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Maîtriser l’esprit pour apaiser le corps
Ces recherches indiquent que cette capacité de contrôle cognitif serait au cœur de différents processus de régulation comme la régulation de la douleur, des émotions, des pensées ou des comportements. Des traitements visant à une amélioration ou à une meilleure utilisation de cette capacité pourraient représenter une piste prometteuse dont l’exploration mérite d’être poursuivie.
Contrôle cognitif et douleur
S’il voulait résister à la tentation d’un gâteau placé devant lui, un gourmand devrait contrer sa réaction spontanée immédiate, qui consisterait à se diriger vers l’aliment et à le consommer. Dès lors qu’il veut transformer son comportement automatique en une réponse intentionnelle et réfléchie, appropriée à une situation donnée –quelle qu’en soit la nature–, l’individu mobilise sa capacité de contrôle cognitif et fournit un effort coûteux pour réviser son appétence naturelle.
Des recherches récentes ont suggéré que les patients douloureux chroniques (dont la souffrance, résistante aux traitements usuels, est installée depuis trois mois au moins) pourraient devoir agir de la même manière qu’un adepte du sucre face à une pâtisserie : ils seraient amenés à devoir exercer du contrôle cognitif pour s'efforcer de tenir à distance les pensées et émotions négatives engendrées classiquement par la douleur.
Ce contrôle cognitif serait également impliqué dans la modération des troubles associés à la douleur couramment observés, comme la fatigue, l’irritabilité, la dépression ou le manque de concentration (tel un convalescent sans cesse gêné et interrompu dans son quotidien par les douleurs lancinantes que sa récente entorse de la cheville occasionne).
Bénéfices et limites
Le contrôle cognitif représente l'implication de fonctions cognitives de base, appelées dans le jargon scientifique fonctions exécutives, qui incluent des processus comme l'inhibition, le passage d'une tâche à une autre et la mise à jour des informations. Ces fonctions de base et, de fait, le contrôle cognitif seraient au cœur des processus de régulation et indispensables à l’adoption de stratégies de soulagement de la douleur et la production de comportements adaptés (cf. la notion de self-control en anglais).
Mais depuis quelques années, les recherches suggèrent que cette capacité d'exercer du contrôle cognitif n'est pas illimitée et peut perdre de son efficacité à mesure que les tâches dans lesquelles elle se trouve impliquée se succèdent. Ainsi, mener une activité nécessitant une importante capacité de contrôle entamerait ce capital et induirait une diminution de la tolérance à la douleur ainsi qu'une augmentation de la perception de cette dernière.
Des études ont soutenu cette idée en montrant que plonger une main dans de l’eau glacée sera ressenti comme plus douloureux par une personne ayant produit avec effort un comportement intentionnel quelques instants auparavant que par celle qu’on aura soumise à l’épreuve du froid après une tâche ne nécessitant pas d'effort.
Contrôle cognitif et douleur exerceraient donc l’un sur l’autre une influence réciproque : plus le patient souffre, plus il doit puiser dans ses réserves de capacité de contrôle pour gérer la douleur, mais ces réserves diminuent alors soit en quantité soit en efficacité, résultant alors en une expérience de douleur plus forte.
Le déficit de contrôle cognitif pourrait affecter certaines populations plus que d’autres. Ce serait le cas des personnes âgées, qui peuvent parfois présenter des difficultés d'ordre cognitif, ou de celles souffrant d’une lésion qui altère les processus cognitifs. De plus, la «dotation» naturelle de chaque personne en capacité de contrôle cognitif la rendrait intrinsèquement plus ou moins à risque dans le développement de douleurs chroniques et de ses troubles associés.
Améliorer sa capacité de contrôle cognitif
Les mécanismes neurologiques et physiologiques à la base de cette limitation de capacité de contrôle ne sont pas encore bien déterminés. Mais on sait d’ores et déjà qu’il est possible d’exercer sa capacité de contrôle sur le long terme par des mises en situation personnalisées. Ainsi, s’astreindre pendant quelques jours à se tenir droit et à maintenir une humeur positive porterait ses fruits dans certaines situations. Des recherches ont par ailleurs indiqué que certains traitements basés sur la pratique de la méditation permettaient d'améliorer la capacité d'exercer du contrôle sur notre comportement et sur la douleur.
Les bénéfices de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), considérée comme le traitement psychologique de référence de la douleur chronique, pourraient aussi entre autres s'expliquer en termes de capacité de contrôle cognitif. Un des buts de cette thérapie vise en effet à apprendre au patient à accepter et à apprivoiser sa douleur et à développer des stratégies efficaces et également moins coûteuses du point de vue du contrôle cognitif pour faire face à la douleur. Car l’expérience montre qu’il vaut mieux apprendre à connaître sa douleur pour la maîtriser plutôt que s’acharner à vouloir la supprimer à tout prix, attitude qui se révèle en réalité contre-productive.
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Références
Adapté de «Implication de la capacité de contrôle cognitif dans l’expérience de la douleur», Dr Nicolas Silvestrini, Geneva Motivation Lab, Université de Genève FPSE, Section de psychologie. In Revue Médicale Suisse 2014;10:1378-81, en collaboration avec les auteurs.