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Carrie, La vengeance
Publié en 1974, le premier roman de Stephen King, Carrie, reste très actuel par son portrait allégorique de la puberté et sa description forte et réaliste du côté plus cruel de la jeunesse américaine. Sa popularité est aussi liée à la très réussie adaptation cinématographique de Brian De Palma, sortie en 1976 avec Sissy Spacek dans le rôle de Carrie. Un chef-d'oeuvre de suspense et sang qui reste inimitable, comme en témoigne la suite, absolument inutile, parue en 1999. Une deuxième adaptation, tournée pour la télévision américaine en 2002 avec l'intention d'en faire une véritable série, est passée dans l'indifférence générale.
Les admirateurs de King et De Palma se sont posés plusieurs fois la question: à quoi bon une énième tentative de transposer Carrie à l'écran? Surtout lorsqu'on voit dans le générique du début le nom de Lawrence D. Cohen, scénariste de la version de 1976, ce qui semblerait indiquer qu'une grande partie de son travail ait été "recyclée" pour cette modernisation du récit. Récit qui reste exactement le même, sans modifications majeures: Carrie White (Chloë Grace Moretz), fille de la fanatique religieuse Margaret (Julianne Moore), se voit constamment humiliée à l'école, alors qu'elle découvre en même temps avoir des pouvoirs surnaturels...
Très consciente du fait que le travail visuel de Brian De Palma est quasiment impossible à dépasser, la réalisatrice Kimberly Peirce (Boys Don't Cry) préfère se concentrer sur les personnages, en ajoutant des petits traits de caractérisation en plus par rapport aux versions précédentes, et sur le contexte social dans lequel sort son adaptation de Carrie. Certes, le sang est présent, mais dans les intentions de Peirce cette nouvelle version n'est pas strictement un film d'horreur, mais un récit sur la "mauvaise" jeunesse de nos jours, avec le téléphone portable et les différents réseaux sociaux qui deviennent des armes beaucoup plus dangereuses qu'un couteau ou un pistolet, du moins du point de vue des jeunes eux-mêmes. Carrie, édition 2013, est ainsi un produit qui accompagne, en ajoutant du fantastique, les univers représentés dans Gossip Girl ou Pretty Little Liars, et la jeune Moretz, connue pour Kick-Ass et Hugo Cabret, arrive à convaincre dans le double rôle de victime et esprit de vengeance. Il est pourtant difficile d'imaginer que, comme Spacek dans les années 70, elle arrivera jusqu'à une nomination aux Oscars, ou que ce film, aussi intéressant qu'il soit, reste dans la mémoire collective avec la même puissance de son "frère aîné".