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Le Journal de mobilisation de guerre 1914-1918, de Robert Meystre
Musée jurassien d'art et d'histoire (MJAH) - Delémont
Journal personnel inédit, 2 volumes conservés dans la famille Meystre, de Neuchâtel. Complété par 5 albums de photos noir-blanc prises par le diariste durant la Première Guerre mondiale.
Robert-Ernest Meystre (1893-1978), fils d'un entrepreneur plâtrier-peintre et d'une institutrice, entre en service le 4 août 1914 au régiment d'infanterie 8, neuchâtelois, en qualité de caporal. Aspirant, il gagnera ses galons de lieutenant au cours de la Mobilisation. Gypseur, il bénéficie déjà d'un solide bagage culturel (piano et violon notamment) et poursuivra dès 1919 une formation professionnelle complémentaire impressionnante (instituts artistiques à Zurich et à Bruxelles, stage chez un spécialiste de la dorure sur verre). Il est associé de Meystre et Cie dès 1922 et reprendra à son compte personnel l'entreprise importante de son père.
Chaque jour, Robert Meystre tient son journal, que l'événement appelle l'écriture ou non. L'intérêt né aussi bien de la répétition inlassable (diane, temps qu'il fait, occupations du matin et de l'après-midi, drill formel et drill aux armes, déconsignation), une sorte de Désert des Tartares à la Buzzati, que des faits saillants amenés par le rapprochement des belligérants à l'extrême-frontière.
Avec le bataillon de fuisiliers 18, Meystre, sentinelle de la neutralité, a connu la proximité des combats franco-allemands dans le Laufonnais en 1914 face à l'Alsace allemande. Dès que l'Italie est entrée dans la danse, il s'est retrouvé aux frontières grisonnes et tessinoises en 1915. En 1917, il se retrouve au contact des belligérants dans le saillant de Porrentruy dans la bande du Largin, considéré comme le point zéro d'un front qui s'étend jusqu'à la Mer du Nord. Il termine la Mob de garde aux frontières autrichienne et allemande. En 1919, il ajoute au récit sa visite à Verdun avec quelques officiers neuchâtelois. Il a donc connu une Suisse des périphéries, où l'ancien Jura bernois des sept districts se taille la part du lion : la moitié des 700 jours de service actif s'y passe.
Heureusement, la narration n'informe pas seulement sur le domaine militaire ou encore la nécessaire cohabitation avec les civils rencontrés au cours de ces six mobilisations. Elle touche aussi des événements très importants qui ont jalonné l'histoire nationale de l'époque. Spécialement les vagues de la pandémie de grippe dite espagnole (juillet et octobre) et les grèves de 1918 où les autorités ont fait appel à la troupe.
Robert Meystre, touché à deux reprises par la pandémie, est un miraculé de la grippe espagnole. Il est à Zurich en service d'ordre en octobre 1918 après avoir assuré l'aérodrome militaire de Dubendorf; il garde avec sa section la gare de Kreuzlingen durant la grève générale.
La continuité de l'écriture, la possibilité d'aborder l'histoire par le bas et la qualité de leur jeune auteur font de ce journal personnel un document exceptionnel, sans équivalent à ma connaissance dans l'Arc jurassien voire en Suisse.
André Bandelier
Musée jurassien d'art et d'histoire (MJAH)
Rue du 23-Juin 52
2800 Delémont