Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06910.jsonl.gz/682

L’inflation signifie une hausse des prix qui s’accompagne d’une perte équivalente de la valeur de la monnaie. Parmi les lecteurs du Courrier, les plus âgés se souviennent sans doute de la hausse continuelle des prix dans les années de forte croissance après la deuxième guerre mondiale. Le diable à combattre était l’inflation. Elle signifiait une perte de pouvoir d’achat tant que les salaires n’étaient pas indexés au coût de la vie. Dans certains pays, sous la pression des luttes des salariés et des syndicats, a été introduite l’échelle mobile des salaires qui adaptait régulièrement les rémunérations à la hausse des prix.
Pour prendre l’exemple de la Suisse, les prix ont augmenté en moyenne de 6,3% entre le 1er janvier 1970 et le 31 décembre 1980. La politique économique du Conseil fédéral visait à limiter la hausse des prix et, pour atténuer la surchauffe de l’économie, le Parlement avait décrété un arrêté fédéral urgent de durée limitée sur la surveillance des salaires, des bénéfices et des prix en 1972.
Un bref rappel de cette période permet de mesurer l’écart avec la situation actuelle en matière d’inflation. Du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2015, pour prendre les onze dernières années, l’inflation en Suisse s’est élevée en moyenne de 0,26%. Et cette situation n’est pas propre à notre pays. Dans le cas du Japon, grand pays industrialisé, les prix stagnent ou baissent depuis plus de quinze ans, comme d’ailleurs la croissance économique et le pouvoir d’achat. Depuis la crise de 2008, la plupart des pays industrialisés se trouvent dans une situation semblable. Dès lors, les banques centrales tentent de relancer la croissance et d’atteindre une inflation de 2%! Quel paradoxe! Essayer d’obtenir de l’inflation pour que la situation économique s’améliore. Comment expliquer ce total revirement au regard de la période de haute conjoncture? L’analyser nécessiterait de longs développements. Nous allons simplement, dans le cadre de cette chronique, donner quelques lignes de force qui concourent à ce phénomène.
Tout d’abord, avec le développement de la mondialisation et de la libéralisation des échanges, nous avons assisté à un transfert massif de production des pays industrialisés vers les pays à bas salaire. Il s’en est suivi à la fois une diminution du pouvoir d’achat dans les pays développés avec l’augmentation du chômage et une baisse des prix découlant des importations de produits fabriqués à bas coûts de main-d’œuvre. Pour contrer cette baisse de la croissance, les banques centrales des pays industrialisés ont commencé à injecter des liquidités (davantage de monnaie) dans l’économie, d’abord sous la forme de crédits bon marché aux banques, ensuite en rachetant des créances détenues par les établissements bancaires. La crise bancaire de 2008 est venue compliquer la situation. Le sauvetage de nombreuses banques a nécessité de nouvelles injections massives de liquidités qui se sont accompagnées de l’endettement croissant de la plupart des Etats. En raison de la masse considérable de liquidités, les taux d’intérêts ont chuté significativement et de manière pérenne en affaiblissant à nouveau le secteur bancaire en raison de la baisse des marges d’intérêts sur les crédits octroyés. Ces mesures s’inscrivaient dans ce que l’on appelle une politique de l’offre, c’est-à-dire tenter de relancer la production et la croissance en incitant les entreprises à investir grâce à du crédit bon marché. Cette politique s’est avérée peu efficace. La encore, le cas du Japon est exemplaire: les plans de relance se sont succédé sans succès. Les Etats-Unis connaissent une certaine reprise mais l’Europe est à la traîne. Les pays émergents voient leur croissance faiblir à la suite d’une diminution de la demande dans les pays développés. Et… l’inflation ne repart pas comme le souhaitent les banques centrales. En effet, un redémarrage de l’inflation permettrait de réduire l’endettement public et privé par le simple jeu de la baisse de la valeur de la monnaie.
On le voit, les partisans de la politique de l’offre ont utilisé toutes les armes à leur disposition avec des résultats très mitigés. Alors ressurgit l’idée de la relance par la consommation en redonnant du pouvoir d’achat aux ménages, ce que l’on appelle la politique de la demande. Est-ce possible de relancer une économie dans un cadre national, dans un monde de libéralisation des échanges? Et est-ce bien raisonnable avec les contraintes écologiques que connaît notre planète?
* Membre de SolidaritéS, ancien député.