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Au milieu des années 1980, Schnider se fait remarquer par la critique avec des portraits semblables à des icônes, dont l’austérité l’a souvent fait comparer à Vallotton. Cette toile, qui renvoie également au Vaudois par les coloris et le traitement de l’espace, s’inscrit dans la tradition des vanités, en particulier celle des autoportraits au crâne, évocation de la condition mortelle de l’homme, qui s’étend de l’âge d’or de la peinture néerlandaise à nos jours, de Frans Hals à Sarah Lucas. S’inspirant d’un autoportrait de François Barraud (Le mélancolique, 1931, coll. privée), Schnider a logé le crâne dans le creux de son bras.
Bien que dépouillé, ce grand autoportrait en pied est truffé de symboles. L’artiste caresse un chien, emblème de la fidélité, sans lui retourner son regard qu’il adresse au spectateur. Il ne se montre pas ici en train de peindre comme dans le sous-genre fréquent de l’autoportrait de l’artiste au travail. Il évoque son métier par la seule présence de la palette immaculée coincée sous son pied ; cette silhouette ovoïdale fonctionne presque comme une anamorphose de la tête de mort. Enfin, l’arrière-plan est un mur recouvert d’un rideau, signe de la théâtralité de cette représentation et plus généralement de la vie.
Schnider a l’air triste : les coins de la bouche et l’amande des yeux sont abaissés. Ce visage stylisé (traits simplifiés, peau lisse et cheveux ras) revient dans d’autres œuvres de l’époque : portant la même tenue, Schnider est certaines fois seul avec ses outils de peintre, d’autres fois avec un pinceau et une palette à la main et un enfant à ses côtés. Le motif du chien est également récurrent, comme l’est cette gamme de couleurs. Cet ensemble d’œuvres annonce les visages schématiques des peintures des années 2000, qui ne sont plus que contours sans physionomie.
Bibliographie
Martin Luchsinger, Beat Wismer et alii, Albrecht Schnider. Das noch Mögliche, cat. exp. Aarau, Aargauer Kunsthaus, Nuremberg, Verlag für moderne Kunst, 2006.
Martin Schwander et Philip Ursprung, Albrecht Schnider, cat. exp. Lucerne, Kunstmuseum Luzern, 1994.