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Les inégalités sociales s’alimentent de la sélection scolaire
Anatolia Batruch, Frédérique Autin et Fabienne Bataillard signent avec le professeur Fabrizio Butera une série d’études sur la création d’inégalités sociales en contexte d’orientation vers différentes filières scolaires.
Dans notre système scolaire très sélectif, la question se pose de savoir si c’est seulement le mérite, les résultats scolaires, qui déterminent la filière académique vers laquelle seront orientés les élèves. Les recherches menées par le quatuor Anatolia Batruch, Frédérique Autin, Fabienne Bataillard et Fabrizio Butera montrent que la division en filières amène les évaluateurs à proposer des choix d’orientation basés plutôt sur le statut socio-économique de l’élève.
Une première étude a impliqué 99 étudiants à l’université, jouant le rôle d’enseignants, et une deuxième a réuni 70 enseignants. Ces deux groupes devaient décider chacun de son côté du sort d’élèves aux résultats scolaires identiques, légèrement en dessous de ce qui est demandé pour passer dans la filière la plus académique (pré-gymnasiale), mais dont on avait manipulé le statut socio-économique. Résultat : les deux groupes ont davantage dirigé vers la filière pré-gymnasiale les élèves supposés avoir un statut socio-économique plus élevé.
Réalisée auprès de 160 étudiants de première année, une troisième étude explorait le rôle joué dans ce phénomène par la description des buts et fonctions du système scolaire. Une définition était basée sur l’importance du rôle éducatif de l’école tandis que l’autre soulignait son rôle dans la sélection et l’orientation des élèves en fonction de compétences académiques afin de maximiser le potentiel de chacun. Davantage que leurs collègues, les participants soumis au descriptif axé sur la sélection ont placé, toujours à résultat égal, les élèves bénéficiant supposément d’un statut socio-économique plus élevé dans la filière académique.
« Nos résultats suggèrent que la sélection requise par un système de filières peut conduire les évaluateurs à créer des inégalités de chances qui ne sont pas fondées sur les résultats scolaires, mais sur l’origine sociale des élèves », commente Anatolia Batruch, premier auteur.
Cette série d’études a été publiée le 16 août 2018 dans le mensuel de la « Society for Personality and Social Psychology » Personality and Social Psychology Bulletin.
par Nadine Richon (Unicom)