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Lorsque Top Gun: Maverick fit son score mirobolant dépassant le milliard de dollars de recettes lors de sa sortie en 2022, Steven Spielberg a tenu lui-même à féliciter Tom Cruise lors de la cérémonie des Oscars en lui disant les mains posées sur ses épaules: «You saved Hollwood's ass!». C'est un fait, depuis le Covid-19 et la suprématie des plateformes de streaming, l'exploitation des salles est en souffrance (Indiana Jones est un flop) et seuls quelques films arrivent miraculeusement à remplir les salles. Cette année, Super Mario Bros. le film sera l'unique métrage à rejoindre le podium des films milliardaires où l'on retrouve les suites de Top Gun et Avatar.
Tom Cruise aime le cinéma, celui qui est projeté sur une toile et qui se regarde avec un seau de pop-corn. L'acteur a d'ailleurs multiplié les apparitions en ligne, assis sur une aile d'avion, dans un cockpit ou tout simplement en chute libre avec une phrase toute simple: «See you at the movies!». Une invitation au divertissement par l'une des dernières superstars d'Hollywood, dont le nom peut se permettre de prendre autant de place que le titre d'une franchise, qu'il porte à bout de bras, et dans laquelle il sait absolument tout faire: acteur, producteur et cascadeur.
En dernier vestige d'un cinéma dit «à l'ancienne», où le fond vert et les effets numériques ne constituent pas une solution de facilité, Tom Cruise, 61 ans, montre ce qu'il en a encore dans le ventre même après plus de 27 ans à squatter les salles de cinéma avec Mission: Impossible. Débutée en 1996 avec le film de Brian De Palma (Scarface), la saga a évolué avec le temps, passant d'abord par des visions qui se démarquaient en raison de la diversité des cinéastes à sa tête - notamment pour ses trois premiers volets - avant de se standardiser pour les films suivants. Un succès immense permettant à Tom Cruise, producteur sur la licence, de générer plus de 3,5 milliards de dollars à travers les six films déjà sortis.
Après avoir démantelé des menaces bactériologiques ou nucléaires et lutté contre diverses organisations terroristes et Etats voyous, Ethan Hunt et son équipe de la FMI (Force Mission Impossible) seront cette fois opposés à une force invisible appelée l'Entité. Un choix d'antagoniste particulier puisqu'il s'agit ni plus ni moins d'une intelligence artificielle superpuissante douée de «sentience», que les divers états du monde espèrent contrôler.
En prenant le parti pris d'un ennemi désincarné, le film a la malice de résonner avec son époque où la technologie, par la puissance de Big Data, peut-être capable du pire, en jouant avec le «deep fake» et la manipulation de l'information. A l'heure des algorithmes et des franchises recyclées, ce choix scénaristique semble être une métaphore d'un Tom Cruise érigé comme dernier rempart face au système des studios hollywoodiens, où lui seul est capable de sortir les films qu'il produit selon ses exigences. Un contraste avec le blockbuster (et le cinéma en général) qui évolue inexorablement vers un mode de fonctionnement ne prenant plus aucun risque.
Malgré sa classique formule de film globe-trotter naviguant entre entre Abou Dhabi, l’Italie et la Norvège, le long-métrage ne laisse aucun répit à ses personnages, constamment dépassés par cette intelligence artificielle capable d'anticiper les possibles embranchements de chaque scénario. Le film déconstruit ainsi les codes du film d'espionnage contemporain, où chaque plan se retrouve mis à mal par cette entité capable de tout prévoir, obligeant notre équipe à délaisser la technologie pour se la jouer à l'ancienne.
Au casting, il est bon de rappeler que Mission: Impossible, c'est avant tout un travail d'équipe. On retrouve ainsi les infatigables Ving Rhames et Simon Pegg, ainsi qu'une Rebecca Ferguson malheureusement en retrait. Nouvelle venue dans l'équipe, l'actrice britannico-américaine Haley Atwell, dans le rôle de Grace, une voleuse professionnelle devenue espionne malgré elle, forme avec le personnage d'Ethan Hunt un très bon duo. Parmi les antagonistes, le film prend une dimension bondienne avec le mystérieux Gabriel (Esai Morales), jouant le visage au service de l'Entité qui a toujours un coup d'avance. Il est accompagné de l'actrice française Pom Klementieff - vue dans Les Gardiens de la Galaxie - en rôle de bras droit excentrique et implacable, mais malheureusement sous-exploité.
Mis en scène et co-écrit par son acolyte Christopher McQuarrie, déjà aux commandes des deux précédents films, Mission: Impossible - Dead Reckoning Partie 1 est dans la parfaite continuité de l'entreprise grandiloquente dans laquelle Tom Cruise se donne corps et âme pour être le prestidigitateur d'une action sans filet.
L'acteur se livre à toutes les cascades, conduisant une voiture d'une seule main dans les rues de Rome, ou sautant d'une falaise norvégienne à moto. Le film s'apparente à une attraction qui s'interdit tout temps mort, avec le charme désuet et analogique des films d'action d'antan. Au point de proposer une scène d'action finale sur un train qui déraille, à la manière d'un western. Un vrai train, construit en dur, que la production s'est amusée à faire tomber d'une falaise, car rien n'est impossible dans Mission: Impossible.
Construire une gigantesque rampe sur une falaise en Norvège, s'entrainer des centaines de fois à sauter à moto, s'envoler, lâcher sa bécane en plein vol, puis poursuivre en parachute pour quelques secondes d'écran, c'est ce que s'inflige l'acteur de 61 ans. Un moment de bravoure que le marketing du studio aura mis en avant jusqu’à la moelle. Tom Cruise, visiblement toujours à la recherche d'adrénaline, démontre que l’action se doit d’être palpable.
Pour preuve, la séquence de course-poursuite à Rome qu'il conduit d'une main met à l'amende une séquence semblable de Fast and Furious X, sorti deux mois plus tôt, se déroulant dans la même ville, mais gangréné d'effets numériques rendant le tout complètement artificiel. L'absence d'effets à outrance, à l'instar de Top Gun: Maverick, est l'une des raisons qui fait que ce nouveau volet de Mission:Impossible fonctionne à merveille.
Mission: Impossible - Dead Reckoning Partie 1 n'a pas de quoi prétendre au titre de «meilleur volet de la saga», mais a néanmoins suffisamment de souffle pour enterrer, sans trop forcer, la plupart des productions du même genre sorties récemment. La faute à certaines scènes qui prêtent à sourire, comme la façon qu'a Tom Cruise de courir - à la limite de la parodie - et d'une représentation des Russes qui semble un peu éculée. Le film souffre également d'une coupure en deux parties, laissant le spectateur insatisfait dans sa conclusion. Ce volet n'arrive donc pas à reproduire les exploits que furent Ghost Protocol ou Fallout.
Cependant, ce nouveau volet reste un blockbuster estival qui se veut authentique et surtout divertissant, où les images de synthèse comptent moins que les prises de vue réelles. Rien que pour ça, ça valait la peine de sauter d'une falaise. Vivement la suite.
Mission: Impossible - Dead Reckoning Partie 1 sort sur les écrans romands le 12 juillet.
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