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Cette étude finlandaise a enrôlé 526 patients, dans un centre de médecine des voyages, qui consultaient avant un voyage à l’étranger d’au moins quatre nuits, principalement en Afrique et en Asie. Pour participer à l’analyse, les patients devaient remplir un questionnaire et fournir un échantillon de selles avant et après le voyage, ce qui a été réalisé chez 430 patients. Les échantillons de selles étaient analysés à la recherche d’entérobactéries sécrétrices de bêtalactamases à spectre élargi (ESBL-PE) ou de carbapénémases (CPE). Après leur retour en Finlande, 21% des voyageurs ont été retrouvés porteurs d’ESBL-PE acquises durant le voyage. Ce risque était maximal pour les personnes ayant voyagé en Asie du Sud avec un risque de 46% de devenir porteur d’ESBL-PE, suivi d’un risque de 33% après un voyage dans le sud-est ou l’est asiatique, au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord. Pour les voyageurs ayant visité le sud de l’Asie (région avec le risque le plus élevé), 23% des patients qui n’avaient pas fait de diarrhées ni pris d’antibiotiques étaient porteurs d’ESBL. Ce pourcentage montait à 47% chez les voyageurs ayant fait une diarrhée sans prise d’antibiotiques et à 80% chez les patients ayant pris des antibiotiques et fait une diarrhée ! Aucun patient n’a été retrouvé porteur de CPE. En analyse multivariée, le risque de portage d’ESBL-PE était associé avec le fait d’avoir fait une diarrhée durant le voyage ou d’avoir pris des antibiotiques. Pour les patients qui n’avaient pas fait de diarrhées, le risque d’être porteur d’ESBL-PE était augmenté proportionnellement à l’âge.
Commentaire : Malgré le nombre de cas relativement modeste, cette étude suggère que l’association d’une diarrhée du voyageur et de la prise d’antibiotiques pour contrer cette dernière pose un risque significatif de devenir porteur d’entérobactéries productrices d’ESBL. Cela n’est guère étonnant dans la mesure où les antibiotiques risquent de sélectionner des souches de bactéries résistantes dans un microbiote intestinal déjà fragilisé par l’infection. Dans cette étude, seuls 9% des patients ont consulté une structure de soins locale, ce qui permet d’exclure une contamination nosocomiale significative. Quand on sait que les antibiotiques ont été pris en raison de diarrhées légères à modérées dans 62% des cas, il serait probablement intelligent de réserver ces derniers à des diarrhées sévères, accompagnées de sang et/ou de fièvre élevée afin d’éviter de rapatrier des germes multirésistants. De plus, la prise d’antibiotiques lors de diarrhées du voyageur est un facteur de risque pour un dérèglement durable du transit (syndrome du côlon irritable postinfectieux).