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Depuis quand travailles-tu pour QUATRE PATTES en Asie et en quoi consiste ton travail?
Je travaille pour QUATRE PATTES en Asie depuis 2017 et je suis responsable pour les programmes d’aide aux animaux de compagnie et aux animaux errants en Asie du Sud-Est. Je dirige notre programme de partenariats en Asie du Sud-Est, qui mène des opérations de castration et de sauvetage au Cambodge, en Thaïlande, en Indonésie et au Vietnam en coopération avec des organisations caritatives locales. Je gère également toutes nos activités dans le cadre de la lutte contre le commerce de la viande de chien et de chat dans la région, y compris les enquêtes et le lobbying politique.
Comment se déroule une journée type ?
Chaque jour est vraiment très différent. Certains jours, je participe à des missions d’aide aux animaux errants ou de sauvetage et à des enquêtes sur le commerce de la viande canine. D'autres jours, moins passionnants, je rencontre les autorités locales, je rédige des rapports (plus particulièrement sur le commerce de la viande de chien et de chat) et je développe des stratégies locales pour traiter toutes les questions assez importantes de bien-être animal.
Quand et comment avez-vous entendu parler de l'abattoir où Happy a été trouvé ?
C'était au cours de notre première enquête sur le commerce de la viande canine au Cambodge, fin 2018, que nous avons appris l'existence de différents abattoirs qui livraient de la viande crue aux restaurants de viande canine à Phnom Penh. Il y a plus de 100 restaurants de viande canine à Phnom Penh et en interrogeant les propriétaires, nous avons appris que la plupart d'entre eux sont approvisionnés par 2 ou 3 grands abattoirs.
Quelles étaient vos intentions lorsque vous avez décidé de visiter ces abattoirs en compagnie d'autres membres de QUATRE PATTES ?
Nous voulions obtenir des images et en savoir plus sur ce qui se passait dans ces abattoirs. Nous sommes donc partis avec des caméras cachées pour voir quelles informations nous pourrions recueillir.
Comment t’es-tu sentie en y arrivant ? Comment décrirais-tu l'endroit ?
Cet abattoir ressemblait à une scène d'un film d'horreur. Lorsque nous sommes arrivés là-bas, nous avons été submergés par la puanteur due à l'urine et aux excréments et par le bruit des chiens qui gémissaient et, pour certains, s'attaquaient mutuellement par peur. Les chiens étaient entassés dans des cages métalliques, probablement depuis plusieurs jours. Ils étaient assis et semblaient attendre leur sort, qui était d’être noyés dans une fosse d'eau puante et trouble. Les chiens étaient terrifiés et nos collaborateurs étaient dévastés par ces scènes. C'était à tel point accablant qu'un membre de l'équipe a dû quitter les lieux et se retirer dans la voiture. C'était tout simplement insoutenable.
Comment s'est déroulé le dialogue avec le patron de l'abattoir?
Cela a été incroyablement difficile, surtout parce qu'il n'existe aucune législation au Cambodge en ce qui concerne le commerce de la viande de chien (mais nous y travaillons !). Pendant que nous étions là, le personnel a commencé à préparer la fosse et à rajouter de l'eau. Nous savions qu'il fallait agir vite ! Le propriétaire n'était pas enchanté de notre présence sur place et nous avons dû cacher notre matériel de tournage. Nous avons discuté pendant près d'une heure avant d’être enfin autorisés à emmener les deux chiots avec nous.
Pourquoi avez-vous précisément choisi ces deux chiens ?
Nous avons choisi Happy parce que nous avons supposé qu'il devait s’agir d’un jeune chien en raison de sa petite taille et de son comportement. Il gémissait et nous avions vraiment le sentiment qu'il nous suppliait de l'emmener avec nous. Nous ne pouvions pas le laisser là. En dehors de Happy, nous avons également emmené le chien Lion, qui semblait plus renfermé sur le plan émotionnel. Mais il était évident pour nous qu'il avait déjà été l'animal de compagnie de quelqu'un et qu'il avait probablement été volé. Nous étions persuadés que nous pourrions facilement lui trouver un foyer après sa guérison.
Comment les chiens se sont-ils comportés quand vous les avez emmenés ? Vous ont-ils rapidement fait confiance ?
Lion était en état de choc. Happy était tout simplement extrêmement épuisé, probablement à cause des heures passées à gémir et à aboyer. Lorsque nous sommes montés dans la voiture, notre équipe l'a enveloppé dans une couverture douillette et il s'est rapidement endormi dans nos bras.
Comment vous êtes-vous sentis lorsque vous êtes remontés dans la voiture ?
Nous étions extrêmement soulagés d’avoir pu sauver les deux chiots.
Quel est le plus grand défi dans le combat contre le commerce de la viande de chien et de chat ?
L'un des plus grands défis réside dans l'ampleur même de ce commerce, qui est vraiment impressionnante. Dans l'abattoir où nous avons trouvé Happy, par exemple, plus de 100 chiens sont tués chaque jour de la manière la plus horrible qui soit. Et ce n'est qu'un abattoir parmi tant d'autres. Plus de 10 millions de chiens et de chats sont abattus chaque année. C’est très difficile de motiver les gouvernements à considérer cette situation comme un véritable problème et à y remédier.
Quelle est la meilleure stratégie selon toi pour lutter contre le commerce de la viande de chien et de chat ?
Nous privilégions une stratégie complexe sur plusieurs niveaux, comprenant un lobbying politique efficace en faveur d’un changement et l’élaboration d’une législation contre le commerce, combinée au sauvetage des animaux concernés, et ce pour à la fois sauver des vies et pouvoir raconter leur histoire. Un des plus puissants leviers permettant un changement est la santé publique. Le commerce de la viande de chien est un vecteur important pour la propagation de la rage. Les pays de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) se sont engagés à éliminer la rage d'ici 2030, mais cela ne pourra jamais se faire tant que le commerce de la viande canine existera. D’ailleurs, comme nous l'avons vu récemment avec la propagation du coronavirus, les marchés d'animaux vivants contribuent grandement à la propagation et à la transmission de nouvelles maladies. Par conséquent, nous pouvons invoquer la santé publique pour inciter les gouvernements à interdire ce commerce.