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Alcool: bon ou mauvais pour la santé?
Etat des lieux
Certaines études ont montré qu’une quantité modérée d’alcool tous les jours diminue la mortalité globale. Ce résultat serait expliqué par l’effet protecteur de l’alcool sur le cœur et les vaisseaux, lorsqu’il est consommé en petites quantités.
Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), en Suisse l’alcool causerait 2000 décès par an et environ 250 000 personnes en seraient dépendantes. Les effets négatifs de l’alcool sont étudiés depuis de nombreuses années: il peut endommager le foie, causer des cancers de la bouche et de la gorge (en particulier chez les fumeurs), entre autres. Il est également un facteur de risque pour le cancer colorectal, de l’œsophage et probablement celui du sein chez la femme. En cas d’alcoolisation ponctuelle, l’effet de l’alcool sur le cerveau prédispose à des accidents de la route ainsi qu’à la violence.
Les grands risques
Concernant le foie, même s’il semblerait nécessaire de boire six verres d’alcool par jour durant plus de cinq ans avant de pouvoir développer une cirrhose ou un cancer, le risque augmente toutefois dès un verre d’alcool par jour.
Le risque de développer un cancer colorectal serait quasiment doublé chez les buveurs de quatre à cinq verres par jour.
Chez la femme, boire trois à quatre verres quotidiennement augmenterait le risque de cancer du sein de 40 à 50%. Elle ne devrait pas boire plus d’un verre par jour. Pour les femmes qui ont des antécédents familiaux ou qui prennent des hormones à la ménopause (œstrogènes), la consommation ne devrait être qu’exceptionnelle.
Grossesse, allaitement et alcool
Durant la grossesse, il ne semble pas exister de consommation sans risque. Même légère, elle peut provoquer des troubles comportementaux chez le bébé. Dans les cas plus graves (plus de six verres par jour lors d’un seul épisode, ou plus d’un verre par jour à répétition), le fœtus risque de souffrir de malformations. Au moment de l’allaitement, la femme devrait avoir une alcoolémie à zéro pour mille (la teneur du lait en alcool étant la même que celle du sang).
Pas tous égaux face à l’alcool…
Il est difficile de déterminer quelle est la quantité maximale d’alcool qu’une personne peut boire sans danger. La plus grande différence se situe entre les hommes et les femmes. En effet, les femmes tolèrent moins facilement l’alcool pour plusieurs raisons: les enzymes qui transforment l’alcool dans l’estomac sont moins nombreuses, et la femme a en général un volume de sang plus petit que l’homme (elles sont de tailles plus petites et ont d’avantage de masse graisseuse). Cela signifie qu’une même quantité d’alcool se dilue dans un volume plus grand chez l’homme que chez la femme.
Quelle serait la limite d’une «consommation modérée», soit sans risque pour la santé?
Les recommandations diffèrent selon les pays et les organisations (par exemple l’OMS). Cependant, une consommation vraisemblablement bénéfique se situe autour d’un verre et demi par jour pour la femme et trois pour l’homme. A partir de trois verres pour la femme et quatre pour l’homme, les répercussions négatives prennent le dessus. Idéalement, il ne faudrait pas dépasser quatre verres lors des occasions particulièrement arrosées et s’abstenir de boire de l’alcool au moins un jour par semaine.
Dans certaines situations, l’abstinence est recommandable: en cas de grossesse, de conduite de véhicule, au travail et au sport.
Boire ou ne pas boire?
Si vous n’êtes pas un adepte de l’alcool, commencer à boire n’en vaut vraiment pas la peine, puisque des quantités dangereuses sont vite atteintes et que le bénéfice n’est pas définitivement prouvé (études observationnelles). Si l’alcool n’est plus un secret pour vous, il vaudrait mieux cibler votre consommation à moins d’un verre et demi pour les femmes ou trois pour les hommes. Chez certaines personnes, le risque est beaucoup trop élevé et il vaudrait mieux s’abstenir: par exemple si vous fumez ou que vous prenez une substitution hormonale pour la ménopause (œstrogènes), que vous avez une maladie du foie (hépatite par exemple) ou des polypes intestinaux, que vous prenez des médicaments ou qu’il y a des cancers du sein dans votre famille. Dans tous les cas, accordez-vous un à deux jours par semaine sans alcool. Si vous voulez penser d’avantage à votre cœur et vos vaisseaux, l’activité physique (30 minutes ou plus, au moins trois fois par semaine), l’alimentation saine (fruits, légumes, céréales complètes, huile d’olive, poissons), l’arrêt du tabac et la perte de poids auront un impact beaucoup plus efficace et certain que le verre de vin rouge quotidien.
Référence
Adapté de «Comment y voir clair face à toutes les recommandations relatives à la consommation d’alcool?», par Drs S. Pasche, B. Broers et T. Favrod-Coune, Service de médecine de premier recours des HUG, Genève. In Revue médicale suisse 2012; 8: 1831-5, en collaboration avec les auteurs.