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La petite histoire des mots
Vœux
Georges Pop | Les règles du savoir-vivre sont catégoriques: les vœux de bonne année sont présentables jusqu’au 31 janvier. Ceux adressés au-delà de cette date sont tenus pour révolus et discourtois. La tradition des cartes de vœux de Noël et de l’an nouveau est née en Angleterre dans la première moitié du 19e siècle, facilitée à la même époque par l’apparition du premier timbre-poste, le black-penny, en 1840. La chronique du temps nous apprend qu’un certain Henry Cole, fonctionnaire de Sa Majesté et directeur d’un grand musée d’art londonien, fatigué de devoir écrire à la plume des lettres de vœux à ses très nombreux amis et innombrables connaissances, chargea un ami peintre de dessiner une famille célébrant Noël. Il fit imprimer cette illustration en noir et blanc sur une carte portant la mention «A merry Christmas and a happy new year to you» (Joyeux Noël et bonne année à vous) qu’il expédia par la poste à un millier d’exemplaires. Son exemple fut très rapidement suivi en Angleterre puis en Europe et dans le Nouveau Monde. Les mots «vœux» et «vote» sont issus tous deux du mot latin «votum» qui définissait une promesse faite aux dieux, une prière ou encore un engagement nuptial. Le lexicologue français Jean Pruvost constate que le terme latin apparaît dans la langue française dès le Moyen-Âge sous la forme «vuz», avant de donner «veu» puis «vœu». Quant à «vote» qui exprime un souhait électoral, il est d’abord adopté par la langue anglaise avant d’être emprunté par le français dès le tout début du 18e siècle. Le terme «ex-voto» qui désigne une offrande faite à une divinité ou, chez les chrétiens, à un saint, pour solliciter une grâce ou en guise de remerciement, apparaît quant à lui pour la première fois en français en 1643 dans un texte du poète Saint-Amant. Il est issu de l’expression latine «ex voto suscepto» qui veut dire «en conséquence d’un vœu». Pour en revenir à Jean Pruvost, il rappelle qu’il est de coutume de faire un vœu à la vue d’une étoile filante. Pourquoi? Parce que jadis une croyance assimilait les étoiles filantes à des âmes errantes sorties du Purgatoire, à la recherche d’un corps dans lequel se réincarner. Selon la tradition, le vœu doit être entièrement formulé avant l’extinction de l’étoile dans le ciel, faute de quoi il est stérile. Et il paraît que si l’on est deux à observer en même temps une étoile filante, c’est un signe de totale harmonie amoureuse. On sait aujourd’hui qu’une étoile filante n’est juste qu’un phénomène lumineux accompagnant l’embrasement dans l’atmosphère d’une petite météorite qui a incidemment croisé l’orbite terrestre. Personnellement, cela ne m’a jamais empêché à la vue d’une étoile filante de formuler un vœu et d’espérer, naïvement, qu’il soit exaucé… Et parfois, il l’est!