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Si elle ne prend pas de risques, la Suisse fait du surplace
Le Dr Henri B. Meier a longtemps occupé une position dirigeante au sein de la Banque mondiale, avant d’enregistrer d’importants succès financiers et stratégiques pour Hoffmann-La Roche, notamment pendant les nombreuses années qu’il a passées au poste de CEO. Depuis sa retraite, il a fondé un grand nombre d’entreprises, qu’il a guidées sur la voie du succès. Aujourd’hui, de concert avec la fondation «Pro Zukunftfonds Schweiz», il s’engage en faveur de la création d’un fonds qui permettrait aux caisses de pension d’investir en capital-risque, et de ce fait dans de jeunes entreprises suisses montantes.
Que signifie pour vous «diriger»?
Diriger est la conjugaison des efforts de différentes personnes ou organisations pour atteindre un objectif commun.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune personne face à son avenir?
J’observe aujourd’hui dans les universités une envie croissante d’entreprendre chez les jeunes gens. Nombreux sont ceux qui veulent faire bouger les choses et je ne puis que les encourager dans cette voie. De manière générale, je leur recommanderais de se consacrer le plus possible aux tâches et objectifs qui correspondent à leur nature. Il y a des gens qui tentent par tous les moyens de faire carrière. Je ne pense pas que cela soit bon, ni pour eux, ni pour la société.
Cela vaut-il également pour les sphères dirigeantes? Comment en êtes-vous venu à occuper des fonctions de direction?
Oui, j’imagine. Dans mon cas, cela a déjà commencé à l’école. Mes camarades me demandaient si j’étais d’accord pour prendre les rênes. Je n’en avais pas conscience à ce moment-là; je voulais simplement atteindre un but et mon entourage a automatiquement réagi en se fiant à moi. Pour quelle raison? J’imagine que c’est probablement dû au fait que je n’ai jamais eu explicitement pour objectif d’endosser un rôle de meneur. Diriger faisait partie de ma nature; cela a toujours été pour moi quelque chose qui allait de soi.
Quelles qualités dirigeantes associez-vous à la Suisse?
Rétrospectivement, en me basant sur plus de 50 ans d’expérience de direction à l’échelon international, j’observe la spécificité du Swiss Leadership notamment dans une prise en compte scrupuleuse des objectifs d’entreprise et des besoins des employés, la capacité de diriger l’attention de tous les collaborateurs vers un objectif commun, ainsi que la fidélité envers l’entreprise et l’identification à celle-ci. Le principe suisse, qui a fait ses preuves, du «comportement conforme aux règles de la bonne foi» me semble être la meilleure caractéristique; contrairement à la plupart des pays où la «corruption» est inhérente au système.
Que devons-nous conserver et que devrions-nous modifier à l’avenir?
La caractéristique de nos prédécesseurs était de toujours prendre des risques importants et se fixer des objectifs ambitieux. De nos jours, je relève une généralisation de l’attachement à la recherche de la sécurité. Ceux qui ont accumulé des fortunes par le passé s’y accrochent et ne sont pas prêts à prendre de nouveaux risques pour façonner l’avenir. Une telle attitude équivaut pour la Suisse à faire du surplace.
Ceci est notamment perceptible dans le cadre de l’épargne: la majeure partie de nos capitaux d’épargne importants n’est plus suffisamment injectée dans l’économie réelle, ou plus précisément consacrée à la création d’emplois. Nous devons impérativement y remédier. C’est pourquoi je m’engage en faveur de la création d’un «fonds d’avenir», qui permettrait aux caisses de pension d’investir en capital-risque, et de ce fait dans de jeunes entreprises suisses montantes, afin de préserver pour longtemps encore la capacité d’innovation de la Suisse.
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