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Christophe Marty publie en 2008 un article intitulé Regime shift of snow days in Switzerland dans la revue Geophysical Research Letters. Cette étude utilise le nombre de jours avec épaisseurs de neige dépassant un certain seuil comme marqueur climatique. Je ne m'intéresserai qu'à la figure 3 de cet article, un graphique qui compare les anomalies de jours neige avec les anomalies de températures des mois de décembre, janvier, février et mars pour des localisations en dessous de 800 m dans la partie Nord des Alpes. Le seuil d'épaisseur de neige est de 5 cm dans ce cas. La figure 1 reproduit ce graphique.
On peut constater assez facilement que températures et jours neige divergent. Après digitalisation, j'ai calculé l'écart des tendances, il est de 1.31 °C par siècle. Ce qui signifie une divergence tout à fait considérable mais difficile à interpréter.
En effet, l'écart des tendances dépend évidemment du rapport d'échelle que l'on définit entre températures et jours neige. Visiblement, Marty a opté dans ce cas pour une règle qui a le mérite de la simplicité : 10 jours neige par degrés. C'est un procédé acceptable mais peu compatible avec une évaluation statistique. Une méthode objective (ce qui ne garantit pas qu'elle soit bonne) de calibrage consiste à définir l'échelle comme le rapport des écarts types autour des tendances des séries. Dans le cas présent, on obtient -0.07692 degré par jour neige (Marty utilise le rapport -0.1). Nous pouvons cette fois calculer la divergence plus sérieusement et nous obtenons 1.58 °C par siècle.
Ce chiffre est remarquable car il est très proche de celui de la divergence que j'avais évaluée pour les mois d'été sur la base des données dendro et glacières (ici).
Sur le graphique de la figure 2, j'ai représenté les températures digitalisées de la figure de Marty, la courbe des jours neige digitalisée de la même source avec le rapport calculé et une nouvelle fois la courbe des températures mais avec une correction de -1.5 °C par siècle.
Les courbes en gras sont des moyennes pondérées sur dix ans. La corrélation est certainement moins bonne que pour les anomalies de fonte des glaciers mais il ne fait aucun doute que le proxy jours neige est, sans surprise, un indicateur valable de l'ordre de grandeur des anomalies de températures hivernales.
Nous avons donc maintenant une évaluation des perturbations par l'urbanisation à la fois pour l'été et l'hiver et dans les deux cas nous arrivons à une valeur de l'ordre de 1.5 °C par siècle. Pour ce qui est de l'incertitude sur les valeurs annuelles, je ne ferai qu'une évaluation subjective, j'estime prudemment que nous avons 80 % de chances que, pour la période 1920 à 2010, le biais soit situé entre 1.4 et 1.6 °C par siècle. La figure 3 nous donne une idée de l'évolution réelle des températures suisses. J'ai utilisé la même période normale et les mêmes conventions graphiques que Météo Suisse pour faciliter la comparaison.
Depuis un peu moins de deux ans, je suis passé d'une estimation du biais de 0.5 à 1 puis maintenant à 1.5 °C par siècle. J'espère ne pas aller beaucoup plus haut !