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Entretien avec Tamer Aboalenin, correspondant à Genève de la Kuwait News Agency
Tamer Aboalenin travaille pour la Kuwait News Agency à Genève. Il nous parle de son travail, des sujets qu'il couvre et de sa vision de l'évolution de la couverture médiatique de la Genève internationale.
Janvier 2014
Tamer Aboalenin travaille comme correspondant pour la Kuwait News Agency (KUNA) à Genève, couvrant l'actualité onusienne et suisse. Son bureau est situé au cinquième étage du Palais des Nations.
Les dépêches et articles de KUNA sont publiés dans tous les pays arabes, ainsi que dans le reste du monde via son service anglophone. Plus grande agence de presse du monde arabe, KUNA compte 33 bureaux dans le monde entier (Europe, États-Unis, Moyen Orient et Asie).
Dans cet entretien, Tamer Aboalenin nous parle de son travail, des sujets qu'il couvre et de sa vision de l'évolution de la couverture médiatique de la Genève internationale.
Depuis quand travaillez vous pour la Kuwait News Agency?
Je travaille pour la Kuwait News Agency depuis 2009. Cela fait donc cinq ans et je suis très content de ce travail! Cela dit, je vis en Suisse depuis 1998. J'habitais Burgdorf lorsque je suis arrivé en Suisse mais j'ai visité Genève cette même année!
Que faisiez-vous avant de travailler pour la Kuwait News Agency?
J'ai travaillé, toujours à Genève, pour plusieurs médias arabes, notamment Al Hayat et la radio du Koweït. Je couvrais la Suisse et la Genève internationale. J'ai également travaillé pour le service arabe de Swiss Radio International (aujourd'hui Swissinfo), la BBC et Al Jazeera.
Depuis quand la Kuwait News Agency a-t-elle un bureau à Genève?
Kuwait News Agency a un bureau à Genève depuis 1989 du fait que Genève est un centre très important où de nombreuses organisations internationales ont leur siège. Pour moi, Genève c'est un peu la cuisine du monde. On y traite de questions commerciales, d'économie, de télécommunications, de santé, de questions humanitaires, d'environnement, de météorologie, de développement, de droits de l'homme et d'autres sujets importants. C'est aussi une ville unique en son genre car c'est ici que s'expriment différentes opinions, celles du Nord, du Sud, de l'Est, de la société civile, des gouvernements, etc. On voit très bien comment des décisions d'importance décisive pour le monde sont prises.
Quelle est la taille du bureau de la Kuwait News Agency à Genève?
Le bureau, c'est moi! Avec les e-mails, Internet et tous les nouveaux outils de communication, on peut faire bien plus qu'auparavant.
Vous concentrez-vous uniquement sur la Genève internationale?
Je couvre à la fois la Genève internationale et la Suisse. En ce qui concerne la Suisse, nous nous concentrons sur l'économie ainsi que sur des questions politiques, culturelles et scientifiques. En 2014, nous ferons une série de sujets sur les parcs nationaux en hiver, une autre sur la chasse et une autre encore sur les grottes les plus connues. Ce genre de sujets a beaucoup de succès dans le monde arabe! Nous donnons aussi beaucoup d'écho à l'EPFL et à l'EPFZ qui font toutes deux un travail magnifique. Mais je consacre l'essentiel de mon travail à la Genève internationale.
Quels sujets de la Genève internationale couvrez-vous?
Le Conseil des droits de l'homme étant basé à Genève, nous nous intéressons particulièrement aux questions liées aux droits de l'homme. Mais nous couvrons également le commerce (avec la CNUCED et l'OMC), les questions climatiques et météorologiques (avec l'OMM), la santé (avec l'OMS), les migrations et les réfugiés (avec le HCR et l'OIM) et les télécommunications (avec l'UIT). Toutes ces organisations font un travail très important. La CNUCED, par exemple, publie des rapports qui sont très utiles à notre public. Il en va de même pour l'UIT car les télécommunications font partie et ont un impact sur notre vie quotidienne.
Nous publions des dépêches mais aussi des articles de fond. L'avantage d'être basé à Genève c'est que toutes les informations sont disponibles sans devoir aller sur le terrain.
Combien de papiers écrivez-vous chaque semaine?
Cela dépend. Les articles de fond prennent plus de temps, je dirais que je réalise, en moyenne, deux articles de fond par semaine sur la Genève internationale comme sur la Suisse. Nous publions aussi des actualités quotidiennes qui sont plus courtes. En moyenne, je publie quatre sujets d'actualité par jour aussi bien sur la Genève internationale que sur la Suisse. Je fais aussi des présentations de livres parus en Suisse ou disponibles à la bibliothèque de l'ONU.
Comment voyez-vous l'évolution de la couverture médiatique de la Genève internationale?
C'est, à mon avis, en augmentation. Toutes les grandes agences sont présentes ici, comme par exemple l'AFP, AP ou ITAR-Tass. D'autres médias et d'autres journalistes viennent également à Genève, comme les médias chinois, parce qu'ils veulent se faire leur propre opinion sur ce qui se passe à ici. Il en va de même pour mon agence. Nous nous intéressons à des sujets qui ne sont pas nécessairement couverts par les grandes agences. En tant que média arabe, nous pouvons couvrir des questions différentes où aborder certainses questions sous un angle différend. Les conséquences de décisions prises à Genève peuvent se manifester différemment suivant les régions ou les pays.
La Kuwait News Agency a-t-elle des correspondants dans d'autres villes internationales?
Nous avons un bureau à New York qui couvre l'ONU et un à Vienne pour l'ONU et l'OPEP. Nous avons également des bureaux dans tous les pays arabes et dans différentes capitales européennes, en Russie, en Chine, au Japon, en Iran, aux États-Unis, en Malaisie, etc.
Quelle est votre journée type?
Mes journées commencent entre 5 et 6 heures du matin en raison du décalage horaire avec le Koweït, qui a deux heures d'avance sur nous. Je débute ma journée en consultant l'agence pour savoir quels sont les sujets à couvrir et ensuite je commence à écrire mes dépêches et mes articles. Les mardis et vendredis il y a le point presse de l'ONU et ces deux jours sont consacrés aux questions onusiennes. Les autres jours sont plus souples et dépendent de ce que nous recevons des organisations onusiennes. Ces jours-là, j'essaie également de travailler sur des articles et des sujets de fond qui prennent plus de temps.
Quoi qu'il en soit, j'essaie toujours de mettre en contexte les situations sur lesquelles j'écris. Nos clients sont les médias du monde arabe mais aussi le public arabe au sens large. Je pense donc qu'il est important de mettre en contexte, en analysant par exemple les retombées d'une décision sur le monde arabe. Je comprends qu'aujourd'hui on pense et réfléchit en phrases courtes comme sur Facebook et Twitter, mais il est selon moi important de fournir davantage de substance afin que le public comprenne une question, ses causes et ses implications.
Votre prochain sujet?
Il portera sur le Forum économique mondial (WEF) ainsi que sur les négociations dites de Genève 2. Je ferai aussi un article de fond sur le monde avant et après Genève 2, car cette conférence touche à l'avenir de notre région.
Votre dernier sujet?
A nouveau sur Genève 2 et la situation actuelle, caractérisée par deux constantes et six points de vue. C'est mon analyse. Les deux constantes sont la situation humanitaire catastrophique et l'accord de Genève. Les six positions sont celles des gouvernements russe, américain, syrien, iranien, des pays du Golfe et de l'UE.
Vos impressions sur la vie et le travail à Genève?
Je vis à Berne, mais je viens presque tous les jours à Genève en train. Je vis à Berne parce que la vie à Genève est chère et parce que je couvre aussi l'actualité suisse. Berne a une position très centrale et on peut facilement se rendre à Zurich, à Bâle ou ailleurs. Si on se concentre uniquement sur la Genève internationale, mieux vaut vivre à Genève, mais pour couvrir également l'actualité suisse, Berne est une bonne base. Cela ne me dérange pas de prendre le train, je peux y travailler et les correspondances sont très bonnes.
Genève est un mélange de différentes choses. On y trouve le monde entier: les personnes aisées, les marxistes, les libéraux, les militants des droits de l'homme, les gouvernements, etc. C'est une ville multiculturelle: il y a tant de cultures et de nationalités différentes présentes ici et vivant en paix les unes avec les autres!