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Sur ce piéfort de la République, frappé en 1593, se dévoilent déjà les armes actuelles de Genève. On y voit le panneton de la clef décentré et l’anneau qui n’est donc pas engagé sous le parti de l’Empire, contrairement à ce que l’on peut voir à l’entrée de l’Hôtel de Ville ou sur la Cathédrale.
En 1535, environ trois mois après l’interdiction de la messe et le départ des derniers représentants de l’épiscopat, les citoyens de Genève s’arrogent le droit de battre monnaie en toute illégalité, prétextant que l’évêque le leur avait autrefois volé ! Il s’agit surtout de payer les soldats et de remédier rapidement au manque de numéraire, les pièces étant parties à l’étranger pour financer l’achat de vivres.
Tournée par ses traités de combourgeoisie vers les Confédérés, Genève frappe ses premières espèces en argent sur le pied des monnaies allemandes. Lorsque le thaler devient monnaie d’empire en 1566, Genève fait figurer l’aigle bicéphale sur le revers de ses propres thalers, probablement pour les faire mieux accepter dans la circulation internationale. Le soleil rayonnant, qui porte en cœur l’abréviation du nom de Jésus et qui figurait jusque-là sur les revers, se trouve alors relégué au sommet des armes de Genève, à l’avers.
Cette pièce est un piéfort, soit le multiple d’une pièce courante frappée avec les coins de celle-ci, mais sur un flanc plus épais. Si cette pratique est usuelle en France pour les nouvelles espèces qui sont ainsi distribuées dans les différents ateliers et données en cadeau aux officiers des ateliers, elle est extrêmement rare à Genève. Enfin, cette pièce porte sur la tranche une dédicace qui affirme que les amis sont ce qu’il y a de plus précieux après Dieu.