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Boyhood
Boyhood, primé pour la mise en scène à la dernière Berlinale, est peut-être le projet le plus audacieux du cinéma américain contemporain. Pendant douze ans, de 2002 à 2013, Richard Linklater, le réalisateur de Before Sunrise et School of Rock, a réuni un groupe d'acteurs pour filmer, pendant quelques jours chaque année, une tranche de vie. Une expérience folle et quasiment clandestine, les acteurs ayant travaillé sans de vrais contrats, la limite maximale aux USA pour un projet à long terme étant de sept ans. Une idée qui aurait pu échouer à n'importe quel moment, si un des jeunes protagonistes avait voulu abandonner le projet. Et pourtant, le voici, cet ovni de l'année 2014, un véritable miracle sur grand écran.
Au début du récit, Mason (Ellar Coltrane) a sept ans. Suite au divorce de ses parents (Ethan Hawke et Patricia Arquette), le petit et sa soeur (Lorelei Linklater, la fille du metteur en scène) passent leur temps à changer de maison, selon les expériences professionnelles ou personnelles de maman. De l'enfance jusqu'aux premiers jours à l'université, on assiste à des petits épisodes de leurs vies et aux niveaux de leur maturation.
Ce n'est pas la première fois qu'un projet pareil a été imaginé au cinéma, du moins au niveau narratif. Truffaut a, bien entendu, accompagné Jean-Pierre Léaud dans la peau d'Antoine Doinel à travers cinq films réalisés sur une période de vingt ans. Michael Apted a suivi le parcours de vie d'un groupe de jeunes anglais, pour les réunir ensuite tous les sept ans. Et Linklater lui-même a raconté, en trois actes et chaque fois en temps plus ou moins réel, la plus belle histoire d'amour du cinéma américain des dernières décénnies. Mais jamais un cinéaste avait tellement osé: Boyhood, le chef-d'oeuvre de Linklater, est une véritable tranche de vie, classique dans l'esprit mais libre dans l'éxécution. Un autre cinéaste, avec un plan de tournage soi-disant normal, aurait probablement choisi un parcours narratif plus traditionnel. plus prévisible. Il se serait aussi servi de plusieurs acteurs pour le rôle principal. Linklater, lui, se concentre sur des épisodes qui sont, à l'apparence, sans importance, mais qui rendent en réalité plus tangible l'expérience de vie vue à l'écran. Et en gardant le même acteur pendant douze ans, le cinéaste n'a pas seulement filmé une enfance et une adolescence, avec tous les détails douloureux et gênants qui vont avec. Il a aussi inauguré la carrière d'un comédien qui, d'après ce qu'on vient de voir, n'a pas fini de nous épater. Et lorsqu'on arrive à la fin, après 166 minutes, on ne souhaite qu'une chose: que ça continue encore. Et encore.