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Simon Spiegel
02 août 2019
Lorsque nous parlons de films, nous parlons presque toujours aussi de qualité. Pas seulement dans le sens de la critique cinématographique, chargée entre autres d’évaluer les films, mais aussi dans un sens plus fondamental de matière ou propriété spécifique, ce qui n’a rien à voir avec le fait que le film en question mérite ou non d’être vu.
Le dernier numéro de Cinema prend explicitement comme point de départ la notion de qualité dans ce sens double et presque contradictoire. A travers les différents articles, la « qualité » ne se réfère donc pas nécessairement à des films « à voir » ou « bien faits », mais prend différentes significations selon les contextes, notamment politiques.
Différents critères de qualité
Margarete Wach s’intéresse aux clubs de cinéastes amateurs en Pologne pendant l’époque communiste. Subventionnées par l’Etat et chargées de promouvoir la participation culturelle de la classe ouvrière, ces structures pouvaient mettre à disposition de leurs membres de l’équipement technique coûteux. Mais les films réalisés par les amateur·trice·s n’étant pas destinés à passer en salle, ils étaient moins fortement confrontés à la censure que les productions cinématographiques considérées comme qualitativement supérieures du point de vue des autorités. Ils pouvaient donc aborder des sujets tabous avec une plus grande liberté.
On trouve rarement de consensus sur ce qui rend un film remarquable. Un même critique peut donner différentes réponses à cette question selon la situation, comme le montre l’analyse des écrits du critique de cinéma Siegfried Kracauer par Simon Meyer. Dans ses premières critiques, écrites au début des années 1920, Kracauer défend le cinéma de divertissement. A la fin de la décennie, il a pris la position inverse, plaidant la cause du cinéma sociocritique. Dans les années 1940, Kracauer considère carrément que le réalisme social est un critère de qualité, et dans les publications d’après-guerre, il finit par se tourner vers le cinéma psychanalytique. Selon les périodes, la qualité d’un film dépend donc pour Kracauer de différents critères.
Tous ne recherchent pas la qualité
Certains articles sont fournis: outre ceux déjà mentionnés, on peut citer une étude consacrée aux figures du héros dans le dernier Clint Eastwood ou un article sur la représentation de la qualité journalistique dans le film de journalisme. Ils sont ponctués de textes plus courts, écrits par des acteur·trice·s de la scène cinématographique suisse. Ces interventions sont presque plus intéressantes que les textes longs, puisque le contraste entre ces différents points de vue montre que la notion de qualité est non seulement relative, mais qu’elle n’est même pas recherchée par tous.
Pour l’étalonneur et responsable d’effets spéciaux Joel Helmlinger, il existe encore des critères de qualité artisanale relativement clairs. Dans sa contribution, Lionel Baier défend un cinéma imparfait, « pas joli ». Si son plaidoyer rejoint les réflexions de Hito Steyerl sur l’image pauvre, il donne néanmoins l’impression d’être un peu trop volontairement combatif.
Les différents textes montrent bien que même les cinéastes n’ont pas une unique définition de la qualité. Et la question devient particulièrement délicate pour les organes de financement qui doivent répondre aux exigences de la politique et du public. Sven Wälti, responsable auprès de la SSR des programmes internationaux et interrégionaux, souligne qu’il n’existe pas de critères contraignants selon lesquels ils pourraient s’orienter.
▶ Texte original: allemand