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Jacques Ellul
Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 1975, pour
Trahison de l’Occident, Paris, Calmann-Lévy, 1975
Jacques Ellul, premier lauréat du Prix Européen de l'Essai, écrit ses préoccupations d'homme et vit ses préoccupations d'écrivain.
Homme enraciné dans son pays de Bordeaux, ville où il naquit le 6 janvier 1912, il y enseigne le droit depuis 1944, au sortir d'une guerre à laquelle il participa, dès 1940, dans les rangs de la Résistance. À la Libération, il devint adjoint du maire, mais, en 1947, il abandonna la carrière politique. Ceci ne l'empêcha pas de lutter pour ses idées par le verbe et la plume au cours des décennies suivantes et de redonner une dimension politique à son engagement en devenant, en 1973, le président du Comité de Défense de l'Aquitaine.
Homme de foi, son itinéraire spirituel le conduisit du mouvement Esprit, dont il fit partie de 1933 à 1937, à l'acceptation, après la guerre, de charges dans le protestantisme français. De 1947 à 1970, il fut ainsi membre du Synode national de l'Église réformée de France tout en participant aux premiers travaux du Conseil Œcuménique des Églises qui prend forme en 1948 à Amsterdam. Aujourd'hui encore, il continue à diriger la revue Foi et Vie.
Pourtant son engagement actuel est d'abord celui d'un homme passionné par l'évolution sociale de son temps. Ainsi Jacques Ellul lutte contre l'inadaptation sociale des jeunes en dirigeant, depuis 1958, un club de Prévention. Intéressé par la remise en cause de notre vie communautaire que cela implique, il a peu à peu accepté diverses responsabilités dans ce secteur, aussi bien aux niveaux régional que national.
Enracinement régional, appartenance religieuse, responsabilités sociales, voilà l'homme, l'homme engagé, l'être lié aux changements et aux hésitations du monde contemporain.
L'écrivain, lui, reprend ces thèmes car Jacques Ellul se veut aussi témoin et critique de son temps. Son œuvre le prouve.
Elle porte premièrement sur l'homme au milieu de ses semblables, sur sa difficulté d'être et de s'organiser. L'identité sociale de notre existence est la trame sociologique d'ouvrages tels que L'illusion politique (1965) ou Les Nouveaux Possédés (1973), l'essai qui attira l'attention de la Fondation Charles Veillon sur l'auteur bordelais.
Son œuvre porte ensuite sur l'homme face à ce qui le dépasse, sur la traduction qu'il fait de son appartenance divine dans sa réalité quotidienne. C'est ce que rappellent Le Fondement théologique du droit (1946) aussi bien que Politique de Dieu, politique des hommes (1966), vingt ans plus tard.
L'histoire des institutions assure le fondement de ces réflexions sur la nature de l'homme et de la société. Elle fournit les faits. C'est ce que prouvent par exemple les recherches entreprises par Jacques Ellul, l'universitaire, sur les institutions de l'Antiquité (1951-1952) ou les institutions françaises (1953-1956).
Un homme de plume et d'action, un professeur qui a le courage de ses opinions, même si elles vont à l’encontre des modes religieuses et politiques, un Européen qui n'a pas peur de son passé, un humaniste qui refuse les spécialisations artificielles, un intellectuel pour qui le seul dénominateur commun de toutes les disciplines est notre commune humanité, tel est l'essayiste dont la Fondation veut consacrer l'œuvre, l'homme dont elle veut souligner le talent.
Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :
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