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Montée des périls (1914-1945)
L’histoire de la situation du Valais dans le concert international n’est pas écrite, en particulier pour la période extrêmement significative de la montée des périls, à l’époque des fascismes et de la Seconde Guerre mondiale.
Les solutions préconisées par la classe politique cantonale, par les journalistes et par les intellectuels sont diverses et doivent être appréciées à l’aune de leurs sensibilités. Sans avoir la prétention d’esquisser cette histoire, on peut illustrer deux orientations majeures des conceptions cantonales par deux textes représentatifs. La première, de Maurice Troillet, est intégrée dans la vision patriotique de défense nationale dont le conseiller d’Etat valaisan contribue à l’élaboration. La seconde, du journaliste Alexandre Ghika, traduit les fantasmes des milieux dont l’idéologie est très marquée à droite et qui paraissent dominés par une seule obsession, la lutte contre le communisme. Ces visions du monde sont des variantes valaisannes d’un discours dont les modes d’expression en Suisse sont en cours d’analyse et de réévaluation.
Sommaire
Le patrimoine de la Confédération
Dans son Message du 9 décembre 1938, le Conseil fédéral répond à l’invitation des Chambres de « proposer au plus tôt l’ensemble des mesures que la Confédération peut prendre face aux nécessitées de la défense spirituelle du pays ». Il souligne que « de tous les côtés, des voix s’élèvent pour demander la mobilisation de nos forces intellectuelles, artistiques et morales, qui doivent s’employer à lutter pour l’indépendance de notre Etat ». Troillet défend le projet devant le Conseil national.
« De tous les postulats déposés depuis quatre ans à la Chambre […] un seul, celui de M. Hauser, vise explicitement le « régime de la propagande fasciste des pays voisins ». Mais d’autres postulats insistent sur la nécessité de compléter la défense nationale militaire par une défense culturelle, ou proposent une communauté plus étroite entre confédérés ; on prône une sorte de prise de conscience helvétique ; tandis que des requêtes de divers côtés demandent qu’on fasse connaître à l’étranger ce qu’il y a d’excellent en Suisse et qu’on suscite chez nous une renaissance de l’esprit civique.
Tout cela peut sembler bien confus. Il nous faut avouer cependant que le but de tous ces postulats et requêtes est bel et bien de s’opposer à l’esprit totalitaire et contagieux des pays voisins. […]
Nous n’avons pas d’empire ; nous ne sommes pas métropole ; nous n’avons pas de politique territoriale ou conquérante. Quel pourrait être l’objet d’une propagande suisse ? Répondre aux insinuations des régimes totalitaires ? Mais dans ce cas, se défendre n’est-ce pas plaider coupable ? […] Nous qui sommes placés comme sur le cœur de l’Europe, avons-nous cherché à la comprendre ? Nous n’avons en général avec nos voisins que des rapports économiques. […]
Qu’avons-nous fait de la Croix Rouge qui est nôtre ? de l’Union Internationale des Postes ? de la Société des Nations qui siègent chez nous ? On peut épiloguer sans fin sur leur nature et leur utilité, je le veux bien, mais avouons qu’une politique réaliste et saine y verrait d’admirables instruments de compréhension et d’édification européenne et mondiale. […]
Pour trop de personnes, le fédéralisme n’est plus qu’un mot, un mot qu’elles honorent, mais qui est pour elles vide de sens […]
Nous rêvons d’un organisme moral assez fort pour se tenir au-dessus des querelles des partis, assez spirituel pour écarter le recours tyrannique à une police qui maintiendrait un nationalisme étroit. Quelle force pour notre pays, si Pro Helvetia manifestait au cœur des montagnes de l’Europe, la nécessité d’un peuple qu’aucune terreur ne replie sur soi, mais que l’excellence de ses conditions sociales rend ouvert et attentif aux différentes cultures qui communient en lui ! […] ». [1]
La famine, la ruine et la révolution aux portes de l'Europe
Si la « défense spirituelle » a pour objectif de renforcer la cohésion nationale, la presse valaisanne de droite confrontée aux bouleversements de l’année 1940 et à l’hégémonie du Reich envisage d’autres solutions beaucoup plus globales. C’est à tout le moins le sens des propos du rédacteur du Journal et Feuille d’Avis du Valais et de Sion. « Nous ne croyons nullement exagérer en déclarant ici que si les hommes d’Etat de la valeur d’un Mussolini ou d’un Hitler, d’un Roosevelt ou même d’un maréchal Pétain, moralement aidés par un Pie XII, ne comprenaient pas à temps que s’ils ne précipitent pas la conclusion de paix, c’est toute l’Europe qui sera bientôt précipitée dans les bras de ce spectre hideux de famine, de misère et de ruines, derrière lequel se cache la Révolution rêvée par des Lénine ou des Trotsky… ». [2]
Bibliographie
- Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002
- (M. Troillet, Conseil national, 28 mars 1939, pp. 189-193)
- (Journal et Feuille d’Avis du Valais et de Sion, 30 août 1940, A. Ghika)
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