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En 1983, la Fédération des partis écologistes suisses voyait le jour. Pour la première fois, des formations écologistes cantonales se regroupaient pour renforcer leur empreinte politique au niveau fédéral. Huit ans plus tard, les écologistes décrochaient 14 sièges au Conseil national. Retour sur la préhistoire et les jeunes années d'un parti qui fête cette année ses 40 ans.
1971
Le Mouvement populaire écologique de Neuchâtel, premier parti écologiste de Suisse
L'écologie est un thème amplement débattu au tournant des années 70. Il est notamment porté par les mouvements antinucléaires au moment de l'occupation de Kaiseraugst ou des manifestations contre Creys-Malville. La nouveauté, c'est l'entrée dans l'arène politique de partis qui font de l'écologie leur principal cheval de bataille. Le premier à faire ce pari en Suisse est le Mouvement populaire pour l'environnement (MPE), fondé en 1971 et basé à Neuchâtel. Voulant dépasser les étiquettes partisanes traditionnelles, le MPE se définit comme ni de droite ni de gauche.
En 1972, le MPE a des représentants au Conseil municipal de Neuchâtel, et entend par son action peser sur les politiques locales. Son président et principal animateur est Jacques Knoepfler, un ex-libéral, dont le profil bourgeois se démarque de l'image qu'on pourrait se faire d'un écologiste des années 70. Il évoque dans cette archive les circonstances qui l'ont mené à devenir écologiste.
1974
Vaud : le groupement pour la protection de l'environnement (GPE)
Le Groupement pour la protection de l'environnement (GPE) voit le jour en 1974. Il est composé principalement d'étudiants ou diplômés dans le domaine scientifique, tous novices en politique. Comme le Mouvement populaire écologique, le GPE refuse la polarisation gauche-droite. Il milite pour la démocratie locale, critique la croissance à tout prix et s'oppose à l'énergie nucléaire.
En 1978, le jeune parti se présente aux élections cantonales et obtient 7% des suffrages. Une archive de la TSR présente brièvement la formation. Parmi les militants réunis, on reconnaît le jeune Daniel Brélaz.
1979
Daniel Brélaz : premier conseiller national écologiste
En octobre 1979, le GPE place Daniel Brélaz au Conseil national. C'est le premier écologiste européen élu dans un parlement national, 3 ans avant l'arrivée de Verts allemands au Bundestag. Durant trois mandats s'échelonnant jusqu'en 2022, Daniel Brelaz cumulera 21 ans d'activités au Conseil national. Il sera également syndic de Lausanne entre 2002 et 2016.
Comme le démontre ce reportage du Journal romand réalisé en 1983, l'élu national n'a pas pris la grosse tête, acceptant de jouer à l'homme-sandwich dans les rues de Lausanne.
1983
Le Parti écologiste genevois
Du côté de Genève, l'écologie est portée durant les années 70 par des associations, dont une section très active du WWF, animée par Philippe Roch, et par l'Institut de la vie, qui prône une réflexion critique face au progrès technologique et s'engage sur le terrain politique par le biais d'initiatives. C'est en 1983 qu'un parti spécifiquement centré sur les questions écologiques voit le jour à Genève : le parti écologiste genevois (PEG). Sa figure centrale en est le journaliste Laurent Rebeaud (sur la photo, 2eme en partant de la droite).
Le Parti écologique genevois en 1983 [Keystone]
Mai 1983
Une Fédération des partis écologistes suisses, mais sans les verts alternatifs
En vue des élections fédérales d'octobre 1983, des discussions ont lieu entre les différentes formations écologistes du pays. Les écologistes de la gauche alternative et les écologistes dits "modérés" ne parviennent pas à s'entendre. Les "modérés" vont se regrouper et fondent le 28 mai la Fédération des partis écologistes suisses.
Création de la Fédération des partis écologistes suisses (avec au centre Daniel Brelaz et Laurent Rebeaud), 1983 [Keystone]
De leur côté, les verts alternatifs créent la Grüne Alternative Schweiz (GRAS). Parmi les partis romands non affiliés à la Fédération, l'Alternative socialiste verte, un mouvement vaudois animé notamment par Anne-Catherine Ménetrey et Christian van Singer. Dans cette archive, ce dernier exprime ses divergences avec un parti comme le GPE de Daniel Brélaz, dont il dénonce les prises de position parfois "antisociales".
Octobre 1983
Des élections fédérales décevantes
Le résultat des élections fédérales de 1983 est plutôt mitigé pour les écologistes, qui ne remportent que 3 sièges. Candidat au Conseil national, le Genevois Laurent Rebeaud va devoir attendre jusque tard dans la nuit pour voir son siège finalement confirmé. Au moment où il prend la parole dans cette archive, il n'a aucune certitude d'être élu, mais il pense que l'écologie politique a de beaux jours devant elle.
Mai 1986
Une première: deux écologistes indépendants au conseil d’Etat bernois
La victoire de Leni Robert et de Benjamin Hofstetter au Conseil d'Etat en 1986 est la sensation du 2e tour des élections cantonales bernoises. Les deux candidats qui appartiennent à la formation écologiste Liste libre (Freie List) n'en croient eux-mêmes pas leurs yeux. Malgré son expérience politique, la candidate radicale Geneviève Aubry, subit une cuisante défaite. Avec ces nouveaux élus, les préoccupations écologiques arrivent au gouvernement bernois.
Août 1986
De la fédération au parti
La Fédération des partis écologistes suisses devient le Parti écologiste suisse (PES).
Réunion des délégués du Parti écologiste suisse (PES) en 1987 [RTS]
Le tournesol est le symbole du nouveau parti. Ce changement de nom est l'occasion pour le Télé Journal de faire un bilan de l'écologisme en terre helvétique. Derrière les velléités d'unité, la différence des sensibilités idéologiques demeure importante.
1987
Elections fédérales : 10 sièges pour les écologistes!
Avec l'accident nucléaire de Tchernobyl et la catastrophe industrielle de Schwarzenhalle un an plus tôt, l'écologie est un des thèmes incontournables des élections fédérales de 1987. Les écologistes comptent parmi les gagnants de ces élections en triplant leur représentation par rapport à 1983. Le parti écologiste suisse remporte 9 sièges au Conseil national, tandis que le Grüne Bündnis Schweiz (GBS), nouveau nom de la Grüne Alternative Schweiz, en décroche un. Pour la première fois, les écologistes forment un groupe parlementaire au Conseil national.
Dans les législatifs cantonaux, les écologistes sont aussi en constante progression. Un des points forts du mouvement, c'est l'intégration des femmes. Elles y sont plus nombreuses que dans tous les autres partis. En 1987, l'émission Temps présent donne la parole à la Genevoise Sylvia Leuenberger, députée du canton de Genève, et à son collègue Haïm Nissim.
1990
Leadership du Parti écologique suisse
Au mois de mai, de nouvelles négociations en vue d'une fusion ont lieux entre les alternatifs du Grüne Bündnis Schweiz (GBS) et le Parti écologiste suisse, mais elles n'aboutissent pas. Depuis plusieurs années cependant, des sections alternatives se sont progressivement ralliées au Parti écologique et l'hémorragie se poursuit après l'échec des pourparlers. Le PES se retrouve de facto l'organe central des verts suisses.
L'écologie a le vent en poupe et pourrait bien menacer les partis traditionnels. C'est en tout cas l'avis du politologue Pascal Sciarini.
1991
Elections fédérales : encore un succès
Quelle est la situation du parti écologiste suisse avant les élections fédérales? Des thèmes populaires, des positions parfois intransigeantes, une bonne entente avec les socialistes au niveau fédéral et une augmentation de 44 sièges en 4 ans dans les parlements cantonaux. Invités sur le plateau de l'émission Face aux partis, le candidat neuchâtelois Jean-Carlo Pedroli et la conseillère nationale vaudoise Irène Gardiol défendent les couleurs de leur parti.
Résultats des élections : 14 sièges pour les écologistes, soit 4 de plus qu'en 1987. Par la suite, la progression ne sera pas continue. En 1995, les écologistes n'obtiennent que 8 sièges. En 2007, il en décrochent 20 et ils font leur entrée au Conseil des Etats. En 2015, les Verts dégringolent à 11 sièges avant d'atteindre leur meilleur score en 2019 avec 28 sièges.
1993
Changement de nom: les écologistes suisses deviennent Les Verts
Changement de nom et de stratégie, c'est le gâteau d'anniversaire du Parti écologiste suisse qui fête son 10e anniversaire et se fera désormais appeler "Les Verts".
Envoyée spéciale à Winterthour en ce 4 septembre 1993 pour le Télé journal, Romaine Jean tend le micro à la présidente du groupe écologiste, Verena Diener.