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Le président de la Commission italienne "grands risques" a démissionné mardi de son poste. Il proteste contre la condamnation lundi à six ans de prison de ses collègues accusés d'avoir sous-estimé les risques avant le séisme de L'Aquila en 2009.
"Je ne vois pas les conditions pour travailler avec sérénité", a déclaré le physicien Luciano Maiani à l'agence de presse italienne Ansa. Celui qui a été directeur-général du CERN à Genève de 1999 à 2003 a affirmé que d'autres responsables de la Commission s'apprêtaient également à démissionner, notamment le vice-président Mauro Rosi ainsi que le président d'honneur Giuseppe Zamberletti.
M. Maiani a précisé qu'il se trouvait dans "l'impossibilité" de soumettre un avis hautement spécialisé à l'Etat italien, dans des conditions aussi "complexes". Dans une interview publiée mardi par le quotidien italien "Corriere della Sera", il avait aussi relevé qu'"il n'y a eu aucune enquête contre ceux qui ont construit de manière inadaptée dans une zone sismique".
"Précédent très dangereux"
Plusieurs scientifiques européens et suisses se sont dit "choqués" par la condamnation infligée à leurs collègues italiens, voyant dans ce jugement "un précédent très dangereux". De son côté, l'influente ONG américaine, Union of Concerned Scientist, a qualifié la sentence d'"absurde".
"Dans une situation similaire en Suisse, je n'aurais sans doute pas agi bien différemment de mes collègues italiens", a déclaré mardi dans un entretien à l'ats Stefan Wiemer, directeur du Service sismologique suisse (SED).
D'un point de vue scientifique, les experts italiens ont fait tout juste: les règles pour l'évaluation des risques sont les mêmes depuis trente ou quarante ans. Selon ces principes, les essaims sismiques, soit une série de plusieurs séismes de faible intensité comme ceux survenus en 2009 dans la région de L'Aquila, peuvent parfois être des signes avant-coureurs d'un plus grand tremblement de terre.
Mais c'est le cas pour seulement moins d'un pour cent des essaims, souligne M. Wiemer. Si l'on évacuait les populations à chaque fois que de tels événements survenaient, il faudrait le faire en moyenne cent fois avant que ne se produise un important séisme.
Leçon à tirer
"Nous devrons à l'avenir communiquer avec plus de prudence", conclut le directeur du SED. Pour lui, la leçon à tirer après ce jugement serait que les scientifiques communiquent uniquement sur ce qui pourrait se produire, mais ne puissent plus donner de directives à la population.
La justice italienne a reconnu coupables lundi d'"homicide par imprudence" six experts des tremblements de terre et le sous-directeur de la Protection civile italienne. Ces derniers s'étaient réunis à L'Aquila six jours avant le séisme du 6 avril 2009 qui a fait plus de 300 morts.
ATS