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Le match Blatter-Hayatou
Elle est remise en jeu tous les quatre ans et pourrait bien être la récompense suprême du foot planétaire. Il s'agit de la présidence de la FIFA.
La bataille pour le poste de chef du gouvernement du football mondial est devenue aussi palpitante que peut l'être une rencontre sportive au sommet. Sur fond de vive polémique, le match oppose le tenant du titre, le Suisse Sepp Blatter au challenger camerounais Issa Hayatou.
Derrière les accusations et les contre-accusations, les deux candidats offrent autant de similitudes frappantes que de différences notoires.
Les montagnes et le désert
Par leurs originales familiales, les deux hommes sont aussi différents que l'on peut l'être.
Alors que Sepp Blatter a grandi dans les montagnes du Haut-Valais, Issa Hayatou a passé son enfance à la limite du désert du Sahara, dans la ville nord-camerounaise de Garoua.
Blatter est le fils d'un réparateur de bicyclettes, tandis qu'Hayatou est issu d'une des plus grandes familles de son pays. Son père était gouverneur de la région et son frère aîné, Sadou, sera Premier ministre du Cameroun au début des années 90.
Mais malgré ces différences d'origines, les deux hommes ont en commun un certain talent pour le sport, qu'ils développeront plus tard en réussite dans leurs carrières d'administrateurs du sport.
Sportifs et universitaires
Blatter est d'abord un footballeur, et même s'il n'a jamais signé de contrat comme professionnel, il a longtemps été un pilier du club de Viège, sa ville natale. Hayatou, de son côté, a pratiqué le basket-ball et l'athlétisme, décrochant deux titres nationaux sur 400 et 800 mètres.
Sous la pression de son père, Sepp Blatter abandonne rapidement ses rêves de carrière sur les terrains pour s'inscrire à la Faculté de droit de l'université de Lausanne. Il en ressort avec une licence en économie et gestion d'entreprise.
Issa Hayatou a également accompli ses études universitaires avant de passer un diplôme de maître d'éducation physique. Après avoir travaillé comme entraîneur d'athlétisme, le Camerounais se tourne vers la gestion du football, à la même époque où Blatter entre au comité du club de Neuchâtel Xamax.
Après un passage à la tête des relations publiques de l'Office du tourisme de son canton, le Valaisan devient secrétaire général de la Fédération suisse de hockey sur glace. Blatter accomplit ensuite ses premiers pas sur la scène du sport international en travaillant comme chef du secteur chronométrage de Longines lors des Jeux olympiques de 1972 et 1976.
Le chemin de Zurich
L'année 1975 marque les débuts de Sepp Blatter à la FIFA. D'abord directeur des programmes de développement, il en devient le secrétaire général en 1981.
A la même époque, Issa Hayatou occupe le même poste à la Fédération camerounaise de football. Après avoir été de 1982 à 1986 directeur des sports au ministère de la Jeunesse et des Sports de son pays, il est élu en 1988 président de la Confédération africaine de football.
Ce poste lui vaut une place au siège de la FIFA à Zurich, où il débarque 13 ans après Sepp Blatter.
En 1990, Hayatou devient membre du Comité exécutif de la FIFA, tandis que Blatter est promu au poste de directeur général, qui l'amène à travailler dans l'ombre du tout-puissant mais déjà vieillissant président Joao Havelange.
La consécration
En 1998, quand le Brésilien accepte à contre-cœur de mettre fin à un règne de 28 ans, Sepp Blatter reprend les rênes de la FIFA. Toutefois, sa victoire sur Lennart Johansson laisse un goût amer aux supporters du président de l'UEFA et divise durablement les rangs de la FIFA.
Avec Issa Hayatou, Johansson aura été l'un des opposants les plus virulents au président de la FIFA durant la campagne pour l'élection de mercredi.
Blatter se présente à la fois comme l'homme du peuple qui s'est battu pour préserver les racines du football et comme l'instigateur de la modernisation du sport le plus populaire au monde.
Il n'en est pas moins attaqué sur les difficultés financières que traverse la FIFA et sur des allégations de corruption qui circulent dans les corridors du pouvoir.
Face au président en place, Issa Hayatou se présente évidemment comme le «Monsieur propre» qui promet de restaurer la transparence et de publier les comptes de la FIFA. Il a également à son actif l'essor du football africain. Alors que le continent noir n'avait placé que deux équipes dans le tour final de la Coupe du Monde 1990, elles étaient cinq dans l'édition 1998.
Pour la plupart des supporters de Blatter toutefois, Hayatou n'est au mieux qu'un opportuniste et au pire une marionnette, soutenue davantage par les intrigants européens qui n'ont pas digéré la défaite de Johansson que par les Africains eux-mêmes.
Finale à Séoul
Quoi qu'il en soit, les chemins empruntés par les deux hommes, partis des montagnes valaisannes et des sables du Cameroun, les ont bien préparés pour cette confrontation à Séoul. Et les fans de football doivent déjà se demander si la Coupe du Monde elle-même parviendra à égaler en intensité le drame de la bataille pour la présidence de la FIFA.
swissinfo/Mark Ledsom
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