Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07088.jsonl.gz/159

Le moment du sevrage est bientôt là: les poulains de cette année seront séparés de leur mère et amenés au pâturage. Cette césure dans la vie des poulains peut être très stressante et donner suite à des conséquences insoupçonnées sur le long terme.
Le sevrage des jeunes animaux de leur mère est un processus tout à fait naturel. Chez les chevaux sauvages, le sevrage dure au moins une année. Si la mère n’est pas à nouveau portante, le processus prend encore plus de temps. Le chemin vers l’indépendance se fait alors par petites étapes à peine visibles: le lait maternel se tarit et le jeune animal est de plus en plus repoussé par sa mère. Ce faisant, le jeune cheval s’habitue peu à peu à la nourriture solide, noue de nouveaux contacts sociaux avec ses camarades du même âge, trouve sa place au sein du troupeau par le jeu et se détache de la protection des chevaux adultes.
De nombreuses sources de stress
Dans l’élevage moderne, il est pratique courante de séparer les poulains de leur mère à l’âge de 6 mois. Cette nouvelle étape de vie est très difficile pour le poulain. La séparation abrupte de la mère entraîne non seulement la perte de la base alimentaire habituelle, mais aussi de la protection des individus d’un groupe connu et surtout de la mère. Le sevrage est de plus souvent lié au transport dans un environnement inconnu chez des congénères étrangers, où les jeunes chevaux sont exposés à des luttes hiérarchiques et doivent parfois aussi attendre leur tour pour manger et boire.
L’angoisse des poulains s’exprime alors par de forts hennissements et des déplacements fréquents.
Le niveau de stress des poulains peut être déterminé par la mesure des hormones de stress, le cortisol, se trouvant dans la salive. De hautes valeurs de cortisol influencent le système immunitaire car elles augmentent la susceptibilité à l’infection et entravent la croissance osseuse. Des études comportementales ont de plus démontré que certains troubles du comportement comme le tic à l’appui ou à l’ours peuvent être déclenchés par des situations stressantes comme le sevrage abrupt de la mère.
Ulcères gastriques chez le poulain
Une thèse de doctorat de l’Université d’Hanovre (Dahlkamp, 2009) donne des chiffres impressionnants quant à la césure que représente le sevrage pour les poulains. Elle démontre qu’avant le sevrage, 48% des poulains ont des lésions des muqueuses gastriques; 14 jours après la séparation de la mère, ce ne sont pas moins de 95% des poulains sevrés qui présentent des changements pathologiques des muqueuses gastriques. Un traitement préventif effectué dans le cadre de l’étude accompagnant le sevrage a certes permis de réduire de manière significative la formation de nouvelles lésions lors du processus de sevrage et de séparation, sans pourtant l’empêcher complètement.
Vite fait, bien fait?
Une étude tchèque (Dubcová et al., 2015) a comparé deux manières de sevrage abrupt. Elle arrive à la conclusion qu’après un sevrage abrupt, le degré de stress et la réduction de la croissance sont plus faibles lorsque le poulain est transféré dans un nouvel environnement que lorsqu’il reste au même endroit qu’avant le sevrage. Dans le dernier cas, le stress lié à la séparation abrupte est certes moins grand sur le court terme, mais se maintient plus longtemps. Les différences de croissances entraînées par la séparation abrupte sans déplacement du poulain sont encore visibles pendant des mois.
Des méthodes de sevrage plus douces
Au vu des contraintes psychiques et corporelles que représente le sevrage pour le poulain, le processus abrupt pourtant très répandu est de plus en plus remis en cause. Bien qu’un processus de sevrage proche du déroulement naturel ne soit à peine réalisable dans les conditions d’élevage habituelles, il existe des méthodes de séparation plus douces. Une étude française (Henry et al., 2012) a ainsi pu démontrer que le degré de stress du poulain est nettement réduit lorsque des chevaux adultes connus du poulain restent dans le groupe une fois que les poulinières sont éloignées. Bien que les poulains sevrés de cette manière aient présenté également des valeurs de cortisol légèrement élevées et une faible perte de poids, ces déséquilibres furent compensés rapidement.
Dans tous les cas, le sevrage forcé est une césure importante qui ne doit pas être sous-estimée et qui peut marquer le cheval à vie. Le choix du moment doit être réfléchi et la procédure préparée soigneusement. L’accumulation d’autres facteurs troublants comme des changements de l’alimentation, des transports, des vaccinations ou des vermifuges sont à éviter au moment du sevrage. Il s’agit donc de gérer la situation de manière soigneuse et réfléchie afin de permettre au jeune cheval de démarrer dans la vie adulte en confiance et en bonne santé.
Cornelia Heimgartner