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"
Malheur à qui resterait impartial devant les plaies sanglantes de la liberté
!"
Histoire d'un crime
est tout sauf un livre impartial. C'est le récit, à la première personne du singulier, d'un homme qui était à la veille du 2 décembre 1851 un écrivain illustre, académicien, pair de France sous Louis-Philippe, député à l'Assemblée législative, et qui soudain devient un proscrit. Errant d'appartements d'amis en arrière-salles de marchands de vin, Hugo tente d'organiser la résistance au coup d'État, de soulever le faubourg Saint-Antoine, avec Schoelcher, avec de Flotte, avec Baudin qui s'y fera tuer ("
J'aperçus, à cent pas devant nous, au point de jonction de la rue de Cotte et de la rue Sainte- Marguerite, une barricade très basse que les soldats défaisaient.
On emportait un cadavre. C'était Baudin. Il croise les futurs notables du Second Empire ("Tiens ! me dit M. Mérimée, je vous cherchais. Je lui répondis : j'espère que vous ne me trouverez pas. Il me tendit la main, je lui tournai le dos.") Il visite les barricades dressées au centre du vieux Paris, "Une à la pointe Saint-Eustache. Une à la Halle aux huîtres. Une rue Mauconseil. Une rue Tiquetonne... Une plus avant dans la rue Greneta barrant la rue Bourg-l'Abbé (au centre une voiture de farine renversée ; bonne barricade)..." Dans la soirée, "je rentrai dans mon asile. J'étais las, j'avais faim, j'eus recours au chocolat de Charamaule et à un peu de pain qui nie restait ; je me laissai tomber dans un fauteuil, je mangeai et je dormis."
Un récit heure par heure d'événements oubliés, un document exceptionnel contre la réhabilitation rampante de Louis Bonaparte.
Préface de Jean-Marc Hovasse.
Notes et notice de Guy Rosa.
Figure tutélaire et conscience éclairée de son temps, Victor Hugo fut de toutes les luttes. La première d'entre elles ? La liberté de la presse.Dès 1819, il fonde Le Conservateur littéraire, qu'il rédige avec ses frères et plusieurs jeunes écrivains romantiques. Il y critique les dernières parutions ou y éreinte de mauvais dramaturges. Sa plume est allègre et audacieuse : il va jusqu'à encourager un Lamartine de douze ans son aîné ! Ses convictions, il les exprima d'abord dans la presse. Devenu républicain, il stimulera sans relâche la création de nouvelles feuilles et soutiendra les journalistes opprimés.La présente anthologie entend mettre à l'honneur l'oeuvre de Hugo journaliste. Celle-ci est marquée par d'importants combats - pour la justice, contre la peine de mort... -, et par d'autres qui montrent parfois un grand homme soucieux de l'image qu'il destine à la postérité. Si Hugo prit quelquefois ses distances avec le journalisme, qu'il estime trop rivé aux faits, il comprit très vite l'importance du phénomène journalistique, qu'il a vu naître et s'amplifier. Pour lui, la mission de la presse n'est rien de moins qu'une mission civilisatrice. Contre l'anecdotique, il veut restaurer la primauté de l'Idée. Une leçon de journalisme.
Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l'air de n'être pas tout à fait réveillé. Il a publié, nous l'avons rappelé déjà, un traité assez estimé sur l'artillerie, et connaît à fond la manoeuvre du canon. Il monte bien à cheval. Sa parole traîne avec un léger accent allemand. Ce qu'il y a d'histrion en lui a paru au tournoi d'Eglington. Il a la moustache épaisse et couvrant le sourire comme le duc d'Albe, et l'oeil éteint comme Charles IX.
Si on le juge en dehors de ce qu'il appelle «ses actes nécessaires» ou «ses grands actes», c'est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. Les personnes invitées chez lui, l'été, à Saint-Cloud, reçoivent, en même temps que l'invitation, l'ordre d'apporter une toilette du matin et une toilette du soir. Il aime la gloriole, le pompon, l'aigrette, la broderie, les paillettes et les passequilles, les grands mots, les grands titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. En sa qualité de parent de la bataille d'Austerlitz, il s'habille en général.
Victor Hugo