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Le braque allemand doit se sentir dominé pour bien travailler. Cela posé, c’est un chien ardent, courageux, infatigable et charmant à la maison. Son poil ras ne convient pas toujours aux biotopes trop épineux. Mais, en dépit de cet inconvénient, l’auxiliaire ne rechigne pas à l’effort. C’est un bulldozer d’autant plus efficace qu’il est taillé en athlète. On l’utilise aussi comme «chien de sang» pour remonter la piste d’un animal blessé.
Cette race a été fixée durant la deuxième partie du XIXe siècle, en Allemagne, à partir de nombreuses variétés locales de chiens d’arrêt, plutôt lourds et assez peu performants dans l’ensemble, aux robes variées: marron unicolore, noir ou marron plus ou moins truité, blanc à plaques marrons, fauve plus ou moins foncé. Une variété assez bien fixée, le braque du Württemberg, présentait même la robe de nos bleus de Gascogne: noire panachée de blanc, quatreuillée de fauve.
Sage au poste.
Que de qualités…
Pour les pionniers, il s’agissait de fixer une race nationale dont les performances se rapprocheraient de celles des chiens d’arrêt britanniques, tout en se conformant à un programme d’utilisation spécifiquement allemand: le Deutsch Kurzhaar Vorstehund devrait être parfaitement polyvalent, susceptible de chasser en plaine comme au bois le gros comme le petit gibier, de rapporter sur tous les terrains et de pister le gros gibier blessé, ainsi que de détruire les prédateurs et de défendre le cas échéant son maître contre l’agression d’un braconnier.
Pour y parvenir, de nombreux croisements ont été effectués, notamment avec des pointers, mais aussi des chiens de rouge et vraisemblablement des foxhounds. Quoi qu’il en soit, la race est très rapidement fixée car, dès les années 1900, la morphologie de certains étalons prépondérants est très proche des standards actuels, et les infusions de sang étranger semblent parfaitement assimilées.
Le faisan peut bien piéter, il ne lui échappe pas.
A la même époque, dans le premier quart du XXe siècle, afin d’améliorer la pigmentation et les performances en plaine, deux éleveurs importants – Altenau et Wach – réalisèrent une retrempe avec une femelle pointer noire unicolore du célèbre élevage de W. Arkwright, issue elle-même de sept générations de noirs unicolores. Les produits de cette retrempe furent systématiquement croisés avec les meilleurs reproducteurs Kurzhaar de l’époque.
En France, après-guerre, la race commença à se développer à l’est du pays. Tous les élevages reposaient sur des origines allemandes récentes. A la fin des années 60, une nouvelle génération de grands élevages apparaît, reposant le plus souvent sur les lignées précédentes associées à un influx de sang tchèque.
Dans les années 80, l’élevage français allait à nouveau se diversifier, notamment grâce à de nouvelles importations.
Courageux
Sur le terrain le chien se révèle courageux et ardent. Aucune difficulté ne le rebute. Il est puissant, solide, voire intrépide. On en voit mettre au ferme le sanglier le tenant volontiers aux suites. Côté arrêt, le chien est fin de nez et peut couler longtemps avant de bloquer la pièce. Il va à l’eau chercher un canard. Le rapport n’est pas toutefois sa spécialité et il peut avoir la dent dure, un défaut empoisonnant et difficile à corriger. Comme il a le poil ras, on ne passe pas des heures à le brosser. On ne voit pas toujours luire dans le regard cette étincelle de complicité et même de malice qui peut apparaître dans le regard d’un setter anglais ou d’un labrador par exemple. C’est son côté «bourrin». Il fait le job sans trop se poser de questions et on peut lui demander beaucoup. Il faut le soumettre au dressage prussien car l’élève a du caractère. Il a tendance parfois à chasser un peu (beaucoup) pour lui. J’en ai connu un sur une chasse commerciale qui, routiné, allait systématiquement visiter les cages de rappel. Il avait compris que c’était dans cette zone que ça se passait. Donc, après chaque cage, au lieu de battre le terrain, il filait à la suivante. On voyait très bien ce qui se passait dans sa tête: «Je ne vais pas m’embêter à battre une plaine vide alors que je suis certain de m’amuser là-bas.»
Son maître l’aimait beaucoup même s’il passait pas mal de temps à le rappeler, ce qui lui causait à la fin de la journée une extinction de voix. Cela posé, ce chien était infatigable, galopant de l’aube au crépuscule sans jamais tirer la langue. Il arrêtait aussi très bien, très ferme et restait sage au départ sauf s’il s’agissait d’un lièvre. Mais quel chien garde son sang-froid quand le capucin lui gicle sous les pattes?
Citons aussi ce témoignage d’un propriétaire relevé sur un forum spécialisé: «J’ai une chienne braque allemand qui a aujourd’hui 9 ans. C’est un chien qui peut tout chasser. Ma chienne mène les chevreuils, sangliers, renards, cervidés sans aller trop loin toutefois; elle me fait des arrêts impeccables sur bécasses, perdreaux, faisans et même quelquefois sur le gros gibier. Elle me rapporte à peu près tout sans avoir la dent dure (je lui ai deja fait rapporter des renards!) et elle m’a même rapporté deux marcassins. Il est dommage de ne pas profiter de la polyvalence de ces chiens qui sont dans leur pays d’origine utilisés pour: l’arrêt, le rapport à l’eau, la recherche au sang, la destruction de nuisibles et la menée sur grand gibier».
Chasse devant soi.
On le voit, le braque allemand a beaucoup d’atouts dans son jeu. Et donc il séduit. C’est une «chasse machine» qui conviendra à celui qui veut un auxiliaire très polyvalent.
Texte et photos Eric Joly