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05/07/2016
Quand l’Europe perd et les Etats-Unis gagnent
Pourquoi l’Europe échoue-t-elle là où les Etats-Unis réussissent ? Pourquoi l’économie américaine aligne-t-elle les performances (une croissance en nette reprise, des embauches en hausse, un taux de chômage redescendu à son niveau de novembre 2007) alors que la zone euro piétine et ne parvient même pas à tirer parti de ses maigres avancées, en matière d’union bancaire par exemple, pour relancer une activité désespérément atone ?
Pour le comprendre, il faut remonter au déclenchement de la crise. Avant 2008, Etats-Unis et zone euro présentaient des taux de croissance inégaux certes (presque deux fois supérieurs, en moyenne, pour les premiers), mais régulièrement positifs, et tendant à se rapprocher. En 2006 et 2007, la courbe s’était même inversée, la croissance de la zone euro doublant celle de l’économie américaine, entraînée dans la récession par l’effondrement du marché des créances titrisées et la crise bancaire qui s’ensuivit.
La réaction des autorités américaines fut immédiate et massive. Là-bas, on ne lésine ni sur les moyens, monétaires ou budgétaires, ni sur le nombre de fermetures bancaires, tolérées quand elles ne sont pas délibérément provoquées. Résultat, les Etats-Unis ont renoué dès 2010 avec la croissance, et la maintiennent depuis lors sur une pente positive de l’ordre de 2% l’an. C’est nettement moins que lors de la décennie précédente, quand elle s’inscrivait en moyenne à 3,5%, mais c’est suffisant pour stabiliser peu à peu le rapport entre dette publique et produit intérieur brut après son envolée entre 2008 (65% du PIB) et 2013 (102% du PIB).
En Europe et sous la monnaie unique, les choses ne se sont pas du tout passées de la même manière. Au lieu de les laisser choir, les gouvernements des Etats de la zone euro ont tout entrepris pour sauver leurs banques, pourtant tout aussi coupables, si ce n’est plus, que leurs consœurs américaines. La conséquence de ces repêchages d’abord entrepris in extremis et dans le plus grand désordre à l’échelon national, puis mutualisés à la grande irritation des ministres allemands et nordiques des finances, fut comme aux Etats-Unis de faire grimper les déficits budgétaires.
Mais au lieu que ceux-ci servent à soutenir l’activité, leur accumulation a conduit à l’adoption de plans d’austérité totalement inadéquats en période de faiblesse conjoncturelle. De sorte qu’au lieu de sortir de la zone de grand danger, l’économie de la zone euro n’a fait qu’y plonger encore plus profondément, rendant du même coup l’austérité non seulement inefficace et même carrément contreproductive, mais aussi, et de plus en plus, socialement insupportable.
Si la construction européenne suscite aujourd’hui de la méfiance et de l’incompréhension jusque dans les rangs de ceux qui hier encore en étaient les plus fervents défenseurs, ce n’est donc pas tant qu’elle se soit rendue coupable d’excès de centralisation, mais bien au contraire qu’elle ait pêché par absence d’une gouvernance forte et déterminée. Hésitations, atermoiements, reculades et demi-mesures ont en effet jalonné la laborieuse sortie de crise de la zone euro, quand dans le même temps la Réserve fédérale et le Trésor américains, sans trop s’encombrer de scrupules institutionnels, déployaient les grands moyens pour éviter que la Grande Récession ne se mue en Grande Dépression bis.