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Etonnante description d’un joueur d’orgue
2 décembre, 2008
Dans un étonnant passage de Jules Vallès1, on trouve une surprenante description d’une personne supposée ressembler à un organiste, « un joueur d’orgue », un costaud aux mains pleines de verrues. Que penser de cette description, ont-ils existé ces joueurs d’orgue aux mains énormes?
« Mon oncle Joseph, mon tonton comme je dis, est un paysan qui s’est fait ouvrier. Il a vingt-cinq ans, et il est fort comme un bœuf; il ressemble à un joueur d’orgue; la peau brune, de grands yeux, une bouche large, de belles dents; la barbe très noire, un buisson de cheveux, un cou de matelot, des mains énormes toutes couvertes de verrues, – ces fameuses verrues qu’il gratte pendant la prière!
Il est compagnon du Devoir, il a une grande canne avec de longs rubans, et il m’emmène quelquefois chez la Mère des menuisiers. On boit, on chante, on fait des tours de force, il me prend par la ceinture, me jette en l’air, me rattrape, et me jette encore. J’ai plaisir et peur! puis je grimpe sur les genoux des compagnons; je touche à leurs mètres et à leurs compas, je goûte au vin qui me fait mal, je me cogne au chef-d’œuvre, je renverse des planches, et m’éborgne à leurs grands faux cols, je m’égratigne à leurs pendants d’oreilles. Ils ont des pendants d’oreilles. »
- Jules Vallès « La trilogie de Jacques Vingtras », L’Enfant, chapitre 1/ Ma mère p. 151 Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, Oeuvres vol. III. ↩