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Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke
En ce mois de juillet 1921, la tour médiévale de Muzot, véritable petit château datant du XIIIe siècle, attend son illustre visiteur. Sagement installée au milieu des vignes et des vergers alentours, elle se dessine vers le ciel, exact point d'équilibre entre les douces lignes du coteau et la dureté vertigineuse des montagnes. Rilke y passera les cinq dernières années de sa vie, cinq courtes années, mais qui seront celles de la renaissance artistique et d'une inspiration nouvelle. C'est à Muzot qu'il achèvera les "Elégies de Duino" et qu'il rédigera les "Sonnets à Orphée", ainsi que les recueils de poèmes "Vergers" et les "Quatrains valaisans".
Né à Prague le 4 décembre 1875, Rilke a mené une vie errante à travers l'Europe, avec une préférence marquée pour les pays méditerranéens. Il fut le secrétaire de Rodin et connu de son vivant une extraordinaire popularité auprès de ses lecteurs, sensibles au climat "d'intimité partagée" qui caractérise son œuvre. Preuve de cette popularité, les nombreux visiteurs qui firent le voyage de Muzot pour le rencontrer, tel le poète Paul Valéry pour qui il traduisit "Charmes".
On peut se demander à juste titre pour quelle raison Rilke décida un jour de s'installer à Veyras. Les difficiles années de guerre, ressenties par le poète comme la négation de la parole, ont sans doute suscité chez lui un intérêt particulier pour la Suisse alors qu'il cherchait un havre de paix propice à la création. Il séjourna à Zürich, à Berne, sur les rives du lac Léman et descendit un jour à l'Hôtel Bellevue à Sierre. Tombant par hasard sur une petite annonce signalant la mise en vente de la tour de Muzot, Rilke fit part de sa découverte à son mécène Werner Reinhart, industriel de Winterthur. Coïncidence extraordinaire, Werner Reinhart connaissait déjà l'existence de la tour pour en avoir fait exécuter un tableau quelques années auparavant. Il acheta aussitôt le château de Muzot pour y loger le poète en mal de créativité. Le 26 juillet 1921, Rilke s'installa dans sa tour, dont il se revêtira "comme d'une armure", faite de silence et de solitude.
Le Valais, avec ses nobles coteaux savamment étagés de vignes, ses vergers où les fruits mûrissent à leur aise, ses bisses où l'eau des glaciers court vers la terre sèche, offrit à Rilke les signes secrets d'un paysage où il retrouva un peu de la Provence et de l'Espagne qu'il aimait. Le château de Muzot, avec ses vieilles pierres, ses meubles anciens, son jardin de roses et ses légendes firent cercle autour de lui pour qu'il puisse nous dire, n'écoutant que le frémissent des feuilles du peuplier devant sa fenêtre : "Etre ici-bas est magnifique" (Septième Elégie).
Rilke éprouvera une très grande reconnaissance vis-à-vis du canton qui l'a accueilli, comme en témoignent les magnifiques poèmes consacrés au Valais et rédigés en français, ainsi que l'abondante correspondance qu'il entretint avec ses amis valaisans. Atteint d'une leucémie, Rilke dut faire de fréquents séjours à clinique de Valmont près de Montreux où il décèdera le 29 décembre 1926. Il est enterré près de l'église de Rarogne, ainsi qu'il l'avait souhaité.
"Pays, arrêté à mi-chemin
entre la terre et les cieux,
au voix d'eau et d'airain
doux et dur, jeune et vieux,
comme une offrande levée
vers d'accueillantes mains :
beau pays achevé,
chaud comme le pain !"
Les Quatrains valaisans, Rilke Rainer Maria
Ouvrage consulté: Zermatten, Maurice. Les années valaisannes de Rilke. Paris: Ed. de la Différence, 1993.
Internet : http://www.franceweb.fr/poesie/rilkbio.htm