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D'après des rapports américains, le dictateur nord-coréen Kim Jong-un devrait rendre visite au chef du Kremlin, Vladimir Poutine, en Russie avant la fin du mois de septembre. La Corée du Nord et la Russie pourraient décider lors de cette rencontre de conclure un accord d'armement qui permettrait de fournir aux troupes du Kremlin des armes et des munitions dans le cadre de la guerre contre l'Ukraine.
Selon des représentants du gouvernement américain, les négociations porteraient notamment sur des munitions d'artillerie et des missiles antichars.
Mais Kim Jong-un ne veut pas non plus rentrer à Pyongyang les mains vides: le dirigeant nord-coréen pourrait demander à Poutine de lui fournir des technologies d'armement avancées, par exemple pour ses sous-marins nucléaires. En outre, Kim Jong-un espère obtenir des aides alimentaires pour sa population.
Pour les deux pays, une coopération étroite présenterait en outre des avantages géostratégiques qui mettraient l'Occident sous pression. La Russie cherche désespérément des fournisseurs de munitions et d'armes. De son côté, la Corée du Nord veut renforcer son potentiel de menace et évincer les Etats-Unis de la région.
Une coopération plus étroite entre les deux pays serait donc du «gagnant-gagnant», comme l'explique Eric Ballbach, spécialiste de la Corée du Nord à la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP).
Les troupes du Kremlin se plaignent déjà depuis des mois d'une pénurie de munitions, qui devrait s'être aggravée au vu de la contre-offensive ukrainienne actuellement en cours. «Mais la Corée du Nord se ferait rémunérer en conséquence pour cette aide», souligne Eric Ballbach.
Selon l'expert, la Russie peut apporter beaucoup à la dictature grâce à sa technologie satellitaire et nucléaire avancée.
En outre, Moscou pourrait aider Pyongyang en lui fournissant aussi bien des denrées alimentaires que de l'énergie. La Corée du Nord avait déjà tiré la sonnette d'alarme en février lorsque le pays risquait de connaître une famine sans précédent. Des millions de Nord-Coréens sont considérés comme souffrant de malnutrition. L'agriculture nord-coréenne est censée augmenter sa production, mais elle ne produit manifestement toujours pas assez.
En même temps, les deux pays sont «fortement isolés», fait remarquer Eric Ballbach:
Une coopération plus étroite offrirait à la Russie et à la Corée du Nord la possibilité de «neutraliser, au moins ponctuellement, les régimes de sanctions». Des livraisons d'armes aux troupes du Kremlin «signifieraient toutefois une violation claire des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU».
Les sanctions contre Pyongyang ont été décidées pour la première fois en 2006 par le Conseil de sécurité de l'ONU en raison de l'avancement du programme nucléaire nord-coréen et ont été progressivement renforcées depuis. Les restrictions portent aussi bien sur la vente, le transfert et l'exportation de biens militaires, de pétrole brut ou de services vers la Corée du Nord que sur l'importation de tels biens en provenance de ce pays.
Depuis 2017, il n'y a pas eu de nouvelles résolutions contre la Corée du Nord, notamment en raison de leur blocage par la Chine et la Russie au Conseil de sécurité de l'ONU.
L'année dernière déjà, les Etats-Unis avaient accusé la Corée du Nord d'avoir livré des munitions d'artillerie à la Russie, qui auraient été destinées aux mercenaires du groupe Wagner. Tant le chef des mercenaires Wagner, Evgueni Prigojine, décédé entre-temps, que le régime de Pyongyang ont rejeté ces accusations.
Enfin et surtout, la Corée du Nord a une «grande valeur stratégique» pour la Russie, explique l'expert. Car le pays représente une menace régionale. Si Moscou et Pyongyang coopéraient plus étroitement - une coopération qui pourrait également inclure la Chine -, cela représenterait «un grand défi géostratégique pour l'Occident et les voisins de la région, en particulier la Corée du Sud et le Japon».
La rencontre qui s'annonce «ne serait pas une surprise», affirme Eric Ballbach. En juillet dernier déjà, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou s'était rendu en Corée du Nord pour participer aux festivités du 70e anniversaire de la «victoire» de la Corée du Nord sur la Corée du Sud lors de la guerre qui a duré jusqu'en 1953. A l'époque, Choïgou ne s'est pas contenté d'observer la technologie nord-coréenne en matière d'armement, il a également invité Kim Jong-un à venir en Russie. Poutine et Kim auraient ensuite échangé des lettres.
Selon le New York Times, une délégation nord-coréenne s'est en outre rendue en Russie fin août pour une bonne dizaine de jours afin de préparer une éventuelle rencontre entre Poutine et Kim Jong-un. En retour, suite à la visite de Choïgou, une délégation russe aurait aussi poursuivi des discussions en Corée du Nord sur la coopération en matière d'armement, comme l'a indiqué mercredi dernier John Kirby, porte-parole de la Maison-Blanche, en référence aux informations des services de renseignement.
Selon les rapports américains, la première étape de la visite de Kim Jong-un en Russie pourrait être Vladivostok, près de la frontière entre la Russie et la Corée du Nord. Une rencontre économique y aura lieu du 10 au 13 septembre. Le dirigeant nord-coréen s'y rendra probablement à bord d'un train blindé spécial. D'après les déclarations de Kirby, le dictateur pourrait s'envoler ensuite pour Moscou.
Kim Jong-un ne se rend que rarement à l'étranger: en 2018, il a rencontré le président chinois Xi Jinping, avant de rencontrer la même année l'ancien président américain Donald Trump à Singapour pour un sommet Etats-Unis-Corée du Nord. En 2019, il a de nouveau rencontré Trump à Hanoï et s'est rendu pour la première fois à Vladivostok - pour une rencontre avec Poutine.
(Traduit et adapté par Chiara Lecca)
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