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Situées entre la Finlande et la Suède, les îles d'Aland (Åland, selon la graphie officielle) ont une histoire diplomatique et militaire qui résonne avec l'actualité, puisqu'elles ont longtemps été disputées entre la Suède, la Finlande et la Russie avant d'obtenir le statut d'archipel démilitarisé.
Cet archipel comprend environ 6500 petites îles au sud du golfe de Botnie, dans la mer Baltique. Il appartient aujourd'hui à la Finlande, avec un statut particulier d'autonomie gouvernementale, et est relié à ce pays par une chaîne de petits îlots.
Malgré cette proximité, les îles d'Aland ont pour langue officielle le suédois. Au total, 94% des quelque 30'000 habitants et habitantes ont le suédois comme langue maternelle, 5% le finnois et 1% une autre langue, essentiellement le russe.
Une présence russe validée par un traité de paix en 1856
Les îles d'Aland abritent de longue date une présence russe sur leur sol, une particularité qui a pris de l'importance avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les fortes dissensions qui ont émergé entre Moscou et les Occidentaux, et surtout entre la Finlande et la Russie, proches voisines à l'histoire conflictuelle.
Cette présence russe non désirée remonte à 1809. Cette année-là, la Russie, alors en guerre avec la Suède, avait arraché l'archipel stratégique de la Baltique à son ennemi scandinave.
Un demi-siècle plus tard, la Russie avait perdu la guerre de Crimée et avait signé en 1856 le traité de paix de Paris avec les grandes puissances. Toujours en vigueur, celui-ci stipule qu'Aland doit devenir un territoire démilitarisé, sans fortifications, ni patrouilles.
La Russie avait accepté ces conditions, mais en obtenant un droit de regard sous la forme d'un consulat sur les îles.
Les îles d'Aland sont situées entre la Suède et la Finlande. [Alessandro Rampazzo - afp]
La population craint pour son avenir
Ce statut particulier fait aujourd'hui peur à la population locale, qui craint pour son avenir avec le conflit en Ukraine. C'est pourquoi elle a lancé une pétition qui a réuni 40'000 signatures pour demander le départ des représentants de Moscou.
Nous avons beaucoup d’Ukrainiens qui vivent à Aland et pour eux c’est très douloureux de voir le drapeau russe flotter
En outre, chaque jour depuis le début de la guerre en Ukraine, une vingtaine d'habitants de Mariehamn, la capitale de l'archipel, entonnent l'hymne européen devant le consulat russe. "Je viens ici, et nous sommes nombreux, pour rappeler que nous ne tolérons pas les crimes de guerre en Ukraine", témoigne l'un d'eux mardi dans l'émission Tout un monde. "Ce serait bien que ce consulat ferme, mais tant que la guerre durera, je serai ici pour manifester", ajoute un autre.
"Nous avons beaucoup d'Ukrainiens qui vivent à Aland et pour eux c'est très douloureux de voir le drapeau russe flotter dans le ciel", déclare aussi une femme venue manifester.
Une remilitarisation de l'archipel?
Ces derniers mois, la question du consulat s'est muée en débat sur la remilitarisation potentielle de l'archipel. Si beaucoup estiment que la Russie n'est aujourd'hui plus légitime pour vérifier que l'acte de démilitarisation est respecté, ils craignent de perdre le statut d'île démilitarisée.
Le consulat devrait être fermé car les Russes ont perdu toute légitimité morale à surveiller la Finlande
Cette idée, inimaginable il y a peu, a en effet été émise par un ancien responsable des renseignements militaires finlandais et elle a fait mouche auprès de certains habitants, comme Jonas, un réserviste volontaire.
"A mon avis, déclare-t-il, le consulat devrait être fermé car les Russes ont perdu toute légitimité morale à surveiller la Finlande. Ils brisent tous les accords internationaux possibles, et nous on doit continuer à accepter leur présence? Non, je pense qu'il faut les virer et permettre à ceux qui sont censés défendre nos îles de se préparer au mieux."
Afin d'éviter les impairs, le gouvernement finlandais a de son côté demandé cet été un examen juridique approfondi de tous les traités qui régissent le statut spécial d'Aland.
Un cas d'école en matière de résolution de conflit
Dans les bureaux de l'Institut de la Paix, un think tank qui se réunit à deux pas du port et du consulat russe, ces discussions sont jugées hasardeuses. Pour la chercheuse Suzann Simolin, Aland est un cas d'école en matière de résolution des conflits et se doit de rester exemplaire.
"Aland est le plus vieux territoire en Europe, et peut-être le seul, qui soit démilitarisé, neutre, politiquement autonome et avec une protection de la langue et de la culture de la population", estime cette experte.
Ce n’est pas parce qu'un Etat ne respecte pas les accords qu’on ne devrait pas le faire non plus, c’est un argument dangereux
Et d'ajouter: "Cette solution a été imaginée précisément pour garantir les accords internationaux, créer un ordre légal. Ce n'est pas parce qu'un Etat ne respecte pas les accords qu'on ne devrait pas le faire non plus, c'est un argument dangereux. Au contraire, c'est d'autant plus important de suivre les traités, car c'est la meilleure manière de réguler les relations internationales sans avoir recours à des moyens militaires."
Il est difficile aujourd'hui de savoir si le consulat russe d'Aland représente une menace quelconque pour la sécurité de la Finlande et s'il va subsister. En effet, cette année, tous les pays nordiques ont expulsé la majeure partie du personnel diplomatique russe, accusé de mener des activités d'espionnage. La Finlande a elle rejoint l'Otan en avril, après des décennies de non-alignement militaire.
>> Revoir le sujet du 19h30 sur la Finlande entrant dans l'Otan:
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Reportage radio: Carlotta Morteo
Adaptation web: Frédéric Boillat