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De l’eau potable courante à chaque coin de rue et des toilettes fermées munies d’une chasse d'eau et raccordées au réseau d’évacuation des eaux usées: une réalité qui va de soi pour les citoyens suisses, mais que nombre de personnes au Mozambique ne connaissent pas, sinon par ouï-dire. Plus de 50% de la population est privée d’un accès à l'eau potable et seuls 20% des habitants possèdent des installations sanitaires adéquates (état: 2017). Le choléra et la diarrhée sont fréquents à cause de la contamination de l’eau potable. De plus, les femmes, qui assument traditionnellement les tâches liées à la famille, doivent marcher plusieurs heures par jour pour se rendre au point d'eau le plus proche. Elles perdent ainsi un temps précieux qu'elles pourraient consacrer à des tâches plus productives, par exemple en exerçant une activité accessoire pour augmenter le revenu familial.
Afin d'améliorer cette situation, la DDC a lancé en 2012 un projet d’une durée limitée à dix ans dans la province de Niassa, l'une des régions les plus pauvres du pays. Cette province est trois fois plus grande que la Suisse et compte environ 1,2 million d'habitants. Le projet est mis en œuvre en collaboration avec les autorités provinciales et de district. Il comprend un ensemble de mesures bénéficiant à un demi-million de personnes et agissant à trois niveaux différents:
- Offre: aider les autorités compétentes à améliorer les infrastructures dans le domaine de l'eau et de l'assainissement.
- Demande: apprendre à la population à exposer ses besoins en matière d'eau et d’assainissement aux autorités compétentes et à les faire valoir de manière efficace.
- Politique: faire en sorte que l'expérience acquise en matière de participation citoyenne aux processus étatiques de planification et de décision se reflète dans la politique aux niveaux provincial et national.
De nouvelles pompes manuelles et des latrines de meilleure qualité
Durant la première phase du projet (2012-2017), plus de 200 points de captage d'eau ont été rénovés ou construits. Souvent, ce sont de simples pompes manuelles qui ont été installées, avec un débit permettant d’approvisionner jusqu'à 300 personnes avec 25 litres d'eau par jour (voir photo). Dans bien des endroits, les latrines traditionnelles – des fosses à ciel ouvert sans toit ni porte – ont en outre été remplacées par de meilleures installations munies d’un couvercle, d’un toit et d’une porte. Ces améliorations permettent non seulement de réduire la pollution de l'eau alentour, mais aussi d’améliorer le niveau d'hygiène, de mieux protéger les personnes contre le harcèlement (en particulier les filles et les femmes) et de prévenir d'autres risques tels que les attaques d’hyènes.
L'impact du projet sur le quotidien des habitants ressort clairement du récit fait par un villageois de Malangalanga: «Autrefois, les habitants de mon village faisaient leurs besoins au bord du lac, là où nous nous baignions, lavions nos vêtements et allions chercher de l'eau potable. De ce fait, les cas de diarrhée étaient très fréquents et les malades devaient souvent se rendre à l'hôpital. Avec d'autres villageois, j'ai créé un groupe d'action et nous avons fait du porte à porte pour expliquer aux villageois l'importance des latrines. Grâce au soutien des autorités, nous sommes parvenus, en l'espace de six mois, à équiper chaque maison d’une latrine. Depuis, la diarrhée a disparu.»
Afin de s'assurer que ces infrastructures – adaptées ou nouvelles – restent fonctionnelles sur la durée, une formation en construction et en entretien de latrines est dispensée à des artisans locaux. De plus, sept coopératives d'artisans ont vu le jour et se chargent désormais de l'entretien des installations pour le compte des autorités locales. Leurs membres disposent ainsi d’une nouvelle source de revenus, ce qui constitue un effet secondaire bienvenu dans cette région pauvre du nord du Mozambique.
Le conseil: une priorité
Les activités de conseil comptent également parmi les priorités du projet. Les autorités provinciales et de district chargées de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement reçoivent un appui pour la planification, l'établissement des priorités et la budgétisation des mesures déployées. Quant à la population, elle reçoit une formation pour apprendre à faire valoir ses besoins vis-à-vis des autorités. Le projet a ainsi permis de mettre sur pied de nombreux groupes de citoyens aux niveaux des communes et des districts, communément appelés «Water and Sanitation Committees». Des cours sont dispensés aux membres de ces comités, afin de leur apprendre comment se faire entendre des autorités et à quels services adresser leurs plaintes si leurs besoins ne sont pas pris en compte.
Enfin, l'expérience acquise dans le cadre du projet devrait également être intégrée dans les politiques élaborées aux niveaux provincial et national. Des normes nationales sur le nombre d'installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement à mettre en place dans les centres de santé sont en cours d’élaboration et serviront de base à la planification des étapes ultérieures.
Malgré des résultats encourageants, beaucoup reste à faire
La première phase de ce projet a abouti à des résultats encourageants. C'est ainsi que dans les districts concernés, la proportion de personnes ayant un accès sûr à l'eau potable est passée de 26% à 45% et celle de personnes disposant d’installations sanitaires appropriées de 9 à 45%. Ces chiffres montrent toutefois qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer durablement la vie des populations pauvres dans le nord du Mozambique.