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Les Eglises cantonales de la Suisse dite primitive se présentent
Les Eglises cantonales des cantons d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald (Obwald et Nidwald) sont réunies au sein du chapitre pastoral de la Suisse primitive. Comparées à celles des cantons traditionnellement réformés, ces Eglises peuvent être qualifiées de très jeunes.
Rahima U. Heuberger
Auparavant, elles appartenaient avec le Tessin, Lucerne et Zoug à l’Association des Eglises réformées de Suisse centrale (EKZ), qui représentait leurs droits au sein de la FEPS. La dissolution de cette association, en 2002, fut une décision importante, puisqu’elle mettait un terme à l’étroite collaboration développée durant des décennies au sein d’une organisation qui avait même été, en 1920, parmi les membres fondateurs de la FEPS.
L’Eglise cantonale tessinoise fut la première à quitter l’association en 1977, suivie de celles des cantons de Lucerne, en 1988, et de Zoug dans les années 1990. Au milieu des années 1980, les Eglises cantonales d’Uri, d’Obwald et de Nidwald acquirent leurs propres statuts. Dans le canton de Schwyz, une modification de la Constitution cantonale obligea les Eglises à se réorganiser, ce qui conduisit en 1998 à la constitution de l’Eglise réformée du canton de Schwyz. La dissolution de l’EKZ ne fut dès lors plus qu’une conséquence logique.
Des Eglises cantonales qui grandissent
Les Eglises de Suisse centrale ont chacune développé leur propre identité. Le canton d’Uri possède une paroisse et une église à Altdorf, ainsi qu’une paroisse à Ertsfeld comprenant une église dans la localité et une autre à Andermatt. Nidwald compte quatre paroisses, à savoir Hergiswil, Buochs, Stans et Standsstad, qui ont chacune leur propre lieu de culte. Obwald est scindé en deux paroisses: celle d’Engelberg, qui possède une église, et celle d’Alter Kantonsteil, avec des églises dans les localités d’Alpnach, de Sarnen et de Giswil. Les 9000 réformés des cantons d’Uri, d’Obwald et de Nidwald peuvent compter sur un effectif pastoral de 6,75 équivalents temps complet.
Comparée à ses voisines, l’Eglise réformée du canton de Schwyz a des allures de grande sœur. Avec six paroisses réunissant quelque 18’000 membres, elle est pratiquement deux fois plus importante. Cela se reflète aussi dans les réunions du chapitre pastoral, où les 11 pasteurs qui se partagent 9 postes dominent en nombre. Aussi, ces réunions ont-elles lieu alternativement dans le canton de Schwyz et dans l’un des autres cantons membres.
Le chapitre pastoral de la Suisse primitive a remplacé l’EKZ et, à ce titre, il continue d’être facteur d’identité et point de rencontre des ministres pastoraux actifs dans cette partie du pays. Les réunions annuelles sont l’occasion d’échanger des informations, de discuter des préoccupations courantes et de débattre de questions théologiques.
L’œcuménisme dans les Eglises disséminées
A la différence, peut-être, de ce qui est le cas dans les cantons traditionnellement protestants, les Eglises disséminées jouissent, grâce à la présence de l’Eglise catholique, d’une place encore forte dans la société. Les représentants des autorités ecclésiastiques réformées sont régulièrement invités lors d’inaugurations ou d’autres événements sociaux. Ce qui peut paraître anecdotique ne doit pas être négligé, car ce sont là des opportunités pour entrer en contact avec la population ainsi que des occasions, pour les gens, de rencontrer en toute simplicité l’Eglise et la foi. Collaborer en bonne entente avec la communauté catholique est obligatoire. En bien des endroits, on sent que l’Eglise a conservé une grande place dans la vie des gens et de la commune, et cela est précieux. En tant que protestants, nous nous devons de montrer un esprit d’ouverture. Faire preuve de puritanisme confessionnel lorsque l’on est invité à l’inauguration d’un bâtiment ou à la bénédiction des participants serait totalement déplacé et incompris. De tels moments nous offrent l’occasion unique de prendre part à des cérémonies que l’on ne connaît pas de cette manière en terres protestantes. Les mariages mixtes sont monnaie courante et les familles concernées fréquentent souvent tout autant le culte réformé que la messe catholique.
L’année 2017 a été pour certaines paroisses l’occasion de pratiquer l’ouverture œcuménique en fêtant non seulement les 500 ans de la Réforme, mais également les 600 ans de la naissance de Nicolas de Flüe.
Voir au-delà des frontières régionales
D’une manière générale, les paroisses du chapitre pastoral de la Suisse primitive se conçoivent plus facilement dans un esprit de collaboration suprarégionale que celles des cantons traditionnellement protestants, où les entités ecclésiastiques correspondent aux entités politiques. Ici, une paroisse couvre généralement au minimum un district, parfois même tout le territoire cantonal. Dans la pratique, cela signifie que les ministres n’accompagnent pas seulement les paroissiens de leur commune, mais aussi ceux du district, d’une partie du canton, voire du canton tout entier. L’esprit de clocher est ainsi absent, on est naturellement informé de ce qui se passe dans toute la région et les ressources sont mieux distribuées et utilisées.
Si les Eglises cantonales du chapitre pastoral de la Suisse primitive sont certes plus jeunes et moins expérimentées que leurs sœurs des cantons traditionnellement protestants, on peut certainement leur reconnaître un temps d’avance en ce qui concerne la capacité à se concevoir, à s’organiser et à agir à l’échelle suprarégionale.