Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07153.jsonl.gz/595

Résumé
« L'insuffisance cardiaque» et les «cardiopathies congénitales à l'âge adulte», les deux thèmes principaux de ce numéro, se caractérisent par une prévalence en voie d'augmentation. Dans les deux cas, et à première vue paradoxalement, le progrès de la médecine cardiovasculaire accompli dans la deuxième moitié du siècle dernier a contribué à ce développement épidémiologique.L'augmentation de la prévalence de l'insuffisance cardiaque reflète en grande partie la diminution de la mortalité précoce de la maladie coronarienne, grâce au traitement médicamenteux et interventionnel, chirurgical ou non chirurgical. Ainsi, le revers de la médaille d'un traitement efficace à la phase aiguë de la maladie coronarienne est que plus de patients vivent avec les complications tardives de la maladie, notamment avec l'insuffisance cardiaque. En fait, au cours des vingt dernières années, le nombre de nouveaux cas d'insuffisance cardiaque par an a plus ou moins doublé. Selon des estimations d'après un échantillonnage effectué récemment en Suisse, environ 100 000 patients souffrent aujourd'hui d'une insuffisance cardiaque dans notre pays, un chiffre qui va continuer à augmenter. Cela semble donner raison au cardiologue néerlandais Hein Wellens, qui concluait à la fin du siècle qui vient de s'achever que la cardiologie avait fait des progrès spectaculaires, mais que les approches thérapeutiques des maladies cardiovasculaires étaient restées largement palliatives.1 L'augmentation du nombre de patients avec insuffisance cardiaque, qui est le stade terminal de nombreuses affections cardiovasculaires, en est une des conséquences. L'arrière-goût négatif du mot «palliatif» cache quelque peu le fait que le progrès, notamment dans le traitement de la maladie coronarienne, permet de faire gagner aux patients des années de bonne qualité de vie. De plus, dans les dernières années, des progrès importants ont été faits visant à retarder la progression de l'insuffisance cardiaque, comme en témoigne la mise au point des possibilités thérapeutiques décrites dans les premiers trois articles de ce numéro. Malgré cela, la constatation de Wellens doit nous inciter à recourir davantage à des mesures préventives, aussi bien de la maladie sous-jacente que du «remodelage» du cur, qui souvent précède l'insuffisance cardiaque. Sans doute, nous sommes au début d'un siècle qui va voir le développement de traitements curatifs de l'insuffisance cardiaque. La recherche en cours sur le «remplacement» des cellules malades entières (transplantation de myocytes), ou des molécules défectueuses à l'origine de la défaillance cardiaque (par exemple : transfection de la pompe de calcium des myocytes, SERCA2) en sont des exemples.Dans une certaine analogie à l'insuffisance cardiaque, l'augmentation de la population adulte de patients avec une cardiopathie congénitale reflète l'amélioration de l'espérance de vie des patients avec malformations de complexité modérée (par exemple : tétralogie de Fallot) ou sévère (par exemple : transposition des gros vaisseaux) qui, sans intervention chirurgicale, survivent rarement jusqu'à l'âge adulte. Rappelons qu'avant l'ère de la chirurgie des cardiopathies congénitales, moins de 10% des patients souffrant d'une tétralogie de Fallot atteignaient l'âge de 20 ans, tandis qu'aujourd'hui, le pourcentage correspondant dépasse 85% pour les patients opérés. Par extrapolation de registres d'autres pays, on estime qu'environ cent dix nouveaux patients avec une cardiopathie congénitale complexe corrigée arrivent chaque année à l'âge adulte en Suisse. Cette population comprend déjà aujourd'hui environ 2000 patients seulement en Suisse romande. Palliation ou guérison ? Malgré le fait que la majorité de ces patients peuvent mener une vie normale, il persiste souvent des lésions résiduelles et l'on ne dispose à l'heure actuelle que de peu de suivi à long terme. Quand le patient avec une cardiopathie congénitale quitte l'âge pédiatrique, des questions fondamentales pour sa vie ultérieure se posent souvent telles que : «Quel est le risque d'une grossesse ?», «Quelle profession serai-je en mesure d'exercer ?», ou encore «Puis-je faire du sport de compétition ?». Le suivi de ces patients n'est pas possible de manière optimale sans la collaboration interdisciplinaire étroite entre le médecin traitant, le cardiologue «adulte», le cardiopédiatre, et le chirurgien cardiaque, mais également avec d'autres spécialistes tels que l'obstétricien, le généticien ou le neurologue. Deux articles de la deuxième partie de ce numéro abordent des questions sur la prise en charge par le médecin «adulte» de ce nouveau groupe de patients.Le dernier article de ce numéro est consacré à une variation congénitale fréquente du cur, dans la majorité des cas bénins, le foramen ovale perméable ou «FOP». Le FOP attire beaucoup d'intérêt ces dernières années comme possible «chemin» d'embolies paradoxales chez des patients avec accident vasculaire cérébral.Il me reste à espérer que le choix des sujets de ce numéro suscitera l'intérêt du lecteur et que ce numéro fournira au praticien des informations nouvelles et utiles sur des sujets d'actualité en cardiologie.