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I Pay for Your Story
Lech Kowalski revient à Utica, où il a grandi, dans un quartier multiculturel peuplé de descendants de migrants venus du continent européen, où s'entassent aussi les « prolos blancs ». La ville ressemble aux autres petites cités de la « ceinture de rouille » de la côte est-américaine, dont les usines furent le fer de lance du rêve américain. Sur la terrasse d'un appartement où il a accroché une pancarte lumineuse annonçant I Pay for Your Story, le « revenant » propose aux résidant-e-s d’acheter leurs récits de vies. Ce dispositif résonne comme une profession de foi du cinéaste au travail dans les milieux trash : il faut toujours payer pour avoir quelque chose. Car les personnages, pour la plupart issus des minorités visibles, qui défilent devant sa caméra, n'en finissent pas de payer les effets dévastateurs de l'ultralibéralisme. Kowalski, empathique, observe l'écrasement de la classe ouvrière américaine. Parfois, le hasard s'en mêle, quand une femme prononce le mot « enfer » et que le projecteur s'éteint brusquement, plongeant le décor d'un ancien club jamaïcain dans l'obscurité.
Emmanuel Chicon