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Le Bout-du-Monde, voilà un nom énigmatique pour une route… D’où sort cette appellation étrange ? Pour le savoir, il faut faire un saut de deux siècles dans le passé, lorsque Genève entre dans la Confédération Helvétique.
Plusieurs lieux autour du monde portent l’appellation de Bout du Monde ou de Fin du Monde. En France, c’est d’ailleurs l’étymologie du nom « Finistrère » (littéralement fin de la terre). Des dizaines de lieux en France s’appellent d’ailleurs Bout du Monde, dans de nombreux départements différents. Le nom de World’s End ou de Land’s End se retrouve également dans de nombreuses régions anglophones à travers le monde (Royaume-Uni, États-Unis ou Australie entre autres).
Toutes ces dénominations désignent des lieux difficiles d’accès et éloignés des endroits fréquentés. Genève ne fait pas exception, avec un lieu nommé le Bout-du-Monde sur le territoire de Champel.
En 1816, le traité de Turin règle la question des frontières entre Genève et la Savoie. En effet, après son entrée dans la Confédération, le canton établit des nouvelles limites afin d’avoir des terres jouxtant celles du canton de Vaud. Les frontières définies par ce traité sont délimitées par la topographie genevoise. Les rivières servent de frontière. Ainsi, l’Arve délimite le territoire entre Genève et le royaume de Sardaigne (auquel la Savoie appartient).
À la fois frontière du canton et terrain pentu et difficile au pied des falaises de Champel, le Bout-du-Monde désigne la fin du territoire genevois et l’aspect inatteignable du lieu. Il se nomme d’ailleurs à l’époque la «Fin du Monde», soulignant le caractère frontière du lieu et son inaccessibilité.
D’après les mots de l’écrivain et journaliste Christian Vellas, les deux rives de l’Arve ne sont reliées que par « des sentiers fréquentés par les chèvres et les contrebandiers ». Ce terrain n’est en effet utilisé que par les paysans qui y font paître leurs troupeaux et les contrebandiers cherchant à atteindre Genève sans passer par un point de péage.
Le nom Bout-du-Monde apparaît en 1827, sur décision du Conseil d’Etat. On retrouve encore le nom de Fin du Monde sur l’atlas cantonal de Jean Rodophe Mayer en 1828, mais plus sur la carte d’Henri Dufour en 1840.
Le Conseil administratif demande un crédit de 20’000 fr. pour contribution de la Ville de Genève au coût de la construction d’un pont sur l’Arve entre le Bout-du-Monde et Vessy. […]
Un groupe d’initiative, auquel se sont joints de nombreux adhérents, a entrepris la mise en valeur du plateau de Vessy. Les travaux sont en cours d’exécution ; ils comportent : la construction d’un pont sur l’Arve reliant Champel et le Bout-du-Monde à Vessy […]
Ce pont donne une issue au quartier du Bout-du-Monde ; il offre un réel intérêt, tant pour les citadins que pour les habitants du plateau de Vessy. Sa construction occupe un grand nombre de chômeurs de la Ville.
(Journal de Genève, 05.12.1936)
Démarré en 1936, un chantier sur l’Arve projette de relier le Bout-du-Monde à Vessy par un pont. Il est confié à Robert Maillard, un architecte suisse spécialisé dans les constructions en béton armé, un matériau qui à son époque était sujet à controverse.
La construction s’achève au milieu de l’année 1937. Le Bout-du-Monde est désormais plus simple d’accès. Cette facilité va encore s’accroître au début des années 1960, avec la construction du pont du Val d’Arve entre 1959 et 1960. Le Bout-du-Monde n’en est plus un, étant désormais relié à Vessy d’un côté et Carouge de l’autre…
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Image 1 : Photographie de l’auteure
Image 2 : Pixabay
Images 3 à 6: Captures d’écran du site ge200.ch, où se trouvent des cartes genevoises de 1735 à 2017.