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Walter Salles (Le Dernier Roi d'Ecosse) a pris en charge la réalisation d'un documentaire sur l'icône du reggae et du rastafarisme, Bob Marley. Le réalisateur est un habitué du genre, mais pourquoi le légendaire chanteur aux dreadlocks méritait-il ce film monument de 2h20? Pourquoi aujourd'hui? Pourquoi sous forme de documentaire? On peut se poser ces questions, d'autant plus qu'on ne fête en ce printemps 2012 aucune commération particulière, ni celle de sa naissance (1945), ni celle de son décès (1981). Néanmoins, il faut avouer que l'homme, Robert Nesta Marley de son vrai nom, a laissé une trace indélébile dans l'histoire de la musique du XXème siècle, on ne peut le contester, et qu'aujourd'hui encore on danse sur les contre-rythmes de ses mélodies aux quatres coins du monde, de la Jamaïque au Japon, en faisant virevolter pour les plus adeptes une chevelure devenue l'emblème d'une philosophie qui va de pair avec le genre musical. On l'a bien compris, aucune commémoration n'est donc indispensable pour qu'on en parle, et ce, même si d'autres genres musicaux ont connu une propagation similaire dans la deuxième moitié du siècle. On pense entre autres au jazz et au blues. Mais parmi eux, aucun n'est parti de si peu et aucun n'a eu comme leader une seule et unique figure à la manière du reggae. Bob Marley doit tout au reggae, et le reggae doit tout à Bob Marley ; qui peut en dire autant du jazz? Est-il un genre musical qui fut porté par si peu d'artistes et qui connut un si grand succès? Le reggae, par dessus le marché, n'avait même pas l'avantage, si l'on peut dire, de naître aux Etats-Unis et de jouir ainsi d'une visibilité mondiale qui portait des styles eux aussi issus des descendants d'esclaves noirs sur le devant de la scène internationale. Car c'est dans les bidonvilles de Kingston, à Trench Town, que cette musique est née et qu'elle a eu ses premières influences. Bob Marley y vécut sa jeunesse, tout comme la plupart de ses accolytes qui constituaient les "Wailers". En quelques années, il devenait une star mondiale pour le peuple occidental ; un nouveau Haile Selassié pour les Rastafaris. C'est pour toutes ces raisons que le chanteur jamaïcain méritait un tel hommage, et le genre documentaire s'y prête plutôt bien.
Au-delà de l'histoire de sa musique, c'est sa personne qui fait feu de tout bois dans ce film. Certes, Bob et les Wailers ont inventé le reggae ; certes ils ont écrit une demi-douzaine de titres que tout un chacun peut entonner en soirée autour d'un feu, voire même dans certaines boîtes ; certes ils ont disséminé une nouvelle application du catholicisme et la coiffure qui va avec sur toute la planète ; mais ce n'est pas tant ces choses-là que la singularité de cet homme devenu une superstar qui est à retenir de ce film. Sa grande qualité est de rappeler à tous ceux qui ne voient en Marley qu'un simple fumeur de joints ayant exploité un bon filon qu'il fut aussi un homme de paix, celui qui incarna au risque de sa vie et sans parti pris l'unité jamaïcaine. Bien que se nourissant des effluves de la ganja, jamais il ne tomba dans les travers de la plupart des chanteurs et musiciens des seventies et des eighties, et jamais il ne toucha aux drogues qui causèrent la mort - ou la légende - de tant de ses contemporains. Malgré les apparences, il exigeait de son entourage une hygiène de vie très rigoureuse, faite d'une alimentation très surveillée et d'une forme physique qu'il entretenait par sa deuxième passion, le football. En résumé, Bob était à bien des égards un homme exemplaire et ce film ne manque pas de le mettre en avant.
"Marley" est donc un film qui ravira les passionés de reggae, même s'il ne leur apprendra peut-être pas grand chose. D'ailleurs, ce n'est sans doute pas à eux que le film s'adresse en premier, mais à tous les férus d'histoire de la musique, les nostalgiques de ces années d'insouciance, les défenseurs d'une forme de liberté de l'homme qu'incarnent encore de nos jours les légendes d'un Che Guevara ou d'un Bob Marley. Tout ceux-ci y trouveront leur compte et ne doivent pas attendre la sortie du dvd pour s'en imprégner. Pour tous les autres, la vie de cet homme, belle et atypique, est une bonne excuse pour voir ce film, à condition de ne pas s'attendre à des étincelles sur le plan formel. Le seul regret, c'est que la génèse de la plupart de ses titres majeurs ("Redemtpion Song", "No Woman, No Cry", "Buffalo Soldier" notamment) n'ait pas été plus développée, comme si leur composition avait été fortuite. Mais le film aurait alors allégrement dépassé les 2h20, ce qui est déjà un maximum tolérable.