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Du point de vue de la Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH), l'agriculture doit contribuer davantage à la réduction des émissions nocives pour le climat que ce que la politique lui impose aujourd'hui. On attribue souvent aux nouveaux procédés de génie génétique un rôle central pour atteindre les objectifs de réduction nécessaires de toute urgence. En revanche, une nette majorité de la CENH estime que le potentiel de ces procédés est trop faible pour contribuer de manière significative à l'adaptation nécessaire de l'agriculture dans le délai restreint imparti. La Suisse s'est engagée dans l'accord de Paris sur le climat à fournir une contribution appropriée à la limitation du réchauffement global. Compte tenu des scénarios de dommages liés au changement climatique, la CENH estime qu'il serait éthiquement inacceptable de ne pas atteindre ces objectifs.
Bien que l'agriculture contribue de manière substantielle au changement climatique par ses émissions de gaz à effet de serre, elle se voit attribuer un objectif de réduction nettement inférieur à celui d'autres secteurs (par exemple l'industrie et l'habitat), à savoir une diminution des émissions de 40% seulement d'ici 2050. D'un point de vue éthique, cette mesure de réduction fixée par les politiques est insuffisante, critique la CENH.
Des objectifs d'adaptation pour l'agriculture doivent être fixés
Pour augmenter l'objectif de réduction dans l'agriculture, il faut augmenter la part de l'alimentation à base de plantes et réduire considérablement le nombre d'animaux de rente, car les émissions de l'élevage sont particulièrement élevées. Compte tenu de l'urgence temporelle, il convient de prendre les mesures les plus efficientes et les plus efficaces, écrit la CENH dans un rapport détaillé. La CENH se montre critique à l'égard de l'utilisation des nouveaux procédés de génie génétique et de la compensation par des technologies à émission négative, censées extraire les gaz à effet de serre de l'atmosphère. Elle doute que celles-ci puissent être développées et mises en œuvre suffisamment rapidement et qu'elles soient suffisamment performantes.
La CENH attribue un faible potentiel aux nouveaux procédés de génie génétique, présentés par de larges cercles comme des remèdes. La nette majorité de la CENH considère à cet égard qu'il est plutôt improbable qu'ils puissent contribuer de manière décisive à garantir ou à augmenter les rendements des récoltes dans le peu de temps dont on dispose. Seule une minorité de la commission fait confiance au progrès technique.
Appel à la responsabilité politique
D'une manière générale, l'agriculture devrait être réorganisée de manière à pouvoir s'adapter au changement climatique d'une certaine manière et garantir ainsi la sécurité alimentaire à long terme. L'objectif doit être de trouver pour l'agriculture suisse les cultures et les méthodes de culture adéquates, capables de faire face à l'avenir à la volatilité climatique, c'est-à-dire à l'alternance imprévisible de périodes de sécheresse extrême et d'humidité exceptionnelle.
Du point de vue de la CENH, il n'est certes pas exclu que des procédés biotechnologiques dans le domaine de la sélection végétale puissent contribuer à l'adaptation des plantes utiles au changement climatique. Elle part toutefois du principe qu'elles ne peuvent constituer qu'une partie de la solution et qu'il faut donc toujours suivre des approches alternatives. La CENH estime qu'il est indispensable de communiquer de manière transparente et honnête et d'évaluer de manière réaliste les chances des options technologiques. Il faut absolument éviter de susciter l'espoir que des technologies telles que l'édition du génome puissent apporter une contribution décisive à la réalisation des objectifs climatiques, et ce d'une manière qui rendrait superflues d'autres mesures douloureuses de réduction des émissions de GES.
Dans un dossier détaillé publié en 2021, l’ASGG a montré comment l'édition du génome consolide le modèle défaillant de l'agriculture intensive et favorise ainsi le changement climatique. Mais ce dossier présente également des pratiques agricoles alternatives capables de réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre et les conséquences du changement climatique.