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L'ex-chef du FBI a volontairement fait fuiter ses mémos à la presse
L'audition-événement devant la commission du renseignement du Sénat a débuté à 10h00 locales (16h00 en Suisse), dans une salle comble et devant une quinzaine de sénateurs. Les quelque trois heures d'interrogatoire ont été retransmises sur les grandes chaînes de télévision américaines.
James Comey devait ensuite être entendu à huis clos par les mêmes sénateurs à partir de 13h00 locales (19h00 en Suisse) afin de pouvoir évoquer librement les informations classifiées éludées lors de l'audition ouverte.
Pour sa première prise de parole en public sur les circonstances de son limogeage, James Comey, 56 ans, n'a pas mâché ses mots à l'encontre de Donald Trump.
Il a commencé par accuser l'administration de l'avoir "diffamé" et, "plus grave, d'avoir diffamé le FBI" "en affirmant que l'agence était en déroute, qu'elle était mal gérée, et que les employés avaient perdu confiance dans leur directeur". "Ce sont des mensonges purs et simples", a-t-il lâché.
Pas d'ordre explicite d'abandonner l'enquête
James Comey a affirmé n'avoir "aucun doute" sur le fait que la Russie ait interféré dans l'élection présidentielle américaine, et a indiqué que les demandes de Trump sur l'enquête russe étaient "très dérangeantes".
Avec une grande précision et un calme remarquable au regard des enjeux, il a toutefois précisé que Donald Trump ne lui avait jamais explicitement demandé de mettre un terme aux investigations sur la Russie ou, plus spécifiquement, sur son conseiller Michael Flynn. Il s'agissait plutôt d'une "indication" mais "je l'ai interprété comme une instruction", a indiqué James Comey.
Il est le président des Etats-Unis, seul avec moi, il dit qu'il espère [que je lâche Flynn], je l'ai interprété comme une demande de sa part.
Il a ajouté que ce n'était pas son rôle de déterminer si le président américain avait fait entrave à la justice. "Je ne pense pas que ce soit à moi de dire si la conversation que j'ai eue avec le président était une tentative d'obstruction. Je l'ai ressentie comme quelque chose de très perturbant, très préoccupant", a-t-il déclaré, "mais c'est une conclusion sur laquelle le procureur spécial travaillera".
L'ex-chef du FBI, qui dirigeait le Bureau depuis 2013 et dont le mandat courait jusqu'en 2023, a en outre insisté sur le fait qu'avant son limogeage, Donald Trump lui avait signifié "à plusieurs reprises" qu'il était très satisfait de son travail.
James Comey a été d'autant plus "déconcerté" par son renvoi que l'administration Trump a livré des "explications changeantes" pour le justifier. Donald Trump avait dans un premier temps dit que James Comey avait perdu la confiance de son personnel, avant de suggérer que ce renvoi était lié à l'enquête sur la Russie.
Chaque rencontre avec Donald Trump consignée par écrit
L'ancien directeur de la police fédérale a également décrit ses relations complexes avec Donald Trump, et le malaise qu'ont suscité chez lui ses diverses entrevues privées avec le président américain.
Il a expliqué avoir décidé d'établir des mémos à propos de chacun de ces face-à-face car il "craignait honnêtement que [le président] mente". "C'est pourquoi j'ai pensé que c'était très important d'en garder la trace", a expliqué le policier. James Comey a ajouté qu'il n'avait jamais senti la nécessité de faire de même avec les précédents présidents George W. Bush et Barack Obama.
J'ai choisi mes mots avec soin. J'ai vu le tweet sur les enregistrements. J'espère bien qu'il y a des enregistrements.
Donald Trump avait sous-entendu, dans un tweet, qu'il détenait des enregistrements des discussions susceptibles de contredire ces mémos, ce qui serait compromettant pour le policier qui dépose sous serment. S'il y en a, que le président "rende publics ces enregistrements", a simplement commenté Comey.
Des fuites à la presse organisées
Tancé par des sénateurs républicains, l'ancien procureur a encore admis avoir lui-même organisé, après son limogeage brutal, la fuite de ses notes à la presse.
"J'ai demandé à un de mes amis de remettre le contenu de mes notes à un journaliste (...) parce que je pensais que cela pousserait à la nomination d'un procureur spécial" indépendant, a-t-il expliqué. De fait, l'ancien directeur du FBI Robert Mueller a été nommé le lendemain de la fuite.
L'avocat de Trump n'exclut pas des poursuites
A l'issue de cette audition, l'avocat personnel de Donald Trump a réfuté une partie des déclarations de James Comey et en a salué d'autres. "Sur le fond comme sur la forme, le président n'a jamais dit à M. Comey 'J'ai besoin de loyauté, je m'attends à de la loyauté'", a indiqué Marc Kasowitz. Il a par ailleurs assuré que Donald Trump n'avait jamais demandé, ou suggéré à James Comey de mettre fin à une enquête contre qui que ce soit.
"Contrairement à nombre de fausses informations diffusées par la presse, M. Comey a enfin confirmé publiquement ce qu'il avait dit au président en privé: la président ne faisait pas l'objet d'une enquête dans le cadre des investigation sur une possible interférence russe (dans l'élection de 2016)", s'est-il félicité.
L'avocat de Donald Trump a par ailleurs évoqué d'éventuelles poursuites contre l'ex-patron du FBI en raison de ses fuites "non autorisées" à la presse.
agences/ptur
Publié le 08 juin 2017 à 18:33 - Modifié le 09 juin 2017 à 09:01
Les entrevues de James Comey avec Donald Trump passées au crible
"J'espère que vous pourrez trouver une façon d'abandonner cela, de lâcher Flynn. C'est un homme bien", aurait ainsi plaidé Donald Trump le 14 février dans le Bureau ovale. Cette phrase à elle seule contredit le milliardaire, qui avait nié il y a trois semaines avoir formulé une telle demande. L'ancien chef du FBI relate aussi un dîner à la Maison Blanche, le 27 janvier, lors duquel Donald Trump lui aurait fait cette demande ambigüe: "J'ai besoin de loyauté, je m'attends à de la loyauté".
A l'époque, James Comey supervisait l'enquête sur une éventuelle collusion entre des membres de l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie pendant la campagne présidentielle. Les sénateurs veulent déterminer si ces requêtes présidentielles représentent une interférence politique et une entrave à la justice, un délit majeur qui pourrait conduire à une procédure de destitution.