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chapitre 8 Applications pratiques
8-1 Le problème: le déficit de décision
Nos sociétés modernes semblent connaître un déficit de décision et certains décideurs politiques un certain déficit cognitif. Si c'est le cas il existe trois méthodes pour y rémédier: (1) améliorer les conditions de décision, (2) améliorer le décideur et (3) améliorer les outils de décision.
Presque tout le monde s'accorde à démontrer qu'il existe des problèmes de gestion dans nos sociétés modernes. La politique actuelle a tendance à diviser les problèmes de décision et à les confier à des sous-systèmes qui codifient les méthodes de résolution de problèmes à leur manière (Luhmann:82) en sélectionnant (ou définissant) la partie du problème qui les intéresse (Luhman 73:55-86). Cette méthode du "muddeling through" organisée ne fonctionne pas trop mal, mais elle a l'inconvénient de multiplier inutilement les unités administratives et la "densité" des règles qui sont souvent en contradiction "politique" entre elles *1. L'autre alternative moderne, le néo-libéralisme ne tombe pas dans ce piège, mais la confiance dans les "capacités auto-régulatrices du marché" augmente le coût social et écologique des non-décisions. Aujourd'hui, les solutions proposées face à des problèmes globaux ne sont que rarement globales.
Pratiquement toute la littérature empirique de la décision en psychologie expérimentale et/ou cognitive *2 s'accordent à montrer la rationalité très limitée des décideurs humains. En même temps, la société devient de plus en plus complexe. Face à ces constats, on peut d'abord se poser la question, si c'est vraiment grave. L'analyse politique montre en effet que le système politique peut s'adapter quelque peu à ce phénomène:
Cette liste non-exhaustive montre que les problèmes politiques ne peuvent pas être uniquement attribués aux (in)capacités des décideurs politiques. Ainsi on lie souvent les problèmes de décision à des facteurs externes (comme la "politique télévision", la puissance des groupes de pressions qui jouent des jeux individualistes comme le "MaxiMin", ou encore l'effet accumulatif des arguments négatifs dans les démocraties directes ou le systèmes d'élections majoritaires). Même un bon décideur doit se plier en grande partie à la logique d'un système. Pourtant, le fait que l'on distingue intuitivement et parfois méthodiquement de bons et de mauvais décideurs (surtout au niveau collectif), montre que le décideur a toujours un rôle à jouer. Lorsqu'on observe les gouvernements modernes, il est parfois tenté de faire référence aux pathologies de Dörner discutées dans la section 3-5 "Le modèle "Lohhausen"" [p. 84] *3.
- Le décideur politique de haut niveau s'entoure de plus en plus d'un "staff" dont la principale fonction est de gérer l'information et d'interfacer le décideur avec l'administration et avec d'autres corps politiques. Par ce système, le décideur est censé surveiller à son tour la gestion de l'information par ses conseillers et de faire des choix. Evidemment, il s'expose au danger du filtrage d'information. Le choix d'un bon outil de coopération pourrait quelque peu remédier à ce problème.
- Le système politique se différencie d'abord verticalement en revalorisant les niveaux régionaux et internationaux et ensuite horizontalement par domaine. Cela fonctionne bien pour toute problématique isolable, mais pose de grands problèmes en ce qui concerne les problèmes multi-facettes (chômage) ou multi-niveaux (dépôts de déchets, problème des réfugiés).
- Un corollaire au point précédent est l'affirmation que, dans un système démocratique, les sous-systèmes peuvent faire valoir leurs intérêts, si nécessaire avec violence (paysans, jeunes), pour obtenir un compromis plus ou moins viable. Cette affirmation est sans doute partiellement juste, mais elle se revèle fausse lorsqu'elle concerne des phénomènes exponentiels (écologie), lorsque ca concerne les faibles (pays en voie de développement) ou lorsque le "public choice" implique des conflits entre les préférences (besoins d'argent de l'Etat et appauvrissement de la classe moyenne productive). Encore dans le même sens: l'Etat démocratique moderne n'est pas réformable, mais il se réorganise lorsqu'il y a une vraie crise. (Le "New Deal, les "miracles Allemands et Japonais", "Mai 68", etc.)
Evidemment, il est très difficile de savoir si on peut vraiment former de meilleurs décideurs politiques. Ainsi, on peut formuler le souhait que non seulement la formation des décideurs soit améliorée, mais que le processus de sélection favorise des politiciens selon leur capacité de décision et non pas selon des critères de capacité pour la lutte politique interne. Il n'est ni possible ni souhaitable qu'ils aient à passer un test de type "Lohhausen" (section 3-5, p. 84), mais il serait bon que le public et surtout la presse soient éduqués pour examiner le "track record" d'un politicien en fonction des capacités nécessaires pour gérer un système complexe. Cela peut se faire en enseignant la systémique dans les écoles secondaires et en mettant sur pied des formations sur la décision adaptées aux décideurs de haut niveau. En dernier lieu, un décideur polyvalent a sans doute plus de chances de réussir. Comprendre au moins les langages principaux (un peu de Droit, d'économie, de politique, de technique) réduira fortement la charge cognitive lorsqu'on est confronté aux problèmes "multi-dimensionnels" de la politique *4.
Résumé
Face à ces problèmes, il existe trois types de solution:
Amélioration des décideurs: tout le système de formation (et surtout dans les écoles et les universités) est aujourd'hui centré sur la résolution de problèmes relativement bien définis. Il est important d'offrir (surtout au niveau des formations continues), la possibilité d'apprendre à gérer des situations de résolutions de problèmes dans un environnement complexe.
- Amélioration des conditions de décision: ce problème relève plutôt de la théorie politique et de la théorie de l'organisation et il ne sera pas traité ici. La seule remarque qu'il convient de faire ici, c'est qu'il est important de donner au décideurs politiques les moyens de faire une politique "honnête" (pour bien préciser les problèmes), "globale et multi-facteurs" (pour ne pas s'attaquer uniquement aux sous-problèmes et aux symptômes) et à "long-terme" (pour pourvoir gérer la lenteur relative de l'environnement).
- Amélioration des outils de décision: la charge cognitive des décideurs est aujourd'hui sans aucun doute dépassée par la masse d'informations à gérer. Il faudrait sérieusement poursuivre l'étude des outils d'aide à la décision et d'aide à la collaboration. Il existe de plus en plus d'outils informatiques utilisés par les décideurs des grandes entreprises qui commencent à faire leurs preuves. *5
- Résumé
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THESE présentée par Daniel Schneider - 19 OCT 94
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