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Contourner le contournement ?
Début mars, à Meinier, à l'appel du collectif "Les Changeurs" créé pour inciter le Conseil d'Etat et le parlement à revoir le projet de traversée routière du Petit-Lac, un débat avait permis à des habitants et à des élus municipaux des communes de la rive droite "non urbaine" de dire tout le mal qu'ils pensaient, non du principe d'une traversée routière du Petit-Lac, mais de la forme qu'elle risque de prendre (si le peuple ne la renvoie pas à ses auteurs). Le Maire de Meinier s'inquiètait de devoir accueillir un échangeur autouroutier sur le territoire communal -et qui plus est à proximité d'un site archéologique, celui de Roelbeau. Le Maire de Puplinge reprochait au projet de n'alléger le centre urbain qu'en chargeant sa périphérie. Pour finir tout de même par charger le centre urbain, puisqu'en engendrant plus de circulation à la périphérie, on aboutit toujours à en engendrer au centre. Le Maire de Saint-Cergue, sur France, estimait que ce n'est pas la ville de Genève qu'il faut contourner mais le "Grand Genève", et qu'il faut prioriser les transports en commun. Car sinon, le processus est sans fin : on crée un contournement routier, ce contournement est saturé, donc on crée un contournement du contournement. Et les milliards pleuvent. Ou plutôt, se noient. Or Genève serait seule à payer la note. Salée, la note : rien que les études coûteraient 100 millions de francs, et le projet lui-même des milliards.
Soutenons la traversée du lac. Du Bouveret au château de Chillon. Et par bac.
Même la "Tribune (encore) de Genève" avait appelé le Conseil d'Etat (et Pierre Maudet tout particulièrement) à devoir "définitivement enterrer (sic) la traversée du lac" qui "dévore des millions par dizaines rien qu'en études pour un résultat final garanti nul"... on ne saurait (presque) mieux dire ce que vaut un projet qui coûtera dans les quatre milliards, sans partenariat crédible avec le secteur privé, sans possibilité légale d'instaurer un péage, sans garantie d'un financement fédéral, ne figurant dans aucun programme fédéral de développement des routes nationales, illustrant des choix politiques du siècle dernier, et qui ne servira plus à grand chose au moment où il serait inauguré, s'il se réalisait : les modes de déplacement, la réalité de la "mobilité" sont en train de changer à une rapidité qui contraste avec le temps qu'il faudrait pur trouver le financement (plusieurs milliards) du dinosaure translacustre, et, si on arrive à le financer, le réaliser.
Accroché à la traversée routière du Petit Lac comme un morpion à une couille, le TCS a financé une étude de génie civil sur les possibilités de connecter le contournement de Genève (à travers le lac) sur le réseau français. L'idée serait pertinente si la traversée du Petit Lac l'était : sans connexion au réseau français, elle ne permettrait d'alléger la circulation en ville qu'en la reportant à la périphérie -c'est d'ailleurs ce que craignent les communes genevoises et françaises de cette périphérie : il faut "éviter que le trafic ne s'engouffre dans nos villages par de petites routes étroites, totalement inadaptées", résume le Maire de Puplinge.
L'étude commanditée par le TCS retient deux variantes de connexion au réseau français, par un tunnel sous la plaine de la Seymaz, puis vers une plateforme douanière près de Juvigny, puis encore par un viaduc sur le vallon du Foron, pour arriver au carrefour des Chasseurs et la route du pied des Voirons. Tout ça pour un coût (payé par qui ?) de 430 à 490 millions. Au minimum. Cette "fuite en avant dans la logique autoroutière" soulignée par l'association Acti-Trafic a au moins une qualité : tant qu'à plancher sur un contournement par le lac qui ne se fera jamais de l'art pour l'art, quoi...), autant lui faire contourner toute l'agglomération et pas seulement sa ville-centre. Comme on le sait, nous sommes, nous, ici, fermement partisans d'une traversée du lac. Mais du Bouveret au château de Chillon. Et par bac.