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La vieillesse des femmes, entre relégation et émancipation
Alors que le genre féminin est surreprésenté parmi la population âgée, la vieillesse des femmes est peu reconnue par les représentations politiques et médiatiques. Si les femmes composent la majorité de la population âgée, les systèmes de protection sociale ne leur accordent qu’une place subsidiaire. Lorsque le canton de Glaris introduit pour la première fois une assurance vieillesse obligatoire en 1916, les femmes reçoivent des rentes inférieures à celles allouées aux hommes, alors même qu’elles sont astreintes à payer une cotisation égale. Lors des débats sur l’assurance vieillesse durant l’entre-deux-guerres, les autorités politiques n’envisagent jamais d’assurer les femmes obligatoirement. Après l’introduction de l’AVS en 1948, la situation des femmes célibataires considérée comme atypique disparaît derrière le modèle de la famille basée sur un couple stable. Lors des révisions de l’AVS des années 1950-1970, les études démographiques, médicales et sociologiques attestent une précocité de la vieillesse des femmes. Ces caractéristiques du vieillissement féminin renforcent l’idée que les femmes sont fragilisées par le vieillissement et cela justifie un abaissement de l’âge de la retraite.
Un nouvel objet émerge à la fin des années 1960, lorsque les représentations féministes fournissent un contre-feu aux représentations négatives associées à la ménopause et à la solitude des femmes. Certains discours s’emparent de la vieillesse féminine comme d’un nouvel horizon d’émancipation. Émancipée des charges familiales et des tâches ménagères, émancipée des contraintes sociales, notamment par le veuvage, une indépendance nouvelle se conquiert dans la vieillesse. Cette inversion symbolique de la vieillesse négative des femmes sous le signe de la solitude et de la misère vers un modèle positif de libération et d’affranchissement des contraintes sociales révèle comment la vieillesse questionne en quelque sorte la pertinence des catégories de sexes.