Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07270.jsonl.gz/557

|Les premières personnes qui sont intervenues sur le site de Tchernobyl ont été massivement irradiées. Elles ont souffert du syndrome d'irradiation aiguë et 31 seraient décédées peu après. Les victimes qui ont survécu quelques mois ou années, peuvent mourir de maladies infectieuses, sepsis et tuberculose (qui chez un adulte jeune évoquent une atteinte du système immunitaire). L'infarctus du myocarde qui a touché une proportion élevée de ces jeunes hommes, et enfin le diabète sucré ont été mentionnés comme causes de mort, mais aucune de ces maladies n'a été retenue par l'AIEA comme ayant un rapport avec l'irradiation subie.||Le "Background Paper 3" du Congrès de l'AIEA
traite des effets à long terme [6]. Il
apporte la conclusion suivante:

"Dix ans après l'accident de Tchernobyl, mis à part l'augmentation spectaculaire des cancers de la thyroïde chez les enfants exposés aux radiations dans les régions les plus touchées, il n'y a aucun impact important dû à la radiation comme conséquence de l'accident dans les trois pays les plus touchés.
p.188

On n'observe aucune augmentation majeure de l'incidence de la mortalité pour tous les cancers qui pourraient être attribués à l'accident. En particulier, il n'y a pas d'augmentation majeure des leucémies - même parmi les liquidateurs - maladie qui est pourtant une des préoccupation majeure après une exposition aux radiations."
Sans doute par mesure de prudence, la discussion qui a suivi le rapport sur les cancers devait être strictement limitée à la radiomètrie. Le premier intervenant qui voulait aborder le problème des cancers a dû abandonner le micro. Ayant dit que la radiomètrie m'intéressait, j'ai pu prendre la parole et citer les résultats sur l'incidence des cancers et leucémies en fonction de la durée d'exposition chez les liquidateurs. En effet, le professeur Okéanov qui était vice-président de cettte séance, avait présenté ces documents à Minsk, un mois auparavant. Il avait montré le tableau ci-dessous: en Biélorussie, chez plus de 30.000 liquidateurs qu'il suit médicalement, Okéanov constatait une augmentation statistiquement significative de cancers et de leucémies. Lorsque l'on compare les sujets ayant travaillé plus de 30 jours dans cette région contaminée, par rapport à ceux y sont restés moins d'un mois, la différence est encore plus considérable. Ces résultats statistiquement hautement significatifs montrent l'importance d'une durée d'exposition prolongée à de faibles doses de rayonnements.
| Le tableau d'A.E. Okéanov que j'avais
remis au secrétariat du Congrès a été publié
à la page 279, dans la réponse d'Okeanov [6](voir
ci-dessous).

Cette discussion a été partiellement modifiée dans le rapport publié en septembre 1996. Cependant loin de réfuter le tableau présenté à Minsk, Okéanov ajoute qu'à Gomel, soit à 150 km de Tchernobyl, l'augmentation des cancers concerne ceux du côlon, du rectum, du poumon, de la vessie, des reins ainsi que le cancer du sein chez la femme.
Okéanov conclut en notant que l'incidence des cancers est plus élevée que celle que l'on calcule en fonction de la dose reçue. Soit la dose a été mal évaluée, soit le facteur de risque retenu dans les calculs est faux, soit ces deux données sont fausses. Lazjouk fait la même analyse lorsqu'il décrit l'augmentation des malformations congénitales en Biélorussie [11]. En effet, les calculs concernant les risques, se basent encore sur les données d'irradiations des victimes des bombardements atomiques. A Tchernobyl, l'irradiation est bien plus faible, mais une contamination interne persiste. Celle-ci est beaucoup plus dommageable qu'une irradiation plus intense, mais de très courte durée.
L'AIEA admet par ailleurs qu'un petit nombre de cancers pourrait survenir chez les personnes fortement irradiées, mais que ces cancers ne représenteront qu'un pourcentage minime par rapport à l'ensemble des cancers qu'on est en droit d'attendre "normalement". Or l'AIEA cherche à confondre dans cette analyse statistique des données non comparables:
p.189
| les cancers survenant chez l'enfant
et l'adulte jeune et ceux qui affectent les personne très âgées.
Un cancer à plus de 80 ans ne représente pas le même
drame social, familial et économique que le cancer induit par Tchernobyl
qui affecte des enfants ou des hommes et des femmes jeunes. L'âge
moyen des 800.000 personnes qui ont été amenées à
nettoyer le périmètre de la centrale ou à construire
le "sarcophage", les liquidateurs, était inférieur à
33 ans. Il y a une forte proportion d'enfants et d'adultes jeunes parmi
les habitants des régions et villes voisines, fortement irradiées.
Il est évident que les cancers induits par Tchernobyl se trouvent
encore, pour la majorité d'entre eux, dans un stade de latence,
en particulier les cancers solides. A Chéliabinsk, les leucémies
n'ont atteint un maximun qu'au bout de 15 ans (ce qui est beaucoup plus
tard que ce que l'on a observé après le bombardement atomique
de deux villes au Japon).

Lors du congrès de l'OMS à Genève
en novembre 1995, le Dr. Y. Korolenko, Ministre de la Santé de l'Ukraine,
indiquait que 30 millions d'Ukrainiens recevaient dans leurs maisons une
eau contaminée, en particulier par du strontium 90, que plus d'un
million de personnes vivaient dans des zones fortement contaminées
par divers radionucléides, où l'on constatait une augmentation
des malformations des nouveau-nés et une augmentation de 25% des
cas de diabète sucré. Tératologie et maladies
endocriniennes étant des problèmes dominants pour le Ministre
de la Santé, on doit se demander pourquoi l'AIEA escamote ces sujets.
|Ces médecins constatent de nouvelles et
très graves maladies liées à l'atteinte du système
immunitaire. Il s'agit de maladies allergiques, en particulier une forte
augmentation de l'asthme bronchique; c'est aussi le "SIDA de Tchernobyl"
avec des maladies infectieuses dont l'évolution est anormalement
chronique, avec des complications qu'autrefois l'on ne rencontrait pas
ou tout à fait exceptionnellement chez l'enfant. Enfin dans ce groupe
de maladies, les plus graves sont les maladies auto-immunes: les cellules
qui devraient protéger l'organisme contre des virus ou des bactéries
se trompent de cible et détruisent les cellules ou tissus de l'hôte.
L'une de ces maladies auto-immunes est le diabète sucré insulino-dépendant
gravissime de l'enfant. C'est en particulier à cette pathologie
que le Ministre de la santé d'Ukraine faisait allusion dans son
exposé à Genève (certainement pas au diabète
des obèses dont l'incidence augmente dans les pays riches).

Certaines maladies auto-immunes ont déjà été décrites parmi les conséquences tardives de la bombe atomique chez les victimes qui ont survécu après le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki, comme la thyroïdite de Hashimoto. Tsyb et Poverennyi [7] constatent que l'insuffisance thyroïdienne, secondaire à une thyroïdite de Hashimoto, représente la maladie thyroïdienne la plus fréquente depuis l'accident de Tchernobyl dans les populations de régions contaminées de Russie. Un pourcentage très élevé d'enfants présentent dès 1987 des anticorps dirigés contre la fraction microsomale des cellules de la glande thyroïde. Dans la région de Kaluga, Drobyschewskaja qui représente le Ministère de la santé de Biélorussie, note également une augmentation importante des thyroïdites dans cette région contaminée. A Gomel, elle signale trois fois plus de cas que dans les régions moins contaminées, lors de l'exposé présenté au Congrès de l'OMS à Genève, mais non retenu dans la publication [3].
p.190
|Le diabète sucré n'a pas
augmenté qu'en Ukraine, à la suite de la catastrophe de Tchernobyl;
son incidence a également augmenté en Biélorussie.
D'après le Dr. Tatiana Vassilevna [8],
endocrinologue à Minsk, une nouvelle forme de diabète a fait
son apparition dans ce pays ces dernières années: un diabète
insulino-dépendant, instable, qui touche des enfants dès
l'âge de 4 ans. Ces enfants entrent comateux à l'hôpital,
ils sont difficiles à équilibrer avec l'insuline.

Cette maladie était rarissime avant l'accident de Tchernobyl. Vu la difficulté de suivre ces malades et leur familles avec des équipes spécialisées, vu le coût de l'insuline, des test de glycémie et glycosurie pour un pays appauvri et, étant donné l'instabilité de cette forme de diabète, on est en droit de craindre l'apparition d'insuffisance rénale, cardiaque, des accidents vasculaires graves, gangrènes et une atteinte rétiniennes conduisant à la cécité. Le Prof. Lengfelder [9] collabore avec l'hôpital de Gomel qui recrute ses patients dans cette région fortement contaminée, note que le nombre des cas de diabète insulino-dépendant de l'enfant âgé de 1 à 14 ans a plus que doublé entre 1985-88, et 1993-95. Cette augmentation représente bien plus de nouveaux cas de diabète grave chez l'enfant que de cancers de la thyroïde dans ce centre où l'incidence de ce cancer est particulièrement élevée. Ce diabète malin est apparu dans tout le pays. Le chef du service de pédiatrie de la faculté de médecine de Minsk, le professeur T. Voïtovich indique qu'il n'existe plus de région épargnée par les retombées de Tchernobyl, en Biélorussie [8]. La contamination par voie alimentaire généralise la contamination des populations sur l'ensemble du territoire.
A la conférence de l'AIEA, le diabète insulino-dépendant n'a pas été retenu parmi les conséquences de l'augmentation des radiations ionisantes dans la population.
|La façon d'éluder ce problème
par le président de séance, mérite d'être rapportée.
J'avais demandé s'il n'y avait pas de lien entre diabète
et exposition aux retombées radioactives. Le président de
séance y a répondu à la place du conférencier,
disant que tous les expert du monde dans ce domaine étant rassemblés
devant lui; et il ajoute sans s'interrompre que le fait qu'aucun d'entre
eux ne lève la main pour répondre à ma question, constituait
la preuve que des radiations ionisantes ne peuvent pas engendrer ce type
de maladie. Pourtant, après Hiroshima, une augmentation des cas
de diabète insulino-dépendant a été observée.

Le Prof. Viel [10a] indique les méthodes qu'utilisent ceux qui veulent ne pas mettre en évidence l'existence d'une pathologie liée aux rayonnements ionisants. Il cite un type de déclaration qui rappelle celle que m'a valu ma question : "les experts consultés ont été unanimes à considérer que ... n'ont aucun effet sur la santé". Viel précise plus loin que certains experts savent "conduire des études épidémiologiques inadéquates et commettre des erreurs épistémologiques." Ils obtiennent en conséquence des résultats statistiquement non significatifs; l'hypothèse n'étant pas prouvée, ils concluent qu'elle est fausse. Cela permet de faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pour conclure, Viel cite Theodor Adorno, et cette citation semble convenir au congrès de l'AIEA à Vienne: "Le scepticisme envers ce qui n'est pas prouvé peut très facilement se transformer en interdiction de penser."
Les effets tératogènes et mutagènes
L'impact sur le génome avec augmentation des malformations congénitales chez les descendants, et l'augmentation des cancers et leucémies, et la tératologie constituent une menace pour les populations et les ouvriers dans toute la filière de l'uranium, de la mine à la gestion des déchets, en passant par le fonctionnement normal des industries qui s'y rattachent.
p.191
|Les mutations engendrées par ces produits et déchets
gazeux, liquides et solides conduisant à une augmentation des enfants
malformés dans la population, représentent trois effets secondaires
que l'on doit considérer comme étant inadmissibles pour une
industrie. La prévention du "prochain accident majeur", dont on
n'a cessé de parler aux congrès organisés par l'Union
Européenne et l'AIEA à Minsk et Vienne, doit rendre les citoyens
plus déterminés que par le passé, à mettre
un terme au nucléaire commercial.

L'atteinte du génome a été démontrée chez des animaux et chez des enfants nés jusqu'à des centaines de kilomètres de Tchernobyl. Les conséquences néfastes liées aux mutations récessives vont s'exprimer dans les générations qui viennent: ce sont les enfants des enfants de Tchernobyl qui présenteront les anomalies génétiques récessives provoquées par l'accident, les mutations dominantes étant souvent non compatibles avec la survie de l'embryon, sont ainsi moins souvent apparentes à la naissance.
Une industrie qui produit des cancers, qui engendre des enfants malformés et qui met en péril les générations futures doit être interdite. Cette règle remonte à l'épidémie de malformations congénitales, suite à l'introduction du médicament thalidomide (Contergan) sur les marchés européens. Depuis cette épidémie, l'industrie pharmaceutique du monde entier exclut les molécules aux propriétés mutagènes, tératogènes ou cancérigènes. Rien ne justifie qu'une industrie qui produit de l'énergie électrique ne soit pas soumise aux mêmes contraintes.
Peu d'années après la commercialisation dans quelques pays de la thalidomide, il y a eu environ 5.000 cas de malformations liées à la prise de ce médicament par des femmes enceintes. On reconnaissait les enfants de la thalidomide dans les rues, à leurs absence ou grossières déformations des bras ou des jambes. Pourtant la firme n'a pas été condamnée pour ces anomalies, car les experts ont affirmé ne pas pouvoir faire la preuve de la responsabilité du médicament pris par la mère en cours de grossesse.
|En fait, on ne disposait d'aucun registre qui
aurait permis de faire la preuve statistique. Pourtant, à l'instar
des rayonnements ionisants, la thalidomide provoquait des malformations
congénitales chez les singes, les oiseaux, les insectes etc. Ces
tests permettent aujourd'hui de protéger la population contre les
médicaments entraînantent ce genre d'anomalies.

A Vienne, le rapporteur des données sur la tératologie suite à Tchernobyl, a utilisé le même argument que les experts ou avocats de la firme qui produisait la thalidomide. C'est ainsi qu'il a affirmé que: "la preuve qu'il n'y a pas de malformations suite à Tchernobyl, c'est l'absence de registre". Ce qui est grave, ce n'est pas seulement que l'absence de registre ne peut pas constituer une preuve d'innocuité, mais surtout le fait que la Biélorussie possède depuis 1982, soit quatre ans avant Tchernobyl, un registre national des malformations congénitales.
L'Institut des Maladies Héréditaires de Biélorussise, dirigé par le Prof. Guennady Lazjouk enregistre et contrôle toutes les malformations détectées dans le pays chez l'enfant avant le 7e jours ou chez le foetus en cas d'avortement spontané ou thérapeutique. L'anencéphalie, la spina bifida, le bec de lièvre, la polydactylie, l'amélie et phocomélie, l'atrésie oesophagienne et ano-rectale, la trisomie et les malformations multiples sont obligatoirement rapportées selon un même protocole, depuis 1982 [11].
L'incidence des malformations congénitales a augmenté proportionnellement au degré de contamination par le Césium 137 dans la région où vivait la mère pendant la grossesse. Il n'y a pas de région épargnée dans ce pays, donc pas de région que l'on puisse utiliser comme région contrôle. Les région contaminée par moins de 1 Ci/km2 ont connu une augmentation de 39% des malformations congénitales; avec 1 à 15 Ci/km2 l'augmentation est de 44%. Enfin, si les mamans séjournaient dans les régions avec plus de 15 Ci de Cs 137/km2, l'augmentation après Tchernobyl est de 79%.
p.192
|Les augmentations sont statistiquement significatives pour
les malformations entre la période de 1982-1987 et celle de 1988-1997
pour les anencéphalies ou altérations cérébrales
graves, la spina bifida (anomalie de la moelle épinière),
les anomalies des doigts, ainsi que des malformations multiples [11].

Pour réduire, ou au moins stabiliser le nombre des malformations, le gouvernement de Biélorussie exige de détecter les malformations congénitales avant la dixième semaine de la grossesse et, si nécessaire, de recommander (mais non d'imposer) à la mère un avortement thérapeutique. Le nombre des avortements thérapeutiques a considérablement augmenté depuis 1991, alors que la natalité aurait baissé de 34% dans les régions les plus contaminées, contre 10% dans les régions les moins touchées.
Au congrès de l'OMS de novembre 1995, le Dr. Smolnikowa de Gomel, responsable de la santé de 46.000 enfants vivant dans un environnement contaminé par 40 Ci de Cs137/km2, signalait déjà une mortalité périnatale très élevée et un nombre inquiétant de malformations dans cette région. Pourtant la conférence de l'AIEA a nié toute augmentation des malformations congénitales; l'exposé général n'a pas été suivi de discussion sur ce thème pourtant essentiel. Les données du professeur Lazjouk ont été ignorées.
La mutagénicité a donné lieu à un autre savant déficit d'information lors de la conférence de l'AIEA. On notait en particulier l'absence des auteurs qui ont publié le même mois, dans NATURE le 25 avril 1996, des travaux consacrés à l'augmentation stupéfiante des mutations chez les mammifères, humains inclus, vivant dans les régions contaminées autour de Tchernobyl [12 à 14]. Chez les enfants, ces mutations ont été décrites dans des familles vivant à 250 km de Tchernobyl. Dubrova et coll. considèrent que les doses faibles de radiation, présentes pendant une longue période, sont particulièrement dommageables pour le génome humain [12].
Cela confirme les données du Professeur Bourlakova et coll. [15], qui n'a pas non plus été invitée au congrès de l'AIEA.
|Une des conséquences de l'accident de
Tchernobyl est l'augmentation des mutations héréditaires
survenant chez les rongeurs qui habitent les régions contaminées
[14].
La surprise a été de noter non pas essentiellement des altérations
de la longueur des chaînes de l'ADN du fait de ruptures, mais un
nombre jamais encore rencontré de substitutions, conduisant à
des changements dans la séquence des acides aminés au niveau
des protéines ou des enzymes.

Comme le souligne le Prof. Hillis de l'université d'Austin au Texas, ces travaux prouvent que les dommages causés par l'accident de Tchernobyl jusqu'à plusieurs centaines de km de l'accident, vont se multiplier dans les générations à venir [13]. Ils vont durer très longtemps indique cet auteur. Cela signifie de nombreuses générations.
Une altération du génome a également été étudiée dès 1989 chez les campagnols sauvages et les poissons par l'équipe du Prof. Goncharova, de l'Institut de Génétique et Cytologie de l'Académie des Sciences de Biélorussie [16 à 18]. Les observations dans d'autres régions contaminées par les retombées de Tchernobyl, en Suède, confirment ces travaux. Goncharova et ses collaborateurs montrent aussi que la sensibilité aux radiations ionisantes augmente au cours des générations, en ce qui concerne les effets mutagènes. C'est l'inverse d'une adaptation aux radiations.
A. Sloukvine, ancien responsable de la Commission Soviétique de la Pêche, a suivi des piscicultures industrielles d'élevage de carpes, à 200 km de Tchernobyl, dans une zone contaminée par environ 1 Ci de Cs137/km2 et qu'il a comparé à une autre, située à 400 km, dans une zone peu contaminée [18]. Depuis 1988, on note une énorme baisse de la fertilité, une mortalité de 70% dans les oeufs fécondés et des anomalies chez les jeunes poissons survivants. Ces anomalies comportent des déformations ou translation latérale de la bouche, l'absence d'opercule, l'absence de la nageoire dorsale ou le remplacement des nageoires par des piquants, une absence d'écailles, un manque de pigment ou une pigmentation bleue, deux anus, des anomalies du squelette etc. Il faut aller à 400 km de la centrale accidentée pour que l'élevage des carpes soit possible comme autrefois.
p.193
| Les promoteurs du nucléaire,
qui cachent et nient les données ayant trait à l'impact sur
le génome humain et sur l'enfant à naître, craignent-ils
que les autorités sanitaires ne réagissent comme le fit la
Food and Drug Administration (FDA) aux USA, puis toutes les autorités
sanitaires du monde, suite à l'épidémie de malformations
congénitales (pourtant bien plus limitée que celle qui suit
Tchernobyl) survenue après le lancement de la thalidomide (Contergan®)
sur certains marchés, dans les années 60?

Depuis 1965, les autorités sanitaires interdisent le développement et interdisent la commercialisation de tout produit à potentiel cancérigène, tératogène ou mutagène. Les services de santé de tous les pays devraient logiquement interdire la production d'uranium minerai, d'uranium combustible, puis de l'électricité produite par les centrales atomiques commerciales, étant donné que les radionucléides évacués sous forme de gaz dans l'air et les radionucléides solubles évacués dans l'eau des cours d'eau voisins ou dans la mer sont mutagènes, tératogènes et cancérigènes.
Chaque centrale atomique commerciale produit également des déchets solides qu'elle accumule et qu'il faudra gérer pendant des millénaires. Ces déchets émettent des rayonnements carcinogènes, mutagènes et tératogènes, dont vont hériter les enfants de nos enfants. Les gouvernements actuels choisissent en effet de confier aux générations qui viennent, le démantèlement des centrales atomiques.
|Ce sont les générations futures
qui devront nous débarrasser des terrils et montagnes de déchets
que nous produisons, d'où s'échapperont, pendant des millénaires,
des radionucléides tératogènes, mutagènes et
cancérigènes. Il faut lire à ce propos le livre Childhood
Cancer and Nuclear Installations, édité par Valerie Beral
et collaborateurs, 1993, publié par le BMJ Publishing Group.

Il faut mettre fin à ce gâchis, et pour cela, retirer à l'AIEA et à EURATOM leur mandat actuel, qui leur confie la promotion de l'énergie atomique. C'est dans ce sens que le Bureau International de la Paix a écrit aux délégués des pays membres du Traité de Non Prolifération (TNP) et aux députés de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe [Annexe 2]. L'activité de ces institutions doit être limitée à la surveillance du démantèlement des bombes et des installations atomiques militaires et commerciales, dans le respect des normes de protection de la santé et de l'environnement. C'est également à ces spécialistes que revient la tâche de gérer, dans des conditions de sécurité maximales et d'une mannière réversible, la masse de déchets atomiques que l'humanité à réussi à accumuler en l'espace de deux générations, depuis l'avènement du nucléaire commercial.
L'association des Médecins Suisses pour une Responsabilité Sociale (PSR), affiliée à l'association Internationale Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), a égalementt écrit le 2 mai 1997, à tous les Ministres de la Santé réunis à l'OMS à Genève lors de l'Assemblée Mondiale de la Santé, pour leur demander de révoquer l'Accord liant l'OMS à l'AIEA [Annexe 1].
p.194
Votre Excellence,
Nous avons l'honneur de vous remettre ci-joint le Verdict du Tribunal Permanent des Peuples (TPP), ainsi que la transcription des minutes de sa Session sur "Les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur l'environnement, la santé et les droits des personnes", une semaine après la 11e commémoration de ce désastre la semaine dernière, le 26 avril.
La section suisse de notre organisation internationale de médecins a soutenu le Tribunal Permanent des Peuples. Nous sommes très inquiets de voir les compte-rendus biaisés publiés sur le suivi de la catastrophe de Tchernobyl et de voir que la promotion de l'industrie atomique commerciale se poursuit dans le monde entier.
Après avoir entendu une quarantaine de témoins et d'experts internationaux de premier plan, le TPP, comme vous le verrez, a conclu que toutes les étapes du cycle nucléaire sont associées à la production de substances dangereuses, carcinogènes, tératogènes et mutagènes. Les mêmes règles qui s'appliquent aux médicaments et aux substances chimiques devraient également s'appliquer à cette source d'énergie, qui devrait en conséquence être interdite.
C'est pourquoi le Tribunal Permanent des Peuples a demandé l'interdiction de l'énergie atomique pour les usages militaires et commerciaux, ainsi que le retrait par les Nations-Unies, du mandat donné à l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA) de promouvoir l'énergie atomique à des fins commerciales.
De même, notre organisation de médecins estime qu'il est urgent et impératif que l'Organisation Mondiale de la Santé dénonce l'Accord qu'elle a signé en 1959 avec l'AIEA, reprenne le contrôle du suivi des effets des radiations sur la santé, et édicte elle-même les règlements de protection contre les radiations, qui sont actuellement édictées par la Commission Internationale de Protection contre les Radiations (CIPR) et appliquées par l'AIEA. En annexe vous trouverez cet Accord (Res. AMS12-40 du 28 mai 1959) ainsi qu'un document très criticable datant de 1958, dont nous estimons qu'il contredit la Constitution de l'OMS.
La CIPR n'a jamais été contrôlée par des professionnels de la santé. Son avis ne devrait pas faire autorité en ce qui concerne la santé. Elle n'a jamais protesté contre les essais atomiques en atmosphère, ni réclamé la ventilation des mines d'uranium, ni protesté contre des excès comme par exemple l'usage de rayons X dans les magasins de chaussures.
Quant à l'AIEA, elle est juge et parti dans le suivi de Tchernobyl. Ceci explique que leur Conférence "Dix ans après Tchernobyl" ait été totalement contrôlée et biaisée, comme l'a estimé le Tribunal Permanent des Peuples.
Nous espérons que ce document vous intéressera et vous sera utile, à vous-même, à votre délégation et à votre gouvernement. Nous nous adressons à vous, en tant que plus haut responsable de votre pays pour la santé des populations, pour vous demander d'agir dans le sens indiqué par le TPP, par exemple en révoquant la résolution AMS12-40.
Restant à votre disposition pour toutes questions éventuelles, nous vous prions d'accepter, Votre Excellence, l'expression de notre considération très distinguée,
Pour PSR/IPPNW Suisse :
Docteur Monika Brodmann, Présidente Professeur Michel Fernex, Conseiller International
P.S. : Nous souhaitons vivement qu'un pays ou un groupe de pays soumette
à la prochaine Assemblée Mondiale de la Santé en mai
1998, un projet de résolution abrogeant l'Accord entre OMS et AIEA.
Notre association internationale de médecins va faire campagne sur
ce thème pendant les 12 mois qui nous restent.
retour au texte
Lettre adressée aux Ambassadeurs à la Conférence du TNP, ONU, New York
Nous avons l'honneur de vous remettre ci-joint le Verdict du Tribunal Permanent des Peuples (TPP), ainsi que la transcription des minutes de sa Session sur "Les conséquences sur l'environnement, la santé et les droits des personnes de la catastrophe de Tchernobyl", dont nous allons commémorer le 11e aniversaire le 26 avril 1997, cette semaine encore.
Après avoir entendu une quarantaine de témoins et d'experts internationaux de premier plan, le TPP a conclu que l'énergie nucléaire est dangereuse (carcinogène, tératogène et mutagène), et que les mêmes règles qui s'appliquent aux médicaments et à toutes les substances chimiques doivent également s'appliquer à cette source d'énergie, avec comme conséquence son interdiction.
C'est pourquoi le Tribunal Permanent des Peuples demande l'interdiction de l'énergie atomique pour les usages militaires et commerciaux, ainsi que le retrait, par les Nations-Unies, du mandat donné à l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA) de promouvoir l'énergie atomique à des fins commerciales.
Lors de la Conférence Intergouvernementale (CIG) de l'Union Européenne qui se tiendra en juin à Amsterdam, EURATOM doit de même recevoir le mandat de cesser la promotion du nucléaire commercial.
L'AIEA et EURATOM devraient, bien au contraire, diriger la décontamination des zones radioactives, le démantèlement des armes et centrales atomiques commerciales, ainsi que le stockage en surface des énormes quantités de déchets nucléaires à très longue durée de vie que nous avons malheureusement accumulé depuis 50 ans.
Nous espérons que ce document vous intéressera et vous sera utile, à vous-même, à votre délégation et à votre Gouvernement, et que vous pourrez, en tant que représentant élu des populations de l'Europe, agir dans le sens indiqué par le Tribunal Permanent des Peuples.
Restant à votre disposition pour toutes questions éventuelles, nous vous prions d'accepter, Votre Excellence, l'expression de notre considération très distinguée,
6 Proceedings of an International Conference,
Vienna, 8-12 April 1996 : "One Decade After Chernobyl, Summing up the Consequences
of the accident". pp. 555, Sales and Promotion Unit, International Atomic
Energy Agency, Wagramstr. 5 , P:O: Box 100, A-1400 Vienna, Austria
retour au texte
7 Tsyb A.F, & Poverennyi A.M. : "Damage of the Thyroid in the period of the Chernobyl catastrophe: possible consequences". In "Consequences of the Chernobyl Catastrophe: Human Health", éd.: E.B. Burlakova, Center for Russian Environmental Policy, Moscow, 1996, pp. 180-189.
retour au texte
8 Vassilevna T., Voitevich T., Mirkulova T., Clinique Universitaire de Pédiatrie à Minsk.1996 : Communications personnelles.
retour au texte
9 Lengfelder E. et al. Institut de radiobiologie, Université de Munich, : Comm. personnelle, 1996.; et : "Dix ans après la catastrophe de Tchernobyl, cancers de la thyroïde et autres incidences sur la santé dans les états de la CEI". Münchn. Medizinische Wschr. 1996, Vol. 15, pp. 259-264.
retour au texte
10 Viel J.F. : a) "Conséquences des essais nucléaires sur la santé : quelles enquêtes épidémiologiques ?" Médecine et Guerre Nucléaire, janv.-mars 1996, Vol. 11, p 41-44. b) British Medical Journal, January 1997, vol. 314, p. 101-106. c) Pobel D & Viel J.F. :"Case-control study of leukaemia among young people near La Hague nuclear reprocessing plant : the environmental hypothesis revisited". Brit. med. J. 11.1.97, pp. 101-106
retour au texte
11 Lazjuk G.I., Nikolajew D.L. & Nowikowa U.W. : a) "Dynamik der angeborenen und vererbten Pathologien in Folge der Katastrophe von Tchernobyl", 25-29 März 1996, Minsk. Die wichtigsten Referate,Internat. Congress "The World after Tchernobyl", pp. 123-131, b) "Frequency changes of inherited anomalies in the Republic of Belarus after the Chernobyl accident". Radiation Protection Dosimetry, Vol.: 62, pp. 71-74, 1995 (Nuclear Technology Publishing)
retour au texte
12 Dubrova Y.E. et coll. : "Human minisatellite mutation rate after the Chernobyl accident", Nature 25 avril 1996, Vol. 380, pp. 683-686.
13 Hillis D.M. : Life in the hot zone around Chernobyl, Nature, du 25 avril 1996, Vol. 380, pp. 665 - 666.
14 Baker R.J. et coll. : "High levels of genetic changes in rodents of Chernobyl", Nature, 25 avril 1996, Vol. 380, pp. 707-708.
retour au texte
15 Burlakova E. B.: "Low intensity radiation : radiological aspects". Radiation Protection Dosimetry, Vol. 62, No 1/2 pp. 13-18, 1995, Nuclear Technology Publishing.
retour au texte
16 Goncharova R.I. & Ryabokon N.I. Proceedings : Belarus-Japan Symposium "Acute and late Consequences of Nuclear Catastrophes: Hiroshima-Nagasaki and Chernobyl", Oct. 3-5, 1994. Belarus Academy of Sciences, Minsk.
17 Goncharova R.I. & Ryabokon N.I. : "Dynamics of gamma-emitter content level in many generations of wild rodents in contaminated areas of Belarus". 2nd Intern. 25-26 Octobre 1994, Conf. "Radiobiological Consequences of Nuclear Accidents".
18 Goncharova R.I. & Slukvin A.M. : "Study on mutation and modification variability in young fishes of Cyprinus carpio from regions contaminated by the Chernobyl radioactive fallout". 27-28 Octobre 1994, Russia-Norvegian Satellite Symposium on Nuclear Accidents, Radioecology and Health. Abstract Part 1, Moscow, 1994.
retour au texte
19 Beral, V. & coll. : "Childhood Cancer and Nuclear Installations, British medical J. Publishing Group, 1993.
retour au texte