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L’évolution des mentalités se traduirait-elle en monnaie sonnante et trébuchante pour les travailleurs gay? Depuis une vingtaine d’années, des études menées aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni suggéraient que le fait être ouvertement gay pénalisait les employés en matière de salaire. Mais dans un article publié cet été, et dont la «Harvard Business Review» se fait l’écho, les chercheurs Christopher Carpenter et Samuel Eppink affirment que cette «pénalité» a non seulement disparu, mais qu’elle se serait changée en un «bonus». Aux Etats-Unis du moins. La différence mesurée par les deux économistes de la Vanderbilt University à partir de données statistiques fédérales est loin d’être négligeable: +10% de revenus pour les hommes homosexuels, à formation et background équivalents. A noter que la même étude appliquée aux femmes homosexuelles ne relève aucune progression des revenus des femmes lesbiennes, ceux-ci étant déjà supérieurs à ceux des femmes hétérosexuelles selon des études antérieures.
Recul des discriminations
D’où vient ce bond des salaires chez les hommes gays? Le travail de Carpenter et Eppink s’en tient à des hypothèses. L’une d’entre elles tient aux efforts constatés dans le monde du travail, et dans la société américaine en général, pour mettre fin aux discriminations. L’étude Pew montre que 92% des LGBTQ adultes estiment que la société est plus accueillante envers eux qu’il y a une décennie, rappellent les auteurs.
Une autre piste suivie par les chercheurs est plus surprenante: elle explore l’évolution des foyers composés par des hommes de même sexe. Selon l’économiste Gary Becker, cité par Carpenter et Eppink, ces ménages imitent de plus en plus le modèle de la famille nucléaire traditionnelle, où un seul conjoint travaille tandis que l’autre s’occupe de la maison. «Cela pourrait rendre l’un des conjoints plus productif au travail, résultant en une amélioration des salaires en comparaison avec ceux des hommes straight. Si le partenaire qui gagne moins se retire du marché du travail, cet effet de productivité est renforcé par la présence plus forte dans l’échantillon de gays gagnant mieux leur vie», écrit Christian Carpenter. Une intuition que reste à confirmer par de futures recherches, conclut l’universitaire.