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La votation populaire du 9 février prochain fait l’objet d’une expérience venue des Etats-Unis. Un groupe de citoyens de la commune de Sion, tirés au sort, a rédigé une fiche d’explications pour l’initiative «davantage de logements abordables» soumise au vote ce jour-là. Elle se veut plus concise et compréhensible que les informations fournies par la chancellerie fédérale.
Tout est condensé sur une feuille A4. Au recto, figurent les informations essentielles sur l'initiative «Davantage de logements abordables». Au verso, on trouve trois arguments pertinents en faveur et trois contre l'initiative, avec des conclusions pour les deux positions.
Ce document a été conçu par un panel d'une vingtaine de citoyens ordinaires de la commune valaisanne de Sion (près de 34'000 habitants), dans le but d'impliquer dans la vie politique ceux qui sont habituellement en marge. L'expérience fait partie du projet demoscanLien externe, mené par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et dirigé par le professeur Nenad StojanovićLien externe de l'Université de Genève.
Demoscan s'inspire du panel citoyen ( Citizens’ Initiative ReviewLien externe ) introduit en 2010 dans l’Oregon et repris par d’autres Etats de la République fédérale américaine. Ces diverses expériences ont fait apparaître que les informations fournies par le panel de citoyens étaient jugées non seulement plus compréhensibles, mais aussi plus crédibles que les informations officielles.
À Sion, pendant deux week-ends, les membres du panel ont examiné et discuté en profondeur de la question. Avant de délibérer, ils ont écouté et questionné des experts indépendants, tout comme des partisans et des adversaires de l'initiative. Des séances ouvertes au public et transmises en direct.
Disponible pour tous
La ville de Sion a envoyé le rapport du panel à ses quelque 21’000 électeurs. En fait, l'ensemble de l'électorat suisse - en Suisse et à l'étranger - peut en bénéficier, puisque le document est publié en ligneLien externe. En plus de la version originale française, des traductions en allemand et en italien sont également disponibles.
Pourquoi faire tout ce travail, alors que la brochure explicative du Conseil fédéral est utilisée par plus de 85% des votants? En Suisse, les électeurs ne sont généralement qu'une minorité: en moyenne, la participation est inférieure à 50%, rappelle Nenad Stojanović. L'une des raisons fréquemment invoquées par ceux qui s'abstiennent est précisément la complexité des questions posées.
Antidote à l'abstentionnisme
Pour beaucoup, la brochure officielle est trop longue et compliquée, observe le politologue. De plus, elle émane des élites politiques, contre lesquelles la méfiance populaire est de plus en plus forte.
Le rapport du panel citoyen, en revanche, est axé sur l'essentiel, formulé dans un langage simple. Les informations qu’il contient «ont été sélectionnées par les citoyen·ne·s du panel par ordre d’importance pour les votant·e·s.», est-il précisé.
Contrairement à la brochure du Conseil fédéral, la fiche citoyenne ne contient pas de recommandation de vote. Le but n'est pas de gagner les citoyens à la cause du gouvernement, mais de leur fournir toutes les informations dont ils ont besoin pour se faire une opinion.
Le panel de citoyens a bien voté sur l'initiative «Davantage de logements abordables». Mais le résultat reste secret, du moins jusqu'au jour du vote. Après une longue réflexion, Nenad Stojanović et son équipe ont préféré éviter le risque d’influer de quelque manière que ce soit la décision de l'électorat.
Garantie de l'égalité et de la diversité
Ce procédé encourage aussi les citoyens à participer aux votations. «Le tirage au sort des membres du panel garantit l'égalité. Chaque citoyen a les mêmes chances d'être sélectionné, explique Nenad Stoianović. De plus, avec ce type de sélection, on obtient une ‘diversité’ représentative de l'électorat et enrichissante pour la discussion, car chacune de ces personnes d'origines différentes apporte une expérience particulière au groupe.»
Pour les citoyens constituant le panel, c'est l'occasion unique de comprendre en profondeur le fonctionnement des institutions, comme l'objet en votation.
Nenad Stojanović parle de cette expérience comme d'une «école de la démocratie». Le politologue a été «positivement impressionné» par la nature des discussions et la facilité avec laquelle les participants ont saisi les notions politiques. Un enthousiasme partagé par les membres du panel.
Les suites du projet
Le professeur et son équipe de chercheurs vont maintenant examiner l'impact de l'expérience sur l'électorat de Sion, en matière d’information et de participation. Sur la base des réactions enregistrées jusqu'à présent, Nenad Stojanović est positif. L’analyse scientifique, elle, doit sortir le printemps prochain.
Et la prochaine expérience? «Au mieux, nous la ferons lors des votations fédérales du 29 novembre prochain, mais beaucoup plus probablement lors des votations du 7 mars ou du 13 juin 2021», répond le politologue en précisant que la commune choisie sera germanophone, italophone ou bilingue.
Traduit de l'italien par Frédéric Burnand