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Mitsubishi J8M1 « SHUSUI » [3]
Durant la seconde guerre mondiale, les militaires japonais apprirent par leur attaché militaire en Allemagne l'existence de l’intercepteur Messerschmitt Me-163B Komet. Fin 1943, le Japon put acquérir contre 20 millions de Reichmarks la licence de fabrication du Komet, celle du moteur-fusée Walter HWK 109-509, ainsi qu'un exemplaire complet de l'avion allemand, démonté et transporté dans le plus grand secret par deux U-Boot jusqu’au Japon. Les Japonais cherchaient en effet désespérément une parade pour contrer les raids dévastateurs des B-29 Superfortress et comptaient sur cet avion-fusée révolutionnaire pour renverser le sort des armes et constituer leur arme miracle.
En fait, si la base du « Shusui » était bien le Komet allemand, elle dut être adaptée aux besoins spécifiques des Japonais. En juillet 1944, la Marine Impériale nippone confia l'étude d'un prototype à l’entreprise Mitsubishi Jukogyo K.K. Pour répondre aux demandes spécifiques de l'Armée, le constructeur nippon dut également étudier une seconde version. Celle de la Marine fut désignée sous le code « Ki-200 », et celle de l'Armée sous celui de « J8M1 ». Les deux machines portaient en revanche le même nom : « Shusui » (Coup de sabre). La version japonaise du moteur-fusée Walter HWK 109-509 fut baptisée Toku Ro.2 (KR10) et ses performances étaient très similaires à celles de son homologue allemand. Par contre, le développement de l'avion lui-même subit un sérieux revers lorsque l’un des deux sous-marins chargés de livrer le Me-163B allemand et toutes les liasses de plans vers le Japon fût coulé en route, avec plusieurs scientifiques et spécialistes à bord... L'équipe de Mijiro Takahashi, l'ingénieur Japonais chargé de coordonner l'étude et le développement du nouvel intercepteur, fut donc contrainte de travailler sans aucun plan, en se basant uniquement sur un manuel destiné aux mécaniciens ! Pourtant, dès septembre 1944, une maquette du « Shusui » » pût être achevée. Les pilotes de J8M1 subirent un entraînement spécial dont la première étape consistait à voler sur une version non motorisée du futur bolide. Ce planeur fut désigné sous le code MXY8 « Akigusa » (herbe d'automne) et sa fabrication fut confiée au Dai-Ichi Kaigun Koku Gijitsusho (Arsenal de la Marine). Il vola pour la première fois le 8 décembre 1944, tracté par un Kyushu K10W1 du 312e Kokutai, et ces essais furent tout à fait concluants.
Deux prototypes supplémentaires MXY8 furent construits à Yokosuka et une version plus lourde du MXY8 fut développée, équipée de réservoirs de ballasts d'eau pour simuler les caractéristiques d'un « Shusui » en configuration opérationnelle. Baptisée Ku-13, sa construction fut confiée pour la Marine à Maeda Koku Kenkyujo (l'Institut d'Aviation Maeda) et pour l'Armée à Yokoi Koko K.K. (Compagnie d'Aviation Yokoi ). Une soixantaine de ces planeurs d’écolage étaient construits lorsque survint la reddition du Japon, en août 1945.
Le tout premier J8M1 construit fut achevé avec un ballast pour remplacer le moteur fusée et son carburant. Les premiers essais en vol de ce J8M1 non motorisé débutèrent le 8 janvier 1945. L'avion, tracté et largué par un Nakajima B6N, effectua un court vol plané suivi d’un atterrissage autonome. Ces premiers vols non motorisés confirmèrent la justesse du dessin de la cellule et validèrent le concept. Le premier moteur-fusée Toku Ro.2 fut livré à Mitsubishi au début juin 1945 et fut monté dans le courant du mois sur un J8M1 pour procéder à un premier test d’évaluation motorisé. L’avion fusée décolla le 7 juillet mais l’essai tourna au drame : le moteur fusée cala net pendant la ressource, peu après le décollage, provoquant le crash de l'avion et la mort du pilote, le lieutenant Cdr Toyohiko Inuzuka. La cause supposée de la panne semble avoir été un problème d'alimentation en peroxyde hydrogène. Aucun autre vol d'essai n'a jamais eu lieu. Le système de carburant des 6e et 7e prototypes était en cours de modification lorsque la guerre s'acheva, ce qui signifia l'abandon du programme « » Shusui » ».
A la reddition japonaise, un total de 7 « » Shusui » » avait été construit par Mitsubishi, plus trois planeurs MXY8 et environ une soixantaine de planeurs lourds Akigusa et Ku-18 « Shusui ». Deux versions navales du « Shusui » avaient été projetées : le J8M1, armé de 2 canons de 30 mm et le J8M2 dont un canon était remplacé par des réservoirs supplémentaires. Une version agrandie du « Ki-200 », avec une capacité d'emport de carburant accrue, le « Ki-202 », devait constituer le projet d'intercepteur prioritaire pour l'Armée.
Un J8M1 a été capturé par les forces américaines après la guerre et transféré aux Etats-Unis pour évaluation, mais il n'a jamais vraiment volé. Il a été acquis par Ed Maloney chez un ferrailleur et est maintenant en exposition statique au musée de Chino, en Californie.
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