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"La Libye est une priorité pour l'Italie, pour la stabilité de la Méditerranée, pour la sécurité italienne et pour les grands défis qu'affronte l'Europe, comme la crise énergétique", a déclaré la cheffe du gouvernement devant la presse, en disant vouloir contribuer à "stabiliser" la situation politique du pays.
Il s'agit du deuxième déplacement de Mme Meloni cette semaine sur la rive sud de la Méditerranée, après un voyage à Alger, axé en particulier sur les approvisionnements de gaz d'une Italie, qui tente de se défaire d'une grande dépendance aux importations russes.
Accord "historique"
A Tripoli, l'enjeu énergétique était aussi central. La première ministre a assisté à la signature d'un accord entre Eni et NOC pour exploiter deux gisements gaziers, moyennant un investissement de 8 milliards de dollars sur trois ans.
C'est le "premier grand projet" de ce type en Libye depuis 20 à 25 ans, se sont félicités les dirigeants des deux groupes, Claudio Descalzi et Farhat Bengdara. C'est un accord "historique" sur lequel les deux parties travaillent "depuis dix ans", a salué le patron du géant italien, présent dans le pays depuis 1959.
La visite de Mme Meloni était la première à un tel niveau européen depuis celle de son prédécesseur Mario Draghi en avril 2021, et l'arrivée au pouvoir, un mois plus tôt, d'Abdelhamid Dbeibah, dans le cadre d'un processus de paix parrainé par l'ONU, qui devait déboucher sur des élections.
Impasse politique
La Libye est enlisée dans une crise politique majeure depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, avec des pouvoirs rivaux, une myriade de milices, des mercenaires disséminés dans le pays, sur fond d'ingérences étrangères. Depuis mars, deux gouvernements se disputent le pouvoir: celui de M. Dbeibah à Tripoli et celui de Fathi Bachagha, soutenu par le camp de Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est du pays.
M. Bachagha a qualifié mardi la visite de Mme Meloni de tentative de faire "ressusciter un gouvernement mort", dénonçant un "comportement opportuniste" de Rome.
"Nous avons rappelé notre pleine disponibilité à favoriser le parcours légitime et juste vers des élections et pour une stabilisation du cadre" politique libyen, a souligné Mme Meloni à Tripoli. M. Dbeibah a dit faire "confiance" à Rome "pour rapprocher les points de vue des pays qui soutiennent le processus de paix".
"Premier partenaire commercial"
Par ailleurs, les deux dirigeants se sont dits déterminés à approfondir les liens économiques bilatéraux.
L'Italie s'est confirmée comme "premier partenaire commercial de la Libye", avec 10,17 milliards d'euros d'échanges sur les dix premiers mois de 2022 (+75,71% sur la même période de 2021), selon l'ambassade d'Italie à Tripoli. Elle a dépassé la Chine, devenant le "deuxième pays fournisseur de la Libye derrière la Turquie".
Mme Meloni a évoqué la rénovation de l'aéroport de Tripoli et la nécessité de "reprendre au plus vite les vols directs" entre les deux pays.
Accord migratoire
Outre le volet économique, la migration était au centre des discussions. L'Italie est directement concernée par l'arrivée massive de migrants clandestins partant des côtes libyennes.
Mme Meloni a fait état d'un accord bilatéral pour "faire davantage afin de contrecarrer les flux d'immigration illégale" depuis les côtes libyennes, un problème "qui ne concerne pas que l'Italie mais également l'Europe".
Parmi d'autres "nouvelles mesures" non détaillées, Rome va "appuyer la Libye avec cinq vedettes équipées" pour la recherche et le sauvetage en mer, selon M. Dbeibah.
Le chaos qui a suivi la chute du régime de Mouammar Kadhafi a fait de la Libye une voie privilégiée pour des dizaines de milliers de migrants, originaires d'Afrique sub-saharienne, de pays arabes et d'Asie du Sud, cherchant à rejoindre l'Europe.
Le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni est arrivé au pouvoir en octobre en promettant de stopper l'immigration clandestine, alors que plus de 105'000 migrants sont arrivés en Italie par la voie maritime en 2022, selon des chiffres officiels.
La Méditerranée centrale - depuis la Libye et la Tunisie - est la route migratoire la plus dangereuse du monde avec 1377 migrants morts ou disparus en 2022, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).