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Ostéoporose
Ce n’est pas une fatalité
En Suisse, une femme sur deux et un homme sur cinq présentent une perte osseuse. Dans l’entretien ci-dessous, le Dr Ina Krull, spécialiste de l’ostéoporose à l’hôpital cantonal de Saint-Gall, répond à nos questions sur cette maladie qui fragilise nos os.
Susanna Steimer Miller
Qu’est-ce que l’ostéoporose au juste?
Dr Ina Krull*: notre tissu osseux se modifie en permanence tout au long de notre vie. Pendant l’enfance et l’adolescence, il se construit mais, à partir de la trentaine, on observe une diminution constante, liée à l’âge, de la masse osseuse. On parle seulement d’ostéoporose quand le tissu osseux présente une perte excessive qui entraîne une destruction de la structure de l’os. Les os sont dès lors moins solides et se brisent plus facilement.
L’ostéoporose se manifeste surtout dans la deuxième partie de notre vie. Pourquoi?
Chez la femme, la structure osseuse diminue surtout après la ménopause, car les os ne sont plus protégés par les hormones sexuelles féminines, surtout les œstrogènes. Le risque d’ostéoporose augmente si, au début de la ménopause, la densité osseuse est déjà amoindrie par une maladie préexistante, des apports insuffisants en calcium et en vitamine D et la sédentarité. Les hommes peuvent d’ailleurs aussi présenter une perte osseuse. Il s’agit alors d’en identifier les premiers signes suffisamment tôt.
Quels sont donc les signes de la maladie?
Une perte de taille de l’ordre de cinq centimètres, une voussure et des douleurs au dos sans précédent peuvent être des signes de fractures vertébrales. D’autres signes peuvent aussi évoquer l’ostéoporose comme des plis de peau en forme de sapin dans le dos ou la survenue d’une fracture sans choc violent.
Quels facteurs favorisent l’apparition de la maladie?
Une ménopause précoce liée à un déficit en œstrogènes, des traitements prolongés par cortisone, une insuffisance pondérale, les troubles alimentaires, des apports insuffisants en calcium – par exemple en cas d’intolérance au lactose–, le tabagisme et une consommation excessive d’alcool, pour n’en citer que quelques-uns. L’ostéoporose est en outre plus fréquente chez les personnes qui souffrent d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, rhumatismale ou encore hormonale. Les gènes jouent également un rôle important: le risque d’ostéoporose est ainsi plus grand chez les descendants directs d’une personne qui a présenté une fracture du fémur due à la maladie.
Pourtant, l’ostéoporose n’est pas une fatalité. Comment peut-on la prévenir?
L’alimentation et l’activité physique font partie des facteurs de risque sur lesquels nous pouvons agir. En plus d’apports suffisants de calcium et de vitamine D, nos os ont besoin de protéines pour préserver leur structure et leur solidité. Le calcium est surtout présent dans les produits laitiers et les eaux minérales. Synthétisée par l’organisme sous l’effet du rayonnement solaire, la vitamine D favorise l’absorption du calcium dans l’intestin et la minéralisation osseuse. Chez les personnes âgées, en particulier, et pendant les mois d’hiver, la carence en vitamine D est fréquente et doit être corrigée. Une activité physique régulière permet de stimuler la régénération osseuse. La randonnée, la marche, la marche nordique, la danse et des exercices modérés de musculation qui renforcent les muscles du dos et l’équilibre et permettent donc de prévenir les chutes et les fractures osseuses sont idéaux dans ce contexte.
En Europe, une personne se brise un os toutes les 30 secondes à cause de l’ostéoporose. Quelles peuvent être les conséquences d’une telle fracture avec l’âge?
Chez le sujet âgé, toute fracture est un stress énorme. 30 % environ des victimes d’une fracture du col du fémur décèdent de ses conséquences. Après une fracture, 30 % des patients ont durablement besoin de soins et de moyens d’aide à la marche. Quant aux fractures vertébrales, elles entraînent également des douleurs et une hausse de la mortalité.
Quand on est atteint(e) d’ostéoporose, ne vaudrait-il pas mieux renoncer au sport pour éviter les fractures?
Non, bien au contraire. L’exercice physique a un impact positif sur le métabolisme osseux. De plus, le sport améliore le sens de l’équilibre et les capacités de réaction. Avec un effet positif sur la prévention des chutes. Les patients atteints d’ostéoporose doivent toutefois renoncer aux sports à risque comme les sports de combat.
Comment pose-t-on le diagnostic d’ostéoporose?
L’anamnèse permet d’établir et d’évaluer les facteurs de risque. En cas de doute, on procèdera à une densitométrie osseuse.
Quelles sont les possibilités de traitement actuelles?
Aujourd’hui, le traitement de l’ostéoporose repose sur des médicaments qui bloquent la perte de substance osseuse ou stimulent la construction osseuse. Le traitement adapté à chacun(e) doit être défini en accord avec le médecin traitant. Sans jamais faire l’impasse sur l’importance d’apports suffisants en calcium et en vitamine D et d’un mode de vie actif.
Conseils de prévention de l’ostéoporose
Veillez…
– à avoir des apports suffisants en calcium (produits laitiers et eaux minérales).
– à avoir des apports suffisants en vitamine D (la prise de 800 UI/jour est recommandée chez le sujet âgé).
– à consommer suffisamment de protéines végétales et animales (y compris, au besoin, sous forme de boissons hyperprotéinées).
– à avoir une alimentation équilibrée riche en fruits, en légumes et en salades.
– à surveiller votre poids. L’insuffisance pondérale favorise l’ostéoporose. Le surpoids est délétère pour l’ensemble de l’organisme.
– à pratiquer une activité physique régulière (la marche, la marche nordique, la randonnée, la danse, la natation, la gymnastique, les exercices modérés de renforcement musculaire et l’entraînement thérapeutique médical sont idéaux dans ce contexte).
Pour prévenir les chutes:
– Faites contrôler votre vue.
– Évitez si possible les médicaments susceptibles de provoquer des étourdissements et des troubles de l’équilibre.
– Portez de bonnes chaussures.
– Utilisez des béquilles ou un rollator si vous ne vous sentez plus assez sûr(e) de vous sur vos jambes.
– Traquez les pièges susceptibles de provoquer une chute à l’intérieur de votre domicile (p. ex. câbles qui traînent, bords de tapis, etc.).
– Garantissez de bonnes conditions d’éclairage dans votre logement.
– Évitez les sols et revêtements glissants.
* Le Dr Ina Krull est directrice médicale de la consultation en ostéologie de l’hôpital cantonal de Saint-Gall.