Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07197.jsonl.gz/498

Saviez-vous que la prévoyance funéraire permet de planifier ses obsèques et de s’assurer que le moment venu ses volontés soient respectées ?
Table des matières
Une humusation se déroule en trois étapes. Tout d'abord, le corps est placé dans un linceul biodégradable et repose dans un cercueil dont la base est en inox. Le principe étant de ne pas recourir aux produits de conservation qui pourraient polluer la terre.
Dans un second temps, la dépouille du défunt est déposée à même le sol, sur un lit de broyats en copeaux de bois et recouvert d'un mélange végétal humide pour former un tumulus (une sorte de monticule de terre). Une stèle naturelle est installée afin de permettre plus tard à la famille de venir se recueillir.
Par la suite, durant une douzaine de mois, le corps va naturellement se décomposer grâce aux micro-organismes présents dans le sol. Durant le processus biologique de décomposition, la chaleur peut atteindre les 60 °C ce qui détruit les agents pathogènes et après un certain temps, les parties molles sont complètement décomposées. Les résidus non humains (pace-maker, prothèses, etc.) sont retirés par les humusateurs et les os ainsi que les dents sont réduits en poudre pour enrichir le broyat contenu dans la butte de terre.
Lorsque la dépouille a terminé le processus de transformation (un corps humain produit en moyenne 1,5 m³ d'humus sain et fertile), il est coutume d'utiliser une partie de cet humus en guise de terreau pour venir fertiliser un arbre, planté en souvenir du défunt dans une forêt ou un bois du souvenir.
À mesure que le regard de la société évolue sur la question de la mort, l'humusation fait de plus en plus des adeptes, séduits par l'idée, à leur décès, d'être transformés en compost humain. En effet, les avantages de l'humusation sont nombreux :
- L'aspect écologique : L'humusation de corps humains est une pratique respectueuse de l'environnement puisqu'elle ne nécessite pas d'utiliser de produits chimiques nocifs (formol et autres produits de conservation). Elle limite aussi l'émission de gaz à effet de serre contrairement à une crémation ou à une inhumation qui génèrent respectivement plus de 230 kg et plus de 800 kg de CO2.
- Le relatif minimaliste quant aux fournitures funéraires : Cette pratique ne nécessite ni l'achat d'un cercueil (le défunt étant placé durant le processus dans un cercueil réutilisable), ni l'achat d'une urne, ni même la pose d'un monument funéraire, l'humus étant destiné à retourner à la terre.
- Peu contraignante : contrairement à un enterrement qui nécessite de louer une concession, de la renouveler, mais aussi d'entretenir une sépulture, l'humusation demande uniquement de réserver un emplacement pour 12 mois, le temps de la décomposition.
- L'aspect moral. L'humusation est un mode de sépulture qui permet non seulement de réduire la pollution engendrée par des obsèques standards, mais aussi de participer au cycle naturel de la vie en régénérant la terre. Un geste altruiste !
Si l'humusation est une méthode qui présente un certain nombre d'avantages, elle pose aussi des questions d'ordre éthique, certains estimant qu'elle va à l'encontre du devoir moral de traiter les dépouilles des défunts avec dignité.
Pour d'autres, cette pratique reste difficile à encadrer juridiquement et bien que cette alternative écologique soit louable en théorie, il faudrait entamer une profonde transformation du secteur funéraire pour pouvoir la proposer dans de bonnes conditions.
D'autres encore, la trouvent simplement inadaptée pour les familles en deuil et partent du postulat que le procédé pourrait venir perturber la phase de reconstruction.
Finalement, ses détracteurs lui reprochent également son coût. Dans les pays où l'humusation est légale, le coût des obsèques n'est pas nécessairement moins cher, en dépit des apparences. Si les ressources naturelles nécessaires au processus sont moins importantes, les humusateurs se doivent d'entretenir le tumulus contenant le corps du défunt durant toute la durée de la décomposition, ce qui engendre des frais.
L'inhumation et la crémation sont les deux seuls modes de sépultures légaux en Suisse et donc ceux que proposent les entreprises de pompes funèbres.
Concrètement, l'humusation n'est pas pour l'instant une pratique funéraire aujourd'hui autorisée en Suisse, à la différence d'autres pays du monde.
Aux États-Unis par exemple, le compostage humain a été autorisé dans l'État de New York en 2023 et le procédé était déjà légal dans cinq autres États (la Californie, le Colorado, l'Oregon, le Vermont, Washington).
En Europe, de nombreux organismes défendent l'humusation en France, mais aussi en Belgique, notamment portée par la voix de Francis Busigny et multiplient les démarches afin de la faire légaliser, sans succès pour l'instant.
En Suisse romande, une association, Humusation Suisse à Lausanne, milite également dans ce sens.
Ces dernières décennies, les cimetières se sont vidés au profit des jardins du souvenir qui sont chaque année de plus en plus nombreux à accueillir les cendres des morts. Les rites funéraires d'aujourd'hui n'ont parfois presque plus rien à voir avec ceux d'hier et les proches n'ont désormais plus besoin d'un lieu de sépulture concret pour vivre leur deuil sereinement.
D'ailleurs, de plus en plus de Suisses se soucient de l'impact carbone de leur décès et ont à cœur d'organiser des funérailles écologiques.
Si l'humusation venait à être légalisée, elle ne serait pas plébiscitée par tous, mais représenterait tout de même un choix à terme pour toute personne désireuse de donner un réel sens à sa mort.