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Comment était-il possible que nous ayons des cellules aussi différentes les unes des autres (cellules nerveuses, cellules cardiaques, cellules de la peau) alors que toutes les cellules de notre corps sont porteuses du même patrimoine génétique ? Dans quelles mesures l’environnement est-il capable d’influencer notre génome ? Ce sont à telles questions que Susan Gasser et son équipe tentent de répondre.
« Le décodage du génome humain montre clairement qu’il n’est pas suffisant de connaître la séquence génétique de notre génome. L’information génétique à elle seule ne permet pas d’expliquer pourquoi des jumeaux monozygotes ne sont pas parfaitement identiques, pourquoi nous développons certaines maladies en particulier ou encore, pourquoi diverses personnes réagissent différemment au stress ou aux influences de l’environnement », explique Susan Gasser.
Ce qui est décisif, c’est la manière dont notre génome est régulé. C’est-à-dire quels gènes sont actifs. L’épigénétique joue un rôle important au niveau de la régulation du génome. Les gènes peuvent être activés ou désactivés. Ceci par des changements au niveau de la structure de l’ADN ou par le biais de modifications de l’ADN et des protéines.
Susan Gasser s’intéresse à l’organisation structurelle de l’ADN. Plus précisément, à la manière dont les chromosomes sont ordonnés dans le noyau cellulaire. Au moyen de colorants fluorescents, elle étudie le mouvement du matériel génétique ainsi que d’autres composants du noyau cellulaire, au cours de la différenciation de divers types cellulaires et tissus. Cette recherche est menée, dans son laboratoire, sur des levures et des vers. Ces organismes permettent un suivi de l’hérédité sur plusieurs générations. Afin de comprendre les mécanismes régissant l’épigénétique, les circonstances menant à l’activation ou à la désactivation des gènes sont étudiées. Par exemple, les chercheurs analysent l’influence de diverses substances nutritives ou de diverses températures sur l’activité des gènes.
« Pour moi, l’épigénétique représente la mémoire de la cellule », explique Susan Gasser. « Une cellule doit savoir d’où elle provient et où elle doit se situer au sein d’un organisme multicellulaire. Les cellules hautement différenciées possèdent le même matériel génétique que toutes les autres cellules. Cependant, elles savent qu’elles sont différentes. L’épigénétique permet à une cellule de savoir ce qu’elle est aujourd’hui et ce qu’elle sera demain ».
Susan Gasser résume en disant que l’identité d’une cellule ne se trouve pas dans la séquence génétique de son génome, mais est fortement dépendante de facteurs épigénétiques. « Ces facteurs sont très plastiques et sont influencés par le style de vie ainsi que par l’environnement dans lequel on vit. Ou, dans le cas d’une cellule, ce par quoi elle est passée ».
Susan Gasser est née aux Etats-Unis et a étudié à l’Université de Chicago dans l’Illinois. Elle a effectuée sa thèse de doctorat dans le laboratoire du Prof. Gottfried Schatz au Biozentrum de Bâle. Par la suite, elle a été cheffe de groupe à l’ISREC (Swiss Institute for Experimental Cancer Research) à Lausanne et Professeure au département de biologie moléculaire de l’Université de Genève. Depuis 2004, elle dirige à Bâle l’Institut Friedrich Miescher, actif en recherche biomédicale. En plus de sa fonction de directrice, Susan Gasser et son équipe restent très actifs dans le domaine de la recherche.