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Source : AgoraVov
par (son site)
En histoire, la méthodologie vise à établir les faits dans leur vérité. C'est ce que j'ai entrepris en commençant à rétablir Bibracte et Gergovie sur leurs véritables sites. C'est l'étude des vestiges qui s'y trouvent qui m'a conduit à retraduire et à réinterpréter les vieilles chartes qui relatent différentes fondations de temples et de basiliques. C'est ainsi que j'ai été amené à faire remonter nos plus somptueux édifices religieux de Bourgogne et d'Auvergne à l'Antiquité tardive en m'appuyant sur des textes irréfutables alors que les spécialistes ne les voient s'élever qu'au Moyen-âge, et cela, à force d'hypothèses hasardeuses qui ne tiennent pas la route. C'est ainsi que dans un précédent article, je suis en mesure d'affirmer d'une façon certaine que la vierge assise sur son trône d'église dans le tympan de la basilique Notre-Dame du Port remonte à vers l'an 455, date à laquelle la basilique a été construite par l'empereur arverne Avitus. http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec...
Or, cette vierge assise qui tient l'enfant est l'exemple parfait des vierges dites romanes, ce qui me conduit, en toute logique, à m'interroger sur ces vierges dont on me dit qu'elles ne sont pas antérieures au XI ème siècle.
On a brûlé à la révolution la vierge noire du Puy. Mais avant de mourir, la statue de cèdre noir aux yeux de verre a parlé ; un témoin raconte : « Un papyrus est sorti d'une cavité de bois et une pierre ovale portant des inscriptions égyptiennes a été retrouvée dans les cendres. Mais personne n'a voulu s'intéresser à ces choses, ni les historiens, ni les artistes, ni les philosophes, ni les hommes politiques. La vierge noire du Puy avait l'aspect d'une momie ; les bandelettes qui enveloppaient son corps ainsi que celui de son fils ne laissaient voir que leur visage. Isis, épouse d'Osiris, fécondée par Râ, le dieu soleil du ciel, portait Horus sur ses genoux. » (Jean Peyrard, histoire secrète de l'Auvergne, p.279).
Les vierges-mères du pays arverne sont la splendeur de Gergovie. Elles constituent une galerie de portraits d'un extraordinaire réalisme. Chaque fois, pour les plus anciennes, l'artiste a cherché à mettre dans leur regard l'illumination divine. Levant la main droite, dressant deux doigts joints, l'enfant fait un signe. Est-ce un geste de bénédiction ? Ne serait-ce pas plutôt un signe de reconnaissance ? « Je suis le représentant ici-bas du Dieu unique en deux personnes, dit l'enfant, à la fois Dieu du ciel et Dieu de la terre. »... le Dieu gaulois tel que je l'ai expliqué à partir de la fresque de Gourdon.
La forte répartition des vierges-mères dans le pays arverne désigne Gergovie comme en étant l'inspiratrice, ce qui nous fait remonter à l'Antiquité, à l'époque de son rayonnement.
Voici la vierge-mère de Jouy-en-Josas, une des plus belles peut-être. Voyez son splendide manteau décoré de signes magiques et symboliques. Voyez ce lion cerclé qui semble s'appuyer contre un arbre ou contre une colonne mystique comme s'il voulait l'escalader pour atteindre le ciel ; ne ressemble-t-il pas au lion du vase de Vix ? même position, même attitude. Le coussin, les chaussons, le voile, le peplos, le monde sphérique de Platon, rien ne prouve la non-antiquité de la statue. (photo http://vogage-roman-art.blogspot.fr).
Mais la plus significative est bien la vierge-mère d'Orcival qui attire encore aujourd'hui et à juste titre un grand nombre de pèlerins, à 20 km de Gergovie. Remarquez dans la décoration de son trône d'église l'abside aux trois ouvertures du temple/église de Gergovie/Le Crest. En forçant sur le volume des yeux, l'artiste a réussi à mettre dans le regard des deux personnages une expression indéfinissable. Le très léger sourire qui flotte sur les lèvres de la vierge devient grave sur celles du fils ; et les traits un peu quelconques de la mère deviennent nobles chez l'enfant par suite du croisement divin. Celui-ci n'a d'ailleurs de l'enfant que l'aspect ; en lui, c'est l'adulte conscient et responsable que l'on devine. Qu'on observe les mains maternelles : elles présentent le fils sans le toucher comme s'il s'agissait d'un joyau d'un prix inestimable.
Ce serait formidable si, un jour, on retrouvait dans l'un de ces enfants au visage grave, celui d'un César au front dégarni comme ici, à Tournus.
N'étant pas expert en datation, je ne veux pas me prononcer sur l'antiquité de ces statues, mais que ceux qui soutiennent qu'elles ne sont pas antérieures au XIème siècle m'expliquent pourquoi l'enfant de la vierge-mère de Mailhat portait sur la tête la roue du dieu gaulois Teutatès avant qu'on la lui enlève, pourquoi les livres sacrés tenus par l'enfant d'Orcival et de Chastreix sont des tablettes d'écriture empilées et non des livres de parchemin. Pourquoi ces mains, ces doigts dont la grandeur a été volontairement exagérée ? Pourquoi la dame de Vauclair porte-t-elle sur la poitrine, sous la forme d'un cristal limpide, le symbole de l'oppidum ovale gaulois ? Pourquoi la dame de Saugues porte-t-elle sur son vêtement le même symbole ovale ?
Dès lors qu'on ne peut plus maintenant dire, après mon dernier article, que la vierge-mère "hiératique" du tympan de Notre-Dame du Port est la Vierge Marie, dès lors qu'on ne peut plus dire que l'enfant qu'on y honore est Jésus de Nazareth, mais une espérance en la venue d'un sauveur, il faut trouver une autre explication. http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec...
Sachant, d'une part, que les sculpteurs de la cathédrale d'Autun n'ont pas hésité à représenter le futur empereur Constantin dans l'enfant sauveur espéré et Constance-Chlore César dans la mandorle, comme je l'ai expliqué, http://www.agoravox.fr/tribune-libr..., sachant d'autre part, que les empereurs romains semblent avoir exigé que l'on installe leurs "simulacra" dans les temples - c'est ce que relate Flavius Josèphe pour Caligula - il faut se poser la question suivante : que sont devenus ces "simulacra/images" qui devaient être en nombre assez conséquent ? Comment se fait-il qu'on n'en retrouve aucun exemplaire dans les salles de vente ?
Je propose l'explication suivante. Le personnage représenté en enfant pourrait être l'élu qui "naît" à l'empire, le jour de son intronisation. Une partie de nos statues dites "vierges romanes" seraient des "simulacra' que les cités devaient installer dans leurs temples pour marquer leur "dévotion" au nouvel empereur. Cette hypothèse est tout à fait conforme à ce qu'on sait du culte impérial instauré par l'empereur Auguste. Le culte impérial exigeait, en effet, de célébrer l'anniversaire du jour de la naissance de l'élu à l'empire ainsi que de grandes funérailles lors de son décès/apothéose dans le ciel. Voyez les chapiteaux de l'église de Brioude !
N'étant pas expert en datation, je ne veux pas me prononcer sur l'antiquité de ces statues, mais que ceux qui soutiennent qu'elles ne sont pas antérieures au XIème siècle m'expliquent pourquoi l'enfant de la vierge du musée de Brou porte la robe pourpre impériale, pourquoi cet autre est coiffé du casque des tétrarques (ci-dessous), pourquoi cet autre encore porte une couronne d'empereur.
D'abord cananéennes, les croyances druidiques de la Gaule en la terre mère auraient donc évolué sous l'influence d'un judaïsme messianique espérant en un Christ du ciel pour finalement se fondre dans un christianisme évangélique d'un Christ venu et ressuscité.
Si cette idée est juste, on pourrait faire l'hypothèse de plusieurs temps.
Un premier temps cananéen que nous révèlent les chapiteaux des églises/temples de Gergovie/Le Crest et de Mont-Saint-Vincent/Bibracte (un Dieu inconnu central, assisté du soleil et de la lune, lesquels créent la nature et les animaux. L'homme guerrier, serviteur, agit dans le sens du bien ou du mal selon son choix. Il a l'espoir d'aller au ciel en récompence).
Un deuxième temps druidique tel que le cratère de Vix l'explique (un Dieu du ciel qui féconde une cité terrestre tiraillée entre les forces terrestres mauvaises et bonnes).
Un troisième temps qui pourrait commencer au Ier siècle avant notre ère sous l'influence d'une colonisation judaïque de type essénien (fresques de Gourdon, espérance en la venue d'un sauveur, nouveau David, Christ du ciel du tympan de Sainte-Foy de Conques avec évocation du roi David).
Un quatrième temps suite à l'intervention des tétrarques romains vers 294 (cathédrale d'Autun, basilique de Vézelay, église Notre-Dame de Clermont. L'espérance en la venue d'un Christ du ciel est réorientée dans la croyance d'un esprit de Jésus ou de Dieu qui descend dans le futur empereur romain).
Ce quatrième temps s'achève quelques années après la mort de l'empereur Avitus, quand les évêques gaulois et les Francs se rallieront au christianisme des évangiles. Dans l'église de Mauriac fondée par Clovis ou sa fille, voici l'inscription encore un peu ambigüe qui s'y trouve : Ils sont treize qui regardent monter le roi des cieux, le Christ, Seigneur des seigneurs. Jésus monte de la terre au ciel. En sont témoins ceux qui maintenant sont bienheureux au ciel (traduction des éditions Zodiaque).
Dorénavant, il n'est plus besoin de faire naître un empereur à l'empire d'une "virgo paritura", Clovis est le nouveau David et sa descendance est dans la lignée de David jusqu'aux rois de France.
Cette hypothèse est une ébauche et une proposition de réflexion. L'histoire et l'interprétation des vierges-mères gauloises est à situer dans ce contexte tout en sachant qu'au Ier siècle avant notre ère, le centre culturel, voire spirituel, qui rayonnait en Méditerranée était Alexandrie.
Sainte Anne faisant l'éducation de la Vierge, d'après l'explication courante. Ou bien, explication plus historique : l'ancienne Jérusalem apprend à la jeune Gaule/Marie, nouvelle Jérusalem, à lire dans les livres sacrés.