Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07161.jsonl.gz/135

«Ce fut à cette époque que je fis connaissance avec la première femme d’un esprit supérieur que j’ai connue, et l’une de celles qui en avait le plus que j’ai jamais rencontrées. elle se nommait Mme de Charrière. C’était une hollandaise d’une des premières familles de ce pays, et qui dans sa jeunesse avait fait beaucoup de bruit par son esprit et la bizarrerie de son caractère.» C’est en ces termes que benjamin Constant relate, dans Ma vie, sa rencontre avec Isabelle de Charrière en mars 1787. Cette rencontre allait donner lieu à une liaison célèbre de l’histoire littéraire entre une dame hollandaise un peu étrange et le très jeune homme qu’est alors Constant : il a vingt ans, elle quarante-sept. Cette «bizarrerie» a de quoi surprendre aujourd’hui encore, et, longtemps en effet, cette liaison a elle-même infléchi la réputation d’Isabelle de Charrière. Constant l’immortalisa non seulement dans son autobiographie mais également dans son roman Adolphe, dans lequel il fait apparaître Isabelle de Charrière sous les traits d’une « femme âgée » à laquelle il accole plus que généreusement l’adjectif « bizarre ».