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Craig Venter, l'ancien patron de Celera, père du séquençage rapide du génome humain, a commencé à travailler l'opinion sur son prochain rêve, l'assemblage gène par gène d'un génome synthétique capable de donner vie à un microorganisme viable. Il a annoncé le 21 novembre que le Département américain de l'énergie soutiendra ce projet durant les trois ans à venir par un apport de trois millions de dollars.
Ces travaux au long cours seront menés par l'Institut pour des alternatives énergétiques biologiques (www.bioenergyalts.org), que Craig Venter a créé à Rockville après son départ de Celera début 2002. Ils bénéficieront de la collaboration du Prix Nobel Hamilton Smith. Le Washington Post a pu publier l'entier de ces informations la veille de l'annonce officielle, avec des commentaires de Smith et Venter en personne. Enquête bien menée, fuite intéressée ? Le journaliste ne donne aucune indication sur ses sources.
Pour Craig Venter, il s'agit d'un retour à d'anciennes passions. Avant de se lancer dans la course au décryptage du génome humain, dans la plus pure logique réductionniste, le scientifique se posait la question de savoir quel ensemble minimal de gènes suffirait à entretenir une forme de vie élémentaire. Fin 1999, il a cosigné avec Hamilton Smith, dans la revue Science, une étude qui a généré une première bouffée d'émotion autour de la «vie synthétique». Les auteurs y estimaient que seuls 265 à 300 des 517 gènes que possède la bactérie minimaliste Mycoplasma genitalium sont indispensables à sa survie et à sa multiplication en laboratoire.
Dans un premier temps, les chercheurs tenteront sans doute de priver peu à peu M. genitalium de ses gènes superflus. Mais à terme, si la stratégie s'avère praticable, ils comptent assembler pièce à pièce un génome artificiel minimal, l'introduire dans une bactérie privée de son ADN, et donner ainsi naissance à des micro-organismes d'un type nouveau. Craig Venter a semé son idée dans un biotope propice. Déjà elle se reproduit, alimente le débat et crée de nouvelles craintes.