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07/05/2013
Idéale épouse
On se pose souvent des questions sur ce que doit être un couple et ce qu’on attend de l’autre. On parle de beauté, d’intelligence, - on parle moins de probité, d’honnêteté, mais tout le monde l’attend et l’espère aussi.
La Bible, dans une de ses parties attribuées à Salomon (je ne sais plus si c’est les Proverbes ou la Sagesse), a déclaré: pour l’homme, rien n’est plus précieux que la beauté, mais la moralité d’une épouse est nécessaire, sa sagesse, profondément souhaitable. Le Kâma Sûtra va dans le même sens: ce qui est à l’origine de l’amour et du mariage, c’est la pulsion égoïste, dit Vâtsyâyâna - le désir de posséder la beauté, sur le mode d’Éros. Qui peut le nier? Mais la vertu est regardée comme indispensable, et les femmes instruites sont louées.
Dans les comédies de Corneille, le désir est soumis à la nécessité de la vertu. Le terme est vague et entretient la confusion entre la moralité et l’intelligence. La France traditionnelle et catholique avait ce trait!
Au sein de l’Occident moderne, on affecte d’attendre d’une femme qu’elle soit d’abord intelligente; mais Michel Houellebecq a marqué son mépris pour cette orientation, évoquant avec nostalgie le temps où elles pratiquaient la vertu au sens moral, l’estimant indispensable à l’existence de l’amour.
Cependant, la préférence entre les trois choses que l’antiquité regarde comme nécessaires dépend aussi des tempéraments. L’homme plein de chaleur corporelle, essentiellement tourné vers ses sens, s’occupe d’abord de la beauté: il cherche essentiellement le plaisir. L’intellectuel est souvent attiré par des femmes âgées, instruites, avec lesquelles il puisse échanger agréablement. Le cœur religieux cherche la soumission aux préceptes moraux ordinaires. Or, contrairement à ce qu’on croit, il n’y a pas forcément de hiérarchie à établir entre ces trois aspects de la chose. Il n’est pas vrai qu’une habitude nationale, ou ce qu’énoncent les élites, puisse faire particulièrement autorité, à cet égard comme à tous! Chacun doit pouvoir suivre sa pente propre.
Au reste, il est de bon ton, dans un pays comme la France, de médire du point de vue moral, ou religieux, mais qui n’attend de l’autre au moins fidélité, loyauté, sincérité? Il n’est pas vrai qu’on doive se partager entre Sénèque et Épicure, entre la philosophie désincarnée et les voluptés charnelles: la dimension éthique existe aussi de façon légitime, elle fait même le pont entre les deux précédentes. De fait, la véritable morale lie la beauté plastique et l’intelligence: elle est belle intellectuellement, et intelligente corporellement. Elle sublime les plaisirs par la confiance et fait germer la sagesse par les douces conversations qu’elle permet. Elle seule est réellement évolutive, la beauté et l’intelligence donnée par la naissance et l’éducation cessant de croître à partir d’un certain âge: si on veut les maintenir, ou les renouveler, le perfectionnement de l’âme est nécessaire.
On pourrait, lorsqu’on s’interroge sur les personnes de l’autre sexe, se demander de quel point de vue elle est développée: la beauté, la vertu, l’intelligence? On s’aperçoit qu’un des trois aspects prévaut toujours. C’est ce qui a pu faire croire que les blondes étaient bêtes, les vertueuses laides, et ainsi de suite; ainsi apprend-on à mépriser injustement ce qui est une qualité en soi. On le fait aussi par jalousie, peut-être! En réalité, les qualités qu’on n’a pas sont l’occasion d’essayer de les acquérir.
En profondeur, si on veut étudier l’être humain, on peut saisir que ces trois aspects se recoupent avec ceux de l’humanité en général: le corps, l’âme, l’esprit. Rudolf Steiner affirme qu’à l’origine, les êtres humains étaient séparés en trois parties bien distinctes, et que leur aspect physique en dépendait. Car ces traits ne sont pas sans rapport avec les différentes parties du corps. L’intelligence est surtout dans la tête, le sentiment moral surtout dans la poitrine, la force surtout dans les membres (ce qui apparaît à l’extérieur). Aujourd’hui, c’est très mêlé, mais les tendances restent: elles peuvent se voir. D’emblée, donc, au-delà de la beauté, se trouve sans doute expliquée l’idée de complémentarité, au sein d’un couple.