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Le premier procès de "l'affaire Bettencourt" s'est ouvert lundi à Bordeaux sur un coup de théâtre: l'annonce de la tentative de suicide d'un des prévenus, l'ancien infirmier de la milliardaire Liliane Bettencourt. L'audience fut brève. Elle a été suspendue en raison d'une demande de la défense.
Un photographe mondain, un ancien ministre, un ex-infirmier suicidaire: un procès fleuve impliquant dix accusés s'est ouvert à Bordeaux pour savoir si Liliane Bettencourt a été ou non abusée par un entourage indélicat. Agée de 92 ans, cette femme, la plus riche de France, sera la grande absente des débats.
L'audience a débuté par un coup de théâtre: l'annonce de la tentative de suicide la veille de l'ancien infirmier de Mme Bettencourt, Alain Thurin. Découvert dans un bois où il aurait tenté de se pendre, cet homme de 64 ans a été hospitalisé. Il se trouve "entre la vie et la mort", selon une source policière.
Autre absence remarquée, celle de Claire Thibout, ex-comptable de Liliane Bettencourt et principal témoin à charge dans le volet d'abus de faiblesse. Certificat médical à l'appui, elle a fait savoir par son avocat que son état de santé ne lui permettait pas de se présenter devant le tribunal pour "une durée indéterminée".
Absence d'un témoin-clé
Considérée comme un des témoins-clés, elle a été mise en examen le 28 novembre pour faux témoignages. Au cours de l'enquête, cette femme a accusé le photographe François-Marie Banier et son compagnon d'avoir profité de la fragilité de la milliardaire. Elle a aussi affirmé avoir remis au gestionnaire de fortune 50'000 euros, somme qui aurait été destinée au ministre Eric Woerth.
L'avocate d'un des accusés a aussitôt demandé au tribunal "des précisions sur cette impossibilité" d'entendre un "témoin capital" dans cette affaire. Le tribunal "verra ce qu'il fera", a rétorqué le président Roucou.
Ce dernier a suspendu l'audience jusqu'à mardi à 09h15 pour délibérer sur une demande de la défense concernant une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) portant sur la notion de "blanchiment". Au cas où le tribunal jugerait que cette QPC mérite d'être transmise à la Cour de cassation, les débats seraient suspendus.
"Abus de faiblesse"
Sur le banc des prévenus, non loin l'un de l'autre, deux des principaux prévenus: Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Mme Bettencourt, et le photographe François-Marie Banier, confident de la milliardaire.
Tous deux sont poursuivis pour "abus de faiblesse" et "blanchiment" au détriment de la vieille dame, alors qu'elle souffre de sénilité depuis septembre 2006. Des délits passibles chacun de trois ans d'emprisonnement et de 375'000 euros d'amende (autant en francs).
A lui seul, François-Marie Banier est accusé d'avoir perçu plus de 400 millions d'euros de la part de Liliane Bettencourt, sans compter les autres cadeaux consentis au compagnon du photographe, Martin d'Orgeval, lui aussi poursuivi.
Enormes et dérisoires
Des montants à la fois énormes et dérisoires au regard de la fortune de l'héritière de l'empire L'Oréal, plus de 30 milliards d'euros selon le magazine "Forbes".
Sur le même banc, l'ex-ministre UMP Eric Woerth. Le député français est poursuivi pour "recel" d'une somme qu'il aurait reçue de Patrice de Maistre, alors qu'il était trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, ce que nient les deux hommes. Mis en examen au printemps 2013, l'ex-président a depuis bénéficié d'un non-lieu.
Multiples rebondissements
Dossier tentaculaire aux multiples tiroirs et rebondissements, l'affaire dite "Bettencourt" a commencé il y a huit ans comme un conflit familial. La fille de la richissime héritière du groupe de cosmétiques L'Oréal, Françoise Meyers-Bettencourt, cherche via la justice à protéger sa mère. Cette action a suscité maintes querelles.
Réconciliée avec sa fille fin 2010, Liliane Bettencourt est affaiblie. Elle est depuis trois ans en retrait de la scène publique.
ATS