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Historique
CHAPITRE VIII
Le XIXe siècle
Sous la " République helvétique une et indivisible " (1798-1802), la Noble Abbaye des Echarpes Blanches traversa une période troublée. A peine remise des dissensions qui avaient failli entraîner sa disparition, il lui fallut payer à la Nation sa contribution de deux pour mille, selon l'ordonnance rendue par le Corps législatif.
Vint l'année 1799. Plusieurs membres de la société ayant été appelés " au service de la patrie ", et ne pouvant par là même " profiter des tirages qui se feraient ", la fête fut renvoyée à des temps meilleurs. En revanche, on décida de faire un " don patriotique ", en l'occurrence " le quart des revenus de dite société échus à la St-Martin dernière ", pour contribuer aux frais occasionnés par la guerre. Animée de ces sentiments généreux, l'Abbaye prêtera encore à " la Nation " dans le besoin, au mois d'août 1799, la valeur de l'intérêt de son capital, comme le firent d'ailleurs, les autres " corporations et sociétés de tirage du district de Vevey ".
En 1800, le tirage fut fixé aux 9 et 10 mai, mais, " VU les circonstances ", sans parade. C'était en effet le moment où Bonaparte, Premier Consul depuis quelques mois, s'apprêtait à passer le Grand-Saint-Bernard 1 pour tomber, avec ses quarante mille hommes, dans le dos des Autrichiens et les battre à Marengo.
On hésita beaucoup à faire ce tirage étant donné que, journellement, des troupes françaises, se rendant en Valais, traversaient Montreux et que, " de plus chaque maison de la paroisse ou à peu près " avait à loger des soldats " ce qui donne de la gêne et de l'embarras ". Toutefois " réfléchissant que le renvoi pourrait porter dans un temps aussi fâcheux que celui-ci, on n'a pas cru être en pouvoir d'adhérer au renvoi proposé ".
Quelques mois plus tard, des difficultés financières surgirent, à la suite de l'emprunt forcé ordonné par la " Nation ", à tel point même qu'à la séance du 11 janvier 1801, on parla de dissoudre la société. Un projet de partage fut mis en circulation auprès de tous les membres pour qu'ils se prononcent sur cet objet. Ayant examiné " le rôle des confrères qui ont signé pour ou contre le partage ", on constata qu'il y avait trente-trois voix pour et cinquante-quatre contre, avec de nombreuses abstentions. En conséquence, le partage n'eut pas lieu, et, " pour affermir l'idée des confrères qui désirent la prospérité de la société ", le conseil général prit un verre !
En 1802, on revint à la tradition du diner en commun. L'hôte des Planches s'engagea à faire un bon repas pour le prix de 14 batz, sans poisson mais avec dessert.
1803. Pour les Vaudois, comme le dit la chanson, " un nouveau jour se lève ". Pour les Echarpes Blanches, c'est une ère sereine qui ,commence et qui commence bien puisque, le 24 avil déjà,on charge l’abbé de se procurer " la musique nécessaire pour pouvoir se divertir ", le jour du tirage. Les affaires sont prospères. Une année durant, en effet, il n’est question que de recevoir de nouveaux confrères ou de prêter de l’argent à des conditions avantageuuses…
Le 28 avril 1805, sur proposition du conseil, l’assemblée décide de ne pas faire de parade, en raison des frais qu’elle "occasionnerait à la société et aux particuliers en général de cette paroisse". En revancehe, un don de 100 francs est voté pour les "incendés de Bulle".
La manifestation de 1806 est réglée, par le Conseil, jusque dans les moindres détails. Arrêtons-nous quelques instants aux délibérations, soigneusement consignées dans le manual : il a été ununiniement connu... (que) les militaires se conformeront pour le jour de la parade aux délibérations prises les années précédentes, les soldats portant le fusil et non d'autres recevront 6 batz chacun pour la poudre qu’ils brûleront dans la dite parade. Les confrères qui n'en brûleront pas ne recevront pas les dits six batz; les fiscaux feront rapport à l'abbé s'il se trouve des militaires n'ayant pas de fusil, les canoniers seuls étant exempté, de le porter mais devront être placés au peloton du drapeau ". Et plus loin : " la musique devra jouer jusqu'à la tombée de la nuit afin que les confrères t fils de confrères puissent danser ce temps s'ils le désirent... Le citoyen abbé (est) autorisé d'acheter des rubans pour orner la crosse de la société ".
La fête de 1803
" La Société payera un Diné aux membres à Dix batz par tête ; aucun confrère qui ne viendra pas profiter de ce diné ne pourra prétendre et requérir les ditx batz…
La femme du citoyen cabaretier Dufaux s’est engagée de donner le diné en question ; chaque convive aura sa bouteille ; elle fera en sorte que la société soit contente…
Le Jour pour la parade est fixé au vendredy 6 may. Les Confrères se réuniront au Logis de Sales pour s’y mettre à table à 10 heures précises. A 2 heures l’après-midy du même jour, on tirera le 1er prix, le lendemain les 2 autres prix, qui seront ouverts à 8 heures du matin et à 2 heures après-midy ; à midy précis le jeu seras fini et tous les deux jours les prix du soir à 6 heures.
Le citoyen abbé est autorisé de se procurer les musiciens de Vevey ; il procureras aussi deux tambours pour le jour de la parade ; la société leur payeras à Diné ;ces joueurs devrons faire de la musique pour les confrères jusques à huit heures du soir." (Séance du 24 avril 1803.)
C'est, à notre connaissance, la première fois que l'on parle de danser a une fête des Echarpes Blanches, ce qui ne veut pas dire qu'on ne le faisait pas auparavant... Mais, sous le régime de LL.EE, la danse était rigoureusement interdite et des punitions sévères frappaient tous ceux qui contrevenaient aux à venaient aux lois consistoriales de Berne 2.
Ces dispositions de 1806 vont faire règle pendant plusieurs années. Elles sont complétées par un article 4 qui dit : " Le Conseil verra avec plaisir que tous les confrères portent le jour de la parade, cette année, un habit bleu, autant que cela pourra être possible, mais, par la suite, il invite le général à prononcer aujourd'hui que tous les confrères devrons se conformer à cette règle ; les militaires ayant obligation de ne porter un autre habit, porteront celui ordonné par le corps où ils sont attachés, sous peine d'être privés des avantages accordés par la société le jour de la parade ; les membres du Conseil étroit auront le ruban blanc attaché su bras. Tous les confrères qui ne porteront pas le fusil devront avoir l'épée ". Ces nouvelles dispositions semblent être entrées rapidement dans les mdegàks,,dt'~ld société, le Conseil n'ayant eu à les rappeler qu'une seule fois, en 1808.
Tension internationale
1809. C'est l'époque de la toute-puissance napoléonienne. Les armées françaises ont pénétré en Autriche et s'apprêtent - une fois de plus - à se couvrir de gloire à Wagram. De son côté, la Diète lève des troupes pour couvrir la frontière orientale du pays, entre Schaffhouse et le Tessin
Sagement, le Conseil des Echarpes Blanches demande qu'on renvoie la parade " quelques confrères étant dans le cas de partir pour la défense de la Patrie ".
Cinq ans plus tard, Napoléon était battu ; il abdiquait à Fontainebleau, avant de partir, le 20 avril 1814, pour l'île d'Elbe.
A ce moment-là, à Montreux, on se préoccupait de savoir, si oui ou non, la parade aurait lieu... Réunie sous la présidence de l'abbé Vuichoud, l'assemblée générale " considérant les circonstances politiques de l'Europe entière ; considérant que dans un temps plus tranquille, et surtout dans le cas d'une paix générale, la société se livrerait avec plus de plaisir aux amusements que procurerait une réunion comme de coutume ; considérant les craintes que témoigne le gouvernement sur le rassemblement des sociétés militaires en général ", décide de suspendre momentanément la parade et de la renvoyer " dans un temps plus convenable à s'amuser ".
Le calme étant revenu sur la scène internationale, elle put avoir lieu au début de juin.
Pour parer à la disette
La fin de l'année 1814 fut marquée, à Montreux, par un vaste incendie qui détruisit, dans la nuit du 15 décembre, la plus grande partie du village de Chernex, construit alors presque entièrement en bois. De toutes les régions de Suisse, affluèrent des dons en faveur des sinistrés 3. Le jour de Noël, le Conseil, assemblé à l'issue du service religieux du soir, vota des secours aux " malheureux incendiés de Chernex ". Chaque confrère se trouvant " dans le cas ci-dessus indiqué " reçut deux louis neufs tandis que 48 livres étaient versées à la commission d'entraide chargée de distribuer les secours.
Bel exemple de l'esprit de solidarité qui animait les Echarpes Blanches
Deux ans plus tard, en 1816, cet esprit de solidarité allait se manifester une nouvelle fois.
A un hiver particulièrement long et rigoureux avait succédé un printemps déplorable. Le mois de juin fut marqué par des pluies continuelles, avec pourtant une accalmie : " jeudi l'Abbaye des Echarpes Blanches, note un contemporain, l'hospitalier Dufour, beau jour sans nuage, de même que vendredi, samedi et dimanche. On bénit l'Abbaye, on dit que c'est elle qui a fait venir le beau temps. En effet, jamais Abbaye n'a jusqu'à présent été plus belle ; les chasseurs à cheval ont pour la première fois fait la parade a cheval " 4.
Les Montreusiens s'étaient réjouis trop vite et, à peine le drapeau était-il rentré, que déjà la pluie recommençait à tomber sans discontinuer. Il en alla ainsi tout l'été, si bien que les récoltes furent très vite et surtout définitivement compromises. Le grain ne tarda pas à se faire rare sur les marchés et les prix de tous les produits augmentèrent dans des proportions inquiétantes. Pour éviter une disette générale, les gouvernements cantonaux achetèrent du blé à l'étranger. L'Abbaye prit part à cette action en souscrivant, le 6 octobre, " pour la somme de six cents francs - le Conseil avait proposé cinq cents francs - afin de coopérer de cette manière aux achats de grains que l'Etat se propose de faire dans l'étranger, autorisant le citoyen abbé de livrer cette somme aux époques fixées par le gouvernement et de faire passer au Département des finances directement la souscription sus-dite, qui portera la réserve d'être remboursée en argent, puisque cette société ne peut se charger de grain pour le revendre ".
Après cette " année de misère ", comme on l'appela, vint un temps meilleur. La fête de 1818, malgré des conditions atmosphériques défavorables, eut du succès et une gratification de 20 batz fut accordée à chacun des 18 musiciens.
En avril de l'année suivante, une commission fut nommée pour " examiner les règlements de la société " et faire " un rapport sur les changements qu'elle croira nécessaires ". Ces nouveaux règlements, comme nous l'avons vu plus haut, furent adoptés le 6 août 1820. Nous n'y reviendrons pas ici.
Et les années passèrent, sans que rien de particulier ne trouble l'activité des Echarpes Blanches. De nouveaux confrères furent incorporés, bien que la finance d'entrée ait été portée, en 1821, à 152 francs. Les conseils
se succédèrent régulièrement, non sans que les abbés sortants ne rendent fidèlement compte de leur gestion. En 1828, sur une invitation du pasteur Bridel, l'Abbaye, après avoir " pris connaissance de ses revenus et dépenses ordinaires " participa, pour deux cents francs, à l'achat d'orgues pour le temple des Planches. Un peu plus tard encore, la Société, en veine de générosité, vota vingt francs pour les incendiés de Montricher et accorda une gratification de quatre francs à Abram Chessex "en témoignage d'agrément pour sa conduite " durant les longues années où il fonctionna comme marqueur.
Avant de s'embarquerpour l’Amérique
" Le Confrère Aimé Cathélaz expose qu'étant dans l'intention d'aller en Amérique, il prie la Société de lui accorder la valeur qu'elle trouvera à propos, en considérant qu'il renonce d'ores et déjà a percevoir les invalides que la société lui accorde par chaque terme d'abbé, il offre même de renoncer à perpétuité de faire partie d'icelle.
L'assemblée considérant que le citoyen Cathélaz reçoit annuellement dix batz par année en place de jouïr des avantages de la société, considérant son offre de renoncer à faire partie d'icelle, elle décide de lui accorder une fois pour toutes le montant de seize francs que le citoyen abbé est autorisé de lui livrer. " (Séance du 4 mai 1817.)
Et nous voici en 1829.
Un don de F.-C. de La Harpe
Vieilli et fatigué par les luttes politiques qu'il avait menées au cours de son existence mouvementée, Frédéric-César de La Harpe, l'ancien précepteur du tsar de Russie et le héros de l'indépendance vaudoise, passa, au printemps 1829, quelques jours à Montreux. C'est à cette occasion qu'il entra en relations avec les Echarpes Blanches.
F.-C. de La Harpe ne connaissait que très peu la région, aussi fut-ce pour lui un enchantement que de découvrir " les vingt-deux villages du cercle " ou " d'explorer les profonds ravins (qui) conduisent depuis les rives du lac jusqu'aux pieds (des) rochers ". Décrivant le pays à l'un de ses amis, La Harpe écrivait : " Le noyer et le châtaignier croissent jusqu'à une demi-lieue des chalets alpins tandis que, près des bords du lac, les figuiers sont des arbres et les lauriers croissent en bosquets. Il est impossible de se représenter la variété des points de vue qu'offre cette contrée. " Et plus loin, il ajoute : " Le voyageur qui suit, le long du lac, la route romantique qui traverse cette contrée, de Vevey jusqu'à Chillon, enchanté de ce qu'il voit commodément, n'imagine pas ce qu'il pourrait trouver de plus en s'arrêtant pour pénétrer dans l'intérieur. " Et La Harpe d'évoquer, dans une autre lettre, les qualités de cette population montreusienne " robuste, infatigable, économe, amie de l'ordre, mais énergique et fière... Nous avons été fort (bien) accueillis par cette population, qui se rassembla en grand secret pour me donner une charmante sérénade. Il n'y avait pas moyen de s'en dédire ; je fus surpris et il fallut bien pérorer ; je m'en tirai en laissant parler mon coeur ; ils furent satisfaits et, de notre côté, nous avons quitté avec peine ces braves gens qui, tous, nous envoyaient des salutations dès qu'ils nous apercevaient " 5.
C'est sans doute pour témoigner sa gratitude aux Montreusiens que F.-C. de La Harpe offrit, aux Echarpes Blanches, une carabine, destinée a récompenser " celui qui l'aura emporté en dextérité, dans les exercices de dite société ".
Dans sa séance du 15 mai 1829, le conseil " connut d'accepter avec reconnaissance la carabine offerte par Monsieur le Général de La Harpe ; il lui sera demandé s'il entend que cette arme doit être donnée au membre qui aura remporté le plus de prix ce jour, ou si au contraire on doit entendre que celui qui doit l'avoir sera celui qui aura montré le plus de dextérité ".
Devant cette incertitude, on était sur le point de déléguer l'abbé Dubochet, accompagné de son lieutenant et du secrétaire, chez le généreux donateur, lorsque ce dernier parut à la séance. Interrogé sur la destination qu'il désirait que l'on fît de sa carabine, F.-C. de La Harpe déclara tout simplement " qu'il s'en rapportait absolument à la détermination que prendra cette assemblée, laquelle en conséquence a décidé que la carabine donnée appartiendra à celui des tireurs qui retirera le plus d'argent dans les quatre prix de cette année ".
Nous ignorons quel bon tireur montreusien la carabine de F-C. de La Harpe récompensa. Peu importe d'ailleurs... Longtemps, sans doute, les confrères durent parler de leur entrevue avec le vieux patriote et se souvenir de son geste, qui contribua à donner un regain d'intérêt à ce tirage de 1829.
En attendant le Tir fédéral de Lausanne
L'événement marquant des années suivantes sera le Tir fédéral de Lausanne de 1836, à " l'installation " duquel une forte délégation des Echarpes Blanches prendra part.
Mais auparavant, il nous faut voir ce qui se passait au sein de la société.
A la séance du 20 septembre 1829, alors que l'on venait de mettre de l'ordre dans les archives, l'abbé fit une proposition dont on va longuement parler.
" Après avoir pris connaissance, lit-on dans le manual, des ouvrages et peines dont les abbés sont chargés pour la société, soit par la grande augmentation des capitaux, soit par les dépenses ", l'abbé Dubochet demande s'il ne conviendrait pas de proposer à l'assemblée générale " d'augmenter pour la suite le salaire de cet emploi, ainsi que celui du secrétaire ". Leurs salaires sont restés les mêmes depuis 1785, alors que les capitaux de la société ont plus que doublé. Pour leur part les membres du Conseil sont d'avis de porter le salaire de l'abbé à 48 livres pour deux ans et celui du secrétaire à 24 livres. Quant aux vacations des fiscaux " pour la convocation de chaque assemblée d'administration ", elles devraient " être non plus de six, mais de dix batz.
L'affaire somnola pendant tout l'hiver, pour être, enfin, présentée à rassemblée générale du 18 avril 1830. Cette dernière fixa 1) " que les indemnités de l'abbé de la société sont au quatre pour cent des revenus des bien de la société, pour les deux années, jusques à ce que la société trouve à propos de changer ces indemnités. 2) Celui (le salaire) du secrétaire à tretteideux francs pour deux années, à la condition d'ajouter à ses fonctions qu'il soit chargé de faire toutes les écritures de la société. " 3) Les fiscaux, recevront dix batz, au lieu de six, pour la convocation des assemblées: d’administration et vingt batz pour les assemblées générales.
A la même, séance, il est décidé d'accorder un secours aux incendiés de Saint-Légier et de Semsales. L'année suivante, en revanche, le Conseil suspendra " pour le moment de connaître si la société fera ou pas un don au Comité de la paroisse pour subvenir aux secours des femmes et enfants des militaires pauvres qui sont à l'armée ".
Et voici les prémices du Tir fédéral.
Après avoir dû céder son tour à Lucerne et à Zurich, Lausanne obtint d'organiser le " tirage fédéral " de 1836. Le conseiller d'Etat Henri Druey fut nommé président central et la Société vaudoise des Carabiniers se chargea de l'entreprise. Ne voulant, toutefois, pas supporter seule tous les risques et périls de l'aventure, elle fit appel aux diverses sociétés de tir du canton, les invitant, comme dit le manual, à " prendre intérêt au Tir fédéral qui doit avoir lieu... l'année prochaine ". Au reçu de cette communication, les Montreusiens décidèrent de ne pas souscrire d'actions, mais de " faire, en revanche un prix en faveur des tireurs qui assisteront au Tir fédéral ". Le conseil administratif fut chargé de " pourvoir à l'exécution de ce délibéré " en spécifiant bien que le prix de la société d'une part porterait son nom et qu'il serait, d'autre part, destiné à la cible fédérale.
Dans une lettre datée du 18 juin 1836, le comité central du Tir fédéral invitait l'Abbaye à envoyer, à Lausanne, le 3 juillet, une délégation avec le drapeau de la société " pour assister et embellir l'installation de la fête du Tir fédéral ". Le conseil administratif, ne s'estimant pas compétent pour délibérer sur ce point, convoqua l'assemblée générale pour le 30 juin. Elle décida de se faire représenter par une délégation de dix membres composée du lieutenant-colonel de la Rottaz, du juge Dufour, du syndic Vincent, des citoyens J. Borcard, Henry Rivaz, Vincent Dufour, Louis Perret, L. Talon et Gabriel Mayor, avec pour enseigne R. Michel.
Ces dix Montreusiens, qui avaient accepté de prendre les frais du déplacement à leur charge, et qui, surtout, s'étaient engagés à veiller jalousement sur le drapeau, participèrent au grand cortège conduisant de Montbenon à Beaulieu les tireurs accourus de toutes les régions de la Suisse. Ils entendirent aussi, en cette radieuse journée, Henri Druey prononcer, au moment où il recevait la bannière fédérale des mains du bourgmestre Hess, de Zurich, une allocution exaltante : " La Société suisse des carabiniers a été instituée, dit-il, non seulement pour contribuer aux progrès et aux perfectionnements de l'art du tir, indispensable pour la défense de la Confédération, mais aussi pour resserrer toujours plus les liens qui unissent les Suisses les uns aux autres ; pour augmenter la force de la patrie par l'union et des relations plus intimes entre ses membres... " 6.
L'histoire ne dit pas comment, après cette journée de fête, nos confrères rentrèrent dans leurs foyers... ni s'ils eurent leur part au " rafraîchissement " qu'ils avaient été autorisés à offrir à la fanfare !
Autour de la Rouvenaz
La place de la Rouvenaz était, dans la première moitié du XIXII siècle, malgré les aménagements qu'on y avait déjà faits, bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui 7. Il n'y avait, à l'époque, ni débarcadère, ni Marché couvert, ni Jardin anglais. C'était une petite place, appartenant à la paroisse, plantée de grands noyers à l'ombre desquels les militaires, depuis des générations, s'exerçaient périodiquement.
Mais, à la Rouvenaz, il y avait surtout le " bâtiment du Tirage " où, chaque année, les confrères se retrouvaient.
En 1813, de concert avec la paroisse, l'Abbaye fit planter " des peupliers le long du tirage afin de rendre cette place plus agréable ". L'année suivante, elle entreprit quelques réparations au bâtiment passablement dégradé.
Plus tard, la société prendra toutes les dispositions utiles pour éviter les " ricochets " en faisant mettre " de la terre ou gazon contre les berceaux, comme cela a été fait les années dernières pour prévenir les accidents ".
Il faut croire, cependant, que ces mesures s'étaient révélées, à l'usage, insuffisantes, puisque, en date du 10 février 1837, l'administration de la paroisse faisait parvenir à la société une lettre dans laquelle elle disait notamment : " qu'il conviendrait de changer l'organisation du Tirage de la Rouvenaz afin de prévenir les dangers que présente l'organisation actuelle tant pour les marqueurs que pour les porteurs de bûches ".
Une commission fut nommée à cet effet et étudia, avec des délégués de la Société des Carabiniers Il et de l'administration paroissiale, les moyens propres à remédier à ces inconvénients.
Après s'être rendue sur place, la commission fit rapport à l'assemblée générale du 25 mars 1837 : il serait bon tout d'abord, disait-elle, de creuser un fossé derrière un mur d'environ sept pieds de hauteur, fossé dans lequel les marqueurs et les porteurs de bûches seraient absolument à couvert. Ces travaux coûteraient de 160 à 200 livres, compte tenu des cibles tournantes que l'on se propose, également, d'installer. Ces frais seraient répartis entre les intéressés, à savoir 60 francs pour les Echarpes Blanches, 20 francs pour la société des Carabiniers et le reste à la charge de la paroisse.
L'assemblée générale ne put qu'adhérer à ces propositions. Les travaux furent menés bon train, puisque les nouvelles cibles fonctionnaient, déjà, pour la fête des 19 et 20 mai. A cette occasion, le secrétaire fut chargé de préparer trois affiches, une pour chaque cible, " portant que le tireur doit sonner pour annoncer au marqueur qu'on va tirer à sa cible ; le coup tiré, le marqueur marque le coup ; si le tireur veut faire lever une bûche, il sonnera pour en faire la demande ".
Le 27 août de la même année, l'abbé, son lieutenant et le secrétaire furent désignés pour liquider, définitivement, les comptes des nouvelles installations.
Ajoutons que, plus tard, en 1851, les Echarpes Blanches firent la proposition aux deux autres sociétés de tir de Montreux - la Société des Carabiniers et la Nouvelle Société de tir au fusil - de se répartir les frais d'entretien du Stand de la Rouvenaz. La moitié des frais serait supportée par les Echarpes et l'autre par les deux sociétés, qui profitent également des cibles.
Rester dans l'esprit des fondateurs...
En 1841, se posa au Conseil des Echarpes Blanches, présidé par l'abbé de la Rottaz, une délicate question : un membre de la Société, l'assesseur Dubochet, demandait " de pouvoir hériter le droit qu'avait feu son frère, M. le président Vincent Dubochet ".
En d'autres termes, il s'agissait pour l'Abbaye de trancher la question de savoir si un membre pouvait avoir deux - ou plusieurs - droits. Une commission spéciale fut nommée pour étudier ce problème. Elle mit près de six mois avant de se prononcer, ayant voulu avant de présenter son rapport " consulter les divers règlements qui ont successivement régi la société, depuis son origine jusqu'à nos jours ".
Le premier point sur lequel la commission insista fut que, " d'après l'esprit de l'institution ", aucun membre de la société ne pouvait posséder deux droits. " L'acte, qui l'a fondée, souligne le rapport, suppose la plus parfaite égalité entre les diverses personnes qui la composent ; le terme de confrère dont on se sert pour indiquer les rapports qui doivent prévaloir entre les membres, l'indique d'ailleurs clairement ; mais si on voulait encore s'appuyer sur une autorité, on trouverait dans l'article 12 de la concession, la confirmation de ce que nous avançons, puisqu'il y est réservé qu'aucun confrère ne pourra posséder plus d'un droit. Cette égalité entre les personnes dont la société se compose est d'ailleurs pour elle un gage de conservation et de prospérité. "
Et plus loin, la commission ajoutait : " Si vous vouliez accorder deux droits à un confrère, rien n'empêcherait que vous ne lui en accordassiez trois, quatre, et même un plus grand nombre ; dès lors et par une conséquence nécessaire, il aurait deux, trois, quatre suffrages dans les assemblées générales, d'où il s'ensuivrait qu'au bout d'un certain temps les intérêts de la société pourraient être sacrifiés aux vues de quelques personnes prépondérantes qui, jouissant de privilèges de ce genre, sauraient s'entendre pour les faire valoir en commun. "
Se basant sur ces arguments, qui ont la logique pour eux, la commission conclut à ce que l'assemblée ne donnât pas suite à la prétention de M. Dubochet, en précisant : " Reconnaître deux droits aux enfants de M. Dubochet - c'est pour eux en effet qu'il les réclamait - après la mort de cet honorable confrère, ce serait tacitement déclarer que celui-ci les a réellement possédés, ce qui serait, vu la requête, en opposition directe avec l'esprit de cette institution et les actes en vertu desquels elle existe. "
Il faut dire encore qu'au cours de son histoire, la société connut des cas semblables, mais, toujours, les confrères qui " auraient pu élever les mêmes prétentions... s'en sont abstenus, sans doute, parce qu'ils étaient persuadés que l'esprit de l'institution s'opposait à ce que leur demande fut favorablement accueillie ".
Pour les invalides
" Le citoyen David, fils de feu Pierre Ducret, de Pertit, a fait requérir le Conseil administratif de donner au Conseil général de ce jour, sur sa demande par laquelle il le prie de prendre en considération son âge avancé et son peu de moyen numérique, ne pouvant plus profiter des avantages de la société, et en conséquence, il demande qu'il veuille bien lui accorder ses invalides, à partir de l'entrée en charge du citoyen Abbé Francey, vu qu'il n'a pas profité de ses droits pendant ce temps.
Le Conseil administratif de la Société, sans faire inscrire son délibéré, a connu de proposer au Conseil général, d'accorder au dit Ducret sa demande et de lui donner, comme on l'a fait pour d'autres, quatre francs par terme d'abbé, pour tout le tems qu'il ne profitera pas des avantages de la société, comme membre d'icelle. " (Séance du 10 septembre 1848.)
Et, à la majorité des voix, la demande de l'assesseur Dubochet fut écartée.
D'un tir fédéral à un tir cantonal
Si les dix années qui suivirent ne furent marquées par aucun événement extérieur important, elles apportèrent en revanche un certain nombre de transformations qui, peu à peu, donnèrent un caractère plus moderne à l'ancienne Abbaye des Echarpes Blanches.
Il y eut tout d'abord les nouveaux règlements, qui répondaient mieux, comme nous l'avons dit plus haut, aux conditions de vie du moment ; ce furent ensuite l'introduction, en 1853, des cartes de convocation imprimées qui restreignirent l'activité des fiscaux, l'annonce du tirage publiée dans Le Nouvelliste vaudois et La Gazette de Lausanne, et, surtout, ce qui ne s'était jamais vu auparavant, le dépôt, dès 1851, des capitaux de la société dans une banque - en l'occurrence la Banque Cantonale Vaudoise. Ainsi, note le secrétaire, les capitaux ne resteront " plus en chômage ". Il appartint, dès lors, au président de verser sur le compte courant tous les capitaux qu'il recevait. Ils pouvaient en être, par la suite, sortis pour être placés ailleurs, si une occasion favorable se présentait.
Certes, ce ne sont là que de tout petits faits, mais qui, ajoutés les uns aux autres, ont modifié la structure de la société.
Reprenons le récit des événements, qui ont marqué la vie de l'Abbaye. En juin 1844, le Conseil administratif, pour donner suite à une lettre signée Boisot - peut-être le conseiller d'Etat Georges Boisot (1774-1853) - accepta de prêter sa bannière, pour orner la cantine de la fête fédérale des officiers, à Lausanne.
Le tirage de 1848 apporta une innovation. Encore une ! Pour la première fois depuis leur fondation, en effet, les Echarpes Blanches abandonnèrent les auberges de Sâles et des Planches pour organiser leur traditionnel dîner de fête à Vernex, à l'Hôtel du Cygne, qui avait été ouvert, on le sait, en 1837, avec une trentaine de lits seulement.
En 1851 comme en 1836, à l'occasion du tir fédéral de Lausanne, les Echarpes Blanches envoyèrent au tir fédéral de Genève, leur drapeau escorté de quatre confrères, Frédéric Vuichoud, Henri Rivaz-Monnet, Jean Chessex et Louis Mayor, auxquels on versa une indemnité de cinq francs pour les dédommager de leurs frais. Un don de cent francs en pièces d'or fut en outre fait au comité d'organisation.
Ce geste de générosité, l'Abbaye allait le renouveler à l'occasion du tir cantonal de Vevey de 1853, en votant un prix d'honneur de soixante francs à la Société des Carabiniers vaudois. Il consistait en " un service à découper, manche en argent, renfermé dans un écrin ", d'une valeur de 32 francs et " en une cuillière à ragoût ", estimée à 28 francs.
Quant au drapeau, " entouré du lieutenant d'abbé Chaubert, du juge Michel, de Charles Mayor, de David Falquier et de Louis Delarottaz ", il fut naturellement de la fête. On le fit figurer à côté de la bannière cantonale, dans le cortège qui conduisit les tireurs de l'Hôtel de Ville au Stand, situé alors dans le quartier de Plan.
Signalons encore, en passant, les démêlés que la Société eut, à la fin de 1852, avec Pierre Chevalley, de Chernex, qui avait été élu, le 1" août, lieutenant d'abbé. Prétextant que son père avait rempli les mêmes fonctions " il n'y a pas tant longtemps ", Chevalley - fait unique, je crois, dans les annales des Echarpes - préféra quitter la société plutôt que d'assumer la charge pour laquelle il avait été désigné. Et, en décembre, de la même année, il démissionna, renonçant, par-devant notaire, à tous ses droits de confrère.
Pour faciliter le travail des cibarres
On a vu, plus haut, que diverses mesures avaient dû être prises pour la sécurité des cibarres, ou plus exactement des marqueurs, comme on disait aussi à l'époque.
Leur travail en effet n'était pas sans quelques risques. On pratiquait vraisemblablement, à la Rouvenaz, de la même manière que dans les autres stands du pays : à chaque coup, le marqueur sortait de derrière la butte et, en courant, allait marquer avec sa palette 9. Ce mode de faire, ne serait-ce que par les retards qu'il occasionnait, comportait de nombreux désavantages. C'est pourquoi on s'avisa, au milieu du siècle, de le remplacer par le système dit " d'échantillonnage ", au sujet duquel un règlement spécial fut établi et adopté à l'assemblée générale du 8 janvier 1854.
En voici les principaux points :
Chaque cible est munie d'un carton noir, sur fond blanc ; ces cartons ont quinze pouces vaudois de diamètre, avec au centre, une broche de trois pouces de diamètre. Chaque carton touché est enlevé et numéroté par le marqueur ; les coups en dehors du carton ne comptent pas ; ils sont néanmoins marqués.
Chaque coup dans le carton est marqué au moyen de la " chigne " ou palette. Si la broche est touchée, on hisse le pavillon fédéral. Dans l'un et l'autre cas, le tireur reçoit un récépissé correspondant à son carton.
Après avoir été contrôlés aux cibles par le secrétaire, les cartons sont remis au comité central, qui les vérifie d'après les " passes " remises personnellement à chaque tireur. Chaque " passe " a trois coupons, correspondant à trois coups.
Le tireur qui touche le carton paye dix centimes au secrétaire ; s'il " fait la broche ", il lui donne vingt centimes.
Le règlement fixe en outre les fonctions de chaque membre du comité central.
Sitôt le règlement entré en vigueur, le Conseil se procura 800 cartons chez le libraire Doret, un livre pour les passes et des récépissés. On commanda également une griffe.
On fit ensuite construire, par un nommé Maillard, mécanicien à Lausanne, une machine à " échantillonner " pour le prix de Fr. 110.70.
Enfin, comme il fallait, avec le nouveau système, " des marqueurs intelligents et vu aussi l'incapacité d'une partie des anciens ", trois places de marqueurs furent mises au concours, pour la fête de 1854.
Une fête à la fin du siècle
La fête de 1882, que nous voulons évoquer, ne fut certes pas différente de celle des années précédentes. Elle eut lieu les 25 et 26 mai, M. Louis Monnet étant abbé-président.
En voici les principaux actes : au matin du premier jour, à huit heures exactement, les confrères s'étaient rassemblés devant le stand de la Rouvenaz, d'où, après l'appel, ils étaient partis pour les Planches. Dès 9 heures, réception chez M. l'abbé, avec - le procès-verbal est muet sur ce point ! - bricelets, " merveilles " et petit blanc du pays.
A onze heures, conduits par la Lyre, les confrères, escortés de jolies demoiselles d'honneur en costume montreusien, se mettaient en branle pour la parade, dans le village même des Planches.
Par Vernex, on gagna le Kursaal, où le tenancier, M. Légeret, avait voué tous ses soins à la préparation de quelque cent dix repas. D'entente avec la commission des vivres et liquides, le menu suivant avait été arrêté
Potage purée de poix
Poisson sauce vin blanc
Roastbeef aux pommes
jambon aux choux
Selle de mouton
Salade
Pudding semoule
Fromages
et une demi-bouteille de vin blanc - du 81 - le tout pour quatre francs par personne.
A une heure et demie, solidement réconfortés, les confrères se retrouvaient au Stand de la Rouvenaz pour le tir. Un beau tir, doté de soixante-deux prix en nature, représentant une somme totale de cinq cent vingt francs.
A 16 heures, tandis que quelques retardataires tiraient encore, les autres confrères s'adonnaient déjà à la Rouvenaz aux joies de la danse.
Un " plancher avec barrière " et une estrade spécialement pour la musique avaient été construits. La musique n'était autre que celle de Chailly à laquelle on avait précisé en l'engageant :
1. qu'il était défendu aux musiciens de danser
2. que ces derniers devaient exécuter strictement tous les ordres que leur donnerait le président de la section du bal ;
3. que si l'un d'entre eux se trouvait dans l'incapacité de jouer pendant le bal, une retenue serait faite sur le cachet qu'on leur devait.
Après deux heures de joyeux ébats, les confrères se retrouvèrent autour du pavillon des prix, pour la proclamation des résultats et la remise des prix, dont deux prix d'honneur aux meilleurs tireurs.
Et la fête se poursuivit tard dans la soirée, à la lueur d'un éclairage " ad hoc ", installé par le ferblantier Bournoud de Clarens.
Le nouveau stand
La construction d'un stand convenable pour la paroisse de Montreux fut à l'ordre du jour, toute la seconde moitié du siècle. L'ancien ~< bâtiment du Tirage " s'était au cours des ans passablement dégradé et il avait fallu, plus d'une fois, prendre des mesures pour éviter des accidents. En 1857, encore, le préfet du District de Vevey signifiait à la Société qu'elle avait à " garantir le public et la propriété de M. Doret des dangers que peuvent occasionner les tirs ".
Quelques années plus tard, en 1865, le Conseil d'Etat interdisait catégoriquement de tirer, à l'avenir, au Stand de la Rouvenaz si aucune amélioration n'y était apportée. Les trois sociétés de tir de Montreux s'entendirent alors pour constituer une commission chargée de s'occuper, avec le conseil de la Régie Centrale de la Paroisse, de la construction du nouveau stand.
Une première séance eut lieu au début de l'année 1864. Elle fut consacrée, d'une part à l'examen des plans, dressés par l'architecte Henry Chessex, d'un stand sur la grève du lac, à la Rouvenaz, et, d'autre part, à la discussion des propositions faites par la Régie, qui étaient les suivantes : les trois communes du Châtelard, des Planches et de Veytaux payeraient la moitié du coût de cet établissement et les trois sociétés l'autre moitié.
Le Conseil vint, avec ces propositions, devant l'assemblée générale du 3 avril 1864, qui les ratifia sans autre, étant entendu que l'Abbaye prendrait à sa charge les deux dixièmes des dépenses.
Fort de cette décision, l'abbé-président s'adressa au Conseil d'Etat, pour lui demander l'autorisation de " tirer, encore pour cette année, au Stand actuel à la Rouvenaz en prenant toutes les mesures possibles de précaution afin d'éviter tout accident ". L'autorisation fut accordée, " mais pour cette année, seulement ".
Dans sa séance du 3 août 1865, le Conseil prenait connaissance des comptes du nouveau stand. La Société dut payer, pour sa part, la somme de Fr. 2266.22.
Ce stand, au bord du lac, eut une brève carrière.
En effet, au début de l'année 1890, il était fortement question, à Montreux, de la construction du quai de la Rouvenaz. Il ne pouvait, cependant, se faire sans l'autorisation des trois sociétés de tir, propriétaires du stand. C'est la raison pour laquelle leurs délégués furent conviés à une séance préparatoire pour " discuter les offres qui pourraient être faites à la Paroisse, pour la reprise, par elle, de la ligne de tir de la Rouvenaz ". La Noble Abbaye des Echarpes Blanches, elle, était d'accord d'abandonner son droit de servitude, moyennant une contribution du cercle pour la construction d'un nouveau stand.
Le 11 mai 1890, la Société prit une décision, qui allait faire sérieusement avancer les pourparlers : sur rapport de M. Léon Perret, le Conseil votait, primo, l'abandon de la part des Echarpes Blanches à l'ancien stand et, secundo, un subside de 3000 francs, à fonds perdus, à la société du nouveau stand. Cette décision fut ratifiée par l'assemblée générale.
Après des démarches qu'il serait fastidieux de rappeler ici, le nouveau stand de Ballallaz put être inauguré lors de la fête de 1892. A cette occasion, une somme de 25 francs fut attribuée à " un prix pour le tir d'inauguration ".
Une tempête dans un verre d'eau à propos de la fête de 1898
L'affaire des deux stands mise à part, rien ne vint, pendant de nombreuses années, troubler la quiétude de l'Abbaye des Echarpes Blanches. Sans doute, il y eut quelques difficultés inhérentes à la vie de toute société, mais rien de bien grave. Il fallut, en particulier, liquider diverses révisions de statuts, faire adopter, en 1855, la décision de porter la finance de réception pour les nouveaux membres, qui n'étaient pas fils de confrères, à deux cent soixante francs ou encore, en 1874, trouver l'auteur d'un vol de cartouches, qui se révéla être un jeune étranger, en séjour à Montreux. Mais le Conseil avait plus souvent à s'occuper de savoir - en dehors des affaires strictement administratives, naturellement - si la société se ferait représenter à telle ou telle autre manifestation, ou si elle offrirait un prix, à l'occasion d'un tir cantonal ou fédéral.
C'est ainsi, par exemple, que l'assemblée générale de 1857 ne ratifia pas la proposition de son Conseil d'offrir, aux organisateurs du tir fédéral de Berne, un prix d'honneur de cent francs. En revanche, les Echarpes Blanches firent un don de cent francs, en argenterie, au tir cantonal d'Aigle, en 1862, et de cinquante francs, en espèces, à celui de Lausanne, en 1868. Elles créèrent, en outre, trois prix de cent francs en espèces, à l'occasion du tir fédéral de 1876, à Lausanne, où leur drapeau figura aux côtés de ceux des sociétés du district de Vevey. On pourrait allonger, encore, la liste des gestes généreux de l'Abbaye à l'endroit des tirs d'Yverdon, de Payerne, de Morges, de Genève ou de Lugano.
Mais passons... non sans signaler, toutefois, le succès remporté par les différentes fêtes de la fin du siècle, par celle de 1886, notamment, qui vit accourir 91 tireurs, et par celle de 1892, qui eut lieu, pour la première fois, sauf erreur, sous le Marché couvert. Rappelons aussi la part que prit la Société à diverses manifestations locales, dont la commémoration du 600'e anniversaire de la Confédération, le ler août 1891. " Le Président, lit-on dans les procès-verbaux en date du 28 juillet, donne connaissance d'une lettre du comité d'organisation de la manifestation patriotique, demandant que la Société se fasse représenter au cortège, avec sa bannière. Après discussion, le Conseil décide d'y prendre part et charge le caissier de porter la bannière. Un appel sera lancé aux sociétaires pour se joindre au drapeau. " Pour l'occasion, on sortit aussi l'ancienne bannière des cadets de la société. Sept ans plus tard, au centenaire de la Révolution vaudoise de 1798, trois membres encadrèrent fièrement le drapeau au cortège du 24 janvier.
L'Abbaye des Echarpes Blanches en 1872
A la fin de l'année 1872, le Département militaire, du Canton de Vaud, adressait à toutes les sociétés de tir du pays une circulaire, posant un certain nombre de questions sur leur organisation.
Les réponses, que donna l'Abbaye, nous renseignent assez exactement sur sa situation à cette époque : elle comptait 142 membres ; sa fortune s'élevait à Fr. 40 000.-. Quant à son budget, il s'équilibrait avec 1713 francs aux dépenses et aux recettes.
Quant aux tireurs, ils étaient 112 à prendre part aux sept tirs réguliers organisés sur une durée de deux ans. (Procès-verbaux, 11 décembre 1872.)
Cette même année 1898 vit surgir, au sein de la Société, un conflit qui prit
quelque ampleur. A la suite du décès du président en charge, Theophile Chevalley, le lieutenant d'abbé, Eugène Mayor, fut proclamé, le 6 février, président, alors que le lieutenant d'abbé était désigné, au deuxième tour de scrutin, en la personne d'Alexandre Emery.
Sitôt les opérations statutaires terminées, Eugène Mayor fit savoir à l'assemblée qu'il ne pouvait " se charger de la fête cette année, et proposa de la supprimer et de suivre ensuite la rotation habituelle ". Aucune opposition ne se fit jour au sein de cette assemblée générale, chacun ayant compris, semblait-il, le point de vue du nouvel abbé-président.
L'Abbaye des Echarpes Blanches en 1872
A la fin de l'année 1872, le Département militaire, du Canton de Vaud, adressait à toutes les sociétés de tir du pays une circulaire, posant un certain nombre de questions sur leur organisation.
Les réponses, que donna l'Abbaye, nous renseignent assez exactement sur sa situation à cette époque : elle comptait 142 membres ; sa fortune s'élevait à Fr. 40 000.-. Quant à son budget, il s'équilibrait avec 1713 francs aux dépenses et aux recettes.
Quant aux tireurs, ils étaient 112 à prendre part aux sept tirs réguliers organisés sur une durée de deux ans. (Procès-verbaux, 11 décembre 1872.)
Et pourtant ! Quelques jours plus tard, le Conseil était saisi d'une pétition, signée de trente-quatre confrères, qui disait en substance : " Dans la dernière assemblée générale, il a été proposé et admis de ne célébrer la fête qu'en 1900 par le fait de la déclaration de l'abbé qu'il ne pouvait pas, en 1898, recevoir les sociétaires chez lui.
Les règlements prescrivent que la fête doit se célébrer tous les deux ans.
Nous demandons qu'une nouvelle assemblée générale soit convoquée avec l'ordre du jour : Renvoi de la fête en 1900 et préavis motivé à ce sujet. "
La société fut convoquée en assemblée générale, le 13 mars.
L'abbé-président, étonné et vexé de cette pétition, considérant aussi l'esprit dans lequel elle avait été rédigée, donna sa démission de membre de l'Abbaye et pria, en conséquence, l'assemblée de pourvoir à son remplacement, dans le plus bref délai.
De son côté, Alexandre Emery refusa sa nomination aux fonctions de lieutenant d'abbé. Plusieurs confrères prirent la parole, des vœux furent émis de part et d'autre, mais on se quitta, les esprits échauffés, sans avoir rien arrêté.
Après un temps de réflexion, le Conseil décida de se rendre chez Eugène Mayor et chez Alexandre Emery, pour leur faire retirer leur démission. Le premier ne se laissa pas convaincre par les arguments des conseillers, mais le second, lui, accepta finalement de ne pas démissionner et se déclara prêt à organiser la fête de 1900 10.
Le 25 juin, le calme étant revenu, le Conseil proposa à l'assemblée générale de remplacer la fête habituelle par un banquet au stand, d'inviter les demoiselles d'honneur à un bal l'après-midi et d'organiser un tir auquel on allouerait 400 francs pour les prix en espèces, et 1000 francs pour les prix en nature. Ces diverses propositions furent acceptées sans opposition. Enfin, pour couronner le tout, Alfred Chatelanat fut élu brillamment lieutenant d'abbé.
Cette fête de remplacement eut lieu le 6 août. Dans l'euphorie du banquet, au cours duquel furent servis des vins à des prix défiant toute concurrence (la bouteille de Montreux à 80 centimes !), l'abbé-président Emery fit signer aux confrères une pétition demandant à Eugène Mayor de rester membre de l'Abbaye, ce qu'il accepta sans autre.
Ainsi, après cette tempête dans un verre d'eau, tout rentrait dans l'ordre et la Société put passer, dans la tranquillité, le cap du nouveau siècle.