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lundi, 20 juin 2016
Brexit ? dhol air adhart !
Comment sortir de l'Union Européenne sans jamais y être vraiment entré ?
Il paraît (c'est en tout cas ce que tous les media du continent s'acharnent à nous en convaincre) que le 23 juin, jour du vote des britanniques (et des nord-irlandais) sur la "sortie" ou non de l'Union Européenne, est un rendez-vous avec l'Histoire. Pas moins. En Grande-Bretagne, en tout cas, on y croit. Ou on feint d'y croire. Au point qu'une députée travailliste, partisane du statu-quo (le maintien du Royaume-Uni dans l'Union Européenne, pour autant que l'on considère qu'il y soit), vient d'être assassinée par un trépané d'extrême-droite. Mais que changerait, fondamentalement, le "Brexit" ? Ses partisans (essentiellement anglais, essentiellement de droite, voire d'extrême-droite, et dont le discours "souverainiste" s'alimente plus à la source de la xénophobie qu'à celle de l'autodétermination nationale) affirment qu'il faut quitter l'Union Européenne pour restaurer la souveraineté du Royaume-Uni. Mais quelle souveraineté, quand depuis septante ans, le Royaume est sous la coupe des Etats-Unis, et que ce qui le fait en différer tient désormais plus du folklore que de l'indépendance ? Et puis, que signifie vouloir quitter un ensemble (l'Union Européenne) dont on n'est concrètement qu'à moitié membre (la Grande-Bretagne n'est membre ni de la zone euro, ni de l'espace Schengen) ? Brexit ? Chiche...
Et si le "Brexit" était finalement une chance, non pour la Grande-Bretagne, mais pour l'Europe ?
"L'Europe est en danger", titre l'édito de la "Tribune de Genève" de mercredi dernier. En danger de quoi ? Du départ du Royaume-Uni de l'Union Européenne. Et après ? Qui, de l'Europe ou des Britanniques aurait le plus à y perdre ? Économiquement, il semble bien que ce seraient les Britanniques (c'est d'ailleurs l'argument essentiel du gouvernement de David Cameron, qui plaide contre le Brexit en assurant que s'il devait advenir, cela entraînerait une perte de plus de 6 % du produit intérieur brut, se traduisant par des pertes de revenus, de salaires et de prestations pour la majorité de la population. Quant aux conséquences politiques, elles portent sur le statut international du Royaume-Uni, et ses liens avec les Etats-Unis. En fait, si le départ du Royaume-Uni de l'Union Européenne ne ferait perdre à l'Europe qu'une sorte de membre associé, il ferait perdre bien plus aux Etats-Unis : un Cheval de Troie. La Grande-Bretagne (disons : l'Angleterre) n'a en effet adhéré à ce qui n'était pas encore l'Union Européenne que pour deux raisons : sa propre crise économique, et la volonté d'empêcher l'Europe de se construire comme un espace plus indépendant des Etats-Unis.
Et si le "Brexit" était finalement une chance, non pour la Grande-Bretagne, mais pour l'Europe ? Certes, le vote anglais, écossais, gallois, nord-irlandais, cornique, manx et anglo-normand du 23 juin est important, un "Brexit" pourrait inspirer d'autres gouvernements , et, s'agissant de la Suisse, condamnerait définitivement tous les efforts du Conseil fédéral pour trouver une issue de secours dans l'impasse où l'a placé l'adoption de l'initiative udéciste contre "l'immigration de masse", mais de là à attendre des effets cataclysmiques du Brexit, on renâcle... Si la France ou l'Allemagne quittaient l'Union Européenne, l'Union Européenne n'y survivrait pas. Mais elle survivrait au départ de la Grande-Bretagne -qui la contraindrait à se réformer, et à se démocratiser. Et c'est peut-être sur le Royaume-Uni lui-même que les conséquences d'un Brexit seraient les plus lourdes. Et pas seulement les conséquences économiques. Ainsi d'une possible rupture écossaise. Le Parti national écossais (SNP), majoritaire en Ecosse, et dont la ligne politique est marquée à gauche, fait campagne pour le "non" au Brexit, et a annoncé que si le "oui" l'emportait dans l'ensemble du Royaume-Uni, il pourrait relancer un référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, et sur son adhésion à l'Union Européenne. Le SNP condamne en outre la politique du gouvernement de Londres, la dérive à droite de la société anglaise et l'omniprésence des discours xénophobe (et europhobes) qui ont marqué la campagne des partisans du "Brexit" : le vote "pro-européen" des nationalistes écossais est ainsi au moins autant un vote pour l'Union Européenne qu'un vote contre la droite anglaise. Un vote de gauche. En tout état de cause, les sondages indiquent un tel équilibre entre le "oui" et le "non" au Brexit qu'il est impossible de prévoir le résultat du référendum, mais qu'il se pourrait bien que les votes écossais et gallois soient déterminants du résultat global, l'Angleterre votant pour le "Brexit", mais étant contrainte par le vote de l'Ecosse et du Pays de Galles, très majoritairement favorables au maintien du Royaume "Uni" dans l'"Union" Européenne, les guillemets s'imposant dans les deux cas pour signaler la fragilité de l'unité proclamée : celle des Britanniques entre eux, celle des Européens entre eux.
La Grande-Bretagne n'est pas devenue (un peu) européenne par attachement à l'Europe, mais par résignation. Ou par intérêt. Si elle avait pu ne pas le faire, elle n'aurait pas fait le pas de l'adhésion. Les partisans du "Brexit" pensent qu'elle peut faire un pas de recul, mais étrangement, l'"exemple" de la Suisse (ou de la Norvège, ou de l'Islande), c'est-à-dire l'appartenance à la zone économique européenne sans appartenance à l'UE, ne semble guère les inspirer , alors que ceux du maintien du Royaume-Uni dans l'UE l'évoquent précisément comme exemple à ne pas suivre : l'exemple d'un pays contraint de respecter des normes, des règles, des décisions européennes auxquelles il n'a pris aucune part. L'exemple aussi d'un pays qui, étant hors de l'UE est dans l'"Espace Schengen" (contrairement à la Grande-Bretagne), et qui, n'étant pas dans la zone Euro (comme la Grande-Bretagne), doit constamment surveiller la parité de sa trop forte monnaie avec le trop faible euro pour ne pas plomber ses exportations. L'exemple, en somme, d'un pays qui paie cher une illusion de souveraineté.