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L'initiative du GSSA demandant un moratoire de dix ans sur tout achat de nouveaux avions de combat sera soumise au vote en novembre prochain, en même temps que l'initiative anti-minarets, ce qui nous permettra au moins de débattre d'autre chose que des conneries tribales de l'extrême-droite. L'initiative du GSSA se justifie formellement par l'impossibilité de combattre les programmes d'armement par référendum. Il faut donc poser une règle générale et abstraite, même limitée dans le temps, si l'on veut combattre les pulsions somptuaires de notre glorieuse armée, en l'occurrence son souhait de remplacer ses F-5 " Tiger " par de nouveaux chasseurs-bombardiers. Un achat devisé à plus de deux milliards, mais qui signifiera au bout du compte un coût de quatre à six milliards, compte tenu des frais d'entretien et de modernisation. La décision finale ayant été reportée à une date ultérieure au vote de l'initiative, les lobbystes de chaque candidat à l'obtention du marché vont devoir s'activer un peu plus longtemps que prévu, pour un marché moins juteux qu'espéré : alors qu'on envisageait, il y a un an, d'acquérir 33 avions de combat pour notre glorieuse Luftwaffe, on n'envisage plus guère que d'en acheter une vingtaine. Et de dépenser un milliard de moins
Marché aux puces volantes
Les deux concurrents les plus sérieux pour le marché suisse restent Saab et Dassault, qui cherche désespérément à placer son Rafale hors de France, après avoir notamment raté le marché marocain (le Maroc devait acheter 18 Rafale, mais leur a finalement préféré des F16 américains, moins chers, et assortis d'une " aide financière " de 700 millions de dollars. En France, le Rafale coûte en moyenne (selon la Cour des Comptes) 140 millions d'euros l'unité (achat, entretien et adaptation compris), et 35'000 euros par heure de vol. L'ancien secrétaire général du Département de la Défense (de 1979 à 1996), Hans-Ulrich Ernst, estime inutile l'achat de nouveaux avions de combat : " les trente-trois F/A-18 de la Suisse (lui) suffisent amplement " pour au moins les quinze prochaines années. Et Ernst d'ajouter que " personne de sérieux ne juge plausible que la Suisse ait besoin d'avions pour soutenir son infanterie dans un grand combat de chars " ou pour répondre à " une attaque de chasseurs étrangers " (même libyens ?). Pour que l'achat de nouveaux avions de combat devienne nécessaire, " il faudrait que l'Union européenne éclate, que l'OTAN n'existe plus et que les Etats-Unis se désintéressent de la sécurité en Europe ". On n'y est pas vraiment, et de toutes façon " les avions du futur seront peut-être sans pilote "; il ne sert donc à rien de se précipiter pour s'équiper d'appareils dont la technologie sera obsolète dans dix ans. On ne sait pas si le raisonnement vaut seulement pour le remplacement des avions de combat ou si on peut l'appliquer au remplacement des Conseillers fédéraux. Allons, il doit bien rester quelque part dans un aéroport militaire de la banlieue de Pyongyang quelques vieux Mig-15 de la Guerre de Corée à racheter d'occase pour quelques centaines de milliers de wons... Pour l'usage qu'on a en Suisse, aujourd'hui, d'avions de combat, ça suffirait amplement.