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Dieu - Illusion ou réalité ?
par Francis Schaeffer
TITRE I - LE CLIMAT INTELLECTUEL ET CULTUREL DE LA SECONDE MOITIÉ DU XXe SIÈCLE
CHAPITRE 3 - Le second palier: les Arts
Alors qu'avec la philosophie, le premier palier de la "ligne du désespoir" n'a concerné qu'un petit nombre de personnes, il en va autrement avec le deuxième. Comme pour la philosophie, il y a eu pour les arts une phase préparatoire : celle des impressionnistes. Au début, ceux-ci ne se croyaient pas en révolte contre les concepts classiques. Ils s'intéressaient à la lumière, comme leur prédécesseur anglais, Turner. Mais par la suite, leur oeuvre, celle de Monet en particulier, s'est transformée et a exprimé la mentalité nouvelle.
Trois hommes dominent cette époque : le hollandais Van Gogh et les français Gauguin et Cézanne. Tous trois sont des génies, d'authentiques êtres humains et des artistes de grand talent. Néanmoins, tout en appréciant leurs oeuvres, la qualité de leur composition et des couleurs, il nous faut discerner quelle a été leur contribution dans l'élaboration de cette nouvelle mentalité. Ces trois peintres constituent les trois piliers de la peinture moderne. Chacun d'eux s'est efforcé, comme l'avait tenté Léonard de Vinci plusieurs siècles auparavant, de trouver un universel dans leur peinture. Ce que la philosophie a essayé de faire au niveau de l'univers entier, ces peintres l'ont tenté à l'échelle plus limitée de leurs toiles. Quand ils eurent pris conscience d'avoir franchi le stade de la "ligne du désespoir", ces peintres se sont lancés à corps perdu dans la recherche d'un universel qui leur fasse retrouver le réel, c'est-à-dire quelque chose qui soit plus que de simples particuliers. Ils ont cherché à exprimer un style et une liberté adaptés à leur discipline, l'art.
Considérons d'abord Van Gogh (1853-1890). On dit souvent que son suicide est dû à sa maladie mentale ou au fait que Gauguin lui a pris la femme qu'il aimait. Il se peut que ces facteurs aient joué un rôle, mais son suicide a eu une cause bien plus fondamentale. Ce drame s'explique moins par de réelles difficultés psychologiques, que par une profonde déception à propos d'une question capitale pour lui. Van Gogh avait espéré créer une nouvelle religion dont des hommes sensibles, comme les peintres, seraient les pionniers. Dans ce but, il avait rêvé de fonder une communauté d'artistes à Arles, la ville où il habitait. Gauguin s'était joint à lui, mais au bout de quelques mois, ils ont commencé à se disputer violemment. Le rêve de Van Gogh s'évanouit et, peu de temps après, il se suicida. Ayant perdu sa foi en l'homme, il est mort désespéré.
La démarche de Gauguin (1848-1903) fut identique. Lui aussi a cherché un universel. Il se rendit à Tahiti où il se fit le champion de l'idée du bon sauvage. Le sauvage signifiait un retour au primitif, à l'enfance de la race humaine. En remontant le temps, Gauguin espérait trouver l'universel. Il se mit donc à peindre la beauté des femmes tahitiennes et, pendant un certains temps, il crut avoir réussi à trouver l'antidote à la perte de son innocence due à la civilisation, et cela lui suffit. Sa dernière grande toile montre, cependant, à quelle conclusion il était parvenu.