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Depuis quelques années, un phénomène nouveau se profile avec une insistance toujours plus forte: la commémoration insistante du souvenir d'artistes, d'acteurs et autres virtuoses, dès l'annonce de leur mort.
Le hasard a voulu que la mort de trois monstres sacrés du cinéma soit presque concomittante: Serrault, Atonioni et Bergmann. Même si les deux derniers dépassent et de loin le premier.
Qu' l'on ne se méprenne guère: j'ai adoré le premier et m'incline respectueusement devant le talent cinématographique des deux derniers. Mais je dois relever que même le creux de l'été n'explique pas convenablement cet engouement post mortem. Certes, ces hommes nous ont aidé à vivre des moments merveilleux, ont incarné certaines de nos joies et de nos peines, les ont même rendues esthétiques au sens philosophique du terme. Mais tout de même…
Autre chose: durant l'Antiquité, au Moyen Age, à la Renaissance ou à l'époque moderne, on ne saluait pas de manière aussi bruyante le départ d'hommes illustres ou célèbres. Sovrate, Platon, Aristote, Alexandre le Grand, Maimonide, Averroès, Dante, Saint Thomas, Albert le Grand, Spinoza, Kant, tous ces hommes que nous lisons encore n'eurent pas de telles manifestations. et pourtant ils les auraient méritées.
Nous vivons peut-être une autre époque: au lieu de demander au cours d'un dîner à sa charmante voisine : avez vous lu ce livre on dit plutôt avez vous vu tel film?
Voila bien la preuve de la primeur de l'audio-visuel sur l'écrit.