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Le lecteur averti (mais y en aura-t-il un seul ?) aura reconnu l'adjectif latin calvus, qui signifie «chauve» et une paraphrase de la fameuse émission radiophonique «Malheur aux barbus» conçue, si ma mémoire est correcte, dans les années 60 par deux chansonniers français, Pierre Dac et Francis Blanche. Comme tout ce qui a trait au système pileux finit volontiers en «u», ainsi poilu, chevelu, moustachu, tondu, barbu ( déjà cité), la tentation est forte de recourir au mot latin pour apostropher les chauves. Il est clair que, ce faisant, je transgresse les bonnes règles du latin qui aurait voulu que calvus fût au datif. A choix, donc : malheur aux calvus, pour ceux que le croisement des langues n'émeut guère, ou vae calvis.Mais pourquoi ce titre ? La raison en est la lecture ou relecture d'un article déjà paru en janvier 2000, intitulé «Male pattern baldness and coronary heart disease»,1 article qui concluait que la calvitie du sommet du crâne, ou vertex pour rester dans le latin, était associée à un risque augmenté de maladie coronarienne. Il ne s'agit donc pas de la calvitie frontale, signe inexorable de vieillissement, marqueur de l'involution qui nous guette tous et que tous les artifices de camouflage sous forme de mèches, à dessein allongées, soigneusement disposées pour essayer de combler des vides béants, ne parviennent guère à cacher, mais bien plutôt de cette calvitie qui trône en position apicale, dominant majestueusement le reste de l'individu, son dépouillement absolu et quasi monacal étant encore renforcé par le fin liseré capillaire qui la borde en une incomplète circonférence.Il ne peut être question, en particulier pour le lecteur de Médecine et Hygiène, de mettre en doute la validité de cette observation en disqualifiant la population ainsi analysée. En effet, il s'agit de la vénérable étude portant sur une cohorte de quelque 22 000 médecins, en bonne santé présumée au départ, et qui ont été suivis dès 1982 pour étudier l'incidence de la maladie coronarienne, avec ou sans intervention, dont, en particulier, l'aspirine. Entre confrères, les intentions ou allusions malveillantes sont bannies !Une éventuelle inexactitude dans la détermination du caractère de la calvitie ne saurait être invoquée non plus. Les auteurs ont en effet utilisé l'échelle de Hamilton modifiée par Norwood dans un article, depuis lors fameux, du bien connu Southern Medical Journal. A ce propos, la synonymie liant l'échelle de Hamilton pour la mesure de la calvitie à l'échelle du même nom pour diagnostiquer la dépression a quelque chose de troublant et risque de créer un phénomène de représentation automatique sur l'apparence du chef de Monsieur Hamilton. Il paraît impératif qu'un portrait de Hamilton soit mis à la disposition du public cultivé, ne serait-ce que pour dissiper cette potentielle source de confusion.Il faut que cette calvitie du sommet soit sévère pour que le risque relatif de maladie coronarienne soit augmenté de façon statistiquement significative, et cela, bien sûr, indépendamment des autres facteurs de risque connus. L'âge du sujet lors de son entrée dans l'étude ( 55 ans) ne modifie pas la grandeur du risque. Par contre, l'hypertension et l'hypercholestérolémie semblent augmenter la force de cette association. Voilà pour les faits bruts.Cette association avait déjà été relevée dans quelques autres études antérieures, mais peut-être sans les précisions apportées dans la Physicians' Health Study. Cette confirmation lui confère donc un fort degré de vraisemblance. «Malheureusement» diront certains, «quand on est déjà soumis aux regards plus ou moins narquois de quidam désobligeants, quand on n'ose plus faire de jogging de crainte d'être victime d'oiseaux attaquant en piqué, tels des chasseurs de combat, toute surface lisse dotée d'un potentiel de réverbération, voilà que, injustice finale, l'on est prédestiné, au sens calvinien le plus sinistre du terme, au fléau qu'est la maladie coronarienne.»«Vous avez encore de la chance», s'exclameront d'autres. «La maladie coronarienne est l'affection pour laquelle le plus de progrès thérapeutiques ont été accomplis au cours de ces dernières décennies ; nous en voulons pour preuve que le pourcentage des complications liées aux atteintes coronaires est devenu si petit que les essais thérapeutiques doivent enrégimenter des dizaines de milliers de patients pour être à même de donner des différences significatives.»Dans la discussion qui faisait suite à la mise en évidence de cette relation calvitie-maladie coronarienne et où les auteurs tâchaient de trouver une explication biologique, si ce n'est satisfaisante, à cette association, il y avait un élément qui me semble être de nature à réconforter nos concitoyens chauves, à savoir que la calvitie pourrait être associée à une augmentation des concentrations d'hormones sexuelles mâles. Vient à l'appui de cette hypothèse l'observation selon laquelle l'administration de finastéride, médicament connu pour inhiber la conversion de testostérone en son métabolite, aurait pour effet de stopper la chute des cheveux à côté de son action supputée sur l'hypertrophie prostatique. De cette explication pourrait découler une interprétation différente des relations entre Samson et Dalila, laquelle aurait eu peut-être une bonne raison personnelle de vouloir son amant chauve, si tant est que le lien entre calvitie et taux de testostérone était déjà valable au pays des Philistins il y a 3200 ans.1 Lotufo PA, Chae CU, Ajani UA, Hennekens CH, Manson JE. Male pattern baldness and coronary heart disease. The physician's health study. Arch Intern Med 2000 ; 160 : 165-71.