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Le processus synodal a débuté dans l'Église catholique allemande en décembre 2019 et a reçu le nom de Chemin synodal. Son point de départ a été la divulgation de cas d'abus sexuels commis par des prêtres d'Allemagne sur des mineurs ou des personnes dépendantes. Les premières révélations d'abus remontent à 2010; ces cas impliquaient le Collège Canisius (jésuite) de Berlin. De 2011 à 2015, la Conférence des évêques allemands et le Comité central des catholiques allemands ont discuté du contexte de ces faits et des faiblesses systémiques de l'Église catholique qui les ont encouragés. La question du mode de vie sacerdotal et de la limitation aux hommes de l'accès du ministère sacerdotal a également été soulevée, sans que des résultats concrets ne soient obtenus.
Les laïcs, partie prenante du chemin
Lors de sa réunion de printemps 2019 à Lingen, la Conférence épiscopale allemande a de nouveau discuté des questions d'abus. Dans l'intervalle, un rapport d'experts sur les abus dans les milieux cléricaux avait été rendu, qui avait remis sur la table des questions fondamentales soulevées par une «Église masculine». Les évêques ont alors sollicité une fois de plus la coopération des laïcs représentés au Comité central, pour analyser les causes des infractions et trouver des moyens de sortir de ce dilemme. C'est ainsi qu’a été acceptée l’idée d'un «chemin synodal», idée qui a été formalisée lors de la réunion d'automne de la Conférence épiscopale. Le processus doit durer deux ans. Il est prévu d'y traiter les enquêtes systémiques portant sur l’actuelle Église catholique du pays et de proposer des solutions.
La voie choisie pour faire ce travail ne pouvait pas être celle d'un concile national ou d'un synode national. Un concile aurait été composé uniquement d'évêques. Un synode aurait nécessité l'approbation préalable par Rome de son règlement interne; le Vatican aurait également pu restreindre le champ des sujets discutés ou rejeter des résolutions. Par le passé, le Synode de Würzburg des diocèses de la République fédérale d'Allemagne 1971-1975 avait échoué à cause de ces difficultés.
Avec le Chemin synodal, tous les membres, évêques, prêtres et laïcs, ont le même droit de vote au sein de l’assemblée synodale, où les décisions requièrent une majorité des deux tiers tant des personnes ayant le droit de vote que des évêques qui sont pleinement représentés dans l'assemblée. Quant aux propositions qui impliquent une interférence avec le droit canon, elles nécessitent l'approbation du Saint-Siège.
Des ralentissements dus au coronavirus
Le Règlement intérieur du Chemin synodal a été adopté par l'Assemblée d'automne de la Conférence épiscopale allemande, tenue en 2019 à Fulda, et confirmé par le Comité central en novembre. L'ouverture solennelle du Chemin synodal a eu lieu le 1er dimanche de l'Avent, dans la cathédrale impériale de Francfort, en commémoration du Concile occidental de Francfort de l'an 794. La première Assemblée synodale s'est également tenue à Francfort, le week-end du 30 janvier et 1er février 2020, soit six semaines avant le déclenchement de la crise du Corona. Pour des raisons pratiques, les délibérations ont été déplacées au monastère dominicain de la ville, siège de l'Église protestante de Francfort (un beau signe œcuménique). La disposition des sièges par ordre alphabétique n'a pas plu à tous les évêques participants, mais l'opinion selon laquelle cela remettait en cause la hiérarchie n'a pas trouvé de majorité. Depuis, la deuxième assemblée synodale, prévue pour l'automne 2020, n'a pu avoir lieu que virtuellement, et la troisième, prévue pour le début de 2021, n'a pas mieux réussi.
En plus de l'Assemblée synodale, prévue tous les six mois, le Chemin synodal dispose de quatre forums qui traitent de sujets particuliers: Pouvoir et division des pouvoirs dans l'Église -participation commune et partage de la mission; L'existence sacerdotale aujourd'hui; Les femmes dans les ministères et les services de l'Église; et Vivre des relations réussies -vivre l'amour dans la sexualité et le partenariat. Ces forums étaient censés se réunir également entre les assemblées plénières, mais le virus a mis un frein aux travaux et les discussions se sont déplacées vers Internet, où les échanges d’informations et d’opinions se poursuivent
Les femmes dans les ministères et les services de l'Église
La rédaction de choisir a montré un intérêt particulier pour le thème Les femmes dans les ministères et les services de l'Église. Creusons un peu la question. L'introduction de l'ordination des femmes à la prêtrise -et bientôt à l'épiscopat- dans les Églises anglicanes et, progressivement, réformées a fait craindre à Rome que des demandes correspondantes puissent trouver une audience dans l'Église catholique.
Au milieu des années 70, le pape Paul VI a ainsi chargé la Commission théologique internationale et la Commission biblique pontificale d'examiner si l'ordination des femmes était justifiable du point de vue catholique. La Commission théologique internationale a rendu un jugement négatif, mais pas la Commission biblique. Celle-ci était composée de vingt érudits catholiques, renommés pour leurs connaissances de l'Ancien et du Nouveau Testament; elle avait donc un certain poids. Elle est parvenue à la conclusion unanime que, d'après les Écritures, il n'y avait pas d'objections claires à l'ordination des femmes. Le fait que Jésus ait fait de douze hommes ses apôtres, représentant symboliques des douze tribus composant le peuple (Israël), ne peut pas être directement relié au premier ministère chrétien. La pratique de Jésus, tout comme celle de Paul, montre plutôt la haute estime dans laquelle les femmes étaient tenues dans le ministère de la prédication.
Le pape Paul VI a bien sûr suivi les conseils de la Commission théologique internationale, et le texte de la Commission biblique a disparu dans les tiroirs du Vatican. Il n'a été connu que suite à une indiscrétion aux États-Unis, où il a été publié.
Vous trouverez ici, en anglais, le rapport de la Commission biblique sur la question de l'ordination des femmes, et les noms des membres de la dite commission, publiés comme annexe 2 dans le livre Women priest, A Catholic Commentary on the Vatican Declaration, sous la direction de Leonard Swidler et Arlene Swidler, New York, Paulist Press 1977, ainsi que les premières pages du commentaire d'introduction à ce livre du Père Donahue.
Les papes suivants se sont également tenus à l’opinion de la Commission théologique, en s’appuyant sur des raisons différentes. L’argument le plus faible est celui qui affirme que seul un homme peut représenter liturgiquement l'homme Jésus devant la congrégation. Le pape Jean-Paul II a laissé tomber en son temps cet argument, pourtant c'est le seul à avoir été repris dans la lettre post-synodale Querida Amazonia du 2 février 2020, dans laquelle le pape François rejette également la proposition du Synode de l'Amazonie d'autoriser les femmes diacres dans certaines régions.
Lors de la conférence en ligne du Chemin synodale des 4 et 5 février 2021, le Forum sur Les femmes dans les ministères et les services de l'Église a présenté une liste de questions élaborées par ses membres et portant sur trois sujets. Le premier concerne la «représentation du Christ» et l'argument selon lequel seul un homme peut représenter l'homme Jésus devant la congrégation. Le deuxième est celui de l'«égalité»: les femmes d'aujourd'hui font reposer la question de l'ordination des femmes moins sur des arguments bibliques que sur la position des femmes dans la société actuelle. Le troisième axe évoqué est celui de la «vocation»: où en est la question de l'ordination des femmes face à des femmes qui se sentent appelées à la fonction de diacres ou même de prêtres? Je laisse pour ma part ici les questions sous forme de questions, mais je suis curieux d'entendre les réponses. (Plis d’informations sur le sujet sur www.synodalerweg.de)
Le jésuite Johannes Beutler est professeur émérite de Nouveau Testament (spécialiste de l'évangile de Jean) et de théologie fondamentale. Il a enseigné notamment à Faculté de philosophie et de théologie de Sankt Georgen de Francfort et à l'Institut biblique pontifical de Rome. Il a aussi été membre de la Commission biblique pontificale de 1993 à 2001.