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Une église au cœur de la vie régionale
Avant la Réforme
Cette église collégiale jadis consacrée à Notre Dame était desservie par un chapitre de chanoines ; il y en avait six, dont le prévôt, en 1185. Les fondateurs, seigneurs puis comtes de Neuchâtel résidaient dans leur château, à une douzaine de mètres à l’Est de l’église, où le culte a été célébré sans interruption depuis plus de huit siècles.
Maître Guillaume, chanoine de Neuchâtel cité en 1196 et mort en 1231, chapelain, secrétaire et conseiller du comte fut vénéré localement comme un saint. Entre autres miracles, il aurait eu le pouvoir de ressusciter momentanément les enfants mort-nés, pour les baptiser.
On peut imaginer la consternation des Neuchâtelois en 1450 lorsqu’un formidable incendie ravagea la ville avant de mettre le feu aux toits de la collégiale et de faire s’effondrer le beffroi des cloches. Quatre ans plus tard, l’édifice était sans doute remis en état pour une prestigieuse cérémonie, le baptême du futur comte Philippe de Hochberg en présence de son parrain Philippe le Bon, duc de Bourgogne.
Dans le seconde moitié du XVème siècle, des mystères furent joués à Neuchâtel, dont une « Passion de notre Seigneur » interprétée par les chanoines et les chapelains de la collégiale. Un registre provenant de cette église contient le texte en vers d’un « Offertoire des Mages », joué le jour de la fête des Rois; il s’achève par une touchante recommandation de Joseph à Marie de couvrir l’enfant d’une chaude couverture. Après quatre siècles d’interruption, en 1936, une compagnie théâtrale présenta exceptionnellement un mystère de Noël dans la collégiale.
La Réforme à Neuchâtel
La prédication ardente de Guillaume Farel et un milieu réceptif provoquèrent un événement majeur en 1530 : l’adoption de la Réforme protestante. Votée à la majorité des voix des bourgeois, elle supprima le culte catholique, provoqua la destruction des autels, des tableaux et des statues de la collégiale mais respecta, en définitive, le monument funéraire des comtes, élevé à leur gloire aux XIVème et XVème siècles.
Ce ne fut pas immédiatement que fut apposée la militante inscription commémorative : 1530, le 23 octobre fut ôtée et abattue l’idolâtrie de céans par les bourgeois. Elle fut gravée dans la seconde moitié du XVIIème siècle, lors d’un raidissement des convictions religieuses, époque où les magistrats firent bûcher le tympan du portail sud, où figuraient la Vierge et deux donateurs ; on masqua aussi le monument des comtes par une paroi de planches et on fit disparaître les peintures murales encore visibles. L’inscription, dès lors restaurée, remplaçait sans doute une plus ancienne, occultée pour la visite de la catholique princesse Marie de Nemours.
Un lieu public Le Grand Temple ou Temple du Haut abrita dès la fin du XVIIème siècle, et selon un cérémonial bien établi, les assemblées de la commune bourgeoise. Peu à peu, elles n’eurent plus que le pouvoir d’enregistrer les décisions du pouvoir exécutif. Régénérée après la révolution de 1848, la commune assemblée continua à siéger dans la Collégiale jusqu’en 1876.
L’étonnante cérémonie des serments réciproques entre le prince et ses sujets se déroula au midi de l’église en 1707 et en 1786. En premier lieu, le représentant du roi de Prusse promettait de maintenir toutes les franchises et les libertés écrites et non écrites ; ensuite les sujets juraient de payer les droits exigibles et d’être de loyaux sujets !
Evolution du bâtiment
Au sud-est, l’unique clocher reçut un couronnement gothique, une flèche de tuf et une balustrade ajourée, datée 1428. Tout disparut dès le XVIème siècle sous un revêtement de fer blanc muni d’une collerette à la partie inférieure, d’où le surnom facétieux d’éteignoir donné par les Neuchâtelois. Une reconstruction de la partie haute en 1869 et l’édification d’une seconde tour assura la symétrie du chevet.
A l’ouest de la nef, une rose abritait un vitrail aux armes des douze Cantons suisses qui s’étaient saisis du comté de 1512-1529. Cette verrière fut mutilée dans les circonstances connues par la confession tardive d’un magistrat. Collégiens, lui et ses camarades découvrirent vers 1785, derrière le buffet de l’orgue, le vitrail serti de plomb et peint de superbes couleurs ; ils firent la collection de verres et transformèrent le métal en jetons ! Admonestés par un magistrat, les adolescents ne rendirent qu’une partie de leur rapine. Le vitrail, démonté, fut mis en caisses dont on perdit la trace.
par Jean Courvoisier
Guillaume Farel
Guillaume Farel (1489-1565) fit des études à Paris, où il devint maître ès arts et régent d’un collège, puis fut acquis à l’idée de la justification par la foi chère à la Réforme en 1521/1522. Prédicant, il se rendit à Strasbourg, Bâle et Berne qui passa à la Réforme en 1528. Farel, qui n’était pas prêtre, évangélisa l’actuelle Suisse Romande, et convainquit Jean Calvin de se fixer à Genève.
Devenu pasteur à Neuchâtel en 1538, maître Guillaume obtint des congés pour des tournées d’évangélisation en France et à Metz notamment. Eloquent et polémiste passionné, Farel, bien que conscient de ses limites, participa à diverses controverses religieuses, notamment à Lausanne. Aucun monument ne fut élevé sur la tombe du réformateur ; au XVIIIème siècle, on pensa qu’une simple pierre en avait marqué l’emplacement. La statue de Farel le montre en train de brandir la Bible et de piétiner les images taillées. Dressée à l’ouest de la collégiale, elle est l’œuvre de Charles Iguel (1876).