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Le système économique néo-libéral semble avoir atteint aujourd'hui ses limites et il devient urgent de réfléchir à l'avenir d’un nouveau modèle. Une alternative semble capable de se tailler la part du lion: l'Économie Sociale et Solidaire.
Quels sont les enjeux de la mise en place d'un tel système? Quelles sont les compétences nécessaires pour y travailler? L'animateur est-il amené à développer les connaissances et les capacités pour en être l'un des acteurs principaux?
1. Introduction
Les médias regorgent de titres nous informant que l'économie mondiale est au plus mal. Crises de la dette, plans d'austérité, bulles immobilières, les exemples sont nombreux. Certains croient encore qu'une issue est possible et que ça n’est qu’une mauvaise passe. D'autres, comme nous, pensons que le système économique néo-libéral atteint aujourd'hui ses limites et que, dès lors, il devient urgent de réfléchir à l'avenir d’un nouveau modèle. Une alternative semble capable de se tailler la part du lion: l'Économie Sociale et Solidaire.
À travers de cette enquête nous avons tenté de répondre à plusieurs questions: quels sont les enjeux de la mise en place d'un tel modèle? Quelles sont les compétences nécessaires pour y travailler? L'animateur est-il amené à développer les connaissances et les capacités pour en être l'un des acteurs principaux?
Nous sommes allés à la rencontre de deux directeurs de structures de l'ESS, Christophe Dunand et Jérôme Laederach, ainsi que d'un économiste ayant une sensibilité pour le domaine social, Nicolas Lampert. Nous avons cherché à cerner le contexte et les principes selon lesquels l'ESS déploie son action, plutôt que l’activité elle-même (qui peut se situer dans toutes sortes de domaines économiques). D’ailleurs, selon la charte d’APRES-GE, regroupant des Entreprises Sociales, l'ESS se définit surtout par ses valeurs.
2. Qu'est-ce que l'Économie Sociale et Solidaire?
L'Économie Sociale et Solidaire peut revêtir de nombreuses fonctions d’utilité publique, dont l'économie traditionnelle se charge de moins en moins. Les entrepreneurs de l'ESS peuvent être considérés comme des précurseurs des modes de productions et de consommation alternatifs face à la globalisation néo-libérale. Leur objectif principal n'est plus de dégager le plus de bénéfices possible, mais bien de faire du travail de qualité (relier le social et l'économie, renforcer les liens sociaux, intégrer par l'emploi, prendre en charge des populations marginales, etc.). La réalisation passe par l’intégration de tous au sein des entreprises, mais également par une politique d’achat responsable, par des choix dans les matériaux, ainsi que par des méthodes de production respectueuses de l’environnement.
C’est pourquoi les coûts de production sociaux et solidaires sont plus élevés que ceux de l’économie néo-libérale. Le développement de l’ESS passe alors inévitablement par une aide extérieure (p.ex. le financement partiel des salaires avec des emplois de solidarité). Cette situation met les Entreprises Sociales sous une certaine emprise de l’instrumentalisation étatique qui dépend de décisions conjoncturelles et non d’une stratégie de développement. L’ESS se trouve alors à mi-chemin entre secteurs public et privé, et en concurrence déloyale avec des organismes des deux domaines. Ainsi, elle se situe dans un contexte sous tension qui l’oblige à faire des choix entre la productivité, les activités occupationistes, la création de liens sociaux et la rentabilité.
À l'heure actuelle, l'ESS semble cantonnée à être présente dans les secteurs en marge de l'économie traditionnelle. Tous les acteurs économiques sont pris dans les pressions du système néo-libéral, poussant à produire et à rentabiliser de plus en plus. De ce fait, l’ESS est politiquement pénalisée, car elle ne contribue pas de façon égale au PIB et aux recettes étatiques. Ces conditions limitent le déploiement de ce modèle.
3. Quel futur pour l’ESS ?
Si le modèle de l'Économie Sociale et Solidaire est séduisant, nous constatons qu'il n'est pas prêt de s'imposer. Le monde économique et politique n'a pas encore pris conscience de l'importance d’intégrer tous les coûts sociaux et écologiques, car il est trop obsédé par les aspects financiers. Doit-on abandonner la partie et penser que l'ESS n'est pas crédible en dehors de l'aide aux personnes marginalisées ou en situation de handicap ? Nous sommes persuadés que non. Si aujourd'hui le monde économique ne semble pas prêt à céder du terrain, ni les autorités disposées à donner plus d’appuis à l’ESS, il est évident que les mentalités sont en train de changer. Cependant, il faudra se montrer patient.
Plus grand sera le nombre de personnes ayant une sensibilité pour les aspects sociaux et le développement durable ou ayant expérimenté les modes de fonctionnement alternatifs, plus grandes seront les chances pour l'ESS de s’imposer comme modèle économique porteur. Nous pensons même que les populations avec lesquelles les Travailleurs Sociaux sont en contact seront les meilleurs porte-parole du rôle d’intégration et du bien-fondé de l'ESS. Cela permettra peut-être, à terme, de redéfinir le sens du « progrès » ainsi que le rôle économique de l'Etat
4. L'Animateur Socio-Culturel, a-t-il une place dans l’Economie Sociale et Solidaire?
Les personnes travaillant dans l'ESS ont besoin d'être encadrées par des professionnels ayant des compétences aussi bien sociales qu’en gestion. En effet, l’engagement des Entreprises Sociales est exigeant et demande de concilier les quatre pôles cités plus haut (production, sens donné à la vie, lien social et gestion budgétaire) tout en étant capable de communiquer avec les secteurs privés et publics. Les Animateurs Socio-Culturels ont plus d’une corde à leur arc pour répondre à ce défi, comme p.ex. la méthodologie de projet, l'esprit d'action, la communication et la médiation, le sens de l'éthique, la capacité à créer des liens sociaux, la sensibilité démocratique et écologique, la militance, la compréhension des phénomènes sociologiques et psychologiques, etc.
Nous avons repéré deux grands domaines que l'Animateur pourrait être appelé à investir:
- Une Entreprise Sociale soutenue par l'Etat, dans laquelle il occuperait un rôle de cadre gestionnaire et conducteur de projet. Il serait amené à développer un réseau de partenariat autour de l'entreprise et à repérer les potentialités de chacun des employés pour les orienter vers une tâche où ils pourront donner le meilleur d’eux-mêmes.
- Une grande entreprise où l'Animateur Socio-Culturel occuperait un poste dans le département des ressources humaines. Il serait responsable de la cohésion entre les membres de l'entreprise, mais également à l’écoute des insatisfactions. Le cas échéant, il se ferait le porte-parole des employés auprès de la direction.
Dans cette situation, il est difficile d'imaginer que les entreprises soient disposées à créer des postes n'ayant pas un impact direct sur leur chiffre d'affaires. Une aide de la part de l'Etat pour financer ce poste est à envisager dans un premier temps.
Pour les Animateurs Socio-Culturels, cela ouvre de grandes perspectives. Ceux-ci semblent avoir les compétences nécessaires pour occuper des postes à responsabilité. Au lieu de revêtir une fonction qui vise à pallier aux faiblesses du système, le Travailleur Social aura l'opportunité de contribuer activement au changement social.
Nadia Metral et Sylvain Félix, juin 2011
Vous trouverez ci-dessous les documents suivants :
- notre dossier complet...
- les retranscriptions d'entretiens...