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Cette perfection reste très abstraite, inatteignable.
La pièce « The Golden Section », une production de la Haute école des arts de Zurich (ZHdK), est le fruit d’une collaboration entre le créateur lumière Besim Morina et les chorégraphes Clément Bugnon et Matthias Kass. Elle fut présentée lors de trois spectacles au Theater der Künste à Zurich (Suisse). The Golden Section ou nombre d’or en français est un système de proportion qui fut inventé dans la Grèce antique afin de concrétiser l’harmonie parfaite. Ce principe fut utilisé pour la réalisation de façades, de temples et de statues. Il est basé sur la rapport considéré comme idéal de 1 : 1,618.
Besim Morina a posé les fondations pour la chorégraphie. Dans une grande pièce rectangulaire, il a créé un système dynamique structuré par 377 ampoules suspendues au plafond à intervalles réguliers. Il n’y a pas de délimitation entre les interprètes et le public. Les spectateurs se placent où ils veulent dans ce vaste espace et ont aussi la possibilité de se déplacer pour profiter d’une autre perspective. Dans cet espace vivant, nous avons créé notre spectacle.
A l’ouverture des portes, le public en entrant se trouve confronté à un espace sombre et « brumeux », à peine illuminé par quelques lumières placées selon le nombre d’or. Au centre de la pièce, on peut deviner les deux danseurs dont les silhouettes ressemblent à deux statues antiques. Au commencement de la musique, les danseurs investissent l’espace, en mesurant les dimensions d’un pas déterminé, les mettant en relation avec leurs propres corps.
L’idée de base pour cette pièce est de jouer sur la signification du nombre d’or : la recherche de la perfection. Cette perfection reste très abstraite, inatteignable. Pour cette raison, nous avons choisi d’exposer le contraste entre chaos (jusqu’à l’agressivité) et harmonie ; entre la vie réelle et l’idée de perfection. Le chaos domine et les moments d’harmonie sont courts et menacés. La musique reflète cette structure ; de longs passages dissonants, dérangeants voir même violents sont à l’image des mouvements des danseurs (ou inversement). Puis comme un rayon de soleil la musique de Jean-Sebastien Bach « L’art de la Fugue »* résonne et dissout le chaos. Soudain l’harmonie et l’ordre bien précis des choses semblent presque divins. Dans ces rares moments de bonheur, les interprètes sont unis et « traversent » une séquence durant laquelle leurs corps se fondent l’un dans l’autre comme si ils n’étaient qu’une seule forme, un seul être. Leurs membres sont tellement emmêlés qu’il est difficile de savoir à qui ils appartiennent.
A un moment, les performers tirent sur certaines des ampoules et bougent autour d’elles, semblant les embrasser dans une caresse attentionnée. L’ampoule symbolise peut-être la perfection qu’ils tentent d’atteindre pour devenir eux-mêmes parfaits. Une autre séquence montre les deux interprètes dans une course frénétique à la poursuite d’une ampoule. Ils courent désespérément (sur place) jusqu’à ce qu’ils s’effondrent, épuisés. L’ampoule, quant à elle, reste immuable à la même place. Inatteignable.
Vers la fin de la pièce, les performers prennent au hasard des spectateurs et commencent à les mesurer. Correspondent-ils à la proportion du nombre d’or ? Enfin, toute l’assemblée est mesurée puis séparée en petits groupes. Les spectateurs se prennent au jeu et adoptent les positions indiquées. Ils font à présent partie d’une sculpture géante, créée selon le nombre d’or, alors que les dernières notes de « L’art de la Fugue » résonnent une dernière fois.
* Certains disent que Bach a utilisé le nombre d’or pour cette composition.