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Claude Ollier, Cahiers d’école. Des notes prises dans les années 1950, lorsque l’écrivain est fonctionnaire en Algérie. Un “écrivain pour écrivain” qui à l’occasion de ce texte parle “écriture”. La manière est avant tout descriptive puisqu’il s’agit de coller à l’esthétique du nouveau roman, ce qui se traduit par une exemption calculée des épithètes psychologisants. Ollier dit: “l’angle supérieur de la serviette dépassait un peu le plateau de table fait d’un bois jaune et vieilli”. J’invente, le livre est resté à la maison et je suis à l’hôtel à Pampelune. Ce que Ollier ni ses camarades militants, l’érudit Butor ou le théoricien Robbe-Grillet, du moins à l’poque de mise en place du programme, n’écrit pas c’est — pour faire référence au personnage de mon livre Sosiété c’est : “Pour Vernon, le rouge était une couleur forte, essentielle”. Quelle différence? Le point de vue. Quelle différence? De mon point de vue: la dévitalisation du propos. Car à lire ces notes, je m’aperçois bientôt que je saute les descriptions et perds de fait tous les rapports sur l’Algérie que voulaient transmettre ces notes. Peut-être la faute en incombe-t-elle à l’objet des notes — les oueds, les scorpions, les médines, la chaleur — mais non. Plus tard, les notes nous emmènent à New-York. L’auteur a obtenu une bourse d’art, il voyage aux côté de Francisco Arrabal et Hugo Claus, rencontre Allen Ginsberg et les derniers surréalistes, les peintres et les cinéastes de Manhattan. Or, il n’en dit rien sinon qu’ils sont grands, bruns, petits, aimables, distants, bizarres, font ceci ou boivent cela. Pour parler d’Amérique, je serais curieux de savoir si la psychologie behavioriste alors naissante a eu son influence sur le nouveau roman et si d’aventure cette influence était consciente. Il faut que je songe à lire le Projet pour un révolution à New-York (magnifique titre) de Robbe-Grillet. Pour ce dernier, il me semble que par opposition à Ollier dans ses notes, avec la série du Miroir qui revient, il met en abîme son système et réinjecte du subjectivisme, plus particulièrement en recourant à la technique baroque des points de vue multiples et déformants.