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L’homme-scorpion représenté sur ce vase appartient à la série des hybrides anthropozoomorphes de la mythologie transélamite. Il est connu aussi dans le monde mésopotamien, mais en position bipède, alors qu’il apparaît ici en vue latérale, selon une double perspective de face et de profil.
La partie animale du personnage comprend l’abdomen annelé et la queue à cinq segments terminée par un redoutable dard, très apparent, anciennement incrusté. La partie humaine qui occupe la place du céphalothorax se compose d’une tête dont l’ondoyante chevelure se répartit de chaque côté du corps
et d’un buste auquel s’attachent des bras musclés terminés par des mains aux paumes retournées. Mais ces bras bien humains sont disposés avec rigidité, comme le seraient les pinces d’un scorpion.
Le personnage portait des bijoux : une parure de tête ovale, qui a gardé des traces de sa couleur turquoise initiale, des bracelets qui ont maintenant disparu, et sans doute un pectoral. Cet ensemble à trois éléments est habituel sur les génies transélamites, mais le pectoral se réduit parfois à un simple pendentif. Les incrustations encore en place dans la tête et dans les segments de la queue montrent que cet objet était fortement coloré par des éléments rapportés bleu-vert et orange (faïence colorée ou turquoise et cornaline). L’homme-scorpion, répété trois fois, n’affronte ici aucun ennemi, contrairement à ses congénères, homme-gypaète barbu, parfois bicéphale, homme-léopard, homme-taureau qui empoignent des serpents, personnification des forces maléfiques dans le monde iranien. C’est sans doute que son rôle est ailleurs : sa large chevelure ondulée évoque un décor ondé, tout comme celle que portent les princesses de Bactriane de la série plate, et cette hypothèse est confortée par la présence de grandes boucles stylisées qui symbolisent des flots en bordure de l’abdomen des hommes- scorpions figurés face à face sur un poids sac à main de Jiroft [1]. Ces hommes-scorpions ont donc une nature aquatique et leur drôle de position s’explique peut-être par le fait qu’ils sont en train de nager. En tout cas, ils sont libérateurs de l’eau au printemps.
Les canons de représentation des personnages, à nez fort et busqué, à lèvres épaisses et saillantes, aux yeux en amande, aux pectoraux présentés de face et très soulignés, sont bien attestés dans le monde transélamite.
Publ. : Amiet 2003, fig. 11, p. 87 ; Barbier-Mueller 2003, p. 32-33.
[1] Madjidzadeh 2003, p. 126.