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Que seront les deux autres films? Avec le premier volet de sa trilogie, Theo Angelopoulos peaufine une histoire bouleversante, dans une atmosphère de tragédie antique.
L'invention du cinéma, en particulier du cinéma parlant, a ouvert aux metteurs en scène, le champ de la réalité. La plupart s'y sont précipités, donnant au 7e Art une orientation déterminante. Ce n'est pas la tasse de thé de Theo Angelopoulos. "Le réalisme, je n'en ai rien à faire, disait-il en 1982. L'approche religieuse de la réalité ne m'a jamais concerné." Le cinéaste grec s'emploie depuis ses débuts, dans les années soixante, à amener le théâtre sur le plateau, à rappeler au public qu'il est au spectacle. Mais quel spectacle! Eleni, la terre qui pleure en est une démonstration magistrale.
Eleni (Alexandra Aidini) n'avait que 3 ans lorsqu'elle a suivi un groupe de réfugiés qui fuyaient Odessa en 1919. Elle a grandi dans une de ces familles, au bord d'un fleuve, près de Salonique. Jeune fille, elle est épousée par son père adoptif, mais prend la fuite le jour des épousailles avec le fils (Nikos Poursanidis) de son nouveau mari. Le jeune couple se réfugie dans la banlieue pauvre de Salonique, aidé par un musicien, Nikos (Giorgos Armenis).
Ce premier volet traverse vingt ans d'histoire. Les deux suivants poursuivront l'exploration du siècle. "Le récit commence à Odessa en 1919, avec l'entrée de l'Armée rouge dans la ville, et se termine à New York de nos jours. Il y est question d'exil, de séparation, d'errance, de la fin des idéologies, et des épreuves constantes de l'histoire", explique Angelopoulos. C'est pourtant aux antipodes du documentaire qu'il situe cette œuvre. Tout nous en éloigne, depuis le décor entièrement fabriqué, jusqu'à l'irréalité des personnages, en passant par la lumière floue d'un temps éternellement pluvieux. L'atmosphère est celle de la tragédie.
Le réalisateur a construit de toute pièce le village au bord du fleuve et la banlieue de Salonique. Petits chefs-d'œuvre à eux seuls, ils parlent de désolation, d'enfermement, dans leurs tons gris, leur camaïeu de bleu et de vert. Le fleuve, l'herbe, le groupe de réfugiés qui se reflètent dans l'eau... image triangulaire que l'on retrouvera chapeautée de drapeaux noirs, pour accompagner une inhumation. En contrepoint, les draps suspendus sur un gigantesque étendage sont comme une promesse. Ils laissent le vent jouer entre eux et invitent à les franchir. Au-delà, la mer est un point de départ, un avenir.
Eleni, magnifique et douloureuse Alexandra Aidini, porte le destin du siècle. C'est par son regard qu'on découvre l'exil, les tentatives d'intégration, la guerre civile grecque. Le récit se déroule lentement, le film dure trois heures. Parce que les événements s'inscrivent dans des plans-séquences, les gestes, les sentiments ont le temps de se développer, de livrer l'entier de leur signification. Les images s'en trouvent emplies et chaque composition devient un tableau chargé de sens. Le sens plastique d'Angelopoulos est remarquable, son esthétique est habitée. On a l'impression que tout se met en place délicatement, avec un lyrisme retenu, pour que de cette histoire résulte une mise en valeur vertigineuse de la condition humaine.
"Je voudrais, dit-il, qu'on se souvienne de mon œuvre comme d'un instant musical, comme d'une phrase musicale, suspendue, qui peut peut-être réussir à toucher quelques personnes."
Geneviève Praplan
|Nom||Notes|
|Geneviève Praplan||20|
|Georges Blanc||16|
|Daniel Grivel||18|
|Ancien membre||17|
|Antoine Rochat||18|
|Ancien membre||17|