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Delémont, le 19 mai 2009
Au milieu des années 1990, deux vastes opérations de sauvetage archéologique ont été menées à bien sur le tracé de l'autoroute A16. Il s'agissait alors d'explorer de manière extensive deux villages anciens directement menacés: un habitat celtique à Noir Bois, sur la commune d'Alle, et un vaste hameau mérovingien situé à cheval sur les communes de Develier et de Courtételle. Le premier a pu être daté des 5e-4e siècles avant Jésus-Christ; le second a été occupé sans interruption entre le 6e et le 8e siècle de l'ère chrétienne. Les publications relatives à ces deux sites viennent maintenant de sortir de presse, dans la collection des Cahiers d'archéologie jurassienne (CAJ).
En ce printemps 2009, l'Office de la culture et sa Section d'archéologie et paléontologie présentent les dernières études consacrées à ces deux sites d'importance nationale: les Cahiers d'archéologie jurassienne 11 et 16. Ces deux ouvrages complètent et terminent une série autonome de monographies réservées à Alle et à Develier-Courtételle. Tous deux ont pour vocation de devenir des références, les sites comparables étant fort rares.
Un habitat de La Tène ancienne à Alle, Noir Bois (CAJ 11)
Cet habitat, installé au pied du versant nord de la colline de Noir Bois et en marge de la plaine de l'Allaine, s'étendait sur plus de 450 mètres. Les plans complets de treize bâtiments ont permis de restituer ceux d'autres constructions, soit trente-huit au total. Ces bâtiments – maisons, greniers ou autres constructions – sont accompagnés de fosses de stockage, de foyers, d'un four et de fossés permettant de définir six ensembles architecturaux. Parmi le mobilier exhumé, on recense quelque 25000 tessons céramiques composant au moins 1880 récipients, largement façonnés avec des sédiments se trouvant dans un rayon de 1 à 10 kilomètres autour du site. Quelques céramiques exogènes sont identiques à celles produites dans la région du Kaiserstuhl, en Allemagne. Les objets de parure (fibules, anneaux, perles) sont bien représentés, de même que des outils en fer qui témoignent du travail du bois et des métaux. Le travail des textiles par filage, tissage et broderie se révèle à travers divers ustensiles. L'étude des restes végétaux carbonisés, graines et charbons, restitue un paysage plutôt ouvert où la hêtraie mixte couvrait les hauteurs. Des céréales, des légumineuses et des plantes oléagineuses étaient cultivées; la cueillette est attestée. Moutons, chèvres, porcs, bœufs et chevaux ont été identifiés parmi les restes osseux.
La situation géographique de Noir Bois montre une ouverture sur le bassin rhénan, l'Alsace et la Franche-Comté et inscrit ce site dans un contexte d'occupation extensive à l'époque de La Tène ancienne, sur un axe de communication reliant Mandeure à la région bâloise.
Environnement et exploitation du terroir à Develier – Courtételle (CAJ 16)
Dernière des cinq publications consacrées à ce hameau du Haut Moyen Age, cet opus dévoile les données environnementales acquises grâce à une série de six analyses spécialisées dans le domaine des sciences naturelles. La démarche sédimentologique aboutit à une reconstitution paléogéographique du site incluant une réflexion sur les sols, l'hydrologie et le climat entre 500 et 800 après Jésus-Christ. Les autres études mettent en évidence la grande variété des plantes cultivées, les habitudes alimentaires, la composition du cheptel, l'utilisation des terres et les modifications paysagères induites par l'homme à cette époque.
De 550 à 750 après Jésus-Christ, période principale de l'établissement humain en ces lieux, plusieurs faits signalent une oscillation climatique plus humide et peut-être plus froide à l'échelle régionale. Si le couvert forestier diminue, c'est en raison de défrichements rendus nécessaires par le développement de l'agriculture et du travail du fer. Les surfaces exploitées comprennent champs cultivés, prairies et pâturages. Céréales et légumineuses sont prépondérantes, tandis que fruits et légumes ne forment qu'une part très faible de l'alimentation. A propos des animaux domestiques, le bœuf domine. Assez diversifiée, la faune sauvage ne constitue qu'une part infime des espèces consommées mais caractérise bien l'environnement du hameau.
Les réflexions finales sur les ressources et la mise en valeur du terroir démontrent que l'autosuffisance en produits agricoles était ainsi primordiale. Mais il s'agit toujours d'une économie de subsistance. La faune sauvage, notamment la présence du cerf et de l'ours, indique que leurs biotopes étaient encore très peu touchés par l'homme.
Les commandes sont à effectuer auprès de la Société jurassienne d'Emulation, Rue du Gravier 8, 2900 Porrentruy (tél. 032 466 92 57 – <email-pii>).
Prix de vente: Fr. 48.- (CAJ 11) et Fr. 39.- (CAJ 16).