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En hiver, le foin est une priorité absolue dans une alimentation adaptée aux chevaux. Un bon foin pour chevaux se compose d’environ 250 g de cellulose et de 17 % de protéines. La teneur en hydrates de carbone rapidement fermentescibles (tels que l’amidon, le sucre et le fructane) se situe généralement entre 10 et 20 %. Cela signifie que la base nutritionnelle des bactéries intestinales est normalement assez stable et équilibrée pendant l’hiver. Un équilibre est établi dans le microbiome du cheval au niveau du gros intestin, qui est parfaitement adapté à cet apport alimentaire.
Lorsqu’on passe à la pâture, cet équilibre est ébranlé. Outre de grandes différences au niveau visuel (brins plus courts, plus fins et plus foncés), la jeune herbe de printemps présente aussi une teneur nettement plus élevée en protéines et glucides que le foin et une teneur en cellulose nettement inférieure.
Puisque l’herbe est vivante et réagit aux influences environnementales, sa teneur en éléments nutritifs peut également fluctuer fortement : les conditions météorologiques, le rayonnement solaire et l’intensité de pâture peuvent fortement influencer la teneur en fructane de l’herbe pendant toute la période de mise à l’herbe (voir encadré).
Un changement brusque déséquilibre l’intestin
En raison de sa composition nutritive, la jeune herbe n’est pas encore un fourrage de base optimal au printemps. Une transition soudaine du foin à l’herbe déséquilibre dangereusement l’intestin. Dans le pire des cas, il y a un risque de coliques, de diarrhée et de sur-acidification du côlon si les chevaux passent plusieurs heures au pâturage. Cela est dû au fait que les glucides et les protéines, qui pénètrent en grande quantité dans le gros intestin sans être digérés, modifient la composition de la flore intestinale. La dégradation produit plus d’acides (à partir de la dégradation microbienne des glucides) et de gaz (à partir de la dégradation des glucides et des protéines) que d’habitude, qui perturbent également l’équilibre dans l’intestin.
Augmentation progressive
Au début, il est préférable que les propriétaires distribuent de l’herbe en quantités limitées à leurs chevaux. Dans les pensions pour chevaux, la pâture commence généralement à la même date pour tous les pensionnaires. Il est donc conseillé de commencer à donner de l’herbe à la main quelques semaines avant le début de la pâture et d’allonger progressivement la durée de celle-ci. Au cours des deux à trois premiers jours, il faut commencer avec de très courtes périodes de seulement quelques minutes. La durée de pâture peut ensuite s’élever à dix minutes par jour pendant encore deux jours. Environ une semaine après le début de la mise à l’herbe, on atteindra 15 à 20 minutes. La deuxième semaine, on pourra laisser le cheval 30 minutes par jour au pâturage. Il est préférable de diviser la période en deux repas par jour au début, car cela soulage également le côlon.
Des écarts de couleur des crottins et un léger changement de consistance sont normaux. D’autres changements (crottins perdant leur forme, diarrhée) indiquent que la consommation quotidienne d’herbe augmente trop rapidement. Il faut alors faire marche arrière pour revenir à la période où l’intestin était encore en forme et n’augmenter la période de pâture de cinq minutes que le lendemain.
Stabiliser la flore intestinale avec des fibres brutes
Les chevaux devraient avoir autant de foin à manger pendant la pâture qu’en hiver pendant les périodes passées à l’écurie. Les chevaux ne doivent pas non plus être affamés avant d’être mis à l’herbe afin d’éviter une surconsommation. Il arrive parfois que des pensions pour chevaux commencent à faire paître leurs pensionnaires pendant plusieurs heures sans préparation et il arrive qu’elles réduisent ou suppriment au même moment l’apport de foin.
Cette façon de procéder est dangereuse, mais les propriétaires de chevaux ont souvent les mains liées lorsque la pension pour chevaux applique une telle méthode. S’il n’y a aucun moyen d’introduire progressivement la jeune herbe au cheval, l’ajout de produits à base de fibres brutes de haute qualité permet au moins de stabiliser un peu la flore intestinale. Le foin est bien sûr le meilleur moyen pour y parvenir. S’il n’est pas disponible, les substituts de foin sont une bonne alternative.
Qu’est-ce que les fructanes ?
Les fructanes sont des chaînes composées de molécules de fructose. Ces molécules de sucre à longue chaîne sont une forme de stockage du sucre dans la plante. Le sucre sert d’énergie et permet aux plantes de pousser. Si la plante ne peut pas pousser dans certaines conditions météorologiques, elle stocke le sucre sous forme de fructane.
On pense que le fructane contenu dans les graminées a un effet négatif sur le métabolisme des chevaux. Il existe plusieurs types de fructanes et, au vu des connaissances actuelles, il n’est pas encore possible de savoir si tous les fructanes présentent les mêmes risques. Selon une théorie, un certain type de fructane entraînerait la fourbure associée à la pâture. Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur le sujet pour mieux évaluer les risques.
La quantité de fructane dans la plante dépend des facteurs suivants :
Espèces végétales
La teneur en fructane des pâturages pour chevaux varie considérablement en Europe. Le ray-grass anglais et italien, en particulier, contiennent beaucoup de fructane. Les graminées à faible teneur en fructane comme la fléole des prés, la fétuque rouge et la sétaire des prés conviendraient mieux pour nourrir les chevaux.
Moment de la journée et saison
La valeur en fructane est plus élevée au printemps et en automne.
Période de végétation
Lors de la formation des fleurs et des graines, la teneur en fructane est plus faible.
Climat
La teneur en fructane dépend de la température (nuits glaciales, suivies de journées ensoleillées), de l’intensité lumineuse (un soleil intense décompose le fructane dans la plante) et de la pluviométrie. Si la croissance de la plante est inhibée par un excès de pluie, un manque de soleil ou des températures trop froides, la teneur en fructane de l’herbe augmente.
Gestion du pâturage
Une fertilisation intensive et l’utilisation des pâturages entraînent une diminution de la teneur en fructane de l’herbe.
Tous les chevaux ne peuvent pas aller au pâturage
Même après une préparation progressive, la pâture ne convient pas à tous les chevaux : en ingérant de l’herbe riche en fructane, les poneys, en particulier, risquent de développer une fourbure en raison de leur tendance à la résistance à l’insuline et de leur consommation gourmande de fourrage. Pour les chevaux souffrant de fourbure, le pâturage est donc à proscrire. Les chevaux sujets aux fourbures ne doivent paître que sur des pâturages rationnés, surtout s’ils sont en surpoids. Encore une fois, mieux vaut prévenir que guérir.