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Historique
Vuadens: «De gueules à la grande croix d’argent de Savoie, accompagnée dans le canton dextre du chef d’une petite croix tréflée du même, à la grue essorante également d’argent, brochant sur le tout.»
Les armoiries rappellent les trois périodes de l’histoire du village. La petite croix tréflée évoque l’abbaye de Saint-Maurice à laquelle les terres furent données. En 1317, cette possession fut cédée à Louis de Savoie, baron de Vaud, ce que rappelle la grande croix savoyarde. Enfin, la grue comtale signifie que Vuadens fut inféodé au comte de Gruyère vers 1450.Vuadens est un vieux village, puisque son nom apparaît déjà en 516. C’était Curtis Wadingum, c’est-à-dire la cour ou la ferme de Wado ou Wato, nom germain. En 929, on trouve Curte Vuadengis; en 930, simplement Vuadengis et en 1017 potestas Vuadengis ou seigneurie de Vuadens; en 1403, Wadens ou comme aujourd’hui Vuadens. Dans la carte Plepp, en 1638, il s’orthographie Wadens et, en 1668, à nouveau Vuadens dans la carte Von der Weid.
Quelques sites archéologiques ont été mis au jour. En particulier dans la région de la Motta et du Briez. On note en 1889: A l’orient du village de Vuadens s’étend une longue colline qui va du nord au sud, entre la Sionge et la Trême. Vers le milieu de cette colline s’élève le Crêt de la Motta, ancienne moraine, qui a été façonnée par la main de l’homme pour servir de lieu de défense ou de retraite. Au pied de la même colline, près des maisons du Dally, on découvrait en 1861 les ruines d’une habitation romaine, dans le voisinage de laquelle se trouvaient des indices d’une seconde. C’est à l’autre extrémité de la même colline, au lieu dit Au Bryé, dans le voisinage de la Sionge, que l’on a constaté l’existence d’autres ruines de bâtiments romains.
Elles s’étendent à fleur de sol sur un assez vaste espace entre les trois maisons et la grange du Bryé et sous le chemin qui se dirige de la Sionge vers Vuadens. On a trouvé un grand nombre de squelettes humains, les uns en pleine terre, parmi les débris, les autres dans des tombes murées, mais sans ornements ni armes. Il est probable que les bâtiments du Bryé ont été détruits en même temps que celui de Tronchebélon, près de Riaz. Les médailles trouvées dans ce dernier lieu s’arrêtent à Constance II, «nobilis caesar», titre qu’il a porté de 323 à 337.
En 517, Sigismond, roi de Bourgogne, fonda à Agaune (Saint-Maurice), une abbaye en mémoire du massacre d’une légion thébéenne, commandée par Maurice, qui avait refusé de marcher contre des chrétiens et de sacrifier aux dieux de l’Empire romain. Le roi donna au monastère, pour le salut de son âme, des terres qui faisaient partie du domaine royal, à savoir dans le territoire de Lyon, de Vienne, de Grenoble, d’Aoste, de Genève, de Besançon et du Valais. Près de chez nous, il donna également Morat, Oron, Lully, Lutry et Vuadens.
Le texte était ainsi rédigé: «Je donne, dit le pieux roi, toutes ces choses à Dieu, à Saint-Maurice, pour le monastère, dans toute leur intégrité, avec leurs dépendances, soient les terres, les maisons, les édifices, les esclaves, les hommes libres, les serfs, les laïcs, les habitants, les vignes, les champs, les prés, les forêts, les eaux, les digues et les dîmes. Je les donne pour que les moines puissent en jouir librement et selon leur bon plaisir.»
C’est ainsi que Vuadens sera sous la domination de l’abbaye royale de Saint-Maurice d’Agaune, et cela jusqu’en 1317, soit durant huit siècles.
Le 21 juillet 1317, les religieux de l’abbaye de Saint-Maurice échangeaient avec Louis de Savoie le village de Vuadens avec son territoire et toutes ses dépendances contre des propriétés dans le canton de Vaud. La maison de Savoie réussit à dominer peu à peu sur toutes nos terres romandes et à s’en rendre suzeraine. C’est ainsi que la seigneurie de Corbières passa à la Savoie et Vuadens fut alors annexé à ce mandement.
Vers 1450, le duc de Savoie inféoda Corbières et Vuadens à François Ier, comte de Gruyère. Vuadens restera ainsi sous la domination des comtes de Gruyère jusqu’en 1553.
Cette époque de domination laissa, à Vuadens, comme souvenir une antique demeure, le Manoir. Ce bâtiment abrita, entre autres, un des descendants d’un bâtard de cette dynastie et d’autres seigneurs. Il servit encore à divers usages: auberge, école jusqu’en 1885. En façade apparaissent, burinées dans la même pierre, les armoiries de Savoie, de Gruyère et de Fribourg.
C’est en 1553 que Fribourg, au titre de créancier du dernier comte de Gruyère, le malheureux Michel, s’empara de la seigneurie de Corbières et Vuadens.
La première église de Vuadens, construite dès 1602, fut consacrée le 5 février 1615 par Mgr de Wattenville. Avant, on pense qu’une petite chapelle devait exister dans la région du Margy. Car, le jour des Rogations, la procession s’arrêtait à cet endroit. Ce sanctuaire devait être fort ancien, puisqu’un acte tiré des archives de La Part-Dieu cite le nom de Pierre de Villarsel, chanoine de Saint-Maurice et recteur ou chapelain de Vuadens, en 1308.
Cette même église fut reconstruite à neuf vers 1788 et consacrée par Mgr Lenzbourg le 24 mai 1789.
Le 9 juillet 1866 fut une triste journée pour le sanctuaire. Un incendie le réduisit en cendres. Mais Vuadens ne se laissa pas abattre par le malheur et reconstruisit une troisième église dans les années 1866 et 1867. Elle fut consacrée par l’évêque Marilley le 3 août 1869. Le coût de la bâtisse dépassa les 100’000 francs y compris les charrois, corvées, autels, chaire, cloches et orgues, sauf les bois fournis par la commune.
La paroisse de Vuadens, de 1602 jusque dans les années 1980, ne connut qu’une quinzaine de curés. Le bâtiment scolaire, au centre du village, fut construit en 1883. Il abrite des salles de classe et l’administration communale.
Par testament, Louise-Marguerite Moret, feu Pierre, de Vuadens, instituait la paroisse de Vuadens héritière de ses biens, à condition d’ériger dans cette paroisse avec le produit de cet héritage un hospice desservi par des sours de charité. L’assemblée communale du 29 juillet 1938 décide la construction d’un asile des pauvres.
Vuadens possédait quatre établissements publics, soit l’Hôtel de Ville, la Croix-Blanche, le Cheval-Blanc et l’Hôtel des Colombettes. Le Cheval-Blanc, sis dans la ferme Dupasquier, au centre du village, a disparu. Il a été remplacé par l’Hôtel de la Gare.
Les Colombettes, lieu mythique de la célèbre chanson «Le ranz des vaches», se trouve sur le territoire de la commune de Vuadens. Connu pour ses bains, l’établissement, propriété alors d’un certain Charles Moret, dont l’épouse avait recouvré la santé grâce à des bains de vapeur aux herbages de montagne, avait un succès grandissant. Puis les bains de lait ou de petits-laits firent leur apparition. Des visiteurs de marque ont défilé dans ce lieu reposant: Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine. Louis Ruchonnet, président de la Confédération, aimait cette retraite toute remplie de poésie pastorale.
En 1914 est fondée la société Fabrique suisse des produits au lait Guigoz SA. Maurice Guigoz a mis au point la fabrication du lait en poudre. La fabrique Guigoz a connu ses heures de gloire. Elle exporte ses produits dans plus de 50 pays du globe. Elle occupe plus de 100 employés. Sa fermeture est intervenue dans les années quatre-vingt.
Les forêts ont toujours été la richesse de Vuadens. Leur superficie avoisine les 435 hectares pour territoire communal de 1061 hectares. On cite l’abattage d’un des plus gros sapins de Suisse, dans la forêt du Devin, au-dessus des Colombettes. On mesura à sa base une largeur d’un mètre de diamètre qui, avec une longueur de quarante mètres, totalisa un volume de 10,77 mètres cubes, vendu au prix de Fr. 176.– le mètre cube à M. Binz.
Le territoire de la commune de Vuadens compte, situés dans la région des Alpettes et de la Trême, 28 alpages, tant privés que communaux.
En 1849, le nombre des familles bourgeoises résidant à Vuadens était de vingt-sept. Il s’agit des Assey, Chassot, Darchs (Dard), Caille, Déforel, Despond, Dupasquier, Gendre, Genoud, Gillerd, Gobet, Gremaud, Grillard, Jacquet, Mayeux, Moret, Morand, Pache, Pidoux, Progin, Rochettaz, Sardin, Savary, Sudan, Tercier, Vienne, Yenny.
Citons quelques personnages célèbres: Jean-Pierre Tercier (1704-1767), savant polyglotte, il connaissait une dizaine de langues. Il avait ses entrées auprès du roi Louis XV et de la reine; le peintre Sylvestre Pidoud (1800-1871) dont les œuvres (montées à l’alpage) sont conservées au Musée cantonal de Fribourg et au Musée gruérien, à Bulle; le doyen Jean-Joseph Chenaux (1822-1883) fut une des figures marquantes de Vuadens. C’était un prêtre d’une haute stature, mesurant 1,85 m et d’un gros embonpoint, pesant dans les 150 kilos. Il méritait bien le surnom de «petit curé». Homme de science et d’étude, l’abbé était à la fois naturaliste et philologue, folkloriste et écrivain. Il forma un herbier aux proportions considérables qu’il légua à la ville de Bulle. Le savant François Moret (1828-1900) était un passionné des sciences abstraites, des calculs physiques et des mathématiques. Il avait suivi des cours à la Sorbonne et au Collège de France.
Tiré du Petit guide historique, édité par la Commune de Vuadens. 1964.