Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07036.jsonl.gz/1532

La chronique
de Lionel Maumary
La migration des Cigognes blanches bat son plein !Lionel Maumary, Oiseaux.ch, 19.08.2009
Le soir du 18 août, un groupe de 144 Cigognes blanches a été photographié à Pampigny VD. Ce rassemblement est exceptionnel en Suisse, puisque c'est le 2e plus grand groupe observé en Suisse après celui de 147 ind. le 28 août 2005 à Ménières FR. La migration dautomne est actuellement à son apogée, mais dautres cigognes seront vues en migration sur le Plateau ces prochaines semaines, le gros du passage se prolongeant jusquà début septembre.
La sous-espèce nominale de la Cigogne blanche a une aire de distribution presque entièrement comprise en Europe continentale, du Portugal à la Russie occidentale (à louest de Moscou), au nord jusquaux côtes de la mer du Nord et de la Baltique (golfe de Finlande) et au sud jusquaux côtes de la Méditerranée. Elle niche également au Maghreb, en Turquie, en Irak et en Iran. Une petite population isolée se reproduit dans la province du Cap en Afrique du Sud. Le noyau de la population se situe dans le nord et lest de lEurope, la Pologne, la Biélorussie et lUkraine hébergeant à elles seules environ 57'000 couples, soit plus de la moitié des effectifs européens. La densité est beaucoup plus faible en Allemagne (4'500 couples) et en France (430 couples), doù proviennent la majorité des migrateurs observés en Suisse. La population dEurope occidentale (à louest dune ligne coupant lAllemagne en deux) migre par le détroit de Gibraltar en Espagne et, dans une moindre mesure, par lItalie, pour aller hiverner dans la ceinture sahélienne, alors que la population dEurope orientale passe par le détroit du Bosphore (Turquie) et au Proche-Orient pour rejoindre ses quartiers dhiver situés en Afrique orientale jusquen Afrique du Sud. Lespèce est récemment devenue hivernante en nombre et partiellement sédentaire dans le sud-ouest de la péninsule Ibérique, où elle profite notamment des décharges à ciel ouvert pour se nourrir.
En Suisse, avant la disparition de la population indigène en 1950, lespèce nichait en plusieurs régions du Plateau : la plaine de lOrbe VD, la basse plaine de la Broye FR/VD, le Seeland BE/FR, toute la plaine de lAar du lac de Bienne à la jonction de la Limmat et de la Reuss et les plaines adjacentes au sud, notamment entre lEmme et la Sarine et la vallée de la Reuss AG/ZG/ZH, les plaines de la Linth SG/SZ/GL, de la Glatt et de la Töss, celles de la Thur et de la Sitter, la campagne de Schaffhouse, la plaine du Rhin saint-galloise, le Jura argovien et bâlois et lAjoie JU. Actuellement, les sites de nidification sur le Plateau, implantés par lhomme pour la plupart, correspondent partiellement à cette ancienne distribution. En migration, la Cigogne blanche peut être observée en tout point du Plateau. Contrairement à la Cigogne noire, elle évite de traverser les montagnes et les grands lacs, raison pour laquelle elle passe généralement au nord du Léman, au sud du lac de Neuchâtel et à lest et à louest du lac de Constance ; elle longe régulièrement larc jurassien et la vallée du Rhin saint-galloise en automne. Lespèce est très rarement observée à lintérieur des Alpes, même au col de Bretolet VS ou en Haute-Engadine GR.
Lanalyse des causes du déclin de la Cigogne blanche est complexe. Lextinction de la population indigène est à mettre en relation avec la destruction de ses habitats liée à lintensification de lagriculture en Europe occidentale au cours du XXe siècle. En Suisse, plus que 90 % des surfaces marécageuses ont été drainées, et lutilisation immodérée de pesticides a contribué à réduire les ressources alimentaires, ce qui a probablement entraîné la baisse du succès reproducteur. Cependant, lévolution écologique défavorable sur les terrains de nidification ne suffit pas à expliquer lampleur du déclin en Europe de louest jusquau milieu des années 80. Il a été montré que les effectifs de Cigognes blanches diminuent rapidement quand la mortalité des adultes naugmente que faiblement. Il est donc probable que le recul des effectifs soit en grande partie dû à une augmentation de la mortalité, laquelle augmente lors dannées de sécheresses dans les quartiers dhiver au Sahel, la nourriture sy faisant alors rare. Il sagit probablement là dune des causes principales de limportant déclin observé en Europe occidentale. Le redressement ultérieur des effectifs est à mettre en rapport avec le fait que les longues sécheresses au Sahel ont diminué dans les temps récents, que lhivernage dun nombre croissant de Cigognes blanches ne se fait plus au Sahel mais dans le sud de lEspagne et que des projets de réintroduction ont été menés à bien. Les câbles électriques et les pylônes constituent la cause de mortalité la plus importante pendant la migration, par collision ou électrocution. Chaque année en Suisse, un jeune sur quatre et un adulte sur 17 meurent suite à une collision contre un câble, une ligne aérienne ou une antenne. En Allemagne, 77 % des décès doiseaux bagués sont dus à de telles collisions, concernant surtout les jeunes inexpérimentés. Les cheminées dusine et les châteaux deau à ciel ouvert sont également des pièges mortels. La sécurisation des lignes aériennes et la diminution de la pression de chasse durant la migration et sur les lieux dhivernage sont des mesures de protection à entreprendre. De plus, la revitalisation des bas-marais, laménagement de nouvelles zones humides, la création de bandes-abris et lextensification de lagriculture offrent des sites de gagnage favorables. Ces mesures ont déjà fait leurs preuves dans les cas des prairies inondables de Roggwil BE et de revitalisation des milieux dans la vallée du Rhin saint-galloise.
PUB: Trouvez une belle photo de migration de Cigognes dans l'Almanach 2010 des migrations d'oiseaux au mois d'août !