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Au cours des âges l’hôtel passa entre les mains de multiples propriétaires et fut transformé à maintes reprises, suite notamment à un incendie au milieu du XIXe siècle. Il est aujourd’hui propriété de la famille Lehmann.
L’un des plus célèbres tenanciers fut Edgar Rochat, restaurateur, mais aussi initiateur de l’industrie de la glace au Pont, marchand de combustibles et de vacherins, voiturier, exploitant de tourbe à Sagne-Vagnard. Edgar Rochat s’activait en une époque où tout désormais semblait possible. L’œil au vent, flairant toute combine susceptible d’aller dans le sens du développement touristique ou d’une vente accrue des produits typiques de la région, il demeure l’une des figures les plus emblématiques de son époque.
La Truite accueillait la Justice de Paix et possédait une prison. Bien rares furent ses pensionnaires. Les Garçons du Pont y tenaient leurs assises. D’autres sociétés du village fréquentaient de
même cet établissement à la situation unique. Tout près de la Truite, au fond de la place, était le kiosque, longtemps tenu par Rachel Rochat, fille d’Edgar.
Le dit hôtel participait toujours aux grands événements dont le déroulement nécessitait l’installation d’une volumineuse cantine sur la place de la gare sise à proximité : inauguration du chemin de fer Vallorbe – le Pont puis Le Pont – Le Brassus ; grandes fêtes des glacières pour célébrer la fin de la récolte ; accueil des réfugiés ; abbaye de la “Jeune Suisse” ; kermesses diverses où l’on voyait débarquer les carrousels.
Le même endroit constituait souvent le point de départ de promenades d’agrément pour touristes désoeuvrés, en break l’été, en traîneau l’hiver. Des courses de ski ou de patin s’organisaient sur
le lac à proximité. Ces événements sportifs ou de loisirs furent fixés dès 1915 par le photographe local Joseph Locatelli.
C’est sur la place de la gare que Weber-Clément, les 2 et 3 septembre 1905, installa sa tente, et qu’après avoir été au Casino du Brassus et sous cantine au Sentier, il donna les premières séances cinématographiques du village.
Tout en fait arrivait ou partait de la Place de la Truite ou des environs immédiats. Les diligences postales, le bateau Le Caprice à deux pas, le train pas loin d’ici. L’inauguration grandiose du chemin de fer Le Pont-Vallorbe à la fin d’octobre 1886 se fit à proximité. On avait pour cela érigé une immense cantine, un cortège impressionnant, fanfare en tête, franchit le pont pour s’en aller en direction des Charbonnières, les lieux étaient noirs de monde, bref, ce fut là l’une des journées les plus émouvantes de l’histoire de la Vallée de Joux.
Ce n’est qu’au XIX siècle que la Truite acquit un nom et une enseigne. On disait autrefois l’Auberge des deux Poissons. Il s’agissait d’une truite et d’un brochet, l’un et l’autre superposés. Ces deux seigneurs du lac allaient figurer plus tard sur les armoiries du village. Pour le nom du restaurant, par souci de simplification sans doute, l’on ne garda que La Truite.
La poste, sur cette même place, commença ses activités officielles au début du XIXe siècle. Jusqu’en 1872 elle se situa dans la maison faisant le fond de la place, puis dès lors elle déménagea dans le bâtiment actuel, passant de l’extrémité nord-est où elle demeura longtemps, au côté lac où on la découvre aujourd’hui. Les diligences venues de plaine puis repartant des deux côtés de la Vallée arrivaient naturellement sur cette place. Dès 1899, suite à la construction de la ligne de chemin de fer Pont-Brassus sur le côté occidental du lac, les véhicules postaux ne joignirent plus le Sentier que par la rive orientale, soit par l’Abbaye et les Bioux. Elles furent remplacées en 1920 par un service d’autocars mis en fonction par la Société anonyme des Auto-Transports de la Vallée de Joux (A.V.J.).
La place de la Truite était aussi souvent le lieu de départ de promenades d'agrément pour touristes désoeuvrés, en breaks l'été, en traîneaux l'hiver. Des courses de ski ou de patins
s’organisaient aussi sur le lac à proximité du célèbre restaurant. Ces événements sportifs furent fixés à maintes reprises par le photographe local, Joseph Locatelli.
Le télégraphe fut introduit en 1860. Le téléphone fut installé en 1896. Le bureau de poste constituait la centrale.
Des glacières artificielles, soit d’immenses hangars à doubles parois et isolation de sciure, sont construites sur les bords du lac Brenet en 1879. Dès lors, et jusqu’en 1942, la glace naturelle de ce plan d’eau sera emmagasinée en quantités énormes chaque hiver pour être redistribuée pendant l’été sur les grandes capitales suisses ou françaises. On convoie tout d’abord la glace avec chars et chevaux à Vallorbe puis à Croy où la glace est transbordée dans des wagons, puis les expéditions se font par chemin de fer dès la construction de la ligne Le Pont-Vallorbe en 1886. La fin des premières récoltes donna lieu à de grandes réjouissances.
"Le pittoresque village du Pont, si tranquille d’ordinaire, présentait dans l’après-midi de samedi dernier une animation inaccoutumée. Il s’agissait en effet d’un spectacle tout nouveau. MM. les Directeurs de la Glacière, satisfaits de leur moisson de glace aussi bien que de leurs vaillants moissonneurs, offraient à ceux-ci une fête, en leur disant adieu jusqu’à la saison prochaine.
A 5 heures du soir, les travaux étant achevés et la glacière comble, tout le personnel, voire même les chevaux, s’organisa en cortège pour faire le tour du village. Cette sorte de procession présentait un coup-d’œil extrêmement pittoresque et original ; il est regrettable que le mauvais état des routes n’ait pas permis à un plus grand nombre de personnes d’en jouir ; néanmoins tout ce qui a des jambes au Pont et dans son voisinage formait une haie animée au milieu de laquelle s’avançait le cortège, musique et tambours en tête. D’abord c’est le peloton des robustes charpentiers, la hache sur l’épaule ; puis viennent les gaffiers porteurs de leurs longues gaffes ; ensuite les patrons suivis des voituriers montés sur leurs chevaux et, derrière eux, le restant des ouvriers portant les outils et engins divers nécessaires pour exploiter la glace ; à l’arrière-garde se trouvait la forge montée sur un traîneau et dans laquelle s’entendaient le grincement de la lime et le bruit cadencé des marteaux.
A cette première partie de la fête succéda la seconde sous forme d’un beau banquet fort bien organisé dans les salles de l’Hôtel de la Truite et qui attendait toutes les personnes qui d’une manière quelconque ont participé aux travaux de la glacière.
La température ne tarda pas à s’élever quelque peu au-dessus de la glace, grâce à l’entrain et à la gaîté qui n’ont cessé de régner jusqu’à une heure assez avancée ; la musique, les discours et les chants se sont succédé sans interruption. Plusieurs toasts ont été portés : Aux ouvriers, par M. Du Roveray ; à la route de Vallorbe, par M. Rochat, municipal ; à la Glacière et à ceux qui ont concouru à son établissement, par M. Lucien Reymond. « La création de cet établissement, a-t-il dit, prouve ce que peut l’initiative accompagnée de la volonté et de la persévérance. Notre pays offre plus de ressources que nous le pensons et notre reconnaissance est acquise aux fondateurs d’une entreprise qui procure un travail bien rétribué à nombre de nos concitoyens qui en étaient privés, surtout dans ce moment de l’année. »
En un mot cette fête a très bien réussi ; chacun en a remporté un bon souvenir. Merci aux généreux entrepreneurs qui ont fait les frais et prospérité à la Glacière de La Vallée."
FAVJ du 24 février 1881