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mardi, 07 mars 2017
Le filtre et le barrage
Plus du quart des Suissesses et des Suisses qui auraient droit à une aide sociale (260'000 personnes, dont plus de 20'000 à Genève, 36'000 dans le canton de Vaud) ne la sollicitent pas, selon une étude bernoise de 2016. Une statistique fédérale de 2009 situe cette proportion de renoncement à 28 % des ayant-droit, et une évaluation de Caritas en 2014 à au moins 30 %, mais jusqu'à 50 %. La raison principale de ce renoncement semble bien être la complexité du système, le caractère suspicieux de la vérification des demandes d'aide, le nombre considérable de documents à fournir pour avoir droit à une aide. Le filtre mis devant l'aide sociale devient un barrage. Pendant quoi, les zautorités, qui ont le sens des urgences et des priorités, et surtout l'obsession des "abuseurs" ont choisi de donner la chasse aux mendiants...
lundi, 06 février 2017
Si méprisante qu'elle soit à l'égard de celles et ceux qu'elle vise et contraint, et si absurde qu'elle soit du trivial point de vue de l'efficacité, la volonté de la droite municipale genevoise de transformer une allocation sociale (celle de rentrée scolaire) en aumône accordée en bons a quelque chose d'exemplaire de la dégradation continue des politiques et des pratiques d'aide sociale, à Genève et en Suisse, depuis plus de dix ans. 13 % de la population genevoise reçoit une aide sociale,mais un tiers de celles et ceux qui pourraient en bénéficier ne la sollicitent pas. Ce taux de 13 % est stable, alors que la population augmente, ce qui signifie que le nombre de personnes vivant dans la précarité augmente et que, comme le Conseil d'Etat lui-même le reconnaît, une part de plus en plus importante de la population genevoise est menacée de pauvreté : le nombre de chômeurs en fin de droit s'accroît, celui des emplois mal rémunérés aussi (5,5 % des travailleuses et des travailleurs sont des "travailleurs pauvres" dont le salaire ne suffit pas à couvrir les besoins). L'Hospice traitait 13'000 dossiers d'aide sociale en 2015, et en 2016, ce record a été battu, le nombre de personnes bénéficiant du Vestiaire Social a doublé entre 2014 et 2015, le nombre de repas gratuits offerts par les colis du coeur est passé entre 2015 et 2016 de 80'000 à plus de 100'000... Et c'est ainsi, du Tiers Etat, naît un Quart Etat. Sans qu'un Sieyès ne s'avise de rappeler que n'étant rien, il rêve tout de même d'être quelque chose.
jeudi, 19 février 2015
Le nombre de « bénéficiaires » de l'aide sociale est en augmentation en Suisse -et les jeunes de moins de 25 ans en forment le plus grand groupe d'âge. La droite de la droite (l'UDC, donc) a trouvé le coupable de cette augmentation : la Conférence suisse des institutions d'aide sociale (CSIAS). Le « forfait de base » d'aide sociale, fixé par la CSIAS, est actuellement de 986 francs pour une personne seule, et c'est trop pour l'UDC, Qui trouve aussi que la CSIAS a trop de poids, puisque c'est elle qui détermine (jusqu'à fin 2015, après ce sera de la compétence de la Conférence des directeurs cantonaux des aides sociales) ce forfait. L'UDC voudrait donc en revenir à un système où chaque commune déterminerait elle-même, au plus bas niveau possible, ce niveau de l'aide sociale, devenue une aumône. But de l'exercice : réduire ces aides de 40 %. Or elles sont déjà insuffisantes à assurer une existence digne, alors que les coûts de l'aide sociale ne représentaient en Suisse, en 2012 qu'un cinquantième des dépenses totales du système de « sécurité sociale ». Cela aussi, c'est encore trop. D'ailleurs, toute dépense sociale n'est-elle pas trop pour l'UDC ?
mercredi, 21 janvier 2015
Lors du récent débat budgétaire municipal, nous avons entendu des bancs de la droite une dénonciation de l'« inégalité » qu'introduirait, entre les habitants du canton, le fait que la Ville de Genève accorde aux siens des prestations que la plupart des autres communes n'accordent pas aux leurs (allocation de rentrée scolaire, aide sociale complémentaire aux allocations complémentaires cantonales, par exemple). Nous n'avons en revanche pas entendu formuler la proposition de contribuer si peu que ce soit à ce que ces prestations soient introduites dans les communes qui ne les accordent pas, mais seulement le dur désir d'en priver les habitants de la Ville. La Ville de Genève ne peut certes (et hélas) imposer à d'autres communes une élévation de leurs prestations sociales au niveau de celles de la Ville, mais puisqu'une majorité du Conseil municipal trouve cette inégalité inacceptable, et que nous espérons qu'une majorité considère que ce scandale ne réside pas dans le fait que les habitants de la Ville bénéficient d'un droit mais dans le fait que les habitants des autres communes n'en bénéficient pas, nous proposons que s'instaure une égalité des droits sociaux non par le bas, mais par le haut.
vendredi, 03 octobre 2014
"Il faut prendre l'argent chez les pauvres, ils sont plus nombreux que les riches" (Alphonse Allais, Conseiller d'Etat genevois)
Alphonse Allais est mort trop tôt pour obtenir le Prix Nobel d'économie auquel le destinait naturellement sa célèbre injonction de « prendre l'argent chez les pauvres, ils sont plus nombreux que les riches », règle sans conteste possible qu'une palanquée d'économistes patentés, voire eux-mêmes nobélisés, et de politiciens moins patentés et moins nobélisés mais tout aussi fidèles à l'injonction d'Alphonse, n'ont fait que reprendre, les uns en la vernissant d'un discours à prétentions scientifiques, les autres en la dissimulant de références à la dureté des temps, au respect des grands équilibres, à la nécessité de ne pas effrayer les gros contribuables et autres foutaises du même tonneau (des Danaïdes, le tonneau). Alphonse Allais n'a pas eu le Prix Nobel d'Economie. Mais il a fait mieux : mort depuis bientôt 110 ans, sa pensée immortelle irrigue le gouvernement genevois.
lundi, 22 septembre 2014
Bonne année, les pauvres !
Aujourd'hui, c'est le Nouvel-An. Le premier Vendémiaire, premier jour de l'année dans le calendrier républicain. Et pour ce jour de l'an, le canton de Genève offre deux cadeaux à sa population la moins riche, ou la plus pauvre, comme on voudra. Premier cadeau : un projet de budget qui, pour produire un excédent d'un million, ratiboise des prestations sociales à hauteur de 30 millions (le supplément d'intégration serait réduit de moitié, le subside pour l'assurance-maladie carrément supprimé, le soutien financier individuel aux personnes âgées et aux handicapés réduit). Deuxième cadeau : une modification de la loi sur le « revenu déterminant unifié » pour permettre, en intégrant les prestations sociales municipales à ce revenu, de réduire les prestations sociales cantonales. Bonne année républicaine, les pauvres !
dimanche, 22 juin 2014
Une mesure indigne d'un Etat social...
Le 11 juin 2014, le Conseil d'Etat annonçait dans son point de presse, un changement du règlement d'application de la Loi sur l'insertion et l'aide sociale (LIASI), impliquant une baisse du supplément d'intégration lié au Contrat d'aide sociale individuelle (CASI). Celui-ci passera de CHF 300.- à CHF 150.- par mois dès le 1er septembre 2014. Le Conseil d’Etat invoque une économie de près de 9 millions dont une partie devrait être affectée à l'acquisition d’une formation de base pour les personnes à l'aide sociale. Cette mesure intolérable s’attaque aux plus démuni-e-s dans une ville réputée pour être une des plus chères du monde. Elle est indigne d’un Etat social. Elle rompt la solidarité envers les plus précarisé-e-s. Elle compromet la cohésion sociale de notre canton.