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par Kelly Patricia O’Meara – 18 décembre 2012
Ces prochains jours, nous nous recueillerons respectueusement en tant que nation, durant ces brefs moments de silence à la mémoire des victimes de Newtown. Puis, avec la même indignation envers cet acte meurtrier, il faudra prendre la parole et exiger une enquête générale sur toutes les causes possibles de cet acte, y compris le système de santé mentale lui-même.
Selon divers articles de presse, le tireur de Sandy Hook, Adam Lanza, était un produit du système de santé mentale et prenait des «médicaments» depuis l’âge de dix ans; il était suivi par un psychiatre depuis au moins l’âge de 15 ans. La mère de Lanza aurait dit à des amis que Lanza «allait de moins en moins bien» et qu’elle avait «du mal à l’atteindre». Les questions qui demandent réponse sont: quand Adam Lanza a-t-il reçu pour la première fois un traitement mental, quel a été le diagnostic posé et quels médicaments lui a-t-on prescrit au cours de sa courte vie?
Mais la question la plus importante est de savoir combien de fois encore ce scénario absurde devra être rejoué avant que le législateur admette enfin qu’on dispose déjà de données à ce sujet et que celles-ci ont été maintes fois et délibérément ignorées jusqu’à ce jour. En effet, entre 1998 et 2012, quatorze fusillades ont eu lieu dans des écoles, causant la mort de 58 personnes et en blessant 109 autres. Or, chacun de ces quatorze tireurs prenait un médicament psychiatrique ou tentait de s’en sevrer, et sept d’entre eux avaient été «soignés» par un psychiatre ou un psychologue.
Par ailleurs, il y a aussi eu d’autres fusillades de masse, comme celle impliquant James Holmes, l’auteur présumé de la fusillade du 20 juillet dernier dans un cinéma à Aurora, au Colorado; on sait aujourd’hui que Holmes était suivi par la psychiatre Lynne Fenton, mais aucune mention n’a été faite sur les médicaments psychiatriques qui lui avaient été prescrits.
La majorité de ces tireurs avaient reçu sur ordonnance des psychotropes qui n’avaient pas été approuvés par la FDA (Food and Drug Administration) pour le traitement des enfants de moins de 18 ans. Pourtant, les antidépresseurs sont en tête de la liste des médicaments mis en accusation dans ces fusillades, notamment le Prozac, le Trazodone, l’Effexor, le Celexa et le Luvox, pour n’en nommer que quelques-uns.
Et, selon une étude récente passant en revue les informations de la FDA sur les effets indésirables de médicaments, «les données fournissent une nouvelle preuve que les actes de violence envers les autres sont de vrais et sérieux effets secondaires associés à un groupe relativement restreint de médicaments. La Varénicline, qui augmente la disponibilité de la dopamine, et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine sont les médicaments les plus fortement et constamment impliqués». En d’autres termes, les antidépresseurs sont les médicaments régulièrement impliqués.
Il n’y a aucun doute que les médicaments psychiatriques causent de la violence, car 22 mises en garde ont été publiées sur les effets des médicaments psychiatriques, mentionnant des effets comme la manie, l’hostilité, la violence et même les idées d’homicide.
Pour des dizaines de fusillades et d’assassinats très médiatisés, on a pu établir un lien avec la consommation de médicaments psychiatriques; pourtant, il n’y a pas eu d’enquête fédérale sur le lien entre les médicaments psychiatriques et les actes de violence insensés.
Chacun de ces «traitements» médicamenteux psychiatriques fait l’objet d’une «black box» (boîte noire) de la FDA, avertissement le plus sérieux de l’agence fédérale, où on peut lire: «Les antidépresseurs ont augmenté le risque de pensées et de comportements suicidaires (suicides) dans des études à court terme menées chez les enfants et les adolescents présentant un trouble dépressif majeur (TDM) et d’autres troubles psychiatriques». Malgré l’avertissement de la FDA, ces médicaments psychiatriques sont prescrits à des enfants âgés de 12 à 17 ans, à un taux de 1 sur 25.
Mais la réalité est bien pire, et c’est certainement une information qui est disponible pour ceux qui sont en mesure d’apporter des changements plus que nécessaires. Par exemple, 11 pour cent de la population américaine âgée de plus de 12 ans prend au moins un antidépresseur, 9 enfants sur 10 qui consultent un pédopsychiatre repartent avec une ordonnance pour un psychotrope et, fait encore plus scandaleux, 1 enfant d’âge préscolaire sur 70 prend un médicament psychiatrique. Ce sont les mêmes médicaments que dans l’étude ci-dessus.
Et ces données ne traitent que de la médicalisation croissante des enfants de la nation. C’est un fait triste mais vrai que, même si les Etats-Unis ne comportent que cinq pour cent de la population mondiale, ils absorbent les deux tiers de la consommation mondiale de médicaments psychiatriques. On peut établir un lien direct entre ces chiffres démentiels et l’augmentation des diagnostics de maladie mentale.
Le fait est que, sans diagnostic, ces médicaments psychiatriques ne peuvent être prescrits. Même les grosses légumes de la psychiatrie reconnaissent le pouvoir néfaste des diagnostics de maladie mentale. Ainsi, le Dr J. Allen Frances, ancien président du Groupe de travail DSM-IV-R de l’Association Psychiatrique Américaine a révélé, dans un récent éditorial, que «les nouveaux diagnostics en psychiatrie sont plus dangereux que de nouveaux médicaments, car ils ont une influence sur le fait que des millions de personnes soient ou non placés sous médicaments...».
Aujourd’hui, le nombre d’Américains diagnostiqués souffrant d’un trouble mental est en forte progression. Chaque année, aux Etats-Unis, 100 milliards de dollars sont consacrés à la santé mentale et, rien qu’en 2006, les troubles psychiatriques ont coûté 200% de plus que les soins médicaux en général. Et, l’industrie pharmaceutique ne se prive pas d’encaisser grâce aux diagnostics; en 2009, elle a amassé 150 milliards de dollars dans la vente de médicaments psychotropes – soit la moitié de toutes les ventes sur ordonnance aux Etats-Unis.
Il existe suffisamment de données démontrant la relation entre les médicaments psychiatriques et la violence. Mais ce qui manque, c’est une discussion sérieuse sur l’effet que l’industrie de la santé mentale a sur le bien-être national. Il y a plus d’une dizaine d’années à New York, quelques législateurs éclairés ont compris ce problème croissant et ont présenté ce qu’on peut décrire comme un projet de loi avant-gardiste.
Le projet de loi 1784 du Sénat de New York, présenté en 2001 par le sénateur Owen H. Johnson, demandait la mise en place d’organes d’application de la loi pour collecter des données sur certains crimes violents et, le cas échéant, sur les médicaments psychiatriques pris par leur auteur au moment du crime.
Les rédacteurs du projet de loi avaient fait leurs devoirs et avaient fondé la nécessité de cette loi sur des résultats de recherche «publiés dans des publications revues par des pairs, telles que l’American Journal of Psychiatry, le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry et le Journal of Forensic Science, qui ont montré, entre autres choses, que certains médicaments peuvent provoquer une manie, que certains patients sous psychotropes ont une augmentation des pensées suicidaires et/ou des comportements violents, que des idées ou des comportements d’automutilation s’intensifient, que les utilisateurs de certains médicaments peuvent devenir agressifs ou souffrir d’hallucinations et/ou de pensées suicidaires et que certains médicaments peuvent produire une réaction psychotique aiguë.».
Bien que ce projet de loi ait été rejeté en commission, aucune partie de l’information qu’il contient n’a changé, ni la nécessité d’une action rapide. Quoi qu’il en soit, ces législateurs étaient en avance sur leur temps. Cela dit, avec plus d’une décennie d’augmentation des actes de violence liés aux médicaments psychiatriques, il n’est pas de meilleur moment pour intervenir.
A moins d’une enquête sérieuse sur l’augmentation constante des diagnostics de maladie mentale et sur le lien entre les médicaments psychiatriques et la violence, le pays continuera à revivre les événements tragiques de Newtown... Aurora, Columbine, et des dizaines d’autres lieux au cours des dix dernières années; et les personnes qui sont en position de changer cette situation et ne le font pas devraient en avoir honte.
Kelly Patricia O’Meara est une journaliste d’investigation primée, qui travaille pour le Washington Times Insight Magazine et qui a écrit des dizaines d’articles dénonçant la fraude des diagnostics psychiatriques et les dangers des médicaments psychiatriques – y compris son article-couverture avant-gardiste de 1999, «Guns & doses», exposant le lien entre les médicaments psychiatriques et les actes de violence insensés. Elle est également l’auteur du livre très connu, «Psyched Out» (la psychiatrie démasquée). Avant de travailler en tant que journaliste d’investigation, Kelly O’Meara a passé seize ans au Capitole, en tant que membre du personnel du Congrès pour quatre membres du Congrès. Elle est titulaire d’un B.S. en sciences politiques de l’Université du Maryland.
Traduit par la CCDH
Tuerie de Newtown – Demande d’ouverture d’une enquête fédérale sur l’échec du système de santé mentale américain, article original en anglais