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Sans répondre aux attentes du thriller psychologique, du moins dans un premier temps, La propera pell enchante autant qu'il surprend.
Suite à un accident, Léo (Alex Monner) disparaît. Ce n'est que huit ans plus tard, grâce à l'aide bienveillante de Michel (Bruno Todeschini), accompagnant d'un centre d'accueil pour jeunes adolescents, que la possibilité lui est offerte de retrouver sa mère et le village de son enfance, au pied des Pyrénées. Frappé d'une amnésie dissociative, des zones d'ombres troublent ses souvenirs, notamment autour de son père, décédé suite à leur accident. Mais jusqu'à quand? Certains villageois craignent que le mystère autour de cette mort ne soit percé.
Dans ce décor un brin rustre et hostile, on s'attache à la (re)construction de la relation entre Léo et sa mère (Emma Suàrez, récemment vue dans Julieta d'Almodóvar) par des échanges timides, anodins, leur permettant l'essentiel: combler leur solitude respective. Ces moments, observés avec pudeur, donne à l'image son pouvoir d'expression: on s'attarde alors surtout sur leurs gestes ou regards, à la variation du ton selon les émotions qui les traversent.
Les possibilités narratives autour de la perte de mémoire sont judicieusement exploitées, en jouant notamment sur les témoignages de Léo: est-il sincère quand il affirme se souvenir? Et lorsqu'on le suppose mentir face à ses amis qui le questionnent sur son passé, ment-il pour cacher quelque chose de plus sombre ou parce qu'il ne le sait pas lui-même? Fort heureusement, ces interrogations resteront en suspens. L'incertitude finit par prendre des proportions plus conséquentes: si Léo n'était en fait qu'un imposteur se faisant passer pour Gabriel (son nom avant l'accident)? La conviction isolée de l'oncle (Sergi López) de se trouver face à un inconnu s'amplifie et finit par semer la confusion autour de lui et chez le spectateur également, dont le malaise va grandissant. L'ambiance du village hivernal, avec ses chasseurs, ses secrets et le silence qui y règne contribue à l'augmenter. C'est alors que nous basculons dans le thriller: refusant d'y croire, nous cherchons des preuves venant l'innocenter. Rien dans la physionomie d'Alex Monner, parfait pour ce rôle, ne nous donne d'indice. Au contraire, l'ambivalence entre un regard doux mais fuyant, des traits de visage assez durs et un comportement toujours imprévisible nous empêche de le cerner.
Le doute est porté à son comble lors d'une fête de village. Léo et sa mère dansent ensemble en même temps qu'ils évoquent un souvenir d'enfance. On ne compte plus le nombre de films actuels où les moments de danse, expriment une légérté, un oubli de soi et des problèmes. Ici dans l'une des plus belles scènes du film, l'intensité émotionnelle repose sur la substitution subtile de la gaieté et l'insouciance par l'inquiétude qui se lit sur le visage d'Emma Suàrez mais qu'elle tente de dissimuler par un sourire toujours plus instable.
Les coréalisateurs Isa Campo et Isaki Lacuesta conçoivent le projet de film en 2005 déjà. Souhaitant voir Alex Monner dans le rôle principal, ils attendront qu'il grandisse avant d'entamer la production. Le résultat de ces années de maturation est une œuvre réjouissante et captivante du début à la fin.
Sabrina Schwob
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|Sabrina Schwob||18|