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Un mot à l'étude: Le Repos
Texte tiré du "Berger d'Israël"
Les vacances sont certainement le meilleur moment pour s'interroger sur le sens de ce petit mot: "repos". J'ai commencé à écrire les premières lignes de cet article alors que la pluie violente m'obligeait à interrompre une promenade à peine entamée pendant un jour de congé. J'avais déjà rédigé quelques idées sur le sujet lorsque le sommeil me gagna rapidement!
Il me sembla tout naturel, en me réveillant, de poursuivre ma réflexion. C'était simple: on se repose lorsqu'on cesse une activité, un travail ayant en- traîné une certaine fatigue. C'est donc un retour au calme, à la tranquillité du corps ou de l'esprit après un temps d'agitation physique ou intérieure.
Il faut encore ajouter que la confiance est un facteur indispensable pour jouir d'un véritable repos qui devient alors source de paix. Nombreux sont ceux qui aujourd'hui recherchent ce repos par toutes sortes de pratiques plus ou moins spirituelles: yoga, méditations diverses etc... Mais que dit la Bible sur ce mot?
TU TE REPOSERAS !
En hébreu, plusieurs mots servent à exprimer la notion de repos. Nous nous pencherons particulièrement sur les deux principaux d'entre eux. La racine shavat signifie: cesser (un travail), se reposer. Nous connaissons bien son substantif, le "Shabat". Dans le livre de la Genèse, nous lisons: "Le septième jour, Dieu se reposa de toute l'oeuvre qu'il avait faite. Dieu bénit ce jour et le sanctifia (consacra, mis à part) car en jour il s'était reposé..." (Gen. 2:2). Nous lisons encore, dans le livre de l'Exode: "souviens-toi du jour du Shabat pour le sanctifier: tu travailleras six jours mais le septième jour, c'est le Shabat de I'ETERNEL ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui habite chez toi, car en six jours Dieu a fait le ciel, la terre et la mer et tout ce qui s'y trouve et il s'est reposé le septième jour. C'est pourquoi Dieu a béni et sanctifié ce jour..." (Ex. 20:11).
Le Shabat, septième jour de la semaine, est donc un jour de repos. Il est mis en rapport avec l'activité créatrice de Dieu déployée pendant les six jours précédants. Le Shabat nous rappelle que nous sommes dépendants du Créateur, que nous sommes appelés à nous reposer sur lui seul avec confiance en son amour. Ce jour-là, le peuple d'Israël devait demeurer dans le camp lorsqu'il était encore dans le désert du Sinaï (Ex. 16:29). Il ne devait ni ramasser de bois et faire du feu, ni porter, acheter ou vendre des marchandises (Nbre 15:32-36; Ex. 35:3; Jer. 17:21; Neh. 10:31-32). C'était un jour consacré à Dieu où tout le peuple devait se rassembler (Lév. 23:3), où chacun devait "humilier son âme" (Lév. 16:31). C'était le moment de faire le point, après une semaine écoulée, sur sa conduite envers les hommes, sur son obéissance et sa foi en Dieu. Les animaux se reposaient et les hommes tournaient leurs coeurs, repentants s'il était besoin, vers le Créateur.
Il existe même un commandement pour le repos de la terre: tous les sept ans, et tous les quarante-neuf ans, la terre était mise en jachère. Dans chacun de ces cas, pour les hommes comme pour les bêtes ou la terre, le repos est une source de renouvellement. Le Shabat hebdomadaire permet d'aborder la semaine avec une nouvelle énergie; c'est une source de créativité, un élément d'équilibre et de force pour notre activité pour Dieu dont on dépend chaque jour, pour les hommes que nous sommes appelés à aimer, pour le monde que nous sommes appelés à construire.
Le Shabat est également une évocation de la délivrance du peuple d'Israël de l'Egypte: "Tu te souviendras que tu as été esclave en Egypte et que l'ETERNEL ton Dieu t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c'est pourquoi l'ETERNEL t'a ordonné de célébrer le Shabat" (Deut. 5:12-15). Le Shabat devenait ainsi le signe que Dieu établissait, une distinction entre le peuple d'lsraël et les autres peuples, qu'il le consacrait pour son service. L'homme ou la femme qui profanait ce jour devait être mis à mort! (Ex. 31:13-14). Le repos était donc un ordre absolu en ce septième jour de la semaine!
REPOS DOUBLE !
Une seconde racine: noua'h: se reposer, repos, est fréquemment employée pour désigner le lieu du repos pour le peuple d'Israël: la terre promise. C'est aussi parfois le lieu de repos pour Dieu lui -même: le Tabernacle dans le désert, le Temple à Jérusalem. (Deut. 3:20 et 25:19; 2 Chr. 6:41)
Dans le livre de Josué, nous voyons que Dieu a "accordé au peuple d'Israël du repos dans le pays comme il l'avait promis à leurs pères" (Josué 21:44). Mais ce repos n'a pas duré et il a fallu le reconquérir à plusieurs reprises après des moments d'infidélité envers Dieu, d'oubli presque total de ses commandements.
L'idolâtrie, l'adoration des dieux fabriqués par la main ou l'imagination des hommes, fut l'une des principales causes d'agitation et d'insécurité. Elle représentait l'affront le plus direct envers Dieu: elle exprime, d'une certaine manière, la non-foi en Dieu, une non-foi en son amour pourtant infini. Les répits furent de courte durée.
David, le grand roi d'Israël, a connu l'un de ces temps de repos après de nombreuses guerres et une vie très agitée (2 Sam. 7 ). Mais Dieu lui avait déclaré: "iI te naîtra un fils qui sera un homme de repos, à qui je donnerai du repos en le délivrant de ses ennemis; Salomon sera son nom" (1 Chr. 22:9-11). Dans ce texte, le repos est associé à la paix, la sécurité données par Dieu. En hébreu, Salomon (Shlomo) signifie "sa paix". En effet, le royaume d'Israël ne fut jamais aussi paisible et prestigieux qu'au temps de Salomon. C'est enfin lui qui bâtit le Temple à Jérusalem, le lieu de repos pour l'ETERNEL, le Dieu d'Israël (2 Chr. 6:41).
Le mot noua'h ou menou'ha est utilisé pour évoquer le repos purement physique. Il est parfois associé dans ce sens avec "shavat": le jour du Shabat, les hommes et les bêtes avaient droit au repos. Mais cette racine sert également à désigner le repos intérieur, du coeur, de l'esprit.
David s'écrie, dans son chant: "mon âme, retourne à ton repos car l'ETERNEL t'a fait du bien" (Ps. 116:7). Il a également écrit le "psaume pour le jour du Shabat" où il proclame sa confiance au Dieu fidèle jour et nuit envers ses créatures. Le repos physique et le repos intérieur sont souvent associés: Naomi, s'adressant à ses belles-filles, leur souhaite de trouver du repos, avec l'aide de Dieu, dans la maison d'un mari" (Ruth 1:9). Dans ces textes, le repos est lié au réconfort donné par Dieu ou par un homme digne de confiance.
L'étude de ces deux mots révèle donc les deux principaux aspects du repos, physique et intérieur. Le repos est donc bien à la fois cessation de travail et réconfort intérieur basé sur la confiance, source de sérénité, de tranquillité et de paix. Mais nous devons nous interroger maintenant sur le moyen d 'obtenir ce repos nécessaire à tout notre être.
SHABAT - SHALOM !
Nous reviendrons maintenant sur deux exemples illustrant l'utilisation des racines shavat et noua'h. C'est dans le désert, au cours du chemin allant d'Egypte au Sinaï, que le peuple d'Israël dut apprendre à faire confiance à son Créateur. Ce fut d'abord pour échapper aux Egyptiens devant la Mer Rouge, puis pour ne pas mourir de faim ou de soif dans le désert, que chacun dut apprendre à compter sur le Tout-Puissant, à se reposer entièrement sur lui.
Lorsque les provisions furent épuisées, Dieu envoya la manne, une nourriture miraculeusement abondante pour nourrir tout un peuple. Le sixième jour de Ia semaine, le peuple ramassa une double quantité de manne. Les enfants d'Israël interrogèrent Moïse sur ce changement soudain. Moïse déclara de la part de Dieu que le septième jour serait chômé: il était inutile, et même interdit, d'aller recueillir la manne ce jour-là. Quelques incrédules sortirent quand même le lendemain mais ils ne trouvèrent rien.
Le don de la manne avait une portée pédagogique: il devait permettre au peuple d'Israël d'apprendre à respecter le repos donné et institué par Dieu, à dépendre de son Créateur, à lui faire confiance, en un mot: à l'aimer, de tout son coeur. Or le peuple, dans sa presque totalité, n'eut qu'une confiance limitée en Dieu.
A l'approche de la terre de Canaan, promise avec le repos à la clé, la foi disparut des coeurs. "Ils ont un coeur qui s'égare, ils ne connaissent pas mes voies, j'ai juré dans ma colère: ils n'entreront pas dans mon repos" (Ps. 95:11 ). Ces paroles du psaume évoquant des événements douloureux (voir Ps. 78 et 106) sont citées par l'auteur de la lettre aux hébreux qui ajoute: "ils ne purent y entrer à cause de leur incrédulité " (Héb. 3:19 et Nbre 14:11). L'incrédulité, la non-foi en Dieu, le manque de confiance en l'amour du Créateur nous empêchent d'accéder au repos qu'il veut nous donner. C'est donc par la foi en l'ETERNEL que nous pouvons recevoir le repos.
Un autre exemple nous aidera à mieux comprendre comment saisir ce repos. A la naissance de Noé, ses parents dirent: "Celui-ci nous consolera de la fatigue de nos durs travaux manuels sur le sol que Dieu a maudit" (Gen. 5:29). Ils font un jeu de mots sur la racine noua'h dont le nom Noé (Noa'h) est issu.
Ici le repos est associé à la consolation qui compense la fatigue occasionnée par le travail rendu pénible depuis la faute dans le jardin d'Eden. En effet, au commencement, I'homme et la femme avaient un travail à accomplir: "cultiver et garder le jardin dans lequel Dieu les avait placés" (Gen. 2:15). Il faut évacuer de notre pensée l'image classique et peu biblique d'un couple aux allures un peu mièvres sur lequel les arbres se penchent pour donner leurs fruits. Mais l'homme et la femme ont décidé de trouver en eux-mêmes le discernement de ce qui est bien ou mal. Ils ont écarté Dieu qui était pourtant le seul à pouvoir leur montrer. Ils ont délibérément choisi, incités et abusés par le Tentateur, d'être leur propre point de référence, leur propre finalité, d'être en fin de compte leur propre dieu.
Depuis, l'homme est sans cesse agité, troublé. Comme Moïse il cherche un lieu de repos; comme David, il aspire à la paix du coeur, la paix avec Dieu, le réconfort, la Paix de Dieu: une plénitude qui remplit l'être tout entier, Shalom.
LE VRAI REPOS
Noé préfigurait, déjà lors de sa naissance, la venue d'un consolateur plus grand que lui, d'un homme de repos plus puissant dans la paix que Salomon, d'un nouvel Adam en qui nous pourrions avoir le vrai repos.
"Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos" (Mat. 11:28-29). Yeshoua, Jésus le Messie, nous fait cette invitation car il est mort à notre place. Le "châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui" comme l'avait annoncé le prophète Esaïe (Es. 53:5)
II a porté nos fautes qui sont la principale cause de trouble pour tout notre être et pour la société des hommes. Il a accompli l'oeuvre, le travail que nous ne pouvions pas faire: notre rachat. Il a anéanti la mort, ultime échéance de notre travail rendu pénible par la faute et source de notre angoisse majeure.
Yeshoua le Messie fut, dans notre monde, l'amour de Dieu incarné pour satisfaire sa justice bafouée par notre rébellion sans cesse entretenue. En cela, il est Vérité, Chemin de vie et de paix; car chacun sait que la connaissance de la vérité procure le repos.
Cessons donc de vouloir accomplir nos propres oeuvres pour obtenir la faveur, Ia consolation de Dieu. Mettons plutôt notre foi en l'oeuvre accomplie par Dieu lui-même en la personne de Jésus le Messie : sa mort sur la croix et son retour à la vie sont les seules sources de réconfort où nous pouvons trouver le pardon, la sécurité, le véritable repos du coeur. Il n'est peut-être pas évident que nous trouvions toujours le repos du corps sur cette terre où Jésus n'avait "pas même un endroit où reposer se tête" (Mat. 8:20).
Certains disciples furent persécutés au cours des siècles et le sont encore aujourd'hui dans plusieurs pays; mais personne n'a pu leur arracher le repos du coeur obtenu par leur simple foi en l'oeuvre de Jésus, en Dieu leur libérateur d'un esclavage plus terrible encore que celui de l'Egypte. L'esclavage du péché nous pousse à nous opposer aux commandements de Dieu, à l'amour que nous devons à notre Créateur et envers les hommes. Mais le réconfort éternel nous est maintenant accessible grâce au seul "Dieu juste et qui sauve..."
Il reste néanmoins vrai que Dieu nous procure aussi le repos du corps. Jésus a parfois invité ses disciples à se reposer, à se mettre à l'écart du bruit et de la foule pour être renouvelés, rafraîchis après une activité intense (Marc 6:31 ). Nous pouvons mettre à part un jour de Ia semaine, le samedi ou un autre jour (Rom. 14:5; Col. 2:16) pour nous reposer, nous consacrer peut-être à une activité spirituelle, pour faire le point devant Dieu, pour nous détendre également, seul ou en famille.
UN REPOS VIGILANT
Il nous faut préciser encore que le peuple d'Israël, une fois installé et reposé dans le pays promis, devait prendre garde de ne pas oublier son bienfaiteur, même dans l'abondance (Deut. 8). La paix est un fruit de l'Esprit de Dieu venu habiter, reposer dans nos coeurs (comme dans le Temple à Jérusalem) lorsque nous avons cru en Jésus le Messie. Ce repos du coeur nous renouvelle, nous régénère pour une vie active pour Dieu.
Mais nous devons rester vigilants dans notre repos! Il nous est souvent rappelé de veiller en tous temps, de garder nos esprits en alerte face aux dangers de négligence ou d'apathie spirituelles qui nous guettent constamment.
Dans le jardin de Gethsémané, les disciples se reposaient au moment où il ne fallait pas! Le jour du Shabat, Jésus a enseigné à la synagogue, guéri des malades, fait du bien à tous ceux qui venaient l'entendre et le voir. Le repos doit nous permettre d'aimer Dieu et nos semblables, d'être à notre tour une source de repos, de réconfort. Tel est le sens du Shabat institué par le Créateur. Alors, un repos éternel, un Shabat céleste est réservé à ceux qui auront persévéré dans le repos et le service divins.
Entrons donc dès maintenant dans le repos offert par le Prince de la Paix à quiconque souffre de l'agitation car "c'est dans le retour à Dieu et le repos que sera votre salut, c'est dans le calme et la confiance que sera votre force !" (Es.30:15).
Frédéric Baudin