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Du 25 mars au Premier mai 1970, Genève est secouée par un mouvement inattendu, la grève des ouvriers saisonniers de l'entreprise Murer. Le 25 mars 1970 a lieu un premier débrayage, sur un chantier du quartier périphérique des Palettes, en protestation contre les conditions de logement indignes imposées aux ouvriers. Le 28 mars, une assemblée réunit 200 ouvriers sous l'égide de trois organisations de l'émigration, l'Association des travailleurs espagnols en Suisse (ATEES), les Colonies libres italiennes (CLI) et la Commission ouvrière de solidarité. La diffusion d'un tract est décidée, qui appelle à l'élargissement du mouvement.
La grève elle-même débute le 6 avril sur le chantier du Centre commercial de Balexert. En soirée, un comité de grève se constitue et apparaissent des revendications spécifique et un nouvel appel à la généralisation du mouvement. Le lendemain, l'ensemble des chantiers de l'entreprise est mis à l'arrêt. Une assemblée publique se tient le mercredi soir (8 avril 1970) au cours de laquelle un comité de soutien est créé, une caisse de solidarité mise en place et un appel à manifester lancé pour le samedi.
Le vendredi (10 avril 1970), un accord est trouvé au cours d'une réunion entre le Comité de grève, la Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB), l'ambassade d'Espagne (l'essentiel des ouvriers grévistes sont espagnols) et l'encadrement de la Murer. L'accord donne gain de cause au grévistes sur l'ensemble des revendications et précise qu'il n'y aura pas de répression de la part du patron. La manifestation du samedi se tient tout de même, elle rassemble plusieurs milliers de personnes qui défilent de la Place Neuve à la Place des Alpes.
Cette grève est considérée comme un succès (prise en compte des revendications), mais aussi comme un signal. C'est le retour de pratiques (grève hors du cadre conventionnel, dirigées par un comité ad hoc) que la Suisse ne connaissait plus. Le mouvement tessinois Lotta di classe écrit par exemple dans son journal: «Camarades, quelque chose change en Suisse! Les idées qui jusqu'ici étaient discutées au sein des groupes militants révolutionnaires, sans avoir en apparence aucun lien avec la réalité du pays, commencent à faire leur chemin et à trouver une vérification concrète. Ce qui, hier encore, semblait une pure utopie - la rupture de la paix du travail - devient aujourd'hui une réalité.» (Lotta di classe, 23 avril 1970)
A l'occasion des cinquante ans de cette grève, nous proposons ici un dossier de sources numérisées.
Mouvement socialiste révolutionnaire), La grève à la Murer SA, analyse politique et perspectives, Document de discussion n°4, mai 1970 issu du fonds Charles Philipona (Archives contestataires, 002 CP série 12, sous-série 140).
Annexe au document de synthèse du MSR contenant notamment des reproductions de tracts issue du fonds Charles Philipona (Archives contestataires, 002 CP série 12, sous-série 140).
L'ensemble des tracts reproduits ici sont issus du fonds Maurice Rey (Archives contestataires, 004 MR série 4).
Intervention commune des groupe A, Z, et du Mouvement socialiste révolutionnaire à l'assemblée ouvrière du 8 avril. Les groupes A et Z sont des groupes dissidents du Parti du Travail genevois. Le groupe Z est à l'origine de la fondation du Centre de liaison politique (CLP).
Tract du vendredi du Groupe des animateurs de la VPOD Genève du 10 avril 1970 en soutien à la grève. La VPOD est le syndicat des services publics.
Nostro giornale: periodico del Gruppo di base della costruzione, n°3-4, ca. 1975 Ce numéro du journal du Groupe de base de la construction évoque (p. 10) une nouvelle grève sur le chantier de creusement de la gaine technique Saint-Jean Foretaille. L'article souligne que « La Murer est connue de la majeure partie d'entre nous parce que ce sont des ouvriers de la Murer qui ont initié la première grande lutte dans la construction à Genève. Les ouvriers de la Murer sont restés un symbole. Pour casser la combattivité ouvrière, la Murer a adopté, après cette grande lutte, toute une série de mesures pour reprendre le contrôle de la situation, en particulier l'importation de travailleurs yougoslaves, réputés imperméables à toute agitation externe. (... Mais) les camarades yougoslaves ont trouvé la voie eux-mêmes et ont envoyé foutre cette nouvelle manoeuvre du patron. »