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"Jair Bolsonaro est entré en guerre contre tout le monde"
Depuis le début de l'année, l'ampleur des feux de forêt au Brésil a atteint un record en près de 10 ans. Rien qu'en Amazonie, l'équivalent de la moitié du territoire suisse a été dévasté. Au-delà du drame écologique, c'est une crise diplomatique qui a éclaté entre Brasilia et Paris.
"Bolsonaro a fait preuve de bêtise", commente le professeur Marc Hufty, invité dans Géopolitis. "Sa première bêtise a été de nier le problème, nier le fait que l'Amazonie est en train de brûler", dit-il. "Une autre bêtise est d'être entré en guerre contre tout le monde, les ONG, les environnementalistes, les Indiens, la communauté internationale. Ce n'est pas très habile de sa part."
Bolsonaro a fait preuve de bêtise.
Dès le début de son mandat, Jair Bolsonaro s’est prononcé en faveur de l'exploitation minière et forestière en Amazonie, même en zones protégées. Il ne cache pas ses ambitions d'accroître les rendements du territoire, qui représente la moitié du Brésil, mais qui ne pèse pas lourd dans le PIB national - seulement 10%. Sur ce point, le président peut compter sur ses alliés de la bancada ruralista, puissant lobby de l'agrobusiness au Brésil.
"Les références de Bolsonaro, qui est un ancien capitaine de l'armée, sont celles des années 60, de l'époque de la dictature militaire, l'idée que l'Amazonie est à nous, et qu'on va s'en servir comme le wild west pour développer le Brésil", poursuit Marc Hufty. "Ce n'est plus possible aujourd'hui d'utiliser de tels arguments. L'Amazonie doit être comprise dans un écosystème global, qui est celui de la Terre."
Droit d'ingérence écologique
Une Amazonie qui doit être considérée comme un patrimoine commun de l'humanité, c'est aussi l'avis du président français. Emmanuel Macron préconise même un contrôle international du territoire. Inconcevable pour Jair Bolsonaro, qui dénonce une volonté d'ingérence et défend le principe de souveraineté nationale. Le Brésil l'a d'ailleurs réaffirmé lors de la signature le 7 septembre dernier du pacte de Leticia en Colombie, où sept des neuf pays amazoniens se sont engagés à mieux protéger la région.
>> Territoires sous protection en Amazonie:
Plus de coopération sera-t-il suffisant? Aujourd'hui, environ la moitié du bassin amazonien est déjà sous protection: des zones protégées par les États eux-mêmes, des territoires officiellement reconnus comme terres indigènes et des réserves de biosphères inscrites à l'UNESCO. Et pourtant, ces territoires n'échappent pas à la déforestation. Et même s'ils étaient entièrement préservés, "l'Amazonie est une peau de léopard", relève Marc Hufty. "Toute une partie n'est pas protégée. Si vous la détruisez, vous détruisez l'ensemble de l'écosystème".
Faudrait-il alors mettre en oeuvre un droit d'ingérence écologique, à l'image du droit d'ingérence humanitaire? Dans les années 90, Mikhaïl Gorbatchev imaginait même un contingent spécial de Casques verts des Nations unies. Mais l'idée a fait long feu.
Mélanie Ohayon
Publié le 21 septembre 2019 à 09:21 - Modifié le 21 septembre 2019 à 09:21
L'Amazonie, un écosystème unique au monde
C'est un territoire de 6,7 millions de km2 – grand comme 12 fois la France – mais peuplé de 34 millions d’habitants seulement, et traversé par le plus long fleuve au monde, l’Amazone et ses milliers d’affluents.
Le bassin amazonien abrite la plus grande forêt tropicale du monde. On y retrouve une biodiversité exceptionnelle, qui concentre 10% de toutes les espèces animales et végétales de la planète.