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J'ai lu dans le livre "Genève insolite et secrète" que Genève possédait, au temps des Romains, un aqueduc. Qu'en reste-t-il de nos jours ?
Question répondue le 25.08.2015
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Comme vous avez pu le lire dans l'ouvrage "Genève insolite et secrète" http://data.rero.ch/01-R007288454 de Christian Vellas :
« [...] Lors des travaux de réfection de la rue de Genève (qui conduit à la douane de Moillesulaz), on a retrouvé une section de l'aqueduc romain qui amenait l'eau captée dans les Voirons jusqu'à la cité.
Avant de tout recouvrir à nouveau, on a prélevé un tronçon de quelques mètres pour l'installer en retrait de l'artère, sur la place de Graveson. [...] Pour Genève, grâce à une donation faite par le vicus Lucius Brocchus Valerius Bassus [...] ils construisirent (probablement vers le milieu du 1er siècle) une canalisation de quelque onze kilomètres, partant de Cranves dans les montagnes des Voirons, à une altitude de 530 mètres.
L'aqueduc franchissait les rivières du Foron et de la Seymaz sur des arches, l'eau arrivant dans un réservoir principal sur le plateau des Tranchées. Ensuite, un autre réseau de canalisations la distribuait dans les différents quartiers de la ville (embranchements vers Traînant, la Promenade du Pin, les Eaux-Vives et la villa La Grange, notamment).
[...] Les invasions barbares du IIIe siècle endommagèrent l'ouvrage, qui fut de moins en moins utilisé et entretenu. [...] Au VIe siècle, l'aqueduc n'était déjà plus qu'un souvenir. »
Pour en savoir davantage, dans l'article "Le service de distribution d'eau de Genève" http://dx.doi.org/10.5169/seals-61248 de Paul Pazziani, paru en 1954 dans le "Schweizerische Bauzeitunge" http://data.rero.ch/01-0063152 , nous trouvons une description détaillée de l'histoire de cet aqueduc romain ainsi que ses différents et hypothétiques tracés :
« [...] Il n'a pas été possible à M. L. Blondel d'arriver à déterminer avec exactitude le tracé de l'aqueduc, car il s'agit d'une construction souterraine, en général assez profonde, dont les parties visibles ont été détruites il y a fort longtemps. Dans sa première partie, soit de Cranves à Moillesulaz, dès le point de départ au pied des Voirons, on peut admettre deux tracés différents, dont un seul cependant devait amener les eaux jusqu'à la cité et passait par le bord nord de la route Bonne-Annemasse, Bas-Monthoux, Mallebrande, Annemasse, Moillesulaz (tracé I). C'est ce parcours qui est généralement admis par les historiens et les archéologues. En cours de route, l'aqueduc recevait certainement d'autres apports collectés dans des réservoirs.
L'autre parcours possible passe par la ferme du Beulet, Grange-Lombard, le bord nord de Romagny, la Tournelle, Ambilly, Moillesulaz (tracé II).
[...] L'aqueduc passait le Foron, de même que la Seymaz, sur des arches, car le val à franchir était peu important et le constructeur romain préférait une maçonnerie visible à un détour coûteux ou un siphon.
La troisième partie du tracé, soit de la Seymaz à Genève ne peut se déterminer que par analogie avec les autres, nous dit M. Blondel, par des preuves négatives et par l'étude des niveaux. Sur un tronçon d'environ 1100 m, l'aqueduc passait très probablement en tunnel à 8 m environ de profondeur; dès la sortie de ce tunnel, suivait un canal à pente plus forte, le long de la route de Chêne. Après avoir traversé les nants de l'Amandolier et de Jargonnant, l'aqueduc suivait une ancienne route aujourd'hui disparue, au-dessus de Villereuse et arrivait au plateau des Tranchées [...]. D'autres tuyaux, en plomb, dont aucun exemplaire intact n'a été retrouvé, amenaient l'eau aux thermes, aux fontaines et aux maisons.
L'aqueduc ainsi conçu pouvait débiter environ 8640 m3 en 24 heures, soit 6000 litres/minute (canal plein aux 2/3). Se basant sur les statistiques de plusieurs villes de la province, M. Blondel en déduit que la population de Genava ne devait guère dépasser 10 000 âmes et que le constructeur romain avait tenu compte de l'extension de la cité.
Après les invasions barbares, les restes de l'aqueduc purent peut-être servir encore partiellement à l'adduction de faibles quantités d'eau, mais le service de distribution créé par l'administration romaine avait disparu et les habitants en furent réduits à élever l'eau des puits ou à la transporter avec des récipients divers. [...] ».
Vous trouverez dans cet article un plan de situation du tracé de l'aqueduc romain ainsi que de plus amples détails.
Voici enfin quelques documents qui vous permettront d'en découvrir plus sur le sujet :
"L'aqueduc antique de Genève" http://data.rero.ch/01-2197203 de Louis Blondel - article paru en 1928 dans le bulletin du Musée d'art et d'histoire "Genava"
"Chronique des découvertes archéologiques dans le canton de Genève en 1970 et 1971 : Thônex, Moillesulaz : aqueduc romain" http://data.rero.ch/01-1749327 par Marc-Rodolphe Sauter
"Chronique des découvertes archéologiques dans le canton de Genève en 1974 et 1975 : Thônex, rue de Genève : aqueduc romain" http://data.rero.ch/01-1761099 par Marc-Rodolphe Sauter
"Chronique des découvertes archéologiques dans le canton de Genève en 1978 et 1979 : Thônex, rue de Genève et place de Graveson : tronçon de l'aqueduc romain" http://data.rero.ch/01-1771016 par Marc-Rodolphe Sauter
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque de Genève http://www.ville-ge.ch/bge
pour Interroge http://www.interroge.ch