Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07185.jsonl.gz/229

S'exprimant devant le Conseil des droits de l'Homme, dont la 50e session a lieu mi-juin à Genève, la Haute-commissaire aux droits de l'Homme Michelle Bachelet a expliqué que ses services "se penchaient sur les accusations de déportations forcées d'enfants de l'Ukraine vers la Fédération de Russie".
En mars, l'ONU attirait déjà l'attention sur le risque d'adoption forcée d'enfants ukrainiens, en particulier les quelque 91'000 qui vivaient dans des pensionnats au début du confit, pour la plupart dans les régions de l'est du pays en guerre depuis 2014.
Plus de 300'000 enfants, selon Moscou
Moscou a officiellement confirmé samedi que plus de 300'000 enfants auraient été "évacués" hors des zones de conflit, présentant ces déplacements comme une opération humanitaire.
"L'adoption ne devrait jamais avoir lieu pendant ou immédiatement après une situation d'urgence" humanitaire, avertissait cette semaine le directeur régional du Fonds de l'ONU pour les enfants (UNICEF) pour l'Europe et l'Asie Centrale.
Ces enfants ne peuvent être présumés orphelins, "toute décision de déplacer un enfant doit être fondée sur son intérêt supérieur et tout déplacement doit être volontaire", disait-elle.
Législation russe modifiée
Début juin, l'Ukraine a réitéré ses griefs contre Moscou. Elle affirme que la Russie refuse de fournir des informations sur les enfants qu'elle aurait transféré de force, dont plusieurs milliers d'orphelins ou d'enfants sans protection parentale.
Kiev reproche aussi à Moscou d'avoir modifié sa législation pour faciliter l'octroi de la nationalité russe aux orphelins ukrainiens. Fin mai, Vladimir Poutine a en effet signé un décret en ce sens. Cette initiative a été saluée immédiatement par la commissaire russe aux droits de l'enfant.
En avril déjà, elle annonçait que plus de 1500 enfants sans parents étaient arrivés en Russie et qu'une partie d'entre eux pourraient être adoptés. Elle a d'ailleurs été sanctionnée récemment par le Royaume-Uni pour cette raison.
"Détruire l'avenir de la nation ukrainienne"
Le gouvernement ukrainien craint qu'il s'agisse d'un moyen de "russifier" ces enfants. Selon lui, ces enlèvements "sont une manière de détruire l'avenir de la nation ukrainienne".
La Convention relative aux droits de l'enfant dit que l'adoption à l'étranger n'est envisagée que si l'enfant ne peut être placé dans son pays d'origine. Or, Kiev a reproché plusieurs fois à Moscou de n'avoir ouvert des couloirs humanitaires que vers la Russie et pas vers l'ouest de l'Ukraine, où ces enfants auraient pu trouver refuge.
L'historien américain Timothy Snyder, spécialiste de l'Ukraine, note que le transfert forcé d'enfants d'un groupe à un autre est un génocide, au regard de la convention de l'ONU pour la prévention et la répression du crime du génocide.
Isabelle Cornaz/vajo