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« Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est arrivé ! Regarde, vois notre opprobre !... Nous buvons notre eau à prix d'argent…» (La Bible, Lamentations V, 1 ; 4)
L'eau est indispensable à la vie*. A ce jour, 1,4 milliards de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et près de 4 milliards ne bénéficient pas de conditions sanitaires convenables. Seulement 3% de l'eau de la planète est douce, dont 99% se trouve enfouie dans les glaciers ou dans les couches profondes de la terre. Nous n'avons donc accès qu'à 1% des ressources aquatiques douces de surface. De plus, l’eau est répartie de manière inéquitable sur le globe : abondante dans certaines régions, elle est extrêmement rare dans des zones arides. La rareté croissante de l'eau aurait dû amener à améliorer sa gestion par la collectivité pour préserver ce patrimoine pour le bénéfice des générations futures. Or, nous assistons actuellement à deux tendances dangereuses :
1 - Utilisation abusive et gaspillage de l'eau dans les sociétés industrialisées
À titre d'exemple, les habitants de l'Amérique du Nord consomment 350 litres d'eau par jour. L'industrie utilise 280'000 litres d'eau pour produire une tonne d'acier et 700 litres pour produire un kilo de papier, sans parler des déchets et des matières radioactives produits par les activités industrielles qui contaminent les eaux. Il faut ajouter à cela l'agriculture industrielle et intensive qui consomme 80% (irrigation comprise) des ressources disponibles.
2 - Privatisation de l'eau et ses conséquences
La tendance actuelle, sous l'impulsion des politiques néolibérales, est de considérer l'eau comme un bien économique privatisable pour en faire une source de profit. La priorité n’est plus dès lors de répondre à un besoin, mais d’être rentable. Une des conditions mises par la Banque mondiale (BM) pour l'allègement de la dette des « pays pauvres fortement endettés » est précisément la privatisation de la distribution de l'eau dans les villes. Ce qui fut le cas du Mozambique en 1998. Aujourd’hui, la quasi totalité des pays du Sud ont appliqué les formules néolibérales du FMI et de la BM et ont privatisé, ou sont en voie de privatiser, la gestion de l'eau. Ce faisant, on supprime le droit à l'eau pour en faire une marchandise. Au niveau local, national, européen et international, la Lyonnaise des eaux, Vivendi Environnement et SAUR INTERNATIONAL (Bouygues) se partagent géographiquement les marchés de l'eau. Ainsi, soumis aux lois du marché, le prix de l'eau est devenu de plus en plus élevé pour les populations livrées aux intérêts égoïstes des sociétés transnationales (STN). Pour ne prendre qu'un seul exemple, au Ghana, les redevances pour l'eau ont augmenté d'au moins 95% et pourraient monter de près de 300% puisque le FMI et la BM exigent qu’on les amène au prix du marché. L'expérience des privatisations de l'eau dans divers pays prouve qu'elles posent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent. En effet, dans une étude de cas préliminaire, le Rapporteur spécial sur le droit à un logement convenable a démontré que la privatisation de l'eau n'a pas engendré d'amélioration de la qualité des services pour les populations les plus marginalisées. Le Rapporteur s'est inquiété du fait que, malgré ce constat, la Banque mondiale et les banques de développement régionales soutiennent constamment, dans les régions les plus pauvres, la privatisation des services d'approvisionnement en eau.
En bref, nous assistons une nouvelle fois aux méfaits du droit à la propriété et de la privatisation pour quelques-uns au détriment de tous les autres. Droit qui est propre à notre cher système capitaliste !… Ce qui se passe en Afrique n’est peut-être que les prémices de ce qui pourrait arriver bientôt chez nous si nous ne faisons rien. Allons-nous donc attendre gentiment la privatisation de l’eau en Occident pour réagir ?!...
* La majorité de ce texte est tiré d'un autre article plus complet sur les problèmes liés à l'eau.