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" Il ne faisait pas encore jour. D'habitude, dans les contes, ce sont les oiseaux qui donnent le signal du départ. Il a posé son manteau à lui en plus du sien à elle sur les épaules de Mathilde; elle était fatiguée. " Dans les années 80, un étudiant désoeuvré et sans le sou, fréquentant davantage les bars que la fac, est invité à une fête dans la banlieue chic, à Sèvres. Le jeune homme découvre une petite société de personnes qui boivent, bavardent, flirtent et dansent dans une ambiance où les problèmes de la vie quotidienne semblent ne plus exister. Fasciné par l'atmosphère qui règne dans la grande maison de Sèvres, il reviendra et se mêlera à ce monde qui est à l'opposé du sien. Dominique Fabre convoque et ressuscite une époque à jamais disparue. L'émotion est là, à fleur de peau, fugitive, capturée par son écriture sensible.
Traduit de l'anglais par Laetitia Devaux. Georgia (dite George), une adolescente de seize ans qui vient de perdre sa mère, est en admiration devant un tableau d'un peintre méconnu : le San Vincenzo Ferreri de Francesco del Cossa, exposé à la National Gallery de Londres. Ce qu'elle ignore, c'est qu'elle est justement observée par le fantôme de ce peintre, catapulté en plein vingt-et-unième siècle. Mais le fantôme de Francesco del Cossa ne se contente pas d'observer George : il porte sur le monde contemporain son regard d'homme de la Renaissance tout en évoquant sa vie et les raisons qui l'ont conduit à tomber dans l'oubli. Francesco serait en réalité une femme déguisée en homme pour pouvoir vivre de son art... Construit comme un diptyque, Comment être double est le portrait original et émouvant de deux personnages marqués par l'amour et l'injustice. Dans ce jeu de miroir vertigineux, Ali Smith explore les fluctuations de l'identité.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux. Un homme fraîchement divorcé essaye de garder la face et de retrouver l'amour, une femme reçoit la visite du fantôme de ses anciennes amies qui lui demandent d'entonner l'hymne américain, une discussion politique dévie et prend un tour inattendu quand l'attaque des Twin Towers fait irruption dans la conversation... Les personnages de Merci pour l'invitation ont tous un point commun : débarqués d'un mauvais mariage, en butte au ressentiment ou en porte-à-faux avec le monde, ils doivent renoncer à certaines des habitudes qui ont structuré leur vie. Comment trouver une nouvelle façon d'habiter le monde sans lui faire perdre sa légèreté ? Qu'elle ausculte les méandres du sentiment amoureux ou la nouvelle vie américaine après le 11-Septembre, l'écriture de Lorrie Moore se fait toujours aussi lucide : avec la drôlerie et le sens du détail qui lui sont propres, elle nous rappelle la part d'imagination nécessaire à l'existence.
« Au Temps des Mongols » Une fiction qui se nourrit d'histoire vécue, au bord de la Méditerranée. La chronique d'une communauté villageoise sous l'Occupation. Novembre 1942. L'armée allemande envahit la zone sud. Un petit port adossé à sa montagne et ses vignes. Peut-être Collioure ? Une présence menaçante : la soldatesque vert de gris. Parmi elle, une poignée de « Mongols », transfuges de l'Armée rouge, qui rallièrent les nazis. Une population et sa vie quotidienne. Ses gestes et ses métiers. Ses regards et ses peurs. Sa faim. Cinq personnages aux prises avec une époque déraisonnable. Sé, Al Turc et La Houra : trois adolescents espiègles et marginaux. La Chine : le vieux sage, pêcheur de son état et quelque peu original. Cécile : la jeune fille venue d'ailleurs et qui fait basculer le destin. Au temps des Mongols ou le témoignage réconcilié avec la poésie.
" D'autres nuits surgirent derrière ses paupières, mais la lumière n'y avait plus de chaleur, il ne s'en échappait aucun bruit, aucun son, aucun souffle. Elle se rendit compte que, ni ici ni là-bas, elle n'arrivait à rire, à respirer, à se sentir vivante, et qu'elle lévitait dans un mouvement aveugle, chutait dans le vide, sans terre ni ciel." Esha a quitté Calcutta pour s'installer à Paris, la ville dont elle rêvait. Or, d'année en année les déceptions s'accumulent, tout devient plus sombre et plus violent autour d'elle. Elle s'épuise dans d'innombrables batailles, et ne se sent plus en sécurité. Issue d'une famille de paysans pauvres, Mina vit près de Calcutta. Par ignorance, ou par crédulité, elle est entraînée à la fois dans un mouvement d'insurrection paysanne qui la dépasse et dans une passion irraisonnée pour son cousin Sam, qui lui fait commettre l'irréparable. Les destins de Mina et d'Esha se répondent dans ce roman qui ne ménage ni notre société ni la société indienne. L'écriture de Shumona Sinha est animée par la colère, une colère éloquente, aux images aussi suggestives que puissantes.
" Chaque matin, au réveil, mon visage me brûlait et je courais me regarder dans un miroir. J'allais réduire ma vie sociale, les soirées avec les amis et les sorties en ville ; je me cacherais des autres et des lieux fréquentés ; j'apparaîtrais à mes élèves dissimulé derrière des verres fumés et un foulard ; j'affligerais ma famille. C'était le visage de l'effroi. La mort de Malik Oussekine, dont je voulais faire un roman, me plongeait à présent dans la peur. J'y voyais une noirceur et une violence prémonitoire que je n'avais encore jamais éprouvées dans l'écriture d'un livre. Une noirceur bien réelle, menaçante, embrasée par les tragédies d'aujourd'hui. " Le Roman impossible est la confession captivante de Samuel Richard, dont la vocation d'écrivain est soudain mise à mal. Parviendra-t-il à écrire le livre qui l'obsède depuis des années, un roman total, un roman de l'accomplissement ?
Malgré le scintillement difficilement supportable le spectateur doit suivre le rythme industriel il est au coeur d'une véritable accélération du temps et de l'espace un mouvement qui enregistre le monde le copie le mécanise et le projette Depuis une quinzaine d'années, Patrick Bouvet interroge la " condition postmoderne " : la fabrication des images collectives (In situ ; Shot ; Direct), la marchandisation des corps (Canons), la virtualisation du réel par la technologie (Chaos Boy) ou la culture de masse (Pulsion lumière ; Carte son). Ce sont tous ces thèmes qui se trouvent orchestrés et remis en perspective dans cette Petite histoire du spectacle industriel. Sa lecture à la fois poétique et politique de notre époque aboutit à un manifeste très critique à l'égard des mass media et de l'industrie du divertissement.
" Comment dire mieux ce travail de Sisyphe : remettre à l'honneur ces grandes écrivaines, nos aînées, celles à qui nous devons la force et le courage d'écrire ce que nous voyons, ce que nous sentons, ce que nous savons, et qui, décennie après décennie, sont renvoyées à leurs ténèbres, oubliées, effacées encore et encore. Celles à qui nous devons la force et le courage de décrire ce recoin de perplexité où rien n'est majestueux ni symbolique, mais où tout est important, les soupirs, les rhumes, les agonies, les bains de mer. "
Dans la nouvelle édition, révisée et augmentée, de La Marche du cavalier, Geneviève Brisac explore les œuvres de Christiane Rochefort, Doris Lessing, Natalia Ginzburg, Vivian Gornick... Un regard singulier sur les femmes et l'écriture, une invitation à lire autrement.
Dès le XIe siècle, la mentalité médiévale éprouve le besoin de s'exprimer à travers une vision élargie de l'univers. Les empires s'écroulent, les états se forment ; l'homme, lui, se cherche. La Croisade lui permet de faire éclater son vieux mode de pensée occidental, et de s'enrichir aux sources mêmes de cet Orient fascinant et mystérieux qu'il était allé combattre. L'art roman cristallise ces tendances dans la décoration des églises. De ses chapiteaux surgissent des bêtes à tête humaine, et des êtres fabuleux, tandis que les murs s'ornent de scènes de l'Écriture et de l'Apocalypse. Cette recherche, cette symbolique, peuvent paraître désordonnées et quelque peu inquiétantes. En fait, à travers son univers imaginaire, le Moyen Âge roman dégage peu à peu un humanisme : dans la pierre, il sculpte sa vision du monde et de l'homme, balancés entre le Bien et le Mal. Comme pour tout l'art occidental, la sculpture des églises romanes du Roussillon transmet cette préoccupation du Moyen Âge. C'est elle, sans doute, qui rend l'homme moderne sensible aux problèmes de l'homme médiéval. Comme lui, il vit dans un univers confus et angoissant, à travers lequel il tente, à son tour, de définir une manière de vivre : l'art roman lui offre l'occasion de méditer sur ce thème.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Avec L'oeil de mer, François Bernadi nous donne - sur la guerre d'Espagne - un roman sincère, puissant et âpre. Non pas la guerre des combattants, vécue au jour le jour sur le terrain, mais celle qui se poursuit dans la tête et le coeur de l'exilé, du réfugié, du déraciné, du paria, toléré plus qu'accepté outre Pyrénées. En finit-on jamais de faire le deuil de son pays, de sa terre perdue ? De souffrir, lorsqu'on sait son peuple brimé et maintenu dans l'ignorance et la misère ? De se révolter devant la passivité de celui-ci, au prétexte de la fatalité ? Lorsque, au tournant des années 1960, le monde poursuit son inexorable marche, Gregorio, le héros du roman, en arrive « à l'amère conclusion qu'il nous faudra - un jour - défendre la liberté, non seulement contre le fascisme, mais aussi contre les démocraties... ». Constatant plus loin que « la lâcheté et le courage sont des maladies », il se dit « persuadé que le geste d'un homme peut suffire » pour changer le cours des choses. Publié - dans sa première édition chez Gallimard - en 1962, il y a tout juste cinquante ans, L'oeil de mer s'inspire de l'histoire de José Ramón Perez Jurado, réfugié dans le Lauragais près de Toulouse, mort en février 1960 à Madrid par l'explosion d'une bombe artisanale. L'oeil de mer porte la marque d'Albert Camus, parrain en littérature de François Bernadi.
Chez Sa Majesté le Bébé, tout va bien : la toute-puissance fait coïncider « je veux » et c'est. Je veux le sein - il est là. Ensuite, les ennuis commencent : « Je veux » et... rien. Mais la toute-puissance originaire continue sa vie dans la pensée et, plus tard, chacun continue de croire au pouvoir de sa propre pensée.
Parfois Sa Majesté le Bébé devient un maître, un tyran, un représentant de Dieu, ou simplement un homme d´État. Je veux le sein, et ses substituts sont là - le pouvoir, l´argent, l´amour -, et aussi la chose même.
Comprendre comment le collectif, complice de ses tout-puissants, peut en venir à affronter alors une impuissance mortelle, n´est-ce pas voir en quoi l´individu devrait admettre en lui-même une impuissance vitale ?