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→ ART/MUSÉES
MÉTAMORPHOSES
Hieronymus Hopfer, Soliman 1er, 1530-40 (?), collections d'art et musée d'Augsburg, collection graphique, n° d’inv. G 11981Hans Holbein le Jeune, Madone du bourgmestre Jacob Meyer zum Hasen, 1525/26 et 1528.
Huile sur bois de conifère, 146,5 x 102 cm.
Collection Würth, n° d’inv. 14910. Photo: Philipp SchönbornFrancesco Laurana, buste de Béatrice d’Aragón, Naples, vers 1474/75. Marbre. The Frick Collection, New York, Bequest of John D. Rockefeller, Jr., 1961.
L’invention de l’imprimerie facilite la diffusion du savoir dans toute l’Europe. © Musée national suisse
L'EUROPE À LA RENAISSANCE
1400-1600
Texte: Laurence Hainault-Aggeler
MUSÉE NATIONAL
Museumstrasse 2
CH-8001 Zürich
www.nationalmuseum.ch
Jusqu'au 27 novembre 2016.
Consultez le site du Musée national de Zurich pour toutes les visites en français : ici
La Renaissance, période associée à la redécouverte de la littérature, de la philosophie et des sciences de l'Antiquité s’est étendue sur plusieurs siècles. Elle commença à Florence dès les XIIIe et XIVe siècles, le Duecento et le Trecento, se propagea au XVe siècle dans la plus grande partie de l’Italie, en Espagne, dans certaines enclaves d'Europe du Nord et d'Allemagne, sous la forme de ce que l'on appelle le Quattrocento, puis gagna l'ensemble de l'Europe au XVIe siècle, le Cinquecento.
Sous le titre évocateur de Métamorphoses, l’exposition du Musée national de Zurich nous présente la période de l’apogée de la Renaissance en Europe, soit de 1400 à 1600. Les bouleversements radicaux y furent en effet considérables, aussi bien politiques et artistiques, que culturels et techniques. En outre, le choix de la dénomination Métamorphoses constitue un hommage direct au poème épique d’Ovide où l’auteur décrit la naissance et l'histoire du monde gréco-romain jusqu'à l'époque de l'empereur Auguste. L’œuvre déjà appréciée au Moyen Age, le fut encore plus au cours de la Renaissance lorsque l’Antiquité fut redécouverte. Métamorphoses enfin car, selon une idée très en vogue au XIXe siècle, la conception même de l’individu serait sans doute apparue alors, d’où les portraits et les autoportraits. L’individu se serait transformé en accédant à l'ère de la modernité pour occuper une place sociale, indépendamment de sa relation avec Dieu.
Dès l’entrée de la nouvelle aile du musée, espace au dénuement majestueux, une vitrine s’impose. Elle protège le bureau de Jacob Burckhardt, historiographe suisse du 19ème siècle, spécialiste de la Renaissance, le premier à tenir compte non seulement de la peinture, de la sculpture et de l'architecture, mais aussi des institutions sociales et de la vie quotidienne. Telle est également la ligne suivie dans cette exposition.
Un peu plus loin, est exposée une illustration tirée d'un manuscrit français de la deuxième moitié du XVe siècle. Elle montre la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453. Cet événement majeur a permis, entre autres, l’arrivée de nombreux manuscrits grecs en Europe occidentale.
EFFERVESCENCE ARTISTIQUE, ACIVITÉ COMMERCIALE
Avec l’arrivée au pouvoir de Soliman Ier (1494-1566), sultan de l’Empire ottoman, une grande effervescence artistique s’installa. Les petits États d'Europe occidentale ne furent pas en reste, multipliant les palais et les basiliques, réinventant les sciences et les arts. Soliman le Magnifique favorisa aussi la libre circulation des marchandises et des idées, allant jusqu'à tisser des alliances politiques et culturelles. Dans la même salle, ne manquez pas de contempler quelques pièces de «fiorino», frappé à Florence à partir de 1252. Le florin devint une monnaie de change appréciée et utilisée en Europe en raison de la puissance commerciale et bancaire de cette ville. Un outil financier comparable à l’euro d’aujourd'hui.
Accroché au mur du haut, un tableau lumineux nous montre le renouveau des échanges, les déplacements des commerçants et des érudits dans toute l’Europe. Les parcours s'entrecroisent. Ceux des mercenaires ferrailleurs, ceux des banquiers et des intellectuels qui écrivaient en latin, mais utilisaient des langues vernaculaires.
(Notons à ce point que l’infrastructure moderne du musée national de Zurich permet un soutien audiovisuel précieux. Sous chaque œuvre, vous pouvez allumer un petit tableau qui livrera des informations. D’autres panneaux présentent des animations. Certaines consoles centrales font défiler des illustrations commentées, des cartes animées).
Après le rappel des repères historiques, le visiteur est invité à gravir la monumentale volée de marches et à se lancer dans les salles suivantes pour traverser les deux siècles où tout s’enchaîne, s’imbrique dans une débauche de trésors. Selon un classement à la fois chronologique et thématique, l’exposition présente la Renaissance de la culture antique, la valeur nouvelle accordée aux objets, aux monuments et aux sculptures, témoins inestimables du temps qui passe.
Dans la salle II, arrêtez-vous par exemple devant la vitrine où figure le Codex Escurial attribué à Domenico Ghirlandaio (1449 -1494), un premier modèle de réhabilitation architecturale.
Salle III, voyez cette «Vierge à l’enfant» de Cimabue (1240-1302) qui assura le renouvellement de la peinture en rompant avec son formalisme et en donnant des expressions à ses personnages. De ce point de vue, il peut être considéré comme le précurseur du réalisme de la Renaissance florentine. Ce tableau, destiné à l’église de Castelfiorentino, rappelle les icônes byzantines. Mais Jésus y ose un contact avec la joue de sa mère, ses jambes bougent. Par contre, son petit visage reste celui d’un homme sérieux et tout semble statique. Puis jetez un coup d’œil à «La Vierge et l'Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer», tableau du peintre allemand Hans Holbein le Jeune (1497-1543), dernière œuvre ou presque de l’exposition, mais déjà visible au début grâce à une ingénieuse ouverture entre les salles extrêmes. Là tout est mouvement, tout est vie. Aucun aplat. Le tapis est plissé, en désordre, les chérubins bougent naturellement, les carnations sont de couleurs différentes, le visage expressif de la vierge s’illumine. L’évolution artistique témoigne clairement des changements de représentation du monde. Deux siècles séparent les deux œuvres.
LES TECHNIQUES, L'IMPRIMERIE ET LA CIRCULATION DES IDÉES
L’exposition met également en scène la révolution technique. À commencer par la révolution médiatique présentée salle IV. Initiés par Gutenberg avec son invention de l’imprimerie qui correspondit miraculeusement à l’arrivée du papier de Chine, les nouveaux modes de diffusion de l’information permirent aux livres de se multiplier, aux idées de se répandre. Les idées! Ce furent par exemple Machiavel (1469-1527), théoricien de la politique, dont on peut voir une lettre adressée à Cesare Borgia, Erasme (1467-1536), figure centrale de l’humanisme représenté dans le magnifique tableau d’Holbein Le Jeune. Ou encore le moine vénitien Francesco Colonna qui rédigea le Songe de Poliphile imprimé à Venise en 1499. Ce roman illustré écrit en un mélange de grec, de latin et d'italien dialectal fut qualifié de l'un des «livres les plus beaux du monde». En voici un exemplaire en salle IV!
La révolution technique concerna aussi la médecine, lorsque les chirurgiens améliorèrent les connaissances anatomiques et assurèrent que certaines maladies étaient dues à l’environnement (déjà!!!). Ou encore l’astronomie, lorsque Copernic (1473-1543) défendit la théorie de l’héliocentrisme… Entre les salles VI et VIII, documents et objets nous donnent la preuve indéniable de ce bouillonnement intellectuel.
Les techniques d’impression s’affinèrent et la période fut marquée par le développement des estampes et la diffusion des images. On parle alors d’images en circulation. En salle IX, vous ne saurez où donner des yeux entre les gravures d’Albrecht Dürer et les dessins de Leonardo da Vinci. Et Le Titien! Vous apprendrez par les commentaires qu’il se faisait apprécier des grands, était courtisé par le pape et put ainsi acquérir un véritable statut social, un précédent pour les artistes qui le suivirent.
APOLLONIOS
Riche de sensations fortes, saturé d’informations savantes, conscient de ne pas avoir tout vu, vous ne pourrez cependant vous empêcher de vous arrêter devant le moulage du magnifique Torse du Belvédère dont l’original est conservé au Vatican. Cette sculpture, du Ier siècle av. J.-C., est signée Apollonios, un artiste athénien connu à Rome depuis le XVe siècle. Elle entra dans les collections vaticanes entre 1530 et 1536 et devint une des sculptures antiques les plus admirées par les artistes de la Renaissance. On apprend en outre que Michel-Ange refusa de la restaurer imposant une nouvelle idée du respect de l’authenticité. Tout un symbole.
Nous voilà rendus au terme d’un périple étourdissant, dont on ne saurait faire un rapport exhaustif tant les œuvres et les thèmes s’enchevêtrent dans cette exposition incroyable de magnificence. Contentons-nous de saisir quelques perles et de nous en satisfaire.
Dans la toute dernière salle, la paix de la contemplation et le calme reviennent.
Avec Breughel et ses scènes hivernales du petit âge glaciaire qui aurait connu son apogée entre 1540 et 1560, les joyeux patineurs exhibent leurs joues rubicondes. Un tableau de la reine d'Angleterre, nous la montre ravissante, parée d’atours scintillants. Elle sourit avec satisfaction, car nous sommes en 1588 et son royaume commence «sa Renaissance».
Tant de richesses, tant de beautés! Nous les devons aux deux commissaires d’exposition, à Denise Tonella et à Bernd Roeck, Professeur de l’Université de Zürich, fin spécialiste de la Renaissance. De plus, nous avons eu la chance de suivre, une heure durant, la très érudite médiatrice culturelle, Isabelle Warin. Dans son exposé, elle a su fixer les priorités et son enthousiasme a rendu l’expérience passionnante. Un grand merci à tous. Nous avons déjà hâte de nous retrouver au Musée national de Zurich, mercredi 15 mars 2017, entre 18 et 19 heures, pour la visite en français de la prochaine grande exposition: «La Révolution russe et la Suisse». (Laurence Hainault Aggeler 10/11/2016)