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J'ai déjà évoqué l'opinion de Stefan Wul (1922-2003), écrivain de science-fiction reconnu, sur la narration qui ne serait qu'une base mécanique sur laquelle la poésie pourrait se tisser: cela me semble erroné. Mais il a aussi évoqué ce qui distinguait la science-fiction du surréalisme d'une façon qui m'a paru plus juste.
On a, de fait, souvent établi un lien entre le surréalisme et la science-fiction, en particulier française. Or, Stefan Wul se défendait tout de même d'être surréaliste au sens propre, se comparant notamment au Boris Vian de L'Arrache-Cœur. Car ce dernier, affirme-t-il, enchaîne les images bizarres sans ordre ni justification: la science-fiction, elle, donne une substance rationnelle aux créations de l'imaginaire; elle s'efforce de les expliquer, ou suggère du moins qu'il est possible de le faire. Et il faut avouer que c'est une qualité, car la lecture des surréalistes est souvent éprouvante: on est frustré par leurs métaphores impénétrables.
Stefan Wul, certes, admet que pour Breton il y avait un sens caché; mais, selon lui, il n'avait pas un art suffisant pour en rendre compte. Et on peut alors lui rétorquer que l'art ne consiste pas forcément à fournir des explications simplistes, ramenées au rationalisme scientifique: qu'au contraire le mystère peut en être rompu, comme la science-fiction en donne souvent l'exemple. Breton, justement, contestait la validité de ce rationalisme; à ses yeux, nulle connaissance ne pouvait être limitée par lui. Et j'ai assez lu ses poèmes pour ne pas être d'accord avec Stefan Wul: Breton avait assez d'art, lui aussi, pour suggérer des explications; mais elles allaient dans un sens ésotérique, ne s'arrêtant pas à la science officielle.
Il est vrai qu'il est resté évasif; hermétique, même. Son disciple Charles Duits fut plus explicite, et aussi Malcolm de Chazal – qui parlait, comme Blaise Cendrars ou Robert E. Howard, de l'ancienne Lémurie, et faisait de la divinité une réalité dont se justifiaient précisément les visions fantastiques. Raymond Abellio le compara à cause de cela au Goethe du Traité des couleurs: l'observation menait à la vision, à l'imagination vraie, et à la représentation de forces exclusivement spirituelles. D'ailleurs, dans L'Écume des jours, Vian fut plus clair et plus suivi que dans L'Arrache-Cœur.
La science-fiction a raison de chercher à clarifier le surréalisme - et peut-être est-elle d'abord cette tentative; Charles Duits n'a-t-il pas trouvé, dans le public de ce genre, une oreille bienveillante - lui qui pourtant méprisait profondément la science moderne? Mais elle n'est pas la seule voie de justification possible, pour les images nées de l'inconscient.