Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07272.jsonl.gz/1225

Les recherches sur le clonage humain à des fins thérapeutiques et les réflexions qui s'y rattachent viennent ces derniers jours de connaître de brutales accélérations. En témoigne, de manière à bien des égards exemplaires, le texte que le député français par ailleurs ancien ministre de la recherche du gouvernement socialiste de Lionel Jospin Roger-Gérard Schwartzenberg vient de déposer à Paris sur le bureau de l'Assemblée nationale et dont il nous a transmis une copie. Ecoutons un instant l'auteur.«Le 12 février 2004, la revue américaine Science a rendu compte des travaux de chercheurs de l'Université de Séoul, qui sont parvenus à créer des embryons humains par transfert de noyaux de cellules somatiques dans le but d'obtenir des cellules souches à visée thérapeutique, technique souvent appelée "clonage thérapeutique", écrit-il dans son exposé des motifs. Le 20 mai 2005, la même revue a annoncé que cette équipe du Pr Woo-suk Hwang a réussi à cultiver onze lignées de cellules souches obtenues à partir de ces embryons clonés, cellules susceptibles de se différencier en différents tissus. Le 20 mai 2005, également, The Times a annoncé que des scientifiques de l'Université de Newcastle ont, eux aussi, réussi à créer un embryon humain par transfert nucléaire dans ce même but : obtenir des cellules souches à visée thérapeutique.»Pour l'ancien ministre français de la Recherche, il ne fait plus aucun doute aujourd'hui que cette double réussite des chercheurs sud-coréens et britanniques marque une étape décisive vers la médecine régénératrice et les thérapies cellulaires, qui visent à remplacer des cellules déficientes ou insuffisamment nombreuses par des greffes de cellules. «Elle ouvre la voie, ajoute-t-il, au traitement de maladies graves et souvent incurables aujourd'hui : maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, Huntington, sclérose en plaques, sclérose latérale amyotrophique), cardiopathies, hépatites, diabète insulino-dépendant, lésions traumatiques de la moelle épinière, etc.»On sait que les cellules souches humaines peuvent provenir d'embryons conçus in vitro dans les centres d'assistance médicale à la procréation, conservés par congélation et ne faisant plus l'objet d'un projet parental. «Mais les cellules prélevées sur ces embryons dits "surnuméraires" ne sont évidemment pas identiques à celles du receveur et peuvent provoquer des phénomènes de rejet, observe le député français. En revanche, le transfert de noyaux de cellules somatiques présente l'avantage d'éviter le rejet immunologique, car, dans cette autogreffe, le receveur est greffé avec ses propres cellules, avec des cellules autologues et non hétérologues. Le transfert nucléaire constitue des lignées cellulaires totalement compatibles avec le système immunitaire du patient donneur du noyau. Cette technique est donc plus efficace puisqu'elle permet d'obtenir des cellules souches génétiquement identiques à celles du patient et, dès lors, des tissus parfaitement histocompatibles, qui ne connaîtront pas de rejet après leur transplantation.»Retour à la politique française : le 22 janvier 2002, les ministres de la Recherche et de la Santé du gouvernement Jospin faisaient adopter le projet de loi de bioéthique en première lecture par l'Assemblée nationale, et ce à une très large majorité (325 voix contre 21). Ce texte autorisait en substance les recherches sur les cellules souches issues d'embryons surnuméraires, tout en les soumettant à un strict dispositif d'encadrement. D'autre part, on peut penser qu'il ouvrait indirectement la voie à une légalisation, à terme, du clonage thérapeutique, en chargeant la future Agence française de la biomédecine d'assurer une veille scientifique sur le développement des connaissances et techniques dans ce domaine et de proposer au gouvernement les orientations et mesures qu'elles pourraient appeler.Politique toujours : «Avec le développement des connaissances et techniques dû en particulier aux travaux des biologistes de Séoul et Newcastle, il importe désormais d'autoriser le clonage thérapeutique, comme cela avait été envisagé dès janvier 2002, estime M. Schwartzenberg. Depuis, cependant, les ministres de la Recherche et de la Santé du gouvernement Raffarin II ont déposé ou inspiré des amendements lors de l'examen du projet de loi de bioéthique au Sénat en janvier 2003, puis au cours de sa seconde lecture à l'Assemblée nationale en décembre 2003, qui ont profondément modifié le texte initial et interdit toute recherche sur le clonage thérapeutique. Dès lors, la loi de bioéthique du 6 août 2004 interdit, à son article 25, toute recherche sur le clonage thérapeutique.»De fait, l'article 25 de la loi du 6 août 2004 dispose : «Est également interdite toute constitution par clonage d'un embryon humain à des fins thérapeutiques.» Quant à l'article 511-8-1 du code pénal, il stipule : «Le fait de procéder à la constitution par clonage d'embryons humains à des fins thérapeutiques est puni de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende.» L'ancien ministre de la Recherche sait que le principal fondement à cette interdiction réside dans l'argumentation suivante : créer des embryons, même en vue de développer de nouvelles thérapies, n'est pas éthiquement admissible puisque dès son commencement la vie humaine a un caractère sacré. «Cette objection dépend des convictions spirituelles ou philosophiques de chacun, observe-t-il. Pour certains, l'embryon de six jours est déjà un être humain. Pour d'autres, ce n'est qu'une personne humaine potentielle. Pour d'autres enfin, c'est seulement un assemblage de 125 cellules encore indifférenciées. En toute hypothèse dans une "République laïque" (article 1er de la Constitution), le législateur ne peut transformer un article de foi en article de loi. Il ne peut privilégier telle conviction philosophique ou religieuse par rapport à telle autre, au risque d'imposer une vision particulière à l'ensemble de la société. Conscient de cet impératif de laïcité, le gouvernement Chirac avait fait voter la loi de 1975 sur l'IVG, bien qu'elle pût heurter les convictions de certains élus de droite.»On ajoutera que postérieurement à la promulgation de sa loi de bioéthique du 6 août 2004, la France a signé le 29 octobre 2004 le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Or, à son article II-63, la Charte des droits fondamentaux, intégrée à ce traité, prohibe le clonage reproductif humain, mais n'interdit nullement le clonage thérapeutique.L'affaire est à suivre, nous la suivrons.