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Quand couper le Cordon ombilical? Quelques éléments de physiologie fœtale
Le cordon ombilical contient une veine ombilicale, chargée de sang artériel provenant du placenta et se jetant dans la veine cave inférieure au niveau de la région hépatique, et deux artères ombilicales, chargées de sang veineux, plus petites et pulsatiles, provenant de branches dérivées des artères iliaques, et amenant le sang au placenta pour y être artérialisé.
Lors de la naissance, la mise en route de la respiration entraîne des modifications circulatoires importantes, et, en quelques minutes, les échanges placentaires n’étant plus utiles, le cordon cesse de battre, et les vaisseaux se collabent et s’obstruent. Cependant la section trop précoce sans ligature peut être dangereuse car la persistance d’un flux sanguin peut rouvrir les vaisseaux et une hémorragie se produire. Le placenta, lui, se décolle et s’évacue entre un quart d’heure et une demi-heure après la naissance, mais il n’y aurait aucun risque à attendre ce moment puisque la circulation s’est interrompue.
Chez l’animal, il n’est pas question de ligature bien sûr puisque le cordon se rompt au moment de la chute du petit sur le sol ou lorsque la mère mange son placenta (chez les carnivores). Section et ligature du cordon
De nos jours, on n’attend pas l’issue du placenta pour sectionner le cordon après l’avoir clampé, et on fait une ligature solide à quelques cm de la paroi abdominale pour ne garder qu’un morceau court qui va mettre quelques jours pour se nécroser et tomber. Je ne saurais vous préciser de quand date l’habitude de ligaturer le cordon, mais Cazeaux, en 1870 dans son Traité des accouchements
, le préconise et rapporte la polémique sur la nécessité ou non de ligaturer. Quelques références antiques
Hippocrate
, Maladies des femmes
, I.46 (Littré VIII, 107): "Le chorion demeure dans la matrice quand le cordon ombilical se rompt par une violence ou quand la femme qui le coupe, le coupe, par ignorance, avant que le chorion soit sorti de la matrice ; l’utérus attire en haut l’arrière-faix, qui est glissant et humide, et le retient en elle-même…".
Superfétation, 8 (Littré VIII, 481): "Si le chorion ne sort pas facilement, autant que possible on n'en séparera pas l'enfant,…" et Hippocrate explique longuement comment poser l'enfant sur des outres pleines avec le cordon en tension, et comment en perçant les outres qui se vident lentement, la traction mesurée et progressive qui en résulte peut entraîner la sortie du placenta. "De la même façon, si le cordon se rompt, ou si on le coupe avant le temps, vous procurerez à l’aide de poids convenable que vous y suspendrez, la sortie du chorion".
Il semble donc, d’après ces textes, que la pratique de la section du cordon se fasse à distance de la naissance, et après l’issue du placenta, pour éviter tout risque hémorragique, puisqu’il ne se pratiquait pas de ligature. Pendant tout ce temps, l’enfant repose donc entre les jambes de sa mère, et sans doute est-il soumis à son premier examen de conformité à ce moment? Mais il me semble logique qu’il fut présenté au père après les premiers soins, donc après la délivrance.
Soranos décrit bien la façon de couper le cordon et d’en ligaturer les deux extrémités pour éviter les hémorragies, mais lorsqu’il recommande de le faire lorsque la délivrance tarde, cela veut dire qu’habituellement on attend l’issue du placenta pour séparer l’enfant de sa mère (Des maladies des femmes, II.6). De même, il précise qu’en cas de rétention placentaire la sage femme tente d’extraire le placenta en suivant le cordon ombilical dans les voies génitales pour saisir le placenta (dans ce cas le placenta est décollé et partiellement évacué dans le vagin). Mais que si l’opération est trop longue (dans ce cas, il décrit la délivrance artificielle qui est employée lorsque le placenta reste adhérent à l’utérus) il faut d’abord séparer l’enfant. Il précise que c’est pendant la période où l’enfant est à terre que la sage femme l’examine pour savoir s’il mérite d’être élevé (Des maladies des femmes II. 2 et II.5).
Notice de Christine Bonnet-Cadilhac, médecin gynécologue et helléniste.