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Le 12 septembre 2008, le pape a adressé, dans le cadre de son voyage en France, un discours au monde de la culture. La forme du texte est une leçon théologique, genre pour lequel Benoît XVI, enseignant dans l'âme, a déjà montré sa prédilection. Thème du cours : les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne que sont l'écoute de la Parole et le travail manuel.
Dieu ayant parlé dans les Ecritures, la quête de Dieu s'apparente d'abord à une écoute (laquelle se transforme aussitôt en parole) qui permet à la quête chrétienne de Dieu de ne pas se réduire à une recherche hasardeuse dans l'obscurité. Le pape insiste sur ce caractère novateur et inédit du christianisme : désormais une voie est tracée vers Dieu. Et celui qui a ouvert la voie n'est autre que la Voie elle-même, le Christ. Le Dieu de la théologie chrétienne n'est pas le grand Inconnu. Une brèche s'est formée dans le mur auquel doivent faire face l'intelligence et l'amour épris d'absolu. La quête chrétienne de Dieu reste une quête, avec sa part de tâtonnement, mais c'est une quête balisée et aimantée par le terme auquel elle aspire.
Ensuite, le désir de Dieu, qui comprend l'amour des lettres, comprend aussi dans la tradition monastique l'amour du travail manuel. Il permet au chercheur de Dieu de se rendre semblable à Celui qu'il recherche, ce qui constitue un autre aspect novateur de la religion chrétienne (dans la continuité de la religion juive).
Le pape rappelle, en effet, que les Grecs, à la différence des chrétiens, ne connaissaient pas de divinité suprême qui acceptât de « se salir les mains » pour créer la matière (Platon confiait ainsi au démiurge, divinité subordonnée, la création du monde). Le Christ a fait le ciel et la terre de ses propres mains ! Folie pour les Grecs, mais sagesse pour les chrétiens, qui confère au travail manuel une dignité et une saveur divines.
L'amour des lettres et le travail manuel, sur lesquels a reposé la vie monastique en Occident, apparaissent comme les deux piliers de notre culture. Les moines n'ont d'ailleurs jamais cherché à la conserver ni à la transformer pour elle-même, mus tout entiers qu'ils étaient par la recherche de la Vie qui demeure. Notre intelligence et notre amour se nourrissent des réalités qui nous entourent. La leçon de Paris repose, en ce début de siècle, la question de la portée de nos plus hautes facultés. Notre intelligence et notre amour sont-ils faits exclusivement pour le monde visible, dont se nourrit la vie quotidienne (comme la vie scientifique), ou sont-ils appelés, en se dépassant, à s'introduire dans le monde invisible ?
Peut-être est-ce finalement une question d'audace, de cette audace dont nous manquons bien souvent lorsqu'il s'agit de comprendre et d'aimer. Le christianisme est là pour nous le rappeler... encore et toujours.