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Critique
"Passionné par l'histoire de son peuple, Alloune, guide à la Maison des esclaves de Gorée (île sénégalaise et ancien lieu d'embarquement des esclaves africains à destination de l'Amérique) décide de partir à la recherche des descendants de ses ancêtres déportés il y a deux siècles.
LITTLE SENEGAL est le nom du quartier africain de Harlem dans lequel Alloune va débarquer, après une longue enquête en Caroline du Sud. Il y retrouvera une (très) lointaine cousine, Ida, qui gère un petit kiosque à journaux. Guidé par son idée de découvrir, par-delà les siècles et les frontières, les traces éventuelles de sa famille, il croise les chemins de son neveu Hassan, chauffeur de taxi clandestin, et de sa fiancée Biram, d'Eileen, nièce d'Ida, et de Karim, prêt à tout pour obtenir une carte de séjour.
Avec ce cinquième film, Rachid Bouchareb poursuit sa réflexion sur les problèmes d'immigration et d'intégration culturelle. Il s'interroge ici sur les relations qui peuvent exister entre les Noirs établis depuis longtemps en Amérique (les Afro-américains) et les Africains qui cherchent, clandestinement souvent, à s'établir aujourd'hui à New York. Que se passe-t-il lorsqu'un Africain, plus d'un siècle après l'abolition de l'esclavage, s'adresse à un Noir en lui rappelant leurs racines communes? On aurait pu s'attendre à découvrir une forme de complicité et d'harmonie entre les deux communautés. Mais le cinéaste ne cache pas une certaine désillusion: entre ""cousins"", dit-il, la cohabitation est difficile et le racisme règne.
A travers l'enquête et le voyage d'Alloune (remarquable interprétation, toute de sobriété, de Sotigui Kouyate, acteur de théâtre et de cinéma sénégalais), Rachid Bouchareb retrace l'itinéraire historique de la traite des Noirs, mais s'intéresse surtout aux tensions actuelles qui apparaissent au sein même de la communauté noire: les Afros-américains, en lutte pour leur intégration en Amérique, n'ont plus du tout conscience de leurs origines, considérant les immigrants africains actuels comme une menace pour leur propre statut aux USA. L'un d'eux ajoute même: ""L'Afrique? Mais ils tuent des Américains là-bas!""
Le film de Bouchareb témoigne d'une bonne approche des conflits qui existent entre les diverses communautés du quartier de Harlem. Et le constat est amer. Reste à se demander si ce que décrit le cinéaste est représentatif des problèmes qui se posent au sein même de toutes les communautés noires des Etats-Unis. Le mérite essentiel de ce film attachant - dont on suit par ailleurs le développement de l'intrigue avec intérêt - est d'avoir su, avec sensibilité, évoquer leur complexité.
Rachid Bouchareb
Les quatre premiers films de ce cinéaste (BÂTON ROUGE, 1985; CHEB, 1991; POUSSIERES DE VIE, 1994; et L'HONNEUR DE MA FAMILLE, 1997, non distribués en Suisse) sont l'œuvre d'un réalisateur qui porte une regard observateur et critique sur les problèmes culturels et ethniques de notre temps."
Antoine Rochat