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Que penser de la chronologie de la rédaction des livres du Nouveau Testament ?
Question d’un visiteur :
Bonjour Marc
J’ai cherché un plan chronologique des livres du Nouveau Testament, j’ai trouvé sur la toile un site qui donne ces dates : l’an 51 pour la Première aux Thessaloniciens, 55 pour la Première aux Corinthiens, 56-57 pour celle aux Philippiens, la 2e aux Corinthiens et celle aux Galates. Pour les évangiles, la chronologie serait l’an 65 pour l’évangile selon Marc, 85 pour Matthieu et Luc, 95 pour l’évangile selon Jean…
Qu’en pensez-vous, s.v.p. ?
Grand Merci !
Réponse d’un pasteur :
Bour la chronologie des livres du Nouveau Testament, effectivement, ces informations que vous avez trouvées me semblent correspondre avec ce que l’on entend par ailleurs. Cela dit, j’aurais quand même quelques réserves.
1) Ces hypothèses de datation reposent sur des indices assez fragiles portant sur quelques détails des textes confrontés à la chronologie des événements historiques ainsi qu’aux autres textes de l’époque. Par exemple, quand il y a quelque polémique contre “les juifs”, ou des annonces de persécutions contre les chrétiens, les exégètes (spécialistes de l’étude savante de la Bible) en déduisent que ce texte ne peut être antérieur aux années 65-70 parce qu’avant les chrétiens d’origine juive étaient bien intégrés dans la synagogue. Certes, mais Jésus a quand-même eu de graves ennuis en heurtant frontalement les divers courants juifs influents qui appréciaient moyennement son libéralisme mystique. Nous savons aussi que Paul était un furieux intégriste luttant contre ce christianisme qui lui semblait une secte, et ce bien avant les années 65-70.
2) Donner une date à un texte comme, par exemple, l’Evangile selon Matthieu est supposer qu’un jour, monsieur Matthieu s’est dit qu’il allait rédiger ce petit livre, que cela lui a pris quelques semaines ou quelques mois d’une certaine année, par exemple l’an 85. Cela me semble un petit peu grossier comme conception, parce que ces évangiles ont probablement une histoire un petit peu plus complexe et longue. Par exemple pour Matthieu, nous avons plusieurs témoins dès le début du IIe siècle qui affirment qu’ils ont eu entre leurs mains un original de l’évangile selon Matthieu en langue hébraïque (hébreu ou araméen) qui aurait été traduit en grec plus tard, et sans doute retravaillé. Nous savons par ailleurs qu’il était habituel à l’époque de Jésus de voir des rabbis itinérants, et que les disciples et auditeurs prenaient usuellement des notes sur des petits bouts de poterie, des os, ou même des bouts de cuir ou de parchemin. Tout laisse donc supposer qu’il existait des recueils de paroles de Jésus de son vivant même. Les apôtres et disciples ayant entendu Jésus parler ont commencé immédiatement à raconter leurs souvenirs, passant parfois de ville en village, allant parfois à l’autre bout du monde connu alors. Cela aussi a été plus ou moins pris en note. Certains de ces éléments sont entrés dans la conception des évangiles que nous avons. Il faut donc voir la date proposée par les savants exégètes comme étant la date plausible de la fin de la rédaction de tel livre. Le début de sa rédaction montant donc en général (pour les évangiles) à la période même où Jésus enseignait.
Cette chronologie est plus intéressante en ce qui concerne les lettres de Paul. Il est possible que l’histoire de leur rédaction ait été bine plus courte, il est même possible que telle lettre ait été écrite d’un jet et nous soit parvenue ainsi. Cette chronologie me semble plus intéressante aussi car une lettre est plus datée dans le temps, tenant compte de la conjoncture frappant les destinataires. C’est pourquoi on sent une évolution de la théologie de Paul au cours des années, en particulier concernant l’attente du Royaume. Dans les plus anciennes lettres il est manifeste qu’ils pensaient que la fin du monde allait arriver de façon spectaculaire tout bientôt, il semblait alors inutile de travailler dans les champs, de se marier, et encore plus de faire des enfants. Progressivement, les apôtres ont compris qu’il fallait comprendre ce retour autrement que cela, que ce serait à la fin des temps, ou qu’il fallait comprendre ce retour du Christ comme à vivre spirituellement en chacun de nous et dans l’humanité, et donc que cela avait du sens de vivre à la fois dans ce monde et aussi par la foi, par l’Esprit de Dieu, en communion avec Christ.
Mais à vrai dire, ces chronologies ne sont pas si importantes, ce qui importe à mon avis c’est l’interprétation de ces textes tels que nous les avons. En particulier parce que presque 2000 ans de débats autour de ces textes est aussi un trésor inestimable, et a participé à forger notre conscience.
Cette pluralité de témoignages différents sur Jésus est une richesse. D’abord. Une grande chance car cela limite d’autant le risque d’intégrisme, de fondamentalisme (même si certains ont un vrai talent pour cela !). C’est aussi un indice de vérité (quand cinq témoins d’un événement disent exactement la même choses, les policiers comprennent vite que ces témoins se sont mis d’accord sur leur version, car ce n’est pas possible de se souvenir exactement sous le même angle une même chose).
Dieu vous bénit et vous accompagne.
Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :