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Depuis les années 30, des marques mythiques de crèmes glacées ont ravi les papilles des Vaudois et des Vaudoises, été comme hiver.
Les glaces lausannoises Pôle Nord sont les premières à marquer toute une population vaudoise. Pôle Nord naît en 1932. Une affiche publicitaire avec un phoque sur une banquise la représente. Une glace qui accompagne les voyageurs depuis les quais de la gare de Lausanne en 1938. Un vendeur tirait un charriot-glacière. Une crème glacée qui était aussi livrée au Théâtre du Jorat, servie dans des gobelets vendus 50 centimes pièce, à l’entracte. On est dans les années 50. Trois goûts : vanille, pistache et moka. La livraison se fait par le train Lausanne-Moudon dans des caisses de neige carbonique.
Pôle Nord est une marque de glaces née à Lausanne au début des années 30 (droits réservés)
Les glaces de la marque Siberia sont produites par les Laiteries réunies de Genève. Siberia prélève du lait de certains fermiers du district de Nyon. La marque est aussi un repère. La télévision romande saisit le ballet mécanique des chaînes de production de ces sucettes, avec le « planté de bâton » dans la glace. On est en 1969 et c'est un document issu des archives de la RTS, l’émission a pour nom Madame TV.
A Lausanne, dans les années 50, on pouvait entendre cette promesse aux bambins « tu auras une glace « Sensas » si t’es sage ». Sensas est une glace artisanale, plus d'une vingtaine de parfums existent. Il y avait aussi l’alternative industrielle avec les glaces Lusso. Sensas et Lusso sont faites les unes comme les autres dans le quartier de Montelly comme nous l'explique l'amateur d’Histoire locale Roger Monnard dans ce document.
A la fin des années nonante, en quête de goût, les Lausannois apprécient les sorties au bord du lac, un cornet-bricelet à la main avec les boules de glaces Veneta, qui en 2002 reprennent le savoir-faire des glaces Sensas. Veneta est une marque développée par un descendant d’un immigré toscan de Viareggio nommé Paolo Gervasi. Son aïeul donnera ce nom de Veneta à ses glaces en hommage à un Juif vénitien, mort dans les camps nazis, qui avait élaboré ces fameuses recettes. Notons qu'il y avait d’autres glaces réputées, celles de Luigi Pedrazzi vendues sous la marque « Gelateria artisanale 1900 », produites d’abord dans le quartier de la Borde à Lausanne dans les années huitante puis aujourd’hui exploitées boulevard Grancy sous la marque Loom 1900.
S'il faut nommer un artisan majeur du marché, c’est Mövenpick. Dès 1969 la production des glaces Mövenpick s’installe à Bursins sur La Côte. Cette glace aux produits naturels, et à l’onctuosité remarquable, va devenir une glace industrielle haut de gamme et une belle carte de visite pour notre pays. Nestlé possède en partie Mövenpick ainsi que Frisco, le concurrent direct de la Lausannoise Lusso, née en 46, dont le nom a un orné quelques saisons les maillots du Lausanne Sport. Lusso est aujourd'hui une marque un peu hors-sol. En effet, c’est le groupe néerlandais Unilever qui en est le propriétaire.
Merci à Roger Monnard, Jean-Frédéric Mayor et les archives de la Ville de Lausanne, sans oublier les Archives Nestlé et le Dictionnaire historique de Lausanne pour leurs informations précieuses et leurs documents.
Les premiers "gratte-ciel" romands
Le premier gratte-ciel de l'histoire vaudois a été inauguré au tout début des années 30, il s'agit de la Tour Bel-Air. Une tour née dans la douleur.
L’Amérique est entrée dans une frénésie de l’élévation de ses immeubles, malgré le Krach de 1929 à New York. Elle inspire des entrepreneurs vaudois. Le promoteur Albert Cottier est un d'entre eux. Il pense à une tour située à Bel Air à Lausanne. Il s'agit d'ériger le tout premier « gratte ciel » de l’histoire de notre région. Cottier veut la vendre à une famille zurichoise proche du régime nazi. Ce n’est pas une idée qui plaît en terre vaudoise. Alphonse Laverrière, l’architecte à qui l’on doit le dessin de la Gare de Lausanne, fait un remarquable travail de conception de cette tour à la structure métallique. Mais il y des limites à vouloir ressembler à New York, on est en 1930 et la hauteur fait un peu peur.
Les dimensions de la Tour Bel Air sont pourtant très modestes en comparaison avec les tours de Chicago et New York. En 2021, la Freedom Tower à New York fait 541 mètres, la Willis Tower à Chicago, 442 mètres. Quant au Rockefeller, avec le Radio city hall à sa base, c'est 280 mètres. Enfin l’Empire State Building culmine à 381 mètres. La Tour Bel Air ne fait que 68 mètres, soit une taille cinq fois et demi plus petite que l’Empire State Building. Qu'on se le dise, Lausanne ne joue pas dans la même ligue que New York ou Chicago.
Quelques huiles lausannoises protestantes attachées au respect de la grandeur de la Cathédrale sont aussi opposées à la tour Bel Air. Pour ces personnalités, l’ensemble Bel Air-Métropole ferait tâche dans le paysage. Pourtant, selon d’où on regarde, la Tour fait face à une Cathédrale pourtant perchée sur une colline de la Cité plus haute, avec une tour-lanterne de 80 mètres. Qu’une tour mercantiliste vienne faire concurrence à ce monument spirituel et on crie au sacrilège.
D’autres tours verront le jour après la deuxième guerre mondiale. Mais il y aura aussi des projets avortés comme celui d’une tour en forme de poivrier de 600 mètres, signée Jean Tschumi. Elle est conçue pour devenir une des attractions de l’Expo 64 à Beaulieu. L’esthétique de cette tour-poivrier, symbole de la force de la Suisse, est sans doute trop ambitieuse. Sa taille aussi, 600 mètres, de quoi humilier les Français et leur Tour Eiffel, totem européen culminant à 324 mètres. En revanche, il est une tour qui va voir le jour sans trop poser de problèmes, à la même époque, dans le centre-ville de Lausanne. Elle est dessinée par Jean-Marc Lamunière, sur le modèle du travail épuré de Ludwig Mies von der Rohe aux Etats-Unis. C'est la Tour Edipresse. Dans les années 50, l’édition est synonyme de puissance.
La Tour Edipresse devenue Tour Tamedia (David Glaser)
Pour en savoir plus sur l'histoire des tours en Romandie, cliquez sur ce lien.
Infusion d'italianité à Lausanne
L’exposition "Losanna, Svizzera, 150 ans d’immigration italienne" est visible au Musée d’Histoire de Lausanne jusqu’au 9 janvier 2022. Cette infusion culturelle de l'italianité a eu un impact positif sur toute la Romandie.
A mi-chemin de cette exposition très intéressante, les objets historiques représentant la culture italienne, du chapeau de Fellini à l’affiche du dessin animé "La Linea", du maillot des Azzuri vainqueurs du mondial 82 à la Vespa de la marque Piaggio, interpellent le visiteur. Et tout à coup, au-dessus de votre tête retentissent les premières notes de « Ma Quale Idea », un tube d’italo-disco tout droit sorti d’un haut-parleur qui ressemble à une douche.
Après le détour footballistico-musical obligatoire, la déambulation permet de se replonger dans une réalité économique suisse de la fin du XIXe. Le manque de main d'oeuvre qualifiée pousse les huiles lausannoises à regarder de l'autre côté du Grand Saint-Bernard pour recruter. Cette immigration économique choisie qui débute dès les années 1870 va être affectée aux chantiers des grands ponts, viaducs et autres tunnels à Lausanne et ailleurs dans la région. En Suisse, à cette époque, le travail des Italiens est possible grâce à un traité signé entre les deux pays. Les habitants de la Botte peuvent aussi venir s’établir ici, et ce n’est pas limité à une saison. Il faut croire qu’un certain Benito Mussolini en a profité. Car en 1902, il débarque légalement à Lausanne pour chercher du travail.
Dans une vitrine du musée, un document de l’Université de Lausanne frappe. Il s'agit de la copie du diplôme décerné à ce-même Benito Mussolini en 1937. Un doctorat honoris causa. L'équipe dirigeante de l’Université lausannoise n’avait pas formalisé ce projet en 1936 mais c’est un des responsables de la section sciences politiques et sociales, un sympathisant fasciste nommé Pasquale Boninsegni, qui aurait dit au Duce : « vous aurez ce doctorat ». Dans le contexte diplomatique de l'époque, ces paroles rapportées au Duce ont eu pour effet de valider cette distinction, il fut alors très difficile pour l'Université de Lausanne de faire machine arrière.
Benito Mussolini, devenu le Duce dans les années 30, s’était formé à la politique dans le canton de Vaud. Il a créé des connexions puis a contribué à bien traiter les italiens émigrés à Lausanne ensuite, en attribuant, par exemple, des subsides à l’asilo-orfanotrofio, un établissement lausannois pour orphelins. Dans les années 30, il peut enfin s’appuyer sur ses mêmes connexions helvétiques afin de relayer ses idées fascistes hors des frontières italiennes.
Au delà des considérations politico-syndicales de Benito Mussolini, il faut bien noter que la présence d'une population italienne dans notre région était justifiée par le besoin grandissant d'une main d'oeuvre expérimentée et nombreuse. Autre temps fort de l'exposition, c'est ce chapitre consacré à Tripoli ou le "village des cantines" comme on le surnommait à Vallorbe. Entre 1910 et 1915, ces ouvriers logés à Tripoli ont construit une nouvelle gare internationale à Vallorbe.
Ils étaient plus d'un millier (essentiellement italiens) pour percer le tunnel du Mont d'Or reliant la Suisse à la France sur la ligne Vallorbe-Dijon. C'était un petit village fait de baraquements avec tellement de débits de boisson que l'on imaginait bien qu'il s'y tramait une activité extraordinaire de jour comme de nuit. Un village mal perçu par les autochtones, selon Sylvie Costa Paillet, la co-commissaire de l'exposition "Losanna, Svizzera, 150 ans d'immigration italienne à Lausanne" au Musée d'histoire de Lausanne. La conservatrice explique que cette nouvelle localité avait aussi été baptisée "le village nègre".
Après-guerre, Lausanne n'est pas la seule ville romande à accueillir en masse les ouvriers italiens. Genève compte aussi un contingent d'Italiens venus travailler en tant que saisonniers. Dans les années 1960, les ouvriers italiens remplacent progressivement les ouvriers valaisans aux fours d'électrolyse de l'Usine de Chippis, là où les conditions de travail étaient extrêmement rudes.
Pour tous renseignements sur cette exposition, veuillez cliquer sur ce lien.
1944: Le Général Guisan au Sauvetage de Villette
Le mai 1944, un mois avant le débarquement des forces alliées dans le nord de la France, à Villette, sur les rives du lac Léman, le général Guisan est invité à tester une embarcation beaucoup plus modeste.
Il s'agit d'un des canots tout neufs de Sauvetage. Les huit rameurs n'ont rien de soldats en mission de libération d'un pays envahi, ce sont des civils.
La raison de la présence de Henri Guisan est simple, le nom donné à ce canot est celui du Général. "Un geste que la population de Villette n’oubliera pas", commente la Gazette de Lausanne. L'historien Jean Steinauer a écrit dans l'Inédit, le magazine de notreHistoire.ch que le programme de la journée comportait "un culte matinal au temple, des courses de canots opposant les sections régionales du Sauvetage...", mais aussi la musique de la fanfare de Grandvaux et le chœur mixte de Villette-Aran et un discours bien sûr dans une cantine bondée.
La figure paternelle de Guisan rassure les Suisses
La Feuille d’Avis de Lausanne explique dans son compte-rendu de l'événement que les syndics du coin, de deux conseillers nationaux venus en voisins (Paul Chaudet de Rivaz et Frédéric Fauquex de Riex) ainsi que "tout ce que le Léman compte comme fidèles habitués de ces fêtes". La popularité de Henri Guisan pendant la deuxième guerre mondiale n'a fait que monter à la suite de son élection par les Chambres fédérales en août 1939. Jean Steinauer décrit le phénomène en ces mots "la figure paternelle de Guisan rassure les Suisses, et son rayonnement assure l’armée que tout le peuple est derrière elle, même lorsqu’elle se retire dans le Réduit alpin".
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