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Les inondations dévastatrices au Pakistan ne sont qu'un exemple parmi d'autres : les effets du réchauffement climatique sont chaque année plus marqués et visibles. Les pays les plus pauvres et les groupes de population les plus vulnérables sont souvent les plus durement touchés. Ils peinent à s'adapter aux changements climatiques, tant pour protéger leurs côtes des tempêtes et des inondations que pour adapter leur agriculture aux vagues de chaleur et à la sécheresse. Dans le même temps, limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C exige la neutralité climatique dans tous les pays. Quelle que soit la manière de voir les choses, le changement climatique reste un défi mondial.
Le Nord mondial n'est pas seulement responsable de la crise climatique, il dispose aussi de la plupart des ressources financières, aussi bien pour la lutte contre le changement climatique (atténuation ou « mitigation ») que pour l'adaptation à ce dernier. Dès 2010, la communauté internationale a décidé que les pays industrialisés devaient mettre à la disposition des pays en développement et émergents 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, afin que ces pays puissent financer le développement de leur société « zéro net » et l'adaptation nécessaire aux changements climatiques. Selon la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il doit s'agir de ressources financières nouvelles et additionnelles. Mais la volonté politique n'a pas suffi pour répartir de façon contraignante la facture entre les États responsables. Que l'objectif global n'ait pas été atteint en 2020 n’a donc rien de surprenant. D’après l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un montant de 83,3 milliards de dollars a été collecté — calculé de manière optimiste avec les chiffres officiels des États donateurs ; 71% des fonds n'ont cependant été qu'empruntés et devront être remboursés. Cet état de fait contribue à l'endettement des nations bénéficiaires.
Eu égard au principe du consommateur-payeur et à notre prospérité, le Conseil fédéral calcule que la Suisse doit contribuer entre 450 et 600 millions de dollars à l'objectif de financement planétaire. Il est en fait loin du compte. Compte tenu des émissions de la Suisse à l'étranger, la part équitable serait de 1 milliard . Le Conseil fédéral indique aussi d'où devrait provenir la majeure partie des fonds : du budget établi de la coopération internationale. Au fil des années, ce dernier n'a pas plus gonflé que le budget général de la Confédération. C'est de l'argent qui doit en parallèle servir à remplir les objectifs internationaux en matière d'aide publique au développement (alors que la Suisse n’est pas en bonne voie sur ce plan). Bref, notre pays fait figurer les montants deux fois et ne les paie qu’une fois.
Dans cette logique, la Suisse commence à mettre de plus en plus l'accent sur le climat dans sa coopération au développement et impute toujours davantage de projets au financement climatique. C'est ce qui explique le doublement de la contribution de la Suisse aux projets climatiques bilatéraux de 2011 à 2020. Responsables de ces derniers, la Direction du développement et de la coopération (DDC) et le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) ont certes le droit de prendre davantage en compte le changement climatique dans leurs projets. Mais comment savoir si tous les projets sont réellement conçus de manière à tenir compte du climat ou s’ils sont classés comme tels après coup. Ils sont quoi qu’il en soit comptabilisés deux fois avec la coopération au développement.
Une deuxième raison du boom du financement climatique déclaré réside dans les contributions de la Suisse à des institutions multilatérales tel le Fonds vert pour le climat (FVC) et à des institutions aux thématiques élargies comme les banques de développement. Les fonds climatiques ont été spécifiquement créés pour la mise en œuvre de la Convention sur le climat. La contribution suisse à ces fonds augmente à juste titre, mais ne représente, en 2020, qu'un tiers du financement climatique multilatéral de la Suisse. Les deux autres tiers sont investis par le biais des banques de développement, Banque mondiale en tête. Or, on y observe un phénomène similaire à celui de la coopération bilatérale au développement : toujours davantage de projets sont comptabilisés dans le financement climatique alors qu'ils figuraient déjà auparavant dans le portefeuille. Avec de nouvelles méthodes d'imputation pour les contributions multilatérales, le financement climatique helvétique prend brusquement l’ascenseur, à plusieurs reprises, au fil des ans.
Pour l'année 2020, notre pays rapporte ainsi à l'ONU une contribution de 411 millions de dollars de fonds publics pour le financement climatique, auxquels s'ajoutent 106 millions de dollars de fonds privés « mobilisés » grâce à des fonds publics (p. ex. au moyen de financements incitatifs ou de garanties pour des investissements privés à haut risque). Le Conseil fédéral ne trouve absolument rien à y redire. Les ressources nouvelles et additionnelles pour le financement climatique, qui n'ont pas été « volées » au budget du développement, ne représentent toutefois qu'une fraction, sous la forme de modestes contributions aux fonds climatiques multilatéraux — soit 68 millions de dollars. Il vaut parfois la peine de décortiquer les comptes de la Confédération.