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Quelles seront les conséquences économiques des manifestations à Hong Kong?
Les manifestations à Hong Kong contre le contrôle exercé par la Chine continentale sur sa vie politique durent depuis maintenant pratiquement six mois, avec une intensification des violences jusqu’aux élections municipales récentes. Les émeutes ont été déclenchées initialement par un projet de loi visant à faciliter l’extradition vers la Chine, depuis mis en suspens, mais les tensions montrent peu de signes d’apaisement. Quelles seront les conséquences économiques? Et quelles sont les implications pour le statut spécial de Hong Kong?
Lorsque Hong Kong a été rétrocédé par la Grande-Bretagne à la Chine en 1997, les différentes parties ont convenu qu’il devienne une région administrative spéciale de la Chine tout en conservant son système économique et politique pendant 50 ans. La Chine a surnommé cet arrangement «un pays, deux systèmes». Cependant, des perceptions d’ingérence dans l’autonomie de Hong Kong ont donné lieu à des manifestations périodiques, comme la «Révolution des parapluies» en 2014, provoquée par la décision de la Chine de présélectionner les candidats au poste de Président du Conseil législatif (chef de gouvernement de facto de Hong Kong). Les événements de cette année ont fait plonger l’économie locale en récession (le PIB du troisième trimestre a chuté de -3,2% après une baisse de -0,5% au T2) et la confiance des entreprises s’est effondrée (comme en atteste le niveau de 39,3 atteint par l’indice composite des directeurs d’achat PMI d’octobre).
PMI composite en Chine et à Hong Kong
Ce conflit intervient également en pleine guerre commerciale sino-américaine. Comme nous l’avons affirmé ces derniers mois, les deux parties souhaiteraient désamorcer la montée des tensions. La Chine fait face au ralentissement de la croissance et à un niveau d’endettement jugé trop élevé, alors que les Etats-Unis se préparent à l’échéance des élections présidentielles en novembre prochain. Par conséquent, la Chine a jusqu’à présent évité d’intervenir directement dans les manifestations de Hong Kong, ce qui aurait détérioré les relations internationales compte tenu des garanties d’autonomie prévues dans le traité de la Déclaration conjointe sino-britannique de 1984.
Le 27 novembre dernier, toutefois, le Président Trump a promulgué une loi soumise par le Congrès américain, soutenant les manifestants hongkongais, ce qui devrait très vraisemblablement exacerber les tensions entre les deux grandes puissances. Cette loi prévoit un examen annuel du statut économique spécial conféré à Hong Kong par la législation américaine qui, s’il est perdu, pourrait voir les exportations de Hong Kong vers les Etats-Unis frappées des mêmes droits de douane que les exportations chinoises. Par ailleurs, il pourrait également restreindre les exportations américaines de technologies très pointues vers Hong Kong, compromettant ainsi les attraits du territoire en tant que terre d’accueil des entreprises internationales. C’est une pression supplémentaire sur les gouvernements de Hong Kong et Pékin, à un moment où toute répression du mouvement pourrait être considérée par Washington comme une grave atteinte aux relations bilatérales.
PIB en glissement trimestriel (en %)
Dans ce contexte, il est frappant de constater que la Bourse de Hong Kong a accueilli fin novembre l’une des plus grandes introductions en Bourse au monde cette année lorsque le géant de l’e-commerce Alibaba a mené à bien sa cotation secondaire de 11,3 milliards de dollars. Le fait que la société ait préféré Hong Kong à Shanghai ou Shenzen montre qu’aucun de ces deux marchés onshore n’est en mesure d’accueillir une telle opération. Cela indique également que les autorités chinoises ont choisi de ne pas faire obstacle à Alibaba, signalant ainsi une volonté de poursuivre les activités habituelles à Hong Kong – «business as usual».
Cette décision illustre le dilemme de la Chine. Pour atteindre ses objectifs à long terme de prééminence mondiale, la Chine doit poursuivre la libéralisation progressive de ses marchés financiers et l’assouplissement graduel de ses contrôles de capitaux. La préservation du statut de Hong Kong comme place financière réputée mondialement, est la mieux à même de servir ces objectifs. Il est toutefois peu vraisemblable que la China approuve des mesures qui auraient pour effet de consolider la démocratie à Hong Kong, compte tenu de la ligne dure qu’elle a adoptée dans la gestion des tensions au Tibet et à Xinjiang. Les protestations pourraient donc se poursuivre, mais la Chine devrait encore s’abstenir d’intervenir directement.
Conclusion. Dans ce contexte, le marasme économique de Hong Kong pourrait durer à court terme, les manifestants ne semblant guère enclins à des concessions. À moyen terme, une accalmie reste envisageable, devant la ligne dure mais non-interventionniste prise par Beijing. À plus long terme, la Chine pourrait être tentée d’encourager une immigration plus massive de la Chine continentale vers Hong Kong, faisant progressivement basculer l’opinion publique dans le territoire en sa faveur. Cette stratégie à long terme ne devrait pas empêcher les négociateurs de poursuivre des pourparlers dans le cadre de l’accord de «phase 1», mais repousse probablement une signature à 2020.