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En 1865, le docteur Pierre COULLERY (1819-1903), le médecin des pauvres, fonde une section locale de l’Association internationale des travailleurs, créée à Londres en 1864 par Karl Marx et quelques autres. De 1865 à 1868 paraît dans notre ville un premier journal de gauche, La Voix de l’Avenir, suivi de La Montagne et, à partir de 1890, de La Sentinelle, unique quotidien socialiste neuchâtelois dont l’existence, souvent difficile, s’est malheureusement achevée le 19 mai 1971 (v. notice particulière sur ce site).
Ce n’est toutefois qu’en septembre 1896 que fut officiellement fondée à La Chaux-de-Fonds une section du Parti socialiste neuchâtelois (PSN), alors que depuis 1888 un parti ouvrier participait aux élections communales. Jusqu’en 1912, radicaux et libéraux se partageaient le pouvoir, ne laissant que des miettes aux socialistes. Mais cela changea avec l’introduction de la représentation proportionnelle et depuis lors, avec une seule interruption entre 1915 et 1918, les socialistes, d’abord seuls, puis avec leurs alliés du Parti ouvrier et populaire et les Verts, détiennent la majorité au Conseil général et au Conseil communal de notre ville.
Ici prirent leur essor quelques-uns des grands tribuns du socialisme suisse : Charles NAINE (1874-1926), E.-Paul GRABER (1875-1956), Fritz EYMANN (1880-1949), André SANDOZ (1911-2006). Plus près de nous, d’autres élus fédéraux, à commencer par Pierre AUBERT qui devint Président de la Confédération, Rémy SCHLÄPPY (1917-2003), Heidi DENEYS, Francis MATTHEY et aujourd’hui Didier BERBERAT firent leurs premières armes à la section de La Chaux-de-Fonds. C’est également dans cette section que milite Gisèle ORY qui fut la première femme socialiste à représenter le canton de Neuchâtel au Conseil des Etats et qui siège depuis juin 2009 au Conseil d’Etat de notre canton.
Issus des mouvements regroupant à la fin du XIXe siècle les travailleurs de l’industrie et les petits artisans, les socialistes chaux-de-fonniers ont une longue tradition de lutte pour la justice sociale et contre l’exploitation capitaliste de la main d’œuvre ouvrière.
L’histoire de la section locale du PSN présente en outre quelques traits originaux : le pacifisme tout d’abord qui s’est parfois traduit en antimilitarisme. Ensuite, un goût marqué pour la liberté qui pousse les socialistes du cru à refuser, en 1920, les « 21 conditions » mises par Moscou à l’adhésion à la IIIe Internationale, puis à combattre fermement le fascisme italien et le nazisme. Au début des années soixante, c’est grâce à l’ouverture d’esprit des socialistes chaux-de-fonniers que les militants de la Nouvelle Gauche finirent par rallier, dans leur majorité, les rangs du PSN, donnant à celui-ci une assise plus large et de nouveaux espaces idéologiques.
Aujourd’hui comme hier, l’action des socialistes chaux-de-fonniers met au premier rang la défense des plus faibles, la résistance aux dérives populistes et la lutte pour la justice sociale sans laquelle il ne peut exister de vraie liberté.
Raymond Spira