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Alors que l'augmentation des résistances aux antibiotiques et l'attente de nouveaux traitements inquiètent la communauté médicale, une équipe américaine du groupe Merck vient peut-être de découvrir une nouvelle classe d'antibiotiques, capable de faire face à des «superbugs» tels que le staphylocoque doré multirésistant.1 Les chercheurs ont voulu étudier les armes naturelles que les bactéries produisent pour se protéger des autres micro-organismes. Grâce à l'analyse de 250 000 échantillons contenant les sécrétions de 83 000 souches bactériennes variées, ils ont identifié une substance qui empêche la prolifération des bactéries Gram positif exclusivement. Libérée par la bactérie du sol Streptomyces platensis, cette substance a été baptisée platensimycine. Jusqu'à présent les antibiotiques médicaux connus ciblaient la paroi, la synthèse protéique ou encore le génome bactériens. Mais la platensimycine a la particularité d'empêcher la prolifération des bactéries en inhibant la synthèse des acides gras qui composent leur membrane. In vitro, la platensimycine est efficace contre des bactéries S. aureus et S. pneumoniae résistantes à la vancomycine, au linezolide ou à la méthicilline. In vivo, les infections au S. aureus régressent et disparaissent chez des souris injectées de façon continue avec de la platensimycine pendant 24 heures. Non toxique, à large spectre et ne pouvant induire de résistances croisées avec d'autres traitements, cette substance antibactérienne est une candidate idéale pour mettre au point de nouveaux médicaments. Pour Daniel Lew, médecin-chef au Service des maladies infectieuses des HUG de Genève, une nouvelle voie vient de s'ouvrir. «Les prescriptions à grande échelle des antibiotiques aussi bien que leur utilisation inappropriée augmentent le nombre des infections impossibles à traiter. La recherche était dans une impasse depuis une vingtaine d'années ; on ne trouvait pas de nouvelles familles d'antibiotiques malgré l'essor de la génomique qui promettait la mise au point de nouvelles molécules. Le fait qu'un industriel accepte de divulguer des résultats aussi préliminaires montre que ces études sont vraiment prometteuses, même si l'on peut supposer qu'il faudra plusieurs années avant qu'un médicament soit présent sur le marché.» Les chercheurs ont également identifié la cible spécifique de la platensimycine par des études de cristallographie : il s'agit du site catalytique d'un intermédiaire de l'enzyme FabF, responsable de l'élongation des acides gras. Ils espèrent grâce à ces données structurales mettre au point des molécules chimiques mimant l'antibiotique naturel.1 Wang J, et al. Platensimycin is a selective FabF inhibitor with potent antibiotic properties. Nature 2006;44:358-61.