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Cannes 2023 : Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, Creatura, le deuxième film de la cinéaste Elena Martín Gimeno, livre un drame intense et intime sur l’éveil sexuel et les tabous
Creatura, de Elena Martín Gimeno, présenté à la Quinzaine des Cinéastes, est le deuxième film de la cinéaste Elena Martín Gimeno, sur un scénario co-signé par la réalisatrice elle-même et par Clara Roquet, sur la répression sexuelle et le rejet après une rupture.
Dans la pénombre d’une chambre aux volets mi-clos, une adolescente semble découvrir son corps alors que des voix retentissent à l’extérieur puis on l’appelle. On retrouve Mila sous le soleil ardent de la Costa Brava. Le temps semble s’être écoulé mais le lieu est le même : Mila et Marcel saluent les parents de Mila qui leur laissent leur maison à la campagne en catalogne. Dans la moiteur de l’été et sous les rayons ardents du soleil, le couple semble heureux de passer quelques jours ensemble. La nuit venue, Marcel lit un livre avec assiduité alors que Mila tente d’éveiller son désir. Marcel reste insensible… Mila et Marcel forment un couple apparemment parfait. Elena Martín Gimeno filme les corps au près, les visages qui se surmontent, les râles qui transpercent l’écran, les peaux qui s’entrechoquent.
Rapidement, la caméra d’Elena Martín Gimeno nous fait comprendre que le jeune couple n’arrive plus à avoir de relations sexuelles. Ce qui n’empêchera pas la réalisatrice de filmer de nombreuses scènes d’ébats dans la pénombre ou la quasi-obscurité. En alternance, la réalisatrice filme Mila adolescente ou jeune adulte nageant dans les eaux turquoise de la Méditerranée ou lors de réunions de famille où les relations entre Mila et son père paraissent compliquées.
Au fil des séquences, Mila confronte Marcel, le poussant au dialogue que ce dernier préfère fuir. Au fil du récit, Elena Martín Gimeno dévoile à son public quelques éléments qui permettent de se plonger dans le passé de Mila. Tout en tentant d’expliquer les choses à son partenaire, Mila réfléchit à son éveil sexuel, de l’adolescence – on la voit nager dans la mer puis de sa chambre de son jeune fille avec une amie – à la petite enfance. Progressivement, on perçoit l’intention de la réalisatrice de livrer un drame se déroulant sur la Costa Brava qui tourne essentiellement – existentiellement, pourrait-on dire – autour de la répression et du rejet sexuel lorsque la protagoniste, après une rupture, revient sur son éveil au désir et à la séduction depuis l’enfance. Pas de véritable traumatisme déterminant, pas d’événement majeur, mais une accumulation d’humiliations, de non-dits et de tabous, filmés de manière très réaliste, souvent crue, par l’actrice-cinéaste, des scènes qui pourront paraître trop criardes pour certaines personnes.
Tout au long de son film, la cinéaste-actrice explore les conséquences de la répression sexuelle normalisée, en particulier dans la condition féminine, en confrontant directement son public à « la sexualité féminine infantile, à l’origine de ce refoulement inconscient ».
Le film comporte deux temps narratifs qui s’entremêlent au fil des séquences, oscillant entre le présent et les difficultés que rencontre Mila dans les relations sexuelles, et des voyages récurrents dans les souvenirs de la protagoniste, dans son enfance et son adolescence, pour « se connecter avec sa douleur, son dégoût et sa honte les plus essentiels, pour la transcender et renouer avec elle désir », dixit la réalisatrice qui précise : « Je veux analyser et briser la relation entre le sexe et le danger, en soulevant des doutes sur la répression comme mesure de protection dans l’éducation chrétienne ».
Évitant le mélodrame tout en suggérant des failles issues du passé de Mila, Creatura plonge les spectateurs dans une sorte de psychanalyse flottant entre présent et passé. Mais, plus qu’une séance psychanalytique, le film est une exploration intense dans la sexualité d’une personne, une introspection qui place le public, bien malgré lui, dans une situation de voyeur.
Firouz E. Pillet, Cannes
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