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J'ai appris, par la Tribune de Genève du 28 août, que Satoshi Kon était mort récemment: il s'agit d'un cinéaste japonais qui a créé plusieurs dessins animés célèbres. Je n'ai vu que le dernier, Paprika, qui approfondissait le monde virtuel créé par les machines vers les mystères de l'âme humaine et de la conscience, en passant par le rêve - que matérialisaient justement les machines. C'était adapté d'un roman à succès, au Japon. Cela avait quelque chose d'impressionnant; cela montrait que l'humain peut se développer en figures confinant au mythologique, puisque le méchant, par le biais de ce monde parallèle, devient un monstre énorme, avalant tout dans son gouffre, tandis que l'héroïne est dédoublée par un être angélique, pouvant prendre plusieurs formes magiques, dont celle de déesse traditionnelle du Japon, de fée guerrière.
Comme dans la science-fiction en général, cela participe de la croyance que les machines peuvent relier au divin, mais dans les faits, cela débouche précisément sur l'appréhension d'une forme de transcendance.
Cela débouche aussi sur une sorte de folie qui doit peut-être quelque chose à Fellini, car le dessin animé autorise tout, et donc, la débauche d'images bizarres et incongrues. Satoshi Kon était, paraît-il, un grand admirateur de Philip K. Dick, dont la science-fiction était assez psychédélique, et j'avoue que moi, non. J'ai toujours préféré une science-fiction plus classique, au récit plus accessible, quoique mêlant à l'action ce qui est, dans les faits, de vraies projections oniriques de l'auteur même. Si on y ajoute celles des personnages, cela devient incompréhensible. En ce cas, à mon sens, mieux vaut repartir du monde sensible ordinaire, en ne fantasmant pas sur les machines: le mystère resurgit sur la base du réel même.
Le problème est en effet de parvenir à reconnaître que les conjectures de la science-fiction sont déjà des projections oniriques, en soi; si on y ajoute des songes personnels qui peuvent aussi bien exister dans la réalité ordinaire - qui est celle du présent -, on risque de chavirer.
Les machines à cet égard servent d'alibi facile: elles entretiennent l'illusion que le rêve peut facilement se matérialiser.
Quoi qu'il en soit, Satoshi Kon parvenait à saisir et à représenter une strate de l'âme humaine qui ne laissait pas de fasciner, à l'écran. Il est mort assez jeune; c'était une sorte de poète.