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Nous vous proposons un article de M. Francis Chollet intitulé « Posieux avant 1900 ». L’auteur nous parle du problème de l’approvisionnement en eau de la commune de Posieux ainsi que de la lutte contre les incendies vers les années 1880. Francis fut instituteur à Posieux de 1974 à 1989, secrétaire communal de 1976 à 1984 ainsi que conseiller communal.
POSIEUX AVANT 1900
Sous ce titre, nous allons tenter de faire revivre, au fil des parutions de notre Memento, les événements et les préoccupations de notre village, voici près d’un demi-siècle. Nous aurions aimé commencer par la période de 1870. Le Kulturkampf, la guerre franco-allemande, l’internement en Suisse de l’armée française de l’Est commandée par le général Bourbaki, sans oublier la révision de la Constitution fédérale refusée en 1872 et acceptée en 1874, tous ces événements ont sans doute influencé la vie de nos ancêtres.
Hélas, et non sans tristesse, c’est par un incendie que nous allons commencer ce récit.
Dans la nuit du 21 avril 1884, vers onze heures, un incendie s’est déclaré dans les combles de l’Abbaye de Hauterive. Plusieurs chambres furent détruites et parmi elles, celle de Monsieur Laurent Gremaud, professeur à l’Ecole normale. (C’est en effet à Hauterive que l’on formait les « Régents » à l’époque). Or, Monsieur Gremaud était le secrétaire communal de Posieux, si bien que dans cet incendie de nombreux documents furent détruits et notamment les procès-verbaux des séances du conseil communal de 1869 à 1884 et ceux des assemblées de 1850 à 1884. Le voile de l’oubli est donc tombé sur plus de trente ans de notre histoire.
Cet incendie démontra l’suffisance de la protection locale contre le feu, et les Autorités communales de l’époque en ont été très préoccupées. De telle sorte que l’assemblée bourgeoisiale du 28 octobre 1884 était déjà en présence d’un projet de construction d’un étang. Il fut prévu de le construire en contrebas de la ferme de Monsieur Angéloz dont le propriétaire, en ce temps-là, était Monsieur François Wicht, Conseiller communal.
Mais d’abord, il fallait de l’eau. On pensa en trouver non loin, si bien qu’un puits fut creusé sur la propriété de Monsieur Pierre Wicky, qui possédait alors de grands biens à Posieux. L’endroit est situé au sud de la maison de Madame Monique Chenaux dans le fond de la combe. L’eau qui filtre ne fut pas jugée suffisamment abondante et après beaucoup de palabres, le Juge Henri Guinchard permit de prendre l’eau à son puits. Il s’agissait du puits de l’auberge de la Croix-Blanche dont il était propriétaire depuis 1865, l’ayant acquis de la commune de Posieux qui ne la possédait que depuis l’année précédente. M. le Juge Guinchard n’était pas tenancier de cette illustre maison, il la louait à un fermier du nom de Seydoux.
Fort de l’autorisation orale du Juge Guinchard, le conseil communal ordonna les travaux d’amenée d’eau. Malheureusement Monsieur Guinchard se ravisa et refusa de donner son eau. Il fallut donc revenir au puits creusé sur la propriété de Monsieur Wicky. Aujourd’hui Monsieur Pasquier est propriétaire de ce terrain. Le trou avait environ 20 pieds de profondeur, soit un peu plus de six mètres. Monsieur Joseph Pittet de Corpataux, fut chargé pour le prix de 5.50 francs par mètre courant de la construction de l’amenée d’eau, ceci sur une longueur d’environ soixante mètres. En attendant, comme un bassin en chêne de la « Petite Goillle » avait été placé près de l’endroit choisi pour l’étang – où se trouve d’ailleurs encore une fontaine aujourd’hui – Monsieur Vincent Philistorf de Corpataux loua à la commune une pompe appelée « Cartette » qui permit d’utiliser l’eau pour les besoins du bétail. Les troupeaux descendaient vers la maison de Monsieur José Chassot et remontaient de l’autre côté, vers la maison de Monsieur Angéloz. Ces chemins existent encore.
L’amenée d’eau, d’un diamètre de quinze centimètres, moulée sur place, fut terminée en février 1885. Le puits donnait 3,2 litres à la minute ce qui fut jugé bien suffisant ; de quoi faire rêver Monsieur le Président du Consortium du Graboz.
L’étang, de sept mètres sur sept, fut recouvert d’une dalle. C’est également Monsieur Joseph Pittet de Corpataux qui le construisit. Pour cela il ne devait utiliser que de la « Chaux de Noiraigue, hydraulique et bleutée ». La facture totale, amenée d’eau comprise, se monta à 1625.87 francs. On emprunta l’argent à la Caisse Hypothécaire de Fribourg.
Le 28 avril 1885, un incendie détruisait la maison d’habitation du Juge Guinchard. Il la reconstruisit immédiatement. Il s’agit de la maison de Monsieur François Cochard, en face de la boucherie.
A la suite de ce nouvel incendie, Monsieur le Préfet Charles Wuilleret invita la commune de Posieux à faire l’achat d’une nouvelle pompe à feu. L’ancienne, jugée insuffisante et par ailleurs propriété de la paroisse comme celles de Corpataux, Ecuvillens et Magnedens, se trouve encore au sous-sol de l’ancienne école. On peut la porter à deux au moyen de brancards. Ce n’était qu’une pompe refoulante qu’il fallait remplir d’eau avec des seaux.
Monsieur le Préfet fut écouté et la pompe fut achetée à Monsieur Roggen de Morat. Elle coûta 1375 francs. Cette somme fut payée par les propriétaires d’immeubles selon une clé de répartition qui tenait compte de l’éloignement du centre du village.
Monsieur le Syndic François Bochud amena l’engin de Morat et Monsieur Roggen, constructeur, fit une démonstration le dimanche 30 octobre 1886 après les vêpres. Septante mètres de tuyaux furent achetés par la même occasion pour le prix de 222 francs, de même que trois seaux en toile pour l’amorçage de la pompe, au prix de 3.50 francs la pièce.
Les problèmes du conseil communal sur ce chapitre n’étaient malheureusement pas finis. En effet, le sol où avait été construit l’étang n’était pas stable et des failles ne tardèrent pas à s’ouvrir dans les flancs de l’édifice. Il fallut alors diminuer la capacité de l’étang de moitié. La réserve d’eau devint de ce fait insuffisante et l’assemblée du 24 septembre 1889 décida la construction d’un deuxième réservoir derrière l’école sur la propriété du Juge Henri Guichard. Cette construction, couverte d’une voûte en tuf, est encore pleine d’eau aujourd’hui. On construisait solide à cette époque.
Francis Chollet Memento No 17 de décembre 1979