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Le 7 février 1971, la Suisse accorde le droit de vote aux femmes. Doris Leuthard est alors âgée de 8 ans. "Mon père était totalement contre. Il jugeait que le droit de vote des femmes n'était pas nécessaire, se souvient-elle. Je sais que ma mère a bu un verre de champagne ce jour-là (sourire)." Trente-cinq ans plus tard, Doris Leuthard deviendra la 109e conseillère fédérale.
"Ma génération a profité du travail des pionnières qui ont préparé le terrain", reconnaît l'Argovienne de 57 ans. "C'est incompréhensible, vu d'aujourd'hui, que la Suisse ait attendu aussi longtemps pour accorder ce droit aux femmes." Parmi ces précurseurs, on trouve Gabrielle Nanchen. Le 7 février 1971, la Valaisanne a 28 ans.
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Elle se rappelle davantage d'avril 1970, date à laquelle le canton du Valais a accordé le droit de vote aux femmes sur la plan cantonal. "Je ne me rendais pas compte des discriminations dont les femmes étaient victimes. Car j'ai grandi dans une famille où les femmes jouaient un rôle important", témoigne-t-elle.
Douze pionnières sous la Coupole
Les dix premières femmes élues au Conseil national en 1971, dont Gabrielle Nanchen, accompagnées des deux femmes élues lors de l'élection complémentaire de juin 1972. [Keystone]Dans la foulée du vote historique de 1971, Gabrielle Nanchen fera partie des dix femmes à entrer sous la Coupole fédérale: "Le fait que le peuple et les cantons doivent se prononcer sur des sujets aussi importants a certainement retardé les choses. C'est un effet pervers de notre démocratie semi-directe."
Cinquante ans plus tard, Doris Leuthard, qui a été la première femme à la tête du Département de l'économie, observe que la proportion des femmes reste "mineure" dans presque tous les secteurs: "Il faut des modèles qui poussent les portes et montrent que c'est possible."
Gabrielle Nanchen, 77 ans, se souvient de débuts très difficiles avec des "lettres d'insultes, des excréments dans une enveloppe et des menaces": "Pour le rédacteur en chef du Nouvelliste de l'époque, je représentais le mal absolu. Femme, socialiste, Italienne d'origine, jeune de surcroît, je ne devais pas être au Conseil national."
Et d'ajouter: "Aucune de mes interventions n'était relayée dans le seul quotidien du Valais romand, sauf quand j'ai voté en faveur de la libéralisation de l'avortement. Là, il m'a cloué au pilori." Deux générations plus tard, Doris Leuthard estime que "si vous êtes une femme au National, vous recevez des menaces parce que vous êtes une femme".
S'unir pour exister
Doris Leuthard, qui a présidé le premier gouvernement à majorité féminine en 2010, juge qu'il est nécessaire pour les femmes de s'unir: "Comme femme, nous avions toujours vécu des situations dans lesquelles nous étions seules ou minoritaires. Nous étions donc habituées à travailler ensemble, même si nos partis étaient différents." D'ailleurs, elle se rappelle que les femmes du gouvernement avaient pris l'habitude de se contacter en amont des séances hebdomadaires du Conseil fédéral pour se coordonner sur des sujets, créant parfois une certaine "surprise" chez leurs collègues masculins.
Pour Gabrielle Nanchen, l'égalité entre les sexes sera atteinte quand un congé parental, "permettant aux jeunes Le 14 juin 2006, Doris Leuthard est élue au Conseil fédéral. [Stefan Wermuth - Keystone]pères de s'occuper de leur enfant au même titre que les mères", verra le jour. "Concilier le poids de la maisonnée avec un travail, une vie de couple équilibrée et une certaine vie sociale, c'est la croix et la bannière. On demande aux femmes des choses surhumaines."
Et de compléter: "(...) Quand j'ai arrêté la politique, on m'a reproché de préférer mes bébés et mes casseroles à mon engagement féministe. Je n'ai jamais été une superwoman ni aujourd'hui, ni à l'époque."
Des quotas, "seul moyen"
Gabrielle Nanchen et Doris Leuthard ne partagent pas le même avis sur l'introduction de quotas. "Aucune femme souhaite être dans une situation de quotas. On trouve facilement des femmes pour des postes, mais c'est un long processus", estime l'ancienne présidente de la Confédération.
Un avis que ne partage pas Gabrielle Nanchen: "C'est le seul moyen d'y arriver. La Suisse connaît des quotas depuis longtemps. Nous faisons déjà attention à la représentation des régions au Conseil fédéral ou dans l'administration fédérale."
Les deux anciennes élues font confiance aux nouvelles générations pour faire évaluer positivement les choses, même si elles reconnaissent que rien n'est acquis. "Les garçons et les filles changent et grâce à eux le monde va changer. Les garçons ressemblent de plus en plus aux filles dans ce qu'elles ont de meilleur", conclut Gabrielle Nanchen.
Propos recueillis par Romaine Morard et David Berger
Adaptation web: Valentin Jordil
Les neuf conseillères fédérales marquent le coup
Les conseillères fédérales, actuelles ou anciennes, n'oublient pas de marquer le coup pour les 50 ans du droit de vote des femmes. Leurs déclarations, publiées sur Twitter, ont été relayées mardi via le fil du porte-parole du Conseil fédéral, André Simonazzi.
En plus des trois conseillères fédérales actuelles, Viola Amherd, Simonetta Sommaruga et Karin Keller-Sutter, on peut lire les textes des six anciennes ministres. "Ce demi-siècle a vu l'élimination des discriminations légales entre hommes et femmes, une volonté croissante de surmonter les inégalités de fait et la prise de conscience des urgences sociales et écologiques", écrit Ruth Dreifuss.
"Le suffrage féminin n'y est pas pour rien. Bien au contraire", ajoute la socialiste genevoise, la deuxième femme à entrer au gouvernement en 1993, après l'échec de Christiane Brunner et le retrait de Francis Matthey.
On peut aussi lire la première conseillère fédérale, la radicale Elisabeth Kopp. La Zurichoise avait dû se retirer en 1989 après cinq ans au pouvoir après avoir averti son mari dans le cadre d'une enquête liée à une fraude fiscale.
La PDC Ruth Metzler, élue en 1999 à l'âge de 35 ans et qui n'avait pas été réélue en 2003 au profit de Christoph Blocher, ne manque pas à l'appel. "Un élément essentiel du suffrage féminin est que les femmes peuvent être élues. Cela leur permet de façonner la politique, d'exercer une influence et de faire avancer les questions qui sont au cœur de notre pays et de notre société."