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La collection d’oeuvres classiques modernes du Kunstmuseum Basel compte parmi les plus célèbres de son genre. Pourtant, sa création fut relativement tardive. À l’été 1939, peu avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le directeur du musée de l’époque, Georg Schmidt (1896–1966), parvient à acquérir 21 chefs-d’oeuvre. Dans le cadre de la politique culturelle nationale-socialiste, ceux-ci avaient été qualifiés d’« art dégénéré » et retirés d’office des musées allemands en 1937. Le ministère de la Propagande du Reich estimait pouvoir en vendre une partie à l’étranger contre des devises. Ainsi, certaines considérées comme « exploitables à l’international » parvinrent sur le marché par différents canaux.
L’exposition « La modernité déchirée » met en lumière tous les aspects de ce moment particulier de l’histoire de la collection bâloise. Elle explore également la fragmentation artificielle de l’art moderne induite par l’acte de violence du régime nazi en matière de politique culturelle. La catégorisation de l’art en oeuvres soit « exploitables », soit condamnées à l’oubli ou à la destruction engendre des répercussions sur les collections muséales du monde entier jusqu’à aujourd’hui. L’exposition, dont l’approche relève autant de l’histoire de l’art que de l’histoire, livre de surprenants récits de personnes, d’oeuvres et du commerce.
Correspondance entre Georg Schmidt et Paul Westheim
Un jour après que les administrateurs eurent examiné les œuvres envoyées de Berlin, le directeur du Kunstmuseum rendit compte des acquisitions de Bâle à l'influent critique d'art juif Paul Westheim. Le magazine de Westheim, Das Kunstblatt, l'avait établi comme l'un des principaux défenseurs de l'art moderne. Écrivant pour divers périodiques depuis son exil à Paris, il appelle au boycott de la vente aux enchères de Lucerne. La lettre de Schmidt et la réponse de Westheim montrent que tous deux considéraient les acquisitions bâloises d'art "dégénéré" comme une décision historique. Westheim fut emmené dans un camp d'internement en France en 1940 et libéré en 1941. Il a vécu au Mexique jusqu'à sa mort en 1963.
Artistes :
Alexej von Jawlensky, André Derain, Anita Clara Rée, Christoph Voll, Conrad Felixmüller, Elfriede Lohse-Wächtler, Emil Nolde, Erich Heckel, Ernst Barlach, Ernst Ludwig Kirchner, Felix Nussbaum, Franz Frank, Georg Schrimpf, George Grosz, Hanns Ludwig Katz, Henri Matisse, James Ensor, Jankel Adler, Jeanne Mammen, Josef Vinecky, Karl Hofer, Karl Opfermann, Karl Schmidt-Rottluff, Käthe Kollwitz, Lasar Segall, Louis Moilliet, Lovis Corinth, Ludwig Meidner, Lyonel Feininger, Marc Chagall, Marg Moll, Marie Laurencin, Max Beckmann, Max Ernst, Milly Steger, Oskar Kokoschka, Oskar Schlemmer, Otto Dix, Otto Mueller, Otto Nagel, Pablo Picasso, Paul Klee, Paul Kleinschmidt, Paula Modersohn-Becker, Rudolf Belling, Wassily Kandinsky, Wilhelm Lehmbruck
Découvrez un aperçu de l'exposition dans notre visite virtuelle.
À l’époque du national-socialisme en Allemagne (1933–1945), l’art « dégénéré » désignait tout art ne correspondant pas à la vision du monde des nazis. Cette appellation regroupait l’expressionnisme, le dadaïsme, la Nouvelle Objectivité, le surréalisme, le cubisme et le fauvisme. Les œuvres d’artistes juifs ainsi que celles abordant des thèmes liés au judaïsme ou à la politique étaient particulièrement ciblées. En 1937, ces œuvres d’art furent saisies dans les musées allemands – au total plus de 21 000 furent confisquées. Nombre de ces œuvres furent présentées au sein de l’exposition itinérante « Art dégénéré » en Allemagne.
La « loi sur la confiscation des produits de l’art dégénéré » promulguée en 1938 permettait à l’État allemand de disposer des œuvres dites d’art « dégénéré » réquisitionnées en 1937. Elles furent inventoriées et triées. Quelque 780 peintures et sculptures ainsi que 3 500 travaux sur papier furent classés comme « exploitables à l’international », c’est-à-dire conformes à la vente à l’étranger contre des devises. En réalité, presque deux fois plus d’œuvres furent vendues. En 1939, 125 œuvres furent mises aux enchères par la maison de vente Theodor Fischer à Lucerne, tandis que les autres œuvres arrivèrent sur le marché international par l’intermédiaire de marchands d’art sélectionnés. Le reste des œuvres « inexploitables » fut en grande partie brûlé à Berlin le 20 mars 1939.
La recherche de provenance muséale se consacre à l’histoire de l’origine d’œuvres d’art et de biens culturels. La spoliation d’œuvres d’art sous le régime national-socialiste représente un défi majeur pour la recherche de provenance. En 1998, lors d’une conférence à Washington, 44 États ont adopté onze principes – les Principes de Washington – permettant d’aider à résoudre des questions ouvertes en rapport avec des œuvres spoliées par les nazis. La Suisse compte parmi les pays signataires. Depuis lors, les musées publics sont priés d’examiner leurs collections. L’objectif est de combler les lacunes dans l’histoire de la provenance et de reconnaître des changements illicites de propriétaires. Si nécessaire, on procède à la restitution des œuvres concernées à leurs propriétaires légaux ou on parvient à une autre forme de « solution juste et équitable ».
Les Principes de Washington de 1998 mentionnés sous Recherche de provenance ont pour objectif de trouver des « solutions justes et équitables » au demandes justifiées des propriétaires d’avant-guerre ou leurs héritiers sur l’art spolié du national-socialisme avec leurs possesseurs actuels. La recherche de solutions s’appuie sur un examen minutieux de chaque cas particulier. Dans la pratique, cela signifie qu’une restitution de l’objet d’art aux demandeurs ne constitue pas la seule réponse possible. Ainsi, l’institution peut rendre l’œuvre et l’acheter à nouveau ou verser une indemnisation financière aux demandeurs. Rendre hommage aux anciens propriétaires, à l’œuvre et à son histoire à travers des actions symboliques entre également en ligne de compte.
À l’époque du national-socialisme, un grand nombre d’œuvres d’art appartenant à des particuliers ont été confisquées en Allemagne et dans les pays annexés et occupés. Il s’agissait d’œuvres appartenant à des femmes ou à des hommes juifs ou bien à des personnes persécutées pour d’autres raisons. Celles-ci furent contraintes à l’expropriation ou à la vente. La « spoliation » se déroulait sur la base d’une multitude de réglementations juridiques avec la participation de diverses administrations et institutions spécifiquement dédiées à la question. En 1945, cette pratique a été classée comme crime contre l’humanité.
Contrairement à l’art spolié, « l’art en fuite » désigne des œuvres d’art que leurs propriétaires ont emporté et vendu dans un pays tiers sûr, à l’exemple de la Suisse, en raison des persécutions nazies. Contrairement au cas de l’art spolié, les propriétaires se voyaient proposer pour partie un prix conforme à celui du marché qu’ils pouvaient fixer librement. La cause de ces ventes restait cependant la même, à savoir la politique de persécution, d’expropriation et de spoliation du régime national-socialiste.
Le présent glossaire a été rédigé dans un langage le plus compréhensible possible. Il ne saurait être considéré comme exhaustif.