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Christian Levrat (PS): "Le scrutin le plus important de ma carrière"
RTSinfo: Est-ce que vous allez consacrer beaucoup de moyens à cette campagne ?
Christian Levrat (président du Parti socialiste): A peu près le même montant qu'en 2011, de l'ordre de 1,4 million de francs. Ce qui change,c'est l'implication beaucoup plus forte de nos membres. L'objectif est d'avoir 100'000 contacts avec des électrices et des électeurs dans les semaines qui viennent. Ce sont les élections les plus importantes auxquelles je participe depuis que je suis actif en politique. On n'a jamais eu une situation aussi serrée. Il suffirait que la droite progresse même très légèrement, gagne quelques sièges, pour mettre en danger ou réduire à néant tout ce qui a été obtenu au cours de ces dernières années.
Objectif chiffré ?
On a fixé un objectif de 20% des voix, ce qui est modeste mais réaliste au niveau suisse. Nous étions à 18.7% en 2011. Mais surtout, nous voulons progresser dans tous les cantons, et gagner des sièges. Les sondages donnent les Verts en difficulté, et je crains que le PDC perde quelques sièges. Nous devons progresser suffisamment pour combler ces pertes. Tous les projets progressistes développés ces dernières années l'ont été par une majorité Verts-PDC-PS avec l'appui ponctuel du PBD et des Verts-libéraux et aujourd'hui ces projets sont remis en cause. Est-ce qu'on veut un renforcement de l'AVS ou est-ce qu'on veut augmenter l'âge de la retraite ? Est-ce qu'on veut le virage énergétique ou le tout nucléaire ? Les bilatérales ou l'Alleingang ? Un Conseil fédéral avec Madame Widmer-Schlumpf ou est-ce qu'on pense qu'il faut une majorité automatique Radicaux et UDC qui dans la plupart des cas collaborent et travaillent ensemble ? Donc les enjeux sont clairs et dépendent notamment des résultats qu'on peut espérer au National pour maintenir une majorité qui soit progressiste. Ca ne fait encore pas un Conseil fédéral ou un Parlement de centre-gauche. Il y a clairement une majorité de droite dans notre pays. Ca fait un Parlement ou un Conseil fédéral qui, de temps en temps, prend une décision raisonnable et c'est là toute la différence.
Le PDC est-il un allié fiable pour vous ?
Tout le monde sait que c'est difficile de travailler avec le PDC. Ils ont tendance à changer souvent d'avis, mais, dans les grandes réformes qui ont été possibles durant cette législature, le PDC a toujours tiré à la même corde que nous. Il n'y a par conséquent pas de raisons de les considérer avec trop de distance.
Quels sont les thèmes que vous allez mettre en avant pour séduire les électeurs ?
Trois grands thèmes. D'abord, la protection des salariés, en particulier des plus âgés. Les cas se multiplient dans lesquels les gens nous disent avoir été licenciés au-delà de cinquante ans pour permettre l'engagement de salariés plus jeunes, suisses ou étrangers d'ailleurs. Bref, il y a un défaut de protection. D'où une augmentation de la durée du chômage pour les salariés de plus de cinquante ans et une augmentation des cas d'aide sociale. Il faut donc renforcer cette protection. Deuxième thème, le logement: on connaît la problématique de la protection insuffisante des locataires. La construction de logements par les collectivités publiques est divisée par deux depuis 2003. Il s'ensuit des difficultés extrêmes à se loger pour un loyer raisonnable. Troisième thème, la réforme des retraites. J'ai tracé la ligne de front: d'un côté, ceux qui veulent démanteler l'AVS , augmenter l'âge de la retraite, diminuer les rentes LPP,puis de l'autre, nous, qui considérons qu'il faut renforcer l'AVS, augmenter le niveau desrentes et parvenir, dans l'ensemble du système, à un équilibre et permettre à chacun de vivrecorrectement sa fin de vie dans la dignité.
A l'approche de l'échéance, on voit des « coups médiatiques » venant de directions de partis. Vous ne participez pas à ce genre de choses ?
Non, je ne l'ai jamais fait et je ne pense pas commencer aujourd'hui. Lancer n'importe quoi pour obtenir de l'espace médiatique, pour obtenir un titre dans le Sonntagsblick, et puis être contraint de faire marche arrière deux jours après, pour moi ça ruine votre crédibilité. Je suis partisan d'une politique sérieuse où la parole des responsables politiques a un poids et par conséquent ceux-ci réfléchissent un minimum avant de parler.
Levrat a tiré le parti vers la gauche, quitte à perdre même des votations ?
Je pense que ce n'est pas vrai. Ce que j'espère avoir fait, c'est rendre le parti plus lisible en le centrant sur les questions sociales et économiques. On peut considérer que l'introduction d'un salaire minimum est un projet révolutionnaire en Suisse. Ca a été rejeté, j'en prends note. mais je prends aussi note du fait qu'en Allemagne, ça a été introduit par Angela Merkel !
Comment voyez-vous votre présidence jusqu'ici ?
Comme la tentative d'animer le parti, d'en faire un parti qui débat, qui n'est pas monolithique mais qui sait se regrouper derrière quelques valeurs. Et je crois qu'on y parvient pas mal.
Comment voyez-vous votre présidence après octobre ?
Je déciderai après ces élections si j'entends conduire le parti jusqu'aux élections de 2019, ou si je considère qu'il est nécessaire de renouveler les têtes à la direction du parti.
>> Les interviews des autres dirigeants de partis sur le site des élections fédérales.
Propos recueillis par Pierre-Yves Maspoli
Publié le 28 septembre 2015 à 11:22 - Modifié le 29 septembre 2015 à 10:30
En bref
Christian Levrat: Oui
Faut-il relancer le processus d’adhésion à l’Union européenne?
Non
Faut-il accueillir davantage de migrants?
...
Faut-il augmenter l’âge de la retraite pour assurer le financement de l’AVS?
Non
Faut-il instaurer une caisse publique d’assurance-maladie?
Oui
Faut-il restreindre le droit d’initiative populaire?
Non
Faut-il sacrifier un peu de liberté individuelle au profit de la sécurité en augmentant la surveillance (écoutes, etc.)?
Non
Faut-il autoriser les couples de même sexe à adopter?
Oui
Faut-il abroger le service militaire obligatoire?
Oui
Faut-il doubler le montant de la vignette autoroutière?
Oui
Faut-il que l’Etat aide à la formation d’imams en Suisse?
Oui
Faut-il imposer l’apprentissage d’une langue nationale comme première langue à l’école?
Oui
Le PS, deuxième groupe aux Chambres
Le PSS redevient alors le deuxième groupe aux Chambres fédérales avec 57 élus (contre 59 à l'UDC). Fait notable: presque la moitié (26) sont des femmes.