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En Occitanie, un grand animateur de la renaissance cathare fut Déodat Roché (1877-1978), à la fois franc-maçon du Grand Orient de France et anthroposophe du premier cercle – ce qui normalement n'est pas trop permis. Originaire d'Arques, village de l'Aude tout proche de Rennes-le-Château et de tous les lieux célèbres de la haute vallée de l'Aude et de la vallée de la Sals, il s'est passionné pour les Cathares, nombreux dans la région au Moyen Âge et qui, soutenus par l'aristocratie locale, avaient suscité une guerre avec les Français proprement dits, impliqués dans la croisade voulue par le pape Innocent III. Il a créé un très beau musée et une belle association dans son village natal, et a écrit de nombreux livres intéressants dont, voyant que je partais m'installer dans ce Pays cathare, mon ami genevois François Gautier m'a donné plusieurs titres – et je les ai parcourus.
Et j'avoue n'avoir pas été totalement convaincu, même si certaines choses m'ont charmé, notamment l'idée que les Cathares s'exprimaient en symboles, en contes, en histoires fabuleuses – ce qui plaît toujours à un poète. Car Déodat Roché, ébloui par Rudolf Steiner, et aimant les Cathares d'une affection toute locale, a eu tendance à attribuer aux seconds les idées et pensées du premier, comme s'ils ne faisaient qu'un. Mais le fondement en est sans doute surtout en Roché même.
Il en est une marque probante.
En vérité, pour les Anthroposophes – parce que Steiner lui-même l'a suggéré – il existe un lien étroit entre le fondateur de l'Anthroposophie et saint Thomas d'Aquin. Or celui-ci, dominicain, n'était pas d'accord avec les Cathares sur le rejet de principe du monde physique, et l'a dit, l'a écrit. Il suivait en cela saint Augustin, ennemi des Manichéens, dont selon Roché étaient issus les Cathares. Et le fait est que les Dominicains ont lutté contre les Cathares, en général. Mais, pris en étau par ce constat, Roché a énoncé que la spiritualité de saint Thomas d'Aquin était proche de celle des Cathares. Ce qui n'a pas beaucoup de vraisemblance, car ce noble théologien mettait en avant la pensée solide et logique, dans la foulée d'Aristote, plus que le symbolisme mystique. Il aimait bien sûr les anges et le monde divin, les sentiments qu'ils inspiraient, mais il était classique, et s'appuyait rationnellement sur l'Écriture sainte, pour illustrer ses propos, et non sur ses révélations intimes. C'est sur la base des textes sacrés qu'il évoquait les anges, les démons, le paradis, l'enfer!
Je n'ai pas lu d'écrit de Steiner sur les Cathares; j'ai pourtant beaucoup lu Steiner. Il n'en parlait sans doute pas beaucoup. Mais on peut deviner ce qu'il pensait de la question en s'appuyant sur ce qu'il énonçait des Templiers et de la Gnose, avec lesquels les Cathares ne sont pas sans raison liés par la tradition philosophique et historique.
J'y reviendrai, une autre fois.