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Comme Wagner, Stravinsky a affaire à l’incompréhension du public parisien. La création de son fameux "Sacre du printemps" est restée comme l’un des scandales les plus mémorables de l’histoire de la musique.
Un soir du printemps 1913, tout le gotha parisien se rassemble au Théâtre des Champs-Elysées pour découvrir ce qui sera plus tard salué comme l’une des compositions les plus importantes du XXe siècle.
Engagé par Diaghilev pour la saison 1913 des Ballets russes, Stravinsky imagine un ballet dans lequel il propose des "Images de la Russie païenne". Il y met en scène des rituels primitifs de célébration du printemps qui se terminent par une danse sacrificielle, au cours de laquelle une jeune fille danse jusqu'à la mort.
"Le sacre du printemps" se déroule en deux parties, intitulées respectivement "L’adoration de la terre" et "Le sacrifice". Il n’y a pas véritablement d'histoire ou d'intrigue. Chacun des deux tableaux présente une succession de jeux rituels et de scènes incantatoires qui aboutissent dans la première partie à la danse de la terre, une page violente et orgiaque et dans la deuxième partie à la prodigieuse danse sacrale d’une virtuosité rythmique redoutable.
Stravinsky rompt ici avec le passé et abandonne tout lyrisme au profit d’un certain archaïsme qui provient du passé païen de la Russie. Paradoxalement, cela lui permet d’explorer un monde musical nouveau, sauvage et cruel, mais savamment construit. Le rythme est le véritable héros du spectacle.
Sur le plan chorégraphique, Nijinski surprend le public par des mouvements saccadés, désordonnés, désarticulés, qui rompent avec les codes de la danse classique. Plus encore que la musique, ce sont eux qui suscitent auprès du public un véritable scandale. Sacrifice humain, vieillards souffreteux, pantins désarticulés, la bonne société parisienne est choquée par tant des bestialité.
La création du "Sacre du printemps" d'Igor Stravinski par les Ballets russes à Paris, théâtre des Champs-Elysées, en 1913. [Roger-Viollet - AFP]
Le soir de la première, le 29 mai 1913, au théâtre des Champs Elysées, la foule se met presque immédiatement à rire, à huer, et à chahuter. L’émoi général tourne à la colère, puis à la violence, de sorte que les gendarmes sont contraints d’intervenir. Le ballet se poursuit quand même jusqu’à la fin. La puissance explosive sans précédent de la musique, les sonorités volcaniques produites par un gigantesque orchestre, des pulsions rythmiques brutales et des dissonances déchirantes amènent certains des premiers critiques à concevoir des commentaires tels que ce surnom trouvé par Léon Vallas, "Le massacre du printemps".