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L’idée défendue par Arnold Schwarzenegger lors de l’inauguration du R20 – que l’on puisse lutter contre le réchauffement climatique en gardant le même niveau de vie – n’est-elle pas un peu naïve?
Il dit plutôt que ce n’est pas en faisant peur aux gens que vous allez réussir à les convaincre de changer de comportement. Il faut que cela appelle le désir. Si vous avez envie de faire de la voiture, ne faites pas de la voiture à pétrole, mais de la voiture électrique. Plutôt qu’un discours de peur ou de restriction, mieux vaut proposer un modèle qui invite à consommer autrement, à voyager autrement, à produire autrement. Dire que les technologies existent pour répondre aux besoins des populations d’aujourd’hui.
Voir la technologie comme la solution miraculeuse aux problèmes écologiques, n’est-ce pas surtout un acte de foi?
Schwarzenegger a au moins le mérite d’avoir vécu ce dont il parle, en tant que gouverneur de Californie. Un Etat qui était menacé dans son approvisionnement énergétique: en 2004, Los Angeles, San Francisco et San Diego s’étaient retrouvées dans le noir pendant plusieurs jours parce qu’il n’y avait plus assez d’électricité. Schwarzenegger s’est fait élire en promettant de répondre aux besoins énergétiques des Californiens non plus à partir du pétrole, mais en misant sur le vert, sur l’éolien, le solaire. Aujourd’hui en Californie, 20% de la production électrique provient des énergies renouvelables. C’est mieux que la France. Cela signifie que par le seul pouvoir politique, avec une volonté s’appuyant sur des industriels et des investisseurs, il a réussi à changer le comportement des Californiens. Son message est le suivant: si nous les Californiens qui sommes les plus énergivores du monde avons réussi cela, pourquoi ne réussir la même chose au niveau mondial?
Il existe d’autres moyens de faire de la croissance.
Un républicain américain qui se pique d’écologie, comment expliquer ça?
Le paradoxe de Schwarzenegger est d’être un républicain qui a conduit une politique de démocrate. Il ne faut pas oublier que son épouse appartenait au clan Kennedy. C’est la famille Kennedy qui a proposé au gouverneur de prendre comme ministre de l’Environnement Terry Tamminen, un activiste environnementaliste et démocrate. Schwarzenegger, lui, n’est pas un activiste, il pense simplement qu’avec l’économie verte tout le monde est gagnant: les citoyens par une meilleure santé et une facture énergétique réduite, l’industriel grâce à de nouveaux marchés et lui-même par des gains politiques. Schwarzenegger évidemment ne remet pas en question le capitalisme. Il dit juste qu’il existe d’autres moyens de faire de la croissance, et que ces moyens sont les énergies renouvelables.
Le scepticisme pourtant, y compris en Suisse, continue d’être grand face aux capacités de ces énergies à répondre, même partiellement, à des besoins sans cesse croissants...
En Allemagne, cet été, certains jours pendant plusieurs heures, la consommation électrique a été couverte à 50% par la production solaire. Du jamais vu! Qui parlait d’impact marginal du solaire? En Suisse, les plans mis en place au niveau fédéral pour les prochaines vingt-cinq à trente années, tablent sur 80% d’énergies renouvelables. La Suisse a la grande chance d’avoir un parc de barrages extraordinaire. Le fait aussi d’avoir condamné le nucléaire a favorisé la prise de conscience qu’il fallait accélérer les investissements dans les autres énergies.
Les résultats obtenus lors de la dernière conférence sur l’environnement à Rio n’étaient pas brillants. Comment expliquer ce nouvel échec?
Dites plutôt que c’était catastrophique. L’histoire démontrera que nous avons raté là un grand rendez-vous. Le problème, c’est la crise financière que nous connaissons et à laquelle les politiques tentent de répondre en expliquant que, pour cela, ils ont besoin de toutes les croissances. Alors qu’il y a surtout besoin d’une croissance autre, la croissance verte. Le problème c’est que personne – ni la banque mondiale, ni les Nations unies, ni les grandes ONG – n’a encore réussi à faire travailler ensemble le politique, l’industriel et le financier. C’est le but et le sens du R20.
Dans quelles circonstances le R20 a-t-il été créé?
J’étais directeur des partenariats innovants au programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Juste avant la conférence de Copenhague, nous avons mené une étude qui montrait que 75% des réponses potentielles à la problématique du réchauffement climatique étaient entre les mains des communautés territoriales – cantons, Länder allemands, régions en France, ou Etats aux Etats-Unis. C’est à la suite à cette publication, qui a fait beaucoup de bruit, que j’ai été amené à rencontrer Schwarzenegger.
C’est beaucoup 75%.
Pour l’efficacité énergétique des bâtiments, il faut des permis de construire qui dépendent d’un maire ou d’un président de région. On n’éclaire pas les autoroutes, qui sont du domaine fédéral ou national, mais on éclaire les villes, on éclaire les régions, et les LED permettent de réduire de plus de 50% la facture énergétique. Les énergies renouvelables sont aussi du domaine des collectivités territoriales. Même chose pour les transports urbains. Les Etats se mettent d’accord sur certains textes internationaux avec des lois d’applications nationales mais pour réaliser des projets d’infrastructures vertes, c’est au niveau des collectivités territoriales que cela se passe.
Ces communautés territoriales ont-elles une conscience aussi aiguë que les Etats des enjeux climatiques et énergétiques?
Pas toutes. Dans les pays occidentaux industrialisés, cette conscience est plus forte que dans les pays émergents. Toutes les municipalités ne sont pas conscientes du pouvoir potentiel qu’elles ont entre les mains. Ou, si elles le sont, elles n’ont pas les moyens techniques ou financiers d’agir. C’est pour cela que le R20 est né.
Plus précisément...
Il n’existe pas d’instruments au niveau global qui incitent les collectivités territoriales non seulement à adapter les textes de lois mais à mettre en place de véritables projets. Le premier rôle du R20, c’est de faire prendre conscience des enjeux aux maires, aux élus locaux. A partir du moment où les collectivités ont conscience de ce qu’elles peuvent faire, elles ont très souvent besoin d’une expertise technologique qu’elles n’ont pas. Notre rôle est de mettre en relation un décideur politique local avec un industriel qui a la solution technologique. Par exemple un vendeur de panneaux solaires, d’éoliennes, de micro-barrages, de biomasse. Mettre en relation le partenaire public avec le partenaire privé pour développer des projets qui soient «bankables».
C’est-à-dire?
Qui puissent éveiller l’intérêt d’un investisseur. Quand avec les décideurs politiques et celui qui détient la technologie, on arrive à faire un bon dossier, on l’amène auprès de l’investisseur potentiel. Cela peut être l’Etat, mais aussi les banques de développement. Il y a aussi les fonds privés. Des gens très riches donc qui veulent mettre de l’argent dans des choses qui seront utiles mais rapportent quand même un minimum d’argent. On n’est pas dans la philanthropie, mais vraiment dans un nouveau business vert.
Les Chinois savent que l’économie verte est le marché de l’avenir.
Sur quels projets travaillez-vous actuellement?
Le Maroc, un bon exemple de ce qui va se passer de plus en plus. Pour son énergie, ce pays dépend à 98% des pays extérieurs. C’est un pays aussi à forte croissance démographique et économique. Leurs besoins en énergie augmentent annuellement de 17%. Avec une telle croissance et un prix du baril en hausse incessante, à un moment donné, vous êtes asphyxié. Le pays ne peut pas indéfiniment subventionner les produits énergétiques issus du carbone pour maintenir la paix sociale. Le roi du Maroc a donc décidé que d’ici 2020, 42% des ressources énergétiques devrait provenir du renouvelable – éolien et solaire – et soit produit au Maroc.
Et le R20 dans tout ça?
On a pris une région pilote, la région de l’Oriental, à l’est du Maroc. Nous avons réuni des collectivités locales qui ont un pouvoir de décision, des industriels qui ont un pouvoir technologique et des investisseurs qui ont un pouvoir financier, autour de trois projets: la collecte des déchets ménagers pour produire du biogaz et de ce biogaz, faire de l’électricité, deux centrales solaires de 35 mégawatt, et enfin le remplacement des ampoules traditionnelles des lampadaires publics par des lampes LED.
Vous allez ouvrir un bureau à Pékin. Les Chinois pourtant ne semblent pas des passionnés d’économie verte...
Au contraire, ils sont très intéressés. D’autant plus intéressés qu’ils savent que c’est le marché de l’avenir. La Chine est en train d’avoir le monopole de la production des panneaux solaires au point de mettre en difficulté les fabricants européens. Les Brésiliens, c’est pareil. Ils font des investissements colossaux dans les énergies renouvelables.
Pourquoi Schwarzenegger a-t-il choisi Genève comme siège principal du R20?
Il pensait, et moi avec lui, qu’il existe à Genève un potentiel extraordinaire. Du fait non seulement des agences des Nations unies, mais aussi des nombreuses ONG actives dans ce domaine, avec aussi une place financière très forte, une communauté scientifique importante, des industriels. Genève, malheureusement, n’arrive pas à mettre en place une espèce d’alchimie qui ferait travailler ensemble ces différents secteurs. Cela reste très frileux, enfermé dans des problématiques locales.
Auteur: Laurent Nicolet
Photographe: Nicolas Righetti / Rezo