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1640
Michel de Marolles, Mémoires
Les mémoires de Michel de Marolles, Paris, Sommaville, 1656, t. I
Représentation de Mirame organisée par Richelieu: usage vain des machines
Dans cette critique de la première de Mirame, Michel de Marolles semble dénoncer l'inanité des machines qui produisent moins d'effet que les bons auteurs et les bons acteurs.
Il y eut aussi cette année force magnificence dans le palais du Cardinal, pour la grande comédie de Mirame, qui fut représentée devant le Roi et la Reine, avec des machines qui faisaient lever le soleil et la lune, et paraître la mer dans l'éloignement chargée de vaisseaux. On n'y entrait que par billets, et ces billets n'étaient donnés qu'à ceux qui se trouvaient marqués sur le mémoire de Son Éminence, chacun selon sa condition. Car il y en avait pour les dames, pour les seigneurs, pour les ambassadeurs, pour les étrangers, pour les prélats, pour les officiers de la justice et pour les gens de guerre. Je me trouvai du nombre entre les ecclésiastiques, et je la vis commodément mais, pour en dire la vérité, je n'en trouvai pas l'action beaucoup meilleure pour toutes ces belles machines et grandes perspectives. Les yeux se lassent bientôt de tout cela et l'esprit de ceux qui s'y connaissent n'en est guère plus satisfait. Le principal des comédies, à mon avis, est le récit des bons acteurs, l'invention du poète et les beaux vers. Si je ne me trompe, cette pièce ne réussit pas si bien que quelques autres de celui qui l'avait composée, auxquelles on n'avait pas apporté tant d'appareil.
M. de Valençai, lors évêque de Chartres et qui fut bientôt après archevêque de Reims, aidant à faire les honneurs de la maison, parut en habit court sur la fin de l’action et descendit de dessus le théâtre pour présenter la collation à la reine, ayant à sa suite plusieurs officiers qui portaient vingt bassins de vermeil doré, chargés de citrons doux et de confitures. Ensuite de quoi les toiles du théâtre s’ouvrirent pour faire paraître une grande salle où se tint le bal, quand la reine y eût pris place sur le haut dais. Son éminence, un pas derrière elle, avait un manteau long de tafetas couleur de feu, sur une cimarre de petite étoffe noire, ayant le colet et le rebord d’en-bas fourré d’hermine, et le roi se retira aussitôt que la comédie fut finie.
Mémoires disponibles sur Google Books, p. 125.
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