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Barrière de l’Esseillon [87]
La Barrière de l’Esseillon est composée de 5 puissants forts érigés entre 1817 et 1833 par la Maison de Savoie. Barrant la vallée de la Haute Maurienne en aval du col du Mont Cenis, ces fortifications étaient destinée à bloquer toute attaque du Royaume de Piémont-Sardaigne par la France. Elles protégeaient Turin, capitale du Royaume de Sardaigne, de toute nouvelle menace française et contrôlaient le grand itinéraire transalpin Paris-Milan par le col du Mont-Cenis. Ces forts deviendront français lors de l’annexion de la Savoie à la France en 1860.
La construction de la place-forte de l’Esseillon est décidée peu après le Congrès de Vienne de 1814-1815 qui met un terme aux guerres napoléoniennes entre le Premier Empire français et la Coalition des grandes monarchies européennes (Grande-Bretagne, Autriche, Russie, Prusse et Suède). En 1815, la Maison de Savoie recouvre tous les Etats du royaume de Sardaigne, sous la protection de l’Empire austro-hongrois qui s’efforce d’isoler la France. La commission austro-sarde de fortification lance en 1817 un programme défensif pour reconstruire les places-fortes sardes démantelées par Napoléon Bonaparte en 1796-1800. Grâce aux indemnités de guerre versées par la France, de grandes forteresses sont entièrement réédifiées comme les forts de Bard (Val d’Aoste) et d’Exilles (Val de Suse). D’autres sont créées sur de nouveaux sites : ainsi l’Esseillon remplace la citadelle de La Brunetta (Suse), l’ancien verrou militaire de l’itinéraire du Mont-Cenis, détruit en 1800.
Cette « barrière » fortifiée de l’Esseillon permet un contrôle direct des communications entre les vallées savoyardes et constitue une défense avancée du Royaume du Piémont sur le versant occidental des Alpes. Les ingénieurs sardes décident de l’installer sur une formidable barre rocheuse qui coupe en deux la haute vallée de la Maurienne et qui constitue un verrou naturel difficile à franchir, ce qui facilite le contrôle du passage et renforce la valeur militaire des fortifications qui occupent ainsi une position dominante par rapport à la basse-vallée. Cette configuration exceptionnelle n’échappe pas aux espions français envoyés sur place pour épier la construction et effectuer des relevés des points faibles des ouvrages. On peut ainsi lire dans un rapport de l’époque : « Outre l’escarpe imposante que cette position présente du côté de la France, elle a sur son pourtour les obstacles presque partout infranchissables de très hautes et très rapides montagnes des Alpes et de très profondes et très abruptes crevasses de roches au fond desquelles bondissent les eaux de l’Arc […] Ce fort est une bonne barrière de vallée mais son peu d’efficacité et ses relations extérieures lui donnent peu d’importance soit défensive pour la Savoie, soit offensive contre la France. C’est simplement pour le geôlier des Alpes un verrou remplaçant celui de la Brunette. »
La construction des forts de l’Esseillon débute dès 1818. Leur conception est directement inspirée des théories élaborées par Montalembert pour la fortification perpendiculaire. Elle repose sur quatre principes fondamentaux:
Le vaste chantier avance vite malgré les contraintes climatiques des Alpes, grâce à une abondante main-d’œuvre. La place-forte inaugurée en 1829 reste toutefois inachevée en 1834, le dernier fort supérieur (Fort Charles-Albert) n’ayant jamais été terminé. Les plans sont établis par le capitaine Francesco Olivero (1794-1856) du Corpo Reale del Genio. Les entrepreneurs et la majeure partie des ouvriers sont piémontais, les habitants de la Maurienne étant principalement employés comme charretiers ou muletiers. Les matériaux sont produits ou prélevés sur place : on trouve encore aujourd’hui dans le paysage les traces des carrières de calcaire et de gypse ou des fours à chaux qui ont servi à l’édification de l’Esseillon. Le bois, essentiellement du mélèze, est utilisé pour les charpentes mais aussi comme combustible pour les fours à chaux. Les forêts de la vallée sont intensivement exploitées, ce qui ne manque pas de provoquer des tensions avec les autorités locales.
Le retournement des forts en 1870-1880
Après le rattachement de la Savoie à la Fance en 1860, la frontière franco-italienne est repoussée au sommet du col du Mont-Cenis, sur la ligne de crêtes marquant la séparation des eaux entre le nord et le sud des Alpes. D’après le traité d’annexion, les forts de l’Esseillon devaient être détruits mias seul le fort Charles-Félix sera en réalité démantelé. Après plusieurs projets de renforcement de la place restés sans suite, le Génie français décide dans les années 1870-1880 de « retourner » les forts pour faire face à une éventuelle percée italienne par le Mont-Cenis. La fin du XIXe siècle est effet caractérisé par un regain de tension entre la France républicaine et le Royaume d’Italie : les embrasures d’artillerie du Fort Victor-Emmanuel tournées vers l’aval sont ainsi murées et de nouvelles embrasures sont ouvertes sur la face opposée face du fort, face à la partie supérieure de la vallée de l’Arc.
Les axes de circulation
Jusqu’en 1860, les forts de l’Esseillon n’étaient accessibles, depuis l’aval, que par la Porte de l’Esseillon qui souvre entre les forts Charles-Félix et Marie-Christine, grâce à un étroit chemin muletier malaisé qui n’est autre que l’ancienne voie médiévale du Mont-Cenis. Seule la Redoute Marie-Thèrèse était desservie par la grande route internationale du Mont-Cenis, créée sur la rive gauche de la vallée par Napoléon Ier. Les autres forts étaient situés sur la rive droite, de l’autre côtés de l’impressionnante gorge de l’Arc. Ils se commandaient et se flanquaient mutuellement par l’étagement de leurs feux croisés. Le plus grand, le fort Victor-Emmanuel, battait de ses feux la route internationale du Mont-Cenis et flanquait en même temps la Redoute Marie-Thèrèse, seul ouvrage isolé sur la rive opposée, grâce à ses nombreuses bateleries casematées à l’épreuve superposées les unes aux autres.
Un corps de garde installé sur la rive gauche, non loin de la Redoute Marie-Thérèse, verrouillait le passage. Implanté au pont du Nant, au débouché d’un ravin secondaire qui forme une coupure franche et profonde, il abritait un mécanisme du pont tournant (aujourd’hui disparu) dont le tablier mobile monté sur pivot permettait de couper la grande route du Mont-Cenis en cas d’attaque française. Construit initialement en bois blindé, ce fortin fut ensuite reconstruit en pierre avec poste à fusillade, poterne et fossé défensif. Depuis 1827, un souterrain de 80 m de long le relie à la Redoute Marie-Thérèse dont les feux battent et couvent directement la position. Après le retournement de la place-forte par la France en 1870-80, un nouvelle route militaire défilée, creusée en encorbellement dans la falaise de l’Esseillon par l’Armée française. Une nouvelle route au tracé assez aérien est également percée dans la falaise en 1883. Sur la rive gauche de la vallée, un corps de garde barre la route internationale. La formidable barrière de pierre de l’Esseillon marie la nature à l’ingéniosité humaine : en bâtissant ces 5 forts sur un escarpement rocheux orienté Nord-Sud, les Sardes du Royaume de Savoie ont conçu une véritable muraille infranchissable barrant toute la vallée. Toute attaque française par la Maurienne était ainsi vouée à l’échec. Deux cents ans plus tard, ces énormes « vaisseaux de pierre » amarrés au roc de la montagne dressent toujours leur imposantes silhouette au-dessus du gouffre des gorges, dégageant une impression de force et de puissance. Si vous passez par la Maurienne, n’hésitez pas à y faire un petit détour et à les visiter car ils vous réserveront bien des surprises et un dépaysement garanti. Tous sont ouverts à la visite en bonne saison…
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