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Charlotte Posenenske (1930-1985) n’a travaillé comme artiste qu’entre 1959 et 1968. Dix ans au cours desquels elle aura développé une œuvre radicale, explorant les transitions de la surface picturale à l’espace (Plastische Bilder, 1966) de la sculpture à la performance (Vierkantohre Serie D et DW, 1967), puis de la sculpture à l’architecture (Drehflügel, 1967-1968). Si l’artiste fut l’une des rares européennes à reprendre à son compte les principes du minimalisme américain – sérialité, délégation de la fabrication des pièces… – son œuvre s’en distingue par une dimension sociale et participative affirmée. Un engagement en écho aux revendications politiques qui agitent les années 1960 et qui l’amènera à abandonner l’art pour se consacrer à la sociologie.
Formée à l’Académie des Beaux-Arts de Stuttgart, Posenenske y suit l’enseignement de Willi Baumeister qui l’initie notamment au néoplasticisme de Mondrian et aux principes socio-révolutionnaires du constructivisme soviétique. De 1951 à 1955, elle travaille comme décoratrice de théâtre et se forge une conception de l’art comme accomplissement collectif. Cette notion de coopération devient un principe fondamental des Reliefs Serie B (1967), où l’assemblage des modules conçus par l’artiste est laissé à la charge de ceux qui les installent.
Les Vierkantohre (« Tubes carrés ») Serie D et DW (1967), présentés ici, radicalisent encore ces recherches. Les modules de carton et d’acier galvanisé sont produits par une usine. Leurs formes géométriques sont déduites des logiques de standardisation. Exposés pour la première fois en 1967 à Francfort par Paul Maenz et Peter Roehr, ces modules sont constamment ré-agencés pendant le vernissage. De la production en usine jusqu’à l’agencement, l’artiste tient à impliquer directement toutes les personnes concernées par l’exposition, explicitant ainsi une dimension performative inhérente à la sculpture minimaliste.
Posenenske développe ce partage de l’œuvre en sortant des lieux traditionnels de l’art afin d’interagir avec un public plus large : les séries D et DW apparaissent ainsi dans un aéroport, une gare, une banque, un marché, une usine et une rue. Ce faisant, le contexte d’apparition de l’œuvre devient une donnée fondamentale de celle-ci, à l’instar des propositions d’artistes comme Daniel Buren ou Lawrence Weiner. Mais à la différence de ces derniers, les séries de Posenenseke induisent un rapport mimétique avec leur environnement : le vocabulaire formel de l’artiste est égal à celui développé à la chaîne pour les conduits d’aération et autres tubulures. Leur valeur auratique s’en trouve affaiblie d’autant.
Qu’une telle œuvre se développe à Francfort dans les années 1960 n’est pas anodin. La ville est alors en proie à de profondes remises en question sociétales (procès d’Auschwitz, manifestations étudiantes pour la réunification de l’Allemagne et contre la guerre du Vietnam...), évènements qui seront analysés par les philosophes de l’Ecole de Francfort. Proche de ces penseurs, Posenenske déclare dans un manifeste paru en mai 1968 : « Il m’est douloureux de constater que l’art ne peut pas contribuer à résoudre les problèmes sociaux urgents. »
Après son décès, son mari décide que les séries D et DW peuvent continuer à être produites et réactivées jusqu’à sa propre disparition, après quoi, plus aucun module ne sortira de l’usine.
Exposition organisée par Paul Bernard et Lionel Bovier
Avec le concours de la galerie Mehdi Chouakri, Berlin, et l’Estate de l’artiste