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Je me permets de réagir à l’article «Retirer une statue n’est pas retirer l’histoire», paru le 24 juillet dernier. Bien que je sois globalement d’accord avec les idées et arguments présentés par Mattia Ida en ce qui concerne le retrait de la statue de David de Pury à Neuchâtel, je souhaite y ajouter quelques commentaires.
Avant la Suisse, des événements en lien avec des statues représentant des personnages controversés se sont aussi produits dans plusieurs autres pays comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Des «mythes» et narrations représentés par ces personnages, dont les statues ont été érigées par les pouvoirs politiques au fil du temps dans les lieux publics, sont devenus non désirables aux yeux de nombreux citoyens. Des mouvements prônant la nécessité de retirer ces statuts témoignent, à mon sens, du rejet de ces narrations et plus particulièrement des personnages qui ont été vus et présentés comme des «héros», alors qu’ils étaient liés à l’esclavagisme ou avaient des positions qu’on peut qualifier de racistes.
En comparaison avec des manifestations et (contre-)actions violentes observées aux Etats-Unis et au Royaume-Uni – ne prenant pas suffisamment en compte la complexité de ces personnages et le contexte historique dans lequel ils ont vécu –, l’initiative à Neuchâtel doit être saluée. Toutefois, à mes yeux, proposer de remplacer la statue de David de Pury par une plaque n’est qu’une solution partielle. En effet, cette proposition ne s’occupe pas du «destin», c’est-à-dire de l’emplacement futur de la statue enlevée. Cette question est par ailleurs pertinente pour toutes les statues qui sont ou pourront être considérées problématiques en Suisse – ou ailleurs – en raison de leur lien avec l’esclavage et/ou le racisme.
Dans le cadre de mes études effectuées en Hongrie, j’ai été amené à visiter un parc pas comme les autres à Budapest, abritant des statues érigées du-rant l’ère communiste, par la suite enlevées et mises dans ce «Memento Park» après le changement de régime dans les années 1990. Les visiteurs peuvent lire, en hongrois et en anglais, des explications concernant chaque statue. L’histoire de la période communiste du pays dont font partie ces statues n’est ainsi pas effacée, bien au contraire: après avoir perdu leur statut symbolique et politique, ces statues sont devenues de véritables objets de mémoire. Pourquoi ne pas imaginer un projet semblable en Suisse?
Marton Kalotay,
Genève