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24/05/2016
L'école laïque d'État face aux défis actuels
Si le débat sur la laïcité est sans fin, c'est parce qu'il achoppe sur la question de l'école et de l'éducation. L'État a en charge une école publique, qui, parce qu'elle est publique, se veut laïque dans son contenu. Mais il existe aussi des écoles confessionnelles, où les parents sont libres de mettre leurs enfants. Il en résulte qu'on ne sait pas vraiment si ce sont les parents ou le gouvernement qui ont la première responsabilité de l'éducation des enfants.
En théorie, ce sont les parents; mais, en pratique, le gouvernement agit comme s'il disposait d'un droit de préemption. C'est particulièrement le cas dans les pays très étatisés comme la France: la république française a souvent suivi les idées de Jean-Jacques Rousseau, qui prenait l'ancienne Sparte comme modèle. Or, les enfants y étaient arrachés à leurs parents, et éduqués par la Cité.
Mais il faut bien avouer que, même en France, le gouvernement n'a jamais eu les moyens d'imposer un tel modèle à tous. Les riches, notamment, étaient trop puissants. Ils ont réclamé le droit individuel à éduquer leurs enfants comme bon leur semblait, et les gouvernements n'ont rien pu faire. Ils espéraient, peut-être, qu'avec la chute supposée du capitalisme, le problème se résoudrait de lui-même; c'était tirer des plans sur la comète. Dans les faits c'est le communisme qui s'est effondré.
On obtient ainsi, en France, une situation hybride, dans laquelle les classes populaires sont soumises à l'État comme dans l'Union soviétique et la bourgeoisie fait ce qu'elle veut comme aux États-Unis. L'alliance entre De Gaulle et Maurice Thorez, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, rappelle cet état bancal dans lequel certains ont voulu voir un juste milieu mais qui, à présent, apparaît comme une source de fracture et de désunion.
Tant que les classes populaires étaient dominées par le marxisme, le contenu de l'école publique leur convenait; mais une fissure est intervenue quand, avec la chute de l'Union soviétique, le peuple a cessé de rêver d'une société meilleure par la prise du pouvoir du prolétariat. Il s'est, fréquemment, rabattu sur les religions traditionnelles, et l'on peut constater que les pays arabes autrefois liés à Moscou sont en butte à des mouvements islamistes forts.
Le contenu de l'école publique, en France, apparaît dès lors comme émanant des classes supérieures, et imposé aux classes populaires. Une rupture s'en est suivie.
Il faut admettre que les pauvres ne sont pas faits en principe pour disposer de leurs propres écoles: pour eux l'État pourvoie à tout. Or, cela n'empêche pas ces pauvres d'avoir des références culturelles et symboliques propres. Nous verrons des éléments de solution une fois prochaine.