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Jane Austen (1775-1817)
"Emma Woodhouse, belle, intelligente, douée d'un heureux naturel, disposant de larges revenus, semblait réunir sur sa tête les meilleurs dons de l'existence ; elle allait atteindre sa vingt et unième année sans qu'une souffrance même légère l'eût effleurée.
Fille cadette d'un père très affectueux et indulgent, elle s'était trouvée de bonne heure, à la suite du mariage de sa soeur aînée, investie du rôle de maîtresse de maison. Encore en bas âge elle avait perdu sa mère et ne conservait d'elle qu'un souvenir indistinct de lointaines caresses ; la place de Mme Woodhouse fut occupée par une gouvernante qui avait entouré l'enfant d'une affection quasi maternelle.
Mlle Taylor était restée seize ans dans la maison de M. Woodhouse, moins en qualité d'institutrice que d'amie ; très attachée aux deux jeunes filles, elle chérissait particulièrement Emma. Avant même que Mlle Taylor eût cessé de tenir officiellement le rôle de gouvernante, la douceur de son caractère lui permettait difficilement d'inspirer quelque contrainte ; cette ombre d'autorité s'était vite évanouie et les deux femmes vivaient depuis longtemps sur un pied d'égalité. Tout en ayant une grande considération pour le jugement de Mlle Taylor, Emma se reposait exclusivement sur le sien ! Les seuls écueils de la situation de la jeune fille étaient précisément l'absence de toute influence et de tout frein, et une prédisposition à avoir une confiance excessive en soi-même. Néanmoins, pour l'instant, elle n'avait aucunement conscience des désavantages qui menaçaient de ternir un jour son bonheur."
Emma est jeune, jolie et riche. Elle vit avec son père qu'elle adore. Elle décide, pour passer le temps, de jouer les entremetteuses... à commencer pour sa gouvernante. Ne devrait-elle pas plutôt chercher un mari pour elle-même ?
Jane Austen (1775-1817)
"Personne qui ait jamais vu Catherine Morland dans son enfance ne l'aurait supposée née pour être une héroïne. Sa situation dans le monde, le caractère de ses parents, sa propre personne et ses aptitudes, rien ne l'y prédestinait. Bien que clergyman, son père n'était ni méprisé ni misérable ; c'était un excellent homme, bien qu'il s'appelât Richard et qu'il n'eût jamais été beau. Il avait une fortune personnelle, outre deux bons bénéfices, et il ne prétendait pas le moins du monde tenir ses filles sous clef. Mme Morland était une femme de grand sens, de bon caractère et, ce qui est plus remarquable, de bonne constitution. Elle avait eu trois fils avant la naissance de Catherine ; et, au lieu de trépasser en mettant celle-ci au monde, comme on devait s'y attendre, - elle avait vécu encore, vécu pour avoir six enfants de plus, pour les voir grandir autour d'elle, et pour jouir elle-même d'une florissante santé. Une famille de dix enfants peut toujours être dite une belle famille, quand il y a assez de têtes, de bras et de jambes pour tous ; mais les Morland n'avaient guère d'autre titre à cette épithète, car ils étaient en général fort ordinaires, et Catherine, plusieurs années de sa vie, fut aussi ordinaire qu'aucun d'eux. Elle était maigre et mal équarrie, avait la peau blême, de noirs cheveux plats et de gros traits ; non plus que sa personne, son esprit ne la marquait pour la fonction d'héroïne. Elle raffolait de tous les jeux des garçons, et préférait de beaucoup le cricket, non seulement aux poupées, mais aux plus poétiques jeux de l'enfance, élever une marmotte ou un canari, arroser un rosier. En effet, elle n'avait nul goût pour les jardins, et, si elle cueillait des fleurs, c'était principalement pour le plaisir de méfaire, du moins ainsi conjecturait-on, à la voir toujours choisir celles qu'il lui était interdit de prendre. Tels étaient ses goûts ; ses aptitudes étaient non moins extraordinaires. Elle n'apprenait ou ne comprenait rien avant qu'on le lui eût enseigné, - ni même après, quelquefois, car elle était inattentive souvent et volontiers stupide."
Catherine Morland est une adolescente vivant simplement à la campagne dans une famille nombreuse et aimante. Elle est invitée par des amis de la famille, les Allen, à passer quelques semaines dans une ville thermale huppée : Bath. Elle fait connaissance avec une société dont elle ignore tout...
Jane Austen (1775-1817)
"Sir Walter Elliot, de Kellynch-Hall, dans le comté de Somerset, n'avait jamais touché un livre pour son propre amusement, si ce n'est le livre héraldique.
Là il trouvait de l'occupation dans les heures de désoeuvrement, et de la consolation dans les heures de chagrin. Devant ces vieux parchemins, il éprouvait un sentiment de respect et d'admiration. Là, toutes les sensations désagréables provenant des affaires domestiques se changeaient en pitié et en mépris. Quand il feuilletait les innombrables titres créés dans le siècle dernier, si chaque feuille lui était indifférente, une seule avait constamment pour lui le même intérêt, c'était la page où le volume favori s'ouvrait toujours :
Famille Elliot, de Kellynch-Hall :
Walter Elliot, né le 1er mars 1760 ; épousa, le 15 juillet 1874,
Élisabeth, fille de Jacques Stevenson, esquire de South-Park, comté de Glocester, laquelle mourut en 1800. Il en eut :
Élisabeth, née le 1er juin 1785,
Anne, née le 9 aoust 1787,
Un fils mort-né le 5 novembre 1789,
et Marie, née le 20 novembre 1791.
Tel était le paragraphe sorti des mains de l'imprimeur ; mais Sir Walter y avait ajouté pour sa propre instruction, et pour celle de sa famille, à la suite de la date de naissance de Marie :
"Mariée le 16 décembre 1810 à Charles Musgrove, esquire d'Uppercross, comté de Somerset."
Anne Elliot, huit ans auparavant, a refusé d'épouser Frédérick Wentworth, bien qu'elle en soit amoureuse : il ne correspondait pas aux critères d'un bon mari... Aujourd"hui, leurs chemins se croisent à nouveau. Wentworth est devenu un brillant capitaine qui s'est enrichi et il est toujours aussi beau !