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À Damphreux, le site "En Pratchie" ou la "Cornée" se situe dans le Jura tabulaire ajoulot, au nord des étangs des Coeudres. Le bas-marais de Pratchie occupe une dépression dans le fond d'un petit vallon. Avant les améliorations foncières, décidées en 1991, la zone humide était découpée en de multiples petites parcelles, appartenant à plusieurs propriétaires. De nombreux drainages ont été effectués mais aucun de façon globale et systématique. Certaines prairies humides se sont relativement bien maintenues. En 1992, le premier projet d'améliorations foncières prévoyait un drainage important de ces parcelles. Les naturalistes ajoulots de la Société des sciences naturelles du Pays de Porrentruy ont été alertés par ces projets dévastateurs pour le bas-marais. Le 16 mars 1993, la volonté de sauvegarder ce petit joyaux a conduit à la création de la Fondation des marais de Damphreux (FMD). La FMD a acheté des terrains dans le but d'obtenir les zones les plus humides lors de la nouvelle attribution des terres. Cette démarche originale n'a guère obtenu de soutien auprès des milieux agricoles et des reponsables jurassiens des améliorations foncières qui ont plutôt essayer de bloquer certains projets de la FMD. Cependant, à la fin du 20ème siècle, la politique agricole de la Confédération suisse a changé. Il était devenu exclu pour l'Etat fédéral de soutenir des drainages systématiques. Au contraire, la nouvelle politique agricole s'est orientée vers un subventionnement accru pour le maintien de prairies humides extensives ou de prés à litière.
En 1998, avec l'attribution des terres les plus humides à la Fondation des marais de Damphreux, les tentatives d’assèchement ont cessé sur les propriétés FMD mais pas en périphérie immédiate.
L'idéal aurait été de mettre en place immédiatement des zones-tampon suffisantes en périphérie du bas-marais. La réalité a malheureusement été tout autre avec le labourage de pâturages et le drainage des champs adjacents. De plus, côté est, la commune de Beurnevésin a refusé de purifier les eaux de drainage dans un secteur filtrant et a détourné ces effluents au nord, directement dans le ruisseau d'un autre bassin versant, ceci avec l'accord du Service de l'économie rurale. Cette dérivation absurde prive le bas-marais d'une partie de son alimentation en eau.
En Pratchie, la FMD gère actuellement une quinzaine d’hectares. Les terres sont louées à des exploitants qui, par des fauches retardées, maintiennent le statut de prés humides extensifs ou de prés à litière avec une flore et un faune d'une grande richesse.
Dans le but de revitaliser le marais, durant l'hiver 2007, une digue a été aménagée en aval. Durant l'hiver 2007/2008, le système de vidange à été fermé avec la création d'un petit plan d'eau favorable aux Libellules et aux Amphibiens. L'eau s'évacue moins facilement et le bas-marais se régénère progressivement.
En 2007, il a obtenu le statut de bas-marais d'importance nationale. La même année, la FMD a mandaté une étude phytosociologique qui a été réalisée par Christophe Poupon de l’Université de Neuchâtel au "Laboratoire Sol et Végétation" conduit par le professeur Jean-Michel Gobat. Ce travail très bien documenté montre que la flore typique du bas-marais peut être sauvée et qu’un potentiel d’amélioration de la diversité floristique est bien là. En mai, l'Orchis à large feuille, Dactylorhiza majalis, égaie les prairies humides et la très typique Laiche de Davall, Carex davalliana, se maintient sur des petites surfaces.
Environ 500 plants d'Orchis à larges feuilles fleurissent chaque printemps dans le bas-marais de Pratchie.
Depuis 2008, la mare situé en aval du bas-marais permet la reproduction de nombreux insectes aquatiques et d'Amphibiens.
En 2011, les observations montrent que le bas-marais n'est pas encore sauvé. Il reste menacé au niveau de l'alimentation en eau et en raison de l'apport excessif d'engrais. Un ancien chemin, côté nord du bas-marais, draine une partie des eaux superficielles. De plus les zones-tampon suffisantes ne sont toujours pas en place à cet endroit.
Le colmatage d'anciens canaux de drainage est prévu. Ces modifications auront une influence positive sur la végétation marécageuse et sur la biodiversité en général.
Déjà, nous y observons souvent les Cigognes blanches s’y nourrir et, parfois en solitaire ou en petit groupe, pendant la nidification ou en migration.
De nouvelles nidifications du Vanneau huppé dans les marais seraient une belle récompense.
La Société des Sciences Naturelles du Pays de Porrentruy, Nos Oiseaux, Pro Natura Jura, la Station Ornithologique de Sempach, la Fondation pour la protection et l’aménagement du paysage, la Société ornithologique de Zurich, la commune de Damphreux et le Canton du Jura sont les membres fondateurs de la Fondation des marais de Damphreux. Elle a pu réaliser ses achats et ses travaux de revitalisation grâce notamment au soutien de la Confédération, du Canton du Jura, de Fondations diverses et de la Loterie Romande.