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Quel temps prie-t-il?
"Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel" selon l'Ecclésiaste, et pourtant, combien de fois n'avons-nous pas en tête ce refrain lancinant "je n'ai pas le temps". Et c'est bien là tout l'enjeu de ce verset: tu n'as pas à définir et maîtriser le temps, mais à t'inscrire dans celui qui passe, avec la confiance que tout temps trouve sa source et son terme en Dieu.
L'Histoire dans l'histoire
L'inscription dans le temps est précisément une des intuitions qui a motivé l'Eglise ancienne à investir le calendrier de quelques points de repère, des rythmes et des temps forts, afin que chaque passage des ans vienne renforcer la conviction que l'histoire est en route vers l'horizon de l’Éternel. Les premières célébrations chrétiennes étaient focalisées sur la résurrection, célébrée de manière hebdomadaire, puis marquée annuellement à la veille de la Pâque juive pour les premières communautés.
Création du Cycle Pascal
D'année en année, de tradition en tradition, la pratique s'est étoffée: le Triduum Pascal s'est développé pour marquer la Passion, la mort et la résurrection entre Jeudi Saint et Dimanche de Pâques, le Temps Pascal a été instauré pour vivre et proclamer cette résurrection durant 50 jours jusqu'à la Pentecôte, puis les 40 jours du Carême, à partir du Mercredi des Cendres jusqu'aux Rameaux pour se rendre aussi humble que possible devant la révélation de la gloire du Christ.
Création du Cycle de l'Incarnation
À la fin du 3ème siècle, la fête de l’Épiphanie est venue s'ajouter à celles de Pâques et de Pentecôte. Autour de cet événement, c'est l'incarnation du Christ qui était rappelée à travers la visite des mages, le baptême de Jésus et les noces de Cana. Au fil du temps, les fêtes ont été regroupées sur une saison nommée "Temps de Noël bornée par la naissance de Jésus d'un côté, et la visite des Mages de l'autre, et enfin, en miroir du temps du Carême, les semaines précédentes sont devenue le Temps de l'Avent, afin de se préparer à la réalité d'un Dieu qui nous rejoint jusque dans notre chair et notre quotidien.
Et en couleurs s'il vous plait!
Ainsi, l'année se déroule selon ces deux cycles, entre lesquels se vit le temps dit ordinaire, ou temps de l'Eglise. Et afin de mieux en marquer les temps forts et souligner le rythme de ses saisons, des couleurs ont été attribuées. En régime réformé romand (selon le travail de la commission liturgique romande que suit l'EERV), elles sont ainsi: le Violet pour marquer les temps de travail intérieur de l'Avent et du Carême (et du Jeûne Fédéral), le Blanc pour marquer les temps d'une joie à habiter de Noël et de Pâques, le Vert pour le temps ordinaire où l'Eglise se bâtit dans le témoignage, et enfin le Rouge pour les fêtes de la royauté du Christ et de la souveraineté de l'Esprit aux Rameaux, à Pentecôte, à la Réformation, aux consécrations et installations.
Mon histoire dans l'Histoire
La richesse de l'année liturgique, qui s'ouvre avec le temps de l'Avent, est d'offrir une formidable marche à suivre pour inscrire le témoignage de Dieu dans le temps qui passe. En vivre les saisons c'est à la fois pratiquer une contre-culture (comme réfléchir au dépouillement d'un Dieu qui se fait humain dans le temps de l'Avent, en contraste avec le faste de la commercialisation de Noël), et à la fois offrir à sa vie spirituelle un accompagnement pour les périodes de trouble, de doute, de conviction, de conversion ou d'enthousiasme. Ma manière à moi de m'ancrer dans cette histoire, est toute symbolique et pratique: je porte toujours des cravates, lunettes et chaussures ou lacets de la bonne couleur liturgique. À chaque changement, ma prière est toute simple: "Éternel, inscris moi dans ton Histoire, et inscris-toi dasn la mienne".