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Fort Joubet / Saint-Vincent-les-Forts
Au 17e siècle, si la vallée de la Durance relève du royaume de France, la vallée de l'Ubaye (Alpes de Haute-Provence) appartient encore à la Savoie. En 1692, le Duc de Savoie envahit la haute Durance en transitant par l'Ubaye (via les cols de Larche et de Vars). Il ravage le pays, dévaste Embrun et Gap, avant d'être repoussé par l'armée du roi. A Versailles, la surprise est grande de constater que les Alpes ne constituent pas un obstacle infranchissable face aux possessions du Duc. Pour parer à toute nouvelle menace venant de l'Ubaye et du Piémont, Louis XIV dépêche de toute urgence sur place le maréchal de Vauban. Ce dernier décide de verrouiller tous les débouchés de l'Ubaye en créant un rideau de places fortes entourant la vallée. Dans ce cadre, il lance la construction de Briançon et de Mont Dauphin et incorpore à ce réseau des fortifications plus anciennes qu'il fait améliorer pour la circonstance (Château Queyras, Colmars-les-Alpes, Seyne-les-Alpes, Entrevaux).
Jusqu'en 1843, le débouché naturel de la vallée de l'Ubaye est fermé par une gorge profonde que seul franchit un étroit chemin sinueux taillé dans la falaise, le Tourniquet du Lauzet. Vauban juge prudent de surveiller et de verrouiller ce passage. Dans ce but, il ordonne en 1692 la construction d'un fort sur le rocher qui domine le village de Saint-Vincent, au sommet d'un versant qui tombe à pic sur le tourniquet et la rivière Ubaye (aujourd'hui partiellement noyée sous le lac artificiel de Serre-Ponçon). Le fort, dont la construction est achevée à la fin de l'année 1693, comprend une grosse redoute carrée à mâchicoulis, défendue par de l'artillerie, qui est enveloppée par une petite enceinte bastionnée.
Etant donné que le chemin du Lauzet à Seyne échappait, vers le col, aux vues du fort, une tour ronde couronnée d'un hourd en bois fut ajoutée à 500 m en avant du fort en 1696, pour servir de sonnette d'alarme. Elle est aujourd'hui restaurée. Insatisfait du résultat, Vauban préconise d'autres améliorations, notamment l'érection d'une seconde tour, plus grande et plus éloignée, et l'édification d'une enceinte flanquée de tours bastionnées demi-rondes autour du village, pour protéger les casernes et défendre l'agglomération. Ces projets ne furent jamais réalisés car l'annexion de l'Ubaye à la France en 1713 reporta la frontière loin vers l'est, sur la ligne de partage des eaux, ce qui diminua considérablement l'intérêt stratégique du fort de Saint-Vincent, qui fut relégué au rang de place de troisième importance.
Durant le 18e siècle, le fort n'est même plus entretenu, si bien que plus rien ne fonctionne à Montrocher (le nom révolutionnaire de Saint-Vincent) en l'an VII de la Révolution. D'importants travaux de remise en état sont entrepris sous l'empire, qui entraînent un remaniement considérables des infrastructures du fort. Durant la première moitié du 19e siècle, les superstructures sont abaissées et l'entrée déplacée. Certaines parties sont carrément remblayées sous un important glacis de terre de façon à augmenter leur résistance face aux progrès considérables de l'artillerie. L'ouvrage est finalement déclassé en 1880. Devenu une propriété privée, il est aujourd'hui progressivement remis en état par une équipe de bénévoles qui travaille à sa restauration.
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