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L’opposition à la loi Covid-19 a échoué. Sa radicalisation lui a porté préjudice. Elle a sous-estimé la confiance de la population dans le Conseil fédéral (gouvernement).Ce contenu a été publié le 29 novembre 2021 - 17:26
Dans la démocratie directe la plus développée du monde, il n’est pas étonnant que l’on puisse même voter sur des lois promulguées en urgence contre des états d’urgence. Pour obtenir le référendum et obtenir un vote populaire, il suffit de récolter la signature de 50’000 personnes disposant du droit de vote.
La loi Covid-19 prêtait le flanc à la critique. Elle a été adoptée dans l’urgence et modifiée à plusieurs reprises. L’implication habituelle des cantons, des partis et des associations a échoué, aux yeux de ses détracteurs.
Parallèlement à l’adoption de la loi par le Parlement à l’automne 2020, des mouvements extra-institutionnels issus de la société civile ont vu le jour. Leur leitmotiv: la politique de lutte contre la pandémie divise la Suisse, car elle exclut de la vie sociale toute personne hostile à la vaccination.
Pour la seconde fois dans la minorité
Par deux fois, le noyau dur de cette nouvelle opposition a réussi à récolter les signatures nécessaires pour obtenir un référendum. Mais par deux fois, cette opposition a échoué en votation populaire.
La première fois, le 13 juin 2021, 60,2% de la population a voté en faveur des modifications de la loi qui concernaient principalement les aides financières aux entreprises en difficulté. La seconde fois, elle a été acceptée sur un score plus élevé encore de 62%, alors que le cœur du débat concernait l’utilisation du certificat Covid suisse. Par deux fois, le taux de participation au vote a été élevé: 59,7% en juin et 65,7% dimanche dernier.
Pas de division profonde
Les résultats officiels de la récente votation populaire montrent que toutes les régions linguistiques ont approuvé le projet et que tant les villes que les campagnes ont dit oui. Cela contredit l’affirmation selon laquelle la Suisse serait profondément divisée géographiquement ou socialement.
Une analyse de tous les résultats des communes montre deux mouvements contradictoires au cours des six derniers mois. Ainsi, depuis juin 2021, l’opposition a diminué sur l’ensemble de la Suisse alémanique. En revanche, elle s’est légèrement renforcée en Suisse latine. L’élément déterminant a été le degré d’implication cantonale dans la pandémie: là où l’incidence est faible, l’opposition a diminué; là où elle est élevée, elle a augmenté.
Des divergences politiques croissantes
Cette année, les clivages politiques ont toutefois augmenté. C’est ce que montre aussi la première analyse du groupe Tamedia sur la base d’un sondage. L’électorat de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) a dit non à la loi Covid-19 à 72%, alors que celui du Parti socialiste l’a approuvée à 82%.
L’UDC a toutefois renoncé à un mot d’ordre avant la première votation et s’est ralliée au camp du non pour la seconde. En revanche, elle a soutenu le mouvement de contestation par le biais de publicités. De plus, certains milliardaires ont soutenu financièrement le camp du non. Selon leurs propres indications, les opposants ont pu mener une campagne pour un coût de 1,5 million de francs. Le marketing professionnel a été dissimulé par des sonneurs de cloches qui ont marqué l’image publique.
En revanche, le camp du oui a paru plutôt modeste. Son budget n’aurait été que de 150'000 francs.
Vendredi dernier, une enquête de l’université de Zurich a indiqué que les grands médias n’avaient jamais parlé de manière aussi détaillée d’un référendum ces dernières années. Le ton était pourtant mitigé pour un projet des autorités: seulement 59% des articles étaient clairement favorables.
Par rapport à la première votation, cela s’explique surtout par la présence massivement renforcée des mouvements de la Suisse profonde et de l’UDC. Cette fois-ci, ils ont même été plus présents dans les médias que le Conseil fédéral et les professionnels de la santé.
Les raisons de l’échec de l’opposition
Le dimanche de la votation, ce sont surtout les instituts de sondage qui se sont montrés peu surpris.
L’institut de recherche gfs.bern, qui travaille pour la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR), prévoyait, sur la base d’un sondage réalisé trois semaines auparavant, 61% d’approbation et 38% de rejet. En outre, on parlait déjà à l’époque d’opinions consolidées.
C’est pour cela que l’on utilise le terme technique de décision prédisposée. On connaît bien ce phénomène pour les élections, mais il est plutôt rare pour les votes de fond. En effet, les intentions de vote ne se forment souvent qu’au cours de la campagne de votation et donc à très court terme.
Quatre raisons expliquent ce phénomène.
Premièrement: formation de l'opinion à long terme
La controverse sur la bonne politique en matière de pandémie a éclaté durant l’année 2020. Les opinions à ce sujet se sont développées et stabilisées à long terme, car la situation liée à la pandémie s’immisce profondément dans le quotidien de la population.
Le sondage de la SSR sur l’attitude de la population face à la pandémie avait déjà constaté des semaines avant le vote que les opinions sur le certificat Covid étaient faites, avec 61% pour et 38% contre. Le reproche de l’obligation de vaccination n’était partagé que par 37% des personnes interrogées. C’était une anticipation précise du résultat de la votation de dimanche.
Deuxièmement: radicalisation de la campagne des opposants
L’attention portée à la campagne du non a stimulé les opposants. Ce faisant, ceux-ci n’ont pas vu qu’ils polarisaient même leur propre camp. Cela a commencé par une tentative d’assaut du bâtiment du Parlement lors des manifestations hebdomadaires dans la ville de Berne. Il est ensuite devenu visible que le mouvement de la jeunesse s’était radicalisé et qu’il a rencontré une résistance aussi bien dans son propre camp que dans le camp adverse.
Une évaluation révélatrice de l’Université de Lausanne parle même d’une contre-mobilisation. En se basant sur les votes absolus lors de la première et de la deuxième votation, elle montre que les votes en faveur de la loi ont fait un bond en avant, en particulier dans les cantons très peuplés de Zurich, Berne, Argovie et Saint-Gall.
Cet effet a longtemps été sous-estimé.
Troisièmement: une confiance dans les institutions sous-estimée
Les opposants ont massivement sous-estimé la confiance dans la politique des autorités. Pourtant, l’étude annuelle sur les préoccupations de la population suisse, appelée baromètre des préoccupations, est en fait très claire. Selon ce baromètre, deux tiers de la population fait confiance au Conseil fédéral. C’est un élément décisif, surtout lorsque celui-ci doit prendre des décisions sous haute pression.
Avant la votation, l’institut de recherche gfs.bern avait déjà analysé que le taux d’approbation était nettement plus élevé lorsque l’on faisait confiance au Conseil fédéral. Et les services de la statistique du canton de Zurich ont démontré que l’opposition à la loi Covid était majoritairement marquée par une vision du monde nationale-conservatrice et sceptique envers l’État.
Quatrièmement: vaccinés contre non-vaccinés
Il y a probablement une quatrième raison: le virus continue de se propager de manière dynamique. Les autorités ont réagi en 2021 en vaccinant la population. Depuis juin 2021, la proportion d’habitants vaccinés est passée de 35% à 65%. Il est probable qu’il y en ait eu encore plus parmi les personnes qui votent.
Cette question polarise en effet les esprits. Les vaccinés comprennent de moins en moins les non-vaccinés, et ils ne veulent pas devoir se restreindre à nouveau à cause d’eux.
Hier, la majorité silencieuse, sans doute plus âgée que la moyenne des votants, a décidé de faire passer son besoin de protection avant la soif de liberté des plus jeunes. Elle aspire au troisième vaccin, le «booster». Pendant ce temps, ses adversaires espéraient que la campagne de votation deviendrait son booster. C’était une erreur.
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