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La guerre de l'eau est annoncée. Pendant longtemps, cette ressource naturelle a été considérée sous nos latitudes comme un bien acquis, disponible en suffisance, pouvant être utilisé sans restriction dans l'agriculture, dans l'industrie et par les particuliers. En Suisse, la consommation d'eau en 1981 était supérieure à 500 litres par personne et par jour. Suite à des campagnes d'information et au développement d'équipements électroménagers moins gourmands la consommation des ménages suisses se situe actuellement à 162 litres par personne et par jour. Or même en Suisse, château d'eau de l'Europe, il suffit d'une année de sécheresse comme en 2003, suivie d'une pluviométrie déficitaire (automne 2005) et nous voici en pleine pénurie. On nous prédit une augmentation des prix et des mesures de restriction.
Bien sûr que cette crise suisse est sans commune mesure avec la situation qui prédomine dans de nombreuses régions du monde. Un milliard de personnes n'ont pas accès à de l'eau potable à un prix abordable et plus de deux milliards vivent dans des conditions sanitaires inadéquates. Chaque année quelque 4 millions de personnes meurent de maladies causées par l'eau, dont 2 millions d'enfants à cause de diarrhée. Même si on observe une amélioration avec une réduction de la mortalité, la diarrhée compte pour 21% de tous les décès des enfants de moins de cinq ans. Il existe de grandes disparités entre le Nord et le Sud, entre les villes et les campagnes et certaines régions au climat aride. En 1995, 436 millions de personnes dans 29 pays manquaient d'eau. La Banque Mondiale estime qu'en 2025 ce sera 1,4 milliard de personnes touchées dans 48 pays, dont le Pakistan, l'Afrique du Sud, l'Inde et la Chine. Il n'y a pas que la quantité, mais également la qualité de l'eau. Contamination fécale, pollution industrielle ou agricole sont autant de causes pouvant porter atteinte à la santé. Aujourd'hui, 90% des eaux usées produites dans les pays en développement sont relâchées sans traitement.
Le quatrième Forum Mondial sur l'Eau qui s'est tenu fin mars à Mexico doit tracer les avenues de réflexion et d'interventions pour améliorer cette situation préoccupante.
Dans ce contexte de pénurie et de non-accès à l'eau et à des moyens sanitaires de base, le voyageur, toute proportion gardée, devient le témoin biologique de ce qui se passe dans les pays visités. Même si la majorité des voyageurs réside dans des hôtels très protégés, l'exposition aux entéropathogènes reste le risque le plus fréquent. La traditionnelle turista, l'hépatite A, les salmonelloses, les amibes, etc. Mais tout cela n'est que la pointe de l'iceberg ou de façon plus tropicale les oreilles de l'hippopotame au niveau planétaire. Ce numéro de la Revue médicale suisse se concentre sur les maladies digestives des voyageurs, leur prévention et leur traitement.
Mais comment ne pas s'interroger sur la dimension plus globale du problème ? Les bouleversements du monde actuel résultent de facteurs économiques, politiques, religieux et technologiques. Les technologies de l'information y jouent un rôle capital. La circulation des idées, des connaissances et de l'information accélère la prise de conscience des disparités existantes par les plus nantis et par ceux qui ont le moins. Le décalage entre ce qui est disponible et ce qui est accessible devient de plus en plus intolérable. L'information arrive mais l'accès ne suit pas. L'accès peut se décliner en termes d'Availability, Affordability, Acceptability ou d'information, de disponibilité, de coût et de qualité. C'est un ensemble complexe de différents facteurs intervenant tout au long d'une chaîne d'interdépendances. Il faut savoir que quelque chose existe pour pouvoir y accéder et que le produit ou le service soit disponible et accessible en termes géographique, économique ou culturel. Il y a la dimension du producteur, de celui qui met à disposition, et celle du consommateur ou du bénéficiaire. On peut illustrer ce thème par celui de l'accès à l'eau et à l'hygiène, de l'accès aux médicaments, aux vaccins ou aux tests diagnostiques, de l'accès aux services de santé, qu'ils soient de soins ou de prévention.
Le dénominateur commun reste la pauvreté. Au Niger, les dépenses de la santé par habitant et par an sont de 7 dollars contre 4219 dollars en Suisse et l'espérance de vie est respectivement de 41 ans et 81 ans. Il y a moins d'un médecin pour 100 000 habitants en Afrique subsaharienne contre près de 1/1000 en Europe. L'Afrique subsaharienne peine à atteindre 50% de couverture vaccinale de trois doses contre la diphtérie, tétanos et coqueluche. Et pourtant les vaccins existent. Même scénario avec les médicaments antipaludéens. Plus d'un million de personnes décèdent chaque année du paludisme, essentiellement des enfants, alors que des traitements efficaces sont disponibles.
L'accès n'est pas exclusivement une question de prix ou de disponibilité. C'est aussi le fruit de l'innovation et des investissements consentis en amont. Et ceux-ci sont très dépendants de la solvabilité ou non des futures consommateurs. A l'heure actuelle sur les 75 milliards de dollars investis chaque année dans la recherche par les secteurs publics et privés, moins de 10% sont alloués à la recherche des problèmes de santé qui représentent 90% du fardeau des maladies à l'échelon mondial. Seulement 1% des nouveaux médicaments est développé pour les maladies négligées, comme la leishmaniose, les filarioses ou la maladie du sommeil.
L'information, celle du médecin, mais aussi celle du patient, est un facteur clé des changements qui s'opèrent. L'utilisateur potentiel prend conscience de l'existence du produit et demande à y accéder. Ainsi s'organise la société civile ou les associations de patients qui commencent à exercer certaines pressions auprès des décideurs. Les initiatives ne manquent pas, les partenariats privés-publics, l'émergence des demandes de la société civile, le rôle des institutions universitaires et des hôpitaux, autant de voies qui ouvrent des perspectives nouvelles. La globalisation et la circulation de l'information mènent à des conceptions renouvelées, à une nécessaire prise de conscience de l'interdépendance grandissante et de l'inacceptable disparité de l'accès à la santé et aux soins au niveau planétaire.
C'est dans cette perspective que s'inscrit le Geneva Forum : towards global access to health que les HUG et la faculté de médecine de Genève organisent avec les organisations internationales, les ONG et les représentants de la société civile à Genève du 30 août au 1er septembre 2006 (www.hcug.ch/genevahealthforum).