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02/07/2010
FOOT ET ORPHELINS
UBUNTU : je suis parce que tu es !
J'insère dans mon blog Katutura ce document écrit déjà en septembre 2005 suite à mes nombreux contacts avec l'Afrique du Sud. Rita est ma consoeur et j'ai été avec elle à Mogwase, là d'où vient ce qui suit et qui est autenthique. J'ai un peu retravaillé et l'ai abbrégé.
« Rita, se rend régulièrement d'un village rural à l'autre dans la province du Nord (région de Rustenberg) . Elle y visite régulièrement les écoles, les élèves, les enseignants/tes et enseignantes. Elle écoute les uns et les autres, elle évaluer avec le corps enseignant, les succès, les échecs, et elle fait une liste des besoins à satisfaire pour encourager "l'envie d'apprendre" des enfants, et "l'envie d'enseigner" des maîtres et maîtresses avec qui elle a tissé des relations d'engagement mutuel .
Or voici qu'à "Mogwase", une classe n’a plus sa maîtresse, les élèves ont été répartis dans d’autres classes. Mais où donc est Lena ? Rita la trouve chez elle, dans sa minuscule maison/hutte abritant sa nombreuse famille avec, en plus, une vingtaine d'enfants orphelins sidéens qu'elle a ramassé comme on ramasse des "ordures vivantes" dans les égouts des townships ! Ces petits ont de un à cinq ans. Les parents sont morts du SIDA. Les mères, n'ayant pas eu accès aux médicaments antirétroviraux durant l'allaitement ont transmis le germe de mort à leurs bébés avant de mourir elles-mêmes. Des milliers d'orphelins sidéens dans les zones rurales et urbaines. Combien "périssent" dans le désert de l'indifférence coupable des autorités « dépassées » par la pandémie ou pire, ayant d'autres priorités!
Rita trouve Lena dans sa maison. Elle et ses enfants en bonne santé, ils s'occupent des orphelins que leur cœur, immense, gonflé de bonté pratique, a recueillis, sans compter avec les charges à venir.
Rita contemple ces petits, comme des fleurs desséchées sous un soleil de feu ! Lena, excellente éducatrice, a abandonné son travail, donc son salaire, pour rendre aux orphelins des lambeaux de dignité dans ce couloir de la mort. Combien naissent pour mourir ?
Voici ce que fait Lena (il y a des année en Afrique du Sud que nous avons étudié l’approche holistique) et Lena connaît :
· Le corps d'abord : Chaque jour, du porridge sucré arrosé d'un peu de lait quand il y en a, un peu d'eau potable, bouillie, un peu de bouillie de fruits quand il y en a… il faut si peu pour nourrir un enfant qui, comme vous et moi, n'a jamais demandé de naître, encore moins de mourir affamé et assoiffé de justice. Chaque jour, chacun est lavé, quasi dépoussiéré, et quand c'est possible, mais quel luxe, les plaies au petit corps sont pommadées ! Une natte propre à même le sol en terre battue, quel confort, pour "gémir, dormir, s’éteidre". Lena a la noble tâche de nettoyer les petits culs souillés de pipi-caca de toutes couleurs et consistances ? Les pampers ? Vvous voulez rire ? Le papier de toilette, quelle rareté ! Plutôt des pattes, des morceaux de vieux journaux qu'on récolte au hasard des poubelles. Et des feuilles d'arbres qui sont rares au township !
· Le cœur ensuite : Que serions-nous sans émotion ? Un soldat de plomb ? Un fonctionnaire au service d'un système quelconque ? Un administrateur qui compte ses sous ? Les enfants, eux, ont un cœur comme vous, comme moi, pour souffrir, pour jouir ! Léna partage son cœur avec les orphelins sidéens : elle - et ses enfants en bonne santé – ils caressent les petits avec tendresse, respect, un bisou, un petit "guilli guilli" et l'enfant rit, ô miracle d'humanité ! En les nourrissant, en les lavant, en les soignant, on sourit, on se regarde, même, dans un fragment de miroir. On oublie qu'on a mal, vous vous rendez compte ?
· L'intelligence, l'âme et l'esprit : Lena et ses collaborateurs parlent aux orphelins de tous âges. Ils les écoutent alors que, de leurs premiers râlements, naît un mot, une parole, un appel: "maman" ! On parle, on raconte des petites histoires, on chante comme seule, l'âme africaine chanter, ondule comme un roseau au rythme d'un mini tambour. On apprend la VIE. On VIT. Il arrive aussi que les orphelins chantenent et Jean Sébastien Bach y retrouverait l'inspiration de la Passion selon Saint Jean : la Passion selon les orphelins du Sida ! Et les grands yeux de nuits des petits condamnés à mort brillent des feux d'un soleil qui a sa source en la Vie Incréée ! Les plus grands – à trois, quatre, cinq ans, on est adulte, voyez-vous – à six ans, quand on y arrive, on est un vieillard moribond. Mais Lena fait l'école. Avec des petits cailloux on apprend à mesurer la distance, à faire un chemin pour les fourmis, à compter, à jeter en l'air, à voir retomber… et les petits, car on a trouvé des crayons de couleurs et des bouts de papiers, dessinent ! Picasso disparaît dans l'ombre des génies sidéens, oui, il y a les parfums, les odeurs de la vie et de la mort dans ces dessins ! Oui les mini crayons et les bouts de papiers, quels trésors. Et qu'en est-il de l'âme ? De l'esprit ? L'âme et l'esprit, selon moi, c'est la brise, le vent, la tornade qui tour à tour souffle, rugit, emportant vers l'autre rive, là d'où ils viennent, ces enfants victimes de l'Amour vécu dans des systèmes de mort ! Dans un monde étranger à la Vie. Dans des systèmes qui, au nom d'une morale de mort, tuent, en interdisant les préservatifs aux géniteurs ! Rita voit tout ça, elle le partage avec moi, et continue sa route au cœur des masses rurales.
· Quelques six semaines plus tard, Rita, visite à nouveau les écoles du village même township (rural) et se rend tout droit chez Lena. Ces petits orphelins sidéens qu'elle avait rencontrés, il y a trois ou quatre semaines ressemblaient maintenant à autant de fleurs flétries qu'on avait arrosées et qui fleurissaient, comme refleurit le désert après la plus fine rosée. Des fleurs fraîches, belles, le scintillement d’une timide étoile dans la nuit de leurs yeux immenses de questionnement, de béatitude ! Ou d’exigence de Vérité ! Oh ! il en manquait à l'appel, combien d’orphelins s'étaient envolés, retrouver leurs parents et leur créateur. Ils étaient morts vivant, ils étaient morts dans une dignité retrouvée. Grâce à Lena. Ils avaient aussitôt été remplacés par d'autres moribonds! Nos frères. "Tout enfant est le mien". Tous!
· L'approche de Lena, cette grande femme du peuple est, pour employer un terme technique, holistique, c'est-à-dire que la personne tout entière est prise en compte! Ainsi que son environnement. Cette approche-là, la civilisation occidentale l'a souvent "divisée" en compartiments étanches. Une aberration !
· C'est alors que Rita m'a raconté ces faits. Lena, en quittant son travail, a perdu son salaire. L’argent soigneusement mis de côté, diminuait. Les « villageois », les plus pauvres toujours, l'aidaient ce qu'ils pouvaient en partageant leur nécessaire. Des dizaines d'ONG existent pour les enfants sidéens dans les zones urbaines, alors que les zones rurales sont souvent ignorées. Rita a interpellé les autorités de tout bord. En attendant, j’ai sollicité les Jurassiens et « Solidarité Jura Delémont et environs » ont fait, petitement, ce qu’ils ont pu et ce qu’ils peuvent. Lena reçoit environ mille francs par an. Mais ces petits coups de main restent une multiplication de petites actions. Nous n’avons pas l’intention d’en faire une organisation ni un mouvement, ni un projet type ONG ! Ce que nous faisons systématiquement, c’est interpeller les responsables et les autorités du sud Afrique et d’ici. Jusqu’au G20 qu’on pourrait inviter à Mogwase pour trois jours dans la hutte de Lena.
· Ce soir, je prie que les journalistes qui ont la chance d’être en Afrique du Sud pour la Coupe mondiale de bien vouloir « s’égarer à quelques kilomètres, quelques centaines de kilomètres » d’aller jusqu’à Mogwase, à Langa et Guguleto (Cape) à Alexandra, à Botshabelo, à Kliptown, sans camera, sans rien qu’eux-mêmes. Qu’ils prennent le temps de saluer, de main à main, de demander un peu d’eau, d’être simplement des humains parmi des humains. Qu’ils disent ce mot : UBUNTU : je suis parce que tu es ! Et se laissent séduire. Ils reviendront enrichis de l'amitié des petits. La Vraie!