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19 avril 2010
L’identité c’est comme un oignon
Que ce soit Nicolas Blancho, le suisse converti à l’islam dont on a lu récemment les professions de foi, que ce soit le gouvernement français, ou les amérindiens, la question de l’identité est l’objet de débats et de prises de position parfois tendues. Mais qu’est-ce que l’identité?
C’est comme un oignon. C'est une série de couches successives d’origines ou d’appartenances. Peut-on la cerner? On peut essayer d’en décrire ou cataloguer les couches. Je propose de le faire de l’extérieur vers l’intérieur, du plus visible au moins visible.
Le plus visible c’est la peau et sa couleur. Elle définit de quelle région du monde votre famille est originaire, à une ou plusieurs générations. Pour certains cela définit déjà votre comportement et votre psychologie. Le racisme, largement fondé sur la couleur de peau, est aussi virulent envers les blancs qu’il l’est envers les noirs.
Le genre est aussi une couche d’identité incontournable, puisqu’il marque des différences biologiques et physiologiques associées à la reproduction de l’espèce entre autres, et qu’il favorise la construction de fonctions sociales différenciées et réparties.
L’habillement définit aussi l’appartenance à une région du monde, ou à des sous-groupes: les punks se différencient des rastas, les bourgeois des prolétaires, l’inuit du mauritanien, et cela se manifeste déjà dans l’habillement, soit pour des raisons de tradition, soit pour des raisons climatiques.
La langue définit aussi une appartenance, à une communauté et à un système de pensée et/ou de valeurs.
Il y a l’identité nationale, la nationalité, qui regroupe à la fois un mode de vie et des valeurs communes à un groupe, indépendamment de l’ethnie ou de la couleur de peau
Il y a ensuite le positionnement politique. «Je suis socialiste», ou «Je suis libéral», sont des manières de définir son identité par le positionnement politique. L’identité économique (je suis employé, artisan, patron) est fréquemment associée à cette identité politique.
Il y a l’identité religieuse. «Je suis chrétien» définit une appartenance à une communauté, un système de valeur, des pratiques différente de «Je suis bouddhiste».
L’identité philosophique fait également référence à une communauté de pensée et parfois à une appartenance à un groupe ou un courant éthique. On pourrait ajouter ici une identité culturelle dans le sens d’une appartenance à une pensée philosophique ou artistique.
Il y a l’identité ethnique, mélange d’éléments génétiques, culturels et religieux qui forgent également une appartenance.
En allant plus vers l’intérieur, il y a l’identité psychologique, qui est la manière dont un individu perçoit et organise le monde selon un assemblage d’expériences vécues et de patrimoine qui lui est propre.
Au niveau cellulaire il y a l’appartenance à des groupes biologiques ou pathologiques. «Je suis hémophile ou diabétique» est une appartenance innée, «Je suis cardiaque» est une appartenance plus souvent acquise.
Il y a encore l’appartenance à la classe des mammifères, à l’espèce humaine, qui conditionne le mode de vie et de reproduction. Engendrer des humains non finis à la naissance nécessite une organisation matérielle et sociale que les espèces ovipares ne connaissent pas à l’identique.
Et puis, dans les constituants mêmes de notre corps, dans les particules qui le composent, nous sommes des poussières d’étoiles comme le dit si bien Hubert Reeves.
Mais l’identité n’est pas simplement l’appartenance à un seul élément, elle est le fruit de la combinaison de plusieurs de ces éléments. Ainsi on peut être: patron, socialiste, dadaïste, athée, ou bien: patron, libéral, romantique, athée. Le nombre de combinaisons de ces «couches d’oignon» de l’identité est immense.
L’identité est le résultat d’une multiplicité. Vouloir la réduire à la religion, ou à la nationalité, ou à l’ethnie, est forcément réducteur. Mais ce n’est pas inintéressant dans la mesure ou chaque origine porte en elle ses difficultés et ses atouts. Une analyse sociologique qui tient compte des origines de l’identité, donc des couches d’identité, permet de mieux comprendre certaines appartenances et les caractéristiques de ces appartenances.
Toutefois il faut se méfier de ne pas porter de jugements de valeur sur ces identités, ou de coller des exclusions sur les unes et des survalorisations sur les autres. Mais à l’inverse croire que l’on peut faire s’accepter paisiblement les identités est une erreur. Les communautés se définissent par ce qu’elles ont de commun entre elles et ce qu’elles ont de différent des autres. La différenciation d’avec le différent et l’adhésion au semblable est un mécanisme nécessaire de la construction d’une identité.
Je voyais hier deux adolescentes vaguement punk, avec bottes noires aux bouts arrondis, jeans informes et pulls troués passer, à côté d’une troisième ado en short court. Elle ne voyaient pas que je les observais en attendant le tram. Les deux premières ont regardé la troisième du bas en haut en faisant une moue de dégoût puis ont tenu un dialogue complice entre elles, se sont encore retournées vers la troisième puis ont continué leur chemin avec la moue de dégoût collée aux lèvres pendant bien 15 secondes.
Tous les humains sont frères, paraît-il. Mais certains le sont plus que d’autre. Et ma foi cela prendra encore longtemps avant que les identités et donc les appartenances ne soient plus des causes de guerres. Ce n’est même pas certain que cela vienne un jour, ni d’ailleurs que ce soit souhaité par une majorité d’humains.
PS: Max Göldi. Identité: otage de Kadhafi depuis 20 mois.