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L´affaire des fonds russes blanchis via cette banque américaine prend une nouvelle dimension. On sait désormais que les sommes en jeu sont colossales. La justice suisse va devoir analyser des milliers d´opérations bancaires sur des centaines de comptes.
Spectaculaire rebondissement dans l¹enquête sur l'argent russe blanchi à la Bank of New York. Jeudi dernier, lors d'un séminaire sur la corruption organisé à Genève par Academy & Finance, le juge Laurent Kasper-Ansermet a révélé qu'environ 500 millions de dollars (850 millions de francs) avaient été transférés vers des banques en Suisse. De l´argent provenant des comptes que les sociétés Benex, Becs et Lowland détenaient à la Bank of New York.
Petit rappel des faits. L'affaire éclate en été 1999 lorsque la presse révèle que Lucy Edwards, vice-présidente de la division Europe de l´Est de la Bank of New York, et son mari, Peter Berlin, auraient servi d'intermédiaires pour blanchir des fonds provenant de Russie. Selon l'acte d¹accusation du procureur des Etats-Unis, entre février 1996 et août 1999, sept milliards de dollars ont transité sur les comptes que les sociétés Benex, Becs et Lowland détenaient à la Bank of New York.
Ces sociétés écrans étaient contrôlées par diverses banques russes dont la DKB et la Flamingo. L'argent quittait illégalement la Russie, passait par New York puis était ventilé sur divers comptes offshore. Le but était d'échapper au fisc russe, de contourner la législation sur les changes et de recycler de l'argent provenant d'activités criminelles. Lucy Edwards et Peter Berlin ont admis leur culpabilité et collaborent avec le FBI.
A Genève, une enquête pour blanchiment est ouverte en automne 1999 suite à des communications spontanées d¹une dizaine de banques qui détenaient des comptes susceptibles d'être touchés dans ce scandale. Les autorités helvétiques ont bloqué environ 30 millions de francs. On sait désormais que la somme en jeu est nettement plus importante et ce sont plusieurs milliers d´opérations qui devront être analysées par les enquêteurs genevois.
En charge du dossier, Laurent Kasper-Ansermet va maintenant relancer sa demande d'entraide judiciaire pour demander aux autorités américaines d'où provenaient exactement ces 500 millions de dollars déposés auprès de la Bank of New York, des fonds qui ont ensuite transité par la Suisse.
Le magistrat doit faire la distinction entre les fonds d¹origine criminelle et ceux qui proviendraient simplement d¹évasion fiscale, une infraction qui n'est pas punissable pénalement en Suisse. Il lui appartiendra enfin de déterminer dans quelles poches a atterri l'argent issu d'activités criminelles.
Luigino Canal