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Sébastopol, Simferopol, Crimée. Il y a un an, le 16 mars 2014, un référendum était organisé à la va vite en Crimée sous le contrôle de forces militaires non identifiées pour confirmer un état de fait: la reprise de la presqu'île par la Russie après 60 ans de souveraineté ukrainienne (soviétique d'abord puis nationale ensuite).
En m'envolant de Simferopol il y a un an, je quittais l'Ukraine. Hier je suis arrivé dans le même aéroport, mais cette fois en Russie ! En douze mois, la capitale de la Crimée et la ville de Sébastopol - qui forme une unité administrative à part- ne laissent guère de trace de la période ukrainienne à part quelques plaques de voitures. Il faut dire que tant par son histoire que par sa population, la Crimée est enracinée dans le monde culturel et linguistique russe ou turcophone.
Vétérans galonnés
Partout les drapeaux de la Fédération de Russie ont remplacé le bleu et or ukrainien aux côtés de celui de la République autonome de Crimée. Devant le monument à la mémoire des défenseurs de Sébastopol pendant la seconde guerre mondiale, une petite cérémonie se déroule. Des vétérans galonnés et des officiers des différents corps d'arme accueillent "l'estafette de la victoire", une jeep soviétique avec drapeaux qui fait le tour de la Russie jusqu'à la date anniversaire des 70 ans de la Libération, le 9 mai. Les discours se succèdent et glorifient la résistance russe et soviétique ainsi que les vertus du retour dans la Mère Patrie.
Au même endroit, tous les jours, des collégiens en uniforme noir de la marine se succèdent, école par école, pour monter la garde devant la flamme du souvenir. Ils visitent ensuite un petit musée à la gloire des combattants tombés dans la guerre contre le fascisme. L'air sérieux, garçons et filles marchent au pas lent et cadencé hérité des parades soviétiques. Un rituel qui se déroulait même sous la souveraineté ukrainienne mais qui serait impensable chez nos adolescents occidentaux.
Vision d'un autre siècle
Je ressens un certain malaise. Bien sûr le coût exorbitant payé par la population soviétique pendant la deuxième guerre mondiale ne peut et ne doit pas être oublié: près de 25 millions de morts civils et militaires. Mais ce culte de l'uniforme et de l'armée, cette psychose obsidionale à laquelle participent des jeunes Russes me semblent complètement dépassés au XXIè siècle. J'ai le sentiment de me replonger dans le mythe de l'état-nation cher au siècle précédent et que la construction européenne, malgré toutes ses faiblesses, a éloigné de nos obsessions. En voyant ce ballet de drapeaux, d'hymnes et de décorations, je comprend mieux ce qui se passe dans le sud-est de l'Ukraine, à 400 km de là, où d'un côté comme de l'autre on se réfère aux mêmes valeurs d'un autre siècle.