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-INFOS n°103, 14.02.00, p. 9
Jörg Haider est né à Bad Goisern, le 26 janvier 1950, d'un père cordonnier et d'une mère enseignante. Ses deux parents avaient adhéré au parti nazi dès 1929, neuf ans avant l'Anschluss, alors que celui-ci était encore illégal en Autriche. Après la guerre, sa mère fut bannie de l'enseignement. Tandis que d'autres membres du parti nazi étaient admis au parti socialiste ou disparaissaient dans la nature, des gens comme les parents de Haider, qui s'étaient fait prendre la main dans le sac, ont trouvé qu'ils avaient été injustement persécutés. Pendant ce temps, le petit Jörg se distinguait à l'école, où il cherchait toujours à être le meilleur pour gagner la reconnaissance et le respect que ses parents avaient perdus.
Adolescent, il adhère à une association sportive d'extrême-droite, avant de rejoindre une fraternité d'étudiants en uniforme, animée par d'anciens nazis, où il apprend à se battre en duel. C'est dans cet environnement qu'il développe les éléments fondateurs de sa vision du monde. «Il était anxieux de se débarrasser de l'odeur "de gens pauvres" qui nous collait à la peau», raconte un de ses anciens camarades d'école. Il étudie le droit et les sciences politiques à l'Université de Vienne.
Très jeune, il rejoint le Parti des Libertés (FPÖ), une scission du Parti des Indépendants, que de nombreux nazis avaient rejoint après la guerre, avant d'en devenir le secrétaire pour la Carinthie en 1976, à l'âge de 26 ans. En 1979, il gagne un siège au Parlement, avant de devenir gouverneur de Carinthie, sept ans plus tard. En octobre 1990, il déclare qu'il «apprécie» les efforts des officiers des Waffen SS «dans leur combat pour la démocratie et la liberté en Europe.» Un an plus tard, il perd son siège après avoir affirmé que «durant le Troisième Reich, ils avaient eu une politique de l'emploi appropriée.» En 1992, il condamne une pièce qui rappelait le passé nazi de l'Autriche en affirmant qu'il y a des limites à la liberté de l'art. Enfin, en 1995, à l'occasion d'une réunion d'anciens officiers SS, il se dit heureux «qu'il y ait encore des gens décents dans ce monde, des gens de caractère qui ont le courage de leurs convictions.» Il évoque aussi les «camps de concentration» comme des «camps de détention pénale».
Ces propos sont d'autant plus choquants, que Haider a construit récemment une fortune colossale en profitant d'un vaste domaine campagnard à Barental, évalué à quelque 25 millions de francs suisses, qu'il a reçu en cadeau de son grand-oncle, en 1986. Ce dernier l'avait lui-même acquis, pour une bouchée de pain, d'une famille juive italienne, en octobre 1940. Selon le principal héritier de cette famille, Alexander Roifer, aujourd'hui professeur d'études bibliques à l'Université Hébraïque de Jérusalem, la vente de 1940 était cependant illégale et donc nulle, ce qu'il n'a découvert qu'en 1989. Mais entre-temps, en 1953, le grand-oncle de Haider avait proposé aux Roifer un dédommagement limité, contre leur renonciation à toute contestation future (Guardian, 9 février).
En mars 1999, Haider a regagné son siège de gouverneur de Carinthie. En octobre de la même année, le FPÖ, obtient 27% des voix aux élections législatives nationales. Au lendemain de la victoire éclatante de son parti, Haider déclare publiquement s'excuser pour ses remarques pro-nazies et affirme qu'il convoite le poste de chancelier pour 2003. Cela ne l'empêche pas de confier encore au quotidien allemand die Welt, le 8 février, que «les Waffen-SS en tant que tels ne peuvent être tenus coupables et responsables.»
(jb)
En dépit de ses propositions apparemment extrêmes, la politologue anglaise Melanie A. Sully, a montré que le FPÖ a largement inspiré la politique intérieure des gouvernements autrichiens depuis un certain nombre d'années. Il a aussi gagné une large audience dans les circonscriptions traditionnelles de la social-démocratie par ses propositions concernant le chômage et l'immigration (The Haider Phenomenon, Columbia University Press, 1997).