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Détruire, oui. Sinon, sur quoi construire ?
Les sujets se voilent les yeux pour ne pas voir la trogne des nouveaux princes, mais n'imaginent pas pouvoir se passer de princes.
Te souviens-tu de cette maigre affichette que d'autres que vous, et que moi, avant vous et avant moi, apposèrent, il y a bien quinze ans de cela, sur les murs de la capitale ? On y lisait ceci : l'annonce d'une "révolution sanglante, impitoyable, qui détruise radicalement tous les fondements de l'ordre social d'aujourd'hui et anéantisse tous les partisans du système en vigueur". Et les auteurs ajoutaient : "nous n'en avons pas peur, bien que nous sachions qu'il en coûtera des flots de sang"...
C'était bien péremptoire, mais c'était bien dit. Et pourtant, ils étaient bien seuls à le dire. Et seuls, nous le sommes toujours, à le vouloir -moi, bien sûr, là où je suis, mais vous aussi, qui refusez d'admettre que c'est bien cela, une révolution, "des flots de sang"... vous êtes seuls, si forts que vous vouliez, et si solidaire que vous soyez, entre vous. Vous êtes seuls, étrangers à votre propre classe, n'en trouvant aucune autre qui vous accepte, et ne pouvant compter que sur vous, avec la certitude qu'au bout de votre chemin, il y a votre mort. Savez-vous ce que vous êtes ? Des prophètes... Et vous souvenez-vous comment finissent les prophètes ?
Quand vos beaux principes défailliront, si vous refusez de défaillir avec eux, vous ne pourrez les sauver et sauver la foi que vous avez en eux, que d'une seule manière : mourir pour eux.
Mais d'ici là, il vous faudra bien apprendre à vous salir les mains.
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