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"Looking for Richard", brillante version documentaire de "Richard III", débarque sur nos écrans. Après d'illustres prédécesseurs, de Welles à Godard, Al Pacino, réalisateur et rôle-titre, nous fait partager sa passion pour Shakespeare.
A l'Université de Lausanne, la "Sun and Moon Company" a relevé, à son échelle, le même défi.
Mais, au fond, qu'est-ce qui ne cesse de nous fasciner dans l'oevre du dramaturge?
Othello, Hamlet, Macbeth, Henri V ou Richard III, les grands rôles du répertoire shakespearien font rêver les comédiens depuis quatre siècles... Au cinéma, Orson Welles et Laurence Olivier incarnèrent de mémorables Othello. George Cukor en tira une fable cruelle autour du dédoublement de la personnalité - son héros, l'acteur Anthony John, s'identifiant à Othello jusqu'à la démence. Macbeth eut la sauvagerie géniale de Welles, le ton grand-guignol de John Finch dans la version de Polanski.
Quant à Richard III, le plus marquant de ses interprètes demeure sans doute Laurence Olivier dans sa propre réalisation des années cinquante, aux côtés de John Gielgud et Ralph Richardson. Dernier en date, Al Pacino a troqué sa défroque de flic contre celle du monarque machiavélique, pour nous livrer une version toute personnelle de "Richard III", mise en abyme et micro-trottoirs à l'appui.
Dans "Looking for Richard", Al Pacino joue en effet son propre rôle, celui d'un metteur en scène qui cherche à monter "Richard III". Et qui s'interroge sur Shakespeare, sur ce qu'il nous a apporté et sur ce qu'il a encore à nous dire.
"On apprend Shakespeare en le jouant"
"The Sun and Moon Company" a relevé un défi similaire à celui d'Al Pacino. La troupe de théâtre amateur de l'Université de Lausanne est née en 1991 d'une envie de prolonger les traditionnels voyages d'étude à Stratford. Mais aussi pour combler un vide: contrairement aux universités anglo-saxonnes - où la pratique de la scène est une tradition et figure en bonne place dans les CV - les pays francophones ont tendance à dissocier le théâtre de l'enseignement. C'est donc, logiquement, au sein des sections d'anglais que sont nées les quelques troupes universitaires que compte la Suisse, la dernière à Berne.
Pourquoi avoir choisi, dès leur première création - librement adaptée de la "Mégère apprivoisée" - de s'attaquer à Shakespeare? "Nous sommes des gens très ambitieux", sourit le professeur Roelof Overmeer. "Plus sérieusement, je crois qu'il n'y a pas de meilleure manière d'étudier et de comprendre Shakespeare qu'en le jouant."
"Au théâtre, la notion de travail collectif est essentielle"
Bien avant Shakespeare, la première pièce qui nous soit parvenue, "Les Perses" d'Eschyle, qui relate la victoire des Grecs sur les Perses, coïncide avec l'avènement de la démocratie. Ce n'est pas un hasard, selon Roelof Overmeer: "Le théâtre doit être à tout point de vue démocratique, la notion de travail collectif est essentielle. Jouer n'est pas une manière d'attirer l'attention sur soi, mais d'être au service des autres, d'un texte, d'une pensée. D'oublier qui on est pour devenir le rouage d'un tout."
Le théâtre apporte en ce sens une contribution unique à l'université. Et puis, aborder un texte en le jouant - pas seulement en tant que lecteur ou spectateur passif - est aussi une manière de vivre plus intensément la (longue) période des études.
"Shakespeare a réussi à humaniser les mystères de l'existence"
C'est, peut-être, qu'ils ont su éviter les écueils du "tourisme historique". Ne pas muséifier l'auteur, mais donner à voir, au contraire, les forces qui l'animent et celles dont nous avons hérité: "Shakespeare a réussi, comme la plupart des grands artistes de la Renaissance, à humaniser les mystères de l'existence", explique Roelof Overmeer. "C'est un peu comme l'énigme de la lumière de Vermeer: une lumière qui n'est pas transcendante, mais perçue comme un élément humain.
De même, chez Shakespeare, le monde moral est humanisé. Ce ne sont plus des forces divines et maléfiques qui s'affrontent - même si l'univers demeure complexe et mystérieux - mais des énergies humaines. Richard III souffre de sa difformité et de sa différence. Il se sert de sa souffrance et la projette sur le monde d'une manière éminemment humaine, sans intervention divine. Iago est un autre exclu du monde, qui retourne sa violence contre lui."
Le "Roi Lear" de Godard
A en croire les membres de la troupe, la meilleure manière de comprendre pourquoi l'uvre de Shakespeare est indispensable consiste à se glisser dans la peau d'un personnage. Avant de pouvoir "s'en débarrasser": une manière, selon Roelof Overmeer, de "tuer le père".