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Les autorités nippones sont confrontées à un problème massif, alors que la centrale de Fukushima Daiichi (nord-est du pays), ravagée par la triple catastrophe séisme-tsunami-accident nucléaire de mars 2011, produit chaque jour quelque 100'000 litres d'eau contaminée.
Au point qu'environ 1,33 million de tonnes de cette eau, issue de la pluie, des nappes souterraines ou des injections nécessaires pour refroidir les coeurs des réacteurs nucléaires entrés en fusion en 2011, sont aujourd'hui stockées sur le site de la centrale, bientôt arrivé à saturation.
L'opérateur Tepco et le gouvernement japonais veulent rejeter - après traitement et dilution à l'eau de mer - cette eau dans l'océan à un kilomètre des côtes, via un conduit sous-marin construit pour cet usage.
La filtration permet d'éliminer de l'eau la plupart des radionucléides qu'elle contient, à l'exception du tritium, et ils affirment que celle-ci ne sera pas différente des eaux régulièrement rejetées par d'autres centrales nucléaires, un point de vue partagé par certains experts.
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a approuvé ce plan du gouvernement japonais et son chef Rafael Grossi a assuré que l'agence onusienne surveillerait les opérations.
Impact "négligeable"
Le gouvernement japonais et Tepco sont néanmoins confrontés à des inquiétudes et critiques persistantes, certains soulignant les erreurs commises lors de l'accident de 2011 comme motifs de méfiance. L'organisation Greenpeace a ainsi été l'une des voix les plus critiques contre ce projet, accusant le gouvernement d'avoir "minimisé les risques de radiation".
Les voisins du Japon, de la Chine aux pays du Pacifique, ont également exprimé des inquiétudes et les communautés locales de pêcheurs craignent que leurs années d'efforts pour rétablir la confiance des consommateurs ne soient anéantis. Les douanes chinoises ont annoncé vendredi qu'elles allaient interdire les importations de denrées alimentaires en provenance de dix préfectures japonaises.
Pour tenter de faire évoluer l'opinion au Japon et en-dehors, le gouvernement nippon n'a pas ménagé ses efforts, invitant des délégations et des médias à la centrale de Fukushima, où ils ont pu s'arrêter devant des bassins d'eau traitée et diluée où nagent des poissons - une expérience diffusée sur YouTube.
Des séances d'information technique ont également été organisées pour des voisins comme la Corée du Sud, mais Tokyo a souligné que les invitations à la Chine étaient restées sans réponse. L'élément-clé de cette campagne nippone est sans doute le rôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui a approuvé le rejet et surveillera sa mise en oeuvre.
Le gendarme nucléaire, dont le chef Rafael Grossi est actuellement en visite au Japon, a déclaré mardi que le projet japonais "satisfait aux normes internationales de sûreté" et aura un impact "négligeable sur la population et l'environnement".
Craintes des pêcheurs locaux
L'aval de l'AIEA "peut rassurer non seulement la population japonaise, mais aussi la communauté internationale. C'est l'étalon-or", a déclaré Shinichi Sato, du ministère nippon des Affaires étrangères.
Le rejet n'en demeure pas moins controversé, le secrétaire général du Forum des îles du Pacifique, Henry Puna, ayant notamment demandé le mois dernier "plus de temps et une abondance de précautions". Et si Séoul a tempéré son opposition à la faveur du réchauffement de ses relations diplomatiques avec Tokyo, les prix du sel ont grimpé en flèche en Corée du Sud ces dernières semaines sur fond de craintes de contamination.
Pour les pêcheurs, qui ont subi des années de suspicion malgré les tests approfondis effectués sur leurs prises, "l'atteinte à la réputation (de leurs produits) est la plus grande préoccupation", a déclaré un porte-parole de la Fédération des coopératives de pêche de Fukushima.
"Il y a encore des inquiétudes à la fois dans le pays et à l'étranger (...) et nous voulons que le gouvernement en fasse plus", a-t-il ajouté. Le ministère japonais des Affaires étrangères dit comprendre que le rejet, qui devrait s'étaler sur plusieurs décennies, "nécessite beaucoup d'explications. Et nous sommes prêts à le faire", assure Shinichi Sato.
agences/vajo