Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06918.jsonl.gz/105

Je vous ai entendu et je vous réponds*
Ruth Fayon | Contre l’oubli et l’ignorance – On avait surtout faim. On pouvait supporter toutes les autres souffrances, le manque de liberté, la peur, les problèmes sanitaires, la maladie, le surpeuplement, mais avoir faim était insupportable. L’idée de manger dominait notre pensée. Nous étions entassés à dix personnes par chambre avec un mètre de large d’espace vital pour chacun. Les personnes âgées ont dû payer leur pension pour Thérèsien-stadt. On leur avait fait croire qu’ils allaient dans un hôtel, avec soins. Ces gens sont morts très vite, de chagrin, de misère et de faim. La vie à Thérèsienstadt, si on la compare à Auschwitz, était une vie où l’on pouvait encore se rencontrer. Il y avait des sorties jusqu’à huit heures le soir. Je portais le pupitre pour les concerts donnés par le chef d’orchestre Karl Ancerl. Ainsi, je pouvais entrer dans la salle pour écouter tous les concerts. Il y avait aussi un très bon orchestre de jazz qui s’appelait le «Ghetto Swingers». Je ne me souviens pas d’avoir entendu un concert dirigé par Viktor Ullmann. Mais mon professeur de musique, Karl Fröhlich, me l’a désigné. Viktor Ullmann était un homme très renfermé et je le vois encore, se promenant seul dans les rues de Thérèsienstadt, ses manuscrits à la main (il était interdit de se promener en roupe). Je suis étonnée qu’il ait pu écrire une musique céleste dans un pareil enfer.
*Citation de Murray Sidlin, chef d’orchestre – Theresienstadt 2006
Symphonie n°2 basée sur la Sonate n°7 pour piano de Viktor Ullmann
Dessa | […] Cette œuvre en cinq mouvements commence, selon mon interprétation personnelle, sur un ton allègre avant d’introduire un sentiment de peur et d’oppression, une réalité perçante qui se transforme en tristesse et résignation. La symphonie se termine par des variations sur une mélodie hébraïque remplie de plénitude et de tranquillité. Bernard Wulff la décrit comme «l’émouvant document d’une volonté de survivre, d’une situation où la musique devient un facteur de la survie». Dans cette œuvre de Viktor Ullmann, «j’entends» différentes images: des forces qui se détachent et qui se heurtent, des étincelles et des éclairs, des longs mouvements, l’obscurité et la lumière, la gaieté et la tristesse. Chaque peinture appartient à la totalité de la symphonie, mais chacune exprime un mouvement en particulier.
L’Empereur d’Atlantis (Der Kaiser von Atlantis)
Musique de Victor Ullmann et texte de Peter Kien, écrit au camp de Terezin en 1943. Opéra pour sept personnages de Victor Ullmann, mise en scène de hristophe Balissat. Jeudi 20, vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril à 20h30
Les inédits
Récital Kurt Weill, avec Brigitte Ravenel, artiste lyrique et Francesco Libetta, pianiste. Jeudi 30 mars à 20h30 – Entrée: Fr 30.- Réservation 021 903 11 73 Email: <email-pii>