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Le meneur d’attelage à quatre chevaux suisse, Jérôme Voutaz, est un habitué des remontées dans le classement. S’il n’atteignait que difficilement le milieu du classement intermédiaire avec ses Franches-Montagnes après l’épreuve de dressage lors de compétitions internationales, son équipe rattrapait les meilleurs dans le marathon et l’épreuve de maniabilité. A présent, le Valaisan a pris toutes les dispositions nécessaires pour avoir son mot à dire à la tête du classement. C’est ce qu’il explique dans l’interview avec le «Bulletin».
Félix Brasseur, le spécialiste expérimenté, donne de précieux conseils au Valaisan. (photo: N. Basieux)
«Bulletin»: Jérôme Voutaz, par le passé, tu as toujours réussi à tenir tête à l’élite mondiale. Cependant, il te manque encore et toujours un grand succès dans une épreuve complète. Pourquoi?
Jérôme Voutaz: En attelage, une épreuve complète est composée de trois épreuves partielles: dressage, marathon et maniabilité. Il est vrai que dans les épreuves Coupe du monde des dernières années ainsi qu’aux Championnats d’Europe de Göteborg (SWE) en 2017 et aux Jeux équestres mondiaux de Tryon (USA) en 2018, nos prestations avaient de quoi étourdir les meilleurs atteleurs du monde dans deux des trois épreuves partielles de la discipline. En effet, en marathon et en maniabilité, les élégants demi-sangs ne parviennent pas à égaler les temps canons de mes Franches-Montagnes rapides et agiles. Cependant, les chevaux des concurrents, ayant des allures plus spectaculaires et aériennes, montrent leurs qualités en dressage - c’est notre point faible.
N’as-tu donc aucune chance d’obtenir de bons résultats en dressage avec tes Franches-Montagnes?
Si, je pense que oui. Il y a du potentiel d’optimisation à plusieurs niveaux très différents. D’une part, un attelage fait meilleure figure si les deux chevaux de volée ont de bonnes allures et qu’ils les montrent en conséquence. Dorénavant, je fais donc plus attention aux allures lors de la sélection de jeunes Franches-Montagnes. Ainsi, mon attelage devrait faire meilleure impression devant les juges de dressage, et ce même en comparaison avec les meilleurs attelages internationaux, ce qui devrait avoir une incidence positive sur les notes.
Comment prépares-tu tes jeunes chevaux à leur carrière en attelage à quatre?
Actuellement, deux de mes espoirs sont en formation chez Eric Renaud, ancien membre du cadre suisse d’attelage à un cheval. Il prépare les deux chevaux à la compétition en attelage solo ainsi qu’à leur avenir en attelage à quatre. Eric m’aide énormément dans la précision des figures dans le carrée de dressage.
Et tes chevaux actuels, comment peuvent-ils s’améliorer en dressage?
Pour ce faire, je peux compter sur le soutien de l’entraîneur belge Félix Brasseur, spécialiste d’attelage à quatre chevaux. Ce dernier se rend régulièrement en Suisse pour des week-ends d’entraînement, en particulier pendant l’hiver et au printemps. En fonction de leur stade d’entraînement actuel, tous les Franches-Montagnes sont dorénavant aussi entraînés en attelage solo ou en paire. Brasseur accorde beaucoup d’importance à la souplesse et la gymnastique des chevaux, et cela va m’aider à progresser.
L’entraîneur belge Félix Brasseur observe Jérôme Voutaz et son attelage à quatre chevaux lors du travail de dressage à l’occasion d’un week-end d’entraînement en Suisse. (photo: N. Basieux)
Tes chevaux sont-ils donc uniquement entraînés à l’attelage?
Non, les neuf Franches-Montagnes de mon équipe sont aussi régulièrement montés. Auparavant, ils n’étaient pas travaillés sous la selle et ensuite seulement pendant l’hiver. Mais maintenant, ils sont régulièrement montés aussi pendant la saison entre les compétitions. Parfois plus, parfois moins, en fonction du besoin ainsi que selon le planning d’entraînement et de compétition de chaque cheval.
Mis à part ton dernier départ international à Nebanice (CZE) et une 2ème place début mai à Mezohegyes (HUN), tu n’as pas signé de gros résultats cette saison …
Pour moi, 2019 est une saison transitoire. Et malgré tous les efforts de planification et de préparation, nous ne sommes jamais à l’abri des pannes et des surprises. Il s’agit de coordonner et de tester encore et encore les différentes combinaisons afin de trouver quel cheval est le plus à l’aise dans quelle position et dans quelle discipline partielle. Ce n’est certes pas facile, mais c’est ce qui rend ce sport si passionnant et intéressant.
As-tu des nouveaux chevaux dans ton attelage?
Tout à fait. J’ai intégré deux nouveaux chevaux, Esteban CH et Neandro CH, dans mon attelage au cours de cette saison. Les deux hongres Franches-Montagnes font du bon travail. Cependant, toute modification apportée à l’attelage nécessite du temps, de la patience et une bonne part de travail, ce qui se reflète également dans nos résultats, actuellement irréguliers. 2019 est donc vraiment une saison transitoire pour moi. Mais je pars du principe que les changements de chevaux ainsi que le travail conséquent, varié et diversifié des chevaux portera ses fruits, au plus tard au cours de la prochaine saison.
En compétition, les routiniers, comme la jument Belle du Peupe CH (devant), donnent l’assurance nécessaire aux novices comme Esteban CH (derrière). (photo: N. Basieux)
Ne serait-il pas plus facile de travailler avec des chevaux d’une autre race?
Cela a toujours été exclu pour moi, je reste fidèle aux Franches-Montagnes. D’ailleurs, je suis toujours à l’affût de perles rares Franches-Montagnes pour compléter mon attelage. Ils ont d’incroyables qualités, qualités qui m’ont d’ailleurs permis d’accéder au sport à haut niveau en tant qu’amateur et qui me permettent aussi de m’y maintenir. Il ne faut pas perdre de vue que dans les sports équestres et en attelage en particulier, beaucoup de facteurs entrent en jeu.
Quels autres facteurs entrent en jeu pour atteindre le succès?
L’attelage est une discipline qui demande beaucoup de temps et de moyens financiers. Pour chaque épreuve partielle, il faut une voiture différente, et chacune coûte autant qu’une voiture de tourisme moyenne. A cela s’ajoute le harnachement pour quatre chevaux - un pour le dressage et pour la maniabilité et un pour le marathon - ainsi qu’un moyen de transport pour au moins quatre chevaux et les voitures. L’infrastructure est également un facteur déterminant. Chez moi, en Valais, j’entraîne mes chevaux sur un simple pré - mise à disposition par le copropriétaire des chevaux, Pierre Emonet, qui prend soin des chevaux tous les jours -, et pas sur une carrière extérieure aux dimensions de compétition. Bien sûr, je me rends régulièrement au haras national à Avenches, mais je ne peux pas me permettre de le faire trop souvent étant donné que je travaille à plein temps dans un garage automobile. Pour finir, il ne faut pas oublier les frais d’entretien des chevaux et de toute l’équipe lorsque nous nous rendons en compétition à l’étranger. Nous gardons l’espoir d’être dans le top dix mondial pour participer à la saison indoor 2019/20.
Comment évalues-tu ta saison 2019 jusque-là?
Presque toutes les compétitions FEI auxquelles les atteleurs peuvent obtenir des points Coupe du monde pour la saison indoor sont déjà passées. Malheureusement, mon équipe et moi n’avons pas signé de résultats vraiment bons, bien que nous nous sommes classés au deuxième rang à Nebanice en République tchèque le premier week-end d’août. Nous nous sommes placés au quatrième rang en dressage, au premier rang au marathon et au sixième rang en maniabilité, ce qui nous a apporté de précieux points de qualification pour les compétitions indoor. Le format de ces compétitions nous avantage, étant donné qu’elles ne contiennent pas d’épreuve de dressage. Cependant, seuls les dix meilleurs atteleurs des épreuves qualificatives à épreuve complète - dressage inclus - sont admis à la saison indoor. Je suis donc très motivé à améliorer les performances de dressage de mes Franches-Montagnes afin de combler les lacunes me séparant de l’élite mondiale.
Jérôme Voutaz au CAI3* de Nebanice (CZE) (photo: Šárka Veinhauerová)