Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06891.jsonl.gz/649

Jeune dessinateur de la HEAD, Clément Grahn a imaginé une version en vol plané du règne de Maurice Jacquelin pendant la Seconde guerre mondiale
Le diable et le bon Dieu. Dans l’épisode précédent, le jeune Clément Grahn mettait en scène le dilemme d’Ernest Fournier, fondateur de la Comédie en 1913 : devait-il suivre la volonté de ses parents, tenanciers de bistrot dans le quartier de Rive, et entrer dans les ordres ? ou réaliser son rêve de théâtre, au risque de se brouiller avec ses géniteurs ? L’étudiant de la HEAD de Genève dessinait ainsi une église biscornue et cornue, histoire de suggérer la victoire de l’art sur la religion.
Changement de décor avec ce nouvel épisode. Le Français Maurice Jacquelin a succédé en 1939 à Ernest Fournier aux commandes d’une Comédie qui est encore un théâtre privé. Il règne sur une troupe d’une quarantaine de comédiens qu’il peine à payer. La guerre n’empêche pas le directeur d’être entreprenant. Il accueille ainsi un jeune Italien qui a fui le fascisme et se fait appeler Georges Firmy. En 1945, il montera, au nom de la Compagnie des Masques, deux pièces, Caligula d’Albert Camus et Meurtre dans la cathédrale de T.S. Eliot.
Georges Firmy retrouvera Milan après la guerre et son nom, Giorgio Strehler. Bientôt, il fondera le Piccolo Teatro, l’un des phares de la scène européenne au XXe siècle. De son côté, Maurice Jacquelin devra licencier les acteurs de la troupe, faute d’argent. Clément Grahn raconte cette page d’histoire en jouant sur les collisions d’images et le collage. Une version virevoltante du drame, au fond.