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La Thaïlande vit les plus graves inondations depuis 25 ans. On compte des centaines de morts et un tiers du pays est sous un mètre d’eau ou plus. Dans le centre de la capitale, Bangkok, on redoute un mètre cinquante d’eau. Ces inondations durent maintenant depuis trois mois. Comment expliquer cette situation?
Il y a d’abord deux éléments liés à la structure géographique et hydrologique du pays. La Thaïlande est partagée en quatre zones principales. Le nord montagneux. La plaine centrale, partie la plus peuplée. C’est là où se trouve les grandes cultures de riz. Montagne et plateau à l’est, et bande côtières au sud vers la péninsule malaisienne.
Au nord une chaîne de montagne sépare le pays d’avec le Myanmar (ex Birmanie) et le Laos. Cette chaîne culmine à environ 2’500 mètres d’altitude. Des rivières et fleuves y prennent leur source et descendent vers le sud. Une autre chaîne à l’ouest est source d’autres rivières.
Au centre on trouve une grande plaine de plusieurs centaines de kilomètres de longueur. Cette plaine est à une altitude basse, entre 15m et 2m. En particulier la partie la plus au sud oscille entre 2 et 4 mètres sur près de 200 kilomètres. Cette plaine est le bassin de déversement naturel du fleuve Chao Phraya et de ses affluents. Les inondations dues à la moussons ne sont pas rares. L’écoulement très lent dans cette partie de la Thaïlande à cause de la très faible déclivité favorise l’accumulation des eaux. Bangkok est d’ailleurs construite sur un ancien marécage, donc une zone normalement inondable. Elle fut presque exclusivement une ville aquatique faite de bateaux et de maisons sur pilotis jusqu’au 19e siècle. Elle est traversée par le fleuve Chao Phraya et est sillonnée de nombreux canaux. Elle est appelée la Venise de l’Asie.
Le climat est tropical et caractérisé par la mousson d’été qui s’étend de juin à novembre. Elle vient du sud-est. Le régime des vents apporte les nuages chargés d’eau et les montages du nord et de l’ouest favorisent les précipitations.
Cette année la mousson est la plus forte connue depuis très longtemps. En cause: une convergence des moussons indienne et thaïlandaise, d’où des précipitations plus fortes que la moyenne. Cette situations météo est prévue pour durer jusqu’à l’entrée de l’hiver. D’autre part la Nina s’est réactivée depuis septembre. Ce courant pacifique chaud apporte nuages et pluie en abondance sur l’Australie comme en 2010 où les inondations ont été catastrophiques, ou sur le sud de l’Asie.
Enfin, le passage d’une tempête tropicale, «Haitang», et d’un cyclone, «Nesat», ont aggravé la situation. Ces deux phénomènes ont eu lieu à peu d’intervalle. L’eau accumulée n’a pas eu le temps de s’évacuer.
Actuellement une partie de la ville de Bangkok est protégée par des digues de sacs de sable. Ces digues refoulent l’eau dans les parties est de la ville, mais insuffisamment, et dans les provinces plus au nord. D’immenses quantités d’eau se sont accumulées dans la vaste plaine basse sur des centaines de kilomètres. La grande marée attendue aujourd’hui va amplifier la montée des eaux. La ville pourrait être submergée.
Le choc est très dur pour le pays. Des millions d’habitants sont au chômage et les récoltes de riz de la plaine centrale sont perdues. Le coût est évalué à plusieurs milliards d’euros. Ces inondations vont encore durer quelques semaines. La mousson ne s’arrêtera en principe qu’en novembre et l’évacuation des eaux accumulées sera longue.
Voir aussi la chronique météo de Philippe Jeanneret.