Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06959.jsonl.gz/1347

ntre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècles, la danse évolue grandement. Dans les temps les plus anciens, le bal est une activité récréative, un moment de la vie sociale, ou le temps idoine pour la séduction. Les danses sont le plus souvent collectives, parfois sous la forme de cortèges de couples. Elles comprennent un large répertoire (branles, gaillarde, gavotte, bourrée, passepied, courante, allemande, menuet, etc.) pratiqué par toutes les couches de la société ; de rares danses comme la pavane sont des danses de cour. À la Cour de France, la danse est éminemment appréciée pour ses vertus sociales, mais elle est aussi un art utile. Elle permet de maintenir le corps en éveil, de raffermir les muscles, et garder un bon maintien. Autant de qualités utiles à l’art de la guerre. Son esthétique permet aussi d’introduire le cérémoniel et l’étiquette de cour, chers à Louis XIV, et servir ainsi les fins politiques du Roi Soleil. Dans son « Apologie de la danse » (1623), le maître de danse François de Lauze affirme « En l’ordre des choses se trouvent deux degrés : la philosophie et la danse, qui peuvent monter un homme à sa perfection. »
Il y a un art de la danse spécifiquement français, qui a une influence prépondérante sur l’évolution de la musique. Jusqu’à François Couperin, les pièces profanes sont essentiellement associées à des danses. L’École de danse de l’Opéra est créée en 1713 à la toute fin du règne de Louis XIV. Elle accélère la professionnalisation des danseurs et la séparation entre basse (bal) et haute (ballet) danses au XVIIIe siècle. La distinction haute/basse ne renvoie pas ici à une hiérarchisation, mais à la nature des pas de danse. La danse basse ou « danse terre à terre » est la forme traditionnelle où le pied glisse au sol et le mouvement se fait « modestement et terre à terre comme les honnêtes gens » (Antoine de Furetière, Dictionnaire universel, 1684). À l’opposé, la danse haute fait appel à des mouvements vigoureux et des sauts. Longtemps jugée virile et donc réservée aux hommes, la danse haute s’ouvre aux femmes au milieu du XVIIIe siècle.
Julien Lazarevitch, sa formation « les musiciens de Saint-Julien » et la soprano canadienne Annie Dufresne nous entraînent au tournant entre les XVIe et XVIIe siècles, sous le règne de Henri IV. Les pièces sont tirées de Ballard, Philidor, Praetorius, Boesset, Bataille, Planson, Guédron, Tessier, et Mangeant. L’album est superbe. L’instrumentation est magnifique (la musette donne un cachet champêtre), et l’interprétation d’Anne Dufresne lumineuse. Un des meilleurs disques de 2010.
Extraits
Référence
François Lazarevitch : Et la fleur vole, Alpha, 2010.