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Le traitement de l’hyperuricémie par l’allopurinol est associé, dans de très rares cas, à des réactions d’hypersensibilité cutanées graves et potentiellement fatales. Cette étude taïwanaise rétrospective a étudié l’incidence des syndromes de Stevens-Johnson et de Lyell (nécrolyse épidermique toxique) ainsi que du DRESS (Drug Reaction with Eosinophilia and Systemic Symptoms) entre 2005 et 2011, dans la banque de données de la National health insurance research database comprenant 23 millions d’assurés. Le taux d’incidence annuelle des toxidermies graves était de 4,68 pour mille nouveaux patients exposés à l’allopurinol, et la mortalité consécutive de 8,3 %. Les femmes, les personnes âgées de plus de soixante ans et les patients avec un dosage initial d’allopurinol supérieur à 100 mg/j étaient plus à risque de développer une toxidermie. Les patients traités pour une hyperuricémie asymptomatique avec une insuffisance rénale, une coronaropathie ou une insuffisance cardiaque étaient particulièrement susceptibles de développer des réactions d’hypersensibilité cutanées graves et de décéder.
Commentaire: Cette étude nous rappelle que les patients asiatiques (Chinois de l’ethnie Han, Coréens, Thaïlandais) de même que certains Indiens et Africains sont nettement plus à risque que les Caucasiens de développer une toxidermie grave à l’allopurinol, surtout s’ils sont porteurs de l’haplotype HLA-B*5801. Chez ces patients, un traitement à l’allopurinol ne doit être prescrit qu’en cas de nécessité absolue. Plus généralement, il convient de se souvenir qu’il faut augmenter progressivement, toutes les deux à quatre semaines, les doses d’allopurinol en commençant par une petite dose (50-100 mg) particulièrement chez les personnes âgées, les cardiopathes et les insuffisants hépatiques ou rénaux. Chez ces derniers, une adaptation des doses à la fonction rénale est recommandée. Enfin, il convient de rendre attentif les patients au fait d’arrêter immédiatement le médicament et de consulter un médecin en cas de rash ou de fièvre. En cas de réaction cutanée, l’allopurinol est contre-indiqué définitivement. Le risque d’interactions médicamenteuses doit être connu du patient. Le fébuxostat, médicament prochainement commercialisé en Suisse, pourrait représenter une alternative, même si ce médicament a aussi été associé à de très rares cas de toxidermies graves.