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Romainmôtier
Cinquante ans de concerts
par Vincent Arlettaz
© alpha design
Romainmôtier, dans le Jura vaudois, est un lieu à part: son abbatiale, un des fleurons de l'art roman en Suisse, fut en son temps le centre névralgique d'une communauté au large rayonnement, recrutant de surcroît ses membres dans les rangs de l'aristocratie. Mais avec l'avènement de la Réforme, au XVIe siècle, le monastère fut vidé de sa substance. Passant d'abord en mains bernoises, il échut finalement en héritage au Canton de Vaud lors de la création de ce dernier, en 1803. Il fut long à émerger à nouveau: restauré une première fois au tout début du XXe siècle, il accueille depuis 1964 une série de concerts qui se trouve ainsi être l'une des plus anciennes de notre pays.
Le nom même de Romainmôtier est intimement lié à son histoire millénaire: môtier (ou moûtier) est en effet un toponyme très répandu en régions francophones, remontant au latin monasterium (monastère), et correspondant à l'allemand Münster. «Romain» s'explique par le fait que ladite congrégation, étant protégée par le Pape, n'avait de comptes à rendre à aucun seigneur local. Telle était la théorie du moins. Dans la pratique, les convoitises des comtes de Grandson ou de Salins (en Franche-Comté), de même que des évêques de Lausanne et de Genève -- mais aussi des abbayes soeurs en d'autres régions du Jura, voire des comtes de Genève et de Savoie -- firent de l'histoire de Romainmôtier une histoire plutôt mouvementée. Mais rappelons peut-être pour commencer le rôle fondamental joué par les ordres religieux en ces temps très reculés: nous sommes au plus fort du rayonnement du premier Royaume de Bourgogne (Ve-VIe siècle) lorsque les premiers moines s'installent dans le vallon du Nozon, agréable ruisseau qui serpente entre les premiers plis orientaux du Jura. Au gré de donations royales ou ducales, ils consolident leur installation, multiplient les constructions, essaiment en d'autres congrégations sur les plateaux inhospitaliers du Jura, créent même en 515 le monastère de Saint-Maurice d'Agaune, à l'invitation du roi des Burgondes Sigismond. Comme dans toute l'Europe occidentale à cette époque, les moines sont de véritables pionniers, défrichant la forêt qui s'y était installée depuis la disparition de l'Empire romain; ils rendent ainsi à l'agriculture des surfaces de plus en plus importantes, dont ils assurent eux-mêmes la mise en valeur. Véritables entreprises intégrées, dont les activités vont de l'élevage à la poésie, en passant par l'architecture et la technologie, ces monastères vont littéralement coloniser le territoire, et faire finalement sortir le Moyen Age de sa forêt profonde.
Une histoire mouvementée
Très tôt, la communauté florissante de Romainmôtier obtient la protection du Pape, relayée plus tard par celle de l'Empereur. Au Xe siècle, elle est intégrée à la sphère de l'Abbaye de Cluny, véritable multinationale qui battait sa propre monnaie et imposait peu ou prou son pape à l'ensemble de la Chrétienté. C'est à cette phase qu'appartient l'abbatiale elle-même, construite pour l'essentiel au XIe siècle, c'est-à-dire dans un style roman très pur, imité de la deuxième église de Cluny («Cluny II»; il y en eut trois au total), aujourd'hui disparue. Malgré les convoitises des seigneurs voisins, qui pillent occasionnellement son bétail, usurpent ses droits de pâturage et parfois même rançonnent ses sujets, la communauté bénédictine de Romainmôtier se maintient, et semble même prendre un tour élitiste: aux XIVe et XVe siècles, les moines, au nombre d'une vingtaine seulement, sont majoritairement d'origine noble. Mais au contraire de l'Abbaye d'Agaune -- qui put continuer à se développer jusqu'à nos jours, et qui fêtera même en 2015 ses 1500 ans d'existence ininterrompue -- la Réforme fut fatale à l'Abbaye de Romainmôtier...
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(page mise à jour le 4 octobre 2014)