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Thierry de Saussure, L'inconscient, nos croyances et la foi chrétienne, Cerf, Paris 2009, 316 p.
Livre très dense, dont le sujet passe des connaissances théologiques au discours psychanalytique. Chaque réflexion touche notre histoire en tant qu'individu ainsi que notre sentiment religieux. L'auteur, conscient de l'ambition de l'entreprise, ajoute un glossaire pour expliquer les termes qui peuvent poser problème. -La psychanalyse était au départ en contradiction totale avec la religion et la religion réfutait tout ce qui venait de la psychanalyse (qui admettait la guérison de la névrose quand on avait fait le deuil de la religion). L'auteur nous confesse que son oncle Raymond de Saussure, fondateur de la section européenne de psychanalyse, l'a beaucoup influencé, ainsi que son père, pasteur. Il s'est demandé pourquoi ces deux personnes, qu'il estimait et qui aimaient l'humanité, ne pouvaient pas parler entre elles de leur métier respectif.
A l'âge de 20 ans, Thierry de Saussure commence une psychanalyse, des études de psychologie et une licence en théologie, en espérant que la théologie chassera la psychologie et la psychanalyse, ou l'inverse. Mais pour l'auteur, la théologie féconde la pratique et la connaissance psychanalytique, et vice-versa.
En tant que psychologue, l'auteur critique la religion dite « fonctionnelle », qui remplit la fonction d'assouvir les craintes et les angoisses de l'être humain et s'oppose à « la vraie religion » où Dieu n'est pas la projection de l'être humain mais quelqu'un d'extérieur dans lequel on peut investir. Un exemple didactique d'approche psychanalytique et religieuse se trouve dans le chapitre Trauma et foi. L'auteur y explique comment un choc émotionnel peut amener le sujet à un comportement régressif en raison de l'angoisse. Le psychanalyste se sert du transfert et agit comme Moi auxiliaire, créant l'espace d'une possibilité d'expérience corrective qui pousse vers la sortie de la régression.
Dans cette recherche maturative, il choisit trois exemples (du domaine de la foi) de la Parole de Dieu comme agent guérisseur. Le premier, le Mal, qu'il définit comme le refus d'accepter l'Alliance de vie et d'amour que Dieu propose. Le Mal qui se manifeste par le péché, considéré comme le résultat des errances sans guide, des fausses pistes par rapport à un chemin balisé par l'amour de Dieu. Puis, la Croix, qui n'est pas le besoin d'expiation mais un geste pour délivrer l'humain de son sentiment de culpabilité. La Croix signifie la résurrection et l'impossibilité de tuer Dieu, de tarir la source de la vie. Enfin, Job, qu'il considère comme le plus traumatisé parmi les traumatisés des récits bibliques, mais qui continue sa recherche de ce qu'est Dieu et ce qu'est l'homme.
L'auteur parle aussi de l'Eglise dans une perspective historique et signale que, comme toute institution, elle peut être malade. Mais malade ne signifie pas être définitivement à l'écart du chemin vers la lumière.