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La filiation du christianisme au judaïs me a été affirmée à plusieurs reprises par le Saint-Siège et explicitée par Nostra Aetate (Déclaration sur les relations de l'Eglise avec les religions non-chrétiennes du concile Vatican II) : « L'Eglise ne peut oublier qu'elle a reçu la révélation de l'Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l'antique Alliance, et qu'elle se nourrit de la racine de l'olivier franc sur le quel ont été greffés les rameaux de l'olivier sauvage que sont les gentils. L'Eglise croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les juifs et les gentils par sa croix, et en lui-même, des deux, a fait un seul » (n° 4).
Deux idées de base émergent ici : premièrement, comme l'a dit explicitement Jean Paul II en 1986 lors d'une allocution, les juifs sont « nos frères aînés dans la foi » ; deuxièmement, le Christ est venu accomplir les Ecritures.
Un enjeu de taille se joue autour de ces affirmations. La création de l'Etat d'Israël en 1948 est perçue par la majorité des juifs comme l'accomplissement de la promesse biblique d'une terre pour ce peuple. Mais le sens théologique de cette promesse et sa réalisation politique actuelle peuvent-ils se confondre sans autre ?
Dans une interview publiée le 9 mai 2013 sur le site de l'Aide à l'Eglise en détresse, le cardinal suisse Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, déclare : « Il est vrai que la terre promise est partie intégrante de l'identité d'Israël », toutefois, il faut distinguer cette promesse de sa réalisation politique actuelle, vécue par les Palestiniens comme une catastrophe, celle de la perte de leur terre « par la guerre et les expulsions ». Pour ces derniers, et notamment les arabes chrétiens, la création de l'Etat d'Israël a été vécue comme une injustice, rappelle-t-il. Il est donc logique qu'« ils ne partagent pas l'interprétation théologique de la fondation de l'Etat d'Israël ».
Même entre Eglises chrétiennes, les approches sont donc différentes, car « les Orientaux n'ont pas vécu le dialogue avec les juifs avec le sentiment de culpabilité sous-jacent à la théologie occidentale après l'Holocauste ». C'est ce que rappelait Michel Nseir, responsable d'une réunion de théologiens organisée à Berne par le Conseil oecuménique des Eglises, en septembre 2008, autour de cette question : « Que peut la théologie face au conflit israélo-palestinien ? »
En bref, on ne peut faire abstraction de la réalité historico-politique, mais on doit la distinguer de l'histoire biblique et être conscient des conséquences de la théologie sur les populations concernées.[1]