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En fondant, le permafrost se dérobe sous les constructions, comme cela a été le cas lors de la marée noire en Arctique, début juin, quand 20'000 tonnes d'hydrocarbures se sont déversés dans une rivière de l'Arctique russe. Selon les premiers éléments de l'enquête, c'est la fonte du permafrost qui a précipité une cuve de fioul dans la rivière.
Face à cette catastrophe écologique, le président russe Vladimir Poutine a décrété l'état d'urgence dans la zone. Le nettoyage prendra des années. Cet accident met en lumière deux choses: d'abord que la fonte du permafrost sur laquelle alertaient les scientifiques devient plus visible au fur et à mesure qu'elle s'accèlere. Et puis, que la Sibérie occidentale possède beaucoup de constructions vétustes qui menacent de s'écrouler.
Villes entières menacées
"Des villes entières, des dizaines de milliers de bâtiments, sont construites sur le permafrost en Sibérie occidentale", expose Christophe Lambiel, professeur à l'Institut des dynamiques de la surface terrestre de l'Université de Lausanne. "Cela peut être des immeubles, des habitations, mais également des infrastructures, des routes, des chemins de fer."
Forts de l'enseignement des nombreux effondrements, les architectes tiennent aujourd'hui compte des erreurs du passé, précise Christophe Lambiel.
D'autres accidents de ce genre sont possibles, car le réchauffement climatique ne ralentit pas sa progression. La Terre enregistre tous les ans des records de chaleur, et le permafrost, qui suit cette tendance, fond de plus en plus.
Libération de gaz à effet de serre
Si la fonte du permafrost déstabilise certains édifices, elle libère également du gaz. "Dans le permafrost arctique - au Canada, en Sibérie - d'énormes quantités de carbone gelé sont stockées dans le sous-sol", explique Christophe Lambiel. "Cette matière organique, partiellement décomposée, s'est accumulée pendant des milliers d'années. Elle est pour l'instant prise dans ce grand congélateur, mais ce dernier est mis à mal par le changement climatique. Le dégel de surface provoque une décomposition accélérée de cette matière carbonique, qui part dans l'atmosphère sous forme de méthane ou de CO2."
Le réchauffement du permafrost est deux fois plus important que celui que l'on voit dans les Alpes par exemple, explique encore le chercheur, en raison du nombre toujours croissant de records de chaleurs dans l'hémisphère Nord.
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Point de bascule
Une partie des gaz libérés est absorbée par la végétation, qui progresse grâce au dégel. "On a une augmentation de la saison de végétation, les arbres croissent plus rapidement dans l'Arctique, la forêt augmente, ce qui contribue à piéger du CO2. Ca sauve!", décrit le chercheur.
Pour le spécialiste du permafrost, cette libération du gaz est à surveiller de près. "Le changement climatique provoque une augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère", explique Christophe Lambiel. "En retour, comme il y a davantage de gaz à effet de serre provoqué par la fonte du permafrost, on a une amplification du changement climatique. On appelle ça une boucle de rétroaction. On n'en est pas encore là actuellement, parce qu'on n'a pas encore passé ce point de bascule où l'on a davantage d'émissions que de captage de gaz à effet de serre dans l'Arctique. Arrivé à ce point, c'est très dangereux, car c'est un engrenage", avertit le chercheur.
Nathacha van Cutsem/kkub