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Boyhood
Alors bien sûr, on salue la performance d'avoir réalisé ce film sur douze ans avec des comédiens qui vieillissent en même temps que leurs personnages. Mais passé ce tour de force suintant l'exercice de style m'as-tu vu, il ne reste pas grand chose de ces 2h45 de projection et Linklater signe peut-être le film le plus ennuyeusement long de l'année.
Ce n'est qu'une suite de clichés affligeants de l'"american way of life" dans ce qu'il a de plus rédhibitoire. Tout y passe et le très long métrage devient un étalage de la philosophie américaine qui se résumerait à simplement toujours se dépasser soi-même, quelle que soit le contexte. Il y a les inévitables épisodes sur l'école et les études, l'armée, le travail, la religion, etc. Mason, le personnage principal, que l'on suit de six à dix-huit ans, finit par trouver sa voie, forcément artistique, en devenant photographe. Fallait-il s'attendre à autre chose de Linklater, cinéaste qui a de la peine à mûrir au fil de sa filmographie ressemblant de plus en plus aux élucubrations d'un éternel adolescent qui ne parvient jamais à grandir?
Cette suite interminable de saynètes anecdotiques lasse très rapidement, tant elle est bourrée, jusqu'à l'indigestion, de longues scènes pseudo-existentielles dont la morale gluante laisse pantois de consternation: celle avec le professeur dans la chambre noire et celle entre le père et son fils au sujet des filles et de l'amour, lors d'un week-end de camping. On a la détestable impression d'être devant sa télévision à suivre une série faite pour satisfaire les spectateurs avides d'oeuvres moralisatrices, à l'instar des bouquins de développement personnel très à la mode qui polluent les rayons des librairies spécialisées, ou non, et, malheureusement de plus en plus, internet. Pour appuyer encore un peu plus sur le clou, le film s'accompagne d'une quantité impressionnante de chansons pour la plupart mielleuses et larmoyantes, sorte de catalogue de ce qui se fait de pire en matière de musique pop.
Et on sent aussi que l'on est d'emblée pris en otage par un scénario qui veut nous faire aimer, coûte que coûte, Mason et sa famille, et qui tombe trop régulièrement sur des clichés de personnages affreusement mal écrits comme le professeur alcoolique, la belle-famille de rednecks qui ne jure que par La Bible et les armes à feu, ou le vétéran qui revient d'Irak sans aucun traumatisme: le discours de ce dernier frise d'ailleurs l'indécence la plus complète.
Bref, Boyhood est une oeuvre sans âme aucune et se sert sans vergogne de cette fameuse émotion factice et gratuite, devenue gage de qualité pour un grand nombre, mais que l'on nommera simplement ici morale pétrie de nostalgie.