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La RTS a adressé aux nouvelles et nouveaux élu.e.s francophones sous la Coupole ces mêmes questions: "sur une échelle de 1 à 10, comment qualifieriez-vous votre niveau d’allemand"?, "avez-vous pris ou prenez-vous des cours d’allemand ou d’un dialecte suisse alémanique suite à votre élection?" et "la maîtrise du Züridütsch ou d’un autre dialecte suisse alémanique est-elle à vos yeux indispensable pour être réellement influent.e à Berne?".
La grande majorité s'attribuent des notes comprises entre 6 et 8 sur 10 et se disent dans l'ensemble à l'aise avec l'allemand, même si le vocabulaire technique et des thématiques spécifiques peuvent donner du fil à retordre à certain.e.s (voir infographie en fin d'article pour le détail).
Je ne m’estime pas bilingue mais j’ai écrit mon mémoire en allemand, vécu en Allemagne ainsi qu'en Suisse allemande et travaillé dans des organisations nationales dont la langue de travail majoritaire est l’allemand.
Outre la libérale-radicale vaudoise Jacqueline de Quattro, qui a grandi en Suisse alémanique, Sophie Michaud Gigon (Verts/VD) et Damien Cottier (PLR/NE) estiment maîtriser couramment l'allemand et évaluent leur niveau à au moins 9 sur 10.
A l'inverse, cinq député.e.s ne s'accordent qu'un 5 sur 10 ou moins. Souvent, selon leurs termes, c'est au niveau de l'expression orale que le bât blesse. Ainsi, le conseiller aux Etats jurassien Charles Juillard (PDC) estime sa compréhension de l'allemand à 8 sur 10, mais ses capacités d'expression à 4.
"Mon niveau d’allemand ne me paraît pas encore assez bon pour mes nouvelles fonctions", confie pour sa part l'écologiste vaudoise Valentine Python, qui suit un cours d'allemand intensif sur mesure depuis novembre. Celle que la vague verte a emporté jusqu'au National rappelle que son élection a été une surprise: "je n’avais pas anticipé cette nécessité pendant la campagne", admet-elle.
2000 francs remboursés par an pour les cours
Larembourse à hauteur de 2000 francs par an maximum les parlementaires qui choisissent de suivre des cours de langue en lien avec l’exercice de leur mandat, auprès du prestataire de leur choix. L'année dernière, un total de 49'000 francs a été rétrocédé au titre de "Perfectionnement linguistique et méthodes de travail".
Parmi les personnes sondées par la RTS, plusieurs disent envisager sérieusement de prendre des cours d'allemand ou d'un dialecte alémanique, et près de la moitié le font déjà. Principaux objectifs avancés: améliorer les capacités de parole et acquérir le vocabulaire lié aux dossiers traités, en particulier pour celles et ceux qui siègent en commissions -où, contrairement aux plénières, il n'y a pas de traduction.
Une partie avait déjà commencé avant leur élection, d'autres s'y sont mis de manière poussée depuis novembre. C'est notamment le cas de la conseillère nationale verte genevoise Delphine Klopfenstein, qui prend depuis un an des cours de conversation thématique en allemand, et des cours de dialecte zurichois depuis un mois. Pour elle, "se rapprocher du (...) dialecte alémanique le plus parlé de Suisse" est une "démarche culturelle importante".
>> Ecouter le reportage Ici la Suisse du 19 février:
Maîtriser les langues semble être incontournable quand on siège à Berne. Des parlementaires alémaniques cherchent d'ailleurs aussi à perfectionner leurs connaissances en français, comme l'illustre cette anecdote relayée il y a quelques années par le Blick: l'UDC Thomas Aeschi et le socialiste Mathias Aebischer s'étaient retrouvés par hasard dans le même stage de français un été à Nice.
Pour le nouveau conseiller national PDC valaisan Sidney Kamerzin,"un niveau minimum dans une deuxième langue nationale" devrait même être "une exigence pour une candidature à Berne".
Un politicien brillant, même particulièrement mauvais en allemand, sera toujours plus influent qu’une coquille vide bilingue!
Pour ce qui est du dialecte, certain.e.s des élu.e.s contacté.e.s admettent qu'être en mesure de dialoguer avec les Alémaniques sans qu'ils doivent passer au Hochdeutsch peut favoriser les discussions informelles et le "networking" en coulisses.
La plupart estiment toutefois que ce n'est pas indispensable pour rayonner au Parlement. "Nombre de Romands sont ou ont été influents à Berne" sans nécessairement comprendre et/ou parler le dialecte, argue la conseillère nationale Marie-France Roth Pasquier (PDC/FR).
Le nouveau conseiller national socialiste neuchâtelois Baptise Hurni estime pour sa part qu'"un politicien brillant, même particulièrement mauvais en allemand, sera toujours plus influent qu’une coquille vide bilingue!". La grande majorité des personnes interrogées sont convaincues que compétence et maîtrise des dossiers sur le fond sont les principaux critères d'influence sous la Coupole.
Sujet radio: Guillaume Rey
Article web et infographie: Pauline Turuban