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Un siècle d'exploration médicale
La souris n'a pas attendu les progrès de la génétique pour intéresser la médecine. Dès la fin du siècle dernier, elle fut utilisée pour la recherche sur le cancer, après qu'on eut découvert qu'elle pouvait développer spontanément des tumeurs. Aujourd'hui, elle constitue l'un des meilleurs modèles pour l'étude des maladies de l'homme. Dans les laboratoires naissent et meurent des souris atteintes de nanisme ou d'obésité, de maladies cardio-vasculaires, de troubles neurologiques, de diabète ou d'anémies. On étudie aussi leur développement et leur vieillissement, dont les mécanismes biologiques présentent de grandes similitudes avec ceux qui gouvernent notre propre espèce.
A ce succès, plusieurs raisons. Comme tous les mammifères, la souris présente une physiologie et un métabolisme très proches de ceux des humains. Facile à manipuler et à élever en captivité, très prolifique, ayant peu d'exigences alimentaires, elle offre de surcroît de nombreux avantages en tant qu'animal de laboratoire. Enfin et surtout, son matériel génétique est très semblable au nôtre. Certes, la souris ne possède que vingt paires de chromosomes, contre vingt-trois pour l'homme - conséquence des divers remaniements et cassures subis au cours de l'évolution des mammifères. Mais la structure, l'ordre et l'arrangement des gènes sur ces chromosomes se sont remarquablement conservés d'une espèce à l'autre. Ce qui explique que, pour mieux comprendre la génétique de l'homme, plusieurs centaines de biologistes dans le monde se penchent désormais sur la génétique de la souris.
Dès les années 1930, cette parenté permit d'entrevoir, sur la souris, les mécanismes génétiques qui gouvernent l'acceptation ou le rejet des greffes humaines. Mais il fallut attendre de découvrir l'effet des radiations ionisantes (responsables d'altérations chromosomiques), et, plus récemment, celui de certains agents chimiques (capables d'induire dans le génome des mutations ponctuelles), pour pouvoir véritablement provoquer des mutations dans le patrimoine marin - et ainsi dévoiler la fonction de ses gènes.
" Environ 4.000 gènes sont aujourd'hui localisés et identifiés sur les chromosomes de la souris. Sur ces gènes, plus de 600 mutations (apparues spontanément ou provoquées) ont été répertoriées, dont la plupart correspondent à des mutations humaines connues pour produire un syndrome pathologique plus ou moins sévère ", précise Jean-Louis Guénet, chef de l'unité de génétique des mammifères à l'Institut Pasteur (Paris). Mieux: lorsqu'un gène à l'origine d'une maladie est localisé sur un chromosome de souris, il y a de bonnes chances pour que le gène homologue soit trouvé, chez l'homme, à une position proche sur le chromosome équivalent. L'inverse est également vrai.
Que s'ajoute à cela la possibilité de fabriquer à volonté les lignées transgéniques, et l'espèce devient indispensable à la recherche. La contribution de la souris aux progrès de la médecine humaine ne fait que commencer.
Le Monde, 4.2.1998 - Catherine Vincent