Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06862.jsonl.gz/321

27/06/2016
PETITE HISTOIRE DU CLUB DES PATINEURS DE GENEVE A L’OCCASION DE SES 75 ANS
Lointaines origines du Club des Patineurs de Geneve
On sait que le patinage se pratiquait à Genève au moins dès le début du XIXe siècle. Les amateurs s'y livraient sur les marais de Sionnet et de Jussy, sur la plaine de Plainpalais, dans les fossés des fortifications lorsque ceux-ci gelaient.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle quelques patineurs allaient s'organiser et fonder un premier club qui tint ses activités à la Pallanterie et Rouelbeau. Le (ou l'un des) président(s) fut Eugène Sordet qui écrivit un petit Manuel du patineur, illustré de gravures, publié à Genève en 1873. Ce charmant ouvrage sur l'art de patiner s'adressait aux débutants, dans le but de populariser "un exercice gracieux et salutaire" auquel s'adonnaient déjà environ 2.500 personnes à Genève.
En parcourant le Manuel du patineur de Sordet on se rend compte de l'extraordinaire évolution du patinage. Sport à hauts risques lorsqu'il était pratiqué sur des rivières ou des lacs gelés, le patinage pouvait conduire à la noyade. Sordet explique comment éviter le mauvais pas: "Lorsqu'on patine sur un étang, un marais ou une rivière, il arrive souvent que l'on est obligé de passer sur des endroits où la glace est moins solide qu'ailleurs; il ne faut pas comme on le croit généralement courir très vite, surtout si l'on a une certaine distance à courir pour gagner la glace ferme, mais cheminer lentement sur les deux jambes écartées par un tracé ondulé et sans secousse, ne divisant ainsi le poids du corps."
Le matériel était encore rudimentaire et cantonnait la pratique de ce sport à l'accomplissement de belles arabesques, ne permettant qu'un seul saut, sorte de saut de trois, appelé aussi saut du Zéphyr ou casse-cou! "La chaussure du patineur, précise encore Sordet, doit être en cuir fort; jamais de bottes, mais des bottines solidement lacées avec des talons peu élevés." Il continue en insistant sur l'importance pour le patineur de se fortifier les chevilles et d'être bien chaussé: "Le patin doit être solidement fixé au soulier et le soulier au pied; tout ébranlement du patin ou mouvement du pied dans le soulier détruit l'équilibre."
Le fait de savoir qu'il existait un premier club de patineurs à Genève actif en 1873 est de nature à faire remonter nos origines bien au-delà de 75 ans. Genève pourrait même, dans ce cas, être la première localité de Suisse à s'enorgueillir d'un tel club. Maintenir la fondation du C.P.G. en 1924, c'est placer alors Genève nettement moins à l'avant-garde du patinage helvétique, en douzième position seulement après Winterthur (1869), St-Gall (1871), Wil (1881), Engelberg (1894), Davos (1894), St-Moritz (1902), Lausanne (1908), Zurich (1910), Berne (1917), Coire (1922), Celerina (1921).
De ce club Sordet nous apprend ce qui suit: "Le club des patineurs de Genève compte un nombre respectable de patineurs distingués, peut-être en plus forte proportion que dans aucune autre ville de même importance; toutefois il manque d'emplacements commodes et à proximité, et ses premiers efforts doivent tendre à une amélioration sur ce point. A Genève, depuis la destruction des fossés qui baignaient l'enceinte fortifiée de la vieille cité, le patineur a dû se transporter sur les beaux marais de Sionnet et de Rouelbeau, qui sont sans doute un champ d'exercice sur lequel il a pu passer bien d'heureuses journées. Mais la distance étant trop considérable pour permettre à chacun une visite journalière à ces localités, il est évident que cet emplacement ne répond pas aux besoins actuels de la population."
On ignore ce que devint ce premier club des patineurs genevois. La guerre de 1914-1918 devait probablement donner un coup d'arrêt à ses activités qui reprirent quelques années plus tard sous une autre forme.
Fondation officielle de l'actuel C.P.G.
L'actuel Club des Patineurs de Genève fut officiellement fondé le 17 décembre 1924 par Messieurs Gustave Martin, Edgar Foehr, professeur de patinage à St-Cergue, John Falk-Vairant, Robert Pochelon, Paul Trembley et Léon Odier. Parmi ces membres fondateurs quelques notables auxquels allaient s'adjoindre d'autres représentants des familles genevoises: des Barbey, des Junod, des Galopin, des Boissonnas, des Mirabaud, etc.
Le président Gustave Martin était notaire et ... patineur. La première photographie du Livre d'or du CPG, un rien narcissique, le montre main dans la main avec son professeur M. Schiess, en train d'exécuter une arabesque en duo sous le regard des autres patineurs rangés en bordure de la patinoire de l'Observatoire à St-Cergue.
La première saison du C.P.G. fut bien décevante. Il ne devait pas geler à Genève de tout l'hiver, si bien que le lancement du club fut renvoyé à l'hiver suivant. En attendant, les membres fondateurs dressaient la liste de ceux qui étaient susceptibles d'adhérer au jeune club; ils firent tant et si bien qu'à la faveur de l'hiver suivant, qui fut rigoureux, ils comptaient 66 membres qui patinaient à Florissant, sur l'étang de patinage de l'avenue Krieg.
Entre-deux guerres
Les quinze premières années du C.P.G. virent fluctuer le nombre des membres d'une quarantaine à plus d'une centaine. Les aléas météorologiques, l'absence de froid, l'excès de neige ou de pluie rendaient aléatoire la tenue de séances de patinage à Genève. Les membres du club se transportaient souvent alors à St-Cergue, patinoire la plus proche, à Caux, près du palace, où professait alors Alfred Mégroz, ancien champion suisse, ou à Villars, parfois même à la KWD de Berne, patinoire déjà artificielle, où l'on organisa en 1934 les premiers championnats suisses auxquels participèrent des concurrents genevois.
Le manque de glace devait suggérer à quelques-uns l'idée de s'exercer à terre: lors du dixième anniversaire du club qui se tint au restaurant Old India, M. Harald Schenker fit la démonstration d'un nouveau patin "sec", qui permettait de faire sur terre ferme à peu près toutes les figures du patinage artistique. La démonstration ne fut pas concluante: les patins étant lourds et l'effort pour prendre son élan trop considérable!
Le projet de créer une patinoire artificielle qui permettrait de se livrer régulièrement aux joies de leur sport favori devait germer dans l'esprit de quelques membres. John Falk-Vairant, membre fondateur du club et président de 1933 à 1943 déploya maints efforts dans ce sens. Plusieurs éventualités furent successivement envisagées: à la Servette, au Palais des Expositions, à la campagne Schaub, en utilisant les installations frigorifiques de la gare! La guerre mit à frein au dernier d'entre eux, qui était de construire une patinoire au Parc des Eaux-Vives et alors que le financement était en partie assuré.
L'hiver exceptionnellement rigoureux de 1933-1934 fut à marquer d'une pierre blanche. Des tests, des concours furent organisés à St-Cergue, une première "fête de nuit" eut lieu aux Treize Arbres "plutôt ratée, nous dit le Livre d'or, mauvaise glace, éclairage défectueux", ainsi qu'un "grand gala de patinage artistique" requérant la participation d'anciens champions de Suisse ou de France, ainsi que de professeurs de patinage.
Au contraire, l'hiver bien trop doux de 1936-1937 fit que la saison se résuma à une seule sortie de patinage à la KWD. L'excursion en autocar revint à 7 frs. par personne, comprenant deux repas et l'entrée à la patinoire. Elle fut subventionnée par le club. Une trentaine de patineurs, tous adultes, prirent part à cette journée.
Les pionniers du C.P.G. étaient des "mordus", prêts à faire des kilomètres pour trouver de la glace, assidus lors des cours théoriques avec projections lumineuses à l'épidiascope ou de films sur le patinage, avides de démonstrations et d'exhibitions, prompts à s'amuser lors de gymkhanas ou de fêtes de nuit.
Certains se livraient à des facéties particulières. Mr. Armand Perren, premier professeur de patinage artistique à la Patinoire "Molitor" de Paris, champion professionnel de l'Oberland Bernois, exécuta en février 1932 une performance de patinage artistique et celle acrobatique du "saut des dix tonneaux". Durant l'hiver 35-36, Mr. Schenker proposa "une reconstitution historique des figures de patinage d'il y a 60 ans, exécutées en costumes de l'époque". L'hiver suivant Mr. Louis Millenet préparait "La Francola, nouvelle danse andalouse sur glace ... panachée, avec ou sans castagnettes, ainsi qu'une charmante revuette [sic] intitulée Florissant. Tout le monde descend!!"
Les photographies anciennes font revivre cette époque pionnière. Les hommes en pantalons ajustés comme des pantalons d'équitation ou en pantalons de golf, ceinturés et cravatés sous leurs pull-overs jacquards; les femmes en robes mi-longues, amples, la taille bien prise, la tête enserrée d'un béret.
Le tournant de la guerre 1939-1945
Sonnet
A Mesdames et Messieurs les membres
du
Club des Patineurs de Genève
La saison n'est, hélas, pas pour le patinage,
Les temps que nous vivons sont lourds d'événements
Qui ne nous poussent guère aux jeux de badinage,
Auxquels tous les mortels aspirent vainement.
Malgré cela, le Club, intrépide et volage,
Organise une fête et un banquet charmant.
Puissent la bonne humeur et l'absence d'orage
Régner dans votre cercle indubitablement.
Que la soirée se passe en joie et dans un rêve
De délices, de rire et de ravissement,
Voilà ce que souhaite à vous tous et sans trêve
Celui qui fut jadis votre vice-président,
Et qui, hélas, ce soir, n'étant point parmi vous,
Vous exprime ses voeux, à vous tous, à vous tous!
Manfred Schenker
Le tournant que fut la Seconde Guerre mondiale n'entrava pas autant qu'on pourrait le penser les patineurs dans la pratique de leur sport. L'année précédente s'étaient tenus à St-Moritz les championnats du monde de patinage artistique qui imprimèrent un nouvel élan au patinage suisse.
Ce dernier s'organisait autour de l'Union Suisse de patinage (U.S.P.), fondée dès 1911. Avant la guerre le Livre d'or du C.P.G. ne mentionnait que fort peu de concours, parmi lesquels le concours de novices et le concours de valse jugés par des juges de l'Association Romande de Patinage (A.R.P.), MM. Zbinden et Jeanneret; après la guerre concours, tests et cours de juges se multiplièrent.
Privés de glace à Genève et à St-Cergue lors des deux premiers hivers de la guerre, les Genevois organisèrent les jeudis et les dimanches des services d'autocars pour Villars, Lausanne et Caux. Plusieurs concours et tests du C.P.G. eurent lieu à la montagne: tests A.R.P. (6e à 4e classe), premiers tests de danse sur glace organisés en Suisse (4e USP) en février 1941, Challenge Martin (style), Médailles de danses Yvonne Meylan, concours de valse et de tango ...
En 1942, pour la première fois, deux Genevois, Mlle Yvonne Meylan et M. Huelin se rendirent à Bâle pour suivre un cours de juges de figures imposées et de danse. Dans ces mêmes années Mlle Meylan, décidemment très active, allait à Berne en compagnie de quelques membres du C.P.G. pour écouter des musiques susceptibles de servir aux évolutions de la danse sur glace.
Durant l'hiver 1941-1942, une prometteuse dalle en béton, à laquelle M. Odier voua tous ses soins, fut coulée sur le sol spongieux de la patinoire de Florissant. La glace y fut alors un peu meilleure, même si l'année suivante ladite dalle comportait déjà des fissures.
Le 16 décembre 1944, le C.P.G. organisa une fête à l'occasion de son vingtième anniversaire. Une quinzaine de "juniors" se réunirent au chemin des Clochettes, domicile du président d'alors, M. Rouget, où un thé et des divertissements leur furent offerts. Le soir les adultes se retrouvaient pour un dîner à l'hôtel de l'Ecu.
***
Souvenir d'une époque par Henri Morf, doyen des membres actifs toujours en activité
Je fais partie d'une génération qui n'a pas eu la chance dans sa jeunesse de pouvoir patiner sur une glace artificielle. Pour pratiquer notre sport favori, nous étions obligés de nous déplacer, soit à Lausanne, soit dans les stations de montagne ou, ce qui était mon cas, souvent à Chamonix. Il y avait bien une patinoire naturelle à Genève, au chemin Krieg, à Florissant. Mais c'était rare qu'elle gèle. Si c'était le cas, c'était vraiment la fête. On ne manquait pas un jour pour y patiner. Les concours du Club se déroulaient également là, si c'était possible, mais le plus souvent ils étaient déplacés à St-Cergue et même à Caux.
Si je parle de la patinoire de Florissant, je dois également mentionner que c'était là que j'ai fait connaissance de ma femme. Elle partageait ma passion pour ce sport et nous avons fait un long chemin ensemble. Notre voyage de noces s'était d'ailleurs arrêté à Chamonix pour profiter pleinement d'une semaine de patinage. Ce sport était vraiment le centre de nos loisirs. Même les grossesses ne devaient pas l'entraver. C'est pourquoi nous avons bien programmé la naissance de nos enfants entre deux saisons de patinage. Il est cependant vrai que ma femme a passé son test du Club au 7e mois de sa grossesse.
Revenons à la patinoire de Florissant. La dernière année où elle était en fonction, si ma mémoire est bonne, c'était en 1956. La Ville disposait en ce moment d'une piste artificielle au Pavillon des Sports à Plainpalais. Mais à fin janvier elle devait déjà être démontée pour faire place au Salon de l'automobile. C'est à ce moment que le grand froid s'est installé à Genève et notre patinoire naturelle nous a prolongé la saison pendant tout le mois de février. Mais il fallait du courage pour patiner avec 10 à 15 degrés en dessous de zéro.
Encore un souvenir de Florissant. Quelques années auparavant la patinoire abritait un match de hockey entre Genève et Chamonix. Je pense que son organisateur était Lelio Rigassi, lui-même hockeyeur et reporter sportif bien connu, hélas décédé très jeune. Donc, ce certain soir, Lelio annonçait à la radio que le match en question était reporté d'une demi-heure à cause de la météo. Grâce à ce coup de pub, sûrement gratuit, un bon millier de spectateurs sont accourus autour du rink. Ce n'est pas du déroulement de ce match que je voudrais vous parler; je ne me souviens même pas de son issue. Mais il y avait là un patineur artistique qui se produisait pendant les tiers-temps. J'ai été très impressionné par ses sauts, sa vitesse dans le patinage et ses pirouettes à n'en plus finir. Eh bien, ce jeune patineur n'était personne d'autre que notre ami Jürg Wilhelm, qui débutait ainsi sa longue carrière dans le patinage.
Le C.P.G. des temps modernes
La présidence de M. Marcel Collé (1951-1960) marqua un changement d'ère du patinage genevois. Le projet d'une patinoire artificielle allait enfin se concrétiser. Le 20 novembre 1954 s'ouvrait au Palais des Sports (ancien Palais des Expositions) la première patinoire artificielle de Genève. L'inauguration fut un grand succès: on dénombra ce jour-là, selon Marcel Collé, 2000 enfants par heure sur la glace.
Désormais le C.P.G. put organiser trois cours de patinage: un cours de patinage artistique pour débutants pris en charge par M. Jürg Wilhelm, venu de Davos quelques années auparavant et promis à un important avenir international dans le patinage, un cours de danses par M. Emile Scheiwiller, un cours de patinage de vitesse par M. Emile Schacher. L'effectif du C.P.G. augmenta du quart et atteignit momentanément le chiffre record pour l'époque de 249 membres. Otto Hugin fut appelé de Zurich et professa plusieurs années à Genève. C'est lui qui devait former plus tard Denise Biellmann, la plus célèbre de nos patineuses suisses, championne d'Europe et du Monde en 1981.
La glace artificielle entraîna un bouleversement des conditions d'entraînement: 130 jours de glace (5 octobre 1955 au 15 février 1956) et quelques semaines de plus à Florissant. Ces chiffres peuvent sembler modestes en regard des heures de glace dont disposent aujourd'hui les patineurs, mais jamais jusque-là les Genevois n'avaient bénéficié d'aussi bonnes conditions.
Afin de faire connaître le patinage artistique au grand public, les responsables du C.P.G. décidèrent d'organiser de fréquentes exhibitions, ainsi que des galas. On y vit patiner successivement le couple de danse anglais Slater, les ex-champions de danse français Weinstein & Lambert, les professionnels Unold, Annie Creux & Rudy Lang, professeurs à Lausanne, Eva Pawlik et sa troupe, ainsi que des patineurs du CPG qui agrémentaient les tiers-temps des matches de hockey comme Jürg Wilhem, Marcel Paris, Virginia Mills, Yolande Bastardoz, Monique Keller, Liliane Crosa (alias Liliane Brède, juge bien connue de nous tous) championne suisse Juniors, Carine Borner, Anita Frei, Mlle Hartmann de Paris.
Convaincues de l'intérêt des Genevois pour ce sport, les autorités de la Ville de Genève mirent en marche la procédure d'un concours pour la création de deux patinoires artificielles en plein air aux Vernets. Le projet conçu par le bureau Cingria, Maurice & Duret, associés à l'ingénieur Pierre Trembley remporta la palme; leur solution audacieuse prévoyait la couverture des tribunes par un voile de béton projeté de seulement 5 cm d'épaisseur. Toutefois ce projet fut abandonné et décision fut prise en 1955 de confier au bureau lauréat la construction d'une patinoire couverte. Le nouveau projet ne devait pas être en retrait par rapport au précédent. Le socle en béton des tribunes fut surmonté d'une toiture indépendante, légère, en aluminium, portée par des poutres inclinées de plus de 80 m. de long. Monument du patrimoine architectural contemporain, et ce malgré des modifications successives (ajout de tribunes devant les grandes verrières latérales, remplacement des bancs de bois par des sièges-coques, peinture du béton brut, etc.) la patinoire des Vernets demeure aujourd'hui encore une des plus belles, si ce n'est la plus belle patinoire de Suisse
La nouvelle patinoire des Vernets fut inaugurée les 28 et 29 novembre 1958. Un gala exceptionnel s'y tint le 22 mars 1959. On y vit les meilleurs patineurs du C.P.G., ainsi que des stars internationales: Christiane & J.-Paul Guhel, champions de France de danse, Alain Calmat, champion de France 1958, Marika Kilius & Hans Baumler, champions d'Europe couples, Ina Bauer, championne d'Allemagne, Alain Giletti, champion de France, Sjoukié Djikstra, 2e aux Championnats d'Europe, Karol Divin, champion d'Europe, Carol Heiss, championne du monde, Donald Jackson, 2e aux Championnats du monde, Barbara Wagner & Robert Paul, champions du monde 1959 en couple.
Souvenirs anonymes des années '60
Je suis entrée au C.P.G. en 1964 sous la présidence de Miss Meylan, première femme (et unique à ce jour) à présider le CPG de 1961 à 1965. L'année précédente Marlyse Fornachon et Charlie Pichard, concourant pour le C.P.G., avaient remporté la 6e place du Championnats d'Europe, la meilleure place jamais obtenue par des patineurs suisses en danse sur glace. J'avais pour professeur régulier M. Rudy Lang, enseignant de patin l'hiver et de tennis l'été; Annie Creux, qui avait été sa partenaire, le remplaçait lors des stages d'été qui se déroulaient à Villars.
Les soirées du C.P.G. débutaient alors invariablement par les figures imposées qui comptaient pour 60% du résultat final dans les concours. Professeurs et élèves partageaient la glace en patches d'une largeur d'environ 3 m. en tirant des lignes droites d'une barrière à l'autre avec l'arrière de leur patin. Nous prenions alors possession de notre lopin de glace pour près d'une heure. Dans le silence, troublé parfois par le bruit du compas à huits, nous fabriquions patiemment des cercles avec trois, doubles trois, changements de carres, brackets, rockers ou contre-rockings, boucles, paragraphes ... Il fallait vérifier la régularité de la géométrie, la pureté des carres dans les becs. Nous savions que lors des tests les juges (Jürg Wilhelm, Marie-Danièle Wilhelm (alias Ninette), Danièle Pinard, l'un ou l'autre des frères Schlageter, Marcel Collé, Monsieur Creux ou Monsieur Jaton, etc.) allaient se mettre à plat ventre, le nez sur la glace, et ne laisser échapper aucune erreur.
Puis la soirée se poursuivait par l'entraînement du libre auquel moins de temps était consacré. Le niveau était bien inférieur au niveau actuel. Un double axel passait pour une incomparable prouesse. La technique des sauts était plus qu'approximative.
Le dimanche matin avaient lieu les cours collectifs du C.P.G. donnés par des moniteurs et aussi par les professeurs. Là je me souviens que nous travaillions sous la houlette de Rudy Lang. Vêtu de son mouton retourné et d'une toque en fourrure, il prenait les devants et guidait la file indienne de ses élèves dans l'échauffement; il s'amusait à exécuter des cercles de plus en plus petits.
Le Championnat genevois était une épreuve mémorable. Une fois les figures imposées accomplies, on se préparait pour le Libre. Fagotée dans une robe d'épais jersey fabriquée par ma mère (les merveilleux Lycra fins et brillants n'existaient pas encore!), je m'avançais sur la glace transie de froid et de trac! Les 3 minutes fatidiques finissaient bien par s'écouler ...
L'ère des compétitions
Pour qui feuillette le Livre d'Or du C.P.G. il est étonnant de voir le changement de ton dans la rédaction des procès-verbaux annuels. Certes la plume du secrétaire n'était plus la même! Mais la conception du patinage artistique, ainsi que du patinage de vitesse n'était plus la même non plus. De divertissement mondain pour une élite sociale que ces disciplines étaient avant la Seconde Guerre mondiale, le patinage, suivant le mouvement du sport en général, allait se développer dans le sens de la compétition de pointe. Désormais les performances et les résultats allaient prendre une importance nouvelle. Aujourd'hui faut-il déplorer le caractère trop compétitif de la discipline qui a fait perdre de vue l'aspect de divertissement d'un sport ouvert à tous et procurant les joies grisantes de la glisse. Lié à des exigences de performances athlétiques de plus en plus difficiles, le patinage artistique n'est-il pas en train de se transformer en jeu du cirque des temps modernes?
Même si le C.P.G. eut son premier champion suisse de vitesse toutes distances, catégorie Seniors, en 1946 en la personne d'Emile Schacher et sa première championne suisse Juniors en artistique, en 1948, en la personne de Nina Doria, ceux-ci n'étaient encore que des exceptions. Les titres genevois allaient se multiplier à partir des années 1960'.
L'encadrement des patineurs devint meilleur. Le staff des professeurs augmenta. La venue en 1965 du grand maître des figures imposées, Jacques Gerschwyler (aujourd'hui centenaire et que nous saluons), allait drainer à Genève beaucoup de bons patineurs. Actuellement ce sont cinq professeurs qui assurent avec efficacité l'enseignement du patinage artistique et de la danse sur glace aux nombreux jeunes et quelques moins jeunes qui se pressent à la patinoire.
Enumérer tous les succès genevois aux championnats romands, aux championnats suisses et en compétitions internationales n'est pas notre propos. Mais mentionnons tout de même que les patineurs de vitesse se distinguèrent, parmi lesquels Jean-Pierre Guéron, qui fut notre président vingt ans durant, les familles Hinni et Schacher. Les danseurs ramenèrent plusieurs titres helvétiques. Marlyse Fornachon & Charlie Pichard, champions de danse de 1961 à 1963, Gerda Bühler (aujourd'hui Nigg-Bühler) & Maxime Erlanger en 1975 et 1976, plus récemment Diane Gerenscer (qui allait ensuite concourir pour l'Italie) & Bernard Columberg, ainsi que les frère et soeur Pécoud (Seniors B). On peut encore mentionner parmi les champions du C.P.G. toutes catégories confondues et cités en désordre: Miriam Oberwiler, championne suisse en 1982 et 1984, Sylvie Fontaine, Didier Dieufils, Christophe Nussbaumer, Paul Sonderegger, Stéphanie Schmid, Lucinda Ruh ...., plus récemment Berak Destanli qui vient juste de se retirer de la compétition, aujourd'hui Stéphane Lambiel qui, malgré son âge, concourt déjà dans les compétitions internationales.
Doté de la nouvelle patinoire des Vernets, le C.P.G., main dans la main avec l'U.S.P. et l'Union internationale de patinage (I.S.U.), allait désormais prendre les rennes de l'organisation de compétitions internationales. En 1962 eut lieu le premier Championnat Européen remporté chez les dames par la monumentale Hollandaise Sjoukié Dijkstra, chez les hommes par le nerveux Français Alain Calmat, alors étudiant en médecine, en couples par Kilius & Baumler devant les magiques Russes Ludmilla Belousova & Oleg Protopopov, couple à la ville comme sur la glace, en danse par les Français Guhel. Les Genevois Fornachon & Pichard devaient cette année-là se classer 8e de la compétition de danse.
En 1968 se tint dans une grande effervescence à Genève le Championnat du Monde. La fine et gracieuse Américaine Peggy Fleming remporta le titre féminin. Les patineurs du C.P.G. dont je faisais partie, se précipitèrent sur la glace à l'issue des figures imposées pour admirer la pureté de ses cercles et éléments; je me souviens en particulier d'un splendide paragraphe double trois, dont les 24 becs étaient d'une qualité irréprochable. Seul quelqu'un de la génération des figures imposées peut comprendre l'exploit que cela représente! Mais ce qui séduisait surtout chez Peggy Fleming, c'était la féminité retrouvée du patinage artistique où la grâce s'alliait à la technique.
Huit ans plus tard (1976) se tint à nouveau un Championnat d'Europe. Ce fut l'occasion pour le magnifique artiste britannique qu'était John Curry de décrocher l'argent, tandis que les inoubliables danseurs russes, Ludmilla Pakhomova & Alexander Gorshkov, défendaient une fois de plus leur titre sous l'oeil attentif des amateurs de danse sur glace, les mêmes qui aujourd'hui peinent encore à accomplir la danse que ce couple leur a laissé en héritage: le fameux Tango romantica!
Le dernier grand championnat international fut le Championnat du Monde de 1986. On assista notamment chez les dames à un époustouflant duel entre la superbe Allemande de l'est, Katarina Witt, championne du monde en titre, et l'Américaine Debbie Thomas, qui remporta finalement la palme.
Que d'émotions vécues en direct, que d'excitations, quelles belles leçons pour les jeunes patineurs du cru que ces heures où la patinoire des Vernets a vibré au diapason international!
L'histoire du C.P.G. est l'illustration des changements autour d'une réalité en évolution: le patinage. Nous avons passé en revue l'enthousiasme de ses débuts dans des conditions matérielles difficiles, l'engagement des responsables de l'Entre-Deux-Guerres et de l'immédiat Après-Guerre, la volonté prosélyte pour faire connaître un sport encore largement méconnu, les heures de gloire des grandes compétitions internationales. Chacune de ces époques a sans doute encore un enseignement à nous livrer.
Leïla el-Wakil, Genève, ce 14 décembre 1999