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Le mot “prospective” a été inventé en France par Gaston Berger, considéré comme le fondateur de l’attitude éponyme. Berger insiste en effet sur le fait qu’“[a]vant d’être une méthode ou une discipline, la prospective est [plutôt] une attitude” (référence).
La prospective est donc née en France dans les années 1950, soit quelques années après la fin de la Seconde guerre mondiale. À l’occasion de ce nouveau conflit planétaire, qui a vu les villes japonaises d’Hiroshima puis de Nagasaki rasées par l’arme nucléaire, l’Homme a acquis la certitude qu’il était désormais en mesure de s’auto-détruire et qu’il y avait fort à parier que l’avenir serait bien différent du passé.
Au même moment, de l’autre côté de l’océan Atlantique, c’est Herman Kahn, alors employé au sein de la RAND corporation, mi-cabinet de conseil, mi-laboratoire de recherche préoccupé par les questions liées à la politique nationale de défense, qui forgera les concepts, méthodes et outils visant à permettre, pour reprendre ses mots, de “penser l’impensable”. En 1960, Kahn publia un ouvrage majeur, On thermonuclear war, dans lequel il cherchera notamment à construire une critique de la doctrine militaire de l’équilibre de la terreur ou destruction mutuelle assurée.
Dans le secteur privé, la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise Shell fait figure de pionnière dans son utilisation experte et stratégique de la prospective dès le tout début des années 1970… Quelques années à peine avant le premier choc pétrolier de 1973. Dans son livre, Scenarios: The art of strategic conversation, Kees van der Heijden, ancien dirigeant de Shell puis professeur à l’université de Strathclyde, raconte avec force détails comment l’entreprise a pu anticiper la décision imprévisible de plusieurs pays arabes membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) d’augmenter drastiquement et unilatéralement le prix du baril de brut en pleine guerre du Kippour.
Aujourd’hui, la prospective est utilisée sous différentes formes et sous différentes appellations : strategic foresight, anticipation, futures studies etc. Dans tous les cas, il s’agit de s’appuyer sur des concepts, des méthodes et des outils qui visent à dépasser la vision d’un futur unique pour imaginer plutôt plusieurs futurs possibles et débattre – puis construire – un futur que l’on juge souhaitable pour soi, pour son organisation, pour son pays etc.
Les exemples de recours à la prospective sont multiples : Shell, la banque UBS, l’assureur AXA, le gouvernement de Singapour, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), l’organisation à but non lucratif NESTA etc.
Si vous aussi vous avez recours à la prospective dans votre organisation, faites-le nous savoir !