Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06932.jsonl.gz/885

RA: Sergio Marchionne a annoncé que le moteur V12 atmosphérique restera la motorisation de pointe chez Ferrari, mais qu’à terme il pourrait éventuellement être assisté d’une unité électrique. Quel est le but?
Michael Leiters: L’électrification permet de réduire la consommation et les émissions de polluants. C’est un fait. En revanche, jamais nous n’introduirons une nouvelle technologie sur nos voitures sans bénérificer d’un gain de performance. Par exemple, sur notre dernier modèle, la 812 Superfast, nous avons introduit la direction assistée électrique. En premier lieu car le système permet d’augmenter le guidage de la voiture et non uniquement pour la baisse de consommation.
Quels sont les transferts de technologie qui pourraient être effectués de la formule 1 ou les modèles spéciaux comme LaFerrari vers les voitures de route?
Il est extrêmement difficile d’effectuer un transfert direct, «1:1», de la technologie F1 vers les voitures de route. Nous utilisons la compétition pour comprendre la physique de certains concepts et ensuite nous étudions de quelle manière nous pouvons l’adapter pour une application sur la gamme routière. Le processus est le même qu’il concerne, par exemple, la combustion, la récupération d’énergie, l’utilisation de matériaux composites ou l’aérodynamique. Il y a 20 ans, l’exercice avait été tenté avec la F50, laquelle devait être équipée d’un moteur issu de F1. Les adaptations nécessaires pour un usage routier avaient été si nombreuses qu’en définitive il ne restait presque rien du moteur de compétition du début. En revanche, les séries spéciales nous servent à étudier l’application de nouveaux concepts homologués. Comme sur la F12 TDF: elle fut la première Ferrari à adopter les roues arrière directrices. Nous avons ensuite introduit le système en série sur la
GTC4Lusso, puis amélioré avec l’assistance de direction électrique pour la 812 Superfast.
En ce qui concerne la structure, Ferrari reste fidèle à l’aluminium alors que la plupart de vos concurrents optent pour le carbone. Pour quelle raison et y a-t-il du changement en perspective?
En premier lieu, nos choix ne sont pas dictés par la technologie, mais la performance. Si une technologie ne sert pas la performance, il n’y a aucune raison que nous l’adoptions. Nous avons développé une expertise importante dans l’aluminium ces dernières années. Nos spaceframes en alu sont plus légères et rigides que n’importe quelle autre structure équivalente en carbone. Cependant, les nouveaux matériaux composites ont des propriétés intéressantes pour nous. Afin de continuellement améliorer la rigidité et augmenter la légèreté nous étudions quels sont les matériaux qui pourraient être utilisés pour quel composant. Nous n’allons pas abandonner l’aluminium pour passer au tout carbone, mais préférons une approche multimatériaux. Vous verrez le résultat de cette approche dans quelques années.
Il y a apparemment encore de la place dans la gamme pour d’autres modèles. Est-ce à dire que Ferrari va développer des autos qui feront l’impasse sur l’ADN de la marque?
Non. Il est évident que cette discussion repose sur les fondamentaux de la marque, à savoir la sportivité, l’exclusivité et le plaisir de conduite. Il n’y aura pas de compromis.
Comment considérez-vous les discussions actuelles autour de la conduite autonome, les véhicules électriques, etc.? Sont-ce des domaines dans lesquels Ferrari va investir?
Ce sont des sujets très intéressants et une évolution positive pour l’industrie. En revanche, il n’y aura pas de Ferrari autonome étant donné que l’expérience Ferrari passe par la conduite. Nous restons cependant très intéressés par les technologies mises au point par les sous-traitants, afin de comprendre éventuellement de quelle manière ces éléments techniques (capteurs, caméras, etc.) peuvent rendre la conduite de
nos produits plus facile. Lorsque nous créons une voiture, la performance provient des éléments mécaniques. L’électronique et les assistances servent uniquement au conducteur afin qu’il se sente plus en confiance pour explorer les limites du véhicule.
Nous n’échapperons pas à l’électrification et les systèmes hybrides seront l’équipement minimal. Ce sera un énorme challenge car il faudra trouver le moyen de compenser l’augmentation de poids engendrée par les batteries. A moins que la technologie de ces dernières, qu’aucun constructeur automobile ne maîtrise en maison, évolue grandement. Enfin, l’électrification n’est pas une contradiction avec l’ADN Ferrari puisqu’elle permet d’améliorer la performance, par l’utilisation de turbos électriques, par exemple, ou seconder le moteur thermique avec plus de couple.