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A la surprise générale, le président russe Vladimir Poutine a lancé, jeudi matin, une opération militaire en Ukraine. Peu après le début de l'offensive, son homologue ukrainien a déclaré l'état de guerre dans tout le pays, avant de donner l'ordre «d'infliger un maximum de pertes» aux assaillants russes.
Elu en mai 2019, Volodymyr Zelensky se trouve aujourd'hui dans une position peu enviable: il doit faire face à une opération militaire menée par son pire ennemi, qui possède accessoirement le plus grand arsenal nucléaire du monde. Un élément supplémentaire pourrait compliquer les choses: contrairement à Poutine, le président ukrainien n'a (presque) aucune expérience politique.
Avant son élection, Volodymyr Zelensky était actif dans un tout autre secteur. Celui du spectacle. Un coup d’œil à la page Wikipédia qui lui est consacrée (c'est peut-être pas glorieux, mais certainement efficace) résume bien la situation: il y est décrit comme un «humoriste, producteur, acteur, scénariste, réalisateur» ukrainien. La mention «homme d'Etat» n'arrive qu'en sixième position.
Novice en politique, Volodymyr Zelensky n'est pourtant pas un inconnu pour les Ukrainiens. Celui qui a également été chanteur de music-hall (il remporte en 2006 la version ukrainienne de Danse avec les stars) lance en 2015 la série Serviteur du peuple, qui deviendra le plus grand succès télé du pays.
Le pitch est prophétique: Volodymyr Zelensky incarne un professeur d'histoire devenu malgré lui président de l'Ukraine. Intègre et proche du peuple, son personnage lui permet de gagner une grande popularité au sein de l'opinion publique du pays.
Le passage de la télévision à la politique est rapide. La troisième saison de Serviteur du peuple est diffusée en 2019, juste avant le premier tour de l'élection présidentielle, où il est lui-même candidat. Le nom du parti qu'il a créé pour l'occasion n'est rien d'autre que le titre de sa série.
Définie comme étant un «parti attrape-tout» et «populiste», la formation est lancée en 2018 et entre quelques mois plus tard au parlement. La même année, le 31 décembre, Volodymyr Zelensky déclare sa candidature. Parfois comparé à Donald Trump, accusé d'avoir un programme simpliste e de mener une «non-campagne», le candidat n'est pas pris au sérieux au sein de la classe politique ukrainienne.
Pourtant, son approche atypique, sa forte présence médiatique et le ras-le-bol de la population finissent pour avoir raison des critiques et des doutes. Le 21 mai 2019, Volodymyr Zelensky s'impose face à son rival Petro Porochenko à la tête du pays.
La victoire de Zelensky est un triomphe. Avec 73,2% des voix récoltées, il est le président le mieux élu dans l'histoire du pays, mais aussi le plus jeune.
Le nouveau dirigeant incarne un «changement profond» pour le pays, qui «fait un saut dans l’inconnu», estimait le Monde le lendemain de son élection. La tâche qui l'attend est «gigantesque». D'autant plus que, selon les analystes, Zelensky était surtout un choix par défaut face aux politiques traditionnels.
Qu'en est-il aujourd'hui? «Le président n’est plus le même homme qu’au début de son mandat», observe, dans le Monde, le chercheur ukrainien Oleksiy Melnyk. Il note que Zelensky apparaît «très sûr de lui». Assez pour en faire un bon chef de guerre? Si, à l'étranger, on loue son «sang-froid» face à Vladimir Poutine, il n'a pas forcément la confiance de la population.
En effet, plus de la moitié des Ukrainiens estimaient qu'il ne pourrait pas bien endosser ce rôle en cas d'invasion russe, selon un récent sondage.
Maintenant que la guerre a commencé, ce n'est plus qu'une question de temps. Jeudi matin, après avoir introduit la loi martiale, il a assuré: «Pas de panique, nous sommes prêts pour tout. Nous allons vaincre».