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Depuis le mois de mai, Bernard Rappaz ne se nourrit plus. Ce cultivateur suisse, condamné à cinq ans et huit mois de prison pour violation grave de la loi sur les stupéfiants, est en grève de la faim pour protester contre son jugement. Militant pour la dépénalisation du cannabis, il a cultivé et vendu du chanvre pendant des années.
Il est arrêté une première fois en 1996 pour avoir fabriqué une tisane au chanvre. Depuis, son combat pour dépénaliser le cannabis n'en finit plus de le mener devant les tribunaux.
En mars 2010, après quinze années ponctuées de grèves de la faim et d'incarcérations, Bernard Rappaz est emprisonné. Il entame une nouvelle grève de la faim qui entraîne, au bout de 40 jours, une suspension de peine. Quinze jours plus tard, au mois de mai, il retourne en prison et reprend son jeûne.
Il réclame une révision de son procès puis une interruption de peine qui lui sont refusées. Au mois d'août, son état de santé étant de plus en plus critique, il est transféré à l'hôpital de l'Ile à Berne. Puis, en octobre dans l'aile pénitentiaire des Hôpitaux universitaires de Genève.
Les hôpitaux suisses refusent de nourrir Rappaz de force
Son cas divise le pays : la Suisse va-t-elle laisser mourir Bernard Rappaz ? La justice, refusant de céder, a imposé à l'hôpital de le nourrir, mais les juges et les médecins sont en désaccord sur l'alimentation forcée.
Les hôpitaux universitaires de Genève, qui risquent une amende de 10 000 francs suisses, ont lancé un recours au Tribunal fédéral pour réaffirmer leur refus de nourrir Bernard Rappaz de force. (Voir la vidéo d'un débat consacré à Bernard Rappaz sur la TSR)
Contacté par Rue89, Aba Neeman, son avocat, avoue que son client est aujourd'hui dans une impasse. Bernard Rappaz a fait une ultime proposition : il s'est dit prêt à cesser sa grève de la faim s'il obtient une interruption de peine de six mois.
Son avocat s'apprête donc à déposer une troisième requête allant dans ce sens auprès du département valaisan de la justice. L'état physique du chanvrier l'inquiète :
« Le dernier certificat médical établi le 16 novembre révèle 45 battements cardiaques par minute. C'est faible. Il est en train de perdre la vue et ne pèse plus que 58 kilos. Mais il est déterminé à continuer si sa peine n'est pas interrompue, il la juge excessive.
Bernard Rappaz est en danger depuis un mois et demi. Il dit faire confiance à son corps mais il est faible. Il boit de l'eau et son urine. »
Un jugement plus clément dans un autre canton ?
Selon lui, le fait que le jugement ait été prononcé dans le canton du Valais a aggravé son cas :
« Bernard Rappaz est effectivement très mal perçu dans le Valais. Le chanvre est considéré quasiment comme une drogue dure ici. A Zurich et en Suisse Romande, c'est différent. S'il avait été jugé là-bas, il aurait eu une peine moins importante, je pense.
Il ne faut pas non plus oublier qu'à l'époque des faits, on discutait beaucoup de la libéralisation du chanvre en Suisse. Le contexte n'est pas le même. »
Sa dernière chance lui a été refusée le 19 novembre. Le Grand Conseil valaisan a refusé de le gracier par 113 voix contre 14. La demande peut être renouvelée une fois pas an. Pas sûr qu'il sera toujours en vie, protestent ses proches.
Photo : Bernard Rappaz dans sa ferme en juillet 2010 (Denis Balibouse/Reuters)