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Albertine Adrienne Necker de Saussure, née le 9 avril 1766 à Genève et décédée le 13 avril 1841 à Mornex en Savoie, est une écrivaine genevoise connue pour ses ouvrages de pédagogie centrés sur l’éducation des femmes. La pédagogue grandit au sein d’une famille bourgeoise et protestante appartenant à l’élite savante genevoise et reçoit la même éducation que ses deux frères (littérature, mathématiques, langues anciennes, arts, etc.). Son père Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799), géologue et botaniste, veille particulièrement à son apprentissage des sciences telles que la biologie et l’astronomie.
En 1785, à l’âge de dix-neuf ans, Albertine épouse le pharmacologue et botaniste Jacques Necker (1757-1825), neveu du père de la romancière Germaine de Staël (1766-1817). Ce mariage rapproche les deux femmes de lettres qui deviennent par la suite de très grandes amies.
Albertine, l’intellectuelle
Albertine Necker de Saussure est une figure importante de la sphère savante genevoise du XVIIIe siècle. En effet, elle participe régulièrement aux salons tenus par Germaine de Staël au château de Coppet, au cours desquels elle se lie d’amitié avec des intellectuels genevois tels que le diplomate Pictet de Rochemont (1755-1824) ou encore le philosophe suisse Charles Victor de Bonstetten (1745-1832). Avec le Comte de Rumford (1753-1814), physicien britannique, elle publie en 1812 l’ouvrage Recherches sur les bois et le charbon. Néanmoins, en 1807, atteinte d’une surdité précoce, elle se retire peu à peu de la vie mondaine et ne participe qu’aux salons organisés à son domicile.
En 1804, par le biais de Germaine de Staël, elle fait la rencontre du philosophe et écrivain allemand August Wilhelm Schlegel (1767-1845) avec qui elle collabore intellectuellement pendant plusieurs années. En effet, en 1812, Albertine commence un travail de traduction en français du Cours de littérature de Schlegel qui sera publié en 1814 chez l’éditeur J.-J. Paschoud à Paris et à Genève. Cette traduction est considérée comme un élément important dans la diffusion du romantisme allemand en Europe. Trois ans après la mort de Madame de Staël, Albertine participe à la publication des Œuvres complètes de Staël et y rédige une introduction intitulée Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël, publiée en 1820. Ce texte témoigne de son affection pour sa cousine et est traduit en allemand par Schlegel.
Albertine, la pédagogue engagée
L’éducation progressive d’Albertine Necker de Saussure est considérée comme une œuvre pionnière. Cet ouvrage est composé de trois volumes publiés entre 1828 et 1838 aux éditions Sautelet à Paris et Cherbuliez à Genève :
- Etude de la première enfance (1828)
- Etude de la dernière partie de l’enfance (1832)
- Etude de la vie des femmes (1838)
Dans ces trois volumes, l’écrivaine genevoise partage sa vision de l’éducation idéale et remet notamment en question l’éducation des filles comme elle l’explique dans l’introduction de son dernier tome : «La situation actuelle des femmes dans la société, les conditions imposées généralement à leur éducation, et les conditions les plus élevées qu’il nous semble essentiel de lui imposer, doivent être le premier objet de notre examen. Il nous importe de faire connaître nos vues sur la destination des femmes, sur leurs facultés, sur les obstacles que peut rencontrer l’œuvre de leur perfectionnement…». Dans cet ouvrage, l’écrivaine critique le fonctionnement éducatif qui ne permet pas aux filles de bénéficier d’un apprentissage intellectuel, moral et spirituel notamment en raison du mariage précoce et forcé, généralisé à l’époque. De ce fait, dans cette œuvre, Albertine défend l’idée que l’âge du mariage pour les filles devrait être retardé afin qu’elles puissent recevoir une éducation complète.
Albertine, la genevoise
Albertine écrit également des chansons patriotiques à l’occasion de fêtes genevoises telles que Cé qué l’aino en 1815 ou Bien que toujours le maître des batailles – ait protégé nos antiques murailles en 1814. La bibliothèque possède les archives privées d’Albertine Necker de Saussure. Parmi ses papiers, nous pouvons retrouver des documents relatifs à L’éducation progressive, des carnets de notes mais aussi des documents témoignant de son lien avec August Wilhelm Schlegel.