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Un seul objet fédéral est à l'ordre du jour de la votation du 10 février : l'initiative des Jeunes Verts "stoppons le mitage - pour un développement durable du milieu bâti", soutenue par la gauche et l'Alliance gouvenementale (WWF, Pro Natura, Greepeace, ATE), combattue par la droite, le Conseil fédéral, les milieux immobiliers et touristiques et le patronat. Tout est dans le titre de l'initiative, : contre le "mitage", pour le "développement durable". L'initiative, déposée en 2016, prévoit de geler la surface totale des zones à bâtir : toute nouvelle zone devrait être compensée par le déclassement d'une zone existante. En dehors des zones à bâtir, on ne pourrait construire que des bâtiments et des installations figurant sur une liste restrictive (des constructions agricoles justifiées par les nécessités de l'exploitation, ou des réservoirs d'eau, par exemple). Les surfaces construites devraient être mieux utilisées qu'actuellement, l'urbanisation devrait être concentrée à l'intérieur du milieu bâti et les formes de travail et d'habitat durables devraient être encouragées. L'initiative a certes quelques défauts (elle est notamment trop centralisatrice), mais on la soutiendra sans états d'âme. D'ailleurs, sommes-nous certains d'avoir une âme ? Nous sommes certains en tout cas d'avoir un environnement, urbain ou non, et le droit de le préserver...
"Le sol est une ressource non renouvelable, il doit donc être ménagé"
Comme le dit, en enfonçant une porte ouverte, la brochure officielle de la votation, rédigée par les zautorités fédérales qui combattent l'initiative, "le sol est une ressource non renouvelable, il doit donc être ménagé". Et même protégé : son bétonnage au-delà des besoins est un gaspillage. Chaque jour, près d'un mètre carré de territoire est construit en Suisse : c'est l'équivalent de la surface d'un espace vert comme le parc genevois des Bastions qui disparaît, en étant bâtie ou seulement bétonnée et imperméabilisée (pour des parkings en surface, par exemple). En 2013, les Suisses acceptaient une révision de la loi sur l'aménagement du territoire, imposant notamment que les zones à bâtir n'excèdent pas les surfaces nécessaires pour couvrir les besoins prévisibles sur quinze ans. Entre 2012 et 2017, la population de la Suisse est passée de 7,4 à 8 millions d'habitants, la surface à bâtir par habitant a reculé de 309 à 291 m2 mais il y a actuellement en Suisse 300 à 400 kilomètres carrés de zones à bâtir disponibles : elles représentent entre deux fois et deux fois et demie la surface totale de la République (et canton) de Genève et permettraient, en étant intelligemment (et le plus écologiquement possible) construites, comme le demande l'initiative des Jeunes Verts, de loger un million et demi d'habitants supplémentaires. L'argument de la pression démographique ne tient donc pas : on n'a pas besoin de déclasser des zones agricoles pour loger la population, on n'a besoin que d'utiliser rationnellement les zones à bâtir existantes. La croissance démographique, liée à la croissance économique, multipliée par les choix de vie (il y a de moins en moins d'habitants par logements, on gaspille de plus en plus d'espace pour stocker des automobiles...) implique une croissance des besoins en logements et en infrastructures -mais pas forcément une croissance de l'espace utilisé pour ces logements nouveaux et ces infrastructures nouvelles. D'autant qu'elle implique aussi, pour une population augmentée, le maintien d'espaces non bâtis pour cette population, et de zones agricoles pour la nourrir. Et si possible la mieux nourrir, avec des productions plus proches du consommateur suisse.
Près des trois quarts de la population résidente permanente de la Suisse (74%, soit 5'997’800 personnes) vivent déjà en zone urbaine. Le cap du million de personnes vivant dans les cinq "grandes" villes (celles de plus de 100'000 habitants) que sont Zurich, Genève, Bâle, Lausanne et Berne est franchi : un habitant sur huit y vit, soit 1'005’400 au total. Toutefois, les jeunes ménages avec enfants (ou attendant de l'être) se déplacent en grand nombre du centre des villes vers leur périphérie. En Suisse romande, outre les districts fribourgeois de la Glâne et de la Veveyse, les Broye vaudoise et fribourgeois, le Val-de-Ruz neuchâtelois et le Gros-de-Vaud, ce sont le district de Nyon et la rive-droite genevoise qui accueillent le plus de ces nouvelles familles. Il y a moins d'enfants dans les centres urbains que dans leur périphérie, et cette déperdition s'accentue entre leur naissance et leur entrée à l'école : pour 100 enfants d'âge préscolaire, Genève et Lausanne comptent 85 enfants d'âge scolaire-mais la Glâne et la Veveyse en compte 110. Il y a 56 enfants d'âge scolaire pour 100 enfants d'âge préscolaire au centre de Lausanne, mais 184 à Denges, à deux pas... La première cause de cet exode des "jeunes familles" est évidemment la rareté et la cherté du logement dans les villes-centres, et sa première conséquence est la multiplication des déplacements entre le lieu d'habitat et le lieu de travail, les habitants d'une périphérie n'y travaillant le plus souvent pas. Construire la ville en ville, comme le demande l'initiative, c'est-à-dire construire les logements (et les infrastructures qui y sont liées) dans les zones urbaines déjà construites, c'est éviter que les lieux d'habitation (hors des villes) et les lieux de travail et de loisirs (dans les villes) soient de plus éloignés les uns des autres, avec ce que cela implique de déplacements -et donc de trafic supplémentaire.
Enfin, il y a ceci, qui devrait être une évidence, et qui est une réponse aux partis, aux organisations, au Conseil fédéral qui, combattant l'initiative, lui attribuent une force dévastatrice de l'économie, de la croissance, du développement, de l'emploi (et on en passe) : à l''origine du "mitage du territoire", il y a précisément un développement économique non maîtrisé. Une initiative comme celle des "Jeunes Verts" contribue à une mise en cause salutaire de ce type de développement. Rien que pour cela, elle se justifierait. Ses opposants la qualifient de "superflue", de "nuisible", d'"extrême" ? C'est le bétonnage du territoire encore préservé, une bonne partie de ce qu'on y construit et la célébration de la croissance mesurée en surfaces de parkings, de centres commerciaux et d'autoroute qui sont "superflus, extrêmes et nuisibles".