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Ingénieuse.chLa technique, un défi au féminin
Viser les étoiles – Jocelyn Bell Burnell
Quand j’avais une dizaine d’années, j’ai malheureusement entendu la question : « Mais si les filles sont vraiment aussi intelligentes que les garçons, comment tu expliques que la majorité des prix Nobel soient gagnés par des hommes ? ».
Au début, j’ai déchanté. Pourquoi les femmes n’apparaissaient-elles pas dans l’Histoire ? Quand je réfléchissais et comparais l’intelligence des personnes de ma classe, je ne voyais pourtant pas de différence notable.
Puis, j’ai grandi et j’ai découvert une partie de la réponse à la question : le travail des femmes n’est, dans certains cas, tout simplement pas reconnu.
Marie Curie n’est pas la seule femme à s’être intéressée – en dépit des mentalités de l’époque – aux sciences naturelles. Elles sont légion. Et pourtant, on n’entend que très peu parler de ces femmes de l’ombre. L’astrophysicienne Jocelyn Bell Burnell est l’une d’elles.
Née à Belfast, au nord de l’Irlande, en 1943, Jocelyn Bell Burnell n’est autre que la personne qui a découvert l’existence des pulsars, ces étoiles à neutrons tournant sur elles-mêmes et produisant des signaux périodiques.
L’astrophysicienne participa à la construction d’un radiotélescope en tant qu’assistante de recherche, affiliée à l’université ouverte. Elle fut également doyenne de l’université de Bath et présidente de la société royale d’astronomie.
Elle finit son bachelor en physique à l’Université de Glasgow en 1965 et commença ses études en radioastronomie à l’Université de Cambridge. Pendant deux ans, elle aida à la construction d’un immense radiotélescope destiné à étudier les quasars.
Dès 1967, il fut opérationnel et l’astrophysicienne dût passer de nombreuses heures à analyser les données qu’il fournissait. Elle remarqua des anomalies qui ne correspondaient pas aux schémas typiques des quasars. Elle en notifia donc Anthony Hewish.
L’équipe passa les mois qui suivirent à éliminer ces interférences de leurs données jusqu’à ce qu’ils en eussent déduit que ces interférences étaient en fait produites par des pulsars.
Leur découverte fut publiée en février 1968.
La publication fit beaucoup de bruit. Non seulement du fait qu’une femme était impliquée, mais aussi pour l’importance de la découverte dans le milieu de l’astronomie.
Jocelyn Bell Burnell devint le centre de l’attention et réussit son doctorat la même année.
Cependant, ce ne fut pas elle qui reçut un prix Nobel en 1974 pour sa découverte des étoiles à neutrons, mais les astronomes Anthony Hewish et Martin Ryle.
Plusieurs scientifiques de l’époque s’outrèrent et demandèrent une révision de la décision. Mais Jocelyn Bell Burnell rejeta humblement la demande, disant que le prix Nobel avait été correctement attribué puisqu’elle n’était alors qu’une doctorante. Elle reconnut par la suite que la discrimination féminine avait pu être un facteur contribuant à cette décision.
L’absence de prix Nobel ne l’empêcha pas de continuer son ascension. Ses larges connaissances dans le domaine de la radioastronomie et du spectre électromagnétique lui permirent de gagner respect et estime au sein de la communauté scientifique.
Elle continua d’étudier la physique et l’astronomie et devint une professeure réputée. Elle travailla dans plusieurs domaines et plusieurs universités.
Par la suite, elle reçut de nombreux prix en astronomie et en physique.
Des femmes lésées et/ou oubliées par l’Histoire, ce n’est pas ça qui manque.
Pour ne citer qu’elles, avez-vous déjà entendu parler de :
- Esther Lederberg, une microbiologiste qui a posé les bases permettant les futures découvertes sur l’héritage génétique dans les bactéries, la régulation des gènes et la recombinaison génétique,
- Chien-Shiung Wu, une physicienne qui s’est vue refuser le prix Nobel au profit de ses collègues masculins, qui renversa une loi de la physique et qui participa au développement de la bombe atomique,
- Lise Meitner, dont le travail fut la pierre angulaire de la découverte de la fission nucléaire ?
Probablement pas. Je me
trompe ?
Pourtant, la seule chose qui leur manque pour être célèbres, ce n’est ni le savoir, ni l’intelligence, mais la reconnaissance.
Un fait réconfortant est que, même à l’époque, la communauté scientifique fut outrée que le travail de Jocelyn Bell Burnell, ou de Chien-Shiung Wu et de tant d’autres, ne fût pas reconnu.
J’ai voulu écrire un article sur ce sujet pour ouvrir les yeux aux gens qui pensent que les femmes ne se trouvent pas dans l’Histoire. Regardez bien, regardez mieux.
Gwendoline Erard
Sources:
Biographie Jocelyn Bell Burnell : http://www.biography.com/people/jocelyn-bell-burnell-9206018#synopsis