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Comment ce projet sur la concentration des médias a-t-il vu le jour ?
C’est un sujet qui a vu le jour parce qu’en échangeant avec Eli Noam on s’est intéressé aux chiffres sur la concentration des médias. Un certain nombre de personnes pense que la concentration des médias est très forte et atteint des niveaux très élevés. Notre objectif était d’avoir une analyse scientifique de ce phénomène, avec des mesures quantitatives de la concentration des médias, sur un grand nombre de médias, dans un grand nombre de pays et sur une longue période.
Quels sont les pays qui participent le plus activement au projet ?
Nous avons des collaborateurs sur tous les continents. Mais les acteurs qui participent le plus activement se trouvent principalement aux Etats-Unis, en France, en Suisse et le Japon. Evidemment, c’est Eli Noam est le principal coordinateur pour l’Amérique, je suis l’un des principaux coordinateurs pour l’Europe et nos amis japonais se chargent l’Asie. Nous avons encore une trentaine de pays qui participent au projet.
Pourquoi est-il important de s’intéresser à la concentration des médias ?
Parce que les médias produisent de l’information ce qui est essentiel à la démocratie. Il est important de savoir si l’on a de la diversité et du pluralisme dans l’information. C’est est un gage du bon fonctionnement de la démocratie.
Quelle contribution un tel projet peut-il apporter à la communauté scientifique et à la société civile ?
L’importance de la communauté scientifique impliquée dans notre recherche permet d’avoir sur une longue période des indicateurs et des statistiques concernant un très grand nombre de pays et de secteurs. L’ouvrage qui sera publié prochainement chez Oxford University Press sous la direction d’Eli Noam sera probablement l’un des grands livres de référence sur le sujet pour les 5 à 10 années à venir, compte tenu du nombre de statistiques et d’analyses et de par la perspective mondiale qui y est proposée.
En effet, nous étudions 14 secteurs des médias sur une période d’une trentaine d’années. Par exemple, la presse écrite, l’internet, la radio, la tv, le câble, le cinéma, les magazines sont analysés depuis 1994. Nous avons des données, en moyenne, tous les 4 ans, sur la concentration de ces 14 médias pour une trentaine de pays. C’est la première fois qu’il y a tel un projet.
Quelles sont les risques des monopoles dans le secteur des médias ?
S’il y a des monopoles dans les médias, cela signifie que l’information est contrôlée et qu’il n’y a plus de diversité. Plus on réduit la diversité de l’information, plus le débat démocratique, la réflexion et l’échange sur la vie en société s’appauvrit.
Le développement des nouveaux médias a-t-il accéléré la concentration des médias ?
Ce que l’on observe c’est que là où il y a de nouvelles technologies il y a les points les plus extrêmes. Nous observons aussi l’importance de certains moteurs de recherche : par exemple, en Europe, 90% des internautes utilisent Google. Nous assistons, d’un côté, à une concentration très forte dans les nouvelles technologies. De l’autre côté, nous observons une faible concentration de l’information sur internet. Si vous regardez les sites d’information qui sont proposés sur internet, par exemple les 20 sites les plus visités de Suisse, vous verrez qu’il y a une faible concentration. Nous avons beaucoup d’informations disponibles sur internet. Il y a concentration sous l’angle de la technologie et des contenants, mais pas sous l’angle de la diffusion de l’information et du contenu.
Les médias des pays du tiers-monde sont-ils plus vulnérables à la concentration des médias ?
Il est très difficile d’avoir des données sur les pays du tiers monde, mais en général les médias y sont plus concentrés. Il y a moins d’acteurs économiques capables de financer de la production d’information.
La concentration des médias est-elle un mal nécessaire pour assurer la survie de certains médias ?
Il est clair que si un journal est en difficulté, le rachat par un groupe peut lui permettre de survivre. La concentration des médias peut être une contrainte qui permet à certains médias de continuer à exister. Mais cela n’est pas si évident : ils finissent par disparaître parce qu’ils sont absorbés par des médias plus grands.
Quelles sont les principales conclusions de cette étude ?
Il existe des lois qui ne s’appliquent pas dans certains pays et nous observons qu’il y a des secteurs qui sont plus ou moins concentrés selon ces lois. Par exemple, aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, les plateformes technologiques sont plus concentrées que les plateformes qui fournissent de l’information.
Nous avons aussi observé un phénomène de décentralisation sur les téléphones et les mobiles. Au départ c’était des secteurs très concentrés et, grâce à la dérégulation du marché, ils sont devenus moins concentrés.
La presse écrite est souvent plus concentrée pour assurer sa survie. Il y a beaucoup d’anciens médias qui ne sont pas très concentrés, par exemple, la radio, le cinéma et les livres. Ce sont des secteurs où l’entrée est facile sur le marché.