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BAR E 2200 Prag 1968/14/, 16. Dossier 74-7-15 Nestlé AG Prag/Entreprises 100% ou en partie suisses
Information Independent Commission of Experts Switzerland-Second World War (ICE) (UEK)
Info UEK/CIE/ICE ( deutsch français italiano english): ________________________
74-7-15
Dossier en relation étroite avec E 2001 (D) 3 volume 454 B.51.331.Tch (voirNdRech No 21914, mais s'étendant bien plus dans le temps. 2 phases : 1. Dès février 1943 la protection juridique des intérêts de Nestlé à Prague, cf. également la problématique fabrique de Hlinsko. 2. Dans un deuxième temps il s'agit de question de confiscation après la guerre. Avec énormément d'investissement de la part du DPF dans les 2 cas.
Le dossier commence par une lettre du DPF-DAE au Consulat général de Prague, dans laquelle les autorités bernoises prient le Consul de faire le nécessaire pour la protection des intérêts de Nestlé. Ayant eu à maintes reprises à s'en occuper, le DPF assure en effet que 90% du capital-actions est en mains suisses. Le dossier constitué par Nestlé Vevey avec des preuves pour établir le caractère suisse des intérêts participant à la "Nestlé Aktiengesellschaft für Erzeugung und Vertrieb von Nahrungsmitteln, Prag" manque malheureusement au dossier ici aussi.
Comme le mentionne la lettre du 17.9.1943 (Photocopie) de Nestlé Vevey au Consul Général, la grande majorité du capital-actions de la société de Prague est détenue par la "Deutsche AG für Nestlé Erzeugnisse", à titre d'intermédiaire uniquement, car les véritables propriétaires seraient les actionnaires de la Nestlé Holding Vevey, aux dires en tous les cas de cette dernière. Cette dernière néanmoins demande au Consulat de lui trouver un ressortissant suisse en Tchéquie pouvant représenter le paquet d'actions de la "Deutsche AG" lors de l'Assemblée générale de la société tchèque. Argument : apparence suisse aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur. Ce qui est toutefois étonnant est que, une fois de plus, le DPF, ici par l'entremise du consulat, accepte de se livrer à cette mascarade sans demander davantage d'informations. (En aurait-il déjà suffisamment?)
Le Consulat général propose les directeurs de la filiale de Maggi et de celle de Hoffmann-La Roche, respectivement Messieurs Dietiker et Arni.
Tout autre chose pour l'année 1943 : une seule notice du 22.10.1943 (Photocopie) qui donne quelques informations sur la production et surtout sur l'exportation. Il y a visiblement exportation vers l'Allemagne.
En septembre 1944 (Photocopie), Nestlé Holding Vevey s'adresse au DPF pour la sauvegarde de ses intérêts en Bohême-Moravie, Allemagne et Autriche. où elle dit avoir des société au caractère économique purement suisse. Le document est intéressant au niveau des détails qu'il livre sur les entreprises. Le DPF fait immédiatement le nécessaire en envoyant ses instructions aux représentations suisses des divers pays cités et en les priant de prendre toutes les dispositions qui s'imposent. Ce qui nous manque malheureusement toujours ce sont les fameux dossiers que prépare Nestlé Holding Vevey. Celui de la "Deutsche AG" n'est pas encore prêt, comme le dit Nestlé dans sa lettre.
Il est intéressant de constater que ces démarches de protection se font dans un premier temps pour sauvegarder ses intérêts suisses faces aux allemands. Dans un deuxième temps. il s'agit souvent de sauver les intétrêts suisses des confiscations et séquestrations opérées par les vainqueurs. Il s'agit donc de prouver la nationalité suisse les 2 fois, mais les circonstances ne sont pas du tout les même. Souvent, après la la guerre, on soupçonne les exploitations de Nestlé d'être d'influence allemande, tout particulièrement en Tchéquie, où la "Deutsche AG" est l'actionnaire majoritaire.
24.5.1945, J. Goessi a pris contact avec la "Wirschaftsgruppe Gross- & Aussenhandel" afin de lui prouver la nationalité entièrement suisse de son entreprise. Il est vrai que l'époque des règlements de compte est venue et que le gouvernement tchèque a passé avec la mission militaire russe un accord au sujet des entreprises à confisquer, démonter etc. Comme il le dit lui-même, il a écrit à cette autorité «um den rein schweizerischen Charakter unseres Unternehmens herauszustellen, ohne auf die näheren Einzelheiten weiter einzugehen.» On apprend toutefois 4 choses intéressantes :
La société a été fondée en 1935 avec un capital purement suisse et consitue donc une société purement helvétique. Les deux fabriques ont été créées avec l'aide de la "Nestlé and Anglo-Swiss Condensed Milk Co. Ltd, Vevey" (raison sociale modifiée en 1936) et tous les produits se fabriquent sous licence. Les chefs des exploitations sont des collaborateurs de longue date, de nationalité suisse et ont contribué à la création des deux fabriques. L'exploitation centrale de Prague, les fabriques de Hlinsko et Mährich-Kromau employèrent en tout 180 personnes, dont une seule allemande.
Dès 1946, Nestlé Holding Vevey s'adjoint les services d'un avocat tchèque qui entre en contact avec les autorités de son pays pour défendre les intérêts de Nestlé. Son courrier du 4.2.1946 (Photocopie) est très instructif sur la fondation de Nestlé Prague, les deux fabriques et surtout l'augmentation du capital-actions et le prêt pour la construction de Hlinsko, opérations auxquelles la Deutsche AG est mêlée de près. Intéressant aussi l'incorporation de la fabrique de Mährich-Kromau au territoire Sudètes dès octobre 1938 et la mainmise dès lors de la Deutsche AG. Ainsi qu'il ressort de cette lettre, les actionnaires suisses avaient racheté par la suite les actions que la Deutsche AG détenait à titre fiduciaire pour eux. Il s'agit donc à présent de faire approuver l'augmentation du capital de la participation suisse par la Banque Nationale Tchècoslovaque.
Au sujet du devenir de ses avoirs en Tchécoslovaquie à la fin de la guerre, Nestlé s'adresse encore et toujours au DPF, surtout que ce dernier est en passe d'entamer des négociations avec le gouvernement tchèque. Les bases seront un décret tchèque sur le sort de la propriété ennemie du 25.10.1945 ainsi que l'acte final de la Conférence de Paris sur les réparations du 09.11. - 21.12.1945. Nestlé écrit alors quelques mémoires sur la situation et rassemble autant d'arguments que faire se peut pour démontrer l'effet positif de son entreprise en Tchéquie. (Photocopies des documents de février et mars 1946)
L'avocat tchèque de Nestlé, Me Laznicka, est toujours bien actif en 1946 dans cette affaire de confiscation et essaie par diverses requêtes d'obtenir l'exemption pour Nestlé. (Photocopie juin 1946) Les autorités tchèques réclament d'ailleurs une attestation comme quoi la société est considérée comme économiquement suisse et non allemande.
En octobre 1947 pourtant, les choses semblent se gâter : Nestlé Prague va sans doute être confisquée et nationalisée (Photocopie). Même le DPF essaie demande à sa représentation à Prague de seconder autant que possible Me Laznicka dans ses démarches.
La nationalisation de la société Nestlé Prague finit par être annoncée en mars 1948.
Nestlé fait recours au Ministère de l'Alimentation de Tchécoslovaquie, prépare de gros dossiers, est soutenu par le DPF. J. Moos, directeur depuis la fin de la guerre, donne sa démission, ne pouvant assumer de devoir servir les intérêts de l'Etat communiste et en même temps ceux de Nestlé Vevey tant ils sont divergents. Nestlé de son côté fait pression en menaçant de supprimer les droits de fabrication, les marques sous licence, en un mot de mettre fin aux relations contractuelles qui la lient à Nestlé Prague.
Nationalisation décrétée dans la Feuille officielle le 16.7.1948. La Légation de suisse essaie d'intervenir une dernière fois.