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La Rançon de la gloire La Rançon de la gloire (v.o)
Synopsis
Tout juste sorti de prison, Eddy est accueilli par son ami Osman. Ils ont tous deux convenu d’un marché. Osman héberge Eddy, en échange de quoi celui-ci s’occupe de sa fille de sept ans, Samira, le temps que sa femme Noor subisse des examens à l’hôpital. Mais en cette veille de Noël, le manque d’argent se fait cruellement sentir. Aussi, lorsque la télévision annonce la mort du richissime comédien Charlie Chaplin, Eddy a une idée : subtiliser le cercueil de l’acteur et demander une rançon à la famille !
Firouz-Elisabeth Pillet | Lundi 5 janvier 2015
CONTRE
Inspiré d’un fait divers datant de début 1978, l'exhumation du cercueil de Charlie Chaplin par deux ravisseurs amateurs, quelques temps après son décès à Noel 1977, Xavier Beauvois, signe une comédie amère et désabusée qui peine à divertir. Se voulant un hommage, maladroit, à l’icône du cinéma muet, le film mélange les genres de manière peu convaincante: musiques des films de Charlie Chaplin (la bande-son est malheureusement tonitruante et gâche le plaisir des oreilles), une idylle liée au cirque, une amitié sur fond de situation précaire.
A peine sorti de prison, Eddy (Benoît Poelvoorde) retrouve son ami Osman (Roschdy Zem) dont la femme est à l’hôpital, gravement malade. Osman accepte d'héberger Eddy dans une caravane si celui-ci aide sa fille de sept ans pour les devoirs scolaires pendant l'hospitalisation de la mère de famille.
C'est la période des fêtes et Eddy offre à son ami et sa fille un poste de télévision, on y annonce la mort de Charlie Chaplin.
Il nourrit alors le projet fou de voler le corps de l'acteur mythique afin de demander une rançon à sa famille?
Pour incarner ce funeste épilogue de la vie du génie des films muets, Xavier Beauvois réunit du beau monde devant sa caméra: Benoît Poelvoorde, Roschdy Zem, Séli Gmach, Chiara Mastroianni, Nadine Labaki.
L’auteur de Des hommes et des Dieux retrouve un fait divers, suivant la succession d'événements. Porté par le tandem Poelvoorde-Zem, qui fonctionne tant bien que mal, cette tragi-comédie qui rend hommage à Charlot, «l'ami des sans abris, l'ami des pauvres», comme dit Eddy à son ami pour justifier leur forfait, peine à convaincre et finit par lasser. Le film contient beaucoup de longueurs et la musique de Michel Legrand (présent à Venise), qui mêle lyriquement ses notes à celles des films de Charlot, finit par agacer.
Pourtant, les spectateurs helvétiques seront heureux de reconnaitre des lieux familiers puisque plusieurs scènes ont été tournées au Manoir de Ban, en Suisse, où l'acteur passa les vingt-quatre dernières années de sa vie. «Je me souviens de cette époque pas très sympathique. (...) Quand on a retrouvé le cercueil de mon père dans un champ, à la lisière d'une forêt, au bord d'un canal, c'était absolument magnifique. Du coup, on a presque regretté qu'on l'ait retrouvé», a déclaré Eugène Chaplin, le fils de Charlie Chaplin, présent lui aussi sur le Lido pour défendre le film.
Les personnages et le support authentique de cette intrigue restent développés au minimum, de même que les personnages féminins (surtout celui de Chiara Mastroianni, anecdotique). Le burlesque n’est pas digne du grand clown, source d’inspiration, et on ne comprend guère l'obstination de Beauvois à apposer des musiques épiques sur une action sans rebondissements ni ressort.
Remy Dewarrat | Lundi 5 janvier 2015
POUR
Xavier Beauvois réalise une tragi-comédie sur l'enlèvement du cercueil de Charlie Chaplin en se gardant de juger ses personnages et le résultat donne un film malin. Le cinéaste s'intéresse surtout aux motivations qui ont poussé deux hommes simples à commettre cet acte répréhensible, en s'attardant sur leur personnalité.
Benoît Poelvoorde et Roshdy Zem forment un duo de bras cassés à la fois irritants et touchants qui agissent pour des raisons différentes. Grâce à ce coup, le premier pense pouvoir se ranger définitivement de ses petites magouilles, alors que le deuxième compte sur l'argent de la rançon pour payer les frais de santé de sa femme.
Le nouveau long métrage du réalisateur de Des hommes et des dieux commence par poser le décor assez misérable d'un baraquement dans lequel vivent Osman Bricha (Roschdy Zem), sa fille et son ami Eddy Ricaart (Benoît Poelvoorde), fraîchement sorti de prison. Pour le remercier de l'héberger, Eddy offre un poste de télévision à Osman le jour de Noël 1977. Comme le monde entier, c'est grâce à cet objet qu'ils prennent connaissance du décès de Charlie Chaplin. Très vite, Eddy propose à Osman de voler la bière du grand cinéaste afin de demander une rançon à la famille. D'abord, ce dernier refuse, mais la santé précaire de sa femme engendre de tels coûts qu'il finit par accepter.
Survient alors le passage à l'acte que Xavier Beauvois filme comme une épreuve longue, physique et pénible, à savoir déterrer, déplacer et enterrer à nouveau le cercueil en une seule nuit. Dès cet instant, le film montre combien une idée farfelue et utopiste, qui ne devrait être qu'une formalité, se transforme en un vrai travail avec toute la pénibilité qu'il enquiert. C'est par la suite que le long métrage touche à la comédie, car les deux lascars se retrouvent face à des éléments qu'ils n'avaient pas prévus. Ils doivent d'abord prouver à la famille, recevant quantité d'appels revendiquant l'enlèvement, qu'il sont bien en possession de la dépouille. Il y a à ce moment une scène hilarante dans laquelle Eddy essaie tant bien que mal de réaliser une lettre anonyme. D'un côté, les deux profanateurs pensent astucieusement à des détails, mais de l'autre ils omettent certaines évidences, comme le montrera la manière dont ils finiront par se faire avoir par la police. Cet acte irréfléchi amène Eddy à un sentiment de toute puissance. Il devient très sûr de lui, tout semble lui sourire, et il ose aborder une artiste équestre de cirque. La Rançon de la gloire prend dès lors un virage poétique et rend hommage aux gens de la balle que chérissait tant Charlie Chaplin.
Xavier Beauvois garde ses distances avec son illustre prédécesseur un peu comme un fan qui devient gauche devant son idole. Sans essayer d'imiter le créateur de Charlot, il immerge tout son film dans l'univers de celui-ci, en s'attachant à des gens paumés qui essaient de s'en sortir de manière maladroite, et en utilisant la musique des Feux de la rampe comme une sorte de fantôme qui plane ironiquement et délicieusement sur les aventures rocambolesques de ce duo improbable, très proche de l'éternel vagabond imaginé par Sir Charles Chaplin, au début du siècle dernier.
vincenzobino | 11.01.2015 00:03