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Maurice Magnenat est un témoin précieux de l’industrie de Vaulion dès son entrée dans la vie active, en 1943.
Né aux Vyneuves
C’est au petit hameau des Vyneuves, juste au pied de la Dent-de-Vaulion, dans une ferme «La Chausse» que Maurice Magnenat est né en 1927. Il aidera à la ferme jusqu’en 1943, puis entrera en décembre de cette même année, à la fabrique de limes Golay-Buchel et Cie S.A., qui poursuivra ses activités à Vaulion jusque dans les années 1960. Cette fabrique aurait été créée en 1872 par un industriel de Colmar, Isidore Hierholz, réfugié en Suisse après l’annexion de l’Alsace par l’Empire allemand, fabricant de limes de précision.
Son premier emploi
Il a 16 ans. Il parle de son premier salaire: il recevait 50 cts de l’heure et c’était à la quinzaine que les ouvriers et ouvrières étaient payés, il reçut le montant de Fr. 49.70. Il travaillait 52 heures par semaine, soit 9 h. 30 par jour et 4 h. 30 le samedi matin. Le travail était pénible et le contremaître suisse-allemand, très exigeant. Les compliments ne pleuvaient pas.
En 1947, la fabrique occupait quarante ouvriers(ères) et dix autres à domicile. Il aimait bien son travail. Il était responsable du fer qui arrivait au magasin et du départ des limes de l’usine.
Il se mariera en 1949 et aura deux enfants, Laurent et Marie-Claude. Puis il quittera cette entreprise en 1952.
Les boîtes à musiques
Début des années 50, une nouvelle industrie s’installait dans une maison, la «Jurasong», un peu après l’église, et qui faisait le montage des boîtes à musique maison mère de Sainte-Croix. En 1953, Maurice Magnenat quittera la fabrique de limes, avec huit autres collègues, pour travailler chez M. Frosshard à la «Jurasong». Le travail était moins pénible: plus de poussière et de limaille de fer à respirer, avec un salaire équivalant. Il se rappelle de cette période avec beaucoup de plaisir. Il s’occupait du remplissage de gommage des rouleaux (cire chaude) avant le polissage des claviers et aussi de l’envoi des boîtes à musique. La fabrique cessait définitivement son activité en 1970.
Puis vint la scierie en 1960
Depuis plusieurs mois, Monsieur Ernest Maire, demandait à Maurice de venir travailler chez lui. Il avait besoin d’une personne de confiance et responsable. Les circonstances lui faisaient accepter ce nouvel emploi. Toujours dans le village! Il apprendra vite et connaîtra tout le cheminement de l’arrivée des grumes sur camion jusqu’au départ du bois façonné.
Il travaillera avec trois directeurs successifs en 32 ans d’activité dans cette entreprise. C’était un travail qui demandait de la force et de la réflexion, une prise de décision rapide aussi. En 1992, lorsqu’il quitte la scierie Goy, il détenait 50 ans de vie active dans son village. Un exploit rarissime!
Il restera encore des années au service de la communauté
Il n’arrivait pas à quitter le monde du travail facilement. Simplement parce qu’il aimait son village et quand on lui proposait un poste pour la commune, lorsqu’il était à la retraite, il disait: «Si vous avez quelqu’un au village, qui a besoin de travailler et qui veut ce poste, je ne le prends pas.» Il semblait que peu de candidats voulaient être aide de l’employé communal, et faire, comme au printemps, les clôtures sur les pâturages, relever ou remplacer les piquets, nettoyer les fontaines, et encore seconder l’employé lorsqu’il était absent ou malade. Maurice était et est toujours présent pour son village.
Et 50 ans de musique
Et puis la fanfare! Il fera partie de la Société de musique de Vaulion pendant 50 ans, il était premier alto et continua avec les Vétérans vaudois encore 14 années. Il en parla avec un bonheur singulier.
Il ouvre des classeurs et des albums de photos de toute une vie, de sa vie au village avec plaisir et fierté. Mais rassurez-vous, il est parti en voyage, et plutôt loin, dont un mémorable: en 2001, il a fait la traversée de l’Amérique du nord; visité Yellowstone, rencontré les Indiens, passé par Las Vegas, Los Angeles, San Francisco, Phoenix, Sun City…
Maintenant il voyage en Suisse. Il marche beaucoup, aime la montagne. Et reste curieux d’esprit et du monde actuel. Avant que je les quitte, lui et son village, il sort de son porte-monnaie, un papier bien usé sur lequel on peut lire les paroles d’une chanson sur son patrimoine: «…Vaulion riant, paisible et gracieux, sous ton ciel j’ai vécu heureux!»
Voilà, Maurice, tout est dit!
Photo Marlène Rézenne