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Un professeur d'économie, Thomas von Ungern-Sternberg, pointe son index sur les «lacunes» de la BNS dans la gestion de ses fonds.Ce contenu a été publié le 19 juin 2002 - 16:13
L'automne prochain, le Parlement fédéral va se pencher sur la révision de la loi sur la Banque nationale suisse (BNS). Question de s'y préparer, le groupe socialiste des Chambres a commandé une étude à un expert indépendant.
Il s'est tourné vers Thomas von Ungern-Sternberg, professeur à la Faculté des sciences économiques de l'Université de Lausanne. Lequel connaît bien son sujet, puisqu'il en est déjà à sa 6e étude sur la BNS.
swissinfo: Thomas von Ungern-Sternberg, quelle appréciation faites-vous de la manière qu'a la BNS de gérer ses fonds?
Thomas von Ungern-Sternberg: Il faut distinguer deux choses, la manière dont la BNS gère ses avoirs et sa façon de distribuer ses bénéfices.
D'un côté, les 40 milliards de fonds propres qu'elle a accumulés. Et, de l'autre, les 40 à 50 milliards de devises qu'elle détient.
S'agissant, tout d'abord des devises, pourquoi a-t-elle besoin d'un tel montant absolument gigantesque? Je ne l'ai jamais compris, et cela pour deux raisons.
D'abord, la BNS est dans un régime de taux de change flexible. Elle n'a donc aucune nécessité d'intervenir sur les marchés de change.
Ensuite, l'histoire nous a montré à moult reprises qu'intervenir sur ces marchés en achetant et vendant des devises est une manière particulièrement peu efficace de stabiliser les taux de change.
Ces 50 milliards sont les restes d'un temps (révolu depuis 1975) où l'on vivait un régime de taux de change à peu près fixe et où les marchés financiers n'avaient pas encore leur mobilité actuelle.
swissinfo: Et qu'en est-il des fonds propres de la BNS?
T.v.U.: «La loi lui permet clairement d'augmenter ses fonds propres au rythme d'un million par année. Donc la comptabilisation des fonds propres qu'elle a pratiquée depuis le début des années 70 est foncièrement illégale.
Sans la moindre base légale, la BNS a grugé la Confédération et les cantons de ce montant de 40 milliards. Et je n'ai jamais compris pourquoi aucun canton ne lui avait fait un procès à ce sujet.
Tentons une comparaison internationale. Les fonds propres de la Bundes Bank allemande étaient plafonnés à 5% de la masse monétaire des banques centrales, à savoir 11 milliards de francs.
De son côté, la Banque nationale des Pays-Bas pouvait les augmenter à raison de 8 millions par année.
La BNS, elle, a pour 40 milliards de fonds propres. Et elle veut encore les augmenter chaque année d'un milliard.
On est là dans une démesure totale. Il faut donc établir des bases légales telles qu'il lui sera impossible d'appauvrir les cantons pour s'enrichir elle-même.
swissinfo: Vous dites aussi que la BNS pratique une politique de placement téméraire. Sur quels arguments basez-vous votre critique?
T.v.U.: «Du début des années 70 jusque vers 1995, la BNS détenait 90% de ses actifs en dollars. Vous comprendrez que ce n'est pas une politique de placement particulièrement diversifiée.
De plus, elle a misé sur le mauvais cheval. Durant cette période-là, les rendements sur le dollars étaient en effet particulièrement faibles.
Ensuite, détenir pour 40 milliards d'or est aussi une façon de placer son argent de façon extrêmement téméraire. Vous vous exposez à un risque énorme compte tenu de la variation du prix de l'or à la baisse.
Certes, maintenant la BNS essaie d'avoir une politique de placement moins téméraire. Mais, malheureusement, les moments qu'elle a choisis pour le faire se sont révélés chaque fois mauvais.
Elle a vendu à peu près la moitié de ses dollars contre des euros, alors que la monnaie européenne perdait 20% de sa valeur contre le dollar.
Et elle a passé à une stratégie de placement à plus long terme un an avant que les taux d'intérêt n'augmentent massivement en Europe et aux États-Unis.
Ce qui lui a coûté environ 2,5 milliards de dollars. Soit à peu près autant sinon plus que les montants que la Confédération a mis dans Swissair.
swissinfo: Quelle conclusion générale tirez-vous de ces différents constats?
T.v.U.: Avant tout, que la politique de gestion des fonds de la BNS est très clairement lacunaire. Et, que la performance soit bonne ou mauvaise, ça n'a aucune conséquence pour les gens qui la font.
Il faudrait donc responsabiliser la BNS. Et il y a une manière très simple de le faire.
C'est de lui dire: 'si ta politique de placement rapporte peu, ça aura des répercussions sur tes fonds propres, et non pas sur les montants que tu distribues à la Confédération et aux cantons'!
Ce serait un début. C'est relativement facile à faire et j'espère que ça sera inscrit dans la loi.
swissinfo/Propos recueillis par Bernard Weissbrodt
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