Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06919.jsonl.gz/780

Pour décrire complètement une personne, il faut envisager deux aspects:
- ce que l’on voit, ce que l’on entend: l’aspect extérieur
- ce que la personne pense, ce qu’elle ressent, ce qui est dans sa mémoire: l’aspect intérieur.
L’extérieur
C’est ce qu’on voit et ce qu’on entend, face à une personne. C’est ce qu’on peut enregistrer avec un appareil de photos, une caméra vidéo, un magnétophone. Deux observateurs voient et entendent exactement la même chose. Cela correspond à ce qui est «matériel». C’est ce qui est apparent. C’est cela qui est objectif.
L’intérieur
À quoi est-ce que je pense? Quelle émotion est-ce que je suis en train de vivre? Ai-je des regrets? Suis-je satisfait? Quels sont mes projets? Toutes ces choses existent, mais on ne peut ni les voir, ni les mesurer, ni les tenir dans sa main. On ne peut pas les objectiver. Elles font partie de l’intérieur de ma personne. C’est l’aspect subjectif de ma personne.
Implications
Il est important de comprendre qu’entre l’intérieur et l’extérieur d’une personne, il n’y a que des corrélations, pas des équivalences. Il n’y a surtout rien d’univoque. On ne peut pas dire «Après avoir — plus ou moins longtemps — observé untel ou unetelle, j’ai constaté…, donc il/elle pense ceci ou cela, il/elle ressent telle ou telle émotion, il/elle a tel ou tel but.» C’est une erreur grossière — et épistémologique!
C’est pour cela qu’on dit «les apparences sont trompeuses». En fait, les apparences ne sont pas trompeuses, si on les prend pour ce qu’elles sont et rien de plus: l’aspect visible des choses, l’extérieur. Mais on se trompe lorsqu’on croit connaître l’intérieur en connaissant les apparences.
La prochaine fois que vous regarderez un débat télévisé ou une dispute dans la vie, observez attentivement «de quoi est-ce que les gens discutent?» Vous constaterez que la discussion oscille constamment entre ces deux aspects. La plupart des gens confondent allègrement l’intérieur et l’extérieur. La plupart des gens souscrivent, sans s’en rendre compte, au mythe de l’équivalence entre ce qu’on constate et ce que pense une personne. Ce qui conduit inévitablement à des malentendus, à des procès d’intention et à des débats sans fin,
Qu’est-ce qu’un procès d’intention? C’est lorsqu’une personne prétend connaître avec certitude les pensées, les motivations, les émotions d’une autre. C’est complètement abusif, parce que les pensées, les motivations, les émotions sont du domaine intérieur et donc, par essence, inaccessibles à la connaissance objective!
Exemples
- Dire d’une personne qu’elle «parle peu et elle a le visage peu expressif, voire l’air triste» C’est énoncer des constatations, c’est décrire ce que l’on voit de l’extérieur et c’est assez objectif. Mais en ce qui concerne l’intérieur de cette personne, on ne peut faire que des hypothèses, des conjectures: est-elle triste? déprimée? fatiguée? intimidée? renfrognée?
- En symétrie: je vois une personne au visage souriant, qui parle fort et qui dit des choses telles que «je suis sincère». Voilà pour les constatations «objectives»; je décris ce que je vois de l’extérieur. Mais si je dis «cette personne est joyeuse», je fais en fait une supposition; je suis en train de faire une inférence sur l’intérieur de la personne à partir de l’extérieur, et c’est abusif. Peut-être est-ce quelqu’un qui est en train de faire un numéro? Peut-être est-ce un bonimenteur? Peut-être est-ce quelqu’un qui essaie de vendre quelque chose — ce quelque chose pouvant être ses idées?
- «Des gens font la queue devant un magasin qui vend des objets high tech, il est 6 heures du matin. Ils ont l’air heureux.» Telles sont les constatations objectives. Se demander quelles sont les motivations des personnes, c’est se demander ce qu’elles ont à l’intérieur. À ce sujet, on ne peut que faire des suppositions: certaines personnes sont peut-être des «victimes» du maketing, d’autres des fashion victims. Peut-être quelqu’un a-t-il fait un pari avec un copain ou avec lui-même? Peut-être quelques uns sont-ils là pour participer à un événement socio-culturel. Pour d’autres, c’est l’occasion de rencontrer des «passionnés». Et ainsi de suite.
Le 31 août 2010