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“58 libérée. Pour nettoyage.”
Le nouveau réceptionniste ne s’empêtre pas dans ses formulations. Elle l’a faite ce matin, elle la refera avant la fin de son tour. Elle frappe, patiente un instant, puis ouvre la porte en disant “Bonjour, service de chambre”, on ne sait jamais.
L’air est lourd et une raie de lumière filtre entre les rideaux tirés. Elle reste saisie par la moiteur ambiante et ses yeux tombent sur les draps. Étirés, enroulés, encadrant encore le lieu d’une scène qui lui apparaît de 100 manières à la fois. Elle a vu la fille. A 15 heures, elle a amené une bouteille de vin. Elle a frappé, un homme en costume a ouvert. Il a pris le plateau, remercié, laissé un pourboire. Elle ne sait pas à quoi il ressemblait, mais dans l'entrebâillement de la porte, elle l’a vue. Rousse, longiligne, les reins reposant sur un oreiller qu’elle avait retapé le matin même. Lascive, la tête en arrière, elle attendait. La porte s’est refermée sur son imagination.
C’était ici même. Il n’y a pas une heure, elle a sans doute joui ici, dans les draps que l’autre, celle qui a vu, retire et roule en boule pour les fourrer dans le sac du chariot. Elle la voudrait, cette fille. Mais elle la voudrait dans ces mêmes draps. Ces draps de coton lourds qui caressent et enrobent. Pas sur le drap-housse éponge de son studio. Pas au milieu des objets utilitaires qui colonisent le peu d’espace de son quotidien. Elle ouvre la fenêtre, la lumière éteint le champs de bataille.