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Il y a peu de personnalités dans l’histoire de la musique ayant su synthétiser l’esthétique de toute une époque. Homme cosmopolite, pianiste phénoménal, compositeur, personne de vaste culture et d’une rare générosité, en outre pédagogue brillant, Franz Liszt révolutionna les formes et les concepts musicaux.
Né en Hongrie en 1811, Liszt étudia à Vienne la composition avec Antonio Salieri et le piano avec Karl Czerny, lui-même élève de Beethoven. En 1827, il s'établit à Paris. Ses tournées le menèrent en Suisse, Italie et Allemagne, où il joua souvent pour des causes de bienfaisance et soutint plusieurs musiciens comme Richard Wagner, Hector Berlioz, Camille Saint-Saëns, Bedřich Smetana et Edvard Grieg.
Il fut passionné par les autres arts, tels que la littérature et la peinture, et puisa l’inspiration pour sa musique à programme dans les œuvres de Dante, Goethe, Lamartine, Raphaël, Lenau, Pétrarque et autres.
En tant que compositeur, Liszt révolutionna la forme-sonate en synthétisant ses divers mouvements dans ses poèmes symphoniques. Par son langage harmonique, il fut le prédécesseur de Richard Wagner et, stylistiquement, le précurseur de l’impressionnisme en musique.
Liszt est l’auteur de nombreuses fantaisies d’opéras, transcriptions symphoniques, arrangements de lied, d’œuvres pour orgue et violon, et d’œuvres émanant du folklore hongrois et espagnol. Son langage pianistique - grand et magistral, un véritable orchestre au piano - est le résultat de l'assimilation de diverses cultures musicales réalisée dans son oeuvre de transcription.
Dans le domaine de la pédagogie, il fut une grande force inspiratrice et enseigna à un nombre important de brillants pianistes qui se produisirent sur les principales scènes musicales, au cours de la première moitié du 20ème siècle : Alexandre Siloti, Moritz Rosenthal, Eugen d’Albert, Carl Tausig, Frédéric Lamond, Hans von Bülow, José Vianna da Motta et autres. Ceux-ci évoquent souvent l’enseignement inspirateur du maître dans leurs écrits.
Il disparut en 1886.
LISZT A GENÈVE
Liszt, accompagné de Marie d’Agoult, vint habiter à Genève, en 1835, dans un confortable appartement sis à la rue Beauregard (aujourd'hui, place Franz Liszt) et fut très bien accueilli par la société genevoise, se liant vite d'amitié avec le célèbre botaniste de Candolle et l'érudit historien Sismondi.
S'intéressant au Conservatoire qui allait s'ouvrir, Liszt offrit à F. Bartholoni, le fondateur de l’institution, d'y professer le piano à la seule condition (charmant contrat !) de ne recevoir aucun appointement ! Cette offre fut acceptée avec reconnaissance. Liszt partagea les classes de piano avec Pierre Wolff, pianiste genevois de talent, son ami et également ami de Chopin, et avec Heermann, son jeune élève qui l'avait suivi.
Tous les pianistes d’aujourd’hui seraient sans aucun doute intéressés à sa « méthode de piano » qu'il avait proposé d’écrire et de dédier au Conservatoire. Liszt prit trois ans pour sa réalisation, mais ce document, qui aurait sûrement eu une grande valeur et utilité, fut perdu lors de la faillite du graveur lyonnais.
Durant son séjour à Genève, Liszt se rendit deux fois à Paris : d'abord pour prendre part à des concerts de son ami Berlioz, dont il joua plusieurs œuvres transcrites pour le piano ; puis pour la lutte avec Thalberg, pianiste né à Genève, qui obtenait à Paris d'immenses succès en l'absence de son rival. Une série de concerts, de même qu'un tournoi organisé chez la princesse Belgiojoso laissèrent à Liszt les honneurs de la victoire : Thalberg est le plus grand pianiste du monde, avait-on conclu, mais Liszt est le seul.
En décembre 1836, Liszt quitta Genève, étant nommé professeur honoraire du Conservatoire. Durant sa période genevoise, il composa les trois volumes de l’Album d'un voyageur, qui sont, avec quelques exceptions, inspirés de paysages suisses. Ce recueil sera plus tard retravaillé, et dans la version finale des Années de Pèlerinage, le premier livre restera entièrement consacré à la Suisse.
Henri Lehmann, huile sur toile.
Musée Carnavalet, Paris.