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Les Ailes du Désir de Wim Wenders sur la scène ballet de l'OnR
Un ange aux cheveux gominés, vêtu d'une longue redingote grise, observe du haut du «paradis» la salle de l'Opéra national du Rhin (OnR), tout comme Bruno Ganz, l'ange aux ailes d'argent, scrutait Berlin du haut du clocher décapité de l'Église du Souvenir dans le film culte de Wim Wenders.
Depuis samedi, le ballet de l'Opéra national du Rhin (OnR) s'est emparé des Ailes du Désir, couronné par le prix de la mise en scène à Cannes en 1987. Le spectacle est une libre adaptation signée du chorégraphe Bruno Bouché.
Avec cette scène inaugurale, copie presque conforme de celle, mythique, de l'ange du film baigné dans la lumière expressionniste du chef opérateur de Wenders, Henri Alekan, s'ouvre la première partie d'un ballet qui multiplie les emprunts à l'oeuvre du cinéaste allemand mais s'en affranchit aussi radicalement.
Positionnement controversé
Le poème du prix Nobel de littérature autrichien Peter Handke (Als das Kind Kind war... Quand l'enfant était un enfant...) qui scandait le long-métrage de Wenders en voix off est ainsi totalement gommé de cette adaptation chorégraphique.
Un choix assumé par Bruno Bouché. «Le texte de Handke n'était pas ce qui m'intéressait», avance-t-il, évoquant les «positionnements politiques» de l'écrivain, objet d'une vive controverse autour de son engagement pro-serbe lors du conflit de l'ex-Yougoslavie, mais aussi une volonté de «déplacer la question du désir».
Nombreuses références
Celle-ci, estime le chorégraphe, était «enfermée» par Handke dans la représentation du «couple hétérosexuel» formé par l'ange déchu (Bruno Ganz) tombé sous le charme de la trapéziste de cirque (Solveig Dommartin dans le film, Julia Weiss sur la scène de l'OnR).
Doit-on regretter cette absence? Avec la lumière si particulière d'Alekan, le texte de Handke participait indéniablement du pouvoir hypnotique d'un film onirique.
Pour le reste, la première partie du ballet multiplie les références. Un danseur virevoltant emprunte son imper à Peter Falk (l'inspecteur Columbo), l'étrange guest star de Wenders, un suicidé se jette dans le vide et, tout comme les anges gardiens du film (Bruno Ganz et Otto Sander), ceux du ballet posent une main légère comme un souffle mais secourable sur les épaules des désespérés dans la grisaille d'un Berlin encore divisé par le mur.
Mulhouse après Strasbourg
Le film s'achevait par un «à suivre» que Bruno Bouché, ex-danseur de l'Opéra de Paris et directeur du Ballet de l'OnR, a pris au pied de la lettre pour une deuxième partie qu'il s'est appropriée, donnant libre cours à sa créativité chorégraphique.
Le tout porté par une bande son où se mêlent la musique originale de la compositrice londonienne Jamie Man, des oeuvres de Sibelius, Messiaen ou Steve Reich mais aussi la Sicilienne de Bach, interprétée au piano par Bruno Anguerra Garcia, et le rock lancinant du groupe berlinois Einstürzende Neubauten (Silence is Sexy).
Après Strasbourg (jusqu'au 4 novembre) et la scène de La Filature, à Mulhouse (du 13 au 15 novembre), cette production rejoindra au printemps la scène de la Maison des Arts de Créteil (29 et 30 mars). «Mon rêve serait de la donner aussi à Berlin» et d'accueillir Wim Wenders, confie cependant Bruno Bouché.
ATS