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Le “Jeu des Questions” pratiqué par certaines confréries talmudiques aurait, selon les exégètes, une origine divine. Le judaïsme n’est-il pas de toute façon une religion de la question plus que de la réponse. Cela déconcerte souvent ceux qui s’attendent à recevoir des indications précises et s’enferment dans le respect des nombreuses prescriptions qui régissent le quotidien, issues des coutumes autant que de la loi divine. Pour chaque jour de l’année, pourtant, la Paracha pose une question sur laquelle l’homme se doit de réfléchir : Dieu institua ce jeu des questions dès qu’Il eut créé le premier homme. Adam vient de adamah, la terre. Mais dans adamah, il y a adam, l’homme, et mah, la question : l’homme, sur Terre, est donc “l’être qui s’interroge.”
Dans la Genèse, Dieu demande à Adam : “ Où es-tu ? ” Mais Adam a peur et se cache. Le péché originel, c’est d’abord ce refus de s’interroger et de penser. Dès lors, les hommes n’eurent plus accès à l’Arbre de Vie, qui est aussi l’Arbre des Questions.
“Que cherches-tu ?” nous demande YHVH.
La légende raconte que Moïse reçut d’abord, lors de son premier séjour sur le mont Horeb, des tables bien différentes de celles de la Loi. Selon ces récits, en premier, lui furent proposées douze questions fondamentales, agencées selon un ordre précis, que les hommes devaient se poser pour s’accomplir au mieux dans le bonheur et la joie. Gravé dans un matériau divin – une résine translucide permettant de lire dans n’importe quel sens -, la Torah blanche était le signe de la première Alliance, la clé d’un dialogue direct avec Dieu. Un rituel de questionnement que les hommes pourraient se transmettre de génération en génération, avec une même discipline, une même règle de jeu.
Lorsque Moïse revint, après quarante jours, il vit que le peuple hébreu adorait un veau d’or et il brisa les tables. Mais lesquelles ? Cette question est à l’origine d’une controverse qui divise bien des exégètes. Moïse vient de recevoir de YHVH Lui-Même la sagesse éternelle. Comment admettre qu’il la détruise et pourquoi ? Pour certains, Moïse agit ainsi non par colère contre son peuple, mais parce qu’il se trouve en proie à un doute fondamental sur les capacités de l’homme à accepter de se poser ces questions cruciales. L’interrogation proposée aurait généré de trop grandes résistances. Moïse retourne donc sur le mont Horeb et en redescend avec les secondes tables, celles de la Loi, gravées cette fois sur de la pierre, portant les instructions que nous connaissons par la tradition écrite : les Dix Commandements.
Le contenu des premières tables brisées fut cependant transmis par la tradition orale, d’abord talmudique puis kabbaliste, parfois même sous le nom de “Tables de l’Interrogation”. Car dans leurs yeshivot, lieux où ils étudient la Torah, les juifs perpétuent la pratique du questionnement. En début de séance, l’un des participants pose une question sur laquelle les autres, à leur tour, s’interrogent. Si une réponse jaillit, tous y puisent de nouvelles questions.
La Kabbale non plus ne donne pas de réponse, mais ouvre à l’infini l’espace du questionnement. Toute réponse le referme et nous enferme en elle. Nous sommes esclaves de nos réponses. Nous sommes libérés par nos questions.
C’est peut-être la raison pour laquelle les Dix Commandements sont écrits au futur. Il n’est pas dit : “Ne tue pas”, ni : “Ne pas voler”, mais : “Tu ne tueras pas, tu ne déroberas pas, tu ne convoiteras pas…”. Ce ne sont donc à proprement parler ni des ordres ni des lois, mais des projets de vie, des quêtes, des questions, un avenir vers lequel, idéalement, l’humanité doit se diriger. Pour les exégètes cités plus haut, les Commandements n’étaient rien d’autre que la règle du jeu recomposée par Moïse à partir des Tables de l’Interrogation : ayant renoncé à transmettre le jeu lui-même, il en avait déduit les dix règles fondamentales auxquelles, dans son esprit, les questions devaient conduire. D’autres affirment que ces questions furent confiées aux tribus d’Israël et que l’humanité atteindra la sagesse quand elles seront toutes réunies…
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