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11.02.2021
Yasmine Motarjemi s'est battue seule pendant des années contre son ancienne employeuse, la multinationale Nestlé. Après un procès de dix ans, le Tribunal fédéral a statué en sa faveur en mars 2020.
Mme Motarjemi avait accusé Nestlé de harcèlement moral systématique, aussi qualifié de «mobbing», mais derrière cette accusation se cachait une autre histoire. En tant que cadre dans la multinationale, elle avait découvert de nombreuses lacunes dans la sécurité alimentaire de l’entreprise, qui avait été sciemment ignorées par les membres de la direction.
La relation de travail entre Nestlé et Mme Motarjemi débute en 2000 lorsque l’entreprise recrute l'experte en sécurité alimentaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Yasmine Motarjemi gravit ensuite rapidement les échelons de la hiérarchie du contrôle alimentaire interne en tant que «responsable mondiale de la sécurité alimentaire». Durant ses premières années dans sa fonction, on la félicite constamment pour son excellent travail.
En 2003, Mme Motarjemi découvre, choquée, que les biscuits pour bébés de Nestlé n'avaient pas été retirés du marché malgré de nombreuses plaintes concernant les risques d'étouffement. Toutefois, ses supérieur·e·s ne prennent pas en compte ses conseils et avertissements concernant ce produit, entre autres. Yasmine Motarjemi établit alors un lien avec une nouvelle règle de l'entreprise qui lie les bonus des managers aux rappels de produits. Elle relève dans une lettre que cela a pu décourager les responsables de rappeler les produits contaminés et les a incités à harceler et à licencier le personnel récalcitrant.
C'est exactement le sort qui lui est réservé lorsqu’elle fait part de ses critiques. Son supérieur tente de l’intimider et de l’humilier en cessant de l’inviter aux réunions importantes. Motarjemi exige une révision de la gestion de la sécurité alimentaire, sans succès. A la place, une enquête imparfaite et biaisée est menée sur les tentatives d’intimidation qu'elle avait signalées aux RH et à la direction de l'entreprise plus de trois ans auparavant.
En juillet 2010, Motarjemi est finalement licenciée de manière immédiate et sans motif. Depuis lors, elle souffre de graves problèmes de santé mentale et n'est plus en mesure de travailler. Malgré cela, elle décide en 2011 de poursuivre Nestlé en justice pour mobbing. Le service juridique de la multinationale a fait appel à maintes reprises, retardant le procès de plusieurs années. En décembre 2015, quatre des principaux PDG de Nestlé ont dû comparaître devant un tribunal, ce qui a fait la une des journaux internationaux.
Le 7 janvier 2020, le Tribunal cantonal vaudois de deuxième instance juge finalement que la plaignante avait été intimidée par ses supérieur·e·s d'une «manière insidieuse». Nestlé fait également appel, mais a perdu devant le Tribunal fédéral. En mars 2020, la plus haute juridiction suisse renvoie l'affaire devant le tribunal de première instance pour le calcul des indemnités.
Pour le courage dont elle a fait preuve en dénonçant les abus et en prenant des mesures contre la puissante mutlinationale de l’alimentaire Nestlé, Yasmine Motarjemi a été nominée pour le Prix Courage du Beobachter.
Depuis de nombreuses années, ONG et privés accusent Nestlé de suivre une stratégie d'entreprise impitoyable et avide de profits peu soucieuse des personnes et l'environnement. La stratégie de Nestlé consistant à s’approprier les ressources naturelles dans les pays en développement ainsi que de nombreux scandales alimentaires ont fait la une des journaux du monde entier. Cependant, la multinationale a rarement été tenue responsable de ses actes par le passé. Il est d'autant plus remarquable que Yasmine Motarjemi y soit parvenue, et ce en Suisse, à travers ce litige stratégique.
L'histoire de Yasmine Motarjemi a été mise en scène par le Theater Neumarkt de Zurich sous la forme d'une pièce documentaire intitulée «Whistleblower/Elektra». Vous pouvez trouver l'enregistrement ici.