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Depuis plusieurs mois, des informations font état d'un processus de réconciliation entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X. Rappelons les faits : Le 21 janvier 2009, la Congrégation pour les évêques à Rome levait l'excommunication décrétée en 1988 à l'encontre des quatre évêques consacrés par Mgr Marcel Lefebvre, dont Mgr Williamson qui venait de tenir des propos négationnistes sur l'extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela n'empêcha pas que des discussions soient entamées la même année à huis clos, entre la Fraternité et la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le 14 septembre dernier, le cardinal Levada a remis à Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité, un Préambule doctrinal - dont le texte n'est pas connu -, qui énonce « certains des principes doctrinaux et des critères d'interprétation de la doctrine catholique pour garantir la fidélité (de la Fraternité) au Magistère de l'Eglise ». Puis en mars dernier, lors d'une rencontre au Vatican, la Congrégation pour la doctrine de la foi a demandé à la Fraternité de clarifier sa position sur le Préambule doctrinal. Une réponse de Mgr Fellay était attendue pour la mi-avril ; la réponse comportant « certains progrès » selon le porte-parole du Vatican, a été soumise aux instances romaines.
Derrière ces discussions, il y a la volonté personnelle du pape de refaire l'unité avec les dissidents de Mgr Lefebvre. La réconciliation avec Ecône est la première priorité de Benoît XVI pour la huitième année de son pontificat. N'oublions pas qu'en qualité d'envoyé de son prédécesseur Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger a tout essayé en 1988, afin d'empêcher Mgr Lefebvre de procéder aux ordinations épiscopales et ainsi de provoquer le schisme.
En soi, la démarche actuelle du pape est cohérente et s'inscrit dans le ministère d'unité qu'il incarne. Mais pas à n'importe quelles conditions. Le fait que le texte du Préambule doctrinal, soumis aux responsables de la Fraternité, ne soit pas connu est inquiétant.
Car le fond du conflit doctrinal et pratique porte, rappelons-le, sur des points essentiels du concile Vatican II : collégialité des évêques, oecuménisme, liberté religieuse et attitude positive vis-à-vis des religions non-chrétiennes. Le conflit vise leur rapport à la Tradition de l'Eglise. S'appuyant sur une compréhension faussée de la Tradition, essentiellement liée au contexte politique et religieux du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle, les gens d'Ecône récusent ces points et plus globalement le concile en entier.
Or, la Tradition, selon les mots-mêmes de Paul VI, « n'est pas une donnée figée ou morte, un fait en quelque sorte statique qui bloquerait à un moment déterminé de l'histoire, la vie de cet organisme actif qu'est l'Eglise ». En récusant ces points de doctrine incontournables les fidèles d'Ecône empêchent « de mieux traduire le Message divin dans le langage et la vie des sociétés d'aujourd'hui et de mieux le communiquer sans compromission indue »[1].
Certes il faut approfondir la notion de Tradition et celle d'un développement de la doctrine qui sont sous-jacentes aux points essentiels, pierres d'achoppement avec les traditionalistes d'Ecône. En théologien averti, le pape Ratzinger trouve dans la Tradition continue de l'Eglise catholique les éléments moteurs du changement comme celui de la liberté religieuse qui est un des points du rejet du Concile par Mgr Lefebvre.
Mais une réconciliation qui ne reposerait pas sur des conditions claires et précises de la réception des enseignements de Vatican II, serait une issue malheureuse et lourde de conséquences.
D'une part, elle ne rallierait probablement qu'une partie des dissidents - certains restant sur leur position intransigeante -, et d'autre part, - ce qui est plus inquiétant -, elle laisserait dans une grave perplexité et dans un certain désarroi bon nombre de fidèles qui, depuis presque cinquante ans, ont revisité leur foi et leur vision des autres Eglises et des autres religions à la lumière des enseignements du Concile.