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Championne du monde du commerce équitable, la Suisse se lance petit à petit dans la promotion du tourisme équitable. Par exemple en Afrique du Sud.Ce contenu a été publié le 14 mai 2006 - 10:05
Construit et exploité par une communauté pour une communauté, le Phumulani Lodge est un des 17 établissements du pays certifiés par le label «fair tourism».
A 250 kilomètres au nord-est de l'axe Johannesburg-Pretoria, de ses banlieues chic et de ses taudis misérables, dans une savane vallonnée parsemée de masses rocheuses aux formes improbables, s'ouvre le portail sud du Parc Kruger.
Cette réserve grande comme la moitié de la Suisse est l'un des hauts lieux touristiques du pays. On y croise non seulement le rhino, le lion, l'éléphant, le buffle et le léopard – les «big five» dont l'image orne les billets de banque, mais aussi toute la faune sauvage du continent.
Terre volée, projet rêvé
En 1969, le régime blanc agrandit le parc en annexant 1600 hectares, propriété de la tribu Mdluli, priée sans ménagement d'aller voir ailleurs. Son roi, lui, voit plus loin. Pour éviter à son peuple l'exode vers les mines d'or du Transvaal, il imagine de profiter du tourisme pour créer des emplois dans sa région.
Les choses deviennent possibles dès la chute de l'apartheid et le projet bénéficie d'une mise de fonds du nouveau gouvernement. Mais Zepharia Mgoshwa Mdluli ne verra par la réalisation de son rêve: il meurt en 1998, deux ans avant l'ouverture de l'hôtel, aujourd'hui dirigé par Amos, l'un de ses nombreux fils.
La construction mobilise une centaine de personnes, toutes Mdluli. «Ici, 100 personnes qui travaillent suffisent à nourrir 100 familles», explique Amos, dont les effectifs sont aujourd'hui de 22 employés, tous Mdluli.
Communautaire et écolo
A l'époque de l'ouverture, le label «Fair Trade in Tourism South Africa» (FTTSA) n'existe pas encore, même si l'hôtel en remplit déjà les conditions. Il l'obtient logiquement en 2005.
«Les salaires ne sont pas le seul critère, note Amos, même si les nôtres sont dans la bonne moyenne de la branche». Soit quelque 300 francs suisses par mois. C'est peu, mais c'est bien plus qu'au temps de l'apartheid.
Ce qui vaut au Phumulani Lodge son label FTTSA, c'est surtout son mode de fonctionnement communautaire. Ainsi, les employés qui ont pu se payer une école hôtelière ont formé eux-mêmes leurs collègues.
Et dans la mesure du possible, l'hôtel s'approvisionne sur les marchés locaux et fait appel à des sous-traitants locaux. Il veille également soigneusement à préserver les ressources vitales et l'environnement de la région.
Cela se voit dès la réception, bâtiment au toit de chaume et au mobilier traditionnel. En fait de chambres, l'hôtel offre un chapelet de 17 petits pavillons ronds en forme de huttes, répartis dans une savane intacte. De la terrasse, on se croirait seul au monde. «En langue swazi, Phumulani signifie 'repos'», précise Amos.
On vient surtout ici pour explorer la région. Et le Kruger. Désormais, les Mdluli ont récupéré leurs 1600 hectares. Plus question de les disputer à la faune sauvage, mais ce droit de propriété leur donne un accès privilégié au Parc, par exemple pour des safaris nocturnes.
Les hôtes, essentiellement européens et indiens, sont-ils conscients de loger dans un hôtel pas comme les autres? «De plus en plus», répond Amos convaincu que la marque FTTSA fera son trou.
Lente prise de conscience
Reste que 17 hôtels certifiés dans un pays qui accueille presque 7 millions de touristes par année, c'est encore très peu. «Il faudrait atteindre une masse critique d'au moins 100 établissements», juge Heinz Hirter, patron d'Imagine Reiseservice à Berne, la seule agence suisse à promouvoir systématiquement le tourisme équitable.
C'est également l'avis de Christine Plüss secrétaire d'AKTE (Communauté de travail Tourisme et Développement). Depuis bientôt 30 ans, cette association milite en Suisse pour un tourisme respectueux.
«L'Afrique du Sud est le seul pays à avoir une politique de promotion du commerce équitable, se réjouit Christine Plüss. Et pour l'heure, le label FTTSA est unique au monde. Bien sûr, nos moyens sont dérisoires, mais nous finirons par rallier les tour-opérateurs à cette cause».
Chez AKTE, on est persuadé que le touriste moyen «est bien plus sensible aux questions éthiques que ce qu'imaginent les publicitaires au service des voyagistes». Et de citer divers sondages qui montrent que la grande majorité des Helvètes serait même prête à payer plus pour des vacances «responsables».
Christine Plüss en est convaincue: «Nous sommes déjà une sorte de laboratoire pour le commerce équitable. Ses parts de marché sont meilleurs ici que partout ailleurs. Et cela viendra également pour le tourisme».
swissinfo, Marc-André Miserez à Hazyview, Mpumalanga
En bref
- Avec 210 millions de chiffres d'affaires en 2004 (+35% par rapport à 2003), les Suisses sont les plus gros acheteurs au monde de produits du commerce équitable.
- Une banane sur deux et une fleur coupée sur trois vendues en Suisse proviennent d'exploitations certifiées «Fair Trade» par la Fondation Max Havelaar.
- Rien d'aussi systématique n'existe encore pour le tourisme, malgré les efforts d'organismes comme AKTE (Communauté de travail Tourisme et Développement), active depuis 1977 auprès des milieux politiques et touristiques.
- Ses militants sont néanmoins convaincus que la Suisse fera également un jour figure de pionnière en matière de tourisme équitable. Les mentalités seraient prêtes pour cela.
Faits
En Afrique du Sud, plus de 90% du secteur touristique est encore aux mains des blancs.
Le label Fair Trade in Tourism South Africa est né en 2002. il est à ce jour le seul de son genre au monde.
Il garantit «que la population dont le territoire, les ressources naturelles, le travail, les connaissances et la culture sont utilisés dans le cadre des activités touristiques, bénéficient également des retombés économiques de cette activité».
En conformité avec les normes du JTI