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Sexe, drogue et poésie: les débuts tumultueux de Leonard Cohen
L’œuvre de Leonard Cohen est la matière première de "Death of a Ladies’s Man", du réalisateur canadien Matthew Bissonnett tourné au printemps dernier. Le titre est un clin d’œil au cinquième album de Cohen sorti en 1977, unique collaboration plutôt ratée avec Phil Spector. A la fin de l’enregistrement, le producteur s’empare des bandes, s’enferme en studio et en interdit l’accès au chanteur. Seul le titre de l'album est bon: Mort d’un homme à femmes. L'occasion de revenir sur les débuts de ce poète et musicien atypique.
Chansons traditionnelles russes et flamenco à Montréal
Né en 1934 dans la banlieue de Montréal, Cohen apprend gamin la clarinette et le piano. Mais c’est à 15 ans qu’il connaît la révélation avec sa première guitare acoustique. Son père, vétéran de la première guerre mondiale, est un dandy mélancolique qui travaille pour la fabrique de vêtement familiale. Cependant, la jeunesse de Cohen est bercée par la voix de sa mère, bibliothécaire d’origine Lituanienne.
Dès son adolescence, Leonard Cohen a beaucoup d’affinités avec la péninsule ibérique. Il découvre le poète Federico Garcia Lorca et prend des cours de guitare flamenco avec un immigrant espagnol. La mélancolie solennelle de ce genre musical andalou va hanter toute son œuvre.
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Un jeune homme populaire
Leonard Cohen mène dès la fin des années 50 une vie de bohème, d’écriture et de luxure. Il publie son premier recueil de poésie en 56. A 22 ans, il quitte sa faculté de droit et part pour l’université de Columbia à New York, où il étudie la littérature. C’est là qu’il forge son image: celle d’un beau jeune homme cultivé, intelligent, romantique et lascif. Il est très doué pour tisser des relations et pour orchestrer sa célébrité naissante.
En 1957, Leonard Cohen enregistre huit de ses poèmes sur un album pour le label montréalais Folkways. Sa voix est une octave et demi plus haute que celle que l’on connaîtra plus tard. Le ton imite le service mondial de la BBC: maniéré et guindé. Il faudra attendre encore onze ans pour que le chanteur folk trouve sa voix.
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Muses et maîtresses à Hydra
En 1959, Leonard Cohen s’installe sur une minuscule île Grecque, Hydra, pour écrire des poèmes. Pendant cette période, sa consommation de drogue est aussi importante que son travail... Et il travaille beaucoup.
C'est sur cette île qu'il rencontre sa muse, Marianne Ihlen, une Norvégienne qui s'est installée avec son mari et son enfant. Pendant un an, Leonard et Marianne vivent une histoire d’amour instense. Le tableau aurait pu être parfait si Cohen n'était pas sujet à toutes les tentations.
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Retour à New York et rencontre avec Nico
A son retour à New York, il découvre la renaissance folk, dont Dylan est déjà le chef de file. Cohen se sent proche de lui mais le perçoit aussi comme un concurrent : "J’ai une horrible voix, même pas capable de porter une chanson" dit-il à l’époque.
Je suis petit, émacié, j’ai des cicatrices d’acné. Je ne peux pas cacher mes origines juives contrairement à Dylan.
Le Montréalais veut du grand frisson. Il recherche la compagnie de la bande d’Andy Warhol et se rend régulièrement au Dom, le club ultra branché du moment. C’est là qu’il rencontre Nico, dont il tombe immédiatement amoureux, même si le charme n'est pas réciproque. A défaut, Nico offre à Cohen son amitié et son réseau. Judy Collins et Joan Baez ont le coup de foudre pour sa musique et vont bientôt interpréter quelques-unes de ses chansons.
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Pourtant, Cohen n’a toujours pas signé de contrat avec une maison de disques. C’est John Hammond qui lui met le pied à l’étrier. Mais le producteur doit se battre pour imposer ce chanteur qui ne ressemble à aucun autre, déjà considéré comme trop vieux dans le milieu.
A Columbia, ils m’ont regardé et ils m’ont dit 'Quoi, tu veux signer un chanteur de 40 ans? Comment veux-tu qu’on vende ça?' Je leur ai répondu 'Vous n’avez qu’à écouter.' Et Columbia l’a tout de suite signé.
L’élaboration chaotique de "Songs of Leonard Cohen"
Les sessions d’enregistrement du premier album du chanteur-compositeur se passent mal. Cohen ne s’entend pas avec les musiciens et s'empresse de les quitter pour le groupe Kaleidoscope qui fait de la folk dans un esprit un peu oriental, ce qui est très rare à l’époque. Cohen a déjà presque tout enregistré. Aucun musicien n’a jamais été crédité sur la pochette de l’album, mais le groupe considère cela comme une immense faveur.
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La sortie de "Songs of Leonard Cohen"
L’album "Songs of Leonard Cohen" sort en 1967. Très vite, sa carrière de romancier sera éclipsée par la musique. "30-35 ans, c’est l’âge traditionnel du suicide chez les poètes, vous savez?" déclare-t-il à la sortie de son premier album. "C’est l’âge où on finit par découvrir que l’univers ne succombe pas à notre pouvoir."
Comme l’écrit Anthony Reynolds, auteur d’une biographie sur le chanteur:
Si à ce moment de sa vie, Cohen avait disparu dans un éternel sommeil provoqué par le Mandrax ou s’il avait bu au point de tomber dans un coma fatal au bar du Chelsea Hotel, alors cet album unique et parfait aurait été la signature de son immortalité pop.
Sujet radio: Chrystelle André / Adaptation web: ms
Publié le 12 août 2019 à 16:56