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Récemment, sur son blog, Pierre Assouline a évoqué des écrivains - liés au catholicisme, si j'ai bien compris - qui voulaient assumer la vie mystique tout en prônant le silence face au monde divin. Cela m'a rappelé François de Sales, qui ne disait pas du tout la même chose: car pour lui, le monde divin était hiérarchisé, et la parole se confondait avec lui jusqu'à un certain point. Plus on montait dans l'échelle spirituelle, plus elle se dissolvait, sans doute; la pensée même disparaissait, au bout du compte. Mais cela n'était que progressif. En aucun cas, le monde humain n'était placé totalement en dehors du monde divin: les deux s'interpénétraient.
A ses yeux, lorsqu'on priait, on le faisait avec les anges: la parole pouvait être assez belle, assez pure, pour s'élever jusqu'à eux. Il en résultait que beaucoup de saints vivants étaient en réalité au-dessus de beaucoup d'anges, dans l'échelle de l'Esprit. La chair ne l'interdisait pas: elle n'avait rien de rédhibitoire. Comment les paroles les plus pures des saints eussent-elles pu devoir être anéanties face aux anges, qu'au contraire elles émerveillaient? La conception des poètes qu'admiraient les dieux, dans l'Antiquité, était de même nature. La parole humaine peut réellement charmer les esprits. Est-ce que, dans la légende, le roi Salomon n'en a pas enchaîné nombre qui planaient trop près de la Terre, sa parole magique puisant sa force dans le Ciel?
N'y a-t-il pas une forme d'orgueil à prétendre que dès qu'on entre dans le monde de l'Esprit, le silence doit s'imposer? Car François de Sales ne l'admettait que quand on avait franchi le seuil des anges pour se placer en présence du Fils divin - la pensée se dissolvant, quant à elle, face au Père éternel: alors, l'émotion était trop forte. Mais la Divinité se reflète dans ses anges, sur lesquels il est faux de prétendre qu'on ne peut rien dire. Il peut réellement exister une forme de mysticisme qui n'est ébahi que par des fées, pour ainsi dire: des cristallisations terrestres des rayons célestes! La poésie a précisément pour mission de les évoquer. Hugo ainsi créa une déesse marine sublime, dans Les Travailleurs de la mer, la disant faite de la belle lumière d'une caverne au sol immergé dans l'eau de mer. Ces images, en réalité, guident vers leur source secrète comme un souffle indique la sortie d'un souterrain. Hugo s'est également exprimé de cette manière. Si l'on reste silencieux, on ne crée pas d'éclat particularisé de lumière, dans son esprit, et on peut aussi bien se trouver au bord d'un gouffre: on ne distingue rien. De même, l'ange indique le chemin: qui l'ignore? Tous les chemins ne mènent pas à l'endroit qu'on désire: il est illusoire de le croire. Perceval péchait, en restant silencieux face au Graal: il s'agit d'interroger, pour qu'un sens apparaisse, pour que le mystère se dévoile. Sinon, il pouvait errer sans but dans la forêt.