Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07031.jsonl.gz/1188

En quoi consiste l’ultracyclisme et comment arrivez-vous à enchaîner autant de kilomètres?
L’ultracyclisme est une discipline qui comporte des courses de 1000 à 5000 kilomètres non-stop. Il est interdit de s'abriter dans le sillage d'un autre cycliste et le chronomètre ne s'arrête jamais: les concurrents peuvent gérer leur temps de repos comme ils le souhaitent, sauf que les pauses font partie du temps de course. Nous roulons jour et nuit et sommes accompagnés par une équipe d'assistance 24 heures sur 24. Le parcours n’est pas fermé à la circulation et nous devons respecter le code de la route. Je suis fascinée par ce qu'un être humain est capable de faire quand la tête et le corps travaillent bien ensemble. En ultradistance, l'entraînement est individuel mais la compétition devient un sport d'équipe. Je ne suis rien sans mon équipe d'assistance.
Vous travaillez à temps plein dans un bureau d'architecture. À quoi ressemblent vos journées? Avez-vous encore du temps pour la famille, les amis ou des hobbys?
En semaine je me lève à 1h30 pour ma première séance d'entraînement. Je travaille ensuite au bureau de 5h à 16h, avant ma deuxième séance d'entraînement. Je me couche vers 19h. Le week-end je fais de longues séances d'entraînement. Je totalise quarante à cinquante heures d'entraînement par semaine.
Quel est votre temps de sommeil pendant la phase d’entraînement?
Je dors environ six heures en semaine, et le week-end je fais attention à dormir huit à onze heures par nuit.
En course, vous ne dormez pratiquement pas. Comment vous entraînez-vous?
On ne peut pas s'entraîner à la privation de sommeil. Je suis cependant convaincue qu’on est capable de passer plusieurs jours en dormant très peu, c'est une question d'attitude mentale. Je sais que c'est une restriction provisoire, avec une durée prévisible. Je m'y prépare donc déjà plusieurs semaines avant la course.
Lors de la Race Across America, vous parcourez 5000 kilomètres avec 50’000 mètres de dénivelé à des températures comprises entre 0 et 50 degrés. Comment de telles performances sont-elles possibles?
Derrière mes succès constants, il y a des années d’entraînement sous la conduite et la surveillance de professionnels. Rien n'est laissé au hasard. Il faut trouver la bonne combinaison entre effort et récupération, tout comme le bon équilibre entre les différentes composantes que sont l'endurance et la force.
Où puisez-vous cette motivation qui vous permet de vous investir dans un entraînement tellement exigeant et des compétitions aussi éprouvantes?
Ma passion pour l'ultracyclisme est ma motivation. Même après 17 ans de pratique, je suis toujours aussi fascinée par ce que je peux accomplir quand le physique et le mental sont en osmose totale. L’un ne peut rien sans l'autre, et ensemble ils produisent des performances inimaginables. L'entraînement n'est pas toujours une partie de plaisir, loin de là. Je reste focalisée sur mon objectif et je sais pour quoi je m'entraîne. Je quitte ma zone de confort en gardant toujours le contrôle. Dans le droit fil de ma devise simplement faire (#einfachMACHEN).
Qu'est-ce qui est le plus important à l'entraînement et en compétition, les jambes ou la tête?
L’un ne va pas sans l'autre, c'est l’interaction entre le corps et la tête qui décide du succès ou de l'échec. Le mental est souvent décisif pour l'entraînement. Est-ce que je suis prête à me lever à 1h30 du matin et à m’entraîner? À repousser mes limites et à effectuer des entraînements qui sont en dehors de ma zone de confort? Alors là, oui, je peux préparer mon corps aux exigences de la course.
Une équipe d'assistance vous accompagne toujours lors des courses de plusieurs jours. Quel est le rôle de chacun des membres et combien sont-ils?
L'entraînement est un sport individuel, mais les courses sont un sport d'équipe. Selon le cas, neuf à onze personnes m’accompagnent 24 heures sur 24. Trois sont responsables du camping-car où les membres de l'équipe se reposent et se restaurent à tour de rôle. Deux équipages de trois personnes se relaient dans la voiture suiveuse. La nuit je dois rouler dans ses phares, sinon je risque une pénalité de temps.
L’équipe me guide par radio, me ravitaille et me motive. C'est à elle que revient toute la responsabilité logistique. Pendant la course je ne décide plus de rien. Ni de la façon dont je m'alimente, ni des micro-siestes et des pauses sommeil. Ce sont des paramètres que je ne suis pas capable de gérer moi-même sur la durée d'une course d'un seul tenant. Je dois donc pouvoir me fier à 100% à l’équipe. Elle est mon assurance vie pendant la course. Elle me soutient en outre lors de la préparation et me décharge de tout ce qui est annexe. Lors d'une saison où je participe à deux ultracourses, je suis en fait une petite entreprise de 25 à 30 personnes.
Sur le plan médical, vous vous faites suivre par le Dr Patric Gross, médecin répondant du Medbase Sports Medical Center Winterthur Brunngasse. Que vous apporte-t-il en particulier?
Patric Gross joue un rôle essentiel – à la fois pendant ma préparation et pendant les courses. Il est en permanence à la disposition de mon équipe pour répondre à toutes questions éventuelles. Les paramètres sanguins sont mesurés régulièrement et je ne m'entraîne pas à fond sans avoir le feu vert. Il me conseille en outre dans la sélection des médicaments à emporter pour les cas d'urgence en course – fort heureusement je n'en ai encore jamais eu besoin. Il est extrêmement rassurant de pouvoir compter sur une personne de confiance, compétente, pour toutes les questions de santé qui peuvent se poser. Les courses sont toujours le temps fort de la saison, sur lequel toute l'équipe se mobilise. Nous réussissons ensemble. Les membres de l'équipe sont tous aussi importants les uns que les autres et ont une part égale dans le succès.
Quel est votre prochain grand objectif?
Je devrais pouvoir participer enfin en 2022 à ma troisième Race Across America. Je veux écrire l’histoire. Si tout se déroule comme prévu, je voudrais courir six semaines plus tard la RACAS qui propose un tour de la République tchèque et de la Slovaquie sur 3600 kilomètres et 36’000 kilomètres de dénivelé.