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Durant son mandat, le président de la BCE Mario Draghi a déjà racheté pour plus de 4’500 milliards de titres de dette.
La semaine dernière, la Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé une réduction de moitié du programme de rachat d’actifs à 15 milliards d’euros par mois. Ce programme de rachat de différents types d’actifs a été lancé en octobre 2014. Dans un premier temps, il ne concernait pas les obligations publiques, qui n’y ont été incluses qu’à partir de janvier 2015. Une prolongation de cet «assouplissement quantitatif» était devenue intenable politiquement. Le programme ne suscite plus aucune adhésion dans les pays «du nord» de la zone euro. Car pourquoi lutter contre une crise de la dette en créant encore plus de dettes?
Les dettes continuent d’ailleurs à grossir à un rythme soutenu. Aujourd’hui, l’endettement mondial (en incluant les ménages, les entreprises et les États) atteint près de 165’000 milliards de dollars. À la veille de la crise, il ne dépassait pas 116’000 milliards de dollars.
Durant son mandat, le président de la BCE Mario Draghi a déjà racheté pour plus de 4’500 milliards de titres de dette. Sa philosophie est aisée à résumer: l’argent ne doit pas être cher. Son raisonnement: si les entreprises, les ménages et les États peuvent emprunter à des conditions favorables, ils vont dépenser plus facilement, ce qui apportera l’oxygène nécessaire à l’économie.
Mario Draghi – et qui était encore vice-président de la division européenne de Goldman Sachs de 2002 à 2005 – s’inscrit ainsi dans le sillage d’Alan Greenspan. En qualité de président de la Réserve fédérale (Fed), Greenspan a mené une politique de taux carrément laxiste de 1987 à 2006.Du début de sa carrière avec le krach de 1987 en passant par la crise des Savings & Loans, l’implosion du fonds spéculatif LTCM, la réaction au 11 septembre et la politique monétaire active qui a gonflé une bulle immobilière pour compenser l’éclatement de la bulle technologique de 2001, Greenspan n’a jamais voulu faire de prévention financière.Il peut ainsi (avec son successeur Ben Bernanke) être considéré comme le père de la crise financière de 2008. Mario Draghi souffre du même défaut. Lui aussi intervient, apaise et flatte les marchés financiers depuis son entrée en fonction en novembre 2011.
La conséquence de la politique de Draghi ? Elle pousse les banques à prendre des risques malsains. La BCE a inondé le marché de liquidités. Avec les taux zéro instaurés par Mario Draghi, la «recherche de rendement» s’est transformée en hstérie. Quand elles parquent leurs liquidités auprès de la banque centrale, les banques doivent de facto payer un taux punitif. Draghi a en effet instauré – pour la première fois dans l’histoire de la BCE – des taux directeurs négatifs.
Certaines banques jouent dès lors pleinement la carte des crédits à conditions plancher, qui, au moins, rapportent encore «quelque chose». À long terme, c’est naturellement dangereux. Dans sa volonté d’éviter des problèmes de liquidité au sein des banques, Draghi les pousse dans la mauvaise direction. Econopolis croit davantage en des solutions durables.
Mario Draghi ne voit aucun salut dans une éventuelle hausse des taux. Quand la question lui a été posée la semaine dernière en conférence de presse, il a répondu laconiquement: «Nous n’en avons pas discuté. Et nous n’avons même pas discuté de quand nous en discuterons.»
C’est très regrettable, car une fois que la hausse de taux s’imposera, nous serons inévitablement confrontés à un problème: le gouffre qui sépare les conceptions économico-politiques de l’Europe du Nord et de l’Europe du Sud. La politique de taux bas a créé un climat favorable pour les pays du Sud afin qu’ils puissent procéder à des réformes structurelles, comme la réduction de leur dette publique. Mais ils n’en ont guère profité. Au contraire… Alors que le nord de l’Europe aspire à une hausse des taux, les pays du sud ont toujours besoin de taux bas pour pouvoir supporter leurs charges d’intérêt. La zone euro a encore beaucoup de pain sur la planche…
La semaine dernière, le Kenyan Eliud Kipchoge a battu le record du monde de marathon. Son surnom est «le philosophe». Il a notamment déclaré: «Le meilleur moment pour planter un arbre, c’était il y a 25 ans. Le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui.» Une déclaration que le successeur de Mario Draghi à la tête de la BCE en 2019 devrait punaiser sur les murs de son bureau…