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Aux XVIIIe et XIXe siècles, les institutions politiques, judiciaires et sociales s’organisèrent rapidement autour de l’autorité de l’Asantéhéné, (roi des Asante) dont le pouvoir était symbolisé par un tabouret doré. Les dirigeants locaux, à leur tour, utilisèrent leurs propres tabourets et insignes royaux pour légitimer leur rang et s’identifier toujours plus au roi. Afin d’imiter la royauté asante, certains chefs utilisèrent des palanquins et des chaises à porteurs pour leurs déplacements. Il existe peu de textes décrivant d’une manière spécifique les commanditaires et les utilisateurs de ces chaises. Par contre de nombreuses images représentent l’Asantéhéné, l’Asantéhémaa (reine mère), les chefs suprêmes et leurs reines mères transportés sur des palanquins. Certaines de ces photos représentent un chef à Accra (Basel Mission, photo de 1899), le roi abron et sa sœur de Côte d’Ivoire (Bernatzik 1930b), le roi abron Konadio Andiomani (Lacasaode 1934, musée de l’Homme), et la reine mère Nana Afua Kobi à Kumasi. À partir de ces photographies, on peut déduire que seules les personnes appartenant aux plus hauts rangs avaient le droit d’utiliser des palanquins.
L’album que le missionnaire Friederich August Louis Ramseyer compila entre 1888 et 1890 contient des photographies du chef abetifi Odow Kwamé, assis au milieu de son entourage. Une chaise à porteur, presque identique à celle de la collection Barbier-Mueller, est mise en évidence sur la droite. Parmi leurs nombreuses caractéristiques communes, figurent les clous de tapissier qui ornementent les accoudoirs, le dossier et les six barreaux de bois parallèles qui s’alignent sur le montant de même facture situé à l’avant du siège.
Cette photographie prise sur le terrain est un exemple ancien et rare d’une chaise à porteur dans cette région. Cette photographie de Ramseyer montre deux hommes tenant des épées de clan et le porteur de l’épée du chef – une coiffe de plumes sur la tête (peut-être des plumes d’aigle) – avec, dans une main, l’épée cérémonielle du chef. Il marche traditionnellement à l’avant du palanquin ou de la chaise à porteurs, afin d’absorber les forces indésirables dirigées vers le chef au cours d’une procession ou d’un voyage... Des amulettes de cuir, qui, selon la coutume, sont dorées à la feuille, pendent autour
de son cou. Celles-ci sont lavées avec de l’eau, servant plus tard à asperger le chef et son entourage, lors d’un rituel destiné à protéger leurs âmes et celles de leur peuple. Deux hommes à l’arrière du groupe soulèvent un palanquin tendu d’un tissu fante, bien que le tissu kenté du Nord soit plus fréquemment utilisé.
Un enfant est assis sur les genoux du chef Odow Kwamé qui curieusement ne porte pas de sandales. Ses pieds sont en contact direct avec le sol et son pied gauche est bandé. Ramseyer a remarqué que le palanquin et la chaise à porteurs étaient de facture locale et que le chef emportait ces sièges avec lui chaque fois qu’il entreprenait un voyage. Aujourd’hui encore, à l’occasion de manifestations publiques, des serviteurs portent des tabourets et des chaises au-dessus de leur tête et arborent des épées de clans et autres insignes de pouvoir afin de souligner l’importance du chef qu’ils servent.