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Titre : Le couronnement impérial de Charlemagne (25 décembre 800)
Auteur : Robert Folz
Éditeur : Gallimard 1989
Pages : 352
Ce livre provient d'une ancienne collection chargée de présenter les dates fondatrices de l'histoire de France. Il est édité tout d'abord en 1964. L'édition que j'ai lue est celle révisée de 1989. Je ne suis malheureusement pas capable de vérifier l'adéquation entre cette révision et l'historiographie actuelle, ce qui n'enlève rien au texte. Celui-ci est parfois un peu daté et les références un peu anciennes mais l'auteur réussit à brosser un tableau du monde carolingien autours de l'événement du 25 décembre 800. Il fait ceci en trois livres, comme il le dit.
Le premier livre nous résume l'histoire de la fin des mérovingiens jusqu'à Charlemagne. C'est une longue histoire. L'auteur doit expliquer comment une nouvelle dynastie a pu prendre la dignité royale aux mérovingiens. Ces derniers, pour des raisons spécifiques que d'autres livres explicitent, ne sont plus capables de forcer leur pouvoir. Ce pouvoir est tenu par les maires du palais qui seront les créateurs des carolingiens. Ce n'est qu'à l'aide du Pape que les carolingiens prennent le contrôle de la royauté, tout en se faisant élire par les grands du peuple Franc. À la suite de cela, une réforme de l'état est mise en place. Cette réforme sera particulièrement importante sous Charlemagne qui essaie de consolider son territoire, d'éviter les dangers et de communiquer ses décisions judiciaires à l'aide d'envoyés spécifiques.
Le second livre, qui prend le plus de pages, permet d'expliquer comment Charlemagne reçoit la titulature impériale. Celle-ci n'est pas facile à faire accepter. En effet, un empereur existe déjà à Byzance, ce dernier est censé contrôler le Pape et la ville de Rome. Mais son influence est de moins en moins importante et le Pape est obligé de demander l'aide des Francs contre les Lombards ce qui crée un lien de protection. De plus, l'empereur est déposé par sa mère qui prend le titre pour elle-même. L'auteur met en avant des problèmes religieux entre l'ouest et l'est mais aussi des problèmes politiques pour le Pape Léon III. En 800, Charlemagne se rend à Rome pour consolider le pouvoir du Pape face à es opposants qui avaient tenté de le destituer et, dans la foulée, il est nommé Empereur par le Pape. Cette titulature implique un risque de guerre avec Byzance qui n'accepte pas ce nouvel empereur. De plus, Charlemagne n'apprécie d'être nommé par le Pape. Il essaie de rendre l'église débitrice et dépendante tout en nommant lui-même son fils empereur, à la fin de sa vie. Il y a donc une construction longue de l'idéologie impériale qui doit permettre aussi bien un contrôle territorial, spirituel et d'éviter trop de frictions avec Byzance.
Enfin, le dernier livre se consacre à la fin de l'empire et à son usage par les rois de France. Le fils de Charlemagne, Louis le Pieux, essaie de consacrer l'Empire tout en le divisant entre ses fils. L'ainé serait l'Empereur et les autres contrôlent des territoires tout en lui étant soumis. Mais la naissance d'un nouveau fils, avec une seconde femme, brise cette division déjà difficilement acceptée. Les trois ainés se révoltent contre leur père et le déposent. Pour que deux des frères décident de le remettre sur le trône impérial par suite des actions de leur frère ainé. Les combats entre les frères puis entre les frères et leurs neveux brisent l'unité de l'Empire qui ne sera jamais plus complet. De plus, l'Église reprend le contrôle de la nomination des empereurs chargés de la protection de la chrétienté. En moins d'une génération, l'Empire carolingien perd de sa substance. Cependant, l'idée impérial et l'importance de Charlemagne gardent de la substance au sein du royaume de France. Les capétiens, lors de la septième génération, se marient avec une descendante de Charlemagne tandis que les chansons de Gestes créent une mythologie qui permet de justifier le pouvoir des rois de France, leur permettant de se déclarer empereur dans leur royaume et non soumis à un autre dirigeant terrestre.
Il faudrait examiner les informations données par l'auteur. En particulier, j'aimerais savoir à quel point le livre a été actualisé en 1989 car, depuis 1964, la recherche a modifié notre connaissance de l'époque carolingienne. Certains propos de l'auteur donnent l'impression d'une manière ancienne de concevoir les mérovingiens, pour ne prendre qu'un exemple. Mais ces problèmes historiographiques ne gâchent pas la lecture d'un livre qui suit un programme précis et qui, selon moi, le réussit.
Image : Éditeur