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Contrairement à ce que prétend une légende tenace, le quatrième long métrage de Stanley Kubrick n'a pas été formellement interdit en France. Après une première projection houleuse en Belgique, en 1958, des menaces diverses contre une oeuvre jugée alors «déshonorante» pour les anciens combattants, et une intervention du Quai d'Orsay demandant le retrait de l'affiche, les Artistes associés avaient préféré ne pas soumettre le film à la Commission de censure gouvernementale. Le distributeur ne demanda un visa d'exploitation qu'en... 1975 ! Il aura donc fallu attendre dix-huit ans pour que le grand public puisse enfin découvrir les Sentiers de la gloire, ses impressionnants travellings arrière dans la boue des tranchées et sa dénonciation, non de l'état-major français, mais de la logique absurde de la guerre, celle de 14 valant pour toutes les autres. Kubrick filme avec précision les rituels minutieusement sadiques de l'ordre militaire (la cour martiale, le peloton d'exécution), comme pour mieux souligner leur vacuité devant la réalité chaotique de l'affrontement guerrier, en un film qui bouleverse à chaque vision avec, ce qui est rare chez Kubrick le misanthrope, une compassion sincère pour l'humanité souffrante.
Samuel Douhaire, Libération