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Les Etats d'Amérique proposent des scénarios pour sortir de la prohibition des drogues
C'est la conclusion d'un important rapport, commandé l'an dernier et publié le 17 mai 2013, qui promet de faire grand bruit sur la scène internationale. Le changement de paradigme qu'implique la fin de la coûteuse et infructueuse "guerre contre les drogues" n'avait jamais été portée en si haut lieu.
L'OEA, qui regroupe 35 nations indépendantes du continent américain dont les Etats-Unis, a publié le 17 mai 2013 une étude approfondie sur le marché de la drogue et les conséquences de la prohibition, mandatant plusieurs experts internationaux et décideurs pour esquisser des solutions d’avenir à cette problématique socio-sanitaire. Cet examen comportait deux volets. Le premier compile cinq rapports d'analyses traitant de sujets-clé:
La relation entre les drogues et la santé publique,
La relation entre les drogues et le développement économique et social,
Les défis sécuritaires que représentent les liens entre la drogue, la violence et le crime organisé,
La production et la fourniture de drogues, de produits pharmaceutiques et de précurseurs chimiques,
Les approches légales et réglementaires de la problématique de la drogue.
Ces documents, étayés par une centaine d'entrevues avec des experts, ont ensuite été utilisés pour élaborer des scénarii permettant de sortir de l'impasse. La réglementation du marché de la drogue est une piste évoquée sans ambages par l'OEA, tout comme la décriminalisation et les approches orientées sur la santé des consommateurs.
L'OEA a décider de diligenter cette étude il y a un an, au terme du Sommet de Carthagène des Indes (Colombie) qui a réuni en avril 2012 les chefs d'Etats du continent américain autour de la question de la légalisation des drogues. A la base de ce travail de fond, un constat qu'aucun dirigeant ne remet en doute: la «Guerre contre les drogues» proclamée par le président des USA Richard Nixon est un échec. Quarante années et 10 milliards de dollars dépensés sur le sol états-unien dans cette "war on drugs" n'ont donné aucun résultat probant, ne permettant ni d'endiguer les dommages causés par le trafic de drogue, encore moins de les annihiler. Ce sentiment de frustration né dans les pays d'Amérique latine a ainsi conduit les Etats-Unis à assouplir son discours jusqu'à présent intransigeant en matière de prohibition.
Jusqu'à présent, ce débat s'est davantage mené à l'échelon régional, initié bien souvent par les autorités des villes, directement confrontées au trafic de drogue et à la faillite de la politique répressive. Les Etats du Colorado et de Washington aux Etats-Unis ont déjà voté la légalisation et la réglementation du cannabis. En Suisse, les villes de Zurich et Bâle ont fait de même, d'autres réfléchissent à la possibilité d'expérimenter de nouveaux mode de régulation. Dans ce contexte, le rapport de l’OEA revêt une importance capitale de par son poids politique : jamais ces positions pragmatiques n’avaient été portées en si haut lieu, par un si grand nombre de nations. C'est un véritable changement de paradigme qui s'amorce ainsi au niveau mondial. Les Etats d'Amérique ont d'ailleurs demandé - et obtenu - qu'une assemblée générale extraordinaire de l'ONU soit exclusivement consacrée à la politique de la drogue. Elle aura lieu en 2016.