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Voici en quelques lignes ce que j'ai pu constater sur l'état du piano Pleyel du Château d'Oron.
- Le piano est numéroté No12'936 La firme Pleyel construit le No 10'000 en 1843 et le No 15'000 en 1848. On peut donc estimer la date de construction vers la fin de l'année 1845.
- Le meuble et la table de résonance sont en bon état.
- Les cordes ont été changées.
- Le sommier semble bon.
- Il manque une tige de laiton à la lyre de la pédale.
- En sortant la mécanique, on trouve une inscription au crayon pas très lisible, sur le devant du cadre de la mécanique. Elle signale divers travaux effectués le 9 avril 1940. On trouve une autre inscription sur la dernière touche à gauche au stylo bille: S. Genand 8.4.88. On voit également qu'un marteau (do# 6) a été complètement changé. Un marteau moderne (tête et manche) a été collé de travers de manière très grossière. Le résultat sonore est catastrophique. Les feutres des marteaux sont très usés et certains sont mités.
Pour pouvoir jouer cet instrument, il faudrait remplacer le marteau du do# 6 en le copiant exactement sur les autres marteaux d'origine (Si on retrouve la personne qui a fait ce travail, on a peut-être une infime chance de retrouver le marteau original, même cassé?) Un refeutrage des marteaux me semble également nécessaire. Je pense qu'il faut en tout cas éviter un second désastre et ne confier cet instrument qu'à des spécialistes.
Une étude complète sur les pianos Pleyel utilisés par Chopin est lisible à la page:
http://www.musicologie.org/15/les_pianos_pleyel_chez_chopin_pendant_sa_relation_avec_george_sand.html
M. Kohler a examiné ce qui se trouvait dans les archives Pleyel au sujet du Pleyel d'Oron:
Sa caisse date de mars 1846, table, clavier et ferrage de mai 46, échappements et vernissage de fin novembre 46 (cela a un peu traîné mais ce n'est pas exceptionnel chez Pleyel), harmonisé dans la semaine du 30 novembre au 5 décembre 1846.
Le piano est au magasin Pleyel, rue Rochechouart 22-24, le mercredi 2 décembre pour 2'200 francs (c'est un joli petit patron, six octaves 3/4, donc du do au la, en palissandre à perles). Il est vendu le lundi 14 décembre 1846 à une Mme Chervin de Paris (certainement pas une élève de Chopin).
Chopin revient à Paris (de Nohant) le 12 novembre 1846. Il est vrai que dans mon étude, je ne trouve pas de piano à queue "satisfaisant" dans le salon de Chopin jusqu'au 15 décembre. Toutefois, il est quasi impensable que ce piano 12936 ait pu séjourner 12 jours dans son salon. Cela n'a pas de sens et les pianos ont été au minimum deux mois dans son salon, habituellement 6-7 mois.
En résumé, ce piano n'a pas été joué par Chopin, ni appartenu à une de ses élèves.
Par contre, on peut toujours dire "Imaginez Chopin jouant sur un piano Pleyel comme celui-ci"....
D'abord les prix des pianos Pleyel : les pianos droits standards autour de 1000 francs, le piano à queue petit patron 1'800 francs prix de base (comme celui d'Oron), le piano de concert 2'600 francs de base. Se rajoutaient des suppléments liés à la boisure (le palissandre était plus cher que l'acajou) ainsi que des décorations (perles, sculptures, etc... : celui d'Oron à 2'200 fr est un petit patron assez haut de gamme).
Le salaire moyen des ouvriers agricoles et industriels : entre 800 et 1'000 francs par année autour de 1840. Seulement 500 francs pour un domestique !
Donc les pianos sont clairement hors de prix pour l'immense majorité des gens. Pour l'aristocratie, les prix étaient assez abordables.
Le train de vie de Chopin était élevé. On estime ses dépenses à près de 20'000 francs par année : peu pour le logement et la nourriture, mais beaucoup pour les habits et les voitures. Mais Chopin était aussi généreux et donnait pas mal à des associations caritatives (polonaises notamment)
Pour maintenir son train de vie, il était obligé de donner à Paris passablement de leçons et à prix fort : il était le plus cher de la capitale, au moins 20 francs par leçon. Il en donnait en moyenne cinq par jours. La publication de ses œuvres ne lui rapportait pas beaucoup : compter en moyenne 500 francs pour un opus. Il a fait très peu de concerts. Mais les deux concerts en 1841 et 1842 lui ont rapporté 6000 francs chacun : on peut là vraiment comprendre son aversion pour les concerts car, à ce prix, quelques concerts par an lui auraient suffi pour tenir son train de vie !!