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A la veille du procès qui s'est ouvert mardi devant la Cour correctionnelle de Grenoble, Michel Tabachnik s'était retiré dans son chalet, à La Sage, au-dessus d'Evolène, en Valais. C'est là qu'il s'est confié à swissinfo, entouré de ses deux grands enfants - Serge et Valérie, nés d'un premier mariage avec Christine qui est décédée lors du massacre de Cheiry.
- swissinfo: Avez-vous passé une semaine normale à la veille de ce procès ?
- Michel Tabachnik: Pas tout à fait. J'ai dû répondre aux interviews des journalistes. Mes enfants sont venus me voir. Et ils ont aussi lu le dossier. Serge et Valérie ont mieux compris certaines choses. Il faut dire que, trois ans avant le drame de Cheiry, leur mère Christine leur avait déjà dit qu'elle avait quitté tout cela. Pour le reste, j'ai eu des journées de travail plutôt normales. En ce moment, j'écris un livre sur la musique du vingtième siècle. Je travaille douze heures par jour.
- Vous ne dirigez donc plus ?
- Il ne me reste que peu de choses. Je conserve l'enseignement de la direction au Conservatoire royal de Copenhague. Mais, depuis le déclenchement de cette affaire, les grands orchestres, c'est fini. Avant, Karajan m'invitait à Berlin. Je dirigeais aussi l'Orchestre de Paris, celui de la Suisse romande et d'autres grands ensembles.
- Depuis plusieurs semaines, vous laissez planer le doute. Serez-vous ou non à Grenoble ?
- Je suis très partagé et je ne me déciderai qu'à la toute dernière minute. Je vous rappelle que le juge Piller, auquel je me suis totalement livré, avait conclu son enquête par un non-lieu. De quel droit peut-on revenir là-dessus? C'est un procès injuste qu'on me fait. Est-ce que je vais me plier à cette justice. Comme je l'ai déjà écrit, on fait de moi un bouc émissaire.
- Les propos que vous avez tenus lors de votre conférence du 24 septembre 1994 à Avignon laissent planer un doute. Qu'entendiez-vous par un retour au père ou un retour à Dieu ?
- C'était un discours philosophique. Je vous jure que je ne savais rien de ce qui allait se passer. Vous pensez que j'aurais pu organiser la mort de la mère de mes deux grands enfants? Je vous signale aussi que mon appartement de Territet, dans lequel dormaient Serge et Valérie, aurait dû sauter parce que celui situé en dessous était piégé.
Comment aurais-je pu me prêter à un scénario aussi macabre dont mes enfants auraient dû être les victimes? Tous ces éléments qui plaident en ma faveur ont toujours été cachés. Si je vais à Grenoble, je dirai un certain nombre de vérités. Dans le réquisitoire de 450 pages, 10 seulement me sont consacrées. Avant le massacre du Vercors, des gens savaient. Pour autant, ils n'ont pas été inquiétés par le juge.
- Au début de l'affaire, vous avez nié votre appartenance à l'Ordre du Temple solaire (OTS). Cette position ne s'est-elle pas retournée contre vous ?
- Formellement, je n'étais pas membre. Il est vrai qu'au début des années quatre-vingts, j'ai participé aux activités. C'est mon épouse Christine qui m'a présenté Joseph Di Mambro. J'ai trouvé en lui quelqu'un avec qui je pouvais parler de mes problèmes. A l'époque, la Fondation Golden Way était une sorte de kibboutz de survie. Di Mambro était obsédé par la survie. Et c'est pourtant lui qui a fomenté ces massacres.
Pour moi, cette question est insoluble. Selon Jean-François Mayer (spécialiste des sectes), la dérive a commencé au début des années nonante. La notion de transit serait apparue lors d'un séjour en Australie. Pour moi, Di Mambro était un ami. Il est devenu un traître. Je ne vois pas pourquoi on me reproche cette dérive. On est revenu au Moyen Age. C'est l'inquisition !
Propos recueillis par Isidore Fuchs