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Art-thérapie concept page1
Concept
L’art-thérapie est une approche qui s’inscrit dans les champs des approches centrées sur le processus plutôt que la finalité. Elle s’inspire de plusieurs perspectives et théories philosophiques et psychologiques. Les plus importantes sont la phénoménologie, la psychanalyse, la Gestalt thérapie, la psychologie humaniste, existentialiste et plus récemment transpersonnelle.
La phénoménologie
La phénoménologie est un courant philosophique apparu au XIVème siècle. « C’est l’art de faire apparaître explicitement la manière d’apparaître. » Dans le Petit Larousse de psychologie (2005), on définit la phénoménologie comme une « étude descriptive des vécus psychologiques (actes, états, croyances, objets) tels qu’ils peuvent apparaître à la conscience de celui qui fait l’expérience ».Trois personnes clées ont expliqué la phénoménologie:
Hegel (1770-1831) appelle ce courant philosophique « la phénoménologie dialectique» qui se base sur l’exploration des phénomènes, (c’est-à-dire ce qui se présente consciemment à nous) pour mieux comprendre ce qui est derrière les phénomènes.
Edmund Husserl (1859-1938) définit ce qu’il appelle « la phénoménologie transcendantale », qui nomme l’expérience comme l’intuition sensible des phénomènes, la science de l’expérience de la conscience, « de quoi est consciente la conscience ».
La troisième personne de référence en phénoménologie est Heidegger (1889-1976) qui parle de « la phénoménologie existentielle », ce qui signifie « l’appréhension de l’être en tant qu’être libre et responsable ».
Les phénoménologues du milieu du XIV et XX ième siècle proposent « le retour aux choses mêmes », c’est-à-dire le retour au contenu de la conscience avant toute réflexion et jugement. Etre à l’écoute de ce qui se vit ici et maintenant et laisser la plus grande liberté à ce qui doit se révéler à ce moment, spontanément. Les conceptions déjà construites que nous avons du monde et des choses doivent être mises de côté pour saisir ce qui se passe dans l’instant. La place de l’intuition est primordiale dans notre compréhension de l’instant. Cette méthode philosophique considère également de manière centrale la non neutralité de la présence d’autrui et donc la subjectivité de l’évolution de toute relation entre sujets.
Par rapport à l’art-thérapie, l’approche phénoménologique propose une observation de ce qui se présente à nous : les objets, les expériences, les vécus et perceptions tant sur le plan matériel qu’immatériel et en même temps, une observation de l’être en tant qu’être en train de faire et de se faire dans l’instant présent. Ainsi approche du processus art-thérapeutique implique de voir ce qui se passe dans l’ici et maintenant, de laisser venir des choses chez la personne sans que nous nous invitions dans le processus.
La Psychanalyse
L’approche Freudienne
L’art-thérapie a emprunté de Freud, la mise à nu du matériel inconscient et réprimé et les conflits internes causant les problèmes émotionnels afin de développer une compréhension du comportement en lien avec le matériel découvert. Elle a également incorporé les concepts de la catharsis et la sublimation.
La catharsis
La catharsis, issu du grec, Kathairo, a le double sens de nettoyage et de purification. C’est d’une part l’idée médicale d’élimination physique du mal par la purge, par le vomissement, la transpiration et les peurs, et d’autre part l’idée religieuse du sacrifice.
Ce qui caractérise le processus cathartique, est la participation émotionnelle du sujet, au travers, d’une réactualisation du passé. Cet événement se déroule souvent dans un climat de transe, c’est-à-dire de levé d’inhibition où l’inconscient effleure à la conscience.
C’est donc on offrant des moyens d’expression et de réalisation plastique que l’art-thérapeute permet à la personne de mobiliser et de canaliser ses émotions : désirs, agressions et peurs sont façonnés. L’art-thérapeute veille par la suite à encourager le patient à utiliser ce qui a été exprimé en forme et en images etc. dans un but de transformation et de conscientisation.
La sublimation
Le processus par lequel l’énergie d’une pulsion sexuelle ou agressive est déplacée vers des buts non sexuels. Pour Freud, la sublimation est un processus inconscient caractérisé par le détournement du but de la pulsion sexuelle vers un objet non sexuel. Il souligne l’importance de la pulsion dans le champ esthétique. Ce phénomène est observé surtout dans le cadre d’un travail en art thérapie avec les adolescents.
L’approche Jungienne
De Jung, l’art-thérapie a emprunté l’exploration et la découverte de la symbolique personnelle et collective ainsi que les thèmes archétypaux. Le travail se base sur l’analyse et l’interprétation de la production artistique par la personne même (formes, images, visions, rêves, nombres, couleurs, etc.). Les art-thérapeutes s’appuient sur la croyance jungienne que la conscience ne représente que la pointe de l’iceberg. Au fond de chacun de nous réside une part d’inconscient infiniment plus grande et plus puissante que ce que nous pouvons percevoir. D’autre part Jung parlait de l’imaginaire comme du langage de l’âme, la totalité psychique comprenant le conscient et l’inconscient. Ainsi le processus créatif d’expression artistique permet un contact direct avec notre sagesse intérieure ou plus simplement nos processus naturels de guérison. Enfin, comme les jungiens, les art-thérapeutes considèrent que l’image et l’oeuvre artistique sont vivantes et qu’elles possèdent une existence propre indépendante de la personne qui les a créées. Elles disposent de leurs propres structures et leurs propres lois.
Winnicott et l’objet transitionnel
La référence de Winnicott (1971) est incontournable dans la réflexion théorique de l’art-thérapie. Il a conceptualisé la notion d’objet, de phénomènes transitionnels et d’aire intermédiaire.
Pour Winnicott, le premier objet non-moi du bébé est le sein de la mère. Le cheminement de l’enfant va lui permettre de développer la capacité de reconnaître un objet comme non-moi, à le placer au-dedans, au dehors ou à la limite du dehors et du dedans. Il va ainsi développer la capacité de créer, d’imaginer, d’inventer, de concevoir un objet et d’instituer avec lui un rapport du type relationnel et/ou affectueux. Winnicott parle d’espace transitionnel. Pour Winnicott il existe un paradoxe dans l’utilisation cet objet par l’enfant, c’est-à-dire l’idée que ce n’est pas tant à l’objet lui-même qu’à son utilisation que l’enfant a recours. L’objet est le « véhicule » relationnel souvent associé à la sécurité. L’enfant utilisera cet objet transitionnel à des moments où l’angoisse de la perte du lien se fait présente. Il utilisera cet objet comme moyen de défense contre cette angoisse. Le fait que les parents en reconnaissent la valeur met l’objet choisi conjointement par l’enfant et ses parents au rang d’objet élu : l’objet qui fait le lien, la transition entre l’enfant et ses parents. En ce sens, l’objet devient le symbole de la personne absente, la mère en générale.
Les objets et les phénomènes transitionnels désignent alors l’aire intermédiaire d’expérience, cette aire qui se situe entre le subjectif et ce qui est objectivement perçu.
Dans une séance d’art-thérapie on retrouve les concepts de l’objet, du phénomène transitionnel et de l’aire intermédiaire dont parle Winnicott. La séance d’art-thérapie donne un espace et un temps délimités qui permettent à la personne de supporter la tension du dedans (la réalité interne) et du dehors (la réalité externe). Les objets, le matériel de dessin, la peinture ou l’argile que propose le thérapeute sont ainsi des éléments de la réalité externe qui permettent au patient un travail d’élaboration, de représentation de la réalité interne.