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Un pas de plus vers une séparation politique: les députés du parlement de Crimée ont aujourd’hui déclaré la Crimée indépendante. La Crimée doit voter dimanche prochain sur son rattachement à la Fédération de Russie. Rappelons que les nouvelles autorités de Kiev considèrent ce référendum comme illégal.
Les députés du parlement de Crimée contredisent les propos de Kiev:
«Leur texte invoque la Charte des Nations unies et «toute une série d'autres documents internationaux établissant le droit des peuples à l'autodétermination», ainsi que l'avis rendu par la Cour internationale de justice le 22 juillet 2010, selon lequel «la proclamation unilatérale d'indépendance par une partie d'un État ne viole aucune norme du droit international».
Si l’Union Européenne a reconnu la légitimité de la destitution de Ianoukovitch, le pouvoir russe considère au contraire qu’elle est illégale. Ni la presse ni les politiciens occidentaux ne semblent d’ailleurs se poser de question sur la légalité de cette destitution. Elle est pourtant d’importance car la légitimité du nouveau pouvoir en dépend.
Les milices fascistes qui ont participé au coup de force vont-elles bénéficier des milliards que l’UE a promis à Kiev? La question est brûlante car avec plus de moyens ces milices pourraient étendre leur influence.
On peut s’étonner de ce qu’une région membre d’un Etat puisse décider unilatéralement de faire sécession. Mais ici la décision est soutenue par la Russie et l’on imagine mal l’Ukraine entrant en guerre contre son voisin. Il est permis de penser que l’exemple de la Crimée soit invoqué ultérieurement pas les autres régions de l’est. La partition du pays n’est pas exclue.
Elle serait fondée en raison des populations russophones et attachées culturellement à la Russie. Elle le serait aussi en raison de l’Histoire. L’Ukraine et la Russie sont en effet un seul territoire lors de sa fondation par les Varègues au IXe siècle. Après de nombreuses modifications de territoire, après avoir presque disparu à cause de l’invasion tataro-mongole qui brûlèrent les principales villes et massacrèrent leurs population, elle renaît sous le nom de Moscovie pour devenir ensuite l’Empire russe. Cet empire inclut l’actuelle Ukraine.
Russie actuelle et Ukraine sont donc très étroitement liés par l’Histoire, la culture, la religion, la langue et la convergence d’intérêts.
Le désir d’Europe d’une partie de l’Ukraine, tel qu’exprimé aujourd’hui, est d’autant plus récent que la Russie, bien qu’éloignée de la France, est une nation européenne et l’a toujours été, autant que les nations d’Europe du nord. Catherine II fit venir des savants et colons allemands pour moderniser le pays. On parlait français à la cour de Russie et l’on s’y enthousiasmait pour les philosophes des Lumières.
«Au début du XIXe siècle, la langue française était bien répandue parmi les nobles russes, qui la maîtrisaient admirablement. C'était bien la norme de parler français en famille, avec ses enfants, de s'écrire en français et même de déclarer son amour. Cette étape de l'épanouissement de la langue est reflétée dans le roman du célèbre écrivain russe Léon Tolstoï, Guerre et Paix. Un personnage de son roman dit que « même étant né en Russie, il pense en français », car le français représentait pour lui non seulement la manière de parler mais aussi celle de penser. La culture française a pénétré les âmes des nobles russes. Plusieurs grands écrivains russes créaient leurs œuvres en deux langues à la fois: en russe et en français, qui était presque leur langue maternelle, puisqu'ils la parlaient dès leur première enfance. Il était autrefois de bon ton, à la cour impériale de Russie et dans l'élite culturelle et scientifique du pays, d'utiliser le français comme langue véhiculaire.»
La situation en Ukraine ne va pas se résoudre simplement par le fait d’entériner le coup de force à composante fasciste ni en versant des euros aux ukrainiens - euros que les membres de l’UE verront s’en aller probablement à perte sans grand plaisir, quand l'expansion de l'UE a posé et pose encore de nombreux problèmes économiques non solutionnés, comme la disparité des fiscalités et des niveaux industriels - donc de productivité et de ressources.