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Images à l’appui je reviens à l’expression autoroute espagnole que j’utilisais précédemment. Je forme l’hypothèse qu’une revégétalisation des zones arides ou en voie de désertification d’Espagne, soit 31% de sa surface (environ 155’000 km2) peut partiellement contribuer à affaiblir les canicules en Europe.
La déforestation est d’abord due aux pratiques agricoles intensives et à l’abattage des forêts dès le XIXe siècle, ensuite à l’urbanisation, puis au réchauffement du climat. Le premier objectif sera bien sûr de préserver les sols et, partant, l’économie et la qualité de vie. Une reforestation – même partielle mais robuste et substantielle – doit faire partie de cet objectif.
Toutefois une donnée s’ajoute, sur laquelle les humains n’ont pas d’influence: c’est l’AMO. « L’oscillation atlantique multidécennale (AMO) suit un cycle de 50 à 70 ans. Lors de ses phases chaudes, on observe une augmentation des pluies au Sahel, et une diminution lors de ses phases froides. On pense notamment que les sécheresses enregistrées au Sahel entre les années 1950 et 1980 seraient dues à une phase froide de l’AMO. »
Les avantages des forêts et couverts végétaux sont nombreux. Par exemple:
maintenir un air plus humide et plus frais,
favoriser les précipitations et la rétention de l’eau en sous-sol,
stopper l’érosion et faciliter la régénération des terres productives,
freiner les vents chauds du sud,
abriter une faune abondante de mammifères, oiseaux, insectes, qui participent par exemple à la dissémination des graines et donc à l’extension des forêts,
produire des aérosols sylvestres qui favorisent la formation de nuages (expérience Cloud du Cern) et donc la pluviosité,
être des lieux d’inspiration et de vie sauvage.
Certains sols devront être régénérés par forçage humain car les forêts restantes n’y progressent plus et les sols sont très appauvris. L’agriculture intensive gourmande en eau, la monoculture, les déboisements massifs du passé, mettent le pays en situation délicate à l’horizon 2100. Les 2/3 du territoire pourraient devenir désertiques, selon le gouvernement:
« Ces deux tiers du territoire de notre voisin pyrénéen sont en effet au croisement de plusieurs facteurs : aridité, sécheresse récurrente, érosion, feux de forêt, surexploitation des nappes aquifères, etc. »
Dans le sud du pays des usines de dessalement de l’eau de mer permettent une irrigation qui n’épuise plus les aquifères. Une agriculture intégrée peut contribuer à un rehaussement qualitatif des sols.
Mais reforestation et revégétalisation coûtent cher. J’ai trouvé des tarifs listés par un décret français, dont je ne sais s’il est généralisable. Il date de 2003. Le coût moyen de reboisement à l’hectare est 2’000 euros. Les régions désertiques ou en voie de le devenir représentent environ 15,5 millions d’hectares. Or si 1 hectare coûte 2’000 euros, un million d’hectares couteront 2’000 milliards, et 15 millions coûteront 30’000 milliards d’euros.
C’est beaucoup. Cela doit être étalé dans le temps, mais un temps pas trop long pour que des effets de micro-climat s’enclenchent.
Son financement doit être international. On peut déjà envisager l’abandon du quota de crédits carbones pour ce pays s’il s’engage sur cette voie.
En effet autant que l’argent qui servirait à acheter des droits à émettre du carbone (les crédits carbones), à des pays émergents dont rien ne prouve qu’il s’en servent de manière utile à l’environnement, autant donc que cet argent aille dans la revégétalisation du pays. C’est concret, on voit où va l’argent et c’est réellement utile au pays (et à la planète, mille sabords!).
Mais restons en Espagne. La diminution du couvert végétal pousse les températures à la hausse, comme dans tout désert. Or l’Espagne est à une encablure de l’Afrique. L’air surchauffé du Sahara, s’il est pris dans un courant d’ouest, monte par l’Espagne et suit le chemin des plaines: centre de la France, Belgique, Allemagne, jusqu’à la Pologne et parfois les pays scandinaves. (La vidéo 2 ci-dessous montre la circulation des aérosols sur 9 mois entre 2006 et 2007).
Cet air très chaud est augmenté de l’air surchauffé au-dessus de l’Espagne. En gagnant l’Europe cet air chaud monte comme le long d’un rail.
Les images montrent cinq situations analogues (clic pour agrandir). Les températures sont mesurées à environ 1500 mètres d’altitude, sauf la dernière basée sur les relevés à 2 mètres du sol. La première date de 1851, la deuxième de 1947, la troisième de 1976, la quatrième du 1er août 2003. La dernière est la situation du jour au 2 juin.
Le couloir chaud qui s’incurve vers le nord-est est bien visible depuis l’Afrique du nord. Il traverse l’Espagne et la France. On le trouve en Pologne, parfois même en Finlande. On voit par les dates des relevés (entre 1851 et 2019) que ce phénomène, que je nomme l’autoroute espagnole en clin d’oeil au courant froid hivernal Moscou-Paris, est ancien. Et j’aurais pu en aligner d’autres.
Tout cela n’est pas strictement scientifique, mais je me prévaut de mon indépendance, de ma pensée et de mon imagination non contrainte par un statut, pour émettre des hypothèses et faire des suggestions. Les poussières du Sahara m’ont tapé dans l’oeil. Et parfois un oeil extérieur perçoit des éléments que l’expert ignore. Je n’ai pas d’autre ambition.
Cependant, pour finir avec elles, les poussières du Sahara ne viennent pas souvent en Europe sur un flux d’air chaud. Elles vont massivement traverser l’Atlantique (182 millions de tonnes, dont 27 millions tombent sur le bassin amazonien). Elles fertilisent la forêt amazonienne par leur teneur en phosphore.
Paradoxalement l’augmentation des précipitations au Sahel pourrait appauvrir cette forêt, et l’homme n’y est pour rien: les pluies font retomber les poussières avant qu’elle ne traversent l’Atlantique.
Voilà pour mon idée d’autoroute espagnole.