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Lecture de Jean 13, 1-17.33-35
1C'était juste avant la fête de la Pâque. Jésus savait que l'heure était venue pour lui de quitter ce monde pour aller auprès du Père. Il aimait les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout. 2Jésus et ses disciples prenaient le repas du soir. Le diable avait déjà fait germer dans le cœur de Judas, fils de Simon l'Iscariote, l'idée de livrer Jésus. 3Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, que lui-même était venu de Dieu et qu'il retournait à Dieu.
4Il se lève de table, ôte son vêtement de dessus et prend une serviette dont il s'entoure la taille. 5Ensuite, il verse de l'eau dans une cuvette et se met à laver les pieds de ses disciples, puis à les essuyer avec la serviette qu'il avait autour de la taille. 6Il arrive à Simon Pierre, qui lui demanda : « C'est toi Seigneur qui me laves les pieds ? » 7Jésus lui répondit : « Tu ne saisis pas maintenant ce que je fais, mais tu comprendras plus tard. » 8Pierre lui dit : « Non, tu ne me laveras jamais les pieds ! » Jésus continua : « Si je ne te lave pas, tu ne partageras rien avec moi. » 9Simon Pierre répliqua : « Alors, Seigneur, ne me lave pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » 10Jésus ajouta : « La personne qui a pris un bain n'a plus besoin de se laver, sinon les pieds, car elle est entièrement propre. Vous êtes propres, vous, mais pas tous cependant. » 11En effet, Jésus savait qui allait le livrer ; c'est pourquoi il dit : « Vous n'êtes pas tous propres. »
12Après leur avoir lavé les pieds, Jésus reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? 13Vous m'appelez “maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car je le suis. 14Si donc moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme je l'ai fait pour vous. 16Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : un serviteur n'est pas plus grand que son maître, tout comme un envoyé n'est pas plus grand que celui qui l'envoie. 17Maintenant que vous savez cela, vous serez heureux si vous le mettez en pratique.
(…)
33Mes enfants, je ne suis avec vous que pour peu de temps encore. Vous me chercherez, et tout comme je l'ai dit aux autres Juifs, je vous le dis aussi maintenant : vous ne pouvez pas aller où je vais. 34Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Il faut que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. 35Si vous avez de l'amour les uns les autres, alors tous sauront que vous êtes mes disciples. »
Prédication : « Un geste concret d'amour »
Résumé : Avant de quitter les disciples, Jésus leur laisse un testament. Un geste d’amour et d’humilité qu’il nous invite à reproduire dans nos vies… par des gestes concrets !
Version audio ici: https://anchor.fm/emlklsne/episodes/Un-geste-concret-damour-e1iobo1
Chers frères et sœurs en Christ,
Si je vous dis « faites un geste », qu’est-ce qui vous bien à l’esprit ?
- Bonjour
- Câliiiin
- Ce matin, culte MLK
- (non ce n’est pas un concert de death metal)
- Mais toujours le poing levé
- Okaaaaaay (non ceci n’est pas une ombre chinoise d’un lapin)
- Oh l’humour du pasteur, facepalm
- Autostoppeur (attention au Moyen-Orient, ce geste est compris comme un doigt d'honneur ! Et en Grèce ou en Sardaigne, il est perçu comme une invitation sexuelle... dont acte)
- Merci (en langue des signes)
- Etc.
Faire un geste, c’est aussi…
- Donner de l’argent (par ex pour MLK)
- Faire des actions concrètes (par ex pour la planète)
- Ou les deux ensemble : Ben oui, un paiement en nature, c’est faire un geste pour l’environnement. Mouarf.
Faire un geste, c’est faire un signe (non pas un cygne) (non plus pas un signe de la main), NON un geste est fait pour signifier quelque chose. Pour faire passer un message. Et parfois, on n’a pas tous la même interprétation. Cela me rappelle lorsque j’avais 19 ans, j’ai fait 1 année en Angleterre et le premier jour, j’entre dans un café, m’attable avec un ami et commande « 2 coffees please ». Le serveur me regarde avec des yeux ronds et me dit en anglais : « Vous êtes étranger ? » Malaise. Et là j’apprends que les deux doigts ainsi montrés pour les Britanniques signifient non pas le chiffre 2, ni la victoire, mais bien… le doigt d’honneur (que la décence m’oblige à ne pas reproduire ici)! Ah le sens des gestes…
Regardez Jésus : il essaie de faire passer un message aux disciples, et ceux-ci ne comprennent rien. Laver les pieds, à moi ? Non mais tu n’y penses pas, Jésus, tu es le maître ! J’aime cette icône éthiopienne où l’on voit bien Pierre qui se fait laver les pieds par Jésus… et qui n’en revient pas, interloqué ! Mais pourquoi Jésus fait-il ce geste à ses amis et pourquoi à ce moment-là, juste avant de mourir ? au fond, que signifie ce geste du lavement des pieds ?
Bon. Avant toute chose, il faut dire que cette coutume du lavement des pieds faisait partie intégrante de la vie quotidienne du temps de Jésus. C’est d’abord un geste quotidien d’accueil et d’hospitalité qui vise à assurer le confort d’hôtes ou de proches et, en particulier, les préparer à un repas. Aujourd’hui, en temps de COVID en particulier, on se désinfecterait les mains. Pshit pshit.
Mais il est important de souligner que cet acte est normalement pris en charge par une personne de condition inférieure. C’est une basse tâche, très basse... Ainsi le geste de Jésus est bien incongru : ce geste, confié d’ordinaire à des personnes sans statut social, est accompli par celui qui est reconnu comme le maître du groupe rassemblé. On a ici une inversion des rôles tout à fait symbolique.
Et pour comprendre cet acte symbolique, il est important de situer ce geste dans l’Evangile de Jean. Le Christ lave les pieds à ses disciples juste avant sa Passion, et ce geste indique donc le sens de la mort imminente du Christ. Alors que dans les Evangiles synoptiques le Christ institue la Cène, ce n’est pas le cas chez Jean. Non, à la place, Jésus lave les pieds, et cet acte prend dès lors un sens de testament que le Christ lègue à ses disciples avant sa mort…
Voici donc ce que lègue Jésus à ses followers : un geste, celui du lavement des pieds. Un geste concret d’abord, dans la réalité quotidienne de nos vies, un geste de tous les jours. Un geste pour tous, ensuite, y compris Judas, celui qui allait le trahir, un geste inclusif. Un geste d’humilité, d’abaissement, également, un geste renversant de service. Un geste d’amour pour autrui, un geste qui prend soin de l’autre et de son corps, un geste de tendresse. Un geste, il faut l’avouer, tout de même un peu dégradant, un peu incommodant, comme l’est la croix dans nos vies. En bref, le lavement des pieds c’est un geste d’amour, inspiré de cet amour infini dont le Christ nous a témoigné, jusque sur la croix. Il aimait les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout. Un geste symbolique qu’il nous invite à reproduire dans nos vies : Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. (…) Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Il faut que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés.
Le commandement d’amour, comme on dit, peut nous faire réagir : l’amour peut-il se commander ? Eh pourtant, Jésus n’a pas dit : « Ayez de l’affection les uns pour les autres », mais « Lavez-vous les pieds les uns des autres ». Il demande non pas d’avoir des sentiments d’amour, mais de faire un geste, une action concrète. Il n’a pas dit : « Trouvez votre prochain sympathique », il a dit « Mettez-vous au service de votre prochain avec humilité ! » Comme le relevait Marie l’autre jour, à l’époque, l’amour se démontrait par des actes concrets ! Et le lavement des pieds, pour moi, c’est justement cela : une invitation à se mettre humblement au service de son prochain et lui témoigner des gestes d’amour concrets.
Le Christ, le Seigneur, qui laverait aujourd’hui les pieds aux plus petits comme aux plus grands, dans un geste humble de service et d’amour, c’est ce qu’a représenté une jeune artiste néozélandaise Jess (Salt & Gold Collection). Saisissante collection que je vous partage ce matin (faire défiler).
La bonne nouvelle, chers frères et sœurs, c’est que chaque fois que je doute de l’amour de Dieu, je peux me le représenter en train de me laver les pieds.
Car si Jésus a lavé les pieds de Judas, qui pourrait être exclu de son amour ? Par ce geste du lavement des pieds, le Christ nous redit qu’il nous a aimé, qu’il nous aime et qu’il nous aimera… jusqu’au bout. Ce geste est celui de l’amour de Dieu qui demeure, malgré la séparation, le deuil, les difficultés, un geste d’amour qui le rend présent et qui ouvre sur le bonheur : Maintenant que vous savez cela, vous serez heureux si vous le mettez en pratique.
Cet épisode du lavement des pieds a beaucoup compté dans ma vocation, dans le discernement de l’appel de Dieu à le servir par ma vie. Avec en particulier cette question du bonheur qui est promis, en dépit des difficultés, en dépit de la croix, avec un amour plus grand qui domine.
Oui je ressens ce texte comme un appel, à chacune, à chacun : que fais-tu dans ta vie comme geste concret pour laver les pieds aux autres ? quel geste concret, inclusif, d’humilité, de service et d’amour es-tu prêt.e à faire ? En Eglise aussi : avec quels gestes concrets peut-elle témoigner de l’amour de Dieu ?
J’aime cette image du Pape François, lavant les pieds à des détenus en prison. Une image vaut 1000 discours.
Alors cette semaine, je t’invite, vraiment, à faire un geste. Concret (donc par une action concrète). Inclusif (donc cela peut être aussi pour les personnes qui ne sont pas tes ami.e.s). Un geste humilité. Un geste de service. Un geste d’amour. Que feras-tu comme geste ?
Ici à l’Eglise MLK Lausanne aussi, quel geste concret d’amour pour tous et toutes sommes-nous prêts à faire ? Comment ce lavement des pieds peut s’actualiser dans nos vies par des gestes concrets d’amour ?
T’inspirer du lavement des pieds, et agir par des gestes concrets d’amour, tu peux le faire, cher frère, chère sœur. Et alors, quand tu le feras, ce sera vraiment… un beau geste !
Amen.