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Dans des lettres de confirmands je vois souvent dire : « Je prie quand j’ai besoin de quelque chose ». Dans des discussions sur le processus synodal, j’entends assez souvent que l’on doit proposer aux gens de se poser la question « Qu’est-ce que ça m’apporte d’aller à l’église ? » Rien de tout cela n’est absurde, évidemment, mais c’est tout de même incomplet. On devrait aussi envisager une perspective en sens inverse. C’est ce que relevait le philosophe bouddhiste japonais Keiji Nishitani en 1961 à propos de la religion : « Du point de vue de l’essence de la religion, c’est une faute de demander ‘Quel est le but de la religion pour nous ?’ Et c’est une question qui laisse clairement percevoir une attitude de recherche de compréhension de la religion indépendamment de la quête religieuse. C’est une question qui doit être remplacée par une autre question qui vient de l’intérieur de la personne qui la pose. Il n’y a pas d’autre chemin qui puisse conduire à une compréhension de ce qu’est la religion et du but auquel elle sert. La contre-question qui opère cette rupture est celle qui demande : ‘Dans quel but est-ce que j’existe ?’ Nous pouvons demander le but pour nous de tout le reste, mais pas de la religion. (…) La religion dérange la position depuis laquelle nous nous pensons nous-mêmes comme la fin et le centre de toutes choses. A la place, la religion pose comme point de départ la question : ‘Dans quel but est-ce que j’existe ?’ » (traduit à partir de la traduction anglaise, Religion and Nothingness, University of California Press, Berkeley – Los Angeles – London, 1982, p.2-3).
Traduite en langage spécifiquement chrétien, le point de départ de Nishitani serait ce que nous disons à notre Père : « Que ta volonté soit faite ». C’est ce qui opère en nous un décentrement sans lequel les relations interpersonnelles risquent toujours d’aboutir à la violence, comme nous en avons trop d’exemples. De ce point de vue, on peut reprendre la question « Qu’est-ce que ça m’apporte d’aller à l’église ? », en signalant que c’est justement l’inversion de cette question qui est la grande contribution de l’Église à la paix entre êtres humains et avec l’ensemble de la nature.
+ Charles Morerod OP