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«Mon fils est mort du sida» a annoncé jeudi 6 janvier 2005 à Johannesburg l'ex-président sud-africain Nelson Mandela quelques heures après le décès de son dernier fils encore en vie. «Nous vous avons convoqués aujourd'hui pour vous annoncer que mon fils est mort du sida», a déclaré Nelson Mandela lors d'une conférence de presse dans le jardin de son domicile, entouré de sa famille.Makgatho Mandela, âgé de 54 ans, était décédé le jour même dans un hôpital de Johannesburg où il se trouvait dans un état critique depuis plus d'un mois, rapporte l'Agence France-Presse. Extrêmement actif dans la lutte contre le sida qui fait des ravages en Afrique du Sud, Nelson Mandela a estimé que le fait de «ne pas cacher le sida est le seul moyen de le faire apparaître comme une maladie normale et de faire en sorte que les gens arrêtent de le considérer comme réservé à certaines personnes qui vont en enfer et pas au paradis.» L'ancien président sud-africain a ajouté qu'en se lançant dans la lutte contre le sida, il ne pensait pas que cette affection «affecterait aussi un membre de ma famille.»Près de 4,8 millions de personnes, soit 22% des adultes, sont concernés par l'infection par le VIH en Afrique du Sud, soit l'un des taux les plus élevés du monde selon les statistiques épidémiologiques 2003 de l'ONU.Makgatho était le fils de Nelson Mandela et de sa première femme, Evelyn Mase, décédée en mai dernier à 82 ans. L'autre fils de Nelson Mandela était mort dans un accident de la route en 1969, alors que l'ancien héros de la lutte anti-apartheid, aujourd'hui âgé de 86 ans, se trouvait en captivité à Robben Island, au large du Cap.Les responsables politiques africains ont toujours été très réticents pour parler officiellement du sida, a fortiori lorsque leur entourage était directement touché par la maladie. L'un des premiers témoignages publics dans ce domaine date de dix ans. Pour rendre hommage à l'action collective menée en Ouganda les responsables des organisations internationales impliquées dans la lutte contre le sida en Afrique avaient alors choisi de tenir à Kampala, en 1995, leur neuvième conférence internationale. Pour saluer l'action du chef de l'Etat ougandais, Yoweri Museveni ce dernier avait été invité à ouvrir solennellement cette manifestation.Rompant alors avec le rituel des allocutions solennelles, M. Museveni avait parlé de son expérience. Un témoignage d'autant plus crédible qu'il était l'un des rares à s'être engagé très tôt dans un combat que beaucoup de ses homologues ne souhaitent toujours pas voir sortir des cercles scientifiques et médicaux. «J'ai entendu parler du sida pour la première fois à la radio. J'étais dans la brousse et je combattais le pouvoir en place, avait alors déclaré M. Museveni. On ne parlait alors que d'une maladie d'homosexuels. En 1984, j'ai entendu une spécialiste italienne expliquer que ce n'était pas seulement une maladie d'homosexuels. J'ai réuni mes hommes et je leur ai dit qu'il y avait là un danger.»M. Museveni arriva au pouvoir en janvier 1986. «Cette année-là, j'ai envoyé soixante de mes militaires à Cuba pour se faire tester, a-t-il poursuivi. Dix-huit étaient séropositifs. Lors de la conférence des pays non alignés, en septembre 1986 à Hararé (au Zimbabwe), Fidel Castro m'a confié qu'il devait y avoir un gros problème dans mon pays. J'en ai alors parlé avec nos médecins.»Pour le président ougandais, le sida était un «feu de brousse». «Si l'étincelle tombe sur l'herbe mouillée, elle s'éteint. Si l'herbe est sèche, le feu prend et gagne. Chez nous, l'herbe est sèche à cause de la pauvreté, de l'ignorance, de l'analphabétisme, de nos problèmes de communication.» Si l'herbe africaine est sèche, c'était aussi parce que la femme n'est pas l'égale de l'homme, résumait alors le président, soulignant l'urgence de fournir aux «orphelins du sida» un accès à la scolarité, de manière à briser le cercle qui voit des hommes riches continuer à exploiter de très jeunes filles, accélérant la dissémination du virus. Dix ans plus tard ce message n'a malheureusement rien perdu de son actualité.