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12. 3- Ma première opération. (3.3.2015)
Depuis 1978, je souffre de rhumatisme psoriasique qui a commencé par du psoriasis dans les cheveux et des douleurs aux pieds avec un affaissement de l'arche plantaire, d'où le port de semelles orthopédiques. J'ai subi de nombreuses infiltrations, de nombreux examens (radios, scintigraphies, prises de sang) et consulté de nombreux spécialistes. En 1986, je rencontrais le Docteur Devogelaer, d'abord chez lui à Champion, ensuite comme professeur aux Cliniques Universitaires St. Luc à Woluwé St. Lambert et les deux dernières années de sa carrière aux CHR de Namur jusqu'en 2014. Sa thérapie commença par une combinaison d'anti-inflammatoire et d'anti-malarique avec contrôle de la tension oculaire tous les trois mois. D'autres organes furent affectés: les mains, les genoux, les doigts de la main droite, les épaules, pour finir à la colonne lombaire où il y a un écrasement du disque entre L4 & L5. Outre divers médicaments, j'ai subi de nombreuses infiltrations, des ostéodensitométries et maintenant, je dois faire un contrôle tous les six mois chez le rhumatologue où l'on constate maintenant une rémission, grâce au suivi de ce professeur pendant 29 ans. Alors, le 13 février 2015, j'ai consulté ensuite mon médecin traitant pour le renouvellement de médicaments, auquel je signalais que lorsque je fais un effort prolongé, je ressens une gêne à la base de mon cou (comme tondre la pelouse qui m'oblige à m'arrêter et à achever le lendemain). Je pensais que c'était un problème respiratoire mais il me demanda de prendre un rendez-vous de toute urgence chez un cardiologue soit quatre jours plus tard. Après quelques examens, je fis celui du vélo où après un certain effort, je ressentis cette gêne au cou et le cardiologue me fit stopper immédiatement, car d'après ses relevés, je risquais une angine de poitrine. Si j'avais poursuivi mon effort, j'aurais pu faire un arrêt cardiaque. Aussitôt, un rendez-vous fut pris pour une coronarographie à l'hôpital Saint-Luc de Bouge (Namur).
C'est le 23 février à 9h30, en urgence qu'eu lieu cet examen en salle de chirurgie cardiaque en hôpital de jour qui est une technique d'imagerie médicale pour visualiser les artères coronaires (gauche, droite et circonflexe) à l'aide de radiographie aux rayons X et l'injection d'un produit de contraste iodé. Il faut être à jeun et il y a un contrôle de la fonction rénale, ainsi que la recherche d'une anomalie de coagulation. Tout d'abord une perfusion fut placée au poignet gauche dans la chambre avant d'être installé sur la table de la salle seulement recouvert d'un drap stérile. Un électrocardioscope de surveillance continu de l'ECG est mis en place. Une anesthésie locale au poignet droit permit le placement d'un désilet (cathéter d'une dizaine de centimètres et de gros calibre) dans l'artère radiale. Une sonde d'exploration (long cathéter souple) est ensuite montée à travers le désilet jusqu'à l'une des coronaires visualisée par scopie. Chaque injection de produits de contraste est accompagnée d'une sensation de chaleur qui parcourt rapidement tout le corps. Sur l'écran et les clichés tirés, on dénombre sept rétrécissements (sténoses) pour les trois artères ce qui ne permet pas de placer des "stents" par ce procédé. Une chirurgie cardiaque s'impose pour pratiquer des pontages coronariens. À la fin de l'examen, les sondes sont retirées, puis le désilet, et l'artère radiale est fortement comprimée pour éviter tout saignement. Ramené en chambre, ce pansement est progressivement décompressé toute les demi-heures pour finalement quitter la clinique vers 18h00.
Je suis retourné à la clinique le 2 mars à 9h00 pour y être opéré le lendemain. Après quelques examens, vers 13h30, me femme demanda aux infirmières à quelle heure était servi le dîner et on lui répondit à 12h30. Elle ajouta que son mari n'avait toujours rien reçu et eu pour réponse que c'était normal parce que j'étais (soi-disant) au bloc (opératoire)? Ma femme insista en précisant que j'étais dans ma chambre, ce que les infirmières contestèrent et vinrent même voir sur place! Après une demi-heure, l'on demanda où cela en était et comme réponse: "C'est commandé". Finalement, le repas me fut servi mais il était complètement glacé! D'où rappel d'une infirmière qui demanda si j'avais au moins goûté? Et enfin le dîner fut servi chaud, un bon potage, de la viande avec sauce et des pommes de terre nature, mais les légumes étaient indéfinissables et immangeables. Nous n'en revenions pas de leur mauvaise foi et des réponses surprenantes qui nous avaient étés fournies. Ma chambre comprenait une douche, ce qui me facilitait la tâche pour badigeonner mon corps le soir et le matin d'un produit antiseptique (Bétadine). À 7 heures quart, après m'avoir rasé le thorax et les membres inférieurs, deux infirmières m'emmenèrent dans mon lit au bloc opératoire revêtu de la chemise d'hôpital. À l'entrée, il y avait un engorgement de huit lits et l'on me recouvrit d'une couverture bien chaude. C'est d'abord, celui qui était quasi à l'opposé qui fut conduit dans une salle pour le placement d'une prothèse de genoux complète. Ensuite, ce fut à mon tour après quelques manœuvres avec les autres lits.
Dans la salle, je fus glissé sur la table (ou billard) sur un matelas chauffant sous deux énormes projecteurs éteints appelés "scialytique" car elles émettent de la lumière puissante sans ombre et focalisable. Ensuite la mise en place d'un billot sous les épaules afin de relever le sternum et caler le cou pour la posture opératoire. D'autres tables roulantes se trouvaient à proximité chargé d'instruments chirurgicaux nommés "assistants muets". Une dizaine de protagonistes s'affairaient autour de moi dont 3 anesthésistes-réanimateur et un infirmier, un professeur et son assistant (l'interne), 3 chirurgiens et l'infirmière instrumentiste. Le professeur m'expliqua les différentes phases de la mise en place dont une partie se fait avant l'anesthésie générale et me rassura. Un saturomètre fut placé au doigt de ma main gauche qui permet la mesure de la pression artérielle durant l'intervention. Une perfusion est mise en place dans une veine de gros calibre au niveau du cou du côté droit, la veine jugulaire interne avec une série de robinets. Après anesthésie locale, une sonde est placée dans l'estomac pour pouvoir aspirer toutes les sécrétions. Une sonde permettant de mesurer les pressions pulmonaires et le débit cardiaque est introduite dans une voie veineuse centrale. J'étais ventilé avec un masque à oxygène pur et peu à peu je n'entendis plus rien. Je n'étais plus conscient quand la sonde vésicale fut mise en place dans le conduit urinaire par le méat via l'urètre, de même pour la pose de la sonde rectale qui mesure la température centrale. Après cela, j'ai dû être badigeonné d'une solution antiseptique sur le sternum et l'abdomen. Des champs opératoires stériles furent mis en place avec les différents instruments nécessaires pour la chirurgie. Tout cela prend près d'une heure.
Maintenant sous anesthésie générale avec intubation oro-trachéale, le chirurgien pratiqua au milieu du sternum une incision verticale de 26 cm de long (sternotomie médiane) et une scie sectionne le sternum. Les deux côtés sont ensuite écartés à l'aide d'écarteurs, exposant ainsi le cœur battant. C'est l'infirmière instrumentiste qui est chargée de fournir au chirurgien les instruments spécifiques en temps voulu, quand il en a besoin et elle doit anticiper sur son travail programmé. Les sténoses restent invisibles pour le chirurgien qui doit se baser sur les clichés de la coronarographie. Pour ma part, cinq pontages s'avèrent nécessaires et autant de segment de vaisseau sanguin sain (greffon) sont prélevés dans les artères mammaires internes du thorax. Les pontages sont effectués par sutures sous microscope opératoire. Des drains péricardiques sont mis en place, les drains "redons" d'aspiration des sécrétions ainsi que les électrodes de stimulation cardiaque sont disposées systématiquement et enlevées les jours suivants. Le sternum est refermé par des fils métalliques (visible ultérieurement sur les radiographies). L'incision est fermée plan par plan jusqu'à la peau où un surjet intradermique au fil résorbable est réalisé et un drainage pleural est mis en place. Je fus transféré au service de réanimation sous la surveillance des anesthésistes jusqu'au réveil. La durée d'intervention fut d'environ trois heures au minimum. Peu à peu, je me réveillai et sur l'horloge en face de mon lit, il était 22h30. Je pouvais bénéficier d'une pompe à morphine qui pouvait être réactivée après 7 minutes. J'étais fortement gêné par l'intubation oro-trachéale et fortement soulagé quand il fut enlevé lorsque la saturation du sang en oxygène était suffisante. J'estimais mon seuil de douleur à 2 sur une échelle de 0 à 10, puis remonta à 3,5. J'étais entouré d'un grand nombre d'appareils et de tuyaux dans un lit munis d'un matelas gonflable. Régulièrement, un électrocardiogramme était effectué ainsi qu'une radio du thorax avec une machine mobile dont la plaque radiographique se plaçait derrière le dos. Le lendemain les chirurgiens Glineur et Papadatos accompagnés d'une doctoresse me demandaient comment je me sentais.
Le jeudi 5 au matin après quelques examens, je pouvais quitter les soins intensifs et je fus déplacé sur un autre lit pour regagner une autre chambre à deux lits dont j'étais l'unique occupant car il n'y avait plus de chambre particulière. Seulement la chambre était moins confortable et surtout le lit qui n'était pas muni de matelas à air qui me faisait glisser au pied. Je ne pouvais dormir que sur le dos, ce que je ne supportais pas auparavant. D'autre part avec la diminution des effets de l'anesthésie, j'étais confronté à mon problème de reflux gastrique dû à une hernie hiatale. Malgré que je boive beaucoup plus d'eau que d'habitude, j'avais souvent la gorge sèche, notamment avec l'oxygène dans le nez. Je dû faire régulièrement des aérosols, quelques radios du thorax et une échographie du cœur. J'étais équipé d'un ECG portable qui transmettait les données au centre de contrôle. Il est munis de 5 électrodes: du côté gauche, une jaune et une verte (le soleil au-dessus de la prairie); à droite, une rouge et une noire (le cardinal au-dessus du curé) et au milieu en bas, la mariée en blanc comme disait l'infirmière. Le lendemain, le gros drain droit se déboita de son raccord et fut enlevé car il n'est plus possible de le remettre en place. Le surlendemain, en me déplaçant je marchais sur le long tuyau du drain gauche et l'arracha, il fut également enlevé. Ma femme était très souvent près de moi, bien que j'essayais de dormir étant très fatigué. Au niveau douleur, c'était supportable mais j'y ai passé de très mauvaises nuits. J'étais mieux dans le fauteuil et d'ailleurs j'y ai passé presque toute la dernière nuit. Les derniers drains furent enlevés, je sorti avec soulagement le lundi 9 mars vers 14h00 et pus bénéficier d'un bon lit. Le vendredi 13, mon docteur traitant m'enleva les fils et les pansements. Depuis le 17 mars, je fais de la revalidation à la clinique, deux fois par semaine et pendant 60 séances d'une durée d'une heure. Je ne peux faire aucun effort, ni conduire pendant encore deux mois. Les exercices à la revalidation consistent à faire du vélo statique pendant 25 minutes tout en contrôlant ses pulsations, à l'utilisation de différentes machines: "press", "biceps", "triceps", "quadriceps", "dorsaux", "abducteurs", "tractions" où se font 3 séries de 10 avec interruption d'une minute, à l'utilisation de la manivelle à bras pendant 6 minutes. Plus tard, j'aurais aussi le rameur et le tapis roulant.
F.J-L : avril 2015