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Le langage non verbal
L’objet de ce chapitre est de donner simplement un très bref aperçu des principaux courants scientifiques et des chercheurs qui ont abordé la communication non verbale comme un sujet d’étude à part entière.
On distingue principalement deux grands courants de pensée qui caractérisent la science moderne, quelque soit son objet particulier : l’approche naturaliste et l’approche constructiviste qui peuvent prendre plusieurs formes.
Les approches naturalistes ou classiques
Dans ce cadre paradigmatique, les émotions de même que leurs expressions sont appréhendées comme des objets universaux. Ils sont donc mesurables et doivent être étudiés comme des phénomènes existants en tant que tels. Ils sont pensés comme invariants quelle que soit la culture dans laquelle ils sont étudiés. Ils sont innés, et universellement identiques dans leur forme et leur signification.
Les principaux courants théoriques ou chercheurs appartenant au paradigme naturaliste dans le domaine du non verbal sont :
Au XIXème siècle, C. Darwin et A Charma qui furent les premiers à décrire l’importance des gestes et des expressions faciales comme objets d’étude à part entière, porteurs de significations propres.
C. Darwin définit et décrit les émotions primaires dans le cadre de sa théorie de l’évolution. Dans cette optique, l’expression émotionnelle est repérable et est parfois commune entre l’homme et l’animal.
P. Ekman, universitaire et psychologue, conçoit ses recherches dans le cadre évolutionniste. Il propose une méthode de reconnaissance des émotions, « le FACS ». Dans sa vision, les émotions sont aussi appréhendées comme universelles et biologiquement déterminées. Le FACS est un éthogramme spécialisé dans les expressions du visage. Bien que largement controversées par les anthropologues et les psychologues sociaux constructivistes, ses théories sont très populaires et font même l’objet d’adaptations télévisuelles comme « Lie to me ».
Les approches constructivistes
La pensée constructiviste repose sur l’idée que notre vision du monde et sa réalité perçue sont le résultat de l’interaction entre l’esprit humain et son environnement. Dans cette approche, la réalité du monde est une perception et non la réalité elle-même. La cognition, l’émotion, le langage verbal et non verbal sont le produit d’une culture. L’approche constructiviste n’est pas moins mesurable que l’approche classique. Elle rajoute à l’analyse naturaliste la dimension du contexte qu’il faut prendre en compte afin de comprendre les motivations et les intentions qui sont traduites dans les comportements verbaux et non verbaux.
R. Birdwhistell et la kinésique : dès 1950, il s’attache à montrer l’importance des démangeaisons et des mouvements du corps comme autant d’items constitutifs d’un véritable langage. Il parle de « Kinèmes » par analogie avec le mot dans le langage verbal. Ses recherches conduisent pour la première fois, à voir la gestuelle au sens large comme constitutive d’un véritable moyen de communication : un langage.
Edward Hall (1914-2009), montre que différents types de contextes culturels modèlent la communication. Il travaille notamment à cerner les notions d’espace et de temps dans la communication humaine et définit la notion de proxémie. Cette notion est fondamentale et constitue l’un des fondements théoriques principaux dans l’approche des comportements non verbaux de la méthode Bodysystemics.
Paul Watzlawick (1921-2007), psychologue et théoricien de la communication humaine montre notamment les effets de rétroaction ou de feed back du contexte dans les interactions interpersonnelles. Ainsi pour se comprendre soi-même, il est nécessaire de comprendre l’autre et inversement. Ses études le conduisent à définir et théoriser la « pragmatique de la communication », notamment avec Bateson.
G Bateson (1904-1980) et le mouvement de Palo Alto : il regroupe un ensemble de penseurs et d’universitaires pluridisciplinaires en Californie dans les années cinquante. A contre-courant de la pensée naturaliste, cette école va imposer l’idée selon laquelle la communication (verbale et non verbale), fonctionne comme un système. Dans cette optique, le geste n’est plus indépendant du contexte dans lequel il est produit, on parle d’approche systémique. En psychiatrie elle aboutit au concept de double contrainte « double bind » qui sera largement critiqué par la psychologie clinique. Ce mouvement perdra de son envergure pendant une vingtaine d’années. C’est la neuromimétique et les nouveaux modèles cognitifs issus du courant associationniste qui réhabilitent les concepts de Palo Alto dans le cadre de la cognition incarnée.
Neuroscience cognitive et cognition incarnée
Les vingt dernières années ont été très fructueuses en matière de découvertes sur les mécanismes qui régissent la cognition. L’apport des neurosciences et de la neuromimétique en parallèle des nouvelles technologies (EEG, Scanner, IRM fonctionnelle, etc.) ont permis de faire tomber certaines croyances issues des paradigmes naturalistes classiques. Désormais, la pensée, consciente ou non s’inscrit avant tout dans le corps, on parle de cognition incarnée ou d’embodiment.
F Varela (1946-2001) neurobiologiste, est sans aucun doute celui dont la pensée résume le mieux l’ensemble de ces constats à travers le concept d’énaction. Selon lui tout être vivant cherche à rester en équilibre dans l’environnement dans lequel il se situe (autopoièse). Dans cette optique, le comportement émerge ou résulte d’un processus récursif entre la perception (organes des sens), l’action (la motricité) et l’environnement (au sens large) dans lequel il se trouve. L’attitude d’un individu est donc guidée par le principe autopoiétique et comprise en termes de rapports entre le sujet et les moyens dont il dispose (perception/action) avec son environnement propre. L’intentionnalité, l’émotion, la motivation et la pensée deviennent incarnées et sont définies comme l’émergence d’une adéquation entre le corps, l’esprit et l’environnement.