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Vous essayez de me comprendre, c'est bien. Vous essayez aussi de m'utiliser, c'est mieux. Vous voulez agir, je veux agir, fort bien... mais répéter comme un moulin à prières "il faut faire quelque chose", ce n'est pas agir, c'est prier, comme les dévots, quand ils se retrouvent confrontés à quelque chose qu'ils ne comprennent pas, à une situation qu'ils ne maîtrisent pas... agissons, prions ? Ne nous réduisons pas à cela...
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Corvées de mémoire...
Est-ce notre côté français ? c'est fou ce qu'on commémore, et s'apprête à commémorer, à Genève, en ce moment, entre la gauche de la gauche qui résiste au temps qui passe en brandissant le tibia (gauche) de James Fazy pour exorciser le spectre d'un changement de constitution, la Genève culturelle qui fait à Rousseau une fête que Jean-Jacques aurait peut être reçue avec reconnaissance de son vivant et qui l'eût consolé des bûchers de ses livres, mais qui aujourd'hui nous sert surtout à nous souvenir que la République de Genève est bien plus ancienne que le canton du même nom, et les trois bicentenaires que ladite République et sa Commune annoncent pour commémorer, l'un le retour de son oligarchie, l'autre un débarquement sans danger de quelques troupes suisses de parade, et le troisième la fin (jusqu'à ce jour) de l'indépendance de la République...
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14 août, de lui
La horde primitive ? Après tout, pourquoi pas ? Elle a bien fait tomber Rome...
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Histoire et géographie au Cycle d'Orientation :
Produire des exécutants ou faire naître des citoyens ?
La Direction du Cycle d'Orientation genevois envisageait, dans une nouvelle grille horaire, de ratiboiser d'un tiers le temps des cours d'histoire et de géographie. Contre l'avis de Charles Beer, et des enseignants de ces deux disciplines. Réduire l'enseignement de l'histoire au moment même où l'on envisage celui des « grands textes fondateurs de notre civilisation » pourrait paraître, à un esprit candide, parfaitement contradictoire. Mais ça ne l'est que si l'on persiste, candidement, à penser que le rôle de l'école n'est pas de fabriquer à la chaîne de bons producteurs et de bons consommateurs, mais d' « aider l'élève à se situer dans le monde en citoyen lucide et responsable », pour reprendre les mots de Charles Heimberg dans « Le Courrier » du 26 juin. Or apparemment ce n'est pas à cela que l'école devrait servir selon ceux qui la pensent aujourd'hui, mais à produire des exécutants dociles et efficaces de « l'économie », pour les besoins des maîtres de cette économie et d'eux seuls.
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Commémorations : choisis ton camp, camarade…
Cité de Calvin et bûcher de Servet
Lundi 27 octobre, cela fera 455 ans que Michel Servet, médecin, philosophe, théologien et géographe aura été brûlé vif pour hérésie à Champel. L'année prochaine, on célébrera le 500ème anniversaire de la naissance de son accusateur : Jean Calvin. Calvin n'a pas allumé lui-même le bûcher de Champel. Il a seulement produit le réquisitoire théologique qui a mené Servet au bûcher. On commémorera abondamment la naissance de Calvin, et la fondation du Collège, dans les mois à venir. On parlera peut-être un peu de Servet, pendant quelques jours. Le premier a sa statue, imposante, sur le mur, imposant, des Réformateurs. Le second, une petite stèle expiatoire érigé par quelques " disciples fidèles " (et contrits) du " grand Calvin ", plaidant pour qu'on lui pardonne une " erreur qui fut celle de son siècle ". Qu'on la pardonne, ou qu'on l'oublie ?
Calvin vous gonfle ? Gonflez Calvin !
Le Grand Conseil a décidé de contribuer pour un demi-million au financement des manifestations de la commémoration calvinienne : congrès scientifique, spectacles et animations au centre-ville, concerts, " village huguenot " dans le parc des Bastions (avec participations de hooligans le jour de la Saint-Barthélémy ?) expositions au Musée de la Réforme et à la Bibliothèque de Genève, conférence à Saint-Pierre, publications diverses, timbre-poste spécial, calendrier illustré par des bédéistes, édition d'un " Calvin pour les nuls ", culte en Eurovision et gadgets divers (swatch, stylo, pilulier...), les édits somptuaires étant passés de mode (quoiqu'une bonne récession pourrait les y ramener). Mais il manque quelque chose à ce programme. Quelque chose sans quoi aucune manifestation d'envergure ne saurait plus se tenir à Genève : une baudruche au-dessus du jet d'eau. Nous lançons donc ici une souscription pour le financement de ladite baudruche, à l'effigie de Jean Calvin. Baudruche qui devra, elle, résister au vent, à la bise, aux encycliques papales, à Tariq Ramadan, aux vengeurs de Michel Servet et aux partisans de Sebastien Castellion. Envoyez vos chèques à Jean-Pierre Jobin : s'il n'y a pas assez pour se payer une baudruche, on se payera un banquet.
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Aujourd'hui 22 septembre du calendrier grégorien, nous sommes le premier Vendémiaire, Jour de l'an du calendrier républicain. On ne change pas l'histoire en ne changeant que ce qui la scande : ce n'est pas le calendrier républicain qui fait la République -mais il dit tout de même la volonté, ou le rêve, républicain de changer d'ère. En usant d'un calendrier dont personne ne fait usage, sinon par nostalgie, pour la beauté des noms donnés à ses mois, ou par souci de se distancer d'un temps que nos maîtres nous volent et vendent, nous nous rappelons que, politiquement aussi, nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés nos rêves…
Salut et Fraternité
Le 19 octobre, une Assemblée Constituante sera élue à Genève. Le 19 octobre du calendrier grégorien, c'est le 28 Vendémiaire du calendrier républicain. Et le 28 Vendémiaire du calendrier républicain, qui donne aux jours des noms de fleurs, de fruits, de légumes, de plantes, d'outils, d'animaux… c'est le jour de la tomate. Un fruit rouge, certes ; et juteux, sans doute, et goûteux, parfois. Mais mou et fragile. Ça aurait pu être pire : Aurait-on prévu l'élection de la Constituante la semaine précédente, nous serions tombé sur le jour du chanvre -nous n'en avons pas besoin pour rêver d'une République fidèle à ses promesses ; pire encore : aurait-on prévu cette élection une semaine plus tard, nous serions tombé sur le jour de l'oie, ce qui ne plaçait pas le débat démocratique sous le parrainage intellectuel le plus enthousiasmant. Gageons que quelques oies trouveront tout de même le moyen de se glisser dans le troupeau constituant, d'y marcher à leur pas et de sommer les autres de les suivre. Il dépend des citoyennes et des citoyens que ces palmipèdes soient finalement moins nombreux que les chats sauvages et les moutons noirs qui rôdent avec nous aux marges des listes, pour une Constituante dont on peut au moins espérer qu'elle ne ressemblera pas à la Ferme des Animaux d'Orwell.