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La construction d’une ligne de train à grande vitesse, la toute première de l’histoire des États-Unis, entre Los Angeles et San Francisco représente à ce jour l’un des plus ambitieux projet entrepris par les pouvoirs publics partout dans le monde. Toutefois, depuis son lancement, il a connu des modifications si importantes, est tellement en retard sur les prévisions et est devenu si cher que beaucoup se demandent s’il aboutira un jour. Il s’agit ici d’essayer comprendre pourquoi.
À l’origine, le California High Speed Rail était un projet très simple, bien qu’extrêmement ambitieux. À savoir, une ligne de train à haute vitesse reliant directement Los Angeles à San Francisco. Le projet a été approuvé en 2008 par le peuple californien, pour un coût estimé à 33 milliards de dollars et devait être terminé en 2020. Les objectifs étaient alors multiples. Pour commencer, réduire le trafic entre Los Angeles et San Francisco, et ce faisant décongestionner les routes et limiter l’émission de gaz à effet de serre. Ensuite, permettre un gain de temps considérable. En effet, le trajet en train à grande vitesse entre ces deux zones est estimé à moins de 3 heures, alors que près de 6 heures sont nécessaires en voiture. Et finalement, les comtés de Los Angeles et San Francisco étant extrêmement peuplés, connecter près de 28 millions de personnes. Mais malgré ces beaux objectifs, à ce jour seuls 250km de rails, sur les 1300km prévus, ont été posés. Et les estimations budgétaires sont passées de 33 à plus de 100 milliards de dollars. Quant aux avancées journalières dans la construction, elles sont minimes. Certains experts estiment même qu’à ce rythme il faudrait un siècle pour terminer le projet.
Les raisons de ces complications sont premièrement à rechercher du côté de la structure politique de la Californie. En effet, l’Etat californien est divisé en comtés. Et à la tête de ceux-ci se trouvent des gouvernants locaux qui exercent une influence plus ou moins considérable au niveau de l’Etat californien tout entier. Et très rapidement, certains de ces politiciens ont commencé à faire pression pour que le tracé du train passe dans leur comté, dans le but de satisfaire leur électorat. Ainsi, le tracé qui était à l’origine supposé être proche d’une ligne droite entre Los Angeles et San Francisco, s’est retrouvé détourné en direction du désert. Ces modifications dans le tracé ont eu pour conséquence d’entraîner d’importants surcoûts et de rallonger la durée estimée de la construction. De plus, si le projet aboutit effectivement un jour, cela aura aussi pour effet de rallonger la durée du trajet entre Los Angeles et San Francisco.
Le nouveau tracé à la suite des pressions politiques locales
À cela se sont rajoutés des problèmes de financement. Les États-Unis présentant une structure fédérale, le gouvernement américain alloue des fonds aux États pour certaines politiques publiques. Et la Californie comptait en partie sur cette aide fédérale pour mener à bien son projet. En 2008, lors du lancement du projet, Obama était au pouvoir. Le climat politique au niveau fédéral était alors favorable à la construction du train. Toutefois, en 2017, les républicains et Trump sont arrivés au pouvoir. Et ceux-ci ont estimé que la ligne de train envisagée n’était pas nécessaire et que le projet avait été un désastre jusque-là. En particulier, l’ex-président Trump a décidé de révoquer une subvention fédérale de près de 1 milliard de dollars destinée au California High Speed Rail. Quant au financement privé, beaucoup d’investisseurs ont perdu leur intérêt face aux difficultés auxquelles le projet fait face, ainsi qu’à l’incertitude quant à sa rentabilité future dans un pays où prendre le train ne va pas forcément de soi.
Une autre source de difficultés a été les nombreuses procédures judiciaires introduites contre le projet par les citoyens américains. En effet, de nombreux Californiens s’inquiétaient des conséquences du projet sur l’environnement et l’agriculture ou ne voulaient tout simplement pas que le train passe près de chez eux. Il convient de relever que la Californie comprend un nombre important de terres qui bénéficient d’un statut de protection spécial. Ainsi, un certain nombre de personnes ont attaqué le projet en tentant de démontrer que certains pans du tracé n’étaient pas conformes à la législation californienne en matière de protection de l’environnement. Toutes ces procédures judiciaires ont eu pour conséquence de fortement ralentir la construction. Il a également fallu engager des avocats pour défendre le projet face à ces oppositions, ce qui a entraîné d’importants coûts.
Finalement, on peut encore mentionner le fait que les Américains ont un rapport culturel au train différent que les Allemands, les Français, les Chinois ou encore les Japonais. Il existe certes des lignes de train pour passagers aux États-Unis, mais ce sont des trains qui paraissent sortis d’un autre temps et qui roulent sur des lignes vieillissantes. Ils sont souvent très lents et peu fiables. Et il n’existe à ce jour aucune ligne de train à haute vitesse aux États-Unis. Les Américains sont bien plus attachés à la voiture et à l’avion, bien que cela tende à changer. Le corolaire de ce manque d’intérêt généralisé est évidemment un manque d’expérience dans la construction de lignes de trains.
À ce jour personne ne sait si et quand le projet sera complété et encore moins à quel prix. Il reste en effet énormément de difficultés à surmonter avant de voir un train à haute vitesse traverser la Californie. Toutefois, au chapitre des bonnes nouvelles, le président Biden a décidé de débloquer la subvention de 1 milliard de dollars qui avait été retenue par l’ex-président Trump. Ceci pourrait potentiellement permettre de redonner un souffle au projet.