Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07064.jsonl.gz/1365

Melanie Phillips
À mesure que le scandale d’Oxfam prend de l’ampleur, des questions se posent sur le rôle de la Charity Commission (Commission de contrôle des œuvres de bienfaisance). Tout cela s’est passé sous son nez. À quoi bon un organisme de contrôle, s’il ne contrôle pas correctement?
En 2011, Oxfam a fait part à la Commission d’une enquête interne sur des allégations de mauvaise conduite de la part d’employés d’ONG à Haïti. Elle a déclaré que cela concernait "les comportements sexuels inappropriés, les brimades, le harcèlement et l’intimidation du personnel", ajoutant qu’il n’y avait eu "aucune allégation ou preuve d’abus à l’encontre de bénéficiaires" ni de crimes contre des mineurs.
La commission a été dupée. Nous savons maintenant que le rapport interne d’Oxfam disait que les membres du personnel ont utilisé les bénéficiaires comme des prostituées, dont certaines étaient peut-être mineures.
Il est vrai que, dans son rapport de décembre dernier, la Commission notaient des comportements qui ne correspondaient pas à la "culture et aux valeurs" d’Oxfam. Mais elles s’est contentée de demander aux organismes de bienfaisance de changer d’attitude à l’égard de tels problèmes. Pourtant elle recevait environ 1 000 signalements par an concernant les mesure de protection et les abus sexuels.
Les œuvres de bienfaisance sont censés signaler tout abus et être "franches et complètes avec l’organisme de contrôle". Cependant, comme leur souci primordial est de ne pas effrayer les donateurs, elles ont de bonnes raisons de ne pas être franches et complètes.
En 2011, la commission avait déjà la réputation d’être molle et incurablement partiale en faveur des œuvres de bienfaisance qu’elle était censée contrôle. Son président, William Shawcross, nommé en 2012, a tenté d’y remédier.
Il a fait appel à des personnes extérieures au milieu caritatif et a multiplié par plus de dix le recours aux enquêtes, obtenant des améliorations significatives.
Néanmoins, il subsiste une "culture du déni" dans les milieux de l’aide. Cela est sans doute alimenté par l’idée selon laquelle le secteur caritatif est intrinsèquement digne et moral puisqu’il fait le bien.
Cette croyance selon laquelle les travailleurs humanitaires se trouve sur un plan moral plus élevé que le reste de l’humanité sert à les défendre contre des allégations, même fondées, selon lesquelles l’argent est souvent mal dépensé.
Ainsi, à Haïti, une grande partie des 10 milliards de livres sterling recueillis pour reconstruire l’île a été gaspillée par les organismes caritatifs qui l’administraient.
Des organismes comme Oxfam ne sont depuis longtemps plus des œuvres de charité au sens tradition mais d’énormes organisations non gouvernementales. Il y a plus de dix ans, l’Université Johns Hopkins estimait que, si le secteur des ONG était un pays, il serait la cinquième plus grande économie du monde avec une valeur totale de plus de mille milliards de dollars par an.
Les ONG sont devenues un cinquième pouvoir extrêmement puissant qui utilise le piédestal de la conscience et la manipulation émotionnelle pour faire pression sur les gouvernements nationaux et dominer le climat culturel. Pourtant, leur aura de sainteté leur vaut une certaine indulgence.
Le scandale d’Oxfam a révélé au grand jour cette culture de l’impunité. Mais ce n’est encore que de la pointe de l’iceberg...
Résumé Cenator pour LesObservateurs.ch,15.2.2018