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Vers les années 1920, la soie d'Extrême-Orient connait une pénurie d'approvisionnement aux États-Unis ; les Américains vont alors chercher à substituer d'autres produits à cette fibre. Jusqu'aux années 1930, la fabrication d'une paire de bas est longue, les métiers à tisser "à plat", inventés par un Anglais, ne permettent que la fabrication d'un unique bas diminué et proportionné (technique dite Fully Fashioned en anglais), bas qui doit ensuite être cousu à la main. En France dans les années 1930, la production de bas de soie, qui est alors concentrée dans les Cévennes, s'équipe de métiers à tisser plus performants. La coûteuse soie naturelle servant à fabriquer les bas est peu à peu remplacée par la soie artificielle, la rayonne (à base de viscose), matière grossière, chaude, froissable, et opaque fabriquée à partir des fibres de cellulose des arbresn.
DuPont invente le nylon en 1935n. Les premiers bas en nylon appelés « bas en soie synthétique » sont vendus le 15 mai 1940 à New York, avec l'argument qu'ils étaient censés ne plus filer. Moins chers que ceux en soie, ils deviennent aussi plus transparents : finesse, légèreté6, résistancen 3, mais également rigidité, caractérisent les bas en nylon qui remplacent peu à peu les bas en rayonne. Les jupes sont, à l'époque, très longues, les bas sont courts… et uniquement de couleur beige jusque dans les années 1960.
Durant la Guerre et la pénurie qui en découle, le nylon servant à fabriquer parachutes, tentes8, et pneus, les bas sont rares voire inexistants: les femmes se teintent les jambes au thé et tracent au crayon le trait imitant la couture du basn 4. DuPont a converti ses machines pour la fabrication de cordages ou parachutes. En 1942, les Américaines mettent leurs bas aux enchères pour soutenir l'effort de guerre. Ces mêmes Américaines voient également la pénurie de bas en soie naturelle, celle-ci étant importée du Japon10. Le marché noir bat son plein.
À la fin de la guerre, les Alliés arrivent en France avec, dans le paquetage des G.I., les chewing-gums, les cigarettes américaines, le jazz, les barres de chocolat, les pin-up… et les fameux bas en nylon ; il sert de monnaie d'échange en territoire libéré de l'occupation allemande. La demande mondiale explose, des quotas doivent être imposés. Mais alors, se vêtir en France reste difficile, la socquette reste prédominante sur le bas.
Après la guerre, Rhodia devient un fournisseur incontournable de fil de nylon, l'épicentre de la production nationale se déplace peu à peu des Cévennes à la région de Troyes, la France est un leader mondial du bas. Le bas d'origine américaine reste irrégulier, les fabricants français revendiquent une qualité irréprochable. Schiaparelli, Dior dès 1949, la plupart des grandes Maisons vendent des bas. Celui-ci n'est pas un produit jetable, des ateliers de remaillage à la main sont partout le bas nylon reste un produit cher, luxueux, se distinguant entre autres par les finitions décoratives apportées au talon renforcé. De 70 à 50 deniers juste après la Libération, le bas devient rapidement de plus en plus fin pour atteindre 30 puis 15 deniers au début des années 1950. En 1955, 185 entreprises fabriquent des bas couture ; ce sera 220 dix ans plus tard.
Au milieu des années 1950 est inventé le bas sans couture, avec ou sans renfort, fabriqué sur un métier circulaire. Les métiers à bas « couture » Fully Fashioned vont disparaitre peu à peu4. L'après=guerre est une période d'évolutions : en chauffant le nylon, les industriels découvrent qu'ils peuvent rendre celui-ci élastique. Du nylon, la production utilise progressivement la mousse polyamide, pour finalement intégrer plus tard l'Élasthanne (le Lycra inventé par DuPont). Le bas sans couture fabriqué en grande quantité voit son prix chuter, rendant le produit plus accessible. Bas Dimanche qui deviendra Dim commercialise les bas en lots dès 1962. Le bas sera populaire jusqu'au milieu des années 1960 où le développement des collants va le faire oublier quelque temps, d'autant plus que ces derniers permettent le port de la minijupe réinventée par Mary Quant, popularisée par la suite grâce à Courrèges. Les collants, beaucoup plus pratiques puisque sans jarretelle ni jarretière, connaissent dès 1966 un succès quasi immédiat