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J’ai donc commencé à me renseigner sur tout ce qui existait sur ce sujet. J’ai fouillé dans les archives et j'ai réalisé qu’il y avait énormément d’éléments inconnus du public. L’histoire était lacunaire. Certaines choses avaient été cachées, ce qui a stimulé ma curiosité.
Quels sont les éléments inconnus du public que vous avez découvert?
Par exemple, les architectes avaient prévu de construire une crypte à l’intérieur du Mur. L’idée a été très vite balayée certes, mais aucun historien n’en a vraiment parlé. Une autre découverte concernait le sculpteur suisse Maurice Reymond. Ce personnage est central pour toute la construction et pourtant les historiens ne s’y sont pas intéressés. A ce moment, j’ai commencé à me méfier. Moi, qui n’ai aucune spécialisation, tout m’intéresse.
De plus, l’influence égyptienne dans le style du monument n’a jamais été analysée en profondeur. Dans les archives de la Bibliothèque municipale de Genève, il y a plus de trente classeurs d’archives très détaillées sur la construction du monument, mais tout ne s’y trouve pas. J’ai retrouvé dans les archives de la Ville une lettre cachée par Maurice Reymond dans laquelle il expliquait sa réticence à faire de l'art égyptien. Ce personnage est très intrigant.
Vingt ans après avoir réalisé certaines sculptures du Mur, Paul Landowski s’est attelé au Christ de Rio.
Landowski était la star du monument de commande. Il a réalisé le Christ de Rio, dans les années 1931 et 1932, environ vingt ans après le Mur. On remarque une similitude dans le style, ce qui prouve bien que le monument de la Réformation était révolutionnaire dans sa forme. Les gens n’en ont plus conscience maintenant. Mais c’était vraiment une œuvre de jeunes artistes novateurs. En 1910, les sculpteurs et les architectes, à l’origine de cette œuvre, sont des trentenaires, ils veulent absolument faire quelque chose de nouveau et d’impressionnant. Et je crois qu’ils y sont arrivés. C’est une œuvre collective, ce qui est étonnant, car c’est l’époque de Dada, du cubisme, du début de l’abstraction où tout est individualisé.
Avez-vous l’impression que les Genevois se désintéressent de cette œuvre?
Oui. Quand on voit les archives des fêtes de novembre 1954, il y avait énormément de monde rassemblé devant le Mur. Ce n’est plus le cas. Mais ce monument communique, comme un livre. Et il est complètement sous-utilisé. Les gens ne sont pas conscients de son unicité. C’est extrêmement rare d’avoir une «image» du protestantisme. Les deux architectes Taillens et Laverrière ont très bien compris l’esprit de la Réforme. De plus, ce Mur a été créé au bon moment lors de la séparation entre l’Eglise et l’Etat. C’était une manière de réaffirmer la présence protestante.
Situé dans le parc des Bastions, à Genève, le Monument international de la Réformation a été construit entre 1910 et 1917. D’une longueur de 120 mètres, sa pièce centrale accueille les statues des réformateurs Guillaume Farel et Jean Calvin, du recteur de l’Académie de Genève, Théodore de Bèze et du fondateur du culte presbytérien en Ecosse, John Knox. Cette œuvre monumentale a été réalisée par les architectes suisses Alphonse Laverrière et Jean Taillens et par les sculpteurs français Paul Landowski et Henri Bouchard. L’empereur allemand Guillaume II était l’un des principaux mécènes pressentis, mais avec le début de la Première Guerre mondiale, les Genevois n’ont plus voulu de son argent. Mobilisés par la guerre, les deux sculpteurs ont reçu des permissions pour pouvoir terminer l’œuvre à Genève, qui a été inaugurée en 1917.
- Dimanche 25 octobre à 10h, sur RTS Un, dans le cadre de l’émission «Dieu sait quoi».
- Lundi 26 octobre à 22h45, sur RTS Deux (rediffusion)
- Vendredi 30 octobre à 23h15, sur RSI
- Samedi 31 octobre à 12h05, sur RSI (rediffusion)
- Dimanche 29 novembre à 10h, sur France 2 (Première partie)
- Dimanche 13 décembre à 10h, sur France 2 (Seconde partie)
«Le Mur, un retard en pierre» comporte énormément d’images d’archives et d’animations. Il rassemble également de nombreux spécialistes suisses et français, dont le philosophe Régis Debray. La musique est tirée des œuvres symphoniques d’Emile Jaques-Dalcroze et de chansons populaires de l’époque. Cofinancés par Stratis, la RTS, France Télévisions, ainsi que par plusieurs fondations, le documentaire a coûté 300'000 francs.