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En juin 1993, rappellent les chroniqueurs, le peuple suisse acceptait d’acheter de nouveaux avions de combat, des FA-18 américains, en l’occurrence. Le montant en jeu était important: 3,5 milliards de francs, plus élevé que le montant en jeu vingt ans plus tard. En fait, il ne s’agissait pas de dire oui à l’époque, mais de dire non à une initiative contre de nouveaux avions de combat du Groupe pour une Suisse sans armée. En ouverture de ses explications accompagnant le vote, le Conseil fédéral affirmait clairement et fermement: La défense de notre espace aérien est une nécessité absolue.
Plus de vingt ans plus tard, le peuple dit non à la création d’un fonds pour l’achat de nouveaux avions de combat. L’affirmation de 1993 laisse la place à une phrase convenue: Le Conseil fédéral et le Parlement sont convaincus que la sécurité de la Suisse requiert des forces aériennes efficaces. Les 32 F/A-18 n’y suffisant pas, le Gripen sera le complément approprié.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la conviction gouvernementale s’est effilochée au fil du temps… La nécessité absolue est devenue un «complément approprié». On a connu mieux pour mobiliser les citoyens pour un vote.
Les Forces aériennes suisses ont pour mission de surveiller en permanence l’espace aérien de notre pays et de le protéger, voire de le défendre, en cas de crise ou de conflit. Malgré une motion adoptée par les deux Chambres en 2010 déjà, le Conseil fédéral n’a toujours pas donné suite à la demande du Parlement d’assurer la mission de protection de l’espace aérien de manière active en dehors des heures de bureau. Argument du Conseiller fédéral Ueli Maurer à l’époque: il n’entendait pas engager de nouveaux pilotes s’il n’était pas assuré d’obtenir de nouveaux avions de combat!
Choquant à plus d’un titre! Tout d’abord, contrairement à ce qui s’est affirmé avant la votation, ce n’est pas une question de budget qui empêchait le contrôle permanent du ciel suisse mais le fait qu’Ueli Maurer pratiquait une forme de chantage: de nouveaux pilotes à condition d’obtenir de nouveaux avions… Ensuite, cela démontre une fois de plus qu’à la tête du département chargé de l’armée, la défense aérienne n’est pas le premier souci, quoi qu’on ait dit officiellement ces derniers mois.
La votation terminée, la longue liste des bourdes à propos de ce scrutin s’égrène dans les journaux du lendemain d’hier! Inutile de la refaire ici. Mais je serais très intéressée, en revanche, à en apprendre davantage ces prochains temps sur la façon dont le gouvernement fédéral entend assurer la sécurité du pays dans le futur.
En politique, si l’on veut gagner une votation populaire, il faut un discours cohérent, crédible dans la durée et convaincant. Tout le contraire de la prestation d’Ueli Maurer depuis 2010.
Les dés sont jetés. Nous aurons apparemment toujours besoin des forces aériennes de nos voisins, notamment français, pour assurer la sécurité du ciel suisse. Une première décision pourrait être de décider, sans attendre, que les fameux «exercices» de l’armée suisse renoncent définitivement à prendre comme «ennemis» potentiels terrestres des voisins dont on est obligé de considérer qu’ils sont nos «amis» dès qu’il s’agit de la défense du fameux «toit» aérien suisse!