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Il s'appelait Alireza. Il est arrivé en Suisse au printemps 2021, à l’âge de 17 ans selon lui, 18 ans selon les autorités fédérales. Il avait derrière lui un parcours migratoire traumatisant. Son entrée en Europe s'est faite via la Grèce, où il aurait subi des violences terribles dans un camp de réfugiés. Un épisode auquel il faisait référence comme un "trou noir".
Il en est ressorti avec un stress post-traumatique, selon le diagnostic des médecins suisses. Le jeune homme a ensuite été installé dans le Foyer de l'Etoile à Genève, qui accueille des jeunes mineurs non accompagnés et de jeunes majeurs.
Déjà un suicide en 2019
Ce foyer a déjà été le théâtre d'un suicide il y a quatre ans. Coïncidence troublante, le jeune qui avait mis fin à ses jours en 2019 portait le même prénom. A l'époque, les conditions d'encadrement du foyer avaient été pointées du doigt.
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Dans le cas actuel, c'est la décision de renvoi qui aurait joué un rôle décisif dans l'acte désespéré du jeune Afghan. En effet, depuis son arrivée à l'Etoile, Alireza allait mieux. Il avait commencé l'école et apprenait le français. Il était également entouré d'une famille d'accueil dont il était proche. Ses amis parlent de lui comme d'un jeune homme extrêmement motivé.
Dans un rapport médical que la RTS a pu consulter, les psychiatres soulignaient que son état psychologique s'était amélioré grâce à son intégration et qu'il était désormais capable de se projeter dans l'avenir.
Autorités averties des risques
C'est alors qu'est intervenue la décision du Tribunal administratif fédéral (TAF), qui est venue confirmer celle du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM): la demande d'asile est rejetée et un renvoi vers la Grèce est pronconcé.
Le TAF et le SEM avaient pourtant été avertis des risques de cette décision. Un dossier médical qui leur avait été transmis indiquait que le transfert vers la Grèce provoquerait un risque de décompression, puisqu'il s'agissait de la source du traumatisme d'Alireza. Le document précisait notamment que "le patient présenterait un risque élevé de passage à l'acte suicidaire en cas de renvoi".
Dans sa décision de non-entrée en matière, le SEM écrit qu'"il est compréhensible que chez certaines personnes, une tendance suicidaire se développe suite à la non-entrée en matière sur leur demande d'asile. Il ne serait cependant pas correct que la mention d'un risque suicidaire contraigne les autorités à revoir leur position."
Dans ce même document, le SEM rappelle à Alireza qu'il a "la possibilité de consulter un médecin, et le cas échéant, de poursuivre [son] traitement médical en Grèce, où l’infrastructure médicale nécessaire est disponible". Le SEM précise également qu'il revient à son médecin traitant de le préparer au mieux à son départ de Suisse.
Forte émotion
Contacté par la RTS, le SEM déclare ne pas pouvoir se prononcer sur un cas spécifique, mais souligne qu'il examine chaque demande d'asile individuellement et conformément aux dispositions légales en vigueur. Le SEM explique que le renvoi est exécuté si la personne ne risque pas de se retrouver dans une situation menaçant son existence et que cette évaluation prend en compte les expertises médicales et les risques.
Le suicide d'Alireza a provoqué un vrai choc à Genève. L'émotion est forte tant du côté des associations de défense de l'asile que des jeunes Afghans. Ils ont fait par de leur douleur et de leur colère.
"Nous sommes sidérés qu'un pays puisse permettre à un jeune de s'installer et de reconstruire une vie, et tuer tout espoir deux ans plus tard", ont-ils confié. Ils sont en train de se rassembler pour organiser une manifestation, une première pour beaucoup d'entre eux.
Le Foyer de l'Etoile momentanément bouclé lundi
Le Foyer de l'Etoile, à Genève, est resté entièrement bloqué lundi matin jusqu’à 11h30, les jeunes occupants ne pouvant ni sortir ni rentrer. Même les assistants étaient retranchés à l’intérieur.
Les agents de sécurité ont confirmé à la RTS avoir reçu l’ordre de boucler le foyer. L’Hospice général, de son côté, a expliqué avoir voulu prévenir les tensions.
Anouk Pernet/asch
Cas révélateur de la détresse des jeunes réfugiés
Le suicide d'Alireza est révélateur de la détresse que subissent de nombreux jeunes réfugiés, explique dans Forum Saskia Von Overbeck Ottino, pédopsychiatre et psychanalyste.
"Tous ne se suicident heureusement pas, mais beaucoup ont une vulnérabilité. Un mineur ou un jeune ex-mineur non accompagné cumule de fait plusieurs facteurs de risque. Ils ont dû partir de chez eux généralement pour des raisons de violence, ils ont souvent vécu dans la précarité, et le voyage peut être très traumatique."
Saskia Von Overbeck Ottino rappelle que l'arrivée en Suisse est éprouvante et qu'elle peut également être source de traumas: "Ces jeunes doivent 'subir' des auditions qui durent des heures, où on se méfie de ce qu'ils disent. Et après, quand les décisions vont à l'encontre de ce que les jeunes disent ou de leur projet, ça les renvoie à toutes sortes de traumatismes qu'ils ont vécus par le passé."
Trouver de l'aide
...sur internet:
Pour la promotion de la santé mentale dans les cantons latins:
Pour les enfants et les personnes adolescentes:
Pour les 18-25 ans:
Pour la prévention du suicide des jeunes:
Le Groupe Romand de Prévention du Suicide:
...par téléphone:
147: Pro Juventute – Ecoute et conseils pour les jeunes
143: La Main Tendue – Ecoute et conseils pour les adultes
144: Ambulances – Urgences
117: Police – Urgences