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Hommage à Julio de Santa Ana
Julio de Santa Ana, précurseur de la théologie de la libération, est décédé à Genève le 17 avril 2023. Il fut une figure importante des mouvements populaires d’émancipation en Amérique latine ainsi qu’un théologien laïc engagé dans le mouvement oecuménique. Né le 2 juillet 1934 à Montevideo, Uruguay, théologien méthodiste et sociologue, il milita dans les partis de gauche contre les régimes dictatoriaux dans son pays et en Argentine, puis oeuvra depuis Genève dans le Conseil œcuménique des Eglises au sein d’un organisme pour le développement (Commission pour la Participation des Eglises au développement) pendant des longues années; il fut également professeur à l’Institut œcuménique de Bossey et à ce titre collabora au sein de la Faculté autonome de théologie protestante à la formation des étudiants venant du Tiers Monde de cet Institut.
Il aura été, au sens authentique du mot, un théologien universel, puisqu’il enseigna un temps à Sao Paulo, au Brésil, la sociologie des religions. Il fut un connaisseur hors pair de l’histoire du mouvement œcuménique. A la suite de la première période de l’histoire de l’œcuménisme au XXe siècle, qui vit naître le Conseil œcuménique en 1948, une deuxième période s’annonça avec la Conférence Eglise et Société en 1966, période marquée par les luttes de libération et d’une prise de conscience dans les Eglises sommées de devenir, non Eglise pour les pauvres mais Eglise des pauvres et avec eux. Julio de Santa Ana fut le penseur, avec d’autres dont le catholique Gustavo Gutierrez, de ce tournant, de ce décentrement d’une ecclésiologie centrée sur l’interne au profit d’une conception ouverte aux révolutions sociales du moment. Ce fut le temps des communautés ecclésiales de base et de l’engagement politique.
Julio fut l’un de ceux qui nous auront appris à comprendre les enjeux économiques, mais aussi théologiques et ecclésiaux, des relations nord-sud si conflictuelles. Il fut avant tout un homme de réseaux. Actuellement, au fil des générations, le mouvement œcuménique du XXIe siècle se trouve dans une autre situation historique encore, tissées de dialogues interculturels tous azimuts, d’ouverture aux « minorités » ainsi que de la conscience écologique. Nous nous nourrirons encore longtemps de son exemple, de son courage intellectuel et humain, de son humour aussi, comme venant d’un vrai compagnon de luttes et d’espoir. Tout est dit de sa vie avec l’en tête du faire-part de la famille : « Por las sendas del mundo caminando hacia el reino ( Par les chemins du monde, je marche vers le Royaume)». A cet ami, de même qu’à Violaine, sa femme, nous disons notre gratitude.