2002
On procède aussi à l'élection d'un comité de trois membres. Sont nommés M. l'abbé Stemmlin, organiste de la paroisse catholique de Bâle, mais anciennement vicaire à Porrentruy, M. Joseph Gurtler, directeur de la Sainte-Cécile de Porrentruy et M. Gigon-Erard, directeur de la chorale de Fontenais. Le voeu est également exprimé de voir les autres sociétés de Suisse française donner leur adhésion aux essais qui viennent d'être tentés en Ajoie afin d'étendre et de fortifier l'action de l'association.
- Un facteur d'orgues à Cornol
"Cornol. - Il vient de s'éteindre (oct. 1879) dans cette localité une existence simple et modeste qui ne mérite pas moins une mention dans nos colonnes. Nous voulons parler de M. Lanoir, facteur d'orgues. Enfant du peuple, mis en apprentissage comme tonneur sur bois à Saint-Ursanne, Lanoir fut frappé des sons majestueux de l'orgue de l'antique collégiale. Il voulut être facteur d'orgues et sans autre ressource que le produit de son travail il essaya de construire un de ces instruments si compliqués. Après bien des essais infructueux auxquels il consacrait une grande partie de ses nuits, il parvint à faire quelque chose de passable. Il dota ensuite l'église de Cornol d'un instrument plus complet et reçut un subside de l'autorité paroissiale. Cet instrument de 8 à 10 registres, auquel M. Lanoir a, à diverses reprises fait subir différentes modifications, peut se voir encore à Cornol, et est un instrument qui n'est pas sans valeur, vu les difficultés que son constructeur a dû vaincre."
M. Lanoir a réparé un grand nombre des orgues de nos environs et il réussissait assez bien pour un homme qui n'avait pas fait d'études spéciales. Son exemple a trouvé des imitateurs: un de ses fils a pris part à la plupart de ses travaux importants et nous citerons encore M. Cattin de Cornol qui a construit l'orgue de Buix et M. Lovis, instituteur qui a construit plusieurs harmoniums et l'orgue de Miécourt.
- Statuts de la Fédération
Les réunions des sociétés se déroulent chaque année et bientôt apparaît l'importance de mettre tous les règlements, les désirs des membres dans des statuts. Ceux-ci sont réalisés par une commission spéciale nommée à Coeuve en 1880 et approuvés définitivement en février 1881. La plupart des articles concernent l'organisation des sociétés elles-mêmes qui doivent avoir toutes le même règlement. Il est intéressant d'entrer dans l'organisation des chorales. C'est ainsi qu'on peut lire qu'un choeur Ste-Cécile est composé de trois sortes de membres :
1. Les anciens choristes. Ce sont des hommes, mariés ou célibataires, qui s'engagent à assister aux répétitions et assemblées du choeur ainsi qu'aux offices paroissiaux.
2. Les jeunes choristes. Ce sont des enfants de huit ans et au-dessus, qui sont membres aux mêmes conditions que les anciens choristes.
3. Les patrons. Ce sont des paroissiens de l'un et l'autre sexe qui désirent contribuer aux succès du choeur par leurs prières, et par une offrande annuelle volontaire qui défraye celui-ci de ses dépenses nécessaires.
Un autre article traite du comité qui se compose de :
1. Un préfet qui est le curé catholique-romain de la paroisse, ou un ecclésiastique nommé par le curé. Il aura entièrement la charge et le contrôle du choeur.
2. Un président choisi par le préfet ou, si ce dernier le désire, par les choristes eux-mêmes. Il aura la direction et le contrôle immédiat du choeur, dans la salle de répétitions et à la tribune, et présidera en l'absence du préfet aux assemblées particulières. Toutes les demandes et les invitations faites aux choristes, aux patrons ou à d'autres personnes seront en son nom. Il tiendra un registre indiquant le nom des membres, la date de leur admission et celle de leur démission. Il veillera en outre qu'il soit pris note de l'état, des progrès et des travaux du choeur. Il correspondra avec le président du comité de district et lui adressa chaque année un rapport sur la marche du choeur.
3. Un vice-président qui est nommé comme le président qu'il remplacera dans toutes les circonstances nécessaires. Il est du devoir du président et du vice-président de s'employer avec zèle à maintenir la bonne réputation du choeur ; d'user de leur influence pour recruter de nouveaux membres et, par leur bon exemple, d'encourager leurs confrères.
4. Un maître de choeur ou directeur qui sera nommé comme le président et le préfet et qui donnera toutes les leçons et dirigera toutes les exécutions.
Comment entrer dans la société ?
Toutes les demandes d'entrées dans le choeur seront faites au président qui s'informera, avant tout, de la réputation de celui qui désire être admis. Il présentera ensuite le candidat au directeur pour qu'il essaie sa voix.
Divers articles traitent des répétitions et de la vie de la société. C'est ainsi qu'on apprend que "pendant les répétitions, les membres s'abstiendront de toute raillerie, afin que le maître puisse librement faire connaître à chacun les défauts de son chant" ou que "l'usage du tabac est formellement interdit", ou encore, et ceci montre que le chant ne devait pas être toujours facile "que les choristes chanteront toujours les parties qui leur auront été assignées par le maître de choeur, et dans aucun cas ils ne s'aventureront à chanter une mélodie de leur composition, ou à exécuter en parties ce qui aura été préparé à l'unisson".
L'association prend forme. On établit un choeur général formé par tous les choeurs paroissiaux d'un même district et chaque choeur de district est dirigé par un comité de cinq membres. Comme toutes les sociétés sont en Ajoie, ce choeur de district est le choeur de la Fédération.
- Apparition d'autres sociétés Sainte-Cécile
Si, comme on l'a vu précédemment, l'Ajoie est le berceau de la Fédération des Céciliennes du Jura, d'autres régions ont également suivi le mouvement cécilien.
Le district de Laufon possède une association vivante et en 1879, on cite la visite de la société de Liesberg à la chapelle du Vorbourg, où elle exécute une messe "digne d'une cathédrale".
Le 10 août de la même année, une réunion de district se déroule au Noirmont, réunion groupant "plusieurs sociétés des Franches-Montagnes qui cultivent la musique religieuse depuis bien des années".
Quant à la Vallée de Delémont, peu de sociétés sont constituées, puisqu'à la Fête des cercles catholiques de Delémont, le 31 août 1879, les seules sociétés de chant participantes sont celles de Montignez, Courtedoux, Fontenais, Coeuve, Boncourt et Porrentruy.
En Ajoie, le mouvement s'amplifie, puisque cette même année voit la création de la Sainte-Cécile de Grandfontaine et celle de Buix.
- Premier cours de musique religieuse dans le Jura
La Fédération est active, elle organise pour les directeurs, un cours de perfectionnement (huit maîtres de choeur y participeront). Ce cours, donné par l'abbé Stemmlin comprend divers exercices pratiques et des conseils sur l'exécution de la musique religieuse. Il faut croire que ce cours est nécessaire puisque, dans son discours d'ouverture l'abbé Stemmlin déclare: "...Oui, Messieurs, en travaillant à la réforme de la musique religieuse, nous travaillons au développement de la foi et de la piété. Nous préservons le peuple qui vient à l'église pour prier, de ces impressions mauvaises que laisse en lui une musique légère et sentimentale... Quand chaque dimanche, une population entend dans le lieu saint une musique légère et passionnée, quand le plus souvent cette musique est exécutée avec négligence, comptez bien que cette musique contribuera à rendre cette population légère, indifférente ou même vicieuse". On le voit, le cher abbé ne mâchait pas ses mots et ses imprécations font sourire aujourd'hui.
On n'est pas loin de Victor Hugo ( "Une école qui s'ouvre c'est une prison qui se ferme" ), voyez plutôt: "...Favoriser le développement de la musique religieuse, c'est ouvrir une nouvelle source de bonheur; c'est donner aux âmes une nourriture plus délicate, plus saine, plus substantielle; c'est combattre indirectement les mauvaises habitudes, les appétits grossiers, toutes ces misères qui se traduisent le plus souvent par les rixes, les excès de boisson, les vengeances; c'est adoucir les moeurs sans les féminiser, ennoblir sans amollir, civiliser en un mot par un des plus puissants moyens de civilisation". Le pauvre Offenbach lui-même n'échappe pas à la vindicte du professeur: "...J'aurais voulu pouvoir vous faire quelques citations à ce sujet; vous auriez vu avec quelle énergie des protestants, des incrédules même flétrissent la musique d'Offenbach, par exemple, simplement à cause des influences pernicieuses qu'elle a sur la société".
La chronique, si elle a conservé les paroles de l'abbé Stemmlin, ne parle hélas pas du travail des participants et si les recommandations du professeur ont passé dans la réalité.
- Réunion de Coeuve - 1880
Au cours des années suivantes, on peut signaler les concours de Boncourt (1881 ), Cornol (1882), Porrentruy (1883). Il est vraisemblable que ces réunions ont continué, mais les archives de la Fédération n'en parlent plus avant 1899.
- La Fédération aux Franches-Montagnes
Les Franches-Montagnes s'organisent, on signale que la société de Saignelégier a chanté une messe de Mozart ; que le choeur du Noirmont a été réorganisé et compte l'arrivée de trente jeunes gens. Gurtler signale, en 1881, l'activité d'une société de chant aux Bois disant qu'elle s'est mise à l'oeuvre depuis dix-huit mois. "Aux Bois, le chant d'église est composé seulement d'une douzaine de jeunes gens qui ont déjà fait sentir à la population la différence qu'il y a entre la vraie musique religieuse et la musique profane et légère".
- Fin de la revue Caecilia
L'année 1886 se termine par la cessation de parution de la revue Caecilia. Gurtler paraît quelque peu désabusé quant à l'avenir de la Fédération. Il l'écrit :
"Nous occupant de musique religieuse depuis de nombreuses années, nous goûtions assez le genre de musique généralement répandu dans nos pays de langue française. Cependant après avoir examiné de près ce qui se faisait dans d'autres pays, notamment après avoir étudié le programme de l'association de Sainte-Cécile et pesé les raisons par lesquelles elle justifie sa manière de voir, nous n'avons pas tardé à nous ranger à son avis, à connaître que de nombreuses anomalies, pour ne rien dire de plus, se produisaient dans nos églises, surtout depuis que l'harmonium y avait fait son apparition. Nous pensions qu'en exposant cette manière de voir et les raisons qui la justifient, nos musiciens s'empresseraient de l'adopter, et que nos compositeurs, nos organistes, rivaliseraient de zèle pour ne plus faire entendre à l'église que des mélodies dignes du lieu saint et surtout qu'on y chantât tout ce qui doit l'être.
Les premières années où notre journal parut, nous eûmes la satisfaction de voir plusieurs paroisses se mettre résolument à l'oeuvre pour mieux répondre aux exigences de la liturgie que par le passé, en remplaçant la musique trop légère, les morceaux où le texte n'est pas complet, où figurent de nombreux soli, par des chants plus sérieux et surtout par la pratique du plain chant qu'on avait en bien des endroits pour ainsi dire banni de l'église, au moins en ce qui concerne le propre des offices. On prétextait, il est vrai, que ce chant est trop difficile, mais le motif réel était que ce chant est trop religieux, qu'on préfère y substituer de la musique qui flatte davantage les goûts mondains, et ait un caractère plus gai, c'est-à-dire profane et théâtral. Néanmoins, dans nos environs surtout, une réaction sérieuse s'était manifestée et a produit d'excellents fruits. Dans les réunions qui ont eu lieu pendant plusieurs années, on a entendu du plain chant assez bien exécuté et de la musique répondant aux exigences liturgiques. (...) Nous regrettons de ne pouvoir en dire autant de la Vallée de Delémont et des Franches-Montagnes, où les fanfares ont le pas sur le chant et sur le chant religieux surtout.
Au vu de ces résultats, nous trouvons que c'est inutile pour nous de chercher à grouper les partisans d'une restauration de la musique religieuse."
On le voit, beaucoup de désillusion et à vrai dire une situation qui se renouvellera plus tard...
Mais le tempérament de Gurtler reprend vite le dessus puisque quelques lignes plus loin, il propose déjà une solution :
"Les moyens les plus sûrs pour arriver au relèvement de l'art musical dans nos églises seraient la formation rationnelle d'organistes et la formation de sociétés Sainte-Cécile, afin d'éliminer des églises les compositions qui ne devraient pas s'y faire entendre. En Suisse, ce sont généralement les instituteurs qui sont chargés de ces fonctions. Mais leur éducation musicale se fait un peu rapidement et tous n'ont pas les dispositions qu'on pourrait souhaiter."
- Les organes dirigeants de l'Association jurassienne
Le premier président de l'Association jurassienne en fut le co-fondateur, l'abbé Victor-Casimir Stemmlin de Porrentruy. Cet abbé, né en 1847, fut vicaire à Grandfontaine, puis en 1872, vicaire à Porrentruy, où avec Gurtler il fonda la Sainte-Cécile locale et la Fédération des Céciliennes du Jura. Atteint par les décrets du Kulturkampf contre le clergé, il devint professeur au collège Mariahilf de Schwytz, puis vicaire, organiste et directeur du choeur mixte à la paroisse Sainte-Marie de Bâle, tout en restant président de la Fédération jurassienne.
Le Comité central se composait, en 1883 de: abbé V. Stemmlin, président; J. Gurtler, vice-président ; Bloch et Lippacher, de Porrentruy, Etique et Gigon-Erard de Fontenais, R. P. Vincent Motschi de Delle.
En 1886, le comité change quelque peu, avec toujours l'abbé Stemmlin président, Gurtler et Gigon-Erard, mais des nouveaux membres l'abbé Roy, curé de Courtedoux, Breton, organiste à Boncourt.
L'abbé Stemmlin, atteint de surdité, se retire à Ingenbohl en 1888 et est selon toute vraisemblance remplacé par Joseph Gurtler à la présidence.
- Un directeur de chant grégorien pour le Jura
La création d'associations Sainte-Cécile devient générale dans notre pays. En 1886, à Baden, se tient une réunion pour la création d'une association diocésaine. Joseph Eusèbe Moine, curé de Montfaucon, invité à représenter l'association jurassienne s'excuse, ne connaissant pas suffisamment la langue allemande. Il vaut la peine de s'arrêter à la personnalité de Joseph-Eusèbe Moine, né à Montignez en 1833. On trouve dans "Rauracia Sacra" de Daucourt, les renseignements suivants: "II fit ses études chez son oncle Mgr Bélet, puis à Consolation. Il fit la théologie au séminaire de Langres alors généreusement ouvert aux Jurassiens depuis la suppression du séminaire de Porrentruy par les Bernois en 1836. Il fut vicaire de son oncle, curé de Grandfontaine, Mgr Bélet venant alors de succéder à Mgr Lachat, nommé à la cure de Delémont. Aumônier des troupes suisses au service de Naples, sous le roi François II, il ne demeura à Naples que 9 mois, le roi ayant été détrôné au profit de l'unité italienne. L'abbé Moine revint à Grandfontaine, puis il administra la paroisse de La Motte. En 1865, il fut nommé curé de Montfaucon, paroisse qu'il administra pendant 43 ans".
L'abbé Moine fut nommé "Directeur du chant grégorien dans le Jura" par l'évêque du diocèse Mgr Fiala. A ce titre il publia un "Manuel théorique et pratique de chant grégorien", recommandé d'ailleurs par Mgr Lachat. Dans une lettre adressée à l'évêché le 22 février 1886, l'abbé Moine présente son livre ainsi: "Ce manuel s'imprime à 500 exemplaires, je n'ai pas osé le faire tirer à un chiffre plus élevé, crainte de frais. Cet ouvrage a pour but principal la bonne exécution du plain chant. Je me suis servi de la doctrine de Dom Pothier de Solesmes et de l'abbé Haberl, et de la pratique de l'école de Ratisbonne. Je sais que M. Walther a donné l'an dernier à Baden un cours dans les mêmes principes absolument. Ayant pratiqué le plain chant depuis 35 ans, l'ayant enseigné à de nombreux chantres, en connaissant les difficultés spéciales, j'estime que ce petit manuel devra être utile aux chantres de nos campagnes. Jusqu'ici nous n'avions que des méthodes trop savantes, j'ai voulu leur enseigner cet art avec la plus grande simplicité".
La fonction de "Directeur du chant grégorien" impliquait un travail d'inspection des paroisses. C'est ainsi que dans un rapport envoyé à l'évêque le 31 janvier 1890, on lit :
Delémont: Réunion générale de l'association du Jura. Le temps ayant été insuffisant, je n'ai pas pu donner la leçon ou conférence annoncée.
Courfaivre : 2 leçons. Chantres assez bons et fort réguliers. Le curé est très zélé.
Soyhières : 1 leçon. Chantres peu nombreux. On n'y chante ni Introït, ni Alleluia, ni Offertoire, ni Communion. Je les ai engagés à faire autrement. Le curé est porté de bonne volonté.
Asuel : Routine, ignorance, zèle médiocre.
(...)
Il reste beaucoup à faire. En Ajoie, il y a peu de zèle à ce sujet; les curés sont fort indifférents en général.
Plus de zèle dans la Vallée de Delémont où il y a déjà de bonnes améliorations.
A la Montagne, il y a passablement d'activité pour la musique, mais généralement, le plain chant laisse à désirer.
- Révision des statuts et nouveau comité central
La période allant de 1886 à 1899 est peu connue. Le secrétaire de l'association se plaint en 1899 de n'avoir reçu de Gurtler à sa démission de président aucune archive de la Fédération, si ce n'est une lettre du président diocésain demandant des renseignements sur ce qui se fait dans le Jura.
Aussi décide-t-on sur proposition de l'abbé Vallat, curé de Alle et directeur du patronage de prévoir un nouveau "règlement pour l'association de Sainte-Cécile du Jura".
On procède également à la nomination d'un nouveau comité central. Il comprend:
Hermann Chêne, curé de Vendlincourt, président central. Hermann Chêne est, selon Daucourt, un bourgeois d'Epiquerez, né à Fleurey en France, le 12 août 1864, vicaire à Porrentruy (1893-1894), il est nommé curé de Vendlincourt le 30 septembre 1894. Il restera président de l'association Sainte- Cécile jusqu'à son départ pour le Brésil en 1903. Il reviendra dans le Jura en 1911 comme curé d'Undervelier.
J. Riat, maître secondaire, Vendlincourt, secrétaire
Constant Vallat, curé d'Alle
Léon Maître, d'Epauvillers, curé de Courfaivre
Victor-Casimir Stemmlin, ancien président
ainsi que Bloch, Schmidt, Henzelin, Cattin.
- Fête centrale de Saint-Ursanne - 1899
Il semble bien que les exécutions présentées à Saint-Ursanne le 22 mai 1899 ne soient pas d'un niveau exceptionnel puisque les observations générales envoyées à toutes les sections indiquent que: "Le chant figuré est mieux cultivé que le plain chant; c'est le contraire qui devrait avoir lieu, puisque le plain chant est le chant liturgique, celui de tous les dimanches et de tous les jours, pour ainsi dire, tandis que l'autre n'est employé qu'à de rares exceptions. La prononciation de la grande majorité de nos chantres est défectueuse, indistincte, nasale, désagréable, très vulgaire, sans doute sous la néfaste influence du patois".
Il faut ajouter aussi qu'à cette époque deux écoles de plain chant par la voix de chauds partisans se disputent la faveur des sociétés ajoulotes, la méthode de Haberl et celle de Solesmes. Le jury, formé du comité central, est très emprunté dans ses jugements et après une discussion des plus vives, il ne parvient à se mettre d'accord que sur un point: "On appréciera l'interprétation du plain chant au point de vue de la section exécutante". Ce jugement de Salomon ne convient pas à tout le monde puisque le secrétaire de la Fédération, J. Riat, maître secondaire, Vendlincourt, écrit en parlant du Comité central: "Peut-être ces arbitres improvisés n'avaient-ils pas toute la compétence désirable en matière musicale, peut-être, d'autre part, en leur qualité de membres ou patrons de différentes sections, n'étaient-ils pas placés dans des conditions qui mettent des experts à l'abri de tout soupçon de partialité".
Toujours est-il que, pour la première fois, on fait allusion à la formation d'un jury neutre et compétent... mais le problème financier est lui aussi soulevé puisque l'avoir total de la caisse centrale se monte à Fr. 3,50. Aussi décide-t-on d'encaisser auprès de chaque section une cotisation annuelle de deux sous par membre. On espère ainsi faire fructifier rapidement la fortune de l'association, ceci d'autant plus que le Comité diocésain des Céciliennes renonce pour deux ans à l'encaissement des cotisations jurassiennes.
- Concours des choeurs de la Vallée de Delémont
L'observateur du Comité central, J. Riat, profite de l'occasion "pour intervenir auprès de chaque directeur ou président des choeurs présents pour les inviter à se faire agréger à l'association jurassienne, et la plupart lui ont fait entendre qu'ils en avaient l'intention. (...) Mais chose étonnante, l'abbé Maître de Courfaivre, qui est cependant membre du comité jurassien, paraît hésiter beaucoup, préférer le régionalisme, ne pas comprendre qu'il y a de sérieux avantages dans une union générale des choeurs jurassiens".
Le Comité central discute ce rapport et envoie immédiatement une lettre au curé de Courfaivre dans laquelle on lui dira :
1. que le Comité estime qu'il n'est pas à propos d'organiser des réunions régionales fréquentes, pour la raison que ces réunions ainsi entendues nuiraient à la fête centrale bisannuelle et n'atteignent pas leur but comme peut le faire la fête centrale.
2. que le Comité aimerait voir M. Maître travaillant à faire agréger les choeurs de la Vallée à l'association jurassienne, car l'union de tous les choeurs d'église jurassiens est désirable dans l'intérêt du chant religieux d'abord, et ensuite dans celui de la cause catholique."
On le voit, le Kulturkampf n'est pas encore oublié et l'union jurassienne n'est pas facile non plus dans le domaine des choeurs d'église.
- 8 février 1901 - Mort de Joseph Gurtler
Le fondateur de la Fédération meurt le 8 février 1901. Laissons la parole au chroniqueur de Comité central en cette occasion : "Le 8 février 1901, un deuil douloureux a frappé l'association ; notre ancien président central, le principal fondateur et l'âme de l'Association Sainte-Cécile, M. Gurtler est mort à Boncourt dans sa 68e année. C'est une perte que nous avons vivement et profondément ressentie. A notre grand regret, des circonstances impérieuses nous ont empêchés de manifester une suprême fois à l'enterrement du défunt, nos sentiments de douleur et de sympathie, mais nous avons envoyé à sa famille le télégramme suivant : Céciliens affectueux et reconnaissants partagent votre deuil et prient pour regretté défunt Joseph Gurtler."
- 27 mai 1901 - Fête centrale à Bassecourt
Il semble bien que les démarches entreprises pour l'extension de la Fédération dans le haut de la Vallée de Delémont aient été couronnées de succès puisque Bassecourt accueille les Céciliens et Céciliennes le lundi de Pentecôte 1901 pour un concours central et une assemblée générale. La Fédération qui comprenait 16 sections en 1899 passe à 24 en 1901.
Treize sections: Alle, Bassecourt, Boncourt, Les Breuleux, Courfaivre, Coeuve, Corban, Damphreux-Lugnez, Develier, Fontenais, Mervelier, Saint-Ursanne, Vendlincourt, au total 247 chanteurs se présentent devant un jury neutre formé du Père Célestin, capucin à Delle et de l'abbé Maillard, vicaire à Delémont.
Le secrétaire central, J. Riat, d'habitude si disert sur les rapports de jury se montre cette fois extrêmement discret écrivant seulement que "le Père Célestin a rendu compte de ses observations générales avec une charmante et très fine bonhomie".
Le concours terminé, les participants se retrouvent à la halle de gymnastique en réunion familière. C'est peut-être là que se trouve l'origine des agapes que nous connaissons.
- 1er juin 1903 - Fête centrale à Alle
Onze sociétés assistent au concours d'Alle : Corban, Undervelier, Courfaivre, Boncourt, Saint-Ursanne, Movelier, Coeuve, Alle, Fontenais, Miécourt, Glovelier. Mais l'important de cette fête est la suggestion de "réunir les directeurs tous les deux ans pour leur faire donner d'utiles conseils".
Les élections au comité central provoquent un changement de président central; Emile Chapuis, né en 1866 à Grandfontaine, curé de Boncourt jusqu'en 1911, puis curé-doyen de Saignelégier est élu.
- 22 novembre 1903 - "Motu Proprio" du Pape Pie X
L'encyclique du pape Pie X sur la musique sacrée et la primauté du plain chant sur les autres musiques allait créer des remous dans le sein de la Fédération jurassienne. Si, comme le dit le secrétaire central, "notre société se fera un devoir de suivre les directives du Souverain Pontife", on note un incident au sujet de l'interprétation du règlement. "Le numéro 4 du 4 février 1904 de la Kirchenzeitung, organe officiel du clergé dans notre diocèse, ayant publié au nom de l'évêque, et sous la signature du chanoine Walther (président diocésain) un entrefilet disant que provisoirement l'on pourrait dans le diocèse conserver les choeurs mixtes et l'édition Pustet de plain chant, je (abbé Chapuis) publiai dans le "Pays", sous ma responsabilité personnelle, une courte correspondance à ce sujet qui m'attira certaines critiques. J'étais sur le bon terrain: la soumission à l'évêque. Le temps précisera les intentions du Saint-Siège. (...) En attendant, ne brusquons rien". De quoi s'agissait-il, en réalité ? Tout simplement que quelques chefs spirituels de paroisse avaient interdit aux femmes de chanter l'office! D'où la polémique dans la presse, dans certaines paroisses et même à l'intérieur de certains choeurs mixtes.
A la parution de l'édition vaticane du plain chant et des directives l'accompagnant tout rentra dans l'ordre. Mais c'est certainement ici qu'il faut chercher l'origine d'habitudes de choeurs mixtes où le chant grégorien est chanté par les seuls hommes.
- 12 juin 1905 - Fête centrale aux Breuleux
Neuf sociétés sur les vingt-cinq que compte alors la Fédération soient celles d'Alle, Boncourt, Creuve, Courfaivre, Courtedoux, Fontenais, Movelier, Saignelégier, Les Breuleux ont concouru. A l'office, chanté par toutes les sociétés en chant polyphonique, le "célèbre abbé Beuret, curé des Breuleux, a prononcé le sermon de circonstance. Il a parlé avec une remarquable abondance de coeur et d'idées, de la beauté du chant, de sa puissance, de son action ennoblissante et moralisatrice".
A la même époque, on décide de "fournir gratuitement à toutes les sociétés des moniteurs qui les initient à la nouvelle manière d'exécuter le plain chant "ceci selon le nouveau "Kyriale" de l'édition vaticane qui présente de nombreux changements de mélodies par rapport aux livres employés actuellement dans nos paroisses".
- Septembre 1905 - Congrès international de plain chant à Strasbourg
Les remous qui agitent le monde du chant sacré après la publication du "Motu Proprio" de Pie X continuent de plus belle et l'Assemblée générale des Céciliennes délègue les abbés Chapuis et Vallat au Congrès international de plain chant afin de régler plusieurs points litigieux dans le Jura.
Il est intéressant, aujourd'hui, de lire les conclusions rapportées par les deux délégués jurassiens: "De leur exposé, il résulte que le Congrès s'est unanimement prononcé, les membres français eux-mêmes, pour l'adoption des règles suivantes :
1. On doit prononcer l'"u" latin comme "ou".
2. On doit prononcer le "j" latin comme "i".
3, On doit accentuer les mots latins conformément à la prosodie latine.
4. On ne doit pas faire de consonnes nasales en latin (par exemple: on ne doit pas prononcer "in - visibilium" mais "i - ne - visibilium" ).
5. En plus, dans l'exécution du plain chant, c'est la méthode historique qui doit être employée (toutes les notes de même longueur).
Après discussion - qui dut être vive - l'assemblée "décide de recommander vivement l'adoption de ces règles aux sections, mais non de les imposer".
Proposition est faite d'organiser des réunions régionales en alternance avec les Fêtes centrales. Ces réunions ont plusieurs buts, notamment "qu'il est bon que des catholiques, des gens ayant les mêmes croyances, se voient plus souvent". On comprend aussi qu'à ce moment, les déplacements de sociétés - qui se font souvent en char à bancs - soient longs, aussi les fêtes régionales permettront de voir davantage de sociétés afin qu'"elles apprennent à chanter, car, dans le Jura, presque partout nous chantons mal. Le plain chant est encore très loin d'être vraiment un ornement du culte".
- 1907 - Cours de plain chant
Le Comité central, désireux d'appliquer les directives du pape en matière de chant sacré, organise en 1907, deux séances d'étude du plain chant à Porrentruy et à Glovelier. Ces cours, donnés par l'abbé Glück, professeur de religion à l'Ecole cantonale de Porrentruy, obtiennent un franc succès. Le comité central fait d'ailleurs remarquer que la prononciation latine recommandée en janvier 1906 est adoptée par presque toutes les paroisses.
Tout au plus se plaint-on des frais occasionnés par ces cours :
Envoi de 29 circulaires, papier, enveloppes, timbres: Fr. 1,50
Dîner à Glovelier de M. Glück : Fr. 2,20.
Train Courgenay -Glovelier : Fr. 0,80.
- 20 mai 1907 - Fête centrale à Courfaivre
Neuf sociétés participèrent à cette réunion: Alle, Bassecourt, Boncourt, Les Breuleux, Courfaivre, Fontenais, Movelier ainsi qu'une société invitée, le choeur d'église de dames de Delle.
Comme pour les fêtes précédentes, la réunion commence par la messe, chantée en grégorien, propre et commun, avec une collecte pour la caisse centrale qui rapporte, nous dit-on, vingt- quatre francs cinquante. Immédiatement après l'office, assemblée générale des sections pour régler les affaires administratives. Le dîner est pris dans les différents restaurants de Courfaivre et à 14 heures, concours à l'église avec l'exécution de deux pièces par chaque section, un morceau de plain chant et un morceau de musique figurée. La musique figurée se cantonne à des compositeurs allemands du XIXe siècle, Sephner, Wiltberger, Siegenberger, Witt, Haller, Stehle. La musique des maîtres de la Renaissance n'a donc pas encore pénétré chez nous.
Le secrétaire de Fédération, J. Riat, devenu avocat à La Neuveville, quitte la Fédération et est remplacé par Alfred Joset, instituteur à Glovelier.
- 1908 - Méthode de plain chant de Solesmes
La Fédération jurassienne organise à Glovelier, le 2 janvier 1908, un nouveau cours de plain chant. C'est à cette date que la méthode de Solesmes sera adoptée par la plupart des paroisses, mais laissons parler le "régent Joset" :
"Monsieur Hentz, curé de Saulcy, qui connaît très bien le chant de Solesmes et qui l'exécute à merveille a bien voulu se charger de prendre la direction de cette séance. Elle a eu lieu à Glovelier à la "Crosse de Bâle". Dix-sept sociétés avaient envoyé des délégués, environ 50 personnes prenaient part à cette leçon, très bien donnée par M. Hentz. La société de Pleigne s'est fait remarquer par sa présence à ce cours, y étant au complet malgré l'éloignement. On a étudié, d'après l'édition Pustet, l'office de l'Epiphanie qui devait être exécuté quelques jours plus tard. Monsieur le Curé Nottat de Soulce a eu l'amabilité de nous faire entendre par la voix de son gramophone plusieurs morceaux de plain chant exécutés par les Pères bénédictins. Ces auditions ont émerveillé les personnes présentes et on a pu se convaincre de la beauté du chant d'après la méthode de Solesmes".
D'autres cours de grégorien auront lieu à Porrentruy notamment, donnés par Joseph Gogniat, directeur et organiste à Porrentruy, avant de l'être à la cathédrale de Fribourg.
A tous ces cours, la méthode de Solesmes sera enseignée et restera jusqu'à nos jours l'idéal à atteindre.
- 1909 - Fête centrale à Saint-Ursanne
Peu de choses à dire de cette fête qui voit l'application des principes de Solesmes admis par toutes les sociétés participantes.
- 1911 - Fête centrale à Montfaucon
Montfaucon est en fête, et dans un style fleuri, le nouveau secrétaire central Joseph Marer, instituteur à Montfaucon narre et les beautés du printemps franc-montagnard et les beautés du chant choral. Les sociétés présentes: Saulcy, Fontenais, Les Pommerats, Vendlincourt, Saignelégier, Bourrignon, Le Noirmont, Miécourt, Saint-Ursanne, Alle, Boncourt, Cornol, Les Breuleux et Montfaucon.
- 1913 - Fête centrale à Delémont
Delémont organise la fête centrale à l'instigation d'un vicaire qui se dévoue à la cause du chant, Gabriel Cuenin et qui deviendra plus tard vicaire général. La carte de fête, c'est la première fois qu'on en parle, revient, avec le dîner, à 2 fr. 50! Après les concours de l'après-midi, tous les Céciliens se sont rendus sur la place de l'Hôtel de Ville pour chanter deux chants patriotiques, le Cantique suisse et l'Hymne national. Le concours dura plus de trois heures. Les sociétés de Moutier - qui chante pour la première fois dans un concours jurassien une oeuvre de Palestrina -, Alle, Fahy, Bassecourt, Les Pommerats - qui chantent de Baini, Panis Angelicus, soit le même choeur que pour la fête du centenaire! -, Bourrignon, Lajoux, Boncourt, Montfaucon, Damphreux-Lugnez, Bressaucourt, Courtételle, Coeuve, Les Bois, Les Breuleux, Porrentruy, Delémont, défilent devant un jury formé de l'abbé Fleury, curé de Moutier, et Charles Cattin, instituteur aux Breuleux.
- Guerre de 1914- 1918
Les mobilisations paralysent la vie de la Fédération et le Comité central se borne à envoyer aux sociétés une circulaire annuelle renvoyant à l'année suivante la fête centrale et les cours de plain chant. Enfin le 19 novembre 1918, le président et le secrétaire envoient la lettre suivante à toutes les sections :
" Lundi, 11 novembre, nous parvenait l'heureuse nouvelle de la signature de l'armistice entre les deux partis belligérants; quelques jours après nous apprenions la fin de la grève déclarée chez nous. Voilà deux gros nuages disparus. Le ciel est redevenu serein, espérons qu'il le restera. Pendant la guerre, nos sociétés d'église souvent désorganisées par les mobilisations répétées, ont dû négliger leur travail, et nous n'avons pu songer, à des cours de chant ou des fêtes générales. Le moment paraît de nous remettre à l'oeuvre. (...) Au travail donc, chers amis, afin que notre prochaine fête (en 1919 ?) ne soit pas inférieure en résultats aux belles fêtes d'avant guerre et marque aussi chez nous le renouveau que l'on attend dans tous les domaines."
- 1920 - Fête centrale à Porrentruy
La désignation de Porrentruy comme lieu de fête centrale fut faite par le Comité, et la date prévue, mai 1919, mais comme le dit Joseph Marer, "tout était au point, les sections s'étaient mises à l'oeuvre, et tout annonçait une belle manifestation. Mais les Sans-patrie (sic) s'agitaient dans notre belle Suisse, l'ordre allait être troublé à Zurich, la révolution grondait et l'on fit appel aux soldats jurassiens pour mettre à l'ordre les factieux et les ennemis de nos vieilles institutions. Beaucoup de nos amis partirent, les sections étaient désorganisées et la fête fut ajournée à des temps moins troublés."
La fête a donc lieu le 24 mai 1920 et "tout se déroule avec bonheur sauf en ce qui concerne le temps qui est limité par l'horaire défectueux des CFF ! " .
- 1922 - Fête centrale à Saignelégier
La fête centrale de Saignelégier a laissé des traces émerveillées dans la mémoire du secrétaire central puisqu'il écrit que "durant trois heures le jury a eu la tâche délicate de juger et souvent d'applaudir. Les sociétés ont fourni un travail remarquable et celui qui a fréquenté nos fêtes depuis vingt ans et plus peut dire qu'un progrès réjouissant a été accompli. La fête de Saignelégier peut être inscrite en lettres d'or dans les fastes de l'association".
- 1924 - Cinquantenaire de la Fédération - Boncourt
Boncourt est désigné pour la fête du cinquantenaire et ceci pour honorer la mémoire de Joseph Gurtler qui a fini sa vie à Boncourt. Le lundi de Pentecôte 1924, Boncourt est donc en fête et à la messe, le curé de Boncourt, l'abbé Gueniat (qui deviendra plus tard curé-doyen à Delémont) retrace la vie de Gurtler, de l'abbé Stemmlin, et montre le chemin parcouru depuis la fondation de l'association. Après l'office, pour la première fois, et pour gagner du temps, une partie des concours se déroula. A deux heures, le cortège, précédé des Vieux-Suisses fit le tour du village, avant que ne reprennent les concours.
- Activité de la Fédération entre 1924 et 1939
Il semble que la Fédération des Céciliennes du Jura ait atteint sa "vitesse de croisière". Les fêtes centrales vont se succéder : Glovelier, Moutier, Le Noirmont, Saint-Ursanne, Courroux, et Les Bois.
Le sommet semble atteint au Noirmont en 1929 puisque Joseph Marer laisse éclater sa joie: "Quel chemin parcouru depuis 1899. On est arrivé à un degré de perfection qu'il sera difficile de dépasser beaucoup et ce n'est plus que quelques infimes questions de détail qui retiennent l'attention du jury. Le choix des choeurs est judicieux, dénote le bon goût et s'imprègne de la grandeur du chant sacré". Le jury, Xavier Girardin et Paul Montavon, ne sont pas aussi enthousiastes et demandent encore beaucoup d'amélioration.
A chaque fête centrale, la messe était chantée par les choeurs d'hommes uniquement et ceci en musique polyphonique. Les choeurs mixtes n'avaient droit qu'à l'office de l'après-midi. L'assemblée des délégués de 1930 voudrait voir la messe confiée aux choeurs mixtes, mais cette proposition est repoussée par le curé de Montfaucon qui, s'appuyant sur un texte de Pie X, déclare que "le chant de l'office divin doit être exécuté par des voix d'hommes. Les voix féminines ne sont tolérées que partout où on ne peut agir autrement". Il est heureux que les temps aient changé!
En 1932, le Comité demande la création de postes d'inspecteurs de chant pour le Jura. L'évêque ratifie cette demande et les abbés Cuenin, pour Delémont, Vallat, pour l'Ajoie, Cattin pour les Franches-Montagnes et la Diaspora sont désignés. Il faut voir là l'"ancêtre" de la Commission de musique.
Des cours de chant sont organisés et tour à tour Dom David, Carlo Boller, Pierre Carraz, abbé Joseph Bovet, Xavier Girardin, donneront conseils et consignes aux directeurs jurassiens.
La médaille des vétérans de la Fédération est créée en 1933 et sa première distribution a lieu à la Fête centrale de Courroux. 128 chanteurs la reçoivent.
La constitution apostolique "Divinis cultus" de Pie XI fait prendre conscience de la valeur du chant du peuple. Le président central, l'abbé Vallat fait part de ses idées aux délégués: "Si les Sociétés Sainte-Cécile ont la noble et enviable mission d'exécuter les chants du propre du jour et les morceaux polyphoniques avec les fêtes spéciales, le Chef de l'Eglise exige que le peuple tout entier participe au culte divin en prenant part personnellement à l'exécution des chants communs "Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus, les psaumes des Vêpres et les Antiennes à la Sainte-Vierge. Il est absolument nécessaire que les fidèles ne se comportent pas en étrangers ou en spectateurs muets, mais participent en alternant leurs voix avec celles du prêtre et avec celles du choeur des chantres". On voit que le problème ne date pas d'aujourd'hui !
En 1938, Constant Vallat, président central, directeur général de 1897 à 1933, président central dès cette date, quitte le Comité, il est nommé Président d'honneur; le doyen de Moutier, Gabriel Cuenin est nommé Directeur d'honneur.
Le 2 mai 1939, Fête centrale aux Bois: fête grandiose, selon les chroniques, mais aussi dernière fête avant le long silence de la guerre...
- Rédaction d'un manuel paroissial
Le Comité de la FCJ élargi élabore, sur demande de l'Evêché, un "manuel paroissial" à l'usage de tous les fidèles. Après bien des séances de mise au point, ce manuel paraît à Pâques 1941 et connaît un réel succès.
- 1939 - 1945
Les mobilisations désorganisent quelque peu l'activité de la Fédération. Toutefois un cours pour organistes est donné à Porrentruy par Xavier Girardin. Ce cours est fort utile, il permet "de rendre de précieux services pour la bonne exécution de nos chants liturgiques" .
1944 verra la reprise des fêtes régionales, Alle pour l'Ajoie, Courrendlin pour la Vallée, et en 1945, Le Noirmont pour les Franches- Montagnes et le Jura-Sud.
- 1946 - Reprise de l'activité normale
Après la fin de la guerre, la Fédération reprend ses activités habituelles: cours de chant, fêtes centrales ou régionales. Le lundi de Pentecôte 1946, la fête centrale est organisée à Delémont. Dès lors les fêtes centrales se suivront selon un rythme régulier et nous renvoyons le lecteur à la liste des manifestations. L'assemblée des délégués décide, en 1946, de nommer une commission pour l'élaboration d'un règlement de concours et en 1948, son travail est accepté. Le règlement de concours est alors appliqué à la Fête centrale de Boncourt en 1950. Cette commission dont le travail consistait en une rédaction de règlement devient permanente et prend le nom de commission de musique.
- 1951 - Nouveau président central
C'est à l'assemblée des délégués du 14 octobre 1951 que le président central, l'abbé Léon Rérat de Cornol se démet de sa charge pour raisons de santé. Son successeur est désigné en la personne de l'abbé Paul Nusbaumer, curé de Fahy. M. l'abbé Nusbaumer assumera cette charge pendant vingt ans avant d'être nommé Président d'honneur.
Quant à l'abbé Rérat, il mourra en 1953 et sera enterré à Fahy. La FCJ fera insérer un article dans la presse sur "celui qui fut, dans la pleine mesure de ses forces et de son enthousiasme un des ardents défenseurs de la belle cause du chant liturgique dans le Jura".
- 1957 - "Schola romande"
La "Schola romande de musique sacrée", choeur formé de 110 chanteurs, dont 20 Jurassiens, dirigé par Pierre Carraz se rend au Congrès international de chant sacré à Angers où, selon le chroniqueur, elle fit la plus grande impression. Cette schola se rendra encore à Vienne et à Paris.
- 1959 - Bénédiction de la bannière de la Fédération
La FCJ, n'ayant pas de bannière, le Comité central décide de remédier à ce manque en demandant au chanoine Edgar Voirol, directeur de l'Institut Saint-Charles de dessiner un projet. Celui-ci accepté, la bannière confectionnée, le vicaire général Mgr Cuenin procède à la bénédiction lors de la fête centrale de Develier, le 14 juin 1959 en présence de la marraine Mlle Henriette Henry et du parrain M. César Arnoux. Ce drapeau "doit devenir le signe de ralliement et d'émulation des Céciliens et Céciliennes".
- 1961 - Cours pour organistes
La FCJ organise un cours pour organistes sous le haut patronage de l'évêque qui recommande "chaleureusement à tous les curés d'en faire profiter l'un ou l'autre de ses paroissiens pressentant des aptitudes pour la musique".
Mme Betty von Allmen, de Saignelégier en assume la direction à la satisfaction générale de tous les participants.
- 1965 - Directives du Concile et Commission romande de musique sacrée
Les directives du Concile sur la musique sacrée font beaucoup de bruit. Des explications sont données par la presse, des paroisses se mettent immédiatement à appliquer les nouveaux décrets, parfois avec un zèle intempestif, alors que d'autres sont plus réticentes. La Commission romande de musique sacrée essaie de faire un tri dans le foisonnement de partitions nouvelles qui inondent le marché. Le pape Paul VI remet les choses en place par son message du 4 décembre 1965: "... Par l'exécution du chant grégorien qui tient son nom du pape Saint Grégoire, vous assurez aux offices de la Sainte Liturgie romaine une grande beauté; ce chant à l'unisson possède, en effet, à un degré éminent, comme l'ont souligné tant de nos prédécesseurs, toutes les qualités requises pour la musique religieuse. Il favorise l'unanimité de l'assemblée des fidèles et la dispose à une plus parfaite louange divine. Et l'on pourrait en dire à peu près autant du chant polyphonique dans la mesure où il s'éloigne de tout effet théâtral (...) Le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude".
- 1971 - Nouveaux statuts, nouveau comité central
Les statuts de la FCJ sont un peu désuets, l'Assemblée des délégués décide d'importants changements. Les membres du Comité central seront éligibles pour quatre ans et leur mandat ne pourra être renouvelé qu'une fois. La Commission de musique comprend cinq membres dont le président est le directeur général.
Le président central, l'abbé Paul Nusbaumer quitte sa charge et est remplacé par Laurent Willemin, des Bois.
1972 - Commission des orgues
Une commission des orgues est constituée. Son travail permettra de conseiller les paroisses pour l'achat de nouveaux instruments, comme pour l'expertise d'instruments anciens en vue de leur restauration. Cette commission se met immédiatement au travail et est appréciée déjà par de nombreuses paroisses. En outre, elle organisera un cours pour organistes qui aura un certain succès.
- 1975 - Centenaire de la FCJ
Que de chemin parcouru depuis cette année 1874 qui vit la fondation de la Fédération des Céciliennes du Jura. Avec ses soixante sections, ses mille sept cents chanteuses et chanteurs, elle est une des plus importantes associations du pays jurassien. Il fallait donc célébrer son centenaire avec une certaine ampleur. Le Comité central et la Commission de musique ont donc proposé à l'Assemblée des délégués de supprimer la formule habituelle du concours pour la remplacer par une messe du centenaire et un concert de pièces religieuses de toutes les époques de l'histoire de la musique.
Il reste à conclure! Au seuil de son deuxième siècle, la FCJ se présente en bonne santé, avec un effectif en voie d'accroissement: ne vient-on pas d'admettre en son sein le choeur de La Neuveville? Son avenir immédiat repose sur tous les chanteuses et chanteurs de tous les âges, de tous les coins du Jura...
Notre souhait est que rien de négligé, de laid, d'insignifiant ne soit chanté par les Céciliennes. De l'humble Amen à la plus grande complexité polyphonique tout doit être travaillé en vue d'un témoignage de valeur, car comme le disait Claudel: "Le son est l'organe approprié de nos communications avec l'Invisible et, puisque Dieu est invisible, de nos communications avec Lui... Cette touche sonore est l'avant-goût et le gage d'un commerce prolongé et détaillé qui, désormais, apparaît réalisable à la condition que notre vacarme intérieur n'empêche pas la musique".
Complément : Article du "Quotidien jurassien"
du samedi 12 octobre 2002
12 octobre 1879
Sainte-Cécile
Pour stimuler le chant religieux, Joseph Gürtler, directeur de la Sainte-Cécile de Porrentruy, propose d'unir les efforts des choeurs paroissiaux catholiques. Le 12 octobre 1879 a lieu à Porrentruy la première réunion des Sociétés Sainte-Cécile ajoulotes, à laquelle participent cinq ensembles.(1)
Une centaine de choristes se retrouvent au couvent des Ursulines, pour préparer un Ave Maria et Gloria interprétés en choeur d'ensemble à deux voix. Aux vêpres, dans la chapelle, on chante les invocations «dans le simple et harmonieux plain-chant, et un Magnificat très bien exécuté en faux-bourdon, le choeur a fait un très bel effet».
Puis c'est le moment du premier concours de chants imposés, «chaque société s'est fait entendre séparément et sans accompagnement d'orgue, ce qui exige une grande attention». La Sainte-Cécile de Boncourt, 30 exécutants, ouvre les feux avec un Tantum ergo à 3 voix, celle de Creuve, 16 choristes, enchaîne avec un Sanctus à trois voix également. Les chanteurs de Courtedoux, au nombre de 20, entonnent un Kyrie à quatre voix, la société de Fontenais, 16 chanteurs, un Ô salutaris à 3 voix. La Sainte-Cécile de Porrentruy, 14 exécutants, conclut le concours avec un Veni Creator à quatre voix.
Le curé-doyen Xavier Hornstein remercie les choristes «pour la généreuse pensée qu'ils avaient conçue de relever cet art merveilleux du chant sacré qui fait la richesse des réunions chrétiennes». Les chanteurs se retrouvent au Cercle ouvrier catholique et fondent l'Association Sainte-Cécile. On élabore un règlement, un comité est chargé d'organiser le mouvement et de recruter de nouvelles sociétés de chant, «tout porte à croire que cette nouvelle association poursuivra une action bienfaisante et réunira nos jeunes gens pour les aider à atteindre le noble but qu'ils se proposent : consacrer leurs loisirs à l'embellissement de nos cérémonies religieuses et resserrer les liens qui déjà les unissent». (dm)