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"En Suisse romande, les étrangers sont davantage encouragés à s'intégrer"
Les Suisses - qui voteront le 12 février sur une naturalisation facilitée les étrangers de troisième génération - se sont déjà exprimés plusieurs fois sur cette question et ont toujours refusé jusqu'ici de faciliter l'accès au passeport suisse aux enfants ou petits-enfants d'immigrés.
La dernière fois, en 2004, ils ont rejeté la naturalisation facilitée pour la deuxième et troisième génération. Et ce sont les cantons alémaniques qui ont fait pencher la balance vers le non par le passé.
De Roberto à Robert
Comment expliquer ce Röstigraben historique dans les votes sur les étrangers? Pour Sandro Cattacin, sociologue à l'Université de Genève, c'est parce que l'accueil des premiers migrants de l'après-guerre a été différent entre Suisse romande et alémanique.
"La Suisse romande était orientée sur le modèle français, c'est-à-dire une assimilation rapide, avec notamment la transformation des noms - de Roberto à Robert par exemple", a-t-il expliqué vendredi à la RTS.
En Suisse alémanique, on était plutôt sur le projet allemand de distance: 'tu restes dans ton coin, tu ne déranges pas, tu es respecté pour ce que tu es mais on ne partage pas'."
"Vous êtes vous, et pas nous"
Selon le sociologue, cette différence dans l'accueil des premiers migrants se ressent aujourd'hui encore. "Il y a en Suisse alémanique une grande fierté des groupes d'origine étrangère, parce qu'on leur a dit 'vous êtes vous, et pas nous'. Du coup, une identité plus forte se développe.
En Suisse romande, en revanche, Sandro Cattacin souligne le questionnement identitaire de ces étrangers qui perdent la capacité de parler dans leur langue d'origine, "un problème du modèle assimilationniste".
Dans les politiques de naturalisation, la Suisse romande est actuellement "clairement plus ouverte", note Sandro Cattacin.
Aujourd'hui, on cultive sa différence
Le modèle historique, datant de 30 à 50 ans, est toutefois renversé aujourd'hui, précise le sociologue. "Nous vivons aujourd'hui dans une société des individualité, extrêmement éclatée. Ce qui est considéré comme une bonne intégration aujourd'hui est d'avoir une conscience de qui on est, d'où on vient, de ses origines."
Or, le modèle suisse alémanique est "plutôt fort" dans ce domaine, note Sandro Cattacin, malgré un "climat politique plus dur".
Clivage villes-campagnes
La xénophobie est aussi aujourd'hui avant tout une question géographique, affirme le sociologue. "La Suisse xénophobe n'est pas la Suisse urbaine, mais ces endroits où il y a le moins de contacts avec ce qui est différent, et le plus de méfiance."
"Beaucoup plus que le Röstigraben, c'est cette division qui marque aujourd'hui la Suisse, entre les villes, l'innovation, la richesse et les dynamiques d'ouverture d'un côté, et de l'autre côté les peurs, les frustrations de ne pas participer à cette richesse, et ce regard très méfiant à l'égard des différences."
Ce deuxième côté est suffisamment grand pour pouvoir encore aujourd'hui dicter la marche à suivre, estime encore le sociologue.
Propos recueillis par Alexandra Richard/kkub
Publié le 13 janvier 2017 - Modifié le 13 janvier 2017