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15/02/2016
Degolio LXXX: l'effrayant débat
Dans le dernier épisode de cette terrible série, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait de demander à l'Homme-Dragon de relâcher la belle Sainte Apsara, qu'il tenait prisonnière, lui assurant en échange la gratitude des dieux.
Ayant dit ces mots, le Génie d'or se tut. Sans ciller, le monstre le regarda longuement de ses yeux atroces. Or le Génie d'or ne détourna pas le regard, quoiqu'il se sentît scruté au fond de l'âme, par-delà son heaume aux luisantes lentilles bleues. Leurs volontés étaient en lutte, sourdement. Solcum soutint ce combat, et soudain une image apparut en lui, et il devina qui était ce monstre. Il comprit de qui il était le fils!
Il en eut un frisson, mais resta le regard fixé sur lui. Celui-ci, alors, cligna de l'œil, détourna le regard, puis sourit - et ce sourire était hideux. Il fit ouïr sa voix sifflante et rauque - mais qui résonnait dans la salle, et qui était comme une nuit se répandant; et soudain le feu du fond parut s'affaiblir, comme craignant jusqu'aux échos de cette voix infâme.
Solcum, susurra-t-il, Solcum, oui, ce nom, je le connais, on m'en a parlé. Je t'entends, héros, orgueilleux guerrier - et je te comprends. Mais, dis-moi, quelle reconnaissance puis-je attendre des êtres célestes, si je vous laisse partir, si je vous laisse même emmener Sainte Apsara? Je ris à la pensée qu'ils pourraient venir m'offrir un présent, ô génie doré! Comment y croire, en vérité? Leur bonté irait-elle jusque-là? Ah! tes paroles sont pleines de charme et de séduction, mais je ne sais si je peux m'y fier. Dis-moi plutôt: qu'est-tu prêt à m'offrir, dès maintenant, Solcum? Quels présents peuvent venir d'un membre du peuple d'Ëtön, d'un homme de sa maison? Si tu en as, montre-les moi.
Le Génie d'or resta coi quelques instants, et sentit la colère revenir dans le cœur de Captain Corsica; son œil s'alluma, et une étincelle en jaillit. Tel, le léopard, lorsque, tenaillé par la faim, il se tapit dans les hautes herbes, guettant le petit du gnou, furieux contre cette proie qui ne s'est pas déjà donnée à lui et qui prétend échapper à son ventre en vaquant à ses occupations propres; tel, Captain Corsica, face à l'Homme-Dragon qui ne s'était pas empressé, en le voyant, de lui rendre Sainte Apsara, était tout prêt à bondir et à provoquer une atroce bataille dans l'antre du Maudit.
Mais le Génie d'or répondit: Oui, j'ai un présent, Homme-Dragon. J'en ai même deux. Le premier est ta vie; car tu as commis assez de crimes pour être condamné à mort, je crois bien. Mais tu pourras le contester. Le second, et que tu ne pourras pas contester, c'est ceci. Et soudain il leva la main et l'ouvrit, montrant en sa paume une pierre qui brillait de sa propre lumière. Oui, prince de ce royaume, reprit-il, il s'agit bien d'un joyau sacré, d'une de ces pierres contenant la clarté de la Lune et disposant de la puissance des étoiles, et poussant comme un fruit sur les arbres du jardin de ma Dame. Elle est de la même race que celle qui orne le pommeau de ma canne, de mon sceptre. Et grands sont ses pouvoirs: elle guérit, et redonne vie aux morts, s'ils l'ont perdue récemment; elle rend la joie aux cœurs désespérés, chasse les démons dont viennent les maladies. Elle donne puissance et gloire à son possesseur! Accepte-la, et laisse-nous.
Captain Corsica alors s'écria: Non, mon ami, comment peux-tu effectuer un tel don à un tel monstre? N'en fais rien. Attaquons-le et mourons, ou tuons-le, selon ce qu'est notre destin. Mais ne lui faisons aucun présent, surtout pas un de ce genre!
Le Génie d'or rétorqua: Ne crains rien, Captain Corsica; qui sait si sa main pourra le tenir, et si au contraire ce joyau ne la consummera pas? Et songe à Sainte Apsara, et n'écoute pas seulement ta colère, car elle doit être sauvée, et ne le sera pas, si nous mourons.
L'Homme-Dragon dit: Bien! C'est un noble présent, Solcum! Mais qui pourrait m'empêcher de te l'arracher de force, en vérité? Le Génie d'or répondit: Viens donc me l'arracher, ô prince; ou envoie un de tes hommes, pour en voir l'effet!
Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et de renvoyer la suite de ce dialogue à la fois prochaine; alors, nous verrons aboutir une négociation tendue, mais au résultat inattendu.