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Organisateurs: Luis Manuel Calvo Salgado et Moisés Prieto
Participants: Moisés Prieto et Carole Villiger
Modération : Luis Manuel Calvo Salgado
Le panel, animé par LUIS MANUEL CALVO SALGADO, a proposé une réflexion sur le rôle et la place de la violence politique à l’époque contemporaine, en se penchant sur les émotions qui se dégagent de son irruption au sein du pouvoir. Cette analyse passait par l’examen de sa représentation dans différents médias et supports visuels, mais également par une enquête quant à sa présence chez les militants, à un niveau plus individuel. L’approche de chacun des deux intervenant-e-s [1], c’est-à-dire une perspective plutôt globale et théorique pour la première et un cadre plus local et empirique pour la seconde, a permis d’illustrer deux méthodologies différentes.
Dans un premier temps, MOISÉS PRIETO a présenté une analyse de multiples attentats visant des dirigeants politiques, en insistant sur leur puissance symbolique, notamment dans la destruction de la mise en scène du pouvoir. Son intervention, s’appuyant sur de nombreuses représentations visuelles, a principalement consisté à illustrer la validité de la théorie du « triptyque de l’attentat politique », qui voit se succéder la perpétration du crime, l’arrestation des coupables, et enfin leur châtiment. Remontant jusqu’à l’assassinat de Jean-Paul Marat, l’orateur a tenu à expliquer que les deux dernières phases du triptyque permettaient au pouvoir de rétablir un certain ordre moral, de prouver l’efficacité des services de l’État, c’est-à-dire, au final, de servir la propagande gouvernementale en assurant l’opinion publique de sa solidité. Plusieurs cas de « triade incomplète » ont été évoqués, comme lors de l’attentat contre l’archiduc François-Ferdinand en 1914, privé de sa conclusion habituelle par l’absence d’un châtiment public marquant. Ainsi, selon Moisés Prieto, l’attentat politique suit depuis ses origines un genre narratif particulier, ce qui en fait une source d’images porteuses d’émotions fortes, et un créateur de communautés émotionnelles au sein des populations.
Parmi les réactions de l’audience, certains ont déploré que la présentation n’ait pas inclus les nombreux attentats anarchistes ayant marqué la fin du XIXe siècle, alors qu’ils avaient pourtant su jouer avec la peur, et qu’ils dégageaient un fort pouvoir propagandiste, en plus d’un certain impact économique. L’étude du triptyque aurait aussi dû, selon des membres du public, s'interroger sur la progressive disparition de la peine de mort, dont l’impact sur l’iconographie et les débats socio-politiques a exercé une influence non négligeable. Dans un XXIe siècle où les recours à la violence politique sont de plus en plus fréquemment enregistrés et diffusés en masse de manière quasi instantanée, ce qui entraîne son omniprésence médiatique, l’exposé a permis une mise en perspective historique et a suscité de nombreuses réflexions.
Après ces observations d’ordre international, privilégiant le point de vue de l’État, CAROLE VILLIGER a quant à elle évoqué le cas de la Confédération helvétique, en travaillant au niveau d’individus engagés. Son intervention consistait à observer le recours à la violence en tant que mode de revendication, afin de briser le mythe d’une Suisse vue comme un îlot épargné par celle-ci. Dans le climat de la Guerre froide, très marqué par un sentiment anticommuniste, la surveillance – voire la répression – menaçait toute activité militante dissidente. Lors d’entretiens avec des activistes jurassiens séparatistes, Carole Villiger a dégagé des éléments décisifs du recours à la violence, tels que les sentiments d’injustice et d’impuissance, mais elle a aussi constaté l’importance des liens d’amitié dans la politisation et le passage à l’engagement. Cette dernière donnée lui a également semblé centrale dans l’effervescence de l’activisme d’extrême gauche des années 1960 et 1970. Enfin, selon elle, les milieux d’extrême droite, rapidement évoqués, apparaissent comme nettement plus violents, spécifiquement dans leur combat contre tout ce qui symbolise l’Autre (réfugiés, homosexuels, Juifs, etc.), de même que dans la difficulté pour les militants de se désengager de tels groupements.
Pour appréhender l’engagement politique et le recours à la violence, Carole Villiger a donc insisté sur la multiplicité des facteurs, parmi lesquels des sentiments d’amour et d’amitié, des valeurs comme la fidélité et le courage, ont poussé les acteurs à la prise de risque. Ces émotions lui sont souvent apparues comme des moteurs aussi importants que la volonté de défendre une idéologie ou une cause particulière. Parmi les réactions du public, plusieurs questions méthodologiques ont été abordées, notamment quant à l’utilisation des témoignages et leur représentativité, par exemple en rapport avec leur reconstruction a posteriori des événements. De même, d’autres émotions, telles que le rire, parfois oublié, ou la peur, peu valorisée par les acteurs, ont été mises en avant par les auditeurs.
Ces deux présentations ont donc permis d’aborder le recours à la violence politique d’une façon d’abord globale, dans sa dimension évènementielle, médiatique, et dans ce qu’elle représente pour les détenteurs du pouvoir, et ensuite d’une manière plus proche des acteurs, en évoquant des parcours individuels et des enjeux plus pragmatiques, au sein des combats des militants qui se sont attaqués au pouvoir. Ainsi, au-delà de leur strict cadre historique, les deux contributions ont également utilisé et servi les sciences politiques, en offrant de nouvelles perspectives pour une réflexion sur l’actualité.
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[1] Matteo Millan, initialement prévu dans le panel, n’a pas pu être présent.
Aperçu du panel
PRIETO Moisés, La représentation de l’attentat politique dans le XIXe et XXe siècles
VILLIGER Carole, Le rôle des émotions dans le choix de l’action collective violente en Suisse (1950-2000)