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National Language Architecture
ou douze ans d'efforts
Trentième anniversaire de SHARE Europe
Synthèse historique par Bernard Chombart
Bernard, est décédé le 2012-02-21
©SHARE Europe (SEAS); publication originale: automne 1992.
Avez-vous remarqué que, lorsqu'une idée est mûre, si cette idée propose une solution correspon-dant à un besoin précis, elle apparaît presque toujours simultanément, à la surface de la conscience collective, au sein de plusieurs cerveaux différents? Ceux-ci comptent probablement parmi les plus doués en matière de créativité, laissant d'autres types de qualités à d'autres individus de la masse des gens.
Quel que soit le domaine d'application, on constate ce phénomène, grâce aux puissants moyens de communication qui caractérisent notre époque. Celui-ci a probablement toujours existé, mais n'a pas été vraiment mis en évidence, à cause de la tendance bien humaine qu'on a, de s'approprier telle ou telle invention, qui n'est en réalité que découverte, liée simplement à un contexte favorable pour son affleurement.
En 1864, l'aluminium est encore une curiosité de laboratoire, (il est beaucoup plus cher que l'argent!), lorsque le français Sainte Claire Deville décide de s'attaquer à sa purification industrielle: appari-tion d'un besoin dont la masse des gens était encore loin de soupçonner l'intérêt. Le monde des chimistes industriels en avait peut-être une conscience latente, mais reculait dans son ensemble, devant la difficulté technique du problème. Mais la solution jaillit brusquement en 1886, simultané-ment en France et aux États-Unis: chacun de leur côté, Héroult, né en 1863 à Thury-Harcourt (Calvados, France) et Hall, né la même année à Thompson (Ohio, USA), mettent au point exactement la même méthode, sans se connaître: il s'agit tout bêtement de la réduction de l'oxyde d'aluminium (bauxite), par l'électrolyse. Une idée simple, en somme; comme il est toujours facile de le dire, après. Or la bauxite est aussi abondante, un peu partout dans la nature, que facile à recueillir. On conçoit qu'un tel brevet a une portée considérable, car il fait tomber le coût du métal pur à peu de chose. La conséquence immédiate ne se fait pas attendre, dès que la nouvelle est diffusée de part et d'autre: les deux «inventeurs» s'attaquent mutuellement en justice. Le procès fut à l'époque retentissant, et mené très soigneusement, compte tenu des énormes intérêts mis en jeu. Et c'est grâce à la qualité des conclusions de ce procès que l'on a pu mettre en évidence, et de façon irréfutable, la parfaite bonne foi des deux parties, et donc a fortiori la totale simultanéité de cette «double» découverte.
Que serait-il advenu si les moyens de communication du siècle dernier avaient été ceux d'aujourd'hui? Qui a vraiment découvert le virus du SIDA? La controverse durera longtemps, on peut le parier. Mais qu'importe? Je postule que toute invention ou découverte appartient à tout le monde, comme les étoiles du ciel.
En informatique aussi, on pourrait se battre (et on le fait d'ailleurs, à grand coups de « copyrights » et de lois prétendument dissuasives), pour la paternité, ou la propriété de tel ou tel logiciel. Mais celles-ci sont beaucoup plus difficiles à prouver que dans le cas des inventions concrètes, car ici la réalisation reste pure abstraction, une fois exclus les divers supports; qui ne sont somme toute que vulgaires emballages. En fait, au-delà du plagiat qui bien sûr existe aussi, tout se passe comme si un signal mystérieux donnait le départ au phénomène d'efflorescence, comme cela se passe au printemps pour la germination. De la matière grise sort l'idée, un peu partout. Et le premier bourgeon apparu n'a intrinsèquemen-t aucune importance particulière.
C'est pourquoi, parmi tous les noms qui seront ici déclinés, il n'est ni souhaitable ni même possible de discerner qui a déclenché l'action, l'une des plus spécifiques et les plus originales de notre Association, qui désormais cherche à protéger les cultures face à la technique informatique. Par delà des motivations, très légitimement beaucoup moins désintéressées, qui restent d'ail-leurs plus que jamais d'actualité.
Jusqu'à des jours récents, en effet, personne n'avait cure des problèmes liés aux jeux de caractères, du moins tant que l'informatique a été seulement l'affaire des informaticiens. Partout dans le monde, les anglophones tiennent le haut du pavé, et nagent dans un bonheur linguistique quelque peu impérialiste. Dans la plupart des cas, leurs entreprises multinationales doivent se plier à l'usage de leur langue. Les autres sont tellement minoritaires que leurs besoins sont encore très loin aujourd'hui de faire tache d'huile au sein de leur propre macrocosme. Du côté non anglophone, on vivait tant bien que mal, le plus souvent sans même s'en apercevoir, comme un malade qui s'accommode de son affection, et s'y habitue progressivement, même dans le cas où il devra en succomber. Bien sûr, on ne disposait primitivement que de majuscules; mais, depuis l'adoption de la machine à écrire, qui est une invention anglo-saxonne, la plupart des gens croient encore fermement qu'on ne doit pas mettre d'accents sur ces majuscules (sauf dans le cas de quelques rares pays). Quant au domaine du traitement informatique des langues autres que l'anglais - que dis-je, de leur simple respect - c'était le néant. J'ai même recueilli naguère du responsable informatique d'un grand centre scientifico-universitaire allemand la réponse que voici: «plutôt que de perdre votre temps à apprendre le français à vos ordinateurs, vous feriez mieux d'apprendre l'anglais à tout votre personnel». Mais je suis prêt à parier que cet ami a dû changer d'avis, depuis qu'il est en poste dans le monde des affaires...
Personne disais-je? Non. Quelques fous et/ou fanatiques illuminés (encore ici et là qualifiés comme tels aujourd'hui), encouragés par quelques chercheurs isolés auxquels il convient ici de rendre hommage, avaient activement anticipé, depuis dix à douze ans, au moins, bien avant qu'on y pense pour le premier micro-ordinateur. Sans l'influence de ces quelques têtes brûlées, la situation actuelle serait bien pire que celle que nous connaissons, où l'on a pourtant à juste titre la sensation que presque tout reste à faire, dès qu'on a eu la curiosité ou le besoin de manipuler un traitement de textes. Et je n'ose pas parler de la recherche dans une base de données, pour peu qu'elle soit un tantinet hétéroclite, ni du tri d'un répertoire un tant soit peu international...
Même si la prise de conscience de tous ces problèmes a été diffuse, car de nombreux organismes les avaient déjà pris en considération, et depuis fort longtemps, il fallait que quelqu'un veuille avec force non seulement les dénoncer, mais surtout s'y colleter pragmatiquement.
Affirmons quand même, et gaillardement, que l'honneur en revient, dès 1979, à SEAS devenue par la suite SHARE Europe,.
Et pourquoi justement SHARE Europe? Tout simplement parce que ses membres constituent une mosaïque diversifiée, héritage des multiples atavismes hétérogènes de la vieille Europe. Elle s'est donc investie du devoir moral de porter cette préoccupation particulière, en prenant conscience que personne d'autre, de par le monde, ne s'en soucierait avant longtemps. Les autres grandes associations «sœurs» ne sont que très peu, ou pas du tout multilingues (en particulier, hélas, aux États-Unis). Quant à G.U.I.D.E. Europe, historiquement beaucoup plus avide de concret immédiatement exploitable (alors que la genèse de SEAS a été plutôt marquée par la technique pure), elle avait adroitement tourné la difficulté depuis longtemps, en se scindant elle-même en «régions» linguistiques, essentiellement pour faciliter son dialogue interne. Ce qui ne l'a pas empêchée de soutenir officiellement notre action, depuis 1985.
On perçoit d'ailleurs bien ici, au passage, comment nous autres, informaticiens (à commencer par les constructeurs!), avons quelquefois tendance à traiter prioritairement nos propres problèmes avant ceux de nos clients... Reconnaissons objectivement que nous leur imposons souvent notre manière de faire, plutôt que de prêter une oreille vraiment attentive à ce qu'ils veulent - au point de prétendre éventuellement qu'ils ne le savent pas eux-mêmes. C'est là, sans aucun doute, une des raisons essentielles qui ont retardé le processus dont il est ici question, avant même toute considération technique ou financière.
L'originalité de notre propre mouvement a été d'apporter la première pression venant directement et officiellement des usagers des systèmes informatisés, face (à travers IBM surtout) aux fournisseurs eux-mêmes, mais aussi par la suite, et de plus en plus, aux nombreuses organisations de standardisation. Et maintenant, nos amis des associations «sœurs» nous apportent depuis quelque temps une synergie appréciable: Notre message, celui d'un tout petit groupe de travail, amplifié parce qu'il est porté par SHARE Europe et l'IUGC , notre message est passé! Et il entraîne même désormais des conséquences appréciables à l'échelle mondiale.
Il faut souligner vigoureusement, si j'ose dire, car la plupart des professionnels eux-mêmes n'en ont pas encore vraiment pris conscience, que cette pression-là a déjà été très fructueuse. Elle a obtenu chez IBM l'écoute attentive des responsables du plus haut niveau. Elle les a conduit à sérieusement amorcer la mise en service de dispositifs dont il serait illusoire de penser qu'on en disposerait déjà, sans elle. Il s'agit là de l'une des principales raisons d'être de nos différentes associations.
Dans cette recherche, commencée par SEAS, de la normalisation cohérente des jeux de caractères, et de la reconnaissance des langues autres que l'anglais, et donc de leur prise en compte effective par les constructeurs (à la tête desquels c'est bien sûr IBM qui montre le chemin), on peut distinguer quatre périodes essentielles. Les trois premières couvrent plus du tiers de l'âge total de SHARE Europe.
D'abord, jusqu'en 1981, ce fut la prise de conscience progressive des problèmes tant logiciels que matériels, que l'avance technologique était sur le point d'induire, dès que l'on sortirait du cadre étroit de l'alphabet latin tout nu. Fait significatif, l'un des principaux déclencheurs de l'action aura été plus encore l'irritation des anglo-saxons expatriés (Martin, Gardner), aux prises avec ces nouveautés, que celle des autochtones, plus habitués à la résignation. Mais parmi ces derniers, des voix de protestataires et de futurologues clairvoyants s'élevèrent également. Ces cris d'alarme étaient suscités indirectement par des amis souvent usagers (Péteul, Mailhol, Kagan), et non nécessairement techniciens, ou membres de SEAS.
L'émergence du nœud gordien de ces multiples problèmes se manifesta graduellement dès 1979 par des remarques pressantes sur les fiches d'évaluation des conférences, et par une requête officielle (N° 088-0680), émanant paradoxalement du Projet OS (maintenant MVS). Par la suite plusieurs présentations furent données, dont la plus ancienne figure dans les minutes du STM80 à Durham; titrée «User's experience with communications», elle est due à Michael MARTIN, et fait état de ses difficultés de l'époque au Danemark, pour respecter les particularités de l'alphabet danois (et aussi de la langue) en milieu informatique, et pour se servir correctement des logiciels et des imprimantes d'IBM. Il y dénonce avec force, en particulier, l'impossibilité d'éviter les surcoûts inadmissibles qui grèvent anormalement les usagers plongés en milieu non anglo-américain. Et avec humour, il concluait (oralement) en raillant le thème officiel «Mixing and matching» pour le qualifier de «Fixing and patching». C'est pourquoi (pour la petite histoire) ce thème a été renommé par la suite «Mixing but not matching».
A la fin de la même année, les choses prenaient de l'ampleur au WPM80 à Anvers, où l'on obtenait, pour répondre à la requête précitée, mais seulement sur un plan purement technique, deux exposés d'IBM (Mr LOIZIDÈS et Mr SCHWINGE), complétant ceux de Michael MARTIN (de nouveau), Birgitt MÖLLENHOF, et Bernard CHOMBART. Le Bureau de SEAS décidait alors d'élever le sujet au niveau des «Top Concerns» , tandis qu'une délégation conduite par le président Kurt BAUKNECHT se rendait auprès de la Direction d'IBM Europe pour le présenter officiellement par la voix percutante de Frédéric ROUX, parmi d'autres; et y proposer la mise sur pied d'une «Task Force» composée de membres de SEAS de divers pays, ainsi que d'un représentant d'IBM, spécialisé et nanti de suffisamment d'autorité.
La seconde période a commencé avec l'institution, par le Président Jens LYNGE, de la National
Character Task Force (NCTF). Ce groupe de travail s'est réuni pour la première fois le 4 Mai 1982 à
Noordwijkerhout, près d'Amsterdam. Ses travaux ont duré trois ans et demi, période couvrant ainsi plus que
largement la présidence de Hagen HULTZSCH. Au cours de nombreuses réunions intérimaires et lors des conférences
ordinaires de SEAS, on faisait la synthèse du travail personnel assigné de commun accord à chacun des membres.
Ce furent initialement: Knud NIELSEN (DK, président), Bernard CHOMBART (F), Michael TäSCHNER (D), et Hubert ICKES (USA,
Kingston).
Cependant, l'action fut quelque peu retardée, car presque dès le début, (après deux réunions), trois membres sur les quatre originaux furent remplacés: Knud Nielsen par Peter GARDNER (DK, nouveau président, GB de nationalité), Michael Täschner par Günther KRYSMANSKI (D), et Hubert Ickes par Jerry ANDERSEN (USA, Kingston). Jerry est un vieux routier des codifications, depuis l'époque primordiale. Il nous a apporté un concours très significatif, étant au courant de toute leur évolution, passée, présente, et des choix qui se présentent pour le futur. Nous lui devons beaucoup. Puis vers la fin, deux nouveaux membres furent acquis à la cause: Anders BERGLUND (CH) et Klaus DAUBE (CH), tous deux issus du Projet «Office Systems». C'est grâce à l'énergie de ce dernier que l'édition du livre blanc «SEAS NCTF White Paper on national character, language and keyboard problems» prit sa forme effective, à partir des nombreux éléments divers déjà longuement travaillés. Il fut enfin déposé par Peter Gardner sur le Bureau de SEAS, alors présidé par Burkhard MERTENS, pendant la conférence AM85 à Zürich.
Cette plaquette se limitait volontairement à un travail descriptif, débouchant sur une requête détaillée, mais à caractère global, sans prétendre aller plus loin que tout ce qui concerne l'alphabet latin et ses extensions (les divers jeux de caractères, et les langues nationales). Elle ne cherchait pas non plus à suggérer des solutions effectives à IBM. Le groupe de travail était en effet parfaitement conscient qu'il faudrait par la suite aller plus loin, mais cette première approche, essentielle pour une grande partie de l'Europe lui apparaissait tout à fait urgente.
Après la diffusion du livre blanc, notamment au sein d'IBM, mais aussi à l'extérieur, une réponse formalisée d'IBM fut rendue par Keith AUSTIN, au cours du SM86 à Heidelberg. Elle reconnaissait l'excellente qualité de ce travail, qualifié par la Direction Générale d'IBM de «remarquable», ainsi que l'importance de cette contribution de notre Association. Elle annonçait essentiellement l'intention d'IBM de prendre en compte officiellement ce travail, dans le cadre de tous les développements ultérieurs, tant en matériel qu'en logiciel.
La troisième période commence paradoxalement par la dissolution de la NCTF, après la publication de notre première plaquette. Mais un petit nombre de personnes averties ressentaient la nécessité de maintenir la pression sur IBM, notamment au sein du Projet «Office Systems». Car, au delà des plus sincères déclarations d'intention, la question essentielle que pose IBM, lorsqu'on lui parle d'un projet, reste celle-ci: «Présentez votre «business-case»; où sont vos clients à court terme?»
C'est sur ces entrefaites que nous avons été invités par le ministère français de la Culture à participer à un colloque international qu'il organisait à Tours, pour le compte du Conseil de l'Europe. Cette manifestation, qui réunissait 42 nationalités, en Mars 1986, avait pour thème «les industries de la langue» et se proposait d'apporter de l'eau au moulin des «enjeux pour l'Europe». Notre livre blanc avait été remarqué par les organisateurs, qui souhaitaient s'en servir comme base de travail concrète, alors que les débats n'avaient guère par ailleurs que de la théorie à se mettre sous la dent, si l'on excepte une présentation classique de produits, due au marketing d'IBM Europe.
Il serait exagéré de prétendre que cette réunion n'ait en elle-même abouti à autre chose qu'à de la dialectique politicienne, se gargarisant de congratulations mutuelles, ou se décochant les sournoiseries habituelles tendant vers je ne sais quels calculs obliques. Du reste, nous n'avons jamais reçu les actes du colloque (tenu juste avant que le ministère ne change de mains), si tant est qu'ils aient jamais été rédigés officiellement.
Mais il s'est trouvé par hasard qu'un délégué du Gouvernement du Québec, présent à Paris pour une toute autre mission, monsieur Pierre CHOUINARD, s'était fait inviter par simple curiosité intellectuelle; et d'emblée, sur la tombe de Ronsard, il est venu me féliciter de la qualité de nos travaux, et me demander si le Québec pouvait se joindre à notre action, car elle correspondait tout à fait aux types de forums que son gouvernement recherchait...
Quelques semaines plus tard, j'eus la chance d'apprendre qu'un représentant IBM du laboratoire NLS de Toronto était en train de parcourir l'Europe pour enquêter sur les doléances linguistiques dans nos différents pays, et qu'il ne tenait qu'à moi de le rencontrer. Je saisis la balle au bond, et m'arrangeai pour y aller en compagnie de monsieur Chouinard. C'est ainsi que nous avons fait connaissance avec Denis GARNEAU, dans une tour de la Défense, chez Maurice GIROD, chargé des produits de PAO à la Direction d'IBM France. Nous n'avons eu aucune difficulté à persuader Denis de tout faire pour devenir un interlocuteur privilégié de notre groupe de travail (alors en sommeil), tandis que Mr Chouinard de son côté faisait le nécessaire pour que le Québec devienne membre de SEAS.
C'est à la suite de ce splendide concours de circonstances que SEAS accueillait à Jersey son premier membre habitant le continent de l'Amérique du Nord, Alain la BONTÉ, et que sous sa forte impulsion - car il n'était venu que pour cela - l'AM86 a vu le groupe de travail se réveiller «en sursaut», d'autant mieux qu'IBM nous avait officiellement délégué Denis Garneau, qui allait par la suite devenir pour nous tous un excellent ami, non seulement extrêmement compétent, mais surtout très efficace. A lui aussi, nous devons beaucoup. La présence active du «Toronto Lab» était la démonstration que les propos de Keith Austin n'étaient pas vains.
À partir de ce moment privilégié, le groupe de travail se montre de plus en plus actif, pendant toute cette troisième période. Au SM87 de Montpellier, il demande à être érigé en Projet à part entière. Mais la nature quelquefois confidentielle de son activité, qui requiert un travail en étroite osmose avec IBM, se prête mal à ce type de forum, habituellement relativement ouvert. Finalement, le Bureau décide de créer une fonction de «Deputy Project Manager», occupée par Alain la Bonté, auprès d'Anders Berglund et Klaus Daube, qui animent le Projet «Office Systems». Car on avait encore tendance à confondre nos préoccupations - toujours les mêmes, couvrant évidemment tout le spectre de l'activité informatique, mais en y ajoutant la dimension culturelle - avec la simple bureautique.
Un peu plus tard, sous la présidence de Sverre JARP, sera décidée la remise sur rails de ce groupe décidément indestructible, sous la forme d'une nouvelle institution officielle de SEAS, celle d'un STWG , dont le leader sera Klaus Daube, qui fait merveilleusement équipe avec Alain la Bonté, Denis Garneau et Jean-Pierre CABANIÉ, avec aussi Kurt NEUENSCHWANDER, le nouveau manager du Projet «Office Systems», ainsi que quelques autres. Quant à votre serviteur, partie prenante depuis les origines, il se cantonne désormais dans une discrète présence d'éminence grise.
Encouragé par une enquête technique auprès des membres (ayant conduit à un taux de participation exceptionnel, et des résultats dépassant toute espérance), le travail se poursuit, et se manifeste par des interventions de plus en plus nombreuses au cours des conférences, mais aussi sous forme de l'activité intensive du STWG. Entre autres, il remet à Robert BETTENDORF, alors Directeur du NLS, lors du SM88, le fameux «Davos requirement» . Cette action déclenchera, après une concertation à Toronto - où l'on se doit de saluer la coopération de SHARE Inc. et notamment d'Edwin HART - la décision du développement des structures dites CDRA; tandis que se prépare déjà chez nous un second document, à caractère encore nettement plus revendicatif, poussés que nous sommes par nos amis et partenaires d'IBM eux-mêmes. En tête, saluons Ted SASALA, qui a toujours soutenu le STWG depuis qu'il est Directeur du NLS, et nous a assuré la coopération d'éminents observateurs et spécialistes, à chacune de ses nombreuses visites participatives.
En même temps, SHARE Inc. vient opérer en 1989 sa jonction avec SEAS, avec le concours précieux d'Ed Hart, l'animateur de la Commission ÆCS , qui (très schématiquement) s'était donné pour but de faire avancer les choses à SHARE en matière de jeux de caractères, avant de devenir ÆILS, pour étendre elle aussi ses activités aux problèmes induits par les langues. Parallèlement, SEAS, qui devient SHARE Europe en Janvier 1990, se rapproche de l'ISO , (dont Alain la Bonté est un représentant officiel du Canada, et Ed Hart des États-Unis).
Le STWG met son grain de sel, sur un ton plutôt ferme, dans la querelle qui oppose le standard de facto UNICODE (co-développé et adopté par plusieurs constructeurs) avec celui que l'ISO discute actuellement sous le code DIS 10646, et qui sera sans aucun doute voté et promulgué très prochainement. A l'heure actuelle, il semble bien que nous ayions déjà obtenu un consensus très prometteur, l'ISO étant sur la voie d'intégrer UNICODE au sein du 10646. Pour les non initiés, ce point est essentiel, car ce standard universel est en toute certitude celui qui gouvernera, dans l'avenir, l'ensemble de la technologie informatique mondiale, en matière de traitement des caractères, quels qu'ils soient (jusqu'à l'arrivée des prochains extra-terrestres, a écrit récemment quelqu'un dans un compte-rendu).
Enfin, en Septembre 1990, sous la double présidence de SHARE Europe et de l'IUGC par Iain STINSON, est publié à la Défense près de Paris, berceau de SEAS, le second Livre Blanc émis dans ce domaine par SHARE Europe, intitulé NATIONAL LANGUAGE ARCHITECTURE. Car c'est ni plus ni moins de l'avènement d'une remise en cause globale de la technologie informatique qu'il s'agit, dans la mesure où, comme le déclare le frontispice «La technologie a le devoir de promouvoir la culture, et non de la détruire». Ce document est principalement dû à la remarquable puissance de travail de Klaus Daube, mais il est aussi co-signé par Alain la Bonté, Jean-Pierre Cabanié, Bernard Chombart, Peter Gardner, Denis Garneau, Edwin Hart, Kurt Neuenschwander, Daniel Pellet, Otto Stolz et Johan van Wingen. Cette fois-ci, le texte ne se contente plus de décrire, de façon plus détaillée, certains des problèmes dénoncés en 1985, mais avance des propositions de solutions concrètes, dont la plupart ont déjà été mises à l'épreuve en milieu expérimental par l'un ou l'autre des rédacteurs. Ainsi, les propositions de ce nouveau livre blanc sont certifiées viables, mais surtout considérées comme nécessaires, et cohérentes avec les efforts par ailleurs déployés en matière de standards internationaux.
Et la quatrième période? Eh bien c'est celle qui vient juste de commencer. Denis Garneau a passé la main à Marty MARCHYSHYN. Chaque jour qui passe amène son lot de nouvelles, d'espérances mais aussi de déceptions. Comme il a été déjà dit, presque tout reste à construire dans ce domaine, où au premier abord tout semble inextricable. C'est pourquoi il est essentiel que ceux d'IBM qui sont chargés de préparer l'avenir puissent compter en toute certitude sur l'appui de ses partenaires que nous sommes, et subissent une pression de plus en plus forte de ses clients que nous représentons.C'est aussi pourquoi le petit STWG «NLA» doit pouvoir compter sur le soutien chaleureux de tous les membres de SHARE Europe, qui ont à considérer notre action, même s'ils n'ont pas le temps d'y participer directement, comme leur affaire personnelle. A cet égard, notre enquête précitée a été encourageante, mais il faut aller plus loin. Il y a encore de nombreuses et féroces résistances à vaincre, notamment en matière d'investissements par tous les constructeurs, IBM en tête.
C'est ainsi seulement que nous pourrons davantage rayonner, essaimer, et impliquer encore beaucoup plus les autres Associations membres de l'IUGC. Notre président du trentième anniversaire, Barry LANDY, est par chance polyglotte et parfaitement conscient de l'enjeu, aussi bien à court terme que pour ce qui concerne le futur plus lointain. Profitons-en, et nantissons-le d'une forte puissance d'expression auprès des autres présidents, ses collègues.
Il faut faire en sorte que notre message, qui semble être bien passé, soit en permanence complété, et prolongé le plus tôt possible de réalités concrètes.
Bon anniversaire, mes amis!
4 STM: Spring Technical Meeting - WPM: Winter Project Meeting - Depuis 1982, SEAS n'organise plus chaque année que deux conférences, dont la structure du programme est généralisée: le SM au printemps, et l'AM (Anniversary Meeting) en automne.
8 Special Technical Working Group: Structure officialisée en 1987, dans le but de traiter des problèmes importants, dans un cadre bien délimité, et couvrant souvent le champ d'activité de plusieurs Projets différents.
9 Cette requête, à caractère générique indépendant de tout produit, est la première qui ait été acceptée telle quelle. Ceci constitue une première dans l'histoire du dialogue entre IBM et ses interlocuteurs.