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C'était le 20 août 2018. Greta Thunberg, qui a alors 15 ans, décide d'agir autant qu'elle le peut pour lutter contre le dérèglement climatique. L'inertie des politiciens et de la population face à ce qu'elle considère comme "une extinction de masse" l'angoisse d'autant plus fortement qu'elle est atteinte du syndrome d'Asperger. Elle entame une grève de l'école et s'installe au pied du bâtiment qui abrite le parlement suédois, pancarte à l'appui. Elle entend protester jusqu'aux prochaines élections en Suède, qui doivent avoir lieu le 9 septembre.
Cette photo est partagée par le réseau social "We Don't Have Time". En 24 heures, le cliché est repris des dizaines de milliers de fois. Des personnes toujours plus nombreuses rejoignent l'adolescente devant le Riksdag de Stockholm.
Le mouvement Fridays for Future
Dès le 10 septembre, après les élections, la jeune fille décide de poursuivre sa grève, mais un jour par semaine uniquement. "Tous les vendredis, nous nous assiérons devant le Parlement suédois jusqu'à ce que la Suède respecte ses engagements vis-à-vis des Accords de Paris", explique-t-elle.
Le mouvementprend de l'ampleur et atteint progressivement d'autres pays occidentaux. La lutte contre le dérèglement climatique gagne en popularité chez les jeunes comme les plus âgés.
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Intervention à la COP 24
Le 4 décembre, Greta Thunberg est invitée à s'exprimer à l'occasion de la COP 24, en Pologne. Son poignant discours frappe les esprits; ses propos sonnent comme autant d'électrochocs. La jeune étudiante mêle des appels à la lutte ("On n'est jamais trop petit pour faire la différence") à des accusations sans détours ("Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à un très petit nombre de personnes de continuer à gagner des sommes colossales" ou "Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout. Et pourtant vous volez leur avenir sous leurs yeux"). Elle tente aussi de dessiner les contours des politiques futures ("S'il n'y a pas de solutions possibles pour notre système, peut-être faut-il changer le système lui-même").
Vous n'êtes pas assez matures pour dire les choses telles qu'elles sont. Cette responsabilité vous la laissez à nous, les enfants.
En Europe, en Australie et en Amérique du Nord, son discours devient viral. Les grèves des étudiants sont suivies par un nombre croissant d'adolescents.
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Intervention au WEF de Davos
Janvier 2019. Greta Thunberg, qui a désormais 16 ans, se rend à Davos en train à l'occasion de la 49e édition Forum économique mondial, qui est marquée par les questions climatiques. Elle prend la parole au dernier jour de la rencontre. "Je suis venue ici pour dire: notre maison brûle", annonce-t-elle. "Il n'y a pas de zone grise pour la survie!", prévient la jeune militante, avant de conclure par cette phrase désormais historique: "Je ne veux pas vous donner espoir, je veux que vous paniquiez".
>> Version longue du plaidoyer de la jeune militante :
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Les vibrants plaidoyers s'accumulent
Le 21 février, Greta Thunberg, dont on se demande si elle est toujours étudiante, se rend à Bruxelles pour demander aux dirigeants européens de se doter d'un objectif ambitieux de réduction de leurs émissions de gaz à effets de serre de 80% d'ici 2030. Elle termine sa journée par une marche contre le dérèglement climatique avec 7500 manifestants.
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Avril 2019. Tandis que la 4e journée de mobilisation pour le climat réunit 50'000 personnes en Suisse, Greta Thunberg poursuit son prêche contre la pollution. Ses cheveux réunis en deux tresses, vêtue d'une simple chemise, sa voix chargée d'émotions et le ton accusateur, elle prend la parole devant le Parlement européen, puis devant le Parlement britannique. A Londres, elle rejoint la manifestation d'Extinction Rebellion, qui bloque une partie de la capitale.
Faire de son mieux ne suffit plus. Il faut passer à ce qui semble impossible.
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Pressentie pour le Nobel de la paix
En mars 2019, les adeptes des Fridays for Future seraient plus de 2 millions, répartis sur 135 pays. Greta Thunberg est pressentie pour le prix Nobel de la paix. "C'est incroyable et un peu bizarre", réagit l'intéressée.
En mai, Greta Thunberg est sacrée par le magazine Time comme l'une des personnes les plus influentes du monde. En juin, la Suédoise reçoit le prix le plus prestigieux d'Amnesty international.
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L'égérie de la lutte pour le climat sous le feu des critiques
Après les beaux succès des manifestations pour le climat, l'ambiance devient orageuse en juillet pour Greta Thunberg, invitée à s'exprimer au Parlement français. Le philosophe Michel Onfray déplore un "cyborg qui ne sourit jamais" et s'interroge sur l'influence de son entourage. Son programme est accusé de provoquer une crise économique et sociale, voire même d'aggraver le réchauffement climatique. On lui reproche aussi de se focaliser sur le CO2.
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De nouveau en Suisse
Loin de se laisser démonter par ces attaques, motivée par ces millions d'adeptes à travers le monde, Greta Thunberg poursuit ses apparitions, notamment à Lausanne pour la conférencedébut août.
>> Ecouter Jacques Dubochet après sa rencontre avec Greta Thunberg:
En route pour l'ONU, en bateau
Un an après son premier jour de grève, Greta Thunberg répond à l'invitation de s'exprimer aux Nations unies à New York. Elle embarque sur un bateau à voile en Angleterre et arrive en Amérique du Nord 14 jours plus tard, le 28 août. Greta Thunberg à une manifestation en faveur du climat devant la Maison Blanche. [Getty Images]Elle participe à la grève mondiale pour le climat, qui réunit plusieurs millions de personnes sur toute la planète.
Le 23 septembre, Greta Thunberg se trouve devant les dirigeants de la planète. Elle prononce ce qui est considéré comme son discours le plus poignant. A coup de "Comment osez-vous ?" ("How dare you ?"), elle va livrer une nouvelle tornade d'accusations, en commençant par préciser qu'elle "devrait être à l'école, de l'autre côté de l'océan".
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Le 11 décembre 2019, Greta Thunberg est désignée personnalité de l'année 2019 par le Time Magazine. Elle est la plus jeune lauréate de cette distinction.
"Pour moi, tout a changé. Le débat sur le climat n'est plus le même. Les gens semblent avoir mieux compris l'urgence de la situation", se réjouit la jeune Suédoise dans le documentaire "Greta Thunberg - la voix du futur" à voir ci-dessus.
Epilogue
En janvier dernier, Greta Thunberg est retournée à Davos, pour y demander un arrêt immédiat du financement des énergies fossiles. Ses revendications ont été "complètement ignorées. Mais nous nous y attendions", a confié la jeune Suédoise.
Actuellement, en ces temps de pandémie de coronavirus, la Suédoise appelle à poursuivre le combat via les réseaux sociaux.
>> Réécouter la longue interview de Greta Thunberg avant son départ aux Etats-Unis:
Les Documentaires de la RTS - Caroline Briner
Pourquoi Greta Thunberg a-t-elle un tel succès ?
Selon l'intéressée, son action a trouvé un bon écho en Suède car elle est intervenue après un été particulièrement caniculaire marqué par beaucoup d'incendies et de sécheresse. D'autre part, si les jeunes du monde entier ont répondu à son appel c'est parce que le problème du réchauffement les concerne directement.
Chercheur basé à Londres et co-auteur de rapports du GIEC, Joeri Rogelj partage cet avis. Selon lui, les jeunes se sont retrouvés dans les actions de Greta Thunberg car "de toute façon, c'est eux qui devront endosser la grande responsabilité de procéder aux lourdes transformations que la génération précédente n'a pas voulu faire". "Les enjeux politiques sont majeurs", souligne-t-il.
Par ailleurs, toujours selon Joeri Rogelj, la force de Greta Thunberg est d'appuyer ses propos avec les résultats de la recherche scientifique. Elle s'est notamment servie du Rapport spécial sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 degré du GIEC (paru en octobre 2018), lui-même élaboré à partir de 6000 études.
Enfin, les objectifs du mouvement Fridays for Future sont très clairs, conclut Joeri Rogelj.