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Emma Dante : un portrait
Palermitaine née à la fin des années 60, Emma Dante a un premier contact avec le théâtre par le Gruppo 63 – groupe néo-avant-gardiste très critique, qui tente un renouvellement du panorama littéraire italien. Elle se détache rapidement de ce groupe, qui prône une œuvre d’une absolue liberté et sans trame, car la démarche ne suscite que peu d’émotions d’après Emma Dante. Elle entreprend finalement une formation théâtrale à l’Accademia d’Arte Drammatica de Rome. Elle y découvre les « classiques » de la littérature (italienne et étrangère) qui la marqueront tout au long de sa carrière de metteure en scène et comédienne. Au sortir de l’Académie, elle se lie à différentes troupes du théâtre d’avant-garde. Après plusieurs années de rencontres et d’expériences accumulées, Emma Dante abandonne la vie nomade de comédienne pour se consacrer à la mise en scène. En 1999, suite à une longue réflexion sur les enjeux du théâtre, elle fonde sa propre compagnie « Sud Costa Occidentale ». Elle la compose d’acteurs ayant une formation théâtrale classique, un élément qu’elle juge indispensable. Dans ses mises en scène, on retrouve certains éléments récurrents, comme l’utilisation de termes en dialecte sicilien et l’importance accordée aux thèmes de société. Emma Dante instille un rythme et une couleur particulière à ses œuvres, en y insérant ces termes siciliens. Intraduisibles en italien, ces mots se comprennent par leur sonorité crue –voire gutturale– et le langage corporel des acteurs. Emma Dante crée un théâtre social pour « dénoncer les barbaries du monde », en parlant de la famille, de la vie quotidienne, de la violence et la douleur qui y règnent.
Elle est née à Palerme, elle a mis en scène des pièces en dialecte palermitain : Emma Dante aurait pu être une dramaturge vériste, puisqu’elle affirme « mon théâtre concerne la barbarie du monde ». Venue du théâtre, notamment avec sa compagnie Sud Costa Occidentale fondée en 1999 – Emma Dante fréquente aussi les plateaux d’opéra, comme La Scala en 2015 avec Carmen et plus récemment Macbeth au Teatro Regio de Turin. À Genève, elle a présenté à La Comédie Le Sorelle Macaluso, une chronique douce-amère qui dénonce la domination sur les femmes en Sicile.
Depuis le début des années 2000, les Prix et récompenses s’accumulent, notamment pour ses projets de Palermu, Carnezzeria ou encore Le sorelle Macaluso. Rapidement, sa renommée au théâtre la mène à la mise en scène d’opéra – en 2009 à la Scala de Milan avec Carmen puis Feuersnot de Strauss à Palerme, La Cenerentola de Rossini à Rome ou encore Macbeth de Verdi au Teatro Massimo.
Cavalleria Rusticana est un opéra qui englobe les thèmes de prédilections de cette metteure en scène : l’attrait pour les régionalismes ou la thématique sociale. Dans sa version de Cavalleria Rusticana, Emma Dante veut se « libérer de touts les liens iconographiques préexistants très liés au réalisme ». Elle raconte également sa vision du « sentiment sicilien » et aborde la question de l’appartenance à une région, mais en mettant l’accent sur le fait qu’ « une grande œuvre d’art n’a pas d’attache géographique précise ». Bien entendu, l’aspect central de la femme au cœur du récit touche également cette metteure en scène. Elle rappelle également qu’il y a un aspect « gioccoso » (joueur) dans cette tragédie, Cavalleria Rusticana ne racontant pas uniquement la mort, mais aussi la vie. Elle précise d’ailleurs que « la mort n’est pas un problème pour les morts, seulement pour les vivants ». Son décor n’est pas imposant, la scène est presque vide, animée par trois éléments modulables. Ce « vide » permet de se perdre et d’agir dans l’histoire, de se laisser emporter dans un « squarcio di vità » (une tranche de vie).
Cavalleria Rusticana / I Pagliacci, du 17 au 29 mars 2018 à l'Opéra des Nations