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Autres vues aériennes de Mörsburg
Il peut paraître étrange que nous ne possédions que des renseignements très incomplets sur l'un des châteaux forts les plus chargés d'histoire du canton de Zurich. Les traces de ses premiers habitants se perdent dans la nuit des temps et des recherches archéologiques approfondies ne font que commencer. Et pourtant, des fouilles entreprises en 1978/79 dans la partie méridionale de la terrasse supérieure du château ont donné des résultats surprenants. On a ainsi découvert que les murs qui entouraient l'ouvrage étaient d'anciens remparts ou d'anciens murs de bâtiments et qu'à l'intérieur, la place était recouverte d'une couche de décombres de plusieurs mètres. Est également apparue une vaste salle, datant probablement de l'époque des derniers représentants kybourgeois; elle renferme les restes de colonnes ayant fait partie d'une cheminée ouverte. L'escalier qui autrefois devait mener à l'étage inférieur de ce bâtiment est surplombé d'une voûte de tuf d'une facture très soignée. Dans cette partie du château, qui fut remaniée à plusieurs reprises, les plus vieilles traces de bois remontent aux environs de 1100.
Dans son aspect extérieur, l'imposant donjon est, il est vrai, beaucoup plus jeune. II domine un petit col de la longue chaîne de montagne qui sépare la région de Winterthour de la vallée de la Thur. D'ici, on jouit non seulement d'un vaste panorama, mais on distingue également ce que fut la place de colonisation d'Oberwinterthour et on aperçoit l'ouvrage de Kybourg. C'est près de cet endroit que passait la route menant à Pfyn et non loin du château, on découvre Hafneren, ancien siège du tribunal provincial thurgovien. II se pourrait fort bien qu'au XIe siècle déjà, une motte ait occupé la place de l'actuelle tour. Des obstacles d'approche tels que remblais et fossés garantissaient une certaine sécurité.
L'état actuel de cet ouvrage permet de conclure qu'à l'époque de sa plus grande étendue, au XIIIe siècle, un mur d'enceinte encerclait les deux terrasses sud-est, où se dressaient diverses habitations et annexes. Quelques documents indiquent que, comme à Kybourg, une agglomération à caractère urbain, maintenant disparue, s'étendait devant le château. Selon les renseignements fournis par le chef des fouilles, on a remarqué dans la partie de l'ouvrage explorée en 1979 certains signes indiquant que peu à peu, les habitants de Mörsbourg n'occupèrent plus qu'un ou deux bâtiments. Les derniers vestiges d'un ouvrage défensif qui a dû avoir d'énormes dimensions ont, à l'exception de la tour, été détruits au cours de la guerre de Sempach ou de celle d'Appenzell.
Du point de vue de l'histoire de sa construction, le donjon présente un intérêt tout particulier. Si, selon les découvertes les plus récentes, on peut généralement admettre que les murs mégalithiques semblables à ceux qui s'élèvent jusqu'à la hauteur du troisième étage remontent aux environs de 1250, il serait faux d'attribuer un tel âge à ceux de Mörsbourg. Les gros blocs erratiques employés ici ont uniquement servi à renforcer les murs d'une construction défensive déjà existante. Le noyau de l'ouvrage date vraisemblablement du début du XIIe siècle; on le reconnaît à sa maçonnerie d'une facturc beaucoup plus soignée. Des meurtrières percées à son étage supérieur ont été bouchées par le second revêtement. Avec ce dernier, les murs atteignaient une épaisseur de quelque cinq mètres, de sorte qu'ils purent servir de soubassement à une chapelle aménagée au troisième étage. D'une harmonie parfaite, ce sanctuaire est un véritable objet de parade. Ses décorations semblent attester des rapports avec la Savoie, ce qui d'ailleurs est tout à fait concevable puisque l'épouse d'un châtelain fut Marguerite de Savoie.
La partie de la tour donnant sur le jardin et l'annexe en saillie dans laquelle est logé l'escalier fournissent quelques indications intéressantes sur l'histoire de la construction de Morsbourg. Le revêtement en appareil mégalithique n'entoure en effet pas tout l'ancien noyau de la tour, mais forme un «U» ouvert du côté du jardin. Ici, il suit encore sur quelque cinq mètres l'ancien mur d'enceinte qui, partant de la tour, encerclait autrefois la partie méridionale de l'aire du château. On est étonné de voir que des grosses pierres erratiques n'ont été employées qu'à partir de deux mètres environ audessus du niveau du sol. Cela pourrait indiquer qu'une partie des remblais a été enlevée ultérieurement, ce qui fit apparaître les fondations des murs.
Comme nous l'avons déjà laissé entendre, il n'est pas que l'histoire de la construction du château de Morsbourg, et plus particulièrement de sa partie méridionale, qui demeure énigmatique. Celle de ses habitants repose elle aussi sur quelques hypothèses hardies. Selon Hans Kläui, les comtes de Winterthour, issus de la maison des Udalrichinger, auraient déjà possédé au Xe siècle la place forte dominant Stadel. Au XIe siècle, l'ouvrage défensif, alors aux mains du comte Werner, aurait été confisqué et remis aux Nelenbourg. A la suite d'un mariage, ceux-ci auraient reçu les biens que possédaient les Morsberg près de Pfirt, dans le Sundgau alsacien. C'est alors que le comte Adalbert aurait adopté le nom de ce château et l'aurait donné à la forteresse proche de Winterthour. II semble que sa fille ait épousé vers 1140 Adalbert Ier de Dillingen-Kybourg, à qui elle aurait apporté en mariage le château de Mörsbourg. Aujourd'hui, on peut dire avec certitude que les parties les plus anciennes de cet ouvrage encore debout remontent à la première moitié du XIIe siècle et qu'au XIIIe siècle, Mörsbourg appartenait aux Kybourg. Selon toute vraisemblance, c'est à cette époque que le château fut agrandi. Le comte Hartmann le Vieux en particulier, et avec lui son épouse savoyarde, doivent avoir eu une prédilection pour cette demeure. Après la mort de Hartmann, survenue en 1264, sa veuve semble avoir séjourné fréquemment, sinon de façon durable, à Mörsbourg. Lorsqu'elle mourut, en 1273, Mörsberg - nom que le château porta pendant tout le Moyen Age tomba aux mains des Habsbourg. Rodolphe, qui venait d'être élu roi, confia la garde du château aux intendants épiscopaux d'Oberwinterthour, installés à Neubourg (Hoch-Wülflingen). Les métayers de Mörsberg, nom qu'ils adoptèrent peu à peu, possédaient non seulement le château de Mörsbourg et les biens et droits qui en dépendaient, fief des ducs d'Autriche, mais encore le majorat d'Oberwinterthour qui, lui, leur avait été cédé par l'évêque de Constance. Plus tard, les seigneurs d'Altenklingen leur confièrent de plus le bailliage du village du même nom.
La fille du dernier métayer de Mörsbourg épousa vers 1360 Egbrecht de Goldenberg, dont le père exerçait les fonctions de bail autrichien à Kybourg. Les Goldenberg résidèrent à Morsbourg durant environ deux siècles. Pendant un court laps de temps, la propriété appartint à Hans Stockar, de Schwandegg, et à Marx Blarer de Wartensee, de Kempten, tous deux gendres du dernier Goldenberg. En 1598, Hans Blarer vendit le château et le majorat à la ville de Winterthour.
Jusqu'en 1798, le bâtiment et ses abords furent confiés aux soins d'un gardien, tandis que le bailli de Mörsbourg, généralement le bourgmestre de Winterthour, exerçait les fonctions de juge et d'administrateur. Pendant la Révolution, le château fut à plusieurs reprises victime de pillages. Au cours du XIXe siècle, la ville vendit d'importantes parcelles du terrain du château. Mais l'édifice, lui, demeura toujours propriété de la ville, qui l'entretint avec soin. Depuis le début de notre siècle, il abrite les collections de la Société d'histoire de Winterthour.
Herrliberger 18e siècle
Bibliographie