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Orchestre Symphonique de Berne
Orchestre Symphonique de Berne Mario Venzago, direction Swiss Piano Trio, ensemble soliste
Claude Debussy (1862 - 1918)
Prélude à l’après-midi d’un faune
Paul Juon (1872 - 1940)
« Episodes concertants » op. 45 pour violon, violoncelle, piano et orchestre
Allegro moderato
Lento
Allegro non troppo
Paul Dukas (1865 - 1935)
« L’apprenti sorcier »
Maurice Ravel (1875 - 1937)
« Boléro »
Pour ouvrir le programme, un des plus beaux préludes pour orchestre qui soit !
Durant les dix dernières années du dix-neuvième siècle, Claude Debussy assista fréquemment aux réunions d’écrivains et d’artistes que le poète Stéphane Mallarmé organisait chez lui le mardi soir. Mallarmé avait publié en 1876 un poème L’après-midi d’un faune, et seize ans plus tard, lorsqu’il réalisa que Mallarmé avait espéré que son poème pourrait être présenté au théâtre, Debussy se mit à composer un ouvrage qu’il appela, à ce stade, «Prélude, Interludes et Paraphrase finale», pensant sans doute que cela serait la musique d’accompagnement d’une telle représentation. Il ne composa en fait que le Prélude à l’après-midi d'un faune qui plut à Mallarmé, car, pensait-il, Debussy avait su traduire l’émotion de son poème. La première représentation en fut donnée à Paris le 22 décembre 1894. C’est Gustave Doret qui la dirigea, et il décrit dans ses mémoires la visite de Debussy à son appartement avec les épreuves de la partition orchestrale. Le musicien l’avait jouée en entier plusieurs fois au piano et il avait stupéfié son hôte par son talent pour reproduire sur le clavier toutes les couleurs orchestrales et nuances de chaque instrument, donnant ainsi une interprétation apparemment parfaite de l’ouvrage. Maurice Ravel, qui avait une fois proclamé qu’il aimerait que l’on joue le Prélude à l’après-midi d’un faune à son enterrement, le transcrivit en duo pour piano en 1910, mais l’arrangement (que nous avons enregistré ici) pour deux pianos est de Debussy lui-même et date de 1895.
Puis un formidable joyau post-romantique. Il aura suffi de quatre décennies pour que Paul Juon, compositeur d'origine grisonne, fréquemment joué et très estimé de ses confrères, passe à la trappe. Mais heureusement que les temps changent ! La remarque du compositeur comme quoi ses oeuvres seraient « presque toujours assez rudes et imprégnées de mélancolie nordique » s'applique parfaitement au triple concerto: par sa sensualité presque orientale, il appartient incotestablement à ce que les compositeurs suisses ont produit de plus raffiné.
En seconde partie, l’incontournable « Apprenti sorcier » ! D’abord composé à 4/4, Dukas le récrit entièrement à 1/4 après que le commanditaire de l’oeuvre lui ait proposé un paiement au nombre de mesures…
Pour clore la soirée en beauté, la page orchestrale la plus célèbre de Ravel. Elle trouve son origine dans une commande émanant de la danseuse Ida Rubinstein: elle désirait qu’il orchestre quelques pièces de la suite pour piano Iberia, du compositeur espagnol Isaac Albéniz. En raison de difficultés liées aux droits d’auteur, Ravel ne put mener cette tâche à bien; il décida alors de composer en remplacement une œuvre de sa propre main, dans un rythme de danse espagnol. (Il l’appela tout d’abord Fandango, avant d’opter pour Boléro.) Ayant trouvé un thème au caractère «insistant», il eut l’idée – à titre purement expérimental – de le répéter de manière incessante, sans aucun développement ou changement de tempo, mais en variant et accroissant sans cesse l’orchestration.
Le Boléro fut donc créé, tout d’abord, sous la forme d’un ballet, dansé par Ida Rubinstein, dans une chorégraphie de Bronislava Nijinska et des décors d’Alexandre Benois, à l’Opéra de Paris, le 22 novembre 1928. Le ballet était situé dans une taverne espagnole, où une femme dansait sur la table, bien que Ravel eût, selon les témoignages, préféré une scène en extérieur avec une usine dans le fond, afin de souligner l’aspect «mécanique» de la musique. Le succès fut considérable, et la partition devint presque immédiatement un cheval de bataille des orchestres. Le célèbre chef d’orchestre italien Arturo Toscanini assura la création américaine en 1929, et dès 1930 fut réalisé le premier de nombreux enregistrements commerciaux. Comme ce fut le cas de la Pavane pour une infante défunte, Ravel fut sidéré par sa popularité, déclarant dans une interview publiée dans un journal qu’il ne s’agissait que d’une «orchestration sans musique».
Ce n’est pas le cas, bien sûr: la musique est fournie, au-dessus du rythme incessant de boléro à la caisse claire, par la seule et unique mélodie, une invention remarquable en soi.