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Vous avez vu l’histoire de Sugar man? Ca vous a plu? Alors , écoutez celle de Sixto Rodriguez!
Alors , voilà :
Ce qui se passe en Amérique
En 1970 et 1971 , Sixto Diaz Rodriguez enregistre deux albums ,Cold Facts et Coming from reality édités par Sussex records , évoquant par l’esprit et la voix clairement le grand Bob Dylan . Il est produit à l’époque par Steve Rowland, un influent producteur qui a découvert The Cure quelques années plus tard . Colds facts est donc réalisé dans les meilleures conditions, avec le guitariste Chris Spedding. Rodriguez voyage dès lors en Europe, à Paris, Amsterdam et Bruxelles avec son bébé sous le bras.
Néanmoins, les deux albums sont des échecs commerciaux et le contrat de Rodriguez avec le label Sussex est ainsi rompu, alors qu’il prépare un troisième disque. Il faut dire que la concurrence est rude (Jimi Hendrix, Janis Joplin et des Doors, les Beatles, les Rolling Stones, les Who …)et Rodriguez ne facilite pas la promotion de ses albums : très réservé, il refuse d’accorder des interviews ou de se laisser prendre en photo.
Après avoir été remercié du label, Sixto Rodriguez arrête la musique en 1972 et exerce de très nombreux métiers. Il se fait embaucher comme manœuvre dans différents chantiers de sa ville natale1, mais poursuit en parallèle des études de philosophie et obtient un master de l’université de Wayne State en 1989. Par la suite, il travaille dans la démolition, la peinture en bâtiment5, le ramassage d’ordures, dans une laverie, comme pompiste et enfin comme ouvrier agricole indépendant. Pendant une vingtaine d’années, il est également éducateur de jeunes en difficulté. Il est par ailleurs marié à Konny Rodriguez, bien qu’ils vivent séparément, et a trois filles.
Ce qui se passe en Australie, Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud
En Afrique du Sud ,en plein régime de l’ apartheid , ses disques rencontrent un immense succès auprès de la jeunesse. Lorsque les exemplaires de l’édition Sussex Records sont épuisés, un label australien, Blue Goose Music, rachète les droits de ses deux albums et réalise une compilation en 1977, At His Best comprenant 3 titres inédits. Les excellents chiffres de ventes du disque font de Rodriguez une célébrité en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Ayant connaissance de ce succès lointain, il part alors en tournée en Australie en 1979, accompagné du Mark Gillespie Band. Deux concerts sont enregistrés et commercialisés — en Australie uniquement — dans un album live intitulé Alive ; En 1981, avec Midnight Oil, il effectue une dernière tournée sur le continent australien.
Il disparaît à nouveau à l’issue de ces deux tournées, et finit ses études en obtenant en 1981 sa licence de philosophie, vivant de petits boulots. Engagé dans la vie de la cité et soucieux d’améliorer les conditions de vie des habitants de la classe ouvrière, Rodriguez se présente à plusieurs reprises aux élections municipales à Détroit.
Dans cet intervalle , l’album Cold Fact connaît un succès inattendu dès sa sortie en Afrique du Sud. Importé depuis les États-Unis par une personne inconnue, le disque est très rapidement piraté et diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires sur cassette audio et vinyle, en Afrique du Sud mais aussi en Rhodésie. Immédiatement, des maisons de disques telles que Gallo Records ou A&M Records sortent ses albums,sans que Rodriguez ne l’apprenne, Cold Fact devient disque d’or en Afrique du Sud : il ne touche par conséquent aucune rémunération liée aux droit d’auteur sur les ventes du disque — ce qui est toujours le cas. Toujours à l’insu de l’artiste, l’album At His Best devient disque de platine dans les années 1980. À la même époque, plusieurs de ses chansons, dont notamment The Anti-Establishment Blues, deviennent des hymnes pour l’opposition interne à l’apartheid6 : son œuvre influence de jeunes musiciens engagés.
L’effet produit par l’album Cold Fact sur les jeunes appelés au service militaire durant l’apartheid a parfois été comparé à celui qu’ont provoqué Jimi Hendrix ou The Doors sur les soldats américains engagés au Viêt Nam.
En 1991, ses albums sont édités pour la première fois en CD, ce qui contribue à accroître encore sa notoriété. Toutefois, sa vie demeure toujours méconnue du public : la rumeur veut que l’artiste se soit immolé par le feu ou suicidé par balle sur scène, dans les années 1970. D’autres rumeurs laissent croire qu’il soit vivant mais en hôpital psychiatrique, ou en prison pour avoir tué sa compagne. Enfin, une dernière rumeur voudrait qu’il soit mort d’une overdose d’héroïne2. Comme l’affirme Malik Bendjelloul :Quand l’album sortit, il s’est immédiatement répandu et il devint rapidement aussi célèbre — et aussi mort — que Jimi Hendrix. Tout le monde connaissait ses albums, et tout le monde pensait que Rodriguez était mort. »
Searching for Sugar Man : genèse
En 1996, sa fille aînée découvre un site Internet en son honneur réalisé par un disquaire du Cap, Stephen Segerman. Ce dernier invite les internautes à partager tout renseignement au sujet de ce mystérieux Rodriguez que l’on dit mort. Peu après, elle contacte Segerman et le met en communication avec son père , Segerman n’en revient pas.
C’est en 1997 que Stephen Sugar Segerman crée le site ” The Great Rodriguez Hunt ” ; dans le même temps , Brian Currin ouvre une page web en hommage à Rodriguez , sa vie , son oeuvre.
En 1998, lorsque Rodriguez a été découvert, bien vivant à Detroit, par Sugar et Craig Bartholomew Strydom, la recherche a pris fin et les deux sites ont été combinés pour rassembler toutes les informations sur Rodriguez , toujours en prenant soin de recueillir l’approbation de sa famille.
Avec l’émergence d’Internet à la fin des années 1990 et dans les 2000, les enregistrements de Sixto Rodriguez commencent à se faire mieux connaître, y compris en Europe et aux États-Unis. La chanson Sugar Man, sa plus célèbre, est samplée à de nombreuses reprises. Cependant , Selon Malik Bendjelloul, realisateur de Searching for Sugar Man, Rodriguez a été redécouvert par le public sud-africain, et la majeure partie de ses fans est composée de jeunes n’ayant pas connu l’apartheid. En outre, le produit des ventes de ses albums en Afrique du Sud ne parvient toujours pas à l’artiste, mais aux ayants droit de son premier label.
Le film” Searching for Sugar Man ” : l’enquête sur la disparition supposée de Rodriguez
Le realisateur Malik Bendjelloul, spécialiste de films sur la musique, s’est rendu à Détroit dans le Michigan (États-Unis) ainsi qu’au Cap (Afrique du Sud) pour montrer le destin du musicien, guitariste et auteur-compositeur-interprète américain d’origine mexicaine. Il a rencontré des admirateurs de Sixto Díaz Rodríguez et le producteur des albums ayant obtenu des succès commerciaux en Afrique du Sud.
Le film raconte l’histoire du disquaire Stephen Segerman et de son ami, tous deux fans de Rodriguez, qui enquêtent sur sa disparition et finissent par le retrouver. Comprenant de nombreux témoignages de ceux qui l’ont connu et accompagné au début de sa carrière, le film évoque le succès de son album Cold Fact en Afrique du Sud, où il a été censuré par le régime de l’apartheid puis diffusé sur des cassettes pirates. Présenté dans de nombreux festivals, à Columbia ou à Göteborg en Suède, il est présenté le 27 juillet 2012 à New York et Los Angeles, puis sort aux États-Unis dans la foulée. Il sort sur les écrans français le 26 décembre 2012 sous le titre Sugar Man et obtient un succès dû au bouche à oreille. La bande originale du film, sortie le 24 juin 2012, compile des titres de ses deux albums, ainsi qu’une chanson composée pour le troisième album qui n’a jamais vu le jour. En écho au film, qui montre que Rodriguez a été escroqué par sa maison de disques — celle-ci ne lui reverse rien des bénéfices des ventes en Afrique du Sud —, une mention est ajoutée au dos de la pochette du disque : « Rodriguez perçoit des redevances de la vente de ce disque. »
2012 : enfin la consécration
Rodriguez, à 72 ans , multiplie les apparitions médiatiques prestigieuses auxquelles s’ajoutent de nombreux reportages et interviews. La CNN lui consacre une émission mi-août 2012. Le 7 octobre 2012, il apparaît dans le magazine télévisé américain 60 Minutes. Au Royaume-Uni, il est interviewé par Jools Holland dans son émission sur la BBC en novembre.Début 2013, Sixto Rodriguez déclare dans une interview au magazine Rolling Stone avoir composé trente nouvelles chansons et être en contact avec Steve Rowland, le producteur de Coming from Reality. Celui-ci a demandé à l’artiste de lui envoyer des démos, ce que Rodriguez a accepté.
En mai 2013, en guise d’hommage, l’université de Wayne State à Détroit lui décerne un doctorat honorifique en lettres et sciences humaines.
Au cours de l’année, Rodriguez enchaîne les concerts dans le monde entier,mais pour ménager la santé du chanteur, très faible et pratiquement aveugle, les organisateurs de sa tournée européenne limitent le nombre de dates .En Juin ,en France c’est le Zénith de Paris puis La Cigale. Le 5 juillet il est au festival Jazz à Vienne.En 2014 , c’est l’Olympia.
Sixto Rodriguez était en Suisse à Zürich au Volkshaus et nous avons eu la chance de voir ce musicien au destin contrariant mais si exceptionnel.
Le film Searching for Sugar man est sorti le 26 décembre 2012 en France.
Récompenses :
2012 : Festival du film de Sundance : Prix spécial du jury et Prix du public
2013 : Vancouver Film Critics Circle : Meilleur film documentaire
2013 : Critics’ Choice Movie Awards : Meilleur film documentaire
2013 : Producers Guild of America Awards : Meilleur producteur de film documentaire
2013 : Directors Guild of America Awards : Meilleur réalisateur de film documentaire
2013 : BAFTA Awards : Meilleur film documentaire
2013 : American Cinema Editors Awards : Meilleur montage d’un film documentaire
2013 : Writers Guild of America Awards : Meilleur scénario de film documentaire
2013 : Oscars : Meilleur film documentaire
2013 : Festival international du film de Carthagène : Meilleur film (Gems competition)
Nominations Prix du cinéma européen 2013 : People’s Choice Award