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La punition
Tout ce qu’on appelle « punition » s’adresse à ce que nous ne voulons PAS que le chien fasse… Si, effectivement votre chien peut momentanément cesser de faire ce qu’il est en train de faire… la question reste entière : que doit-il faire à la place? Votre chien n’en a aucune idée : apprenez-lui ce qu’il doit faire plutôt que de punir : la punition interrompt (parfois) mais n’apprend jamais rien.
La punition peut favoriser l’apparition de comportements de peur : si en promenade, votre chien aperçoit un passant qui, pour une quelconque raison, l’inquiète (chapeau, capuchon, canne, etc.), il se peut qu’il recule ou parte en avant en aboyant furieusement. En tirant violemment sur la laisse, en le grondant vertement pour ce comportement inacceptable, vous ajoutez une dimension de peur supplémentaire. Il était préoccupé, voir terrorisé, il doit maintenant également gérer la peur que vous lui infligez. Il peut aussi en déduire que, vous aussi, avez peur… ce qui va finir de le convaincre que ce qu’il vient d’expérimenter est décidément inquiétant et le conduira à réagir encore plus fort la prochaine fois. Optez pour une stratégie plus efficace, anticiper, renforcer avant qu’il ne démarre ou renforcer au stade le plus minime de sa réactivité. Le calme et la maîtrise de soi appellent le calme et la maîtrise de soi.
Certaines punitions renforcent en réalité un comportement : votre chien aboie au jardin, vous ouvrez la porte-fenêtre et vous lui hurlez de se taire (je vous laisse choisir la terminologie). Vous l’avez regardé, vous lui avez parlé : s’il était en recherche d’attention, il aura obtenu précisément ce qu’il cherchait et ce même si votre ton est furibond et vos paroles sont peu aimables. Gérez l’environnement, occupez-le.
La punition peut nuire à votre relation : tout le travail que je fais avec les chiens est fondé sur la qualité de la relation entre vous et votre compagnon canin. La punition crée une confusion et entame la confiance qui sont le fondement même de toute saine relation. Pour ma part, je crois fermement qu’il est préférable de mériter cette confiance, d’obtenir le respect à travers une éducation empreinte de considération pour l’autre plutôt que de chercher à obtenir des résultats à travers l’intimidation ou la force physique.
Pour être efficace, une punition doit être immédiate : afin qu’il y ait la moindre chance qu’une punition soit efficace, celle-ci doit intervenir moins de deux secondes après le comportement que vous cherchez à sanctionner : êtes-vous sûr de pouvoir réagir dans un laps aussi court? Administrée trop tard, elle devient violence gratuite.
La punition peut être généralisée… ou pas : vous dites « au pied » à votre chien. Il tire en laisse et vous le tirez violemment en arrière. Qu’est-ce que ça veut dire pour le chien? Ne pas tirer? Peut-être mais… ne pas tirer sur CE trottoir? quid des autres trottoirs? ou ne pas tirer sur le trottoirs mais il peut tirer en campagne? Les variations sont infinies. Nous n’avons aucune idée si notre chien comprend au sens large ce que nous cherchons à interrompre définitivement, ce qui va nous obliger à multiplier les corrections à l’infini. On peut par contre travailler à généraliser un bon comportement.
La punition sera-t-elle associée au comportement que nous désapprouvons? Imaginez-vous en train de hurler sur votre chien parce qu’il pourchasse le chat du quartier. Il vous entend hurler et qu’en déduit-il? qu’il ne devrait pas pourchasser le chat? Peut-être, mais peut-être il vous imaginera en colère parce qu’il ne court pas assez vite et n’a pas attrapé le chat? ou encore, si un enfant est en vue quand vous hurlez sur votre chien – fera-t-il une association entre votre colère et les enfants qu’il percevra ensuite comme une source de peur? Gérez l’environnement, apprenez le contrôle pas à pas.
L’ordre « empoisonné » : vous dites « assis » (votre chien s’assied) = bonbon, récompense, chouette. « Assis » (le chien ne s’assied pas) = punition (coup de laisse). Dès cet instant, le chien ne sait plus si l’ordre « assis » est une bonne nouvelle ou une très mauvaise nouvelle et il a de grandes chances de se mettre à redouter les conséquences de cet signal, ce qui l’amènera à y répondre avec de plus en plus d’hésitation. Vos « ordres » doivent être des signaux, des simples feux verts à la possibilité de quelque chose de plaisant : toujours.
La punition peut amener le chien à la dite « résignation apprise » : à force de punitions répétées, votre chien peut ressentir que – quoi qu’il fasse – ça ne va jamais et qu’il est donc préférable de ne plus rien faire du tout. Il se renferme et endure. L’alternative? Apprenez-lui un comportement approprié.
La punition peut favoriser l’apparition d’un comportement de substitution : quand votre chien aboie, creuse ou détruit il peut chercher à se calmer – tout comme un enfant s’apaise par le bercement… Vous n’avez aucune idée de quel comportement va venir remplacer le premier : il peut se révéler pire que le précédent. Ne le laissez pas se construire son propre curriculum au fil hasardeux de ses expériences – apprenez-lui un comportement adéquat.
La science du comportement nous apprend que la punition doit être administrée de telle manière à faire cesser un comportement sur le champ : si cela n’est pas le cas, l’humain aura tendance à augmenter l’intensité de la punition par paliers successifs. Le chien se « fait » progressivement à ces punitions et vous serez dès lors obligé d’avoir recours à une punition magistrale, qui suscitera la peur et la méfiance chez votre chien et la culpabilité chez vous.
Le chien peut s’imaginer que la punition est inhérente à votre présence : votre chien devrait percevoir la punition comme le résultat direct de son comportement. Elle devrait venir de son environnement, idéalement. Si, au contraire, il fait la relation entre la punition et vous, son propriétaire, il risque de maintenir son « mauvais comportement » quand vous n’êtes pas dans les parages.
Quelle est la limite « acceptable » d’une punition? Comment définir la limite « acceptable » entre une technique impliquant une punition physique et… l’abus ou, appelons un chat un chat, la maltraitance?
La punition vous fait-elle du bien, à vous? Le but de votre approche et de votre éducation, quelle qu’elle soit, doit être la modification du comportement de votre chien, exclusivement, et non pas un exutoire pour notre propre frustration. Induire la peur et la douleur n’est pas éduquer.