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La dynastie capétienne ne se confond pas avec 'la naissance de la France'. Sans doute le royaume de Francie occidentale puis de France devient-il une entité politique qui ne se partage plus, mais le souverain continue de se nommer roi 'des Francs'. Si la monarchie construit et élargit méthodiquement son domaine, le sentiment d'une unité française n'existe pas encore. Soucieux d'échapper à toute téléologie dynastique ou nationale, ce livre accorde une grande attention aux singularités régionales.
Les siècles de la féodalité, longtemps décrits comme des siècles de fer, correspondent en réalité au moment du 'décollage' européen. Les acquis des recherches historiques récentes, y compris archéologiques, conduisent à réexaminer le regroupement des populations et la 'naissance du village', l'instauration de la seigneurie châtelaine, le rôle des réformes monastiques ou l'épanouissement de l'art roman et gothique. Florian Mazel remet ici en question la thèse d'une 'mutation féodale' rapide et brutale autour de l'an mil au profit d'une appréciation plus nuancée des évolutions.
L'époque où surgit la dynastie capétienne ne se confond pas avec « la naissance de la France ». Sans doute le royaume de Francie occidentale puis de France, qui embrasse alors la Catalogne au sud et la Flandre au nord, devient-il une entité politique qui ne se partage plus, mais le souverain continue explicitement de se dire « roi des Francs » plutôt que « roi de France ». Si la monarchie construit et élargit méthodiquement son domaine, le sentiment d'une unité française n'existe pas alors. La France féodale demeure une mosaïque de régions de langues et de coutumes diverses. Soucieux d'échapper à toute téléologie dynastique ou nationale, le propos tenu ici accorde une grande attention à ces singularités régionales. Il embrasse aussi les nombreux territoires, aujourd'hui français, qui relevaient alors d'autres rois et princes et s'efforce d'insérer l'ensemble des analyses dans une perspective européenne.
Les siècles de la féodalité, longtemps décrits comme des siècles de fer, correspondent en réalité au moment du « décollage » européen. Dynamisme économique, expansion chrétienne et mutations sociales vont alors de pair, portés par l'affirmation d'un ordre seigneurial effaçant peu à peu les derniers vestiges de l'empire carolingien. Comme le montre cet ouvrage, les acquis des recherches historiques des vingt dernières années ont profondément renouvelé la compréhension de ce long moment de transition. Ils permettent de décrire une croissance rurale plongeant ses racines jusque dans l'époque carolingienne, même si le développement urbain et commercial en modifie les formes et en accroît la vigueur à partir de la fin du XIe siècle. Ils conduisent à réexaminer des questions aussi fondamentales que le regroupement des populations et la « naissance du village », l'instauration de la seigneurie châtelaine, le rôle des réformes monastiques ou l'épanouissement de l'art roman et gothique. Ils amènent surtout à remettre en cause la thèse d'une « mutation féodale » rapide et brutale autour de l'an mil au profit d'une appréciation plus nuancée des évolutions, articulée sur les deux inflexions majeures que sont la décomposition de l'ordre carolingien, à partir de la fin du IXe siècle, et la réforme « grégorienne », dans la seconde moitié du XIe siècle. Comme le montre le chapitre consacré à l'atelier de l'historien, les apports de l'archéologie et de l'anthropologie ont beaucoup contribué à ces renouvellements.
Entre le Xe et le XIIIe siècle, l'Église a inscrit dans l'espace de l'Occident médiéval de nouveaux rapports de domination qui ne devaient pas grand-chose aux héritages de l'Antiquité tardive. C'est tout l'enjeu de cet ouvrage profondément novateur de montrer que, loin de la vision transmise par les historiens du XIXe siècle, le pouvoir des évêques fut dans les siècles centraux du Moyen Âge le creuset d'une nouvelle souveraineté. Fondée sur un rapport territorialisé au peuple des fidèles à travers l'exercice d'une juridiction et d'une fiscalité spécifiques, elle allait inspirer les formes du gouvernement des États princiers ou monarchiques. Florian Mazel est professeur à l'université de Rennes-2 et membre de l'Institut universitaire de France. Ses recherches sur l'aristocratie et l'Église en Provence l'ont imposé comme l'un des meilleurs historiens médiévistes français spécialistes de la société féodale. Il a publié en 2010 une magistrale synthèse Féodalités, 888-1180 (volume de « L'Histoire de France » dirigée par Joël Cornette aux éditions Belin).
Parmi les structures territoriales de l'Europe médiévale et moderne, le diocèse est traditionnellement considéré comme la plus ancienne et la plus solide. On fait remonter son existence aux grands conciles de l'Empire romain tardif, au cours desquels l'église a adopté, pour son organisation épiscopale, le cadre civil de la cité qui associait étroitement une ville et un territoire. Le fait que dans de nombreuses régions la plupart des sièges épiscopaux soient bien les héritiers des cités tardo-antiques a contribué à enraciner cette conviction, relayée par la géographie historique depuis la fin du xixe siècle. Pourtant, comme entendent le montrer les études réunies dans cet ouvrage, une telle vision des choses repose sur une certaine illusion administrative et territoriale au sujet du diocèse médiéval. En reprenant à la source les questions de perception, d'appréhension et de construction de l'espace par les pouvoirs et les institutions, dans le temps long qui conduit de la fin de l'Empire romain à la codification du droit ecclésiastique et à l'émergence des états territoriaux, elles conduisent à relativiser, voire à rejeter, l'idée de continuité territoriale entre l'Antiquité tardive et le Moyen Âge central. Dans le même mouvement, elles envisagent d'autres voies susceptibles de mieux expliquer la complexité des rapports à l'espace dans la société médiévale et la genèse d'une territorialité ecclésiastique dont l'influence pèse sur l'ensemble de l'évolution sociale et politique de l'Europe occidentale.