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La Commission Bergier publie, ce vendredi, une nouvelle étude, cette fois sur la politique de la Suisse envers les Tsiganes durant la période nazie. Un rapport qui met en évidence l'attitude très restrictive des autorités de l'époque.
Ce nouveau texte est en fait un supplément à l'épais rapport sur l'ensemble de la politique des réfugiés menée par la Suisse avant et durant la Seconde Guerre mondiale. Un rapport livré il y a presque un an par la Commission dirigée par le professeur Jean-François Bergier et qui a déjà fait couler beaucoup d'encre.
Cette fois, il s'agit du sort d'un groupe particulier, qui, longtemps, n'a pas retenu l'attention des chercheurs ou du public: les Tsiganes. Mais une fois de plus, la Commission, composée d'historiens suisses et étrangers, n'épargne pas les autorités de l'époque.
Leur pratique, explique le rapport, «veillait à tenir à l'écart du territoire suisse les Roms, les Sinti et les Jenisch, qu'ils soient étrangers, apatrides ou Suisses, sans avoir examiné les mesures concrètes de persécution dont ces personnes étaient menacées». Et sans prendre en considération le fait qu'elles étaient en danger de mort, en particulier pour celles qui furent renvoyées en Allemagne.
L'attitude de la Suisse peut donc se résumer ainsi: le rejet, plutôt que l'asile. Un comportement dont le rapport retrouve les premiers fondements au début du siècle. Si bien que, dans les années 30, toute une politique répressive et discriminatoire était déjà bien en place à l'encontre des Tsiganes, en Suisse.
Parmi les Gens du voyage, ceux qui étaient étrangers ou apatrides étaient internés, «identifiés», puis renvoyés. Ceux qui étaient Suisses étaient victimes d'un processus d'assimilation, de sédentarisation forcées.
Dès 1926, «L'Oeuvre d'entraide pour les enfants de la route», créée par Pro Juventute, a ainsi arraché les enfants tsiganes à leurs parents, pour les placer dans des familles d'accueil ou des institutions spécialisées.
Une attitude de rejet que la Suisse a conservé durant la période nazie. Et cela, malgré les persécutions croissantes et, en fin de compte, le génocide dont ont été victimes les Tsiganes.
«Les recherches de la Commission n'ont mis en évidence aucun élément indiquant que les autorités suisses aient pris, à cette époque, leurs distances par rapport au principe du rejet», conclut la Commission.
La prudence de la formulation peut étonner. Mais elle s'explique par l'insuffisance des sources disponibles. Ce qui oblige les historiens à mettre en avant des cas particuliers, des histoires personnelles.
A défaut d'une vue d'ensemble bien documentée, ils sont finalement incapables de répondre à ces simples questions: combien de Tsiganes ont cherché l'asile en Suisse et combien ont été renvoyés?
Pierre Gobet