Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07023.jsonl.gz/700

Les prix des biens agricoles augmentent partout dans le monde. Cette inflation a commencé bien avant la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, avec la hausse des prix de l’énergie et du transport, les disruptions dans la logistique, la pénurie de travailleurs et autres problèmes liés au Covid.
Le changement climatique apporte également sa contribution avec les inondations et les sécheresses. La guerre en Ukraine a fortement poussé les prix à la hausse: l’Ukraine et la Russie sont d’importants exportateurs de blé et de colza. La Russie et l’Ukraine comptent pour 30% des exportations mondiales de blé, 19% pour le maïs et 13% pour l’huile végétale. On nomme l’Ukraine, «le grenier de l’Europe». Le prix du blé a augmenté de 40% en 2022. Depuis l’invasion russe, le prix du blé a grimpé de 20%, après un pic de +45%.
Les craintes sur l’offre se répercutent sur l’ensemble des produits agricoles. Avec la guerre en Ukraine, la situation va devenir particulièrement difficile en Europe et en Afrique. La Russie a mis en œuvre une «interdiction temporaire» d’exportation de céréales vers les pays de l’Union économique eurasiatique, une alliance économique réunissant cinq ex-républiques soviétiques (Russie, Kazakhstan, Bélarus, Arménie, Kirghizistan). La liste des pays qui interdisent ou limitent les exportations de produits agricoles, pour sécuriser leur propre approvisionnement, s’allonge. L’Egypte dépend à quasiment 100% des importations de blé russe et ukrainien. Le Yémen importe 40% de ses céréales de Russie et d’Ukraine. Le secrétaire général de l’ONU a dit qu’il y a le risque «d’un ouragan de famines et un effondrement du système alimentaire mondial», souvent les prémisses de crises sociales.
Les prix des engrais ont été multipliés par plus de 4 en une année-ils servent à améliorer le rendement des cultures-, en particulier pour les engrais azotés qui sont fabriqués à partir de l’ammoniac, obtenu par la combinaison de l’azote de l’air et de l’hydrogène provenant du gaz naturel. Environ 80% du coût de production de l’ammoniac est lié à l’utilisation de gaz naturel. Les prix des engrais azotés ont été multipliés par 5 depuis 2 ans. La Russie, le plus gros exportateur au monde d’engrais, représente 20% du marché mondial de la potasse et la Biélorussie 18%. La Russie est un acteur incontournable du nitrate d’ammonium servant à la fabrication des engrais azotés. Le Brésil, deuxième exportateur au monde de maïs, est de loin le premier importateur de nitrate d’ammonium en provenance de Russie. L’Inde est le plus grand importateur mondial d’urée, l’engrais azoté le plus populaire au monde.
Les cours de bourse des sociétés concernées sont aux plus hauts historiques. Les grands bénéficiaires sont les multinationales dans l’agro-industrie et le négoce des produits agricoles comme Archer Daniels Midland et Bunge, et les fabricants de fertilisants comme Nutrien, CF Industries et Mosaic que nous préférons au Finlandais Yara : les sociétés nord-américaines sont protégées en partie de la hausse des coûts de production, car elles exploitent elles-mêmes leurs matières nécessaires à la production comme la potasse et l’ammoniac.
Avec la déglobalisation, le climat, la géopolitique, la santé et une probable remise en question de la politique agricole européenne, les prix agricoles devraient rester élevés. Les pays émergents sont les plus fragiles, surtout l’Afrique, et la faim et/ou une nourriture trop chère ont souvent conduit à des crises sociales violentes.