Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07079.jsonl.gz/1023

Juin 2009 °
Le déchet, au-delà de l’erreur rédhibitoire
Auteur :
Georges Tafelmacher
Et si on se posait les vraies questions? Dans les sociétés de subsistance d'antan, les activités humaines n'ont pas produit de déchets car tout était utilisé, recyclé, retravaillé, renouvelé de la manière la plus intégrée possible, la matière première était trop précieuse et le travail manuel trop dur pour les gaspiller bêtement.
L'énoncé du thème du forum sur les déchets contient toutes les contradictions de notre époque car il est formulé du point de vue largement propagé par notre société de consommation conquérante: «business as usual», activité économique nécessaire et industrialisation obligée. Analysons en profondeur la question posée:
- L'erreur rédhibitoire n'est pas le déchet mais le système qui le crée!
- Ce ne sont pas les activités humaines en tant que telle qui provoquent la production de déchets mais la mauvaise adéquation entre la production de biens et sa finalité, le but final étant de vendre à profit en se faisant le plus d'argent possible.
- La civilisation économico industrielle est condamnée non par la production de déchets inhérente à ses prémisses de base à l'antipode de la production intégrée et écologique et contraire à l'idée même du développement durable mais par sa logique de marchandisation commerciale de biens et de services.
- Ce n'est pas la production de déchets qui faut stopper mais l'idéologie qui soutient la civilisation économico industrielle productiviste de consommation individualiste.
- La gestion des déchets est entièrement financée par l'argent public car si l'industrie devait la payer, la production industrielle ne serait plus rentable et ferait faillite.
- Avant de changer le système de gestion des déchets, on devrait d'abord changer le système du complexe économico industrielle qui les produit.
- La croissance ne peut pas être maintenue dans sa forme actuelle car il en va de notre survie sur cette terre et dans son acceptation idéologique moderne, la croissance signifie encore plus d'objets donc encore plus de déchets, donc encore plus d'atteintes à la vie.
En résumé, le déchet n'est pas une erreur, il est le résultat d'une logique économique basée sur la croissance, la concurrence, le capital (l'argent), le profit (les gains), la recherche du prix le plus bas, la lutte acharnée pour des parts de marché et l'exercice du pouvoir et, surtout, il est la conséquence de l'importance qu'ont pris l'économie, la finance et l'industrie dans une société qu'elles ont modelé selon leurs besoins commerciaux.
Mais qu'est-ce donc un «déchet» ?
- C'est le résidu d'un processus de fabrication dans lequel seules sont prises en considération les opérations les moins chères possibles, les lignes de production les meilleures marché et les matières premières aux coûts d'exploitation les plus bas. Certains de ces déchets sont hautement toxiques et ce serait à l'Etat d'en disposer pour prévenir les atteintes à la santé publique.
- C'est un objet qui, ayant été fabriqué au moindre coût, se dégradera rapidement et devra être remplacé à bas prix. En attendant son élimination, il sera donc jeté dans d'énormes décharges, à la charge de l'Etat, comme de coutume.
- C'est ce qui reste malgré de multiples recyclages largement financés par l'Etat!
- C'est la péjoration de l'idée même de l'objet, son côté négatif, obscur et antinomique, sa dévalorisation complète!
De ces définitions, nous pouvons conclure que la question n'est plus «que faire des déchets?» ni «comment les valoriser?» mais «que faire pour ne plus en produire?». Ou plus précisément, quel système proposer ou mettre sur pied pour que le déchet n'existe tout simplement plus ?
En tous les cas, ce serait un système qui ne rentrerait pas dans la logique «déchets», qui valoriserait la production holistique d'objets en prenant en compte tous les niveaux d'échanges, soit un système qui serait le fruit de l'engagement et d'une grande participation des gens eux-mêmes qui, enfin devenus des êtres humains raisonnables, réfléchis et conscients et des citoyens responsables et qui, rendus attentifs aux pièges de la consommation vecteur d'identité et de valeur d'élitisme, sauront utiliser ce qu'ils ont à disposition avec une efficacité maximum. Mais de nos jours tout concourt contre un tel système, ce type de société est considéré comme une utopie inatteignable, une anarchie propre à mettre à bas les capitaines de l'économie, la pensée unique économique néolibérale et les valeurs hégémoniques de la consommation instituée en dogme opératoire…
Comment mettre fin à cette hégémonie économique rédhibitoire? Comment démarrer une remise en question fondamentale des fondements même de cette société de consommation dont les déséquilibres enflamment ce monde d'un feu nourri par les montagnes de déchets déjà produit dont on ne sait que faire? Comment faire pour que tout un chacun puisse participer à la création, la mise en forme et le suivi d'une société citoyenne et écologiquement neutre?
Il me semble que, pour changer le système, il faut déjà pouvoir se poser ces vraies questions!
Et surtout, nous devons nous méfier de ces questions qui ne mettent pas en question les fondements de ce système d'exploitation et de pouvoir et qui nous détourne de l'essentiel avec ces approches simplistes qui font le lit d'une activité économique qui maintient la croissance et donc la richesse de quelques uns et donc les déchets!
Petit guide des déchets intitulé Le petit livre vert, auteur Dalton Exley, Editions Helen Exley, 16 fr. 60 chez Payot. Belle étude des possibilités de contrôler nos déchets. Savez-vous par exemple que le recyclage d'une seule canette de bière fournit de l'énergie pour faire fonctionner un appareil de télévision durant 3 heures?