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«Burn-out»: quand le temps de transport devient une source d’épuisement professionnel
Quel est l’impact du mode et du temps de transport quotidien domicile-travail sur le risque d’«épuisement professionnel», ou burn-out? Au vu d’une étude canadienne, menée auprès de 1942 personnes vivant au Québec (âgées de 17 à 69 ans), il semble que le danger commence au-delà de trente minutes. Cette étude, menée par Annie Barreck(1), doctorante à l’École de relations industrielles de l'Université de Montréal, décrypte également l’impact de différentes situations (transport en ville ou sur route, en voiture ou à vélo, comme passager ou comme conducteur). Pour l’auteure, tous les types et conditions de transport ne présentent pas le même risque d'épuisement professionnel.
«Navettage»
Annie Barreck a étudié à la fois les régions urbaines et rurales du Québec. Ses analyses prennent en considération divers types de «navettage» (défini comme le trajet quotidien accompli entre le domicile et le travail) et divers moyens de transport (auto, métro, autobus, bicyclette…). La chercheuse met en relation ces paramètres avec trois dimensions de l'épuisement professionnel, «épuisement émotionnel», «cynisme» (ou «dépersonnalisation») et «efficacité professionnelle» (ou «accomplissement»), évaluées grâce au questionnaire Maslach Burnout Inventory General Survey.
«Une corrélation existe entre [les] marqueurs de stress et la propension à souffrir d'épuisement professionnel. Mais leur portée varie en fonction des individus, des conditions relatives aux déplacements et du lieu où les gens travaillent», affirme l’auteure. Les données utilisées dans cette étude résultaient du sondage canadien SALVEO, réalisé par l'Équipe de recherche sur le travail et la santé mentale. Les résultats confirment un lien significatif entre le navettage et les symptômes d'épuisement professionnel.
Résultats étonnants
Les longs trajets en voiture sont les plus stressants pour les travailleurs qui se rendent dans de grands milieux urbains comme Montréal ou Québec. «Ceux qui se dirigent vers des milieux ruraux ou même vers de petites régions urbaines ressentent moins de stress», indique Annie Barreck, qui souligne l'influence de la «congestion routière» sur l'épuisement professionnel. La chercheuse précise que, étonnamment, les passagers ont tendance à ressentir encore plus d'anxiété que les conducteurs. «Le covoiturage réduit le sentiment de contrôle des passagers, ce qui leur cause davantage de stress avant d'arriver au travail», explique-t-elle.
Mais ce n’est pas tout. Les employés qui doivent effectuer de longs trajets en transports en commun vers les milieux ruraux éprouvent, eux aussi, le sentiment d'être moins efficaces au travail. Pour Annie Barreck l’explication réside dans le fait que «les transports en commun impliquent des changements d'autobus ou de train dans des régions qui ont tendance à être moins bien desservies, ce qui accroît le risque de délais imprévisibles et incontrôlables et entraîne un stress qui se répercute ensuite dans le travail». En comparaison, les travailleurs des grandes régions urbaines (usagers de métro et d’autobus) auraient un meilleur sentiment de contrôle sur leurs déplacements. Ils ont moins tendance que les autres à souffrir des symptômes de l’épuisement professionnel.
Qu’en est-il des salariés qui se déplacent à pied ou à bicyclette? Tout dépend de l’endroit où se déroulent leurs trajets. Les déplacements à vélo ou à pied dans les petites régions urbaines sont plus anxiogènes, «parce qu'ils suscitent un moins grand sentiment de contrôle». «Cyclistes et marcheurs des grands centres urbains ont accès à plus d'installations sécuritaires, comme des passages pour piétons et des pistes cyclables, explique l’auteure. Cette situation procure un sentiment de contrôle sur les conditions de navettage plus important que dans les petites régions urbaines, où la circulation routière est plus dense depuis une vingtaine d'années, puisque de nombreuses entreprises s'y sont établies. A l’inverse, les cyclistes et les marcheurs des régions rurales se déplacent sur des routes de campagne qui sont plus calmes, ajoute la chercheuse. Les trajets [y] sont donc moins stressants et procurent un niveau plus élevé de contrôle.»
Toutefois, les conditions de navettage ne constituent pas à elles seules un risque d'épuisement professionnel. La durée est un élément au moins tout aussi important. «Les effets de la durée du trajet sur la santé psychologique varient selon le moyen de transport utilisé et la région où l'on travaille», résume la chercheuse de Québec. Selon elle, de façon générale, le seuil acceptable peut être évalué à 20 minutes de route. Au-delà, le risque d'épuisement professionnel augmente de manière significative. Or, dans la population étudiée, les salariés mettent en moyenne 32 minutes pour se rendre à leur lieu de travail. Au-delà de 35 minutes, c'est le degré de «cynisme» envers l'emploi et l’employeur qui augmente, que l’on soit conducteur ou passager.
Manque de sommeil
«Les employeurs ont tout à gagner à se soucier de la santé psychologique des travailleurs qu'ils embauchent», dit la chercheuse. Et pour cela il est essentiel que le salarié ait le sentiment, autant que faire se peut, d’avoir une possibilité de contrôle sur le temps de ses déplacements entre son domicile et son lieu de travail. D’autant plus que le temps de transport domicile-travail joue immanquablement sur le temps de sommeil, un élément essentiel de la qualité de vie. Une étude publiée dans la revue Sleep(2) (menée auprès de plus de 124000 citoyens américains âgés de 15 ans et plus) indique qu’aux Etats-Unis le travail est aujourd’hui l'activité dominante responsable de la réduction du temps de sommeil, et ce dans pratiquement toutes les catégories sociodémographiques. Cette insuffisance de sommeil est principalement retrouvée chez les personnes qui occupent plusieurs emplois, un phénomène de plus en plus courant outre-Atlantique du fait de la crise économique. Ces personnes ont un risque accru (de l’ordre de 60%) de manquer de sommeil.
Selon le Pr Mathias Basner, spécialiste de psychiatrie à la Perelman School of Medicine (Université de Pennsylvanie), qui a dirigé l’étude publiée dans Sleep, chaque heure de travail en moins est associée à vingt minutes de sommeil en plus. Ainsi, commencer à travailler avant 6 heures du matin correspond à une moyenne de six heures de sommeil par nuit, alors que commencer entre 9h et 10h est associé à une moyenne de plus de sept heures de sommeil par nuit. Quant aux horaires de travail flexibles, ils réduisent de 17% le risque de privation de sommeil.
D’une manière générale, une moyenne de sept heures minimum de sommeil par nuit apparaît essentielle àl’équilibre mental, émotionnel et physique. Lutter contre ces perturbations réclame de parvenir à des accords et de mettre en place des dispositifs permettant d’adapter autant que faire se peut les contraintes professionnelles et une maîtrise (ou une plus grande flexibilité) de ses horaires de travail.
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1 Une émission de Radio Canada avec l’auteure est disponible à cette adresse: http://ici.radio-canada.ca/emissions/lib_radio/v3.2/incpages/pop_indexeur.asp?idMedia=7301155&appCode=medianet&time=1627&json={%22idEmission%22:%223471435%22,%22Date%22:%222015/06/12%22,%22numeroEmission%22:%223507%22,%22urllabase%22:%22/emissions/medium_large/2011-2012%22}
2 Un résumé (en anglais) de la publication de Sleep est disponible ici.