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Changement de génération chez Büsser Formenbau AG. Le père et le fils racontent les défis rencontrés lors de la transmission de l'entreprise au sein de leur famille.
Depuis le début de l'année, il possède l'entreprise avec laquelle il a grandi, la société Büsser Formenbau à Neuhaus (SG). Manuel Büsser a repris l'exploitation hautement spécialisée et les dix salariés de son père. Mais celui-ci ne lui en a pas fait cadeau, bien au contraire. Pendant cinq ans, Manuel a travaillé sous l'œil très sévère de son père avant que ce dernier ne lui cède sa place. Il a dû prouver qu'il n'avait pas seulement envie de poursuivre l'œuvre de sa vie, mais qu'il en était également capable. Cette passation de pouvoir représente un nouveau départ pour chacun d'entre eux: Ernst Büsser lâche l'affaire («c'est évidemment le plus grand défi de ma carrière d'entrepreneur!»), et Manuel peut «enfin se lâcher et s'épanouir»!
Monsieur Büsser, au début de l'année, vous avez transmis à votre fils l'œuvre de votre vie, la société Büsser Formenbau. Est-ce que ce fut difficile?
Ernst Büsser (en souriant): Non, bien au contraire, je suis très heureux et fier de cet aboutissement. Mais il faut reconnaître que le chemin pour y parvenir fut difficile et que le processus de transition a duré cinq ans.
Décrivez-nous la formation de votre fils
E. B.: Avant de rejoindre l'entreprise, Manuel a voyagé aux quatre coins du monde pendant six mois. Je voulais faire de lui un entrepreneur, qu'il soit prêt à assumer des responsabilité, à façonner l'avenir et à diriger les employés. Pour ma part, j'ai assisté à de nombreux séminaires durant ces années, qui ont forgé ma vision de l'entreprise, ce qui implique d'avoir son propre avis, d'être ouvert à la nouveauté et, bien entendu, d'être prêt à apprendre de nouvelles choses.
Manuel Büsser: Pour moi aussi, le début fut violent. Je me sentais encore en vacances et «vlan», ce fut une véritable claque. A cela s'est ajouté le fait que mon père est totalement différent dans l'entreprise de ce qu'il est à la maison, c'est un entrepreneur qui en demande beaucoup, en particulier à son fils. Il m'a fallu du temps pour trouver ma place.
Quel a été le plus grand défi?
E. B.: Accepter l'autre comme il est, respecter ses compétences, sa personnalité et sa façon de penser. Même si mon fils possède mes gènes et a reçu mon éducation, il est différent de moi, j'ai dû faire preuve d'empathie.
M. B. (en riant): J'ai dû apprendre beaucoup de choses et mon père m'a aussi laissé commettre des erreurs. C'est d'ailleurs comme ça que j'en ai appris le plus. Mais j'ai parfois dû aussi dépasser mes limites.
E. B. (en riant): Ce que nous avons accompli, nous le devons à notre volonté de cultiver en tout temps un dialogue ouvert et franc.
Qu'est-ce que cela donne en pratique?
E. B.: Pour discuter de nos désaccords, des points critiques ou autres, nous nous retrouvions chaque samedi matin pour une «joute verbale».
M. B.: Je trouvais ça souvent vraiment dur, car j'aurais bien aimé occuper mes samedis autrement. Au fil des semaines j'appréciais de plus en plus cet échange musclé et ouvert pour finalement l'attendre avec impatience. Avec le recul, c'était un cheminement long et fastidieux, mais c'était exactement ce qu'il fallait.
Avez-vous fait appel à des spécialistes pour régler la transmission?
E. B.: Oui, pour les questions fiscales et successorales, car j'ai aussi une fille. Le reste, nous l'avons réglé à deux. J'ai fini par vendre l'entreprise à mon fils, une solution qui nous convient à tous les deux. Ma retraite est assurée dans tous les cas.
Et au final, comment s'est passée la passation de pouvoir?
E. B.: Je voulais me reposer et arrêter. Pourtant, je jour J est arrivé par surprise pour moi. Un jour, l'entrepreneur qui vit en moi m'a dit «Ton fils est prêt, tu es âgé». J'ai débarrassé mon bureau en peu temps et pour toujours.
M. B.: Et ce, en toute liberté. Je ne l'aurais jamais poussé vers la sortie, même si, dans les faits, certaines situations m'énervaient vraiment. Il a vraiment choisi le moment parfait. A lui de se reposer, à moi de reprendre le flambeau.
Et vous avez totalement quitté l'entreprise?
E. B.: Oui, j'ai bien un siège au conseil d'administration mais je n'ai aucun droit de vote. Aujourd'hui, l'entreprise appartient entièrement à mon fils.
M. B.: C'est effectivement le cas, et je dois en toute honnêteté reconnaître qu'il s'est retiré de la partie opérationnelle et tient sa promesse de ne pas porter de jugement sur mes décisions.
Comment vous sentez-vous en tant qu'entrepreneur?
M. B.: Au début, j'étais empreint d'un sentiment mêlé de joie et de tristesse. De joie, car il a forgé ma personnalité et m'a rendu capable de prendre seul des décisions et de les mettre en œuvre. De tristesse, car nous avons réussi ensemble et la grande expérience de mon père m'a souvent été utile. Mais je peux l'appeler à tout moment, nous continuons à discuter de l'entreprise.
Et comment se sent-on en tant qu'ancien entrepreneur?
E. B.: Les ex collègues me demandent régulièrement si je m'ennuie. Bien au contraire! Je m'étais bien préparé et je savais ce que je voulais. Je profite de mon nouveau temps libre, de mes loisirs, de mes petits-enfants et de plein d'autres choses.
Souhaitiez-vous que votre fils reprenne l'entreprise?
E. B.: Oui, bien sûr, mais je ne lui ai jamais mis la pression.
M. B.: Quand je suis entré dans l'entreprise, mon père m'a dit très clairement qu'il n'allait pas me transmettre l'entreprise aussi facilement. J'ai passé plusieurs tests pour me motiver et confirmer que j'avais les gènes et les capacités nécessaires pour assurer la prospérité de l'entreprise.
Les résultats des tests sont une chose. Et la réalité?
M. B.: Pour moi, ce n'était pas facile de travailler aux côtés de mon père. J'ai dû me faire accepter par lui et ses collaborateurs. Je me suis mis la pression tout seul, une ambition saine donne des ailes. Ma confiance en moi a grandi jour après jour, renforcée par les retours positifs de mon père et des collaborateurs.
Nous échangeons volontiers avec d'autres entrepreneurs qui sont engagés dans un processus de transmission ou qui s'y préparent.
Apprendre des juniors et des seniors
Empathie et culture du dialogue
Chaque transmission est différente
Identifier et développer les atouts du successeur
Comment bien aborder la transmission de mon entreprise?
Trouver un successeur est une lourde tâche, qui nécessite de l'anticipation. Des questions essentielles se posent sur l'avenir de l'œuvre de toute une vie, la sauvegarde des emplois, de même que de l'argent et du financement. Par expérience, il est absolument nécessaire de clarifier des aspects subjectifs, tels que les besoins, les souhaits, les craintes des cédants, des repreneurs et des autres parties directement concernées pour garantir le succès du règlement d'une transmission d'entreprise. C'est ici qu'intervient le RCE avec l'accompagnement de la transmission. Celui-ci ne se termine qu'après une transmission réussie à la satisfaction de toutes les parties.