Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07280.jsonl.gz/986

Les sommets montagneux portent encore les traces du dernier épisode de poussières sahariennes. Sur la plupart des pentes, la neige garde une couleur brunâtre. La fonte s’est même accélérée dans la mesure ou la lumière solaire a tendance à être absorbée plutôt que de se réfléchir sur les sols.
Depôts de sables sahariens sur les pentes, au-dessus de Crans-Montana (VS) [Sarah Clavien - RTS]
Le phénomène s’explique par une circulation des courants un peu atypique pour un mois de mars: les dépressions qui arrivent depuis l’Atlantique ont tendance à se bloquer contre les hautes pressions qui couvrent le Nord et l'Est de l’Europe; tantôt elles remontent vers Nord, tantôt elles s’engagent sur une trajectoire plus méridionale, entre le Maroc, l’Algérie, la Tunise et la Lybie.
Ce deuxième cas de figure est assez favorable aux épisodes de poussières sahariennes en Suisse: lorsqu’une dépression passe entre le Nord du Maroc et l’Algérie, les courants ont en effet tendance à former un flux de Sud/Sud-ouest assez continu en altitude, ce qui permet aux sables du Sahara de se déplacer jusqu’aux Alpes.
Poussières du Sahara au-dessus de l'Europe, le 15 mars 2022 [NASA]
Situation à nouveau favorable aux poussières du Sahara
A l’instar des évènements du 15 au 19 mars, une dépression se trouve aujourd’hui au large du Maroc, accompagnée d’un fort courant de Sud en altitude. Dans un premier temps, les sables sahariens vont se déplacer vers l’Espagne et la France.
Circulation des courants en altitude, prévue par le modèle européen (ECMWF) le 29 mars 2022 à 12h UTC [Florence Tercier - ECMWF/RTS]
Ils se rabattront ensuite vers la Suisse en profitant de vents de secteur Ouest/Nord-ouest (ci-dessus). Ce mouvement – assez complexe il est vrai - s’explique par le déplacement de la dépression vers l’Algérie et par la formation d’un deuxième centre dépressionnaire sur le Nord de la France.
Les dernièressuggèrent que les quantités de sable dans l’atmosphère seront comparables à celles de l’épisode du 15 au 19 mars (ci-dessous) mais la fiabilité des prévisions n'est pas optimale dans ce domaine, la prudence reste de mise. Quoi qu'il en soit, le ciel devrait devenir assez brumeux à partir de demain, il pourra également prendre une teinte jaunâtre.
Concentrations de particules dans le ciel, prévue par le modèle européen (ECMWF) le 29 mars 2022 à 12h UTC [Cristina Fedele - ECMWF/Copernicus/RTS]
L’arrivée de poussières sahariennes sera plus perceptible mercredi, avec le retour de la pluie. A l’instar de l’épisode du 15 au 19 mars, les carrosseries des voitures devraient se couvrir de dépôts sablonneux. De leur côté, les sommets neigeux garderont leur teinte brunâtre. Mais contrairement à l'épisode précédent, l'évènement pourrait se terminer assez rapidement.
Atmosphère « plus propre » en fin de semaine
La persistance de conditions dépressionnaires en fin de semaine se traduira encore par des précipitations, les dernières sorties de modèles montrent même que nous allons nous trouver dans de l’air plus froid. Les concentrations de poussières volcaniques devraient cependant diminuer de manière significative à partir de jeudi.
Concentrations de particules dans le ciel, prévue par le modèle européen (ECMWF) le 31 mars 2022 à 12h UTC [Loris Caruso - ECMWF/Copernicus/RTS]
Avec l'arrivée de nouvelles neiges, cette fois sans poussières, les sommets devraient retrouver leur couleur blanchâtre. La qualité de l’air devrait également s’en ressentir. Pour rappel, ce genre de situation peut être à l’origine de symptômes respiratoires comme la toux, d'essoufflement, ou encore d’une majoration des crises d’asthme, d’irritations des yeux et de la gorge.
Philippe Jeanneret, avec le concours d'Olivier Duding de Météosuisse