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Critique
"Flic ou gangster, une fois un flingue pointé sur vous, quelle est la différence? demande Frank Costello (Jack Nicholson) en apparaissant à l'écran. On ne sait pas très bien en qui avoir confiance dans le dernier film de Martin Scorsese. Les flics sont-ils des gangsters? Les gangsters sont-ils des flics? LES INFILTRES s'inspire du long métrage coréen INFERNAL AFFAIRS d'Andrew Lau (2004). ""Je n'ai pas souhaité le voir avant de transposer cette histoire, explique le réalisateur étasunien. J'ai travaillé à partir d'une traduction du scénario chinois. Sa ligne directrice, d'une grande ingéniosité, m'a permis d'imaginer de nouveaux personnages. J'aimais beaucoup la duplicité des deux protagonistes originaux, mais mon scénario met d'abord l'accent sur les drames qui adviennent lorsqu'un homme s'écarte de la route que lui trace la vie.""
Ces deux personnages sont Billy Costigan (Leonardo DiCaprio) et Colin Sullivan (Matt Damon). Chacun est un infiltré, l'un dans la police, l'autre dans une bande de truands dont le maître est Costello, la première livrant aux seconds une lutte sans merci. Billy et Colin s'arrangent tant bien que mal de leur double vie, mais finissent par y perdre leurs repères. Jusqu'au jour où chacun des deux camps découvre qu'une taupe est parmi eux. Les deux hommes engagent alors une course contre la montre pour sauver leur peau.
Les thèmes chers à Scorsese se nouent à nouveau dans une histoire de mafia: les personnages torturés, la filiation, la violence, les quartiers défavorisés. Son approche psychologique réussit particulièrement bien à Leonardo DiCaprio, dont le jeu est ici exemplaire. Il le fallait pour tenir tête à un Jack Nicholson si sûr de lui. L'univers visuel du réalisateur est un monde à lui seul, ses cadrages, l'angle de ses prises de vue servent le rythme soutenu du film: deux heures et demie et pas de fatigue! Le spectateur est tenu en haleine malgré quelques facilités de scénario, notamment une histoire d'amour à trois un peu facile et une fin où tout se règle à l'arme à feu.
Mais quel brio dans la mise en scène, quel regard sur la ville! Il y a de la virtuosité jusque dans l'excès de violence... C'est pourtant ce qu'on peut reprocher au talentueux Martin Scorsese: n'être toujours pas en mesure de signer un aussi bon film policier, sans le maculer de sang."
Geneviève Praplan