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Les citoyennes et citoyens des Grisons (qui avaient déjà refusé en 1988, à deux contre un, d'organiser des JO d'hiver) semblent très partagés, entre le soutien et le refus du projet d'organiser les Jeux Olympiques d'Hiver 2022 à Davos et Saint-Moritz. Ils voteront le 3 mars, et ce vote décidera de l'avenir du projet. Un sondage de l'automne 2012 indiquait bien que 54 % des Suisses-ses y étaient favorables, et 75 % des moins de 35 ans. Quant aux citoyens et yennes des Grisons, mi-février ils étaient, selon un sondage, 45 % à s'opposer aux JO dans leur canton, 42 % à y être favorables et 13 % à se tâter. En attendant, les autorités cantonales et fédérales ont fait ce qu'on attendait d'elles : amorcer la pompe à fric : un milliard de garantie de déficit fédérale, 410 millions de coûts de sécurité, dont 250 à la charge des collectivités publiques, dont 180 millions pour le seul canton des Grisons...
Comment dit-on « merde aux JO » en romanche ?
Le Comité international olympique (dont 70 % des membres représentent des sports d'été et ne se préoccupent guère des sports d'hiver) attribuera les JO d'hiver 2022 en juin 2015 (et en Malaisie). L'ancien Conseiller fédéral Adolf Ogi ne se fait pas d'illusion sur le caractère « sportif » de la décision : « c'est l'argent, plus que jamais, qui dicte les choix du CIO » . Sans blague ? Des deux milliards prévus, le coût des JO d'été à Londres en 2012 a bondi à 9 milliards. A Lillehammer, dont les JO sont cités en exemple par les promoteurs de ceux des Grisons, 40 % des hôtels construits pour les JO sont aujourd'hui en faillite, et plusieurs infrastructures de l'époque sont à l'abandon. Les jeux de Lillehammer furent d'ailleurs les derniers à être organisés dans une ville de montagne : depuis, parce que les pontes du CIO s'y étaient fait chier comme des rats morts, on est redescendu dans la plaine, autour de grandes villes, de grands hôtels, de magasins de luxe et des clubs privés, mais assez loin des pistes, à Nagano, Salt Lake City, Turin, Vancouver. On sera à Sotchi l'année prochaine, puis à Pyeongchang en 2018.
Toutes les candidatures suisses ont subi, depuis 2002, le même sort : ou bien elles ont été avortées en Suisse même (Berne 2010, Zurich 2014,. Genève 2018), ou bien elles ont été battues lors du choix final (Sion 2002 et Sion 2006). Et même si les citoyennes et yens des Grisons disaient « oui » le 3 mars, les Grisons n'auraient pas encore obtenu les JO, car leur candidature a affaire à fortes parties : Munich, Barcelone, Oslo, Nice, le Kazakhstan et les monts Tatra... des négociations avec le CIO s'ouvriraient. Et le CIO pourrait poser des conditions contradictoires de la «modestie» du projet grison, comme des installations pérennes qui n'auraient plus d'utilité après les JO... que feraient alors ceux qui ont promis que les JO grisons seraient ceux du « retour aux sources » et de la « modestie » ?
De nombreux responsables politiques, comme le président du PSS, Christian Levrat, demandent que le peuple suisse puisse se prononcer sur la garantie financière d'un milliard qui serait accordée au comité d'organisation des JO grisons. Car le Conseil fédéral a confirmé que la Confédération se porterait garante de la couverture d'un déficit de l'organisation des Jeux s'ils se déroulent en Suisse. C'est donc un véritable chèque en blanc (neigeux) qui est ainsi offert aux organisateurs, et même au Comité International Olympique, puisque celui-ci exige précisément une telle garantie étatique le délivrant de toute conséquence financière négative. Pour les conséquences financières positives, en revanche, il n'exige qu'une chose : qu'on lui laisse encaisser les profits. Or tous les JO organisés depuis un demi-siècle ont été finalement déficitaires, et il n'y aucune raison de croire que ceux des Grisons échapperaient à cette règle. Mais on le saura pas avant qu'ils aient eu lieu. C'est-à-dire trop tard pour faire marche arrière. En attendant, on a déjà dépensé six millions en opérations de communication et sondages divers, pour convaincre les Grisons et les Grisonnes d'accepter que les JO d'hiver 2022 se déroulent chez eux. Et on a prévu de dépenser 60 millions pour la seule phase de candidature (si la pilule passe le 3 mars en votation cantonale). Le budget opérationnel, lui, atteint les deux milliards et demi, et les investissements un milliard...
Apparemment, rien de tout ce qui précède n'atteint les promoteurs de la candidature suisse, et moins que rien n'atteint le Conseil fédéral. Où le dossier est en mains d'Ueli Maurer. Autant dire en de bonnes mains : avant de devenir Conseiller fédéral et ministre des sports (et de l'armée), Ueli Maurer était président de l'UDC. Et en tant que président de l'UDC, il avait dénoncé « l'euphorie pour les grandes manifestations sportives dont le seul but est de s'accaparer les subventions de la Confédération ». Et aujourd'hui, le même Ueli Maurer promet un milliard de francs au comité d'organisation des JO d'hiver s'ils se déroulent dans les Grisons.
Comme président, on sait toujours pas ce qu'il vaut, Ueli der Soldat, mais comme girouette, en tout cas, il est parfait.