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Éditorial
Et maintenant?
Le conseiller fédéral Parmelin devrait passer au Département des affaires étrangères.
C'est maintenant le tour mérité du Tessinois Ignazio Cassis. Le sympathique politicien partisan de la flexibilité a fourni matière à des mouvements d'humeur quand il a abandonné sa double nationalité italienne juste à temps avant l'élection pour n'être plus que Suisse. Restera-t-il plus ferme en politique européenne? Au cours de son audition devant l'UDC, le libéral-radical a montré un profil dur: opposé à l'adhésion à l'UE, à l'adoption automatique du droit communautaire, à la clause guillotine et aux juges étrangers. Quant à l'accord-cadre, il le remettrait à plat. Eh bien, dites donc! Ce serait après Burkhalter un revirement complet.
Toutefois devant l'Assemblée fédérale, la flexibilité le rattrape déjà un peu. Un murmure a parcouru la salle quand Cassis, afin d'amadouer ses non-électeurs de gauche, s'est réclamé de la légendaire communiste Rosa Luxembourg dans un exercice de grand écart politique spectaculaire. Ce sont probablement ces petits rituels de flagornerie qui permettent aux nouveaux conseillers fédéraux de se faire applaudir par la droite, de créer une bonne ambiance pour la période éprouvante qu'ils vont devoir passer au sein de notre gouvernement collégial.
Les départements seront attribués vendredi prochain. Il faut savoir que les conseillers fédéraux sont élus non pas en vertu de leur qualification et de leurs compétences, mais selon des critères extérieurs, passablement inéluctables tels que l'appartenance à un parti, l'origine régionale, le sexe et la sympathie acquise auprès du jury chargé du casting dans les deux conseils. Toute personne sélectionnée est automatiquement considérée comme apte à toutes les tâches et à tous les départements. Les auditions, qui ont lieu en amont, sont un théâtre divertissant et, à vrai dire, futile. Lorsqu'Eveline Widmer-Schlumpf a été propulsée au Conseil fédéral voilà dix ans, certains de ses électeurs ne savaient pas comment écrire correctement son nom.
De telles manœuvres scélérates traduisent aussi le fait qu'heureusement il y a en Suisse des choses plus importantes que les conseillers fédéraux. Mais il ne faut pas sous-estimer la charge pour autant. On aurait justement aujourd'hui bien besoin de cette résistance contre l'administration oppressante. Quant aux coûts de la Confédération qui explosent, les exigences se font aussi plus fortes. Le fait de prendre habituellement de petits soldats du parti, accommodants et inoffensifs – en chassant énergiquement les personnalités extérieures au sérail – n'augmente donc pas la possibilité pour les membres du gouvernement de contrecarrer efficacement l'appareil avec ses 34 000 employés permanents. Les conseillers fédéraux, une fois élus, se moulent donc parfaitement dans l'institution collégiale pour compromettre le moins possible leurs chances de réélection.
Concrètement, dans la situation actuelle, tous les départements sont pourvus, seul le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) se libère. Par ordre décroissant d'ancienneté, les personnes suivantes peuvent y prétendre: Doris Leuthard, présidente de la Confédération, Ueli Maurer, ministre des Finances, Simonetta Sommaruga, à la tête de la Justice, Johann Schneider-Ammann, ministre de l'Économie, Alain Berset, chef du Département de l'intérieur et Guy Parmelin, ministre de la Défense. Le nouveau venu, Cassis, doit prendre ce qui reste. Maurer et Schneider-Ammann semblent inamovibles. Leuthard, Sommaruga et Berset manifestent des aspirations au changement, tous pour le DFAE. Toutefois, pour des raisons de constellation, Berset devrait en principe s'abstenir car, si peu de temps avant la votation sur l'AVS ce week-end, un changement, en particulier en cas de défaite non improbable, relèverait de la désertion.
Qu'est-ce qui, de mon point de vue tout à fait personnel, serait objectivement le mieux pour la Suisse? Guy Parmelin devrait oser se lancer au Département des affaires étrangères. Ce serait un coup de maître, mais il faudrait le soutien de Sommaruga, Berset et Leuthard, qui voyage beaucoup de par le monde, comme on l'aura remarqué. Si tout le monde reste à sa place habituelle, alors la voie serait libre pour le sympathique UDC vaudois qui, cependant, défend la vieille ligne libérale-radicale de l'UDC pour la question primordiale de l'Europe: la Suisse ne doit pas se laisser phagocyter ou encadrer par l'UE, elle doit rester indépendante. Il est vrai que Parmelin est depuis trop peu au Département de la défense (DDPS) pour filer dès maintenant – ce serait une petite maladresse à laquelle a survécu, sans secousse majeure, son prédécesseur Burkhalter qui avait, lui aussi, auparavant fait un séjour éclair au Département de l'intérieur.
Certes, un UDC au Département des affaires étrangères très à gauche, c'est un peu comme si Christoph Blocher reprenait le commissariat à l'élargissement de l'Union européenne à Bruxelles. Cela susciterait un rejet massif et des réactions auto-immunes contre l'intrus. Or, précisément pour cette raison, l'onde de choc serait si importante. Rien contre Cassis, mais avec cet agile Tessinois, on ne sait pas à quel point son slalom politique changerait de cap, une fois pris dans le champ magnétique d'un fauteuil de conseiller fédéral. Avec Parmelin, on aurait une certaine garantie de ne pas passer sur le front extérieur aussi systématiquement, comme jusqu'à présent, à côté des intérêts légitimes des Suissesses et des Suisses. D'après des enquêtes menées par l'EPFZ, jamais autant de citoyens n'ont rejeté une adhésion à l'UE, même à bas bruit.
Mais l'amélioration en vue ne se situerait pas seulement sur le front de Bruxelles. Sous Parmelin, l'aide au développement problématique pourrait être allégée. La Suisse verse près de 12 milliards de francs aux pays émergents et au Tiers-Monde, dont deux louables millions au titre des «sciences sociales réactives en Albanie», quoi que cela signifie. Parmelin pourrait y apporter son expérience faite au DDPS, non seulement pour réaliser des économies, mais aussi en matière de votations populaires. Nous avons aujourd'hui l'habitude de voter sur les avions de chasse. Que diriez-vous si le nouveau ministre des Affaires étrangères présentait pour une fois à la décision du souverain les dépenses pour l'aide au développement qui ont dépassé toutes les limites raisonnables?
Parmelin serait un important ministre des Affaires étrangères dans le département important de l'UE, tandis que le néosuisse intégral, Ignazio Cassis, enrichirait certainement aussi l'armée avec sa double perception italo-suisse. Si le changement de postes ne réussissait pas, l'UDC devrait pour marquer des points pour la Suisse faire entrer un UDC aux Affaires étrangères pour faire le ménage dans le champ de mines de l'asile de Sommaruga ou dans le grand chantier ambitieux de réformes de Berset.