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Avec un espion scientifique accroché à son dos, ce requin blanc femelle a fait un allerretour entre l’Afrique du Sud et l’Australie. Elle a gagné un prénom dans l’aventure.
Contrairement aux centaines d’autres requins photographiés et identifiés par Michael Scholl, Nicole a reçu un prénom. Parce que Nicole est une star. Grâce aux appareils du chercheur vaudois, ce grand requin blanc femelle, long de près de quatre mètres, a établi une sorte de record qui se double d’une découverte scientifique.
En 2001, à la suite d’un projet de recherche moléculaire sur les requins blancs australiens et sud-africains, Michael Scholl a démontré dans un article scientifique publié dans «Nature» que certains échanges génétiques existaient entre les deux continents.
Jusqu’à octobre 2005 et la publication dans la prestigieuse revue «Science» d’un autre article de Michael Scholl, on croyait que seuls les grands requins blancs mâles voyageaient, alors que les femelles étaient réputées sédentaires. Nicole s’est chargée de prouver le contraire en effectuant un périple de 22’000 kilomètres.
Un émetteur satellite
Tout commence en Afrique du Sud, quand le chercheur vaudois place un émetteur satellite sur un requin blanc femelle de 3,80 mètres. L’appareil est capable d’enregistrer des données durant plusieurs mois, jusqu’à ce qu’il se détache de l’animal. Et quand il refait surface, les informations qui y sont accumulées sont aussitôt transmises par satellite et récupérées par les chercheurs.
Trois mois plus tard, l’émetteur placé en Afrique du Sud commence à émettre depuis un point situé à 37 kilomètres des côtes du nord-ouest du continent australien. Le requin a donc parcouru quelque 11’000 kilomètres en trois mois, à une vitesse de croisière de 4,7 km/h. et avec des plongées à des profondeurs records atteignant 980 mètres, où la température environnante est de seulement 3,4 degrés Celsius.
Son périple ne s’arrête pas là. Six mois plus tard, la femelle grand blanc réapparaît dans les eaux sud-africaines, à l’endroit où elle avait été marquée un peu plus de neuf mois auparavant. Ce retour a été découvert grâce à la méthode d’identification photographique élaborée par Michael Scholl.
Nicole vient donc d’effectuer un allerretour d’au moins 22’000 kilomètres. Au moins, car Nicole a probablement longé la côte sud du continent australien suite à la perte de l’émetteur. Elle a même pu aller jusqu’en Tasmanie et en Nouvelle- Zélande. Cela fait beaucoup pour un animal prétendu sédentaire, et cela valait largement une publication dans «Science».
Nicole comme Kidman
Entre Michael Scholl et ce requin femelle qu’il a beaucoup rencontré au fil des années, s’est développé un attachement particulier. Un lien encore renforcé par la découverte du fantastique voyage effectué par le prédateur en Australie. Le squale s’est donc vu attribuer un nom. La femelle requin blanc, qu’il appelle «mon épouse squale» au niveau personnel, et qu’il a baptisée du numéro 1308 dans son catalogue d’identification photographique, voire P12 d’après le numéro de l’émetteur satellite, a ainsi reçu le prénom de Nicole Kidman, la star de cinéma australienne passionnée de requins!
Cela permet au squale de sortir de l’anonymat relatif où vivent ses confrères et consoeurs également observés par le chercheur vaudois. «Habituellement, nous ne donnons pas de nom aux requins que nous observons. Nous leur attribuons plutôt un code à quatre chiffres, explique Michael Scholl. Avec plus de 1000 squales différents identifiés à ce jour, il serait impossible et futile de leur donner un nom à tous.»
Nicole a disparu
Cela dit, devenir une star ne constitue pas une assurance vie. Ainsi, Nicole n’a plus été observée à l’île de Dyer depuis le 2 novembre 2004. Une absence qui commence à inquiéter Michael Scholl. Selon un scénario optimiste, Nicole a désormais atteint une taille qui lui permet d’avoir des bébés requins. Elle aurait donc trouvé un compagnon et passerait sa longue période de gestation (14 à 20 mois) en Australie.
Mais il existe aussi un scénario pessimiste. Dans ce cas, Nicole a été capturée par un navire de pêche japonais et sa nageoire trempe désormais dans un bol de soupe.
Morte ou enceinte? Le mystère persiste. Il sera peut-être élucidé pendant l’hiver austral, car Nicole rejoint habituellement l’île de Dyer durant les mois de juillet-août. Elle y est impatiemment attendue par Michael Scholl.
Jocelyn Rochat