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Une résistance franco-suisse,
Le réseau Micromégas
Yves Mathieu,
Éditions Cabédita,
2018
À partir de l’été 1942, un réseau de résistance d’origine suisse est constitué en majorité par des citoyens français entre Lyon et Genève. Après l’entrée en guerre de ses voisins, la Suisse se trouve, tout en étant une nation neutre, confrontée à une situation complexe de voisinage avec des pays belligérants.
Yves Mathieu dans son ouvrage se penche sur cette réalité assez paradoxale vu le statut de neutralité de la Confédération helvétique. La menace d’une invasion ne doit pas être négligée, priorité est donnée aux services de renseignements dans le but de détecter les signes d’une agression et défendre le pays. Il est primordial pour la Suisse de recruter des ressortissants français, nombreux à franchir la frontière et d’en faire des agents pour son propre compte.
Un réseau de collaboration franco-suisse, nommé «Micromégas», assumé par les services secrets des deux côtés de la frontière, est constitué. Paul de Saugy, nommé officier du renseignement suisse à l’antenne de Genève et Simon Cotoni, spécialiste du contre-espionnage français, dirigent ce réseau.
L’auteur fournit une description détaillée, basée sur ses recherches, de l’organisation de ce réseau, son fonctionnement, ses effectifs, ses rapports avec d’autres groupes et ses activités souterraines: «La collaboration et les connivences entre les deux hommes, les agents secrets au service de l’un et de l’autre parviennent à recueillir une masse d’informations militaires en provenance de la presque totalité du territoire français. Pour la Suisse, les manœuvres des autorités allemandes et italiennes.
Pour la France, le renseignement militaire en provenance de Micromégas apporte au BCRA du général de Gaulle à Londres une manne pour la préparation des opérations du débarquement et la reconquête du pays.»
Une intense activité dans le domaine de l’espionnage se déroule ainsi en Suisse dont elle tire avantage pour sa propre sécurité. Cernée par des pays en guerre dont l’Allemagne et l’Italie, sa neutralité est fortement compromise vu que ces deux Etats, des dictatures nationalistes, ne sont pas préoccupées «sur l’observance des règles du droit international, notamment celles attachées au respect de la souveraineté des Etats».
Yves Mathieu rend hommage à ces agents, hommes et femmes, engagés avec conviction pour l’accomplissement de missions souvent périlleuses au prix de leurs vies, par ces mots, «des patriotes souvent inexpérimentés en matière d’espionnage, parfois téméraires à l’excès, sans cesse traqués. Leur aventure, parsemée de réussites, de souffrances, de drames et de trahisons, est un des angles morts de l’historiographie de la Résistance que nous avons souhaité extraire de l’oubli.»
Le récit est minutieux, extrêmement détaillé, très riche en informations puisées dans des archives publiques et privées, autres sources et documents divers, ouvrages universitaires ainsi qu’une bibliographie exhaustive sur la Seconde Guerre mondiale.
Gloria Barbezat