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Comment aurais-je pu savoir que, dans six semaines, la future "femme-enfant" que j'étais allait vivre là, errant à travers ces pièces peu familières, non pas encore maîtresse de maison, parce qu'il était toujours marié à une femme qui était rentrée en Amérique avec son fils ? J'allais vivre là, passant de chambre en chambre, un peu perdue et dépassée, curieuse de la vie et de l'amour que ces lieux avaient connus avant ma venue. (p. 163)
|A Londres, en 1971 - source : independant.ie|
De son enfance dans la campagne irlandaise à son apprentissage de pharmacienne à Dublin, de sa rencontre avec son mari (l'écrivain Ernest Gléber), leur fuite loin de sa famille qu'elle a déshonorée en tombant enceinte avant d'être mariée, de ses débuts d'écrivain jugée scandaleuse car parlant librement d'amour et de sexe, de son succès et la jalousie progressive de son mari, leur divorce et la lutte pour obtenir la garde ses deux fils, ses amitiés et fêtes durant le Swinging London, la construction de sa maison dans le Donegal, ses cours de professeur invitée dans des universités américaines, sa facilité à écrire mais parfois aussi les difficultés, c'est tout cela que nous livre Edna O'Brien dans son autobiographie publiée en 2012, à l'âge de 82 ans.
Je lis assez peu d'autobiographies, mais celle-ci m'a enchantée la plupart du temps. En l’occurrence les (longues) pages sur ses fêtes et amitiés célèbres (acteurs, réalisateurs, chanteurs, etc.) m'ont franchement vite ennuyée - cela ne m'intéresse pas vraiment.
Par contre, il y a des pages magnifiques sur sa relation à sa mère, ses fils, son ex-mari, et par-dessus tout son pays duquel elle est partie en 1954 mais qui lui est toujours resté chevillé au corps. Une relation complexe car elle y était traitée de "dépravée", "fille (trop) libre", sans moral. Un pays qu'elle n'a pourtant jamais complètement quitté, y retournant régulièrement, y construisant même une maison (chapitre épique, bonjour les difficultés !).
Je savais que ses romans avaient fait scandale mais j'ignorais qu'elle avait été autant traînée dans la boue, ni la façon dont elle a fui avec son mari, ni son combat pour la garde de ses fils.
Pas plus que je ne savais qu'elle avait aussi écrit de la poésie, des pièces de théâtre (notamment une sur Virginia Woolf) et des essais (Byron, Joyce)
Je n'ai lu qu'un seul de ses romans, il y a des années de cela. A vrai dire, je ne me souviens même plus du titre, seulement que c'était l'histoire d'une fille qui est violée par son père, tombe enceinte mais ne peut pas avorter. Un roman très prenant, pour ne pas dire angoissant quand on s'imagine deux minutes à la place du personnage, prisonnière de son état. Je ne me souviens plus de la fin mais cela m'étonnerais beaucoup qu'il finisse bien (on parle de littérature irlandaise, quand même !).
A recommander si vous aimez les autobiographies. Style enlevé et volubile.
(éd. Le livre de poche, traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, 463 pp., 2013)