Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07199.jsonl.gz/1567

Pully Entre Joey Starr interrompu en pleine représentation et André Dussollier exigeant le silence total, la vie d'un théâtre est riche d'anecdotes. Pour les 40 ans de l'Octogone, Yasmine Char, sa directrice, en révèle quelques-unes et détaille les forces de sa programmation et les spécificités du lieu, qui sait attirer de grands noms en danse, musique et théâtre.
Textes: Stéphane Armenti
Jeudi 21 septembre 2017, Joey Starr présente «Eloquence à l'Assemblée». Il déclame des textes de grands hommes politiques qui ont discouru dans l'hémicycle français. Yasmine Char, directrice du lieu, se souvient: «Quelqu'un dans le public l'interrompt et l'interpelle. Joey fait comme s'il ne l'entendait pas. La même personne, une deuxième fois, l'apostrophe à nouveau. Joey cette fois lui répond vertement: «Tu n'as pas besoin de venir si tu ne m'aimes pas, tu dois avoir un problème pour parler comme ça. Tu ne m'interromps pas une troisième fois!». Evidemment, le spectateur remet ça une troisième fois malgré les protestations du public. Nous avons arrêté le spectacle et j'ai demandé à l'homme de me suivre et de quitter le spectacle. Heureusement, il m'a écoutée et est parti.». Parmi les grands artistes qu'elle a invités dans son théâtre, d'autres l'ont évidemment marquée. «Il y a eu aussi André Dussollier, poursuit l'auteure de «La main de Dieu», qui avait absolument besoin d'un lieu tout à fait silencieux pour se concentrer avant de monter sur scène. Finalement nous avons trouvé la solution de déplacer toute sa loge dans le studio de danse de la compagnie Linga dont les murs sont capitonnés. Après son spectacle, c'était le gentleman parfait, il s'excusait pour le dérangement qu'il avait occasionné».
40 ans de théâtre, danse et musique
D'abord adjointe de Jean-Pierre Althaus, emblématique directeur qui dès 1979 lance et développe l'Octogone, jusqu'en 2010, Yasmine Char en prend la tête cette année-là. «À sa création, il y avait peu de théâtres dans la région et l'Octogone a tout de suite bien fonctionné. On pouvait y voir tous les arts de la scène. Quand j'ai repris la direction en 2010, j'ai conforté sa position de pôle de danse contemporaine. Par rapport à l'offre culturelle abondante, il m'a paru également essentiel de tirer parti de sa spécificité soit une salle intimiste avec un réel confort de visibilité et d'écoute à l'opposé d'autres salles. En théâtre, cela se traduit souvent par des textes forts, imprégnés, du Stefan Zweig ou du Tennessee», analyse celle qui porte aussi le titre de chevalier des Arts et des Lettres depuis janvier.
En quatre décennies, de très grands noms sont montés sur les planches de l'Octogone, institution publique communale dotée aujourd'hui d'un budget de fonctionnement de près d'1,6 million de francs. De Charlotte Rampling à Claudia Cardinale ou Francis Huster pour le théâtre, de Marie-Claude Pietragalla à Blanca Li ou Philippe Decouflé pour la danse, de Claude Nougaro à William Sheller pour la musique, pour n'en citer que quelques-uns. Comment parvenir à attirer ces stars? «Une programmation cohérente et un accueil qualitatif sont primordiaux. Il faut aussi réussir à gagner la confiance des producteurs. Fanny Ardant seule en scène avec un texte de Marguerite Duras, c'était de toute évidence pour la salle de l'Octogone qui favorise la proximité avec le public. Seul hic, l'artiste disposait de vingt minutes pour attraper son TGV à la fin de la représentation. Je me suis engagée à la raccompagner personnellement avec ma voiture. Nous avons passé un magnifique moment. Je ne suis rentrée qu'une fois le train parti.»