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Florence ce 23 Octobre [1869?]
Monsieur et cher Ami,
Je pense que Vous ne serez pas étonné de ce que je n'ai pas encore répondu à votre honorée du 12 septembre. D'une côté Vous ne pouviez douter de la satisfaction que je devais ressentir en recevant de vos nouvelles directes et des détails aussi interessants, d'autre part il était évident que la situation politique ne comportait pas une tractation sérieuse d'une pareille affaire.
Vous étiez parfaitement renseignés sur les intentions de Mr Giovannola1 qui pour n'en point démordre avait eu la précaution de les faire approuver par le Conseil des Ministres. Il combattit avec acharnement l'idée de confiances de délégués des Gouvernemens et il ajouta que le Ministre prussien des travaux publics était du même avis. Des études me dit-il, et des conférences ou en a fait de trop, ou en a des chambres pleines de brochures et de procès-verbaux. Toutes les données sont là et ceux qui s'intéressent au | passage des Alpes peuvent se former une idée claire. La conviction sur la bonté d'un passage doit être démontrée par la réunion d'une société qui, à des conditions que l'on pourra débattre, se charge de l'exécution. Le Ministre m'a semblé appréhender une nouvelle agitation des Milanais partisans du Splügen qui ne pourraient se plaindre si on accepte une offre qu'ils ne seraient pas dans le cas de faire, mais qui jetteraient les hauts cris si le Gouvernement faisait le choix. Il a aussi laissé percer l'idée que l'Italie en possession des communications par Trieste, le Brenner, le Mont-Cenis, et le litoral de la mer n'a plus un besoin urgent du passage par la Suisse et que l'Italie après tout de tentatives avortées peut se passer d'y mettre un si grand empressement. Il en tirait, quoiqu'il ne l'ait pas dit, mentalement la conséquence, que c'était à la Suisse d'augmenter les efforts et les sacrifices, tandis que l'Italie serait en droit, non sans égard à ses finances délabrées, de diminuer les siens. |
Mr Giovannola medit enfin en souriant: au reste que voulez-vous que l'on fasse avec des Ministres italiens qui ne sont jamais sûrs de rester du jour au lendemain.
Je vis donc bien qu'il n'y aurait rien à faire avec lui, et que le miens que j'avais à faire était d'attendre qu'il s'en allât, ce que je prévoyais devoir bientôt arriver par un motif ou par un autre. D'autant plus que Mr Rattazzi qui s'était montré très-zélé en qualité de député, ne l'était plus autant comme Ministre des finances et comme Président du Conseil, dans lesquelles positions il semblait craindre des difficultés financiaires et politiques. – Le ministère Rattazzi a disparu et un ministère Cialdini va lui succèder: Mr Correnti est préconisé aux travaux publics. Il a été membre de la grande commission du passage del Alpes, et il a été le rapporteur sur le projet d'aliénation des chemins de fer de l'Etat. C'est un homme entendu et point raide avec lequel on pourra donc raisonner.
J'ai fait hier un rapport succinct au Conseil fédéral, dans lequel, en lui disant le substantiel de ma conversation avec le Ministre, je lui dis que je me réserve de réprendre les pourparlers quand le | nouveau Ministère sera composé et que le calme politique sera un peu rétabli.
Maintenant je dois vous rendre attentif à une chose d'une très-grande importance: je veux dire les rapports de la Légation italienne à Berne qui ont ici une certaine influence. Mr le Melegari va partir dans quelques jours et il ne faudra pas le laisser endoctriner, comme on l'a fait jusqu'ici par les adversaires. C'est un homme sérieux et travailleur: il importe donc qu'il soit mis bien en fait des questions, d'autant plus qu'il ne lit pas les journaux allemands. Cialdini et Melegari sont tous les deux de Modène et liés d'amitié, Melegari est aussi l'ami intime de Rattazzi et quoique secrétaire général il était le véritable Ministre aux affaires étrangérs. Vous savez qu'il a enseigné à Lausanne (Fornerod est l'un de ses élèves) et sa femme était une demoiselle Mandrot de Lausanne.
Je Vous suis reconnaissant des sentimens amicaux que Vous m'exprimez ainsi qu'à ma famille dont je Vous prie d'agréer les sentimens d'estime et d'affection
Votre dévoué
S. B. Pioda