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Après la violente séquence d'Annika Schleu lors du pentathlon à Tokyo, des mouvements, portés par une opinion publique choquée, réclament l'interdiction des sports équestres.
Les images sont terribles. Sur la vidéo, on voit un cheval, «Saint Boy», qui montre de nombreux signes de détresse: oreilles en arrière, queue qui fouaille, oeil écarquillé dont on voit largement le blanc, rétivité. On voit aussi une cavalière, l'Allemande Annika Schleu, extrêmement tendue, en pleurs, qui donne des coups de cravache et d'éperons. La scène qui s'est déroulée lors de l'épreuve de pentathlon moderne féminin aux JO de Tokyo a fait réagir les téléspectateurs et les internautes qui, souvent, découvraient du même coup la discipline sportive.
Largement en tête du pentathlon moderne, Annika Schleu est éliminée après le refus de sauter de son cheval tiré au sort.
La vive réaction des internautes sanctionne également les commentateurs sportifs qui, dans leurs propos, ont rejeté toute la responsabilité de cet échec sur le cheval, le traitant ici de «carne» ou usant là d'un champ lexical l'assimilant davantage à une machine qu'à un être sentient qui se trouve objectivement dans une situation qui le fait souffrir.
Cette scène est d'autant plus choquante que, par la suite, on a pu voir également une vidéo dans laquelle la coach d'Annika Schleu, Kim Raisner, donne un coup dans la croupe du cheval - elle a été disqualifiée des JO pour ce geste.
Annika Schleu n'aura, elle, pas été autrement sanctionnée que par son élimination. Quant à «Saint Boy», la Fédération a signalé qu'il se portait bien et était de retour dans son écurie dans la préfecture de Shiga à l'ouest de Tokyo.
Alors que ces images ont fait le tour du monde, l'émoi qu'elles ont provoqué témoigne de l'évolution de l'opinion publique sur le bien-être animal au cours des dernières années. Force est de reconnaître que ces JO ont contribué à montrer le décalage qui existe entre les pratiques sportives et la manière dont nombre de personnes considèrent aujourd'hui les animaux. Dans une moindre mesure, on a également pu voir ce phénomène à l'annonce de l'euthanasie de «Jet Set», cheval de l'équipe suisse, qui s'était blessé lors de l'épreuve de course de cross.
Sans nul doute ces jeux auront-ils eu le mérite de nous interroger sur le maintien de pratiques sportives pourvoyeuses de souffrance animale.
Revenons d'abord sur l'épreuve d'équitation du pentathlon moderne, une discipline peu connue en France qui ne compte qu'une dizaine de licenciés. Le pentathlon moderne, héritier du pentathlon antique, qui regroupait des épreuves de course, de javelot, de saut, de disque et de lutte, a été inclus au programme olympique pour la première fois en 1912, sous l'impulsion du Baron Pierre de Coubertin.
Il a depuis lors quelque peu évolué pour combiner quatre épreuves issues de cinq sports: la natation, l'escrime, la course à pieds et le tir, et enfin l'équitation. Lors de cette épreuve, et contrairement au sport équestre classique où chevaux et cavaliers s'entraînent ensemble pendant des années, les athlètes doivent monter des chevaux qu'ils ne connaissent pas, sur un parcours de saut d'obstacles, sans prendre de pénalité et dans le délai imparti.
Les concurrents sont associés avec leurs chevaux lors d'un tirage au sort juste vingt minutes avant le départ. Ceci est considéré comme un défi unique dans le monde du sport et comme l'un des éléments donnant au pentathlon moderne son caractère particulier. Pour les spécialistes des équidés, c'est en revanche une pratique d'un autre âge et un non-sens absolu.
Si, au sein des clubs hippiques, les chevaux savent plus ou moins s'adapter à changer régulièrement de cavaliers, on est ici dans le domaine de la compétition et de la performance, avec ce qu'il y a de stress et de contraintes visuelles ou auditives pour le cheval. «C'est totalement aléatoire, poursuit l'éthologue. On fait reposer sur le cheval toute la responsabilité d'une situation hasardeuse dont il va lui-même souffrir.»
Si, pour Courbertin, l'idée était de montrer sa capacité de maîtrise, force est de reconnaître que l'enjeu annoncé est davantage de prouver sa faculté à dominer un animal. «Mais le cheval n'est pas un objet, ni une machine», insiste Hélène Roche. La seule chose qu'aurait pu faire Annika Schleu dans l'immédiat était de se détendre, de prendre le temps et d'essayer de rassurer «Saint Boy». Elle ne l'a pas fait.
A la suite de cet épisode, la Fédération internationale a annoncé que l'épreuve serait simplifiée en vue des JO de Paris en 2024.
Il n'en demeure pas moins que cette affaire place sur le devant de la scène une question débattue depuis des années par les animalistes: l'abolition des sports équestres vus comme de l'exploitation animale.
Marie est une amoureuse des chevaux, ce qui l'a conduit, il y a cinq ans, à ouvrir son propre centre équestre, un centre qu'elle espérait plus respectueux du bien-être équin que ceux qu'elle avait précédemment fréquentés. Mais il y a six mois, elle l'a fermé: «J'en ai eu marre de devoir en permanence faire l'arbitrage entre le porte-monnaie et le bien-être des chevaux», regrette-t-elle. Aujourd'hui, elle continue de s'occuper de ses chevaux, mais sans faire le commerce de leur exploitation.
Pour elle, il y a de nombreuses choses à faire évoluer dans les centres, à commencer par l'hébergement des chevaux, qui devraient avoir la possibilité de sortir régulièrement et de manger à volonté.
Selon l'éthologue, trois grandes conditions sont à réunir: lui permettre le contact avec ses congénères, lui assurer une liberté de mouvements ainsi que la possibilité de manger des fibres à volonté. «Il faut également être constamment vigilant aux signes de mal-être (agressivité, hyper-vigilance, posture de retrait, stéréotypies) et savoir respecter les capacités physiques et cognitives du cheval», prône-t-elle. Pour elle, dès lors que les besoins fondamentaux du cheval sont comblés, on peut lui proposer des activités sur son «temps libre», un peu comme nous lorsque nous faisons du sport.
Florence Dellerie, autrice et illustratrice scientifique indépendante, militante pour la prise en compte rationnelle des intérêts de tous les individus sentients, qu'ils soient humains ou non et autrice du site «Questions animalistes», récuse fortement cette posture qui, selon elle, «ne sert qu'à conditionner le cheval pour qu'il accomplisse les tâches qu'on attend de lui. Elle n'est donc pas plus éthique que les méthodes traditionnelles, puisqu'elles visent le même objectif: utiliser un être sentient pour le plaisir et la satisfaction des êtres humains -gain, loisir, performance, etc.»
Pour elle, il faut aujourd'hui rebattre les cartes et reconsidérer la question du consentement chez l'animal ou, tout du moins, interroger nos pratiques consistant à élever des animaux non-humains pour les asservir et leur imposer des choses qui ne participent pas à leur bien-être et où toute rébellion est sanctionnée par des actes de maltraitance.
Elle propose une approche raisonnée de l'abolitionnisme:
Quoi que ne se revendiquant pas du mouvement animaliste, Marie valide en partie ces propositions, notamment sur le contrôle des naissances: «C'est grâce aux animalistes que l'on obtient des avancées réglementaires. Ils font bien trembler les plus pourries de ma filière, pourvu que ça dure!»