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09/01/2015
Les origines de Captain Savoy, III (Interlude)
Dans le dernier épisode de ce mystérieux interlude d’une non moins mystérieuse série, nous avons laissé Jacques Miolaz, futur Captain Savoy, au moment où, placé sur un étrange esquif, doré et palpitant, il vit soudain se dresser devant lui une masse sombre, occultant les étoiles.
Jacques crut qu’il allait heurter la paroi rocheuse, mais, soudain, la base s’ouvrit devant lui: une grotte apparut, qu’il n’avait point vue. Il entra ainsi sous le roc de Chère, pénétrant le royaume des fées antiques: car maintes légendes couraient sur cet endroit.
Il suivit un chemin étrange, comme si le lac se déversait par là, comme si un courant l’emmenait; et son esquif doré jetait autour de lui des feux, se reflétant sur la roche.
Au détour d’un rocher, alors que le chemin tournait vers la droite, il vit une clarté plus grande luire sur la roche. Des couleurs s’y trouvaient: toutes celles de l’arc-en-ciel; le violet s’y mêlait au vermeil, le bleu au vert, le jaune à l’orangé. Or, lorsqu’il tourna lui-même à droite et put découvrir la source de cette lumière, il fut émerveillé.
Devant lui était un quai qui semblait être en marbre, et des escaliers menaient à ce qui ressemblait à l’intérieur d’un temple, mais qui aurait pu être aussi une salle de haute technologie: car il avait le sentiment que d’immenses machines éclatantes s’y tenaient, et en même temps elles paraissaient être de formidables sculptures, et des pierreries scintillantes les sertissaient qui rappelaient également des voyants lumineux, de telle sorte qu’il n’eût su dire de quoi il s’agissait véritablement. Il vit des statues qui avaient une vague forme humaine - et qui l’étonnèrent, car les yeux brillants semblaient l’en suivre, à mesure qu’il avançait. Il avait, de fait, quitté son bateau, et commencé à monter les marches.
Il aperçut au-dessus de lui un grand panneau, qui lui parut d’abord être un tableau majestueux, grandiose: des figures célestes y étaient représentées, et des nefs stellaires, des vaisseaux cosmiques, et des routes au sein de la galaxie; le ciel qu’il connaissait pouvait encore s’y reconnaître, mais il était transformé, comme devenu peuplé, vivant, rempli d’êtres éblouissants!
Or, son cœur soudain s’arrêta: loin que ce fût un tableau mort, peint, il lui sembla que les figures bougeaient, qu’elles évoluaient, quoique lentement, majestueusement - et il sut dès lors qu’il se trouvait face à un écran dimensionnel, qu’il voyait en réalité les êtres célestes tels qu’ils étaient vraiment, que ce panneau était tel qu’une fenêtre - ouvrant sur un autre monde. Il eut peur; la majesté des êtres visibles l’effraya: il crut qu’il s’agissait de monstres. Les volutes de lumière qui les entouraient lui apparurent comme autant de tentacules entourant d’affreuses formes, leurs heaumes étranges lui parurent être des visages épouvantables, et il s’appuya sur une colonne, car il se sentit mal, comme manquant d’air: de la ténèbre vint dans son œil - et dans son âme.
Mais bientôt il rouvrit les yeux; il vit mieux ce qu’il en était, et les êtres qu’il voyait lui semblaient davantage semblables à de grands chevaliers, à des guerriers cosmiques - ou à des dieux; il se trouvait d’ailleurs des femmes, parmi eux, et leurs cheveux luisants emplissaient l’espace séparant les étoiles - ainsi que leurs voiles: elles étaient les mères de l’univers! Il vit que leurs mouvements n’avaient rien d’arbitraire, d’erratique, qu’ils semblaient doués de raison, et qu’ils étaient organisés entre eux, qu’ils avaient des rangs, une hiérarchie; mais il n’eût su dire lesquels.
Soudain, au coin de son œil, il crut voir, dans la salle même, une clarté, et il sentit qu’un regard pesait sur lui. Il tourna la tête, et vit l’ange qu’il avait déjà vu chez lui; dans la lumière chatoyante que les pierreries sur les statues, les images sur les panneaux diffusaient, son visage se distinguait mieux: il éblouissait moins. Il semblait l’attendre, le visage fermé. Jacques Miolaz se dirigea alors vers lui, mais il lui tourna le dos, et commença à monter un escalier menant à une étrange plateforme. On ne voyait pas ses pieds: une robe lumineuse l’empêchait; il semblait glisser le long des marches, plus que les gravir une à une.
En haut, lorsqu’il l’eut suivi, Jacques put voir une colonne de feu, sortant d’un orifice obscur, et se dressant étincelante, traversée d’éclairs. L’ange le regarda, et se plaça dans cette colonne. Aussitôt, il disparut; Jacques crut l’avoir vu s’élancer dans les hauteurs, comme si elle avait le pouvoir de l’aspirer. Il se demanda: Si j’y entre, comme semble m’y enjoindre cet être, gagnerai-je moi aussi le Ciel? Serai-je à jamais libéré de mes maux?
Il hésita. Le feu semblait ardent, et propre à le consumer.
Et puis il se décida: il fit un pas en avant, pénétra la colonne.
La suite de ce mystérieux récit ne pourra néanmoins être donnée qu’une fois prochaine.