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Huilée à la perfection, la machinerie planétaire a une nouvelle fois parfaitement fonctionné. Dans un mois, le Dr Anders Nordström ne sera plus directeur général de l'OMS par intérim, poste où il avait été nommé par le Conseil exécutif de cette organisation après le décès soudain du Dr Lee Jong-wook, directeur général, le 22 mai 2006. Depuis le 1er juin, les 192 Etats membres ont eu la possibilité de proposer des candidats pour ce poste prestigieux. Avenue Appia, le secrétariat de l'OMS a traduit les différentes propositions ainsi que les curriculum vitae des candidats soumis par les Etats membres dans les six langues officielles (anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe) et les a adressés à l'ensemble des Etats membres. Du 6 au 8 novembre, le Conseil exécutif se réunira à Genève. Il établira une liste restreinte de candidats, aura avec eux une entrevue et procédera à un vote sur le candidat qui sera proposé à l'Assemblée mondiale de la Santé. Puis au cours d'une session extraordinaire convoquée pour le 9 novembre, l'Assemblée examinera la proposition du Conseil et nommera le directeur général.Ils sont officiellement treize en lice, docteurs ou professeurs. Par ordre alphabétique : Kazem Behbehani (proposé par le Koweït), Margaret Chan (proposée par la Chine), Julio Frenk (proposé par le Mexique), David A. Gunnarsson (proposé par l'Islande), Nay Htun (proposé par le Myanmar), Karam Karam (proposé par la République arabe syrienne), Bernard Kouchner (proposé par la France), Pascoal Manuel Mocumbi (proposé par le Mozambique), Shigeru Omi (proposé par le Japon), Alfredo Palacio González (proposé par l'Equateur), Pekka Puska (proposé par la Finlande), Elena Salgado Méndez (proposée par l'Espagne) et Tomris Türmen (proposée par la Turquie).Ce beau processus n'est pas, dans l'espace laïc et onusien, sans points communs avec la machinerie vaticanesque. Pour avoir suivi d'assez près quelques-unes de ces élections, nous avons pris la mesure de la part prise ici par le ballet politique et diplomatique que l'on doit replacer dans le grand contexte de la galaxie onusienne. C'est qu'il faut ici compter avec les plaques tectoniques idéologiques, économiques et culturelles. C'est dire que la nationalité et le continent d'origine, la langue et la couleur de la peau, comptent autant, sinon plus, que les qualités personnelles des candidats ; candidats qui sont plus des ambassadeurs de leur pays sur la grande scène planétaire que des esprits libres pleinement au service de la santé publique.Mais l'élection de 2006 ne ressemblera-t-elle pas aux précédentes ? Rien n'est moins sûr, et ce grâce au Lancet. On sait que le célèbre hebdomadaire médical britannique n'hésite guère (et de moins en moins) à s'impliquer directement dans les grands débats planétaires de santé publique. Pouvait-il dès lors se désintéresser de l'élection du 9 novembre à Genève ? Il le fait, de manière on ne peut plus originale, en organisant une forme de présélection, de classement selon lui indépendant et objectif, une évaluation sans concession des treize candidats. Les responsables du Lancet leur ont ainsi posé une série de six questions concernant leurs engagements passés et leurs expériences professionnelles. Ils les ont encore interrogés sur le rôle qu'ils souhaitaient voir jouer ou ne pas jouer par cette institution onusienne, leurs actions concrètes durant les cent premiers jours de leur mandat ou leur analyse des rapports entre santé publique et politique, Nord et Sud. Pour les réponses, parfois délicieuses, on se reportera à la livraison de la revue datée du samedi 7 octobre. Elles sont bien évidemment accompagnées d'une série de commentaires. Et pour les lecteurs pressés on trouve un classement dont on peut raisonnablement penser qu'il pèsera sur les membres du Conseil exécutif sinon sur ceux de l'Assemblée mondiale de la Santé. Parmi les treize candidats, The Lancet fait, dans un premier temps, la part entre ceux qui ont les compétences techniques ou administratives requises. Vont ainsi d'emblée au tapis les docteurs Kazem Behbehani et Nay Htun, ainsi que les professeurs Elena Salgado Méndez et Tomris Türmen. Pour ce qui est, point essentiel, de la vision de ce que devrait être dans l'avenir cette organisation onusienne, The Lancet ne retient que trois noms : ceux des docteurs Julio Frenk et Bernard Kouchner ainsi que du professeur Pekka Puska. Sauf surprise de taille, si des paris existaient nous miserions sur le fait que l'élu final sera l'un des trois. Sauf à imaginer que le docteur Margaret Chan, aujourd'hui sous-directeur général en charge des maladies transmissibles, bénéficie du poids croissant de son pays. Ou encore que les règles non écrites de la diplomatie soient en définitive favorables à l'Islandais David A. Gunnarsson, au Syrien Karam Karam, au Mozambicain Pascoal Manuel Mocumbi, au Japonais Shigeru Omi ou encore à l'Equatorien Alfredo Palacio González. Pour sa part, le gouvernement français soutiendra sans faille l'ancien ministre socialiste de la Santé qui, s'il devait être élu, ferait une croix sur ses ambitions présidentielles nationales. Dans un nouveau tour de piste onusien, celui qui a joué cet été au journaliste reporter au Liban et en Israël pour Paris Match s'est déplacé avec Jacques Chirac à New York, du 18 au 20 septembre, pour la 61e session de l'ONU. «Bernard Kouchner est notre candidat et je dirais même un excellent candidat», a déclaré à cette occasion l'ancien cardiologue et actuel ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy. Pour sa part, le diagnostic du Dr Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet, est différent. Pour lui aucun doute n'est permis : le plus compétent des treize est le Mexicain Julio Frenk. Verdict le 9 novembre.