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Dès les années 1950, les dangers du tabac sont confirmés par plusieurs études. Ces données alertent l’opinion publique. Cependant, c’est seulement dès 1999 que la prévention du tabagisme est devenue une priorité de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). En 2003, à Genève, les Etats membres de l’OMS ont adopté la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) pour lutter contre le tabagisme à l’échelle mondiale. Cette Convention a pour objectif de protéger les populations des conséquences de la consommation de tabac, en adoptant une stratégie globale mettant en place des mesures structurelles et comportementales. Les mesures préconisées sont complémentaires et se renforcent les unes les autres ; elles visent à réduire durablement le tabagisme.
Les principales mesures recommandées par la CCLAT pour réduire la demande de tabac sont :
Les principales mesures recommandées pour réduire l’offre de tabac sont :
La CCLAT précise de plus que les pays doivent veiller à ce que leurs politiques de santé publique ne soient pas influencées par les intérêts de l’industrie du tabac (lien). Cet élément apparaît comme la condition préalable indispensable pour l’élaboration et l’application d’une stratégie de prévention du tabagisme efficace.
La Convention est entrée en vigueur en février 2005. Elle a été ratifiée par 180 pays, y compris par l’Union européenne (état 2016). Cette Convention-cadre de l’OMS donne des obligations juridiques aux pays qui y ont adhéré. La Suisse a signé la Convention en juin 2004, exprimant ainsi la volonté du Conseil fédéral de mettre en œuvre le projet de l’OMS en Suisse. L’objectif à terme est la ratification.
Les mesures structurelles agissent sur le milieu de vie des individus en créant des conditions favorables à une vie sans tabac. Lorsqu’elles sont bien appliquées, ces mesures sont efficaces et amènent à une diminution importante de la consommation globale de tabac. Par ailleurs, elles sont aussi efficaces qu’économiques pour les Etats et les contribuables, et sont donc des mesures de à encourager.
Augmentation du prix des produits du tabac
Il s’agit de limiter l’accès aux produits et ainsi de dissuader les personnes de consommer. L’augmentation du prix des produits du tabac, en majorant les taxes, est reconnue comme la mesure la plus efficace pour réduire la consommation de tabac. Elle l’est en particulier pour les jeunes en raison de leur budget limité. Pour être efficaces, les augmentations doivent privilégier des hausses importantes et non graduelles (au moins 10% du prix du paquet).
Les multinationales du tabac estiment que le commerce illicite s’explique par les impôts élevés sur le tabac. La réalité est toutefois plus complexe : en effet, le commerce illicite de cigarettes est moins répandu dans les pays riches qui pratiquent des prix élevés sur les cigarettes que dans les pays pauvres dans lesquels les cigarettes sont vendues moins cher. D’autres facteurs que le niveau de prix expliquent le commerce illicite. Il s’agit notamment de l’existence de canaux de distribution informels, la criminalité organisée, la participation de l’industrie du tabac et la corruption.
Interdiction de fumer dans les lieux publics et les espaces de travail
Il s’agit d’abord de protéger la population des méfaits du tabagisme passif. Le bénéfice de ces interdictions sur la santé de la population, et du personnel de la restauration en particulier est réel et a été démontré. Ces interdictions ont aussi un impact sur les fumeurs : le fait que les endroits où il est possible de fumer deviennent plus rares peut conduire certains fumeurs à diminuer leur consommation, voire même à arrêter. Le fait que fumer dans les lieux publics ne soit plus admis, et donc moins visible, contribue aussi à changer l’image sociale de tabac. La non-banalisation de la consommation a un effet préventif, surtout à l’égard des plus jeunes qui sont ainsi privés de « modèles » qui fument.
Réglementation de la composition des produits du tabac
Il s’agit de fixer les quantités maximales admises de goudrons, de nicotine et de monoxyde de carbone pour les différents produits du tabac. Il s’agit aussi de définir les additifs autorisés dans le tabac ainsi que leurs teneurs maximales. Cela permet de diminuer les substances nocives absorbées par les fumeurs.
Réglementer l’emballage des produits du tabac
Cette mesure vise à informer le public des conséquences pour la santé de la consommation de tabac et à réduire l’attrait des emballages de tabac.
Les mises en garde illustrées sur les paquets améliorent l’information sur les méfaits et augmentent la perception des risques. Elles augmentent aussi la motivation des fumeurs à diminuer et/ou à arrêter de fumer.
Il s’agit aussi d’interdire les étiquetages qui donnent la fausse impression aux consommateurs que tel ou tel produit est moins dangereux. Les mentions telles que « à faible teneur en goudrons », « légère », etc. doivent dans cette perspective être supprimées.
La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac recommande d’introduire des paquets ternes et « génériques », appelés « paquet neutre ». Ce dernier se définit par une absence de tout « accessoire » publicitaire rappelant la marque (couleurs, images de marque, etc.). En revanche, la marque dénominative est conservée. Les emballages des produits du tabac, actuellement vendus, sont conçus par les cigarettiers comme de véritables supports publicitaires. Ils attirent des consommateurs de plus en plus jeunes et font oublier la dangerosité du tabac. Le paquet neutre contribue à empêcher une présentation trompeuse des produits du tabac, à diminuer leur attrait et à renforcer l’impact des messages de santé en les rendant plus visibles. L’Australie applique les paquets neutres depuis 2012. La France et la Grande-Bretagne font pareil depuis mai 2016. La Nouvelle-Zélande, la Norvège et d’autres Etats encore ont récemment annoncé qu’ils voulaient en faire de même.
Interdiction de toutes formes de publicité en faveur du tabac, de promotion et de parrainage
La publicité en faveur du tabac, la promotion et le parrainage influencent la consommation. Ces stratégies attirent de nouveaux consommateurs, en particulier les jeunes, maintiennent voire augmentent la consommation de tabac des fumeurs, démotivent ceux qui veulent arrêter et encouragent les anciens fumeurs à recommencer.
La publicité en faveur du tabac véhicule une image fausse du tabac, en le présentant comme un produit de consommation « normal », comme les autres ; cette « normalisation » du tabac augmente son acceptabilité sociale et rend le travail de prévention plus difficile.
La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac recommande l’interdiction de la publicité en faveur du tabac, de la promotion et du parrainage car elle fait partie des mesures structurelles jugées efficaces pour lutter contre le tabagisme, notamment auprès des jeunes. Pour être efficace, l’interdiction de la publicité doit toutefois être globale, en s’appliquant à toutes les formes de marketing. Il est démontré (étude menée pour le compte de la Banque mondiale) qu’une interdiction totale de la publicité pour le tabac peut entraîner une diminution de la consommation de 7 %.
Interdiction de la vente de produits du tabac aux mineurs
Il s’agit de protéger la jeunesse des risques de la consommation de tabac en limitant l’accès aux produits. Une telle interdiction permet aussi d’être cohérent avec le travail d’information et de sensibilisation en rappelant au public que les produits du tabac ne sont pas anodins et représentent un danger pour la santé. Pour être efficace, une interdiction de vente de tabac aux mineurs doit être appliquée de manière active par les autorités et respectée par les détaillants. Elle doit aussi nécessairement s’accompagner d’autres mesures comme un prix élevé et une interdiction complète de la publicité, de la promotion des ventes et du parrainage pour les produits du tabac.
Il est nécessaire de compléter et d’accompagner les mesures de prévention structurelles (mesures législatives et réglementaires) par des actions d’information et de sensibilisation de la population et par des mesures d’aide à l’arrêt du tabac.
Education, communication, formation et sensibilisation du public
Selon la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, l’éducation, la communication et la formation représentent les moyens de sensibiliser le public et d’encourager un changement social concernant la consommation de tabac.
Les activités mises en place dans ce domaine ont pour but d’informer la population sur les conséquences négatives du tabagisme (conséquences sanitaires, socio‑économiques et environnementales) et sur les avantages d’une vie sans tabac. Elles visent aussi à encourager l’arrêt du tabac en travaillant sur la motivation des fumeurs et en informant sur les aides nécessaires et existantes. De manière générale, les actions de sensibilisation visent à faire évoluer les représentations sociales et développer l’esprit critique de la population (individus, groupes, professionnels, politiques, etc.) vis-à-vis du tabac.
Parmi les mesures d’éducation et de communication, on compte les campagnes de prévention grand public, les interventions sur le terrain et la formation des professionnels.
Les campagnes de prévention grand public permettent de générer le débat dans l’espace public et d’augmenter la prise de conscience collective des problèmes liés au tabagisme. Elles permettent d’informer sur les conséquences du tabagisme et les moyens de prévention. Elles ont le rôle de faire évoluer les perceptions et de modifier les normes sociales. Les différentes campagnes menées cette dernière décennie dans le domaine du tabagisme ont contribué à le rendre moins attractif socialement. Les campagnes permettent également de travailler sur les compétences psychosociales des individus (ex. capacité des fumeurs à demander de l’aide, capacité des jeunes à résister aux pressions sociales). Les campagnes de prévention grand public ne sont cependant qu’un des moyens de prévention. Elles doivent nécessairement s’inscrire dans une démarche plus globale (mesures structurelles) et doivent aussi être complétées par des actions ciblées à destination des personnes plus touchées par le tabagisme.
Les interventions sur le terrain permettent de mener des projets spécifiques auprès de publics prioritaires. Même si le nombre de fumeurs a baissé cette dernière décennie dans la population générale, il reste préoccupant dans certains sous-groupes de la population, notamment parmi les jeunes et les populations dites « vulnérables » . On peut accéder à ces groupes cibles en intervenant dans leurs milieux de vie (école, lieu de travail, commune, quartier, hôpital, institution, etc.). Les projets de terrain permettent de sensibiliser des groupes cibles en transmettant des messages adaptés à leurs caractéristiques (âge, sexe, niveau d’éducation, état de santé, culture, etc.). et à leurs besoins. Cette prévention de « proximité » exige l’intervention d’acteurs de la prévention mais doit aussi encourager la coopération du personnel d’encadrement travaillant dans ces milieux spécifiques. En effet, après l’intervention des spécialistes, il est essentiel de laisser agir les professionnels du terrain qui pourront faire vivre les messages dans leur institution et assurer ainsi une « prévention durable ».
La formation de professionnels-relais est ainsi essentielle pour que la question du tabagisme soit portée non seulement par les spécialistes mais également par les diverses institutions. Les professionnels des secteurs social, médical, de l’enfance et de la jeunesse ont un rôle clé à jouer dans la prévention du tabagisme. Ils entretiennent souvent un lien privilégié avec la population et jouissent de la confiance des individus avec lesquels ils sont en lien. Chaque consultation, prise en charge, entretien, encadrement est ainsi l’occasion de transmettre des messages de prévention. Pour assurer ce rôle de multiplicateurs, les professionnels peuvent être préparés et formés. Les formations leur permettent d’acquérir les connaissances théoriques et les compétences pratiques nécessaires pour devenir acteurs de la prévention du tabagisme. Elles permettent aussi, en amont, de faire évoluer leurs propres représentations vis-à-vis du tabac et de favoriser ainsi l’adoption d’attitudes et de postures professionnelles en adéquation avec la prévention du tabagisme.
Mesures d’aide à la prise en charge de l’arrêt du tabac
Les bénéfices de l’arrêt du tabac sont indiscutables. Or il est difficile d’arrêter de fumer car la dépendance (lien) est très forte : une grande majorité de fumeurs souhaitent arrêter de fumer, beaucoup ont essayé, mais très peu réussissent. On estime à un tiers les chances de succès pour chaque tentative.
La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac recommande donc aux Etats de fournir une aide comportementale ou médicamenteuse, ou une combinaison des deux, aux consommateurs de tabac pour les aider à renoncer au tabac. Elle précise par ailleurs que les mesures d’aides doivent être accessibles et à un coût abordable : elles ne devraient exclure personne et être adaptées aux besoins individuels de chaque consommateur de tabac.
Afin d’être le plus efficace possible, les mesures de traitement de la dépendance à l’égard du tabac doivent être mises en œuvre en synergie avec les autres mesures de prévention du tabagisme.