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"Les méduses n'ont pas d'oreilles", ou quelques semaines dans la vie d'une jeune femme d'aujourd'hui. Une vie qui pourrait sembler banale: Louise vit en ville, elle a un amoureux, une meilleure amie, un nouvel emploi aux archives municipales.
Oui mais voilà: Louise est malentendante, et elle est à un moment très particulier de sa vie. Son handicap s'est aggravé, elle entend de moins en moins, et ne comprend plus rien de ce que les gens lui disent. Aussi, les médecins lui conseillent la pose d'un implant, soit une opération chirurgicale pour greffer un petit appareil sous la peau, juste derrière son oreille. Et ce qui semble raisonnable n'est pas forcément évident à accepter.
Je me suis interrogée sur le transhumanisme. À partir de quand peut-on considérer qu'on est un être augmenté? D'autant plus que le son avec l'implant est très différent de ce qu'il est naturellement. Donc il y avait aussi toute la question de l'artificialité d'un sens.
Un premier roman et une foule de questions
Le premier roman d'Adèle Rosenfeld soulève une foule de questions, d'une manière totalement novatrice. Au-delà du handicap et de problèmes strictement liés à la surdité, l'autrice interroge notre relation à la normalité. Car Louise a le choix d'accepter la pose d'un implant ou de la refuser, et d'assumer sa surdité.
Doit-elle opter pour une opération chirurgicale afin de rejoindre le monde de ceux qui seraient considérés comme normaux parce qu'entendants? Rosenfeld pose des questions liées à l'identité, car la communauté des sourds n'est pas celle des malentendants, et parce que Louise a jusqu'à maintenant tenté de cacher son handicap en lisant sur les lèvres de ses interlocuteurs.
Tout le monde recherche la norme. Tu étais suffisamment entendante pour le cacher et ça a arrangé tout le monde. Mais maintenant que tu es passée de sourde moyenne à sourde sévère, tu ne peux plus tricher.
Bien qu'il aborde toutes sortes de problématiques sociétales, ce livre n'en reste pas moins une œuvre littéraire, remarquable par sa phrase, l'énergie portée par son écriture, son humour et sa poésie.
Car Louise qui entend mal reconstruit au petit bonheur les phrases qui lui échappent, créant un monde imaginaire extrêmement émouvant, peuplé de personnages étranges, où il est souvent question de disparition et de mort.
Sylvie Tanette/ld
Adèle Rosenfeld, "Les méduses n'ont pas d'oreilles", ed. Grasset.
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