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Une très ancienne tradition militaire|
L'art du fifre et du tambour en Suisse
Naissance d'une société
MERULA renoue avec l'histoire
Une constante recherche de la qualité
Si la Suisse a aujourd'hui la réputation d'un pays pacifique, et si sa neutralité, reconnue en 1648 déjà par les traités de Westphalie, est toujours citée en exemple, l'Histoire montre que les Suisses, il y a fort longtemps, n'ont pas échappé aux guerres d'antan. Après avoir combattu les Autrichiens pour conquérir leurs libertés, les Suisses se virent tour à tour les alliés du Roi de France, lors des guerres de Bourgogne, au XVe siècle, puis ses ennemis, lors des guerres d'Italie. Battus par François Ier à Marignan en 1515, les Suisses renouent une alliance avec les rois de France en 1521, alliance qui permet au souverain français de lever jusqu'à 61000 mercenaires suisses. Pays pauvre à l'époque, la Suisse était contrainte d'exporter en quelque sorte sa main d'oeuvre sous forme de mercenaires. Et c'est ainsi qu'il y eut pendant trois siècles et jusqu'au milieu du XIXe siècle des soldats suisses au service des rois de France, puis de Napoléon Premier. Ces soldats étaient appelés "capitulés", l'étymologie de l'adjectif étant le mot italien "capitolazione", qui signifiait accord. Les régiments capitulés étaient donc des troupes au service d'un prince étranger en vertu d'un accord particulier.
Les régiments capitulés suisses étaient composés de fantassins. Pour les entraîner à la marche ou les guider au combat, ils avaient besoin des tambours et des fifres qui les accompagnaient toujours dans leurs campagnes. La tradition s'est maintenue vivante dans le pays, où l'on compte aujourd'hui des centaines de sociétés de tambours et des dizaines de cliques de fifres et tambours. En Valais, le fifre a survécu dans sa forme primitive de petite fûte à huit trous permettant de jouer des mélodies simples. Aussi appelle-t-on les sociétés qui pratiquent cet instrument les "Ahnenmusik", ce qui signifie les "musiques des ancêtres". Ailleurs en Suisse s'est imposé le piccolo bâlois, instrument à embouchure métallique, avec six trous et six clés, d'une puissance sonore plus importante et permettant, avec près de trois octaves, l'interprétation d'un répertoire plus difficile, voire, pour les meilleurs, de partitions de musique classique nécessitant une réelle virtuosité. Ce piccolo a été mis au point à Bâle, la vieille cité rhénane dont le célèbre carnaval est bien connu loin au-delà des frontières helvétiques.
L'art du tambour est divisé en deux catégories. Le tambour d'ordonnance, tel qu'il se pratique dans les fanfares, et en particulier dans les fanfares militaires, et le tambour bâlois. Ce dernier, beaucoup plus difficile, ne s'acquiert que par de longues années d'entraînement quotidien, sans lesquelles il est impossible de parvenir à la maîtrise des principes et des coups de baguettes qui sont à sa base. Les baguettes du tambour vont si vite qu'il est impossible au profane de suivre leur mouvement de l'oeil. Mais l'oreille de l'auditeur saisit parfaitement les nuances subtiles de la partition.
Tous les quatre ans, les fifres et les tambours de Suisse se réunissent dans une ville du pays pour leur fête fédérale, et se mesurent individuellement ou en société pendant trois jours. Après la proclamation des résultats et pour clore la fête, tous les participants exécutent sur une grande place un morceau d'ensemble. Venus de toutes les régions du pays, plus de 500 tambours et 500 fifres jouent une marche à l'unisson. Lorsqu'on a entendu cela, on comprend mieux l'importance de la tradition du tambour et du fifre, profondément enracinée dans l'âme helvétique.
Dans le canton de Vaud, ce fut, pendant le XIXe siècle, les élèves des écoles qui jouaient du tambour et du fifre pour entraîner les Cadets. En 1897, le Corps des Cadets fut dissous, la mode n'étant plus à l'exercice militaire dans les écoles. Mais, en 1902, les Fifres et Tambours des Collèges de Lausanne voient le jour, sans aucun lien cette fois avec les exercices militaires des Cadets, dont ils ont cependant conservé l'uniforme. A la même époque environ, plus précisément en 1910, est fondée à Lausanne la Société des tambours de Lausanne. Dans les années suivantes, deux autres sociétés voient le jour, la Société vaudoise des fifres et tambours MERULA et la Section de Lausanne de la Société vaudoise des tambours militaires. Le 12 novembre 1928, les trois société fusionnent en une seule association portant le nom de MERULA, Société de Tambours et Fifres, Lausanne.
MERULA signifie "le merle" en latin, et évoque ainsi les mélodies et le son des fifres. Composée d'adultes, la société a statutairement pour buts l'étude du tambour et du fifre, le développement de l'esprit de camaraderie chez ses membres et le maintien des traditions. Toute discussion politique ou religieuse y est interdite. Ayant traversé les ans avec succès, la société compte aujourd'hui une quarantaine de membres exécutants en uniforme.
En 1946, MERULA revêt l'uniforme du troisième régiment des gardes suisses du Premier Empire : habit rouge à basques, culottes blanches, guêtres noires et shako à pompon rouge. Les revers des habits sont noirs, couleur du troisième régiment. Les fifres portent le sabre et la giberne avec buffleterie blanche. Les gardes du drapeau sont en plus armés du fusil à silex et portent le sac à poils.
En ordre de marche, la société, qui défile au pas lent et rythmé des mélodies du répertoire bâlois, est commandée par un officier en grand uniforme. Suivent les quatre gardes du drapeau entourant le banneret portant la bannière rouge et blanche décorée des écus des quartiers de la ville de Lausanne. Viennent ensuite les fifres, en rang par trois, puis le tambour-major, avec sa canne, qui dirige les tambours, lesquels ferment la marche. Le commandant et le tambour-major portent le bicorne à plumet rouge.
MERULA pratique, on l'a dit, le difficile style bâlois, qui exige une virtuosité certaine de ses membres. Dans les mélodies des fifres, l'amateur de musique militaire reconnaîtra des airs français, anglais ou écossais qui ont retenti sur les champs de bataille au temps des régiments capitulés. Dans les roulements de tambours, il retrouvera la diane ou la retraite que battaient les soldats du passé.
Les membres de MERULA ne se contentent pas de porter un bel et glorieux uniforme. Ils cherchent constamment à améliorer leurs prestations musicales et à élargir leur répertoire, entièrement mémorisé, il faut le préciser. MERULA s'est produite dans le cadre de nombreuses manifestations folkloriques et culturelles en Suisse et à l'étranger, particulièrement en France et en Belgique. Elle a même participé à la commémoration de grandes batailles napoléoniennes, à Ligny et à Waterloo.
Meilleure société du genre en Suisse francophone, MERULA a régulièrement participé aux concours fédéraux, et a affronté les cliques de tout le pays. Elle a vu ses efforts récompensés par l'obtention du titre de vice-championne suisse lors du concours national de 1982, vice-championne romande au concours 1999 de l'Union Romande des Tambours, Fifres et Clairons, ainsi que le titre de Championne romande au concours 2003 de l'Union Romande des Tambours, Fifres et Clairons à Cossonay (VD).