Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06958.jsonl.gz/490

«Les forces de l'ordre ont tiré des balles en caoutchouc sur les manifestants». Cette petite phrase est sans doute apparue dans les comptes rendus des affrontements qui ont opposé en octobre 2000 des manifestants palestiniens aux forces de l'ordre israéliennes. Ce n'est qu'un exemple. A chaque fois que le terme est utilisé, il rassure. Le caoutchouc, c'est mou.Terminologie trompeuse. Des chercheurs du Rambam Medical Center de Haïfa, en Israël, ont en effet établi le bilan des traumatismes causés par les projectiles tirés en octobre 2000 et traités dans les permanences de la région (Lancet 2002 ; 359 : 1795). Leur étude démontre que les balles en caoutchouc peuvent occasionner des blessures graves et même des décès, alors que cette munition, utilisée pour la première fois en 1970 par les forces britanniques en Irlande du Nord, est censée causer des atteintes superficielles, douloureuses mais bénignes.Sur les 152 personnes incluses dans l'étude israélienne, souffrant de 201 blessures clairement occasionnées par les projectiles, seules 93 n'avaient que des lésions superficielles. Les 59 autres présentaient des blessures par pénétration.La gravité des atteintes dépend de la distance de tir, de la balistique, ainsi que des zones touchées. Deux des blessures recensées ont causé directement la mort, les projectiles ayant atteint le cerveau par l'il. De façon générale, les impacts les plus graves se situent dans le haut du corps : tête, cou, torse. Des zones aussi souvent touchées que les autres, puisque les auteurs ont démontré que les impacts se répartissent uniformément sur les différentes parties du corps.Les chercheurs reconnaissent que des moyens dissuasifs peuvent parfois constituer un moindre mal, mais ils estiment que les balles en caoutchouc ne peuvent plus être considérées comme sûres. Elles devraient être remplacées de toute urgence par une munition plus précise et moins violente. Dans sa forme actuelle, ils recommandent de ne jamais utiliser cette munition à moins de 40 mètres et de viser exclusivement les membres inférieurs.Et si le malentendu linguistique que ce travail met en évidence était un phénomène courant ? Le «canon à eau» porte à son avantage un nom curieusement proche de «pistolet à eau». Quant au «gaz lacrymogène», il sent l'effluve d'oignon, la douce larme. Il faudrait dire «gaz irritant» pour que pointe la vraie douleur.