Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07188.jsonl.gz/888

Focalisés sur la radicalisation et le terrorisme, les articles sur les musulmans de Suisse créent de plus en plus une distance vis-à-vis de cette minorité, selon une étude. Une distance d'autant plus problématique lorsqu'elle s'accompagne d'une généralisation.
Entre 2009 et 2017, les articles créant de la distance par rapport aux musulmans sont passés de 22% à 69%, souligne une étude publiée lundi par la commission fédérale contre le racisme (CFR). Réalisée par l'institut fög de l'Université de Zurich, l'étude s'est penchée sur un échantillon représentatif d'articles publiés lors de cette période dans 18 médias papier et leurs versions en ligne des trois grandes régions linguistiques.
La distance est principalement due aux thèmes abordés. Quelque 54% d'entre eux touchent à la radicalisation et au terrorisme, alors que seul un infime pourcentage porte sur l'intégration réussie (2%) et le quotidien des musulmans (2%), soit la vie de la majorité des musulmans de Suisse. La couverture médiatique des musulmans bondit ainsi après les attentats terroristes dans les pays voisins et les initiatives populaires, observe l'étude.
Différences selon les médias
Des différences notables existent cependant entre les médias. Dans la Weltwoche, 84% des articles créent une distance. Cette proportion descend à 63%, respectivement 59%, pour les journaux populaires le Sonntagsblick et le Blick. Chez les quotidiens d'informations payantes, comme Le Temps ou la NZZ, le pourcentage est largement plus faible, à 31%.
"Cette différence s'explique par la logique de la presse populaire, davantage axée sur le négativisme et le scandale et, dans le cas de la Weltwoche, par le positionnement idéologique du journal", expliquent les auteurs de l'étude. Ils font toutefois remarquer que la Basler Zeitung, qui a le même positionnement idéologique que la Weltwoche, n'a pas de valeurs aussi élevées.
La création d'une distance vis-à-vis des musulmans est surtout problématique lorsqu'elle est couplée à des généralisations, insistent les auteurs de l'étude. Une combinaison observée dans 8% de tous les articles. Avec de nouveau de fortes différences selon les médias. La Weltwoche affiche un taux de 48%, le Sonntagsblick de 28% et le Blick de 11%.
Pas voix au chapitre
Autre problème de poids: les musulmans n'ont que rarement voix au chapitre. Dans 55% des articles, les journalistes parlent d'eux sans leur donner la parole et, dans 25%, ils ne leur donnent la parole qu'en marge de l'article.
En outre, les musulmans appelés à s'exprimer sont souvent ceux qui ont les opinions les plus tranchées. Dans l'affaire de la mosquée An'Nur, seuls quelques représentants de l'établissement et du Conseil central islamique suisse ont rencontré un large écho. Les représentants des associations musulmanes de Suisse n'étaient eux que modestement sollicités.
Ce n'est pas la première fois que la CFR se penche sur les discriminations des minorités. Elle avait déjà publié des études sur les Roms et le racisme anti-Noir. Observant des similitudes dans le traitement médiatique de ces trois minorités, la commission entend poursuivre le dialogue avec les journalistes et leur rappeler leur responsabilité dans la formation de l'opinion publique.