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Les gens
Ben Affleck: «Je n'oublie jamais la chance que j'ai»
Interview L'acteur américain joue un gangster dans un film épique qu'il a aussi réalisé. Il nous parle de ses influences, de son Amérique, de sa famille et de Batman.
Adapté d'un roman de Dennis Lehane, Live by Night, ce nouveau film permet à Ben Affleck de démontrer toute l'étendue de son talent. Ce flamboyant film de gangsters campé au temps de la Prohibition est écrit, réalisé, interprété et coproduit par l'Américain de 44 ans.
Celui-ci incarne Joe Coughlin, fils d'un chef de la police de Boston qui choisit de mener une vie de criminel et travaille pour le compte de la mafia. L'infatigable acteur et cinéaste renfilera bientôt le masque de Batman, aux côtés de Superman et de Wonder Woman, dans Justice League dont la sortie est prévue en fin d'année. Rencontre avec Ben Affleck dans un palace londonien.
Qu'est-ce qui vous plaît autant dans les vieux films que vous évoquez avec «Live by Night»?
Pour moi, ce long-métrage est une lettre d'amour à l'âge d'or d'Hollywood. Ces grands films épiques qui vous transportaient ailleurs et transcendaient le grand écran étaient les blockbusters de l'époque. Il faut porter une cape dans les blockbusters d'aujourd'hui!
Comme je le dis souvent, je n'ai rien contre le fait de devoir porter une cape mais je souhaitais réaliser quelque chose de différent. Un film qui soit dans la tradition des Anges aux figures sales, de Reds ou du Docteur Jivago.
Vous mentionnez «Reds» et on pense justement à Warren Beatty en regardant votre film. Vous inspire-t-il?
Il a une influence énorme sur ma vie et ma carrière.
Warren Beatty a tourné des films magnifiques et puis c'est un gars qui jouait la comédie et était réalisateur. Il arrivait à tout faire en même temps.
Vous seriez très chanceux si vous aviez un jour l'opportunité de déjeuner avec Warren Beatty parce qu'il raconte les meilleures histoires qui soient sur les Beatles, Mohammed Ali ou sur Ronald Reagan. Il a rencontré tout le gratin de la culture contemporaine! Il est aussi très drôle, charmant et séduisant, une légende du showbiz pour laquelle j'ai un immense respect.
Quel a été son meilleur conseil?
De ne pas négliger les scènes dans lesquelles je joue quand je réalise un film.
On a tendance à vouloir se montrer galant ou noble avec l'actrice ou l'acteur qu'on dirige. Faire dix prises pour une scène dont je ne suis pas la vedette et une seule prise quand c'est moi qui occupe l'écran. Je dois accepter d'avoir l'air d'un salaud, être égoïste et tourner dix prises d'une scène où je joue jusqu'à ce qu'elle soit parfaite.
Qu'est-ce qui vous fascine dans les films de gangsters?
Ils racontent des histoires classiques d'ambition et jouent avec la morale. Dans une comédie romantique, le héros ne peut pas être un voyou, un maquereau ou un tueur. Il doit être sympa et sortir avec Sandra Bullock! Dans un film de gangsters, on peut se permettre d'autres choses.
Vous montrez à l'écran que l'Amérique a été construite par des immigrés qui se heurtaient au racisme. Il y a là comme une résonance avec l'Amérique d'aujourd'hui?
Tout à fait. En visionnant mon film, j'ai aussi constaté qu'il dresse un portrait de ce qui se passe à notre époque. J'ai été surpris qu'il soit aussi pertinent aujourd'hui. Une des choses que j'ai toujours aimée dans ce récit est le thème des immigrés. L'Amérique est un pays unique parce qu'il a été construit par des immigrés, à tel point que ceux qui ne l'étaient pas se retrouvaient marginalisés au début. Ils commençaient au bas de l'échelle et montaient graduellement les échelons de la réussite. Je suis très fier de mon pays à ce niveau-là. Mais je n'imaginais pas que l'attitude réactionnaire de l'establishment blanc protestant vis-à-vis des immigrés à l'époque serait aussi d'actualité.
Vous évoquez aussi la relation père-fils, un thème qui vous touche personnellement.
Oui, plusieurs de mes films touchent au thème des enfants qui paient le prix des péchés de leurs parents. Je ne sais pas pourquoi je suis attiré par ce sujet. Je crois qu'il y a quelque chose de
fondamentalement intéressant dans le fait que nous sommes tellement définis par nos parents et si peu par qui nous sommes vraiment.
Pourquoi ne souhaitez-vous pas que vos enfants fassent votre métier?
Je ne voudrais pas qu'ils soient enfants-acteurs. En fait, je ne le permettrais pas. Je souhaite qu'ils aient une enfance un peu plus normale et raisonnable.
Mais s'ils veulent plus tard faire ce genre de choix terrible, libre à eux! En tout cas, je ne les encouragerai pas.
Votre frère Casey vient de remporter le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique. Êtes-vous très fier de lui?
Je ne veux pas dire que je suis fier de lui parce que j'aurais l'air de son père mais je suis tellement heureux qu'il soit reconnu pour ses talents qui sont nombreux. Quand on est acteur, on est limité par les choix de rôles qui s'offrent à nous.
Il a enfin eu l'opportunité de montrer ce dont il est capable. Casey est un merveilleux comédien et je croise les doigts pour lui pour les Baftas et les Oscars.
Mais même s'il ne gagne pas, cette performance va changer sa carrière.
Il n'y a jamais eu de rivalité entre vous?
Vous savez, mon meilleur ami est Joaquin Phoenix. Je suis ami avec Matt Damon, tout comme mon frère. On connaît beaucoup d'acteurs et cela a toujours été le cas. On auditionnait tous pour les mêmes rôles. Je préfère que ce soit moi qui décroche le job plutôt que Matt mais si je ne l'obtiens pas, j'aimerais qu'il revienne à Matt. On a ce type de camaraderie entre nous.
Allez-vous bientôt retravailler avec Matt Damon?
La société de production que je dirige avec Matt a produit Manchester by the Sea, le film de Casey. Matt y est crédité comme producteur. Voilà le type de film que nous avons envie de faire.
Parmi nos projets il y a un remake de Witness for the Prosecution. L'objectif de cette boîte c'est de pouvoir ainsi choisir nous-mêmes nos sujets et ne pas devoir nous plier aux désirs des autres.
Comment faites-vous pour gérer vos différentes casquettes et jongler entre tous vos projets?
C'est un énorme travail mais j'adore ça. J'ai beaucoup de chance de faire ce job et d'avoir l'opportunité de réaliser ces films.
C'était un peu compliqué de m'occuper de la postproduction de Live by Night pendant que j'incarnais Batman dans Justice League mais je n'oublie jamais la chance que j'ai.
Le prochain «Batman», que vous allez réaliser, est-il le projet qui vous met le plus la pression?
Complètement. Je n'ai jamais participé à un autre film pour lequel on me pose autant de questions avant même qu'il ne soit sorti.
Je ne peux pas me plaindre parce que je dirige un film sur un personnage pour lequel le public a beaucoup d'affection et avec qui il a une longue
histoire. Christian Bale et Christopher Nolan ont fait des films merveilleux sur Batman donc on attend beaucoup de moi.
Avez-vous un entraîneur personnel pour vous maintenir en condition physique?
J'ai des entraîneurs différents pour chacun de mes films, que ce soit Justice League, Batman ou encore The Town.
Je change périodiquement d'entraîneur parce que ces gars vous rendent dingues en vous faisant répéter les mêmes exercices sans arrêt. Il faut les remplacer après un moment.
Ben Affleck (né en 1972) est acteur dès l'enfance et devient une star à 25 ans avec «Will Hunting». Il décroche l'Oscar du meilleur scénario pour ce film écrit avec son ami Matt Damon. Après l'échec de «Pearl Harbor» et d'«Amours Troubles», le comédien vit une traversée du désert. Devenu réalisateur, il retrouve le succès avec «Argo» en 2013. Très sollicité depuis, il enchaîne les projets devant et derrière la caméra et campe désormais Batman. Séparé de son épouse, Jennifer Garner, il est père de trois enfants.