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22/05/2014
Entretien avec la militante Camille de Félice
Camille de Félice, 20 ans, est étudiante en deuxième année de Bachelor en français et en philosophie à la Faculté des Lettres de l'Université de Genève. Après ses études, elle aspire à devenir enseignante. Elle est membre de SolidaritéS depuis deux ans et demi, et milite aussi dans d'autres associations. Elle se considère par ailleurs comme socialiste libertaire. Son signe astrologique est gémeaux, sa couleur préférée le bleu, et son animal-totem le loup.
AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?
CdF. Je suis née et j’ai grandi dans une classe plutôt aisée. Néanmoins, ma famille a toujours été de gauche ; par conséquent, dès mon enfance, j’ai été sensibilisée à certaines questions politiques telles que l’écologie, l’égalité entre les sexes, les inégalités sociales, etc.
AF. Qu'est-ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est-ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?
CdF. Contrairement à ce qu’on pense trop souvent à tort, la politique ne consiste pas seulement à voter de temps en temps, à faire signer des initiatives et à rédiger des communiqués de presse sur tel et tel sujet. A mes yeux, les individus, dès lors qu’ils vivent ensemble, sont amenés à faire de la politique. Dès qu’une décision concerne les autres membres de la société, il s’agit de questions politiques. Si quelqu’un affirme que la politique ne l’intéresse pas, s’il suit vraiment son raisonnement, alors il se désintéresse du fonctionnement même du monde dans lequel il vit et de comment il s’organise. Refuser de faire de la politique, et, je le répète, il ne faut pas la confondre avec la politique parlementaire, c’est se désinvestir du monde dans lequel on vit. Ma conception de la politique explique, par conséquent, la nécessité de s’engager et de militer. Le militantisme peut prendre de nombreuses formes différentes, mais il a notamment pour but de contester le système, de défendre ses convictions et de lutter pour un monde meilleur.
AF. Qu'est-ce que le socialisme selon toi ?
CdF. Le socialisme, c’est une manière de vivre et de voir le monde. C’est être convaincu qu’un autre monde est possible. Le socialisme veut l’égalité entre les Hommes, la justice, l’épanouissement de chacun, la liberté. Réaliser le socialisme, c’est vouloir l’abolition de tous les moyens d’exploitation de l’Homme par l’Homme, c’est-à-dire aussi bien le capitalisme que l’État. Le but du socialisme est d’atteindre un système social sans classes, sans discriminations, sans répression, qui nous permette de vivre en harmonie avec la nature, libres et heureux.
AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?
CdF. Cet idéal trouve un moyen de se réaliser, certes à travers le militantisme, mais aussi et surtout par un renouvellement de notre mode de vie. Nous devons refuser l’asservissement à ce système inhumain qui nous exploite en nous imposant le diktat du travail, du salariat, de la consommation effrénée, de la pensée unique… Nous devons nous libérer de ces chaînes en prenant conscience de notre individualité et de celle des autres, et d’y laisser libre cours. Il faut travailler sur de nombreux fronts en parallèle : un important travail sur l’éducation doit être réalisé afin de changer les mentalités. Il faut aussi lutter contre le capitalisme sous toutes ses formes, et s’il faut passer par des réformes, alors il ne faut pas hésiter à s’emparer également de ce moyen d’action, quand bien même il ne s’agirait là que d’une illusion démocratique, car seule une véritable insurrection nous permettra de venir à bout de ce système dont nous n’avons jamais voulu. Enfin, il faut résister à toute forme de répression ; bien qu’on ne puisse pas comparer le cas suisse à celui d’autres pays, il est nécessaire de rappeler que la Suisse se targue d’être l’une des démocraties les plus accomplies et, pourtant, nous n’avons pas le droit de manifester librement, nous sommes constamment surveillés et contrôlés, nous n’avons pas légalement le droit à l’autodétermination. Afin de construire une société socialiste, nous devons par conséquent commencer par refuser de faire le jeu de ceux qui gouvernent le monde, notamment au moyen de la désobéissance civile, de la réappropriation de l’espace de vie et de la (re)construction d’un mouvement social anti-autoritaire.
AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?
CdF. J’ai certes fait certaines lectures qui m’ont permis d’acquérir un semblant de base théorique, mais j’ai beaucoup appris en militant dans la rue, en parlant avec les gens. En tant que tel, ce ne sont pas des auteurs dits politiques qui m’ont le plus influencée. En tant qu’étudiante en littérature française, j’aurai plutôt tendance à citer des poètes, qui sont à leur manière des militants politiques, des « voyants » comme disait Arthur Rimbaud. Si je dois citer un auteur, alors je citerais André Breton, qui est le principal théoricien du surréalisme. Ce mouvement est révolutionnaire par essence ; proposant une nouvelle esthétique, il rejette par ailleurs le rationalisme afin de laisser place à la subjectivité humaine, c’est-à-dire à l’Art. Le surréalisme a pour but de changer la vie, en se débarrassant des interdits sociaux, de ce qu’on a établi comme étant le « bon goût » et la « morale » qui sont toujours ceux de la classe dominante. Nous devons nous en inspirer afin de mener à bien la révolution ; celle doit aussi bien être économique, sociale, artistique que dans les mentalités.
AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
Le respect, la solidarité et la compassion.
AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?
Pour finir, je souhaite citer Diderot lorsqu’il dit : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres.» Denis Diderot, (L’Encyclopédie, l’Autorité politique.)
Il est désolant de voir que dans la majorité des institutions et des organisations aussi bien politiques que sociales, si ce n’est pas dans toutes, le concept d’autorité est non seulement la norme - en réalité, on n’imagine pas qu’un système sans autorité soit possible - mais il est aussi valorisé, présenté comme inhérent au monde dans lequel nous vivons. En tant que socialistes, nous devons nous opposer à cette idée reçue et lutter pour un monde sans pouvoir et libre.