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Strawinsky a pratiqué le dessin de manière intensive tout au long de sa carrière, notamment dans le cadre de projets en peinture, dans les arts décoratifs et monumentaux. Mais c’est enfant, pendant la Première Guerre mondiale, qu’il réalise ses premiers dessins et aquarelles. Ils ont été soigneusement conservés par ses parents qui souvent les signent de son petit nom (« Fedia ») et les datent, à une époque où les avant-gardes se passionnent pour la créativité enfantine.
L’univers visuel du jeune Théodore, qui réside avec sa famille à Clarens puis à Morges, repose alors sur des œuvres très colorées, certaines aux murs de sa maison: les dessins de sa mère, les estampes japonaises, les maquettes du peintre russe Michel Larionov), les images populaires russes gravées sur bois (les « loubok »), ainsi que les journaux illustrés qui offrent des visions graphiques et photographiques de la guerre.
Les paysages de vacances (les Préalpes), les vues de Morges ou de Clarens près de Montreux alternent avec des scènes de manœuvres militaires. Il s’agit de tout ce qui passionne l’enfant. Aux trains, voitures, cavaliers, canons, mais aussi aux actions de la Croix-Rouge s’ajoutent des portraits de généraux et diverses scènes plus imaginaires (des batailles navales). Cet œuvre culmine dans une grande aquarelle montrant la première de l’Histoire du Soldat en 1918, et se poursuit au début des années vingt, à Paris, avec des natures mortes, des scènes de spectacles et de cirque qui préparent l’œuvre à venir.
Philippe Kaenel