Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07236.jsonl.gz/341

parution mai 2016
ISBN 978-2-88927-766-7
nb de pages 240
format du livre 105x165 mm
Le Milieu de l'horizon (poche)
résumé
La sécheresse de 1976.
Sous le soleil implacable de cet été, Gus quitte l’enfance. La nature se désagrège, les sentiments s’exacerbent, le noyau familial éclate : tout craque et se fissure jusqu’à ce que l’impensable arrive.
Les orages tant espérés balaieront une campagne épuisée et emporteront un monde avec eux.
Lauréat du prix des auditeurs de la RTS, du prix le Roman des Romands, d'un Prix suisse de littérature 2014
Né à Lausanne en 1964, Roland Buti y fait des études de lettres et d'histoire, qu'il achève en 1996 par la rédaction d'une thèse remarquée sur l’extrême droite en Suisse entre 1919 et 1945. Après un recueil de nouvelles, Les Ames lestées, parues en 1990, il publie en 2004 Un Nuage sur l'œil, premier roman couronné par le Prix Bibliomédia Suisse 2005 et retenu dans la Sélection Lettres frontière 2005. En 2007 paraît Luce et Célie, puis en 2013, c'est Le Milieu de l’horizon, un texte couronné de nombreux prix littéraires (Prix suisse de la littérature 2014, Prix du public RTS 2014), traduit dans sept langues et adapté au cinéma en octobre 2019.
Roland Buti, lauréat du prix des lectrices Edelweiss pour "Le Milieu de l'horizon"
Roland Buti, lauréat du prix "Adam" 2013 de l'Académie romande pour "Le Milieu de l'horizon"
Roland Buti, lauréat du prix suisse de littérature 2014 pour "Le Milieu de l'horizon"
Roland Buti, lauréat du prix du public de la RTS 2014 pour "Le Milieu de l'Horizon"
"Le Milieu de l'horizon", film de Delphine Lehericey adapté du roman éponyme de Roland Buti, reçoit le Prix du cinéma suisse, catégories meilleur film de fiction et meilleur scénario pour Joanne Giger
RTS - La Matinale
"Interview de Roland Buti, auteur lausannois dont l’ouvrage Le milieu de l’horizon est adapté au cinéma avec Laetitia Casta."
A écouter en entier ici
Le matricule des anges
"...[un] écrivain qu'il faut absolument lire (...)" Martine Laval
"Que faire d'autre pendant la canicule de '76 que d'essayer de ne pas perdre les pédales et... attendre que l'orage éclate."
Approuvé par Céline
"Été 1976. La sécheresse dévaste la campagne suisse. Gus, du haut de ses douze ans, voit son monde fondre brusquement et son enfance se consumer. Tout en sensibilité, Le Milieu de l'horizon est un petit bijou."
En 1976 on ne parlait pas encore de dérèglement climatique mais cette année là, l'Europe a connu un été caniculaire. C'est très fort la façon qu'a l'auteur de restituer cette atmosphère lourde de tension qui pèse sur les êtres, les bêtes, et se fait de plus en plus menaçante. Et quand la pression retombe, il ne reste plus qu'à mesurer les dégâts... Un très bon roman !
Notre coup de coeur du jour : Le Milieu de l'horizon, écrit par Roland Buti et publié aux Editions Zoé.
Il vous fera découvrir la fin du monde paysan à travers les yeux d'un enfant, Gus, qui raconte l'histoire de ses parents, dans une ferme suisse. Nous sommes en 1976, les moeurs changent et la modernité s'impose...
Eté 1976. La sécheresse dévaste la campagne suisse. Gus, du haut de ses douze ans, voit son monde fondre brusquement et son enfance se consumer.
Tout en sensibilité, Le Milieu de l'horizon est un petit bijou.
Emilie Pautus, La Manœuvre
EspagnolTitre: El centro del horizonte
Éditeur: Piel de Zapa
Année: 2015
Grand National (poche) (2021)
Roland Buti a l’art de nous mettre tout contre ses personnages, de nous les rendre familiers de manière tactile, concrète et sensuelle. Le corps, le visage, les mouvements de chacun, la nature et les émotions sont saisis avec une infinie douceur, en dépit de la violence ou du comique des scènes.
Ainsi est-on plongé, avec Grand National, dans la vie de Carlo, en crise : sa femme Ana l’a quitté, sa mère s’est réfugiée dans un palace d’où elle refuse de sortir, et son employé encaisse un passage à tabac pour des raisons mystérieuses.
Avec Carlo, le lecteur va ressentir physiquement le manque et l’intime connaissance qu’il a d’Ana, appréhender la violente et récente histoire des Balkans, découvrir enfin le passé romanesque de sa mère pendant la Deuxième Guerre mondiale et son lien avec le palace du Grand National.
Postface de Claire Jaquier.
Grand National a reçu le prix Lettres frontière 2020.
Grand National (2019, domaine français)
Roland Buti a l’art de nous mettre tout contre ses personnages, de nous les rendre familiers de manière tactile, concrète et sensuelle. Le corps, le visage, les mouvements de chacun, la nature et les émotions sont saisis avec une infinie douceur, en dépit de la violence ou du comique des scènes.
Ainsi est-on plongé, avec Grand National, dans la vie de Carlo, en crise : sa femme Ana l’a quitté, sa mère s’est réfugiée dans un palace d’où elle refuse de sortir, et son employé encaisse un passage à tabac pour des raisons mystérieuses.
Avec Carlo, le lecteur va ressentir physiquement le manque et l’intime connaissance qu’il a d’Ana, appréhender la violente et récente histoire des Balkans, découvrir enfin le passé romanesque de sa mère pendant la Deuxième Guerre mondiale et son lien avec le palace du Grand National.
Luce et Célie (2015)
Luce et Célie, c’est l’histoire de deux femmes, nées dans l’Entre-deux-guerres, que la vie n’a pas épargnées. L’existence les réunit auprès d’un homme, Jean, mari indigne pour l’une, maître tyrannique pour l’autre. Qu’advient-il lorsqu’au cœur des années 1960 et de l’irruption de la société de consommation, ces femmes brimées rompent les barrières sociales pour se venger de leur oppresseur ?
« Elle ressent en elle un vide parce que tout le temps qu’elle aurait dû consacrer à Maurice, des heures et des heures de caresses, des jours et des jours de tracas, des années et des années de prévenance, s’est d’un seul coup évanoui. Que va-t-elle bien pouvoir faire désormais de ces heures sans usage ? »
Le milieu de l'horizon (2013, domaine français)
DIsponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/le-milieu-de-l-horizon-2
Gus a quitté l’enfance un été de canicule. Alors qu’il aide son père paysan, lit et relit ses bandes dessinées, se baigne dans un réservoir souterrain avec Mado, la fille perdue du village, son univers familier et rassurant se fissure.
La mère de Gus, présence constante, tendre et complice s’éloigne peu à peu de lui, tandis que son père, pourtant véritable force de la nature, s’enferme dans sa chambre pour cuver son chagrin. L’impensable arrive. Gus doit alors prendre en main l’exploitation, guider les camions-citernes de l’armée vers les champs desséchés, traire les vaches trop pleines d’avoir été oubliées.
Quand il découvre le secret de sa mère, dans une scène magnifique de pudeur, il vit la fin d’un monde.
Roland Buti nous livre ici un récit ample, sensuel et puissant.
Disponible en poche ici
Lauréat du prix des auditeurs de la RTS, du prix le Roman des Romands, d'un Prix suisse de littérature 2014
Laudatio de Bernard Comment
"L’enjeu de l’écrivain est de dépasser toutes les formes de frontière, tout en demeurant conscient de là d’où il vient et de ce qui l’a déterminé dans son processus de formation. C’est cette oscillation entre l’universel et le particulier, voire le local, qui fait tout le prix de l’écriture de Roland Buti, dont l’ancrage dans la Suisse de son enfance à lui n’empêche en rien le lecteur de percevoir des dimensions beaucoup plus larges, qui tiennent sans doute aux expériences fondamentales de l’enfance et de la première adolescence, cette petite valise fondatrice qu’on trimballe avec soi toute une vie.
Dans son roman Le milieu de l’horizon, Roland Buti nous fait entrer dans le petit monde d’une ferme romande, dans le pays de Vaud, avec une puissance métaphorique semblable à celle de certains livres de Faulkner. Des forces étranges et puissantes sont à l’œuvre, derrière les apparences, et vont dérégler la vie familiale de Gus, gamin de treize ans, spectateur effaré et impuissant d’un effondrement multiple : celui de l’agriculture traditionnelle, celui du couple formé par ses parents, celui de la sexualité maternelle, celui de l’innocence de l’enfance.
Cela se passe pendant l’été 1976 et sa fameuse sécheresse. Tout va bientôt et inexorablement partir dans le brasier de la canicule et de l’orage. Bagatelle, la vieille jument, n’en finit pas de mourir. La passion brûle. Tout se consume. On est au bord du tragique comme on peut être au bord du volcan de Lowry. La langue sobre de l’auteur atteint l’incandescence. C’est de la grande littérature, un livre qui concerne un vaste public."
L'Amour émietté (2011, domaine français)
Dans L’amour émietté, Vince, veuf inconsolé, reconstitue les lettres déchirées en mille morceaux que Marie-Hélène lui écrivait. Et sa femme bienaimée ressuscite.
Jean-Philippe, guide de montagne raconte son face à face avec un « homme sauvage » vivant d’herbes et de chasse au sommet des Alpes Titus, le chat abyssin ramené d’une zone de conflits en Afrique, est écrasé à Genève par la voiture d’une bourgeoise pressée. Jean-Benoît en panne sur l’autoroute dialogue avec Rodion, un Bulgare dont le foyer est un immense panneau publicitaire.
L’écriture précise et le sens de l’observation de Roland Buti suggèrent, avec les quinze nouvelles de ce recueil, la douce et cruelle présence de l’insolite dans l’univers des gens ordinaires.
Luce et Célie (2007, domaine français)
Luce n'a que huit ans quand son père meurt. Plus tard, pendant la guerre, sa mère à l'esprit légèrement dérangé édifie un obstacle antichar sur la rue qui mène à leur maison. Et c'est un peu grâce à cet obstacle que Luce rencontre celui qui deviendra son mari.
Célie est orpheline, elle a été élevée par des soeurs. Après la mort de son grand amour, elle se fait engager comme employée de maison par Jean Périard, un homme suffisant et tyrannique qui ne pense qu'à ses relations d'affaires et à ses meubles ultramodernes.
Que font ces deux femmes, bien des années plus tard, dans la cave d'une maison qui va être détruite? A qui appartient le squelette qu'elles déterrent une nuit d'orage?
Luce & Célie raconte la rencontre improbable et l'amitié à toute épreuve d'une femme émancipée et d'une épouse trop timorée.
Un nuage sur l'oeil (2004, domaine français)
Les Âmes lestées (1990, domaine français)
Le Milieu de l'horizon (poche): extrait
Lorsque j’entrais dans la cuisine, maman affairée au fourneau regardait furtivement par-dessus son épaule. Elle savait que c’était moi, toujours à la même heure ; elle me reconnaissait à mon pas, mais j’étais heureux de ce petit coup d’œil qui établissait le contact et me permettait de lui lancer un « bonjour maman » auquel elle répondait sans cesser son travail.
Ce matin-là, maman a posé la poêle dans laquelle les pommes de terre rissolaient, s’est essuyé consciencieusement les mains avec un torchon et s’est approchée de moi.
— C’est une colombe ?
— Oui !
Elle a avancé le bras pour lui caresser le ventre.
— Elle vient d’où ?
— C’est Rudy…
— Ah ! Et tu lui as donné un nom ? m’a-t-elle demandé en reniflant sans arrêter d’effleurer des doigts le dos arrondi et duveteux de l’oiseau.
La colombe a commencé à roucouler, un roucoulement ténu mais profond qui a eu pour effet de faire vibrer ses plumes.
— Il faut lui donner un nom.
— Ben… peut-être pas.
— Elle est blessée, on dirait.
— Un chat.
— Tu veux la garder ?
— Oui.
Maman a dégagé un minuscule carré de tissu chiffonné de la poche de son tablier. Les narines comprimées, elle a expiré consciencieusement et avec délicatesse comme si elle soufflait dans un instrument de musique d’avant-garde avec l’espoir d’émettre des sons mélodieux. Elle avait toujours le nez un peu rose, usé par le frottement des mouchoirs et par le travail intérieur de sécrétions. Avec la chaleur de l’été, avec la multiplication des poussières en suspension, sa respiration encombrée par tout un fatras accumulé dans ses bronches était sifflante. On aurait dit que l’air entrait et sortait avec réticence. De toute manière, il n’y avait pas beaucoup de place dans son thorax, si frêle que ses poumons devaient y être à l’étroit. Elle est retournée à ses casseroles qui bourdonnaient sur le feu. Incroyablement menue dans sa robe légère bleue constellée de fleurs plus claires, elle évoluait égarée dans un monde de titans ; tout ce qui était autour d’elle, la cuisinière, l’évier en pierre avec sa robinetterie très perfectionnée, les pots de grès alignés sur l’étagère, les poutres au plafond, la grande table de bois à laquelle j’étais assis, toute la pièce en somme avec ses murs massifs n’était pas à sa taille. Lorsqu’elle se penchait un peu en avant, sa nuque tendue dévoilait un chapelet de vertèbres, juste au-dessous de ses cheveux noirs empaquetés avec soin dans un chignon. Avoir vécu à l’intérieur de son ventre plusieurs mois avant de voir le jour, être sorti d’un être si gracile a toujours été pour moi un mystère. Maman avait l’air d’une fillette.
J’étais heureux qu’elle ait cajolé ma colombe, qu’elle l’ait accepté sans débat. Maman était en permanence occupée à une multitude de tâches accaparantes qui devaient l’empêcher de trop désespérer. J’aurais désiré être à la place de l’oiseau ; j’aurais voulu qu’elle abandonne son torchon, qu’elle se sèche les mains pour venir m’embrasser, caresser mes cheveux, frôler mon cou du bout des doigts. Lorsque je partais pour l’école, elle me posait une bise sèche sur la joue, une bise sonore du bout des lèvres qui claquait dans la fraîcheur du matin. Parce qu’elle s’attardait moins d’une seconde contre ma peau, je ne percevais pas l’humidité de sa bouche. Mon départ de la maison n’était jamais accompagné d’une petite tape tendre et encourageante. Elle me tendait ma boîte de repas, me souhaitait une bonne journée et quand je m’engageais dans la cour à l’ombre de notre grand orme j’étais conscient sans avoir besoin de le vérifier qu’elle ne me regardait pas disparaître et qu’elle était déjà retournée à ses tâches.
Parce qu’elle s’y employait et qu’elle nous le disait, je savais que maman rêvait pour moi et pour ma sœur d’une vie moins étriquée que la sienne. Je savais qu’elle nous aimait, mais je devais remonter à l’époque où j’étais un tout petit garçon pour me souvenir de ses bras autour de moi lorsqu’elle me soulevait pour me faire descendre d’un char à foin, qu’elle me tenait un moment en l’air en me serrant un peu contre elle avant de me poser à terre.
J’ai grandi malgré moi. Et du moment où j’ai commencé à ressembler à l’ébauche d’un homme, les contacts physiques ont cessé, non pas progressivement, mais du jour au lendemain sans que je puisse me remémorer avec exactitude cet instant qui peut-être n’avait rien de particulier.
Papa est entré, suivi de Rudy. L’odeur de l’écurie a rempli la cuisine avant de s’amalgamer à celle de l’intérieur. Ils se sont assis en silence.
— Où as-tu trouvé cet oiseau ? a demandé papa.
— C’est Rudy. Je ne sais pas. Vers la grange…
Il a levé la tête de son assiette, a jeté un œil vers Rudy qui n’a pas bronché, concentré et tendu par l’ingestion méticuleuse de son repas. Il devait lui sembler important de maîtriser par l’esprit chaque parcelle de nourriture afin de la diriger correctement vers son estomac.
— Une colombe.
— Ouais !
— Elle a le croupion tout déplumé.
— Ouais ! ai-je fait sans quitter des yeux le dos de maman occupée à laver des plats dans l’évier.
— Elle a eu de la chance.
— Ouais !
— Parce que si l’os est touché…
— L’os ?
— Oui, l’os ! Si l’os est touché, elle est fichue. Elle meurt lentement d’asphyxie… Le squelette des oiseaux est plein d’air. Pour mieux voler… Une déchirure et ils se vident, a expliqué papa juste avant que son visage ne disparaisse derrière son bol levé.
— Elle est remplie d’air ?
— C’est ça… son squelette est rempli d’air. Et elle va rester sur ton épaule comme le perroquet de Robinson ?
— Ouais !
— Les muscles de la cuisse ne sont pas en mauvais état, on dirait. Les plumes repousseront. Un jour, elle pourra à nouveau voler.
— Ah ! C’est vrai ça ?
— Qu’est-ce que tu as l’intention de faire ? m’a demandé papa sans cesser d’humecter avec soin sa tranche de pommes de terre grillées dans son café.
— Avec la colombe ?
— Ben ouais, avec la colombe… Tu ne vas pas te trimballer avec cet oiseau sur l’épaule toute la journée ?
— Je lui ai trouvé un perchoir… un portemanteau qui était dans la remise.
— Hum !
Il a aspiré les pommes de terre détrempées avec un petit mouvement de la tête vers l’arrière, puis m’a fixé du regard. Je savais qu’il pensait aux vacances scolaires qui commençaient à peine, vacances que les autorités dans leur immense sagesse avaient conçues pour que les fils puissent seconder leurs pères durant les gros travaux de l’été. Plus ou moins, j’étais à disposition.
— Tu iras faire marcher Bagatelle ce matin.
— D’accord.
— Elle n’est pas sortie depuis deux jours.
— C’est bon. Je la dérouille.
— Et après tu viendras m’aider pour les poulettes.
— D’accord.
— Tu me donneras un coup de main pour nettoyer ! Elles ont chaud. Elles souffrent. Il faudra aussi ôter celles qui sont mortes…