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Un tiers de gin, deux tiers de Dubonnet, deux glaçons et un petit morceau d'écorce de citron : voici le cocktail britannique classique à base de gin. Bien que la recette soit très ancienne, c'est seulement il y a quelques années que les britanniques y reprirent goût. En effet, il y a encore une quizaine d'années, le gin était au fond du gouffre. Alors que l'eau-de-vie russe à base de pomme de terre, c'est donc de la vodka dont il s'agit, était devenue le spiritueux préféré des britanniques, la part de marché de l'aromatique eau-de-vie à base de genévrier était en chute libre.
L'Histoire du gin ou une idée saugrenue venue des Pays-Bas
Remontons un peu le temps, jusqu'à l'origine du gin. En effet, son histoire mouvementée ne commence pas en Grande-Bretagne, comme on le prétend souvent de façon erronée, mais en Hollande. Le médecin néerlandais Franciscus de la Boë (1614-1672) était considéré comme médecin se plaisant à expérimenter. Ce dernier connaissait les pouvoirs salvateurs du genévrier, alors qu'il élaborait un remède contre les maladies de l'estomac et des reins. Il appela ce dernier „genever“, mot tiré de l'appelation hollandaise signifiant genévrier. Il fut bientôt forcé de constater que ses patients étaient particulièrement charmés par son „spiritueux guérissant les maux de l'estomac“.
gins du pays d'origine
La demande en „genever“ en constante augmentation prit de court son inventeur Franciscus de la Boë qui dut commanditer des distilleries pour effectuer sa production. Des soldats anglais qui se battaient aux côtés des Hollandais pendant la Guerre de Quatre-Vingts ans arrivèrent bientôt et prirent goût à cette boisson amère. Lorsque le Hollandais Guillaume III d'Orange-Nassau fut couronné roi d'Angleterre en 1689, le „genever“ s'implanta définitivement sur l'île britannique. On l'appela dorénavant „gin“ et ce dernier provoqua un véritable raz de marée dans toute l'Angleterre.
Du Gin Craze au cocktail tendance
Cette consommation n'avait hélas plus grand chose à voir avec un plaisir mesuré. Le Gin Craze, la folie du gin : c'est ainsi que l'on nomme la cinquantaine d'années au cours desquelles les Anglais s'enivrèrent jusqu'à littéralement plonger dans la misère. 10 millions de gallons de gin par an environ, également appelés „Mother's Ruin“ à l'époque, coulaient dans les gorges de seulement 500 000 londoniens. Le taux de mortalité se mit à dépasser le taux de natalité, tandis que deux tiers des enfants mouraient avant l'âge de 5 ans. Plusieurs lois furent nécessaires avant de surmonter le Gin Craze en 1751.
«Il fut dorénavant appelé „gin“ et provoqua un véritable raz de marée dans toute l'Angleterre»
Le gin devient une base de cocktail appréciée seulement vers 1800, tandis qu'il doit sa renaissance à trois inventions : le gaz carbonique artificiel, les glaçons et les réfrigérateurs. Aromatisé grâce à différents „Botanicals“ (herbes, fruits, épices, feuilles et fleurs), le gin puissamment aromatique est approprié à être mélangé à d'autres boissons. La culture du cocktail prend son envol, on mélange et on boit à guise. Les barmans créent leurs cocktails tels que le Gimlet, le Gin Fizz, le French 75 ou le White Lady ; le gin britannique est exporté dans le monde entier.
Dans les années 1950, finie la rigolade. Le spiritueux de genévrier est détrôné du marché par sa plus forte concurrente, la vodka. Il est seulement redécouvert à l'aube des années 2000, lorsque des producteurs créatifs commencent à expérimenter de nouveaux ingrédients pour ainsi faire renaître le gin. Le reste est révolu. Aujourd'hui, même chez nous en Suisse où les spiritueux à base de fruits dominaient jusqu'à présent, on produit du gin avec assiduité, et surtout avec succès.