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En cherchant un ouvrage dans ma bibliothèque, je tombe sur un ouvrage que je ne croyais même pas posséder : "A contre-courant" journal d'un écrivain non engagé, signé Henri Schubiger.(Editions Perret-Gentil) et dédicacé à mon intention.
Cet homme, j'ai eu le plaisir de le connaître lorsque mon camarade d'études - Michel Bättig - me proposa, avec l'accord de Georges Gros, des piges pour le Courrier de Genève. Je devins donc pigiste et je le restai pendant quelques années, le temps de terminer mes études. Je me souviens bien de la physionomie de M. Schubiger. Je me le rappelle comme d'une personne très discrète et d'une grande culture. Et la relecture de son journal allant de 1962 a 1964 fait apparaître très nettement le caractère tourmenté de ce réformé converti au catholicisme. Une figure revient très souvent dans ses propos : celle de Léon Bloy à laquelle Schubiger semblait porter une admiration sans limite. Ses coups de gueule à propos du journalisme sportif ont dû en froisser plus d'un ! Tout comme son incompréhension face aux dépenses engagées pour la conquête de l'espace, alors réservé aux Etats-Unis et à l'URSS. J'ai aimé cotoyer cet homme même si je n'ai pas été un proche. Je me rappelle enfin sa silouhette un peu voûtée et lente, comme si cette lenteur permettait à cet intellectuel de mieux cerner le monde dans lequel il vivait.
L'entrée au Courrier a aussi été pour moi les premiers pas dans le journalisme même si je n'ai pas perséveré dans cette voie pour des raisons personnelles. Je me souviens m'être fait engueulé par Georges Gros pour avoir oublié de mentionner - pour moi un détail ! - la fermeture de l'aéroport entre 22h. et 6h du matin. Mais le même G. Gros m'a aussi confié le suivi - aux Assises - du procès des protagonistes du "Gang à l'Ambulance", à moi qui n'avais jamais mis les pieds dans un prétoire. Quel décorum, quelle solennité. Lorsqu'a rententi le traditionnel "Messieurs la Cour", je me suis demandé si j'étais dans un livre ou si la réalité me frappait en pleine figure.
Et puisque je parle de journalisme, on me permettra de faire allusion à Jean-Claude Nicole et son journal La Suisse. Curieux personnage que l'éditeur de la Suisse. N'aimant pas toujours la contradiction, j'ai parfois le sentiment qu'il était entouré de courtisans plutôt que de conseillers. Jamais en panne de projets, ceux qu'il a essayé de monter ont souvent connu l'échec. En avance sur son temps ? Peut-être ! Ses ennemis ne se sont pas privés de lui mettre des peaux de banane ; Il a fini par mettre les pieds dessus, contre son gré sans doute !
Il n'empêche. J'ai revu J.-C. Nicole après la disparition de La Suisse alors qu'il occupait un poste de réviseur - je crois - dans une administration. C'est lui qui s'est approché de moi pour me saluer. Ca, c'est Jean-Claude Nicole : il pouvait être humble - il m'en a administré la preuve par son salut - et proche de la mégalomanie. Dans le milieu de la presse, il n'a laissé personne indifférent !