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Interview
«Le Conseil de sécurité n'est pas une partie à un conflit»
La Suisse veut rejoindre pour la première fois le Conseil de sécurité de l'ONU pour un mandat de deux ans dès 2023. Cette participation pourrait être positive pour le pays et attrayant dans une période de crise, affirme dans un entretien à Keystone-ATS le porte-parole de la mission suisse à l'ONU à New York, Jean-Marc Crevoisier.
Keystone-ATS: Le Conseil de sécurité est souvent bloqué, comme le montre à nouveau la guerre lancée par la Russie en Ukraine. Quel est l'intérêt pour la Suisse d'être membre?
Jean-Marc Crevoisier: «Le Conseil de sécurité est l'organe le plus important dans le monde pour la recherche de la paix et la sécurité internationale. Malgré une forte polarisation, il approuve chaque année entre 50 et 70 résolutions. Parmi elles se trouvent des décisions sur des missions de la paix et des missions politiques de l'ONU qui sont actives dans le monde entier avec leurs plus de 100'000 casques bleus et experts civils. L'objectif est exactement celui qui est également précisé dans la Constitution fédérale, la recherche de la paix dans le monde. Comme dans d'autres enceintes internationales, notamment l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ou le G20, la dynamique au Conseil de sécurité reflète la situation politique mondiale. Le facteur important n'est pas l'institution en elle-même mais l'attitude de ses membres. Comme membre, on peut faire quelque chose, alors qu'en dehors, cette possibilité est très limitée».
Keystone-ATS: Comment la Suisse prévoit-elle de préserver sa neutralité au Conseil de sécurité?
Jean-Marc Crevoisier: «Le Conseil fédéral a affirmé dans son rapport 'La candidature de la Suisse pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU en 2023-2024' que la Suisse peut appliquer sa neutralité sans changement et intégralement tout en étant membre du Conseil de sécurité. Celui-ci n'est pas une partie à un conflit selon le droit de la neutralité. Son mandat est de préserver la paix et la sécurité dans le monde. D'autres Etats neutres et en dehors de toute alliance, comme l'Autriche, la Suède et l'Irlande, sont régulièrement membres. Dans la situation polarisée actuelle, la neutralité constitue un avantage, pas un obstacle. La Suisse doit déjà prendre position sur des thématiques controversées, à l'ONU comme en dehors. Sa position est établie sur la Constitution fédérale et le droit international».
Keystone-ATS: La guerre en Ukraine affecte l'ONU dans ses fondements. Comment aboutir à des réformes?
Jean-Marc Crevoisier: «Les périodes de crises, comme celle à laquelle nous sommes actuellement confrontés, peuvent faire bouger quelques dossiers. Cette situation a été observée dans le cas des droits de veto. L'Assemblée générale de l'ONU a approuvé le 26 avril une résolution par consensus qui prévoit de la saisir lorsqu'un veto est opposé pour que celui-ci soit justifié. Cette initiative lancée par le Liechtenstein était en discussion depuis plus d'un an. L'agression russe en Ukraine et le veto russe sur cette question l'ont aidée».
Keystone-ATS: La présidence du Conseil de sécurité change chaque mois. La Suisse héritera de cette charge probablement en mai 2023. Elle pourra alors convoquer des réunions spéciales. Pense-t-elle déjà à des thématiques?
Jean-Marc Crevoisier: «La Suisse va définir concrètement cette année ses points forts thématiques. Ceux-ci s'appuieront sur son profil et son engagement sur de nombreuses années sur la paix et la sécurité. Parmi eux se trouvent la prévention des conflits, la médiation, le droit international public et la protection des civils dans les conflits, les droits humains, les méthodes de travail du Conseil de sécurité, de même que de nouveaux défis comme le climat et la sécurité».
Keystone-ATS: Depuis qu'elle a rejoint l'ONU, la Suisse s'est engagée pour une amélioration des méthodes de travail du Conseil de sécurité. Quelles possibilités additionnelles a-t-elle à l'intérieur de cette enceinte d'obtenir des avancées?
Jean-Marc Crevoisier: «La Suisse est favorable depuis déjà une quinzaine d'années à davantage de transparence, de responsabilité et d'association des Etats non membres dans les travaux du Conseil de sécurité. Elle est coordinatrice de groupe suprarégional ACT (Accountability, Coherence and Transparency). Comme membre du Conseil, elle pourra encore mieux suivre le fonctionnement de celui-ci et proposer des améliorations. Dans le cadre du code de conduite suggéré par le groupe ACT, la Suisse appelle les membres du Conseil à ne pas bloquer des mesures pour empêcher des atrocités de masse».
Keystone-ATS: Quelle signification a la participation au Conseil de sécurité pour Genève comme hôte d'un siège de l'ONU?
Jean-Marc Crevoisier: «De nombreux acteurs de la Genève internationale sont compétents sur des questions qui sont pertinentes pour l'engagement de la Suisse au Conseil de sécurité, notamment sur la paix et la sécurité, le désarmement, les droits humains et l'assistance humanitaire. La Suisse peut exploiter les compétences et les expertises des différents acteurs, de la société civile au secteur privé en passant par les organisations internationales, les scientifiques ou les laboratoires de réflexion pour sa participation au Conseil de sécurité, une approche qui renforce de son côté la Genève internationale».
nn, ats