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Ce fut dans ce but qu'ils conclurent. le 2 août 1309, avec Zurich, qui tenait alors pour eux, un traité d'alliance défensive*. D'après ce traité, cette ville s'obligeait à fermer ses marchés aux gens des Waldstätten, dans le cas où, sous la conduite du bailli impérial Werner de Homberg, ils entreraient en campagne contre l'Autriche, pendant que les ducs faisaient le siége du château de Schnabelbourg, sur l'Albis, résidence de Walter d'Eschenbach, l'un des assassins de leur père. Mais Zurich était relevée de son obligation, si le roi Henri lui interdisait de s'y conformer : supposition qui prouve, comme le prouve aussi le commandement militaire dévolu sur les Waldstätten au bailliimpérial, que c'était bien pour le service de Henri VII que les Waldstätten prenaient les armes. Ce monarque ne leur avait témoigné tant de faveur, qu'avec le désir de tenir en échec, par leur moyen, les ducs d'Autriche dans la haute Allemagne.
Mais le conflit armé que laissait prévoir le traité avec Zurich ne se réalisa point. Les péripéties mobiles de la politique, après avoir momentanément envenimé les rapports des princes autrichiens avec le roi, finirent par amener entre eux un rapprochement définitif. Réunis ensemble à Spire, pour les funérailles des rois Adolphe et Albert, ils se firent de mutuelles concessions, à la suite desquelles Hemri VII rendit, le 17 septembre 1309, diverses décisions par lesquelles il s'engageait, pour la troisième fois, à maintenir les ducs d'Autriche dans la possession de tous leurs biens, leur abandonnait la propriété des domaines confisqués sur les meurtriers du roi Albert, et mettait ceux-ci au ban de l'Empire. La réconciliation paraissait complète : un point restait pourtant, qui la rendait boiteuse, et c'était encore les Waldstätten. Les ducs d'Autriche pensaient que les trois vallées devaient être comprises dans le nombre de ces biens dont le roi Henri VII Venait de leur reconnaître et de leur garantir la possession, et que les diplômes de Spire annulaient ceux de Constance, qui, trois mois auparavant, avaient replacé les Etats forestiers sous la souveraineté immédiate de l'Empire. Mais en tranchant la question dans ce sens, l'Autriche devait s'attendre à voir son interprétation contestée par ceux qui en auraient été les victimes. En effet, siles circonstances avaient été particulièrement favorables aux confédérés, les confédérés n'avaient pas failli aux circonstances. Dès qu'ils avaient cru à la p0ssibilité d'obtenir pour leur affranchissement commun la sanction royale, nous avons vu qu'ils avaient sollicité celle-ci avec autant d'empressement que de succès, et, quand ils eurent obtenu d'Henri VII plus de faveurs peut-être qu'ils n'osaient espérer, ils ne mirent pas moins de zèle à en tirer parti. Trois semaines ne s'étaient pas écoulées depuis l'octroi des rescrits qui leur conféraient à tous la mouvance directe de l'Empire et les plaçaient sous l'autorité d'un seul et même bailli impérial, que nous voyons le landammann et les gens de Schwyz, d'accord avec ce haut fonctionnaire, Werner de Homberg, prendre sous leur protection, tant en leur nom qu'en celui des gens de leur ressort (die uns an hoerent), ce qui ne peut s'entendre que des autres confédérés, la navigation du lac des Quatre-Cantons, et garantir aux marchands de Lucerne et à leurs embarcations le libre passage jusqu'à la douane de Fluelen*. Cette garantie, stipulée dans un acte signé à Stanz le 22 juin 1309, constitue un acte d'autorité qui étend, plus que cela ne s'était encore vu, la sphère d'action et la compétence des confédérés. On y saisit en quelque sorte sur le fait l'influence que devait avoir, pour consacrer leur indépendance et leur unité politique, cet assujettissement à l'Empire qui était interprété dans son vrai sens, malgré l'apparente contradiction des termes, quand on lui donnait aussi le nom de « franchise impériale. » De son côté la communauté d'Uri, dont un des membres avait été arrêté à Brugg sur le territoire des ducs d'Autriche, puis emprisonné à Lucerne, consent, précisément vers la même date, comme s'il y avait eu alors une sorte d'apaisement général, consent, disons-nous, tant en son nom qu'en celui du captif relâché, à ne pas exiger de satisfaction des auteurs et des complices de ce méfait, et le langage qu'elle emploie à cette occasion vis-à-vis des enfants du roi Albert, trahit un sentiment de dignité et d'égalité qui attesterait, au besoin, que les gens d'Uri n'avaient rien perdu de leur esprit d'indépendance *. Mais ils n'avaient pas davantage perdu pour cela cette « placidité » que le roi Rodolphe se plaisait à leur attribuer, et, de même qu'ils pardonnaient les torts qu'ils avaient reçus, ils cherchaient à réparer ceux qu'ils croyaient avoir faits. C'est ainsi qu'ils renoncent d'eux-mêmes, en novembre 1308, à prélever, sur l'abbaye des religieuses de Zurich, les taxes auxquelles ils avaient soumis les biens nouvellement acquis par cette abbaye dans la vallée d'Uri*. En revanche, là où ils se tenaient pour lésés dans des droits auxquels ils ne pouvaient renoncer sans nuire aux intérêts communs, ils ne reculaient pas, afin de soutenir leurs prétentions, devant les moyens qu'ils croyaient les plus propres à les faire triompher.
· En querelle avec les moines d'Engelberg pour l'usage des vastes alpages et des forêts qui s'étendent sur les deux flancs des Surènes, ils n'avaient pu parvenir à s'entendre avec leurs adversaires en suivant la procédure fixée entre eux à ce sujet, en 1275, par le juge arbitral qu'avait nommé le roi Rodolphe. L'emploi de la force avait remplacé le recours au droit, et on s'était livré des deux parts à des Voies de fait et à des violences qui n'avaient pas mieux réussi. Ce fut pour mettre un terme à cet état de guerre (krieg und missehelli), que le débat fut porté devant des arbitres. Parmi ceux d'Uri se trouvaient son propre landammann, Werner d'Attinghausen, et Rodolphe Stauffach, de Schwyz. Parmi ceux du couvent d'Engelberg se trouvaient des hommes de chacune des deux vallées de l'Unterwalden. Le sur-arbitre, choisi d'un commun accord, était Conrad Ab lberg, landammann de Schwyz. La sentence qui faisait droit aux justes réclamations des deux parties fut rendue le 25 juin 1309**. Mais le fonds même du jugement nous intéresse moins que la composition du tribunal. On y voit la mise en pratique des principes déjà posés par le pacte fédéral de 1291 pour l'action commune des confédérés dans le règlement de leurs intérêts. Ici, comme en ce qui concerne la libre navigation du lac, la nouvelle confédération s'affirme et prend, pour ainsi dire, possession, dans l'histoire, de la place qui ne lui sera plus ôtée. Dans les deux cas, c'est Schwyz qui tient la tête; cette primauté entre ses pairs confirme tout ce que nous avons déjà appris sur le caractère des Schwyzois, sur la promptitude et l'énergie de leurs résolutions, sur leur initiative et leur activité, qui faisaient d'eux les représentants naturels de la petite société politique qui devait, en grandissant, s'appeler un jour la Confédération suisse, mais à laquelle on commençait alors à donner le nom collectif de Waldstätten. C'est le titre de « gouverneur pour l'Empire romain dans les Waldstätten, » que prend Werner de Homberg. C'est contre « les Waltstett, » que les ducs d'Autriche ont conclu leur traité du mois d'août 1309 avec Zurich. C'est avec « les Waltstetten » que quelques mois plus tard, le 11 novembre de la même année, Lucerne qui, du fait de l'Autriche, s'était nécessairement trouvée impliquée dans la lutte, contracte une alliance qu'elle célèbre à l'égal d'une victoire o. Et, ici encore, c'est Schwyz qui a le pas sur les deux autres vallées, quoique ce fut aux deux autres vallées seulement que s'étaient adressés les bourgeois de Lucerne, pour conclure un traité dont leurs rapports plus directs avec elles leur faisaient sentir la nécessité. Mais, fidèles à leur esprit d'union, les confédérés ne voulaient point agir séparément les uns des autres, et ils sentaient que c'était en resserrant toujours davantage le faisceau de leur alliance, qu'ils le rendraient tout à la fois plus fort et plus respecté. Ce n'est pas à dire qu'ils ne conservassent, les uns et les autres (nous venons de le voir pour Uri), la liberté de leurs mouvements et leur indépendance distincte, quand il s'agissait d'intérêts particuliers à l'un d'entre eux. Chacun prenait alors soin, comme bon lui semblait, de la conduite de ses affaires. Mais, tandis que les gens d'Uri, lors même qu'ils se trouvaient en possession de plus de libertés, en usaient toujours avec ménagements, les choses ne se passaient pas de même à Schwyz. Ici, l'énergie républicaine dégénérait trop aisément en brutalité, le vif sentiment de