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Présentation du cépage
Le nom ampélographiquement valide est «Grosse arvine». Les synonymes qui lui ont été attribués sont, entre autres, «Grande arvine, Arvine Grande, Arvine Gros Grain». C’est un cépage de deuxième époque, probablement originaire du Valais et uniquement implanté dans cette région. La feuille est pentagonale, d’un beau vert-bleuté sur les feuilles les plus anciennes. Les grappes, dont la taille des grains est effectivement un peu supérieure à ceux de l’Arvine, sont souvent très atteintes de coulure (avortement des grains), sans doute en relation avec le statut virologique des plants subsistants.
Origine génétique
D’après les sources publiées (Vouillamoz et al. 2007), la Grosse arvine est issue d’un croisement entre la Rèze et un cépage inconnu, qui a probablement aujourd’hui disparu. Selon ces mêmes sources, la Grosse arvine a un lien de second degré avec l’Arvine. Ainsi, dans la reconstruction de l’arbre généalogie, l’Arvine pourrait être la grand-mère de la Grosse arvine.
Quelques repères historiques
Quelques auteurs ont parlé au cours du temps de la Grosse arvine: Schiner (1812), Dénériaz (1871), Hopfner (1898). Aebischer (1959) en parle de manière un peu plus précise: «quant à la grande arvine, ou grosse arvine, elle était, au moins il y a quelques dizaines d’années encore, cultivée comme cépage de fond dans d’importants vignobles des environs de Martigny: c’était elle qui donnait les crus renommés de la Marque et de Coquempey».
A l’heure actuelle
Très plantée donc au 19ème siècle dans la région de Martigny-Fully, elle y a aujourd’hui complétement disparu, et ce de manière progressive, probablement suite à l’arrivée du Chasselas, beaucoup plus productif et plus précoce. Les deux dernières vignes de ce cépage, situées dans le vignoble de Martigny, ont été arrachées dans les années 90. En 2008, il ne restait plus que 4 ceps connus de Grosse arvine!
Chronique d’un sauvetage
par Olivier Pittet à Fully
2008
Fort de ce triste constat et devant l’urgence de la situation, à laquelle personne ne prêtait attention, aussi incroyable que cela puisse paraître, je me suis mis à chercher intensivement d’éventuels survivants. De nombreuses heures ont été consacrées à la prospection dans le vignoble de Fully, avec succès puisque ce ne sont pas moins d’une soixantaines d’individus qui ont pu être localisés, soit sous forme de treilles dans les murs ou des ceps en mélange dans de vieilles vignes d’Arvine.
2009
Une fois ce matériel de base retrouvé, plusieurs instances officielles ont été contactées dans le but de procéder et soutenir la sauvegarde de ce patrimoine. Hélas avec un succès mitigé. J’ai donc décidé de prendre les devants et fait multiplier par un pépiniériste, en vrac, la majorité des plants disponibles, en écartant toutefois les plus virosés.
2010
Une parcelle de Chasselas située à Fully, très bien exposée, est arrachée et replantée en Grosse arvine. C’est en quelque sorte la revanche de la Grosse arvine sur le Chasselas, qui l’avait évincée en son temps ! Comble de l’ironie, il a fallu faire une demande spéciale et obtenir une autorisation pour planter cette parcelle, car la Grosse arvine ne figurait plus dans la liste officielle des cépages. Etonnant lorsque l’on pense qu’il s’agit d’un cépage autochtone, planté depuis des centaines d’années…
2012
Suite à la publication de l’ouvrage «Origine des cépages valaisans et valdôtains » de José F. Vouillamoz et Giulio Moriando, un regroupement de vignerons-encaveurs a pris contact avec moi dans l’optique de remettre au goût du jour la Grosse arvine. Disposant de moyens plus conséquents, il va dorénavant être possible de réaliser une multiplication individuelle par type, constituer une vigne conservatoire et envisager la purification virale du matériel, ouvrant la voie à la plantation à une plus grande échelle. Entretemps, un quart des ceps de Grosse arvine retrouvés en 2008 dans le vignoble ont été arrachés…
2014
4ème année de plantation de la nouvelle parcelle de Grosse arvine, ce sera aussi la première année de vendange.
2015
Mise en bouteille et première dégustation du vin ! Les espoirs seront-ils comblés ?
20??
Les vignerons des différentes régions viticoles possèdent un trésor inestimable : leurs cépages autochtones. La Grosse arvine fait partie à part entière des cépages purement valaisans et l’on peut espérer, une fois le potentiel qualitatif de ce cépage vérifié, que la viticulture valaisanne se le réapproprie.
Cette réappropriation, sa mise en culture, l’élaboration de son vin et finalement le plaisir des consommateurs à découvrir un pan de l’histoire sont les seuls garants de la pérennisation et de la sauvegarde de la Grosse arvine, qui, rappelons-le, n’a jamais, au cours de son histoire, été aussi proche de l’extinction.
© Images et textes; Olivier Pittet
graphisme; diwmip.ch