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|Das Bilderlager II, 1989-1993

étagère en bois, 15 boîtes en bois, toile, peinture, 6 céramiques ; 255 X 350 X 80 cm
coll. Frac Bretagne
|Thomas Huber,

Die Post, 1990 & Bilderlager II, 1980-1993
in cycle Patchwork in Progress 7 et dernier

« ... J'aimerais vous dire que les textes d'accompagnement de mes tableaux ont aussi quelque chose de téméraire. Je pense — contrairement à vous ? — qu'ils doivent moins expliquer, éclairer l'objet que tenter de manifester la sollicitude, le souci et le soin que l'on a pour les tableaux. Cette témérité peut paraître prétentieuse puisqu'en faisant allusion à cette sollicitude, c'est de culture que je veux parler. Je ne veux pas créer de l'art, mais de la culture. Ce qui est donc préoccupant dans ma production, c'est son caractère isolé et la forme de monologue qu'elle revêt alors que la culture est pourtant bien le produit d'une société. Mais que dois-je faire lorsque la culture, qui apporte à ces tableaux le soin voulu, me manque ? Je peux proposer une ébauche de cette culture, une ébauche de ce refuge que, je le pense, ces tableaux et donc les tableaux d'une société méritent. » Ces lignes de Thomas Huber sont extraites d'une lettre à Jean-Marc Poinsot reproduite dans Quand l'oeuvre a lieu. L'art exposé et ses récits autorisés (Genève, Mamco / Villeurbanne, IAC, 1999). Elles montrent qu'elle est l'ambition de T. Huber, mais aussi qu'elles sont les exigences auxquelles le spectateur doit satisfaire s'il veut participer pleinement à la « fête » dont chaque œuvre de T. Huber est l'occasion.
Die Post (1990) et Bilderlager II (1989-1993), les deux œuvres qui succèdent à la présentation de Mesdames et Messieurs, ont tout particulièrement trait à cette sollicitude à laquelle les images ont droit. La première de ces œuvres se compose de peintures, de pièces de lambris (à hauteur d’appui) et de textes. L'ensemble traite littéralement de la manière dont les peintures doivent être préparées en vue de leur expédition sur le lieu d'exposition. En dix séquences sont détaillées diverses phases de l'emballage jusqu'à la réception des colis, phases capitales au cours desquelles l'artiste produit ses images en se préoccupant de l'espace dans lequel elles voyageront et en versant à l'intérieur des boîtes de carton, fabriquées spécialement à cette fin, les substances liquides qui les composent. Boîtes d'où elles finiront par s'échapper, lorsqu'elles seront parvenues à destination, sous une forme vaporeuse, voire littéralement sublimée puisqu'elles semblent passer directement de l'état solide à un état gazeux — mi-fumerolles, mi-phylactères. Métaphore du contenant, la boîte est l'espace même où l'image se cristallise, l'enveloppe idéale grâce à laquelle elle parviendra sans dommage à son destinataire. Figure symbolique de cet avènement de l'image, l'artiste se définit comme un messager, comme le dépositaire de valeurs qu'il s'agit d'amener à bon port.
Cette conception de l'image immanente à sa création est exposée dans Bilderlager II (La Réserve). La seconde version de cette réflexion sur la formation de l'image se présente comme une solide étagère de bois sur laquelle sont entreposées des « boîtes ». Comme dans La Poste, les images apparaissent empaquetées, bien qu'il s'agisse ici plus des éléments qui potentiellement les composent et grâce auxquels elles se concrétiseront : le « crépusculaire », le « plus mince », la « surface des images », le « clair », le « foncé », le « vase », le « gazeux », le « liquide »... Cette volonté de les conditionner, pour les ranger et les mettre à l'abri, tient précisément au soin, à la sollicitude, dont il faut les entourer. Mais cette « réserve » où les images se soustraient au regard est aussi l'expression du paradoxe qui leur est propre. Selon T. Huber, c'est en effet dans cet « être caché » que l'image touche à son essence. Elle y demeure comme au sein d'une énigme dont il appartient au spectateur de déchiffrer les signes.
|Thomas Huber est né en 1955 à Zurich ; il vit à Berlin.

www.huberville.de/prestart_high_frz.htm