Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06996.jsonl.gz/363

Dans une interview de Valentin Oetterli de l'agence de presse Keystone-ATS, Urs Lehmann (51 ans), le président de longue date de Swiss-Ski, parle de sa candidature à la présidence de la FIS, de ses chances d'être élu et de la personne qui devrait le remplacer au sein de la fédération helvétique.
Urs Lehmann, vous avez pris votre temps avant d'annoncer votre candidature à la présidence de la Fédération Internationale de Ski FIS. Le moment est venu. Cela signifie-t-il que vous pensez vraiment avoir de bonnes chances de succéder à Gian Franco Kasper?
"J'ai fait mon analyse et je considère que mes chances d'être élu ne sont pas mauvaises. Nous pouvons garder la présidence de la FIS en Suisse - même si cela a été le cas durant 69 ans déjà. Mais il n'y a aucune garantie."
Le Bernois Marc Hodler a été président de la FIS pendant 47 ans à partir de 1951 et, en 1998, le Grison Gian Franco Kasper lui a succédé. C'est maintenant l’Argovien Urs Lehmann qui pourrait prendre la relève. Certains se demandent pourquoi on ferait à nouveau confiance à un Suisse?
"La nationalité, le sexe, la couleur de la peau, rien de tout cela ne devrait importer. Il faut élire la personne la plus apte à occuper ce poste. C'est à moi de convaincre les électeurs de mes qualités et de mes capacités. Si au final, ils décident de ne plus faire confiance à un Suisse, j’accepterai."
Au cours des nombreuses conversations que vous avez eues ces derniers mois, quelles personnes et quels pays vous ont apporté leur soutien?
"Je ne peux entrer dans le détail. En fait, je m'intéresse à ce poste depuis un certain temps déjà. Mais j'ai toujours dit que je ne me positionnerais pas avant la démission de Gian Franco Kasper. En janvier, je suis allé le voir et il m'a présenté sa situation de manière très ouverte et transparente. Je savais déjà certaines choses, mais d’autre pas. Je me suis donc informé des préoccupations des associations qui doivent voter et j'ai réfléchi à ce que je pouvais faire. Je sais donc maintenant à peu près où je me situe et quels pays et régions me soutiennent."
Pourquoi voulez-vous devenir président de la FIS ?
"Il y a différentes raisons. J’apprécie beaucoup ma position actuelle, avec Similasan (société de produits homéopathiques) et Swiss-Ski. Mais la présidence de la FIS est une opportunité que vous n'avez probablement qu'une fois dans votre vie. J'ai eu le privilège de pouvoir profiter d'une telle occasion une fois auparavant dans ma vie, lorsque je suis devenu champion du monde de descente (1993). Et là, je suis convaincu de pouvoir mener à bien cette tâche difficile et importante. De nombreuses personnes attestent que je suis apte à cette tâche. Je ressens un grand soutien au niveau national et international."
Quels sont les thèmes de votre campagne électorale?
"J'ai écrit un manifeste. C'est en quelque sorte mon programme électoral officiel. Il dit, par exemple, que nous devons renforcer le sport. Nous devons trouver des formats plus attrayants. Plus nous nous en approcherons, plus les athlètes auront la possibilité de participer et plus le système disposera de sponsors et d'argent. Ces fonds pourront être réinvestis dans le sport. Il s'agit d'un cycle vers le haut et c'est quelque chose que nous, chez Swiss-Ski, avons systématiquement appliqué. Le deuxième point est que si le sport devient plus attrayant, nous devons être en mesure de le commercialiser davantage. Un sujet qui existe pour moi, par exemple, est une tournée en Asie. Les marchés sont en expansion - ce qui n’est pas le cas en Europe. Concrètement, il n’y a pas besoin d'une révolution, mais d'une évolution cohérente. C'est important pour moi."
Quels sont les autres points de votre manifeste?
"La gouvernance doit être renforcée, par exemple en ce qui concerne les questions de genre et du climat. Des structures claires doivent être créées. La FIS devrait également agir de manière proactive à l'avenir. Pour l'instant, elle est toujours en retard sur ces questions, comme l'était le ski suisse à certaines époques. Mais nous avons réussi à reprendre les commandes afin d’avoir notre destin en mains. Je veux aussi voir une FIS unie et plus forte. Il y a plus de 70 nations votantes et, en outre, 60 fédérations nationales associées sans droit de vote. Il faut que les fédérations puissantes le restent, mais en même temps essayer de renforcer les fédérations moyennes et plus faibles."
Quand vous entendez "FIS", à quoi pensez-vous?
"Dans mon manifeste, il est dit: «Our future is strong». Cette expression est devenue mon slogan. La FIS, en tant qu'organe directeur, est l'une des fédérations de sports d'hiver les plus fortes. Près de la moitié des médailles qui seront décernées aux Jeux olympiques d'hiver sont distribuées dans les sports gérés par la FIS, qui a donc fait beaucoup de bonnes choses dans le passé. La FIS a également connu relativement peu de scandales et d'incidents de dopage ces dernières années. L'association a une image relativement positive. Il s'agit maintenant de faire passer cette solide construction dans une nouvelle ère. Pour moi, il est clair que les choses doivent changer. Au début, il y aura de la résistance. Mais je suis convaincu qu’une évolution est nécessaire et qu’elle aura lieu."
En raison de la pandémie de coronavirus, le congrès de la FIS en Thaïlande qui devait se tenir en mai a été annulé. L'élection du successeur de Gian Franco Kasper aura donc lieu au plus tôt à l'automne. Regrettez-vous cette situation?
"Toute la question du Covid-19 est une tragédie pour l'humanité. Pour la FIS, où un changement de génération est programmé, ça tombe au pire moment. Mais nous ne pouvons rien faire, si ce n'est attendre et espérer que la situation soit résolue lors des traditionnelles réunions d'automne à Zurich."
En raison du report du congrès, votre réélection en tant que président de Swiss-Ski est probable lors de la réunion des délégués à Frutigen à la fin du mois de juin. Allez-vous vous présenter à nouveau?
"Oui, si la réunion des délégués peut avoir lieu à ce moment-là. Si je ne suis pas élu président de la FIS, je continuerai à travailler pour Swiss-Ski pendant quatre ans encore. Mais bien sûr, l'association dispose d'un plan de succession. Chez Swiss-Ski, nous avons la chance que Peter Barandun (CEO et président du conseil d'administration de Electrolux Suisse) soit prêt à reprendre le bureau. Mais si cela ne fonctionne pas entre moi et la FIS, je resterai président de Swiss-Ski et lui vice-président.
Et qu'en est-il de Similasan?
"Je vais certainement y rester, mais mon rôle pourrait changer. Cette question a été abordée et les retours du conseil d’administration ont été très favorables. Tout s'est déroulé au cours du premier trimestre, car je voulais à l'origine annoncer ma candidature lors des finales de la Coupe du monde à Cortina d’Ampezzo. »
Traduction de l'interview: Laurent Morel/SkiActu
|Urs Lehmann lors de la remise la lettre d'intention pour la candidature Crans-Montana/Valais 2025 à Gian Franco Kasper, président de la FIS.|