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L'héritage du christianisme face au XXIe siècle
Francis A. Schaeffer
Editions La Maison de la Bible Genève - Paris
10. Art, musique, littérature et films modernes
Si le pessimisme moderne et la fragmentation qui l'accompagne ont pris naissance sur le continent européen, ils se sont répandus en Angleterre avant de franchir l'Atlantique en direction des Etats-Unis d'Amérique. Culturellement, ils ont influencé la philosophie, l'art, la musique, le roman, la poésie, le théâtre, le cinéma, la théologie même. Mais la nouvelle mentalité n'est pas restée l'apanage du monde universitaire; elle a gagné les gens cultivés et, grâce aux médias, toute la population.
Une partie de la classe moyenne et des personnes d'un certain âge ont continué de penser d'une manière passive, sans réflexion et en fonction de critères d'une autre époque, comme si les valeurs d'autrefois existaient encore.
Quand leurs enfants ont atteint l'âge des études, ils n'ont plus compris l'attitude de leurs parents et un fossé s'est creusé entre les générations. La nouvelle manière de penser était inoculée à leurs esprits; ils réalisaient que les valeurs auxquelles leurs parents prétendaient être attachés, en se conformant à une tradition sans vie, se contentant de suivre les habitudes du passé, ne reposaient en fait sur aucun fondement réaliste.
Avec le temps, les adeptes de la nouvelle culture se sont retrouvés environnés par un consensus quasi monolithique. Une dichotomie semblable, fondamentale, se retrouve partout: la raison mène au pessimisme et tout optimisme est recalé dans le champ de la non-raison.
Dans le domaine de l'art, une nouvelle manière de peindre apparaît chez les naturalistes dès le XIXe siècle. En général, devant un tableau, l'amateur d'art voit ce que l'artiste a représenté; mais, en même temps, il en vient à se demander si ce qu'il regarde a un sens. L'art est devenu stérile. La rupture date des impressionnistes, avec de grands peintres comme Claude Monet (1840–1926), Pierre Auguste Renoir (1841–1919), suivis bientôt par Camille Pissarro (1830–1903), Alfred Sisley (1839–1919) et Edgar Degas (1834–1917).
Ils «suivaient la nature», disaient-ils pour qualifier leur technique. Comme ils ne peignaient que ce que leurs yeux percevaient, il fallait toujours se demander si une réalité se cachait derrière les ondes lumineuses qui atteignaient leurs yeux. Pensons à la série des Peupliers de Monet, tels Peupliers à Giverny au lever du soleil, de 1888 (Musée d'art moderne de New York), et Peupliers au bord de l'Epte, de 1890 (Tate Gallery de Londres). Dès 1885, Monet fait une constatation logique : la réalité est devenue rêve et l'impressionnisme s'inscrit comme un mouvement artistique distinct. L'art, à son tour et après la philosophie, est devenu vecteur du pessimisme moderne.
Les postimpressionnistes, parmi lesquels Paul Cézanne (1839–1906), Vincent Van Gogh (1853–1890), Paul Gauguin (1848–1903), Georges Seurat (1859–1891), ont cherché à revenir à la réalité, à l'absolu caché derrière les choses particulières. Vaine tentative, hélas! Ils n'ont pu que constater la perte des universels et, finalement, ils ont échoué. Ils n'ont certes pas toujours exprimé consciemment leur philosophie de la vie dans leur peinture, mais l'ensemble de leur oeuvre reflète leur vision du monde.