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The Whale a connu un certain succès aux États-Unis. Le personnage principal du film, Charlie, professeur d’anglais, souffre d’une obésité sérieuse, se nourrit de façon incontrôlée et vit tout seul dans son logis tout en pratiquant l’enseignement en ligne.
L’interprétation proposée par l’acteur américano-canadien Brendan Fraser (plusieurs prix lors de festivals) est remarquable. Dans cette adaptation d’une pièce de théâtre, le cinéaste américain Darren Aronofsky (auteur à ce jour d’une quinzaine de films) suit son personnage pendant une petite semaine : le film repose essentiellement sur les épaules de Brendan Fraser qui, pour des raisons de maladie, s’était tenu éloigné des studios pendant près de six ans.
Soigné par Liz (Hong Chau), son amie infirmière, Charlie reçoit tout à coup, en quelques jours, plusieurs visites impromptues, puis répétées : celle de Thomas, un jeune garçon qui prétend être missionnaire de l’Église de la Nouvelle Vie ; celle d’Ellie (Sadie Sink), sa propre fille de 17 ans qu’il n’a plus revue depuis huit ans et à laquelle il offre de l’argent si elle consent à passer du temps avec lui ; celle de Mary (Samantha Morton), son ex-femme, celle (très brève) de Dan, son chauffeur-livreur de pizza, etc. Les échanges ne sont pas toujours faciles et les disputes éclatent. Le film se terminera sur quelques images inattendues : le spectateur devra en trouver la signification.
Au travers de tous les dialogues circulent plusieurs sujets de réflexion : la pratique du mensonge, l’usage des stupéfiants, l’abandon parental, le sentiment de culpabilité, les difficultés liées à toute tentative de réconciliation, et bien d’autres encore. Et Charlie, alias Brendan Fraser - qui, en plus de son poids personnel respectable, a été équipé de très lourdes prothèses qui l’ont contraint à apprendre à se déplacer – incarne ici un personnage hors du commun.
Réaliser un film à partir d’une pièce de théâtre (ici celle de Samuel D. Hunter) est toujours une opération difficile, mais Darren Aronofsky s’en est tiré le mieux possible, notamment grâce au talent de ses actrices et de ses acteurs. À signaler encore que durant les deux heures de projection du film on ne découvrira que deux ou trois plans tournés à l’extérieur de la chambre de Charlie… Pour le reste, le spectateur est convié à partager le sentiment d’étouffement qui accompagne plusieurs séquences et l’immobilisme quasi général des intervenants. Long métrage étonnant, troublant, maniant souvent le pathétique, particulier dans sa forme (cadre carré des images sur l’écran, huis clos, exploration d’un monde intérieur), The Whale plonge dans la morosité, mais laisse toujours une place pour l’espoir et pour une forme d’humanité.
Antoine Rochat
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