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Dans son propos, Marc Attalah a rappelé que Wells avait écrit son livre L'Île du docteur Moreau avec pour référence une vieille tradition littéraire qu'on appelle utopie. Le titre de ce roman fait d'ailleurs allusion à son fondateur Thomas Moore qui a imaginé la première île utopique en 1516 dans un texte à l'origine du genre du même nom. Autrement dit, l'utopie, au XVIe siècle est une île qui n'est inscrite sur aucune carte, sur laquelle des voyageurs arrivent par hasard et y vivent heureux. Trois cent ans plus tard, Wells reprend l'idée en la transformant. L'île n'est plus épanouissante pour les êtres qui y vivent. Wells va inverser la notion d'utopie pour en faire ce que le XXe siècle appellera une dystopie (1984 de George Orwell; Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley).
De l'homme-animal à l'homme-machine
Débat enregistré le jeudi 5 mai 2022 aux Cinémas du Grütli
à Genève, lors des Rendez-vous cinéma de l'ECR - Il est une foi
Invité: Marc Attalah
Modératrice: Lucienne Bittar
Quid est homo?
Au nom du progrès, le récit démontre comment il est possible de conditionner tous les habitants d'un lieu clos à devenir les cobayes d'un «savant fou». Ce qui est tout aussi intéressant pour Marc Attalah, dans film de la fin années 1930, c'est le deuxième axe d'interprétation du texte qui démontre que les humains ne sont pas ceux que l'on croit. Les humains, chez Wells, ce sont les animaux. Et le conservateur de la Maison d'ailleurs de rappeler que Wells est un anti-victorien convaincu qui pense que la civilisation n'est qu'un verni que l'on va utiliser pour maintenir la violence humaine. La loi promue sur L'île du docteur Moreau est une manière ironique de parler des tables de la loi et de démontrer que celles-ci ne sont qu'une manière de contenir la bestialité humaine. Ce qui est l'une des grandes thématiques de la fin du XIXe siècle en Angleterre ou même en France. (La Bête humaine de Zola, 1890)
Les humains se retrouvent donc dans les bêtes, un processus d'inversion qui sera identité plus tard sous le nom de science-fiction. Les monstres, nous dit Wells, c'est nous, et c'est pour cela que nous en avons peur. Leur bestialité nous angoisse car elle fait écho à la nôtre. Cent ans après le docteur Moreau, on retrouve le même type de problématique dans le transhumanisme. Quand nous sommes face à des robots -ces animaux d'aujourd’hui-, ou à des formes d'intelligence artificielle, la question de la définition de ce qu'est un être humain redevient cruciale.