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Même si le mot environnement est ancien, son acception courante aujourd'hui (ensemble des éléments qui forment dans la complexité de leurs relations les conditions de vie naturelles et culturelles de l'homme et de la société) ne s'impose guère avant les années 1970. En 1971, l'introduction dans la Constitution fédérale (art. 24septies, art. 74 de la Constitution de 1999) d'un article sur l'environnement et la création de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (Office fédéral de l'environnement dès 2006) représente un tournant. Toutefois, à défaut d'être pensées comme telles, les réalités que ce mot désigne n'en ont pas moins existé à travers l'histoire, celle-ci se déroulant dans la longue durée des rapports que l'homme entretient avec le milieu.
Ces rapports ont le plus souvent été perçus dans une perspective économique. L'environnement est d'abord un ensemble de ressources forestières (Forêt) et agricoles (Agriculture) auxquelles s'ajoute plus récemment l'exploitation systématique des forces hydrauliques (hydroélectricité) et du paysage naturel (tourisme). De ce point de vue, l'environnement a été constamment perçu comme extérieur à l'homme, donc destiné à être maîtrisé et dominé par des techniques de plus en plus efficaces et géré rationnellement afin de préserver le stock de ressources. De manière générale, les sociétés cherchent à se protéger contre les forces de la nature: c'est pourquoi l'histoire valorise les qualités physiques et morales des hommes qui luttent contre les éléments. Ainsi, le percement des premiers grands tunnels alpins au XIXe s. a été présenté comme la réalisation prométhéenne de pionniers qui ont réussi l'œuvre gigantesque d'"abaisser les Alpes".
En outre, dès le XVIe s., avec des temps forts aux XVIIIe et XIXe s., on a parlé de la nature et des paysages en termes esthétiques, de telle sorte que l'environnement a été perçu comme un spectacle. La fascination pour les beautés du paysage helvétique a alimenté de nombreux courants artistiques et a clairement constitué une part du sentiment national; il n'est certes pas fortuit que le Cantique suisse chante "les beautés de la patrie". Bien plus, à la fin du XIXe s., la perception de plus en plus vive des antagonismes développés par les deux grands usages sociaux de la nature - l'économique et l'esthétique - a joué un rôle essentiel dans l'avènement d'une nouvelle conception de la sauvegarde du patrimoine naturel (protection de la Nature).
On ne parle guère de la nature en tant que patrimoine biologique ou écologique avant 1950 (Ecologie). Dès ce moment, on a commencé à utiliser un langage scientifique, se voulant objectif et excluant l'idéologie et l'esthétique. A l'anthropocentrisme qui attribuait à l'homme un statut privilégié, les nouvelles approches écosystémiques opposent une vision de la biosphère considérée comme un tout où l'homme n'est qu'un élément parmi d'autres. Au conflit bipolaire entre l'esthétique et l'économique s'est substituée une configuration plus complexe dans laquelle on essaie de concilier les intérêts matériels, les valeurs émotionnelles et le souci légitime d'une action responsable face à l'environnement: c'est ce qu'on appelle le développement durable. De la nature perçue comme une menace, on a passé à l'idée du milieu dangereusement menacé par l'homme. Cette éthique n'est cependant pas exempte du risque d'hypertrophie mythique, d'exagération idéologique.
Auteur(e): François Walter
Les problèmes environnementaux désignent en premier lieu des modifications de l'espace naturel, causées par les activités humaines et considérées comme négatives. Leur ampleur dépend essentiellement de l'évolution climatique (Climat), de la population et de sa consommation en energie.
D'un point de vue historique, la consommation énergétique peut être divisée en trois périodes: jusque vers 1860, la société agraire exploitait la biomasse locale (bois, nourriture et fourrage); puis, jusque vers 1950, la société industrielle importait du charbon par voie ferroviaire, d'Allemagne notamment; la société de consommation actuelle utilise principalement du pétrole et du gaz naturel, venus du monde entier. Depuis 1958, la baisse continuelle du prix des énergies fossiles par rapport à l'évolution générale des salaires et des prix permet leur gaspillage inconsidéré. De même, la consommation générale en énergie, le besoin en surface pour l'habitat, la production de Déchets et la pollution du sol, de l'eau et de l'air, connurent une progression énorme ("syndrome des années 1950", concept formé par le géographe bernois Heinz Wanner).
Dans la société agraire, le sol fournissait la biomasse locale et constituait de ce fait la base de la richesse, du pouvoir et de la taxation fiscale. Son utilisation était réglée par des systèmes très précis et rigides. Ainsi, afin d'éviter des famines et des disettes, on s'efforçait d'adapter sur le long terme le nombre des bouches à nourrir à la capacité de production du sol. Dans l'exemple bien étudié du village valaisan de Törbel, les communiers surent maintenir un équilibre dynamique entre population et rendement du sol en combinant des stratégies sociales et culturelles (limitation du droit au mariage, émigration) avec le contrôle des ressources collectives (utilisation des forêts et pâturages). Dans d'autres régions pourtant, la forêt était soumise à une exploitation trop intensive, notamment pour subvenir aux besoins en combustible des grandes villes et des industries gourmandes en énergie (hauts fourneaux et verreries notamment). En outre, au XIXe s., le bois fut exporté en grande quantité. L'intensité des conflits à propos des droits d'exploitation et leurs causes sont également de bons indicateurs d'une relative surexploitation du sol pour l'époque préindustrielle. Lorsque l'équilibre ne pouvait être maintenu, les crises de subsistance avaient un effet régulateur. Dans cette société, l'homme était presque sans défense face aux catastrophes naturelles (sécheresses, inondations, éboulements, grêle, avalanches, tempêtes, etc.), aux animaux nuisibles et aux épidémies et épizooties. Seules des mesures indirectes - individuelles, collectives et étatiques, comme la constitution de provisions, la politique des grains et la surveillance des forêts - permettaient d'y faire face.
Le nouvel ordre libéral du XIXe s. mit le sol à la disposition de chacun, pour une exploitation libre. Elle demeura pourtant réduite: dans la société industrielle, la croissance spatiale des villes resta limitée aux possibilités des transports en commun de proximité, afin d'éviter des trajets quotidiens, trop longs et trop coûteux; l'agriculture ne se mit à employer des machines légères que vers la fin du XIXe s. et les substances chimiques n'étaient que peu employées.
La société de consommation vit augmenter de beaucoup les zones d'habitation, à la suite de la motorisation, de la construction des routes nationales et des besoins individuels croissants en surface habitable et exploitable. Depuis 1950, la superficie construite en Suisse a plus que doublé; près de 130 000 ha de bonnes terres agricoles ont été perdues. Celles qui subsistent sont soumises à une exploitation intensive, hautement spécialisée, notamment dans le Moyen Pays; celle-ci menace ou détruit le sol dans sa structure, sa substance et son écosystème. En outre, la pollution de l'air, les engrais, les boues d'épuration, les herbicides et les fourrages polluent le sol de substances toxiques multiples. Des surfaces naturelles, comme les prairies maigres, ont presque entièrement disparu.
Dans la société agraire, l'eau était polluée localement par les eaux usées des villes et certaines activités artisanales, comme la tannerie. L'urbanisation croissante de la société industrielle obligea à mettre en place des systèmes d'évacuation plus performants, afin d'éviter les épidémies. Les eaux usées furent canalisées pour être rejetées dans les rivières. La toxicité des résidus industriels fut longtemps sous-estimée. Ainsi, au milieu du XIXe s., l'entreprise chimique bâloise Geigy déversait directement dans le Rhin des déchets à haute teneur en arsenic. Entre 1930 et 1950, période de crise et de guerre, la pollution des eaux recula fortement en raison d'un recyclage intensif des déchets. L'histoire de l'eau dans la société de consommation reste encore à écrire, notamment en ce qui concerne la pollution de la nappe phréatique par l'élevage en batterie.
La pollution atmosphérique était inexistante sous l'ère agraire, à l'exception des émissions nauséabondes de quelques activités artisanales. Ce n'est que vers la fin du XIXe s. que les citadins commencèrent à se chauffer massivement au charbon. Des cas de pollution atmosphérique industrielle sont connus grâce à des procès. Les paysans et producteurs de fruits valaisans réclamèrent des dommages et intérêts à la fabrique d'aluminium de Chippis, après que celle-ci a sextuplé ses émissions de fluor pendant le boom de la Première Guerre mondiale, ce qui avait entraîné de graves conséquences pour le bétail et les arbres fruitiers. Dans les années 1950 et 1960, des problèmes de santé furent dépistés chez les ouvriers d'Alusuisse ("guerre du fluor").
Les taux de pollution de l'air sont systématiquement mesurés depuis les années 1960. Pour la période précédente, l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage a estimé pour l'ensemble de la Suisse la qualité de l'air sur la base de statistiques d'activités polluantes (par exemple le chauffage, les voitures et certains processus de fabrication) et de mesures ponctuelles et locales d'émissions nocives. Entre 1910 et 1950, les émissions de dioxyde de soufre (SO2), d'oxydes d'azote (NOx), certains composés organiques volatils (COV, en anglais VOC) et le dioxyde de carbone (CO2) n'évoluèrent guère. Entre 1950 et 1990, l'ensemble de ces émissions augmenta entre le double (SO2) et le septuple (NOx). Pendant la même période, les transports routiers se multiplièrent par onze, la consommation en essence par douze, le nombre de voitures par vingt et le transport aérien encore davantage (Transports). Les émissions sonores allaient de pair.
L'analyse du paysage dans une perspective historique demande une distinction entre les points de vue esthétique et écologique. Les moyens techniques limités de la société agraire ne permettaient pas de modification majeure du paysage, les défrichements mis à part. L'environnement non cultivé et les diverses formes de culture formaient une multitude de niches écologiques, propices à la biodiversité. Dans le cadre de la modernisation de l'agriculture, l'exploitation du sol fut intensifiée aux XIXe et XXe s., notamment par l'emploi d'engrais et la mise en culture de terres auparavant exploitées de manière extensive, les communaux par exemple. Ce processus entraîna l'élimination des zones non cultivées, haies ou autres, de la faune (grands prédateurs) et de la flore indigènes (prairies maigres).
Durant l'ère industrielle, l'importation de charbon réduisit la pression sur les forêts de montagne et permit l'élaboration de la première loi fédérale sur la police des forêts (1876). De plus, dans le Moyen Pays, la construction du réseau de chemins de fer entraîna des changements importants dans des écosystèmes peu exploités: la correction des eaux fixa le lit des rivières et ruisseaux et empêcha leurs crues. Les marais furent asséchés après 1850, au moyen de la nouvelle technique du drainage; dans le seul canton de Berne, 15 685 ha purent être gagnés jusque vers 1900. A la fin du XIXe s., de nombreuses centrales hydroélectriques furent construites, d'abord dans le Moyen Pays puis dans les Alpes. Les paysages alpins furent profondément modifiés par la construction d'hôtels, de funiculaires et remontées mécaniques. Au début du XXe s., la prise de conscience de ces changements fit naître les ligues du Heimatschutz et de la protection de la nature, qui menèrent la résistance contre des interventions majeures, comme l'initiative visant à empêcher la construction de la centrale électrique de Rheinau en 1954.
L'ère de la société de consommation entraîna des transformations encore plus importantes, tant au niveau esthétique qu'écologique, notamment par la construction du réseau des autoroutes (dès 1950): d'abord par l'immense volume nécessaire pour les routes elles-mêmes, ensuite par le remaniement parcellaire qu'elle suscita, finalement par l'attractivité de ce nouveau réseau pour les particuliers (construction de logements) et les entreprises (entrepôts de stockage de grande dimension). Dans les Alpes, la construction de résidences secondaires et de transports par câble eut un impact prépondérant. En revanche, l'abandon des zones périphériques économiquement peu dynamiques provoqua une nouvelle avancée de la forêt et une diminution de la surface agricole.
Auteur(e): Christian Pfister / LD
Dans les sociétés agraires préindustrielles, l'exploitation était marquée par le souci de garantir la survie de la communauté sur le long terme grâce au maintien des ressources locales, malgré des surexploitations occasionnelles (forêts, alpages, champs et biens communaux, irrigation, force hydraulique). Les conséquences destructrices de l'industrialisation et de l'urbanisation sur l'environnement ne furent perçues et thématisées qu'à l'extrême fin du XIXe s. Ces "attitudes pré-écologiques" (François Walter) provoquèrent une prise de conscience limitée à certains secteurs, comme la forêt, la flore, la faune, les eaux et les nuisances sonores. La protection de l'environnement actuelle, issue de ces préoccupations, comprend tout ce qui est entrepris par l'homme pour maintenir, rééquilibrer ou améliorer son cadre de vie naturel. Elle englobe notamment la protection de l'air, des eaux, du sol, de la nature, du paysage, des espèces, et des mesures contre le bruit. L'aménagement du territoire et la politique énergétique offrent les meilleures possibilités d'action.
Dès la fin des années 1960, l'écologie rencontra vite un grand écho dans la population, quoique inégal selon les régions linguistiques, la Suisse alémanique étant aussi sensible plus tôt à ces problèmes. Cette prise de conscience s'explique d'une part comme une réaction à la modification de plus en plus forte de l'environnement naturel, destinée à répondre aux besoins humains. D'autre part, l'aisance croissante d'une large partie de la population, dont les besoins premiers étaient satisfaits, créa les conditions matérielles pour mettre en pratique les revendications du mouvement écologique, qui entraînent des mesures coûteuses: stations d'épuration, filtres, pots catalytiques, protections contre le bruit. L'avènement de la société de consommation provoqua donc à la fois une pollution accrue et une prise de conscience écologique généralisée.
Quoique la protection de l'environnement moderne et celle de la nature de type ancien présentent beaucoup de similarités, des différences importantes peuvent être distinguées quant aux buts, concepts, acteurs et stratégies politiques. Au contraire des ligues de la protection de la nature et du Heimatschutz, les écologistes actuels ne se limitent pas à protéger le milieu dans des réserves naturelles ou des parcs nationaux, mais visent des mesures globales dans le monde entier. L'écologie est devenue la nouvelle science maîtresse. Les milieux de la protection de l'environnement en vinrent à formuler des revendications avec des répercussions importantes pour la société et l'économie, tout en mettant en œuvre des stratégies politiques nouvelles. Par exemple, dès le début des années 1970, les antinucléaires pratiquaient la protestation de masse sous toutes ses formes, tandis que les mouvements pour la protection de la nature (Pro Natura ou le WWF) hésitaient encore à mettre fondamentalement en cause le système politique ou à porter leurs revendications dans la rue. Des mouvements pour la protection de l'environnement naquirent divers partis politiques écologiques et des groupements comme Greenpeace, qui recouvraient presque l'ensemble de l'échiquier politique dans les années 1980, tout en étant pour la plupart proches du centre gauche.
Les premiers succès du combat contre les conséquences de l'urbanisation et de l'industrialisation furent atteints dans le domaine de la protection des eaux. Des mesures prises par l'Etat ou la cité pour empêcher la contamination de l'eau potable par les eaux usées ou les matières fécales sont attestées depuis l'Antiquité. Pourtant, les stations d'épuration n'apparurent en Suisse qu'au XXe s. et, dans un premier temps, seulement dans les villes dont les égouts menaçaient directement l'approvisionnement en eau, comme à Saint-Gall en 1917. Les eaux industrielles ont aussi provoqué des hécatombes de poissons dès la fin du XIXe s.; l'article ad hoc de la loi fédérale sur la pêche de 1888 ne fut guère appliqué. Dans l'entre-deux guerres, l'émoi fut grand devant l'apparition d'algues appelées "sang des Bourguignons" dans les lacs peu profonds, ceux de Morat et de Hallwil par exemple, favorisée par l'emploi massif d'engrais. Les premières initiatives pour l'assainissement des eaux provinrent des cantons, notamment celui de Zurich. En 1953, une votation populaire conféra à la Confédération le droit de légiférer dans le domaine de la protection des eaux (art. 24quater de l'ancienne Constitution). Malgré tout, la loi sur la protection des eaux de 1957 resta largement lettre morte: les avantages financiers offerts pour la construction de stations d'épuration ne suffisaient pas à pour convaincre les communes, le manque de personnel qualifié et de savoir-faire technique (en ce qui concerne les valeurs limites) constituaient les principaux obstacles. De plus, l'industrie lia l'épuration de ses eaux à celle des particuliers, selon le principe de l'égalité de traitement.
Il fallut inscrire la protection des eaux dans les constitutions fédérale et cantonales, accorder plus de compétences et de droits aux associations intéressées, rendre compte systématiquement de tous les incidents et accorder des subventions fédérales pour sortir les stations d'épuration de la phase pionnière. La révision de la loi sur la protection des eaux de 1971 accorda à la Confédération la compétence de fixer des valeurs limites uniformes. Les largesses des subventions fédérales et cantonales provoquèrent un véritable boom de la construction de stations d'épuration, entraînant des frais considérables pour la collectivité. La protection des eaux doit ses principaux succès à la période de haute conjoncture et à l'état d'esprit général des années 1960. L'accident de Schweizerhalle (1986) attira l'attention internationale sur les dangers de la pollution des eaux à grande échelle par des catastrophes chimiques majeures. La nouvelle révision de la loi en 1991 accrut la protection de l'environnement en abaissant les valeurs limites tolérées, sans pour autant remettre en question la primauté des intérêts économiques et énergétiques.
L'article constitutionnel sur la protection de l'environnement (art. 24septies, art. 74 de la Constitution de 1999) fut accepté en 1971 par 93% des votants. Il s'agissait de protéger l'homme et son milieu naturel "contre les atteintes nuisibles ou incommodantes qui leur sont portées." Dès lors, la protection de l'environnement relevait entièrement de la Confédération qui en délégua l'application aux cantons. L'accent porta sur la lutte contre la pollution de l'air et contre le bruit. L'élaboration d'une législation fut difficile pour deux raisons. D'une part, dès 1975, la récession mit quelque peu les préoccupations écologiques à l'arrière-plan et permit aux milieux économiques de combattre avec succès les initiatives écologiques en insistant sur leurs conséquences financières. D'autre part, l'application de la protection de l'environnement dans le cadre juridique et administratif existant s'avéra difficile à mettre en place: presque tous les domaines de la protection de l'environnement exigeaient une collaboration transversale entre de nombreux services de l'administration et l'adaptation de nombreuses législations. Par conséquent, il fallut attendre l'automne 1983 pour voir le Parlement adopter la première loi sur l'environnement, malgré la pression constante des organisations écologistes. La discussion médiatique sur la "mort des forêts", lancée très à-propos en septembre 1983, peu avant les élections aux Chambres fédérales, pourrait avoir influencé positivement la décision des parlementaires. La législation concerne la protection de l'air et du sol, celle contre le bruit, la gestion des déchets, les radiations, les atteintes à l'environnement et l'étude de l'impact environnemental de certaines constructions, ainsi que les mesures à prendre en cas de catastrophe. Très étendue, elle repose sur les quatre principes de la politique suisse en la matière: prévention, pollueur-payeur, coopération et responsabilité individuelle. Sur la base de la loi sur la protection de l'environnement de 1983 et de celle sur la radioprotection de 1991, les ordonnances suivantes ont été mises en place: sur la protection de l'air (1985), sur les substances dangereuses pour l'environnement (1986), sur les polluants du sol (1986), sur la protection contre le bruit (1986), sur l'étude de l'impact sur l'environnement (1988), sur le traitement des déchets (1990), sur la protection contre les accidents majeurs (1991), sur la radioprotection (1994), sur les atteintes portées aux sols (1998) et sur la protection des eaux (deux textes en 1998).
Les succès les plus importants sont dus à des innovations techniques permettant, sans grands investissements, de limiter ou remplacer certaines substances toxiques: on a par exemple diminué le taux de plomb dans l'essence ou celui du soufre dans le mazout. En revanche, les mesures préconisées ont rencontré une grande résistance chaque fois qu'une industrie aurait dû investir fortement pour adapter sa production aux normes en vigueur (industrie de l'acier et de l'aluminium) ou lorsqu'un sacrifice individuel serait nécessaire (renoncer à la mobilité offerte par la voiture). En ce qui concerne la protection de l'air et la lutte contre le bruit notamment, le trafic routier n'a pas encore payé son tribut pour atteindre les objectifs fixés. Les débats sont rendus difficiles par des controverses continuelles entre ceux qui estiment que la technique permet une protection de l'environnement suffisante dans le cadre de l'économie de marché et ceux qui estiment qu'il faut prendre une nouvelle orientation, respectueuse des ressources naturelles. La décision est d'autant plus difficile que la plupart des problèmes environnementaux sont complexes et ne peuvent être expliqués par de simples liens de cause à effet.
Depuis les années 1980, la dimension mondiale de nombreux problèmes environnementaux et les stratégies proposées pour leur résolution ont fait de la protection de l'environnement l'un des grands thèmes de la politique internationale. Lors de la première conférence organisée par l'ONU sur ce thème (Stockholm, 1972), scientifiques et politiciens prônèrent la coopération internationale. Le protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d'ozone, adopté en 1987, posa les bases pour la réduction des émissions de CFC (chlorofluorocarbures) et autres substances apparentées. Lors du "sommet de la terre" de Rio de Janeiro en 1992, la plus grande conférence jamais tenue sur l'environnement, les modifications climatiques, la protection des espèces et la destruction des forêts tropicales furent au centre des débats. Même si le principe d'un développement durable est incontesté dans son principe, le sommet - tout comme les conférences de Berlin (1995), Kyoto (1997), Buenos Aires (1998), Copenhague (2009) et Doha (2012) - se termina sans que des mesures concrètes soient prises, par exemple pour réduire la production de gaz à effet de serre. La Suisse se propose d'atteindre en 2020 par le biais de la révision de la loi sur le CO2 (dioxyde de carbone) entrée en vigueur en 2013, une réduction d'au moins 20% des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux valeurs de 1990.
Auteur(e): Ueli Haefeli / LD
L'étude de l'environnement est un domaine de recherche jeune, datant de la seconde moitié du XXe s. Discipline elle aussi récente (première chaire en Suisse à l'université de Berne en 1997), l'histoire de l'environnement s'attache à étudier les rapports entre une société et son environnement naturel sur deux plans: celui des événements physiques et matériels, celui des rapports entre l'homme et son environnement.
Dans le premier cas, il s'agit d'une part d'étudier les influences naturelles qui peuvent menacer la santé de la population ou influencer négativement la productivité de l'économie (anomalies climatiques, catastrophes naturelles, épidémies, épizooties), d'autre part d'analyser l'influence - considérée comme négative - des activités économiques sur le sol, l'eau, l'air, la faune et la flore. Pour cette raison, l'histoire de l'environnement collabore avec diverses sciences exactes et étudie des "archives naturelles" (dépôts dans le sol, profils polliniques, ossements). L'histoire du climat est déjà bien connue, tandis que le développement et la multiplication des espèces animales et végétales suscitent encore bien des interrogations.
Dans le second cas, il s'agit de thématiser la perception, l'évaluation et l'interprétation des modifications de l'environnement par différents groupes de la population, ainsi que la légitimation d'interventions ayant des répercussions sur le milieu naturel. Ces représentations diffèrent selon les cultures et évoluent avec le temps; on trouvera des interprétations reposant sur la religion, la croyance en la technique, le déterminisme environnemental. Le concept de développement durable, actuellement universellement reconnu dans ses trois pans de la rentabilité économique, de l'écologie et de la justice sociale, fournit aussi une base pour interpréter le passé dans la perspective de l'histoire de l'environnement.
Auteur(e): Christian Pfister / LD