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16/07/2012
Jean-Jacques Rousseau et l’idée d’Indivisibilité
En France, on parle souvent de la république une et indivisible en pensant d'abord à l'intégrité territoriale. Cependant, dans son Contrat social, Rousseau parle d'indivisibilité dans un tout autre sens. Pour lui, elle est l'impossibilité de retrancher de la volonté générale une partie, lorsqu'on veut créer des lois s'appliquant à tous. On ne peut pas empêcher une partie des gens de voter les lois, et ensuite leur demander de s'y soumettre, comme cela arrivait dans les empires coloniaux: en France, l'Algérie, par exemple, était dans ce cas.
Loin de concevoir l'indivisibilité comme ayant un lien avec le territoire, Rousseau écrivait: Je suppose ici ce que je crois avoir démontré, savoir qu'il n'y a dans l'État aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social; car si tous les citoyens s'assemblaient pour rompre ce pacte d'un commun accord, on ne peut douter qu'il ne fût très légitimement rompu. Grotius pense même que chacun peut renoncer à l'État dont il est membre et reprendre sa liberté naturelle et ses biens en sortant du pays. Or il serait absurde que tous les citoyens réunis ne pussent pas ce que peut séparément chacun d'eux (livre III, chapitre XVIII). Rousseau n'admettait donc pas qu'une nation fût éternelle et contraignît les individus à demeurer en son sein.
Il apparaît, dès lors, que la Convention, en 1793, a privilégié l'intégrité du territoire hérité des rois de France. Pour empêcher qu'une contradiction avec les principes de Rousseau apparût, elle a cherché à faire naître une conscience nationale qui spontanément empêchât les sécessions particulières. A terme, on espérait bien ne pas avoir à décider pour tout le monde de lois que tout le monde n'eût pas votées; mais il fallait préalablement obliger tout le monde à accepter le système défini par Rousseau: paradoxe pour le moins fort.
Cela montre à quel point il est difficile de concilier la théorie, née de cette logique abstraite que Rousseau affectionnait tellement, et la réalité des sentiments profondément ancrés dans les âmes, et que Joseph de Maistre a par exemple définis. Les Français sont attachés à leurs traditions séculaires - le sont instinctivement. Or, la forme physique du pays en fait partie. Ils sont également attachés à l'idée monarchique, qui, comme dans le mythe du roi Arthur, lie magiquement un prince à une terre. De Gaulle l'avait senti; il le savait. Toutefois, il avait assez lu Rousseau pour savoir que si on n'accordait pas une citoyenneté pleine et entière à tous les sujets d'un empire, on se mettait dans l'illégalité. Il ne chercha donc pas à résister au mouvement de décolonisation.
Il apparaît quand même que les idées de Rousseau n'étaient pas toujours conciliables avec la réalité, et que Joseph de Maistre fut un des premiers à en prendre conscience!