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Dans ce paragraphe je me propose d'une part de discuter l'utilité générale de grammaires génératrices pour l'analyse des histoires et d'autre part d'évaluer les grammaires en tant qu'instrument d'analyse de texte et de communication. Il s'agira donc plutôt d'évaluer une sorte d'outil technique pour une analyse plus sociologique ou linguistique que de juger la valeur par rapport à des théories psychologiques comme on l'a fait dans le dernier paragraphe. Il convient dans un premier temps de juger le pouvoir déscriptif de ces grammaires. En effet si l'on dispose d'un mécanisme déscriptif puissant et élégant on peut dégager de la structure dans un objet, ce qui est souvent une première étape de compréhension. La capacité génératrice faible (ou adéquation observationnelle) définit la capacité d'une grammaire de décrire un objet. Au niveau du récit un concept pûr de grammaticalité est inutile. Une histoire est seulement plus ou moins grammaticale, car ce genre de convention sociale et "psychologique" peut être violé si on le veut. Cette idée en tête, on peut affirmer que les grammaires génératrices ont été assez efficaces pour décrire un grand nombre de récits de cultures différentes. En outre elles sont très élégantes. Je suis persuadé qu'il soit possible de créer des grammaires semblables qui maîtriseront les récits politiques. Ceci est d'autant plus probable que les gens identifient souvent des protagonistes, des antagonistes, et des jeux à somme fixe ou nulle dans les narrations d'evénements politiques. A ce point il faut se poser le problème de la définition du récit politique. Souvent des "histoires" politiques qui sont en circulation ne sont pas des récits "innocents". Des tels textes servent souvent à illustrer ou à porter en exemple une argumentation ou une description. Mais si la fonction du récit change, il en garde pas moins sa structure. On ne rencontre donc pas d'obstacles dans l'analyse de cette structure et ses éléments sous d'autres angles, même s'il faut faire des analyses additionelles pour dégager leur fonction perlocutoire.
Il est plus difficile de juger, si l'on peut attribuer à ces grammaires une capacité génératrice forte. Clarifions tout d'abord le terme lui-même car il en fait une double signification. Il s'agit d'une part de savoir si une grammaire est capable de générer des histoires correctes et seulement correctes (au sens syntaxique) et d'autre part si elles sont réellement utilisées par les gens. Un problème qui a été rencontré lors des études expérimentales du traitement de récits est qu'il est difficile de cerner expérimentalement la définition des éléments hierarchiquement inférieurs à l'épisode et supérieurs aux éléments terminaux. (cf.Johnson (80:81). Il s'avère que les épisodes ainsi que des éléments terminaux comme "Beginning Event" sont beaucoup plus facilement et régulièrement identifiables par des codeurs. Autrement dit: Il est plus facile d'idenfier les grandes lignes d'une histoire, ainsi que certains éléments "atomiques" que les structures intermédiares. Ceci ne suggère pas que des telles structures n'existent pas au niveau cognitif, mais qu'il est difficile de les définir, de les tester expérimentalement, ou des les utiliser d'une manière consistante pour codifier une histoire. Dans le cadre des grammaires génératrices on a besoin de telles structures, même si'il est difficile de les corroborer ou de les utiliser. En ce qui concerne l'analyse des textes narratifs politiques, on pourrait éventuellement utiliser des grammaires plus simples si le but le justifie. Dans ce cas on travaillerait avec des techniques analytiques et déscriptives additionels qui créeront des structures superposées sur le résultat de la grammaire. Un dernier problème qui nous concerne est (comme chez Bremond) la définition du texte comme objet d'analyse. Les grammaires qu'on vient de discuter s'appliquent directement au texte, et leur but n'est pas de dégager un raconté fonctionel "pûr" comme dans le premier cas. Toutefois il serait aussi faux de dire que les grammaires donnent une bonne description d'un texte. Déjà parce-qu'il leur manque un "mode d'emploi" ce n'est certes pas le cas. La relation entre texte et grammaire est plus dynamique. La grammaire ne donne que du sens au texte dans la mesure, où il correspond à une possible forme canonique. Tout ce qui est anormale n'est pas saisie par une grammaire. Il faut d'autre mécanismes cognitifs (ou analytiques). Le statut des inférences que fait le récepteur sur des "éléments manquants" qui pourraient tout à fait faire partie du texte suface lui-même n'est pas clair non plus. Est-ce que la grammaire permet leur insertion? Toutefois, à priori (comme chez Bremond) ce sont des questions qu'on devrait pouvoir résoudre, sans trop de peine.