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Appartenant aux six dernières messes composées par le musicien entre 1796 et 1802 sur commande du prince Estherazy, Nicolas II, la Missa in Tempore Belli est sans aucun doute à ranger au nombre des meilleures œuvres de Joseph Haydn. Ecrite en 1796 durant la Première Campagne d’Italie, elle reflète toute la tristesse et la colère du compositeur face aux guerres qui déchirent alors l’Europe.
Ses deux titres de « Missa In Tempore Belli » (« Messe pour un temps de guerre ») et de « Paukenmesse » (« Messe des timbales ») se réfèrent, l’un aux circonstances de composition alors que les armées de Bonaparte menaçaient Vienne, et l’autre, plus précisément aux solos de timbale de l’Agnus Dei illustrant concrètement cette menace. Seul le premier titre est authentique.
La Missa In Tempore Belli associe le drame et la sophistication du style symphonique le plus abouti de Haydn avec une éclatante aisance et une fluidité sur le plan de l’écriture chorale reflétant son expérience des oratorios de Haendel à Londres.
Lors de sa création le 26 décembre 1796 à Vienne, il y avait, dit-on, « une foule énorme, l’église était comble ». On l’entendit pour la première fois à Eisenstadt le 29 septembre 1797.
Un peu plus tard, Haydn élargit l’instrumentation initiale de cette Messe, ajoutant une partie de flûte dans le « Qui Tollis », des parties de clarinette supplémentaires, ainsi que des parties de cor doublant les trompettes. Les sonorités de la Missa In Tempore Belli sont souvent éclatantes, conformément à sa tonalité d’ut.
Le KYRIE commence par une introduction lente et solennelle, dans laquelle les timbales se font entendre d’abord piano, puis fortissimo, comme pour signaler la nature de la messe.
Le GLORIA et le CREDO sont tous deux écrits en trois sections. Dans le GLORIA, la section médiane est un extraordinaire mouvement lent avec violoncelle solo et voix de basse (« Qui tollis »), auquel s’ajoute ensuite le choeur. La première section du CREDO est en fugato avec des entrées de voix mettant fortement en valeur les différentes phrases du texte. On retrouve ici l’esprit et la vigueur de Bach.
Dans sa section médiane, il comporte un mouvement lent d’une grande beauté et d’une intensité considérable (« Et incarnatus est »). Ce mouvement présente une profondeur et une tendresse extraordinaires, depuis le grave solo de basse, en passant par la mystérieuse extase de la soprano jusqu’à l’émerveillement assourdi de la conclusion.
Le « Crucifixus », dans un climat de désolation extrême, est chanté par le choeur, exceptées deux mesures déchirantes pour solistes (soprano et alto). Suit l’explosion du « Resurrexit », superbe « exégèse de texte » unifiée par le style symphonique de Haydn. La section finale de cette partie de la messe se termine par une somptueuse fugue sur les mots « Et vitam venturi saeculi amen ».
Le SANCTUS débute délicatement, mais le « Pleni sunt coeli » fait une violente irruption en mineur, avec les trompettes et les timbales belliqueuses si présentes dans cette messe.
On trouve de nouvelles associations guerrières dans la sombre introduction orchestrale du BENEDICTUS, où le quatuor de solistes intervient en ut mineur, et le trouble de ces pages n’est dissipé qu’avec la modulation en ut majeur de la récapitulation.
Le remarquable AGNUS DEI s’élève d’abord comme une prière intime et fervente. Au bout de neuf mesures, cette prière est interrompue par de nerveux et inquiétants battements de timbales dans la nuance piano..... un trait de génie !
Cette prière est reprise trois fois avec une intensité grandissante et l’on retrouve dans la dernière partie les battements de timbales terrifiants, évocateurs de l’armée française, qui évoluent cette fois du piano au forte pour déboucher sur une fanfare de vents (hautbois, bassons, trompettes) soutenue par ces mêmes timbales, et marquant le début du « Dona Nobis Pacem ».
Aucun compositeur n’avait depuis longtemps écrit un si grand nombre de messes d’un tel niveau sur une période aussi courte. Avec ces oeuvres et avec La Création, Haydn s’imposa définitivement comme le plus grand compositeur de musique religieuse de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Alfred Schnerich, l’un des principaux artisans de la musique religieuse du maître de chapelle des Estherazy a tout à fait raison lorsqu’il écrit : « Chez aucun des grands compositeurs de l’époque la connaissance des messes n’est aussi indispensable pour un jugement d’ensemble que chez Haydn. »
Quant à Haydn lui-même, c’est à bon escient qu’en novembre 1799, il déclara : « Je suis plutôt fier de mes messes. »
Guide de la musique sacrée et chorale profane, Fayard
Richard Wigmore / Michel Roubinet (trad.)