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Une étude menée par des chercheurs suisses de l’Université de Berne démontre que l’été dernier a été le plus chaud en Europe depuis l’an 1500.
Les résultats, publiés jeudi dans la revue scientifique américaine Science, confirment le changement climatique en cours.
Les saisons d'été des années 1994 à 2003 en Europe ont été les plus chaudes depuis plus de 500 ans, l'été 2003 étant, de loin, le plus caniculaire. Mais ce n’est pas tout.
Les températures moyennes pour l'hiver et pour toute l'année, de 1973 à 2002, sont les plus élevées depuis cinq siècles.
Tels sont les résultats principaux d’une étude menée par un groupe de chercheurs de l’Université de Berne placés sous la direction du climatologue Jürg Luterbacher.
Pour ces derniers, les changements climatiques de la fin du 20e siècle sont très inhabituels par rapport aux variations climatiques naturelles avant l'ère industrielle.
«Les épisodes de chaleur avant l’ère industrielle étaient chauds et parfois plus chauds qu'aujourd'hui, mais ils étaient plus limités géographiquement et espacés dans le temps», écrivent-ils dans un article publié jeudi dans la prestigieuse revue américaine Science.
A qui la faute?
«Nous nous attendions à constater un réchauffement, mais pas de cette ampleur. Nous n’avons jamais rien vu de pareil. Il y a bien eu un été très chaud en 1759, mais c’est incomparable et alarmant», précise Jürg Luterbacher à swissinfo.
Des recherches précédentes ont déjà mis en lumière l’augmentation de la température et l’éventualité d’un changement climatique significatif.
Mais c’est bien la première fois qu’une étude s’intéresse de manière spécifique à toute l’Europe et que les éventuelles différences sont examinées en fonction des saisons et des mois.
Les mesures les plus anciennes sont des estimations basées sur des mesures indirectes comme des marques sur les troncs d'arbre et des échantillons géologiques. Après 1750, les relevés de température se sont généralisés sur le continent.
Au final, l’idée force de cette recherche est que si la température augmente, elle le fait de manière constante dans toutes les régions d’Europe.
«Même si nous n’en parlons pas dans notre étude et que notre but n’est pas de pointer du doigt des fautifs, nous sommes d’avis que l’activité humaine est l'une des raisons principales de cette augmentation significative de la température», observe Jürg Luterbacher.
Un changement de comportement des populations
Il est vrai que la recherche placée sous sa direction apportera sans doute de l’eau au moulin des écologistes - politiciens et défenseurs de la nature - qui plaident pour un changement du comportement des populations.
Elle confirme en effet ce qu’une multitude d’autres études menées ces dernières années ont déjà montré.
«Si vous voulez demander aux gens de faire des efforts et de changer drastiquement leur mode de vie, vous devez leur prouver – et plutôt deux fois qu’une – que cela est vraiment nécessaire», explique Isabelle Chevalley.
Présidente d’Ecologie libérale, un mouvement qui milite pour une écologie de droite, cette jeune docteur en chimie poursuit: «Dans ce genre de situation, tout le monde pense que c’est au voisin de faire le premier pas. L’ampleur de la problématique incite à baisser les bras alors que c’est justement la somme des petits efforts qui va pouvoir produire un effet».
Et le temps presse. Car si les températures continuent de grimper de la sorte dans le futur, les pires catastrophes naturelles sont à craindre.
«Les glaciers pourraient par exemple disparaître, confirme Jürg Luterbacher. En haute altitude, la hausse des températures fait désormais fondre le permafrost. Des bâtiments, des ponts et des routes sont ainsi menacés par des fondations instables».
De plus, selon le modèle de prévision des chercheurs de l’Université de Berne, «entre 2071 et 2100, environ un été sur deux sera aussi chaud ou même plus chaud que celui de 2003 en Europe».
swissinfo avec les agences
Faits
L’été 2003 a été le plus chaud depuis 1500.
La chaleur exceptionnelle de l’été 2003 a fait près de 20'000 victimes en Europe.
En Europe, les températures moyennes de 1973 à 2002 sont les plus élevées depuis cinq siècles.