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Des modèles d’affaires circulaires pour l’avenir
Pendant longtemps, le système économique linéaire a fonctionné de cette façon: une entreprise achetait des ressources, fabriquait un produit puis elle le vendait. Celui-ci était ensuite utilisé puis éliminé. «Dans une économie circulaire, on le réutilise à l’infini», dit Marloes Fischer. On tient compte de la durabilité et la réparabilité des produits dès le départ, tout comme de la valeur ajoutée économique, écologique et sociale.
«Nous veillons à perdre le moins de valeur possible pendant le processus de production.»
Marloes Fischer montre ce que cela peut signifier concrètement en prenant l’exemple d’un fabricant mondial de pneus de camions: «le modèle économique classique d’un fabricant de pneus fonctionne de la manière suivante: l’entreprise fabrique des pneus et les vend. Elle ne s’intéresse pas à ce qu’il advient du pneu après l’avoir vendu. Il y a quelques années, le fabricant a commencé à louer ses pneus. Quand ils sont usés, ils retournent à la fabrique, sont rechapés puis réutilisés par le client en remplacement de pneus neufs. Cela s’avère payant pour l’entreprise, car elle économise de l’argent notamment lors de l’achat de nouvelles matières premières – et son client n’a plus à se soucier d’acheter des pneus. Au lieu du «take-make-waste» linéaire, une nouvelle compréhension circulaire de l’économie émerge. Il s’agit également d’un axe thématique actuel d’Engagement Migros. «L’exemple du pneu indique l’axe de notre réflexion», dit Corinne Grässle, responsable de projet auprès du fonds de soutien. Il est toujours important de considérer le système dans son entier. Concrètement, cela signifie que de nouvelles matières premières ou, mieux encore, des matières premières recyclées sont utilisées pour fabriquer un produit. Celui-ci est ensuite utilisé le plus longtemps possible, réparé, reconditionné et enfin à nouveau recyclé. «Dans l’idéal, nous ne produisons plus de déchets», dit Corinne Grässle.
Pratiquement aucun produit n’a aujourd’hui un cycle de vie circulaire. Cependant, l’élément le plus encourageant dans l’approche circulaire est qu’elle englobe diverses stratégies qui peuvent rendre un produit plus apte à entrer dans une économie circulaire. À l’instar des modèles de location permettant à plusieurs personnes d’utiliser un produit pendant une certaine durée. Les réparations permettent également de prolonger de manière significative la vie d’un produit.
Circular Hub informe les entreprises suisses sur les possibilités et les opportunités de l’économie circulaire et vise à les inspirer dans le développement de nouveaux modèles d’affaires. «L’essentiel est de montrer aux entreprises que ce n’est pas seulement durable, mais aussi économiquement rentable», déclare Marloes Fischer. Diplômée en science de la communication et japanologue, elle a travaillé pendant de nombreuses années comme cadre supérieure et consultante dans le domaine des lean operations, où elle a aidé les entreprises à rationaliser leurs processus de production et à accroître la satisfaction des clients. «C’était un travail passionnant, mais je me suis demandé ce que je pouvais faire pour avoir un plus grand impact positif sur le monde», déclare Marloes Fischer. Pour elle, la circularité est la prochaine étape logique permettant de rendre les entreprises pérennes et économiquement viables. Et cela représente une énorme opportunité pour l’économie suisse de se positionner. C’est pourquoi Circular Hub met la priorité sur la transmission et en particulier sur les avantages financiers. «Les entrepreneuses et entrepreneurs qui n’y voient pas de tels attraits ne passeront pas à ce modèle», Marloes Fischer en est convaincue.
Exemples d’économie circulaire
Lits à louer pour l’hôtellerie: «Smart Lease» permet à des hôteliers de payer des lits et des matelas de très bonne qualité en fonction de leurs besoins. Le prix dépend du nombre de nuits d’utilisation par mois.
Louer au lieu d’acheter: chez la start-up zurichoise «Kleihd», les clients peuvent choisir un vêtement et l’emprunter pendant deux semaines. La gamme de prix va de 10 à 60 francs. En étant membre, on paie 100 francs par an, on bénéficie d’une réduction pour chaque vêtement et on peut l’emprunter pendant quatre semaines.
Des déchets de chantier se muent en matériaux de construction: deux designeuses berlinoises ont développé, avec leur entreprise «They Feed Off Buildings», un concept qui transforme des déchets de chantier minéraux en panneaux de terrazzo pour des surfaces intérieures et extérieures de bâtiments. Sous le nom de produit Urban Terrazzo, les panneaux sont fabriqués sur place à partir de matériaux de construction et sont installés directement dans le bâtiment. Contrairement à d’autres matériaux de construction recyclables, on évite ainsi dans une large mesure les chaînes logistiques.
Lors de ses recherches, Marloes Fischer a constaté que le modèle de l’économie circulaire est encore peu appliqué dans notre pays. «J’ai été surprise, car la Suisse est plutôt connue pour être innovante». Depuis plus d’un an maintenant, Circular Hub s’attache à faire connaître l’économie circulaire. «Nous examinons ensemble ce que l’entreprise met en place dans le domaine de l’économie circulaire, comment elle le fait et quelle pourrait être la prochaine étape avec quels moyens», déclare Marloes Fischer. Mais en fin de compte, il ne s’agit pas uniquement de développer des produits, mais aussi de passer à un modèle commercial circulaire. Le processus reste un processus classique, tout comme la gestion de projet. Seuls les objectifs que l’on se fixe sont particuliers. Des master classes thématiques permettent d’approfondir et d’appliquer le savoir. «Nous travaillons avec un réseau d’experts et de cadres dirigeants qui apportent aux entreprises une expertise créative, économique, technique et sociopolitique», explique Marloes Fischer. L’accompagnement à la mise en œuvre doit inspirer et motiver l’application de mesures concrètes dans le sens d’une économie circulaire.
Marloes Fischer le dit clairement: dans les entreprises, les changements pour aller vers une économie circulaire ne se feront pas du jour au lendemain. «Elles doivent faire confiance au système, et pour établir la confiance, il faut du temps et de la sensibilisation.» C’est pourquoi Marloes Fischer et ses collaborateurs ont assisté à de nombreux événements où ils ont pu communiquer leur idée aux entreprises. D’importants contacts ont ainsi pu être noués. «Nous recevons de nombreuses demandes pour des présentations lors de conférences, dans des universités et des associations», déclare Marloes Fischer.
Mais Marloes Fischer et ses collaborateurs doivent aussi faire preuve de beaucoup d’endurance. «On ne peut pas évaluer à l’avance tout ce à quoi on va être confronté quand on crée une entreprise. Si on le savait, on n’en fonderait vraisemblablement jamais. Rien que la diffusion de l’idée commerciale sur les canaux sociaux prend déjà énormément de temps. En outre, il n’est pas facile de transmettre et de promouvoir des connaissances sur l’économie circulaire. «Sur un marché existant, nous sensibilisons à un sujet qui est largement inconnu en matière de potentiel et d’approche.»
Circular Hub compte désormais trois collaborateurs et une freelance. Nando Schmidlin, gestionnaire de projet, est là depuis le début. Le business designer diplômé s’est spécialisé en «innovation pour le développement durable». Pour lui, «la Suisse est un environnement passionnant pour l’économie circulaire ». Car les PME si typiques de la Suisse peuvent profiter de ce modèle. «Elles sont souvent déjà très efficaces et leurs processus sont orientés sur les coûts. Mais le modèle d’économie circulaire permettrait certainement de faire encore mieux.
Marloes Fischer est curieuse de découvrir le potentiel réel de notre pays. Ce dernier pourrait bientôt se révéler, car après la première année où l’accent a été mis sur les cours, cette année verra la mise en œuvre de l’économie circulaire dans les entreprises. Cela pourrait rapprocher le projet de son objectif de développer une «Swiss Circular Valley».