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Vues aériennes de Boudry
Il est fort probable qu'au début du Moyen Age, une puissante famille du pays se soit établie ici et ait fait de la contrée de l'Areuse son domaine bien avant que les comtes de Fenis n'aient pris possession de Neuchâtel. Les régions occidentales du territoire comtal ne furent, quant à elles, acquises que successivement. Tout comme existait à Colombier une seigneurie autonome avant que cet endroit ne revienne à la maison de Neuchâtel, une famille, dont aucun document ne fait malheureusement mention, a probablement possédé une petite seigneurie à Boudry.
Ce n'est que relativement tard que des manuscrits parlent d'un château de Boudry et d'une agglomération construite à ses pieds. Tous deux devaient déjà exister vers le milieu du XIIIe siècle, car des documents de cette époque rapportent que conformément à un arrangement, le château devait revenir à deux filles de la maison des Neuchâtel.
Il ressort d'autres textes que la localité avait ses propres bourgeois en 1311. Elle devait donc, à ce moment-là, exister depuis plusieurs décennies. Boudry ne reçut toutefois sa charte de franchises qu'en 1343, des mains du comte Louis.
Jusqu'au premier tiers du XVIIIe siècle, la petite ville fut entourée de remparts; trois portes donnaient alors accès à la cité. Une seule des tours de défense est encore debout
Le château était occupé par un fonctionnaire des comtes; c'est à lui qu'incombaient la garde du château et l'administration des biens seigneuriaux. Pendant l'année, le comte ne résidait généralement que peu de semaines ou même quelques jours seulement, dans son château. Si le bailli s'occupait de la consommation et de l'administration des redevances dues par les sujets et déposées au château, il devait aussi veiller à ce que les dégâts causés à tout moment par des tempêtes et la pluie fussent réparés. Pendant des siècles, les factures des artisans et les notes des frais de matériel furent pour ainsi dire les seules sources écrites susceptibles de fournir des renseignements sur l'histoire du château.
Louis de Neuchâtel, mort en 1373, fut le représentant le plus actif de sa lignée. Il légua sa seigneurie à sa fille Isabelle, tandis que sa troisième femme, Marguerite de Vufflens, se vit attribuer, à titre de siège de veuve, le château et la bourgade de Boudry. Son mari n'était pas mort depuis une année que déjà elle épousait Jacques de Vergy.
L'arrivée à Boudry de la veuve du comte marqua pour la petite ville le début d'une époque mouvementée, peu brillante. Au lieu de se contenter du droit de jouissance qui lui avait été concédé par testament, Marguerite de Vufflens, encouragée par son nouvel époux, se mit à menacer ses sujets et à les dévaliser. Un jour, elle fit venir un certain nombre de ses gens au château, en choisit huit et les fit incarcérer dans la tour du château. Elle fit aussi confisquer et vendre les biens de ceux qui avaient fui devant elle. Ses domestiques durent à plus d'une reprise forcer des maisons et s'emparer de tout ce qui leur tombait sous la main. Elle n'épargna pas non plus les ouvrages de défense. Les portes de la ville furent abattues, les murs d'une tour démolis, sept maisons entièrement détruites et toutes les armes des citoyens confisquées. Pour mettre un comble à ses méfaits, le couple diabolique fit incendier toute la bourgade et du château, tirer sur ceux qui tentaient de maîtriser le sinistre. A quoi il faut ajouter les actes de pillage auxquels se livra la garnison du château dans les environs, tel l'abattage et la vente de deux mille chênes d'une forêt dépendant de la seigneurie.
La comtesse Isabelle dut recourir aux armes pour maîtriser sa belle-mère et occuper Boudry. En arrivant au château, elle constata que Marguerite de Vufflens avait également fait incendier la grange et emporté divers reliquaires d'argent et leur contenu, de même que plusieurs ornements d'autel de la chapelle. Tous les méfaits commis par Marguerite de Vufflens furent consignés par Isabelle dans un mémoire qu'elle présenta à un tribunal arbitral présidé par l'archevêque de Besançon. Si la comtesse de Vufflens avait agi de la sorte, c'est sans doute parce qu'elle n'avait pu accepter que le comté ait été transmis à sa belle-fille et qu'elle ne bénéficiait de ce fait pas elle- même des droits et des revenus en découlant. Finalement, elle et son mari consentirent à renoncer à toute prétention contre le versement d'une indemnité de 2000 florins. Dès ce moment, l'histoire du château et de la bourgade de Boudry fut étroitement fiée à celle du comté et future principauté de Neuchâtel.
D'innombrables fois, on répara le château et en perfectionna les installafions. Mais il arriva aussi qu'en raison de la négligence ou du souci d'économie de quelque propriétaire, il fût à tel point délabré qu'il devint inhabitable. Avec le temps, seules les cellules des prisons et une salle d'audience furent encore remises en état; plus personne ne voulait s'installer dans ces vieux murs. Puis, pendant longtemps, on se contenta de faire les réparations les plus urgentes, on étaya les murs qui menaçaient de s'écrouler et tenta de maintenir les toits tant soit peu étanches.
Ce n'est que récemment que d'importants travaux de restauration ont redonné à cet ouvrage son caractère défensif et l'ont rendu plus confortable. Il s'adapte fort bien aux rangées de maisons de la petite ville et ne porte nullement atteinte à l'image d'ensemble de ce site. Et ce bien que, de son emplacement élevé, il domine la bourgade qui s'étale à ses pieds.
Bibliographie