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Le Conseil municipal de la Ville de Genève a voté à la majorité un crédit d'étude de 560'000.- pour la réalisation d'un nouveau parking souterrain situé à la Place de Pré-L'Evêque, à proximité immédiate du quartier des Eaux-Vives. Si j'ai bien compris, ce parking de 250 places est essentiellement (180 places) destiné aux habitantes et habitants du quartier des Eaux-Vives, en raison du manque de place de stationnements dans ce quartier. Je crois avoir entendu le chiffre de 700 places de parking qui "manqueraient" (je n'aime pas beaucoup le verbe "manquer" : est-ce un manque de places ou un excès de voitures ?) dans ce quartier. En raison des incertitudes liées à sa réalisation (proximité de la nappe phréatique engendrant d'éventuels surcoûts, risque de référendum, etc.), la Fondation des Parkings n'a pas accepté de financer l'étude de ce projet et c'est donc la Ville de Genève qui devrait s'y coller.
A priori, on peut se dire que c'est une idée rationnelle, la Place de Pré-L'Evêque est une place (le terme est peut-être inappropriée) sinistrée, mais d'y laisser dormir des voitures en surface est une aberration compte tenu de la rareté de l'espace en Ville. Et les problèmes de stationnement aux Eaux-Vives méritent effectivement qu'on trouve des solutions.
Mais, vu l'endroit et la circulation alentour qui ne risque pas de diminuer à court terme, j'y érigerais plutôt un immeuble de bureaux et tant pis pour cette "place" qui n'a pas survécu à l'aberration automobile…. En tout cas, si j'habitais les Eaux-Vives, c'est sûr que je n'irais pas m'y promener avec mes enfants, même "libérée" de ses voitures stationnées en surface, cette "place" est un enfer ! C'est plutôt un crottodrome de plus…
Les chiffres évoqués pour la réalisation du parking tournent autour de 15 millions de francs.
Et c'est là que je ne peux m'empêcher d'avoir de vrais doutes…
On dépenserait 15 millions de francs pour résoudre le problème de 180 "habitants" ? Alors qu'en fait ces habitants ne sont que des pendulaires à l'envers : ils habitent en ville mais travaillent ailleurs et sont donc des pendulaires vers un autre lieu, comme les Nyonnais ou les frontaliers : ils habitent ailleurs mais viennent travailler en ville. A Plan-les-Ouates, où j'habite depuis l'hiver dernier, à proximité de la Ziplo (Zone Industrielle de Plan-les-Ouates), nous avons des pendulaires de la Ville de Genève, qui habitent en ville et qui viennent travailler en prenant leur voiture, d'autant plus facilement d'ailleurs que le parking est ici gratuit ! Et pourtant des liaisons TPG assez efficaces existent ! En 2007, je trouve cela tout simplement incroyable et inadmissible !
Mais revenons au parking en question. 15 millions pour 180 habitants. 700 places "manquantes"… soit 4, voire 5 parking, 60 ou 75 millions à coûts équivalents. Et aurions-nous pour autant régler définitivement le problème ? Quand je pense à l'attitude du TCS en général, des lobbies habituels du tout vroum-vroum (Feu Vert, GTE, etc.) et de la majorité de droite au Grand Conseil (qui refuse d'améliorer l'attractivité de la Rue du Rhône simplement parce que la fermeture du trajet allant de la Place du Rhône à la Place Bel-Air est évoquée; ou qui complique le système législatif réglementant la création de zones 30 en adoptant une loi redondante avec le dispositif fédéral mais aussi en partie plus contraignante donc potentiellement illégale), j'ai l'impression que cela ne servirait à rien.
Et faut-il vraiment investir 15 millions de francs pour enterrer 250 voitures et répondre aux besoins de 180 habitants automobilistes ? Quand on connaît les problèmes liés au réchauffement climatique ? Aux coûts de l'énergie et du pétrole qui sont à la hausse ? Quand on sait que près de 30% des ménages vivant en ville n'ont pas de voiture ? Et que ce chiffre est encore plus élevé dans les autres grandes villes suisses ?
Donc j'avais envie de poser la question différemment : est-ce qu'il ne serait pas possible de faire renoncer à la voiture 180 habitants des Eaux-Vives moyennant 15 millions de francs ? Ou, idéalement, d'en faire renoncer davantage pour la même somme ? Ou le même nombre pour nettement moins d'argent ?
Car en fait l'investissement dans un parking, ici ou ailleurs, comme envisagé à la Place Neuve à l'époque, représente surtout une source de nuisances à très long terme : on ne va pas renoncer à exploiter un parking bénéficiant d'un droit de superficie de 99 ans avant la fin de cette période, surtout compte tenu de l'investissement consenti !
Avec 15 millions, pourrions-nous faire renoncer 300 familles des Eaux-Vives à la voiture individuelle ? Ce n'est peut-être pas "équitable" pour celles et ceux qui n'en ont pas, mais essayons au moins de faire l'exercice… Je sais bien que certains esprits chagrins me rétorqueront que certains profiteront de l'occasion pour tricher, mais faisons abstraction de ces aspects qui peuvent être réglés de différente façon.
15'000'000 francs divisé par 300 = 50'000.- par famille. Est-ce qu'avec une somme destinée à la mobilité de 50'000.-, des habitantes et habitants renonceraient à la voiture ?
Un Abonnement Général annuel 2ème classe des CFF coûte 3'100.- et il sert aussi d'abonnement annuel TPG-Unireso. Le partenaire 2'100.-, les enfants dès 6 ans, selon l'âge, entre 600.- et 800.-; Selon mes souvenirs, Mobility CarSharing (www.mobility.ch) exige une utilisation annuelle de l'ordre de 10'000.- pour considérer qu'une voiture est "rentable". Un bon vélo coûte 1'000.-, un vélo électrique dans les 1'500.- à 2'000.-, un scooter électrique dans les 4'000.-
Et la voiture coûte cher en réalité. En y renonçant, on économise aussi.
Pour 15 millions de francs, ne devrions-nous pas par exemple tenter l'expérience de trouver 300 ménages des Eaux-Vives prêts à signer un contrat de mobilité dans lequel ils s'engagent à vendre leur voiture (sans en faire racheter une par un parent ou un ami) en échange d'une prise en charge de leur mobilité selon des modalités à définir, comme p.ex. 2'000.- d'investissement par personne pour l'achat de vélo/scooter électrique/etc. et ensuite 1'000.- à 2'000.- par personne par an pendant 10 ans pour la couverture des coûts de mobilité sous forme d'AG, de demi-tarifs, d'utilisation - limitée - de Mobility ?
A mon avis, même si cela peut paraître utopique, c'est moins idiot que de réaliser de nouveaux parkings souterrains, mesures de compensations ou non. Il faut désintoxiquer notre société de sa dépendance à la voiture et au pétrole !
http://www.geneve.verts.org/doc/Feuille%20de%20signatures.pdf
ps1 : pour un montant inférieur à 15 millions de francs, la Ville fait preuve d'une frilosité bien grande pour réaliser un aménagement cyclable indispensable à la réalisation d'un véritable réseau cycliste urbain efficace : une passerelle sur le Pont du Mont-Blanc.
ps2: en lisant l'édito de la Tribune de ce mardi 20 novembre au sujet de l'avenir de la mobilité à Genève, je salue les efforts de ce quotidien pour parler de cette épineuse problématique mais je ne peux m'empêcher de constater que des réponses dogmatiques sont déjà données au sujet de la Traversée du lac avant même que le débat ait lieu ! Si le but du débat public de ce mercredi 21 novembre est de donner une légitimité à des choix idéologiques déjà faits, c'est tout simplement regrettable : n'ayons aucun tabou : la traversée du lac ou de la rade peut éventuellement être utile mais cela doit être vérifié en fonction des véritables mesures à prendre pour d'abord libérer l'agglomération des nuisances automobiles !