Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07007.jsonl.gz/234

La question du rôle de l’environnement, du milieu, du contexte ou de la culture dans le développement des troubles mentaux se pose depuis longtemps. Suivant l’importance que les théoriciens du fait mental pathologique donnent à ces facteurs, leurs hypothèses sur l’étiologie de la maladie mentale seront bien différentes. Depuis le début du XXe siècle ont pu se développer, par exemple, des modèles explicatifs naturalistes (priorité à la notion de dysfonctionnement biologique primaire), évolutionnistes (les symptômes psychiatriques sont vus comme des adaptations génétiques à la pression exercée par un environnement hostile), culturalistes (importance donnée au rôle des rapports sociaux spécifiques d’une société et le stress qu’ils occasionnent) ou encore purement psychologiques (l’explication des troubles psychiques se trouve dans une perturbation précoce ou plus tardive des processus psychiques consécutive à des expériences traumatiques). Actuellement, aucun de ces points de vue ne peut à lui seul rendre compte de la complexité des symptômes psychopathologiques qui occupent la psychiatrie.
«… aucun de ces points de vue ne peut à lui seul rendre compte de la complexité des symptômes psychopathologiques …»
Certains ont pu distinguer deux grands types de rapports entre les maladies psychiatriques et les facteurs environnementaux. Pour le premier, probablement le mieux identifié, ces facteurs externes auraient peu d’importance et influenceraient uniquement l’expression spécifique des symptômes. Dans ce cas de figure, les déterminants biologiques et psychologiques auraient une importance primordiale. Ce cas de figure concernerait les principales entités psychiatriques dont la schizophrénie est probablement le meilleur exemple ; en effet, il est généralement reconnu qu’environ 1% de la population souffre de cette affection quels que soient son environnement et sa culture. Le deuxième type de rapports concerne des syndromes tels que les culture-bound syndrome qui sembleraient être propres à une culture donnée ou à des lieux spécifiques. On a pu ainsi évoquer, parmi des dizaines de syndromes décrits propres à une culture donnée, l’exemple de l’amok (accès subit de violence meurtrière décrit principalement en Malaisie) ou encore le Koro (épisode d’anxiété aiguë liée à la crainte que les organes sexuels masculins ou féminins se rétractent dans le corps, observé surtout en Asie).
Pourtant, cette distinction entre ces entités psychiatriques, qui dépendraient ou pas de leurs environnements, ne tient pas la route, si on les analyse plus finement. Ainsi, par exemple, de plus en plus d’études épidémiologiques sérieuses montrent que la répartition des cas de schizophrénie est très variable, la prévalence et même l’incidence de cette affection variant de deux à cinq fois suivant les pays envisagés ou les zones d’habitation. Cela prouve, s’il était nécessaire, l’importance de l’environnement dans le développement des symptômes psychiatriques.
Dans une perspective de santé mentale publique, ce numéro de la Revue Médicale Suisse est consacré à l’environnement et à son impact sur la psychopathologie. Ces articles montrent bien que les symptômes psychiatriques ne sont pas seulement influencés par le milieu dans lequel ils se développent mais sont aussi dépendants de mécanismes biologiques d’une grande complexité, témoins de la désorganisation, de ce qui fait la spécificité des êtres humains, la subjectivité et l’intentionnalité.