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François Maurice nous a quittés tout récemment. Né à Genève en 1925, il a effectué ses études à la Haute école d'architecture de Genève, caractérisée alors par un enseignement Beaux-Arts éclectique, dispensé par des personnalités comme Eugène Beaudouin et John Torcapel. Passionné de mécanique, amateur de voile et de voitures de course, il fait partie d’une génération « dorée » d’architectes qui est, de nos jours, pratiquement disparue : celle qui a commencé à exercer dans les années 1950, au moment où une nouvelle société porteuse d’espoir et de progrès prenait forme, tout étant à recréer après la Guerre.
La pratique architecturale de François Maurice a débuté de manière assez magistrale avec la patinoire des Vernets (1954-1958), un concours remporté avec Jean Duret, Albert Cingria et Pierre Tremblet, ingénieur, qui lui a permis de se confronter à « la tâche d’équipement ». Celle-ci va se poursuivre avec la piscine des Vernets (1956-1966, avec Jean-Pierre Dom), les deux objets dérivant d’un expressionnisme constructif vers une logique modulaire rigoureuse.
Le « voyage obligé » aux States, mais aussi les échanges avec les membres du Groupe 11, l’orientent presque naturellement vers l’architecture de Mies van der Rohe et de ses disciples. Cette inclinaison culturelle va se traduire par quelques objets genevois remarquables, comme le centre de voirie des Vernets (1964-1966, avec Jean-Pierre Dom), l’immeuble de la Fiduciaire Suisse à la rue d’Italie (1964-1967, avec Louis Parmelin) et la Chase Manhattan Bank (1969-1974, avec Louis Parmelin également).
Toute au long de sa carrière, il a été un bâtisseur, au sens miesien du terme, orienté vers l’esthétique de la construction. Sa volonté constante de « construire l’architecture » au service de l’homme s’est ainsi teintée de plusieurs valeurs : celle d’une pensée rationnelle critique, à travers une utilisation judicieuse des moyens et outils spécifiques à l’architecture ; celle d’une expérimentation technique aussi, tant dans les prototypes de villas du début de sa carrière que dans le chantier, mené dans un temps record, de l’immeuble « Les Ailes » (1956-1959, avec Jean-Pierre Dom et Jean Duret), exploitant ainsi les vertus de la préfabrication en béton.
Si l’image des immeubles administratifs construits par François Maurice et ses associés évoque le métal de Mies van der Rohe, sa passion pour l’art de bâtir l’amène également sur les rives de la maçonnerie modulaire, technique qui se développe fortement à Genève au tournant des années 1960. Elle s’affiche avec précision dans les façades rythmées de l’immeuble de la Société générale pour l’industrie (1962-1974, avec Jean-Pierre Dom et Louis Parmelin), où il reprend certains de ses thèmes de réflexion, comme le rapport au sol, le traitement de l’angle ou les proportions de l’élément unitaire constructif.
On ne pourrait conclure ce modeste hommage sans évoquer le récent projet de surélévation de l’immeuble de la Fédération des syndicats patronaux qu’il avait conçu et réalisé avec Jean-Pierre Dom entre 1959 et 1966. Sis sur les bords du Rhône, cet élégant bâtiment de bureaux aux structures porteuses affirmées a fait l’objet d’une restauration de son enveloppe et d’une réflexion sur l’ajout d’un niveau supplémentaire. À plus de quatre-vingt ans, François Maurice a ainsi accompagné pendant près de cinq années les architectes mandatés pour cette opération très réussie (2008-2013, avec Giorgio Bello et Aydan Yurdakul), faisant preuve de la même clairvoyance et du même enthousiasme qu’il a manifesté durant toute sa carrière professionnelle.