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On vous reparle du sauvetage de la plus belle salle de cinéma genevoise, en déshérence depuis des lustres : le Plaza. Parce qu'il y a du nouveau. Oh, pas un bouleversement, pas un renversement de situation, non, mais des frémissements. Les auteurs des recours individuels contre l'autorisation de démolir la salle (sous réserve de la délivrance d'une autorisation de construire le souk que les propriétaires projettent à sa place) ont bien été déboutés, par dénégation de la qualité pour agir, mais un recours reste pendant, celui de la Société suisse des architectes, section de Genève, à qui la qualité pour agir peut difficilement être niée. Et puis, les défenseurs de la salle ont présenté il y a deux semaines un projet de "quartier culturel" dont le Plaza, en tant que salle de cinéma, serait le centre, et des messages indirects et informels de quelques autorités leur sont parvenus selon lesquels si un projet culturel était avancé à partir du Plaza cinéma, leur position (soit l'autorisation de démolir, conditionnée à une autorisation de construire) pourrait être revue dans le sens de la préservation de la salle. La rénovation réussie, par la Ville, de l'Alhambra prouve d'ailleurs qu'on peut parfaitement réhabiliter et adapter une salle de cinéma historique (même plus ancienne que le Plaza) à une fonction culturelle plus large et plus polyvalente, sans attenter à sa structure et à sa qualité architecturale. C'est d'ailleurs ce que la Ville de Lausanne entend faire de sa salle du Capitole...
Ce qui vaut pour un petit cinéma porno ne vaudrait pas pour un grand cinéma populaire ?
Dans la défense du "Plaza", ça frémit, ça avance. Lentement, incertainement, mais ça avance. Que cela aboutisse, c'est affaire de volonté politique. Les défenseurs du Plaza l'ont. Il leur manque le pouvoir. Que ceux qui l'ont en fassent en bon usage, plutôt que s'éclipser devant les propriétaires sous des prétextes de rentabilité et laisser un centre commercial prendre la place d'un cinéma, ne dépend que d'eux.
Les défenseurs du Plaza travaillent sur un projet de "quartier culturel" dont la salle de cinéma, maintenue en tant que telle, serait le centre. Car sa situation est idéale : c'est la dernière grande salle de cinéma au centre-ville qui soit, aussi, un élément du patrimoine architectural de la ville. A cinq minutes de la gare, sur un axe de passage entre la gare et le lac, sur une rive droite où les lieux culturels structurant sont bien moins nombreux que sur la rive gauche, l'immeuble du Plaza offre des opportunités uniques pour un projet de "quartier culturel" : un passage couvert très fréquenté, pouvant devenir une véritable promenade architecturale, une salle esthétiquement exceptionnelle, qui fut pionnière en Europe par sa structure... De cela, on peut faire un centre cinématographique "grand public" autour d'une salle de prestige liée à des espaces de rencontre (un bar, une brasserie, une galerie, par exemple), et qui peut être doublée en sous-sol de salles plus petites, sans que la salle actuelle soit fondamentalement modifiée.
"Fonction Cinéma", qui ne s'associe pourtant pas au combat pour le maintien du Plaza, écrivait en mai dernier aux membres du Conseil municipal qui allaient se prononcer sur une aide à la rénovation de quatre petits cinémas indépendants, que "garder des lieux de convivialité, de loisirs et de culture au centre-ville (...) participe à la qualité de vie qu'offre Genève". En défendant le Plaza, et un projet le requalifiant comme "centre d'un quartier culturel", ne ne disons pas autre chose. Pas autre chose non plus que ce qui a convaincu le Conseil communal de Lausanne de voter à l'unanimité (droite comprise, donc) un crédit d'étude pour rénover (il en coûterait une quinzaine de millions de francs) la salle de cinéma du Capitole, l'une des plus grandes de Suisse, ouverte en 1929 et sauvée en 2010 par son acquisition par la Ville. La salle est désormais exploitée par la Cinémathèque suisse, en collaboration avec Pathé. Dans le projet de rénovation, elle gardera son esthétique et son volume.
Et puis, il a cette cerise vermillonne comme un plaisir coupable : la salle du cinéma genevois "le Splendid" ne fermera pas, et restera une salle de cinéma. Spécialisé dans le porno, certes, mais maintenu malgré cela dans son affectation cinématographique en raison du règlement municipal des plans d'utilisation des sols (PUS), ce même que la Ville de Genève avait finalement renoncé à faire valoir dans un recours contre la décision de démolir le Plaza. "Nous avons décidé de poursuivre l'aventure, et même de procéder à de petits investissements" (un fumoir, un foyer, une nouvelle sortie), sans augmenter les tarids (14 francs), annonce le propriétaire, qui précise que c'est parce que "la Ville de Genève nous empêche de changer d'activité", en raison précisément du règlement des PUS, que son cinéma restera un cinéma : "pour la Ville, nous animons le quartier".
Jouissif, non ? Il faudra qu'on nous explique pourquoi ce qui vaut pour un petit cinéma porno ne vaudrait pas pour un grand cinéma populaire...