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Etats-Unis
Usine désaffectée à Detroit
La «classe moyenne» aux Etats-Unis est en train de se rétrécir dramatiquement
Michael Snyder *
Cet article fournit des données utiles et illustratives de la régression sociale. Il traduit la réaction d’une partie de ce qu’on pourrait appeler la gauche états-unienne, avec la dimension protectionniste propre à des courants syndicaux, y compris combatifs. (Réd.)
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Les 22 statistiques présentées ici prouvent sans l’ombre d’un doute possible que la classe moyenne [selon la définition de la sociologie dominante américaine ; elle inclut les ouvriers et ouvrières de l’automobile, ceux et celles de l’industrie syndiqués, pour faire exemple] est en train d’être systématiquement éliminée aux Etats-Unis. Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres à une vitesse stupéfiante.
Il était une fois, aux Etats-Unis, la classe moyenne la plus nombreuse et la plus prospère dans l’histoire du monde, mais cela est en train de changer à un rythme aveuglant. Pourquoi assistons-nous à une transformation si fondamentale ? Eh bien, c’est que la mondialisation et le «libre-échange» que nous vantaient nos politiciens et dirigeants du monde des affaires comme si bons pour nous ont eu quelques effets secondaires plutôt désastreux.
Il apparaît qu’ils ne nous ont pas dit que «l’économie mondiale» signifierait que les travailleurs de la classe moyenne des Etats-Unis seraient finalement mis directement en concurrence pour des emplois avec des gens de l’autre bout du monde où il n’y a pas de salaire minimum et très peu de régulations. Les grandes firmes mondialisées ont grandement bénéficié de l’exploitation de réservoirs de travailleurs du tiers-monde ces dernières décennies, mais les travailleurs de la classe moyenne aux Etats-Unis, quant à eux, ont vu les choses devenir de plus en plus dures.
Voilà les statistiques qui le prouvent :
• 83 % de toutes les actions des entreprises aux Etats-Unis sont en mains de 1 % des gens.
• 61 % des habitants des Etats-Unis vivent «toujours ou habituellement» de leur salaire, un mois après l’autre, un salaire après l’autre, donc avec un statut non précarisé. En 2008 ce n’étaient que 49 % et en 2007 43 %.
• 66 % de la croissance des revenus entre 2001 et 2007 ont profité aux 1 % les plus riches des Etats-Unis.
• 36 % des habitants des Etats-Unis disent qu’ils ne versent rien du tout pour leur retraite [ne disposent pas de couverture retraite].
• 43 % (chiffre stupéfiant) des habitants des Etats-Unis possèdent moins de 10'000 dollars d’économies mis de côté pour leur retraite.
• 24 % des travailleurs des Etats-Unis disent que durant l’année écoulée ils ont retardé d’une année l’âge prévu de leur départ en retraite.
• Plus de 1,4 million d’habitants des Etats-Unis se sont déclarés en faillite personnelle en 2009, soit une augmentation de 32 % par rapport à 2008.
• Seuls les 5 % les plus riches parmi les foyers des Etats-Unis ont obtenu un revenu supplémentaire suffisant pour faire face à la hausse des coûts du logement depuis 1975.
• Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, les banques [y compris celles sous contrôle de l’Etat] possèdent une plus grande part en valeur nette de l’immobilier résidentiel du pays que tous les habitants individuels des Etats-Unis réunis.
• En 1950, le rapport du salaire du manager moyen à celui du travailleur moyen était environ 30 à 1. Depuis l’année 2000, ce rapport a explosé à entre 300 et 500 à 1.
• En 2007, les 80 % des foyers aux Etats-Unis situés dans les échelons inférieurs de la fortune possédaient environ 7 % des actifs financiers liquides.
• Les 50 % des revenus des ménages en dessous du niveau médian possèdent aujourd’hui ensemble moins de 1 % de la richesse de la nation.
• Les bonus à Wall Street sont, en moyenne, montés en 2009 de 17 % par rapport à 2008.
• Aux Etats-Unis, le salarié de l’administration fédérale gagne désormais 60 % de plus que le salarié moyen dans le privé.
• Le 1 % le plus riche des foyers aux Etats-Unis possède presque le double des actifs des entreprises qu’il y a 15 ans.
• Aux Etats-Unis, aujourd’hui, le temps moyen nécessaire pour trouver un emploi est monté à un record de 35,2 semaines.
• Plus de 40 % des habitants des Etats-Unis qui ont effectivement un emploi travaillent aujourd’hui dans les services, où les salaires sont souvent très bas.
• Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, plus de 40 millions de personnes aux Etats-Unis ont droit à des bons pour l’aide alimentaire (food stamps) et le Département de l’agriculture prévoit que ce nombre va s’élever à 43 millions en 2011.
• Voilà avec «qui» les salarié·e·s des Etats-Unis sont mis en concurrence : en Chine un travailleur du textile gagne approximativement 86 cents l’heure et au Cambodge un travailleur du textile gagne lui approximativement 22 cents l’heure.
• Environ 21 % de tous les enfants aux Etats-Unis vivent en dessous du seuil de pauvreté en 2010, c’est-à-dire le taux le plus élevé depuis 20 ans.
• Malgré la crise financière, le nombre de millionnaires aux Etats-Unis a augmenté en 2009 de rien moins que 16 % pour atteindre 7,8 millions de personnes.
• Les 10 % les plus riches des habitants des Etats-Unis gagnent aujourd’hui environ 50 % du revenu national.
Un grand bruit d’aspiration… dans le précipice
La réalité, c’est que les travailleurs des Etats-Unis peuvent bien être les plus intelligents, les plus forts, les mieux éduqués ou les plus travailleurs, ils ne peuvent tout simplement pas concurrencer des gens qui à l’autre bout du monde sont si désespérés qu’ils sont contraints à travailler 10 à 12 heures par jour pour moins d’un dollar l’heure.
Après tout, quelle entreprise raisonnable dans ce système va payer un travailleur aux Etats-Unis dix fois plus (plus le salaire indirect) pour faire le même travail ? Le monde est en train de changer fondamentalement. La richesse et le pouvoir sont en train d’être rapidement concentrés au sommet et les grandes entreprises transnationalisées font des quantités énormes d’argent. Entre-temps, la classe moyenne aux Etats-Unis est systématiquement éliminée tandis que les travailleurs des Etats-Unis sont lentement fondus dans le nouveau réservoir du travail «mondial».
Qu’est-ce que la plupart des habitants des Etats-Unis ont à offrir sur le marché d’autre que leur force de travail ? Pas grand-chose. La vérité, c’est que la plupart d’entre eux sont absolument dépendants de quelqu’un qui leur donnera un travail. Un employeur.
Mais aujourd’hui les travailleurs et travailleuses des Etats-Unis sont «moins attractifs» que jamais. Comparés au reste du monde, ils sont extrêmement «coûteux».
C’est pourquoi les entreprises déplacent leurs activités hors des Etats-Unis à une vitesse qui coupe le souffle. Et comme le gouvernement ne les pénalise pas quand elles le font, elles n’ont en réalité aucune incitation à rester.
Ce qui s’est développé, c’est une situation qui voit les gens au sommet vivre très bien, tandis que la plupart des autres ont de plus en plus de difficultés à s’en tirer. Pour chaque nouvel emploi créé aux Etats-Unis, il y a désormais six personnes au chômage et le nombre des personnes «chroniquement inemployées» est absolument astronomique. Il n’y a tout simplement de loin pas assez d’emplois pour tous.
Beaucoup de ceux qui réussissent à trouver un travail s’aperçoivent qu’ils gagnent moins qu’avant. En fait, un pourcentage de plus en plus grand de personnes aux Etats-Unis occupe des emplois à bas salaires dans la distribution et les services.
Mais vous ne pouvez pas faire vivre une famille avec ce que vous gagnez en faisant griller des hamburgers chez McDonald ou en saluant les clients dans le supermarché WalMart du coin.
La vérité, c’est que la classe moyenne aux Etats-Unis est en train de mourir. Et une fois qu’elle aura disparu, ça sera incroyablement difficile à reconstruire.
* Michael Snyder est l’éditeur de theeconomiccollapseblog.com
(10 août 2010)
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