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UN TEXTE POUR CHANTER L’AMOUR
© Museum Rietberg
L’Inde se démarque grâce à une longue tradition d’illustration de grands textes, principalement des légendes et des mythes fondateurs. Le Musée Rietberg de Zürich consacre une exposition à une cinquantaine de peintures qui traitent l’un de ces textes mythiques : un poème amoureux entre le dieu Krishna et l’humain, le Gitagovinda (littéralement : le poème chantant Krishna).
AMOURS FÉCONDS
Chaque grand récit renferme une histoire d’amour, passionnelle, frénétique et source de multiples réinterprétations. Si Didon et Enée marquent l’Enéide de Virgile dans la littérature Occidentale, Radha et le dieu Krishna le font pareillement dans le poème indien du Gitagovinda. Ce poème épique de douze chapitres divisés en 24 chants est rédigé à la fin du XIIe siècle par Jayadeva et met en scène les amours de la bergère Radha et du dieu Vishnu incarné en Krishna. Il charme la jeune pastoure par son jeu de flûte, s’unit à elle et la délaisse pour d’autres. Ce poème s’inscrit dans la tradition des grands récits amou- reux où dieu et homme se rencontrent pour un temps et où les personnages sont en proie aux sentiments variés qui définissent la relation amoureuse.
Les œuvres illustrant le Gitagovinda présentées par le Musée Rietberg proviennent principalement du fonds du musée bien que diverses peintures aient été prêtées par des institutions muséales et des collections privées. Elles sont issues de deux séries réalisées par les membres d’une même famille. L’une en 1730, l’autre en 1775 par les descendants des premiers. Ce corpus est particulièrement intéressant, car il permet d’apprécier la pérennisation d’un style familial. En effet, la version de 1775 réalisée par les fils et cousins des artistes de la version de 1730 reprend des dispositifs stylistiques et de composition similaires. Par ailleurs, contrairement à la première série de 1730, celle de 1775 existe sous deux formes : les images achevées et les dessins correspondants, extrêmement travaillés. C’est un cas rare dans le contexte de la peinture indienne, car la nature fragile des dessins rend leur conservation plus difficile. Cela questionne aussi le processus de fabrication des images et le statut des dessins : œuvres préparatoires ou œuvres en soi. Les œuvres sont peintes sur des feuillets indépendants rassemblées dans des albums. Cette manière de procéder s’écarte de la production traditionnelle de manuscrits enluminés qui était pourtant une pratique fortement répandue de manière contemporaine.
Musée Rietberg
Jusqu’au 16 février 2020 Gablerstrasse 15
8002 Zürich
Tél. 044 415 3131