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Pierre Aubert, Nicolas Berdiaeff. Une approche autobiographique et anthropologique, Cerf, partis 2010, 238 p.
Nicolas Berdiaeff est un penseur chrétien et si l'auteur s'est attaché à lui, c'est qu'il a trouvé chez lui un questionnement du sens et de la destinée humaine. En l'étudiant, il a rencontré un autre penseur, contemporain celui-ci, Jean-Claude Guillebaud, qui décrit la déshumanisation qu'entraînent les révolutions économique, informatique et génétique et qui, comme Berdiaeff, est persuadé que les Eglises devraient offrir une sorte d'initiation à la spiritualité chrétienne, avec des lieux pour apprendre à se recueillir, méditer, prier et contempler et à découvrir ce à quoi chacun est appelé. Car, selon Berdiaeff, la conscience chrétienne de soi ne se réduisant pas à des données psychologiques ou sociologiques, il est important de retravailler les notions de conscient et d'inconscient de la psychologie.
L'auteur propose dans ce livre de présenter la vie et l'oeuvre de Berdiaeff, puis de développer sa conception du monde, pour mieux comprendre son anthropologie dite chrétienne. La dernière partie de l'ouvrage est consacrée à la spiritualité découlant de son anthropologie. Si la première partie se lit avec enthousiasme et facilité, il faut faire un réel effort de concentration pour les autres. Ainsi, on découvre d'abord le monde dans lequel Berdiaeff évolue, la rupture avec son milieu aristocratique, son entrée à l'université, son engagement révolutionnaire, son amour pour Ibsen, Dostoïevski et Tolstoï, son orientation vers le christianisme... Ce Christ qu'il découvre comme « point unique, incomparable et mystique, centre religieux de l'histoire vers lequel tout converge et duquel tout résulte ».
Il rencontre en 1904 deux jeunes filles qui sortent de prison après un séjour pour activités révolutionnaires. L'une est sculpteur, l'autre poète et a quitté l'Eglise orthodoxe pour devenir catholique. Cette dernière deviendra son épouse et aura une grande influence sur lui. Berdiaeff a nettement conscience que Dieu est le centre de la réalité et que si le monde s'en éloigne, il devient décentralisé et mesquin. Lors d'un séjour à Florence, il découvre chez Joachim de Fiore l'espérance prophétique d'une nouvelle époque de la chrétienté, une époque d'amour et d'esprit. Il restera attaché à cette espérance sa vie durant. Il vit la révolution russe, est emprisonné et interrogé sur ses croyances religieuses, philosophiques et morales. Condamné à l'expulsion, il souffrira de ce bannissement.
En 1924, il s'installe à Paris avec son épouse et y demeurera jusqu'à sa mort. Cette période française, il la vivra comme celle d'un combat contre les « éteigneurs » de l'esprit, les oppresseurs de la pensée et de la conscience. Il rencontrera de nombreux intellectuels : G. Marcel, E. Mounier, A. Gide, K. Barth, A. Malraux? Son épouse meurt en 1945 et il lui survivra deux ans. Il reçoit en 1947 le doctorat honoris causa de l'Université de Cambridge où il est présenté comme « le second Socrate qui ne s'est jamais écarté de la poursuite de la recherche de la vérité ».