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Le Fort d’artillerie de Fürigen [26]
Le fort d’artillerie de Fürigen est situé en Suisse centrale, sur la rive sud du Lac des Quatres Cantons, entre Stansstad et Kehrsiten, au pied du Bürgenstock. On l’atteint à pied en 5 minutes depuis la station de départ du funiculaire de Fürigen, en suivant la route panoramique qui longe le lac. Le parcours offre une magnifique vue sur le plan d’eau et ne présente absolument aucune difficulté.
Historique
Le fort est entièrement creusé sous roc, dans la falaise du Burgenberg qui domine les eaux du lac. Sa construction débuta le 3 février 1941 et fut achevée en 20 mois vu l’urgence de la situation. L’ouvrage fut officiellement remis à la troupe le 15 octobre 1942. Les travaux de minage et le percement des galeries nécessitèrent 25 semaines de travail, à raison de 11 heures de travail par jour, 6 jours par semaines. Ils furent réalisés par l’entreprise civile Franz Murer, de Beckenried, pour un coût total de 411’ 000 francs suisses de l’époque. Le salaire journalier était de 3,20 francs pour les foreurs et de 2.- francs pour les mineurs. A titre de comparaison, en 1941 un sac de ciment coûtait 7.- francs suisses !
Garnison et armement
La garnison du fort relevait des troupes de forteresse. Elle comptait une centaine de soldats et comprenait à la fois des artilleurs et de l’infanterie. Cette dernière était chargée de sécuriser le périmètre du fort et, en cas d’attaque, d’assurer la défense du périmètre extérieur de l’ouvrage. Pour ce faire, elle disposait, en plus de l’armement de corps, de 3 mitrailleuses Mg11 sur affût de forteresse et d’un lance mines d’infanterie de 8,1 cm modèle 1933 (mortier). L’artillerie du fort comprenait 2 canons de forteresse de 7,5 cm affichant une portée théorique de11 kilomètres et une portée d’efficacité de 8 à 9 km. L’ouvrage disposait également d’un projecteur pour permettre de détecter et d’illuminer les buts la nuit. Les communications étaient assurées par liaisons radio et par fils (lignes téléphoniques enterrées). Comme tous les ouvrages d’artillerie helvétiques, celui de Fürigen disposait de stocks de réserve garantissant une autonomie de 2 à 3 mois (eau, carburant, vivres, munitions). En cas de coupure de l’alimentation électrique normale (réseau publique), l’ouvrage basculait sur l’un des 2 groupes électrogènes Diesel de la salle des machines, doublés par sécurité.
Contexte général
Suite à l’écrasement rapide de la France (mai-juin 1940) et à l’encerclement de la Confédération par les forces de l’Axe, le général Guisan, commandant en chef de l’Armée suisse, décida de créer un réduit national puissamment fortifié dans les montagnes, où l’armée pourrait se replier et poursuivre la lutte avec acharnement en s’appuyant sur le relief (ordre d’opération n°12 du 17 juillet 1940). Ce réduit, mis sur pied à partir de janvier 1941, englobait les Alpes et les Préalpes helvétiques, mais pas le plat pays, ni l’arc jurassien. Face à des forces supérieures en nombre, mieux équipées et bénéficiant de puissants moyens blindés, il était en effet illusoire de vouloir défendre la totalité des frontières et de la population car la Suisse encerclée pouvait faire l’objet d’une attaque concentrique en tenaille, conduite simultanément depuis plusieurs directions. Mieux valait se replier dans les Alpes de façon à rétablir l’équilibre des forces, pour empêcher l’ennemi de tirer parti de sa supériorité en moyens et en effectifs.
Mission du fort
Le réduit ainsi défini s’étendait jusqu’à la limite nord des Préalpes et s’appuyait sur diverses positions de barrage verrouillant les principaux axes de pénétration nord-sud en direction du cœur du massif alpin. Dans la région de Lucerne, il s’agissait notamment de verrouiller l’axe nord-sud Lucerne – Hergiswill – Sarnen - col du Brünig, de façon à interdire toute percée en direction de l’Oberland et du Grimsel, via le demi-canton d’Obwald. L’ouvrage de Fürigen constituait l’un des éléments d’un dispositif fortifié comprenant 9 forts d’artillerie, attribués au Régiment de Forteresse 22. Durant la mobilisation, sa mission spécifique était de battre les axes de communications traversant Stansstad et d’interdire toute pénétration en direction du col du Rengpass à partir de Hergiswill. L’ouvrage continua à assumer ce rôle durant toute la Guerre Froide, notamment pour prévenir toute tentative des forces du Pacte de Varsovie ou de l’OTAN visant à prendre le contrôle des transversales alpines suisses. Sa mission fut même élargie dans le courant des années 1960, avec l’ouverture à la circulation du nouvel autoroute N2 reliant Lucerne à l’axe du Gothard par la rive sud du Lac des Quatre Cantons. Les canons de Fürigen étaient idéalement placés pour battre cette nouvelle voie rapide au niveau de Hergiswill. Dans les années 1980, le dispositif fortifié auquel appartenait le fort de Fürigen comptait en tout 44 pièces d’artillerie de forteresse, allant du calibres 7,5 cm au calibre 15 cm, réparties de part et d’autre de l’entrée de la trouée de Stanstad, sur les flancs du Bürgenstock et du Lopper. Une grande partie de ce dispositif, jugé désuet, fut abandonnés le 31 décembre 1998 et remplacé par des installations plus modernes et plus performantes, dans le cadre de la restructuration de l’armée suisse et de la révision de sa politique de défense.
Nous vous encourageons vivement à visiter cet ouvrage qui est conservé à l’état de neuf et qui est présenté dans son état 1939-45, avec tout son équipement et son armement au complet. Le fort constitue un excellent but d’excursion et la région offre de merveilleux paysages très bucoliques, sans parler du charme merveilleux du lac des Quatres Cantons. Les quelques photos présentées ci-dessous n’offrent qu’un aperçu très sommaire de la richesse de ce fort qui regorge de matériels et de détails particulièrement intéressants qui passionneront aussi bien le spécialiste que le profane…
Informations pratiques et possibilités de visite:
|Association Fort de Litroz - J.-C. Moret||© 2002 - 2017|