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24/09/2008
La langue rromani : soeur ou fille du sanscrit?
Marcel Courthiade
Professeur à l'INALCO,
responsable des études linguistiques Rromani,
Commissaire à la langue et aux droits linguistiques de l'union Rromani internationale, Paris
La langue rromani n’est ni la sœur ni la fille du sanscrit – lequel n’a eu ni sœur ni fille. En effet le sanscrit était une langue savante, d’une richesse et d’une logique stupéfiantes, et donc considérée comme « parfaite », qui avait été élaborée par les érudits de la haute antiquité indienne, à partir des parlers indo-aryens populaires d’il y a quelque 3000 ans.
Le sanscrit n’a pas évolué mais il n’a cessé d’enrichir toutes les langues indo-aryennes issues au long des siècles des parlers populaires, que ce soit spontanément ou par intervention humaine. Il a aussi influencé fortement de nombreuses autres langues d’Asie, étrangères à la famille indo-aryenne. Plutôt qu’à une « langue mère », il vaut mieux le comparer à une « langue tante célibataire ».
Le rromani, lui, s’est formé à partir des parlers indo-aryens populaires de la moyenne vallée du Gange, détachés au début du XIème siècle de leur région de formation par la déportation des artistes et artisans qui les parlaient. Hindouistes pour la plupart, ceux-ci furent conduits comme esclaves en Afghanistan puis au-delà, essentiellement dans la très riche et très civilisée province persophone du Khorassan (Iran oriental). L’influence des autres langues indiennes sur le rromani a donc cessé à cette époque. En tout état de cause, outre le profil grammatical du rromani qui est largement indien, cette langue compte plus de 800 racines indiennes. Ces déportés indiens participèrent ensuite à un mouvement qui les conduisit, sous la férule des Seljukides, jusqu’en Asie mineure (Ani 1064, Manzikert 1071 etc.) où la plupart d’entre eux demeurèrent au moins deux siècles dans le sultanat seljuk de Roum (capitale Konya) de langue officielle persane mais où l’on parlait aussi le grec, l’arménien, le géorgien, le kurde, l’alain (ou vieil ossète) et vraisemblablement des formes de turc oghouz. Le rromani compte environ 70 racines persanes (dont plus de 10 ossètes)
Nous remercions Marcel Courthiade pour sa contribution et continuerons dans les prochains jours de vous faire bénéficier de ses publications sur la langue rromani