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L'exploitation des terres rares, industrie sale au service de l'économie verte
La découverte date de 2013, mais l'importance de ces nouveaux gisements de terres rares - des matériaux utilisés dans la fabrication de multiples produits de haute technologie - a été quantifiée dans une étude publiée mardi 10 avril dans la revue Scientific Reports.
Ces réserves de boues précieuses - évaluées à 16 millions de tonnes - dorment dans les fonds marins de l'océan Pacifique, au large de l'île Minamitori, située à 2000 kilomètres au sud-est de Tokyo. Pour certains matériaux, il y en aurait pour des siècles de consommation mondiale.
Le siècle des terres rares
La valeur économique potentielle de cette découverte est considérable. Les terres rares servent en effet à fabriquer des smartphones, des missiles, des radars, des véhicules hybrides ou encore des écrans. Elles sont même utilisées en médecine pour déceler certaines maladies.
D'ailleurs, pour le journaliste Guillaume Pitron, auteur de "La guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique", si le XXe siècle a été celui du pétrole, le XXIe siècle sera celui des terres rares, qui n'ont de rare que le nom.
La Chine a accepté de salir son environnement pour fournir ces minerais au reste du monde
Pour l'instant, la Chine a le quasi-monopole, avec 80% à 95% de la production mondiale, alors qu'elle ne compte que 30% des ressources du globe. On trouve aussi des terres rares aux Etats-Unis, au Canada, en Afrique du Sud, en Tanzanie, mais aussi en Scandinavie et en France, dans le Massif armoricain.
"L'extraction et le raffinage de ces terres rares est tellement polluant que, dans les années 1990, les Etats occidentaux ont décidé de se débarrasser (de cette industrie), parce que nous ne voulions pas en supporter le coût écologique", explique Guillaume Pitron.
"Nous avons délocalisé les mines et les usines de raffinage et nous avons donc délocalisé la pollution associée à l'industrialisation de ces matières premières. (...) La Chine a accepté de salir son environnement pour fournir ces minerais au reste du monde", poursuit le journaliste.
Une exploitation pas aisée
La découverte japonaise pourrait permettre à l'Empire du soleil levant de se sortir de cette situation de vulnérabilité par rapport à la Chine et de regagner une certaine forme d'"indépendance minérale".
Tokyo espère ainsi pouvoir exploiter ces gisements sous-marins dans un futur proche. Cela pourrait néanmoins prendre beaucoup de temps, car il s'agit de maîtriser des technologies d'extraction extrêmement complexes.
Si vous regardez en amont, très loin de chez vous, il y a un coût écologique, que personne ne veut voir
Des questions écologiques, aussi, vont retarder cette exploitation. "Il faut que l'avantage d'extraire ces minerais dépasse le coût écologique et le coût économique d'aller les chercher sous l'océan", estime Guillaume Pitron, qui n'entrevoit rien avant 10 ou 20 ans.
Rouvrir les mines en Europe?
Aujourd'hui, seule la Chine supporte la pollution liée aux terres rares. C'est donc elle qui dicte les règles du jeu commercial. C'est elle aussi qui peut disposer des matières premières essentielles pour les innovations vertes et, par conséquent, se profiler dans ce domaine.
Guillaume Pitron plaide pour la fin de l'"hypocrisie" qui consiste à délocaliser la pollution et à racheter les métaux propres pour les intégrer dans les technologiques vertes qui n'émettent pas de CO2. "Mais si vous regardez en amont, très loin de chez vous, il y a un coût écologique, que personne ne veut voir."
Selon lui, les pays occidentaux devraient assumer et "rouvrir les mines pour pouvoir porter avec les Chinois une partie du fardeau environnemental de cette transition énergétique". "Ca ce serait courageux!"
Blandine Levite/dk
Publié le 01 mai 2018 à 14:55 - Modifié le 01 mai 2018 à 15:21