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Bien avant Elvis, Little Richard ou Chuck Berry, Une femme peu connue du grand public marchait déjà sur les rails du rock’n’roll : Sister Rosetta Tharpe. Cette musicienne noire américaine a non seulement changé le cours de la musique, mais a surtout permis – avec sa façon révolutionnaire de jouer de la guitare – d’inspirer plus d’une légende.
Que diriez- vous si je vous disais que le rock’n’roll avait été inventé par une femme afro-américaine ? « Quoi ?! » vous vous exclameriez, « Mais ce n’était pas Chuck Berry ? » me diriez-vous, « Mais comment le rock a pu être inventé par une femme si les premiers rockeurs c’est que des hommes ? » me demanderiez- vous. Votre étonnement serait tout à fait justifié, pour être honnête, car Sister Rosetta Tharpe est malheureusement tombée dans l’oubli dès sa mort dans les années 1970. Mais il serait temps qu’on lui redonne du crédit pour ce qu’elle a fait à la musique américaine car à l’époque où Chuck Berry apprenait à lire, cette femme jouait déjà des riffs de guitare endiablés sur les scènes à travers tous les États-Unis.
Rosetta Tharpe est née le 20 mars 1915 à Cotton Plant en Arkansas – non loin du Mississipi, cette rivière sans qui le Blues ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Ses parents étaient tous deux chanteurs. Sa mère était de plus une prédicatrice évangéliste pour la Church Of God In Christ, une église dont les cultes se faisaient en musique. Dès quatre ans, Rosetta participe à ces cultes et apprend vite à jouer de la guitare. En effet, à six ans elle accompagne déjà sa mère et est considérée comme un miracle pour sa façon de jouer et de chanter le gospel. C’est ainsi qu’elle commence à tourner dans le Sud des États-Unis. Au milieu des années vingt, c’est à Chicago que sa mère et elle s’installent et, là aussi, Rosetta est acclamée comme un petit prodige et commence à se faire connaitre du public autre que les partisans de son église. Petit à petit, elle intègre des éléments populaires à sa musique sacrée : blues, jazz et swing viennent accompagner le gospel et la guitare de Rosetta pour en faire sa signature et font de la jeune femme une révolutionnaire de la musique. Elle est adorée pour son chant gospel et admirée pour sa façon de jouer.
En 1938, Rosetta déménage à New York. Là, les choses vont changer pour elle. Elle se fait remarquer par John Hammond (fameux producteur de musique qui compte dans ses artistes des noms comme Bob Dylan, Count Basie, ou encore Aretha Franklin) et signe un contrat avec la maison de disque Decca. Elle devient ainsi la première musicienne gospel à se voir signer un contrat. À la sortie de son premier album, le succès est énorme, si bien qu’elle est une des deux artistes afro-américains à apparaitre sur les Victory Discs, des albums envoyés aux troupes américaines lors de la Seconde Guerre Mondiale. Mais il ne faut longtemps pour que ses fans de musique religieuse soient choqués de leur enfant prodige. En effet, quand Rosetta se produit au célèbre Cotton Club de New York, elle se fait critiquer pour avoir emmené la musique religieuse dans un lieu si dévergondé. Elle ne se décourage pas pour autant, car elle clame haut et fort qu’elle est née pour faire ça.
Les années quarante marquent un grand tournant pour Sister Rosetta Tharpe. Elle décide de passer à l’électrique et, similairement à Bob Dylan, tout le monde n’accepte pas ce changement. Muni de sa fameuse SG de Gibson blanche, elle tourne en Amérique et en Europe et continue d’étonner et d’inspirer les foules avec son jeu de guitare révolutionnaire et avant-gardiste. En 1944, elle sort le single « Strange Things Happening Every Day », qui peut être considéré comme le premier tube rock malgré son message religieux. Sister Rosetta Tharpe continue de tourner jusqu’à sa mort d’une crise cardiaque en 1973 en laissant derrière elle un héritage dont on ne peut nier l’importance.
Rosetta, quand elle n’est pas oubliée, est uniquement considérée comme précurseur du rock’n’roll – the Godmother of Rock’n’Roll – mais ne l’a-t-elle pas plutôt créé ? Elle a incarné l’esprit du rock avant même qu’il ait un nom. Elle avait la technique ; avec sa musique, elle enrageait les institutions telles que l’Église ; et elle a incité une foule de jeunes à prendre une guitare et jouer. D’ailleurs Elvis faisait partie de ses fans et adorait son intense façon de jouer la guitare, qu’il a reprise par la suite. Personne, dans les années trente et quarante, n’ignorait son nom. Alors pourquoi aujourd’hui Sister Rosetta Tharpe ne résonne pas comme Elvis Presley ? Ça nous fait réfléchir à combien d’autres personnes – d’autres femmes – ont vu leurs noms et exploits s’effacer au détriment d’un beau jeune homme aux mouvements de hanches indécents. Alors, se pourrait-il que Dieu créa la femme et que… la femme créa le rock’n’roll ? Si vous ne me croyez pas, voyez par vous-même.
Catherine Rohrbach