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Dans quelle mesure le centralisme est-il la confirmation de ce qu’a vu Joseph de Maistre, que les Français sont profondément attachés à la personne d’un monarque et à l’idée d’une unité qui s’incarne en un homme? Teilhard de Chardin aurait dit que les Français ont conscience que l’univers est centré, et que, par conséquent, le système politique doit l’être aussi. Peu importe qu’on reconnaisse ou pas que ce centre est un dieu; le réflexe n’en demeure pas moins. On peut projeter sur une organisation unitaire des attributs divins sans s’apercevoir qu’ils sont les mêmes que ceux de la théologie, et cela d’autant plus facilement qu’on rejette cette dernière par principe et qu’on ignore par conséquent ce qu’elle contient.Je me pose toutefois la question: cet archétype issu du monothéisme est-il aussi présent en France que du temps de Joseph de Maistre? On pourrait avoir le sentiment qu’il est surtout partagé par ceux qui ont fait des études - qui ont intégré ce que Victor Bérard appelait les idées françaises: mais est-ce que, spontanément, ceux qui n’ont pas fait d’études sont dans le même cas?Le problème, me dira-t-on, se posait déjà en 1789: ceux qui n’étaient pas acclimatés aux idées françaises - notamment parce qu’ils parlaient une langue différente - ne comprenaient pas forcément cette unité, et leur réflexe était plutôt la défense des symboles religieux traditionnels, dont le roi n’était somme toute qu’un élément parmi d’autres: ce fut le cas des Bretons, par exemple.Du reste l’illettrisme n’empêche pas forcément le culte de la capitale - de Paris: nul besoin d’être un intellectuel pour trouver incroyables, comme tout le monde, la tour Eiffel ou les fastes de la cité reine. Et le fait est que, électoralement, la révolte populaire ne s’incarne pas beaucoup dans le régionalisme, mis à part en Corse, ou d’autres îles encore plus lointaines: Guadeloupe, Martinique, Tahiti, Nouvelle-Calédonie... On a le sentiment que si la raison admet que les régions excentrées et singulières ont le droit de s’épanouir librement dans leur particularité, les réflexes l’interdisent, parce que l’unité chérie, adorée, pourrait en être fissurée, amoindrie: au fond, on crie au sacrilège; cela ressortit au religieux.Comment, dès lors, pour faire progresser le fédéralisme, la liberté, le respect de la diversité, faut-il s’y prendre? Comment relier le réflexe à la raison?Ce qui est entre les deux, c’est le cœur: l’amour; si on aime sa région, ses figures historiques, légendaires, on développe l’idée qu’elle doit être représentée par des institutions spécifiques, et on s’y accoutume. C’est essentiellement par l’aspect culturel que ce progrès peut être réalisé. La ferveur que même personnellement on peut avoir, en Savoie pour François de Sales, en Bretagne pour Hersart de La Villemarqué, en Corse pour Pascal Paoli, en Flandre pour Thyl Ulenspiegel - cette ferveur se diffuse, et rend légitime le régionalisme.Et quoi de plus logique? C’est bien d’une foi, d’une conviction, que devrait venir tout vote: non d’une volonté négative de revanche, de vengeance. Autrefois, en France, on avait de la ferveur pour De Gaulle, pour Lénine, pour Mao; le drame de la démocratie en France est qu’on n’en a plus guère pour aucune figure distincte. À la rigueur Napoléon et De Gaulle résistent; mais cela suffit-il?
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Le gouvernement français a décidé, assure-t-il, de créer de grandes régions aux pouvoirs renforcés, regroupées autour de métropoles dynamiques. J’ai un peu du mal à voir pourquoi on ne peut pas commencer par renforcer les pouvoirs des régions existantes; la superposition des deux réformes risque de faire apparaître la seconde comme une promesse destinée simplement à faire passer la première.Mais la question reste de savoir s’il est vraiment indispensable de créer des grandes régions centralisées autour de métropoles dynamiques, et en particulier si pour l’ancienne Savoie c’est une nécessité.Au dix-neuvième siècle, les Savoyards, isolés dans leurs frontières, apparaissaient comme un peuple de paysans dirigés par des magistrats depuis des petites villes: au fond, l’organisation médiévale persistait, avec quelques aménagements pour préciser le droit, le rendre plus clair. Ce n’était pas le féodalisme au sens négatif, où le seigneur faisait ce qu’il voulait: plutôt un Moyen Âge tel que le concevaient les romantiques, avec un bon roi lointain qui s’efforçait d’aider les Savoyards à s’enrichir et des administrateurs et des ecclésiastiques qui étaient des leurs. Stendhal à cause de cela louait le régime du Duché - vantant jusqu’aux mérites des prêtres locaux, qui étant savoyards eux-mêmes participaient pleinement à la vie populaire.Il mentionnait aussi, néanmoins, l’impatience des habitants pour ce qui est de l’économie, du commerce. Certes, les frontières fermées, les prêtres, les magistrats royalistes et catholiques, leur garantissaient le maintien de leurs traditions, de leurs coutumes, de leur indépendance culturelle. On vénérait les symboles de la petite patrie, la dynastie de Savoie, François de Sales. Mais l’heure n’était plus à cette vie médiévale simple - telle qu’elle existe encore en Asie, dans les montagnes de l’Himalaya, gorgées de religiosité. Ouvertes sur Paris, Lyon, Genève, les villes savoyardes en particulier voulaient s’enrichir. Or, il manquait justement à la Savoie une métropole d’importance. On ne peut pas vraiment le nier.Toutefois, l’ouverture des frontières a permis à Genève d’apparaître dans une large part comme étant cette métropole naturelle dont la Savoie, en particulier au nord, avait besoin. Le département de Haute-Savoie, d’ailleurs, a accompagné à cet égard l’histoire, en passant des accords directement avec la cité de Calvin, ce qui lui a permis d’acquérir une certaine autonomie, une capacité d’initiative propre. Or, cela lui a été très bénéfique. Ce qui est donc surtout inquiétant, dans le projet du gouvernement français, c’est la suppression des départements.S’il les trouve trop petits et étriqués, il suffit de dire que c’est à présent l’Assemblée des Pays de Savoie - interdépartementale - qui doit représenter seule les deux départements, qui seront de fait supprimés; cette assemblée peut diriger ainsi une Région Savoie, dont la petite taille est justifiée par son caractère frontalier d’une métropole majeure. D’ailleurs, puisque celle-ci rayonne aussi sur le département de l’Ain, on peut accroître la taille d’une telle Région en y ajoutant le territoire de celui-ci, qui fut savoyard jusqu’à l’orée du dix-septième siècle, et qui l’est souvent resté dans l’âme, en particulier dans le Bugey. La grande époque, culturellement parlant, de ce dernier et de la Bresse, date bien du duché de Savoie - d’Amédée VIII à Charles-Emmanuel Ier.Les solutions sont donc possibles, en dehors de Lyon.
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Le gouvernement français assure qu’il veut permettre le dynamisme local, afin que les territoires s’émancipent économiquement, et connaissent un regain de croissance. Il semble en effet avoir admis, avec nombre d’économistes sérieux, que la réussite suisse ou même allemande est liée à la dispersion des pôles, à un tissu d’entreprises répandu sur l’ensemble du territoire - non centralisé.Cependant, le lien entre le dynamisme culturel et celui de l’économie ne lui apparaît pas, ou alors il est prêt à sacrifier le second, si l’uniformité qu’il prône est mise en danger: il s’agit quand même toujours de se référer à la capitale. L’exemple de la Corse à cet égard est parlant. Elle réclame la co-officialité de sa langue propre, un statut de résident, élit un autonomiste à Bastia, a du dynamisme. Mais au nom de la Constitution, le gouvernement central casse plusieurs décisions de son assemblée, et la presse nationale feint de croire que l’élection d’Anne Hidalgo à la mairie de la capitale est un événement plus considérable que celle de Gilles Siméoni. L’élection de la première n’a pourtant rien eu que de très banal, puisqu'elle a été désignée par son prédécesseur, quand le second a été localement soutenu par les principaux partis politiques, d'une façon exceptionnelle.Peut-être que le matérialisme des dirigeants les empêche de voir que ce qui anime culturellement une communauté est propre aussi à lancer des entreprises, qu’il n’y a pas de solution de continuité entre la culture et l’économie, qu’au contraire c’est au sein d’un contexte culturel dynamique que l’activité économique peut s’exercer. Car des régions qui prennent des initiatives favorisent toujours l’économie, même lorsqu’elles s’attellent d’abord à la culture, ou au droit au logement. Si on ne peut pas prendre une initiative concernant par exemple la langue locale, il devient difficile d’en prendre qui soient de nature économique, comme peut être le lancement de produits purement locaux, destinés à séduire la clientèle étrangère. Car il est simple de s’apercevoir qu’on n’achète pas ce qu’on peut produire soi-même, mais justement ce qui, étant propre à une région étrangère, ne peut pas être trouvé chez soi. On aurait beau jeu de prétendre que l’économie se fonde sur des machines indifférenciées sur le plan culturel; ce n’est pas vrai: les voitures allemandes ont une qualité allemande; la montre suisse, une qualité suisse; et ainsi de suite. D’ailleurs l’économie n’est pas seulement faite de machines; les produits alimentaires portent toujours la marque de la terre qui les a fait naître, de la méthode agricole qui les a fait croître, de la façon dont ils ont été pris, puis mis sur le marché. À plus forte raison en est-il ainsi des produits proprement culturels - les livres, les journaux.Si la Constitution exerce une pression trop forte sur les régions excentrées et originales, il faut la changer.
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La votation en défaveur du financement par Genève de parkings en France voisine a fait grand bruit. Je ne connais pas exactement les chiffres, mais d’après ce que j’ai lu, les plus opposés à ce projet étaient les habitants du canton qui n’étaient pas dans la ville de Genève. Je ne sais pas non plus exactement qui devait financer, la Ville ou l’État, mais j’ai l’impression que c’est plus important qu’on ne le dit en général. En effet, pour bien comprendre la situation, mon avis est qu’il faudrait faire abstraction de la frontière.Si elle n’existait pas, il faudrait bien admettre deux choses. D’une part, que la Ville financerait ces parkings à son entrée, dans les terrains agricoles qui la jouxtent; elle n’aurait aucune raison de le faire plus loin, à la hauteur de la France voisine. D’autre part, ce serait elle qui financerait les parkings, et non les communes sur lesquelles ils seraient implantés, ni aucune autre commune où ils ne seraient pas implantés. N’est-il donc pas étrange de faire payer l’ensemble des citoyens du Canton, comme j’ai cru comprendre qu‘on le faisait?Sans doute, la Ville peut faire valoir aux autres communes que participer aux frais leur permet justement de laisser se créer des parkings dans les communes qui ne participeront pas, situées en France, au lieu de les voir se bâtir dans les leurs. Mais ne serait-ce pas une forme de chantage?La solution à ce refus du peuple du Canton de financer les parkings est donc double. Soit le projet est maintenu de créer des parkings en France, mais la Ville les finance seule, offrant aux autres communes leur protection sans contrepartie; soit la Ville les crée au sein du Canton, dans une commune suisse avec laquelle elle entend collaborer en y achetant des terrains. Or, le second cas coûterait probablement bien plus cher à la Ville; il est donc un peu ridicule de demander aux autres communes de participer aux frais sous prétexte qu’elles seront ainsi protégées.Cela dit, il est possible que je n’aie pas tout bien compris. Mais il me paraît quand même évident que c’est la Ville qui souffre le plus des embouteillages, et non tout le Canton, de telle sorte que c’est bien la Ville seule qui doit payer. Si j’ai bien compris la situation, il est possible que cette solution serait acceptée par une population urbaine qui souffre, quitte à se faire aider dans ce projet par la Confédération, le Canton ne servant alors que de relais.Xavier Comtesse a pu écrire sur son blog que le centralisme était passé de mode, mais il ne faut rien exagérer: l’économie se fait encore bien à partir des cités; il est surtout évident qu’il faut s’appuyer sur la ville de Genève, et non pas sur le Canton, les communes de ce dernier étant somme toute dans une situation plus comparable aux communes françaises limitrophes qu’on ne veut bien le reconnaître.
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Dans Une Théorie de la connaissance de Goethe, Rudolf Steiner dit que la politique consiste en réalité à appréhender l’âme des peuples et à créer des formes institutionnelles adaptées à leur caractère. D’un autre côté, il était hostile à la conception qui faisait de l’État unitaire et centralisé une sorte de divinité, et d’une nation un organisme total: pour lui, seule l’humanité complète était dans ce cas, et aucun peuple ne pouvait être assimilé à elle dans son entier. La souveraineté absolue d’une partie restreinte de l’espèce humaine n’avait à ses yeux pas de sens.Il tendait à prôner une forme de fédéralisme universel. Chaque communauté humaine devait bien trouver sa représentation au sein du Gouvernement; mais aucune ne pouvait y prétendre de façon totale.J’avoue partager cette vision du monde - qui fut aussi, je crois, celle de Denis de Rougemont.Or, le sentiment savoyard existe encore, puisque le nom même de Savoie n’est pas tombé dans l’oubli, ni ce qui lui est lié. Je considère, par conséquent, qu’il faut lui donner une forme institutionnelle adaptée: la Région.On n’a pas à juger, comme cela se fait parfois, de la qualité de la culture propre à la contrée. Qui peut avoir à cet égard des certitudes? Chacun subit ses idées et sa sensibilité. Il reste toujours normal de connaître la tradition d’un lieu qu’on habite. Si elle a des insuffisances et des défauts, il faut y remédier, les corriger de l’intérieur. Cela ne peut pas justifier son rejet - ni son éventuel remplacement par une autre dont chacun a aussi le droit de penser ce qu’il veut.Voilà pourquoi, personnellement, je considère qu’il est nécessaire de décentraliser au moins en partie les programmes d’enseignement, en les adaptant aux différentes portions du territoire. La Savoie, du reste, fut en grande partie autonome, dans son éducation, sous les rois de Sardaigne: elle avait son organisation propre, et cela conduisit la France, après 1860, à créer à Chambéry une Académie, laquelle on pouvait regarder comme la prorogation d’un droit acquis. Durant plusieurs décennies, il fut même recommandé d’enseigner l’histoire régionale aux enfants.À mes yeux, il est légitime de renouer avec cet état de fait. Si l’on veut établir une égalité avec les autres régions, il me paraît normal de l’étendre à toutes les académies de France. J’y suis favorable.Naturellement, cela ne doit pas conduire à ce qu’une couleur spécifique, au sein de l’ensemble plus vaste, tende à une souveraineté complète. Cela contredirait le principe du fédéralisme universel énoncé en préalable.J’ajoute que l’idée fédéraliste est pour moi une voie de solution à bien des conflits dans le monde. Mais j’en parlerai un autre jour, si je puis.
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Ce week-end, je serai, avec les éditions Le Tour, au salon du livre du régionalisme alpin, à Grenoble, qui a lieu les 16, 17 et 18 novembre à l'ancienne bibliothèque de la place de Verdun. J'exposerai en particulier les livres que j'ai écrits ou préfacés, De Bonneville au mont-Blanc, Muses contemporaines de Savoie, Les Prisonniers du Caucase de Xavier de Maistre, Le Siège de Briançon de Jacques Replat... L'entrée est libre.
C'est un peu loin, mais Grenoble est en France regardée comme la capitale des Alpes, et c'est la première fois que je vais présenter mes livres dans le Dauphiné: d'habitude, j'étais soit dans les pays de Savoie, soit à Genève. Il faut bien sortir un jour des limites habituelles! Grenoble, c'est la capitale que se sont faite les comtes du Viennois quand Vienne fut donnée par l'empereur germanique à son évêque, et c'était déjà une bourgade allobroge dans l'antiquité. Constamment, la France a essayé de placer l'ancien duché de Savoie dans son orbite et de la faire devenir la capitale des Allobroges modernes. En général, pour le département de la Savoie, cela a bien fonctionné, mais dans le nord de la Haute-Savoie, beaucoup regardent Genève comme une capitale allobroge plus significative. Quoi qu'il en soit, Grenoble est une ville importante, et beaucoup de Dauphinois ont publié des récits de voyage en Savoie qu'on a conservés: Stendhal, Alfred de Bougy, Achille Raverat...
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J'ai récemment visité l'église abbatiale d'Hautecombe, si célébrée, en son temps même, pour son beau style gothique voulu par le roi Charles-Félix. A l'intérieur, il y avait une librairie. On y trouvait les Méditations poétiques de Lamartine: Ô temps! suspends ton vol! Mais déjà, on ne trouvait pas son Raphaël; or, ce roman autobiographique se passe en grande partie sur le lac du Bourget et, de surcroît, situe la révélation de l'amour entre le narrateur et Julie dans la maison qui est en contrebas de l'abbaye, au bord de l'eau, et les premières entrevues entre les deux amants dans le pré tout proche. Visitant l'abbaye, à cette époque en ruines, Lamartine a d'ailleurs de bien belles paroles: Je m'assis sur le mur tapissé de lierre d'une immense et haute terrasse démantelée qui dominait alors le lac, les jambes pendantes sur l'abîme, les yeux errants sur l'immensité lumineuse des eaux qui se fondaient avec la lumineuse intensité du ciel. Je n'aurais pu dire, tant les deux azurs étaient confondus à la ligne de l'horizon, où commençait le ciel, où finissait le lac. Il me semblait nager moi-même dans le pur éther et m'abîmer dans l'universel océan. Il se fondait dans la clarté, communiant avec l'univers! Pour lui, du reste, les apparences sensibles étaient pur néant, illusion créée pour permettre les rencontres sacrées avec l'âme-sœur. En l'occurrence, Julie, qui, à sa mort, habitera le lieu tout entier: je crois voir l'âme heureuse de celle qui m'apparut un jour dans ces lieux s'élever étincelante et immortelle de tous les points de cet horizon, dira le poète.
A la librairie d'Hautecombe, je n'ai pas vu davantage un texte qui aurait dû y être: Station poétique à l'abbaye d'Hautecombe, de Jean-Pierre Veyrat, Savoyard évoquant en vers une excursion nocturne au sein de l'abbaye restaurée: il a alors des visions glorieuses et grandioses, mêlant histoire et révélations prophétiques. Comme Hugo, il se voulait l'héritier d'Isaïe. On sait, en effet, que l'église abbatiale contient des statues de princes médiévaux devenus mythiques - d'ailleurs souvent liés à la Suisse: aux Kybourg, aux Höhenzollern, parmi lesquels les Savoie prenaient épouse; la sœur même du fondateur de Berne y a son image sculptée dans la pierre, et Pierre II, le petit Charlemagne, fondateur de la patrie vaudoise selon Charles-Albert Cingria, s'y trouve aussi. La manière est sublime; elle vaut celle de Louis II de Bavière!
Mais l'État veut bien financer, par le biais des universités, des éditions d'écrivains français obscurs, mais pas celle des œuvres de Jean-Pierre Veyrat; certains ont osé dire que c'était parce qu'il glorifiait les rois de Sardaigne. Mais peut-on croire l'État français aussi mesquin?
Enfin, je n'ai pas vu non plus les Homélies mariales de saint Amédée de Lausanne: or, celui-ci fut abbé de Hautecombe, et, par surcroît, celui qui déplaça la communauté cistercienne originelle: elle avait été dans la montagne, il la mit au bord du lac. Il n'y avait que de la littérature catholique générale. Effet du principe universel d'uniformisation, sans doute.
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Les éditions Le Tour, de l'association de soutien desquelles je suis l'honorable secrétaire, viennent de sortir un livre nouveau, d'Alain Lachaud, intitulé 100 Ans de ski à Samoëns, pour les passionnés de ski et les amoureux de cette station, où j'ai moi-même fait mes premiers pas à ski, ou alors mes premières glissades, pour mieux dire. A cette époque, pour ne rien cacher, j'habitais encore la région parisienne, et chaque hiver, nous allions faire du ski à Samoëns, le village de nos ancêtres: non pas seulement ma famille la plus proche, mais aussi les cousins, également originaires, pour ce qui est de ma génération, du Val de Marne! C'était une aventure. Un monde nouveau. La neige qui tombait le matin dans le silence, et que je regardais par la fenêtre du chalet des ancêtres, où il n'y avait pas l'eau courante, à plus de mille mètres d'altitude.
Bref, le livre d'Alain Lachaud contient surtout énormément d'images, et rappelle donc des souvenirs. Une atmosphère. La famille, et son culte, qu'on ressent bien, quand on est petit. C'est comme un monde. Les adultes semblent être de véritables Immortels. Les cousins et les frères aînés sont leurs anges! Ils se confondent avec ceux que les anciens Hébreux appelaient des téraphim: les dieux Lares. Trônant au faîte de la maison.
Quand quelque chose disparaissait, mon père disait que cela venait du petit nain de la montagne. Ayant lu Bilbo le Hobbit, je l'imaginais avec une hache et un capuchon et vivant dans des grottes, près des cimes surplombant notre toit. Ce nain de la montagne dut connaître Samo, le fondateur de Samoëns! Il en a vu passer, des saisons, des âges; pour lui, les siècles ont été comme des jours. Chaque vie humaine, ce fut un clin d'œil. Il est l'âme de la vallée.
Mais le livre d'Alain Lachaud est plus réaliste, il parle des champions de ski, des compétiteurs professionnels originaires de Samoëns et de ses environs, et des machines de la station de ski. Il évoque également les travaux et les initiatives des communes concernées, les origines (liées au Club alpin français).
L'ouvrage coûte 22 € (ou 33 francs suisses) et on peut le commander aux éditions Le Tour, ou directement à moi, car le directeur m'en a confié une dizaine. Prévoir 3 € (ou 4,50 FS) pour les frais de port. Le surplus vers la Suisse est offert.
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Samedi prochain, le 18, de 10 h à midi, je serai à la librairie Majuscule de Thonon (7, rue des Arts), pour signer le volume Haute-Savoie des éditions Bonneton. On pourra se procurer ce livre dont le chapitre sur la littérature évoque plusieurs fois la noble capitale du Chablais, en particulier à propos de Maurice-Marie Dantand, l'auteur du célèbre Gardo et de l'Olympe disparu, mais aussi de Valère Novarina. Mon camarade Mickaël Meynet a consacré un petit chapitre à son père Maurice, architecte lui aussi thononais, et Catherine Hermann a naturellement évoqué la figure d'Amédée VIII, qui dirigea tout le pays du Léman depuis son château de Ripaille. C'est donc un bon lieu, car c'est par Thonon, au fond, que le département de Haute-Savoie tient le plus au duché de Savoie.
A cette séance de dédicaces, il y aura aussi Catherine Hermann, précisément, Marc Bron, et, me semble-t-il, Denis Jordan, le grand spécialiste du monde végétal des montagnes.
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Mercredi 15 décembre à 18 h, à la bibliothèque d'Annemasse (4, place du Clos Fleury), aura lieu une conférence de presse publique sur la parution de la nouvelle encyclopédie Bonneton sur la Haute-Savoie. Seront présents trois auteurs de cet important volume: Catherine Hermann (pour la partie Histoire), Marc Bron (pour la partie Langue), moi-même (pour la partie Littérature). C'est ouvert à tous, et il y aura des exemplaires à vendre, au cas où. Il y aura sans doute aussi des images projetées. C'est un événement.
Nos amis genevois peuvent s'y intéresser, la Haute-Savoie étant limitrophe et en même temps, pour sa partie septentrionale, aimantée par Genève, ce qui se ressent même sur le plan culturel. Les évocations du mont Blanc par Horace-Bénédict de Saussure sont mentionnées par tous comme marquant d'une pierre blanche le début d'une ère majeure, pour le territoire concerné.
J'invite donc les lecteurs de la Tribune de Genève à s'intéresser à cette publication nouvelle. En souvenir, au moins, du duc de Savoie Amédée VIII, qui fut évêque de Genève, et demeura généralement à Thonon. Et cela, même si François Bonivard, dans ses Chroniques, en fait un ambitieux qui par égoïsme mit fin aux libertés genevoises. Le même Bonivard rappelle que son petit-fils, Jean-Louis de Savoie, fut un valeureux évêque de Genève - non qu'il fût pieux comme François de Sales, mais qu'en tant que prince, il fut d'une autorité sans faille, et n'admit jamais aucun empiètement d'un pouvoir extérieur sur Genève même. Bonivard affirme qu'il fut despotique entre les murs de celle-ci, également; mais il défendait ses intérêts, qui étaient aussi les siens propres, et le peuple, encore après 1535, gardait, selon le célèbre chroniqueur, un bon souvenir de la vaillance, du courage, de la force d'âme de Jean-Louis de Savoie!
En souvenir de son règne, donc, que l'on n'hésite pas à venir jusqu'à Annemasse à la date précitée.
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Samedi 11 décembre, aura lieu, de 14 h à 20 h, un salon du livre savoyard auquel je participerai à Viuz en Sallaz, à l'occasion de l'ouverture, à l'écomusée Paysalp, de la Maison de la Mémoire. Je ne connais pas tous les autres auteurs présents, mais il y aura Léo Gantelet, qui est un des écrivains dont j'ai parlé dans mon livre Muses contemporaines de Savoie, et qui a chanté avec beaucoup de grâce le lac d'Annecy, en son temps, et qui évoque à présent plus volontiers, dans des récits, ses pèlerinages, tant à Saint-Jacques-de-Compostelle que sur l'île japonaise de Shikoku (où l'on accomplit un chemin bouddhiste inspiré par Kobo Daïshi, le fondateur de l'école Shingon), ou dans son propre jardin, à Seynod, car il y a mis des sculptures à la portée symbolique profonde. Il y aura également Gilbert Taroni, journaliste au Dauphiné libéré et grand spécialiste de l'ancienne ligne de train qui joignait Annemasse à Samoëns.
Il faut d'autant plus s'y rendre que Viuz en Sallaz ayant abrité François de Sales, qui lui appartenait en propre, c'est un village d'une portée littéraire majeure! Pour ma part, du reste, je présenterai mes livres qui évoquent la Savoie, et dont certains parlent du même François de Sales et le citent - par exemple, De Bonneville au mont Blanc, ou Portes de la Savoie occulte, ou certains livres collectifs auxquels j'ai participé, comme celui que les éditions Le Tour ont sorti sur Samoëns en juin dernier. Viuz-en-Sallaz peut être le début d'un pèlerinage en Savoie littéraire, avec le mont Blanc comme symbole ultime! Jules Michelet n'en a-t-il pas fait un moine géant, en méditation depuis des millénaires sous son capuchon blanc? Celui qui s'approche de lui sent la force de ses hautes pensées! Il se sent emporté, lui-même, dans un tourbillon. S'il en sort indemne, c'est grandi. Lamartine en a souvent parlé! Pour lui, les sommets blanchis par la neige étaient le seuil des cieux.
On aurait tort, de n'accorder qu'aux Orientaux, ou aux religions traditionnelles, une vie spirituelle intense.
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Les éditions Le Tour viennent de sortir un ouvrage collectif dirigé par le directeur même de la maison d'édition, Marc Mogenet, mon père, lequel ouvrage est consacré à Samoëns, où la maison d'édition est sise, au sein d'une demeure (une ferme qu'on appellerait volontiers chalet, quoique de façon impropre) que mon père tient de ses ancêtres, dans la montagne, et à laquelle il voue une forme de dévotion qui rappelle volontiers le culte des ancêtres qu'on pratiquait chez les anciens Romains ou qu'on pratique encore, explicitement, dans nombre de pays du monde: c'est la religion qui précède les religions dites du Livre, ou les philosophies mystiques émanées de l'Inde. Mais cet ouvrage est tout ce qu'il y a de plus sérieux et moderne, il contient de nombreuses photos en couleurs, très jolies, pour honorer ce village ancestral du point de vue de son concepteur.
J'y ai moi-même écrit deux articles, consacrés aux écrivains de Samoëns, Gerdil et Biord, qui eurent maille à partir avec Rousseau et Voltaire. Mais beaucoup d'auteurs illustres ont participé: Mickaël Meynet (l'auteur des Frahans), Colette Gérôme (historienne officielle, pour ainsi dire, de Samoëns), Violaine Simon, Michel Nicodex (plus connu pour ses pâtisseries magistrales, car il a été longtemps pâtissier à Samoëns, mais il est aussi un érudit), Gisèle Mogenet (ma mère), Lolita Rousset, François-Désiré Riondel (un cousin), Marilyne Mazocchi, Jérôme Gherra, Simone Déchavassine (une cousine), Jean-Marc Jacquier (musicien savoyard célèbre), Michel Dunoyer, Jeannette Granger, Gilbert Taroni (journaliste au Dauphiné libéré), Marie-Pierre Vérignon et Mireille Chauvaud-Gaboriau, tous animateurs culturels de la noble cité aux sept monts, dont Colette Gérôme rappelle qu'elle a dû être fondée par un chef burgonde appelé Samo, qui est sans doute l'homme dont on a retrouvé la tombe il y a plus de cent ans déjà, et qui est peut-être ce Samo originaire de Sens, en Bourgogne, qui à la tête des Wendes, futurs Croates, combattit le roi Dagobert, roi de France et de Bourgogne: c'est l'idée que j'ai, en tout cas, car finalement, Dagobert et Samo se sont mis d'accord, les Slaves qui formaient les troupes du second se sont convertis au catholicisme, et Samo lui-même a disparu des annales de l'histoire: il se peut qu'on lui ait donné le fond de la vallée du Giffre, et qu'il y ait fait venir des colons pour la défricher.
Une brochure excellente et luxueuse, quoi qu'il en soit, coûtant 18 €, et à commander aux éditions Le Tour, 11, route de Chalonges, 74340 Samoëns: c'est l'adresse de Marc Mogenet, qui est dans l'annuaire.
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Dans ses Chroniques, Bonivard prétend que l’évêque de Genève non seulement avait - comme le Pape dans ses États - autorité sur la cité, mais aussi sur le Genevois, le territoire qui entourait la cité. Mais c’était un rêve: les historiens modernes ont prouvé qu’il n’en était rien.
Bonivard affirme même que l’Évêque était chef absolu de Genève depuis les premiers rois burgondes; mais en réalité, il a prêté hommage, sur le plan temporel, même aux rois de Bourgogne de la seconde lignée - qui s’acheva avec Rodolphe III -, puis aux empereurs. Frédéric Barberousse, au temps de l'évêque Arducius de Faucigny, proclama ce qui est connu: que l’évêque de Genève, pour le gouvernement temporel de la ville, ne devait dépendre que de lui et de ses successeurs, et non d’aucun autre seigneur.
Il s’ensuivit que Genève put se développer en une démocratie fondée sur les chefs de famille. Mais c’est précisément parce qu’elle n’intégrait pas d’importants territoires peuplés de paysans. L’Évêque n’en avait pas les moyens, et s’il les avait eus, son régime serait devenu monarchique.
Il serait donc illogique de considérer qu’une organisation commune à Genève et à la Haute-Savoie pourrait définir une cité et un arrière-pays, comme on le lit parfois. La vocation de la démocratie genevoise, permise justement par la limitation de la communauté à la cité, ne pouvait pas être de se développer en régime aristocratique. L’époque de James Fazy s’en est aperçue.
Le modèle - se posant volontiers à certains comme naturel - d’une élite qui organise une république autour de Paris ne doit pas créer d’illusion. La bourgeoisie qui s’est imposée à Paris entourait le Roi, qui avait des prérogatives sur un territoire qui débordait largement la cité. Les liens de domination de cette élite ont pu ainsi se créer à partir de la monarchie. Mais puisque Genève a voulu sortir de la monarchie, un tel chemin pour elle devenait impossible.
Face aux chefs de guerre issus pour ainsi dire des Goths, les prélats ont protégé des communautés issues de l’Antiquité, comme était Genève, et leur ont permis de s'épanouir, donnant naissance à l’esprit communal moderne. Mais cela ne créa pas un véritable droit régalien sur du territoire, je pense; bien au contraire, les grands États restent issus des monarchies.
Le terme d’arrière-pays me paraît mal choisi; la Haute-Savoie est un partenaire.
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Le référendum d’initiative populaire est une bonne chose, puisqu’il exprime clairement la volonté générale. Le peuple genevois a voté en majorité pour le CEVA, et la raison n’est pas forcément qu’il est docile vis-à-vis des partis politiques, comme cela a été écrit, mais pour une raison que Jean-François Mabut a donnée: le tracé datait du XIXe siècle; il était donc temps d’y mettre un train. Il dormait dans l’inconscient collectif depuis tellement longtemps! Cela apparaissait comme un cruel manque. Comme un vide qui se devait d’être comblé par de la matière.
Telles sont les créations vraiment utiles: elles répondent à un besoin profond qui est d’abord comme un pressentiment, puis apparaît comme une image, et enfin se matérialise. Cela prend du temps, et les doutes existent toujours: quelle est la vraie valeur de telles images, venues apparemment de l’avenir? Ne sont-elles pas des illusions? N’auraient-elles pas dû se réaliser immédiatement, si elles étaient si valables, par une sorte de grâce?
Mais la vérité est que même les idéaux énoncés au XIXe voire au XVIIIe siècle n’ont pas encore tous été réalisés! Ils restent fréquemment des mots dont les gouvernements se prévalent…
D’ailleurs, avant de penser à créer du nouveau conforme à l’esprit du XXIe siècle, il faut déjà penser à réaliser le nouveau auquel on aspirait au XIXe siècle: c’est logique. Les choses doivent se faire dans l’ordre.
L'union de Genève et du territoire soumis à son influence se poursuit donc, pour ainsi dire dans la lignée de la politique de James Fazy. Peut-être que depuis celui-ci, on n’a pas eu de projet plus ouvert sur l’extérieur que le CEVA, qui lui-même se fait logiquement dans la foulée des Bilatérales. Moi qui suis pour l’estompement des frontières, je suis évidemment plutôt content. Estompement ne veut d’ailleurs pas dire effacement, et je suis également favorable à ce que le droit à la différence soit garanti par les institutions: chaque lieu particulier, à mes yeux, a son âme propre.
Mais Annemasse a pour référence majeure Michel Servet - si lié à Genève -, et je crois que l’esprit de cet autre grand théiste qu’était Voltaire plane globalement sur l’Agglomération: c’est un esprit unique qui s’exerce - par-delà les différenciations héritées d’époques plus anciennes. L’esprit du philosophe qui a estompé les frontières qui entouraient Ferney, afin d’y faire fructifier les métiers et les arts - comme il disait lui-même -, peut guider l’Agglomération, et il faudrait instituer sa date d’installation à Ferney Fête de l’Agglomération transfrontalière, je crois.
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Philippe Souaille a pu dire, à l’occasion des dernières élections européennes, que la région frontalière avec Genève n’était pas représentée par des élus écologistes, mais la Chambérienne Malika Benarab-Attou représente très bien les Savoyards: d’origine kabyle, elle affirme que les Mauriennais, au moins, ont le même tempérament que les montagnards d’Algérie, et qu’elle se sent pleinement en phase avec eux. Ce n’est quand même pas le nom de famille qui compte le plus, mais - en politique - les intérêts spécifiques qu’on défendra ou non. Les écologistes comptent créer de l’emploi au sein de l’agriculture biologique, et c’est une idée que j’approuve entièrement.
La défense des cultures régionales est aussi au programme des écologistes, comme on ne l’ignore pas. Et de fait, au sein d’une Union de la Méditerranée, la culture berbère et la culture savoyarde seraient forcément défendues au même titre, et de la même façon. Que les décideurs soient essentiellement issus des villes de plaine n’y change rien. Samivel lui-même, dans Hommes, Cimes & Dieux, n’a-t-il pas établi un lien entre les montagnards de tous les pays?
Pour ce qui est de la Haute-Savoie, ses militants écologistes sont regroupés autour du site du mont-Blanc, qui souffre beaucoup des camions.
Pour les environs de Genève, il faut admettre que les déplacements étant dus à l’activité économique genevoise, et à l’attractivité exercée par le canton de Genève sur les entreprises, ce sont les écologistes genevois qui ont, pour l’essentiel, les cartes en main. Une éventuelle taxe carbone, qui peut être destinée au développement des transports en commun, serait très compliquée à mettre en place depuis la France, car la plupart des personnes qui se déplacent ont des revenus qui dépendent fiscalement de l’État de Genève. Des écologistes de la région frontalière seraient donc rapidement pris dans les enjeux de l’agglomération transfrontalière en général - et attelés aux problèmes relationnels entre Genève et la France voisine.
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Le dernier livre de Jean-Claude Mayor fut consacré au Salève. Il était normal que je consacrasse à ce livre, qui montre que les Genevois et les Savoyards se sont partagés, dans leur cœur, cette montagne, tout un article, dans Le Messager. On peut le lire cette semaine.
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L’État de Genève a proposé à la Haute-Savoie d’abriter sur son territoire les épreuves de patinage artistique, ainsi que je l’ai entendu à la RSR, et c’est certainement une bonne idée. Mais si je peux donner un conseil pour que cette proposition aboutisse, il faudrait insister sur le goût qu'ont les Genevois pour le patinage artistique. Car quand des gens ont pensé que les épreuves de hockey pourraient se passer à Genève, j’ai lu des arguments pas très flatteurs, pour la Haute-Savoie. On peut me répliquer qu’on ne pensait dire que la vérité; mais la vérité est-elle toujours bonne à dire? Il est évident que la Haute-Savoie ne va pas être d’accord avec ce qu’on lui propose, si on énonce des arguments peu flatteurs pour elle. Peu importe la vérité vraie: c’est une question de pragmatisme.
De fait, même si les Savoyards étaient prêts à reconnaître leurs éventuels manques, ils ne le feraient pas publiquement, afin de conserver leur honneur.
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Dimanche prochain, le 5 avril, la Société des Auteurs savoyards organise son salon annuel à Domessin, dans le département de la Savoie, non loin de Pont-de-Beauvoisin, qui fut longtemps le poste-frontière entre la France et la Savoie, lorsqu’on venait de Lyon, ou qu’on y allait. Les diplomates qui se rendaient de France en Italie et qui passaient par le mont-Cenis et Chambéry passaient aussi par Pont-de-Beauvoisin. Beaucoup de voyageurs en ont parlé dans leurs récits. C’est donc à voir.
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Claude Mégevand, le président de la société d’histoire "La Salévienne", m’a fait remarquer, après avoir lu mes précédents articles sur Castellion, que celui-ci était né précisément à Saint-Martin-du-Frêne, près de Nantua, et non à Nantua même; c’est d’autant plus important qu’il a une stèle, dans son village natal. Je le remercie donc de cette indication.
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J’ai appris, récemment, le décès de Robert Schuler, un membre de la Société des Auteurs savoyards dont je n’ai rien lu, mais dont je savais qu’il était proche de la Ligue savoisienne : il ne s’en cachait d’ailleurs pas. Il avait quelque chose de naïf et de spontané. Nous avons conversé, un jour, dans un salon du livre local. Il me disait avec feu que si les Savoyards avaient voté l’Annexion en 1860, c’est en grande partie par l’entremise des prêtres, qui à cette époque s’opposaient à la politique expansionniste et italienne du roi de Sardaigne ; la question des États pontificaux faisait notamment problème ! Or, Napoléon III avait promis de les défendre, et l’Annexion eut donc autant à voir avec la politique du moment qu’avec les sentiments des Savoyards sur leurs liens profonds avec la France. Car la plupart des Savoyards étaient fidèles à leurs prêtres.
A l’époque où Robert Schuler m’en a parlé, j’avais déjà parfaitement conscience de ces faits, ayant lu notamment l’abbé Ducis, qui relate ces questions. Mais Robert me disait ces choses comme s’il me faisait d’incroyables révélations, qui devaient bouleverser la vision qu’on avait de l’histoire : il avait appris un fait important qu’il ignorait, et il en était comme électrisé. Je souriais donc, mais il ne comprenait pas le sens de ce sourire, pensant que je refusais simplement de le croire. En fait, je ne trouvais pas cela si grave.
Au reste, avant même que ne se fussent écoulés vingt années, après l’Annexion, on a trouvé des prêtres qui, tel l’abbé Ducis, se sont montrés outrés de la façon dont les journalistes traitaient les Savoyards nouveaux citoyens français, et qui finalement déchantèrent beaucoup, car Napoléon III laissa finalement tomber les États pontificaux, et sa politique contenait une certaine dose d’hypocrisie, comme on dit. Rien n’est tout d’une pièce, et le patriotisme des prêtres savoyards était lui aussi traversé par leurs intérêts privés, pour ainsi dire ! Mais je doute que les prêtres aient jamais eu une spécificité, à cet égard. Cela déçoit, parce qu’on attend plus d’eux, mais enfin, si on connaissait le moyen d’attraper l’Esprit saint et de le placer à volonté dans les âmes, cela se saurait.
Quoi qu’il en soit, j’espère que Robert Schuler a pu rejoindre l’étoile où s’est déjà réfugié l’abbé Ducis, et qu’il s’y est réconcilié avec l’Église et la nature humaine en général !
J’omets de dire, en effet, qu’il appartint à la Résistance, durant la Seconde Guerre mondiale. Il fut une sorte de héros.