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La Tribune de Genève des 24-25 mars citait Jean-Jacques Rousseau sur son amour de la botanique, notamment par ces mots: Les plantes semblent avoir été semées avec profusion sur la terre comme les étoiles dans le ciel pour inviter l'homme par l'attrait du plaisir et de la curiosité à l'étude de la nature. Rousseau ressentait qu'il existait un lien entre les astres et les plantes, comme si les secondes plaçaient les premiers à portée de main - et comme si elles pouvaient révéler leur nature profonde, leur âme. Il voyait, on le sait, la nature comme abritant la divinité, mais, face à celle-ci, il entendait en demeurer aux seuls sentiments: il était hostile à son égard aux idées claires: aux dogmes. Les anciens voyaient dans les astres des principes que la pensée était à même d'appréhender, mais le règne végétal a quelque chose de doux et d'endormi qui convenait au tempérament timide de Jean-Jacques. On se souvient de la relation qu'il avait avec l'eau, qui, au bord du lac de Bienne, le berçait et l'empêchait de penser, disait-il - lui donnant ainsi un bonheur ineffable!
Il voyait dans la nature, peut-être, la mère qu'il n'avait pas connue, et qui l'entourait de sa chaleur, de sa bonté. Les plantes en étaient la manifestation. Lamartine reparlera de la nature de cette façon, comme d'une mère enveloppante et chaude, mais l'étude de François de Sales et de l'art baroque savoyard m'a montré que la sainte Vierge, dans les églises, avait aussi ce rôle. Son lien avec la nature est patent: elle en était l'âme. La déesse, eût-on dit en un autre temps! La différence avec Jean-Jacques Rousseau étant la présence, en sus, du dogme catholique: les concepts qu'il rejetait. Les plantes qui s'enroulent autour des colonnes torsadées ne figurent-elles pas cette élévation de l'âme qui s'enracine dans le sentiment - les plantes mêmes semblant n'aimer que de façon chaste: ne se reproduisent-elles pas sans se toucher? Elles aussi sont virginales.
Même si Rousseau n'en avait pas conservé la doctrine, il demeurait dans l'atmosphère intérieure de François de Sales, telle qu'elle lui avait été transmise à Chambéry notamment par ce M. Gaime dont, dira-t-il dans les Confessions, il fit le modèle du Vicaire savoyard.
Il y avait une autre belle citation du philosophe genevois sur la botanique, dans la Tribune de Genève d'il y a cinq semaines, mais j'en parlerai une autre fois (si je puis).