Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07283.jsonl.gz/785

Succession de Samuel Schmid : Blocher ou Maurer ?
L'UDC a donc décidé de ne pas tuer le père mais de laisser le parlement fédéral le faire à sa place : à la succession de Samuel Schmid, elle présente un " ticket " formé de Blocher et de Maurer. Blocher n'a en principe aucune chance (mais la procédure d'élection d'un membre est pleine de surprise) et continue de se considérer comme le " Numéro un " de l'UDC (la majorité de l'UDC le soutenant d'ailleurs dans cette prétention). Autant dire que si Maurer (ou un autre que Blocher) est élu au Conseil fédéral, il aura toujours Blocher sur le dos, la faiblesse de la présidence du parti par Toni Brunner laissant toute la place au vice-président Blocher. l'UDC " qualité suisse " tient ainsi plus de la Corée du Nord que de la mythologie waldstätten : quand on tient un Grand Leader Bien-Aimé, on ne le lâche pas. Même si les positions politiques du Grand Leader Bien Aimé et celles du Fils Spirituel du Grand Leader Bien Aimé sont les mêmes...
Kim Il Blocher ou Kim Jong Maurer ?
Blocher ou Maurer, quelle différence ? Ueli Maurer, présenté comme " acceptable " par les partis gouvernementaux (y compris, avec réticences, par le PS), n'a jamais dit autre chose que ce que Blocher disait et a été le maître d'œuvre des campagnes ordurières de l'UDC depuis une dizaine d'années. Il est candidat à un gouvernement favorable aux bilatérales et à leur élargissement alors qu'il y est opposé, et il est favorable à l'interdiction de la construction de minarets alors que le gouvernement y est opposé... Et puis, la question ne se pose pas seulement de savoir quel UDC sera élu pour reprendre le siège initialement UDC de Samuel Schmid, mais aussi de savoir à quel ministère cet UDC sera attribué. Logiquement, ce devrait être celui de la Défense. Mais l'UDC rejette la quasi-totalité du programme gouvernemental dans ce domaine : elle est contre la réduction des effectifs, contre les engagements à l'étranger, contre la coopération internationale... le seul point sur lequel elle soutient le Conseil fédéral, c'est l'achat de nouveaux avions de combat. Du coup, plutôt que de coller à la tête d'un ministère quelqu'un qui serait opposé à ce qu'on veut faire faire à ce ministère, on se demande si on pourrait pas déplacer les maroquins et confier la Défense à Pascal Couchepin pour laisser l'UDC de service gérer (à droite toute) le dossier de l'AVS, ou confier celui-ci à la PDC Leuthard pour laisser alors le nouvel élu gérer le démantèlement des protections agricoles... Dans tout ce mic-mac, où se situent et de quel poids pèsent les grands choix politiques ? Nulle part, et pas un gramme. L'insoutenable légèreté des combinaisons gouvernementales se conjugue parfaitement à l'insoutenable pesanteur de l'absence de débat politique.
-
Succession de Samuel Schmid : Blocher ou Maurer ?
-
Démission de Samuel Schmid :
I'm a poor lonesome agrarian…
Samuel Schmid, que plus grand monde ne soutenait (fût-ce pour emmerder l'UDC), mais que tout le monde (même l'UDC) fait semblant de pleurer, a donc démissionné de son poste de Conseiller fédéral. Une démission qui ne va pas changer grand chose au paysage politique suisse, sinon qu'un Conseiller fédéral ex-UDC sera, selon toute vraisemblance, remplacé par un Conseiller fédéral UDC, nul à l'exception des Verts (et le PS pas plus que la droite) ne faisant semblant de remettre en cause une " concordance " gouvernementale sans autre programme que celui d'additionner au Conseil fédéral des représentants des principaux partis politiques (sauf, encore, les Verts). Le PDC annonce d'un côté (Schwaller) qu'il votera, le cas échéant, pour le second couteau de Blocher, Ueli Maurer, et de l'autre côté (Darbellay) qu'il ne votera que pour un candidat qui défendra " pleinement " les bilatérales, alors que tel n'est pas précisément le cas de Maurer. Les radicaux font observer que le parlement est " libre d'élire qui il veut ". Les Verts envisagent certes de présenter une candidature, mais leurs chances sont à peu près nulles, et le PDC ne menace de présenter un candidat que si l'UDC ne présente que Blocher seul. Quant au président du PS, Christian Levrat, il déclare que " le candidat doit se reconnaître dans l'Etat de droit, respecter scrupuleusement la séparation des pouvoirs, les engagements internationaux et les règles du jeu ". De quel jeu ? Celui d'une " concordance " dont on n'avait pas perçu qu'elle soit si avantageuse pour le PS qu'il lui faille s'y accrocher et y accrocher ses adversaires.
Parricide mou
Tout le monde (ou presque, les Verts faisant tache) est d'accord : l'UDC a le " droit arithmétique de briguer la succession de Samuel Schmid ", comme dit Christian Levrat. Qu'est-ce qu'un " droit arithmétique " vient faire dans ce qui devrait relever d'un choix politique ? Le " droit arithmétique ", c'est ce dans quoi on se réfugie quand on est incapable de faire un choix. Un seul homme peut donc apparemment éviter le retour de l'UDC au Conseil fédéral : Christoph Blocher. En présentant sa candidature, et en la faisant accepter comme candidature unique par un parti à sa botte, il manifesterait clairement la volonté de l'UDC de camper dans la forteresse " oppositionnelle " dans laquelle elle s'est réfugiée. Ou son incapacité d'en sortir D'ailleurs, le groupe parlementaire UDC l'a si bien compris qu'il a refusé en septembre dernier de faire du Pithécanthrope son unique candidat à la succession de Schmid. N'est pas le chaînon manquant qui veut. De toutes façon, un (ou une ?) UDC sera élu(e), ne serait-ce que pour féliciter l'UDC d'avoir enfin réussi à résoudre son complexe d'Oedipe. En " tuant le père ". Dans un parricide mou, bien helvétique, qui fera plaisir à tout le monde en ne changeant rien à rien, ni à la politique du gouvernement, ni à celle de l'UDC.