Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07240.jsonl.gz/547

JURA NEUCHATELOIS Ce lecteur évoque l'arrêt du Tribunal fédéral de 2006, base des impulsions cantonales en faveur de l'énergie éolienne.
Le Tribunal fédéral a pris une bien lourde responsabilité lorsque, en août 2006, en cassant une décision du Tribunal administratif neuchâtelois, il a arrêté que le développement des énergies renouvelables, l'éolienne en l'occurrence, devait être considéré comme prioritaire par rapport à la protection du paysage. Cet arrêt fatal, faisant fi du décret populaire de protection des crêtes de 1966, joint au remboursement à prix coûtant de l'électricité renouvelable introduit entre-temps, a ouvert tout grand la porte au déferlement de projets éoliens sur les crêtes du Jura suisse auquel on assiste actuellement.
Or, on ne répétera jamais assez que:
- Quoi qu'on fasse, le rendement d'éoliennes sur les crêtes du Jura n'atteindra jamais qu'une fraction de ce qu'il peut être en Mer du Nord, où les vents sont forts et surtout constants;
- L'installation de mille ou deux mille éoliennes sur les crêtes du Jura ne fournira guère que l'équivalent d'une seule de nos centrales nucléaires. Ce qui ne veut pas dire que je prêche pour le nucléaire, mais que je compare des effets paysagers.
- L'argument selon lequel toutes les énergies renouvelables doivent être encouragées ne tient pas face à l'énormité de l'impact paysager que provoquerait la réalisation de tous les projets éoliens qui mijotent présentement et qui vont d'un bout à l'autre de l'Arc jurassien.
- Le projet des Verts neuchâtelois visant à garantir la souveraineté populaire locale sur l'énergie éolienne est bon en soi mais n'offre aucune garantie de protection contre la prolifération à tous crins des éoliennes, qu'une majorité des Verts accepte.
- Seul l'intérêt financier pousse les fabricants d'éoliennes, qui n'ont pas d'états d'âme paysagers. Ce qu'on ne saurait leur reprocher, ils font leur boulot. Aux populations concernées, c'est-à-dire à nous tous, de faire le nôtre.
- En 2001, Le Conseil d'Etat neuchâtelois proposait une politique de compromis acceptable: deux sites éoliens pour le canton, soit 10 à 15 éoliennes, un point c'est tout. On en est à six aujourd'hui, soit une cinquantaine de machines. A quand la centaine? (...)
Rappelons également que l'augmentation annuelle de 1 à 2% de la consommation d'électricité en Suisse est imputable pour moitié environ à l'augmentation de la population résidente. La dernière statistique annuelle fait état d'une augmentation de cent mille habitants en une année. L'augmentation de 30 000 à 100 000 habitants par an que l'on connaît depuis plus d'un demi-siècle est une dynamique explosive à terme, dont les incidences ne sont bien évidemment pas qu'énergétiques, et dont la classe politique s'obstine à ne pas parler parce que le sujet est politiquement incorrect.
En conclusion, il reste fondamentalement vrai qu'il est aberrant de proposer la multiplication d'éoliennes là où il n'y eut jamais de moulins à vent, même si les monstres de 140 mètres de haut d'aujourd'hui n'ont plus grand-chose en commun avec les moulins de Don Quichotte de la Manche. D'accord pour le site éolien du Crêt-Meuron plus à un autre à déterminer dans notre canton, mais restons-en là.
Et si l'on tient à développer l'éolien, Winterthour pourrait suggérer une piste. Son exécutif propose en effet au Conseil général de la ville d'investir dans un grand projet éolien... en mer du Nord. Ce qui tombe sous le sens.
François Bonnet
La Chaux-de-Fonds