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Souvent, lorsque sont abordés les thèmes de la retouche photo et du photomontage, on introduit le sujet par une partie historique où l’on cite immanquablement les bidouillages de Staline effaçant ses ex-amis des photos officielles. J’ai remarqué qu’en général, cela annonce une attitude très négative, un peu comme si toutes les retouches étaient forcément malhonnêtes.
Pour ceux que cela indispose, je signale que l’histoire retient d’autres « inventeurs » de cet art. John Heartfield serait le premier à avoir usé systématiquement du photomontage pour s’exprimer, et cela dès le début des années 20. (On peut citer aussi Man Ray. Mais bien que son exemple soit également hautement recommandable, ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.)
Les travaux les plus représentatifs de John Heartfield sont ses photomontages contre le nazisme. La satyre y est souvent très violente (à la mesure de sa cible !). Les métaphores sont directes et sans ambiguïtés. Elles peuvent nous paraître simplistes. Mais il faut songer que, contrairement au public de l’époque, nous sommes rompus à cet exercice de décodage. Nous le sommes, en partie, grâce à ce précurseur qui a su inventer un type d’allégorie basée sur une juxtaposition d’objets générant du sens. Les arts visuels et la publicité du 20e siècle en ont été profondément influencés.
Le bonhomme n’a pas été révolutionnaire que dans son art, ce qui serait déjà pas mal. Militant, il s’est illustré en 1916 en « anglicisant » son nom en réaction à l’hystérie nationaliste anti-britannique. Ce geste est à considérer comme à peu près aussi provoquant que si un américain d’aujourd’hui prenait un nom arabe !
John Heartfield (de son vrai nom Helmut Herzfeld) naît en 1891 vers Berlin. Après une enfance agitée il étudie la peinture. Il s’engage dans l’armée allemande mais se fait réformer en 1915 pour ne pas être envoyé au front. En 1918 il devient membre du mouvement Dada pour protester contre la barbarie allemande. Il entre également au parti communiste.Avec son ami George Grosz, il fonde plusieurs magazines politico-satyriques et participe à d’autres. En 1924 il se lie avec Berthold Brecht. En 1933, sa situation face à la montée du nazisme devient intenable et il part se réfugier en Tchécoslovaquie. Il vit à Londres durant la 2e guerre mondiale. Dès les années 40 il commence à être internationalement reconnu. Après la guerre, il s’établit en Allemagne de l’est mais il devra attendre 1956 pour être pleinement reconnu par son pays.
Un site est consacré à la vie et à l’œuvre de John Heartfield. Une galerie y rassemble un grand nombre de ses oeuvres. Quelques autres sont à voir sur le site de la fondation Getty. La galerie 1900-2000 consacrera une exposition à Heartfield pendant le Mois de la Photo (de Paris, France).
Rubrique: A propos d’images
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Les usages de la photo sont en constante évolution. Le recours de plus en plus fréquent à des images dites « d’illustration » fait de moins en moins l’objet de commandes spéciales aux photographes. Pour des raisons de commodité (choix, délais, prix), elles sont désormais choisies directement dans de gigantesques bases de données en ligne. Certaines de ces banques d’images existaient bien avant les possibilités offertes par internet. Mais c’est le développement du web qui a vraiment permis leur essor, créant simultanément une gigantesque demande ainsi que le véhicule idéal de sa diffusion. Les agences de presse (Associated Press, Magnum, Keystone, etc) ne sont pas « dans la cible » de ces nouvelles pratiques. Elles tentent bien de s’adapter, mais elles ont peut-être d’autres défis bien plus importants à relever...
Depuis 2 ans, suivant en cela des pratiques de l’internet qui évoluent dans le sens du partage (blogs, wikis, peer to peer, etc) ce marché subit une nouvelle révolution. Des banques d’images, basées sur des principes d’échanges simplifiés entre photographes (professionnels ou amateurs) et utilisateurs, voient le jour. Conséquence première : les prix sont en chute libre ! Voir cet article de Wikipedia à propos des nouveaux canaux de distribution, ainsi que de l’une de ces nouvelles agences : Fotolia. Jean-Christophe Courte fut l’un des premiers à nous rendre attentifs au phénomène, à travers ses article sur son blog Urbanbike, ici et là (liens cassés).
Aujourd’hui, suivant son exemple, je mets en ligne sur mon site photographiste.ch une page spéciale sur les banques d’images comportant des tableaux comparatifs et quelques conseils pratiques.
Je me rends bien compte, que beaucoup de photographes vont m’accuser de ruiner leur profession. Pourtant, je ne fais que relater des états de fait. Et contrairement aux autruches, je préfère garder la tête hors du sable. Cela aide à voir le danger et à se remettre en question. Il faut dire aussi qu’en tant qu’illustrateur et graphiste, j’ai déjà eu à subir ce genre de remise en question. Dans les années 80 je réalisais des illustrations de presse, participant à mon insu, à la fin de ce que d’aucuns appellent un « âge d’or de l’illustration » (j’y reviendrai). La presse subissait alors de profondes mutations. Les magazines et les journaux se transformaient rapidement en véritables entreprises commerciales. Le marketing entrait dans les rédactions et n’avait que faire de ces « artistes funestes » aux réalisations imprévisibles et démoralisantes pour les annonceurs. Désormais on utiliserait des photos illustratives, soit au premier degré, soit pour réaliser des métaphores à 2 balles qu’un cerveau ramolli peut aisément comprendre. Et si on voulait tout de même un dessin pour faire chic, on irait dans une banque d’images. Là au moins on a un choix « clés en mains » et c’est moins cher. Donc... là, je connais. Mais ce n’était pas fini ! Au début des années 90, c’est l’informatique qui débarque, transformant profondément le métier de graphiste. Il a fallu basculer tous les savoirs vers l’informatique et au passage, apprendre à maîtriser un grand nombre de technologies qui étaient auparavant prises en charge par d’autres professions, comme l’imagerie, la typo, la reprographie, etc. Certaines de ces professions ont aussi été profondément modifiées, voire gravement sinistrées. Voilà, vous savez (presque) tout de mon parcours professionnel ! Ce n’est pas pour m’en vanter, c’est juste pour dire aux photographes que je comprends parfaitement leur situation actuelle. Pour eux, cela va être encore plus dur, car leur outil de travail s’est très rapidement informatisé en même temps qu’il se « démocratisait » à l’extrême.
Rubrique: Les nouvelles images
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Lors de plusieurs événements récents, en général dramatiques, on a vu la diffusion dans la presse de photos d’amateurs provenant de téléphones mobiles, caméras vidéo ou autres appareils photo-numériques. Les photos d’Abou Ghraib à Bagdad, celles du tsunami en Asie du sud-est ou des attentats de Londres sont encore dans toutes les mémoires. Les événements tragiques ou les scènes de pipoles croustillantes ont pour caractéristique de ne pas prévenir. Mais aujourd’hui, tout le monde a au moins un appareil photo-numérique, ne serait-ce que dans son téléphone portable, avec pour celui-ci l’avantage d’être toujours et immédiatement disponible. Notre présence d’esprit ou notre opportunisme feront de nous, tour à tour, des témoins privilégiés ou de tristes paparazzi.
L’utilisation de photos d’amateurs par les agences de presse n’est certes pas nouvelle. Par contre, la prolifération des numériques et les moyens de communication modernes changent la donne. Il se crée un véritable marché du scoop amateur. Autrefois, l’auteur d’une telle photo ne savait ni ou s’adresser ni à quel montant la céder. Désormais, il existe des services web spécialisés qui servent de courtier entre l’amateur et les « clients potentiels ». Le prix est négocié, voire l’objet d’enchères, puis réparti selon un barème entre l’auteur et l’intermédiaire : Scooplive, France •Scoopt, Grande Bretagne • Cell Journalist, USA • SpyMedia, USA
L’émergence du pixel amateur, avec son statut de document authentique, renforcé encore par l’aspect brut de fonderie, vient bousculer un peu plus le paysage de la photo de presse qui n’en demandait pas tant.
« La présence, visible, du pixel dans la presse n’est jamais que la sanction ou juste la matérialisation d’un état de l’image aujourd’hui. Un état qui ne relève plus de la tradition de la photographie, mais de celle, nouvelle, d’un codage numérique du réel dans les limites d’un cadre, avec les conséquences, visuelles, techniques et interprétatives, qui en découlent. Notre relation entre le réel et son image a changé, parce que ce qui était jadis réservé à une « élite » est maintenant accessible à tous. Tous témoins, tous producteurs d’images sur les faits. Nous devons simplement le prendre en compte. » ...nous dit Christian Caujolle dans « Mort et résurrection du photojournalisme » article paru dans le Monde Diplomatique en mars 2005, que je vous encourage à lire.
Ce sujet est traité dans le dernier numéro d’IMAGES magazine (No 18 - septembre - octobre 2006) qui cette fois, s’est montré bien en prise avec les débats qui agitent le monde de la photo. Ce n’était pas vraiment le cas dans sa livraison précédente où IMAGES magazine était en retard d’une guerre à propos des banques d’images. Dans un article qui se voulait « tendances » (!) on ne nous présentait que les grosses banques d’images classiques, alors que l’on assiste à l’émergence d’une nouvelle génération de banques d’images en rupture avec les vieux schémas. Voir cet article sur Wikipedia et ma brève ici. Je reviendrai bientôt sur ce sujet...
Rubrique: Les nouvelles images
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Ceux qui me lisent auront remarqué que je m’intéresse aux faux (ou à la « vérité ») en photographie, avec un accent particulier - actualité oblige - pour les photos de guerre. Lors de Visa pour l’image qui a eu lieu en septembre dernier à Perpignan, le photographe et plasticien Eric Baudelaire a exposé un intéressant diptyque montrant une scène de guerre « ordinaire » à Bagdad. Ces 2 images sont des faux, minutieusement construits.
Je voulais vous en parler au moment de l’exposition, mais les images disponibles sur internet ne dépassaient guère le format du timbre poste. Aujourd’hui, on peut enfin trouver une bonne reproduction de ces images sur le net - et c’est sur le site de l’auteur ! Merci pour ceux, qui comme moi, n’étaient pas à Perpignan. Cela ne vaut évidemment pas les tirages originaux de 2 m de haut, mais c’est mieux que rien. Exposer ce travail dans le cadre du grand raout annuel des photographes de presse n’avait évidemment rien d’innocent ! Petit vent de scandale chez quelques photographes (faussement ?) effarouchés. Rien de bien grave. Ce qui est bien plus important à mon avis, c’est de faire réfléchir et prendre conscience de ce qui fait la prétendue vérité des images. Et d’essayer de dépasser l’attitude simpliste - trop répandue encore dans le public et même chez certains photographes - consistant à croire que tout ce qui est dans une photo est et doit être vrai.
Il ne faut pas se méprendre sur le sens de ces 2 images. Le spectateur pressé pourrait n’y voir qu’une énième tentative d’imiter le réel. Mais à l’examen on voit bien que tout cela est trop parfait pour être vrai : les acteurs posent, les maisons n’ont pas plus d’étages que celles d’un décor de cinéma, il se passe trop de petites scènes en même temps, bref tout ressemble à une composition. Pour parfaire le tout, les esprits cultivés y trouveront moult références à des peintures et à des photos connues. Ce que nous donne à voir Eric Baudelaire relève de la théâtralité. Ce n’est pas la guerre qui est montrée ici, mais sa représentation. Toutes ces petites scènes qui se côtoient ne sont que les clichés de ce que nous avons l’habitude de consommer distraitement dans les magazines ou au journal télévisé. Pire, ce sont les images que nous attendons de voir d’une guerre d’aujourd’hui !
Les prises ont été réalisées dans les décors de la série télévisée américaine Over There, dont l’action se déroule dans le contexte de la guerre d’Irak. Ce lieu, ainsi que les pratiques qui en découlent, imprègne toute l’ambiance d’un air étrange, surréel et faux à la fois. Les téléfilms, autant que le cinéma, peinent à représenter la misère ou la saleté de manière crédible. Les metteurs en scène placent les figurants comme pour la parade. Les décorateurs déposent toujours les gravats comme des noisettes sur un gâteau. Les costumières ne peuvent s’empêcher de réaliser des drapés impeccables. Et les maquilleuses maculent les visages de souillures carnavalesques. Mais dans la vraie vie, la merde ça pue et les gens ne se maquillent pas avant de se faire éventrer. Peu nombreux sont les photojournalistes (et les rédactions !) qui arrivent à nous montrer cela. En singeant les méthodes du cinéma, Eric Baudelaire nous fait percevoir, par petits décryptages successifs comment on fabrique une représentation « acceptable » de la guerre. Nous voilà donc bien loin d’un simple faux. En quelque sorte, le faux d’un faux ! Ou une parfaite mise en abîme.
Eric Baudelaire est un photographe et plasticien français, né à Salt Lake City en 1973. Infos et points de vues dans 2 articles de presse : Libération et La Croix. Pour approfondir,plusieurs texte sont disponibles sur le site de l’artiste à la rubrique biblio.
Rubrique: Voir de ses yeux
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Environ 120 peintures, à peine plus grandes qu’une carte postale, constituent le Musée réduit de l’art visuel suisse. Réalisé par l’illustrateur Noyau, il prend place et se visite dans un container bleu.
L’artiste a reproduit à la gouache, les oeuvres de bon nombre d’artistes visuels suisses de ces 100 dernières années. Son choix s’étend, entre autres et en toute subjectivité, de Ferdinand Hodler à Thomas Hirschhorn, en passant par Félix Valloton, Cuno Amiet, Alberto Giacometti, Paul Klee, Meret Oppenheim, Le Corbusier ou Markus Raetz. Il y a même des reproductions de performances, comme celles de Roman Signer ou des images extraites de films ou vidéos de Jean-Luc Godard ou de Pipilotti Rist.
Un ensemble aussi hétéroclite d’oeuvres d’art, devrait poser problème. Ce n’est pas le cas, car Noyau n’a pas cherché à imiter les styles, les manières ou les matières des « artistes invités ». Il a traité ses images à travers son regard et sa technique personnelle. Si l’on n’est pas prévenu, on se retrouve devant un ensemble d’images très cohérent, un peu comme devant les pages d’un carnet intime visuel. Ce n’est qu’après un instant qu’on se rend compte que telle ou telle image, et finalement toutes, nous rappellent quelque chose !
Cette mise à plat apporte une vision apaisante et forcément réductrice, car les ambitions des artistes originaux se sont évanouies. Il ne reste plus que le sujet, qui dans l’oeuvre originale n’était souvent que le prétexte à l’exercice de l’art. Le talent de Noyau donne évidemment une existence différente à ces oeuvres. Et le démontage qu’il opère, nous permet aussi de mieux comprendre de quoi est faite une oeuvre d’art.
Le Musée réduit a été présenté pour la première fois au Festival Fumetto de Lucerne cette année. Il vient d’être montré également à Lausanne dans le cadre du Festival BDFIL (lien cassé). Yves Nussbaum, dit Noyau a 43 ans. D’origine neuchâteloise, il est établi depuis 20 ans à Zürich. Il dessine des albums de BD et réalise des illustrations pour des magazines. Il enseigne l’illustration à la Hochschule für Gestaltung und Kunst de Lucerne.
Rubrique: Voir de ses yeux
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