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Si le gouvernement helvétique a soutenu sans complexe le régime ségrégationniste, les Eglises de Suisse et d'ailleurs en Europe, se sont montrées, pour leur part, actives dans la lutte contre l'apartheid car elles avaient une responsabilité particulière. « C'est l'Eglise calviniste toute-puissante en Afrique du Sud et en Namibie qui a inventé l'apartheid en interprétant l'Ancien Testament [et la notion du] peuple élu. Il y avait les maîtres et les esclaves », rappelle Christine von Garnier, du Réseau foi et justice Afrique Europe.[3] Or les Eglises protestantes de Suisse, notamment, ont « toujours essayé de maintenir un dialogue avec leurs consœurs d'Afrique du Sud pour dire que cela n'allait pas ». Si l'Afrique du Sud n'a pas sombré dans un bain de sang, c'est aussi parce que l'Eglise calviniste a demandé pardon, observe encore C. von Garnier. Cette demande de pardon d'Eglises qui avaient été divisées selon les races, en contradiction avec le Nouveau Testament, a contribué au processus de réconciliation voulu par Nelson Mandela. En février 1990, celui-ci s'est rendu à Genève au Comité international de la Croix Rouge et au Bureau international du travail, mais aussi au Conseil œcuménique des Eglises (COE) pour lui exprimer sa reconnaissance pour son appui à la lutte contre l'apartheid.
Ce processus de réconciliation des Eglises s'inscrit dans un contexte plus large, marqué par l'histoire politique et l'ébranlement causé par les deux guerres mondiales. Le COE est né à Amsterdam en 1948. L'Eglise catholique y contribue depuis le concile Vatican II, à travers sa participation à la commission « Foi et Constitution », qui en est le pilier théologique. Elle participe aussi officiellement à de nombreux dialogues avec les branches de la famille protestante et de la famille orthodoxe. Or « Foi et Constitution » a publié, l'an passé, un important document de convergence, intitulé L'Eglise. Vers une vision commune.[4] Il a été envoyé aux Eglises pour examen et réactions officielles.
Trente ans auparavant, le document Baptême, Eucharistie, Ministère (BEM), dit de Lima, avait suivi le même chemin. Mais les circonstances et les réponses au document sont restées inconnues du public. Il a, de fait, servi de base à des accords de reconnaissance mutuelle entre Eglises, spécialement par rapport au baptême. Par contre, les propositions d'Eucharistie et de Ministère n'ont été que très partiellement acceptées par les Eglises, notamment les Eglises réformées de Suisse. Avec les déceptions que cela a engendré chez nous. Depuis lors, malgré de grandes avancées, comme l'élimination de points d'achoppement entre orthodoxes et catholiques pour proscrire l'« uniatisme »[5] ou comme l'accord entre luthériens et catholiques sur la justification par la foi, le regain identitaire, qui a gagné l'ensemble de la planète, ramène chacune des confessions chrétiennes vers sa tentation propre.[6]
Aussi a-t-on souvent entendu ces dernières années de la bouche d'évêques et de théologiens que les Eglises s'achoppaient sur le chemin de l'unité visible des chrétiens à cause de leurs conceptions divergentes de l'Eglise ; je l'ai moi-même répété. Souhaitons que ce nouveau document de convergence, fruit d'années de travail et de consultations, ne subisse pas le sort de celui de Lima. Qu'il soit accepté par les Eglises et nous fassent avancer vers une vision commune.
Joseph Hug sj
1 • Radio Vatican, 8 décembre 2013.
2 • Le film Invictus (2009) de Clint Eastwood relate cette histoire. (n.d.l.r.)
3 • Le Temps, 7 décembre 2013.
4 • Document de Foi et Constitution n° 214, COE, Genève 2013.
5 • C'est-à-dire le développement d'Eglises catholiques à côté d'Eglises orthodoxes.
6 • Cf. Etienne Fouilloux, « 1910 - 2010. Cent ans d'œcuménisme », in Unité des chrétiens n° 157, Paris, janvier 2010, p. 8.