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06.10.2022 | Beate Kittl | News WSL
La récolte de truffes diminue en Suisse et dans le sud de l'Allemagne. C'est ce que montre un programme de surveillance dirigé par l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL. L'augmentation des étés extrêmement chauds et secs est la meilleure explication de ce déclin. Le problème n'est pas seulement culinaire, mais aussi écologique.
Depuis 2011, le WSL dirige un programme de surveillance de la truffe de Bourgogne, un champignon comestible commun et apprécié en Europe. Des bénévoles et des scientifiques possédant des chiens truffiers récoltent toutes les trois semaines les fructifications sur des placettes témoins en Suisse et dans le sud de l'Allemagne. Ils les pèsent, les mesurent, les décrivent et en envoient un fragment au WSL pour des analyses génétiques. La croissance des arbres et les données climatiques sont également relevées sur le site.
À l'aide de modèles statistiques, l’écologue Brian Steidinger de l'Université de Constance et du WSL a analysé toutes ces informations en les combinant avec des données climatiques. Il a ainsi constaté une nette diminution de la quantité de truffes lors des années sèches et chaudes. «Nos résultats montrent que la truffe de Bourgogne est menacée par une tendance alarmante à l'augmentation de la sécheresse estivale en Europe», explique le chercheur. Les résultats ont été publiés dans la revue Global Change Biology.
Une température estivale moyenne supérieure d'un degré réduit la production de près d'un quart (22%), voire jusqu'à 70% sur certains sites. Avec trois degrés de chaleur en plus, aucune truffe n'a été trouvée. «La tendance à la baisse des dernières années a toutefois été interrompue par l'été exceptionnellement frais et humide de 2014, au cours duquel de nombreuses fructifications se sont formées», explique Martina Peter, responsable du groupe de recherche Génétique écologique du WSL. Par conséquent, les filaments souterrains du champignon, appelés mycélium, devraient encore être présents, mais la fructification est compromise.
Les scientifiques ont été surpris par ce résultat: les truffes de Bourgogne sont en effet également répandues dans des régions très sèches, par exemple en Espagne, et donc considérées comme peu exigeantes. Mais apparemment, les variants d'Europe centrale ne tolèrent pas les mêmes températures élevées que ceux du sud. «Cela indique que les truffes formeraient de nombreuses petites populations adaptées localement et qu'elles ne supporteraient pas toute la gamme des températures dans leur aire de répartition», explique la chercheuse. La raison en est probablement que les truffes sont plus susceptibles d'échanger génétiquement dans un espace restreint, comme Martina Peter l'a découvert lors d'études à ce sujet. «De ce fait, les variants génétiques plus méridionaux, désormais avantageux en raison du changement climatique, n'arrivent probablement pas assez vite ici.»
Comme les conditions météorologiques extrêmes augmenteront probablement encore, les chasseurs de truffes suisses et allemands pourraient de plus en plus souvent rentrer bredouilles: «Si aucune fructification n'est produite, certaines populations de truffes pourraient s'éteindre», explique Martina Peter. Une solution possible serait d'identifier des variétés de truffes résistantes à la sécheresse et de les introduire à proximité d'arbres dans nos contrées. «Il faut évaluer soigneusement si cette approche se justifie sur le plan financier et écologique ou si elle fait plus de mal que de bien», commente Martina Peter.
À long terme, la diminution des fructifications est un problème pour le champignon, car ce sont elles qui produisent des spores et assurent ainsi sa reproduction sexuée. Or, c'est cette reproduction qui permet le brassage du patrimoine génétique. Les spores qui apportent de nouveaux variants génétiques augmentent la diversité génétique, ce qui pourrait faciliter l'adaptation à de nouvelles conditions environnementales. «Nos résultats indiquent que ces truffes feront face aux défis du changement climatique avec moins de flexibilité que prévu», conclut Brian Steidinger. Les truffes sont des champignons symbiotiques qui fournissent des nutriments et de l'eau essentiels à leurs arbres hôtes. Ces nouvelles découvertes sont donc également importantes pour les écosystèmes forestiers face au changement climatique.
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