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"Les crises se cumulent", selon Arthur Jurus, stratégiste dans une banque privée
Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord sont particulièrement exposés. L'Egypte dépend à 50% de la Russie et à 30% de l'Ukraine pour le blé. La dépendance de la Tunisie ou celle de la Libye au blé russe et ukrainien se monte à quelque 60% des importations. Pour le Liban cette part est même de 90%.
Effet domino et crises imbriquées
L'économie mondiale est en proie à des crises multiples, sanitaire d'abord, puis alimentaire et énergétique. Jamais les prix des aliments, par exemple, n'ont été aussi élevés. Toutes ces crises sont en réalité imbriquées les unes aux autres, chacune d'entre elles menant, par un effet domino, à la suivante, explique mercredi au micro de la Matinale le stratégiste Arthur Jurus, de la banque privée Oddo BHF à Genève.
Notre contexte actuel "est la parfaite illustration que, d'une part, ces crises se cumulent, mais d'autre part, que la crise récente crée un véritable stress en termes de produits agricoles et de potentielles pénuries", conclut-il.
C’est la parfaite illustration que les crises se cumulent
Le Covid-19, une bombe à retardement
Selon l'expert, la pandémie de Covid-19 a généré une baisse de l'activité de 25% pour les exportations, a fait chuter le prix du baril autour des 10 dollars et a créé une récession.
La reprise très forte de la demande à la fin des grandes mesures de confinement a ensuite "stressé" un système fragilisé et généré des pénuries par la perturbation des grandes chaînes logistiques d'approvisionnement.
Enfin, les nouvelles mesures sanitaires prises dans d'importants ports maritimes chinois ces derniers mois ont achevé de perturber le commerce international, avec le prix d'un conteneur à destination de l'Europe et partant de Shanghai passant de 2000 dollars avant la pandémie à 11'000 aujourd'hui.
Crise énergétique et enjeu des engrais azotés
Comme l'explique Arthur Jurus, il s'ajoute à ces crises économique et sanitaire la crise géopolitique actuelle liée à la guerre en Ukraine, une crise qui met en tension l'approvisionnement énergétique au niveau international.
L'économie mondiale subit donc un "choc d'offre négatif" sur l'énergie, qui conduit par exemple les prix des engrais azotés, engrais dont la production est tributaire à 70% du prix du gaz, à augmenter de 80% par rapport à 2021.
Ces engrais sont pourtant essentiels à la production alimentaire mondiale. Les risques de pénuries et de famines en sont donc radicalement renforcés.
Réchauffement climatique
La crise climatique vient compliquer encore la production agricole. Selon l'expert, c'est un "enjeu réel en termes de sécurité alimentaire mondiale".
"Selon les prévisions des instituts internationaux sur les politiques agricoles, si on persiste dans le rythme de réchauffement climatique actuel, d'ici 2050, on peut avoir des baisses de production très significatives, de l'ordre de 44% sur le blé et 9% sur le maïs en Asie, ou 34% sur le blé, 10% sur le maïs et 15% sur le riz en Afrique subsaharienne", d'après Arthur Jurus.
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Sujet radio: Katja Schaer
Propos recueillis par Agathe Birden
Adaptation web: Julien Furrer