Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06869.jsonl.gz/440

Pour traiter la parole, le cerveau privilégie les indices visuels plutôt qu’auditifs lorsque que la qualité du son est entravée. Une équipe de l’UNIGE démontre que la phase des signaux oscilliatoires neuronaux sont important dans ce processus de sélection cérébral.
Tendre l’oreille ou lire sur les lèvres? Les oscillations cérébrales entrent en jeu. ©UNIGE/Thézé
Pour interpréter la parole d’une personne, le cerveau se base sur le système auditif et visuel : il écoute, observe le mouvement des lèvres et les expressions du visage. Des neuroscientifiques de l’Université de Genève (UNIGE), soutenus par le Fonds National Suisse, montrent comment le cerveau décide d’exploiter les indices auditifs ou les indices visuels dans une étude publiée dans Science Advances. Les signaux oscilliatoires neuronaux sont impliquées dans ce processus de sélection. Plus précisément, c’est un déphasage de 300 millisecondes de ces oscillations qui détermine quel canal sensoriel va davantage contribuer à la perception de la parole.
Pour cette étude, Piere Mégevand et ses collègues de l’UNIGE Raphaël Thézé et Anne-Lise Giraud ont eu recours à un dispositif novateur faisant appel à des illusions audiovisuelles. Des volontaires ont été placés face à un écran sur lequel un personnage virtuel prononçait des phrases pouvant être confondues, comme «Il n’y a rien à boire / Il n’y a rien à voir». Dans certaines des phrases prononcées par le personnage, les neuroscientifiques ont créé un conflit entre ce que les volontaires voyaient et ce qu’ils entendaient. Par exemple, le personnage prononçait un «b» mais ses lèvres formaient un «v». Les volontaires devaient répéter la phrase qu’ils avaient comprise pendant que leur activité cérébrale était enregistrée par EEG.
Des illusions audiovisuelles
Les scientifiques de l’UNIGE ont observé que lorsque les informations auditives et visuelles concordaient, les volontaires répétaient la phrase correcte dans la majorité des cas. Par contre, en cas de conflit, les volontaires se fiaient soit à l’indice auditif, soit à l’indice visuel. Par exemple, lorsqu’ils entendaient un «v» mais voyaient un «b», la perception était dominée dans environ deux tiers des cas par l’indice auditif.
Le canal sensoriel est déterminé à l’avance
Les chercheurs ont relié ces résultats à l’activité électrique cérébrale dans le cortex temporal postérieur et occipital. Ils ont observé qu’environ 300 millisecondes avant le moment où il y avait concordance ou conflit entre les informations auditive et visuelle, la phase de l’oscillation cérébrale différait entre les volontaires qui avaient suivi l’indice visuel et ceux qui avaient suivi l’indice auditif.
«Nous savons depuis les années 1970 que dans certaines situations, le cerveau semble choisir les indices visuels plutôt qu’auditifs, et encore davantage lorsque le signal auditif est entravé, par exemple en cas de bruit ambiant. Nous pouvons maintenant montrer que les oscillations neuronales sont impliquées dans ce processus. En revanche, leur rôle exact reste encore un mystère», explique Pierre Mégevand.
4 novembre 2020