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22/09/2012
H. P. Lovecraft sur la Lune
Dans sa nouvelle The Dream-Quest of Unknown Kadath, H. P. Lovecraft évoque les pérégrinations d’un certain Randolph Carter dans un monde qui tient du rêve mais a sa cohérence propre: Lovecraft reprenait les images fantastiques de ses songes et en faisait un monde ordonné, comme Tolkien le recommandait pour les contes de fées! Or, à un certain moment, son héros est emmené sur la Lune par un bateau qui franchit les colonnes de basalte qui sont au bout de la Terre - qui dans cet univers est plate et s’achève par une grande cataracte. Mais le navire dans lequel est embarqué Randolph Carter continue tout droit, volant dans les airs, pour atteindre la Lune. Il se pose sur sa face cachée, qui contient d’étranges êtres: des créatures blanchâtres qui à volonté se dilatent et se contractent, mais ont la plupart du temps la forme de crapauds démunis d’yeux et dotés à la tête de tentacules roses leur servant d’organes sensoriels. Le narrateur assure que ces êtres sont hideux, et qu’ils tiennent assujettis des sortes de gnomes rappelant plus ou moins l’être humain. Ils vivent de la culture de gros champignons qui s’étendent à perte de vue.
Ils s’emparent de Randolph Carter et le mettent dans une tour, en attendant de l’exécuter pour on ne sait quel sombre motif. Mais, au moment où il est emmené et escorté par les monstres et les gnomes qui les servent, des chats parlants, doués de raison, qui vivent sur la Lune et sont les héritiers de Bubastis, la déesse chat égyptienne, le sauvent en s’en prenant aux êtres à forme de crapauds et à leurs affidés: ils les tuent tous. Et ils déclarent à Randolph Carter qu’ils l’ont sauvé parce que, sur Terre, ils l’ont toujours vu plein d’amour pour les chats et toujours prêt à recueillir et protéger les chatons en danger de mort. Ils disent, cependant, que sur Saturne vit une lignée de chats mauvais, alliés aux êtres blanchâtres qu’ils ont tués, et qu’ils doivent les surveiller pour les empêcher d’aller sur Terre. Puis, ils le ramènent Randolph Carter sur celle-ci en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, et pour le coup, Lovecraft n’est pas très précis...
Ce fragment de récit montre à quel point la réputation de visionnaire de son auteur n’est pas usurpée. Les idées qu’il développe sont toujours surprenantes et ses images de monstres totalement convaincantes: contrairement à Tolkien, qui tendait à reprendre les figures déjà connues des mythologies antérieures, Lovecraft inventait ses formes propres, et le faisait à partir de son sentiment profond.
Les chats sont sans doute plus classiques: la tradition égyptienne est citée. Dans sa correspondance, Lovecraft créait toujours des liens entre les chats et les forces les plus mystérieuses de l’univers: ils incarnaient à ses yeux ses forces positives, divines. Car même s’il affirmait ne pas croire en celles-ci, son imagination, qu’il laissait très libre, contredisait souvent ce principe qu’il affichait.
Si ses chats de Bubastis tiennent à peu près le rôle des Elfes chez Tolkien, ses monstres sortent de strates plus enfouies de l’âme. La dilatation et contraction à volonté des êtres spirituels est une idée qu’on trouve dans l’occultisme, par exemple. De renvoyer à la forme du crapaud parle également à l’inconscient. Quoique plus succincte, l’imagination de Lovecraft est digne, à propos de la Lune, de Cyrano de Bergerac!