Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07101.jsonl.gz/1201

Warren Vaché, tp - George Kelly, ts - Bross Townsend, p - Major Holley, b - Connie Kay, dm.
Pour une belle soirée ensoleillée, Yverdon avait pris des airs de Côte d'Azur pour recevoir le Grande Parade All-Star Orchestra, venu en droite ligne de Nice pour un unique concert en terre helvétique. La cour du Château avait remplacé les arènes de Cimiez pour mettre en valeur cinq valeurs confirmées du jazz: Warren Vaché à la trompette, George Kelly au saxophone ténor, Bross Townsend au piano, Major Holley à la basse et Connie Kay à la batterie. Le départ sur "In a Mellowtone" allait donner le ton de ce concert placé totalement sous le signe de la perfection. Que faut-il retenir de pareille leçon de jazz? Le solo remarquable de George Kelly, un habitué du Nord vaudois depuis 1977, sur "Georgia" ? L'interprétation originale de Bross Townsend sur "Lush Life", un thème pourtant peu facile à maîtriser? La prestation, toute de drôlerie et de swing de Major "Mule" Holley, fredonnant de sa belle voix basse, tel son maître Slam Stewart, tout en jouant à l'archet? En fait, ce fut une soirée comme on aimerait en vivre plus souvent. Avec cinq compères s'entendant à merveille, tous aussi à l'aise les uns que les autres. Même dans des morceaux ressassés tel que "All of Me", où tous les protagonistes ont été mis en valeur. Warren Vaché, à la sonorité très mate dans la lignée de Ruby Braff, superbe de facilité au maniement de la sourdine wa-wa; George Kelly en très grande forme, avec cette sonorité originale qui n'appartient qu'à lui; Bross Townsend, accompagnateur habituel de Carrie Smith, réelle découverte pour sa quatrième apparition en Europe; Major Holley, très décontracté, accompagnateur attentif dans les ensembles et soliste ne manquant pas d'humour. Sorti du contexte du Modern Jazz Quartet, Connie Kay a prouvé qu'il était un grand swingman, doté d'un tempo irréprochable. L'échange auquel se livrèrent la basse et la batterie sur ce thème fut réellement un régal musical. En conclusion, tout fut parfait dans cette soirée qui restera vraiment un véritable plaisir. Et on se souviendra encore longtemps de ce concert superbe dû à Jazz in Yverdon.
Wild Bill Davis, orgue - Earle Warren, as - Dickie Thompson, g - Clyde Lucas, dm - Clifford Scott, vcl.
Pour cette nouvelle organisation, Jazz in Yverdon proposait le quartette de l'organiste Wild Bill Davis, épaulé par Dickie Thompson à la guitare, Clyde Lucas à la batterie et Clifford Scott au saxophone ténor. Les amateurs se faisaient donc une joie de pouvoir découvrir, pour son premier passage dans le Nord vaudois, ce musicien qui fit les beaux jours, aux côtés de Candy Johnson, du swinguant orchestre de Bill Doggett. Las! Le soliste, victime d'une chute malencontreuse suite à une baisse de pression lors du concert de la veille, ne put tenir sa partie, sa lèvre abîmée ne lui autorisant pas d'utiliser son instrument. Il fallut donc se rabattre sur une solution de rechange, afin de trouver un souffleur susceptible de prendre la place du compagnon déficient. On a alors fait appel au saxo alto Earl Warren, vivant à Genève, ancien compagnon de Count Basie et de Buck Clayton lors de ses tournées au début des années soixante. Bien qu'il se soit taillé une solide réputation en tant que musicien de pupitre ou de directeur musical, il n'est, en revanche, qu'un soliste très restreint et peu capable de prendre de longs solos intéressants. Le leader, connaissant les limites du remplaçant âgé de 72 ans, eut l'intelligence de ne le faire jouer que de manière parcimonieuse. Bien lui a pris, car on s'est très vite rendu compte des faiblesses de l'instrumentiste. Par contre, le trio nous a valu des moments extraordinaires de swing et de bonne humeur. Wild Bill Davis, à l'aise dans tous les tempos, et dans des thèmes allant de "Honeysuckle Rose", qui a mis en valeur la voix sympathique et un solo absolument superbe de Dickie Thompson, à "Jive Samba", signé Cannonball Adderley, où Clyde Lucas a démontré ses talents de batteur. Mais, ce ne furent que deux des moments d'une soirée plaisante, certes, mais qui aurait pu être encore plus réussie. Mais, ce sont les aléas des tournées. L'organisateur n'en est pas responsable et les spectateurs sont tout de même repartis avec le sentiment d'avoir passé un bon moment, même si Clifford Scott était bien présent, mais sans pouvoir démontrer ses capacités.
Babe Clark, Scott Robinson, Joey Cavaseno, Jesse Davis, Rudy Rutherford, sax - Kiane Zawadi, Bob Trowers, Frank Lacy, tb - E.V. Perry - Virgil Jones, Irvin Stokes, John Grimes, tp - Richard Wyands, p - Fred Hunter, b - Clyde Lucas, dm.
Rares sont les réunions de jazz d'où l'on sort pleinement satisfait. Il y a toujours un oui mais... quelque part. Après l'unique concert donné en Suisse par le big band d'Illinois Jacquet sur la scène du Théâtre municipal d'Yverdon, tous les avis étaient unanimes. Ce fut une réussite totale, à tous les points de vue. Formation exemplaire de 16 musiciens fort bien sélectionnés, arrangements exécutés à la perfection par des musiciens ayant un total plaisir à jouer, tout l'ensemble tournait rondement, comme aux plus beaux jours des grands orchestres, soutenus par une sonorisation remarquable. Emmené, il faut le souligner, par un chef dans une forme exceptionnelle. On a souvent eu le plaisir d'applaudir ce grand saxophoniste ténor qu'est Jean-Baptiste "Illinois" Jacquet, 65 ans, dans des concerts signés Jazz in Yverdon. Mais, rarement, avec un pareil bonheur. Son solo sur "Ghost of a Chance" valait à lui seul le déplacement, mais que dire de ses interventions dans le traditionnel "Flying Home", qu'il a joué avec la même fougue qu'à l'époque où il l'avait enregistré chez Hampton, alors qu'il n'avait que 20 ans! A l'alto, il a agréablement surpris dans son interprétation de "On the Sunny Side of the Street". Appuyés par une rythmique solide avec Richard Wyands, seigneurial au piano, Fred Hunter très efficace à la basse, et le prodigieux Clyde Lucas à la batterie, se chargeant d'un appui fabuleux pour un orchestre d'une telle envergure, d'autres solistes se sont mis en évidence: Irving Stokes, toujours aussi régulier à la trompette, son compagnon de pupitre Virgil Jones apportant une touche plus moderne, E.V. Perry, le doyen de la bande, Frank Lacy, à l'aise au trombone, Joe Cavesano, le benjamin, non dénué de talent à l'alto. Les amateurs, accourus en nombre, ont rarement connu totale fête. Car, il n'est pas facile de trouver pareille association fournissant un travail aussi élaboré. Preuve en est le sourire qu'ils affichaient à la sortie de ce concert qui restera dans toutes les mémoires.
Terry Evans, g - Grady Tate, dm.
La collaboration entre les groupements vaudois dévolus au jazz n'est pas un vain mot. On en veut pour preuve l'attrait de ce début de l'année 1987 qui s'est déplacé à Echallens pour le seul concert donné en Suisse romande par le formidable organiste Jimmy smith et son trio. Impensable! Une vedette d'une pareille stature dans cette petite cité, chef-lieu du Gros-de-Vaud. On était loin de toutes les capitales mondiales qu'il avait visitées. Le public ne s'y est pas trompé d'ailleurs et il est accouru en nombre pour ce qu'il fallait bien considérer comme un véritable événement! Le Jazz-Club de Lausanne, pour les contrats et les contacts avec la presse, le Jazz-Club d'Echallens, pour la fourniture de la superbe salle de l'aula des Trois-Sapins et l'organisation locale, Jazz in Yverdon, pour son enrichissante expérience et son appui publicitaire, ont réuni leurs efforts pour transformer cette soirée en moment inoubliable.
C'était une véritable aubaine pour les amateurs de pouvoir comparer, à quelques mois d'intervalle, deux "monstres" de l'orgue Hammond. Si Wild Bill Davis fait sonner son instrument comme un grand orchestre, Jimmy Smith, pour sa part, l'utilise comme un objet subtil et raffiné dont il en extrait toutes les possibilités. Et, Dieu sait, si elles sont nombreuses. Il était accompagné à la guitare par un nouveau venu sur la scène helvétique, Terry Evans, musicien dans la lignée des Kenny Burrell et autres Grant Green, fort à l'aise aussi bien dans ses accompagnements que lors de ses prestations en solo. De plus, ce sympathique artiste fêtait, ce soir-là, son 43e anniversaire et il était dans un état euphorique qui lui a fait donner le meilleur de lui-même. A la batterie, Grady Tate s'est affirmé comme un maître parfait à l'écoute de ses compagnons et soliste très inventif. Il s'est même mué en chanteur, très diversement apprécié il est vrai par les auditeurs, pour une agréable version de "My Funny Valentine". D'une précision rythmique impeccable, il a apporté une pulsion sans relâche tout au long de ce concert suivi par des spectateurs vraiment réceptifs. Mais, bien évidemment, le seigneur de la soirée fut celui que tout le monde attendait en le considérant comme le maître de l'orgue, Jimmy Smith. Doté d'un sens du swing prodigieux - ses versions de "Organ Grinder Swing" ou "Ain't She Sweet", entre autres merveilles - en furent une preuve éloquente. Et puis, il se double d'un personnage facétieux, animant ses interprétations par des moments de drôlerie et de bonne humeur, entrecoupés d'interventions vocales dont on ne l'imaginait pas capable. Sa longue version de "It's All Right With Me" fut un des grands moments de cette rencontre où le leader était dans une forme prodigieuse. Selon ses dires, ce concert fut le meilleur de toute la tournée européenne que le trio venait d'accomplir. On ne peut que partager son opinion, tant les trois musiciens étaient réellement en état de grâce ce soir-là.