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La voyante
Rosa Quattrini, née Buzzini
Frederico Buzzini, ouvrier dans un commerce de matériel agricole, épousa Giacomina Peveri, dont il eut sept enfants. Deux fils et une fille moururent en bas âge. Quatre filles devinrent adultes; par ordre de naissance: Pierina, Anna, Rosa et Giuseppina.
Avec son épouse et ses enfants, Frederico demeurait à Sentimento di Rottofreno, province de Piacenza, dans l'habitation de son père Paolo Buzzini. L'année même de la naissance de Rosa, en 1909, Frederico fut amputé d'une jambe. Il mourut deux ans plus tard d'une pneumonie.
La veuve de Frederico racontera plus tard à ses filles les circonstances dans lesquelles elle les consacra au Seigneur. Voici, à ce sujet, le témoignage de Mamma Rosa:
«Lors de l'enterrement de papa, quand on l'a porté au cimetière, maman a emmené avec elle tous ses enfants. La dernière, ma petite soeur, avait six mois et l'aînée huit ans. A son retour du cimetière, maman s'est rendue à l'église. Devant Jésus au Saint-Sacrement, elle a dit : "Jésus, maintenant je n'ai plus d'époux. C'est toi que je veux pour époux. Et je te consacre mes filles, afin qu'elles soient toutes tes épouses."
Elle a appelé le prêtre, les a fait bénir: "Que soit faite ta volonté, Jésus, non la mienne. Je te donne mes filles et moi-même pour toujours." »
La mère de Rosa continua à habiter avec ses quatre filles auprès de son beau-père. Elle suivit celui-ci lorsqu'il prit en fermage une grande propriété agricole à Guzzano.
Tandis que ses soeurs étaient studieuses, Rosa préférait garder les moutons ou se rendre utile aux travaux de la ferme. Elle ne fréquenta l'école que durant trois ou quatre hivers. L'instruction qu'elle reçut fut donc rudimentaire. Si elle manquait de formation intellectuelle, Rosa n'en avait pas moins l'esprit vif et une bonne mémoire. Elle ne voyait les choses du monde qu'à travers les vérités de la foi qu'elle comprenait d'instinct, mais qu'elle aurait été dans l'impossibilité d'exprimer avant que la Sainte Vierge n'intervienne dans sa vie.
Comme ses soeurs, Rosa a appris toute jeune à prier. «Maman, disait-elle, nous faisait réciter le rosaire tous les jours. Nous avions toujours notre chapelet avec nous. Nous récitions des prières durant la journée, là où nous nous trouvions, notamment le chapelet des anges ou les sept plaies de Jésus. Et le soir, de retour à la maison, chacune de nous écrivait sur un petit carnet que maman avait préparé ce qu'elle avait récité ce jour-là.»
Les trois soeurs de Rosa entrèrent au couvent. Les deux aînées choisirent de partir en pays de mission. Pierina, religieuse du Sacré-Coeur, est décédée au début de 1989 au Brésil. Anna, décédée fin 1988, était franciscaine au Sri Lanka (anciennement Ceylan). La cadette, Giuseppina, est décédée en 1967 déjà dans le Carmel de San Colombano di Lucca.
Rosa, elle, choisit une autre voie. Elle s'inscrivit à l'Action catholique des jeunes et se voulait serviable envers chacun. Le 7 octobre 1937, âgée de 28 ans (elle est née le 26 janvier 1909), elle épousa un jeune ouvrier de la briqueterie de Ponte dell'Olio, Giuseppe Quattrini. Elle prit alors sa mère avec elle et alla vivre à Villo di Vigolzone, où demeurait Giuseppe.
Les grands-parents de Rosa, Paolo Buzzini et son épouse, étant décédés, le partage des biens familiaux eut lieu en novembre 1937. Le frère de Frederico, Innocento, et sa soeur Adèle, oncle et tante de Rosa, vinrent également s'installer à Villo, où Innocento avait loué une ferme appartenant au comte Nasali Rocca. Mais peu après, Innocento décéda. Ne voulant pas laisser leur tante Adèle seule, Rosa et Giuseppe vinrent vivre auprès d'elle pour l'aider aux travaux de la ferme et à l'élevage du bétail. C'est durant leur séjour à Villo que mourut Giacomina Buzzini-Peveri, la mère de Rosa.
Tante Adèle
Apprenant quelques années plus tard qu'une ancienne propriété de sa famille était devenue libre, Giuseppe Quattrini décida de la louer et il s'installa avec son épouse, ses enfants et la tante Adèle à la «Casa Quattrini ». Toutefois, des divergences avec le propriétaire l'amenèrent à quitter le lieu. Avant qu'ils n'arrivent en 1960 à San Damiano, Giuseppe et les siens changèrent plusieurs fois de domicile. Leur situation économique ne cessait de se détériorer. Dans la pauvreté, ils demeurèrent cependant d'une grande dignité.
Giuseppe et Rosa eurent trois enfants: Giacomina en 1938, Paolo en 1943 et Pier-Giorgio en 1952. Chaque naissance nécessita une césarienne. Lors de la troisième grossesse, le médecin conseilla fortement un avortement thérapeutique. Rosa refusa catégoriquement, affirmant : «Cet enfant, c'est Dieu qui me l'a donné!» Ce troisième accouchement eut lieu dans des conditions particulièrement difficiles et la santé de Rosa s'aggrava progressivement. Dès lors, Rosa fit des aller et retour de son domicile à l'hôpital et de l'hôpital à son domicile. En 1961, la science la condamnait. Elle était rentrée de l'hôpital une dizaine de jours plus tôt pour mourir chez elle lorsque, le 29 septembre, en la fête de saint Michel archange, une mystérieuse dame lui rendit visite.
Instantanément guérie
Peu avant midi, le 29 septembre 1961, une jeune femme inconnue vint frapper à la porte. Tante Adèle alla ouvrir. La femme, très belle, portait le costume des paysannes de la région. Elle avait sur la tête un foulard bleu ciel.
La visiteuse venait quêter pour les oeuvres de Padre Pio, le célèbre capucin stigmatisé de San Giovanni Rotondo, dans la province de Foggia, tout au sud de l'Italie. Tante Adèle lui rétorqua que la famille de sa nièce ne possédait que mille lires, lesquelles avaient d'ailleurs été empruntées. La visiteuse s'informa de la situation de la famille, puis demanda à voir Rosa qui était alitée:
– As-tu foi en Padre Pio? lui demanda-t-elle
– Oui, répondit Rosa, j'ai grande confiance en lui. Je le prie déjà depuis un certain temps, mais je ne suis pas encore guérie.
– Si tu as confiance en Padre Pio, il te fera guérir. A ce moment-là, midi a sonné et la dame lui dit:
– Récitons l'Angélus! Puis se tournant vers Rosa, elle ajouta:
– Allons, lève-toi !
– Madame, je ne peux pas me lever: j'ai de trop fortes douleurs. (Tante Adèle précise que ce matin-là, Rosa avait été particulièrement mal.)
– Donne-moi la main! Lève-toi !
– Je ne peux pas.
– Donne-moi encore l'autre main !
Alors Rosa se leva et ensemble elles récitèrent l'Angélus. Après l'Angélus, la dame ajouta:
– Maintenant, disons cinq Pater, Ave et Gloria aux intentions de Padre Pio, en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur.
Pendant ce temps, la dame toucha de la main les plaies de Rosa qui se fermèrent instantanément. Elle demanda encore un verre d'eau, que tante Adèle lui apporta. Elle y mit trois grains de terre de Palestine, trois petites feuilles d'olivier et un petit morceau de cierge de la chandeleur et elle précisa à Rosa:
– Cette eau, tu la boiras demain matin quand Padre Pio commence à célébrer la sainte messe. Tu te rendras aussi chez lui.
– Je n'ai ni argent, ni vêtements, objecta Rosa.
– Tu auras ce qu'il faut.
«J'ai vu tout ce que cette dame avait fait pour Rosa, ajouta tante Adèle, et je lui ai alors donné 500 lires. Elle les a prises et m'a beaucoup remerciée. Elle m'a saluée, puis s'est disposée à sortir. Lorsqu'elle fut sur le pas de la porte, elle me dit encore:
– Ta nièce a grande confiance en Padre Pio, mais toi pas assez.
– Si Padre Pio guérit ma nièce, moi aussi j'aurai confiance en lui.
Puis elle s'en est allée et je suis retournée vers Rosa et lui ai dit:
– Nous avons donné 500 lires à cette dame et nous ne lui avons même pas demandé qui elle était.»
Rosa répliqua:
– Tante, ne pensez pas à ces 500 lires. Si le Padre Pio me fait guérir, j'irai les gagner, ces 500 lires.
Tante Adèle retourna dans sa chambre où se trouvait une petite statuette de la Madone, à qui elle adressa les paroles suivantes :
– Chère Madone, faites que ces 500 lires arrivent bien aux mains de Padre Pio.
Elle entendit alors une voix très forte (sans doute celle de Padre Pio) : «Aie confiance, ta malade sera guérie.»
Après avoir effectué quelques travaux dans la maison, tante Adèle retourna à la cuisine et vit Rosa, près de l'évier, qui lavait la vaisselle.
– Mais qu'est-ce que tu fais ici, Rosa? C'est moi qui lave la vaisselle, pas toi !
Rosa lui sauta alors au cou et lui dit en l'embrassant :
– Mais, tante, je suis guérie.
– Tu veux guérir en un instant? Tu guériras, oui, mais...
– Oui, oui, je suis guérie, tante, je n'ai plus rien.
«Je ne me doutais pas, précise tante Adèle, que c'était la Madone qui était venue.»
Pendant ce temps, Giuseppe était allé cueillir des châtaignes pour assurer aux siens de quoi se nourrir, car il devait entrer à l'hôpital le lendemain pour être opéré d'une hernie. A son retour, quelle ne fut pas sa surprise de constater que son épouse était réellement guérie.
Les conseils de Padre Pio
Quelques mois plus tard, Rosa se rendit avec un pèlerinage diocésain placé sous la conduite spirituelle de son curé, Don Edgardo Pellacani, à San Giovanni Rotondo.
Le samedi matin, tandis qu'elle récitait le chapelet sur la place de l'église de San Giovanni Rotondo, elle s'entendit soudain appeler: «Rosa, Rosa!» Elle se retourna et vit avec quelle surprise — la dame au foulard bleu ciel.
– Tu me reconnais?
– Oui, répond Rosa, vous êtes la Madone qui m'avez apporté la guérison.
– Je suis la Mère de Consolation, la Mère des affligés. Dis-le donc à San Damiano, et au professeur qui n'a pas voulu croire à ta guérison. Après la messe, nous nous trouverons près de la sainte table et je t'accompagnerai chez Padre Pio.
Ainsi fut fait. Dès qu'elles furent auprès de Padre Pio, la Vierge disparut sans laisser de trace. Sans s'émouvoir d'une telle intervention et d'un tel départ, Padre Pio reçut Mamma Rosa et lui enjoignit d'aller assister les malades, spirituellement surtout, durant deux ans. On imagine la perplexité de la pauvre paysanne quand elle rentra chez elle à San Damiano.
Aussitôt, cependant, elle alla assister un de ses oncles à l'hôpital. Après le rétablissement de cet oncle, elle rencontra, à la sortie de l'hôpital, un religieux qui lui demanda:
– Vous allez assister les malades?
– Oui, répondit-elle.
– Alors, venez avec moi. Je vous accompagnerai à l'asile E ...
Il l'accompagna effectivement jusqu'aux abords de l'asile, puis disparut, et Rosa ne revit plus jamais ce religieux. Arrivée dans la salle d'attente, Rosa déclara aux Soeurs:
– Un religieux m'a accompagnée jusqu'ici et il m'a dit qu'il y avait un malade à assister.
– Oui, c'est vrai.
C'était un ancien officier âgé de 90 ans, que Rosa assista spirituellement et prépara à la mort.
Elle se rendit ensuite en divers endroits durant plus de deux ans.
Rosa elle-même relate cette période: «Pendant les années où j'ai assisté les malades, je suis allée très souvent chez Padre Pio, emmenant des malades. Lorsque ma tante a contracté une pneumonie, j'y suis retournée. Nous sommes partis le 22 septembre et y sommes restés jusqu'au 26. Je me suis confessée au Père. Il m'a dit de ne plus quitter notre maison, de prier devant la petite chapelle de saint Michel, afin qu'il m'illumine, me guide, m'assiste et me défende, car il m'adviendra un grand événement. "Prépare-toi, m'a-t-il dit, par la prière et le sacrifice... Saint Michel et notre Maman céleste te seront toujours proches, et moi aussi." »
Une commerçante de Piacenza m'a affirmé avoir accompagné Rosa chez Padre Pio. Elle m'a montré des photos prises à San Giovanni Rotondo. Mamma Rosa elle-même m'a dit s'être rendue en tout douze fois à San Giovanni du vivant du célèbre capucin. En compagnie d'une trentaine de personnes, dont trois prêtres, j'ai participé avec Mamma Rosa en février 1970 (soit un an et demi après la mort de Padre Pio) à un pèlerinage à San Giovanni et à la Santa Casa de Lorette. En cette circonstance, le dernier confesseur de Padre Pio s'est entretenu avec Mamma Rosa pendant notre halte au Monte Gargano, où se trouve la célèbre grotte de l'apparition de saint Michel. Il avait été prévenu «en songe» par Padre Pio de la venue de notre pèlerinage. Comme nous avions quitté San Giovanni aussitôt après la messe matinale célébrée devant le tombeau du Padre, il nous a rejoint au Monte Gargano, où je l'ai personnellement vu, accompagné de deux religieuses. Les témoignages de prêtres ou religieux, fils spirituels de Padre Pio, sont nombreux à confirmer la pensée très positive du Padre au sujet des événements de San Damiano.
Parlant de son instrument, la Madone miraculeuse des Roses dira le 8 novembre 1968: «Ignorante, oui, mais tout amour! Ignorante, oui, mais toute foi! Toute pour Jésus et pour moi!»
La première apparition sur le poirier
Dès le lendemain de sa guérison, Rosa fit quotidiennement à pied le chemin qui conduit à l'église paroissiale, distante de 800 mètres, pour assister à la sainte messe.
A titre de reconnaissance, elle restaura un oratoire dédié à Notre-Dame du Carmel, situé à l'angle de la route principale et du chemin qui donne accès à son habitation.
A trois reprises, Rosa a relaté à son curé la vision qu'elle avait eue durant la nuit, de l'église paroissiale archi-pleine de personnes venues vénérer la Madone. Elle en voyait même beaucoup n'ayant pas trouvé place à l'intérieur. Don Edgardo Pellacani lui rétorqua que l'église contenait plus de 300 places et que la paroisse ne comptait guère plus de 150 habitants. En 1967 déjà, Don Edgardo verra pourtant la prédiction de Rosa se réaliser.
Le 16 octobre 1964, un vendredi, Rosa se trouvait seule à la maison aux heures de midi. Tous étaient absents, y compris tante Adèle qui était allée chez la fille de Mamma Rosa, mariée à un agriculteur du hameau voisin de Centoverra. Quelques minutes avant que ne sonne l'Angélus de midi, une voisine, qui s'était entretenue avec Rosa, l'avait quittée pour aller prendre le repas dans sa ferme.
Midi sonna au clocher du village et Rosa se mit à réciter l'Angélus. Elle entendit une voix l'appeler du dehors: «Viens, viens!» Ne sachant qui c'était, Rosa voulut d'abord finir sa prière. La voix se fit entendre une seconde fois: «Viens, viens ici, je t'attends!» Cet appel provenait du jardin voisin.
Craignant une astuce du malin, Rosa prit son chapelet à la main et sortit. Elle était cependant en partie rassurée, car la voix était si belle, si douce. Arrivée au milieu de la cour, Rosa vit une nuée descendre du ciel et se poser sur le prunier. Cette nuée était éclatante de lumière et parsemée d'étoiles d'or et d'argent. En elle voltigeait un nombre incalculable de pétales de rose de toutes les couleurs.
«Je ne voyais encore personne, dit Rosa, mais je ressentais une grande joie dans le coeur. Je me suis assise sur un siège, puis me suis mise à prier. Un instant après est sorti de la nuée un grand globe rouge qui s'est placé sur le poirier. Alors la nuée disparut, tandis que demeurait visible la Madone entourée d'une vive lumière. De ses mains sortaient de grands rayons lumineux pleins de pétales de rose qui tombaient à terre. La Madone était vêtue d'une robe bleue, serrée à la taille par une ceinture blanche, et d'un grand manteau blanc. Sur la tête elle portait une couronne d'étoiles desquelles jaillissait une intense lumière. Quand j'ai vu une telle splendeur, j'ai invoqué la Maman céleste comme ceci: "Je ne suis pas digne que tu viennes près de moi, mais dis seulement une parole et je t'écouterai." Le visage de la Vierge était tellement triste que je me suis mise à pleurer, puis à lui demander pardon pour moi, pour mes proches, pour le monde entier. Elle me regardait, me fixait, mais ne disait rien encore. J'ai commencé à réciter le rosaire. Elle s'est alors mise à me sourire et à me parler:
'Ma fille, je viens de très loin. Annonce au monde que tous doivent prier, parce que Jésus ne peut plus porter la croix. Je veux que tous soient sauvés, les bons et les méchants. Je suis la Mère de l'Amour, la Mère de tous, vous êtes tous mes enfants. C'est pourquoi je veux que tous soient sauvés. C'est pour cela que je suis venue, pour amener le monde à la prière parce que les châtiments sont proches. Je reviendrai chaque vendredi, et je te donnerai des messages. Et tu dois les faire connaître au monde."
Alors je lui dis: "Mais comment me croira-t-on? Je ne suis qu'une pauvre paysanne ignorante. On ne m'a pas crue lorsque j'ai été guérie. On me jettera en prison!" Elle m'a répondu: "Ne crains pas, car je vais maintenant te laisser un signe. Cet arbre fleurira. "»
La Vierge Marie s'en alla et, au même instant, le poirier fut couvert de fleurs, à tel point qu'on ne voyait presque plus les feuilles. Il portait encore les fruits, la récolte se faisant tardivement pour cette sorte de poires.
Une branche du prunier, que la Vierge avait effleurée, a fleuri le lendemain.
Malgré les pluies automnales, les fleurs sont demeurées trois semaines sur les deux arbres et des milliers de personnes les ont vues, comme l'atteste le quotidien de Piacenza.
Remarquons que le 29 septembre 1961 Marie est venue sous l'aspect d'une personne humaine, tel l'ange Raphaël envoyé à Tobie, tel Notre-Seigneur pris par Marie-Madeleine pour un jardinier (Jn 20,15) ou apparaissant aux disciples d'Emmaüs (Lc 24,16) sous les traits d'un étranger ou encore se montrant au bord du lac de Galilée, à Pierre et aux principaux apôtres sans qu'ils sachent que c'était Lui (Jn 21,4).
Le 16 octobre 1964, au contraire, Marie s'adresse à l'humanité en glorieuse Mère du Christ participant intimement à l'histoire du salut et s'annonçant comme Mère de l'Amour, comme Mère de tous ses enfants de la terre.
Les principaux témoins de la floraison subite du poirier
Il faut mettre en évidence la soudaineté de la floraison du poirier. Les jours précédents, l'agriculteur G.B. avait labouré et hersé le grand champ situé entre la route communale et la ferme de Mamma Rosa. Pour effectuer son travail, il s'était approché du poirier à moins de cinq mètres. Impossible qu'un agriculteur avisé ne se soit nullement rendu compte d'un éventuel bourgeonnement! Sa soeur était venue peu avant midi rendre visite à Rosa. Avant d'atteindre la porte d'entrée, elle dut franchir six à huit mètres en ayant droit devant elle le poirier en question. Comment un tel phénomène aurait-il pu lui échapper en plein automne?
Peu après, une habitante du village, M.A., déclarera: «Le poirier était tout entier comme une seule fleur, tout blanc. Une floraison comme au printemps.» Sur ce point précis, la tante Adèle constitue un témoin d'autant plus crédible que sa réaction fut des plus réservées. Dans l'après-midi, elle se trouvait sur le chemin du retour de Centoverra à San Damiano lorsqu'un jeune homme l'interpella:
– Vous n'avez rien à dire, vous, de ce qui est arrivé?
– Mais pourquoi? Qu'est-il arrivé? Rosa est-elle mal?
– Non, non. Allez seulement à la maison et vous saurez ce qui est arrivé.
«Parvenue devant la maison, précise tante Adèle, je mets à terre ce que je portais et je cours vers le poirier où des gens s'étaient attroupés.»
– Qu'est-ce que vous faites là? demande-t-elle.
– Vous ne savez rien?
– Mais non, je ne sais rien. Qu'est-il arrivé?
– La Madone est venue. Elle est apparue à Rosa.
– Taisez-vous; ne parlez pas de ces choses.
– Si, si, c'est vrai, Adèle! Elle est réellement apparue ici, c'est absolument vrai! D'ailleurs, Monsieur le Curé est déjà venu.
Tante Adèle fit le tour du poirier et n'en crut pas ses yeux... Elle se rendit ensuite à l'intérieur de la maison, mais Rosa n'y était pas... elle était allée à l'église paroissiale participer au chemin de croix qui se faisait alors tous les vendredis.
Si, en voyant le poirier fleuri, Giuseppe n'eut pas de peine à croire son épouse, par contre tante Adèle mesurait les conséquences: «Rosa, que fais-tu? Que dis-tu? Tu ne sais pas que cela se répand? Que tant de gens viennent ici? Qu'est-ce qu'on va nous faire? » Rosa en pleura. Sa fille Giacomina n'apprit le fait que deux jours plus tard. «Pendant deux mois, je n'ai pas voulu entendre parler de tout cela», ajoutera-t-elle. Paolo, le fils de Mamma Rosa, qui avait alors 21 ans, quitta la maison pendant un temps prolongé. «Tu nous fais passer pour des illuminés», dira-t-il à sa mère. Pier-Giorgio, 12 ans à l'époque, étudiait dans un internat à Piacenza. On ne peut donc pas dire que Mamma Rosa ait agi et parlé sous l'influence des siens!
Le lendemain, le quotidien de Piacenza «La Libertà» délégua sur place un journaliste, Giacomo Scaramuzza, qui fit paraître un premier article dans l'édition dominicale du 18 octobre, puis un second le mardi 20 octobre. Ces reportages sont honnêtes, même s'ils contiennent — comme c'est presque toujours le cas pour les articles rédigés rapidement — des inexactitudes sur divers points.
Il n'en demeure pas moins que le journaliste relève le fait rarissime d'un arbre qui porte encore des fruits et subit une nouvelle floraison si intense en automne. Ceci fait d'autant plus sensation que d'autres arbres dans le même verger n'ont pas fleuri, écrit-il. Il ajoute en outre que certains prétendent même que les fleurs ne sont pas celles que produit habituellement un poirier.
Dans le second article, G. Scaramuzza signale que des milliers et des milliers de personnes ont continué d'affluer le dimanche et le lundi. Sur conseil du curé du village, les deux arbres ont été protégés par un treillis. Dimanche après-midi, à un moment donné, on a compté jusqu'à 300 automobiles. Lundi, le trafic s'est poursuivi tout le jour le long des étroits chemins qui mènent à San Damiano. La SEA (le service de bus de la ville) a décidé d'effectuer, à titre d'essai, trois courses extraordinaires à destination de San Damiano les dimanches, mardis, mercredis et jeudis.
Il est établi avec une évidente certitude que la floraison du poirier fut «subite» et que l'arbre était couvert de fleurs. Aucun autre poirier à San Damiano n'a présenté une seule fleur à cette époque-là. L'enquête scientifique, pas plus que l'enquête ecclésiastique (ou ce qui en tint lieu!), n'a pris en considération la soudaineté de la floraison. Or, c'est essentiellement en cela que consiste le «signe» ou «miracle».
Aucun des habitants du village, qu'il soit pratiquant ou non, favorable ou non aux apparitions, n'a mis en doute ce phénomène inexplicable: la floraison «soudaine» d'un poirier en plein mois d'octobre. Ignorer ou contester ce «signe» relève d'une volonté résolument négatrice, comparable à celle des grands d'Israël face aux prodiges accomplis par Jésus.