Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06948.jsonl.gz/1133

En signant cette chronique de cour, je ne cède pas à la tentation d’écrire un jour pour le magazine Point de vue Images du Monde mais je me dois de rendre hommage à celui qui, aux côtés de son épouse, la reine Elisabeth II, ou en retrait protocolaire de deux mètres, a fait le job durant plus de septante-trois ans au service de sa Majesté ! Un seul prince Philip contre une pléiade d’acteurs pour incarner l’agent 007 à la suite de Sean Connery, déjà un Ecossais ! Le décès du prince avait été l’occasion pour la RTS de programmer un portrait de cet homme longiligne mais finalement méconnu. A l’image de leurs glorieux ancêtres, la reine Victoria et son cher Bertie, né Albert de Saxe-Cobourg et Gotha, le couple royal a su parfaitement se répartir les tâches.
Le reportage, tourné essentiellement au château de Windsor proche de la ville éponyme dans le Berkshire, est l’occasion pour le prince de présenter ses réalisations sur ce domaine de la Couronne dont le début de la construction remonte au XIe siècle. Le prince a parfaitement su dépoussiérer cette forteresse médiévale et ses alentours pour construire un environnement plus privé et propice à une vie de famille permettant au domaine terrien de devenir une source de revenus par la vente de ses fruits, légumes, fromages, gibiers, viandes et volailles.
Avec le réchauffement climatique, il a même été possible de planter un vignoble pour la production de vins mousseux. Enfin, durant la Grande Guerre, le sentiment anti-allemand est si important parmi la population britannique qu’il conduit le roi George V, le 17 juillet 1917, à changer ses noms de famille et titres allemands en vocables à consonance anglaise et choisir celui de Windsor.
Toiles de maîtres alignées comme des blocs de timbres
Avec un humour « so british », le prince conte ses réalisations pour rendre au château une note intimiste : « Les toiles de maîtres anciens, Holbein, Rubens et Rembrandt étaient regroupées et alignées comme des blocs de timbres… J’ai fait procéder à un accrochage moins formel ! Dans l’orangerie désaffectée, j’ai fait construire une piscine couverte et chauffée que nous utilisons toute l‘année… » Ensuite, nous visitons le marché couvert où sont vendus les produits du domaine royal et des producteurs voisins de celui-ci. Il salue chacun et échange quelques mots avec les visiteurs. En sortant, sa voix est couverte par le bruit d’un avion décollant de l‘aéroport de Heathrow tout proche ; et de conclure dès que le silence revient : « Un jour, un Américain m’a demandé pourquoi diable avoir construit le château si proche de l’aéroport ? » Ce n’est donc pas un hasard, si avec le temps, le château de Windsor est devenu la résidence favorite de la reine.
Le Royaume-Uni face à un irrémédiable déclin
Sur un plan international, la mort du prince est dommageable car il était un gage de stabilité, afin de maintenir les liens du Royaume-Uni avec son ancien empire sur lequel, à l’époque victorienne, le soleil ne se couchait jamais. Au sein du Commonwealth, une nette majorité de pays n’ont plus la souveraine comme chef d’Etat. Celle-ci ne voyageant plus, c’est Charles, prince de Galles qui devra désormais assumer ce rôle alors qu’il est bien moins populaire que sa mère. La rupture du prince Harry avec la famille royale est d’autant plus mal venue. Enfin, le Brexit et ses effets vont encore malmener le Royaume-Uni qui semble face à un irrémédiable déclin pré-annonçant la disparition de sa souveraine âgée de 95 ans.