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La couronne anglaise soumit progressivement à son pouvoir, à partir du XIIe s., l'ensemble des îles Britanniques: les royaumes d'Angleterre et d'Ecosse, le pays de Galles et l'Irlande (dont le sud devint en 1921 une république indépendante). A la fin du XVIe s., la G. ravit à l'Espagne le rôle de première puissance mondiale et, grâce à sa marine, édifia un vaste empire colonial. Premier pays industrialisé, elle affirma en outre dès 1760 sa domination économique. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, elle intervint régulièrement dans les conflits entre les Etats du continent européen afin de maintenir l'"équilibre des puissances", exerçant ainsi une grande influence sur leur histoire. La montée des Etats-Unis et de l'URSS, jointe à la décolonisation qui lui fit perdre son empire, la ramena au rang de moyenne puissance européenne.
Dès le Néolithique, des influences culturelles des îles Britanniques (mégalithisme) se font sentir jusque dans la Suisse romande actuelle. Il est probable que, dès le premier millénaire avant notre ère, des matières premières rares (étain par exemple) aient été exportées de Cornouailles jusque dans nos régions. Les premiers contacts avérés entre les îles Britanniques et le territoire suisse (dès 600 env.) sont dus à des moines missionnaires. Saint Béat, selon sa Vita, vint de G. pour évangéliser les Helvètes, saint Colomban et saint Gall prêchèrent chez les Alamans, l'Anglo-Saxon Gregorius fut abbé d'Einsiedeln de 964 à 996. L'influence de la Bible de l'Anglo-Saxon Alcuin dans les abbayes suisses et la diffusion en Angleterre de l'hymne de Pentecôte du moine saint-gallois Notker témoignent dès le IXe s. de certains échanges culturels.
Au Moyen Age classique, il exista des liens privilégiés entre la Suisse romande et la G. L'évêque de Sion Ermenfroi représenta le pape au couronnement de Guillaume le Conquérant (1070). D'intenses relations se développèrent au XIIIe s. entre la Savoie et la couronne anglaise. Le comte Pierre II fit plusieurs séjours à la cour d'Henri III, qui avait épousé sa nièce Eléonore et qui lui accorda un soutien politique et financier. On remarque des influences anglaises dans les réformes administratives et judiciaires entreprises en Savoie. Des nobles vaudois, comme Ebal II de Mont, plusieurs sires de Grandson, Guillaume de Bonvillars et Pierre de Champvent, furent officiers civils et militaires, ambassadeurs, poètes et hommes d'Eglise en Angleterre. Dans le contexte de la conquête du pays de Galles, Edouard Ier confia dès 1278 à l'architecte savoyard Jacques de Saint-Georges la construction d'une série de châteaux. A la fin du Moyen Age, on rencontrait sur le continent des mercenaires anglais et écossais, par exemple parmi les Gugler qui pénétrèrent brièvement sur le Plateau en 1375 ou parmi les adversaires des Confédérés à la bataille de Saint-Jacques-sur-la-Birse (1444).
Le concile de Bâle attira un assez grand nombre de participants anglais et écossais. De la quarantaine d'Anglais présents, dix-sept d'entre eux, dont l'évêque de Londres, faisaient partie de deux délégations officielles qui vinrent à Bâle entre 1433 et 1435, mais elles n'eurent guère d'influence et, dès 1435, l'Angleterre fut pratiquement absente du concile. Les sources sont avares de renseignements tant sur les liens entre les mouvements hérétiques anglais (lollards) et suisses que sur les échanges de professeurs et d'étudiants entre les universités de Bâle, Oxford et Cambridge.
Les relations économiques étaient encore modestes. Dès le XIIIe s., de la laine brute anglaise était livrée aux centres drapiers de Fribourg et d'Italie du Nord (par les cols alpins et le Tessin); l'Angleterre achetait des toiles de Suisse orientale. On signale quelques pèlerins et hôtes d'établissements thermaux, mais ce sont des cas isolés.
Auteur(e): Beat Kümin / PM
En 1510, pendant les guerres d' Italie, Mathieu Schiner avait fait conclure aux Confédérés une alliance de cinq ans avec le pape Jules II. Dès 1513, il tenta de convaincre les Anglais d'adhérer à ce pacte. D'abord conduites en Angleterre par deux conseillers de Zurich et Bâle, et en Suisse notamment par l'humaniste anglais Richard Pace, les négociations visaient l'établissement d'une alliance antifrançaise alimentée par l'argent anglais. Elles étaient déjà fort avancées quand le roi d'Angleterre Henri VIII entama un surprenant rapprochement avec le roi de France Louis XII.
Schiner se rendit personnellement à la cour d'Henri VIII en octobre 1516; il en revint avec une alliance entre l'Espagne, l'Angleterre et l'Empire, à laquelle on prévoyait que le pape et les Confédérés participeraient bientôt. La conclusion de la Paix perpétuelle de 1516 ruina ces projets. En 1523, le roi d'Angleterre et l'empereur Charles Quint tentèrent, à nouveau sans succès, d'intégrer les Confédérés à leur alliance. La présence française en Suisse était devenue trop forte.
Dès le milieu du XVIe s., l'Eglise de Zurich (avec Heinrich Bullinger) et celle de Genève (avec Jean Calvin et Théodore de Bèze) eurent de plus en plus d'influence sur le cours de la Réforme en G., notamment à travers le groupe de protestants qui se réfugièrent à Bâle, Berne, Genève, Zurich et Aarau pendant le règne de la catholique Marie Tudor. Citons parmi eux John Knox, réformateur écossais, et John Foxe, auteur du Livre des martyrs, ouvrage longtemps populaire en Angleterre.
Pendant la guerre de Trente Ans, le gouvernement anglais manda temporairement des représentants auprès de la Confédération et des Ligues grisonnes: Isaac Wake, Dudley Carleton (basé à Venise) et Oliver Fleming. Wake favorisa la conclusion de l'alliance de 1617 entre Berne et la Savoie, dans laquelle celle-ci admettait la perte du Pays de Vaud. Il y eut une représentation britannique quasi permanente à Genève dès le milieu du XVIIe s. et à Berne (pour plusieurs cantons) dès les années 1690. Les cantons protestants entretinrent des contacts étroits avec les chefs de la république instituée par Oliver Cromwell. Le Schaffhousois Johann Jakob Stockar, envoyé à Londres par les cantons protestants, offrit habilement sa médiation pendant la première guerre maritime anglo-hollandaise (1652-1654). Il n'obtint cependant aucun succès direct, car les parties s'arrangèrent entre elles. Durant les années où il exerça le pouvoir avec le titre de lord protecteur (1654-1658), Cromwell eut pour agent diplomatique auprès de la Confédération le linguiste et mathématicien John Pell. Quelques régicides trouvèrent refuge dans le canton de Berne après la Restauration (1660).
Après l'accession au trône de Guillaume III d'Orange (1689), la G. s'engagea dans une lutte contre les prétentions hégémoniques de la France sur le continent européen (lutte qui, au XVIIIe s., s'étendit de plus en plus aux colonies d'outre-mer), ce qui stimula le recrutement de mercenaires. En 1690 déjà, la couronne britannique signa une capitulation avec les cantons protestants de Zurich, Berne, Glaris, Schaffhouse et Appenzell Rhodes-Extérieures, ainsi qu'avec la ville de Saint-Gall.
William Wickham, successeur de lord Robert Fitzgerald comme ministre plénipotentiaire de la G. en Suisse à l'époque de la première guerre de Coalition (années 1790), soutint vigoureusement la cause royaliste jusqu'à ce que les pressions françaises le contraignent à quitter son poste, à la veille de la chute de l'ancienne Confédération.
Un marchand anglais spécialisé dans les arcs, les flèches et les mâts de navire, Richard Hilles, s'établit à Zurich en 1541 déjà. Vers le milieu du XVIe s., la Suisse importait de G. du drap, de la poterie d'étain, du fromage; elle exportait des objets en bois, des chaussures, du papier et, dès les années 1540, des livres imprimés à Bâle, Zurich ou Genève. Au XVIIe s., les flux financiers s'accrurent. Philippe Burlamaqui, de Genève, fut dans les années 1620 l'un des marchands et banquiers les plus puissants de Londres, ville où la banque genevoise Calandrini ouvrit une filiale en 1652. Devenue à la fin du siècle la première place financière d'Europe, la City comptait parmi ses clients les villes de Zurich et Berne. Cette dernière subit des pertes lors du krach boursier de 1721 (South Sea Bubble), qui entraîna la faillite de la banque bernoise Malacrida & Co., ce qui ne l'empêcha pas de placer d'importants capitaux à la Banque d'Angleterre dans les décennies suivantes. Zurich fit de même après 1750. Les relations bancaires entre Genève et Londres furent particulièrement étroites au XVIIIe s. Johann Jakob Schweppe se rendit de Genève à Londres en 1792. Il y développa une maison de vente d'eau minérale, avant de revenir en Suisse.
Les relations culturelles à l'époque moderne furent d'abord placées sous le signe des contacts entre humanistes, par exemple entre Erasme établi à Bâle et ses amis anglais (entre autres Thomas More et Richard Pace, déjà mentionné). Dans les années 1650, le théologien John Dury qui, sous l'influence de Jean Amos Comenius avait conçu un projet d'unification supraconfessionnelle de la chrétienté européenne, fit un voyage en Suisse afin d'y trouver des adeptes.
L'homme de lettres zurichois Johann Jakob Bodmer fut avec Johann Jakob Breitinger l'un des pionniers d'une diffusion raisonnée de la littérature anglaise dans le monde germanophone. La première traduction allemande des drames de Shakespeare, due à Christoph Wieland, parut en 1762 à Zurich. Les Anglais appréciaient fort le poète zurichois Salomon Gessner. Le Bernois Béat Louis de Muralt, esprit éclairé et anglophile, publia en 1725 ses Lettres sur les Anglais et les Français; un peu plus tard, Albert de Haller (dont le poème Les Alpes sera traduit en anglais en 1794) célébra les avantages du régime politique britannique.
Angelica Kauffmann, artiste peintre de Coire, s'établit en Angleterre en 1766 et participa peu après à la fondation de l'Académie royale. Son collègue Johann Heinrich Füssli, de Zurich, devint sous le nom de Henry Fuseli l'un des peintres anglais les plus célèbres de son temps.
Le mathématicien genevois Nicolas Fatio de Duillier fit partie vers 1700 du cercle d'Isaac Newton. Johann Jakob Scheuchzer se rendit trois fois en Angleterre au début du XVIIIe s. et y rencontra nombre de savants éminents; la lecture de traités anglais sur le Déluge et sur sa place dans l'histoire de la Terre éveilla son intérêt pour cette question, qu'il ne cessa d'étudier jusqu'à sa mort en 1733. Son fils Johann Kaspar Scheuchzer (1702-1729) vint en Angleterre en 1724; bibliothécaire du savant sir Hans Sloane, il fut reçu à la Société royale, tout comme Nicolas Fatio et, en 1743, le biologiste genevois Abraham Trembley, que George II nomma membre de la délégation britannique aux négociations d'Aix-la-Chapelle (1747).
Il n'y a pas de vrais mouvements migratoires entre la Suisse et la G. à l'époque moderne, mis à part le séjour de réfugiés protestants sous le règne de Marie Tudor (1553-1558) et celui de nombreux étudiants anglais et écossais immatriculés à l'académie de Genève, pour des raisons confessionnelles, aux XVIe s. Parmi les étudiants les plus illustres, le futur diplomate Henry Wotton (vers 1590) et le jeune Robert Boyle (vers 1640), bientôt éminent naturaliste et cofondateur de la Société royale. George Keith, maréchal d'Ecosse, fut gouverneur de Neuchâtel au nom du roi de Prusse de 1756 à 1760.
L'Angleterre attira dans la seconde moitié du XVIe s. quelques étudiants suisses (tels Josua Maler et les deux petits-fils de Zwingli, Rudolf Zwingli et Rudolf Gwalther junior) et des voyageurs comme Thomas Platter le Jeune, de Bâle. Dans la première moitié du XVIIe s., elle eut un relais en Suisse et surtout à Genève en la personne du Genevois Théodore Turquet de Mayerne, médecin de Jacques Ier et Charles Ier, pharmacien, qui acquit en 1621 la seigneurie d'Aubonne. En 1624, elle accueillit des Grisons fuyant les troubles des Ligues.
La Société unie des Suisses de Londres, fondée en 1702, fusionna en 1718 avec celle des Genevois, qui remontait aux années 1680. Elle accueillait aussi bien de jeunes pasteurs, officiant quelques années dans une paroisse française (huguenote) avant de trouver un poste au pays, que des artisans venus se former ou se perfectionner, notamment des horlogers. Dans les années 1780 et 1790, l'agitation socio-politique qui secouait leur ville poussa certains Genevois, dont l'économiste et historien Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi, à chercher passagèrement refuge en Angleterre
Auteur(e): Kaspar von Greyerz / PM
Dans l'histoire des relations entre la G. et la Suisse, la période 1800-1945 est la plus riche. Le gouvernement de Londres joua un rôle majeur et parfois décisif dans la politique intérieure et extérieure de la Suisse, dont il défendit l'indépendance face aux attaques des puissances voisines. Cependant, les deux pays présentaient dans nombre de domaines plus de différences que de points communs. Les Britanniques appréciaient les libertés et le libéralisme helvétiques, mais leurs principaux intérêts se trouvaient hors d'Europe. Au total, ils gardèrent envers la Suisse une attitude bienveillante, avec une constance remarquable, en dehors d'un bref refroidissement au début du XXe s.
Dès les guerres de Coalition et durant tout le XIXe s., le gouvernement britannique considéra la Suisse comme une sorte d'indicateur des tendances politiques en Europe. Face à l'invasion française de 1798, à l'occupation de Berne en octobre 1802 et à l'acte de Médiation de février 1803, qui ne laissait aucun doute sur les intentions de la France, il réagit très vivement; il protesta et envoya des agents et de l'argent pour appuyer la résistance en Suisse, mais sans grand succès. Au reste, ce soutien procédait moins d'un sentiment de compassion que de considérations pragmatiques sur le poids de la Suisse dans le système des puissances européennes.
L'envoyé britannique Stratford Canning, arrivé à Berne en 1814, fut chargé de surveiller l'élaboration de la nouvelle Constitution et la réorientation de la politique étrangère suisse après la chute de Napoléon; il prit part au congrès de Vienne de 1815 comme membre de la délégation helvétique et par son activisme parvint à imposer une neutralisation de la Suisse largement conforme aux vœux de Londres (acte du 20 novembre 1815, par lequel les puissances reconnaissaient les frontières de la Suisse et sa neutralité). Après 1815 encore, le gouvernement britannique apporta son soutien à la Suisse; mais, s'il agit ainsi dans les années 1830, tandis que les querelles constitutionnelles et les progrès du radicalisme alarmaient l'Autriche, la Prusse et la France, ce fut moins par conviction libérale que dans le but de maintenir la paix et l'équilibre des puissances en Europe. Il s'irritait face aux disputes internes, à la complexité des facteurs religieux, linguistiques et politiques, aux querelles entre la Diète et certains cantons. Il s'élevait contre toute réforme intérieure susceptible de mettre en danger la neutralité.
C'est seulement dans les années 1840, après la fondation du Sonderbund, que lord Palmerston, ministre libéral des Affaires étrangères, se rangea du côté de la Suisse libérale-radicale et qu'il la soutint ouvertement contre les régimes autocratiques. Même s'il continua d'user de son influence plutôt pour contrôler la Suisse que pour faire pression sur ses voisins, la sympathie des Britanniques pour la cause radicale fit qu'ils restèrent, parmi les grandes puissances, le principal appui de la Suisse. Pendant la crise du Sonderbund (1847), Palmerston retarda une action concertée de l'Autriche, de la Prusse et de la France en faveur des conservateurs, ce qui donna le temps au général Dufour de prendre l'avantage. De même en 1852, alors que la France exigeait l'expulsion d'opposants politiques réfugiés à Genève, Londres insista sur l'indépendance de la Suisse et refusa d'admettre une action militaire qui ne visait qu'à asseoir le prestige du nouvel empereur Napoléon III. En s'efforçant de trouver une solution diplomatique à l'affaire de Neuchâtel (1856-1857), la G. aida la Confédération à refuser les revendications prussiennes sur ce canton (qui lui avait été attribué en 1848) et donc à se défendre contre une ingérence étrangère.
Après la victoire des radicaux en 1848, la politique intérieure de la Suisse devint plus compréhensible pour les Britanniques. Accueillant eux-mêmes de nombreux réfugiés, ils soutinrent en particulier sa législation libérale en matière d'asile, qui suscita au cours du XIXe s. les protestations de la France, de l'Espagne, de l'Autriche, de la Prusse, puis de la Russie; ils intervinrent dans certains cas (normalement, quand des mesures de rétorsion menaçaient la souveraineté suisse). Cependant, ils devinrent plus critiques dans les années 1870 et 1880, quand on compta parmi les réfugiés de moins en moins de nationalistes libéraux et de plus en plus d'anarchistes, socialistes et autres extrémistes.
Au XIXe s., des liens culturels et personnels étroits s'établirent entre la Suisse et la G., notamment grâce aux voyageurs britanniques, qui contribuèrent beaucoup au développement du tourisme suisse. Les jeunes nobles firent étape en Suisse lors de leur Grand Tour dès le XVIIIe s. Suivant l'exemple du poète William Wordsworth, qui visita la Suisse en 1790, des artistes se lancèrent après 1815 à la découverte des Alpes. Les romantiques anglais firent des paysages helvétiques (vallées, lacs et montagnes) un de leurs thèmes favoris. Les livres de George Byron, Mary Shelley, Samuel Taylor Coleridge, John Ruskin, les tableaux de Joseph Mallord William Turner familiarisèrent la bourgeoisie cultivée avec le monde alpestre. Le goût des artistes anglais pour la Suisse survécut au romantisme, Thomas Hardy et beaucoup d'autres continuant d'y recueillir des impressions propres à nourrir leur œuvre.
Avec les voyages organisés de Thomas Cook (dès 1863), puis après la visite de la reine Victoria (1868), la Suisse renforça son attrait pour les touristes britanniques, lesquels représentaient avant la Première Guerre mondiale environ 15% de la clientèle de l'ensemble des hôtels suisses, selon les statistiques tenues dès 1894. Ils séjournaient en moyenne deux fois plus longtemps que les Allemands, groupe le plus nombreux. Ils étaient issus de l'élite sociale et politique, mais aussi de la classe moyenne récemment enrichie, particulièrement attirée par les Alpes à cause de son goût traditionnel pour les défis sportifs et pour l'aventure (fondation du Club alpin britannique en 1857). Des Britanniques conquirent de nombreux sommets, firent évoluer les techniques de varappe, contribuèrent à la reconnaissance de l'alpinisme comme sport dans les années 1860 et jouèrent un rôle de pionniers dans le tourisme hivernal, qui s'imposa à la fin du siècle.
On comptait en Suisse vers 1900 plus de soixante lieux de culte appartenant à l'Eglise anglicane, ainsi que douze consulats britanniques. A l'époque, on considérait que le grand nombre de voyageurs n'était pas sans influence sur les relations politiques entre les deux pays. Aussi, a-t-on voulu voir dans le déclin du Grand Tour et l'ouverture de la fréquentation touristique à des couches sociales plus modestes l'une des causes du refroidissement diplomatique des années 1890. Malgré ce phénomène social, l'importance du recul des touristes britanniques ne doit pas être exagérée. C'est seulement dans les années 1920 et 1930 que la part des Britanniques dans le tourisme suisse tomba en dessous de 10%, à cause de la crise économique et de la cherté du franc. Même dans les moments de tension, de nombreux Britanniques gardèrent leur sympathie pour la Suisse. Ainsi Arnold Lunn, pionnier du ski, publia pendant les deux conflits mondiaux des livres très amicaux envers la Suisse (Was Switzerland Pro-German? en 1914, Switzerland and the English en 1944).
Les impressions recueillies par plusieurs générations de touristes finirent par se refléter aussi dans les idées des hommes d'Etat britanniques. S'ils fondaient en premier lieu leur politique envers la Suisse sur une pesée rationnelle des intérêts du royaume en Europe et sur une appréciation positive de la neutralité helvétique, ils étaient aussi portés à considérer favorablement un pays évoquant pour eux le mythe de l'idylle alpestre. Au total, la Suisse était indubitablement l'un des Etats dont le sort intéressait largement l'opinion publique britannique.
Les relations économiques entre la G. et la Suisse subirent de grandes variations entre 1800 et 1945. Dans les premières décennies du XIXe s., les guerres européennes limitèrent les échanges commerciaux. En revanche, les placements financiers étaient considérables. Quand, en 1798, la France confisqua le trésor de Berne, celui-ci comprenait notamment des papiers-valeurs pour un montant de 18 millions de livres françaises, dont une bonne partie consistait en emprunts britanniques. Aussitôt, l'Angleterre réagit en mettant sous séquestre les créances suisses; elle les restituera en 1816 (Berne reçut 416 978 livres-or et Zurich 53 000).
Une fois la paix rétablie, le commerce s'anima, mais le niveau élevé des droits de douane britanniques freina son essor jusque dans les années 1840 (la G. absorbait 3-5% des exportations suisses avant 1840). A cette époque, des entrepreneurs amenèrent en Suisse des techniques apprises en G. Nombre de maisons qui deviendront des fleurons de l'économie suisse (Sulzer, Georg Fischer) étaient en contact avec des firmes britanniques. La conversion de Londres au libre-échange au début des années 1840 et l'abolition des douanes intérieures helvétiques après 1848 entraînèrent une ouverture des marchés dans les deux pays. L'économie britannique, nettement plus avancée, stimula fortement l'industrialisation suisse. En exportant ses produits manufacturés (textiles surtout), elle mit les entreprises suisses sous pression et les contraignit à innover. Les produits suisses présentés à l'Exposition universelle de Londres (1851) frappèrent par leur haute qualité (broderies, soieries, machines, montres). La G. absorbait presque 20% des exportations suisses en 1855 et encore 17% en 1892. Une grande partie du commerce suisse avec l'outre-mer passait par elle. En revanche, la Suisse n'absorbait que 2,3% des exportations britanniques en 1855 et moins de 1% en 1892, après l'augmentation de ses droits de douane. Davantage souhaitée par la G. que par la Confédération, la conclusion en septembre 1855 d'un traité d'amitié, de commerce et d'établissement, qui reflétait la croissance des relations commerciales entre les deux pays, facilita pour les Suisses l'accès aux marchés des colonies britanniques et réduisit les impôts dus par les sujets britanniques établis en Suisse. Une convention postale suivit en 1868 et un traité d'extradition en 1874.
Des tensions apparurent dans les dernières décennies du XIXe s. L'évolution politique et économique sur le continent, en particulier l'unification de l'Italie (1860) et de l'Allemagne (1871), tendait à affaiblir l'influence de la G., qui de son côté se détournait de plus en plus de l'Europe pour se concentrer sur son empire.
La G. avait déjà fait sentir les limites de son amitié pour la Suisse en abaissant le rang de son ambassade à Berne, de 1868 à 1881, afin de protester contre l'attitude de la Suisse, à ses yeux trop impartiale, dans l'arbitrage de l' Alabama. De ce fait, la Suisse, qui n'avait pas d'ambassade à Londres, se trouva dans une situation délicate face aux attaques de pays tiers contre sa politique d'asile. Le Conseil fédéral chercha à y remédier; il avait un consulat à Londres, ouvert en 1853 en signe de reconnaissance pour l'aide britannique durant la guerre du Sonderbund; il y envoya un chargé d'affaires en 1891 et un ambassadeur en 1899. Mais comme il préférait passer, comme auparavant, par le représentant britannique à Berne, cette mesure n'eut guère d'effets.
Le refroidissement diplomatique résultait moins des actes concrets des deux gouvernements que d'une évolution idéologique. En Suisse, la majorité de la population condamnait la guerre menée par la G. contre les Boers (1899-1903). Bien que le Conseil fédéral ne prît pas officiellement position et s'abstînt même de proposer ses bons offices, les opinions antibritanniques exprimées au Parlement et dans la presse provoquèrent des incidents diplomatiques. Le renforcement du sentiment national en Allemagne, en France et en Italie à la fin du XIXe s. eut pour effet que les Suisses, sans rien abandonner de la neutralité, se rapprochèrent de pays dont ils partageaient la langue et la culture et perdirent un peu de leur sympathie pour l'Angleterre.
Après la guerre des Boers, les deux gouvernements tentèrent d'améliorer leurs relations. En 1905, le roi Edouard VII félicita la Suisse pour le percement du tunnel du Simplon. En 1907, des groupes de parlementaires, de commerçants, de journalistes et d'officiers britanniques visitèrent la Suisse, avec le soutien de ses autorités, pour étudier son système politique, social et militaire. Les échanges commerciaux se remirent à croître. Mais si la G. était en 1912 le deuxième marché d'exportation suisse (16,9%), elle ne fournissait que 5,9% des importations.
Tout en continuant de proclamer officiellement son amitié pour la Suisse, la G. nourrissait des doutes sur la neutralité d'un pays dont elle craignait qu'il ne se liât de plus en plus à l'Allemagne. La méfiance culmina en 1910, entretenue par l'existence de contacts militaires avec les puissances centrales (manœuvres de 1912 en présence de l'empereur d'Allemagne). Londres prêta l'oreille à des rumeurs sur des accords secrets qui auraient autorisé les troupes allemandes et autrichiennes à traverser le territoire suisse pour attaquer la France et l'Italie. En Suisse, on ne voyait pas sans inquiétude le rapprochement de la G. avec la France, la Russie et l'Italie, ainsi que sa rivalité maritime de plus en plus vive avec l'Allemagne. Dans ces conditions, il était inévitable que la G. fût moins disposée à garantir la neutralité suisse que par le passé; elle laissa son allié français s'occuper de la défense contre d'éventuelles menaces touchant le territoire helvétique.
Après le début de la guerre, le gouvernement britannique resta méfiant. Il salua la déclaration de neutralité d'août 1914, mais il soupçonnait la Suisse d'opportunisme, craignant qu'elle ne soutienne une paix de compromis en cas de succès allié, mais n'adopte une attitude proallemande dans le cas contraire. En automne 1917, le Foreign Office commença même à envisager la possibilité d'une entrée en guerre de la Suisse aux côtés de l'Allemagne. Les efforts prématurés de quelques politiciens suisses en faveur d'une paix séparée entre l'Allemagne et la Russie (affaire Grimm-Hoffmann ) et la germanophilie d'une bonne partie de l'état-major entretinrent la méfiance britannique jusqu'à la fin de la guerre en novembre 1918.
Néanmoins, la neutralité suisse était bien dans l'intérêt de la G. Son utilité grandit même au cours de la guerre, car elle permettait la collecte de renseignements et, dès 1917, la tenue de conversations secrètes de paix, en terrain neutre. La Suisse était aussi un important fournisseur de produits industriels pour la G., qui absorba en 1918 un sixième de ses exportations (multipliées par dix, par rapport à l'avant-guerre, pour les couleurs d'aniline). La part britannique au marché suisse passa de 6% à 10%. Mais l'intensité des échanges ne mit pas les relations économiques à l'abri de tensions. En exigeant un droit de surveillance des exportations visant à empêcher toute forme de contrebande avec l'Allemagne et l'Autriche, les Britanniques menaçaient constamment de ruiner le contrôle économique suisse. Le conflit ne fut résolu ni par la création en 1915 de la Société suisse de surveillance économique (SSS) ni par l'envoi en 1917 d'un attaché commercial à Londres. En outre, la Suisse protesta fréquemment, par voie diplomatique, contre le blocus britannique qui aggravait la pénurie de denrées alimentaires et de matières premières. Ses livraisons de matériel militaire aux puissances centrales (moteurs diesel pour les sous-marins allemands, par exemple) n'étaient pas non plus appréciées.
Pendant la Première Guerre mondiale, la Suisse représenta les intérêts allemands en G.; elle vit aussi les Britanniques recourir, pour la première fois, à ses services humanitaires: sa contribution la plus marquante en ce domaine, en dehors des efforts du CICR pour coordonner les activités des sociétés nationales de la Croix-Rouge dans les Etats belligérants, fut l'hospitalisation, jusqu'à la fin des hostilités, de prisonniers de guerre britanniques victimes de blessures (selon une décision prise en 1916). Environ 1800 d'entre eux furent ainsi soignés en Suisse. L'hospitalité helvétique et la neutralité "active" firent une profonde impression sur l'opinion publique britannique. L'afflux de soldats à Mürren, Interlaken, Leysin et autres lieux compensa partiellement les pertes de revenus de l'hôtellerie, qui souffrait de l'absence des étrangers depuis le début de la guerre.
La paix revenue en 1918 inaugura une nouvelle phase des relations entre les deux pays. La G. redevint un partenaire important pour la Suisse, dont elle soutint la volonté de rester neutre tout en adhérant à la Société des Nations (but atteint en 1920). Pour le siège de cette dernière, elle porta son choix sur Genève, ville "neutre", de préférence à Paris ou La Haye. Elle apprécia positivement le rôle actif joué par la diplomatie suisse au sein de l'organisation. Les deux Etats défendaient des intérêts analogues: satisfaire les puissants voisins de la Suisse et promouvoir sur le plan international la paix et la sécurité.
La G. resta le deuxième importateur de produits suisses (les textiles et les produits agricoles perdant du terrain tandis que les machines et les produits chimiques et pharmaceutiques en gagnaient), même si sa part passa de 14,3% en 1928 à 11,2% en 1937. Les mesures protectionnistes qu'elle prit après 1918 amenèrent des entreprises suisses à procéder à des investissements directs: dix-sept d'entre elles ouvrirent des filiales dans le royaume jusqu'en 1939 (contre six avant 1914). Elle était le seul partenaire économique important avec lequel la Suisse avait une balance commerciale positive, ce qui compensait les bilans déficitaires avec l'Allemagne, la France et les Etats-Unis. Sa part aux importations suisses se montait à 8,2% en 1928 et 6,2% en 1937.
La montée du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne eut des répercussions sur les relations entre la Suisse et la G. Alors que les sympathies de la majorité allaient aux démocraties occidentales, le Conseil fédéral s'efforça, sous la pression de la politique britannique d'appeasement, d'améliorer ses relations avec l'Allemagne et l'Italie; il se distança en 1938 de la Société des Nations. Les politiciens suisses doutèrent jusqu'en 1940 que Londres fût résolument décidé à combattre l'Allemagne nazie, même s'ils étaient tout à fait conscients qu'il était nécessaire de conserver le soutien britannique; soucieuse de ne pas le perdre par sa faute, la Suisse dut cependant constater que l'accent mis sur sa neutralité amenait des divergences croissantes entre les politiques étrangères des deux Etats.
Ni la déclaration de guerre de septembre 1939, ni l'effondrement de la France en juin 1940 ne modifièrent la situation. La Suisse misa plutôt sur un apaisement avec l'Allemagne que sur un rapprochement avec la G. Le gouvernement britannique décida ensuite d'inclure la Suisse, même s'il comprenait bien sa situation, dans la zone soumise à un blocus commercial de plus en plus strict. Il autorisa la Royal Air Force à survoler le territoire helvétique. Il envisagea même d'y bombarder des voies ferrées et d'attaquer de grandes entreprises comme le Crédit suisse. Néanmoins, dès le milieu de 1940, alors que le sort de la Suisse était entre les mains des puissances de l'Axe, le Conseil fédéral fit de grands efforts pour conserver l'amitié de la G., tolérant les activités de ses services secrets et les violations de l'espace aérien. En raison des limitations imposées par l'Allemagne et l'Italie, la Suisse vit ses échanges commerciaux avec la G. passer de 143,8 millions de francs en 1937 à 23 millions en 1941 pour ses exportations et de 112,7 millions à 14,3 millions pour ses importations. Encerclée par les puissances de l'Axe, elle n'avait toutefois pas une grande importance aux yeux des stratèges britanniques, qui de ce fait l'épargnèrent.
L'entrée en guerre des Etats-Unis et de l'URSS en 1941 mit la G. en mesure de faire pression pour limiter le commerce suisse avec les puissances de l'Axe. Le Conseil fédéral répondit évasivement aux exigences des Alliés, jusqu'à ce que les Britanniques perdent patience, en automne 1943, et dénoncent officiellement la fabrique de machines Sulzer et ses livraisons de moteurs diesel. Berne imposa en décembre 1943 des restrictions à l'exportation qui eurent pour effet de diminuer les pressions alliées jusqu'à la fin de la guerre. Parallèlement, Londres accorda de plus en plus d'importance aux services rendus par la Suisse qui, depuis décembre 1941, représentait les intérêts britanniques en Allemagne, au Japon, en Italie, en France, en Bulgarie, en Chine, en Roumanie, en Thaïlande, en Hongrie et, de facto, en Grèce, au Danemark et en Croatie. Le rôle du CICR s'accrut à mesure qu'augmentait le nombre des prisonniers de guerre britanniques en Europe et en Asie. En 1944-1945, le Conseil fédéral centra les activités de son ambassade à Londres sur le travail humanitaire et les services politiques. La Suisse s'attira ainsi une sympathie qui incita le gouvernement britannique à oublier sa collaboration économique et financière avec les puissances de l'Axe et même à la défendre sur ce point, après la fin de la guerre, contre les critiques des Etats-Unis et de l'Union soviétique.
Auteur(e): Neville Wylie / PM
Dans la seconde moitié du XXe s., la dissolution de l'empire britannique, la Guerre froide et le processus d'intégration européenne servirent d'arrière-plan aux relations entre la Suisse et la G. Déchu de sa position hégémonique au sein du Commonwealth, ramené à un rang moins prestigieux parmi les grandes puissances, le royaume perdit avec la décolonisation une part du rôle politique qu'il avait tenu pour la Suisse, contrainte de son côté de réorganiser ses relations avec toute une série de pays, au fur et à mesure de leur accession à l'indépendance.
Swissair remit en exploitation la ligne Londres-Kloten en septembre 1945; une liaison quotidienne Londres-Genève suivit en 1946. Les British European Airways inaugurèrent en 1948 leurs vols Londres-Zurich. Les deux Etats décidèrent en 1947 d'abolir l'obligation du visa pour leurs ressortissants.
La colonie suisse en G. comptait 25 678 personnes en 2002, dont deux tiers de doubles nationaux. A la fin de 2001, on trouvait en Suisse 22 392 Britanniques bénéficiaires d'un permis de séjour et un nombre à peu près égal de doubles nationaux; ils se concentraient dans les cantons de Genève (4769) et de Vaud (4775), à Zurich (4510), ainsi qu'à Bâle, à Berne et en Argovie (groupes de 1000-2000 personnes).
Les relations se normalisèrent rapidement après 1945 et leur vitalité se refléta dans la signature d'accords, touchant pratiquement tous les domaines (trafic aérien en 1951, double imposition en 1954, transports en 1974, notamment). La G. ratifia en 2001 les accords bilatéraux I entre la Suisse et les pays de l'Union européenne.
C'est au cours d'un voyage en Suisse qui revêtit une grande importance symbolique que l'ancien Premier ministre Winston Churchill demanda la création d'Etats-Unis d'Europe (discours de Zurich du 19 septembre 1946). Manifestant sa compréhension pour la situation de la Suisse pendant la guerre et sa sympathie pour un pays attaché à ses traditions démocratiques, Churchill suscita un véritable enthousiasme chez ses hôtes. Après lui, d'autres personnalités britanniques séjournèrent en Suisse, comme le maréchal Montgomery, que fréquentaient certains militaires suisses, ou le prince Charles, familier des pistes de ski de Klosters-Serneus. La reine Elisabeth II accomplit en 1980 la première visite d'Etat d'un souverain britannique en Suisse.
La Confédération continua, comme pendant la Deuxième Guerre mondiale, de représenter les intérêts britanniques en cas de conflit. Elle offrit ses bons offices lors de la querelle de plusieurs années qui suivit la décision prise par l'Iran en 1951 de nationaliser la compagnie pétrolière Anglo-Iranian. Pendant la crise des Malouines de 1982, elle tenta une médiation, qui cependant échoua rapidement, sous forme de discussions à Berne entre la G. et l'Argentine; elle représenta les intérêts de la première auprès de la seconde jusqu'en 1990. Les visites diplomatiques se multiplièrent dès 1987; on compta même en 2000 cinq voyages de conseillers fédéraux à Londres. Dans ce contexte, la G. rétablit en 2000 un vice-consulat honoraire à Bâle (ouvert en 1905, fermé en 1980) qui, avec ceux de Lugano, de Montreux/Vevey, du Valais (Mollens) et de Zurich, complète le consulat général de Genève et l'ambassade de Berne.
Touchées durant la Deuxième Guerre par le blocus britannique contre l'Allemagne, les relations économiques ne se normalisèrent que dans les années 1950. La G. mit presque cinq ans pour surmonter, avec l'aide des Etats-Unis, les conséquences économiques du conflit et pour retrouver ses capacités antérieures. Parallèlement, elle s'intéressa moins aux marchés mondiaux et davantage au continent européen. Mais des difficultés structurelles freinaient son essor industriel. En 1946, elle signa avec la Suisse un accord de paiement qui lui garantissait un crédit de 260 millions de francs et qui permit de relancer peu à peu non seulement le tourisme britannique en Suisse (200 000 visiteurs déjà en 1946 et 1947), mais aussi les exportations suisses en G. Les difficultés de change contraignirent le gouvernement britannique à interdire les voyages à l'étranger d'octobre 1947 à mai 1948, puis à les autoriser en limitant les dépenses journalières. Il dut aussi transférer en Suisse, à cause du déficit de la balance commerciale, 5 millions de livres en 1947. Pour éviter un nouvel afflux d'or, la Suisse signa en 1948 un accord par lequel elle s'engageait à augmenter ses importations en provenance de la zone sterling, contrôler ses exportations et conserver un avoir de 15 millions de livres (ce qui entraînera des pertes, cette monnaie étant dévaluée d'environ 30% en 1949).
Malgré la stricte définition de sa neutralité, la Suisse entretint après la fin de la Deuxième Guerre mondiale des contacts militaires prudents avec la G. et fit de ce pays, membre de l'Otan et du bloc occidental, son principal fournisseur d'armements, dans le cadre d'une coopération poussée en la matière. En 1950, commença la formation de pilotes suisses sur le Vampire, avion à réaction dont les Britanniques venaient de livrer une première série (sur un total de 75 appareils). En 1951, les Chambres fédérales approuvèrent un crédit de 175 millions de francs pour l'achat de 150 chasseurs-bombardiers Venom. Les Vampire firent place en 1958 à de nouveaux avions de combat de type Hunter. Le système d'interception Bloodhound pour la défense aérienne, commandé en 1961, remis à la troupe en 1964, resta en service jusqu'en 1999. Le système de missiles Rapier suivit en 1980.
En 1956, la G. lança un projet de zone de libre-échange qui devait englober toute l'Europe occidentale. Cette idée, qui déboucha en 1960 sur la fondation de l'Association européenne de libre-échange (AELE), eut une grande importance pour la politique européenne de la Suisse. Les deux pays partageaient le souhait d'une coopération purement économique et le refus d'institutions supranationales. Mais l'adhésion de la G. à la Communauté européenne en 1973 réduisit le domaine relevant des relations bilatérales directes et affaiblit le rôle politique et économique de l'AELE.
Les échanges économiques se maintinrent après 2000 à un niveau élevé: en 2001, ils atteignaient 15,8 milliards de francs. La G. occupait le cinquième rang du commerce extérieur suisse (5,5% des exportations, 5,8% des importations); la Suisse constituait son cinquième marché dans le domaine des services, son dixième débouché pour les marchandises et le septième de ses investisseurs directs. Après les Etats-Unis, la G. était avec 35,6 milliards de francs le deuxième pays de destination des investissements directs suisses; quelque 500 entreprises suisses y assuraient 120 000 emplois. Douze banques helvétiques étaient établies à Londres et y jouaient un rôle important. Le traitement électronique des opérations, tel qu'il avait été introduit aux bourses de Genève, Zurich et Bâle, servit de modèle pour le système Virt-x, lancé à Londres en 2001. Entreprise commune de la Bourse suisse et des Tradepoint Financial Networks britanniques, Virt-x devait être une plate-forme paneuropéenne pour le commerce des principales valeurs mobilières; en raison de la conjoncture difficile, il n'a pas tenu ses promesses. Comme la part des blue chips (actions de très grandes entreprises) non suisses n'y était que de 5%, il a été entièrement repris par la Bourse suisse.
Les liens culturels avec la G. aidèrent à surmonter l'isolement de la Suisse après la Deuxième Guerre mondiale. En 1945 déjà, la National Gallery de Londres organisa une grande exposition consacrée à Paul Klee, tandis qu'en 1947, le Kunsthaus de Zurich présentait avec succès des œuvres du poète et peintre William Blake, l'un des principaux représentants du premier romantisme. En 1948, on put voir à Berne les tableaux de Joseph Mallord William Turner. Après la fin de la guerre, un service suisse dirigé par Hans Werner Zbinden organisa en G. de nombreuses conférences à l'intention des prisonniers de guerre allemands. Une exposition de livres suisses, financée par Pro Helvetia, se tint à Londres en 1946, parallèlement à une présentation de publications britanniques à Berne. Un Institut C.-G. Jung, voué à l'étude des méthodes du psychanalyste suisse, fut fondé à Londres en 1946.
On trouve en G., depuis le milieu du XIXe s., un grand nombre d'associations suisses, comme le City Swiss Club (1856) ou l'Anglo-Swiss Society de Londres (1948). En 1946 furent fondées à Lausanne la British Resident's Association of Switzerland et à Zurich, sous la présidence de l'angliciste Heinrich Straumann, la Swiss-British Society.
Le goût des Britanniques pour les Alpes suisses et l'alpinisme les poussa à participer dans les années 1950 à la compétition autour de la conquête de l'Everest, qu'ils finirent par emporter (ascension d'Edmund Hillary et Tenzing Norgay, le 29 mai 1953), l'expédition suisse menée par Raymond Lambert ayant échoué tout près du but en 1952. Autre tradition sportive, une course de ski oppose chaque année des parlementaires britanniques et suisses.
Durant la seconde moitié du XXe s., l'anglais a ravi au français son rôle de première langue internationale. Ce phénomène s'est accompagné d'une diffusion de la culture "pop" britannique, notamment à travers l'imitation des Beatles et des Rolling Stones par de nombreux groupes de musiciens suisses. Vu la vogue de l'anglais, plusieurs cantons alémaniques emmenés par Zurich ont décidé en 2004 d'introduire précocement son enseignement dans les écoles, au détriment soit du français, soit de l'italien.
Le soutien des entreprises helvétiques au Swiss Centre de Londres s'est effrité après 1980, mais l'organisation Présence Suisse a désigné la G. comme pays prioritaire et elle y soutient à nouveau, depuis 2001, des initiatives promotionnelles. Ce sont des architectes suisses, Jacques Herzog et Pierre de Meuron, qui ont signé la Tate Modern; la Confédération a offert au nouveau musée, inauguré en 2000, son toit lumineux (Swiss Light), signe visible de la présence suisse à Londres.
Auteur(e): Sacha Zala / PM