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TRANSFERT DE VALEURS
Par Michel Cornu
Emmanuel Mounier demandait si c'est l'économie qui doit être au service de l'homme ou l'homme au service de l'économie. Avant de juger le philosophe personnaliste de naïf ou de pervers, il faut se rappeler qu'à l'époque où il posait sa question, "le mur de Berlin n'était pas tombé" et le modèle néo-libéral n'avait pas encore mondialement triomphé.
Aujourd'hui, la question de Mounier n'est plus d'actualité, puisque, par bonheur, il n'y a plus à opposer l'homme à l'économie.
Il n'y a plus de guerres, mais seulement des opérations chirurgicales propres avec, au pire, quelques exceptionnels dommages collatéraux.
Le cur s'est recyclé; il est devenu le cur du système entendez l'économie de marché- qui est actuellement affecté d'une crise éphémère de confiance.
La sincérité n'ouvre plus à une véritable relation, elle règle ou devrait régler les opérations boursières.
Quant à la créativité, elle a envahi la comptabilité made in USA.
Mais l'homme dans tout cela, insistez-vous malgré mes réticences?
Quand un partenaire n'a plus besoin de son alter non ego, il le jette.
Quand sa présence déséquilibre la marche de l'économie, celle-ci dégraisse. Pas même pour produire du lard. Tout a une fin, sauf la "Bratwurst" qui en a deux.
© Michel Cornu
Rubrique Humorales
Juillet 2002