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Savez-vous que la Literaturhaus de Bâle reçoit aussi des auteurs francophones ?
Le 23 mai , Marie Ndiaye était l’invitée de la Literaturhaus à Bâle pour la présentation de son livre ” Ladivine “; l’assemblée , plutôt germanophone ,a bénéficié de la lecture des textes par la romancière suivie d’une traduction fidèle par Brigitte Cuvelier , comédienne de son état , établie à Berlin ; modérateur de la soirée Martin Ebel , journaliste de la TagesAnzeige,.
Du poids des origines sociales , raciales , familiales
C’est vrai qu’on pense furieusement à “ la tache “ de Philip Roth , une histoire de honte et de couleur de peau , ou encore à Karin Tuil et “ l’invention de nos vies “ , encore une histoire de honte de la honte de ses origines où la couleur de peau est toutefois moins présente.Comment la honte vient-elle aux humains ? Comment se transmet -elle ? Ladivine , un si joli prénom à répétition générationnelle sonnant comme une excuse pour une destinée si tragique , une vie de mensonge ; voilà une tragédie familiale sur le thème de l’ambivalence des sentiments filiaux que l’on imaginerait bien sur grand écran. Il faudrait faire le casting soigneusement : la mère , Ladivine Sylla ,noire de peau , femme de ménage de son état , que sa fille , Malinka/Clarisse , claire de peau , nomme négresse ou servante , puis Ladivine deuxième du nom, disparue corps et âme , peut-être mutée en chien… On s’interroge sur la vraie raison de la dissimulation de Malinka/Clarisse : a-t-elle renié sa mère parce qu’elle est noire , parce qu’elle est femme de ménage , une femme sans intérêt pour personne , ou bien lui tient-elle rancoeur de sa couleur de peau blanche qui n’est donc pas liée à la sienne et la prive de son identité ? Comment trouver sa place dans le monde ,lorsqu’on n’a pas su se positionner au sein de sa famille ?
Ladivine par Marie NDiaye Gallimard, 400 p., 18,50 euros.
Marie NDiaye,est née le 4 juin 1967 à Pithiviers dans le Loiret,de mère française et de père sénégalais. Ses parents se sont connus étudiants en Île-de-France au milieu des années 1960. Elle passe son enfance dans la banlieue parisienne, à Bourg-la-Reine. Son père quitte la France pour l’Afrique alors qu’elle n’a qu’un an.C’est sa mère, professeur de physique-chimie, qui élève Marie et son grand frère, Pap Ndiaye. Marie Ndiaye a remporté le prix Femina en 2001 pour Rosie Carpe, et le prix Goncourt en 2009 pour Trois Femmes puissantes. Elle commence à écrire vers l’âge de 12-13 ans. et à l’âge de 17 ans, elle est repérée par Jérôme Lindon, fondateur des Éditions de Minuit, qui publie son premier ouvrage, Quant au riche avenir.
À la suite de la parution de cette œuvre, elle rencontre celui qui allait devenir son mari, l’écrivain Jean-Yves Cendrey : tout a commencé par une simple lettre de lecteur à laquelle elle répondit. Sa première œuvre lui permit aussi d’obtenir une bourse pour étudier pendant un an à la Villa Médicis à Rome.
Marie NDiaye reçoit le Prix Femina en 2001 avec son roman Rosie Carpe dès le premier tour par 9 voix sur 12. Sa pièce de théâtre Papa doit manger figure au répertoire de la Comédie-Française : c’est la seule femme écrivain vivante à avoir cet honneur. En 2009, elle s’essaie à une nouvelle expérience et participe à l’écriture du scénario du film White Material de Claire Denis. Elle reçoit le prix Goncourt 2009 pour Trois Femmes puissantes, roman initialement tiré à 15 000 exemplaires mais qui, avec le succès auprès du public, a au moment du prix un tirage total de 440 000 exemplaires après dix réimpressions.
Selon le palmarès annuel L’Express-RTL publié mardi 16 mars 2010, Marie Ndiaye a été en 2009 l’auteur francophone le plus lu.Elle publie en 2013 Ladivine qui conte le destin tourmenté de trois générations de femme, dont la grand-mère était noire. Marie Ndiaye déclare à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique édité à Paris. « Je n’ai pas eu une enfance africaine, je ne l’aurai jamais.Il est trop tard pour acquérir une double culture. Aujourd’hui, j’ai plutôt conscience de ce que c’est de ne pas en avoir, de ce que représente un métissage tronqué dont on n’a que les apparences ».” Ma relation à l’Afrique est un peu rêvée, abstraite, au sens où l’Afrique, dans ma tête, est plus un songe qu’une réalité.” affirme Marie Ndiaye qui n’a en effet jamais vécu en Afrique et s’y est rendue seulement de rares fois dont une avec la cineaste Claire Denis. J’ai été élevée dans un « univers 100 % français »et précise -t-elle pour ceux qui n’ont toujours pas compris “on peut être noire sans être africaine”.
« Je n’écris ni en tant que femme, ni en tant que femme noire. Je ne me définis pas comme une femme noire, née en France en 1967… J’écris en tant qu’être humain. »Entretien RFI
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