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Ce vitrail, propriété privée jusqu’au début de l’année 2021, a été acquis par le Vitromusée grâce à la générosité de Monsieur Léopold Borel. Inscrit dans une fenêtre de la cage d’escalier d’une maison dans le village du Jaun, située juste en dessous de l’église Sankt Stephan, il est l’oeuvre de l’atelier fribourgeois Kirsch & Fleckner et de l’artiste Raymond Buchs et date de 1910.
Selon Aldo et Theres Rauber, propriétaires actuels de la maison, celle-ci fut construite en 1902 par Philipp Mooser et était vouée à devenir un hôtel qui n’a jamais vu le jour. En 1910, la paroisse, en quête d’une cure pour sa nouvelle église, acquiert cette demeure qui sera rachetée en 1947 par Jules Rauber, le père de l’actuel propriétaire de la maison (Rauber, A. et T., communication personnelle, 15 et 18 janvier 2021). Il paraît probable que suite à l’achat du bâtiment en 1910, la paroisse du Jaun commande à l’atelier Kirsch & Fleckner, qui est en train de terminer les verrières pour l’église, un dernier vitrail pour le mettre dans une des fenêtres de la cage d’escalier de la nouvelle cure. C’est en toute logique que l’atelier s’adresse à Buchs pour dessiner ce dernier projet.
Depuis 1908, l’atelier Kirsch & Fleckner travaille à l’élaboration du cycle verrier pour la nouvelle église du Jaun en collaboration avec Raymond Buchs, originaire du village. A cette époque, l’artiste fribourgeois est à Berlin où il dirige un atelier de graphiste pour lequel il décroche de nombreuses commandes et a un véritable succès (Rudaz, 2001a, p. 15). Cela ne l’empêche pas de continuer à collaborer avec l’atelier Kirsch & Fleckner en travaillant pour eux à distance (Rudaz, 2001b, p. 20). Buchs fait son apprentissage dans l’atelier fribourgeois entre 1894 et 1897 et continue à travailler pour lui jusqu’en 1913, année où il abandonne définitivement le vitrail, n’étant plus en phase avec les exigences des paroisses et souffrant vraisemblablement d’une absence de reconnaissance.
Le thème de l’Apparition de la Vierge n’est pas étranger à Raymond Buchs, puisque la même année, il réalise une verrière sur le même sujet pour une des fenêtres du choeur de l’église Saint-François à Neirivue. La comparaison de ces deux vitraux indique que chacun des projets a été réalisé sur la base d’un même modèle, dont seuls certains détails ont été modifiés. Le vitrail du Vitromusée étant plus large, Bernadette Soubirous est placée légèrement plus éloignée de la Vierge. Vêtue de manière identique, elle tient un cierge, alors qu’à Neirivue, ses bras sont ouverts devant elle. Quant au fond paysagé, bien que similaire, les dimensions plus vastes du vitrail du musée offrent une spatialité plus généreuse qui permet au paysage un meilleur épanouissement. Dans le fonds graphique de l’atelier Kirsch & Fleckner est également conservé le carton pour la verrière de Neirivue (KF_798), qui est strictement identique au vitrail à l’exception de l’inscription sur le nimbe (Je suis l’Immaculée conception) qui apparaît seulement sur l’oeuvre verrière.
Buchs a réalisé encore deux autres projets sur le même sujet, l’un pour le vitrail du choeur de l’église de Villaraboud (KF_795), qui date de 1911, et l’autre (KF_816) pour une église encore non attribuée, datant probablement de la même période.
La partie centrale du vitrail de Villaraboud et son carton (KF_795), sont presque identiques au vitrail du musée, à la différence de quelques détails, comme le vêtement de Bernadette Soubirous, et la tenue du cierge de Bernadette avec une seule main. Une végétation clairsemée apparaît sur les roches à gauche de la Vierge, alors qu’une fleur se déploie sous le ruisseau.
Le carton pour l’église non attribuée (KF_816) montre Bernadette Soubirous avec un voile tombant plus largement sur le bras droit de la sainte, qui est représentée les mains jointes devant sa poitrine. Les roses sur les pieds de la Vierge sont plus petites.
Ces variations autour d’une même composition sont intéressantes. Elles démontrent que l’artiste s’est basé sur un même modèle, probablement issu d’un cahier de modèles utilisé par de nombreux artistes illustrant les thèmes iconographiques les plus populaires, qui a ensuite été adapté selon son imagination, les souhaits des commanditaires et les contraintes liées au format de chaque création.