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Il y a un an, le président azerbaïdjanais a commencé à parler du retour des réfugiés azéris en «Azerbaïdjan occidental», un terme développé et mis en circulation pour désigner le territoire de la République d’Arménie.
En août 2022, l’Union azerbaïdjanaise des réfugiés, existant depuis 1989, a été rebaptisée «Communauté de l’Azerbaïdjan occidental». Selon les fondements idéologiques de l’organisation, tout le territoire de l’Arménie est considéré comme un territoire azéri historique où les Azerbaïdjanais ont toujours été numériquement dominants avant d’en être expulsés. Le chef de la structure est Aziz Yusif oglu Alakbarov, député, membre du parti au pouvoir, né dans la région de Vedi en Arménie soviétique en 1960 et établi à Bakou en 1988.
L’organisation a préparé une liste de 100’000 azerbaïdjanais qui devraient retourner sur « leurs terres ancestrales ». Dans cette liste les noms des villes et villages d’Arménie sont représentés par de faux noms azerbaïdjanais.
En décembre 2022, Ilham Aliev s’est personnellement rendu dans les locaux de l’organisation pour se familiariser avec les travaux. À cette occasion, il a déclaré que les droits des membres de la communauté de l’Azerbaïdjan occidental expulsés illégalement de l’Arménie devraient être rétablis. Selon Alakbarov, l’organisation défendrait les droits des Azerbaïdjanais « qui ont été victimes de déportations, de génocide et de nettoyage ethnique par les Arméniens et leurs sponsors, et de leurs descendants sur les terres ancestrales de l’Azerbaïdjan occidental au cours des 20 dernières années. »
Le 10 janvier de cette année, dans une interview accordée aux médias azerbaïdjanais, Aliyev a réitéré sa demande du retour en Arménie des Azerbaïdjanais occidentaux. Le 16 mars, il a soutenu les mêmes thèses lors du sommet de l’Organisation des États turcs en accusant l’Arménie d’être un État mono-ethnique.
Naturellement, les médias azerbaïdjanais diffusent ces thèses sans relâche et la télévision nationale prépare régulièrement des reportages sur l’«Azerbaïdjan occidental», en présentant les monuments d’Erevan comme faisant partie de la culture azerbaïdjanaise.
La falsification de l’histoire prend désormais des dimensions industrielles en Azerbaïdjan. L’Académie nationale des sciences a récemment ouvert trois départements qui étudient l’histoire de l’«Azerbaïdjan occidental».
Toutes ces démarches prouvent que l’Azerbaïdjan a des prétentions sérieuses sur le territoire souverain de l’Arménie et tente de convaincre la communauté internationale du bien-fondé de celles-ci.
En janvier 2023, la Communauté de l’Azerbaïdjan occidental s’est adressée au Secrétaire général des Nations-Unies, en demandant que le gouvernement arménien crée les conditions pour le retour sûr et digne des Azerbaïdjanais dans leurs foyers avec le soutien de la communauté internationale. Plus tard, une lettre similaire a été envoyée à Charles Michel, président du Conseil européen.
En mars de cette année, l’organisation a présenté au Secrétaire général de l’ONU le concept du retour pacifique, sûr et digne des Azerbaïdjanais en soulignant qu’elle ne faisait pas confiance à l’Arménie en termes de sécurité et qu’il était nécessaire de déployer dans les zones concernées une mission de sécurité internationale composée de forces de pays tiers fiables dotées de pouvoirs administratifs et de policiers et que les Azerbaïdjanais devraient avoir la possibilité de créer des forces de sécurité locales et d’être représentés dans le système judiciaire. Dans ce plan de retour, plusieurs points liés à la langue, au droit de propriété et à d’autres questions étaient également évoqués.
En août dernier, ladite organisation a envoyé une nouvelle lettre au Secrétaire général des Nations Unies dans laquelle il est indiqué que « l’Arménie refuse de dialoguer sur la question du retour des Azerbaïdjanais expulsés de ce pays et exclut leur droit de retour ». Elle appelle le Secrétaire général de l’ONU à « faire usage de son influence sur l’Arménie pour qu’elle remplisse ses obligations et à envoyer une mission spéciale de l’ONU en Arménie pour aider au processus de retour ».
Par ailleurs, des lettres ont été envoyées à Human Rights Watch et à Amnesty International, demandant leur soutien pour « restaurer les droits des Azerbaïdjanais bafoués suite à la politique de nettoyage ethnique menée par l’Arménie. »
Ces derniers mois la question du retour des réfugiés azerbaïdjanais semble avoir été mis à l’ordre du jour des négociations arméno-azerbaïdjanaises sous l’égide de hauts responsables américains, européens et russes. En effet, « la protection mutuelle des droits des minorités ethniques dans les deux pays conformément aux normes des conventions internationales » figurent dans les différentes déclarations diffusées suite aux derniers rounds de pourparlers tenus à Bruxelles et à Moscou.
Les responsables arméniens, quant à eux, ont réfuté la tenue de discussions à ce sujet. Dans sa réponse écrite aux questions de plusieurs médias, le Ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a signalé que la garantie des droits et de la sécurité des Arméniens du Haut-Karabagh, peuple autochtone de la région, est une question complètement différente et ne peut en aucun cas être liée à d’autres sujets, notamment aux droits des citoyens résidant en Arménie prévus par les obligations internationales et pleinement assurés par l’Arménie.
Lors de sa conférence de presse du 25 juillet 2023, le Premier ministre Nikol Pashinyan a admis que l’Azerbaïdjan avait mis à l’ordre du jour la question du retour des Azerbaïdjanais en Arménie comme une contre-demande à celle relative aux droits et à la sécurité des Arméniens du Haut-Karabagh. La partie arménienne aurait répondu que le sujet des Azerbaïdjanais qui vivaient autrefois en Arménie n’est pas équivalent à celui des Arméniens du Haut-Karabagh mais, si un tel sujet existe, alors il équivaut à celui des Arméniens chassés de Bakou, de Sumgaït, de Gandja etc. « Nous disposons de nombreuses preuves selon lesquelles les Azerbaïdjanais d’Arménie sont partis volontairement, notamment en vendant leurs appartements ou en recevant une compensation du gouvernement de la République d’Arménie. […] Mais lorsque les pogromes ont eu lieu à Bakou, à Sumgaït et ailleurs contre les Arméniens, ces derniers ont dû fuir, même à moitié nus, pour sauver leur vie. L’Azerbaïdjan peut développer de nombreux récits, mais nous tenons à notre position que nous pensons légitime et fondée[…] » a ajouté le Premier ministre.
Il convient de noter qu’avant la guerre de 44 jours en 2020, le terme «Azerbaïdjan occidental» était à peine utilisé en Azerbaïdjan. La création et la mise en circulation d’un récit autour de ce terme auprès des instances internationales doivent être considérées comme faisant partie intégrante de la politique plus vaste du gouvernement azerbaïdjanais visant à anéantir l’État arménien.