Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07115.jsonl.gz/754

Le diabète de type II ne résulte pas forcément d'un dysfonctionnement des cellules du pancréas qui produisent l'insuline. Il s'agit peut-être davantage d'un manque de synchronisation entre elles, le chaos générant alors la maladie. C'est en tout cas le scénario que soutient l'équipe de Paolo Meda, professeur au Département de physiologie cellulaire et du métabolisme de l'Université de Genève. Dans un article paru dans la revue Diabetes du mois de juin, les auteurs décrivent une protéine appelée connexine 36 (Cx36) qu'ils présentent comme un rouage essentiel à cette synchronisation et dont le dysfonctionnement pourrait prédisposer à la maladie du sucre.1Une connexine a la forme d'un tuyau traversant la membrane et permet l'échange de signaux chimiques entre les cellules. Il en existe une vingtaine de sortes différentes et quasiment toutes les cellules de l'organisme en possèdent. La forme 36 a la particularité de se trouver exclusivement sur les cellules b du pancréas et certains neurones. De plus, ces cellules n'arborent que la Cx36, alors que la plupart des autres types cellulaires possèdent toujours au moins deux ou trois connexines différentes.«Nous décrivons, sur des modèles animaux, comment, lorsque la Cx36 ne fonctionne pas, apparaissent les premiers symptômes du diabète, explique Paolo Meda. Notre hypothèse est de dire que les cellules b des diabétiques de type II ne sont pas si altérées que cela lorsqu'on les regarde individuellement. Elles demeurent capables de produire de l'insuline. Seulement, elles n'arrivent plus à la relâcher au bon moment, de manière coordonnée.»En effet, dans une situation normale, après un repas, les cellules b sont réveillées par l'augmentation du taux de glucose dans le sang et entrent en action avec une unité à faire pâlir d'envie un chef d'orchestre. Par vagues successives et parfaitement synchronisées, des millions d'entre elles, dispersées dans le pancréas en petits groupes appelés îlots de Langerhans, relâchent de l'insuline. Après un certain temps, cette symphonie s'éteint de concert lorsque le taux du nutriment dans le sang repasse sous un certain seuil. Cela fait des décennies que les chercheurs cherchent, en vain, à comprendre le mécanisme responsable d'une coordination si minutieuse. Les chercheurs ont modifié des souris de manière à ce que leurs cellules b ne produisent plus la protéine Cx36. La première constatation a été que le taux d'insuline se maintient constamment à un niveau élevé, même lorsqu'il n'y a plus de glucose dans le sang, ce qui est un des symptômes précoces du diabète. En soumettant ensuite les rongeurs à des doses de glucose pour simuler les effets d'un repas, les chercheurs n'ont mesuré aucune synchronisation de l'activité des cellules b, ni d'oscillation dans l'émission d'insuline. Ce qui est une fois de plus ce que l'on observe chez les diabétiques dans les tout premiers stades de la maladie.Pourtant, malgré le dysfonctionnement de leur métabolisme, ces souris transgéniques n'ont jamais développé le diabète proprement dit, même après plusieurs années, voire générations. En revanche, lorsque les rongeurs ont été soumis à des conditions qualifiées de «à risque» (sédentarité et alimentation riche en graisse et en calories), il a suffi de six semaines pour qu'ils deviennent intolérants au glucose, un état débouchant sur le diabète.«Cela ne signifie pas que la Cx36 est directement responsable de l'apparition de la maladie, précise Paolo Meda. Il se peut que son absence entraîne des effets moléculaires qui sont, eux, à l'origine du diabète. Modifier les connexines a en effet une influence sur le flux de calcium à travers les cellules et, du coup, sur l'expression de certains gènes. On en a d'ailleurs trouvé une trentaine dont l'activité est perturbée par l'absence de la Cx36.»Le gène de la Cx36, lui, est situé sur le chromosome 15. Les chercheurs genevois ont découvert sur ce gène un polymorphisme responsable d'une éventuelle prédisposition au diabète, c'est-à-dire une inversion de l'une des bases codant pour l'un des quelques 350 acides aminés de la Cx36. Sur la centaine de malades analysés à ce stade, ce polymorphisme est fréquemment présent sur les deux chromosomes de la paire 15, alors qu'il est rare chez les sujets sains. Des simulations par ordinateur ont indiqué que ce petit changement pourrait suffire pour modifier complètement la structure spatiale de l'ARN. Un changement qui pourrait bien raccourcir considérablement sa durée de vie et donc augmenter ou diminuer la production de Cx36.1 Diabetes 2005;54:1798-1807. Rev Med Suisse 2005;1:1126-33. Rev Med Suisse 2005;1:1134-9.