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Les dernières prévisions saisonnières indiquent que la probabilité d’avènement d’un épisode la Niña sur le Pacifique équatorial est de l’ordre de 60 % entre septembre et novembre 2020, contre 40% pour la persistance de conditions neutres. La probabilité qu’un évènement El Niño se produise pendant cette même période est proche de 0 %. L'épisode devrait être assez bref, les probabilités de persistance passant à 55 % pour la période décembre-février 2020-21.
Probabilité d'événements de type el Niño ou la Niña jusqu'en mai 2021 [NPC]
Pas de baisse des températures contrairement aux épisodes forts
De manière générale, les épisodes la Niña ont tendance à tirer les températures globales vers le bas, cela a par exemple été le cas entre 2010 et 2011. Mais le fait que l’événement à venir soit de faible intensité et de brève durée porte à croire que ces dernières ne devraient pas particulièrement s’en ressentir, selon l’OMM (voir prévisions ci-dessous).
Prévisions saisonnières: anomalies de températures et de précipitations entre septembre et novembre 2020. [OMM]
"Même si un épisode La Niña se produit, son signal de refroidissement ne suffira pas à contrebalancer l'impact du changement climatique provoqué par l'homme", a déclaré le Secrétaire général de l'OMM, le professeur Petteri Taalas. "L'année 2020 est en passe de devenir l'une des plus chaudes jamais enregistrées, avec des conditions météorologiques extrêmes allant de températures caniculaires et de feux de forêt à des inondations et des vagues de chaleur marine dévastatrices", a-t-il ajouté.
Situation favorable à l' activité cyclonique
Synonyme de conditions assez froides sur les côtes pacifiques de l’Amérique latine, la Niña devrait induire une allure générale des courants assez favorable à la circulation des tempêtes tropicales ou des ouragans sur l’Atlantique équatorial, en particulier sur les Caraïbes et le golfe du Mexique. Sans parler d’autres facteurs comme une température élevée à la surface de l’océan ou la mousson africaine active qui favorisent déjà l’activité cyclonique depuis le début de la saison
Conséquences des épisodes la Niña sur l'Atlantique équatorial. [NOAA]
Son arrivée coïncidera par ailleurs avec le pic d’activité des cyclones, entre mi-septembre et mi-octobre. De fait, la NOAA prévoit dans ses dernières mises à jour entre 19 et 25 tempêtes tropicales (vents entre 63 et 118 km/h) cette année. 7 à 11 d’entre-elles pourront devenir des ouragans (vents de plus de 118 km/h), dont 3 à 6 sous forme majeure (vents de plus de 178 km/h).
Prévisions du nombre de tempêtes tropicales et d'ouragans sur l'Atlantique équatorial pour 2020 [NHC/NOAA]
Pour rappel, une saison d'ouragans moyenne produit 12 tempêtes nommées, dont 6 deviennent des ouragans, 3 d’entre eux prenant la forme d’ouragans majeurs. A ce jour, 4 ouragans se sont déjà formés, dont 1 en catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson.
La Niña n'a rien à envier à el Niño
Dans la normale, les alizés entraînent vers l’Australie et l’Indonésie les eaux chaudes qui se trouvent à la surface de l’océan. La présence de ces dernières s’accompagne d’importants phénomènes d’évaporation, d’où un régime de précipitations assez soutenu pour ces régions de décembre à février. De l’autre coté du Pacifique, les eaux profondes – plus froides - ont tendance à remonter vers la surface, ce qui se traduit par un climat plus frais sur les côtes d’Amérique latine. Et favorise la formation des hautes pressions. Ce type de circulation des courants est également favorable à la formation et au maintien de cyclones tropicaux sur l'Atlantique équatorial.
Circulation des courants et position des zones de convection pendant un épisode la Niña [NOAA]
Lors d’épisodes de type la Nina, le phénomène s’accentue: les précipitations sont plus fortes que la normale en Australie et en Indonésie, tandis que la fraîcheur s’accentue de l’autre coté du Pacifique. La Mousson prend également une ampleur particulière sur l’Inde et en Chine, même constat pour l’activité cyclonique sur l’Océan Indien de janvier à mars et sur l'Atlantique équatorial de juin à octobre. Au chapitre des calamités naturelles, la Nina n’a rien à envier à El Nino, lors d'épisodes forts.
Le dernier épisode de la Niña a eu lieu en 2017-18. L’événement, de courte durée, a été d’intensité faible à modérée. Il a commencé à se développer en novembre 2017 et s'est terminé en avril 2018.
Philippe Jeanneret, avec le concours de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et du National Prediction Center (NPC).