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Léonard de Vinci, copieur génial ou inventeur?
De lui, on connaît "La Joconde", le tableau le plus célèbre du monde, et "La Cène", fresque à la parfaite composition symétrique et à la perspective centrale poussée à ses limites. Il fut donc peintre, même si seulement quinze tableaux lui sont attribués - 16 si on compte le "Salvator Mundi" vendu récemment à 450 millions de dollars. Léonard de Vinci (1452-1519) a par ailleurs inventé la technique du sfumato qui consiste à appliquer plusieurs couches de peinture pour donner une impression de brume.
Mais son oeuvre la plus prolixe provient de ses carnets: plus de 6000 pages de notes et dessins, rédigées en écriture inversée, lisibles grâce à un miroir. Il y traite d'urbanisme, d'architecture, d'ingénierie, de mécanique, d'anatomie, de géologie, de botanique, et y décrit, tout en les illustrant, certaines inventions comme le filet de sauvetage, l'hélicoptère, le tank ou le parachute. Ses carnets sont rassemblés aujourd’hui dans dix Codex.
Lui qui est né à la campagne, reste très attaché à la nature "à qui rien ne manque, et rien n'est superflu". Il en apprécie l'harmonie, l'équilibre et la subtile intelligence. Son observation des oiseaux, par exemple, l'inspire pour ses machines volantes. Son amour des animaux est tel qu'il devient végétarien.
"Léonard de Vinci, accélérateur de sciences", film documentaire de Mark Daniels revient sur les années d'apprentissage de Leonardo dans l'atelier Verrochio, à Florence, où il apprend la peinture, la sculpture et l'ingénierie.
Il s'initie également à la nouvelle doctrine, l'humanisme, ce mouvement qui redécouvre les textes anciens, dont ceux du mathématicien et astronome Ptolémée pour qui la lune et les planètes brillent de leur propre lumière. De Vinci, habitué à tout expérimenter, ses théories comme celles des autres, contestera la vision de Ptolémée en affirmant que la lune est éclairée par le soleil.
>>A regarder, le documentaire Mark Daniels:
A Milan, où il fondera son propre atelier en 1473, il se met à lire tout ce que l'imprimerie, cette technologie révolutionnaire, peut offrir en matière de diffusion des savoirs. Ainsi a-t-il accès à des traités de la Chine ancienne ou de l'Islam des sciences. Il apprend aussi le latin, langue indispensable à l'honnête homme de l'époque. Ses lectures l'influencent, ses centres d'intérêts se multiplient et ses carnets se noircissent.
Aller au bout du raisonnement
Sous la protection du duc Ludovico Sforza, de Vinci devient responsable des divertissements et spectacles de la Cour. Pour son mécène, il crée la première "automobile", un robot inspiré des travaux d’un inventeur arabe du XIIe siècle, Ibn al-Jazari, influencé lui-même par les travaux de Héron d’Alexandrie (I s. après J.-C.). Sa position stratégique lui permet de rencontrer de jeunes talents qui, comme lui, se passionnent pour les humanités et avec lesquels il travaillera. Notamment avec l'architecte Giacomo Andrea de Ferrara.
Ensemble, ils tenteront de résoudre l'énigme posée par l'architecte Vitruve (90-30 avant J.-C.): comment placer un homme à la fois dans un cercle et dans un carré? De Vinci, très inspiré des croquis de son ami, réussit en décentrant le cercle et le carré; l'axe du premier passant par le nombril, l'axe du second par les organes génitaux. Il donne à l'homme de Vitruve son beau visage puissant. Il devient le symbole de la Renaissance.
Ce que le documentaire montre, c'est que de Vinci n'a pas créé de rien. Plusieurs de ses inventions ne sont que le prolongement des travaux ou intuitions de ses prédécésseurs. Par exemple, le fameux parachute dont on retrouve les dessins dans le Codex Atlanticus, est copié de celui de l'ingénieur siennois Mariano Taccola. Sauf que de Vinci le perfectionne et le complète en donnant les mesures exactes de la toile et sa qualité pour que l'objet fonctionne.
En travaillant et retravaillant les recherches de ses prédécesseurs, en les expérimentant, en les mettant à l'épreuve, en les améliorant et en les transmettant, Léonard de Vinci a moins oeuvré pour sa gloire que pour les générations futures. La définition même de l'humaniste de la Renaissance.
Réalisation web Marie-Claude Martin
Publié le 04 janvier 2018 - Modifié le 04 janvier 2018