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"Uber ou Airbnb mettent en compétition des individus pour capter la valeur"
Dans la lignée du film "Demain", on voit fleurir un peu partout les initiatives citoyennes visant à réinventer l'agriculture, l'énergie, l'habitat, l'éducation ou la démocratie. Michel Bauwens propose d'accompagner ça par une réinvention de l'économie grâce à l'"économie collaborative". Il s'agit d'une troisième voie citoyenne, qui n'est pas initiée par les grandes entreprises, ni par l'Etat.
Depuis le mois de mars, le penseur belge mène un projet de recherche à Gand, consacré ce qu'il appelle la "société des communs". "Un commun est une ressource partagée qui est produite ou défendue par une communauté d'usagers et qui est gérée selon les règles de cette communauté", explique-t-il lundi dans l'émission Tout du monde de la RTS.
Lutter contre la désindustralisation
Et Michael Bauwens de citer l'exemple des "communautés digitales, qui produisent du logiciel libre, du design partagé, de la connaissance partagée." Cette mise en commun des compétences, rendue plus aisée par internet, a permis de produire de nombreuses choses: une encyclopédie, une voiture et même un satellite, indique-t-il.
"Ce qui est vraiment faux dans l'économie d'aujourd'hui, c'est cette croyance - pas du tout justifiée - que la privatisation de la connaissance est bonne pour l'innovation", relève-t-il. Or, selon lui, les brevets brident justement l'innovation: "c'est avant et après le brevet qu'il y a la vraie innovation." Le design partagé, à l'opposé de la privatisation de la connaissance, permet une "innovation permanente".
Michael Bauwens voit dans cette nouvelle façon d'envisager l'économie des opportunités pour renforcer la classe moyenne et les oubliés de la mondialisation, victimes de la désindustrialisation en Europe. Pour lui, son modèle permet de "recréer un nouveau tissu industriel" en "relocalisant des activités" autour des "gens qui savent faire" au niveau local, et ce dans plusieurs domaines (énergie, transport, habitat, ...).
La fausse économie collaborative
Pour le penseur belge, "il y a aussi une fausse économie collaborative, malheureusement", citant nommément l'entreprise de voiturage Uber ou le géant de l'hébergement Airbnb. Avec ces sociétés, "il n'y a pas de communs: on met en compétition des individus (...) avec une entité centralisée qui capte la valeur", dénonce-t-il.
dk
Publié le 22 mai 2017 - Modifié le 22 mai 2017