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Jules Gonin
Enfance et parcours
Jules Gonin est né le 10 août 1870 à Lausanne. Il est le fils de Johanna Trog, et d’Édouard Gonin, originaire d’Essertines-sur-Yverdon et descendant d’une famille piémontaise installée à Lausanne en 1776. Jules a une sœur, Marie, née en 1871.
Il entre à 9 ans au collège Galliard de Lausanne, puis en 1887 au gymnase classique d’où il sortira bachelier ès lettres en 1888.
Il commence ensuite la Faculté des sciences de l’Académie de Lausanne et poursuit ses études médicales à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne où il devient l’élève du Professeur Marc Dufour.
Le premier contact de Jules Gonin avec l’ophtalmologie a lieu lors de l’été 1893. L’assistant de l’Asile des aveugles étant parti au printemps et son successeur étant tombé malade, Jules Gonin est alors appelé en remplacement. Il s’investit sans compter dans ce milieu qui lui est encore inconnu.
Il passe ses examens finaux de médecine en 1894 et, la même année, entre comme assistant à l’institut d’anatomie pathologique de Lausanne et présente l’année suivante une thèse sur la régénération du cristallin. Jules Gonin illustre ses théories par de nombreux dessins d’une grande finesse et clarté. En 1896 toujours, il remplace durant quelques semaines un médecin de campagne et effectue des stages à l’étranger avant de rejoindre l’hôpital ophtalmique où il devient l’assistant en titre du Professeur Marc Dufour. Ce dernier le charge de certains cours à l’université.
En 1899, il est nommé chef de la clinique ophtalmique universitaire. Deuxième assistant de l’Asile des aveugles, le premier étant Louis Verrey. Jules Gonin devient deuxième médecin adjoint en 1901 aux côtés d’Auguste Dufour.
Un pionnier dans le décollement de la rétine
Il est nommé privat-docent en 1903 et donne en 1904 sa leçon inaugurale sur le cinquantenaire de l’invention de l’ophtalmoscope. La même année, il publie une étude sur la pathologie du décollement de rétine. En 1906, une étude sur les maladies de la rétine est publiée dans l’Encyclopédie française d’ophtalmologie, signée par Dufour et Gonin. L’année suivante, il devient le président de la Société vaudoise de médecine et fonde en 1908 la société suisse d’ophtalmologie, qu’il préside entre 1910 et 1911.
En 1910 il devient le médecin adjoint d’Auguste Dufour et le succède, le 1er février 1918, en tant que médecin-chef de l’hôpital ophtalmique. Il avait déjà attiré l’attention sur lui grâce à ses nombreux travaux d’anatomie pathologique sur les tumeurs oculaires, publiés entre 1898 et 1900, ainsi que sa méthode de conservation des globes oculaires énucléés, par inclusion des demis-globes dans de la gélatine durcie au formol.
Dès lors, entre 1906 et 1919, dans le secret de son cabinet, Jules Gonin se voue essentiellement à une étude raisonnée de la pathogénie du décollement spontané, sans négliger pour autant les lourdes obligations de médecin-chef de l’hôpital ophtalmique.
Durant ces seize ans, il va observer infatigablement des milliers de cas de déchirures rétiniennes, les dessiner, découvrir peu à peu le processus qui est à l’origine de cette maladie. Il aboutit à la conclusion que le seul procédé rationnel de guérison réside « dans l’obturation des ouvertures par lesquelles le liquide de l’espace vitréen peut fuser en arrière de la rétine et entretenir le décollement ».
En 1920, Jules Gonin est nommé professeur titulaire de la chaire d’ophtalmologie, succédant au Prof. Samuel Eperon. A cette même période, il annonce au monde ophtalmologique la cause du décollement de rétine et le moyen de le guérir, fait exceptionnel dans l’histoire de la médecine !
De nombreuses distinctions lui sont décernées pour cette découverte universellement reconnue. Il initie plusieurs ophtalmologues à sa technique opératoire et des patients étrangers de plus en plus nombreux affluent à Lausanne. Proposé comme récipiendaire du prix Nobel de médecine, Jules Gonin meurt avant que cet honneur ne lui soit décerné.
Héritage
Le 10 juin 1935, il décède à l’hôpital Nestlé après avoir fait un accident vasculaire cérébral. Il lègue 150 000 francs suisses pour la constitution d’un fonds destiné aux aveugles restés sans moyens ni soutien et qui perdent la vue à un âge trop avancé pour faire un apprentissage et gagner leur vie.
En 1962, une plaque commémorative est apposée à l’entrée de l’hôpital ophtalmique et un monument est inauguré à Montbenon à Lausanne, en 1970. Un timbre à son effigie est édité en 1971.
En 1989, l’hôpital décide de lui rendre hommage et devient l’hôpital ophtalmique Jules-Gonin, de même qu’un club de recherche médicale. Lausanne possède une Avenue Dr Jules-Gonin, sur décision municipale de 1969, à la demande de la Société vaudoise de médecine.
Qu’est-ce que le décollement de la rétine ?
Dès la découverte de l’ophtalmoscope, il a été constaté que la rétine
peut se détacher de la paroi de l’œil. Jules Gonin observe que ce
décollement est précédé par l’apparition d’une déchirure de la rétine. A
travers cet interstice, les liquides contenus dans l’œil peuvent
s’infiltrer derrière la rétine et la soulever. Une baisse de vision
s’installe alors peu à peu et conduit à la cécité.
Par ses études, Jules Gonin découvre le traitement permettant de soigner le décollement de la rétine : en fermant la déchirure, on guérit le décollement et la vision est sauvegardée.
La médaille Gonin
Créée en 1937 par l’Université de Lausanne et la Société suisse d’ophtalmologie en mémoire de Jules Gonin, la médaille Gonin est la plus haute distinction ophtalmologique internationale. Elle est décernée tous les quatre ans par le Conseil International d’Ophtalmologie. Elle équivaut au « Prix Nobel » d’ophtalmologie.