Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07119.jsonl.gz/837

L’exposition Châteaux forts et chevaliers revient sur le rôle de ces emblèmes dans la société médiévale
L’apparition des armoiries au milieu du XIIe siècle constitue un véritable fait de société à la portée considérable et, chose remarquable pour le Moyen Âge, indépendant de l’Église. Issues du monde féodal, les armoiries permettent semble-t-il – dans un premier temps et de façon strictement utilitaire – aux combattants de se distinguer les uns des autres sur le champ de bataille ou au tournoi: afin d’identifier plus aisément les combattants revêtus de leur équipement militaire, on peint sur les boucliers des emblèmes en couleurs et composés de figures (géométriques, animales ou florales) propres à un individu, à une famille ou à un groupe d’individus. D’ailleurs les armoiries tirent leur nom du mot latin arma qui désigne surtout les armes défensives, notamment le bouclier. Les armoiries sont ensuite rapidement représentées sur les bannières, les cottes d’armes et les housses de chevaux. En quelques décennies, princes, seigneurs et chevaliers adoptent ces emblèmes qu’ils conservent leur vie durant et qu’ils transmettent à leurs héritiers, affirmant ainsi leur lien d’appartenance à une lignée.
Rôle d’identification
Créées suivant un système codifié et traduisant l’identité de celui qui les porte, les armoiries jouent un rôle d’identification, capital dans la société médiévale. À l’instar des nobles, les bourgeois, les artisans et bientôt toute la société sont pourvus de ces emblèmes héraldiques dès les années 1220. L’usage des armoiries ne se cantonne pas à l’univers militaire, mais s’étend aussi aux sceaux et aux monuments funéraires, puis au cours du XIIIe siècle aux bâtiments, meubles, objets d’art et objets précieux. Les armoiries s’affichent tôt sur les sceaux, empreintes faites généralement en cire et apposées à un document pour le valider et attester de l’autorité juridique de son détenteur. Les sceaux équestres représentent le cavalier en costume militaire sur un cheval de bataille, brandissant son arme et tenant un écu. Non seulement le bouclier mais aussi souvent la housse du cheval portent les armoiries du prince ou du grand seigneur: le grand sceau de Louis Ier de Savoie, sire de Vaud, daté vers 1290, représente, de façon dynamique, le cheval en pleine course et montre l’aigle brisée du lambel sur l’écu et à deux reprises sur la housse.
Un vocabulaire spécifique est utilisé pour décrire les armoiries, leurs couleurs et leurs figures. Il distingue notamment sept couleurs principales: les «métaux», comme le jaune (l’or) et le blanc (l’argent), et les «couleurs» proprement dites, que sont le noir (sable), le rouge (gueules), le bleu (azur), le vert (sinople) et le violet (pourpre). Une règle universellement respectée veut que l’on associe toujours un «métal» à une «couleur» et jamais deux «métaux» ou deux «couleurs».
Gonfanon aux armes de Blonay et de la Savoie
Dès 1280-1300, les armoiries peuvent se compartimenter en quartiers avec des emblèmes spécifiques, signifiant ainsi des liens féodaux particuliers ou des alliances matrimoniales. Datée du début du XIVe siècle, le gonfanon (bannière particulière) aux armes de Blonay et de Savoie en reste un des très beaux témoins conservés et une pièce exceptionnelle au vu du peu d’objets textiles qui nous sont parvenus de cette époque. La famille vaudoise de Blonay, établie au-dessus de Vevey, fixe définitivement ses armes au début du XIVe siècle (de sable semé de croisettes recroisettées au pied fiché d’argent, au lion brochant d’or), que l’on retrouve sur la pièce de tissu. Cependant on ignore toujours la raison précise de l’association de ses armoiries avec celles des Savoie.
Ce texte est tiré du catalogue de l’exposition Châteaux forts et Chevaliers (éditions Favre, Lausanne), qui se tient au Musée d’art et d’histoire jusqu’au 19 février 2017