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Les vidéos des artistes légitimés dans le domaine de l'art contemporain prennent parfois la durée et le statut de films. Trois projets, comme trois intrus, présentés au Festival du Film de Locarno 2016 témoignent de la présence discrète de l'art contemporain dans un festival fortement tourné vers sur le cinéma et la télévision.
Quelques mots sur ces films qui ne seront probablement par projetés dans les cinémas suisses mais que vous pourrez peut-être voir prochainement dans les musées internationaux.
Le nouveau film intitulé "I Had Nowhere to Go» réalisé par le vidéaste écossais Douglas Gordon sur l'artiste Jonas Mekas a été présenté en première mondiale lors du Festival de Locarno.
Douglas Gordon présent à l'exposition Unlimited dans le cadre de ArtBasel en juin 2016, est connu dans le domaine de l'art contemporain pour sa vidéo "Zidane, un portrait du 21e siècle". Dans un interview pour Vice (https://www.youtube.com/watch?v=n3mm-LNkmXU), il évoque la réalisation de cette vidéo en expliquant qu'il a emmené les caméramans du projet au Prado, quelques heures avant le match, et leur a dit au milieu d'un corridor de peintures de Goya: "This is our story-board, look down the corridor and imagine that each painting is a film still". Pour le film "I Had Nowhere to Go», Mekas, âgé de 93 ans, raconte son parcourt de manière intimiste à la Douglas Gordon. Né en Lituanie, Mekas a quitté son village pour échapper aux persécutions nazies et est arrivé en 1949 à Brooklyn, où il a commencé à faire ses premiers films. Il a intégré la scène artistique de New York et s'est démarqué par un travail d'art vidéo avant-gardiste. En plus d'être un cinéaste, Mekas est un auteur, poète et co-fondateur de l'Anthology Film Archives à New York. La particularité de ce projet est que le visage de Mekas apparaît quelques minutes, des extraits de films, comme des éclairs viennent sortir le spectateur de l'obscurité. La majorité du film est une image noire que vient sculpter la voix de Jonas Mekas et qui laisse le spectateur imaginer le reste.
L'artiste Fiona Tan, qui vit et travaille à Berlin, également présente à ArtBasel dans le cadre du programme de conférences, utilise la photographie et la vidéo pour sa pratique artistique. Avec une approche de storyteller, elle agence du found footage et des images qu'elle a prises pour réaliser des installations qui évoquent des micro-histoires. Son travail artistique très riche, documenté sur son site personnel (http://www.fionatan.nl/) témoigne d'une pratique qui s'approche beaucoup du cinéma. Le film présenté à Locarno intitulé "Ascent", d'une durée de 81 minutes, est un voyage visuel autour du Fuji. Elle met en place différentes anecdotes personnelles et historiques en rapport avec le volcan. La voix féminine, présente durant toute la durée du film, construit une longue narration faite de beaucoup de fragments comme des vagues qui bercent les spectateurs.
Yuri Ancarani, artiste italien, dont le travail artistique se construit essentiellement de vidéo propose le film "The Challenge" à Locarno. Ancarani est reconnu à la fois dans le domaine du cinéma et de l'art contemporain. Ses cinq derniers films ont été présentés dans plus d'une centaine de festivals internationaux - Locarno, Venise et Toronto - et dans les musées les plus importants du monde: le Centre Pompidou à Paris, le Musée Guggenheim à New York ainsi qu'à la Biennale de Venise avec la vidéo " Da Vinci". Ancarani a récemment eu une exposition personnelle au Hammer Museum de Los Angeles. Le sujet du film "The Challenge" est le prestige de la fauconnerie encore intacte dans la culture arabe contemporaine. Trois années d'observation de cette forme de chasse dans le domaine ont permis de capturer l'esprit d'une tradition qui offre aujourd'hui à ses pratiquants la possibilité de garder une relation étroite avec le désert, en dépit de leur mode de vie urbain. Sous une lumière vive et au centre de beaucoup de paysages de sable, les protagonistes se démarquent par un lux démesuré, le film raconte un étrange week-end dans le désert du Qatar.
Nelly Haliti