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Une étude commandée par la DDC le dit en toutes lettres: un franc d´aide au développement rapporte grosso modo un franc et demi. La Suisse est même l´un des pays où les retombées de la coopération sur l´économie nationale sont les plus fortes.
C'est le genre d'exercice que la Direction de la coopération et du développement (DDC) pratique assez régulièrement. Elle a donné mandat à l'Institut universitaire d'études du développement à Genève et l'université de Neuchâtel de mener une nouvelle étude sur la base des données de 1998 et d'examiner les retombées de la coopération et de l'aide humanitaire sur l'économie suisse.
Les chercheurs - qui, soit dit en passant, ont pu constater «la robustesse» de leur outil de travail - ont surtout pris en compte les impacts directs sous la forme de biens et services achetés en Suisse, les effets dits de levier lorsqu'une contribution fédérale en entraîne une autre du côté d'une collectivité publique ou d'une organisation privée, et les effets multiplicateurs quand un achat de service a une influence positive sur la consommation, l'épargne, les impôts ou autres secteurs économiques.
En 1998, le 1,3 milliard de francs du budget de la Confédération pour la coopération au développement (DDC et Secrétariat d'État à l'économie) s'est soldé par un montant de quelque 1,8 à 2,0 milliards de retombées sur l'économie suisse, soit une augmentation du produit intérieur brut située entre 1,40 et 1,60 franc. Ces avantages se traduisent aussi en termes d'emploi puisque l'étude estime que 13 à 18 000 postes de travail dépendent d'une manière ou d'une autre de la coopération au développement et de l'aide humanitaire.
Deux compléments à ces chiffres: d'une part, l'aide multilatérale (via les grandes organisations internationales) «rapporte» plus que l'aide bilatérale; d'autre part, les résultats de 1998 sont légèrement inférieurs à ceux notés au début des années 90. Cela s'explique surtout, dit-on, par la diminution des achats en Suisse et par une certaine baisse du volume de l'aide publique au développement.
«A long terme, explique Henri-Philippe Cart, chef de la coopération multilatérale de la DDC, on va sans doute se rapprocher d'un rapport un/un. Mais, si on est actuellement nettement au-dessus de cette barre, cela signifie que notre industrie et nos bureaux d'ingénieurs sont très compétitifs».
De ce point de vue, la Suisse a toujours été partisane de l'aide «déliée». Elle n'ouvre pas ses crédits de coopération sous la condition que ses partenaires achètent chez elle les produits et services dont ils ont besoin. Mais dans cette liberté de choix, elle demande toutefois que l'on applique des critères de qualité, de coût, d'efficacité et de capacités d'entretien local.
A la lecture de ce rapport, on peut légitimement se poser entre autres deux questions. Premièrement: ces effets «involontaires mais appréciés», comme dit la DDC, serviront-ils d'arguments pour convaincre les parlementaires d'élever le budget de la coopération à la hauteur que lui réclame l'OCDE, à savoir 0,40 pour cent du produit intérieur brut?
Certainement, répond Henri-Philippe Cart, car «nous faisons des dons qui aident nos partenaires mais nous en retirons aussi un certain profit pour l'économie suisse, nous ne jetons donc pas l'argent par les fenêtres».
Autre question: ce constat chiffré renforce-t-il ou affaiblit-il l'image de la coopération dans l'opinion publique qui, peut-être, se demande si l'on aide la Suisse ou le tiers monde? Pour Henri-Philippe Cart, c'est une fausse question. «Ce qui compte, c'est de savoir si nous livrons à nos partenaires les bons conseils et les bonnes marchandises dont ils ont besoin».
Bernard Weissbrodt