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Le modèle HarmoS, qui prévoit de commencer l’apprentissage de deux langues étrangères dès l’école primaire, est contesté dans certains cantons, notamment pour des motifs pédagogiques. Il est exagéré d’y voir automatiquement une menace pour la cohésion confédérale, et une intervention de la législation fédérale pour clore le débat n’est certainement pas le moyen adéquat de renforcer cette cohésion.
L’apprentissage d’une deuxième langue nationale dès l’école primaire s’est généralisé en Suisse dès les années septante. Il apparaissait alors naturel que les élèves de Suisse romande apprennent l’allemand et ceux des cantons alémaniques le français. Mais ce réflexe confédéral s’est trouvé ébranlé au tournant du siècle, lorsque Zurich a décidé d’introduire aussi l’enseignement de l’anglais au degré primaire. Ce choix a séduit d’autres cantons et, dans l’espace germanophone de la Suisse, le français et l’anglais sont donc entrés en concurrence.
En 2006, une votation populaire a ouvert la porte à une harmonisation de l’«espace suisse de formation». La nouvelle base constitutionnelle a abouti à un concordat intercantonal nommé «HarmoS», adopté par quinze cantons et entré en vigueur en 2009, qui précise notamment la durée des niveaux d’enseignement et l’enseignement des langues. Sur ce dernier point, il est prévu que «la première langue étrangère est enseignée au plus tard dès la 3e année de scolarité (5e HarmoS) et la deuxième au plus tard dès la 5e année (7e HarmoS)». Une dérogation est accordée aux cantons des Grisons et du Tessin qui prévoient, en plus, l’enseignement d’une troisième langue nationale.
Dans la pratique, ce modèle est respecté ou en voie d’être quasiment respecté dans la plupart des cantons. Mais chez ceux qui l’appliquent déjà, des voix se sont élevées pour le contester. Dans plusieurs cantons alémaniques, on dénonce les difficultés liées à l’apprentissage trop rapproché de deux langues étrangères et certains enseignants considèrent qu’aborder sérieusement le français au niveau secondaire peut donner de meilleurs résultats d’un point de vue pédagogique.
Cette remise en question – parfois décidée, parfois seulement discutée – a inquiété le Conseil fédéral. Celui-ci a mis en consultation durant cet été un projet de modification de la loi fédérale sur les langues, qui devrait désormais contenir des règles impératives d’harmonisation de l’enseignement des langues à l’école obligatoire. Trois variantes sont proposées, de la plus contraignante (reprise explicite du modèle HarmoS) à la plus «légère» («l’enseignement de la deuxième langue nationale débute à l’école primaire»).
Le Conseil fédéral précise qu’il aurait préféré une solution librement adoptée par les cantons, et qu’une intervention directe de la Confédération dans les programmes scolaires ne constitue qu’une mesure de dernier recours afin de préserver la compréhension entre les communautés linguistiques.
Cette solution n’est pourtant pas convaincante. On peut être un fervent partisan de la langue française et de la cohésion confédérale – dont la langue n’est pas le seul facteur – et dénoncer néanmoins la maladresse d’une contrainte fédérale dans ce domaine.
On n’a pas à faire ici à une simple mauvaise volonté dans l’application d’un concordat intercantonal, mais bien plutôt au désir explicite de s’en écarter après l’avoir testé. Cela signifie que, dans les cantons concernés, le choix de l’enseignement des langues n’est pas un élément anodin mais constitue au contraire une question politique délicate. Dans ce contexte, une intervention législative de la Confédération pour forcer les cantons «réfractaires» à clore ce débat et à «rentrer dans le rang» n’améliorerait certainement pas la cohésion confédérale, ni la sympathie envers la langue française!
En outre, on doit garder à l’esprit que la remise en question du modèle HarmoS ne constitue pas forcément une attaque contre l’enseignement du français en tant que tel, mais résulte plutôt d’un débat pédagogique. Dans ces conditions, il paraît exagéré d’évoquer une menace sur la compréhension linguistique.
Il faut éviter de rallumer d’incessantes querelles linguistiques, et laisser les cantons assumer des choix parfois différents. En ce sens, le projet du Conseil fédéral doit être abandonné. A défaut et à titre subsidiaire, c’est la variante la moins intrusive qui devrait être privilégiée. •
Source: www.centrepatronal.ch , Service d’information no 3108 du 4/10/16
[Translate to fr:] Die Ausgestaltung des Fremdsprachenunterrichts ist für die Kantone nicht einfach eine Nebensache, sondern eine politisch heikle Frage.
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