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Artistes typographes
Si l’on parle de typographie, on ne se peut s’empêcher d’évoquer l’incontournable Adrian Frutiger ou encore les mouvements du Bauhaus et de Stijl. Mais à regarder de près, les graphistes ne sont pas les seuls à se cantonner au dessin de lettre! Bien des artistes ont su utiliser cet art graphique pour délivrer leurs messages, qui parfois est devenu un véritable moyen d’expression. Quand le langage rencontre l’art, la typographie flirte avec la poésie.
Lettres d’amour
Inspiré par la Clarendon (1845) de Robert Besley, Robert Indiana dessine des lettres épaisses qui deviennent sculptures. La plus iconique reste sans doute LOVE (1970). L’enchevêtrement typographique de ces quatre lettres est apparu pour la première fois dans une série de poèmes écrits à l’origine en 1958, dans lesquels Robert Indiana empilait les syllabes LO et VE l’une sur l’autre. Par la suite, l’iconographie de « LOVE » a été créée en 1964 pour une carte postale qu’il a envoyée à des amis et connaissance du monde l’art. L’année suivante, il proposa plusieurs versions de cette carte postale au Musée d’art Modern d’Indianapolis. Ce dernier jeta son dévolu sur les tons rouge vif, bleu et vert. Ainsi, la carte LOVE devint l’une des cartes les plus populaires proposée par le musée.
Letraset
Avec ses photomontages agrémentés de slogans corrosifs, Barbara Kruger fait conjuguer féminisme avec des typographies germano-helvètes de renom telles que la Futura bold oblique (1924-1927) de Paul Renner et l’Helvetica ultra condensed (1957) de Max Miedinger. Rien d’étonnant, car après ses études à la Parsons School of Design de New York, elle embrasse une carrière de graphiste publicitaire, notamment pour les publications de Condé Nast. C’est en 1981 qu’elle créer ses premiers montages photographiques en utilisant des photos de source inexistante sur lesquelles elle inscrit des slogans revendicatifs en lettres blanches sur fond rouge, détournant alors le style des visuels publicitaires de l’époque. La ressemblance avec l’iconographie des groupes de Rock anarchistes composée de photocopies et de Letraset (transfert de lettres) confère un côté punk à ses créations. Elle dégomme ainsi la société de consommation et les stéréotypes auxquels sont soumises les minorités ethniques et sexuelles.
Lettres Stencil
Inspiré par les artistes de rue, Christopher Wool joue avec les mots, qu’il dépeint de manière monumentale en lettres stencil composés d’émail alkyde. Parfois, il retire certaines voyelles ou consonnes, configurant ainsi un sens nouveau à ses phrases. Le spectateur doit parfois lire à haute voir afin de pouvoir saisir la signification du message. Au fil des années, l’artiste narre les bouleversements sociétaux dans ces toiles. D’ailleurs, certaines sont toujours d’actualité. C’est le cas d’Apocalypse now (1988) dont l’inscription « SELL THE HOUSE SELL THE CAR SELL THE KIDS » fait écho à la crise économique que nous traversons. Inspiré du film au titre éponyme de Francis Ford Coppola où le capitaine Colby, ayant perdu la tête, adresse ces mots désespérés à sa femme, Apocalypse now reste l’une des œuvres les plus emblématiques de l’artiste américain.
Christopher Wool, Apocalypse now, 1988
Lettres poétiques
Ornées de LED ou simplement couchées sur la toile, les lettres de Robert Montgomery invitent à la poésie. Les angles des consonnes dotées de diagonales dépassent des autres caractères, telle la propagation d’une utopie remettant en cause la crise environnementale et économique que nous traversons ces dernières années. Chez l’artiste britannique, seul l’espoir d’un monde meilleur compte. Ses poèmes courent sur les compositions de Kasimir Malevitch, ou illuminent l’horizon de lieux laissés pour compte comme dans le projet Sharing Perama, initié par la galerie Analix Forever. Avec IN YOUR DREAMS WE SEE FOREVER (2018), une camionnette a déplacé sur son toit cette installation lumineuse durant 6 mois au Royaume-Uni. Cette action a permis de sensibiliser le public à une association pour les enfants malvoyants. Les œuvres de Robert Montgomery ne sont pas juste des œuvres d’art, mais une lueur d’espoir tentant d’éclairer l’obscurité qui ternit de nos âmes.
Robert Montgomery, IN YOUR DREAMS WE SEE FOREVER, 2018
Lettres lumineuses
Jenny Holzer se réapproprie l’espace publique avec des dispositifs lumineux diffusant des messages aux sujets brûlants, aussi préoccupants que divers. Tout l’enjeu réside à trouver un moyen de pouvoir s’entendre avec des gens dont les opinions sont à l’opposé des siennes. En 1977, après avoir étudié le dessin, la peinture et l’imprimerie, l’artiste américaine s’installe à New York et travaille comme photocompositrice au studio graphique Old Typosopher de Daniel Shapiro. C’est à cette époque qu’elle décide d’arrêter la peinture et commence à utiliser la typographie pour créer la série Truisms. Se servant de supports publicitaires, l’artiste aime interroger le spectateur sur le capitalisme ou encore le monde du travail. Profondément humaniste, l’artiste s’est échinée par la suite à dévoiler l’injustice et la violence qu’engendrent les guerres. Elle cherche à matérialiser le langage dans l’espace. Ainsi naissent ses sculptures entièrement ornées de LED, diffusant des messages en mouvement.
Jenny Holzer, Truism, 2020
Lettres d’acier et d’espoir
Heureusement, quand il n’y a plus d’espoir, il y a Mounir Fatmi! Avec de The Impossible Union (2011), l’artiste fait cohabiter deux écritures que l’on imaginait irréconciliables. D’une machine à écrire « Olympia Werke West » au clavier hébreux sortent de magnifiques calligraphies arabes en acier découpé. On ne peut s’empêcher de penser au conflit israélo-palestinien, mais également à l’opposition entre la tradition et la modernité. Ces anachronismes et les provenances diverses des matériaux utilisés pour cette installation démontrent que tout est lié. Mounir Fatmi fait référence de manière subtile à de nombreux événements qui ont marqué l’histoire. Il questionne ainsi notre relation à l’autre à travers ce ready-made utopique faisant coexister l’Orient et l’Occident. Il pousse le spectateur à s’interroger sur la complexité des relations qui subsistent entre la culture juive, arabe et chrétienne, tout en gardant en tête que la compréhension de l’autre reste la clef pour atteindre la paix.
Mounir Fatmi, The Impossible Union, 2011
Robert Montgomery, Hammersmith Poem/Malevich Painting (And The Screens That Circle You Like Butterflies Now), 2017
Mounir Fatmi, Ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, 2008
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