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IDHEAP: L'âge est le principal clivage dans les enjeux de politique sociale
Lausanne (ots) - Une analyse des comportements de vote sur des objets de politique sociale met en évidence l'absence de solidarité entre générations.
Les enjeux de politique sociale divisent. Mais quels sont les principaux clivages en Suisse lorsqu'il s'agit de prendre une décision collective en matière de politique sociale? Autrement dit, qu'est-ce qui explique si une personne accepte ou rejette une réforme? Dans une étude qui vient de paraître dans la revue «European Societies», Giuliano Bonoli et Silja Häusermann ont examiné 22 votes populaires fédéraux sur des objets de politique sociale. Leur analyse montre que les différences de revenus comptent moins que le clivage d'âge. Globalement, l'âge ressort comme clivage structurant le vote 18 fois, alors que le revenu est important seulement dans sept votes. En contredisant l'hypothèse de solidarité entre générations, les différents groupes d'âge votent presque systématiquement dans le sens de la défense de leurs intérêts directs, et ont tendance à ignorer ceux des autres groupes d'âge.
Ce résultat est observable dans différents domaines. Les retraités ont beaucoup plus tendance à soutenir des mesures qui visent à renforcer l'AVS que les jeunes. Dans deux votes sur trois visant à attribuer plus de fonds à l'AVS, les 65 et plus ont une probabilité de voter oui qui est de 2,5 fois supérieurs aux jeunes (18-39). L'âge reste un déterminant important du comportement de vote lorsqu'il s'agit de décider d'un éventuel abaissement de l'âge de la retraite. Dans trois votes sur cinq, la tranche d'âge la plus favorable à cette réforme est celle du milieu (40-64), alors que les opposants les plus farouches se retrouvent parmi les retraités. Ce choix peut être expliqué de manière tout à fait rationelle: il s'agit de limiter l'accès à une assurance dont les ressources ne sont pas illimitées. L'âge est un déterminant important dans des votes visant plus de libéralisation sur le marché du travail, soit en réduisant les protections légales, soit le niveau des allocations chômage. Dans cinq votes ayant eu lieu entre 1995 et 2002, l'âge ressort comme déterminant important quatre fois. En général, les partisans les plus fervents de ces mesures sont les 65 ans et plus, alors qu'elles sont farouchement opposées par les jeunes (18-39 ans). Parmi ces cinq votes, le revenu est un déterminant significatif seulement deux fois.Les différences de revenu n'ont joué aucun rôle lors des votes sur l'assurance maternité. Quatre votes ont eu lieu sur cet objet entre 1984 et 2004 et là aussi l'âge semble être le déterminant principal. La probabilité de voter oui pour les jeunes (18-39) était environ de trois fois supérieure à celles des personnes âgées de 65 ou plus. L'effet de l'âge, toutefois, s'estompe au fil des votes (et du temps). Ceci suggère que les jeunes électeurs qui ont accepté la première initiative de 1984 ont continué à voter oui lors des votes successifs, ce qui a sans doute contribué au succès du projet de 2004.
Comment expliquer l'importance de l'âge comme déterminant dans les choix de politique sociale? L'étude mets en avant deux hypothèses. Premièrement, il est relativement facile de savoir si on est perdant ou gagnant dans une réforme par rapport à son âge. Il est plus difficile de répondre à cette question en fonction de son revenu, surtout si on se perçoit comme appartenant à la classe moyenne. Deuxièmement, il est possible que l'Etat social même ait contribué à réduire l'importance du clivage de classe, permettant ainsi à d'autres clivages d'émerger de manière plus forte.
Source:Bonoli, G. & Häusermann, S. (2009) "Who wants what from the welfare state? Socio-structural cleavages in distributional politics: Evidence from Swiss referendum votes", European Societies, 11, 211-232.
ots Originaltext: IDHEAP
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