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Depuis 2014, j'ai collaboré à plusieurs études menées par Kristina Lanz sur les effets de l'acquisition de terres par GADCO sur des villages de la région de la Volta, à l'extrême sud du Ghana. Les résultats de notre travail ont été discutés à plusieurs reprises dans le cadre de réunions publiques avec les villageois ainsi qu'avec des représentants de l’entreprise et des autorités locales. Les gens se sont notamment plaints que GADCO leur avait pris leurs terres agricoles sans compensation adéquate, que les étangs à poissons et les sources d'eau potable avaient été détruits, l'accès au bois de chauffage rendu plus difficile, les routes d'accès bloquées et la population rurale importunée pour avoir protesté contre la perte de ses terres agricoles.
Notre objectif a toujours été de trouver des solutions aux problèmes que nos recherches ont révélés. Même après la fin de ce travail de recherche, je me suis fréquemment rendu dans les communautés pour voir et entendre comment les choses avaient changé - malheureusement, la plupart du temps pour le pire. Avec une consœur de Pain pour le Prochain, Kristina Lanz a finalement pris contact avec le propriétaire suisse de GADCO. De nombreux problèmes ne peuvent être résolus à court ou moyen termes ; nous avons de ce fait décidé de demander au PDG de GADCO de construire un pont sur le canal creusé par l'entreprise. Sans un tel ouvrage, le village de Kpevikpo resterait coupé de ses communautés voisines. Quand le canal charriait de l’eau, les enfants ne pouvaient plus aller à l'école, les femmes n’étaient plus en mesure de rejoindre le marché et les gens n'avaient plus accès aux services sociaux ou étaient empêchés d’assister aux réunions.
Finalement, le PDG de GADCO a accepté de participer à une réunion communautaire organisée par mes soins à Kpevikpo. Le jour dit, il devait venir me chercher dans la ville voisine de Sogakofe pour que je puisse le conduire à la réunion. Mais au lieu de prendre la direction de Kpevikpo, nous avons été amenés au bureau de GADCO. À ma grande surprise, plusieurs représentants des autorités traditionnelles villageoises qui avaient fait cause commune avec GADCO nous attendaient ; on m’a insulté en tant que responsable de l'article de « global » de Kristina Lanz et pour ma participation à la recherche. Quant à elle, Kristina a reçu une lettre des chefs traditionnels (« chiefs ») discréditant nos recherches et nous menaçant tous deux de poursuites judiciaires.
Après la réunion, les « chiefs » et le PDG de GADCO ont finalement participé à la rencontre communautaire. En fin de compte, ce dernier a accepté la construction du pont et promis de fournir des panneaux solaires à chaque ménage de Kpevikpo. Comme défenseur du développement durable des communautés, j'ai depuis lors voulu m'assurer que les promesses avaient été bel et bien tenues. Après de nombreux courriels et quelques allers et retours de ma part, en juillet 2020, c’était fait : le pont était construit (photo). Mais les gens attendent toujours les panneaux solaires promis.
Mon objectif premier reste de m’engager pour des changements positifs. Je continuerai à travailler dans cet esprit, même si ce n'est pas toujours facile, car je suis en butte au risque d'intimidation et qu’en tant que personne sans lien avec une organisation, je ne suis pas payé pour cela – si l’on excepte le soutien temporaire de la Suisse.
Holy Kofi Ahiabu est assistant de recherche et défend le développement communautaire durable à Sogakofe, dans la région de la Volta, au Ghana