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Une ancienne étudiante de l'UNIGE entre au gouvernement chilien
Ancienne étudiante de l'UNIGE et actuellement professeure de droit à l'Université du Chili, Paulina Veloso vient d'être nommée Secrétaire générale de la Présidence du Chili, par la nouvelle présidente Michelle Bachelet. Ce n'est pas la première fois qu'une ancienne étudiante ou étudiant de l'Université accède à de hautes fonctions. Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Koffi Annan, secrétaire général de l'ONU, ont tous deux passé par les bancs d'études de la cité de Calvin.
Paulina Veloso a toutefois une autre distinction qui la relie à Genève, puisque son époux n'était autre qu'Alexei Jaccard, également ancien étudiant de l'UNIGE, qui figure parmi les disparus de la dictature du général Pinochet. Un auditoire d'Uni Mail a d'ailleurs été nommé en sa mémoire. Alors que l'Université a de quoi se réjouir de la nomination de Paulina Veloso, c'est aussi l'occasion d'évoquer brièvement cette période pas si lointaine où la Suisse, et Genève en particulier, abritait de nombreux opposants au régime militaire en place au Chili et en Argentine.
Les liens entre la Suisse et le Chili ont toujours été importants, de nombreux Suisses ayant émigré dans ce pays d'Amérique latine au siècle dernier. C'est donc naturellement que la Suisse a accueilli de nombreux opposants à la dictature chilienne durant les années 1970.
Alexei, dont la famille est originaire du canton de Vaud, a 21 ans et se trouve au Chili au moment du coup d'état de Pinochet, le 11 septembre 1973. Il est arrêté et torturé, puis relâché trois mois plus tard, faute de charge contre lui. En mars 1974, il se rend en Argentine et obtient un passeport suisse avec lequel il rejoint Lausanne, puis l'Université de Genève où il reprend ses études.
Absent au rendez-vous
C'est à cette époque que Paulina Veloso le rejoint en Suisse. Ils se marient en janvier 1976. Mais en mars de la même année, un coup d'état, en Argentine cette fois, constitue une nouvelle menace pour la famille d'Alexei, réfugiée dans ce dernier pays. La France est prête à les accepter et Alexei se rend donc à Paris pour les accueillir. Mais personne n'est là. Les autorités n'ont pas d'explication. Alexei décide de se rendre lui-même sur place en Argentine. Il projette également d'aller trouver son père resté malade au Chili.
Alexei part depuis Milan et arrive à Buenos Aires le 15 mai 1977. Avec son beau-frère, il organise le départ de sa famille en France. Ils doivent se retrouver tous le 17 mai. Mais Alexei ne viendra pas au rendez-vous. Sa famille ne le reverra plus jamais.
Le 3 juin 1977, Paulina Veloso, qui habite alors le Lignon, reçoit un mystérieux appel l'informant que son mari a été séquestré. Elle informe le Département des affaires étrangères, qui dépêche un diplomate suisse en poste à Buenos Aires. Celui-ci apprend qu'Alexei a bien été arrêté par l'état argentin le 17 mai.
Les témoignages recueillis depuis ont permis de savoir qu'Alexei avait été arrêté dans la rue et transféré à l'Ecole mécanique de l'armée de Buenos Aires.
Après ces pages sombres de l'histoire, la nomination de Paulina Veloso symbolise un nouveau départ pour le Chili et l'Amérique latine.

"L'Auditoire des Droits de l'Homme en mémoire d'Alexei Jaccard" a été inauguré en même temps que la deuxième étape de construction d'Uni Mail, en novembre 1999. Le Grand Conseil genevois justifiait cette attribution en relevant "l'importance de Genève en tant que cité internationale et ville des droits de l'homme", de même que "le rôle de l'Université en matière d'éducation et de sensibilisation à l'humanisme et aux droits de la personne". La motion indiquait aussi que ce geste visait à marquer la solidarité de Genève avec les familles de "disparus", à marquer une condamnation de cette pratique répressive et à s'élever contre l'impunité dont jouissent ceux qui s'y livrent.
2006