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Nanga Parbat, 1934
Par Marcel Kurz.
J' ai raconté ici même ( novembre 1934 ) le désastre subi par l' expédition allemande au Nanga Parbat. Mon récit était basé sur les dépêches publiées dans le Statesman ( Calcutta ) et sur certains rapports recueillis personnellement. Il correspond assez bien à la réalité et je n' ai pas grand' chose à y changer.
Néanmoins et comme j' ai pu m' en rendre compte, certains passages de ce récit ont été mal interprétés en Allemagne et ailleurs. Peut-être aussi ai-je manqué de précision. Deux phrases surtout ont été incriminées par Fritz Bechtold dans l' Himalayan Journal ( volume VII, paru en mai 1935 ).
La première concerne la retraite du 8 juillet:.. .«chacun ne songe qu' à fuir et à sauver sa vie. » Ce mot fuir a beaucoup choqué les-Allemands et je le regrette sincèrement. Il prête à un malheureux équivoque auquel je n' avais même pas songé. Sachant à qui j' avais à faire, la moindre idée de lâcheté n' effleura même pas mon esprit. En employant ce mot fuir, j' ai simplement voulu exprimer une idée plus forte de célérité dans la retraite. S' il avait été employé dans un sens péjoratif, mon ami Erwin Schneider eût été le premier lésé puisqu' il conduisait la retraite. Or, je n' ai jamais eu la moindre intention de lui faire un tel reproche. Il le sait fort bien. Nous en avons parlé de vive voix depuis et cette phrase, peut-être malheureuse, n' a pas altéré le moins du monde notre amitié qui date de notre lutte commune pour le « Kantsch ».
L' autre phrase incriminée par Bechtold est celle qui concerne le temps du 6 juillet 1934. Ce jour-là, Bechtold dut redescendre du camp VII au camp IV avec deux coolies malades. Il avoue qu' entre les camps V et IV il fut pris par la tempête, mais il paraît qu' au camp VII, le temps était magnifique, ce que prouvent du reste les photos où l'on voit la « mer de brouillard » installée à 6800 m. environ.
Or, j' ai dit que ce même jour, du haut du Chachor La, « le temps semblait désespéré ». Comment concilier deux opinions si différentes? les « sinistres paquets de nuages lisses et noirs » ne sont pas le fruit de mon imagination, mais il est probable que j' ai été trompé par la distance et que, au lieu de s' écraser sur le Nanga lui-même, comme je l' ai cru et écrit, ces nuages qui cachaient le Nanga à ma vue, s' écrasaient en réalité sur les sommets intermédiaires. Au delà de ces sinistres nuages le temps local du Nanga Parbat pouvait être beau encore, mais l' aspect général ne laissait aucun doute sur la tempête prochaine 1).1 ) On trouvera le récit officiel de l' expédition dans le livre intitulé: Deutsche am Nanga Parbat, par Fritz Bechtold. Munich 1935. 148 pages richement illustrées de 120 photographies. Cet ouvrage est bon marché et connaît un véritable succès de librairie.
Une partie de la nouvelle carte de Finsterwalder a paru comme épreuve préliminaire en noir dans l' Himalayan Journal ( volume VII ). Echelle: 1: 50,000. Equidistance: 50 m. Pour la première fois depuis la création du monde, le Nanga se trouve topographié exactement et ceci par stéréophotogrammétrie. Il cote maintenant 8125 m. Le Silversaddle n' a que 7451 m ., et non 7600 comme on l' avait supposé. Le point extrême atteint par la caravane autrichienne le 6 juillet 1934, cote 7700 m. environ, au pied nord de l' anticime qui accuse elle-même 7910 m. Ce point extrême se trouve encore à une distance de 1600 m. du point culminant. Il est donc peu probable que les Autrichiens auraient pu atteindre le sommet et rentrer le même soir au camp VIII. Pour être utile, ce camp VIII devra être installé là où les Autrichiens se sont arrêtés. Par contre, ils auraient eu tout le temps de gravir le sommet nord ( 7816 m .) ou l' un des sommets est.
Cette feuille partielle et préliminaire est bien faite pour nous mettre l' eau à la bouche et nous attendons impatiemment la carte définitive en couleurs qui accompagnera l' ouvrage scientifique de l' expédition allemande x ).
1 ) Cet ouvrage vient de paraître sous le titre: Forschung am Nanga Parbat; Deutsche Himalaya-Expedition 1934, von Richard Finsterwalder, Walter Raechl f, Peter Misch, Fritz Bechtold, Sonderveröffentlichung der Geographischen Gesellschaft zu Hannover, 1935.
Comme annexe, on trouve la feuille partielle dont nous venons de parler, mais en couleurs ( bleu et noir ). La carte générale ne paraîtra que plus tard. Cette feuille partielle fait une excellente impression... sauf le dessin des rochers, malheureuse combinaison de courbes et de hâchures qui gâte un peu la carte.
On ne comprend pas que le D. Ö.A.V. qui avait sous la main un spécialiste tel qu' Ägerter n' en ait pas profité pour parfaire une œuvre presque parfaite. Au point de vue de l' exactitude, le Nanga Parbat est maintenant la montagne la mieux topographiée de tout l' Himalaya. Il est même vexant de songer que cette montagne encore vierge est mieux topographiée que les plus grands monarques de nos Alpes, tels que le Mont Blanc et le Mont Rosei Presque en même temps m' est parvenue la nouvelle feuille Gilgit ( 43 I ) de la carte officielle au 1/4 de pouce ( 1: 253,440 !) qui semble être sortie de presse à la fin de 1934, car elle porte encore ce millésime. Elle constitue un grand progrès sur la première édition de 1923 ( levés de 1912 ) et sera fort utile pour compléter la carte Finsterwalder. Elle est traversée par la route des Pamirs dès le versant nord des cols Kamri et Burzil jusqu' au delà de Gilgit et comprend tout le massif du Nanga Parbat et le Chilas. La topographie est beaucoup plus détaillée et plus claire que sur l' édition précédente. La nomenclature s' est sensiblement enrichie et comporte même quelques heureuses innovations.