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Au début de l'année, des enfants du peuple Yanomami, une communauté autochtone qui vit en Amazonie, sont évacués en urgence. Un hôpital de campagne est monté par l'armée brésilienne dans la région pour accueillir de jeunes enfants qui souffrent de malnutrition, de maladies et de manque de soins. L'état d'urgence sanitaire est décrété. Selon les chiffres officiels, une centaine d'enfants de moins de 5 ans sont morts en 2022 sur les terres des Yanomami.
Une enquête pour génocide est ouverte. Le président Lula attaque son prédécesseur, Jair Bolsonaro, et promet de mettre fin à l'orpaillage illégal. La région où vit le peuple Yanomami est minée par des exploitations illégales d'or qui polluent les cours d'eau, privant cette communauté de l'un de ses principaux moyens de subsistance, la pêche.
Riches en ressources naturelles, les terres autochtones en Amazonie sont particulièrement convoitées. Dans la vallée de Javari, toujours dans l'Amazonie brésilienne, certains membres des communautés autochtones locales organisent des patrouilles pour défendre la forêt contre le braconnage ou la pêche illégale. "Il y a de gros soucis en Amazonie. Les pressions des lobbys industriels sont immenses concernant l'agriculture et les mines. C'est vraiment très difficile de trouver une manière de s'assurer de leur protection. Même un gouvernement un peu plus progressiste, comme celui de Lula, a beaucoup de difficultés à le faire", souligne Paulo David, ancien chef de la Section des peuples autochtones et des minorités du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, invité dans.
476 millions de personnes
Les peuples autochtones représentent au minimum 476 millions de personnes dans le monde, selon les estimations publiées en 2019 par l'Organisation internationale du travail (OIT). C'est 6% de la population mondiale. La majorité, 336 millions de personnes, vit en Asie et dans les Etats du Pacifique. Mais c'est en Amérique latine que les populations autochtones forment la part la plus importante de la population, 8,5%. On estime qu'il existe plus de 5000 groupes autochtones distincts. Ils parlent plus de 4000 langues différentes sur les près de 7000 qui existent dans le monde. Beaucoup sont menacées.
La majorité des peuples autochtones vit en Asie. [Géopolitis - RTS]
Depuis 2007, leurs droits spécifiques sont reconnus dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, un texte adopté par l'Assemblée générale de l'ONU. D'autres textes et déclarations internationales concernent les peuples autochtones, mais selon Paulo David, "ce qui manquerait encore peut-être à tout cet arsenal de mécanismes et de déclarations qui existent aux Nations unies, c'est une convention contraignante sur le droit des peuples autochtones. (...) Il faudrait passer à l'étape suprême qui est un traité international".
Des études ont souligné que les membres de communautés autochtones sont plus touchés par l'extrême pauvreté et ont en moyenne une espérance de vie moins élevée. "Il y a une meilleure reconnaissance des droits des peuples autochtones mais maintenant, évidemment, la mise en oeuvre reste à faire", analyse Paulo David.
Au niveau mondial, les terres des peuples autochtones concentrent 80% de la biodiversité restante. Selon Paulo David, "la situation du changement climatique met en valeur les forces et les connaissances des peuples autochtones. Et j'espère que dans les années qui viennent tous les intervenants du changement climatique soient plus à l'écoute des peuples autochtones. Parce que ce sont eux finalement les gardiens de la forêt. Ce sont eux les gardiens de la terre et ils savent mieux la gérer que nous ne savons la gérer. Ils ont beaucoup de conseils à nous donner."
Crimes et travail de mémoire
En 2021, le Canada est sous le choc après la découverte des restes de centaines d'enfants à proximité d'anciens pensionnats pour autochtones. Pendant des années, des dizaines de milliers d'enfants amérindiens, inuits ou métis ont été pris de force à leurs familles pour être envoyés dans des pensionnats tenus en majorité par des religieux catholiques. De nombreux anciens pensionnaires ont témoigné des abus de toute sorte subis dans ces établissements.
"Ce qui s'est passé au Canada et dans d'autres pays sont certainement des crimes contre l'humanité et probablement des génocides, mais c'est aux tribunaux de décider", relève Paulo David. Selon le travail d'enquête de la Commission vérité et réconciliation, rendu public en 2015, 6000 enfants seraient morts dans les pensionnats pour autochtones canadiens, dont le dernier a fermé en 1996.
Elsa Anghinolfi