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Pêcheur, puis ouvrier dans des plantations de cacao au Ghana, Ataa Oko suit un apprentissage de menuisier avant d’exercer durant quelques années sa profession dans une petite ville du pays. Le jeune homme fait preuve d’audace artistique en inventant, dès 1945, des cercueils figuratifs et personnalisés qui s’inscrivent dans la tradition funéraire des Ga, ethnie à laquelle il appartient. Ataa Oko se livre à son travail avec détermination et inventivité pendant plus de quarante ans, confectionnant plusieurs dizaines de pièces que diverses familles lui achètent pour leur défunt.
Lorsque l’ethnologue suisse Regula Tschumi entre en contact avec lui au Ghana, celui-ci a cessé depuis une dizaine d’années cette activité, qui exigeait vigueur et force physique. Pour son étude, elle cherche à obtenir des informations sur les sculptures funéraires d’Ataa Oko, désormais invisibles puisqu’elles sont enterrées, lui demande de les dessiner. C’est ainsi que l’œuvre graphique de Ataa Oko prend naissance pour répondre à la requête scientifique de Regula Tschumi. Le vieil homme, âgé de quatre-vingt-trois ans, se met ainsi à tracer sur le papier, de mémoire, les cercueils qu’il a confectionnés plus de cinquante ans auparavant.
Les dessins se multiplient. L’émancipation d’Ataa Oko se lit dans le traitement de la ligne qui connaît un essor cursif, devenant continue et claire, et dans la pose de la couleur qui acquiert franchise et intensité. La composition s’affirme et se complexifie, et les figures animales et humaines, élémentaires dans les débuts, gagnent en élaboration au fur et à mesure de ses expérimentations. Crayon en main, Ataa Oko semble découvrir intuitivement, parfois fortuitement, de nouveaux procédés figuratifs et des particularités formelles et stylistiques qui s’instituent comme les caractéristiques de son expression. Simultanément, les sujets iconographiques connaissent eux aussi un développement manifeste. Si, dans un premier temps, Ataa Oko dessine des cercueils qu’il a réellement construits, il s’autorise rapidement des écarts, s’affranchit de ses souvenirs et se permet peu à peu des formulations oniriques. A la mémoire se substitue l’imagination.
Lucienne Peiry