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Un établissement antique à Pommiers
Durant les six premiers mois de l’année 2014, une fouille archéologique préventive a été conduite sur la commune de Pommiers (69), dans le cadre de l’aménagement de la ZAC Bel-Air/La Logère (à cheval sur les communes d’Anse et Pommiers). C’est un vaste établissement antique qui put être mis au jour, la fenêtre d’étude ayant permis son examen exhaustif.
Le site est situé sur la bordure ouest de la « Voie de l’Océan » (actuelle RD 306) reliant Lugdunum (Lyon) à l’Atlantique et à la mer du Nord. Les vestiges mis au jour sur le site de Anse-Pommiers montrent une pérennité de l’occupation du Néolithique jusqu’à la fin de l’Antiquité. L’ensemble le plus remarquable est constitué par l’établissement gallo-romain qui se développe dès le Ier s. apr. J.-C. jusqu’au Ve s.
L’implantation d’une première ferme précoce (Auguste-Tibère – milieu du Ier s.) faisant place à un établissement plus structuré (seconde moitié du Ier s.)
Le premier établissement, qui succède sans doute à une ferme de la fin de La Tène finale située à l’ouest, s’implante à la période augusto-tibérienne. Les bâtiments, qui ne présentent pas d’organisation structurée, évoquent une petite exploitation où étaient pratiquées des activités agro-pastorales, voire métallurgiques, et qui profitait sans doute de la proximité de la Voie de l’Océan, à laquelle elle était reliée par un chemin. Cette première occupation associée à un contexte favorable ont permis le développement de l’établissement dans le courant du Ier s. apr. J.-C.
Les vestiges d’époque augusto-tibérienne ont fait place dans la seconde moitié du Ier s. à une restructuration de l’établissement. Le développement est marqué par la mise en place de premiers murs de clôture et par la construction de bâtiments qui présentent une même orientation. Installés dans la pente, ils sont dominés par un grand bâtiment d’habitation qui domine la vallée. Une autre habitation (celle d’un intendant ?) ou bâtiment à fonction mixte occupe le centre de la cour. Les autres édifices témoignent d’une capacité productive et de stockage accrue (granges, étables, greniers). L’établissement, qui s’étend alors sur 5000 m², associe sans doute déjà une économie de subsistance à des productions destinées au marché, dont l’approvisionnement était facilité par la proximité de la voie.
La construction d’un établissement de grande ampleur (IIe s.)
L’ensemble du IIe s. voit l’établissement se développer pour atteindre environ 9500 m². Il s’intègre parfaitement dans la pente par la création de murs de terrasse permettant de créer artificiellement des zones de replat. Il présente à partir de cette période un plan atypique, en « U », organisé autour d’une double cour. Autour de la cour principale sont implantés des bâtiments dans lesquels on identifie des espaces liés à la production, au bétail et au stockage. Une activité vinicole est attestée, et on souligne l’importance croissante des espaces de stockage. Deux édifices thermaux sont construits de part et d’autre de l’établissement, dont l’un, au sud-ouest, est associé à, des grandes pièces chauffées, peut-être une partie d’habitation. Les seconds thermes, situés au nord, présentent un plan quadrangulaire scindé en 9 petites pièces dont la majorité présente des systèmes hypocaustés. Une pièce en abside est placée en façade méridionale du bâtiment. Ces thermes sont à mettre en relation avec un très grand bâtiment accolé à l’ouest, muni de plusieurs petites pièces en enfilade. La cour est précédée, à l’est, par une avant-cour flanquée de tourelles d’angle, et dotée d’un probable édifice cultuel en position centrale ayant livré un bas-relief représentant une scène de sacrifice de taureau. Dénué de tout autre aménagement, cet espace est interprété, de façon prudente, comme un jardin funéraire.
Ce plan atypique ne plaide pas en faveur d’un établissement de type villae ni en celui d’une annexe de villae située à proximité. La proximité de la voie et les caractéristiques de l’établissement demandent qu’on s’interroge sur la relation entre ce dernier et la vocation d’accueil de la station d’Asa Paulini. On peut penser que cet établissement produisait diverses denrées dans le cadre d’une économie de subsistance et d’exportation, mais profitait également de la proximité de la voie et de l’importance du passage dans le cadre de services proposés aux voyageurs. En témoigne le bâtiment au nord lié aux thermes ayant pu servir pour l’accueil.
De profonds remaniements au cours du IIIe s.
À partir du IIIe s., le site connaît des évolutions importantes, dont la principale est la destruction du possible bâtiment d’accueil au nord, remplacé par un entrepôt de grandes dimensions (50 x 19 m). Le bâtiment vinicole ayant été incendié au cours de ce siècle, ce dernier a probablement engendré la construction de ce très grand entrepôt modifiant ainsi le mode de production. La présence de ce vaste entrepôt pose questionnements. Reflète-t-il simplement un domaine exclusivement consacré à la production céréalière ? Peut-on envisager un lien avec la station, mais également avec le stockage de grains dans le cadre de l’annone ou de l’approvisionnement du marché lyonnais ? Il semble en tout cas que la vocation d’accueil de voyageurs ne soit plus d’actualité au milieu du IIIe s., ceci étant peut-être dû à la création du castrum à Anse.
Vers un abandon inéluctable au IV-Ve s.
Le grain entrepôt est probablement encore en fonction durant le IVe s., qui voit plusieurs bâtiments abandonnés, tandis que d’autres sont profondément remaniés, à l’image des thermes transformés en espaces d’habitation. Les quantités importantes de mobilier pour cette période (vaisselle, monnaies) attestent en tout cas une occupation pérenne et importante, mais dont les modalités ont changé. Le petit groupe de sépultures aux abords méridionaux de l’établissement et la fondation d’un possible mausolée indique en tout cas un statut relativement aisé. La transformation du petit édifice cultuel en espace funéraire, attesté par la présence d’un sarcophage, le prouve probablement aussi. Le site s’inscrit dans un schéma d’évolution reconnu à l’échelle de la Gaule, et bien documenté dans la région où l’on constate une réoccupation ponctuelle de certains secteurs et où l’on a exercé des fonctions essentiellement productives. On constate en parallèle la réutilisation des matériaux de construction (pierre, métal, voire terre cuite), témoin d’une économie de récupération bien attestée en contexte rural pour la période du Ve s.
D. Tourgon (mise à jour 07/06/2016)
Vue verticale de l’ensemble du site. cliché M. Chagny
Commune: Pommiers
Adresse / lieu-dit: Zac Bel-Air / La Logère
Canton / Département: Rhône (69)
Pays: France
Date de l’intervention:
du 20/01 au 27/06/2014
Période(s) concernée(s): Protohistoire, Antiquité
Surface: 19 000 m²
Nature de l’intervention:
Opération d’archéologie préventive liée à la construction de la ZAC « Viadorée »
Responsable d’opération: D. Tourgon
Suivi scientifique: R. Royer (Drac-Sra Rhône-Alpes)
Aménageur: SERL