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Un groupe de biologistes américains et espagnols dirigés par Mitchel S. Berger et Arturo Alvarez-Buylla (Université de Californie, San Francisco) publie dans Nature (daté du 17 février) les résultats d'un travail à bien des égards passionnants concernant les cellules souches neurales humaines. Ce travail a été mené à partir d'échantillons de tissu cérébral recueillis lors de 65 résections neurochirurgicales et de 45 autopsies.La première information concerne la confirmation de l'existence de cellules souches neurales dans le cerveau humain adulte. Pour les auteurs de la publication de Nature, ces cellules apparaissent à bien des égards semblables à celles qui sont impliquées dans le renouvellement constant des neurones situés au niveau du bulbe olfactif dans le cerveau des souris. La seconde information est que ces cellules souches auraient, chez l'homme adulte, perdu une partie de leur pluripotence et ne pourraient plus se différencier qu'en cellules gliales. Il semblerait enfin que les voies de migration qui pourraient permettre à ces cellules progénitrices d'atteindre d'autres aires cérébrales ne soient pas retrouvées au sein du cerveau humain. Les mécanismes de physiologie cellulaire impliqués dans ce qui peut apparaître comme une conséquence de l'évolution restent encore à élucider. Ils permettraient, à terme, de trouver des méthodes pour conférer aux cellules souches naturellement présentes dans le cerveau humain une plasticité à visée régénératrice et donc thérapeutique.On peut en effet imaginer que l'identification de ces cellules, la compréhension, via les méthodes de culture in vitro, soient de nature à ouvrir la voie à de possibles actions thérapeutiques contre les processus neurodégénératifs à l'origine de nombreuses affections au premier rang desquelles la maladie d'Alzheimer ou celle de Parkinson. Dans une telle perspective, on peut également envisager d'utiliser ces cellules souches chez des personnes dont le tissu cérébral a été lésé du fait d'un traumatisme ou d'un accident vasculaire.Les travaux des auteurs de la publication de Nature se fondent sur ceux préalables qui ont permis d'identifier, dans une région frontale du cerveau de la souris la zone subventriculaire ou subépendymale des cellules qui présentent l'apparence de cellules gliales mais assurent en continu le turnover des milliers de neurones qui constituent le bulbe olfactif murin. Parallèlement à leur différenciation, ces cellules suivent un courant de migration pour se déplacer de la zone subventriculaire jusqu'à la partie corticale impliquée dans la fonction olfactive.Compte tenu des similitudes pouvant exister entre l'homme et la souris, pouvait-on espérer que de telles cellules souches puissent exister dans le cerveau humain ? A partir du matériel biologique dont ils disposaient, les auteurs de la publication de Nature expliquent avoir réussi à identifier une couche de cellules gliales similaires aux cellules souches neurales murines présentes dans le ruban longeant le ventricule cérébral latéral. On sait que chez la souris moins de 1% des cellules de la zone subventriculaire expriment un marqueur lié à la prolifération des cellules. De facto lorsque ces cellules sont mises en culture in vitro, elles se multiplient. Et lorsqu'elles sont cultivées dans des conditions adéquates, elles sont capables de générer deux types de cellules gliales (astrocytes et oligodendrocytes), mais peuvent en outre se différencier en neurones.Or dans les échantillons humains analysés, les cellules de la zone subventriculaire qui se multiplient expriment des marqueurs spécifiques des astrocytes et des oligodendrocytes, sans jamais exprimer les marqueurs associés aux cellules neurales. Autre différence de taille observée par les auteurs de la publication : le courant de migration observé chez la souris n'existerait pas chez l'homme où aucune voie permettant aux cellules progénitrices de quitter la zone subventriculaire ne semble exister.Immanquablement, une question se pose : pourquoi les cellules souches neurales humaines identifiées par ces chercheurs ne présentent pas la capacité d'assurer un turnover des neurones cérébraux humains ? Une réponse est apportée, dans le même numéro de Nature, par Pasko Rakic, de l'université de Yale (New Haven, Connecticut) qui propose que cette plasticité perdue est le résultat d'une adaptation permettant de «garder pour la vie entière des populations de neurones et toute leur expérience accumulée».Dans ce contexte, la possible réponse thérapeutique apportée par les cellules souches neurales humaines imposera de trouver les moyens de retrouver la plasticité perdue. Une plasticité qui s'exprime admirablement chez les organismes animaux situés sur les premières branches du grand arbre de l'évolution. C'est ainsi que l'hydre peut retrouver sa tête, que nombre de vers, de crustacés, d'insectes et de mollusques présentent des possibilités similaires. Si l'on remonte vers l'embranchement des vertébrés, tout le monde connaît la plasticité caudale du lézard. Il reste donc ici à savoir si un espace thérapeutique pourra un jour se dégager à partir de l'usage de cellules souches humaines qui, pour être actives, devront peut-être perdre des caractéristiques qui font, précisément, qu'elles sont humaines.