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Lettre au Père Girard, Fribourg, 11 janvier 1802
fribourg le 11 Janvier 1802.
Cher ami!
Je viens encore te donner quelques renseignemens sur notre voyage
à Avry. D'abord comme je te l'ai deja dit, l'Evêque nous reçut
bien. Nous lui dimes que sa lettre avoit extrèmement peiné
la comunauté, qui ne croyoit avoir aucun tort à son égard. il
nous répondit, qu'il seroit au désespoir de nous faire de la peine,
et que sa lettre ne contenoit rien qui pût nous choquer.
Alors je tirai notre réponse de ma poche et la lui présentai,
en disant: "La communauté nous envoyés pour vous remettre
cette lettre, vous donner les explications que vous pourriez exiger,
et vous en demander sur celle que vous nous avez fait l'honneur
de nous adresser". Il ouvrit notre lettre, lit, pâlit, rougit,
grince les dents, écume de rage, tremble, et finit par s'appuier
contre le fourneau, ses genoux tremblant lui refusent le service.
Lecture faite, il vient à bout de se contenir, dépose notre lettre
sur une table, et nous dit qu'il etoit sensible au souvenir
de la comunauté, nous chargeant de le lui exprimer.
Je lui demandai s'il avoit des explications à exiger sur notre
lettre; il dit que non. Par contre, lui dis-je nous en avons
à vous demander sur la votre. Je lui citai d'abord la premiere
phrase de sa lettre ; il nia qu'elle y fut contenue. je sortis sa
lettre de ma poche, et j'en fis lecture. il chercha à éluder
toute discussion, et nous dit: si ma lettre contient des expressions
choquantes, vous m'avez bien payé dans la votre; ainsi nous
sommes quitte, et je veux bien qu'il n'en soit plus question.
<1v> Alors il prit notre lettre, passa à la cuisine,
et fit semblant
de la jeter au feu, et rentra en nous disant: faites en autant
de la mienne et que tout soit oublié. Monseigneur, lui
dis-je, nous conserverons soigneusement la votre; d'ailleurs
elle appartient à la comunauté, et
c'est ce n'est pas à nous à en
disposer. "Vous avez sans doute aussi encore une copie de
celle que vous m'avez adressée? Certainement, Monseigneur.
Vous la ferez peut-être inserer dans les gazettes? Ce moyen,
Mgr, est indigne de nous, mais nous en ferons l'usage qu'il convient."
Alors nous discutames sa lettre article après article; les gros
mots vinrent; il s'emporta, il nous montra la porte, il se
calma et s'emporta encore; enfin il avoua qu'il avoit des
torts, mais
que des moines, nous dit-il, qui ont fait voeu
d'obeissance, doivent tout souffrir et se taire. Nous lui fimes
la dessus une petite esquisse des devoirs d'un Evêque, en lui
fesant voir que l'Evangile n'est pas seulement pour les moines,
mais aussi pour les Evêques. Enfin nous protestâmes de notre
respect et de notre soumission envers l'Evêque de Lausanne,
mais qu'il nous seroit à jamais impossible d'estimer Jean Baptiste
Odet, et nous lui en dimes, les raisons etc. Nous nous quittames
assez cavalierement, cependant pas mal-honnêtement.
Je ne puis te donner tous les autres petits détails, je les réserve
pour la premiere entrevue.
J'ignore, si le curé d'Avry avoit demandé cet ordre imperatif ;
mais nous savons que depuis longtems il tenoit les propos les plus
indécens sur notre compte, ainsi que sur toi et Savary .
je t'envoye copie d'une lettre que nous avons adressée au Conseil
d'Education , qui s'est vivement déchainé contre l'Evêque; même le
conseiller Boccard avoua qu'il etoit fou et le scandale du Diocèse. Il fut
arrêté d'en ecrire à l'Administration ; tu trouveras la copie de la lettre
adressée à icelle etc. Je t'embrasse. Marchand