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Les lègendes et histoires des diamants célèbres
La production en diamants de joaillerie est environ 500 fois plus importante aujourd’hui qu’il y a deux cents ans. Les grands diamants cèlèbres furent objets de convoitises princières, enjeux de batailles et gages pour financer des armées. Passons quelques diamants célèbres en revu ensemble.
La Briolette des Indes
L’un des diamants célèbres les plus anciens serait pour la légende la BRIOLETTE DES INDES (90,38 carats).
Éléonore d’Aquitaine, qui accompagnait son mari le roi de France Louis VII lors de la deuxième croisade (1147-1149), l’aurait acquise en Asie Mineure, puis donnée à son fils Richard Coeur de Lion. Ce dernier aurait porté ce diamant lors de la troisième croisade et l’aurait cédé comme rançon à l’empereur Henri VI le Cruel (1194).
La Briolette des Indes aurait ensuite été portée par Diane de Poitiers, favorite d’Henri II, roi de France de 1547 à 1559, avant de disparaître jusqu’en 1956, année où un maharadjah la vend à New York.
En réalité, l’actuelle Briolette des Indes fut ainsi taillée par Atanik Eknayan en 1908-1908, à Paris, afin d’utiliser au mieux la forme du diamant burt originel, et fut vendue par Cartier en 1910 à George Blumenthal, dont la veuve la céda en 1946 à Harry Winston. Ce dernier vendit la Briolette en 1947 à un maharadjah indien, qui la lui retourna en 1956.
Vendue alors à la canadienne Mrs Killam qui la conserva jusqu’à sa mort en 1967, elle est depuis 1971 la propriété d’une famille de la noblesse européenne.
Le Kuh-i-Nur
L’un des diamants les plus célèbres est le KUH-I-NUR (montagne de lumière), de taille ovale (31x36mm environ), pesant 106 carats, présenté actuellement à la Tour de Londres, parmi les joyaux de la couronne.
Objet de légendes indiennes, le diamant magnifique, réputé donner à son propriétaire la possession du monde, apparaît en 1304 dans les joyaux de rajah de Malva.
Il devint en 1526, après la bataille de Panipat, propriété du prince timuride Babur, fondateur de l’Empire moghol des Indes. C’est alors une gemme taillée en rose, pesant 186 carats, qui ne saurait être portée sans danger que par une femme.
Nader Chah, le dernier des grands conquérants Asiatiques, fut bien dépité en 1739 lorsqu’il constata son absence dans le butin pris à Delhi. Apprenant que le Grand Moghol vaincu le portait caché dans son turban, Nader Chah lui proposa de sceller le calme revenu par le traditionnel échange de coiffures.
Impassible, le Moghol s’exécuta. Nader Chah, inquiet quant à l’exactitude de ses renseignements, se retira sous sa tente pour dérouler le turban. Émerveillé lorsqu’enfin apparut le diamant magnifique, il s’écria : “Oh, kuh-i-nur !” (“Oh, montagne de lumière”), nom qui, depuis, est resté à la pierre.
Nader Chah fut assassiné en 1747 par ses compagnons. Ses successeurs subirent souvent tortures et empoisonnements plutôt que de livrer le fameux diamant, finalement caché en 1793 dans les murs de torchis d’une prison.
Le cruel Shuja el-Mok le découvrit, mais bientôt détroné, il s’exila à Lahore, auprès de Ranjit Singh, le lion du Pendjab, qui exigea la gemme comme prix de son hospitalité.
En 1849, l’Angleterre s’empara du Pendjab et saisit le trésor de Lahore. Le Kuh-i-Nur, offert à la reine Victoria, fut exposé au Crystal Palace, à Londres, en 1851, où il déçut les visiteurs, sa taille en rose ne favorisant pas son jeu. La reine Victoria le fit retailler par le tailleur hollandais Voorsanger qui, en trente-huit jours, lui donna sa forme actuelle, le réduisant à 108,93 carats. Afin de respecter la tradition, seules les reines d’Angleterre ont depuis porté le Kuh-i-Nur. Il a été repesé en février 1986. Depuis, sa masse officielle est 106 carats.
Le Sancy
L’un des diamants célèbres les plus chargés d’histoire est le SANCY, de 55,23 carats, taillé en une poire de 25,7mm x 20,6mm x 14,3mm. La légende en fait l’un des diamants perdus par Charles le Téméraire devant Granson ou Morat en 1476.
Possesseur du plus gros diamant alors parvenu en Europe, sans doute via Constantinople et Venise, Nicolas Harlay de Sancy, fidèle royaliste, engagea ce diamant à Anvers en juin 1586 en faveur du marquis d’O, favori d’Henri II, le dégagea en 1594 et tenta en vain de le vendre à Constantinople, avec une lettre de recommandation de Henri IV, puis au duc de Mantoue, et le céda à Jacques Ier d’Angleterre en 1604 pour 60 000 écus.
Charles Ier hérita du Sancy, que porta son épouse, Henriette de France, fille d’Henri IV. Celle-ci gagea à nouveau le diamant auprès du duc d’Épernon pour financer la lutte contre le Parlement anglais. Mais Charles Ier fut décapité en 1649 et, en 1657, Henriette de France dut se résigner à vendre ses joyaux.
Le cardinal Mazarin lui acheta ainsi, par l’intermédiaire du duc d’Épernon, le Sancy et le Miroir du Portugal, qu’il légua à la Couronne de France en 1661. Porté en agrafe de chapeau par Louis XIV, le Sancy fut ensuite serti au sommet de la couronne du sacre de Louis XV en 1722.
Dérobé les 11 ou 13 septembre 1792 lors du vol du Garde-meuble national, retrouvé le 21 mars 1794 chez un repris de justice, il fut peu après à nouveau engagé à Madrid pour financer la campagne de 1796 en Vendée, mais le Consulat ne put ensuite le dégager. Le Sancy passe alors entre les mains de propriétaires espagnol, russe, indien puis anglais avant de regagner enfin, discrètement, en 1978, la galerie d’Apollon, au Louvre.
Le Chah
L’un des diamants les plus gravés est le CHAH, prisme carré de 88,70 carats. Trois des faces du prisme portent le nom de ses propriétaires : Bourkhan Nizam Chah II, 1000(soit 1580), le fils de Djahanguir, Chahdjahan, 1051 (soit 1631), gravés sur l’ordre de Chah Djahan, et Qadjar Fath Ali Chah. Chah Djahan était souverain mongol de Delhi, Nader Chah ravit le diamant à ses successeurs lors du pillage de Delhi en 1739, mais n’osa pas y faire graver son nom.
Après son assassinat en 1747, la Perse connut une période troublée. Le nouveau souverain Agha Mohammad fut assassiné en 1797. Son neveu Fath Ali Chah vainquit l’usurpateur Sadek Khan et lui promit de ne pas verser une goutte de son sang s’il lui rendait le diamant (il tint parole, car il l’enterra vivant et fit graver le diamant à son nom).
En 1828, l’ambassadeur de Russie en Perse fut assassiné au cours d’un émeute, et le CHAH fut offert au tsar Nicolas Ier en dédommagement comme prix du sang. Il se trouve maintenant au Fonds diamantaire de Russie au Kremlin.
Le Pigot
Le seul diamant qui aurait été volontairement détruit serait le PIGOT ou ‘diamat brisé’, taille ovale mesurant 32 x 19mm et pesant 187,45 grains, maintenant disparu.
Donné en 1763 par un prince indien à George Pigot, gourverneur anglais de Madras, le Pigot fut vendu à sa mort, en 1777, puis, après quelques pérégrinations, aurait été acquis en 1818 pour 30 000 livres sterling par Ali pacha de Ioannina (Épire). Ali, surnommé le lion de Ionnina, tentait en fait d’échapperà l’autorité du sultan de Constantinople.
Aussi les troupes turques assiégèrent-elles en 1820. Après deux ans de siège, Ali, mortellement blessé, le 5 février 1822, ordonna à son aide de camps le capitaine d’Angas de détruire ses deux trésors les plus précieux : Son épouse Vassilika et son grand diamant en le broyant.
Il aurait vécu encore assez pour voir briser son diamant devant lui, mais expira avant que son épouse ne soit tuée, ce qui la sauva. Le diamant fut il réellement détruit ? Toujours est-il que d’Angas et Vassilika n’eurent ensuite aucun problème financier.