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ECTRIMS 2017
ECTRIMS 2017
Première étude contrôlée sur le traitement des enfants atteints de SEP
En ce qui concerne les nouvelles études sur le traitement de la SEP, il convient de mentionner tout d’abord la première étude contrôlée sur le traitement des enfants atteints de SEP. Pendant de nombreuses années, la SEP infantile n’a pas été suffisamment étudiée, que ce soit par la recherche fondamentale ou en ce qui concerne le traitement. D’une part, cela est dû au fait que la SEP est heureusement rare pendant l’enfance et, d’autre part, à une mauvaise compréhension de l’éthique qui empêchait de mener des études sur des enfants. L’étude PARADIGMS a analysé l’efficacité de Gilenya en cas de SEP infantile. Au cours d’une étude en double aveugle, il a pu être démontré que Gilenya est nettement plus efficace qu’un traitement par interféron en ce qui concerne l’activité des poussées et l’aggravation du handicap. Les effets secondaires étaient comparables à ceux observés chez les patients adultes.
Etudes de phase III sur l’ozanimod
Chez les adultes aussi on constate de nouveaux développements au niveau des traitements. Deux études de phase III de grande envergure ont pu démontrer l’efficacité de l’ozanimod, un nouveau modulateur des récepteurs de la sphingosine, sur la SEP récurrente/rémittente. L’ozanimod est classé dans le même groupe de principes actifs que Gilenya®, cependant il présente une meilleure spécificité pour certains récepteurs de la sphingosine. L’espoir était de réduire les effets secondaires connus sur le cœur. L’ozanimod a été comparé à l’interféron dans les deux études. Par rapport au traitement par interféron, elles ont toutes deux montré une baisse des poussées et de l’activité IRM lors du traitement par ozanimod. L’aggravation du handicap n’a pas présenté de différences significatives entre les traitements par ozanimod et interféron. En ce qui concerne les effets secondaires sur le cœur, il a été possible de mettre en évidence une bonne tolérance dans les deux études.
Ibudilast – étude SPRINT sur la SEP
Par ailleurs, les résultats d’une étude de phase II consacrée à l’efficacité d’ibudilast sur l’atrophie cérébrale menée sur 244 patients atteints d’une SEP primaire progressive ou secondaire progressive ont été présentés (étude SPRINT sur la SEP). Sur une période de deux ans, cette étude contrôlée par placebo a pu montrer qu’ibudilast peut limiter l’atrophie cérébrale et les IRM ont fourni des indices signalant que la remyélinisation pouvait être favorisée. Toutefois, ces effets étaient très minimes et les données de l’étude n’ont pas encore été entièrement évaluées.
Traitements par déplétion en lymphocytes B
Le congrès a également mis l’accent sur l’examen de l’effet des traitements par déplétion en lymphocytes B. Par exemple, l’ocrélizumab (Ocrevus), un médicament qui vient d’être autorisé en Suisse, reconnaît et élimine les lymphocytes B dont la tâche est d’activer les lymphocytes T et de produire des anticorps. Plusieurs petites études ont été présentées lors de l’ECTRIMS de cette année. Elles montrent que l’ocrélizumab, ou le rituximab qui lui ressemble beaucoup, peuvent, outre les lymphocytes B, éliminer directement les lymphocytes T exprimant le CD20. Sur les modèles animaux, il a pu être montré que ces cellules peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement des foyers inflammatoires. L’action d’ocrélizumab est donc éventuellement aussi basée sur un effet direct sur les cellules T.
La SEP et les facteurs environnementaux
Une série de conférences en épidémiologie a abordé le rapport entre la SEP et les facteurs environnementaux, par exemple le virus Epstein-Barr (EBV), le microbiome (flore bactérienne de l’intestin) et la latitude. L’EBV est à l’origine de la mononucléose infectieuse au cours de laquelle les lymphocytes B sont infectés par le virus. Selon les calculs des chercheurs de l’Institut Karolinska de Stockholm, cette infection aiguë à EBV serait le principal facteur de risque pour le développement d’une SEP. Le rôle du microbiome a également fait l’objet de nombreuses discussions, en particulier en ce qui concerne les souches bactériennes qui colonisent l’intestin. Les scientifiques pensent qu’elles jouent un rôle important dans le développement et éventuellement aussi dans la prévention de phénomènes immunitaires. Au Japon, la fréquence de certaines maladies auto-immunitaires (SEP, maladies inflammatoires de l’intestin) a augmenté en même temps que la propagation des habitudes alimentaires occidentales et les chercheurs locaux les mettent en relation avec des changements dans le microbiome. La latitude est un autre facteur de risque: plus on vit loin de l’équateur, plus le risque de SEP est grand. Cela a pu de nouveau être clairement démontré par un groupe australien dans une étude observationnelle de grande envergure.
La relation entre l’intestin et le système immunitaire a aussi été abordée dans une étude allemande. Auparavant, le groupe de travail de Bochum avait montré dans un modèle animal que le traitement par du propionate, un acide gras à chaîne courte, pouvait entraîner une atténuation de l’évolution de la maladie. Le propionate entraîne une augmentation du nombre de cellules immunitaires régulatrices dans la muqueuse de l’intestin. A l’inverse, les acides gras à longue chaîne entraînent une aggravation de l’évolution de la maladie en raison d’une augmentation du nombre de lymphocytes qui stimulent l’inflammation. Une étude clinique a été réalisée sur la base de ces résultats en laissant ingérer 1 g de propionate par jour à des sujets témoins sains ainsi qu’à une centaine de patients atteints de SEP. Le groupe de travail a constaté une augmentation significative des cellules immunitaires périphériques régulatrices sur les patients atteints de SEP et les sujets sains au bout de 14 jours d’ingestion de propionate. En revanche, le nombre des cellules immunitaires qui font progresser la maladie a pu être réduit chez les patients atteints de SEP pendant la période d’ingestion. Une analyse plus poussée de la flore intestinale a également révélé une différence dans la composition bactérienne et la diversité des espèces entre les formes d’évolution par poussées et les formes progressives. Au niveau de certaines bactéries, il a pu être montré que les bactéries synthétisant des acides gras à chaîne courte étaient moins nombreuses chez les patients atteints de SEP. Un lien éventuel entre la flore intestinale et la SEP a donc été mis en évidence.
Nouveaux critères de diagnostic
Pour terminer, de nouveaux critères ont également été présentés pour le diagnostic de la SEP. Les critères de diagnostic continuent de reposer sur une dissémination dans l’espace et le temps: cela signifie qu’il faut que des régions différentes du système nerveux central soient concernées (dissémination spatiale) et il faut avoir détecté une activité de la maladie à différents moments (dissémination temporelle). Pour les disséminations spatiale et temporelle, il était jusqu’à présent possible de prendre en compte des paramètres cliniques ou provenant de l’IRM. Les nouveaux critères prennent également en compte les foyers de la SEP dans le cortex cérébral et la dissémination temporelle peut aussi être démontrée sur la base du liquide céphalorachidien. Après une première poussée, si un patient que l’on pense être atteint de SEP présente une lésion à l’IRM à au moins deux localisations typiques pour la maladie et si les bandes oligoclonales sont positives dans le liquide céphalorachidien, il est possible de poser le diagnostic de la SEP selon les nouveaux critères. Grâce à ces nouveaux critères diagnostiques de la SEP appelés critères de Mc Donald 2017, certains patients qui étaient auparavant considérés comme présentant un syndrome clinique isolé (SCI) remplissent désormais les critères diagnostiques de la SEP et ont ainsi accès à une gamme plus étendue de traitements influant sur la maladie. Ces nouveaux critères reposent sur l’évaluation de nombreuses études observationnelles qui ont examiné l’évolution et le développement ultérieur de patients atteints d’un syndrome clinique isolé.
Ce ne sont là que quelques-uns des faits saillants du congrès ECTRIMS de cette année, mais ils donnent un aperçu de l’éventail des résultats présentés. De la recherche fondamentale à la recherche pharmaceutique, beaucoup de nouvelles découvertes ont été abordées et les anciennes ont été replacées dans un nouveau contexte. Dans l’ensemble, nous avons l’impression que la recherche sur la SEP continue de progresser, peut-être parfois plus lentement que nous ne le souhaiterions, mais au moins de manière constante.
Tobias Derfuss, Bernhard Decard, Martin Diebold, Johannes Lorscheider, Matthias Mehling, Özgür Yaldizli | Clinique et polyclinique neurologique, hôpital universitaire de Bâle
Vous trouvez des informations supplémentaires concernant les présentations de recherche dans la bibliothèque en ligne de l’ECTRIMS.