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Difficile de trouver un photogramme d'American Sniper n'évoquant pas (ou peu) la guerre. Sur cette image, Bradley Cooper retrouve son épouse, mais le cadre est tout sauf intime. En amorce, on voit l'épaule d'un soldat et à l'arrière-plan la tête d'un homme qui semble surgir dans la perspective pour les séparer. Nous sommes à l'extérieur, et l'insigne américain - renvoyant aussi au titre du film - bien visible cousu sur l'uniforme de Cooper ne fait pas mystère de sa nationalité. Les regards des deux personnages se rejoignent à droite du centre de l'image, ce que souligne du reste (volontairement ou non, peu importe) une ligne derrière eux, vestige du décor usité pour cette séquence. Le plan est relativement serré, même si de larges bandes d'espace blanc subsistent à gauche et à droite du couple.
Trente-quatrième film de Clint Eastwood, American Sniper est centré sur un personnage unique qui se fond avec le travail (ou la vocation) qu'il a choisi de faire. La morale reste donc ici logiquement hors-champ, hors-fiction, et le regard d'Eastwood ne se situe clairement pas à ce niveau-là. Ni héros ni salaud, son protagoniste demeure cet homme plutôt ordinaire qu'il n'a cessé d'être depuis une enfance qui l'a façonné et sans doute convaincu de devenir ce tueur professionnel, froid et efficace qu'on découvre dans le film. Abordant ce récit (tiré de l'autobiographie du tireur d'élite Chris Kyle, parfois surnommé "La Légende") de front et sans la distance qui lui aurait sans doute évité une polémique aussi stérile qu'inutile, Eastwood ne prétend pas non plus relire l'histoire américaine récente. La juxtaposition d'un regard direct et d'un travail de mise en scène convenable (à défaut d'être génial comme dans d'autres de ses films) génère un résultat parfois hybride mais toujours cohérent. A cette image, Bradley Cooper est bon mais jamais transcendant.
American Sniper est actuellement à l'affiche en salles.