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Combien de fois faudra-t-il répéter que la Banque nationale suisse ne «dépense» pas des dizaines de milliards pour défendre le cours plancher du franc, mais qu'elle se borne pour cela à les «émettre». Si les mots ont encore un sens, il y a là une très grande différence, qu'apparemment un certain nombre de confrères et autres blogueurs ont toutes les peines du monde à saisir. Les francs que la BNS crée en quelque sorte d'un trait de plume en paiement des euros qu'elle achète sur le marché des changes, elle les «détruira» tout aussi prestement lorsque, la crise enfin surmontée (ce qui se produira bien un jour), elle se délestera de ces mêmes euros au même prix voire mieux, et dégonflera d'autant son bilan aujourd'hui dilaté.
Ceux qui parlent de pertes et vont jusqu'à en chiffrer le montant par tête d'habitant (l'un deux calcule ainsi que chaque Suisse perd 150 francs par semaine puisque la BNS, croit-il pouvoir avancer, sera forcée de lâcher le cours plancher de 1.20 franc et le ramener à 1.10 franc, ce qui dévalorisera d'autant les 60 et quelque milliards d'euros rachetés au cours des deux derniers mois), ces «experts» commettent une triple erreur de raisonnement.
Premièrement, la Banque nationale suisse peut créer autant de francs qu'elle le souhaite, à l'exact inverse d'une banque centrale qui chercherait à empêcher la dévalorisation de sa monnaie, et qui se trouverait limitée pour cela par le montant de ses réserves de devises, comme le fut naguère la Banque d'Angleterre lorsque George Soros s'attaqua à la livre sterling.
Deuxièmement, la «perte», si perte il y a, encourue par l'Helvète moyen est en réalité un manque à gagner sous la forme d'un pouvoir d'achat externe inférieur à celui qui prévaudrait si le franc était coté plus haut. Nous payons nos importations un peu plus cher - ou obtenons un peu moins en contrepartie de nos exportations - que ce ne serait le cas si l'euro descendait à 1.10 franc. En échange de ce modeste sacrifice, nous sauvons sans doute des emplois, ce qui n'est pas rien.
Troisièmement, le seul risque effectif qu'affronte la BNS et qui pourrait lui faire changer de cap serait que les francs créés en surnombre viennent alimenter la demande de biens et services et fassent ainsi monter les prix. La réalité est que, pour l'heure et sans doute longtemps encore, les prix tendent plutôt à baisser. Seul secteur où des tensions inflationnistes sont apparues, l'immobilier inquiète l'autorité monétaire, mais l'abondance de francs n'est ici qu'indirectement en cause, et des instruments existent pour freiner l'ardeur des acheteurs, et celle des banques qui les financent.