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Du rêve sioniste à la réalité israélienne
de Mitchell Cohen
Dès le début du sionisme politique, des divergences ont émergé quant aux finalités recherchées. Différentes factions se sont mises en place. Une, la travailliste, a rapidement pris le commandement effectif, et a de ce fait, marqué de son emprunte la création de l’Etat d’Israël. C’est tout ce cheminement qui est mis en lumière par Mitchell Cohen. Ce dernier entend démontrer que les transformations du mouvement travailliste ont substantiellement contribué à son succès, à savoir la création d’un Etat juif souverain, mais qu’ensuite, par un retournement dialectique paradoxal, elles ont subverti la prédominance politique et spirituelle de ce mouvement.
L’introduction de l’ouvrage, où il est question de la définition de différents termes, à l’instar du nationalisme, est assez longue et semble ne pas apporter grand-chose au cœur de l’ouvrage. Différentes réflexions sont toutefois intéressantes. Mitchell évoque la particularité du nationalisme juif pour ce qui est de la langue choisie. En effet, tandis que la plupart des nationalismes européens amenaient un remplacement, au niveau du langage parlé puis de l’écriture, de la langue supérieure (devenue l’apanage des seuls milieux ecclésiastiques et universitaires) par les langues vernaculaires, le sionisme parvint au contraire à faire en sorte que l’hébreux (jusqu’alors réservé à des usages religieux et littéraires) devînt d’emploi courant parmi la population juive.
Il est beaucoup question du mouvement travailliste et de David Ben Gourion, que Cohen estime être la plus haute figure de l’histoire juive moderne. Paradoxalement il fut plus qu’aucun autre à la source tant de la souveraineté israélienne, que du déclin du principal instrument par lequel il était parvenu à ce résultat, à savoir le mouvement travailliste israélien. Ainsi, une fois ce dernier devenu hégémonique au sein de l’Organisation sioniste, il cessa d’identifier intérêts de classe et intérêts nationaux, alors même que c’était par cette identification qu’il avait établi sa suprématie idéologique et organisationnelle. Le tournant se situe dans les années 30 quand le mouvement travailliste avait admis comme principe politique moteur le pluralisme segmenté hégémonique, qui supposait la reconnaissance de l’Etat et de la nation comme catégorie et entité situées au-dessus des classes.
Ben Gourion et les travaillistes doivent pour une bonne part leur progression à leur sévère conflit avec l’extrême droite ; afin d’abattre celle-ci, ils ont cherché à prendre la tête d’une coalition aussi large que possible. Mitchell revient aussi sur Jabotinsky, leader du courant d’extrême droite. Il estime que qu’il a été accusé, parfois trop facilement, de nourrir des pensées fascistes. En même temps l’auteur dresse lui-même certaines analogies entre Jabotinsky et le fascisme.
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