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16 juin 2012
L’auteuse, la novlangue et le langage sexué
Georges Orwell avait inventé la novlangue dans son roman 1984. La définition de novlangue proposée par wikipedia est explicite: «Simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées subversives et à éviter toute formulation de critique (et même la seule « idée » de critique) de l’État.»
Principe
Le langage dit épicène est une sorte de novlangue qui veut désexualiser le langage. A l'éxécutif de la ville de Genève Sandrine Salerno en fait la promotion.
Le langage est sexué. Les humains aussi. C’est ainsi. Les sexes sont différents. La voix, la morphologie, la biologie, les rôles dans la reproduction en témoignent. Les genres sont la traduction culturelle de ces différences.
Où est le problème? Qui peut sérieusement croire que l’accord d’un adjectif implique une discrimination de type dominant-dominé? Et de quelle autorité quelques tenants d’une idéologie prennent-ils ou elles le droit de modifier la langue?
La désexualisation est supposée être une application du principe d’égalité. Cette croyance est erronée. L’égalité est l’égalité de droits et de chances, ce qui ouvre toutes les portes de la société. Mais l’égalité n’est pas la similarité, ni la symétrie obligatoire, ni l’absence de différences. Les genres ont un rôle dans la culture, le même que les sexes dans la biologie: différencier pour rendre certaines fonction spécifiques performantes. Ils ont été construits sur la biologie: le masculin sur le mâle, le féminin sur la femelle. L’indifférenciation tente de gommer des millénaires de culture. C’est une déculturation. En effet la différence est la norme depuis au moins l’origine des mammifères et elle est nécessaire.
Les langues évoluent. Elles évoluent sous de nombreuses influences. Toutefois un groupe partisan n’a pas à décider par lui-même de modifications importantes d’une langue. Une évolution est possible sur certains aspects, pourvu que ce soit fait avec cohérence et avec l’assentiment de l’ensemble de la société. Et sans oublier qu’il y a peut-être plus urgent: rehausser le niveau général du français (orthographe, grammaire, vocabulaire).
Deux points particuliers
1. Féminiser les noms de métiers: pourquoi pas? Cela a commencé bien avant que le langage dit épicène ne soit lancé. Les métiers de «coifeur» et de «coifeuse» (mots qui ont ensuite pris 2 F) sont déjà cités en 1669. Au début du XVIIe siècle, Théodore Agrippa d’Aubigné mentionnait déjà le mot «actrice». Il s’agirait donc aujourd’hui de généraliser une pratique déjà ancienne. Mais alors, en ajustant les pendules. On trouve par exemple, dans la féminisation de «auteur», deux néologismes: «auteure» et «autrice». Lequel choisir et en fonction de quelle règle? Et pourquoi pas «auteuse», puisque l’on trouve bien «acheteur» et «acheteuse»?
Toutefois on devrait laisser dans leur genre les substantifs définissant non pas un métier mais une fonction. Ainsi une vigie sur un bateau est une fonction remplie par un marin, et juge est une fonction qui peut être remplie par un avocat ou une avocate. Au fait, comment féminiser «marin»: «une marine»? La marine nationale, Marine Le Pen, la couleur marine: bonjour la confusion. Pour un mousse on dira une mousse. Mousse à raser, mousse végétale, mousse du champagne, mousse au chocolat. L’usage du masculin même pour une femme permettrait de comprendre immédiatement le sens du mot «mousse». De même pour «sage-femme» qui est proposé d’être masculinisé en «sage-homme». Non merci. L’expression «sage-femme homme» est préférable. Elle indique immédiatement ce dont il s’agit. De plus le terme «sage-femme» garde la mémoire qu’à l’origine ce sont les femmes qui aidaient à l’accouchement. Les femmes s’occupaient du corps ainsi que de deux moments importants: la naissance et la mort, privilège que n’avaient pas les hommes.
2. Signaler qu’un terme générique englobe aussi bien les femmes et les hommes. Par exemple: «Les auteur-e-s de roman». Cette forme barbare est l’exemple de l’aberration idéologique qui inspire la novlangue. D’abord qui peut imaginer qu’en disant «Les auteurs de romans» on ne parlerait que des hommes? Si c’était le cas on préciserait: «Les hommes auteurs de romans». Ensuite ce «e» intercalé pour signifier la forme féminine aboutit exactement au contraire de ce qui est souhaité. En effet, selon le dogme:
«On ne marque pas les deux genres par une parenthèse: oubliez «les employé(e)s». Pour les pros de la langue épicène, la parenthèse déprécie et les femmes ont été trop longtemps mises entre parenthèses. Il faut donc utiliser le trait d’union: les employé-e-s.»
Or d’une part les femmes n’ont jamais été mises entre parenthèses. On ne peut pas mélanger un système de répartition des rôles et une paranoïa de la soumission. Mais surtout dans la forme proposée elles ne sont pas entre parenthèses, elles sont enfermées visuellement et symboliquement entre deux traits, et le masculin les précède encore! Pour l’égalité c’est raté. Le féminin devient un rajout disgracieux, pénible à lire et bloquant la fluidité de la pensée. On croirait assister à la création d’un langage siamois.
Proposé par la gauche féministe radicale il est l’illustration de cette théorie d’indifférenciation androgyne des genres. Il est l’expression d’une paranoïa de genre et une volonté d’égalitarisme forcené. Il tend à une marxisation de la société par l’entremise d’un féminisme pris en otage et signifie une angoisse profonde devant la différenciation.
Egalité de droits et différence sont pourtant parfaitement compatibles.
Sur le même thème, lire aussi les billets de Catherine Armand et de Bertrand Buchs.