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Le sacerdoce universel: nous sommes tous prêtres
Les racines
Dès 1520, Martin Luther parle de ce concept qui lui semble aller de soi. Dans son écrit La Lettre à la noblesse chrétienne de la nation allemande, il explique son idée: il ne peut y avoir d’une part un état ecclésiastique qui regrouperait le pape, les évêques, les prêtres et les gens de monastère, d’autre part un état laïc dans lequel on mettrait les princes, les seigneurs, les artisans et les paysans. Pour lui, rien ne justifie pareille séparation. Chacun a sa place dans l’Église. Tous les chrétiens appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique, car ils ont en commun un même baptême, un même Évangile et une même foi. Il le dit lui-même: «Nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême». (M. Luther Œuvres, vol. 2, p. 286.)
Le sacerdoce universel, présenté ainsi, est révolutionnaire pour l’époque. En effet, la société occidentale du XVIe siècle est structurée en deux groupes bien distincts, les laïcs et les ecclésiastiques. Il y a une nette domination des seconds sur les premiers, le pape étant considéré comme plus puissant que les rois et présidant à leur couronnement. Cette suprématie commence cependant à être remise en question par toute une partie de la population qui cherche à s’affranchir, en particulier dans les villes. La condition sacerdotale reste toutefois une condition particulière: le prêtre est l’homme de Dieu.
En niant la distinction entre ecclésiastiques et laïcs, Martin Luther met donc en cause une partie de l’organisation de la société de son époque. En cela, on peut considérer que le sacerdoce universel est la plus grande nouveauté qu’apporte le protestantisme.
Dans la foulée de Martin Luther, les autres Réformateurs reprennent cette idée et la développent en fonction du milieu social et culturel où ils se trouvent. Certains, tel Thomas Müntzer, vont faire de ce principe un absolu et refuser toutes les hiérarchies, autant ecclésiales que sociales. Ce dernier va s’allier toute une catégorie de gens parmi la paysannerie et engendrer une révolution qui finira dans un bain de sang.
Ce qui vaut encore aujourd’hui
En partant du principe que c’est le baptême qui consacre à la prêtrise, tous les chrétiens peuvent se considérer comme tels. Ainsi, dans la relation avec Dieu et avec les autres chrétiens, il y a une égalité totale et une responsabilité commune. Personne ne peut prétendre à des privilèges ou à une supériorité par rapport aux autres. La vocation du simple baptisé et celle de la plus haute autorité religieuse sont au même niveau. En ce sens, le pasteur ne peut pas se considérer comme un être à part.
Le sacerdoce universel permet à tout un chacun, en principe, d’accomplir les actes cultuels et de remplir toutes les fonctions ecclésiastiques. Cependant, il est reconnu qu’il faut acquérir un certain nombre de connaissances pour pouvoir interpréter les textes bibliques et comprendre le sens et les enjeux théologiques d’un culte. C’est pourquoi les Réformateurs ont mis en place des académies de théologie, formant des personnes qui se destinent à la fonction de pasteur.
Les implications du concept théologique du sacerdoce universel sont nombreuses et sont à l’origine d’une mutation sociale profonde, dès le XVIe siècle:
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d’abord, le fait que le pasteur ne soit pas un être à part lui permet de se marier. Les Réformateurs l’ont vite compris et en ont profité pour fonder une famille, avec bonheur. Cela leur a permis de mieux saisir le quotidien des personnes qu’ils accompagnaient;
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chaque être humain est appelé à avoir une fonction particulière dans la communauté. Ces fonctions sont reconnues comme ministère pour l’édification des membres de l’Église. Il n’y en a pas une qui est plus importante qu’une autre. Cela n’empêche pas que pour la bonne marche de l’ensemble, chacun, chacune ne prend des décisions et des responsabilités que dans la fonction qu’il a, en tenant compte des autres membres de la communauté;
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l’état de prêtre du chrétien ne s’arrête pas à la porte de l’église. Ainsi, dans la pratique de son métier, il est amené à témoigner de sa foi et servir Dieu. Le boulanger qui fait du bon pain ne vaut pas moins que le pasteur qui fait le plus beau des sermons. En fait, l’Église est en jeu dans l’exercice de toute vocation, qu’elle soit d’ordre ecclésial ou social. Avec la Réforme, artisan, pasteur, professeur ou avocat sont tous des témoins de la Résurrection et exercent leur fonction en tant que tels. Il n’y a plus de société duale avec l’Église d’un côté et le monde de l’autre;
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dans le même ordre d’idée, il n’y a pas de métiers qui soient plus chrétiens que d’autres. Chaque profession témoigne du Règne de Dieu qui s’approche. Elle peut être exercée comme un service pour la société dans laquelle nous vivons à partir du moment où elle est pratiquée dans la fidélité à l’Évangile;
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l’égalité de fait et de traitement qu’établit le sacerdoce universel a permis d’envisager que des femmes puissent accéder à la fonction de pasteur. Certes, il a fallu plusieurs centaines d’années et une grosse évolution des mentalités pour y parvenir, mais au cours du XXe siècle le ministère pastoral s’est ouvert à l’autre genre.
Question d’interprétation
Le sacerdoce universel a été au long des années source de discussions et d’interprétations. Trois axes peuvent être envisagés dans ce domaine:
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le concept vise à supprimer complètement le sacerdoce. Il n’y a plus de clergé, tous les chrétiens sont exactement sur le même plan, même si certains exercent, pour des raisons pratiques, des fonctions particulières. Ce sont tous des laïcs et chacun est son propre prêtre, car il a accès directement à Dieu. Par contre, personne n’est prêtre pour les autres;
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à l’inverse, on peut dire que tous les chrétiens sont prêtres. Chacun, par son baptême, devient prêtre pour lui même et pour les autres: sa mission est de faire connaître à tous Jésus Christ et de témoigner de l’Évangile;
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dans certains courants protestants, on estime que le sacerdoce universel signifie l’illégitimité de toute forme de ministère. Il existe donc des communautés sans pasteur, mais dans lesquelles se pose souvent la question de l’autorité, du pouvoir et de l’argent.
Dans le Traité de la Liberté chrétienne, Martin Luther écrit en 1520 qu’il ne faut pas supprimer les ministères, utiles à l’édification de la communauté. Certains chrétiens sont chargés du service ou de l’enseignement public. Si la prêtrise est commune à tous, les ministères ne le sont pas.
Dans beaucoup de domaines, il est nécessaire de faire appel à un technicien: son habileté permet de résoudre certains problèmes bien plus rapidement que si l’on s’y attelait soi-même. Il en est de même pour les ministères dans l’Église: les pasteurs ont une formation adéquate pour étudier, interpréter la Bible, préparer et célébrer des cultes, accompagner les personnes dans les différentes étapes de leur vie. Les catéchètes savent expliquer et illustrer les récits bibliques aux enfants. Les sacristains donnent vie au temple et aux locaux paroissiaux.
Il n’y a cependant pas de ministère «à vie», comme c’est le cas pour les prêtres catholiques. Un ministère est lié à une fonction et non à un état; elle est donc temporaire, pour le temps où une personne exerce ce ministère.
Pour conclure...
Le concept de sacerdoce universel a profondément marqué les Églises protestantes, dès les débuts de la Réforme. Elle a été source de nombreuses discussions et à l’origine de conflits qui n’ont pas toujours trouvé une résolution. Aujourd’hui encore, tous ne sont pas unanimes sur la compréhension de cette notion. Il reste cependant que dans nos communautés, nous nous sentons tous impliqués. Là aussi est le sacerdoce universel: le fait de porter la vie de l’Église, ensemble.