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Les stratégies utilisées par l’industrie du tabac
pour contrer les activités de lutte antitabac
à l’Organisation mondiale de la Santé
Rapport du Comité d’experts de l’OMS
sur les documents de l’industrie du tabac
Juillet 2000
Extraits du résumé d’orientation
Le contenu des documents de l’industrie du tabac révèle que les cigarettiers ont agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de contrer les efforts déployés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour lutter contre le tabagisme. Cette action subversive a été très complexe, a bénéficié d’un financement important et est généralement restée invisible. […] Bien que ces stratégies et tactiques aient souvent été mises au point au plus haut niveau des entreprises, le rôle des responsables de l’industrie du tabac dans la mise en oeuvre de ces stratégies a souvent été occulté. Dans leur campagne contre l’OMS, les documents montrent que les cigarettiers se sont dissimulés derrière divers organismes à vocation pseudo-universitaire, de politique publique ou d’affaires prétendument indépendants, mais dont les liens financiers avec l’industrie du tabac n’ont pas été dévoilés. Les documents montrent également que les stratégies mises en oeuvre par l’industrie du tabac pour saper l’action de l’OMS reposaient en grande partie sur des experts scientifiques et internationaux dont les liens financiers avec l’industrie du tabac étaient cachés. (page 2)
Il est inadmissible que de hauts responsables d’entreprises productrices de tabac se soient réunis pour concevoir et mettre en oeuvre des stratégies complexes visant à contrer l’action d’une organisation de santé publique et une telle attitude doit être condamnée. Le Comité d’experts est convaincu que les activités mises en oeuvre par les cigarettiers ont ralenti des programmes efficaces de lutte antitabac dans le monde entier et en ont gêné l’action. Compte tenu de l’ampleur des dégâts imputables au tabagisme, le Comité d’experts estime que, sur la base du volume de tentatives et d’actes réussis de subversion recensés lors des recherches limitées qu’il a effectuées, il est raisonnable de penser que l’action subversive des cigarettiers à l’encontre des activités de lutte antitabac de l’OMS a causé des torts non négligeables. Et si l’on ne pourra jamais dire précisément quel a été le nombre de vies perdues ou de maladies imputables à l’action subversive des cigarettiers, il est extrêmement important de condamner la conduite de ces entreprises et de prendre les mesures qui s’imposent. (page 2)
Le Comité d’experts invite instamment l’OMS et les Etats Membres à prendre fermement position contre la conduite des cigarettiers telle qu’elle ressort de son rapport. Ce rapport contient plusieurs recommandations visant à contrer les stratégies employées par les cigarettiers. Parmi les plus importantes figurent les suivantes : 1) les Etats Membres devraient procéder au même type de recherches concernant l’influence de l’industrie du tabac sur leurs efforts de lutte antitabac, 2) l’OMS devrait surveiller à l’avenir la conduite de l’industrie du tabac afin de déterminer si les stratégies recensées dans ce rapport sont toujours en vigueur et 3) l’OMS devrait aider les Etats Membres à déterminer quelles mesures il conviendrait de prendre pour réparer les torts causés par le passé par les cigarettiers. (pages 2-3)
Certaines entreprises productrices de tabac aux Etats-Unis d’Amérique ont publiquement fait amende honorable et déclaré avoir modifié leur comportement et donc, ne pas devoir être pénalisées pour leur conduite passée. Ces promesses, même sincères, ne doivent pas se limiter à leur action dans un seul pays. Il ne suffit pas que les cigarettiers prétendent maintenant agir « de façon responsable » aux Etats-Unis s’ils continuent d’appliquer des stratégies et des tactiques inacceptables dans le reste du monde. [...] Les Etats Membres doivent évaluer avec soin l’impact des politiques passées de l’industrie du tabac sur la santé et le bien-être de leurs citoyens et envisager les mesures qu’il convient de prendre pour réparer les abus passés et décourager les abus futurs. (page 3)
Au cours de son enquête, le comité d’experts a répertorié de nombreux sujets d’inquiétude quant à l’intégrité du processus de prise de décisions international en matière de tabagisme. Les données montrent que l’industrie du tabac a agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de miner les efforts de l’OMS dans ce domaine. Les tentatives de subversion ont été complexes, ont bénéficié d’un financement important et sont restées généralement invisibles. Il n’est pas étonnant que les cigarettiers opposent une résistance aux projets de lutte antitabac, mais l’on sait désormais quelle a été l’ampleur de leurs efforts et, plus important encore, quelles sont les tactiques utilisées lors de ces campagnes. Pour une grande partie de la communauté internationale, la lutte antitabac peut être considérée aujourd’hui comme une lutte contre la dépendance chimique, les cancers, les maladies cardio-vasculaires et d’autres conséquences du tabagisme pour la santé. Cette enquête montre en outre qu’il s’agit bien d’une lutte contre une industrie active, organisée et calculatrice. (pages 19-20)
Recommandations[1]
Extraits
4. L’OMS doit encourager des enquêtes supplémentaires sur le comportement de l’industrie du tabac par des chercheurs indépendants et par des institutions dont les décisions peuvent avoir été compromises.
5. L’OMS doit encourager et soutenir les efforts déployés dans le but d’identifier et de rendre public le rôle de groupes tiers de façade ou d’agents travaillant sous l’influence des compagnies de tabac.
8. L’OMS doit recommander vivement aux Etats Membres d’entreprendre leurs propres enquêtes sur l’influence possible des compagnies de tabac sur les décisions et politiques nationales, et de rendre publics les rapports faisant état de leurs constatations.
49. Un-e chercheur-se qui dissimule ou donne des informations trompeuses sur les sources de son financement doit être exclu pour une période de temps appropriée de la participation aux travaux de recherche parrainés par l’OMS ou le CIRC et de publication dans les revues cautionnées par l’OMS ou du CIRC.
[1] Traduction libre de l’anglais. Toutes les recommandations ci-dessus ont été acceptées et mises en œuvre par le Directeur Général de l’OMS.