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Depuis l'Antiquité, le terme désigne en français et en italien (mercenari) des hommes servant dans une armée étrangère, contre un salaire. Le mot, neutre à l'origine, a pris avec les siècles une connotation souvent péjorative. L'allemand emploie Reisläufer, qui désignait ceux qui s'engageaient pour une campagne (Reise). En Suisse, dans le langage courant, service mercenaire est souvent synonyme de service étranger, parfois même de service capitulé, ce qui est abusif dans ce dernier cas.
C'est le Neuchâtelois Emer de Vattel qui a distingué, au milieu du XVIIIe s., le "mercenaire" du "soldat capitulé" (en général appelé Söldner en allemand, quoique le terme désigne aussi tout militaire professionnel) ou "avoué" (engagé avec l'aveu des autorités). Au sens strict, le mercenariat consiste en des engagements individuels non sollicités par l'Etat d'origine de l'engagé. Non contrôlés par des traités officiels (appelés capitulations) et contractés sans autorisation étatique, ces engagements peuvent être individuels ou collectifs. Dans le premier cas, un soldat se place volontairement et par contrat privé sous l'autorité et la juridiction d'un souverain étranger. Dans le second, il s'agit de levées illicites de compagnies dites franches, libres ou ambulantes, subordonnées à des capitaines indépendants, qui signaient avec leur embaucheur une capitulation privée.
D'abord au service de l'empereur et des villes italiennes, telles Milan vers 1372-1373, les Reisläufer devinrent vite incontrôlables. Les lois interdisant aux particuliers de s'engager pour leur propre compte dès 1477 ne parvinrent pas à éradiquer le phénomène de l'émigration militaire, bien que Nicolas de Flue ait élevé la voix dès 1474 contre le mercenariat et l'argent étranger. Jusqu'au règne de François Ier, c'est un courant non régularisé de mercenaires qui s'illustrent lors des guerres d'Italie. Le réformateur Zwingli parvint à faire interdire à Zurich, en 1520, l'engagement pour des puissances étrangères. Les Confédérés cherchèrent ensuite à contrôler l'enrôlement et à transformer le mercenariat improductif pour la nation en un instrument politique présumé utile à l'ensemble de la communauté. Dans la pratique, ces changements n'apportèrent d'avantages qu'à la classe dirigeante (Pensions).
Au service de France, malgré la création de régiments permanents et avoués en 1671, des compagnies franches subsistèrent, recrutées hors de Suisse, ceci en violation flagrante avec les principes régissant le service capitulé. Mercenaires et soldats avoués se côtoyaient donc. Après 1763, le roi chercha à limiter le nombre des compagnies franches afin d'augmenter l'efficacité des régiments capitulés.
Des régiments entiers de type mercenaire furent levés jusqu'au XVIIIe s., comme les unités recrutées dans les territoires protestants pour l'Angleterre ou en Suisse centrale pour l'Espagne. La capitulation privée signée en novembre 1724 à Madrid entre le colonel Karl Ignaz von Nideröst et le ministre de la Guerre, qui servit de modèle à celles de 1734, présentait divers inconvénients, comme celui de n'offrir aucune garantie quant à l'emploi des soldats suisses dans un but contraire aux intérêts du Corps helvétique, les cantons n'ayant aucun droit de regard sur ce mercenariat. En septembre 1793, l'Espagne envisagea d'enrôler huit régiments supplémentaires sous la forme de compagnies franches, ce qui aurait réduit les capitaines au rôle de condottieri et fait régresser le service étranger au niveau de ce qu'il était aux XVe et XVIe s. Ce type de service se retrouva marginalement en France, avec le cas du régiment d'infanterie de marine Karrer créé en 1719, licencié en 1763 sous le nom de Hallwyl (Franz Josef von Hallwyl l'avait repris en 1752), et qui servit outre-mer, notamment aux Antilles. En faisait partie le Neuchâtelois Charles-Daniel de Meuron, qui fournira en 1781 à la Compagnie hollandaise des Indes orientales un régiment privé.
La limite était parfois floue entre service mercenaire et service avoué. Des capitulations privées furent par la suite régularisées, comme ce fut le cas pour les mercenaires bernois au service de Hollande que Berne finit par avouer en 1700. Un régiment ne reposant sur aucune capitulation comme le régiment zurichois Werdmüller/Hirzel au service de Hollande (1701-1796) fut reconnu par les autorités dans les années 1720 comme régiment avoué. De même, en 1761, Berne permit l'enrôlement pour les Gardes suisses créés pour la Hollande en 1748, ce qui équivalait à un avouement. Quant au régiment bernois levé en 1730 pour le service de Piémont-Sardaigne, il fut légalisé par une capitulation officielle en 1737 et subsista jusqu'à l'invasion française. A l'inverse, les Ligues grises n'avouèrent jamais formellement le régiment de Salis-Marschlins au service de France, créé sous le nom de Travers en 1734.
La conclusion de nouvelles capitulations militaires fut interdite en 1848 et une loi contre l'enrôlement fut promulgué en 1859, mais les engagements subsistèrent à titre individuel malgré les interdictions qui frappèrent de plus en plus durement les candidats au mercenariat au XXe s.
Auteur(e): Alain-Jacques Czouz-Tornare
Appliquer aux soldats capitulés le terme de mercenaire est juridiquement faux. Quand on prend en compte le cadre institutionnel dans lequel s'inscrit le service étranger et surtout la dimension diplomatique de la question (système des alliances), l'expression de mercenariat devient inadéquate. Thème dévalorisant pour l'orgueil national en gestation au XIXe s., la satellisation du Corps helvétique par la France fut négligée par l'historiographie et le service capitulé fut relégué au rang de mercenariat, d'autant plus facilement que, sous la Restauration, puis surtout durant la Régénération, il ne servait plus directement les intérêts de la Suisse. Par la suite, la plupart des historiens ont adopté l'appellation, commode mais inexacte, de mercenariat quand ils évoquent l'émigration militaire helvétique d'avant 1848.
Auteur(e): Alain-Jacques Czouz-Tornare
Auteur(e): Alain-Jacques Czouz-Tornare