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Mort d’un préjugé : le français progresse dans le Jura.Le grignotage progressif des territoires romands par les Alémaniques est un vieux fantasme souvent entretenu à proximité de la frontière linguistique. Non seulement, cette croyance est sans fondement, mais on assisterait plutôt à la situation inverse, en tout cas du côté du Jura. C’est ce que démontre Fréderic Chiffelle, un professeur de géographie de l’Université de Neuchâtel1.
Première surprise, le pourcentage de germanophones était beaucoup plus élevé à la fin du siècle passé dans les territoires de langue française. Ainsi le district de Delémont comptait 25,2 % d’Alémaniques en 1890 contre 5,3 % aujourd’hui. A Moutier ce chiffre était même de 38,1 % contre 8,9 % lors du recensement de 1990 et la ville de Neuchâtel était presque bilingue, puisqu’elle comptait 30,5 % d’Alémaniques en 1880 contre 7,7 % de nos jours. L’industrialisation et le développement de l’horlogerie ont attiré en masse des « émigrés » alémaniques. Certaines communes se sont même retrouvées avec une majorité alémanophone en 1890, comme Court (51,5 % en 1888) et Courrendlin (53 % en 1888). Selon le dernier recensement, moins de 10 % de la population de ces bourgs industriels est aujourd’hui de langue maternelle alémanique.
Même si les crises horlogères successives ont entraîné des mouvements de population, un départ massif des Alémaniques n’a pas été enregistré. De manière discrète et sans tapage, travaillant dans des entreprises où l’on parlait français, envoyant leurs enfants dans des écoles de langue française, cette presque majorité s’est ainsi peu à peu assimilée au fil des générations. A noter un certain débordement francophone sur des communes alémaniques dans l’agglomération biennoise. On recense 17 % de Romands à Nidau en 1990. La ville de Neuchâtel qui n’est qu’à dix kilomètres de la frontière des langues fait aussi sentir son influence : Les communes bernoises de Gals et Gampelen ont dépassé les 10 % de population francophone. Pour l’auteur la présence d’un réseau de villes industrielles francophones à proximité de la frontière des langues est une des raisons de cette poussée, relative, certes, mais réelle du français dans l’arc jurassien. Voilà de quoi mettre à mal quelques idées reçues ! jg
1Frédéric Chiffelle, L’Arc jurassien romand à la frontière des langues, Payot, Lausanne, 2000.