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Au tournant du XXe siècle, dans le nouvel environnement industriel basé sur la production de produits chimiques et de métaux dont l’aluminium, et sur l’électrification progressive de la société, la technique parle en faveur du Valais. Car pour l’heure, on ne sait pas encore transporter sans pertes l’électricité sur de grandes distances. Qui veut l’utiliser est obligé de s’établir à côté des rivières. Avec ses gigantesques réserves glaciaires, les Alpes disposent d’un atout majeur. Décuplée par la hauteur de chute, la force de l’eau est capable d’actionner des turbines pour approvisionner les industries les plus gourmandes en énergie. C’est ainsi que le Valais hydroélectrique prend forme. En 1897, la Lonza s’installe sur la rivière du même nom à Gampel. Alusuisse vient à Chippis en 1905 et turbine les eaux de la Navizence et, bientôt, celles du Rhône. À partir de 1904, la Ciba utilise les eaux de la Vièze pour ses produits chimiques. Parallèlement, pour assurer l’électrification du Simplon, puis de leur réseau, les CFF exploitent les eaux du Rhône à Massaboden et du Trient à Vernayaz.
Les besoins accrus en électricité pour l’industrie, les commerces mais aussi les ménages imposent un regroupement des forces, autrement dit des réseaux de distribution. Energie-Ouest-Suisse, ancêtre d’EOS, est créée en 1919 par les villes et les cantons romands. Et pour assurer l’approvisionnement en électricité de ses actionnaires, la société s’implante en Valais, région susceptible de fournir, en grande quantité, de l’électricité de pointe. La maîtrise de la construction de barrages d’altitude et des chutes d’eau qui en résultent, ouvrent la porte aux premiers ouvrages: Fully (1914-1915), Barberine (1921-1925) ou Dixence (1929-1935). En 1937, les réseaux suisses importants sont interconnectés.
Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse est en passe de manquer d’électricité. La consommation des ménages augmente à un rythme soutenu. On passe au tout électrique. Que faire? La Confédération lance une vaste étude sur les réserves hydrauliques possibles. Dans la foulée, les ouvrages d’accumulation identifiés vont être réalisés progressivement et mis en eau: Cleuson (1947-1950), Salanfe (1947-1950), Grande Dixence (1951-1965), Mauvoisin (1951-1958), Zeuzier (1953-1958), Moiry (1954-1958), Mattmark (1960-1967) ou Emosson (1967-1973). Cette épopée des barrages a des conséquences phénoménales en Valais. D’une part, elle apporte de nouvelles ressources aux communes. D’autre part, de nombreux postes de travail sont mis sur le marché, à tel point qu’il faut faire venir de la main d’œuvre étrangère en abondance. Une ère de prospérité sans précédent change la physionomie des villes, des villages et des vallées. Dans ce contexte, des visionnaires imaginent la nécessité d’impliquer davantage le canton et les communes dans la mise en valeur des ressources hydroélectriques. Le 3 juillet 1957, le Grand Conseil acte la création des Forces Motrices Valaisannes (FMV) et leur donne des buts précis, dont celui d’assurer à la population et à l’économie valaisannes la réserve d’énergie nécessaire à leurs besoins.
A l’aube du XXIe siècle se profilent les premiers retours des concessions d’aménagements significatifs ainsi que des opportunités intéressantes. C’est dans cette perspective qu’une nouvelle loi définit les tâches et le fonctionnement des FMV alors en difficulté. Le Canton adapte ses outils au nouvel environnement. Il le fait d’abord par le «Concept eau», lancé en 2013, qui affirme la multifonctionnalité de l’eau. A cette démarche pionnière s’ajoute la «Stratégie Forces hydrauliques» qui aboutit en 2017 à une révision de la législation en vigueur. Dans ce cadre, les FMV, en mains du canton et des communes, poursuivent leurs buts qui consistent notamment à «contribuer à valoriser le patrimoine hydraulique des collectivités publiques valaisannes», avec les partenaires cantonaux et suisses.
Dans un monde interdépendant, sujet aux instabilités les plus diverses, les défis sont grands en matière de sécurité d’approvisionnement et de transition énergétique. Grâce à ses atouts que sont l’eau et le soleil, le Valais fait aujourd’hui partie de la solution helvétique à une plus grande indépendance énergétique, notamment en hiver, et à la décarbonation du pays. Depuis plusieurs années, les entreprises actives dans le canton misent sur la production de l’électricité de pointe. Pour cela, elles augmentent considérablement leur capacité au moyen d’investissements gigantesques. À l’exemple de l’aménagement de Cleuson-Dixence, de Nant de Drance pour le pompage-turbinage ou de projets d’extension de la force hydraulique. Fidèles à leur mission, les FMV soutiennent ces développements dans l’intérêt des communes concédantes et du canton. Indigène, propre, durable et flexible, l’énergie produite par l’eau accumulée dans les barrages a un bel avenir devant elle.
Dès les premières exploitations de l’énergie hydroélectrique, à Zermatt, Martigny ou Loèche, les entrepreneurs qui se lancent dans l’aventure obtiennent des autorisations communales. De son côté, le Canton concède les eaux du Rhône au Bois-Noir (Lavey) en 1891. Les transactions se font de gré à gré et en des termes variables. Par souci de cohérence, le Conseil d’Etat émet des directives en 1891 déjà et le Grand Conseil donne un cadre à ces accords avec la loi du 26 juin 1898. Les normes fixées alors ne vont pas changer fondamentalement par la suite. En
Valais, le Canton accorde les concessions pour les eaux du Rhône et les communes pour celles des rivières. La Confédération, qui intervient dans le domaine à partir de 1916, laisse une grande marge de manœuvre aux cantons.
L’ensemble de la loi de 1898 est d’une grande modernité. Les législateurs ont le souci de l’avenir et des générations futures. Un député déclare par exemple: «Il y a vingt ans on n’aurait peut-être pas payé 5 centimes par cheval de force. Pouvons-nous maintenant nous rendre compte de ce que vaudront nos forces hydrauliques dans cinquante, dans soixante ans d’ici?» Et l’élu au Grand Conseil de souligner le risque que leurs descendants soient littéralement désespérés de la légèreté de leurs prédécesseurs. Il poursuit en se projetant dans le futur avec cette remarque anticipatrice: «Comment? On a donné pour 1000 fr., pour 500 fr. une concession qui vaut aujourd’hui 15 000. Ah! Que nos ancêtres ont été imprudents de l’avoir cédée à un prix si minime!».
Les retours des concessions occupent fortement les esprits, car ils signifient des rentrées financières potentiellement importantes pour les communes concédantes et l’État. Les premiers retours ont déjà eu lieu, non sans provoquer des controverses. C’est la raison pour laquelle le Conseil d’État décrète un moratoire sur la question en 2012 en attendant de combler un vide juridique. Par la loi de 2017 adoptée à la quasi-unanimité il faut le souligner, le Canton fixe les règles du jeu et définit que lors du retour d’une concession, il pourra se réserver 30% des installations mouillées et les communes concédantes 70%.
L’objectif est que le Valais — canton et communes concédantes — disposent de 60% de la force hydraulique au terme des grands retours de concessions après 2050 afin de conserver de la plus-value en Valais. Les 40% restants pourront être négociés avec les partenaires historiques ou nouveaux dans l’intérêt du canton et de sa population. A ce titre, les FMV sont en quelque sorte le bras industriel de l’État et des communes. Ils doivent, selon leur mission d’intérêt général, acquérir et gérer les parts du Canton ainsi que celles des communes qui le souhaitent avec des impératifs de rentabilité et de valorisation du bien public.