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Prof. Dr. Carl-A. Keller
* 02.08.1920, † 07.04.2008
Professeur d'Ancien Testament
puis de science des religions
à l'Université de Lausanne
Note rédigée au printemps 2006
Je suis né le 2 août 1920 à Guntur (Andhra Pradesh, Inde), où mon père dirigeait l'agence d'une entreprise commerciale basée à Winterthur, Suisse. J'ai suivi les écoles en Suisse, à Schaffhouse. Dans le gymnase de cette ville, un pasteur, docteur en islamologie, qui offrait des cours d'hébreu et de religion, m'a déjà communiqué quelques éléments de mystique chrétienne et islamique. Ainsi, il m'a donné un avant-goût de ce qui allait devenir la principale préoccupation de ma vie : l'étude de la mystique. J'ai fait des études de théologie protestante à Zurich et à Bâle, non sans faire simultanément quelques percées dans le domaine des langues orientales. A Bâle, ma pensée a été fortement marquée par la méthode théologique de Karl Barth et par divers éléments de son enseignement très stimulant. J'ai terminé mes études universitaires à Bâle en 1946 avec un doctorat en théologie sous la direction de Walter Baumgartner (Ancien Testament). J'ai été consacré au ministère pastoral en 1945, par l'Eglise évangélique réformée du Canton de Zurich.
Je me suis marié en 1945 avec Marianne Wille, théologienne et pasteure consacrée, et nous sommes devenus les parents de trois fils : Ulrich, Pierre et Samuel.
De 1946 à 1952 nous avons vécu en Inde, principalement à Thiruvananthapuram (Trivandrum), Kerala, envoyés par la Mission de Bâle, et nous avons travaillé dans le cadre de l'Eglise de l'Inde du Sud. J'ai enseigné l'Ancien Testament au Kerala United Theological Seminary, Kannanmoola, tandis que mon épouse offrait divers cours aux épouses des étudiants. C'est au Kerala que j'ai fait la découverte bouleversante d'un mystique et chantre tamoul de Shiva, Mānikkavācakar (env. VIIIe/IXe s.), dont l'expérience religieuse, forte et authentique, m'a obligé à repenser ma théologie. La découverte de ce véritable possédé de Dieu m'a incité à me familiariser davantage avec le shivaïsme tamoul. L'étude des confessions de Mānikkavācakar et des textes fondateurs de la théologie du shaïva-siddhânta tamoul m'a convaincu de la réalité vivante de Shiva qui était intervenu de manière palpable dans l'existence de Mānikkavācakar et d'autres bhakta subjugués par la puissance de son amour. Cela m'a conduit à préciser non seulement ma vision de la théologie chrétienne mais mon approche du phénomène religieux en général. Le Divin, le surhumain, le spirituel de toutes les traditions religieuses sont devenus pour moi des Réalités vivantes, et le devoir s'est imposé à moi d'essayer de les comprendre comme membres d'un univers invisible et vivant. C'est dire que dès lors je me suis efforcé d'entrer humblement, mais sincèrement, dans la mesure de mes possibilités, dans l'expérience spirituelle de l'humanité.
De retour en Suisse, et après quelques années d'un ministère pastoral à Ossingen, Canton de Zurich (1952-1956), je fus nommé professeur d'Ancien Testament et d'hébreu à la Faculté de théologie de l'Université de Lausanne (1956). Sous l'influence de mon maître Walter Baumgartner j'ai dans mon enseignement mis l'accent sur l'étude des genres littéraires représentés par les textes hébreux, mais ce sont leurs aspects théologiques qui ont en tout premier lieu retenu mon attention. J'ai eu le privilège de rédiger quelques commentaires scientifiques sur des textes prophétiques et de collaborer dans une importante mesure à la Traduction oecuménique de l'Ancien Testament (traduisant, en collaboration avec des collègues catholiques, le Livre de Jérémie et quelques-uns des Petits prophètes).
En 1966 il m'a été donné d'inaugurer la chaire de science des religions nouvellement créée à la Faculté de théologie de Lausanne (avant cette date, l'enseignement de l'histoire des religions avait été confié au titulaire d'une autre discipline), et j'ai occupée cette chaire jusqu'à ma retraite en 1987. J'ai tenu à diversifier le plus possible mon enseignement en traitant en hiver quelques aspects des grandes traditions religieuses, hindouisme, bouddhisme, islam à tour de rôle, et en été d'autres traditions comme le judaïsme, la bahaïsme, les cultes de possession, les cultes indonésiens « de la cargaison » (en anglais : « cargo cults ») et ainsi de suite. Accessoirement, je me suis aussi préoccupé des problèmes méthodologiques posés par la science des religions. Une telle manière de faire était apte à ouvrir mon esprit à l'insondable richesse et à la merveilleuse variété des expériences et des connaissances religieuses et spirituelles de l'humanité. En plus, elle m'a amené à inclure dans mes recherches le côté sociologique de la pratique religieuse, et le côté psychologique en présentant par exemple les cultes de possession.
Des enseignements dans d'autres universités (Neuchâtel, Genève, Berne, Fribourg, Lucerne), ainsi qu'une abondante activité de conférencier dans des universités populaires et dans des écoles de yoga, notamment en France, m'ont donné l'occasion bienvenue (et nécessaire) de communiquer les résultats de mes recherches à un public plus vaste.
Voilà le portrait d'un généraliste en histoire des religions ! Pas trace d'une spécialisation ? d'un intérêt ciblé favori qui serait une marque distinctive ? Eh bien, j'ai dès le départ donné libre cours en mon penchant pour les dimensions spirituelles et mystiques des grandes religions. La spiritualité shivaïte de l'Inde du Sud m'était familière, mais la Bhagavad-Gita et la théologie vishnuïte de Ramanuja m'ont aussi fasciné, et l'étude de toute l'étendue de la bhakti et de ses manifestations me comble de joie. J'ai consacré beaucoup d'efforts et de temps à l'étude du soufisme classique dont la spiritualité est l'un des fondements de ma vision des univers spirituels. La découverte du « plus grand Maître » de la spiritualité islamique, Ibn ʻArabi, le Sheikh al akbar, et de ses prodigieux Chatons des Sagesses a été une borne milliaire sur mon cheminement théologique. Je n'oublie pas la mystique chrétienne qui reste une nourriture spirituelle pour moi. La théologie de son théoricien le plus perspicace, Denys l'Aréopagite, du VIe s., constitue actuellement le cadre structurant de mes réflexions sur la vie religieuse et spirituelle.
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