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Geovani Martins est un écrivain prodige qui a fait irruption sur la scène littéraire brésilienne à 26 ans (il en a aujourd'hui 29). Ses 13 nouvelles - réunies sous le titre "Le soleil sur ma tête" - ont été traduites en français l'automne dernier par Mathieu Dosse.
Loin des clichés de cartes postales, les nouvelles de l'auteur brésilien dépeignent la face cachée de Rio, l'une des villes les plus inégalitaires au monde et dévoile de l'intérieur un univers méconnu, mystérieux et déconcertant. Les 13 nouvelles sont écrites dans un style très oral comportent du verlan et tout un lexique relatif à la drogue propre aux favelas. Un choix stylistique évident pour Geovani Martins qui a toujours vécu dans une favela.
Symbole de l'exode rural
En sociologie, la favela désigne – tout comme en urbanisme – les bidonvilles brésiliens et leurs habitations de fortune. Elles sont construites sur les morros, les collines de la ville de Rio, et généralement dépourvue des conditions d'hygiène de base et de confort. La favela est le symbole de l'exode rural, une forme d'habitat qui est aussitôt identifiée comme un problème, dès les années 1920.
Il y a des favelas dans d'autres grandes villes du Brésil, mais les plus connues sont dans la capitale, notamment Rocinha, la plus grande de Rio.
Rocinha, la plus grande favela de Rio. [Muriel Mérat - RTS]
Solidarités et délinquances
"Favela, c'est aussi le nom d'une plante urticante pourvue de remarquables qualités de défense: lorsqu'elles sont trop faibles séparément, elles s'unissent, s'enlacent étroitement les unes aux autres pour devenir des plantes sociales, comme une sorte de régiment" explique la chroniqueuse Pascaline Sordet. Les favelas nous évoquent souvent la délinquance, le trafic de stupéfiants et les violences policières. Mais il s'y développe aussi de belles solidarités et un grand attachement communautaire.
Les favelas, ce ne sont pas seulement des quartiers défavorisés. Ce sont des mondes, et surtout, c'est Rio côté dope, comme le dit un personnage du livre de Geovani Martins.
Une semaine sans came et tout Rio de Janeiro s'arrête. Plus de médecins, plus de chauffeurs de bus, plus d'avocats, plus de policiers, plus d'éboueurs, plus rien. Tout le monde va devenir ouf à cause de l'abstinence. La came, c'est le combustible de la ville. La came et la peur.
Amour et haine des favelas
Les nouvelles de Geovani Martins mettent en scène des garçons et des jeunes hommes issus de différentes favelas et dont le quotidien est rythmé par la violence. Des écoliers, des enfants, des clans. Des toxicos pour certains, des consommateurs occasionnels pour d'autres qui ont en commun de rêver d'une vie meilleure. Ces récits sont aussi imprégnés par les bons moments – la plage et le soleil notamment – et par la culture des favelas qui n'est pas seulement celle de l'illégalité et de la violence.
D'après Bom Dia Brésil – un magazine français sur le Brésil – il y avait l'an dernier plus de 750 favelas à Rio, qui regroupent 22% de la population. La culture des favelas, c'est aussi une forme de solidarité et de communauté. Dans les histoires que raconte Geovani Martins, il n'y a pas que les narcotrafiquants: il y a aussi des employés, des familles unies, des pères et des mères qui gardent leurs enfants sur le droit chemin et s'inquiètent pour eux…
>> A écouter, l'émission "Le Trio" consacrée à Rio:
Ce qui frappe dans "Le soleil sur ma tête", comme dans la réalité, c'est que chaque favela a son identité propre. La dernière nouvelle de ce recueil résume bien le sentiment d'appartenance à la favela qu'éprouvent ses habitants. Elle raconte l'histoire d'un homme exclu de la favela à cause d'une grosse bavure, et qui se rend compte alors qu'il l'aime autant qu'il la hait, "comme personne n'arriverait jamais à le comprendre ou à l'expliquer".
Sujet radio: Pascaline Sordet et Geneviève Bridel
Adaptation web: Lara Donnet
, Geovani Martins, éditions Gallimard.
A lire aussi: "La favela d'un siècle à l'autre", de Licia Valladares, aux éditions de la Maison des sciences de l'homme.