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Amélie Plume
Née à La Chaux-de-Fonds, Amélie Plume a fait des études de Lettres à Neuchâtel. Elle vit quelques années à New York, voyage en Afrique et en Israël, avant de s’établir à Genève et dans le Sud de la France. En 1981, elle se lance dans l’écriture. Elle a publié à ce jour treize récits (Marie-Mélina s’en va , Toute une vie pour se déniaiser, Mademoiselle Petite au bord du Saint-Laurent…) dont plusieurs sont traduits en allemand. Elle a reçu le prix Schiller pour l’ensemble de son œuvre.
L’œuvre d’Amélie Plume est entièrement placée sous le signe du comique et de l’autodérision ; au départ cependant est la rébellion. Elle commence tambour battant avec une trilogie autour des couples qui se font et se défont, et choisit sa cadence : c’est allegretto que la vie moderne se joue. Elle invente une écriture de la vitesse, anarchique, transgénérique, où elle mêle savamment la poésie et la prose : des vers courts, des majuscules aberrantes, une ponctuation capricieuse, des enjambements et des hiatus cocasses, des rimes, des assonances et des onomatopées forment de pseudo-poèmes qui contrastent avec le récit, donnant ainsi à l’ensemble un ton provocant.
livre(s) sélectionné(s)
Tu n'es plus dans le coup !
paru aux éditions Zoé, 112 p., 2014
A l’occasion des funérailles d’un de ses ex-maris, la narratrice (une dame âgée, à la retraite, qui vit avec son compagnon dans le sud de la France) s’interroge sur ce qu’elle pourrait laisser derrière elle à ceux qui assisteront à sa propre cérémonie funèbre. A ce thème, se nouent d’autres réalités liées à l’âge : les noms de fleurs que la narratrice ne retrouve pas, ses relations avec sa fille et ses petits-enfants, et ce « Tu n’es plus dans coup ! » qu’on lui assène.
Mais Lily Petite, tel est le nom de la narratrice, a des ressources. Elle va d’abord inventer des moyens mnémotechniques pour se rappeler le nom des fleurs qu’elle aime, puis elle va les photographier avec un polaroïd, puisque ce genre d’appareil revient à la mode. Et l’herbier ainsi constitué devient, au fil des floraisons, un calendrier personnel.
« Faut-il avoir un rêve pour être heureux ? » La réponse est évidemment oui, mais quand on a l’essentiel de sa vie derrière soi ? Il reste à Lily, en plus du « bonheur des mots », son vieux rêve de se mettre à dessiner.
Après avoir envisagé de laisser à ses proches des lettres à ouvrir après son décès, Lily, à la réflexion, renonce : elle décide de « se consoler de la mort en vivant ! ». Et alors s’en va avec crayons et papier, dessiner en se promenant.
C’est un récit d’une grande finesse, gai, parfois humoristique, parce que la narratrice sait présenter les événements avec de la distance, mais aussi affronter les douloureuses réalités du temps qui passe avec lucidité. Et, finalement, c’est la capacité de Lily à adhérer pleinement à la vie qui est mise en scène, et offerte aux lecteurs.
Alain Rochat