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Abbaye Saint Benoît de
Port-Valais

QUATRE-VINGT-QUATORZIÈME TRAITÉ.
DEPUIS CES PAROLES DE JÉSUS : « MAIS JE NE VOUS AI PAS DIT CES CHOSES DÈS LE COMMMANDEMENT, PARCE QUE J'ÉTAIS AVEC VOUS », JUSQU'A CES MOTS : « MAIS SI JE M'EN VAIS JE VOUS L'ENVERRAI ». (Chap. XVI, 5-7.)
L'ESPRIT CONSOLATEUR.
Pendant que Jésus-Christ était avec ses Apôtres, il pouvait les consoler ; une fois éloigné d'eux, il devait leur envoyer le Paraclet pour remplir cet office à leur égard : devenus alors moins charnels, ils seraient plus à même d'avoir en eux le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et d'en éprouver la divine influence. L'Esprit-Saint, en les fortifiant au milieu de leurs épreuves, devait aussi convaincre de péché les ennemis du Sauveur.
1. Lorsque le Seigneur Jésus eut prédit à ses disciples les persécutions qu'ils auraient à souffrir après qu'il se serait séparé d'eux, il ajouta ces paroles : « Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j'étais avec vous; mais maintenant je vais à Celui qui m'a envoyé ». Il faut d'abord voir s'il ne leur avait pas prédit auparavant les persécutions qu'ils devaient endurer. Les trois autres Evangélistes semblent indiquer qu'il les leur avait prédites avant la Cène (1). Selon Jean, c'est après le repas qu'il leur fit cette observation : « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j'étais avec vous ». Pour résoudre cette difficulté, ne pourrait-on pas dire que les Evangélistes représentent Jésus-Christ comme étant sur le point de souffrir, au moment où il parlait ainsi? Il ne les leur avait donc pas dites, lorsqu'il avait commencé d'être avec eux, puisqu'il ne les leur dit qu'au moment de s'en éloigner et de retourner à son Père. Ainsi donc, même selon ces Evangélistes, se trouve vraie cette parole qu'il dit ici : « Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement ». Mais alors, comment pourrons-nous ajouter foi à l'Evangile de Matthieu ?
1. Matth. XXIV, 9 ; Marc, XIII, 9-13 ; Luc, XXI, 12-17.
D'après lui le Seigneur n'attendit pas, pour annoncer ces choses, l'approche de sa passion, lorsqu'il allait célébrer la Pâque avec ses disciples, il les avait prédites dès le commencement, lorsqu'il choisit par leur nom ses douze Apôtres et qu'il les envoya exercer le divin ministère (1). Que veulent donc dire ces paroles : « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j'étais avec vous ? » Le voici : Ce qu'il leur dit maintenant du Saint-Esprit, à savoir qu'il viendrait en eux et rendrait témoignage au moment où ils auraient à souffrir les maux qu'il leur annonçait, il ne le leur avait pas dit dès le commencement, parce qu'il était avec eux.
2. Ce consolateur ou avocat (car le mot grec de Paraclet veut dire l'un et l'autre) n'était donc nécessaire qu'après le départ de Jésus-Christ; aussi ne leur en avait-il point parlé lorsqu'il avait commencé d'être avec eux, parce qu'il les consolait lui-même par sa présence. Mais comme il se trouvait sur le point de s'éloigner d'eux, il devait leur annoncer la venue de Celui qui, en répandant la charité dans leurs coeurs, leur ferait prêcher avec confiance la parole de Dieu ; en rendant
1. Matth. X, 17.
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témoignage à Jésus-Christ dans leurs coeurs, il leur ferait rendre aussi témoignage extérieurement, et les empêcherait de se scandaliser quand les Juifs ennemis les chasseraient de leurs synagogues et les mettraient à mort, croyant rendre hommage à Dieu : le motif de tout cela était que la charité supporte tout (1) et qu'elle devait être répandue dans leurs coeurs par le don du Saint-Esprit (2). Le sens de tout ce passage est donc celui-ci: Parle don du Saint-Esprit, il ferait de ses disciples ses martyrs, c'est-à-dire ses témoins ; en conséquence de son opération, ils supporteraient donc les persécutions les plus cruelles, et enflammés par ce feu divin, jamais ils ne sentiraient se refroidir leur ardeur pour la prédication : « Je vous ai donc dit ces choses », ajoute-t-il, « afin que quand l'heure en sera venue, vous vous rappeliez que je vous les ai dites (3)». Je vous ai dit ceci, c'est-à-dire, non-seulement vous souffrirez ces choses, mais aussi quand le Paraclet sera venu, il rendra témoignage de moi, de peur que, redoutant ces persécutions, vous gardiez le silence; de là il résultera que vous aussi vous rendrez témoignage de moi. « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j'étais avec vous » et que je vous consolais par ma présence corporelle, en me manifestant à vos sens d'une manière proportionnée à leur faiblesse.
3. « Mais maintenant je m'en vais à Celui qui m'a envoyé, et aucun de vous », ajoute-t-il, « ne me demande : Où allez-vous ? » Il veut dire qu'il s'en ira, mais qu'aucun d'eux n'aura besoin de lui demander où il va, parce qu'ils le verront de leurs propres yeux. Tout à l'heure ils lui avaient demandé où il devait aller, et il leur avait répondu qu'où il devait aller ils ne pouvaient le suivre maintenant (4). Ici il promet qu'il s'en ira, mais qu'ils n'auront pas besoin de lui demander où il va. En effet, quand il s'éleva du milieu d'eux, une nuée le reçut, et ils n'eurent pas besoin de le questionner pour savoir s'il allait au ciel; ils l'y conduisirent du regard (5).
4. « Mais parce que je vous ai dit ces choses », ajoute Notre-Seigneur, « la tristesse a rempli votre coeur ». Il voyait en effet ce que ses paroles devaient produire dans leurs coeurs. Comme ils n'avaient pas encore
1. I Cor. XIII, 7. 2. Rom. V, 5. 3. Jean, XVI, 4. 4. Id. XIII, 36. 5. Act. 1, 9-11.
intérieurement la consolation que devait leur procurer l'Esprit-Saint, ils craignaient de perdre la présence visible de Jésus-Christ ; et ne pouvant douter qu'ils allaient bientôt le perdre, puisqu'il le leur disait et qu'il ne leur avait jamais rien dit que de vrai, leur tendresse humaine pour lui était contristée ; car le chagrin de ne plus le voir de leurs yeux oppressait leur coeur. Pour lui, il savait ce qui leur était plus avantageux; il savait que bien préférable est la vue intérieure dont le Saint-Esprit devait les doter pour leur consolation, non pas en se montrant à leurs yeux avec un corps humain, mais en se répandant lui-même dans leurs coeurs par la foi. Enfin il ajoute : « Mais je vous dis la vérité, il vous est utile que je m'en aille ; car si je ne m'en vais point, le Consolateur ne viendra point en vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai ». C'est comme s'il disait : Il est utile pour vous que cette forme d'esclave soit enlevée d'auprès de vous. Verbe fait chair, j'habite au milieu de vous, sans doute ; mais je ne veux plus que vous m'aimiez d'une manière charnelle, et que contents de ce lait, vous désiriez être toujours des enfants. « Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous ». Si je ne vous enlève pas les aliments délicats dont je vous ai nourris jusqu'à présent, vous n'aurez pas faim d'un aliment plus solide. Si, dans les sentiments d'un amour charnel, vous vous attachez à la présence de mon corps, vous serez incapables de m'aimer selon l'Esprit. Car quel est le sens de ces paroles : « Si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas en vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai? » Tout en restant ici, ne pouvait-il pas l'envoyer? Qui oserait le dire? En effet, Jésus ne s'était pas éloigné du séjour qu'habitait le Consolateur, et s'il était venu du Père, il n'avait point, pour cela, quitté le sein du Père. Bien qu'en restant ici-bas, n'aurait-il pas pu l'envoyer ? Mais au moment du baptême du Christ, nous avons vu l'Esprit-Saint descendre du ciel et se reposer sur sa tête (1). Je ne dis pas assez : Jamais ils n'ont pu être séparés l'un de l'autre. Que signifient donc ces mots : « Si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas en vous?» Le voici : Vous ne pouvez recevoir l'Esprit-Saint tant que vous continuerez à ne
1. Jean, I, 32.
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connaître le Christ que selon la chair. C'est pourquoi l'Apôtre, qui alors avait reçu le Saint-Esprit, nous dit : « Et si nous avons connu « Jésus-Christ selon la chair, maintenant « nous ne le connaissons plus ainsi (1)». Car il ne connaît pas selon la chair la chair même de Jésus-Christ, celui qui connaît selon l'Esprit le Verbe fait chair; c'est ce que voulait nous apprendre le bon Maître quand il disait: « Si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai ».
5. Quand Jésus-Christ se fut éloigné corporellement de ses disciples, ils jouirent spirituellement, non-seulement de la présence du Saint-Esprit, mais de celle du Père et du Fils. Car si Jésus-Christ s'était éloigné d'eux de manière à ce que le Saint-Esprit demeurât en eux à sa place et non pas avec lui, que serait devenue la promesse qu'il leur avait faite : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la a consommation des siècles (2) » ; et cette autre: « Le Père et moi nous viendrons vers lui et nous ferons en lui notre demeure (3)? » il promettait donc de leur envoyer le Saint-Esprit de telle sorte qu'il serait lui-même toujours avec eux. Ainsi, comme de charnels et de grossiers ils devaient devenir spirituels, ils devaient aussi devenir plus capables de posséder en eux le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Nous devons le croire, le Père ne peut se trouver en n'importe qui sans le Fils et le
1. II Cor. V, 16. 2. Matth. XXVIII, 20. 3. Jean, XIV, 23.
Saint-Esprit; le Père et le Fils ne le peuvent non plus sans le Saint-Esprit, le Fils ne le peut pas davantage sans le Père et le Saint-Esprit; le Saint-Esprit, sans le Père et le Fils, en est incapable, et de même en est-il du Père et du Saint-Esprit sans le Fils. Car où est l'un d'eux, là se trouve la Trinité tout entière, un seul Dieu. Mais il fallait ainsi parler de la Trinité, afin que, sans qu'il y ait diversité de substance, la distinction des personnes fût clairement exprimée. Ceux qui l'entendent comme il,faut n'admettent aucune distinction de nature.
6. Voici ce qui suit : « Et quand il sera venu, il convaincra le monde touchant le péché, touchant la justice et touchant le jugement. Touchant le péché, parce qu'ils ne croient point en moi; touchant la justice, parce que je m'en vais au Père et que vous ne me verrez plus, et touchant le jugement, parce que le prince de ce monde est jugé (1)». Jésus-Christ parle ici comme s'il n'y avait de péché qu'à ne pas croire en lui; comme si la justice consistait à ne point voir Jésus-Christ, et comme s'il n'y avait pas d'autre jugement que celui où le prince de ce monde, cest-à-dire le diable, a été jugé. Question très-obscure qu'il n'est pas possible de développer dans ce discours; car, en voulant l'abréger, on l'obscurcirait davantage. Remettons à un autre discours, pour l'expliquer autant que Dieu nous y aidera.
1. Jean, XVI, 8-11.