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Eveline
Widmer-Schlumpf accepte son élection
La fin de l'ère Blocher?
Article du 13 décembre 2007
La Suisse vit un tremblement de terre
politique: contre toute attente, l'homme fort de l'UDC, Christoph Blocher, n'a
pas été réélu au Conseil fédéral. A sa place, la majorité des Chambres réunies
du parlement suisse a préféré élire la grisonne Eveline Widmer-Schlumpf au
gouvernement (Conseil fédéral).
Christoph Blocher annonce qu'il ne se retirera pas de la politique.
Son parti, l'UDC, va dans l'opposition. Déjà hier, l'autre conseiller fédéral du
parti, Samuel Schmid, a été exclu du groupe parlementaire (fraction) de l'UDC. Avec l'acceptation de
son élection, Eveline Widmer-Schlumpf vit le même destin. L'UDC risque d'être
divisé en deux. Est-ce que c'est la fin de l'ère Blocher?
Pendant les quatre dernières années déjà, l'UDC et Christoph Blocher ont
fait à la fois une politique de gouvernement et d'opposition. A ce niveau, rien ne
changera. Cependant, ne faisant plus parti du gouvernement, l'opposition de
l'UDC deviendra plus virulente. C'est la fin de la
“concordance suisse”, du gouvernement de consensus avec les quatre partis les
plus forts du pays représentés au Conseil fédéral, de la gauche en passant par le
centre jusque à la droite.
Les deux conseillers fédéraux de l'UDC, avant tout Christoph Blocher, avaient une
influence notable sur le gouvernement. En plus, ils recevaient des informations
exclusives. Christoph Blocher n'est plus membre du gouvernement et même pas
membre du parlement. Dans ces circonstances, iI ne lui sera pas facile d'organiser
l'opposition.
Il reste à voir si autour d'Eveline Widmer-Schlumpf et de Samuel Schmid, un
nouveau parti naîtra ou si l'UDC évitera le déchirement. Les deux conseillers fédéraux de l'UDC ont déjà été exclus de la fraction du parti.
La non-élection de Christoph Blocher est tout à fait légale. Le parlement est
libre d'élire les conseillers fédéraux qu'il désire. Mais est-ce que c'était une
décision bien sage? C'est une révolution dans l'histoire de la Confédération
suisse (depuis 1848). C'est la fin de la concordance. La Suisse vivra dorénavant
avec une véritable opposition importante non-représentée au gouvernement.
Est-ce que les partis de la gauche avec les Démocrates-chrétiens (PDC)
domineront bientôt le gouvernement? Le Parti radical-démocratique sera problement bientôt
dans un dilemme de soutenir - par exemple au niveau économique - des positions
de l'UDC de Blocher. Les partis politiques seront peut-être forcés de se
repositionner.
En 2003, le PDC avait perdu trop de voix aux élections et donc son deuxième
siège au Conseil fédéral en faveur de l'UDC. Pendant les quatre dernières
années, la rancune envers Blocher et certains représentants de l'UDC a grandi.
L'humiliation de Christoph Blocher par la majorité des représentants du PDC
dans les deux chambres du parlement est une réplique bien-choisie par le PDC.
Déjà la commission du Conseil national qui a enquêté sur le départ de
l'ex-procureur de la Confédération Valentin Roschacher a été présidée par une
représentante du PDC, Lucrezia Meier-Schatz, qui a lancé des insinuations et
accusations intenables contre Christophe Blocher. L'UDC a toute de suite pu
produire un document clef prouvant que le Ministre de Justice et Police n'a
pas violé la loi.
Bien que l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf a été une surprise même pour la
gauche et le PDC, il s'agissait d'une action bien concertée.
Le 12 décembre 2007, les conseillers fédéraux Leuenberger (PS),
Couchepin (PR), Schmid (UDC) et Calmy-Rey (PS) étaient réélus sans problème. Ensuite,
la majorité des Chambres réunies du Parlement suisse refusa sa réélection à Christoph Blocher. Les 200
conseillers nationaux et les 46 conseillers aux Etats ont
tous rendu leurs bulletins de votes. 238 bulletins étaient valables. La
majorité absolue se situait à 120 voix.
A la surprise générale, Eveline Widmer-Schlumpf, la fille de l'ancien conseiller
fédéral Leon Schlumpf, récoltait 116 voix, Christoph Blocher 111 et d'autres
candidats 11 voix. Les partis de gauche et une bonne partie des
Démocrates-chrétiens s'étaient donc concertés sur cette candidate pour ne pas
disperser leurs voix. Ils étaient probablement eux-mêmes surpris de leur
réussite. A partir de ce moment, une nouvelle dynamique naquit.
L'UDC du canton des Grisons d'Eveline Widmer-Schlumpf a été désavoué par le
parti fédéral. Ces deux représentants des Grisons au parlement ont été évincés de
commissions parlementaires dans lesquels ils avaient servi pendant de longues
années. La candidate était donc bien choisie.
Au deuxième tour de la réélection du Conseil fédéral de Christoph Blocher, à
nouveau tous les 246 bulletins de vote ont été rendus. 242 bulletins étaient
valables. La majorité absolue se situait donc à 122 voix. 125 parlementaires
votaient pour Eveline Widmer-Schlumpf, seulement 115 pour Christoph Blocher, et
2 voix supplémentaires restaient pour d'autres candidats. Ainsi fut élu Madame
Widmer-Schlumpf. Après un temps de réflexion, le 13 décembre 2007 à 08 heures du
matin, elle accepta son élection et entra au Conseil fédéral.