Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06936.jsonl.gz/406

Le 13 mai 2009, juste avant le coucher du soleil, Jean-Marc Fivat, depuis un bateau, et Jean-Marc Duflon, depuis la terre ferme, observent indépendamment une Sterne voyageuse adulte aux Grangettes, posée quelques instants sur les enrochements. Il s’agit de la 4e observation en Suisse et la 3e sur le Léman, une première pour le Haut-Lac.
La Sterne voyageuse a une distribution très morcelée, de la Méditerranée à l’Australie : la sous-espèce S. b. emigrata (parfois incluse dans S. b. torresii) niche en Méditerranée, avec une population de quelque 1'740 couples sur les îlots Geziret al Elba et Geziret Garah au large de la Libye, et hiverne sur les côtes méditerranéenne et atlantique d’Afrique du Nord au sud jusqu’en Sénégambie Des oiseaux méditerranéens ont tenté de nicher plus ou moins régulièrement en Europe, formant parfois des couples mixtes avec des Sternes caugeks, depuis 1978 au delta de l’Ebre (Espagne), de 1984 à 1997 à Farne Islands (Northumberland, Angleterre), de 1985 à 1998 et 2000 en Italie au delta du Pô aux Valli di Comacchio (Emilie-Romagne) et en 1999 à la Lagune de Venise, en 1987 au delta de l’Evros (Grèce), en 1994-98 à Albufera de Valencia (Espagne) et en 1999-2001 au Banc d’Arguin (Gironde F). Les 1-2 oiseaux qui ont séjourné et niché de 1974 à 1996 au Banc d’Arguin ont été réidentifiés comme Sternes élégantes Sterna elegans, une espèce confinée à la côte américaine de l’océan Pacifique.
En Suisse, l’espèce est apparue trois fois, dont deux fois sur le Léman à Genève, et trois fois sur les rives limitrophes du lac de Constance au delta du Rhin A. Dans les pays voisins, la majorité des observations proviennent du sud de l’Italie et de France, où on connaît 36 observations de 32 individus jusqu’en 2001, principalement sur la côte méditerranéenne.
Les 5 observations en Suisse et au lac de Constance ont eu lieu entre le 11 juillet et le 3 septembre, concernant des oiseaux adultes en migration postnuptiale, ayant probablement dévié de leur route qui les mène de la Libye à l’Atlantique. Les oiseaux de 1946 et 1977 sont apparus après une période de perturbation météorologique où de l’air humide était entraîné de la Méditerranée vers les Alpes, se traduisant par une tendance au fœhn 6. Une observation a eu lieu au printemps, celle d’un adulte entre le 26 et le 28 mai 2000 au delta du Rhin A.
La Sterne voyageuse vit sur le littoral maritime, nichant sur les atolls et îlots sablonneux et se dispersant en haute mer et le long des côtes hors de la période de reproduction. Diurne et grégaire, elle se nourrit principalement de petits poissons et crustacés. L’adulte observé en août 1977 dans la rade de Genève se posait sur des poutres flottantes balisant les bains devant la plage des Pâquis près du rivage – mais n’y passait pas la nuit – et pêchait au large 6. Son cri « krri-rek » est semblable à celui de la Sterne caugek mais plus râpeux.
La population libyenne semble stable : l’îlot Geziret Garah hébergeait plus de 2'000 adultes et poussins en août 1937 et environ 1'700 couples en 1993. Avec un effectif global de 184'000-214'000 individus, l’espèce ne paraît actuellement pas menacée. La concentration de la population en quelques colonies la rend toutefois vulnérables aux dérangements et aux pollutions des eaux côtières.

A propos de Lionel Maumary