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Le tabac est une plante originaire d’Amérique centrale. Elle était déjà cultivée par les Mayas il y a 3’000 ans. Après la découverte de l’Amérique, le tabac a été importé en Europe et consommé sous forme de cigares, de tabac à chiquer ou de tabac pour pipe. Ce n’est qu’au début du 20ème siècle, sous l’effet de la production industrielle et de la publicité que la consommation de cigarettes est devenue une « consommation de masses ».
En 2012, plus de 7 millions de tonnes de tabac ont été récoltés dans plus de 120 pays dont la Suisse, pour une infime proportion.
La culture du tabac est l’une des activités agricoles les plus gourmandes en main d’œuvre, en engrais et en pesticides. Le tabac exige environ 100 fois plus de travail que le blé, par exemple. Au cours des dernières décennies, on a assisté à une délocalisation vers les pays en voie de développement, afin de diminuer les coûts de production. Plus de 90% de la surface cultivée se trouve aujourd’hui dans les pays en développement ou nouvellement industrialisés.
Les premiers champs de tabac sont apparus en Suisse au 17ème siècle. Actuellement, il est encore cultivé dans le Jura, en Valais, en Suisse centrale et orientale, mais surtout dans la Broye où plus de 80% de la production se concentre. Le secteur a connu son âge d’or au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avec plus de 6’000 planteurs pour une surface totale de 1’450 hectares.
Depuis, cette culture n’a cessé de perdre en importance. On ne recense aujourd’hui plus que 166 planteurs pour une surface totale de 451 hectares (chiffres 2015). Ces hectares ne représentent que 0.04% des surfaces agricoles cultivées en Suisse et le tabac est de fait une culture marginale. La qualité du tabac suisse n’est par ailleurs pas exceptionnelle, principalement en raison du climat. Le tabac cultivé sur le sol helvétique représente moins de 5% de la matière première utilisée pour la production de cigarettes en Suisse et est utilisé comme « tabac de remplissage ».
Si la culture du tabac subsiste en Suisse, c’est notamment grâce aux fortes subventions de la Confédération (via le Fonds SOTA destiné à promouvoir la culture du tabac indigène) et de l’industrie du tabac.
L’existence de la culture du tabac en Suisse constitue un enjeu important pour l’industrie du tabac qui s’assure ainsi un lien fort avec le monde paysan et les politiques, lesquels sont susceptibles de défendre les intérêts de l’industrie du tabac dans les débats politiques touchant aux mesures de prévention du tabagisme.
Trois géants du tabac se partagent le marché suisse, tout comme le marché mondial : Phillip Morris International, British American Tobacco et Japan Tobacco International. Ces multinationales ont chacune leur siège international en Suisse. Elles ont également ici chacune leur usine de production, à Neuchâtel (PMI), Boncourt (BAT) et Dagmersellen (JTI).
Ces groupes ont produit en 2014 plus de 40 milliards de cigarettes, dont près de 80% ont été exportées, essentiellement en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. En raison d’une législation permissive, les multinationales peuvent produire en Suisse et exporter des cigarettes avec de fortes teneurs en goudron et nicotine, dont la vente en Suisse et dans l’Union européenne est aujourd’hui interdite.
Au niveau mondial, l’industrie du tabac est florissante et enregistre chaque année des résultats en croissance ; elle pèse des milliards. Selon l’Atlas du Tabac, en 2013, les profits combinés des six plus grandes compagnies de tabac étaient de 44,1 milliards de dollars, ce qui est supérieur aux profits combinés de Coca-Cola, Walt Disney, Google, McDonald et Starbucks dans la même année.
La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, qui édicte les mesures visant à réduire la consommation de tabac et l’exposition à la fumée du tabac, invite les Etats à aider les tabaculteurs à se reconvertir dans d’autres types de cultures vivrières et plus saines.