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Il est pathétique, l'édito d'Eric Budry dans la Tribune de ce jour… Brave journaliste, consciencieux, bien intentionné, il en appelle les patrons à "sortir de cette réserve".
Réserve? D'après Budry, une sorte de pudeur les empêcherait d'annoncer que, en cas d'adoption de la RFFA par le peuple le 19 mai, il s'engageraient à investir les économies d'impôts réalisées pour créer des emplois…
Et s'il s'agissait, plutôt que de "pudeur", de simple "honnêteté"?
Oui je veux parler de l'honnêteté de celui qui ne veut faire aucune promesse car il n'a rien à promettre puisque son intention n'est justement pas de réinvestir les sommes économisées -qui seraient considérables puisqu'il s'agirait d'une baisse d'impôts de plus de 43%!- pour créer des emplois.
Et pour cause! D'une part, la RFFA se garde bien de faire obligation aux entreprises qui réalisent des bénéfices milliardaires de réinvestir les économies d'impôt réalisées -ne fût-ce qu'une partie- plutôt que de les reverser aux actionnaires sous forme de dividendes. C'est mon argent, à moi de décider ce que j'en fais, diantre, nous ne sommes pas en Corée du Nord, non?
De l'autre, ce sont ces mêmes détenteurs de paquets d'actions qui peuvent, au cas où les dividendes versés n'étaient pas suffisants à leurs yeux, vendre une partie de leurs participations pour en acquérir de plus rentables ailleurs. Parce que, en fin de compte, si on investit du pognon c'est d'abord pour qu'il rapporte, pas pour le fun...
Or, le retrait d'un actionnaire (ou d'un groupe d'actionnaires) du capital d'une société peut avoir des conséquences fâcheuses sur l'existence même de telle société, sur son activité, sur les emplois qu'elle peut offrir. Quel est l'administrateur qui se permettrait, en annonçant vouloir réinvestir, de pousser les actionnaires à vendre et ainsi mettre en danger son entreprise?
Et quelle est l'assemblée d'actionnaires qui préférerait un investissement -en vue de gains potentiels mais hypothétiques et à long terme- à la distribution -immédiate et garantie- de juteux dividendes, d'autant que, d'après la RFFA, ces derniers seraient imposés, sur le plan cantonal, encore moins qu'ils ne le sont actuellement?
C'est en cela que l'exhortation faite aux patrons par Eric Budry est pathétique.
Tout un chacun a le droit, quel que soit son âge, de croire que le 24 décembre un gros bonhomme barbu descend par la cheminée pour nous faire des cadeaux.
Sauf que, à l'heure du capitalisme dit 2.1, c'est la RFFA qui les fait, les cadeaux. Aux riches et aux actionnaires.
Et à nos frais...