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Monsieur le Général Comte Menabrea,
Sénateur du Royaume d'Italie
&c. &c. à Florence1
Zurich, le 7 Novembre 1872
Monsieur le Général et très-honoré collègue
J'ai bien reçu votre estimée lettre du 3 Ct, et je vous remercie des obligeantes communications qui y sont contenues, ainsi que de la peine que vous prenez pour vider une question qui me semblait devoir être déjà résolue.
En vue d'aplanir les difficultés, vous faites deux propositions. L'une, de créer une inspection spéciale des travaux du tunnel, et de nommer à ce poste l'un des dépositaires des expériences du Mont-Cenis, soit (M.M. Grattoni et Borelli étant hors cause pour les raisons que vous indiquez) M. Copello. L'autre proposition serait que la Compagnie du Gothard confiât aux dits dépositaires, c. à d. à une société Borelli-Copello, les tunnels secondaires de la ligne.
En ce qui concerne la première de ces propositions il ne vous échappera pas, très-honoré collègue, que d'après la lettre et l'esprit du Traité international, l'inspection permanente des travaux du Gothard appartient à la Suisse. Par suite de cela, le Conseil fédéral a nommé un Inspecteur permanent en la personne de M. l'Ingénieur Koller. Quant à la nomination d'un Inspecteur par la Société du Gothard, | il existe déjà, pour l'inspection supérieure, l'Ingénieur en chef de la Compagnie, homme dont les hautes capacités sont généralement reconnues. Nommer, en outre, un second Inspecteur supérieur pour les travaux du Tunnel, me paraîtrait non-seulement une offense faite à l'Ingénieur en chef, mais une source de collisions continuelles et inévitables. D'ailleurs, comme d'après l'Art 5 de la Convention du 7 Août 1872 avec M. Favre, ce dernier est entièrement libre d'employer pour l'exécution du tunnel les moyens qu'il juge les plus convenables, un Inspecteur spécial n'aurait pas un champ d'action bien étendu, et par conséquent pas une position bien satisfaisante, puisqu'il ne pourrait, sans sortir des termes de la Convention, prescrira à M. Favre rien d'essentiel. La meilleure preuve, du reste, que M. Favre agit avec prudence dans le choix des moyens à employer, et avant tout, qu'il ne compte pas laisser inutilisée l'expérience acquise au Mont-Cenis, c'est que – comme vous me le dites et ce que j'ignorais, – il veut se servir, au moins pour les commencements, , de la dernière invention de M. Sommeiller.
Quant au second moyen proposé, il me paraîtrait tout-à-fait inadmissible, surtout pour l'Italie; car si l'on y avait recours et que l'on concédât comme privilège à la société Borelli-Copello l'entreprise des tunnels secondaires, il deviendrait alors par trop évident, comme d'ailleurs vous le reconnaissez vous-même, qu'il s'agissait seulement ici de satisfaire | des intérêts privés, qui n'ont rien de commun avec ceux du pays.
Je ne doute pas, qu'après avoir pesé ces motifs, vous ne sentiez vous-même l'inadmissibilité de tels arrangements.
Agréez, Monsieur le Général et très-honoré collègue, l'expression de la haute considération de
Votre tout dévoué