Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07234.jsonl.gz/122

Devons-nous réduire l'empreinte écologique de la Suisse ?
L'initiative pour une économie verte
Ce 25 septembre les Suisses devront se rendre aux urnes pour voter, entre autres, sur l'initiative pour une économie verte. Cette initiative comporte deux articles : le premier appelle à une gestion plus efficiente des ressources, afin "que l'activité économique n'épuise pas les ressources naturelles ni, dans toute la mesure du possible, ne menace l'environnement ou lui cause des dommages".[1] A part exiger de fixer des objectifs, cet article laisse la liberté de choisir quelle approche utiliser pour rendre l'économie plus durable. Le second article de l'initiative définit un objectif clair : "L'empreinte écologique de la Suisse est réduite d'ici à 2050 de manière à ce que, extrapolée à la population mondiale, elle ne dépasse pas un équivalent planète".[1]
Cela semble déjà plus contraignant que ce que demande le premier article. Mais que représente l'empreinte écologique exactement ? Pourquoi faudrait-il la réduire ? Et comment pourrions-nous atteindre l'objectif d'un équivalent planète ?
Ce que mesure l'empreinte écologique
L'empreinte écologique est un indicateur (parmi de nombreux autres) qui évalue l'impact des activités des êtres humains sur l'environnement. Conçu en 1990, cet indicateur est calculé selon des règles strictes chaque année par le Global Footprint Network pour plus de 200 pays et territoires.[2] L'empreinte écologique permet de mesurer la quantité de ressources consommée par un pays ainsi que la quantité de déchets que celui-ci produit. La particularité de l'empreinte écologique est qu'elle convertit la consommation de ressources et la production de déchets en une surface. Cette surface représente la superficie biologiquement productive (comme par exemple une forêt ou un terrain agricole) qui est nécessaire pour soutenir les activités du pays en question.
Cette surface, ou empreinte, peut être comparée à la biocapacité, c'est-à-dire la superficie biologiquement productive qui est réellement à disposition du pays considéré. Si l'empreinte écologique d'un pays dépasse sa biocapacité, cela indique que la population de ce pays utilise plus de ressources que ce qui peut être régénéré naturellement par son territoire et produit plus de déchets que ce que son territoire est capable d'absorber. Cela signifie donc que la population de ce pays utilise des surfaces à l'extérieur de ses frontières afin de s'approvisionner en ressources et stocker ses déchets. Cela ne pose pas concrètement un problème, tant que suffisamment de surface biologiquement productive est disponible dans le reste du monde et que celle-ci peut être utilisée par le pays en question sans gêner les autres.
En revanche, au niveau de la planète entière, si l'empreinte écologique de l'humanité excède la biocapacité totale à disposition, cela signifie que l'humanité est en train de détruire la capacité de la planète à régénérer des ressources naturelles. Cela correspond, par exemple, à une terre agricole qui a un rendement plus faible suite à une exploitation trop intensive qui dégrade le sol, ou à une population de poissons qui disparaît suite à la surpêche. Une empreinte écologique qui dépasse la biocapacité de la Terre signifie aussi que les déchets de l'humanité (tels que des gaz à effet de serre) sont en train de s'accumuler. Cette situation de dépassement ("overshoot" en anglais) met donc en péril la capacité de la nature à fournir à l'humanité autant de ressources naturelles qu'auparavant.
Etant donné que l'empreinte écologique convertit tout en termes de surface biologiquement productive, il y a certaines choses qu'elle ne peut pas mesurer. C'est entre autres le cas de polluants (à l'exception des gaz à effet de serre) qui ne peuvent pas être dégradés naturellement, comme du plastique, ainsi que des matières non-renouvelables, par exemple des métaux, qui sont extraites du sous-sol.[3]
Néanmoins, même si l'empreinte écologique ne mesure pas tous les aspects de l'impact de l'être humain sur la nature, cet indicateur permet de savoir si les activités de l'être humain peuvent être poursuivies sur le long terme sans mettre en danger la capacité de la Terre à nous fournir des ressources naturelles. Si l'empreinte écologique de l'humanité dépasse la biocapacité de la Terre, cela va forcément tôt ou tard dégrader l'environnement et restreindre la quantité de ressources à notre disposition. Cet article[4] et cette fiche du WWF[5] décrivent le genre de conséquences possibles. Pour éviter cela, il est nécessaire de limiter ce que nous prenons de la nature et de minimiser notre pollution, de manière à ce que notre l'empreinte écologique globale ne dépasse pas l'équivalent d'une planète.
Quelle est l'empreinte écologique de la Suisse ?
Le graphique ci-dessous, publié par l'Office fédéral de la statistique, montre comment l'empreinte écologique de la Suisse (par personne) a évolué de 1961 à 2012 et la compare à la biocapacité disponible par personne au niveau mondial (partant du principe que chaque être humain a le droit d'utiliser une part égale de la surface disponible) : [6]
Le constat est clair, les habitants de la Suisse ont actuellement une empreinte écologique qui est plus de trois fois plus grande que la biocapacité mondiale par personne. De plus, la biocapacité de la Suisse se chiffre à 1.3 hectares globaux par personnes, ce qui signifie que la Suisse utilise bien plus de ressources naturelles que celles fournies par son propre territoire pour satisfaire sa consommation et stocker ses déchets.[7] Cette situation de dépassement risque de poser de nombreux défis pour la Suisse, comme expliqué par le co-créateur de l'empreinte écologique, Mathis Wackernagel, dans sa proposition de plan d'action.[8]
Au niveau mondial, l'empreinte écologique s'élève à 1.6 équivalents planète, indiquant qu'aujourd'hui l'humanité utilise plus de ressources que ce que la planète est capable de régénérer.[9] Par son empreinte écologique (par personne) élevée, la Suisse porte une part de la responsabilité de ce dépassement et contribue ainsi à la dégradation de l'environnement.
Mais quelle est la cause de cette empreinte écologique si élevée de la Suisse ? Le graphique suivant montre la composition de l'empreinte en 2012 : [6]
Ce sont les émissions de gaz à effet de serre (GES), converties en équivalent CO2, qui sont à l'origine de presque trois quarts de notre empreinte écologique. Viennent ensuite les terres de culture ainsi que les forêts.
Il s'avère aussi que la majorité de l'empreinte écologique de la Suisse n'est pas causée à l'intérieur du pays, mais à l'extérieur, dans les pays qui produisent des biens importés par la Suisse. Selon une étude sur l'empreinte écologique de la Suisse publiée par treeze (sur mandat du comité de l'initiative pour une économie verte), la part de l'empreinte qui est causée à l'étranger s'élève à 55% de l'empreinte écologique totale du pays.[10]
Comment réduire l'empreinte écologique ?
Basé sur le graphique précédent, il est clair que la manière la plus efficace de réduire notre empreinte écologique est de réduire en priorité nos émissions de GES (non-seulement celles générées en Suisse, mais également celles générées à l'étranger). L'Accord de Paris pour le climat [11], qui vise de maintenir la hausse de température bien en dessous de 2°C, nécessiterait une baisse d'environ 80% des émissions d’ici 2050.[12] La ratification de l'Accord de Paris semble être sur la bonne voie puisque les deux pays qui émettent le plus de GES, la Chine suivie des Etats-Unis, ont déjà ratifié l'accord.[13] Si tous les pays mettent en œuvre cet accord et baissent leurs émissions de GES de 80% d'ici 2050, l'empreinte écologique de la Suisse baisserait considérablement : [10]
Empreinte écologique de la Suisse en 2012, ainsi que pour deux scénarios de baisse d'émissions, selon les calculs du Global Footprint Network. Graphique adapté sur la base de la figure 1 de l'étude réalisée par treeze. [10]
Une baisse de 80% des émissions de GES à l'échelle de la Terre réduirait l'empreinte écologique de la Suisse à 1.4 équivalents planètes. Si la Suisse décide d'atteindre un bilan neutre d'émissions de GES, son empreinte écologique baisserait même en dessous de 1.2 équivalents planètes.
Mais concrètement, comment pouvons-nous réduire les émissions de GES en Suisse ? Un plan détaillé pour réduire nos émissions a été élaboré par l'Alliance Climatique suisse, qui représente 66 organisations non gouvernementales (dont Swiss Youth for Climate).[14] Ce plan ambitieux propose une série de mesures pour réduire à zéro les émissions de GES de la Suisse d'ici 2040 ainsi que de faire baisser les émissions de GES causées par la Suisse à l'étranger. Deux actions principales pour faire baisser les émissions générées en Suisse, à l'aide de technologies existantes, sont les suivantes : [14]
1. Lors de l'achat de nouveaux véhicules (particulièrement ceux utilisés pour le transport individuel) choisir un modèle 100% électrique.
2. Lorsqu'il est nécessaire de rénover un bâtiment, l'assainir de manière à ce qu'il consomme peu d'énergie et installer un système de chauffage qui fonctionne uniquement avec de l'énergie renouvelable.
Ces deux mesures à elles seules contribueraient à réduire considérablement l’empreinte écologique de la Suisse. Un autre avantage important de telles mesures est que la Suisse dépendrait moins des importations d'énergies fossiles.
D'autres interventions pour réduire l'empreinte écologique de la Suisse pourraient être considérées, comme par exemple des mesures touchant aux terres agricoles, telle qu'une amélioration de l'efficacité de la production ou telle que la réduction du gaspillage alimentaire [15], ce qui aiderait aussi à atteindre l'objectif d’un équivalent planète.
Conclusion
La Suisse a une empreinte écologique excessive, qui contribue à la dégradation de la nature à l'échelle globale. L'objectif de réduire l'empreinte écologique de la Suisse à l'équivalent d'une planète d'ici 2050 est réaliste et peut être atteint presque uniquement à l'aide de mesures qui diminuent les émissions de GES. Un OUI à l'initiative pour une économie verte garantirait que la Suisse s'engage concrètement pour préserver l'environnement dont elle dépend.
Sources :
1. https://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis402t.html
2. http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/footprint_basics_overview/
3. http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/frequently_asked_technical_questions/#pn
4. http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/09/08/en-vingt-ans-la-terre-a-perdu-un-dixieme-de-ses-espaces-sauvages_4994780_1652692.html
5. http://assets.wwf.ch/downloads/wwf_faktenblatt_ueberfischung_fr_091110_uh.pdf
6. http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/21/03/01.html
7. http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/trends/switzerland/
8. http://www.achtung-schweiz.org/
9. http://www.footprintnetwork.org/en/index.php/GFN/page/world_footprint/
10. treeze (2016). Der Ökologische Fussabdruck der Schweiz 2008. http://www.gruenewirtschaft.ch/downloads (Studie: Studie ökologischer Fussabdruck Treeze)
11. http://www.bafu.admin.ch/klima/00470/16407/index.html?lang=fr
12. http://ec.europa.eu/clima/policies/strategies/2050/index_fr.htm
13. http://www.rts.ch/info/monde/7989060-la-chine-ratifie-l-accord-de-paris-sur-le-climat.html
14. http://www.klima-allianz.ch/fr/masterplan-climat/
15. https://www.letemps.ch/societe/2016/09/21/gaspillage-alimentaire-suisse-genereuse-poubelles