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Ismaël Lo a envoûté la salle de Plainpalais hier soir, mais il n'était pas au programme du déluge de musique qui noie Genève depuis trois jours. Est-ce l'offre pléthorique qui fait la fête?
Le chanteur sénégalais était invité par un de ses compatriotes, mon ami Gorgui Ndoye, un journaliste, correspondant au Palais des Nations, qui doit avoir un des carnets d'adresses le plus long de la profession. Hier soir, Gorgui, qui édite aussi continentpremier.com, un journal en ligne, virevoltait comme à son habitude. Non content de faire venir à Genève une vedette pour fêter dignement la Journée de l'Afrique (décalée du 25 mai en raison du ramadan).
Et pas qu'en musique. Un débat a réuni une cinquantaine de participants autour de quelques intellectuels transcontinentaux sur le thème l'Afrique et l'ONU à l'occasion d'un deuxième Gingembre littéraire, lancé par le même Gorgui. Le premier, tenu le 1er mai à la salle Gandhi de la Maison des associations, avait davantage passionné. Le thème était plus chaud et évoquait le retour des oeuvres d'art africaines détenus dans les collections hors du continent premier.
L'ONU, ça reste un machin pour paraphraser de Gaulle, le décolonisateur mais aussi l'inventeur de la FranceAfrique. Aujourd'hui, l'influence de l'Europe fond comme les glacier sous l'effet de l'effet de serre. C'est la Chine qui monte en puissance et investit le berceau de l'humanité. Il n'en fut étrangement pas question hier soir.
Mais il fut affirmé que le berceau de l'humanité était aussi le berceau de la défense de l’environnement. En 1236 précisément (selon le calendrier désormais universel mais néanmoins occidental et chrétien), dit Makane Mbengue, professeur associé de droit international à l'Université de Genève, à l'occasion de l'intronisation d'un empereur fut promulguée la charte du Manden (et ici et là) où on affirme: "Toute vie est une vie" L'Afrique est donc bien le berceau donc de la conscience écologiste, dit l'orateur, laquelle fut étouffée par les puissances coloniales. Dès les années 60 et la décolonisation, la conscience écologiste renaît et s'inscrit dans la charte de l’oua, puis, en 1968, la convention d’Alger consacre l'approche holistique et systématique...
Il fallut attendre les cinq minutes accordées au public à la fin des monologues pour entendre un Africain se demander pourquoi l'Afrique est précurseur de la conscience écologique reste à la traîne de sa mise en pratique. On apprit alors que c'est le nord qui continue d'imprimer sa marque et refuse que lesdites conventions sortent du domaine du droit mou.
La seule autre voix critique fut celle de la journaliste française du Monde diplomatique Anne-Cécile Robert, (@annececilrobert) auteur de "Qui veut la mort de l’ONU?". Elle milite pour une constitution mondiale. Elle a rappelé les désastres des plans d’ajustement structurel, dit regretter que l’OUA s’engouffre dans la fiction du libre échange - elle cite les dégâts de ces politiques à l'aune des contentieux sur les oignons, les poulets le riz. Les règles du jeu sont inégales. On vit, analyse-t-elle encore, sur une confusion et un dilemme qui n'en est pas un: le libéralisme monétariste version thatchérien et reaganien versus le le repli national. Or il y a d’autres voies: ce qu’il faut inventer c’est non pas la mondialisation, mais un internationalisme fraternel des nations, libres de s’exprimer et de faire valoir leurs droits.
Je retiens encore deux éléments de ce 2e Gingembre littéraire.
Coly Seck, le représentant du Sénégal près les organisations internationales à Genève a affirmé à propos des droits de l'homme qui sont universels qu'il faut admettre quîls puissent être appliqués selon le rythme de chaque culture, de chaque pays tout en convenant qu'il convenait de dénoncer l’inacceptable...
Ibrahim Guisse, modérateur du débat, a relève que 4 pays africains n’étaient pas soumis aux négriers en 1945 et qu^'aujourd’hui l’Afrique c’est plus de 50 nations. Seck a relevé que l’ONU c’est 193 pays chacun ayant des intérêts, qu'il faut parfois savoir lâcher du l’est, être patient et persévérant. Voilà 15 ans que l’OMC est bloquée, 15 ans que le Conseil de Securité ne progresse pas.
Quant à Henri Monceau, ambassadeur de la francophonie, il a cité cette phrase de la sagesse: « Le monde ne subsiste que grâce au souffle de la bouche des enfants qui étudient.» La citation exacte ajoute "la Torah" après étudient, une précision que Monceau a diplomatiquement tue.
Il s'agissait évidemment pour l'ambassadeur de la francophonie de souligner combien l'éducation est le levier crucial du développement. Cependant en citant une sagesse qui recommande l'enseignement de la Torah, il sera difficile d'explique la culture musulmane qu'il serait temps de guider les enfants sur d'autres chemins que celui des madrassas. Surtout quand, comme au Sénégal, nombre de talibés sont des esclaves des "professeurs".
On lira ce commentaire de Gorgui Ndoye, publié dans la Tribune de Genève le 25 juin.
Extraits vidéo sur la page Facebook de Gorgui Ndoye.