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Critique
"Peu de films permettent aux personnes et aux couples vieillissants de se situer face à l'avenir, surtout dans le climat d'insécurité sociale que nous traversons. Cela, LUGARES COMUNES l'offre, mais dans une forme cinématographique classique, un peu bavarde... et plutôt masculine.
Fernando, la soixantaine bien sonnée, est professeur de pédagogie à l'Université. Sa vie, il la partage avec Liliana. Couple paisible - aucun des deux ne conçoit sa vie sans l'autre - ils supportent tant bien que mal les privations, les incertitudes du futur, l'absence d'espoir dans la situation catastrophique que connaît la société argentine. Un jour, le monde placide et intellectuel de Fernando bascule: il reçoit sans préavis une lettre lui annonçant sa mise en retraite anticipée.
A la manière d'un Woody Allen, Aristarain réalise LUGARES COMUNES comme s'il écrivait son propre manuel de sagesse élémentaire. Fernando rencontre ses amis, son fils exilé et sa famille en Espagne, dévoile ses sentiments tantôt avec humour et ironie, tantôt avec amertume. Il se forge une opinion, envisage l'avenir et fait des projets. Tout cela à côté de sa fidèle compagne, avec comme toile de fond l'Argentine qu'il fustige sans complaisance: ""Comment peux-tu parler du futur, quand tu sais que le futur est une illusion, que c'est un piège inventé par le système pour obliger les gens à travailler, à produire comme des esclaves par peur de ce putain de futur?""
Ce n'est pas sans raison que LUGARES COMUNES a remporté le Prix du public au Festival de Fribourg 2003. Le propos est largement déclinable dans tout l'Occident post-industriel, et même au-delà. Déconsidération de la personne vieillissante (fût-elle élitaire comme ici), augmentation des exigences financières pour assurer la survie dans l'âge de la retraite, angoisse face à la décrépitude progressive et à la mort qui pointe le bout de son nez: tout cela est abordé de front.
Le récit d'Aristarain prend le temps pour regarder les choses, pour les dire avec une qualité esthétique indéniable. Servi par des comédiens bien assis dans leurs rôles, la narration devient alors témoignage à usage quasi pédagogique. Bon nombre d'Occidentaux, seuls ou en couple, y trouveront matière à réflexion et - qui sait - petites recettes pour leurs vieux jours approchants. Le discours sur la nécessaire lucidité, qui toujours fait mal, comme repère de progression dans la vie, sonne par exemple très juste. Et à tous les âges d'ailleurs!
Peu d'originalité cinématographique en revanche, ce qui rend le film très encombré par les mots, presque verbeux. Mais ce qui gêne davantage que la profusion des phrases, c'est surtout leur caractère trop unilatéralement et obstinément masculin. Sa très parfaite compagne aide sans doute Fernando à trouver le chemin du salut. Mais faut-il attendre le prochain film du réalisateur pour voir Liliana avoir droit elle aussi à une vie pleine et à une rédemption?
Adolfo Aristarain: réalisateur et scénariste, Adolfo Aristarain est né à Buenos Aires en 1943. Son parcours de vie passe par l'Espagne où il fut exilé. Cohabitent chez lui un certain cinéma d'action et des films qui proposent une observation critique de la réalité. A son actif dix longs métrages et une série télévisée ""Les aventures de Pepe Carvalho""."
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