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ADAM, Jean-Michel (1992)
Les Textes Types et prototypes. Récit, description, argumentation, explication et dialogue .
Paris: Université / Seuil
(PS, juin 2000)
Est-il possible de construire une théorie du texte? A cette question, Jean Molino, que réfute Jean-Michel Adam, répond par la négative. Selon Molino, qui représente une
tendance radicale mettant en question
l'idée même de linguistique du texte, les typologies de texte sont inopérantes.
Or, sur ce point, Adam se montre d'accord. Avec Charolles, il pense que
la typologie des textes est un domaine [...] extrêmement délicat. Il va d'ailleurs y renoncer. La diversité des textes et leur hétérogénéité ne permettent nullement de les classer.
Ce qui ne signifie pas qu'Adam renonce à toute idée de typologie. Mais il repense ce problème à partir des intuitions de Bakhtine, selon lequel « nous parlons par énoncés et non par propositions isolées », et qui présuppose l'existence de
"genres du discours" antérieurs - comme la langue elle-même - à la littérature [et aux textes], qu'ils dépassent par leur généralité. Cette hypothèse, selon Adam,
a le mérite de fonder la complexité des formes les plus élaborées sur un certain nombre de formes élémentaires qu'il faut probablement considérer comme prototypiques.
Ces formes élémentaires, Adam les nomme séquences. Ce ne sont pas des textes, ou très rarement. Cependant, combinées entre elles, elles peuvent en constituer. Pour Adam,
un TEXTE peut être considéré comme une configuration réglée par divers modules ou sous-systèmes en constante interaction. Ou encore:
Un texte est une séquence d'actes de discours qui peut être considérée elle-même comme un acte de discours unifié. Ou encore:
Un TEXTE est une structure hiérarchique complexe comprenant n séquences - elliptiques ou complètes - de même type ou de types différents.
Une telle pensée du Texte a pour avantage de permettre de tenir compte de sa complexité ainsi que de l'hétérogénéité de ses composantes, tout en mettant en évidence l'unité qui le constitue en tant que texte.
Quant aux types retenus, Adam opère un déplacement de l'analyse de Bakhtine du champ socio-linguistique des genres discursifs en direction de celui plus étroitement linguistique de la textualité. Il en retient cinq: les séquences a) narratives, b) desciptive, c) argumentative, d) explicative, et e) dialogale.
Je n'entre pas dans le détail de l'organisation de chacune de ces séquences. Pas plus qu'il ne me semble intéressant de discuter le bien fondé de cette typologie, qui, Adam le reconnaît, est
une parmi d'autres (on pourrait tout aussi bien, par exemple, classer les textes selon les mondes sémantiques qu'ils constituent), et qui est retenue en fonction d'objectifs didactiques. En revanche, il est important de noter que si ces séquences, dans un texte, peuvent se suivre de fašon linéaire, elles peuvent également intervenir en même temps.
Ce qui me paraît intéressant, dans cette théorie, c'est que le Texte est envisagé comme une combinatoire de séquences formant une unité (même si cette dernière peut, dans certains cas, être difficilement repérable). Le Texte (objet abstrait) se distingue ainsi de tel ou tel texte particulier. Le Texte peut par ailleurs être pensé comme étant hétérogène tout en étant cohérent.
Par rapport à la notion de « nouvel espace textuel » qui nous occupe, on peut se demander si ce nouvel espace ne consiste pas en des types particuliers d'organisations de séquences. Dans un texte comme Mobile de Butor, par exemple, c'est la co-présence de différentes séquences qui est essentielle, plus que leur successivité. Par ailleurs, l'hétérogénéité des diverses séquences est particulièrement frappante, et leur unité n'est pas de l'ordre de l'évidence.