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Franchement, fallait pas être malin pour rassembler en plein cœur de Genève, où la circulation était déjà compliquée pour cause de marathon, une masse de motards pour leur bénédiction à l'église des eaux-vives. Quel charme il y a-t-il à venir jouer du gros cube et défoncer les oreilles des passants en montrant qui a la plus grosse? Je l'ignore. On aurait au moins pu s'attendre à ce que ce rassemblement soit correctement encadré et des consignes de sécurité strictes données.
On aurait aussi pu imaginer une bénédiction des motards en proximité d'un circuit de course, à tout le moins d'une route fermée pour l'occasion, mais non, les joyeux drilles, montés sur leurs bécanes, ont trouvé beaucoup plus charmant de se rassembler en plein centre-ville, un samedi après-midi de printemps, puis d'envahir les quais en faisant exploser les décibels, et traversant la ville en tous sens.
La vie n'est pas un film américain
Certes, il ne fallait pas être très malin pour venir frimer au guidon de sa moto entre baby-plage et le jardin anglais, en escouade et avec des drapeaux pirates à tête de mort, jouant les gros bras en se croyant sur les longues routes désertes américaines. Mais il fallait être sacrément allumé pour essayer de faire un wheeling, le long des quais et embarquer dans sa chute un piéton et d'autres motards. Le drame a eu lieu au milieu de l'après-midi. Bilan: 6 blessés dont un grave.[1] Le prêtre qui avait dit quelques heures avant : "Dieu aime la moto, car c'est un plaisir partagé, une communion, c'est quelque chose qui vous lie et vous unit" a dû se mordre la lèvre en fin de journée. Il n'y a pas grand amour à se faire faucher par un motard tout à la joie de bomber le torse sa belle cylindrée qu'il ne maîtrise pas.[2]
Barthassat à la masse
Ce n'est qu'à Genève que l'on peut voir un ministre des transports, Luc Barthassat, se pavaner au volant d'une moto avec sa tête de mort sur le cœur et commenter en fin de journée très légèrement : "malgré l'accident sur les quais, la journée fut belle de rencontres et d'amitiés", ce qui est choquant. Il aurait été souhaitable que le magistrat retire ses gants et ses œillères, prenne la mesure du drame, exprime une pensée pour les blessés et leurs familles, et si possible suspende sa virée à moto, plutôt que de continuer à faire des selfies à tête de mort.
Le mot "accident" à bon dos. Il faudrait dire plutôt : suite à des négligences coupables, des gens sont aujourd'hui en petits morceaux dans un hôpital, alors que d'autres finissent d'écluser leurs bières.
Une ville n'est pas un lieu pour faire des rodéos de motard.
Avoir cette conception de la ville, c'est avoir une époque de retard.
Le Conseil d'Etat va-t-il interdire ces rassemblements dangereux?
Quelle est la responsabilité du Conseil d'Etat considérant la légèreté avec laquelle la tenue de cet évènement a été autorisée ? Comment le Conseiller d'état responsable, Luc Barthassat, va-t-il s'expliquer devant ses collègues du Conseil d'Etat sur cette funèbre virée de bécanes, avec ou sans sa tête de mort sur le poitrail ?
Les rassemblements de motard doivent se tenir hors des villes, sur des routes sécurisées et surveillées. Même si, dans l'ensemble, les motards sont des gens responsables, l'excitation liée à ce genre de rassemblement, est une invitation à la catastrophe.
Les organisateurs, lors des courses vélo, protègent le public et les coureurs lorsqu'ils entrent dans des villes. Lors de l'arrivée du Tour de Romandie dimanche passé, les balustrades étaient posées. Comment peut-on lâcher une horde de deux roues mécanisées en pleine ville sans protections ni avertissements à la population?
Stop aux rodéos mortels des motards
Motards, plutôt que d'arborer des têtes de morts, des cuirs et des clous, mettez des fleurs sur vos motos, et allez rouler sur des circuits.
Les enfants, les familles, les cyclistes et les piétons qui ont risqué leur vie aujourd'hui en croisant votre sinistre parade vous en remercient.
Quand à Luc Barthassat, les mots me manquent pour désigner la légèreté avec laquelle un ministre des transports joue avec la vie des gens. A force de vouloir mettre des motos partout, sur des voies de bus, dans des églises, elles finissent aussi par partir dans le décor. Ce qui s'est passé ce samedi quand 2000 motards ont roulé en bloc sur les quais n'est pas un accident. C'est de la bêtise crasse. Certains en ont payé le prix fort.