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Aux origines de la vaccination
La pandémie de coronavirus met en évidence l’importance capitale des vaccins, dont l’origine remonte à quelque 600 ans. En Suisse, près de deux millions de personnes sont à ce jour complètement vaccinées contre le Covid-19.
Nous sommes le 1er avril 1717. A Constantinople (aujourd’hui Istanbul, Turquie), Lady Mary Wortley Montagu (1689–1762) écrit une lettre à une amie dans sa Grande-Bretagne natale. Ni elle ni la destinataire n’avaient alors la moindre idée que son contenu allait entrer dans l’histoire médicale. Lady Mary, dont le mari Sir Edward Wortley Montagu (1678–1761) officie en tant qu’ambassadeur britannique à la cour ottomane, est écrivaine. Elle sera plus tard célèbre pour ses Turkish Embassy Letters.
Dans les lignes adressées à son amie, Lady Mary parle de la lutte contre la variole. La noble femme est très sensible à ce sujet, ayant perdu son seul frère de cette maladie quatre ans plus tôt, à l’âge de 20 ans. En décembre 1715, elle tomba elle-même malade, mais survécut. Dans sa lettre, Lady Mary décrit les inoculations de variole effectuées par les médecins ottomans. Ceux-ci extraient la sécrétion des pustules des personnes atteintes de la maladie et l’appliquent ensuite sur de petites blessures chez des personnes en bonne santé.
Grâce à cette procédure, les individus traités contractent une forme atténuée de la variole et développent ensuite une immunité. Lady Mary est si fascinée par cette méthode qu’elle la fait connaître à son retour en Grande-Bretagne. En 1721, lorsqu’une épidémie de variole éclate, elle persuade même le roi George Ier (1660–1727) de faire vacciner ses petits-enfants. Lady Mary a, quant à elle, fait vacciner son fils et sa fille depuis très longtemps.
Professeur Hubert Steinke
«Le vaccin le plus ancien est en effet celui contre la variole», explique Hubert Steinke (54 ans), professeur et directeur de l’Institut d’histoire de la médecine à l’Université de Berne. «Cependant, la vaccination était déjà pratiquée en Chine au XVe siècle, où l’on soufflait du pus séché infecté de variole dans le nez des gens. Sous une forme modifiée, en insérant la matière dans la peau éraflée, la vaccination était déjà en partie utilisée dans les pays arabes au XVIIe siècle.» Cette technique est arrivée en Europe grâce à Lady Mary Wortley Montagu et s’y est lentement répandue au cours du XVIIIe siècle. En Suisse, on vaccine depuis 1750.
Nous devons une étape importante de l’histoire de la vaccination au médecin de campagne britannique Edward Jenner (1749–1823). En effet, il a observé que les personnes qui avaient auparavant contracté la variole bovine, bien moins grave, ne contractaient plus la variole. Le 14 mai 1796, il inocule à James Phipps (8 ans) la sécrétion pustuleuse d’une femme qui avait contracté la variole bovine. Lorsque le virus de la variole humaine lui fut administré six semaines plus tard, le garçon était immunisé. Le docteur Jenner nomma sa procédure «vaccination», terme dérivé du mot latin vacca, ou vache.
La course à de nouveaux vaccins
«On ne doit donc pas le premier vaccin important à une recherche médicale sophistiquée, mais à l’expérience du quotidien», explique Hubert Steinke. La situation est tout autre pour un autre jalon dans l’histoire de la vaccination, à savoir le vaccin contre la polio. «Des années de recherche en laboratoire ont été nécessaires au développement d’un vaccin contre la polio.» En 1955, le vaccin développé par l’Américain Jonas Salk (1914–1995) a finalement été approuvé. Alors que l’on dénombrait encore 1628 cas de polio en Suisse en 1954, il ne restait qu’une poignée de malades dans les années 1960 grâce au vaccin. La polio est considérée comme éradiquée en Suisse depuis 1982, et la variole depuis 1963 déjà.
Outre le sérum anti-polio, des vaccins contre plusieurs autres maladies dangereuses ont été mis au point au cours des 140 dernières années. Ce domaine a fait connaître de nombreux chercheurs légendaires, dont Louis Pasteur (1822–1895), Emil von Behring (1854–1917), Paul Ehrlich (1854–1915), Albert Sabin (1906–1993), Jonas Salk (1914–1995) ou encore Maurice Hilleman (1919–2005). «Bien sûr, ces scientifiques ont joué un rôle central dans le développement des vaccins, mais ils ne représentent que la partie visible de toute une armée de chercheurs», poursuit l’historien de la médecine. «Et rien n’aurait été possible sans les volontaires qui acceptaient de tester des vaccins encore non éprouvés.La volonté du public et du monde politique d’investir des sommes toujours plus importantes dans la recherche s’est également avérée déterminante. Ainsi, les héros c’est la société dans son ensemble qui a fournit un effort significatif.»
Parfois, la recherche donne aussi naissance à des histoires touchantes. Comme celle du vaccin contre les oreillons, que Maurice Hilleman a produit en utilisant des virus «récoltés» en 1963 à partir d’un frottis de gorge sur sa fille malade Jeryl Lynn, âgée de 5 ans. En 1966, sa fille cadette Kirsten Jeanne (1 an) fut vaccinée avec le sérum sur le point d’être autorisé.
Des souris et des hommes
La Suisse a beau être un centre de recherche de niveau mondial, la contribution la plus importante de notre pays à l’histoire de la vaccination n’a pas été apportée par l’humain, mais par la souris. «En 1926, une scientifique américaine a emmené neuf souris d’un laboratoire de Lausanne dans son pays d’origine. Dans ses recherches ultérieures, elle a nommé ces rongeurs souris suisses. Ce sont les ancêtres de millions de souris qui sont utilisées aujourd’hui encore sous le nom de souris albinos suisses pour la recherche sur les vaccins, ainsi que sur les tumeurs et autres maladies, continue Hubert Steinke. A l’origine, toutefois, les souris de Lausanne venaient de l’Institut Pasteur de Paris.»
Le seul célèbre chercheur en vaccination ayant des racines suisses est Max Theiler (1899–1972), dont le vaccin contre la fièvre jaune a été lancé en 1937. Cependant, il ne passa que peu de temps en Suisse. Citoyen sud-africain, il vécut longtemps aux Etats-Unis et travailla tout de même avec des descendants des souris suisses. Les vraies héroïnes de l’histoire de la vaccination suisse sont donc des souris.
Le côté sombre de la recherche
Malheureusement, le développement des vaccins n’est pas uniquement fait de sagas héroïques, mais aussi d’histoires tragiques. «La première catastrophe se produisit en 1930 dans la ville allemande de Lübeck, lorsqu’en raison d’un mépris total des normes d’hygiène, le vaccin contre la tuberculose fut contaminé par des agents pathogènes actifs, raconte le professeur. La plupart des 256 nouveau-nés ayant reçu le vaccin contractèrent la tuberculose, et 77 en moururent.»
La deuxième tragédie a lieu en 1955 aux laboratoires Cutter à Berkeley, en Californie. En raison d’un processus de fabrication insuffisamment sophistiqué et contrôlé, 120000 doses du vaccin contre la polio continrent des virus vivants: 200 enfants développèrent une paralysie permanente et dix décédèrent. Et Hubert Steinke de souligner: «Ce drame a conduit à un renforcement des contrôles. Depuis lors, on ne déplore plus aucune catastrophe majeure. De nos jours, la production de vaccins doit répondre à des exigences de sécurité extrêmement strictes.»
Cette réalité devrait couper l’herbe sous le pied des sceptiques envers la vaccination. «Les critiques s’appuient sur des experts ou des études qui ne sont pas reconnus par la grande majorité des scientifiques», explique le professeur. Et d’ajouter: «La critique provient également du fait que notre société veut une sécurité maximale et une absence totale de risque. La médecine, cependant, n’est pas comparable aux mathématiques. Une sécurité à 100% sans aucun effet secondaire n’existe pas, même si les vaccins sont aujourd’hui extrêmement sûrs.»
Une année historique
Quelle place le coronavirus Sars-Cov-2 et la maladie Covid-19 qu’il entraîne occuperont-ils un jour dans l’histoire de la médecine? «Avec le sida, le Covid-19 constituera probablement le meilleur exemple du retour des épidémies dans le monde globalisé», estime Hubert Steinke. Pendant longtemps, dit-il, les habitants du monde occidental ont vécu avec l’idée qu’ils maîtrisaient les maladies infectieuses. Les virus du sida et du Covid-19 ont cependant montré qu’elles représentaient toujours un grave danger. «La mondialisation augmente le risque de propagation rapide des virus. Mais elle entraîne en même temps une concurrence internationale et donc une accélération de la recherche et de la lutte contre les épidémies.»
La pandémie de coronavirus en est une illustration frappante. Début 2020, le monde n’a toujours pas la moindre idée de la catastrophe à venir et à la fin de la même année, les premiers vaccins sont déjà disponibles. «Nous avons peut-être aussi eu un peu de chance; la production de ce vaccin est en effet plus aisée que pour d’autres maladies infectieuses», déclare le professeur. Mais surtout, ce rythme record est devenu possible parce que jamais auparavant autant de scientifiques dans autant de pays n’avaient effectué de recherches sur une maladie infectieuse au même moment, avec de tels moyens financiers et de temps à disposition. L’année 2020 entrera également dans l’histoire de la médecine pour cette raison.
Une année marquante également pour Margaret Keenan, de Coventry (Royaume-Uni): le 8 décembre 2020, une semaine avant son 91e anniversaire, la Britannique encore alerte devient la première personne au monde à recevoir un vaccin homologué contre le coronavirus. Une petite piqûre pour elle, un grand pas pour l’humanité.
Les grandes étapes dans l’histoire des vaccins
1717
Lady Mary Wortley Montagu observe la pratique de la variolisation.
1796
Vaccin contre la variole bovine (Edward Jenner)
1885
Vaccin contre la rage (Louis Pasteur)
1885
Vaccin contre le choléra
1890
Vaccin contre le tétanos (Emil von Behring)
1894
Vaccin contre la diphtérie (Emil von Behring/ Paul Ehrlich)
1896
Vaccin contre le typhus
1971
Vaccination ROR (rougeole, oreillons, rubéole) (Maurice Hilleman)
1969
Vaccin contre la rubéole (Maurice Hilleman)
1967
Vaccin contre les oreillons (Maurice Hilleman)
1963
Vaccin contre la rougeole (Maurice Hilleman)
1960
Vaccination orale contre la polio (Albert Sabin)
1955
Vaccin contre la polio
1937
Vaccin contre la fièvre jaune (Max Theiler)
1912–1914
Premiers vaccins contre la coqueluche
1973
Vaccin contre la méningo-encéphalite à tiques
1974
Vaccin contre la méningite à méningocoques (Maurice Hilleman)
1981
Vaccin contre l’hépatite B (Maurice Hilleman)
1985
Vaccin contre haemophilus influenzae de type B (Hib)
1995
Vaccin contre l’hépatite A et la varicelle (Maurice Hilleman)
2006
Vaccin contre le papillomavirus humain (HPV)
2020
Premiers vaccins contre le Covid-19 (notamment Ugur Sahin et Özlem Türeci, BioNtech/Pfizer)
Voir l'infographie:Télécharger PDF
Se faire vacciner dans les pharmacies Coop Vitality
Coop soutient la campagne de vaccination
Le vaccin contre le Covid-19 est facultatif, mais recommandé par la Confédération pour se protéger d’une infection. Coop soutient en ce sens la campagne de vaccination. Les collaborateurs qui souhaitent se faire vacciner peuvent le faire sur leur temps de travail.
Un grand nombre de pharmacies Coop Vitality proposent la vaccination contre le Covid-19. D’autres types de vaccins, par exemple contre le virus FSME (méningo- encéphalite à tiques), le tétanos, l’hépatite A et B, ou encore le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) sont également possibles. Vous obtiendrez des informations sur la vaccination et l’inscription sur le site dédié de votre canton de résidence, ainsi que sur les sites web de la Confédération. Pour connaître les vaccins proposés par votre pharmacie Coop Vitality: www.coopvitality.ch/fr/storepickup
Plus d’infos sur: www.vaccinationenpharmacie.ch
Comment ça marche?
Tous les vaccins ne fonctionnent pas de la même façon et tous les agents pathogènes n’ont pas les mêmes propriétés. Le «plan de bataille» dépend donc de l’agent pathogène.
Vaccins vivants
Ils contiennent des agents pathogènes vivants qui peuvent encore se multiplier, mais dont le pouvoir infectieux a été largement atténué.
Exemples: les vaccins contre les oreillons, la rougeole et la rubéole (ROR)
Vaccins inactivés
Ils contiennent des agents pathogènes morts ne pouvant plus se reproduire. Cette catégorie comprend également les vaccins contenant des composants ou des molécules individuelles d’agents pathogènes.
Exemples: vaccins contre l’hépatite A, la grippe, le FSME (méningo-encéphalite du début de l’été, un type de méningite)
Vaccins à vecteur
Ils sont composés d’agents pathogènes, ou vecteurs, inoffensifs pour l’homme, qui portent une ou plusieurs molécules (antigènes) de l’agent pathogène. Ces vecteurs ont pour objectif de confronter le système immunitaire du corps humain à l’antigène de l’agent pathogène, afin de provoquer une bonne réponse immunitaire.
Exemples: vaccin contre le virus Ebola, ainsi que divers vaccins contre le Covid-19 (par ex. celui d’IDT Biologika ou de AstraZeneca)
Vaccins à acide ribonucléique (ARN)
Aucun agent pathogène ou composant (antigène) de celui-ci n’est administré. Avec ces vaccins, les cellules du tissu musculaire sont pour ainsi dire chargées de produire des antigènes au moyen d’un ARNm (ARN messager). Une fois que les cellules ont produit ces antigènes, le système immunitaire humain y réagit et déclenche une réponse immunitaire.
Exemples: vaccins contre la rage ou le Covid-19 (BioNTech/Pfizer, Moderna, CureVac)
Immunisation active
(préventif)
1. Le vaccin contient des agents pathogènes tués ou affaiblis qui ne peuvent plus provoquer des maladies graves. Ces vaccins sont administrés à titre préventif. Le but est une protection de longue durée contre une maladie spécifique.
2. Dans notre organisme se déroule alors un processus similaire à celui provoqué par une vraie infection: il produit des anticorps protecteurs spécifiques qui se mettent en état d’alerte. Si le germe en question pénètre à nouveau dans le corps, il est reconnu comme un intrus et neutralisé.
3. Pour une protection complète, il est souvent nécessaire d’effectuer plusieurs vaccinations à intervalles réguliers. Ces vaccinations de rappel ont pour objectif de rappeler au système immunitaire la présence d’agents pathogènes et d’immuniser la personne concernée contre ces derniers.
Immunisation passive
(après une infection)
1. Le sérum contient des concentrés d’anticorps. Ceux-ci proviennent généralement de personnes qui sont, par exemple, immunisées contre une maladie spécifique grâce à une vaccination.
2. Le sérum est utilisé lorsqu’un individu a été récemment en contact avec un agent pathogène et qu’il n’existe aucune protection contre cette maladie.
3. Les immunisations passives sont par exemple nécessaires suite à une morsure par un animal enragé ou après une blessure (vaccination contre le tétanos). La vaccination passive offre une protection immédiate, mais son effet ne dure que trois mois environ.