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La poste en hiver à la montagne
Avec 1 illustration ( n° 23 ) et 2 dessins du peintre L. Gianoli.
Par Marc Juland.
Avez-vous, dans vos excursions hivernales ou pendant un séjour à la montagne en hiver, rencontré le « postier » et son mulet, ou, plus simplement, le facteur sur ses skis? Vous êtes-vous alors représenté ce qu' était le travail auquel cet homme était assujetti et, avec lui, son compagnon à quatre pattes? les difficultés qu' il avait à surmonter, les dangers auxquels il était exposé au cours des quelques dizaines de kilomètres qu' il devait parcourir chaque jour de service, tant à la montée qu' à la descente? Pour vous, confortablement — ou presque confortablement — installé dans votre chambre, plus ou moins bien chauffée, en ces temps de restrictions, mais en tout cas bien à l' abri des intempéries, en train d' écrire des lettres, en fumant votre meilleure pipe, cela semble tout naturel de recevoir ou d' expédier une missive.Vous voyez en imagination le train qui emporte ou apporte votre courrier qui vous est ensuite remis chez vous, à votre domicile, et que vous lisez alors en toute tranquillité quelles que soient vos occupations professionnelles. Mais, que vous soyez en pays de montagne, ou que vos lettres vous arrivent d' un village éloigné, situé dans une région si enneigée qu' il est difficile d' y accéder, vous vous contentez, très probablement, de vous féliciter de la bonne organisation de nos postes suisses, sans vous demander quelle est la vie de cet homme qui, bravant les tempêtes de neige parfois — car le beau temps ne règne LA POSTE EN HIVER A LA MONTAGNE.
pas continuellement là-haut — luttant contre les rafales du vent soufflant en ouragan, aveuglé par les flocons, le visage meurtri par les fines aiguilles de glace, ayant souvent le souffle coupé, se trouve parfois dans une situation telle qu' il doit craindre de ne pouvoir s' en tirer. Puis, il y a les avalanches qui se précipitent même Village de La Sage.
aux endroits où elles ne tombent que rarement, il y a aussi les « gonfles », dans lesquelles on peut disparaître, il y a encore, presque tous les jours de transport, les épaisses couches de neige molle ou verglacée, sur lesquelles il est si pénible de circuler, que ce soit à pied ou à ski ou même avec des raquettes aux pieds. Et, si le courrier est volumi- neux, si les colis sont nombreux, on ne peut porter tout cela seul, le mulet est aussi de service, et c' est un souci de plus. Sur les grandes routes, la peine est moindre, mais lorsqu' il s' agit de desservir les hameaux, les petits villages, les « trous perdus », quelles appréhensions doit-on ressentir au départ! Quelle doit être la satisfaction d' atteindre le but, de pouvoir se dégeler, se réchauffer! Vous connaissez ces sensations, alpinistes, mes frères; oui, sans doute, mais pour nous tout cela n' est que passager, c' est une fois, peut-être deux fois par année que nous nous trouvons dans de si critiques situations. Le facteur de montagne, lui, y est exposé tous les jours où il fait son service. Tous ces jours il fait preuve de cette Les Haudères et les Dents de Veisivi.
volonté, de cette ténacité dont sont doués les montagnards. Aussi accordez-lui une pensée de reconnaissance lorsque, bien tranquilles dans votre home, vous vous plongez dans la lecture des nouvelles que vous venez de recevoir de l' un ou l' autre de vos lointains amis des hautes vallées.