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L'alpinisme et notre vision du monde
ESSAI SUR L' ALPINISME MODERNE PAR KARL GREITBAUER, VIENNE
On se rend compte depuis un certain temps que, dans son aspect spirituel - c'est-à-dire esthétique, métaphysique, et surtout éthique - l' alpinisme moderne pose des problèmes importants. Les uns trouvent cette situation heureuse parce qu' ils s' intéressent aux questions humaines profondes et obscures qui touchent à l' alpinisme. D' autres la trouvent malheureuse parce qu' ils répugnent à toute analyse qui risquerait d' effriter le tout formé par leurs expériences alpines. De toute façon les grimpeurs modernes, qu' ils le veuillent ou non, portent tous ensemble une responsabilité dont ils ne mesurent pas toujours l' importance: la responsabilité de développer l' idéal même de l' alpinisme, qui semble se transformer en un simple sport alpin. Cette transformation est continue et inaffectée par les efforts de ceux qui essaient de la ramener à une façon romantique de vivre ou à un autre état intérieur.
Cette tendance se développe de longue date. Favorisée par de longues polémiques sur la nature extérieure de l' alpinisme comme activité sportive elle est sortie d' une situation qui a surgi à nouveau dans les années trente. Le sujet a été nettement mis en lumière par Leo Maduschka dans son article « Ascensions et alpinisme ». Si nous extrayons de cet essai les phrases principales et les conclusions, voici l' image qui s' en dégage:
Dans les Alpes, nous autres les jeunes grimpeurs d' aujourd'hui faisons figure de successeurs d' Alex... Nos exploits sont au moins égaux à ceux de l' époque classique, mais leur originalité diminue rapidement d' année en année. Les grands problèmes sont résolus, même la plupart des broutilles sont accomplies... C' est aujourd'hui pratiquement la fin... Il n' y a plus guère de thèmes à composer, seulement des variations et des agrandissements dans les directions qui sont encore possibles...: Ces faits et beaucoup d' autres montrent que, en tant que phénomène particulier, en tant que problème, l' alpinisme touche à sa fin.
Voilà en termes lapidaires le diagnostic que Maduschka, avec l' acuité de son regard, pose sur l' état de fait de son temps. Le dernier paragraphe de ce petit traité lourd de sens suggère pourtant le seul chemin qui reste, la seule issue parmi les possibilités ouvertes dans cette nouvelle étape de l' alpinisme. Nous reconnaissons que Maduschka se résigne en fin de compte à ne montrer aucune issue. Pourtant, du moins dans son premier élan, on pourrait apercevoir une nouvelle base de l' alpinisme:
Nous ne sommes pas atteints de pessimisme, comme on pourrait le conclure de ce qui précède; non, nous distinguons beaucoup plus clairement et réellement comment sont les données aujourd'hui. Qu' elles soient ce qu' elles sont, voilà le sort dont nous devons nous accommoder. C' est pourquoi nous ne sommes pas passifs, et nous ne nous laissons pas ôter la joie et l' inspiration de l' action et de l' exploit, même si elles ne jaillissent pas d' une nouvelle source. Les montagnes restent aussi belles qu' auparavant, vivre parmi elles est aussi grandiose et merveilleux qu' autrefois. De plus, nous croyons que dans les Alpes il reste pour nous encore assez de possibilités qui - malgré tout et même si ce ne sont plus des problèmes comme ceux d' un Whymper - offrent toujours assez de place et d' occasions pour des exploits personnels.
Cette dernière phrase, qui forme la conclusion de l' essai de Maduschka, montre que le goût du risque est enraciné au plus profond de son être. A première vue il semble que la solution offerte par Maduschka au problème nouveau ne change rien, ou du moins pas grand-chose et seulement des détails, à l' alpinisme dans son ensemble et notre compréhension de l' alpinisme. Cette possibilité de nouveaux exploits semble pourtant esquisser l' espoir de surmonter la perte de tension qui menace l' alpinisme et que l' auteur diagnostique clairement. Théoriquement on ne peut pas soutenir une telle opinion. De nouvelles possibilités s' ouvrent? Il faut alors qu' elles amorcent une activité pratique d' une certaine importance. L' intérêt pour les montagnes se confond en partie avec l' incertitude de l' alpinisme Il est lié au goût du risque et des motifs compréhensibles, et ne se fabrique pas hors de monde. Il faut absolument changer la direction de l' alpinisme - sinon l' idéal même de l' alpinisme fera sauter les cadres qui lui ont été imposés et se transformera complètement.
Nous pouvons remarquer aujourd'hui que les deux termes de l' alternative se sont réalisés: une nouvelle jeunesse a été donnée à l' alpinisme tant par l' alpinisme hivernal que par l' intérêt pour les expéditions lointaines qui a permis aux grimpeurs de partir chaque été comme des essaims d' abeilles.
Et en même temps l' idéal alpin a évolué en direction du sport profane, il a perdu son pouvoir propre et il n' est certainement plus aujourd'hui ce qu' il était hier. Dans le texte de Maduschka, et jusque dans sa phrase finale qui fait contrepoids aux avertissements désabusés qui précèdent, l' auteur a sans le vouloir indiqué déjà cette dernière direction, celle du sport. La parole prophétique, décisive et involontaire de Maduschka est formulée ainsi:... assez de place et d' occasions pour des exploits personnels.
Cette notion d' exploit personnel que Maduschka exprime involontairement est depuis lors devenue un élément qui risque d' abaisser finalement l' alpinisme au rang de sport. La tension et l' in de la montagne ont été prolongées par la découverte de l' alpinisme hivernal et par la course aux géants des Andes et de l' Himalaya. Mais ce n' est guère qu' une soupape de sûreté ou une relance: les ascensions hivernales ne font que répéter l' histoire alpine dans son ensemble. De son côté, avec l' activité qu' y déploient les explorateurs, les chercheurs et les grimpeurs, la course aux montagnes du monde est limitée dans le temps; du reste elle ne sort pas du sport alpin, qui n' atteint pas le fond du problème et passe à côté de ce qui reste de l' idéal montagnard. En effet la tension qui est à la base de l' alpinisme n' est plus guère aujourd'hui qu' un pâle reflet, une dernière braise avec laquelle l' esca essaie de retrouver une nouvelle chaleur et simule l' éclat de la jeunesse. Ce n' est qu' un reflet: ce sont justement les avocats de cette tension alpine qui souvent et de façon paradoxale donnent à l' escalade son orientation la plus sportive, en faisant de la montagne l' objet soigneusement choisi de leurs exploits par exemple, ou en s' entraînant dans les Alpes pour des objectifs plus grands.
Dans cette expression involontairement prophétique sur la place et l' occasion d' exploits personnels, Maduschka voyait donc l' exploit comme une possibilité offerte à l' alpinisme. On peut répéter à loisir que cette pensée s' est concrétisée et s' est incarnée chez le grimpeur sportif, qui ne se laissera pas tromper par tous les efforts des anciens en faveur de la tradition alpine. La question subsiste pourtant: l' évolution de l' alpinisme vers le sport pur est-elle vraiment le seul développement possible et le seul but à atteindre?
Une chose est certaine: on a fait plus de mal que de bien dans cette direction, même quand on cherchait à exprimer un idéal. Pendant des décades, et avec une inertie incompréhensible, les montagnards ont vu l' alpinisme comme devant être bien un sport mais pas seulement un sport, donc plus qu' un sport. Cette conception n' a fait que favoriser l' évolution vers le sport pur, et elle devait nécessairement y pousser même les éléments antérieurs de l' alpinisme. Par la suite bien des efforts ont été faits pour laisser entendre ce que l' alpinisme a de résonance intérieure. Mais ce ne sont que des voix isolées et perdues dans ce mouvement grandissant de l' idéal alpin en direction du simple sport. Malgré toute leur éloquence ces voix n' ont en fin de compte pas pu dire en quoi on peut distinguer cette intériorité de l' alpinisme. En effet il y avait déjà longtemps qu' étaient fermement établis ceux qui propagent le sport alpin et éprouvent des impressions qu' il n' est pas possible de distinguer qualitativement d' expériences intérieures. De même le slogan de la vie romantique et la fuite dans cette direction - une idée de Maduschka - n' a pas réussi à freiner l' évolution sportive. En effet on peut soutenir l' idée d' une forme de vie romantique pour tous les autres aspects de l' alpinisme sauf pour l' action elle-même, et d' autre part, même sans la conception romantique, le reste de l' alpinisme fait aussi contrepoids à l' escalade sportive extrême.
Quant à cette impression que l' alpinisme est bien un sport, mais en même temps plus qu' un sport, il faut remarquer qu' elle a seulement fixe pour toujours l' idée que c' est un sport, et encourage exclusivement le côté sportif de l' escalade, sans mettre en valeur l' autre face évoquée par le mystérieux plus qu' un sport. En voici la raison: ce plus que est vain, il n' est qu' un moyen de faire accepter le concept de sport, une expression dont la pensée est boiteuse et dont la logique amortie a permis de lier le sport à l' alpinisme. Ce plus que n' a donne qu' un simulacre de compréhension en offrant une idée creuse, dans laquelle il n' y a absolument rien de saisissable et derrière laquelle on n' a pas dit ce qu' il y a. Maduschka a déraillé de la bonne logique et usé d' une démagogie qui a permis de glisser en contrebande l' idée de sport dans tout l' alpinisme et de mettre une étiquette sur la montagne avec l' approbation de tout le monde.
Que cette vision fausse et cette idée creuse aient dû être exprimées par Maduschka, et qu' elles aient pénétré dans notre conception de la montagne, voilà bien une de ces ironies du sort comme on en trouve si souvent dans l' histoire. En effet c' était justement l' homme qui se dressait contre l' idée du sport pur en montagne. Il opposait indirectement au sport une forme de romantisme, qu' il n' éprou pas personnellement pour l' action alpine, mais qu' il ressentait de façon générale à cause de sa formation et de sa tournure d' esprit. Il transporta ce romantisme de la promenade montagnarde à l' escalade extrême pour exprimer ainsi son expérience intime même dans l' alpinisme poussé à ses limites.
Ce plus qu' un sport est donc une page vide, une lettre morte qui n' a pu prétendre être quelque chose -et quelque chose d' important - que par son pouvoir évocatif. Mais alors nous devons sérieusement nous demander si, en dehors du sport alpin, il y a encore quelque chose que la montagne puisse représenter demain quand sa valeur sera épuisée comme moyen d' affirmation personnelle parce que ses problèmes seront tous résolus.
Dans cette question voyons d' abord la prétendue disparition des problèmes. Les problèmes ne disparaissent pas si complètement qu' on peut le croire à première vue. A y regarder de près on trouve là une certaine relativité. L' originalité du problème disparaît, pas le problème lui-même. Après comme avant, chaque paroi est un problème pour chaque nouveau grimpeur. Le grimpeur sait seulement que le problème est soluble, mais il ne connaît pas la solution - ou du moins il ne la connaît qu' approximativement suivant la précision de la description de l' itinéraire. On peut reconnaître là que la tâche n' a pas grand-chose à voir avec l' originalité du problème. Là aussi Maduschka a complètement tort quand il affirme qu' en tant que problème une escalade ne signifie plus rien. Le problème qui est en soi toujours le même, est résolu chaque fois à nouveau et pas à pas par chaque grimpeur. La ligne précise du cheminement est composée toujours à nouveau sur la surface compacte de la paroi. C' est là que se placent le problème et sa solution en montagne. La paroi n' est plus un problème objectif pour tout le monde, mais il reste indiscutablement un problème en soi pour chaque individu. Toutes les parois gardent ainsi des problèmes, et ceux-ci dépassent encore aujourd'hui les questions techniques. A mon sens, en escalade extrême c' est ce fait qui peut donner non seulement l' expérience de la réussite à celui qui pour la première fois résout un problème, mais aussi au premier ou au second membre d' une cordée subséquente. C' est dans cette expérience subjective de la montagne que nous voyons la base même de toute escalade extrême. Nous avons déjà là un contrepoids soit à l' idée du sport pur, soit à l' expression sentimentale plus qu' un sport: la réussite constructive et l' accomplissement, la solution qui ouvre la paroi et la rend praticable à un individu particulier.
D' autre part, un fait à remarquer et qui s' oppose nettement à la conception sportive, c' est que pour les jeunes qui se tournent vers la montagne l' alpinisme n' a jamais le caractère d' une discipline sportive. Pour les jeunes grimpeurs, la montagne ne représente pas une réussite sportive, mais une réussite de la personnalité. C' est normal: comme le montre la psychologie il y a une tendance marquée à l' affirmation de la personnalité chez les jeunes gens dynamiques à cause de la situation même de l' adolescence. Si de tels jeunes gens se tournent donc vers la montagne c' est - à côté de conditions de milieu et de vie - en grande partie à cause du rayonnement de force et de personnalité qu' ils peuvent clairement voir chez l' alpiniste accompli. Ces facteurs n' ont rien à voir avec le sport, et par conséquent on ne peut pas, de façon générale, traiter l' alpinisme de sport puisque de telles questions de personnalité jouent un rôle prépondérant dans son évolution.
Mais il n' y a pas que les jeunes. Pour les alpinistes d' âge mûr il y a aussi des moments qui offrent des occasions importantes et forment à côté de l' expérience de la réussite, la grande expérience que nous pouvons appeler métaphysique: je veux dire cette expérience propre au grimpeur de se trouver à la frontière entre l' être et le néant, de vivre son existence sur cette frontière verticale entre l' être et un non-être possible. Cette situation de risque est un motif qui modèle fortement la personnalité et vient de l' intérieur. Le fair-play du sport n' en est pas du tout l' équivalent, car il n' est pas autant objectif, il reste superficiel et on peut se demander s' il modèle la personnalité C' est dans l' expérience consciente ou inconsciente du risque propre à l' alpinisme, que la montagne possède ses valeurs profondément humaines et dépassant les situations pratiques de l' existence. Ces valeurs se rapprochent des idées philosophiques des stoïciens, des penseurs indiens, du platonisme et surtout de St-Augustin. Elles peuvent être identifiées à la pensée de l' existentialisme actuel: le vide sans fond sous les pieds du grimpeur dans la paroi donne naissance à la pensée que le néant est quelque chose qui met l' être en question et fait réfléchir à l' existence. La modestie, la simplicité et la clarté, caractères du « vrai grimpeur » ( c'est-à-dire de celui qui en est venu à penser à l' existence ) ont pour origine cette conscience du risque et cette vie sur une frontière.
Dans ce domaine l' alpinisme est si éloigné des pensées et des tendances du sport, que nous ne voyons plus bien jusqu' à quel point on peut encore parler de sport en montagne. Cette existence vécue sur la frontière violemment contrastée entre l' être et le néant a toujours été considérée comme un élément spécifique de l' alpinisme. Elle s' exprime de bien des façons, et avec une vigueur particulière dans l' image souvent employée de « marcher sur un rasoir ». Si nous reprenons cette expression qui caractérise bien l' alpinisme, et si nous y réfléchissons, nous découvrons qu' il n' y a là vraiment aucun contact avec les motifs du sport. L' alpinisme consiste à vivre dans une situation limite, qui dépasse le monde physique et modèle la personne.
Certains restent malgré tout rives à l' aspect extérieur de l' alpinisme et veulent que ce soit un sport parce qu' on y remue bras et jambes. Ils devraient logiquement conclure aussi que les mouvements d' un corps de ballet ou d' un chef d' orchestre - qui transposent aussi une expérience intérieure -appartiennent au concept supérieur de sport. L' exemple n' est pas excellent, mais ce n' est pas réellement un exemple. En effet l' alpinisme exprime par des gestes l' expérience de la hauteur et de la profondeur, de l' être et du néant, même si cette expérience n' est pas ressentie de façon dominante dans toutes les escalades extrêmes; en ce sens l' alpinisme est unique, aussi bien que la danse artistique ou la direction musicale. A ce niveau supérieur l' exemple et la comparaison sont valables.
Enfin, pour être tout fait objectifs, il nous faut encore faire place à cette objection éventuelle: la question de la montagne et du sport dépend entièrement de la définition donnée du sport. Mais l' affaire est réglée depuis longtemps. Si l'on ne veut pas prendre le terme de sport dans son sens d' effort et de réussite corporelle, mais dans le sens très large de passe-temps, alors le terme finit par englober tout ce que l'on fait comme hobby extra-professionnel. Mais dans ce sens nous le trouvons tout à fait insuffisant: on ne peut plus dire que l' alpinisme est un sport, mais seulement que le sport de tel ou tel homme est l' alpinisme.
Pour terminer il nous faut souvent admettre qu' il existe des hommes assez bornés pour ne rien voir d' autre dans la montagne qu' un pur sport. Nous ne devons pourtant pas nous tromper: même dans ce qui semble être une perception très borne reste cachée une grande richesse d' expérience; il ne faut pas conclure d' une pauvreté en moyens d' expression analytique à une pauvreté de sentiments. Les termes les plus simples et évidents qu' un tel homme choisit parmi tous les concepts offerts pour décrire son ascension, ne sont pas des indications de la qualité de ce qu' il a perçu en cours d' escalade. La façon dont un homme décrit son ascension est en somme sans importance pour notre sujet tant qu' il ne présente pas sa description comme absolue, complète et seule possible. Il est connu et compréhensible qu' un caractère simple accepte plus volontiers ce qui est simple et sans détours - dans notre cas le terme de sport - car il tient ainsi quelque chose de ferme dans sa main. Mais cela ne révèle en général rien d' autre qu' une mentalité sans détours, qui abandonnera volontiers sa première opinion pour en accepter une autre si elle lui est présentée de façon claire.
On peut donc relever trois éléments internes de l' alpinisme, qui édifient l' expérience alpine: 1° le fait que les problèmes alpins, même déjà résolus par d' autres, subsistent pour chaque nouveau grimpeur; 2° le facteur d' affirmation de la personnalité comme motif important pour les jeunes; 3° pour les aînés la situation existentielle à la limite entre l' être et le néant.
Ces éléments permettent de repousser à l' arrière l' idée de sport qui révèle d' ailleurs une mentalité sommaire Sur la base de cette triple prise de conscience nous serons capables d' évaluer à son juste prix l' exploit sportif - qui existe en montagne, naturellement - et de le limiter son niveau inférieur aux autres valeurs de l' alpinisme.
Certes il existe encore d' autres motifs qui sont aussi importants et montrent l' insuffisance de la seule explication sportive. On peut citer la théorie de la compensation d' Adler, que d' ailleurs on peut ramener aux tendances d' affirmation de puissance ( et qui a du jouer un rôle important chez Lammer et Dülfer ). Une étude de tels motifs, comme aussi une analyse plus fouillée des trois motifs décrits ici qui touchent à la logique, à l' éthique et à la métaphysique, convergeraient dans la direction dans laquelle pointent ces lignes. En reliant ce phénomène complexe qu' est l' alpinisme avec l' image que nous nous faisons aujourd'hui du monde, ces pages ont voulu montrer que, d' une façon générale, et même à notre époque post-classique, l' alpinisme extrême a encore d' autres dimensions que celles du sport seul - et des dimensions plus importantes et plus proches de la réalité. En somme, dans cette expression de Leo Maduschka plus qu' un sport, il y a vraiment plus que le sport.
C' est dans cette prise de conscience qu' à notre avis se trouve la grande responsabilité des grimpeurs d' aujourd: freiner dans l' alpinisme l' évolution sportive qui a été lancée grâce à des incompréhensions et des vues bornées, à l' abri de l' écran de fumée du plus qu' un sport. Tâche difficile car, même si au fond la montagne ne peut pas être un sport, nous savons trop bien qu' un objet finit par prendre le caractère que lui donnent les hommes.
( Adapté de l' allemand par Pierre Vittoz )