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Il y a 80 ans,
dans l’essor…
(11 avril 1931)
[…] N'est-il pas certain que cet accroissement énorme de la force productive des machines doit permettre aussi la satisfaction d'un ordre de besoins tout à fait essentiels, le besoin de repos, de loisirs, de santé? N'est-il pas évident, par conséquent, que la durée de la journée de travail doit s'abréger encore, comme elle s'est abrégée déjà depuis un siècle? De quatorze et quinze heures par jour, la journée est tombée à douze heures, puis à dix. Elle est maintenant de huit. Doit-elle s'arrêter là? N'est-il pas certain au contraire qu'il faut opérer une redistribution du travail entre les travailleurs, de même qu'il faut opérer une redistribution des fabrications entre les entreprises? Réduire la journée ou la semaine de travail, c'est le seul moyen de réduire le chômage provoqué par la productivité formidable de la machine moderne… Et quand nous disons «moyen», nous ne voulons pas dire palliatif ou expédient. Nous voulons dire moyen équitable et logique.
Qu'il faille procéder lentement par paliers, avec précaution, d'accord. Mais il est incontestable que le sens de l'évolution est celui-ci: l'accroissement de la production des machines ayant permis de faire face aux besoins courants de la consommation en deux, trois, quatre heures de travail par jour, il faut, ou consacrer les heures restantes à satisfaire d'autres besoins, ou réduire le volant d'heures inutilisées. Comment choisir entre l'une et l'autre de ces options? Mais le choix se fera de lui-même, lors que les travailleurs jugeront un supplément de repos préférable à un supplément de confort. Ce sont les travailleurs eux-mêmes qui diront s'ils préfèrent une auto ou la semaine de cinq jours.
Chimère, objectez-vous? Où prendra-t-on l'argent pour payer autant les ouvriers tout en les faisant moins travailler? Mais d'abord dans les bénéfices d'une production que sa réorganisation aura permis d'accroître. Et puis, dans cette réduction des «profits», de ces profits qui ne profitent même pas aux chefs d'entreprise puisqu'ils sont engloutis dans des investissements presque toujours stériles et parfois mortels pour ceux mêmes qui les ont effectués.
Extrait de l'article «Des causes et conséquences de la crise mondiale», publié le 11 avril 1931.