Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07107.jsonl.gz/34

Francis Gurry a débuté sa carrière à l'OMPI en 1985, initialement au Bureau de la coopération pour le développement et des relations extérieures avec l'Asie et le Pacifique. Il a contribué à la création du Centre d'arbitrage et de médiation en 1994 puis à l'élaboration des Principes directeurs concernant le règlement uniforme des litiges relatifs aux noms de domaines. Il fait partie de l'équipe de la haute direction de l'OMPI depuis 1997, dans un premier temps comme sous directeur général, et ensuite, depuis 2003, comme vice-directeur général. Avant d'entrer à l'OMPI, Francis Gurry a exercé la profession d'avocat en Australie et enseigné le droit à l'Université de Melbourne (Australie). Il est titulaire de diplômes de droit obtenus à l'Université de Melbourne et d'un doctorat de l'Université de Cambridge au Royaume-Uni. Il est l'auteur de nombreuses publications et articles sur des questions de propriété intellectuelle parus dans des revues internationales.
Ce forum est fermé. Pour toutes question concernant l'émission, adressez-vous à la rédaction de Geopolitis via le formulaire de contact. Merci de votre compréhension.
Mathieu Despont
J'ai été très content de vous entendre parler à propos de l'outil "droit d'auteur" qui ne résiste pas à la technologie. Nous sommes maintenant dans l'ère de l'information. Le contenu numérique est de plus en plus présent. Ce contenu a un énorme AVANTAGE il se copie à l'infini. Pourquoi ne pas en profiter plutôt que de faire la chasse aux "pirates" comme ça semble être la tendance? "Pirate" est un mauvais terme. Une personne qui copie de la musique sans autorisation n'est pas comparable à un meurtrier. Le seul tort de cette personne est de ne pas entrer dans le cadre contraignant d'une propriété intellectuelle qui est dépassée par la technologie. Voler une baguette de pain dans une boulangerie ce n'est pas pareil que de copier une fichier de musique numérique. En effet, voler un morceau de pain c'est priver quelqu'un de ce pain. Copier un fichier ne prive pas le "propriétaire" de son bien. Au contraire, c'est même de la publicité. De plus, c'est profitable à l'industrie qui fabrique des baladeurs et des mémoires. Il faut se rappeler que la propriété intellectuelle n'est qu'un mécanisme juridique pour favoriser la création. Actuellement, j'ai souvent l'impression qu'elle ne sert qu'à protéger des rentes de situation de ceux qui détiennent les droits, sans favoriser la création. Pourquoi est ce qu'une oeuvre tombe dans le domaine public 70 ans après la mort d'un auteur et pas directement à sa mort? En quoi ces 70 années l'aide à créer ? Nous sommes en démocratie, le droit peut se modifier. Si cet outil ne convient plus il faut en trouver un autre. Lorsque les avions sont apparus aux USA certains propriétaires terriens ont tenté de les interdire sur leur "terrain" vu que la propriété terrienne de l'époque incluait le sol, mais également le sous sol et aussi l'espace au dessus jusqu'aux limites de l'univers..... Comme le droit devenait trop contraignant pour créer des lignes aériennes. On a changé le droit. On a pas interdit les avions! Comme vous le dite dans cet interview: c'est le droit d'auteur qui est cassé par la technologie, il faut trouver un moyen mondial pour financer la culture. Je suis content d'entendre que vous voyez le problème ainsi, et pas uniquement une guerre contre "les méchants pirates qui pillent tout!" Est ce que vous avez des ébauches de solutions pour trouver un outil capable de favoriser la création? Une des solutions qui peut être une piste est probablement la license globale. Chacun paie une sorte de redevance pour la culture. Cette redevance est ensuite redistribuée aux artistes. Comment faire la répartition ? Pour la musique il existe déjà de nombreux outils tel que last.fm ou le système genius de iTunes qui permettent de faire de bonnes statistiques de la popularité d'artistes. Ce n'est peut être pas la solution, mais c'est une piste. Le problème de cette license globale, c'est que pour qu'elle fonctionne bien elle doit être appliquée dans le monde entier. Comme vous l'avez dit, je crois effectivement que c'est à l'OMPI de jouer un rôle pour trouver une solution internationale. Est ce qu'il y a des discussions en cours pour trouver un nouvel outil pour favoriser la création? Ou est ce que l'on s'achemine vers une nouvelle création inutile d'une batterie de lois liberticides et anti-technologiques pour protéger le concept de droit d'auteur?
David M
Le piratage n'est-il pas aussi une question de simplicité? A l'époque j'utilisais Napster pour télécharger les MP3, car c'était le moyen le plus pratique pour obtenir rapidement de la musique dématérialisée (support matériel qui est encombrant, inutile, voir peu écologique). A l'arrivée de l'iTunes Store, j'ai pu acheter ma musique légalement. Cela me permet aujourd'hui d'acheter simplement et facilement la musique qui me plaît et "voter" ainsi pour les artistes qui le méritent. Il m'arrive toujours de télécharger de la musique "illégalement", mais je n'ai pas l'impression de voler, car personne n'est détroussé. Cette musique là, je ne l'aurai pas achetée du temps des supports physiques. Et de toute façon, à 1.50 CHF le morceau, il faut être très riche pour pouvoir remplir son iPod de manière totalement légale... Je viens également d'acquérir un téléviseur Full HD, et là consternation, il n'existe aucun moyen légal en Suisse de télécharger des films en HD! Une fois encore, le p2p est la seule solution. L'iTunes Store offre cette possibilité aux Etat-Unis, mais cela semble totalement bloqué en Europe à cause de la complexité des droits d'auteur. L'industrie ne ferait-elle pas mieux de s'activer pour proposer des solutions simples et intelligentes aux consommateurs au lieu d'adopter un comportement rétrograde, répressif et déconnecté qui laisse libre champ au piratage?
Daniel Gerber
Bonjour, Est-ce qu'il fait partie des objectifs de l'OMPI de promouvoir la qualité du débat public dans ce domaine? Je me pose la question lorsqu'une brochure de l'OMPI ("Qu'est-ce que la PI?") affirme qu'"il faut promouvoir et protéger la propriété intellectuelle [parce que cela] [..] améliore la qualité de la vie" (les bénéficiaires de médicaments génériques apprécieront http://www.evb.ch/fr/p6201.html). Sur le plateau de Geopolitis, vous avez pu constater vous-même comment la règle "défendre la propriété intellectuelle" est recyclée mécaniquement sur des problématiques très différentes (partage de fichiers media, vente de faux médicaments). Ne faudrait-il pas, sinon changer le nom de l'OMPI, au moins distinguer dans les publications les diverses problématiques non seulement en terme de droit mais aussi selon les réalités économiques et les questions de société qu'elles posent? Plus généralement, la déclaration de Genève sur le futur de l'OMPI (http://www.cptech.org/ip/wipo/genevadeclaration.html) relevait que "de meilleures expressions de sa mission peuvent être trouvées, notamment le besoin affirmé dans l'accord ONU/OMPI de 1974 que l'OMPI ?promeuve l'activité intellectuelle créatrice et facilite le transfert des techniques en rapport avec la propriété industrielle?" Sur le fond, le plan d'action de l'OMPI pour le développement va dans ce sens, mais cela semble dans bien des cas incompatible avec l'idée étroite de "défendre la propriété intellectuelle". Dès lors, lequel de ces deux objectifs considérez-vous comme prioritaire?