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Autres vues aériennes de Jegenstorf
Au Moyen Age, Jegenstorf et son château formaient le centre d'une petite seigneurie territoriale. Par la suite, elle fut temporairement rattachée à celles de Münchringen, d'Urtenen-Mattstetten et de Bäriswil. Ce n'est pas seulement pour cette raison, mais sans doute aussi parce que des terrains marécageux aujourd'hui disparus s'étendaient autrefois entre ces villages, qu'un espace presque uniforme de champs, entrecoupé de nos jours par un réseau de routes modernes, s'est formé ici, délimité au sud par un large arc de forêts.
Au XIIe siècle, les chroniques font mention de sires de "Jegistorf", vassaux des Zaehringen, puis des Kybourg. C'est de cette époque (vers 1200) que devrait dater la tour, l'élément le plus ancien de l'actuel château. De plan rectangulaire, ce donjon défensif de 26 mètres de haut se dresse au coeur de l'ouvrage. La porte haute qui donnait accès à son intérieur se trouvait au niveau du deuxième étage.
On ne sait que fort peu de chose sur la construction de l'ouvrage médiéval de Jegenstorf. C'était un château à douves entouré d'un double fossé. Vers la fin du Moyen Age, un bâtiment d'habitation de trois étages devait être adossé en angle droit au donjon; côté est, il se terminait par une tour angulaire coiffée d'un haut toit en croupe. Une tour d'escalier octogonale, vraisemblablement érigée au XVIe ou XVIIe siècle seulement, était d'autre part contiguë à la tour centrale.
C'est sous cet aspect que nous apparaît le château de Jegenstorf sur des vues du XVIle siècle et sur une esquisse de 1719. Il avait à cette date encore conservé son profil d'ouvrage défensif féodal. Nombreux avaient jusque-là été ses propriétaires. Après les seigneurs de Jegenstorf, dont l'indépendance s'était notoirement accrue au XIIIe siècle et dont l'un des représentants, Cuno, avait été l'un des premiers maires de la ville de Berne, la forteresse passa entre les mains de divers autres nobles. Au début du XIVe siècle, elle fut acquise par la lignée bernoise des d'Erlach, une famille qui devait jouer un rôle décisif dans l'histoire du château et de la seigneurie. Elle les conserva en effet pendant des siècles, soit par voie de succession, soit à la suite d'achats et de ventes entre des membres de la famille. Pendant les 300 premières années de l'ère des d'Erlach, le château ne subit que quelques remaniements peu importants, qui ne modifièrent pour ainsi dire pas son aspect extérieur. Après avoir appartenu, au cours du XVIIe siècle, aux Bonstetten et aux Wattenwyl, il revint à nouveau à la famille d'Erlach. C'est sous Albert-Frédéric (1696-1788) que l'ouvrage fut profondément transformé.
Albert-Frédéric l'acheta à Samuel de Wattenwyl en 1720 et le fit transformer par un architecte dont on ignore le nom en un splendide manoir de style baroque tardif. Comme son père Jérôme, Albert Frédéric fut un véritable grand seigneur. Son style de vie, influencé par la France, s'exprima pleinement dans le nouvel ouvrage, plus fortement, il est vrai, dans son splendide aménagement intérieur que dans sa structure exténeure qui, sciemment, fut adaptée à ce qui existait déjà. Ni le donjon, ni la petite tour d'angle ne disparurent. Cette dernière reçut même trois "soeurs" à peu près semblables dans les trois autres angles, ce qui fit du château, marqué par son vieux donjon central, une construction presque symétrique.
L'ancienne habitation se transforma en une aile baroque insérée entre deux tours angulaires et s'ouvrant sur un nouveau jardin à la française. La cour fut remplacée au nord-est par un bâtiment comprenant une splendide "salle de marbre" au rez-de-chaussée et une "salle d'Hercule" au-dessus, et au nord-ouest par une nouvelle entrée. En raison de l'opposition des paysans qui possédaient des terres au midi du château, il fut impossible d'agrandir l'accès de ce côté. C'est pourquoi il fallut aménager une entrée d'un autre côté, ce qui exigea la démolition de la tour d'escalier.
Devenu, en tant que manoir, un témoin des plus représentatifs de l'"Ancienne Berne", le château de Jegenstorf changea une nouvelle fois de mains en 1758, lorsqu'il fut acquis par la famille de Stürler. Six membres de cette lignée s'en occupèrent jusqu'en 1934. Le troisième d'entre eux, Jean-Rodolphe (1771-1861) eut le bonheur de retrouver sa propriété intacte après la défaite essuyée en 1798 par les troupes bernoises au Grauholz, et ce quand bien même elle s'était trouvée sur la route empruntée par l'armée française. La seigneurie de Jegenstorf fut en revanche victime du nouveau régime et disparut. Le sixième et dernier châtelain de la famille, Arthur Vincent de Stürler (1874-1934) entreprit diverses transformations à l'intérieur du château et rénova les installations techniques. Dans son ensemble, l'ouvrage ne perdit cependant rien de son style. Une " Société pour la conservation du château de Jegenstorf" fut constituée après le décès d'Arthur de Stürler. Grâce à des contributions publiques, elle put faire l'acquisition du château en 1936. Divers dons et des prêts lui permirent d'en aménager les salles et de créer ainsi le charmant musée qu'est maintenant cette résidence. Depuis 1955, l'entretien du château est assuré par la "Fondation du château de Jegenstorf".
Bibliographie