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rt. Nous n’aimons guère l’avouer, mais nous vivons très bien. Nous ne connaissons pas la faim, nous ne sommes pas exposés à une guerre nous enlevant nos amis et nos parents, personne ne détruit nos maisons et notre pays. Nous pouvons participer à tous les niveaux politiques dans une mesure jusqu’à présent insoupçonnée: aux niveaux communal, cantonal et fédéral. Nous élisons nos représentants politiques et pouvons également participer directement aux affaires courantes. C’est unique en Europe et dans le monde.
Le niveau de notre prospérité est élevé: la plupart d’entre nous peuvent partir en vacances une fois par an et nous pouvons de temps en temps nous «offrir quelque chose». Un système social et sanitaire nous assiste en cas d’urgence.
Tout cela nous n’est pas tombé du ciel, même si de nombreuses personnes ont cette impression. Notamment aux jeunes gens n’ayant jamais connu autre chose, notre mode de vie actuel semble être «normal» – tout va de soi.
Toutefois, nos droits et notre prospérité furent acquis à grands efforts par nos ancêtres – parfois également de manière sanglante. Un regard au-delà des frontières de notre pays ou dans les livres d’histoire montre, à quel point la situation peut être différente: un rapport sur la situation actuelle à Donetsk, Bagdad ou Sanaa ou le récit historique d’un témoin oculaire de la famine de 1816 ou de l’invasion de l’armée française en 1798 laissent supposer que la paix, la liberté, le droit et la prospérité n’ont jamais été et ne sont pas des réalités offertes.
Le fait que notre pays ait pu survivre à la Première et la Seconde Guerre mondiale sans trop de dommages, ne fut pas le résultat d’un hasard. Au moyen d’habiles négociations extrêmement difficiles, des personnalités courageuses ont réussi à préserver le pays de la guerre, d’autres se sont efforcés à garantir l’approvisionnement en nourriture et d’autres encore ont édifié les protections militaires nécessaires. Auparavant, des générations de diplomates et de politiciens se sont engagées pour maintenir la neutralité du pays.
Tout au long du XIXe siècle, l’extension de nos divers droits démocratiques fut une lutte permanente contre des autorités imbues d’elles-mêmes ne voulant accepter qu’à contre gré une participation de ses «sujets». Il a souvent fallu imposer le désir d’obtenir le droit à la participation en brandissant les fourches et les fléaux. Les lois réglant les affaires de la vie de tout le monde doivent être décidées par tous les citoyens.
Ces conquêtes ne risquent-elles pas d’être soudainement éliminées? Combien de règlementations reposant sur des directives européennes ou des conventions onusiennes – que personne de nous n’aurait approuvées lors d’une votation – commencent maintenant à réglementer notre vie?
L’organisation économique internationale OCDE et les différentes conventions de l’ONU ne déterminent-elles pas les structures et les programmes de notre enseignement? La qualité de nos écoles ne baisse-t-elle pas de plus en plus depuis l’introduction du programme PISA [Programme international pour le suivi des acquis des élèves]? Depuis plusieurs années, les PME se plaignent de ne plus trouver suffisamment de jeunes gens capables de suivre une formation professionnelle plus ou moins exigeante. Les développements négatifs en Suède sont également des mises en garde.
Notre approvisionnement en électricité doit être adapté et «libéralisé» selon les directives européennes. Il ne doit plus servir le bien commun, mais rapporter des bénéfices, bien que le peuple suisse s’y soit opposé à plusieurs reprises. Qui assumera la responsabilité lors d’un «black out» devenant de plus en plus probable?
N’avons-nous, ces derniers mois, pas eu l’impression que certains conseillers fédéraux cèderaient volontiers nos droits à Bruxelles, s’ils pouvaient agir librement?
N’avons-nous pas parfois l’impression que les rapports de notre armée avec l’OTAN, par le biais du PPP [«Partenariat pour la paix»], sont devenus trop étroits et que le statut d’Etat neutre devrait être renforcé?
Nombreux sont ceux qui ressentent notre paysage médiatique comme révoltant: une concentration malsaine et toujours davantage d’articles et de commentaires «politiquement corrects». Quiconque diverge est stigmatisé et dénigré. Même les débats «contradictoires» semblent être montés, paraissent artificiels et prédéterminés: de bien mauvaises conditions pour la formation indépendante de l’opinion des citoyens indispensable à toute démocratie.
L’extension et la garantie des droits démocratiques à tous les niveaux, un Service public opérationnel et une défense crédible du pays sont trois des nombreuses tâches s’imposant actuellement. L’enseignement doit également être libéré de l’appareil régulateur et bureaucratique imposé par l’OCDE.
Si l’on n’interrompt pas dans notre pays la reprise «volontaire» des directives de l’UE, de l’OTAN et de l’ONU, il nous reste toujours, comme premier pas la résiliation de certains accords pour reprendre du souffle. Le deuxième pas pourrait consister en de nouvelles négociations.
Depuis quelque temps, la «grande» politique nous prouve qu’il est tout à fait possible de se libérer d’un corset serré. •
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