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DE L'ASTROLOGIE, DE DIVERSES SCIENCES ET DES ARTS.
Ni Philippe Mélanchton, ni aucun homme vivant, ne me fera croire que l'astrologie est une science certaine et un art ; tout ce qui a trait à l'astrologie est opposé à la philosophie. Je me suis souvent entretenu avec Mélanchton (1), et je lui ai raconté la suite et l'histoire de imite ma vie , et comment j'avais agi. Je suis le fils d'un fermier ; mon père , mon grand-père et mon bisaïeul
1 Mélanchton ajoutait foi aux rêves, aux prodiges, à l'astrologie. Il calculait l'horoscope de sa fille, et un horrible aspect de Mars le faisait trembler pour elle. De tristes conjonctions des astres et la flamme d'une comète extrêmement septentrionale ne l'effrayaient pas moins. Il se consolait de la lenteur des conférences d'Augsbourg , parce que, vers l'automne, les astres devaient être plus propices aux disputes ecclésiastiques. Il avance sérieusement que la ruine de la papauté est prochaine, est démontrée, car il est né, près d'Augsbourg, un enfant à deux têtes : le Tibre est débordé ; une mule a mis bas un petit avec un pied de grue ; un arc-en-ciel, que Mélanchton avait vu, la nuit, de la maison d'un de ses amis, ne présageait-il pas clairement un mouvement populaire
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étaient fermiers, mais mon père abandonna sa ferme et alla vers Mansfield, et là il se fit mineur dans les mines d'argent, et je fus ne et élevé à Eisleben, à un mille de là. Mais il n'était pas écrit dans les planètes que je deviendrais bachelier, licencié ès arts, docteur, moine, etc. N'ai-je pas fait une chose fort honteuse lorsque j'ai renoncé à ma barbe noire et lorsque je suis devenu un sale moine? cela vexa beaucoup mon père et lui causa de vifs chagrins; néanmoins j'en vins aux coups avec le pape et il se battit avec moi. Je. pris une femme, qui avait été religieuse et qui s'était enfuie de son couvent; j'ai eu d'elle plusieurs enfants: maintenant, je le demande, qui avait vu toutes ces chose dans les étoiles? qui m'avait annoncé d'avance qu'il m'en armerait autant ? Un astrologue ou un faiseur d'horoscopes peut se comparer à quelqu'un qui vend des dés et qui dit : « Tenez, voyez , j'ai des dés qui amènent douze à tous les coups. » Il en est de même de nos astrologues; si une ou deux fois leurs conjectures et leurs prévisions tombent juste et se réalisent, ils ne peuvent assez vanter et exalter leur art, mais dans les cas si nombreux où ils se sont trompés, ils gardent le silence et ne souillent mot. J'accueille volontiers l'astronomie ; elle me plaît à cause des avantages multipliés qu'elle donne.
Le 8 décembre 1538, un gentilhomme, le seigneur de Minckwitz, fit un discours public en l'honneur de l'astrologie, où il tâcha de montrer que le passage de Jérémie : « Ne redoutez pas les signes du ciel », ne s'appliquait pas à l'astrologie, mais aux images des gentils. Le docteur Luther dit : «On peut chicaner sur semblables passages, mais non les combattre. Le prophète parle là, ainsi que Moïse, de tous les signes du ciel, de la terre, de la mer ; les gentils n'étaient pas assez stupides pour craindre le soleil et la lune, mais ils ont craint et adoré les prodiges et les merveilles. L'astrologie n'est pas un art : elle n'a nul principe, nulle démonstration; elle ne juge qu'au hasard et d'après l'événement, disant : «Cela est arrivé une fois, donc cela arrive toujours.» Philippe Mélanchton y est fort adonné, mais il n'a jamais pu me
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persuader, et il avoue d'ailleurs la vanité de cet art en disant : « Il y a bien là une science, mais personne ne la possède. » Elle n'a ni principe ni expérience, à moins que l'on ne veuille appeler expérience un événement accompli.
L'astronomie est la plus ancienne de toutes les sciences, et elle a amené avec elle des connaissances étendues. Elle était très-familière aux anciens, et spécialement aux Hébreux. Il observèrent tous avec la plus grande attention le cours du ciel ainsi que Dieu le dit à Abraham: « Lève les yeux en haut, et compte les étoiles. »
L'an 1538, le docteur Martin dit :« Cette année est vraiment une année calamiteuse à cause des grandes maladies qui ne proviennent point uniquement de causes naturelles, comme les comètes, les conjonctions et aspects des astres, la combinaison de Saturne et de Mars (1) mais qui sont aussi la suite des grands et innombrables péchés des hommes.
1 L'idée d'attribuer les maladies épidémiques à l'influence des astres ne rencontrait pas de contradicteurs au commencement du quinzième siècle. C'est ainsi qu'écrivant sur une maladie jusqu'alors inconnue, et qu'on désigne clairement du moment qu'on ne la nomme pas, P. Mainard, professeur à Padoue, démontrait que la conjonction de quelques-unes des planètes en était la cause ; il calculait que le fléau aurait disparu en 1584. Voir son Liber de morbo gallico dans le Recueil d' Al. Luisinus, Aphrodisiacus, Venet., 1599, t. I, p. 336, recueil que Boerhaave a jugé digne d'une seconde édition (Lugd. Bat , 1728). Dans un écrit adressé au duc d'Este, Conrad Gilinus avançait qu'il fallait s'en prendre à Saturne et à Jupiter (Ibid., I, 296). Hork de Brackenau, dans son traité De mentagra (1502, 1501, 1514, Luis., I, 268 ; Cruner, Aphrodis. (Jena, 1789, p. 117), disait de même . Veram causam et mugis appropriatam fuisse alignum influentiam stellarum erraticarum. Un évéque sarde, C. Torella, dédiait au célèbre César de Borgia un Tractatus cum consiliis contra pudendagram (Rom., 1497, 4° ; voir Luis., 1,461 et Astruc, De morb. gall., I, 568-574) ; c'étaient encore les étoiles qui étaient en faute : in Ariete et Piscibus tam qudam stell habentes virtutes venerandi monstra. Je termine en indiquant l'ouvrage d'un docteur de Ratisbonne, Jean Basilius : Prognosticon de comete qui an. 1500 manifeste apparuit cum remedio cujusdam morbi qui vulgo Gorra nuncupatur. Gebenni. 1501, 4°
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La chiromancie est tout a l'ait digne de réprobation (1). Les devins peuvent prédire aux impies le genre de leur mort, parce que le diable connaît les pensées et les résolutions des impies qu'il tient en sa puissance, car il est le prince de ce monde.
On parla d'un astrologue (2) qui avait récemment entrepris de prouver que c'était la terre qui se mouvait et non le ciel, le soleil et la lune, comme si quelqu'un cheminant dans une voiture, ou sur un navire, pensait que c'était lui qui restait immobile, tandis que la terre et les astres seraient en mouvement. Le docteur Luther dit : « S'il veut bouleverser toute l'astronomie, qu'il le fasse; moi, je crois à la sainte Écriture, car Josué a commandé au soleil et non à la terre de s'arrêter. »
La science de l'alchimie me plaît fort, et vraiment c'est la philosophie des anciens. Je ne l'aime pas seulement pour le profit qu'elle donne lorsqu'elle amène la fonte des métaux, les préparations, extractions, codions des substances diverses et la distillation des herbes et racines; mais je l'aime aussi à cause de l'allégorie et signification secrète, qui est d'une extrême beauté.
1 La chiromancie se fonde sur l'examen des lignes de la main. Selon Cardan, les lignes de la main et même des doigts ont rapport aux sept planètes des astrologues. Les chiromanciens se partagent sur la question de savoir si c'est la main droite ou la main gauche qui doit être consultée ; quelques-uns tranchent la difficulté en affirmant que les lignes des deux mains sont également significatives. Du temps de Luther, l'Allemagne possédait sur cette science un ouvrage alors fort renommé, exécuté à Augsbourg à la fin du quinzième siècle, die Kunst cyromantia, par le docteur Hartlieb, in-folio. Ce livre est devenu d'une extrême rareté, et les bibliophiles y mettent un prix excessif. En 1815, un exemplaire s'éleva à Londres, en vente publique, jusqu'à 125 livres sterling (près de 2,300 francs). On trouvera dans la Bibliotheca magica de Graesse (Leipzig, 1843. p. 106-108) l'indication de 49 ouvrages relatifs à la chiromancie.
2 Il doit ici être question de Copernic dont le grand ouvrage, De Revolutionibus orbium clestium libri VI, parut à Nuremberg en 1543, trois ans avant la mort de Luther.
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c'est-à-dire, touchant la résurrection des morts au dernier jour. De même que dans une fournaise le feu extrait et sépare d'une substance la portion qui est la meilleure, il fait monter aussi ce qui est la vie, l'esprit, la sève et la force ; de sorte que dans un alambic, ce qu'il y a de mieux se trouve au haut, et la matière impure, le rebut, reste au fond comme chose morte et sans valeur.
Le diable est puissant, il peut nous tromper lorsque nous dormons, lout comme quand nous veillons, et les interprétations humaines sont incertaines : il y a peu de Joseph et de Daniel. Saint Cyprien eut un songe où il vit Jésus-Christ assis et le diable qui lui tendait des filets ainsi qu'à ses saints. Philippe Mélanchton eut aussi un songe, et il le raconta en ces termes : « J'ai vu un lieu assez resserré et un vieux temple, et le docteur Luther y était assis non loin d'une fenêtre ; près de lui était un verre rempli de vin. Jouas, Pomeranus, et d'autres docteurs étaient autour de Luther; je vis entrer le pape Paul III, et allant au-devant de lui, je lui dis: «Très-saint Père, rétablis la paix dans l'Eglise. » Il me répondit d'un ton plein de colère : « Rétractez-vous, rétractez-vous, et la paix renaîtra aussitôt. » J'insistai, et je dis : «Seigneur, ni les temps, ni les circonstances n'exigent que nous nous rétractions. » Il me sembla ensuite voir défiler tous les cardinaux couverts de vêtements de deuil, et ils étaient suivis d'une foule de luthériens très-misérablement vêtus, ainsi que j'ai vu dans la Thuringe les ecclésiastiques de village. Le cardinal Campège était a côté du pape et semblait le soutenir, et il se mit à entonner un cantique de deuil, comme on le chante aux vigiles: Libera me, Domine. Alors les luthériens se mirent à chanter avec allégresse un cantique triomphal : Christus resurgent a mortuis non moritur. » Le docteur Luther loua ce songe de Philippe, et dit : « Il a le don des songes; moi je ne leur accorde rien, je ne veux avoir ni songes ni apparitions, .lai la parole de Dieu, où est plus de certitude. Il y a trois sortes de songes: les prophétiques, qui concernent l'administration salutaire; les physiques, qui laissent des impressions dont celui qui
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dort conserve la mémoire; et les diaboliques, qui sont pernicieux.
Le docteur Luther parla un jour des peintres italiens et il fit un grand éloge de leur talent : « Telle est leur habileté à imiter la nature, qu'en outre des couleurs et des formes convenables, ils savent exprimer les gestes et les sentiments des personnes qu'ils représentent, au point que l'on croirait que leurs tableaux sont des objets animés. Les Flamands imitent les Italiens; ils ont lesprit subtil et une grande facilité pour apprendre les langues des nations étrangères. Il y a un proverbe qui dit que si l'on portait un Flamand dans un sac à travers l'Italie et la France, il apprendrait tout de même la langue du pays. »
La musique est un des plus beaux et des plus glorieux dons de Dieu , et Satan en est l'ennemi déclaré; elle chasse beaucoup de tribulations et de mauvaises pensées. C'est un des meilleurs arts , les notes donnent la vie au texte ; elle expulse la mélancolie, ainsi que nous le montre l'exemple du roi Saül. Les rois et les princes devraient favoriser et encourager la musique, car les souverains sont tenus de protéger les arts libéraux et les sciences utiles, et quoique les simples particuliers aient du goût pour les arts et y prennent plaisir, ils n'ont pas les ressources nécessaires pour les faire fleurir. Nous voyons dans la Bible que les rois bons et pieux entretenaient et payaient des chanteurs.
La musique est la meilleure consolation que puisse éprouver un esprit triste et affligé ; elle rafraîchit le cur et lui rend la paix, ainsi que l'a dit Virgile : Tu calamos inflare leves, ego dicere versus. Chante les notes, moi je chanterai le texte. La musique est une demi-discipline et maîtresse d'école; elle rend les gens plus aimables et plus doux , plus modestes et plus intelligents. Les musiciens et les chanteurs bas et mauvais servent à nous faire voir et entendre quel bel art est la musique, car le blanc n'est jamais mieux connu que lorsque le noir le fait ressortir.