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Clotilde Champeyrache,
professeure d’économie à l’Université Paris 8
et spécialiste de la mafia.
«Tout d’abord, on ne sait pas très bien quand est née la mafia. Le terme apparaît pour la première fois à l’écrit dans le titre d’une pièce de théâtre datant de 1863: «Les mafieux de la Vicaria» (la Vicaria était une prison de Palerme). On peut donc en conclure que le phénomène existait déjà depuis longtemps.
On observe les premiers comportements mafieux à la fin du XVIIIe siècle, à une époque où la Sicile connaissait de gros problèmes de brigandage. L’Italie en tant que nation n’existait pas encore et se trouvait sous la tutelle de nombreux seigneurs et propriétaires terriens. Quand ils s’absentaient, ils déléguaient la protection de leurs domaines à des intermédiaires, des individus souvent violents qui effrayaient la population. Ils n’avaient pas de réelle légitimité, mais étaient plus efficaces que la police locale.
Rapidement, un système de familles s’est instauré: ce sont elles qui exerçaient un certain pouvoir sur des territoires donnés. Ce mode de fonctionnement reste d’ailleurs très important au sein de la mafia: on peut même trouver des familles de deux personnes qui contrôlent uniquement une rue.»
«Aujourd’hui, on a tendance à utiliser le mot mafia pour désigner tous types de criminalité organisée. Mais à part les mafias sicilienne, napolitaine et calabraise, seuls les yakusas au Japon, les triades en Chine et quelques groupes en Russie peuvent s’y comparer.»