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L'année politique fédérale 2010 sera placée sous le signe des femmes: le Parlement a élu trois d'entre elles aux plus hautes fonctions de l'Etat. Situation symbolique pour un pays qui ne leur a accordé que très tard le droit de vote. Interview avec le politologue Werner Seitz.Ce contenu a été publié le 03 décembre 2009 - 17:18
C'est peu dire que la Suisse n'a guère brillé dans le domaine de la promotion du rôle politique des femmes. En effet, au niveau fédéral, le droit de vote – et d'éligibilité – ne leur a été accordé qu'en 1971. Et au niveau cantonal, il a fallu attendre 1990 pour voir le dernier canton (Appenzell Rhodes-Intérieures) franchir le pas.
La présence féminine a également longtemps été restreinte au sein du gouvernement. Il a fallu attendre 1984 pour qu'une femme y accède. Et pendant des années, on ne comptait qu'une seule femme dans ce collège gouvernemental composé de sept membres. La situation a désormais là aussi évolué, puisque le gouvernement est actuellement composé de quatre hommes et de trois femmes.
Mais dans le cadre de la participation des femmes à la vie politique, l'année 2010 restera dans les annales. En effet, pour la première fois, trois d'entre elles accèdent simultanément aux plus hautes fonctions de l'Etat.
Durant sa session d'hiver, le Parlement a élu la démocrate-chrétienne (PDC / centre droit) Doris Leuthard présidente de la Confédération. La socialiste Pascale Bruderer Wyss devient quant à elle président de la Chambre basse et la libérale-radicale (PLR / droite) Erika Forster-Vannini présidente de la Chambre haute.
Peut-on dès lors en tirer la conclusion que les femmes ont définitivement trouvé toute leur place dans le paysage politique suisse? swissinfo.ch s'est adressé au politologue Werner Seitz, chef de la section «politique, culture, médias» de l'Office fédéral de la statistique.
swissinfo.ch: Trois femmes simultanément aux trois postes clefs de l'Etat. Est-ce un hasard ou le signe d'une tendance de fond?
Werner Seitz: Naturellement, le fait que trois femmes se retrouvent en même temps à la tête des trois plus hautes fonctions de l'Etat relève d'un certain hasard.
Mais de tels hasards ne sont possibles que s'il existe une certaine base. Cela signifie qu'il faut que des femmes soient présentes dans ces organes, ce qui est le cas. Il faut aussi que les partis soient prêts à nominer des femmes à ces postes. Et dans ce sens, ce n'est pas un hasard.
swissinfo.ch: Pour vous qui observez la situation depuis assez longtemps, que peut-on dire de la situation des femmes dans la politique suisse?
W. S.: En Suisse, les femmes sont présentes dans la politique depuis relativement tard. Le droit de vote ne leur a été accordé au niveau fédéral qu'en 1971. Mais elle ont massivement rattrapé ce retard au cours des 40 dernières années.
Désormais, la Suisse est l'un des pays au monde où il y a le plus de femmes présentes dans les institutions politiques. En fait, ce sont surtout les pays scandinaves qui font mieux, car ils ont été pionniers en la matière.
Mais avec 29,5% de femmes élues au Parlement fédéral, la Suisse se place devant des pays comme la France, le Royaume-Uni, l'Italie ou l'Autriche. La Suisse est donc relativement bien placée en comparaison internationale.
swissinfo.ch: Mais il n'y a actuellement aucune femme à la présidence d'un grand parti...
W. S.: (petit silence). Oui, vous avez raison. Mais là aussi, il peut s'agir d'un hasard. Jusqu'à il y a peu, Ruth Genner était à la tête des Verts. Et au cours des derniers dix ans, chaque parti a eu au moins une fois une femme à sa tête, à l'exception de l'Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice).
swissinfo.ch: L'idéal serait d'avoir une représentation féminine de 50%. Avec 30%, on est encore loin du compte. Pourquoi n'arrive-t-on pas à cette parité?
W. S.: Le chemin pour arriver à la parité est très long. Bien sûr, la Suisse a du retard par rapport aux pays nordiques qui ont accordé le droit de vote aux femmes au début du 20e siècle déjà et qui ont introduit des systèmes de quotas.
Mais je le répète, la situation en Suisse n'est pas si mauvaise. La représentation des femmes a doublé en vingt ans. Et l'augmentation se poursuit régulièrement.
swissinfo.ch: Mais est-ce que ce seuil fatidique des 50% peut être atteint sans avoir recours aux quotas?
W. S.: Suite au refus très net par le peuple d'une initiative qui demandait l'instauration de quotas, cette mesure ne constitue plus une option politique. Mais je suis certain qu'il est possible d'atteindre la parité sans quotas.
Mais la parité est aussi une question culturelle. Il faut donc changer l'ensemble de la culture, ce qui est également assez lent. Remarquons toutefois que la parité est déjà allée relativement loin dans le domaine de la politique en comparaison avec l'économie.
Mais c'est justement parce qu'il s'agit d'un processus culturel qu'on ne peut pas l'imposer. C'est avant tout en sensibilisant l'opinion publique et en mettant le doigt sur le problème que l'on peut faire évoluer les choses.
swissinfo.ch: En matière de représentation des femmes en politique, peut-on constater des différences entre les différents niveaux politiques (Confédération, cantons et communes)?
W. S.: Il existe certaines différences. Actuellement, la part de femmes est d'environ 30% dans à la Chambre basse du Parlement fédéral et dans les parlements communaux et de 26% dans les parlements cantonaux. Dans les exécutifs, cette part est un peu plus basse, mais se situe à plus de 20%.
swissinfo.ch: Et y a-t-il des différences au niveau des partis? Pendant longtemps, ce furent surtout les partis de gauche qui faisaient de la représentation féminine en politique une priorité.
W. S.: Pendant longtemps effectivement, c'était un peu la «marque de fabrique» du camp rose-vert, qui présentait beaucoup de femmes sur ses listes.
Mais au cours des dix à quinze dernières années, le PLR a bien rattrapé son retard, avant tout dans les élections au système majoritaire, c'est-à-dire à la Chambre haute et dans les gouvernement cantonaux.
Le PDC a fait de même, mais uniquement à la Chambre basse. Les femmes démocrates-chrétiennes y ont en effet connu un succès respectable lors des élections d'il y a six ans (32%) et ont même réussi à améliorer encore ce résultat lors des dernières élections (39%).
Ainsi donc, même si on constate encore une tendance du camp rose-vert à présenter davantage de femmes, on ne peut plus véritablement parler d'une polarisation gauche-droite sur cette question.
Olivier Pauchard, swissinfo.ch
LES «PREMIÈRES»
Février 1971: le peuple accepte en votations d'accorder le droit de vote au femmes au niveau fédéral.
Octobre 1971: onze femmes sont élues au Parlement: dix à la Chambre basse et une à la Chambre haute.
1977: La démocrate-chrétienne Elisabeth Blunschy est élue à la présidence de la Chambre basse, la fonction politique la plus élevée du pays.
1984: La libérale-radicale Elisabeth Kopp est élue au gouvernement.
1987: Eva Segmüller est la première femme présidente d'un parti gouvernemental (PDC)
1987: Ursula Mauch prend la présidence d'un groupe parlementaire (Parti socialiste).
1998: La Confédération a pour la première fois une présidente en la personne de la socialiste Ruth Dreifuss.
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