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Titre : Défaire le genre
Auteure : Judith Butler
Éditeur : Amsterdam 2012
Pages : 331
Depuis que je connais les études genre j'ai voulu lire du Butler. Après tout son livre Trouble dans le genre est l'une des références de ce champ d'étude. Mais j'ai aussi toujours eu peur d'elle. Ses propos ont la réputation d'être particulièrement obscure et difficile à lire. C'est aussi une auteure particulièrement décriée dans les mouvements masculinistes et antiféministes. Il fallait tout de même que je me lance un jour où l'autre et j'ai décidé de commencer à rebours. En effet, ce livre est, à ma connaissance, l'un des derniers qu'elle ait écrit à ce jour. Selon la quatrième de couverture, ce livre permet d'aller plus loin que Trouble dans le genre dans la pensée de Butler. En effet, depuis que Butler a publié ce dernier un certain nombre d'années ont passé. Défaire le genre permet donc de connaitre les dernières recherches de Butler. Il permet aussi de penser l'altérité du genre en particulier quand on parle de la transsexualité. Qu'est-ce que le genre et comment peut-on le déconstruire pour le recréer et permettre de nouvelles possibilités de vies humaines? C'est, je crois, le principal propos de ce livre.
Qu'est-ce qu'un être humain et qu'est-ce qu'une vie vivable? Ces questions reviennent souvent dans le livre de Butler. Selon elle, le genre permet de catégoriser les personnes entre humains et non-humains. Le non-humain est une personne qui n'est pas incluse dans la catégorie humaine car son genre n'est pas compréhensible. Cette catégorie n'a pas inclut que des lesbiennes, des gays ou des personnes transsexuelles mais, dans l'histoire et actuellement, des migrants, des noirs, des musulmans. L'humain serait inclut dans un certain nombre de droits universels qui dépendent du lieu historique et culturel. Mais les marges existent et mettent en danger ces valeurs universelles en montrant que, justement, l'universel n'inclut pas tout le monde. Selon cette constatation on peut commencer une lutte politique pour être inclut dans la définition d'humain. Mais cette lutte, qui actuellement concerne le mariage pour les gays et lesbiennes en occident, implique une normalisation. Dans le cas de la France, par exemple, le droit au mariage dit pour tous implique que les autres formes de partenariats sont encore plus marginalisées. Butler fait donc le constat qu'une lutte légitime peut très bien marginaliser des individus. Elle fait le même constat en ce qui concerne la transsexualité. Bien que la lutte contre la psychiatrisation de la transsexualité soit légitime elle implique, comme backlash, un non-remboursement des opérations et, donc, une marginalisation des personnes pauvres.
Comme on peut le voir il est difficile pour moi de parler de ce livre et de présenter sa richesse théorique. En effet, celui inclut de nombreux chapitres qui concernent aussi bien la philosophie du féminisme que l'intersexualité. De plus, l'auteure écrit d'une manière particulièrement compliquée et je suis loin d'être certain d'avoir compris tous les propos. S'ajoute à ce constat ma méconnaissance des écrits antérieurs de Butler qui auraient pu me permettre de faire des liens entre ses différents travaux. Quoi qu'il en soit, ce livre m'a beaucoup stimulé et m'a permit de comprendre un grand nombre de choses auxquelles je n'avais pas forcément réfléchit auparavant. Malgré la difficulté la lecture vaut largement la peine.
Image: Éditeur