Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06974.jsonl.gz/1231

Dans les évangiles et l’Ancien Testament, on trouve bien sûr plusieurs exemples de pardons et d’invitation au pardon.
L’intuition de départ que j’ai eue a concerné le fait que les prisons devaient être seulement partiellement occupées pour pouvoir accueillir de nouvelles personnes sans avoir à relâcher des personnes parce que les prisons sont trop pleines, ce qui arrive dans plusieurs pays, avec une population carcérale qui a augmenté régulièrement. Et ensuite également, le fait qu’un cercle vertueux puisse être créé pour inviter les personnes ayant commis des infractions, et éventuellement en prison, à chercher à effectuer de bonnes choses, à se réhabiliter, à améliorer leur « dossier » au sein de l’environnement judiciaire, de la prison, et surtout de la société en général.
Bien sûr tout ceci est beaucoup plus simple et envisageable pour les délits les plus légers et les moins graves, lorsque la réinsertion est envisageable à terme et ne représente pas un danger pour la société…
Les buts recherchés seraient les suivants : accélérer, simplifier et rendre plus clairs et lisibles les jugements ; favoriser la réinsertion et la réhabilitation de la personne d’abord à ses propres yeux ; essayer de compenser au moins un peu et partiellement les dommages par des actions reconstructives, en lien ou non avec les dommages causés au cas par cas ; essayer de générer davantage de cercles vertueux au sein des établissements pénitenciers ; garder des places disponibles ; humaniser les conditions de détention en faisant travailler les personnes en prison elles-mêmes à l’amélioration de leurs propres conditions et de celles de leurs codétenus proches ou lointains.
Certes, c’est avant tout la personne qui se pardonne à elle-même d’avoir causé du mal le cas échéant, et la société ne pourrait éventuellement pardonner que les cas de fraude ou de dommage envers l’état, une fois les tords remboursés si cela est possible, ou plus généralement les dégâts réparés. En effet, s’il s’agit de tord envers des personnes privées, ces personnes privées peuvent ne plus vouloir entendre parler de leur agresseur. La société ou le système judiciaires ne doivent pas chercher à se substituer à Dieu non plus, c’est la personne qui se pardonne à elle-même d’avoir fait du mal, et Dieu qui pardonne.
Il serait intéressant d’étudier la faisabilité de la mise en place de cours et de formations pratiques ou théoriques, de travail de réhabilitation, de services rémunérés effectués par les personnes en prison envers les personnes en prison ou en dehors, de davantage de travaux de réhabilitation alternatifs à l’emprisonnement…
Beaucoup de jugements compliqués pourraient aussi être remplacés par de simples amendes, demandes de remboursement et saisies, pour tous les cas de fraudes et vols, lorsque le montant des préjudices peut être saisi simplement. Nul besoin de pénalités de prison ni de long jugement si la personne a remboursé, et a payé une forte amende, et peut-être effectué un travail d’intérêt général. Ceci pourrait accélérer et simplifier beaucoup de procédures judiciaires, notamment dans la mesure où le mobile de nombreuses affaires dont le préjudice est matériel tourne autour d’argent ou de biens de valeur.
Réponse d’un pasteur :
Cher Monsieur
Désolé pour le délai de réponse, surtout pour une si intéressante remarque. La période de Pentecôte a été bien chargée en paroisse.
Ce que vous proposez appartient au champ de « la justice restaurative ». C’est un champ de recherche sur lequel des pays sont pionniers (dont certains pays que l’on dit parfois « protestants » car cette confession chrétienne y fut majoritaire dans le temps). Des résultats sont très intéressants, diminuant grandement le taux de récidive, et traitant plus humainement les personnes ayant commis des actes délictuels ou criminels.
Cela dit, la question du pardon n’est pas la seule, ce n’est qu’une petite première étape. Dans la Bible comme dans la vie. Le pardon de Dieu n’a jamais été un problème puisqu’il aime et aimera toujours chacun de ses enfants. Mais la faute est un symptôme d’un mal-être, et la faute crée du mal-être dans le coupable, dans la victime et dans le monde. C’est un manque de développement et des blessures. Et tout cela est bien plus compliqué et plus long à travailler que la simple question du pardon, déjà pas simple.
De mon expérience comme aumônier des prisons, je dirais que quand la question du pardon se pose chez une personne coupable, c’est plutôt bon signe, cela veut dire qu’elle a déjà accepté avoir commis une faute. Mais souvent la personne ne reconnaît même pas la faute, de diverses façons. Et c’est alors assez inquiétant.
Ensuite, la question des futures potentielles victimes se pose. Par exemple, en église, les responsables de l’institution ont l’envie souvent sincère de vivre eux-même le pardon, de se sentir bien en faisant preuve de générosité face au coupable dont l’avenir dépend de leurs décisions. Ces responsables d’institution cherchent alors parfois à vivre l’évangile avec générosité vis à vis du coupable d’agression sexuelle : en cherchant au mieux à les suivre, à leur offrir des soins psychiatriques, des accompagnements spirituels, puis, devant leur repentir parfois en larmes (vraies ou « de crocodile ») et leur vocation par ailleurs sincère à servir dans l’église… ces responsables d’institution vont laisser à cette personne une nouvelle chance (qui ne laisse par contre peu de chance aux innocents qui leur sont jetés en pâture). C’est ainsi que des prêtres ou pasteurs agresseurs sont changés de paroisse et font de nouvelles victimes. Les paroisses dans lesquelles ils sont déplacés ne sont souvent même pas prévenues. Et c’est alors d’autant plus cruel pour toutes les victimes anciennes et nouvelles de savoir que l’institution a exposé sciemment des innocents à des personnes dont on connaissait la dangerosité. C’est pourquoi il me semble utile de penser d’abord aux personnes victimes passées et potentielles, ensuite aux personnes criminelles ou potentiellement criminelles, et travailler sur la prévention, sur la formation des responsables d’institution, l’accompagnement de tout ce petit monde.
La question se pose finalement de la même façon avec un mari violent, par exemple. La question n’est pas celle du pardon. Au contraire, c’est souvent le désir de pardonner qui maintient la victime trop gentille comme une éternelle proie de son bourreau. Dans ce cas, « pardonner » consisterait plutôt à ne pas accepter des actes qui font de cet homme un bourreau et de cette femme une victime. Rompre avec cette situation nocive, renvoyer cet homme au célibat, qu’il se soigne si possible, et que la femme puisse revivre.
Dans bien des situations troublées, poser la question sous l’angle du soin et de la prévention est plus profonde que de la poser en termes d’effacement de la faute. Ne pensez-vous pas ?