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Extrait de l'oeuvre
1
Diana Morrison alluma les bougies qui ornaient la table de la salle à manger, dressée pour six convives. Spacieux, décoré avec goût, l'appartement offrait une vue imprenable sur Central Park. Diana et Eric vivaient ici depuis près de vingt ans. Leurs deux filles étaient parties quelques années plus tôt. Samantha avait pris un appartement dès qu'elle avait décroché son diplôme de l'université de Brown. Quant à sa sœur Katherine, elle s'était mariée cinq ans auparavant, déjà. C'étaient des jeunes femmes pétillantes et affectueuses, drôles et brillantes. Diana s'entendait merveilleusement bien avec elles, et il lui arrivait parfois de regretter leur présence stimulante.
Non pas qu'elle s'ennuyât aux côtés d'Eric... au contraire, tous deux profitaient de chaque instant passé ensemble, conscients de leur chance inouïe. A cinquante-cinq ans, Diana était rayonnante de beauté et de dynamisme ; quant à Eric, il veillait soigneusement à entretenir la flamme qui brillait entre eux depuis le jour de leur mariage, trente-deux ans plus tôt. De par sa profession, il savait ce que les femmes attendent des hommes et il se servait des précieux conseils qu'elles lui donnaient pour séduire son épouse. La soixantaine séduisante, sportif et énergique, Eric avait récemment encouragé Diana à consulter un chirurgien esthétique pour un léger lifting des paupières. Fin psychologue, il avait deviné que son épouse se sentirait plus épanouie après l'intervention. Et il avait eu raison. A la lumière des bougies qu'elle venait d'allumer sur la table du réveillon, Diana paraissait dix ans de moins que son âge. Une expression radieuse éclairait son visage. Une sérénité extraordinaire se dégageait de tout son être.
Coupés au carré, ses cheveux blancs comme neige mettaient en valeur ses traits délicats et le bleu vif de ses grands yeux. Eric aimait à lui dire qu'elle était toujours aussi jolie que lorsqu'ils s'étaient rencontrés. A l'époque, elle était infirmière au Columbia Presbyterian, où Eric faisait son internat dans le service d'obstétrique. Six mois plus tard, ils étaient mariés et ne s'étaient plus quittés depuis. Elle avait arrêté de travailler quand elle était tombée enceinte de Katherine. Par la suite, elle était restée à la maison pour s'occuper de ses filles, permettant ainsi à Eric de se consacrer pleinement à son travail. Combien de nuits avait-il passées à l'hôpital, appelé d'urgence pour un accouchement ? C'était même lui qui avait aidé sa fille Katherine à mettre au monde ses deux garçons. La passion qu'il vouait à son travail emplissait Diana d'une fierté indicible.
Eric possédait l'un des cabinets de gynécologie obstétrique les plus réputés de New York. Bien que deux de ses associés aient pris leur retraite l'année précédente, Eric n'avait aucune envie de les imiter. Les horaires contraignants, les astreintes à répétition, les jours fériés et les week-ends passés à travailler ne le dérangeaient pas. Habituée à cette vie pleine d'imprévus, Diana se moquait de le voir partir en pleine nuit ou de devoir annuler un dîner au dernier moment. Après tout, cela faisait plus de trente ans qu'ils vivaient ainsi.
Oui, la vie avait été douce pour eux. Aux yeux de bon nombre de leurs amis, ils incarnaient la famille idéale. Un train de vie confortable, un couple uni, deux filles belles et intelligentes, que pouvait-on rêver de mieux ? Depuis le départ de Katherine et de Samantha, Diana travaillait comme bénévole pour Sloan-Kettering, le grand centre de cancérologie new-yorkais ; elle organisait régulièrement des soirées et des réceptions destinées à récolter des fonds pour la recherche médicale. Il s'était passé trop de temps pour qu'elle puisse reprendre son activité d'infirmière et, d'ailleurs, elle n'y avait jamais vraiment songé. Entre ses activités bénévoles, les nombreux centres d'intérêt qu'elle partageait avec Eric, les voyages qu'ils faisaient de temps en temps et ses deux petits-fils qu'elle gardait parfois, elle n'avait jamais le temps de s'ennuyer.
Un bruit de pas l'arracha à sa rêverie, et elle tourna la tête. Eric s'immobilisa dans l'embrasure de la porte. Leurs regards s'unirent, pleins de tendresse et de complicité.
- Bonsoir, madame Morrison... vous êtes resplendissante, dit-il en l'examinant d'un air admiratif.
L'amour qu'Eric portait à sa femme sautait aux yeux de n'importe quel observateur. Malgré ses traits volontaires, son visage avait gardé toute la fraîcheur de l'adolescence ; une fossette creusait son menton. Ses yeux étaient du même bleu lumineux que ceux de Diana. Depuis quelques années, son épaisse chevelure blond cendré se striait de fils argentés. Son costume à la coupe impeccable mettait en valeur son corps élancé, ses larges épaules et ses hanches étroites. Pour se maintenir en forme, Eric parcourait, tous les dimanches après-midi, des kilomètres à vélo dans le parc. Il jouait aussi au tennis le week-end, quand il n'était pas d'astreinte. Tous les soirs, même après une journée harassante, il allait nager à la piscine ou jouer au squash. Séduisants, en pleine forme, lui et sa femme incarnaient l'éclat de l'âge mûr.
- Bonne année, ma chérie, murmura-t-il en s'avançant vers elle.
Il la prit par la taille et l'embrassa.
- A quelle heure doivent ils arriver ? demanda-t-il, faisant allusion aux deux couples d'amis qu'ils avaient invités.
- A 8 heures, répondit Diana.
Son regard glissa sur la bouteille de champagne qui reposait dans un seau en argent rempli de glace pilée. Eric alla se servir un Martini.
- Robert et Anne, en tout cas, reprit-elle. Quant à Pascale et John, avec un peu de chance, ils arriveront avant minuit.
Eric laissa échapper un rire amusé. Il jeta une olive dans son verre et pivota sur ses talons.
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C''est à l''école primaire que la passion de l''écriture a gagné ce Canadien d''adoption (il est né aux États-Unis et a déménagé au nord de la frontière quand il avait 4 ans). Diplômé en littérature anglaise, Linwood Barclay travaille depuis 1981 dans le journal le plus distribué au Canada, le Toronto Star, où il a occupé divers postes avant de devenir journaliste.
En 2004, il écrit le premier opus d''une série à suspense mettant en scène un anti-héros. Cette nuit-là (France Loisirs, 2009) rencontre un succès international retentissant : best-seller en Angleterre et en Allemagne, il sera traduit dans plus de vingt langues. Suivront Crains le pire puis Les Voisins d’à côté, couronné au Canada par le Arthur Ellis Award.
En tête des ventes en Angleterre mais aussi en Allemagne, traduit dans une dizaine de langues, Linwood Barclay s’affirme comme un auteur majeur de la littérature policière.
Marié et père de deux enfants, il vit à Toronto, avec son épouse et leurs deux filles.
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