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« On a parlé pour la première fois de “protestants” au cours d’une diète (c’est à dire d’une assemblée politique) qui se tint en 1529 à Spire (Speyer, à environ 120 km. au nord de Strasbourg). …
Dans la langue du seizième siècle, le verbe “protester” n’a pas un sens négatif et ne désigne pas d’abord une attitude d’opposition et de refus. Il signifie « attester », « proclamer », « affirmer publiquement » (comme dans l’expression « protester de sa bonne foi »). …
Les partisans de la Réforme ne se sont pas appelés eux-mêmes « protestants ». Ce sont les autres, leurs adversaires qui les ont ainsi nommés. Ce terme, ils ne l’ont pas choisi; il leur a été appliqué du dehors, de l’extérieur. Néanmoins, ils l’ont très vite adopté. Au delà des circonstances historiques qui expliquent originellement son emploi, cette appellation s’est répandue et a persisté, parce qu’elle a eu une résonance profonde chez eux et qu’ils se sont reconnus en elle. Les protestants se définissent volontiers par deux protestations.
– La première est une protestation pour Dieu contre ce qui le défigure et le masque. …
– La seconde est une protestation pour l’être humain, contre ce qui l’écrase et l’asservit. Les indulgences font partie d’un système qui opprime l’être humain en le faisant vivre dans la peur. Dans la déclaration des princes à Spire, il y a, au moins en germe, l’affirmation de la responsabilité de l’être humain devant Dieu, qui conduit à celle de sa dignité et de la liberté de conscience. »
« Les deux grands principes
La forme : Par la Bible seule (sola scriptura)
La Bible (Ancien et Nouveau Testaments) est l’autorité souveraine en matière de foi et de vie. L’intelligence de son message, aidée par les moyens de la raison humaine, est d’abord l’œuvre du Saint-Esprit dans le lecteur et dans l’Eglise. Pour le centre du message biblique : voir le point suivant.
Le contenu : le salut par la foi seule (sola fide)
La foi naît de la rencontre de l’être humain avec Dieu. Elle peut être l’issue – ou aussi le début – d’un chemin difficile mais jamais inaccessible.
- En Christ seul (solo christo)
La foi n’est donc pas une œuvre, mais la communion avec Dieu en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.
- Par la grâce seule (sola gratia)
Cela s’accomplit à l’initiative de Dieu : la grâce est l’amour gratuit et originel de Dieu pour l’humanité, pleinement accompli et manifesté en Jésus-Christ. Indépendamment de ses mérites, l’être humain est déjà sauvé dans la foi en lui. Cette confiance de Dieu le rend responsable. Ainsi aimé, l’homme est apte à aimer son prochain.
D’autres principes qui en découlent
À Dieu seul la gloire (soli deo gloria)
Rien n’est sacré ou absolu en dehors de Dieu unique et créateur : tout le reste est créature dont l’être humain a été libéré en Christ. Les Protestants contestent ainsi le caractère absolu de toute entreprise humaine. Au nom d’un Dieu de parole et de libération, ils proclament la liberté de conscience de tous les êtres humains.
Des Eglises toujours à réformer (ecclesia semper reformanda)
Les Eglises rassemblent, par la prédication, le baptême et la Cène, tous ceux qui se reconnaissent dans le Dieu de Jésus-Christ. Elles ne servent pas d’intermédiaires entre les fidèles et Dieu (il n’y a pas de prêtres). Elles non plus ne sont ni sacrées ni absolues. Communautés humaines, elles évoluent sans cesse au rythme de l’humanité et doivent toujours se confronter à nouveau à la Parole de Dieu à travers leur lecture de la Bible.
Le sacerdoce universel des croyants
La prêtrise du Christ est unique et non transmissible, sinon à tous. Chaque baptisé a sa propre place dans l’Eglise, qu’il soit laïc ou pasteur ; ce dernier n’est pas un personnage au-dessus des autres, ni plus près de Dieu, mais celui ou celle à qui sa vocation et sa formation théologique permettent d’animer la communauté par la Parole de Dieu. Le témoignage de la foi et de l’engagement dans le monde est donc la mission de tous les membres de l’Eglise. »