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Écouter le culte :
Qui dit-on que je suis ? C’est par cette première question que s’ouvre notre récit. Qui dit-on que je suis ? Le Christ s’enquière de connaître ce que l’on dit de lui. La question renvoie au regard des autres, aux regards qui se posent sur lui. Alors, pour les uns, il est un prophète, pour d’autres un habitant de Nazareth, fils de charpentier ; Pour les Pharisiens, il est un pécheur, et les disciples se trompent lorsqu’ils voient en lui le messie. Les avis ne manquent pas. Ils divergent même. C’est la richesse des regards croisés sur la même personne. Nous parlons bien du Christ, mais personne n’est unanime pour le qualifier. Chacun reconnaît en lui certaines spécificités, selon le désir de le grandir ou de l’abaisser, selon ce qu’il est soutenu ou nié dans sa personnalité, ses paroles et ses actes. Ce réflexe est assez naturel, assez basique. Le regard est impartial. Mais l’approche est partiale. Tout être est évalué, jugé, classifié, rangé, étiqueté. Et notre monde, depuis la montée en puissance du XIXe siècle, ne connaît que deux catégories : celle du bien et du mal, du vrai ou du faux, du réel et de l’irréel, du bon et du mauvais, du démontrable et de l’absurde, et j’en passe. Et nous nous définissons par, et dans, les opposés, simplification extrême des rapports du monde. Si ce n’est noir, c’est blanc ; Si ce n’est blanc, c’est donc noir. Malheureusement, ou heureusement, devrais-je dire, le monde est constitué de nuances. Ce sont elles qui en font la richesse. Entre le noir et le blanc, se livrent à nos regards différents tons de gris.
Devant cette richesse des regards croisés, le Christ resserre son investigation. Cette fois, il interpelle directement les disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». Etonnamment, là où les réponses étaient plurielles, elle est ici singulière, en deux points. Tout d’abord, il n’y a plus que l’apôtre Pierre pour répondre et, ensuite, elle confesse l’identité du Christ. Ici, Pierre nous délivre ce qui est probablement la plus ancienne confession de foi qui soit, je cite : « Tu es le Christ ». Cette confession est courte, irréductible. Il est réellement difficile d’en dire moins ! Ceci dit, cela ne nous informe pas beaucoup non plus. Certes, l’affirmation de Pierre est une reconnaissance de l’identité du Christ, mais il n’en dit pas plus ! « Tu es le Christ » semble s’adresser à ceux qui le connaissent. L’identité a été clairement posée. Reste à la construire, à comprendre ce qu’elle est, à chercher qui il est, autant ce faire ce peut, sachant que les avis divergent ! Mais lui, le Christ – nous dit l’évangéliste – leur explique tout cela, je cite : « Il commença à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup, qu'il fût rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât trois jours après. Il leur disait ces choses ouvertement ». A la réponse de Pierre suit un enseignement qui nous renvoie à L’évangile. Reconnaître le Christ pour ce qu’il est, exige de savoir pourquoi ! La confession de foi de Pierre repose sur une connaissance minimale du Christ. Connaître une personne évite de lui coller des étiquettes dans le dos et de dire n’importe quoi sur elle, de médire et ainsi de lui nuire. La méconnaissance d’un sujet peu amener quiconque à se fourvoyer maladroitement au sujet d’une personne. Or, qu’y a-t-il de plus précieux que son prochain ? Personne pourrait-on me dire ! Toutefois, j’estime que non. Nous sommes amenés à nous aimer nous-mêmes pour aimer notre prochain, pour ensuite aimer Dieu. Et je place cette réflexion sous la citation de l’évangéliste Matthieu : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. » C’est ainsi que nous serons connus. Pécheurs, nous pouvons être à l’origine de bien des entraves pour nous comme pour l’autre. Mais reconnaître le Christ, c’est aussi connaître notre faiblesse humaine face à Celui qui vient.
Cette faiblesse s’exprime assez vite dans le texte d’aujourd’hui. En effet, à peine le Christ a-t-il fini son enseignement, voici que Pierre prend le Christ à part pour le reprendre ! Et la réponse sera cinglante : « Arrière de moi, Satan ! » Pour celui sur lequel repose l’Eglise, ce n’est pas glorieux ! Le ver est dans le fruit. Car celui-là est le diviseur. Il est celui qui rejette une vérité, qui ne croit pas, qui ne fait pas confiance aux choses à venir, qui dit ou médit, qui distille son venin dans les relations. Il veut le monde à sa façon et non à celle qui doit être. Il refuse la réalité et se retranche dans le déni. Intérieurement, une force le pousse à prendre le Christ à part pour le censurer. N’est-ce pas, parfois, ce que nous faisons, lorsque nous devons affronter certaines réalités ? Refuser d’entendre, de nourrir le déni ? Oui, nous sommes ainsi. Qui en voudrait alors à Pierre d’être autrement que ce qu’il est en humanité ? Pierre, pauvre Pierre qui ne conçoit pas les choses de Dieu et qui n’a que des pensées humaines ! Combien il est dur d’entendre l’enseignement de Dieu qui pourvoit à nos besoins, par la prière et la promesse d’une présence aimante, en tous moments !
Mais, voici, je cite le texte encore une fois : « si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive ». Assurément, nous avons des choses, des habitudes, des manières, des croyances à abandonner, à modifier, à nourrir. Notre croix sera notre espérance. Renoncer à soi, c’est renoncer à la croyance que nous en pouvons plus changer, que nous sommes tels que nous sommes, sans perspectives ni avenir de changements. Ce dépouillement se fait telle une mue. Nous nous débarrassons de notre vieille peau dans laquelle nous sommes à l’étroit pour entrer dans une existence abordée différemment. A force de mues, il arrivera un jour où nous prononcerons cette confession de Pierre : « Tu es le Christ ». Ce jour-là, il est possible que nous aurons compris quelque chose. Que rien n’est jamais perdu ni jamais gagné. Le questionnement sera notre compagnon de route comme il l’a été pour les disciples sur le chemin d’Emmaüs.
La question posée par le Christ devient donc essentielle pour toute foi qui se construit sur cette affirmation : « Et VOUS, qui dites-vous que je suis ? »
Amen.