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Les années 1960 à 1964, ou comment, d’illustrateur, Warhol devint artiste.
par Régine KOPP
Pour les musées mais aussi les collectionneurs ou les galeries, Andy Warhol est une valeur sûre. En 2001, la fondation Beyeler à Bâle présentait une exposition ayant pour thème « series and singles » et en 2009, c’était au tour du Grand Palais de réaliser une exposition autour des portraits. Le musée des Beaux-Arts de Bâle s’est intéressé dès la fin des années soixante à cet artiste américain et possède non seulement quelques grandes œuvres peintes mais aussi une très belle collection de dessins.
Raison suffisante pour motiver l’actuel directeur Bernhard Mendès-Burgi en collaboration avec sa conservatrice Nina Zimmer à proposer une exposition sur le début des années soixante, celles précisément, où le jeune et talentueux illustrateur de publicités commerciales se sentant bloqué dans ce statut d’illustrateur, cherchait à s’élever au statut plus respectable (et rémunérateur) d’artiste. Annie Cohen-Solal, qui vient de rédiger une biographie passionnante sur le galeriste Leo Castelli (1), « l’éminence grise du pop-art » raconte avec précision et objectivité comment le balancier du monde de l’art s’est déplacé vers les États-Unis et elle évoque ces « early years » de Warhol, qui sont aussi le fil conducteur de l’exposition bâloise, comme celles « des années les plus vertigineuses de l’artiste.
Soixante-dix peintures et dessins, en provenance de collections privées mais aussi de musées réputés, ont pu être réunis. Le propos des commissaires n’étant pas de faire dans la quantité mais bien plus de montrer avec intelligibilité en quoi ces années sont décisives pour l’artiste, qui renouvelle l’expression picturale, en se servant de nouveaux moyens d’expressions. Paradoxalement, la première exposition de Wharol n’aura pas lieu à New York chez Castelli, où l’artiste aurait aimé exposer. L’explication généralement avancée est la présence dans la galerie Castelli de Roy Lichtenstein, qui travaillait dans la même direction. C’est donc à la Ferrus Gallery à Los Angeles que se tient la première exposition de Warhol, où est montrée la série des trente-deux Campbell’s Soup Cans, « qui sonnent comme une poétique absurde et grandiose du quotidien américain ».
A mi-chemin du parcours de l’exposition bâloise, une salle est consacrée à ces Campbell’s Soup Cans et DollarBills, qui témoignent du glissement des débuts gestuels de l’artiste vers la sérigraphie. En pénétrant dans la première salle, le visiteur est accueilli par de grandes toiles peintes représentant les objets du quotidien américain, le coca-cola (Coca-Cola Bottles, 1962), les mots croisés (Crossword, 1961), un pied (Dr. Scholl’s Corns, 1961), une télévision ($199Television, 1961). Une œuvre toutefois capte le regard, 129 Die in Jet, (1962), qui est aussi un des derniers tableaux peints et représente le crash d’un avion dont la une du New Yorker Mirror sert de canevas. Une œuvre qui annonce la série de l’avant-dernière salle Death and Disaster, créée à partir d’une nouvelle technique et réalisée à partir de matériaux d’un réalisme cru, montrant des accidents et des suicides, des scènes toutes reliées par le thème de la mort.
Accrochage subtil qui met l’œuvre du crash d’avion de la première salle en regard avec Black and White Disaster,5Deaths 17Times in Black and White (1963), située au bout de l’enfilade des salles. On sait combien Warhol s’est inspiré de publicités publiées dans la presse écrite. Le Andy Museum de Pittsburgh a prêté plusieurs documents de ses archives et une très belle sélection de dessins provenant pour la plupart du cabinet des dessins du musée de Bâle, complètent l’exposition. Du côté des portraits peints dans ces années, le visiteur ne verra aucune Marilyn et devra se contenter de Liz Taylor et d’Elvis Presley, réunis dans une salle et dans diverses versions, en noir et blanc, argentées et colorées. Après la série plutôt glauque des accidents et suicides, l’exposition s’achève sur une note plus réjouissante, présentant sur un mur plusieurs tableaux de la série Flowers. Jusqu’alors il y avait deux étapes dans la sérialité : la répétition du motif sur la toile et la répétition sur plusieurs toiles pour former une série. Avec la série des Flowers, la radicalisation par une représentation abstraite s’impose à l’artiste. C’est avec cette série que Warhol fit son entrée le 21 novembre 1964 dans l’écurie de Castelli. Avec succès, toute l’exposition ayant été vendue ! L’exposition de Bâle n’est bien sûr pas à vendre mais le succès sera très certainement au rendez-vous, les œuvres de l’artiste n’ont rien perdu de leur valeur d’icône !
Régine Kopp
(1)Annie Cohen-Solal, Leo Castelli et les siens, Editions Gallimard, 2009.
Exposition jusqu’au 23 janvier 2011
www.kunstmuseumbasel.ch