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Raconter la Suisse au travers des 26 blasons cantonaux: toute une histoire! Parce que les drapeaux des cantons tels que nous les connaissons aujourd’hui ont traversé les siècles et subi des changements parfois… radicaux. Les théories et les explications sont par ailleurs souvent multiples, tout comme les références au christianisme, au Saint Empire romain germanique ou aux valeurs bourgeoises de la Révolution française, mais aussi aux éléments naturels, à l’eau, à la neige. Sans oublier les couleurs: en héraldique, on représente l’or par le jaune, l’argent par le blanc. Une foule de nuances, riches et intrigantes, que la Confédération nous fait vivre sous un angle différent.
Le taureau exprime la nature sauvage de la région (le terme «Ur» renvoie au sens de «primitif»). Selon une autre hypothèse, Uri proviendrait de «Ure», un mot d’origine celtique signifiant «taureau». On raconte que c’est un pape qui autorisa l’ajout de l’anneau pour récompenser les Uranais, capables de conquérir la nature sauvage par la culture et d’accepter le christianisme. Le jaune et le noir pourraient faire référence aux couleurs du Saint Empire romain germanique.
C’est le premier canton à avoir adopté la croix distinctive de la Confédération, en référence évidente à ses racines chrétiennes. Le blason de Schwytz revêt la couleur rouge du «Blutfahne», le «drapeau du sang». C’était un drapeau du Saint Empire romain germanique, à l’origine réservé au seul souverain. Il donnait le droit d’infliger des peines corporelles ou la mort. Le «Blutfahne» fut concédé aux citoyens libres de Schwytz en 1240.
Contrairement aux deux Bâle et aux deux Appenzell, Nidwald et Obwald ne font pas l’objet d’une scission. Les deux demi-cantons ont toujours été distincts. Ensemble, ils forment Unterwald qui, traduit du latin, signifie «au milieu des forêts». Le blason de Nidwald montre une double clé d’argent sur fond rouge. Le rouge rappelle le «Blutfahne», déjà mentionné pour le canton de Schwytz. La double clé est, en revanche, le symbole de saint Pierre, patron de Stans.
Le drapeau de guerre d’Obwald était à l’origine rouge et blanc; il a été enregistré pour la première fois en 1309. Le blason a longtemps ressemblé à celui de Soleure. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’apparaît le symbole de la clé unique, ici aussi en référence à saint Pierre.
La couleur blanche ferait référence à la Vierge Marie, depuis toujours honorée à Lucerne. Le bleu et le blanc sont les couleurs des chevaliers de Hunwil et von Eschenbach et de Littau. Le blanc symbolise, par ailleurs, les neiges éternelles, rappelant les différents sommets de la région, et le bleu les eaux du lac des Quatre-Cantons. Historiquement, Lucerne voulait se démarquer, chromatiquement parlant, des trois cantons qui ont fondé la Confédération (noir, jaune et rouge).
Les informations disponibles concernant le blason du canton de Zurich sont floues. Il est partagé en deux parties, blanche et azur, en diagonale, et le plus ancien témoignage en est un sceau de la cour impériale de 1384. La forme et la structure du blason sont identiques à celui de la cour de Rottweil. Le bleu pourrait faire référence à la couleur du lac de Zurich. Le logo de la ville de Zurich se distingue, quant à lui, du blason cantonal par sa couronne et ses deux lions qui soutiennent l’écu.
Le personnage au centre du blason est saint Fridolin de Säckingen, moine et missionnaire chrétien né en Irlande. Après avoir été abbé de Saint-Hilaire à Poitiers, en France, il fonde une église et un monastère à Säckingen. Il évangélisera par la suite le canton de Glaris, dont il deviendra le saint patron. Il tient la bible d’une main, et le bâton de pèlerin de l’autre.
Là encore, il est possible que les couleurs aient été choisies en opposition à celles des trois cantons d’origine. On suppose que le bleu rappelle les lacs de la région, et le blanc les sommets enneigés. La disposition en bandes horizontales fait référence à l’Autriche et aux Habsbourg qui occupèrent la région.
La présence de l’ours est associée à une légende selon laquelle Berthold IV de Zähringen baptisa la ville, dont il est le fondateur, en l’honneur du premier animal qu’il avait tué: un ours. Le nom de «Berne» est dérivé de «Bär» (qui signifie «ours» en allemand), un animal qui évoque symboliquement la force et le courage. L’ours doit être mâle et la langue qui dépasse de sa bouche grande ouverte souligne un esprit combatif. L’ours va toujours du bas vers le haut, de droite à gauche. A noter que les couleurs rouge et jaune apparaissent également dans plusieurs blasons des ducs de Zähringen.
Le blason est noir et blanc. Il s’agit de couleurs liées à la famille de Berthold IV de Zähringen, fondateur de la ville de Fribourg en 1157. Selon la légende, le duc aurait été surpris, une nuit, par le mauvais temps durant une partie de chasse. Un humble charbonnier lui aurait offert l’hospitalité et deux sacs en guise de couverture: le premier, blanc, contenait de la farine, le second, noir, du charbon. Le duc décida ainsi d’attribuer ces couleurs aux armoiries de la région. Le canton de Fribourg fut séparé du duché de Savoie en 1477, dont la croix blanche (sur fond rouge) fut remplacée par les armoiries aux couleurs de la ville de Fribourg.
Du blanc et du rouge. Tout simplement. La légende fait remonter ces couleurs à saint Ours. Chrétien romain du IIIe siècle, il fut torturé et décapité; son corps repose dans la cathédrale de Soleure. Les références aux couleurs de l’Autriche ou de la légion thébaine font toujours l’objet de débats. Historiquement, le blason de Soleure apparaît pour la première fois sur le sceau de la ville en 1394: il représente un bouclier gothique partagé transversalement, couronné par l’aigle impérial à deux têtes.
Au début, Bâle-Ville et Bâle-Campagne formaient un seul et même canton. Le bâton pastoral rouge s’est teint de noir au XIVe siècle, et il est tourné vers la gauche. Le blason apparaît pour la première fois au XIe siècle sous forme de houlette en bois à l’extrémité dorée. Au XIIe siècle, il apparaît sous sa forme actuelle, comme symbole du diocèse de Bâle qui comprenait au XVe siècle une partie de l’Alsace et du Jura. Il devient le blason officiel de Bâle-Ville en 1385.
La crosse de l’évêque de la principauté épiscopale de Bâle est caractérisée par sept perles reprises par le blason de la ville de Liestal. Ces perles représentent les sept districts ruraux insurgés qui ont, par la suite, donné origine au nouveau demi-canton, séparé de Bâle-Ville en 1833 en raison des revendications portées par la région rurale, à savoir l’égalité de traitement entre la ville et la campagne, ainsi que la fin des privilèges dont jouissaient les classes dominantes de la ville. Le sommet de la crosse de Bâle-Campagne, contrairement à celle de BâleVille, est tourné vers la droite.
Emblème jaune et noir qui remonte au XIVe siècle, s’inspirant du drapeau de la ville homonyme, qui représente un bélier debout, sur ses pattes arrière. L’animal était au début un mouton (en allemand, «Schafe» signifi e mouton et «Haus» maison). Puis le mouton s’est transformé en bélier, donnant une image de virilité et de courage. Une pièce de monnaie de 1180 montre un bélier debout devant une maison. Pour les couleurs, une bannière jaune et noire devait sans doute répondre aux critères des batailles: le bélier comme symbole de force sur un fond bien visible de tous.
Appenzell Rhodes-Extérieures (1513)
Le blason représente un ours noir qui marche sur un fond blanc. A gauche de l’ours se trouve la lettre «V», à droite la lettre «R». L’inscription se lit «UR» et signifi e «Ussere Rhoden», c’est-à-dire «districts extérieurs» en allemand. L’ours symbolise le courage, la force et l’intelligence, et fait référence à une légende: saint Gall, qui vivait dans la forêt, rencontra un jour un ours agressif. Il lui demanda d’aller chercher du bois. L’ours lui en apporta. Pour le remercier, l’abbé lui donna à manger et finit par le faire s’éloigner.
Appenzell Rhodes-Intérieures (1513)
Appenzell se sépare en deux cantons en 1597. La réforme avait créé de fortes tensions entre les catholiques de l’intérieur et les protestants de l’extérieur. Le blason représente un ours noir sur un fond héraldique argenté (blanc). L’ours est là aussi lié à saint Gall: Appenzell fut colonisé par le monastère de saint Gall et resta sous sa domination jusqu’au XVe siècle. Jusqu’à la fi n du XIVe siècle, l’ours était représenté marchant à quatre pattes. Depuis 1379, l’ours marche debout.
Un faisceau de licteur évoque la Rome antique et le pouvoir. Il s’agit de bâtons en bois attachés les uns aux autres par des bandes de cuir autour d’une hache. Symbole repris par les révolutionnaires français et la République helvétique (1798-1803), il fut adopté comme emblème par le canton fondé par Napoléon. La couleur verte représente la liberté. C’était aussi celle de la révolution, à l’époque. Les rubans verts symbolisent la solidarité et l’unité. La hache est synonyme de force et de puissance. On voit cinq bâtons blancs alors qu’il y en aurait en réalité huit, rappelant les huit districts à l’origine du canton.
Le blason est partagé en deux parties verticales: la première est noire, couleur qui rappelle la terre fertile et sombre, avec trois vagues argentées qui symbolisent l’Aar et ses deux affluents, la Reuss et la Limmat. La seconde, bleue, rappelle la présence abondante d’eau, tandis que les trois étoiles représenteraient les cantons d’Argovie, de Baden et du Fricktal de la précédente République helvétique. Autrefois disposées sur une ligne verticale, elles forment aujourd’hui un triangle. Certains les associent traditionnellement aux trois confessions du canton: catholique, protestante et juive.
L’hypothèse la plus crédible est celle d’un hommage à Napoléon, empereur des Français qui, grâce à l’Acte de Médiation, a rendu possible la naissance du nouveau canton. Ses couleurs seraient en effet les mêmes que celles du drapeau de Paris. La théorie selon laquelle le rouge serait celui de la Suisse et le bleu celui du ciel d’Italie n’est que folklore. En 2001, la gradation des couleurs a été définitivement appliquée: le rouge correspond à la teinte 032 et le bleu à la teinte 293 du nuancier Pantone.
Au XVe siècle, la Ligue grise, la Ligue des Dix-Juridictions et la Ligue de la Maison-Dieu s’unirent pour contrer la puissance des Habsbourg. C’est ainsi qu’est né le canton des Grisons, en référence à la Ligue grise. Le bouquetin alpin de la Ligue de la Maison-Dieu remonte à 1252. Cet animal courageux symbolise la résistance et la lutte contre les pouvoirs les plus forts. Le blason devient définitif en 1933. On associait auparavant les blasons des trois ligues.
Le blason de Thurgovie provient de celui des contes de Kyburg, propriétaires de ces terres. A l’origine, les couleurs étaient toutefois un peu différentes de celles que l’on connaît aujourd’hui: le noir, qui rappelait la terre, laissa place au rouge sous la domination des Habsbourg. Ce n’est que lorsque le canton devint indépendant en 1803 que furent choisies, sous l’influence des cantons voisins, les couleurs verte et blanche comme symboles de liberté, tandis que les lions, symboles de force et de majesté, restèrent en or.
On remarque que l’inscription dorée sur trois lignes «Liberté et Patrie» rappelle les valeurs de la Révolution française. Il s’agirait d’un slogan présent sur l’étendard blanc et vert d’une compagnie de mineurs enrôlée en 1798 durant la révolution vaudoise qui conduisit à l’indépendance cantonale de Berne et Fribourg.
Le blason de Genève apparaît au XVe siècle, mais ne devient définitif qu’en 1918. Il représente l’union des symboles de l’Empire (l’aigle couronné), auquel Genève fut annexé au XIe siècle, et de l’évêque (la clé d’or), dont les citoyens détiennent leur liberté et leurs franchises dès 1387. Le blason montre un soleil qui apparaît pour moitié sur le bord supérieur et qui porte le trigramme «IHS» en lettres grecques, une reproduction du nom de Jésus dans sa forme contractée (IHESUS).
Les couleurs blanche et rouge remontent au XIIe siècle et proviennent du blason de la principauté épiscopale de Sion, à laquelle appartient le territoire. Les treize étoiles rappellent les treize districts, qui n’étaient qu’au nombre de six jusqu’en 1600. La dernière étoile, qui représente le district de Conthey, fut ajoutée suite au Congrès de Vienne de 1815 pour garantir un meilleur équilibre politique au cœur du canton.
Le vert rappelle les prés. Le blanc, le grain. Le rouge, le vin de la région. Dans la partie rouge figure également une croix, qui évoque le lien avec la Confédération suisse. On confond souvent ce blason avec le drapeau italien. Après la révolution du 1er mars 1848, où les républicains occupèrent le château de Neuchâtel, centre du pouvoir prussien de Frédéric-Guillaume IV de Prusse, on réalisa à la hâte le blason cantonal actuel, dans l’intention de représenter les trois régions de la nouvelle république.
Blason qui remonte à la fin des années 1940 et qui devient le drapeau officiel dès 1979, année de la sécession du canton de Berne. Les séparatistes ont longtemps peint cet emblème rebelle dans les rues jurassiennes. Le bâton pastoral renvoie à l’antique principauté épiscopale de Bâle, et les sept bandes, quatre rouges et trois blanches, aux sept districts du «Jura historique», le Jura bernois. La couleur blanche représente la foi protestante, le rouge, la foi catholique.