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Œuvre de Jean-Etienne Liotard, ce portrait de Richard Pococke, archéologue et théologien anglais, témoigne à la fois des voyages du peintre genevois et de la pratique du "Grand Tour" répandue dans la haute société européenne, britannique en particulier.
Les chemins de l’archéologue et théologien anglais, Richard Pococke, et de Jean-Etienne Liotard (1702-1789) se croisent à Istanbul en juin 1740. Les relations de l'artiste genevois avec les membres de la société anglo-saxonne lui procurent ses premières commandes importantes. Pococke fait halte sur la Corne d'Or lors de son Grand Tour, long voyage effectué par des jeunes gens de la haute société européenne, britannique en particulier, pour perfectionner leur éducation.
Avec ce portrait grandeur nature, Liotard, grand maître du pastel, franchit une étape importante de sa carrière et sera dorénavant reconnu comme peintre. Il représente son modèle en costume ottoman, accoudé à un autel symbolisant les valeurs de l'Antiquité. A l'arrière-plan, on distingue les remparts d'Istanbul ainsi que quelques monuments comme le minaret et la mosquée Tophane au bord du Bosphore.
La matière picturale est appliquée de manière égale et lisse, sans empâtements, comme le recommande Liotard plus tard dans son "Traité des principes et des règles de la peinture". L’œuvre témoigne du talent exceptionnel de Liotard, un artiste polyvalent qui excelle dans le maniement de diverses techniques. La correspondance de Richard Pococke à sa mère permet de placer la création de ce tableau en 1740.
Ville de passage à la croisée des routes entre le Nord et le Sud de l’Europe, ville d’opportunités commerciales, lieu d’émulation du savoir : Genève a attiré les voyageurs autant qu’elle a fait naître chez nombre de ses habitant-e-s le goût de l’exploration. Ces deux mouvements, concentrique et excentrique, ont contribué à enrichir les collections patrimoniales genevoises.