Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07183.jsonl.gz/1286

Jeannine Habarugira est responsable du projet de développement agricole holistique dans la province de Kirundo au nord du Burundi.
Comment la dimension holistique de ce projet agricole se traduit-elle sur le terrain ?
Ce projet renforce la cohésion sociale. Il réunit des paysans, des fidèles et des leaders de confessions religieuses différentes. Tous ces partenaires ont accepté de se rassembler autour d’un même point: améliorer le quotidien des familles. La dimension holistique se traduit par le fait que tous les aspects de la vie de l’être humain sont considérés dans ce projet: l’aspect physique, intellectuel, social et spirituel. L’objectif général est d’augmenter la production agricole et maraîchère. Une partie de la production est consommée (aspect physique) et le surplus est vendu. L’argent tiré de la vente sert à faire face à d’autres besoins élémentaires, comme par exemple celui de se faire soigner en cas de maladie (aspect physique) ou payer les frais scolaires des enfants (aspect intellectuel). L’aspect social est renforcé à travers les interactions permanentes entre les bénéficiaires. L’aspect spirituel se traduit par le fait que les agriculteurs sont conscients que le métier d’agriculteur est sacré et qu’il doit être exécuté à l’image de Celui qui l’a commencé, Dieu.
Le projet s’appuie sur les «principes bibliques de l’agriculture»? De quoi s’agit-il?
Il s’agit de ne pas nuire à l’environnement, de le respecter. Concrètement, cela signifie de ne pas trop intervenir dans l’ordre des choses, par exemple, en utilisant un maximum d’engrais d’origine organique, comme le fumier.
La Bible contient une grande quantité de passages en lien avec l’activité agricole qui peuvent nous orienter. Il s’agit par exemple de revaloriser le travail agricole: ceux qui pratiquent l’agriculture ont une haute mission, car il s’agit d’une activité qui se fait à l’image du travail accompli par Dieu que l’on peut considérer comme le premier agriculteur. Les êtres humains sont les gérants de tout ce que Dieu a créé. Il y aussi le principe de diversité, Dieu se réjouit de la diversité de sa création et les paysans doivent s’efforcer de maintenir cette diversité.
Le projet soutient 30 associations paysannes et 8 églises. Comment se passe le partenariat? Quel est le rôle des églises impliquées dans le projet?
Les associations partenaires de FH ont été choisies parce qu’elles ont des activités d’agriculture et qu’elles ont accepté de participer activement et directement dans l’exécution des activités prévues dans le projet.
Chez nous, les églises sont des institutions crédibles et permanentes et elles peuvent facilement assurer le transfert des pratiques vers les populations. Elles ont des associations qui leurs sont affiliées qui font des activités agricoles. Elles disposent par ailleurs de grands terrains qui sont souvent sous-utilisés. Avec ce projet, ces terres sont maintenant cultivées et permettent d’augmenter la production et de la redistribuer équitablement.
Par exemple, pour la mise à disposition des bonnes semences. Ce sont les responsables des églises qui sont chargés de les distribuer à leurs associations. Nous veillons aussi à ce que toutes les associations disposent de suffisamment de semences pour la saison culturale qui suit, en appliquant une règle de solidarité. Ainsi, si une association n’a pas eu une bonne récolte, elle recevra une part de la production d’une autre association dont la récolte a été meilleure. Au moment de la récolte, celles-ci sont partagées entre tous : une part revient aux personnes démunies de l’église (familles vulnérables, orphelins), une autre part est distribuée entre les producteurs et le reste est vendu sur le marché.
Ce projet a débuté il y a 3 ans. Aujourd’hui quels sont les principaux résultats? Dans la vie quotidienne des personnes partenaires du projet, quels sont les changements que vous observez?
Nous voyons que les paysans ont appris à bien gérer leur récolte: pour le stockage, ils utilisent les hangars publics qui ont été construits à cet effet. Ils ont aussi pris l’habitude de garder une partie de la production pour produire les semences.
Au niveau des pratiques agricoles, on observe aussi des changements positifs. Par exemple, sur des terrains en forte pente, les paysans commencent par creuser les courbes de niveau avant d’y installer les cultures pour éviter l’érosion. Ils savent aussi sélectionner les cultures adaptées à une saison donnée. Pour l’élevage des vaches et des chèvres, ils pratiquent la stabulation permanente, c’est-à-dire que les bêtes sont maintenues dans leurs étables et le fourrage leur est amené. Dans un petit pays comme le Burundi où le manque de terre arable pour l’agriculture est un grand défi, c’est une bonne solution. Cela permet aussi de protéger les bêtes des maladies en évitant le contact avec d’autres animaux.
Pour la plupart d’entre eux, la culture des légumes est une activité nouvelle. Avoir facilement à disposition des légumes influence la composition des repas qui sont devenus plus variés et aussi plus équilibrés, ce qui a des bonnes répercussions sur la santé.
Quels sont les difficultés, les défis de ce projet?
L’activité agricole est parfois assez ingrate, en effet, même avec des bonnes semences et des bonnes techniques, nous subissons les variations climatiques qui ne favorisent pas régulièrement une bonne production.
Par ailleurs, les paysans manquent de terres pour installer leurs cultures. Ils doivent donc souvent faire recours à la location de parcelles pour pouvoir cultiver et par là une part importante des revenus est utilisée pour le paiement de la location.
Le transfert des pratiques agricoles et maraîchères vers les populations qui n’ont pas eu l’appui direct de FH se fait timidement.
La province de Kirundo était autrefois considérée comme le grenier du pays. Comment se fait-il que c’est aujourd’hui une des régions du pays où l’insécurité alimentaire est la plus grande?
Les sols ont perdu de leur fertilité, suite à l’érosion d’une part et aux périodes de sècheresse d’autre part. Par ailleurs la province de Kirundo est très peuplée et les terres cultivables sont rares, en moyenne on estime qu’une famille dispose de 0,2 hectare.
La population vit dans la pauvreté et n’a pas les moyens de se procurer les semences de qualité, les engrais et les animaux d’élevage qui donnent du fumier. En outre, une part de la population est encore fragilisée par les conflits qui ont secoué la région et peine à s’atteler aux activités de développement.