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De nombreux masques senufo appartiennent à la société masculine du poro, une organisation structurée par tranches d’âge qui exerce un contrôle politique et social, transmet le savoir traditionnel et remplit des fonctions religieuses, en particulier lors des grands enterrements. Au cours des cérémonies funéraires, les masques anthropomorphes kpeliye’e sont censés chasser de la maison du défunt l’esprit de ce dernier.
Cet exemplaire, qui porte des traces d’utilisation, a vraisemblablement été sculpté pour le poro des sculpteurs sur bois (kulebele), il y a au moins trois générations, dans le grand atelier de Kolia (dans le nord de la Côte d’Ivoire). D’une esthétique intéressante, ce masque représente un visage féminin idéalisé, doté d’une petite bouche saillante dépourvue de dents. Ce visage est orné de scarifications sur le front et de part et d’autre du nez. Deux des ornements qui l’encadrent passent pour être des oreilles. Les autres motifs qui bordent le masque se prêtent à diverses interprétations. C’est ainsi que les deux appendices qui partent des joues sont le plus souvent perçus comme des jambes ou des boucles de cheveux, tandis que l’excroissance qui se dresse au sommet du masque est assimilée à la tige d’une grappe de noix de palmier, un motif auquel on prête une connotation sexuelle. Selon Timothy F. Garrard, qui voit l’origine des kpeliye’e dans les masques du do des Diula islamisés, les jambes sont en fait des pendants d’oreilles, identifiables à partir d’anciennes œuvres diula. De la même manière, il considère que le motif qui se dresse au sommet du masque résulte de la maturation d’une forme de coiffure en épine, caractéristique des fasigi muso, masques diula représentant une prostituée.