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Si le jeu peut être considéré une branche spécifique du monde de la simulation, l’utilisation de modèles numériques représentant des phénomènes physiques est ce qui vient généralement à l’esprit lorsque l’on parle de ce domaine d’activité. Les questions auxquelles on cherche à répondre sont également complémentaires à celles auxquels le jeu (de plateau ou autre) est adapté.
Nous avons vu dans le billet sur le jeu sérieux, que ce qui était visé comme but était l’échange d’information entre les participants ainsi que la prise de conscience de ce que permet et requiert l’usage d’une nouvelle technologie. Les questions auxquelles nous n’avons pas répondu sont par exemple: l’usage de cette nouvelle technologie va-t-il nécessiter une modification de ma stratégie? Dans l’hypothèse où mon adversaire utilise cette nouvelle technologie, ai-je tout de même une chance de remporter la victoire? Si oui, comment ? Si non, pourquoi ?
Répondre de manière fiable à ce type de question nécessite d’envisager toutes les possibilités d’utilisation du nouveau système dans un scénario donné, voir tous les scénarios possibles! Dans bien des situations cela revient à calculer ou jouer un nombre énorme de parties, un nombre impossible à atteindre dans le monde physique, mais totalement imaginable dans le monde numérique.
Les systèmes basés sur des règles, comme les jeux de plateau, peuvent être directement traduits en simulations : les règles du jeu et les environnements de jeu, comme le terrain et le temps, sont codés sous forme de modèles informatiques, qui avancent pas à pas, tandis que les résultats des interactions des joueurs sont enregistrés comme le nouvel état du monde simulé. Cette façon de procéder est à la base de ce que font les simulations multi-agents.
Les simulations multi-agents sont des jumeaux numériques du monde réel qui permettent de prendre en compte toutes les dynamiques et interactions que l’on trouve dans la vie réelle. Elles permettent de simuler aussi bien des villes, le commerce et les échanges financiers que des matches de football ou des opérations militaires. Vous trouverez ici une très bonne vidéo explicative.
Du plateau à l’écran
Le passage au monde numérique présente naturellement quelques défis intrinsèques mais permet d’obtenir des informations supplémentaires sur la manière dont les nouveaux systèmes pourraient être utilisés. Cela peut avoir comme conséquence la remise en question des procédures tactiques, de stratégies commerciales, etc.
Dans le cadre du jeu New Techno War, le but de cette numérisation vise à une meilleure compréhension des questions suivantes :
- Que pouvons-nous apprendre en générant tous les résultats possibles d’un scénario ?
- Que peut apprendre un humain en jouant contre une Intelligence Artificielle (IA) ? Comment pouvons-nous le réaliser ?
- Quel type d’information pouvons-nous présenter au joueur humain pour que le tandem humain + IA soit meilleur que l’IA seule ?
- Comment présenter l’information au joueur de façon à ce que celle-ci soit compréhensible et que celui-ci ne soit pas submergé par celle-ci ?
Quelles sont donc les leçons que nous avons apprises jusqu’à maintenant?
- Nous nous rendons compte que les différentes parties réalisées par les joueurs humains sont finalement assez similaires et se retrouvent toutes dans le même groupe de solutions obtenues par simulations, alors que d’autres existent, mais n’ont pas été tentées par les joueurs. Cela illustre bien nos biais cognitifs et notre perception individuelle limitée des solutions possibles.
- La conséquence directe de cette méconnaissance du “monde des possibles” fait que le joueur peut avoir une perception erronée (surestimer ou sous-estimer) de sa chance de remporter une partie et donc avoir une vision biaisée des vraies forces en présence.
- L’intelligence artificielle n’étant guère émotive et dépourvue de ces fameux biais cognitifs, la richesse des stratégies déployées par celle-ci permet au joueur humain de s’améliorer et de se dépasser grâce à une remise en question “forcée” par la machine.
une simulation numérique […] facilite la prise de décision et permet de passer en toute connaissance de cause de l’observation à l’action.
Nous sommes encore au début de cette aventure qui permet de passer d’une approche très descriptive de la prospective à des considérations plus quantitatives.
Les deux approches sont de fait complémentaires mais le recours à une simulation numérique permet d’expliquer et de justifier certains choix faits aujourd’hui en quantifiant son impact sur un demain plus ou moins lointain. Cela n’est pas rien, car il facilite la prise de décision et permet de passer en toute connaissance de cause de l’observation à l’action.