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1. Enjeux et objectifs

L’un des grands débats actuels en linguistique (mais aussi ailleurs) concerne la définition même du langage. Est-ce que le langage est un système isolé, enfermé sur lui-même, autonome, qui serait indépendant de l’action communicative? Ou bien est-ce, au contraire, un système adaptatif complexe, dont les systématicités émergent en réponse à l’utilisation communicative du langage ?
Ce projet vise a explorer les liens complexes qui unissent le système linguistique, d’une part, et la dynamique de la communication en face-à-face de l’autre. Se penchant sur l’étude de constructions dite bipartites en français (“ce qui m’intéresse c’est l’avenir”; “il y un taxi qui arrive”), le projet étudie la manière dont les locuteurs se servent de ces constructions grammaticales pour organiser leurs échanges verbaux (prendre ou céder le tour de parole, introduire des désaccords, ouvrir ou clore un épisode conversationnel, etc.).
Le projet vise un triple objectif:
1. une meilleure compréhension d’un inventaire limité de configurations grammaticales tant au niveau de leur fonctionnement communicatif qu’au niveau de leur réalisation formelle; 2. une meilleure compréhension du rôle que jouent les ressources grammaticales dans l’organisation de la communication en face-à-face; 3. une contribution en vue d’une modélisation dialogale du langage.
Face aux modélisations dominantes du langage établies sur la base de données écrites, inventées ou des phrases isolées, il s’agit d’envisager une conception du langage qui tienne compte de son ancrage dans l’activité sociale (en tant que parole-en-interaction), et donc de comprendre en quoi les structures du langage répondent aux principes organisationnels des échanges verbaux.
2. Principes méthodologiques
Nos analyses se fondent sur un corpus d’enregistrements de conversations de différents types qui ont été finement transcrites de manière a retenir non seulement les mots du dire, mais aussi les façons de dire (hésitations, chevauchements, pauses, etc.). Les analyses consistent à identifier des phénomènes récurrents témoignant de la manière dont les interlocuteurs se servent de la grammaire comme une ressources pour organiser leurs activités mutuelles.
3. Signification
La recherche d’une modélisation dialogale du langage, tout en répondant à un débat fervent au sein de la recherche linguistique, rencontre un terrain d’application pratique dans le domaine de l’enseignement des langues (qu’elles soient premières ou secondes). Les demandes de développement de compétences communicatives, et les mesures d’évaluation et de standardisation qui y sont relatives (actuellement fortement débattues sur le plan national et international) mettent en relief le besoin urgent de modélisations du langage qui rendent compte de sa nature foncièrement dialogale et interactive. Avec le projet proposé ici, nous espérons fournir des éléments valides en vue d’une telle conception.
www.unine.ch/linguistique/fnrs_topic