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Michel Foucault est né à Poitiers le 15 octobre 1926 et mort du SIDA le 25 juin 1984 à Paris. Ses recherches ont touché tous les domaines du savoir et ont influencé l’entier du monde académique francophone, puis anglo-saxon. Militant politique entre autre avec le journal « Libération », Foucault n’était pas un intellectuel tout à fait conventionnel voir parfois dérangeant.
La plupart des ouvrages de références sur ce philosophe décrivent sa pensée comme la succession de trois centres d’intérêts principaux: le savoir, le pouvoir et le sujet. Cette classification est pertinente mais elle masque la portée et l’ampleur de la pensée d’un des penseurs les plus importants du vingtième siècle. En effet, le travail fournit par le philosophe est monumental. C’est un véritable « archéologue du savoir » en ce sens qu’il ne laisse aucun détail lui échapper quant à la construction d’une notion, d’un concept, d’une discipline ou d’une institution. En réalité, dans une atittude complétement relativiste et post-moderne il déconstruit le savoir pour comprendre d’où vient le pouvoir, afin de comprendre comment le sujet peut et doit se positionner face au monde.
Vie et pensée de Michel Foucault (1926-1984)
Repères biographiques
Une jeunesse compliquée
Michel Foucault a passé une jeunesse relativement difficile. Tant au lycée que lors de ses études à l’École Normale Supérieure, il n’a pas beaucoup d’amis et est un solitaire convaincu. Il apparaît à beaucoup comme égocentrique et presque un peu fou. Foucault est un travailleur acharné et il lit tout ce qu’il peu mais échoue tout de même à plusieurs examens ce qui le mène à plusieurs dépressions et à deux tentatives de suicide manquées. Néanmoins, plus Foucault avance dans ses études plus il est admiré pour son éloquence et son intelligence. En 1951, il est agrégé de philosophie à la Sorbonne en juillet 1951 et une nouvelle période commence pour lui.
Militantisme et politique
Foucault a toujours été un agitateur. Il est attiré par le communisme, il s’inscrit au Parti Communiste Français en 1950 et le quitte en 1952 lorsque certaines atrocités commises par Staline éclatent au grand jour. Il dénonce l’application du pouvoir et la maîtrise de celui-ci par le savoir. Il participe à plusieurs manifestations de militants de gauche et d’ouvriers et renverse le train-train du monde académique français.
En 1961, il défend sa thèse qui lui ouvrira les portes d’une brillante carrière universitaire. Profitant de son statut d’intellectuel respecté, il fondera également le Groupe d’Information sur les Prisons (GIP) qui a pour but de permettre aux prisonniers de parler de leurs conditions de détention. Bref, Foucault est actif et le revendique. Ses écrits comme ses conférences remettent systématiquement en cause les fondements non seulement du savoir et du pouvoir, mais également de notre rapport entier au monde, à l’Histoire et aux sciences; c’est pour cela que l’on peut parler de Michel Foucault comme d’un penseur engagé et militant.
Le Collège de France
En 1970, il est élu au Collège de France. C’est la consécration de toute une vie. Foucault y perçoit à juste titre, une reconnaissance du bienfondé de ses recherches et de ses écrits. La plus importante institution académique de France lui attribue la chaire d’Histoire des systèmes de pensée (dont il a choisi lui-même le nom). Dès ce moment-là, Foucault sait profiter de son audience internationale pour continuer à militer pour ce en quoi il croit, et pour continuer à effectuer ses recherches comme il l’entend. Durant ses dernières années de vie, Foucault a également donné plusieurs conférences aux États-Unis, notamment à l’Université de Berkeley où les étudiants se pressent pour l’écouter. Il est mort en 1984, n’ayant jamais véritablement arrêté de travailler et de débattre de ses positions.
La pensée de Michel Foucault
Les publications de Michel Foucault sont extrêmement cohérentes dans leurs enchaînements et le philosophe s’applique à revenir souvent sur des points déjà étudiés. Les principales articulations des arguments de Foucault sont présentées ci-dessous (pour plus de détails voir la bibliographie commentée).
Le savoir et le pouvoir
Foucault s’intéresse à la production du savoir et aux rapports de pouvoir en sa qualité de philosophe. Tout d’abord par la phénoménologie, l’étude et l’analyse des phénomènes perçus par les sens, puis par l’épistémologie, soit l’étude des processus de création et de modification des différents domaines scientifiques. Il existe deux modes de diffusion du savoir selon Foucault: l’énoncé (les mots) et le visible (les choses). Ainsi, la transmission du savoir se fait selon ces deux modes et toute transmission de savoir est, selon Foucault, calculée et agencée de manière à maintenir le rapport de pouvoir existant. En effet, une personne ayant un plus grand savoir est dans une position de force et lorsqu’elle transmet ce savoir, elle cherche à rester dans cette position de force. Analysant ces rapports entre savoirs et pouvoirs, Foucault les appliques à la société et montre dans plusieurs de ses ouvrages la portée d’une telle analyse des institutions.
Foucault a été énormément influencé par des philosophes allemands tels qu’Heidegger d’abord, puis Nietzsche. Sa conception de la liberté d’action de l’individu et sa déconstruction d’un savoir manipulé et construit par les pouvoirs successifs en sont témoins. La mise en évidence de la manière dont est construit le savoir a remis en cause énormément de choses, par exemple les questions de méthodes, dans nombre de sciences humaines et de sciences sociales. Foucault a complétement remis en question les méthodes de production de savoir du monde académique de son époque, et est à l’origine de bien des changements dans plusieurs disciplines.
Le sujet
Vers la fin de sa vie, dès le second volume de son « Histoire de la sexualité« , Foucault a repensé le savoir et le pouvoir en rapport au sujet. Le sujet en tant qu’individu est oppressé par les différents rapports de pouvoir, à tel point qu’il ne pense plus; ou du moins il n’a plus le droit de penser. Mais Foucault voit dans l’être humain, un être tout puissant qui est capable de penser l’impensable. C’est de ce constat que le philosophe est parti: il existe également des rapports de pouvoir à l’intérieur du sujet envers lui-même, ces derniers ne viennent donc pas toujours de l’extérieur. Ainsi, dans le deuxième volume de l' »Histoire de la sexualité« , Foucault fait état des rapports de pouvoir existants à l’intérieur de l’individu, tels que la maîtrise de soi (de son corps, de ses sujets, de sa maison).
L’homme est donc en plein milieu de rapports de pouvoir venant tant de l’intérieur que de l’extérieur et c’est dans ce cadre-là que son individualité doit prendre du sens. Les grecs avaient déjà conceptualisé le rapports à soi-même, mais ce dernier a changé au fil du temps en réaction aux rapports de pouvoir externes. Les rapports internes et externes sont liés et ils évoluent pour prendre des formes différentes en fonction des périodes de l’histoire, des productions de savoirs et des rapports de pouvoir.
La méthode archéologique dans les sciences humaines
Foucault est très important dans l’histoire des disciplines académiques car il a réellement révolutionné la manière d’aborder la production scientifique. L’idée d’une archéologie vient du fait que Foucault voit des strates dans les constructions sociales et cognitives et que son travail est de mettre à jour toutes ces strates. Il s’agit de montrer, pour chaque chose, quelle est sa provenance et comment elle a été construite. Il remonte aux origines du savoir en passant par des chemins insoupçonnés et parfois négligés jusqu’alors. Ses livres sont truffés de notes de bas de pages et de renvois à des sources toutes plus originales les unes que les autres. Foucault considère toute production discursive comme une forme de savoir, c’est pourquoi il cherche systématiquement à toujours tout prendre en compte lorsqu’il analyse quelque chose. Aujourd’hui, nombre de disciplines prônent l’interdisciplinarité et la réflexivité sur la manière de produire et de transmettre le savoir. C’est probablement là que se situe principalement l’héritage qu’a laissé Michel Foucault au monde académique et plus largement au monde institutionnalisé.
Biopouvoir et gouvernementalité chez Foucault
Foucault était très intéressé aux rapports de pouvoir et à la construction de la légitimité de ceux-ci. Les concepts de biopouvoir et de gouvernementalité montrent bien cet intérêt.
L’idée de gouvernementalité d’abord, sert à désigner un type de rationalité construit de toute pièce par l’être humain: celle qui est liée à la manière d’agir d’un gouvernement. En effet, c’est une manière d’agir propre à celui qui gouverne. Ce dernier ne pensera pas comme tous les êtres humains, mais comme quelqu’un investi de certains pouvoirs symboliques qui l’obligent à adopter une rationalité différente et à utiliser cette rationalité dans son exercice du pouvoir. Cette rationalité n’est cependant pas nécessairement le propre d’un individu. Les organisations d’État, par exemple, fonctionnent toutes selon cette manière de raisonner et d’agir. Foucault réalise là une déconstruction de ce qu’est l’État et des modalités selon lesquelles celui-ci s’est construit et continue à le faire.
Le biopouvoir est relativement différent. Bien qu’ayant également rapport au pouvoir, ce concept désigne une modalité de ce dernier prenant racine dans le rapport du gouvernant au gouverné. Alors que durant la période des principales monarchies, le véritable pouvoir du souverain était le pouvoir de mort qu’il avait sur ses sujets; aujourd’hui, le pouvoir des gouvernements reposent sur le fait qu’ils protègent et maintiennent leur peuple en vie. En effet, à travers les protections sociales, la défense nationale, les structures médicales, etc., les gouvernements sont élus selon leur capacité à garantir le maintien de la vie. C’est ce glissement vers le biopouvoir des États contemporains que Foucault a cherché à conceptualiser. Historiquement, Foucault nous dit que c’est dans le Salut des âmes promis par l’Église qu’a pris forme cette notion du pouvoir. Perdant toujours de l’ampleur, cette partie de sa mission a fini par glisser dans les responsabilités de l’État pour finir par devenir sa raison d’être propre.
Bibliographie commentée
Foucault, M. (1972). Histoire de la folie à l’âge classique. Paris: Gallimard. (Première édition publiée en 1964)
Premier véritable ouvrage public de Foucault et sujet de sa thèse de doctorat, ce dernier met en évidence le fait que la folie est une construction historique et sociale. En effet, dans la construction du savoir, être fou c’est être déviant par rapport aux normes sociales établies et institutionnalisées. L’ordre social ne devant être perturbé sous aucun prétexte, les fous sont privés de liberté et l’asile est vu comme une bonne chose. Foucault dénonce ici le fait qu’on ne s’interroge pas assez sur l’origine des choses, et questionne le lecteur quand aux droits disproportionnés que s’approprie le pouvoir en se permettant d’enlever la liberté à quelqu’un dont le seul tort est de ne pas rentrer dans les catégories prévues par l’ordre social.
Foucault, M. (1966). Les mots et les choses: une archéologie des sciences humaines. Paris: Gallimard. (Édition originale)
Véritable histoire de la pensée moderne, cet ouvrage présente la grande crise que subissent les sciences sociales et les sciences humaines. Il est nécessaire de se réinterroger sur l’origine de nos savoirs et sur la manière de les utiliser. Ce livre apparaît comme un manifeste de l’importance de l’épistémologie et de l’interdisciplinarité. Foucault met en évidence le véritable effort que doivent faire les penseurs afin de remettre à jour les systèmes de production du savoir.
Foucault, M. (2010). L’archéologie du savoir. Paris: Gallimard. (Oeuvre originale publiée en 1969)
Foucault cherche à comprendre ce qui amène et ce qui conditionne notre acte de penser. Comment appréhendons-nous cet acte et comment l’exprimons-nous? Foucault montre que nous sommes arrivés à un moment de notre histoire où nous parlons sans penser, alors qu’avant nous pensions et disions ce que l’on pensait; aujourd’hui, tout est subi. C’est la différence de savoir entre l’individu et les forces au pouvoir qui mène à cela, et c’est pour cela que Foucault va s’attacher à comprendre comment faire pour que le savoir soit réparti de telle façon que l’homme puisse à nouveau penser.
Foucault, M. (2012). Surveiller et punir: naissance de la prison. Paris: Gallimard. (Oeuvre originale publiée en 1975)
Relativement proche de l' »Histoire de la folie », cette étude du monde carcéral est également impressionnante. Cette fois c’est le code pénal qui justifie la privation de liberté pour des individus. Encore une fois, on cherche à éloigner les inadaptés du corps social, sans se poser la question de savoir quels droits permettent d’exercer une telle privation de liberté.
Foucault, M. (1976/1984). L’histoire de la sexualité. 3 volumes (1. La volonté de savoir; 2. L’usage des plaisirs; 3. Le souci de soi). Paris: Gallimard. (Éditions originales)
Cette oeuvre en trois volumes qui devait initialement en compter six est une magistrale exposition des différents rôles sociaux, économiques et politiques, qu’a tenu la sexualité à travers l’histoire. Les codes, les tenants et aboutissants et les règles y sont analysés et décortiqués dans un style relativement classique et infiniment plus accessible que le reste de ses ouvrages. Encore une fois, Foucault y apparaît comme un penseur remettant systématiquement en cause ce qui paraît être établi pour montrer les constructions sociales qui sont à l’origine de tout cela.
Références
Billouet, P. (2003). Foucault. Paris: Belles Lettres.
Deleuze, G. (2004). Foucault. Paris: Éditions de minuit.
Riza, S. (1997). Michel Foucault. Paris: Josette Lyon.