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Le réalisateur Joe Wright (Orgueil et préjugés, Hanna) voit la vie comme une forme de théâtre: pour filmer l’adaptation par le dramaturge britannique Tom Stoppard du roman de Tolstoï Anna Karénine, il a choisi de traiter son sujet un peu comme un opéra et de placer les protagonistes du drame sur la scène d’un vieux théâtre surchargé de dorures, dont les décors de carton-pâte s’ouvrent parfois fugacement sur une échappée de paysages enneigés, bien réels ceux-là. Cette stylisation lui permet d’évoquer une époque sans la reconstituer véritablement, et de suggérer avec pertinence la rigidité de l’aristocratie russe dans les années 1870, prisonnière des convenances qui auront raison de l’amour d’Anna Karénine et du comte Vronski.
Anna Karénine (Keira Knightley) est l’épouse d’un haut fonctionnaire du gouvernement tsariste, interprété par un Jude Law impeccable et sobre, mais à peine reconnaissable derrière sa barbe et ses petites lunettes cerclées. Elle tombe violemment amoureuse d’un jeune officier de cavalerie qu’elle a rencontré sur un quai de gare à Moscou, alors qu’elle venait de Saint-Pétersbourg voir son frère Oblonski. Ce dernier reçoit aussi la visite de son meilleur ami, Levine, propriétaire terrien sensible et idéaliste qui est épris de Kitty, la belle-sœur d’Oblonski. Il la demande en mariage un peu maladroitement mais la jeune fille n’a d’yeux que pour celui dont Anna Karénine est tombée amoureuse. Anna Karénine ne peut ni dissimuler ni réprimer ses sentiments pour Vronski. Elle devient sa maîtresse. La respectabilité de Karénine est mise en péril, ce qui le pousse à lancer un ultimatum à sa femme. Incapable de renoncer à sa passion, elle fait le choix du cœur et va vivre avec son amoureux. Cruelle, la noblesse locale met les deux amants au ban de la société et sape peu à peu leur relation.
Le réalisateur a choisi de privilégier le portrait d’une femme plutôt que l’épopée romanesque. Après Greta Garbo, Vivian Leigh, Jacqueline Bisset et même Sophie Marceau, c’est à Keira Knightley d’incarner l’ardente Anna Karénine, qui défie l’hypocrisie de la société de son temps mais le paiera très cher. Résumer un roman de plus de 900 pages en un peu plus de deux heures est un tour de force qui n’évite toutefois pas aux spectateurs quelques longueurs et quelques bâillements.