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est en 1795 que le prolifique Abraham-Louis Breguet décrit pour la première fois l’objet auquel il est en train de travailler. Il écrit à son fils en lui demandant de rester très discret au sujet de cette invention: «J’ai inventé la façon de mettre à l’heure et de régler une montre sans aucune intervention humaine. Chaque soir, en vous couchant, vous glissez la montre dans une pendule spéciale. Au matin, ou une heure plus tard, la montre sera ajustée exactement à l’heure de la pendule. Inutile même d’ouvrir la montre pour effectuer cette opération.»
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- Pendule sympathique de Breguet, offerte par le gouvernement français au sultan Mahmud II. Exposée aujourd’hui au Musée de Topkapi.
En plaçant la montre de poche, spécialement conçue à cet effet, dans un logement en forme de berceau situé au sommet de la pendule, celle-ci est automatiquement réglée et remise à l’heure. Cette opération complexe se fait par l’intermédiaire d’une tige métallique qui sort du pendule et pénètre dans la montre. Elle permet alors au mécanisme de la montre de comparer l’heure indiquée avec celle de la pendule-mère, de procéder à sa synchronisation en corrigeant les aiguilles des minutes et des heures, de régler la marche et - innovation apportée par Louis Breguet, le fils du célèbre horloger - de remonter la montre. Tout simplement bluffant.
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- Détail du mécanisme liant la montre à l’horloge-mère.
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- En 1834, Louis Breguet, fils, dépose un brevet supplémentaire pour la « pendule sympathique », dotée d’un système qui assure également le remontage de la montre.
Une histoire de transmission
C’est tout jeune enfant que Félix Baumgartner, co-créateur d’Urwerk avec Martin Frei, découvre ce fascinant mécanisme. Il se souvient encore qu’un soir son père, horloger-restaurateur spécialisé dans les horloges décoratives du XVIIe au 20e siècle, a ouvert un livre et lui a expliqué l’invention de Breguet. Un objet rare et fascinant qu’il n’a depuis jamais oublié.
«L’idée d’une horloge-mère qui contrôle l’exactitude d’une horloge-fille, si l’on peut dire, est totalement passée dans nos moeurs sans même qu’on n’y pense plus: nos téléphones portables, par exemple, affichent l’heure transmise par une horloge-mère, de même les montres connectées ou radio-contrôlées. Mais depuis longtemps, on avait oublié toute transmission mécanique de ce type, d’une horloge-mère sur une montre totalement mécanique», explique Félix Baumgartner.
Option atomique
Recréer une pendule sympathique? Oui,mais Urwerk, connue pour son horlogerie mécanique d’avant-garde et ses expérimentations tant formelles que techniques, explorant notamment l’hybridation (on se souvient par exemple de son modèle EMC, pour Electro-Mechanical Control, offrant via un bouton-pressoir une mesure électronique ultra-précise de la bonne marche de son mouvement par ailleurs totalement mécanique) ne pouvait pas se «contenter» de reproduire ce que Breguet avait inventé quelque 220 ans plus tôt. L’option un peu folle prise alors par le duo créatif d’Urwerk a été de se tourner vers l’horloge-mère la plus précise de toutes: une horloge atomique.
«Maman» est ainsi devenue une horloge atomique de très très haute précision qui accueille dans son «berceau» une montre-bracelet intégralement mécanique développée à cette occasion qui, via une liaison mécanique très complexe, est remontée, mise à l’heure et réglée.
Pesant près de 25 kilos, l’horloge atomique d’Urwerk, spécialement conçue en vue de ce projet, est de type double oscillateur à ions YIG (pour Yttrium Iron Garnet) et rubidium. Elle a été conçue pour fonctionner à n’importe quel voltage et peut ainsi être en service dans le monde entier. Le rubidium est radioactif mais aucune peur: son taux de radiation est extrêmement faible (une simple feuille de papier peut en bloquer l’émission). Sa précision est de l’ordre d’une seconde pour 317 ans.
La montre elle-même a bien entendu été conçue spécifiquement pour ce projet AMC. Elle interagit avec son horloge-mère sur trois paramètres: le réglage de sa fréquence - tâche la plus complexe -, la synchronisation de la minute et de la seconde et le remontage de ses deux barillets (4 jours de réserve de marche).
Régulation
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- Système de régulation
Comme dans la Sympathique de Breguet, le mécanisme permettant l’ajustement du rythme d’oscillation du balancier est intégré à la montre elle-même. Il est déclenché par une tige qui pénètre dans la montre et, comme l’explique Urwerk, «fait pression sur le pied d’un levier à l’aide d’une paire de palpeurs pivotant sur un axe commun à l’extrémité opposée du levier. Les palpeurs de l’étrier se referment sur une came en demi-lune qui tourne sur l’axe de l’aiguille des secondes.
Si l’heure de la pendule atomique et celle de la montre sont exactement synchronisées, les palpeurs de l’étrier se referment simultanément sur les extrémités extérieures de la came. En revanche, si l’heure n’est pas exactement synchronisée, l’un des palpeurs tombera plus loin que l’autre, ce qui aura pour effet de faire tourner la came. En raison de la forme particulière de celle-ci, un seul des deux palpeurs se déplacera. »
Mais l’opération ne s’arrête pas là. Pour ceux qui sont férus de technique, voici ce qui se passe ensuite: «Chaque palpeur comporte sur son pivot central une dent engrenant une roue dentée dotée d’un spiral coupé et pouvant tourner dans le sens de la rotation des aiguilles ou en sens inverse. La goupille située à l’extrémité de l’ancre de la raquette pénètre dans le spiral coupé. Lorsque le spiral tourne, la goupille déplace l’ancre de la raquette de manière à accélérer ou à ralentir la marche de la montre. La roue à spiral coupé est maintenue contre les dents par un ressort-sautoir. Chacune d’entre elles représente un ajustement de plus ou moins 2 secondes par jour.»
Synchronisation
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- Système de synchronisation
Le mécanisme qui permet la synchronisation des secondes et minutes est, quant à lui, semblable à celui qui permet la remise à zéro d’un chronographe. Cette mise à l’heure est activée par un poussoir déclenché à une heure précise par l’horloge atomique.
A nouveau, petite explication technique: «le poussoir déplace un système à deux ancres, dont la seconde est dotée de marteaux qui tombent sur des cames en forme de cœur. Il convient de noter que le cœur des secondes est situé sur la roue des secondes du mouvement, alors qu’une roue intermédiaire transmet à l’aiguille des minutes la rotation du cœur des minutes. Comme dans un chronographe traditionnel, les cœurs tournent sous la pression des marteaux jusqu’à ce qu’ils s’immobilisent avec les faces des marteaux au point le plus bas des cames, correspondant à la position zéro pour la roue des secondes et l’aiguille des minutes. La montre est désormais synchronisée avec la pendule.»
Quant au remontage, c’est le système le plus simple de cet ensemble hyper-complexe: une tige de commande agit sur la couronne et la remonte dès que la montre est placée dans le berceau de «maman».
Une pièce de musée
Cette exceptionnelle réalisation a demandé des années de recherche et de conception. A quoi bon, avons-nous demandé à Félix Baumgartner, sachant que cette précision atomique n’est pas même perceptible à l’échelle humaine?
«C’est une pièce qui a avant tout sa place dans un musée», avoue Félix, «et c’est ainsi que nous la présenterons. Mais c’est un ensemble - atomique et mécanique - unique dans l’histoire de la mesure du temps. D’un côté nous avons une technique mécanique dont les bases remontent au XVIIe siècle, et de l’autre nous avons une technologie qui est à la pointe de la modernité.
En mariant électronique, technologie atomique et fonctionnement mécanique, nous fusionnons deux approches historiquement séparées de la mesure du temps, nous célébrons la fascination exercée par cette dimension essentielle mais toujours mystérieuse de nos existences. Et en même temps, nous proposons un objet unique, à la fois à la pointe de la modernité scientifique et héritier de l’ancestrale mécanique.»
Sans compter qu’avec cette réalisation hors pair, Urwerk ouvre une porte sur un futur encore inconnu.
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- Martin Frei et Félix Baumgartner