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Si on les connaît également sous le titre de Préface à un livre futur, on chercherait en vain dans ces Poésies quelque vers que ce soit. Écrites quelques mois avant la mort de leur auteur, elles commettent un renversement total de l'esprit de révolte qui animait Les Chants de Maldoror. Du reste, Isidore Ducasse décide pour leur publication de jeter le masque de Lautréamont et d'y apparaître sous son nom véritable. Ses Poésies font du conformisme une voie véritablement nihiliste. L'ironie outrageante à l'endroit des romantiques et de leur emphase, le parti pris radical, tel que revendiquer la nécessité du plagiat, hissent ces considérations d'ordre poétique au rang de pamphlet férocement subversif. Sans équivoque malgré l'ironie qui guide chacune de ces considérations d'ordre poétique, sans morale malgré la sentence définitive, sans mystification malgré l'apparence de la gageure. Ducasse recopie La Bruyère ou bien des Pensées de Pascal, les retourne comme un gant, en modifie le sens. Ces Poésies entendent réagir aux "têtes crétinisantes", parmi lesquelles il s'inclut. Elles sont plurielles, car elles doivent être faites de tous et par tous.
Voici la seconde oeuvre de Lautréamont, qui connu aussi peu de succès que la première de son vivant, jusqu'à ce que cet auteur soit redécouvert par les surréalistes et en particulier André Breton. L'épigraphe placée en tête du premier fascicule présente l'oeuvre comme une palinodie: «Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l'espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l'orgueil par la modestie.» Cette profession de foi mérite cependant d'être considérée avec prudence dans la mesure où le recueil utilise largement l'ironie. Chaque énoncé se trouve ainsi placé sous le régime du doute et pourvu d'un sens toujours éventuellement réversible. Le titre même de l'ouvrage semble une sorte d'«antititre» puisque la dédicace parodique qui apparaît sur la deuxième page présente l'oeuvre comme constituée de «prosaïques morceaux». Le texte, écrit en prose, est formé en effet d'une succession de fragments et rappelle plutôt, du point de vue du genre, les recueils de maximes.
Cette épopée se compose de six chants divisés en strophes. Poème en prose? Récit? Les Chants de Maldoror résistent à toute tentative de classification générique. Dans le sixième chant, Lautréamont parle, à quelques lignes de distance, de sa «poésie» et de ses «récits» et il avait même, un peu plus haut, employé le terme de «roman». Le texte est fondé sur une esthétique de la rupture : chaque strophe peut être lue comme un fragment poétique autonome et aucun fil linéaire, qu'il soit narratif, descriptif ou discursif, n'est suivi bien longtemps. Il s'agit d'un brûlot, «politiquement incorrect», qui ne fut pas du goût des bien-pensants de l'époque. Nourri de violences, d'idées morbides et de délire - peste, pus et poux... - ce texte énigmatique et fascinant, ce texte de la démesure donne le vertige, et parfois un peu la nausée...
Les Chants de Maldoror
Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont
Texte intégral. Cet ouvrage a fait l'objet d'un véritable travail en vue d'une édition numérique. Un travail typographique le rend facile et agréable à lire.
Les Chants de Maldoror sont un ouvrage en prose, composé de six parties (« chants ») et publié en 1869 par Isidore Ducasse sous le pseudonyme de comte de Lautréamont. Le livre ne raconte pas une histoire unique et cohérente, mais est constitué d'une suite d'épisodes dont le fil conducteur est la présence de Maldoror, personnage maléfique doué de pouvoirs surnaturels.
Le premier des Chants de Maldoror a été publié à compte d'auteur en 1868, et l'oeuvre complète a été imprimée un an plus tard par l'éditeur Albert Lacroix, qui refuse de mettre l'ouvrage en vente, par crainte de poursuites judiciaires.
Les Chants de Maldoror ont connu un succès tardif.
Isidore Ducasse publie seulement deux autres ouvrages par la suite, Poésies I et Poésies II. Source Wikipédia.
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La poésie doit être faite par tous, et non par un... Toute la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle... Les grandes têtes molles...Sans même en être conscients, une grande part de ces phrases flambeau que nous associons à Lautréamont nous vient de cet ensemble trouvé longtemps après sa mort, exemplaire unique recopié par André Breton pour être publié en 1919 dans Littérature, et par quoi, dit Francis Ponge, toute la littérature est retournée comme un gant.Comment était-il possible d'aller plus loin que les Chants de Maldoror ? On dirait, au début, une suite d'aphorismes, de réflexions sur la morale comme on en a déjà tant vu. Et puis surgissent les énumérations, les accumulations. Et puis reviennent hanter les noms liés à l'écriture, qu'on les haïsse (Musset, Lamartine en prennent pour leur grade), qu'ils nous obsèdent (Victor Hugo) ou qu'on les respecte (alors on ne dit pas Baudelaire, mais "l'amant morbide de la Vénus hottentote". Et nous voilà traversant un vide sidéral pour buter directement contre les géants : "chaque fois que je lis Shakespeare, il me semble que je déchiquette la cervelle d'un jaguar."Mais il y a tant à lire : chaque excès rhétorique se découble et se renverse, voilà que l'auteur souhaite faire de la poésie pour jeunes filles de 14 ans, mais quel rire si vous vous faites prendre au piège.Depuis tant d'années ces textes sont dans mon ordinateur, tranquillement affinés. Il est bon de garder à ce texte ses caractéristiques d'époque pour les accents et certaines orthographes.On peut le relire une fois par an, on n'en fait jamais le tour. C'est trop puissant. Allez voir chez Michel Pierssens, le très grand et généreux passeur de Lautréamont (et ses livres) - son site Maldoror.org est une mine : Isidore Ducasse envisageait donc une suite fractionnée d'autres textes de ce type - alors comment ne pas penser à la façon dont les Chants de Maldoror s'engendrent d'eux-mêmes (là, c'est Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade) qu'il faut rejoindre...Mais, dans Paris assiégé et affamé, une jeune anonyme de 24 ans, qui paraît-il composait la nuit avec un piano dans sa chambre, décède sans qu'on sache rien de plus, sinon que le patron de l'hôtel et deux autres personnes iront l'inhumer au cimetière Montmartre, probablement dans le coin des pauvres, sans trace - pour l'ambiance, lire les Goncourt. Ou cette étonnant fiction de Lautréamont traversant la mer, Isidoro. Que ces deux premiers pans des Poésies de Lautréamont viennent ici rugir, comme en nous elles rugissent. Texte infini, et infiniment moderne : cherchez donc au mot roman...FB