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Avec l’instauration de « Jeunesse et Sport », par la loi du 17 mars 1972, c’est la tutelle de l’Armée sur la préparation physique de la jeunesse qui se trouve bouleversée. En effet, J+S vient remplacer l’ancienne « Instruction militaire préparatoire », jusqu’alors réservée aux garçons, et désormais l’objectif de préparation physique des futurs soldats devient presque secondaire, entre l’entretien de la santé de la population et des enjeux économiques (liés aux loisirs et au tourisme) et des enjeux sportifs (soit de chercher à obtenir plus de médailles lors des compétitions internationales). C’est ainsi une tutelle presque centenaire qui disparaît, puisque c’est une ordonnance fédérale sur l’organisation militaire qui avait introduit l’obligation de la gymnastique dans les écoles primaires dès 1874.
Pour autant, avec la loi de 1972, la situation ne change pas radicalement en quelques mois et la « démilitarisation de la sphère sportive » est en fait un processus entamé bien avant 1972 qui n’est toujours pas achevé dans les premières décennies du 21ème siècle. En effet, plusieurs aspects « militaires » perdurent encore, puisque le sport au niveau fédéral dépend toujours du Département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports (DDPS, ancien Département Militaire Fédéral) et qu’une certaine logique d’organisation hiérarchique prévaut autour de l’encadrement sportif. Néanmoins, et au moins depuis les années 1920, des composantes ludiques, de loisirs et de performance corporelle occupent une place croissante dans les enseignements obligatoires de gymnastique et dans les entraînements sportifs dans les sociétés locales. La Seconde Guerre mondiale est un moment d’un relatif retour en arrière sur ces aspects, mais les années 1950-1960 sont marquées par l’essor d’une gymnastique féminine, qui accepte bientôt la compétition, par une démocratisation des sports d’hiver et une première diversification des activités pratiquées par la population, loin des intentions militaires rigides antérieures. Si la Guerre froide constitue un contexte géopolitique parfois préoccupant pour la Suisse, le confort matériel autorisé par les Trente glorieuses va soutenir la consolidation de nouvelles motivations pour faire du sport.
Avec la loi de 1972, la situation ne change pas radicalement en quelques mois et la « démilitarisation de la sphère sportive » est en fait un processus entamé bien avant 1972.Marco Marcacci
Plus largement, ces dynamiques du mouvement sportif font écho à des transformations sociétales qui trouve un moment d’expression autour de « mai 68 ». De fait, suite à ces événements et aux nouvelles revendications de la jeunesse, l’institution militaire cherche à se réformer, et va mettre sur pied une commission « pour l’étude des problèmes d’éducation et d’instruction de l’armée » dont le rapport rendu en 1970 ambitionne d’instaurer une nouvelle « discipline », laquelle solliciterait davantage la réflexion et la participation, tout en simplifiant les usages hiérarchiques. Plus tard, dans les années 1980, l’avènement du « Groupe pour une Suisse sans Armée » (GSsA), et ses succès politiques relatifs, couplé à des changements profonds des mentalités aboutissent aussi à un redimensionnement des effectifs et à la suppression des brigades aux frontières et de celles du Réduit. Au tournant du 21ème siècle, si le sport revient dans le giron du DDPS (après un temps auprès du Département fédéral de l’intérieur depuis 1984), l’antienne « un esprit sain dans un corps sain » est devenu la grande et principale motivation des sportives et des sportifs, et l’Armée change peu à peu de rôle, en soutenant désormais les athlètes d’élite dans leurs préparation aux grandes compétitions, une idée encore combattue de manière virulente dans les années 1960.
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