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Le livre de Markus Zangger (à gauche) et de Hugo Stamm (à droite) avait été présenté mardi aux médias. Jürg Jegge (portrait en fond) est désormais sorti du silence (archives).
KEYSTONE/WALTER BIERI(sda-ats)
Accusé d'abus sexuels par un ancien élève, Jürg Jegge sort du silence. Le pédagogue de renom confirme que des contacts sexuels ont eu lieu avec des élèves dans les années 1970. Il s'agissait de mesures thérapeutiques alors en vogue dans les milieux alternatifs.
Le spécialiste zurichois ne partage pas la vision des faits évoqués par Markus Zangger, un ancien élève d'une classe spécialisée, aujourd'hui quinquagénaire. Ce dernier a publié cette semaine un livre qu'il a co-écrit avec le journaliste Hugo Stamm.
Markus Zangger y évoque des "abus sexuels" commis par le pédagogue durant des années, sous prétexte de mesures thérapeutiques, lors de séances de masturbation commune par exemple. Les premiers auraient eu lieu lorsque l'élève en difficulté avait 12 ans. L'auteur du livre n'aurait réussi à couper le contact avec son mentor qu'à l'âge de 28 ans.
"Libération de la sexualité"
"Il y a eu toutes sortes de contacts, dont sexuels", déclare Jürg Jegge dans un entretien accordé à l'ats. Et d'ajouter que Markus Zangger n'était pas le seul élève concerné. "Il y a eu des contacts sexuels à chaque fois que j'avais l'impression que cela apportait quelque chose", invoque-t-il.
A l'époque, il était question d'une libération possible des esprits, pour autant qu'elle soit liée à une libération du corps et de sa sexualité, explique Jürg Jegge. "Cette théorie n'était pas partagée par tous, mais elle était débattue."
Autorité sous-estimée
Le pédagogue et auteur de livres admet cependant qu'il n'appliquerait plus ce type de méthodes. "Dans mon approche progressiste de l'enseignement, j'ai sous-estimé le fait que j'étais une figure d'autorité pour les élèves", observe-t-il. Cet aspect n'a jamais fait l'objet de discussions au sein du milieu de la gauche écologiste à cette époque.
Concernant le livre de Markus Zangger, Jürg Jegge déclare avoir une autre perception des événements qui y sont relatés. Il affirme ne pas se souvenir d'avoir exercé une telle pression sur son ancien élève. "Pour moi, c'était une belle amitié, surtout vers la fin."
"Aucune pression"
Dans ce cadre, tous deux ont continué à partager des contacts sexuels à plusieurs reprises, en dehors de la thérapie, raconte Jürg Jegge qui n'a jamais eu l'impression d'exercer la moindre pression sur Markus Zangger, comme ce dernier l'évoque dans son livre. "Nous en avons souvent parlé après nos échanges sexuels et nous disions tous deux avoir pris du plaisir", raconte le pédagogue.
Il y a quelque temps, Jürg Jegge a reçu par lettre des exigences financières au titre de réparation pour tort moral de la part de l'avocat de Markus Zangger, les faits étant prescrits. Le pédagogue a alors pris un avocat sans donner suite à la demande, "car cela aurait été la preuve que j'avais commis une injustice".
"J'ai alors voulu en parler avec Markus Zangger, mais ça n'est jamais arrivé", ajoute Jürg Jegge. Ce dernier a ensuite reçu une seconde lettre contenant une exigence financière moins élevée. Mardi enfin, le livre a été publié et présenté aux médias.
Jürg Jegge n'a pas encore décidé s'il allait porter plainte. Mercredi, il s'est retiré de différentes institutions - "pour les protéger du feu des critiques" - dont la fondation Märtplatz qu'il avait créée en 1985 en faveur des jeunes ayant des difficultés à s'intégrer dans le monde du travail.
ATS