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Le « bureau-coquille ». Installation murale à partir de la photographie originale de Jean Mohr, 1978. Bibliothèque de la FPSE, Uni Mail, Genève.
En posant le problème de l’accroissement des connaissances dans un cadre à la fois expérimental et biologique sans être réductionniste, en cherchant à intégrer une immense quantité de lectures, en attaquant les questions épistémologique par le biais de la construction des pertinences et par sa production intense entre 1920 et 1980, l’œuvre de Piaget a eu une influence majeure sur le mouvement des sciences humaines au XXe siècle.
Bibliographie Piaget
La Bibliographie Piaget est une importante réalisation due aux Archives Jean Piaget, parue en 1989. Elle recense systématiquement toutes les publications qui composent l’œuvre de Piaget, au nombre d’environ 1500 en 1989. Elle est classée en deux parties, les monographies et les articles. La première partie comporte tous les ouvrages parus de Piaget, y compris leurs traductions ; la seconde partie recense tous les articles, notes, comptes-rendus, discours officiels et rapports de Piaget, avec leurs traductions. La Bibliographie Piaget est, pour les chercheurs, l’ouvrage princeps à partir duquel effectuer des recherches. Toutes les bibliographies de Piaget existantes sur le web sont basées sur la Bibliographie Piaget des Archives, disponible en fichier pdf ci-dessous.
Bibliothèque du bureau de Piaget. Photo Denis Ponté et Roger Chappellu
Une des entrées dans la psychologie : le jeu symbolique. Photo Didier Jordan
Psychologie
Les premiers travaux de Piaget touchant la psychologie concernent la psychanalyse. Il s’en détache durant les années 1920, exploitant la méthode clinique appliquée à l’enfant, avec laquelle lui et ses nombreux collaborateurs – surtout des femmes – vont récolter des dizaines de milliers de données de recherche. Durant ses 60 années de publications en psychologie, Piaget a employé différents modèles pour expliquer le développement de l’intelligence, fonctionnant en parallèle et intégrés les uns aux autres. De 1921 à 1932, il explique le développement par le passage de l’égocentrisme à la coopération ; à partir de 1925 un second modèle portant sur l’adaptation biologique permet de comprendre le développement du bébé. Le début des années 1940 voit pointer un structuralisme génétique où il analyse au moyen de systèmes opératoires la genèse des notions. Au même moment il lance un programme de psychologie expérimentale montrant que la perception se développe et dépend de l’action. Dès les années 1950, en collaboration avec Bärbel Inhelder, l’explication prend un sens plus fonctionnaliste qui culminera dans des textes sur l’image mentale ou la mémoire. Durant les années 1960, avec Paul Fraisse, il codirige le Traité de psychologie expérimentale qui a servi de manuel pour deux générations de psychologues francophones. Enfin les années 1970 innovent encore avec le second modèle de l’équilibration et l’intérêt pour des concepts comme la dialectique, la contradiction ou l’abstraction réfléchissante.
Épistémologie
Un des premiers textes de Piaget, Recherche paru en 1918, – une sorte de roman autobiographique – contient nombre d’intuitions épistémologiques qui seront développées par la suite. En 1925, sa leçon inaugurale ouvre le champ de l’épistémologie génétique selon laquelle la connaissance se forge grâce à la construction d’instruments nouveaux dans un cadre d’interaction entre le sujet et l’objet. Elle articule une méthode historico-critique à une méthode génétique. Par la suite, Piaget va développer des travaux de logique pour identifier les bases opératoires du comportement dans diverses notions telles que le groupement ou la réversibilité. Une étape fondamentale est la parution des trois tomes de l’Introduction à l’épistémologie génétique en 1950, où il définit les conditions génétiques de constitution des sciences. L’interdisciplinarité y devient nécessaire. L’épistémologie génétique devient une discipline en 1955 avec la fondation du Centre international d’épistémologie génétique, qui cherchera à répondre aux problèmes de constitution des sciences par l’étude des processus qui sous-tendent le développement des notions chez l’enfant et dans les sciences. Bénéficiant de l’approche génétique et expérimentale sur les processus de connaissance, les solutions que l’épistémologie génétique apporte aux problèmes des fondements des sciences sont différentes des réponses traditionnelles de la philosophie des sciences, et se présentent comme un tertium, une troisième voie constructiviste.
Sérier: une activité présente chez l’enfant comme dans les sciences. Photo Florence Cornu-Windisch
Biologie
Après être devenu un spécialiste de malacologie – la détermination des mollusques, l’étude de leur habitat, de leur répartition géographique, etc. – Piaget passe en 1918 sa thèse de biologie. Entretemps, son intérêt s’est déplacé de la nomenclature à l’étude des transformations morphologiques dues aux mécanismes de l’évolution. Au cours des années 1920, il va mettre en évidence des phénomènes de transgenèse lorsque, des mollusques étant déplacés dans un nouvel environnement – un lac plus mouvementé –, leur morphologie s’y adapte et se stabilise. Influencé par Waddington et par divers travaux non darwinistes, convaincu de l’influence de l’action individuelle, créatrice de structures psychologiques, sur les structures biologiques, Piaget rédige en 1966 un ouvrage de philosophie de la biologie pour résister au dogme néo-darwiniste récemment renforcé par la découverte de la double hélice par Crick et Watson. Avec Biologie et connaissance (1967), Adaptation vitale et psychologie de l’intelligence (1974) et Le comportement moteur de l’évolution (1976), il se positionne comme un auteur incontournable de l’épistémologie biologique. Il plaide pour des concepts mis au ban de la biologie néo-darwiniste, tels que la phénocopie et l’épigenèse et montre l’influence du comportement sur les transformations du génôme un demi-siècle avant que les recherches contemporaines ne se penchent sur ces questions pour venir conforter les idées piagétiennes.
Éducation
Proche des milieux de l’éducation nouvelle dans les années 1920, Piaget va se trouver de facto au centre du monde de l’éducation internationale en 1929 lorsqu’il accepte le poste de directeur du Bureau international de l’éducation. Pendant 40 ans, il est à la tête de cet organisme sis à Genève qui centralise et coordonne les programmes éducatifs de nombreuses nations. Après la Seconde Guerre mondiale, il collabore avec l’UNESCO et rédige des textes qui donnent des lignes directives pour l’éducation. Mais, alors qu’en parallèle, il développe ses travaux d’épistémologie, c’est surtout la réception de ses idées psychologiques dans les environnements pédagogiques de différents pays qui l’ont transformé en un pédagogue révolutionnaire.