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Nicola Spirig a un dernier grand projet en tête avant de mettre un terme à sa carrière: devenir la première femme à terminer un Ironman en moins de huit heures.
La championne olympique de triathlon 2012 dit qu'elle se sent prête: «Depuis trois ou quatre semaines, je n'ai enfin plus de douleurs.» Lors d'une chute à l'entraînement en février, elle s'était fracturé la clavicule et deux côtes, avant de tomber malade.
Sa tentative de record s'inscrit dans le cadre du projet «Sub7/Sub 8». Un évènement au cours duquel les garçons Alistair Brownlee et Kristian Blummenfelt tenteront de terminer l'Ironman en moins de sept heures; les filles Nicola Spirig et Katrina Matthews en moins de huit heures.
Les meilleures performances actuelles:
La Zurichoise devra donc faire mieux si elle veut inscrire son nom dans l'histoire, le 5 juin. Cela devrait être possible grâce à des conditions différentes de celles d'un Ironman classique. Spirig bénéficiera ainsi de l'aide de plusieurs meneurs d'allure. Ils permettront le drafting (un terme qui désigne le fait de profiter de l'aspiration du concurrent cycliste devant soi, en se plaçant dans sa roue), normalement interdit.
Dans l'eau, elle pourra aussi compter sur Angela Maurer. La nageuse allemande a fait partie de l'élite mondiale pendant des années. «Je dois juste m'assurer qu'elle ne me dépasse pas à la nage», a plaisanté Spirig en parlant de sa discipline la plus faible. Elle devra parcourir 3,8 kilomètres dans le lac de Senftenberg avant de passer au vélo de course, puis au marathon.
Contrairement à ce qu'il se passe habituellement à l'Ironman, une liaison radio sera autorisée. Là aussi, Spirig a fait jouer ses contacts. L'ancien coureur cycliste Michael Albasini, désormais entraîneur national suisse, lui fournira le matériel adéquat.
Pour la course à pied, enfin, Spirig pourra compter sur une «tempomachine» de luxe: Maja Neuenschwander, qui détient le record suisse du marathon (2h26'49''). La triathlète vise un chrono de 2h45. Avec environ 50 minutes dans l'eau et 4h20 à vélo, le record pourra être atteint.
Spirig n'a participé qu'une seule fois à une course sur la distance de l'Ironman. C'était il y a huit ans. Son domaine de prédilection est la courte distance (1,5 km de natation, 40 à vélo et 10 à pied), sur laquelle elle a été sacrée championne olympique. Comme Magali Di Marco. Mais la Vaudoise ne s'est jamais alignée sur un Ironman. «Je ne me suis jamais sentie proche d'en faire un car j'avais un entraînement très spécifique, basé sur la qualité et non sur le volume. Participer à un Ironman demande un entraînement totalement différent.»
Nicola Spirig sera-t-elle capable d'adapter son mental et son corps aux longues distances? Magali Di Marco en est certaine. «Son coach est Brett Sutton. Il est réputé pour avoir une méthode d'entraînement basée sur un très gros volume, avec des séances très dures. N'importe lequel de ses athlètes peut passer d'une courte distance à un Ironman sans problème.»
Surtout, en nageant dans les pieds d'une championne, en prenant la roue d'une coéquipière attitrée, puis en suivant les traces de Maja Neuenschwander, la triathlète bénéficiera de conditions idéales. Un peu comme celles dont a profité le marathonien Eliud Kipchoge, entouré de lièvres et de technologie lorsqu'il a brisé la barrière des deux heures sur marathon, en 2019. La question, à l'époque, était de savoir si c'était encore du sport, à tout le moins le même sport. Or la même question se pose ici.
«C'est du folklore, assène Mike Aigroz, qui a terminé plus d'une quinzaine d'Ironman. Mais c'est défendable. Il y a un peu d'argent à gagner pour elle, la tentative étant soutenue par un mécène. Et c'est aussi un coup de projecteur sur la discipline.»
«Ce qui fait grincer les puristes», ajoute-t-il, «c'est toute l'aide dont bénéficieront les athlètes qui se lanceront à l'assaut des records masculin et féminin. Ils visent le chrono sans respecter les règles, celles qui ont fait les fondamentaux de ce sport.»
La partie vélo, surtout, ne ressemblera à rien de connu pour la discipline. «En bénéficiant de l'aspiration, tu peux économiser 30% d'énergie, rappelle Aigroz. Ces 30% peuvent être transformés en temps sur le vélo, mais aussi en gain d'énergie pour courir le marathon.»
Le triathlète vaudois ne veut toutefois pas minimiser la portée de l'exploit. «Si Spirig descend sous les huit heures, ça restera une vraie performance sportive. Ce sera monstrueux.»
Magali Di Marco abonde, rendant hommage à la championne de 40 ans, mère de trois enfants:
Sa folle tentative du 5 juin s'inscrit comme l'ultime défi de sa formidable carrière, qui s'arrêtera à la fin de l'année.
Collaboration: Ralf Meile