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L'ancien chef d'Etat, qui purgeait une peine de 25 ans de prison pour crimes contre l'humanité et corruption, a été gracié le 24 décembre (archives).
KEYSTONE/AP/MARTIN MEJIA(sda-ats)
Un tribunal péruvien a ordonné que l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000) soit à nouveau jugé pour le meurtre de six paysans en 1992, ont annoncé lundi les autorités judiciaires. Il avait été récemment gracié.
Dans ce dossier, "le droit à la grâce pour raisons humanitaires de l'ex-président Alberto Fujimori ne s'applique pas", ont indiqué les autorités judiciaires sur Twitter. L'ancien chef d'Etat, qui purgeait une peine de 25 ans de prison pour crimes contre l'humanité et corruption, a été gracié le 24 décembre.
Le parquet a ordonné qu'il soit jugé avec 23 autres personnes, dont d'anciens éléments d'un groupe paramilitaire et de l'armée. Les procureurs réclament 25 ans de prison contre Alberto Fujimori, accusé d'enlèvements, homicides et association de malfaiteurs.
L'avocat de l'ex-président, Miguel Pérez, a indiqué à la chaîne de télévision RPP avoir informé son client. "Il est parfaitement calme", a-t-il assuré. "Maintenant, d'un point de vue légal, un appel est possible, pour avoir une décision définitive en deuxième instance" sur la tenue ou non d'un procès incluant M. Fujimori, a dit l'avocat. Il avait proposé que l'ex-chef d'Etat comparaisse comme simple témoin. Le tribunal avait refusé.
"Escadrons de la mort"
Le 29 janvier 1992, alors que le gouvernement Fujimori menait une grande offensive contre la guérilla du Sentier lumineux, des membres du Groupe Colina - composé notamment de militaires - avaient enlevé et assassiné six habitants du village de Pativilca, au nord de Lima. L'opération était menée par des "escadrons de la mort", lancés par les autorités péruviennes contre la guérilla maoïste.
La décision du président Pedro Pablo Kuczynski de gracier M. Fujimori avait soulevé une polémique et provoqué plusieurs manifestations de Péruviens. M. Kuczynski est notamment accusé d'avoir négocié politiquement cette mesure en échange de son maintien au pouvoir avec le soutien du mouvement politique fondé par M. Fujimori.
Espoir de sa fille
"Monsieur Fujimori reprend dès maintenant son statut de prévenu", a souligné lundi l'avocat spécialisé en droits de l'homme Carlos Rivera.
"Je déplore la décision (...) dans l'affaire Pativilca. J'ai bon espoir que mon père sera acquitté, après un procès sans pressions politiques", a déclaré via Twitter Keiko Fujimori, fille de l'ancien président et actuelle présidente du parti politique Fuerza Popular.
Elle a estimé que cette décision ne devait pas constituer une "excuse pour emprisonner à nouveau un homme d'un âge avancé et à la santé fragile". Et d'ajouter que son père, âgé de 79 ans, "mérite" d'être en liberté pendant le procès.
Corps jamais retrouvés
La Commission de la vérité et de la réconciliation avait pu reconstituer les faits survenus en janvier 1992 à Pativilca grâce à des témoignages des familles des hommes enlevés et tués ce jour-là.
Les proches des victimes avaient raconté qu'un commando d'hommes vêtus d'habits sombres étaient arrivés dans la nuit au village, avaient capturé et frappé six hommes avant de les emmener dans plusieurs véhicules. Les corps des six victimes - trois agriculteurs, un étudiant, un chauffeur et un professeur - n'ont jamais été découverts.
L'avocate des familles, Gloria Cano, avait exigé que soit respecté le droit des victimes et que le droit de grâce dont dispose le président Kuczynski ne s'applique pas à ce dossier. "Si le droit de grâce est finalement appliqué, nous allons saisir les instances internationales", avait mis en garde l'avocate.
Des organisations de défense des droits de l'homme et des familles de victimes ont demandé début février à la Cour interaméricaine des droits de l'homme, dont le siège est à San José (Costa Rica), de se prononcer contre la grâce accordée à M. Fujimori.
ATS