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En 1964, Terry Riley compose In C (ce qui correspond à«en do»), une œuvre à la structure inédite. La partition est composée de 53 phrases musicales (ou riffs). Les 35 instrumentistes prévus – ce nombre n’est pas une obligation - doivent jouer tous ces motifs dans l’ordre et au moins une fois avant de passer au suivant, chacun et chacune commençant quand il ou elle le souhaite. Les interprètes peuvent démarrer à des moments différents ce qui crée une polyphonie continue de modules.
Ainsi, la partition tient-elle sur une page pour une œuvre dont les représentations oscillent entre 45 minutes et une heure et demie. Terry Riley recommande aux interprètes de ne pas prendre trop d’avance ou de retard sur le groupe et de prêter attention à l’alchimie sonore qui se joue entre elles et eux.
In C, composition pionnière du minimalisme musicale, n’a jamais cessé d’être l’objet d’interprétations multiples et vivantes à travers le monde. Le 25 mais 2019, elle est jouée à Fribourg par deux formations très différentes mais toutes deux peu habituées à cette musique. Benedikt Hayoz, directeur de la Landwehr, corps de musique officiel de l’État et de la Ville, a pris contact avec Franz Treichler, leader du groupe rock The Young Gods. Le concert inaugure une exposition portant sur les liens entre musique électronique et art contemporain. Les musiciens sont distribués sur différents plateaux dans l’espace d’une ancienne usine d’embouteillage de bière et le public est invité à circuler pour mieux vivre l’événement dans toutes ses dimensions.
En 2023, la Biennale Son invite The Young Gods à participer à sa première édition. Franz Treichler souhaite revivre dans l’ancienne centrale de Chandoline l’expérience partagée avec la Landwehr à Fribourg. Entre temps, les «jeunes dieux» ont enregistré le morceau légendaire, en condition live. Play Terry Riley In C est paru chez Two Gentlemen en 2022, en vinyle et streaming, suivi d’une tournée suisse. En automne 2023, la tournée est européenne.
« In C est comme un jeu de la vie : chacun doit écouter attentivement l'autre pour que les choses fonctionnent. On pourrait dire que c'est propre à toute musique mais In C est plus que de jouer ensemble en même temps : cette pièce vous invite dans une autre dimension où les événements passés et futurs sont tellement entrelacés que vous restez constamment dans le champ de tous les possibles »- Franz Treichler (The Young Gods)
Nés en 1985 entre Fribourg et Genève
Basés à Genève
Franz Treichler (voix, sampler, ordinateur, guitare) : depuis 1985
Cesare Pizzi (sampler, ordinateur): 1985 – 1988 et depuis 2012
Bernard Trontin (batterie, électronique): depuis 1997
Un soir de mai 1985 au New Morning, dans un ancien bâtiment industriel près des Forces motrices genevoises, un groupe monte sur scène pour la première fois, devant un public clairsemé. Franz Treichler, formé à la guitare classique au Conservatoire de Lausanne, et Cesare Pizzi, bassiste et informaticien, déjà membres d’un groupe punk fribourgeois et nouvellement établis à Genève, se sont adjoint les services du batteur Frank Bagnoud, qui sera bientôt remplacé par Üse Hiestand. Ils ont pris pour nom un titre des Swans, The Young Gods. Bientôt on entendra parler d’eux au loin, et les plus grands noms les citeront, de David Bowie à Mike Patton.
Ce qui fait des Young Gods une référence c’est leur utilisation du sampler. L’échantillonneur de sons est encore un outil limité mais les musiciens comprennent mieux que quiconque le potentiel de cette nouveauté électronique pour composer des boucles d’accords, amener des rythmes variés et emprunter des sons au vivant.
L’année suivante, le premier EP sort avec un titre inépuisable qui lui donne son nom (Envoyé, Organic, 1986), puis le premier album studio (The Young Gods, Wax Trax!, 1987) est salué comme disque de l’année par l’hebdomadaire anglais Melody Maker. L’Eau rouge (Pias, 1989) sera le dernier disque avant longtemps avec Cesare Picci, remplacé par Alain Monet (Al Comet). En 1990, The young Gods font leur première tournée étasunienne.
Dès 1991, avec un disque en hommage à Kurt Weil, ils montrent leur capacité à aller là où on ne les attend pas. De 1993 à 1996, c’est la période new-yorkaise : un contrat avec la major Interscope, le succès de Only Heaven, des tournées jusqu’en Australie… Fin 1996, le batteur Üse Hiestand est remplacé par Bernard Trontin.
En 1997, The Young Gods reviennent à Genève, montent leur studio d’enregistrement et retournent à l’indépendance. Parmi les projets des années suivantes, la collaboration avec l’anthropologue Jeremy Narby pour une longue série de conférences sonores (Amazonia Ambiant Project) et un disque.
Le groupe sera un temps quartet, avec la participation du multi-instrumentiste Vincent Haenni. En 2012, c’est le retour de Cesare Pizzi, Al Comet s’étant converti au sitar. The Young Gods documents / 1985-2015, 800 pages, sort aux éditions de la Baconnière en 2017.
En 2019, année de la rencontre avec l’œuvre de Terry Riley, In C, la sortie de l’album studio Data Mirage Tangram devait donner lieu à une nouvelle tournée américaine, brisée par la pandémie.
Née en 1804 à Fribourg
Basée à Fribourg
C’est sous le nom de Corps franc qu’on trouve la première trace de la Landwehr. Le corps de musique est constitué pour accompagner le contingent militaire fribourgeois, que l’Acte de médiation de Napoléon Bonaparte oblige à créer. Aujourd’hui sous le contrôle du Conseil d’État, même si son nom évoque la défense du pays et que son costume est celui des troupes fribourgeoises en 1858, il ne se préoccupe plus de bataille et s’attache à la musique avant tout, entre tradition et découverte.
En tant qu’ensemble officiel, la Landwehr participe aux cérémonies publiques et religieuses qui marquent la vie fribourgeoise et représente le canton en Suisse et l’étranger. Elle a ainsi joué pour la paix dans une Croatie en guerre, participé à la grande parade du Colombus Day sur la Cinquième Avenue de New York, été l’hôte d’honneur d’une audience papale ou encore a rythmé le 700e anniversaire de la Principauté de Monaco.
Fort de quelque 90 instrumentistes, l’orchestre d’harmonie est dirigé depuis 2018 par Benedikt Hayoz, qui a succédé à une femme, Isabelle Ruf Weber. Compositeur et corniste, il est seulement le troisième Fribourgeois à la tête du vénérable ensemble.