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C’est à la fin du 19e siècle que les premières familles arméniennes s’établirent en Suisse.
Fuyant les persécutions du Sultan Abdul Hamid dans l’Empire Ottoman, ces arméniens s’installèrent avant tout en Suisse Romande, et notamment à Genève. Plus tard, lors du génocide de 1915 et les années suivantes, d’autres réfugiés arrivèrent.
Le pasteur Kraft-Bonnard créa dans les années 1920 un orphelinat à Begnins (VD) où plus de 200 orphelins, rescapés du génocide, trouvèrent un refuge.
Après avoir fini leurs études, une partie resta définitivement en Suisse.
A la fin de la deuxième guerre mondiale, on estimait la communauté de Suisse à environ 300 personnes. Depuis lors, ce chiffre n’a cessé de grandir. La situation au Moyen Orient, en Union Soviétique et dans l’Arménie indépendante ont encouragé beaucoup d’arméniens à émigrer en Occident et à essayer de se créer une vie plus sécurisée.
La Suisse a eu sa part et on estime leur nombre aujourd’hui à environ 5000.
Répartie dans toute la Suisse, la communauté a créé un certain nombre d’institutions.
Les activités de celles-ci ont été réalisées au sein d’une association faîtière appelée « Union Arménienne de Suisse (UAS) » qui d’une manière générale représente les arméniens de la Suisse Romande vis-à-vis des tiers.
Il y a bientôt quarante ans que fut construite à Troinex, près de Genève, l’Eglise Apostolique arménienne St Hagop, qui aujourd’hui encore est la seule église arménienne en Suisse.
Tout commença par un important don de M. Hagop Topalian, arménien installé à Rapallo en Italie.
La communauté se mit à l’ouvrage, compléta le don de M. Topalian, acheta un terrain à Troinex et fit construite l’église. Elle fut consacrée en 1969, à la mémoire des parents de M. Topalian.
Le bâtiment de l’Eglise appartient à une fondation créée à cet effet, la Fondation St Grégoire l’Illuminateur. La vie de l’église est gérée par le Conseil de l’Eglise Apostolique Arménienne et un prêtre désigné en permanence.
Ce dernier s’occupe également des communautés installées ailleurs en Suisse.
Dans les années 1980, le nombre d’Arméniens augmentant sans cesse, la fondation St Grégoire décida de construire un Centre Culturel sur le terrain de l’Eglise, à côté de celle-ci. Il a fallu plusieurs années pour réunir les fonds nécessaires et commencer la construction.
A plusieurs reprises les travaux s’arrêtèrent, faute de fonds et aussi parce que l’effort de la communauté avait été absorbé par les conséquences du tremblement de terre en Arménie. Ultérieurement, les travaux ont repris et finalement ce n’est qu’en l’an 2006 qu’ils s’achevèrent avec l’aménagement de la grande salle.
Aujourd’hui, le Centre comprend :
- une salle polyvalente de 300 places
- une bibliothèque d’environ 3000 volumes
- deux grands foyers
- diverses salles de réunion
- un kiosque de ventes de livres et divers objets d’Arménie.
Ce Centre est l’axe principal de toutes les activités communautaires à Genève.
En 1985, M. Hagop Topalian créa une fondation portant son nom. Cette fondation acheta une part du bâtiment du Centre Arménien et l’aménagea pour ses besoins.
Selon les vœux de M. Topalian, décédé depuis lors, la Fondation Topalian dirige et finance une école, installée sans son bâtiment, où des enfants arméniens se réunissent tous les mercredis – jours de congé des écoles publiques – pendant l’année scolaire.
La Fondation finance également le kiosque installé au Centre Arménien de Genève ainsi que – chaque année – le stand arménien au Salon International du Livre et de la Presse de Genève - et le site Internet :
www.centre-armenien-geneve.ch
La Fondation a des liens étroits avec l’UGAB (Union Générale Arménienne de Bienfaisance) dont les bureaux de la section Suisse sont installés dans ses murs.
D’autres fondations arméniennes – à buts humanitaires – ont été créées par des privés et des groupements.
Citons entre autres :
1- la Fondation
Philipposian & Pilossian :
qui entre autres finance les études de jeunes gens
4 - A noter également l'Association ARTZAKANK-ECHO qui publie le journal communautaire Artzakank, qui rend compte des diverses activités de la communauté et crée un lien entre les Arméniens de Suisse, notamment en Suisse Romande.
Rappelons aussi quelques manifestations régulières, telles que la kermesse annuelle de l’Eglise, les Jeux sportifs intercommunautaires.
Pour terminer, mentionnons l’important fief de l’arménité qu’est l’Ambassade de la République d’Arménie, installée par autorisation spéciale de la Confédération à Genève. Elle fait aussi office de Mission Permanente auprès des Nations Unies.

J'ai là sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d'Arménie.
L'ami qui m'en à fait cadeau croyait
m'offrir son coeur - bien loin de se douter
qu'il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n'en puis détacher mes yeux
- comme s'ils y prenaient racine ...
Terre rouge. Je m'interroge :
d'où tient-elle cette rougeur ?
Mais s'abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang, me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
Peut-être y frémissant encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d'ardente poussière
les armées d'Arménie ...
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l'aurore
à laquelle je dois ce reagrd sombre,
ce coeur que hante un feu surgi
des sources mêmes de l'Euphrate,
ce coeur couvrant l'amour non moins que la révolte ...
Y scintillent peut-être
quelques paillettes, quelques bribes
de notre livre d'or : un atome de Haïk,
une particule d'Aram, un éclat chu
de l'oeil cosmique d'Anania ...

Oui, devant moi, sur ma table, emplissant
à peine une coupe, cette poignée de terre
pourpre résume tout un peuple,
un pays mémorable aujourd'hui revêtu
d'une éclatante chrysalide ;
oui, par le truchement de ce corps minuscule
un pays tout entier me parle, m'interpelle
- comme les astres qui fécondent
les bleus labours de l'infini,
sa poussière de feu illumine mon âme ...
Tressaille alors la lyre
de mon impatience et mon désert
soudain verdoie comme sous les caresses
d'un souffle printanier ;
des visages meurtris traversent ma mémoire,
des bouches vengeresses - mon coeur est la proie
de griffes inconnues ...
Cette poignée de terre, cet amas de poudre,
je le conserve avec bien plus d'amour
que n'en aurait après la mort mon âme
en recueillant les cendres de mon corps
dispersées par le vent ...
Terre rouge, exilée - héritage, relique,
offrande, talisman - alors
même que sous ma plume un poème
est en train de naître, souvent je pleure
à la vue de cet infime lambeau
d'Arménie, je rugis - me rivant l'âme
dans le creux de la main,
j'arme mon poing !
Daniel Varoujan
|Le poème "Terre rouge" de Daniel Varoujan - imprimable

Version française

Version arménienne