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Le corps comme modèle
Avant d’en arriver au centimètre ou au mètre que l’on connaît aujourd’hui, on mesurait les longueurs en prenant le corps humain comme référence: la main, le bras, ou encore le pied étaient des instruments de mesure communs.
Mesure du pied pour connaitre la pointure. Image: Melih2810 / CanstockPhoto
Avant d’en arriver au centimètre ou au mètre que l’on connaît aujourd’hui, on mesurait les longueurs en prenant le corps humain comme référence: la main, le bras, ou encore le pied étaient des instruments de mesure communs.
Le problème, c’est que ces mesures varient énormément d’une personne à l’autre, ainsi que les résultats. Tout le monde n’a en effet pas la même taille de main ou de pied, ce qui peut vite amener à des mesures complètement différentes.
Il a donc fallu trouver des standards, des étalons que chacun pourrait utiliser de la même manière, dans les mêmes conditions, pour obtenir des résultats similaires et ainsi permettre au commerce et à l’industrie de se développer.
La solution a été, en plus de trouver des étalons de mesure standards, d’introduire des multiples ou des sous-multiples des unités utilisées pour faciliter grandement les calculs. Aujourd’hui, il nous paraîtrait normal de compter en base 10 pour appréhender le monde. Mais ce serait oublier que le système métrique (système de mesure universel poids et mesure) est récent puisqu’il n'a été proposé qu'après la Révolution française (1789).
Pendant longtemps le pied était en quelque sorte l'unité. Il se partageait en 12 pouces, un pouce valait 12 lignes et une ligne, 12 points. Pour les très petites mesures, il y avait encore le grain d'orge (1/3 de pouce) et le grain de pavot.
Une unité, plus pratique pour mesurer les étoffes était l'aune. L'aune de Paris de François Ier valait quatre pieds. Soit un peu moins de 1.20 m. Mais cette aune n'était pas la norme. En différentes villes d' Europe et même de France sa valeur pouvait varier. Il y avait l'aune de Bordeaux, de Troyes, de Paris, avec des différences pouvant atteindre 80%.
Devant cette anarchie, la révolution a voulu rationaliser le système de mesures (pas seulement celles de longueur, mais également de surface, de volume, de capacité, etc.) et les décimaliser. La décimalisation du système métrique a heureusement mis (partiellement) fin à la diversité des mesures utilisées et a notamment permis aux sciences de se développer, de se préciser et de s’universaliser.
C’est à partir du 8 mai 1790 que l’idée de l’unification du système de mesure s’est concrétisée ; l’étude étant confiée à une commission de l’Académie des sciences. Ce n’est toutefois que trois ans plus tard qu’est arrivée la notion de « mètre », terme dérivé du grec metron (mesure). Ce mètre a été défini comme la longueur d’un dix-millionième du quart du méridien terrestre de l’époque (tour de la Terre).
Ainsi est né le système métrique, adopté le 1er août 1793. Les nouvelles unités de mesure sont dénommées mètre, gravet (qui deviendra le gramme) et cade (mètre cube). Ces étalons deviennent ensuite obligatoires dans l’ensemble de la France en 1794, concrétisant ainsi le désir d’unification de mesures de l’industrie.
Pour revenir aux pieds, comment les mesure-t-on ? La longueur des pieds varie d’un individu à l’autre, mais il a pourtant bien fallu trouver une manière similaire de les mesurer pour pouvoir les chausser. Pourquoi dit-on que l’on porte du 38 ou du 42 ? Et d’où vient le système de pointures ?
Jusqu’au XVIIIe siècle, chaque artisan cordonnier avait son propre système de mesure, ce n'était pas si important, car les chaussures étaient faites sur mesure. Comme dans le cas des mesures de longueur, il a fallu trouver une manière d’unifier ce système de pointure pour faciliter tant la création que la vente de souliers. On venait à peine d’adopter le système métrique que les cordonniers français ont abandonné le pied du roi pour adopter le point de Paris (voir plus haut). C’est donc le point (qui vaut 2/3 de cm soit 0.667 cm) l’unité de chaussure qui a été gardée par la suite et la pointure adoptée pour désigner la mesure. Ainsi, la pointure 42 correspond à une longueur de 42 x 0,667, soit 27,9 cm.
Mais il existe aujourd’hui toujours différents systèmes de pointures. Ainsi, dans un magasin de chaussures il est possible qu'il faille prendre du 38, du 5 ou du 6 ½ !
Ces valeurs se réfèrent à la même taille, mais elles s’appuient sur un système de base différent. La taille 38 correspond à la pointure française (et au point de Paris), alors que les deux autres proviennent respectivement du point anglais et du point américain, ces deux pays n’ayant, à l’époque, pas pris exemple sur la cordonnerie française. Ils continuent d'ailleurs à utiliser des pouces (inches) et des pieds (feet) comme unités de longueur.