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Cela se dit dans différents médias. En particulier à cause de la répétition des épisodes depuis quatre ans. Celle de 2022 est qualifiée d’historique. Mais ce qui est présenté comme exceptionnel l’est-il vraiment?
On peut comparer avec deux périodes: les années 1942-1949 en Europe et les années 1931-1939 aux États-Unis. J’ai déjà présenté la période des années 40 ici.
J’ajoute ces extraits d’article de Vincent Bénard du 12 août dernier, commentant un rapport de 1950 rédigé par Joseph Sanson, vice directeur de la météorologie nationale, et Maurice Pardé, professeur à l’école nationale supérieure d’hydraulique.
Première remarque:
« Les auteurs notent d’abord qu’un déficit pluviométrique a été constaté 7 années de suite dans les massifs montagneux Français, et que plusieurs de ces années ont vu des épisodes anticycloniques de longue durée empêcher les perturbations atlantiques de venir arroser l’ensemble du territoire. Ainsi, en 1948-1949, un tel épisode anticyclonique a duré 254 jours. »
254 jours, soit 8 mois consécutifs: bel exemple de blocage anticyclonique. C’était en 1949. Et le lit de la Loire?
« Si aujourd’hui, certains alarmistes diffusent sur les réseaux sociaux des photos du lit de la Loire presque à sec, notamment à Varades, à quelques kilomètres en aval de Montjean, ils oublient de mentionner que le débit actuel du fleuve mesuré à cette station est de 94m3/s, alors que le record mesuré le 23 Août 1950 s’établit à 50m3/s. La mesure actuelle reste également supérieure aux minima de 1921 (67m2/s) et 1911 (74m3/s). »
Entre 1950 et 2020 certaines régions ont vu leur population multipliée par 3 ou 4. Cela signifie une emprise exponentielle sur les sols avec béton, bitume, hydrologie perturbée, prélèvements d'eau en augmentation.
« En 1948, notre population n’était que de 42 millions d’habitants, et beaucoup de foyers ruraux n’étaient alors pas raccordés à l’eau potable. Les prélèvements pour l’eau potable, tant pour les ménages que pour la production d’électricité ou toutes les activités économiques, ont été multipliés par 3 entre 1955 et 1985 (source). »
Leur conclusion est raisonnable:
« Il apparaît donc que ni la sécheresse de 2022 ni la succession d’épisodes secs depuis 2018 ne sont sans précédent, et que la période comprise entre 1942 et 1949 a été hydrauliquement plus dure que l’actuelle. Mais l’évolution de nos modes de vie modifie le seuil d’occurrence d’un risque de pénurie.
Naturellement, la série actuelle de sécheresses est en cours, et il est encore trop tôt pour conclure quoi que ce soit quant à l’évolution à long terme de notre climat, mais à l’évidence, crier à l’apocalypse climatique et à la fin de l’eau en France est prématuré et non constructif. La meilleure façon de lutter contre les effets des sécheresses réside dans la poursuite de nos efforts technologiques (désalinisation, recyclage, efficacité hydraulique industrielle et agricole) pour réduire nos prélèvements sur la ressource fluviale et souterraine. »
À propos des réserves d’eau l’image 1 montre la situation des nappes phréatique au 1er août. Les niveaux étaient bas et continuaient de descendre. Mais pas au point de manquer totalement d’eau.
La deuxième période de sécheresse extrême date des années 1930 aux USA. On l’appelle la Dust Bowl, le Bol de poussière. Elle est considérée comme la catastrophe la pire et la plus prolongée de l’histoire de ce pays (images 2 et 3 Wikipedia).
« Les effets de la sécheresse du "Dust Bowl" ont dévasté la région des États du centre des États-Unis connue sous le nom de Grandes Plaines (ou Hautes Plaines). Dans le même temps, les effets climatiques ont pratiquement asséché une économie américaine déjà déprimée dans les années 1930… »
La sécheresse prolongée et extrême et le vent ont totalement détruit et arraché la terre, déjà fragilisée par une agriculture intensive inadéquate. Des tempêtes de poussières obscurcissaient le ciel.
« Le Dust Bowl a touché tout le monde. Les familles portaient des masques respiratoires distribués par les travailleurs de la Croix-Rouge , nettoyaient leurs maisons chaque matin avec des pelles et des balais et drapaient des draps humides sur les portes et les fenêtres pour aider à filtrer la poussière. »
Des milliers d’enfants et d’adultes sont morts de la pneumonie due à la poussière. Les tempêtes se sont multipliées:
« En 1932, le bureau météorologique a signalé 14 tempêtes de poussière. En 1933, le nombre de tempêtes de poussière est passé à 38, soit près de trois fois plus que l'année précédente. »
Comment y échapper? Impossible:
« Certaines des pires tempêtes ont recouvert le pays de poussière des Grandes Plaines. Une tempête en mai 1934 a déposé 12 millions de tonnes de poussière à Chicago et a déposé des couches de fine poussière brune dans les rues et les parcs de New York et de Washington, DC Même les navires en mer, à 300 milles au large de la côte atlantique, ont été recouverts de poussière. »
Jusqu’au paroxysme de 1935. Selon Tim Egan, journaliste du New York Times:
« La pire tempête de poussière de toutes a frappé le 14 avril 1935, un jour connu sous le nom de "dimanche noir ». (…) La tempête a emporté deux fois plus de terre qu'il n'en a été creusé pour créer le canal de Panama. Le canal a mis sept ans à creuser; la tempête a duré un seul après-midi. Plus de 300 000 tonnes de terre végétale des Grandes Plaines ont été aéroportées ce jour-là. »
Aujourd’hui on nous annonce chaque épisode météorologique intense comme une nouveauté jamais vue. Mais comme on le voit ici, c’est inexact en ce qui concerne les sécheresses.
L’Histoire du climat nous montre que la sécheresse de 2022, aussi intense soit-elle, n’est pas la pire connue et n’égale pas certains épisodes majeurs du passé récent, du moins depuis que l’on dispose de relevés réguliers. Il est possible et probable qu’il y ait eu pire par le passé.
Selon une autre info (image 4, france-info): « … depuis soixante ans, la surface touchée par la sécheresse des sols tend à augmenter. »
Cela est très possible en raison en particulier de la croissance démographique et urbaine, donc de la gestion des sols qui ne respirent ni ne retiennent plus l’eau, et d’autres facteurs.
Mais on manque de données avant 1959 et l’on ne peut mettre cette tendance du graphique dans une perspective plus longue. C’est un peu comme si on évaluait ce qu’est un jour en ne regardant que 15 minutes de l’aube. On n’a ni le matin, ni le midi, ni l’après-midi, ni le crépuscule, ni la nuit.
L’augmentation progressive des températures est un signe plus fiable du réchauffement que les sécheresses. Celles-ci ont pu se produire en périodes plus fraîches et être autant dévastatrices. J’ajoute qu’aujourd’hui une sécheresse ne conduit plus à la famine, grâce aux stocks mondiaux et à l’entraide internationale, et c’est une chance et une évolution positive du monde.