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Les dernières données sur l'inflation dans la zone euro suggèrent que les pressions sous-jacentes sur les prix s'accélèrent à un rythme relativement similaire à celui des États-Unis.
L'incertitude élevée suscitée par la guerre en Ukraine a récemment été renforcée par l'apparition de nouveaux facteurs de risque apporteurs de volatilité. En Chine, le président Xi a décidé de s'en tenir à sa politique du zéro-Covid pour contenir la propagation du Covid-19, limitant l'activité dans plusieurs régions économiques clés. Par ailleurs, le refus des pays membres de l'OPEP d'augmenter leur production de pétrole brut continue de soutenir les prix élevés de l'énergie induits par l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Les premiers indicateurs disponibles à ce stade confirment que la dynamique se détériore. La croissance de la zone euro n'a augmenté que de 0,2% au premier trimestre, principalement portée par l'activité en Allemagne et en Espagne. En outre, la production industrielle et celle des biens durables se sont contractées outre-Rhin, suggérant que la première économie de la zone euro pourrait connaître un ralentissement de l'activité, voire une récession, au deuxième trimestre.
En raison des confinements stricts pratiqués par le gouvernement chinois pour répondre aux nouvelles contaminations au Covid-19, affaiblissant considérablement la demande intérieure du pays, l'inflation en Chine est restée modérée, atteignant 1,3% sur les 12 derniers mois.
Les autorités du pays disposent donc d’une plus grande marge de manœuvre et, en conséquence, ont adopté une une position plus accommodante. La banque centrale de Chine a déjà procédé à deux baisses du taux d'intérêt préférentiel et à trois baisses du taux de réserve obligatoire au cours des derniers mois et élargit ses outils de crédit ciblés pour soutenir les PME. Sur le plan budgétaire, le plan de relance annoncé en mars dernier prévoit que le déficit budgétaire total en 2022 sera plus élevé qu'en 2021 et que l'émission d'obligations par les collectivités locales sera de la même ampleur qu'en 2021 (environ 550 milliards de dollar).
Ces mesures, qui devraient s'intensifier d'ici la fin de l'année 2022, témoignent d'une désynchronisation croissante du cycle entre la Chine et le reste du monde, déjà observée par l'écart croissant des rendements des obligations souveraines en faveur des États-Unis. Toutefois, l'incertitude demeure quant aux capacités de celles-ci à alimenter l'économie suffisamment rapidement pour atteindre l'objectif de croissance chinois de 5,5%, en particulier dans un contexte de ralentissement mondial et de restrictions continues de la mobilité.
Avec une inflation de 8,3% aux Etats-Unis en avril, soit à peine moins que les 8,5% enregistrés en mars, les pressions sur les prix s’élargissent progressivement aux produits non énergétiques et non alimentaires. Cependant, les données économiques montrent maintenant un ralentissement de l'activité qui, avec la normalisation de la politique de la Fed, devrait progressivement atténuer les pressions élevées sur les prix. En outre, la composante de l'enquête du NFIB ne suggère aucune marge d'amélioration supplémentaire sur le front des salaires aux États-Unis. Les taux d'inflation ont donc probablement atteint leur sommet et pourraient diminuer de manière plus significative au cours de la seconde partie de l'année 2022.
Les dernières données sur l'inflation dans la zone euro suggèrent que les pressions sous-jacentes sur les prix s'accélèrent à un rythme relativement similaire à celui des États-Unis. Les prix élevés de l'énergie en Europe jouent probablement un rôle similaire à celui des prix des véhicules d'occasion aux États-Unis, en poussant les indicateurs de prix globaux à la hausse.
Cette dynamique est d'une importance capitale pour la BCE, dont le principal objectif reste d'empêcher un désancrage des anticipations d'inflation. En effet, plus l'inflation reste élevée, plus elle est susceptible de s'ancrer dans les agents économiques. A présent, les consommateurs américains et européens s’attendent à une augmentation des prix à court terme, certes, poussée par les prix de l’énergie, mais aussi à moyen terme. Pour cause, en avril, les entreprises de la zone euro ont été plus nombreuses que jamais à déclarer qu'elles prévoyaient d'augmenter leurs prix de vente au cours des prochains mois. Toutefois, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a accéléré la détérioration des revenus réels, de la confiance et des conditions financières en Europe, ce qui devrait contribuer à freiner l'excès de demande, en le ramenant à des niveaux prépandémiques, réduisant ainsi le risque de voir l'inflation élevée actuelle s'ancrer dans les attentes.