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Etude sur les trajectoires de jeunes LGBTIQ+ confrontés à des expériences d’ordre sexuel associées à un échange financier, matériel et/ou symbolique: Rapport final
Abstract
La présente étude s’est intéressée à la trajectoire de jeunes LGBTIQ+ engagés dans des transactions sexuelles, c’est-à-dire confrontés à des expériences d’ordre sexuel associées à un échange financier, matériel et/ou symbolique. Elle avait pour objectifs d’établir une synthèse des informations scientifiques et documentaires connues sur le sujet (revue ciblée de la littérature), de réaliser des entretiens compréhensifs avec des jeunes LGBTIQ+ concernés par ce type d’expériences (volet qualitatif) et de formuler des recommandations à l’égard des professionnels de terrain.
Les études de prévalence dans la population générale estiment entre 0.9% et 4% la proportion d’adolescents ou de jeunes adultes qui s’engage dans des expériences d’ordre sexuel associées à un échange financier, matériel et/ou symbolique, une proportion qui est plus élevée outre Atlantique qu’en Europe. Les jeunes déclarant des expériences de transactions sexuelles sont plus susceptibles que ceux qui disent ne jamais y avoir recours, d’avoir été victimes d’abus sexuels durant l’enfance ou d’agressions sexuelles. Par ailleurs, les études consultées montrent l’existence d’une association significative entre le fait d’avoir une orientation sexuelle non exclusivement hétérosexuelle et de recourir à des transactions sexuelles. Notre analyse secondaire des données de l’étude Sexual health and behavior of young people in Switzerland corrobore un tel constat. Le fait d’être sans abri ou de vivre dans la précarité économique et sociale augmente la probabilité de recourir à ces pratiques, l’engagement dans du sexe transactionnel dans un tel contexte étant souvent lié au besoin d’accéder à un logement ou à des biens de première nécessité.
En ce qui concerne le volet qualitatif de l’étude, nous avons réalisé trois entretiens avec des femmes transgenres (MtF) âgées de 22 à 24 ans. Dans deux cas, les transactions sexuelles sont vécues dans un registre qui s’apparente à celui de la prostitution. Les partenaires sont multiples, les compensations essentiellement financières ou sous forme de cadeaux onéreux. L’orientation vers cette activité est décrite en réaction à un rejet familial dans un cas, aux difficultés d’entrée sur le marché du travail dans l’autre. Dans ces deux situations, assimilables à des « stratégies de survie », la capacité de négociation et la marge de manœuvre des personnes est fortement réduite. Le troisième témoignage concerne une expérience d’ordre sexuelle unique, associée à un échange matériel avec un partenaire de confiance. L’analyse montre que cette dernière situation offre une plus grande marge de manœuvre dans le sens où elle est vécue comme moins unilatérale et contraignante.
A partir de ces données, nos recommandations proposent, d’une part, d’agir à un niveau individuel en proposant des réponses adaptées aux besoins spécifiques des personnes LGBTIQ+ confrontées à de telles expériences (entretiens motivationnels, soutien à l’estime de soi, et autres dispositifs existants à renforcer, etc.), et d’autre part, de réfléchir à un niveau plus collectif notamment sur la question de l’accès des personnes transgenres à l’emploi et à une information positive et sans tabou sur la santé sexuelle et la sexualité en tant que personne transgenre. Idéalement, les actions collectives devraient se concevoir au travers d’un processus participatif réunissant associations défendant les droits des personnes LGBTIQ+ et personnes LGBTIQ+ intéressées. Il serait selon nous nécessaire d’encourager d’autres projets d’études sur les perceptions et expériences de transactions sexuelles et plus globalement sur le rapport à la sexualité chez les personnes LGBTIQ+.