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Des Aventures divines sans filet, "essayant d'éliminer le plus possible les interférences du "rationnel" entre le subconscient et l'écriture" (E. Subiela). Voilà un film qui nous projette dans un univers philosophico-spirituel qui s'ancre dans les grandes questions existentielles.
Réalisé par Subiela et les élèves de son école de cinéma de Buenos Aires, Aventures divines a été tourné en vidéo numérique, faute de crédits.
"Qui sommes-nous?" Le protagoniste, qui ne connaît pas son nom, surgit de la mer/mère et prend une chambre dans le seul hôtel/autel de la plage... Il y rencontre Valerì, une femme sans passé ni futur, qui accouche d'une douzaine d'enfants par semaine! Amoureux l'un de l'autre, ils découvrent ensemble les nombreuses pièces et les mystérieux clients de cet hôtel des années 30, qui sont autant de métaphores des profondeurs humaines. L'ambiance surannée de ce décor en noir/blanc nous plonge dans ce monde du rêve, si cher au réalisateur, où réalité intérieure et apparences se rejoignent. La recherche d'identité amène forcément à se demander: "D'où venons-nous et où allons-nous?" Ces questions jumelles font l'argument de ce film. La séquence du train dont on ne sait ni la provenance, ni la destination en est une évocation. Durant tout le film, le protagoniste est convaincu qu'il est rêvé par un personnage qui pourrait se trouver dans l'hôtel. Pour en sortir, il lui suffirait de tuer le rêveur pour que celui-ci se réveille et, ainsi, ne plus exister.
La première victime de sa logique sera son psy! La psychanalyse n'est pas la seule à être montrée du doigt. En effet, Subiela ne se gêne pas pour bousculer certaines pensées bien établies, le rationalisme scientifique, les tendances matérialistes et aussi l'Eglise catholique.
Cependant, Jésus-Christ est très présent: mangeur de tartines trempées dans son café au lait (pas d'alcool, s.v.p.!), il est employé au casino de l'hôtel. On n'y mise rien, mais on peut gagner un cancer, le sida, une cirrhose. Lui-même emportera le lot gagnant du Mont-de-Piété...
Le protagoniste, cet homme qui ne veut pas se "faire rêver", rêve pourtant de lui-même (ou de son père à qui il pourrait ressembler?) Il se voit dans un immeuble de banlieue, avec sa femme/mère et un enfant qui "sent le caca"! Régression au stade anal et envie de tuer le père rêveur, revoilà Freud et son Oedipe: on prend les mêmes et on recommence. Le dénouement miraculeux de cette histoire réconciliera toutes ces existences dans un happy end en couleur!
Aventures divines est un film qui exige, de la part du spectateur, un effort de réflexion. On peut regretter le foisonnement de symboles, amenés avec plus ou moins de finesse. Subiela nous avait habitués à plus de délicatesse. Cependant, par une exigeante logique, ceux-ci convergent tous vers un message central, qui rejoint la citation initiale du film: "Vivre ou ne pas vivre, là n'est pas la question". Ainsi, le rêve et l'illusion deviennent réalité, le reflet du miroir est la sincérité de l'amour, la mère qu'il hait est celle qu'il aime, etc. La leçon de pleurs, une scène magnifique, est particulièrement forte et explicite sur le sujet.
Une fois la leçon comprise, est-il encore utile de détailler cette superposition de réalités et d'images (superbes d'ailleurs) qui se répètent autour d'un même thème?
Eliseo Subiela
Eliseo Subiela est né en 1944 à Buenos Aires. Licencié en littérature et en philosophie, il étudie le cinéma à l'Ecole du film de La Plata. Il réalise plusieurs courts métrages et devient l'assistant d'un grand nombre de cinéastes argentins, dont Francisco Vasallo, Armando Bô et Leonardo Favio. Pour ses longs métrages de fiction, il a reçu à ce jour plus de cent distinctions d'importance."
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