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Caravage est l'inventeur du clair-obscur, en tant qu'agent principal du drame que l'artiste pose sur la toile. D'autres peintres italiens ont tenté, avant lui, de représenter la nuit.
Caravage, le prince de la Nuit
Il est le peintre de l'obscurité et de la lumière mais jamais mécaniquement.
L'effet qu'il recherche n'est pas un effet nouveau pour l'effet nouveau.
Il invente un langage nouveau. Cette recherche n'est pas une recherche naturaliste.
C'est une recherche mystique. Il est dégoûté des épiphanies, des images de
saintes que le maniérisme avait multipliées par centaines, dégoûté des ascensions
de la Vierge entourée d'anges et de nuées roses.
Caravage est un mystique, un croyant d'une foi profonde et viscérale. Il donne à la volonté divine une autre mission, un autre instrument. L'instrument de la volonté de Dieu est la lumière. Il n'y a pas de lumière sans ombre, ni d'ombre sans lumière. Il extirpe l'homme de l'ombre pour l'amener à la lumière qui trace son message dans la nuit. Il ne peut pas être un peintre réaliste même si la réalité, les modèles, ressemblent à l'homme de la rue. Sa recherche est une recherche surnaturelle, spirituelle. Ce qui donne vie à ces êtres anonymes, c'est le doigt de Dieu représenté par le rai de lumière qui frappe l'être élu.
Le jeu de l'ombre et de la lumière devient l'agent dynamique essentiel de la composition, en ce qu'il en orchestre l'action. Le corps humain perd donc ici le rôle fondamental que lui avait confié la grande Renaissance. Caravage utilise la lumière comme un signifiant. Elle dessine la réalité, la souligne et l'exalte, servant essentiellement à lier le dialogue des personnages, le dialogue des regards. Elle définit le rapport entre les personnages. Il recherche une lumière qui, née de nulle part, est une révélation d'origine divine. La peinture de cet homme-là n'est plus une peinture de genre, une peinture de clair-obscur mais une des peintures des plus mystiques qui soient. Cette lumière d'origine divine dessine la réalité et aide à la compréhension de cette même réalité. Il est impossible de la situer logiquement, de manière réaliste. La critique le lui a reproché en disant: «Il ne sait pas observer le réel». Pour Caravage, elle ne peut avoir cette fonction car elle crée le miracle. Elle est le doigt de Dieu.