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Pierre Dubochet | 10 octobre 2017
Mis à jour le 26 octobre 2017
Vivre à proximité d'une ligne à haute ou très haute tension (220 / 380 kV)
Comment est-il possible que les normes ne nous protègent pas ?
L’Ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant, ORNI, est entrée en vigueur le 1er février 2000. À cette date, il y avait des milliers de maisons à proximité des lignes. Une valeur limite d'exposition allait créer un couloir non constructible. Plus la valeur limite était faible, plus le couloir devenait large. Si les auteurs de l'ORNI choisissaient des valeurs qui protégeaient effectivement la santé, il n'aurait plus été possible de construire à moins de 300 mètres des lignes et cela aurait créé un climat de suspicion face au champ magnétique.
L’ORNI impose une valeur limite de 1 000 nT pour les nouvelles installations. C’est la valeur limite de l’installation pour les lieux à utilisation sensible, les LUS. Cette valeur est atteinte à environ 70 mètres d'une ligne. Les auteurs de l'ORNI savaient, grâce aux nombreuses études qui existaient déjà, que cette valeur ne protège pas les bordiers.
Les auteurs de l'ORNI ont reconnu que le texte ne tient pas compte d'effets biologiques qui ont été constatés chez l’homme. Les valeurs retenues n'empêchent pas l’apparition de troubles neurovégétatifs ni l'affaiblissement du système immunitaire par exemple. Les indices statistiques sur l'élévation du risque de leucémie n'ont pas été pris en compte.
La valeur limite de l’exposition au champ électrique a été retenue essentiellement sur des expériences de décharges capacitives élaborées par les industriels.
La valeur limite de l’exposition au champ magnétique a été déterminée par les industriels qui ont estimé les courants résultants d’une boucle d’un rayon de dix centimètres dans un tissu dont la conductivité serait de 0,2 Siemens/m pour établir le flux induit par des champs sinusoïdaux à 50 Hz qui exposent l’ensemble du corps. La méthode est applicable pour l'exposition de matériel électronique, mais totalement déraisonnable pour définir une valeur d'exposition humaine chronique!
Il n’y a pas eu de point de vue opposé, d’explications alternatives, d’autres valeurs ou opinions dans ce point de vue essentiel. Les auteurs ont reconnu ne s'intéresser qu’aux «effets significatifs» et certaines expériences ne duraient que quelques heures.
Ces chercheurs ont rejeté les résultats des études épidémiologiques qui suggéraient une augmentation de l’incidence du cancer à des valeurs de 250 nT avec un champ magnétique à 50 Hz chez les enfants, les adultes et les groupes professionnels. Ils ont aussi rejeté les conclusions d'expériences en laboratoire qui corroboraient cette donnée. Avec quel motif ?
Avec une parfaite mauvaise foi, ils ont déclaré que «ces associations ne peuvent pas être expliquées de manière satisfaisante par la base théorique disponible pour l’interaction des champs électromagnétiques 50 Hz avec des systèmes vivants.»
Les biais principaux sont de ces approches, toujours valables actuellement sont : la décharge électrique n’est pas le seul risque sanitaire. L’exposition est considérée à court terme avec des volontaires. Il s’agit d’une appréciation subjective. Il est fait abstraction des personnes sensibles (malades, femmes enceintes, personnes âgées). Il est fait abstraction de la susceptibilité individuelle, notamment des facteurs génétiques. Il est fait abstraction de l’effet cumulatif. Le très faible échantillonnage des participants empêche d’obtenir une conclusion statistique à grande échelle. Cette approche ne tient pas compte du fait que la sensibilité diffère entre veille et sommeil. Elle écarte sans raison les enseignements apportés par les études épidémiologiques et en laboratoire.
- Définitivement, les valeurs limite ne nous protègent pas.
«Moi, j'ai des protections anti-ondes, donc je suis tranquille».
Un champ électrique + un champ magnétique
- Champ électrique. Une ligne HT aérienne crée un corridor où se disperse une différence de potentiel qui s’atténue avec la distance. Cette force influence les particules chargées qui se trouvent dans son environnement. En raison de la conductivité du corps humain, un individu qui s’approche des conducteurs perturbe ce champ, s’inclut dans le circuit électrique et s’approprie un courant de conduction qui circule à l'intérieur du corps, proche de l'épiderme. Ce courant s’écoule dans le corps le plus directement possible en privilégiant les tissus qui offrent le moins de résistance puis se dissipe dans le sol.
Dans les tissus, ces courants peuvent perturber l’activité électrique normale et influer sur l’excitabilité neuronale, car il existe des cellules et molécules cibles. Leur action peut être relayée à l’étage cellulaire par les structures physiologiquement responsables de la production ou de la propagation de l’influx nerveux: les canaux ioniques commandés par tension.
Lorsqu’un individu placé dans un champ électrique et isolé du sol est finalement mis à la terre — par exemple en touchant un objet lui-même à terre—, il peut recevoir une décharge capacitive transitoire plus ou moins perceptible lors du contact comme suite à l’écoulement d'une charge électrique à un autre potentiel. La répétition des décharges engendre une réaction de stress (Krikova 1968).
- Champ magnétique. Le courant électrique alternatif qui circule dans un fil conducteur crée un champ magnétique alternatif capable d’induire un courant électrique alternatif dans un autre conducteur. Le principe est le suivant: si un champ magnétique ∆ф alternatif traverse une boucle conductrice, une tension Ui est induite (couplage inductif). Le courant qui circule est une conséquence de la tension induite et des rapports de résistance.
La conduction électrique partielle du corps humain rend le couplage inductif possible. Le champ induit provoque la circulation de courants électriques qui se distribue aux cellules et aux éléments subcellulaires.Dès que cela arrive, la ligne haute tension agit à distance sur les processus biologiques entrés en couplage. Chaque cellule étant polarisée, ce sont les variations du potentiel membranaire qui influencent son activité. Lorsque l’intensité de ces champs exogènes est suffisante, ils interfèrent avec les courants endogènes coordonnés et perturbent le fonctionnement de commande ou de régulation des cellules et des tissus.
Le champ magnétique constitue le risque sanitaire majeur. Une ligne 220 kV chargée à 500 ampères (A) cause un risque pratiquement similaire qu’une ligne 380 kV également chargée à 500 A. Une ligne à 220 kV parcourue par 440 MW conduit un courant de 1 280 A contre 870 A pour une ligne à 380 kV. À distance égale, la première ligne fait courir un risque plus grand.
Courant à 50Hz et maladies
La maladie d’Alzheimer, les déficiences motrices neurologiques et la maladie de Parkinson impliquent toutes la mort de neurones spécifiques. Il y a des preuves qu’un haut niveau d’amyloïde bêta est un facteur de risque pour la maladie d’Alzheimer. L’amyloïde bêta peut augmenter lors de l’exposition aux ELF. Il existe aussi des indices importants montrant que la mélatonine protège le cerveau contre les dommages menant à la maladie d’Alzheimer. Une exposition prolongée aux ELF peut altérer la présence d'ions calcium (Ca2+) dans les neurones et induire un stress oxydatif (OMS 2007).
La mélatonine joue un rôle particulier sur notre état d’éveil et sur la régulation de nos rythmes biologiques. La mélatonine est impliquée dans la régulation du système immunitaire (Cardinali, Brusco, Cutrera et coll., 1999), cardiovasculaire (Simko, Reiter, Pechanova, 2013), elle empêche le développement du cancer (Jardim-Perassi, Arbab, Ferreira et coll., 2014 ; Kelleher, Rao, Maguire, 2014 ; Singh, Jadhav, 2014) et les radicaux libres (García, López-Pingarrón, Almeida-Souza et coll., 2014).
Cette hormone détient encore un rôle clé dans de nombreux processus physiologiques liés à des phases saisonnières dans le métabolisme et la reproduction (Singh, Jadhav, 2014). La désorganisation circadienne a sans aucun doute un impact négatif sur divers aspects de la santé (Cardinali, Brusco, Cutrera et coll., 1999 ; Singh, Jadhav, 2014 ; Kelleher, Rao, Maguire, 2014 ; Touitou, Coste, Dispersyn et coll., 2010 ; Touitou, Selmaoui, 2012).
Courant à 50Hz et maladies
L'exposition aux champs électromagnétiques constitue un risque supplémentaire en cas de sclérose amyotrophique latérale, leucémie, cancer, fluctuations de sucre dans le sang, diabète, maladie neurodégénérative, hyperactivité, troubles de l'apprentissage, maladie du système endocrinien, sclérose en plaques, autisme, stress chronique, trouble du sommeil, fatigue, difficulté de concentration, maux de tête, tachycardie, maladie cardiaque, vertiges, irritabilité, épilepsie, difficultés de coordination multitâche, maladie de Parkinson ou maladie chronique.
Exposition des enfants en croissance
Les enfants qui grandissent dans une maison proche d'une ligne haute tension devraient être préservés le plus possible de tout rayonnement électrodomestique. Un champ magnétique chronique chez les enfants en croissance augmente le risque de cancer et de maladie neurodégénérative —pour ne parler que d’elles— dans la vie adulte et peut préparer un abaissement du seuil de développement de symptômes ou de maladies durant la vie adulte, y compris en augmentant le risque d’intolérance électromagnétique.
Dans tous les cas, il est important de réduire votre exposition aux CEM à la valeur la plus faible possible. Cette recommandation vaut aussi si vous n'habitez pas proche d'une ligne HT.Seule une mesure permet de déterminer le facteur de risque. Je vous invite à me contacter par téléphone ou par courriel pour effectuer une mesure.
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