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Avec leurs jumelles, Bertrand « Berti » Denervaud et deux de ses acolytes scrutent scrupuleusement le run d’un jeune freerider qui vient de s’élancer de la Dent de Nendaz. Dans leur barbe, les trois hommes répètent une succession de nombres au fur à mesure que le skieur enchaîne sa descente entre barres rocheuses et ligne tracée dans la poudre nendette. Ces nombres correspondent à la note que les trois juges entendent octroyer à l’athlète avant qu’ils ne définissent le score exacte une fois le run terminé.
A premier abord, le système de notation sur les épreuves mondiales du freeride, que ce soit sur le World Tour, le Qualifier ou chez les Juniors, peut paraître complexe. « Mais c’est un système de jugement assez simple que l’on peut enseigner. Il n’y a pas besoin d’être pro. La seule difficulté est de pouvoir rester concentré pendant trois à quatre heures et avoir un peu de mémoire afin d’être capable de comparer les différents runs que tu vois », explique Berti Denervaud, rencontré en début d’année en marge de la Verbier Freeride Week. Le Vaudois, ancien vainqueur en Coupe du monde de snowboard halfpipe et de boardercross, est l’initiateur du système de notation que l’on retrouve sur l’ensemble des compétitions de freeride depuis la création du World Tour en 2008. « Avec plus de 150 événements par année, le but était de créer un modèle uniforme qui puisse être utilisé de la même façon dans tous les pays. De la Suisse à l’Amérique du Nord en passant par l’Islande ou le Liban. »
Cinq éléments pris en compte
Pour juger au mieux le run d’un skieur ou d’un snowboardeur, cinq éléments sont pris en compte: la technique (où l’athlète sera pénalisé en cas de dérapage par exemple), le contrôle (des points de pénalité sont annoncés en cas de déséquilibre en ski pur, des bonus sont octroyés si beaux virages), la fluidité (où l’on juge la vitesse relative et où un athlète qui va vite peut facilement gagner des points), la ligne (sa difficulté et son optimisation) et enfin le air&style (les nombre de sauts, la taille, la qualité de la réception et les figures). « Ce système permet ainsi à tous les styles de gagner et ne favorise pas un athlète typé freestyle ou un rapide par rapport à un autre. Une ligne gagnante n’est jamais connue à l’avance », poursuit Berti Denervaud qui utilise son système de graduation de points comme un thermomètre qui s’étale de 1 à 100 (note maximale). « Quand un athlète s’élance, il est à cinquante, puis ça baisse ou monte selon ce que l’on voit. Pour éviter de perdre le fil, il faut toujours avoir le score en tête afin de pouvoir le noter dès qu’il franchit la ligne ».
La ligne gagnante du skieur français Leo Slemett lors de l’épreuve du World Tour à Vallnord:
Une échelle et de la sténographie
Une fois que le rider a terminé son run, les trois juges vont pointer leur appréciation chiffrée sur une échelle graduée. « S’il existe une trop grande différence, le chef juge regarde pourquoi nous sommes en désaccord. Il faut que l’on se retrouve tous plus ou moins avec un résultat similaire. » Pour pouvoir se laisser un certaine marge de jugement, un excellent run sera noté vers 95 ce qui permettra ensuite d’établir un classement autour de cette note-là pour les prochains très bons riders. « L’importance est de ne pas être coincé », rappelle Berti Denervaud qui a l’obligation également de notifier par écrit toutes les composantes d’un run de manière sténographique, uniforme à tous les juges. « Afin de pouvoir comparer si besoin est et se laisser de l’altitude. Car il ne faut pas oublier, que contrairement au patinage artistique où la patinoire est la même à Zagreb qu’à Genève, la face d’une montagne n’offre pas un terrain unique. »
Pouvoir offrir des feedbacks aux riders
Les précisions sont bien évidemment nécessaires non seulement pour l’objectivité de l’appréciation des runs, mais également pour les éventuels feedbacks donnés aux riders à l’issue de la compétition. « Il y a plusieurs sortes d’athlètes qui viennent s’enquérir de leurs annotations », enchaîne Berti Denervaud. « Ceux qui ont l’impression d’être mal jugés, ceux qui, au contraire, pensaient être mauvais et sont surpris en bien, ceux qui ont totalement oublié ce qu’ils ont fait sur le neige et enfin ceux qui cherchent à s’améliorer. »
Au final, les réclamations sont rares. Mais le Vaudois tient à préciser que les juges, même avec des jumelles vissées sur le nez, « restent humains », comme les riders qui dévalent les plus belles faces du monde.
Johan Tachet, Bruson & Nendaz