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Ignorée du grand public avant la guerre de 14, l'oeuvre de Charles Péguy retrouve la considération et l'intérêt des élites françaises avec l'instauration du gouvernement de Vichy. Charles Péguy sera en effet un des auteurs essentiels des chantiers de la jeunesse lancés par le maréchal Pétain.
Dans ce premier volet, Henri Guillemin éclaire le parcours intellectuel de cet homme brillant qui passa de la défense de Dreyfus à un nationalisme sacré.
Charles Péguy est né à Orléans en 1873. D'origine modeste, orphelin de père, il fait ses études comme boursier et entre en 1894 à l'Ecole normale supérieure où il a comme professeur Henri Bergson. Il se range du côté de Jaurès durant l'affaire Dreyfus mais, en 1900, il quitte le milieu des dreyfusards dont il reproche l'anticléricalisme et l'antimilitarisme.
Il fonde alors les Cahiers de la quinzaine où il exprime les changements de sa pensée. Alarmé par la menace d'une invasion allemande, il passe d'une mystique socialiste à une mystique de la patrie française qu'il voit comme une figure privilégiée de la cité de Dieu. Revenu à la fois catholique en 1908, il construit une oeuvre lyrique, chargée de spiritualité et d'esprit polémique. Charles Péguy en appelle à la remontée à l'intérieur de la race pour retrouver la mission d'héroïsme et de sainteté qu'il attribue à sa «terre charnelle». Il s'emploie à défendre ses idées aussi bien avec ses essais (Notre patrie, Victor-Marie, comte Hugo…), sa poésie (La tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc…) qu'au théâtre avec sa pièce Jeanne d'Arc.
Isolé en raison de son intransigeance, suspect à l'Eglise dont il attaque le conservatisme, comme aux socialistes dont il dénonce le pacifisme, quasiment ignoré du grand public, Charles Péguy, qui appelait de tous ses voeux la «génération de la revanche» de la guerre de 1870, est tué au front à la veille de la bataille de la Marne, en 1914.
Henri Guillemin est né le 19 mars 1903 à Mâcon. Il fréquente l'Ecole normale supérieure et obtient une agrégation en lettres en 1972. Professeur dans plusieurs universités françaises, il est contraint de quitter Bordeaux en 1942 pour se réfugier en Suisse. Il entretient des liens privilégiés avec Neuchâtel où il séjourne fréquemment.
En 1945, Henri Guillemin devient conseiller culturel auprès de l'ambassade de France à Berne, puis, de 1963 à 1973, professeur à l'Université de Genève. Il s'éteint le 4 mai 1992 à Neuchâtel.
Spécialiste du XIXe siècle, il a été tout à la fois historien, critique littéraire et écrivain prolifique. Cet intellectuel non-conformiste a suscité autant l'admiration du grand public que la critique féroce des milieux académiques. Il a ainsi été banni des télévisions française et belge. Cet ostracisme a fait le bonheur des téléspectateurs de Suisse romande qui ont pu profiter de ses talents de conférencier entre 1958 et 1973.
Avec Les Dossiers de l'Histoire, l'historien a rendu accessible des questions historiques de première importance. Henri Guillemin a également fait découvrir aux télespectateurs l'oeuvre d'Arthur Rimbaud, Emile Zola et Léon Tolstoï. Ses conférences télévisées, un genre disparu aujourd'hui, ont été un rendez-vous important sur la TSR.