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Les sciences des religions examinent la religion en tant qu'élément de la culture et de la société, dans le passé et le présent.
Remarque terminologique
Le singulier « science des religions » est inhabituel en français et dans les langues latines, qui lui préfèrent le double pluriel « sciences des religions » ou l'appellation « histoire (comparée) des religions ». Dans l'esprit des fondateurs de notre société, qui s'inspiraient du terme allemand « Religionswissenschaft », le singulier devait indiquer et revendiquer l'unité, voire l'intégrité d'une discipline académique en tant que telle. Le pluriel « sciences des religions » souligne plutôt la pluralité des approches méthodologiques et fait référence notamment aux sciences sociales telles que l'anthropologie, la psychologie ou la sociologie. Quant à l'appellation « histoire des religions », longtemps dominante mais aujourd’hui un peu en retrait, elle désigne une approche plus historique de la discipline.
La discipline
Les sciences des religions sont une science culturelle et sociale en échange avec d'autres disciplines scientifiques. Elles s’organisent autour d’une thématique : l’intérêt pour la "religion" guide les sciences des religions, tout comme l'intérêt pour la "musique" guide la musicologie. Les sciences des religions visent à comprendre les caractéristiques de leurs sujets en les replaçant dans leurs contextes historiques, sociaux et culturels respectifs.
La discipline est née dans l'Europe du XIXe siècle d'un intérêt pour l'histoire des religions et pour les religions non européennes. Les sciences des religions se veulent indépendantes de positions normatives ou religieuses et ne portent pas de jugements de valeur. Leur but est d’étudier les idées, les pratiques et les formes sociales religieuses dans leurs conditions actuelles et en lien avec leurs développements historiques.
Sujets et perspectives
Alors que par le passé les sciences des religions se concentraient sur les religions non européennes et adoptaient presque exclusivement une perspective historique, l’étude sociologique des sociétés contemporaines s’est progressivement établie au sein de la discipline à la suite de la pluralisation religieuse en Europe. Aujourd'hui, les chercheuses et chercheurs en sciences des religions conduisent des recherches à la fois historiques et orientées au monde contemporain et s'intéressent à toutes les régions du monde.
Les religions sont envisagées comme des constructions changeantes qui évoluent en raison d’échanges multiples avec leurs contextes de vie respectifs. Les spécialistes en sciences des religions s'intéressent aux formes et à la signification de la spiritualité contemporaine, à la politisation des religions et à leur rôle dans les conflits, mais aussi à la signification du facteur « religion » en relation aux mouvements migratoires, au changement climatique ou à la mise en réseau mondiale de divers groupes d'acteurs.
L’exemple du yoga : religion ou sport ?
Comment se fait-il que le yoga, qui était à l'origine une pratique ascétique de savants hindous dans le but d'atteindre l’éveil, soit maintenant considéré comme un sport ou comme un moyen d’apporter un équilibre dans le quotidien mouvementé des pratiquants ?
Des recherches en sciences des religions montrent que le yoga historique des ascètes qui cherchait à concentrer l'esprit et la pensée par des exercices physiques a été réinterprété par le réformateur indien Vivekananda (1863 – 1902). Dans la lutte pour l'indépendance, vers 1900, Vivekananda reformula cette pratique dans le sens d’un entraînement physique plus que religieux. Considéré ainsi comme un sport, le yoga a été associé aux idées du mouvement de réforme de la vie (Lebensreform) et a été introduit, au cours du XXe, siècle en Europe et aux États-Unis, où il est devenu, un siècle plus tard, un sport très populaire .
Comme le montre cet exemple, les sciences des religions s'intéressent à la manière dont les religions, leurs pratiques et leurs contenus changent et sont réinterprétés et pratiqués en fonction de circonstances historiques, de contextes locaux et d’intérêts spécifiques. Cette étude de cas montre comment les sciences des religions interrogent des choses qui aujourd'hui semblent aller de soi et retrace des processus de réinterprétations qui rendent visibles des connexions mondiales.