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The Danish Girl
Juste un an après qu’Eddie Redmayne ait prouvé son incroyable capacité de réinvention dans The Theory of Everything, l’acteur britannique aux taches de rousseur se livre dans un exercice périlleux de la refonte de l'identité ultime. The Danish Girl dépeint l’itinéraire douloureux, fait d’incompréhension et de jugements arbitraires, d’un pionnier du changement d’identité sexuelle. Lili Elbe, née Einar Wegener, a été l'un des premiers à faire un "changement de sexe" par la chirurgie à Dresde à la fin des années vingt. Mieux connu comme Lili Elbe (1882-1931) Lili Ilse Elvenes était une femme transgenre et l'une des premières à tenter la chirurgie de réassignation sexuelle. Elbe est né au Danemark en tant Einar Magnus Andreas Wegener et était un artiste paysagiste à succès sous ce nom. Poussé accidentellement par sa femme Gerda, à poser en tenue féminine, Einar se révèle à sa véritable identité, devenant en société Lili, la "cousine" d’Einar. Après la transition de genre, Lili a cessé de peindre.
Un tel destin, avec de multiples facettes, semblait à la fois difficile et alléchant pour un acteur. Si, à l‘heure actuelle, les rôles sur les changements d’identité sont plus fréquents, remis dans le contexte bien-pensant, la performance de Redmayne est beaucoup moins technique que son rôle déjà exceptionnel de Stephen Hawking qui lui a tout récemment permis de remporter l’Oscar.
S’inspirant de l'oeuvre de David Ebershoff, Tom Hooper (Le Discours d'un roi, 2010; Les Misérables, 2012) développe un style peaufiné, aux couleur douces et chatoyantes à ‘instar des tableaux de Wegener, partagé entre son amour sincère pour sa femme Gerda (Alicia Vikander), son ami d’enfance (Matthias Schoenaerts), un jeune prétendant nommé Henrik (Ben Whishaw) et son mal être identitaire.
L’approche ultra-respectueuse des faits, des personnes et de l’époque risque d’engendrer des réactions allergiques chez certains spectateurs. Hooper et sa scénariste Lucinda Coxon ont pris le parti cinématographique de restituer un récit classique, tant dans la forme que dans la mise en scène. Le film s’ouvre sur de magnifiques paysages danois, qui ont inspiré les tableau de Wegener, puis la caméra jette son dévolu sur Redmayne, vêtu en gentleman danois, faisant les yeux doux, à travers une ouverture de la galerie, à son épouse, Gerda (Vikander). Et quels yeux! Le regard exceptionnel de l'acteur sera souvent mis en valeur, soutenu par ses pommettes élégantes et son teint pâle, qu’il soit en homme ou en femme.
The Danish Girl évite consciencieusement de poser tout diagnostic mais développe tout l’inventaire des théories abracadabrantes et des traitements innommables administrés à l’époque (rayons sur les parties génitales, trépanation). Cette partie du film reste succincte puisque le propos demeure le changement d’identité. Le film a le mérite de rappeler que, jusqu'à une époque scandaleusement récente, la réponse de la communauté médicale à ces questions d'identité était de diagnostiquer leurs patients fous, voire de pervers ou schizophrènes.
Bien sûr, la lutte d'Einar est bien réelle, d'autant plus difficile pour l'époque, compte tenu de l'homophobie qui prévaut, exprimée à travers une scène de casting à Paris. A la des fin des années 20, il était encore trop tôt pour revendiquer les droits des femmes, et Redmayne représente quelqu'un qui essaie de suivre son intuition féminine à une époque où cela signifiait céder aux privilèges sociaux de la virilité, une ironie clairement dans le caractère de Gerda, dont l'identité bisexuelle propre a été ostensiblement omis, afin de ne pas compliquer la narration du film.
Seule ombre à cette biographie réussie: quelques longueurs et la composition de rôle, parfois trop poussée, de Redmayne qui force le trait, en particulier quand il/elle décoche des sourires en minaudant.