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(Texte tiré d'une brochure de 1941: La Ligue vaudoise - aux étudiants, aux gymnasiens et aux normaliens)
Lorsque, en 1803, le Grand Conseil vaudois choisit les couleurs du canton - le vert et le blanc -, il chercha moins à composer un emblème national évoquant le passé de la patrie qu'à marquer son attachement aux idées de la Révolution française. Le drapeau vert était alors le drapeau de la Révolution, comme le drapeau rouge l'est devenu de nos jours. C'est la raison pour laquelle la plupart des cantons admis dans la Confédération grâce à la médiation du Premier Consul ont introduit le sinople dans leurs armoiries.
Mais il arrive que les emblèmes changent de sens au cours des siècles. C'est ainsi que le faisceau du licteur, qui figure dans l'écusson de Saint-Gall comme emblème démocratique, prend un sens assez différent dans les armoiries de l'Italie fasciste. Le drapeau tricolore, dont le comte de Chambord ne voulait pas, rallie maintenant tous les Français patriotes. De même, le vert et le blanc sont devenus par l'usage les couleurs nationales du Pays de Vaud et il ne se trouve plus personne pour leur prêter un sens subversif.
Cependant on n'a jamais réussi jusqu'à maintenant à disposer ces couleurs en un ensemble héraldique convenable, qui puisse rappeler les étapes du développement politique du pays et indiquer la place qui lui appartient dans la Confédération. Il semble qu'il y ait là un signe de l'impuissance, dans laquelle les Vaudois sont demeurés au XIXe siècle, de passer du patriotisme sentimental et verbal au patriotisme raisonné, de l'attachement instinctif à la terre au sens et à l'intelligence de la tradition d'une nation.
Sans doute, la tradition vaudoise n'éclate pas aux yeux avec l'évidence de la tradition française ou de celle de beaucoup de cantons suisses. L'histoire vaudoise présente des aspects contradictoires, des cassures surprenantes, qui déroutent l'esprit et donnent à croire que les Vaudois n'ont pas, au fond, de tradition propre.
Cette tradition existe pourtant, mais il faut la redécouvrir, en la dégageant des fausses traditions importées par l'invasion bernoise et la Révolution française. Tandis que nos Confédérés n'ont qu'à faire appel au sentiment national pour éveiller un mouvement profond dans le peuple et faire revivre en lui l'âme des ancêtres, nous autres Vaudois devons tout d'abord nous astreindre à un travail de mise au point et nous appliquer à reconstruire pièce par pièce notre notion de la patrie.
Nous nous trouvons ainsi dans une situation d'infériorité certaine quant à l'action directe, mais cette infériorité peut se transformer en avantage si nous savons tirer des heurs et malheurs des Vaudois les leçons de politique expérimentale, un programme positif et réaliste, traditionnel et nouveau tout à la fois. Le caractère nécessairement intellectuel de notre effort n'empêchera pas le sentiment de suivre l'élaboration de la doctrine et de prendre possession des cœurs d'autant plus fortement qu'il se sera nourri d'idées plus exactes et plus fécondes.
Ce n'est déjà plus au futur que nous devons parler de la renaissance du sentiment national vaudois, mais au présent. Après avoir défriché pendant plus de quinze ans le terrain ingrat des systèmes et des théories politiques pour y édifier la doctrine du nationalisme vaudois, nous voyons maintenant cette doctrine prendre vie, nous la voyons animer des dévouements de plus en plus nombreux et un enthousiasme de plus en plus grand.
Ce sentiment de la renaissance vaudoise exige que l'image de la Patrie de Vaud, son drapeau, soit digne d'elle. Nous ne saurions plus admettre que notre Pays fasse figure de parent pauvre au milieu des autres cantons suisses, dont les armoiries sont chargées de sens historique. Il n'est pas tolérable que le plus ancien pays de la Suisse, survivance moderne de l'Helvétie romaine, soit le seul qui ait un écu sans caractère ni grandeur.
Sans doute ne pouvons-nous pas, comme nos amis neuchâtelois, opérer un simple retour au passé et relever d'anciennes armoiries, celles de la baronnie de Vaud par exemple. La baronnie de Vaud ne représente qu'une époque relativement courte de notre histoire (1286-1359) et ne comprenait qu'une partie du Pays de Vaud. Au surplus, il ne convient pas de renier le Pays de Vaud moderne, qui, malgré les déficiences de son régime politique et les erreurs de ses gouvernants, demeure le centre de notre action et le but de nos efforts.
C'est pourquoi, les armes de la Renaissance vaudoise sont, comme la doctrine du nationalisme vaudois, une combinaison nouvelle et originale d'éléments traditionnels. Par ses émaux et par les pièces qui le meublent, l'écu rappelle les trois périodes de notre histoire qu'avec Juste Olivier, nous devons considérer comme des périodes de liberté, les trois périodes durant lesquelles le Pays de Vaud s'est peu à peu constitué.
La première, la période du royaume de Bourgogne transjurane (888-1032), vit le Comté de Vaud, jusqu'alors simple circonscription administrative de l'empire franc, devenir le centre politique d'un Etat rhodanien s'étendant jusqu'à la Méditerranée. L'insigne de la souveraineté des rois rodolphiens, qui leur était remis avec la couronne dans la cathédrale de Lausanne, n'était autre que la lance, dite de saint Maurice, le martyre d'Agaune. Cette lance fut transmise, à la mort de Rodolphe III, à son successeur, l'empereur Conrad le Salique; après lui, aux souverains du Saint-Empire et, dès 1806, aux empereurs d'Autriche.
La lance du Royaume de Bourgogne a pris, au cours du Moyen-Age, une valeur mystique; à une époque où le pouvoir de l'Etat se désagrégeait, on la considérait comme le symbole de l'Autorité royale, supérieure en droit à toute suzeraineté féodale. Victor Hugo y fait allusion dans la Légende des Siècles.
La grande croix blanche de la Maison de Savoie représente la deuxième période, longue de plus de trois siècles (1219-1536), qui vit s'édifier, sous la protection de princes sages et puissants, plusieurs de nos villes et se constituer notre droit coutumier. Les auberges qui, encore maintenant, arborent l'enseigne de la Croix blanche, rappellent l'époque du principat de la Maison de Savoie, l'époque où le Pays de Vaud est devenu une patrie.
Les couleurs de 1803, celles du Pays de Vaud, canton suisse, sont maintenues par la combinaison du champ de sinople et de la croix d'argent. L'ensemble se blasonne ainsi, en langage héraldique: «de sinople à la croix d'argent chargée en pal de la lance du Royaume de Bourgogne de sable.»
Abstraction faite de leur sens historique, ces armoiries présentent une signification très actuelle: la grande croix, aux branches inégales, symbolise la foi chrétienne, qu'il s'agit de défendre contre les idées maçonniques et totalitaires; la lance est l'insigne de notre Pouvoir souverain, qui, autrefois usurpé par l'envahisseur bernois, nous est maintenant ravi par la bureaucratie. Aux Vaudois de reprendre à la fois l'insigne du Pouvoir et ce Pouvoir lui-même.
«Du plus riant avenir, osons concevoir l'espérance» chantaient nos bons aïeux de 1803, après avoir choisi le vert, couleur de l'espérance. L'avenir n'apparaît guère riant aux Vaudois de 1941. Mais d'autres signes révèlent un présent chargé de promesses. Comme le dit le poète, beaucoup de choses renaîtront, multa renascentur.
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27.04.2017 - 03:18