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Le Souper
de Jean-Claude Brisville
Le 19 juin à 20h
Salle communale de Coppet
La pièce
Paris, le 6 juillet 1815. Au lendemain de la lourde défaite de Waterloo et de l’abdication de Napoléon, maintenant exilé, Paris est occupé par les troupes du Duc de Wellington. La révolte du peuple gronde.
Qui va gouverner le pays ? Joseph Fouché, Président du gouvernement provisoire s’est fait inviter à souper à huis clos par Charles-Maurice de Talleyrand, ministre des Affaires extérieures, afin de décider de l’avenir de leur pays. Si le premier souhaite une république pour la France, le second envisage le retour de la royauté avec Louis XVIII sur le trône. Aucun des deux ne peut agir sans l’autre.
Alors que dehors, des émeutiers sont difficilement contenus par le service d’ordre de la Capitale, les deux hauts dignitaires révèlent – souvent à demi-mot – leurs crimes, leurs trahisons, leurs intrigues.
Le Souper est une pièce de théâtre en un acte de Jean-Claude Brisville, écrite en 1989. Cette pièce a reçu le Molière du théâtre privé en 1991. Elle a également été adaptée en film en 1992 par le réalisateur Édouard Molinaro.
À sa création, en 1989, Claude Rich et Claude Brasseur interprétaient les deux rôles principaux dans une mise en scène de Jean-Pierre Miquel au théâtre
Une pièce terriblement actuelle où se joue le sort d’un pays, entre deux protagonistes prêts à user de tout l’appareil de supercheries, stratégies, arguments fallacieux, mensonges, flatteries, etc. pour garder un pouvoir et se propulser au sommet.
L’intrigue
« Le vice appuyé sur le bras du crime »
Cette histoire est de la grande histoire. On connaît le témoignage de Chateaubriand qui, voyant Talleyrand et Fouché se rendre chez Louis XVIII quelques jours après Waterloo, écrivit : « Tout à coup, une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouché. »
Brisville part de cette phrase et imagine que les deux ambitieux se sont rencontrés la nuit précédente et qu’ils ont conversé à table dans la perspective d’une prise du pouvoir commune. Pure fiction, mais ô combien révélatrice des stratégies politiques.
Brisville campe deux grands monstres. Talleyrand joue les grands seigneurs, reçoit son hôte avec les mets les plus fins, donne à chacun de ses propos un éclat élégant. Il est légitimiste. Il a longtemps servi Napoléon, mais ne croit qu’à la monarchie et espère que son invité se ralliera à Louis XVIII. Fouché, mal embouché, évite les ronds de jambe, fait mine de se laisser caresser puis affiche son indépendance avec une certaine rogne. Il veut le passage à la République et compte sur le peuple qui manifeste aux portes de l’hôtel particulier.
Chacun a ses arguments et son habileté oratoire. Chacun, aussi, a un dossier sur l’autre, lourd de méfaits connus et inconnus. À la fin du souper, Fouché renonce à ses idées démocratiques. Puisque « la France est à prendre », ils la prendront le lendemain en allant en parler de conserve avec le roi…
Le saurien et le charognard !
Très beau texte, à l’ancienne, avec des mots qui étincellent, des pauses et des accélérations. On y entend le bruit du tonnerre et la pluie qui tombe. La mise en scène doit être très fine, à la limite d’un jeu atmosphérique. Elle se doit d’être sensible à chaque tournoiement des états d’âme et des stratégies. Les protagonistes jouent à la fois dans ce paradoxe inhérent à leurs précédentes fonctions entre savoir-vivre scintillant et férocité des propos.
Talleyrand est à la fois animal et cérébral. C’est un félin toujours aux aguets, simulant la sérénité et la gaîté, le corps ligoté par la gêne du pied-bot, mais sans cesse tendu. Il cisèle chaque réplique, donne la musique du dialogue, orchestre le cliquetis des paroles.
Fouché est plus mystérieux. Sous une apparence désinvolte et flottante, il possède la même volonté de domination et de victoire. Si Talleyrand, c’est la guerre avec les armes d’une culture millénaire, Fouché, c’est le pugilat pragmatique, le machiavélisme de la rue qui ne s’est nourri à aucune bibliothèque, dont l’habileté s’improvise à chaque instant, face à l’adresse longuement préparée de son si intelligent rival.
Un beau repas de fauves au château de Coppet !
Mise en scène :
Jeu : Thierry Piguet et Miguel Fernandez-V