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Les premiers F-35 que l'armée de l'air suisse s'est fait offrir par le Conseil fédéral (quoiqu'il soit encore possible de revenir sur ce cadeau, grâce à l'initiative populaire lancée par la gauche contre tout achat d'avion américain, et peut-être même grâce à un possible refus du parlement d'accepter le crédit d'achat, qui ne lui a pas encore été soumis), n'ont pas encore décollé d'un aéroport helvétique qu'ils sont déjà criblés de balles. Le parlement (la commission de gestion du Conseil national) va même devoir enquêter sur la légalité de la procédure d'évaluation au terme de laquelle c'est l'avion américain qui a été choisi, à 36 exemplaires: des documents importants (les données utilisées pour l'évaluation des différents avions en lice) pourraient être détruits, ce qui rendrait impossible la vérification de la validité du choix entre eux... Enjeu politique, donc, et enjeu financier : le F-35, c'est quinze milliards et demi de francs sur trente ans, entre son achat et son exploitation. Et c'est le choix d'un avion américain contre un avion européen. Sauf que le choix semble avoir été... comment dire ? un tantinet orienté par de judicieux silences sur son coût réel, le volume réel des "compensations" que son fabricant doit accorder à la Suisse, et la nature des critères qui l'ont fait choisir...
In memoriam Paul Chaudet
Pendant toute la campagne de la votation fédérale sur l'achat de nouveaux avions de combat par l'armée suisse, on nous a rebattu les oreilles avec l'argument des "compensations" : l'avionneur choisi devait compenser 60 % de la valeur contractuelle de l'achat par des mandats donnés à des entreprises suisses. Les partisans de l'achat ont gagné la votation (de peu), le Conseil fédéral a choisi l'avion américain F-35 en expliquant qu'il coûterait deux milliards de moins que son principal concurrent, sauf que l'offre du constructeur américain, Lockheed, n'était ferme que sur dix ans et pas trente ans et que s'il est moins cher à l'exploitation c'est qu'il volera moins, parce qu'en fait, à heures de vol égales, il est plus coûteux que les autres... Du coup, l'écart financier entre et le F-35 et l'autre (le Rafale français ?) n'était plus que de 500 millions. Quatre fois moins qu'annoncé... Même révision des prévisions en ce qui concerne les investissements compensatoires de l'avionneur en Suisse : on attendait 3,6 milliards.. mais fin novembre, on a appris que le constructeur n'investira que 2,9 milliards et que 700 millions se sont envolés avant les nouveaux avions de l'armée suisse... Ce ne sont que des chiffres, mais ils ont eu leur poids politique : le gouvernement aurait préféré acheter européen (le français Rafale ou l'européen Eurofighter), mais était tenu par l'écart annoncé des prix entre l'américain et les européens d'acheter le premier. Or si cet écart se réduit et que les compensations fondent, cette obligation tombe, et la Suisse peut acheter un avion européen. Surtout si, comme accuse Airbus (fabricant de l'Eurofighter), le processus de sélection des futurs avions de combat a été faussé, basé sur des erreurs formelles et fondamentales, modifié et marqué par des omissions d'informations.
Est-ce que finalement, ça ne serait pas à une vaste arnaque (une arnaque à quinze milliards, quand même...) qu'on a eu affaire ? Du genre de celle qui, dans les années soixante, avait abouti au scandale des "Mirage" et avait coûté son poste au Conseiller fédéral radical vaudois Paul Chaudet ?