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L'affaire Graziella Ortiz
Le kidnapping
Le matin du 3 octobre 1977, la petite Graziella Ortiz-Patino, fille de George et Catherine Ortiz et petite-nièce de Simon Patino, multimilliardaire bolivien ayant fait fortune dans le commerce de l'étain, est enlevée devant la résidence de ses parents à Cologny, près de Genève. Le journaliste Thierry Masselot, qui va suivre l'affaire pour la TSR, présente une reconstitution de ce kidnapping.
Le soir-même, les parents de l'enfant lancent un appel aux ravisseurs sur les ondes de la TSR. George Ortiz leur assure que la police genevoise a promis de ne pas entraver d'éventuelles négociations. Il demande également aux journalistes de cesser d'occuper sa ligne téléphonique, car il craint que les ravisseurs ne parviennent pas à le contacter. Sur le plateau de la TSR, l'angoisse de George et Catherine Ortiz est palpable.
La rançon
Le 13 octobre 1977, après dix jours d'attente, les parents de Graziella reçoivent enfin un appel des ravisseurs. Ces derniers réclament 2 millions de dollars en coupures usagées. Ils donnent à George Ortiz des instructions précises pour la remise de cette rançon.
Quelques heures après la transaction, l'enfant est retrouvée saine et sauve à Etoy, entre Genève et Lausanne. Une dénouement heureux pour la famille Ortiz-Patino. Mais pour les enquêteurs chargés de retrouver les auteurs de l'enlèvement, une longue enquête commence.
Une première piste
Avant le paiement de la rançon, les policiers ont pris soin de noter les numéros des billets de banque. En décembre 1977, le cadavre criblé de balles d’un truand italien, Giovanni Rumi, est retrouvé à Auxerre. La police française découvre que des billets ayant servi au paiement de la rançon étaient en possession du malfrat. On apprend rapidement que Giovanni Rumi a séjourné en Suisse romande peu de temps avant son assassinat. L'enquête oriente les policiers vers une jeune femme, qui a sous-loué à celui-ci un appartement à Lausanne. Cet endroit n'est autre que le lieu où a été séquestrée la petite Graziella durant ses dix jours de calvaire.
La police va également mettre la main sur Antonio Cataldo, un complice de Giovanni Rumi. Celui-ci a été un des geôliers de la fillette qui s'est plainte de mauvais traitements de sa part. En septembre 1979, Antonio Cataldo est condamné à 14 ans de réclusion pour enlèvement, séquestration aggravée par un comportement cruel, lésions corporelles et extorsion. Détenu à la prison de Bochuz, il parviendra à s’évader un an plus tard. Il sera appréhendé en 1982 en Italie, dont il est ressortissant. La demande d'extradition de la Suisse sera cependant refusée.
L'homme de main et le cerveau
Au début de l'année 1980, la police retrouve la trace de l’auteur de l’assassinat de Giovanni Rumi. Il s’agit d’Henri Dormond, un Genevois de 48 ans. Il est également soupçonné d’avoir participé au rapt de la petite Graziella Ortiz. Arrêté en Espagne à la demande des autorités françaises, Henri Dormond sera extradé en juin 1980. Celui que l'on considère comme un simple homme de main met la police sur la piste de Dominique Martin, un Vaudois proche de la quarantaine que l’on soupçonne d’être le vrai cerveau de l’enlèvement. Cet ancien ami de la famille Ortiz avait déjà été entendu comme témoin. Dans une interview réalisée le 13 mai 1980, le juge d'instruction Olivier Grandjean fait le point de la question.
Le procès
Le 2 mai 1982 s'ouvre à Genève le procès de Dominique Martin et Henri Dormond. Le journaliste Thierry Masselot assiste à cet événement très médiatisé. Cinq ans après les faits, il revient sur les principales étapes d'une enquête complexe.
A la barre défilent les célébrités du barreau genevois: l’avocat Marc Bonnant, qui défend les intérêts de la partie civile tandis que Charles Poncet et Jacques Barillon représentent ceux de Dominique Martin.
Au terme du procès, Dominique Martin sera condamné à 15 ans de réclusion pour enlèvement d’enfant, séquestration et extorsion. Henri Dormond de son côté écopera d’une peine de 10 ans pour le meurtre de Giovanni Rumi.
Ultime coup de théâtre
Incarcéré au pénitencier de Bochuz, Dominique Martin rejoue le scénario d’évasion d’Antonio Cataldo en 1980. Il profite d’un congé qui lui a été accordé fin 1985 pour se faire la belle. Objet d’un mandat d’arrêt international, il ne restera en cavale que quelques mois. Le 8 mai 1986, en effet, il est arrêté à Fribourg et remis en détention.
L'affaire Ortiz peut enfin rejoindre les dossiers classés de la chronique judiciaire.
Sophie Meyer pour les archives de la RTS
Publié le 05 octobre 2017 - Modifié le 06 octobre 2017