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À Londres, une femme riche a succédé tout à l’heure à un homme riche à la tête d’un pays riche. Tout s’est déroulé comme cela devait se dérouler. D’abord, l’homme riche a fait un discours sur la prospérité de son pays, sur la nécessité d’y baisser les taxes, d’y réduire la taille de ce mammouth d’État et de tout faire pour y favoriser le libre-échange de biens en plastiques contre des services financiers. Puis, une femme riche a fait un discours sur la prospérité de son pays, sur la nécessité d’y baisser les taxes, d’y réduire la taille de – nuance – ce gros mammouth d’État et de tout faire pour y favoriser le libre-échange de biens en plastiques contre des services financiers. Ensuite, les deux ont posé quelques secondes devant les yeux ébahis de journalistes dont on ignore s’ils font semblant d’être ébahis où s’ils ont, au gré de leurs années d’expérience, acquis une expertise sans commune mesure en matière de feinte d’étonnement. Puis, les deux se sont serrés la main en ayant bien pris soin, auparavant, de se l’induire de gel hydro-alcoolique – sait-on jamais, des fois qu’une simple poignée de main soit plus virulente que des soirées à plusieurs centaines de personnes organisées durant une pandémie – et le riche s’est enfilé à l’arrière d’une berline noire conduite par un individu tout aussi foncé pour se rendre dans son quartier résidentiel privé entouré de barbelées et protégé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, par des agents de sécurité privés.
Un peu après le départ de l’homme riche, la femme riche est partie à son tour, à cette différence près qu’elle ne s’est pas rendue dans un penthouse au sommet d’un gratte-ciel de la City ni dans un pavillon placé sous haute sécurité, mais au 10 Downing Street où plusieurs dizaines de photographes l’attendaient ainsi qu’une infusion de thé blanc des
colonies Indes.
Liz Truss ou l’ombre du communisme
Dans une interview accordée à l’hebdomadaire français Paris Match, son frère révèle que la désormais troisième Première ministre de l’histoire du Royaume-Uni a longtemps souhaité l’abolition de la monarchie. Selon les rumeurs, elle aurait même tenté de marabouter la Reine d’Angleterre mais aurait été retenue in extremis par des amis racisés lui enjoignant de ne pas s’approprier culturellement leur tradition de planter des aiguilles dans une poupée en paille.
Woke saved the Queen !
Une cérémonie toute de sobriété anglaise, en somme. En tout cas loin du faste de la transmission de pouvoir dans la monarchie éclairée de droit populaire du pays sis quelques centaines de kilomètres en-dessus. « Au Royaume-Uni, ce ne sont ni les idées politiques ni le programme qui importent pour devenir Premier ou Première ministre. C’est la grosse moula », explique Ashley Thrownton, chercheuse en sciences politiques à l’Université de Southampton. « Si besoin est encore de le démontrer », ajoute-t-elle, « vous n’avez qu’à lire ce qui est écrit sur le fronton de la House of Commons… Allez je vous aide, il est écrit : ‘’toi qui entre ici, n’entre pas si tu n’as pas au moins quelques millions sur ton compte en banque, sale pauvre va !’’ »
La Rédaction.