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Une réaction fréquente des commentateurs politiques à cette décision de Nidwald a consisté en une sorte de compréhension embarrassée: d'une part, il est clair que les déchets radioactifs doivent être évacués, d'autre part, on se doute que les Nidwaldiens ne devraient guère être les seuls qui ne sont pas prêts à approuver dans les urnes l'aménagement d'un dépôt définitif national sur leur territoire, ceci indépendamment de considérations techniques, géologiques, et aussi d'économie nationale.
Le résultat est extrêmement regrettable pour l'énergie nucléaire suisse. Le site du Wellenberg est considéré par les spécialistes, donc également par l'autorité de sûreté, comme l'un des mieux appropriés pour des sondages. La compétence technico-scientifique de la Nagra est citée en exemple par les experts internationaux. La décision populaire de Nidwald constitue-t-elle alors une surprise? Pas véritablement! Que l'on se souvienne par exemple de l'attitude de la population de la région de Graben à propos de la centrale nucléaire projetée sur ce site au début des années 80, attitude largement rapportée par les médias. Le point de vue qui prévalait à l'époque était que la centrale devait être construite, respectivement tolérée, si elle était nécessaire pour l'approvisionnement en électricité du pays. L'opposition au projet, surtout à l'idée qu'il serait réalisé avant celui de Kaiseraugst, s'éveilla - et même s'éveilla fortement - lorsqu'on se mit à réfléchir à la question suivante: une région qui tolère sur son territoire une centrale d'intérêt national, avec tous ses avantages et ses inconvénients, ne fait-elle pas preuve, dans sa solidarité vis-à-vis du pays, d'une gentillesse excessive, pour ne pas dire finalement de bêtise? Le résultat de la votation Wellenberg 2 souligne peut-être le poids particulier de cette question dans notre démocratie directe, surtout si cette question est posée plusieurs fois.
L'ASPEA estime que suite à ce résultat, le moment est désormais venu de tout remettre à plat. La nouvelle situation de départ, ainsi que les options réalistes dont on dispose pour mener à bien la tâche de l'évacuation des déchets, doivent être clairement définies sur les plans politique, technique et économique, être largement discutées et communiquées de manière compréhensible. En toute logique, les exploitants des centrales nucléaires ont donc annoncé le soir du dimanche de la votation qu'ils demandaient un entretien au Conseil fédéral pour discuter des options en présence. Ils insisteront sur la nécessité de créer des conditions de base légales claires permettant de résoudre la tâche de l'évacuation des déchets aussi sur le plan politique.
Dans le cadre de cette remise à plat, il faut tout d'abord souligner le fait central suivant: la décision de Nidwald ne touche en aucun cas le stockage des déchets radioactifs, stockage respectueux de l'environnement, et donc l'exploitation des centrales nucléaires. Les dépôts intermédiaires, y compris le Centre de stockage intermédiaire de Würenlingen, disposent d'une capacité d'entreposage suffisante pour toute la durée d'exploitation des centrales. On n'est donc nullement pressé par le temps du point de vue technique, notamment sous l'angle de la sûreté. Il n'en reste pas moins vrai que pour des raisons politiques - pour des raisons d'éthique environnementale aussi - et dans l'intérêt de la planification économique, la solution du stockage définitif, respectivement du stockage géologique en profondeur, doit enregistrer des progrès rapides et déterminés.
On peut comprendre que lors de l'examen de la loi sur l'énergie nucléaire le lendemain de la votation du Wellenberg, le Conseil national ait prescrit la codécision de la région dans la procédure d'autorisation de dépôts géologiques sous la forme d'une obligation supplémentaire de concession en trois étapes des cantons de site. Il est évident que personne n'envisage sérieusement de réaliser un dépôt de déchets radioactifs en Suisse contre la volonté de la population locale. Mais en examinant la situation de près, on peut vraiment s'interroger sur le fait de savoir si, quelle que soit sa forme, un droit légal de veto des cantons constitue une solution avisée au problème du soutien démocratique en matière de stockage des déchets radioactifs. Dans le contexte du site de Benken, dans le Weinland zurichois, le Conseil cantonal de Zurich est parvenu clairement à la conclusion par 99 voix contre 55 - résultat assez remarquable d'ailleurs - qu'il fallait rejeter un droit de veto du canton, et donc la possibilité du blocage cantonal d'un dépôt national de déchets. C'est à la même conclusion qu'est parvenu le Conseil des Etats - l'ange gardien des intérêts des cantons - dans son débat sur l'énergie nucléaire de décembre 2001. L'expérience réalisée à l'étranger, notamment en Finlande et aux Etats-Unis, montre qu'il existe effectivement des voies démocratiques de réalisation de dépôts définitifs.
Les travaux approfondis que mène la Nagra depuis les années 70 permettent de dire que la science et la technique ont fait leurs devoirs scolaires en vue de la mise en place d'une évacuation durable des déchets. La "preuve de l'élimination des déchets" que va fournir tout prochainement la Nagra complètera ces travaux de base. Force est de constater par contre que jusqu'à présent, les milieux politiques n'ont pas solutionné la tâche qui leur était confiée, à savoir mettre en place un cadre praticable en vue de la réalisation des installations d'évacuation nécessaires. D'où l'absurdité de l'idée, avancée occasionnellement, de dessaisir les producteurs de déchets radioactifs de l'évacuation de ces déchets. Ce qu'il faut au contraire promouvoir, c'est un engagement tout autre, un engagement plus sérieux des milieux politiques, une volonté politique claire de résoudre dans la pratique la tâche d'évacuation des déchets dans le cadre de la société en place.
En contrepartie à cette exigence adressée aux milieux politiques, et comme préalable indispensable à la mise au point d'une procédure d'autorisation concrète et praticable, on peut s'attendre à ce que, suite à la situation qui prévaut depuis le 22 septembre, il soit demandé aux exploitants de centrales nucléaires de déterminer rapidement un programme global d'évacuation des déchets sans le projet Wellenberg. Ceci n'est pas sans aller dans l'intérêt de la planification des coûts, notamment pour l'alimentation du fonds pour la désaffectation des installations nucléaires et du fonds de gestion des déchets radioactifs.
Les exploitants de centrales nucléaires ont travaillé depuis toujours avec engagement sur la question de l'évacuation des déchets. Ils disposent non seulement du savoir-faire et des moyens financiers nécessaires, mais aussi de la volonté de faire face à leur responsabilité. Mais les spécialistes ne peuvent pas résoudre seuls l'évacuation des déchets; ils ne peuvent le faire qu'en collaboration avec les milieux politiques. C'est sous cet angle particulier qu'est exigé maintenant un nouvel engagement sérieux pour parvenir à des solutions praticables.
Source
P.H./C.P.