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Le fait que l'Allemagne soit toujours en vie dans ce Mondial doit beaucoup à un joueur qui intrigue, et dont tous les spécialistes se demandent où il était caché depuis toutes ces années. Son nom: Niclas Füllkrug. Son sunrom: «Fülle» (plénitude). Ou «Lücke» (écart), à cause de l'espace entre ses dents. Ou «hässlicher Vogel» (oiseau de malheur).
Niclas Füllkrug a plus de noms de scène que tous les internationaux allemands réunis. Ce qui n'est pas surprenant quand on regarde 14 mois en arrière et le roman qu'est devenu sa carrière. A cette époque, il joue avec le Werder Brême en deuxième division. Il est souvent remplaçant et lorsqu'il est autorisé à entrer sur le terrain, c'est pour déclencher les rires dans les stades de Karlsruhe, Dresde et Rostock. De qui se moque-t-on? D'un attaquant qui ne toucherait pas le bus de l'équipe à trois mètres.
C'est lorsqu'il a commencé à marquer en septembre, tout juste promu en Bundesliga, que son nom est apparu sur les écrans radars de l'équipe nationale. Mais toujours avec un point d'interrogation: est-ce vraiment assez? Le saut en Coupe du monde n'est-il pas trop grand pour un joueur qui n'est jamais allé plus loin que Fürth, Nuremberg, Hanovre et Brême? Les interrogations demeurent. Même en l'absence sur blessure des deux meilleurs buteurs allemands de Bundesliga, Timo Werner et Lukas Nmecha.
D'abord, Niclas Füllkrug devait être un plan B, à n'utiliser qu'en cas d'urgence. Ou si aucun des nombreux joyaux de l'équipe allemande ne brillait. Mais n'est-ce pas précisément là le rôle de Thomas Müller? Ce saltimbanque qui ne rentre dans aucune catégorie, qui réussit les choses les plus difficiles dans une phase de jeu et rate les plus simples dans la suivante? Qui décide des matchs seul, même si cela ne lui semble pas toujours facile. Ou juste pour cette raison. Quoi qu'il en soit, les bijoux sont des bijoux, presque toujours beaux à regarder mais pas indispensables. Tel est Thomas Müller.
L'entraîneur Hansi Flick le perçoit de la même manière. Müller a commencé le Mondial aux côtés de Musiala, Gnabry, Gündogan et Havertz, dans un milieu de terrain transformé en terre d'abondance. Mais l'urgence est survenue dès la première heure. Le Japon a égalisé contre l'Allemagne (1-1). Quiconque a observé Kai Havertz dans ce match s'est demandé à quoi il pourrait bien ressembler avec de la puissance, de la passion et un instinct du buteur. A quelque chose comme Erling Haaland.
Contre l'Espagne, encore une fois, l'Allemagne a très bien joué. Mais encore une fois, on s'est demandé à quoi pouvait bien servir toutes ses jolies combinaisons s'il n'y avait personne pour les terminer. Cette fois, alors que le score était de 0-1, Füllkrug est entré. A la place de Müller, même s'il n'avait rien d'un No 9.
Cette fois, Füllkrug a eu son grand moment. Il a marqué le 1-1 libérateur sans lequel l'Allemagne serait quasiment éliminée du Mondial avant même d'affronter le Costa Rica ce jeudi à 20 heures.
Müller pense que Füllkrug est «exceptionnel sur le plan émotionnel». Mais il n'est pas le seul. «Pour quelqu'un qui est là depuis si peu de temps, il est relativement bruyant et ose beaucoup. Il est bon pour l'équipe», flatte Gündogan. Et coach Flick? «Un très bon garçon avec le cœur au bon endroit.»
Quelle histoire de fou! Le nouveau millionnaire Füllkrug a réagi à son but comme s'il n'y avait rien d'extraordinaire, comme s'il avait égalisé pour Brême sur le terrain d'Augsbourg. Rien dans son comportement, depuis, n'indique qu'il a ramené la joie dans une grande partie d'une grande nation. «Je suis content d'avoir pu laisser une trace dès mon arrivée et que l'équipe pense que c'est bien que je sois là. J'espère que ça continuera comme ça.»
Est-ce que ça peut continuer comme ça? En Allemagne, les avis divergent. Un affreux doute, souvent, subsiste. Mais Müller n'a pas encore tiré au but après deux matchs. Et puisque Leroy Sané prétend que son genou va mieux, cela pourrait devenir encore plus serré pour Müller dans le onze de départ qui affrontera le Costa Rica.
Mais le vétéran du Bayern a une autre idée: «Füllkrug devant, moi en soutien. C'est tout.» Le scénario se répétera-t-il ? Bien sûr, l'Allemagne doit gagner et en même temps espérer que le Japon n'obtienne aucun point contre l'Espagne. Sinon, comme en 2018 et 2021, la fête sera finie après la phase de poules.
L'enjeu, certes, est énorme. Mais pourquoi ne pas aligner Füllkrug d'entrée? Pourquoi renoncer à un véritable avant-centre? Choupo-Moting (Cameroun), Giroud (France), Mitrovic (Serbie): on les revoit plus souvent, ces loups solitaires qui ne savent pas dribbler et n'offrent pas de grand spectacle, qui ne savent pas faire grand-chose d'autre que marquer. Mais le football ne consiste-t-il justement pas à savoir qui inscrit le plus de buts?
Dans un passé récent, certains sponsors pénalisaient lourdement leurs sportives qui tombaient enceintes. La septuple championne olympique Allyson Felix avait ainsi expliqué en 2019 que Nike voulait la payer «70% de moins qu'avant» en raison de sa grossesse. Alors quand Floriane Hot, qui n'a jamais participé aux JO, a appris qu'elle attendait un enfant, elle avait toutes les raisons de croire que «On» ne lui enverrait jamais le contrat de sponsoring dont les deux parties avaient préalablement discuté.