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Loin d’être simplement un écrivain qui illustrerait sa démarche littéraire, Gustave Roud a eu une activité photographique intense dès l’âge de 16 ans jusqu’à la fin de sa vie. Non exposée de son vivant, cette partie de l’œuvre le place pourtant comme l’un des principaux écrivains-photographes européens de l’entre-deux-guerres et de l’immédiat après-guerre. Malgré des expositions posthumes au Centre Beaubourg (Paris) et au musée de l’Elysée (Lausanne), ainsi que la publication d’un catalogue (Terre d’ombres, Slatkine, 2002), son statut de photographe est longtemps resté en marge de la littérature, selon la volonté d’ailleurs de Philippe Jaccottet qui a géré son œuvre après sa mort. Pourtant, Gustave Roud a conservé et transmis son travail abondant, accompli avec détermination et rigueur.
Des protocoles de prise de vue, une rigueur formelle et une connaissance des débats photographiques soulignent un intérêt croissant qui dépasse le simple loisir ou l’amateurisme dominical. Il adopte en outre dès la fin des années 1930 le film couleur, ce qui le place à l’avant-garde dans ce domaine. L’alliance entre littérature et photographie, l’établissement d’une esthétique singulière ont lieu principalement dans les années 1930. Adepte de la technique, les premières années sont régies par les principes de l’expérimentation : des plaques de verres à la stéréoscopie, des plaques autochromes au tournage en Pathé-Baby. Par la suite, la couleur est exploitée, mais sans changer radicalement les procédures de prises de vues. Gustave Roud possédait son petit laboratoire, tirait lui-même ses clichés en noir et blanc, prenait soin du papier, choisissait ses formats. La publication de ses photographies dans des revues suisses ou dans l’édition originale de Haut-Jorat accompagne son activité journalistique ou des formes de diffusions diverses : envoi de clichés aux amis artistes et écrivains, cartes postales à la famille, dons à ses modèles. Cette diffusion se comprend davantage dans les relations épistolaires et la sociabilité locale ou artistique que par rapport aux instances professionnelles de la photographie qu’il fréquente peu. Les clichés circulent principalement dans les différents cercles de son entourage. Son rôle de photographe officiel pour des événements privés tels des mariages souligne en outre une confiance dans ses capacités techniques.
Le Fonds photographique Gustave Roud, déposé à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne par Françoise Subilia, comprend 13.000 clichés (films, tirages, autochromes, diapositives…). Bien qu’il ne possède pas une organisation réalisée par l’auteur, il se structure principalement en séries de photographies. Les dates, les modèles, les jours de prises de vue sont autant d’indications pour entrer dans ce fonds. Nous avons sélectionné une vingtaine de clichés emblématiques par entrée. Dans la grande majorité des cas, les légendes ne sont pas de Gustave Roud lui-même.