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Un groupe de chercheurs canadiens vient d’annoncer sur le site de Nature1 être, pour la première fois, parvenu à transformer des fibroblastes humains en cellules progénitrices de différentes lignées sanguines. Le groupe est dirigé par Mickie Bhatia, spécialiste des recherches sur les cellules souches à la McMaster University (Hamilton, Ontario). Précisons que ce travail fait suite à la récente démonstration, chez la souris, qu’il était possible – sous certaines conditions chimiques de mise en culture – d’obtenir la différenciation de fibroblastes en cellules neuronales ou musculaires cardiaques. Des cellules des lignées sanguines avaient également été obtenues à partir de cellules souches embryonnaires pluripotentes ; cellules dont on redoute le caractère potentiellement cancérogène et qui soulèvent, on le sait, différentes difficultés éthiques.
Les auteurs de la publication de Nature expliquent de quelle manière ils ont pu, après avoir effectué des prélèvements cutanés chez plusieurs volontaires, obtenir cette transformation : au moyen de l’injection au sein des fibroblastes – via un vecteur viral – du gène OCT4 et la mise en culture dans un milieu contenant différentes cytokines. On se souvient que OCT4 fait partie des facteurs dits de «Yanamaka» (du nom du chercheur japonais qui les a découverts en 2006) ; facteurs utilisés depuis quelques années pour transformer des fibroblastes en cellules iPS (cellules souches pluripotentes induites, obtenues à partir de cellules différenciées). Or l’équipe canadienne prend soin de souligner qu’elle n’a pas observé que les cellules progénitrices sanguines ainsi obtenues soient passées par un stade embryonnaire. Ces cellules progénitrices sont celles des trois lignées, rouge, blanche (pour partie) et plaquettaire, les cellules rouges ainsi obtenues contenant bien une hémoglobine de structure adulte et non fœtale.
L’étape suivante sera bien évidemment celle de la transfusion chez des volontaires, étape clinique pour laquelle les chercheurs n’ont pas le feu vert mais qui pourrait débuter dès 2012. Les perspectives thérapeutiques ouvertes sont a priori considérables et pourraient bouleverser les systèmes actuels de collectes et de transfusions sanguines. «Nous pensons qu’à l’avenir, nous pourrons créer du sang de manière bien plus efficace, souligne Mickie Bhatia. La perspective de pouvoir transfuser un patient avec du sang provenant de sa propre peau laisse espérer que les personnes ayant besoin de transfusions n’auront un jour plus besoin de recourir à des banques de sang.» La nouvelle méthode permettrait d’ores et déjà de disposer d’assez de cellules pour effectuer une transfusion – sans problème de compatibilité – à partir du prélèvement d’un rectangle de peau adulte de quatre centimètres sur trois. Confirmée, elle pourrait aussi concourir à améliorer l’efficacité de certains traitements anticancéreux et lutter contre la pénurie de donneurs de moelle osseuse.
Pour Cynthia Dunbar (Institut national américain du cœur, des poumons et du sang), il faudra attendre entre cinq à dix ans pour que la technique atteigne un stade de développement capable de répondre aux besoins du plus grand nombre. Pour sa part, le Dr Bhatia a indiqué que ses chercheurs allaient lancer des expériences pour voir quelles autres cellules humaines pourraient être fabriquées à partir de fibroblastes.
George Daley, biologiste spécialisé dans les cellules souches au Children’s Hospital de Boston (Massachusetts) estime toutefois que le fait que les cellules ainsi obtenues soient apparemment en tout point similaires aux cellules sanguines «naturelles» adultes ne permet pas encore de penser qu’elles seront dotées d’une efficacité similaire. Il redoute notamment des modifications de nature épigénétique, altérant l’expression des séquences d’ADN. «Le voyage d’un zygote jusqu’à des cellules sanguines spécialisées est très long, observe-t-il. Celui – effectué dans une boîte de Pétri – d’un fibroblaste jusqu’à une cellule sanguine peut prendre des chemins bien différents.»
Quant à l’embryologiste Ian Wilmut, créateur de la brebis Dolly (aujourd’hui directeur du Centre pour la médecine régénératrice du Medical Research Council à Edimbourg) c’est là une étape de plus laissant penser que l’on parviendra «à tout produire à partir de presque rien». Formidable formule, aux accents philosophiques, qui pourrait laisser penser que l’homme se rapproche chaque jour un peu plus du Créateur. Si Créateur il y eut ; si Créateur il y a.