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EMPLOIS • La nouvelle bruissait déjà ce lundi 23 avril, en fin d'après-midi. Elle a éclaté mardi matin 24 avril: Merck Serono, longtemps présenté comme un fleuron, ferme son siège de Genève.
Cela représente 1250 emplois qui passent à la trappe. Quelque 750 d'entre eux seront reconvertis à Darmstadt (Allemagne), Boston ou Pékin. Demeure une perte sèche de 500 emplois à Genève, et 80 dans le reste de la Suisse. Pour la situation sociale de notre canton, déjà touché par le taux de chômage le plus fort de Suisse, c'est un coup très dur. Les autorités l'ont-elles vu venir? L'entreprise a-t-elle, ces dernières années, fait les bons choix? Ce coût social, à l'heure où l'économie du canton doit déjà faire face à la sous-couverture des caisses de pension publiques, qui va le payer? CONTE DE FÉES Dans les années de rêve et d'argent facile, Serono, dans la tête des gens, c'était le conte de fées d'Ernesto Bertarelli, l'homme à qui tout réussissait, y compris la Coupe de l'America. C'est en véritable Lindbergh qu'il avait été accueilli à Genève, toutes voiles dehors, sur le lac, à son retour vainqueur de Nouvelle Zélande. Le prince charmant. En 2006, il avait vendu son entreprise pour 16 milliards. Ce qui avait fait la fortune de la boîte, c'était le fameux Rebif, le médicament contre la sclérose en plaque. La molécule étant tombée dans le domaine public, il fallait d'urgence que l'entreprise se réinvente, trouve un nouveau produit. Ne paye-t-elle pas très cher l'orientation stratégique consistant à avoir, à une certaine époque, tout tablé sur un médicament?CHOIX STRATÉGIQUES Sur la gestion de l'entreprise, des questions se posent. Comment le groupe peut-il, quelques jours avant d'annoncer les suppressions d'emplois, augmenter les dividendes de ses actionnaires? Comment peut-on, en 2012, à l'heure où la moralisation des affaires devient un thème majeur, privilégier à ce point la valeur du capital par rapport à celle du travail? Ces questions-là nous regardent tous, nous citoyens, contribuables. D'autres encore, concernant nos autorités: n'ont-elles donc rien vu venir? Depuis quand connaissaient-elles les difficultés de l'entreprise? A-t-on, en haut lieu, une vision assez large, stratégique, de l'intérêt supérieur du canton par rapport aux entreprises qu'il abrite? Dialogue-t-on suffisamment avec elles, comme cela se fait, par exemple, entre l'Etat de Vaud, l'EPFL et les entreprises de la région lausannoise? Ne manque-t-il pas, à Genève, la vision d'un Patrick Aebischer? Certaines prunelles, avides de modernité, ne s'écarquillent-elles pas un peu trop vite dès qu'on prononce les noms de «biotechs» ou de «cleantechs»? L'Etat dispose-t-il, à Genève, de têtes chercheuses suffisamment instinctives et renseignées pour détecter, avec un peu d'avance, certains choix stratégiques hasardeux, dans l'industrie? SOLIDARITÉ Restent les personnes sur le carreau, un volet qui ne dépend plus du Département de l'Economie, mais de celui du Social. Donc au fond, comme contribuables, de nous tous. Il est très clair que la solidarité devra s'exercer. Reste à savoir comment elle pourra se financer, dans un canton dont les finances publiques – et ça ne fait que commencer – vont être très lourdement affectées par la mise à flot des caisses de pension de l'Etat. Le temps des rêves, et des princes charmants, est bel et bien révolu. Celui de la rigueur nous attend. «Comment peut-on privilégier la valeur du capital par rapport à celle du travail?»