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La mousson en Inde
Nous nous sommes penchés le 4 juillet dernier sur le phénomène de la « saison des pluies », mettant en avant en particulier son origine astronomique ainsi que la répartition des précipitations pour certaines régions d’Afrique. La mousson indienne représente un cas particulier de la saison des pluies, mettant en jeu bon nombres de phénomènes météo, allant du régime de brise à l’effet de foehn, mais à une échelle quasiment continentale.
Qu'est-ce que la mousson ?
La mousson est le nom donné en Inde et dans le sud-est asiatique à un régime de vents saisonniers, soufflant du sud vers le nord en été, et du nord vers le sud en hiver. La mousson d’été (à laquelle le terme de « mousson » fait le plus souvent référence chez nous) se caractérise essentiellement par des précipitations importantes, voire extrêmement abondantes par endroits, en particulier sur les contreforts de l’Himalaya. L’Inde est une des régions du monde où la saisonnalité des pluies est la plus marquée, 80 % des précipitations annuelles tombant en quelques semaines, voire en quelques jours. La station de Cherrapunji, située dans le nord de l’Inde, détient officiellement un double record de précipitations, celui du cumul sur une année avec 22'987 mm (litres par mètre carré) et celui du cumul sur un mois avec 9'299 mm. A titre de comparaison, le record de Suisse pour les précipitations annuelles est détenu par le Saentis avec 4'173 mm en 1922, et celui des précipitations mensuelles par Camedo au Tessin, avec 1’239 mm en avril 1986. En moyenne pluriannuelle, la station de Cherrapunji reçoit 11'430 mm, dont plus de 2’700 mm durant le seul mois de juillet.
Quelles sont les causes de la mousson ?
Fondamentalement, la mousson d’été a deux causes principales :
- Le déplacement vers le tropique du Cancer de la zone de convergence intertropicale (voir l’article sur la saison des pluies).
- La configuration particulière des terres et des océans dans cette partie du monde.
Le déplacement de la zone de convergence intertropicale (ITCZ) vers le nord de l’équateur durant les mois d’été signifie qu’une partie de l’Inde au-moins serait arrosée de toute façon chaque été, comme le sont les régions de même latitude en Afrique par exemple. Mais ce qui donne à la mousson son caractère exceptionnel réside surtout dans la topographie de cette région du monde, faite dans l’hémisphère sud d’un vaste océan pratiquement dépourvu de terre, et dans l’hémisphère nord d’une non moins vaste étendue de terre englobant toute la Russie, la Chine et l’Inde. L’inertie thermique propre aux océans fait qu’à partir du printemps l’océan indien se réchauffe bien plus lentement que les terres situées dans l’hémisphère nord. La différence de température entre ces deux régions s’accentue donc progressivement, et une vaste zone de basse pression thermique se met en place sur les terres surchauffées de l’Inde, du Pakistan, du nord de la Chine et du sud de la Russie. Cette zone de basse pression, en créant un appel d’air, « aspire » en quelque sorte la masse d’air située sur l’océan indien en direction du nord, créant une distorsion de la zone de convergence intertropicale laquelle, remontant bien plus au nord qu’elle ne le ferait sans ce phénomène, se plaque contre la chaîne himalayenne.
Le rôle du relief
Le relief particulier de l’Inde (le pays est en quelque sorte entouré de chaînes de montagnes) a un effet important sur la répartition des précipitations liées à la mousson d’été. En effet, ces chaînes de montagnes accentuent considérablement les précipitations sur la face exposée aux vents dominants, alors que le versant opposé et les régions en aval sont asséchés par effet de foehn (voir le blog consacré à l’effet de foehn). C’est particulièrement vrai pour la façade occidentale de l’Inde, bordée à l’ouest par une plaine côtière très arrosée et à l’est par le plateau semi-aride du Deccan ; ça l’est plus encore pour la chaîne himalayenne dont le versant sud détient certains records du monde de précipitations (dont celui de Cherrapunji) alors que le versant nord abrite le désert du Taklamakan, totalisant de 10 à 40 mm de pluie par année. Cette répartition des pluies de la mousson d’été a une incidence profonde sur le type de cultures pratiquées dans le pays, comme on peut le voir sur la carte ci-dessous :
Pour conclure
La mousson est – à la base – un phénomène assez régulier, commençant selon les régions entre avril et juin pour se terminer entre septembre et octobre. Elle est attendue à la fois avec impatience et anxiété par les habitants. Avec impatience car les récoltes de l’année, et donc la survie d’une bonne partie de la population, en dépendent très largement ; avec angoisse car ces précipitations abondantes autant que brutales portent avec elles leur lot de morts par noyade, glissements de terrain ou coulées de boue, d’innombrables dégâts aux bâtiments et infrastructures ainsi que le retour de maladie transmises par les insectes qui pullulent à cette période.
La mousson d’été, comme la plupart des régimes pluviométriques, est affectée par le dérèglement climatique en cours. Les effets de ces changements pourraient être dévastateurs pour l’économie indienne et sont source de sérieuses préoccupations.
Christophe Salamin