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Malgré l’image véhiculée par les historiens de la première moitié du XXe siècle, les femmes ont de tout temps travaillé pour subvenir à leurs besoins. Grandes absentes des contrats et des documents comptables, leur présence est discrète et difficile à retracer. Cependant, certaines d’entres elles ont dirigé de véritables entreprises, malgré la mainmise masculine sur la majorité du marché du travail. Parmi elles, on retrouve une cheffe d’entreprise du XVIIe siècle: Elisabeth Baulacre.
Née le 15 septembre 1613, Elisabeth Baulacre descend de deux familles de refugiés protestants, comme de nombreux autres habitants de la cité au XVIIe siècle. Ses parents travaillent tous deux dans le commerce et la fabrique de la soie. Elle se marie en 1637 avec Pierre Perdriau, dont la famille, aussi réfugiée et originaire de Tours, travaille dans le commerce.
Pierre Perdriau possède une petite mercerie, qui revient à Elisabeth quelques années plus tard. Pierre meurt effectivement quatre ans après leur mariage, en 1641. Le couple a tout de même un fils, nommé lui aussi Pierre.
En 1655, Elisabeth se remarie avec Jacob Andrion, qui exerce la fonction de syndic. Ni lui ni le fils d’Elisabeth (devenu lui aussi syndic) n’interfèrent dans ses affaires, qu’elle gère seule. Elle fait prospérer son entreprise, qui passe d’une petite mercerie à un immense commerce de dorure.
Entre 1640 et 1690, le commerce d’Elisabeth Baulacre s’agrandit et se diversifie. Spécialisée dans la dorure, elle emploie des fondeurs, des batteurs d’or, des menuisiers pour l’entretien des outils, etc.
Son entreprise brasse beaucoup d’argent, les capitaux engagés pour obtenir sa matière première étant conséquents. Elle négocie avec les grands ports de l’époque (Marseille, Gênes, Amsterdam…) pour obtenir de l’or et de la soie. Ses produits sont ensuite vendus aux différentes entreprises qui utilisent des fils d’or: chapeliers, boutonniers, passementiers, etc.
Le modèle de commerce d’Elisabeth est typique de la période préindustrielle. Elle emploie des ouvriers à domicile, à qui elle loue leur matériel et leur fournit la matière première. Avec de nombreux contrats, elle les lie à son entreprise, leur louant même parfois leur logement en plus de l’outillage. Elle leur accorde aussi des prêts, et prend en charge la formation des apprentis en échange d’un engagement exclusif avec elle.
Tout le monde ne s’accorde pas sur le nombre d’employés d’Elisabeth Baulacre, mais il est sûr que celui-ci était très important. On parle souvent de plusieurs centaines de travailleurs, voir 1200 pour les estimations les plus élevées. Elisabeth a monté un véritable empire de la dorure, qui a pesé lourd dans l’économie genevoise.
Elle est devenue grâce à son esprit d’entreprise, la deuxième fortune la plus importante de la cité après le banquier et marchand Jean-Antoine Lullin. Sa fortune était entre autres investie dans des biens immobiliers, afin de posséder des logements, mais aussi des entrepôts et des magasins. En tant que femme, Elisabeth n’a évidemment jamais pu agir officiellement en politique, mais a probablement influencé dans l’ombre certains syndics. Elle est décédée en 1693 à 80 ans, après une longue et fructueuse vie.
Vous voulez lire une autre histoire des noms de rues?
Dubois, Anne-Lydie. « Elisabeth Baulacre », 100Elles. En ligne ici.
Erica Deuber Ziegler (dir.) et Natalia Tikhonov (dir.), Les femmes dans la mémoire de Genève : du XVe au XXe siècle, Genève, Suzanne Hurter, 2005
Piuz, Anne-Marie. « Baulacre, Elisabeth ». Dictionnaire historique de la Suisse. 01.05.2002. En ligne ici.
Image 1: Photographie de l’auteure
Images 2 et 3: Domaine public, Wikimedia Commons.