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Je suppose que Dieu dit d’avoir des relations sexuelles que pour avoir des enfants
Question d’un visiteur :
Bonjour,
je suppose que Dieu dit de faire l’amour et d’avoir des relations sexuelles que pour avoir des enfants. Donc un couple doit faire l’amour au minimum tous les 9 mois (ou jamais si le couple ne veut pas d’enfant ?).
Et les couples sont censés durer ? sans sexualité ?
Réponse d’un pasteur :
Bonjour,
Selon la Bible, Dieu ne dit pas “d’avoir des relations sexuelles que pour avoir des enfants”. C’est une légende, c’est du moralisme venu d’ailleurs.
Par exemple tout un livre de la Bible, le Cantique des cantiques, est un poème très sensuel entre deux amoureux qui se cherchent, se courent après, et se retrouvent au lit, décrivant les délices du parfum de l’autre et de son corps. Ce poème parle ainsi de la sexualité en la valorisant comme une bénédiction, et il n’y est absolument pas question de procréation. Il y est question d’amour mutuel et de sensualité. De plus, ce poème est à double sens, il parle de cette bénédiction de l’amour entre deux personnes dans toutes les dimensions de leur être, c’est vrai, et en plus ce poème est de bout en bout une allégorie de l’amour de Dieu pour l’humain et de l’humain pour son Dieu. Et cette façon de faire de la théologie est appelée par la Bible : “cantique des cantiques”, c’est à dire le plus beau des chants, le plus élevé, le plus juste, le plus saint. C’est dire comme nous sommes dans la Bible aux antipodes de ce que vous avez supposé sur l’interdiction par Dieu du sexe sans but de procréation.
Cette idée ne vient pas de la Bible, mais il est vrai que cette idée ne vous vient pas de nulle part. Cela est venu dans certaines formes de christianisme par influence de certains philosophes grecs. En effet, le christianisme est né dans un milieu culturel nourri par la pensée Biblique où le corps et les plaisirs du sens sont des bénédictions de Dieu. Ensuite, le christianisme s’est développé dans l’empire romain profondément nourri de pensée grecque. Le résultat est que notre culture chrétienne est devenue gréco-hébraïque, ou philosophico-biblique. Je pense que la philosophie grecque est un trésor phénoménal, et nous apporte des outils précieux pour penser le monde, la vie, l’existence et la Bible, l’Evangile. Cela ne veut pas dire qu’il faille toujours abandonner certains points de vue bibliques pour préférer le point de vue de tel ou tel philosophe. On a le droit, bien sûr. Seulement, en ce qui concerne l’anthropologie (l’idée que l’on se fait de l’humain), il me semble que la Bible et son regard positif sur la vie humaine incarnée, dans cette chair et dans ce temps, est une belle et très féconde façon de voir. Pour certains philosophes grecs, le corps est comme une prison pour l’âme qui est seule divine, pure. La vie des sens, les plaisirs sont alors comme des pièges, nous embourbant dans la vie d’ici-bas. Nous retrouvons cette vision plutôt négative dans le Bouddhisme.
Bien entendu, si le corps et les plaisirs du corps sont des bénédictions divines, selon l’anthropologie biblique, ce n’est pas pour autant qu’il faudrait faire de ces plaisirs notre dieu, et vivre dans une recherche effrénée de ces plaisirs. Car alors on est dans l’idolâtrie de soi même, l’idolâtrie de la chair, ce qui n’est pas sage ni fidèle. Ce sont des bénédictions, des fruits, mais là n’est pas la source de la vie. Elle est en Dieu. Si on écarte Dieu comme source de vie en pensant la chercher dans notre propre plaisir, c’est un petit peu comme dans le conte de la poule aux œufs d’or : si l’on aime tellement l’or que l’on tue cette poule, on n’a plus ni la poule ni les œufs d’or. Cela veut dire que la recherche, ou l’accueil de ces plaisirs ne fait pas un bon but à notre vie, il vaut mieux que ce soit l’amour (de Dieu, de notre prochain comme nous-même), et accueillir la beauté des bénédictions. Cela a aussi des implications éthiques, si l’on couche n’importe comment avec n’importe qui, ce n’est ni respecter l’autre ni respecter soi-même. Si l’on force son conjoint à avoir des relations sexuelles non désirées, ce n’est ni respecter son conjoint, le plus proche de tous ses prochains, ni se respecter soi-même. Et c’est encore moins ce que l’on peut appeler “aimer”, évidemment.
Cette idée que le sexe serait quelque chose de sale est assez nocive, je pense, pour la santé psychique humaine. Cela culpabilise inutilement la personne humaine, cela salit un désir que l’on sent comme faisant partie de nous-même, et cela induit que nous sommes un petit peu, mais profondément sale, impur par nature. Ce n’est pas le cas. Ce désir est sain, saint, juste et bon. Comme l’envie de manger de manger un bon petit plat. Bien sûr, nous sommes appelés à domestiquer ce désir de façon constructive mais en lui-même il n’est pas un sale.
Cette sorte d’obligation du couple à chercher à procréer est aussi profondément nocive, je pense. Comme dans le cantique des cantiques, le couple a sa beauté en lui-même. Vouloir faire un enfant, vouloir élever un enfant est une vocation possible. Elle est assez largement répandue, mais ce n’est pas la seule vocation possible pour un couple. Il y a bien des fécondités possibles pour l’humain, riche de ses mille dimensions. La fécondité physique en est une, il peut y avoir des fécondités extrêmement riches autres que celle-ci. Il existe des personnes qui n’ont pas cette vocation d’élever un un enfant et il serait criminel de leur dire que leur couple en a l’obligation. C’est donc à discuter en couple, si possible avant le mariage, mais aussi après, et doit être absolument respecté par le conjoint qui, lui, aimerait en avoir, ou en avoir plus.
Ensuite, le couple peut-il exister, peut-il durer sans sexualité ? Oui pour certains couples, bien sûr. Et pour d’autres cela constitue une dimension importante de leur union. Toutes les personnes, tous les couples ne sont pas sur le même modèle. Là aussi, il y a des théories qui sont extrêmement nocives. Que toute personne normale devrait avoir envie de sexe est une injonction qui crucifie certaines personnes, et cela justifie, cela encourage le viol conjugal. Et là dessus, après avoir ardemment soutenu l’anthropologie biblique en ce qui concerne le corps, je dois reconnaître que certains passages des lettres de Paul ont fait d’immenses dégâts. Heureusement que nous avons le droit de ne pas être d’accord avec tous les passages, bien sûr. C’est l’Esprit de Dieu, éclairant notre conscience, notre réflexion, notre lecture de la Bible, notre vocation personnelle, notre façon d’aimer notre conjoint, et de vivre.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot