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OTTAWA – Une nouvelle étude surprenante a montré que 33% des adultes diagnostiqués d’asthme par leur médecin ne souffraient pas de cette maladie respiratoire potentiellement mortelle. Plus de 90% de ces personnes diagnostiquées à tort étaient capables d’arrêter la prise de médicaments contre l’asthme et sont restées en bonne santé pendant 1 année. En 2016, l’OMS estimait qu’environ 235 millions de personnes souffraient d’asthme.
Prendre des médicaments inutilement
« Il est impossible de savoir combien de ces patients ont reçu à la base un mauvais diagnostic de l’asthme et pour combien la maladie n’était plus active, » a affirmé dans un communiqué l’auteur principal de cette étude le Dr. Shawn Aaron, spécialiste des troubles respiratoires de l’Université d’Ottawa au Canada. Il poursuit : « Ce que nous savons est que ces personnes ont été capables d’arrêter de prendre leurs médicaments qu’ils n’avaient pas besoin – des médicaments pouvant être chers avec des effets secondaires. »
Dans leur étude, les scientifiques ont observé que 80% des participants qui n’avaient pas d’asthme prenaient leurs médicaments et 35% quotidiennement.
Diagnostic peu précis
Ce travail de recherche a aussi découvert que souvent les médecins ne commandaient pas le test respiratoire permettant de confirmer le diagnostic de l’asthme. Les médecins effectuaient souvent un diagnostic basé seulement sur les symptômes décrits par le patient et leurs propres observations.
Analogie avec le diabète
« Les médecins ne diagnostiqueraient pas le diabète sans mesurer le taux de glycémie ou un os cassé sans utiliser des rayons X, » relève le Dr Aaaron. Il continue : « Mais pour certaines raisons, les médecins n’utilisent pas les tests du spiromètre qui peuvent diagnostiquer l’asthme de façon définitive. »
Cette étude a pris en compte 613 patients sélectionnés au hasard dans 10 villes canadiennes qui souffraient d’asthme lors des 5 dernières années. Après une série de tests respiratoires détaillés suivis d’une consultation avec un spécialiste du poumon, l’asthme a été exclu chez un tiers des patients.
Recommandations non suivies
L’équipe de chercheurs a été capable d’accéder aux données médicales de 530 patients pour voir comment ils étaient premièrement diagnostiqués. Ils ont découvert que dans 49% de ces cas, les médecins n’avaient pas prescrit les tests des voies respiratoires requis par les recommandations médicales (medical guidelines en anglais).
Quand les patients qui ont été identifié comme ne souffrant pas d’asthme ont été diagnostiqué à nouveau, la plupart présentaient des maladies légères comme des allergies ou des brûlures d’estomac et 28% ne souffraient d’aucune maladie. Deux pour cent des patients qui ont été diagnostiqué à tort d’asthme souffraient de graves maladies comme d’hypertension pulmonaire ou d’infarctus du myocarde et ont reçu ensuite les médicaments adéquats.
Sans surprise
« Pour la plupart des patients, ce n’était pas une surprise quand ils ont été informé qu’ils ne souffraient pas d’asthme, » note le Dr Aaron. « Certains savaient que leur spray (médicament) ne fonctionnait pas, alors que d’autres pensaient qu’ils souffraient d’un problème plus grave. Heureusement, la majorité des maladies étaient légères et faciles à traiter. »
Exemple pratique
L’infirmière à la retraite Becky Hollingsworth a été diagnostiquée d’asthme il y a 2 ans. Lorsqu’elle a participé à cette étude, elle a appris que son essoufflement était en fait un problème respiratoire temporaire provenant d’une pneumonie qu’elle a eue dans le passé.
“J’étais très heureuse qu’on ait pu découvrir que je n’avais pas d’asthme,” a affirmé Mme Hollingsworth. La grand-mère de 72 ans poursuit : « Même si le diagnostic est faux, il faut gérer les conséquences d’avoir une maladie chronique. Il faut prendre ses médicaments et si on veut partir en vacances l’assurance peut être plus chère. »
Cette étude confirme et élargit les résultats d’une étude également réalisée par le Dr Aaron en 2008 suggérant que 30% des patients atteints d’asthme n’étaient pas correctement diagnostiqués. Selon des statistiques de 2010 provenant de Statistics Canada, 8,5% des Canadiens âgés de 12 ans ou plus ont été diagnostiqués comme souffrant d’asthme.
Pression des patients
« Nous avons besoin d’éduquer et former les médecins et le public pour que le diagnostic soit effectué correctement, » estime le Dr Aaron dans son communiqué. Il conclut : « Les patients qui ont des difficultés à respirer devraient demander à leur médecin de commander un test respiratoire (spiromètre) pour déterminer s’ils pourraient souffrir d’asthme ou même de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Aussi, si les patients estiment qu’ils ont été mal diagnostiqué pour l’asthme ou qu’ils n’ont plus d’asthme, ils devraient demander à leur médecin d’effectuer un test du spiromètre. L’asthme peut tuer, c’est pourquoi les patients ne devraient jamais arrêter de prendre leur traitement sans en parler avant à un médecin. »
Cette étude a été publiée le 17 janvier 2017 dans la revue spécialisée Journal of the American Medical Association.
Le 19 janvier 2017. Par Xavier Gruffat (Pharmacien Dipl. EPF Zurich). Sources (références) : communiqué de presse de l’étude. Abstract de l’étude: http://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/2598265 – Crédits photos : Fotolia.com