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- Publié le lundi 15 décembre 2003 00:00
Président de la Société pédagogique genevoise
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Où se situe-t-il? Dans le creux de la vague ou au sommet? Toutes choses évoluent, et particulièrement celles en rapport avec l'éducation. Mais cette évolution n'est pas forcément linéaire.
En 1978, l'appellation "classe d'adaptation" était officiellement et définitivement abandonnée, et remplacée par "classe spécialisée". L'enseignement spécialisé entendait ainsi, entre autres, montrer que son action ne se limitait pas à tenter de combler tant bien que mal les lacunes de l'élève en difficulté, ni à l'accueillir le temps qu'il s'adapte dans le seul but qu'il puisse rejoindre l'ordinaire. Les étayages de fortune dont certains enfants ont fait les frais s'apparentaient bien souvent à des emplâtres sur des jambes de bois, et il aurait difficilement pu en être autrement, vu que l'énergie était mise au profit d'une seule finalité: rejoindre le cursus scolaire normal (la désillusion était d'autant plus cruelle puisque tous n'arrivaient pas à réintégrer l'ordinaire).
Mission identique
Rassurons d'emblée le lecteur, cette dimension-là, le retour vers l'ordinaire, n'a pas disparu, loin s'en faut! Elle reste même très importante, c'est une évidence. Ainsi, par exemple, une majorité d'élèves rejoint le Cycle d'orientation. Mais les finalités de l'enseignement spécialisé ne pouvaient se résumer à cet unique objectif. La loi sur l'instruction publique est la même pour les deux divisions, ordinaire et spécialisée, et une part essentielle de la mission de l'école est d'arriver à assurer la réussite du plus grand nombre d'élèves, non pas pour le plaisir de satisfaire aux objectifs de l'école pour elle-même, mais bien pour leur permettre de trouver une véritable place dans la société. C'est pourquoi l'enseignement spécialisé établit pour chaque enfant et chaque jeune un projet, en collaboration étroite avec les parents, et offre les structures les mieux adaptées.
Le spécialisé à l'avant-garde
En 1994, dans le document initial lançant le concept de Rénovation de l'enseignement primaire genevois, la division spécialisée faisait l'objet d'un tout petit chapitre où il était dit, grosso modo, qu'elle s'adapterait (c'était son tour!) sans difficulté, vu que c'était déjà sa manière de fonctionner. Cette formule lapidaire a certainement causé grand tort à la division spécialisée, car, s'il était vrai qu'elle pratiquait déjà le travail en équipe, qu'elle évaluait essentiellement de manière formative, sans notes, qu'elle assurait une promotion automatique des élèves, qu'elle les suivait collégialement, il n'en demeure pas moins que de nombreux ajustements devaient sans cesse être imaginés, bref, que l'évolution constante faisait (et fait toujours) partie intrinsèque de l'enseignement spécialisé, et qu'il n'y avait pas de coup de frein à donner pour, en quelque sorte, attendre que la division ordinaire la rejoigne. Il est, bien entendu, peu aisé de faire un bilan aujourd'hui, mais il est légitime que la population, les parents, se demandent quelle évolution le spécialisé a réalisé ces derniers temps, et s'il est toujours utile.
Une meilleure intégration
Alors que pratiquement la moitié des classes du canton sont impliquées dans un projet d'école, le taux d'élèves dans le spécialisé (~3,5%) demeure plutôt constant. N'aurait-il pas dû diminuer? La question intervient peut-être trop tôt. L'enseignement spécialisé ne disparaîtra pas demain, c'est certain - et c'est tant mieux, car les expériences d'intégration à tout prix tentées ailleurs ont vite montré leurs limites. Il ne s'agit donc plus de se demander si c'est un mal nécessaire ou un bien superflu - considérations plutôt dépassées - mais d'apprécier dans quelle mesure l'enseignement ordinaire, pour autant que la Rénovation continue son extension, pourra mieux prendre en compte les élèves en difficulté et, par là, éviter un passage dans le spécialisé. Attention, le propos n'est pas de dire que l'évolution que connaît l'enseignement ordinaire, et le rapprochement avec le spécialisé qui en découle, gomme les spécificités de la prise en charge des élèves propre à chaque division. Non, simplement, même si à Genève cela se passe particulièrement bien et ne peut pas être assimilé à de l'exclusion, le passage d'une division à l'autre reste une mesure potentiellement traumatisante.
Professionnalisation
Deux craintes opposées avaient été exprimées au moment où les options de la Rénovation avaient été définies: d'une part que les élèves en difficulté ne soient plus repérés, noyés dans les cycles et, d'autre part, que les enseignants, débordés par les nouvelles tâches qui leur incombaient, aient tendance à les signaler à outrance, faute de trouver le temps de s'en occuper. Aucune de ces hypothèses ne s'est vérifiée, heureusement! La professionnalisation du métier d'enseignant n'est pas un vain mot, et cela se vérifie dans ce cas, une fois de plus. Toutefois, il reste primordial d'affiner encore plus l'évaluation de l'élève qui rencontre des difficultés, et qu'ainsi, lorsque le passage d'une division à l'autre est préconisé, pratiquement plus aucun doute ne subsiste quant à la pertinence de la décision.
Promouvoir la Rénovation
On l'aura compris, point n'est besoin d'avoir une vision dichotomique de la Rénovation; l'évolution que connaissent l'ordinaire et le spécialisé, malgré de constants réajustements, fait partie d'une même dynamique. Par contre, la politique intégrative pratiquée à Genève doit pouvoir, grâce aux principes contenus dans la Rénovation, se renforcer et permettre de diminuer encore le nombre d'élèves qui ont besoin de bénéficier de l'enseignement spécialisé. A tous, parents, enseignants et citoyens d'y croire, et de favoriser la stabilisation d'une école de qualité, rénovée et évolutive!