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Le 25 février, deuxième jour de la guerre, une région au nord de Kiev est touchée par une inondation.
Peu après, on spécule sur le fait qu'il pourrait s'agir d'une mesure délibérée de l'Ukraine. Un reportage du New York Times en a donné la confirmation.
Le barrage visé retient les eaux du Dniepr et se jette dans son affluent, l'Irpin. Celui-ci s'étire le long du village voisin de Demydev jusqu'au nord, où il atteint la capitale Kiev, située à environ 44 km.
Lorsque les troupes russes se sont approchées de la capitale, fin février, l'armée ukrainienne a vu dans le barrage une opportunité stratégique. Son ouverture a permis de faire apparaître un lac devant les files de chars russes. La rivière Irpin, habituellement plutôt étroite, s'est transformée en un vaste marécage, ce qui a contraint les forces d'invasion à faire un détour par la rive ouest. C'est d'ailleurs par ce détour qu'elles ont finalement atteint Hostomel, Irpin et Boutcha, où elles ont commis des massacres.
Les inondations ont rendu inaccessibles les points de passage possibles sur la rivière Irpin, protégeant ainsi non seulement Demydev, mais aussi la capitale.
To block Russia's advance, Ukrainians intentionally flooded Demydiv, a village north of Kyiv, along with a vast expanse of fields and bogs around it, creating a quagmire. "Everybody understands and nobody regrets it for a moment," one resident said. https://t.co/zTMQp0lclJ pic.twitter.com/UaK7psW1aP— The New York Times (@nytimes) April 27, 2022
Pour cela, Demydev a dû faire un sacrifice: 50 maisons sont désormais sous l'eau. Le village doit vivre dans la boue et les sols marécageux impossibles à cultiver. Aujourd'hui encore, deux mois plus tard, certains habitants se déplacent en canot pneumatique. Les bombardements russes ont endommagé la digue, ce qui complique l'assèchement de la zone.
Un pont a également été détruit dans ce village. Pour les habitants, il est donc devenu impossible de fuir la région. Début avril, la Croix-Rouge a réussi à construire un petit pont temporaire sur l'Irpin. L'évacuation de 15 000 personnes a ainsi été rendue possible.
Même si Demydev a finalement été occupée par les soldats russes, elle ne s'est jamais retrouvée en première ligne de la guerre.
A bridge in Demydiv, #Ukraine was destroyed in February, so people couldn't leave or receive humanitarian aid. Volunteers of the Ukrainian Red Cross Vyshhorod branch have built a temporary river crossing, making evacuation possible for 15,000 people. pic.twitter.com/yN5nOsgIi9— IFRC Europe (@IFRC_Europe) April 9, 2022
En temps de guerre, il n'est pas rare que l'armée détruise ses propres infrastructures afin d'empêcher l'avancée ennemie. Plus de 300 ponts ont déjà été détruits de cette manière dans le pays, selon le ministre ukrainien des infrastructures Oleksandr Kubrakov. L'armée ukrainienne a bombardé des routes et bloqué des voies de chemin de fer. Tout cela sans hésitation. Cela oblige non seulement les troupes ennemies à faire des détours par des terrains moins favorables, mais cela permet également de les attirer vers des points stratégiques. Cette tactique de guerre est appelée «terre brûlée.»
«Tout le monde comprend et personne ne le regrette un seul instant», a déclaré la retraitée Antonina Kostuchenko au New York Times. Le salon de sa maison à Demydev est certes sous 30 cm d'eau, mais elle déclare avec fierté: «Nous avons sauvé Kiev!»
Selon les experts militaires, la politique de la terre brûlée a jusqu'à présent porté ses fruits. Les forces russes ont ainsi été tenues à distance au nord, ce qui les a empêchées de prendre Kiev. Selon Rob Lee, il est logique de ralentir les offensives rapides de cette manière. L'ancien collaborateur du Foreign Policy Research Institute loue la créativité des Ukrainiens.
Cette stratégie a toutefois un prix. En avançant, les Russes détruisent à leur tour d'autres infrastructures et installations, ce qui propulse les coûts de reconstruction à la hausse. Le gouvernement ukrainien estime les dommages causés aux infrastructures de transport à l'équivalent de près de 89 milliards de francs.
Les travaux de nettoyage à Demydev ainsi que l'assèchement de la zone devraient encore durer des semaines, voire des mois, poursuit le New York Times. La majorité du village serait toutefois d'accord pour dire que «cela en valait la peine.» (saw)
Sur la ligne de front, au milieu des ruines, assis sur un char d'assaut ou slalomant entre les cadavres, perché sur les épaules d'un soldat ou blotti dans les bras tendres d'une petite réfugiée. Depuis le début de la guerre, le chat est partout.