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D’origine cutanée, les cornes s’emboitent sur des chevilles qui sont quant à elles d’origine osseuse. Dans son immense ouvrage de huit cent cinquante pages paru en 1938, le Docteur Marcel Couturier est formel quand il décrit les chevilles osseuses: «Ces supports sont histologiquement osseux et non des productions cutanées, comme le prétend à tort F. Lataste1.» Ce que l’on a coutume d’appeler la corne est donc constituée d’un étui et d’un pivot. La section longitudinale d’une corne permet de mettre en évidence la consistance et les dimensions de chacune de ces deux parties.
En ce qui concerne les chevilles osseuses, la coupe montre que le noyau est creux à sa base sur une hauteur d’environ deux centimètres. Le Docteur Couturier indique que «cette cavité basale communique avec les sinus frontaux dont elle n’est que le prolongement.» Quant à la partie centrale du pivot, l’auteur mentionne «qu’elle est spongieuse et lacunaire.» Vient ensuite la question non démunie d’arrière-pensée de la hauteur de ces axes. En effet, cette interrogation peut éventuellement nourrir l’idée selon laquelle la longueur du pivot pourrait être directement proportionnelle à l’âge de l’animal, voire liée à celui-ci par une relation mathématique.
Cheville osseuse de 96 millimètres pour cette corne d’un chamois âgé de cinq ans, ce qui correspond totalement aux statistiques du Docteur Couturier.
Cette photo du bas du pivot montre d’une part la texture spongieuse et lacunaire de la partie centrale du pivot et, d’autre part, la partie basale creuse qui communique avec les sinus.
Axe osseux… muet aussi
En d’autres termes, s’il n’est pas possible de déterminer l’âge d’un animal en comptant les anneaux extérieurs de la corne, une coupe longitudinale de cette corne peut-elle apporter quelques éléments de réponse? Et bien non! Selon le Docteur Couturier, «ces axes osseux se développent rapidement et au bout de cinq ans atteignent leur hauteur définitive. La différence de longueur de ces supports entre un sujet de deux ans et un vieux mâle n’est guère supérieure à deux ou trois centimètres.» Par ailleurs, les tableaux produits par le Docteur Couturier montrent que la dispersion est très importante entre des sujets du même âge. A titre d’exemple, sur les seize boucs dont les pivots ont été mesurés, le plus petit d’entre eux mesure huit centimètres et le plus long un peu plus de douze centimètres. Tout éventuel calibrage précis entre l’âge et la longueur des pivots est donc impossible. Par contre, deux faits sont prouvés – d’une part les pivots atteignent leur hauteur définitive à 5 ans, d’autre part les femelles ont des pivots plus courts que les mâles.
La cheville osseuse monte jusqu’aux 3/5 de la hauteur de la corne.
Comme le montre la position de la flèche rouge, il n’y a pas de traces d’anneaux d’âge à l’intérieur de l’étui.
Pas de traces internes
S’il n’est pas possible de donner l’âge d’un animal en mesurant la longueur de ses pivots, est-il concevable de le faire en observant la face intérieure de la corne, celle qui est située entre le pivot et l’étui? En d’autres termes, la lisibilité des anneaux d’âge est-elle meilleure sur la face intérieure que sur la face extérieure de la corne ? Comme pour les pivots, l’examen de la face intérieure des cornes n’apporte rien d’intéressant. En effet, le Docteur Couturier s’exprime en ces termes: «L’intérieur de l’étui est uniformément lisse et poli; les anneaux d’âge n’y laissent aucune trace.» La section longitudinale de la corne montre néanmoins deux particularités de l’étui. Tout d’abord, d’une très faible épaisseur à la base, la corne va en s’épaississant pour devenir pleine aux 3/5 de sa hauteur. L’étui est donc plein dès lors qu’il n’y a plus de pivot. D’autre part, alors que la corne est de forme ovale à sa base, elle devient ronde à partir de la naissance du crochet. Par contre, la coupe longitudinale de la corne ne permet pas de situer le premier anneau d’âge, celui qui marque le passage entre la première et la deuxième année. Situé entre cinq et six centimètres de la pointe, ce premier nœud quasiment invisible se positionne au point le plus élevé du crochet.
Dépourvue de cheville osseuse, une corne épidermique a poussé dans le cou de cette chèvre.
Même si elle est très intéressante en matière de connaissance du chamois, la coupe longitudinale de la corne n’apporte pas d’éléments complémentaires dans la détermination de l’âge des animaux. Les anneaux d’âge et l’examen de la dentition jusqu’à 5 ans restent donc les deux seules méthodes qui permettent de donner l’âge d’un chamois ou d’un isard.
1 Fernand Lataste, auteur de Cornes multiples et ossification dermique du frontal chez les ruminants cavicornes. Acte paru en 1894.
Texte et photos Daniel Girod