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À l’époque de Jésus, le culte le plus pratiqué dans l’Empire romain (dont la Palestine faisait partie) était celui de Mithra, dont le nom signifie à la fois «ami» et «contrat». Le dieu Mithra est l’ami des hommes, c’est le dieu de la lumière et de la justice, qui veille au respect des alliances et des serments. Le mithraïsme était très répandu chez les soldats romains qui, de la Perse, l’importèrent en Italie où il s’implanta solidement, à Rome notamment. Les adorateurs de Mithra reconnaissaient une divinité unique, manifestée par la lumière des astres, surtout le Soleil, brillant et invincible, ennemi de la nuit et des démons. Mithra, ange de la lumière, était un serviteur du dieu Ormuzd, la lumière primitive, et l’intercesseur des hommes auprès de lui. Ormuzd représentait Dieu le Père et Mithra Dieu le Fils.
Dans l’empire romain des premiers siècles de notre ère, le 25 décembre on célébrait Mithra: c’était la fête du Sol Invictus, correspondant à la naissance de ce dieu solaire (Dies Natalis Solis Invicti, jour de la naissance du Soleil invincible). Le choix du 25 décembre était en accord avec le calendrier alors en vigueur, le calendrier julien, qui fixait le solstice d’hiver à cette date erronée. En 274, le culte du Soleil invicible avait pris une telle ampleur que l’empereur Aurélien le déclara religion d’État. L’empereur Constantin (272-337) fut un fervent adorateur du Sol Invictus. S’il choisit finalement de rallier le christianisme, ce fut avant tout pour des raisons politiques (pour certains historiens, ce fut même par appât du gain: Constantin se serait fait chrétien pour mieux pouvoir piller les temples païens et financer le développement de la ville de Constantinople, à laquelle il a donné son nom et dont il fit la nouvelle capitale de l’empire romain à partir du 11 mai 330).
Le christianisme, qui commençait à se répandre, se trouva en concurrence avec la fête du Sol Invictus. Comment contrer le culte de Mithra, qui empêchait la nouvelle religion de se développer? Par la mise en œuvre d’un subtil syncrétisme consistant - en s’insérant dans une tradition déjà existante - à assimiler la naissance du Christ au retour de l’astre solaire, au Sol Invictus. Ce choix semble avoir été imposé aux chrétiens par l’impossibilité dans laquelle ils se trouvaient, soit de supprimer une coutume aussi ancienne, soit d’empêcher le peuple d’identifier la naissance de Jésus à celle du Soleil. C’est ainsi qu’en 354, le pape Libère désigna officiellement le 25 décembre comme fête de la naissance du Christ, devenue Noël en français par évolution de l’ancien français nael, du latin natalis (dies), soit «(le jour de la) naissance». La racine latine natal se retrouve dans les vocables Natale (italien), Natal (portugais, indonésien, javanais, malais), Nadal (occitan, catalan, galicien), qui se traduisent tous par Noël en français et renvoient au Dies Natalis Solis Invicti.
Avant 354, les chrétiens ne fêtaient pas la naissance de Jésus. Plusieurs dates avaient été avancées pour sa venue au monde: le 6 janvier, le 28 mars, le 19 avril ou le 29 mai. Certaines sectes avaient choisi le 6 janvier, qui correspond aux épiphanies de Dionysos et d’Osiris – deux divinités de la végétation qui, comme le Christ, meurent et ressuscitent. Cela dit, Jésus ayant déclaré, dans une interview accordée à des Juifs: “En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis” (Jean 8:58), la question de savoir quel jour il est né devient presque anecdotique.
Ainsi la tradition des cadeaux, des décorations, des bons repas associés aux fêtes de fin d’année a de lointaines origines et si Noël se célèbre le 25 décembre, c’est à Mithra que nous le devons. L’histoire est une continuité.
Quant à la tradition du sapin de Noël, elle a d’autres origines. Wikipédia (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sapin_de_Noël) rapporte que l'image de l'arbre comme symbole de renouveau de la vie est un thème traditionnel païen qui se retrouve dans le monde antique et médiéval (par exemple dans les nombreuses mythologies et le culte idolâtrique liés à l'Arbre du Monde) avant que ce symbole soit à son tour assimilé par le christianisme. Le sapin, conifère à aiguilles persistantes, rappelle depuis longtemps ce symbolisme de la renaissance lors du solstice d'hiver, comme en attestent les gravures rupestres dans les régions scandinaves. Le culte des arbres était courant dans l'Europe païenne et a survécu à la conversion de celle-ci au christianisme dans les coutumes scandinaves où persiste la tradition lors des fêtes de Yule (Yule, aussi orthographié Jul, est une fête occidentale pré-chrétienne du solstice d'hiver, l'ancêtre de Noël chez certains peuples germaniques). C’est ainsi que de nos jours, en suédois, en norvégien et en danois, Joyeux Noël se dit God Jul.
Joyeux Noël à tous!
Nota bene: le principal document de référence que j’ai utilisé pour rédiger cet article est une chronique signée Gabriel Racle parue en 2006 sur https://l-express.ca/sous-le-soleil-de-mithra/.