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Études
Théories du complot et extrêmes politiques font bon ménage
Opinions politiques d'extrême-gauche et, plus encore, d'extrême-droite vont de pair avec la tendance à croire aux théories du complot. C'est ce que montrent deux enquêtes internationales avec participation suisse menées dans 26 pays auprès de plus de 100'000 personnes.
Les personnes se situant aux extrémités du spectre politique ont exprimé de manière plus prononcée des croyances selon lesquelles le monde est gouverné par des forces secrètes opérant dans l'obscurité, écrivent les auteurs de cette étude publiée dans la revue Nature Human Behaviour.
Les deux enquêtes, dirigées par Roland Imhoff, de l'Université Johannes Gutenberg de Mayence (D), montrent également que cette mentalité conspirationniste est particulièrement prononcée chez les partisans de l'extrême-droite, surtout chez celles et ceux qui votent pour des partis traditionnels, nationalistes et autoritaires.
«Privation de contrôle»
La première étude a produit un ensemble de données basé sur les informations fournies par 33’431 répondants vivant dans 23 pays, y compris des nations hors de l'UE comme l'Islande, le Brésil et Israël, a indiqué mardi l'Université de Fribourg dans un communiqué.
Les chercheurs ont notamment tenté de déterminer si la perception d'un manque de contrôle politique – parce que, par exemple, le parti politique préféré d'un individu a été exclu du gouvernement – influençait le lien entre l'orientation politique et la mentalité conspirationniste. Un résultat prévisible en raison des effets de ce que les psychologues appellent la «privation de contrôle».
La deuxième enquête, avec ses 70’882 répondants, a complété la première en fournissant des données supplémentaires pour 13 pays européens. Les recherches ont été menées à l'aide d’un questionnaire standardisé.
Différences territoriales
Et en effet, les théories du complot sont généralement plus facilement acceptées par les individus proches de partis qui ne font pas partie du gouvernement, dont les partisans se considèrent comme privés de contrôle politique. Ce facteur joue notamment un rôle dans le cas des personnes situées à l'extrême-droite.
Les chercheurs ont relevé certaines différences entre les pays. En Europe centrale et occidentale – Belgique (la Flandre, en particulier), Allemagne, France, Pays-Bas, Autriche, Pologne et Suède – les partisans de la droite politique sont plus enclins à adopter les théories du complot.
En revanche, la mentalité conspirationniste est plus marquée chez les partisans de la gauche politique dans les pays d'Europe du Sud et de l'Est tels que la Roumanie, l'Espagne et la Hongrie. En Suisse, on trouve une prépondérance de ces croyances surtout à l'extrême-droite.
«Pour les perdants»
Les personnes ayant un faible niveau d'éducation étaient plus enclines à adopter une mentalité conspirationniste. Ces résultats corroborent donc l'opinion selon laquelle «les théories du complot sont pour les perdants», comme l'a affirmé l'universitaire américain Joseph Uscinski. Les auteurs soulignent toutefois que l'identification de la cause et de l'effet est encore loin d'être claire.
Ces études constituent la plus grande investigation sur le sujet menée à ce jour. Adrian Bangerter, de l'Université de Neuchâtel, Sylvie Graf, de l'Université de Zurich, et Pascal Wagner-Egger, de l’Université de Fribourg, ont pris en charge le volet suisse.
uc, ats