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04/07/2014
Sur l'enseignement de la philosophie au collège
Certains semblent considérer qu'il faudrait laisser, au nom de la diversité et du pluralisme de la pensée, les enseignants de philosophie enseigner ce que bon leur semble. J'avoue que j'aurais plutôt tendance à penser qu'il est nécessaire et souhaitable de transmettre un certain bagage, un bagage minimum de philosophie, à tout individu, à tout citoyen, à tout membre de notre société. Tout comme il y a un minimum de connaissances historiques et géographiques à avoir pour être à même de fonctionner harmonieusement dans notre société et pour pouvoir se développer pleinement, il me semble qu'un minimum de connaissances philosophiques serait aussi quelque chose de requis et de positif. Ce minimum, je ne vois donc pas pourquoi nous ne le mettrions pas dans la loi, dans les programmes scolaires.
Comment procéder ?
Voilà ce que je proposerais, en toute humilité du haut de mes modestes deux années d'étude en philosophie (et voilà de fait comment j'envisagerais l'organisation d'un cours si j'étais enseignant au collège). A noter que mes propos sont directement inspirés de l'enseignement que je suis au Département de philosophie de l'Université de Genève et que je ne prétends donc rien inventer de bien extraordinaire ici.
Il y a trois façons d'enseigner la philosophie il me semble.
Premièrement, en enseignant l'histoire de la philosophie, soit en décrivant succession par succession dans le temps philosophes et idées.
Deuxièmement, en présentant un auteur et ses idées. Par exemple, on pourrait donner un cours entier sur Wittgenstein, ou sur certains de ses écrits, ou seulement sur certaines de ses thèses principales, etc.
Troisièmement, en présentant l'état de la recherche en philosophie par principal champ (domaine) d'étude philosophique.
La troisième méthode est clairement la meilleure. La philosophie progressant, il est absurde de penser qu'étudier un auteur en particulier permettra de rendre compte de l'aboutissement de la recherche en philosophie. Quant à retracer cette lente progression, cela peut avoir une certaine valeur certes, mais cela n'a pas sa place dans les deux seules années de philosophie qui sont dispensées au collège ! Le temps nous est compté.
La meilleure méthode étant tout désignée, il convient maintenant d'esquisser un programme d'étude. Je propose de concevoir que l'enseignement de la philosophie devrait être réalisé par le même enseignant sur les deux années d'enseignement dévolus à l'étude de la philosophie au collège, et ce afin de permettre à l'enseignant d'élaborer un programme d'enseignement sur deux années entières.
Ce programme peut être divisé en deux fois deux semestres (soit deux fois deux demi-années), et donc en quatre semestres successifs.
Voici une proposition fondée sur une alternance entre philosophie fondamentale (théorique) et philosophie pratique (alternance qui serait probablement agréable pour les élèves).
Semestre 1 : Logique, métaphysique, et philosophie du langage
Semestre 2 : Philosophie éthique et philosophie esthétique
Semestre 3 : Philosophie de l'esprit, philosophie de la connaissance, et philosophie des sciences
Semestre 4 : Philosophie politique et philosophie juridique
Le premier semestre commencerait par une introduction à la logique, car toute pratique philosophique se fonde sur la maîtrise (minimale) de la logique. Un essai de philosophie valable est en effet une thèse argumentée avec des prémisses vraies et une structure argumentative logiquement valide. Cette base posée, on pourrait aborder la métaphysique (déterminisme versus libre-arbitre, relativisme versus objectivisme, universaux versus tropes, etc.). Enfin, on conclurait ce premier semestre par une introduction à la philosophie du langage.
Le deuxième semestre serait partagée entre philosophie éthique (conséquentialisme, déontologisme, éthique des vertus, etc.) et philosophie esthétique (qu'est ce qu'une œuvre d'art ?, qu'est ce que la beauté ?, etc.).
Le troisième semestre serait découpé entre philosophie de l'esprit, philosophie de la connaissance (qu'est ce qu'une connaissance ?, comment fait-on pour savoir ?, etc.), et philosophie des sciences ou philosophie de la connaissance scientifique (inductivisme, falsificationnisme, herméneutique de Lakatos, anarchisme épistémologique de Feyerabend, etc.).
Enfin, le quatrième et dernier semestre aborderait la philosophie politique et la philosophie juridique, dont les lecteurs de mon blog ont probablement une petite idée de la nature de ces domaines d'étude.
Je mets un seul bémol à cette proposition : si les élèves demandaient à étudier autre chose que ce qui leur était proposé, je pense qu'il serait souhaitable d'accéder à leur demande, même s'ils demandaient à étudier le moins intéressant de tous les philosophes de l'univers. Car la motivation des élèves conditionne leur capacité d'apprentissage.
Toutefois, une bonne présentation de ce programme devrait en motiver plus d'un je pense.