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Quoi qu'il en soit, arrêtons-nous une seconde sur cette question, "t'es PC ou Mac ?": franchement, est-ce que cela n'est pas un peu (voire très) stupide, comme si on pouvait "être" un ordinateur ! On peut l'utiliser, l'apprécier, en avoir besoin, le craindre, le bichonner, en être dépendant, le maltraiter, le haïr même mais "être", ça, non, on ne peut pas.
Si on ne peut pas "être" un ordinateur, on peut toutefois et de toute évidence, utiliser un ordinateur en fonction d'une certaine philosophie, personnelle ou collective, réelle ou imaginée. On peut rester fidèle à une certaine manière d'appréhender l'informatique au-delà des questions de prix, de majorité ou de mode. Mais comme ces questions, leurs tenants et leurs aboutissants m'échappent en très grande partie, je me dis surtout qu'une lettre d'amour, c'est ni sur PC ni sur Mac qu'il faut l'écrire mais à la main, qu'un courrier de réclamation à la commune, qu'il soit rédigé sur Mac ou PC n'y change rien, il a avant tout été motivé par un mécontentement qu'une réponse circonstanciée des autorités pourra peut-être atténuer. Finalement, pauvre ignorante que je suis, je ne sais toujours pas ce que voudra me dire, lors de ma prochaine sortie mondaine, mon voisin de table lorsqu'il m'informera, le regard lumineux, "je suis Mac" : peut-être que la majuscule fait toute la différence, allez savoir ?!
N'empêche, quelque part, je comprends quand même qu'on puisse poser une telle question : des interrogations de ce genre, j'ai en aussi en stock et j'avoue les utiliser, machinalement, comme le "et pour demain, ils annoncent quoi comme temps ?" et si je continue à les poser, c'est que la réponse m'apprend toujours quelque chose, même si je ne suis pas certaine de pouvoir définir exactement ce "quelque chose".
Allez, je puise, pour illustrer mes propos, dans mon escarcelle ma première question "bateau" (parce qu'il faut bien l'admettre, PC ou Mac, c'est assez bateau) : "est-ce que vous êtes chien ou chat ?" A nouveau, si une femme peut avoir une démarche féline et un homme une humeur de chien, on ne peut pas "être" chien ou chat mais tant pis : la question a toute son importance puisqu'on prête des qualités fort différentes aux propriétaires de l'un ou de l'autre, le chat étant connu pour son indépendance, son propriétaire pour son désir de ne pas être pieds et poings liés à un animal (qu'il faudrait promener plusieurs fois par jour, comme le chien, ou emmener en ballade longuement - comme le cheval), tandis que le détenteur d'un chien aura en tête la relation étroite qui peut s'établir en lui et son animal, qui manifeste largement sa joie au retour de son maître, son besoin de grand air et de mouvements.
Dans la même catégorie, on trouve le très connu "est-ce que vous êtes thé ou café ?" Ah, là aussi, un enjeu de taille puisque le buveur de café est réputé pour être pressé, explosif, impatient tandis que le connaisseur de thé est ou est supposé être un personnage aimant le rituel, appréciant tant les gestes liés à la préparation que la dégustation.
En réalité, mes réflexions du jour ont été motivées par le fait que je me suis éclipsée d'une réunion de famille pour venir rédiger mon billet, un peu perplexe de me retrouver, comme "pièce rapportée", dans la famille élargie de mon mari. Et je ne sais pas ce que je répondrais si on me demandait, là, tout de suite, "t'es famille ou pas ?"
Je "suis" assurément famille puisque celle que je me suis créée, avec Mister, représente mon port, le lieu où je me sens bien, les gens pour lesquels je suis prête à me battre, à m'investir, pour lesquels je suis disposée à faire beaucoup de sacrifices si cela devait s'avérer nécessaire.
En revanche, non, je ne "suis" pas famille dans le sens où à mes yeux, les liens du sang ne suffisent pas pour que s'établissent des relations, pour que l'amitié ou l'amour puissent exister : j'ai des amis, peu, mais qui sont bien plus importants à mes yeux que ma tante, que j'ai croisée pour la dernière fois il y a environ huit ans.
Certaines personnes, dans mon entourage, diront avec vigueur qu'elles "sont" famille, que pour elles, on se doit d'aider les gens de sa famille, peu importe l'intensité des liens et les affinités personnelles, tandis que d'autres, au contraire, seraient prêtes à prendre un aller simple pour le Groenland juste histoire de ne pas être obligée d'écouter la tante Irène. Y a-t-il une attitude juste et une position erronée ? J'en doute.
Pendant que je mangeais, assise entre le cousin que je viens de rencontrer pour la première fois, en face de mon beau-frère que j'apprécie beaucoup, j'ai pris conscience que ces questions, que ce soit "thé ou café", "chien ou chat", "PC ou Mac", elles ont un rôle à jouer : elles permettent de débuter un dialogue de façon anodine, sans être intrusives, dont la réponse ne présente finalement que peu d'intérêt puisque son sens dépend de l'image toute personnelle que l'on se fait de la famille, d'une cérémonie du thé ou d'une ballade avec un chien.
Et si je suis convaincue que ces questions sont relativement "bidon", je les préfère quand même encore et toujours à un sonore "et vous, vous faites quoi comme métier ?", la classification par le statut socio-professionnel m'énervant encore bien davantage que le cliché du café ou du PC.
A votre avis, y a-t-il une once de vérité dans ces phrases toutes faites ou ne sont-elles que bavardage oisif et agaçant ?