Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07017.jsonl.gz/159

RECREATIONS LATINES

Cure de jouvence pour un arc de triomphe?
mais...
quel est le vrai ? quel est le faux ?
ARC DE TITUS
Ce petit arc de triomphe si joli fut élevé en l'honneur de Titus, fils de l'empereur Vespasien; on voulut immortaliser la conquête de Jérusalem; il n'a qu'une arcade. Après l'arc de triomphe de Drusus près la porte Saint-Sébastien, celui-ci est le plus ancien de ceux que l'on voit à Rome; il fut le plus élégant jusqu'à l'époque fatale où il a été refait par M. Valadier.
Cet homme est architecte et romain de naissance malgré son nom français. Au lieu de soutenir l'arc de Titus, qui menaçait ruine, par des armatures de fer, ou par un arc-boutant en brique, tout à fait distinct du monument lui-même, ce malheureux l'a refait. Il a osé tailler des blocs de travertin d'après la forme des pierres antiques, et les substituer à celles-ci, qui ont été emportées je ne sais où. Il ne nous reste donc qu'une copie de l'arc de Titus.
Il est vrai que cette copie est placée au lieu même où était l'arc ancien, et les bas-reliefs qui ornent l'intérieur de la porte ont été conservés. Cette infamie a été commise sous le règne du bon Pie VII; mais ce prince, déjà fort vieux, crut qu'il ne s'agissait que d'une restauration ordinaire, et le cardinal Consalvi ne put résister au parti rétrograde, qui protégeait, dit-on, M. Valadier.
Heureusement, le monument que nous pleurons était semblable en tout aux arcs de triomphe élevés en l'honneur de Trajan à Ancône et à Bénévent.
Stendhal, Promenades dans Rome, Arc de Titus
Abraham-Louis-Rodolphe Ducros est né à Moudon le 21 juillet 1748. Après de nombreux voyages et une brillante carrière d'aquarelliste en Italie, il réside principalement à Rome, où il bénéficie de la haute estime du pape Pie VI. Mais en 1793, le simple fait de fréquenter des artistes français provoque son expulsion, sous prétexte d'accointance avec les Révolutionnaires. Réfugié à Naples, il doit également quitter cette ville en 1799, parce qu'un architecte italien jaloux l'y avait accusé de jacobinisme Quasiment ruiné, il songe bientôt à regagner sa patrie. La constitution définitive du Canton de Vaud en 1803 et l'accès au pouvoir de nouvelles autorités expliquent qu'en 1804, au nom de la Société d'Emulation de Lausanne, il ait reçu une invitation à revenir dans son pays pour y fonder une école de dessin. En 1807, c'est même le Gouvernement du Canton de Vaud qui l'incite à ouvrir chez nous une académie Il accepte, mais ses projets ne rencontrent pas l'aide financière nécessaire. Il meurt à Lausanne en 1810, alors qu'il venait d'être nommé professeur de peinture à l'Académie de Berne.
En 1811, les quelque cinq cents uvres qu'il avait ramenées d'Italie sont mises en vente et risquent de se disperser à tout jamais... Heureusement, une souscription publique est immédiatement lancée pour leur rachat et elles occupent actuellement une place de premier rang dans la présentation permanente de la collection du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.
Abraham-Louis-Rodolphe Ducros, un peintre suisse en Italie, publié sous la direction de Jörg Zutter avec les contributions de Pierre Chessex, Didier Prioul, Linsay Stainton, Jörg Zutter, Editions Skira et Musée des Beaux Arts Lausanne, Milan et Lausanne, 1998
Stendhal, Promenades dans Rome, Préface de Michel Crouzet, Editions Gallimard, 1997 (coll. classique folio n° 2979)