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Titre: Les voleurs de sexe. Anthropologie d'une rumeur africaine
Auteur: Julien Bonhomme
Éditeur: Seuil 2009
Pages: 192
Un titre qui attire et pour cause il implique un point sensible chez beaucoup de personnes. Mais qu'est ce qui se cache derrière lui? Il s'y cache une rumeur qui fit rire de nombreuses personnes. Cette rumeur est celle d'hommes (et de femmes mais rarement) qui, par simple touché, seraient capables de faire disparaître le sexe de leurs victimes masculines. Cette rumeur a fait rire mais c'est de manière très sérieuse que Julien Bonhomme se propose de l'examiner. En effet, cette rumeur semble exister depuis les années 70 et avoir été connue sporadiquement sur une large région de l'Afrique. Alors pourquoi a-t-elle autant de succès? Qu'est ce qu'elle implique?
Après une discussion théorique sur ce qu'est une rumeur l'auteur tente de mobiliser plusieurs explications possibles de son succès Par exemple, est-ce que la crise économique pourrait expliquer ce fantasme de vol de sexe. La crise mènerait à une forme de dé-virilisation de l'homme parce qu'il ne serait plus capable de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. C'est une explication fréquemment utilisée en sociologie des banlieues françaises, d'après mes connaissances, pour expliquer leurs flambées de violence. Mais l'auteur récuse son caractère explicatif dans le cadre de cette rumeur. Une seconde explication possible ne pourrait-elle pas être l'émancipation des femmes africaines. Celles-ci, pouvant même mieux réussir que les hommes, deviendraient des castratrices dans le sens ou les hommes perdraient leurs moyens de dominations. Cependant, là encore, l'auteur balaie cette thèse en faisant remarquer que les vols de sexes se font entre hommes et rarement avec des femmes (qu'elles soient victimes ou voleuses).
Non, pour Bonhomme cette rumeur concernant une forme de sorcellerie qui touche à l'intime prend son sens si on examine l'urbanisation de l'Afrique. En effet, selon l'auteur, l'Afrique connaît des coutumes de salutations compliquées et largement utilisées dans la société. Mais la ville est un monde particulièrement anonyme dans laquelle les salutations peuvent être dangereuses. En effet, en saluant on impose sa présence à son interlocuteur qui peut ne pas l'apprécier. La salutation devient donc dangereuse puisqu'un inconnu utilise la sociabilité pour accomplir un forfait. D'ailleurs, selon Bonhomme, les témoignages des vols répertoriés semblent être proches des réactions purement physiologiques à la peur.
En tant que lecteur j'ai bien aimé parcourir ce livre. Julien Bonhomme écrit de manière assez fluide sans utiliser des termes particulièrement abscons comme on peut en trouver en sociologie (il critique, d'ailleurs, cette science pour son abstraction alors que l'anthropologie serait plus proche des évènements). Ce livre nous offre aussi quelques informations de base sur la sorcellerie africaine qui sont nécessaires si on veut comprendre la rumeur examinée. De plus, l'auteur tente de reconstituer le déroulement précis d'un vol de sexe jusqu'à sa conclusion ce qui permet de nous rendre compte de ce qu'elle implique. J'ai aussi été convaincu par la thèse avancée par l'auteur. Il faut tout de même noter que je ne connais pas grand chose à la sorcellerie et à l'Afrique. Je suis aussi totalement novice en anthropologie. Des erreurs ou des imperfections dans le développement ont donc pu m'échapper.
Image: Seuil