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Cela a commencé avec l’assèchement du Sahara, qui était vert jusqu’à environ 6’000 ans BP (Before Present). Des rivières y coulaient. Le Lac Tchad était presque une mer intérieure avec 26’000 km2.
Cet épisode n’est pas très médiatisé. Pourtant il y a eu une cassure du climat africain. Elle a commencé vers 5’000 ou 6’000 ans BP. Un changement dans les précipitations a peu à peu asséché la région.
On en ignore les causes exactes. Un refroidissement des hautes latitudes nord est évoqué, dû à un ralentissement du Gulf Stream. Un tel ralentissement serait survenu à plusieurs reprises depuis 15’000 ans. Les modifications des courants océaniques auraient eu une influence sur l’aérologie et la pluviométrie de certaines régions. Néanmoins cette hypothèse ne fait pas l’unanimité.
Globalement une tendance se dessine: forêt et températures en Afriques varient avec les phases d’extension et de rétraction des calottes glaciaires.
Le climat est comme une respiration entre le froid polaire et le chaud tropical. On passe d’une prévalence à l’autre et inversement. Parfois de manière abrupte, en quelques décennies. Actuellement le chaud tropical semble l’emporter. Pour combien de temps? 20 ans? 100 ans? 1’000 ans? 10’000? Le différentiel des variations naturelles et la méconnaissance que nous avons de divers cycles naturels ne permet pas d’anticiper ou de prédire, à mon avis.
Les image 1 et 2 représentent l’Afrique il y a 12’000 et 10’000 ans, à une époque où elle était verdoyante et couverte de forêts et de prairies et parcourue de rivières permanentes. On y mangeait du poisson et de l’alligator.
L’assèchement commence par des variations climatiques naturelles:
« Il y a 6000 ans un changement climatique brutal changea totalement la région. Il y a 5800 ans la pluviométrie diminue fortement. En quelques siècles le niveau du lac Tchad (alors plus grand lac du monde) baisse d’une centaine de mètres. »
Ce lac a donc déjà connu d’importantes variations de superficie et de niveau associé à une forte variation du climat de la moitié nord du continent. L’assèchement aurait été ensuite amplifié par l’activité humaine: la coupe massive de bois au temps des Égyptiens et l’intensification de l’élevage.
C’est du conditionnel. Selon un article publié dans Pour la Science en mai 2000:
« L'homme est-il un prédateur des forêts? Une reconstitution de la progression et du recul des forêts et des savanes équatoriales a nuancé cette accusation simpliste : les variations climatiques sont prépondérantes. »
Au temps de l’Égypte antique l’évolution de l’environnement était déjà un souci:
« La littérature égyptienne nous renseigne d’ailleurs un peu sur cette évolution. On a ainsi retrouvé des textes montrant que les scribes s’alarmaient de l’exploitation du bois dans cette zone car les arbres ne repoussaient pas après. Le pastoralisme aurait également aggravé la situation en dévastant la seule végétation qui survivait encore. A l’époque de Toutankhamon il restait bien encore quelques lions mais l’Egypte était désormais cernée par un vaste désert aride. »
La forêt équatoriale humide au sud du Sahel a été atteinte par « une brève mais intense phase de recul des forêts au profit des savanes » surtout entre 2800 et 2000 BP. Certains épisodes météorologies abruptes peuvent être à l’origine de variation climatiques fortes, sans que la cause précise soit encore connue. Des oscillations de températures des mers superposées à divers cycles font du climat une machine d’une extrême complexité.
Cette grande forêt d’Afrique était comme un mur impénétrable jusqu’à cet assèchement. Des ouvertures et une fragmentation importantes se sont ensuite faites. Une réduction intense de cette forêt a été constatée dans les forages et les études paléoclimatiques. Cela a favorisé des migrations intra-africaines.
Puis les pluies sont revenues et la forêt s’est reconstituée, régénérée, en environ 500 ans seulement. Cela montre son extraordinaire résilience et sa capacité de retour à de bonnes conditions même après une longue période de stress et de dégradation.
Cette reconstruction ne s’est pas faite toute seule. La Grande forêt a eu des alliés, hôtes de ses arbres et abris:
« Cette restauration n’est pas liée à l’action de l’homme, mais a été favorisée par des agents de dispersion des graines ou des fruits, parmi lesquels les chimpanzés.
Par leur action, ces disséminateurs ont contribué à l’expansion des espèces d’arbres à croissance lente de la forêt humide. »
L’auteur de l’article dont cette citation est extraite, démontre que les graines lourdes de certains arbres comme le palmier, n’ont pu être transportées par le vent. Cela s’est fait grâce aux déjections des animaux, comme les chimpanzés.
Aujourd’hui l'augmentation des population causerait la diminution du nombre de ces grands singes à cause de la chasse. Ce qui menacerait la forêt:
« Le marché de la viande de brousse contribue à la disparition d’espèces clés comme les chimpanzés. Or sans ces animaux capables de disperser les graines à distance – particulièrement les plus grosses et les plus lourdes – la composition naturelle et la régénération des forêts seraient menacées. »
Je note qu’il s’agit de conditionnel. Ce n’est pas certain.
En résumé, l’Afrique a connu des variations extrêmes du climat. Sa grande forêt a failli disparaître au profit d’une savane appauvrie. Mais elle s’est régénérée quand les conditions de pluviosité se sont améliorées. Aujourd’hui l’intervention humaine peut aussi contribuer à la bonne santé des forêts. L’image 4 montre l’évolution de la couverture forestière grâce à l’action conjointe des habitants et du Jane Godall Institute dans l’ouest de la Tanzanie.
Contrairement aux propos des alarmistes rien n’est irréversible. La vie a continué pendant ces millénaires malgré ou avec ces variations parfois extrêmes. Et je fais le pari qu’elle continuera malgré ou avec la variation climatique actuelle.