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Le caté, une spécialité fribourgeoise
Les effectifs catéchistes s'érodent dans les classes. Certaines voix s'élèvent contre cette pratique ancrée dans la Constitution. Enquête.
Les effectifs catéchistes s'érodent dans les classes. Certaines voix s'élèvent contre cette pratique ancrée dans la Constitution. Enquête.
Si vous êtes parent d'un élève de primaire, vous avez sans doute reçu récemment un papier à remplir sur les cours de catéchisme: vous devez indiquer si votre enfant va suivre cet enseignement religieux - catholique ou réformé -, ou non. C'est facultatif. De quoi vous surprendre si vous avez grandi dans un autre canton: cet enseignement est une spécificité fribourgeoise, unique en Suisse romande. Dès la 3H, la grille horaire scolaire contient une période (50 minutes) de catéchisme par semaine.
La pratique est inscrite noire sur blanc dans la nouvelle Constitution fribourgeoise, débattue au début des années 2000 et adoptée par le peuple en 2004. Ces cours sont donnés par des catéchistes employés par les Eglises ou communautés religieuses reconnues par le canton de Fribourg. Il y en a trois: catholiques, protestants réformés, et communauté juive. En pratique, en raison du nombre d'élèves concernés, il y a seulement du catéchisme catholique ou réformé.
Actuellement, 60% des élèves de primaire suivent ces cours de catéchisme facultatifs. Sans surprise : 83% sont catholiques, 17% protestants. Globalement, c'est en Sarine que ces enseignements religieux sont le moins suivis, tandis que dans la Broye, la Glâne, la Veveyse et la Gruyère, plus de 54% des enfants suivent cette éducation. C'est ce qui ressort des données que le canton avait fournies en 2020, en réponse à des députés qui l'avaient interpellé sur le sujet.
Mais derrière cette moyenne, les réalités sont diverses. "On voit qu'il y a des classes où quasiment tous les élèves vont au catéchisme, d'autres où c'est moins de la moitié", relève Martine Jaillet, directrice du cercle scolaire Avry-Matran. Les effectifs varient d'une classe à l'autre, changent selon la diversité culturelle d'une école, son emplacement en zone rurale ou urbaine, ou encore le moment de la scolarité: l'année de la première communion attire ainsi souvent davantage d'enfants catholiques.
Depuis des années, les effectifs s'érodent. Enseignants et catéchistes sont unanimes, même si la baisse est difficile à chiffrer, sans statistiques officielles. Mais plusieurs enseignants expliquent qu'il y a une vingtaine d'années, environ 90% des élèves de primaire suivaient ces cours, les enfants qui en étaient dispensés faisaient figure d'exception, tandis qu'aujourd'hui, ce n'est pas rare que la moitié d'une classe y soit étrangère.
Cette situation reflète aussi l'évolution sociétale, le nombre de croyants ne cessant de diminuer en Suisse. Ainsi, entre 2014 et 2019, la part des Suisses qui déclare croire en Dieu ou en une force supérieure est passée de 46 à 40%, selon le Département de l'intérieur. Dans ce contexte, le catéchisme a-t-il toujours sa place dans la grille scolaire?
Aujourd'hui, des enseignants s'interrogent. "On aurait tellement besoin de cette heure pour faire autre chose!", confient ainsi plusieurs professeurs à RadioFr. Pour faire quoi? Réponse: "De l'informatique" pour répondre aux nouvelles exigences, "des heures supplémentaires en maths ou en français, parce que le programme d'étude romand est extrêmement chargé", ou encore "pour pouvoir consacrer ce créneau à des projets pédagogiques, sur le vivre ensemble."
Certains enseignants pointent également une inégalité entre confessions, puisque selon les règles actuelles, contrairement aux catholiques ou aux protestants, les enfants musulmans doivent faire l'effort d'aller suivre ces temps d'éveil religieux sur leur temps de congé. Enfin, certains fonctionnaires pointent un casse-tête organisationnel: il faut déterminer des horaires compatibles avec les disponibilités des catéchistes, parfois restreintes, ou alors regrouper les élèves protestants de plusieurs classes afin de trouver une horaire commun.
Malgré ces doutes, ou ces difficultés, les enseignants que RadioFr. a interrogés, même dubitatifs, sont clairs. "C'est ancré dans les coutumes, et dans la loi scolaire, alors bien sûr, on respecte les règles, et ça se passe souvent très bien! Il n'y a pas de tension." De leur côté, certains catéchistes défendent aussi le statut quo. "Ce système nous permet de toucher davantage d'enfants, même si cela nous demande de bien former les catéchistes, et d'avoir des exigences élevées", assure Nicole Awaiss, responsable du service de formation de l'Eglise évangélique réformée du canton de Fribourg.
"C'est une chance que l'on offre aux enfants chrétiens de pouvoir connaître leur religion. Pas forcément pour en faire de bons petits réformés, qui vont au culte chaque semaine, mais pour qu'ils puissent devenir des citoyens responsables et être conscientes de leurs choix comme citoyens réformés", poursuit-elle. "Car on leur propose de mieux connaître ce que dit l'Eglise. Cela peut aider à lutter contre les fanatismes ou les extrémismes."
Pour donner ces cours d'enseignement religieux, il y a, côté catholique, 280 catéchistes dans les écoles francophones du canton et, côté protestant, une cinquantaine de catéchistes.