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Lieux mystérieux Sur l'emplacement présumé de cet établissement religieux qui a joué un rôle si essentiel dans notre pays pendant 400 ans, il n'y a plus la moindre trace, absolument tout a disparu, ne laissant qu'un champ plat bordé par la rivière et des milliers de textes dans les archives.
Par Stefan Ansermet
Cette abbaye de l'ordre de Citeaux fut fondée en 1134 par l'évêque de Lausanne Gui de Merlen, qui fit de son propre fils le premier abbé. Dotée dès l'origine de confortables territoires, elle s'agrandit ensuite grâce aux donations effectuées par des seigneurs locaux. Elle possédait des terres autour d'Oron, de Granges (FR), de Villeneuve et aux Ormonts. En 1179, le pape Alexandre III prit même l'abbaye de Haut-Crêt sous sa protection perpétuelle et la plaça sous la bénédiction de Saint Pierre et la règle de Saint Benoît.
Travail acharné
Les premiers moines à s'y établir provenaient de Cherlieu en Bourgogne, et leurs compétences viticoles furent rapidement mises à contribution, puisqu'en 1141 déjà, l'abbaye reçut Le Dézaley pour y planter des vignes. A cette époque, Lavaux était absolument désert et inculte, et c'est bien grâce au travail acharné des moines de Haut-Crêt, commencé il y a près de 900 ans, qu'il est devenu maintenant ce vignoble exceptionnel dans un site au paysage unique. S'adaptant aux difficultés du terrain avec ingéniosité, ils établirent les premières terrasses afin d'empêcher la terre d'être érodée par les intempéries, et leur exemple fut suivi par les habitants de la région qui défrichèrent eux-aussi les pentes alentours. Sur les terres abbatiales, les bénédictins construisirent également des granges et des fermes dont ils confièrent ensuite la conduite à des laïcs. Ceux-ci finirent par s'y établir tout en attirant d'autres personnes, créant ainsi les noyaux originels des hameaux et villages d'Essertes, Sâles, Peney, Bouloz, La Dausaz, Châtillens et Sullens.
Connue jusqu'à Rome
L'abbaye était établie en rive gauche au bord de la Broye près des Tavernes au sud d'Oron, à côté d'un pont sur la route reliant Lausanne à Vevey. Sa réputation était grande dans la contrée et même au-delà, y compris jusqu'à Rome. Malgré quelques péripéties, comme l'incendie qui la détruisit en partie en 1365, ou les guerres de Bourgogne en 1476, l'abbaye ne cessa de s'enrichir jusqu'au début du 16e siècle. Mais en 1536, le Pays de Vaud passa sous domination bernoise et la Réforme fut imposée par les nouveaux maîtres, qui sécularisèrent tous les biens du couvent. Les bâtiments furent d'abord transformés en hôpital de 1539 à 1557, puis graduellement abandonnés et laissés à la ruine. Pendant les siècles suivants, les vestiges servirent de source de matériaux pour d'autres constructions, et l'on reconnaît parfois encore dans les maisons des environs une belle pierre sculptée ou des chapitaux de colonne qui en proviennent certainement.
Ce que nous dit peut-être la disparition d'Haut-Crêt, c'est que toute construction humaine est éphémère...