Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07142.jsonl.gz/375

Pour la production de plastiques PHA, il faut cultiver sur le substrat de départ riche en acides gras une biomasse contenant de nombreuses bactéries stockant les PHA. Les chercheuses et chercheurs ont donc étudié les conditions dans lesquelles ces bactéries croissent le mieux et peuvent s’imposer face à d’autres bactéries qui ne stockent pas les PHA. Les PHA étant des substances de stockage que les bactéries ne produisent que dans des conditions de croissance difficiles, par exemple lorsqu’un nutriment important comme le phosphore fait défaut, on pouvait supposer qu’une carence en nutriments constituerait un avantage sélectif pour les bactéries de stockage des PHA. Dans le centre d’essai de l’Eawag, les chercheuses et chercheurs ont donc expérimenté avec des eaux usées synthétiques présentant différents rapports de carbone au phosphore. L’équipe a constaté que la part des bactéries de stockage des PHA dans la communauté microbienne augmentait lorsque la disponibilité en phosphore diminuait. Dans le meilleur des cas, les bactéries de stockage des PHA dominaient à plus de 90%, produisaient simultanément le plus de plastique PHA, et éliminaient complètement le carbone et le phosphore des eaux usées.
Les expérimentations ont ensuite été menées avec des eaux usées réelles dont la composition a varié au cours des 150 jours de l’essai. Bien que les nutriments que sont le phosphore et l’azote n’aient pas été limitants de manière continue, 70% de la biomasse prenaient la forme de PHA à la fin de l’essai.
Utilisations possibles du bioplastique issu des eaux usées
D’autres expériences seront nécessaires pour comprendre et optimiser les processus de production du bioplastique à partir des eaux usées avant de pouvoir procéder à des essais pilotes dans les stations d’épuration publiques.
Mais où les chercheuses et chercheurs voient-ils des possibilités d’utilisation s’il est un jour possible de produire du bioplastique à partir des eaux usées? «Même si ces plastiques étaient un jour économiquement rentables, il serait impossible de les produire en quantité suffisante pour couvrir la demande de la société en équivalents à base de pétrole», explique Antoine Brison. De plus, un obstacle majeur à l’utilisation du bioplastique issu des eaux usées est le manque de cadre juridique et d’acceptation sociétale. Pour ce bioplastique, A. Brison voit plutôt un potentiel dans les applications de niche spécifiques, par exemple comme enveloppe pour les engrais, afin de parvenir à une libération lente. Une autre possibilité serait le béton autoréparant sur lequel travaille une entreprise néerlandaise. Les PHA pourraient servir de source de carbone pour les bactéries, qui réparent les fissures dans le béton lorsque de l’eau s’infiltre en stimulant la formation de calcaire.