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Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 à Porbandar, petite ville de l’ouest du Gujarat en Inde. Il est assassiné le 30 janvier 1948 à New Dehli. Il obtiendra l’indépendance de sa terre d’origine par la non-violence et la désobéissance civile en 1947, séparant du même coup les Indes britanniques en trois états: l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh.
Gandhi est moins connu pour sa pensée et ses textes que pour son action. Il a néanmoins écrits des textes sur de nombreux sujets. Attachant une importance toute particulière à la tradition, Gandhi avait des avis relativement stricts sur des questions telles que la religion ou les castes. Malgré cela, il reste très connu pour ses actions politiques, sa théorie de la non-violence et de la désobéissance civile, et son ascétisme poussé au paroxysme. Profondément nationaliste, Gandhi a trouvé dans les traditions religieuses et sociales indiennes la base de son action politique non-violente qui mit l’Empire britannique face à un mur.
Vie et pensée de Gandhi
Jeunesse et éducation (1869-1893)
Le jeune Mohandas Karamchand Gandhi naît en Inde en 1869 dans un milieu traditionnel de la caste des Modh Bania, c’est-à-dire des marchands. Les Indes sont alors la colonie la plus prestigieuse de l’Empire britannique. C’est d’ailleurs la présence anglaise en Inde qui va lui permettre d’aller faire des études de droit en Angleterre. Il y découvre les joies de droits plus grands que dans son pays natal, il est considéré comme les autres en tant que sujet de sa majesté. Ayant vu cela, il rentre en Inde avec des idées plein la tête. Mais il déchantera vite en subissant à nouveau les inégalités dès son entrée sur le territoire indien. Il décide alors d’accepter un contrat juteux en Afrique du Sud pour y défendre les intérêts de la Dada Abdullah & Co. C’est le début d’un séjour d’une vingtaine d’années qui forgea le jeune avocat et le transforma en activiste nationaliste et anticolonialiste.
Le séjour en Afrique du Sud (1893-1915)
Gandhi a vécu 22 ans en Afrique du Sud essentiellement en tant qu’avocat. Mais c’est également là-bas qu’il deviendra ce pour quoi il est connu et reconnu dans l’histoire. En effet, il est confronté à l’Apartheid comme système politique, et très vite il se rend compte des tensions existantes dès le moment où un non-blanc commence à bien gagner sa vie. C’est alors que pendant ce séjour, Gandhi se rapproche de ses compatriotes et lutte pour que ces derniers aient de plus en plus de droits face aux blancs devant la justice sud-africaine. Cette prise en main des problèmes des indiens en Afrique du Sud marque la transformation d’un jeune avocat en leader nationaliste. Après être retourné quelques temps en Inde, Gandhi revient en Afrique et amorce une seconde transformation qui le poussera à revenir en Inde pour lutter pour l’indépendance. Cette transformation est celle de l’activisme ponctuel vers un activisme comme mode de vie. Gandhi prend conscience que ce n’est qu’en incarnant complétement une idéologie qu’elle a le plus de chances de prendre forme. C’est ainsi qu’il fait voeu de chasteté et de pauvreté, et que lui est attribué le titre de Mahatma qui signifie « grand sage » ou « maître de sagesse ». C’est donc un leader complet et reconnu qui rentrera en Inde en 1915.
Le combat pour l’indépendance de l’Inde (1915-1948)
Gandhi est essentiellement connu pour son combat non-violent pour l’indépendance des pays rassemblés sous le nom de l’ancienne colonie des Indes Britanniques. Il fut le symbole de cette indépendance ainsi que de plusieurs mouvements non-violents après lui. Mais il ne faut pas négliger le rôle crucial de son ami le politicien Nehru dans cette indépendance.
Nationalisme et traditions
Gandhi rentre en Inde, alors que le mouvement nationaliste est déjà bien installé. Il trouve très vite un allié chez le jeune membre de Congrès Jawaharla Nehru, qui souhaite rompre avec les différents nationalismes existants. En rentrant en Inde, Gandhi est alors déjà extrêmement connu. C’est à ce moment-là que sa lutte commence, à travers le parti nationaliste et la mise en avant de la nation indienne en opposition à l’Empire Britannique. Très attaché aux traditions indiennes et hindoues, il fait également passer sa lutte par un retour à une vie très simple, dans la tradition de la société indienne et en opposition avec l’opulence de la modernité et de la société industrialisée.
Ascétisme et spiritualité
Gandhi s’attacher donc beaucoup à la religion hindoue et à ses traditions. Il vit dorénavant une vie simple et spirituelle, se privant de sexualité, d’argent, et de temps à autre de nourriture. C’est d’ailleurs notamment par des actions telles que celles-ci que le jeûne que Gandhi arrive à remplir ses objectifs. Gandhi reste alors gravé dans les mémoires comme un ascète, prêt à donner sa vie pour la cause qu’il défend.
Non-violence et désobéissance civile
Toute la lutte de Gandhi a tourné autour de la désobéissance aux lois obsolètes de l’Empire et de la résistance non-violente. À l’inverse de ce que l’on peut penser, la non-violence de Gandhi n’est pas une simple philosophie de vie. Il la pense et l’expose comme un moyen d’action, tant politique que social. Il appelle sa méthode d’action politique non-violente « satyagraha« , ce qui veut dire « la force de la vérité ». Il part du principe que l’obéissance peut mener à la culpabilité dans une action. Il faut donc désobéir plutôt que d’obéir à quelque chose d’injuste. Les principes de sa méthode de lutte non-violente sont les suivants: l’essentiel est non-négociable, mais la possibilité de négociation est toujours offerte; si les militants souffrent, ils ne doivent jamais pour autant exprimer leur colère; les insultes et la résistance lors des arrestations sont proscrits; etc. C’est donc une méthode d’action basée sur la résistance morale que Gandhi propose, et jamais une action non-violente n’avait pris une telle ampleur.
C’est par une combinaison de nationalisme, de spiritualité et d’action politique que Gandhi a mené l’Inde à son indépendance. La marche du sel de 1930 est probablement l’action la plus connue, mais elle fait partie d’une totalité d’actions qui ont permis le retrait des forces Britanniques entre 1947 et 1948.
La nation indienne au-delà des religions
Malgré l’indépendance obtenue après des années de lutte non-violente et de désobéissance civile, Gandhi n’a pas obtenu ce qu’il avait si longtemps rêvé: une Inde unifiée. En effet, lors de l’indépendance, les indiens de confessions musulmanes ont obtenu un état indépendant. Les Indes Britanniques se sont donc vues séparées en trois territoires: l’Inde, le Pakistan occidental (actuel Pakistan) et la Pakistan oriental (actuel Bangladesh). C’est pourquoi Gandhi estime ne pas avoir obtenu ce qu’il désirait. Il aurait voulu une Inde indépendante unifiée et reconnaissant les diversités religieuses et culturelles de tous les peuples de la nation indienne. Il ne prône pas un effacement des frontières et des différences culturelles et religieuses, mais un respect de celles-ci dans la cohabitation et la collaboration à l’intérieur de la grande Inde. Ca n’a pas été le cas, et c’est probablement ce qui a mené un extrémiste hindou à l’assassiner en 1948.
« Ma vie est mon message »
Gandhi a passé sa vie entière à mettre sa pensée en pratique, à faire en sorte qu’il ne soit pas seulement un leader mais également un exemple et un guide. Il a mis, dès don passage à l’âge adulte, sa vie en danger pour défendre les causes dans lesquelles il a cru. Ses critiques de l’occidentalisme, du colonialisme et de l’industrialisation ont fait de lui l’icône d’une idéologie humaniste vécue à travers des actions non-violentes à sens politique, social ou religieux.
Bibliographie commentée
Gandhi, M.K. (2007). Résistance non-violente. Paris: Buchet/Chastel. (Oeuvre originale publiée entre 1920 et 1946)
Recueil d’articles ayant été publiés dès le retour de Gandhi en Inde, ce livre permet une vue globale sur les actions non-violentes entreprises par Gandhi pendant un quart de siècle pour venir à bout de la domination britannique. On y trouve également des articles qu’il a écrits en réaction aux différentes lois promulguées et contre lesquelles il a lutté de manière acharnée (par exemple la loi sur le sel). Bref, une bonne vue d’ensemble sur la deuxième partie de la vie du leader indien.
Gandhi, M.K. (2012). Autobiographie ou mes expériences de vérité. Paris: Presses Universitaires de France. (Oeuvre originale publiée entre 1925 et 1929)
Publiée pendant les années où il luttait pour l’indépendance de l’Inde, cette autobiographie sert à Gandhi pour expliquer ce qu’il est en train de faire et où il souhaite arriver. Il y présente la construction de son identité à travers sa jeunesse et ses voyages, et tout ce qui l’a mené à revenir en Inde pour accomplir son action. Malgré le fait qu’elle ne relate pas les vingt dernières années de lutte, cette autobiographie reste très importante pour comprendre l’action de Gandhi.
Iyer, R. (1986). The moral and political writings of Mahatma Gandhi. Vol.1: Civilization, politics and religion. Oxford: Clarendon Press.
Recueil de textes publiés en deux volumes, cet ouvrage révèle une manière brillante de classer les écrits de Gandhi. De la lettre à un ami, au discours politique, toutes les problématiques abordées par Gandhi sont présentes: ses influences, l’économie, le politique, le social, la religion, etc. Gandhi a écrit sur tous les sujets, car il pensait que sa vie et sa pensée devaient être en harmonie. C’est cette manière de vivre et de penser que l’on retrouve dans ce recueil à travers la plume de Gandhi lui-même.
Références
Deliège, R. (1999). Gandhi. Paris: Presses Universitaires de France
Iyer, R. (1986). The moral and political writings of Mahatma Gandhi. Vol.1: Civilization, politics and religion. Oxford: Clarendon Press.
Parekh, B. (1989). Gandhi’s political philosophy : a critical examination. Londres, Basingstoke: Macmillan.