Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07185.jsonl.gz/532

Zurich ressemble de plus en plus à l'équipe de Leicester qui a remporté la Premier League par surprise en 2016. Le FCZ déjoue lui aussi tous les pronostics en tête de son championnat, et le fait lui aussi avec des joueurs au destin cabossé, ravis soudain de pouvoir prendre leur revanche (puissant moteur) sur tous ceux qui, par le passé, ne leur ont pas donné leur chance.
On a choisi de vous raconter les incroyables trajectoires des 14 joueurs zurichois qui ont bénéficié d'au moins 25% de temps de jeu lors de la première moitié du championnat, ainsi que de leur entraîneur André Breitenreiter, revenu de deux années sabbatiques après avoir été frappé par le deuil et la maladie de son père.
Le portier a vécu des moments très pénibles avec le FCZ, et ça n'a pas toujours été de sa faute. S'il a longtemps eu la réputation de faire une bourde par match, Yanick Brecher a aussi souffert de la décision prise par Ancillo Canepa en avril 2015, lorsque le président l'a rappelé de Wil pour remplacer David Da Costa, adoré par les fans, mais beaucoup moins par la direction du club. Pour justifier sa décision, c'est-à-dire pour dissimuler son animosité envers l'habituel titulaire du poste, Canepa avait invoqué des raisons sportives, estimant que Brecher était «le plus grand talent suisse dans les buts après les départs de Bürki et de Sommer».
«Une phrase que Brecher portera sur ses épaules comme un gilet de plomb», écrira plus tard le Tages-Anzeiger.
Quelques mois plus tard, Sami Hyypiä faisait n'importe quoi sur le banc zurichois, sortant Brecher de l'équipe, avant de le réintégrer puis de l'exclure encore. Le gardien n'était pourtant responsable de rien, mais le coach ne savait plus quoi faire pour réveiller son groupe. Au final, les deux portiers n'ont plus arrêté un ballon, Zurich a été relégué et le coach renvoyé. «Ça m'a cassé la tête», avouera bien plus tard Brecher, qui a encore surmonté une déchirure du ligament croisé (mai 2016) avant de s'imposer enfin durablement dans les buts.
C'est la star de l'équipe, le joyau de la défense, le prochain Zurichois qui partira pour un grand club, peut-être même un très grand. Becir Omeragic n'a que 19 ans, mais il est titulaire pour la 3e saison consécutive en Super League et incarne désormais le futur de l'équipe nationale (4 sélections).
On dirait que tout était écrit, mais l'idée que rien ne se passe comme prévu a traversé l'esprit du Genevois d'origine lorsque, peu après son arrivée en Suisse allemande à l'âge de 16 ans, cet ancien espoir du Servette s'est effondré en larmes sur le banc de touche, victime d'une fracture du péroné. «Il y avait la douleur, mais aussi la peur que ce soit peut-être la fin de mon rêve.» Trois ans plus tard, ses rêves sont intacts. Certains se sont même concrétisés.
«Depuis des années, il est considéré comme un talent, ce qui soulève la question suivante: combien de temps peut-on être un talent?» Cette interrogation a été formulée par Christian Zürcher en début de saison, lorsque le journaliste alémanique a remarqué les progrès de ce joueur de 24 ans qui venait de passer plusieurs mois en prêt à Kriens, et dont beaucoup affirmaient en secret qu'il n'avait pas le niveau pour la Super League.
Touché puis perturbé par le Covid en 2020, Mirlind Kryeziu, enfant du FCZ et fidèle de la Südkurve, dont il connaît les incantations par coeur, a été comme transformé par son passage en Challenge League, puis par sa discussion avec son nouveau coach André Breitenreiter cet été. Celui-ci lui a dit: «Fais simplement ton truc, je sais ce dont tu es capable.» La marque de confiance que le défenseur kosovar désespérait d'attendre.
Sa trajectoire est une succession d'espoirs déçus. Fidan Aliti apprend le football au FC Bâle, mais n'est jamais appelé en équipe première. Il décide alors de faire marche arrière et de rejoindre les Old Boys.
Il découvre plus tard la Super League avec Lucerne, sans toutefois s'y imposer. Il refait un pas en arrière et bourlingue: Moldavie, Croatie, Albanie, Suède. L'offre de Zurich arrive en octobre 2020, mais doit-il s'en réjouir? Le FCZ est alors en souffrance. Un jour après son arrivée, son équipe s'incline 4-0 à Lausanne et perd son entraîneur (Ludo Magnin). Cela aurait pu être le début d'une nouvelle mésaventure; c'est au contraire le coup d'envoi de l'une de ses plus belles expériences de footballeur.
Peu en réussite avec le FC Lugano la saison dernière (deux passes décisives sur l'ensemble de la saison), le défenseur espagnol est en train de se révéler au Letzigrund avec déjà trois buts et six offrandes. Son entraîneur estime qu'il est l'un des meilleurs latéraux de Super League. Une belle revanche pour ce joueur formé à La Masia, la prestigieuse école du Barça, et qui n'a jamais su faire le saut dans la 2e équipe catalane, ni s'imposer au FC Valence, qu'il avait rejoint par la suite.
Il est aussi offensif que Guerrero, mais c'est dans le couloir droit que l'ancien joueur du LS impose son autorité. Passé par la Serbie et la Lettonie, il a suivi une trajectoire qu'il juge lui-même «compliquée». Aucun club ambitieux de très haut niveau ne l'a jamais voulu dans son équipe. Son passage au FCZ marque un tournant dans sa carrière.
Le Tages-Anzeiger a commencé son dernier article sur Ousmane Doumbia par une question: Pourquoi personne ne l'a fait venir plus tôt en Super League? «L'Ivoirien est en Suisse depuis huit ans déjà, il a joué à Yverdon et au Servette, et a brillé avec Winterthur.» C'est finalement à un âge «où l'on devient de moins en moins intéressant pour les clubs» que l'offre du FCZ est arrivée. C'était en octobre 2020. Depuis, l'Ivoirien manque rarement une occasion de briller (94% de minutes disputées cette saison).
Ce nouveau chapitre est le dernier d'un grand livre aux pages parfois écornées. Doumbia s'est retrouvé sans permis de travail après la relégation de Servette, il a été snobé par Winterthour après une opération de la hanche, se voyant contraint de prouver avec Yverdon (Promotion League) que son corps était encore fait pour le football. Pendant toutes ces années, aucun coup de fil de l'élite, pas une seule offre. Il a dû faire ses preuves 180 fois en Challenge ou en Promotion League avant de pouvoir évoluer enfin au plus haut niveau.
Pur produit de la formation zurichoise, il a été prêté au FC Wil la saison dernière afin de parfaire son apprentissage. Alex Frei a été sous son charme, lui prédisant un avenir brillant. Zurich n'a pas manqué de rappeler son joyau, sans toutefois imaginer que «Bledi» ne s'impose aussi vite en Super League.
Considéré comme l'un des plus grands espoirs du foot allemand, il a été transféré au Borussia Dortmund à l'âge de 17 ans. Il y a disputé 67 matchs, devenant champion d'Allemagne en 2012 et finaliste de la Ligue des champions en 2013. «C'est un talent exceptionnel, comme il n'y en a pas beaucoup», dit un jour Jürgen Klopp.
Le milieu peine pourtant à confirmer tout le talent qu'on lui prête. Il joue peu à la Lazio, s'enferre à Augsburg puis Norwich. Il vit une dernière saison pénible en Angleterre. Norwich veut s'en débarrasser «sans raison», juge le joueur. Il rebondit au FCZ où, échaudé par ses expériences douloureuses dans le football, par les promesses non tenues de ses anciens dirigeants, il ne s'engage que pour un an.
«Cheveux gris, technique merveilleuse»: c'est ainsi que zuonline.ch dresse le portrait du vétéran de 35 ans. L'ex-international suisse (69 sélections) joue sans douleur pour la première fois depuis son retour au club et ça se voit. Il a pourtant failli tout arrêter l'été dernier, souvent blessé, souvent agacé, décrit par le Tages-Anzeiger comme un «grincheux notoire» après avoir écopé de cinq cartons jaunes pour réclamation en douze matchs.
Le revoici en grande forme et en leader charismatique. Bien sûr, il court moins que Leitner, remporte moins de duels que Doumbia et ses articulations sur terrain synthétique souffrent plus que celles de Krasniqi. «Mais il est encore capable de faire un changement de côté précis et dans la course sur 70 mètres, constate zuonline.ch. Il peut aussi faire une faute intelligente en cas de difficulté, et chercher ensuite à se battre avec deux adversaires pour réchauffer l'atmosphère.»
En d'autres termes, Blerim Dzemaili est un joueur précieux. Presque indispensable.
Le «magicien de l'entre-jeu» a disputé 189 matchs entre le Tessin, Bienne et Winterthur. Il en a parfois eu marre de ne pas trouver d'adresse en Super League. Il a même songé à arrêter sa carrière pour reprendre ses études en économie avant qu'un club (le FC Zurich) ne lui offre enfin sa chance au plus haut niveau. Il avait alors 27 ans. Trois ans plus tard, reconnaissant, le Tessinois est devenu le patron de l'équipe; il peut faire basculer une rencontre à tout instant, dans le jeu ou sur coup franc, une de ses spécialités.
La saison dernière, le Tages-Anzeiger décrivait le numéro 10 comme un joueur à deux visages. «Quand il n'a pas le ballon, sa démarche est grossière, il semble piétiner sur le terrain. Mais quand il reçoit le cuir, une transformation s'opère. Tout à coup, il est léger, élégant, et on peut imaginer à quel point il serait bon dans une équipe où l'harmonie règne.» Cette équipe est celle du FC Zurich cette saison.
L'attaquant et gymnasien de 18 ans a donné la victoire à son équipe lors du match au sommet contre YB fin novembre. Sa petite taille (170 cm) ne l'a pas empêché de marquer un superbe but de la tête.
L'histoire est magnifique pour ce gamin qui ne dispute que sa 2e saison chez les pros. Il rêvait de Serie A après avoir effectué toutes ses classes dans les équipes de jeunes de l'Inter Milan. Il faisait alors 100 km (200 allers-retours) en bus, chaque jour après l'école, pour rejoindre le centre d'entraînement lombard. Mais son club formateur l'a laissé partir pour la Suisse, où l'Italien continue de grandir dans le rôle de joker, certain que sa chance viendra.
Après avoir végété durant deux saisons dans les ligues inférieures allemandes, il a obtenu une opportunité au FCZ, où ses statistiques sur 74 parties (18 buts et 11 passes décisives) ne disent pas tout de son impact sur le jeu. Blaz Kramer pèse sur les défenses par son impact physique. Blessé durant deux mois lors de la première moitié de saison, il sera très attendu au printemps.
Fin octobre, la NZZ se frottait les yeux devant les prouesses du buteur gambien: «La plus grande surprise (de l'effectif) est l'attaquant Assan Ceesay, qui marque soudain comme si c'était la chose la plus facile au monde». Jusqu'à l'été 2021, il n'avait inscrit que six réussites en 66 matchs de Super League avec le FCZ. Il était un buteur peu fiable au parcours accidenté, moqué en Afrique pour ses longues et fines jambes (d'où son surnom: «spaghetti») puis en Suisse pour sa maladresse. «Il était l'attaquant qui faisait trébucher les ballons», se souvient un journaliste alémanique, un brin taquin.
Zurich n'en voulait plus fin 2019, et l'a expédié six mois au VfL Osnabrück (2e Bundesliga) en attendant de pouvoir le vendre, mais sans succès. Quand le nouvel entraîneur André Breitenreiter est arrivé sur les bords de la Limmat, il a voulu se faire une idée du potentiel de chacun de ses joueurs, et en a décelé un énorme chez son buteur sous-estimé, impliqué sur 40% des réussites de son équipe (dix buts et six passes décisives en seize matchs) cette saison.
Le technicien allemand a rejoint la Suisse l'été dernier, au terme d'un congé sabbatique qui aurait dû durer six mois mais, s'est étendu sur deux ans après le décès brutal de sa mère. «J'ai décidé d'assumer mes responsabilités de fils et d'apporter à mon père tout le soutien dont il avait besoin. Tout cela a pris du temps», retrace-t-il dans Blick, évoquant notamment la démence de son père.
Un entraîneur à la personnalité forte et au discours clair. Un bourreau de travail dont chaque principe de jeu est défendu comme une conviction profonde. Un compétiteur forgé dans le feu de la Bundesliga. Une personnalité follement aimée de ses joueurs. Le meilleur coach du FC Zurich depuis longtemps, avec une moyenne de points (2,15) supérieure à celle de ses expériences à Hanovre (1,17) et Schalke (1,59).
Le FC Winterthour a terminé en tête d'une Challenge League complètement dingue samedi. Il a profité de sa victoire (5-0) à Kriens et de la défaite d'Aarau contre Vaduz (1-2) pour fêter son ascension dans l'élite au bout du suspense.