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Elles exercent leurs activités dans le monde entier et sont pourtant largement méconnues du grand public : les réassurances. Comment fonctionne exactement le modèle économique de Swiss Re et Co. ? Et pour quelles raisons, les « assureurs des assureurs » arrivent-ils aussi à leurs limites avec la crise du coronavirus ? Voici quelques-unes des réponses les plus importantes sur ce sujet.
1. A quoi servent exactement les réassurances ?
Les réassurances assurent les assurances. Leur modèle économique repose sur la répartition des risques à l’échelle mondiale. Le principal objectif des compagnies de réassurance consiste dans le fait de couvrir les risques locaux en les répartissant sur le marché financier mondial. Les réassurances soutiennent les assureurs directs puisqu’elles prennent en charge une partie de leurs sinistres et contribuent ainsi à la stabilisation de leurs résultats. Par ailleurs, elles assument des fonctions de conseil auprès des entreprises et des gouvernements qu’elles aident à identifier les risques en amont et à les maîtriser. Les réassurances n’ont en principe pas de contact direct avec les personnes ou les entreprises assurées. C’est la raison pour laquelle, elles sont largement méconnues en Suisse, à l’exception de la Swiss Re.
2. Qu’est-ce qui est à l’origine de la réassurance ?
Des catastrophes majeures sont à l’origine de ce concept. La destruction de villes entières par le feu au 19e siècle a créé le besoin d'une plus grande garantie. L’incendie de Hambourg en 1842 qui a détruit en quelques jours plusieurs quartiers de la vieille ville a été l’un des événements fondateurs de la Kölnische Rück quatre années plus tard seulement. La Société suisse de réassurance aussi, l’actuelle Swiss Re, a été créée en 1863 après un énorme incendie à Glarus deux ans auparavant.
3. Tous les risques peuvent-ils être couverts par le biais de la réassurance ?
En principe, les réassurances peuvent couvrir tous les sinistres proposés dans les portefeuilles des assureurs directs. Il y a cependant des risques que ni les assureurs directs, ni les réassureurs n’acceptent de couvrir. Il s’agit généralement de risques majeurs pour lesquels il est évident que les dommages attendus seront non seulement considérables, mais qu’il est aussi pratiquement impossible de les empêcher. L'amiante en est un exemple bien connu : les dommages causés par l'amiante sont presque systématiquement exclus des couvertures en Suisse. Les risques nucléaires ne peuvent guère être assurés non plus.
4. Quelle est l'influence de la crise du coronavirus sur la réassurance ?
La crise économique provoquée par la pandémie du Covid-19 touche les réassureurs principalement en termes de performance de leurs placements en raison de la chute des cours des actions dans le monde entier. À l’heure actuelle, les effets sur les assureurs et les réassureurs ne sont pas encore quantifiables. Des pans entiers de l’économie se retrouvent temporairement hors service du fait de la propagation rapide du coronavirus, ce qui a naturellement aussi un impact sur les compagnies d'assurances. En d’autres termes : si les entreprises génèrent un chiffre d'affaires moindre, voire font faillite, le marché de l'assurance se rétrécit en conséquence - ce qui se répercute inévitablement sur les réassurances.
5. En 1936, les assureurs de choses en Suisse ont introduit un Pool de sinistres pour les dommages naturels, ce dont l’ensemble de la population bénéficie. Pourquoi n'y a-t-il pas de pool pour les pandémies ?
En effet, grâce au Pool des dommages naturels, la plupart des bâtiments et des biens meubles en Suisse sont couverts en cas de dommages liés aux forces de la nature. En revanche, presque personne n'est assuré contre une pandémie. Le problème réside dans l'absence de péréquation des risques : les catastrophes naturelles peuvent être amorties par les compagnies d'assurance car elles se produisent uniquement dans certaines régions. Une pandémie, en revanche, touche tous les segments de clientèle - simultanément et dans le monde entier. De tels événements extrêmes ne peuvent pas être diversifiés à l'échelle mondiale. Néanmoins, des discussions sont actuellement en cours dans de nombreux pays sur la manière dont la pandémie actuelle pourrait être gérée du point de vue actuariel. Malheureusement, aucune solution appropriée n'a encore été trouvée.
6. Les réassurances s’occupent des risques dits émergents (emerging risks). De quoi s’agit-il ?
Les risques émergents (emerging risks) sont des risques nouveaux ou jusqu’à présent inconnus qui affichent une évolution dynamique et qui, dans le meilleur des cas, ne sont que partiellement identifiables ; leur coût est de ce fait difficilement estimable. Il s’agit notamment des cyberrisques, des pandémies, de la nanotechnologie, de l’Internet des objets ou du changement climatique. Les réassurances investissent dans le monde entier beaucoup de temps, d’argent et de ressources afin d’être en mesure de prendre en compte ces risques émergents. Plus elles y arriveront, plus il sera possible de prévenir les risques associés ou tout au moins de les limiter.
7. Quels défis les réassurances seront-elles amenées à relever à l’avenir ?
Nous vivons dans un monde de plus en plus interconnecté du fait de la mondialisation et des progrès rapides de la numérisation. Les réassureurs suivent activement ces évolutions sociales et technologiques ainsi que leurs répercussions. Parallèlement, il devient de plus en plus difficile et compliqué d'identifier en amont les potentiels de dommages. Ce phénomène s’explique aussi par le fait que nous sommes de plus en plus souvent confrontés à des risques immatériels. Les risques liés au big data ou à l'intelligence artificielle, par exemple, sont beaucoup plus difficiles à comprendre qu'un incendie ou une tempête. Les réassureurs emploient donc des spécialistes relevant de professions très diverses : médecins, météorologues, ingénieurs, experts en informatique, biologistes et bien d'autres encore. Ceux-ci sont constamment occupés à rechercher le potentiel de risque de leur domaine afin de pouvoir réagir le plus en amont possible.