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L'exposition à voir actuellement au Musée Jenisch à Vevey retrace l'histoire d'amour entre le peintre Ferdinand Hodler (1853-1915) et son amante Valentine Godé-Darel, depuis leur rencontre jusqu'à la maladie et la mort de celle-ci à Vevey en 1915.
Près de 115 pièces sont à voir dans cette exposition, dont 63 dessins et peintures. "Un ensemble exceptionnel réuni pour la première fois depuis plus de 45 ans", indique le Musée Jenisch.
Oeuvres allégoriques et portraits
C'est en 1908 à Genève que Ferdinand Hodler, alors âgé de 55 ans, rencontre Valentine Godé-Darel, une Parisienne divorcée et de 20 ans sa cadette.
La première partie de l'exposition s'attarde sur les débuts de leur relation, lorsque Valentine devient le modèle puis rapidement la maîtresse du peintre. Les visiteurs et visiteuses découvrent les oeuvres allégoriques et les nombreux portraits où Valentine apparaît comme modèle, à l'instar de "Femme joyeuse" ou "Splendeur linéaire".
L'accrochage présente également les autres projets artistiques qui occupent Hodler à cette époque, notamment la conception de ses toiles monumentales "L'Amour" et "Le Désir".
Disputes et jalousies
Mais leur idylle est tumultueuse, faite de ruptures et de retrouvailles, comme en témoignent les carnets de croquis de l'artiste consacrés à Valentine, que le public peut feuilleter grâce aux moyens numériques.
Le peintre y évoque leurs disputes et dresse des listes de tout ce qu’il lui reproche, dévoilant une jalousie maladive. "Il est intéressant de découvrir les paroles de Valentine retranscrites par Hodler dans ces carnets", explique à la RTS Anne-Sophie Poirot, collaboratrice scientifique à l'Institut Ferdinand Hodler. "C’est grâce à ça que l'on sait que leur relation était très compliquée, notamment par la dépendance financière de Valentine à l'égard de Hodler. Suite à une dispute, il indique par exemple qu’elle n'a pas été assez gentille et qu’il lui coupe les fonds."
L'agonie de Valentine
"La Malade ou Portrait de Valentine Godé-Darel, malade", huile sur toile de Ferdinand Hodler. [Institut Ferdinand Hodler ]La deuxième aile du musée retrace la fin de vie de Valentine Godé-Darel, qui apprend qu'elle est atteinte d'un cancer en 1913, en même temps que sa grossesse. Dès qu'il la sait condamnée, Hodler va documenter "en direct" la lente et douloureuse évolution de la maladie de celle qui fut "la passion la plus intense de sa vie", souligne le dossier le presse.
Cette série se compose d'oeuvres - dessins, peintures et pages de carnets - qui traduisent "sans ménagement" l'agonie de Valentine. Ferdinand Hodler viendra même la peindre encore une fois, au lendemain de sa mort, le 25 janvier 1915.
Issus de trois collections différentes, les trois tableaux de Valentine sur son lit de mort sont exceptionnellement réunis, au Musée Jenisch de Vevey, ville où elle a rendu son dernier souffle.
"Compte tenu de sa qualité graphique, de l'ampleur de la série et de son caractère unique, le cycle de Valentine est sans aucun doute l'une des contributions majeures à l'histoire de la peinture moderne", écrit le Musée Jenisch.
Décédé trois ans après sa bien-aimée, Hodler était conscient de la portée de son oeuvre, lui qui aurait confié à une amie et collectionneuse: "Personne n'a encore jamais fait cela."
aq avec ats
"Ferdinand Hodler. Revoir Valentine. Musée Jenisch, Vevey (VD), jusqu'au 21 mai 2023