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Texte : Walter Rudin / Photos : Jaco Wolmarans
En 2019, l'ancienne joueuse de beach-volley, qui ne s'est mise à la planche à voile qu'à l'âge de 27 ans grâce à son ami Christian Arnold, a eu l'idée saugrenue de battre trois records du monde et a rapidement engrangé les succès. Lors de l'événement « Prince of Speed », elle a battu la même année le record du monde du mile nautique, qui tenait depuis 12 ans. Peu de temps après, elle a battu le record du monde de l'heure du premier coup, toujours en France. Seul le troisième record, la discipline reine du 500 mètres, lui échappait encore. Pour battre le record de 46,5 nœuds, il faut passer par un canal spécialement dragué une fois par an en Namibie. En 2019, elle n'avait manqué le record que de 0,3 nœud.
En raison d'une pause covidienne forcée, il ne lui a pas été possible de se rendre en Afrique ces deux dernières années. Cela lui a en revanche laissé le temps de se préparer de manière ciblée pour tenter de battre le record du monde cet automne avec un matériel parfaitement adapté. En remportant deux victoires impressionnantes lors du Dunkerbeck Speed Challenge, elle avait prouvé qu'elle était en grande forme cette saison et que cela était à sa portée.
La pétole
Fin octobre, Heidi et son ami se sont rendus en Namibie, avec un mois à disposition pour tenter de battre un record. Dès le voyage, les choses ne se sont pas vraiment déroulées comme prévu. Peu avant d'arriver à destination, à Lüderitz, Heidi s'est cassé un doigt. Mais ceux qui la connaissent savent qu'elle ne se laisse pas déstabiliser par ce genre de choses. « Ce qui ne tue pas, rend plus fort, je peux toujours surfer », a-t-elle posté sur Facebook.
Mais ensuite, la grande attente a commencé, pendant des semaines. Tantôt il n'y avait pas assez de vent, tantôt l'angle du vent n'était pas optimal. Dans ces conditions, pas évident de préserver sa motivation sur une si longue période. Au cours de la troisième semaine, les premières lueurs d'espoir sont apparues : avec une vitesse folle de 49,3 nœuds (91,3 km/h) enregistrée par GPS sur un maximum de 2 secondes, elle est officiellement devenue la véliplanchiste la plus rapide du monde. « Être la fille la plus rapide de tous les temps sur GPS, ça a l'air génial. Je retrouve le sourire après avoir vécu un véritable ascenseur émotionnel », a-t-elle tweeté. « Maintenant, il n'y a qu'un seul objectif sur lequel je vais me concentrer pour les prochaines journées venteuses à Lüderitz : pulvériser les 500 m qui me sépare du record du monde officiel ».
Sur le fil du rasoir
Alors que le temps paraissait filer à toute allure, Heidi gardait espoir et savait qu'elle et son matériel seraient prêts dès que de meilleures conditions se présenteraient. Et elles sont effectivement arrivées, l'avant-dernier jour. La situation était optimale. L'athlète de 38 ans s'en souvient avec plaisir: « Je suis partie la première, comme toujours, pour me mettre en jambe. Le vent était super et il me fallait déjà 8 kg de plomb sur le dos pour pouvoir maintenir la voile de manière stable. Malgré tout, j'étais encore trop légère. Mon ami a rajouté 4 kg de plomb après le troisième run et m'a dit que le vent était en train de tourner et de se renforcer, que je devais repartir tout de suite et rester concentrée. J'ai senti le vent de derrière remplir la voile et me pousser vers l'avant. J'ai eu l'impression que c'était facile. Et puis à l'arrivée, je n'en croyais pas mes yeux, mon GPS indiquait 46,8 nœuds, le record du monde. Je ne pouvais plus me retenir ». L'équipe est retournée au départ, où tout le monde l'attendait déjà en liesse. Mais Heidi a voulu réitérer l'exploit et s'est lancée à nouveau pour battre son propre record avec 47,2 nœuds.
Quelques jours plus tard, elle n'arrive toujours pas à y croire : « Je suis extrêmement fière de moi, je n'ai jamais abandonné et j'ai toujours continué à me battre. C'est un rêve qui s'est réalisé. Un rêve âprement remporté. Je suis fière de moi et de mon ami. Sans lui, je n'aurais jamais réussi à faire tout cela ». La championne de speed surf pleine d’ambitions en aurait-elle assez à présent ? Probablement pas. « La prochaine fois, si le canal est un peu moins orienté vers les courants descendants, on pourra y battre de tout autres records. Je sais qu'il est possible d'aller encore plus vite », dit-elle. Vivement l'année prochaine pour de nouveaux records donc !