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Ueli Leuenberger, ce frein pour les Verts
Dans les faits, le feu semble au vert, propice donc aux écologistes. Pourtant, Ueli Leuenberger et ses troupes n’avancent pas. Et pour cause! Le président des Verts suisses fait presque tout en ce moment pour que son parti ne puisse pas profiter de l’effet Fukushima.
Si tout allait bien et que les Verts observaient les règles les plus élémentaires du marketing politique, l’on verrait sur toutes les chaînes un président sûr de lui, démontrant que son mouvement est le seul vrai parti anti-nucléaire. Il se ferait alors fort de démasquer ces représentants du milieu bourgeois comme autant de retourneurs de veste, tout comme les Verts libéraux, phénomène de mode sans expérience avérée.
Si tout se déroulait correctement, un tel parti progresserait clairement dans toutes les élections cantonales, passerait de 9.6% à près de 15% dans les élections nationales et serait un parti dont les ambitions fédérales seraient prises au sérieux.
Si un Vert est élu au sein d’un gouvernement cantonal, c’est grâce à son profil pragmatique avec lequel il se distingue de la ligne pure et dure d’Ueli Leuenberger.
La réalité est pourtant bien différente. Les Verts progressent difficilement ou stagnent dans les élections cantonales, alors que les Verts libéraux décollent. Et si un Vert, tel que Martin Graf à Zurich ou Isaac Reber à Bâle-Campagne, est élu au gouvernement, c’est grâce à son profil pragmatique avec lequel il se distingue de la ligne pure et dure du dirigeant du parti.
Depuis peu, Ueli Leuenberger souhaite que les cantons implantent moins d’entreprises étrangères. De plus, celles-ci doivent remplir des critères sociaux et écologiques et doivent embaucher un certain pourcentage de travailleurs suisses. Cela fait penser d’une certaine manière à Cuba. Et si l’on a récemment écouté pendant une demi-heure comment la vice-présidente Franziska Teuscher a propagé une atmosphère de fin du monde dans l’émission de radio de la DRS «Samstagsrundschau», on aurait préféré porter le sac et la cendre dans la rue.
Le travailleur social de 59 ans, Ueli Leuenberger a démontré plus encore à quel point il appartenait à une ancienne génération politique lors de la dernière assemblée des délégués des Verts. Claudia Roth, présidente des Verts en Allemagne, se tenait à ses côtés. Son parti a réussi à entrer au gouvernement malgré des querelles de plusieurs années entre les écologistes purs et durs et les pragmatiques. Sans compter que, selon les sondages, il atteindrait aujourd’hui les 30% d’intentions de vote. Mme Roth, qui s’exprimait déjà comme candidate à la chancellerie, débordait de confiance en elle et d’esprit, propageant une atmosphère de campagne électorale et saluée par des ovations. Puis est venu le tour de Ueli Leuenberger. Son exposé, peu inspiré, a rapidement ramené les délégués à la réalité des Verts suisses.
M. Leuenberger est président des Verts depuis 2008 et mène pour la première fois le parti dans une campagne électorale nationale. Mais son élection était déjà accompagnée de fausses notes; on disait alors qu’il était trop vieux, trop romand, trop à gauche. Pour les journalistes, ce Genevois aux racines suisses allemandes est d’abord un bon interlocuteur lorsqu’il s’agit de critiquer des dirigeants pragmatiques issus de ses propres rangs. Lorsque Sergio Savoia, président des Verts au Tessin, s’est récemment prononcé contre un apparentement des listes avec le PS, M. Leuenberger a ainsi immédiatement critiqué cette tactique.
En octobre, une chance unique s’offre aux Verts d’être élus par des gens qui, jusqu’il y a encore peu, n’y auraient jamais pensé. Mais si le parti veut y arriver, il doit maintenant absolument mettre des dirigeants pragmatiques sous le feu de la rampe, tels que Bernhard Pulver, Antonio Hodgers, Susanne Hochuli ou Alec von Graffenried. Car passablement d’électeurs considèrent avec scepticisme le tapage médiatique des Verts libéraux. Eux préféreront sans doute élire l’original à la copie.