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La Russie a organisé un « vote populaire » en pleine épidémie. La population a été appelée à s’exprimer au sujet d’une réforme constitutionnelle qui offrirait à Vladimir Poutine le droit de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2036, l’année de ses 84 ans.
Les révisions de la Constitution visées par ce vote concernaient simultanément plusieurs sujets – l’électorat étant obligé d’approuver ou de refuser toutes les mesures proposées en bloc – un dispositif jugé contraire à la loi par les juristes, mais approuvé aveuglément par la Cour constitutionnelle. Cependant, l’amendement le plus important est sans aucun doute celui qui remet à zéro les mandats passés du président au pouvoir depuis 2000. Il pourrait ainsi se représenter pour deux mandats supplémentaires de 6 ans, en 2024 et 2030.
Pour faire avaler la pilule à un électorat démotivé, la révision prévoyait plusieurs changements destinés à satisfaire les prétendues aspirations populaires. La nouvelle Constitution prévoit un salaire minimum ainsi qu’une indexation des retraites, sans pour autant remettre en question une odieuse réforme des retraites qui a récemment suscité l’indignation populaire. Les amendements font d’autre part mention de la « foi en Dieu », de la protection de la langue russe et de l’enseignement patriotique et affirment le principe d’un mariage possible uniquement entre un homme et une femme dans le but de séduire l’électorat conservateur.
L’opposition réduite au silence
Tout rassemblement étant banni, officiellement pour cause d’épidémie, les partisan·e·s du non furent réduit·e·s au silence. D’autres mesures, comme le vote électronique, l’étalement du scrutin sur une semaine et la mise en place des bureaux improvisés en plein air, sans isoloirs ni observateurs, ont permis de contourner les normes électorales. Selon la politologue Ekaterina Schulmann, le bourrage des urnes a été sans précédent : environ 27 millions de bulletins de vote supplémentaires y ont été glissés.
Avant même la fermeture des bureaux de vote, la Commission publiait les résultats – le oui l’a emporté à 77,9 %, avec un taux de participation de 67 %.
Cependant, ce score, qualifié par le Kremlin de « référendum de confiance triomphal » pour le président, ne correspond guère au ressenti d’un nombre conséquent de Russes. Ces chiffres fantasmagoriques, dus aux falsifications faites au vu et au su de tou·te·s, délégitiment le régime poutinien qui peine de plus en plus à remporter des élections de manière honnête.
Certes, cette réforme constitue un coup de force du régime de Poutine, qui consolide ainsi son emprise autoritaire sur la société russe. Mais elle représente aussi un aveu de faiblesse face aux difficultés politiques, économiques et climatiques que Poutine et ses soutiens tentent de masquer par cette victoire.
Adelaïde Pougatchiova