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Lecture de Jean 1 : 22 à 34
Des prêtres et des lévites dirent à Jean : « Qui es-tu ?… que nous apportions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ! Que dis-tu de toi-même ? »
Il affirma : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : “Aplanissez le chemin du Seigneur”, comme l’a dit le prophète Esaïe. »
Or ceux qui avaient été envoyés étaient des Pharisiens. Ils continuèrent à l’interroger en disant : « Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le Prophète, pourquoi baptises-tu ? »
Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; il vient après moi et je ne suis même pas digne de dénouer la lanière de sa sandale. » …
Le lendemain, il voit Jésus qui vient vers lui et il dit : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. C’est de lui que j’ai dit : “Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était.” Moi-même, je ne le connaissais pas, mais c’est en vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau. »
Et Jean porta son témoignage en disant : « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, c’est lui qui m’a dit : “Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” Et moi j’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu. »
Prédication
Dans notre tradition chrétienne réformée, quand on baptise un enfant ou un adulte, on évoque souvent le lien à la communauté, pour dire que le baptême symbolise l’entrée dans cette communauté. L’entrée dans une famille autre que notre famille de sang.
Alors, bien sûr, on parle bien aussi de l’amour premier de Dieu, du pardon des péchés en Jésus-Christ, mais l’appartenance à la communauté est mise en avant de façon particulière. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les baptêmes prennent place durant un culte public et que nous sommes réticents, hormis des situations exceptionnelles, à baptiser dans le cadre d’une célébration privée.
Être baptisé, c’est se reconnaître enfant Dieu. Frère ou sœur de frères et de sœurs que nous ne choisissons pas mais avec lesquel.le.s nous formons une famille vivante, priante, célébrante.
Dans les évangiles, le baptême de Jésus prend très peu de place. Dans celui de Jean que nous avons réentendu, il est même plus suggéré que décrit : « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. »
Telle est la phrase qui permet de dire que Jésus s’est approché de Jean et qu’il a été baptisé. C’est succinct.
C’est succinct. Et, en plus de cela, si on se concentre sur les quelques détails qui donnent chair au récit du baptême de Jésus, force est de constater que l’évangile de Jean bouscule la quasi-totalité de nos représentations du baptême.
Il nous réserve nombre de surprises. Et c’est à ces surprises que j’aimerais faire la part belle aujourd’hui.
Tout d’abord en revenant sur le désert. Puisque Jean-Baptiste prêchait dans le désert et que c’est donc là qu’il a baptisé des foules.
En évoquant ensuite sur les eaux du Jourdain. Les baptêmes ayant eu lieu dans ces eaux-là.
Nous synthétiserons enfin ce que Jésus dit de lui, et peut-être aussi de nous, dans ce moment où il est baptisé.
Mais pour commencer, le désert…
À l’époque de Jésus qui, rappelons-le, est né juif, l’essentiel de la vie juive se vivait dans le Temple, à Jérusalem, et dans les synagogues locales. C’est dans ces lieux que la parole était lue, que les rabbis l’explicitaient et que la juste obéissance aux commandements était validée. C’est là aussi, ainsi que dans les maisons, que les ablutions rituelles de purification avaient lieu.
Or Jean le Baptiste, Juif lui aussi, n’exerce pas dans ces lieux. Il prêche et il baptise dans le désert. C’est surprenant !
Et ce qui l’est encore plus, c’est que Jésus choisit d’aller précisément auprès de lui. Même si on sait le lien entre les deux hommes, c’est surprenant.
Parce qu’à cette époque, on évoque une vague de ferveur religieuse populaire avec un foisonnement de prédicateurs. Et des ablutions rituelles qui, ici ou là, prennent la forme d’un bain dans le Jourdain qui pourrait être à l’origine du baptême. La différence fondamentale entre les deux étant que l’ablution rituelle, on se l’applique à soi-même, alors que le baptême, on le reçoit d’un autre.
Or, à 30 ans, âge symbolique ! Celui auquel David est devenu roi et Ezéchiel prophète, Jésus n’est-il pas appelé à devenir l’un et l’autre ? À 30 ans donc, en tout cas symboliquement, Jésus choisit d’aller dans le désert et de se faire baptiser par Jean.
En opérant ce déplacement, contrairement à l’une de nos représentations du baptême, Jésus n’entre pas dans une communauté.
Au contraire, il s’éloigne des lieux où la pratique juive fait autorité. Il rejoint le va-et-vient de celles et ceux qui vont vers Jean puis retournent à leur quotidien. Jésus, d’une certaine manière, tourne le dos à la synagogue et au temple.
Au moment de la naissance de Jésus, Dieu est entré de plain-pied dans l’histoire des humains. On s’en souvient, c’était à l’écart, parce qu’il n’y avait de la place nulle part pour Marie et Joseph.
Dans le Jourdain, lorsque l’Esprit descend sur Jésus, là non plus, Dieu ne passe pas par la grande porte. Ni par la porte double, celle des brebis, la belle porte ou tout autre porte du Temple. Il est loin des lieux dans lesquels on l’assigne habituellement. Et le désert, c’est là où Jésus fera face à Satan.
C’est dire que lorsque Dieu entre de plain-pied dans l’histoire des humains, c’en faisant des détours, en passant par des endroits non conventionnels. Aujourd’hui, le désert plutôt que le temple !
C’est une réelle surprise.
Et ce n’est pas fini. Car au désert, c’est dans le Jourdain que Jésus et tant d’autres sont baptisés.
Le baptême, en disant pour nous le pardon des péchés en Jésus-Christ, dit la purification du baptisé qui est lavé de ses péchés par une eau claire et belle.
Le Jourdain, c’est un fleuve qui prend sa source tout au nord de la Galilée et qui se jette dans la mer Morte, en Judée. En ligne droite, 100 kilomètres ; un peu plus de 300 en tenant compte des méandres. Et tout au long de son trajet, il délimite les provinces de l’Israël de Jésus d’avec les territoires païens
Les eaux du Jourdain ne sont donc pas des eaux pures. Ce sont les eaux troubles des frontières, des brassages de cultures et de populations.
Le baptême donné par Jean n’est pas un baptême de purification mais un baptême de frontière. Un baptême de conversion comme le précise l’évangéliste Matthieu.
Symboliquement, Jean fait franchir le Jourdain pour entrer dans une nouvelle terre promise. C’est, pour le baptisé, un nouveau passage de la Mer Rouge où il s’agit moins de faire ses ablutions rituelles que de franchir la mort. Où il s’agit moins de se purifier que de naître à nouveau.
En ce sens, par rapport au judaïsme de l’époque, le baptême donné par Jean est un baptême de transgression, qui est en dehors de tous les codes.
Plongé dans les eaux du Jourdain, Jésus est plongé dans son humanité. Il est plongé dans les eaux troubles des publicains et des pécheurs. Il devient ainsi l’un des nôtres : un marginal, un étranger, un pécheur, un humain…
… et paradoxalement, c’est à ce moment-là qu’il est désigné comme Fils de Dieu par le baptiste.
Alors, qu’est que cela nous dit ? Quel sens le baptême de Jésus peut-il revêtir pour nous ?
Aujourd’hui, je dirais qu’il fait résonner 3 mots : humilité, décentrement, ouverture.
Je salue la double humilité de Jésus et de Jean.
Jésus qui ne s’estime pas au-dessus de la mêlée et qui demande le baptême comme tant d’autres, avec tant d’autres.
Jean, le précurseur, qui attirait les foules et qui s’efface devant celui qu’il reconnaît et qu’il présente comme plus grand que lui.
Décentrement. Le baptême de Jésus n’a pas lieu là où bat le cœur de la communauté instituée. Il se déroule au milieu du va-et-vient d’une foule enthousiaste.
Ouverture : le baptême de Jésus se vit dans les eaux troubles du métissage et non dans un bassin de pureté.
Alors, que l’humilité, l’ouverture et le décentrement puissent nous caractériser, nous aussi.
Tel est mon vœu en ce début d’année.
Amen