Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07005.jsonl.gz/458

Critique
"Le cinéaste coréen met en saison les tourments de l'âme humaine. Il offre au public contemporain tiraillé entre de vaines agitations, un superbe moment de poésie.
Ce film est le neuvième de Kim Ki-Duk, réalisateur coréen considéré comme l'un des plus talentueux de son pays. L'an dernier, le Festival de Locarno l'a primé quatre fois. Né en 1966 dans un village de montagne, il y a probablement senti depuis toujours la puissance de la nature. Dans PRINTEMPS, ETE, AUTOMNE, HIVER... ET PRINTEMPS, en tout cas, ses paysages ont une présence immuable, ils sont l'écrin dans lequel vit heureux l'homme qui en comprend la grandeur.
Cet homme est un moine (Oh Yeong-Su) au caractère serein, malicieux et sage. Il vit dans un petit temple posé comme un radeau sur un lac silencieux. Les montagnes et la forêt l'entourent, la paix y est à l'image du dieu qu'il prie. Pourtant, le religieux n'est pas seul. Un petit enfant vit auprès de lui. Espiègle, il aime jouer des tours dont il ne mesure pas toujours les conséquences. Un jour, revenu sur la terre ferme, il attache une pierre à un poisson, une grenouille, puis un serpent et regarde en riant les animaux se défendre contre l'entrave. Cette cruauté à demi inconsciente va déterminer l'avenir de l'enfant.
Le réalisateur coréen raconte ce qu'il devient en suivant le fil des saisons. Non pas d'après l'habituelle métaphore qui veut que la vie commence au printemps et se termine en hiver, mais selon une symbolique plus subtile, qui prend en compte uniquement l'évolution morale de l'être humain. Le printemps correspond à la perte de l'innocence. En été, les passions se déchaînent. L'automne est le temps de la jalousie et de ses conséquences dramatiques. L'hiver apporte la rédemption et la sagesse. Tout au long de ces périodes, l'enfant disciple grandit. Quand le printemps revient, il est devenu maître à son tour, le cycle peut recommencer.
Mais le récit tel qu'il est pousse à l'extrapolation et montre les bonheurs, les drames propres à chaque existence. Car la singularité du décor n'enferme pas l'histoire. Au contraire, sa simplicité, son austérité, le dépouillement du quotidien en font une sorte d'ossature capable de se glisser dans toute autre situation. L'enfant moine qui grandit pourrait être n'importe quel enfant du monde. Kim Ki-Duk ne parle que de l'essentiel et peut ainsi toucher à l'universel.
""Pour moi, les relations humaines avec tout ce qu'elles comportent, le sexe, la violence, l'amitié, la colère, je trouve cela beau, explique le réalisateur. C'est la vie. La vraie beauté, ce n'est pas la paix ou la tranquillité totale. Les confrontations entre les humains, c'est ça la vraie vie et c'est beau."" C'est la vraie vie, comme la vraie nature est faite de naissance et de mort. Kim Ki-Duk le répète avec un humour savoureux et donne, par son film de saisons, une œuvre originale, poétique et lumineuse.
Kim Ki-Duk: né en 1960 à Kyonsanj (nord de la Corée du Sud), Kim Ki-Duk étudie les Arts plastiques à Paris (1990-1992).. De retour en Coré en 1994, il écrit plusieurs scéànarios avant de réaliser son premier film (THE CROCODILE) en 1996. Est l'auteur d'une dizaine de films, dont LA SAMARITAINE (Ours d'argent à Berlin en 2004)."
Geneviève Praplan