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Les personnes qui peuvent être vaccinées mais ne le veulent pas, doivent payer elles-mêmes les frais d'hospitalisation et de traitement liés à une infection au Covid-19. Ce qui a été jusqu'à présent clairement refusé en Suisse, est maintenant mis en œuvre à Singapour. En Suisse, un professeur d'économie propose que les non-vaccinés devraient également payer eux-mêmes au moins une partie des frais d'hospitalisation. Politiquement, la question est délicate. Le gouvernement veut motiver la population à se faire vacciner, mais comment ?
Selon Mathias Wirth, spécialiste de l'éthique médicale de l'Université de Berne, il ne faut pas ruiner les gens en leur faisant payer eux-mêmes des frais d'hospitalisation exorbitants. «Les questions médicales doivent être strictement séparées de la question de la culpabilité». Bien sûr, certaines personnes ne se font pas vacciner pour des raisons incompréhensibles, dit Wirth. «Mais comment distinguer ce groupe de ceux qui ne se font pas vacciner par peur ? Ou ceux qui sont convaincus par des politiciens ou qui sont simplement influencés par leurs cercles sociaux ?» Ces personnes seraient coupables d'une manière très différente, mais il serait impossible de le vérifier.
La situation est explosive. Les hôpitaux sont une fois de plus confrontés à un nombre croissant de cas. Le personnel est à bout de souffle. Début octobre, 77% des Unités de soins intensifs (USI) suisses étaient occupées par des patients non vaccinés. Ces personnes ont toutes été testées positives au Coronavirus. Cependant, elles ne se trouvaient pas toujours dans l'USI uniquement à cause de l'infection. Elles avaient également d'autres raisons. C'est ce qu'explique l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) en se référant aux chiffres du système de surveillance des hôpitaux.
Que ce soit volontaire ou non, le traitement hospitalier du Covid-19 coûte cher. Selon la caisse d'assurance maladie CSS, les soins aigus pour les patients de Coronavirus coûtent en moyenne environ 20 300CHF. Un peu moins de la moitié, soit 45%, est prise en charge par l'assurance. Le reste est payé par le canton, c'est-à-dire par les citoyens. La réadaptation et la perte de revenus ne sont pas incluses dans ce chiffre.
Avec le temps, on constate une incompréhension croissante envers les personnes qui ne veulent pas se faire vacciner. C'est le cas en Allemagne où des médecins de haut rang réclament déjà publiquement le principe du pollueur-payeur. Jürgen Zastrow, responsable de la vaccination à Cologne, a déclaré à la chaîne de télévision allemande WDR: «Je voudrais que ceux qui décident de prendre des risques doivent ensuite les assumer.» La décision de refuser la vaccination n'est pas un risque lié à une maladie, mais à des choix de vie personnels, a-t-il déclaré. L'immunologiste de Hanovre Reinhold Förster est d'accord avec Zastrow. Il ajoute: «La proposition sera certainement discutée de manière très controversée, mais nous allons dans la bonne direction.»
A Singapour, le temps de la discussion est terminé. A partir du 8 décembre, le gouvernement ne couvrira plus les frais d'hospitalisation et de traitement des patients non vaccinés de Coronavirus. «Les personnes non vaccinées constituent actuellement la nette majorité des patients en soins intensifs et contribuent de manière disproportionnée à la charge qui pèse sur nos ressources sanitaires», peut-on lire dans la déclaration publiée par le ministère de la santé de Singapour en début de semaine.
Le taux de vaccination à Singapour est déjà de 85%, l'un des plus élevés au monde. Pourtant, le gouvernement en veut plus. «Nous devons envoyer un signal pour inciter chaque individu à se vacciner, s'il est en mesure de le faire», a déclaré le ministre de la Santé, Ong Ye Kung, lors d'une conférence de presse que l'on peut voir sur Yahoo News. Les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées pour des raisons de santé seraient prises en charge par l'Etat.
En Suisse, ce scénario est impensable. Il contredirait le principe de solidarité fondamental de la loi sur l'assurance maladie: Toute personne a droit à des soins de santé de base.
Les personnes non vaccinées devraient tout de même être invitées à payer, estime Marius Brülhart, professeur d'économie à Lausanne. Il propose de leur faire payer partiellement les frais de réadaptation et de perte de revenus. Il prend l'exemple de l'assurance-accidents pour les sportifs de l'extrême: si une personne fait du saut à l'élastique, de la boxe ou du quad, la LAA peut réduire ses prestations jusqu'à 50%.
Il devrait en être de même pour les personnes non vaccinées: «Dans ce cas, la société part du principe que la personne concernée prend consciemment un risque», explique Brülhart à SRF «News». L'économiste suggère: Tout comme les sportifs de l'extrême, les personnes non vaccinées pourraient souscrire une assurance complémentaire qui couvrirait le traitement d'une infection au Covid-19.
Selon cette logique, les autres patients ayant un comportement à risque, comme le tabagisme ou l'obésité, devraient-ils également être amenés à payer ? Selon les idées de Brülhart, non. «C'est différent pour les problèmes de dépendance que pour la vaccination. Les fumeurs, les alcooliques ou les anorexiques ne peuvent souvent pas décider du jour au lendemain de se sortir de leur situation.» Il en va autrement pour les personnes non vaccinées: «Se faire vacciner ou non est une décision libre et consciente.»
Le spécialiste de l'éthique médicale, Wirth, trouve la proposition de Brülhart complètement contre-productive. «C'est une mauvaise approche et vous proposez quelque chose de peu rationnel». Il est vrai que la pression de se faire vacciner serait renforcée par la répercussion d'une partie des coûts sur les non-vaccinés. «Mais si vous proposez une assurance complémentaire, vous encouragez les gens à ne pas se faire vacciner», explique Wirth.
Le spécialiste de l'éthique médicale manque toutefois de données empiriques. « En suivant cette approche, nous ne savons pas si davantage de personnes se laisseraient effectivement vacciner ou si elles ne tomberaient pas tout simplement en crise financière». Wirth constate également que la situation est explosive. Mais ni les mesures prises à Singapour ni la proposition de Brülhart ne sont raisonnables pour convaincre les gens de se faire vacciner, dit-il. «Il ne faut pas bousculer l'éthique de base de la médecine pour tous, surtout dans des situations de crises comme nous le vivons aujourd'hui».
Traduit de l'allemand par Nicolas Varin.
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