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Le principal facteur de croissance viendra des marchés émergents en raison de l’augmentation de leur demande énergétique.
Pour le moment, c’est la crainte d’une récession qui l’emporte dans le bras de fer qui oppose tensions géopolitiques et inquiétudes liées à la croissance. Il en résulte un plafonnement des cours, malgré les préoccupations relatives à l'Iran. Néanmoins, nous ne pouvons pas exclure que les prix augmentent légèrement à court terme, et ce malgré une offre abondante. Cependant, à moyen terme, l'évolution de la dynamique de la demande, et en particulier la croissance de l'offre en provenance des producteurs hors OPEP et des producteurs de pétrole de schiste, est susceptible de limiter la hausse des prix.
Avec l’intensification des tensions géopolitiques au Moyen- Orient, les cours du pétrole font à nouveau les gros titres. La détérioration des relations entre les États-Unis, l'Europe et l'Iran a entraîné une recrudescence des incidents dans le Golfe, apportant un soutien sous-jacent aux prix du pétrole.
de graves perturbations de l'offre et provoquer une flambée des prix.
En effet, dans le but de faire pression sur l'Europe pour qu'elle demande aux États-Unis de lever les sanctions qu'ils avaient mises en place après s'être retirés de l'accord nucléaire de Genève, l'Iran a recouru à des actions répréhensibles. Pour le moment, ces dernières n’ont cependant pas fait de victimes. Il en a été de même pour les États-Unis, qui ont renoncé à la dernière minute à des frappes militaires en représailles de la destruction de l’un de leurs drones. Tant que le conflit se limite à des incidents isolés et ne fait pas de victimes, nous ne prévoyons pas d’escalade militaire.
Le Détroit d’Ormuz, qui forme un goulot entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, constitue la plus importante route maritime du monde pour les hydrocarbures. En effet, environ un tiers du gaz naturel liquéfié mondial et plus de 20% de la consommation mondiale de pétrole (environ 21 millions de barils par jour) transitent par le détroit. De ce fait, la moindre intensification des tensions pourrait entraîner de graves perturbations de l'offre et provoquer une flambée des prix. Cela étant dit, l’Iran a déjà tenté, sans succès, de bloquer le détroit dans le passé, mais la crainte de perturbations n’en demeure pas moins négligeable. Ceci représenterait tout de même une escalade majeure.
De manière à soutenir les prix face aux inquiétudes liées à la croissance, l'OPEP+ – qui inclut la Russie – a accepté de réduire sa production, une diminution qu’elle a prolongée jusqu'en mars 2020 afin de tenter d'équilibrer offre et demande. L’OPEP regroupe les principaux producteurs mondiaux de pétrole et représente environ 37% de la production mondiale. Si l’on y ajoute la production russe, l’OPEP+ totalise plus de 50% de la production mondiale de pétrole. De ce fait, l’OPEP a toujours géré l’offre de façon à fixer des cours autour de 70 dollars le baril, un niveau qu’elle jugeait approprié.
de schiste a changé la donne.
Les réductions de production ont permis de maintenir les prix du pétrole malgré le contexte de ralentissement de la croissance mondiale, mais probablement pas au niveau où l'OPEP+ l'aurait souhaité – ou qu’elle aurait réussi à atteindre dans le passé. En effet, alors que l’OPEP était le décideur ultime en matière de prix depuis de nombreuses années, l’augmentation de la production de pétrole de schiste a changé la donne.
L’OPEP n’est plus le principal acteur de la fixation des cours du pétrole et les années à venir devraient encore accélérer ce processus. L'augmentation de la production hors OPEP devrait dépasser la croissance de la production de l'OPEP dans le futur, qui devrait pour sa part diminuer progressivement au cours des prochaines années.
L’arrivée de la production de pétrole de schiste a révolutionné le secteur de l'énergie. Le procédé de fracturation, une technique conçue pour extraire du gaz et du pétrole de schistes bitumineux, a renforcé la capacité des États-Unis et d’autres pays à produire leur propre pétrole. Les États-Unis produisent ainsi aujourd’hui autant de pétrole que l'Arabie Saoudite ou la Russie. Cette technique a été largement utilisée, dans la mesure du possible, pour réduire la dépendance au pétrole en provenance du Moyen- Orient. Le pétrole de schiste peut être produit à des coûts d'extraction inférieurs à ceux du pétrole traditionnel, même si son seuil de rentabilité peut varier considérablement.
Afin de maintenir ses parts de marché et damer le pion aux producteurs de pétrole de schiste aux seuils de rentabilité plus élevés, l’Arabie Saoudite a volontairement continué de produire à des niveaux proches du maximum, et ce même à des prix non rentables. De leur côté, les producteurs de pétrole de schiste ont besoin d’engranger des revenus et ont donc continué à produire eux aussi à leur capacité maximale. L’offre a de fait été abondante, dans un contexte de demande ralentie.
de la demande de ces dernières années.
D'ici 2021, les États-Unis seront devenus un exportateur net de pétrole, ce qui signifie que la plus grande économie du monde ne dépendra plus de l'énergie en provenance du Moyen-Orient. Les États-Unis représenteront 70% de la croissance de la capacité de production mondiale d’ici à 2024, soit un total de 4 millions de barils supplémentaires par jour. La production brésilienne augmentant également, la production hors OPEP devrait s’accroître l'année prochaine, tandis que la production de l'OPEP devrait légèrement diminuer.
Les prix du pétrole sont intrinsèquement liés à la croissance mondiale, et les inquiétudes récentes concernant le ralentissement de cette dernière ont compensé l’accroissement des tensions géopolitiques avec l'Iran. On ne peut faire fi des conséquences des conflits commerciaux, car elles ont un lien direct avec la demande d’énergie.
La demande de pétrole ne devrait croître que modérément en 2019, et à nouveau au même rythme en 2020, ce qui signifie que la croissance de la demande n'augmentera pas, mais qu’elle restera stagnante dans un contexte global de décélération. De plus, la Chine est responsable de la majeure partie de l'augmentation de la demande de ces dernières années, consommant aujourd'hui 13% de la production mondiale de pétrole, mais le ralentissement de la production manufacturière et les incertitudes commerciales pourraient néanmoins diminuer ses besoins. En parallèle, les niveaux d'approvisionnement continuent à augmenter et l'Arabie Saoudite a compensé la baisse de production iranienne, provoquée par les sanctions imposées par les États-Unis. Qui plus est, les stocks de l’ensemble des pays de l’OCDE ont continué de croître, ce qui a permis de réduire la pression sur les prix du fait de ces réserves abondantes.
Globalement, les cours du pétrole devraient se mouvoir au sein d’une fourchette donnée dans les mois à venir, autour d’actualités qui tirent et poussent les prix.
À moyen terme, la demande des marchés émergents, ainsi que la modification de la structure de la demande de pétrole, devraient déterminer l'évolution des prix.
Nous passons d’un emploi du pétrole pour l’industrie et les transports à une utilisation répondant aux besoins des consommateurs, tels que la pétrochimie, c’est-à-dire le plastique, et ce en dépit des préoccupations environnementales. En tant que telle, la demande pétrochimique devrait représenter 30% de la croissance de la demande mondiale de pétrole.
En effet, la Chine et l'Inde devraient représenter 44% de la croissance attendue de la demande de pétrole d'ici 2024. Et le reste de l'Asie constituera également une source principale de demande, au fur et à mesure que les économies rattrapent les marchés développés. Cependant, la demande en provenance des pays développés continuera probablement à baisser. L’équilibre entre ces éléments déterminera les prix du pétrole. Mais en comptant sur une offre croissante de pétrole de schiste, les cours ne devraient pas s’envoler.