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Professeur honoraire de l’Université de Neuchâtel et ancien commandant d’une brigade frontière, Fritz Stoeckli signe Espionnage russe depuis la Suisse 1914-1917, aux éditions Slatkine. L’auteur s’est plongé dans des documents d’archives inédits et fait le récit du nid d’espions que fut notre pays, au cœur de la Grande Guerre.
– Pourquoi cette recherche ?
– En 2014, le regain d’intérêt pour la guerre de 1914-1918 a montré que divers événements de notre histoire méritaient d’être réexaminés. Par exemple, l’affaire dite des colonels de 1915-1916, traitée en 2020, ainsi que l’espionnage russe depuis la Suisse, peu connu. Des informations clés détruites en Suisse ont survécu dans les archives russes, accessibles en partie depuis quelques années. La remise d’informations n’était pas limitée aux Allemands et l’attaché militaire russe en a bénéficié, ce qui contredit le préjugé d’une armée suisse vendue aux Allemands.
– Comment opérait l’espionnage russe ?
– En 1917, il disposait d’environ quarante-quatre organisations et seize sous-organisations basées dans les pays d’Europe en guerre avec les puissances centrales (Allemagne et Autriche-Hongrie) et dans les pays neutres. Par sa situation géographique et sa neutralité, la Suisse constituait une plateforme idéale pour l’espionnage de l’Autriche-Hongrie et ses fronts russe, balkanique et italien.
– Et en Suisse ?
– Il était très cloisonné. Fin 1916, on dirigeait depuis la Suisse les agents de l’attaché militaire russe à Berne, ainsi que ceux de neuf organisations complètes et six sous-organisations (antennes) qui dépendaient de divers états-majors russes. Cela correspondait au minimum à une centaine d’agents et à des dépenses mensuelles de 200 000 francs suisses de l’époque. Le cloisonnement, les coûts élevés et les résultats relativement modestes sur le terrain reflètent la faiblesse de l’espionnage russe en général, réformé trop tard.