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"La ville idéale est probablement un mélange de plusieurs villes du monde"
Dédales de gratte-ciels, quadrillages de rues et grandes diagonales: Paris, Hong Kong, Londres, San Francisco, New York ou Shanghai n'ont pas seulement en commun leur taille, leur diversité ou des éléments d'architecture. Ces mégapoles ont aussi synchronisé leurs marchés immobiliers en développant - après la crise de 2008 - des tendances dans lesquelles elles se rejoignent toutes.
Conséquence: les prix montent très haut, les grandes fortunes s'installent ou achètent, et les classes moyennes sont repoussées vers la périphérie. Le Financial Times a relayé récemment ce phénomène de synchronisation qu'observent des cabinets immobiliers internationaux comme Savills ou Knight Frank.
C’est un problème majeur de notre époque, auquel nous devons nous attaquer.
"C'est vrai que les villes prennent toujours plus de pouvoir sur la scène internationale", constate dans l'émission Tout un monde Carlo Ratti, directeur du Senseable City Lab au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston. "Et dans certaines de ces villes, il est très difficile pour les jeunes diplômés des universités de trouver un endroit abordable pour vivre. C'est un problème majeur de notre époque, auquel nous devons nous attaquer en tant qu'architectes, urbanistes, ingénieurs, et bien sûr les politiciens."
Mais il existe des solutions pour freiner cette tendance, souvent aidées par des réglementations comme l'obligation de prévoir des logements abordables dans les nouveaux immeubles.
Les nouvelles technologies peuvent nous aider à rendre les choses plus abordables.
Carlo Ratti se montre également très enthousiaste à propos des nouvelles technologies. "Grâce à elles, nous voyons beaucoup plus d'habitations communautaires, des espaces de co-travail, etc… Cela prend moins de place tout en assurant une bonne qualité de vie. Les nouvelles technologies peuvent nous aider à rendre les choses plus abordables simplement par une meilleure utilisation de l’espace."
On parle souvent de "smart cities" pour désigner ces villes intelligentes, mais l'architecte et ingénieur n'aime pas ce terme. "Je préfère dire les 'villes sensées'. Mais il s'agit toujours de savoir comment les technologies changent nos manières d’interagir avec la ville et nos manières d'utiliser l'espace."
La ville pourrait être un lieu utopique qui nous aide à vivre mieux.
Reste que la ville de demain est encore à inventer. "Elle pourrait être un lieu utopique, un lieu de communautés, qui nous aide à vivre mieux, à nous retrouver (…) à partager encore davantage", imagine le directeur du Senseable City Lab.
"Mais elle pourrait aussi être pleine d'éléments dysfonctionnels", avertit ce spécialiste. "C’est notre responsabilité, pas seulement comme urbanistes et architectes, mais aussi en tant que citoyens, de décider de la direction dans laquelle nous voulons aller. Si nous faisons les choses bien, les villes du futur rempliront encore mieux leur fonction de moteur de la civilisation."
Rêveur par moments dans sa réflexion, Carlo Ratti voit la ville idéale "probablement comme un mélange de plusieurs villes dans le monde: la météo de Naples, la topographie de Prague, l'animation de New York et la vie nocturne de Rio de Janeiro".
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
oang
Publié le 11 septembre 2018 à 10:08 - Modifié le 11 septembre 2018 à 10:44