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Œcuménisme – éclairage en marge de la venue du pape à Genève – J-2
Le mouvement œcuménique s’est manifesté d’abord dans le protestantisme. Celui-ci s’est divisé en courants divers, du vivant de Luther déjà. Au-delà des principaux mouvements luthérien, zwinglien, calviniste et anglican, une foule d’Églises dites «évangéliques» se sont multipliées au cours des siècles. Aujourd’hui, on en dénombre plus de 1200 en Afrique seulement. Des tentatives d’accord se sont faites avant les ruptures définitives au XVIe siècle dans l’Empire allemand et avant la réunion du concile de Trente, mais sans réussites probantes.
Les réformateurs: Heinrich Bullinger, Girolamo Zanchi, John Knox, Huldrych Zwingli, Pietro Martir Vermigli, Martin Bucer, Hieronymus von Prag, William Perkins, Jan Hus, Philipp Melanchthon, Martin Luther, Jean Calvin, Theodore Beza et John Wyclif assis autour d'une table, au premier plan un cardinal, un diable, un pape et un moine essayant en vain de souffler la lumière sur le chandelier.
Huile sur toile, école allemande du début du XVIIe siècle. © wikimedia commons
Au XXe siècle, les efforts reprirent au sein du protestantisme. D’abord à cause de la situation missionnaire. Les Églises luthériennes n’avaient pas eu d’activité missionnaire en dehors d’Europe. Avec la colonisation au XIXe siècle, allemands, anglais, français multiplièrent les implantations religieuses, et ainsi les différences religieuses entre communautés chrétiennes. Spectacle peu édifiant. La conférence d’Édimbourg en 1910 en fit le constat et interpella les Églises.
Mais la difficulté des débats théologiques a donné naissance à un courant appelé le «christianisme pratique» (Life and Work) estimant qu’une action commune en faveur de la justice sociale et de l’aide caritative pouvait favoriser la compréhension réciproque et le rapprochement des confessions, et surtout livrer un meilleur témoignage chrétien. Une conférence à Stockholm en 1925 donna à ce courant une impulsion majeure.
Le mouvement Foi et Constitution, lui, poursuivait le chemin des discussions dogmatiques et ecclésiologiques. Le traumatisme de la guerre 14-18, guerre mondiale mais essentiellement le fait de nations chrétiennes, posait une question fondamentale, celle des responsabilités politiques du christianisme. Travailler à la paix dans le monde exigeait de surmonter les divisions doctrinales qui prenaient des dimensions nationalistes, par exemple dans le conflit entre la France et l’Allemagne. Les deux courants, Christianisme pratique et Foi et Constitution, se retrouvent à Lausanne pour une mise en commun en 1927.
La Suisse joue un rôle important à l’époque, car c’est à Genève que s’est installée la Société des Nations à qui revient la tâche de remettre de l’ordre dans le monde international après les perturbations de la Première Guerre mondiale. Le patriarche de Constantinople avait suggéré en 1920 dans une lettre de mettre en place une «Société des Églises» en parallèle à celle des nations.
C’est une tâche à laquelle s’est attelé le pasteur hollandais Visser’t Hoof mais qui n’aboutit qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale en 1948. Il faisait partie des mouvements chrétiens de résistance au nazisme des «Églises confessantes» inspirées par Karl Barth. La gravité des affrontements idéologiques avec les totalitarismes remettait les divisions confessionnelles chrétiennes à leur juste place. Il s’agissait donc d’y répondre, tout comme aux défis de la mondialisation.
C’est ainsi qu’en 1948 le Conseil œcuménique des Églises est fondé à Amsterdam. Il installe son siège à Genève et regroupe actuellement 348 membres appartenant aux dénomination protestantes, anglicanes, orthodoxes et évangéliques. Des membres qui représentent environ 500 millions de chrétiens. L’Église catholique n’en fait pas partie mais est représentée par des observateurs permanents.
Jean-Blaise Fellay sj
(19.6.18)