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L’augmentation de l’offre de l’accueil des enfants dans des structures institutionnelles est nécessaire pour couvrir un réel besoin. Pour 7% des enfants actuellement gardés dans la sphère privée – par les parents ou des membres de la famille –, il faudrait une place d’accueil en structure. Et pour 11% des enfants accueillis dans des crèches ou des structures d’accueil extrafamilial, les parents souhaiteraient pouvoir augmenter la prise en charge. Les coûts élevés (en moyenne, 4% du revenu brut de la famille) et la pénurie de places sont les deux obstacles principaux.
Pour ces raisons, les grands-parents sont devenus un pilier très important de la politique familiale en prenant en charge annuellement 160 millions d’heures de garde des enfants, couvrant ainsi un tiers du besoin d’accueil. Avant l’âge de la scolarité obligatoire, cette part est particulièrement élevée et monte à 40%. Pour les familles sans passé migratoire, les grands-parents sont la solution de garde de loin la plus habituelle (49%). L’économie et la société profitent massivement de ce travail gratuit d’une valeur de 8 milliards de francs, selon l’estimation de l’Office fédéral de la statistique (OFS), correspondant au montant épargné par les parents et les pouvoirs publics.
L’accueil par les grands-parents est plus répandu dans les régions rurales, au Tessin et en Suisse alémanique qu’en Suisse romande. En Suisse occidentale et dans les régions urbaines, les enfants sont plus pris en charge en dehors de la famille et les familles misent davantage sur les institutions d’accueil (crèches et garderies). Il y a ainsi dans les villes de ces régions une offre de places d’accueil extrafamilial dans des institutions pour l’âge préscolaire tendanciellement plus élevée: pour 1000 enfants en âge préscolaire, Zurich offre 600 places, Lausanne presque 500. A titre de comparaison, dans des villes les plus petites de Suisse alémanique et du Tessin, on a 200 places pour 1000 enfants à Bülach, un peu moins de 150 à Illnau-Effretikon, et près de 300 à Lugano.
L’après-pandémie ne permettra plus de se reposer sur les grands-parents uniquement pour assurer la conciliation entre vie familiale et activité professionnelle. Ce système s’est révélé trop fragile. L’importance des grands-parents dans la vie des petits-enfants est incontestable. Cependant ce n’est pas leur devoir de décharger les parents pour permettre à ces derniers de travailler. Il en résultera une augmentation du besoin de places d’accueil pour au moins un tiers des enfants en Suisse.
Le renforcement des structures d’accueil extrafamilial des enfants pour l’âge préscolaire et scolaire, après la période de pandémie que nous venons de connaître, sera incontournable. Il sera nécessaire d’agir en particulier dans les régions rurales, surtout en Suisse alémanique et au Tessin. La Confédération et les cantons doivent rapidement mettre en place une stratégie à l’échelle de tout le pays, qui engage aussi les cantons ruraux. La société ne doit plus compter sur le travail gratuit des grands-parents. L’accueil des enfants sert toute la société et par conséquent son organisation doit être portée par elle et son financement doit être solidaire.
Il est du devoir des autorités d’enfin assumer leurs responsabilités pour mettre en place un service public financé par les pouvoirs publics pour des structures d’accueil extrafamilial et parascolaire des enfants. Laissons aux grands-parents le rôle d’offrir du répit aux parents en leur permettant une sortie de temps à autre, d’accueillir leurs petits-enfants un week-end et de dépanner parfois lors d’une urgence. Mais ne les forçons pas à être un pilier bénévole mais irremplaçable de la politique familiale de la Suisse.
Secrétaire centrale de l’Union syndicale suisse (USS).
1. Cf. «Accueil extrafamilial et parascolaire des enfants en 2018: nouveaux résultats», OFS, 25.05.20, www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home.assetdetail.11927449.html