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Le 27 juillet 1808, Mgr Joseph François Xavier de Preux, évêque de Sion, se rend à Grimisuat pour effectuer une visite pastorale. En préambule à l’Acte de la « visitation »[1], il commence par rappeler sa récente élection à l’épiscopat de Sion par le parlement et sa reconnaissance par Rome, légitimant ainsi son engagement pastoral auprès des paroisses du diocèse.
Un évêque fraîchement élu
Lors de la bataille de Finges en 1799, les hauts-valaisans sont défaits par les révolutionnaires français qui occupent désormais le pays. En 1802, le Valais devient la République rhodanienne, un protectorat français. C’est dans ce contexte que Mgr Joseph Antoine Blatter décède le 19 mars 1807. Lors de son accession à l’épiscopat en 1790, il était encore comte et préfet du Valais et prince du Saint Empire romain germanique. À sa mort, il n’est plus chef de l’État du Valais.
En ces temps troublés où les valaisans sont très divisés, l’élection d’un nouvel évêque va quand même se faire en conformité avec la tradition. Le parlement valaisan composé des députés des différents dizains se réunit donc à la cathédrale de Sion le 28 mai 1807 pour l’élection du nouvel évêque. Les chanoines du Chapitre cathédral se retrouvent dans la sacristie. Ils proposent au parlement une liste de candidats et c’est finalement le chanoine Joseph François Xavier de Preux, de Sierre, qui est élu. Le résultat du vote est envoyé à Rome. Malgré la réticence du pape vis-à-vis de ce mode d’élection, Mgr de Preux est confirmé comme évêque de Sion et il est « sacré »[2] évêque le 8 novembre 1807. En 1810, l’empereur Napoléon 1er décide de rattacher le Valais à l’empire et d’en faire le département du Simplon. Ce qui fait qu’en 1811 Mgr de Preux est contraint de prêter serment de fidélité à l’empire. La même année, il participe au concile national de Paris, une tentative de l’empereur de mettre l’Église catholique sous tutelle de l’État. À la chute de Napoléon en 1814, le Valais redevient brièvement une république indépendante et en 1815, il devient un canton suisse. Après avoir été citoyen valaisan, puis citoyen français, c’est finalement en citoyen suisse que Mgr Joseph François Xavier de Preux meurt à Sion, le 1er mai 1817.
Une élection de l’évêque par le Parlement ?
L’élection de l’évêque de Sion par le Parlement valaisan avait une certaine légitimité quand celui-ci était encore le chef de l’État. Ce n’est plus le cas en 1807. Pourtant, ce mode d’élection continue jusqu’à Mgr Jules-Maurice Abbet, élu en 1901. Son futur successeur, Mgr Victor Bieler s’emploie alors à supprimer cette pratique. Et, en 1919, il est élu par le pape, sans que le parlement n’ait pu se prononcer. Le Chapitre des chanoines de la cathédrale de Sion doit également renoncer, contraint et forcé, à son privilège de présenter les candidats à l’épiscopat. Seul le Conseil d’État peut encore s’exprimer, sous le sceau du secret, et décider si les candidats retenus par le nonce apostolique en Suisse sont « personae gratae » ou non. Ce mode d’élection prévaut encore aujourd’hui.
La distinction entre Églises et État
Depuis l’époque de la visite pastorale de Mgr de Preux à Grimisuat en 1808, les mentalités évoluent peu à peu. Toutefois, si l’évêque de Sion n’est plus chef d’État, la religion catholique romaine va rester religion d’État jusqu’en 1974. D’ici là, l’histoire des rapports Église – État n’est toutefois pas sans remous. En 1848, les biens du clergé sont réunis au domaine de l’État[3] par le gouvernement radical. Ce qui engendre de nombreux conflits. En 1859, les biens du clergé sont enfin restitués, bien qu’amoindris, par le gouvernement conservateur. En 1879, l’évêque et l’État signent un concordat. En 1974, le peuple accepte en votation la séparation de l’Église et de l’État. Malgré tout, la loi d’application[4] est refusée. C’est donc partie remise. Finalement, ce n’est qu’en 1990 que le peuple valaisan accepte une loi régissant les rapports entre Églises et État qui aboutit à une loi d’application en 1993. Cette loi reconnaît deux Églises de droit public, l’Église catholique romaine et l’Église réformée évangélique. Elle garantit la liberté religieuse et reconnaît l’autonomie des Églises[5]. Et les rapports entre Églises et États ne se sont jamais aussi bien portés. Comme quoi, en Valais, l’évolution, même lente, semble bien plus sage que des révolutions qui, fatalement, divisent.
Chanoine Bernard Broccard
[1] Acte de la « visitation » dans et autour de l’église paroissiale de Grimisuat fait le 27 juillet 1808. Archives de la paroisse de Grimisuat, Rue Sous-l’Eglise 17, 1971 Grimisuat.
[2] On parlera du sacre d’un évêque jusqu’au Concile Vatican II qui préférera utiliser le terme d’ordination épiscopale.
[3] Cela comprend aussi les biens des paroisses.
[4] Avec l’institution de communes ecclésiastiques et d’une péréquation financière.
[5] LRRE 1991, Art. 2. Liberté religieuse et autonomie
1 La liberté de conscience, de croyance et de libre exercice du culte est garantie.
2 Les communautés religieuses définissent leur doctrine et aménagent leur culte en toute indépendance. Elles s’organisent et s’administrent d’une manière autonome, dans les limites du droit public.