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Combien de fois cherchons-nous une incontinence urinaire chez nos patientes et surtout patients ? Comment interprétons-nous leurs plaintes et que proposons-nous comme traitement ?
Ces questions semblent pertinentes, car nous savons tous que l’incontinence urinaire est un symptôme fréquent ayant un impact important sur la qualité de vie des hommes et des femmes, mais nous n’en parlons pas assez souvent avec nos patients surtout hommes.
La prévalence de l’incontinence urinaire est plus élevée chez les femmes et souvent considérée comme une pathologie féminine. Même les scientifiques négligent l’incontinence masculine, très peu de publications scientifiques en parlent.
Dans cet article, nous vous proposons de revoir brièvement la définition de l’incontinence urinaire, sa prévalence, son impact sur la vie des patients et son traitement en parlant des hommes et des femmes, de leurs similitudes et de leurs différences par rapport à l’incontinence urinaire.
L’incontinence urinaire est définie comme toute plainte de perte d’urine involontaire. L’urgence mictionnelle n’est souvent pas accompagnée d’incontinence urinaire.
L’incontinence urinaire de stress est caractérisée par une fuite involontaire d’urine survenant lors de l’augmentation de la pression abdominale, par exemple à la toux ou lors d’un éternuement. Cette fuite est peu abondante, survient de manière brutale, sans sensation de besoin préalable. Ce type d’incontinence est généralement lié à une laxité ligamentaire des ligaments pubo-urétraux et/ou à un déficit intrinsèque du sphincter urétral.
L’incontinence urinaire d’urgence est définie comme une fuite involontaire d’urine plus ou moins importante, accompagnée ou précédée par un besoin urgent et irrépressible d’uriner. Elle est liée à une hyperactivité du détrusor.
L’incontinence mixte combine les deux types d’incontinence définis précédemment.
L’incontinence urinaire par regorgement se caractérise par des pertes urinaires goutte à goutte, de façon plus ou moins continue, liées à une rétention urinaire secondaire à des problèmes de prostate, de chirurgie, de radiothérapie ou à une atteinte neurologique.
Finalement, l’incontinence fonctionnelle survient chez des personnes avec un déficit psychomoteur.
La prévalence de l’incontinence urinaire varie considérablement selon les études. Elle est d’environ 10-20% chez les femmes de moins de 65 ans, augmente avec l’âge pour être présente chez plus de 50% des femmes institutionnalisées.1
Elle est par contre très rare chez les hommes de moins de 60 ans et atteint jusqu’à 43% des hommes de plus de 80 ans. Ces chiffres sont même plus élevés chez les patients institutionnalisés.1
Les hommes présentent majoritairement une incontinence de type urgence alors que les femmes ont une incontinence de stress ou mixte. Ceci s’explique par l’anatomie du plancher pelvien et du système urogénital différents chez l’homme et la femme, mais aussi par leur histoire de vie. Chez la femme, l’incontinence est souvent due aux grossesses et au prolapsus vaginal et chez l’homme à l’hypertrophie de la prostate. L’incontinence urinaire est plus fréquente chez l’homme et la femme obèse et augmente avec l’âge (tableau 1).1,2
L’incontinence urinaire a un impact considérable sur la qualité de vie tant physique que mentale des patients, surtout si celle-ci est de type urgence. Les femmes souffrant d’une incontinence urinaire jugent leur santé médiocre et ce d’autant plus si elles sont jeunes et présentent des pertes urinaires importantes.3
Alors qu’en général les hommes consultent moins souvent les soignants que les femmes, ceux-ci demandent plus rapidement et plus souvent de l’aide lors d’incontinence urinaire.4 Mais seulement la moitié des personnes incontinentes demandent de l’aide.5 Ceux qui ne consultent pas, pensent que l’incontinence est due à l’âge, qu’il n’y a de toute façon pas de traitement et que celle-ci est une conséquence inévitable d’atteintes de la prostate pour les hommes et de grossesses et/ou d’un prolapsus vaginal pour les femmes. Une autre raison est la difficulté, la gêne, d’aborder ce sujet intime avec leur médecin que ce soit pour les hommes ou les femmes.5
Les hommes qui consultent ont une incontinence urinaire moins sévère que les femmes et souffrent surtout du stress émotionnel dans leur vie quotidienne causé par celle-ci. Les femmes consultent plus tardivement, lorsque l’incontinence urinaire est plus sévère et dure depuis plus longtemps, et ont souvent des symptômes accompagnateurs de celle-ci.
Les soignants proposent en général plus de traitement aux femmes qu’aux hommes, surtout si elles sont jeunes, ont un revenu plus élevé et une meilleure éducation. Cette différence s’estompe avec le grand âge (tableau 1).5
Lorsqu’on fait une recherche de littérature ciblée sur l’incontinence urinaire et son traitement, il est frappant de constater qu’environ 90% des articles publiés ne concernent que les femmes.
Etant donné ce constat et le fait que cet article a comme but premier de donner une image différenciée des hommes et des femmes face à l’incontinence urinaire et non pas de proposer un rappel urologique et gynécologique de l’incontinence urinaire, nous n’aborderons ni les traitements médicamenteux, ni les traitements chirurgicaux.
Lorsqu’on diagnostique une incontinence urinaire chez un homme ou une femme, il faut tout d’abord prendre en compte le patient dans son ensemble avec son mode de vie (indépendant, institutionnalisé), ses comorbidités et son passé médico-chirurgical. Souvent, ces patients sont trop âgés ou ont des contre-indications aux traitements antimuscariniques ou chirurgicaux.
Les interventions comportementales, comme la physiothérapie du plancher pelvien ou l’entraînement de la vessie semblent avoir le plus de succès pour la diminution de l’incontinence urinaire chez les patients fragiles, mais non institutionnalisés. Chez les personnes institutionnalisées, un horaire de vidange de vessie semble être utile, alors qu’il n’a pas démontré son utilité chez les personnes non institutionnalisées mais fragilisées.2
Un sujet que le médecin se doit d’aborder est l’utilisation de protections hygiéniques. On sait que l’utilisation de celles-ci augmente la qualité de vie des patients souffrant d’une incontinence urinaire, mais seulement 15% des hommes contre 87% de femmes en utilisent. De plus, la plupart des hommes utilisent des protections conçues pour les femmes, alors qu’il en existe spécifiquement pour les hommes. Les hommes semblent même bricoler eux-mêmes des protections. Deux tiers des femmes sont satisfaites de leurs couches, alors que même pas la moitié des hommes le sont. Une des explications à ces constatations est que les hommes se gênent d’acheter des protections, que l’on trouve souvent dans les rayons des protections hygiéniques féminines, ou d’en demander à leur médecin ou à leur pharmacien, alors que les femmes ont l’habitude d’en utiliser (tableau 1).6
L’incontinence urinaire est plus fréquente chez les femmes, mais existe aussi chez l’homme. Les hommes sont plus atteints dans leur qualité de vie que les femmes, consultent plus rapidement pour celle-ci, mais sont moins bien pris en charge que les femmes par les soignants. De plus, les hommes portent moins souvent des protections que les femmes parce qu’ils n’en connaissent pas l’existence, n’en ont jamais utilisées, contrairement aux femmes, ou sont gênés d’en parler et d’en acheter. Les hommes en viennent même à fabriquer des protections eux-mêmes (tableau 1).
Il est donc important de ne pas oublier de poser la question de l’incontinence à tous vos patients hommes et femmes et de les prendre en charge de manière équitable et jusqu’au détail primordial de la protection hygiénique.
> Les femmes souffrent majoritairement d’incontinence urinaire de stress ou mixte, les hommes d’incontinence d’urgence
> La prévalence de l’incontinence urinaire est plus élevée chez les femmes, mais les hommes consultent plus fréquemment et rapidement
> Les hommes utilisent moins de protections et les confectionnent souvent eux-mêmes
> Les médecins doivent rechercher une incontinence urinaire chez les patientes et proposer des protections adaptées aux hommes