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Une dernière caractéristique spécifique dont je voudrais parler, bien qu'il en existe d'autres de moindre importance, est le traitement thermique de la lame. Tout le monde sait que, suivant la méthode japonaise, on effectue une trempe sélective, pratiquement sans revenu, grâce à l'application sur la lame d'une couche d'argile. Cependant, il existe deux méthodes principales pour effectuer cette phase: in-no-tsuchi et yo-no-tsuchi. Ce dernier procédé, communément connu, consiste à appliquer une couche épaisse d'argile et à l'enlever sur la partie à tremper selon le dessin désiré. Cette technique permet en effet la formation d'un Hamon extrêmement alambiqué, tels Kiku-sui-ba, Sudare-ba, etc. Cependant, métallurgiquement parlant, cette technique crée un très fort contraste entre la structure cristalline de la partie trempée et celle de la partie non trempée. En termes simples, la trempe est trop nette, trop parfaite. De plus, cette méthode ne facilite pas la formation de caractéristiques telles que Utsuri, ou autres variations de structures cristallines dans la partie Ji. Elle encourage le forgeron à effectuer des trempes à hautes températures et généralement parlant, le résultat, bien qu'esthétiquement et techniquement impressionnant, est beaucoup moins subtil du point de vue métallurgique.
Nous n'avons, au sujet du traitement thermique de la période Koto, que des connaissances obscures. Mais les recherches qui ont été entreprises indiqueraient qu'on employait, durant la période Koto, la méthode in-no-tsuchi. Ce procédé consiste à recouvrir la lame d'une couche très mince d'argile. Au lieu d'enlever l'argile, comme dans le yo-no-tsuchi, on ajoute de petits monticules d'argile représentant un dessin abstrait qui n'a souvent rien à voir avec le résultat final. Ainsi, le Hamon est créé de façon plus harmonieuse et pratiquement par l'acier lui-même.
Nous pouvons ainsi deviner que le corroyage, la forge et la combinaison d'aciers dans la lame auront une grande importance en influant sur le résultat final du Hamon. On constate, par exemple, dans les lames Ko-Bizen, un Hada en Ko-Mokume ou Ko-Itame possédant un Hamon en Ko-Choji, Juka-Choji, possédant un rythme du Chu-Suguha en Ko-nie. En effet, la structure du corroyage peut avoir un tel effet sur le Hamon que lors d'une visite chez un forgeron Trésor national vivant japonais, je l'ai vu effectuer une trempe en Ko-Midare sans employer d'argile, à mon grand étonnement.
D'un point de vue personnel, je considère que yo-no-tsuchi relève de la technique et in-no-tsuchi de l'art. Car yo-no-tsuchi viole le métal au point d'imposer la trempe suivant la volonté du forgeron tandis que dans in-no-tsuchi, le forgeron propose au métal et c'est l'ensemble de son travail depuis le minerai qui couronnera naturellement le résultat. Cependant, la réussite en in-no-tsuchi est tellement délicate que les forgerons, souvent par souci de rentabilité, ne veulent pas se donner la peine de l'employer.
J'aimerais, en guise de conclusion, attirer l'attention du lecteur sur l'extrême complexité des différents aspects du nippon-to. Il est donc inutile de m'écrire pour me dire que vous avez trouvé un Utsuri sur une lame après Koto, ou que tel forgeron du XIXe siècle produisait son propre acier. Il n'existe pas de règles strictes qui puissent être définitives. La seule chose qui est sûre, c'est que rien n'est sûr, rien n'est jamais fixé. C'est précisément pour cela que l'étude du nippon-to est passionnante.
Malcolm T. Shewan