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Chocard
A voir ses troupes qui arpente les pâturages, on imagine que le chocard niche en denses colonies. En fait, Othmar Büchel qui a étudié les chocards du Pilate, a constaté que sur 300 oiseaux qui compte la «colonie» seuls 20 à 25 couples nichent chaque année. Le cas d’une femelle qui a eu quatre partenaires différents en six ans (deux morts, un a été abandonné et le quatrième lui a survécu), mais qui défendait chaque année le même nid contre tous les autres chocards, suggère l’hypothèse suivante: le nombre de femelles adultes serait-il limité? Et faudrait-il y voir la raison pour laquelle son dernier conjoint est resté seul? Ce sexe ratio déséquilibré expliquerait aussi l’attitude soumise des mâles appariés qui suivent leur partenaire comme des petits chiens, et sont toujours prêt à dégorger quelque aliment pour les nourrir, évitant aux futures pondeuses de souffrir de malnutrition.
En mai trois, quatre ou cinq œufs sont déposés dans un nid de branchettes et d’herbes construit le mois précédent. Les poussins éclosent après dix-huit à vingt jours, puis séjournent environ un mois au nid. Ils vivront ensuite quelques semaines en famille avant d’aller gonfler les rangs des «réserves». Les jeunes vagabondes d’une «colonie» à l’autre et ne s’intègrent définitivement que dans le courant de décembre.
Sommaire
Un corbeau tricolore
Est-ce sa livrée tricolore, son audace insolente ou tout simplement le fait qu'il soit le compagnon de nos randonnées en montagne qui nous le rend si sympathique ? Champion du vol à voile, imité par les pilotes pour l'atterrissage en montagne, seigneur des rochers alpins, appelé à tort choucas par les alpinistes, le chocard à bec jaune chaussé de rouge, ne peut se confondre qu'avec son proche cousin le crave à bec… rouge. Mais ce dernier est si rare que bien peu de personnes auront l'occasion de reconnaître sur le terrain ses caractères distinctifs : bec rouge, allure en vol plus carrée, vie en couple ou en tout petit groupe du fait de sa rareté.
Une transhumance quotidienne
Dès nue la neige recouvre les hauts pâturages, ces noirs présages descendent en troupes nombreuses et compactes vers des altitudes plus clémentes. Là, ils arpentent les prairies encore libres de neige, ils glânent les fruits tombés. Et, quand la neige atteint la plaine, ils recherchent les baies et les fruits encore accrochés aux arbres et aux buissons, ils s'invitent dans les villages. Les chocards transhument chaque jour pour tirer profit des différences climatiques entre les sommets enneigés et les vallées. Dès septembre ou octobre selon les années, les premiers groupes visitent les villes de Monthey, Sion, Sierre ou Brigue que des bandes de non-nicheurs fréquentent parfois même en plein été. Au cœur de l'hiver, lorsque les conditions empêchent la survie en altitude, ils viennent autour des villages comme Riddes, Vex ou Leytron.
Il faut être présent aux premières heures du jour pour observer l'arrivée de petits vols silencieux qui tombent en pluie sur les villages ou les faubourgs. Par petites escouades sans doute constituées des membres d'un groupe (familial ?) partageant le même dortoir, ils glissent vers la vallée qu'ils atteignent en quelques minutes, par le plus court chemin, à plus de 100 km/h.
Sur le site de nourrissage, les différents groupes fusionnent en bandes plus ou moins nombreuses selon les localités, comptant près de 2000 individus à Sion, jusqu'à 1000 à Monthey, à Martigny, à Riddes, à Vex et à Sierre par exemple, moins de 500 à Verbier, à Montana, à Loèche-les-Bains, à Viège et à Brigue. Tout au long de leur séjour, on assiste à des mouvements collectifs et bruyants d'un gagnage à l'autre. Au début de l'après-midi, après quelques faux départs hésitants qui se terminent en rabattements successifs sur les toits, un grand carrousel réunit l'ensemble des chocards. Ils prennent alors de l'altitude pour regagner la haute montagne.
Selon un itinéraire soumis aux ascendances du moment, ils rejoignent leurs dortoirs, mettant près d'une heure à parcourir e chemin abattu en quelques minutes le matin ! C'est qu'il faut en faire des détours pour profiter des meilleures ascendances et économiser les efforts. S'il fait beau, ils passeront par les hauts, s'arrêtant sur les versants exposés pour se gaver de baies de genièvres. Mais, par temps de pluie, les chocards de Vex regagnent les sommets d'Evolène en remontant en vol battu le sillon de la vallée, très bas sous les nuages, par Euseigne, La Luette, Praz-Jean, La Villette. Quand il fait beau, les mêmes individus tirent profit des ascendances et suivent la rive droite du val d'Hérens, bien ensoleillée, montant par Ossonna, Suen, Saint-Martin, la Tsa de Volovron. Chemin faisant, ils s'arrêtent là où la neige a fondu, visitant les falaises morainiques en face de La Luette pour avaler quelques gravillons. Arrivé haut sur Volovron ou sur Daillec, le vol se divise. Tandis qu'un groupe gagne directement le val des Dix par Vouasson,un autre file par les crêtes vers Bréonna, un troisième, coupant par le Roc-Vieux, s'éloigne en direction d'Arolla. Au fur et à mesure du déplacement vers le sud, chaque troupe se subdivise en petites bandes correspondant sans doute aux escouades du matin et aux divers dortoirs. Avant que le soleil n'ait quitté les falaises, ils auront tous disparu dans les fissures. Ces vols représentent une masse de nourriture pour les rapaces qui semblent connaître les horaires et les trajets de leurs proies. Les chocards aussi connaissent leur terrain. Pour éviter les sites occupés par le faucon pèlerin où les risques d'attaque sont élevés, ils choisissent des trajets longs et tortueux. Le bilan énergétique d'un déplacement ne se mesure pas seulement en durée ou en effort de vol : le nombre d'individus dévorés compte aussi !
Faucons pèlerins et autours s'aventurent parfois jusqu'au cœur de nos villes pour s'en prendre aux chocards qui-à l'instar des étourneaux, sont capables, par des manœuvres collectives impressionnantes, de se défaire d'un agresseur. Quand le vol, tout à coup très bruyant, se resserre jusqu'à ressembler à un œuf dense et noir, c'est le signe qu'un rapace rôde, même si la distance ne permet pas de le voir.
Opportunistes
Si cette transhumance hivernale est probablement inchangée depuis la nuit des temps, l'abondance actuelle du chocard résulte très certainement de son adaptation aux nouvelles conditions du milieu. A le voir exploiter les baies d'argousiers dans les pentes morainiques sou Saint-Martin ou Commeire, ou encore sur les berges du Rhône à Leytron, on peut imaginer que les fruits de ce buisson sauvage assuraient l'essentiel de ses ressources hivernales, avant que l'homme ne cultive le pays. Cela prédestinait le chocard à tirer profit des cultures fruitières (pomme, poire, raisin), d'abord autour des villages de montagnes, puis en plaine, après l'assèchement du Rhône.
Accoutumé à la présence humaine, il s'est rapidement adapté à la société de consommation. Véritable mouette des Alpes, il vient quémander sa pitance sur les bords des fenêtres de nos cités. Il exploite désormais les stations de montagnes et leurs décharges d'ordures, les restaurants d'altitude avec les reliefs de repas "livrés à domicile". Les bénéficiaires de ces installations touristiques restent en altitude dès l'ouverture des stations et exploitent ces ressources : Arolla, Pas-de-Maimbrez, Crêt-du-Midi, col des Gentianes…
Et pique-assiettes
Le grand corbeau, plus farouche, exploite aussi nos déchets. Victime de sa réputation de charognard, il a été tellement pourchassé qu'il n'ose pas s'aventurer sur les terrasses des restaurants. Il patrouille alors aux environs, prend en chasse les chocards qui s'éloignent pour manger, les contraint à lâcher leur provende pour s'en saisir aussitôt.
Bibliographie
- Pierre-Alain Oggier, La Faune, Martigny 1994
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