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Du 27 décembre 2017 au 4 janvier 2018, nous avons mené une expérience sous la forme d’un sondage relatif à l’intention de vote concernant l’initiative No Billag sur laquelle le peuple suisse s’est prononcé le 4 mars dernier. Au total, 1500 personnes ont participé à cette expérience. Les participants ont été recrutés par Facebook ou via les sites internet du Journal du Jura et du Bieler Tagblatt. Une partie de cette expérience consistait à tester l’effet de différents arguments sur l’intention de vote des répondants. Les résultats indiquent que les arguments n’impactent pas ou diminuent les intentions de vote favorables à l’initiative. De plus, il semble que les arguments qui diminuent le soutien à l’initiative aient un effet plus prononcé sur les personnes qui supportent le PLR et l’UDC.
Cette expérience a été menée à l’aide d’un sondage. Cela signifie que nous avons demandé à chaque répondant différentes informations y compris concernant l’intention de vote sur l’initiative No Billag. Avant de donner leur intention de vote, les répondants étaient exposés à différents arguments pour ou contre l’initiative. Ces arguments ont été choisis en fonction de leur caractère sociotropic ou egotropic. Alors que les arguments de types sociotropics concernent les conséquences sur les relations interpersonnelles, les arguments egotropics se centrent sur les coûts et bénéfices individuels. Concrètement, les arguments sociotropics que nous avons choisis concernent la diversité de l’offre médiatique. L’argument en faveur de l’initiative stipulait : « Il y a des personnes qui pensent que la suppression de la redevance Billag va augmenter l’offre des médias » et celui contre l’initiative proposait le contraire, c’est-à-dire : « Il y a des personnes qui pensent que la suppression de la redevance Billag va diminuer la diversité de l’offre médiatique ». À l’opposé, les arguments egotropics que nous avons choisis se référaient à l’impact de l’initiative sur le coût financier des médias. L’argument egotropic en faveur de l’initiative stipulait : « Il y a des personnes qui pensent que la suppression de la redevance Billag signifie que les consommateurs seront plus libres de payer pour ce qu’ils veulent consommer » et l’argument contre l’initiative indiquait : « Il y a des personnes qui pensent que la suppression de la redevance Billag va augmenter les coûts de la consommation des médias ». De plus, certains répondants étaient soumis à un traitement placebo qui stipulait : « La redevance Billag est la source de financement des médias publiques » ainsi qu’à une absence de traitement. Dans la littérature, les arguments sociotropics sont supposés avoir un effet plus intense que les arguments egotropics sur la décision des votants. Le graphique 1 montre la moyenne de l’intention de vote des répondants soumis à chaque traitement. 0 signifie une opposition unanime et 3 signifie un soutien unanime.
Premièrement, le graphique 1 montre que, en moyenne, les répondants se positionnent plus en faveur de l’initiative lorsqu’ils n’ont subi aucun traitement. Ce résultat s’avère être contradictoire avec nos attentes. En effet, alors que les arguments en faveur de l’initiative devraient avoir un effet positif sur le soutien à l’initiative, ils semblent n’avoir pas d’effet ou un effet négatif. Une des explications potentielles pourrait être que les différents arguments, y compris le traitement placebo, activent une réflexion quant à l’initiative proposée et que cette réflexion aboutit à un rejet plus systématique de l’initiative. En considérant les résultats de la votation et le large rejet de l’initiative, il est en effet possible que la population en général n’ait pas été convaincue par les arguments en faveur de l’initiative.
Deuxièmement, on voit que les répondants soumis à un argument sociotropic, soutiennent largement moins l’initiative. Cependant, on observe aussi qu’en moyenne, les répondants soumis à un argument sociotropic en faveur de l’initiative rejettent plus l’initiative. Néanmoins, cette relation n’est plus significative lorsque certains contrôles, comme la sympathie du répondant pour différents partis politiques, sont ajoutés dans une régression . La seule relation qui reste significative est celle concernant l’argument sociotropic contre l’initiative. Le graphique 2 présente l’effet de l’argument en fonction du soutien pour le PS, le PLR et l’UDC.
Pour mesurer le soutien aux différents partis politiques, nous avons demandé aux personnes interrogées d’indiquer, sur une échelle de 0 à 10, si elles étaient plutôt supporters ou opposants aux différents partis. Le graphique 2 montre que l’argument sociotropic contre l’initiative n’a pas un effet sur tous les répondants. En effet, il semble que les supporters du PLR et de l’UDC soient plus impactés par le traitement.
En résumé, les résultats présentés soulignent deux dynamiques complémentaires. Premièrement, les arguments en faveur de l’initiative ne semblent pas mobiliser un soutien pour l’initiative No Billag. Deuxièmement, l’argument sociotropic contre l’initiative a pour effet de démobiliser le soutien des supporters du PLR et de l’UDC. Or, alors que l’UDC supportait l’initiative, le comité d’initiative se composait aussi de jeunes PLR (bien que le PLR dans son ensemble appelle au rejet de l’initiative). Dès lors, à la fois les arguments en faveur de l’initiative ne sont pas acceptés par les votants et les arguments en défaveurs diminuent l’intention de vote favorable des soutiens de l’UDC et du PLR. Ces deux aspects de l’effet des arguments sur l’intention de vote des répondants peuvent potentiellement fournir une explication au rejet massif de l’initiative No Billag sur laquelle le peuple suisse s’est prononcé le 4 mars dernier.