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La saison des éternuements et des rhumes est arrivée.
Pourquoi certaines personnes éternuent-elles bruyamment, d’autres doucement ? Les uns laissent libre cours à leurs sternutations, d’autres s’efforcent de les dissimuler, au risque de s’étouffer.
Un chercheur de Chicago, Alan Hirsch, a établi une théorie à ce sujet. Les éternueurs bruyants seraient extravertis, tandis que les discrets seraient introvertis. Il rapprocha ces effets sonores à ceux du rire. Lorsqu’il publia ses idées, les critiques explosèrent, lui en prouvant l’inanité. Des timides lui affirmaient qu’ils éternuaient très fort, contrairement à ses affirmations.
Techniquement, l’éternuement est une manière de se nettoyer le nez, de se libérer d’obstructions qui bloquent les narines. Il peut résulter d’allergies – au pollen, aux poils de chat, par exemple -, à certains médicaments, à des parfums trop lourds, à la poussière, au poivre, à l’exposition soudaine à la lumière du soleil.
On recommande à l’éternueur de se couvrir la bouche afin de ne pas répandre ses postillons alentour. Il semble que le nuage gazeux soit en mesure de se disséminer à plusieurs mètres.
Peut-on agir pour l’empêcher ? On me disait dans mon enfance que lorsque je sentais le chatouillement indicateur, je devais me frotter les ailes du nez pour interrompre le processus. Cependant l’explosion nasale survient parfois si inopinément qu’on ne peut se prémunir.
Il y a aussi des éternueurs compulsifs. Pendant quelques années, un de mes voisins appartenait à cette espèce. La nuit, lorsque les bruits se répercutent sans barrières, j’entendais ses éruptions nasales à répétition et je me mettais à compter. Après treize, le silence revenait.
Plaisir
Un autre aspect de la thèse du chercheur de Chicago concerne ce qu'il considère comme l’élément sexuel de l’éternuement. On pourrait y trouver un plaisir quasi orgasmique. Il existerait un orgasme nasal. Il est vrai qu’il est jouissif de se laisser aller à un éternuement sans contraintes, une sorte de "rhinonanisme", si j’ose dire.
La plupart du temps, il faut se réprimer afin de ne pas déranger autrui. Il est presque aussi malséant d’éternuer la bouche ouverte que d’injurier quelqu’un.
Mais l'éternuement peut aussi entraîner un échange sympathique lorsque quelqu'un enchaîne avec un joyeux "A vos souhaits!"
Selon une expression française, « lorsque Pierre éternue, Paul s’enrhume ». C'est-à-dire que le moindre ennui chez l’un provoque de graves inconvénients chez l’autre. J’ai trouvé cette formule dans le Dictionnaire d’expressions et locutions d’Alain Rey et Sophie Chantreau (Les Usuels du Robert, 1997).
Mort
J’y ai aussi puisé une autre citation, tirée de " L’Insurgé " de Jules Vallès : « Danton, avant d’éternuer dans le son, déclara qu’il regrettait la vie, ayant bien soiffé avec les buveurs, bien riboté avec les filles ».
Eternuer dans le son, dans le sac ou dans la sciure signifie mourir la tête tranchée.
Autrement dit, l’éternuement pourrait être proche de la mort. Cela se vérifie quand un automobiliste perd le contrôle de sa voiture au moment où il éternue. Car il ne peut s’empêcher de fermer les yeux. Or fermer les yeux est un signe de la mort.
Saison des éternuements, saison de mort, saison de la Toussaint.