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Classement thématique série 1848–1945:
II. RELATIONS BILATÉRALES
11. France
11.4. Questions politiques générales
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[...]2
Lorsqu’il commandait en chef, en 1917–1918, le Maréchal n’a pas craint l’éventualité d’une attaque par la Suisse, vu l’absence de fortes concentrations de troupes allemandes en face de Belfort et la mobilisation au moins partielle de notre armée. Il n’a pas partagé sur ce point l’avis du Général Foch3, qui, ainsi que vous le savez, dirigeait à fin 1917, à Senlis, un bureau d’études militaires sous le contrôle direct du Ministère de la Guerre et sans contact permanent avec le Grand Quartier Général. C’est donc bien sur l’initiative personnelle du MaréchalFoch que le Maréchal[sic] Weygand4 fut envoyé à Berne pour prendre contact avec notre Etat-Major5.
Dans les circonstances présentes, le Maréchal Pétain, qui, en dépit de ses 75 ans, prend une part active aux travaux du Conseil Supérieur de la Guerre et dispose d’un nombreux Etat-Major, a changé d’avis et son opinion se rapproche sensiblement de celle du Maréchal Franchet d’Espérey (cf. mon rapport du 25 mars 1935)6. La menace allemande lui paraît aujourd’hui beaucoup plus redoutable, en particulier pour les raisons suivantes:
1. L’installation de la ligne Maginot, prolongée au Nord par les excellentes fortifications belges, a rendu à la Suisse un assez mauvais service en augmentant la valeur défensive de la couverture française. Plus cette ligne sera forte, plus forte sera la tentation de l’Etat-major allemand de tourner l’obstacle, soit par le Nord, soit par le Sud. Il n’est pas nécessaire que ce mouvement soit réalisé par une vaste pénétration sur le territoire suisse axée dans la direction Genève-Lyon. Dans la région de Lyon, le XIVme Corps d’Armée serait, du reste, en mesure d’intervenir à temps pour empêcher l’attaque allemande de déboucher du bassin genevois tandis que le flanc de celle-ci serait menacé tout le long du Jura. En revanche, un mouvement rapide et de moindre amplitude est concevable dans la région de Morteau et celle de Pontarlier avec, comme objectif général, la région de Besançon, où la mise en place de la défense française serait moins prompte et moins aisée.
2. En second lieu, il est possible qu’un mouvement par la Suisse ne provoquât pas automatiquement l’intervention de l’Angleterre.
3. Enfin, les progrès de l’armement et de la motorisation permettraient un raid beaucoup plus rapide et incisif, sur territoire suisse, aujourd’hui qu’en 1914.
Le Maréchal ne croit pas que l’Allemagne prenne, dans les conditions actuelles, l’initiative d’une attaque sur son front ouest; mais elle peut être amenée à occuper ce front, ne fût-ce que défensivement; l’état de tension qui en résulterait alors permettrait les pires hypothèses.
Certes, le Maréchal se rend compte des difficultés auxquelles nous nous heurtons, grâce, en particulier, à notre système de milices et du fait que nous n’avons pas l’expérience militaire d’autres pays. Mais en l’absence d’un système de fortification suffisant et de troupes actives, la situation de la Suisse peut dépendre d’une question de jours, d’heures et, pour ainsi dire, de minutes.
«C’est pourquoi je ne vois pas comment vous pourriez vous passer d’une troupe de couverture permanente», a-t-il ajouté. «Appelez-la «gardes mobiles» ou «gardes-forestiers», peu importe. Mais, au cas même où vous construiriez des ouvrages de campagne à votre frontière nord, cette organisation n’aura de valeur que si vous pouvez la faire occuper instantanément.»
«Vous avez le privilège de posséder un excellent terrain qui, s’il est bien utilisé, pourra vous permettre de tenir pendant un temps assez long. Mais ne perdez pas de vue (et croyez-en l’expérience d’un commandant en chef qui n’a cessé de faire «de l’instruction» pendant toute la guerre) que cette instruction – et, notamment, celle de l’infanterie – ne s’improvise pas. Avec du bon sens, de l’intelligence ou du talent, on s’improvise stratège; mais on ne s’improvise pas tacticien. La tactique est un métier qui s’apprend à la longue – surtout dans une armée de milices.»
«... Vos manœuvres, vos exercices ne doivent pas tant se proposer des buts stratégiques que tactiques. Le choix et l’occupation d’un front de résistance, voilà le type de l’exercice que vous ne devez pas vous lasser d’étudier et de répéter. Ce front doit comprendre une première position, à laquelle vous attribuerez des effectifs selon vos disponibilités et grâce aux économies que vous procurera votre terrain, et une deuxième position de résistance principale sur laquelle vos éléments avancés se retireront. L’ajustement des feux doit être réglé dans le plus grand détail dans toute la profondeur qui sépare ces deux positions.»
«... La question de votre défense nationale», a-t-il ajouté, «m’intéresse en soi et pour nous; et je me propose de la suivre... Dans ce sens, nous pouvons faire quelque chose pour vous...». [...]
- 1
- Rapport politique: E 2300 Paris, Archiv-Nr. 89. Paraphe: RP.↩
- 2
- Le Maréchal Pétain a accordé au Capitaine B. Barbey, rédacteur en chef de La Revue hebdomadaire un entretien que rapporte ici le Ministre de Suisse.↩
- 4
- M. Weygand a pris sa retraite de Vice-président du Conseil supérieur de la guerre et d’inspecteur général de l’armée, le 1er janvier 1935, avec le grade de général.↩
- 6
- Non reproduit.↩
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