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Autres vues aériennes du Château et du village
Durant la période médiévale, l'histoire de la seigneurie de Donneloye et de son château reste très mal connue. Seul un récent article de Pierre-Yves Favez sur les chevaliers de Donneloye permet de mieux cerner cette famille. Citée dès 1142, elle détient les terres dont elle tire son nom jusqu'à la fin du XIVe siècle. En effet, autour de 1387 meurt Othenin de Donneloye, vidome de Moudon, époux d'Isabelle de Glane et sans doute dernier de sa lignée. On ignore si un château existe déjà à Donneloye, ce qui paraît toutefois vraisemblable.
La seigneurie échoit alors à Edouard Provana, époux dès 1386 de Marguerite de Donneloye, la fille d'Othenin. Les Provana, famille du nord de l'Italie établie en Pays de Vaud , détient la terre jusque dans le premier tiers du XVe siècle. En 1440, il semble toutefois que Jaques de Glane, seigneur de Villardin et de la Molière, en soit le propriétaire. Sa famille reste sans doute propriétaire du château jusqu'en 1528, lorsque le mariage d'Aubert Loys et de Catherine de Glane, fille de Claude de Glane, seigneur de Villardin, fait entrer les terres dans la famille Loys, mais pour une part seulement. La maison elle-même, le reste des droits et des terres sont repris par la famille Regnault de Romont (citée en 1604 comme Roguenet) qui, durant le XVIe siècle, modifient vraisemblablement l'édifice à une ou plusieurs reprises. Mais cette période est hélas très mal documentée.
Les Roguenet vendent leur part (ou la lèguent ?) avant 1600 à Petterman d'Erlach (1579-1635), bernois converti au catholicisme, bourgeois de Fribourg, ancien capitaine au service de la France et époux de Marguerite Roguinet. Il n'est pas inintéressant de noter que d'Erlach achète peu après la seigneurie toute proche de Bioley-Magnoux (1608) - ce qui renforce sa position dans la contrée – et que son frère, Anton d'Erlach, est bailli d'Yverdon entre 1613 et 1617. A l'époque d'Erlach, le domaine comprend «maison, colombier, [...] jardin, osches et places d'alentour ». A sa mort sans doute, la maison passe au colonel Louis von Roll (1605-1652), de Soleure. En effet, son épouse Claire de Vallier, fille d'Anne d'Erlach et de Louis Loys, est parente de Pettermann. Cette reprise sera marquée par des travaux assez importants attestés par une date en façade sud (1639).
A la mort de von Roll, Claire Vallier revend sa part à Jean-Philippe Loys (1622-1676), vidomne de Moudon, un personnage important et très influent dans la région à l'époque. Grâce à cette acquisition, Loys réunit la presque totalité de la seigneurie de Donneloye. Les terres, les droits et la maison reviennent à 90'000 livres, somme qui sera payée sur plusieurs années moyennant un important intérêt, qui se serait monté à près de 12'000 livres selon la chronique tenue par Jean- Philippe Loys lui-même. Cette acquisition de la seigneurie par le vidomne de Moudon est un signe du renforcement de son pouvoir dans la région de Moudon, qui caractérise nombre des démarches qu'il entreprend alors avec LL.EE. pour regrouper ses terres de façon plus rationnelle.
L'acquisition de la seigneurie de Donneloye et de ses voisines (Chanéaz et Prahins) renforce à l'évidence la position des Loys sur la route d'Yverdon, dorénavant contrôlée sur plusieurs kilomètres entre Moudon et Donneloye. S'il est difficile de savoir s'il existait des péages (au pont sur la Mentue proche de Donneloye notamment), on peut se douter que ces terres doivent présenter une valeur stratégique aux yeux des Loys. Cela expliquerait l'insistance dont font montre les Bernois à les acheter durant la seconde moitié du XVIIe siècle.
Les sources d'archives sont malheureusement muettes quant aux travaux que Jean-Philippe de Loys aurait pu mener dans son château. Mais la série de fenêtres du premier étage, avec sa riche modénature et ses proportions amples, pourrait bien être sa commande (vers 1660 ?).
La seule mention explicite connue de la maison pour cette époque date de 1685, issue d'une reconnaissance faite par les hoirs de Jean-Philippe Loys en faveur de LL.EE. de Berne, dans la mouvance du contrôle général des seigneuries qu'ils exécutent alors. A cette date, on cite « au village de Donneloye une maison haute tenue maison seigneuriale dudit Chanéaz et de sesdites dépendances qui comprennent ledit coseigneuriage de Donneloye, avec un collombier, une Cave & autres bâtiments, ensembles les vergers, courtils et places d'alentour d'icelle maison ».
En 1699, les Bernois proposent au seigneur de Villardin un éventuel échange de la seigneurie de Donneloye contre des affranchissements de cens dans d'autres terres des Villardin. Cette tractation n'aboutit pas dans un premier temps. Pourtant les Bernois relancent les tractations en 1710, lorsque ils proposent aux Loys le rachat de leur maison pour en faire une cure. Finalement, l'état de l'édifice, qui nécessite de nombreux travaux, fait renoncer LL.EE. et une nouvelle cure est finalement édifiée à l'emplacement de l'ancienne. Mais l'année suivante, les Bernois parviennent tout de même à obtenir de Jean Loys la vente de la seigneurie de Donneloye pour la somme de 20'000 livres. Le seigneur cède tous ses droits de juridiction, les usages, les focages, les dîmes qu'il détenait à Donneloye, mais il se réserve le fief et la juridiction sur la maison seigneuriale et cinq poses de terre qui en dépendent. Loys de Villardin obtient en outre de pouvoir y tenir la justice pour ses sujets de Chanéaz et de Prahins et d'y avoir une prison. En échange, Berne abandonne le fief rural sur les dépendances de cette maison (entre autres avantages). En résumé, cette affaire se solde par une perte des droits seigneuriaux par les Loys ; les Bernois ne leur laissent que les droits utiles sur le village et transforment le fief noble en un fief rural.
A partir de ce moment, la seigneurie de Donneloye disparaît des actes de la famille de Loys. Les mentions concernant Donnneloye deviennent rares : ils ne possèdent désormais plus que la maison, à laquelle ils ne semblent pas beaucoup s'intéresser. Habitant Moudon et Lausanne, la famille ne doit pas venir souvent à Donneloye. En outre, comme il a déjà été noté, la maison ne semble pas être en bon état au début du XVIIIe siècle : sans doute depuis les transformations exécutées pour Jean-Philippe Loys, seuls des travaux d'entretiens mineurs avaient été menés dans la demeure.
Ensuite de la mort de Jean Loys, la maison passe le 15 avril 1739 à son fils Georges, seigneur d'Orzens ; elle est alors estimée 2'000 livres. La maison avait tout d'abord été cédée en 1725 en indivision par Jean Loys à ses deux fils Paul et Georges, mais, probablement pour des questions de répartition, Georges en devient le seul propriétaire. En 1741, à l'occasion d'une convention passée entre les enfants du premier et second lit de Jean Loys, on apprend que la justice pourra toujours être donnée au château pour les sujets de Chanéaz.
Georges de Loys meurt en 1753. La terre de Donneloye et la maison ne figurent pas dans son testament. Sans doute y a-t-il vendu quelques parcelles car en 1754, lorsque est dressé l'état de ses biens, on mentionne « ce qui reste de Donneloye », pour une valeur de 6001 livres. Georges étant sans enfant, c'est son frère Paul Loys qui obtient la terre de Donneloye et la maison. Aucune mention du fief n'a été retrouvée entre 1754 et 1784, année de la mort de Paul. La maison passe alors à son fils Etienne-Charles, dernier seigneur de Villardin. Celui-ci meurt en 1800, sans héritier et c'est sans doute ses deux nièces Duval de la Pottrie, dont il fait ses principales légataires, qui obtiennent la maison de Donneloye. Le testament d'Etienne ne donne malheureusement pas de détails à ce sujet. Les sœurs Duval se séparent vraisemblablement très rapidement de la maison au profit de Louis Durussel, propriétaire à Donneloye.
La maison va rester durant près d'un siècle dans les mains des Durussel. Le principal fait marquant est la séparation du château en deux parties en 1833, lors de la sucession de Louis Durussel. Ses deux fils, François-Louis et Jean-Pierre, se répartissent la demeure d'une part, ses dépendances d'autre part. L'accès des deux parties se fait par le vestibule du rez-de-chaussée. Lors de la révision cadastrale de 1837, la maison est décrite ainsi : « la moitié à orient d'un bâtiment construit en pierre, couvert en tuiles, consistant en un logement que le tableau indique : maison dite ancien château, l'autre moitié appartient à Jean Pierre Durussel... ». Outre la seconde moitié, Jean-Pierre Durussel est propriétaire de l'« ancienne tour en pierre, couverte en tuile ayant cave et grenier ».
En 1855 sans doute, après la mort de François-Louis, ses enfants Emile Constant, Jenny, Rose Adélaïde et Méril Rosalie héritent du château. On ignore en revanche si la demeure est habitée par toute la famille ou par certains de ses membres seulement. Enfin, ils vendent leur partie du château et les dépendances à Jacques-François Viquerat, natif du lieu, le 15 juillet 1889, qui obtient l'autre moitié de Jean-Louis Durussel, fils de Jean-Pierre, le 11 novembre 1893. Viquerat réunit alors les deux parties de la maison, qu'il aménage et restaure sans doute en 1902 (ou avant).
Jacques-François Viquerat (1838-1904), natif de Donneloye, est un personnage important pour le canton de Vaud puisqu'il fut successivement député (dès 1866), Conseiller d'Etat (1878-1901) et constituant (1884), mais aussi secrétaire municipal et syndic de Donneloye. Ce radical, membre du Synode et colonel d'infanterie, fut longtemps chef du Département de l'agriculture et du commerce, dont dépendent alors les monuments historiques. Il a donné une impulsion évidente à la restauration du château de Chillon, à celui de Saint-Maire à Lausanne, ainsi que celle de la cathédrale de Lausanne.
Il n'est dès lors pas étonnant de voir Viquerat faire restaurer son château (l'architecte reste hélas inconnu). Des photographies du château et du « colombier » prises à l'époque permettent de se représenter l'état après les travaux menés sans doute autour de 1900. Viquerat décède en 1904.
Faute de source, l'histoire plus récente des propriétaires du château nous échappe pour l'instant. Seules d'importantes transformations, datant sans doute du milieu du XXe siècle sont lisibles : afin de permettre la division de la demeure en deux appartements superposés, une nouvelle cage d'escalier avec entrée au nord est aménagée à l'emplacement supposé de l'ancien. Deux vérandas au sud et à l'ouest agrandissent les espaces du rez-de-chaussée. Plus récemment, l'intérieur (rez- de-chaussée et premier étage) a été entièrement transformé par l'un des propriétaires, intérieur qui montre dès cette époque un aspect très neuf et peu historique.
En 2011-12, le château a été entièrement restauré par son dernier propriétaire. Les adjonctions du XXe siècle ont été enlevée et le château retrouve sa forme d'origine.
Le château de Donneloye se présente comme un édifice massé, dont les quatre façades donnent grosso modo sur les quatre points cardinaux. L'édifice se situe à la bordure orientale du village, proche de l'église paroissiale qui le jouxte au nord. Autrefois, le château était entouré d'un vaste domaine appelé « clos du château », qui consistait en vergers en jardin en 1722, en prés au XIXe siècle. Dès le début du XXe siècle, ce domaine a été loti et de nombreuses constructions ont peu à peu entouré la demeure seigneuriale. Des dépendances anciennes repérables sur les plans cadastraux (grenier attesté en 1722, boitons – un seul en 1830, deux en 1870) ne subsiste que la remarquable tour à l'angle sud-est de l'ancienne cour du château, citée comme cave et grenier, mais aussi comme colombier (dès 1608-1610). Les murs qui entouraient cette cour ont presque tous disparu et ne subsistent que sous une forme très diminuée du côté de la route du village, arasés au niveau du jardin. Le portail actuel, sans doute aménagé après 1904, reprend un emplacement déjà ancien, attesté sur le plan de 1722. L'ancienne entrée nord, visible sur ce même plan, n'existe plus : le mur qui fermait la cour du château à cet endroit a été détruit sans doute avant le XIXe siècle, puisqu'il n'apparaît pas sur les plans cadastraux de cette époque.
Dans l'état de nos connaissances, il est très difficile de proposer une datation pour la construction des parties primitives de la demeure. Constatons seulement que le château semble édifié en trois étapes principales : un premier corps de plan rectangulaire, auquel se serait joint à l'ouest une première annexe de même plan, puis une seconde, fermant l'angle nord-ouest. De cette évolution découle la forme actuelle du château, plus ou moins unifiée lors des campagnes de transformations successives.
L'angle sud-est de la propriété actuelle est marqué par une tour de plan circulaire. Elle devait autrefois marquer l'angle d'un mur d'enceinte qui, sans doute, ceignait la cour du château. La tour se présente comme un cylindre haut de trois niveaux flanqué d'une tourelle d'escalier. L'extérieur de cette construction est très sobre. A peine doit-on noter quelques baies, dont une en accolade, au rez-de-chaussée, et les portes menant à la cave et à la tourelle, sans doute retaillée à une date relativement récente. L'élément le plus intéressant de la façade est le cordon en forme de boudin qui souligne les baies du dernier niveau. Au sud, ce boudin forme même un encadrement- larmier autour d'une petite baie rectangulaire chanfreinée (la partie supérieure n'est toutefois pas de section circulaire, mais rectangulaire). Ce cordon se continue sur la tourelle d'escalier. Il est seulement interrompu, sur la tour principale, par une fenêtre rectangulaire percée sans doute au XVIIIe ou au XIXe siècle. A l'intérieur, la cave est couverte d'une « coupole » de pierre en forme de calotte. Le premier étage, subdivisé à une date récente, montre un carrelage ancien en carreau de terre cuite, ainsi qu'un remploi de tuiles, placées pointe contre pointe. L'étage supérieur est sans conteste le plus intéressant de l'édifice. Outre le plancher ancien, c'est surtout le plafond charpenté qui retient l'attention. Sa structure consiste en l'enrayure de la toiture de la tour (c'est-à-dire le plan de charpente qui la soutient), constituée de deux entraits croisés, maintenus par des goussets formant un carré, dans lesquels sont fichés quatre coyers rayonnants. Faute de comparaisons, ce système complexe et remarquable est difficile à dater sans l'aide de la dendrochronologie. La tourelle d'escalier, enfin, présente un escalier à vis à marches de molasse, passablement usées en particulier dans ses parties hautes. A son sommet (partiellement tronqué à une date inconnue), on remarque encore les niches pour pigeons qui ont donné le nom de colombier à la tour. Ces petits orifices circulaires formés sans doute d'un vase en terre cuite, pouvaient être fermés par un volet, dont subsiste les rainures verticales. On ignore cependant comment les oiseaux pénétraient dans la tour : sans doute des ouvertures étaient ménagées dans la partie haute de la tourelle, aujourd'hui disparue.
La datation de la tour et de son escalier pose de gros problèmes, en l'absence de sources d'archives. L'hypothèse la plus vraisemblable serait celle d'une tour d'origine médiévale transformée au XVIe siècle (ajout de la tour d'escalier et du colombier, modification de l'étage supérieur). La tourelle d'escalier devait être coiffée d'une toiture plus aiguë (flèche ?) et percée d'ouvertures permettant la transit des pigeons. Toutefois, sans sondages archéologiques et sans le recours à la dendrochronologie pour la charpente de la tour, il est impossible d'être plus précis. La fonction de l'édifice est à peine plus claire : il est cité en 1610 et en 1685 comme colombier, en 1722 - et toujours dès lors - comme cave et grenier. Mais sans doute a-t-il abrité, au XVIe siècle et à l'époque des Loys, la prison rattachée à la cour de justice de Donneloye.
Le texte ci-dessus provient d'une étude de Dave Lüthi (2002).
Ci-dessous, quelques photos avant les travaux de restauration:
Bibliographie