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Un millésime inscrit à la plume au verso de la pièce situe celle-ci en 1840. Ce daguerréotype serait le plus ancien daté parmi les œuvres conservées d’Eynard et même le premier daté de Suisse. L’inscription livre les noms des personnes représentées : outre le couple Eynard, on reconnaît Charles et sans doute Sophie Eynard avec leurs trois enfants. La date comme les noms sont de la même main qui n’est cependant pas celle d’Eynard.
On peut donc s’interroger sur la véracité de l’inscription, qui aurait pu être faite bien postérieurement. Toutefois, l’âge des enfants confirme la datation précoce de la plaque. Gabriel porte les mêmes habits et Hilda a la même coupe de cheveux sur le daguerréotype 2013 001 dag 010, qui n’est malheureusement pas daté plus précisément. L’âge des deux enfants présents sur ces deux images, nés respectivement en 1834 et 1835, les situe au plus tard en 1841.
Cette plaque est la seule à avoir été prise sur une plage du lac Léman, probablement à proximité de Rolle. Le lac et ses rives restent flous et quelques personnes ont probablement bougé pendant la prise de vue, étant donné que les temps de pose étaient extrêmement longs avant l’introduction des substances accélératrices (procédé inventé par Antoine Claudet en 1841). Eynard a même posé ses mains sur la tête de son petit-fils Féodor afin qu’il se tienne tranquille.
L’imprécision du paysage et le léger flou des personnages confèrent une certaine poésie et une touche de romantisme à ce daguerréotype très pictural et lumineux. Il est toutefois recouvert d’un léger voile, que l’on retrouve sur d’autres œuvres précoces d’Eynard (par exemple 2013 001 dag 054, 2013 001 dag 057 ou 84.XT.255.67). Louis Figuier, dans un article paru dans La Revue des deux Mondes en 1848, précise qu’une épreuve qui n’a pas été fixée au chlorure d’or reste « d’un ton gris bleuâtre » et « paraît exécutée sous un ciel brumeux et par une faible lumière », description qui semble s’appliquer à cette image, à moins que ce voile ne vienne « de ce que la lumière ambiante a frappé la plaque, entre la préparation de la couche sensible et la mise au mercure » (Gaudin 1844, p. 108-109). Plusieurs personnes tournent ostensiblement le dos à l’objectif afin de contempler le lac, position qui surprend le spectateur et donne beaucoup de naturel à cette pièce. Les modèles debout qui regardent au loin sont tous chapeautés ; ceux qui sont assis ont posé leurs couvre-chefs à terre. Cette double rangée de têtes, ponctuée au centre par le haut-de-forme qui se détache sur le paysage, scande et structure la composition. Notons qu’il s’agit de l’un des rares daguerréotypes où l’on voit les élégantes capotes féminines depuis l’arrière. Cette image précoce comporte déjà plusieurs caractéristiques de la manière d’Eynard : l’art d’intégrer un portrait de groupe dans un paysage, une mise en scène à la fois originale et structurée, ainsi qu’une certaine maîtrise de la lumière. (I. Roland)
inscription sur l'oeuvre
Inscription posthume : Oui