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Des ombres, dans la nuit!
Genovieva 19e épisode
Enfin l'eau se met à bouillir sur le vieux radiateur électrique que Genovieva utilise à l'église. Bientôt une tasse de thé la réchauffera un peu. En attendant, elle tire de sa poche une lettre qu'elle se met à lire avec intérêt.
– Encore un appel! s'exclame notre amie. Eh bien, il faut y aller... "S'il vous plaît, écrit d'une autre ville le responsable d'une assemblée chrétienne, venez avec votre choeur d'enfants, venez chanter pour nous! Vos frais de voyage vous seront remboursés..."
Genovieva est habituée à recevoir de telles demandes. Dieu emploie et bénit le choeur de Sion. Des concerts sont organisés ici et là, pour la plus grande joie de ses membres. En hiver comme en été, ils partent assez régulièrement. Parfois, ils se retrouvent tous à la gare, très tôt le dimanche matin.
Mais il leur arrive aussi de partir à pied, en bus, en char, même en bateau, dans les villes et les villages, au nord comme au sud du pays. Ces soixante jeunes chanteurs ont de six à seize ans. Ils débordent de joie, et font vraiment envie. Comment ont-ils donc appris à chanter si bien? En persévérant. Jamais ils n'ont eu peur des longues répétitions, même pendant les vacances!
S'ils apprennent à chanter, ils savent aussi prier. C'est le secret de la réussite. Tous ont besoin d'être protégés. Si l'un d'eux a des difficultés à l'école parce qu'il est chrétien, alors tous prient pour lui. Faut-il affronter des menaces ou des persécutions, tous en parlent à Dieu.
Et la police? Elle voudrait bien faire cesser ces activités, mais il n'est pas facile de s'attaquer à tant d'enfants à la fois. Il paraît bien plus simple de s'en prendre à ceux qui les réunissent. Genovieva aurait de quoi trembler, mais elle aussi fait confiance à Celui qui peut la garder. Ces temps-ci, Maria ne loge pas à l'église. Genovieva s'y retrouve seule. Heureusement pour elle, trois fois par semaine ses parents viennent la voir avec l'un de ses frères. Il est précieux de pouvoir prier en famille.
Ce soir, au moment de s'étendre sur son banc pour essayer de dormir, Genovieva hésite.
– Je ne sais pas pourquoi, je ne me sens pas tranquille... Je devrais peut-être me coucher ailleurs, mais où? Oh, je sais...
Sous le plancher de l'estrade se cache une grande cuve. Pour les baptêmes, on la remplit d'eau. Sinon, elle reste vide.
– C'est là-dedans que je vais passer la nuit! décide Genovieva. Elle descend dans la cuve, et se hâte de remettre les planches en place, au-dessus d'elle. Peu après deux heures du matin, Genovieva se réveille en sursaut. On parle fort, juste derrière la porte de l'église! Maintenant... mais oui, une clé essaie de tourner dans la serrure! Dans sa cachette, Genovieva retient son souffle. La porte grince... Genovieva prie. Des pas lourds martèlent le sol. Il y a au moins deux hommes. Pendant près de cinq longues minutes, le faisceau de leur lampe de poche fouille partout.
– Personne! conclut une voix. Elle n'est pas ici!
– Cherchons encore! ajoute une autre voix. Genovieva ne bouge pas...
Enfin la lumière s'éloigne en même temps que les pas... Alors, tout doucement, une planche de l'estrade se soulève. Une autre aussi... Elles laissent passer une tête, deux épaules, puis un corps tout entier.
– C'est bien ce que je pensais, se dit alors Genovieva, s'ils savent ouvrir les portes, ils n'ont pas encore appris à les fermer! Ne prenez pas cette peine, Messieurs les policiers, je m'en occupe! Et courageusement, notre amie se lève et va fermer la porte. – Je peux dormir tranquille, ils ne reviendront pas!

Les semaines passent. Le choeur de Sion continue ses tournées. Ah, si au moins la Securitate pouvait faire taire ces enfants!
Une nuit, une voiture de la Securitate vient doucement s'arrêter juste devant l'église. De là, le chef de la police secrète pourra tout observer, et suivre les événements.
Dans la salle, Genovieva ne dort pas. Que fait-elle donc encore à minuit, accroupie derrière un meuble à la faible lueur d'une bougie? Peut-être lit-elle sa Bible. Peut-être note-t-elle les paroles d'un nouveau chant ? Soudain elle se dresse, inquiète. Elle vient d'entendre un bruit...
Vite, Genovieva éteint la bougie. – ça y est, on frappe à la porte! Que dois-je faire, à présent ?
A l'aide d'un passe-partout, ils arrivent à leurs fins. La porte tourne sur ses gonds. Ils entrent. Bientôt le faisceau de leur lampe va balayer une paroi après l'autre... Où est celle qu'ils recherchent? Sans bruit, elle s'est précipitée à l'autre bout de la salle. Les pensées galopent dans sa tête:
– Si au moins je pouvais fuir par derrière l'église. De ce côté-là, pas de barrière à franchir. Le terrain est en pente, mais je le connais par coeur. Si souvent j'y ai caché des Bibles. Ici, il y a bien une porte, mais elle doit être bloquée: on n'y passe jamais. Genovieva essaie de la pousser... elle s'ouvre sans problèmes. Il y a peut-être des mois qu'elle est restée mal fermée sans qu'on s'en aperçoive. Vite Genovieva passe par l'ouverture. Vite la porte est refermée. Et frrrt, l'oiseau s'envole!
Voici le vieux pommier... le muret qu'il suffit d'enjamber... Plus loin, voici la route. Vite Genovieva file chez ses amis... Ah! comme il a du sens pour elle, ce verset de la Bible: "Le Seigneur est mon aide. Je ne craindrai rien. Que peut me faire un homme?" Depuis longtemps déjà, il est souligné dans sa Bible, au chapitre 13 de l'épître aux Hébreux.
Courage, Genovieva! D'autres épreuves t'attendent, mais Celui qui te garde est toujours vigilant. Ne l'oublie jamais!
Texte: Samuel Grandjean