Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07078.jsonl.gz/1106

En ces temps de déconvenues bancaires et boursières généralisées, quoi de mieux qu’un film nous rappelant les heures de gloire d’un boursicoteur de Wall Street ultra-matérialiste ? Avant les requins de la finance des années 2000 (Madoff, Kerviel), il y avait le loup Jordan Belfort des nineties. Son terrain de chasse: l’Amérique et ses actionnaires faisant office d’agneaux ou de pigeons, c’était selon. Grâce à une technique financière illégale, mais extrêmement rentable, Jordan Belfort s’est enrichi rapidement. Au plus fort de sa réussite, il engrangeait près de cinquante millions de dollars par année, s’habillait pour des milliers de billets verts, habitait une luxueuse propriété de Long Island, roulait en voitures de luxe, naviguait en yacht, volait en hélicoptère et consommait une quantité astronomique de drogue et de filles de joie. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il est arrêté par le FBI en 1998, condamné par la suite à 22 mois de prison ferme; une peine allégée pour avoir dénoncé ses anciens associés.
Le rêve américain de la bourse
Avant d’être portée à l’écran, l’histoire de Jordan Belfort fut d’abord une autobiographie écrite en prison par le courtier, alors qu’il purgeait sa peine entre 2004 et 2006 pour détournements de fonds et blanchiment. Peut-être en hommage au self-made man américain, Leonardo Dicaprio et Martin Scorsese se sont empressés d’acheter les droits de son premier livre (dont une suite est parue), avant même la date de sa sortie en 2007. Enfant de la classe moyenne né dans le Queens en 1962, Jordan Belfort y raconte ses débuts dans la finance, jusqu’à la fondation de sa société de courtage financier « Stratton Oakmont » en 1989, tout juste un an après son arrivée à Wall Street.
Le principe de réalité
Si Jordan Belfort s’est toujours défendu en prétextant voler l’argent des riches, la réalité est plus sordide. Dans l’ombre de son mode de vie résolument hédoniste vivaient des retraités et des petits actionnaires oubliés par le film. Ruinés par les agissements de «Stratton Oakmont», certains d’entre eux peinent à se relever encore aujourd’hui, comme le révèle Diane Ryygert, avocate de quelques-unes des victimes, en parlant d’un fermier du Texas : «Il a commencé petit. L’argent rentrait, alors il est allé dans une banque. Il a emprunté et il a envoyé le tout par FedEx à New York ». L’introduction en bourse des capitaux du fermier et leur manipulation fera le reste… En 2014, Jordan Belfort devra finir de rembourser 1’500 clients lésés, à hauteur de 100 millions de dollars. Assurant ne toucher aucun droit sur le film, ni sur la vente de ses deux livres, il donne des séminaires sur les stratégies de ventes facturés à 30’000 dollars de l’heure.