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En 1986, Philippe Geluck publiait le premier album du Chat, sobrement intitulé "Le Chat". En 2017, après sept ans d'absence, la créature la plus statique de l'histoire de la bande dessinée revient dans un album de 48 pages intitulé "Chacun son chat", édité chez Casterman. L'aphorisme à retenir: "Il paraît qu'après la mort, l'esprit quitte le corps. Chez les cons, cela s'est passé de leur vivant."
21e tome déjà
Sur la couverture de ce 21e tome, le félin philosophe et cravaté tient en laisse un petit chien, fan de son maître. C'est le moment de poser la question à son créateur: son chat aurait-il pu être un chien?
Non, le chien a un petit côté servile, trop obéissant et surtout il croit indéfectiblement à l'être humain. Le chat, au contraire, vous regarde de haut
Ce n'est pourtant pas un chat élégant et mystérieux qui, à l'origine, a inspiré le dessinateur belge mais le gros matou de ses voisins, quand il était enfant. Un chat trop gros et un peu ridicule, baptisé Passe-partout alors qu'il ne passait nulle part.
>>> A écouter, Philippe Geluck parle de son enfance et de ses admirations:
Dessinateur, chroniqueur radio et TV, humoriste, comédien - il a d'ailleurs souvent joué à Genève et Lausanne dans sa jeunesse - Philippe Geluck doit beaucoup à son père, Didier Geluck, le héros de son enfance. Dessinateur de presse de 1945 à 1953, militant communiste, puis distributeur des films de l'est, c'est lui qui fera découvrir aux Bruxellois les premiers Polanski, Milos Forman ou Tarkovski, lesquels venaient manger à la maison.
"Mon père m'a initié à l'art, à la peinture, notamment à Pierre Soulages, que nous rencontrions souvent. J'ai compris alors la force de ces fameux noirs brossés. C'est lui aussi qui m'a fait découvrir la revue "Bizarre" et le magazine "Hara-Kiri". Philippe Geluck dit son admiration pour les dessinateurs Sempé, Tomi Ungerer, Saul Steinberg, Chaval, Siné ou encore Roland Topor:
Topor était véritable écrivain et dessinateur, alors que je ne suis qu'un écriveur, un mot inventé par Pierre Desproges, dont je me sens proche.
En flamand, Geluck signifie "Chance". Le petit Philippe n'en a pas manqué qui, à six ans dessinait comme personnage récurrent un chauve avec un gros nez. "Ce que je suis devenu plus tard", s'amuse-t-il au micro de la RTS.
Un musée dédié au Chat
Repéré à 16 ans par un laveur de vitres qui tombe sous le charme de son journal illustré dans les toilettes familiales, celui qui rêvait d'être clown publie ses premiers dessins rémunérés dans le magazine humoristique "L'Oeuf".
La suite, on la connaît: quarante ans de carrière, des millions de fans, plusieurs distinctions et bientôt un musée du Chat et du dessin d'humour qui ouvrira ses portes à Bruxelles, en 2020. Cet espace de 1300 mètres carrés sera répartis en trois zones: le travail ancien, actuel et futur de Philippe Geluck; l'exposition tous les six mois d'un dessinateur invité et une troisième zone consacré au chat dans l'art, de l'histoire égyptienne à nos jours.
Propos recueillis par Mélanie Croubalian/réalisation web Marie-Claude Martin