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Au tournant du siècle, la Torre David aurait dû être le plus haut gratte-ciel de Caracas. Jamais achevée par ses promoteurs, elle est occupée par plus de 3500 habitants en quête de logement qui se sont appropriés l'édifice en construisant eux-mêmes leur «maison», à la manière des barrios qui ceinturent la capitale vénézuélienne.Ce contenu a été publié le 10 avril 2013 - 11:01
La mort, en 1993, du promoteur du projet David Brillembourg et la crise financière qui a frappé le pays l’année suivante ont mis un terme au projet. La tour inachevée a été laissée à l’abandon jusqu’en 2007. Cette année-là, la mairie a décidé d’ouvrir le premier niveau de l’édifice pour loger plusieurs centaines de personnes dans le besoin.
Aujourd’hui, la tour compte plus de 750 familles qui se sont organisées en une coopérative financée par leur loyer. Avec le temps, les habitants se sont organisés et s’acquittent d’un modique loyer de 170 bolivars. Certains y ont ouvert leur commerce. Devenue un symbole du devenir de Caracas, la tour et ses habitants ont fait l’objet d’un livre illustré par le photographe Iwan Baan et édité par Alfredo Brillembourg - le fils du promoteur - et Hubert Klumpner, de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.
Sociologue à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et grand connaisseur du Venezuela depuis les années 80, Yves Pedrazzini donne pour swissinfo.ch son analyse de ce phénomène urbain: «Après avoir été le symbole, sur plan, de la puissance financière et de l’architecture formelle du Venezuela, la Torre David est devenue aujourd’hui celui de l’hybridation des icônes urbaines que sont désormais, dans toutes les grandes villes du Sud - et de l’Asie -, le 'slum' et le gratte-ciel.
Sauf qu’à Caracas, la révolution bolivarienne a permis leur union 'politique', unique à ce jour, mais à l’évidence prémonitoire d’une urbanisation du XXIème siècle qui, pour que les villes soient habitables, devra intégrer l’informalité créative des secteurs populaires en cherchant à les allier aux savoirs techniques des professionnels et aux politiques publiques. Voilà certainement ce qui intéresse cette génération d’architectes dont font partie Brillembourg et Klumpnerà. Ils sont à la fois 'mondiaux' et très conscients des contextes locaux.»
Frédéric Burnand / Photos: Iwan Baan
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