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Les discussions en cours sur le Brexit ont très clairement permis de rappeler que l'accès aux marchés européens est indissociable de la libre circulation des personnes. La raison en est simple : si l'on accepte que les biens puissent circuler librement mais pas les personnes, on accepte alors qu'un seul pays s'accapare les richesses de tout un continent. Une telle disparité des richesses, en s'aggravant année après année, décennie après décennie au sein d'un même continent, conduirait inévitablement à la guerre. C'est le contraire du projet européen d'une paix fondée sur une prospérité partagée.
La préférence indigène est incompatible avec la libre circulation des personnes. Elle est incompatible avec la poursuite de la voie bilatérale. La Suisse ne peut pas demander à ce que l'Europe continue de laisser ses marchés ouverts aux entreprises suisses alors même qu'elle ferme son marché de l'emploi aux européens. La multiplication des entraves à la libre circulation est une menace pour la Suisse elle-même. Au fur et à mesure que ces entraves se multiplient, la probabilité d'une activation de la clause guillotine augmente. La clause guillotine est bien plus rude qu'un simple Brexit : elle arriverait en 6 mois au lieu de 2 ans, et sans négociation d'un accord pour l'avenir. Il serait utile que les entreprises qui aujourd'hui discriminent les Européens sous la menace des autorités connaissent mieux les risques de la clause guillotine.
On me demande parfois pourquoi un chômeur suisse accepterait qu'un emploi suisse soit accordé à un européen. Il y a de nombreuses réponses à cela. La Suisse n'a pas le monopole du chômage. Les pays de l'Union connaissent bien, et mieux que la Suisse, la difficulté d'un monde plus concurrentiel. Ce sont des réponses que nous faisons souvent à des chômeurs français lorsque nous expliquons pourquoi des marchés publics de St Julien sont très volontiers confiés à un architecte genevois, à une PME Genevoise, la société Innovatio Média ou encore aux TPG. L'ouverture des marchés augmente le nombre total d'emplois parce qu'il permet une meilleure efficacité économique. La concurrence est plus dure, mais elle génère plus d'emplois. L'exemple de la Suisse est la meilleure preuve de l'efficacité de cette ouverture sur la création d'emplois : elle est passée soudainement de la décroissance et de la stagnation dans les années 90 à la prospérité dès qu'elle a pu accéder aux marchés européens au début des années 2000. Dès lors que la Suisse veut avoir accès aux marchés européens, les emplois qui sont situés en Suisse ne sont plus des emplois Suisses mais bien des emplois européens.
La Suisse est souveraine. Elle peut à tout moment remettre en place les quotas et les discriminations des années 90... mais elle doit pour cela d'abord renoncer à l'accès aux marchés européens et à la prospérité qui va avec : la situation sera alors beaucoup plus difficile pour les chômeurs suisses. Si elle discrimine les européens, alors il faut qu'elle s'attende à ce que l'Europe lui ferme aussi ses marchés en retour. Pour ma part, je suis profondément révolté lorsque je constate qu'une régie publique telle que les TPG profite des bilatérales pour aller candidater à des marchés en France et discrimine ensuite les ressortissants Européens lorsqu'elle se voit attribuer ces mêmes marchés publics.
Pour ma part, je veillerai à ce que chaque entrave à la libre circulation des personnes soit dûment communiquées aux autorité Européennes et Françaises : école, emploi, représentation syndicale... Je veillerai à l'avenir que les cahiers des charges des marchés publics excluent les régies et les entreprises suisses et européennes qui ont des politiques discriminatoires contraires aux accords de libre circulation des personnes.
Enfin, si la Suisse souhaite réduire l'afflux migratoire, alors il lui suffit de moduler sa fiscalité des entreprises, car forcément, + de multinationales = + de multinationaux.