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Le décor de Loverval
Avec le projet de rénovation et d’extension du centre sportif de Loverval, Label architecture choisit une fois de plus de se déplacer sur une crête: celle qui distingue le génie d’un lieu et le décor réussi du mauvais goût et du pastiche. Un choix qui relève d’un souci de frugalité.
Le centre sportif de la ferme du château, à Loverval, en périphérie de Charleroi, avait déjà fait l'objet de travaux en 2019. La première phase consistait à reconvertir une belle grange en briques avec 16 arches monumentales afin d'y insérer, selon le principe de la boîte dans la boîte, un réfectoire, des locaux administratifs et une salle de sport polyvalente.
Le projet qui vient d'être livré est la deuxième phase de cette ambitieuse reconversion: l'extension d'un ensemble de salles qui se trouvent de l'autre côté d'une route qui coupe le complexe sportif en deux. L’intervention comporte la réalisation d'une structure pour traverser la route. Cela prend la forme d’une dalle orthogonale, percée en son milieu et qui prolonge le parvis de la salle de sport. Si la structure semble disproportionnée par rapport à la taille et au trafic de la route qu'elle enjambe, elle génère une certaine topographie, tant pour les piétons qui l'empruntent que pour les automobilistes qui passent dessous. Techniquement, il s'agit d'une structure post-contrainte, d'une grande complexité au regard de sa simplicité formelle. L'écart entre ce qu'elle permet d'accomplir et les moyens qu'elle mobilise crée une sorte de doute. On se demande si elle préexistait, ou si elle constitue un élément d'infrastructure destiné à un usage futur.
Cette disposition de l'aménagement à brouiller les repères se décline dans le corps du bâtiment. Les extensions dupliquent l’existant, de manière à ne pas laisser apparaître l’intervention. Les parties neuves adoptent les mêmes matériaux, la même alternance entre brique et tôle ondulée d'un improbable vert pistache. Le bâtiment change de morphologie, tout en gardant la même physionomie. Ce lissage se poursuit à l’intérieur. Si un joint réfléchissant au sol de la grande salle polyvalente trahit son extension, le choix des matériaux cherche à estomper l'ajout. Nous sommes aux antipodes des extensions qui distinguent le nouveau de l’ancien.
Ici tout semble ancien, avec le charme désuet des choses qui ont tenu dans le temps, et pourtant l'ensemble a été refait de fond en comble. L’habillage des extensions est copié sur les façades existantes typiques des années 1970. La chose pourrait être de très mauvais goût si l'ensemble avait une quelconque valeur patrimoniale. Mais il n'en a aucune. C'est une architecture moderniste fonctionnelle, avec une structure en bois lamellé-collé, des briques pleines, des rideaux d'un bleu qui n'existe plus et un bardage en tôle. Ce décor digne d'un film de Kaurismaki est ici sublimé par le choix qui est fait de l'utiliser comme échantillon pour les nouvelles parties.
Cette rénovation emprunte un chemin inhabituel qui peut s’avérer glissant: celui d’un travail sur la notion de décor. Non pas au sens postmoderne d'une construction purement imaginaire, mais au sens plus contemporain d'un certain goût pour le maintien de ce qui est déjà là. Le choix de conserver l'apparence de l'ancien relève, dans cette optique, d’un souci de frugalité. Un habillage intégral aux standards esthétiques de notre époque aurait mobilisé beaucoup plus de moyens. Au lieu de cela, le projet semble adopter l'adage qui prescrit de conserver tout ce qui peut être réutilisé, et de ne reconstruire que ce qui ne peut pas être conservé. Dans les vestiaires, certaines parties des douches d'une facture qualitative n'ont pas été rénovées.
L'ensemble très homogène, aux allures d'usine ou de hangar agricole, se distingue par un subtil jeu d'écriture sur les façades. Des lettres dorées constituent des mots, et enveloppent le bâtiment dans un jeu qui trompe inévitablement les principes de la signalétique, mais honore incontestablement celui de la poétique. Avec ce projet, Label architecture choisit une fois de plus de se déplacer sur une crête. Celle qui distingue le génie d'un lieu et le décor réussi du mauvais goût et du pastiche. S'ils évoluent souvent sur ce fil, ils se sont rarement retrouvés du mauvais côté de la frontière.
Informations générales
Programme: Rénovation and extension d'un centre sportif, 946 m²
Architecte: Label architecture
Construction: 2020
En collaboration avec le photographe: Stijn Bollaert
Série La Belgique à l'heure de la reconversion généralisée - 5 Projets
Article de cadrage: La Belgique à l'heure de la reconversion généralisée
Projets