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Zoug commémore les dix ans de sa tuerie
"Sa voix remplie de haine m'a poursuivi bien plus longtemps que le bruit des coups de feu", raconte Josef Lang, qui était alors député au Grand Conseil zougois et se trouvait dans la salle du parlement au moment où Friedrich Leibacher a ouvert le feu en criant son nom.
En l'espace de deux minutes et demie, ce citoyen en conflit avec les autorités abat onze députés et trois membres du gouvernement avant de se suicider. Quinze personnes sont blessées, dont certaines grièvement.
Tuerie sans précédent
Cette tuerie sans précédent choque tout le pays et même à l'étranger. Tous les jours, pendant des années, la tuerie était présente dans l'esprit de Josef Lang Lentement, les souvenirs passent au second plan, confie-t-il.
Aujourd'hui, le conseiller national (Verts) y pense surtout en voyant le bâtiment du Grand Conseil et en passant les contrôles de sécurité du Palais fédéral. Jusqu'en 2001, le parlement zougois n'était pratiquement pas protégé. Il n'y avait pas de policier présent lors des séances, et il était possible d'accéder au bureau d'un conseiller d'Etat sans passer le moindre contrôle.
Sécurité revue à la hausse
Le drame a incité le canton a prendre des mesures. En 2003, le parlement a approuvé un montant de 7,5 millions de francs pour améliorer la sécurité des autorités, des tribunaux et de l'administration, en particulier des offices "sensibles" comme celui des services sociaux.
Le bâtiment du parlement a été assaini et équipé de détecteurs de métaux. Des policiers sont désormais toujours présents lors des séances des députés. Des systèmes de badges ont par ailleurs été mis en place pour accéder à certains bureaux de l'administration.
Le canton a en outre créé un poste de médiateur pour gérer les conflits entre les citoyens et l'administration. L'attentat de Zoug a également incité les autres cantons à mieux protéger leurs parlements. Un nouveau concept de sécurité a par ailleurs été mis en place au Palais fédéral en 2003.
Commémorations en présence de Calmy-Rey
Les commémorations des dix ans de la fusillade de Zoug, qui avait fait quatorze morts et quinze blessés le 27 septembre 2001, se sont déroulées mardi.
La présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey a assisté au concert du souvenir dans l'église d'Unterägeri (ZG). La salle du parlement à Zoug, où le tireur avait fait feu, avait été décorée de fleurs et ouverte pour que le public et les proches des victimes puissent s'y recueillir. Le mémorial situé devant le bâtiment et les tombes des victimes étaient ornées de fleurs.
On ne trouve toujours pas les mots, dix ans après les faits, pour décrire ce qui s'est passé, a déclaré Micheline Calmy-Rey dans une brève intervention. On ne pourra jamais vraiment répondre à la question, "pourquoi?". Mais avant tout, "il faut vivre avec", a-t-elle ajouté.
La pire des conséquences "aurait été de perdre courage et d'abandonner l'action politique", a encore dit la présidente de la Confédération. Ce qui heureusement n'a pas été le cas.
"Nos remerciements et notre infini respect va aux personnes qui ont poursuivi leur engagement politique et à celles qui se sont lancées après ces terribles événements", a affirmé Micheline Calmy-Rey. La présidente du parlement cantonal zougois, Vreni Wicki, a rappelé pour sa part la compassion exprimée de toutes les régions de Suisse à l'égard des victimes. "Cela nous a aidé, nous a rendu plus forts", a-t-elle souligné.
Comme chaque année, les cloches de toutes les églises du canton ont retenti sur le coup de midi en souvenir des victimes de violences du monde entier. Les autorités souhaitaient une cérémonie qui "marque par son calme afin de laisser la place au deuil".
ats/mre/mej