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Elles sont invisibles, nous cernent de toutes parts, mais ça n'est pas une histoire de spectres! Ce sont les ondes. Elles sont de plus en plus nombreuses à peupler notre univers quotidien. ABE s'est demandé s'il fallait s'en méfier.
Vous n'imaginez pas la quantité d'objets qui nous entourent et qui émettent des ondes. Electriques, magnétiques ou électromagnétiques, elles ont toutes en commun d'être absolument invisibles. Mais le conte de fée moderne qui remplit la maison d'électroménager, qui peuple le bureau d'ordinateurs et de portables, et qui fait fleurir des lignes à haute tension dans le paysage, risque-t-il de se changer en cauchemar ? Avant de mettre le doigt dans la prise, un petit cours élémentaire d'électricité s'impose.
Les ondes électromagnétiques sont en fait des paquets d'énergie qui se déplacent au départ de l'objet qui les émet. Cette énergie se déplace en formant des vagues, et le nombre de vagues que l'onde parcourt en une seconde est appelée fréquence.
En basse fréquence, on trouve les ondes émises par les lignes à haute tension, les plaques de cuisinière électrique ou les écrans d'ordinateur et de télévision. Quant aux ondes à haute fréquence, c'est-à-dire au-delà de 100 kHz, elles sont produites, par exemple, par le téléphone portable ou le four micro-ondes.
Dès que l'on branche la prise d'un appareil électrique (par exemple une lampe) sur le secteur, la tension à l'intérieur du cordon produit un champ électrique. Lorsque l'on allume la lampe, le courant passe, c'est-à-dire que les électrons se mettent à bouger, ce qui génère alors un champ magnétique. En haute fréquence, il n'est plus possible de distinguer ces deux champs: on parle alors de champ électromagnétique
Reste à savoir maintenant quels effets peuvent avoir les ondes émises par ces champs sur le corps humain. En basse fréquence, le champ électrique ne pénètre pas dans le corps: il reste à la surface. Tandis que le champ magnétique, lui, le traverse complètement. Dans ces 2 cas, il y a un courant électrique qui est induit dans le corps. S'il est très intense, il peut exciter les cellules nerveuses et musculaires.
En revanche, le champ électromagnétique pénètre dans le corps. Ceci provoque un échauffement des cellules, mais normalement sans conséquences, puisque la chaleur induite est évacuée naturellement par le corps.
Le doute demeure toutefois quant aux effets à long terme de ces ondes, par exemple lorsque l'on habite à proximité d'une ligne à haute tension. Des études ont montré que des cas de leucémie à caractère épidémique étaient apparus dans des régions traversées par des lignes à haute tension. Mais ces études ont établi une corrélation purement statistique. En clair, rien ne prouve que les champs magnétiques ou électriques soient responsables de l'épidémie. Il peut s'agir en effet d'une autre cause locale, comme par exemple la pollution de l'air...
De toute façon, dans l'état d'ignorance où les scientifiques se trouvent actuellement, il serait plus sage de ne pas habiter à proximité d'une ligne à haute tension. L'autre solution serait de faire comme les Hollandais ou les Suédois: enterrer ces lignes. C'est plus cher, mais c'est mieux pour l'environnement. Et peut-être que dans 10 ans, on se dira que c'était mieux aussi pour les êtres vivants.
L'an dernier, nous avions mesuré l'intensité des ondes émises par les téléphones cellulaires. Cette enquête posait la question de leurs effets et du danger potentiel pour la santé des utilisateurs. Pour l'instant, rien ne permet de mettre en cause les téléphones portables, mais le doute est tel que l'OMS a lancé il y a 15 jours une étude internationale sur les effets sanitaires des téléphones portables. Objectif de l'étude: montrer l'existence ou non d'un lien entre l'augmentation des tumeurs cérébrales et l'utilisation des portables.
Mais il n'y a pas que les téléphones qui émettent des ondes douteuses. Prenez par exemple ce machin qui vous siffle dans les oreilles tous les matins et que vous écrasez de la main pour le faire taire : le radio-réveil. A ABE, on a voulu savoir si ce sablier électronique des temps modernes diffusait des ondes et, si oui, dans quelle mesure la tête du dormeur était visée.
Pour effectuer ce test, nous nous sommes rendus dans le canton de Fribourg, au laboratoire Montena, spécialisé dans la mesure des champs électriques et des champs magnétiques. 10 radios-réveils ont été testés, dans une cage de Faraday, à l'abri de toutes perturbations extérieures :
- Sanyo 7000
- Intersound CR2NL
- Philips AJ3630
- Grundig Sono
- Aiwa FR A2
- Sony ICF
- M-Electronic MCR 603
- M-Electronic MCR 655
- Roadstar 2752
- Fust Novatronic CR1
En plaçant les appareils sur une plate-forme tournante, les experts ont pu à la fois évaluer l'orientation et l'intensité du champ électrique et du champ magnétique. Bilan: les champs électrique et magnétique de nos 10 radios-réveils ne dépassent pas les valeurs limites des normes internationales. Ils sont donc tous conformes.
Des différences significatives ont toutefois été constatées par nos experts dans l'orientation des champs. Chez Sanyo par exemple, le champ magnétique est essentiellement présent à l'arrière de l'appareil. Dans le cas du Novatronic par contre, la zone d'influence se trouve surtout sur les côtés, mais aussi sur la face avant de l'appareil, donc en direction de la tête du dormeur.
Même si toutes les mesures restent bien en deçà des limites, il n'empêche que tous ces radios-réveils produisent bel un bien un champ magnétique et un champ électrique, auxquels le dormeur se soumet, l'air de rien, entre 6 et 8 heures par nuit! Alors, est-ce que c'est mauvais? Les experts restent divisés à ce sujet. Dans l'incertitude, mieux vaut éviter de placer son radio-réveil ou de faire passer un cordon électrique trop près de son oreiller.
Les mesures des ondes magnétiques générées par les appareils électroménagers d'une cuisine-test n'ont également pas révélé de dépassement des normes. Toutefois, en mesurant cette fois les ondes électromagnétiques produites par un four micro-ondes, des fuites ont été constatées. Ce n'est pas très grave, mais une exposition prolongée n'est guère souhaitable.
On le voit: toutes les installations électriques émettent bel et bien des champs électriques, magnétiques ou électromagnétiques, et, semble-t-il, toujours dans les normes. Mais que valent ces normes par rapport à la protection des consommateurs? "On n'en sait rien", répond Jacques Neirynck, professeur honoraire à l'EPFL. "On est lancé, par exemple en matière de téléphonie mobile, dans une gigantesque expérimentation humaine, où des dizaines de millions de personnes vont utiliser ces appareils. Et là, on verra, dans 10 ans, dans 15 ans, si l'incidence sur les cancers sera décelable au niveau statistique."
Pour répondre aux craintes légitimes de la population, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a, de son côté, mis sur pied un projet international de recherche qui vise à évaluer les effets biologiques et les risques sanitaires éventuels d'une exposition aux champs électromagnétiques. "Ce qu'on l'on sait", explique Michael Repacholi, responsable du projet, "c'est que si les champs sont suffisamment forts, ils produisent des effets néfastes. C'est pourquoi il y a des normes internationales qui définissent des limites dans lesquelles les champs ne peuvent pas avoir d'effets néfastes pour la santé. Ce que nous ne savons pas exactement aujourd'hui, c'est si, en dessous d'un certain seuil, ces champs produisent des dommages conséquents. Et c'est à cette question que les travaux de l'OMS doivent répondre. Parce qu'au fond tout le monde est soumis aux champs électromagnétiques de basse fréquence. Et si jamais ceci devait avoir des effets sur la santé, ça aurait des conséquences que nous ne sommes pas en mesure d'évaluer pour le moment."
En ce qui concerne les appareils électroménagers, Michael Repacholi se veut plutôt rassurant : "Nous ne pensons pas qu'ils soient dangereux. Les normes ou les limites en vigueur sont fondées sur des effets biologiques connus, dont nous avons une bonne connaissance chez l'homme. Ce que nous pouvons dire aux gens, c'est que pour nous, il n'y a pas de risque, ou alors un risque minime. Nous essayons aujourd'hui d'évaluer, de savoir à quel point ce risque est faible."
Alors, pas de quoi s'inquiéter ? "Nous pensons que les gens devrait profiter du progrès technologique" soutient Michel Repacholi, "et ne pas s'inquiéter outre mesure des inconvénients possibles. A nous d'établir maintenant s'il y a bien un risque minime, et dès que nous aurons des résultats, nous informerons la population sur les précautions à prendre."
C'est vrai qu'il n'y a pas de certitude absolue. Mais reste toujours le principe de précaution que les autorités sanitaires ont une fâcheuse tendance à oublier: on ne citera ici que le nucléaire, le sida, ou la vache folle.
On peut effectivement se demander pourquoi certains pays prennent déjà la précaution d'enterrer les lignes à haute tension, alors que d'autres s'en moquent, et pourquoi on a mis aussi longtemps a lancer des études d'impact des ondes sur la santé publique.
En attendant d'en savoir plus, mieux vaut donc se tenir à une distance raisonnable de tous ces appareils électriques: par exemple, ne pas avoir le nez collé sur un écran de télévision et utiliser avec modération les téléphones cellulaires.
Mais la prudence est aussi de mise sur un tout autre terrain : ce genre de problème réveille en effet toutes sortes de peurs irrationnelles, que certains charlatans n'hésitent pas à exploiter. Ces derniers se présentent souvent comme des démarcheurs à domicile et proposent, pour des prix variant entre 420.- et 1200.-, des boîtes "miracle" qui "neutralisent les mauvaises ondes". A ce prix, d'après les spécialistes consultés, elles neutralisent surtout le contenu de votre porte-monnaie!