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Le «Dimanche noir» du 6 décembre 1992. Au soir du refus en votation populaire de l'adhésion de la Suisse à l'Espace Economique Européen, le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz s'exprime avec une franchise peu habituelle au sein du gouvernement.
Les Suisses ont refusé par 50,3% l'entrée dans l'EEE. Tous les cantons alémaniques, à l'exception des deux Bâles, y étaient opposés, tous les cantons romands favorables…
Fils du syndic de Paudex, Jean-Pascal Delamuraz est né le 1er avril 1936. Licencié en sciences politiques de l'Université de Lausanne, il s'engage dans l'organisation de l'Exposition nationale de 1964, poste qui lui permet d'être remarqué par les chefs du parti radical. Il est chargé ensuite d'organiser le secrétariat permanent du parti radical vaudois, avant d'en prendre la direction. En 1966 il est élu conseiller communal de Lausanne et, trois ans plus tard, à la municipalité.
Durant toute sa carrière, Jean-Pascal Delamuraz a incarné le radicalisme vaudois. En 1983, lorsque s'ouvre la succession de Georges-André Chevallaz au Conseil fédéral, la candidature de Delamuraz s'impose. Il est élu sans difficulté et siégera au gouvernement jusqu'en mars 1998, occupant d'abord le poste de chef du Département militaire fédéral puis celui de l'Economie publique.
Jean-Pascal Delamuraz est un des architectes des relations entre la Suisse et l'Europe qui doivent, à son sens, d'abord passer par l'adhésion à l'Espace Economique Européen puis par l'adhésion à la Communauté européenne. Il sera désavoué par la votation populaire du 6 décembre 1992.
Affaibli par la maladie, il est contraint à la démission le 30 mars 1998, après quatorze ans passé au gouvernement. Il meurt six mois plus tard, le 4 octobre.
La votation du 6 décembre pour l'entrée de la Suisse dans l'Espace Economique Européen est refusée par une majorité tenue de la population (50,3 %) et par les cantons. Tous les cantons alémaniques, à l'exception de Bâle, ainsi que le Tessin se retrouvent dans le camp du non. La participation exceptionnelle s'est élevée à 78,3%.
Le Conseil fédéral, le Parlement, les principales organisations économiques et sociales du pays ainsi que la presse sont désavoués. La politique de la Confédération envers l'Union européenne doit être revue. La demande d'adhésion de la Suisse à l'Europe, déposée en 1992, est «gelée» tandis que notre pays choisit de privilégier les accords bilatéraux.
La division entre les régions linguistiques apparaît nettement lors de cette votation. Il en va de même pour l'opposition entre villes, pro-européennes, et campagne. C'est un courant nationaliste et isolationniste, entraîné par le zurichois Christoph Blocher, qui prend le pas sur la volonté d'ouverture prônée par les instances politiques et économiques du pays.
Les deux conseillers fédéraux romands, le radical Jean-Pascal Delamuraz, chef du Département de l'Economie, et le socialiste René Felber, chef du Département des affaires étrangères, se sont fortement impliqués dans la campagne et ont pesé sur la politique européenne du gouvernement.