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Outre les différents acteurs économiques et les autres groupes de la société civile (comme les syndicats ou les acteurs éducatifs), les ONG œuvrant dans l’intérêt général contribuent également au débat démocratique dans notre pays. Contrairement aux représentants de l’économie, qui défendent en général leurs propres intérêts, ces ONG mènent campagne pour des causes environnementales ou sociales à but non lucratif, en conformité avec leur mandat. Leur engagement politique est financé par les cotisations de leurs membres ainsi que par des fonds collectés à des fins politiques spécifiques.
Alors que divers politiciens bourgeois siègent aux conseils d'administration du secteur privé, s’affichent régulièrement lors de manifestations de lobbying des associations économiques et s'opposent souvent vertement à une plus grande transparence des dons aux partis (ce qui rendrait probablement certains liens plus manifestes encore), les ONG de la coopération au développement seraient désormais censées être examinées à la loupe pour détecter d'éventuels liens politiques et représentations d'intérêts. Parallèlement, le fait que d'autres acteurs et associations profitant de subventions de l'État et d'autres contributions publiques lancent également des campagnes d'information et s'immiscent dans les campagnes de votation semble ne pas gêner les mêmes politiciens désireux de museler politiquement les ONG.
Une « interdiction politique » générale pour les ONG recevant des deniers publics ferait probablement taire de nombreuses voix critiques et consoliderait la domination des lobbyistes des milieux économiques. Même si certains politiciens bourgeois le souhaitent, ce serait une déclaration de mise en faillite pour un pays qui met en exergue sa démocratie, son ouverture au monde et sa tradition humanitaire. Mais si les ONG ne pouvaient plus mener d’activités politiques, toutes les autres contributions et subventions de l'État devraient être examinées pour voir si leurs bénéficiaires s’engagent sur le front politique, et si ces contributions de l'État devraient aussi être annulées le cas échéant. Ce ne serait guère dans l'intérêt des politiques concernés.
Le travail d’éducation au cœur de l’Agenda 2030
Au lendemain du vote sur l’initiative pour des multinationales responsables, les activités politiques des ONG n’ont toutefois pas été les seules à être vertement critiquées. Le travail d'éducation et de sensibilisation en Suisse a, en effet, été mis en cause également. Ainsi, en décembre, la DDC a annoncé tout soudain (sous la probable pression du chef du département) qu'elle ne pourrait plus cofinancer le travail d'éducation et de sensibilisation des ONG en Suisse. Cette décision est d'autant plus surprenante qu’un an plus tôt, la DDC avait adopté de nouvelles lignes directrices pour la collaboration avec les ONG précisant notamment qu'une des tâches majeures des ONG helvétiques est « de fournir à la population suisse et particulièrement aux jeunes générations des informations sur les défis globaux et de les sensibiliser au lien étroit qui existe entre la paix, la sécurité, le développement durable et la prospérité » .
La sensibilisation et l'éducation aux questions de développement durable (y compris la coopération au développement) sont aussi un élément clé de l'Agenda 2030 pour le développement durable - signé par notre pays également. Avec ses 17 objectifs de développement durable (ODD), l’Agenda 2030 s'adresse à tous les pays, et pas seulement aux pays en développement. Il réclame un changement radical dans la coopération internationale en appelant l’ensemble des pays à rendre tous les secteurs politiques durables, tout en veillant aux interdépendances mondiales. La sensibilisation et l'éducation sont essentielles à la réalisation des ODD : l’ODD 4 exige par exemple que tous les pays veillent d'ici 2030 à ce que tous les élèves acquièrent les connaissances et les compétences nécessaires pour promouvoir le développement durable. Cela inclut l’éducation en faveur du développement et de modes de vie durables, des droits de l’homme, de l’égalité des sexes, de la promotion d’une culture de paix et de non-violence, de la citoyenneté mondiale et de l’appréciation de la diversité culturelle et de la contribution de la culture au développement durable. L'éducation au développement durable joue également un rôle important dans la Stratégie pour le développement durable (SDD) 2030 de la Suisse. La consultation de cette stratégie vient de s'achever (voir l'article en page XY).
La Suisse fait fi des recommandations de l’OCDE
Même si les ONG sont toujours autorisées à effectuer un travail d'éducation et de sensibilisation en Suisse (dans la mesure où elles peuvent mobiliser autrement des fonds à cette fin), l'exclusion officielle de l'éducation et de la sensibilisation des contrats de programme de la DDC avec les ONG est un très grand pas en arrière dans la compréhension de la coopération au développement. À l'avenir, les ONG devraient se concentrer à nouveau sur « l'aide à l'étranger » – tel le vœu de la conseillère nationale Schneider-Schneiter – et s'abstenir de souligner les interdépendances mondiales. Par exemple, les ONG peuvent mener des campagnes contre le travail des enfants en Côte d'Ivoire, mais ne doivent pas mentionner que les multinationales suisses profitent aussi grandement du travail des enfants ; elles peuvent creuser des puits en Tanzanie, mais sans relever que ce sont les activités minières irresponsables des multinationales qui contribuent massivement aux pénuries d'eau ; elles peuvent s'occuper des victimes de la crise climatique au Bangladesh, mais sans relever que notre mode de vie, notre place financière et notre industrie contribuent aussi largement au réchauffement de la planète.
Un processus d'examen par les pairs (Peer Review) du Comité d'aide au développement de l'OCDE (OCDE CAD) a évalué la coopération au développement de la Suisse en 2019. Il a débouché sur diverses suggestions d'amélioration. L'OCDE critique avant tout le manque d'analyse et, surtout, l'absence de débat sur l’impact des politiques nationales (par exemple les politiques financière, agricole ou commerciale) sur les pays en développement. Elle appelle la Suisse à « diffuser ces analyses et à en débattre, à la fois avec le gouvernement et le public suisse ». Dans le même temps, l'OCDE constate que la Suisse continue de faire piètre figure dans les domaines de la communication et de la sensibilisation du public sur les questions de coopération au développement. Elle demande donc au Département des affaires étrangères (DFAE) de financer et de mettre en œuvre des stratégies de communication et de sensibilisation pour son programme de développement. Une telle approche devrait permettre à la DDC de communiquer en amont afin de renforcer le soutien politique et public à la coopération au développement. La récente décision du DFAE va cependant en sens contraire, comme le déplore également l'ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey dans un article d'opinion de la « Weltwoche ». La DDC continue d'être placée sous tutelle en matière de communication, et les ONG ne doivent si possible pas communiquer sur des questions de cohérence des politiques. Espérons que le Parlement comprendra que la démocratie suisse ne peut que bénéficier d'une population éclairée, bien informée et politiquement active, ainsi que d'une société civile forte.