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Femmes pionnières: Kathrine Switzer, l’égalité passe par la course à pied
Dossard numéro 261. Quand Kathrine Switzer l’accroche sur son sweat-shirt, ce 19 avril 1967 au matin, elle ne sait pas encore qu’elle va entrer dans l’histoire. Il neige dru sur Boston et elle est la première femme officiellement inscrite au marathon de Boston.
La rencontre est théoriquement réservée aux hommes, mais Kathrine contourne le problème en s’inscrivant avec les initiales de ses deux prénoms, K.V. Switzer.
Oh, au final, son temps n’aura rien d’exceptionnel: 4 heures et 20 minutes, mais elle veut prouver – à son entraîneur, à ses parents, aux hommes, à elle-même – qu’une femme a les ressources pour parcourir ces 42,195 kilomètres. Car en ce temps-là, le running féminin était plutôt mal vu. Pire, certains allaient jusqu’à estimer qu’elle risquait la stérilité. Alors pensez, un marathon…
Un officiel de la course (derrière elle, à gauche) tente de stopper Kathrine, mais il en est empêché par Tom et Arnie, qui accompagnent la jeune femme. © Getty images
Icône malgré elle
Kathrine est devenue une icône de la lutte pour l’égalité des sexes un peu malgré elle. Elle a alors 20 ans, étudie le journalisme à Syracuse, dans l’État de New York, et aime courir. Elle s’entraîne régulièrement – seule femme – avec l’équipe locale de cross-country. C’est sur un coup de tête, en discutant avec Arnie, son coach, qui lui disait qu’une femme était trop frêle pour parcourir une telle distance, qu’elle décide de s’inscrire au célèbre marathon. Finalement joint à la cause, ce dernier accepte de l’emmener avec lui à Boston. En last minute, Tom, son petit ami de l’époque, une armoire à glace, ex-joueur de football américain et lanceur de marteau, se joint à la petite équipe. «Si une fille peut courir le marathon, je peux le faire», aurait-il affirmé. Il passera la ligne d’arrivée une heure après elle…
Un peu de rouge aux lèvres
Le matin de la course, elle tient à se faire belle, mais elle ne sait pas encore que son rouge aux lèvres et ses boucles d’oreilles seront bientôt en unes de nombreux journaux… car sur la ligne d’arrivée, sa présence ne reste pas longtemps inaperçue. Quand le départ est donné, les photographes et journalistes ne lui lâchent plus les baskets. Elle et ses compagnons sourient aux flashes, agitent les mains. «C’était notre moment «Coucou maman! Regarde, je passe aux infos!»» se remémore-t-elle.
Par son geste, loin d’être celui d’une rebelle, Kathrine veut simplement démontrer par A plus B que c’est faisable.
Si les autres coureurs accueillent plutôt d’un bon œil la «frêle jeune fille», les officiels sont un peu moins accueillants. C’est un certain Jock Semple qui, bien malgré lui, va faire d’elle une star. Pour Jock, directeur de la course, la présence de cette femme dans sa course virile ne passe pas. Au lieu de faire profil bas, de – par exemple – l’interpeller à la ligne d’arrivée et en discuter posément avec elle, il préfère se précipiter sur Kathrine en pleine compétition pour essayer de lui arracher son dossard. Un geste désespéré que les photographes immortalisent évidemment sur pellicule.
«Sur le moment, je n’ai absolument pas réalisé ce qui se passait, se remémore aujourd’hui la principale intéressée. J’essayais juste de me débarrasser de cet homme furieux! Ce n’est que plus tard, en voyant les journaux, que j’ai compris que ce qui s’était passé était important et allait probablement changer le sport féminin.»
© Getty images
Le choc de l’image
Kathrine voit juste. Le choc de l’image, sa violence, vont marquer les esprits, et instiller la graine de l’égalité dans cette discipline. Cinq ans plus tard, le marathon de Boston s’ouvrira aux femmes. En 1984, grâce au lobbying de Kathrine Switzer couplé à celui de Monique Berlioux, alors directrice du CIO, le marathon féminin devient une discipline officielle aux JO de Los Angeles.
Depuis cette journée d’hiver 1967, elle ne s’est jamais arrêtée et est encore aujourd’hui une lobbyiste enthousiaste.
Une pionnière? A l’époque, elle ne s’est jamais considérée comme telle. «Je voulais juste courir et les autres participants étaient tous sympas. Ce ne sont que les officiels qui sont devenus colériques. Je trouve que j’ai davantage eu un rôle de pionnière quand je me suis rendue en Thaïlande, aux Philippines en Malaisie ou même au Japon, où l’idée d’une course réservée aux femmes était totalement étrangère.» Une pionnière qui ne s’arrête jamais. L’année dernière, 50 ans plus tard, elle était au départ du marathon de Boston.
Annette Kellerman, la «dévergondée» de Sydney
© Getty images
C’est encore à Boston que cette autre pionnière sportive se fait remarquer. Nous sommes à l’été 1907 sur la plage de Revere Beach, les hommes se baignent dans un costume qui ressemble à une grenouillère, tandis que ces dames portent leur habituelle tenue de bain, très chaste et très encombrante. Toutes, sauf une. Annette Kellerman entre dans l’eau vêtue d’un genre de combinaison moulante fait maison, avec – scandale supplémentaire – des manches courtes. Ni une ni deux, la police se précipite sur elle et l’arrête pour indécence. Les journaux parleront de la «nageuse dévergondée». L’air de ne pas y toucher, elle vient d’inventer le maillot de bain moderne.
Originaire d’Australie, atteinte de la polio dès son plus jeune âge, c’est son médecin qui lui prescrit la natation. A 17 ans à peine, elle est déjà une championne hors comparaison et fait exploser tous les records féminins. Elle tente la traversée de la Manche en 1905 (qu’elle devra abandonner aux trois-quarts de la course, bien après tous les autres concurrents masculins).
Sirène féministe, Annette fera même un passage à Hollywood, dans des films où elle met en avant sa plastique et ses talents aquatiques. Elle «invente» d’ailleurs au passage la natation synchronisée. Elle rentrera finalement en Australie, non sans avoir posé les jalons d’une certaine idée de l’égalité des sexes face au sport.