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Quelle musique écoute-t-on dans l'espace?
Le cinéma, né des progrès techniques, est intimement lié à la science-fiction qui, elle aussi, prend appui du développement de la science au XIXe siècle. Mais le cinéma a un peu d'avance puisqu'il a envoyé son public dans l’espace bien avant que les frères Wright ne prouvent que le vol d’un avion était possible.
Le pionnier de ce cinéma fantastique s'appelle Georges Méliès (1861-1938). On doit à ce prestidigitateur parisien les premiers trucages, tels la surimpression, les fondus, le rapetissement ou l'agrandissement de personnages. Autant d'effets spéciaux qui trouveront leur consécration dans son adaptation du roman de Jules Verne, "Le Voyage sur la lune" (1902).
Si le genre est amusant et féerique sous Méliès, il glisse rapidement vers l'inquiétant et l'horrifique, notamment avec les adaptations de "Frankenstein" et du "Docteur Jekyll et de M. Hyde", puis vers la dystopie avec "Metropolis" de Fritz Lang en 1927 et "Les mondes futurs" (1936) du britannique William Cameron Menziès.
Pendant ce temps, aux Etats-Unis, le genre devient populaire dès les années 1910, grâce aux serials, ces longues histoires pleines d’action diffusées toutes les semaines au cinéma par épisodes de 15 minutes. Il atteint son apogée au milieu des années 30 avec "Flash Gordon" (1936).
"Flash Gordon" marque l'apogée de la SF populaire [Universal Pictures / Collection ChristopheL/AFP]
Après la guerre, le cinéma reproduit sur grand écran la course à l’espace qui se joue dans la vie réelle. En 1951, "Le Jour où la terre s'arrêta", de Robert Wise est considéré comme la première oeuvre d'envergure de science-fiction dans le cinéma américain. Le film évoque l'arrivée d'une soucoupe volante à Washington, avec à son bord un extraterrestre et un robot.
>> A voir la bande annonce du film:
Les années 60 voient de nouvelles techniques apparaître comme le stop-motion qui consiste à faire bouger une marionnette de manière fluide pour aboutir en 1968 au meilleur film de science-fiction jamais écrit "2001, l'Odyssée de l'espace" de Kubrick.
La décennie suivante n’a pas simplement vu la renaissance du film de Science-Fiction, mais sa réinvention quasi totale. Non seulement, les effets spéciaux assistés par ordinateur apportent de nouvelles atmosphères mais les studios changent complètement la façon de vendre et de présenter leur films au public. Un nouveau concept est né: la trilogie planifiée. Changement dû principalement à deux personnes: George Lucas et Steven Spielberg.
La série culte "X files" qui interroge les phénomènes paranormaux [20th Century Fox Television / Archives du 7eme Art / Photo12/AFP] Dans les années 80, ce qui n’existait que dans les récits de SF (alunissage, missions spatiales,…) est devenu réel. Il fallait donc que le SF trouve une nouvelle voie, soit en transformant le passé, soit en allant plus loin encore dans l'exploration du futur. Autre option: rester dans le présent et démontrer que notre réalité est fausse. La télévision en offre un bel exemple avec la série culte X files.
Et musicalement, que se passe-t-il?
Et d'abord, pourquoi un genre qui a pour ambition d'interroger le futur, avec des technologies de pointe, passe-t-il si souvent par un gros orchestre symphonique comme le chef-d'oeuvre de Kubrick, "2001, l'Odyssée de l'espace" et son célèbre et monumental "Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss?
"Les studios n'en voulaient pas et ont forcé Kubrick à engagé un musicien, Alex North, qui s'est enfermé dans sa chambre pendant des semaines pour composer, qui s'est dopé au café jusqu'à sortir de chez lui en brancard, mais qui a découvert à la première projection qu'aucune de ses musiques n'avait été retenue", dit Thierry Besançon.
Mais il en a pas toujours été ainsi. La chute dans les années 50 du studio-system, due à l'apparition de la télévision, entraîne l’apparition de petits studios indépendants. Les styles de films changent et les séries télévisées apparaissent, notamment "La quatrième dimension", créant de nouveaux courants musicaux. Ces développements musicaux coïncident avec une période d'expérimentation autant de la part des réalisateurs que des compositeurs.
Les films d’horreur et de SF demandent des musiques plus modernes et imaginatives, cherchant à créer un style musical surnaturel. Une incursion rendue possible par l'utilisation des techniques de composition moderne comme l'atonalité, le non-thématisme, les harmonies non fonctionelles. L'influence dissonante et rythmique de Stravinsky se ressent un peu partout, à l'image de "La Planète des Singes", dont la musique a été composée par Jerry Goldsmith.
>> A écouter la musique dissonante de la planète composée par Jerry Goldsmith:
Cette période marque aussi l’arrivée des synthétiseurs, apportant leurs sonorités nouvelles. Le theremin, un des premiers instruments de musique électronique, est aussi beaucoup utilisé dans les films d’extra-terrestres.
Dans "La Planète interdite", premier film montrant des humains voyageant plus vite que la lumière, on a créé des nappes sonores. Mais sorties du film, ce ne sont que des bruitages.
Dans les films des années 60 et 70, l’intégration du jazz (puis de la pop music) va partiellement remplacer le style symphonique. Les studios ont bien cerné l’intérêt lucratif d’une bande-originale qui plaît aux jeunes face à la musique symphonique qui, de leur point de vue, reste très coûteuse et moins vendeuse.
Retour du symphonique
Après quelques tentatives autour des "films catastrophe" comme "La Tour Infernale", le style symphonique est définitivement réhabilité lorsque John Williams compose la bande originale du premier "Star Wars" en 1977.
On trouve dans les compositions de John Williams une forte référence à des pièces symphoniques romantiques et post-romantiques. On pourait ainsi rapprocher la musique principale de "La Guerre des étoiles" de l’ouverture du "Vaisseau fantôme" de Wagner. Après-tout, n’est-ce pas dans les deux cas une histoire fantastique de grandes navigations? Et si telle plage de "E.T." rappelle le "Prélude à l'après-midi d'un faune" de Debussy, n’est-ce pas qu’un être surnaturel et émouvant se réveille, dans le ballet de Debussy comme dans le drame de Steven Spielberg ?
Propos de Thierry Besançon recueillis par Francesco Biamonte
Traitement web: Marie-Claude Martin
>> "Space Symphony", les 14, 16, 17, 18 mars 2018, salle de Chisaz à Crissier/ le 25 mars 2018, CO2 à Bulle.
Publié le 13 mars 2018 - Modifié le 07 mai 2018