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Le chiffre affiché par l’ONG Oxfam selon lequel « 2153 milliardaires détiendraient plus d’argent (autrement dit de patrimoine ou de fortune) que 60 % de l’humanité » est certes spectaculaire mais il n'est pas correct de ne pas le nuancer et de ne pas le mettre en perspective. Pour s’en persuader il suffit une fois encore de se référer à Thomas Piketty. C’est pour sûr un marxiste mais lui est honnête.
Voici comment ce dernier recense la répartition des patrimoines européens aujourd’hui :
- la part détenue par les 10 % les plus riches s’élève aujourd’hui à 55 % (contre 50 % en 1980 et 90 % en 1914).
- la part des 50 % les plus pauvres se situe à 7 % (contre 10 % en 1980 et 2 % en 1914).
- la part des 40 % du milieu, soit les classes moyennes, atteint 38 % (contre 40 % en 1980 et 8 % en 1914).
Quant à la sous-catégorie du 1 % des hyper-riches, soit en gros les milliardaires, ils en possèdent 22 % (contre 18 % en 1980 et 50 % en 1914)
Pour être juste, il faut noter qu’aux USA les riches et les milliardaires ont fortement accru leurs patrimoines au cours des 5 ou 6 dernières décennies sous l’effet des baisses d’impôts scandaleuses et ridicules dont ils ont bénéficié.
Mais il n’en reste pas moins que la répartition des patrimoines (c’est le cas aussi de celle des revenus) est devenue nettement plus égalitaire depuis un siècle, cela principalement grâce à l’augmentation du niveau de vie de toutes les couches des populations. C’est particulièrement vrai en Europe et ça l’est aussi aux USA. Certes dans les pays en développement et parmi ceux qui accèdent depuis quelques années à l’opulence, les inégalités entre les hyper-riches et les plus pauvres sont souvent injustifiables, surtout vues de l’Occident.
L’ONG, par souci d’honnêteté, aurait dû souligner aussi que les milliardaires dont elle parle ne sont pas des salopards assis sur leurs tas d’or. C’est vrai, ils ne contribuent pas partout suffisamment par leurs impôts au bon fonctionnement de l’Etat, constat qui résulte en premier lieu de l’impéritie des gouvernements. Mais on ne saurait nier que Jeff Bezos, Bill Gates et consorts sont les actionnaires de sociétés qu’ils ont créées et que celles-ci ont généré des millions d’emplois à travers le monde.
Quant à l’interprétation du pavé d’Oxfam qu’en font l’ONG et les médias en insistant sur les inégalités qui partout perturberaient le bon fonctionnement du monde, elle est ridicule. Contrairement à ce qu’ils prétendent avec une légèreté coupable, les « 2153 milliardaires » n’ont rien à voir avec les discriminations faites aux femmes. Ni avec les jacqueries des gilets jaunes et des syndicats français ou les troubles qui secouent le Liban, Hong Kong et Santiago du Chili.
Pierre Kunz