Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07145.jsonl.gz/882

Nos savants atomistes sont à la recherche du constituant ultime de toute "chose", notamment au CERN où l'on s'efforce de casser les plus infimes particules pour en séparer les éléments.
Il n'est pas interdit de spéculer, (voire d'élucubrer) sur le résultat possible de ces recherches en se posant quelques questions, quitte à esquisser des réponses toutes provisoires.
1/ De quoi pourrait être "faite" cette brique élémentaire ?
Réponse : Si cette brique était faite elle aurait des constituants et ne serait par conséquent pas élémentaire. Cette brique n'est donc pas faite; elle est, point final. Vouloir qu'elle ait, ne seraient-ce que des "caractéristiques" signifierait déjà qu'elle pourrait n'être pas unique, qu'elle comporterait éventuellement des variantes. Formidable concentration d'énergie, selon certains ? Peut-être; mais cela ne saurait nous suffire. Qu'est-ce que cette énergie ?
2/ Que peut-on exclure de cette brique élémentaire ?
Réponse : On ne saurait pas davantage exclure qu'attribuer à cette brique élémentaire quelque constituant ou caractéristique que ce soit. Exclure c'est déjà tracer un contour, différencier, et donc introduire la pluralité potentielle. Pour être vraiment élémentaire, cette brique doit être unique au plein sens du terme. Est-il absurde d'imaginer que toute la construction du Cosmos pourrait n'être pas faite d'une infinité de "briques" rigoureusement identiques pour la simple et bonne raison que la pluralité c'est déjà la diversité ?
Alors ? Une seule et unique brique, autant dire rien ! Le néant qui, combiné à lui-même dans une construction dont la complexité s'accroît sans cesse, échafaude l'Infini ! Fantastique ! (ou phantasme)
Objection ! Comment cette particule, ce néant qui n'occupe pour ainsi dire aucun espace pourrait-il se trouver simultanément en deux points différents, à fortiori occuper et constituer tout l'espace ?
Parmi les particules les plus fines et pourtant certainement déjà complexes mises en évidence par nos chercheurs, il s'en trouve qui sont, semble-t-il, dépourvues de masse. Par conséquent leur inertie doit être nulle. Est-il défendu d'imaginer qu'une telle particule puisse être animée d'une vitesse qu'on pourrait qualifier d'absolue et, par conséquent, être douée d'ubiquité parfaite, soit présence simultanée en tout lieu, de l'infini à l'infini ?
La théorie de la relativité élaborée par EINSTEIN nous apprend cependant que l'écoulement du temps n'est pas uniforme et immuable. Il serait inversement proportionnel à la vitesse de l'"objet" dont on mesure la durée. Prenons donc la liberté de dire que pour une vitesse absolue le temps pourrait bien cesser de s'écouler. Le passé et le futur ne seraient plus séparés par cette limite impalpable et mouvante que constitue pour nous le "moment" présent.
Nous serions alors dans l'Eternité.
Si bien que nous pouvons conclure en toute simplicité que nos savants chercheurs lancés à la poursuite de la brique élémentaire pourraient bien n'aboutir qu'à "tuer le temps", au sens littéral comme au sens figuré de l'expression !
CQFD
Le Lignon, le 11 juillet 1996
Hermann JENNI
Alias DESJANTETS