Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06970.jsonl.gz/1246

Quel lien y a-t-il entre la force musculaire et la probabilité de développer un Covid sévère? C'est la question que se sont posée des chercheuses et des chercheurs: leurs premiers résultats sont, une prépublication qui doit encore passer la relecture des pairs.
Depuis quelques années, plusieurs autres études montrent le lien évident entre force musculaire, activité physique et mortalité. Il en ressort que l'inactivité physique est la première cause de mortalité évitable dans le monde. Pour l'OMS, l'inactivité physique est responsable de 10% des décès en Europe.
Forte de ce constat, l'équipe de recherche a analysé les données, allant de 2004 à 2017, de 3600 adultes de 50 ans et plus. Il en ressort qu'une faible force musculaire est associée à un risque accru d'hospitalisation pour le Covid-19.
Dans la base de données se trouvent tout un ensemble d'informations sur la santé des individus: outre le poids, l'âge et le sexe est par exemple notée la présence ou non de diabète ou de maladies chroniques: "Dans le modèle statistique, on ajuste pour toutes ces variables et on regarde si la force musculaire va être capable de prédire, au-delà de ces risques de facteurs établis, le risque d'hospitalisation", explique Boris Cheval, chercheur en neuropsychologie de la santé à l'Université de Genève, et premier auteur de l'étude.
"Ce que l'on constate, c'est que plus vous avez une force musculaire élevée, plus votre risque d'hospitalisation va diminuer. Donc, à l'inverse, si votre force musculaire est plutôt faible, toute chose étant équivalente par ailleurs, votre risque d'hospitalisation va être supérieur", précise-t-il au micro de l'émission CQFD.
La force musculaire, un meilleur indicateur que l'hypertension
Dans l'étude, le lien entre le système immunitaire et la force musculaire n'est pas directement prouvé, mais tout tend à le montrer: "on voit bien que les personnes qui ont un dysfonctionnement du système musculaire au cours du vieillissement – avec la sarcopénie, qui est une perte de masse musculaire – ont un système immunitaire qui va moins bien répondre face à des infections. Et notamment les infections respiratoires", remarque Boris Cheval.
La force est mesurée grâce à un dynamomètre: "une étude dans The Lancet a montré que cette force musculaire-là était capable de mieux prédire la mortalité par rapport à une mesure comme l'hypertension artérielle. C'est un bon indicateur de santé", ajoute-t-il. Un outil très utile pour prédire l'état de santé d'une personne.
Les différences de force musculaire entre hommes et femmes sont claires: celle de ces dernières étant plus faible. Mais, au final, l'effet est constaté quel que soit le sexe ou l'âge des personnes, selon la recherche effectuée.
Par ailleurs, l'insuffisance d'activité physique est responsable de 5,3 millions de décès par an dans le monde, un chiffre considérable: "oui, cela représente plus d'un mort toutes les dix secondes", souligne le chercheur. Il faudrait donc faire plus d'activités physiques, ce qui n'est pas toujours évident, car, ajoute-t-il, "l'être humain est construit pour minimiser l'effort".
>> Lire:
Combattre le "syndrome du paresseux"
Il faut donc combattre le "syndrome du paresseux", pour reprendre le titre d'un livre publié en mars dernier par Matthieu Boisgontier et Boris Cheval. Ce dernier insiste que pour réussir au mieux, il faut "prendre du plaisir et faire une activité physique qui nous plaît". Car, selon les études scientifiques, "si vous faites une activité physique qui n'est pas vécue comme un moment agréable, vous ne la maintiendrez pas sur le long terme".
Un autre conseil, c'est l'implémentation d'intention: "Il faut spécifier où, quand et comment vous allez faire votre activité physique et aussi anticiper les obstacles éventuels, comme la pluie, un ami qui vous propose d'aller prendre un verre, ou la fatigue après une journée de travail... il faut préparer des stratégies pour faire face à ces tentations qui vont vous amener à ne pas être actif physiquement", résume Boris Cheval.
>> Ecouter aussi l'émission CQFD sur l'ouvrage "":
Sujet radio: Sarah Dirren
Adaptation web: Stéphanie Jaquet