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Nous la rencontrons presque tous les jours, mais rares sont ceux qui la connaissent: l’artiste Sophie Taueber-Arp est la seule femme à orner depuis une vingtaine d’années le billet de cinquante francs suisses.
Sophie est née le 19 janvier 1889 à Davos. Après le décès prématuré de son père, sa mère quitte Davos avec les cinq enfants pour retourner dans leur Appenzell d’origine, où elle dirige à Trogen une pension qu’elle a fait construire selon ses propres plans. C’est également sa mère qui reconnaît rapidement le potentiel artistique de sa fille et qui encourage Sophie à suivre à Saint-Gall une formation de créatrice de textiles. A l’issue de plusieurs années d’études à Munich et à Hambourg, Sophie travaille de 1916 à 1929 comme professeur de dessin textile à la Kunstgewerbeschule de Zurich et pourvoit pratiquement seule à son entretien et celui de son partenaire, l’artiste Jean Arp, dont elle fait la connaissance en 1915 à Zurich et qu’elle épouse plus tard. Arp est enthousiasmé par le langage visuel constructif que Sophie a développé en toute indépendance; en étroite collaboration, le couple crée toute une série de travaux communs et participe au légendaire mouvement Dada qui fait halte à Zurich entre 1916 et 1919. A l’occasion des soirées au Cabaret Voltaire, Sophie Taeuber-Arp fait des numéros de danse; elle crée ses propres chorégraphies et développe des décors et des marionnettes.
En 1926, elle part avec Jean Arp pour Strasbourg, où elle réalise une œuvre d’art globale exemplaire avec la transformation de l’«Aubette», un centre de divertissement moderne avec bar, cinéma, salle de danse et salon de thé. La Seconde Guerre mondiale conduit le couple d’artistes enfin dans le midi de la France, jusqu’à ce qu’ils retournent à Zürich en 1942 – leurs œuvres d’art figurent désormais dans la France occupée sur la liste d’«art dégénéré». C’est là que la vie de Sophie se termine de façon tragique: elle meurt à 54 ansd’une intoxication au monoxyde de carbone dans la maison de Max Bill, un artiste de ses amis.
Sophie Taeuber-Arp est considérée aujourd’hui comme l’une des artistes les plus novatrices du XXe siècle. Elle était à la fois peintre, plasticienne, créatrice de textiles, architecte d’intérieur, danseuse et éditrice. Trop peu appréciée comme «femme artiste» en raison de son activité d’enseignante spécialisée en textiles et vivant à l’ombre de son célèbre époux, elle n’a trouvé que tardivement la reconnaissance qu’elle méritait. De nombreuses expositions récentes documentent son importance en tant que «femme indépendante et artiste radicale, qui rompait avec les conventions de son époque, mais sans les abandonner tout à fait» (Juri Steiner).
L’ensemble des portraits des pionnières de la Suisse moderne feront l’objet d’une publication dans un livre qui paraîtra à l’automne 2014, édité par Avenir Suisse, les Editions Slatkine et Le Temps. A précommander ici