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Conseil fédéral : la tentation trop subtile
La date approche, la tension monte dans les états-majors des partis représentés sous la coupole fédérale, les commentaires se multiplient. Le 14 décembre on saura non seulement qui succédera à Micheline Calmy Rey mais encore si le Gouvernement gardera la même composition politique, si elle changera et dans ce cas de quelle façon. En 1959, la formule dite magique ne fut pas décidée sans grandes discussions de coulisse. Mais elle fut simple à réaliser. Les quatre plus grands partis se partagèrent les sept sièges, le plus petit de ces quatre n’en ayant qu’un. C’était indiscutablement le résultat des élections fédérales au Conseil national qui a déterminé la clé. On sait que l’UDC a reçu un deuxième siège en 2003, siège perdu par le PDC. Mais on sait que l’éviction de Christoph Blocher au profit d ? Evelyne Widmer Schlumpf en 2007 a provoqué l’exclusion de l’UDC grisonne et la création d’un nouveau parti , le Parti bourgeois démocratique (PBD) dans lequel la Conseillère fédérale expulsée a fait son nid.
Dès lors l’UDC comme telle n’est plus représentée que par un Conseiller fédéral. Le Parlement peut-il raisonnablement réélire Evelyne Widmer Schlumpf, tête d’affiche d’un tout petit parti, en raison de son bon travail et d’une image centre droit rassurante ? Cela en ne laissant qu’un siège à l’UDC ?
On trouve des commentaires allant dans ce sens. Ils ne croient pas à un retrait total et tempétueux de l’UDC dans une telle hypothèse. Elle a reculé aux élections, perdu des sièges au Conseil national même si elle demeure le premier parti du pays. Surtout, avancent ces commentateurs, il faut observer le Conseil des Etats. Les élus doivent bénéficier d’alliances majoritaires dans leur canton. Et l’UDC bute le plus souvent contre ces alliances. La plus spectaculaire a fait chuter un UDC bernois sortant dans le canton de Berne. Les deux élus aux Etats sont un PBD,--ex UDC--, et un Socialiste. Berne, le canton par excellence où est née l’UDC. Quel camouflet ! D’ailleurs, argumentent ces commentateurs, observons la nouvelle flexibilité du Centre au Conseil national avec la poussée, même petite, de ce même parti PBD et des Verts libéraux.
Franchement, cette analyse et cette conclusion ne tiennent pas la route si l’on entend encore se référer à la formule magique. Priver l’UDC d’un second siège c’est, en effet, entrer dans un jeu d’alliances, d’intentions politiques afin de limiter l’impact du plus grand parti sur l’action gouvernementale. Franchement, la question tout simplement de sa présence au Conseil fédéral devrait alors se poser, dès lors que l’on quitterait la stricte référence arithmétique. Si on veut cela, qu’on le dise mais que l’on admette la fin de la formule magique et l’entrée dans des combinaisons politiques à têtes multiples.
Ah certes, il y a une autre hypothèse. Donner un deuxième siège à l’UDC mais au détriment du PLR, tandis qu’Evelyne Widmer Schlumpf garderait le sien. Alors là ce serait mutiler un parti de Centre droit visible, reconnaissable, pivot historique de l’action gouvernementale pour honorer officiellement un Centre encore bien inconnu sinon introuvable. Car on ne sait pas trop ce que ces petits partis au bénéfice d’une poussée relative en terme de sièges vont en faire au Parlement. En somme on quitterait le critère arithmétique pour un équilibre aux variables moins visibles. Ce mauvais coup porté au PLR ne serait pas un bon plan pour la Suisse.
Certes, il faut encore que l’UDC présente un nouveau candidat valable, crédible. Ce devrait être possible d’ici au 14 décembre. Dans ce cas, la majorité du Parlement serait sage d’en revenir à la formule arithmétique simple, tout en rendant hommage pour services rendus à Mme Widmer Schlumpf. Cela peut sembler ingrat, rigide. Mais, que l’on sache, la PDC Ruth Metzler, en 2003, avait dû quitter le Conseil fédéral alors qu’elle avait derrière elle un Parti plus imposant que celui qui va représenter l’ex-UDC grisonne. On verra ce qui adviendra le 14 décembre mais on espère que sera écartée l’envie de jouer et la tentation trop subtile.