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Plusieurs pays revendiquent la paternité de la pêche à la mouche. Louis Carrère a découvert la description de modèles noyés dans l'ouvrage d'un moine espagnol du Moyen-âge ; Charles de Massas (1857) est considéré chez nous comme un initiateur, mais les Anglo-Saxons ont pour eux l'immortel Isaac Walton, qui vivait au XVIIe siècle, et mieux encore, le traité rarissime et oublié de Dame Juliana Berners, datant de 1496.
Mais, pour mettre tout le monde d'accord, les chercheurs n'affirment-ils pas qu’un romain du nom d’Aelianus ou Aélien, vers l'an 100 de notre ère, décrivait déjà quelques mouches artificielles ? En effet, à cette époque déjà, Aelianus disait avoir rencontré des Macédoniens qui fixaient sur des hameçons quelques plumes rouge de chapon pour leurrer des poissons mouchetés.
Les lignes utilisées à cette époque était faites de crins de cheval tressés et elles étaient de la même longueur que la canne (env. 2 mètres).
Au XVème siècle, Wynkyn de Worde publia le premier ouvrage important sur la pêche nommé Book of St Albans. Mais Dame Juliana Berners, à cette époque, décrivait déjà douze mouches artificielles, toutes pouvant se référer à un insecte naturel précis, dont Beatis Rhodani, Rhithrogena Germanica, une perle, une autre éphémère, ainsi que la femelle d'un imago rouge d'éphémère.
Au XVIIème siècle, furent élevés les premiers oiseaux spécialement pour leurs plumes servant à confectionner des mouches artificielles.
En 1653, Izaak Walton écrivit son fameux ouvrage «parfait pêcheur à la ligne» et en 1681, James Chetham, dans son «Vade Mecum du Pêcheur», recommandait de confectionner les mouches artificielles au bord de l'eau, afin de disposer des modèles naturels, et, donnait une liste de soies, poils et plumes que le pêcheur devait emporter dans son sac.
A cette époque et jusqu’à l’arrivée des moulinets, la ligne était directement fixée au bout de la canne. Cette dernière était longue, souvent de 18 pieds et la méthode de la mouche fouettée n’existait pas encore, la canne était simplement abaissée à la surface de l’eau et cette technique s’appelait le Dapping.
Le gut, aussi appelé « crin de Florence » provient des glandes séricigènes du vers à soie. Après étirement et traitement (carbonate soude, chlore ou eau oxygénée) elles donnent des brins d’environ 40 cm, qui ont la faculté, une fois mouillés, de couler facilement et d’être pratiquement invisibles. Ce qui permettait aux moucheurs de confectionner des bas de ligne performants bien avant l’arrivée du nylon.
Peu importe au demeurant, l'essentiel étant que ce sport magnifique a subi victorieusement l'épreuve du temps, qu'il s'est affiné toujours davantage au fur et à mesure que se perfectionnait l'art des confectionneurs et s'approfondissait la science des entomologistes.
A l'instar des grandes et vieilles maisons qui s'annoncent avec un juste orgueil fondées en 1820, la pêche à la mouche peut se proclamer bien des fois centenaire, donc solidement armée contre ses détracteurs, ses relaps, ses traîtres et ses pratiquants maladroits.
Tout pêcheur connaît le principe suivant: la truite, et avec elle d'autres poissons moucheurs, ombre commun, saumon de fontaine, chevesne et vandoise, ablette et gardon (c'est intentionnellement que l’on ne cite pas le saumon, qui ne s'alimente pratiquement pas en eau douce), se nourrit en partie d'insectes surtout aquatiques (éphémères) et accessoirement terrestres ; la truite s'en nourrit pour des raisons assez mystérieuses, car pour son appétit cela représente peu de chose! Mais pourquoi fait-elle des ventrées ahurissantes de mouches de mai, alors qu'elle se contente de quelques dizaines d'éphémères minuscules? Sans doute la raison en sera-t-elle trouvée un jour dans la qualité même de la nourriture plus que dans sa quantité ou sa saveur.
En observant les poissons et leur estomac, l'idée devait venir aux pêcheurs de monter d'abord sur leur hameçon l'une de ces proies naturelles si appréciées, puis, pour parer à leur fragilité et à la difficulté de se les procurer et de les conserver vivantes ou fraîches, d'en faire des imitations plus ou moins réussies, avec des matériaux aussi finement colorés, aussi légers, transparents et brillants que le sont les corps, les ailes et les pattes des insectes en question. Etant donné la variété des formes et des couleurs, l'habileté des imitateurs avait de quoi s'exercer !
Le premier principe de la pêche à la mouche artificielle, c'est de présenter aux poissons moucheurs et surtout au plus séduisant d'entre eux, la truite, des imitations aussi fidèles que possible de ce qui constitue son menu de prédilection. Sans doute les premiers pratiquants de cette pêche aux faux-semblants ne se doutaient-ils pas de ce que leur idée entraînerait comme prolongements, ni que cette méthode essentiellement utilitaire contenait en puissance l'un des sports les plus passionnément pratiqués dans les pays civilisés.
C'est que ces faux-semblants, il ne suffisait pas de les faire ressemblants, il fallait les présenter de façon naturelle pour tromper plus sûrement la méfiance instinctive du poisson.