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Le théodolite répétiteur
Instrument à usage topographique mais aussi astronomique, le théodolite mesure des angles entre deux directions données soit verticale, soit horizontale. Les angles se lisent sur le pourtour des deux cercles gradués verticaux et horizontaux. Ce théodolite est dit répétiteur car il permet de mesurer plusieurs fois le même angle de visée sans devoir remettre l’instrument à zéro. Les angles mesurés s’additionnent. L’angle cherché s’obtient en divisant la somme de l’angle final par le nombre de mesures effectuées. On obtient ainsi une plus grande précision de la mesure finale.
Fabriqué par le constructeur bernois Ulrich Schenk (1786-1845), l’instrument a appartenu à Jacques Eynard-Châtelain (1772-1847) négociant, astronome amateur et frère du célèbre banquier Jean-Gabriel Eynard. Jacques Eynard-Châtelain s’est servi de cet instrument pour mesurer en 1816 la hauteur méridienne du Soleil et ainsi déterminer la latitude de son observatoire établi dans son domaine de Beaulieu près de Rolle et de la comparer avec celle de l’Observatoire de Genève dirigé alors par le physicien et astronome Marc-Auguste Pictet (1752-1825).
Quelques années plus tôt, ce même Pictet avait établi un rapport élogieux à la Société des Arts de Genève sur une visite qu’il avait fait dans l’atelier d’Ulrich Schenk à Berne. Pictet y décrit notamment une machine à diviser mise au point par le constructeur bernois pour graver avec précision les graduations sur les cercles de ses théodolites. Il mentionne notamment un modèle de cercle horizontal de huit pouces de diamètre dont il ne tarit pas d’éloges: «cet instrument frappe les connaisseurs au premier coup d’œil, par la beauté de son exécution, et par cette justesse dans les proportions qui donne au tout une certaine harmonie », écrit-il dans son rapport.
Il semble que Pictet ait aussi vanté les qualités des théodolites de Schenk à l’astronome anglais John Herschel lors de son séjour en Suisse en 1821 car il fait l’acquisition d’un instrument similaire auprès du constructeur bernois. L’astronome anglais se serait servi de cet instrument pour des mesures de triangulation effectuées en 1837 dans la région du Cap, en Afrique du Sud.
De taille légèrement inférieure à celui de Jacques Eynard-Châtelain, le théodolite de Herschel est aujourd’hui conservé au National Museum de Greenwich à Londres. Ces deux exemplaires sont pour l’instant les seuls théodolites de Schenk qui nous sont parvenus à ce jour. On ignore ce qu’est devenu celui décrit par Marc-Auguste Pictet.
De l’art de la caisse d’emballage
Hormis le fait qu’il soit l’œuvre d’un constructeur très peu connu, le théodolite répétiteur du Musée possède la caractéristique de nous être parvenu dans sa caisse de de transport d’origine avec de nombreux accessoires. Véritable chef d’œuvre d’ébénisterie, la caisse en noyer est conçue pour que chaque accessoire ou partie d’instrument soit rangé dans un endroit précis, calé et fixé par des taquets en bois qui se tournent. Des fentes dans la partie supérieure permettent de glisser le cercle vertical et de ranger verticalement les longs bras de fixation des niveaux à bulle. L’instrument dispose aussi de son trépied sur lequel il est installé lors des mesures sur le terrain. Il manque juste la platine qui s’intercale entre les pieds du théodolite et le trépied.
Liste des accessoires :
Partie inférieure
- Base du théodolite avec le cercle horizontal et la lunette de calage
- Trois pieds amovibles
Partie supérieure
- Lunette de visée et cercle vertical
- Oculaire prismatique, oculaire terrestre et oculaire astronomique
- Deux niveaux à bulle
- 1 contrepoids pour équilibrer la lunette
- Deux filtres solaires
- Dispositif de loupes grossissantes
- Fil à plomb
- Petite lampe à huile
Dans la porte
- 2 Tournevis
- 1 poinçon
Ulrich Schenk (1786-1845)
Après un apprentissage à Munich dans les ateliers du constructeur d’instruments d’optique Georg Reichenbach, il ouvre son propre atelier de construction d’instruments scientifiques à Berne en 1812 avec son frère Christian. Ils fabriquent des théodolites, des baromètres et divers instruments. En 1817, il se sépare de son frère et se lance dans la fabrication de pompes à incendies. Son entreprise fait faillite en 1836. En plus du théodolite, le Musée d’histoire des sciences possède aussi dans ses collections une presse hydraulique ainsi qu’un rhéomètre fabriqués par Ulrich Schenk.
Bibliographie
Pictet Marc-Auguste, Rapport fait à la Société des Arts de Genève…, Bibliothèque Britannica, vol 59, 1815
Turner Anthony, Ulrich Schenk, a forgotten Swiss instrument maker, Bulletin of the Scientific Instrument Society, N° 78, 2005
Cassaigneau Jean et Al. (ed.) Sigrist René.1996-2004. Marc-Auguste Pictet 1752-1825, Correspondances sciences et techniques vol.1, p 213. Slatkine, Genève, 1996