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L’émotion négative, cette ennemie de l’empathie
Faire preuve d’empathie face à un ami en détresse semble tout naturel. Pourtant, les résultats préliminaires de ma thèse tendent à déconstruire cette évidence. En réalité, notre empathie pour autrui peut être supprimée par nos propres émotions négatives, comme la peur par exemple.
C’est ce qui ressort d’une expérience que j’ai mise en place sur un panel de 24 participants, à qui dans un premier temps, je montre des vidéos de scènes positives (humoristiques), négatives (effrayantes) ou neutres. Je les expose ensuite à une douleur physique – supportable mais désagréable – soit ressentie directement par eux-mêmes, soit observée chez d’autres personnes sur des photos. Toutes les activations cérébrales sont enregistrées grâce à la technique de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Il en ressort que les émotions positives induites par les vidéos suppriment les activations générées par la douleur, en particulier dans une région cérébrale appelée l’insula postérieure. En d’autres termes, un film «positif» aide le spectateur à dépasser sa propre douleur. À l’inverse, et de façon plus surprenante, les émotions négatives suppriment les activations liées à l’empathie pour la douleur d’autrui dans deux régions cérébrales différentes, l’insula antérieure et le cortex cingulaire moyen, qui répondent habituellement aux signaux de détresse. Autrement dit: nous avons moins de chance de trouver une forme de compréhension et de réconfort en appelant un ami lorsque celui-ci est de mauvaise humeur. Réciproquement, si nous sommes dans une humeur positive, nous souffrons moins de douleurs physiques subies et sommes plus ouverts aux autres et à leurs émotions.
Dans une autre expérience, j’ai pu montrer que notre état émotionnel détermine la manière dont nous décodons les émotions exprimées par un tiers. En mode positif, nous intégrons davantage les différents indices émotionnels communiqués par autrui via la combinaison du visage, de la voix et de la situation. En mode négatif, nous mobilisons davantage d’autres régions cérébrales liées à l’analyse et aux représentations que nous nous faisons des intentions d’autrui. En somme, nos émotions positives nous ouvrent davantage aux autres tandis que nos émotions négatives nous renferment sur nous-mêmes, via une modulation des régions cérébrales impliquées dans l’empathie et la compréhension des états mentaux d’autrui.
Cela pourrait expliquer en partie le fait que certaines pathologies psychiatriques telles que la dépression présentent souvent un cercle vicieux entre émotions négatives et isolement social. La bonne nouvelle ? Selon mes observations, une seule minute de vidéo positive suffit pour influencer les circuits cérébraux responsables de notre empathie et de nos interactions sociales. Autant de pistes prometteuses en vue de garantir de bonnes relations sociales, source essentielle du bonheur. Un bonheur finalement amplement induit par nos propres émotions. —