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Au début des années 2000, le pays de 17 millions d'habitants a vu son taux de criminalité chuter drastiquement, au point que certaines prisons se sont retrouvées vides. Il a donc fallu trouver d'autres usages aux établissements pénitentiaires.
Cellules reconverties ou louées
Les prisons néerlandaises ont été reconverties en bureaux ou en escape game géants. Elles ont aussi été proposées à la location à des pays qui faisaient face à une surpopulation carcérale.
En 2010, la Belgique devient le premier Etat à louer les cellules hollandaises. Elle envoie un demi-millier de prisonniers vers la prison de Tilbourg.
Face à un manque récurrent de cellules, la Norvège y transfert aussi plusieurs centaines de détenus en 2015. Coût annuel total de l'opération, lié aussi à la délocalisation de toute une équipe de fonctionnaires pour assurer une détention "à la norvégienne": 25 millions d'euros. L'accord sera résilié trois ans plus tard.
Depuis, les Pays-Bas ne louent plus aucune prison à des Etats étrangers, comme a pu le confirmer le Ministère néerlandais de la Justice.
Une idée qui revient souvent en Suisse
En Suisse, l'idée d'expatrier des prisonniers réapparaît régulièrement dans le débat politique. Le conseiller d'Etat genevois Mauro Poggia, chef du Département de la sécurité, n'est pas convaincu: "Je trouve que c'est beaucoup d'investissements pour pas grand-chose", a-t-il déclaré vendredi dans La Matinale.
Selon l'élu, il vaut mieux se concentrer sur le renvoi des prisonniers européens dans leur propre pays. "Il existe une convention européenne de 1983, qu'il faudrait appliquer davantage. Elle permet de transférer des personnes condamnées de la Suisse vers le pays dont elles portent le passeport", précise Mauro Poggia.
Dans un rapport de 2015, la Confédération rappelait qu'en cas d'expatriation, les droits fondamentaux des détenus ne seraient pas garantis.
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Sujet radio: Benjamin Luis
Adaptation web: Jérémie Favre
"L'imagination dans le domaine de la torture n'a aucune limite"
Ancien médecin cantonal genevois et ancien responsable de la division de la médecine pénitentiaire de Genève, Jean-Pierre Restellini a longtemps voyagé aux quatre coins de l'Europe en tant que membre du Comité européen pour la prévention de la torture (CPT). Son livre "Carnets de route d'un médecin inspecteur des prisons européennes", récemment sorti aux éditions Baudelaire, est le fruit de plusieurs décennies d'observation dans les établissement pénitentiers.
Invité dans La Matinale, Jean-Pierre Restellini fait un constat: aucun Etat visité n'est épargné par les mauvais traitements - à ne pas confondre avec la torture - réservés aux prisonniers.
Quid de la Suisse? "Elle ne fait pas partie des plus mauvais élèves. Mais compte tenu du niveau économique de la Suisse, de sa culture, elle pourrait faire beaucoup mieux et se rapprocher des pays scandinaves, pour lesquels la privation de liberté doit avoir un sens. Ça ne doit pas être uniquement une approche punitive, mais une tentative de réhabilitation sociale", assène celui qui continue à travailler dans le domaine, mais pour d'autres institutions et dans d'autres pays extra-européens.
Concernant la torture plus spécifiquement, Jean-Pierre Restellini confie qu'elle se situe plutôt dans les postes de police que dans les prisons. "C'est plus courant, parce qu'il s'agit d'obtenir des aveux, alors on se permet tout. Je constate que l'imagination dans ce domaine n'a aucune limite. C'est effrayant. J'ai récemment entendu parler de policiers qui avaient jeté de la benzine sur les organes sexuels d'une personne interrogée avant d'y mettre le feu", explique-t-il.
>> Voir l'interview complète de Jean-Pierre Restellini dans La Matinale: