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Vers 1900, toutes les fées ou presque s?étaient penchées sur le berceau du nouveau siècle : découvertes scientifiques prodigieuses, élévation des niveaux de vie, acclimatation progressive de la démocratie et du libéralisme, avancée des libertés, diffusion de l?information et de l?image, irruption de courants artistiques inédits. Dans les pays occidentaux du moins, l?avenir s?annonçait radieux. Au lieu de cela, le déclenchement de la guerre en août 14 a ouvert un cycle qui semble ne s?être clos qu?en 2001 avec la destruction des Twin Towers, et l?humanité a gâché toutes ses chances.
Vue avec le recul d?une génération, celle-ci n?a pas suivi au 20e siècle une trajectoire linéaire, elle a emprunté toutes les fausses pistes, elle a engendré le totalitarisme, le matérialisme, le génocide, la contre-culture, l?idolâtrie des robots, les désastres écologiques, la dérégulation incontrôlée et toutes sortes d?autres doctrines et de pratiques mettant l?humanisme en péril.
Certes, rien n?a totalement découragé l?espèce dans sa volonté de progrès et un filet d?espérance a toujours subsisté. L?esprit de recherche n?a pas irrigué la seule science mais
aussi les lettres et les arts qui n?ont pas été privés de révolutions fécondes : nul doute que la création ait alors connu des succès comparables à ceux des époques passées. Si les Églises et les observances ont perdu du terrain, la spiritualité est demeurée une ressource inépuisable. Quant à l?intelligence, qui a plusieurs fois précipité le monde au bord de l?anéantissement, elle a fait défaut, hélas, en rejetant une autre exigence universelle, la conscience sans laquelle l?être n?est capable ni de dépasser ses perceptions ni de maîtriser l?impact de son action. C?est seulement de la science réunie à la conscience que pourrait venir la rédemption au 21e siècle.
Dans la marche de la nation de l'Ancien Régime vers une République démocratique, la Monarchie de Juillet (juillet 1830-février 1848) occupe une place cruciale, car la France a alors exploré les possibilités d'un système qui a très bien réussi à l'Angleterre : la monarchie constitutionnelle parlementaire. En libérant les forces de modernisation, ce régime a permis à la France de rattraper une bonne partie de son retard sur sa rivale d'outre-manche. La bourgeoisie de la finance et de l'industrie prend le pas sur l'aristocratie traditionnelle prééminente sous la Restauration (c'est aussi à ce moment qu'apparaît le prolétariat des villes). Mise en place grâce à la révolte de la génération romantique (les Delacroix, Hugo, Berlioz, etc.), la monarchie de Louis-Philippe connaît une extraordinaire floraison artistique et intellectuelle que favorise au début un climat plus libéral. Malheureusement, le politique ne suit pas. Il apparaît que la révolution de 1830 n'a abouti qu'à changer de dynastie : on a sur le trône un Orléans à la place d'un Bourbon, mais le suffrage reste étroitement censitaire et de nombreuses questions (sociale, politique étrangère...) ne brillent pas par leur audace et leur créativité. Pourtant, le projet était bon. S'il avait été réalisé, il aurait peut-être épargné au pays une révolution violente et le régime autoritaire dont elle a fini par accoucher : la modération politique avait manqué, et pour longtemps, l'ouverture que lui avait offerte l'Histoire. La transplantation du libéralisme en France avait échoué. L'époque n'est pas assez étudiée aujourd'hui. Le livre détaillé et vivant de Gabriel de Broglie comble une grave lacune et nous révèle une page fondamentale du passé de la France et même de l'Europe.
Mac Mahon, souvent brocardé de son vivant, et par la postérité, ne fut pourtant pas n'importe qui. De 1808 à 1893, sa vie s'inscrit tout entière dans le XIXe siècle. Militaire glorieux, il sert en Algérie trente ans durant, de lieutenant à gouverneur général, développant une conception - aussi humaine que possible - de la colonisation. La prise de Sébastopol, en 1855, les victoires de Magenta et de Solférino, en 1859, l'imposent comme l'un des grands chefs militaires du Second Empire, dont il reçoit la dignité de maréchal, et le titre de duc de Magenta. Blessé en 1870 à Sedan, il évite ainsi d'avoir à signer la capitulation. En 1871, il reprend Paris aux insurgés de la Commune. Puis, il succède à Thiers, en 1873, comme président du gouvernement de la République, en attendant le rétablissement d'une monarchie qui ne viendra jamais. Lui, le royaliste conservateur, après avoir, en 1877, tenté d'imposer un gouvernement selon son coeur à une majorité parlementaire qui n'en voulait pas, doit s'incliner, et finit par démissionner en 1879, après avoir présidé aux fastes de l'Exposition universelle. Improbable président de la République, Mac Mahon, populaire par sa prestance, sa loyauté et sa franchise, a assisté - ou participé - à la mise en place de beaucoup d'institutions qui existent toujours : le septennat, la présidence du Conseil des ministres, le domaine réservé du chef de l'État, la qualité de chef des armées, les difficultés de la cohabitation, les risques de la dissolution... Au total, Mac Mahon aura fait autant et plus pour l'établissement de la République que Thiers, Gambetta ou Grévy, ses contemporains et adversaires respectueux.
Gabriel de Broglie parvient à donner, en 350 pages, une vision globale du XIXe siècle en France, qu'il fait naître en 1814, et s'achever en 1914. Après tant de dictionnaires et d'encyclopédies, voici une courte, brillante et solide synthèse, qui retrace le mouvement général du siècle, en distingue les courants, montre en quoi il diffère du précédent et du suivant, et compare le parcours de la France pendant ces cent ans à celui des autres nations, l'Angleterre en particulier. L'ouvrage se divise en soixante tableaux, choisis pour illustrer chacun un thème, tout en respectant la chronologie. La première partie prend la mesure du terrain sur lequel s'édifie le siècle : le romantisme, la bourgeoisie, la contestation, l'ordre. La seconde partie révèle le ferment qui soulève le siècle et lui imprime des transformations immenses sous l'effet de plusieurs forces : l'éducation, la science, l'initiative individuelle, le droit de suffrage. La troisième partie rassemble les fruits d'une activité qui fut prodigieuse, le rayonnement intellectuel, l'enrichissement, la solidarité, l'expansion dans le monde, mais aussi les poisons de la décadence. Tous les développements mettent en lumière les relations du XIXe siècle avec notre époque, et éclairent les problèmes de notre temps, l'égoïsme social, l'enseignement inadapté, la tiédeur pour l'industrie, le franc fort, l'État centralisé, l'instabilité politique, la société bloquée. Renfermant une très grande quantité d'informations, présentées clairement dans une langue élégante, ce livre pourrait n'être qu'un précieux manuel s'il n'était aussi un grand essai, où l'utilité d'une vaste documentation se mêle à l'attrait d'une alerte réflexion, aux aperçus pénétrants et aux vastes perspectives. L'auteur réussit à faire partager, par tous ceux que préoccupe le destin de notre pays, son intérêt passionné pour ce siècle où s'affrontent le passé et l'avenir, et qui voit se cristalliser l'éclat et le déclin de la France.
Mieux comprendre les ressorts intellectuels et artistiques de la télévision : tel est le propos de cet essai qui annonce une nouvelle aventure de la création; et considère la télévision non comme une simple diffusion subie, mais comme une communication offerte et inspirée. Gabriel de Broglie était, jusqu'en août 1981, président de l'Institut national de l'audiovisuel : sa réflexion est le fruit d'une longue expérience. Pour lui, la richesse de l'image télévisée n'est en rien inférieure aux autres moyens d'expression. C'est une écriture, qui possède son vocabulaire et sa grammaire. La caméra comme un instrument d'art, les émissions comme des oeuvres à part entière, leur élaboration, le rôle du réalisateur, les relations entre la télévision et les écrivains, l'importance de la programmation : c'est la télévision de demain qui s'esquisse ici, une télévision, enfin majeure et réconciliée avec l'art, la pensée, la connaissance. Ce livre est optimiste. En mesurant les risques - et les chances - que les médias de masse comportent pour la culture traditionnelle, Gabriel de Broglie décrit la révolution audiovisuelle. Il appelle de ses voeux, non pas le triomphe d'une civilisation de l'image destructrice du passé, mais la synthèse qui produira un enrichissement de notre civilisation grâce à l'image. Sous sa plume, le proverbe chinois qui donne son titre à ce livre devient une interrogation : Quand une image vaudra-t-elle dix mille mots ?
Qui était Joseph-Alexandre de Ségur, fils d'un Maréchal de France passé secrétaire d'État à la Guerre sous Louis XVI ? Homme de Cour, Joseph-Alexandre passa son existence à composer des poèmes, des pamphlets, des chansons qui sont autant de petits chefs-d'oeuvre d'esprit. Si ce sont les femmes qui firent le succès du beau vicomte, c'est bien la brillance de son esprit qui l'a conduit jusqu'à nos jours. Il était temps de lui rendre hommage. C'est chose faite avec cet ouvrage de Gabriel de Broglie.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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