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Les récessions sont assez fréquentes: une étude de la société de recherche indépendante Capital Economics a dénombré 45 récessions au total dans les pays dits du G7* depuis 1960. Pour mieux comprendre les éléments déclencheurs ou même les causes de toutes ces récessions, il faut procéder presque comme un criminologue. Cependant, les indices dénichés lors des analyses ne suffiraient guère, dans la plupart des cas, pour faire condamner les éventuels accusés. Après tout, ce sont probablement les suspects habituels qui ont déclenché les 45 récessions en question:
- les banques centrales qui étranglent l’ensemble de l’économie dans leur tentative de freiner la hausse de l’inflation en relevant les taux d’intérêt;
- une forte appréciation de la monnaie nationale dans un court laps de temps, entraînant une chute des exportations;
- une hausse subite du prix du pétrole qui conduit à l’inflation et à un effondrement de la consommation;
- des marchés immobiliers qui forment lentement une bulle (dans ce contexte, une baisse des prix de 5% peut suffire à déclencher une récession);
- des banques qui prêtent trop facilement et déclenchent une crise de la dette chez les entreprises ou les particuliers;
- des hausses d’impôt substantielles et inattendues;
- des restrictions commerciales qui entraînent un effondrement brutal de la demande extérieure.
Les récessions qu’a connues l’économie suisse sont elles aussi dues aux facteurs susmentionnés: en 1975, le choc pétrolier intervenu dans un contexte de poussées inflationnistes avait été à l’origine d’une récession. Les promenades dominicales sur des autoroutes désertes sont restées gravées dans la mémoire collective. L’inflation s’établissait à l’époque à plus de 10%. La Suisse a connu une autre récession au début des années 1980, lorsque le prix du pétrole a doublé en période d’inflation soutenue. Au début des années 1990, elle a cette fois été ébranlée par la première guerre du Golfe, une crise bancaire aux États-Unis et une crise immobilière à l’intérieur de ses frontières. L’inflation
a alors grimpé en flèche à 6%, et les taux directeurs se sont envolés à 6,5%, ce qui semble aujourd’hui vertigineux. Depuis, le spectre de l’inflation s’est semble-t-il «assoupi ». Les taux directeurs n’ont depuis lors jamais dépassé 3,5% et sont même devenus négatifs en 2015.
Alors qu’elles étaient considérées par certains économistes, des années 1970 au milieu des années 1990, comme les auteurs de la récession, les banques centrales des pays du G7 sont devenues, au cours des deux dernières décennies, de véritables super-héros qui ont entrepris le sauvetage d’économies et d’unions monétaires entières en détresse.
Quelles seront les prochaines étapes? Connaissons-nous actuellement le calme qui précède la tempête ou sommes-nous à l’aube d’une ère nouvelle caractérisée par des cycles conjoncturels moins fluctuants et donc plus stables? Pour récapituler, reprenons la liste qui figure ci-dessus et discutons de la probabilité que les différents facteurs déclenchent une récession.
- Cette année, la Fed devrait ralentir le rythme de ses hausses de taux d’intérêt voire renoncer à les relever. Après neuf interventions depuis fin 2015, les taux directeurs américains sont actuellement proches de 2,5%. Cela ne devrait pas nécessairement conduire à une récession. La Banque centrale européenne et la Banque nationale suisse ne sont pas confrontées à de fortes tendances inflationnistes. On ne devrait donc pas assister à une hausse rapide des taux d’intérêt pour l’euro et le franc.
- Comme toutes les monnaies ne peuvent pas s’apprécier ou se dévaluer simultanément, il est peu probable de voir se dessiner une tendance à la récession mondiale due aux fluctuations monétaires. Du point de vue suisse, nous ne nous attendons pas à ce que le franc s’apprécie de nouveau sensiblement par rapport à l’euro et au dollar d’ici à 2020.
- La production mondiale de pétrole est maintenant répartie sur un plus grand nombre de pays, et les États-Unis sont désormais leaders sur ce marché. En outre, l’économie mondiale est moins dépendante du pétrole comme matière première que dans les années 1970, ce qui atténue le risque d’une récession provoquée par un nouveau choc pétrolier.
- La faiblesse des taux d’intérêt a entraîné une forte hausse des prix de l’immobilier en Suisse. Cependant, les indicateurs de risque se sont quelque peu améliorés au cours des derniers trimestres. Nous estimons qu’une nouvelle crise immobilière «made in Switzerland» est peu probable, mais non impossible. L’augmentation des prix de l’immobilier constitue également un problème en Allemagne. Le marché immobilier américain a beau repartir à la hausse, il est moins susceptible de déclencher une récession dans l’immédiat.
- L’aggravation de la dette publique américaine, le creusement de l’écart entre les budgets des États de la zone euro et les doutes quant à la viabilité des systèmes de financement de la Chine sont autant de facteurs de risque qui doivent être pris au sérieux. En outre, le recours accru aux fonds de tiers par les sociétés accroît le volume des emprunts d’entreprises. Une prudence particulière s’impose lorsqu’il s’agit de gérer les risques de crédit.
- Les dépenses publiques élevées des États-Unis ne peuvent être financées de manière durable. Tôt ou tard, des hausses d’impôt pourraient intervenir pour rééquilibrer le budget de l’État. Un revirement en matière de politique budgétaire semble toutefois très improbable pour l’instant.
- L’ampleur même des échanges mondiaux met en perspective l’importance du conflit commercial qui oppose les États-Unis et la Chine. Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et les sanctions commerciales, utilisées comme instrument politique, pèsent sur les perspectives de croissance et accroissent le risque de récession.
Dans l’ensemble, l’analyse ci-dessus nous conforte dans notre choix de scénario de base pour 2019: nous nous attendons à un net ralentissement de la croissance, mais ne pensons pas qu’il y aura de tendance prononcée à la récession dans les principaux espaces économiques mondiaux.
Nous invitons les investisseurs à réévaluer leur stratégie de placement en fonction des risques qu’ils sont prêts à prendre. Il serait notamment pertinent de limiter et de largement diversifier les risques de crédit liés aux emprunts d’État et d’entreprises.
Voulez-vous savoir ce que cela signifie pour vous? Nos conseillères et conseillers abordent volontiers la question avec vous.