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Livre fort, Jette ton pain, le chef d’œuvre d’Alice Rivaz, est une longue remémoration qui réunit tous les thèmes de ses livres précédents.
Le roman est composé de deux parties de longueur égale qui constituent le récit de deux nuits d’insomnie.
Dans la première partie, Christine Grave, la protagoniste du roman, se remémore son passé. Immobilisée dans son lit par la crainte de réveiller sa mère malade qui dort dans la chambre voisine, elle passe en revue les souvenirs qui l’assaillent et les craintes qui l’angoissent. La mémoire fonctionne par association et les phrases qui s’allongent et se complexifient miment la pensée de l’héroïne et donnent au texte une résonance toute proustienne. Dans la seconde partie, la mort de la mère est advenue et Christine se confronte à la question du sens de l’existence. L’écriture, son rêve secret, se profile et le roman se termine au moment où elle prend la plume, après avoir amassé dans son bahut tous ses brouillons, à l’instar de sa mère qui entassait ses ravaudages dans son coffre.
Alice Rivaz qualifie ainsi son roman dans Traces de vie, notes éparses :
Sorte de grand portrait critique d’une femme vue à la fois du dedans et du dehors par un narrateur invisible (qui est son double) lequel l’observe et la juge parfois très sévèrement.
Sommet de l’œuvre romanesque de l’écrivaine, ce texte vaudra à la romancière le Grand Prix C. F. Ramuz en 1980. La critique lui a réservé un accueil extrêmement favorable.