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Au traité de Verdun, en 843, l’Etat carolingien se morcelle. Il y a dès lors une France à l’Ouest, une Germanie au Nord, et entre elles deux Lotharingie-Italie. La France a pour frontière orientale le Rhône, la Saône et la Meuse tandis que la Germanie est limitée à l’Ouest par le Rhin et l’Aar. Les Alémanes sont annexés à la Germanie, et notre Pays romand entre dans la Lotharingie, Etat tampon entre la France et l’Allemagne.
Le nouvel ordre européen crée à Verdun s’est révélé d’emblée une application mal aisée. Les nombreux héritiers de Charlemagne ne parviennent pas à s’entendre. De nombreuses conférences entre les princes ont lieu régulièrement au Pays de Vaud, dans la résidence royale d’Orbe, bien placée en bordure de l’artère de France en Italie, afin d'aplanir la concurrence des grandes familles. Ils avaient pour objet essentiel les grandes questions politiques et dynastiques qui préoccupaient les princes carolingiens, ils ont dû parfois porter à l’ordre du jour la solution des difficultés locales. L’affaire du duc Hubert, qui mettait la Transjurane sens dessus dessous. Cet Hubert, apparenté à la famille impériale, apparaît vers 850 comme abbé de Saint-Maurice d’Agaune. Mais cet étrange moine n’avait de religieux que la tonsure. Entouré d’hommes d’armes et de gens de mauvaise vie, il dilapidait le patrimoine de l’abbaye. C’est néanmoins en faveur de ce personnage peu recommandable que Lothaire II, rétablit le titre et la fonction de duc de Transjurane. Sitôt investi de cette charge, Hubert abuse de son pouvoir pour terroriser le pays de ses actes de brigandage. Suite à l’intervention armée de Lothaire contre ce personnage, Hubert se réfugie en France. Le comte Conrad fut investi par le souverain du titre et des droits du vaincu : le voici donc duc de Transjurane à la place de Hubert, jusqu’en 870 environ où son fils Rodolphe lui succède.
Reine Berthe
Comme gage de paix, Burkart offrit la main de sa fille Berthe à Rudolphe, celle qui sous le nom de « bonne reine Berthe » a laissé dans l’histoire de notre pays un de ces rayons doucement lumineux dont les peintres du moyen-âge se plaisaient à orner le front très pur des vierges et des saintes. Ce mariage lui permit de s’accaparer d’une partie de l’Argovie. A la mort de Rodolphe II en 937, il laissa le spectre aux mains de la reine Berthe et de son fils Conrad qui n’avait que dix ans.
Nous voyons encore s’élever sur les collines de vielles tours que nous nommons du nom de la reine Berthe : à Gourze, à Moudon, à la Molière, à Neuchâtel, à des distances qui permettent de s’entendre et de se donner des signaux. Ces édifices d’une solidité remarquable dont le peuple trouvait un asile lorsque les hordes barbares surgissaient.
Le testament par lequel la douce reine lègue au monastère de Payerne la presque totalité de ses biens est considéré comme apocryphe (inexact), mais sa prédilection pour la cité broyarde est incontestable. Elle fut inhumée quelque part dans le chœur de l'abbatiale Notre-Dame de Payerne.
Le royaume de Rodolphe III perdit beaucoup d’influence, car la féodalité prenait de l’ampleur ; les seigneurs se déclaraient et se montraient indépendants. Tenant compte de cette situation, Rodolphe choisit l’appui de l’empereur germanique Henri II. Cette opération qui sacrifiait les Bourguignons et les Romands à la domination allemande irrita la noblesse. A la mort de Rodolphe en 1032, la Suisse romande devint, après cent quarante-cinq ans de quasi indépendance, une province de l’empire germanique, comme elle avait été une province de l’empire des francs.