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Dans le courant du mois d’avril, le Venezuela a vécu des tensions assez importantes dues aux fréquentes tentatives de démonstrations de force tant de la part de l’opposition que du gouvernement. À cela s'ajoute la pénurie qui affecte l’ensemble de la population, et qui est utilisée comme une raison de plus pour descendre dans la rue et manifester le mécontentement général. Le 19 avril, les opposants au président Nicolás Maduro ont donc envahi les rues du centre de la ville, provoquant l’une des plus importantes manifestations de mécontentement auxquelles l’administration ait fait face. Au vu du nombre massif de participants à la marche et de son grand impact médiatique, les dirigeants de l’opposition ont immédiatement décidé de maintenir la mobilisation les jours suivants et de lancer de nouvelles actions. C’est ainsi que le leader de Primero Justicia (ndlr:parti politique de centre, Henrique Capriles, a exhorté la population à déserter les lieux de travail les jours suivants et à interrompre toute activité susceptible de donner le signe d’un retour à la normale. Dès lors, on a assisté à un tournant dans la protestation de l’opposition, ses dirigeants ayant décidé de passer de la démonstration massive dans les rues du centre ville à des manifestations disséminées dans les différents quartiers de Caracas.
Réajustement institutionnel
Ce n’est pas la première fois que de tels faits se produisent au Venezuela depuis les débuts de l’époque chaviste en 1998. Les affrontements entre l’opposition et les autorités ont été fréquents et virulents. De part et d’autre, durant les périodes séparant les élections, chacun a tenté de mesurer ses forces en mobilisant ses adhérents, organisant des marches et autres manifestations de rue afin de démontrer à l’opinion publique locale et internationale le niveau de l’appui dont il jouissait dans la population.
Pendant une grande partie de la présidence de Hugo Chavez, et particulièrement entre 2000 et 2006, l’opposition usa de manière récurrente des mécanismes extra-institutionnels, comme les manifestations de rue, une longue grève dans le secteur pétrolier, une tentative de coup d’État, et elle alla même jusqu’à s’abstenir de participer aux élections, comme ce fut le cas lors du conflit avec le parlement en 2005. À ce type d’actions vinrent s’ajouter, au sein même de l’Assemblée nationale, les tentatives de blocage des initiatives promues par l’exécutif et visant à des changements structurels.
Quelles furent les principales tentatives de révisions des institutions par l'opposition? Il suffit de mentionner la pression exercée en vue d’obtenir le référendum de destitution ou, comme c’est le cas actuellement, l’insistance pour avancer la date des élections générales. En exprimant cette intention, l’opposition lance une initiative qui s’inscrit clairement dans une logique constitutionnelle et légale. Lors des élections de 2015, elle a obtenu la majorité au sein de l’Assemblée législative. Pour la première fois depuis 1998, le chavisme est devenu minoritaire, ce qui a provoqué une situation complexe pour la réalisation du programme du gouvernement Maduro. Le parti au pouvoir a réussi jusqu’à maintenant à garder le contrôle malgré les pressions de l’opposition, mais en perdant la majorité à l’Assemblée, le gouvernement de Maduro n’a plus d’autre possibilité que de résister face aux tensions.
De leur côté, les gouvernements de Chavez et de Maduro ont donc aussi cherché à réajuster les institutions existantes, mais en faisant voter des réformes visant, pour le premier, à faciliter sa réélection et, pour le second, à éviter un référendum de destitution. En utilisant tous les recours possibles sans porter formellement atteinte aux institutions existantes, l’administration gouvernementale s’est assimilée ainsi, dans un certain sens, à l’opposition. Et pour bien montrer l’appui dont jouissait leur gestion, Chavez et Maduro ont promu assez activement les démonstrations d’adhésion en provenance de la rue.
Un nœud politique
Gouvernement et opposition adoptent généralement un discours belliqueux qui exclut toute possibilité de dialogue ou d’accord. Or une des caractéristiques de la politique consiste à permettre la négociation et le débat, même entre groupements et organisations que séparent des différences de programmes ou qui représentent des électorats différents! Il importe surtout que chaque partie soit disposée à respecter les règles existantes et à reconnaître le résultat de ces pourparlers, qu’il soit ou non question de décisions adoptées sans consultation directe des citoyens.
Au Venezuela, au contraire, le gouvernement et l’opposition du Venezuela se sont discrédités. Tout en se positionnant dans les limites de la légalité en vigueur, ils se montrent prêts - et sont même parfois sur le point - à outrepasser les voies institutionnelles formelles.
Le fait que les deux principaux partis politiques du Venezuela soient occupés en permanence à des démonstrations de force révèle inévitablement la politisation extrême de l’ensemble des institutions du pays, y compris de la Cour suprême. C’est elle qui a tenté de fermer l’Assemblée législative, accusant de rébellion une partie des parlementaires de l’opposition. Finalement, cette mesure n’a pas abouti, mais elle est un signe du niveau de tension entre les principales instances de l’Etat.
Il est normal, et cela se voit dans de nombreuses démocraties, que les juges et les tribunaux connaissent des processus de politisation lorsque la classe politique est discréditée, comme dans des cas de corruption ou lorsque les organes de représentation et de prise de décisions perdent leur crédit. Surtout lorsqu’on en vient à une polarisation qui s’exprime tant au niveau politique et idéologique qu’au plan du soutien de la population. Il est donc compréhensible que ce phénomène atteigne aussi la Cour suprême. Reste que le degré de complexité auquel on est arrivé rend très difficile la résolution du conflit par des accords au sein des instances représentatives désignées, comme l’Assemblée nationale.
A lire et à entendre encore sur Radio Vatican, Le Venezuela dans les yeux de Saraï Suarez, journaliste et photographe vénézuelienne, qui s'inquiète des élections de l'Assemblée constituante du 30 juillet. Une date qui sonne pour elle comme un couperet.