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Cette année, le Brexit et les tensions commerciales seront un détail par rapport à l'expansion record du cycle économique aux Etats-Unis, selon John Greenwood d’Invesco.
Après une année mouvementée sur les marchés financiers qui a donné aux investisseurs de nombreuses raisons de se retirer des marchés à risque, tels que les actions, 2019 s'annonce plus calme, la conjoncture mondiale étant confortée par une économie américaine se préparant à la plus longue expansion de son histoire, explique l'économiste en chef d'Invesco John Greenwood dans ses perspectives économiques annuelles pour 2019. Bien que des événements géopolitiques tels que le Brexit, qui n'a toujours pas trouvé de solution, et les tensions commerciales puissent s'avérer temporairement dommageables, John Greenwood estime que «ce ne seront que des petites vagues face à la marée que représentera l'expansion record du cycle économique aux Etats-Unis.»
Pour lui, il y a une forte probabilité pour que la Réserve fédérale (Fed) parvienne à positionner l'économie américaine pour plusieurs années d'expansion au-delà de 2019 et 2020, lorsque les taux directeurs de la Fed devraient atteindre le niveau «neutre» - c'est-à-dire un taux qui n’est ni expansionniste ni contraignant, mais compatible avec une expansion équilibrée. Comme le fait remarquer l’économiste en chef d’Invesco, la Fed n’est pas en train de «resserrer» sa politique, mais seulement de la «normaliser», à l’instar des corrections à mi-parcours opérées sur les taux d’intérêt en 1994-1995 et en 2004-2005. «Les deux fois, le cycle économique a continué de se développer pendant plusieurs années après la fin de la normalisation, et les marchés actions et l'immobilier ont touché leur sommet après l'achèvement de ces hausses de taux», note-t-il. Si l’économie américaine continue de croître jusqu’en juillet prochain, la reprise actuelle dépassera celle du cycle précédent de 10 ans de mars 1991 à mars 2001.
et une courbe de rendement très plate.
Alors que les commentateurs financiers ont tendance à se concentrer principalement sur le niveau et l’orientation des taux d’intérêt, John Greenwood explique qu’il est tout aussi important que les décideurs politiques veillent à ce que les taux de croissance de la masse monétaire et du crédit restent compatibles avec une croissance stable des dépenses (ou du PIB nominal). Compte tenu de la croissance actuellement modérée de la masse monétaire et du crédit, il s'attend à ce qu'une inflation plus faible et une courbe de rendement très plate s'imposent au cours de cette année, avec un risque limité de perte sur les marchés actions et obligataires. Tant que la consommation et les investissements domestiques se maintiendront, il s’attend également à ce que la politique commerciale du président Trump ne cause que des dommages mineurs, de quelques dixièmes de point de pourcentage sur le taux de croissance du PIB aux États-Unis, et un peu plus dans le cas de la Chine. L’économiste en chef d’Invesco anticipe une croissance réelle de 2,7% pour l’économie américaine en 2019.
Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a indiqué que les taux d’intérêt resteraient inchangés jusqu’à l’été 2019. Toutefois, comme le souligne John Greenwood, elle a mis fin à sa politique de rachats d’actifs1 à un moment où les banques européennes restent dans une situation fragile alors que les politiques budgétaires sont restrictives, ce qui rend la région vulnérable à un nouveau ralentissement des dépenses nominales et au risque de voir l'inflation retomber en dessous de l'objectif. Alors que la croissance dans la zone euro a ralenti, de nombreuses banques de la région conservent encore des portefeuilles de prêts non performants tout en essayant de renforcer leur capital. En conséquence, la croissance des prêts a été faible. Dans ce contexte, John Greenwood prévoit une croissance du PIB réel ne dépassant pas 1,5% pour la zone euro dans son ensemble en 2019.
Au Royaume-Uni, la croissance du PIB réel a ralenti, passant d'une moyenne de 2,1% en 2015-2016 à une moyenne de 1,5% au cours des six derniers trimestres depuis le début 2017, l'essentiel du ralentissement étant concentré sur les investissements des entreprises et la majeure partie des tensions résultant des incertitudes liées au Brexit, ce qui se reflète dans les fluctuations de la livre sterling. Tant que les chefs d'entreprise ne disposeront pas d'un cadre clair pour l'environnement dans lequel ils évolueront après mars 2019, leurs investissements et leurs projets de recrutement resteront au moins partiellement en attente. Dans le même temps, la croissance de la masse monétaire et du crédit a ralenti. Indépendamment de ce qu'il adviendra du Brexit, il estime que les taux de croissance actuels très bas de la masse monétaire et du crédit limiteront le potentiel de hausse de l'inflation si la livre sterling faiblissait à nouveau fortement. Pour 2019, il prévoit une croissance de 1,4% au Royaume-Uni.
Au Japon, peu de progrès ont été réalisés en termes de rebond de la croissance du PIB réel et d'inflation après cinq années de QQE agressif (assouplissement quantitatif et qualitatif) de la Banque du Japon. L’économie continue de croître à un rythme modéré de 1,0 à 1,5% sur une base tendancielle, principalement en raison du vieillissement de la population, ce qui a également entraîné une contraction de la main-d’œuvre. Le problème est qu’à cause de défauts de conception, si le QQE a permis une croissance rapide du bilan de la Banque du Japon, il a eu très peu d’impact sur la croissance des bilans des banques et donc sur l'augmentation de l'argent dans les mains du public ou du crédit. Bien que la croissance de la masse monétaire se soit un peu accélérée récemment, M. Greenwood attend peu de changement dans les performances économiques en 2019, la croissance du PIB réel et l'inflation mesurée par l'IPC devant s'établir autour de 1,0%.
à resserrer leur politique et à juguler la reprise.
En Chine, les responsables de la politique économique sont confrontés à un grave dilemme. D’une part, ils doivent de toute urgence réduire l’endettement de l’économie accumulé au cours des dix dernières années à la suite d’épisodes successifs d’expansion du crédit. D'autre part, comme les décideurs politiques d'autres pays, ils sont soucieux de maintenir la croissance en assouplissant occasionnellement la politique monétaire. Le PIB réel a ralenti et devrait continuer de ralentir en 2019, à moins que la politique de désendettement du gouvernement ne soit révisée. Toutefois, avec une croissance du PIB réel de 6,3% après un taux de croissance estimé à 6,6% pour la totalité de 2018, l’économie chinoise continuera de croître à un rythme nettement plus rapide que celui des autres économies.
Globalement, et contrairement à de nombreux commentateurs, l'économiste en chef d'Invesco ne voit pas de risque d'une poussée d'inflation contraignant les banques centrales à resserrer leur politique et à juguler la reprise, alors même que l'économie mondiale continue de croître et que les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et l'Allemagne conservent des taux de chômage à des plus bas record. Comme il le fait remarquer, l’analyse traditionnelle s’appuie excessivement sur les théories de l'écart de production, (l'écart entre le niveau réel du produit intérieur brut et son niveau potentiel), ou de la courbe de Phillips, qui ne tiennent pas compte du fait que l’inflation est en définitive un phénomène monétaire. «Du coup, cette analyse ne parvient pas à explorer les conséquences de la croissance de la masse monétaire et du crédit qui reste généralement faible et stable depuis la crise de 2008-2009», déclare John Greenwood. «C’est en fin de compte la raison pour laquelle les salaires et l’inflation demeurent des facteurs favorables dans tant d’économies.»