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Daniel Harding
Daniel Harding, ce jeune chef d’orchestre prodige, était de passage à Verbier, petite halte dans les montagnes après un concert à Munich et avant de s’envoler pour le Japon. Daniel Harding est ce jeune chef d’orchestre qui a débuté à 19 ans à la tête de l’Orchestre symphonique de Birmingham (CBSO), ce qui lui vaut le Best Debut Award de la Royal Philharmonic Society puis qui a été l’assistant tant de Sir Simon Rattle que de Claudio Abbado. Ensuite, tout s’enchaîne, il débute à 21 ans à peine à la Philharmonie de Berlin puis en 2003, est nommé directeur musical du Mahler Chamber Orchestra et, à partir de 2007, directeur musical de l’Orchestre symphonique de la radio suédoise et premier chef invité de l'Orchestre symphonique de Londres. Depuis, les scènes les plus prestigieuses du monde se l’arrachent.
Nous le rencontrons avant son concert avec Joshua Bell, Renaud Capuçon et le Verbier Festival Chamber Orchestra. Il est jeune, charmant, drôle, assez loin de l’idée qu’on se fait habituellement d’un chef d’orchestre. Il nous parle de son parcours et de ses inspirations.
Tout a commencé à l’âge de 13 ans. Daniel Harding, passionné de musique, entre dans un internat, sa trompette sous le bras. Il ne sait pas encore trop ce qu’il veut faire, mais une chose est sûre, il dédiera sa vie à la musique. Petit à petit, il se rend compte que ce qu’il l’attire est la direction d’orchestre. Il va vers ses professeurs, qui le regardent l’air amusé et lui disent : "Tu n’as que 13 ans, attends d’avoir 40 ans pour devenir chef d’orchestre". Envers et contre tout, Daniel Harding se dit qu’il veut essayer, il réunit alors plusieurs de ses camarades qui, autant attirés par l’amour de la musique que la sensation de braver l’interdit, se lancent dans l’aventure. Ils commencent alors à répéter avec pas moins que des œuvres de Wagner et Mahler. Fiers de leurs débuts, ils demandent à leur école d’officialiser leur orchestre, ce qui leur est refusé. Leur seule option est dès lors de chercher un soutien… ils vont donc se tourner vers le grand Sir Simon Rattle. Ils le rencontrent, lui amènent un enregistrement de leur travail et voilà qu’une grande histoire est née… Sir Simon Rattle engage Daniel Harding comme assistant à seulement 16 ans.
"Pour débuter comme jeune chef d’orchestre, l’important est d’accompagner un chef d’orchestre d’expérience, de l’observer, de le côtoyer, de s’en inspirer pour ensuite trouver sa propre voie. J’ai eu le grand privilège de côtoyer Sir Simon Rattle et d’apprendre à ses côtés.
"Actuellement, je suis professeur de direction d’orchestre à Stockholm. Je me rends compte qu’il n’est pas possible en fait d’enseigner cette matière, on ne peut que travailler le don de quelqu’un qui a déjà ça en lui. Ce n’est vraiment pas possible d’inculquer à quelqu’un ce savoir.
"Aussi lorsque j’étais jeune, Sir Simon Rattle m’a donné des conseils techniques pour laisser se dévoiler ma manière de sentir et vivre la musique. Il m’a permis d’avoir les outils nécessaires afin de que j’arrive à partager ce que j’avais en moi et d’exprimer ma propre vision artistique.
"Vous savez, cela ne fait qu’un an que j’ai pris mes premiers vrais cours de direction d’orchestre. En effet, à l’automne passé, je regardais à la télévision un match avec Roger Federer, ce dieu des courts, puis je l’ai vu discuté avec son entraîneur et je me suis dit : "Même lui, travaille jour après jour avec un entraîneur, alors qu’il joue mieux que quiconque, comment se fait-il que, nous les chefs d’orchestre, nous ne travaillions avec personne et pensions que nous n’avons plus rien à apprendre". Je travaille désormais avec un ancien collègue, son but n’est pas d’imposer une manière de faire ni une vision de la musique mais d’essayer de me développer et d’améliorer ma gestuelle corporelle afin que je puisse réellement exprimer et transmettre à l’orchestre mes intentions musicales.
"La différence entre un musicien et un chef d’orchestre est que le musicien a un instrument sur lequel exprimer la musique, un instrument qui lui offre une résistance, que ce soit les cordes ou les touches, la résistance est vraiment très importante pour pouvoir s’exprimer. Le chef d’orchestre n’a que son corps, c’est pourquoi il est nécessaire de prendre conscience de tout son corps, de lui donner une tension pour que chaque geste soit porteur de message pour les musiciens de l’orchestre. C’est un peu comme si on était sculpteur et qu’on touchait et travaillait la pierre. Pour s’entraîner, je dis à mes élèves de mettre un sac à main au bout de leur bras ; ils sentent tout de suite la différence et deviennent beaucoup plus conscients de leurs gestes.
"Claudio Abbado a été une grande figure pour moi. Je l’avais découvert à la télévision lorsque j’avais 14-15 ans, j’étais fasciné, c’est lui qui m’a donné l’inspiration de devenir chef d’orchestre. Alors quel rêve lorsqu’à 19 ans j’ai pu être son assistant à la Philharmonie de Berlin. Le métier d’assistant n’était en lui-même pas très intéressant mais c’était magnifique et infiniment enrichissant d’être chaque jour à ses côtés, à chaque répétition, et de découvrir la direction d’orchestre à travers lui. Comme il parle très peu, je n’aurais pas pu bénéficier de son enseignement d’une autre manière, il fallait être là et le voir jour après jour à l’œuvre.
"Youtube est une vraie mine d’or pour découvrir les chefs d’orchestre et leur parcours. J’ai notamment été frappé par une vidéo de la 4e Symphonie de Brahms dirigée par Karajan. C’est fou comme sa direction d’orchestre était différente de celle qu’elle serait 10 ans plus tard. On se rend compte que le temps et l’expérience développent de manière incroyable la manière de diriger et la précision des gestes : ainsi Karajan avec le temps a développé une direction allant à l’essentiel, beaucoup plus dans le contrôle. C’est pourquoi je pense que les gens disent souvent qu’on ne devrait devenir chef d’orchestre que plus vieux, au plus tôt vers 40 ans. Mais il me semble que la vraie question n’est pas celle de l’âge mais celle de l’expérience ; en effet, si on commence jeune, on se retrouve comme moi à 35 ans avec déjà près de 20 ans d’expérience de direction d’orchestre et c’est précieux. La magie des œuvres musicales se dévoile de fait que petit à petit et c’est au bout de nombreuses répétitions et concerts que l’on arrivera à dévoiler tout leur extraordinaire mystère.
"Mon travail est assez différent avec les différents orchestres avec lesquels je collabore. J’aime bien cette variété. Ainsi lorsque je suis invité pour un concert, j’arrive quelques jours avant et travaille avec l’orchestre dans un seul but, obtenir un beau concert le jour J ; en revanche, lorsque je travaille avec les orchestres que je dirige de manière régulière, la relation est tout autre. Je travaille avec eux beaucoup plus sur la durée, j’essaie de les amener petit à petit là où j’aimerais qu’ils arrivent, en tenant moins compte des prestations intermédiaires. En effet, il faut parfois faire des ajustements au sein de l’orchestre qui rendent à brève échéance l’orchestre peut-être un peu moins bon mais qui vont lui permettre de se développer encore mieux pour le futur".
La rencontre avec le chef d'orchestre est belle mais il est déjà temps de laisser filer Daniel Harding à sa répétition avec Joshua Bell. Alors à bientôt dans une salle de concert!