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Titre : La Suisse et les réfugiés à l’époque du national-socialisme
Auteur-e-s : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale
Éditeur : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale 1999
Pages : 359
TW : mention de propos antisémites, actes de violences policières et militaires
Depuis que j'ai compris qu'une partie des rapports de la CIE Seconde Guerre Mondiale sont disponibles en PDF et en français j'ai décidé de les lire afin de mieux comprendre le travail de la CIE et le fonctionnement de la Suisse durant cette période. Après ce tome, il me restera le rapport final de 569 pages à lire. Ces rapports et le travail de la CIE sont souvent discutés mais ne sont pas forcément lu. Ils dépendent aussi d'un contexte précis de l'historiographie et si certains travaux remettent en question certains chiffres cela n'implique pas une remise en question des méthodes ou des conclusions générales. Ce rapport est construit en 5 chapitres.
Le premier chapitre concerne les fondements historiques de la politique Suisse concernant les réfugiés. Le livre commence sur les efforts de la SDN pour créer une définition du statut de réfugié à la suite des événements russes. Le rapport mentionne aussi les différentes œuvres d'entraide existantes. Mais une grande partie du texte concerne les fondements idéologiques de la méfiance helvétique face aux personnes réfugiées. Bien que l’entraide soit un fondement de la politique Suisse la période de l'entre-deux-guerres implique une méfiance face aux dangers des réfugiés comme personne provenant de l'étranger. Ces dangers sont leur nombre mais aussi les problèmes économiques et surtout les dangers pour la sécurité nationale. Ce fondement idéologique permet de justifier les décisions prises durant la guerre.
Le chapitre qui suit se concentre sur deux aspects particuliers : le tampon J et la fermeture des frontières. Le premier acte est longuement décrit. Bien qu'une partie du monde politique ne soit pas en faveurs d'un acte qui s'attaque à une population précise une autre partie veut éviter de toucher tous les allemands par une obligation du visa pour entrer en Suisse. Le tampon J permet donc d'éviter l'entrée de réfugiés tout en gardant les frontières ouvertes pour les allemands qui ne sont pas soumis aux lois racistes de l'Allemagne. La fermeture des frontières a lieu en 1942. Elle se déroule alors que le gouvernement helvétique reçoit des informations concordantes sur les crimes nazis contre les juifs. Pourtant, le gouvernement décide la fermeture des frontières par peur d'un afflux massif de personnes en danger de mort.
Le chapitre 4 se concentre sur les différentes manières d'entrer en Suisse. Les auteur-e-s du rapport expliquent les dangers des voyages. Des passeurs peuvent aussi bien prendre en charge jusque dans l'intérieur de la Suisse les personnes qui fuient. D'autres les abandonnent ou préviennent les patrouilles. De plus, il faut prendre en compte les décisions des gardes-frontières qui peuvent aussi bien fermer les yeux qui refouler en direction des patrouilles allemandes, créant un danger supplémentaire pour la vie des réfugié-e-s. Lors de l'entrée en Suisse, un régime d'internement militaire est mis en place avec une discipline stricte et un contrôle important de la vie des réfugié-e-s qui ne peuvent ni sortir, ni communiquer ni travailler. Dans un second temps, illes sont envoyé-e-s dans des camps civils mais dont les directeurs peuvent aussi être très stricts, selon les choix du gouvernement. Il est difficile d'en sortir et des familles ont pu être séparées. Ce n'est que vers la fin de la guerre que le gouvernement décide d'assouplissements.
Une partie importante du rapport se concentre sur les relations financières. Celles-ci suivent les lois raciales allemandes puisque les réfugié-e-s n'ont pas le droit d'accès à leurs avoirs en Allemagne. Lors de l'entrée en Suisse, les biens et avoirs sont confisqués et gérer par une banque afin de contribuer aux coûts de l'internement, alors que le travail est interdit. L'accès à leurs propres biens est très difficile et même la fin de la guerre ne permettra pas un accès facilité. Il faudra des années pour que l'argent confisqué retrouve ses propriétaires, quand ce fut le cas.
Enfin, une dernière partie parle du lien entre le gouvernement et les associations internationales d'entraides. Le CICR est particulièrement mis en avant dans ce chapitre. Certains des membres du bureau sont aussi liés au gouvernement ce qui permet une défense des intérêts et des choix helvétiques au sein des milieux de l'entraide. Cependant, certaines décisions ne sont pas du goût des autorités. En particulier, le rapport mentionne une communication potentielle qui devait condamner les politiques criminelles nazies mais qui ne fut pas publié sur pression des autorités helvétiques. Ces organisations permettent aussi de garantir une vision bénéfique envers le pays après la guerre, alors que les Alliés commencent à gagner la guerre.
Bien entendu, cette présentation ne fait qu'effleurer la richesse du rapport. Il faut mentionner les annexes qui regroupent une chronologie, des biographies ainsi que des résumés d'autres travaux. Ce qui ressort de ce rapport, tel que montré en introduction et en conclusion, est la crainte des autorités de la Suisse face au nombre de réfugiés. Cette crainte provient de l'expérience de la première guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres. Elle permet de justifier un alignement sur les lois racistes allemandes. Ces choix ont mis en danger de nombreuses personnes. De plus, elles sont illégales comme l'a dit un arrêt du tribunal fédéral. Il faut aussi prendre en compte le racisme et l'antisémitisme des milieux politiques et de l'armée. Par exemple, un officier genevois fut connu pour ses actes administratifs illégaux et sa brutalité. Tandis que les membres de l'administration qui aident les réfugié-e-s sont sanctionnés et tardivement reconnu à leur juste valeur. Il ressort de ces pages un cynisme important des autorités fédérales qui s'observe par les tracasseries administratives et le refus de l'entrée des réfugié-e-s alors que les autorités avaient connaissances des crimes nazis.