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«Salomé est une petite bombe»
Décapitation et danse des sept voiles firent les gorges chaudes de l’ère victorienne et la notoriété de ce drame. Cent ans plus tard, Anne Bisang met en scène Salomé d’Oscar Wilde à la Comédie de Genève.
360°: Salomé revêt un caractère tout à fait exceptionnel dans l’œuvre de Wilde.
Anne Bisang: C’est en effet un ovni. Toutefois l’œuvre de Wilde est composée d’éléments très différents de ses comédies de mœurs qui ont fait son succès. Il a produit son œuvre dans un laps de temps assez court. Comme un feu d’artifice qui raconte son propre personnage, son évolution d’homme très intelligent, sensible et marginal à son époque.
Qui de Salomé ou de Wilde vous a davantage fasciné?
A.B.: C’est la pièce de Wilde. Je ne me serais pas forcément intéressé à Salomé, parce qu’elle a souvent représenté la caricature de la femme fatal, qui, selon moi est une construction de la misogynie. Wilde déconstruit la caricature dans sa pièce. Salomé est un personnage complexe. Elle n’est pourtant pas une héroïne positive. Alors que la pièce se déroule au crépuscule du paganisme, Salomé renoue avec une violence qui a été prise en otage par le christianisme. En effet, la chrétienté n’a gardé que la représentation mariale qui est une figure intéressante mais qui abandonne une part de la complexité féminine. Terrible et paradoxale, Salomé met fin à son monde en demandant la tête de saint Jean-Baptiste.
Ces deux personnages parlent sans s’entendre.
A.B.: Cette pièce met en lumière notre narcissisme. Dans ce trio du rapport au pouvoir incarné par Hérode, Jean-Baptiste et Salomé, chacun est tourné vers soi. La rencontre est dès lors impossible ou génératrice de la destruction de l’autre. Jean-Baptiste est enfermé dans son idéal et Wilde lui met en bouche des mots qui résonnent encore aujourd’hui: l’intégrisme religieux, la lapidation et la femme incarnation du mal. Il est un double de Salomé. Elle se reconnaît dans son absolu, elle est attirée par sa radicalité. C’est un regard sur une humanité qui se débat avec difficulté entre égoïsme et projets collectifs.
Quelles qualités fallait-il pour interpréter ces personnages assoiffés d’absolu?
A.B.: Chaque personnage a sa part d’ironie et sa part d’ombre. Pour Jean-Baptiste, il fallait un corps très mince qui porte une séduction physique. Daniel Martin incarne un Hérode qui en virtuose oscille entre les registres graves et comiques. J’ai choisi une Hérodias jeune et belle, car je souhaitais que l’attirance d’Hérode pour Salomé ne soit pas mue par le démon de midi. Enfin l’interprète de Salomé doit avoir les caractéristiques d’une adolescente et en plus un rapport charnel à la langue poétique du drame. Lolita Chammah a justement ces qualités en plus d’un très beau rapport à la scène. J’ai trouvé des acteurs capables de traduire la dynamique vers l’inexorable de cette pièce fulgurante. C’est une petite bombe et elle est réjouissante.
Salomé, d’Oscar Wilde. Du 22 janvier
au 10 février à la Comédie de Genève www.comedie.ch
puis du 19 au 27 février au Théâtre Kléber-Méleau – Lausanne
et le 15-16 mars au Théâtre du Passage – Neuchâtel
Quelques places à gagner pour la représentation du 10 février à la Comédie de Genève: ici