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Quand les yodleurs suisses ont gagné le cœur des Américains
Qu'on le considère comme une musique de carnaval insipide ou qu'on l'associe aux pantalons en cuir brodé, au Musikantenstadl ou encore au sketch de Loriot, dans lequel des adultes apprennent à yodler jusqu'à en perdre leur latin, le yodel provoque des réactions mitigées.
Du yodel partout
Mais le yodel, ce chant puissant à mi-chemin entre voix de poitrine et voix de tête, peut se décliner sous de nombreuses formes: drôle, exotique, profondément triste ou méditative. Le yodel fait partie du patrimoine, c'est un moyen de communication que l'on retrouve aussi bien dans la forêt tropicale camerounaise, dans les Balkans, près du cercle polaire ou encore aux Etats-Unis.
Cette discipline connaît une renaissance: on peut l'étudier à l'université, les festivals et les cours de yodel connaissent un succès grandissant et on retrouve même le genre dans la musique rock et d'avant-garde.
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Dans les zones alpines, le yodel jouit d'une longue tradition. Ce "chant inarticulé qui vient de la gorge", comme le décrit un guide de voyage de 1810, compte parmi les symboles emblématiques de la Suisse au même titre que le fromage et le chocolat. S'agit-il seulement d'une légende? Ou avons-nous effectivement inventé le yodel?
Où est apparu le yodel pour la première fois?
Grâce à ce livre, le musicien et acteur Gene Autry a enseigné le yodel aux Américains dans les années 1930. [SRF - SAMMLUNG C. WAGNER] Dans le livre "Jodelmania. Von den Alpen nach Amerika und darüber hinaus" (" La yodelmania. Des Alpes à l'Amérique et au-delà" disponible en allemand uniquement), de Christoph Wagner, cette question reste sans réponse. Mais on sait tout de même que la Suisse est bien l'un des pays d'origine de ce chant alpin.
Tout a commencé par un "io" – une exclamation de joie – devenu ensuite "io io io". C'était aux alentours de 1800. On utilisait peut-être ce "io" pour communiquer avec les animaux, pour signaler un danger ou pour dire aux gens de la vallée que tout allait bien sur les hauteurs.
On s'échauffe la gorge, et c'est parti!
Le chant alpin s'est rapidement frayé un chemin jusqu'aux Etats-Unis, où il a déclenché une véritable "yodelmania".
Le journaliste musical allemand Christoph Wagner raconte dans son livre richement illustré la success story du yodel. Pour ce faire, il a entre autres consulté les microfilms des archives de la ville de Chicago et exploré les archives de la bibliothèque du Congrès, à Washington.
L'historien y a déniché des anecdotes passionnantes, bien que parfois insolites et tragiques. Il nous emmène dans les années 1930, sur les traces de groupes folkloriques alpins en tournée sur tout le territoire américain et décrit leurs shows délirants, qui s'adressaient principalement aux expatriés nostalgiques de leur pays.
>> A écouter: l'émission de SRF sur le livre de Christoph Wagner (en allemand)
Christoph Wagner s'intéresse également aux tendances actuelles: le yodel est aussi apprécié dans le jazz, l'avant-garde et la nouvelle musique populaire. Des artistes tels qu'Erika Stucky ou Andreas Schaerer ont réinventé le chant alpin en le libérant des images kitsch de pantalons en cuir et des paysages alpins idylliques qu'il véhiculait.
>> A voir: une archive avec Erika Stucky au Montreux Jazz Festival qui revisite le répértoire de Tom Waits en yodel
Le groupe canadien Alpendoub donne au yodel des accents disco et il arrive que la star de la pop Gwen Stefani s'adonne aussi à cette pratique alpine. Le livre de Christoph Wagner montre que le yodel, loin d'être démodé et ennuyeux, est un art encore bien vivant aux facettes multiples.
Elisabeth Baureithel (SRF Kultur)/mcc
Traduction: Service linguistique SSR
Cet article a été publié sur SRF Kultur (en allemand).
Publié le 09 août 2019 à 11:39