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Cela avait pourtant bien commencé :
Je ne devais ma libération qu'à l'acharnement de mon avocat, maître Baudet, un homme grave, au physique de jésuite qui aimait secrètement la poésie, sans laquelle il n'aurait jamais réussi à me défendre, non pas parce qu'il trouvait que j'étais un sujet poétique, mais, me dit-il un jour : "C'est dans la poésie que je trouve une autre façon de regarder le monde." Jamais personne ne m'avait dit une phrase d'une telle teneur, même pas mon père, et je sus immédiatement que cet homme sec et un peu raide ne me regarderait jamais comme mon père, ni comme les autres hommes m'avaient regardée. (p. 19)
|source: greffiernoir.com|
En novembre 1953, à l'âge de 26 ans, Pauline Dubuisson (1927-63) est condamnée à perpétuité pour le meurtre de Félix Bailly, son ancien petit ami. Les jeunes gens font connaissance alors qu'ils étudient la médecine à Lille, il la demande en mariage mais la rejette après avoir appris qu'elle a été tondue après la Libération - Pauline ayant eu un liaison avec un officier allemand.
Si j'ai beaucoup aimé le personnage de Pauline tel qu'écrit par Jean-Luc Seigle, que j'ai éprouvé de l'empathie pour elle malgré son crime à cause des violences inouïes dont elle a été victime (la description de la tonte sur une place publique puis du viol collectif sont effroyables), je n'ai pas vraiment accroché au style de l'auteur malgré beaucoup de beaux passages comme celui reproduit ci-dessus. Le début et la fin, au Maroc, m'ont particulièrement plu.
De manière un peu injuste pour l'auteur, je pense que mon bilan mitigé est aussi en partie dû au fait que je m'attendais à un récit beaucoup plus journalistique, documentaire. Quelque chose dans le style de L'affaire de Road Hill House de Kate Summerscale.
Il n'en reste pas moins que ce roman est un sacré coup de poing et un triste constat des atrocités dont sont capables les hommes.
Lu pour le Prix des lectrices de Elle 2016.
(éd. Flammarion, 234 pp., 2015)