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Les cinéphiles ont repris le chemin du Festival du film de Locarno
Près de 128'500 personnes ont fréquenté le Locarno Film Festival, qui s'est achevé samedi soir. Le film brésilien "Regra 34" a remporté le Léopard d'Or tandis que "Last dance", le film de Delphine Lehericey, s'est vu décerner le Prix du public de la Piazza Grande.
La hausse de la fréquentation est marquée par rapport à l'an dernier, de plus de 60%, mais l'édition 2021 avait été marquée par le sceau de la pandémie.
Par rapport à 2019, année pré-pandémie, "notre objectif était d’atteindre en 2022 une fréquentation avec une perte maximale de 30%. Nous n’en avons perdu que 25%", a expliqué un porte-parole du Festival dimanche à Keystone-ATS.
Comme la fréquentation de la Piazza Grande est identique à celle d'il y a trois ans, c'est donc celle des salles qui a un peu fléchi. Le public n'y a pourtant vu que du feu, devant souvent faire le pied de grue pour espérer attraper une place in extremis dans une salle "sold out".
Cinéma d'Amérique latine honoré
Pendant cette 75e édition du Locarno Film Festival, avec Giona Nazarro à la tête de sa direction artistique pour la 2e année consécutive, les films d'Amérique latine en compétition internationale ont gagné quatre prix majeurs sur cinq.
Le jury présidé par l'ex-producteur suisse Michel Merkt a choisi de remettre le Léopard d'Or au film brésilien "Regra 34", réalisé par Julia Murat. Présenté en première mondiale à Locarno, le film dresse le portrait d'une étudiante en droit, Simone, qui s'intéresse aux violences faites aux femmes dans son pays.
Tout en débattant de ce sujet à l'université, elle joue en privé les "camgirl" en se filmant et en s'exposant sur internet dans des pratiques sexuelles extrêmes contre rémunération. Le film est interdit aux moins de 18 ans.
Le prix spécial du jury est décerné à "Gigi la legge" du cinéaste italien Alessandro Comodin. Le réalisateur suit un policier d'âge moyen, dans une sorte de huis clos qui se déroule presque uniquement dans sa voiture.
Trois prix pour "Tengo Sueños Electricos"
Le jury semble avoir apprécié "Tengo Sueños Electricos", réalisé par la réalisatrice costaricaine de 34 ans Valentina Maurel, puisqu'il quitte Locarno avec trois prix: celui de la mise en scène, de la meilleure interprétation féminine pour Daniela Marin Navarro, qui incarne la fille, et de la meilleure interprétation masculine pour Reinaldo Amien Gutiérrez, le père.
La réalisatrice Valentina Maurel a voulu explorer la relation père-fille, de la classe moyenne urbaine. "Ce qui rompt avec l'idée européenne d'un pays tropical - le Costa Rica -, qui implique presque toujours des histoires liées à la drogue dans des quartiers délabrés", a-t-elle déclaré dans "Cineuropa".
Le public plébiscite "Last dance"
Le public de la Piazza Grande décerne lui son prix à "Last Dance", le dernier long-métrage de la réalisatrice neuchâteloise Delphine Lehericey, qui vit en Belgique. L'acteur François Berléand danse avec la chorégraphe espagnole La Ribot, installée depuis longtemps en Suisse romande.
Delphine Lehericey avait envie de raconter une histoire sur le deuil, mais de façon légère et amusante, a-t-elle dit devant le public de la Piazza Grande lundi soir. Ce dernier, visiblement conquis, a longuement applaudi le film à la fin de la projection.
Le film français "Annie Colère" de Blandine Lenoir, qui revient sur la mobilisation des femmes en faveur de l'avortement au début des années 70, a reçu le prix Variety. Sa réalisatrice n'imaginait pas, a-t-elle dit sur la Piazza Grande jeudi soir, que ce sujet entrerait en résonance avec la récente décision de la Cour suprême aux Etats-Unis remettant le droit à l'avortement en question.
Costa-Gavras et Laurie Anderson
Parmi les invités de marque cette année à Locarno, on peut citer le cinéaste franco-grec Costa-Gavras. "Il y a un bout de mon parcours dans chacun de mes films", a expliqué le réalisateur de "Z", de "Lʹaveu" et de "Missing".
"Il est, selon toute vraisemblance, le cinéaste qui a le plus investigué l'histoire du XXe siècle, sans jamais être aveuglé par les idéologies", écrit Giona Nazzaro à propos du cinéaste, qui a reçu jeudi un Léopard d'honneur couronnant l'ensemble de sa carrière.
Autre figure emblématique, l'artiste new-yorkaise Laurie Anderson est repartie du Locarno Film Festival avec un prix pour l'ensemble de sa carrière. Les cinéphiles ont pu voir le long métrage "Heart of a Dog" (2015), dédié à son mari, l'inoubliable Lou Reed.
Onirique, critique, politique, plein d'humour, poétique, ce film a pour fil rouge la vie du chien de l'artiste, Lolabelle, tout en évoquant le 11 Septembre, la société de surveillance, la mémoire d’un être cher, le Livre des morts tibétain ou encore un dos cassé.
Pendant 11 jours, les amateurs de cinéma ont pu découvrir 226 films au cours de 471 projections dans les salles de cinéma de Locarno et d'Ascona. La Piazza Grande a pu à nouveau accueillir 8000 spectateurs tous les soirs après deux éditions anémiés par la pandémie.
La prochaine édition se tiendra du 2 au 12 août 2023.
ats