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Luis Barragán, l’un des architectes mexicains les plus célèbres du XX siècle. Né en 1902 à Guadalajara capitale de l’état de Jalisco et décédé en 1988 à Mexico, il passe ses vacances dans l’hacienda familiale près de Mazamitla. Cette enfance proche de la nature, avec les chevaux, ses traditions, ses fêtes, l’architecture populaire et son artisanat vont fortement influencer l’ensemble de son oeuvre. Il suit des études de génie civil et obtient son diplôme d’ingénieur en 1923; il acquiert en autodidacte ses connaissances en architecture.
Là vous vous dites « mince un ingénieur civil ça va pas être la grosse rigolade » et bien non vous allez voir il est loin d’être triste Luis!
Trois périodes avec des styles différents vont ponctuer sa carrière
– La première de 1926 à 1931 est influencée par sa jeunesse à Guadalajara et par les écrits de Ferdinand Bac. Plusieurs de ses projets comportent aussi des références méditerranéennes liées à un premier voyage en Europe entre 1924 et 1925.
– La seconde période après un deuxième voyage en Europe de 1931 à 1932, où il suit des conférences de Le Corbusier et rencontre Ferdinand Bac, est inspirée du style international.
– Et enfin la troisième période de son oeuvre est une longue phase de maturité qui se nourrit des influences et des recherches antérieures.
L’oeuvre que j’ai choisie fait partie de cette troisième période, il s’agit de la « Casa Gilardi ». C’est une habitation individuelle sur trois niveaux construite sur une parcelle toute en longueur ( 10 mètres de large par 36 mètres de long ) en plein milieu des ruelles de Mexico. Le projet va s’étendre sur trois années de 1975 à 1977, ce qui n’est pas très long pour l’architecte qui a l’habitude de prendre son temps.
A 80 ans après une dizaine d’années d’inactivité, Barragán signe-là un de ses derniers ouvrages.
Motivation de l’artiste et cahier des charges:
Barragán accepte ce projet car il comporte des contraintes et qu’il aime ça. La première condition est de conserver sur le site l’énorme arbre jacaranda aux floraisons mauves qui se trouve au milieu du terrain. La deuxième de construire à la demande du propriétaire une piscine dans cet espace étriqué. Le client qui travaille dans l’événementiel souhaite également disposer d’un salon de réception indépendant de la sphère familiale.
Situation et lieu:
Le terrain qui se trouve « 82 calle General Francisco Léon, Colonia San Miguel, Chapultepec, Mexico » est une surface allongée de dix mètres de long par trente-six mètres de large, insérée dans un urbanisme relativement dense. Pour construire cette maison, l’architecte va fermer la ruelle dans laquelle la parcelle est située, afin de renforcer l’intériorité de la demeure.
Si vous avez des contraintes ennuyeuses dans votre projet, relativisez, avec un peu d’obstination et quelques compromis souvent tout devient possible. De plus vous n’avez sûrement pas un arbre à conserver au milieu de votre construction…!
Répartition:
Côté rue s’élèvent trois niveaux avec de hauts murs mitoyens; le salon de réception est lui en fond de parcelle. L’unique accès à la demeure ouvre une bouche d’ombres sur la façade principale.
La maison s’enroule autour du patio central où se trouve le jacaranda. Elle comporte deux volumes habitables distincts reliés par un corridor mitoyen sur lequel se trouve une promenade en balcon.
Le rez-de-chaussée, mis à part la cour intérieure, est un peu conçu comme un socle, on y trouve le garage, les services, la cuisine avec son patio, le corridor et le salon de réception avec la piscine intérieure.
Au premier étage se trouve la sphère privée avec le séjour, le salon et un patio privé. Les chambres sont elles disposées au second niveau.
1 L’entrée
2 Le hall
3 Le garage
4 Le séjour
5 La cuisine
6 Chambre à coucher
7 Patio central
8 Salle à manger
9 Piscine
Matériaux:
La maison Gilardi est entièrement construite en briques; les murs extérieurs sont recouverts de Stucco à la texture rugueuse typique des constructions mexicaines. La peinture des intérieurs a une texture plus lisse, pour moins accrocher la lumière dont l’intensité est atténuée par des fenêtres en forme de meurtrières en onyx et verre teinté.
le couloir © Dung Ngo
Lumières et couleurs:
La façade côté rue marque une distinction horizontale entre le rez et les étages. Le bas est sombre en pierres volcaniques, bois foncé et ombres portées. Les niveaux supérieurs sont contenus derrière une enveloppe rose presque aveugle, ne disposant que d’une seule ouverture carrée et extrudée au vitrage jaune.
Le patio central est composé de trois couleurs, blanc, rose et mauve. Le mauve rappelant la floraison du jacaranda autour duquel le projet s’articule, n’est appliqué qu’aux murs visibles de l’intérieur de la maison, afin de « rendre perceptible l’harmonie chromatique ».
Le corridor qui relie les parties privées au salon de réception et à la piscine est peint en jaune; un magnifique jeu d’ombres y est mis en scène par d’étroites fentes verticales au vitrage coloré. Au bout du couloir s’ouvre la piscine avec deux pans de murs bleus et un large pilier peint en rouge qui coupe l’eau et s’élève presque jusqu’au plafond. A propos de ce pilier Barragán explique qu’il n’a aucun rôle structurel, mais qu’il « devait être là » pour « apporter de la lumière à l’espace et améliorer ses proportions générales ». Le bleu et le rouge de saturation égale participent au jeu de la construction spatiale. Une lucarne baigne la scène, et la met en évidence de manière différente selon l’heure du jour.
vue extérieure © Dung Ngo
la piscine © Beka Odette Peralta
le patio © Dung Ngo
Ce que Luis Barragán a voulu exprimer à travers ce projet et ses couleurs
Inspiration:
La « Casa Gilardi » est une sorte d’apothéose entre la lumière, les couleurs et l’espace. Elle est directement inspirée des travaux de Josef Albers et de Johannes Itten sur la couleur au Bauhaus. Sans doute également les influences de peintres comme Diego Rivera, Frida Kahlo ou Chucho Reyes ont inspiré l’architecte dans ses oeuvres, et plus particulièrement dans cette maison.
Méthode Barragán:
Luis Barragán travaille la couleur comme un peintre coloriste: « généralement je définis les couleurs lorsque l’espace est construit, et cette mise en couleur vient conclure le projet ». A différents moments de la journée dans le mois, l’architecte revient sur le chantier pour choisir la teinte des murs. Le choix est réfléchi mais purement expérimental, il trouve la bonne nuance in situ en présentant des grands panneaux recouverts de toiles sur les murs.
Importance de la couleur:
D’après D. Pauly « Il y a souvent un jeu entre l’or du baroque espagnol et le rose de l’art pré-colombien dans les oeuvres de l’architecte. Le rose recouvre tous les murs de ses maisons, il l’utilise comme un monochrome pour relier l’intérieur et l’extérieur. Pour montrer la plasticité des volumes, une autre couleur franche est utilisée. Il exploite également la coloration d’une paroi blanche par réflexion d’une paroi colorée, et il expérimente les reflets de la couleur dans l’eau. Il réalise des interactions de plans colorés, soit juxtaposés, soit éloignés, et met en scène des interactions avec les trois couleurs primaires ».
Barragán dit « dans mon travail d’architecte les couleurs et les lumières ont été d’une importance fondamentale. Les deux sont des éléments fondamentaux dans la création d’un espace architectural, car elles peuvent modifier les conceptions de celui-ci. Les murs sont faits pour être repeints. Je pense que tous les deux ans l’ensemble des travaux doit être refait ». Pour l’architecte « la couleur est un complément de l’architecture, elle sert à agrandir ou à réduire un espace. De plus elle est aussi utilisée pour provoquer cette touche de magie propre à un espace ».
le patio © Mark English Architects
Conclusion:
J’ai choisi de vous parler de Luis Barragán car son style très coloré m’a tout de suite interpelé, et j’ai eu envie d’en apprendre plus sur le personnage. La « Casa Gilardi » parmi toutes ses oeuvres est apparu comme un choix évident pour honorer son travail et sa carrière.
Barragán déclare en 1980, à l’occasion de la réception du Pritzker Architecture Prize à New-York: « croire en une architecture émotionnelle ».
Je pense que le terme d’architecture émotionnelle s’applique particulièrement bien à l’ensemble de son oeuvre, et à sa façon de mettre en scène la couleur, la lumière et l’espace pour nous faire rêver.
Et vous qu’en pensez-vous, êtes-vous séduit par cette icône du design architectural?