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Les symptômes de la ménopause sont multiples et peuvent fortement varier d'une femme à l'autre. Durant la ménopause, de nombreuses femmes souffrent de bouffées de chaleur et de sudations. Mais qu'est-ce que la ménopause exactement, que se passe-t-il dans le corps de la femme et comment soulager les symptômes? Nous avons posé ces questions à la doctoresse Susanna Weidlinger, Cheffe de clinique en Endocrinologie gynécologique et médecine reproductive de l'Hôpital de l'Île de Berne. La Dr Weidlinger est également Présidente de la Société Suisse d'Endocrinologie Gynécologique et de Ménopause.
Groupe Mutuel: Qu'est-ce que la ménopause?
Dr Susanna Weidlinger: La dernière menstruation, qui n'est plus suivie d’un saignement vaginal pendant un an, est appelée ménopause.
Quand commence la ménopause et combien de temps dure-t-elle?
La ménopause survient généralement à partir de 45 ans, en moyenne à 52 ans. La ménopause ne peut donc être constatée que rétrospectivement. Une absence de menstruation avant 45 ans est considérée comme une maladie et doit faire l'objet d'un examen médical et d'un traitement.
On appelle périménopause la période non définie du cycle de vie reproductif d'une femme autour de la ménopause et donc la phase de transition entre la période de vie fertile (avec une fonction ovarienne et des règles régulières) et la période de vie infertile (avec une cessation définitive de la fonction ovarienne et l'absence de règles) d'une femme. Elle survient généralement entre la quatrième et la cinquième décennie de la vie. Durant toute la durée de la ménopause, la femme vit de profonds changements hormonaux. Au début, on constate souvent une forte fluctuation de l'activité ovarienne, avec pour conséquence la suppression du cycle menstruel régulier et donc des règles irrégulières. Par la suite, la fonction ovarienne diminue de plus en plus jusqu'à ce qu'elle s'arrête complètement. En conséquence, la production des hormones sexuelles féminines, l'œstrogène et la progestérone, s'arrête progressivement, puis complètement, et les règles disparaissent.
La période qui suit la ménopause et donc l'arrêt de toute activité ovarienne est appelée postménopause. Pendant la postménopause, il n'y a plus de menstruations. Tout saignement vaginal durant cette phase est considéré comme suspect et doit donc faire l'objet d'un examen.
Un tiers des femmes n'ont pas ou peu de symptômes durant la ménopause, un tiers des femmes présentent des symptômes mais s'en sortent très bien et, enfin, un tiers des femmes voient leur qualité de vie considérablement réduite. Dans ce dernier cas, un traitement médical s’impose. Il faut noter que la durée moyenne des bouffées de chaleur et des sudations est de 7,4 ans. Les symptômes de la ménopause durent donc souvent plus longtemps que prévu. S’ilscommencent tôt en périménopause, il faut compter avec une durée moyenne des bouffées de chaleur et des sudations d'au moins 11,8 ans! 10% des femmes de plus de 70 ans souffrent encore de bouffées de chaleur et de sudations! Il n'est pas possible de prédire individuellement la durée de ces symptômes.
Que se passe-t-il dans le corps de la femme? Quels sont les symptômes?
La disparition progressive des hormones sexuelles féminines peut entraîner l'apparition de multiples symptômes. Parmi les plus importants, on trouve:
- des bouffées de chaleur et sueurs
- des troubles cardiaques non spécifiques (sensation de palpitations, de tachycardie, d'emballement cardiaque, d'oppression cardiaque)
- troubles du sommeil (difficultés à s’endormir, troubles du sommeil, réveil trop précoce)
- humeur dépressive (découragement, tristesse, envie de pleurer, manque de motivation, sautes d'humeur)
- irritabilité (nervosité, tension intérieure, agressivité)
- anxiété (agitation intérieure, panique)
- épuisement physique et mental (baisse générale des performances, diminution de la mémoire, manque de concentration, oublis)
- problèmes sexuels (modification du désir sexuel, modification de l'activité et du plaisir sexuels)
- problèmes urinaires (difficultés à uriner, besoin fréquent d'uriner, pertes involontaires d'urine)
- atrophie vulvo-vaginale (sécheresse vaginale, brûlures vaginales, gêne lors des rapports sexuels)
- troubles articulaires et musculaires (douleurs au niveau des articulations, troubles de type rhumatismal)
- maux de tête
- modifications du poids (telles que prise de poids inexplicable au niveau subjectif)
- modifications de la peau (telles que peau plus sèche, qui démange et qui est plus vulnérable)
- modifications du cycle menstruel
- modifications de la pousse des cheveux (modification de la structure et de la densité des cheveux)
Quels sont les traitements possibles? Que peuvent faire les femmes pour soulager leurs symptômes?
Le traitement des symptômes de la périménopause et de la postménopause doit être adapté aux besoins individuels de chaque femme. Le traitement hormonal substitutif (THS) classique est et reste le traitement le plus efficace contre les bouffées de chaleur et les sudations. En cas de troubles perçus comme pénibles ou limitant les fonctions quotidiennes, un THS doit être conseillé aux femmes conformément aux recommandations médicales.
Une option relativement nouvelle, non hormonale et également très efficace pour réduire les bouffées de chaleur et les sudations est le groupe de médicaments appelés antagonistes des récepteurs de la neurokinine 3, dont le représentant est le fézolinétant (45mg/j). La thérapie cognitivo-comportementale a également démontré son utilité, bien qu'elle ne réduise pas la fréquence des bouffées de chaleur, mais la manière dont celles-ci sont perçues. Une réduction de la fréquence et de la sévérité des bouffées de chaleur par une perte de poids chez les femmes en surpoids a également été clairement démontrée. D’autres options sont la prise de préparations à base d'actée à grappes noires (5-6.5mg/j), les isoflavones (30-80mg/j), le trèfle rouge, le S-Equol, la génistéine (30-60mg/j), la rhubarbe de Sibérie, le millepertuis (300mg/j), certains antidépresseurs (paroxétine 7.5mg/j) ou antiépileptiques (gabapentine 300mg 3x/j) ainsi qu'une alimentation riche en phytoestrogènes et, enfin, l'acupuncture. Les bénéfices du sport, des techniques de relaxation profonde, du yoga et des changements alimentaires sur les troubles de la ménopause n'ont pas encore été prouvés par des études et sont peu probables selon l'avis des experts. Toutefois, les données disponibles à ce sujet sont insuffisantes.
Qu'en est-il du risque de dépression et d'irritabilité dû à la baisse des hormones?
La fenêtre temporelle autour de la ménopause présente un risque plus élevé de développer une dépression par rapport à la préménopause et à la postménopause. Jusqu'à présent, il n'existe pas de preuves suffisantes pour recommander un THS pour la prévention ou le traitement de la dépression périménopausique. Les options thérapeutiques éprouvées pour la dépression (antidépresseurs, psychothérapie) sont également des options de traitement de premier choix pour la dépression périménopausique.
Toutefois, étant donné qu'il existe de faibles preuves scientifiques qu'un THS a un effet antidépresseur chez les femmes périménopausées, ce traitement peut être envisagé pour traiter les troubles de l'humeur lorsque les symptômes psychologiques apparaissent à la suite de la ménopause ou s'aggravent dans le même temps que celle-ci.
Quel est l'impact de la ménopause sur la productivité/la vie professionnelle?
Les troubles de la ménopause sont un défi. Ils affectent non seulement de manière significative la qualité de vie, mais aussi le travail quotidien.
Exemples de difficultés sur le lieu de travail:
- fatigue / somnolence diurne
- bouffées de chaleur et sudations en buvant des boissons chaudes, par exemple un café avec des collègues ou en cas de stress psychique, par exemple avant de devoir présenter un projet devant l'équipe
- diminution générale des performances, problèmes de concentration, diminution de la mémoire, oublis
- irritabilité, etc.
Il est d'autant plus important de lever les tabous et de déstigmatiser le thème de la ménopause, y compris dans l'environnement de travail, de renforcer la position des femmes plus âgées en tant que main-d'œuvre indispensable et de prendre des mesures d'intégration (mise à disposition de ventilateurs sur demande, d'une salle de repos pour une «turbo sieste» éventuellement, introduction d'horaires flexibles, etc.)
Que recommandez-vous?
Après une étude critique du THS au niveau mondial, l'opinion générale est que les avantages d'un traitement hormonal substitutif l'emportent clairement sur les risques. En tant que spécialiste du traitement hormonal, je recommande bien entendu le THS, compte tenu de ses effets positifs qui vont bien au-delà de l'amélioration des symptômes de la ménopause!
Pour ne citer que quelques exemples: le THS a un effet positif supplémentaire sur la santé métabolique et le poids corporel. Il optimise la métabolisation du sucre, réduit jusqu'à 30% le risque de développer un diabète sucré de type 2 et prévient la prise de poids liée à l'âge. En outre, il présente un avantage indéniable pour le métabolisme osseux. Il est prouvé qu'un THS prévient la perte de masse osseuse péri- et post-ménopausique et réduit ainsi significativement l'apparition de l'ostéoporose. Le THS est également une option thérapeutique autorisée, tant pour la prévention que pour le traitement d'une ostéoporose déjà diagnostiquée. Et ce ne sont là que quelques-uns des nombreux avantages supplémentaires d'un THS.
Parallèlement, il est bien sûr recommandé d'adopter un mode de vie sain, avec une alimentation saine, une activité physique suffisante, un sommeil de qualité et une réduction du stress.
Quelles sont les questions les plus fréquentes auxquelles vous répondez sur le thème de la ménopause?
Crainte d'un risque accru de cancer du sein suite à un THS: en ce qui concerne la prise d’un THS après la ménopause, les études montrent qu'un THS (et surtout la combinaison d'œstrogènes et d'une hormone du corps jaune) est effectivement associé à une augmentation du risque de cancer du sein, qui reste toutefois minime par rapport à d'autres facteurs exogènes et endogènes. En chiffres absolus, le risque absolu d’un cancer du sein chez une femme de 50 ans augmente de 1 à 2 cas pour 1000 femmes/an. Ce risque est à peine plus élevé que celui observé chez les femmes qui consomment un verre de vin par jour et même moins élevé que chez celles qui boivent deux verres de vin par jour. Il est en outre similaire au risque décrit en cas de surpoids ou de faible activité physique.
Crainte d'une prise de poids à la suite d'un THS: de nombreuses femmes craignent une prise de poids uniquement comme effet d'un traitement hormonal substitutif. Or, les données montrent clairement que les femmes sous THS prennent significativement moins de poids que les femmes sans THS. Un THS semble donc avoir un effet positif sur le poids ainsi que sur la répartition de la graisse corporelle. La crainte d'une prise de poids à la suite d'un THS n'est donc pas fondée.
Les hommes connaissent-ils également la ménopause? Quelle est la différence avec la ménopause chez la femme?
Le terme d’andropause, parfois appelé ménopause masculine ou déficit androgénique de l'homme vieillissant, est controversé.
Au cours de leur vie, les hommes subissent une diminution progressive et constante de leur taux de testostérone, considérée comme faisant partie du processus de vieillissement normal. À partir de 30 ans, le taux de testostérone commence à diminuer d'environ 1 à 2% par an.
Contrairement à la ménopause, qui entraîne une perte rapide des hormones sexuelles féminines et de la capacité de reproduction chez les femmes, ce changement hormonal se produit plus lentement chez les hommes et n'a normalement pas d'influence directe sur la capacité de reproduction.
Les symptômes associés à une carence en testostérone liée à l'âge chez les hommes peuvent être variés et ressemblent à ceux que connaissent les femmes pendant la ménopause, comme par exemple:
- fatigue et manque d'énergie
- baisse de la libido
- sautes d'humeur
- troubles du sommeil
- diminution de la masse musculaire et de la densité osseuse
Il est important de souligner que tous les hommes ne connaissent pas ces symptômes et que ceux-ci peuvent avoir d'autres causes. Si un homme remarque des changements qui pourraient indiquer un éventuel manque de testostérone, il est conseillé de consulter un médecin. Le médecin peut alors vérifier les niveaux d'hormones à l'aide d'analyses du sang et, le cas échéant, recommander des traitements appropriés pour améliorer le bien-être.