Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07006.jsonl.gz/725

J'ai découvert le « Principe de Peter » en 1973 en lisant l'ouvrage de Laurence J. Peter et Raymond Hull paru en français aux Éditions Stock.
Quelles que soient les analyses et critiques dont il a pu faire l'objet par la suite, je m'en tiendrai à ce que j'en ai retenu à l'époque et comment je l'ai vécu au fil de ces quarante dernières années.
Définition
« Tout individu inscrit dans une hiérarchie possède son propre « niveau d'incompétence ».
Tant qu'il n'atteindra pas ce niveau, son action au sein de la hiérarchie sera bénéfique, en fonction de ses qualités intrinsèques.
À voir les tableaux d'avancement, on pourrait croire que le destin de tout homme est de grimper dans la hiérarchie au fil de son existence. C'est vrai mais c'est aussi le meilleur moyen d'atteindre son niveau d'incompétence qui, dès lors, pourra le rendre nuisible au fonctionnement de l'ensemble du système.
Le meilleur exemple mais aussi le plus courant, on le trouve dans les systèmes où l'avancement se fait de manière automatique, à l'ancienneté. C'est tellement flagrant que je pense que nous avons tous rencontré un de ces individus parvenu à un poste où, visiblement il n'avait pas sa place. Le corollaire est que souvent son seul moyen d'exister est d'exercer son pouvoir de nuisance. C'est pénible pour tout le monde. Ça existe mais ce n'est pas le plus important de mon propos.
Mon expérience
Dès que j'ai eu un peu d'ancienneté dans le mouvement associatif, je me suis rendu compte que toute association quelle qu'elle soit ne peut fonctionner qu'avec la présence conjointe d'un Président à la personnalité incontestable et d'un Secrétaire Général qui fait l'essentiel du travail. Même si l'aphorisme est très schématique, je reste encore persuadé de sa validité.
Nos amis anglo-saxons ont une expression qui me convient parfaitement : « put the right man at the right place ». Ils disent aussi qu'il ne faut pas mettre « des chevilles rondes dans des trous carrés ».
C'est là qu'intervient la notion de hiérarchie ; par la tentation que l'on peut avoir de rechercher un futur président au sein d'un organigramme existant, pour services rendus, par exemple. Un très bon Secrétaire Général ou un excellent Trésorier n'auront pas obligatoirement les qualités nécessaires à celles d'un président. Les propulser à ce poste risquerait de leur faire atteindre leur niveau d'incompétence et de ruiner le fonctionnement de l'association.
Dans les années quatre-vingt-dix, le directeur général de la filiale locale d'une très grosse entreprise de BTP française m'avait présenté le responsable d'un joli chantier de casernement réalisé pour l'Armée Française à Dakar. Comme il voulait que je lui donne mon avis sur le bonhomme, il m'invita à faire une visite du chantier avec lui. J'en revins enchanté après avoir apprécié la qualité des travaux. C'était en effet un spécialiste de la préfabrication, technique peu utilisée au Sénégal et dans laquelle il excellait.
J'appris rapidement qu'il avait été nommé Directeur du Génie Civil de la filiale. Un an plus tard, le D.G. était obligé de le virer parce qu'il s'était avéré incapable d'assumer ses nouvelles fonctions de Direction… Bref, il avait atteint son niveau d'incompétence bien malgré lui. J'avoue que j'en ai ressenti certains remords en l'ayant trop bien "vendu" à son patron…
Pour tout individu, le seul problème et la vraie question est de savoir où se situe son propre niveau d'incompétence ; et de sagement rester en deçà. C'est malheureusement très difficile tant les pressions sociales face à une promotion sont fortes.
Parce que j'ai apprécié les qualités des présidents d'associations avec lesquels j'ai travaillé et que j'ai su les analyser, j'ai toujours refusé les présidences qui m'étaient offertes, préférant me cantonner aux tâches exécutives (Secrétaire, Trésorier, Gestionnaire des données informatiques). C'est seulement il y a cinq ans que j'ai fini par accepter un tel poste, dans un monde où l'aspect ancienneté dans la hiérarchie n'est justement pas le critère mais où c'est bien une élection raisonnée – à l'unanimité des suffrages – qui est nécessaire pour monter. Au cours des trois ans de mon mandat, j'ai beaucoup appris et j'ai rendu le "bébé" en parfaite santé à mon successeur.
J'avoue que la relecture attentive du « Prince » de Machiavel – dont Philippe Bourguignon (alors PDG du Club Méditerranée) a dit lors d'une interview que, même s'il date du XVI° siècle, c'est toujours le meilleur manuel de management des hommes – m'a été d'un grand secours. C'était en quelque sorte ma "mise à niveau" pour maintenir mon niveau d'incompétence un cran au-dessus ;-)
Une question importante
Au fait, le Principe de Peter s'applique-t-il au personnel politique ?
--
Marc, l'Africain