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En ce début de mois mars, Marcela San Pedro s’est invitée du 28 février au 12 mars au Grütli avec sa mise en scène de SeXclure, une performance en trois parties, inspirée de l’œuvre de Nelly Arcan.
Les lumières baissent. Au fond de la scène, on aperçoit une femme couchée, à plat ventre, sur un lit. Un homme se joint à elle. Le silence se fait dans la salle et l’homme (Pascal Auberson) commence à faire des percussions sur le corps de la femme. C’est ainsi que SeXclure commence. Le corps de la femme est au centre de la performance, que ce soit comme un instrument, une honte, un désir ou un objet de folie, mais le corps de la femme est rarement vu. Il est un personnage principal raconté par les autres.
La première partie est inspiré de Putain, premier roman d’autofiction de Nelly Arcan sorti en 2001 où elle raconte les expériences d’une escort-girl. Les percussions montrent le corps de la femme comme un objet, un instrument de l’homme. Les bruits, quant à eux, nous rappellent l’acte sexuel. Une fois que l’homme part de la scène, le public est laissé avec le corps de la femme légèrement éclairé par une lumière bleuâtre pendant qu’une partie de Putain est narrée.
Le deuxième tableau commence avec un extrait d’une émission québécoise. Nelly est invitée pour parler de son roman, mais c’est autour de sa robe et son décolleté que la conversation se fait. L’image s’arrête sur l’auteure dont le regard traduit l’inconfort et la honte : le ton du reste de la pièce est donné. À partir de là, il est difficile de se sentir à l’aise en tant que spectateur. Marc Mayoraz arrive sur scène et raconte à la troisième personne l’expérience de Nelly sur ce plateau de télévision. Le corps de Nelly devient un objet de ridicule, on entend ses doutes, une dépression. Un commentaire négatif sur sa poitrine et sa vie en est chamboulée. Pendant la narration, deux acteurs marchent sur scène en criant, serait-ce des cris de lamentation ? Les cris que Nelly n’a pu sortir que sous la forme du récit « La Honte » ? Cette partie se termine avec une performance de Wicked Games de Chris Isaac par les trois acteurs.
Enfin, le « trip-tyque » se termine par une lecture de Folle. Alexandra Tiedemann est seule sur scène, assise à une table illuminée uniquement par une lampe de chevet. Elle nous raconte un suicide planifié et une grossesse non désirée. C’est la déchéance d’une relation amoureuse qui ne pourra que mal se terminer. Derrière Tiedemann, deux acteurs (Roberto Molo et Marcela San Pedro) s’enlacent et se délacent au fur et à mesure de la lecture, comme pour signifier les sentiments contradictoires d’une relation qui ne marche pas. On aimerait que chaque page soit la dernière, pourtant on écoute attentivement.
La pièce se termine sur un jeu de lumière et Wicked Games, chanté par Chris Isaac lui-même cette fois. Pendant les trois minutes et quelques de la chanson, le public est laissé seul avec le ressenti de la performance. Honte, folie, mal-être règnent dans la salle avant que l’ambiance ne se détende pour applaudir les acteurs.
Catherine Rohrbach
Infos pratiques
SeXclure de Marcela San Pedro du 28 février au 12 mars 2017 au Théâtre du Grütli.
Mise en scène : Marcela San Pedro.
Avec Gilles Abravanel, Pascal Auberson, Marc Mayoraz, Roberto Molo, Alain Mudry, Marcela San Pedro, Alexandra Tiedemann.
Photo : © Cedric Maren