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Arturo Vidal a réalisé son rêve et ce n'est pas de déposer un nouveau tacle sur la cheville de Ronaldo; bien que ce ne serait pas de refus, dit-il volontiers. Grâce à la fortune amassée au Bayern et au Barça, le footballeur a monté sa propre écurie de course. Il a retapé un haras à San Clemente, au Chili, auquel il a donné le nom optimiste de «Il Campione» et où il élève des dizaines de poulains.
Tout le monde connaît depuis longtemps la passion d'Alex Ferguson pour les bons chevaux et les vieux Bordeaux (et réciproquement). Mais les footballeurs en activité, jusqu'ici, étaient plutôt rares à goûter la chose hippique. Ils étaient le reflet d'une littérature qui décrit un passe-temps incongru, fait de sadisme spéciste et de cavalcades archaïques, de parieurs cramponnés à leur mégot et de rombières à leurs chapeaux, unis dans une indifférence polie - selon l'expression consacrée, des méthodes cavalières.
Ils sont désormais nombreux, vrais spécialistes, particulièrement notoires: Antoine Griezmann, Javier Pastore, Clément Lenglet, Carlo Ancelotti, M'Baye Niang. Sans oublier le basketteur Tony Parker ou le perchiste Renaud Lavillenie.
Avant d'intégrer ce milieu, Griezmann n'y était associé en rien (tout au plus, en tenant compte de tous les paramètres, par sa queue de cheval). Le monde des courses a compris qu'il ne plaisantait pas lorsqu'il a acquis un lot de quatre yearlings aux ventes de Deauville, pour la somme totale de 307 000 euros.
Phénomène encore plus rare: l'«écurie Griezmann» mêle des trotteurs et des galopeurs, deux mondes qui se côtoient sans se voir. «Avec pour objectif à peine voilé, la dernière ligne droite du Grand Prix de l'Amérique (trot) ou de l'Arc de Triomphe (galop)», affirme France-Info.
Disons-le: un cheval de course n'est pas à proprement parler un investissement, comme pourrait l'être un resto parisien (Marco Verratti) ou une Bugatti Veyron, 1600 chevaux à elle seule (Cristiano Ronaldo). Très peu de propriétaires deviennent riches. Souvent parce qu'ils le sont déjà. Ceux-ci sont émirs, industriels, marchands d'art. Ils descendent de grandes lignées aristo-hippiques, les al-Maktoum de Dubaï, les Wertheimer de Chanel, les familles royales saoudienne et britannique.
On peut toujours perpétuer le mythe du propriétaire qui s'endort sur la paille et se réveille dans la ouate. Citer le boulanger de Bellegarde-en-Forez qui a remporté le Jockey Club avec un cheval acheté 10 000 euros. Revoir ces comédies rigolotes et racoleuses où quatre potes possèdent chacun une patte.
Mais la réalité économique est moins champêtre. C'est dire que les footballeurs sujets à une fièvre acheteuse ont conscience d'une certaine ardeur déraisonnable, une fièvre de cheval, dont l'origine ne peut pas être que l'adrénaline: une carrière hippique est un jeu de patience, une suite de précautions fastidieuses, et les cracks courent beaucoup moins souvent (mais plus assidument) que Leo Messi.
Ceux qui fréquentent les hippodromes français confirment l'arrivée d'une nouvelle élite de propriétaires en tweed Adidas, discrète et passionnée. Tous n'en comprennent pas les motivations premières, mais ils les devinent profondes et sincères.
On dit que les champions se reconnaissent entre eux, qu'ils «se repèrent d'entre mille, au premier coup d'œil, dans un gala de charité», comme le racontait joliment Andre Agassi. Peut-être est-ce là le lien invisible entre un footballeur champion du monde et un yearling bien né, quand les regards injectés de sang se croisent et se toisent au détour d'une garden-party à Deauville.
«Les sportifs se rendent compte que le cheval est un vrai athlète, comme eux. Ils voient ce que l'animal subit à l'entraînement et s'identifient à lui. Ils partagent les mêmes valeurs d'abnégation», témoigne Lionel Charbonnier, ancien gardien remplaçant de la France 1998 et propriétaire précoce de galopeurs, cité par «Le Monde». De la projection au mimétisme, il n'y aurait donc qu'un pas, un rapprochement naturel, un reflet narcissique.
Voilà comment un vilain garçon comme Arturo Vidal en vient à astiquer les chevilles de Ronaldo (notamment) dans l'espoir que ses efforts paient et lui offrent la clé des champs. De beaux et grands champs de courses.
Quand on lui demande s'il a acheté un car en prévision de prendre des valises en 1ère ligue, José Fonseca se marre. «C'est plutôt pour avoir la place de mettre des frigos avec du champagne dedans!» Le président du FC Portalban-Gletterens (FR), néo-promu, est confiant. «On vise la première moitié du classement», pose-t-il, redevenu sérieux.