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Le 6 novembre, le Conseil d’État de Rhodes-Intérieures a décidé de renoncer à inscrire la région d’Honegg-Oberfeld, dans le district d’Oberegg, en tant que site éolien dans le plan directeur cantonal. Appenzeller Wind AG souhaitait y construire des éoliennes de 200 mètres de hauteur. Une fois de plus, un projet d’énergie éolienne échoue en Suisse orientale. Rolf Wüstenhagen, spécialiste des énergies renouvelables, pense que la politique devrait prendre plus de risques.
Rolf Wüstenhagen, les responsables politiques de la Suisse orientale manquent-ils d’audace en matière d’énergie éolienne?
En effet, cette décision est tout sauf courageuse. Le schéma que nous observons ici est toujours le même: un groupe d’opposants attise, sur les sites concernés, les craintes plus ou moins justifiées à propos de l’énergie éolienne. Dans le doute, l’exécutif cède face aux protestations, sans chercher à savoir si ce mouvement de résistance reflète l’opinion d’une majorité de la population sur les sites en question. En Suisse romande, des référendums ont été organisés dans plusieurs communes faisant l’objet d’un projet éolien et dans la plupart des cas, une majorité a voté en faveur de ces projets.
Dans le cadre de la procédure d’opposition dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, 60 avis favorables et 500 avis défavorables ont été émis. Les opposants avancent souvent l’argument esthétique. Ces objections sont-elles justifiées ?
Les résultats de nos recherches montrent qu’une nette majorité des citoyens reconnaît les avantages économiques et écologiques de l’énergie éolienne. L’esthétiqueest en effet le seul aspect sur lequel les avis divergent: 28 pour cent des personnes interrogées trouvent les turbines éoliennes jolies ou plutôt jolies, un tiers d’entre elles ne les trouve pas jolies, voire plutôt pas jolies, les pourcentages restants sont indécis.
Le Canton de Saint-Gall, Appenzell Rhodes-Extérieures, la conférence des présidents de commune de Rhodes-Extérieures et le land de Vorarlberg avaient aussi donné des préavis négatifs au parc éolien.
Dans son rapport sur l’équilibre des intérêts du mois de mars 2018, le Conseil d’État de Rhodes-Intérieures avait encore mis en évidence de nombreux arguments positifs: la production éolienne locale répond à la Stratégie énergétique 2050 acceptée par la population, elle crée de la valeur régionale, elle aide à protéger le climat et les éoliennes peuvent être démantelées. Le principal argument contre les éoliennes est la modification du paysage. Le gouvernement avait cependant aussi clairement expliqué dans son rapport que le site d’Oberegg n’était pas moins approprié que d’autres sites du canton et que c’est pour cette raison qu’il l’avait classé dans la catégorie «convient sous réserve». Le retournement actuel s’explique donc uniquement par les protestations organisées par quelques personnes.
En quoi la Suisse orientale se différencie-t-elle de sites comme la mer du Nord où l’énergie éolienne est plus facilement acceptée?
Pratiquement tous nos pays voisins ont beaucoup plus d’expérience en matière d’énergie éolienne. Par conséquent, la création de valeur régionale joue un rôle beaucoup plus important dans le débat, ce qui contribue précisément à son acceptation dans les régions rurales. D’un autre côté, les personnes vivant dans ces régions ont des expériences directes avec les éoliennes si bien qu’elles sont en mesure de réfuter facilement certaines fausses informations qui sont par exemple répandues au sujet des nuisances sonores.
Quel est l’impact sonore des parcs éoliens?
Les turbines éoliennes sont très silencieuses et font moins de bruit que les voitures qui passent. Dans le cadre d’une évaluation des incidences sur l'environnement, il a été calculé pour Oberegg qu’une valeur de 50 décibels n’était pas dépassée pour les maisons situées à proximité, ce qui correspond à une musique douce à la radio.
L’énergie éolienne est-elle rentable en Suisse orientale?
L’énergie éolienne compte aujourd’hui parmi les sources énergétiques les plus compétitives, aussi bien sur le plan écologique qu’économique. Le bilan écologique est clairement positif: une turbine éolienne produit en seulement trois à six mois l’énergie qui a été nécessaire pour sa production et fournit ensuite de l’électricité écologique pendant près de 15 ans. Dans de grands pays en tête de l’éolien comme les États-Unis et l’Allemagne, la production de courant éolien coûte aujourd’hui moins de dix centimes par kilowattheure et est donc moins chère que le courant issu des nouvelles centrales au charbon ou nucléaires. En Suisse, les coûts ne sont pas aussi bas, ce qui s’explique d’un côté par le faible nombre de projets existants et que les développeurs ne bénéficient pas de rabais quantitatifs lors de l’achat des turbines. D’un autre côté, les procédures d’autorisation extrêmement longues entraînent également une hausse des coûts.
Des subventions pourraient aider. La rétribution à prix coûtant du courant injecté, le système de financement de la Confédération, doit prendre fin en 2022.
La fin de la période de financement est, dans une certaine mesure, en contradiction avec l’urgence absolue de la protection du climat. Investir dans des énergies renouvelables locales est une assurance contre les conséquences financières du changement climatique. La chute des coûts des énergies renouvelables donne lieu à une baisse du montant des subventions, mais si le financement disparaît complètement et que rien ne vient compenser les risques élevés des investissements en raison des longues procédures d’autorisation, certains projets récents ne seront pas réalisés.
La Confédération voit dans la Suisse orientale un grand potentiel pour les projets de parcs éoliens. Selon la Stratégie énergétique 2050, sept à dix pour cent des besoins énergétiques suisses devront être couverts par l’énergie éolienne. Actuellement, ce chiffre est inférieur à un pour cent. Ueli Strauss-Gallmann, aménagiste cantonal de Saint-Gall, a qualifié les objectifs de la Confédération «d’utopiques». Est-ce le cas?
Pour atteindre ces objectifs, il est indispensable que l’exécutif ait le courage de mobiliser des majorités sur des sites concrets. Il y aura toujours des sceptiques pour les projets d’infrastructure. En même temps, nous avons besoin d’électricité, et celle-ci doit être produite quelque part. Il serait vraiment utopique de croire que nous pouvons continuer à consommer de l’électricité comme avant, tout en espérant que la dépendance vis-à-vis de l’étranger et le changement climatique disparaissent comme par enchantement.
A propos de Rolf Wüstenhagen
Rolf Wüstenhagen est le directeur de l’Institut pour l’économie et l’écologie et est responsable de la chaire pour la gestion des énergies renouvelables à l’Université de Saint-Gall (HSG). Il a été membre de l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), également appelé «Conseil mondial du climat», de 2008 à 2011. De 2011 à 2015, il a également fait partie du Conseil pour la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération. Il a publié sa thèse «Ökostrom – Von der Nische zum Massenmarkt» («Le courant vert: du marché de niche au marché de masse») en l’an 2000. (mac)
©Interview: Marco A. Cappellari, première parution: Tagblatt.ch