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Titre: La décadence sécuritaire
Auteurs: Gilles Sainati et Ulrich Schalchli
Éditeur: La Fabrique
Pages: 105
Pour ceux qui ne s'en seraient pas déjà rendu compte j'ai un intérêt particulier pour les sujets concernant la surveillance et le contrôle des citoyens. Que ceux-ci soient menés par l'état ou des organismes privés. Ce livre concerne la mise en place d'une forme de surveillance et de criminalisation des citoyens au nom de la sécurité. Il est écrit par deux anciens secrétaires du syndicat de la magistrature française ce qui explique, probablement, certaines caractéristiques de ce livre. Ces deux auteurs tentent, donc, de nous brosser le tableau des différentes réformes de la justice qui ont été menées en France. Mais ils font aussi le lien avec une doctrine nord-américaine qui considère que tout acte potentiellement criminel doit être puni fortement pour éviter une supposée extension de ces actes.
Bref, après une introduction et un tableau historique de la doctrine répressive nord-américaine les deux auteurs nous donnent les effets de ces réformes. Celles-ci, considérant qu'un acte doit être puni sans délai, mettent en place un système judiciaire bureaucratisé qui viole largement certains points fondamentaux de la démocratie. Non seulement la séparation des pouvoirs est mise en péril à cause du contrôle massif de l’exécutif sur les magistrats et la police mais, en plus, les procédures sont accélérées en coupant court aux possibilités d'examens contradictoires et d'une partie des droits de contestation. De plus, la culture du résultat, qui implique financement, implique la police et les magistrats doivent réussir à régler le plus d'affaires avec le moins de temps possibles. Il devient donc de plus en plus difficile de mettre en place une enquête de longue durée sur un crime compliqué alors que l'on peut résoudre quinze affaires mineurs par jours sans trop d'efforts. Mais, bien entendu, sans réussir à vraiment rendre justice.
A la fin de ce livre on peut considérer que la démocratie et la justice semblent voir été oublié au nom d'un idéal de sécurité qui implique le droit de contrôler tous les citoyens. Mais il n'y a pas que cela. Derrière ce contrôle se cache une cible: les classes dites dangereuses. Celles-ci sont, en effet, de probables contestataires violents qui pourraient créer de larges problèmes à la société actuelle. Il est donc nécessaire d'empêcher que ces classes puissent se révolter d'une manière violente en réprimant tout acte possiblement criminel de celles-ci sans, pour autant, aller à la source du problème. Il est d'ailleurs révélateur que les élites ne soient pas soumises aux réformes menées. Cependant, le lecteur pourrait se sentir frustré dans sa lecture. En effet, les auteurs ne font souvent que mentionner certains cas exemplaires alors que l'on souhaiterait une analyse plus poussée. De plus, le livre manque singulièrement de références scientifiques et médiatiques ce qui nuit à sa crédibilité. Il serait donc souhaitable d'entreprendre un véritable travail de recherche sur le sujet.
Image: Éditeur