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Le vieux Fäschi
Au début du vingtième siècle, le Haut-Valais ne compte qu'un seul artiste-peintre professionnel. Cette situation, qui pourrait sembler intéressante pour celui qui bénéficie ainsi d'une sorte de monopole, va s'avérer difficile; elle est avant tout le signe d'un manque évident d'intérêt pour le microcosme artistique. Ludwig Werlen va l'apprendre à ses dépens, alors que tout aurait pu basculer dans le sens contraire.
L'homme a du talent et de l'originalité à revendre. Il ne manque pas d'audace non plus, puisqu'il ne craint pas de se rendre à Munich pour sa formation professionnelle. Il a l'occasion de se confronter à diverses influences, qu'il saura utiliser à son retour dans sa patrie natale.
Un projet original d'atelier d'art religieux et un poste d'enseignement du dessin dans le seul collège classique du Valais alémanique semblent garantir au jeune Werlen une carrière linéaire et ascendante. Mais le succès ne sourit pas à ses plans et l'isolement dans lequel Werlen se retrouve bientôt l'amène à un certain découragement qui se reflète dans son œuvre: peu abondante, répétitive et conventionnelle.
Le portrait de cet homme à la pipe et au chapeau appartient à une série de têtes typées que l'artiste multiplie autour des années vingt, probablement à la demande des rares amateurs de peinture que compte alors la région de Brigue. Ce genre s'inscrit dans une tradition suisse inaugurée par Ferdinand Hodler et cultivée à sa suite par des artistes œuvrant dans des régions périphériques, riches en modèles de ce type: Max Buri dans l'Oberland bernois, Sebastian Oesch en Appenzell.
Le côté vériste accentué encore par l'impitoyable acharnement à rendre tous les traits du modèle, imprime à cette forme d'art une touche anecdotique, qui a tendance à en occulter les qualités purement plastiques. L'impressionnante barbe, seule, fait exception, par le traitement plus libre que l'artiste s'autorise avec ces lignes colorées et ondulantes. Le rapport, à tous points de vue très contrasté, entre l'affirmation du modèle au regard éloquent d'expressivité et le fond neutre et vide, accentue encore la vérité et la puissance de cette figure anonyme, mais bien vivante.
Ludwig Werlen
Ludwig Werlen naît à Geschinen (Vallée de Conches) le 24 septembre 1884. En 1902, il fait à Zürich un apprentissage de peintre-décorateur, puis s'inscrit à l'Ecole des arts décoratifs de cette ville. En 1905, il est à l'Ecole des beaux-arts de Genève; l'année suivante, il est à l'Académie royale de Bavière à Munich.Plus