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Critique
Le cinéma iranien s'avère d'une grande richesse. Rendu célèbre grâce au talent de Kiarostami et plus récemment des Makhmalbaf, père et fille, voici qu'il nous fait découvrir Majid Majidi. Ce dernier est né à Téhéran en 1959 et a vécu dans une région proche de la frontière du Pakistan où les enfants sont mêlés à toutes sortes de trafics illégaux. Touché dans sa propre famille, il est bien placé pour être sensible aux drames de l'enfance.
THE COLOUR OF PARADISE se présente comme une fable sur l'innocence de l'enfance. Mohammad est né aveugle, il a perdu sa mère, il vit dans un institut à Téhéran. Son père vient le chercher pour les vacances et le ramène à la maison dans la campagne auprès de ses soeurs et de sa grand-mère. Très vite dans ce milieu d'une grande pauvreté, cet infirme devient un poids insupportable pour ce père, jusqu'au drame final.
C'est avec à la fois force et tendresse que le cinéaste raconte ce drame de la misère. Il n'accuse pas, il constate. Ses personnages sont tous décrits avec beaucoup de coeur. Le récit est empreint de poésie. L'enfant aveugle recueille un petit oiseau tombé du nid. Malgré son infirmité, il parvient à grimper sur l'arbre pour délicatement rendre l'oisillon à sa mère. Plus loin dans le film, la grand-mère trouve dans une mare un poisson en train d'étouffer. Au prix d'un grand effort, elle le saisit et le jette dans la rivière. Mais un enfant infirme n'est pas un animal, il est hélas plus difficile à sauver de son triste sort.
Le film est pessimiste à la première lecture. En réalité, il constitue un appel vibrant et sans pathos à la tolérance et à l'amour.
Maurice Terrail
Le film de Majid Majidi, THE COLOUR OF PARADISE, a déjà fait l'objet d'une critique dans Ciné-Feuilles (n. 398) sous la plume de Maurice Terrail. L'oeuvre du cinéaste iranien a reçu, en 1999, le Grand Prix des Amériques au Festival de Montréal, et on peut la découvrir aujourd'hui sur les écrans romands.
THE COLOUR OF PARADISE raconte l'histoire de deux vies difficiles: celle d'Hashem, qui a perdu sa femme, et celle de son fils de 8 ans, aveugle, Mohammad. On pourrait penser à un mélodrame, mais il n'en est rien: le film est à la fois un document sur l'Iran (de la ville de Téhéran on passe dans les régions montagneuses du nord du pays) et une réflexion sur le sens de la vie. Le père, charbonnier, fait peu de cas de l'existence de son fils dont l'adéquation au monde - invisible pour lui - est par ailleurs étonnante: attentif aux bruits, aux odeurs, au battement de l'air, Mahammad parvient à reconstituer tout un univers intérieur et à communiquer aussi avec ses soeurs et sa grand-mère qui l'entourent de toute leur affection complice.
En référence à la culture et à la religion de son pays, Majid Majidi ne craint pas de poser des questions d'ordre spirituel. Les allusions à un Dieu sont explicites, même si les dernières séquences du film - tragiques - laissent ouverte la réflexion sur le sens à donner aux événements vécus.
Riche sur le plan de la signification, THE COLOUR OF PARADISE témoigne aussi, de la part du cinéaste, d'une grande maîtrise dans le récit, dans l'écriture et le choix des images: la beauté des paysages, des couleurs, tout dans ce film est - paradoxalement - d'ordre visuel. A cela s'ajoute une interprétation que l'on peut qualifier de remarquable: celle d'Hossein Mahjub (le père), le seul acteur professionnel, et celle de tous les autres, de Mohsen Ramezani tout particulièrement (Mahammad), le jeune garçon aveugle, sensible et émouvant.
Antoine Rochat
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