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L'un des quatre Waldstätten, canton de l'ancienne Confédération en 1315, peut-être même déjà en 1291 ou 1309. Partie du canton des Waldstätten sous la République helvétique (1798-1801 de facto, 1803 de jure). Canton de la Confédération en 1803. Le nom officiel est Kanton U. Franç., ital. et rom. U. La langue officielle est l'allemand, le chef-lieu Altdorf.
Au Moyen Age, U. comprenait la vallée de la Reuss entre le lac d'U. (bras sud-est du lac des Quatre-Cantons) et la gorge des Schöllenen, le versant ouest du lac d'U. et plusieurs vallées latérales: le Schächental et le Maderanertal à l'est de la Reuss, les vallées d'Erstfeld, de Meien et de Göschenen à l'ouest. Au XVe s., U. acquit la Léventine, qui resta pays sujet jusqu'en 1798, et accorda la combourgeoisie à l'Urseren; il devint ainsi le maître du col du Saint-Gothard, dont il contrôlait les deux versants. Par rapport à cet axe nord-sud, les liaisons est-ouest jouèrent toujours un rôle secondaire (Surenen, Susten, Furka, Klausen, Oberalp).
Au début du XXIe s., le canton compte vingt communes, qui se distinguent fortement les unes des autres par l'altitude et le climat, notamment leur exposition au foehn. Il s'étend sur 1076,4 km2, mais plus de la moitié de sa superficie est improductive et 80% du reste ne sont propres qu'à une exploitation extensive (pâturages).
|Superficie (2011)||1 076,4 km²|
|Forêt / surface boisée||196,3 km²||18,2%|
|Surface agricole||262,9 km²||24,4%|
|Surface bâtie||18,3 km²||1,7%|
|Surface improductive||598,9 km²||55,6%|
|Année||1850||1880a||1900||1950||1970||2000|
|Habitants||14 505||23 744||19 700||28 556||34 091||34 777|
|En % de la population suisse||0,6%||0,8%||0,6%||0,6%||0,5%||0,5%|
|Langue|
|Allemand||18 024||18 685||27 639||31 546||32 518|
|Italien||5 313||947||693||1 900||462|
|Français||282||24||120||97||67|
|Romanche||23||38||91||142||51|
|Autres||52||6||13||406||1 679|
|Religion, Confession|
|Catholiquesb||14 493||23 149||18 924||26 439||31 732||29 846|
|Protestants||12||524||773||2 073||2 236||2 074|
|Catholiques-chrétiens||20||10||22|
|Autres||21||3||24||113||2 835|
|dont communauté juive||7||1||0||0||7|
|dont communautés islamiques||64||683|
|dont sans appartenancec||31||818|
|Nationalité|
|Suisses||14 465||17 376||18 267||27 743||31 393||31 706|
|Etrangers||40||6 368||1 433||813||2 698||3 071|
|Année||1905||1939||1965||1995||2005|
|Personnes actives||Secteur primaire||6 311||5 939||1 760||2 220d||1 821|
|Secteur secondaire||2 017||3 455||6 670||6 224||5 121|
|Secteur tertiaire||3 199||2 843||4 971||8 746||8 717|
|Année||1965||1975||1985||1995||2005|
|Part au revenu national||0,4%||0,4%||0,4%||0,4%||0,4%|
Les témoignages de présence humaine les plus anciens remontent à 2200 av. J.-C. (site de collecte de cristal de roche de Hospental-Rossplatten et pointe de flèche en silex de Hospental-Gotthardmätteli, à plus de 1500 m). Les sépultures de Bürglen et peut-être celles de la Jagdmatt, ainsi que divers vestiges isolés, datent du Bronze (1300-900 av. J.-C.). L'habitat le plus ancien, daté du Bronze moyen (1450-1200 av. J.-C.), a été découvert sur la colline du Flüeli à Amsteg; ce site bien abrité, au débouché du Maderanertal dans la vallée de la Reuss et donc au départ de la route du Chrüzlipass, proche de filons de cristal, de cuivre et de fer, fut aussi occupé à l'âge du Fer (vers 500-450 av. J.-C.). La céramique prouve qu'à l'âge du Bronze Amsteg était en relation culturelle d'une part avec le Plateau et d'autre part avec le site de Padnal à Savognin. Celle de l'âge du Fer atteste des échanges avec le sud des Alpes (Quinto) et la vallée du Rhin alpin. Le trésor celte d'Erstfeld, d'importance européenne, est un autre témoignage du passage de l'homme dans les Alpes centrales au IVe s. av. J.-C.; il est généralement interprété aujourd'hui comme une offrande votive à une divinité montagnarde. Une occupation préromaine est attestée en outre par la découverte d'outils en fer du IIe s. av. J.-C. au-dessus d'Altdorf et par la toponymie (Silenen, Surenen, etc.). On peut supposer que la vallée d'Urseren fut, sinon colonisée, du moins exploitée sous une forme extensive par les Lépontiens.
Auteur(e): Pascal Stadler / PM
Les rares vestiges (monnaies et tessons de 50-150 apr. J.-C. à Schattdorf) ne suffisent pas à tirer des conclusions sur l'occupation d'U. à l'époque romaine. L'analyse des toponymes suggère une influence gallo-romaine dans les régions proches du lac, tandis qu'en amont, en particulier sur le versant uranais des cols de l'Oberalp et du Chrüzli, le substrat serait plutôt rhétique. Sous le Haut-Empire, le territoire uranais tout entier (ou peut-être seulement l'Urseren) était probablement inclus avec la Rhétie et le Valais dans une circonscription administrative dirigée par un préfet. Par la suite, U. se trouva aux confins des provinces de Rhétie et de Germanie supérieure, mais le tracé exact de la frontière dans les Alpes ne peut être reconstitué; cependant, comme les Schöllenen marquèrent plus tard la limite entre les diocèses de Coire et de Constance, il est plausible qu'une frontière y ait déjà été fixée à l'époque romaine. Le col du Gothard était peut-être connu, mais ne jouait qu'un rôle insignifiant; il n'est pas mentionné dans les itinéraires romains et les archéologues n'ont repéré aucun aménagement (route, gîtes), ni dans la vallée de la Reuss, ni dans celle d'Urseren. Après la chute de la domination de Rome dans les Alpes centrales, le pays de la Reuss s'ouvrit sans doute vers le nord, tandis que l'Urseren restait sous l'influence des maîtres de la Raetia prima.
Auteur(e): Pascal Stadler / PM
La colonisation d'U. par les Alamans (dès le VIIe s.) eut lieu dans le cadre politique du duché d'Alémanie, institué par les Mérovingiens dans la partie orientale du royaume franc (Austrasie) et relativement indépendant jusque dans le deuxième quart du VIIIe s. Elle se reflète dans les toponymes en -ingen (VIIe-Xe s.), abondants dans tout le canton jusqu'à Wassen. Les lieudits d'origine latine et germanique se côtoient cependant, signe d'une coexistence pacifique entre Romans et Alamans. La tombe alamane de l'église Saint-Martin d'Altdorf (660-680) est un indice du rôle dirigeant tenu par les Alamans dans la vallée de la Reuss, en politique et dans l'Eglise. Le fait que l'abbé de Reichenau Heddo, proche des Francs, ait été exilé en 732 à U. (dont le nom apparaît pour la première fois à cette occasion) montre que la région n'avait alors guère d'importance géopolitique; elle occupait une situation marginale, raison pour laquelle la frontière entre le diocèse de Constance (fondé vers 600) et celui de Coire fut fixée dans les Schöllenen. Les rois francs disposèrent dès le VIIIe s. de biens étendus dans la vallée de la Reuss, sans doute confisqués aux Alamans; leurs compétences judiciaires semblent être exercées, dans la première moitié du IXe s., par un juge public ou un comte. Cela ressort de l'acte de 853 par lequel le roi Louis le Germanique fit don de ses biens et droits dans le pagellus Uroniae au Fraumünster de Zurich. On ne sait si ce transfert toucha toute la vallée ou s'il y avait aussi, à côté des domaines royaux, des alleux ou des terres appartenant à d'autres seigneurs laïques ou ecclésiastiques. Un avoué exerçait les droits de l'abbaye; il remplaça aussi le juge public ou comte, dont les tâches exactes ne sont pas connues. La donation royale de 853 incluait les églises de Silenen et de Bürglen (documentées en 857), et probablement celle d'Altdorf, attestée par l'archéologie.
L'Urseren était sans doute exploité, au haut Moyen Age, à partir de la Léventine. Relevant du diocèse de Coire, la vallée fut vraisemblablement attribuée à l'abbaye de Disentis lors de sa fondation et colonisée par ses gens, de langue romanche, au Xe s. au plus tard.
Auteur(e): Pascal Stadler / PM
On doit en partie s'appuyer sur des sources relatives au bas Moyen Age faute de documents sur les siècles antérieurs. La plus ancienne seigneurie foncière était celle du Fraumünster, qui comprenait au XIVe s. environ quatre-vingts grands domaines et 160 petits. Elle fut administrée dès le XIIIe s. par trois mayors, un par paroisse (Bürglen, Altdorf/Erstfeld et Silenen); ceux-ci étaient des ministériaux indigènes qui s'élevèrent à la noblesse et jouèrent un rôle important dans l'histoire uranaise jusque dans la seconde moitié du XIVe s.
Différentes familles portant le nom de Rapperswil possédaient de vastes terres à U. au XIIe s.; elles les remirent après 1227 et 1290 à l'abbaye cistercienne de Wettingen, dont les administrateurs avaient pour siège les tours de Schattdorf et de Göschenen. Les cisterciennes et cisterciens de Rathausen, Frauenthal et Kappel, ainsi que les lazarites de Seedorf avaient aussi des biens vendus ou donnés par des familles de petite noblesse. Les barons d'Attinghausen étaient possessionnés au bord du lac, dans la plaine de la Reuss et dans la partie supérieure d'U. Outre leurs serfs, ils gouvernaient aussi (par des moyens dont il ne reste aucune trace concrète) ceux du Fraumünster et ceux qui prétendaient appartenir à Wettingen. Ils acquirent en outre en 1336 le péage impérial de Flüelen. Des alleux paysans sont attestés dès le XIIIe s. L'Urseren relevait de la seigneurie foncière de l'abbaye de Disentis.
Le bailli impérial qui exerçait l'avouerie sur le Fraumünster de Zurich avait autorité sur les gens d'U., libres ou serfs. Cette fonction revint aux ducs de Souabe (env. 920-env. 976), puis aux Lenzbourg (jusqu'en 1173), aux Zähringen (jusqu'en 1218), enfin aux Habsbourg. L'Urseren dépendait de l'avoué de l'abbaye de Disentis; en 1239/1240, l'empereur Frédéric II y instaura un bailliage impérial, qui fut confié au comte Rodolphe de Rapperswil et revint, après la mort de l'ultime descendant de celui-ci (1283), aux Habsbourg.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Les mutations sociales et économiques s'accélérèrent au XIIIe s. Les abbayes intensifièrent leur contrôle seigneurial et introduisirent de nouvelles formes d'exploitation des pâturages. Elles créèrent des Schweighöfe (fermes spécialisées dans la production laitière), confiées à des membres de l'élite paysanne qui en tirèrent profit. De multiples formes d'organisation préétatique virent le jour. L'organisation féodale (censée canaliser la violence) s'imposa en même temps que se renforçaient diverses communautés locales, au XIIIe s. et dans la première moitié du XIVe s. Simultanément, l'ouverture du Gothard fit d'U., jusqu'alors marge territoriale, une région de transit; de nouveaux métiers apparurent et les relations économiques et politiques suprarégionales prirent de l'ampleur. Des capitaux urbains commencèrent à être investis dans l'économie pastorale, par l'intermédiaire de fermiers appartenant à l'élite rurale.
On rencontre souvent des gens d'U. agissant collectivement, par exemple en 955 déjà dans un acte concernant les dîmes (où ils se nomment nos inhabitantes Uroniam), en 1196 dans un conflit sur des droits d'usage avec Glaris, dès 1273 dans la querelle sur l'alpage de Surenen (homines universi vallis Uranie), de 1348 à 1358 dans la fixation de la frontière avec Schwytz (die lantluit gemeinlich ze Ure). Selon un acte transmis indirectement par Aegidius Tschudi, dont l'authenticité est en partie contestée par la recherche récente, le roi de Germanie Henri, fils de Frédéric II, conféra l'immédiateté impériale aux habitants d'U.; il les racheta du comte Rodolphe de Habsbourg et promit de ne jamais les remettre en gage ou en fief. En contrepartie, les Uranais auraient accepté de verser un impôt. Le sceau d'U., à la tête de taureau, apparaît en 1243. Les ammans (ministri) du XIIIe et du début du XIVe s. étaient aussi des fonctionnaires royaux. On ne sait ni par qui ni comment ils étaient nommés ou élus. Ils exerçaient probablement la fonction de juge suprême dans le bailliage impérial d'U.; au XIIIe s., le tribunal siégeait sans doute sous le tilleul d'Altdorf. Pendant le Grand Interrègne, le comte Rodolphe de Habsbourg fut appelé à intervenir comme juge dans la guerre des Izzeli-Gruoba (1257-1258).
Pour assurer la paix en renforçant leur pouvoir, les homines vallis uraniae conclurent une alliance de durée indéfinie avec Schwytz et Unterwald, peut-être déjà en 1291 ou peut-être seulement en 1309. A la fin de 1291, U. signa avec Schwytz et Zurich un pacte d'assistance militaire mutuelle. En 1309, l'empereur Henri VII de Luxembourg réunit Uri, Schwytz et Unterwald dans le bailliage impérial des Waldstätten, qu'il confia au comte Werner von Homberg. La participation des Uranais à la guerre de Morgarten est attestée par les anciens chroniqueurs (dès 1340 env.). Dans ce conflit, les Habsbourg voulaient enlever aux Homberg l'héritage des Rapperswil, défendre l'abbaye d'Einsiedeln (dont ils étaient avoués) contre les Schwytzois à propos de certains droits d'usage et imposer Frédéric le Beau sur le trône impérial contre son rival Louis de Bavière. U. prit parti pour ce dernier. Après la bataille de 1315, les gens d'U. s'allièrent avec Schwytz et Unterwald, à l'initiative de Schwytz. Cette alliance (pacte dit de Brunnen) était une sorte de paix territoriale; il garantissait les droits sur les terres et les gens des seigneurs fonciers, sauf s'ils attaquaient les trois alliés. Plusieurs diplômes impériaux adressés aux Uranais par Henri VII et, en 1316, par son successeur Louis de Bavière sont douteux, car connus seulement par des copies; mais nul ne conteste les lettres de 1327/1328 par lesquelles Louis confirma, pour la première fois conjointement, les privilèges d'U., Schwytz et Unterwald. En 1327, Zurich et Berne firent admettre les trois Waldstätten, reconnus alors comme des partenaires par les villes d'Empire, dans la grande ligue formée par ces dernières. Après 1315, U. prit part aux divers pactes qui aboutirent en 1513 à la Confédération des XIII cantons.
Cette évolution montre l'existence d'une collectivité uranaise depuis le XIIIe s. à peu près; mais on ne sait s'il s'agissait d'une communauté de vallée constituée autour de l'exploitation de biens communaux ou d'une association regroupant les sujets d'un seigneur. Contrairement à ce que pensaient autrefois les historiens, la conclusion du pacte de 1291 ou de 1309 n'a pas pour préalable indispensable une organisation communale solide, telle qu'il s'en forma aussi dans d'autres régions du Saint Empire. Si les trois cantons décidèrent de marcher de concert, ce fut aussi parce que les autorités les avaient d'abord rassemblés dans le même bailliage impérial. Après l'effacement de Werner von Homberg, U. et ses partenaires commencèrent à mener une politique autonome d'alliances avec l'empereur et les villes d'Empire.
Le renforcement institutionnel de l'organisation communale (qu'il faut différencier de l'autonomie croissante qui se manifeste dans la politique d'alliances) fit de rapides progrès au XIVe s. Ce processus ne doit cependant pas être compris comme une émancipation, mais comme l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle classe dirigeante, comme la substitution d'un ordre à un autre. Les compétences judiciaires et pouvoirs de décision des ammans s'étendirent bientôt aux terres en propriété collective (Gemeinmarch). Pour traiter les affaires politiques et judiciaires du pays, le landamman s'entoura de nombreux notables, membres d'un groupe dirigeant en voie de formation, qui se réserva le contrôle de la force publique et des ressources économiques. A ce groupe appartenaient notamment les barons d'Attinghausen, des familles de ministériaux, les mayors d'Erstfeld et de Silenen, mais aussi des paysans enrichis. Ainsi le droit prévalut et la société fut pacifiée.
Le système politique uranais (landsgemeinde, landamman, division du pays en dix circonscriptions électorales - les Genosssamen -, Conseil des Soixante et tribunal des Quinze) était déjà achevé dans la seconde moitié du XIVe s. Le canton reprit par étapes, après 1360, le péage impérial de Flüelen, qui deviendra sa principale source de revenus. Il s'affranchit des couvents de Wettingen, Kappel, Rathausen et Frauenthal en 1359, puis du Fraumünster en 1426-1428. Dès lors, les paroisses entretinrent les bâtiments ecclésiastiques et désignèrent leurs curés (les candidats choisis étaient ensuite confirmés par l'abbesse du Fraumünster et présentés à l'évêque qui les nommait). Des administrateurs paroissiaux remplacèrent les mayors abbatiaux. Les Attinghausen, qui fournirent le landamman de 1294 à 1358/1359, s'éteignirent peu après. Le pouvoir passa alors à des ministériaux du Fraumünster, puis, dès 1374, à de riches familles paysannes et marchandes. L'empereur Venceslas remit la haute juridiction aux gens de l'Urseren en 1382; il confirma le même privilège à U. (ainsi que la possession du péage de Flüelen) en 1389.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Au Moyen Age classique déjà, les Uranais avaient porté les limites de leurs alpages au-delà des cols du Klausen et de Surenen, ce qui avait causé de longues querelles avec Glaris et l'abbaye d'Engelberg. Le tracé de la frontière ne fut réglé définitivement qu'en 1196 au Klausen et en 1513 à Surenen. D'autres extensions d'alpages survinrent au XIVe s., aux dépens de Schwytz et de la Léventine.
Le but principal de la politique territoriale uranaise au bas Moyen Age fut de s'assurer le contrôle de la route du Gothard jusqu'en Lombardie (Expéditions au sud des Alpes). En 1403, U. et Obwald conclurent avec la Léventine une alliance défensive qui provoqua un conflit avec Milan. En 1410, un traité de combourgeoisie fut signé avec l'Urseren; privilégiant U., plus puissant, il fut à l'origine de la méfiance des gens de l'Urseren envers un partenaire qui se montra de plus en plus autoritaire. U. participa à la campagne qui fit du val d' Ossola un bailliage commun des Confédérés de 1410 à 1418 (Bailliages italiens). La défaite d'Arbedo (1422) stoppa pour plusieurs décennies l'expansion suisse et uranaise au sud des Alpes. La Léventine redevint même milanaise; les Uranais la récupérèrent en 1439/1441, mais leur souveraineté n'y fut reconnue durablement qu'après la bataille de Giornico (1478) et la paix conclue avec Milan en 1480. U. entraîna ensuite les Confédérés dans d'autres attaques, jusque dans le Sottoceneri. En 1487, le chapitre cathédral de Milan céda lui aussi ses droits sur la Léventine. Celle-ci garda son organisation traditionnelle et ses statuts (U. se contentait de nommer le bailli); elle accepta largement la domination uranaise, car elle avait mal supporté celle des ducs de Milan; elle prit part régulièrement aux expéditions au sud des Alpes, au côté d'U., en fournissant des troupes et de l'argent. Les tensions furent rares avant le milieu du XVIIIe s., mais après le soulèvement de la Léventine de 1755, U. supprima la plupart des privilèges du bailliage.
Depuis 1503, U. gérait avec Schwytz et Nidwald les bailliages du Blenio, de la Riviera et de Bellinzone. Il participait à l'administration de la plupart des bailliages communs (Baden de 1441 à 1712, Thurgovie de 1460 à 1798, Sargans de 1482 à 1798, Rheintal de 1491 à 1798, Locarno, val Maggia, Lugano et Mendrisio de 1512 à 1798, Freie Ämter de 1532 à 1712, Freie Ämter supérieurs de 1712 à 1798). Il fut en outre de 1464 à 1712 l'un des cantons protecteurs de Rapperswil. Incapable d'empêcher l'achat de voix par les candidats aux postes de bailli, U. tenta d'en faire profiter les caisses de l'Etat par une taxe officielle perçue auprès des élus dès 1646.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Les principales sources du droit sont le recueil de statuts (Satzungsbuch) établi dans la seconde moitié du XVIe s. et le code (Landbuch) attesté pour la première fois en 1525 et refait peu après 1600. L'un et l'autre contiennent des règles juridiques antérieures à 1500; il paraît donc légitime de les utiliser dans une description des institutions en vigueur au XVe s.
L'autorité suprême était la landsgemeinde (la première mention de son nom en allemand se trouve dans un acte original de 1329, Gemainde zu Ura), ouverte à tous les hommes ayant le droit de cité du pays, dès 14 ans révolus. Elle élisait les magistrats, les quatre ammans siégeant au tribunal des Quinze, les juges du tribunal des Sept, les délégués à la Diète, les baillis et la plupart des fonctionnaires. Elle avait des compétences législatives, administratives (y compris dans la gestion des communaux) et même, à l'origine, judiciaires. Elle décidait de la guerre et de la paix. Elle admettait les nouveaux citoyens. Elle se réunissait le premier dimanche de mai sur la place dite an der Gand à Bötzlingen (comm. Schattdorf), en suivant un cérémonial immuable (cortège, installation, ordre du jour). Les assistants commençaient par s'agenouiller pour une invocation à Dieu, puis prêtaient serment collectivement. Les affaires restées en suspens étaient reportées à une assemblée supplémentaire (Nachgemeinde) ou à la landsgemeinde de l'Ascension. En cas de besoin, une landsgemeinde extraordinaire pouvait se réunir en n'importe quel lieu. Les "conseillers et gens du pays" tranchaient aussi les questions peu importantes. La règle dite "des sept familles", qui pourrait remonter au bas Moyen Age, prévoyait que les propositions présentées à la landsgemeinde devaient émaner de sept hommes au moins appartenant à sept familles.
Le Conseil (Landrat), attesté dès 1373, se composait de soixante membres (Sechzger) élus à raison de six pour chacune des dix communautés, ainsi que des magistrats (Vorsitzende Herren) et des anciens landammans; il siégeait ordinairement quatre fois par an. D'autres institutions se développèrent avant la fin du XVIIIe s. Ainsi, pour les affaires particulièrement importantes, on convoquait le double ou triple Landrat, chaque conseiller se faisant accompagner d'un (double Landrat) ou de deux notables (triple Landrat). Le Conseil de district ou de semaine (Boden- und Wochenrat) avait surtout un rôle exécutif; la présence à ses réunions hebdomadaires était obligatoire pour les conseillers du chef-lieu et des communes proches; ceux des communes plus éloignées pouvaient aussi y assister. Les limites de compétences entre ces différents conseils étaient floues; l'attribution d'une affaire à l'un ou à l'autre pouvait dépendre parfois du hasard. Le Landbuch interdisait aux conseils d'empiéter sur les prérogatives de la landsgemeinde, mais décourageait d'un autre côté toute démarche visant à soumettre à celle-ci les décisions et sentences de ceux-là. Le contrôle des digues de la Reuss et du Schächen relevait d'un conseil spécial de sept membres (Siebner) mentionné dès 1493. Le Conseil secret, institué au milieu du XVIe s., s'occupait des finances publiques, mais aussi, notamment, des affaires militaires, en concurrence avec le Conseil de guerre secret, créé en 1554.
Les instances judiciaires relevant de l'Empire firent place à d'autres, selon une nouvelle organisation. A l'époque moderne, les crimes graves relevaient du Landrat siégeant comme cour pénale (Malefizlandrat). Le tribunal des Quinze (attesté dès 1366) jugeait les querelles d'honneur, d'héritage et de propriété quand l'enjeu était important, ainsi que les délits passibles d'amendes élevées; le tribunal des Sept traitait les plaintes et infractions mineures, le tribunal de district tranchait les litiges impliquant un marchand étranger.
La fonction publique la plus ancienne et la plus importante était celle du landamman, attestée sous ce nom allemand dès 1294 (document connu par une copie ultérieure) et 1301 (acte original). Le landamman présidait la landsgemeinde, les conseils et le tribunal des Quinze. Le groupe des magistrats (Vorsitzende Herren) comprenait en outre le vice-landamman, le trésorier, le capitaine du pays, le banneret, les enseignes du pays et, dès le XVIe s., l'intendant de l'arsenal. Il était assisté par des chanceliers, des sautiers, des messagers et des "avocats et juristes siégeant au Conseil" (Landesfürsprecher) ayant un rôle de conseillers juridiques. Les domaines que l'administration contrôlait avec le plus de soin étaient l'artisanat, le commerce, les transports et la police des denrées alimentaires.
Le pouvoir se concentra de plus en plus à Altdorf. Dès la fin du Moyen Age, quelques familles, apparentées et vivant noblement, tendirent à monopoliser les magistratures, de génération en génération. Elles imposèrent dès 1600 un régime de plus en plus absolutiste. Au XVIIIe s., l'oligarchisation suscita une réaction qui aboutit à l'ordonnance de 1764 sur les familles. Ce texte interdit la surreprésentation d'une famille dans les conseils et tribunaux et réglementa de manière plus restrictive les cas d'incompatibilité et de désistement obligatoire.
Le règlement financier adopté par la landsgemeinde en 1665 resta en vigueur jusqu'en 1798. Avec des recettes annuelles inférieures à 30 000 florins, fournies surtout par les péages et, dès 1663, par un prélèvement sur les pensions versées par les princes étrangers, l'Etat menait encore au XVIIIe s. un train modeste, mais il engrangeait régulièrement des surplus, bien qu'il eût renoncé après 1656 à tout impôt direct. En 1798, le trésor public se montait à 229 000 florins.
Le canton participait à la Diète et eut l'occasion de lui soumettre à plusieurs reprises des problèmes liés au trafic du Gothard, comme l'affaire de Varèse (1471-1482), déclenchée par le vol, sur le marché de cette ville, de chevaux appartenant à l'Uranais Heini Wolleb. Il envoyait aussi des délégués aux conférences catholiques. Il était allié, comme l'ensemble des cantons, avec la France et l'Autriche, mais signa aussi, contrairement aux cantons protestants, les alliances avec la Savoie (1560), le Saint-Siège (1565) et le Milanais espagnol (1582). En 1586, il conclut avec les quatre autres cantons de Suisse centrale, ainsi qu'avec Fribourg et Soleure la Ligue d'Or pour la défense de la religion catholique. Son délégué Peter Gisler joua un rôle déterminant dans l'élimination du protestantisme en Valais et le renouvellement de l'alliance entre ce pays et les cantons catholiques (1602-1608). Lors de la première guerre de Villmergen, l'Uranais Sebastian Peregrin Zwyer von Evibach commanda les troupes défendant Rapperswil. Il fut soupçonné d'intelligence avec l'ennemi, à cause de sa stratégie purement défensive et d'une lettre de sauvegarde établie par les Bernois pour son château de Hilfikon. L'affaire qui s'en suivit déchira les cantons catholiques (1656-1661).
En 1668, U. approuva le Défensional de Baden et son organisation militaire, qui l'obligeait à fournir, en alternance avec Berne, le commandant d'un régiment fédéral. Mais il le dénonça en 1678, sous l'influence de Schwytz (Défensionaux). Lors des troubles du Toggenbourg qui aboutirent à la seconde guerre de Villmergen (1712), le landamman Josef Anton Püntener chercha d'abord un compromis avec Zurich et Berne, mais fut battu devant la landsgemeinde par le parti de la guerre et le clergé catholique. Finalement vaincus, les cantons catholiques perdirent leur prépondérance dans la Confédération; U. fut privé en outre de sa cosouveraineté dans le comté de Baden, à Rapperswil et dans les Freie Ämter inférieurs. Globalement, U. resta toujours fidèle, durant les XVIIe et XVIIIe s., à ses alliés catholiques, mais se montra, dans les questions confessionnelles, un peu moins rigide que les Schwytzois, champions le plus souvent intraitables de l'ancienne foi.
Les hommes étaient astreints au service dès 16 ans. Le règlement militaire de 1600 prévoyait deux contingents d'élite; l'un marchait derrière la bannière, l'autre, plus petit, derrière l'enseigne. Les inspections périodiques furent intensifiées après la seconde guerre de Villmergen. L'équipement et l'armement, d'abord fournis par les propriétaires fonciers, furent mis à la charge de l'Etat au XVIe s. Pour l'instruction, U. profitait de l'expérience acquise au service étranger.
L'administration des forêts et des pâturages pour gros et petit bétail incombait aux communautés villageoises, celle des alpages à des consortages spéciaux. Seul l'alpage de Ruosalp, au nord du Schächental, dépendait du canton. Les communaux étaient réservés aux détenteurs du droit de cité uranais, au détriment d'autres exploitants. La spéculation avec des bêtes qui n'avaient pas hiverné dans le pays était interdite.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Les dix communautés créées au XIVe s. élisaient les membres du Conseil des Soixante, ainsi que les dix juges qui, avec le landamman et quatre personnes nommées par la landsgemeinde, formaient le tribunal des Quinze. Elles s'occupaient des tutelles (mineurs et orphelins), du recrutement, de l'inspection des équipements militaires et du contrôle des communaux, le plus souvent sous la direction de leurs représentants au Conseil.
Dans les localités, des institutions communales se développèrent, à des rythmes différents selon les domaines, autour de la gestion des biens paroissiaux (entretien des églises et chapelles) et des équipements villageois (chemins et ponts surtout). L'assemblée des paroissiens ou celle des communiers, organes suprêmes, confiaient les tâches d'exécution aux "chefs du village": membres du Conseil, administrateur paroissial, bailli du village, titulaires de fonctions publiques locales.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Les grands défrichements, l'expansion territoriale menée en dépit des conflits au-delà des lignes de partage des eaux et la diversification rapide des associations paroissiales ou communales indiquent une croissance démographique au Moyen Age classique. Simultanément, la vallée d'Urseren, où vivait une population romane peu nombreuse, fut colonisée par des Walser venus du Valais, qui y apportèrent leur droit et leur langue (ce qui se reflète dans de nouveaux toponymes). L'aménagement des Schöllenen vers 1200 favorisa le peuplement de la région. Alors débuta le trafic international de personnes et de marchandises par le col du Gothard, qui exigea une organisation complexe: péages, soustes, installations portuaires, hébergement, ateliers de maréchaux-ferrants, de tonneliers, de selliers, de potiers. La route devint la colonne vertébrale de villages apparus à ses abords, alors que l'habitat dispersé continuait de prédominer dans les vallées latérales.
En dépit des épidémies de peste (attestées en 1348-1349, 1517-1518, 1574-1575 et 1629), la population s'accrut encore au bas Moyen Age et aux XVIe et XVIIe s. Mais des famines dues à de mauvaises récoltes se produisirent dans les années 1690 et au XVIIIe s.; les pires furent celles de 1742-1743 et de 1770-1771, aggravées par des épizooties qui nuisirent fortement au commerce de bétail. U. comptait 9828 habitants (sans l'Urseren) en 1743 et 9464 à la fin du XVIIIe s. (10 607 avec l'Urseren).
Auteur(e): Urs Kälin / PM
L'élevage et l'économie alpestre étaient les principaux piliers de l'économie uranaise. Les conditions climatiques favorisèrent l'extension des alpages au Moyen Age classique et tardif. Les paysans produisaient, avant tout pour leur propre usage, des grains, du vin, des fruits, des noix, de la laine, de la viande, du lait et des laitages. Au XIVe s., la céréaliculture et la viticulture reculèrent peu à peu au profit de l'élevage. Il existait déjà au Moyen Age classique, sur les domaines des abbayes, de grandes fermes vouées à l'élevage (Schweighöfe). Elles furent le noyau de domaines appartenant à de gros paysans qui écoulaient leurs surplus sur les marchés proches ou lointains d'Altdorf, Lucerne, Bellinzone, Lugano, Côme et Milan. Sous l'influence de marchands établis dans des villes au nord et au sud, on passa d'une économie de subsistance à une production animale destinée au marché. Dès le bas Moyen Age, la propriété paysanne connut de fortes mutations, reflets d'une grande mobilité sociale. L'agriculture uranaise atteignit son apogée aux XVIe et XVIIe s., grâce aux revenus générés par la Welschlandfahrt, c'est-à-dire l'exportation de bétail en Italie du Nord (Commerce de bétail). Puis sa productivité stagna. Des problèmes structurels (liés au poids de la petite paysannerie) l'empêchèrent de se convertir à la production de fromage à pâte dure (sbrinz) pour l'exportation. Le rapport entre la capacité de production alimentaire et le chiffre de la population se détériora vers la fin du XVIIIe s. et le bien-être relatif des Uranais ne se maintint pas.
La vie économique reposait en deuxième lieu sur le trafic du Gothard. La route n'était qu'un étroit chemin muletier. Les marchandises étaient transportées à dos de cheval ou de mulet ou, en hiver, sur des luges. A l'origine, le sommage se faisait généralement par tronçons, d'une souste à l'autre (Strusfuhr). Au début du XVIIIe s., les autorités cherchèrent à imposer, pour des raisons économiques, le convoyage direct (Strackfuhr). Le Gothard était bien moins fréquenté que les cols grisons et surtout que le Brenner. Néanmoins, le trafic augmenta fortement au cours du XVIIIe s. pour culminer en 1795 à 37 000 sommées, notamment grâce aux investissements consentis pour améliorer la route (pont du Häderli dans les Schöllenen en 1649, tunnel de l'Urnerloch en 1707-1709, tronçon du Flüeli près d'Amsteg en 1764, pont dit Schönibrücke dans la comm. de Wassen en 1773). Cet essor profita d'abord aux expéditeurs, transporteurs et marchands établis surtout à Altdorf et Andermatt, qui s'enrichirent dans la seconde moitié du XVIIIe s. Le trafic des marchandises et des voyageurs (env. 15 000 personnes par an au XVIIIe s.) procurait aussi des revenus indirects (entretien de la route, déneigement, vente de foin, hébergement). Les artisans locaux eurent à satisfaire une demande intérieure accrue; ils commencèrent à s'organiser en sociétés et confréries de type corporatif au XVIe s. L'exploitation du cristal de roche (Göscheneralp, Maderanertal, région du Gothard) ainsi que celle des mines de fer (Isleten près d'Isenthal, Maderanertal), d'argent et d'alun (Graggental à Gurtnellen) jouèrent un certain rôle entre le XVIe et le XVIIIe s. Des fabricants d'Altdorf et d'Andermatt développèrent au XVIIIe s. l'industrie à domicile (schappe de soie, coton).
Enfin, le mercenariat représentait un facteur économique de poids. On sait qu'au XIIIe s. déjà, des nobles de la région s'engagèrent en Italie du Nord. Cela donna naissance à une longue tradition d'entrepreneurs militaires indépendants. Travaillant d'abord surtout pour des villes et des princes italiens, ils recrutèrent aussi, dès le XVIe s., pour les régiments capitulés du service d'Espagne, de France et de Savoie et pour les gardes pontificales de Bologne et de Ravenne (dont tous les capitaines furent uranais). Pour l'élite locale, le service étranger resta jusqu'à la fin de l'Ancien Régime la principale source de revenus, alors même que son attrait déclinait fortement pour les simples soldats. Il apporta à U. non seulement de grosses sommes d'argent sous forme de pensions, mais des valeurs culturelles et un goût pour le style de vie des cours européennes.
U. frappa monnaie à Bellinzone (1520-1548) et à Altdorf (1520-1648), en grande partie pour le compte de Schwytz et de Nidwald. Plus tard, il recourut aux ateliers de Berne et de Lucerne, la dernière fois en 1811 (pièces d'un rappen, d'un demi-batz, de 2 et 4 batz, soit 1, 5, 20 et 40 centimes). Bien qu'il eût sa propre monnaie, de nombreuses espèces étrangères circulaient en permanence, surtout de grosses pièces (florins florentins, doublons espagnols, ducats vénitiens, écus au soleil et louis d'or français).
Auteur(e): Urs Kälin / PM
Le groupe dirigeant, au Moyen Age classique, n'était homogène ni dans son origine sociale ni dans ses allégeances. Les représentants des deux principaux propriétaires fonciers, le Fraumünster de Zurich et l'abbaye de Wettingen, avaient une influence prépondérante. Si la position des couvents était forte, celle de la noblesse laïque était relativement faible, ce qui résultait sans aucun doute d'une féodalisation tardive et incomplète aux XIe et XIIe s. Malgré ces conditions désavantageuses, la noblesse féodale s'efforça de jouer un rôle stabilisateur dans la société; les premiers pactes fédéraux furent aussi un effet de cette attitude. A la fin du XIIIe s., les anciennes structures commencèrent à se déliter. A côté des ministériaux (chevaliers) et de quelques barons, on vit émerger les représentants d'une élite roturière. A la fin du XIVe s., les premiers cédèrent la place aux seconds (paysans et marchands). La mobilité sociale, tant vers l'amont que vers l'aval, resta forte jusqu'à ce que se constitue, au cours du XVIe s., une société où quelques familles accaparèrent pendant des générations la richesse et le pouvoir, en s'appuyant matériellement à la fois sur la propriété foncière, le service étranger et les charges publiques lucratives.
Le clergé, étroitement lié à l'élite politique et économique, avait une grande influence. Il accrut régulièrement ses effectifs jusqu'au XVIIIe s. En 1762, on comptait 119 ecclésiastiques, tant réguliers que séculiers (soit un peu plus de 1% de la population).
Le rachat des droits féodaux ne commença vraiment qu'après 1350 et se poursuivit jusqu'au XVe s. Aux anciens états (serfs, libres, nobles) se substitua une différenciation en petits paysans, classe moyenne (paysans, artisans, commerçants) et élite. Il y avait en outre un clivage très net entre les "gens du pays" (Landleute, citoyens de plein droit) et les habitants (Beisassen et Hintersassen ) sans droits politiques ni accès à la majorité des ressources collectives (alpages, communaux, sommage). Après 1600, l'acquisition du droit de cité uranais fut soumise au paiement d'énormes taxes d'entrée.
Sous l'Ancien Régime, il n'existait ni établissement pour les pauvres, ni orphelinat. On s'en tenait à la charité traditionnelle, ecclésiastique ou privée, qui passait par de nombreuses distributions de pain, de sel et de farine instituées en mémoire de défunts, par des fondations (familiales ou non), des legs et des fonds privés pour bourses d'études. Les nécessiteux trouvaient aussi de l'aide dans les couvents et les hospices pour étrangers, qui accueillaient parfois des pauvres indigènes. Les contributions accordées à bien plaire par le Conseil de district, sur requête, étaient la seule participation directe de l'Etat à l'assistance publique. L'essentiel de la charge reposait sur les pauvres eux-mêmes, soumis à l'"impôt de parenté".
Auteur(e): Urs Kälin / PM
L'Urseren relevait du diocèse de Coire, l'ancien Pays d'U. formait le territoire le plus méridional du diocèse de Constance, avec le chef duquel les liens étaient fort lâches, en raison de la distance, d'autant que les Uranais, d'esprit indépendant, ne faisaient rien pour les renforcer. La reconsécration de l'église des lazarites de Seedorf en 1254 est la seule occasion où soit attestée la présence de l'évêque en personne avant la fin du Moyen Age. Les visites diocésaines (inspection du clergé et des églises au nom de l'évêque), rares au bas Moyen Age, ne devinrent plus régulières qu'après la Réforme catholique (dès 1608 env.). Un commissaire épiscopal, institué vers 1500, veillait au respect de la moralité et des prescriptions liturgiques. Ce rôle était presque toujours dévolu au curé d'Altdorf. Un curé uranais, généralement celui d'Altdorf, faisait toujours partie, soit comme Sextar, soit comme doyen, du chapitre des Quatre cantons, antique institution diocésaine.
En s'affranchissant, au bas Moyen Age, des dîmes dues au Fraumünster, les paroisses acquirent une large autonomie. Propriétaires des églises, elles en assuraient l'entretien et géraient elles-mêmes recettes et dépenses. Jouissant d'abord d'un droit de présentation, confirmé en 1513 par le pape Jules II, elles finirent par contrôler entièrement l'attribution des bénéfices. Ce patronage populaire fut la base de l'Eglise d'Etat de l'époque moderne, soumise à la surveillance des autorités laïques. Dans les querelles qui opposèrent le clergé aux magistrats (comme l'affaire du docteur [Johann Kaspar] Stadler en 1692-1693, ces derniers l'emportèrent presque toujours, même si les curés des trois paroisses mères (Altdorf, Bürglen, Silenen) avaient droit de parole à la landsgemeinde, qu'ils fussent du pays ou non.
De nouvelles paroisses commencèrent à se former au XIVe s., d'abord dans les zones excentrées; Sisikon se détacha ainsi d'Altdorf en 1387. Le mouvement s'amplifia à la fin du XVe et au XVIe s., en même temps que se multipliaient les fondations de bénéfices. Dès le XVIIe s., ou au XVIIIe au plus tard, les paroisses aisées disposaient d'un vicaire; Altdorf en avait treize au XVIIIe s., quatre défrayés par la paroisse et neuf titulaires de bénéfices familiaux.
La maison de lazarites fondée en 1215 à Seedorf fut longtemps le seul monastère du canton. En 1559, elle fut reprise, à la demande des autorités, par des bénédictines venues de Claro, qui en firent un brillant couvent à l'époque baroque. En 1581, les capucins fondèrent à Altdorf leur premier établissement au nord des Alpes; attentifs aux besoins de la population, ils desservirent l'Urseren dès 1688 et marquèrent pendant des siècles la vie religieuse uranaise. Le couvent féminin d'Attinghausen, fondé en 1608, connut longtemps une existence précaire; il adhéra à l'ordre des capucins et à la réforme de Pfanneregg, sous l'influence du père Antonius Gallerani, en poste à Altdorf. Après un incendie (1676), il fut transféré à Altdorf. L'acquisition de terres et de rentes par les couvents fut limitée en 1638.
Pays de passage, U. n'ignora pas la Réforme. Mais l'ancienne foi et l'attachement au pape l'emportèrent. Sans doute à l'instigation du landamman Josue von Beroldingen, le chancelier Valentin Compar rédigea en 1524/1525 un pamphlet anti-zwinglien, qui fut approuvé par la landsgemeinde. Plus tard, des notables comme Johannes Zumbrunnen, Ambros Püntener ou Walter von Roll, stimulés par le séjour de Charles Borromée à U. en 1570, firent pression pour que l'on mette en pratique les directives du concile de Trente. Dans l'ensemble, à l'époque moderne, le canton entretint d'excellentes relations avec les papes qui avaient appris à estimer les mercenaires uranais; les liens se renforcèrent encore après l'établissement de la nonciature à Lucerne, la route Rome-Lucerne passant par U. Entre le XVIe et le XVIIIe s., huit nonces résidèrent temporairement à Altdorf.
La vie publique était tout imprégnée de religiosité. A certaines dates, les magistrats devaient se rendre à l'office. Tout acte politique commençait rituellement par une invocation à Dieu. En souvenir des grands événements du passé, des célébrations avaient lieu dans les églises du canton en novembre (commémoration de Morgarten le vendredi après la Saint-Martin d'hiver) et le 22 juin (jour des Dix Mille Martyrs et date des batailles de Laupen et de Morat) depuis 1489. A la Saint-Marc (25 avril), le canton organisait des pèlerinages à la chapelle de la Jagdmatt à Erstfeld (à cette occasion, on y préparait les délibérations de la landsgemeinde), à la chapelle Saint-Jacques du Riedweg près d'Altdorf et à la chapelle de Tell au bord du lac. Les gens de l'Urseren se rendaient en pèlerinage à Disentis à la Saint-Placide (5 octobre) et à la chapelle de saint Gothard le 30 juin. Des pèlerinages communaux avaient pour but les chapelles Notre-Dame-des-Grâces du Riedertal (comm. Bürglen), de la Jagdmatt et du Sonnenberg (comm. Seelisberg), ainsi que l'église de Schattdorf. Chaque paroisse avait ses rogations, généralement pendant la semaine de l'Ascension; la procession faisait le tour du village ou des chapelles.
La confrérie du couvent des lazarites de Seedorf est la plus ancienne connue (XIVe-XVe s.). Puis vinrent, au XVIe s., celles de Saint-Jacques, du Saint-Sépulcre et de Notre-Dame à Altdorf; les deux premières étaient particulièrement prestigieuses. Dès le XVIIe s., chaque paroisse eut sa confrérie du Rosaire. Au XVIIIe s., on trouvait dans les églises villageoises, en moyenne, quatre confréries avec bannière, parfois placées sous une invocation rare (confréries de la Ceinture à Erstfeld et Isenthal). La confrérie pour l'encouragement des œuvres de charité (Altdorf) et celle des Officiants de l'Immaculée Conception à Hospental, sur des modèles italiens, impressionnaient par leurs costumes.
De petites communautés de sœurs non affiliées à un ordre sont attestées dès le XIVe s. Celles d'Altdorf, Attinghausen et Schattdorf furent dirigées jusqu'au XVIe s. par des frères mendiants du couvent des dominicains de Zurich, celle de Silenen par des franciscains de Lucerne. L'érémitisme fut pratiqué surtout dans la vallée de la Reuss, par des femmes jusqu'à la fin du XVIe s., par des hommes jusqu'au XVIIIe s.
Auteur(e): Helmi Gasser / PM
L'ancienne église d'Andermatt et les clochers (autrefois bâtiments isolés) d'Attinghausen, Seedorf et Bürglen remontent à la fin de l'époque romane. Mais le style baroque prédomine, avec des églises à la nef lumineuse et aux décorations de qualité, telle celle d'Altdorf (1602-1607), l'édifice le plus ancien du premier baroque en Suisse alémanique, inspiré des travaux romains du Tessinois Domenico Fontana.
L'axe du Gothard favorisa de vifs échanges culturels. Selon les époques, les influences viennent du sud (cas le plus fréquent) ou du nord. Dès 1500 environ, les œuvres d'art sont tantôt importées, tantôt réalisées sur place, soit par des maîtres étrangers de passage, soit par des indigènes (bourgeois ou habitants).
Des retables furent importés de Schaffhouse et d'Allemagne du Sud vers 1500 et, peu après, des tableaux de Milan. Un grand ostensoir fut commandé en 1510 à l'orfèvre zurichois Niklaus Müller. Un peu plus tard apparaissent des orfèvres durablement établis à U. et, dans le dernier quart du XVIe s., le premier maître originaire du pays, Martin Troger, issu, comme ses successeurs, d'une famille de l'élite locale.
Au XVIe s. et au début du XVIIe la majorité des maçons et architectes venaient d'Italie du Nord, du val Maggia, du val Sesia et de Bosco/Gurin. Certains d'entre eux se fixèrent à U. On se fournissait en tableaux de haute qualité à Bologne. Des artistes du nord s'établirent aussi dans le canton, par exemple, dans la seconde moitié du XVIIe s., les architectes de la famille Butscher, originaire du Vorarlberg (dont les liens avec les Purtschert, également actifs en Suisse centrale, restent obscurs). Dans le dernier quart du XVIIes. et au début du XVIIIe, des personnalités issues du patriciat uranais dominèrent le champ artistique, comme Johann Jakob Scolar (églises à coupole de Bürglen et Seedorf), Bartholomäus Schmid (églises de Hospental et Andermatt), le peintre Karl Leonz Püntener et plusieurs orfèvres de la famille Imhof. On continua de faire venir les stucateurs d'Italie. Dans la construction d'autels néanmoins, le goût alpestre l'emporta (sauf à Altdorf) avec un encadrement sculpté exubérant mettant en valeur des tableaux de couleurs vives. Les principaux représentants de ce style sont les Valaisans Johann Jodok et Johann Ritz, qui tous deux eurent temporairement le statut d'habitants à U.
Plus avant dans le XVIIIe s., la préférence alla à des architectes, peintres et stucateurs du nord. Caspar Moosbrugger construisit avec ses neveux l'hôtellerie du couvent de Seedorf; l'église de Schattdorf (1729-1733) est due à Josef von Brüel, de Bregenz, et celle de Silenen (1754-1756) au Lucernois Jakob Singer.
L'intérêt pour les sujets profanes progressa à la fin du XVIIIe s.: ainsi, Franz Xaver Triner, d'Arth, réalisa des vues de bâtiments uranais dans leur environnement pittoresque, Felix Maria Diogg, d'Urseren, de très bons portraits.
Auteur(e): Helmi Gasser / PM
Le goût des familles dirigeantes des XIIIe et XIVe s. pour la pierre apparaît dans les tours (sans caractère défensif) qu'elles se firent construire dans le bas des vallées de la Reuss et du Schächen. Dès la fin du XVe s., les belles résidences se concentrèrent à Altdorf et aux environs. Dès la seconde moitié du XVIe s., elles eurent pour principal modèle le palazzo italien. Contrairement aux maisons patriciennes urbaines, elles n'étaient pas en ordre contigu, mais isolées sur une parcelle entourée de hauts murs. L'aménagement intérieur reflétait l'intensité des relations avec l'Italie.
Les maisons paysannes étaient faites avec des matériaux locaux. Le maître charpentier était généralement indigène et la tradition dictait les méthodes de construction. On posait sur un soubassement en pierre (avec cave), souvent enfoncé dans un terrain en pente, le logis en madriers, dont seule la façade arrière (du côté de la cuisine et du foyer) était maçonnée. Le toit, peu incliné jusqu'au XVIIIe s., était couvert de bardeaux et lesté de pierres pour résister au vent. La maison uranaise se caractérisait par la simplicité de ses formes cubiques et la modestie de ses ornements. Dans les régions qui vivaient exclusivement de l'agriculture, elle était au centre du domaine qui dépendait d'elle et l'habitat dispersé prédominait.
Auteur(e): Helmi Gasser / PM
En 1472, Johann Bürgler est cité comme maître laïque d'une école élémentaire et latine à Altdorf. L'établissement était financé par le Pays d'U.; il était aussi ouvert aux filles. Une ordonnance scolaire détaillée fut édictée en 1579. Le maître, généralement un laïc, devait remplir certaines fonctions à l'église, diriger le chœur et tenir l'orgue. En 1697, les capucines reprirent l'école des filles. Dans les autres communes, des maîtres d'école sont attestés dès le début du XVIIe s.; ils appartenaient souvent au clergé, responsable de l'école primaire à l'époque moderne, mais étaient contrôlés par les autorités politiques qui, au XVIIIe s., s'avérèrent en majorité opposées à l'esprit des Lumières.
Le programme de l'école latine d'Altdorf allait jusqu'à la rhétorique. Les élèves qui voulaient pousser plus loin leurs études devaient quitter le canton; on les retrouve aux collèges jésuites de Fribourg (Saint-Michel) ou Lucerne, au collège des bénédictins de Bellinzone et, pour quelques-uns, sur les bancs d'universités en Italie du Nord. Les futurs prêtres fréquentaient le Collegium helveticum de Milan.
Auteur(e): Helmi Gasser / PM
Les coutumes marquaient la vie rurale et rythmaient l'année liturgique. Parmi les plus anciennes, on peut citer le Sternsingen, chant de quête des enfants qui vont toujours de maison en maison en portant une étoile le jour de l'Epiphanie. Le carnaval (attesté dès le XIVe s.) et la fête paroissiale s'accompagnaient de friandises, de banquets et de bals (chaque commune avait un pont de danse ou une salle de bal). Les fêtes annuelles de tir donnaient lieu à des concours dotés de prix. Sur les alpages, on récitait le chant du soir, dans lequel on demandait à la Vierge et à l'enfant Jésus d'étendre leur protection sur le goldene Ring (l'"anneau d'or", image désignant l'alpage à protéger). Dans le Schächental et à Isenthal, les confréries d'armaillis et leurs fêtes prirent une importance particulière.
Le Jeu de Guillaume Tell, dans sa version de 1512, rédigée probablement par Valentin Compar, est à l'origine d'une importante tradition scénique, illustrée aussi par les jeux liturgiques; écrits par des ecclésiastiques et exécutés par des clercs et des écoliers, ceux-ci enrichissaient la vie culturelle tout en concourant à l'édification religieuse. A l'époque moderne, l'image officielle de l'histoire uranaise reposait très fortement sur les mythes fondateurs, comme le montre l'omniprésence de Guillaume Tell; on dédie au héros une fontaine à Altdorf (1583), des chapelles ornées au XVIe s. déjà de scènes de sa vie, ainsi que les fresques du Türmli d'Altdorf (histoire de Tell et bataille de Morgarten, 1694). En 1760, le Conseil et le landamman d'U. écrivirent une lettre à Lucerne pour condamner vivement ceux qui commençaient à présenter l'histoire de Tell comme une légende danoise.
Dans un canton très attaché à la tradition et marqué par la culture confessionnelle, le mouvement des Lumières, perçu par les autorités et par le clergé comme une menace venue de l'étranger, n'eut que des effets très marginaux à la fin du XVIIIe s. Rares furent les Uranais qui suivirent l'exemple du curé Karl Joseph Ringold, membre de la Société helvétique et l'un des principaux représentants des Lumières catholiques en Suisse. Quelques-uns en revanche, tels le curé de Bürglen Sebastian Anton Wipfli et le médecin d'Altdorf Anton Imfeld, firent partie de la Concordia helvétique, association de Suisse centrale fondée en 1768 pour faire pièce à la Société helvétique supraconfessionnelle et fédérale. Karl Josef Epp, membre de plusieurs sociétés de sciences naturelles, fit des essais d'amélioration dans la plaine de la Reuss.
Auteur(e): Helmi Gasser / PM
Les autorités uranaises condamnèrent la Révolution française et manifestèrent aussi leur opposition aux nouveautés en Suisse et aux revendications qui s'élevaient ici ou là, par exemple celles présentées par les élites rurales zurichoises pendant l'affaire de Stäfa (1794-1795). En 1797, elles firent brûler par le bourreau des brochures de propagande venues de France.
Lors de l'invasion française de 1798, U. mobilisa ses troupes, à la demande de Berne (29 janvier). Mais au moment des combats décisifs près de Berne (début mars), il conseilla aux autorités bernoises de faire des concessions aux Français quant à la forme de gouvernement; les troupes uranaises refusèrent de se battre (4 et 5 mars) et regagnèrent leurs foyers. A la conférence de Brunnen (11 mars), U., Schwytz, Nidwald, Zoug et Glaris décidèrent de négocier avec le général Brune une solution séparée pour la Suisse centrale, dans le cadre du projet de Tellgovie soutenu par Brune; avant même le début des pourparlers, qui échoueront parce que le Directoire français tenait à faire de la Suisse une République unitaire, la landsgemeinde affranchit la Léventine le 14 mars. Le 11 avril, le commissaire du gouvernement François-Philibert Le Carlier et le général Schauenburg, successeur de Brune, donnèrent aux cantons qui s'opposaient encore à la Constitution helvétique un délai de douze jours pour l'adopter. Après quelques hésitations lors de la landsgemeinde du 20 avril, U. décida de défendre son régime traditionnel et de se joindre au soulèvement de Schwytz, Nidwald, Zoug et Glaris. Ses autorités, contrairement à la population, ne semblent pas avoir cru à un succès militaire, car elles s'efforcèrent d'engager le moins possible leurs troupes dans des combats contre les Français. Le soulèvement fut écrasé au début de mai, U. capitula le 5 mai et accepta la Constitution helvétique. Puis vinrent le serment civique (fin août et septembre), le désarmement (septembre) et l'occupation par des troupes françaises (octobre).
Sous la République helvétique, U., divisé en deux districts (Altdorf et Andermatt), forma avec Zoug, Obwald, Nidwald et la partie "intérieure" (sud-ouest) de Schwytz le canton des Waldstätten. La Léventine fut attribuée au canton du Tessin. Dans chaque district, un sous-préfet, assisté d'agents nationaux dans les villages, veillait à l'application des lois de la République. Les communes bourgeoises regroupaient les personnes ayant accès aux droits d'usage (qui élisaient comme exécutif une chambre de régie); les communes d'habitants rassemblaient tous les citoyens actifs et avaient à leur tête une municipalité. Le district d'Altdorf comptait quatorze communes (quinze dès 1800, Gurtnellen ayant pris son autonomie), celui d'Andermatt quatre. La municipalité d'Altdorf, prépondérante, mena temporairement la plupart des affaires du district. Le nouveau régime était apprécié dans le district d'Andermatt, où officiait le sous-préfet Franz Josef Julius Meyer, mais déplaisait aussi bien au peuple qu'aux élites dans celui d'Altdorf. En avril et mai 1799, Franz Vinzenz Schmid prit la tête d'un soulèvement contre les occupants, auquel des Valaisans et des gens de la Léventine vinrent prêter main forte; négligeant presque toute coordination avec les mouvements analogues apparus au même moment dans les autres cantons alpins, la révolte fut rapidement écrasée par le général Soult qui traita la population uranaise avec mansuétude.
Entre mai et septembre 1799, U. fut un théâtre d'opérations dans le cadre de la deuxième guerre de coalition; fin mai-début juin, des troupes autrichiennes s'emparèrent de l'Urseren et de la vallée de la Reuss, à partir de l'Oberalp. Avec l'aide du capucin Paul Styger, elles tentèrent de restaurer l'ordre ancien. Mais les Français revinrent en août déjà et le général russe Souvorov, s'il réussit à franchir le Gothard, dut bientôt se retirer. Les exigences des occupants (cantonnements, réquisitions de bétail et de fourrage, transports), les pillages, les dommages de guerre et les catastrophes (incendie d'Altdorf en 1799) provoquèrent une famine à U. et dans l'Urseren. Malgré les mesures prises par le commissaire du gouvernement Heinrich Zschokke (collectes dans la Confédération, enfants évacués dans les cantons de Lucerne, Soleure et Berne), il fallut de nombreuses années pour réparer les dégâts et plus encore pour surmonter l'appauvrissement dû à la révolution.
Arrivés au pouvoir par un coup d'Etat à la fin d'octobre 1801, les fédéralistes supprimèrent le canton des Waldstätten au début de novembre et rétablirent les anciens cantons. Nommé préfet d'U., Josef Anton von Beroldingen tenta aussitôt, mais en vain, de récupérer la Léventine. Avant même l'achèvement des travaux préparatoires pour une nouvelle constitution cantonale, les unitaires revinrent à la tête de la République helvétique (quatrième coup d'Etat, 17 avril 1802). Au début de juin, l'ancien Pays d'U. rejeta la nouvelle Constitution helvétique, tandis que l'Urseren l'approuvait tout aussi nettement. Après le retrait des troupes françaises stationnées en Suisse, U. prit part à la guerre des Bâtons contre le gouvernement central (été et automne 1802); le 30 août, le Conseil provisoire, élu par les dix communautés selon l'ancienne procédure, s'affranchit des autorités helvétiques; l'Urseren fut contraint de faire de même le 21 septembre, sous la menace d'une intervention armée.
On salua la médiation de Bonaparte, tenu pour un ami des petits cantons campagnards. U. envoya Emanuel Jauch à la Consulta à Paris. Une fois encore, la Léventine lui échappa. Le 27 avril 1803, la landsgemeinde accepta le nouveau régime, mais élut des magistrats partisans de l'ancien. La nouvelle Constitution cantonale éleva la majorité politique de 14 à 20 ans. Elle stipula que la landsgemeinde ne pouvait rejeter ou accepter un projet de loi que s'il lui était soumis par le Conseil et délibérer sur un autre objet que s'il avait été présenté au Conseil au moins un mois auparavant. L'acte de Médiation imposa l'égalité des droits, la liberté d'établissement et celle de l'industrie et du commerce. Mais U. s'abstint de créer un appareil d'Etat respectant la séparation des pouvoirs; la landsgemeinde confirma au contraire en 1803 l'"ancien ordre" et les "bonnes coutumes" et l'on en revint aux structures prérévolutionnaires. Néanmoins, la combourgeoisie de 1410 avec l'Urseren dut être supprimée et la haute vallée fut admise dans le canton comme onzième communauté, avec des droits égaux. La justice fut réorganisée: on créa des tribunaux inférieurs (U. et Urseren) et une cour d'appel cantonale. Pour les affaires ecclésiastiques, scolaires et sociales, U. institua en 1804 le conseil diocésain et la commission scolaire centrale, en 1812 l'assistance publique centrale. Les communes, libérées du double système imposé par l'Helvétique, durent instaurer des tribunaux locaux.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Après l'entrée des Alliés en Suisse, U. dénonça l'acte de Médiation le 29 décembre 1813. Contrairement à ses voisins schwytzois et nidwaldiens, qui voulaient rétablir le pacte de 1315, il se rallia au groupe mené par Zurich qui souhaitait réorganiser la Confédération sur la base des dix-neuf cantons créés par la Médiation. A nouveau, il ne put faire valoir ses revendications sur la Léventine; en compensation, il obtint dans cette vallée la moitié des revenus du péage du Monte Piottino. Le 5 mai 1815, la landsgemeinde accepta le Pacte fédéral. Nidwald ayant refusé d'y adhérer, U. servit de médiateur entre ce canton et la Diète.
En 1814, le Saint-Siège enleva au diocèse de Constance ses paroisses suisses. U. approuva cette décision et soutint le projet d'un diocèse national avec siège à Lucerne. Mais ce plan échoua et U. fut placé sous l'autorité du vicaire apostolique Franz Bernhard Göldlin von Tiefenau, prévôt de Beromünster. Depuis 1819, U. (moins l'Urseren qui a toujours fait partie de ce diocèse) est administré par l'évêque de Coire.
La Diète dut faire pression pour qu'U. dépose enfin, en 1820, sa Constitution aux Archives fédérales. Le texte ne comprenait que six articles, fondés sur l'usage établi et les lois cantonales en vigueur. La culture juridique fleurissait pourtant dans le canton qui entreprit de réviser et de faire imprimer son Landbuch (6 vol., 1823-1864).
La Régénération n'eut pas d'écho durable à U. Une opinion publique suffisamment libre et diversifiée ne s'y était pas encore formée, notamment à cause de la censure institutionnalisée en 1813. La mauvaise humeur contre les autorités aboutit certes en 1834 à une motion (présentée selon la règle par sept familles) demandant l'introduction d'éléments libéraux (publicité des délibérations du Conseil, abolition du mandat à vie des conseillers, suppression du Conseil secret); mais la landsgemeinde repoussa la motion, comme elle avait rejeté en 1833 le projet de réforme du Pacte fédéral. Le premier journal local, le Wochenblatt von Uri, fondé en 1838, dut cesser sa parution en 1848 déjà.
Après les expéditions des Corps francs radicaux contre Lucerne, U. décida de se défendre militairement, dès 1845. Cofondateur du Sonderbund, il envoya à son Conseil de guerre un membre du gouvernement cantonal. Des contingents uranais participèrent, lors de la guerre du Sonderbund, aux combats sur la ligne Reuss-Emme et à l'attaque du Tessin par le Gothard. Après la défaite de Gisikon le 23 novembre 1847, U. se retira du Conseil de guerre le 24 et capitula le 28. Deux jours plus tard, des troupes fédérales entraient dans le canton.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Sous la pression des troupes d'occupation fédérales, U. adopta à la fin de 1847 quelques nouveautés d'essence libérale (abolition du mandat à vie des conseillers, suppression du Conseil secret et des procès secrets) et instaura un gouvernement provisoire. La landsgemeinde de mai 1848 élut un nouvel exécutif, toutefois entièrement formé de conservateurs. Une commission de révision, créée le 6 mai 1849, élabora la première constitution uranaise systématiquement conçue; acceptée par la landsgemeinde en 1850, elle entra en vigueur en 1851. La landsgemeinde extraordinaire du 27 août 1848 avait refusé à une forte majorité la Constitution fédérale et prétendu que celle-ci ne pouvait entrer en vigueur que si elle était acceptée à l'unanimité par la Diète, laquelle rejeta l'argument.
La landsgemeinde restait l'organe suprême. Le Grand Conseil (législatif) se composait de députés élus par les communes (un mandat pour 300 habitants), mais les onze membres du Conseil d'Etat (exécutif) et le président du tribunal cantonal y siégeaient aussi. Dans les affaires ecclésiastiques et scolaires, le gouvernement partageait ses compétences avec le conseil diocésain et celui de l'éducation. Un grand nombre de commissions administratives préparaient les débats. Les districts d'U. et d'Urseren, qui administraient les biens des bourgeoisies, étaient intégrés à l'Etat dont ils assumaient aussi certaines tâches. La création d'un tribunal pénal indépendant du Grand Conseil modifia profondément l'organisation judiciaire. Le Malefizlandrat (le Grand Conseil siégeant comme cour pénale) subsista jusqu'en 1880, mais seulement pour statuer sur les demandes de grâce. L'Eglise catholique garda des privilèges; la liberté de culte fut reconnue aux autres confessions. Un impôt direct était prévu à côté des redevances indirectes. Sur le plan local, on institua à côté du Conseil communal (de la commune politique et bourgeoise) un conseil paroissial. Dans l'ensemble, l'appareil d'Etat restait lourd, le traitement des affaires compliqué à cause des nombreuses commissions et la séparation des pouvoirs incomplète.
La Constitution fédérale de 1874 (les Uranais, pour leur part, la refusèrent), l'ouverture du chemin de fer du Gothard en 1882 et la croissance des tâches de l'Etat conduisirent à une révision complète de la Constitution cantonale en 1888, sous l'égide de Gustav Muheim. La landsgemeinde, le Grand Conseil et le Conseil d'Etat restèrent les autorités principales, mais les conseillers d'Etat ne siégeaient plus au Grand Conseil. Un droit individuel de proposition fut introduit qui remplaça celui de sept familles; il fallait toutefois cinquante signatures pour déposer une initiative constitutionnelle, vingt pour un référendum contre une ordonnance et 150 pour demander la convocation d'une landsgemeinde extraordinaire. Les districts d'U. et d'Urseren furent séparés de l'Etat; ils reçurent un statut de droit public et, sous le nom de corporations, continuèrent de gérer les biens bourgeoisiaux (l'assemblée des ayants droit se déroule encore au XXIe s. selon les formes de la landsgemeinde), tandis que leurs tâches étatiques passaient aux communes, qui en furent renforcées. Néanmoins, la corporation d'Urseren garda la responsabilité de l'assistance publique jusqu'en 1974; le fonds des pauvres fut alors partagé entre les trois communes de la vallée. Le système des départements introduit en 1888 permit de gouverner plus efficacement. L'organisation judiciaire ne fut pas modifiée (tribunal cantonal et cour pénale coiffant les tribunaux de district d'U. et Urseren).
La Constitution de 1888 s'avéra solide et durable. L'évolution du droit public se refléta dans les treize volumes du nouveau Landbuch (publié dans l'ordre chronologique, de 1892 à 1962), remplacé en 1976 par l'Urner Rechtsbuch (recueil systématique sous forme de classeurs).
Les partis apparurent à la fin du XIXe s. En 1876, Gustav Muheim fonda l'Urner Wochenblatt , feuille autour de laquelle se regroupèrent les forces qui créèrent en 1899 le parti populaire conservateur. De son côté, Martin Gamma lança en 1893 la Gotthard-Post , dont des lecteurs se rassemblèrent en 1896 dans la Société communale d'Altdorf pour le progrès et la démocratie, ancêtre du parti radical cantonal. Le parti socialiste d'U. se forma en 1907 dans le milieu des ouvriers et cheminots d'Altdorf et Erstfeld. Actif dès le tournant du siècle, le mouvement chrétien-social prit aussi la défense des travailleurs. Le journal Alternative (dès 1973) donna naissance en 1983 à un parti rouge-vert appelé Forum critique d'U., dissous en 1993; une partie de ses membres fondèrent en 1994 le mouvement des Verts d'U. Une section de l'UDC apparut en 1998. La délégation uranaise aux Chambres fédérales comprend deux conseillers aux Etats (deux conservateurs, puis PDC, jusqu'en 2010; un PDC et un Vert' libéral depuis l'élection de l'ancien conseiller d'Etat Markus Stadler) et un conseiller national (conservateur jusqu'en 1914, radical de 1914 à 2011).
|1919||1939||1959||1967||1971||1979||1983||1991||1995||1999||2003||2007||2011|
|Conseil des Etats|
|PDC||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2||1|
|Vert libéraux||1|
|Conseil national|
|PRD||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|1980||1984||1988||1992||1996||2000||2004||2008||2010||2012|
|PDC||4||4||4||4||4||4||3||3||3||3|
|PRD||2||2||2||2||2||2||2||2||2||2|
|PS||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|UDC||1||1|
|sans parti||1||1||1|
|Total||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7|
|1968||1972||1976||1980||1984||1988||1992||1996||2000||2004||2008||2012|
|PDC||41||43||41||40||41||41||36||37||29||29||24||22|
|PRD||16||16||18||19||17||17||17||19||21||15||11||15|
|PS||4||5||5||5||6||6||7||8||9||8||7||9|
|Verts||1||2||3||2|
|UDC||4||9||18||14|
|Autres||4||1||1||2|
|Total||61||64||64||64||64||64||64||64||64||64||64||64|
Entre 1888 et 1984, la Constitution cantonale connut 105 amendements issus de vingt-quatre votations. La landsgemeinde adopta en 1915, à l'occasion d'une crise de la Caisse d'épargne, une disposition permettant au peuple de destituer le gouvernement. En 1924, on abolit la cour pénale et l'on attribua ses compétences aux deux tribunaux de district, en première instance. En 1928, le peuple accepta de supprimer la landsgemeinde, parce que, d'une part, la visibilité du vote à main levée pouvait embarrasser les salariés et que, d'autre part, le trajet jusqu'à Altdorf était bien long pour les gens de l'Urseren. On introduisit des instruments servant à la démocratie directe: l'initiative populaire (valable à partir de 150 signatures) pour demander soit une modification constitutionnelle ou législative, soit la destitution d'une autorité, le référendum législatif et financier obligatoire et un référendum facultatif contre les ordonnances du Grand Conseil. En 1968, les citoyens soumirent le conseil de l'éducation au Conseil d'Etat et approuvèrent la création d'un Département de l'instruction publique. Le suffrage féminin fut introduit en 1972. Sur le plan local, la séparation entre commune politique, ecclésiastique et bourgeoisiale se généralisa peu à peu dans tout le canton.
La nécessité d'une révision complète de la Constitution se fit jour dès 1966. Une Constituante, réunissant le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, élabora entre 1981 et 1984 un nouveau texte (approuvé par le peuple en 1984) qui éliminait les dispositions obsolètes, améliorait la systématique et modernisait la langue. Les buts et les tâches du canton étaient clairement formulés. Les divers types de communes étaient précisément décrits et leurs compétences redéfinies, notamment quant au droit de cité et au domaine social.
La Constitution de 1984 a subi plusieurs modifications. En 1989, la majorité civique fut abaissée à 18 ans et le système proportionnel introduit pour les élections au Grand Conseil. En 1992, la majorité des citoyens adopta un projet de réorganisation judiciaire instaurant des sections civile et pénale dans les tribunaux de district et développant la juridiction administrative du tribunal cantonal. En 1993, on fixa des limites aux référendums financiers obligatoire (1 million de francs pour les engagements uniques et 100 000 francs pour les engagements réguliers) et facultatif (respectivement 500 000 et 50 000 francs). En 1997, le nombre de signatures exigé pour valider une initiative populaire passa à 600, à 450 pour un référendum (il était de 300 dans les deux cas depuis 1984). En 2001, on supprima la garantie que l'Etat accordait à la Banque cantonale.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Au début du XIXe s., il n'y avait pas encore de partage net des tâches entre le canton et les deux districts. Jusqu'en 1850, le pouvoir exécutif appartint principalement au Conseil de semaine, partiellement à la commission scolaire centrale, à l'assistance publique centrale, au Conseil secret ou Conseil d'administration (gestion des domaines de l'Etat, régie du sel) et au Conseil de guerre. Il existait en outre une douzaine de commissions, dont relevaient divers fonctionnaires et préposés (fonctionnaires de la chancellerie, des postes, des douanes, des soustes, gardes, maître de la batellerie). Un office d'instruction fut créé en 1842 et un ministère public en 1850. La Constitution cantonale de 1850 définit exactement les autorités du canton et des districts, mais aussi celles des communes. Elle attribua le pouvoir exécutif suprême au Conseil d'Etat, dont dépendaient six commissions administratives formées chacune de trois à six membres (conseillers d'Etat et députés au Grand Conseil) et chargées de suivre les affaires: commissions d'Etat, des Affaires militaires, des Finances, de la Police, des Travaux et de l'Intérieur. Les dispositions fédérales (liberté du commerce et de l'industrie, suppression des douanes intérieures et des postes cantonales) rendirent superflus de nombreux organes et fonctionnaires, mais amenèrent à en créer d'autres (arrondissement militaire et chefs de section, offices d'état civil, office cantonal des forêts). En 1886, on détacha de la chancellerie d'Etat le registre des hypothèques et le greffe du tribunal; un archiviste d'Etat sera engagé en 1906.
La Constitution de 1888 sépara les districts de l'Etat, les privant donc de tâches exécutives qu'ils assumaient auparavant. Elle introduisit, à la place des commissions administratives, le système des départements, chacun attribué à l'un des conseillers d'Etat (désormais au nombre de sept), ne laissant en dehors de cette organisation que le conseil de l'éducation (ce dernier perdra ses compétences exécutives en 1968 pour devenir une commission de surveillance de l'ensemble du secteur scolaire). Elle donna à l'administration centrale des structures simples et claires. La plupart des affaires relevaient d'un chef de département, qui les réglait ou préparait leur présentation au Conseil d'Etat. La chancellerie d'Etat mettait un secrétaire à la disposition de chacun des onze départements; ceux-ci, d'importance inégale, connurent des évolutions diverses. En 1960, on créa le service juridique et les premiers secrétariats de département, qui avaient une fonction d'état-major. Le règlement de 1983 fixa les compétences techniques et financières des onze département (l'un d'eux étant celui de la présidence, exercée par le landamman); leur nombre fut ramené à sept en 1996 et 2000, soit autant que de conseillers d'Etat. Certaines tâches, surtout dans le domaine de la planification, ont été déléguées à des organismes semi-publics comme le Centre didactique et la société Lisag (mensurations cadastrales et informations géographiques) ou privés comme la Bibliothèque cantonale et le Musée historique d'U. En 1971, l'administration inaugura son premier système de traitement électronique des données (administration fiscale, contrôle des véhicules à moteur, caisse de compensation). Le nouveau droit du personnel remplaça en 2001 le statut de fonctionnaire par des rapports de travail de droit public. Le principe de transparence dans l'administration fut introduit en 2008. En 2009, l'administration cantonale employait 485 personnes dont 105 à temps partiel.
Auteur(e): Rolf Gisler / PM
A U., canton de montagne confronté depuis toujours aux dangers naturels et aux problèmes du trafic de transit international, les travaux publics, les transports et la police ont une grande importance. Anciennement, les tâches étaient partagées entre le canton et les districts. En 1836, on créa la charge d'intendant des bâtiments, à qui l'on confia la responsabilité des travaux publics, domaine qui jusque là relevait du trésorier. Après l'ouverture de l'Axenstrasse et des nouvelles routes de la Furka et de l'Oberalp, l'inspecteur des travaux devint un fonctionnaire à plein temps (1866). Une quarantaine d'ouvriers-voyers étaient chargés de l'entretien des routes cantonales. En cas d'événement extraordinaire (inondation de 1910), les autorités engageaient du personnel supplémentaire. Elles créèrent en 1917 un poste de conducteur de poids lourds et, en 1921, celui de voyer cantonal. Avec l'essor du trafic automobile, l'aménagement indispensable de l'Axenstrasse et des cols se traduisit par un surcroît de charges et de nouveaux besoins en personnel. Lors de la construction des routes nationales, subventionnées à 97% par la Confédération, un bureau uranais fut créé en 1961 et placé sous la surveillance du Département des travaux publics et de l'ingénieur cantonal; il employait trente-quatre personnes en 1977. Son effectif diminua après l'ouverture de l'autoroute du Gothard (A2) en 1980, tandis que les stations d'entretien de Göschenen et Flüelen venaient offrir d'autres emplois. Avec la réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons (RPT), l'entretien des autoroutes passa sous la responsabilité de la Confédération qui signa une convention de prestations avec U.
Les aménagements hydrauliques relevaient des districts et des coopératives d'entretien des digues. La Constitution cantonale de 1888 attribua les lacs et cours d'eau au domaine public. Le canton dut prendre part à l'entretien des digues, au côté des coopératives. D'important travaux furent accomplis, notamment sur le Schächen de 1910 à 1913. Les intempéries de 1977 conduisirent à l'élaboration de la loi de 1980 sur les aménagements hydrauliques et d'un programme moderne de protection contre les crues. L'entretien des digues échappa aux coopératives et passa entièrement sous la responsabilité du canton et des communes. Les crues de 1987 et 2005 obligèrent le premier à renforcer les dispositifs de protection.
L'accroissement du vagabondage amena la création d'une police cantonale, qui se développa notamment parce qu'elle eut à surveiller les ouvriers des chantiers routiers et ferroviaires. Après la grève de 1875 à Göschenen, violemment réprimée par la police uranaise et la garde civique de Göschenen, le Conseil fédéral exigea une réorganisation de la police. Par crainte des grèves pendant la pose de la seconde voie (1887-1896), la construction de la route du Klausen (1893-1899) et l'aménagement des fortifications du Gothard (dès 1890), on laissa l'effectif du corps de police dépasser temporairement le maximum réglementaire de douze hommes. Après l'ouverture de l'A2 en 1980, la police comptait environ quatre-vingts hommes (cinquante-quatre agents en uniforme, dix-neuf en civil et huit personnes en formation, en 1981). Le centre de contrôle du trafic lourd d'Erstfeld, le plus grand de Suisse, est entré en fonction en 2009.
Pour encourager l'élevage, le canton institua un concours annuel et prit des mesures contre les épizooties. Au XXe s., il tenta d'enrayer le déclin de l'agriculture par la formation (école hivernale d'agriculture et d'économie alpestre, dès 1938), les améliorations foncières et la vulgarisation agricole.
Les finances cantonales étaient faibles. Jusqu'en 1850, elles se fondaient essentiellement sur les péages, les taxes de souste, l'ohmgeld et la ferme des postes. Les dépenses importantes (pour les bâtiments par exemple) étaient financées par la vente du droit de cité uranais. Pour accroître ses recettes, l'Etat compta d'abord sur les impôts indirects et les redevances. Après la suppression des péages par l'Etat fédéral (qui versa en 1850 une indemnité compensatoire), l'impôt sur la consommation (ohmgeld) devint une source de revenus importante. Un impôt cantonal direct sur la fortune et le revenu fut introduit en 1875. Les concessions hydrauliques furent aussi profitables. La crise de la Caisse d'épargne d'U. en 1915 ébranla fortement les finances cantonales, parce que, selon la Constitution, l'Etat garantissait les dépôts. La taxe perçue sur les véhicules à moteur en transit s'avéra fort rentable dans les années 1920, à cause de l'essor du tourisme. Son abolition en 1929 fut compensée par le doublement de la part de la Confédération à l'entretien des routes alpestres et par le versement au canton d'une partie des droits de douane sur les carburants. Dès lors, avec ses grosses dépenses dans le domaine des transports, le canton dépendit du soutien financier de la Confédération (pour presque 47% de ses recettes en 1984 et plus de 39% en 2010). Canton à faible capacité financière, U. fut l'un des bénéficiaires de la réforme de la péréquation financière en 2008. Cela lui donna une marge de manœuvre, dont il profita pour introduire l'imposition à taux unique pour les personnes physiques (flat tax, dès 2009).
Pour toute une série de tâches, U. rechercha la coopération avec les cantons voisins. Des concordats réglèrent l'aménagement de la voie carrossable du Gothard (1827), le débit du lac des Quatre-Cantons (1849), la pêche (1891) et la navigation (1898) sur ce lac, l'exécution des peines au pénitencier lucernois de Sedel (1892), le contrôle des denrées alimentaires par le laboratoire de Suisse centrale à Brunnen (1909) et la collaboration policière en Suisse centrale (1995). Plusieurs écoles et institutions sociales découlent aussi de concordats, signés en général avec les cantons de Suisse centrale et rarement avec d'autres cantons voisins (Glaris, Grisons, Tessin et Valais): citons le technicum de Suisse centrale (1957), l'école normale de Rickenbach (1958), la station régionale pour l'intégration des invalides à la vie économique (1959), l'école supérieure de commerce et d'administration de Lucerne (1980), la clinique psychiatrique d'Oberwil bei Zug, le centre de formation des maîtres d'école réale à Lucerne (1983), la haute école spécialisée de Suisse centrale (1999), la haute école pédagogique de Suisse centrale (2001) et l'école intercantonale de police à Hitzkirch (2004).
Auteur(e): Rolf Gisler / PM
L'augmentation de l'espérance de vie se traduisit jusqu'en 1850 par un accroissement annuel moyen de la population de 0,4%. En 1850, le canton comptait 14 505 habitants. La densité passa dans la première moitié du XIXe s. de 21 à 26 personnes par km2 de surface productive. Entre 1798 et 1811, Altdorf perdit de nombreux habitants, mais la population d'Erstfeld s'accrut de 10%. De 1811 à 1850, la croissance du chef-lieu (0,77% par an) dépassa celle du district (0,66%) et des autres communes de la plaine (Schattdorf, Attinghausen, Seedorf et Flüelen), à cause de l'émigration intérieure. L'essor démographique entraîna une paupérisation générale, car le nombre des emplois restait stable.
Entre 1850 et 1888, l'accroissement annuel moyen fut de 0,56%. Les grands chantiers (surtout celui du tunnel ferroviaire du Gothard, 1872-1882) entraînèrent de fortes variations entre 1860 et 1888; le canton recensait 16 095 habitants en 1870, 23 744 en 1880 (deux ans avant l'inauguration du tunnel) et 17 249 en 1888. En 1880, 6318 travailleurs étrangers vivaient à U., venus surtout d'Italie, mais aussi d'Autriche-Hongrie, d'Allemagne et de France. Avec 2992 habitants en 1880, dont plus de 80% d'étrangers, Göschenen était plus peuplé qu'Altdorf; mais, en 1888, il ne restait dans le village que 703 âmes. L'essor démographique rapide dans un contexte de faible industrialisation et sans ressources alimentaires nouvelles poussa nombre d'indigènes à émigrer, soit outre-mer, soit dans les cantons industriels comme Zurich, Glaris ou Saint-Gall. Leur absence contribua, avec le départ de travailleurs étrangers, au recul constaté entre 1880 et 1888. D'un autre côté, le chemin de fer créa des emplois, qui attirèrent des personnes qualifiées, en majorité de confession protestante; cela explique l'évolution de la population d'Erstfeld, deux fois plus nombreuse en 1900 (2416 hab.) qu'en 1880.
Entre 1888 et 1910, la croissance de la population uranaise fut à peine inférieure à la moyenne suisse de 1,2%. Elle fut deux fois plus forte dans la plaine de la Reuss (2% en moyenne), à cause de l'installation de grandes entreprises industrielles, que dans le haut de la vallée (1,1%). La part des habitants vivant du secteur secondaire passa de 17,5% seulement en 1888 à 30,1% en 1910. L'industrialisation profita surtout aux plus grandes communes de la vallée de la Reuss. Altdorf, Erstfeld et Flüelen connurent un taux annuel de croissance qui monta jusqu'à 2,71%, alors que, à Seelisberg, Unterschächen et Hospental, la population diminuait. Elle augmenta assez fortement à Andermatt, à cause du tourisme et de l'aménagement des fortifications du Gothard, ainsi qu'à Gurtnellen. En 1910, la densité atteignit 44,2 habitants par km2 (plus de 100 à Altdorf et Flüelen).
Entre 1910 et 1941, toutes les communes virent croître leur population, sauf Wassen et Spiringen. En 1941, le canton comptait 27 302 âmes. De 1941 à 1970, la croissance fut particulièrement marquée à Seedorf, Schattdorf, Erstfeld et Attinghausen. Entre 1970 et 1980, l'Urseren perdit 7,4% de sa population et le haut de la vallée de la Reuss 14,5%; pour un tiers, ce recul est dû au départ de travailleurs étrangers après l'achèvement de l'A2. Dans les trente dernières années du XXe s., l'essor démographique ralentit (à peine 0,1%). En 2010, 35 500 personnes vivaient dans le canton.
L'essor démographique modifia la structure du peuplement. De petits hameaux devinrent des localités habitées toute l'année (Urnerboden), voire des villages à l'identité affirmée (Meien). Göschenen reçut en 1875 le statut de commune.
|Année||Habitants||Etrangers||Catholiques||Protestants||Structure par âge (60 ans et plus)||Période||Accroisse-menta||Excédent naturela||Solde migratoirea|
|1850||14 505||0,3%||99,9%||0,1%||1850-1860||1,5o/oo||20,7o/oo||-19.2o/oo|
|1860||14 741||0,6%||99,8%||0,2%||7,9%||1860-1870||8,9o/oo||19,2o/oo||-10.3o/oo|
|1870||16 095||0,7%||99,5%||0,5%||8,6%||1870-1880||39,4o/oo||7,2o/oo||32.2o/oo|
|1880||23 744||26,6%||97,5%||2,2%||6,4%||1880-1888||-39,2o/oo||7,4o/oo||-46.6o/oo|
|1888||17 249||3,1%||97,8%||2,1%||9,7%||1888-1900||11,1o/oo||11,3o/oo||-0.2o/oo|
|1900||19 700||7,3%||96,1%||3,9%||9,8%||1900-1910||11,6o/oo||15,2o/oo||-3.6o/oo|
|1910||22 113||7,0%||94,2%||5,7%||8,3%||1910-1920||8,1o/oo||11,0o/oo||-2.9o/oo|
|1920||23 973||6,7%||91,9%||7,7%||7,2%||1920-1930||-4,3o/oo||13,2o/oo||-17.5o/oo|
|1930||22 968||4,5%||94,1%||5,4%||8,5%||1930-1941||15,8o/oo||10,9o/oo||4.9o/oo|
|1941||27 302||2,7%||91,4%||8,3%||9,5%||1941-1950||5,0o/oo||16,0o/oo||-11,0o/oo|
|1950||28 556||2,8%||92,6%||7,3%||10,3%||1950-1960||11,5o/oo||15,1o/oo||-3.6o/oo|
|1960||32 021||5,4%||92,6%||7,3%||11,5%||1960-1970||6,3o/oo||13,9o/oo||-7.6o/oo|
|1970||34 091||7,9%||93,1%||6,6%||14,3%||1970-1980||-0,6o/oo||8,2o/oo||-8.8o/oo|
|1980||33 883||6,5%||91,0%||6,3%||17,2%||1980-1990||1,0o/oo||5,4o/oo||-4.4o/oo|
|1990||34 208||7,6%||89,1%||6,4%||19,8%||1990-2000||0,7o/oo||3,5o/oo||-2.8o/oo|
|2000||34 777||8,8%||85,8%||6,0%||20,9%|
Auteur(e): Pascal Stadler / PM
Le déclin du service étranger après 1798 influença doublement la situation de l'emploi à U. Une source de revenus dont profitait une part importante de la population se tarit et le taux d'émigration diminua. L'agriculture, activité prédominante, ne pouvait employer tous les bras disponibles, ce qui plongea de nombreuses familles dans la misère au cours de la première moitié du XIXe s. De mauvaises récoltes, dues aux conditions climatiques, aggravèrent la conjoncture. L'agriculture uranaise se caractérisait alors, comme aujourd'hui, par son extrême spécialisation dans l'élevage, pratiqué généralement selon un système de migrations saisonnières en deux ou trois étapes. Les alpages étaient presque entièrement propriété des deux corporations (bourgeoisies) d'U. et d'Urseren.
Au XIXe s., la vente de bétail et de produits laitiers en Italie du Nord était florissante, mais n'assurait un revenu décent qu'à une partie de la population. A peine présents au début du siècle, les arts et métiers ne se développèrent que lentement, même dans sa seconde moitié. L'industrie à domicile acquit une certaine importance, sous l'égide d'entrepreneurs de Gersau (peignage de la soie) et de Zurich (filage du coton). La tuilerie de Flüelen était la seule entreprise de grande taille. Pour lutter contre le manque d'emplois et en réaction à des projets routiers passant par des cols concurrents, U. favorisa dès 1820 l'aménagement d'une route carrossable au Gothard, dont l'exploitation fit naître plusieurs maisons de transport. La correction du cours inférieur de la Reuss (1850-1863) procura aussi de nouveaux emplois. En 1851, l'ingénieur Karl Emanuel Müller ouvrit une papeterie à Isleten (comm. Bauen), sur un site que la société Nobel reprit en 1873 pour y fabriquer des explosifs destinés au percement du tunnel du Gothard. En 1883, le canton ne comptait que quatre fabriques qui employaient ensemble moins de 100 personnes. La construction de la ligne du Gothard (1872-1882) et son exploitation créèrent de nombreux emplois, ce qui attira une importante immigration, d'abord de mineurs italiens, puis de cheminots suisses. Le chemin de fer provoqua à la fin du XIXe s. une mutation économique très rapide, dans les domaines du tourisme, de l'industrie et des constructions militaires (fortifications du Gothard dès 1886 env.). Un nouvel état d'esprit se manifesta aussi dans le milieu des arts et métiers; une union fut fondée en 1886, d'abord sans grand succès. Vers 1900, les plus gros employeurs du canton étaient les Chemins de fer du Gothard (626 personnes) et les carrières de granit de Gurtnellen, Wassen et Göschenen (900 personnes).
Le canton accueillit dès 1900 environ diverses entreprises industrielles, dont certaines sont encore présentes au début du XXIe s. Citons la fabrique fédérale de munitions d'Altdorf en 1896 (Fabriques fédérales d'armement), autrefois ateliers fédéraux, la fabrique électrochimique de Gurtnellen en 1901, puis, en 1909, la fabrique d'aggloméré Imperial à Flüelen et les Schweizerische Draht- und Gummiwerke à Altdorf (usines suisses de câbles et caoutchouc, auj. Dätwyler Holding AG), dont Adolf Dätwyler, grand entrepreneur uranais de la première moitié du XXe s., fut le directeur. La société Arnold & Co. commença l'extraction de sable et de gravier dans le lac d'U. en 1891.
Les forces motrices d'Altdorf furent fondées en 1895. L'exploitation des eaux du Schächenbach permit l'électrification d'Altdorf, Flüelen et Bürglen. Puis l'on construisit, sur un rythme régulier interrompu par les deux guerres mondiales, d'autres centrales, comme celles des CFF à Amsteg (1922), de Wassen (1948), de la Göscheneralp (1963) et de Gurtnellen (2007). A Urseren, une centrale est exploitée par la corporation (bourgeoisie), qui détient les droits d'eau. Un tramway électrique circula entre Altdorf et Flüelen de 1906 à 1951. Les revenus des concessions hydrauliques restent un poste important du budget cantonal.
Des intempéries causèrent à plusieurs reprises de graves dommages aux terres agricoles et aux infrastructures. Les travaux de remise en état et la réalisation d'ouvrages préventifs offrirent cependant aux entreprises locales du bâtiment l'occasion de gros contrats, comme l'aménagement du Schächenbach après la crue de 1910. La Caisse d'épargne d'U., fondée en 1837 à l'initiative de la Société d'utilité publique, devint propriété de l'Etat en 1849. Elle connut au printemps 1914 une grave crise, due aux pertes subies par plusieurs de ses créanciers, comme le Chemin de fer des Schöllenen et diverses entreprises des arts et métiers. Elle ne put être sauvée que par des contributions du canton, de la Confédération et de la Banque nationale et fut transformée en Banque cantonale en 1915.
Le tourisme débuta à U. vers 1850, avec l'ouverture de l'hôtel du Sonnenberg à Seelisberg. L'aménagement d'une voie carrossable à l'Axenstrasse (1864-1865) améliora grandement les communications avec le Plateau. Les beautés naturelles du canton et une habile publicité autour des sites liés aux mythes fondateurs de la Confédération attirèrent de nombreux hôtes. Le tourisme devint un facteur économique important (145 000 nuitées en 1900, 223 100 en 1925, 181 981 en 1945, 279 878 en 1962, 248 528 en 2000). Dans l'Urseren, son développement commença à la Belle Epoque, grâce aux sports d'hiver; interrompu pendant les deux guerres mondiales, il reprit à un rythme soutenu dès les années 1950, avec l'aménagement de télésièges et de téléskis, et toucha surtout Andermatt où l'on construisit de nombreux logements de vacances. L'avenir s'y esquisse avec le complexe touristique que la société Orascom Development de l'Egyptien Samih Sawiris a commencé à construire en 2008.
L'armée fut tout au long du XXe s. un gros employeur à U. et les troupes de forteresse constituèrent une importante clientèle pour les arts et métiers, en particulier pour la restauration. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le canton connut un véritable boom économique. L'aménagement du réduit national amena de gros investissements entre 1940 et 1944. La fabrique de munitions, tournant à plein régime, fut agrandie. Pour des motifs essentiellement militaires, on rendit la ligne ferroviaire Furka-Oberalp (FO) praticable en hiver (1940-1942) et l'on construisit la route du col du Susten (1939-1946) comme tronçon d'une liaison est-ouest au cœur des Alpes. Les réformes de 1995 et 2004 (Armée XXI) entraînèrent une réduction massive de la présence militaire et des emplois liés à l'armée, surtout dans le corps des gardes-fortifications. Depuis 1967, la place d'armes d'Andermatt est un centre national et international d'instruction pour les troupes de montagne.
Les tunnels du Gothard et du Seelisberg, sur l'autoroute A2, furent inaugurés en 1980; la construction de l'A2 (dès 1965) fut surtout le fait de groupes d'envergure nationale auxquels participaient des entreprises uranaises (il en alla de même ensuite pour l'entretien). En revanche, le chantier des nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA), commencé en 1999 et qui comprend un tunnel de base long de 57 km entre Erstfeld et Bodio, est aux mains de consortiums internationaux.
|Année||Secteur primaire||Secteur secondaire||Secteur tertiaireb||Total|
|1860||2 154||46,8%||988||21,5%||1 464||31,8%||4 606|
|1870c||4 527||63,8%||1 603||22,6%||971||13,7%||7 101|
|1880c||4 559||37,7%||1 692||14,0%||5 845||48,3%||12 096|
|1888||4 057||56,1%||1 266||17,5%||1 908||26,4%||7 231|
|1900||3 808||43,7%||2 455||28,1%||2 460||28,2%||8 723|
|1910||3 476||36,8%||2 835||30,0%||3 124||33,1%||9 435|
|1920||3 662||33,6%||3 910||35,9%||3 323||30,5%||10 895|
|1930||3 211||34,2%||2 871||30,6%||3 304||35,2%||9 386|
|1941||3 046||24,4%||5 944||47,5%||3 517||28,1%||12 507|
|1950||2 856||24,8%||5 015||43,6%||3 627||31,5%||11 498|
|1960||2 266||17,5%||6 442||49,8%||4 234||32,7%||12 942|
|1970||1 820||12,8%||7 109||50,2%||5 238||37,0%||14 167|
|1980||1 601||10,8%||6 987||47,2%||6 228||42,0%||14 816|
|1990||1 370||8,5%||6 367||39,6%||8 331||51,8%||16 068|
|2000d||1 518||8,8%||4 672||27,2%||10 967||63,9%||17 157|
Auteur(e): Hans Jörg Kuhn / PM
Au seuil du XIXe s., U. subit des revers politiques et économiques sensibles. La perte des territoires sujets, la concurrence de plus en plus rude dans le trafic de transit nord-sud et les effets durables des dommages subis à l'époque de l'occupation française influencèrent les conditions de vie de toutes les couches de la population.
La société uranaise était marquée par la prépondérance d'une économie alpestre rétrograde si on la compare avec celle des cantons voisins. En 1837, le cheptel atteignit son niveau le plus bas, notamment à cause des formes collectives de production qui imposaient des règles restrictives et inspiraient une crainte généralisée des innovations. Le morcellement des terres, conséquence de l'essor démographique et des partages successoraux, poussait les prix du sol à la hausse et faisait donc augmenter l'endettement hypothécaire en cas d'achat ou de dédommagement des cohéritiers. Certes, l'introduction de la pomme de terre et l'attribution de parcelles des communaux à des particuliers pour qu'ils les exploitent comme potagers ou y fassent pâturer du petit bétail permirent de soulager temporairement la détresse de nombreuses familles. Mais la pauvreté força une partie de la population à émigrer.
Les élites d'Ancien Régime gardèrent longtemps leur position dominante dans la société uranaise du XIXe s., même si l'évolution économique et politique ouvrit des perspectives d'ascension dont profitèrent quelques familles bourgeoises, surtout dans les premières décennies du siècle. Les nouveaux venus s'intégrèrent remarquablement vite à l'élite traditionnelle, dont ils reprirent les valeurs, depuis l'attitude défensive sur le plan économique, impliquant souvent une grande réserve face aux innovations, jusqu'au conservatisme politique. La Constitution cantonale de 1850 provoqua une première césure en renouvelant la géographie politique du canton.
Auteur(e): Urs Kälin / PM
A la fin du XIXe s., la ligne du Gothard et les débuts de l'industrialisation amenèrent la société uranaise à sortir de sa réserve et à s'ouvrir. Les chemins de fer, les fabriques, le tourisme, la construction et l'entretien des fortifications militaires exigeaient un personnel qualifié. Nombre d'emplois nouvellement créés furent occupés par des gens venus d'autres cantons, les indigènes n'ayant pas la formation nécessaire. Ces immigrants (cadres industriels et militaires, ouvriers qualifiés, employés plurilingues) amenèrent des mentalités et des besoins nouveaux. En suscitant ou en accélérant la fondation d'entreprises industrielles, le développement de la formation scolaire et professionnelle, la création de coopératives de consommation ou de logement, l'introduction de nouveautés dans le droit du travail et dans les prestations de l'Etat, ils jouèrent un rôle central dans la modernisation de la société uranaise. L'influence des conservateurs et des grandes familles s'était ainsi considérablement affaiblie avant la fin de la Première Guerre mondiale.
L'industrialisation fit naître une classe ouvrière qui s'organisa dans le cadre du socialisme ou du mouvement chrétien-social. Si ce dernier resta fortement ancré dans le milieu catholique, les sympathisants socialistes développèrent dans leurs fiefs d'Erstfeld et d'Altdorf une vie sociale propre, avec leurs sociétés, leurs institutions, leurs fêtes et leurs activités de loisirs. En 1918, les ouvriers des grandes usines et les cheminots d'Erstfeld, qui souffraient du renchérissement des denrées et de la pénurie alimentaire, participèrent à la grève générale. Le mouvement ouvrier perdit ses particularités culturelles lors de son intégration dans la société bourgeoise, avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale.
L'essor industriel éleva fortement le niveau de vie, même celui des paysans qui, certes, n'ont guère profité du progrès technique, difficilement applicable en raison de la topographie du canton, mais ont bénéficié d'une large palette d'activités accessoires et de prestations publiques ou privées en leur faveur. Néanmoins, les idées conservatrices et les valeurs étroitement locales sont restées prédominantes à U. Seul le chef-lieu, Altdorf, se distingue jusqu'à un certain point par une mentalité urbaine.
La part des étrangers (surtout des Italiens qui travaillaient sur le chantier des fortifications du Gothard et dans les carrières de granit) était de 3,1% en 1888. Après la Deuxième Guerre mondiale, elle augmenta régulièrement. Elle atteignait 9,1% en 2008 (moins de la moitié de la moyenne suisse); le groupe majoritaire était formé d'Allemands, ce qui reflète les mutations du marché du travail (demande accrue de travailleurs qualifiés).
Auteur(e): Urs Kälin / PM
L'école uranaise se laïcisa tardivement et le clergé, régulier ou séculier, y joua un grand rôle jusqu'en plein XXe s. Réglementée en 1805 par une ordonnance dont la commission scolaire centrale créée en 1804 eut à surveiller l'application, elle ne sortit de sa torpeur que par l'institution en 1849 d'un inspecteur scolaire cantonal et d'un conseil de l'éducation. A la même époque, sous l'égide du père capucin Theodosius Florentini, des sœurs de Menzingen, de Cham et d'Ingenbohl, ainsi que des frères marianistes se chargèrent de l'enseignement dans plusieurs communes. Au début du XXe s., le canton occupait l'une des dernières places aux examens pédagogiques des recrues. Cette situation insatisfaisante montra la nécessité de réformes qui cependant furent lentes à se concrétiser. La durée de l'école obligatoire fut allongée peu à peu (jusqu'à neuf ans en 1988). L'ordonnance scolaire fit place à une loi en 1997. En 1990, U. fut le premier canton à introduire une langue étrangère au degré primaire; il choisit l'italien, remplacé par l'anglais en 2005.
Les Chemins de fer du Gothard, puis les CFF entretinrent une école secondaire à Erstfeld (1893-1938); la Confédération finança en outre, du début du XXe s. à 1975, une école pour les enfants des employés des fortifications à Andermatt. Unique établissement gymnasial du canton, le collège Charles Borromée à Altdorf (avec internat jusqu'en 1994) ne vint remplacer qu'en 1906 l'"école cantonale" au fonctionnement médiocre qui avait succédé en 1852 à l'école latine d'Altdorf. On intégra au gymnase cantonal une école de commerce (1937-1996), une école secondaire professionnelle (1939-1960), une école de perfectionnement (1976-2004) et une école secondaire spécialisée (2004-2009). A Altdorf furent ouvertes une école des métiers (1882, obligatoire pour les apprentis dès 1903), une école professionnelle commerciale gérée par une association (1911) et une école hivernale d'agriculture et d'économie alpestre (1938); toutes trois fusionnèrent en 2009 dans le centre cantonal de formation et de perfectionnement professionnels à Altdorf.
|Année||Degré primaire||Secondaire inférieura||Gymnaseb||Universitéc|
|1900||2 825||134||-||-|
|1910||3 477||180d||75||-|
|1920||3 584||217d||199e||-|
|1930||3 398||202d||185e||-|
|1940||3 476||239||144||-|
|1950||3 622||292||149||-|
|1960||4 367||690||226||-|
|1970||4 343||1 152||401||122|
|1980||3 451||1 726||452||243|
|1990||2 684||1 206||424||263|
|2000||2 881||1 116||518||311|
|2010||2 260||1 043||464||371|
|- = pas de données|
Auteur(e): Ralph Aschwanden / PM
Les premières bibliothèques de prêt furent lancées au XIXe s. par des grutléens et en 1917 à Erstfeld par l'Association populaire catholique d'U. Les capucins d'Altdorf disposaient d'une bibliothèque théologique bien fournie. La bibliothèque cantonale naquit en 1955. Celle des bénédictines de Saint-Lazare à Seedorf possède des ouvrages remontant jusqu'au XVIe s.
Dans le domaine des archives, U. abrite, outre des collections communales et paroissiales, trois grandes institutions: les Archives cantonales, celles de la vallée d'Urseren et celles de la corporation (bourgeoisie) d'U. De nombreux documents, en particulier pour les périodes antérieures à l'Helvétique, disparurent lors des trois grands incendies d'Altdorf (1400, 1693 et 1799). Les Archives cantonales sont en revanche richement pourvues dans les domaines du cinéma, des affiches et de la photographie. Les fonds des archives de l'Urseren à Andermatt, qui remontent au XIVe s., sont systématiquement recensés depuis 2003 dans le cadre d'un projet de recherches soutenu par les Archives cantonales et l'université de Bâle. Les archives de la corporation d'U. concernent surtout l'économie alpestre et la sylviculture aux XIXe et XXe s.
Les musées du canton sont assez petits et n'appartiennent pas à l'Etat. Le plus important est le Musée historique à Altdorf (1906), géré par la Société d'histoire d'U. Le Musée Guillaume Tell à Bürglen fut inauguré en 1966, celui du Gothard (près du col) en 1986 et le Musée de la vallée d'Urseren à Andermatt en 1994. La Société des beaux-arts et de la culture expose depuis 2004 de l'art contemporain à la Maison des beaux-arts d'U.
Auteur(e): Ralph Aschwanden / PM
Dans les arts plastiques, la production uranaise frappe par sa diversité et sa qualité, mais on ne constate aucune continuité, d'une part à cause de l'exiguïté du marché local, mais aussi parce que les commandes officielles ont souvent été adressées à des artistes extérieurs au canton, comme Ernst Stückelberg (fresques de la chapelle de Tell, 1883), Richard Kissling (monument de Guillaume Tell à Altdorf, 1895) ou Kurt Sigrist (sculpture intitulée Espace-temps, exposée le long de l'A2, 1990). Depuis 1963, la fondation Danioth-Ring (auj. Société des beaux-arts et de la culture d'U.) s'occupe de promouvoir les arts plastiques.
On peut classer les artistes uranais en deux groupes: le premier, le plus nombreux, comprend ceux qui ont quitté le canton plus ou moins jeunes et mené leur carrière à l'extérieur, comme Heinrich Max Imhof ou Adolfo Müller-Ury. L'autre groupe réunit des personnalités que l'espace familier, malgré sa petitesse, a stimulées; Franz Xaver Triner, Heinrich Danioth ou Erna Schillig ont réalisé l'essentiel de leur œuvre à U. D'autre part, le paysage uranais a été une source d'inspiration fructueuse pour des artistes étrangers, tel l'Allemand August Babberger. Dans le domaine de l'architecture, l'ingénieur d'Altdorf Karl Emanuel Müller se distingua au XIXe s. comme auteur de la route carrossable des Schöllenen. Au XXe s., plusieurs Uranais ont été de remarquables bâtisseurs. Tino Steinemann acquit une réputation internationale comme graphiste. Karl Iten, graphiste, écrivain, journaliste, a joué dans le canton un rôle très important de médiateur artistique au cours des années 1970 et 1980. Les Aschwanden, dynastie de photographes, sont connus en Suisse pour leurs vues de l'Axenstrasse. L'œuvre photographique de Christof Hirtler a marqué dès les années 1980 l'image du canton.
Ernst Zahn, tenancier du buffet de la gare de Göschenen, écrivit à la Belle Epoque vingt-huit romans et trente recueils de nouvelles qui lui valurent une gloire européenne. Le médecin Eduard Renner a évoqué le vécu et la pensée des montagnards dans Anneau d'or sur Uri (1941, trad. franç. 2000), devenu un livre-culte dans le canton. De nos jours, Martin Stadler, auteur de chroniques, de reportages, de romans, de récits et de pièces de théâtre, décrit dans ses textes le caractère de ses concitoyens.
Les Jeux de Tell régulièrement donnés à Altdorf depuis 1899 sont l'emblème du théâtre à U. Dans les années 1980, le groupe de théâtre pour la jeunesse Zeigfinger réalisa plusieurs spectacles qui eurent un rayonnement suprarégional. Le groupe Momänt & Co. monte sur les planches avec succès depuis 1992 et la troupe Eigägwächs depuis 2004. Dans le septième art, les réalisateurs Fredi M. Murer, avec des films comme L'âme sœur (Höhenfeuer, 1985) ou Vitus (2006), et plus récemment Claudio Fäh se sont fait un nom sur le plan international. Le cinéma Leuzinger organisa dès 1925 des projections dans la salle des Jeux de Tell, en dehors de la saison théâtrale, et disposa dès 1963 de la seule salle obscure du canton.
U. possède une longue tradition musicale (fanfares et musique populaire). Le père Alberik Zwyssig est l'auteur de l'hymne national suisse. Gustav Arnold, musicien, compositeur et chef d'orchestre, était célèbre. Dans le domaine de la chanson, Ladislaus Krupski, dit Hanns In der Gand, et Berti Jütz ont écrit des pièces qui sont entrées au répertoire suisse. Depuis 2001 se tient à Altdorf le festival international Alpentöne, consacré aux tendances actuelles de la musique populaire alpestre.
Le carnaval est une vieille tradition très respectée; l'un de ses moments forts est le défilé des cliques faisant du charivari. Depuis la seconde moitié du XIXe s., il est l'occasion de publier des feuilles satiriques. On trouve dans la plupart des communes des sociétés carnavalesques dont les origines remontent jusqu'au dernier quart du XIXe s. Plusieurs villages sont connus pour leurs fêtes patronales, parfois agrémentées d'une exposition ou animées par la kermesse des armaillis.
En 1892 fut fondée la Société d'histoire d'U. (Gesellschaft für Geschichte und Altertümer von U., puis Historischer Verein U.), qui publie depuis 1895 la revue Historisches Neujahrsblatt. Josef Müller (1870-1929) recueillit les contes et légendes locaux et les publia sous le titre Sagen aus U. (3 vol., 1926-1945).
Auteur(e): Hans Jörg Kuhn, Rolf Aebersold / PM
Avant 1850, la population était presque entièrement catholique. En 2000, elle comptait 89% de catholiques, 6% de protestants, 4% d'évangéliques, orthodoxes ou musulmans et 1% de personnes sans confession. L'essor de la communauté protestante avait commencé dans les années 1880. La présence de musulmans et d'orthodoxes (dès 1970) était surtout due à l'immigration en provenance de Turquie ou d'ex-Yougoslavie. La part des sans confession et des évangéliques, numériquement peu significative, reflétait cependant la perte d'influence des deux Eglises nationales dans la seconde moitié du XXe s.; ce phénomène tendait à s'accélérer à la fin du siècle. En 2010, la part des catholiques était tombée à 84% (29 806 personnes), celle des protestants à 5% (1838 personnes).
Les Constitutions de 1820 et 1850 déclaraient encore la religion catholique romaine comme celle du canton. Les liens entre l'Eglise et l'Etat se relâchèrent ensuite. Après 1888, les paroisses se séparèrent partout des communes d'habitants. La conférence des conseils de paroisse, créée en 1971, donna naissance à l'Eglise nationale catholique romaine du canton d'U., institution reconnue dans la Constitution de 1984 et jouissant d'une large autonomie dans le cadre de la législation cantonale.
La croissance démographique nécessita un renforcement des structures. De nouvelles paroisses apparurent à Bauen (1802), Göschenen (1875), Realp (1882), Hospental (1886), Gurtnellen, Amsteg et Bristen (1903), Wiler (comm. Gurtnellen, 1916) et Altdorf (Saint-Nicolas-de-Flue, 1969), tandis que les efforts pour en fonder une à Meien échouèrent en 1829 et en 1916. Urnerboden obtint en 1901 un chapelain à demeure. Aux XIXe et XXe s., on reconstruisit dix-sept églises paroissiales et chapelles avec desservant.
Dès le milieu du XIXe s., de nouveaux ordres et congrégations prospérèrent. Des sœurs de Menzingen et d'Ingenbohl ainsi que des frères marianistes s'activèrent dès 1850 dans l'enseignement et les services sociaux, des bénédictins de Mariastein au collège d'Altdorf dès 1906, des missionnaires de Mariannhill au foyer Saint-Joseph d'Altdorf dès 1927. L'Œuvre séraphique de charité de Soleure géra de 1952 à 2004 l'œuvre d'entraide uranaise en faveur des enfants et des familles. Faute de relève, la plupart des communautés disparurent dans le dernier quart du XXe s. Les derniers capucins quittèrent Altdorf en 2009. Seuls subsistaient en 2010 le couvent de bénédictines de Seedorf et le foyer missionnaire Saint-Joseph à Altdorf.
A partir du dernier quart du XIXe s., l'Eglise renforça son influence grâce aux organisations du "catholicisme politique". Le concile Vatican II favorisa la participation des laïcs et l'ouverture œcuménique. Des conseils paroissiaux apparurent; de nombreuses paroisses organisèrent régulièrement des services œcuméniques. Dans ces dernières décennies, l'Eglise souffrit de la crise des vocations et la fréquentation des offices diminua.
La communauté protestante comptait 420 personnes lorsqu'elle fonda la paroisse d'U. en 1885, officiellement reconnue en 1916. En 2000, elle réunissait quelque 2100 membres, répartis entre les paroisses d'Altdorf, d'Erstfeld-vallée supérieure de la Reuss et d'Urseren (Andermatt et Göschenen). L'Eglise nationale évangélique-réformée du canton d'U. fut inscrite dans la Constitution en 1984.
Une communauté néo-apostolique apparut en 1932, une assemblée évangélique (Freie christliche Gemeinde) en 1987 et une communauté de Chrischona en 1995. Les musulmans eurent d'abord un lieu de prière à Bürglen, transféré en 2008 à Altdorf.
Auteur(e): Hans Stadler / PM
Auteur(e): Ralph Aschwanden / PM