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Edito: L'activité physique et le sport, moyens de prévention contre l'addiction?
Rev Med Suisse
2004;
23941
Résumé
Les récents événements qui ont agité le monde du sport, en particulier lors du tour de France 1998, les révélations sur le football italien suivies de l'ouverture d'une enquête judiciaire ainsi que les projets mégalo-maniaques des futures super-ligues de football, ont terni l'image du sport, en tout cas celui de haut niveau. Ils ont mis en évidence que cette activité est gangrenée par au moins deux phénomènes : le dopage et l'argent.Ce n'est pas nouveau certes, mais ce qui est récent c'est l'étalage médiatique des problèmes. Ce sont aussi les révélations venues de l'intérieur (joueurs, entraîneurs, soigneurs) qui ne veulent plus se taire et qui expriment tous les bruits de coulisse comme s'ils appelaient au secours.Ce qui est nouveau aussi c'est un questionnement public général. On se demande : Cette performance est-elle vraie ou s'agit-il d'un exploit douteux ? Les athlètes courent-ils pour la victoire ou pour le profit ? Les dirigeants sont-ils dignes de confiance ou faut-il s'en méfier ?Le regard de la communauté envers le sport est en train de changer. Pourtant de l'antiquité à nos jours, le sport et l'activité physique ont servi à bien des causes, bonnes ou moins bonnes. Déjà, au milieu du XIXe siècle, Gottfried Keller écrivait à propos de l'activité physique dans les écoles : «elle favorise la santé et la vigueur du corps mais également son embellissement et l'harmonie de ses mouvements».Les pays sont actuellement hautement industrialisés. La machine remplace l'homme dans presque toutes les tâches. Rares sont les personnes qui se déplacent encore à pied. Les services de bus vont chercher les enfants devant leur domicile pour les amener à l'école et rares sont les ménages sans téléviseur, jeux vidéo ou autres ordinateurs. A l'école, l'enfant est contraint de rester assis de longues heures. De retour, le soir, à la maison, il s'assied devant son appareil de télévision ou sa play station, bouge de moins en moins. Il est reconnu que la sédentarité est à l'origine de bien des maux. Or, l'homme est ainsi fait qu'il a besoin de bouger ; il sait de manière intuitive que l'activité physique lui procure «quelque chose de positif» sur le plan du bien être physique et psychologique et c'est vers le sport qu'il devrait se tourner naturellement. Pour le plaisir. Pour la recherche de la performance. Pour se mesurer avec le danger. Pour vaincre. Pour voyager. Pour la santé.Pour la santé ? Pas toujours. Les statistiques sont éloquentes au sujet des blessures et des accidents de sport. Cependant, les derniers chiffres de l'Office fédéral des statistiques le prouvent, l'activité physique est nécessaire au maintien de la santé. Elle diminue de manière significative l'obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, l'incidence de certains cancers et la dépression.D'un autre côté, comme l'ont démontré vingt-quatre études de santé publique publiées en Suisse et à l'étranger entre 1988 et 2002, l'activité physique est aussi un moyen de prévention contre l'addiction aux drogues psychoactives. La conclusion de ces études indique clairement une relation inverse entre la pratique de l'exercice physique et la consommation de nicotine. Sa prévalence est deux à trois fois supérieure chez les personnes inactives par comparaison aux personnes actives, cela surtout chez les adeptes des sports d'endurance. Il en est de même pour la consommation du canabis.Spécifiquement chez les enfants et les adolescents, l'activité physique devrait jouer un rôle important dans la prévention de la consommation de substances psychoactives par son action socialisante et par le renforcement des ressources, ceci, surtout durant la phase difficile qu'est la puberté. De manière à améliorer l'effet de prévention du sport, les entraîneurs, les maîtres de sport ont un rôle prépondérant à jouer par l'enseignement et l'exemple, réveillant dans l'esprit de ces jeunes une conscience de bonne santé.L'activité physique est-elle une addiction elle aussi ? Oui, c'est possible mais la dépendance ressentie est positive car elle est une habitude positive pour la santé physique et mentale, contrairement à ce que l'on rencontre dans les addictions à la nicotine ou autres drogues.