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C’est en septembre 1852 que le couple Eynard a pris la pose en compagnie de parents et d’amis devant la façade principale de la maison de maître de Beaulieu. Une inscription au verso permet d’identifier les divers personnages représentés. Outre Eynard et son épouse, leur fille Sophie, leur petite-fille Hilda et Pauline d’Ochando (debout au deuxième rang à gauche), il est question d’un rabbin dénommé Salomon ben David, assis tout à gauche au premier rang. Il s’agit sans doute d’un hôte de passage puisqu’il n’apparaît sur aucun autre daguerréotype. À l’autre extrémité est assis Auguste Meuricoffre (1801-1875), petit-cousin d’Eynard dont la mère était issue de cette famille originaire de Thurgovie. Frédéric Meuricoffre, le frère de cette dernière, avait fondé à Naples une banque privée liée à une intense activité de négoce qui facilita grandement la réussite financière de Jean-Gabriel Eynard et de son frère Jacques (Bouvier-Bron 2019, chapitre II et tout particulièrement p. 91-96). Auguste, fils du banquier Jean Georges Meuricoffre et d’une célèbre cantatrice, Céleste Coltellini, est accompagné de son épouse Célestine, née Bourguignon, assise en troisième position depuis la gauche, qui se distingue d’emblée par son large sourire. À côté d’elle, en position presque centrale, on reconnaît la future belle-mère d’Hilda, Suzanne Diodati, née Vernet. Elle est suivie de Sophie Delessert, née Gautier, épouse du banquier et homme politique français d’origine suisse François Marie Delessert (1780-1868), debout tout à droite au deuxième rang.
Ce portrait de groupe se caractérise par la bonne humeur palpable de certains personnages : Célestine Meuricoffre semble prête à éclater de rire ; Sophie et Hilda sont très souriantes ; et même Eynard, Suzanne Diodati et François Marie Delessert esquissent un sourire. On peut se demander s’il ne s’agit pas de l’une des rares images prises sur le vif, au moment où un évènement inattendu vient de fait rire l’assistance. En effet, bien qu’alignés sur deux rangs de façon assez traditionnelle, la plupart des modèles ne prêtent aucune attention à l’objectif, comme s’ils avaient été photographiés à leur insu avant d’avoir pris la pose. Six d’entre eux, dont Eynard et son épouse, tournent ostensiblement leur visage vers la droite de l’image, le regard capté par quelqu’un ou quelque chose situé en dehors du cadre. De plus, la main qu’Eynard pose familièrement sur l’épaule de Suzanne, le bras de Pauline passé affectueusement autour de celui d’Hilda et l’attitude chaleureuse de Célestine envers Sophie apportent beaucoup de spontanéité à ce portrait de groupe fort peu conventionnel.
Comme souvent, Anna est coiffée d’un bonnet de lingerie, de même que Célestine, qui a placé le sien plus en arrière. Suzanne Diodati et Sophie Delessert portent une capote couvrante, Sophie, un voile de dentelle fixé dans sa coiffure, tandis que Pauline et Hilda sont tête nue. Suzanne Diodati et Sophie Delessert sont recouvertes chacune d’un mantelet rehaussé de passementerie aussi foncé que leurs robes, le tout formant un contraste avec leurs cols blancs, leurs rubans et les dentelles claires de leurs capotes. Notons les nombreuses bagues de Suzanne qui ressortent avec éclat. On aperçoit distinctement la léontine (chaînette de montre pour femmes) de Sophie et de Célestine. L’ensemble que porte cette dernière, en tissus dont la brillance et le tombé suggèrent une soie lourde, comprend une veste bordée de festons froncés et un corsage à rayures. Sophie et Hilda arborent des tenues plus simples, vraisemblablement en coton, ornées de petits carreaux pour l’une et d’un motif végétal pour l’autre. Quant à Pauline, sa robe foncée met en valeur son petit col de dentelle blanche.
La plupart des personnages sont nets et bien exposés, mais quelques visages restent imprécis, probablement parce qu’ils ont bougé, cependant que les deux figures à droite sont un peu trop sombres. L’image penche légèrement vers la droite et la profondeur de champ assez réduite laisse l’arrière-plan dans le flou. (I. Roland)
inscription sur l'oeuvre
Inscription posthume : Non