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Canton de l'ancienne Confédération dès 1352 (sous réserve des droits des Habsbourg), de plein droit et jouissant de l'immédiateté impériale dès 1415, district du canton helvétique des Waldstätten (1798-1801), canton helvétique (1801-1803), puis canton de la Confédération (nom officiel: Kanton Zug). Dénomination jusqu'en 1798: ville et bailliage de Z. (Stadt und Amt Zug). All. Zug, ital. Zugo, rom. Zug. La langue officielle est l'allemand, le chef-lieu Z.
Le premier noyau du futur canton apparaît vers 1300 sous la forme du bailliage (Amt) habsbourgeois de Z., qui incluait sans doute, outre la ville, les trois communes de l'Äusseres Amt (bailliage extérieur): Ägeri, am Berg (Menzingen avec Neuheim) et Baar. La ville et les communes parvinrent (au XVe s. pour l'essentiel) à une très large autonomie. La ville acquit pour son seul compte, entre 1379 et 1498, plusieurs bailliages (Vogteien) qui formaient un territoire sujet autour du lac de Zoug. Dès 1500 environ, l'extension géographique de la ville et bailliage correspondit à peu près à l'actuel canton. La ville possédait en sus la seigneurie justicière d'Oberrüti à l'ouest de la Reuss et le patronage de Meierskappel en pays lucernois; inversement, quelques juridictions étrangères s'exerçaient en terre zougoise: la petite seigneurie de Buonas et les droits de haute justice de la ville de Zurich à Steinhausen subsistèrent jusqu'en 1798, le Gotteshausgericht de l'abbaye d'Einsiedeln (basse justice dont relevait une partie des gens de Menzingen et d'Ägeri) jusqu'en 1679. Un accroissement territorial (vers les Freie Ämter supérieurs, voire au-delà) échoua en 1798.
Le canton est à cheval sur les collines du Plateau et les Préalpes. La zone comprise entre la Reuss (qui le borne à l'ouest) et les rives ouest et nord du lac de Z. appartient au Plateau. A l'est du lac s'étend la partie montagneuse, qui culmine à 1580 m (Wildspitz) et englobe le haut plateau de Menzingen, la haute vallée et le lac d' Ägeri, ainsi que le Zugerberg. Baar et la ville de Z. se trouvent à la limite entre les deux zones, toutes deux arrosées par la Lorze, qui sort du lac d'Ägeri, franchit la gorge de la Lorze, rejoint le lac de Z. et le quitte près de Cham pour se jeter dans la Reuss à Maschwanden, après un parcours d'environ 27 km.
|Superficie (2006)||238,8 km²|
|Forêt / surface boisée||66,1 km²||27,7%|
|Surface agricole||107,0 km²||44,8%|
|Surface bâtie||29,2 km²||12,2%|
|Surface improductive||36,5 km²||15,3%|
|Année||1850||1880a||1900||1950||1970||2000|
|Habitants||17 461||22 829||25 093||42 239||67 996||100 052|
|En % de la population suisse||0,7%||0,8%||0,8%||0,9%||1,1%||1,4%|
|Langue|
|Allemand||22 592||24 042||39 931||58 931||85 142|
|Italien||219||819||1 516||5 556||2 525|
|Français||120||157||453||663||1 138|
|Romanche||30||17||140||267||156|
|Autres||33||58||199||2 579||11 091|
|Religion, Confession|
|Catholiquesb||17 336||21 734||23 362||35 461||54 840||61 873|
|Protestants||125||1 218||1 701||6 544||11 820||17 590|
|Catholiques-chrétiens||63||54||64|
|Autres||42||30||171||1 282||20 525|
|dont communauté juive||27||19||24||78||148|
|dont communautés islamiques||364||4 248|
|dont sans appartenancec||538||8 159|
|Nationalité|
|Suisses||17 355||21 896||23 089||39 715||57 276||79 819|
|Etrangers||106||933||2 004||2 524||10 720||20 233|
|Année||1905||1939||1965||1995||2005|
|Personnes actives||Secteur primaire||5 199||5 666||2 602||2 316d||2 155|
|Secteur secondaire||5 728||7 516||15 922||18 426||19 135|
|Secteur tertiaire||2 285||3 621||9 273||37 873||50 412|
|Année||1965||1975||1985||1995||2005|
|Part au revenu national||1,2%||1,6%||1,9%||2,2%||2,5%|
Après un maximum vers 20 000 av. J.-C., les glaciers se retirèrent du territoire du canton avant 17 000 av. J.-C. Les vestiges les plus anciens datent du Paléolithique supérieur (vers 14 000 av. J.-C., au Grindel (comm. Cham). D'autres sites à Cham, Steinhausen et Z. remontent au Paléolithique final (12 400-9250 av. J.-C.) et au Mésolithique (9250-5500 av. J.-C.).
On a repéré au bord du lac de Z. plus de cinquante stations littorales (palafittes) du Néolithique (5500-2200 av. J.-C.) et de l'âge du Bronze (2200-850 av. J.-C.), sur trente-trois sites, notamment à Risch (Aabach, Buonas, Zweieren, Schwarzbach), à Hünenberg (Strandbad, Wildenbach), à Cham (Eslen, Sankt Andreas, Bachgraben), à Steinhausen-Sennweid et en ville de Z. (Schutzengel, Schützenmatt, Vorstadt, Sumpf, Riedmatt, Oterswil). Les premières relèvent de la civilisation d'Egolzwil (vers 4300 av. J.-C.) et du Cortaillod ancien de Suisse centrale (vers 4000 av. J.-C.). La hache d'apparat de Cham-Eslen témoigne de liens culturels s'étendant jusqu'à la mer Noire. La civilisation de Pfyn (3800-3500 av. J.-C.) est aussi représentée sur le littoral. Une analyse pollinique du site de Menzingen-Egelsee et des vestiges isolés permettent de conclure à une exploitation des Préalpes où l'occupation deviendra permanente vers 2200 av. J.-C. env. A la civilisation de Horgen (3500-2750 av. J.-C.) se rattachent des sites au bord du lac, mais aussi dans l'arrière-pays. Les civilisations de la Céramique cordée (2750-2450 av. J.-C.) et du Campaniforme (2450-2200 av. J.-C.) ont laissé peu de traces, tout comme le Bronze ancien (2200-1550 av. J.-C.). Les habitats terrestres se font plus fréquents à partir du Bronze moyen (1550-1350 av. J.-C.); leur taille relativement grande suggère un essor démographique. On a découvert à Steinhausen-Chollerpark de grands cadres en bois dont l'usage reste inconnu et environ 2400 morceaux de bois flottant destiné à la construction (vers 1440 av. J.-C.). On a reconnu aussi des habitats du Bronze final à Z.-Sumpf (1056-env. 870 av. J.-C.).
Au premier âge du Fer (Hallstatt, 800-450 av. J.-C.), les habitats découverts permettent de supposer une occupation complète de la zone basse du canton. La Baarburg était probablement vers 500 av. J.-C. un site princier celte, au vu des céramiques grecques et des vases étrusques en métal qu'elle a livrés. Des sépultures (Cham, Oberwil bei Zug, Steinhausen) et de nombreux vestiges isolés remontent au second âge du Fer (La Tène, 450-15 av. J.-C.). La région de Z. faisait peut-être partie du territoire des Helvètes, la future Civitas Helvetiorum. Quelques toponymes (Baar, Cham, Lorze, Sihl et peut-être Reuss) sont d'origine celte.
Auteur(e): Stefan Hochuli / PM
Dès le milieu du Iers. av. J.-C., le Plateau suisse subit l'influence politique de Rome et passa sous son contrôle après la campagne des Alpes de 16-15 av. J.-C. De grands domaines (villae) apparurent autour du lac de Z., au nombre d'une dizaine au plus, dont quatre sont attestés archéologiquement (Risch-Holzhäusern, Hünenberg-Huobweid, Cham-Heiligkreuz et Baar-Zentrum), et un cinquième rendu vraisemblable par des vestiges isolés (Z.-Sankt Michael). On a trouvé à Cham-Hagendorn les traces d'un moulin et d'un sanctuaire (vingt-trois statuettes en terre cuite). La Baarburg fut occupée à plusieurs reprises. Les tombes de Risch-Holzhäusern, Z.-Loreto et Hünenberg-Huobweid doivent être liées à des habitats. Les trésors monétaires de Baar, Risch, Cham et Hünenberg pourraient révéler indirectement des sanctuaires romains.
Après l'abandon de la frontière du Rhin (401/402), la région de Z. cessa d'appartenir à l'Empire romain. Des sépultures du Ve/VIe s. sont attestées dans l'ancien domaine de Baar-Zugerstrasse, dont une tombe d'enfant, surmontée d'un monument en bois. Une église (future paroissiale Saint-Martin) fut édifiée au même emplacement au VIIe/VIIIe s. D'autres églises remontent au haut Moyen Age. L'archéologie l'a prouvé pour Sainte-Vérène à Risch; des sources écrites ou le choix du saint patron le rendent vraisemblable pour Saint-Jacques-le-Majeur à Cham, Saint-Maurice à Cham-Niederwil, Notre-Dame à Neuheim, Saints-Pierre-et-Paul à Oberägeri et Saint-Michel à Z. En 536/537, la Suisse centrale fut incorporée au royaume franc. Des Alamans s'installèrent dans les zones peu densément peuplées. Leur pénétration se reflète dans les toponymes en - dorf, - ikon, - ingen et - heim, ainsi que dans des sépultures de la fin du VIe s. à Hünenberg-Marlachen, dans des nécropoles du VIIe s. (Baar-Früebergstrasse, Z.-Löberen) et des habitats des VIe-VIIIe s. (Cham-Eichmatt, Baar-Zentrum). Au partage de 843, la Suisse centrale revint à la Francie orientale. Des habitats sont attestés aux IXe et Xe s. au château de Z. et à Cham-Klostermatt. Le piège à poissons de Steinhausen-Sumpfstrasse date de cette époque (VIIe-IXe s.). Les premiers châteaux forts et résidences nobles (Cham-Sankt Andreas, Z., Hünenberg) remontent aux XIe et XIIe s. A partir de la fondation de la ville de Z. et du couvent de cisterciennes de Frauenthal dans la première moitié du XIIIe s., les sources archéologiques se multiplient (restes de constructions en madriers ou à poteaux dès le milieu du XIVe s.)
Auteur(e): Stefan Hochuli / PM
Le plus ancien document écrit en rapport avec le futur canton de Z. est une charte de donation du roi Louis le Germanique en faveur du Fraumünster de Zurich. Celle-ci mentionne en 858 un domaine seigneurial à Cham, mais le décrit selon les termes vagues en usage dans ce type d'acte, ce qui ne permet d'en préciser ni l'étendue ni le caractère. Il est sûr cependant qu'il se trouvait au Kirchbühl et non sur la presqu'île de Sankt Andreas, qu'il incluait la future paroissiale Saint-Jacques et qu'il resta aux mains du Fraumünster jusqu'au XVe s. On peut supposer qu'il existait aussi des structures domaniales aux alentours des autres églises présentes depuis le haut Moyen Age, soit à Baar, Risch, Z., Oberägeri, Neuheim et Niederwil (comm. Cham). Ces églises privées, fondées pour le salut de leur âme par des membres de l'élite laïque, étaient un élément des cours seigneuriales. Au cours du Moyen Age classique, elles devinrent les centres de paroisses (entités territoriales).
Dès la fin du XIIe s., les sources écrites laissent mieux apparaître divers droits et titres de propriété issus sans doute du système domanial. Avec une fréquence frappante, ces droits appartenaient désormais à des abbayes étrangères. Schänis et Kappel avaient des biens à Baar, Muri à Gangolfswil (comm. Risch), Einsiedeln à Ägeri (comm. Oberägeri et Unterägeri), à Menzingen et à Neuheim, Saint-Blaise (Forêt-Noire) à Steinhausen et à Neuheim. Le couvent de cisterciennes de Frauenthal, édifié vers 1240-1244 à l'initiative des barons d'Eschenbach-Schnabelburg, seule fondation monastique médiévale sur sol zougois, fut doté de droits et de terres situées aux alentours. Des seigneurs laïques restaient possessionnés (de cours domaniales probablement) à Buonas (seigneurs de Buonas peut-être, de Hertenstein dès 1260), Hünenberg (seigneurs de Rüssegg), Sankt Andreas près de Cham (seigneurs de Wolhusen) et Z. (famille inconnue, peut-être les comtes de Kibourg dès 1200 env.). Dans ces localités, le pouvoir seigneurial commença à se renforcer aux XIe et XIIe s. par la construction de châteaux forts. Le même mouvement conduisit à l'édification vers 1200 du château de Wildenburg, liée à des défrichements lancés sans doute à la même époque au Grüt (Allenwinden).
Jusqu'au XIIIe s., les divers droits (justice, propriété du sol ou des serfs) appartenaient rarement à un seul seigneur. A Steinhausen par exemple, les abbayes du Fraumünster, de Saint-Blaise et de Kappel disposaient de droits enchevêtrés sur le sol et les serfs, tandis que des laïcs détenaient la justice. Dans l'ensemble, le pouvoir était réparti de manière très hétérogène sur un territoire restreint.
Au Moyen Age classique, le futur canton ne constituait pas une entité territoriale; il faisait partie du Zürichgau, pays au contour flou où les droits comtaux furent exercés à la fin du Xe s. par les comtes de Nellenburg, puis par les comtes de Lenzbourg depuis la querelle des Investitures jusqu'à leur extinction en 1173. Les droits de souveraineté comtaux se superposaient au morcellement des droits inférieurs, mais ne les unifiaient guère. Ils ne permettent donc pas de tirer des conclusions, comme l'a souvent tenté l'ancienne historiographie, sur les détenteurs réels du pouvoir et des terres au niveau local. Rien ne prouve que les Lenzbourg aient eu des alleux en pays zougois; leurs droits seigneuriaux ne sont attestés qu'indirectement, sous forme d'avouerie sur le Fraumünster de Zurich et sur l'abbaye féminine de Schänis. La question de la succession des Lenzbourg après 1173 (dont il ne faut pas surestimer l'importance pour Z.) n'est pas entièrement résolue. On sait que l'avouerie sur le Fraumünster passa aux ducs de Zähringen (éteints en 1218), puis aux barons d'Eschenbach-Schnabelburg, celle sur Schänis d'abord aux Hohenstaufen, plus tard aux comtes de Kibourg. Pour ce qui regarde Z., la seule chose sûre est que les comtes de Kibourg tentèrent, après 1240 au plus tard, de faire valoir des droits seigneuriaux dans la zone de Baar et dans la ville de Z. (peut-être fondée par eux), notamment contre les comtes de Habsbourg-Laufenbourg et les barons d'Eschenbach-Schnabelburg. Il paraît peu plausible que les Kibourg se soient référés dans cette affaire à la succession des Lenzbourg, dans une perspective pour ainsi dire dynastique. Il faut plutôt placer leur démarche dans le contexte d'une politique d'affirmation de leur souveraineté. Leur action ne se limitait pas à la région de Z.-Baar, pour eux périphérique, mais visait l'ensemble du territoire entre Reuss et Albis (peut-être dans le but de relier leurs possessions sur le lac de Zurich à celles du Seetal lucernois), ce qui impliquait un affrontement direct avec les barons d'Eschenbach-Schnabelburg. Cependant, les Lenzbourg ne parvinrent pas à pénétrer comme seigneurs dans la région de Z.-Baar. Ils durent aussi s'incliner face aux comtes de Habsbourg-Laufenbourg dans la lutte pour la souveraineté.
Auteur(e): Thomas Glauser / PM
A l'extinction des deux derniers Kibourg en 1263 et 1264, le comte Rodolphe IV de Habsbourg reprit une grande partie de l'héritage présumé. Il doit avoir acquis Z. en 1273, en même temps que de nombreuses villes kibourgeoises (le détail des droits fonciers et seigneuriaux n'est pas connu). Les revenus des alleux et droits d'avouerie dans la zone Z.-Ägeri-Menzingen-Baar étaient de diverses qualité et origine; en outre, ils étaient en partie hypothéqués ou inféodés. Par la suite, ils furent réunis au sein du bailliage de Z., unité administrative des pays antérieurs habsbourgeois, décrite comme telle dans le terrier des Habsbourg (1303-1307). Grâce aux données fiscales de ce document, on peut reconstituer approximativement la structure et les limites du bailliage. Les trois circonscriptions fiscales de Z., Ägeri et Baar correspondaient aux paroisses homonymes dans leur extension de l'époque. Dans celle de Baar, on distinguait les paroissiens du village et ceux de la montagne (Berg); cette grande communauté bipartite donna naissance, vers 1400 au plus tard, à la commune de Baar et à celle de Berg (auj. Menzingen et Neuheim). La commune de Berg recouvrait deux grands ressorts de basse justice, issus de seigneuries foncières ecclésiastiques: les abbayes de Saint-Blaise (Forêt-Noire) et Einsiedeln avaient fait de leurs domaines (Dinghöfe) de Neuheim de véritables seigneuries (dites Gotteshausgerichte), chacune ayant à sa tête un amman. A Z. et Ägeri, les Habsbourg revendiquaient la possession de deux anciennes cours domaniales qui correspondaient aux paroisses. A Z., cela conduisit à la formation d'une seigneurie justicière réunissant droits de bailliage et basse justice, tandis qu'à Ägeri, les Habsbourg devaient partager la basse justice avec Einsiedeln, le Gotteshausgericht de Berg débordant dans la vallée d'Ägeri. Mais, dans cette partie du bailliage de Z. comme ailleurs, les paroisses en tant qu'associations de personnes jouèrent le rôle principal dans la formation des communes. Ce processus ne put réussir que parce que les Habsbourg, détenteurs de la souveraineté, instituèrent un tribunal ayant autorité sur l'ensemble du bailliage. En l'absence d'autres organes, les compétences de haute justice revinrent au Conseil de la ville de Z., siégeant sous la présidence de l'amman habsbourgeois. Amman et Conseil étaient aussi compétents pour les sujets habsbourgeois dans les basses justices de Z., Ägeri et Baar. Attestée dès la fin du XIVe s., la participation de représentants des communes de l'Äusseres Amt (bailliage extérieur) lorsqu'on traitait d'affaires les concernant remonte sans doute à l'époque habsbourgeoise.
Les parties du futur canton situées à l'extérieur du bailliage de Z. ne relevaient pas des Habsbourg, à de rares exceptions près. Dès la fin du XIIIe s., elles dépendaient pour la plupart des seigneurs de Hünenberg, principale famille de ministériaux de la région, qui réussirent à créer, en rassemblant divers droits de bailliage, une seigneurie justicière presque d'un seul tenant, englobant vers 1350 Steinhausen, Cham, Hünenberg, Risch et, dans la vallée de la Reuss, Gisikon, Oberrüti et Merenschwand. Ils avaient pour sièges administratifs les châteaux forts de Hünenberg, de Sankt Andreas à Cham, de Z. (temporairement), ainsi que celui de Wildenburg (dans le bailliage de Z.), qu'ils possédèrent avec la seigneurie justicière voisine de Grüt dès 1309 au plus tard. Derrière la fondation singulièrement tardive de la ville neuve de Sankt Andreas - à l'initiative de Gottfried von Hünenberg en 1360 - se cachent peut-être des ambitions zurichoises dans la région Cham-Steinhausen. La bourgade n'eut qu'une brève existence. Prise par des troupes lucernoises et zougoises en 1385, à la veille de la guerre de Sempach, elle fut abandonnée. A Buonas, les Hertenstein, ministériaux lucernois, disposaient d'une seigneurie justicière et d'un château fort.
Au milieu du XIVe s., le moindre intérêt des Habsbourg pour leurs possessions occidentales et l'évolution politique dans la région compromit la stabilité relative qui régnait jusque-là dans l'espace zougois. Les conflits armés entre la ville de Zurich et les ducs d'Autriche conduisirent en 1352 au siège de la ville de Z. (sous la conduite de Zurich) et à l'alliance forcée (Pactes fédéraux) entre Zurich, Z. (ville et bailliage) et les cantons de Suisse centrale. Ces événements n'eurent aucune conséquence immédiate sur les droits des Habsbourg à Z. Mais comme les ducs ne pouvaient plus exercer la puissance tutélaire, il se produisit une vacance du pouvoir que le canton de Schwytz remplit dès les années 1360, fournissant l'amman de Z. de 1370 à 1404, d'abord avec l'accord des ducs (paix de Thorberg). Le bailliage de Z. devint de facto un protectorat schwytzois. Toutefois, c'est comme canton confédéré que Z. adhéra à la Charte des prêtres en 1370. Après l'affaire du sceau et de la bannière en 1404 (Siegel- und Bannerhandel ), il incomba à Zurich, à Lucerne et aux Waldstätten de désigner à tour de rôle l'amman de Z. Mais en 1410, sous pression du bailliage extérieur, alors que l'on attendait un Unterwaldien, la charge fut donnée à un Zougois; dès lors, il en alla toujours ainsi. Un arbitrage fédéral de 1414 en faveur du retour à l'alternance ne fut pas respecté. En 1415, Z. obtint de l'empereur Sigismond, en contrepartie de sa participation à la guerre contre le duc Frédéric IV, l'immédiateté impériale. Ainsi furent abolis à Z. tous les droits des Habsbourg-Autriche.
L'immédiateté signifiait l'autonomie de la ville et bailliage envers l'extérieur. Mais à l'intérieur, la transmission des pouvoirs souleva des difficultés. La ville aussi bien que les communes du bailliage extérieur avaient commencé dès la fin du XIVe s. à racheter les multiples droits seigneuriaux, en grande partie engagés. Par exemple, la ville de Z. acquit diverses dîmes en 1387, 1397 et 1406, tandis qu'Ägeri et Berg s'affranchirent de l'impôt de suzeraineté en 1409-1410 et 1412. De ce fait, le bailliage extérieur évita de devenir sujet de la ville et légitima même ses propres prétentions à la souveraineté. Il en résulta d'une part de nouveaux organes communs (Conseil de la ville et bailliage, tribunal hebdomadaire, grand tribunal et tribunal pénal), mais d'autre part, dès le XVe s., de nombreux conflits qui, souvent, ne purent être résolus que grâce à la médiation fédérale.
Vers 1500, le canton de Z. ne se réduisait plus à la ville et au bailliage extérieur. Après l'élimination de la souveraineté habsbourgeoise, les Hünenberg cédèrent peu à peu, au XIVe et au début du XVe s., leurs seigneuries justicières de Cham, Risch, Steinhausen et Oberrüti à la ville de Z. A cela s'ajoutait le bailliage de Walchwil, déjà acquis en 1379, et Hünenberg, qui jouissait d'un statut spécial de combourgeoisie. A la fin du XVe s., le canton avait ainsi atteint presque son extension actuelle, la ville avec son territoire sujet représentant près de la moitié de sa surface. Il incluait encore quelques juridictions étrangères: le Gotteshausgericht de l'abbaye d'Einsiedeln (jusqu'en 1679), la seigneurie de Buonas et les droits de haute justice de la ville de Zurich à Steinhausen (jusqu'en 1798).
Auteur(e): Thomas Glauser / PM
C'est dans le domaine de la législation que la ville et le bailliage furent le plus étroitement unis. Le droit en vigueur fut codifié pour la première fois en 1432 dans le Stadt- und Amt-Buch (révisé en 1566). La haute juridiction avait bien été octroyée en 1400 par l'empereur Wenceslas à la ville seule, mais celle-ci semble y avoir associé de son plein gré le bailliage extérieur (tout d'abord aux seuls anciens sujets habsbourgeois), qui participait aussi au tribunal hebdomadaire et au grand tribunal.
Issue de l'assemblée des sujets réunis pour jurer fidélité au représentant du suzerain, la landsgemeinde possédait aussi au début des compétences législatives. Ensuite, son rôle se réduisit à la prestation de serment et à des fonctions électorales. Elle se tenait normalement une fois par an, près de Z. et plus tard dans la ville. Elle élisait l'amman, le chancelier, le banneret, l'enseigne du pays et les baillis des bailliages communs. Toutes les affaires importantes, jusqu'aux décisions sur la paix et la guerre, étaient soumises, dans une sorte de démocratie référendaire, aux assemblées de bourgeois qui se tenaient simultanément à Z., Ägeri, Menzingen (Berg) et Baar, selon une procédure, unique dans la Confédération, de "récolte des voix communales" où la ville avait deux voix et les trois autres communes chacune une. Les affaires courantes du canton incombaient au Conseil de la ville et du bailliage. Formé au début du Conseil de la ville et de députations communales ad hoc, il compta dès le XVIe s. quarante membres élus, treize de la ville et neuf de chacune des trois communes. Ces derniers finirent par assumer un rôle de conseillers dans leur commune. Cependant, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, l'assemblée des bourgeois de plein droit resta l'instance suprême, aussi bien dans les communes rurales que dans la ville. Elle contrôlait le Conseil grâce à ses compétences électorales, à des droits de proposition étendus et à la possibilité de forcer la convocation d'une assemblée communale.
Le chef de l'Etat était l'amman, autrefois le représentant des Habsbourg; il présidait tous les organes communs. Cette fonction très importante et influente n'échappa pas aux luttes de pouvoir entre la ville et le bailliage, puisque la libre élection fut remplacée au XVIe s. par un système strict d'alternance entre les quatre communes. La ville de Z. était le siège de tous les organes de la ville et du bailliage ainsi que de la chancellerie, même si le bailliage extérieur fournit tous les chanceliers de 1605 à 1848; l'amman devait y résider. Comme elle était seule compétente pour le marché, la souste, les douanes, les routes impériales, le commandement militaire et pour ses propres bailliages, comme elle abritait l'hôpital, la maladrerie, l'arsenal, la halle, la balance du beurre et la souste, elle disposait d'une administration bien plus développée que les communes rurales. Dans les territoires sujets, le bailli de la ville (Obervogt), qui ne résidait pas sur place, était secondé par un sous-bailli et des juges indigènes. Le nombre des actes administratifs écrits s'accrut nettement dès le XVIIe s.
Les conflits internes sont caractéristiques de l'histoire zougoise entre le XVe et le XVIIIe s. Au début, par exemple dans le Siegel- und Bannerhandel de 1404, le bailliage extérieur lutta pour l'égalité des droits avec la ville, autour de questions telles que le lieu de garde du sceau et des archives, l'emplacement de la chancellerie, le site de la landsgemeinde, la désignation et l'origine des magistrats, du banneret, de l'enseigne et du chancelier. La phase d'ajustement des institutions et compétences culmina avec l'affaire du Libelle (1603-1604), lors de laquelle les deux parties allèrent jusqu'à exiger leur séparation. L'arbitrage rendu par quinze juges de sept cantons et présenté dans un cahier de parchemin de grand format dit Libellus Tugiensis, traita en détail de tous les points litigieux: bannière, enseigne, sceau, artillerie et arsenal, stand de tir municipal, frappe des monnaies, conclusion et ratification d'alliances, élection de l'amman, du vice-amman et des baillis pour les bailliages communs, nomination des conseillers, des juges et des délégués à la Diète ou auprès des puissances étrangères, juridiction dans les bailliages sujets de la ville, compétence spéciale de la ville en matière de police des marchés. Désormais, les parties se référèrent constamment au Libelle, tenu pour une sorte de charte fondamentale, et l'expression "conformément au Libelle" s'imposa au XVIIIe s. dans la langue juridique zougoise. Cependant, malgré l'accent mis sur l'unité du canton, décrit comme "un corps", le Libelle ne s'attaqua pas au fond du problème. Le conflit reprit en 1605 déjà, parce que la ville s'opposa au choix d'un ressortissant du bailliage comme chancelier. Un supplément au Libelle (1608-1610) stipula que l'amman avait le droit de siéger au Conseil de la ville, même s'il n'en était pas bourgeois. Les fréquentes chamailleries ne cessèrent pas, débouchant périodiquement sur des conflits plus vifs, comme le Vogthandel (affaire du bailli, 1700-1702) et surtout le Harten- und Lindenhandel (affaire des Durs et des Doux, 1728-1736 et 1764-1768). Dans la mesure où elles touchaient les relations entre la ville et le bailliage, elles reflétaient la crainte de chaque côté d'être privé par l'autre d'une partie de ses droits et révélaient la faiblesse constitutive du canton: un régime décentralisé à l'équilibre fragile et sans cesse contesté. Le pouvoir n'avait pas sa source dans la landsgemeinde; il était partagé entre les quatre assemblées communales de Z., Ägeri, Menzingen et Baar. A cela s'ajoutaient les importants privilèges, liés à des intérêts privés, dont jouissait exclusivement la ville (bailliages sujets, douanes, marché). Cette situation instable, où les parties l'emportaient sur le tout, amena parfois à envisager une division du canton et de son gouvernement, comme cela se produisit, durant quelques mois de 1702, lors du Vogthandel. En 1712, pendant la seconde guerre de Villmergen, la landsgemeinde tenta de s'emparer du pouvoir par une sorte de coup d'Etat, mais n'y parvint pas.
La décentralisation du pouvoir se manifestait aussi dans les finances publiques. Le canton n'avait en propre ni caisse, ni trésor, ni réserves. Les déficits comme les bénéfices étaient répartis entre les quatre communes, selon une clé fixe (un tiers à la ville, deux tiers au bailliage extérieur). De même, les pensions étrangères destinées aux collectivités allaient dans les caisses des communes, où leur apport semble avoir été indispensable. Aucun impôt direct n'était perçu. La querelle sur la part des pensions versée aux particuliers (versements qui, avec le service étranger et le marché du sel, servaient au maintien et à la régulation des systèmes clientélaires locaux) ne fut résolue qu'en 1768, après la seconde affaire des Durs et des Doux, qui fit prévaloir le principe d'une répartition égale.
Vu sa petitesse, le canton ne pouvait avoir une politique étrangère autonome, à de rares exceptions près, comme la dénonciation de l'alliance avec la France et le rapprochement avec l'empereur en 1733; mais il fallut bientôt faire machine arrière. Au sein de la Confédération, Z. fut dès 1415 au moins un membre de plein droit, mais n'eut jamais un rôle dirigeant. Il entretenait d'étroites relations avec ses voisins Zurich (centre économique), Schwytz (qui au XVIIIe s. encore tentait régulièrement de s'immiscer dans les affaires intérieures zougoises) et Lucerne (chef-lieu catholique et siège de la nonciature). La Réforme plaça Z. dans une situation difficile sur le plan militaire; l'un des V cantons catholiques, voisin de Zurich, il était situé à la frontière confessionnelle. Des troupes furent engagées lors de chacune des quatre guerres de religion intercantonales. Des combats eurent lieu au Gubel lors de la seconde guerre de Kappel (1531). La défaite dans la seconde guerre de Villmergen (1712) révéla l'impréparation de l'armée zougoise. Une nouvelle organisation militaire ne fut créée qu'en 1757; elle réglementa pour la première fois tous les aspects importants: disposition des troupes, armement, uniformes, instruction et discipline.
Auteur(e): Peter Hoppe / PM
Avant 1700, le territoire cantonal comptait moins de 10 000 âmes. Des chiffres fiables ne sont disponibles que depuis le milieu du XVIIIe s. On recensa 10 618 communiants en 1743, 12 749 personnes en 1798. Le seul dénombrement du XVIIe s. concerne la vallée d'Ägeri et permet de constater une lente progression (env. 1350 âmes en 1660, 1519 en 1743). Les fortes baisses (par exemple lors de la dernière grande épidémie de peste, qui emporta jusqu'à un tiers de la population en 1629) étaient rapidement compensées. La répartition géographique est intéressante (1798): 20% pour la ville de Z., 30% pour ses territoires sujets (soit ensemble 50%) et 50% pour le bailliage extérieur.
Faute de sources, il est impossible de chiffrer les mouvements migratoires. L'étude des patronymes montre que la Réforme entraîna un essor de la mobilité, peut-être le dernier avant 1800. Dès le XVIe s., les bourgeoisies de Z., Ägeri, Menzingen et Baar se fermèrent de plus en plus; Ägeri, la commune la plus rigoureuse, n'admit aucune nouvelle famille entre 1544 et 1853. La situation semble être restée plus ouverte dans les bailliages de la ville.
Les premières attestations de toponymes indiquent que le long processus de défrichement, mise en culture et colonisation atteignit son apogée au Moyen Age classique et s'acheva vers 1350. La fondation de la ville de Z. vers 1200 marqua le début d'un habitat urbain qui restera le seul après l'abandon, en 1385, de l'éphémère ville neuve concurrente de Sankt Andreas près de Cham. Désormais, le réseau des sites habités ne subit plus guère de changements. La commune de Berg se dota d'un centre en 1479-1480, en bâtissant à Menzingen une église qui obtint le statut de paroissiale. Unterägeri, qui formait une communauté d'usagers depuis le bas Moyen Age, se sépara d'Oberägeri sur le plan paroissial en 1714 et sur le plan politique en 1798. Neuheim connut une évolution caractéristique: apparu avec les plus anciennes colonies alamanes des VIe-VIIe s., érigé plus tard en minuscule paroisse, le village fut absorbé dans la commune de Berg (Menzingen) et ne retrouva son autonomie qu'en 1848.
On est frappé par le morcellement et la petite taille des habitats. En 1468, la commune de Berg comprenait dix-huit hameaux et domaines, sans vrai centre. Au XVIIIe s. encore, Cham consistait en neuf entités séparées désignées comme des communes. La ville de Z. se distinguait non seulement par sa taille, mais aussi par ses remparts, ses maisons en ordre contigu et le nombre de ses bâtiments en pierre.
En 1591-1592 et dans les années 1630, le lit de la Lorze fut creusé artificiellement près de Cham lors d'une entreprise pionnière et audacieuse pour le nord des Alpes; le niveau moyen du lac de Z. fut ainsi massivement abaissé.
Auteur(e): Peter Hoppe / PM
La situation géographique de Z., entre les villes de Zurich et de Lucerne, s'avéra déterminante. Les étroites relations économiques avec Zurich (dont Z. adopta les poids et mesures et le système postal) ne furent guère contrariées par la séparation confessionnelle. La route reliant Horgen sur le lac de Zurich au lac de Z. par le Hirzel et Sihlbrugg remonte au Moyen Age, comme celle de Zurich à Lucerne par Knonau et Hünenberg. Si Lucerne était la première porte d'accès à la Suisse centrale depuis le Plateau, Z. était la seconde, grâce à de bonnes routes et à son lac. Le pont de Sins (AG) sur la Reuss, construit en 1640 malgré l'opposition de Lucerne, en remplacement d'un ancien bac, facilita les relations entre la région de Z. et les Freie Ämter. La ville de Z. devint un marché régional, dont le rayonnement s'étendait à Schwytz, aux terres zurichoises voisines et, au-delà de la Reuss, aux bailliages communs d'Argovie. Cette évolution s'appuya sur le marché hebdomadaire, plusieurs marchés annuels et la foire d'automne, mais aussi sur des institutions municipales comme la halle aux produits agricoles, l'Ankenhaus (halle au beurre et au fromage) et la souste au bord du lac, principal lieu de transbordement des marchandises en transit. Dans sa zone d'influence, la ville tenta de contrôler entièrement le commerce. Elle interdit le colportage et les sujets devaient s'engager sous serment à proposer leurs surplus sur le marché public de Z. Les gens du bailliage extérieur se ravitaillaient probablement sur les marchés de la ville, mais on ignore faute de recherches dans quelle mesure ils y étaient vendeurs. De manière générale, le bailliage se montrait moins dirigiste que la ville en matière économique et dans les questions d'approvisionnement; le colportage, par exemple, y était autorisé.
Le marché urbain favorisa le développement d'un large éventail de métiers spécialisés. Les plus anciennes corporations se formèrent vers 1400. De nombreux artisans d'art (orfèvres, peintres, peintres-verriers, horlogers, imprimeurs) acquirent une réputation suprarégionale. Cependant, la famille de facteurs d'orgues Bossard, active jusqu'en Allemagne du Sud et chez les Bernois protestants, était établie à Baar, ce qui prouve que l'artisanat, s'il se concentrait dans la ville, était aussi pratiqué hors de ses murs. Cette ouverture se retrouve dans le principe, toujours réaffirmé, selon lequel les bourgeois de la ville avaient le droit de se servir auprès d'artisans étrangers, sans que les corporations locales pussent s'y opposer.
La pêche, importante surtout pour la ville de Z., couvrait les besoins locaux, tout comme l'exploitation forestière. On importait aussi du bois de Schwytz. Outre les moulins, "ribes" (broyeurs), foulons, battoirs et scieries répartis dans tout le pays, les établissements de ce genre se concentraient surtout le long de la Lorze, sur le Mühlebach à Baar (canal artificiel dérivé de la Lorze, creusé sans doute au XIIIe s.), à Z. et à Cham. Des moulins à papier fonctionnaient à Baar et Cham, des tuileries à Z. et Baar. Une première forge à martinet, pourvue d'un monopole pour la fabrication de faux, fut créée en 1635 à Cham par des marchands protestants saint-gallois, mais n'eut qu'une existence éphémère. Un martinet à cuivre fut établi à Cham en 1690. L'industrie à domicile (travail de la laine au XVIIe s., filage du coton et de la soie au XVIIIe), répandue dans les zones de montagne et à Baar, était aux mains d'entrepreneurs zurichois. La première entreprise indigène fut la maison de soieries Kolin à Z. (1756). Le commerce du sel, très profitable mais dépendant entièrement de l'étranger, était sous influence politique.
Pour les modes d'exploitation agricole, le canton appartenait à deux zones: en altitude prédominaient l'élevage du gros bétail, de plus en plus orienté vers l'exportation dès le XVe s., et la fabrication de produits laitiers, tandis qu'en plaine et à l'ouest du lac de Z., on pratiquait la culture des céréales, des fruits et de quelques vignes. Z. participait, de manière parfois privilégiée, à l'exportation automnale de bovins vers le Tessin et l'Italie du Nord, par le Gothard. L'augmentation du nombre des fromageries au XVIIIe s. souligne l'importance accordée à la production de beurre et de fromage. Le poids des cultures fruitières tout autour du lac de Z. et surtout dans la plaine de Baar a frappé les voyageurs du XVIIIe s. Malgré la lutte des autorités contre la distillation d'eau-de-vie, on comptait vers 1800 à Cham et Hünenberg, pour 260 ménages, 160 pressoirs à cidre et environ 300 alambics. La céréaliculture stagnait; elle était peu productive et soumise de façon rigide aux cens et dîmes. Dans les communes de plaine, il semble que l'assolement triennal était la forme d'exploitation usuelle. La ville de Z. menait dans ses territoires sujets, afin d'assurer son approvisionnement en grains, une politique restrictive qui décourageait le passage aux cultures herbagères et à la production laitière. Les premières privatisations de communaux se produisirent dans la seconde moitié du XVIIIe s. La culture des pommes de terre se répandit à la même époque.
Le rôle du service étranger dans l'économie zougoise est encore mal étudié. Les entrepreneurs militaires, dont l'activité exigeait de gros capitaux et une solide organisation, appartenaient à des familles dirigeantes (de la ville surtout, mais aussi du bailliage extérieur), qui contrôlaient également l'attribution des places d'officier. On ne connaît pas bien non plus le marché local des capitaux ni le degré général d'endettement. Comme ailleurs, les prêts étaient accordés par des particuliers, par les caisses publiques et par des institutions ecclésiastiques. On constate une tendance au rétrécissement de la place financière: dès 1719, les nouvelles hypothèques ne pouvaient se conclure que sur le petit marché domestique. Le canton disposait de la régale monétaire, mais l'utilisa peu; ses frappes se concentrent entre 1564 et 1624. Kaspar Weissenbach, maître monnayeur dès 1609 au plus tard, fit ainsi fortune.
Auteur(e): Peter Hoppe / PM
Pour la société médiévale, les sources ne font connaître que la classe supérieure, et seulement dans ses grands traits. La mince élite locale se composait aux XIIe et XIIIe s. d'une part de quelques familles nobles comme les barons de Notikon et les seigneurs de Buonas, Hünenberg et Hertenstein, et d'autre part des principaux administrateurs des seigneuries laïques ou ecclésiastiques. Ni les comtes de Kibourg ni ceux de Habsbourg (plus tard ducs d'Autriche) ne réussirent à créer un groupe de vassaux enracinés. Les ammans habsbourgeois de Z., aux XIIIe et XIVe s., furent donc des hommes d'origines très diverses. Ce n'est pas en servant le souverain que les seigneurs de Hünenberg acquirent leur position éminente dans la région, mais en bâtissant habilement leur propre pouvoir.
Les nobles, très peu nombreux, s'effacèrent vers 1300, les ministériaux vers 1400, soit qu'ils aient rejoint l'élite paysanne locale, soit qu'ils aient émigré dans des villes proches ou lointaines. Les droits seigneuriaux, qui souvent avaient été remis en gage, furent rachetés par les communes ou par des membres des groupes dirigeants urbains ou ruraux. Ces groupes se distinguaient par leur puissance économique, mais davantage encore par leur familiarité avec le pouvoir. L'évolution politique et la formation des communes conduisirent à ce que les gens de la vallée (Ägeri), ceux de la montagne (Menzingen et Neuheim), les villageois de Baar fussent égaux en droit avec les bourgeois de la ville de Z. Tous les hommes étaient aptes à gouverner. On distinguait le droit de bourgeoisie communal du droit d'usage des communaux. Selon la structure de l'habitat, il y avait une seule communauté d'usagers villageoise, voire aucune (comme à Menzingen), mais on en comptait parfois plusieurs, issues souvent d'anciennes structures domaniales (huit dans le bailliage de Cham, cinq à Baar, deux à Ägeri par exemple); elles jouèrent un rôle important, à côté des paroisses, dans le processus de formation des communes.
Les ressortissants des bailliages sujets de la ville n'avaient rien à dire dans les affaires cantonales, mais disposaient de droits dans leur commune. De même, les personnes ayant en ville de Z. le statut d'"habitant" avaient le droit de vote dans les affaires paroissiales; en 1688, ce groupe comptait septante-quatre hommes adultes, les bourgeois étant environ dix fois autant. Dans le bailliage extérieur, les "habitants" avaient nettement moins de droits. A Baar, en 1689, ils durent se déclarer expressément prêts à quitter immédiatement la commune si on le leur ordonnait. Dans la vallée d'Ägeri, ils furent expulsés à plusieurs reprises au XVIIIe s. Les étrangers venus dans le canton par mariage ou tolérés comme travailleurs n'avaient aucune assurance en matière de droit de séjour. On pouvait les chasser en tout temps, comme les errants et mendiants. Les femmes mariées avaient toujours le statut de leur époux.
La perte du droit de bourgeoisie avait de très graves conséquences pour la personne ainsi devenue apatride. A tous les niveaux, bourgeoisies et communautés d'usagers se fermèrent de plus en plus; la ville de Z. dès le XVIe s. et les communes du bailliage extérieur furent les plus rigoureuses à cet égard. La crainte de la pauvreté empêchait aussi certains mariages. Les épouses étrangères devaient prouver qu'elles disposaient d'une fortune minimale (400 florins par exemple en ville de Z. en 1726); cette mesure s'appliquait même aux femmes originaires du bailliage extérieur.
Des données quantitatives sur la répartition des richesses et la stratification sociale font défaut. L'effectif modeste de la population rend d'autant plus frappant l'écart entre les indigents réduits à la mendicité et les élites nanties détenant plusieurs dizaines de milliers de florins. La tendance générale à l'oligarchisation marqua comme ailleurs le genre de vie des familles dirigeantes, mais Z. ne vit pas se former un patriciat isolé du reste de la société.
Des enquêtes contemporaines sur l'état des réserves alimentaires dans les bailliages de la ville montrent que, lors de la disette de 1770-1771, près de la moitié de la population appartenait à la classe pauvre. C'est dans ce contexte qu'il faut apprécier le mandat dit Obstbrief, plusieurs fois promulgué, qui condamnait le maraudage de fruits, de raisins et de légumes et exemptait de toute poursuite le propriétaire qui aurait fait justice lui-même. Les indigents, dans la mesure où ils ne tombaient pas dans la mendicité, comptaient sur les aumônes (legs pieux, fêtes paroissiales), sur les distributions de denrées et de secours en argent par les autorités et avant tout sur les institutions charitables, dont les bénéficiaires officiellement reconnus devaient aller en personne chercher à l'église leur ration de pain hebdomadaire. Ces derniers, comme les faillis et les pensionnaires de l'hôpital, étaient privés de droits politiques et d'accès aux biens communaux.
Diverses organisations (corporations de métier, confréries ecclésiastiques, communautés de voisinage) renforçaient la cohésion sociale. Y contribuaient aussi les sociétés de tir, qui organisaient des concours, des entraînements et offraient des lieux de réunion. Dans les soins aux malades, un fossé séparait ville et campagne. Toutes deux recouraient à la médecine populaire et à son large savoir, aux barbiers-chirurgiens et aux sages-femmes, mais seule la ville disposait d'un collège municipal de médecins universitaires, d'une maladrerie pour les lépreux et d'un hôpital, lequel hébergeait aussi des personnes âgées, admises comme pensionnaires en échange d'un capital. Au XVIIIe s., la ville envoyait ses sages-femmes à Zurich pour y être formées.
Auteur(e): Thomas Glauser, Peter Hoppe / PM
Jusqu'en 1815, Z. fit partie du diocèse de Constance (archidiaconat d'Argovie, puis quart suisse). Les paroisses zougoises, sauf Risch, faisaient partie d'un décanat qui s'étendait originellement jusqu'à Bremgarten en Argovie et jusqu'à l'Uetliberg en terres zurichoises. Le décanat de Cham-Bremgarten, créé après la Réforme, fut divisé en 1721-1722, de sorte que les paroisses zougoises formèrent un chapitre. C'est à la première période de formation des paroisses (vers 1200) que remontaient celles de Z., Ägeri, Baar, Cham (les quatre grandes), Risch, Neuheim et Niederwil. Menzingen se sépara de Baar en 1479 et Steinhausen en 1611, Unterägeri d'Ägeri en 1714. Walchwil, qui releva de Z. jusqu'en 1804, obtint dès 1497 le droit de baptême et de sépulture. Niederwil fut incorporé à Cham en 1514. Le couvent de cisterciennes de Frauenthal fut fondé au XIIIe s. Au XIVe s. apparurent des communautés de béguines, dont celle de Saint-Michel à Z. (rattachées aux tertiaires franciscaines à la fin du XVe s.) et de bégards (dissoutes au XVe s.).
Parmi les religieux séculiers et réguliers d'avant 1800, on distingue Johannes Eberhard, curé de Zoug et maître ès arts. Vers 1520, au sein du clergé zougois, un petit groupe d'humanistes inclinait vers la nouvelle doctrine et se tenait en contact avec Zwingli. En 1526, la ville et les trois communes rurales décidèrent d'en rester à l'ancienne foi et de ne pas se séparer de la Suisse centrale catholique. Après la seconde guerre de Kappel (1531), Z. se retrouva à la frontière des confessions. Les V cantons approuvèrent expressément les décrets du concile de Trente en 1563. Parallèlement au renouvellement du clergé, des couvents, de la prédication, de la liturgie et de l'administration des sacrements, l'Eglise se fit plus rigoureuse dans la conduite de ses affaires. Des conflits inévitables surgirent avec les autorités civiles sur des points où celles-ci avaient imposé leur contrôle (attribution des bénéfices, administration des biens d'Eglise, juridiction sur les clercs). Comme Lucerne en 1605, Z. obtint dans les années 1670 un commissaire épiscopal qui réglait directement une partie des causes spirituelles, évitant d'avoir à les porter jusqu'à Constance. Les capucins, piliers de la Réforme catholique, arrivèrent à Z. en 1595. Sous pressions à la fois laïques et ecclésiastiques, le couvent des tertiaires franciscaines de Saint-Michel à Z. fut soustrait vers 1600 à l'influence des franciscains de Lucerne et rattaché en 1611-1612 aux tertiaires capucines. Le couvent de cisterciennes de Frauenthal, fermé en 1528, rouvert en 1552 à l'initiative du Conseil de la ville de Z. (laquelle le contrôla étroitement jusqu'au traité de Jonen en 1602), prospéra au XVIIe s. Un des changements les plus frappants touchant le clergé séculier fut l'imposition du célibat, d'abord dans le territoire de la ville de Z., puis dans le bailliage extérieur. Néanmoins, cette réforme fut bien plus tardive qu'à Lucerne; on rencontrait encore couramment vers 1580 des prêtres vivant en concubinage et ayant des enfants.
La piété catholique marquait l'espace public: églises en position dominante, chapelles, oratoires, croix de carrefour. Les dons publics et privés faisaient des églises des écrins. Pèlerinages et processions traversaient les campagnes pour y amener la foi. Le pèlerinage cantonal annuel à Einsiedeln est mentionné dès 1426. En ville de Z., la procession de la Fête-Dieu, fastueuse, accompagnée de coups de canon, emmenait ostensoirs et images de saints jusque sur le lac. La principale fête était celle du patron de la ville, saint Oswald (le 5 août), avec tirs de salut, procession, quatre services divins, prédication solennelle, distribution de bouillie de millet et d'aumônes aux pauvres ainsi qu'aux mendiants étrangers; elle attirait à Z. de nombreux visiteurs. Le culte des reliques connut un regain de faveur, surtout le long de la frontière confessionnelle avec Zurich, grâce à la translation solennelle de martyrs des catacombes romaines. La chasse aux sorcières se maintint à Z. plus longtemps que dans le reste de la Suisse centrale. Le dernier procès se tint en 1737-1738 et coûta la vie à huit femmes.
Les écoles étaient tenues principalement par des ecclésiastiques. Au XVIIIe s., il existait partout, même dans les petites localités, des écoles élémentaires, de qualité très inégale. A côté d'écoles latines, de petits gymnases furent fondés en ville de Z. au XVIIe s. et à Baar au XVIIIe. Des Zougois fréquentaient aussi le collège jésuite de Lucerne, le Collegium helveticum de Milan (où des places réservées à des étudiants de Suisse centrale furent créées lors de la Réforme catholique), d'autres écoles et universités étrangères, ou se formaient à travers une carrière d'officier au service étranger. Les artisans accumulaient une certaine expérience du monde en accomplissant leur tour de compagnon.
Dans la seconde moitié du XVIIIe s., le lieutenant-colonel Franz Fidel Landtwing leva d'excellentes cartes d'une bonne partie du canton. Le curé de la ville proposa en 1758 la création d'une bibliothèque publique, mais le projet échoua faute d'intérêt. La bibliothèque de la famille Zurlauben fut vendue à l'abbaye de Saint-Blaise (Forêt-Noire); confisquée en 1799 par le gouvernement helvétique, elle sera transférée à Aarau. L'Eglise patronnait les activités musicales et théâtrales; néanmoins le Zougois Johann Caspar Weissenbach, le poète et dramaturge de la Suisse catholique le plus important à l'époque baroque, était un laïc. Partisans des Lumières, Karl Kaspar Kolin et Beat Fidel Zurlauben, tous deux les derniers représentants de leur famille, furent membres de la Société helvétique. Zurlauben fut historien et Kolin édita en 1786 une première revue annuelle (Neujahrsblatt) dans laquelle il voulait présenter à la jeunesse les hauts faits de ses pères.
Auteur(e): Peter Hoppe / PM
L'invasion française et la révolution helvétique mirent fin à l'Ancien Régime. A contrecœur, la ville de Z. affranchit ses bailliages le 11 février 1798. Le 17 avril, une landsgemeinde tumultueuse rattacha au canton les Freie Ämter supérieurs, à leur demande, mais refusa la nouvelle Constitution helvétique, qui lui aurait ajouté en outre les Freie Ämter inférieurs et le comté de Baden. La résistance aux Français s'effondra après la bataille de Hägglingen (26 avril). La ville de Z. capitula sans combattre trois jours plus tard. Le canton fut bientôt occupé en entier et pillé par les troupes françaises. Le 2 mai 1798, il fut attribué au nouveau canton des Waldstätten, qui regroupait la Suisse centrale; il en forma un district et la ville de Z. en deviendra le chef-lieu, pour être restée loyale à la République helvétique lors du soulèvement d'avril 1799 (Hirthemmlikrieg, guerre des chemises de pâtres) qui toucha les districts d'Uri et de Schwytz, ainsi que la montagne zougoise. Ni la Constitution zougoise élaborée en 1801 après la dissolution du canton des Waldstätten ni celle de 1802 n'entrèrent en vigueur. En automne 1802, Z. rejoignit la rébellion fédéraliste contre le gouvernement central.
La Constitution succincte contenue dans l'acte de Médiation, complétée par la loi d'organisation cantonale du 11 avril 1803, rétablit en grande partie les institutions prérévolutionnaires. La landsgemeinde reçut néanmoins des compétences législatives. Vu que les anciens bailliages (Cham, Hünenberg, Steinhausen, Risch et Walchwil) étaient désormais des communes avec égalité de droits, le nombre des membres du Conseil de la ville et bailliage, qui détenait les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif (Conseil cantonal dès 1814) fut porté à cinquante-quatre. Après l'abolition de l'acte de Médiation (1813), Z. fit partie du camp restaurateur, mais l'affranchissement des anciens bailliages ne fut pas remis en question. La Constitution cantonale de 1814 se basa sur les acquis de la Médiation. Elle créa un parlement, le triple Landrat, où siégeaient les membres du Conseil cantonal, chacun assisté de deux personnes élues elles aussi par les communes, soit un conseiller pour environ vingt-cinq électeurs.
La position du canton face à la forte autonomie des communes et la cohésion entre ses composants historiques (ville, bailliage extérieur, anciens bailliages) figurent parmi les principaux thèmes politiques de la première moitié du XIXe s. Les lois de 1805 sur l'établissement et de 1813 sur le droit de cité traitèrent ces problèmes. On créa avec la police cantonale (1804) et l'assurance incendie (1813) deux institutions couvrant tout le canton. En revanche, des tensions apparurent nettement entre anciennes et nouvelles communes à propos du partage de l'indemnité reçue par les anciens cantons pour la perte de leurs droits seigneuriaux, selon une décision du congrès de Vienne (Geldhandel, 1821-1823); Menzingen, qui s'estimait lésée, fit même brièvement sécession. La modernisation, quoique hésitante, se poursuivit dans les années 1830, malgré l'adhésion de Z. au groupe des cantons conservateurs. Les libéraux acquirent une forte position en ville de Z. et à Unterägeri, première commune à s'industrialiser, mais les conservateurs étaient majoritaires dans les régions rurales. En 1845, Z. adhéra au Sonderbund, mais y prôna une attitude défensive; dans la guerre qui suivit, il capitula sans combattre le 22 novembre 1847. Le 5 décembre, une assemblée populaire radicale renversa le gouvernement conservateur. La Constitution du 16 janvier 1848 fut d'inspiration largement radicale. La landsgemeinde fut supprimée sans grand débat, de même que la division du canton en deux districts (Inneres Amt et Äusseres Amt). Neuheim se sépara de Menzingen et devint une commune. Le Grand Conseil (Grossrat, Kantonsrat dès 1873) de soixante-sept membres élisait en son sein onze conseillers d'Etat. Les corporations d'usagers encore liées à une commune (Z., Oberägeri, Unterägeri, Hünenberg et Walchwil) en furent séparées.
Après leur victoire électorale de 1848, les radicaux lancèrent un train de réformes: modernisation des organes de l'Etat et des finances, première loi scolaire (1849). Mais les conservateurs dominés par Franz Joseph Hegglin (l'un des chefs du Sonderbund) reprirent le pouvoir en 1850 déjà. Ils révisèrent les lois radicales et imposèrent en 1851 des textes sur les communes qui renforçaient leur autonomie et lésaient les droits des non-bourgeois. Les relations avec la Confédération en furent affectées, ce qui se manifesta aussi lors des fêtes du cinq centième anniversaire du pacte de 1352. Les fêtes fédérales qui se tinrent à Z. en 1868 (officiers) et 1869 (tir) contribuèrent à décrisper la situation.
Seul le déclin de l'"hegglianisme", la montée d'une nouvelle génération de conservateurs modérés et le regain de popularité des radicaux à la fin des années 1850 créèrent les conditions d'un rapprochement entre les deux partis et permirent en 1861 la concrétisation de grands projets comme la fondation de l'école cantonale et la modernisation du droit privé.
Cette phase de collaboration entre modérés se termina en 1869, après l'interdiction d'une mission des jésuites à Baar. En 1870, les conservateurs obtinrent la majorité au gouvernement et au parlement; ils la conserveront pendant plus d'un siècle. Dans un contexte marqué par le Kulturkampf, les révisions de la Constitution fédérale et de violents conflits de partis, il fallut des années pour réaliser les adaptations que nécessitait la Constitution cantonale, surtout quant au statut des non-bourgeois et à l'élargissement des droits populaires. Les révisions de 1873, 1876 et 1881 introduisirent l'initiative et le référendum, l'élection du Conseil d'Etat (réduit à sept membres) par le peuple et une nouvelle organisation communale. En 1874, chaque commune fut divisée en une commune d'habitants, dans laquelle tout Suisse établi, même originaire d'un autre canton, avait le droit de vote, une commune bourgeoise responsable surtout de l'assistance et une commune ecclésiastique catholique. Pour la population protestante, toujours plus nombreuse, une paroisse recouvrant tout le canton avait été créée en 1863. La perte d'influence de l'aile ultramontaine des conservateurs permit l'acceptation facile de la révision constitutionnelle de 1894, qui imposa l'élection à la proportionnelle du Grand Conseil, des exécutifs et des juges. Les conservateurs avaient eux-mêmes proposé ce système, qui ne les empêcha pas de garder la prééminence. Son abandon fut longtemps discuté. Demandée surtout par les partis du centre dès le début des années 1990, l'élection majoritaire fut réintroduite en 2001 pour les juges et en 2013 pour les exécutifs. La Constitution du 31 janvier 1894 est toujours en vigueur, avec quelques modifications (introduction du tribunal administratif en 1976, séparation complète des pouvoirs en 1990).
Les luttes des années 1870 donnèrent aux camps politiques des contours plus précis. Des associations conservatrices apparurent dans plusieurs communes. Un parti conservateur cantonal fut fondé en 1885 (parti conservateur populaire et ouvrier dès 1910), qui comprit un groupe chrétien-social dès 1923. La Société du mercredi fondée en ville de Z. en 1837 fut une organisation libérale précoce. Une Société radicale cantonale naquit en 1870; des sections de l'Association patriotique suisse se formèrent dans plusieurs communes dès sa création en 1873. Les radicaux zougois adhérèrent en 1894 au Parti radical-démocratique suisse, faîtière des partis cantonaux. Des sections de la Société du Grutli sont perceptibles dès 1858; elles fondèrent en 1889 une fédération cantonale, appelée parti des travailleurs dès 1894, qui devint en 1902 la section zougoise du Parti socialiste suisse.
L'introduction de la proportionnelle en 1894 apaisa les conflits partisans. Elle améliora les chances des candidats radicaux et socialistes, mais ne mit guère en danger la domination des conservateurs, jusque dans les années 1970. Ceux-ci fournirent, outre les deux conseillers aux Etats jusqu'en 1970, cinq conseillers d'Etat sur sept dès 1886 (quatre sur sept depuis 1900), tandis que les radicaux en comptaient deux en 1886 et trois dès 1900. En 1918, les socialistes s'emparèrent du troisième siège radical, mais ils durent longtemps se contenter du Département peu important de la pêche et des forêts. L'équilibre entre ces trois partis, un grand, un moyen et un petit, se maintint jusqu'au milieu du XXe s. Le mouvement frontiste, en 1934, n'eut qu'un rôle épisodique. L'Alliance des Indépendants conquit un premier siège au Grand Conseil en 1951. Les conservateurs, devenus démocrates-chrétiens, ne perdirent leur majorité absolue au parlement et au gouvernement qu'en 1982. A gauche, plusieurs communes virent se former dans les années 1980 des groupes écologistes, qui surpassèrent le PS en 1999. L'UDC commença son ascension dans les années 1990; elle conquit un premier siège au Conseil d'Etat en 1999, un second en 2010. Au début du XXIe s., on comptait quatre blocs de force à peu près égale, avec l'UDC, les deux vieux partis bourgeois au centre (PDC et PRD) et la gauche (PS et Alternative verte). Après que, en 2010, le Tribunal fédéral eut jugé, suite à une plainte de la gauche, que le mode de répartition des sièges au Grand Conseil était anticonstitutionnel, la double (ou bi) proportionnelle ("double Pukelsheim") qui améliore les chances des petits partis fut introduite en 2013.
Parmi les anciens cantons du Sonderbund, Z. était le plus industrialisé et celui où vivait la plus grosse minorité non catholique. Il garda cependant jusqu'au milieu du XXe s. son ancrage traditionnel et il maintint ensuite avec ses partenaires des relations institutionnelles étroites, par exemple au sein de la conférence des gouvernements cantonaux de Suisse centrale. Cependant, les liens économiques avec le puissant voisin zurichois se sont développés de plus en plus. En témoigne par exemple l'adhésion du canton et de toutes ses communes à l'Association de la zone métropolitaine de Zurich en 2009. En politique fédérale, le canton est passé au cours de la seconde moitié du XXe s. d'une attitude conservatrice marquée à une position consensuelle. Lors des scrutins, ses résultats sont souvent à l'image de la moyenne nationale. Au XXe s., deux Zougois sont devenus conseillers fédéraux: Philipp Etter (conservateur populaire) et Hans Hürlimann (PDC).
|1919||1939||1959||1967||1971||1979||1983||1991||1995||1999||2003||2007||2011||2015|
|Conseil des Etats|
|PDC||2||2||2||2||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PRD||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|Conseil national|
|PDC||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PRD||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PS||1|
|Alternative verte/Verts||1||1|
|UDC||1||1||1||1||1|
|Total||1||2||2||2||2||2||2||2||3||3||3||3||3||3|
|1919||1927||1939||1959||1979||1983||1987||1991||1995||1999||2003||2007||2011||2015|
|PDC||4||4||4||4||4||3||3||3||3||2||2||2||2||2|
|PRD||2||2||2||2||2||3||3||2||2||2||2||2||2||2|
|PS||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|Alternative verte/Verts||1||1||1||1||2||1||1|
|UDC||1||1||1||2||2|
|Total||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7|
|1918||1938||1950||1974||1978||1982||1986||1990||1994||1998||2002||2006||2010||2014|
|PDC||43||44||44||44||43||40||38||36||33||27||25||23||23||22|
|PRD||22||25||22||24||23||29||29||25||28||27||20||20||20||18|
|PS||7||9||11||7||10||10||10||12||9||9||9||8||8||7|
|AdI||1||3||1|
|SGA/Verts||2||4||3||3||5||12||7||9|
|UDC||3||9||18||17||19||19|
|Verts libéraux||2||4|
|Autres||2||3||1||1||3||4||5||3||1||1|
|Total||72||78||78||80||80||80||80||80||80||80||80||80||80||80|
Auteur(e): Renato Morosoli / PM
Après la chute de la République helvétique, ses projets de réforme, qu'elle n'avait guère pu mettre en œuvre, restèrent dans les esprits. Certes, l'administration de 1803, formée du chancelier, du grand sautier et de quelques employés, correspondait à celle de l'Ancien Régime, mais la conception de l'Etat avait changé. Les affaires courantes étaient gérées par la commission administrative, qui préfigurait le futur Conseil d'Etat. Le conseil de l'éducation s'occupait de mettre en place l'école primaire, tandis que le conseil sanitaire commençait à agencer la santé publique (règlement de 1803 sur la police sanitaire) et que le Conseil de guerre, tirant les leçons de la débâcle de 1798, préparait l'organisation militaire de 1808. Cependant, le manque d'argent freinait le développement des activités du canton, dont les douanes et le monopole du sel étaient les principales sources de revenus. Les communes couvraient de cas en cas les besoins supplémentaires. Une tentative de pérenniser les rentrées par une loi sur les redevances échoua face aux protestations des citoyens (affaire des chasseurs, 1819-1820). Il fallut attendre la fondation de l'Etat fédéral et la Constitution cantonale de 1848 pour que la modernisation s'accélère. La construction du palais du gouvernement à Z. (qui suscita d'abord une forte opposition des communes rurales et s'acheva en 1873) fut une étape symbolique importante pour l'Etat; auparavant, les autorités cantonales avaient toujours occupé des locaux appartenant à la ville.
Au gouvernement, le système des départements remplaça en 1887 celui des commissions. Les conseillers d'Etat exerçaient leur charge à mi-temps, ce qui pouvait créer des conflits d'intérêt. Les débats sur la nécessité d'une professionnalisation commencèrent dans les années 1960; la fonction devint "activité principale" en 1991, à plein temps en 2009. L'administration cantonale se composait en 1850 de quatre fonctionnaires de chancellerie, du sautier cantonal, des messagers et de sept gendarmes. De nombreuses tâches, telle la taxation fiscale, étaient confiées à des commissions bénévoles. En 1900, l'administration comptait environ vingt-cinq personnes (dont treize policiers); en 1950, environ 120 personnes (dont vingt-cinq policiers, mais sans les écoles). En 2000, avec l'essor démographique, l'extension des activités de l'Etat et leur professionnalisation, on recensait plus de 900 postes. Le statut de fonctionnaire fut aboli en 1994. Le 27 septembre 2001, un homme se prétendant victime de l'arbitraire des autorités pénétra dans l'enceinte du parlement et, par vengeance, tua onze députés (dont deux femmes) et trois membres du Conseil d'Etat (dont une femme), avant de se suicider. Cet attentat souleva une émotion considérable.
Avant la Première Guerre mondiale, l'Etat fut surtout actif dans les domaines de l'école, des transports et du droit. Le canton plaça les écoles sous son contrôle en 1848, reprenant une idée de la République helvétique abandonnée en 1814. Dès les années 1850, il chercha à obtenir un raccordement au réseau ferroviaire, qui ne se concrétisa qu'en 1864, après la déconvenue due à la faillite de la compagnie Est-Ouest en 1861 où lui-même et les communes firent de grosses pertes. Les constructions routières commencèrent en plaine à la fin des années 1820, puis l'on s'occupa de l'accès aux vallées, important pour la politique régionale. Les Codes civil (1861-1875) et pénal (1876) remplacèrent des statuts et usages remontant en partie à l'Ancien Régime. La Banque cantonale zougoise fut fondée en 1891 sous forme de société anonyme.
A l'exception du projet avorté de loi sur les fabriques en 1864, la politique sociale ne connut aucun problème crucial avant 1914. Pendant la Première Guerre mondiale, on se limita à des actions d'urgence. Le canton réglementa l'assistance en 1918. Une assurance vieillesse et survivants cantonale échoua cependant devant le peuple. L'assurance chômage de 1927 et la caisse de secours pour les paysans de 1933 s'avérèrent insuffisantes au moment de la crise économique mondiale. Le canton intervint surtout par de grands travaux dont profitèrent les métiers du bâtiment, alors que les ouvriers de fabrique furent chichement soutenus. L'Etat providence se développa fortement après la Deuxième Guerre mondiale, sur la base des mesures de politique sociale prises durant le conflit; des institutions privées gardèrent cependant un rôle important. Le canton n'adhéra qu'en 1965 au concordat sur l'assistance au lieu de domicile. Les tutelles furent cantonalisées en 2013.
Depuis l'adoption de la loi de 1926 sur la santé publique, le canton subventionna les hôpitaux bourgeoisiaux ou privés; son apport resta néanmoins subsidiaire jusqu'à la reprise de l'hôpital des bourgeois de Z. en 1981. Sous la pression des coûts, un débat s'ouvrit et conduisit dans les années 1990 à une restructuration hospitalière: on passa de quatre établissements (hôpital cantonal et Liebfrauenhof à Z., hôpitaux de Baar et Cham) à deux (clinique Saint-André à Cham et nouvel hôpital cantonal construit en 2008 à Baar). Le canton ne s'intéressa à l'aménagement du territoire qu'à partir du milieu du XXe s., la loi de 1897 sur les constructions ne valant que pour la ville de Z. Le canton mit sous protection en 1946 les rives des lacs de Z. et d'Ägeri menacées de bétonnage. Après l'échec d'un projet de loi sur les constructions en 1952, canton et communes ne disposèrent qu'en 1967 d'un instrument de pilotage urbanistique. Le premier plan directeur cantonal date de 1987. De plus en plus, de grosses tâches d'infrastructure furent déléguées à des groupements intercommunaux. La pollution des lacs ayant atteint un niveau inquiétant dans les années 1950 et 1960, un groupement régional pour la protection des eaux, fondé en 1970, réalisa un collecteur circulaire autour du lac de Z. et une station d'épuration centrale traitant toutes les eaux usées de la zone des lacs de Z., Küssnacht et Ägeri. L'association Zeba gère depuis 1995 les déchets des communes zougoises.
En 1848, le canton fut autorisé pour la première fois à percevoir un impôt sur le revenu et la fortune. Les besoins financiers croissants après la Première Guerre mondiale amenèrent à réviser en 1921 et 1930 la loi fiscale dans un sens favorable aux sociétés holdings, de domicile et mixtes. Les intérêts financiers de Zurich influencèrent fortement ces deux révisions, puis la modernisation du système des impôts en 1946. Les privilèges fiscaux furent sans doute la principale raison de l'énorme augmentation, qui débuta brusquement à la fin des années 1950 et se poursuivit sans désemparer, du nombre de firmes domiciliées dans le canton. La croissance des redevances versées par les personnes morales permit des baisses de taux, qui renforcèrent l'attrait du canton. De cette manière, Z. devint le canton le plus riche de Suisse, alors qu'il occupait à l'origine une position moyenne. Cela lui valut l'étiquette de "paradis fiscal". Dès les années 1970, sa pratique en la matière fut remise en question par l'opposition de gauche, des scandales financiers, des reportages sur les évadés fiscaux parus dans la presse nationale et internationale et par les pressions politiques de l'étranger. Mais elle fut approuvée lors de plusieurs votations populaires. En 2004, la réforme de la péréquation financière nationale fut rejetée à 84% par Z., le canton suisse qui versait à ce titre la plus forte somme par tête.
Auteur(e): Renato Morosoli / PM
En 1817, le canton comptait près de 14 000 habitants, dont un quart vivait dans les quatre principales localités, Z. (env. 1300 intra muros), Baar (env. 900), Menzingen et Unterägeri dans la zone de montagne (env. 500 chacun). La croissance démographique fut inférieure à la moyenne suisse jusqu'au milieu du XIXe s., puis la plupart du temps supérieure. Dès les années 1830, l'industrialisation s'accéléra, ce qui entraîna un doublement de la population au cours du XIXe s. Celle-ci se concentrait dans les trois communes de plaine (Z., Baar et Cham), pour près de la moitié vers 1800, pour les deux tiers vers 1900. L'essor reposa dès les années 1860 sur une natalité en forte augmentation, sur un net recul de la mortalité (surtout chez les nourrissons) dès les années 1880, et sur l'immigration, favorisée par l'industrialisation, de personnes venues d'autres cantons ou de l'étranger. Les vagues d'émigration des années 1850 et 1880, en partie soutenues par les communes, touchèrent surtout la zone de montagne, en particulier la vallée d'Ägeri. Le mouvement culmina en 1884, avec 202 départs enregistrés, principalement vers les Etats-Unis.
|Année||Habitants||Etrangers||Catholiques||Protestants||Structure par âge (60 ans et plus)||Période||Accroisse-menta||Excédent naturela||Solde migratoirea|
|1850||17 461||0,6%||99,3%||0,7%||1850-1860||10,9‰||9,5‰||1,4‰|
|1860||19 608||2,6%||96,8%||3,1%||6,4%||1860-1870||6,5‰||3,9‰||2,6‰|
|1870||20 925||2,2%||95,7%||4,2%||7,2%||1870-1880||9,1‰||5,6‰||3,5‰|
|1880||22 829||4,1%||94,5%||5,3%||7,4%||1880-1888||1,1‰||5,9‰||-4,8‰|
|1888||23 029||3,7%||93,9%||6,0%||8,2%||1888-1900||7,2‰||8,0‰||-0,8‰|
|1900||25 093||8,0%||93,1%||6,8%||8,8%||1900-1910||11,6‰||9,6‰||2,0‰|
|1910||28 156||10,8%||90,7%||9,1%||8,2%||1910-1920||11,5‰||6,4‰||5,1‰|
|1920||31 569||7,9%||87,4%||12,2%||8,0%||1920-1930||8,6‰||8,1‰||0,5‰|
|1930||34 395||7,8%||84,6%||14,6%||9,0%||1930-1941||5,8‰||7,8‰||-2,0‰|
|1941||36 643||4,6%||84,7%||14,8%||11,2%||1941-1950||15,9‰||10,3‰||5,6‰|
|1950||42 239||6,0%||84,0%||15,5%||10,9%||1950-1960||22,0‰||11,6‰||10,4‰|
|1960||52 489||10,9%||83,2%||16,2%||11,8%||1960-1970||26,2‰||14,4‰||11,8‰|
|1970||67 996||15,8%||80,7%||17,4%||12,7%||1970-1980||11,0‰||7,8‰||3,2‰|
|1980||75 930||13,7%||75,3%||18,9%||13,7%||1980-1990||11,9‰||6,3‰||5,6‰|
|1990||85 546||17,0%||70,8%||19,1%||15,1%||1990-2000||15,9‰||5,7‰||10,2‰|
|2000||100 052||20,2%||61,8%||17,6%||17,1%|
Au XXe s., la population s'accrut à un rythme encore plus soutenu, grâce à la natalité jusqu'au milieu du siècle au moins, puis surtout grâce à l'immigration. Par rapport à 1900, elle avait doublé en 1960 (52 500 âmes) et quadruplé en 2000 (plus de 100 000). Le canton fut l'un de ceux qui connurent l'essor le plus soutenu. En profitèrent essentiellement les communes industrielles, Z., Baar et Cham. En ville de Z., centre d'une agglomération en devenir, vivaient en 1960 près de 40% de la population. Plus tard, la croissance gagna les communes rurales de l'ouest, Steinhausen, Risch et Hünenberg (env. 5000 hab. en 1960, env. 27 000 en 2010). Elle fut moins marquée dans les communes de montagne; toutefois, même la plus petite d'entre elles, Neuheim, comptait presque 2000 âmes en 2010.
Le réseau routier moderne fut aménagé entre 1827 et 1870 et adapté au trafic automobile dès les années 1920. La ville de Z. fut desservie par diligence dès 1827 et raccordée au télégraphe en 1853. Le premier bateau à vapeur navigua sur le lac de Z. en 1852. Avec la ligne Zurich-Knonau-Lucerne de la compagnie du Nord-Est débuta en 1864 l'ère du chemin de fer, durant laquelle l'implantation des gares, souvent objet de disputes, fut un facteur marquant de l'évolution des localités (cas de Rotkreuz par exemple). La ligne de Zurich vers le Gothard par la vallée de la Sihl, Z. et Goldau suivit en 1897. Le plus gros projet cantonal en matière de transports, avant la Première Guerre mondiale, fut la desserte de la zone de montagne, qui se termina provisoirement avec l'ouverture du pont sur la gorge de la Lorze (1910) et l'inauguration d'un tramway électrique (1913). Les chantiers autoroutiers des années 1960 et 1970 eurent une forte incidence sur le paysage (détournement de la Lorze). Une large opposition empêcha un tracé le long de la rive nord et nord-ouest du lac de Z.; en 2009 fut inaugurée l'A4, liaison longtemps contestée vers Zurich et son aéroport par Knonau. Les transports publics régionaux (bus de 1904 à 1913, tramway électrique de 1913 aux années 1950, Zuger Berg- und Strassenbahn de 1907 à 1959) desservirent d'abord uniquement l'est du canton (Z., Baar et la montagne). Après le remplacement du tram par des bus, ils touchèrent aussi les autres communes (Zugerland Verkehrsbetriebe, dès 1953). Ils connurent un important développement à partir des années 1980, notamment avec le RER qui couvre depuis 2004 le canton et les régions avoisinantes. En 1878, avec la fondation du service des eaux (Wasserversorgung Zug AG; Wasserwerke Zug dès 1892) commença la mise en place de réseaux d'approvisionnement en eau et en gaz; l'électricité suivit en 1891.
Auteur(e): Renato Morosoli / PM
Jusqu'au milieu du XIXe s., Z. était un canton pauvre, à vocation agricole. Dans la zone de montagne prédominaient l'élevage et la production laitière tournés vers l'exportation; en plaine, on cultivait des céréales et des fruits (exportation de fruits secs et de kirsch). La ville de Z. était un centre régional pour les échanges commerciaux. Avec la suppression du service étranger en France en 1830, le principal marché du mercenariat se ferma. L'industrie à domicile, patronnée surtout par des marchands-entrepreneurs zurichois, joua un rôle important dès le XVIIe s. Le filage manuel du coton, répandu dans presque tout le canton, disparut en raison de la mécanisation au début du XIXe s., tout comme celui de la soie, domaine où s'activèrent aussi des marchands-entrepreneurs zougois. A la fin des années 1820, des entrepreneurs zurichois introduisirent, surtout dans la zone de montagne, le tissage de la soie, qui occupait plus d'un huitième de la population active en 1850 et encore quelque 2000 personnes (dont plus de 90% de femmes) au début des années 1880, soit presque autant que l'industrie manufacturière où la part des femmes était de 43%. En 1905, à la veille de la crise de la soierie, l'industrie à domicile employait encore 6% des 13 200 salariés du canton.
Dans une première phase, l'industrialisation, tardive, toucha surtout le textile; les usines s'implantèrent sur la Lorze pour en exploiter l'énergie. Le financement vint essentiellement d'entrepreneurs zurichois, parfois associés à des Zougois comme Wolfgang Henggeler, pionnier de l'industrie. La filature d'Unterägeri fut en 1834 la première fabrique du canton, suivie de la filature de Neuägeri (1846), d'un petit atelier de tissage du coton au moulin Koller de Z. (1850), de la grande filature de Baar (1854) et de la fabrique de fils et de cotonnades de Hagendorn près de Cham (1863). L'Anglo-Swiss Condensed Milk Co., grosse entreprise de l'industrie alimentaire, s'installa à Cham en 1866. En aval se trouvait un moulin à papier fondé en 1657 et mécanisé vers 1840 déjà.
La seconde phase de l'industrialisation (construction métallique, appareils) se concentra en ville de Z., dès que l'aménagement de réseaux d'eau courante et d'électricité y eut pallié le manque d'énergie hydraulique. La fabrique d'articles métalliques et émaillés de Z. fut fondée en 1880 (Metallwaren Zug) et l'institut électrotechnique Theiler & Co. en 1896 (futur groupe international Landis & Gyr). Des minoteries s'installèrent le long de la nouvelle voie ferrée pour Zurich (Untermühle Zug en 1898, Neumühle Baar en 1905). Cette phase s'acheva par la création en 1913 de la Zinguerie de Z. (V-Zug SA dès 1981).
Entre la fin du XIXe s. et la Première Guerre mondiale, le tourisme prit un certain essor en ville de Z. et dans la zone de montagne (thermalisme). De nombreux homes d'enfants et établissements de cure ouvrirent dès 1881 dans la vallée d'Ägeri où, après les fondations de filatures de 1834 et 1846, l'industrie ne s'était guère développée.
L'évolution économique conduisit à une bipartition du canton. En 1905, tandis que le secteur secondaire occupait plus de la moitié de la population active dans les quatre communes de Z., Baar, Cham et Unterägeri, c'est l'agriculture qui en faisait vivre bien plus que 50% dans les sept autres communes. Celle-ci avait connu au XIXe s. des mutations fondamentales: partage des communaux, production accrue pour le marché, déclin des exportations de bétail, recul de la céréaliculture face à l'élevage et à l'économie laitière. La fabrique de lait condensé de Cham contribua à ces changements structurels, perceptibles bien au-delà du canton. En 1907, elle avait un millier de fournisseurs dans quarante-quatre localités. Sa position dominante poussa les paysans à fonder des coopératives laitières. Ainsi se renforça une tendance, perceptible dès le milieu du XIXe s., à la formation d'organisations agricoles (Société d'agriculture en 1851, première exposition de bétail en 1859). Le secteur tertiaire en revanche restait faible. En 1905, il fournissait, même dans la ville de Z., à peine un quart des emplois (hôtellerie et commerce surtout).
La branche la plus importante, soit l'industrie métallique, fut aussi la plus sévèrement atteinte par la crise économique mondiale des années 1930, en raison de sa dépendance envers les exportations. Des licenciements massifs intervinrent en 1932. La fermeture de la fabrique de lait condensé de Cham en 1933 mit l'agriculture sous pression. Même si aucune nouvelle grosse entreprise ne vint s'y installer, le tissu industriel se développa jusqu'au milieu du XXe s. dans les trois communes de Z., Baar et Cham, où le secteur secondaire offrait au moins deux tiers des emplois en 1955. Principal moteur de cette croissance, Landis & Gyr employait plus de la moitié des salariés du secondaire en ville de Z. Dans les décennies suivantes, la haute conjoncture et des avantages locaux (fiscalité avantageuse, proximité de Zurich) entraînèrent des mutations durables de la structure économique. La croissance du revenu cantonal brut fut largement supérieure à la moyenne nationale; il fut multiplié presque par onze entre 1965 et 1995. La libéralisation du trafic international des marchandises et des devises, la fondation de la Communauté économique européenne (1957) et le "miracle économique allemand" accélérèrent l'installation de nouvelles firmes dans le canton. Leur nombre quadrupla entre 1955 et 1970, pour atteindre 5554 (dont 3768 sociétés anonymes, contre 251 en 1955). Le mouvement se poursuivit ensuite sur un rythme un peu plus lent; on comptait 29 641 firmes en 2010, dont 58% de sociétés anonymes. Il s'agissait, à côté des sociétés "boîtes aux lettres" sans personnel, d'établissements industriels et surtout d'entreprises de services, avec notamment les sièges centraux de groupes internationaux comme Amgen (biotechnique), Transocean (prospection pétrolière) ou Infront (marketing sportif international). Entre 1955 et 2008, la population occupée dans le canton quadrupla (env. 83 000 personnes contre env. 20 000), tandis que la part du secteur tertiaire passait d'un quart des salariés à trois quarts et que son effectif était multiplié par douze. La croissance toucha en particulier le commerce de gros, surtout celui des matières premières (pétrole, métaux). Avec des entreprises comme Marc Rich, Glencore ou Xstrata, Z. devint l'une des places du commerce mondial, mais se retrouva souvent, de ce fait, sous la loupe de l'attention internationale.
L'agriculture offrait 17% des emplois en 1955 et 2% en 2008. L'industrie parvint à sauvegarder sa position en se convertissant vers les branches de haute technologie. Certes, la dernière filature du canton ferma ses portes à Baar en 1993 et la papeterie de Cham, dernière survivante de la première phase de l'industrialisation, cessa de produire de la pâte brute en 2013, mais les principales firmes de la seconde phase (Landis & Gyr, Metallwarenfabrik Zug) figuraient encore en 2010 parmi les plus grosses entreprises du canton, sous les noms de Siemens Building Technologies Group et V-Zug. Elles eurent à leurs côtés dès les années 1970 des représentants de l'industrie pharmaceutique, de la technique médicale et de l'électronique, comme Johnson & Johnson, Roche Diagnostics et Esec.
La mutation structurelle intervenue depuis le milieu du XXe s. souligna la position centrale de la ville de Z. et lia le canton encore plus étroitement à l'espace économique zurichois. Le changement eut son centre névralgique dans la plaine, mais il toucha l'ensemble du canton et aplanit les anciens contrastes entre communes rurales et industrielles. Il gonfla aussi l'effectif des navetteurs. En 1950, cinq personnes actives sur six travaillaient dans leur lieu de domicile, mais seulement deux sur six en 2000. Le bilan des migrations journalières était positif envers tous les cantons voisins, sauf Zurich.
|Année||Secteur primaire||Secteur secondaire||Secteur tertiaireb||Total|
|1860||4 833||38,0%||4 693||36,9%||3 190||25,1%||12 716|
|1870c||4 277||40,9%||5 133||49,0%||1 056||10,1%||10 466|
|1880c||4 074||36,9%||5 380||48,8%||1 583||14,3%||11 037|
|1888||3 603||32,9%||5 092||46,5%||2 260||20,6%||10 955|
|1900||3 603||29,7%||5 917||48,7%||2 627||21,6%||12 147|
|1910||3 539||27,2%||6 059||46,5%||3 421||26,3%||13 019|
|1920||3 682||24,2%||7 351||48,4%||4 171||27,4%||15 204|
|1930||3 408||20,8%||8 053||49,1%||4 925||30,1%||16 386|
|1941||3 341||20,1%||7 631||45,8%||5 674||34,1%||16 646|
|1950||3 235||16,9%||9 326||48,7%||6 576||34,4%||19 137|
|1960||2 543||10,5%||13 593||56,2%||8 046||33,3%||24 182|
|1970||2 007||6,5%||15 772||50,9%||13 182||42,6%||30 961|
|1980||1 688||4,6%||15 563||42,4%||19 482||53,0%||36 733|
|1990||1 714||3,7%||14 145||30,1%||31 103||66,2%||46 962|
|2000d||1 211||2,1%||13 227||23,5%||41 855||74,4%||56 293|
Auteur(e): Renato Morosoli / PM
Jusqu'au milieu du XIXe s., la société zougoise, peu ouverte, était pauvre, attachée aux valeurs de la paysannerie et du petit artisanat, conservatrice, presque exclusivement catholique; près de 90% des habitants vivaient dans leur commune d'origine. On comptait seulement 3% de Suisses venant d'un autre canton. Dans les communes avec corporation d'usagers, on distinguait avant 1798 entre communiers ayant plein accès aux communaux et "habitants" aux droits limités; la République helvétique abolit ces structures, mais de violents conflits s'ensuivirent. Parmi les ayants droit, on se querellait en particulier pour savoir dans quelle mesure les communaux devaient servir de pâture ou être mis en culture. Les communes n'acceptaient qu'avec réticence de conférer le droit de bourgeoisie à ceux qui le demandaient. Elles tendaient à perpétuer la fermeture presque complète en vigueur depuis le XVIe s., surtout par crainte d'avoir à supporter des frais d'assistance; ceux-ci passèrent à la charge du lieu de domicile et non plus d'origine en 1965 seulement. Entre 1814 et 1850 moins de cinquante personnes obtinrent la bourgeoisie; presque toutes furent reçues à Menzingen, qui avait besoin d'argent. En 1853, les communes furent contraintes d'accorder la bourgeoisie à 168 heimatlos, sur ordre de la Confédération. L'industrialisation favorisa l'immigration. Les Suisses des autres cantons, qui représentaient déjà un huitième de la population en 1850, étaient majoritaires en 1910. La part des étrangers augmenta aussi dès la fin du XIXe s. avec l'arrivée d'ouvriers italiens dans les communes industrielles et atteignit un maximum de 11% en 1910. Ce niveau, après un long recul, ne sera dépassé qu'en 1960; il s'agissait alors pour près de 60% de ressortissants italiens, qui travaillaient surtout dans le bâtiment ou en fabrique et disposaient de structures propres (foyers, aumônerie, associations). Cependant, l'éventail des pays d'origine s'élargit rapidement; de cinquante nations en 1960 on passa à 124 en 2010, la part des Italiens tombant au-dessous de 10%. Dès les années 1990, on vit affluer de plus en plus de cadres et de spécialistes allemands et américains, mobiles et bien formés. Ils avaient leurs clubs et des écoles privées internationales pour leurs enfants, mais ne s'intégraient guère, car leur séjour à Z. ne durait souvent que quelques années. En 2006, l'émigration vers d'autres cantons (surtout vers les régions voisines), conséquence du coût élevé des loyers, dépassa pour la première fois l'immigration intérieure.
Pour lutter contre le paupérisme, des asiles pour indigents furent érigés entre 1812 et 1877, d'abord en ville, puis dans six des dix communes rurales, gérées pour la plupart, dès le milieu du XIXe s., par des sœurs de la Sainte-Croix de Menzingen et de Cham. En 1857, la ville ouvrit le premier hôpital moderne, avec maison de retraite et section d'isolement. Une Société de secours aux pauvres de Z. fut créée en novembre 1816, moment où une disette s'annonçait (dissoute en 1820). Elle inaugura une tradition d'assistance sociale privée à laquelle se rattache la Société d'utilité publique du canton de Z. (fondée en 1884). Jusqu'en 1946, les indigents assistés n'avaient pas le droit de vote sur le plan cantonal.
Les élites des quatre anciennes communes libres ne remirent plus en cause, après 1798, l'égalité des droits accordée aux sujets des bailliages. Néanmoins, elles dirigèrent le canton jusqu'au milieu du XIXe s. sans guère demander l'avis des "affranchis". La génération enracinée dans l'Ancien Régime donna le ton jusque dans les années 1820; puis elle céda la place à de nouveaux groupes (médecins, juristes, industriels) qui, dans les années 1850, occupaient au Grand Conseil un sixième des sièges, à côté des paysans qui en détenaient la moitié. Diverses professions commencèrent à se doter de sociétés cantonales, par exemple les médecins (1843), les agriculteurs (1851), les juristes (1894), les commerçants (1895) et les artisans (1899). Les premier syndicats apparurent à la fin du XIXe s. Les rapides mutations intervenues depuis le milieu du XXe s. firent exploser en particulier le nombre des médecins (40 en 1950, 300 en 2010) et des avocats (24 en 1961, 233 en 2011).
Jusqu'au milieu du XXe s., un catholicisme conservateur dominait la vie sociale, à travers les institutions ecclésiastiques, la prépondérance du parti conservateur populaire et les nombreuses associations catholiques fondées à partir de la fin du XIXe s. Il était présent à l'école primaire grâce aux sœurs enseignantes et dans l'espace public par de grandes processions, par le pèlerinage traditionnel à Einsiedeln et par des manifestations telles que le congrès de la jeunesse zougoise en 1933, qui attira quelque 20 000 jeunes gens. La fête patriotique de 1952 (600 ans d'appartenance à la Confédération) souligna encore une fois la cohésion du canton, ses anciennes valeurs et son enracinement chrétien. Cependant, le milieu catholique commença à se dissoudre dans les années 1960, en raison de la modernisation rapide et du pluralisme religieux. Des associations proches de l'Eglise disparurent ou s'ouvrirent à d'autres cercles.
Bien que le Code civil suisse de 1912 ait supprimé la tutelle maritale définie par le Code cantonal de 1861, la mentalité conservatrice entrava jusqu'au milieu du siècle l'émancipation des femmes. En 1905, celles-ci constituaient presque deux cinquièmes de la population active. Elles travaillaient dans l'agriculture, l'industrie textile, l'hôtellerie ou comme sœurs dans l'assistance, la santé et l'enseignement. Les jeunes filles furent admises à l'école cantonale en 1912. La première femme médecin pratiqua en 1931, la première avocate en 1939. Pourtant, le suffrage féminin fut refusé en 1959 à 76%; il ne sera accepté que douze ans plus tard, en 1971, par 59% de oui. Une majorité un peu plus faible approuva en 1981 l'article constitutionnel sur l'égalité. La présence des femmes dans la vie politique resta timide. Entre 1971 et 2011, quatre membres du Conseil d'Etat (sur trente-quatre) furent des femmes et quatre-vingt-huit membres du Grand Conseil (sur 439). Le bureau de l'égalité institué en 1992 ferma en 1995 déjà.
Auteur(e): Renato Morosoli / PM
Jusqu'en 1848, la confession catholique fut religion d'Etat. La protection de l'Eglise était l'une des tâches principales du canton, même si celui-ci ne manquait pas de souligner ses droits souverains face aux autorités ecclésiastiques, par exemple lors de la réorganisation des diocèses au début du XIXe s. En 1828, Z. se rattacha au nouveau diocèse de Bâle pour des raisons politiques et financières. Plusieurs nouveaux couvents féminins servirent de piliers au catholicisme: instituts des sœurs enseignantes de Menzingen (1844) et de Lindencham (comm. Cham, 1862), tous deux avec école normale, couvent de capucines du Gubel (comm. Menzingen, 1851). L'institut de jeunes filles de la Présentation de Marie (1802), le collège (1872) et l'école normale Saint-Michel (1880), tous trois en ville de Z., confortèrent aussi l'influence catholique. Les étroites relations entre l'Etat et l'Eglise survécurent, grâce à la majorité conservatrice, à la séparation de 1874 entre communes politiques et ecclésiastiques. Comme la population catholique croissait en chiffres absolus (même si sa part relative diminuait), on créa jusque dans les années 1970 de nouvelles paroisses à Rotkreuz, en ville de Z., à Oberwil, Allenwinden et Hünenberg. Les réformés furent reconnus en droit public en 1863; leur part à la population totale passa de 1% en 1850 à 19% en 1990. Leur premier temple fut construit en 1867 près de la filature de Baar; d'autres suivirent au XXe s., d'abord dans les communes industrielles de Z. (1906) et Cham (1915). A la fin du XXe s., l'éventail religieux s'élargit. La part des deux Eglises nationales diminua rapidement. Celle des catholiques était de 84% en 1950; en 2010, elle n'était plus que d'une bonne moitié chez les personnes âgées de plus de 15 ans. Dans le même temps, on passa de plus de quarante prêtres desservant les paroisses à sept. La proportion des sans confession explosa (17% des plus de 15 ans en 2010).
Au début du XIXe s., des représentants des élites laïques et ecclésiastiques, favorables à des réformes dans le sillage de la République helvétique, posèrent d'importants jalons pour une école primaire gérée par les communes, mais réglementée par le canton. Un conseil de l'éducation fut institué pour contrôler le respect de l'école obligatoire, examiner les instituteurs, moderniser l'enseignement et inspecter les écoles communales. Ce système se heurta à de grandes résistances, qui stoppèrent son développement en 1814; les écoles repassèrent sous la seule responsabilité des communes. Le rétablissement de l'autorité cantonale en ce domaine, en 1848, fut l'une des principales préoccupations de l'éphémère régime radical. Sa loi scolaire de 1849 fixa des principes encore valables aujourd'hui: formation élémentaire au primaire, pratique au secondaire et supérieure au gymnase de la ville de Z. Ce dernier sera repris par le canton en 1920 et réuni à l'école industrielle cantonale fondée en 1861 au sein de l'école cantonale. Les instituts de sœurs enseignantes de Menzingen et de Cham jouaient un grand rôle: ils mettaient à disposition des communes scolaires des maîtresses bien formées et peu coûteuses. Celles-ci représentaient en 1950 encore près de la moitié du personnel des écoles primaires. Leur nombre diminua ensuite rapidement, tandis que celui du corps enseignant laïque augmentait fortement avec le développement du système scolaire et de l'enseignement par branches. La fondation par la ville de Z. de l'école de dessin pour artisans (1830) marqua les débuts de la formation professionnelle publique, cantonalisée par la loi scolaire de 1898 et la loi sur l'apprentissage de 1904, puis centralisée en 1940 à l'école cantonale des métiers. Une nouvelle extension commença dans les années 1990 avec les hautes écoles spécialisées. En 2003, la haute école pédagogique de Suisse centrale à Z. (haute école pédagogique de Z. dès 2013) remplaça les écoles normales de Menzingen, de Cham (Sainte-Croix) et de Z. (Saint-Michel). L'immigration internationale fît prospérer les écoles privées.
Le premier journal zougois, l'hebdomadaire Wochenblatt der vier löblichen Kantone Ury, Schwytz, Unterwalden und Zug , fut créé en 1814. Il ne contenait guère de nouvelles locales. Dans les années 1830, il devint un organe d'opinion libéral, sous le titre emblématique de Der freie Schweizer. La majorité conservatrice réagit en fondant en 1846 la Neue Zuger Zeitung. Le paysage médiatique se diversifia, mais à la fin du XIXe s., le Zuger Volksblatt radical (1861) et les Zuger Nachrichten conservatrices (1886) s'imposèrent comme titres dominants; en 1930, trois ménages sur quatre étaient abonnés à l'un ou à l'autre. Dans les années 1960, ils s'affranchirent formellement des partis, mais ne renièrent pas leur orientation, jusqu'à leur absorption en 1996, après une série de fusions surprenantes, par la Neue Luzerner Zeitung , dont ils constituent une édition régionale.
Une nouvelle sociabilité recouvrit au cours du XIXe s. celle des sociétés de tir et des confréries religieuses. En 1808 naquit la Société de théâtre et de musique qui marqua la vie culturelle zougoise en gérant le théâtre municipal (ouvert en 1843), puis le casino-théâtre (construit en 1907-1909, agrandi en 1980-1981). Dans les communes rurales aussi, des associations théâtrales et musicales, fondées surtout après 1850, promurent de nouvelles formes de divertissement et de sociabilité. Il se forma également dès 1862 des sociétés de gymnastique (d'abord en ville de Z. et purement masculines), puis dans d'autres sports (football, cyclisme) à la fin du XIXe s. Dès le milieu du XXe s., l'éventail des sociétés et l'offre culturelle défièrent tout inventaire. Le soutien public à la culture et aux sports ne se développa qu'à partir des années 1960, tandis que le niveau de participation à la vie associative amorça un déclin.
Une éphémère Société de lecture apparut à Z. en 1806. Son fonds passa à la bibliothèque municipale ouverte en 1838 (municipale et cantonale dès 1941). On trouvait dans le canton douze bibliothèques en 1868 et trente-neuf en 1911. Après une longue période de stagnation, un nouvel essor débuta dans les années 1970 avec la fondation de bibliothèques populaires dans sept des onze communes.
Longtemps, seule la ville de Z. abrita des musées, dus à des initiatives privées. En 1879, la section zougoise, fondée à l'occasion de la célébration de 1852, de la Société d'histoire des cinq cantons, aménagea dans les locaux de l'hôtel de ville un musée historique, ancêtre du musée hébergé au château de Z. (1982). Le Musée cantonal de préhistoire (1930) est né de la collection de Michael Speck, tandis que le Musée des beaux-arts (1977) doit son existence à la Société zougoise des beaux-arts fondée en 1957. Le premier musée important ouvert hors de la ville de Z. est celui de la tuilerie à Cham (2013).
Auteur(e): Renato Morosoli / PM
Auteur(e): Peter Hoppe / PM