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Ce sont bien des cellules souches que contiennent par centaines les follicules pileux des mammifères. Il aura fallu cinq ans de travaux au professeur lausannois Yann Barrandon et à ses collaborateurs pour apporter la preuve définitive de cette hypothèse, qu'ils avaient déjà défendue en mars 2001 dans la revue Cell. Dans un article qu'ils ont publié le 11 octobre, les chercheurs du Laboratoire de dynamique des cellules souches de l'EPFL et de l'Université de Lausanne Stéphanie Claudinot, Michael Nicolas, Hideo Oshima, Ariane Rochat écartent systématiquement les objections soulevées par le premier article (PNAS 2005;102:14677-82).Les retombées possibles de ces travaux dépassent les seules applications cliniques concernant le poil ou les cheveux. Les cellules souches des follicules constituent en effet un modèle très prometteur pour l'étude des cellules souches de la peau et de leur différenciation. «Nous avons réussi pour le follicule pileux la même démonstration que Till et McCulloch pour les cellules souches de la moelle hématopoïétique», se réjouit Yann Barrandon. Ce résultat est d'autant plus intéressant que les cellules souches du follicule pileux, contrairement à celles de la moelle osseuse, croissent très bien en culture où elles survivent sans difficulté à plus de 140 divisions. Autant de raisons qui expliquent pourquoi l'équipe lausannoise a fait la couverture des Proceedings.Les travaux de Yann Barrandon illustrent bon nombre de propriétés surprenantes des cellules souches des follicules pileux. A partir d'une seule de ces cellules, prélevée dans une vibrisse de rat, les chercheurs ont obtenu d'innombrables descendantes capables, une fois transplantées sous l'épiderme d'un ftus de souris, de participer à la constitution, puis au fonctionnement normal de milliers de follicules pileux. Nichées dans une zone précise du follicule appelée le renflement, elles sont capables de migrer vers la surface pour constituer les glandes sébacées, ou vers le bas pour former la papille du poil, répondant ainsi à des signaux qui restent à identifier. L'abondance de ces cellules souches est un mystère en soi. Elles sont plusieurs centaines dans chaque follicule pileux, alors que quelques-unes suffiraient à assurer le renouvellement du poil tout au long de la vie de l'animal.Les cellules souches du poil participent par ailleurs au cycle du follicule pileux anagène, catagène, télogène , cycle qui reproduirait par certains aspects le développement embryonnaire du poil. Enfin, pour couronner le tout, ces cellules souches quittent leur niche lorsque l'épiderme environnant est lésé pour participer à sa cicatrisation, probablement en collaboration avec les cellules souches propres de l'épiderme.«Nous allons pouvoir enfin étudier ces mécanismes au niveau moléculaire, se réjouit Yann Barrandon. Par exemple en modifiant le génome des cellules, puis en observant les altérations de fonctions après transplantation chez l'animal.» Du cancer au psoriasis, les affections dont le mécanisme est accessible à ce modèle sont nombreuses. Le grand espoir du chercheur, dermatologue avant de devenir biologiste, titulaire de la chaire de chirurgie expérimentale du CHUV, c'est d'avoir le temps de développer des applications cliniques. Et de faire ainsi aboutir une démarche commencée au chevet d'un jeune homme de son âge, couché dans un de «ses lits» lorsqu'il était jeune médecin, gravement atteint de psoriasis (lire ci-contre). Elle vit encore, sa révolte face à la résignation de la médecine.Rencontre avec une «star»Yann Barrandon fait partie des chercheurs réputés que l'EPFL et l'Université de Lausanne ont appelé pour concrétiser leurs ambitions communes dans le domaine des sciences de la vie. Le Laboratoire de dynamique des cellules souches est ainsi l'un de ces creusets nouveaux destinés à asseoir la réputation lausannoise comme «pôle» de recherche en biologie.On y sent une effervescence digne de ces attentes. Yann Barrandon règne en patron incontesté sur une équipe de 23 personnes. Les jeunes chercheurs qui s'activent entre les paillasses du «plateau technique» en veulent. Ils savent sans doute que le laboratoire a déjà fait les couvertures de Cell, de Nature et des Proceedings. Yann Barrandon aligne les entrevues informelles à un rythme soutenu, passe de son bureau au «plateau technique», quand il n'est pas «en route». Il reconnaît être très exigeant, «la seule façon de durer dans ce domaine».L'équipement du laboratoire témoigne lui aussi des ambitions de l'EPFL et de l'Université : chambres stériles, salle d'opération pour animaux, système de micro-dissection au laser, vaste collection de cellules congelées.Yann Barrandon se défend pourtant d'avoir jamais cherché les honneurs scientifiques. S'il a quitté Paris pour Lausanne, c'est pour profiter des conditions de recherche «extraordinaires» qui lui étaient offertes. Le scientifique raconte sa carrière comme une quête née au chevet de «ses» malades lorsqu'il était jeune médecin, qu'il espère mener à son terme, c'est-à-dire au chevet d'autres malades.Il est fier cependant d'avoir réussi une démonstration comparable à celle de Till et McCulloch, lauréats du prix Lasker cette année. Il ne renonce pas non plus à tout esprit de compétition et peut s'impatienter lorsqu'il évoque les manuvres de tels «compétiteurs». Un vrai patron.