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Le lynx
diffèrent des nôtres et des anciennes légendes qui mélangeaient souvent des observations réelles avec des « histoires » de chasseurs. L' image que l'on se fait de cet animal est donc fort imprécise: selon ses convictions personnelles, on le tiendra pour inoffensif ou diablement dangereux. Il est certain que le lynx n' est pas un mignon petit chat, mais un carnassier vigoureux et hautement spécialisé; toutefois, il est faux de prétendre qu' il pénètre dans les étables pour arracher les têtes des animaux par pure envie de destruction.
Parenté, caractéristiques corporelles et signes particuliers
Le lynx est un carnassier de la famille des félidés. Ses parents les plus proches sont le lynx rouge ( lynx rufus ), connu seulement en Amérique, et le caracal qui habite les steppes et les déserts d' Asie et d' Afrique. Chez nous, il n' existe qu' un seul autre représentant des félidés: le chat sauvage. Avec une hauteur au garrot de 55 à 70 cm et une longueur totale de 80 à 105 cm, le lynx possède de très longues pattes, adaptation probable aux contrées très enneigées.
Son poids varie entre 15 et 30 kg; dans les Carpates, par exemple, d' où proviennent les lynx introduits chez nous, le poids moyen des mâles adultes atteint 25,7 kg. Un lynx mâle adulte trouvé écrasé par une voiture dans le Bas-Simmental, pesait 20,5 kg. Les signes distinctifs de cet animal sont sa queue courte ( 20 cm environ ) à l' extrémité noire, les touffes de poils ( pinceaux ) mesurant jusqu' à 4 cm au bout des oreilles et sa tête arrondie aux bajoues fortement poilues.
La coloration et les taches de la fourrure sont très variables. Celle-ci peut être unie, gris foncé à brunâtre ou brun-rouge avec des ocelles sombres bien marqués. En général, le poids du lynx diminue et sa coloration s' inten du nord au sud et de l' est à l' ouest de l' Europe. Le lynx pardelle d' Espagne est plus léger que son congénère des Carpates ou de Russie, mais son manteau est plus foncé et plus tacheté.
Les organes sensoriels les plus importants du lynx sont les yeux et les oreilles. Son acuité 27 II y a plus de dix ans que le lynx a été réintroduit en Suisse, et le nombre de ces animaux est en lente augmentation. Nos expériences avec ce grand félin sont encore mai- auditive et sa localisation de la perception sonore sont nettement supérieures à celles de l' homme. En revanche, son odorat est plutôt médiocre, comparé à celui d' autres carnivores; le lynx est, par exemple, incapable de suivre une piste comme le chien.
La denture du lynx ne comprend que 28 dents. Sa mâchoire est courte et puissante et ses canines particulièrement longues ( fig. 1 ). De plus, il possède des pattes armées de griffes acérées, instruments remarquables pour déchirer les proies.
Durant la marche, les griffes sont rétractées dans des coussinets et ne laissent pas de traces dans la neige ou en terre molle. L' em ronde des pattes ressemble à celles du chat agrandies à 7 cm de longueur ( fig. 2 ). La trace dans la neige apparaît cependant plus grande encore ( jusqu' à 10 cm de diamètre ), car ses pattes très poilues l' empêchent de s' enfoncer trop profondément dans la neige fraîche. A allure normale, les pattes de derrière se posent dans les empreintes de celles de devant, mais lorsqu' il marche lentement ou lorsqu' il rampe, on voit alors les traces des quatre pattes. La longueur du pas atteint 80 cm environ à allure normale ( fig. 3 ) et s' élève à 130, voire à 150 cm au trot ou au galop. Le lynx peut faire des bonds de 7 mètres sans difficulté.
Dispersion et domaine vital A l' origine, le lynx était répandu dans toute l' Europe, dans la moitié septentrionale de l' Asie et dans le Nouveau Monde, au Canada et dans le sud de l' Alaska. Au sud du Canada, il est remplacé par le lynx rouge. Ce grand félin a été exterminé en Europe occidentale et centrale, et seules quelques populations réduites ont survécu en Espagne, en Europe du sud-est, en Scandinavie et dans les Carpates.
La répartition géographique du lynx fournit une indication primordiale sur son milieu vital: c' est un animal sylvicole typique. Il hante les forêts mixtes de la zone tempérée autant que les conifères clairsemés de la taïga, mais il ne s' aventure guère au-delà de la limite des arbres, tant vers le sud que vers le nord. Il ne faut pas en conclure que le lynx ne se rencontre que dans des forêts épaisses. Il leur préfère des contrées plus variées où il peut trouver un plus grand choix de nourriture.
La constatation selon laquelle le lynx n' ap aujourd'hui en Europe que dans des régions montagneuses ne signifie pas que ce soit un animal de montagne; il était simplement plus facile de le chasser hors des plaines densément habitées et fortement déboisées. Depuis sa réintroduction en Suisse, on l' a observé surtout entre 1000 et 1300 mètres ( 40% des observations ); toutefois, dans un tiers des cas, on l' a rencontré au-dessous de 1000 mètres et très rarement au-dessus de la limite des arbres ( 1800 mètres ).
Extermination, réintroduction et dispersion actuelle en Suisse Vers 1700 environ, le lynx avait déjà complètement disparu du Plateau suisse et il fut rapidement chassé du Jura et des Préalpes par la suite. Il a pu se maintenir avec peine dans le Jura occidental jusque vers 1850. Plus tard, on l' a observé encore isolément dans le Valais et les Grisons, mais on ne peut plus parler d' une population stable de cet animal. Le dernier lynx fut abattu en 1894 au col du Weisshorn ( VS ).
Depuis toujours, les hommes ont activement pourchassé les fauves. L' ours, le loup et le lynx ont été totalement exterminés, et la loutre est en voie de disparition. Malgré une chasse également intensive, les petits carnassiers ont pu se maintenir grâce à leur nombre et à leur fécondité plus grande. L' apparition d' armes à feu plus efficaces aux XVIIIe et XIXe siècles a scellé le sort, non seulement des grands carnassiers, mais aussi du bouquetin, du cerf et du chevreuil qui disparurent; le chamois, lui, devenait très rare. L' extermination du gibier a aussi incité les carnassiers à attaquer des animaux domestiques, ce qui a favorisé et intensifié leur chasse.
Pendant ces dernières décennies, les milieux cynégétiques et de la protection de la nature ont poussé à une reconstitution des populations de gibier ( pensons à la réintroduction spectaculaire du bouquetin ) dont les effectifs sont maintenant plus élevés en Suisse qu' autrefois. En raison de dégâts importants, dus à cette prolifération dans certaines régions, les forestiers ont demandé leur réduction. On envisagea comme mesure de régulation de l' effectif des chevreuils la réintroduction d' un prédateur naturel. Ce ne fut pourtant pas la seule raison du lâcher de lynx en Suisse; on désirait aussi assister au retour dans notre pays d' un animal fascinant qui s' y trouvait il y a un siècle encore.
En 1967, le Conseil fédéral chargea l' Inspec fédérale des forêts de procéder, à titre d' essai, à la réintroduction du lynx en Suisse avec l' accord des autorités cantonales concer- nées. De 1971 à 1976, on a lâché dix lynx, dans les cantons d' Obwald ( deux couples ), de Neuchâtel ( deux couples ) et de Vaud ( deux mâles ); ils avaient été capturés dans les Carpates de Slovaquie. Outre ces lâchers effectués avec la bénédiction des autorités, des particuliers ont libéré sans permission des lynx dans la nature, soit, en 1972, un jeune Crâne d' un lynx européen adulte ( échelle env. 1:2 ) couple dans le Parc national et deux couples dans la région du Pilate.
Plus de dix ans se sont écoulés depuis le premier lâcher dans les forêts obwaldiennes, et le lynx a colonisé une partie importante des Alpes et des Préalpes centrales et occidentales. Son extension dans le complexe de chaînes de montagnes s' étendant entre Lucerne et Thoune s' est réalisée très rapidement, et, au cours de ces dernières années, le lynx a pénétré dans la vallée de la Simme et dans les cantons de Fribourg et de Vaud. On certifie aussi la présence de ce grand félin dans la partie supérieure du Hasli depuis 1974 ( en raison surtout des pertes de moutons ). Un spécimen au moins aurait déjà traversé le col du Grimsel en direction du Valais.
Diverses observations peu précises et mal élucidées sont parvenues de ce dernier canton. L' origine éventuelle de ces bêtes est inconnue, mais on a pensé à quelques lâchers tenus secrets. Une telle éventualité ne doit certainement pas être exclue, mais il ne faut pas oublier les grandes possibilités migratoires du lynx, qui lui permettent d' apparaître isolément en un lieu très éloigné d' une région où il vit habituellement.
Son extension vers l' est est beaucoup plus hésitante. Le lac des Quatre-Cantons oppose aux animaux terrestres un obstacle insurmontable, et les vallées fortement peuplées axées du sud au nord freinent les migrations. Les observations de lynx furent et sont encore rares dans le demi-canton de Nidwald, et ce n' est que depuis deux ans que cet animal est observé régulièrement dans le canton d' Uri.
Les lynx lâchés dans le Jura neuchâtelois se sont aussi multipliés et dispersés. On les aperçoit dans le Jura vaudois et, récemment, dans le canton de Genève. En revanche, les observations provenant du Jura bernois sont rares et peu sûres. Le rapprochement entre l' apparition d' un lynx particulièrement peu craintif dans le Jura argovien en 1980 et les lâchers neuchâtelois est douteux. En Engadine, l' état actuel de la propagation du lynx est peu clair. Des observations y sont faites régulièrement, mais il semble qu' une mise bas de jeunes n' a pas encore eu lieu jusqu' à présent.
Comparaison des empreintes de pas du lynx, du renard et du chien lynx renard chien On peut donc parler, pour le moment, de l' éta de deux colonies de lynx en Suisse. L' une s' étend du canton d' Uri par l' Oberland bernois jusqu' aux Préalpes fribourgeoises et vaudoises; l' autre se trouve confinée au Jura neuchâtelois et vaudois.
Mode de vie Les lynx vivent en solitaires. Les adultes s' évitent hors de la période du rut, ce qui les oblige à délimiter des territoires. On ne sait pas encore si ces domaines sont strictement respectés, dans quelle mesure ils s' interpéné et s' ils sont interdits à d' autres. Tant qu' une population est en évolution ( lors de migrations régulières ou d' une extension ), les structures spatiales se modifient constamment. La grandeur du territoire de chasse d' un seul lynx dépend fortement du milieu et des possibilités de nourriture. Elle peut varier de 5 à 10 km2 ( forêt primitive de Belowesh, en URSS ) à 300 km2 ( Suède ). Dans les Carpates, où des lynx vivent dans des conditions semblables à celles des Alpes, le territoire de chasse s' étend sur 20 à 27 km2.
Les lynx fréquentent des itinéraires connus ( crêtes de collines, sentiers ou chemins forestiers, par exemple ). Le réseau de leurs pistes est marqué par leur urine ou leurs fientes qui revêtent ainsi une grande importance, durant la période d' accouplement, tant pour les partenaires que contre d' éventuels rivaux.
Le rut a lieu en février et mars. Le cri d' ac du lynx mâle ressemble à un hurlement perçant suivi d' un grognement. Après une gestation de dix semaines, la femelle met bas deux petits en général. Il est extrêmement rare que la portée compte quatre jeunes, comme on a pu l' observer en 1974 dans le canton de Nidwald.
Les petits lynx viennent au monde bien cachés, au fond d' une petite grotte, d' une anfractuosité de rocher ou sous un arbre abattu. Ils sont allaités pendant presque six mois, mais se nourrissent déjà de viande bien avant le sevrage. La dentition définitive se développe au cours de la première année, mais les canines, si importantes pour la chasse, apparaissent en dernier. C' est en raison de cette lente croissance qu' on n' admet pas la survie d' un petit durant le premier hiver de sa vie sans l' apport de sa mère pour la nourriture. Les jeunes l' accompagnent dans ses expéditions et acquièrent ainsi l' expérience nécessaire au perfectionnement de leur instinct inné de la chasse. La famille lynx reste ainsi unie jusqu' à la prochaine période de rut, et probablement plus tard encore. On a observé, près de Guttannen, un 19 mars, trois lynx dévorer ensemble un jeune chamois. Seul, le plus gros des trois ( la mère, vraisemblablement ) avait tout d' abord dépecé la proie, puis les jeunes avaient participé au repas.
Tactique de chasse et nourriture Le lynx est un chasseur né. Dès qu' il aperçoit ou entend une proie sur sa piste, il s' en approche furtivement. Il se met à couvert, s' aplatit, inspecte le terrain et s' avance jusqu' à attraper l' animal d' un seul bond ou en quelques foulées. Il le plaque au sol avec les griffes de ses pattes antérieures et s' efforce de le mordre mortellement au cou. Fréquemment, la victime meurt sans pouvoir se défendre, à cause du choc, rarement elle succombe d' une crise cardiaque; quelquefois, des traces témoignent d' une lutte acharnée. Le lynx saisit sa proie, soit à la nuque et lui brise les vertèbres cervicales, surtout lorsqu' il s' agit d' un petit animal, soit à la gorge, ce qui l' étouffé ou la saigne.
L' étude des 150 chevreuils qui ont été reconnus victimes de l' attaque d' un lynx dans l' Oberland bernois et en Suisse centrale n' a pas permis, jusqu' à présent, de mettre en évidence une préférence pour les femelles ou les petits. Cependant, l' âge et le sexe ne déterminent absolument pas l' état de santé, la vigilance et la rapidité de réaction de ces proies; en effet, ces deux dernières qualités jouent certainement un plus grand rôle dans la parade à une attaque par surprise que la taille ou 31 Photos d' un lynx apprivoisé prises en pleine nature.
la vigueur. Non seulement les hommes, mais aussi les chevreuils, doivent se réhabituer à la présence d' un prédateur efficace.
Les chances de succès du lynx diminuent fortement lorsqu' il n' atteint pas sa proie du premier coup. Comme tous les félidés, il possède un cœur assez petit ne lui permettant pas de soutenir une longue poursuite malgré sa grande force, son adresse et ses bonds puissants. C' est pourquoi il abandonne rapidement la course après avoir manqué un animal. Qu' il soit herbivore ou carnivore, un animal sauvage doit gérer sagement ses forces. En Suède, on a remarqué, par exemple, que les lynx solitaires chassent plus fréquemment les lièvres que les lynx femelles accompagnées de jeunes, mais ces dernières obtiennent proportionnellement plus de succès dans cette pratique. En effet, ayant plusieurs bouches à nourrir, elles ne poursuivent les lièvres que lorsque les perspectives de réussite sont assurées, tandis que les « célibataires » peuvent se permettre, à l' occasion, de chasser un lièvre pour le plaisir.
Cent nonante-cinq observations ayant trait à la nourriture du lynx proviennent de la zone d' extension actuelle de la population obwal-dienne. On a recensé les proies suivantes: 150 chevreuils, 34 chamois, 8 lièvres, 1 coq de bruyère et 2 souris. On peut plus facilement découvrir des carcasses déchiquetées de gros gibier que des restes de petites proies; c' est pourquoi, ces chiffres ne reflètent certainement pas les proportions réelles des espèces figurant au tableau de chasse du lynx. Toutefois, les chevreuils constituent ses proies les plus fréquentes. Ce sont en effet les animaux les plus profitables pour lui quant à leur taille et à leur nombre. La bibliographie fournit des indications très diverses sur les proies du lynx, et les études ne concernent souvent que la nourriture hivernale, mise en évidence par l' examen des traces dans la neige.
Une investigation effectuée en Tchécoslovaquie et portant sur 88 estomacs de lynx a révélé une proportion de 64% de gros gibier, le reste se répartissant entre les rongeurs ( 20% ), les tétras et gelinottes ( 4,6% ), les autres oiseaux ( 5% ), les insectes ( 4% ) et d' autres animaux ( 2,4% ). Toutes les analyses de nourriture montrent l' adaptation du lynx aux possibilités offertes: il préfère les chevreuils lorsqu' ils abondent, mais il se rabat sur les lièvres et les lapins, lorsque ceux-ci pullulent.
Le lynx dépèce presque toujours de la même façon les chevreuils et les chamois: il mange tout d' abord les cuisses. Il ne touche aux abats ( foie, cœur ou poumons ) que dans des contrées très pauvres en gibier où il ne laisse d' un chevreuil que la peau, les pattes, la tête et les os. Prétendre que le lynx coupe net la tête de ses victimes relève de la légende. Exceptionnellement, elle a pu être détachée par le lynx lui-même, mais il est beaucoup plus vraisemblable que ce soit l' œuvre d' un renard. Fréquemment, le lynx cherche à recouvrir le cadavre de terre ou de neige, et il revient vers sa victime. Le garde-chasse de Giswil a observé une fois un lynx se nourrissant pendant trois semaines d' un chevreuil abattu. Le degré moyen d' utilisation des proies dépend directement des possibilités de nourriture; néanmoins, les restes éventuels satisferont renards, oiseaux et autres carnivores.
Récemment, un nombre accru d' animaux domestiques ont été abattus par des lynx. Durant les 11 années qui se sont écoulées depuis le premier lâcher, on a dénombré avec certitude 25 attaques dont furent victimes 50 moutons et une chèvre. Ces chiffres ne tiennent pas compte de quelques cas douteux. Le district bernois d' Oberhasli a été particulièrement touché. Contrairement aux Carpates où les troupeaux de moutons sont gardés par des bergers et leurs chiens, dans notre pays, on fait monter les moutons sur des alpages retirés où le gros bétail n' estive plus. Les moutons y sont laissés la plupart du temps sans surveillance et courent de ce fait certains dangers. La Ligue pour la protection de la nature dédommage entièrement les propriétaires des animaux domestiques abattus avec certitude par un lynx, à l' exception toutefois des chiens et des chats.
Le lynx, facteur d' équilibre par ses préda-tions, ne connaît et n' a jamais connu chez nous aucun ennemi naturel. Les domaines vitaux du loup et du lynx ne se recoupent que de façon limitée et, là où ces deux animaux vivaient autrefois ensemble, le lynx ne redoutait pas le loup, car ce dernier ne vivait pas en hordes en Suisse. Quant à l' ours, trop lour-daud pour chasser le lynx, il profitait, en revanche, des restes de proies abandonnées par celui-ci. Les autres animaux carnivores sont plutôt des concurrents du lynx pour sa nourriture que des ennemis réels. La plupart des auteurs signalent des renards et des chats occasionnellement abattus par des lynx.
Bibliographie Une liste des publications sur lesquelles se fonde cet article peut être obtenue auprès du Centre de documentation pour les études sur la vie sauvage.
Trad. C. Aubert