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Classe supérieure Cadillac réattaque le marché suisse. Celui qui se proclamait jadis comme le plus puissant constructeur de luxe, avec des slogans aussi grandiloquents que «Standard of the World», débarque aujourd’hui avec une nouvelle stratégie.
Au début de l’ère automobile, le «Dewar Trophy» était la plus haute distinction imaginable. En 1908, Cadillac, née en 1902 des cendres de la Henry Ford Company, avait reçu ce prix pour avoir été le premier constructeur américain à travailler avec une si grande précision que les pièces d’assemblage pouvaient être mélangées entre elles avant d’être montées sur la voiture. Fin février 1908, le «Royal Automobile Club» anglais avait d’ailleurs réalisé le test: sous l’oeil sévère de mécaniciens, trois Cadillac avaient été entièrement démontées, 721 pièces avaient été mélangées, puis remontées. Les trois véhicules ont ensuite fonctionné sans souci. Le directeur de Cadillac, Henry M. Leland, en avait profité pour inscrire le slogan «Standard of the World» sur sa bannière.
Des hauts et des bas
Par la suite, Cadillac a été rachetée par General Motors (1909), a inventé le démarreur, présenté le premier V8 de série (1914), ouvert le premier studio de design sous Harley Earl (1927), monté la première boîte de vitesses synchronisée (1928), créé deux extraordinaires moteurs V16 (à partir de 1930), lancé les dérives arrière (1948) et le pare-brise panoramique (1953) ainsi que la direction assistée (1954), et a vendu pour la première fois plus de 200 000 véhicules en douze mois. C’était en 1966. En face, Rolls-Royce ne parvenait à vendre que quelques centaines de voitures, Mercedes n’était pas encore représentée dans ce segment et la concurrence américaine, comme Marmon ou Packard, avait abandonné depuis longtemps. À cette époque, Cadillac incarnait véritablement le «Standard of the World».
Les choses se sont ensuite dégradées. Alors que l’année 1985 marque l’apogée du constructeur, avec 384 000 véhicules vendus, ses parts de marché ne vont cesser de chuter par la suite, passant de 31 % à 20 % en à peine dix ans (entre 1980 et 1990). En 2018, Cadillac n’était plus qu’à 7 % de parts de marché aux USA, avec 154 000 véhicules vendus (se plaçant même derrière Acura). En 2021, Cadillac va toucher le fond avec 118 000 unités vendues. Mais l’année dernière, il y a eu un léger mieux, avec 134 703 ventes. Une grande partie d’entre elles étaient des Escalade, best-sellers du catalogue depuis deux décennies. Ce regain d’intérêt de la part du public est certainement dû aux efforts du constructeur américain pour se démarquer.
De nouveaux piliers
Ce n’est pas la première fois que l’enseigne cherche à se renouveler. Dans les années 1950, elle avait déjà réalisé des tentatives de coopération (avec Pininfarina). Plus tard, elle avait aussi développé des moteurs modernes (comme les merveilleux Northstar) et s’était essayé au design moderne (dans les V-Series). Et en 1982, elle s’était lancée sur les marchés des plus petites voitures (avec la Cimarron). Mais tout cela manquait sans doute de continuité et de stabilité.
À partir de 1930, Cadillac a construit un moteur 16 cylindres et il n’y avait rien de mieux à l’époque. Il s’agit ici d’un All Weather Phaeton de Murphy.
Aujourd’hui, Cadillac continue de plancher sur des moyens de se diversifier. Les espoirs de Cadillac reposent sur trois piliers: la Chine, l’électrification et le luxe. L’enseigne étasunienne n’a réalisé que très tardivement qu’une marque à l’histoire aussi grandiose que la sienne pourrait également fonctionner dans l’Empire du Milieu. Pour investir ce marché, elle dispose de la Celestiq, une berline statutaire longue de six mètres, qui devrait beaucoup plaire aux Chinois. Appelée à entrer en production sous peu, la Celestiq ne livre pas beaucoup d’informations sur sa fiche technique. Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle sera électrique, reposera sur la plateforme Ultium de General Motors, embarquera probablement une batterie de 111 kWh et développera sans doute plus de 442 kW (600 ch). L’autonomie de la voiture électrique est estimée à 480 kilomètres. Environ 500 à 600 exemplaires de la Celestiq, dont les dimensions extérieures ne sont pas encore connues, devraient être fabriqués chaque année, et ce entièrement à la main. Le prix se situera «aux alentours de 340 000 dollars», selon Cadillac.
Cadillac planche sur l’électrique
D’ici 2030, Cadillac souhaite également renoncer complètement aux véhicules à combustion. La version entièrement électrique du best-seller Escalade a déjà été révélée. Elle sera commercialisée l’été prochain avec une batterie de 200 kWh et une puissance pouvant aller jusqu’à 559 kW (760 ch). En comparaison de la Celestiq, le prix de 130 000 dollars demandé semble presque être une bonne affaire.
Et puis il y a le Lyriq aussi. Déjà connu et proposé aux Etats-Unis depuis l’année dernière, il est basé sur la plateforme Ultium 800 V. Avec lui, Cadillac ne s’aventure pas dans les hautes sphères du luxe comme avec la Celestiq, mais propose ce que beaucoup de monde a déjà: un SUV électrique premium. Comme le veut la tradition, celui-ci mesure plus de cinq mètres de long et pèse 2,8 tonnes à vide. Fort d’une puissance de 388 kW (528 ch) et d’un couple maximal de 610 Nm, il devrait permettre de transporter confortablement des passagers sur 530 kilomètres, une autonomie certes sympathique mais qui ne constitue pas un record (lire Présentation dans la RA 45/2023). L’enseigne américaine doit donc marquer des points dans d’autres domaines, comme la finition et les matériaux utilisés, où elle entend être au top. Problème: les produits américains ont eu du mal à tenir telle gageure au cours des dernières décennies. Et les chiffres de vente du Lyriq sont jusqu’à présent loin d’être excellents: 5334 exemplaires ont été vendus aux États-Unis au cours des trois premiers trimestres de 2023. C’est peu.
Un autre SUV 100 % électrique, l’Optiq, a été présenté récemment au Salon de l’automobile de Los Angeles (jusqu’au 26 novembre). Cadillac n’en dit pas beaucoup sur ce véhicule, mais on peut légitimement supposer qu’il s’agit d’un jumeau technique du Chevrolet Equinox EV, qui mesure 4,83 mètres de long. Lui aussi basé sur la plateforme Ultium, l’Equinox est disponible avec une transmission avant et une intégrale, et une puissance allant jusqu’à 213 kW (290 ch). L’Optiq devrait également se situer dans cette fourchette. Et rien que pour cela, il sera nettement moins cher que le Lyriq, qui démarre à 82 000 francs en Suisse.
On peut se demander si tout cela suffira à faire renaître ce constructeur de luxe autrefois si formidable. La Celestiq montre bien à quel point le temps de développement passe vite: lors de sa présentation il y a deux ans, le luxueux Liner était quasiment seul, et il semble aujourd’hui presque dépassé sur le plan technologique. Le Lyriq ne donne pas non plus l’impression d’être une figure de proue parmi les véhicules électriques, il semble même démodé au regard des exigences chinoises. Sans parler de l’Optiq, qui n’existe pas encore. «Les nouvelles Cadillac peuvent certainement marquer des points grâce à leur design tout à fait exceptionnel. En ce qui concerne l’équipement opulent, elles sont également en tête; elles laissent le guidage de l’utilisateur à Google, ce qui n’est certainement pas une erreur», explique le constructeur. Ce sont peut-être de bons arguments pour les Etats-Unis, mais moins pour le Vieux-Continent, où Cadillac est à nouveau officiellement représentée depuis quelques semaines, avec un «flagship store» sur la Bahnhofstrasse à Zurich. Et en Chine, les horloges tournent de toute façon très différemment et beaucoup plus vite.