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Corporéel
La pensée se saisit de mon corps.
Elle l'agrippe.
Elle le tord
et l'adore,
je l'admets, peut-être à tort.
Je dessine en propos des lignes
qui relient mon être par des verbales lianes,
des liens d'un autre monde qui me transforment en signe.
Mais bien malgré lui le corporéel l'emporte
et je me renchairis:
je prends substance
et comprends ma vie.
Mes bras, mes mains, mes doigts, mes ongles s'imposent en pauses de mots et en opaques silences.
Je me sens voyager à l'intérieur de l'enveloppe:
chaque battement de mon coeur et de mon sang se transforme en songe,
et chaque respiration se réinvente en mystique intuition.
Mon corps est mon oikos
et ma pensée son mythe de création.
Cette voix qui raisonne au fond de ma gorge, entre mes oreilles et derrière mes yeux en une singularité infinie et incommensurable,
je l'arrime à des rimes pertinentes, avec l'espoir à moitié avoué que mon corps et mon esprit, en une danse sensuelle, en viennent aux mains,
se saisissent
et s'agrippent,
se tordent
et s'adorent,
en espérant, à raison.