Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07120.jsonl.gz/161

La voie qui offre les meilleures chances de succès est celle qui tend à maintenir l’agenda économique centré sur un nombre limité de réformes concrètes.
Comment la valeur du titre USA Inc. pourrait-elle raisonnablement progresser sous la direction du nouveau président américain?
Ce mercredi à midi, Joe Biden présentera ses espoirs et ses rêves au travers de son discours d’investiture. Les électeurs l’écouteront avec impatience ou consternation selon leur allégeance, alors que les investisseurs l’ignoreront totalement. Comment les marchés devraient-ils appréhender l’Amérique du nouveau président? Comment ce PDG de l’entreprise USA Inc. pourra-t-il améliorer le bilan et le compte de résultat du pays? Quels sont les investissements à long terme qui permettront d’améliorer ses perspectives de croissance?
Les mémoires présidentielles, y compris celles de George W. Bush et de Barack Obama, révèlent qu’elles traitent d’un thème récurrent, celui de la faible marge de manœuvre dont dispose celui qui occupe un poste censé être le plus élevé au monde. La plupart des décisions sont en fait les options les moins mauvaises choisies dans un environnement où l’information est incomplète et les ressources insuffisantes, des décisions dont les rivaux cherchent avant tout à entraver la réussite.
Du point de vue du potentiel économique et des performances pour les investisseurs, la nouvelle équipe pourrait raisonnablement obtenir des résultats dans une dizaine de domaines. En ce qui concerne l’endiguement des effets de la pandémie, rien ne pourra être fait avant la levée du confinement et la réouverture des restaurants, la reprise du voyage aérien et la poignée de main échangée avec un étranger. Tout cela pourrait être possible grâce au démarrage précoce de la campagne de vaccination, mais à la condition que l’infrastructure logistique suive, que l’information soit bien gérée et que, avec un peu de chance, les variants du virus restent sous contrôle.
Il conviendra également de maximiser la vitesse de sortie de crise. Républicains et démocrates seront toujours en désaccord sur la manière d'équilibrer impôts et dépenses. Néanmoins, pour accélérer sa croissance dans un monde soumis à des vents contraires séculaires, l'économie devra faire tourner les moteurs de la reprise à plein régime. Cela signifie que d’énormes efforts devront être consentis en matière de dépenses publiques, au moins jusqu’à ce que les taux de chômage et d'activité reviennent à leurs niveaux d'avant la crise.
En ce qui concerne la dette, il convient de distinguer gestion et réduction, car la meilleure manière d’assumer les emprunts d’urgence effectués l’année passée consiste à investir dans le potentiel de croissance du pays. Partout, l’endettement public s’est envolé, mais la faiblesse des taux le rend supportable tant que la croissance se poursuit. En fin de compte, la maîtrise des taux d'intérêt n’est pas du ressort du Bureau ovale, en revanche la démographie et la technologie représentent des leviers puissants qui permettront de maintenir l'inflation et les emprunts à un niveau tout à fait supportable pour le moment.
Les relations transatlantiques devront être reconstruites. L’administration Trump a choisi ses propres combats avec l’Europe et les relations économiques se sont longtemps enlisées dans les querelles autour du traitement des poulets au chlore ou des subventions à l’aéronautique. Ces questions doivent maintenant être réglées afin de pouvoir s’attaquer à des problématiques beaucoup plus urgentes et qui créent de l’incertitude pour les entreprises. Il s’agit entre autres de la taxation des services numériques, de protection des données et de la conception d’une approche commune vis-à-vis de la Chine.
et le paiement des impôts aurait un effet plus durable.
La relation avec cette dernière est vouée à traverser une période chaotique tant les différends entre Washington et Pékin sont nombreux, allant de la question de Taïwan à l’affaire Huawei. Cependant, même si la phase un de l’accord commercial ne tient plus qu’à un fil, les responsables chinois ont jugé qu'il était dans leur intérêt d'ouvrir le secteur des services financiers aux étrangers. La voie qui offre les meilleures chances de succès est donc celle qui consisterait à maintenir l’agenda économique centré sur un nombre limité de réformes concrètes comme celles qui ont déjà été approuvées dans le cadre du partenariat transpacifique.
Sur le front du climat, les priorités doivent être clairement définies. La plupart des pays s’apprêtent à augmenter le coût du carbone et à développer l'utilisation des énergies renouvelables. L'engagement de la nouvelle équipe en faveur du climat peut de fait contribuer à accroître l’attrait de l’Amérique en tant qu'investissement, pour autant que ses mesures d'incitatives soient aussi claires et coordonnées que possible.
Aux Etats-Unis, quatre années ne suffiront pas à pallier les insuffisances en matière d’infrastructure. Cependant, un cadre fédéral qui améliore et rationalise les processus de planification et d'autorisation peut contribuer à rediriger efficacement les flux d'argent public et privé vers des infrastructures dont le délabrement actuel érode le potentiel de croissance de l’économie.
Paul O'Neill, l’ancien secrétaire au Trésor de George W. Bush, affirmait que le code américain des impôts était une «abomination», car «aucun être humain n’est en mesure de le comprendre dans sa totalité». L'équipe de Joe Biden prévoit d'y apporter d’importants changements au niveau des entreprises comme à celui des ménages. Mais toute modification qui pourrait simplifier le calcul et le paiement des impôts aurait un effet plus durable.
car il s’agit d’un élément clé pour la croissance d’une économie avancée et vieillissante.
Malgré toutes les réformes et tous les débats, les coûts de la santé continuent de progresser plus rapidement que l’économie: ils pourraient représenter près de 20 % du PIB en 2028. Les solutions à ce problème comportent une grande part d’émotionnel et sont excessivement complexes, mais chaque élément de progrès contribuerait à l’amélioration des perspectives économiques à long terme.
L’accroissement de l’immigration est une problématique du même type. Le débat porte encore sur la question de savoir quels sont les immigrés qui représentent le plus grand apport économique, alors qu’en fin de compte l’équation est simple: l’augmentation du nombre de travailleurs équivaut à une hausse de la production. L’immigration doit se faire de manière ordonnée, prévisible et rationnelle, car il s’agit d’un élément clé pour la croissance d’une économie avancée et vieillissante.
Même s’il existe un large consensus, ce qui n’est pas le cas pour toutes les thématiques traitées plus haut, les détails restent toujours difficiles à traiter politiquement. Cela dit, il convient de rester conscient que même la personne la plus puissante au monde ne peut pas faire des miracles.