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Le 18 décembre, le parlement cantonal genevois se prononcera sur le budget de la République pour 2015. Quelques jours après que le parlement municipal se soit prononcé (ce soir ou cette nuit) sur le budget de la Commune, après les quinze heures de débat de samedi. On avouait lors du débat notre perplexité face à la vingtaine d'amendements déposés in extremis (la peur des réactions qu'ils pouvaient susciter s'ils étaient annoncés plus tôt étant médiocre conseillère) par la droite municipale, et dont, à premier examen, certains ne pouvaient être expliqués que par d'excessives libations la veille de leur dépôt (ou une solide gueule de bois au moment leur rédaction). Un examen un peu plus approfondi nous a cependant convaincu que tous ces amendements, mêmes les plus absurdes (avec une mention spéciale pour ceux pondus par le PLR) avaient une motivation commune : faire exister politiquement, et médiatiquement, ne fût-ce qu'un moment fugace, leurs auteurs... A n'importe quel prix..
On a connu à Genève toutes les formes possibles de droites : une droite réactionnaire, modèle 1815 (la droite dont le projet est de revenir à l'ordre ancien); une droite conservatrice, modèle des années trente (la droite dont le projet est de ne rien changer à l'ordre existant; une droite contre-réformiste (la droite néo-libérale, dont le projet est de substituer partout où cela est possible -et même là où cela ne l'est pas- les "lois du marché" aux règles du service public; une droite révolutionnaire, enfin (l'extrême-droite, dont le projet est d'abattre, dans une rupture violente, les institutions démocratiques pour leur substituer ses organismes corporatistes, voire tribaux). Genève étant toujours à la pointe de l'innovation politique, depuis près de 500 ans, il s'y est inventé une nouvelle forme de droite : la droite chipoteuse, à l'oeuvre dans le débat budgétaire municipal -une droite sans projet et qui, pour exister, se voue à l'exercice indigent consistant à raboter n'importe quel crédit proposé, n'importe quelle ligne budgétaire, sans examen ni de leur utilité (le projet de budget étant équilibré) ni des conséquences de leur rabotage. Ainsi de la proposition de "gel des annuités" du personnel de la fonction publique, en violation d'un statut du personnel ratifié par le Conseil Municipal, et même des annuités du personnel de la petite enfance, en violation d'une convention collective sur laquelle le Conseil Municipal n'a rien à dire puisque la Ville n'est pas l'employeur de ce personnel...
Il faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, les élus municipaux ne sont finalement que les relais des parti cantonaux, et qu'il leur fallait bien obéir aux injonctions de leurs baillis -pouvaient-ils accepter que le débat budgétaire se passe et se fasse mieux dans une municipalité de gauche que dans un canton gratifié d'un gouvernement et d'un parlement "à droite toute" ?
En Ville de Genève, les petits frères municipaux des équarrisseurs cantonaux n'ont pas même eu le souci de faire leur boulot. En commission des finances, ils ont été incapables de produire la moindre proposition d'amendement au projet de budget du Conseil Administratif, projet contre lequel ils ont voté pour la seule raison perceptible qu'il émanait d'un Conseil administratif de gauche. Sans doute fallait-il bien, pour que la droite municipale fasse montre de son existence politique, qu'elle fasse des propositions d'amendements. N'importe quelles propositions, mais des propositions. Incapable de les faire en commission et d'assumer ensuite le débat public qu'elles provoqueraient, échaudée par la mobilisation qu'avait provoqué l'année dernière, dans la rue et dans les media, l'exercice d’équarrissage budgétaire auquel elle s'était livrée en commission et que cette mobilisation avait réduit à néant, elle a choisi de transformer le débat en plénière réunissant les 80 conseillers municipaux, en substitut d'une séance de commission de quinze membres. "Cela dénote d'une conception du fonctionnement démocratique assez singulière (...) dans laquelle la contradiction semble avoir peu de place", commente la "Tribune de Genève". Et où le débat politique est réduit à quelques gesticulations dont la seule fonction semble être de rappeler l'existence d'une droite municipale à son propre électorat.
Le projet de budget de la Ville de Genève présenté par le Conseil administratif est équilibré (il dégage même un excédent symbolique de recettes sur les dépenses). Aucun poste de travail n'est supprimé (il finance même la création de nouveaux postes, en particulier dans la police municipale) ni précarisé (il permet même la titularisation d'"emplois de solidarité"). Aucune prestation sociale n'est remise en cause, ni réduite. Tous les engagements pris avec la fonction publique sont tenus.
Il y a ainsi une "ligne rouge" au-delà de laquelle un budget, si équilibré soit-il, est pour nous inacceptable : cette ligne, c'est celle que trace la liste des droits fondamentaux, et des prestations à la population qui en découlent. Un budget qui réduit les prestations sociales accordées aux personnes en situation de précarité ou de pauvreté, un budget qui coupe dans les subventions aux institutions culturelles et aux acteurs culturels non-institutionnels au point de fragiliser les premières et de faire disparaître certains des seconds, un budget qui ne respecte pas les accords passés entre la collectivité publique et ses employés, un tel budget est inacceptable. Non pour des raisons "idéologiques", mais parce qu'il ne remplit tout simplement pas son rôle -et que ceux qui le voteraient ne rempliraient pas leur fonction, n'assumeraient pas leur mandat.
On n'attend pas d'un budget qu'il nous enthousiasme -et on nourrirait même quelque inquiétude sur la santé mentale d'un-e élu-e capable de s'enthousiasmer pour un budget.- On en attend qu'il finance les activités, les prestations, les salaires et les droits sociaux du personnel, d'une collectivité publique. Tout budget qui remplit cette fonction, et la remplit totalement, comme le projet de budget présenté par le Conseil administratif de la Ville, est donc bon à prendre. A ceci près qu'il faut bien, préalablement, définir ce qu'on attend de la collectivité publique -ce qu'on attend qu'elle fasse, qu'elle garantisse, qu'elle offre. Et c'est là que se joue la contradiction entre un budget de gauche et un budget de droite. La gauche détermine d'abord les besoins et les droits à concrétiser, puis ajuste les recettes pour couvrir ces besoins, la droite réduit au maximum les recettes puis coupe ensuite dans la couverture des besoins et trie dans la liste des droits.
Le budget que la gauche votera ce soir tient les engagements de la commune tout en contenant ses charges financières : on ne lui demande rien d'autre. Il garantit les prestations sociales, les allocations culturelles, les droits du personnel, les services à la population, C'est à cela qu'il sert -et qu'il soit en mesure de le faire le distingue déjà des budgets de quelque autre collectivité publique plus prompte à donner des leçons aux communes et à leur refourguer des charges qu'à assumer ses propres responsabilités.
On comprend mieux alors pourquoi la droite municipale tient si fort à ce que le budget de la Ville soit aussi calamiteux que celui de l'Etat ; il ne serait pas supportable que la majorité municipale obtienne ce que la majorité cantonale se révèle incapable d'atteindre. On a les programmes politiques qu'on peut : celui de la droite municipale est d'être aussi nuisible que la droite cantonale.
On reconnaîtra en tout cas que c'est là programme fort ambitieux.