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Face au risque toujours présent d’infection par le VIH un accès généralisé à une prophylaxie préexposition (PrEP) à l’échelle du Royaume-Uni serait à la fois efficace et rentable. Telle est la conclusion d’une étude que vient de publier The Lancet Infectious Diseases.1 Au Royaume-Uni, le nombre de nouveaux diagnostics d’infection par le VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes a dépassé les 3000 nouveaux cas annuels entre 2012 et 2015 ; aussi de nouvelles stratégies préventives sont-elles nécessaires – à commencer par la PrEP (emtricitabine et ténofovir).
Le National Health Service England avait initialement refusé de payer pour la PrEP, arguant que la responsabilité des services de prévention du VIH incombait aux autorités locales . Toutefois, à la suite d’une action judiciaire et du rejet de cette décision, il avait annoncé qu’il fournirait une PrEP à 10 000 patients à partir de septembre 2017. L’étude qui vient d’être publiée est la première visant à évaluer le rapport coût-efficacité d’un déploiement national de la PrEP.
Les auteurs de ce travail ont utilisé un modèle mathématique dynamique pour estimer les coûts, le nombre d’infections à VIH et la qualité de vie associée pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Ils estiment entre 8400 et 12 200 le nombre des hommes âgés de 15 à 64 ans qui seraient actuellement éligibles à utiliser la PrEP au Royaume-Uni. Le modèle prévoit que, durant la première année, 4000 hommes commenceraient à se protéger de la sorte, puis 16 600 cinq ans plus tard et 38 900 au bout de quinze ans.
Les hommes éligibles sont ici définis comme des hommes VIH négatifs ayant des rapports sexuels (anaux et sans préservatifs) avec des hommes au cours des trois mois précédents ; ce qui équivaut à moins de 5 % de tous les hommes homosexuels dans le pays. L’étude conclut que cet accès à la PrEP pourrait devenir rentable dans les quarante ans suivant l’introduction de la mesure – mais que ce délai pourrait être raccourci avec la réduction attendue du coût des médicaments dès lors que ces derniers seront devenus des génériques.
De nouveaux outils contre de vieilles pathologies. Coordonnée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et par le Centre de recherche sur les filarioses et autres maladies tropicales (CRFilMT, Cameroun), une étude vient de démontrer l’efficacité d’une nouvelle stratégie de traitement de l’onchocercose à grande échelle en Afrique centrale. Dénommée «Tester et traiter», elle est fondée sur un diagnostic rapide réalisé grâce à un appareil couplé à un téléphone mobile, le « LoaScope ». Ces résultats originaux constituent un espoir pour l’élimination de cette maladie tropicale. Ils viennent d’être publiés dans The New England Journal of Medicine.2
On sait que l’onchocercose (la «cécité des rivières») est une infection parasitaire due au ver rond Onchocerca volvulus. Ce dernier est transmis à l’homme par des moucherons piqueurs – des simulies – dont les larves se développent dans les rivières à courant rapide. Les larves des vers adultes – des microfilaires – responsables de lésions cutanées et d’atteintes oculaires sévères peuvent conduire à une cécité irréversible.
Jusque dans les années 1970, l’onchocercose constituait un problème majeur de santé publique (doublé d’un fléau socio-économique majeur) en Afrique intertropicale. Toutefois, à partir de 1974, l’OMS a mis en place des programmes de lutte, basés d’abord sur l’élimination des simulies – puis dans les années 1990, sur des distributions de masse du médicament ivermectine.
C’est ainsi qu’en 2015, plus de 110 millions de personnes ont été traitées – au point que l’onchocercose ne constitue plus un problème de santé publique. « Ces avancées ont conduit l’OMS à redéfinir ses objectifs, afin d’aboutir à l’élimination de l’infection, explique l’IRD. Pour cela, il est nécessaire de traiter l’onchocercose également dans les régions où celle-ci était relativement peu fréquente – zones “hypo-endémiques”. Or l’un des principaux problèmes auxquels les programmes de lutte sont confrontés est la survenue possible, après la prise d’ivermectine, de graves effets secondaires (pouvant aller jusqu’au décès) chez les sujets également atteints de la Loase, autre filariose endémique en Afrique centrale. Ces accidents contrecarrent les espoirs d’élimination de l’onchocercose. »
D’où la nécessité d’un test préalable au traitement par l’ivermectine . Les chercheurs ont ainsi développé le « LoaScope », outil rapide et peu coûteux permettant d’identifier sur le terrain les personnes ayant une concentration de parasites Loa loa dans le sang, supérieure à 20 000 microfilaires par millilitre – concentration présentant des risques de graves effets secondaires en cas de traitement à l’ivermectine.
« Véritable “microscope de poche”, le LoaScope est constitué d’un smartphone équipé d’un dispositif optique et d’une source lumineuse à base de LED, qui permet l’analyse d’un très faible volume de sang, prélevé au bout du doigt du patient » résume l’IRD. « L’optique de la caméra du smartphone sert de lentille et à partir de films de quelques secondes, un algorithme de reconnaissance d’images est capable de détecter et de compter les formes embryonnaires du ver parasite Loa loa présentes dans le sang » précise Sébastien Pion, épidémiologiste à l’IRD, co-auteur de l’étude.
Entre août et octobre 2015, les chercheurs ont évalué cette stratégie «Tester et traiter» dans 92 villages du district d’Okola au Cameroun – le traitement à l’ivermectine y avait été abandonné en 1999 suite à la survenue de graves effets secondaires chez certains patients. « Sur plus de 16 250 personnes testées, 95,5 % ont pu recevoir le traitement à l’ivermectine et 2,1 % ont été exclues de la distribution d’ivermectine à cause d’une densité de microfilaires de Loa loa au-dessus du seuil de risque, soulignent les auteurs. Les résultats des tests par LoaScope ont été confirmés par l’analyse au microscope des échantillons sanguins. Les chercheurs ont également mis en place un protocole de suivi des effets secondaires post-traitement, qui n’a révélé aucun effet indésirable grave chez les patients ayant bénéficié de l’ivermectine. »
Les auteurs estiment avoir ainsi démontré l’efficacité de la stratégie «Tester et traiter» – et pouvoir envisager sans risque la distribution à large échelle d’ivermectine, dans la perspective d’une élimination de l’onchocercose dans les zones où la Loase est aussi endémique. « Rapide et économique, le test au LoaScope facilite également la communication entre patients et soignants, ajoutent-ils. Ainsi que l’acceptation des traitements, en permettant à la personne testée de voir les microfilaires détectées dans son sang grâce au téléphone mobile. »
Où il est démontré que de nouveaux outils peuvent heureusement renouveler la lutte contre de vieilles pathologies.