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Une affaire de blanchiment éclabousse des banques genevoises
Des centaines de pages d'écoutes téléphoniques, des documents bancaires interceptés, c'est le résultat de l'enquête de la police espagnole dite "Emperador" portant sur une affaire de blanchiment aux nombreuses ramifications helvétiques qu'a pu se procurer la RTS.
Madrid a envoyé une demande d'entraide judiciaire, l'Office fédéral de la justice a chargé les procureurs vaudois de l'enquête. Ces derniers ont demandé des compléments d'information à l'Espagne avant de prendre des mesures.
Employés suspendus et renvoyés
L'enquête espagnole montre de quelle façon un réseau international de blanchiment disposant de contacts en Suisse a utilisé des employés de banque de confiance, en particulier chez HSBC et Lombard Odier, pour mener à bien ses opérations.
Suite à une enquête interne, Lombard Odier s'est séparé de son employé. Chez HSBC, la RTS a appris que la personne mise en cause ne se rendait plus à son travail. La banque n'a pas désiré confirmer l'information (voir encadré).
Le réseau mis au jour jouait les intermédiaires entre les mafieux chinois désirant discrètement sortir de l'argent gagné en Espagne et des évadés fiscaux espagnols à la recherche d'une méthode pour toucher en liquide leur argent déposé à l'étranger - souvent en Suisse - sans éveiller les soupçons des autorités fiscales ibériques.
Les documents laissent entrevoir le fonctionnement du mécanisme de compensation et l'implication des banquiers genevois (voir notre infographie interactive).
Banquiers de confiance
Une fois un équilibre trouvé entre le montant que les mafieux voulaient faire sortir d'Espagne et les besoins en cash des évadés fiscaux, le réseau se chargeait de passer des ordres de transferts à des employés de banques privées genevoises.
Chez HSBC, l'employé recevait un ordre de virement par fax contenant les références bancaires des comptes à créditer. De le cas concret illustré dans notre infographie, le banquier a reçu l'ordre de virer 500'000 euros (environ 600'000 francs) d'un compte suisse vers un compte hébergé à la Bank of China, et détenu par le père du supposé chef de la mafia chinoise en Espagne.
Ensuite, un membre du réseau international de blanchiment exigeait du banquier l'envoi d'un message de confirmation de transaction, qui était transmis aux Chinois. Une fois assurés que la transaction était en cours, ils remettaient au réseau le liquide destiné aux évadés fiscaux en Espagne.
Des dizaines de ces documents de transactions de diverses banques genevoises sont contenus dans l'enquête espagnole, laissant penser que des employés d'autres établissements bancaires de la place pourraient avoir également participé au système.
Marc Renfer
Publié le 15 janvier 2013 à 18:03 - Modifié le 20 février 2013 à 09:42
La réaction des banques concernées
"Nous confirmons avoir pris connaissance de cette affaire. Nous avons ordonné l'ouverture d'une enquête interne. Les premiers éléments de cette investigation démontrent que l'un de nos employés aurait contrevenu à un certain nombre de nos règles internes. Nous nous en sommes séparés dans l'intervalle."
HSBC:
"L'enquête interne suit activement son cours et n'est pas encore terminée. Notez que cette enquête interne a été initiée dès que nous avons identifié le nom de l'un de nos employés parmi les nombreux noms cités dans cette affaire - que nous prenons évidemment au sérieux - et non suite à une demande d'une quelconque autorité."