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4/11/2019
Pour évaluer les effets de la méditation de pleine conscience, les scientifiques ont mis au point des outils sous forme de questionnaires, permettant de détailler les composantes de l’attitude mindfulness, définie comme le fait d’être attentif à l’expérience du moment présent et de l’accepter telle qu’elle est (Kabat-Zinn, 1994).
Ces outils ont permis de montrer les effets positifs de la pleine conscience sur de nombreux symptômes psychiques, notamment anxiété, dépression, de même que sur le sentiment de bien-être.
Voici les cinq facettes de l’expérience de la pleine conscience, illustrées par un item du questionnaire le plus utilisé (FFMQ) dans le domaine :
Observer : Je prête attention aux sensations, comme le vent dans mes cheveux ou le soleil sur mon visage.
Décrire : Je peux habituellement décrire la manière dont je me sens au moment présent avec des détails considérables.
Agir en pleine conscience : Quand je fais quelque chose, mon esprit s’égare et je suis facilement distrait(e). (réponse négative).
Non réactivité aux événements intérieurs : Je perçois mes émotions et sentiments sans devoir y réagir.
Non jugement : Je me dis que je ne devrais pas penser de la manière dont je pense. (réponse négative).
Ces instruments ont surtout été utilisés pour évaluer les effets de l'entraînement à la mindfulness, mais en les faisant passer à des groupes contrôle on s’est aperçu que certaines personnes possédaient déjà ces qualités alors qu’elles n’avaient ni pratique ni connaissance de la méditation ! Ces personnes rapportaient par ailleurs moins de symptômes psychiatriques (inquiétudes, ruminations, alexithymie) et moins de douleurs, soit des caractéristiques globalement semblables aux personnes qui ont reçu un entraînement à la pleine conscience.
Les chercheurs ont ainsi exploré ce champ de la mindfulness dispositionnelle (en opposition à celle acquise par la pratique) pour en cerner les caractéristiques. Une récente étude neuroscientifique (Harrisson et al. 2018) a montré une association entre une mindfulness dispositionnelle importante et une réactivité à la douleur amoindrie (seuil de douleur plus élevé) ainsi qu’une tendance à moins la dramatiser. Ainsi le processus de la pleine conscience s’avère bénéfique pour la gestion de la douleur dans la mesure où l’attention sera placée sur la diversité des aspects sensoriels de l’expérience facilitant le désengagement des ruminations dramatisantes qui amplifient et prolongent la douleur.
Ainsi la pleine conscience peut être envisagée à la fois comme une qualité humaine positive de base, une disposition durable à l’image d’un trait de personnalité plus ou moins développé selon les individus, et comme un ensemble de compétences à acquérir à travers la pratique de la pleine conscience.
1/17/2019
Deviens ce que tu es. Fais ce que toi seul peut faire.
Friedrich Nietzsche
Accomplissement de soi: un besoin fondamental de l’homme
Dans le langage courant dire d’une personne qu’elle est accomplie sous-entend qu’elle a trouvé la voie dans laquelle elle se réalise pleinement et qu’elle peut y donner le meilleur d’elle-même. Il en découle un sentiment d’harmonie tant avec elle-même qu’avec le monde dans lequel elle vit. Mais avant tout vouloir se réaliser, s’accomplir suppose de reconnaître que nous avons un potentiel, un ensemble de possibilités qui nous habitent et qui cherchent à se manifester à travers nos envies, nos désirs et nos projets. S’accomplir revient en somme à devenir qui nous sommes vraiment, à exprimer notre nature profonde, ce pour quoi on est fait.
Cette disposition à progresser a été considérée par Maslow (1970) comme un des besoins fondamentaux de l’homme et l’a placé au sommet de sa célèbre pyramide. Cette classification hiérarchique des besoins fondamentaux comporte cinq catégories emboîtées: physiologiques > sécurité > appartenance > estime > accomplissement de soi. Chaque besoin doit être satisfait pour permettre la satisfaction sur l’échelon supérieur. Le besoin d’accomplissement de soi se différencie des quatre autres besoins en ce que ceux-ci sont activés par une carence, alors que le besoin d’auto-accomplissement est orienté vers le positif et la croissance. A la différence de l’animal, l’homme ne peut se contenter de la satisfaction de ses besoins de base tournés vers la survie. L’homme apprend, progresse et se développe tout au long de son existence; il en voit les manifestations dans son action sur le monde à travers son travail ou ses loisirs. Au fil de son existence l’homme actualise son potentiel.
Notre société compromet le besoin d’accomplissement de soi.
Plus on s’élève dans cette hiérarchie des besoins, plus ceux-ci sont imprégnés de sens et deviennent le propre de l’homme, or c’est justement ceux-ci qui sont mis à mal dans notre société d’abondance. Alors que les besoins matériels (se nourrir, dormir, se chauffer, se vêtir, etc.) y sont largement couverts, les besoins d’appartenance, d’estime et d’accomplissement le sont beaucoup moins. Alors que la prospérité des sociétés occidentales augmentent, l’épanouissement des personnes a régressé depuis les années 60 si l’on en juge au taux de dépression multiplié par dix jusqu’à aujourd’hui. On peut y voir une conséquence des principes qui la gouvernent: individualisme, quête de performance et de rentabilité qui isolent et fragilisent les personnes.
En France une étude récente sur les conditions de travail montre que 22% des actifs présentent une détresse psychique et le facteur le plus nocif est le fait de ne pas réussir à concilier vie professionnelle et vie privée. Idem en Suisse, un actif sur quatre est stressé au travail et se sent épuisé. Le fléau du burnout signe alors l’effondrement du sentiment d’accomplissement de soi au travail, une des trois dimensions du syndrome avec l’épuisement émotionnel et la déshumanisation des relations (Maslach et al. 1981).
Apport de la pleine conscience
Si la réalisation de soi va de paire avec l'action sur le monde, en quoi son opposé la contemplation pourrait-elle aussi nous y conduire?
Celles-ci va nous aider à dépasser certains obstacles survenant sur le chemin de l'auto-accomplissement, tels que l'obsession du résultat et de la performance ou la poursuite d’un but imposé de l’extérieur.
Concernant la quête de réussite à tout prix qui entraîne stress et rigidité, la méditation nous place dans une attitude inverse de non attente qui viendra contrebalancer une tendance à verser dans l’activisme source d’épuisement. S'essayer, lors de moments privilégiés que l’on s’offre, à ne viser plus aucun but, à abandonner toute attente, nous apprend à adopter une attitude générale non pas de résignation mais d'engagement apaisé dans l'ouverture à soi et au monde.
Il est également très bénéfique de revoir son positionnement face aux objectifs. Si l’objectif est envisagé dans un rapport d'agrippement, c’est-à-dire en le laissant exercer une force tyrannique sur nous-même à travers notre désir de l’atteindre coûte que coûte, alors nous risquons non seulement l’épuisement mais aussi de ne plus vivre suffisamment au présent. C’est pourquoi Ben-Shahar dans son Apprentissage du bonheur (2008) suggère de considérer le but non pas comme une fin en soi mais comme un moyen qui, en nous donnant un cap, libère notre esprit et nous permet de jouir du moment présent. Cela revient à redonner de l’importance et du sens à la richesse du chemin à parcourir et y trouver du plaisir indépendamment de l’atteinte de l’objectif final.
Méditer nous relie aussi à notre intuition, laisse émerger les forces de vie et d’autorégulation propres à nos processus psycho-corporels si complexes. Ce recueillement peut ainsi nous amener à mieux percevoir l’adéquation des buts que l’on se donne. Sont-ils imposés de l’extérieur à travers un sentiment de loyauté familiale ou un besoin exacerbé de reconnaissance sociale ? Cette clairvoyance nous indiquera dans quelle mesure nos buts nous appartiennent pleinement ou non et au besoin d’y renoncer.
Embrasser le paradoxe de l’accomplissement de soi
Chaque vie est comme une oeuvre à accomplir dont nous sommes les inlassables créateurs au quotidien en réponse aux désirs qui nous animent.
Cette création unique gagne à se nourrir aux deux sources fondamentales pourtant opposées que sont l’action et la contemplation.
L’action se déploie dans la temporalité, elle anticipe et vise un objectif futur. Elle repose sur une force de vie qui nous pousse à accomplir des activités qui en retour nous révèlent à nous-même. La contemplation permet de laisser émerger des aspects du soi qui nous dépassent et qui élargissent la vision forcément restreinte de l’égo auto-centré. Nos buts prennent alors une autre coloration grâce au lâcher-prise.
Ces deux postures existentielles obéissent à des logiques différentes mais n’en sont pas moins complémentaires à l’image de l’alternance du jour (activité) et de la nuit (repos) qui rythment nos vies.
Vous vous limitez en vous définissant par la pensée.
Eckhart Tolle
La reprise est déjà là et pour beaucoup nous laissons derrière nous voyages et découvertes avec leur lot de dépaysements et de moments de détente. Le retour au connu des diverses tâches et obligations qui nous incombent peut susciter une impression de routine et de répétition doublé de la nostalgie de la suspension des contraintes propre aux vacances.
Dans un tel contexte de retour à notre réalité quotidienne quelle place donne-t-on à la pratique méditative ?
On pourrait être tenté d’y trouver un échappatoire aux frustrations de toutes sortes qui ne manquent pas de se manifester dans ce retour à la vie active. Toutefois nous savons bien que la méditation n’est pas une pratique du bien-être, puisqu’elle nous place face une réalité qu’il s’agit d’abord de reconnaître, puis d’accepter, d’apprivoiser pour ultimement se libérer des voiles obscurcissant de notre mental.
La réalité que rencontre le méditant dans sa pratique n’est pas monolithique, en effet il n’y a jamais deux méditations identiques. Pourtant le méditant peut avoir l’impression que l’ennui et la lassitude s’y installent et qu’à force de vouloir suivre son souffle il finit par s’essouffler… Pour d’autres à l’inverse ce sera le foisonnement des pensées qui donnera un troublant sentiment de dispersion et mènera à un vécu d’impuissance…
Ces réactions sont autant de manifestations de l’égo qui cherche à exister coûte que coûte par l’intermédiaire d’une certaine catégorie de pensées et d’affects. Ces manifestations représentent une sorte de membrane - écran sur laquelle viendraient se projeter des contenus mentaux vagues ou organisés, agréables ou désagréables. Ces réactions permettent au moi de se délimiter du monde qui l’entoure et de s’installer dans une dualité à certains égards rassurante.
Dès lors quel est le statut de l’égo dans la pratique méditative? Son statut est manifestement limitant puisqu'il tend à nous couper de la richesse et de l'étendue de l’expérience. L'égo nous fait oublier la dimension de l’être essentiel ou de l’âme en nous, que Mathieux Ricard nomme la nature fondamentale, non-duelle et lumineuse de la conscience.
Notre société individualiste et matérialiste nous pousse à penser que nous ne sommes rien de plus que notre moi individuel et il faut aller revisiter la sagesse des anciens pour sortir de cette ignorance. Pour Tragore (Sâdhanâ, 1913) le moi s’apparente à la coquille d’oeuf du poussin. Lorsqu’il brise l’isolement égocentrique dans lequel la coquille le maintenait, il peut découvrir le vaste univers tout autour de lui et vivre la liberté de l’air et de la lumière. L’homme qui parvient à dompter son égo trouve ainsi l’unité dans l’union parfaite avec le monde. Au contraire celui qui demeure enfermé dans l’égo reste dans l’ignorance et dans une forme de sommeil spirituel, poursuivi par les sentiments d'orgueil, d’envie et de cruauté liés aux buts égoïstes nous dit Tragore.
Ainsi le travail méditatif nous aide-il à rendre plus poreuse la membrane de l’égo essentiellement grâce au lâcher-prise bienveillant et à l’ancrage dans la réalité actuelle. Nul besoin de vouloir parvenir à un état supérieur, l’égo se dissout de lui-même dans l’instant présent permettant l’élargissement et l’ouverture vers l’extérieur (C. Trungpa, 1981; E. Tolle, 1997).
La méditation nous apprend elle aussi cette apaisante réconciliation avec la réalité.
Nous ne sommes plus à distance, séparés, mais nous coïncidons avec ce qui est.
Nous ne regardons plus l'oiseau, nous sommes l'espace où il se déploie.
Fabrice Midal
Pourquoi méditer nous rapproche de l’essentiel ?
Il est paradoxal que nous ayons tant de peine à accomplir une chose pourtant si simple que s’asseoir et ne rien faire... A priori cela ne requiert aucune compétence particulière, pourtant pour beaucoup méditer est un véritable défi et les confronte à des difficultés considérables pouvant les amener à renoncer à la pratique.
Ces résistances à s’installer dans une posture d’abandon sont directement reliées aux injonctions de notre société consumériste qui tend à placer l’essentiel dans la course à la performance pour accumuler toujours plus de biens et d’argent.
Si ces injonctions à l’hyper productivité et l’hyper rentabilité atteignent des sommets aujourd’hui, elles ne sont que l’aboutissement d’une longue évolution dont l’origine peut être située dans le changement de rapport au monde (vidéo Jeûne et méditation) introduit par le passage du mode de vie des chasseurs-cueilleurs que nous avons été durant 2,5 millions d’années à la sédentarisation et l’agriculture il y a plus de 10’000 ans (fin du paléolithique).
Avec ce changement de mode de vie nous avons perdu un rapport de complémentarité avec la nature au profit d’un rapport de domination. Nous nous sommes différenciés de la nature pour la domestiquer et en devenir les maîtres, mais ce faisant non seulement nous avons perdu un lien privilégié avec elle, mais en plus nous sommes devenus étranger à une part essentielle de nous-mêmes qui fait notre humanité. Nous avons été en quelques sortes dénaturé.
Cette part essentielle de nous même a à voir avec une forme de sagesse intérieure, une forme de connaissance intuitive du monde qui nous permet d’y trouver une place juste. Cette sagesse se manifeste chez les chasseurs-cueilleurs (par ex. bushmen, inuit, pygmées) par une organisation sociale de type égalitaire dépourvue de violence, sans domination d’un groupe sur un autre. Ces sociétés sans hiérarchie pratiquent en effet une éducation pacifiste des enfants (Delanoë, 2017). Or avec l’apparition de l’agriculture, de l’élevage et de la sédentarisation on assiste à une montée en puissance de la violence et des guerres et au sein d’une même communauté se développe une scission entre classes dominantes et classes dominées. C’est aussi le début de l’instauration du châtiment corporel sur les enfants comme mode éducatif afin de leur inculquer la soumission à la hiérarchie, dès lors frapper les enfants deviendra la norme dans la quasi totalité des sociétés humaines.
Ainsi tout se passe comme si en cette fin du paléolithique nous avions perdu quelque chose de précieux et d’essentiel qui faisait partie de notre humanité naissante.
Dans un mouvement de dépouillement de tous nos artifices matériels et mentaux, méditer nous invite à renouer avec cette nature bonne (Lecomte, 2012) et vivifiante toujours présente en nous.
Rester en colère, c'est comme saisir un charbon ardent avec l'intention de le jeter sur quelqu'un ; c'est vous qui vous brûlez.
Bouddha
Voici trois outils ou trois piliers de notre méditation: un outils intellectuel, l’attention, un outils affectif, l’équanimité (régulation des émotions) et un outil éthique, la bienveillance. Ces trois dimensions sont intimement interconnectées.
L’attention constitue l’outil intellectuel de base de la pratique. Elle revêt deux formes qui renvoient à deux postures mentales: la concentration (shamata ou calme mental) et la présence attentive ouverte (vipashyana ou vision pénétrante).
La première forme, l’attention soutenue ou concentration, nous est familière puisque chacun l’utilise au quotidien pour rassembler ses forces mentales et accomplir diverses tâches. Dans la pratique le focus attentionnel sur les sensations corporelles éloigne les distractions multiples, nous recentre, nous pose, nous calme. Elle amène plus de clarté et de stabilité à l’esprit.
La seconde forme, la présence attentive ouverte est sans objet prédéterminé. Elle crée une connexion totale et directe avec tout ce qu’apporte l’existence (Sharon Salzberg, 2015). C’est une attention à tout ce qui surgit dans l’instant, pensées, émotions, sensations, mais elle va au delà de ces phénomènes pour en comprendre leur véritable nature ainsi que celle de notre esprit. Selon la philosophie bouddhiste elle mène à la connaissance suprême dépouillée des illusions.
Le second outils est l’équanimité, elle consiste à adopter une humeur égale face à toute expérience indépendamment de sa nature agréable, désagréable ou neutre. Appliquée aux personnes, cette attitude libre d’attachement et d’aversion, implique de rester impartial et aimant (et non pas indifférent) à l’égard de tous les êtres.
Cette attitude face au monde nous permet de réguler les émotions sans les laisser nous envahir. En relativisant l’importance de notre égo qui se démène pour saisir le plaisant et éviter le déplaisant, elle nous rend plus libre face au désir et à l’aversion, deux principaux obstacles à la méditation.
Qui ne souhaiterait pas traverser les tourments de la vie sans être emporté par les émotions douloureuses, mais sans pour autant perdre sa sensibilité? L’équanimité nous guide vers cet équilibre subtile entre le ressenti sensible, le concernement et la juste distance protectrice face aux situations déstabilisantes. Elle estompe l’égo qui se surimplique à son propre détriment.
Nous développons cette attitude dans notre méditation en explorant avec curiosité et amour tout ce qui apparaît dans notre champ de conscience, quelqu’en soit la couleur affective, instant après instant.
Le dernier outils de cette triade est la bienveillance ou amour bienveillant, un autre ingrédient essentiel de la pleine conscience.
La bienveillance est une façon positive de se relier à soi et aux autres par l’ouverture du coeur. Elle représente la ligne directrice du travail de transformation intérieure qu’offre la méditation. C’est la voie de la sagesse, jour après jour devenir des êtres meilleurs.
La méditation offre un terrain d'entraînement pour exercer la bienveillance d’abord à l'égard de soi puis à l’égard de tous les autres. Cette bienveillance envers soi-même ne signifie pas complaisance ou laxisme, mais plutôt dans le cas de ses propres erreurs ou échecs de les regarder en face sans se les dissimuler ni s’enliser dans l’auto-reproche. En effet la bienveillance n’exclue pas la fermeté et l’affirmation. Ainsi la mère qui gronde son enfant qui traverse la route sans regarder est bienveillante à son égard.
Développer la bienveillance envers autrui est un antidote à la haine, la jalousie, l’avidité qui peuvent devenir des poisons mentaux et nous isolent des autres. Au contraire la bienveillance aide à faire place à des émotions positives, constructives. Elle constitue une force d’union qui nous habite tous, puisque par nature, nous aspirons tous à être heureux et à ne pas souffrir.
Enfin la bienveillance retentit directement sur la pratique en nous permettant de surmonter des obstacles tels que le découragement, le doute ou l'autocritique. Elle adoucit les frustrations de ne pas être maître de son esprit, de se laisser emporter par ses émotions. Elle nous aide à respecter notre propre rythme et nos limites.
Résumé augmenté de la vidéo:
Présentation de l'évolution du mode de vie de l'homme avec le passage du mode chasseur-cueilleur à l'agriculture (du paléolithique au néolithique). Avec la sédentarisation l'homme voit sa mobilité diminuer de même que sa sensorialité et son attention (outils de survie primordiaux dans la nature), un recul pour les capacités de pleine conscience.
Le mode de vie du chasseur-cueilleur est particulièrement sain, les populations actuelles d’amazonie montrent une absence des maux qui frappent nos sociétés: diabète type 2, hypertension, obésité, syndrome métabolique, etc. Quel est le secret de leur bonne santé?
Une première raison est liée au fait qu’il bouge beaucoup mais cela vient aussi et surtout de leur mode d’alimentation. Les repas ne se font pas à heures fixes et dépendent de la chasse. L’homme pouvait rester des jours sans manger sans difficultés. Nous avons perdu cette capacité car nous sommes devenus dépendant du glycogène. Avec l’agriculture l’alimentation est devenu riche en hydrates de carbone, que le corps converti en glycogène ou qu’il stocke sous forme de graisse. Lorsque nos réserves de glycogène sont épuisées nous éprouvons une faim impérieuse et mangeons pour les reconstituer.
Le chasseur-cueilleur ne connaissait pas cette dépendance car lorsque ses réserves de glycogène étaient épuisées il passait à l’utilisation des graisse comme source d’énergie, ce que nous ne savons plus faire en raison de nos 3 repas par jour réguliers.
Pourtant parvenir à tirer son énergie des graisses est fondamental pour l’équilibre physiologique, ne serait-ce que pour éviter qu’elles s’accumulent dans l’organisme aux endroits indésirables (viscères, vaisseaux sanguins), mais aussi pour de nombreuses autres raisons (voir plus loin).
Il existe un moyen de retrouver cette capacité, c’est le jeûne intermittent. Ce jeûne consiste à favoriser une période de repos complet pour le système digestif d’au minimum 16h, ce qui revient à sauter un repas, par exemple le petit-déjeuner et manger le premier repas à midi ou même plus tard (plus le repos est long, mieux c’est pour le corps). Puis on mange sur les 8h restantes. C’est le mode 16/8, qu’on peut pousser à 20/4.
Les bénéfices pour l’organisme sont multiples, notamment baisse de la tension artérielle, de la glycémie, de l'artériosclérose, augmentation de l’hormone de croissance (préserve la masse musculaire) et de la sensibilité à l'insuline. Par ailleurs la combustion des graisses développe des corps cétoniques, une métabolite qui amène une énergie bénéfique au cerveau.
Jean-François Briefer, PhD
Info: www.ressourcespsychologiques.ch
Les bénéfices du jeûne intermittent en résumé :
source: https://www.dietdoctor.com
• Improved mental clarity and concentration
• Weight and body fat loss
• Lowered blood insulin and sugar levels
• Reversal of type 2 diabetes
• Increased energy
• Improved fat burning
• Increased growth hormone
• Lowered blood cholesterol
• Prevention of Alzheimer’s disease (potential)
• Longer life (potential)
• Activation of cellular cleansing (potential) by stimulating autophagy
• Reduction of inflammation.
La vacuité est la réponse ultime.
Bouddha
Lorsque l’on s’initie à la méditation, on constate rapidement que notre esprit est productif en quasi permanence, au même titre que le flux de pensées qui nous accompagne au fil de nos journées et qui empêche une véritable et entière présence au monde. Un état mental qui faisait dire à Gurdjeff que l’homme dans son état de veille habituel, est un être en sommeil qui n’atteint pratiquement jamais la conscience et que ses pensées et émotions ne sont que des réactions automatiques inconscientes, d’où l’importance du travail méditatif pour parvenir à la pleine conscience. Ainsi la plupart du temps nous sommes plus face à un trop plein qu’à un vide… En effet tout se passe comme si habiter pleinement le moment présent était contraire à notre tendance spontanée qui consiste à se projeter ailleurs en permanence. Nous poursuivent toutes ces ramifications de notre ego qui s’entremêlent avec le monde extérieur, nous laissant si peu de répit, telle une toile d’araignée dont nous serions à la fois l’auteur et la victime...
Parler de vide sur un plan spatial peut évoquer l’idée de vertige, la peur de tomber, de s’y perdre, n’y a-t-il pas ici une analogie avec le plan de la vie intérieure ? Être confronté au vide peut alors faire craindre le surgissement d’éléments inattendus, redoutés, refoulés, de notre côté obscur, tout ce que nous fuyons en nous. Ne restons-nous pas toujours dans une certaine mesure un étranger à nous même ? Méditer est une invitation à développer avec soi-même un rapport d’amitié tant avec les aspects lumineux qu’avec les parties les plus sombres. Ceci peut demander un certain courage pour regarder de l’autre côté du voile… Dans ce sens la méditation nous apprend à nous apprivoiser nous-même pour aller vers une plus grande unité de soi. Elle facilite ce que K. G. Jung nommait le processus d’individuation, soit le cheminement vers la réalisation de soi.
Que ces moments soient brefs ou qu’ils se prolongent plusieurs minutes d'affilées, faire l’expérience du “rien” dans une méditation ne va pas de soi.
Nos réactions face à l’absence de contenu de pensée peuvent être très diverses. Ce vide peut être vécu comme un repos plaisant accompagné d’un sentiment de paix, mais il peut aussi susciter un sentiment d’ennui, de dissolution des repères qui peut aller jusqu’à l’angoisse ou la perte de sens pour la pratique et prendre la forme d’un obstacle à la posture méditative. Nous sommes tellement habitués à fonctionner avec un impératif de rentabilité, de performance, de rapidité, qu’être ainsi plongé dans un espace vide de contenu préétabli peut nous sembler dérisoire, inintéressant, futile, inutile… Nos vie sont tellement remplies de mille et une obligations, préoccupations, sollicitations que se retrouver face à une forme de néant peut être ressenti comme trop dépaysant pour poursuivre ce chemin.
Pourtant faire l’expérience du vide revient alors à se frayer un nouveau chemin libre des ramifications du moi qui sont sources d’illusions, de visions erronées du monde et donc de souffrance. C’est aussi faire l’expérience de l’être dans toute sa profondeur, alors qu’au quotidien nous sommes trop souvent esclave du faire. Retour donc à une forme de simplicité, celle d’exister pour exister.
Jean-François Briefer, Dr psych.
Ayant médité sur la douceur et la compassion,
j’ai oublié la différence entre moi et les autres.
Milarepa
La joie altruiste dans la philosophie bouddhiste fait partie des quatre incommensurables, soit quatre états mentaux permettant l’élévation de l’âme, le cheminement vers l’éveil:
Prends pour objet de méditation l'ensemble des êtres et applique-toi à mettre en œuvre les quatre attitudes immensurables : l'amour, ou le désir que tous les êtres soient heureux ; la compassion, ou le désir qu'ils soient affranchis de la souffrance ; la joie devant le bonheur d'autrui ; et l'impartialité qui consiste à traiter tous les êtres de manière égale, sans attachement ni rejet.
KANGYUR RINPOCHE (1897-1975) Commentaire de la Lettre à un ami, de Nagarjuna, p. 122-123.
Ces quatre incommensurables permettent de développer une attitude altruiste basée sur la compassion et le soucis de l’autre. Ils sont dénommés ainsi car ils diminuent la centration sur soi et ouvre sur le monde.
Lorsque l’on est en proie à la haine, la jalousie et la rivalité, il est bénéfique de laisser venir ces sentiments dans la pratique méditative afin de les regarder en face. Quoique l’on fasse, lorsqu’un événement douloureux survient dans notre vie, notre esprit tentera d’une manière ou d’une autre de l’assimiler. Parfois cette tentative est ralentie voir tenue en échec par des mécanismes de ruminations qui nous font ressasser le passé à l’identique dans une attitude rigidifiée de lutte et de rejet. De telles réactions entretiennent la souffrance et empêchent de rechercher des solutions ou d’avancer vers l’acceptation.
La pratique de la méditation peut faciliter ce travail de métabolisation en commençant par reconnaître les sentiments et émotions qui nous habitent. Il s’agira d’aller à la rencontre de ce que nous fuyons: la douleur. Approcher, explorer ces émotions douloureuses afin d’en voir leur véritable nature.
Méditer plus précisément sur la joie altruiste nous permet d’aller plus loin en changeant de point de vue pour ressentir la joie à l’évocation du bonheur d’autrui. Cette pratique consiste à se réjouir du bonheur, du succès de nos proches, puis étendre ce sentiment aux personnes qui nous sont indifférentes, et enfin aux personnes qui nous déplaisent ou dont on est jaloux.
Parfois se réjouir du bonheur d’autrui revêt une grande difficulté. C’est le cas lorsque le bonheur de l’autre entraîne une souffrance chez soi parce qu’il coïncide avec un sentiment de perte. Le bonheur de l’autre va alors de pair avec la perte d’un bonheur pour soi. C’est typiquement le cas dans la jalousie amoureuse lors de l'infidélité du partenaire. Dans une telle situation il peut être intéressant de voir dans la pratique méditative comment s’entrechoquent les sentiments contradictoires d’amour envers le partenaire et de ressentiment pour ces actes. On rencontre alors la difficulté d’être heureux pour le partenaire qui s'épanouit dans une autre relation, de même que pour le rival qui prend notre place. Ce qui nous empêche d’accéder à cette sagesse, c’est la centration sur soi génératrice de peurs, le fait que nos intérêts passent le plus souvent en premier. Il devient alors très difficile d’être dans l’équanimité, c’est-à-dire ressentir impartialement la même joie altruiste face au bonheur d’autrui quelque soit la nature de notre lien envers la personne concernée.
Cette pratique ne doit pas viser à étouffer la haine et la jalousie au profit d’un amour altruiste inconditionnel, mais plutôt de contempler la palette des sentiments qui nous habitent et de ressentir les résistances, les réticences qui surviennent lorsque l’on cherche à aimer l’autre malgré son comportement qui nous fait souffrir. Laisser se dérouler en soi cette alchimie émotionnelle dans l’attitude d’acceptation et d’ouverture à sa propre bonté intérieure facilite l’avancée vers la sérénité et signe l’aspiration à progresser vers plus de sagesse. En effet, alors que la haine, la jalousie et la rivalité nous enchaînent, la joie altruiste nous libère.

Auteur
Dr Jean-François Briefer
Archives
Avril 2019
Catégories
Tout