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Argent - Sources d'inspiration -
« Comment les riches détruisent la planète »
par Hervé Kempf (journaliste spécialiste de l'environnement) aux éditions du Seuil (Points Essais), mai 2007.
Dans cet ouvrage au titre un peu racoleur et aux propos souvent virulents Hervé Kempf démontre ce qui peut pousser chacun d'entre nous à participer à la frénésie de consommation et à accepter les principes de la sacro-sainte croissance alors qu'on sent bien que quelque chose cloche.
Dans les pays les mieux pourvus comme dans les pays émergents, une large part de la consommation répond à un désir d'ostentation et de distinction. Les gens aspirent à s'élever dans l'échelle sociale, ce qui passe par une imitation de la consommation de la classe supérieure. Celle-ci diffuse ainsi dans toute la société son idéologie du gaspillage. (page 9)
Pourquoi le système est-il si obstinément incapable de bouger ?
L'opinion mondiale et les décideurs sont dans la même situation qu'un chef d'entreprise dont l'expert-comptable oublierait de compter l'amortissement. Ils croient que l'entreprise va bien alors qu'elle court à la faillite.
Les élites dirigeantes sont [...] quasi toujours dépourvues de la moindre notion d'écologie. Le réflexe habituel d'un individu qui manque de connaissances est de négliger voire de mépriser les questions qui relèvent d'une culture qui lui est étrangère, pour privilégier les questions où il est le plus compétent.
Troisième facteur : le mode de vie des classes riches les empêche de sentir ce qui les entoure.
L'Occidental moyen occupe la plus grande partie de son existence dans un lieu clos, passant de sa voiture au bureau climatisé, s'approvisionnant dans des hypermarchés sans fenêtres, déposant ses enfants à l'école en automobile, se distrayant chez lui dans le tête-à-tête avec la télévision ou l'ordinateur, etc. (page 35)
Comme des fous tristes
L'aristocratie du Moyen Âge n'était pas seulement une caste exploiteuse, elle a rêvé de construire un ordre transcendant, dont les cathédrales gothiques témoignent avec splendeur. La bourgeoisie du XIXe siècle, que Marx qualifiait de classe révolutionnaire, exploitait le prolétariat, mais avait aussi le sentiment de propager le progrès et les idéaux humanistes. Les classes dirigeantes de la guerre froide étaient portées par la volonté de défendre les libertés démocratiques face à un contre-modèle totalitaire.
Mais aujourd'hui, après avoir triomphé du soviétisme, l'idéologie capitaliste ne sait plus que s'autocélébrer. (page 74)
Thorstein Veblen - la consommation ostentatoire
Selon lui, les sociétés humaines ont quitté un état sauvage et paisible pour un état de rapacité brutale, où la lutte est le principe de l'existence. Il en est issu une différenciation entre une classe oisive et une classe travailleuse, qui s'est maintenue lorsque la société a évolué vers des phases moins violentes. Mais la possession de la richesse est restée le moyen de la différenciation, son objet essentiel n'étant pas de répondre à un besoin matériel, mais d'assurer une « distinction provocante », autrement dit d'exhiber les signes d'un statut supérieur.
Certes, une partie de la production de biens répond aux « fins utiles » et satisfait des besoins concrets de l'existence. Mais le niveau de production nécessaire à ces fins utiles est assez aisément atteint. Et, à partir de ce niveau, le surcroît de production est suscité par le désir d'étaler ses richesses afin de se distinguer d'autrui. Cela nourrit une consommation ostentatoire et un gaspillage généralisé. (page 76)
« Toute classe est mue par l'envie et rivalise avec la classe qui lui est immédiatement supérieure dans l'échelle sociale, alors qu'elle ne songe guère à se comparer à ses inférieures, ni à celles qui la surpassent de très loin, écrit Veblen. Autrement dit, le critère du convenable en matière de consommation, et il vaut partout où joue quelque rivalité, nous est toujours proposé par ceux qui jouissent d'un peu plus de crédit que nous-mêmes. » (page 78)
La nomenklatura capitaliste adopte les canons de la consommation somptuaire des hyper-riches, et les diffuse vers les classes moyennes, qui les reproduisent à la mesure de leurs moyens, imitées elles-mêmes par les classes populaires et pauvres. (page 82)
L'urgence : réduire la consommation des riches
Personne parmi les économistes patentés, les responsables politiques, les médias dominants, ne critique la croissance, qui est devenue le grand tabou, l'angle mort de la pensée contemporaine.
Pourquoi ? Parce que la poursuite de la croissance matérielle est pour l'oligarchie le seul moyen de faire accepter aux sociétés des inégalités extrêmes sans remettre en cause celles-ci. La croissance crée en effet un surplus de richesses apparentes qui permet de lubrifier le système sans en modifier la structure. (page 88)
- économie, finances, croissance