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«Appels à la décolonisation de la collaboration Nord-Sud en matière de recherche»
Carte blanche pour O. Ravaka Andriamihaja, Université de Berne
Les défis mondiaux actuels nécessitent une collaboration mondiale. Les pratiques coloniales de la collaboration Nord-Sud en matière de recherche, qui entraînent une dépendance et une invisibilisation, compromettent les chances de trouver des solutions à ces défis. Pour y remédier, la collaboration et la production de connaissances dans ces recherches doivent être décolonisées. Je recommande cinq appels pour mettre fin à cette situation.
La collaboration en matière de recherche peut être une forme de colonisation si elle favorise la dépendance à l'égard du Nord et encourage l'invisibilisation d'autres formes de connaissances par rapport à celles qui font autorité. D'une part, le financement et la conceptualisation du projet de recherche proviennent uniquement du Nord pour étudier le Sud. L'accès aux décisions et aux ressources favorise dès lors le Nord. A titre d’exemple, les institutions du Sud ne peuvent pas gérer directement les fonds de recherche acquis, sans un intermédiaire du Nord. Dans de nombreux cas, le Sud se voit déléguer la responsabilité de la collecte des données, tandis que le Nord est chargé de l'analyse. Cette situation place le Sud dans une position et une responsabilité mineures.
D'autre part, le Nord domine la conception et la communication des connaissances. Celles prises en considération pour les concepts et les méthodes de recherche proviennent du Nord. Les connaissances locales et indigènes sont moins prises en compte. De plus, les scientifiques du Nord sont ceux qui analysent et publient le plus. Si les publications sont l'une des principales sources de connaissances, les principaux éditeurs sont basés dans le Nord global et contrôlés par lui. Par conséquent, la diffusion scientifique, et donc la visibilité en tant que scientifique se concentre sur le Nord via les publications.
Décoloniser la collaboration et la production de connaissances
Dans son état actuel, la collaboration Nord-Sud en matière de recherche affaiblit le Sud et favorise le déséquilibre des pouvoirs. Elle place le Sud dans une position de nécessiteux et le Nord de tuteur. Bien au contraire, cette collaboration devrait évaluer les relations et les interactions, aller au-delà des simples consultations du Sud et être véritablement inclusive et coproduite. Les thèmes de la collaboration en matière de recherche devraient également répondre aux besoins de la société étudiée. Enfin, les ressources nécessaires doivent être mises à disposition pour cette coproduction.
La collaboration peut jouer un rôle dans la production de connaissances décolonisées via une structure organisationnelle inclusive. L'écriture et la connaissance décolonisées incluent plusieurs voix et un engagement critique constant avec la connaissance dominante. La pertinence d'une connaissance est contextuelle à l'endroit où elle est développée. Ainsi, la production de connaissances doit correspondre à la pertinence et aux besoins locaux. De même, leur communication doit se faire dans la langue des communautés qui utilisent ces connaissances. En outre, le savoir acquis doit être disponible dans la langue locale. Par ailleurs, une variété de preuves et de formats doit être acceptée comme une forme de source de connaissances et utilisée pour communiquer.
Garantissons la diversité et évitons l'exclusion
La décolonisation est un processus continu de responsabilité collective. Décoloniser la collaboration en matière de recherche implique d'éliminer tout type de discrimination et de lutter pour l'accès et l'équité en intégrant différentes perspectives. Le Nord doit reconnaître les autres formes de savoir et d'autorité non occidentales. L'interdépendance et la coexistence d'une diversité de connaissances contribuent ainsi à éviter l'exclusion.
En ce qui concerne la voie à suivre, je recommande cinq appels - non exhaustifs - pour décoloniser la collaboration Nord-Sud en matière de recherche:
- Cessons de financer et d'acquérir des projets de recherche uniquement pour que le Nord puisse étudier le Sud. Au contraire, soutenons le financement et la conception de projets de recherche permettant aux scientifiques et institutions du Sud d'étudier également le Nord.
- Cessons d'exclure les institutions du Sud de la conception, du contenu et du budget du projet (avant la soumission de la proposition de recherche). Au lieu de cela, accordons suffisamment de temps et de ressources pour la co-conception de la proposition de recherche et la cogestion du financement de la recherche.
- Cessons d'accorder un traitement différent au Sud et au Nord. Au contraire, faisons en sorte que le Sud aie accès à des logiciels de laboratoire, à des dépôts de données et de publications, à des formations telles que des cours de langue, et à des conditions de travail favorables telles que la sécurité sociale.
- Cessons d'engager des scientifiques du Sud comme collecteurs de données uniquement, et d'engager ensuite ceux du Nord pour les analyser. Au lieu de cela, fournissons le soutien nécessaire au Sud pour qu'il puisse les analyser et les publier.
- Cessons de sous-estimer les connaissances locales et indigènes. Commençons plutôt à utiliser et à promouvoir les connaissances et les personnes locales et indigènes (non publiées scientifiquement) pour résoudre les problèmes liés à leurs communautés.
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O. Ravaka Andriamihaja, femme PhD originaire de Madagascar, travaille sur le thème de la gouvernance foncière et du développement durable au Centre pour le développement et l'environnement (CDE) de l’Université de Berne. Son texte est inspiré d'une étude sur la décolonisation de la collaboration Nord-Sud en matière de recherche, mandatée au CDE par la Commission pour les partenariats de recherche avec les pays en développement (KFPE).
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