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Davos, terre de contrastes
Demain s'ouvre à Davos le rituel raout des "grands de ce monde", le Forum économique mondial (WEF pour les intimes) : gouvernants, patrons de multinationales, stars diverses et variées, sous l'oeil des media et la surveillance des hélicos. C'est le moment choisi par l'ONG Oxfam pour résumer en quelques chiffres éloquents, sinon l'état du monde, du moins l'état des inégalités dans le monde. Ce chiffre, parmi d'autre, résume le constat : 62 personnes (les plus riches de la planète) possèdent autant que trois milliards et demi d'autres (les moins riches et les plus pauvres). On ne sait si l'une ou l'autre de ces 62 divinités daignera poser ses pattes et montrer son mufle à Davos. En revanche, on peut être sûrs qu'aucun des 4 milliards de pouilleux n'y sera -même si, comme chaque année, des militantes et des militants tenteront de faire entendre leurs voix, et de dire leurs droits.
Pourquoi donc croyez-vous que le raout annuel des puissants se tient à Davos, et pas à Ouagadougou ?
Donc, 62 individus (dont 53 hommes) détiennent autant de richesse que trois milliards et demi d'autres (majoritairement des femmes). Et la richesse de ces 62 individus (Américains pour la moitié d'entre eux, Européens pour le quart, Chinois, Brésiliens, Japonais, Saoudiens pour le solde) pour a crû de 44 % ces cinq dernières années, alors que ce que possèdent les trois milliards et demi les moins riches, ou les plus pauvres, s'est réduit de 41 %. En quinze ans, la moitié la plus pauvre de la population mondiale s'est partagée 1 % de l'augmentation de la richesse globale... et le pourcent le plus riche s'est accaparé la moitié de cette richesse. Il y a de la logique dans ce transfert, qui signale un accroissement considérable des inégalités : ce que les uns possèdent, ils le prennent, directement ou non, aux autres. Et on n'est pas là dans un simple constat statistique : c'est sur le terrain social, sanitaire, éducatif, que ces inégalités se traduisent, lourdement, et pèsent de leur poids de morts : des centaines de millions d'humains souffrent de la faim, quand les ressources qui pourraient les en libérer sont amassées par quelques dizaines d'élus -mais d'élus par qui, sinon par eux-mêmes ? L'oligarchie, par définition, se coopte.
Les ressources qui manquent pour réduire les inégalités, et concrétiser les droits les plus élémentaires -se nourrir, se soigner, se loger- ont trouvé refuge là où elles risquent le moins d'être ponctionnées pour financer des programmes éducatifs, alimentaires, sanitaires, sociaux : elles sont planquées dans des paradis fiscaux, où reposent paisiblement près de 8000 milliards de dollars qui, s'ils n'échappaient pas ainsi à l'impôt, produiraient près de 200 milliards de dollars de ressources. Largement de quoi nourrir, éduquer, et soigner les damnés de la terre...
Voilà, c'était notre prêche du mercredi. On se doute bien qu'il va, soit tomber lourdement dans l'oreille de sourds, soit caresser légèrement celles de convaincus. Surtout là d'où nous parlons (Genève, la Suisse, donc). Où personne, même sans doute les plus pauvres d'entre nos concitoyens, ne fait partie de cette moitié la plus pauvre de l'humanité, mais où plusieurs centaines de résidents peuvent prétendre à faire partie du pourcent le plus riche. Et où plusieurs centaines de milliers considèrent qu'il est de leur droit fondamental de changer de bagnole, d'ordinateur, de tablette et d'écran de télé tous les six mois, sans trop se poser de questions, ou en ne s'en posant aucune, sur les conditions de travail et de vie de celles et ceux qui produisent leurs grigris.
Pourquoi donc croyez-vous que le raout annuel des puissants se tient à Davos, et pas à Ouagadougou ? Pour la neige ?