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01.06.2007 - Le Temps
L'énergie idéale existe - la géothermie profonde
GEOTHERMIE - Quelle serait l'énergie idéale? Et existe-t-elle? Sur la Terre, aucune forme d'énergie ne satisfait à tous les critères requis, à savoir: être «renouvelable», «efficace» et «économique». Sauf peut-être... la géothermie. Et, curieusement, si l'homme dompte depuis des siècles la chaleur terrestre, la géothermie vient à peine de sortir d'un très long sommeil, éveil qui fut, il est vrai, plutôt brutal à Bâle avec un mini-séisme provoqué par l'une des expériences les plus intéressantes du moment.
Dans les médias, l'idée s'est vite répandue que la géothermie resterait condamnée aux sondes peu profondes, connues du grand public sous les termes techniques de «pompes à chaleur». Avec le projet bâlois, la géothermie devait franchir une étape cruciale: non seulement les ingénieurs entendaient soutirer de la chaleur de la terre mais produire de l'électricité. Cette filière qui associe chaleur et électricité est sans nul doute la combinaison gagnante du XXIe siècle. Dans un rapport récent, le célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology) écrit que la géothermie des grandes profondeurs devrait être l'un des piliers principaux de la politique énergétique américaine mais constate que c'est l'un «des domaines les plus négligés par la recherche et les investisseurs».
Les avantages de la géothermie sont manifestes: la chaleur de la Terre est constante sur l'ensemble du globe et le même type de centrale thermique peut être répliqué sur l'ensemble de la planète, et pas uniquement dans les zones géologiques actives. La technique consiste à injecter de l'eau à une très grande profondeur pour la récupérer sous forme de vapeur après son passage dans un réservoir créé artificiellement par fissuration de la roche cristalline. La géothermie profonde, que les spécialistes appellent «géothermie stimulée», est née il y a plus de trente ans déjà. Plusieurs expériences ont été lancées mais toutes ont été arrêtées dès l'effondrement des prix du pétrole. Une seule a survécu aux aléas des coupes budgétaires: celle financée par l'Union européenne, à Soultz-sous-Forêts (Alsace). Cette installation expérimentale, qui a servi de référence et de laboratoire au projet bâlois, devrait produire son premier kilowattheure cette année encore. Un très grand projet privé est en cours dans le désert australien. L'Allemagne et l'Autriche font de la géothermie profonde une priorité de leur politique énergétique, après avoir emboîté le pas à la Suisse dans la diffusion de la technologie des pompes à chaleur et sondes géothermiques à basse température. Les villes de Genève et de Lausanne se déclarent prêtes à suivre Bâle mais attendent les conclusions des experts qui se penchent sur le mini-séisme qui a tant ému les Bâlois.
De sources scientifiques, il apparaît clairement que «l'accident» bâlois ne remet pas en cause la filière technologique. Sans doute le projet, dont le financement était très serré, a manqué d'accompagnement scientifique. On connaissait le risque sismique au moment où l'eau sous pression fracture la roche mais on a sous-estimé l'impact des répliques des premières secousses. Sans doute le projet sera-t-il modifié, comme les projets de Genève et de Lausanne. Mais le concept qui consiste à prélever la chaleur de la Terre pour alimenter un réseau de chauffage à distance et produire localement de l'électricité demeure valable. Et tout montre que la rentabilité économique est acquise. En Suisse, on imagine cinq à six projets du type de celui développé à Bâle d'ici à 2020-2030, permettant de produire de la chaleur pour des dizaines de milliers de ménages et l'équivalent électrique d'un cinquième d'une grosse centrale nucléaire.
S'il est donc peu probable que Bâle soit le coup d'arrêt de la géothermie stimulée, le déploiement de toute la filière n'est de loin pas acquis. Si les sondes géothermiques pour les maisons individuelles ont bien progressé, les champs de sondes pour de grands ensembles, les pieux «intelligents» produisant chaleur ou refroidissant un immeuble (voir schéma) ou les sondes qui utilisent la chaleur des aquifères demeurent des exceptions. Car, aussi curieux que cela puisse paraître, le sous-sol suisse est très mal connu, mal exploité, et les architectes ignorent souvent tout des possibilités offertes par la géothermie. Dans un pays où près de la moitié des émissions CO2 sont dues au chauffage et à la production d'eau chaude sanitaire, la géothermie ne peut que progresser. Pas sûr. «Sans des moyens financiers conséquents et un gros effort de formation, il est vain de croire que la géothermie pourra décoller en Suisse et remplir les objectifs qui sont mentionnés dans différents scénarios énergétiques», avertit le professeur François-D. Vuataz, qui dirige le Centre de recherche en géothermie suisse, hébergé au centre d'hydrogéologie de Neuchâtel. Davantage que l'accident de Bâle, c'est l'absence d'investissements, de recherche et de formation qui menace une énergie propre, peu encombrante au sol et que l'on peut qualifier d'infinie. L'énergie idéale.