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Les sondages consacrés à la sexualité des adolescents sont-ils fiables? Un article scientifique jette le trouble sur les données recueillies lors de la plus large étude entreprise sur ce thème, aux Etats-Unis: l’Etude longitudinale nationale sur la santé adolescente, Add Health. Menée entre 1994 et 2008 auprès de dizaines de milliers d’ados de 12 à 19 ans devenus jeunes adultes, cet énorme corpus a alimenté, par la suite, près de 2000 publications scientifiques. Or pour un professeur de l’Université Cornell, Ritch Savin-Williams, ces données présentent d’embarrassantes anomalies. Dans un article d’«Archives of Sexual Behavior» relevé par le «Los Angeles Times», il soulève le fait que 70% des jeunes qui avouaient, en 1994-1995, avoir eu une «attirance amoureuse vers une personne du même sexe» assuraient en 2008 être straight. D’habitude on sort du placard, pas l’inverse. D’après Savin-Williams, cela pourrait indiquer que les gamins sondés dans le cadre de Add Health ne comprenaient pas la question, ou s’étaient moqué de l’étude en répondant n’importe quoi.
Pas totalement honnêtes
Add Health, poursuit Savin-Williams, avait mis en exergue la mauvaise condition physique et mentale des garçons et filles déclarant une attirance vers le même sexe. Or les auteurs de réponses «contradictoires» avaient des notes plus basses que la moyenne, un QI moins élevé et se trouvaient en moins bonne santé. De quoi affecter sérieusement les résultats de l’étude. Adultes, beaucoup des potentiels «plaisantins» ont admis des faits de délinquance et reconnu qu’ils n’avaient pas rempli le formulaire totalement honnêtement, quatorze ans plus tôt. Le chercheur souligne qu’il n’est pas le premier à se poser des questions. «Ce n’est pas comme si nous découvrions la lune, mais on continue à utiliser les données d’Add Health. Le gens devraient dire: Attendez, mais qui sont ces gamins?» De fait, certaines réponses fantaisistes des adolescents avaient déjà mis la puce à l’oreille des chercheurs. Add Health avait notamment produit un chiffre anormalement élevé de jeunes déclarant vivre avec un membre artificiel à la suite d’une amputation.
D’innombrables autres études
Des scientifiques qui ont utilisé les résultats de Add Health pour leurs propres recherchent minimisent l’effet de ces «plaisantins». Ilan Meyer, d’UCLA, rappelle ainsi que la notion selon laquelle les ados LGBT sont plus à risque et en santé physique et mentale plus précaire que leurs camarades est corroboré par d’innombrables études menées selon d’autres méthodes. Le sociologue Stephen Russell, de l’Université de l’Arizona, conteste la théorie des «plaisantins». D’après lui, de nombreux jeunes éprouvent une attirance homosexuelle qu’ils sont susceptibles de refouler par la suite. «Pourquoi serait-ce improbable qu’ils remettent en cause qui ils sont, et qu’ils s’identifient comme hétéro à l’âge adulte?» s’interroge-t-il.