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Face-à-face JO: trop d'athlètes suisses sélectionnés pour rien?
Quand la première médaille helvétique se fait attendre et que les éliminations prématurées se succèdent, le Café du Commerce s’anime: «A quoi bon envoyer des athlètes qui trébuchent au premier obstacle?» Notre débat.
Les critères suisses de sélection sont-ils trop laxistes?
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NON
par Grégory Martinetti, lutteur qui a participé aux JO de Sydney 2000, représentant des athlètes à Swiss Olympic
«Il faut arrêter de croire que Swiss Olympic distribue des cadeaux. Un billet pour les Jeux n’est jamais une récompense, dans mon sport comme dans les autres. Mon palmarès est riche de seize podiums en Coupe du monde, j’ai gagné le bronze aux championnats d’Europe, je n’ai pas été sélectionné parce que je suis le membre d’une famille célèbre dans le milieu. A Sydney, je suis tombé au deuxième tour sur l’Américain Charles Burton, qui était un des grands favoris. Si je le battais, j’étais dans le top 5; j’ai dû prendre des risques et j’ai perdu. Mais je n’avais volé la place à personne. Et c’est le cas pour tous mes collègues lutteurs. A Swiss Olympic, on entend souvent ces critiques, on nous dit qu’on a de trop importantes délégations dans les sports comme l’athlétisme et la natation, alors que les chances de médailles y sont nulles; le problème se pose d’une manière différente: tous les athlètes qui sont à Londres ont répondu à des critères de sélection sévères, qui sont généralement basés sur une qualification pour les demi-finales. Après, d’autres éléments entrent en ligne de compte, notamment le tirage au sort dans les sports de combat. Prenez l’exemple de Sergei Aschwanden: il a échoué deux fois très rapidement (2000 et 2004), avant de gagner sa médaille à Pékin.»
OUI
par Pascal Richard, ancien cycliste, champion olympique sur route à Atlanta en 1996
«J’entends beaucoup trop souvent, en Suisse, la fameuse formule chère au baron de Coubertin: l’essentiel, c’est de participer. C’est une question de mentalité propre à notre pays. Personnellement, j’ai eu la chance d’être éduqué à l’italienne. Eh bien je peux vous dire que ce genre d’attitude n’existe pas dans cette culture, qu’il n’y a qu’un seul but: gagner! A Atlanta, j’avais pu former autour de moi une équipe à ma convenance et ça a parfaitement fonctionné. Toute notre préparation avait été basée sur un seul thème: la victoire. Alors bien sûr, pour avoir des vainqueurs, il faut aussi des vaincus, mais la finalité du sport, ce n’est pas d’être content d’une sélection. J’ai l’impression que certains ont déjà rempli leur mission lorsqu’ils reçoivent le feu vert de Swiss Olympic: le sport, ce n’est pas cela. Ce n’est pas non plus la corruption et les passe-droits. J’en ai été la victime avant Sydney: j’étais champion olympique en titre et on n’a pas voulu de moi, alors que je répondais à tous les critères. Aujourd’hui encore, on ne m’a pas donné les raisons. Vous comprendrez donc que même si les Jeux me font toujours rêver, il reste en moi beaucoup d’amertume quand je constate comment certains athlètes défendent nos couleurs.»
Créé: 31.07.2012, 22h58