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C'est grâce à cette femme que le Wall Street Journal a pu publier un rapport accablant le mois dernier, dénonçant les pratiques de Facebook. Elle s'appelle Frances Haugen, elle est âgée de 37 ans et elle a quitté son emploi en mai dernier, après avoir passé seulement deux ans à travailler pour la société fondée par Mark Zuckerberg.
Certains médias, tels que le New York Times, évoquent déjà une corrélation entre les déclarations de Frances Haugen à la télévision américaine dimanche soir et la panne historique du réseau social survenue lundi.
Cette ingénieure informatique a également envoyé tous les documents incriminants à des législateurs de la Fédération américaine du commerce, tout en demandant une protection rapprochée à la Commission de sécurité et d'échanges (la SEC, le gendarme financier), pour son rôle en tant que lanceuse d'alerte.
L'Américaine a choisi de révéler son identité au grand public lors d'un grand entretien avec un journaliste de l'émission dominicale 60 minutes, l'équivalent de Mise au Point en Suisse ou de Sept à Huit en France.
Originaire de l'Etat de l'Iowa, Haugen a obtenu un diplôme universitaire en ingénierie électrique et informatique en 2006. Son premier emploi de diplômée fut chez Google, puis elle a effectué une maîtrise en affaires à Harvard. Elle est ensuite retournée travailler chez Google, avant de rejoindre Yelp et Pinterest jusqu'en 2018. Elle a rejoint Facebook en juin 2019, après avoir été recrutée par le biais d'un chasseur de tête.
Lors des entretiens avec le groupe qui détient également Instagram, elle aurait raconté son expérience d'avoir perdu un ami, à cause de théories du complot et des campagnes de désinformation. Elle s'est dite déterminée à vouloir travailler pour arrêter ce genre de propagande sur les réseaux sociaux.
Comme le raconte le New York Post, Francis Haugen a rejoint la division «intégrité civique» de l'entreprise, qui compte 200 personnes, selon le Wall Street Journal. Elle et quatre autres nouvelles recrues ont été chargées de construire un système pour traquer la désinformation ciblant des groupes de personnes spécifiques, en seulement trois mois.
Le projet a échoué en raison de l'insuffisance des ressources, et la native de l'Iowa a rapidement constaté que d'autres équipes d'intégrité civique manquaient également de personnel, notamment dans les groupes chargés de traquer l'esclavage, le trafic sexuel et la vente d'organes:
Haugen a décidé de commencer à faire des copies des documents internes incriminant l'entreprise, le jour où elle s'est véritablement rendu compte que Facebook préférait laisser des informations à la fois nocives et clivantes se propager. C'était en décembre 2020, lorsque la société a annoncé qu'elle allait dissoudre la division dans laquelle elle travaillait.
En mars 2021, Haugen décide de quitter son logement californien situé à Palo Alto, pour aller s'installer à Puerto Rico et travailler à distance. Elle a profité de ce temps pour lire et copier des centaines d'échanges de courriels et de rapports, disponibles sur le système de documentation interne de Facebook, appelé «Workplace». Ces papiers prouvaient que la direction du groupe avait choisi de ne pas utiliser les diverses études sur la nocivité de la désinformation et d'autres contenus préjudiciables pour mieux lutter contre de la mauvaise propagande. Et ceci à des fins purement commerciales.
Ce sont ces copies de documents qui ont finalement été utilisées pour la grande enquête du Wall Street Journal. La lanceuse d'alerte, qui semble avoir provoqué la plus grande crise du géant des réseaux sociaux depuis la création de la société il y a 17 ans, témoignera mardi devant une commission sénatoriale, qui a Mark Zuckerberg dans le viseur depuis 2020. Elle y donnera des précisions sur les documents et expliquera pourquoi elle pense que le gouvernement doit sévir contre Facebook, qui fait déjà l'objet d'une procédure historique.
A première vue, les référendums factices dans l'est de l'Ukraine et les menaces nucléaires de Vladimir Poutine n'ont peut-être pas grand-chose à voir les uns avec les autres. Pourtant, les deux choses sont étroitement liées, comme l'a souligné cette semaine Linda Thomas-Greenfield, la plus haute diplomate américaine, auprès des Nations unies.