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La formule magique bousculée sous la pression des Verts
Le succès vert au Parlement rebat les cartes de la formule magique. La force électorale des deux vainqueurs de dimanche légitime un ministre écolo au Conseil fédéral. Mais les Verts semblent plutôt temporiser au risque de décevoir leurs électeurs.
Introduite en 1959, la formule magique a fonctionné jusqu'à la fin des années 1980. Aujourd'hui, elle est soumise à une forte pression face à la dispersion des partis politiques, explique le politologue Claude Longchamp à Keystone-ATS. Avec leurs 13,5% de force électorale, les Verts exigent une révision de cette formule qui détermine la composition de l'exécutif fédéral.
"La population a changé le curseur du Parlement du centre-droite vers le centre-gauche. Cette volonté de changement doit aussi se traduire dans le gouvernement", déclare la présidente des Verts Regula Rytz dans une interview mardi au Blick. La population mérite une concordance digne de ce nom, renchérit Jürg Grossen chef des Vert'libéraux (PVL).
Premier tour de chauffe
En décembre prochain, les Verts vont sans doute présenter "pour la forme" une brochette de candidats, pronostique Claude Longchamp. Certains noms ont déjà circulé dans les cercles politiques parmi lesquels le conseiller d'Etat genevois Antonio Hodgers, l'ancien ministre cantonal bernois Bernhard Pulver, Regula Rytz (BE) elle-même ou Maya Graf (BL).
Mais les Verts vont plutôt opter pour une stratégie à moyen terme. L'idée est d'agir au Parlement sur des thèmes importants touchant au climat en cherchant des alliances avec les alliés les plus proches (PVL et PS) mais surtout avec le PDC, selon le politologue. Regula Rytz a déjà lancé l'idée d'un sommet climatique auquel participeraient tous les partis.
Cette stratégie permettrait d'augmenter les chances d'un candidat vert lors de la prochaine vacance au Conseil fédéral. Elle se projette sur deux ans environ. Interrogé sur le risque de décevoir l'électorat, Claude Longchamp concède que cette politique pourrait être vue comme de l'attentisme. Mais c'est la plus pragmatique pour un pays comme la Suisse.
Trois critères à remplir
En théorie, la formule magique vise à représenter l'électorat au plus près de la réalité. Deux sièges au Conseil fédéral représentent 28,57% de l'ensemble du Collège, ce qui correspond bien à la force de l'UDC sortie des urnes dimanche (25,6%). En revanche, le PLR et le PS sont loin du compte, avec respectivement 15,1% et 16,8%.
Les Verts (13,2%) et Vert'lib (7,8%) totalisent à eux deux 21%, ce qui pourrait se traduire par deux sièges. Mais pour Claude Longchamp, cette répartition n'a rien de réaliste.
Pour accéder au sommet de l'Etat, un parti est tenu en général de remplir trois critères. Il doit disposer d'une force d'au moins 10% dans l'électorat, avoir des représentants dans les deux Chambres, dont au moins trois à cinq au Conseil des Etats et si possible bénéficier d'une expérience dans un gouvernement cantonal, énumère Claude Longchamp.
Les Verts qui sont présents dans sept exécutifs cantonaux remplissent tous les critères. Le PVL aucun, ce qui exclut pour l'heure un conseiller fédéral vert'libéral. Jürg Grossen ne revendique du reste aucun siège pour son parti. Quant à Regula Rytz, elle n'a jusqu'ici jamais formulé clairement le voeu d'en obtenir un coûte que coûte en décembre.
Quelques rares soubresauts
De toute manière, la configuration de l'élection du Conseil fédéral en décembre se prête mal à "un coup". Les conseillers fédéraux sont réélus par ordre d'ancienneté. Or le PDC n'a aucune intention d'exposer sa représentante Viola Amherd qui passera en dernier.
La composition de l'exécutif fédéral, d'une rare stabilité au cours des décennies, a quand même été adaptée depuis 60 ans. Non sans occasionner quelques rancoeurs. En 2003, Ruth Metzler (PDC) a dû céder son siège à un deuxième UDC. Depuis, le PDC n'est plus représenté que par un conseiller fédéral.
En 2007, la formule magique a également vécu un véritable tremblement de terre après l'éviction de Christoph Blocher (UDC), remplacé par Eveline Widmer-Schlumpf (PBD). La représentation des partis s'en est trouvée biaisée durant huit ans. La normalité a repris ses droits en 2015, avec le retour d'un second UDC, en la personne de Guy Parmelin et la disparition du PBD au gouvernement.
ats