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Très jeune, elle avait rédigé une épitaphe : "Ci-gît, et ne s’en console pas, Françoise Sagan". Elle écrivit aussi: "Ah! On ne dira jamais assez les charmes de la vie quand on l’aime".
Une nouvelle diffusion du 17 octobre 2009.
Petite musique
Comment disait-on déjà? Comment disaient-ils, les critiques qui ne savaient pas comment parler d'elle? La petite musique de Françoise Sagan… On parlait du charme mystérieux de son écriture, du je ne sais quoi d'indéfinissable qu'elle avait… Après quoi lesdits critiques perfidement laissaient entendre que c'était écrit à la paresseuse, que c'était toujours la même chose, qu'il y avait dans la syntaxe du laisser-aller, des négligences, qui si elle avait voulu se donner du mal, etc., etc.
Déboires
Et quand elle n'était pas dans les pages littéraires où on la traitait par-dessous la jambe, elle était dans les pages people. Ou pire encore dans les pages faits-divers. Entre ses accidents de voiture, ses déboires avec le fisc, ses problèmes de nuits blanches, de drogue, d'alcool, ses relations avec la jet set ou François Mitterrand, il y avait de quoi écrire et de quoi imaginer.
Bredouillis
Et puis de temps à autre on la voyait interviewée et on était, qu'on le veuille ou non, sous l'emprise de cette diction impossible, un bredouillis où on attrapait un mot sur cinq, de ce monologue à toute vitesse, la tête baissée, regard songeur sur une cigarette éternelle, les paupières de loin en loin se soulevant pour laisser poindre un regard à la fois distant, intense, ironique, sûr de soi, doutant de soi, timide, caressant, vite apparu, vite disparu.
Etait-ce la peine
Et elle parlait, ne finissait pas ses phrases (pas le temps, pas la force, et puis on avait compris et sinon était-ce la peine?) Un jour, parut un recueil d'interviews qu'elle avait données, intitulé Réponses. Et je ne sais plus qui fit la remarque qu'il n'y avait là pas une seule bêtise, alors que d'autres femmes de lettres, Duras, Yourcenar, à l'occasion, malgré toute la considération qu'on a pour elles, de temps à autre glissaient du n'importe quoi dans leurs propos ou dans leurs sentences.
Grâce
Sagan ne faisait pas dans la sentence, ni dans la pose. Elle faisait dans la petite touche, dans le faux négligé. Elle avait surgi, à peine sorti de l'adolescence, avec un incipit, un début de livre, hésitant, balbutiant, musical, parfait: Sur ce sentiment dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. Ça n'a l'air de rien, mais ça n'est pas si commode à faire. Il y a des quantités d'écrivains qui ont fait carrière sans jamais réussir à faire une phrase qui ait la moitié de cette grâce.
Très gai
Depuis qu'elle a quitté cette terre, énormément de biographies ont fleuri. Je suppose qu'elle aurait trouvé cela très ennuyeux ou très farce (des mots à elle). Ce qui n'était pas très ennuyeux (le pire des défauts pour elle), elle le trouvait très amusant ou très gai. Sa mélancolie avait la courtoisie d'être gaie. Un désespoir mezzo voce.