Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07214.jsonl.gz/231

A 22 ans déjà, il savait qu'en devenant vieux, il ne pourrait plus guerroyer des heures sur le court et y rudoyer sa pauvre carcasse. Alors il a changé les mécanismes même de son jeu, autant pour gagner en efficacité que pour soulager certaines pièces usées, voire endommagées, de son anatomie (pied gauche, genou gauche, dos, ceinture abdominale). Surtout: il a transformé son service.
«Peu de joueurs ont réalisé des progrès aussi spectaculaires dans ce domaine», relève le coach italien Luca Appino, conseiller de Nadal à ses débuts. John McEnroe approuve sur Eurosport: «Rafa prend beaucoup de temps pour servir. Mais il en gagne énormément avec ce coup. Une telle évolution semblait impensable il y a quinze ans, quand sa première balle était quelconque. Si on compare, on hallucine».
Le tennis espagnol a toujours considéré le service comme un préliminaire, une petite tape pour lancer les ébats. Celui de Nadal, à l'origine, n'avait aucune volonté de nuire. Il n'était qu'une simple mise en jeu. Il péclotait aux environs de 150 km/h. Il aspirait à prendre l'ascendant dans l'échange sans aucune ambition de l'écourter. Presque aucun ace, très peu de services gagnants. Le néant. Mais Nadal compensait par des efforts surhumains. Là où ses rivaux n'avaient besoin que d'une seule balle, il courait dans tous les coins, il criait vamos et chassait les points avec la fougue d'un Apache. C'était épique. Mais c'était épuisant.
Le service a toujours été son pire défaut: il n'y a vu que son plus grand potentiel. Dès le départ, ce n'était pas un geste naturel pour lui. D'autant moins naturel qu'il est droitier dans de nombreux aspects de la vie et «qu'il peut avoir des difficultés à jouer aux fléchettes de la main gauche», selon Luca Appino, qui le considère pourtant comme «un pur gaucher... légèrement contrarié».
Pour compenser, Nadal utilisait beaucoup le service slicé, avec un mouvement préparatoire très bref, voire sommaire, dans le but de trouver le revers adverse. Il était incapable de la moindre accélération avec sa tête de raquette et son transfert de poids vers l'avant ajoutait à la mollesse ambiante. Avec une balle aussi inoffensive, Nadal ne pouvait pas faire de vieux os dans ce monde.
Il a gagné Roland-Garros dès sa première participation et, immédiatement, il s'est mis en tête de réaliser son rêve, le plus grand et le plus beau de ses rêves: remporter Wimbledon. Or Nadal savait que même si le All England Club n'était plus un bastion du service-volée, il exigeait qu'on y serve bien, idéalement vite et bien.
Nadal a cherché davantage d'angles, de vitesses et d'effets. Pour modifier le mécanisme du mouvement, il a corrigé un à un de très nombreux détails: le lancer, la prise de raquette (qui, elle, n'est pas un détail), l'armé, la flexion des jambes, le transfert de poids.
Pour avoir une chance de frapper des aces, il devait d'abord générer une plus grande vitesse de bras. «C'est ainsi qu'il a cherché à "faire tomber" la raquette de plus haut pour trouver de l’élan», expliquait Patrick Mouratoglou dans L'Equipe. «Techniquement, ce geste est contestable. Il manque de justesse. Il a malgré tout permis davantage d’accélérations.»
En 2008, quand Nadal remporte Wimbledon, la technique n'est pas au point. La première balle ronronne à une moyenne de 184 km/h. Mais c'est déjà 26 km/h de plus qu'à ses débuts en 2003.
Nadal persévère. Ses gestes sont toujours plus économes (coude moins haut, flexion nettement moins marquée, préparation hyper courte) mais le mouvement ne cesse de gagner en vivacité et en fluidité. Avec la souplesse extravagante de son poignet, Nadal explore des angles inédits. Avec la puissance de son corps et une bascule à peu près coordonnée, il gagne encore quelques km/h pour atteindre une moyenne de 190. Son quota d'aces annuel passe de 219 en 2005 à 310 en 2010, l'année de tous les possibles, l'an de grâce où il remporte l'US Open sans concéder une seule fois son service avant la finale!
Dans ce processus, Nadal cherche autant à protéger son corps des usures inavouables qu'à obtenir des points «gratuits». S'il plie nettement moins ses genoux au service, c'est aussi parce qu'il souffre d'une maladie incurable au pied gauche, et que la douleur se propage dans les articulations.
La rotation du tronc qui, comme au lancer du poids, impulse la vitesse, a également faibli avec le temps, pour devenir relativement rigide et succincte. Beaucoup soupçonnent des douleurs dorsales, voire des micro-déchirures abdominales fréquentes. Même le lancer ne démarre plus qu'à hauteur de hanche, sans réel mouvement de balancier, avec une préparation raccourcie qui peut paraître précipitée.
Il n'empêche que Nadal avance et met des dérouillées à tous ceux qui, comme Lorenzo Sonego samedi, le croient vulnérable, un rien inhibé, peu à son aise sur le gazon de Wimbledon. Son service n'est pas devenu le meilleur du monde mais il en vaut désormais beaucoup d'autres, peut-être même celui de Novak Djokovic. Mieux: il devient une formidable rampe de lancement vers le filet, où Nadal possède actuellement la plus belle patte du circuit.
A partir de là, le monde du tennis se divise en deux catégories: ceux qui ont appris à craindre ses balles; et ceux qui creusent leur tombe.
Willian est en discussion avec Fulham, selon les informations de The athletic. Quoi qu'il en soit, il prépare son déménagement à Londres, où il possède un appartement. L'attaquant (34 ans, 70 sélections) a déclaré au quotidien Globo qu'il ne supportait plus le climat de violence dans lequel il baigne au Brésil.