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Trier, classer, catégoriser, ranger sous étiquettes qui soumettent à des lois, à des analogies, telle est l'occupation essentielle des scientifiques, quelles que soient leurs spécialités.
Pourtant, l'examen poussé des sujets ainsi classés sous une même étiquette révèle immanquablement des différences, d'importance variable, qui obligent à reconnaître des sous-catégories.
Des méthodes d'investigation sans cesse perfectionnées révèlent des différences jusque parmi les objets les plus élémentaires.
Certains atomes ont des isotopes. N'est-il pas concevable qu'une analyse rendue possible au niveau des constituants ultimes de la matière puisse révéler des différences telles qu'il serait peu probable, voire impossible, de trouver deux éléments rigoureusement identiques ?
A un niveau plus complexe qui est celui des cristaux de neige, tous construits sur un plan hexagonal, on croit savoir qu'il n'en a jamais existé deux absolument pareils, et pourtant, depuis que notre terre reçoit des flocons, il en est probablement tombé plusieurs fois son volume.
Si cette hypothèse se vérifie, on peut être certain qu'il n'existe aucun organisme vivant qui n'ait sa réplique exacte, et cela, même chez ceux qui seraient issus d'un clonage où, pour imperceptible qu'elle soit, la mutation devrait être la règle. A la question posée en titre nous pourrions donc répondre : " La seule loi qui ne comporte aucune exception est qu'il n'existe que des exceptions. "
Confrontée à cet illogisme que devient notre hypothèse de la "brique" unique ?
Je pense qu'elle garde néanmoins un sens à condition que toutes les combinaisons avec elle-même, qu'elle élabore à l'infini simultanément, diffèrent les unes des autres ainsi que de celles qui précèdent ou qui suivent. Mais, si cela est vrai, nous voilà avec une deuxième règle qui ne souffre aucune exception sur les bras !
Cela admis (toujours provisoirement) nous pourrons en tirer deux conclusions apparement contraires:
1) La vertigineuse imagination créatrice de l'Univers dépassera toujours notre entendement.
2) L' Ego qui borne nos individualités pourrait bien n'être qu'une limite factice qui, pour une durée infime, nous distinguerait dans cette création constante dont nous serions pour l'Eternité.
Résoudre cette contradiction ne pourait-il pas nous conduire à concilier, enfin, évolutionistes et créationistes?
Le Lignon, le 25 octobre 2000
Hermann JENNI
Alias DESJANTETS