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Comment mesure-t-on l'influence ? Il est difficile de répondre à cette question. Je me limiterai à un seul aspect de la notation. Les journalistes distribuent des points, entre autres, en fonction des commissions et du nombre de commissions où siège un parlementaire. Ce qui me gêne c'est de voir par exemple qu'un membre de la Commission de l'économie obtient fréquemment plus de points qu'un membre de la Commission de l'éducation, de la science et de la recherche. J'estime que c'est pour le moins contestable. Pourquoi l'économie aurait-elle beaucoup plus d'importance pour notre pays que l'éducation ? Il est clair que les deux sont importantes.
Même les parlementaires adhèrent en silence à ce classement. Lorsqu'il s'agit de répartir les sièges en commission, les membres des fractions désireux de faire partie de la Commission de l'économie sont de loin plus nombreux que ceux qui souhaitent être membre de la Commission de l'éducation. Et il m'arrive de rencontrer des collègues au Parlement fiers de faire état de leur mandat au sein de la Commission de l'économie comme s'ils portaient une médaille. Les médias eux aussi intègrent ce classement sans se poser de question : on parle d'une Commission de l'économie « influente ». Je n'ai encore rien lu de pareil concernant la Commission de l'éducation. Pourquoi donc ?
En intégrant ces clichés à travers des notations ou des appréciations des médias sans nous poser de question, nous ne rendons service, à mon avis, ni au Parlement ni à la politique suisse. La seule matière première de la Suisse c'est la formation, la science et la recherche. Dans tous leurs discours, les politiques ne jurent que par cet avantage de la place suisse. Mais dès lors qu'il s'agit de s'engager au sein d'une commission, ils font montre d'une grande réserve.
Je recommande aux responsables politiques qui ne figurent pas en tête de classement de ne pas s'en inquiéter, et à ceux qui y figurent de ne pas se monter la tête. Rien n'est plus fugace que la faveur des journalistes. Je recommanderais bien aux journalistes de se faire un jour évaluer par les parlementaires comme ils le font avec nous. Certes, un tel classement serait tout aussi discutable mais peut-être qu'il amènerait les représentants des médias à engager une réflexion. Je recommande aux autres lectrices et lecteurs de cette chronique d'exercer leur esprit critique à l'avenir lorsqu'ils entendront parler de responsables politiques influents et de se demander d'où vient ce jugement de valeur. Si quelqu'un assume une mission importante cela ne veut pas dire, non seulement dans le monde politique mais aussi dans la vie courante, qu'elle ou il doit se considérer comme (très) important. Au contraire