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Tout a commencé lors d’un contrôle gynécologique de routine moins d’une dizaine d’années avant la transplantation. Un taux préoccupant de créatinine de 300 – 3 fois la valeur limite normale - était mis en évidence dans l’analyse du sang. Renseignements pris, c’était une indication d’insuffisance rénale. Dans un premier temps le généraliste ne fut pas inquiet car la vitalité de mon épouse ne semblait pas affectée. Toutefois, les analyses semestrielles, puis trimestrielles, montraient une croissance continue du taux de créatinine. Le généraliste conseilla à mon épouse de se faire suivre par un néphrologue. Dans un premier temps un régime alimentaire strict permit un ralentissement de la montée de l’insuffisance rénale chronique.
La situation devint suffisamment préoccupante pour que le néphrologue envisage de recourir à terme aux dialyses et qu’on inscrive mon épouse dans la liste des personnes en attente d’un don d’organe. En principe les groupes sanguins de mon épouse et de moi-même étaient incompatibles et lors d’un entretien avec mon épouse et moi, le néphrologue exclut la possibilité d’une transplantation d’un de mes reins.
Malgré un régime alimentaire strict et la prise de chélateurs, l’état de santé de mon épouse se dégradait constamment et bientôt ne lui permit plus de poursuivre les activités usuelles. Je décidais de reprendre contact avec le néphrologue pour voir si les progrès de la médecine permettaient d’envisager une transplantation malgré l’incompatibilité sanguine. C’était le cas ; une telle transplantation incompatible – dite ABO – avait été effectuée avec succès à Bâle et les HUG étaient prêts à introduire cette méthode.
Mon épouse fut d’abord réticente. Les risques encourus par le donneur lui paraissaient trop importants. Toutefois, elle accepta que les analyses, examens tests soient entrepris pour nous deux. Les équipes médicales des HUG firent preuve de beaucoup d’humanité et de compréhension. Les résultats des examens approfondis furent positifs, la transplantation ABO était possible dans notre cas. Mon épouse accepta l’évidence. Une transplantation serait nettement préférable aux dialyses. Elle resta inquiète craignant des complications pour le donneur. Le moment vint ou l’insuffisance rénale chronique rendait la transplantation ou les dialyses indispensables. La transplantation fut décidée et l’équipe des HUG planifia les interventions.
Le traitement commença par une série de plasmaphérèses pour extraire les anticorps du sang de mon épouse, une étape indispensable pour rendre la transplantation possible malgré l’incompatibilité sanguine. Le traitement fut complété par trois dialyses pour améliorer les conditions de reprise du rein transplanté.
Le 14 août 2009 le chirurgien urologue prélevait un de mes reins et le transmit au chirurgien viscéral qui le transplantait à mon épouse. Le rein greffé fonctionna dès son implantation. Les deux opérations ont parfaitement réussi. Nous sommes restés 10 jours aux HUG dans des services séparés.
Le réglage de la prise des médicaments fut cependant très difficile et délicat pour mon épouse. Les immunosuppresseurs détruisirent les globules blancs et diminuèrent les globules rouges. Ce qui entraîna des agranulocytoses à répétition avec deux aggravations en septicémies. L’équipe de néphrologie des HUG fut remarquable et trouva les traitements efficaces pour rétablir les équilibres. Par contre nous n’avons pas eu le souci d’un rejet.
Dix-huit mois ont passé et nous sommes les deux en bonne santé et avons effectué sans problème un grand voyage de 3 semaines dans l’ouest américain au volant d’une voiture louée.
Nos amis nous disent que nous avons rajeuni et … nous sommes d’accord.
Donneur: CJF 70 ans, Receveuse: JF 77 ans, Intervention effectuée aux HUG en 2009