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Nous voici à la préfecture d'une bourgade italienne. Le genre de lieu que l'on a envie de quitter aussi sec. Partout de la poussière, des bois qui grincent et un planton qui bégaye. Monsieur le nouveau préfet s'installe. Il est à peine assis à son bureau que les dossiers de plainte et de quémandage s'accumulent déjà. Son chef de cabinet apporte la liste annonçant pour l'après-midi le défilé des notables. Ils (et elle) viendront se présenter à "Son Excellence". On attend l'institutrice, le curé, le pharmacien et voilà que débarque… un saltimbanque.
Roger Jendly, alias Campese, dirige une troupe de théâtre un peu miteuse. Sa roulotte de spectacle a flambé. Il n'a pu conserver que les costumes et le maquillage. Le précédent préfet a installé sa compagnie au vieux théâtre municipal. Lequel reste vide. Les habitants préfèrent la télévision… S'engage une conversation entre Monsieur le Préfet (il a fait du théâtre dans sa jeunesse) et le metteur en scène. Elle va tourner vinaigre.
Théâtre documentaire
"L'Art de la Comédie" est une pièce des années 60. Elle est signée d'une légende du théâtre italien et de la région de la Campanie en particulier: Eduardo de Filippo. Un cador de l'humour et de la satire que l'on a pu voir au cinéma dans les films de Totò ("Napoli Millionara").
Dans cette bourgade du Sud dépeinte par de Filippo dans "L'Art de la Comédie", on trouve des histoires d'adultère, d'inceste, de permis trafiqués, de petits arrangements financiers et de clientélisme. Pas sûr que cela ait beaucoup changé en 2019. Mais revenons à notre histoire…
Le comédien Campese souhaite que "Son Excellence" vienne en personne au théâtre municipal, histoire d'attirer du monde à sa suite… Le metteur en scène lui vante sa nouvelle création: du théâtre inspiré de la réalité! "Comme si on regardait par le trou de la serrure dans la vie des vraies gens". Tout est basé sur des cas existants. Nous sommes en 1965 et Campese invente le théâtre documentaire. Ce qui ne plait pas du tout à Monsieur le Préfet qui le flanque à la porte.
>> A écouter, l'interview du metteur en scène Julien Schmutz:
Commedia dell'Arte
Pour se venger du préfet, Campese – qui a reçu par erreur la liste des notables attendus à la préfecture – menace de lui envoyer toute sa troupe dans les rôles du curé, du pharmacien, de l'institutrice. Bien malin si "Son Excellence" pourra démêler le vrai du faux, les imposteurs, des véritables protagonistes. Le préfet va en devenir fou.
"L'Art de la Comédie" tient un peu de la Commedia dell'Arte. Avec son lot de bouffonnerie, d'exagérations et ses personnages grotesques. L'auteur Eduardo de Filippo en profitait pour bouffer du curé et se moquer de l'autorité alors obnubilée par la propagande communiste.
Grand Guignol
Aujourd'hui, le metteur en scène Julien Schmutz garde la ligne italienne en faisant maquiller ses acteurs comme des comédiens du Grand Guignol. Un décor sobre, quelques astuces sonores remplacent les portes grinçantes de la préfecture. Avec le temps, la satire acide des années 60 est devenue une bonne comédie et une boîte de jeu pour les comédiens. Lesquels ne se privent pas d'en faire parfois trop. Avec Nicolas Rossier, François Florey et Roger Jendly, parfait en vieux cabotin. De même que Céline Cesa, Selvi Purro, Yves Jenni, Michel Lavoie et Diego Todeschini dans une succession de rôles cocasses. Un bon moment de théâtre.
Thierry Sartoretti/ld
"L'Art de la Comédie" à voir à Villars-sur-Glâne, Théâtre Nuithonie jusqu'au samedi 16 novembre. Puis en tournée: Martigny, Théâtre Alambic le 28 novembre. Monthey, Théâtre du Crochetan le 30 novembre. Yverdon-les-bains, Théâtre Benno-Besson les 5 et 6 décembre. Bienne Théâtre Nebia le 10 décembre.