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L'initiative 1:12 pour restaurer une justice salariale
Le 18 octobre partis de gauche et syndicats ont menés diverses actions pour le démarrage de la campagne pour le oui
Soumise au vote populaire le 24 novembre, l'initiative 1:12 a été lancée simultanément le 18 octobre dans cinq cantons romands. A Genève, les socialistes et les syndicats, dont Unia, ont dénoncé l'accroissement des écarts salariaux en Suisse. Et voient en l'initiative 1:12 le moyen de restaurer une justice salariale au sein de l'entreprise en luttant contre les abus. La Jeunesse socialiste insiste: il ne s'agit pas d'une initiative contre les patrons, mais pour une équité salariale.
Le salaire médian en Suisse gravite autour des 6000 francs. Une somme gagnée en 8 minutes 13 par Brady Dougan, le directeur général du Credit Suisse, et en 28 minutes 44 par son homologue d'UBS Investment Bank, Andrea Orcel. Une indécence à laquelle l'initiative 1:12, lancée par la Jeunesse socialiste suisse, compte bien s'attaquer. Comment? En empêchant les patrons de gagner plus en un mois que les moins bien payés de leurs employés en une année. Alors que celle-ci sera soumise au peuple lors des votations du 24 novembre, la campagne pour le «oui» a démarré le 18 octobre simultanément dans cinq cantons romands. A cette occasion, les partis de gauche et les syndicats ont mené diverses actions devant des lieux jugés symboliques comme des succursales d'UBS, du Credit Suisse, le siège de Nestlé et d'autres sièges de grandes banques.
Injustice salariale croissante
A Genève, le comité unitaire genevois «Pour des salaires plus justes» a accueilli la presse avec une mise en scène illustrant la répartition inégalitaire de la masse salariale en Suisse. Une pomme, d'un montant de 40 centimes, représentait ce que pouvait s'acheter le salarié le moins bien payé du Credit Suisse en 1 minute de travail, tandis que le contenu du chariot, d'une valeur de 76 francs 70, symbolisait ce que pouvait s'offrir Brady Dougan pour le même laps de temps travaillé. «Il y a une injustice salariale croissante en Suisse, constate Romain de Sainte Marie, président du Parti socialiste genevois. Les revenus des top managers ont explosé alors que les bas salaires le sont toujours davantage et toujours plus nombreux.» Entre 2000 et 2010, le revenu disponible des plus hauts salaires a augmenté de 23700 francs alors que les revenus moyens ont, pour leur part, diminué de 300 francs. Romain de Sainte Marie rappelle notamment que l'ex-PDG et président de Novartis Daniel Vasella gagnait 1200 fois plus que le salarié le moins bien payé. Une proportion qui avait atteint le rapport record de 1800 avec Credit Suisse.
Les multinationales ciblées
«Il faut restaurer une équité dans les entreprises, lance Guilhem Kokot, membre du comité directeur de la Jeunesse socialiste suisse. Surtout quand on sait qu'entre 1980 et 2000 en Suisse, le rapport 1:12 était respecté, il est donc possible d'y revenir!» Selon l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, 1200 entreprises, sur plus de 318000 en Suisse, ne respecteraient pas l'écart 1:12. «Les petites et moyennes entreprises (PME) ne peuvent pas se permettre de tels écarts salariaux, c'est donc principalement aux grosses entreprises et aux multinationales de limiter les abus.» Et d'insister: «Ce n'est pas une initiative contre les patrons, mais pour une équité et une justice salariale au sein des entreprises.» Une demande qui correspond aux attentes de la population, selon les socialistes, puisqu'elle a déjà voté en faveur de l'initiative Minder «contre les rémunérations abusives» en mars dernier.
Fixer des règles
De leur côté, les syndicats n'hésitent pas à mettre l'initiative 1:12 en perspective avec l'initiative pour le salaire minimum à 4000 francs, soumise au peuple au printemps prochain. «La productivité ne cesse d'augmenter alors que les salaires stagnent, note Emmanuelle Joz-Roland, secrétaire syndicale au SIT. En Suisse, 12% des salariés touchent un bas salaire. Et à Genève, 10% des salariés les mieux payés se répartissent 30% de la masse salariale.» Elle ajoute que plus de 10% des travailleurs genevois gagnent moins de 4000 francs par mois, alors que la cité de Calvin est dans le top 10 des villes les plus chères. «Il faut faire le choix de la justice sociale contre la voracité des employeurs», conclut la syndicaliste.
Selon Unia, il est temps de fixer des règles au niveau fédéral afin de limiter les abus. «En 1984, l'écart salarial moyen était de 1:6, rapporte Audrey Schmid, secrétaire syndicale à Unia. En 2011, le rapport est monté à 1:43. Il faut mettre fin à cette indécence et aux économies faites sur le dos des employés pendant que les profits sont répartis tout en haut de la hiérarchie.»
Manon Todesco