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Daniel Spoerri – Metteur en scène d'objets
16 mai 2001 – 2 séptembre 2001
Le Musée Jean Tinguely de Bâle présente du 16 mai au 2 septembre 2001 une vaste exposition Daniel Spoerri comportant de nombreux prêts de propriétaires privés et publics.
L’exposition est organisée en collaboration étroite avec l'artiste septuagénaire et présente son oeuvre dès les débuts des années soixante jusqu'à nos jours, sous l'angle des inventions et développements de son œuvre. Elle fait suite à la série d’expositions des amis et artistes de Jean Tinguely.
Daniel Spoerri est né en Roumanie en 1930 sous le nom de Daniel Feinstein. En 1942, il se réfugiait avec sa mère, dont il porte aujourd’hui le nom de jeune fille, en Suisse. Il trouvait sa vocation dans l’art par des chemins détournés. Ses premiers essais concernaient la poésie et la danse, qui faisaient déjà pressentir sa création figurative postérieure. Dans les années 50, en travaillant comme danseur au théâtre de la ville de Berne et comme régisseur, il découvrait sa prédilection et son don pour la mise en scène (Jonesco, Picasso, Tardieu).
Comme autodidacte à Paris, il se rapprochait de la création figurative. Son immense intérêt pour l’espace et le mouvement l’avait guidé très tôt vers l’art cinétique.
Déjà en 1959 il fondait l’édition MAT (Multiplication d’Art Transformable), qui se base sur l’idée de la multiplication et modification de l’oeuvre d’art et qui incluait ses amis artistes comme collaborateurs, en commençant par Marcel Duchamp, Karl Gerstner, Diter Rot, Jean Tinguely entre autres. En 1959/60 il concevait sa première, propre création comme artiste figuratif avec le „Tableau-piège“: une situation d’objets disposés au hasard, qu’il fixe sur leur support et le suspend comme tableau au mur. Faisant suite au „Tableau-
piège“ et basé sur le principe de l’assemblage apparaissaient de nouveaux cycles d’oeuvre d’art comme par exemple le „Détrompe-l’oeuil“ qui étudie la tension entre la réalité et l’image.
L'exposition tente de visualiser les différentes étapes de ce développement et de montrer leurs liaisons (Network). Les „Détrompe-l'oeuil“ démasquent intentionnellement des réflexes de perception et visent à provoquer des irritations par des effets trompeurs. Spoerri faisait sensation avec „Eat Art“ et ses célèbres banquets, les „Ethno-syncrétismes“, les „Corps en morceaux“, le „Carnaval des Animaux“ ou le „Musée sentimental“. Les cycles thématiques soulèvent constamment aussi des questions existentielles et documentent sa dispute avec son temps.
La reconstruction de la fameuse Chambre N° 13, Hôtel Carcassonne, 24, Rue de Mouffetard, Paris V, nous permet d'entrer dans un des univers de Spoerri durant cette exposition. Nous découvrons son studio des premières années à Paris, qui était aussi lieu de travail, local d'exposition et entrepôt tout à la fois : un „lieu d’acte“ qui ne peut pratiquement pas être revécu de manière plus authentique. La levée des frontières entre l'art et le quotidien n'a pas lieu ici dans la rue, mais dans une chambre d'artiste.
Partant de banals objets trouvés et de leur origine, Spoerri crée des univers ironiques et subversifs à l’aide d’assemblages réunis au hasard et des mises en scène. En tant que „metteur en scène d’objets“ il transpose le quotidien en art et met de l'art dans le quotidien.
Les frontières entre l’art et la vie se confondent, un axiome de la génération des artistes parisiens nommés Nouveaux Réalistes, auxquels Spoerri appartenait comme membre fondateur. C'est d'ailleurs ce qui rapproche Spoerri de Jean Tinguely. En tant qu'ami des premières années parisiennes, il est devenu un témoin intime de la création de Tinguely. D’après ses propres paroles : „ceux qui me connaissent peuvent s'imaginer qu’il me procure une grande joie en mettant mon oeuvre à côté de la sienne; notre amitié qui a débuté en 1949 déjà se trouve dans une contradiction dialectique: ici fixation, là mouvement et qui, par conséquent, se conditionne“.
Daniel Spoerri vit depuis dix ans en Toscane et il est en train de créer à Seggiano un jardin de sculptures ouvert au publique. La nature elle-même devient ici la scène pour les installations de l’artiste et pour les oeuvres de ses amis et reçoit par cette interaction une nouvelle direction.
En même temps que l’exposition apparaîtra la publication Anekdotomania : Daniel Spoerri über Daniel Spoerri en étroite collaboration avec l’artiste. Il se présente comme auteur et conduit le lecteur à travers sa vie et son oeuvre.