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10/02/2015
Les origines de Captain Savoy, IV (Interlude)
Dans le dernier épisode de cet interlude retraçant l’origine de Captain Savoy, nous avons laissé le simple mortel Jacques Miolaz alors que, ayant pénétré une sorte de temple étrange, situé sous la montagne, il avait suivi son ange jusqu'à une colonne de feu dans laquelle, à son exemple, l'ayant vu projeté dans les hauteurs, il était entré.
Aussitôt, il sentit une douleur atroce: certes, il était soulevé, lui aussi, mais à peu de distance du sol: il restait suspendu entre le haut et le bas. Mais surtout, il était consumé dans sa chair jusque dans les profondeurs. Il hurla, et sa souffrance se doubla de l'amertume qu’il avait d’avoir été trompé. Car sa chair partait en lambeaux! Il la voyait disparaître.
Cependant, il eut la surprise de ne pas se sentir mourir: sa conscience demeurait complète. Il pouvait encore penser.
Puis, curieusement, il vit qu’une chair nouvelle naissait de son être! Plus claire, plus brillante, plus lisse, elle était presque transparente, pareille à du cristal doré. Dès lors il se sentit une force nouvelle; il perçut qu'il devenait tel qu'un dieu! Il exultait, et son regard soudain perça des voiles, et il vit des êtres glorieux se tenir dans les étoiles, ceux-là même qu'il avait vus sur l'écran, en entrant. La montagne se dissipa comme une fumée, et il aperçut au loin tous les hommes, et les cités célestes.
Il se voyait sans se regarder: devant lui se tenait l'image de lui-même – et il se percevait musclé, grand, blond, et une clarté émanait de lui, comme surgissant de sa peau. Celle-ci avait bien sûr perdu toute trace de blessure, et ses yeux brillaient dans un visage refait; il était beau, tel qu'on peut rêver un homme beau.
Par dessus son épaisse poitrine, pareille à celle d'un héros, il vit soudain se tisser un costume qui était en même temps une armure, et qui avait les couleurs de la Savoie: une grande croix blanche se croisait sur sa poitrine et dans son dos, ainsi que sur son front, où bientôt vint se poser une couronne dorée, ornée d'une pierre rayonnante de teinte bleue. Ses yeux devinrent des braises éclatantes, et à son cou vint un collier d'or, soutenant l'emblème de l'Annonciade. Dans sa main se posa une lance luisante, et au doigt majeur de sa main droite fut mis un anneau orné d'une pierre verte.
Il se demanda comment ces choses arrivaient d'elles-mêmes sur son corps, et voici! lui apparurent des êtres élémentaires, sortes d'esprits petits qui lui tournaient autour et s'adonnaient à ces opérations: ils étaient ceux qui, par la volonté des anges, devaient le servir dans l'ordre terrestre! Parfois du reste ils devenaient grands, car ils changeaient de taille; dans leur monde, la notion d'espace occupé n'était pas la même que dans le nôtre.
Derrière eux tous, il revit l'ange qui l'avait mené en ces lieux et attiré vers la colonne flamboyante; cette fois son visage se dessina clairement à son regard. Il fut surpris de le trouver à la fois familier et étranger, comme s’il l’avait déjà souvent rencontré, mais sans se souvenir à quel endroit. Des images lui vinrent; elles semblaient suscitées par les yeux de l’ange, fixés sur lui. Et une connaissance lui vint aussi: il sut qu’il était un héros, un homme métamorphosé par la grâce divine, et qu’il devait employer ses pouvoirs au service du Bien. Une conscience cosmique était descendue en lui: un esprit nouveau, venu des hauteurs, qui vivait avec lui et l'avait transformé jusque dans l'ordre terrestre.
Tout cela lui apparut en un instant. L’ange disparut, mais il le retrouva tout près de lui, posant sa main sur son front: il ne l’avait pas vu changer de place; il l’avait fait instantanément.
Il l'entendit lui parler, quoiqu'il ne le vît pas remuer les lèvres: il était désormais, par son pouvoir et celui des dieux, un héros au vrai sens du terme, ce qu'on nomme à présent un super-héros – et le Gardien de la Savoie occulte, protecteur des Hommes, Justicier masqué - et en lui était l’âme du pays, son génie! Il se confondait désormais avec ce haut esprit!
Il apprit bientôt que l’écran qu'il avait vu en entrant lui servirait dorénavant - si l'on peut dire - de boule de cristal: il y verrait l’avenir, et pourrait intervenir avant que les choses ne fussent accomplies.
Et il essaya sans tarder ses pouvoirs: il lança un rayon de son anneau, un éclair de sa lance, fit tournoyer celle-ci entre ses doigts, jeta de la clarté depuis son collier! Il n’était plus, désormais, Jacques Miolaz - mais Captain Savoy, et il sut que son véritable nom, son nom secret, était Lacner. Mais il l’oublia, par la suite; Adalïn, son épouse aux cieux, dut ramener ce souvenir en lui, lorsqu’elle vint à lui.
Il est temps néanmoins de mettre fin à cet épisode; le prochain sera réservé à quelques réflexions sur la nature du héros et ce qu'il vécut sur terre après sa métamorphose.