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Cette page propose des articles sur des peintres suisses de la première moitié du XXe siècle:
Alice Bailly, les frères Barraud, Albert Chavaz, Louis Soutter, Théophile Robert.
Neuchâtel Musée d'art et d'histoire:
Théophile Robert (1879 - 1954), peintre européen jusqu'au 28 septembre 2008
Fils du peintre Léo-Paul Robert (1851 - 1923) et petit-neveu de Léopold Robert (1794 - 1835) Théophile Robert appartient à une dynastie d'artistes qui ont obtenu une notoriété certaine. La rétrospective que lui consacre le musée d'art et d'histoire de Neuchâtel est organisée par thèmes et non chronologiquement ce qui rend un peu difficile la perception de l'évolution de l'oeuvre. Par contre cette approche met bien en évidence la spécificité de chaque peinture et la singularité déconcertante de leur qualité. Robert apparaît incroyablement doué, versatile, sensible à toutes les influences artistiques depuis 1900: Hodler, Amiet, Cézanne, Vallotton, Derain, Braque etc., etc... Il aime peindre les groupes féminins dans la nature, mais aussi les portraits, les natures mortes et les paysages. On sent l'accumulation de trois générations de dons et de savoir faire dans son travail. Il semble imprégné par l'oeuvre d'Ingres dans sa conception du nu et de la femme en général, on se demande si c'est l'influence de la période ingresque de Picasso ou si c'est par tradition familiale? Bien qu'il n'ait peut-être pas réussi à affirmer une vision vraiment personnelle face aux innombrables courants du XXe siècle. La comparaison avec Balthus est édifiante, Théophile Robert est toujours brillant, mais assez superficiel évoquant même parfois dans Dimanche d'été, 1921 par exemple, un maniérisme mondain à la manière de Laboureur, typique du Paris des années 1920. Revenu en Suisse dans les années 1930, Il a réalisé des décorations monumentales très importantes dans des églises catholiques à Lucerne, à Saint Blaise et à Tavannes notamment, un film présente cet aspect de son travail qui est impressionnant. On découvre ses œuvres religieuses par cette vidéo et c'est peut-être là qu'il est le plus convaincant. Bien qu'il soit passé au catholicisme, il a hérité des préoccupations protestantes de son père et des amis de ce dernier Eugène Burnand et Louis Rivier ( un site sur ce peintre).
Patrick Schaefer, L'art en jeu 14 juillet 2008
Albert Chavaz (1907 - 1990)
La Fondation Gianadda marque le centième anniversaire du peintre Albert Chavaz par une importante rétrospective. Une première exposition avait été organisée après la mort de l'artiste elle coïncidait aussi avec le lancement des recherches pour le catalogue raisonné, publié en 2000.
Un site internet présente l'oeuvre d'Albert Chavaz, il permet notamment de prendre conscience de l'importance de l'activité de Chavaz comme peintre monumental. Il a en effet décoré un nombre considérable d'églises en Suisse Romande. http://albert-chavaz.ch/
Amateur de simplicité, il vivait entouré de sculptures anciennes et d'ex voto. Un mur de son atelier a d'ailleurs été reconstitué d'après une photo. Il incarne pourtant une forme de l'implantation de la modernité en Suisse romande, l'architecture de son atelier à Savièse en offre un bon exemple. Et son style qui évoque des thèmes figuratifs en simplifiant les formes en direction de l'abstraction est à cet égard révélateur.
Né à Genève, il s'est formé dans cette ville où il a débuté sa carrière; c'est en 1934 qu'il s'installe en Valais.
L'exposition présente les toiles dans un ordre chronologique dans l'espace central. On sent très clairement une prédominance des portraits et des études de modèles féminins dans la sélection effectuée. Le catalogue raisonné a recensé 750 portraits féminins et 500 natures mortes et paysages notamment. Les figures modelées à grands traits prennent un volume sculptural. En mettant ainsi l'accent sur les figures, l'exposition souligne un caractère d'icônes dans ces toiles par cette répétition obstinée, inlassable dans l'approche des éléments essentiels, constitutifs des êtres.
Une salle est consacrée à la présentation des nombreux amis artistes de Chavaz qui lui offrirent une oeuvre ou avec lesquels il fit un échange. Des amitiés et des marques d'estime qui s'étendent sur plusieurs générations. Une place importante est faite à l'estampe qui occupa Chavaz surtout à la fin de sa vie, bien qu'il ait également fait des réalisations plus tôt. Ces gravures sont élaborées avec beaucoup d'intérêt pour l'articulation des éléments constitutifs de l'image qu'il s'agisse d'un paysage, d'une nature morte ou d'une figure.
Un catalogue, un dvd d'une vingtaine de minutes qui réunit les témoignages des gens qui ont connu Chavaz et un cd-rom qui propose plusieurs milliers de croquis, des notes personnelles et la correspondance de l'artiste avec Emile Chambon complètent l'exposition.
Fondation Gianadda Martigny jusqu'au 9 mars 2008
Les archives de la TSR mettent à disposition un excellent portrait de 1961.
Patrick Schaefer, L'art en jeu, 8 décembre 2007
Une exposition Alice Bailly est présentée à la Villa Flora à Winterthur jusqu'au 22 octobre 2006
Alice Bailly La Fête étrange jusqu'au 15 janvier 2006
Le musée des beaux-arts de Lausanne consacre une vaste rétrospective à Alice Bailly (1872 - 1938). En montrant 225 oeuvres de cette artiste mal connue, le musée a voulu mettre en évidence la cohérence du développement et des préoccupations d'une personnalité très forte qui s'est enflammée pour de nombreuses causes. Il s’agit de la première rétrospective depuis 1985. Formée à Genève et à Munich Alice Bailly s’installe à Paris en 1906. Elle séjourne également chez Cuno Amiet à Oschwand en 1909. A Paris elle nouera des relations avec Sonia Delaunay, Marie Laurencin, Jean Metzinger. Son travail, célébré par Apollinaire, s’inscrit tout à fait dans les recherches de ces artistes autour de l’orphisme et du futurisme. En 1918-1919, elle participe aux soirées du mouvement Dada à Zurich. En 1923, elle s’installe à Lausanne tout en conservant un atelier à Paris, elle meurt à Lausanne en 1938 après avoir notamment réalisé un important décor, La Forêt enchantée et Entracte pour le foyer du théâtre municipal en 1936.
L'approche choisie pour cette rétrospective est clairement chronologique.
Au fil des salles, on relève divers point centraux: Les études à Genève et à Munich, les premières impressions décisives, Cuno Amiet, Alexandre Blanchet, Gauguin et l'école de Pont Aven. Puis vient dès 1911 la découverte du cubisme secondaire: Gleizes, Metzinger et l'évolution vers l'orphisme et le futurisme. Les tableaux-laine apparaissent ainsi comme l'aboutissement de ces avancées au moment où Alice Bailly est en contact avec le mouvement dada à Zurich. Une salle est consacrée à l'importance de la musique dans son oeuvre avec des recherches de mise en relation entre l'expression picturale ou graphique et la musique d'une part et les portraits de musiciens d'autre part. Sous le thème Hommage à la Dame une salle souligne la cohérence des préoccupations d'Alice Baily à travers le temps et les évolutions stylistiques. La ronde des femmes et la rencontre de Rilke; l'itinérance, Paris, Lausanne, Berne; les portraits; le voyage en Italie à Venise et à Rome notamment forment les thèmes principaux retenus dans les salles suivantes. L'exposition s'achève sur la recherche de commandes publiques et l'aboutissement dans la décoration du foyer du théâtre municipal de Lausanne en 1936.
Pendant longtemps ce qui a fasciné dans le travail de cette artiste c’est la proximité, le côtoiement des avant-gardes de son temps, et l'on a mis l'accent sur la période 1909 - 1914. Aujourd’hui les chercheurs sont surtout attirés par la personnalité féminine et l’omniprésence de la femme dans cette œuvre. C’est la raison pour laquelle l’ouverture de l’exposition a été marquée par un colloque de deux jours consacré à Histoire de l’art et études de genre.

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 13 octobre 2005
François Barraud et ses frères
Après avoir consacré des expositions à Adolf Dietrich et Niklaus Stoecklin, le Musée des beaux-arts de Winterthour sest associé au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds pour proposer une exposition sur les frères Barraud. Il poursuit ainsi une exploration de l'art en Suisse dans l'Entre-deux-guerres du plus grand intérêt. Lexposition est centrée sur François Barraud dont le début de carrière prometteur fut interrompu par la mort à 35 ans. Les uvres des autres frères présentées ici sont antérieures à 1935 et soulignent les interactions entre les quatre hommes en montrant leurs portraits réciproques.
De François Barraud (1899 1934) on découvre 53 oeuvres, de Charles Barraud (1897 1997) 8 , dAurèle Barraud (1903 1969) 22 et dAimé Barraud (1902 1954) 32. Lexposition intéressante montre surtout à quel point ces artistes sont encore mal connus et méritent plus dattention. Le catalogue fixe quelques jalons dans cette direction en mettant en évidence la biographie et la fortune critique de chacun notamment. Lunivers incroyablement sombre de François qui peint Le découragé en 1918 avant de passer au Malcontent en 1930, au Mélancolique de 1931 ou à La Taciturne en 1931 aussi nest pas tout luvre ni de François, ni de ses frères bien que ce soit cette atmosphère très noire qui frappe au premier abord. L'exposition procède en confrontant les travaux des uns et des autres, salle après salle. C'est un choix compréhensible, mais un peu chaotique, on peut se demander s'il n'eut pas mieux valu présenter chaque artiste dans un espace spécifique qui mettrait davantage en valeur chaque personnalité, ce qui est fait dans le catalogue d'ailleurs. Les rapprochements étant par ailleurs faciles et évidents. On constate ainsi que François Barraud se concentre d'abord sur de petits formats très travaillés et intenses avant de passer sous l'effet du succès à des toiles plus importantes pour peindre des nus et des portraits féminins. Si la proximité entre les démarches est claire, on devine aussi des évolutions différentes, à côté de François la personnalité picturale la plus forte est assurément celle d'Aimé, mais les autres sont encore peu connus et réservent des surprises.
La période couverte par l'exposition correspond dans la vie des artistes à des moments difficiles où ils sont en fait des ouvriers émigrés qui travaillent dans le bâtiment à Reims, puis à Paris. Le soutien de quelques collectionneurs et d'un marchand leur permet de quitter progressivement cette situation pour se consacrer à la peinture, mais là aussi ils sont sous contrat, surveillés et tenus de produire un certain nombre d'oeuvres dans un laps de temps fixé. Une situation personnelle qui est à l'opposé de celle de René Auberjonois dont le musée de Winterthour a choisi de présenter des dessins et des toiles conservés dans les institutions et les collections de la ville.
Musée des Beaux-Arts Winterthour jusqu'au 10 avril 2005