Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07061.jsonl.gz/566

Les œuvres photographiques de Larry Johnson, associant textes et images trouvés dans une mise en forme graphique séduisante, ressortissent à la production de la « Pictures Generation », parmi celles d’autres artistes apparus sur la scène américaine à la fin des années 1970 (et que réunissait l’exposition éponyme du Metropolitan de New York en 2009).
Larry Johnson (1959, Los Angeles) est l’héritier paradoxal de l’enseignement qu’il reçoit de son mentor, l’artiste conceptuel Douglas Huebler, à CalArts et d’une pratique culturelle « camp » telle qu’elle se manifeste dans les films et les « best-sellers » Hollywood Babylon de Kenneth Anger. Au sortir de ses études, il bénéficie d’une reconnaissance rapide dès la présentation de sa première œuvre photographique, Untitled (Movie Stars on Clouds), 1982-1984, qui projette sur des nuages sommairement ébauchés les noms de six stars de cinéma décédées dans des conditions tragiques.
Comme Richard Prince, qui fut l’un de ses premiers collectionneurs, Johnson montre une fascination pour le langage, la rhétorique de la célébrité et les procédures d’appropriation. En superposant des textes extraits de journaux à sensation et des formes référencées au modernisme classique (on reconnaît ici le peintre Joseph Albers, là le graphiste Paul Rand), il confronte le spectateur à une activité de déchiffrement double : du texte qui devient image et de notre propre fascination pour des icônes populaires (les frères Kennedy, des marques américaines des années 1950 ou la ville de Los Angeles elle-même). Ces éléments discursifs se révèlent pourtant traversés par d’autres narrations, comme dans Untitled (John-John and Bobby), 1988, où la sexualité « gay » apparaît explicitement, ou Untitled (Heh, Heh), 1987, copié d’une publicité du New York Times, qui montre le langage à un point d’effondrement. Si l’on peut reconnaître l’influence formelle des tableaux langagiers d’Edward Ruscha, les œuvres de Larry Johnson partagent en réalité plus d’affinités structurelles avec les déconstructions de William Leavitt ou les appropriations de Sherrie Levine, tant leur séduction formelle est empreinte d’une atmosphère de « fin de partie » du modernisme.
Dans les années 1990, Larry Johnson commence à écrire lui-même les textes qui figurent sur ses images, en s’inspirant d’auteurs populaires dont il condense à l’extrême les systèmes narratifs. Les paysages qu’il produit alors, inspirés de représentations idéalisées de Hokusai et Hiroshige mais « volés » à un dessin animé produit par Hanna-Barbera, deviennent les supports de fictions inscrites sur d’improbables rouleaux placés au centre de la composition. Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que Larry Johnson renonce à réaliser ses photographies par les moyens traditionnels de la communication visuelle (animation, collage, photo-typographie, etc.) au profit d’une digitalisation dont il éprouvera les limites en insérant parfois du flou ou ses propres mains dans le processus.