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01/10/2015
La transformation de l'Homme-Météore
Dans le dernier épisode de cette récente série, nous avons laissé Robert Tardivel, modeste employé de mairie du douzième arrondissement de Paris, alors que, dans les catacombes de cette même ville, il avait découvert une salle étrange, contenant un coffre, duquel il s'était approché.
Il regarda par dessus, et vit ce qu'il crut être un homme revêtu d'une armure - la même que celle décrite ci-devant. Robert ne voyait point son visage: un heaume le cachait; mais elle ne semblait pas vide, car elle épousait les formes d'un corps. Elle luisait de mille feux. Les yeux de Robert en furent comme éblouis. Il tendit le bras, voulant toucher le métal; dès que cela fut fait, il la retira vivement: car il était chaud et palpitant, comme s'il vivait, comme s'il respirait, comme si du sang circulait en lui.
Mais celui qui portait l'armure ne bougea pas. Robert tenta de nouveau l'expérience, et souleva le heaume, pour voir le visage de l'homme et s'il était vivant, ou s'il s'agissait d'une momie. Or, un éclair jaillit, et dans cet éclair, il crut voir un visage. Encore une fois, il retira sa main. Mais pas plus qu'auparavant l'homme ne bougea. Et dans l'écart qu'il avait créé entre le heaume et le cou du chevalier, il ne vit rien: nulle trace de chair n'était visible, blanche ou noire.
Il poussa encore le heaume qui était comme un masque, et qui était plus souple qu'il ne l'aurait cru. L'armure en réalité était vide. Un souffle chaud et parfumé s'exhala de l'ouverture créée, et la cuirasse sembla s'affaisser quelque peu. Il la prit dans ses bras, et elle était étonnamment légère; pourtant, elle paraissait solide comme de l'acier.
Soudain, une vive flamme jaillit des mailles, du métal. Et Robert en fut entièrement entouré, et il eut peur, et il cria, ou plutôt voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche: il était comme dans une boule de feu. Mais il ne brûlait pas. Il s'en sentait imprégné et entouré, mais nulle douleur ne lui en venait; une forte clarté l'aveuglait. Et il sentit que quelque chose se pressait contre lui. Et quand il put distinguer à nouveau ce qui l'entourait, il vit que l'armure désormais le revêtait! Il la voyait sur ses bras, sur son ventre, sur ses jambes - et il lui apparut que sous son regard les choses s'éclairaient, comme si de ses yeux jaillissait une clarté qui devant lui faisait briller jusqu'à l'air.
Il en fut d'abord épouvanté, mais soudain, une voix retentit dans son heaume: N'aie pas peur, disait-elle.
Il se tourna, cherchant d'où venait cette voix, et ne vit rien. N'aie pas peur, répéta-t-elle. Je suis là. Et devant lui, voici! se tenait un être lumineux, vêtu de blanc, l'air jeune, beau. Il avait sur la tête une couronne d'or, qu'ornait une gemme luisante. Ses yeux brillaient comme des étoiles, et sa face claire semblait refléter une lumière autre, venue de loin, d'un monde dont Robert obscurément se souvenait, mais qu'il ne parvenait pas à situer. Au-dessous de sa tunique de neige, l'être étrange portait une robe d'azur. Il la distinguait mal, dans la pénombre des catacombes.
Qui es-tu? demanda Robert.
- Peu importe, ô mortel, répondit l'être. Écoute ce que je vais te dire. Tu as été choisi. Ta bonté t'a fait acquérir une grâce, et les vœux secrets de ton cœur, ceux même que tu n'osais t'avouer à toi-même, vont être comblés: tu auras désormais le pouvoir de dissiper le mal qui est sur Terre, et tu deviendras le gardien de l'humanité - en particulier de celle qui vit à Paris, et dans les villes voisines. Tel est ton destin. Tu l'as aussi reçu de ta précédente vie, qui te restera cachée un certain temps.
Sache que cette armure que tu as, elle fut déjà portée, par un autre gardien immortel de Paris. L'histoire est comme un souffle: tantôt ce gardien demeure dans l'ombre, reste dans le plasme spirituel où vivent les dieux, disparaissant de la surface du monde visible; tantôt il apparaît, s'incarne, se manifeste. Il en va ainsi selon les lois cosmiques, les nécessités stellaires. Car parfois l'homme mortel a besoin d'un gardien occulte qui se manifeste, et parfois non. Aujourd'hui, le jour est venu pour le Génie de Paris de paraître à nouveau. Cette fois, il le fera à travers toi.
La dernière fois, sache-le, l'époque étant autre, le mode de manifestation le fut aussi. Un homme célèbre servit de réceptacle, un homme qui était dévoué à la cause de la France, mais il ne le fut pas aussi directement que toi: ses aspirations créèrent dans l'air une forme qui put être habitée par l'ange de la liberté - le génie de Paris. Il put grâce à elle s'épaissir, et intervenir dans le monde.
Mais à présent une autre voie sera suivie: l'esprit se mettra en toi, le dieu de Paris entrera en toi et te métamorphosera de l'intérieur, te donnant un corps glorieux revêtu d'une armure divine. Et c'est ce que tu es à présent; c'est ce que tu as. Et tu entendras constamment une voix qui te guidera, et l'être qui t'habite, l'esprit du monde supérieur, t'apparaîtra régulièrement, quand cela s'avérera nécessaire – et, hélas! cela sera fréquemment le cas, j'en suis persuadé. Le génie pur de Paris descendra des hauteurs pour venir avec toi, pour te suivre dans tes missions et te secourir, se réservant même le droit d'intervenir en sus, si tes forces s'avèrent insuffisantes. Mais cela n'arrivera que peu, je l'espère.
Mais cet épisode commence à être long: pour découvrir la première mission de l'Homme-Météore, il faudra attendre une autre fois.