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Snow Therapy
Déjà auteur de l'excellent Play, le Suédois Ruben Östlund réalise une nouvelle merveille avec Turist. Il réussit un tour de force remarquable en réalisant un film catastrophe intimiste. Sur l'affiche de son denier long métrage, une avalanche menace la terrasse d'une station hivernale sur laquelle est installée la famille au centre de l'intrigue. Naïvement, on se dit que l'on va logiquement assister à une de ses oeuvres du genre dit catastrophe et suivre un groupe de survivants. Il n'en est absolument rien, car l'avalanche de Turist est volontairement déclenchée, comme il est coutume de le faire régulièrement en station. Certes, elle passe très près des badauds et ses embruns retombent sur ce balcon du ciel, mais la catastrophe est ailleurs, au sein même du couple que l'on suit lors de ses vacances d'hivers, organisées pour permettre au mari de décompresser de son quotidien qui implique beaucoup de technologies. Lors de cet événement, sa femme se réfugie sous la table avec ses deux enfants, alors qu'il s'enfuit dans la direction opposée.
Cette réaction va produire chez elle un malaise compréhensif et elle va en faire part à son mari. Par ce geste qu'elle peine à saisir, elle lui reproche d'avoir abandonné sa famille pour sauver sa peau. Dès lors, le doute s'empare du mari qui va vivre la suite de sa villégiature comme un véritable tremblement de terre. Au début, il nie toute mauvaise attention, mais ne trouve pas non plus de réponse à son acte qu'il est indéniable de nier. Pourquoi a-t-il agit de la sorte? Inconsciemment aurait-il des doutes dans la solidité de son couple et de sa famille? De toute manière quelque chose s'est bien brisée durant cette impressionnante coulée de neige et il va falloir réparer. Et pour ce faire il faut trouver la cause de ce dérèglement. On pourrait reprocher à la femme d'en faire trop et d'interpréter le geste de son mari comme un signal d'alarme, mais elle a légitimement le droit de se poser la question. Si elle ne le faisait pas, elle se rongerait de l'intérieur ou essaierait vainement d'oublier ça comme si de rien n'était. Elle réagit juste et, par là, prouve son amour à son mari, car aimer ce n'est pas béatement baver devant tout ce que fait ou dit l'autre, mais savoir aussi le mettre en garde quand il commet des impairs.
Comme dans son film précédent, Ruben Östlund se garde de juger ses personnages. Il les place dans une situation très difficile qu'ils ne provoquent pas eux-même, mais qui leur tombe dessus sans crier gare, et observe leurs réactions. Il opte judicieusement pour une mise en scène qui privilégie les plans fixes afin de faire de ses spectateurs, non pas des voyeurs, mais des témoins. Et comme dans beaucoup de films catastrophe, les protagonistes, qui ont pourtant d'autres chats à fouetter, se retrouvent face à des gêneurs, des indésirables. Le couple fait la connaissance d'une femme qui leur étale sa vie de libertine qu'elle vend comme la panacée absolue. Leur mal-être est repéré par un employé de l'hôtel qui commence à les scruter de près, comme de loin. Et pour couronner le tout, ils sont rejoints par un ami et sa nouvelle conquête. Ces personnes secondaires jouent le rôle de déclencheur et enveniment une situation qui n'aurait besoin que de calme et de sérénité. L'univers tout entier de la station est un obstacle au colmatage de cette faille intime entre un homme et une femme, tant il est superficiel. Et le cinéaste le montre dans deux scènes percutantes: une fête à la limite des pire orgies romaines, et l'intervention de deux nymphettes qui n'ont aucune notion de la politesse la plus élémentaire, alors que le mari boit un verre tranquillement avec son ami venu le rejoindre aux sports d'hivers.
Ruben Östlund est un artiste du dérèglement de la machine humaine et il ne sort jamais de son thème, allant jusqu'à utiliser une version de L'Eté des Quatre Saisons de Vivaldi, que l'on a l'habitude d'entendre dans une orchestration ample et généreuse, à l'accordéon solo. Il parvient même à créer un suspense machiavélique, car on ne sait à aucun moment si la situation va dégénérer ou s'améliorer. Faut-il une autre catastrophe pour se tirer de la première? Le film propose une réponse étonnante dans un final particulièrement brillant.