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Le 18 novembre 1935, à l'hôpital de la Pitié à Paris 13 ème commencent les ennuis, rien de grave pour l'instant, mais à l'époque, arriver au jour le nez en avant avait attiré la curiosité d'une bande d'internes escortés par un professeur. La mère fût un peu affolée par l'arrivée de cette foule, sans qu'une explication lui fût donnée.
J'ai un frère, Jean Louis, aîné de 17 mois, la maman, Éliette, ne supportant plus son mari, Louis, quitte le domicile familial le 17 février 1937 pour rejoindre l'homme de sa vie. Ce fût le début de la guerre familiale qui ne se termina qu'en 1999 par la mort du père et de la mère.
La guerre de 1939-45 compliqua un peu la procédure de divorce des parents, les enfants confiés aux grands parents maternels, les Chuvin à Montélimar de 1940 à 1943, date du jugement de divorce, furent à ce moment attribués aux grands parents paternels les Faurobert à Montélimar. Ceci fut confirmé par le jugement d'appel de 1946, toujours au bénéfice du père.
Le père qui travaillait à Paris, emmena son aîné, Jean Louis avec lui pour la rentrée scolaire de l'automne 1943. Je restais à Montélimar chez les Faurobert, chemin des Grèzes, à 50 mètres de la voie ferrée Paris - Marseille.
Le 9 décembre 1943, un résistant fit sauter un train militaire allemand vers 20 h 30, à hauteur du pont sur le chemin des Grèzes. L'escorte allemande fit sortir des maisons voisines du pont tous les habitants, Jean Étienne et Marie Faurobert, Mademoiselle Chenivesse, et Monsieur et Madame Boiron et Yves Faurobert. Tous plaqués au mur de l'une des deux maisons, en attente des représailles rituelles. Ce train était un train de blessés en provenance d'Italie, il y avait une quarantaine de morts. J'avais juste 8 ans !
Pour notre chance à nous, le résistant, je crois que c'est Raymond Daujat qui avait fait sauter le train, était mort, écrasé, par la chute de l'un des wagons.
Le commandant du train arrêta les représailles, et nous fit rentrer à la maison à coups de pied et de hurlements divers. Seul, de l'autre côté de la voie, le facteur Simian fut exécuté, avant que l'on ne découvre le corps du résistant.
De cette période à la libération, de nombreux incidents m'habituèrent à la guerre, à l'art de se protéger de salves d'obus de char, d'éclats d'obus de D.C.A. et de tirs de pistolet comme lorsque le père fut pris pour cible par un excité qui croyait que Louis avait été un collaborateur, nous étions à ses côtés lorsque le tir eut lieu. Nous fumes même occupés pendant quinze jours par une section de Waffen SS, mais ceci est une autre histoire.
Retour à Paris à la rentrée 1945, ce n'était pas la joie, dans un premier temps, l'hôtel des Mines au 125 boulevard Saint Michel, puis très vite au 44 boulevard Beaumarchais dans un appartement très correct. Les Maristes de l'école Bossuet, ne me gardèrent pas longtemps, juste une année scolaire, pour cause d'absentéisme forcené. Les petits bourgeois parisiens se moquant de mon accent méridional et du fait que je portais ni chaussettes ni slip. Heureusement, j'étais assez solide physiquement !
Après ce fut les Francs Bourgeois, rue Saint Antoine, les frères des Écoles Chrétiennes, eux nous gardèrent, Jean Louis et moi, car nous étions déjà des nageurs de compétition, résultat de l'éducation sportive et spartiate que nous avions reçue. La vie était dure à la maison, pas ou peu de chauffage, et une discipline quasi militaire. La grand-mère Faurobert était venue tenir la maison, car grand-père était décédé.
Les premiers titres de champion de Paris et de France des scolaires et universitaires, furent vite obtenus.
A Londres, une amie, mon amie était venue me rejoindre, une Montilienne que je fréquentais depuis deux ou trois ans. A cette époque, pas de contraception, des risques évidents de grossesse non désirée. Étant incorporé en novembre 1959, je décidais, avant d'être expédié en Algérie de me marier. Je n'aurais pas voulu laisser derrière moi, une femme célibataire enceinte.
Le mariage eut lieu à Montélimar le 12 décembre 1959.
Je ne fus pas expédié tout de suite en Algérie car lors d'exercices d'entraînement au combat, en janvier 60, je me fis une fracture de la malléole interne qui fut diagnostiquée entorse par le médecin. Je restais boiteux et infirme trois semaines, puis fus envoyé, à pied et en train de Mourmelon à Chalon sur Marne à l'hôpital militaire pour un mois et demi.
Ne pouvant plus suivre le peloton d'élève officier, le capitaine Bachellerie me fit suivre celui d'élève sous-officier à Brétigny sur Orge. J'en sorti sergent, une bonne affaire pour voyager en cabine sur le trajet Marseille Alger ou Marseille Oran qui m'attendait.
Départ pour Oran en janvier 1961, destination Sidi Bel Abbès où je passais douze mois.
Pas de commentaires sur cette période, il faudrait un livre spécial, beaucoup à dire.
Texte tiré du document ci-contre :
COMMANDANT EN CHEF DES FORCES EN ALGÉRIE
REGION TERRITORIALE ET CORPS D'ARMÉE d'ORAN
29° D.I. ET ZONE CENTRE ORANAIS
Extrait de l'ORDRE GÉNÉRAL n° 7
Par application des dispositions de l'I.M. du
3 février 1955 le Général de Division PERROTAT, Commandant
la 29° D.I. et la Zone Centre Oranais
Accorde : un Témoignge de Satisfaction à l'Ordre du RÉGIMENT
Au Sergent Faurobert Bernard, Yves, Jean-Marie - contingent 1958/2.B -
79° Section de Ravitaillement de l'Intendance.
Pour le Motif suivant :
"Excellent sous-officier, courageux et d'une grande conscience professionnelle.
Pendant douze mois en Oranie a effectué dans la Zone Centre Oranais, de nombreuses missions de transports de personnels et matériels, le plus souvent comme chef de convoi, dans les zones dangeureuses et d'insécurité des secteurs DU TELACH, BEDEAU, CRAMPEL et OUEST de SAIDA.
A toujours su en imposer par son calme et son sang-froid.
A été un bel exemple pour ses camarades et ses subordonnés."
A S.P. 86.800, le 1 avril 1961
signé : PEROTTAT
Algérie, Octobre 1960, avant le retour sur Sidi Bel Abbès, arrêt buffet à Bedeau. Cà s'appelait un «convoi» ! Un chauffeur, un chef de bord, trois hommes dits d'escorte !Au premier rang : Jules Broglio, Yves Faurobert et Popaul Gasteaud.
10 novembre 1997 – 9 heures du matin
Le quai de la Rapée à Paris, vous connaissez ? C'est une station de métro entre la Bastille et la gare d'Orléans-Austerlitz. Là où la rame sort du trou pour venir traverser la Seine. Là, c'est l' Institut Médico-Légal, la morgue si vous préférez.
C'est là que j'ai rendez-vous avec Étienne, ce matin à 9 heures. J'attends l'ouverture des portes, je suis seul et c'est mon choix. La mère d'Étienne est invalide, Yaèl, sa femme est trop secouée pour affronter une épreuve supplémentaire.
La Mort, je l'ai vue souvent, pour mon premier cadavre j'avais 10 ans en 1945. En Algérie aussi, beaucoup, et puis des parents, des amis, la Mort, je ne la crains pas.
Mais là c'est autre chose, c'est mon fils que j'attends et il est mort de mort violente. Une balle de 6,35 au dessus du maxillaire droit, un peu au dessous du temporal. Lui qui n'a pas voulu faire de service militaire, il a choisi de mourir par balle.
Un personnel discret et courtois s'active, un salon, un chariot qui arrive, le voilà.
Lui que j'aidais à venir au monde le 13 juillet 1962 à la clinique des Bluets à Paris, un jour ou plutôt une nuit, où l'affluence était telle que certains papas durent mettre la main à la pâte.
J'ai la mission de mettre dans ses poches, ou auprès de lui dans son cercueil, des objets divers remis par son épouse. Des lettres d'amour ou de colère, des préservatifs et d'autres dont je me souviens plus. Sur son coeur, ou là ou y avait un coeur, j'ai déposé une petite huile sur bois format 20x15. Son titre « Prière pour un enfant mort ». Je vis mécaniquement, je fais les choses, je signe. « Oui, vous pouvez fermer le cercueil ».
J'ai été le premier à le voir, le dernier à le voir.
Nous partons au Père Lachaise, il va falloir affronter les autres. Ceux dont on a besoin pour vivre ou pour survivre. Ceux que l'on ne voudrait pas voir tant notre nature nous conduit à rechercher des responsables. Un gros morceau de ma vie s'est arrêté là. J'ai rencontré ceux qui sont les derniers à lui avoir parlé, j'ai écouté, écouté écouté. Je sais quel chemin il a suivi, je comprends ce qu'il a voulu éviter, et de qui et de quoi il a voulu se venger. Je sais aussi quelle erreur cela a été. La mort de son fils Hugo fût pour lui la porte ouverte sur l'enfer. Certes il oubliait dans l'alcool ses déboires de tous ordres, certes le soir de sa mort, il avait 3 grammes d'alcool dans le sang. Oui mais alors il n'était pas responsable ! Responsable ce mot n'est pas de mise. Il cachait ses problèmes comme le poulpe jette son encre. Il pensait qu'il avait échoué là où son père avait réussi et pourtant c'est dans l'échec que nous nous ressemblions le plus. Car suivant les standards de réussite sociale, Je suis ou n'ait été :
Qu'un peintre inconnu, voire moqué.
Qu'un militant politique subalterne spécialisé dans les corvées.
Qu'un petit cadre rejeté, balloté, trahi par ses collègues ou ses supérieurs.
Qu'un petit sportif obscur.
Un père méprisé par ses propres enfants et peu respecté dans sa famille.
Étienne et moi nous nous ressemblions. Tout dans la tête, beaucoup pour les autres et souffrance intime et interne pour nous.
Bon, c'est fini pour lui, des morceaux de lui vivent chez d'autres, et c'est bien !
1979, je viens de retrouver Renée Gandon, je suis pour une brève période entre deux vies. Je m'entends bien avec Étienne, j'ai une grande complicité avec Marianne qui a presque 16 ans. Par deux canaux différents la rumeur me parvient, par D. et D. Gazagnadou, des amis et par H.Guennou ma belle soeur.
Ma belle-mère, et ma femme Monique posent des questions à droite et à gauche et laissent entendre que j'ai des rapports douteux avec ma fille.
Pour moi, c'est le choc, certes ma fille est très hostile envers sa mère et le manifeste ouvertement. Je remercie mes informateurs, et du jour au lendemain je deviens distant avec Marianne. Je me sens sali, épié par un duo alléché par un scandale possible et somme toute, inespéré. « Pensez donc madame, pas étonnant que que sa pauvre femme boive ! »
Je prends rendez-vous avec un ami avocat qui prends l'affaire très au sérieux. Après un questionnement qui fait mal, mais qui est nécessaire, il me conseille de prendre les choses de front et de dire à ces dames que faute d'un arrêt immédiat de cette campagne, je porterai plainte, et qu'elles risquent gros.
Cela suffit pour arrêter la chose ! Longtemps plus tard, Marianne, mise au courant, ne fit qu'en rire, trouvant l'affaire amusante.
Le jugement de divorce me confia la garde de ma fille, laissant le garçon à sa mère.
J'ai exprimé ce choc par un tableau intitulé « la Calomnie », il n'a jamais été exposé.
Je n'ai jamais oublié, je ne pourrai jamais, quelque chose de sacré a été sali.
La Calomnie