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Les Jo de 2008 un test pour la Chine
"C'est une force qui va entraîner l'économie du pays tout entier"
Le cinquième périphérique, ouvert depuis le 1er novembre dernier, est désespérément vide. Il est payant et les Pékinois préfèrent encore les embouteillages des voies gratuites. Embouteillages qui deviennent un casse-tête pour la municipalité.
Lancé en novembre 2000, d'une longueur de 98,6 kilomètres, il ceinture Pékin à une distance de 10 à 15 kilomètres du centre-ville. Il a coûté 13,6 milliards de yuans (1,6 milliard de dollars). Un sixième périphérique est en construction. Ce sont deux des grands chantiers des Jeux olympiques 2008. Des Jeux dont la Chine veut faire un modèle de transparence. Un test de ses capacités réelles à s'adapter à l'économie de marché et à la libre entreprise. Il s'agit, selon les responsables des Jeux olympiques, de "réunir le maximum parmi lesquels la piscine nationale et le vélodrome, sont eux aussi quasi aboutis.
Dans cette ville de quelque 12 millions d'habitants, les transports sont un cauchemar. C'est pourquoi la municipalité les a placés en tête de ses préoccupations. Cette année, 41 kilomètres supplémentaires de voies ferrées urbaines sont entrés en service, portant le réseau à 100 kilomètres. Mais ce n'est pas suffisant. Trois nouvelles lignes de métro doivent être construites d'ici à 2008, pour atteindre les 300 kilomètres à l'ouverture des Jeux.
Près de la Cité interdite et du parc Bei Hai, les vieux "hutong" un enchevêtrement de ruelles minuscules abritant des petites maisons en carré autour d'une cour, ont été indemnisés et relogés, mais loin du centre-ville. Il faut deux heures et demie de vélo pour aller travailler. Car si le nombre de voitures circulants dans Pékin a dépassé les 2 millions, la majorité des habitants de la capitale continue de circuler à bicyclette. Les maisons qui restent en bon état sont rénovées parfois en dépit du bon sens puisqu'il en existe maintenant à un étage alors que la tradition veut qu'elles soient toutes en rez-de-chaussée! -, puis vendues ou louées aux riches Pékinois à des prix exorbitants.
Le 15 octobre dernier, la Chine est entrée dans l'histoire de l'espace en faisant voler sa navette habitée Shenzhou-V. Le logo des Jeux olympiques était dessus. Un petit homme blanc sur fond rouge qui semble danser et qui rappelle les caractères chinois anciens. Promotion, publicité, marketing, ce sont les maîtres mots du comité d'organisation.
Ce dernier occupe un immeuble entier sur Dongsishitiao, totalement rénové. Il emploie 200 personnes à plein temps. Il est chargé de trouver les sponsors. Pour le moment, "notre recherche se focalise sur l'automobile, la banque, les services de télécommunications et la téléphonie mobile", explique Zhang Haifeng. Il compte en tirer au moins 1.6 milliards de dollars. Il entend se débrouiller de manière que "nous générions nous-même nos propres revenus". Car, pour lui, il ne fait pas de doute que les Jeux olympiques seront une opération rentable sur laquelle la Chine triera de confortables bénéfices.
La méthode fonctionne. Si la chasse aux fournisseurs n'était pas prévue de commencer avant 2004, les candidats se précipitaient déjà l'année dernière. EADS s'est placée sur la liste des entreprises qui souhaitent décrocher le marché de la sécurité des Jeux. L'entreprise fanco-allemande compte proposer un "système de surveillance clé en main" avec un centre de communications, un centre d'alerte et des hélicoptères. Le coprésident français du groupe, Philippe Camus, a rencontré les dirigeants de Citric pour discuter avec eux au sujet des infrastructures. Un comité sécurité s'est réuni en décembre pour préciser les besoins du pays.
Le budget n'est pas encore fixé. Cependant, compte tenu des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et des menaces terroristes qui continuent de peser sur le monde, il promet d'être important. Entre 450 et 650 millions de dollars, selon un représentant du Ministère de la sécurité publique, soit une enveloppe nettement plus importante que ce qui était prévu initialement. "Nous voulons ce qu'il y a de mieux", assure Zhang Haifeng. Mais la Chine n'a pas encore tranché en matière d'organisation entre ce qu'elle prendra elle-même en charge et ce qu'elle sous-traitera.
En fin d'année, la mairie de Pékin a ratifié un certain nombre d'appels d'offres, dont celui de la maîtrise d'oeuvre d'une partie du parc olympique et du centre des conventions. La liste des heureux élus est surprenante et jette une ombre sur la véritable volonté de transparence des Chinois: Beijing Entreprise Holdings se taillent la part du lion à côté de deux ou trois étrangers comme l'allemand Munich Group, le cabinet d'architectes australien PTW, et le japonais Danxia Design Group. Mais cela ne décourage pas les prétendants. Le marché des Jeux olympique de Pékin est trop important pour faire la fine bouche. Et tout les coups sont permis. La flamme olympique, ainsi, viendra-t-elle d'Athènes sous les couleurs de Boeing ou sous celles d'Airbus? La querelle fait rage depuis que ce dernier a appris que l'avionneur américain avait pris depuis plusieurs mois une option sur son transport en 747. Les Européens veulent le contrer.
Quelle plus belle publicité pour le nouvel Airbus A 380, qui sortira en 2006 et que les Chinois n'ont toujours pas décidé d'acheter?
Armand Rodier, l'art culinaire, janvier-février 2004