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Les rites
L'existence humaine est jalonnée de rites, d'actes symboliques qui rappellent de grands événements du passé ou soulignent des décisions qui orientent l'avenir. C'est le cas dans la vie des nations: fête nationale, couronnement d'un roi ou installation d'un président, etc. C'est le cas dans la vie des familles et des individus: cérémonies de mariage, rites funéraires, anniversaires célébrés avec le gâteau et ses bougies, etc.
Mais c'est surtout vrai dans le domaine de la religion. Un dictionnaire donne des rites la définition suivante: "Cérémonies réglées et gestes particuliers prescrits par une religion". Un grand nombre de pratiques religieuses sont en effet soumises à des règles précises qui en fixent le déroulement. On pense souvent que, si ces règles ne sont pas observées, le rite n'a aucune valeur. Chaque religion a bien sûr des rites qui lui sont propres. Le Judaïsme a, par exemple, la Pâque et le Sabbat; l'Islam, le Ramadan et les ablutions rituelles; le christianisme, le Baptême et la Cène (ou Eucharistie) et des fêtes comme Noël ou Pâques. Certains de ces rites sont codifiés par l'autorité religieuse; d'autres dépendent davantage de la coutume. C'est le cas de la fête de Noël par exemple.
A quoi servent les rites
Ils constituent des repères dans un monde changeant, incertain, trop souvent privé de sens. La vie quotidienne est faite d'une multiplicité de petites choses insignifiantes, routinières ou alors indéchiffrables: "Pourquoi tout cela? Quel sens cela a-t-il?"
Les rites contribuent à donner un sens à l'existence. Ils soulignent ce qui est important, ce qu'il ne faut pas oublier ou négliger. Ils soulignent la mémoire collective en rappelant des événements qui ont contribué à forger la communauté qui les célèbre. Chaque pays a sa fête nationale. La Pâque juive rappelle la sortie d'Egypte; la Cène des chrétiens commémore la mort du Christ sur la croix.
Les rites aident donc les communautés humaines à ne pas perdre leurs racines. Les gestes qu'ils demandent en disent parfois plus long que les discours pour rappeler des choses essentielles. Ils ont aussi une fonction de rassemblement. Les fidèles se réunissent pour célébrer le culte. La famille se retrouve à l'occasion des anniversaires. Les rites donnent un sentiment d'appartenance à tous ceux pour qui ils ont un sens.
C'est ainsi par exemple qu'avant chaque match international de football on joue les hymnes nationaux des deux équipes : les joueurs ne jouent pas pour leur propre compte, ils sont les représentants de leur pays. On peut difficilement imaginer une communauté humaine sans aucun rite. Sans aucune pause régulière dans le train-train quotidien, la vie serait terriblement terne, ennuyeuse, démoralisante.
Les dangers des rites
Il en est des rites comme de toutes les réalités humaines: on peut en faire un mauvais usage, les détourner de leur objet. Ils peuvent tomber dans l'insignifiance, ne plus être qu'une routine vide de sens. On continue à les pratiquer par habitude, parce que "cela s'est toujours fait", qu'on y trouve une certaine satisfaction sentimentale, mais c'est la seule utilité qui leur reste. Ainsi par exemple, on tiendra à avoir une cérémonie religieuse pour un mariage, même si on ne croit pas en Dieu. "Un mariage à l'Eglise, c'est, tellement plus beau qu'à la mairie". Les prières les plus belles (comme le Notre Père, par exemple) peuvent devenir un rabâchage vide qui n'engage à rien ceux qui les prononcent.
Ce qui est plus grave, c'est que le rite peut même communiquer un sens différent de celui qui lui est normalement attaché. La fête de Noël par exemple célèbre la venue du Christ né dans la pauvreté et l'humilité. Mais pour beaucoup, elle n'est plus qu'une occasion de bonnes bouffes et de cadeaux coûteux. Le décalage est énorme, même si l'on reconnaît qu'il est normal de fêter un événement aussi heureux que la naissance du Sauveur. Le plus grand danger est celui qui menace les rites religieux. Il consiste à mettre sa foi dans le rite plutôt qu'en Dieu, à attacher plus d'importance au rituel qu'au spirituel. On attribue au rite une sorte de force magique.
Ainsi, parmi les définitions du rite que donne le Petit Larousse, on peut lire celle-ci: "Acte ou cérémonie qui a pour but d'orienter une force occulte vers une action déterminée". Si donc le rite est accompli selon les règles, on peut être sûr d'obtenir le résultat désiré. Dieu est tenu de répondre à la demande exprimée. De cette façon, l'homme croit pouvoir avoir prise sur Dieu, le contraindre d'agir en sa faveur. Il suffit que les gestes aient été correctement accomplis, avec les paroles appropriées.
La Bible nous avertit que c'est là un détournement de la foi. Croire que les rites peuvent sauver est folie. Dieu seul sauve. Les rites peuvent être des moyens dont Dieu se sert pour nous faire du bien, mais ils ne sont en aucune façon la source des bénédictions. La source est en Dieu seul. C'est en lui que nous devons mettre notre confiance.
Ainsi les prophètes d'Israël ne se lassent pas de rappeler que les sacrifices n'ont aucune valeur s'ils ne sont pas accompagnés d'un vrai repentir, d'une contrition profonde. Jésus lui aussi souligne que prières et aumônes n'ont pas de sens s'ils sont accomplis pour de mauvaises raisons. Plus importante que la forme correcte du geste ou de la parole est la signification spirituelle qu'y met le croyant. Le rite n'a de valeur que si ceux qui l'accomplissent le font en esprit et en vérité, dans une attitude de coeur conforme à ce que le rite cherche à exprimer.
Ce que la Bible veut surtout nous faire comprendre, c'est que la raison d'être des rites, des cérémonies chrétiennes, des prières, de toutes les pratiques religieuses n'est pas tant d'amener Dieu à faire quelque chose pour nous que de changer quelque chose en nous.
Les gestes de la piété ne sont vrais que s'ils expriment une attitude spirituelle de foi, si, par leur moyen, le croyant se remet et se soumet à Dieu. Jésus-Christ nous a révélé à quel point Dieu nous a aimés et désire nous faire vivre. Il est toujours prêt à nous faire du bien, à nous pardonner, à éclairer notre route, à nous donner force et courage, à nous apprendre à aimer. Mais nous ne pouvons pas lui forcer la main, le contraindre à agir en accomplissant tel ou tel geste ou en prononçant telle ou telle formule. C'est dans une relation de confiance et d'amour avec Dieu que se trouve la vraie spiritualité.
Robert SOMERVILLE