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Lu, dévoré même, Do I Make Myself Clear d’Harold Evans évoqué dans le dernier post. Il traite – à raison – toutes sortes de formules pompeuses utilisées dans des écrits à portée juridique de « legal debris ». Le verbiage et le jargon sont une pollution – dans un monde dans lequel chacun est submergé d’informations qu’il ne peut ni lire ni suivre. Le suisse moyen n’a lu les conditions générales ni de Swisscom, ni de sa banque, ni de ses assurances, ni de son billet d’avion, ni de la voiture de location, ni de rien. Qu’il a pourtant acceptées… Il y aura donc une prime, parce que le consommateur choisira, aux entreprises qui rendront leurs écrits simples et clairs. Ce n’est pour l’instant pas le cas : elles n’y voient aucun problème et les laissent écrire par des mauvais. Evans ne réinvente pas le fil à couper le beurre. Il reprend les fondamentaux : simplicité, concision, phrases courtes, éviter les formules indirectes et la forme passive, bannir le jargon, les formules et les pléonasmes. Exemple ? La formule « doughnut », soit qui tourne sur elle-même : A meeting will be held by the board of directors next week. Cela vous semble bien ? Clair ? Eh non, c’est un doughnut. Douze mots qui peuvent être remplacés par cinq sous la forme active : The board of directors meets next week. Est-ce égal, les deux disant la même chose ? Non.
Ce serait dire qu’un document de cent vingt pages serait acceptable là où il peut en faire cinquante. Une majorité des écrits commerciaux et étatiques pourraient être raccourcis de 50% et plus. Pas convaincus ? There were riots in several cities last night in which several shops were burned. Quatorze mots. Rioters burned shops in several cities last night. Huit mots. Evans donne ensuite des exemples de textes, rapports politiques et autres qu’il dissèque dans le détail – pour en identifier les défauts et les qualités structurelles et narratives. Et l’Etat ? L’Etat doit au citoyen transparence et bonne foi. Il doit donc se rendre compréhensible envers tous. Les écrits qui ne le sont pas peuvent lui être retournés et être considérés sans valeur. La palme ? L’Office cantonal (genevois) du logement et de la planification foncière, pour le texte suivant : Le revenu déterminant du groupe de personnes occupant le logement ne doit pas dépasser le barème d’accès. Il se calcule en prenant en considération le 90% du barème d’entrée, qui se calcule en divisant le loyer effectif (loyer sans les charges ni les frais de parking) par le taux d’effort (part du revenu à consacrer au paiement du loyer). Le citoyen qui postule pour un HLM n’est pas en mesure de le comprendre, ce qui le met à la merci d’un texte volontairement déceptif – et du service de l’Etat qui l’applique. Celui qui l’a écrit, quant à lui, mérite plumes et goudron.