Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07199.jsonl.gz/1135

La collection de Zao Wou-Ki (1920-2013), rassemblée dès son arrivée à Paris en 1948, a été offerte par sa veuve à une institution publique française. Elle est constituée de relativement peu d’achats. La plupart des pièces proviennent d’artistes qui furent ses amis et sont des dons ou des échanges. En parallèle, on trouvera un certain nombre d’œuvres du maître lui-même.
Ses premiers tableaux (portraits et natures mortes), datant de son installation en Occident, s’inspirent à la fois de Matisse et de Cézanne, sans oublier les leçons de l’art chinois acquises à Hangzhou. L’artiste n’a pas encore trouvé son style propre, mais ses compositions ne manquent ni de force ni de finesse. Puis Zao Wou-Ki évoluera vers l’abstraction lyrique.
Parmi les œuvres de ses amis, on remarquera celles d’Alfred Manessier, où l’on reconnaît la patte du créateur de vitraux. De Zoran Mušic, une pièce bien enlevée représente des chevaux en Dalmatie. Quant à l’estampe de Chou Ling, elle rappelle l’art chinois le plus ancien de la Chine féodale puis de la dynastie Han.
Un certain nombre de pièces ont un rapport avec la Suisse, où Zao Wou-Ki a voyagé, avant de s’y installer. C’est ainsi qu’on trouvera dans l’exposition deux dessins de Giacometti. Puis l’artiste signe un contrat avec le galeriste Pierre Loeb (1951-56). Il y acquiert des œuvres de Picasso, Max Ernst, Georges Mathieu, ainsi que des sculptures. On admirera notamment les belles compositions presque monochromes de Helena Vieira da Silva, dont se rapproche une huile de Zao Wou-Ki, faite essentiellement d’une série de traits. Lors d’un séjour aux Etats-Unis, en 1957, il rencontre des peintres de l’école abstraite américaine, dont on peut voir les huiles vigoureuses et d’un chromatisme presque expressionniste de Joan Mitchell.
En France, Zao Wou-Ki se lie avec Pierre Soulages, dont toute l’œuvre se décline en noir. Un personnage burlesque de Jean Dubuffet montre l’intérêt de ce dernier pour l’Art brut, qu’il sortira véritablement de l’ombre.
Le deuxième étage du Musée met en relief son amitié avec le poète et peintre Henri Michaux. Certains de ses textes sont d’ailleurs accompagnés de lithographies de Zao Wou-Ki, où il revient à la figuration. Quant à l’œuvre graphique personnelle de Michaux, à l’encre sur papier, elle est de plus en plus faite de petits personnages qui finissent par se réduire à des taches. C’est à l’instigation du poète que Zao Wou-Ki se remet à l’aquarelle et au dessin sur papier.
Dans ses dernières années, il va travailler à des formats toujours plus grands. Dans deux œuvres de 2004, on retrouve des formes proches de la calligraphie chinoise. Et dans une immense aquarelle de 2007, on voit que l’artiste, renonçant à ce que son travail avait parfois d’austère, se laisse aller à plus de liberté: il use de formes plus amples et fait éclater les couleurs rouge et verte.
Cette exposition pulliérane, certes exigeante, permet donc de mesurer l’évolution picturale considérable de Zao Wou-Ki, et en même temps d’admirer plusieurs œuvres d’autres célébrités de l’art contemporain.