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Pour ne pas étayer nos propos sur des contrastes présumés, du genre la drépanocytose protégeant contre la malaria, il nous faut de suite envisager un élargissement éventuel de la notion d'homéostasie, non plus considérée d'une manière trop statique et anonyme, mais vue plutôt comme une entité fonctionnelle à but adaptatif circonstanciel et capable d'exprimer, à beaucoup d'égards, des caractéristiques individuelles qui ne soient pas soumises non plus aux stricts impératifs de la norme.Ainsi, au lieu d'être conditionnés par une vision conceptuelle de l'équilibre psycho-biologique fondée exclusivement sur des données relevant de la physiologie, nous aurons le courage d'imaginer un équilibre plus dynamique et personnalisé, susceptible de constants compromis entre la physiologie et la pathologie. Puisque, à un moment donné, l'organisme de telle personne devrait, ne serait-ce que provisoirement, accéder à une intrication inévitable entre des énergies en provenance de moyens défensifs et d'autres en provenance de l'éclosion pathologique de façon quelque peu analogue à l'attitude préconisée par les arts martiaux orientaux, de devoir se servir dans le combat non seulement de sa propre force interne, mais autant que possible aussi de la force émanant de l'adversaire.Dans cette perspective, d'ailleurs, on pourrait aussi se poser des questions particulières au sujet des maladies autoimmunes, en les voyant justement comme un échec à mettre en uvre un compromis valable entre des forces produisant un déséquilibre dans l'organisme et des forces censées rétablir l'équilibre. Quelque chose de semblable pourrait également se produire lors de phénomènes tels que le surgissement de tendances traumatophiliques ou de la résistance au traitement, l'abondance de rechutes, jusqu'aux intentions suicidaires.Ensuite, du côté des forces supposées pouvoir entraîner un état pathologique avéré, nous pourrions ranger, en poussant le tout à l'extrême, soit par exemple le refus d'une «qualité de vie» imposée par le milieu et les médias, soit celui de notions trop standardisées telles celles de fonctionnement optimal, de prévention, voire de santé idéale. Par contre, du côté des forces présumées aptes à chercher à maintenir un équilibre personnel ou à le rétablir, se rangeraient l'automédication, le défi devant les recommandations d'hygiène stéréotypées, l'acceptation de l'état de maladie.Par ailleurs, on peut se représenter, ne serait-ce que d'une manière métaphorique ou fantasmagorique, des conflits possibles entre différents organes du corps propre ou entre différentes fonctions, comme encore entre tout ce qui relève de la stimulation et tout ce qui, au contraire, relève de l'inhibition. Puis, pourquoi pas, des conflits entre oncogènes et anti-oncogènes, entre tout ce qui semble appartenir à la génétique et tout ce qui serait plutôt du côté de l'expression des gènes, donc appartenant à l'épigénétique. En arrivant même à former l'hypothèse de l'existence d'une forme de liberté au niveau cellulaire, susceptible de gérer par exemple le phénomène de l'apoptose ou de son refus. Tout cela toujours encadré dans la perspective plus générale de l'utilité possible, ne fût-elle que temporaire elle aussi, d'une pathologie se manifestant à différents niveaux d'intensité avec des tendances éventuelles à une périodicité, et surtout avec des propensions soit à des affections aiguës, soit à leur chronicisation.Il reste néanmoins à prendre en compte aussi une conflictualité à la base irréductible, ou alors la capacité automatique d'établir des compromis valables entre ce qu'on nomme la psyché et ce qu'on nomme le soma.Mis à part, de plus, l'utilité indiscutable qui, par moments, pourrait être attribuée à l'angoisse, et même à la dépression, nous devrons peut-être nous pencher davantage à cet égard sur l'apaisement de symptômes névrotiques ou psychotiques lors de la survenue de traumatismes physiques ou d'une atteinte physique d'une certaine envergure. Ce qui nous pousserait à nous demander si parfois certaines automutilations ou autolésions n'auraient pas pour tâche de produire artificiellement ce contraste entre psyché et soma.Bref, cette capacité intrinsèque que nous aurions de profiter, ne serait-ce que certaines fois, de toute affection pour en faire un moyen de défense paradoxal est un concept qui pourrait se révéler profitable. En donnant entre autres un sens à la maladie qui, le plus souvent, semble n'en avoir aucun. Cela pourrait en outre expliquer des récupérations de la santé hors de tout espoir, comme la présence d'une longévité chez quelqu'un qui ne paraissait pas en détenir la disposition biologique nécessaire.Soulignons, en tout dernier lieu, que le temps passé en étant malade ne devrait pas d'une manière absolue être vu comme un temps à exclure d'emblée de l'évolution personnelle de chacun, mais plutôt comme contribuant à façonner une identité personnelle indépendante de tout modèle anonyme.