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Domaine du Grand Collonge
Visite du domaine du Grand Collonges
Luc Franzoni nous accueille à l’entrée située au chemin des Chêne, l’entrée principale, côté Jura, a été détruite lors de la construction de l’autoroute, amputant le domaine de 4 ha. Il compte actuellement une trentaine d’hectares et 15 ha de bois sur le Salève. et nous fait pénétrer dans sa demeure. Il a préparé à notre intention des manuscrits et autres documents anciens, des cartes, des photos, des portefeuilles de peintures qu’il a disposé sur de grandes tables ou suspendu dans les salles du rez-de-chaussée.
Il retrace alors les grandes lignes de l’histoire du domaine, de 1500 à nos jours.
La maison de maître du Grand Collonges, classée monument historique en juillet 2000, a été construite par Elisabeth Baulacre en 1677, sur des terres appartenant précédemment à la famille des Barons Villard.
Elisabeth Baulacre (1613-1693) fonde à Genève l’entreprise de tissage de fils d’or la plus importante d’Europe. En 1637, elle épouse Pierre Perdriau, un riche banquier genevois.
Au 18e siècle, les Baulacre-Perdriau possèdent de nombreuses propriétés, notamment à Landecy : à l’ouest du village, le domaine qui appartient actuellement à la famille Micheli (descendante des Perdriau), à l’est, le Domaine des dames, morcelé dans les années 1980 et au sud, le domaine acquis vers 1670 par Nicolas Baulacre qui s’est fortement amenuisé au fil du temps. La maison de maître, avec ce qui reste du parc, (au 51 de la Route du Prieur) vient d’être achetée par Marianne Meier.
En avril 1710, le domaine du Grand Collonges est acquis par les Bouthillier de Beaumont, des banquiers genevois qui s’orienteront plus tard vers la science et les arts. (entomologistes, paléontologues, peintres).
Il faut rappeler que Collonges-sous-Salève fut genevois jusqu’en 1754, date à laquelle le village fut échangé par Genève contre Evordes qui appartenait alors à la Sardaigne.
Actuellement, le domaine appartient à la famille Franzoni, alliée et descendante de la famille de Beaumont. Issue de Dijon, elle s’installe dans le Tessin en 985. De titre comtal, cette partie de la famille est apparentée à deux papes, Urbain VII et Innocent XI. Une branche s’est établie à Genève au 19e siècle, alliée aux de Beaumont. Elle a donné des industriels (fondateur de Caran d’Ache) des peintres, des écrivains et des poètes. En 1945, un membre épousa la fille de Marcel Griaule, un ethnologue connu pour ses travaux sur les Dogons, qui avait acquis dans les années 1930 la propriété voisine (La Prasle). Il ne reste rien de cette belle demeure érigée là où se trouve actuellement la Place de Savoie.
Après cette introduction, les participants se divisent en 3 groupes. Pendant que l’un visite les pièces du premier étage où se trouvent une multitude de meubles, objets précieux et livres rares sous la conduite du maître de maison, les 2 autres consultent les différents documents exposés au rez-de-chaussée. Dans une salle, sa femme, artiste de talent, expose des tableaux.
A la fin de ce parcours, une délicieuse collation nous est servie. Nous en profitons pour poser à Luc Franzoni les questions que suscite cette visite d’un grand intérêt.
Puis nous nous rendons dans le parc, où il n’est pas rare de voir des biches venues des contreforts du Salève, pour admirer les bâtiments de l’extérieur. Le château et le parc jouissent d’une vue superbe qui s’étend jusqu’au lac. Malheureusement le temps maussade nous prive en partie de ce spectacle. Nous passons devant un cèdre d’une taille impressionnante avant de nous diriger vers Surplan par le Chemin des Chênes.
En cours de route, Luc Franzoni aborde la problématique des terres agricoles. Elles sont actuellement cultivées par une famille paysanne de Landecy et des agriculteurs français. Il évoque aussi la fragilité de ces grands domaines dont la pérennité est menacée par les morcellements. Seuls les propriétaires disposant de moyens financiers importants peuvent faire face aux lourdes charges qu’implique le maintien de ce patrimoine unique.
Au retour, nous nous rendons au cimetière familial abrité par de grands arbres près du ruisseau. Un lieu d’une grande sérénité.
Pour regagner nos véhicules, nous longeons un pigeonnier de 1704, symbole par excellence de noblesse, puis empruntons la ruelle du Bourg d’en haut bordée de petites maisons. Sur l’une d’elle, la date de 1526 s’efface lentement sous l’érosion due aux pluies. Notre visite se termine en face du Fer à Cheval, un ancien ouvroir donné par les de Beaumont à la municipalité en 1933.
Au nom de tout le groupe, Emilien adresse un merci chaleureux à Luc Franzoni de l’amitié et de la confiance qu’il nous a témoigné, en nous ouvrant sa demeure, et de nous avoir fait découvrir ce fleuron du patrimoine transfrontalier.
12 mai 2015