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Les Journées de Soleure pleurent la disparition de leur ancien président Helmut Hubacher. Le socialiste et cinéphile a tenu les rênes de l’organisation de 1978 à 1995.
En 1978, Helmut Hubacher a été élu à l’unanimité en tant que second président de la Société suisse des Journées de Soleure (SSJS). Il a pris la succession de Martin Schlappner (PLR), journaliste en charge de la culture à la NZZ. La presse bourgeoise, en particulier, a réagi à cette élection pour des commentaires critiques. Hubacher était un politicien partisan et pas quelqu’un qui s’était distingué par son activité dans le domaine de la politique culturelle, disaient-ils. Son élection représentait un changement de paradigme, c’était « un homme de parti au lieu d’un spécialiste » qui arrivait à la tête de l’organisation. On craignait la « politisation » des Journées de Soleure, comme l’écrivit le Bieler Tagblatt.
Le comité directeur prit position dans la brochure-programme et donna l’assurance que la politique programmatique pouvait se poursuivre sous la houlette du nouveau président. Finalement, Helmut Hubacher s’était aussi engagé pour le cinéma à Bâle : il avait joué un rôle moteur au moment de la fondation du cinéma d’art & essai « Camera », logé dans la Maison des syndicats.
La période où Helmut Hubacher a exercé son mandat à la présidence de la SSJS a été marquée par deux événements majeurs dans l’histoire du festival. Pendant longtemps, les Journées cinématographiques ont été perçues dans le public comme « une bizarre bande de gens de gauche soutenus par de très idéalistes personnes d’esprit libéral » (citation d’Hubacher) ; en 1985, cela a changé suite à une intervention du président. Pour le 20e anniversaire du festival, Helmut Hubacher a fait jouer ses relations personnelles avec le ministre de la culture de cette époque, Alphons Egli (PDC) – et, pour la première fois dans l’histoire des Journées du cinéma, un conseiller fédéral en exercice a fait le déplacement de Soleure.
En 1990, nous étions en plein scandale des fiches, Helmut Hubacher a convaincu un autre conseiller fédéral, Arnold Koller, de répondre favorablement à une invitation à venir débattre à Soleure. Conscients de l’impact médiatique de leur action, les travailleurs culturels accueillirent le ministre de la justice et de la police avec une banderole où l’on pouvait lire « Monsieur Koller, nous ne voulons pas seulement voir des films mais aussi des fiches ».
Ivo Kummer, qui a pris en 1987 la direction des Journées de Soleure alors qu’Helmut Hubacher en était le président, se souvient : « J’étais jeune et Helmut Hubacher a fait mon éducation politique. C’était un président silencieux, qui laissait les gens faire des erreurs. Il avait coutume de comparer les Journées de Soleure à une voiture dont il aurait lui-même été la mascotte. »
En 1995, Helmut Hubacher a transmis la présidence de la SSJS à la conseillère nationale Ruth Grossenbacher (PDC). Il est resté lié par amitié aux Journées de Soleure et les a visités régulièrement. Le jeudi 20 août 2020, Helmut Hubacher s’est éteint à l’âge de 94 ans.
Avec Helmut Hubacher, nous perdons une personnalité importante des Journées de Soleure. Son souvenir restera gravé dans nos mémoires.
Photo de couverture : Keystone