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La souris qui sauva la montagne. Une fable écologiste avant l’heure pour certain·es, simplement à l’heure pour d’autres…
«Nous n’allons pas dans le mur, nous sommes dans le mur!»
(Paul Sautebin, paysan, dans Jura : enracinés à leur terre, de Daniel Künzi)
Dans une maison pauvre, habitent une mère avec son enfant. L’enfant dort. Comme chaque matin, il y a un bol de lait prêt pour son réveil. Mais un rat, affamé, voit le lait et il le boit. L’enfant, ne trouvant pas son lait au réveil, pleure de faim. Face à la souffrance de son enfant, la mère, désespérée, pleure aussi. Conscient des conséquences de son acte, le rat se tape la tête contre le mur, mais il se rend vite compte que cela n’arrange rien.
Il décide alors de se rendre auprès de la chèvre pour se procurer du lait. Mais la chèvre ne mange pas depuis longtemps. La guerre a emmené le paysan qui la nourrissait. Elle lui donnera du lait si on lui donne de l’herbe. La souris s’adresse donc à la campagne, pour réclamer de l’herbe pour la chèvre. Mais la campagne, frappée par une série de sècheresses consécutives, est aride. Elle réclame de l’eau. Pour avoir de l’eau, le rat se rend à la fontaine. Mais la fontaine a été démolie par la guerre. Personne ne la répare, car depuis longtemps elle n’était plus rentable. L’eau fuit et se perd. Il faut un maître maçon. Mais celui-ci, exploité, nécessite des pierres, qu’il n’a pas. Le rat se dirige finalement vers la montagne. Déboisée par l’oeuvre des grandes multinationales, la montagne montre de tous côtés ses os sans terre. Entre les deux se tient alors un dialogue sublime. Le rat raconte son histoire et il promet que l’enfant, une fois devenu grand, replantera les pins, les chênes, les châtaigniers et tout ce dont la montagne aura besoin pour retrouver sa splendeur.
C’est ainsi que la montagne donne les pierres, le maçon reconstruit la fontaine, la fontaine donne son eau, la campagne donne son herbe, la chèvre donne son lait et que l’enfant a tant de lait qu’il se lave avec. L’enfant grandit en bonne santé et il plante des arbres partout sur la montagne. Tout se transforme: les os de la montagne disparaissent sous l’humus, les précipitations atmosphériques redeviennent régulières, la température retrouve son équilibre… et l’humanité peut enfin sortir du mur.
Cette fable, tirée de la tradition populaire de Sardaigne, a été reprise en 1931 par Antonio Gramsci dans une lettre adressée à sa femme depuis la prison de Turi, dans le Pouilles, où il avait été emprisonné par le régime fasciste de Benito Mussolini après son arrestation en 1926 : «C’est une histoire qui appartient en propre à une région ruinée par le déboisement [la Sardaigne]. Très chère Giulia, tu dois vraiment la raconter et puis tu me communiqueras les impressions des enfants. Je t’embrasse affectueusement. Antonio», (Lettres de la prison, 1er juin 1931).