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Le Troisième Combattant De l'ypérite en Abyssinie à la bombe atomique d'Hiroshima
“Il n’y jamais que deux adversaires, mais auprès d’eux, et parfois entre eux, survient un troisième combattant.” Le Dr Junod est celui-ci, toujours présent pour les blessés. D’Abyssinie où il arrive en 1935, en tant que médecin-délégué du Comité international de la Croix-Rouge, il enchaînera les missions dans le monde entier. De la Guerre civile espagnole à la Deuxième Guerre mondiale, son parcours pour tenter de soulager les victimes des conflits le mènera à Hiroshima où il sera l’un des premiers témoins occidentaux.
Le troisième combattant, c’est “cet homme, cette femme — qui n’appartient ni au camp des vainqueurs, ni au camp des vaincus — qui vient vers ces mourants et soigne leurs blessures.” Tout le combat du Dr Marcel Junod tient dans cette définition. Il s’est inlassablement interposé entre les belligérants afin de pouvoir apporter nourriture, soins et réconfort aux blessés et aux déportés de guerre.
En octobre 1935, le Dr Marcel Junod, jeune médecin interne, est envoyé en Abyssinie par le Comité international de la Croix-Rouge. Sa mission, initialement prévue pour six mois, se prolongera jusqu’en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Durant une année en Ethiopie, alors occupée par l’Italie fasciste, il organise l’acheminement des secours dans les régions les plus reculées du pays et, avec très peu de moyens, il tente de soulager les terribles brûlures infligées aux Abyssins par les bombardements au gaz moutarde. Puis il est envoyé en Espagne où sévit une guerre civile impitoyable. Constatant la montée de la violence de part et d’autre des deux protagonistes, le Dr Junod met en place un système d’échanges de prisonniers qui permettra de sauver de nombreuses vies. Il enchaîne ensuite avec la Pologne, l’Allemagne, la Grèce, ainsi que d’autres pays dévastés par le conflit mondial : visites des prisonniers, négociations pour améliorer leurs conditions de survie, distributions de médicaments et nourriture, etc. C’est lorsqu’il atteint la Mandchourie pour inspecter les prisons où sont détenus des militaires alliés que la ville d’Hiroshima est bombardée. Il arrive au Japon trois jours plus tard et est alors l’un des premiers médecins étrangers à témoigner des effroyables ravages causés par la bombe atomique, et à organiser les secours.
Qu’il parle de criminels de guerre ou de victimes, le ton du Dr Junod est toujours neutre mais déterminé. Faisant face aux injustices de tous bords, il relate ses rencontres avec les belligérants, ainsi que les actions menées afin de soulager les souffrances infligées aux civils. Son objectivité et sa modestie en font un personnage admirable.
Ses écrits montrent la complexité de l’engagement humanitaire, qui l’oblige à naviguer entre les entraves du réel, taire ses frustrations et user de l’art du compromis, pour garder ses objectifs vivants et honorer sa philosophie : privilégier les résultats au détriment des postures et, surtout, s’occuper des victimes de chaque côté de la ligne de front.
Son épopée est universelle. Cependant, pour nous, Occidentaux, elle nous touche plus particulièrement parce qu’elle aborde deux conflits majeurs qui ont ébranlé notre passé. La guerre d’Espagne et l’atrocité d’une guerre civile, et la Seconde Guerre mondiale, avec ce témoignage puissant par sa dimension historique sur Hiroshima après le bombardement. Au-delà de leur valeur humaine, les écrits du Dr Junod apportent une lumière inédite sur les conflits qui ont ensanglanté le milieu du XXe siècle.