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Phill et Lill Sturgeon ont réalisé leurs rêves. Des hommes et des montagnes
Phill et Lill Sturgeon ont réalisé leurs rêves
Dans les hauteurs de Zermatt, vers Trift, habite depuis plus de vingt ans un couple américain au parcours étonnant: Phill, médecin, alpiniste, chercheur et explorateur, et sa femme Lill, son pôle opposé, une personnalité calme, sans qui rien n' aurait été possible. Tous deux avaient quantité de rêves – et les ont réalisés.
Phill et Lill étaient tous deux inscrits à l' université de Los Angeles. Il étudiait la médecine, elle, la littérature allemande. Leur destin se croisa lorsque Phill prit en auto-stop la jeune sœur de Lill. La famille de Lill vient de Norvège et, aujourd'hui encore, Lill se sent toujours norvégienne, bien que son père fut contraint, pour des raisons économiques, de quitter sa patrie et de se construire une nouvelle existence aux Etats-Unis. Phill et Lill se marièrent en septembre 1941, âgés tous deux d' à peine plus de vingt ans. Quelques jours plus tard, les Japonais réduisaient en cendres Pearl Harbor, ne laissant que des décombres.
Etudes, guerre et expérience clé Phill fut enrôlé en janvier 1944 seulement et passa la dernière année de la guerre en Europe. Quelques années plus tôt, il s' était déjà rendu sur l' Ancien Continent, dans un tout autre contexte. Il avait séjourné dix-sept jours à Villars-sur-Ollon, dans le canton de Vaud, dans le cadre d' un échange scolaire.
Pendant ce temps, Lill s' occupait de ses deux ﬁlles, en Californie. Elle renonça à poursuivre sa carrière académique et construisit calmement le cadre qui rendit possible les futures activités de son mari. Lors d' un transport de troupe, Phill, en proie au mal de mer, lut Les Horizons perdus, livre culte de James Hilton sur le Tibet et la vie monastique, spirituelle et libre menée à Shangri-La, le prétendu paradis terrestre. Cette lecture lui ﬁt une telle impression qu' il faillit sauter du bateau, fendant alors les eaux lisses au large de Gibraltar, pour gagner la côte à la nage. Il se porta volontaire pour l' intervention au Japon, mais la ﬁn brusque des hostilités précipita son retour.
Carrière professionnelle Médecin, il se spécialisa d' abord en pédiatrie avant de se faire un nom grâce à des travaux de recherche sur l' immuno et les transfusions sanguines. L' an 1947 fut marquée par la naissance de son ﬁls, Tim, qui, des années plus tard, devait lui mettre la « puce à l' oreille », réveiller sa fascination éteinte, sa passion des voyages et son amour des montagnes, et ancrer au plus profond de lui l' Himalaya et sa culture. En Californie, les Sturgeon étaient plutôt tournés vers la mer et pratiquaient le surf. Dans sa profession, Phill surfait par ailleurs sur la crête de la vague. Lorsqu' il constata que la vague qu' il avait chevauchée était retombée, il se ﬁt mettre à la retraite. C' était en 1973, Phill avait 55 ans. « Je ne voulais simplement pas devenir un fantôme, un vieux professeur que l'on exhibe de temps à autre, qui marche à pas feutrés à travers l' Université et n' admire plus que le souvenir de son passé. »
Zermatt Lorsqu' ils durent renoncer à un voyage en Scandinavie, à cause de problèmes de santé rencontrés par Lill, et qu' ils se rendirent à Zermatt, sur le conseil de la belle-famille, ils furent enchantés par la « perfection absolue d' une station de montagne ». Les parents de Lill étaient déja tombés sous le charme de ce village au pied du Cervin, où ils avaient logé pour cinq dollars par jour, pension comprise. Depuis lors, Phill et Lill passèrent chaque année, dès la ﬁn des années cinquante, de quatre à six semaines dans « leur paradis », entre le mois de février et Pâques. « Nous avons passé nos meilleures vacances de ski lors de l' épidémie de typhus. Nous avions toutes les pistes de ski pour nous !» Ils achetèrent ﬁnalement un bout de terrain où ils construisirent, en 1980, le chalet Pennine, vers Trift, loin au-dessus de Zermatt. Ils abandonnèrent leur maison en Californie et résident depuis à Zermatt. « Je me sens toujours américain, mais les Etats-Unis n' offrent plus d' attrait à mes yeux », remarque calmement Phill.
Echo de l' Himalaya Alors que Phill se demandait ce qu' il pourrait bien faire pendant sa retraite précoce, Tim lui proposa un trekking au Népal, proposition qui réveilla soudainement son ardeur endormie – et le souvenir de la fascination ressentie à la lecture des Horizons perdus. Phill ﬁt le tour
Lill et Phill Sturgeon, un couple qui nourrit des rêves depuis plus de soixante ans Pho to s:
Be rnh ar d Ru dolf Ba nz ha f LES ALPES 4/2003
Cours centraux et semaines du CAS
Corsi centrali e settimane del CAS
Zentrale Kurse und Tourenwochen
des Annapurnas. A Jomosom, il croisa des silhouettes sauvages terminées par des tresses embroussaillées et drapées dans des manteaux de cuir. Son sherpa lui dit alors: « Ces hommes font le commerce du sel. Ils viennent d' un pays lointain, que l'on ne peut pas visiter, le Dolpo intérieur. » Cette rencontre raviva son rêve de visiter ces lointaines et désertes contrées. Phill parcourut le Mustang et le Dolpo en automne 1992, accompagné de son ﬁls et d' un ami. Il écrivit alors un savoureux carnet de voyage, rapportant les impressions du « plus âgé des vieillards en trekking » 1. Lill partagea son enthousiasme pour l' Himalaya. Ils partirent alors, tous deux, sur les routes du Népal. Leurs voyages communs ont comblé leurs rêves et calmé leur ardeur. Cela se voit à leur air de contentement – et aux nombreux albums photos, souvenirs, tapis tibétains et sculptures népalaises qui décorent leur maison. a
Bernard Rudolf Banzhaf, Saas Fee ( trad. ) 1 Phillip Sturgeon, Himalayan Echoes. A genarian's Traverse of Mustang and Inner Dolpo, Book Faith India, Delhi, 1998 Cette terrasse sur les hauteurs de Zermatt est depuis plus de vingt ans le lieu privilégié de Phill et de Lill Sturgeon