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Vingt ans après avoir vaincu l'Annapurna, le premier 8000 mètres conquis par l'homme, Maurice Herzog raconte cette aventure, en 1970, en présence d'un groupe de jeunes et de Bernard Pichon.
Il commente en direct le film tourné par Marcel Ichac lors de cette expédition à la fois victorieuse et tragique, puisque Maurice Herzog et Louis Lachenal en reviendront très diminués, phalanges et doigts de pieds largement amputés. Cette victoire du 3 juin 1950, inscrite dans l'histoire de l'héroïsme de l'après-guerre, fit toutefois polémique, certains spécialistes doutant de sa véracité. Mais ceux qui participèrent à cette expédition n'eurent guère le droit de s'exprimer sur ce sujet.
Reste que le récit et les images de cette épopée sont impressionnants, et l'élégant Maurice Herzog à la hauteur du mythe héroïque qu'il s'est forgé dès sa rentrée en France, au détriment de son camarade de cordée Louis Lachenal.
Le 3 juin 1950, les alpinistes français Maurice Herzog (né en 1919) et Louis Lachenal atteignent le sommet de l’Annapurna (Himalaya), qui culmine à 8091 mètres. C’est la première fois que des hommes parviennent à se hisser à plus de 8000 mètres. L’expédition française, dirigée par Herzog, répondait à un fort besoin d’introniser des héros français, après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale.
Résistant, pilote d’avion, alpiniste, Maurice Herzog avait parfaitement le profil de ce type de héros. Mais l’expédition, préparée à la hâte, se termine mal. La mousson précoce rattrape l’expédition et abat sur elle des tempêtes de neige et un froid mordant.
Herzog et Lachenal tente un assaut final vers le sommet, depuis le camp de base 5. Ils en reviennent gravement gelés aux mains et aux pieds, affirmant être allés au sommet.
La photo d’Herzog, qui fit le tour du monde, n’en apporte pourtant pas la preuve formelle.
La retraite est pénible: les deux héros ne peuvent plus marcher, et doivent être portés à dos d’homme ou sur des brancards.
De retour à Paris, Maurice Herzog publie très rapidement son livre Annapurna, premier 8000 (1951), qui raconte une version des faits contestée par une partie de ses camarades, et mise en doute par certains spécialistes de la haute montagne. Le film de Marcel Ichac, Victoire sur l’Annapurna, commenté par Herzog, rencontre un grand succès, mais ne lève pas le doute sur la réalité de l’exploit, puisque le dernier assaut n’a pas pu être filmé.
Plus que ce doute sur la réalité de l’exploit, c’est aussi la personnalité de Maurice Herzog qui dérange dans le milieu des guides. Consacré héros de la patrie, nommé ministre de la jeunesse et des sports, député, maire de Chamonix, Herzog voit non sans plaisir les honneurs pleuvoir sur lui, tandis que son camarade de cordée Louis Lachenal, réduit au silence, ne peut faire entendre sa version des faits: les membres de l’expédition avaient tous abandonné par contrat leurs droits de publication de leurs souvenirs.
En 2012, sa fille Félicité Herzog publie Un héros (Grasset), « roman » en forme de confession qui égratigne sévèrement l’image de héros que son père avait passé son temps à créer et entretenir depuis son exploit.
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Journaliste: Bernard Pichon