Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07140.jsonl.gz/1179

Le gras est-il vraiment bon pour la santé?
Mais une étude, passant en revue près de 100 articles sur le sujet et publiée cette semaine dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), confirme ce que d'autres laissaient précédemment entendre, à savoir que l'histoire est bien plus complexe qu'elle n'en a l'air. Si vous êtes en surpoids, voire très légèrement obèse —un état mesuré selon l'indice de masse corporelle (IMC) – cela ne veut pas dire que vous ayez davantage de risques de mourir qu'une personne de poids normal. En réalité, vous en avez même un tout petit peu moins.
Mais comment est-ce possible? Le gras est-il bénéfique?
Selon de nombreux épidémiologistes, voilà justement ce qu'il ne faut pas conclure. En général, insistent-ils, un excès de poids est dangereux. Mais ils doivent ensuite expliquer pourquoi la corrélation mortalité/poids se tourne dans le mauvais sens, ce qui nous donne un mélange bien bordélique d'excuses et d'éclaircissements visant à faire coïncider les anciennes et nouvelles données. Florilège.
La différence n'est qu'à peine significative
Dans le compte-rendu du JAMA, les personnes en surpoids n'ont que 6% de risques de mourir en moins que les personnes de poids normal. «Si c'est statistiquement significatif, ce n'est probablement qu'à cause du grand nombre»d'individus rassemblés dans les données combinées, explique un sceptique. C'est possible.
Mais si la corrélation était allée dans l'autre sens – montrant une hausse marginale des risques mortels chez les personnes en surpoids—, vous n'entendriez pas des scientifiques prétendre que ce qui est statistiquement significatif n'est pas réellement significatif.
Le risque mortel est un mauvais critère
Que le gras ne soit pas corrélé avec la mortalité, d'accord, mais il le reste toujours avec de nombreuses maladies qui, au final, jouent sur la mortalité.
Certaines études du compte-rendu du JAMA suivaient les patients pendant quinze ans, d'autres pendant à peine cinq. Si des gens ont pu survivre jusque là, ils ont été comptabilisés comme survivants, même s'ils souffraient de diabète, de maladies cardiovasculaires et autres qui ont pu contribuer à leur mort une fois l'étude terminée.
Le surpoids est trop proche de l'obésité
Avant, nous pensions que le surpoids vous donnait davantage de risques de mourir. Puis nous avons collecté des données laissant entendre que, certes, le surpoids était peut-être OK, mais que l'obésité était mortelle. Et aujourd'hui, nous avons des données disant que même l'obésité légère pourrait sans doute être OK.
Pour s'en sortir, les avocats du contrôle pondéral ajoutent une autre relation causale à leur vieux sermon: si vous êtes en surpoids, vous êtes non seulement sur la voie de l'obésité légère, mais aussi de l'obésité morbide qui, et ça l'étude du JAMA le confirme, constitue un énorme risque mortel (29% de risques de mourir en plus). Donc pas la peine de vous réjouir si votre santé dépasse d'un minuscule 6% celle des plus minces. Gardez l'essentiel en ligne de mire: évitez l'obésité morbide.
Les dangers du sous-poids cachent les dangers du surpoids
Comme le fait remarquer un édito du JAMA, les personnes situées dans la moitié la plus maigrelette d'un IMC «normal» ont une mortalité plus importante que ceux situés sur la moitié la plus dodue. Ce sous-groupe trop maigre tire la mortalité du groupe pondéralement normal vers le haut et, en comparaison, la mortalité du groupe en surpoids et obèse a l'air bonne.
La solution, c'est de décaler toute l'échelle vers la droite, pour que ces minces soient considérés comme en sous-poids et que les personnes actuellement étiquetées comme en surpoids soient redéfinies comme normales. Une fois cette translation complète, il sera évident que les personnes en surpoids – qui ont souvent aujourd'hui un IMC qui les range dans la classe des obèses – ont un risque mortel plus élevé que les personnes nouvellement normales. La valeur du contrôle pondéral en sortira grandie, mais les seuils auront changé.
Certains gras sont pires que d'autres
Actuellement, les scientifiques sont visiblement d'accord pour dire que si la graisse abdominale est nocive, celle de vos fesses et de vos cuisses est peut-être inoffensive, si ce n'est bénéfique. Donc au lieu de vous concentrer sur votre IMC, vous devriez mesurer votre ratio taille-hanches, votre pourcentage de graisse corporelle, votre tension artérielle, votre cholestérol et surveiller vos performances cardio-respiratoires.
Le gras vous aide à survivre à certaines maladies
L'édito du JAMA souligne que, parmi les personnes souffrant de «maladies neurodégénératives, de maladies cardiovasculaires, de diabète, ou devant subir des dialyses rénales ou les effets du grand âge», un IMC élevé est corrélé avec un taux de mortalité réduit:
«Même en l'absence de maladies chroniques, un léger excès de tissus adipeux peut représenter une réserve d'énergie qui sera la bienvenue en cas de sévères troubles cataboliques.»
Ce qui ne veut pas dire que le gras vous rende en meilleure santé. Mais qu'une fois malade, le gras vous aide peut-être à survivre, du moins pendant quelques temps.
Le gras vous protège des blessures
Beaucoup de personnes âgées meurent des suites d'une chute. Les personnes plus rondouillardes «ont des os mieux protégés, si jamais le patient vient à trébucher, ce qui diminue le risque d'une fracture du col du fémur, souvent mortelle», fait remarquer le Los Angeles Times.
Les personnes musclées faussent le taux de survie des gros
L'IMC «ne fait pas de distinction entre masse grasse et masse musculaire», note le Wall Street Journal. Ce qui fait que les personnes sportives et musclées sont comptabilisées comme grosses, alors qu'elles sont en réalité plus robustes.
Les malades faussent le taux de mortalité des gens «normaux»
Les données du JAMA ont été contrôlées par rapport au tabagisme ou à des maladies préexistantes, et elles ne comportent aucun patient d'hospice ou d'hôpital.
Mais qu'importe pour ses détracteurs. Selon l'Associated Press, ils soulignent que l'échantillon pondéralement normal comporte un nombre excessif «de personnes trop maigres pour être considérées comme normales, et qui ont peut-être été émaciées à cause d'un cancer ou d'autres maladies». Des études complémentaires et plus précises seront nécessaires pour confirmer ou démentir cette affirmation.
Le surpoids vous permet une attention et des soins médicaux accrus
Vu que les médecins croient que la graisse est un dangereux symptôme, ils ont davantage tendance à surveiller leurs gros patients, que ce soit pour des maladies ou des facteurs de risque. Plusieurs données montrent que les médecins les traitent avec davantage d'ardeur, ce qui réduirait leur mortalité.
Ainsi, parce que le secteur médical estime que le poids est corrélé aux maladies, une telle corrélation est moins visible dans des données qui ne prennent que la mortalité en compte.
Grâce à la médecine, le gras est devenu moins nocif
«De nouvelles thérapies pharmacologiques et des traitements invasifs soignant des maladies existantes pourraient prolonger la survie», fait remarquer l'édito du JAMA. Associés à d'autres progrès médicaux, comme ceux réduisant le cholestérol et la pression artérielle, cela «pourrait expliquer la diminution des associations entre obésité et mortalité».
Le surpoids ne veut pas dire que vous grossissez, mais que vous résistez à l'obésité
«Dans une société prompte à la fois à une obésité de plus en plus grave et endémique, il se pourrait que ceux qui réussissent à demeurer dans l'échelle du "surpoids" soient, en réalité, ceux qui vont plutôt bien», explique David Katz, directeur du Centre de recherche et de prévention de l'Université de Yale.
Donc au lieu de considérer ces gens comme d'anciens minces qui se laissent aller, nous devrions les considérer comme de potentiels obèses qui font attention. Comment faire coïncider une telle idée avec celle pour qui le surpoids est une porte ouverte vers l'obésité – une mise en garde que Katz diffuse lui aussi –, rien n'est moins évident.
De telles explications sont assez faiblardes et ressemblent plutôt à des faux-fuyants. Même en science, les dogmes ont la dent dure et n'abandonnent pas facilement la partie face à de nouveaux faits. Les experts qui pensent que la surcharge pondérale est dangereuse trouveront des moyens pour renforcer cette croyance, en excluant par exemple les données qui la contredisent.
Mais la science évolue elle aussi, qu'importe si elle le fait à contre-cœur. Les explications qu'on nous offre aujourd'hui pour défendre la doctrine du gras=mauvais en sont en réalité des amendements. Elles nous font dépasser des notions aussi simplificatrices que l'IMC, le surpoids ou le gras.
D'ici dix ans, nous penserons toujours que le gras est mauvais, mais nos définitions du «gras» et du «mauvais» seront bien plus sophistiquées. Et les détracteurs de l'étude du JAMA, comme ses défenseurs, s'en attribueront le mérite.
Article original: http://www.slate.fr/story/66807/gras-poids-sante-obesite-explications