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Le Prix Louis-Jeantet de médecine récompense chaque année des scientifiques qui se sont distingués dans la recherche biomédicale en Europe.
Les lauréats du Prix 2001 sont Alain Fischer (Paris), Iain W. Mattaj (Heidelberg) et Alfred Wittinghofer (Dormund).
La Fondation Louis-Jeantet de médecine attribue aux trois lauréats un montant global de 1,8 million de francs pour la poursuite de leurs travaux. Chaque lauréat reçoit, par ailleurs, à titre personnel, un montant de 100 000. francs.
La cérémonie de la remise des prix aura lieu à Genève, le vendredi 27 avril 2001.
Les enfants-bulle
Alain Fischer et son équipe ont élucidé la cause moléculaire de plusieurs maladies héréditaires qui empêchent le développement des lymphocytes et de ce fait provoquent une déficience des défenses immunitaires. Ces maladies graves sont découvertes chez les enfants atteints dès les premiers jours de vie, puisque ces derniers souffrent de multiples infections bactériennes et virales. Pour les maintenir en vie, certains de ces enfants doivent être protégés dans un environnement stérile. Alain Fischer et d'autres médecins ont réussi à traiter ces malades par la greffe de cellules souches contenues dans la moelle osseuse d'un donneur. Mais ces transplantations ne réussissent pas toujours. Très récemment, et c'est un progrès d'une envergure exceptionnelle en médecine, Alain Fischer et son équipe ont réussi à corriger de façon durable le défaut génétique du déficit immunitaire combiné sévère lié au chromosome X, en introduisant le gène gc normal dans les cellules souches des patients. C'est la première réussite mondiale d'une thérapie génique.Alain Fischer est professeur d'immunologie pédiatrique. Il dirige la recherche clinique de l'Unité INSERM d'immunologie et d'hématologie pédiatrique à l'Hôpital Necker des Enfants Malades à Paris. De nationalité française, Alain Fischer est né en 1949.
Vers de nouveaux antiviraux et antimitotiques
Le noyau et le cytoplasme de la cellule étant séparés par une membrane, les protéines et acides nucléiques (ARN) sont échangés entre les deux compartiments à travers des pores nucléaires. Ce trafic est essentiel au bon fonctionnement de la cellule, et notamment au contrôle des gènes. L'entrée et la sortie du noyau sont également empruntées par les acides nucléiques de virus, dont le VIH, pour leur reproduction. Iain W. Mattaj a découvert que l'exportation du noyau est gouvernée par la reconnaissance entre macromolécules transportées et récepteurs. Il a isolé et caractérisé plusieurs de ces récepteurs d'exportation et montré que leur fonctionnement ressemble aux récepteurs d'importation, qui ont besoin d'une petite enzyme, la Ran GTPase. Ainsi, pour la première fois, Iain W. Mattaj a élucidé comment Ran agit en cycle à la fois dans le noyau et le cytoplasme. Il a récemment découvert que la Ran GTPase joue également un rôle dans le positionnement des chromosomes lors de la division cellulaire et de l'assemblage de la membrane nucléaire après la division.
A part l'aspect fondamental de ces connaissances, des applications en virologie peuvent être envisagées. Une fois le mécanisme du transport connu, on peut imaginer des agents qui empêcheraient les acides nucléiques de virus de pénétrer dans le noyau ou d'en ressortir après leur multiplication. D'autre part, le blocage des fonctions mitotiques de Ran pourrait permettre de tuer spécifiquement des cellules qui se multiplient de manière anarchique et servir à prévenir le développement des tumeurs.Iain W. Mattaj travaille au Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) à Heidelberg, dont il est le coordinateur scientifique. Il y dirige également son équipe de recherche sur l'expression génétique. Iain W. Mattaj est de nationalité britannique, originaire d'Ecosse. Il est né en 1952.
Aux origines du cancer
Une des premières protéines connues qui transforme une cellule normale en une cellule cancéreuse est la protéine Ras. C'est une petite enzyme, une GTPase, qui fonctionne comme un interrupteur : liée au GTP elle est sous sa forme active et liée au GDP sous sa forme inactive. La cellule l'utilise pour transmettre des messages suite à certains stimuli. Lorsque Ras comporte des mutations, elle reste bloquée dans sa forme active et transmet le message sans interruption. Isolément, Ras est une protéine GTPase incomplète qui doit interagir avec une autre protéine, GAP, en vue de détacher le troisième phosphate. Cette formation d'un site actif par deux protéines indépendantes constitue un nouveau principe dans la catalyse enzymatique. Les études du Pr Wittinghofer ont en outre résolu le problème de longue date visant à savoir pourquoi Ras porteuse de certaines mutations, même en présence de GAP, ne peut plus hydrolyser le GTP et devient cancérigène.
Ce travail très systématique, permet donc aujourd'hui d'avoir une idée précise des causes de la transformation cellulaire, et de comprendre plus généralement la transmission de signaux hormonaux et de maladies qui y sont associées.Alfred Wittinghofer est professeur de biochimie et directeur à l'Institut Max-Planck de physiologie moléculaire à Dortmund. De nationalité allemande, Alfred Wittinghofer est né en 1943.
WSite Internet de la Fondation Louis- Jeantet de médecine : www.jeantet.ch