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Visite commentée de l’exposition «14/18 La Suisse et la Grande Guerre» par Chantal Lafontant Vallotton, conservatrice du département historique.
L’exposition, itinérante, montre les quatre années de guerre à travers un parcours thématique riche et varié via des textes, des images, des objets ou encore des bornes d’écoute. La première partie, sur la Belle Epoque, propose une multitude de thèmes fort divers allant des aspects mémoriels (Gilberte de Courgenay, Sentinelle des Rangiers) au suffrage féminin et à l’AVS en passant par la personne de Gustave Ador et l’adhésion de la Suisse à la Société des Nations. Vient ensuite la partie "Mobilisation" qui donne quelques chiffres à propos de la mise sur pied des troupes et montre l’évolution du phénomène dans le temps : on y apprend notamment qu’au début de la guerre, l’ensemble de l’armée est mobilisée, soit plus de 200'000 hommes et 45'000 chevaux.
L’exposition se concentre aussi sur les questions politiques, économiques et sociales. On y apprend que la Confédération intervient de plus en plus fortement, notamment dans l’économie. Par exemple, pour gérer la production agricole et certains problèmes de ravitaillement, l’Union du fromage est créée, disposant du monopole de l’exportation du fromage et fixe les prix du lait. Cet interventionnisme étatique a cependant son revers de médaille : il conduit à une explosion des dépenses fédérales qui sont multipliées par 2,5 et à l’introduction de l’impôt fédéral direct.
Les difficultés socio-économiques, qui culminent avec la grève générale de novembre 1918, sont également traitées. A la fin de la guerre, alors qu’un certain nombre d’industriels ayant travaillé pour l’effort de guerre ont réussi à amasser des fortunes, une large frange de la population a sombré dans la pauvreté puisque 700'000 Suisses (20% de la population) dépendent de la distribution de rations de lait et de pain à prix réduit.
Une partie de l’exposition présente des thèmes spécifiquement neuchâtelois. L’un d’eux est la projection d’une cinquantaine de photographies qui évoquent les principaux événements ayant marqué le canton : mobilisation, visite du général Ulrich Wille en juin 1915, bombe allemande tombée à La Chaux-de-Fonds en octobre 1915, accueil d’internés et de réfugiés, occupation militaire de La Chaux-de-Fonds à la suite de la libération par des manifestants de Paul Graber condamné pour ses écrits pacifistes, armistice de novembre 1918, grève générale…
Un deuxième volet local est consacré à Guy de Pourtalès. Membre d’une famille aristocratique neuchâteloise, il était très lié à la France. Descendant de protestants cévenoles réfugiés à Neuchâtel et marié à une Française, il avait acquis la nationalité française peu avant la guerre. Cependant, comme beaucoup de grandes familles neuchâteloises, celle des Pourtalès était très liée à l’Allemagne pour des raisons historiques et idéologiques : Guy était né à Berlin, et son père et ses deux frères étaient officiers dans l’armée prussienne. Il a pu devenir interprète dans une brigade d’artillerie britannique, puis chargé de la propagande en Suisse pour le compte du Quai d’Orsay via sa fonction d’administrateur de la Tribune de Genève, alors contrôlée par le Gouvernement français. Ses relations en Suisse et en Allemagne ont toutefois fini par se retourner contre lui et il a été mis à pied en 1917, terminant la guerre comme officier informateur et accompagnant les journalistes américains dans les régions libérées de la France et en Allemagne.
La fin de l’exposition interroge la réception de la Première Guerre mondiale dans la bande dessinée, en questionnant les relations entre violence extrême et transformation esthétique du 20e siècle.