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Ce texte fait suite à celui appelé La Douce Mort d'Isniëcsil, dans lequel je rapporte que, sous la forme de Radûmel le Fin, j'ai rencontré des hommes ailés appelés Dormïns après avoir salué une dernière fois mon cheval ailé appelé Isniëcsil. Au moment où j'arrivai auprès d'eux, ils se turent, et tournèrent vers moi leurs yeux.
Ils m'attendaient donc. Je m'approchai, et vins jusqu'à eux. Les deux Dormïns, appelés Soloñ et Timalt, étaient grands, et, dans leurs armures dorées, resplendissaient. Leurs yeux lumineux contenaient des couleurs changeantes et, malgré ma propre origine céleste de génie habitant sur Terre, j'avais peine à soutenir leur regard. Leurs cheveux semblaient contenir des lueurs, dans l'étrange nébuleuse étoilée qu'ils figuraient à leurs fronts; tous deux étaient blonds.
Des pierres précieuses ornaient leurs armures, jetant des feux; et j'avais curieusement l'impression qu'ils avaient pris des morceaux de la voûte cosmique, et s'en étaient revêtus. Ils respiraient la force, et une inéluctabilité était sur eux. Leur taille élevée ne l'expliquait pas entièrement, ni leurs muscles, ni leur généreuse poitrine d'hommes puissants. D'ailleurs je vis avec eux une femme, qui était plus petite, quoique tout de même élancée, et dont les membres étaient plus fins; elle se nommait Asëtïn, et l'on ne pouvait constater en elle la même force, si on se fiait à l'épaisseur de ses membres; mais elle avait sur elle le même air inéluctable que ses deux compagnons. Et sa beauté était grande, et faisait pièce à celle d'Ithälun. Mais son rayonnement était plus pur, et plus impressionnant. Je me songeai face à des dieux, ou du moins face à de hauts anges.
Or, parvenu à leur hauteur, je m'inclinai, les saluant, et leur demandai leur nom; je ne pus faire que je ne leur donnasse pas le mien pour commencer, cependant. Ils savaient qui j'étais; et de leur voix douce, semblant venir de bien plus loin que leur forme sensible, ils me donnèrent les leurs, sans me dire ce qu'ils signifiaient. Ils ne livrèrent pas ceux de leurs parents, mais me dirent le lieu de leur naissance: et Soloñ me dit qu'il venait de Solatil, qui est le nom qu'en sa langue on donne à l'étoile de Vénus, et Timalt me dit qu'il venait aussi de l'étoile de Vénus, mais Asëtïn me révéla qu'elle venait de Müstön, qui est en sa langue l'étoile de Mars. Ils étaient venus ensemble, unis par un même dessein. Puis tous les trois me regardèrent, s'arrêtant de parler, et même de bouger; et je n'entendis plus rien, et je crus que le temps s'était arrêté.
J'eus d'étranges visions. Des formes lumineuses tournaient autour de moi dans un espace clos et noir. Mais je ne saurais rien en redire, tant cela fut fugace et imprécis. J'eus cependant l'impression de recevoir un message, mais aussi que les yeux éclatants des trois anges, braqués sur moi, me perçaient de part en part, et voyaient plus loin, dans mon cœur, que je n'eusse pu jamais voir. Je me sentais percé à jour, mes secrets entièrement dévoilés.
Puis j'entendis un vent souffler, et le silence, donc, se briser. Et Timalt me dit – et ses yeux s'allumèrent encore davantage: «Or donc, Radûmel le Fin, tu prêtes ton corps de songe éveillé à un mortel, pour qu'il accomplisse sa mission. Comme c'est beau et noble! Je t'envie! Car ainsi tu seras rédimé, et ramené en des royaumes plus hauts. Mais sais-tu bien quelle est cette mission, et as-tu saisi en quoi il s'agissait pour toi d'un véritable sacrifice?»
Je restai coi, ne comprenant pas bien, en réalité, ce qu'il me disait. Asëtïn rit. Je fus parcouru d'un frisson. Je tentai de dire quelques mots, mais ils ne sortirent pas de ma bouche de manière audible. Ils ne furent que des souffles murmurés, des sons épars dénués de sens.
(À suivre.)