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Fort des Rousses (Jura)
Perché à 1000 m d’altitude sur la crête du Jura, à 10 kilomètres de la petite bourgade de Morez, le plateau des Rousses (Jura), boisé de superbes épicéas, fait frontière avec la Suisse. Il constitue un carrefour naturel qui permet de rayonner dans différentes direction et contrôle les axes de pénétration conduisant vers le Haut Jura français depuis Genève et le bassin lémanique.
Bâti au milieu du XIXe siècle pour verrouiller le col de la Faucille, le fort des Rousses est le plus vaste fort de France après le mont Valérien.
Achevé en 1863, il est modernisé par le général Séré de Rivières entre 1884 et 1887. Il comptait une garnison de 1688 hommes et 80 pièces d’artillerie. Ses remparts, constitués d’une énorme masse de terre bloquée par des murs, correspondent à une conception qui remonte à l’époque de Vauban et qui se révèle périmée à peine le fort achevé. Conçus pour résister aux boulets d’une artillerie à fût lisse, ces remparts sont fortement fragilisés dès 1859 avec l’apparition des canons rayés qui augmentent la portée et la précision du tir. A partir de 1884, ils deviennent totalement obsolète avec l’invention d’un nouvel explosif brisant inventée par le Français Eugène Turpin, la mélinite, et l’utilisation d’obus perforants en acier (crise de l’obus-torpille). Dépassé, l’ouvrage est déclassé dès 1899.
L’une des particularités du Fort des Rousses réside dans ses deux portes d’entrée : la porte de France et la porte de Suisse. Généralement, pour éviter de fragiliser la place, on ne pouvait y pénétrer que par une seule porte.
La porte de France est protégée par un système extérieur de tenaille battue par le feu de deux batteries surplombantes à tir croisé. Le mur d’escarpe se termine par une tablette permettant aux défenseurs de fusiller l’assaillant. Son accès immédiat était défendu par un pont-levis, détruit lors des réhabilitations du XXe siècle. En cas de menace ou d’attaque, le tunnel extérieur pouvait être obstrué par des traverses métalliques que l’on encastrait dans des rainures verticales, toujours visibles aujourd’hui
La porte de Suisse était la porte principale du fort. Elle était défendue par un système encore plus complexe. Pour pénétrer dans la place par cet accès, il fallait :
1. Contourner une demi-lune fortement pourvue en artillerie
2. Franchir le glacis sous le feu nourri des fantassins et des canons à balles
3. Franchir le fossé pour se heurter au pont-levis relevé
4. Enfoncer la première porte extérieure
5. Parcourir toute la longueur du tunnel d’entrée sous le feu de tireurs embusqués
6. Se heurter à une seconde porte intérieur s’ouvrant à contresens.
L’artillerie de la place était placée à l’air libre sur des plateformes séparées par des traverses et protégées par un parapet. L’apparition de l’artillerie rayée en 1859 rendit ce type de plateforme trop vulnérable, le feu adverse balayant les servants et causant des pertes énormes. Elles seront abandonnées au profit de casemates enterrées, maçonnées, recouvertes par une épaisse couche de terre puis de béton.
Les parties souterraines du fort des Rousses servent désormais de cave d’affinage pour le fromage local, le fameux « Comté ». Les casernes, aux dimensions impressionnantes, qui ont été entièrement restaurées et réhabilitées, abritent désormais des bureaux.
Le fort peut être visité librement (entrée libre) et offre d’intéressantes balades dans les bois qui permettent de faire aisément le tour de ses principaux organes défensifs, le tout dans un paysage enchanteur et typiquement jurassien. N’hésitez pas à vous y arrêter si vous passez dans la région. C’est un joli but d’excursion ou de ballade et les jolis coins pour pique-niquer ne manquent pas…