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L'exposition présentée au musée Chaplin à Corsier-sur-Vevey (VD) démarre par un synopsis du film en tirages photographiques originaux. La section suivante montre des scènes de tournage, la direction d'acteurs, les trucages et des scènes coupées. Retrouvée début février dans une collection privée suisse, la veste de Hynkel (le dictateur du film) fait aussi partie du parcours de la visite.
L'exposition doit aussi rappeler l'importance de cette oeuvre visionnaire: "Chaplin, qui passait son temps à défendre l'opprimé, réfléchissait déjà dans les années 1930 aux conséquences de l'arrivée du nazisme", explique Béatrice de Reynès, directrice du musée. Au-delà de son ancrage historique, "Le Dictateur" reste "terriblement actuel" en montrant les ravages d'une dictature".
>> A regarder, les 80 ans du "Dictateur":
Financé par lui-même
A l'époque, Charlie Chaplin a été l'un des rares cinéastes à critiquer Hitler et le nazisme. "Il a dû affronter des menaces de mort et beaucoup de pression, notamment du gouvernement américain, pour faire son film. Il l'a financé lui-même pour montrer qu'il était libre et qu'il ne se laisserait pas faire", raconte Eugène Chaplin, un de ses fils.
Les nombreux amis juifs de Chaplin ont aussi craint que ce film attise encore un peu plus l'antisémitisme de par le monde. En 1938, quand Chaplin signe le scénario, Hitler est au sommet de sa gloire.
Un film différent s'il avait tout su
La première du film a eu lieu le 15 octobre 1940 à New York, avant l'entrée en guerre des Etats-Unis. Pour beaucoup d'autres pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale, il a fallu attendre la fin du conflit pour sa sortie.
Chaplin dira plus tard que s'il avait eu connaissance des camps de concentration au moment du tournage, il aurait traité son film et son personnage autrement.
Discours mythique
"Le Dictateur" raconte l'histoire d'un barbier soumis aux persécutions d'un régime autoritaire dirigé par Adenoïd Hynkel, caricature d'Adolf Hitler. Après plusieurs péripéties, le barbier sera confondu avec le dictateur et en profitera pour prononcer, en clôture du film, un discours de tolérance et de paix.
>> A voir et écouter, le discours de tolérance de Chaplin:
C'est la première fois que Chaplin, maître du muet, prenait la parole dans un de ses films. Pourquoi? "D'abord parce que le cinéma est devenu parlant depuis déjà dix ans et que Chaplin se sait à contre-courant, mais aussi par le besoin de prendre sa place dans la grande Histoire, en tant qu'homme et en tant qu'artiste", précise Mathilde Thibault-Starzyk.
Expo qui invite le monde entier
Sur la base de ce célèbre discours, Chaplin's World a lancé une opération inédite. Au sein de sa nouvelle exposition, une borne interactive invite les visiteurs à transformer leur image en Charlot.
Tous ces Charlots formeront des lettres qui, à leur tour, formeront le discours final du film. Les internautes du monde entier peuvent aussi participer à cette expérience sur le site. Il en résultera une fresque humaine géante qui sera dévoilée durant l'été sur les réseaux sociaux et affichée sur le mur d'enceinte du musée.
Cette campagne - #Letusallunite (unissons-nous), une phrase du discours - est menée conjointement avec Amnesty International et la Non-Violence Project Foundation. "De tels discours humanistes ont été très rares au cours des dernières années", remarque Eugène Chaplin.
ats/mcm