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C'est alors qu'intervient Francis Ford Coppola. Le producteur Robert Evans le supplie de le sortir de ce mauvais pas. Après l'échec de "Coup de Cœur", Coppola est couvert de dettes. Ses Studios Zoetrope sont vendus aux enchères et sa maison en Californie est hypothéquée. Il accepte donc et s'attaque au scénario.
Dans les notes de production du film, Coppola précise: "Evans avait découvert un livre de Jim Haskins consacré au Cotton Club. Il s'agissait d'une évocation illustrée informée, stimulante, mais émaillée d'erreurs historiques. Evans me lança un SOS me demandant innocemment si je connaissais un bon "script doctor". Je lui rétorquais que je ne connaissais pas de meilleur script doctor que moi-même et lui demandais de m'envoyer son texte".
Coppola n'y trouve rien de valable et s'engage à produire quelque chose en deux semaines à condition d'avoir toute la documentation nécessaire. Evans lui envoie une bonne soixantaine de livres de référence. Aidé de William Kennedy, un journaliste, romancier et historien, Coppola dramatise cette masse de données historiques et la traduit en fiction. Ils choisissent de changer le nom de certains personnages réels et d'en garder d'autres.
Quelques libertés historiques sont prises également. Par exemple, les formations de musiciens mixtes ayant été interdites jusqu'en 1938, on voit mal comment un trompettiste blanc aurait pu jouer un rôle de premier plan dans un club où les musiciens étaient noirs exclusivement. Mais cela fait avancer l'histoire.
Coppola soumet son premier scénario au producteur qui déteste. Coppola retravaille son scénario et accepte même de réaliser le film. En contrepartie, il exige désormais d'avoir les mains libres. Il impose ses techniciens, engage Diane Lane pour le principal rôle féminin, et Fred Gwynne pour jouer Frenchie, un des gangsters. Evans s'oppose. Coppola menace de partir. Il gagne.
On engage Richard Gere et un acteur fabuleux: Gregory Hines, un vrai danseur de claquettes qui a tenu la vedette dans "Sophisticated Ladies", un show de Broadway sur la musique de Duke Ellington.
Gregory Hines joue Delbert "Sandman" Williams dans "Cotton Club". [Photo12.com - Collection Cinema / Photo12 via AFP]
Au cours des répétitions, Coppola, fidèle à ses méthodes, encourage ses comédiens à improviser de nouvelles répliques qui sont progressivement intégrées au scénario en collaboration avec William Kennedy.
"Cette musique me passionne, dit Coppola: ce fut la première raison qui m'incita à réaliser ce film. La seconde est que l'action se situe entre la fin de la Première Guerre mondiale et la grande dépression économique des années trente dans un contexte social très particulier, où interfèrent des idéologies de servitude et de tolérance. La salle interdite aux Noirs, la scène interdite aux Blancs. Richard Gere, musicien blanc, a été pour moi la métaphore de la servitude. Cela dit, j'ai pris un plaisir grandissant à tourner cet ouvrage parce que j'ai de plus en plus aimé ses interprètes".
Richard Gere et Diane Lane dans le film "The Cotton Club". [Archives du 7eme Art / Photo12 via AFP]