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Faubourg à vocation militaire, puis maraîchère, Plainpalais devient un lieu de délassement au XVIIe siècle, puis s’urbanise peu à peu. La zone agricole de la Jonction devient, quant à elle, un centre industriel au XXe siècle.
Un quartier né de la conquête de l’Arve
Un delta boueux pour orpailleurs
Longtemps, les terres entre le Rhône et l’Arve ne sont qu’un delta boueux. Seuls les orpailleurs s’y rendent pour chercher de l’or dans l’Arve. L’histoire du quartier Plainpalais Jonction est d’abord celle d’une conquête sur ce fleuve, qui débordait souvent. Dès le XIIIe siècle, on cherche à contenir l’Arve pour utiliser la plaine et les terres de la Jonction.
Un terrain vague semé de ruines
En 1531, face à la menace savoyarde, le peuple de Genève décide de raser tous ses faubourgs pour empêcher l’ennemi d’avancer à couvert. La population se serre à l’intérieur des murs et les pierres des maisons détruites servent à renforcer les remparts. Plainpalais devient un no man’s land semé de ruines. En 1536, la République de Genève est proclamée. Mais Genève reste une citadelle et Plainpalais un terrain vague, même après le traité de paix qui suit la nuit de l’Escalade.
Renaissance du faubourg de Plainpalais et agriculture à la Jonction
Sa renaissance, c’est au duc de Rohan que le faubourg la doit. Lors d’un séjour à Genève en 1637, le duc propose de faire de la Plaine une promenade ornée de tilleuls et d’ormeaux et d’aménager des terrains pour le jeu du mail, alors très à la mode. La plaine devient le cœur vivant de Plainpalais, avec ses parties de mail, ses exercices militaires et ses foires.
A la Jonction, les terres gagnées sur les eaux sont vouées à l’agriculture.
Le "jardin de Genève"
Suite à la maîtrise des eaux de l’Arve, le territoire de Plainpalais Jonction devient propice à l’agriculture. La presqu’île de la Jonction prend ainsi le surnom de «jardin de Genève». Pour l’anecdote, on appelle les maraîchers «plantaporrêts», déformation de «planteurs de poireaux». Le long du boulevard Saint-Georges, certaines rues rappellent ce passé: rue des Jardins, rue des Plantaporrêts, plus loin rue des Maraîchers. La rue de la Puiserande désigne une roue qui puise l’eau grâce à un cheval.
Vers Plainpalais, des jardins et des maisons apparaissent aussi entre le Rhône et l’Arve, malgré de fréquentes crues de cette dernière. Au XVIIe siècle, ce sont surtout des réfugié-e-s français-e-s qui cultivent ces jardins et font découvrir aux Genevois-e-s des légumes alors inconnus, comme les artichauts violets ou le cardon, qui devient une spécialité genevoise labellisée.
Urbanisation et industrialisation du quartier
Au XIXe siècle, la commune de Plainpalais est encore rurale. Sa rue principale, la rue de Carouge, non pavée, n’est bordée que de petites maisons entourées de jardins. Mais elle se développe et s’urbanise peu à peu. On y ouvre une école, des commerces, des services publics comme l’hôpital, des lieux culturels (Comédie, Casino-Théâtre, Diorama…), ou encore universitaires avec les écoles de chimie et de médecine.
Au cours des siècles, la Plaine de Plainpalais devient un lieu central pour les réjouissances populaires. Celle qui accueillait déjà une partie de l’Exposition nationale de 1896, est aujourd’hui le théâtre des réjouissances annuelles de la Fête nationale et accueille le célèbre marché aux puces depuis 1970.
Quant au faubourg de la Jonction, il reste campagnard jusqu’au début du XXe siècle. Dès 1850, des travaux permettent de protéger les terres des inondations en les surélevant. Les jardins cèdent peu à peu la place aux entreprises. Le faubourg devient un centre industriel dont la plupart des usines ont aujourd’hui été reconverties en centres culturels.
Que signifient «Plainpalais» et la «Jonction»?
Le nom «Plainpalais» vient probablement de l’expression latine «plana palus», qui signifie «plaine marécageuse». L’espace compris entre le Rhône et l’Arve, au pied de la colline de Genève, était pierreux et très souvent recouvert par les eaux de l’Arve.
La «Jonction» prend son nom de l’endroit où se rejoignent le Rhône et l’Arve. On peut observer cette union depuis le viaduc CFF et piéton de la Jonction, accessible depuis le sentier des Saules . Les eaux vertes du Rhône, nettoyées par leur passage dans le lac, se mélangent progressivement aux eaux brunes et boueuses de l’Arve.
Sources:
- Pierre Bertrand, Plainpalais, son passé, son avenir, Genève, 1943
- Dictionnaire historique de la Suisse, Article "Plainpalais", 1998-2013
Article modifié le 22.09.2020 à 05:49