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Etrange film sorti en 1973, sans paroles mais sonore, rythmé des bruits de la ville, mais surtout des cris et des mugissements des protagonistes qui nous font mesurer la distance qui nous sépare de l’esprit de mai 68.
Michel Piccoli y incarne un ouvrier frustré, opprimé sur tous les plans (professionnel, libidinal), et qui décide de sortir de la civilisation pour vivre en homme des cavernes. Licencié de l’entreprise où il accomplissait une tâche des plus inutiles, il se mure littéralement dans une pièce de l’appartement qu’il partage avec sa vieille mère et sa soeur, une adolescente exhibitionniste. Une fois la pièce isolée du reste de l’appartement, il casse à coup de massue le mur extérieur et jette meubles et gravats dans la cour. Cette séquence aux allures de performance d’art contemporain dure plusieurs minutes. Elle consiste à transformer une pièce d’appartement en grotte sur cour. Piccoli transporte des pierres avec une brouette, fait du ciment et sculpte, comme le ferait un artiste, sa nouvelle habitation rudimentaire.
Le voici à présent heureux occupant d’une caverne à laquelle il accède par une échelle de corde depuis la cour de son immeuble. Son geste libérateur va en entrainer d’autres sur la même voie, à commencer par son voisin d’en face interprété par Coluche, qui l’imite en cassant lui aussi son mur de façade. Le néo-sauvage est rejoint par sa jeune soeur avec qui il entretient des rapports incestueux, ainsi que parun maçon envoyé pour reboucher le trou de la grotte, admirablement interprété par Patrick Dewaere. Le crescendo est atteint avec l’épisode des CRS capturés, brochés et dévorés par les néo-sauvages. C’est probablement la séquence qui rend aujourd’hui ce film infréquentable.
La fin de Themroc peut être considérée comme un manifeste contre l’urbanisme. Le principe de la reconversion d’une pièce d’appartement en grotte est érigé en acte de résistance face à l’écrasante uniformisation urbaine des années 1970. Ce manifeste filmé, burlesque et radical, surprend aujourd’hui pour la palette d’acteurs qui y ont contribué, la plupart gracieusement.
Il est aussi un témoignage de la contemporanéité de la critique de l’habitat moderne avec les grands chantiers de la reconstruction. En France, la ville fonctionnaliste est perçue comme une dystopie sécuritaire, dépourvue de vie et de plaisir, pendant que se construisent les grands ensembles des principales villes. Les années 1970 vont voir, pour la première fois, des projets de rénovation urbaine arrêtés par suite de leur rejet par la population.
La virulence du film trouve peut être une explication dans cette opposition, largement partagée, à l’urbanisme moderne. Il est aussi un indice de la popularité des thèses de la contre-culture de l’après 68, comme par exemple, celle de la sortie de la civilisation ou de l’exode des villes, perçues comme des hauts-lieux de l’aliénation et du mal être.