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La prévalence de l'obésité, du syndrome métabolique et du diabète augmente rapidement dans le monde entier pour de multiples raisons, parmi lesquelles l'augmentation et le vieillissement de la population, l'urbanisation progressive (environ 50% de la population mondiale habite maintenant dans les villes), un régime alimentaire inadapté et une inactivité physique.
Le nombre de patients atteints d'un diabète en l'an 2000 a été estimé à environ 171 millions (2,8% de la population) ; en 2030, ce chiffre devrait doubler à environ 366 millions ou 4,4% de la population.
Le syndrome métabolique associe une résistance à l'insuline avec une intolérance au glucose ou un diabète, une hypertension artérielle, une dyslipidémie, une augmentation du périmètre abdominal, un état pro-thrombotique et pro-inflammatoire. Bien que décrit déjà en 1923, le syndrome métabolique a maintenant un regain d'intérêt vu l'énorme augmentation de sa prévalence depuis les années 90. La prévalence de ce syndrome atteint environ 25% de la population normale de plus de 50 ans aux Etats-Unis ; elle touche entre 50 à 75% des patients qui ont une intolérance au glucose et même à 86% chez les patients atteints de diabète de type 2. On retrouve donc là la base de l'augmentation de la prévalence du diabète de type 2 et de la morbidité et mortalité cardiovasculaires qui sont associées.
L'homo sapiens a colonisé l'Europe il y a environ 50 000 ans. A cette époque l'homme se déplaçait constamment et devait trouver sa nourriture soit par la cueillette, soit par la chasse.
L'alimentation était variée et adéquate ce qui résultait en un indice de poids corporel, une tension artérielle, et des valeurs de cholestérol qui étaient considérablement moins élevées que les nôtres actuellement. Par exemple, dans les populations nomades qui existent encore de nos jours, et qui fonctionnent comme fonctionnaient les peuplades d'il y a 10 000 ans, la valeur de LDL-cholestérol est aux alentours de 1,5 mmol/l.
Depuis lors, l'espèce humaine a considérablement évolué et est passée par un nombre de transitions fondamentales dont la première a été de s'installer, de se fixer à un endroit avec des conséquences positives, par exemple l'agriculture, et des conséquences négatives, comme l'augmentation de la densité de population, l'exposition aux maladies infectieuses et aux toxiques de l'environnement. Une deuxième transition majeure a été la révolution industrielle du XIXe siècle. Celle-ci a progressivement engendré une explosion de richesses qui a profité aux pays développés et qui a résulté en une amélioration de la santé qui nous a permis de vivre plusieurs décennies de plus qu'il y a 300 ans. Une deuxième conséquence a été l'automatisation des tâches avec une diminution progressive, particulièrement dans les villes, de l'activité physique. Le XXe siècle a permis de compléter ces changements progressifs mais néanmoins radicaux en ajoutant le stress, l'anxiété permanente et l'individualisme forcené. Dans ce contexte, les conditions étaient parfaitement réunies pour que le phénotype de l'homme change avec l'augmentation progressive mais de plus en plus rapide de la prévalence du syndrome métabolique et du diabète de type 2 avec ses comorbidités.
En plus de cet environnement, il est probable que notre patrimoine génétique ait été sélectionné pour favoriser cette augmentation de la prévalence.
Si l'on remonte dans les siècles passés, la mort par sous-nutrition était commune, favorisant ainsi les personnes qui avaient une capacité particulière à stoker des réserves et à les dépenser parcimonieusement. Les survivants de ces temps anciens sont certainement nos ancêtres ; nous avons donc probablement hérité de gènes qui ont permis à l'espèce humaine de survivre à des périodes de famine ; cette explication a été dénommée l'hypothèse des gènes de l'économie et avancée il y a déjà une cinquantaine d'années. Cette hypothèse implique que de multiples gènes favorisant une utilisation de l'énergie calorique efficace, une déposition de graisse et la prise de poids en temps d'abondance de nourriture, ont été sélectionnés à travers les âges. Ces gènes, maintenant que l'alimentation existe, pour beaucoup de monde, en abondance et que l'activité physique est devenue non nécessaire, sont devenus défavorables à l'évolution de l'espèce humaine et prédisposent donc à l'obésité et au diabète.
Bien entendu, il faut continuer à soigner nos patients selon l'évolution des connaissances médicales et selon notre propre éthique. Ces attitudes de prise en charge sont en partie évoquées et résumées dans ce numéro de la Revue Médicale Suisse notamment l'approche multidisciplinaire de la prise en charge du patient diabétique au sein du réseau vaudois diabaide, bien souvent nécessaire, vu la complexité des problèmes, médicaux et paramédicaux.
Il est néanmoins plus que jamais nécessaire, sans prétendre changer la vie de nos patients, de les motiver davantage à reprendre des habitudes et un comportement prédisposant à une meilleure qualité de vie. Ces conseils, qui semblent beaucoup plus simples et triviaux que de donner un médicament qui ne résout que partiellement le problème, doivent reprendre leur place au sein de la consultation. Non seulement au niveau du traitement, mais au niveau de la prévention et ceci déjà chez les pédiatres.
Nous souhaitons à tous une excellente lecture de ce numéro de la Revue Médicale Suisse.