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Les fonds de croissance ciblés : c'est du gagnant-gagnant
Dr. Martin Schlatter, CEFA
Marchés financiers
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Les rotations violentes entre les différents styles d'investissement ont fait peur aux investisseurs dans les fonds de croissance depuis fin 2021. Avec la hausse surprenante de l'inflation, l'attention des investisseurs s'est déplacée des titres de croissance ("growth stocks") vers les actions de substance ("value stocks") dédaignées.
Les rotations violentes entre les différents styles d'investissement ont fait peur aux investisseurs dans les fonds de croissance depuis fin 2021. Avec la hausse surprenante de l'inflation, l'attention des investisseurs s'est déplacée des titres de croissance ("growth stocks") vers les actions de substance ("value stocks") dédaignées.
Le graphique ci-dessous montre, pour les deux régions Europe et Amérique du Nord, l'évolution relative des rendements des stratégies de substance ("value") et de croissance ("growth").
Si la ligne monte, les titres de substance rapportent plus que les titres de croissance, et inversement. Après l'éclatement de la bulle technologique au début de l'année 2000, les titres de substance se sont mieux comportés dans les deux régions jusqu'en 2005 / 2006. En Europe, ils ont battu les titres de croissance d'environ 70% et en Amérique du Nord d'environ 60%.
Pendant les 15 années suivantes, les titres de croissance ont plus ou moins dominé le marché. Il n'y a eu un mouvement contraire plus important qu'après la crise financière. Au cours de ces 15 années, les titres de croissance ont rapporté plus de 100% de plus que les titres de substance.
L'analyse le long des classes de capitalisation est également intéressante. Pour les Etats-Unis, le graphique suivant présente la même analyse valeur/croissance pour les titres à grande, moyenne et petite capitalisation. Il est évident que la surperformance des titres à grande capitalisation est encore plus marquée que celle des titres à moyenne et petite capitalisation. On salue une fois de plus le rendement extrême des actions FAANG (Facebook (Meta), Amazon, Apple, Netflix et Google (Alphabet)). Ces dernières années, ces valeurs ont nettement dominé le marché américain avec Microsoft.
Bien sûr, cela n'a pas échappé aux gestionnaires de fonds et aux investisseurs. De nombreux fonds mondiaux se sont concentrés sur ce segment et ont réalisé des investissements très ciblés dans les plus grands titres de croissance.
Pour le prochain graphique, nous avons sélectionné les quatre plus grands fonds de l'univers Morningstar "Global Growth Funds" et nous regardons leur performance sur les trois dernières années. Ces fonds gèrent pour la plupart bien plus de 10 milliards de dollars. Nous comparons les rendements d'une part avec l'indice MSCI World Growth et d'autre part avec le fonds Swiss Rock Aktien Global, qui met en œuvre une stratégie équilibrée entre croissance, valeur et qualité dans le portefeuille.
Comme le laisse supposer la catégorisation de Morningstar, les fonds Growth évoluent de manière très similaire à l'indice MSCI Growth, ils reflètent donc bien une stratégie de croissance globale.
Dans un contexte de baisse des taux d'intérêt, cette stratégie a assuré un très beau rendement jusqu'à l'automne 2021. Par contre, les stratégies s'en sortent moins bien avec l'environnement inflationniste fortement modifié par la suite.
La totalité du rendement excédentaire des fonds de croissance s'est volatilisée au cours du premier semestre 2022, une correction très douloureuse et ce, en très peu de temps.
En comparaison, une stratégie d'actions plus équilibrée, qui ne mise pas uniquement sur la croissance américaine, mais qui prend également en compte les autres styles d'investissement ("Investment Styles") comme la substance et la qualité, a atteint un rendement cumulé similaire, et ce avec beaucoup moins de volatilité. Au cours des six derniers mois, l'excédent de rendement par rapport aux fonds de croissance a été considérable, comme le montre le graphique suivant :
On peut maintenant argumenter que les fonds de croissance peuvent aussi se rétablir par rapport à un portefeuille d'actions nettement plus diversifié. C'est certes l'expérience des vingt dernières années, mais pendant cette période, les taux d'intérêt ne connaissaient qu'une seule direction, celle de la baisse. Compte tenu du changement complet de l'environnement des taux d'intérêt et de l'augmentation spectaculaire de l'inflation - en particulier à l'étranger - la question se pose de savoir comment les choses vont évoluer au cours des dix prochaines années ?
Pour nous, la réponse est claire : nous préférons nettement une stratégie moins ciblée, plus robuste contre les développements inattendus. Et cela s'accompagne d'une volatilité plus faible.