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Christophe Cerf a le privilège d'être notre représentant national dans le jury du Ballon d'Or. Le journaliste de la rubrique sportive de la RTS joue ce rôle depuis plusieurs années. Sur sa liste de cinq noms pour l'édition 2021, aucune trace du vainqueur, Lionel Messi. L'Helvète avait plébiscité Jorginho.
Christophe Cerf explique à watson son choix, son arrivée dans le jury et quel sens il donne à son rôle.
Vous n'aviez même pas inscrit Messi dans votre liste des cinq noms. On imagine que ça a été une déception pour vous de le voir gagner?
CHRISTOPHE CERF: Non pas du tout, parce que je pensais bien qu'il obtiendrait beaucoup de voix comme pratiquement à chaque fois. Sans doute qu'en Europe, on a été moins sensible à ses prestations, parce qu'il a gagné la Copa America avec l'Argentine en Amérique du Sud. Je ne l’ai pas mis dans ma liste parce que j'ai trouvé exagéré tout son cinéma autour de son départ de Barcelone cet été, les larmes, etc. Je pense que s’il avait vraiment voulu rester, il aurait pu le faire. Et sa demi-année au PSG ne m'a pas non plus convaincu de le nominer.
Contrairement à beaucoup de suiveurs du foot, la nomination de Messi ne semble pas être un scandale pour vous.
Non, je n’irai pas jusqu'à dire que c'est un scandale. Il remplit les critères d'élection: d'un point de vue individuel, il a continué à avoir des statistiques impressionnantes avec Barcelone. Au niveau collectif, il a contribué au titre de l'Argentine en Copa America. Et l'ensemble de sa carrière, on n'en parle même pas! Mais je ne pensais pas qu'il gagnerait avec autant d'avance.
C'est-à-dire?
On remarque plus facilement une personne qui a déjà gagné. C'est un peu la même chose avec le Top Scorer et son équipement distinctif en hockey sur glace. Même s'il fait un match moyen, on le voit beaucoup et on dira qu'il a bien joué. Il y a un biais d'étiquetage. Par exemple, à l'époque, avant même que la saison commence, certains pouvaient déjà inscrire Messi ou Ronaldo sur leur bulletin.
Cette année, vous avez voté pour Jorginho. Pourquoi?
Si on se fie aux critères du palmarès annuel, ce choix est évident: il a remporté la Ligue des Champions avec Chelsea et l'Euro avec l'Italie. Mais j'aime aussi son parcours: il n'est pas arrivé tout de suite au sommet, il a dû prendre plein de chemins de traverse. C'est un peu une gueule cassée, et tout à coup il arrive à gagner tout ça.
Et comme le foot est un sport collectif, ça m'a motivé à inscrire son nom. Et puis, il a presque qualifié la Suisse pour la Coupe du monde au Qatar à lui tout seul! (rires)
Comment on devient jury du Ballon d'Or?
J'ai commencé en 2013 ou 2014, je ne me souviens plus exactement. J'ai pris la succession de mon ancien collègue à la RTS Pierre-Alain Dupuis, qui a longtemps fait partie du jury. Je ne sais pas si c'est lui qui a voulu arrêter ou France Football qui a décidé de changer de représentant. Toujours est-il que j'ai été contacté par France Football, qui m'a demandé si j'étais intéressé de reprendre le vote suisse.
Je pense que France Football voulait un journaliste suisse francophone, issu d'une TV nationale car on couvre de nombreux matches internationaux. Ils ont ensuite vu mon nom, se sont sans doute renseignés sur moi et ont discuté avec des amis que nous avions en commun, dont Olivier Baudry (ndlr: ancien footballeur de Super League au Lausanne-Sport et Delémont, notamment, décédé en octobre 2017 d'un cancer).
Olivier Baudry a-t-il joué le rôle de relais?
Oui, c'était mon pote. J'ai rencontré les gens de France Football avec lui, on était allé manger tous ensemble. On allait voir beaucoup de matches avec Olivier. Durant sa chimiothérapie en France, il regardait la Ligue des champions sur la RTS et m'écrivait quand je commentais. On débattait souvent ensemble sur le foot. Alors je me dis que si je continue à voter pour le Ballon d'Or, c'est aussi en sa mémoire.
Vous souhaitez donc continuer à occuper ce rôle longtemps.
J'ai du plaisir, mais je n'en tire pas de gloire. Je ne me battrai pas comme un acharné pour garder cette place jusqu'à la fin de mes jours. (rires) Pour moi, c'est vraiment un jeu, comme l'est le foot. J'espère justement que les critères de choix resteront larges, parce que si on les resserre, il y aura moins de discussions de café du commerce, et on risque de s'ennuyer.
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