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Retour hier soir d’une journée à Lyon. Je traverse la gare et passe par la galerie marchande pour remonter vers l’arrêt du tram 15. Un escalator permet d’y accéder. Devant moi un couple dans la vingtaine.
Ils marchent côte à côte. Arrivés à l’escalator l’un doit céder la place: l’escalier roulant n’a pas la largeur pour se tenir à deux sur la même marche. Ils continuent leur discussion et, simultanément, le garçon ralentit un peu. La fille fait un pas en avant, à peine plus rapide. Il lui cède la place et elle passe devant.
Les mouvements de leurs corps était parfaitement synchrones, huilés, sans hésitation. L’homme laisse passer la femme devant lui. Héritage du supposé stéréotype de la domination masculine? Je connais bien assez de femmes dominantes et d'hommes dominés pour ne pas y donner suite. Celui de la faiblesse féminine alors, l’homme se plaçant derrière par une politesse qui compenserait une place sociale féminine que l’on supposerait dévalorisée? A moins que ce ne soit le réflexe protecteur de l’homme. L'un de ses rôles fondamentaux et historiques.
Stéréotype? Pourquoi pas? Aujourd’hui d’aucunes dénoncent tous les stéréotypes comme des oppressions culturelles et des instruments de domination, voire des emprisonnements. A les entendre il faudrait les défaire tous. Ce qui donnerait, au pied d’un escalator, une bousculade pour éviter que l’un ou l’autre passe pour le faible ou le dominant. A moins d'élargir tous les escalators!
Balivernes. Si la femme avait hérité de la nature et de la société le rôle de protection physique de l’homme, elle serait musclée comme un camionneur et sa densité osseuse serait plus importante. Il y en a quelques unes, mais une petite minorité.
Pour ma part je laisse en général passer la femme, sauf si l’aspect pratique de la chose est compliqué ou si une nécessité objective l’emporte. Je n’admets pas que la femme soit dans un rôle protecteur à mon endroit. Je n’inverse pas les rôles. Les comportements sont multiples et variés mais il y a des balises fondamentales autour desquelles les relations s’organisent. La galanterie, concept éminemment sexiste et pourvoyeur de stéréotypes paraît-il, reste une forme plaisante de relation entre l’homme et la femme. Celles qui y verraient un instrument de domination devrait faire une séance supplémentaire chez leur psy.
Il peut arriver fortuitement qu’une femme me protège. Ce ne doit être ni la norme ni l’habitude. Les stéréotypes ont une utilité: confirmer, amplifier et ancrer culturellement une disposition naturelle. Par exemple, protéger sa famille pousse l'homme au courage en cas de danger. Les stéréotypes ne sont pas des schémas d’oppression - d’ailleurs qui est le plus contraint: la femme protégée ou l’homme destiné à prendre les coups pour la protéger?
Il n’y a pas de privilège à protéger: c'est un devoir masculin. Pas besoin d'en faire trop mais d'être vigilant et disponible quand c'est nécessaire. Il est utile de le rappeler, dans une époque qui veut démanteler la culture, faire table rase du passé au nom d’un égalitarisme dogmatique, et qui nie la nature jusque dans ses fondements élémentaires. La théologie victimaire ne saurait s’exonérer du constat des différences femmes-hommes et des répartitions de fonctions que ces différences engendrent. Les stéréotypes, aussi réducteurs soient-ils dans la théorie (je n'ai moi-même jamais aimé me laisser enfermer dans une image), servent d’abord à ancrer une balise. Libre à chacun d’en élargir les modalités et de les ajuster aux circonstances et à ses besoins.
Le progrès, s’il y a progrès quelque part, c’est la conscience de sa possible liberté par rapport à un schème donné, mais ce n’est pas la déculturation de la société et la négation de l’utilité des constructions culturelles et biologiques.
Un détail cependant: messieurs, on ne laisse pas une femme en jupe courte monter l'escalier devant soi...