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Montre-moi ton museau, et je te dirai qui tu es
Deux de nos espèces de musaraignes indigènes sont fortement liées à l’eau. On les trouve dans les zones humides, les marais, les berges des ruisseaux et les forêts humides. Alors que la musaraigne aquatique (Neomys fodiens) capture ses proies principalement en plongeant et peut même coloniser les cours d'eau à fort courant, la musaraigne de Miller (Neomys milleri) chasse le plus souvent des invertébrés comme des escargots, des coléoptères ou des vers en dehors des cours d'eau et elle évite les ruisseaux et les rivières à fort courant.
En raison de leur utilisation particulière de l'habitat, ces deux espèces sont considérées comme de bons indicateurs de cours d'eau intacts avec des rives naturelles, d’une eau de bonne qualité et une grande richesse en proies. L'assèchement des marais, l'aménagement des berges et l'exploitation hydroélectrique ont entraîné la disparition de quantité de leurs habitats préférés. Les deux espèces profitent donc de la revitalisation des cours d'eau, d'un entretien adapté de la végétation des rives et des zones marécageuses, ainsi que d'une réduction de l'utilisation des pesticides.
Jusqu'à présent, seules les détections génétiques et les caractéristiques crâniennes permettaient de distinguer avec certitude les deux espèces ; ainsi peu d'informations sur leur répartition ont été réunies. De nouvelles connaissances issues d'une étude de Geiger et Vinciguerra (2023) montrent toutefois qu'une caractéristique faciale peut aider à distinguer les deux espèces et ainsi combler les lacunes de connaissances. Alors que chez la musaraigne de Miller, le masque facial sombre englobe la commissure des lèvres, une ligne relativement large de fourrure claire se trouve généralement entre la commissure des lèvres et le masque facial chez la musaraigne aquatique. Comme l'utilisation de pièges photographiques pour la détection non invasive de petits mammifères a pris plus d'importance ces dernières années, cette caractéristique peut fortement contribuer à en savoir plus sur les exigences en matière d'habitat de ces deux espèces et ainsi à mieux les protéger.