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Madame Ann Richards est ancien gouverneur du Texas. C'est dire ce qu'elle représente aux États-Unis, un pontife de la politique selon l'expression consacrée (pundit en anglais). Elle a déjà relaté dans un ouvrage autobiographique comment elle a été soignée pour alcoolisme en 1980. Aujourd'hui âgée de 69 ans, elle s'engage dans une nouvelle croisade : elle fait paraître un nouveau livre, écrit en collaboration avec un médecin, dans lequel elle raconte comment elle a contrôlé l'ostéoporose qui la menaçait.Il y a sept ans, elle a observé certains changements dans son corps. Instruite par l'expérience de sa mère qui a souffert de nombreuses fractures rattachées à de l'ostéoporose, elle est allée voir un médecin et lui a demandé une ostéodensimétrie. Cet examen a confirmé qu'elle souffrait d'ostéopénie l'exposant à l'ostéoporose. Elle a donc pris et suivi des mesures hygiéno-diététiques (alimentation, exercices physiques) qui lui ont permis de récupérer une densité osseuse normale. Elle souhaite faire connaître ce risque aux autres femmes, les y sensibiliser et les aider à y remédier. Elle indique incidemment qu'elle prend aussi de l'Evista, un médicament commercialisé par les laboratoires Eli Lilly dont elle reçoit des appointements en tant que porte-parole.En lisant cela dans le numéro du 6 août 2003 d'US Today, l'Européen naïf croit d'abord rêver. Mais il comprend vite la justification de cette demi-page dans un journal à grand tirage.On sait la place que tiennent les problèmes de santé dans les médias américains, à la hauteur d'énormes enjeux économiques, dans un système menacé d'implosion. La publicité directe pour des médicaments auprès du grand public encore épargnée aux Européens est partout présente, à la télévision comme dans les journaux : par exemple, une pleine page explique en substance : «Diabétiques, le X est un nouveau médicament pour vous traiter, supérieur aux précédents. Vous devez demander à votre médecin de vous le prescrire.»Dans US Today, l'expérience d'A. Richards est accompagnée d'une interview de l'auteur qui se montre sans doute à la hauteur de sa réputation qui lui a précédemment valu d'être élue à un poste enviable (faudrait-il dire maintenant gouverneure ou gouverneuse ?). En marge de l'article, un lexique explique ce que sont l'ostéopénie et l'ostéoporose. On indique aussi qu'aux États-Unis ces troubles touchent
30 millions de femmes et 14 millions d'hommes de plus de 50 ans et provoquent chaque année 1 million et demi de fractures, dont 300 000 fractures de hanche, 700 000 fractures vertébrales, etc. Très brièvement sont indiquées quelques mesures pour éviter ces complications : vitamine D, activités physiques, ne pas fumer et, dans certains cas, un médicament.Au total, l'Européen naïf, d'abord étonné par une relation qui lui paraissait anecdotique, comprend que cette publication satisfait des intérêts multiples et importants. Passons sur celui d'Ann Richards qui trouve sans doute quelque satisfaction d'amour-propre à pontifier ainsi, fière de son expérience (comme d'avoir contrôlé son alcoolisme antérieur ? !), dont l'ouvrage est promu et lui rapportera peut-être quelques droits d'auteur. Est-elle concernée par un conflit d'intérêt du fait de ses liens avec le laboratoire qui commercialise le médicament dont elle vante les bienfaits ? En tout cas elle ne les cache pas. Ledit laboratoire n'a pu évidemment que sauter sur l'aubaine, peut-être lui fournir un médecin pour l'aider à écrire son livre, sans doute favoriser la diffusion de l'ouvrage auprès d'un large public, professionnel, mais surtout profane.Des médecins, qui d'ailleurs se plaignent des ravages de la vulgarisation médicale, ne peuvent aussi que tirer avantage de nouveaux patients potentiels qui jusque-là se négligeaient et dont certains vont venir les voir pour se faire soigner.Inutile d'insister sur l'intérêt des lecteurs, très nombreux à être concernés par le sujet. La plupart y sont sans doute déjà largement sensibilisés. Quelques-uns découvriront qu'ils ont peut-être négligé une insuffisance osseuse qu'ils gagneraient à faire vérifier et à traiter. Quelques-uns aussi s'apercevront qu'il existe un médicament dont ils n'ont pas encore bénéficié.Enfin le journaliste, le journal ne peuvent aussi qu'accroître leur attraction en joignant une question de santé importante à une personnalité connue qui, comme l'indique le titre, «remet l'ostéoporose à sa place». Voilà un bel exemple des nouveaux «champions» (je n'ose écrire héros) de notre époque.En somme, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cela valait-il même une réflexion ?