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Depuis mars 2002, une enquête a été initiée dans les soirées techno en Suisse romande pour obtenir des données sur le public qui les fréquente et la consommation de substances dans ce milieu particulier. Les premiers résultats montrent que le public de ces soirées est relativement hétérogène tant en ce qui concerne l'âge que les habitudes de vie. Les substances les plus consommées sont l'alcool, le cannabis, l'ecstasy et la cocaïne, ces deux dernières substances étant le plus souvent consommées le week-end. Une forte polyconsommation est plus le fait des hommes et des personnes qui fréquentent régulièrement les soirées techno. Néanmoins, le fait de fréquenter régulièrement ces soirées ne mène pas nécessairement à consommer de façon abusive. Le public des soirées techno semble plus sensible aux mesures de réduction des risques qu'à celles de prévention. En cas de problèmes liés à la consommation, le médecin apparaît comme la voie d'accès privilégiée au réseau de soins.
Qui fréquente les soirées techno ? Les personnes qui vont dans ces soirées consomment-elles forcément des substances telles que de l'ecstasy ou des amphétamines ? Comment perçoivent-elles les mesures de prévention et de réduction des risques ? Où iraient-elles chercher de l'aide si elles rencontraient un problème avec leur consommation ?
Les données récentes sur la population générale en Suisse montrent une augmentation préoccupante de la consommation de substances psychoactives chez les jeunes. Entre 1992 et 1997, la proportion des personnes entre 15 et 39 ans ayant déjà consommé du cannabis est passée de 16,3 à 26,7%. On constate également une augmentation pour la cocaïne (de 2,7 à 3,3%), les hallucinogènes (de 2,1 à 2,7%) et les amphétamines et autres stimulants (de 1,1 à 1,2%). Par ailleurs, le taux de consommation d'ecstasy était de 2,2% en 1997 dans cette même tranche d'âge.1
L'apparition des soirées techno, à partir de la fin des années 80, a été largement associée à ce changement du paysage de la consommation, notamment avec l'arrivée sur le marché des «designer drugs» telles que l'ecstasy et le GHB (gamma hydroxy butyrate).2,3 Si quelques études ont été réalisées sur cette population particulière qu'est le public des soirées techno, notamment en Europe,4 il nous est apparu intéressant d'obtenir des données sur ce phénomène en Suisse romande.
Cette occasion s'est présentée à travers une collaboration entre des collaborateurs du Service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (SUPEA) à Lausanne, et l'Association Prevtech.a Cette association organise depuis 1999 des stands de prévention et réduction des risques sur les soirées techno. Les stands Prevtech sont gérés par des jeunes bénévoles et s'inscrivent dans la perspective de prévention par les pairs. Ils offrent à la fois un espace de dialogue et d'information, et du matériel visant la réduction des risques, tel qu'eau potable, tampons auriculaires et préservatifs.
Sur l'initiative de Prevtech, nous avons développé un auto-questionnaire de deux pages destiné aux «ravers» (par exemple les personnes qui fréquentent les soirées techno, appelées aussi «rave parties»). Les questions portent sur la fréquence de fréquentation des soirées, la consommation de substances, la perception des mesures de prévention et de réduction des risques, ainsi que la ressource extérieure envisagée en cas de problème avec la consommation de substances. Ces questionnaires sont mis à disposition sur les stands Prevtech et récoltés dans une boîte aux lettres de façon à garantir l'anonymat.
Entre mars et mai 2002, 142 questionnaires ont été remplis sur cinq soirées différentes. Bien que la procédure de récolte des données ne permette pas de contrôler dans quel état étaient les personnes qui répondaient au questionnaire, et notamment si elles étaient sous l'emprise de substances psychoactives, les questionnaires étaient généralement remplis de façon adéquate et aucun n'a dû être éliminé à cause de réponses incohérentes ou imprécises.
Les personnes qui ont répondu au questionnaire sont âgées entre 15 et 40 ans. Si cette fourchette d'âge est relativement étendue, notons que 63% ont entre 17 et 20 ans, et que la moyenne d'âge est de 20 ans. Par ailleurs, 23% ont moins de 18 ans. La proportion d'hommes et de femmes est relativement comparable (54% contre 46%).
En ce qui concerne la consommation de substances, les taux «vie entière» (fig. 1) sont particulièrement élevés pour l'alcool (89%), le cannabis (73%), et l'ecstasy (56%). Il est à relever par ailleurs que 40% des personnes ont déjà consommé de la cocaïne, 35% des champignons hallucinogènes et 31% des amphétamines, alors que la consommation d'héroïne «vie entière» ne concerne que 10%.
La figure 2 présente les fréquences de consommation pour les quatre substances les plus consommées, à savoir l'alcool, le cannabis, l'ecstasy et la cocaïne. On remarque avant tout que bien que 47% des personnes mentionnent avoir consommé de l'ecstasy au cours des trois derniers mois, cette consommation se concentre généralement sur les fins de semaine (28%). Ce constat vaut aussi pour la consommation de cocaïne, avec des pourcentages moins élevés (25% sur les trois derniers mois, dont 12% le week-end). En revanche, la consommation quotidienne est beaucoup plus fréquente pour l'alcool (17%) et le cannabis (41%). Par ailleurs, plus de 80% des personnes qui consomment plusieurs substances disent faire des mélanges (par exemple en prendre plusieurs lors d'une même occasion), généralement pour augmenter les effets et/ou atténuer la descente.
Le regroupement des personnes en fonction des substances qu'elles consomment et la fréquence de consommation fait ressortir deux types principaux (fig. 3) : chez plus de la moitié (55%), il s'agit d'une consommation modérée d'alcool, de cannabis et d'ecstasy, alors que les autres présentent une polyconsommation importante, avec la présence de stimulants et de calmants. Chez les personnes qui consomment des psychostimulants, les calmants sont en effet souvent utilisés pour atténuer les effets secondaires qui apparaissent lors de la «descente» (états dépressifs, anxieux, insomnie). Il est à noter que la forte consommation est plus fréquente chez les hommes (68% contre 45% chez les femmes) alors que l'autre type de consommation se rencontre plus chez les femmes (55% contre 32%). Le tableau 1 met en lien ces deux types de consommation avec la fréquence de fréquentation des soirées. On remarque que la forte consommation est nettement liée à une fréquentation régulière des soirées techno puisque 81% des polyconsommateurs disent y aller plus d'une fois par mois. En revanche, l'inverse n'est pas nécessairement vrai. En effet, 48% des personnes qui vont régulièrement dans ces soirées ne présentent pas de forte polyconsommation.
En ce qui concerne les actions de prévention et de réduction des risques, on constate que les personnes qui fréquentent les soirées techno sont plus sensibles aux aspects de réduction des risques qu'à la prévention (fig. 4) : les premiers secours et la distribution d'eau passent avant la mise à disposition d'information ou la présence de personnes avec qui dialoguer. Les mesures de réduction des risques semblent ainsi répondre à une vraie demande dans ce contexte. Elles peuvent représenter des voies d'accès privilégiées pour rentrer en contact avec une population qui présente des comportements à risques, et notamment la consommation de substances. Ainsi, à la question sur l'analyse de produits («drug checking»), 86% des consommateurs d'ecstasy disent qu'ils l'utiliseraient si elle était disponible sur les soirées, dont 38% à chaque fois avant de consommer.
Finalement, une question ouverte porte sur l'accès au réseau d'aide (fig. 5) : «Si tu avais un problème avec ta consommation, à quel professionnel t'adresserais-tu ?». Les résultats qui nous paraissent importants à relever ici sont d'une part le fait que 32% s'adresseraient à un médecin, alors que seulement 3% mentionnent une structure spécialisée en toxicomanie. D'autre part, 16% ne s'adresseraient à personne ce qui est surtout le cas des gros consommateurs. Ceci montre que le médecin est la voie d'accès privilégiée au réseau d'aide pour cette population, qui reste par ailleurs relativement isolée des structures d'aide existantes. Ce constat souligne l'importance du travail en réseau et de l'échange de connaissances.
Le public des soirées techno est relativement hétérogène, tant en ce qui concerne l'âge que les habitudes de vie, et notamment la consommation de substances psychoactives. Les patterns de consommation observés ici rejoignent ceux mis en évidence dans d'autres études, notamment en ce qui concerne l'importance de la polyconsommation, du mélange des substances consommées, ainsi que les substances les plus consommées.2,4 A cet égard, on relèvera des taux de consommation particulièrement élevés en ce qui concerne l'alcool, le cannabis, l'ecstasy et la cocaïne, ces deux dernières substances étant le plus souvent consommées en fin de semaine. Une polyconsommation importante est généralement associée à une fréquentation régulière des soirées. Cependant, le fait d'aller régulièrement dans ces soirées n'implique pas forcément une telle consommation. Par ailleurs, le public des soirées techno semble plus sensible aux mesures de réduction des risques qu'à celles de prévention. En ce qui concerne les problèmes liés à la consommation, le médecin apparaît comme la voie d'accès privilégiée au réseau de soins. Les médecins généralistes, mais aussi les pédiatres, sont donc concernés en première ligne par les problèmes de consommation chez les jeunes. Or les adolescents qui abusent de substances n'expriment souvent pas ce type de problème en tant que tel dans la demande de soin. Ainsi, un trouble du sommeil ou un état anxieux risque d'être traité en tant que tel alors qu'il n'est que la partie émergeante d'un problème de consommation.5,3 A cet égard, il est nécessaire que les praticiens soient en mesure d'identifier de tels problèmes,6,7 et qu'ils disposent pour ce faire de connaissances suffisantes (voir adresses utiles). D'autre part, la consommation de substances chez les adolescents nécessite une approche multidimensionnelle tant au niveau de l'évaluation que de la prise en charge,8-10 soulignant l'importance d'un travail en réseau.
a Un aperçu des actions menées par l'Association Prevtech est disponible sur le site www.prevtech.ch
Dr Robert Hämmig, Président
Universität Psychiatrische Dienste/DSGP
Murtenstrasse 21, Postfach 52,
3010 Berne
Collège romand de médecine de l'addiction (COROMA)
www.romandieaddiction.ch
Association vaudoise des médecins concernés par la toxicodépendance
c/o Dr. P. Forel, Louis-de-Savoie 21, 1110 Morges
mailto:<email-pii>
Permanence adolescents, Division d'abus de substances, Genève,
079 250 72 47
Programme de perfectionnement des médecins dans le domaine de la toxicomanie (PPMT)
Saint Martin 7, 1003 Lausanne
Fédération romande des organismes de formation dans le domaine des dépendances (FORDD)
Case postale 638, 1401 Yverdon-les-bains
http://www.infoset.ch/inst/fordd/
Rel'ier, Relais Information et Réseau
Rue Enning 1, 1003 Lausanne
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