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La jeune concierge
Genovieva 10e épisode
– Encore une page traduite! s'exclame Genovieva en poussant un soupir.
– Déjà fatiguée? s'étonne le gardien qui la surveille constamment.
– Oh, non! Ce n'est pas encore le soir! répond la jeune fille en glissant une nouvelle feuille dans la vieille machine à écrire.
Eclairée par une faible lampe, à longueur de journée elle travaille à cette table. On lui a fourni un dictionnaire, avec un livre en anglais. Pour le directeur de l'établissement, elle doit le traduire et le dactylographier en roumain.
A nouveau, la jeune fille est penchée sur le texte. Mais elle ne le voit pas. Ses pensées sont ailleurs.
– Quatre mois que je suis là, sans nouvelles des miens. Et nous sommes en décembre. Passer Noël en famille... Ah, que ce serait beau! Ils n'ont probablement pas l'autorisation de me faire une visite, ni même de m'écrire. Mais ils ne m'oublient pas, j'en suis sûre, et le Seigneur non plus. Il a promis d'être fidèle.
Tandis que Genovieva réfléchit, soudain un texte de la Bible lui revient en mémoire: "Moi, je suis pauvre et dans le besoin, mais le Seigneur pense à moi." Oh, qu'il lui fait du bien, ce dernier verset du Psaume 40!
– Je ne sais pas comment Dieu s'occupe de moi, se répète-t-elle, mais je sais qu'il le fait.
Elle a raison. Déjà des chrétiens d'un pays de l'Ouest sont au courant de sa situation. Sans motifs, on retient cette jeune fille comme en prison dans cet hôpital. Il faut que cela se sache, et que des protestations s'élèvent.
Un beau matin, sans la moindre explication, on dit à Genovieva qu'elle peut rentrer chez elle. Bien sûr, il n'est plus question du fameux certificat qu'elle était venue chercher là. Mais peu importe, elle est libre. Noël à la maison... quel précieux cadeau!
Après toutes ces aventures, Genovieva se retrouve dans les mêmes conditions qu'auparavant: sans travail, dans un pays qui punit les gens désœuvrés!
– N'auriez-vous pas une tâche à me confier? demande-t-elle aux responsables de son église. Ils se concertent, puis reviennent avec une proposition:
– Et si nous te chargions des nettoyages de l'église. Serais-tu d'accord?
– Bien sûr, avec joie!
– Alors nous t'engageons! Nous allons te remettre un papier signé. Ce sera ton "contrat de travail". Tu assumeras cette tâche pendant quatre heures chaque jour. Tu ouvriras et fermeras les portes. Tu auras le souci de l'accueil...
Serait-il humiliant de passer d'une activité universitaire à celle de concierge? Pas pour Genovieva, si heureuse à présent. Quand elle prend le balai, elle ne peut s'empêcher de penser au jeune Samuel. Dans le temple, Elie ne lui avait-il pas confié un peu la même tâche?
Chaque jour, à pied, Genovieva se rend donc à l'église. Un parcours de cinq kilomètres, pour l'aller comme pour le retour. Mais elle a enfin une activité. Bien vite cependant surgit un nouveau problème. Si le contrat de travail protège Genovieva quand elle est à l'église, il n'a pas de valeur en cas de contrôle de police quand elle est en chemin. Ne devrait-elle pas envisager de loger dans l'église?
Non, ce n'est pas possible: dans ces locaux, il n'y a ni lit, ni cabinet de toilette. Installer quelque chose pour la jeune concierge? Exclu! Si la police découvrait les preuves que quelqu'un habite là, elle pourrait faire fermer ce lieu de culte. Le risque est trop grand. Mais alors, quelle solution trouver?
– Eh bien, je dormirai sur un banc! décide la jeune fille qui sait se contenter de peu de chose.
Les premières nuits, son nouveau "lit" est bien dur. Essayez de vous étendre sur votre parquet pour trouver le sommeil! Et cette "chambre à coucher" est un peu grande pour une jeune fille toute seule. Mais elle devra bien s'y faire...
Dormir sur un banc pendant une semaine, un mois, une année, qui de nous le ferait? Genovieva va passer là sept années de sa vie! Et quand les nuits seront très froides? Alors Genovieva grelottera. Pour couverture, elle n'aura que la nappe de la table. Parmi tous ses amis, n'y a-t-il donc personne qui pourrait lui prêter au moins un duvet? Bien sûr que certains lui rendraient volontiers ce service. Mais si les policiers font irruption dans ce lieu de culte, ils ne doivent trouver aucun indice permettant de conclure qu'on y loge quelqu'un. Sinon...
Ce soir d'hiver, depuis longtemps déjà la ville est plongée dans l'obscurité.
Voici un lieu de culte. La porte en est fermée à clé. Que s'y passe-t-il donc à cette heure tardive? – Absolument rien! dira-t-on
– En êtes-vous si sûr? Pénétrons-y ensemble, et regardons...
Par terre, cachée derrière la table du prédicateur, une bougie brûle, silencieuse. Seule source de lumière et d'un peu de chaleur, elle éclaire discrètement les pages d'une Bible. Genovieva est à l'écoute de Dieu. Ne la dérangeons pas!
Un peu plus tard, elle soufflera la bougie. Alors, dans le froid et la nuit, longtemps Genovieva parlera à son Dieu.
C'est dans ce lieu secret qu'une solide vocation missionnaire va se forger, en vue d'une vie toujours plus utile pour Dieu.
Texte: Samuel Grandjean