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Le maintien du particularisme jurassien
Un group ethnique ne peut prétendre conserver son particularisme que s'il est lui-même décidé à le défendre. C'est le cas de la minorité jurassienne au sein du canton de BE. D'autre part les autorités cantonales ont déjà manifesté à réitérées reprises leur volonté de conserver au Jura et à sa population leur particularisme. "Contrairement à certains dires et aux thèses répandues notamment par la propagande séparatistes", écrivait alors entre autres le Conseil Exécutif" le canton de BE n'a aucun intérêt à ce que le Jura perde son caractère romand. Nul ne saurait non plus désirer raisonnablement que l'influence culturelle ou politique du Jura faiblisse au sein du canton de Berne tient, bien au contraire, à l'autonomie culturelle des populations de langue française du Jura. Il est hautement intéressé à ce que celui-ci soit économiquement prospère et politiquement conscient de sa valeur. Mais il appartient au Jura de faire ce qui dépend de lui pour créer les conditions de cette "affirmation". Ce que le canton tout entier peut faire pour l'aider dans cette tâche, il veut le faire et le fera, tout en se conformant pleinement aux principes de droit constitutionnel qui répondent à l'histoire et satisfont aux nécessités vitales d'un Etat démocratique".
Dans le sens de cette déclaration, l'existence du peuple jurassien a été reconnue constitutionnellement le 29 octobre 1950. D'après l'examen de la statistique démographique, le Jura se développe de façon réjouissance et l'accroissement de sa population comparé à d'autres parties du canton de BE n'est dépassé que dans le Seeland, en raison de l'influence particulière de la ville de Bienne. Face à une évolution aussi positive, peut-on parler d'un "étouffement" du Jura ?
Au point de vue linguistique également, la statistique révèle que la part de la population allemande dans les districts romands du Jura a diminué de 6,5% de 1888 à 1950, cependant que durant le même laps de temps la population romande augmentait de plus de 15%.
Dans le cadre des mesures propres à encourager le particularisme jurassien, on peut citer l'aide cantonale apportée aux associations culturelles du Jura, ainsi 10'000 francs par année à l'Institut jurassien des sciences, des lettres et des arts, 10'000 francs aussi au musée jurassien à Delémont et 13'000 francs à la Société jurassienne d'émulation.
L'autorisation a été donnée de hisser les couleurs jurassiennes sur les bâtiments officiels du Jura, aux côtés des drapeaux suisse et bernois, ainsi que de ceux des districts et des communes. Il va sans dire que l'emblème de l'Etat de Berne n'est pas touché à cette mesure, les armoiries cantonales s'appliquent à l'ensemble du canton. Le canton de Berne fournit également une aide substantielle en vue de la conservation des monuments historiques jurassiens. (Ainsi pour la restauration de l'ancienne abbatiale de Bellelay 338'000 fr., pour celle de la Collégiale de St.-Ursanne 400'000 fr. et pour l'église des Jésuites à Porrentruy 930'000.-fr. ont été versés.)
Le canton de Berne subventionne également les associations de patoisants jurassiens ainsi que le Glossaire des cantons romands. Il exige de même que sa minorité d'expression française soit présentée dans les grandes associations culturelles de la Suisse romande, notamment à la radio, à l'orchestre de la Suisse romande, à la Conférence des directeurs romands de l'instruction publique, etc. Finalement, il convient aussi de relever à ce sujet le retour à Porrentruy des archives de l'Ancien Evêché, par quoi l'on a également répondu aux désirs particuliers du Jura.
Il ressort nettement de tout ce que nous venons de dire ici qu'il est faux de prétendre que le particularisme jurassien est menacé dans le canton de BE comme on a pu l'entendre récemment dans un congrès de l'Ethnie français tenu à l'étranger et précédemment déjà dans certaines publications. Au contraire, vu sous l'angle politique, économique et culturel le Jura dispose de toutes les garanties nécessaires à son maintien et à son libre développement. Il bénéficie grandement de ces garanties et en fait bon usage. La vie quotidienne jurassienne, caractérisée par cette liberté et cette vigueur intellectuelle, le démontre amplement.

Rapport du Conseil Exécutif sur L'évolution des relations du ct. De Berne avec le Jura
(Chancellerie de l'Etat 1964)