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En septembre 1938, Alan Turing franchit pour la première fois la grille d’entrée de Bletchley Park, au nord-ouest de Londres. Âgé de seulement 26 ans, il est déjà un mathématicien de génie. Il rejoint la Government Code and Cypher School – une institution secrète établie par le gouvernement britannique. Sa mission est cruciale : casser le chiffre Enigma, cette machine infernale permettant de crypter les messages qu’envoie l’armée allemande à ses unités dans le monde. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, intercepter les communications de l’ennemi est essentiel pour l’un des derniers bastions de la résistance en Europe.
Des mois de travail ont permis à Turing et à son équipe d’accomplir l’impossible. Pour arriver à casser le travail d’une machine, une autre machine, bien plus puissante, était nécessaire. En se basant sur des recherches antérieures, notamment polonaises, les génies de Bletchley Park ont mis au point une «bombe», une gigantesque machine électromécanique permettant de déduire, de toutes les configurations possibles, le message transmis. L’informatique était née – en même temps que les alliés perçaient le secret des communications nazies.
Le 27 février 1952, Alan Turing franchit pour la première fois la porte du tribunal. Il est poursuivi pour indécence parce qu’il aimait les hommes. Dans l’Angleterre de l’époque, c’était un crime. Cinquante-sept ans après Oscar Wilde, le cas d’Alan Turing ne fit aucun doute : le 31 mars, il fut reconnu coupable et condamné à choisir entre la prison ou la castration chimique. L’amour ne franchit pas la porte du tribunal.
Le 7 juin 1954, Alan Turing franchit la porte de sa maison de Wilmslow, dans le Cheshire. Brisé, humilié, écarté de tous ses projets de recherche suite à sa condamnation, il repense à son film favori, Blanche-Neige et les Sept Nains. Il trempe une pomme dans du cyanure, la mange, et quitte ce monde.
Ainsi périt le père de l’informatique. Quelle ignoble injustice que l’un des hommes qui a été le plus essentiel à la victoire du monde libre sur la barbarie nazie fut lui-même privé de sa liberté la plus fondamentale : celle d’aimer.
On m’a souvent demandé pourquoi je m’engageais en politique et pourquoi j’étais libéral. L’exemple d’Alan Turing m’a beaucoup inspiré : je m’engage pour que chacun puisse vivre comme il veut, puisse faire ce qu’il veut, devenir qui il veut, aimer qui il veut… Que chacun soit libre !
(Mémorial de Sackville Park – © Lmno)
(© Evangelos Dousmanis)