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La pollution de l'air participe à la survenue de l'infarctus
On savait déjà, sur la base d’une grande étude de l'OMS consacrée au fardeau que représentent les maladies dans le monde (Global Burden of Diseases), que la pollution de l'air était responsable chaque année de plus de trois millions de décès. Et qu'on pouvait aussi lui attribuer 22% des années de vie perdues à cause des maladies cardiaques ischémiques (infarctus et angine de poitrine).
On pourra désormais ajouter qu'une exposition prolongée à une pollution de l'air riche en particules fines augmente le nombre de nouveaux cas de ces maladies coronariennes. C'est en tout cas la conclusion d'une immense analyse scientifique publiée récemment dans le British Medical Journal, sous la signature de pas moins de 45 chercheurs de toute l'Europe coordonnés par l'Université d'Utrecht (Pays-Bas). Elle a combiné les résultats de onze études européennes entreprises dans cinq pays, entre 1997 et 2007, sur plus de 100000 sujets n'ayant pas précédemment souffert d'un accident coronarien.
La force des modèles
Il n'est pas aisé d'établir une association entre certaines maladies et une exposition chronique à la pollution de l'air. Les techniques modernes de géolocalisation et les modèles mathématiques permettent toutefois de déterminer aujourd'hui, assez précisément, le lien existant entre le niveau de pollution auquel ont été durablement exposés les habitants de tel ou tel quartier, et les maladies dont ils ont souffert. C'est ainsi que les auteurs de l'étude ont pu combiner l'adresse de chaque individu concerné avec les taux de particules fines ou d'autres polluants atmosphériques enregistrés dans sa région sur une moyenne annuelle. L'accent a surtout été mis sur les particules fines respirables de divers diamètres, ainsi que sur la concentration de l'air en oxydes d'azote. En outre, la densité de population, de l'altitude du domicile, ou encore des flux de trafic automobile ont également été pris en compte.
Les chercheurs ont ensuite comparé ces données à la fois avec les registres de décès et avec les hospitalisations pour une maladie ischémique, en excluant toutefois les hommes ou les femmes qui avaient déjà consulté précédemment pour un infarctus ou un accident vasculaire cérébral. Ils ont aussi été attentifs à tous les autres paramètres susceptibles de fausser les résultats, et dont ils ont corrigé l'influence statistique (comme par exemple la tension artérielle, le tabagisme éventuel, l'indice de masse corporelle, l'activité physique, le taux de cholestérol sanguin, ou encore le statut conjugal et le niveau d'éducation).
Une relation claire
La première conclusion à laquelle arrivent les chercheurs est éloquente. Alors que, sur les 100 166 individus inclus dans l'analyse, 5157 ont eu un infarctus ou ont souffert d'une angine de poitrine instable tout au long des 10,5 ans en moyenne où ils ont été suivis, la relation avec la pollution ne permet aucun doute.
En effet, quand on compare des individus exposés à des taux de pollution atmosphérique différents, il est possible d'en déduire le risque relatif d'avoir un infarctus lié à une mauvaise qualité de l'air. Et quand on sait que les taux de particules fines de 2,5 microns ou moins (PM2.5) variaient de 7,3 microgrammes par m3 en Suède à 31 microgrammes par m3 dans le nord de l'Italie, les différences n'étaient pas franchement anecdotiques… On peut ainsi déterminer l'augmentation objective du risque en fonction d'une augmentation donnée de la concentration en particules fines d'un lieu à un autre (qu'il s'agisse des PM2.5 ou des particules de diamètre plus gros, les PM10).
Des chiffres inquiétants
Les résultats auxquels arrivent les chercheurs sont donc éloquents: chaque fois que la concentration moyenne annuelle en PM2.5 augmente de 5 microgrammes par m3, on constate une augmentation de l'incidence des accidents cardiaques ischémiques de 13%! Et chaque fois que la concentration en PM10 croit de 10 microgrammes par m3, le risque relatif de souffrir d'un infarctus ou d'une angine de poitrine augmente de 12%. Ces risques relatifs sont similaires, voire supérieurs, aux chiffres analogues trouvés aux Etats-Unis. En revanche, la relation avec la concentration de l'air en oxydes d'azote est moins établie.
Le plus grave, soulignent les auteurs de l'article, est que l'association à laquelle ils parviennent s'applique aussi à des niveaux de pollution bien inférieurs aux limites européennes relatives à la qualité de l'air. Il y aurait donc lieu, selon eux, si l'on veut protéger correctement la population, de revoir et d'abaisser ces concentrations limites officielles, au demeurant deux fois plus élevées que les strictes normes américaines.
Reste à tenter d'expliquer cet effet de la pollution sur les accidents ischémiques. Il se pourrait, avancent les chercheurs, que les particules inhalées provoquent une inflammation et un stress oxydatif systémiques, et qu'elles contribuent ainsi aux processus menant à la thrombose. Il est possible aussi que la pollution de l'air agisse sur la pression artérielle et favorise l'athérosclérose.
Quoi qu'il en soit, quand on sait les ravages qu'occasionnent les maladies coronaires aiguës, on ne peut qu'espérer que les autorités politiques responsables comprennent, à la lumière de cette étude, l'importance toujours plus grande de la qualité de l'air. Et qu'elles en tirent les conclusions qui s'imposent.
Référence
«Long term exposure to ambiant air pollution and incidence of acute coronary events: prospective cohort study and meta-analysis in 11 European cohorts from the ESCAPE Project», Gulia Cesaroni et al., in BMJ 2013;348:f7412.