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L'épouse d'un ambassadeur suisse citée dans une enquête espagnole
Les ramifications suisses de l'enquête "Emperador" de la police espagnole continuent de s'étendre. L'épouse d'un ancien ambassadeur de Suisse apparaît dans le dossier d'investigation auquel a eu accès la RTS. Son mari, bien qu'à la retraite, dispose toujours d'un mandat du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Les enquêteurs ibériques jugent, selon leurs termes, qu'elle était "la dépositaire ou le "coffre-fort" de sommes en liquide, servant ainsi de chaînon intermédiaire entre l'origine et le destinataire des fonds lorsque ceux-ci passaient par la Suisse".
Parmi les nombreuses conversations téléphoniques interceptées apparaissent régulièrement entre décembre 2011 et mars 2012 des échanges entre Malka M.* - soupçonnée par les autorités ibériques d'être l'une des principales responsables d'un réseau international de blanchiment et emprisonnée depuis octobre dernier - et Madame G.*, mariée au diplomate suisse.
Rendez-vous dans des hôtels genevois
Lors de discussions interceptées au printemps 2012, Malka M. charge l'épouse de l'ambassadeur de récupérer des enveloppes d'argent liquide - une somme de 200'000 euros est évoquée - lors de
Les retranscriptions de la police espagnole laissent également entrevoir le déroulement des échanges. Ainsi, G. se plaint auprès de son interlocutrice des méthodes d'une personne lui ayant remis un paquet, "un clown", selon elle.
"Il voulait me donner l'argent directement - comme ça - au milieu du restaurant (de l'Hôtel Mandarin, ndlr). Je lui ai dit d'aller aux toilettes et de mettre le cash dans une enveloppe", raconte-t-elle alors que des fonctionnaires ibériques écoutent la conversation.
Naïveté prêchée
Contactée par la RTS, Madame G., active dans le milieu des diamants, n'a pas nié l'existence de ces transactions. Cependant, à travers Me François Roulet, avocat du couple, "elle affirme qu'elle ignorait totalement que ces services relevait d'une activité illégale et qu'elle croyait de manière naïve rendre service à une connaissance". Elle assure par ailleurs que son mari ne connaissait rien de ses rapports avec Malka M.
Cependant, sur ce dernier aspect, une phrase extraite des écoutes laisse penser que l'ex-ambassadeur pouvait connaître l'existence d'activités "délicates". Ainsi, réticente à rendre un nouveau service à Malka M., Madame G. a affirmé à sa connaissance vieille de 20 ans: "Mon mari n'aime pas ça; des gens pourraient nous suivre".
La dernière mention de l'épouse du diplomate dans les documents policiers espagnols remonte à juillet 2012. Malka M., s'adressant à un coursier, annonce que Madame G. ne veut plus lui rendre de services.
La justice et le rôle des intermédiaires
Alors que deux banquiers de HSBC et de Lombard Odier ont déjà été entendus, le procureur genevois Jean-Bernard Schmid - en charge du volet suisse de l'affaire Emperador - compte explorer le rôle joué par les intermédiaires sur le sol helvétique.
Au sujet de ces derniers, le magistrat a concédé à la RTS "qu'il est parfois étonnant de voir les risques que prennent certains intermédiaires, soit par méconnaissance, soit par une forme d’impunité en général. Certains le font à titre professionnel, d’autres pour rendre service."
Par ailleurs, il a assuré qu'"en fonction de ce que ces personnes savaient ou auraient du savoir selon les circonstances et le type de dossier, on peut leur imputer du blanchiment d'argent".
Contacté à ce sujet, le DFAE, a fait savoir par la voix de son porte-parole Jean-Marc Crevoisier qu'il avait pris connaissance de l'affaire mais qu'il considérait, en l'état, qu'elle était du ressort du privé.
Marc Renfer (collaboration Agathe Duparc)
*Noms connus de la rédaction
(Lire également: Une affaire de blanchiment éclabousse des banques genevoises)
Publié le 20 février 2013 à 15:25 - Modifié le 20 février 2013 à 21:09
Les liens suisses de l'enquête "Emperador"
Un réseau international - dont est soupçonnée de faire partie Malka M. - jouait les intermédiaires entre les Chinois désirant sortir de l'argent gagné en Espagne et des évadés fiscaux espagnols à la recherche d'une méthode pour toucher en liquide leur argent déposé à l'étranger - souvent en Suisse - sans éveiller les soupçons des autorités fiscales ibériques.
Contacts avec des financiers genevois
Une fois un équilibre trouvé entre le montant destiné à sortir d'Espagne et les besoins en cash des évadés fiscaux, le réseau se chargeait de passer des ordres de transfert à des employés de banques privées genevoises.
C'est ainsi que cette même Malka M. a multiplié les contacts avec des employés de la place financière genevoise afin de mener à bien des opérations de compensation. Elle communiquait par exemple avec un employé de HSBC à Genève chargé d'effectuer des opérations financières internationales, comme l'avait déjà révélé la RTS.
Par ailleurs, les enquêteurs espagnols estiment que le chef du réseau est un Belge résidant dans le canton de Vaud.
Des services rémunérés 500 euros
Lors de la préparation d'un échange, Malka M. a exigé à une personne devant remettre une somme en liquide à Genève qu'elle prévoie une rémunération:
"Lorsque tu verras mon amie, laisse-lui une enveloppe séparée avec 500 euros. Comme elle me rend ce service, il faut que je la paie", demande-t-elle.