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Le Beau-Rivage de Lausanne, ce n'est pas juste un palace dans lequel il y a un spa élégant, une piscine exquise et un restaurant étoilé... c'est aussi un hôtel avec un cimetière. Mais pas un cimetière glauque avec des gens morts mangés par les vers, celui-ci est dédié aux chiens. Il abrite les défunts compagnons à quatre pattes des plus fidèles clients de l'hôtel. Tout de suite, c'est beaucoup plus mignon.
Pour se rendre au fameux cimetière, il faut longer un chemin pavé et passer devant le court de tennis. Il se situe sur la gauche, en dévers, à l'ombre d'un pin. Ironie de l'histoire: il y a une pancarte à l'entrée du jardin sur lequel il est écrit «interdit aux chiens» (vivants, je suppose?), puis un autre qui exige de tenir son chien en laisse.
Sylvie Gonin, cheffe concierge du palace depuis 27 ans, m'explique que les chiens sont autorisés mais qu'il y a quelques années, le jardin de l'hôtel avait un accès direct sur le lac. Les gens pouvaient le traverser et la pelouse se transformait facilement en champs de mines... d'où les pancartes dissuasives. L'hôtel est néanmoins dog friendly. Durant ma visite, j'ai croisé un shiba et un springer spaniel et manifestement, leurs maîtres avaient lu la pancarte car ils étaient tous deux en laisse.
On pourrait passer devant sans s'en rendre compte. Il ne faut pas imaginer un cimetière classique avec des stèles. Les plaques sont posées sur le sol et certaines sont tellement anciennes qu'on les confond avec des dalles en pierre.
La plus vieille tombe remonte aux années 1880 (l'hôtel a été construit en 1861), mais impossible de connaître les dates exactes, car le Beau-Rivage ne possède aucun registre, rendant ce cimetière plus mystérieux que jamais. Ce qu'on sait par contre, c'est que sous les pierres, il y a bel et bien des chiens enterrés. Mais à partir de la fin des années 1990, début des années 2000, les plaques deviennent uniquement commémoratives.
Voilà encore un mystère non élucidé. Cette légende ne peut être confirmée par Sylvie Gonin: «On m’a toujours raconté qu'il était dans notre jardin, mais on ne sait pas sous quelle pierre». Gabrielle Chanel était une cliente régulière du palace et elle avait effectivement un chien, un grand danois nommé Soleil. Néanmoins, ce nom n'est inscrit sur aucune tombe. Par contre, reposent dans ce lieu Richka, Boogie, Musette, Snow ou encore Gigi.
Ma tombe préférée est probablement celle de Foxy. La race du chien? On ne sait pas (ça aussi, c'est mystérieux), mais d'après le dessin sur la pierre, il se pourrait bien que ce soit un labrador. Regardez, il sourit.
Ce cimetière a quelque chose d'apaisant et de serein. Comme dirait Sylvie Gonin, «c'est un endroit propice à la réflexion, à la poésie et au lâcher-prise».
C'est très facile, il suffit d'être un client régulier du palace. Il faut imaginer qu'à l'époque, dans les années 1900, la durée de séjour des gens était beaucoup plus longue. Ils y restaient des semaines, voire des mois. Les chiens connaissaient donc bien la maison.
C'est aussi au maître de l'animal de fournir la stèle. «J'ai connu Max, par exemple, c'était un terrier du Tibet. Il est venu pour la première fois alors qu'il n'était qu'un bébé», raconte Sylvie Gonin. «Je trouve que ce cimetière a quelque chose d'assez... émouvant, peut-être que le mot est un peu fort, mais voir ces plaques anciennes, avec des dates qui ont plus de 150 ans, ça montre qu'il y a de l'histoire. Le fait d'avoir proposé un coin du jardin pour y créer un petit cimetière, c’est aussi une forme de respect. On sait à quel point une personne peut être attachée à son animal de compagnie.»
«Oui», me confirme Sylvie Gonin, c'est tout à fait possible, même si personne n'en a fait la demande jusqu'à maintenant. En général, les clients voyagent avec des petits chiens. Mais il arrive que l'hôtel héberge des animaux plus surprenants. «Un jour, une cliente est venue avec son perroquet. On a aussi eu des serpents et des chats.» Elle se souvient également d'une scène mémorable avec un chien: «Une fois, on accueillait un client avec un bouvier bernois énorme et franchement, il n'arrivait pas à le tenir. On l'a vu se faire traîner dans le hall d'entrée». En plus, le sol est en marbre, ça devait glisser à la perfection.
Les animaux sont rois au Beau-Rivage. Juste au-dessus du cimetière, il y a des ruches avec des abeilles. Je suis restée encore un instant dans ce jardin. La vue sur le lac est magnifique et on entend juste le bruit des oiseaux. On repart de là plus serein et apaisé, pour ne pas dire... plus vivant.
Bobi, qui avait été sacré il y a un an, le plus vieux chien de tous les temps, a perdu son titre, faute «de preuves concluantes» en mesure de prouver son âge, a indiqué jeudi le Guinness World Record (GWR).