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Texte en attente de traduction - Texte original en allemand
Résumé
L’épidémie de SARS-CoV-2 en Suisse est actuellement en recul. On observe une diminution du nombre de cas signalés, d’hospitalisations et de décès. Le nombre de cas signalés est actuellement divisé par deux en moins de dix jours. L’incidence par rapport à l’ampleur de la partie non vaccinée de la population, est également en baisse depuis fin avril, ce qui laisse croire que maintenant, le risque d’infection diminue également pour les personnes en Suisse qui n’ont pas encore été vaccinées.
En Suisse, la variante Alpha du SARS-CoV-2 (B.1.1.7) est dominante ; les autres variantes préoccupantes («variants of concern» VOC) sont présentes en Suisse avec des fréquences inférieures à 2%. Jusqu’à la fin du mois de mai 2021, il n’y avait encore aucun signe indiquant une propagation rapide de la variante Delta (B.1.617.2) en Suisse. Au Royaume-Uni, l’incidence de la variante Delta a doublé, de mi-avril à mi-mai, à un rythme presque hebdomadaire et représente maintenant environ 90% de tous les cas confirmés. Toujours au Royaume-Uni, le nombre absolu de cas confirmés de SARS-CoV-2 augmente à nouveau depuis environ trois semaines et double actuellement tous les dix jours environ. Parmi les raisons pouvant expliquer la propagation de Delta au Royaume-Uni figurent le taux de transmission accru de cette variante par rapport à la variante Alpha, l’introduction dans le pays due aux interactions sociales fréquentes avec l’Inde, l’intensification de la propagation dans les groupes de population socioéconomiquement plus défavorisées et une réduction de l’immunité chez les personnes qui n’ont été vaccinées qu’une seule fois. Selon les informations disponibles à ce jour, l’immunité contre Delta est élevée après deux vaccinations.
Avec la diminution de l’incidence en Suisse, les interventions ciblées (stratégie TTIQ et lutte contre les flambées épidémiques) et la surveillance génomique du SARS-CoV-2 sont plus efficaces et moins coûteuses. L’interruption ciblée des chaînes de transmission à l’aide de la lutte contre les flambées épidémiques et le traçage des contacts dans les cantons est particulièrement efficace lorsque l’incidence est faible, tout en étant moins onéreuse. Les méthodes numériques (Swiss COVID et NotifyMe) sont un complément efficace pour informer rapidement et anonymement les personnes d’une éventuelle exposition. La diminution de l’incidence rend également plus efficaces l’identification et la lutte contre les VOC. Tant que la fréquence des VOC demeure faible, les mesures prises aux frontières, la caractérisation génomique intensive et la lutte contre les flambées épidémiques peuvent sensiblement ralentir leur propagation. Pour que la stratégie TTIQ, les outils numériques et la lutte contre les flambées épidémiques aient une efficacité maximale, il demeure essentiel de procéder à des tests à grande échelle pour la détection précoce des cas index, de promouvoir activement l’utilisation la plus large possible des outils numériques et d’assurer un processus aussi réactif que possible, avec une notification très rapide des contacts possibles.
L’économie s’apprête à se relever rapidement de la crise économique liée à la pandémie. Les mesures fiscales prises depuis un an et demi pour soutenir les structures économiques montrent maintenant leur efficacité élevée, permettant à de nombreuses entreprises de repartir, pur ainsi dire, sur de nouvelles bases. Pour que la reprise économique soit rapide et durable, il est nécessaire que les campagnes de vaccination dans le monde entier continuent leur action, que les données pertinentes pour le suivi de l’évolution du virus SARS-CoV-2 soient collectées, et que les recherches sur la prévention et le traitement du COVID-19 se poursuivent. Sans une bonne maîtrise de la pandémie et de ses conséquences sanitaires, l’économie ne pourra pas non plus se rétablir rapidement.
La pandémie a creusé les inégalités existantes selon les dimensions sociales pertinentes. Les pays, les secteurs, les entreprises, les populations et les individus sont touchés par la pandémie à des degrés divers. En Suisse, ce sont les ménages à faible revenu qui ont connu la plus forte baisse relative de leurs revenus. Alors que les groupes à revenus moyens et élevés ont épargné davantage, la réduction des dépenses n’a que partiellement compensé la baisse des revenus dans les tranches de revenus les plus faibles. Les personnes qui ont été, et sont toujours, touchées par le chômage, en particulier, déclarent en outre avoir éprouvé un sentiment de découragement.
1. Situation épidémiologique
1.1. Situation générale
Différentes souches de SARS-CoV-2 circulent en Suisse; parmi celles-ci, la variante Alpha (B.1.1.7) est dominante. Les paramètres épidémiologiques généraux – nombre de cas, d’hospitalisations, taux d’occupation des unités de soins intensifs, nombre de décès – donnent une vue d’ensemble sans faire la distinction entre les souches individuelles. Dans l’ensemble, tous ces indicateurs pointent vers un recul constant de l’épidémie. Les données issues de la surveillance des eaux usées constituent un indicateur important, indépendant du changement de pratiques. Les analyses des eaux usées de six emplacements[1] confirment les tendances épidémiologiques observées selon le nombre de cas.
1.2. Dynamique
Selon nos estimations basées sur les données actuelles, l’épidémie de SARS-CoV-2 a continué de reculer au cours des dernières semaines. La moyenne sur sept jours du taux de reproduction dans l’ensemble du pays est de 0,7 (0,58-0,81), ce chiffre reflétant le niveau de circulation du virus enregistré dans la semaine du 29.05 au 04.06.2021[2].
Les estimations sur une base journalière du taux de reproduction effectif Re pour l’ensemble de la Suisse sont de [3] :
- 0,65 (intervalle de confiance, IC de 95% : 0,5-0,79) sur la base des cas confirmés (au 04.06.2021).
- 0,74 (IC 95% : 0,5-1,03) sur la base des hospitalisations (au 29.05.2021). Pour une comparaison sur la base des cas confirmés, le Re est estimé à 0,77 (IC 95% : 0,69-0,84) pour le même jour.
- 1,05 (IC 95% : 0,44-1,92) sur la base des décès (au 23.05.2021). Pour une comparaison sur la base des hospitalisations, le Re est estimé à 0,76 (IC 95% : 0,55-1) pour le même jour. Pour une comparaison sur la base des cas confirmés, le Re est estimé à 0,77 (95% IC : 0,69-0,86) pour le même jour.
Les estimations pourraient être rectifiées en raison des décalages temporels des notifications et des fluctuations dans les données. Nous soulignons que les valeurs Re reflètent le niveau de circulation du virus avec un certain décalage, car un certain laps de temps s’écoule entre l’infection et le résultat du test ou, éventuellement, le décès. Pour les valeurs Re basées sur le nombre de cas, ce délai est d’au moins 10 jours, et jusqu’à 23 jours pour les décès.
En parallèle, nous déterminons la période de doublement ou de division par deux des cas confirmés, des hospitalisations et des décès au cours des 14 derniers jours[4]. Le nombre des cas confirmés a varié de -41% (IC : -31% à -50%) par semaine, le nombre d’hospitalisations de -29% (IC : -11% à -44%) et le nombre de décès de -1% (IC : 73% à -42%). Ces valeurs reflètent l’incidence de l’infection survenue il y a plusieurs semaines.
Notre dashboard permet de suivre la variation des chiffres pour le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès, stratifiés par âge[5]. Nous observons des diminutions avec une significativité statistique du nombre de cas dans tous les groupes d’âge (sauf dans les groupes des moins de 7 ans et des plus de 75 ans, où il y a moins de 20 cas par jour) et des diminutions statistiquement significatives du nombre d’hospitalisations dans les groupes des 65-74 ans et des plus de 75 ans. Tous les groupes d’âge comptent moins de 10 hospitalisations par jour, d’où la difficulté d’estimer l’évolution dans le temps.
1.3. Chiffres absolus
Le nombre cumulé de cas confirmés au cours des 14 derniers jours est de 74 pour 100 000 habitants. La positivité est de 1,3% (au 11.06.2021, soit le dernier jour pour lequel seules quelques notifications tardives sont attendues).
Le nombre de patients COVID-19 dans les unités de soins intensifs s’est situé, au cours des 14 derniers jours, entre 94 et 136[6] personnes (la variation était de -21% (IC : -13% à -29%) par semaine.
Le nombre de décès confirmés en laboratoire au cours des 14 derniers jours s’est situé entre 1 et 6 par jour[7].
1.4. Variantes – Vue d’ensemble
Depuis mars 2021, Alpha est le variant viral dominant en Suisse[8],[9]. Par rapport au type naturel, Alpha a un taux de transmission d’environ 50% plus élevé[10],[11],[12]. En outre, l’Alpha entraîne une évolution plus sévère de la maladie[13],[14],[15],[16]. Dans les données suisses, nous observons une tendance à la hausse des probabilités d’hospitalisation. Par exemple, une personne dont l’âge se situe de 50 à 59 ans et dont le test est positif a un risque de 4,2% d’être hospitalisée en 2021 si elle est infectée par la variante Alpha. Pour une personne infectée par une autre variante, ce risque est d’à peine 2,1%[17]. Les chiffres de décès des suites d’une infection par Alpha pour la Suisse sont trop faibles pour que nous puissions exprimer notre avis au sujet de la situation au niveau national. Les vaccins à ARNm utilisés en Suisse sont très efficaces contre Alpha [18],[19],[20].
1.5. Nouvelles variantes – Delta (B.1.617.2)
Les variantes Bêta (B.1.351), Gamma (P.1) et Delta (B.1.617.2), qui ont été détectées pour la première fois en Suisse au premier trimestre 2021, sont actuellement présentes à une fréquence de 0,6%, 1,0% et 1,7% respectivement[21].
Delta, soit la variante décrite à l’origine en Inde et classée comme «variante préoccupante (VOC)» par Public Health England, a été détectée jusqu’à présent dans moins de 100 cas en Suisse. La variante Delta est en train de supplanter Alpha dans de nombreuses villes britanniques et a probablement un taux de transmission plus élevé, bien que cela ne puisse pas encore être quantifié[22]. L’épidémie, dominée par Delta au Royaume-Uni, est en forte augmentation (la moyenne sur sept jours du taux de reproduction est de 1,37 (1,23-1,51), mesuré du 24 au 30 mai 2021[23]). Selon une nouvelle prépublication de Public Health England[24], la protection vaccinale contre Delta est réduite : après la première dose de BNT162b2 (vaccin à ARNm de Pfizer/BioNTech), l’efficacité contre le B.1.617 n’est que d’environ 34% (au lieu de 51% contre Alpha); après la deuxième dose, l’efficacité est de 88% (au lieu de 93% contre le variant Alpha).
2. Situation dans d’autres pays
L’incidence en Suisse évolue de manière très similaire à celle de ses pays voisins, soit l’Allemagne, la France, l’Autriche et l’Italie (figure 1). Tous ces pays ont connu une transition vers une diminution du nombre de cas signalés en avril, à un taux similaire pour les cinq pays.
Au Royaume-Uni, l’incidence du SARS-CoV-2 est en augmentation depuis la mi-mars 2021 (figure 1), parallèlement à la propagation du variant Delta (figure 2). Les hospitalisations quotidiennes ont augmenté d’environ 75% jusqu’à présent (au 8 juin 2021) par rapport au niveau le plus bas atteint à la mi-mai 2021[25]. Parmi les raisons pouvant expliquer la propagation de Delta au Royaume-Uni figurent le taux de transmission accru de cette variante par rapport à la variante Alpha, l’introduction dans le pays due aux interactions sociales fréquentes avec l’Inde, l’intensification de la propagation dans les groupes de population socioéconomiquement plus défavorisées (prépublication[26]) et une réduction de l’immunité chez les personnes qui n’ont été vaccinées qu’une seule fois (prépublication[27]). En Espagne et au Portugal, des éléments font état d’une augmentation de l’incidence (Figure 1 et [28]), et d’une augmentation concomitante de la proportion de Delta parmi les cas confirmés (Figure 2).
Figure 1 : Nombre de cas de SARS-CoV-2 confirmés par jour pour 1 000 000 d’habitantes et habitants (axe vertical), moyenne mobile sur 7 jours, en Suisse (rouge), en France (vert clair), en Allemagne (bleu clair), en Italie (orange), en Espagne (vert clair), au Portugal (indigo) et en Grande-Bretagne (gris), du 1er mars au 13 juin 2021. Source : données CSSE COVID-19 de l’Université Johns Hopkins (licence creative commons)[29]
Figure 2 : Fréquence du variant Delta du SARS-CoV-2 (axe vertical) en Suisse (rouge) et dans les pays voisins (bleu clair : Allemagne, vert : France, Italie : orange, ainsi qu’au Royaume-Uni (en gris), en Espagne (vert clair) et au Portugal (indigo), à partir de la semaine 14 de 2021, sur la base des données du 14.06.2021. Les axes verticaux des pays présentés dans la ligne du haut vont de 0 à 10%, et les axes verticaux des pays représentés dans la ligne du bas vont de 0 à 100%. Tous les graphiques montrent uniquement les valeurs basées sur au moins 5 échantillons séquencés avec la variante Delta. Pour la Suisse, la France et l’Italie, les données étaient insuffisantes au 14.6.2021 pour la semaine 22 ; pour le Portugal, les données étaient insuffisantes pour les semaines 21 et 22 ; pour l’Autriche, les données étaient insuffisantes pour toute la période et aucune valeur n’est donc indiquée pour ce pays[30].
3. Le rôle de la stratégie TTIQ, du suivi génomique et des méthodes numériques
3.1. Grâce à la faible incidence, la stratégie TTIQ et la lutte contre les flambées épidémiques sont opérantes et permettent un contrôle plus ciblé des VOC
Comme exposé précédemment[31], les mesures ciblées basées sur la stratégie TTIQ et la lutte contre les flambées épidémiques sont particulièrement efficaces et avantageuses lorsque le nombre de cas est faible. Dans la situation actuelle de faible incidence, il est plus facile de mobiliser des ressources suffisantes pour la lutte contre les flambées épidémiques et le traçage des contacts des contacts, et moins de personnes sont obligées de se mettre en isolement ou en quarantaine. En remontant les chaînes d’infection, on peut identifier des clusters de contamination. Ces mesures ciblées sont donc idéales pour contribuer à la réduction des infections malgré la levée progressive des restrictions. L’identification des personnes infectées par des tests, y compris le dépistage intensif dans les situations où les personnes ont de nombreux contacts, est à la base de toutes ces interventions ciblées. Cette démarche visant à maîtriser l’épidémie en Suisse par des interventions ciblées suppose donc le maintien d’un dépistage intensif.
Retarder la propagation des VOC, même de quelques semaines, peut jouer un rôle important pour la mise en place de la vaccination. Nous en avons parlé plus haut, l’immunité contre Delta est considérablement réduite après la première vaccination, mais reste élevée après la deuxième vaccination. La proportion de personnes ayant une protection vaccinale maximale augmente continuellement et rapidement en Suisse. Le risque d’une propagation majeure en Suisse diminue à proportion de chaque semaine pendant laquelle une augmentation des importations ou une transmission accrue de Delta peut être retardée.
Tant que les variantes sont rares, les importations de virus jouent un rôle important. Tant que la présence de ces variantes en Suisse se chiffre à quelques pour-cents à peine, leur importation par des personnes infectées entrant dans le pays peut influer sensiblement sur la fréquence de la variante en Suisse. Les importations de la variante peuvent être réduites par des mesures aux frontières (par exemple des obligations de se placer en quarantaine), la propagation d’une nouvelle variante pouvant ainsi être retardée de plusieurs semaines.
Tant que les variantes sont rares, l’effort requis pour des mesures nationales ciblées visant à interrompre les chaînes de transmission est moindre. Cela comprend notamment la lutte contre les flambées épidémiques et le traçage rétrospectif des contacts pour détecter les grappes d’infection. En Suisse, le nombre total estimé d’infections par le virus Delta est de l’ordre de 10 par jour[33]; avec ce faible nombre, il est possible – et efficace – de retarder encore la propagation de ce variant en Suisse par la lutte contre les flambées épidémiques, notamment en procédant à un dépistage intensif dans l’entourage des personnes infectées par le virus Delta.
3.2. Méthodes numériques de notification
Les méthodes numériques de notification des personnes après une exposition potentielle au SARS-CoV-2 pourraient également jouer un rôle important dans la période à venir. Avec l’assouplissement progressif des mesures d’endiguement, la mobilité et les contacts augmentent, et de plus en plus de contacts sont établis même entre des personnes qui ne se connaissent pas. Les méthodes de notification numérique – Swiss COVID et NotifyMe – constituent l’approche la plus rapide et la plus évolutive pour informer les personnes de la possibilité d’avoir été exposées dans cette situation.
Ces méthodes numériques peuvent être très efficaces. Une analyse récente réalisée en Angleterre montre que lors de la deuxième vague, à l’automne 2020, environ un quart des infections ont été évitées grâce à l’application COVID du National Health Service. À l’instar de l’application britannique, COVID et NotifyMe suisses fonctionnent sans stockage central des données, et donc sans préjudice pour la sphère privée. Pour que les méthodes numériques soient efficaces, il est essentiel de procéder à des tests de manière intensive et à grande échelle, et de diffuser le plus largement possible les applications correspondantes.
4. Bref état des lieux de l’économie
Même si la pandémie a été beaucoup plus grave qu’on ne l’avait prévu et espéré pendant les mois d’hiver, les entreprises de la plupart des pays industrialisés, dont la Suisse, ont été visiblement plus résilientes qu’au printemps 2020. Les mesures non pharmaceutiques renforcées prises dans de nombreux pays européens se sont avérées moins restrictives pour l’activité économique que lors de la première vague. Plus ciblées, ces restrictions se limitaient essentiellement à fermer ou à restreindre ces services impliquant des contacts et (dans certains pays) à introduire des couvre-feux, des restrictions des voyages internationaux et, surtout, des exigences plus strictes en matière de «distanciation sociale» pour les activités tant publiques et commerciales que privées. Alors que la demande industrielle internationale a continué à se redresser, la consommation privée a souffert du nouveau durcissement des mesures. Les secteurs des transports, de l’hôtellerie, de la vente au détail et des arts, du divertissement et des loisirs ont été durement touchés. En revanche, les secteurs de l’industrie et de la construction ont été largement épargnés, en Suisse également. Au cours du printemps, la pandémie s’est à nouveau nettement atténuée dans la plupart des pays industrialisés, et la forte reprise économique internationale qui avait déjà commencé au second semestre 2020 a pu se poursuivre. Contrairement à ce qui s’est passé à l’époque de la crise financière, il semble que l’économie mondiale dans son ensemble se remette rapidement et durablement de la crise COVID-19, beaucoup plus grave. Entre-temps, le niveau de la création de valeur dans le monde d’avant la crise a déjà été dépassé et les bonnes données économiques laissent présager une forte poursuite de cette reprise (voir figure 3).
[Crise financière/ Crise économique liée à la pandémie – Indice (2008T2 = 100 / Indice (2019T4 = 100)]
Figure 3 : Évolution de la création de valeur dans le monde pendant les crises financière et de COVID-19. Sources : FMI, KOF. Prévisions et projections : KOF.
D’une certaine manière, la situation actuelle de nombreuses entreprises des secteurs particulièrement touchés peut être comparée à une course de Formule 1 après que tous les concurrents se soient à nouveau regroupés parce que le drapeau rouge a été brandi : lorsque la course reprend, chacun veut saisir sa chance et profiter du nouveau départ. Pour ce qui est de l’économie mondiale, cette évolution est soutenue par l’orientation souple de la politique monétaire et par les mesures de relance budgétaire dans plusieurs grandes économies. Ainsi se crée une atmosphère où chacun semble avoir toutes les chances de gagner à condition de ne pas être trop passif. Bien qu’il ne soit pas clair dans quelle mesure la pandémie a réellement accéléré ou même réorienté les changements structurels, l’attitude et les perspectives économiques sont positives. À l’heure actuelle, la confiance en une reprise paraît éclipser l’incertitude suscitée par les changements structurels. Certes, la rapidité avec laquelle les entreprises individuelles pourront se redresser dépendra de nombreux facteurs, dont certains diffèrent fortement entre les secteurs, mais aussi au sein de ceux-ci. Ceux qui l’année dernière peinaient à joindre les deux bouts auront plus de mal que ceux qui ont pu profiter du ralentissement forcé pour mieux se positionner.
Les mesures fiscales prises depuis un an et demi pour soutenir les structures économiques montrent maintenant leur efficacité élevée. S’il n’est pas exclu que le nombre de faillites augmente dans les mois, voire les trimestres à venir, il est également clair que le nouveau départ actuel n’aurait pas pu être aussi réussi s’il avait fallu d’abord construire de nouvelles structures. Néanmoins, la situation actuelle montre également que, en termes de processus de production, il est plus facile de mettre un frein à l’activité économique plus ou moins simultanément que de tout redémarrer rapidement. Il faudra un certain temps avant que les capacités soient à nouveau pleinement opérationnelles et que les perturbations à court terme dans les chaînes d’approvisionnement complexes et à plusieurs niveaux puissent être éliminées. Il ne faut donc pas s’étonner que les prix des matières premières, comme le prix du pétrole ou des biens primaires, reviennent aux niveaux d’avant la crise ou, du moins, les dépassent momentanément. Nous avons assisté à des évolutions similaires pour surmonter la crise financière de 2008/2009 (voir figure 4).
[Indice (2014 = 100) ligne grise : prix des matières premières (hors combustibles) – ligne orange : prix des combustibles – ligne bleue (cours du pétrole, Brent (échelle de droite) – ligne rouge : indice suisse des prix à la consommation]
Figure 4 : L’évolution mondiale des prix des matières premières. Sources : CPB, HWWI, ICE, BFS.
Pour les continents nord-américain et européen, l’actuelle reprise économique rapide n’aurait pas été possible sans les éléments clés suivants :
- les campagnes de vaccination qui réussissent à circonscrire la transmission du virus,
- les mesures fiscales qui ont largement préservé les structures économiques pendant la pandémie,
- la politique monétaire souple, qui a permis de (re)financer facilement de (nouveaux) projets et de maintenir la stabilité du secteur financier, et
- les mesures politiques de soutien à l’emploi et aux revenus qui permettront non seulement à l’offre, mais aussi à la demande de se rétablir rapidement après le net recul de la virulence pandémique.
Combiné à la perspective d’un soutien fiscal et monétaire continu, un environnement a été créé dans lequel les entreprises envisagent positivement l’avenir proche et sont à nouveau disposées à investir et, pour la plupart, sont en mesure de le faire.
Pour que la reprise économique soit rapide et durable, il est nécessaire que les campagnes de vaccination dans le monde entier persévèrent, que les données pertinentes pour le suivi de l’évolution du virus SARS-CoV-2 soient collectées, et que les recherches sur la prévention et le traitement du COVID-19 se poursuivent. Sans une bonne maîtrise de la pandémie et de ses conséquences sanitaires, l’économie ne pourra pas non plus se rétablir rapidement. Chaque personne supplémentaire qui se fait vacciner contribue à nous rapprocher d’une nouvelle normalité comparable à la vie sociale et économique d’avant la pandémie. Par rapport aux coûts sociaux et économiques d’une (éventuelle) résurgence pandémique, non seulement la vaccination et le dépistage sont avantageux et positifs dans toute sorte d’analyse coût-bénéfice, mais ils sont également très utiles.[34] De plus, l’utilisation d’outils numériques, tels que SwissCovid et/ou l’application NotifyMe, réduit la probabilité de transmission du virus, soutenant ainsi l’économie. Les certificats COVID, infalsifiables et reconnus au niveau international, sont un instrument où tout le monde est gagnant : d’une part, ils contribuent à la lutte contre les pandémies en réduisant les contagions et, d’autre part, ils soutiennent la reprise économique et sociale en ouvrant les activités sociales et, en particulier, les voyages transfrontaliers à des personnes non contagieuses. Nous devons être conscients qu’avec un virus comme celui-ci, la prévention est moins coûteuse que le traitement ou la guérison – n’oublions pas le paradoxe de la prévention. Bien que les mesures de prévention et de contrôle aient un coût, l’alternative risque d’être bien plus onéreuse.
Comme indiqué ci-dessus, tous les secteurs de l’économie n’ont pas été touchés de la même manière par la pandémie, de même qu’ils ne bénéficient pas non plus dans la même mesure de la reprise actuelle. Parfois, la pandémie a frappé d’une façon qui allait complètement à l’encontre des tendances structurelles précédentes. L’exemple le plus clair est la façon dont, avant la pandémie, le secteur du tourisme suisse s’est spécialisé en délaissant les clients suisses et européens au profit des clients d’autres continents, en particulier d’Asie. Les hôtels et attractions qui n’avaient pas bénéficié de cette tendance avant la pandémie se sont retrouvés mieux positionnés au cours de celle-ci, du moins en termes relatifs. L’effet COVID-19 semble donc être globalement assez indépendant de la productivité ou de la viabilité d’une entreprise en temps normal. Vous pouvez gérer le meilleur hôtel d’affaires proche d’un aéroport au monde, mais quand règne la pandémie, vous êtes en difficulté. Ou vous pouvez gérer un camping miteux dans les montagnes, et pendant l’épidémie de COVID-19, vous serez submergé de clients. Qu’une entreprise réussisse ou non n’a souvent pas grand-chose à voir avec la pandémie.
Mais il y a aussi des entreprises qui s’en sortaient déjà bien avant, par exemple parce qu’elles s’étaient déjà fortement positionnées en termes de numérisation, et qui ont donc traversé la crise avec un relatif succès. D’autres n’ont pas réussi à prendre le train en marche du changement structurel avant et ont connu les difficultés qui en découlent. Dans la mesure où cela s’applique, cette augmentation de l’inégalité des entreprises fait partie de ce que de nombreux économistes appellent la destruction créatrice. Les vieilles industries et les entreprises qui ne sont plus rentables ferment, et ainsi les ressources (capital et travail) peuvent être affectées à des processus plus productifs. Il s’agit du processus constant de changement structurel vers une utilisation plus efficace et efficiente à long terme des ressources limitées dont dispose une société. Toutefois, ce changement structurel est associé à des coûts économiques et sociaux transitoires, en particulier si ces processus se déroulent beaucoup plus rapidement que ce n’est normalement le cas. La perte de capital humain spécifique à une entreprise ou à un secteur d’activité et la constitution de connaissances appropriées pour passer à d’autres entreprises et/ou secteurs d’activité ne se produisent pas du jour au lendemain.
En supposant qu’il soit possible de repartir du moment précis où tout s’est arrêté en raison de la pandémie, les mesures de politique économique telles que le chômage partiel se sont révélées tout à fait appropriées. Pendant la pandémie, elles ont délibérément ralenti ce processus de changement structurel. Les faillites ont été beaucoup moins nombreuses qu’elles ne l’auraient été normalement, alors que dans le même temps, le nombre de créations d’entreprises n’a pas diminué. La mise en veilleuse imposée par la situation avait pour but de préserver les structures, afin qu’au moment du nouveau départ, toutes les entreprises aient à nouveau la possibilité de faire leurs preuves dans des conditions de concurrence normales.
Si les différents secteurs sont touchés par la pandémie à des degrés divers, il en va de même pour les différentes catégories de revenus. Par exemple, comme le montrent clairement les différentes séries d’enquêtes Sotomo, la pandémie a renforcé les inégalités préexistantes dans de nombreuses dimensions sociales pertinentes. Les ménages à faible revenu ont connu la plus forte baisse relative de revenu, notamment parce qu’ils étaient plus susceptibles de perdre leur emploi pendant la pandémie. Alors que les groupes à revenus moyens et élevés ont augmenté leur épargne, la réduction des dépenses n’a que partiellement compensé la baisse des revenus dans les tranches de revenus les plus faibles.
[Variation des dépenses et des revenus selon le revenu du ménage / Pourcentage de changement (100 = pas de changement)
Rouge : Réduction du revenu « Quel était le pourcentage de votre revenu par rapport à votre revenu normal ? »
Bleu : Variation des dépenses « Quelles étaient vos dépenses actuelles par rapport à vos dépenses normales en pourcentage »]
Figure 5 : Évolution des dépenses et des revenus de la population suisse par classe de revenu selon les différentes séries de l’enquête Sotomo, telle qu’évaluée par Martinez et coll. (2021)[34].
En termes de santé, les personnes à faible revenu ont également été plus touchées par la pandémie que les ménages plus riches. S’il est vrai que le risque d’infection ne diffère pas significativement entre les différentes classes de revenus, depuis le début de la pandémie au printemps dernier, le bien-être subjectif des personnes à faibles revenus n’a cessé de se détériorer, malgré une détente provisoire sur le front de la pandémie. En particulier, les personnes touchées par le chômage déclarent également avoir ressenti un certain découragement. Une partie de la disparité entre les riches et les pauvres est probablement due au fait que beaucoup moins de personnes issues de ménages à faibles revenus ont eu la possibilité de travailler à domicile. Le télétravail a eu quelques avantages durant la crise pandémique, car il a réduit le risque de contagion, le risque de se retrouver au chômage ainsi que les dépenses globales.[35]
Liens:
[2] https://sciencetaskforce.ch/fr/taux-de-reproduction/ et https://ibz-shiny.ethz.ch/covid-19-re-international/ : Les estimations de Re au cours des derniers jours peuvent être sujettes à de légères fluctuations, lesquelles se produisent en particulier dans les petites régions, lors de changements survenant dans la dynamique, ou lorsque le nombre de cas est faible.
[3] https://sciencetaskforce.ch/fr/taux-de-reproduction/ et https://ibz-shiny.ethz.ch/covid-19-re-international/ : Les estimations de Re au cours des derniers jours peuvent être sujettes à de légères fluctuations, lesquelles se produisent en particulier dans les petites régions, lors de changements survenant dans la dynamique, ou lorsque le nombre de cas est faible.
[4] https://ibz-shiny.ethz.ch/covidDashboard/trends: Les nombres de cas confirmés et d’hospitalisations/décès des 3 et 5 derniers jours respectivement ne sont pas pris en compte en raison des décalages temporels de notification.
[23] https://sciencetaskforce.ch/fr/taux-de-reproduction/ et https://ibz-shiny.ethz.ch/covid-19-re-international/ : Les estimations de Re au cours des derniers jours peuvent être sujettes à de légères fluctuations, lesquelles se produisent en particulier dans les petites régions, lors de changements survenant dans la dynamique, ou lorsque le nombre de cas est faible.
[29] https://ourworldindata.org/explorers/coronavirus-data-explorer?zoomToSelection=true&time=2021-03-01..latest&pickerSort=desc&pickerMetric=new_cases_smoothed_per_million&Metric=Confirmed+cases&Interval=7-day+rolling+average&Relative+to+Population=true&Align+outbreaks=false&country=DEU~FRA~CHE~ITA~PRT~ESP~GBR
[33] Voir, par exemple https://sciencetaskforce.ch/fr/policy-brief/les-avantages-economiques-dune-vaccination-plus-rapide// et https://sciencetaskforce.ch/fr/policy-brief/pourquoi-soutenir-davantage-les-tests-et-le-tracage-des-contacts/