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À mesure que la planète se réchauffe, plantes, insectes, oiseaux et arbres se déplacent vers des altitudes plus élevées. Phénomène étonnant. Simon Bradley, de SWI swissinfo.ch, nous raconte.
Dans les Alpes suisses, la température moyenne a augmenté de 1,8 degré Celsius depuis 1970. Pour survivre à des conditions plus chaudes, de nombreuses espèces alpines sont obligées de chercher des régions montagneuses plus fraîches et plus élevées.
Une équipe de scientifiques européens, dirigée par l’Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), s’est penchée sur ce phénomène. Elle a récemment publié une étude complète des changements saisonniers et des mouvements de plus de 2000 espèces de plantes, d’animaux et de champignons dans les Alpes au cours des 50 dernières années.
«Le fait que de nombreuses espèces se déplacent vers des altitudes plus élevées est à la base une bonne nouvelle, car au moins, elles tentent de s’adapter, estime Yann Vitasse, spécialiste de l’écologie forestière au WSL. Mais la plupart des espèces ne parviennent pas à gravir les 60 à 70 mètres d’altitude par décennie nécessaires pour continuer à vivre dans leurs conditions climatiques ancestrales.»
Les scientifiques ont constaté qu’au cours des 50 dernières années, les plantes, les animaux et les champignons se sont déplacés d’une moyenne de 18 à 25 m d’altitude par décennie, mais avec des différences substantielles par groupe d’espèces.
Les chercheurs ont constaté que les insectes terrestres, les papillons, les coléoptères et les reptiles sont les espèces qui ont le mieux supporté les changements de température et qui se sont déplacées le plus loin (voir le graphique ci-dessous). Les insectes terrestres se sont installés jusqu’à 90 mètres plus haut par décennie, et les reptiles jusqu’à 63 mètres.
Ceux qui se sont le moins déplacés sont les insectes semi-aquatiques et les amphibiens comme les grenouilles, dont les biotopes sont généralement des marais, des rivières et des lacs.
Les arbres et les arbustes se déplacent également vers des altitudes plus élevées sur de courtes périodes (jusqu’à 33 m). «C’était assez surprenant, car les arbres ont une durée de vie assez longue pour se reproduire. Nous pensions qu’il leur fallait beaucoup de temps pour s’installer dans de nouveaux endroits. Mais en fin de compte, nous constatons qu’ils se sont déplacés assez rapidement et se sont installés beaucoup plus haut», indique Yann Vitasse.
Mais ce n’est toujours pas suffisant pour suivre le rythme du changement climatique. Pour d’autres groupes tels que les oiseaux, les fougères ou les champignons décomposeurs de bois, une tendance à l’augmentation beaucoup plus lente a été observée – moins de 15 m d’élévation par décennie.
«Certains oiseaux parviennent également à s’élever en altitude, jusqu’à leur limite supérieure. La distance qu’ils parcourent dépend de la mobilité de l’espèce, de son habitat et de son microclimat», explique le biologiste.
Et de poursuivre: «J’ai été surpris que les espèces parviennent à migrer aussi rapidement, même si elles sont beaucoup plus lentes que le changement climatique. Aujourd’hui, si l’on veut retrouver le même climat dans les Alpes qu’en 1970, il faut grimper de 300 mètres d’altitude. Tout cela est très rapide pour des animaux qui ont évolué pendant des milliers d’années dans des conditions climatiques plus fraîches.»
Le signe le plus visible du réchauffement des Alpes est probablement la fonte des glaciers. Depuis 1850, la masse des glaciers alpins a diminué d’environ 60%; et la fonte s’est accélérée ces dernières années.
La hausse des températures entraîne une fonte des neiges plus précoce dans les montagnes et une végétation plus précoce, ainsi que des journées printanières de plus en plus chaudes qui peuvent perturber l’équilibre de la flore et de la faune.
L’équipe de chercheurs a constaté que les plantes, les reptiles, les oiseaux migrateurs et des insectes tels que les papillons ou les sauterelles ont réagi en avançant leurs activités printanières – comme la floraison des plantes – de 2 à 8 jours par décennie en moyenne. On en a vu les conséquences ce printemps dans le canton du Valais, où des gelées et des floraisons précoces d’abricots et d’autres arbres fruitiers ont anéanti les récoltes.
Pour d’autres créatures telles que les oiseaux, les amphibiens et les insectes semi-aquatiques (en particulier les libellules), les chercheurs n’ont constaté aucun changement temporel ou seulement des changements mineurs dans leurs activités printanières.
Pour le chercheur du WSL, ces grandes différences entre les espèces sont problématiques. «Cette évolution pourrait conduire à ce que les différentes espèces ne soient plus en mesure de coordonner leurs activités les unes avec les autres sur le plan chronologique, ce qui constitue une menace pour la survie à long terme des espèces dans le cadre d’un écosystème», déplore Yann Vitasse.
Ce dernier prend l’exemple d’une chenille qui doit émerger au bon moment pour manger les feuilles fraîches d’un chêne. «Si la chenille apparaît tardivement par rapport à la production de feuilles, les feuilles auront déjà produit du tanin ou d’autres défenses chimiques pour empêcher la chenille de les manger. Ensuite, s’il y a moins de chenilles, cela peut avoir un impact sur la vitalité de la progéniture des oiseaux. Chaque désynchronisation peut avoir un impact en cascade dans la chaîne alimentaire.»
Existe-t-il un risque que les espèces alpines désynchronisées, incapables de grimper plus haut ou de faire face à la concurrence accrue au sommet des montagnes, disparaissent dans les années à venir? Yann Vitasse indique que les scientifiques du WSL ont été surpris de voir que certaines espèces menacées parvenaient à coexister avec des espèces de niveau inférieur qui avaient grimpé. Mais au fil du temps, les plantes alpines, par exemple, risquent de perdre du terrain lorsqu’elles sont en concurrence avec d’autres.
L’équipe de chercheurs écrit que «les interactions entre les espèces sont susceptibles de changer à plusieurs niveaux trophiques par le biais de décalages phénologiques et spatiaux». Il est clair qu’une étude plus approfondie, soutenue par les observations des citoyens, est nécessaire pour mieux comprendre et anticiper les changements au niveau de l’écosystème, concluent-ils.
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