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Une rencontre fortuite
Le film "Hair est le résultat de la rencontre fortuite entre un cinéaste tchèque exilé aux États-Unis depuis la fin du Printemps de Prague et l'un des musicals les plus toniques jamais produits.
S'appropriant la comédie musicale mondialement connue, ayant fait scandale en 1968, Milos Forman se permet d'en bouleverser quelque peu l'organisation: coupant quelques morceaux musicaux, intégrant des ballets, resserrant l'action, inventant une histoire lui donnant une portée plus subversive, plus politique, plus triste aussi. Le résultat, à l'écran, 10 ans après le show sur scène, est une réussite. La caméra virevolte, les comédiens dansent et chantent dans Central Park à New York. Il y est question de guerre, d'engagement, et surtout de liberté.
Et alors que les hippies sont rentrés dans le rang, le film bouleverse encore au moment de sa sortie, se teinte de nostalgie, et ancre à jamais les chansons de cette comédie musicale dans notre inconscient collectif.
Synopsis
Claude Bukowski, jeune fermier de l'Oklahoma vient pour la première fois à New York pour visiter l'Empire State Building et la Statue de la Liberté avant de partir sous les drapeaux. À Central Park, il tombe sur des personnages qui l'étonnent, mais avec lesquels il va rapidement sympathiser; une communauté de hippies parmi lesquels George Berger. Ce dernier prend le futur soldat sous son aile et fait tout pour que ses derniers jours soient agréables. Mais les événements se précipitent. Claude finit par les quitter fâché et s'enrôle. Il doit s'entraîner avant le grand départ pour le Vietnam. Berger et ses amis viennent lui dire au revoir sur la base militaire.
Le film se termine au cimetière à Washington pendant une manifestation pacifiste où tout le monde chante "Let the Sunshine in" pendant que Milos Forman fait pirouetter sa caméra et ses acteurs avec virtuosité.
>> La bande-annonce du film "Hair":
Une comédie musicale à succès
En 1967, les États-Unis envoient leurs boys au Vietnam et, sur les pelouses de Central Park, les hippies aux cheveux longs, entre deux joints, chantent la paix. Gerome Ragni et James Rado ont eu l'idée de s'inspirer de cet élan universel pour construire une comédie musicale. Elle est créée dans un petit théâtre obscur.
En 1968, "Hair" explose sur scène. Un succès non escompté qui lui permet d'être joué à Broadway et dans le monde pendant quatre ans, sans interruption. Une des chansons les plus emblématiques de cette comédie musicale est sans conteste "Aquarius", qui ouvre le show sur scène et également musicalement le film de Forman.
Dans "Hair" on respire un air neuf, l'air du temps. On y retrouve tous les signes d'une contestation généralisée. Contre la guerre bien sûr, mais aussi pour la drogue et pour l'amour sans entraves. Contre les préjugés d'une morale étroite et pour la défense de l'environnement.
Cette comédie aurait pu rester américaine. Mais les producteurs comprennent vite que la jeunesse de Tokyo ou de Berlin ressemble alors trait pour trait à celle des États-Unis. En quelques mois, "Hair" fait le tour de la planète.
Triomphe international
Le premier "Tribal Love Rock Musical" comme le claironne la publicité devient une aventure sans frontières. Sao Paulo, Sydney, Hambourg, Amsterdam, Tel-Aviv Londres, Belgrade, les acteurs formés dans les différents pays chantent dans toutes les langues. On comptera jusqu'à trente productions simultanées. À Paris, elle révèle Julien Clerc.
Le spectacle s'y joue au théâtre de la porte Saint-Martin. Les places se vendent au marché noir. La fameuse scène de nu intégral, huit secondes dans la pénombre, n'y est sans doute pas pour rien. À plusieurs reprises les censeurs manifestent contre le déluge de grossièreté et de scènes obscènes.
La comédie musicale fait littéralement un triomphe. D'aucuns crient au scandale, mais la foule accourt, sort en chantant, en dansant, presque convaincue, le temps d'une soirée, qu'il vaut mieux s'aimer les uns les autres, s'offrir des fleurs, faire l'amour et pas la guerre. Son hymne, "Let the Sunshine in", est la chanson de toute une génération.
De la comédie musicale au cinéma
Le réalisateur tchèque Milos Forman découvre la comédie musicale au moment de sa création, lors du filage de la pièce dans un hangar de New York fin 1967, avant même les représentations au public.
Il ne comprend rien, il ne parle pas un mot d'anglais. Mais il aime aussitôt les mélodies. Il retrouve les compositeurs, Gerome Ragni et James Rado après le spectacle. Milos Forman se verrait bien transposer cette fièvre scénique sur grand écran. Il ne sait pas encore qu'il lui faudra attendre dix ans.
En 1969, lors l'installation définitive du réalisateur Milos Forman aux États-Unis, la Paramount prend contact avec lui. C'est là qu'il leur dit qu'il souhaite adapter "Hair" au cinéma.
"Cela ne m'intéresse pas de parler de social ou de politique. "Hair" pour moi représente d'abord cette musique dont je suis tombé amoureux, triste et joyeuse, dramatique et tendre, avec les belles voix et le mouvement des corps, une musique qui célèbre la liberté."
Milos Forman, réalisateur
>> Le réalisateur américain d'origine tchèque Milos Forman raconte comment il a adapté la comédie musicale "Hair" au cinéma, dans une interview à Cannes par Christian Defaye pour Spécial Cinéma. Le film y était présenté hors compétition en ouverture du 32e Festival international de cinéma. [Archives RTS]
Les acteurs
Au casting du film, on ne trouve pas les acteurs principaux de la pièce. John Savage incarne Claude Bukowski, Treat Williams est George Berger, Beverly D'Angelo est Sheila Franklin, Annie Golden tient le rôle de Jeannie Ryan, Donnie Dacus celui de Woof et Dorsey Wright incarne Lafayette.
Pour trouver ses acteurs, Milos Forman met une annonce dans le "Village Voice" de New York et précise que les premiers inscrits seront les premiers auditionnés. Quand il arrive à 10 heures, il y a déjà 400 noms. Le premier est celui d'une certaine Madonna.
"Une comédie musicale, c'est plus difficile qu'un autre film. Il faut collaborer avec plus d'ego que normalement. D'habitude, il y a le metteur en scène, le producteur, l'acteur. Ici, il y avait en plus la chorégraphe, les chanteurs, les danseurs. Quand je dis ego, ce n'est pas péjoratif. Je ne veux pas travailler avec des gens qui n'ont pas d'ego. Mais c'est vrai qu'il faut composer avec tout le monde".
Milos Forman, réalisateur
Tournage
Presque tout le film est tourné dans les décors naturels de New York. À cause de John Savage qui joue Claude, et qui n'a pas fini son tournage de "Voyage au bout de l'enfer", Forman doit reculer le tournage de son film jusqu'à l'arrivée de l'automne.
Ils tournent à Central Parc que le maire met à leur disposition. Un dimanche, ils profitent de la foule qui est là pour tourner la scène où l'on distribue des sucres de LSD. Les riverains furieux téléphonent au maire, disant qu'il est inadmissible de faire de la musique dès 8 heures du matin. Lorsque l'hiver arrive, les conditions de tournage deviennent très pénibles pour les acteurs. Mais toutes les difficultés rencontrées ne font que stimuler l'indomptable enthousiasme de Forman.
Sortie du film
À Cannes en 1979, "Le Tambour" de Volker Schlöndorff et "Apocalypse Now", de Francis Ford Coppola, reçoivent tous deux la Palme d'or. Pendant que "Hair" fait l'ouverture du festival.
C'est la fête à Cannes pour l'ouverture du 32e Festival du film, une vraie fête cinématographique. Sur l'écran, de la musique, de la danse, de la joie. C'est le renouveau de cette saga des cheveux longs qui fait le tour du monde à la fin des années 60 et que tout le monde attend sur grand écran.
Crédits
Une proposition de Catherine Fattebert pour "Travelling" du 12 février 2017
>> Écouter l'émission:
Sources: Interview de Milos Forman dans L'Express, 28.11.2002 / Claude Poizot, "Milos Forman", Editions Dis voir, 1987 / Jan Novak et Milos Forman, "…et on dit la vérité", Mémoires, Collection Vécu, Robert Laffont, 1994.
Réalisation web: Andréanne Quartier-la-Tente et Lara Donnet