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Crédit photo: Aide et Action Vietnam
Dans un contexte international marqué par la pandémie et la crise économique qui en découle, certaines populations jouent un rôle clé et pourraient bien faire la différence. Au Vietnam, les jeunes issus des minorités ethniques ont de plus en plus accès à une éducation de qualité et des programmes de formation professionnelle. Jusque-là inexploité, le potentiel de cette jeunesse pourrait accélérer la reprise du pays et bâtir un avenir plus équitable et durable pour tous.
Un récent rapport de la Banque mondiale souligne que l’un des domaines clés que le Vietnam devra aborder pour atteindre son objectif de devenir une économie à revenu élevé d’ici 2045 est l’investissement dans le capital humain pour augmenter le nombre de «travailleurs qualifiés et des opportunités pour tous ». Selon le rapport, la moitié des entreprises du pays considèrent déjà que la pénurie de travailleurs ayant des compétences cognitives, techniques et socio-comportementales avancées constitue un obstacle majeur à l’expansion des entreprises.
Accroître l’accès équitable à une éducation de qualité
Alors que le Vietnam a fait d’énormes progrès dans la réduction de la pauvreté et l’amélioration de l’accès à l’éducation et aux soins de santé au cours des deux dernières décennies, des disparités persistent. Environ 9 millions de personnes vivent toujours dans l’extrême pauvreté, principalement parce qu’elles souffrent de discrimination dans l’accès à une éducation et à des services de santé de qualité en raison de leur appartenance ethnique.
Environ les trois quarts des pauvres du pays vivent dans des zones reculées et rurales, leur situation géographique constituant un obstacle supplémentaire à l’égalité des chances. Si le pays veut investir dans le capital humain, il doit investir dans ceux qui ont été largement rendus invisibles – les jeunes des minorités ethniques dans les régions géographiquement isolées. Dans le district de Bac Ha, situé dans la province montagneuse reculée de Lao Cai, avoisinant la Chine, les minorités ethniques représentent plus de 80% de la population totale, dont l’ethnie Mong constitue une grande majorité. Dans cette région, les abandons scolaires sont fréquents et environ 70% seulement de ceux qui terminent leurs études secondaires poursuivent leurs études supérieures. Les taux de chômage restent élevés à Bac Hac et à Lao Cai en général. De nombreux jeunes quittent l’école pour cultiver ou rejoindre des marchés du travail précaires sans orientation professionnelle claire où ils finissent par gagner de faibles revenus sans aucune sécurité de l’emploi.
Aide et Action œuvre pour renforcer les compétences des jeunes
Conformément aux objectifs du gouvernement vietnamien d’offrir à tous les étudiants des conseils professionnels adaptés à la demande d’emploi des entreprises locales d’ici 2025, Aide et Action collabore avec des écoles, des entreprises, des communautés locales, des institutions financières privées et des autorités locales pour éviter que les enfants des groupes minoritaires ne soient laissés pour compte. La cause principale de cette exclusion étant la langue. En effet, ces enfants ne parlent pas le vietnamien, la langue officielle d’enseignement. Ainsi, ils sont moins susceptibles d’apprendre et d’atteindre un minimum de compétences dans les matières de base en raison d’une qualité d’enseignement inférieure. Selon la directrice du projet Aide et Action, Thu Huong Tong, « pour maintenir les enfants des minorités à l’école plus longtemps, l’importance de l’enseignement dans la langue maternelle doit être prise en compte dans l’enseignement préscolaire et primaire. Cela conduira à de meilleurs résultats en lecture dans les langues nationales plus tard à l’école, réduisant ainsi l’un des facteurs contribuant aux décrochages scolaires et est la priorité dans le nouveau programme national jusqu’en 2030 », ajoute Huong.
Construire un environnement d’apprentissage
Pour Cu A Chu, agriculteur et père de trois enfants, les voir terminer leurs études reste sa priorité. Les revenus que Chu perçoit de l’exploitation de sa petite ferme ne suffisent pas pour subvenir aux besoins de sa famille de huit personnes. Dans la famille, ils sont agriculteurs depuis plusieurs générations, la grand-mère de Cu, âgée de 100 ans, continue de cultiver et de vendre des plantes utilisées pour la médecine traditionnelle pour soutenir la famille.
« Nous avons une expression au Vietnam… si vous n’êtes pas l’enfant du roi, vous ne pouvez pas devenir le roi. Cela signifie que si vous n’avez ni l’argent ni les relations, vous ne pouvez pas dépasser votre classe sociale », explique Cu. Mais néanmoins, il essaie. « Nous n’avons pas encore de bureau pour les enfants ni d’endroit où faire leurs devoirs ou même une ampoule », explique-t-il. « Ils étudient dehors dans la cour ou parfois sur le lit mais je vais leur construire un coin avec du matériel et de la lumière dès que possible », dit-il, désireux d’offrir à ses enfants des opportunités qu’il n’a jamais eues lui-même.
Dans le contexte actuel, si les élèves des groupes minoritaires, tels que les enfants de Cu, parviennent à terminer leurs études secondaires, trouver un emploi à la fin n’est ni garanti ni même probable. Dans les provinces de Lao Cai et Hoa Binh, environ 80% des jeunes sont au chômage en raison d’un certain nombre de facteurs cumulatifs tels que: l’incapacité des établissements d’enseignement à fournir aux étudiants les compétences appropriées en matière d’employabilité; formation et matériel de carrière obsolètes; les emplois sur les marchés pour lesquels les jeunes des minorités ethniques ne sont pas formés; l’emplacement géographique des centres de formation professionnelle; et une diminution des possibilités de main-d’œuvre agricole. Pour renforcer les compétences des travailleurs vietnamiens pour les emplois d’aujourd’hui et de demain, des réformes sérieuses des systèmes actuels d’éducation et de formation sont nécessaires.
Répondre aux besoins des jeunes des minorités, une mission commune
Soutenue par un financement de l’Union Européenne, Aide et Action collabore actuellement avec le North West Development Center, une ONG locale basée à Hoa Binh, au Vietnam, pour lancer des réformes visant à répondre aux besoins des jeunes issus de minorités. Ce projet de 42 mois (2020-2023) devrait toucher 7 165 jeunes issus de minorités ethniques, dont 5 088 lycéens, 1 441 collégiens et 636 jeunes actuellement non scolarisés. Le matériel d’orientation professionnelle pour les lycées sera revu et révisé avec le soutien de près de 1000 enseignants, dont 365 des écoles de formation professionnelle et 584 des lycées ainsi que 74 membres du personnel des autorités locales et 50 entreprises locales. Pour répondre à la future demande de compétences du Vietnam, il faut diversifier les types d’enseignement postsecondaire disponibles, tels que les options non universitaires comme les établissements de formation professionnelle ainsi que la promotion de liens plus étroits avec le secteur privé.
Au sujet de ce projet, la cheffe de projet Trung Troung estime que : « une mise à jour de la formation professionnelle orientée vers le marché, l’apprentissage et les initiatives d’entrepreneuriat sont essentielles pour donner aux jeunes des minorités ethniques plus de possibilités de participer à la croissance économique et sociale du pays étant donné que la main d’œuvre actuelle tend à diminuer en raison du vieillissement de la population ».
Explorer les options : l’esprit d’entreprise
Avec le soutien du groupe bancaire HSBC, Aide et Action mène également un projet d’incubateur dans les provinces de Lao Cai et Hoa Binh, conçu pour aider les entrepreneurs des minorités ethniques à créer leur propre entreprise. L’incubateur encourage les jeunes entrepreneurs à explorer de nouvelles options et opportunités autres que les tendances traditionnelles de carrière afin qu’ils puissent réaliser leurs aspirations entrepreneuriales, ainsi qu’à donner un nouvel élan au développement économique. Des initiatives comme celle-ci joueront un rôle clé dans l’appui à la transition des minorités ethniques vers l’entreprise familiale et l’emploi salarié et, à terme, contribueront à la prospérité à long terme du pays.
Dans le cadre de la Stratégie de Développement Socioéconomique du Vietnam (SDSE 2021-2030), les investissements dans le capital humain seront de plus en plus importants à mesure que le pays tend à faire passer son économie d’une production de biens et de services peu qualifiée et à forte intensité de main-d’œuvre à des tâches plus complexes et plus productives. Ce changement exigera cependant une main-d’œuvre plus importante et plus qualifiée. Pour cela, il faut attirer plus de personnes sur le marché du travail.