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Les Fang croient trouver l’essence spirituelle des ancêtres dans leurs ossements, qui constituent le moyen tangible de les invoquer. Les sculpteurs ont élaboré une tradition d’effigies en bois destinées à compléter les réceptacles cylindriques en écorce où l’on conservait ces éléments essentiels de communication avec les esprits. Conçues comme une représentation des objets sacrés qu’elles contiennent, ces œuvres servent aussi de moyen d’amplification visuelle. Constituant l’aspect visible d’un culte ancestral appelé byeri, ces figurines étaient animées lors de spectacles organisés par des initiés ou par des sentinelles placées au sommet du reliquaire. Selon le cas, elles pouvaient être manipulées comme des marionnettes ou fixées au couvercle du réceptacle par un socle qui partait du dos ou de la base de la figure.
L’ensemble de la création sculpturale fang permet de distinguer de nombreuses variantes esthétiques régionales, mais un élément invariable est la représentation du corps en unités indépendantes articulées, réunies avec habileté en une sculpture dotée d’une forte présence. Par son style relativement naturaliste, ce spécimen a été attribué aux Mabea, sous-groupe fang qui s’est établi sur la côte du Sud-Cameroun, de la Guinée équatoriale et du Gabon [1]. Cette figure doit son élégance lyrique à ses formes curvilignes discrètes, avec un effet de crescendo subtilement mis en œuvre au sommet de la tête, où les arcs latéraux bien dessinés créent un casque en forme de bonnet couronnant le crâne. Les oreilles sont nettement en saillie, tandis que la moitié inférieure du visage présente des traits délicats finement soulignés. Des deux côtés du corps, les longs bras aux contours segmentés font écho aux courbes modérées du torse, les mains étant posées sur les cuisses. Les genoux sont ployés et la jambe gauche, légèrement en avant, crée une position de contrapposto. Les bordures angulaires des cuisses et des mollets de cette figure très animée forment un contraste dynamique intéressant avec les lignes incurvées de la partie supérieure du corps.
[1] Perrois 1985, p. 213.