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La visite que vient d'effectuer à Pyongyang le premier ministre Suédois Goran Persson, à la tête d'une délégation de l'Union européenne, pourrait amener Berne à accroître sa présence diplomatique dans la capitale nord-coréenne.
«Si ça continue, nous allons passer du stade de pionniers à celui de retardataires...» Ce commentaire d'un diplomate suisse en poste à Séoul est révélateur des frustrations helvétiques à propos de la Corée du Nord.
Contrairement à la plupart des grands pays européens, la Suisse a toujours conservé des relations diplomatiques avec Pyongyang. Un chargé d'affaires humanitaire, rattaché à l'ambassade de Pékin, réside dans la capitale nord-Coréenne, où il gère plusieurs programmes d'assistance et de coopération. Mais, alors que les discussions entre le régime nord-coréen et l'Europe s'accélèrent, Berne s'inquiète d'être laissée de coté.
«La Suisse avait une carte à jouer. Celle de la neutralité et celle de la porte ouverte sur l'Occident. Elle ne l'a pas fait assez. C'est dommage», regrette Jean Jacques Grauhar, directeur de la Chambre de commerce européenne à Séoul, qui fut en poste à Pyongyang entre 1986 et 1992.
La Suisse, ne l'oublions pas, est une des puissances neutres signataires de l'accord d'armistice qui mit fin à la guerre de Corée. Des observateurs helvétiques sont toujours présents dans la zone démilitarisée de Panmunjom: «Nous disposions d'un petit capital de confiance, que nous avons laissé filer», constate amèrement l'un d'entre eux.
Berne a été alertée sur le sujet par l'ambassade suisse à Pékin. La mission diplomatique à Séoul, pour sa part, aimerait jouer un rôle particulier, si le deuxième sommet intercoréen, tant attendu, a lieu cette année.
Kim Jong Il, le cher leader du Nord, n'a pas exclu de venir au Sud pour répondre à la visite qu'avait effectuée en juin 2000 le président sud coréen Kim Dae Jung à Pyongyang. Des projets tels qu'une exposition sur l'histoire de la mission d'observation suisse au sein de la commission d'armistice sont évoqués. Les observateurs présents à Panmunjom aimeraient aussi accueillir plus de visiteurs.
Mais le vrai problème se trouve à Pyongyang. Faut-il y accroître le personnel diplomatique ? Faut il augmenter l'aide humanitaire à la Corée du Nord ? «La Suède (qui dispose aussi d'observateurs à la frontière) a profité de sa présidence de l'Union européenne pour se saisir du dossier nord-coréen. Cette initiative devrait faire réfléchir la Confédération suisse», commente l'éditorialiste sud coréen Myung Bok Bae, du quotidien Joon Ang Ilbo.
Philippe Marret, Seoul