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Karl-Markus Gauss
Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 1997, pour
Das Europäische Alphabet, Wien, Paul Zsolnay, 1997
Né en 1954 à Salzburg, Karl-Markus Gauss a fait des études d'histoire et de langue et culture allemandes. Marié et père de deux enfants, il vit dans sa ville natale où il travaille comme écrivain indépendant, rédigeant livres et articles, ces derniers trouvant souvent publication en Suisse, dans la Nouvelle Gazette de Zurich, en Allemagne, dans la Frankfurter Allgemeine ou Die Zeit, en Autriche, dans Die Presse, quotidien viennois. Par ailleurs, il édite la revue Literatur und Kritik, activité qu'il conjugue avec la publication d'ouvrages significatifs des littératures minoritaires d'Europe centrale, par exemple des textes d'exilés judéo-autrichiens tels qu’Ernst Waldinger, Hugo Sonnenschein ou Théo Waldinger. Le thème de la marginalité, de sa mise en valeur par rapport aux idées dominantes mais aussi de l'éclairage qu'elle apporte à ces idées dominantes, est important dans la réflexion de Gauss qui constamment s'interroge sur la coupure de l'Europe entre ceux qui ont et ceux qui pensent ne rien avoir sinon l'ambition de ressembler aux modèles usuels des tenants du savoir.
Son œuvre se compose, outre de nombreux articles, de plusieurs essais cherchant à donner forme et couleur aux impuissants de la connaissance, par exemple L'encre arrière (Tinte ist bitter. Literarische Porträts aus Barbaropa) paru en 1988, ou Le despote bienveillant (Der wohlwollende Despot. Über die Staatsschattengewächse) publié en 1989, ou L'anéantissement de l'Europe centrale (Die Vernichtung Mitteleuropas) sorti de presse en 1991, ou Le chevalier, le diable et la mort (Ritter, Tod und Teufel), paru en 1994. Dans un genre différent, en 1995, il présente un ouvrage sur le Danube (Die Donau) illustré de photographies d'Inge Morath.
L’ouvrage: Das Europäische Alphabet (L'alphabet européen)
De A jusqu'à Z, en 31 entrées faisant appel au vocabulaire dominant, celui de Bruxelles habituellement, comme aux expressions venant de cultures marginalisées – albanaise ou ukrainienne par exemple – Karl-Markus Gauss tisse une vision iconoclaste de l'Europe contemporaine où il fait ressortir les conforts d'un implicite européen que cachent les appels à l'intégration, un implicite qui se limite aux seules valeurs monétaires. Ce confort médiocre n'est même pas partagé par tous, bon nombre des citoyens de ce continent ne reconnaissant pas leur histoire et leur développement dans le carcan unitaire de l'Union, nouvelle mouture d'un nationalisme arraché aux États pour être donné en pâture à la soif de pouvoir des décideurs supranationaux ou aux égoïsmes régionaux du repli identitaire. L'auteur sait décortiquer les apparences du réel pour en tirer les leçons du non-dit, de l'éclairage inattendu, souvent à partir d'une réflexion étymologique originale. Où sont les masques, où est la réalité – celle de l'Européen, habitant d'un continent écartelé entre son besoin de convivialité et l'envahissement des froides technologies de la communication par ordinateur, entre querelles de clochers et ouverture sans frein à la nouveauté, entre diabolisation et digitalisation? Y a-t-il encore un humanisme possible? Bref, peut-on être différent dans l'impuissance, construire une Europe de la re-connaissance, celle de l'Autre, de sa richesse et de son autonomie au-delà des exigences marchandes et commerciales d'une Union européenne prédatrice de l'identité d'un continent qui la dépasse largement?
Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :
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