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Étant donné qu’on confectionnait et consommait déjà de la bière avant même de se sédentariser, vous ne serez sans doute guère surpris d’apprendre qu’on lui doit également nombre d’avancées technologiques. Et lorsqu’on en met quelques-unes côte à côte, on se dit que sans le houblon, l’humanité frapperait toujours rageusement des morceaux de silex au lieu de propager la science et le progrès à l’Oktoberfest.
Alors que le brassage de la bière génère de la chaleur et que celle-ci peut être néfaste au produit, il a longtemps fallu acheminer continuellement de la glace dans les celliers des brasseries importantes pour y maintenir un niveau de fraîcheur acceptable.
On ne peut qu’imaginer les problèmes sans fin qui se posent à qui doit systématiquement empiler des blocs de glace dans sa propre cave, et il aura fallu attendre l’an 1873 (ou 76 selon les sources, mais on s’en fout hein ?) pour que l’ingénieur allemand Carl von Linde développe le premier réfrigérateur pour la brasserie bavaroise Spaten.
Pour être honnête, d’autres avant lui avaient déjà développé des machines frigorifiques, mais l’appareil de von Linde était le premier réfrigérateur domestique tel que nous le connaissons. Bientôt, chaque brasserie était équipée de son propre système de réfrigération, puis nos maisons.
Outre les bénéfices évidents retirés de cette invention, on lui doit sans doute le maintien du prix de la bière à un niveau raisonnable, parce qu’au vu du climat actuel, un bloc de glace vaudrait à peu près son poids en émeraudes.
Si la bouteille de verre existe depuis un certain temps, sa confection était laborieuse jusqu’à l’aube du vingtième siècle. Il fallait chasser la silice sauvage dans la steppe, puis patiemment assembler les débris et leur donner la forme voulue au marteau à bomber le verre.
En 1903 toutefois, Michael Joseph Owens révolutionna la pratique en automatisant la construction de bouteilles en verre ; il développa ce que l’on appellera (à tort) le botellotron 5000, qui était capable de confectionner 12 bouteilles par minute. En 1912, le chiffre montait à 50, puis carrément à 240 après encore quelques années.
Initialement utilisée pour fabriquer des récipients pour la bière, l’ale, la porter ainsi que divers sodas pour se donner bonne conscience, la machine fut bientôt employée aux quatre coins du globe et servait à confectionner des bouteilles de lait, de ketchup, de vin et de tout ce que vous voulez.
On sait que le dix-huitième siècle connut nombre de grands hommes de lettres et de science, et l’un d’entre eux mérite tout particulièrement qu’on lui lève notre verre, pour de nombreuses bonnes raisons. Le britannique Joseph Priestley était tout à la fois : pasteur, théologien, enseignant, scientifique, pédagogue, philosophe et contestataire politique, il publia plus de cent ouvrages, échangeait avec plaisir ses idées et découvertes, admettait ses erreurs dont il riait volontiers, cherchait à réconcilier science et religion et n’hésitait pas à critiquer son propre gouvernement, allant jusqu’à applaudir la révolution française, lui valant à terme de gagner les USA après l’incendie criminel de sa maison et de son église en 1791.
Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, c’est parce que Joseph Priestley vivait en face d’une brasserie dont il observait les émanations dues à la fermentation qu’il prit conscience que l’air semblait être constitué de plusieurs éléments, dont un en particulier paraissait suspicieusement plus lourd que d’autres ; il venait de découvrir le dioxyde de carbone et, bien qu’il ne réalisa jamais pleinement l’importance de sa découverte, il parvint à l’isoler et, de facto, créa l’eau gazeuse que vous dégustez en ce moment.
À terme, les recherches de Priestley aboutirent à la découverte de huit types de gaz, dont l’oxygène, le gaz hilarant et le gaz carbonique. Ce qui est un beau pas en avant pour quelque chose qu’on avait désigné sous la dénomination fourre-tout de « air » pendant des siècles.