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Le concours de projets d’urbanisme pour la réalisation d’un écoquartier s’inscrit dans le cadre d’un large programme de modernisation et de densification de la ville de Lausanne nommé Métamorphose. Ce projet urbanistique s’organise en trois axes de réflexion: rénover les équipements sportifs, construire un écoquartier et développer les transports publics. Le projet prévoit la réalisation d’un stade d’athlétisme à la Tuilière et d’un écoquartier aux Plaines-de-Loup au nord de la ville ainsi qu’un stade de foot, une piscine olympique couverte et un boulodrome à proximité de la sortie d’autoroute de la Bourdonnette au sud. Le projet lauréat du bureau tribu’architecture doit permettre d’établir un masterplan pour la totalité du périmètre de 32 hectares situé le long de la route des Plaines-du-Loup.
Cette route, qui traverse intégralement le quartier nord de la ville de Lausanne de la Pontaise à la Blécherette, dessert un secteur à vocation résidentielle et sportive. De nombreuses infrastructures publiques, construites jadis en bordure de ville, ont marqué l’urbanisation progressive de ce quartier. Il s’agit en particulier de la caserne militaire édifiée en 1879, du cimetière de la Pontaise conçu en 1880 et déplacé en 1922 sur le site du Bois-de-Vaux, de la prison du Bois-Mermet bâtie en 1904, de l’aérodrome de la Blécherette dont les premiers hangars datent de 1910, du vélodrome édifié en 1922 et du stade de la Pontaise construit en 1954 dernier témoin de la coupe du monde de football. Les premières maisons d’habitations apparaissent dans les années 1950, puis sont relayées par la construction de grands ensembles de logements dans les années 1960 et 1970, cohabitant avec les nombreux équipements sportifs sis à proximité du stade de la Pontaise. Le périmètre réglementaire constructible étant alors utilisé, l’état bâti actuel correspond à celui de la fin des années 1970.
Aujourd’hui, pour faire face à la demande croissante de logements, la Ville de Lausanne a lancé un vaste programme de construction sur les parcelles communales et à identifier dans les surfaces dédiées aux terrains de sport une opportunité à saisir. A l’image de nombreuses réalisations des années 1970, le quartier est habité par une population multiculturelle à faible revenu. La mise en place du concours des Plaines-du-Loup est l’occasion d’améliorer les équipements collectifs et les services de proximité, de pérenniser les commerces et les zones de détente, de développer l’offre en transports publics et les réseaux de cheminements piétonniers.
Le potentiel de développement du quartier tient en grande partie dans la modification des zones d’affectation publiques en zones constructibles et au déplacement d’une partie des infrastructures sportives. La valeur du site tient dans l’ampleur de l’opération qu’il permet à proximité du centre-ville et à la possibilité de le rattacher au tissu urbain en diversifiant son réseau d’infrastructures et en créant un nouvel axe de transports publics.
Le concours s’appuie sur cinq objectifs distincts: la gestion de l’urbanisation selon les critères de développement durable, la réduction des déplacements de personnes par effet de mixité fonctionnelle, la densification de la partie nord de la ville sur des terrains aujourd’hui dévolus aux infrastructures sportives, l’amélioration de l’offre en transports publics par une nouvelle ligne de métro, la création d’un écoquartier qui doit soutenir les vues énergétiques et environnementales des autorités.
Le périmètre mis à disposition des concurrents du concours représente une surface d’environ 32 hectares sur lesquelles se répartiront environ 250'000 m2 de logements (environ 5500 habitants), 100'000 m2 d’activités (environ 3000 emplois), 4500 m2 d’équipements publics et de silos de stationnement public et privé, soit un total d’environ 400'000 m2 pour un coefficient d’utilisation du sol (CUS) de 2.8. Ces chiffres hors norme parlent de l’échelle de planification gigantesque liée à cette opération, mais aussi des enjeux qui se cachent derrière la concrétisation du masterplan qui définira les règles de construction et les gabarits des futurs bâtiments de l’écoquartier.
ZIP, le projet lauréat du bureau tribu’architecture, utilise la métaphore de la fermeture-éclair et propose une couture avec le tissu existant en donnant la priorité aux aménagements des espaces publics et aux liens avec le tissu bâti environnant.
La route des Plaines-du-Loup, qui traverse le périmètre du concours sur un axe nord-sud, accueille les infrastructures de transports publics et privés. Sa valeur d’axe principal urbain est affirmée par la densification des volumes bâtis qui définissent sa spatialité et par la concentration des activités qui soutiennent sa vivacité sur toute sa longueur. De plus la répartition des équipements publics – infrastructures sportives, école, maison de quartier, déchetterie, centre culturel et parkings – le long de la route permet de jouer sur l’alternance des vides et des pleins et de considérer un phasage progressif des constructions. Le prolongement, vers l’ouest, de la trame des axes de desserte secondaires permet de créer un réseau de rues de quartier et de cheminements à mobilité douce qui s’entrecroise avec la route des Plaines-du-Loup pour constituer une continuité spatiale et fonctionnelle entre la morphologie en plots du tissu existant et le découpage en îlots ouverts du nouveau quartier. La forme urbaine et les gabarits des bâtiments sont réglés en fonction de la largeur des rues afin de garantir l’ensoleillement des façades sud et de contrôler la densité décroissante des volumes jusqu’en périphérie du site.
Finalement le projet propose un concept de mixité des programmes d’activités sociaux, économiques et environnementaux qui correspond aux principes de base d’un écoquartier, au même titre que la notion de démarche participative à mettre en place avec l’ensemble des acteurs concernés.
Le projet lauréat se démarque qualitativement des propositions des autres concurrents par son habileté politique, son aboutissement en termes de communication, la finesse de sa planification des espaces verts, son intégration dans l’échelle des quartiers existants et ses bâtiments à volumétrie variable.
Le projet du bureau 2b architectes, 2ème prix, propose une approche paysagère qui se constitue d’un assemblage de champs ponctués de grands volumes pouvant être réalisé par étapes successives. La déviation de la ligne des transports publics à l’intérieur du périmètre de l‘écoquartier offre une liberté intéressante dans l’aménagement des espaces extérieurs autour de la route des Plaines-du-Loup.
Le 3ème prix, de l’atelier MPH Architectes, propose de disposer des volumes de petite taille dans un grand parc urbain en créant cinq pôles d’attractivité qui marquent par leur hauteur des repères visuels dans le quartier. La notion de centralité et de densités s’impose par la localisation des équipements publics et des arrêts des transports en commun le long de la route des Plaines-du-Loup. Le principe de l‘îlot ouvert recouvrant tout le site proposé par les architectes Decroux+Piccolo, 4ème prix, permet de considérer deux types de relation à la nature, l’un sur cour et l’autre sur rue. Au niveau urbanistique, le site est articulé dans sa direction nord-sud par une nouvelle place centrale. 5ème prix, le projet du studio Jean-Daniel Paschoud développe un tapis de volumes de faible gabarit et de cheminements piétonniers sur tous le périmètre constructible. Trois tours, disposées à l’interface des carrefours stratégiques de circulation, ponctue cette proposition unitaire. Le projet remportant le 6ème prix, du bureau Carnal & Menthonnex, instaure un réseau quadrillé d’axes piétonniers qui réagissent à la sinuosité de la route des Plaines-du-Loup. La disposition des volumes bâtis dans cette trame assure une grande continuité entre les nouveaux éléments et le tissu urbain existant.
L’envergure du projet des Plaines-du-Loup pose la question de l'aménagement du territoire de la ville et de son agglomération dans sa globalité. La question du développement urbain lausannois ne se limite en effet pas qu’à l’emplacement des équipements sportifs ou à la construction d’un écoquartier avec une bonne mixité sociale, culturelle, économique et environnementale. Le développement simultané de plusieurs grands projets, comme Métamorphose, le concours pour la construction du Musée Cantonal des Beaux-Arts, le chantier du palais de Beaulieu, l’extension du réseau de métro ou la requalification des rives du lac à Bellerive, est louable mais donne le sentiment d’une superposition d’initiatives développées dans l’urgence et obéissant à leurs règles propres plus qu’à la formalisation d’une réflexion urbanistique globale. Dans ce contexte, la mise sur pied d’un concours de cette ampleur et la construction d’un écoquartier sont certes louables et très positives, mais ne peuvent à eux seuls cacher le manque d’anticipation et les carences des dernières décades en termes de planification urbaine à long terme.
Concernant le quartier des Plaines-du-Loup, la priorité va maintenant à l’établissement du masterplan, des plans partiels d’affectation (PPA) et à la répartition des droits distincts et permanents de superficie (DDP) par lots constructibles distincts. Le calendrier de réalisation se veut optimiste et prévoit l’ouverture des chantiers courant 2014 et l’arrivée des premiers habitants de l’écoquartier en 2016.