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Argentine : Les pommes de terre résistantes aux virus font leurs preuves en plein champ
|Tubercules endommagés
par le virus de
la mosaïque PVY|
Photo: Phil Baldauf /
© USDA-ARS
Feuilles ratatinées et fragiles, des taches brunes sur la plante et des nécroses de forme ronde sur les tubercules : le virus Y de la mosaïque (PVY) fait partie des agents pathogènes de la pomme de terre les plus dévastateurs. Il provoque mondialement de gros dégâts aux cultures de pommes de terre et peut mener pour des variétés sensibles à des pertes de récoltes de 80%. Des variétés de pommes de terre naturellement résistantes sont rares, et les programmes de culture classique, visant à transmettre les propriétés de résistance à des variétés économiquement intéressantes, n'ont pas eu beaucoup de succès. La transmission de la maladie se fait par des pucerons et ne peut être enrayée que difficilement. Les pommes de terre sont un élément important de l'alimentation dans de nombreux pays. C'est pourquoi des programmes de recherche, ayant comme objectif de développer des pommes de terre résistantes à la maladie à l'aide du génie génétique, sont effectués dans plusieurs régions du monde. Les chercheurs tentent d'immuniser des variétés locales contre le virus; des scientifiques argentins ont franchi une étape décisive vers la commercialisation d'une variété de pommes de terre Spunta. L'Argentine produit 2 à 2,5 millions de tonnes de pommes de terre par an, et la variété Spunta est largement la plus importante.
Le groupe de chercheurs de Buenos Aires a découvert il y plus de 20 ans déjà que l'introduction de fragments d'ADN des virus dans les plants protège ces derniers contre une infection. Ils ont analysé plus de 100 lignées de pommes de terre OGM, entre autres en plein champ et en ont choisi les deux les plus prometteuses. Pendant six ans, les chercheurs argentins ont examiné les deux lignées sous toutes les coutures lors d'essais en plein champ effectués dans les régions de production. Les pommes de terre se sont avérées résistantes aux virus même dans des régions fortement touchées. En revanche, 70 à 80% des pommes de terre Spunta non modifiées ont été infectées - la résistance aux virus semble être efficace.
Dans d'autres parties du pays non touchées par le virus, les chercheurs ont pu comparer les propriétés agricoles des lignées de pommes de terre transgéniques et classiques. L'activation du mécanisme de protection serait inutile sans la maladie et pourrait influencer négativement la culture des plantes. Cependant, les chercheurs n'ont observé aucune différence en ce qui concerne la croissance, l'apparence ou le rendement. Il en va de même pour la composition biochimique et la valeur nutritive des plantes.
Lors de la culture de plantes transgéniques, il est important de se poser la question de savoir si les propriétés biotechnologiques peuvent se répandre parmi les plantes sauvages. En Argentine on ne connaît qu'une seule variété sauvage capable de se croiser avec des pommes de terre de culture. Lors de la culture côte à côte de variétés Spunta transgéniques et de variétés sauvages, les chercheurs ont analysé 40'000 graines de pommes de terre sauvages et n'ont trouvé aucune transmission de transgènes -la probabilité, si elle existe, est en tout cas très faible.
Ces recherches représentent une base importante pour une éventuelle mise sur le marché. Il sera intéressant d'observer la réaction du marché argentin à ce produit, car on y cultive déjà du maïs et du soja OGM à grande échelle. Aux Etats-Unis, la culture commerciale de pommes de terre similaires résistantes au PVY a été stoppée il y a dix ans en raison de la pression exercée par des activistes de l'environnement. Les premiers essais en plein champ de plantes transgéniques en Suisse ont été effectués en 1991 et 1992 avec des pommes de terre résistantes aux virus, mais on n'a pas continué leur développement.
Source: Fernando Bravo-Almonacid et al. 2011, "Field testing, gene flow assessment and pre-commercial studies on transgenic Solanum tuberosum spp. tuberosum (cv. Spunta) selected for PVY resistance in Argentina", Transgenic Res. Online 27.12.2011, DOI: 10.1007/s11248-011-9584-9
Inde : Réduction durable de la consommation de produits phytosanitaires grâce au coton Bt résistant aux insectes
En l'espace de quelques années seulement, le coton Bt résistant à des insectes ravageurs spécifiques a conquis en Inde 90% des champs de coton. Les agriculteurs affirment pouvoir réduire l'emploi de produits phytosanitaires et augmenter le rendement. Mais ces effets positifs sont-ils durables ou sont-ils limités à la période qui suit la transition de la culture conventionnelle à la culture OGM ? Il serait en effet possible que les insectes deviennent résistants à l'effet du Bt après quelques années. En outre, la réduction de l'emploi de produits phytosanitaires pourrait favoriser la reproduction de ravageurs secondaires contrôlés auparavant par les insecticides, mais insensibles à la technologie Bt.
Vijesh V. Krishna du Centre de recherche CIMMYT à New Delhi et Matin Qaim de l'Université de Göttingen ont récemment publié un article dans la revue spécialisée « Agricultural Systems », dans lequel ils démontrent que le coton Bt n'a pas perdu sa capacité de résistance pendant la période de 2002 à 2008. En outre, la demande en insecticide ne s'est pas accrue à long terme. Pour leur étude, les chercheurs ont accompagné plusieurs centaines de petits paysans originaires de différents états sur une durée de six ans, et ont régulièrement relevé des données sur les habitudes de culture, l'emploi d'insecticides, le rendement et le bénéfice. L'emploi du coton Bt pendant cette période est passé de 39% à 99%.
De 2002 à 2004, les champs de coton Bt ont généré un surplus de rendement d'un tiers par rapport aux parcelles cultivées de manière conventionnelle, voire un surplus de 60% de 2006 à 2008. Le bénéfice, après déduction des coûts, a doublé grâce au coton Bt pendant la période de 2002 à 2004, et a atteint un chiffre 2,5 fois supérieur à celui du coton conventionnel de 2006 à 2008. L'augmentation des avantages économiques pour les petits paysans s'explique par la disponibilité de variétés adaptées aux conditions locales (2004 : 4 variétés Bt autorisées, 2008 : environ 300), mais aussi par l'amélioration de l'efficacité de la technologie Bt et par des mesures gouvernementales visant à réduire le prix d'achat des semences biotechnologiques.
L'emploi d'insecticides a baissé de 37% pendant les premières années (2002 à 2004) grâce au coton Bt, et de 52% vers la fin de l'étude (2006 à 2008). Il en résulte pour les petits paysans des coûts moins élevés pour les produits phytosanitaires et moins de charges de travail. Ces données montrent que l'emploi d'insecticides n'est pas limité au court terme - en effet, une nouvelle réduction a même lieu à long terme. Il est également intéressant d'observer que l'emploi d'insecticides a également diminué chez les paysans qui n'utilisent pas de variétés Bt - la culture de coton Bt semble donc décimer les populations de ravageurs si bien que les agriculteurs voisins en profitent. D'après des estimations de l'année 2010, le coton Bt permettrait d'économiser en Inde 35 millions de kg d'insecticides dans les champs de coton Bt, et 5 millions de kg dans les champs non Bt.
On a en effet observé une légère augmentation du besoin en insecticides sur les champs de coton Bt pour combattre les ravageurs secondaires, une augmentation insignifiante par rapport aux économies totales en insecticides. Contrairement aux craintes exprimées, le coton Bt s'est avéré avantageux à long terme. Pour que ce succès perdure, il est important de prendre des mesures comme la gestion des résistances, le contrôle des ravageurs secondaires et l'amélioration constante des variétés.
Source: Vijesh V. Krishna & Matin Qaim 2012, "Bt cotton and sustainability of pesticide reductions in India", Agricultural Systems 107:47-55
PNR59 : Sur quelle distance les gènes de blé peuvent-ils se disperser?
Effectués dans le cadre du Programme National de Recherche PNR 59 entre 2008 et 2010 à Reckenholz (Zurich), les essais en plein champ de blé génétiquement modifié résistant aux champignons ont permis d'analyser de nombreux aspects agricoles et économiques de ces plantes. Pour évaluer une éventuelle dispersion des gènes modifiés dans la nature, il est important de recueillir des données sur le flux de gènes vers des plantes de blé voisines. Le blé est en effet une plante autogame, mais on sait depuis longtemps que le pollen de blé peut être répandu par le vent sur de courtes distances. Ainsi, les chercheurs ont saisi l'occasion et ont effectué de tels essais avec le blé OGM analysé en plein champ.
Pour analyser le flux de gènes entre plantes voisines, Bernhard Schmied et ses collaborateurs de l'Université de Zurich ont sélectionné des descendants de plantes spécifiques et les ont plantés dans une petite parcelle avec d'autres plantes de blé. Parmi les plantes réceptrices non modifiées, les scientifiques ont constaté que 0,5% des descendants étaient issus de fécondations par du pollen de plantes voisines. Pour les plantes OGM, cette valeur était plus élevée (5,8%) - il est possible que la structure des fleurs des plantes transgéniques soient légèrement modifiée et que ces plantes soient moins bien protégées contre le pollen d'autres plantes. Ces données servent à évaluer ce qui se passe quand les semences contiennent des éléments provenant d'autres variétés (par exemple des graines d'OGM mélangées à des semences conventionnelles). Même pour le taux de pollinisation croisée le plus élevé, observé pendant les essais en plein champ, la part de plantes étrangères dans la récolte ne serait que légèrement supérieure à celle présente dans les semences - une multiplication significative n'aurait pas lieu.
Dans une deuxième approche, les scientifiques ont analysé le flux de gènes entre deux petites parcelles voisines de blés différents; ce, en relation avec la distance entre les parcelles. Ils ont observé une pollinisation croisée de 0,7% lors d'une distance de 0 à 0,5m ; lors d'une distance de 2,5m, le taux n'était plus que de 0,03%. Il s'est avéré que de petites distances entre les champs de blé suffisent pour éviter presque entièrement la transmission involontaire de gènes.
Les taux de pollinisation croisée étaient similaires pour les plantes de blé OGM et non OGM, mais variaient selon les lignées analysées. Les auteurs de l'étude conseillent d'évaluer cas par cas le flux de gènes d'une nouvelle variété, car il est difficile de développer un modèle universel précis.
Source: Silvan Rieben et al. 2011, "Gene Flow in Genetically Modified Wheat", PLoS ONE 6(12): e29730. DOI:10.1371/journal.pone.0029730
Maïs Bt : Grandes différences entre les pays européens en ce qui concerne l'exploitation et les conditions cadres
Des chiffres record pour le maïs Bt dans la péninsule ibérique, et des interdictions de culture en France et en Allemagne: dans les différents pays européens, les conditions cadres font le grand écart.
En Espagne, un pays qui fait de bonnes expériences avec le maïs Bt depuis 1998, on a enregistré en 2011 des cultures de MON810 sur plus de 97'325 ha, soit un accroissement de 27% par rapport à l'année précédente. Cela correspond à une part de 26,5% de la production totale de maïs, valeur jamais atteinte auparavant. Au Portugal, pays producteur de maïs Bt depuis 2005, la surface consacrée au MON810 s'est même accrue de 57% et correspond à 7723 ha.
Alors que le MON810 connaît un grand succès dans certains pays, il est interdit dans d'autres, comme par exemple en Allemagne (depuis 2009) et en France (depuis automne 2007). En septembre 2011, la Cour de justice européenne avait déclaré injustifiée l'interdiction du MON810, en raison de vices de forme et par manque de preuves du réel danger de ces plantes. Fin novembre, le Conseil d'Etat français a suspendu l'interdiction. Par contre, la Ministre de l'Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé pour février 2012 la promulgation d'une nouvelle clause de sauvegarde pour interdire en France la culture du MON810 ; celle-ci s'appuierait sur des études datant de 2009 et 2010. Cette année auront lieu les élections en France...
La France a longtemps joué un rôle décisif en Europe dans le domaine des essais en plein champ d'OGM. Cependant, les conditions cadres défavorables et les interdictions de culture ont causé une réduction des demandes, et nuisent ainsi à la recherche fondamentale. Entre 1999 et 2004, l'autorisation de nouvelles variétés a été interdite dans toute l'UE, période pendant laquelle les bases légales ont été élaborées. L'insécurité juridique a mené à une forte diminution des essais en plein champ. Après la fin de ce moratoire de facto le nombre de demandes s'est accru, mais a de nouveau chuté en 2007. C'est cette année-là que la France a décrété l'interdiction provisoire du MON810, ancrée dans la loi en 2008. En outre, plusieurs champs expérimentaux ont été détruits en France ces dernières années. Depuis ce moment, deux demandes seulement pour des essais en plein champ ont été déposées, en 2011 aucune.
Sources: "MON810 Corn Area Reaches Record Level on the Iberian Peninsula", USDA Foreign Agricultural Service GAIN Report SP1119, 6. 10. 2011; "La adopción de cultivos transgénicos alcanza récord histórico en España con casi 100.000 hectáreas", fundacion-antama.org, 20. 9. 2011; "Estimación superficie Cultivada de maiz MON 810 por provincias", Ministerio de Agricultura, Alimentación y Medio Ambiente (E); "Clause de sauvegarde maïs OGM: initiative dictée par les élections", Romandie News/AFP, 10. 1. 2012; "La clause de sauvegarde sera prise « avant la fin de février » (NKM)", www.lafranceagricole.fr, 23. 1. 2012; "Deliberate release into the environment of GMOs for any other purposes than placing on the market (experimental releases)", European Commission Joint Research Center, gmoinfo.jrc.ec.europa.eu
Recherche : BASF renonce à la biotechnologie végétale en Europe
Le 16 janvier 2012, l'entreprise BASF a annoncé le transfert du siège de sa branche BASF Plant Science de Limburgerhof (Allemagne) à Raleigh (Caroline du Nord / USA). Deux sites, à Gatersleben (Allemagne) et à Svalöv (Suède), seront fermés. L'entreprise arrêtera le développement et la commercialisation de tous les produits destinés au marché européen. Cependant cela ne concernera pas les processus d'autorisation en cours. Au total, 140 postes de haut niveau seront perdus.
«Nous sommes convaincus que la biotechnologie végétale est une technologie- clé pour le 21ème siècle. Toutefois, il y a encore un manque d'acceptation pour cette technologie dans une grande partie de l'Europe. Cela n'a donc aucun sens de continuer à investir dans des projets exclusivement destinés à ce marché » explique Stefan Marcinowski, membre du directoire de BASF, responsable de la biotechnologie végétale. « C'est la raison pour laquelle nous allons nous concentrer sur les marchés attractifs pour les biotechnologies végétales en Amérique du Nord et du Sud ainsi que sur les marchés d'Asie en croissance».
En 2004 déjà, l'entreprise Syngenta avait transféré aux Etats-Unis la recherche en biotechnologie végétale, également en raison des conditions cadres défavorables en Europe. Pour BASF, l'Europe ne représentait pas seulement un important site de recherche en biotechnologie végétale, l'entreprise travaillait également sur le développement de plantes OGM destinées au marché européen, comme les variétés de pommes de terre Amflora, riche en amidon, et Fortuna, résistante au phytophthora.
Ainsi, l'importance de l'Europe en tant que site de recherche dans le domaine de la biotechnologie végétale s'amenuise davantage - dans le futur, les investissements seront effectués ailleurs. Le budget annuel de BASF pour la recherche dans ce domaine s'élevait à 150 millions d'Euros.
Sources: "BASF konzentriert Pflanzenbiotechnologie-Aktivitäten auf Hauptmärkte in Nord- und Südamerika", BASF media release, 16. 1. 2012; "BASF gibt Grüne Gentechnik in Europa auf", www.biotechnologie.de, 18.1.2012