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Quand l'OMC se plaît dans les oeuvres du BIT
Joëlle Kuntz
Août 2013
Le Commerce renoue avec le Travail. L'OMC assume à nouveau pleinement l'héritage décoratif du bâtiment qu'elle occupe au 154 rue de Lausanne, construit en 1927 par l'architecte vaudois Georges Epitaux pour le BIT. Premier immeuble genevois d'un organisme de la Société des Nations, ce «palais du travail» avait été décoré grâce aux dons innombrables de syndicats et de gouvernements confiants dans sa mission. Des artistes du monde entier avaient produit des œuvres honorant le labeur des hommes dans le style réaliste ou symboliste des années 1930-50.
Déménageant en 1975, le BIT avait emporté les œuvres les plus mobiles dans son nouveau logement à la route des Morillons tandis que les sculptures et les peintures murales restaient à la rue de Lausanne.
Les dirigeants du Gatt, nouveau locataire du bâtiment Epitaux, ne s'étaient pas sentis à l'aise dans l'ambiance du décor. Ils jugeaient que la condition des travailleurs n'avait rien à voir avec les négociations d'affaires qu'ils avaient à mener. Ils avaient donc consciencieusement caché les peintures derrière de piteux rideaux de bois.
Quand l'OMC reçut l'autorisation de s'agrandir sur son site actuel, décision fut prise de les redécouvrir. Car qu'est-ce que le commerce, sinon la circulation des marchandises produites par le travail et l'esprit?
La restauration des peintures murales du grand illustrateur américain Dean Cornwell est en phase d'achèvement. Offertes par la fédération américaine des syndicats, AFL-CIO, elles sont une allégorie de la libération du travail dans le Nouveau Monde, vainqueur de l'Ancien, dominé par l'esclavage ou la contrainte. Elles complètent, dans le même esprit, les panneaux du Franco-Suisse Gustave-Louis Jaulmes, «Dans la joie universelle», «Le travail dans l'abondance», «Le bienfait des loisirs» et «La paix triomphante».
La peinture très catholique du Français Maurice Denis, «La dignité du Travail», et celle, plus positiviste, de Sean Keating, «Le développement industriel irlandais», encadrent l'escalier d'honneur. Epargnées de la disgrâce suite à une intervention du canton de Genève , elles retrouvent leur ancienne fonction: donner le ton à une maison qui fut jadis celle «où des peuples fraternisent enfin par le seul geste qui les rend égaux et fraternels, le travail», comme disait le poète Paul Budry le jour de l'inauguration.