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Le 18ème siècle est le siècle de la rocaille. C'est aussi le siècle de l'ouverture des frontières, le siècle de la perméabilité des frontières. C'est le premier siècle qui a pris conscience de ce que nous appelons aujourd'hui quotidiennement l'Europe. Le 18ème siècle, culturellement comme politiquement, est un siècle qui gommera les frontières qui, jusqu'à la fin du 17ème, avaient clivé l'histoire de notre occident. Au 18ème on tentera (les artistes, les musiciens, les hommes de lettres, les gens de goût, tout au moins) d'effacer ces frontières pour arriver à une forme de vision européenne du goût. Or, comme le goût du 18ème est rococo, le rococo sera le premier style européen.
Au début, le rococo s'installe surtout à Venise. Mais à peine apparu à Venise, il apparaît dans l'Italie du Nord. A peine apparu dans l'Italie du Nord, il apparaît en France et de là il gagne littéralement l'Europe entière. En 1717, l'un des pères de la rocaille, l'un des pères du rococo, l'architecte Juvarra, entreprend la construction de cette extraordinaire basilique de la Superga aux portes de Turin. Nous la considérons comme l'un des premiers manifestes du rococo. Seulement trois ans plus tard, en 1720 à Würzburg, l'architecte Neumann commence à travailler à la résidence du prince-évêque Carl-Philipp von Greiffenclau. Il n'y a donc pas trois ans entre le premier modèle turinois et l'application (appelons-la bavaroise) de Würzburg. C'est une preuve déjà, et une preuve parlante, de cette ouverture des frontières qui marque tellement le 18ème siècle. Quatre ans plus tard, en 1724, cette fois-ci à Vienne, le prince Eugène se fait construire une gigantesque et somptueuse résidence. Il en confie le chantier à l'un des plus grands architectes du temps: Hildebrandt, qui construit une sorte de double château (le supérieur et l'inférieur) : le Belvédère.