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Vivre et travailler sur un mode durable: voilà ce que trois personnalités suisses ont à nous dire sur le sujet
Vivre et travailler sur un mode durable: qu’est-ce que cela signifie pour vous? Nous avons posé la question à Kurt Aeschbacher, Tanja Frieden et Alfredo Häberli.
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Kurt Aeschbacher
«Pour un individu, la durabilité passe, dans une certaine mesure, par le renoncement.»
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Tanja Frieden
«Pour moi, vivre sur un mode durable c’est vivre de manière à apporter aux autres et à soi-même quelque chose qui puisse durer, et qui rende heureux.»
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Alfredo Häberli
«Dès la création de mon studio de design, j’ai eu pour objectif de concevoir des produits durables.»
Vivre sur un mode durable, qu’est-ce que cela signifie pour vous personnellement: dans quels domaines avez-vous une conduite exemplaire et sur quels points aimeriez-vous vous améliorer?
Vivre sur un mode durable, c’est à mes yeux ne pas boire du vin tout en prêchant pour l’eau. Au quotidien, cela signifie manger peu de viande, et seulement celle qui provient d’une exploitation que je connais personnellement et où le bétail est abattu sur place. C’est en tout cas bannir la viande à bas prix de piètre qualité. Cela amène aussi à manger de temps en temps des «restes». Vivre sur un mode durable, c’est aussi se déplacer le plus possible avec les transports publics, ne pas acheter de vêtements bon marché qui finiront de toute façon au rebut au bout de quelques semaines, et se demander lors de chaque achat: d’où viennent exactement ces produits et me rendront-ils heureux? Mon tort est d’avoir une voiture qui reste le plus souvent au garage. Il s’agit d’un véhicule à essence standard, mais j’entends en changer prochainement pour un modèle plus écologique.
En 2019, vous avez pris une participation dans une start-up «durable». Qu’est-ce qui vous y a incité et en quoi KURTS est-elle vraiment «durable»?
KURTS est une jeune entreprise qui a résolument opté pour la durabilité: en achetant chez KURTS, on soutient des créateurs qui travaillent dans de petites entreprises suisses engagées avec passion au service de la qualité et de l’artisanat, tout en pratiquant un mode de production équitable. Tous les colis sont préparés par une institution sociale et expédiés sans impact pour le climat. De plus, les emballages se composent de matériaux réutilisés pour autant que possible, et la bande collante est toujours en papier. Outre l’enthousiasme du fondateur et les beaux produits de l’assortiment KURTS, c’est cette démarche claire et sans compromis qui m’a convaincu. Et il se trouve que KURTS porte aussi mon prénom...
Quelles réflexions vous inspire le thème de la durabilité?
Je regrette que ce terme soit utilisé de manière abusive et serve souvent d’alibi. Pour un individu, la durabilité passe, dans une certaine mesure, par le renoncement. Il faut la promouvoir chaque jour par des actes, et non pas par des palabres – un principe qui vaut aussi pour les entreprises.
Tanja Frieden, coach et championne olympique de snowboard cross en 2006
Vivre sur un mode durable, qu’est-ce que cela signifie pour vous personnellement: dans quels domaines avez-vous une conduite exemplaire et sur quels points aimeriez-vous vous améliorer?
Pour moi, vivre sur un mode durable c’est vivre de manière à apporter aux autres et à soi-même quelque chose qui puisse durer, et qui rende heureux. J’attache une importance particulière à l’optimisation des ressources, et cela a été une préoccupation majeure lorsque nous avons transformé notre maison en misant sur les énergies renouvelables et sur la mise en œuvre d’un maximum de matériaux recyclables. Néanmoins, j’ai conscience que je dois encore mieux faire sur bien des fronts. Je ne suis pas une référence en matière de durabilité et je n’agis pas toujours comme il le faudrait. Je prends souvent ma voiture, et je n’ai pas encore renoncé aux déplacements aériens, même si je m’efforce de les réduire. Sur le plan de l’alimentation aussi, j’ai des progrès à faire. Je devrais toujours me poser ces bonnes questions: «Qu’est-ce que je mange?», «Qu’est-ce que je vais encore manger?» et «D’où provient ce que je mange?». Ma consommation de produits carnés a fortement diminué ces dernières années. Désormais, je ne mange de la viande qu’en certaines occasions, mais je me demande aussi comment je pourrais la remplacer pour souscrire à une approche plus durable dans ce domaine aussi.
À quel niveau le thème de la durabilité vous préoccupe-t-il?
Au niveau de notre mode de pensée humain, qui forge aussi notre comportement. Avec ma «FriedensAkademie», j’interviens en tant que coach pour des clients et clientes souhaitant atteindre les objectifs qui leur tiennent à cœur et où la durabilité est au premier plan. Mon travail consiste à questionner les comportements individuels, y compris en matière de gestion des ressources au plan personnel. Pour cela, certaines interrogations sont fondamentales, par exemple: «Est-ce que je fonctionne comme un simple rouage de la société en faisant ce qui est attendu de moi, ou est-ce que je suis capable de m’ouvrir et de suivre ma petite voix intérieure, qui sait certainement bien mieux ce qui est bon ou mauvais et qui me guidera plus sûrement sur la voie de la durabilité?». Au final, je ne pourrai apporter ma pierre à l’édifice que si j’ai bien conscience de la contribution qui est la mienne.
Pourquoi jugez-vous important de définir pour soi-même comment vivre sa vie dans une optique de durabilité?
Plutôt que de nous fixer des objectifs en plaçant la barre toujours plus haut, en allant toujours plus loin et toujours plus vite, nous devrions plutôt réfléchir au sens à donner à notre propre existence, à ce que nous sommes et à ce que nous voulons. Cette démarche conduit à identifier des objectifs profonds bien souvent illogiques, qui ont du sens pour nous personnellement mais qui ne sont pas nécessairement conformes aux attentes de la société. Je n’ai poursuivi que de tels objectifs illogiques dans ma vie, mais cela m’a réussi. À mes yeux, c’est là un mode de vie résolument durable.
Dans quelle mesure la durabilité est-elle une préoccupation pour vous en tant que présidente de l’Initiative en faveur des sports de neige?
En ouvrant grand les portes de notre environnement de montagne aux enfants, nous les sensibilisons à la nécessité de préserver durablement ce magnifique espace de vie.
Alfredo Häberli, Designer
Comment intégrez-vous le concept de durabilité dans votre travail?
Depuis la création de mon studio de design, en 1991, j’ai toujours eu pour objectif de concevoir des produits durables. Ne suivant aucune tendance ou mouvance en vogue, je recherche l’autonomie dans les produits. Ce n’est pas un hasard si bon nombre de mes créations d’il y a 15 ou 20 ans sont toujours en production aujourd’hui. S’ajoute à cela une autre motivation essentielle: obtenir un résultat optimal avec un minimum de matériaux, en vertu du principe de «l’économie de moyens», qui m’est cher.
Durabilité et design sont-ils compatibles?
Oui car, justement, malgré l’antinomie apparente, il y a une véritable symbiose, dès lors que le design n’est pas assimilé à un simple travail de décor.
Parmi les produits que vous avez créés, quels sont ceux que vous préférez pour leur durabilité?
Ceux qui ont été élaborés à partir d’un seul et unique matériau et qui sont en production depuis une éternité. Je songe notamment à la gamme de verres Essence, conçue pour l’entreprise finnoise Iittala en 2001 et toujours fabriquée aujourd’hui.
Et quelle est celle de vos réalisations dont vous êtes le plus fier en termes de durabilité?
Il y a cinq ans, j’ai pu concrétiser le projet de mes rêves: un ensemble de bâtiments de conception modulaire qui, répondant au plus haut niveau d’exigences en matière de biologie et d’écologie de la construction, n’est pas seulement durable mais aussi auto-suffisant et biodégradable.