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Serge Voisard, peintre prévôtois
Serge Voisard (1913-1996)
En 1932 il obtient son brevet d'enseignant et devient instituteur.
Exposition à Moutier en 1938, 1939 et en 1946.
En 1957 il est nommé maître de dessin à l'école normale de Delémont.
Il n'est évidemment pas le seul artiste-peintre à qui l'on pourrait attribuer ce titre de «peintre prévôtois». Mais il est assurément celui à qui cette« appellation contrôlée » convient le mieux. Pourtant, Serge Voisard n'est pas né à Moutier. Il y est venu d'Ajoie son pays d'origine et de naissance en mars 1935. Il venait, en effet, d'être nommé en qualité de maître de dessin - et d'autres branches - à notre école secondaire. Enthousiaste, plein d'entrain, pétri de talent, il a su emballer ses élèves et provoquer chez certains cette volonté qui conduit au professionnalisme en art.
Mais ce n'est pas tout. Dès son arrivée à Moutier, Serge Voisard entra en contact et tout de suite en amitié avec un autre «cinglé» de peinture mon regretté frère Charles, hélas décédé en 1948. Ensemble, Voisard et Robert groupèrent autour d'eux tout ce qui, à Moutier, aimait dessiner et peindre. Ce fut, en 1938, la création de la Société des peintres et sculpteurs prévôtois, avec la première exposition. Treize artistes y présentèrent leurs oeuvres. Voici leurs noms, par ordre alphabétique Walter Aebischer, Fritz Boegli,.Ernest Boesiger, César Créa, Walter Fürst, Henri Germiquet, Jacques Kienzle, Frédy Laufer, Hélène Moser, André Nicolet, Charles Robert, Mariette Sauvain et Serge Voisard. Ce n'était pas, on s'en doute, une exposition de première qualité. Certains des artistes étaient vraiment des amateurs. Mais l'enthousiasme, la joie de créer et aussi de se rencontrer entre amis fit merveille. Ces expositions - car il y en eut d'autres après celle de 1938 - attiraient à l'Hôtel de la Gare, puis au Foyer, tout ce qui, à Moutier, s'intéressait aux arts. Pour cela aussi Serge Voisard mérite notre reconnaissance.
C'est ce bouillonnement qui a permis, quelques années plus tard, la création du Club Jurassien des Arts puis de son Musée Jurassien des Beaux-Arts. Je ne saurais l'oublier. Mais tout cela ne nous dit rien du talent de Voisard. Qui est-il en peinture et que veut-il ? C'est tout d'abord un parfait individualiste, peu sujet aux emballements en matière de style. Elève de Nicolet, en son temps professeur de dessin et de peinture à Porrentruy. Voisard s'est fabriqué un style personnel.
Entre mille oeuvres, nous saurions reconnaître un Voisard. Ses sujets, il ne va pas les chercher très loin. Il les trouve tout naturellement à Moutier et dans le Jura. Comme un bon artisan, il travaille ses huiles, ses aquarelles et ses dessins, honnêtement, sans chercher de midi à quatorze heures. Je ne dis pas que cette manière d'approcher la peinture soit la seule, ni même qu'elle soit la meilleure. Mais c'est là le style de Serge Voisard. Et il y excelle.
De nombreuses familles prévôtoises ont accroché dans leur appartement une ou plusieurs oeuvres de notre «peintre prévôtois». Moutier, vue d'une des fenêtres de l'ancienne école secondaire - aujourd'hui Hôtel de Ville - La ville croquée de la nouvelle école secondaire ou d'un des points de vue nombreux entourant Moutier. On ferait, de tous ces tableaux et tableautins, une grande exposition de la gloire de notre ville. Et l'on en ferait autant des villages voisins ou des Franches-Montagnes.
Il a également illustré des livres d'école et des palettes de poésie. Signalons, dans ce domaine, «Hiver Gaillard», une réussite toute particulière. Serge Voisard y a illustré des poèmes d'Henry Devain et rarement, sans doute, l'illustration colle au texte de façon aussi parfaite. Il y aurait beaucoup à dire encore sur notre peintre et dessinateur prévôtois. Curieusement, Serge Voisard, dont l'influence sur la jeunesse était - et est sans doute encore importante, même si le maître d'école a pris sa retraite - un personnage peu influençable en art. Il reste fidèle à lui-même, peu soucieux de savoir si cela plait à certains de ses amis ayant subi fortement l'attrait de l'art abstrait. A chacun de nous de dire ou de penser s'il a tort ou raison.
Max Robert, 25 février 1982