Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07154.jsonl.gz/53

11/06/2016
Des nouvelles du front
Lors de son voyage en Amérique latine (1965) l'écrivain britannique Bruce Chatwin rencontra et photographia cette sexagénaire marchant dans le désert de Nazca, une échelle en aluminium sur l'épaule. C'était l'archéologue allemande, Maria Reiche (1903-1998), étudiant les géogylphes de Nazca. Personne ne lui finançait alors une campagne de photographie aérienne; des repérages automobiles auraient détruits les traces qu'elles souhaitait étudier. Vue du sol la disposition des pierres était dépourvue de sens, mais, d'une certaine hauteur, Maria Reiche pouvait distinguer des figures d'animaux ou de fleurs, des alignements. Cette hauteur était celle qu'elle atteignait une fois juchée sur son échelle, dérisoire équipement archéologique ...
La Biennale d'architecture 2016 "Reporting from the Front" (Des nouvelles du front) vient d'ouvrir ses portes pour 6 mois à Venise. La photo de Maria Reiche par Bruce Chatwin en est l'emblème choisi par son directeur, l'architecte Chilien Alejandro Aravena. Ce dernier vient d'être récompensé du Prix Pritzker 2016 (le prix Nobel de l'architecture) pour sa capacité d'approche holistique de l'environnement bâti et pour sa compréhension de la responsabilité sociale de l'architecture. Choisi pour diriger la Biennale 2016, Aravena nous ouvre des horizons obscurcis des décennies d'opacité générée par l'affairisme immobilier. Alors que les écarts de fortune se sont creusés plus indécemment que jamais sur notre planète, comment oeuvrer à une prise de conscience de ce que doit être l'architecture? Une profession au service des gens. La prise de conscience et l'engagement ne peuvent plus être que collectifs, massifs et civils?
D'une poésie extrême cette photographie de Maria Reiche porte en elle toute l'instabilité d'un monde au bord du gouffre. Représentée comme un grand échassier au haut de son échelle, l'archéologue, vieillissante et seule face à l'immensité du désert péruvien, évoque aussi l'équilibre précaire et l'état de désertion dans lesquels se trouve la pratique architecturale. La profession n'a plus rien à gagner d'être asservie à la finance. Elle a même tout à perdre. C'est une question d'honneur.
Les pavillons des Giardini et l'Arsenale, les invités dans le Pavillon Central, répondent pour la plupart aux injonctions d'Aravena. L'architecture doit-elle être permanente ou éphémère? Quelles réponses donner aux programmes d'urgence? Comment innover avec des technologies légères, peu coûteuses, végétariennes (sic Simon Velez)? Quel avenir donner aux technologies traditionnelles? Qu'advient-il de tous les déchets architecturaux? Comment les digérer, les réapproprier? Comment recycler?
Accès à l'Arsenale zone de digestion des vestiges matériels de la Biennale 2015
Dans le contexte de cette Biennale 2016, le Salon Suisse "Wake up! A Path towards better architecture" https://biennials.ch/home/BiennialDetail.aspx?BiennialId=74 propose une réflexion corollaire sous forme de quatre tableaux principaux: "Let's rediscover" (renouveau des anciens matériaux) (16-18 juin 2016), "Let's build" (autoconstruction (8-10 septembre 2016), "Let's dig" (architecture souterraine) (20-22octobre), "Let's reduce" (le petit format) (24-26 novembre 2016). Ce Salon se tient essentiellement au Palazzo Trevisan, Campo Sant Agnese, Dorsoduro, Venise en soirée de 19h00 à 22h00 environ. L'entrée est libre dans la limite des places disponibles. Pro Helvetia se réjouit de vous y accueillir.
Le prochain Salon (16-18 juin) accueillera le bureau genevois Terrabloc (Laurent de Würstemberger & Rodrigo Fernandez) auteur du Palcoterra, une construction éphémère qui durera le temps de la Biennale. Le Palcoterra, construit en blocs de terre compressée, se situe sur le Campo Sant-Agnese et tient lieu de mobilier urbain. Tout de suite la population vénitienne s'en est emparée!
Le Palcoterra utilisé par un "nonno" et sa petite-fille
Salma Samar Damluji, professeure à l'American University de Beyrouth, s'entretiendra de ses expériences dans le domaine de l'architecture vernaculaire du monde arabe et particulièrement du Yémen avec Benno Albrecht, professeur à l'Accademia di architettura de Venise.
Les constructions traditionnelles yéménites
Enfin Bill Bouldin (Genève) (Mechkat-Bouldin architectes) nous présentera l'expérience menée à Gaza avec Rashid Al Ruzzi pour reloger des réfugiés. Un projet d'une soixantaine d'habitats minimaux, soutenus par l'UNWRA, ont été construits en briques de terre crue selon les principes de Hassan Fathy.
Relogement en terre crue à Gaza
Une visite au Pavillon du Sahara Occidental conçu par l'architecte bâlois Manuel Herz prendra place dans l'après-midi du samedi 18 juin, tandis que la cinéaste Dominique Fleury présentera deux réalisations tournées dans les territoires occupés et en Syrie.
Les discussions autour de la contemporanéité des techniques ancestrales, de leur pertinence au XXIe siècle, du logement d'urgence, de la préservation de sites patrimoniaux devraient être animées et permettre de remettre en question les habituels clivages entre histoire, patrimoine et monde contemporain et nous montrer comment faire beaucoup avec une "échelle en aluminium".
Pour ceux qui voudraient suivre ce salon (et les suivants) à distance un streaming est prévu par la revue Hochparterre, partenaire du Salon Suisse à l'adresse suivante: https://www.periscope.tv/hochparterre
Voir aussi l'enregistrement de la séance d'ouverture qui s'est tenue le 26 mai à l'adresse suivante:https://salonsuisse.atavist.com/opening-evening