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Un bouquiniste de Bruxelles par un samedi pluvieux d’avril… Maisons du peuple… un livre d’architecture déniché par ma compagne…
En Suisse romande le nom de «Maison du peuple » surnage à travers un immeuble – anonyme et sans grâce de Lausanne, et le majestueux gratte-ciel de Bienne, construit en 1932 – pendant longtemps l’immeuble le plus haut de la ville, symbole d’un temps qui glisse lentement dans l’oubli, où le monde du travail cherchait à organiser sa vie de manière autonome. Les maisons du peuple n’étaient d’ailleurs pas forcément liées aux idées de la gauche, comme le montrent bien les casa del popolo de l’Italie mussolinienne, peu nombreuses il est vrai.
En 1884, première maison du peuple
Mais la terre d’élection des maisons du peuple, ce fut avant tout la Belgique, les Flandres industrielles, sans distinction de frontière, de Lille à Amsterdam, avec quelques surgeons allemands et suisses. La première maison du peuple naît à Gand en 1884. Les membres socialistes du syndicat des boulangers s’installent dans une fabrique désaffectée. Ils créent la coopérative «Vooruit» (En avant) et installent un grand café au rez-de-chaussée, avec des bureaux, une imprimerie et une boulangerie. Une salle des fêtes et une bibliothèque sont créées à l’étage.
Toute l’originalité des futures maisons du peuple et des controverses qui s’y dérouleront y est déjà résumée. Le café est là pour remplir les caisses de la coopérative. Très vite les maisons du peuple se diviseront entre celles qui ont un café sans alcool, pour lutter contre ce qui passe alors pour la plaie du monde ouvrier, et celles qui servent malgré tout de la bière, ce qui, bien sûr, rapporte nettement plus…
La boulangerie et l’imprimerie sont là comme exemple de production autonome de l’économie libérale. Pendant très longtemps, jusqu’à la Première Guerre mondiale à peu près, les boulangeries resteront un des piliers de l’activité des maisons du peuple. La bibliothèque et la grande salle sont là pour la culture populaire, les rassemblements et les spectacles. Ce parti architectural gantois, conséquence des volumes du bâtiment utilisé, fut curieusement repris sans grand changement dans presque toutes les maisons du peuple ultérieures.
Ainsi la grande salle est toujours à l’étage, jamais au rez-de-chaussée, réservé, lui, au café. Plus tard, dans les années trente, les maisons du peuple sacrifièrent les cafés pour les cinémas, distraction populaire par excellence. Sur certaines façades des années trente (Herstal, Montégnée en Belgique), le mot « cinéma » , est nettement plus gros que « maison du peuple »… Le bâtiment actuel de la maison du peuple de Lausanne, construit en 1961, ce qui en fait l’avant-dernier construit en Suisse – la dernière maison du peuple est celle de Lugano de 1969 – reprend cette idée du cinéma, du café et de la grande salle sur un niveau différent.
Revenons en Belgique, pays par excellence des maisons du peuple, qui vit la construction de la plus célèbre d’entre elles à Bruxelles, par Victor Horta, architecte créateur de l’art nouveau, en 1899. Ce bâtiment tout en courbes et en volutes, fut démoli dans les tristes années soixante, et remplacé par un gratte-ciel sans âme. Le financement de l’édifice n’est pas sans intérêt. Le, parti ouvrier belge (social-démocrate) lança une souscription parmi ses membres, mais de nombreux représentants d’une bourgeoisie éclairée, parmi lesquels le grand industriel Solvay contribuèrent puissamment à l’érection de l’édifice.
Diversité architecturale
Ce modèle se retrouve fréquemment. La maison du peuple est souvent construite par une alliance financière entre syndicalistes et bourgeois. Dans sa forme canonique, le bâtiment des ouvriers est essentiellement social-démocrate. C’est ainsi que les municipalités communistes françaises, par exemple, en ont très peu construit. Si les édifices belges sont les plus intéressants, ce n’est pas seulement parce qu’ils sont les plus nombreux, mais aussi parce que tous les grands architectes du moment s’y sont attelés.
Dans les autres pays, le travail sur les formes resta beaucoup plus banal, avec une exception, toutefois, la Suisse. Nous avons déjà mentionné l’exemple biennois, mais la maison du peuple «Limmathaus» à Zurich fut un des premiers édifices construits en Suisse, en 1931, selon les recettes du Bauhaus, de quoi faire décidément regretter la médiocrité de l’édifice lausannois! jg