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Ex-cocaïnomanes et trafiquants de drogue, deux anciens amis de Giuliano Bignasca ont bénéficié d'un verdict de clémence, vendredi, à Lugano. La présidente du tribunal correctionnel Agnese Balestra-Bianchi leur a infligé une peine de 18 mois de prison avec sursis. Leurs délits remontent au début des années 90. Depuis, ils se sont rangés.
La salle d'audiences était comble pour un procès qui serait passé inaperçu si les deux accusés n'avaient appartenu au milieu des courtisans de l'intouchable Giuliano Bignasca, président à vie de la Lega, conseiller national et conseiller municipal luganais mais aussi et surtout cocaïnomane notoire.
Un des deux inculpés lui a même vendu 200 grammes environ des 1300 grammes de cocaïne écoulés sur la place luganaise de fin 1992 à fin 1995.
Les deux prévenus, un ancien homme à tout faire et chauffeur du «Nano», jardinier-paysagiste de 45 ans et un juriste de 37 ans, ancien conseiller communal de la Lega et membre d'une honorable famille d'avocats, comparaissaient pour infraction et infraction aggravée à la loi fédérale sur les stupéfiants.
Tous deux cocaïnomanes jusqu'à leur arrestation en 1996 - ils étaient restés quelques semaines en détention préventive - les prévenus avaient approvisionné plusieurs personnalités du «Tout Lugano». La «Lugano bene» comme disent les Tessinois.
«Je dirais plutôt la «Lugano male» a lancé la juge en ouverture des débats: «les pères appartenaient peut-être à la Lugano bene mais leurs fils sont des bons à rien!»
Outre Giuliano Bignasca, les clients des accusés n'étaient pas des toxicomanes fauchés. Il s'agissait d'hommes d'affaires, d'entrepreneurs bien connus, d'avocats, d'ingénieurs et de courtiers qui achetaient la drogue à raison de 100 à 180 francs le gramme.
Les deux inculpés ont tenu à répéter, vendredi, que Giuliano Bignasca n'a jamais personnellement vendu de cocaïne.
Sommé de parler par la présidente du tribunal, les deux prévenus ont donné les noms de conseillers communaux du parti de Bignasca. Ces personnalités participaient à des fêtes à base de cocaïne, champagne et entraîneuses organisées chez un politicien de la Lega,
Ces conseillers communaux siègent toujours dans le législatif luganais. Il y a même un magistrat actuellement président du tribunal des assurances.L'ex-chauffeur de Giuliano Bignasca a même confessé: «je l'ai vu sniffer!». Au moment des faits, le magistrat en question était président de la Cour d'appel tessinoise.
Les deux inculpés ont aussi été reconnus coupables des préparatifs pour l'achat d'un kilo de cocaïne au prix de 60 000 francs. La drogue aurait dû être fournie par des trafiquants notoires. Mais l'affaire a échoué.
Dans ce domaine-là aussi, le rôle de la Lega a été mis en évidence: le juriste et le jardinier qui ont, entre-temps, coupé tous les ponts avec Giuliano Bignasca, disposaient de la fourgonnette du parti pour sillonner la région.
Mieux: l'ex-homme à tout faire du «Nano» a reconnu avoir loué un édifice à Bignasca et en sous-louait les appartements à des entraîneuses qui opéraient dans les boîtes de nuit du canton. Et c'est toujours la camionnette de la Lega qui transportait les belles de leur domicile à leurs lieux de travail!
«Les années écoulées, à cause du retard de notre justice, ont joué à votre avantage », a déclaré la juge Balestra-Bianchi. «Vous avez quitté le milieu, vous vous êtes refaits une vie. Votre réinsertion sociale ne doit pas être compromise».
Les deux ex-compagons de Giuliano Bignasca ont finalement écopé d'une peine de 18 mois avec sursis pendant trois ans. Ils s'en tirent relativement à bon compte. Le procureur général Luca Marcellini avait requis contre eux deux ans pour l'un ainsi que deux ans et trois mois de prison pour l'autre.
Gemma d'Urso, Lugano