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struire, et je n'aurais pas permis que les élèves en eussent des copies. Voici ma raison. Le Cours de langue doit être du commencement à la fin une gymnastique de l'esprit et jusqu'à un certain point le produit de son travail, d'après la maxime qui dit que ce n'est qu'en fabriquant que nous acquérons le talent de fabriquer. Or si vous remettez le Cours de langue aux élèves, ils l'apprendront par cœur pour le bien réciter. C'est-à-dire que la plupart s'approprieront les mots sans réflexion et sans les bien comprendre, et qu'ils n'apprendront pas à produire quelque chose. On perpétuerait de la sorte par le Cours de langue le stérile et triste mécanisme de la mémoire, tandis qu'il est destiné à le remplacer par un 'enseignement qui éveille constamment, développe et forme l'esprit et le cœur de la jeunesse.
C'est à la parole que sont remises les leçons du Cours de langue. L'élève est obligé de l'écouter, de la saisir au passage et de la rendre fidèlement, et au besoin avec son explication. C'est donc l'intelligence qui est l'âme de ces exercices. La mémoire n'est qu'en seconde ligne, et c'est d'abord la mémoire des choses, puis seulement celle des mots; comme cela doit être, quand on a des êtres raisonnables à instruire, et non pas des oiseaux à dresser pour une vaine démonstration.
Ce serait une bien mauvaise idée que de vouloir extraire du Cours de langue tous les exercices de vive voix et par écrit, pour les remettre entre les mains des élèves. Je ne pourrais y consentir, car ce serait à tous égards se mettre en pleine opposition avec le but de mon travail et en détruire l'effet, tout en occasionnant aux parents des frais assez considérables. Puisque l'usage en France exige un manuel pour les écoliers, je suis bien loin de vouloir le braver; mais je demande qu'il ne mette pas entre leurs mains ce qui ne doit se trouver qu'entre celles des instituteurs et des institutrices
1 Ce manuel selon ma pensée se rédige maintenant par un ami qui dernièrement est venu de Paris s'entendre avec moi sur cet objet.
Il a déjà été dit que le Cours de langue a été rédigé pour les écoles primaires supérieures des deux sexes. Mon ambition est qu'il y soit admis. S'il me fallait faire un choix entre elles, je ne cache pas que je me déciderais pour les institutions de demoiselles, parce qu'avec le temps celles-ci deviendront mères, et que ce qu'elles auront acquis profitera à tous leurs enfants.
D'après l'étendue que le Cours de langue a reçue sous ma plume, je n'ose pas espérer qu'il soit suivi par les élèves qui sont destinés aux études classiques, comme on les fait encore assez généralement dès l'âge tendre. Ce n'est pas ici le lieu de discuter s'il ne conviendrait pas mieux de ne faire passef la jeunesse aux langues savantes qu'après qu'elle a été grandement formée dans sa langue maternelle. Une autre question qui touche à celle-ci, serait de savoir s'il n'y a pas pour les langues savantes une méthode plus expéditive et plus fructueuse que celle qu'une longue habitude a consacrée. J'en ai indiqué une au Livre II, § 3, Note Ve de cet ouvrage, et je la recommande aux réflexions des juges compétents.
Les écoles primaires supérieures comptent beaucoup d'élèves qui, par leur choix et celui de leurs parents, ne sont pas destinés aux études classiques. L'industrie est leur vocation, comme elle était celle de la presque totalité de mes élèves dans ma ville natale. Ce sont eux que je devais avoir en vue dans la rédaction du Cours éducatif de langue maternelle, et ce Cours rendra ailleurs les mêmes services, si l'on veut bien l'adopter.
CHAPITRE ni.
EMPLOI DD COBBS DE LANGUE DANS LES FAMILLES.
Il y a des parents qui instruisent, ou qui font instruire leurs enfants à la maison, pour les avoir toujours sous les yeux. Le Cours éducatif de langue pourra aussi leur servir, et c'est également à leur usage qu'il a été rédigé. Je connais ici et ailleurs des parents, des précepteurs et des institutrices qui l'emploient, et qui sont surpris du progrès de leurs élèves, et de l'intérêt qu'ils mettent aux exercices de langue. C'est que dans cet enseignemont tout est calculé sur le développement naturel des facultés, et qu'un pas en avant en amène un autre.
11 manque pourtant quelque chose à cette instruction domestique. C'est le stimulant de l'exemple, l'émulation dans le sens que nous avons donné à ce mot. Dans une même famille il y a quelquefois deux enfants que l'on peut associer aux mêmes études; un garçon et une fille un peu plus jeune, attendu que du côté de l'esprit elle sera plus précoce que son fffere. Le cas ne se présente pas souvent.
Mais il y a un moyen de former une petite école sous le toit paternel. Chaque famille a des rapports de parenté, d'affaires ou de bon voisinage avec une ou plusieurs autres, et il s'y trouve des enfants de même portée. Voilà donc comment on peut réunir quelques élèves chez soi, et mettre plus de vie et d'agrément dans leurs études.
D'après mes convictions la petite école peut d'autant plus facilement se former, que je ne crains pas, à l'âge où seront les élèves, d'y réunir les deux sexes. Je sais que je me mets ainsi en opposition avec une opinion qui ne croit pas pouvoir les séparer assez tôt. Mais j'ai pour moi une autorité bien plus ancienne et bien plus respectable que ne peut être celle des hommes, puisque c'est celle du Créateur même. Ne fait-il pas naître dans les familles la fille à côté du garçon, sans doute pour qu'ils soient élevés tout près l'un de l'autre, et qu'ils gagnent tous deux par leur rapprochement? Tant que les passions n'ont pas parlé, ce qui n'est pas à l'âge de nos élèves, il n'y a pas plus de danger de réunir à une même leçon des camarades de différent sexe qu'un frère et une sœur.
C'est aux mères de famille que s'adresse particulièrement la proposition que je fais ici en faveur du Cours éducatif de langue. Il a quelque droit à leur attention et à leur intérêt. D'abord il se rattache à l'inspiration maternelle, qui m'en a fourni l'idée première; puis c'est son «euvre qu'il a entrepris de continuer à l'aide des moyens que fournit l'art de l'éducation. Les mères qui voudront achever elles-mêmes ce qu'elles ont commencé en mettant la parole sur les lèvres de leurs enfants, trouveront dans le Cours de langut ce dont elles ont besoin pour remplir leur nol)le tâche, aussi bien qu'elles le désirent .
Cet écrit, qui en est l'introduction, les mettra à même de donner leurs leçons en pleine connaissance de cause, et par conséquent de les donner avec plus de fruit . II rendra un autre service à celles qui ont encore des petits enfants à élever. Leur éducation, pour bien réussir, doit commencer de loin, et on la fait mieux, quand on connaît la nature humaine, ses facultés, ses tendances et leur développement naturel en bien et en mal. Ces feuilles en tracent le tableau, ,et elles indiquent des moyens que la tendresse maternelle peut employer, dès que son élève commence à comprendre la langue.
Le souvenir des soins maternels que j'ai reçus dans mon enfance ne s'est point effacé dans ma vieillesse. 11 m'inspire un vif intérêt pour toutes les mères, et, en terminant ces pages, je me félicite d'avoir fait quelque chose qui pourra leur être utile dans leurs précieuses et belles fonctions.
FIN.
I. Réponse du Conseil royal de VInstruction publique.
Paris, le 28 février 1821.
Vous avez présenté au Conseil royal, sous les auspices de S. E. le Ministre de S. M. T. C. en Suisse, un ouvrage que vous avez composé pouf les écoles rurales, sous le titre de Grammaire des campagnes.
Destiné particulièrement aux écoles Af votre canton, vous pensez que votre ouvrage pourrait aussi servir pour les écoles de France, et dans le cas vous en laissez la libre disposition. Un bon ouvrage de ce genre serait, en effet, fort utile pour les écoles françaises. Le Conseil vous remercie de votre communication et de l'offre généreuse qui l'accompagne. Il va faire examiner votre essai et s'en faire rendre compte, pour juger s'il serait possible de l'adapter aux écoles rurales en France.
Le Conseil, Monsieur, ne peut qu'applaudir au but que vous vous êtes proposé et à vos excellentes intentions. Il doit particulièrement des éloges aux vues religieuses et morales qui vous animent pour l'instruction de la jeunesse. Vous justifiez ainsi de plus en plus l'honorable réputation dont vous jouissez dans votre patrie et au dehors.
Recevez, Monsieur, l'assurance de notre considération distinguée.
Rendu. Corbière.
II. Réponse de Mgr. d'Osmond, évéque de Nancy.
Nancy, 9 juin 1821.
Le général Sabatier vient de me faire passer, Monsieur, le cadeau «lue vous m'avez destiné il y a longtemps, ainsi que la lettre (du 11 février) dont il était accompagné. L'un et l'autre étaient faits pour m'intéresser vivement, et je vous remercie avec sincérité d'avoir bien voulu songer à moi dans la distribution que vous avez projetée de votre ouvrage. Pour en estimer l'auteur, il suffit de saisir le but qu'il s'est proposé : il est tout à l'avantage de la religion, partant de la société.
Quant au mérite de la méthode, pour l'apprécier avec le sentiment