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Le vendredi 5 octobre, à la Blanche, j’ai donné une conférence sur les idées de Darwin et de Malthus, et en particulier le concept de « sélection naturelle ». Dans cet article, je vais résumer le contenu de cette conférence.
Si je n’ai pas besoin de présenter Darwin, je vais, tout de même, vous écrire quelques mots sur la vie de Malthus, et en quoi ces idées sont importantes. Thomas Robert Malthus (né en 1766, mort en 1834) était un révérend et économiste anglais, réputé pour son « Essai sur le principe des populations » dont je parlerai brièvement plus tard. Ses idées sont importantes pour deux raisons : raison numero uno, Malthus a fortement influencé Darwin, raison numero duo, les idées de Malthus ont donnée naissance à un courant de pensée contemporain : le néo-malthusianisme qui remet en question la croissance de la population de l’espèce humaine, et qui demande sa régulation par les gouvernements.
L’idée fondamentale de Malthus est que la croissance des populations (en particulier de la population humaine) est exponentielle, c’est-à-dire, que la population double durant un intervalle de temps constant, alors que la croissance des ressources (par amélioration de la technologie, par augmentation de la production, etc…), n’est qu’une croissance arithmétique, c’est-à-dire que le nombre de ressources augmente d’un nombre constant durant un intervalle de temps constant.
Si on accepte cette idée et qu’on remarque comme il le fait que (i) les ressources naturelles (en particulier la nourriture) sont essentielles pour l’existence de l’homme, et que (ii) les gens n’arrêteront pas de faire des bébés. Alors, il y a un problème. En effet, lorsque le nombre d’individus excède le nombre de ressources, il y a famine et misère. C’est ce qui s’appelle une « catastrophe malthusienne ». (cf. Figure II)
Ainsi, Malthus pense que la croissance de la population humaine amènera toujours famine et misère. Il écrit : « The poor consequently must live much worse, and many of them be reduced to severe distress. The number of labourers also being above the proportion of the work in the market, the price of labour must tend toward a decrease, while the price of provisions would at the same time tend to rise. The labourer therefore must work harder to earn the same as he did before. »
Similairement, pour les autres espèces animales, la catastrophe malthusienne se traduit par une féroce compétition entre les espèces, c’est-à-dire, les espèces animales luttent pour la survie et entrent en prédation, au détriment des membres et des espèces les plus faibles. Et, c’est ici qu’intervient le génie de Darwin.
L’argument de Darwin est purement théorique : durant une catastrophe malthusienne, si on suppose que les espèces luttent pour la survie, et que, de plus, (i) certains traits et comportements, vont avantager certains individus et certaines espèces, (ii) ces traits et comportements peuvent être transmis de génération en génération, alors ces traits et comportements vont prendre le dessus sur les autres variations, et les membres de la nouvelle génération seront plus apte à faire face à la limitation des ressources naturelles. L’idée de Darwin, c’est que l’évolution est simplement un algorithme, et que c’est la meilleure explication qu’on peut donner de la complexité dans les espèces vivantes. La grande idée de Darwin n’est donc pas l’évolution, mais bien l’évolution par sélection naturelle !
Cet argument est purement théorique (ou « à priori » comme diraient les philosophes). En effet, Darwin ne savait pas comment les traits et comportements étaient transmis, il ne connaissait pas la génétique (ou la mémétique). D’ailleurs, Darwin, dans son ouvrage « De l’origine des espèces », donne l’argument précédent, puis liste toutes les preuves de ce principe qu’il a pu trouver. Aujourd’hui, alors qu’on sait comment les mutations génétiques se produisent, les idées de Darwin sont admise par toute la communauté scientifique, et la liste des preuves de l’évolution par sélection naturelle n’arrête pas de s’agrandir.
Dans la conférence, j’ai encore évoqué les algorithmes, le passage de la matière inorganique aux premiers mécanismes de reproduction, l’adaptationnisme (en particulier, le cas de l’évolution de l’aile) et les implications plus larges (en particulier, morales) de la théorie de Darwin, mais je réfère le lecteur de ce bref résumé à l’excellent ouvrage de Daniel Dennett donné dans la bibliographie.
Pour conclure, j’aimerais ajouter que l’homme s’est toujours demandé d’où il venait, quel était le sens de son existence et quelle était la bonne vie, et que Darwin a répondu a ces questions et bien d’autres encore, par une réponse simple et élégante : l’homme, comme toute espèce, vient de la terre. Il est soumis au mêmes forces de l’environnement que les poulpes, les sapins et les vers de terre. L’homme est simplement le résultat d’un processus aveugle et sans but. La bonne vie est celle qui favorise l’individu et/ou l’espèce. Et c’est parce qu’il il a eu des idées aussi profondes et élégantes que Darwin, selon moi, est le plus grand penseur ever.
Jérôme Spielmann v/o Kantadou !
Bibliographie :
Pour cette conférence, j’ai été grandement influencée par l’excellent livre de Dennett :
Dennett, Daniel, « Darwin’s Dangerous Idea »
Pour les preuves de l’évolution par sélection naturelle, il y a le beau livre de Dawkins :
Dawkins, Richard, « The Greatest Show on Earth »
Et les classiques :
Darwin, Charles, « On the Origins of Species »
Malthus, Robert, « An Essay on the Principle of Population »