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Plus dedu monde entier, d'anciens rapporteurs spéciaux des Nations unies et des ONG, boycottent ce rendez-vous - qui se tient près de vingt ans après le dernier sommet sur l'alimentation - et ils organisent un contre-sommet.
Si le sommet de l'ONU n'est pas critiqué pour sa finalité - atteindre la "faim zéro" pour 2030 - sa gouvernance et les grands thèmes à l'ordre du jour sont contestés.
L'ombre de l'agro-industrie
Ses opposants dénoncent en effet un rendez-vous coopté par le secteur agro-industriel qui s'est émancipé, selon eux, des vrais processus de consultation internationaux. Ce qui a provoqué depuis l'an dernier une avalanche de tribunes, de lettres ouvertes et de pétitions.
Les opposants critiquent, notamment la nomination comme envoyée spéciale pour cet événement d'Agnes Kalibata, ancienne ministre de l'Agriculture rwandaise, réputée proche de l'agro-industrie.
Ils estiment également que les droits humains sont relégués au second plan dans l'agenda du sommet et dénoncent l'implication du Forum économique mondial (WEF) de Davos.
Le WEF a en effet signé un "partenariat stratégique" avec l'ONU pour accélérer la réalisation de "l'agenda 2030": des objectifs de développement durable, dont la "faim zéro".
Petites exploitations pas assez représentées
Mais le discours des organisateurs du sommet est la principale inquiétude, notamment de Johanna Jacobi, professeure à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, surtout lorsqu'ils évoquent des solutions technologiques "révolutionnaires" pour l'agriculture de demain.
Pour Johanna Jacobi, l'ONU fait fausse route: "Les petites exploitations agricoles - qui produisent plus de la moitié de la nourriture sur moins de 30% de la surface agricole mondiale - ne sont pas représentées de manière adéquate."
Alors qu'en face, les représentant des entreprises et des propriétaires de terres, qui contrôlent 70% des surfaces agricoles du monde mais qui ne produisent que 40% de la nourriture, seront aux manettes de ce sommet sur l'alimentation,à swissinfo.ch.
"Conséquences négatives" de l'agro-business
Johanna Jacobi n'est pas la seule scientifique à tenir ce discours en Suisse. Son collègue Stephan Rist, professeur à l'Université de Berne, souligne les conséquences négatives de l'agro-business: la déforestation, la pollution des sols et de l'eau, les atteintes à la santé ou encore la spéculation sur les denrées alimentaires.
Tant de sujets qui ne seraient pas prises en compte durant ce sommet. Le problème est présenté comme la solution, estime-t-il. Alors que, selon l'ONU, 10% de la population mondiale souffre toujours de malnutrition et qu'un tiers de la nourriture produite dans le monde est jetée.
Foued Boukari/vajo