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Le choix de mots
Stéréotype de genre, de sexualité, d’origine sociale ou de capacité.
Les mots de l’insulte sont souvent les mêmes, ils sont volontairement orduriers. Ils mobilisent une caractéristique stéréotypé des individus qui peut référer au genre ou à la sexualité « la pute » « la salope », le « PD », « la dalpé », à l’origine sociale « cas soss », « clochard·e », à l’origine migratoire « le blédard », « le négro », « le mamadou »… ou à l’intelligence des individu·e·s le « con », le « débile ».
Peu importe que l’insulte énonce ou non une vérité, se fonde ou non sur une réalité, elle rappelle que chacune et chacun peut être réduit à son sexe, à sa sexualité, à sa catégorie sociale, à son origine migratoire, à son intelligence, réels ou supposés. Les insultes fonctionnent comme des catégories de classement qui manifestent possiblement, dans les classes, des rapports de pouvoir.
Blesser et inférioriser pour déstabiliser.
L’insulte peut avoir la fonction, celle de vouloir blesser et d’inférioriser celui ou celle à qui elle s’adresse. Elle peut être énoncée de manière discrète et répétée. Elle vise alors toujours une même victime qui rarement riposte. De fait, cette forme de l’insulte peut être lue et interprétée comme harcèlement.
L’insulte en contexte scolaire, et plus précisément en classe, lorsque les élèves ont à se confronter aux situations scolaires d’apprentissage, qu’elle s’adresse à d’autres élèves ou à l’enseignante, peut viser à provoquer, à s’opposer frontalement, et ainsi à déstabiliser, voire même empêcher le bon déroulé du temps de classe.
Réflex de défense face à un jugement.
L’insulte par provocation peut en effet aussi manifester la volonté de sauver la face ou de ne pas la perdre lorsqu’on se sent possiblement mis en danger par les activités scolaires.
L’analyse précise de ces usages de l’insulte oblige à considérer que les adolescents sont en réalité rarement indifférents aux jugements scolaires. Ce relatif attachement aux verdicts scolaires est notamment perceptible dans les insultes de « fayots » ou de « faibles » qui désignent celui qui respecte trop les règles scolaires et son opposé « le con », « le débile », désigné comme celui qui ne comprend jamais rien.
L’insulte est une manifestation d’un lien.
Ainsi, l’insulte peut être d’abord une insulte « pour rire » comme le disent les élèves, pour s’amuser des autres autant que de soi-même. Les interpellations lancées à la cantonade telles « Eh négro », « Oh, la pute », associées aux bousculades et aux rires tonitruants font exister le groupe de pairs, manifestent des liens d’amitié autant qu’elles les éprouvent.
La sociabilité est une dimension centrale de l’expérience scolaire des élèves, elle permet aux adolescents, et a celles et ceux que l’école a pu déconsidérer, de s’accommoder des espaces et des temps scolaires, d’en déjouer la présence et l’ennui.
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