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Dans le dernier épisode de cette mystérieuse série, nous avons quitté nos deux héros, le Génie d’or et Captain Corsica, au moment où, dans le palais du roi Cyrnos, ils échangeaient divers propos sur les rapports qu’ils se devaient d’entretenir avec les mortels ordinaires; à la fin, on s'en souvient, le Génie d’or rappela qu’il n’avait point, lui, été nourri au sein d’une femme - voulant dire qu’il était moins inséré dans la corporéité humaine que l’ange gardien de l’île de Beauté; car celui-ci avait été abandonné par sa mère, la dryade Pénéloppella, et une simple mortelle l'avait recueilli.
Captain Corsica, après ces mots, demeura un instant silencieux, puis invita son nouvel ami à le suivre. Il l’emmena dans la salle où se trouvait la fontaine de jouvence, dont nous avons parlé. Là, il lui montra une porte rouge, menant à un sanctuaire sacré, au sein duquel seules quelques personnes habilitées pouvaient entrer. Ils entrèrent, le génie de la Corse faisant à son ami cet insigne privilège.
À l’intérieur, un pupitre soutenait un livre écrit en lettres d’or, qui brillaient dans la pénombre; seule une lanterne, suspendue à une chaîne d’argent, jetait en ces lieux quelque clarté. Jamais elle ne s
’éteignait. Derrière, était un rideau noir; une statue se trouvait au-delà, que Captain Corsica ne voulut pas montrer: elle était réservée à d’augustes mystères. Elle représentait une haute divinité, à laquelle était lié Cyrnos, dont il était le sujet direct quand il vivait au Ciel: c’était son roi. Maintenant il était son dieu. Son nom devait demeurer caché. Mais on le dit lié à l’astre même du Soleil.
Sur la gauche de cet emplacement de la statue sainte - où, paraît-il, le dieu venait périodiquement se placer pour parler à son peuple, par l'intermédiaire de Cyrnos -, se dressait une nouvelle porte, également noire. Il fut annoncé au Génie d’or par le gardien secret de la Corse que seul le roi son père pouvait l’ouvrir; elle était interdite à tout autre que Cyrnos. Un pont, dit-on, y surplombait un gouffre; si on l’empruntait, on rejoignait à la fin le pays divin, dont le peuple immortel était originaire: la voie n’en était pas coupée. Mais elle était gardée: de l’autre côté, se tenait un guerrier puissant, à l’armure étincelante, et tenant une lourde épée, qui flamboyait, et un cor était à sa ceinture, pour prévenir les dieux de toute intrusion intempestive au sein de leur royaume. Q
uant au pont, on le disait scintillante, comme une allée d’étoiles; certains prétendaient qu’il se confondait avec la Voie Lactée.
Or, c’est depuis ce pont, à vrai dire, que l’eau de la fontaine coulait: elle circulait dans un canal creusé en son centre. Elle allait ensuite sous les dalles du sanctuaire, avant de rejaillir dans la salle dite de Jouvence: là, elle formait la fontaine si nécessaire à la survie des immortels de la Terre.
L’essence de sa vertu résidait dans cette origine mystique; le joyau enchanté de Cyrnos, qui brillait sous l’eau, se contentait d’en raviver les forces, estompées par son passage par le seuil du monde mortel; mais il ne la créait pas.
Or, un divin secret était répandu dans ce sanctuaire. Le livre le contenait. Il était écrit dans le style et le langage des dieux, et il fixait la destinée du peuple: tous les noms y étaient présents, et chacun y voyait dévoilée l’énigme le concernant. Et au-delà, le destin même de la Corse pouvait s’y lire! Un ange, dit-on, en avait rempli les pages, empruntant le chemin mystérieux quand nul ne pouvait le voir, si ce n’est Cyrnos.
Mais la suite de cette histoire ne pourra être livrée qu’une fois prochaine.