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Durant la Seconde Guerre mondiale, au moment où nombre de Juifs présents en France tentent d’échapper aux rafles et aux déportations qui s’en suivent, la Suisse constitue un des rares refuges pour des milliers de malheureux.
En Haute-Savoie, une zone est particulièrement
propice pour effectuer des passages à travers la frontière, c’est celle qui s’étend depuis le Rhône jusqu’à la rive française du lac Léman et qui est longue de 60 km. Sur cette large bande de
terrain, l’horizon y est assez dégagé et de nombreuses constructions se trouvent à cheval entre la France et la Suisse. Le secteur le plus perméable, et donc le plus emprunté, se trouve entre la commune d’Etrembières
et la commune de Collonges-sous-Salève.
« La ligne frontière est constituée par la route nationale et ne comporte aucun obstacle naturel ou artificiel sur 4 kilomètres. Le terrain suisse qui la borde est cultivé mais il est parsemé de boqueteaux, de lignes d’arbres et de haies vives qui permettent de masquer l’approche de quiconque veut se dissimuler. » (1)
Maraîcher né sur la commune de Bossey, en Haute-Savoie, dont son père était le maire, Arthur LAVERGNAT exploite avec sa femme Jeanne, au lieu-dit "Pierre-Grand", près de Troinex (Genève), une ferme située en bordure de la frontière.
A cette époque, de nombreux Juifs tentent désespérément de passer en Suisse, mais la présence massive de soldats allemands – mais aussi de gardes-frontières - rendent l'entreprise particulièrement périlleuse. Plusieurs témoignages concordants révèlent cependant qu’au mépris du danger, et participant à une filière mise en place par le curé Marius Jolivet, le couple de fermiers fit passer en cachette une quarantaine de groupes de Juifs. Dans son témoignage d'après guerre, Rolande Birgy, une résistante qui guidait les Juifs, raconte que plus d'une fois Arthur Lavergnat et sa femme ne se contentèrent pas d'escorter les malheureux fuyards, mais qu'ils les hébergèrent pendant quelques jours, jusqu'à ce qu'ils puissent franchir la frontière en toute sécurité
La procédure semblait simple: coupant les fils de fer barbelés qui longeaient leur ferme, ils dissimulaient ensuite la brèche ainsi faite avec des branchages. Lorsque des fugitifs étaient annoncés, ils allaient les attendre mais, s'il y avait trop d'allemands dans les parages, ils prévenaient alors les agents de la résistance afin d'ajourner l'opération.
Le couple de fermiers prenait des risques particulièrement élevés : certes, c'était le cas de tous les passeurs, mais du fait qu’il vivait le long de la frontière, il était particulièrement exposé. En outre, les soldats allemands avaient installé un poste avancé au château de Bossey, d'où ils pouvaient entendre ce qui se passait chez les Lavergnat et même tirer, la brèche dans les fils de fer barbelés étant à portée de leurs fusils.
Arthur et Jeanne Lavergnat ne savaient jamais, lorsqu'ils conduisaient les fugitifs vers la frontière, si un soldat allemand ne le tenait pas dans sa ligne de mire.
Le 31 mai 1990, Yad Vashem a décerné à Arthur Lavergnat et à sa femme Jeanne, le titre de Juste parmi les Nations. La médaille et le diplôme d'honneur furent remis (à titre posthume pour Arthur) le 27 avril 1998 à Berne.
1) - Archives départementales de Haute-Savoie (ADHS), série 12M 708, rapport des renseignements généraux du 5 septembre 1942 ; Odile Munos-du Peloux, Passer en Suisse, les passages clandestins entre la Haute-Savoie et la Suisse 1940-1944, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 2002, p. 51.
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