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Résumé
Durant ces dernières décennies, une attention toute particulière a été portée dans les pays développés à la pollution atmosphérique dans les villes, notamment à la pollution créée par l'automobile, alors que l'on s'est comparativement moins intéressé à ce qui se passait à l'intérieur de nos maisons, bureaux, bâtiments publics. Pourtant plus de 90% de la population y séjournent la majorité du temps, ou même davantage pour les sujets jeunes, les sujets âgés, les handicapés.1 Et le confinement des bâtiments qui a suivi la crise énergétique de 1973-1974 n'a rien arrangé, au contraire, en raison de la diminution de la ventilation des demeures.La pollution atmosphérique intérieure est très variée et a de multiples origines :2,3,4 l'air extérieur, le bâtiment et son contenu, y compris ce qui est lié à la présence humaine. L'air extérieur contribue à la pollution intérieure par les oxydes d'azote et de carbone, des particules en suspension, la vapeur d'eau, des composés organiques volatiles et des moisissures. A l'intérieur des bâtiments, aldéhydes, allergènes, asbeste, agents infectieux, composés organiques, oxydes d'azote, oxydes de carbone et de soufre, particules, radon proviennent de l'ameublements, des animaux, de l'eau stagnante, de colles, de produits de combustion (bois, charbon, pétrole, gaz, tabac), des humains, des matériaux de construction, des ordinateurs, des peintures, des photocopieurs, des produits de nettoyage et à usage personnel, des résines, des solvants, et/ou de l'uranium présent dans le sol, les roches, l'eau... La concentration en produits de combustion peut être très élevée si le chauffage ou la cuisine y recourt, ce qui est très souvent le cas dans les pays en voie de développement.5Mais les effets de cette pollution intérieure sont inégalement documentés. Les données expérimentales suggèrent que le niveau de pollution atmosphérique intérieur peut être très supérieur à ce qui est constaté à l'extérieur et que les polluants peuvent interagir, avec pour conséquence un renforcement des effets nuisibles pour la santé.6 Ces effets sont habituellement classés de la façon suivante :3 simple conscience de l'existence de la pollution, simple sensation d'inconfort, symptômes subjectivement attribués à la pollution, effets physiologiques sans manifestations cliniques, maladies dont le risque augmente sans que le lien existant entre l'exposition et la maladie chez un individu puisse être établi, aggravation de maladies préexistantes, maladie que l'on sait due à un polluant.A minima, la plupart de ces polluants semblent pouvoir être à l'origine d'une rhinite, d'une congestion nasale, d'une pharyngite, d'une toux, d'une oppression thoracique, de l'aggravation d'un asthme. A l'inverse, est-il utile de rappeler les effets de l'inhalation, quel qu'en soit le lieu, d'agents infectieux microbiens,7de cancérogènes,8 d'allergènes ?9 Mycobacterium tuberculosis est habituellement transmis par voie aérienne dans un lieu clos, et les légionelloses doivent leur nom à l'isolement d'une bactérie responsable d'une «épidémie» de pneumonie lors d'un congrès de légionnaires en 1976 dans un hôtel de Philadelphie ; le rôle carcinogène de l'asbeste10 et du radon11 dans les cancers broncho-pulmonaires est bien établi ; et les sources d'allergènes (acariens, chats, chiens
) dans les lieux clos sont très clairement responsables de manifestations asthmatiques. Quant au tabagisme passif,12 aux oxydes d'azote,13 et aux produits de combustion,14,15 il est licite de s'interroger sur leur responsabilité dans l'apparition et/ou l'aggravation de maladies respiratoires.Les données sur la morbidité liée à la pollution atmosphérique intérieure restent trop rares. Pourtant, les liens existant entre certains polluants et certaines affections respiratoires sont bien établis, et ces affections découlent d'un contrôle insuffisant des sources de pollution dans les habitats et les lieux de travail. Les cliniciens doivent plus systématiquement envisager le rôle de la pollution atmosphérique intérieure dans leur pratique, qu'il s'agisse d'identifier les risques à l'origine d'affections respiratoires ou de soustraire leurs malades à ces mêmes risques. L'éviction des allergènes dépend certes de choix individuels comme celui de la présence au domicile d'un chien, d'un chat, mais aussi de mesures plus générales comme l'augmentation de la ventilation des habitats, le choix de matériaux adaptés, et l'information sur les risques liés à certains comportements. S'il existe des législations visant à diminuer des sources de pollution intérieure, comme c'est le cas pour l'exposition à l'amiante et pour le tabagisme passif, ce n'est pas le cas pour la plupart des sous-produits de combustion et des émissions organiques volatiles. Et quand bien même il existe des règles, encore faut-il qu'elles soient respectées.