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Icône culturelle en Serbie
Ce prodige du violon né en Serbie en 1983 a dû franchir toutes sortes d’obstacles avant de pouvoir se produire sur scène. Aujourd'hui invité dans le monde entier, il est considéré comme une icône culturelle dans son pays.
Nemanja Radulovic surprend par le regard neuf qu'il porte sur le classique, par la façon dont il revisite les chefs-d’œuvre du répertoire, par des interprétations qu'il souhaite à la fois plus souples et plus ouvertes, et qui flirtent parfois avec le monde du crossover. C’est que le violoniste ne joue pas pour donner une leçon d’histoire de la musique ou un cours d’interprétation, mais simplement pour transmettre des émotions.
Jouer en public, une passion
Nemanja est né en 1985 à Nis, dans le Sud de la Serbie. Sa famille accorde une place privilégiée à la musique.
Lorsque Nemanja a sept ans, ses parents l’emmènent dans une école de musique où l’on découvre qu'il a l'oreille absolue. On lui met alors dans les mains son premier violon. Deux semaines plus tard, il sidère ses professeurs par sa précocité exceptionnelle. "J’avais déjà atteint la fin du programme de troisième année", admet-il en rougissant.
La famille déménage à Belgrade, la capitale, pour lui permettre de suivre sa formation. Six mois après avoir joué ses premières notes au violon, il fait ses débuts dans sa nouvelle école dans un concerto de Vivaldi. Il n'a que sept ans.
Ce premier contact avec la scène est une révélation: jouer en public devient alors pour lui une passion.
J’ai découvert qu’on pouvait faire rire les gens. J'ai senti aussi que je pouvais les faire pleurer. Je n’ai jamais rien trouvé d’autre où l’on puisse ressentir autant d’émotions.
L'exil en France
Mais l'horizon de cette jeune star du violon se voile de gros nuages: les Nations Unies imposent un embargo économique à la nouvelle république fédérale de Yougoslavie et l’hyperinflation rend la vie à Belgrade hors de prix.
A l’âge de 14 ans, il s’installe en France où il se perfectionne dans la classe de Patrice Fontanarosa au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Nemanja trouve en son professeur une écoute attentive et exceptionnelle.
En 2006, Nemanja Radulovic est appelé à remplacer au pied levé Maxim Vengerov pour un concert avec le Philharmonique de Radio France à la salle Pleyel. Ce soir-là, Nemanja Radulovic s’est envolé sous la baguette de Myung-Whun Chung. C’est un triomphe. Une star est née. Dès lors, les engagements pleuvent et le jeune homme enregistre son premier disque avec orchestre: les concertos de Mendelssohn. Il est accompagné par l’orchestre de chambre de Prague.
Les débuts d'une carrière
L’artiste est nommé révélation internationale de l’année 2005 aux Victoires de la musique classique et Rising Star de la saison 2006-2007. L’enfant terrible du violon ne cesse d’étonner. Chacune de ses prestations donne lieu à des ouragans de louanges.
>> Nemanja Radulovic, une interprétation de Vivaldi qui décoiffe
S’il est principalement sollicité en tant que soliste, Nemanja Radulovic cultive aussi volontiers la musique de chambre.
L'album Bach
Le dernier album en date de Nemanja Radulovic est consacré à Bach dont il interprète avec l’ensemble Double Sens quelques concertos, la Suite n°3 , la Chaconne de la partita n°2 et la toccata et fugue dans des arrangements pour violon et orchestre d’Alexander Sedlar.
Dans cet album étonnant, le violoniste désacralise la musique de cantor de Leipzig. Son interprétation frôle le crossover et fera peut-être tiquer les puristes.
"Certains disent qu'on n'a pas le droit de toucher à ces chefs-d’oeuvre, c'est dommage. [...] je pense qu’on a le droit de tout faire, à la condition de respecter l'ADN du compositeur", justifie Radulovic. Car pour lui Bach est humain, père de famille et pas forcément austère.
>> Ecouter l'émission "Quai des Orfèvres" consacrée à Namanja Radulovic (10 avril 2017):
Crédits
Texte et proposition: Catherine Buser
Réalisation web: Melissa Härtel
>> "Nemanja Radulovic, la douceur même": écouter l'entretien de Charles Sigel avec Nemanja Radulovic lors du Festival de Verbier 2012