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Thomas Robert Malthus est né près de Wotton en Angleterre, le 13 février 1766. Il est mort le 29 décembre 1834 à l’âge de 68 ans. Malthus reste essentiellement célèbre pour son idée de limitation de l’accroissement de la population. Le Malthusianisme est donc une attitude politico-économique qui prône le contrôle de la démographie afin de pouvoir maîtriser les ressources.
Malthus a été canonisé en tant qu’économiste de l’école classique au côté d’Adam Smith et de David Ricardo. Sa doctrine ne fait pas confiance au développement libre de l’expansion de la population sur un territoire donné. Les Etats sont alors sensés anticiper cela afin de prévenir une pénurie de ressources.
Malthus reste également célèbre dans sa manière d’aborder l’économie en résonnance avec sa formation religieuse. Cette retenue quant aux autres économistes classiques l’a fait apparaître comme le précurseur du keynésianisme.
Malthus et le malthusianisme
À la source du malthusianisme
Malthus naît dans une famille aisée et insérée dans un milieu intellectuel.
Il obtient son Master en 1791, il commence à enseigner en 1793 et est ordonné pasteur de l’église d’Angleterre quelques années plus tard. Il obtient une chaire au Jesus College de l’Université de Cambridge en 1793 et devient pasteur de l’église anglicane. Il est très vite influencé par les lectures de David Hume, Adam Smith, le marquis de Condorcet, William Godwin ou encore Jean-Jacques Rousseau. Il décide de se concentrer sur les problèmes de l’économie alors qu’il est pasteur en charge de l’assistance aux personnes dans la précarité. L’influence de ces quelques penseurs ainsi que de sa profession est très palpable dans les écrits de l’économiste. Alors qu’il est réellement passionné par les écrits de Godwin, il lui reproche son manque d’ancrage dans la réalité. En effet, ce que Malthus peut observer à son poste de pasteur est une dure réalité à laquelle il va tenter de donner un sens.
Il se marie en 1804, et continue à publier des ouvrages et des articles d’économie politique. Il est le premier en Angleterre à obtenir une chaire d’économie politique, qu’il garde jusqu’à sa mort en 1834.
« L’Essai sur le principe de population »
Cet essai constitue la base de la pensée de Malthus; il est son premier ouvrage et il contient les fondements de ce qu’on appelle malthusianisme. L’essentiel de ses écrits suivants seront des reformulations et des approfondissements des thèses développées dans cet essai. La thèse de Malthus part du constat qu’il y a une asymétrie entre la croissance démographique et la croissance de production de ressources. La représentation mathématique de Malthus est simple: alors que la population augmente de manière géométrique (1; 2; 4; 8; 16; …), les ressources n’augmentent que de façon arithmétique (1; 2; 3; 4; 5; …). Plus les années passent donc, et plus l’écart sera grand entre la démographie et le stock de ressources. Ainsi, si il n’y a pas de guerre, d’épidémie ou d’autre événement pouvant réduire la population, il en résultera nécessairement une famine qui pourrait durer jusqu’à ce que le niveau de population redescende en dessous des ressources disponibles.
Malthus propose alors plusieurs manières d’empêcher la population de croître afin de réguler la population. Si aucun effort n’est fait pour cette régulation, alors la catastrophe démographique est inévitable. Les mesures qu’il propose pour permettre de réguler quelque peu la population sont drastiques, en voici quelques exemples: prélever un impôt sur les naissances, offrir des occupations aux couples sans enfants ou encore et surtout, arrêter toute aide sociale aux nécessiteux. C’est ce type de règles, ainsi que toute autre politique de régulation démographique, qui constitue ce qui est appelé malthusianisme. Le malthusianisme est en fait l’application de toute mesure sensée répondre à la crainte, formulée pour la première fois en 1798 par Malthus, de l’explosion démographique et de la difficulté à la gérer.
L’essentiel de ses publications suivantes sont des reformulations, des remodelages et des précisions apportées à cet essai. Le retentissement de cet ouvrage a été tel, qu’il lui a fallu expliquer plusieurs fois ses thèses et se justifier sur de nombreux points. Un effort constant a également été fait pour donner un caractère plus scientifique à ses premiers écrits, les rendre moins intuitifs, pas forcément toujours à l’avantage de Malthus. Ainsi, entre la première et la quatrième édition, l’ouvrage a quasiment triplé de volume.
Malthusianisme et keynésianisme
Keynes lui a rendu hommage dans un de ses livres et il est important de noter qu’une doctrine aussi influente que le keynésianisme prend sa source dans le malthusianisme.
En effet, Malthus a écrit quelques articles pour essayer de comprendre les problèmes de surproduction et de tous les détails qui n’entrent pas dans le cadre mécanique de la loi de l’offre et la demande.
Aussi bien pensé que soit le système de l’économie classique, quelques inepties restent et intrigue Malthus. Un siècle plus tard, Keynes s’y intéressera aussi. Son analyse de la crise de 1929 grâce à ces outils, lui donne une renommée non négligeable qui lui permettra d’avoir l’influence que l’on connait.
Critiques et influences du malthusianisme
Les critiques du malthusianisme ont été vigoureuses d’entrée de jeu. John Stuart Mill émet la critique d’une comparaison mathématique peut-être un peu trop simpliste.
Karl Marx et Friedrich Engels le critiquent également fortement, notamment quant à sa vision inhumaine de la solution au problème de la surpopulation. Selon Marx, il n’existe pas de loi universelle et intemporelle sur la population, mais des lois basées sur l’expérience de l’histoire. Et celles-ci ne peuvent pas nous permettre de prédire des événements qui ne sont jamais arrivés.
Dans un registre plus contemporain, c’est Ester Boserup qui émettra la première des contre-théories prenant ancrage dans la réalité des faits, notamment en montrant que des innovations technologiques surviennent lorsque l’écart entre démographie et ressources est trop grand, permettant ainsi de remettre l’approvisionnement en ressource à flot par rapport à la population. Les pays en développement ont été un laboratoire qui permit à Boserup de contredire Malthus à l’aide de faits.
Les théories de Malthus ont eu plusieurs influences intéressantes et une résonance dans plusieurs domaines tels que la littérature avec Aldous Huxley, ou encore les sciences naturelles avec un Charles Darwin extrêmement impressionné et influencé par les théories de Malthus, de régulation et surtout d’autorégulation de la population.
Le malthusianisme aujourd’hui
Le malthusianisme englobe donc toutes les théories comprenant des politiques publiques de régulation de la population. Aujourd’hui, ces politiques publiques se comptent sur les doigts de la main. L’exemple le plus manifeste est celui de la Chine où la politique de l’enfant unique (loi réduisant à un seul, le nombre d’enfants autorisé par famille) a eu lieu durant de nombreuses années et continue à être présente dans les esprits.
Il est plus facile de nos jours de voir ce qu’on désigne par le terme de « néo-malthusianisme« . Ce dernier couvre toute politique, tout programme ou toute théorie dans lesquelles on peut voir une préoccupation en ce qui concerne la surpopulation définie en tant que problème. Actuellement, de plus en plus de personnes recommencent à parler de surpopulation au niveau planétaire; il semblerait que les solutions émanant de théories ayant hérité du malthusianisme puissent réapparaître à court terme.
Bibliographie commentée
Malthus, T. R. (1809). Essai sur le principe de population: ou exposé des effets passés et présents de l’action de cette cause sur le bonheur du genre humain, suivi de quelques recherches relatives à l’espérance de guérir ou d’adoucir les maux qu’elle entraîne. Paris: JJPaschoud. (Oeuvre originale publiée en 1798). Consulté à l’adresse: http://classiques.uqac.ca/classiques/maltus_thomas_robert/essais_population/essais_population.html
Malthus voit dans les lois de la nature une loi sur la population qui montre que la population augmente bien plus vite que les ressources à disposition. Dans cet ouvrage, Malthus préconise la fin de l’aide aux personnes dans des situations précaires, afin de laisser faire les lois de la nature. Il est possible d’ailleurs de limiter l’accroissement de la population de plusieurs manières différentes afin d’éviter d’avoir systématiquement recours aux guerres, aux famines et aux épidémies pour réguler la population. Oeuvre majeure de Malthus dont il ne se détachera jamais vraiment.
Malthus, T. R. (1846). Principes d’économie politique, considérés sous le rapport de leur application pratique. Paris: Guillaumin et Cie. (Oeuvre originale publiée en 1820). Consulté à l’adresse: http://archive.org/stream/principesdcon00malt#page/n7/mode/2up
À la manière des autres économistes classiques, Malthus fait un tour des grandes thématiques de l’économie politique – richesse, valeur, capital, travail, rente foncière, progrès, etc. – afin d’affiner et de donner du crédit à ses théories sur la population, et entrer de plein pied dans les théories économiques. C’est dans ces principes que Keynes voit quelque chose d’important. En effet, il relève un siècle plus tard que le seul classique à inclure les variables de la demande et de l’investissement dans le problème de la croissance, c’est Thomas Malthus.
Références
Hodgson, G. M. (2004). Malthus, Thomas Robert. In Biographical dictionary of British economists. Bristol: Thoemmes Continuum.
Wolff, J. (1994). Malthus et les Malthusiens. Paris: Economica.