Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07079.jsonl.gz/1003

L'ex-directeur du FBI James Comey est arrivé devant la commission du Sénat le visage fermé et l'air plutôt grave.
Keystone/AP/ALEX BRANDON(sda-ats)
L'ancien directeur du FBI James Comey a accablé jeudi Donald Trump devant le Sénat américain. Il a accusé son administration de diffamation et de "mensonges" et blâmé le président américain pour lui avoir intimé d'abandonner un volet de l'enquête russe sur un proche.
Dans une salle comble, James Comey a raconté en détails et d'une voix posée son malaise après de multiples conversations privées avec le président Trump, lors d'une séance devant la commission du Renseignement du Sénat à Washington. L'audition était retransmise par toutes les grandes chaînes de télévision américaines. Elle a duré environ 2h40.
La quinzaine de sénateurs assis en face de l'ancien premier flic des Etats-Unis voulaient déterminer si les multiples requêtes présidentielles, formulées en tête à tête dans l'intimité du Bureau ovale ou de la Maison Blanche, représentent une interférence politique et une entrave à la justice: un délit majeur qui dans le passé à conduit au lancement par le Congrès de procédures de destitution contre les présidents Richard Nixon et Bill Clinton.
Il a commencé par répondre que ce n'était pas son rôle de qualifier juridiquement les requêtes du président. A la question de savoir si le président ou l'administration lui avait demandé explicitement d'"arrêter" l'enquête menée par le FBI sur les ingérences russes, il a répondu "non".
"Quelque chose en échange"
Mais plus tard, il a confirmé que M. Trump lui avait demandé sa "loyauté", alors même qu'il supervisait l'enquête sur une éventuelle collusion entre des membres de l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie pendant la campagne présidentielle de 2016.
"Mon bon sens me disait qu'il voulait quelque chose en échange de m'accorder ma demande de rester à mon poste", a-t-il dit, alors que son mandat courait jusqu'en 2023.
Il a détaillé la demande de M. Trump d'abandonner l'enquête visant son fidèle, le général Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale, visé par une enquête du FBI pour n'avoir pas tout révélé de ses discussions avec l'ambassadeur russe à Washington.
"Stupéfait" et "bouche bée"
"J'espère que vous pourrez trouver une façon d'abandonner cela, de lâcher Flynn. C'est un homme bien", aurait ainsi plaidé Donald Trump le 14 février. Cette phrase à elle seule contredit le milliardaire, qui avait nié il y a trois semaines avoir formulé une telle demande.
Certes, "espérer" n'est pas un crime, a convenu M. Comey, interrogé par un sénateur républicain. Mais "je l'ai interprété comme une instruction", a-t-il dit, refusant de jouer sur les mots. "Il est le président des Etats-Unis, seul avec moi, il dit qu'il espère ceci, je l'ai interprété comme une demande de sa part".
"J'étais tellement stupéfait par la conversation que j'en suis resté bouche bée", a-t-il dit aux élus, se disant aussi "choqué et dérangé". Croit-il qu'il a été licencié à cause de l'enquête sur la Russie? "Oui, car j'ai vu le président le dire lui-même", a répondu James Comey, se référant à un tweet de M. Trump.
Trump ne dégaine pas
L'ancien premier policier des Etats-Unis devait ensuite répondre à huis clos aux questions de la commission.
De son côté, M. Trump n'a pas répondu directement aux accusations explosives de M. Comey. Il a plutôt tenté de rassembler ses partisans autour d'un message de défiance. "Nous allons nous battre et gagner", a-t-il affirmé lors d'une allocution lors d'un sommet rassemblant des gouverneurs et des maires.
"Je peux affirmer avec certitude que le président n'est pas un menteur et, franchement, je me sens insultée par cette question", a pour sa part lancé une porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Huckabee Sanders, au cours d'un point de presse hors caméra des journalistes accrédités à la Maison Blanche.
ATS