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Cette maladie infectieuse était déjà connue de l’antiquité. Le terme de „rage“ vient des changements psychiques que l’on constate aussi bien chez les animaux que chez les personnes malades et qui se manifestent par des états d’excitation et une colère ou une rage incontrôlable. La rage peut toucher tous les êtres au sang chaud, mais de préférence tous les mammifères. L’homme constitue en règle générale le maillon final de la chaîne infectieuse, car il ne transmet pas le virus plus loin.
La rage se manifeste partout dans le monde, mais dans quelques pays y compris en Suisse elle touche à présent seulement les chauves-souris. Le renard est en Europe le principal réservoir et la véritable source d’infection pour la plupart des animaux. Les porteurs qui transmettent le virus aux êtres humains sont la plupart du temps les chiens, plus rarement les chats.
Dans le temps, la rage était très répandue en Europe. Les premiers progrès du combat contre la rage ont été obtenus par la vaccination buccale développée par Louis Pasteur en 1885. Mais ce n'est que plus tard que le nombre des infections chez les renards s'est mis à fortement à baisser grâce aux appâts contenant le vaccin. La Suisse a été déclarée libérée de la rage par l’organisation mondiale de la santé animale à la fin du siècle dernier, car aucun cas n'a été signalé chez les mammifères vivant sur le territoire. En 1977 furent enregistrés les derniers cas de rage chez l’être humain en Suisse.
Le virus rabique ne se manifeste que très rarement en Europe de l’Ouest, la plupart du temps ce sont des voyageurs qui ont été contaminés dans des régions à risque, surtout en Asie ou en Afrique. L'importance de la rage par le monde se base visiblement sur les chiffres suivants publiés par l'OMS: Chaque année ce sont environ 10 millions de personnes qui font l'objet d'une prophylaxie après avoir été en contact avec des animaux atteints de la rage. Si le traitement ne débute qu'après l'éclosion de la maladie ou n'intervient pas du tout, la mortalité atteint pratiquement les 100%. On enregistre chaque année entre 30‘000 et 70‘000 décès dus à la maladie rabique.
Les agents pathogènes de la maladie sont les virus de la rage (lyssavirus), dont il existe plusieurs types. La principale source d’infection vient de la morsure ou de la griffure d’un animal atteint de la rage, plus rarement par un simple léchage, c'est-à-dire par un contact avec la salive qui contient des virus qui pénètrent dans les tissus à travers la peau lésée ou la muqueuse (bouche, nez, etc.). Par contre, une peau intacte s'est révélée comme une bonne barrière contre les agents pathogènes. Les animaux infectés éliminent les virus avec leur salive déjà cinq jours et même plus avant la découverte de leur maladie. L'infection, suite à une inhalation de grandes quantités de déjections de chauves-souris, par ex. dans les grottes, est rare.
Après avoir pénétré les tissus musculaires, le virus chemine le long des nerfs jusqu'au cerveau, s'y multiplie et une partie retourne dans les glandes salivaires et dans les glandes sébacées, les muscles et les autres organes.
En Europe, le réservoir des virus est, en dehors des chauves-souris, constitué avant tout par les renards, les martres, les blaireaux et les loups. Ces animaux transmettent la maladie la plupart du temps aux chiens qui la transmettent aux bovins, aux animaux domestiques et aux êtres humains. En Amérique, ce sont surtout les chauves-souris qui constituent le principal réservoir, celles-ci contaminent directement les êtres humains. Aux Etats-Unis c'est la voie de contamination la plus fréquente, qui peut aussi toutefois se manifester en Europe et même en Suisse. Les chauves-souris transmettent l'agent pathogène la plupart du temps par des morsures, mais leurs petites dents ne créent pas toujours des lésions visibles, ce qui rend la découverte du danger encore plus difficile.
Le virus est sensible à la sècheresse et perd en peu de temps sa force de contamination suite à un traitement au savon, à l'éther ou à d'autres produits détergents.
Le temps d'incubation (période entre l'infection et l'apparition des premiers symptômes) est de deux à huit semaines, les valeurs extrêmes étant de 10 jours à 12 mois et même plus. Il dépend de la quantité de virus transmis, de la profondeur de la plaie et de sa localisation: plus celle-ci est proche de la tête, plus court sera le temps d'incubation. Ces importantes différences sont dues au fait que le virus chemine le long des nerfs jusqu'au cerveau à une vitesse maximale de seulement 3 mm à l'heure.
L'évolution typique de la maladie comporte trois phases, dure de deux à dix jours maximum et se termine pratiquement toujours par le décès de la personne.
Au stade initial de la rage, les sujets concernés présentent des troubles non spécifiques, légère fièvre, maux de tête, une certaine nervosité et irritabilité. Des troubles de la sensation, des démangeaisons ou des douleurs à l’endroit atteint par la morsure, indiquent le début de la maladie.
Dans la phase suivante, phase d’excitation, les patients sont inquiets, irritables jusqu’à faire des crises de rage. Agressivité et confusion peuvent alterner avec une dépression et un repli sur soi. Les malades souffrent de convulsions douloureuses, en particulier dans la musculature de la déglutition, ce qui les rend incapables de manger ou de boire. Déjà la simple vue d’une boisson peut provoquer de telles convulsions (phobie de l’eau). Un élément caractéristique est le fait que les patients se mettent à baver, car ils cherchent à éviter la déglutition. Les crises de convulsion des muscles du tronc et des extrémités font partie du tableau complet de la rage.
Le stade de la paralysie qui s'ensuit se termine rapidement par le décès. Les malades sont plus calmes („rage tranquille“), perdent connaissance et meurent suite à la paralysie de la respiration ou de la méningite qui accompagne cette maladie.
De nombreux animaux malades présentent des symptômes similaires, mais il existe des différences selon les espèces, dont certaines ne passent pas par toutes les phases. Les éléments typiques sont un comportement étranger à celui de l'espèce, par ex. chez les animaux sauvages, la perte de leur méfiance naturelle.
Comme le traitement est rarement efficace quand la rage s’est déclarée, il faut immédiatement consulter un médecin dès que l’on soupçonne une infection possible.
Ceci est particulièrement indiqué quand on s’est fait mordre par un animal sauvage ou par un animal domestique au comportement anormal. Quand ces animaux ne se laissent pas saisir ou observer, il existe en tous les cas un soupçon de rage. En Suisse il est surtout indiqué de surveiller les régions frontalières, car il n'est jamais exclu que des animaux infectés passent nos frontières de manière individuelle. La maladie, même le soupçon d'une maladie rabique, doit être obligatoirement signalé; le médecin cantonal et l'OFSP organisent la recherche de personnes de contact.
Au cours de quelques jours on peut constater qu’un animal qui a mordu ou gratté est lui même infecté. La présence du virus peut se constater dans la salive, dans un prélèvement de la peau et, une fois l'animal mort, dans le tissu cérébral, dans les glandes salivaires et dans la cornée. Le virus n'est par contre pas décelable dans le sang.
Un animal atteint de la rage meurt dans les 8 à 10 jours; s’il reste en bonne santé pendant 10 jours et ne présente pas de signes anormaux, il n’a pas la rage; on peut donc interrompre une série de vaccinations déjà commencée.
L'élément déterminant est un traitement rapide et correct de la plaie qui doit être lavée à l'eau savonneuse et désinfectée, le cas échéant excisée par un chirurgien. Il faut en plus, après une contamination probable, commencer aussi vite que possible l'immunisation active et passive. Grâce à l'immunisation active sous forme de plusieurs injections qui se succèdent, la protection s'obtient au bout de deux semaines environ. Comme la maladie pourrait se manifester plus tôt, on injecte en plus du sérum antirabique (immunisation passive), ce qui confère une protection immédiate. Le sérum ou une partie du sérum sera administré tout près de la plaie afin de „neutraliser“ directement les virus. Ce traitement prophylactique et très efficace, à condition qu'il intervienne à temps, c'est-à-dire avant l'apparition des signes de la maladie.
Des essais d'une thérapie médicamenteuse, dès l'apparition des premiers symptômes ont été tentés çà et là, mais le succès était rarement au rendez-vous, par contre chez les patients qui ont survécu, de graves lésions cérébrales n'ont pas pu être évitées, à quelques exceptions près.