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Les débats de l’OMC, entre théorie libérale et analyse des faits économiques.
La libéralisation des échanges favorise le bien-être. Ce principe de base de la théorie économique libérale sous-tend les négociations en cours dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Un principe démenti pourtant par la réalité, parce que les conditions d’une véritable concurrence ne sont pas respectées.
La critique la plus efficace d’une pratique passe souvent par la confrontation de cette pratique à la théorie qui la justifie. Une fois de plus Heidi Schelbert-Syfrig, professeur d’économie à l’Université de Zurich, en fait la démonstration (Basler Zeitung, 15 novembre 1999).
La théorie est connue depuis longtemps. La libéralisation des échanges favorise une division optimale du travail. Chaque pays se spécialise dans la production de biens et de services pour lesquels il bénéficie d’un avantage comparatif. Ainsi les coûts de production baissent et la liberté des échanges permet au consommateur de bénéficier d’une offre diversifiée et avantageuse.
Mais cette théorie ne fonctionne que si des conditions strictes sont respectées. En particulier celle de la vérité des coûts. Si le transport par exemple ne couvre pas tous les coûts qu’il engendre (externalisation des coûts), en particulier les coûts environnementaux Ð pollution et destruction des ressources naturelles non renouvelables -, les avantages de la division du travail sont fallacieux : positifs à court terme pour le consommateur mais négatifs pour l’économie. Car le prix donne un signal erroné ; il conduit à surestimer le bénéfice de la spécialisation. Exemple caricatural de cette distorsion, les pommes de terre qui parcourent l’Europe entière pour être lavées, épluchées, coupées et transformées en frites. La falsification du prix résulte également des politiques de subventionnement. Ainsi la pêche reçoit des aides publiques annuelles de 54 milliards de dollars. Cette activité, qui contribue progressivement à la disparition des espèces, non seulement ne paie pas sa facture environnementale mais est encouragée.
Il faut respecter toutes les conditions
Les partisans aveugles du libre-échange tablent sur l’accroissement du bien-être pour que diminuent les atteintes à l’environnement. En effet, on sait que la pauvreté est une des causes de la dégradation du milieu naturel : celui qui lutte pour sa survie n’a que faire du développement durable. Mais la richesse va-t-elle automatiquement garantir la protection de l’environnement ? Dans les pays du tiers-monde, la croissance économique favorise d’abord une minorité au pouvoir. Et l’exemple des Etat-Unis montre que la richesse n’est pas un gage de conscience environnementale : la concurrence et le bien-être n’empêchent pas une consommation d’énergie Ð la plus élevée au monde par habitant Ð qui met à mal le capital des ressources naturelles.
Dès lors toute extension de la liberté des échanges se doit d’inclure la vérité des coûts, de manière à ce que les prix signalent effectivement la rareté voire l’épuisement des ressources. Là encore la théorie économique libérale indique la voie : lorsque deux conditions sont indispensables, il est inefficace de respecter l’une en ignorant l’autre. Or l’économie de marché présuppose une concurrence complète et l’absence d’externalités. Si l’OMC ne parvient pas à imposer la vérité des coûts à Seattle, elle devrait, en bonne doctrine libérale, non pas développer le libre-échange, mais au contraire le limiter. Faute de quoi, elle encouragera des structures de production inefficaces et la destruction de l’environnement naturel, condition indispensable de l’activité économique. jd