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Alberto Giacometti était très lié au Val Bregaglia. Le village de Stampa est resté un point de référence durant toute sa vie. «Il rentrait en novembre, se rappellent les voisins. Quand il n'y avait pas de soleil au fond de la vallée.» Peut-être pour chercher les ombres, mais aussi pour retrouver le microcosme humain de son enfance.Ce contenu a été publié le 10 octobre 2001 - 11:28
Souvent, la mémoire se confond avec les choses lues ou entendues, mais les souvenirs sont encore intenses dans le Val Bregaglia. Et les histoires, vraies ou présumées, s'accumulent dans les récits des habitants.
Tous connaissent la figure du grand artiste, tous en soulignent la modestie et la générosité. A Stampa, nombreux sont ceux qui portent encore le nom de famille de l'artiste. Mais seuls les plus anciens ont connu personnellement Alberto Giacometti.
Lié à sa mère
Le lien d'Alberto avec sa vallée passait par sa maman, Annetta. «Chaque jour, se souvient la voisine de maison Laura Semadeni-Dolfi, la maman recevait une lettre d'Alberto ou de Diego. Puis, dans les années soixante, le téléphone sonnait vers une heure de l'après-midi.» C'étaient les fils qui, de Paris, se souciaient pour leur mère, veuve depuis 1933.
Régulièrement, les deux frères lâchaient l'atelier de Paris pour retourner dans la vallée. Mais jamais ensemble. «Ils disaient que l'un des deux devait rester à l'atelier, pour s'occuper du travail, pour ne pas laisser sécher les œuvres commencées», expliquent les voisins.
«Alberto arrivait en novembre, quand les journées étaient courtes», raconte Sina Dolfi-Giacometti qui était très proche de la famille. «Il cherchait les ombres plutôt que la lumière de notre vallée», ajoute sa fille Laura. En effet, à cette saison, le soleil est arrêté par les cimes des montagnes et n'atteint pas le fond de la vallée.
«Il n'arrivait plus à partir»
Alberto restait au moins un mois, souvent même plus longtemps. «Il ne réussissait plus à partir, se souvient la voisine. Il nous disait «je m'en vais, je m'en vais.» Il le disait en français, mais ensuite, il renvoyait tout de même son départ.»
«Il aimait rester ici, aux côtés de sa maman, même s'il n'allait pas se promener en montagne. Ce n'était pas un touriste. C'était un des nôtres.» Il restait pratiquement toujours au village, dans l'atelier de son père, pour dessiner, ou dans le restaurant d'en face.
Au village, Alberto était simplement un «bregagliotto» (habitant de la vallée), qui habitait ailleurs mais rentrait chaque année à la maison. Certes, c'était un artiste, une personne au travail extraordinaire. «Mais son père, lui-aussi, était déjà un artiste», relativise Laura Semadeni.
«Cette branche de la famille Giacometti n'a jamais cultivé la terre comme les autres. Mais personne ne faisait ces distinctions sociales», se souvient Laura qui, avant de se marier, vivait en face de chez «anda Aneta» - la tante Annetta -, le surnom de la maman d'Alberto dans le village.
«Chaque jour, elle venait au magasin pour acheter des cigarettes. Elle fumait beaucoup et ses doigts étaient jaunis par le tabac.» Puis, en fin d'après-midi, elle s'asseyait à une table du restaurant de Stampa pour discuter avec les hommes du village. «Elle savait beaucoup de choses, et elle était gentille», ajoute Sina Dolfi-Giacometti, la maman de Laura, et cousine des artistes.
L'intérêt pour la personne
«Je ne pense pas que sa peinture intéressait les habitants de la vallée, et, de toute façon, il n'en parlait jamais, il ne se mettait pas au centre de l'attention», ajoute Sina Dolfi-Giacometti. Rare étaient ceux qui s'intéressaient directement à son travail.
«Un enseignant et un employé de la banque étaient allés le trouver à Paris, mais pas les autres. Personne ne savait exactement ce qu'il faisait, même si, parfois, il offrait spontanément des dessins.» Ce n'est que lorsque sa célébrité fut consolidée que les habitants commencèrent à s'y intéresser.
«J'avais entendu à la radio qu'il avait reçu un prix important, poursuit Sina Dolfi. J'étais allée le féliciter. Mais lui, il faisait comme si de rien n'était. Il riait. Il était comme ça, conclut la plus qu'octogénaire. Ils sont comme ça, les artistes.»
Daniele Papacella, Stampa
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