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John Hadcock s’est vu poser un ultimatum par sa femme Laura : aller courir avec Sunny, leur nouveau chiot, pour éliminer son trop-plein d’énergie ou le ramener chez l’éleveur. John Hadcock s’est donc mis au jogging. Lors de sa première sortie, il a dû s’arrêter après moins d’un kilomètre. Pourtant expert dans l’étude de l’obésité et des maladies métaboliques, il était arrivé à la cinquantaine en surcharge pondérale et continuait à fumer. « Il était évident que je n’appliquais pas ce que je prêchais », raconte-t-il.
Au cours des deux années suivantes, de 1997 à 1999, John Hadcock a couru de plus en plus loin et de plus en plus vite. Il a arrêté de fumer, perdu 18 kilos, et Sunny et lui n’ont pas tardé à atteindre la barre des 24 kilomètres. Aujourd’hui, John Hadcock, directeur de l'unité des maladies cardiovasculaires et métaboliques (CMD) des Instituts Novartis pour la recherche biomédicale (NIBR), court un marathon par an, généralement celui de Boston, et, lorsqu’il se donne à fond, il parvient à réaliser la performance éblouissante de 5 kilomètres en 17 minutes.
Lorsque vous suivez un régime, vous allez à l'encontre de ces caractéristiques biologiques... Désormais, je sais pourquoi les gens ont des problèmes de poids.
Sa remise en forme, sans oublier ses efforts pour rester à ce niveau, ont également renouvelé sa détermination à découvrir de nouveaux médicaments pour traiter l’obésité. Ces efforts ont récemment été récompensés par la découverte, par son équipe, d’une protéine sécrétée par l'intestin humain qui se révèle prometteuse dans les premiers essais chez l'animal. Elle doit toutefois encore subir une batterie de tests avant que son innocuité et son efficacité puissent être testées chez l'homme. « Notre objectif est de découvrir des traitements sûrs et assurant une perte de poids supérieure à 10 %, affirme John Hadcock. Sur la base de nos essais précliniques, nous pensons que cette protéine pourrait posséder cette propriété. »
Ce n’est que récemment que les sciences biologiques ont commencé à expliquer la manière dont l'organisme régule le poids. Si ce médicament faisait ses preuves, il pourrait être parmi les premiers d’une série de nouveaux médicaments efficaces contre l’obésité, et même très efficaces, car ils sont fondés sur des données scientifiques.
Faire pencher la balance
Le besoin de nouveaux médicaments sûrs et efficaces pour la perte de poids n’a jamais été aussi urgent. Avec près d'1,4 milliard d’adultes en surcharge pondérale et plus d’une personne sur dix considérée comme obèse selon l’Organisation mondiale de la Santé, l’épidémie d’obésité est aujourd’hui mondiale. L'obésité touche des personnes de tous âges et de tous niveaux de revenus, partout dans le monde.
« L’obésité saute aux yeux, mais certains n'en ont pas conscience, déclare Randy Seeley, professeur de chirurgie de l'University of Michigan Health System, spécialiste de l’obésité et collaborateur de John Hadcock. Chacun pense que l’obésité commence chez quelqu’un de plus lourd que lui. »
Les répercussions de l’obésité sur la santé constituent le véritable problème. L’excès de poids peut réduire de 10 ans l’espérance de vie des personnes présentant une obésité sévère. Il accroît également le risque de développer un diabète de type 2, une maladie cardiaque, un AVC et certaines formes de cancer.
Malgré les risques engendrés par l’obésité, il existe peu de traitements éprouvés. Cela n’empêche cependant pas les gens de dépenser des milliards (60 milliards de dollars par an rien qu’aux Etats-Unis) en compléments alimentaires et programmes d’amaigrissement dont l'efficacité n'est toutefois étayée par aucune preuve scientifique. Quant à ceux qui bénéficient de telles preuves, poursuit Seeley, ils ne permettent pas de perdre suffisamment de poids ou de tenir sur la durée.
Le bypass gastrique est une intervention chirurgicale très efficace. Elle modifie le système digestif en contournant l’estomac et la partie supérieure de l'intestin. Selon des études réalisées auprès de patients sur le long terme, l’opération leur permet de perdre en moyenne 38 % de leur poids au cours de la première année et de maintenir ensuite une perte de 28 % pendant 14 années.
Toutefois, aux Etats-Unis, 1 % seulement des 15 millions de personnes admissibles pour ce type d'intervention y a effectivement recours. Ce chiffre est loin d’être surprenant. L’intervention coûte cher (environ 25 000 dollars aux Etats-Unis), elle est irréversible et il n’y a pas suffisamment de chirurgiens qualifiés. « Nous avons besoin de solutions applicables à plus grande échelle », conclut Seeley.
Du canapé à la forme olympique
Lorsque John Hadcock a commencé à courir, il était en surcharge pondérale mais pas obèse, à 86 kilos pour 1,77 m. Son parcours, du canapé à la forme olympique en passant par les courses de 5 kilomètres a été relativement facile. Il possède la compétitivité nécessaire pour quitter son lit tous les matins pour aller courir, même durant les hivers froids et enneigés de la Nouvelle-Angleterre. Il est aussi suffisamment discipliné pour réduire son apport calorique même après un entraînement épuisant. « Je ne fais jamais rien à moitié », confie-t-il.
Mais le maintien de son poids au cours des 14 dernières années n'a pas été sans mal. « Il a perdu son sens de l’humour », plaisante sa femme.
Moins de bière, moins de frites, mais plus de kilomètres : c'est le prix à payer. Et c’est la raison pour laquelle la plupart des gens reprennent le poids perdu uniquement grâce à un régime et à de l’exercice. « Personnellement, cette expérience renforce ma conviction du bien-fondé du travail que j’effectue depuis de nombreuses années, affirme John Hadcock. Désormais, je sais pourquoi les gens ont des problèmes de poids. »
Ce que John Hadcock savait d’un point de vue intellectuel et qu'il ressent aujourd’hui dans ses tripes c'est que le corps régule activement son poids. Lorsque l’on réduit les calories, les tissus de l'intestin, de l’estomac, les graisses et les muscles envoient des signaux de faim au cerveau. Le corps réclame plus de nourriture. « Lorsque vous suivez un régime, vous allez à l'encontre de ces caractéristiques biologiques, poursuit Seeley. Si l'on ne modifie pas le système biologique, il vous ramènera à votre point de départ. »
Il y a des années, les chirurgiens attribuaient le succès du bypass gastrique à son mécanisme : une poche stomacale plus réduite peut contenir moins de nourriture. Mais l’aspect mécanique n’explique pas le fait que les gens ressentent moins la faim après l’intervention. La plomberie est différente, mais la biologie l'est également. John Hadcock a décidé de découvrir ce qui avait changé et d’évaluer dans quelle mesure ces modifications pouvaient conduire à de nouveaux médicaments de lutte contre l’obésité.
Remplacer le bistouri par des médicaments
Ryan Streeper, responsable de projet au sein de l'équipe de John Hadcock, a collaboré avec des chirurgiens de l'équipe qui a réalisé un bypass gastrique sur des rats obèses. Certains ont eu droit à une opération « factice », d’autres à un bypass. Plusieurs semaines plus tard, alors que les rats qui avaient subi un bypass affichaient une perte substantielle de poids, l’équipe a comparé leurs tissus à ceux du groupe témoin. L’équipe a examiné tous les tissus liés au métabolisme, à la recherche de changements dans les niveaux d’activité des facteurs biologiques.
L’un de ces facteurs avait considérablement augmenté. Une protéine sécrétée par la partie médiane de l’intestin était sept fois plus élevée après le bypass. « C’était assez frappant », dit John Hadcock.
L’équipe a formulé à partir de cette protéine un médicament qu’elle a donné à des souris obèses. Les souris ont mangé moins et perdu quelque 30 % de leur masse corporelle, principalement de la graisse. Ces résultats étaient similaires à ceux observés avec la chirurgie de bypass. La protéine n’avait jusqu’à présent jamais été identifiée comme un régulateur de l’appétit, aussi l’équipe de John Hadcock tente d’en comprendre le fonctionnement. « Nous pouvons essayer d’en faire un médicament sans savoir exactement comment cela fonctionne, mais plus nous en savons, plus grandes sont nos chances de succès », explique Streeper.
Bien que les résultats préliminaires de cette recherche soient prometteurs, il reste beaucoup de travail pour développer une forme humaine du médicament et en confirmer l’innocuité et l’efficacité. « Nous avons déjà franchi quelques obstacles, commente John Hadcock, mais il en reste beaucoup d’autres. »