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Composition de l’éjaculat et mécanismes de l’émission du sperme
Hervé Lucas
L'éjaculat est constitué par le mélange des sécrétions provenant du testicule, de l'épididyme, des vésicules séminales, de la prostate, ainsi que des glandes de Littre et bulbo-urétrales de Cowper (figure 1), au sein desquelles baignent les spermatozoïdes.
L'éjaculat normal est un fluide faiblement visqueux qui a une couleur opaline. Il coagule peu après son émission et se liquéfie en 10 à 30 minutes. La méthodologie d’analyse du sperme sera détaillée dans le chapitre " spermogramme et spermocytogramme ".
L'éjaculation normale se décompose en plusieurs étapes. Tout d'abord, une stimulation génitale ou extragénitale provoque l'excitation d'un centre médullaire situé entre T10 et L2 qui met en oeuvre l'arc réflexe d'émission spermatique. Cette émission consiste en l'arrivée des différents constituants, d'abord prostatiques puis épididymo- testiculaires et enfin des vésicules séminales, dans la chambre de pression formée dans l'urètre prostatique qui se situe à la confluence de la voie séminale et de l'urètre. L'ensemble des sécrétions s'accumule dans le sinus prostatique fermé en haut par le sphincter lisse vésico-urètral et en bas par le sphincter strié sous montanal jusqu'au moment de l'expulsion. Celle-ci est réalisée grâce à la relaxation intermittente du sphincter strié qui permet le passage du sperme dans l'urètre bulbaire et aussi grâce à la contraction rythmique des muscles du plancher pelvien, bulbo-caverneux et ischio-caverneux. La pression d'expulsion dépend de la force de contraction de ces muscles mais aussi de l'efficacité de l'occlusion du sphincter lisse cervico-urètral. L'expulsion normale du sperme est antérograde mais un dysfonctionnement de l'un des éléments impliqués peut être à l'origine d'une éjaculation pathologique comme peut l'être "l'éjaculation rétrograde " qui sera développée dans le chapitre du même nom.
On distingue quatre fractions dans l'éjaculat :
- la fraction pré-éjaculatoire;
- la fraction préliminaire;
- la fraction principale;
- la fraction terminale.
La fraction pré-éjaculatoire survient au moment de la phase d'excitation sexuelle. Les sécrétions proviennent des glandes de Cowper et de Littre qui sembleraient jouer un rôle de lubrification pour l'écoulement du sperme.
La fraction préliminaire provient des glandes prostatiques et contient des enzymes qui permettront la liquéfaction de l’éjaculat.
La fraction principale est constituée par le mélange des sécrétions prostatiques et des vésicules séminales. Ce mélange est réalisé dans l'urètre intra-prostatique au cours de la phase d'émission. Les sécrétions des vésicules séminales et de la prostate sont plus particulièrement impliquées dans la formation du coagulum séminal, dans la modification de la mobilité des spermatozoïdes et dans l'immunosuppression.
La fraction terminale est constituée des sécrétions des vésicules séminales et est plus fluide.
Le sperme a donc une constitution hétérogène qui se modifie au cours de l'éjaculation. L'expulsion s'effectue en 4 à 6 fractions et les deux tiers des spermatozoïdes sont contenus dans la première moitié de l'éjaculat . Le sperme peut donc être recueilli de manière fractionnée pour son étude ou son utilisation dans le cadre d'inséminations intra-cervicales.
Les fonctions du plasma séminal sont multiples. Il exerce un rôle mécanique lors du coït, il stabilise la membrane du spermatozoïde et modifie sa mobilité, sa condensation nucléaire, sa congélabilité et masque les antigènes de surface. Le plasma séminal a également une action sur les voies génitales féminines en inhibant les réactions immunitaires et en stimulant le péristaltisme tubaire pour accélèrer la remontée des spermatozoïdes. Toutes les composantes du plasma séminal doivent être présentent pour que ces différentes activités s'expriment. Ainsi, l'origine des sécrétions se décompose en :
- 5% glandes de Cowper;
- 20-40% prostate;
- 10-20% épididyme;
- 40-60% vésicules séminales.
L’évaluation des paramètres biochimiques du sperme, de certaines de ses caractéristiques physiques (volume, pH, viscosité) ainsi que les données du spermogramme-spermocytogramme, donneront des indications précieuses pour identifier une pathologie à l’origine de l’infertilité masculine.