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Harald Naegeli, surnommé "le sprayeur de Zurich", a réuni toutes ses forces pour taguer en une nuit, vraisemblablement le 19 avril, les murs de sa ville. En pleine crise du coronavirus, ses petits squelettes rieurs et farceurs, qui représentent la mort telle qu'on la percevait au Moyen Âge, étaient pour lui comme un dernier cadeau offert à sa ville.
"Non merci" a répondu le Kunsthaus qui a détruit deux graffitis qui accompagnaient les visiteurs vers la Porte des Enfers et porté plainte pénale contre l'artiste. L'institution collectionne pourtant quelques-unes des oeuvres d'Harald Naegeli. "Nous ne contestons pas la valeur de l'artiste que nous avons exposé, mais ces graffitis relèvent du vandalisme. Le Kunsthaus est un bâtiment protégé" explique Björn Quellenberg, porte-parole du musée zurichois.
Un mandat d'arrêt international lancé contre lui
Harald Naegeli s'est fait connaître à la fin des années 1970 en sprayant des figures filiformes sur les murs de Zurich. Son identité est restée longtemps inconnue car il agissait de nuit, avec grande discrétion. En 1981, il est condamné à neuf mois de prison et à une amende de plus de 100'000 francs. Pour échapper à la sentence il se réfugie en Allemagne. Un mandat d'arrêt international est émis contre lui. En 1984, il est arrêté et malgré les protestations, dont celles de son ami Joseph Beuys et du chancelier Willy Brandt, il est emprisonné et extradé en Suisse où il exécutera sa peine, avant de retourner vivre en Allemagne.
Si l'artiste a passé une grande partie de sa vie à fuir les forces de l’ordre - Harald Naegeli avait encore dû comparaître devant le Tribunal de district de Zurich en 2017 pour avoir sprayé entre 2012 et 2013 une vingtaine de graffitis - plusieurs expositions lui ont été consacrées, notamment en 1993 au Kunsthaus.
Le retour de l'enfant terrible
Le graffiti "Ondine" sprayé par Harald Naegeli en 1978 sur un mur de l'Université de Zurich a été restauré par le canton en 2004. [ KEYSTONE/UNIVERSITAET ZUERICH]
En 2004, le canton de Zurich a indirectement réhabilité son enfant terrible en faisant restaurer un de ses graffitis, "Ondine", sprayé en 1978 sur le mur d'un bâtiment de l'université. Ce graffiti est l'un des rares à avoir échappé aux nettoyages. Il est désormais sous protection alors que l'avenir du nouveau site de graffitis - sa fameuse danse de mort - est incertain.
Le canton a porté plainte tandis que la ville ne sait pas sur quel pied danser. Mais cette fois-ci, l'éternel provocateur pourrait bien échapper à la justice. Il est très malade et ses créatures l'emmèneront bientôt danser sous un ciel plus libre. "J'espère qu'on reconnaîtra un jour que je suis un grand dessinateur" disait-il en riant en décembre 2019 devant la caméra de la SRF.
Sujet TV: Jean-Marc Heuberger
Adaptation web: Marie-Claude Martin