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En ce mois de janvier 1969, les quatre garçons dans le vent sont réunis à Londres. Ils voyagent entre les plateaux de cinéma de Twickenham et le studio de fortune de leur maison de disque, Apple Corps, pour des séances de répétitions qui leur semblent souvent interminables.
Seulement deux mois et demi après la fin des séances d'enregistrement de l'"Album blanc", le groupe s'attelle en effet déjà à de nouveaux projets, "Let it Be", l'album qui sortira en mai 1970 et l'organisation d'un concert télévisé (le dernier avait eu lieu en 1966) qui, après de longs débats, aura finalement lieu de manière impromptue sur le toit de leur compagnie.
A cette occasion, ils ont autorisé le réalisateur britannique Michael Lindsay-Hogg's à filmer ces sessions pour un film documentaire. Ce dernier, intitulé comme l'album en préparation, "Let it Be", sortira en 1970 et sera souvent perçu comme un témoignage sombre de la séparation du groupe.
>> Les Beatles jouent "Don't Let Me Down" lors du concert sur le toit de l'Appel Corps qui sera leur dernière prestation en public:
De nouvelles images et un nouveau regard
Michael Lindsay-Hogg's a toutefois laissé de côté plus de 200 heures d'audio et de vidéo, qui n'ont jamais été diffusées jusqu'à présent.
En ayant pu accéder à ces archives, le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson brosse un portrait différent de ces instants, sans doute plus nuancé et qui, s'il n'apporte pas de réponses définitives sur les véritables raisons de la séparation du groupe, a le mérite d'ouvrir de nouvelles pistes.
Restaurées, les images sont époustouflantes et donnent aux spectateurs l'impression d'entrer dans l'intimité d'un des plus grands groupes de tous les temps. Une expérience immersive singulière que le réalisateur qualifie lui-même de "véritable machine à remonter le temps".
>> La bande annonce officielle du documentaire "Get Back":
John Lennon: "Je vous sacrifierais tous pour elle"
Pourtant, Peter Jackson n'a pas fait le choix d'édulcorer ces moments entre Ringo, Paul, John et George. Les craquements du groupe sont bien perceptibles et la fin des Beatles évoquée à plusieurs reprises, à demi-mots parfois ou de manière plus directe, comme lorsque George Harrison demande frontalement si le groupe ne devrait pas "divorcer".
Pendant longtemps, de nombreux fans des musiciens de Liverpool ont aussi fait porter la responsabilité de la rupture sur Yoko Ono, la compagne de John Lennon. Là encore, le montage de Peter Jackson ne botte pas en touche. L'artiste japonaise est omniprésente lors de ces répétitions et son comportement semble parfois friser l'ingérence. Un livre d'accompagnement du documentaire, qui retranscrit d'autres bandes audio de ce mois de janvier 1969, cite d'ailleurs John Lennon disant très clairement à Paul McCartney: "Je vous sacrifierais tous pour elle".
Mais les raisons de la fin de l'aventure sont sans doute là encore plus diverses qu'il n'y paraît au premier abord. Les Beatles semblent las, épuisés par le rythme effréné des dernières années. George Harrison, lui, apparaît fatigué d'être "le troisième homme" derrière Lennon/McCartney et à la recherche d'une nouvelle indépendance. A un moment donné, alors qu'il quitte brièvement le groupe, John Lennon dit d'ailleurs à Paul McCartney que la rupture du groupe avec leur guitariste principal était "une plaie purulente", depuis longtemps ouverte.
De la drôlerie au génie créatif
L'originalité du travail de Peter Jackson réside toutefois principalement dans ces images qui avaient sauté lors du montage de Michael Lindsay-Hogg's. Celles qui montrent des Beatles enjoués se livrant à des bouffonneries légères, imitant des accents chics, blaguant, s'éclatant derrière le micro ou jouant sur un registre absurde familier, à la manière des "Monthy Python".
"Vous voyez juste ces quatre grands amis, de grands musiciens, qui se contentent de développer des chansons, vous voyez tout cela à l'écran", explique Peter Jackson.
>> Autre bande annonce du documentaire avec les Beatles qui interprètent la chanson "Let it Be":
Car derrière les disputes et les moments d'humour, le documentaire de Peter Jackson permet surtout d'assister à un processus de création impressionnant. D'un point de vue musical, ces séances sont d'ailleurs extrêmement prolifiques, puisqu'on y voit le groupe répéter, outre toutes les chansons de l'album "Let it Be", l'essentiel de celles qui figureront dans "Abbey Road", et plusieurs morceaux qui apparaîtront sur les albums solos de George Harrison, Paul McCartney et John Lennon.
Si l'ambiance est tendue, elle n'est sans doute pas aussi malsaine que ce que les fans croyaient jusque là. Les Beatles semblent expérimenter un mélange de plaisir et de frustration finalement assez commun pour tout musicien aux prises avec des échéances.
Au final, on se demande si ce documentaire nous montre des Beatles à bout, qui ne se supportent plus, ou un groupe joyeux et toujours aussi créatif. La réponse est, sans doute, un peu entre les deux. Plus d'un demi-siècle après sa dissolution, "Get Back" prouve que l'histoire du quatuor reste toujours instable et matière à interprétation. Après avoir visionné le film, Paul McCartney a d'ailleurs lui-même avoué qu'il lui avait fait reconsidérer la manière dont cela s'était terminé.
Tristan Hertig