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Le désaccord au sein de l'alliance concernant l'augmentation de l'offre de pétrole pour répondre à la reprise de la demande a poussé les cours à leur plus haut niveau depuis trois ans.
- Il n'y a pas de pénurie de pétrole et nous maintenons notre objectif à douze mois pour le baril de Brent à 60-70 dollars dans l'attente d'un plan commun de l’Opep+
- Le désaccord au sein de l'alliance Opep+ concernant l'augmentation de l'offre de pétrole pour répondre à la reprise de la demande a poussé les cours à leur plus haut niveau depuis trois ans
- L'Arabie saoudite et la Russie ont proposé un calendrier pour ramener la production aux niveaux d’avant la pandémie, mais les Emirats arabes unis estiment que ce calendrier ne tient pas compte de leurs investissements dans de nouvelles infrastructures
- L'Opep+ est fondamentalement d'accord sur la nécessité d'augmenter la production et nous anticipons une résolution du différend.
Le désaccord portant sur le rythme du rétablissement de l'approvisionnement en pétrole post-Covid a fait grimper les prix à 79 dollars le baril, leur plus haut niveau depuis trois ans. Alors que l'Opep et ses alliés cherchent à infléchir les réductions de production, la demande provenant d’économies en pleine reprise continue à dépasser l'offre, défiant ainsi la stabilité des cours du pétrole.
Selon la Banque mondiale, l'économie mondiale enregistre sa croissance post-récession la plus rapide depuis huit décennies. La demande de pétrole s'accélère et l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (Opep) ainsi que ses alliés dont la Russie, collectivement connus sous le nom d'Opep+, tentent de trouver un accord sur la manière d'équilibrer l'offre afin de maintenir les cours.
Lorsque l'Opep+ s'est réunie plus tôt ce mois, l'Arabie saoudite et la Russie ont proposé ensemble un calendrier de rétablissement de la production qui ramènerait cette dernière à des niveaux proches de ceux de 2019. Ce plan consistait à augmenter chaque mois la production de 400’000 barils par jour (bpj), et ce d'août à décembre 2021. Dans l'intérêt de la stabilité du marché pétrolier, cette proposition comprenait également le report de la fin des restrictions d'avril 2022 à décembre 2022 (cf. graphique 1).
Les Emirats arabes unis, qui possèdent la sixième plus grande réserve de pétrole au monde, ont investi dans leurs infrastructures pétrolières. En conséquence, le pays a objecté que ses récents investissements n’étaient pas reflétés dans les propositions de l'Opep+ pour l'augmentation de la production. Plus précisément, ils souhaitent que le niveau de référence en la matière passe de 3,16 à 3,84 millions de bpj. La reprise de la production de brut dans les Emirats arabes unis est indéniablement à la traîne de celle des autres pays: en mai, elle était toujours inférieure de 30% à celle enregistrée treize mois auparavant, tandis que la production russe était inférieure de 8% sur la même période.
L'absence d'un accord permettant de gérer l’augmentation de l'offre a un effet haussier sur les cours du pétrole à court terme. En théorie, les membres de l'Opep+ continueront à extraire du pétrole aux niveaux actuels, déjà insuffisants pour répondre à la croissance de la demande. Quant aux autres producteurs, y compris les sociétés américaines de production de pétrole de schiste, ils ne sont pas à même de combler le déficit à court terme, ce qui contribue à resserrer davantage les prix. De nombreux producteurs américains de pétrole de schiste sont sous pression pour récompenser leurs investisseurs par des rendements, au lieu de réinvestir dans leurs infrastructures – un chapitre à surveiller dans les résultats du deuxième trimestre. Certaines sociétés pétrolières américaines sont également engagées dans la livraison de contrats signés en 2020 à titre de couverture à 55 dollars le baril seulement.
La semaine dernière, la querelle de l'Opep+ a fait grimper le cours du Brent à plus de 77 dollars le baril, son plus haut niveau depuis trois ans, portant les gains à 49% depuis le début de l'année. À l'heure où nous publions ces lignes, le baril se négocie à 75,14 dollars. Ce qui laisse à penser que l'Arabie saoudite, qui a inversé une réduction auto-infligée de 1 million de bpj en avril, et la Russie pourraient être impatientes d'accroître les flux de pétrole vers les marchés.
Ce statu quo entraîne également une diminution des stocks pétroliers. La baisse de l'offre de pétrole au début de la crise du COVID-19 a vu les réserves mondiales culminer durant le deuxième trimestre 2020 à 1,4 milliard de barils au-dessus de leur niveau d’avant la pandémie, soit l'équivalent de deux semaines de demande.
Si l'Opep maintient l'offre à des niveaux constants jusqu'à la fin de l'année, nous estimons que les réserves excédentaires mondiales baisseront à 170 millions de barils d'ici à fin 2021, ce qui correspond à deux jours d'approvisionnement. En revanche, si le cartel revient aux niveaux de production de 2019, l’offre sur le marché pétrolier sera excédentaire, ce qui entraînera inévitablement une baisse des prix.
Ce n’est pas la première fois qu’un désaccord survient au sein de l’alliance. En mars 2020, l'Opep avait appelé la Russie à réduire sa production de 1,5%. Lorsque la Russie a refusé de soutenir la stratégie commune et que la crise sanitaire a affaibli la demande, les efforts de l'organisation pour prolonger les réductions de l'offre ont échoué et les cours du brut ont chuté. En mai 2020, l'Opep+ a convenu de réduire sa production de 9,7 millions de bpj. L'alliance a lentement assoupli sa politique et ces réductions s'élèvent désormais à 5,8 m bpj.
Les membres de l'Opep+ représentent 44% de la production mondiale de pétrole et 82% des réserves avérées de pétrole. L’alliance, réunie pour la première fois en 2016, a porté le nombre de ses pays membres à 24, Russie incluse.
L'insuffisance de l’offre signifie que, selon une perspective fondamentale et à plus long terme, le monde ne sera pas à court de pétrole. Même une fois que les économies auront pleinement repris, la demande ne reviendra pas à ses niveaux d’avant la pandémie, car les sources alternatives d'énergie remplacent peu à peu les combustibles fossiles dans le cadre de la transition vers une économie zéro émission nette. Bien que ce ne soit pas universellement reconnu, BP, septième compagnie pétrolière mondiale en termes de capitalisation boursière, a estimé en 2019 que la demande de pétrole - et de charbon - avait déjà atteint un pic.
Les producteurs dépendant des revenus pétroliers prennent déjà des mesures pour diversifier leurs économies à mesure que la transition vers des économies neutres en carbone prend forme. L'Opep, par exemple, a accueilli la semaine dernière un atelier sur le changement climatique.
Pour les Emirats arabes unis, la transition vers une économie moins dépendante des revenus des hydrocarbures a été l'une des plus réussies parmi les Etats du Golfe. L'industrie pétrolière du pays est concentrée dans l'un des sept émirats – Abu Dhabi – où elle compte pour plus de la moitié de l’économie. En 2020, les Emirats arabes unis ont dans l’ensemble tiré de cette industrie un peu plus d'un quart de leur PIB réel, le reste étant concentré dans le tourisme, les services financiers et le secteur des hautes technologies. En comparaison, l'Arabie saoudite dépend du pétrole pour quelque 40% de son produit intérieur brut, et les hydrocarbures représentent quatre cinquièmes des exportations en valeur (cf. graphique 2). Les exportations russes de pétrole et de gaz constituent plus de 30% du PIB et plus de 60% des exportations.
Pour le moment, ce différend ressemble plus à une querelle passagère qu'à une rupture des relations. Une nouvelle réunion de l'Opep+ tentera finalement de sortir de l'impasse actuelle. Le secrétaire général du cartel, Mohammed Sanusi Barkindo, a déclaré qu'une nouvelle date pour une rencontre «sera décidée en temps voulu». Historiquement, le cartel ne se réunit que deux fois par an. Les membres de l'Opep savent désormais qu'ils pourront se retrouver autour d'une table pour discuter du sujet d’ici quelques semaines. Fait important, tous les membres de l'Opep s'accordent sur le fait qu'ils doivent augmenter la production pour stabiliser les cours du pétrole à mesure que les économies rouvriront. La difficulté sera de trouver une base de référence, car toute concession consentie aux Emirats arabes unis peut ouvrir la porte à d'autres requêtes d'ajustement.
L'alliance Opep+ et le contrôle qu'elle exerce sur le marché pétrolier sous-tendent notre scénario central en faveur d’un pétrole qui se négociera dans une fourchette allant de 60 à 70 dollars le baril au cours des prochains trimestres. Aussi longtemps que les producteurs ne parviendront pas à un compromis, le marché pétrolier restera volatil. Tant qu'une grande partie de la production restera exclue du marché et que la production tournera à moins de la moitié de sa capacité, des hausses soutenues des cours du pétrole semblent injustifiées.
Une Opep+ dysfonctionnelle modifierait nos perspectives. Nous ne pouvons pas écarter le risque d'une alliance toujours plus fracturée, car nombre de ses membres souffrent du recul de leurs parts de marché. Après la guerre des prix de mars 2020, les positions semblent claires, avec une Russie peu désireuse de soutenir de nouvelles limites de production. En outre, si la querelle n’est pas résolue rapidement, les producteurs américains de schiste finiront par tirer profit de l'amélioration des conditions du marché pour augmenter leurs capacités de production.