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Pour une fois, et ce titre l'atteste, je m'inscris en faux contre le Petit Robert, ce monument de la connaissance de la langue française, qui, à propos de callipyge, ce qualificatif négligé et insuffisamment connu, donne l'exemple de la Vénus callipyge, soit la Vénus aux belles fesses (nom d'une statue). Cette mixité étymologique où la pureté hellénique côtoie le latin plus trivial est la malheureuse expression du fourre-tout de notre époque. Il convient toutefois de reconnaître au Petit Robert une réserve de bon aloi. Il aurait été tentant d'en donner une évocation plus suggestive, voire gourmande, mais non, le Robert s'en tient au strict factuel, quasi désincarné, si faire se peut.Mais pourquoi parler d'Aphrodite callipyge dans un hebdomadaire connu pour son sérieux et son seul souci d'information au profit de ses lecteurs, par essence éclairés, à bonne distance d'une presse plébéienne flattant tous les instincts, dont les plus charnels ? La raison en est une récente publication de Troxel et collaborateurs 1 qui ont examiné la relation entre la satisfaction conjugale et le syndrome métabolique chez la femme.Il est de notoriété publique que le mariage profite aux hommes sur un plan général, il est certainement moins connu qu'il diminue chez eux le risque de morbidité cardiovasculaire. Cette relation est moins bien établie chez la femme. Il y a à cela plusieurs raisons sans doute : les femmes mettent plus de temps à rejoindre les hommes au hit-parade des maladies coronariennes, elles sont moins souvent l'objet d'études dans ce domaine et elles reçoivent moins d'attention médicale quand elles en sont atteintes. Il convient donc de saluer cette étude susmentionnée qui contribue positivement à la lutte pour l'égalité entre les sexes, cette fois-ci dans la compréhension des risques cardiovasculaires.En bref, 541 femmes, âgées de 42 à 50 ans, de la région de Pittsburgh s'engagèrent dès 1983 dans cette étude portant sur les possibles modifications psychosociales, biologiques et comportementales qui interviennent dans la période qui entoure et suit la ménopause. De multiples mesures furent obtenues et bon nombre de questionnaires furent remplis pour avoir une vue aussi globale que possible sur les putatifs modulateurs du devenir médical de ces femmes. Il ressort, douze ans plus tard, que les chances de développer un syndrome métabolique sont inversement corrélées avec le degré de satisfaction conjugale. En d'autres termes, la probabilité d'avoir ce syndrome est d'autant plus grande que les femmes étaient insatisfaites, divorcées ou veuves, avec les odds ratios correspondants de 3, 2,5 et 5,8. Une analyse statistique plus fine confère à l'insatisfaction conjugale le rôle majeur.Le syndrome métabolique, est-il besoin de le rappeler, représente un ensemble de caractéristiques, dont trois, au minimum, sont requises pour l'établissement de son existence. Elles sont : L'obésité. Les triglycérides supérieurs ou égaux à 1,7 mmol/l. Le sérum HDL-cholestérol inférieur à 1 mmol/l. Une TAH égale ou supérieure à 130/85 mmHg. Une glycémie à jeun supérieure ou égale 5,6 ou 6,1 mmol/l, suivant que l'on suive les dernières recommandations ou les avant-dernières. Un état de résistance à l'insuline, anomalie requise selon certains pour en poser le diagnostic. Le lecteur perspicace mais y en a-t-il qui ne le soient pas ? a tout de suite identifié l'élément critique dans toute cette panoplie de facteurs : l'obésité. Un sentiment d'effroi a dû aussi le saisir instantanément. Serait-il possible que l'insatisfaction conjugale accentue, voire dénature grotesquement certaine particularité physique, habituellement associée à la féminité dans tout ce qu'elle a d'aimable ? Serait-il possible que cette tendance à la stéatopygie, une condition normalement attribuée aux habitantes de quelques lointaines et australes contrées, devienne une sorte d'affiche ambulante de l'insatisfaction, au risque de conférer au compagnon, s'il ose se présenter encore, une bien douteuse étiquette ?Une lecture plus attentive de la littérature va le rassurer. Cette obésité est de la forme la plus banale qui soit, représentée par le rapport anormalement élevé du tour de ceinture sur la taille, celle où la ceinture, qui suit une forte déclivité antérieure, pourrait être avantageusement remplacée par des bretelles. Elle est donc du type androïde puisque c'est l'homme qui, hélas, semble en être la cible la plus vulnérable.L'angoisse fait dès lors place à la désillusion. La femme insatisfaite devient la caricature de celui qui ne l'enchante plus. Avec un peu de chance, au sens neutre de ce terme, du fait de la réciprocité attendue de ce type de sentiment et d'une responsabilité causale commune, mari et femme, tous deux insatisfaits, se rejoindront dans l'harmonie d'une même disgrâce physique.Triste conclusion, me direz-vous. Que nenni, rétorquai-je. L'image d'Aphrodite callipyge est sauve, et les vers de Brassens, qui a aussi chanté la Vénus callipyge (mais on le lui pardonne), peuvent toujours résonner gaiement :Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenantN'enlève à vos attraits ce volume étonnantAu temps où les faux culs sont la majoritéGloire à celui qui dit toute la vérité.1 Troxel WM, Matthews KA, Gallo LC, Kuller LH. Marital quality and occurrence of the metabolic syndrome in women. Arch Intern Med 2005;165:1022.