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La route macédonienne qui conduit vers la Grèce vient d'être rebaptisée "autoroute de l'amitié": Skopje et Athènes affichent leur volonté de régler leur différend sur le nom "Macédoine". Ce dossier fait l'objet d'une réunion importante ce vendredi à Vienne.
Après une journée d'entretiens à Vienne avec les ministres des Affaires étrangères grec et macédonien, Nikos Kotzias et Nikola Dimitrov, l'émissaire de l'ONU, Matthew Nimetz s'est dit "optimiste pour le futur". Les discussions ont laissé au médiateur onusien "une impression très positive" et ont permis d'enregistrer des "progrès" sur "quelques aspects les moins controversés" de ce différend, a-t-il indiqué à la presse
Néanmoins, si "des questions difficiles ont été résolues, il reste des problèmes compliqués", a-t-il averti. Les parties sont tombées d'accord sur "une série de réunions" à venir et une "méthode de travail". Un prochain rendez-vous entre les deux ministres, après le 8 avril, pourrait ouvrir la voie à une rencontre des chefs de gouvernement grec, Alexis Tsipras, et macédonien, Zoran Zaev, a rapporté la télévision publique grecque ERT.
"Haute-Macédoine"
Depuis que l'ex-république yougoslave a déclaré son indépendance en 1991, les Grecs lui dénient le droit d'utiliser ce nom de "Macédoine" qui, à leurs yeux, ne peut se référer qu'à leur province septentrionale. A l'ONU, elle reste désignée sous l'acronyme ARYM (ancienne république yougoslave de Macédoine, FYROM en anglais).
Alors que l'effort diplomatique s'est accéléré ces derniers mois, des compromis sont évoqués dans les médias des deux pays autour de plusieurs dénominations, celle de "Gorna Makedonija", "Haute-Macédoine", revenant le plus souvent. Les Grecs lui contestent aussi le droit de revendiquer l'héritage des rois antiques Alexandre le Grand et Philippe de Macédoine.
Résolution commune
Mais il y a désormais "une résolution commune" des premiers ministres Alexis "Tsipras et (Zoran) Zaev pour régler le problème", explique le politologue macédonien Nano Ruzin, ex-ambassadeur de son pays auprès de l'OTAN et proche de l'actuel gouvernement social-démocrate.
Cette dispute ferme actuellement à Skopje les portes de l'OTAN et de l'UE. Des raideurs nationalistes sont présentes des deux côtés. Elles sont illustrées en Grèce par de récentes manifestations à Athènes et Thessalonique, chef lieu de la province grecque de Macédoine, par les menaces adressées à Nikos Kotzias ou par un sondage paru dimanche dernier selon lequel sept Grecs sur dix seraient hostiles à une appellation comprenant le terme de Macédoine ou un dérivé.
Moyen de pression
A Skopje, le sujet est un possible moyen pour l'opposition de droite nationaliste (VMRO-DPMNE) de fragiliser le gouvernement, qui s'appuie sur une majorité réduite, même si les responsables actuels semblent plus accommodants que quand l'ex-premier ministre Nikola Gruevski tenait le parti d'une main de fer. Le VMRO-DMPNE "soutient le processus", résume un de ses responsables, Aleksandar Nikoloski, mais s'offusque que le "parti au pouvoir ne nous consulte pas".
De sérieux obstacles demeurent. Athènes exige que le changement de nom de son petit voisin soit acté par un changement constitutionnel, et qu'il s'applique partout et à tous, y compris sur le territoire macédonien, selon le principe juridique du "Erga Omnes".
Or, même avec le soutien des partis de la minorité albanaise, les sociaux-démocrates qui mènent le gouvernement de Zoran Zaev, ne disposent pas d'une majorité leur permettant d'espérer faire passer au parlement un changement constitutionnel. Un référendum semblerait extrêmement périlleux.
Fonds européens
Avant la réunion de vendredi, Niko Kotzias a expliqué que cette demande grecque de changement constitutionnel devrait se traduire dans "l'accord international que nous conclurons à l'ONU et dans l'accord bilatéral que nous signerons".
Nano Ruzin y voit une porte laissée ouverte par les Grecs à un processus par étapes avec la possibilité de laisser la réforme constitutionnelle pour plus tard.
De leur côté, les Macédoniens attendent une avancée de leur processus de rapprochement avec l'UE, le déblocage de fonds européens cruciaux pour leur économie, et des progrès sur le dossier de l'adhésion à l'OTAN.