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Les Blancs ont des privilèges dont ils ne sont pas conscients, estime Reni Eddo-Lodge. L’essayiste de 33 ans a écrit son livre "Why I’m No Longer Talking to White People About Race" (en français: "Pourquoi je ne parle plus de racisme avec les Blancs") sur la base de son expérience en tant que femme noire née en Occident, entourée de Blancs. Elle réagit notamment à ce qu’elle appelle le "détachement émotionnel", soit l'incompréhension des Blancs quand elle parle du racisme systémique qui prévaut en Grande-Bretagne.
Dans son livre, elle évoque aussi ce souvenir d’une jeune enfant qui aimait les livres. "Après avoir lu tant de fictions dont les personnages principaux étaient blancs, j'en suis arrivée à la conclusion, eh bien, voilà ce que cela signifie d'être humain. Alors j’ai demandé à ma mère: quand est-ce que je vais devenir blanche? Elle m'a répondu, 'Non, cela ne va pas se passer… Comme tu es née noire, tu vas le rester'". Elle réalise alors pour la première fois qu'il y a une idée de ce que signifie être humain dans ce monde. "Et ce n'était pas moi. On était marginalisés. On était des personnages secondaires".
Le "privilège blanc"
Dans un des chapitres du livre, Reni Eddo-Lodge définit ce qu’elle appelle le "privilège blanc". A savoir, toutes les circonstances de la vie dans lesquelles "si vous n'êtes pas blancs, vous avez une grande probabilité d'avoir de moins bons résultats que vos homologues blancs". Cette discrimination systémique, les Blancs ne s'en rendent pas toujours compte. Le fait "qu’être blanc soit la norme" pose également problème, selon la Britannique.
Le racisme n'est pas seulement une question de préjugés personnels
On le voit notamment avec les réactions que suscitent l'idée de faire jouer le personnage de James Bond ou d’Hermione Granger, dans la saga Harry Potter, par des acteurs et actrices noires.
"Chaque fois que je monte une volée d'escaliers dans un bâtiment qui n'a pas d'ascenseur, je ne remarque même pas que ces personnes sont exclues", image-t-elle en référence aux personnes en situation de handicap. "Et je pense qu’on peut faire un parallèle avec la blancheur, non?", ajoute-t-elle. Pour Reni Eddo-Lodge, tout le monde a, ou peut avoir, des préjugés personnels, mais ce qui fonde le racisme, c'est d’avoir le pouvoir de les appliquer, de les faire subir concrètement à d’autres.
L'élection de Barack Obama, une "exception"
Par ailleurs, si l’élection de Barak Obama comme président des Etats-Unis ou plus récemment la nomination de Rishi Sunak comme Premier ministre britannique ont été perçues par certains comme le signe que l’on vivait désormais dans une société post-raciale, cela reste l'exception et non la norme, nuance l'essayiste.
"Il ne fait aucun doute que les élections de ces deux hommes ont été symboliques, mais aucun d'entre eux ne venait exactement des bidonvilles. Rishi Sunak a fait des études privées, est incroyablement riche et est un pilier de la classe supérieure britannique depuis des décennies. A tous les égards, il correspond très bien à l'image de l'establishment britannique. C'est juste qu'il n'est pas blanc. La trajectoire de Barack Obama n'est pas exactement la même, mais il a fini par fréquenter certaines des meilleures universités de son pays, et il était très bien établi. On doit admettre que ces personnes sont des exceptions".
A l'inverse, un autre événement a profondément marqué les esprits et suscité une prise de conscience: la mort de George Floyd en mai 2020, étouffé pendant près de dix minutes par un policier blanc. "C'était comme un choc électrique pour beaucoup de gens", se remémore-t-elle.
Responsabilité des acteurs politique
Pour la Britannique, la question qui se pose désormais est la suivante: "Les dirigeants politiques vont-ils vraiment répondre à cette vague de soutien afin de mettre en œuvre des politiques qui garantissent que les vies des Noirs comptent vraiment, que les vies des Noirs ne soient pas concentrées dans la pauvreté, que les vies des Noirs soient traitées équitablement dans l'emploi, l'éducation, les soins de santé, le logement?".
Cinq ans après la publication de son livre, vendu à un million d'exemplaires, une dernière question se pose: a-t-il eu un impact? C'est le cas sur les discussions autour du racisme, estime son auteur. "Le livre a piqué la curiosité de pas mal de personnes. Le mot 'pourquoi' dans le titre est comme une invitation. (...) Je pense qu'il a comblé le fossé de compréhension, en particulier pour certains lecteurs blancs, ce qui est une bonne chose. Car cela signifie que ces conversations deviennent moins pénibles pour les personnes qui ne sont pas blanches".
Propos recueillis par Patrick Chaboudez
Texte web: Hélène Krähenbühl