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LONDRES – Les personnes qui boivent environ 3 tasses de café par jour pourraient vivre plus longtemps que celles qui ne boivent pas de café. Cette étude est observationnelle, cela signifie qu’il existe une association entre le café et la mortalité mais que les scientifiques ne sont pour le moment pas capables de prouver une relation de cause à effet (corrélation). Ces résultats proviennent de 2 études, l’une européenne et l’autre américaine. Dans la première et la plus grande étude de ce type, des scientifiques ont analysé les données de plus d’un demi-million de personnes de 10 pays européens, incluant la France et le Royaume-Uni. Les scientifiques ont découvert qu’en comparaison avec ceux qui ne buvaient pas de café, les buveurs de café avaient un risque significativement plus bas de mortalité, c’est-à-dire de mourir de maladies comme le cancer ou les maladies cardiovasculaires. La deuxième étude a découvert qu’une consommation plus élevée de café était associée à un risque plus bas de mortalité chez les noirs ainsi que les populations non-noires. Dans les deux études le taux de mortalité était le même pour le café contenant de la caféine ou sans caféine (décaféiné). Les 2 études ont été publiées en juillet 2017 dans le journal scientifique Annals of Internal Medicine.
Dans le passé, plusieurs études ont montré qu’une consommation modérée de café permettait de diminuer le risque de maladies comme Alzheimer, le diabète et plusieurs formes de cancer.
Etude européenne
Des chercheurs du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC ou IARC en anglais) rattachée à l’OMS à Lyon et de l’Imperial College London à Londres ont découvert que des hauts niveaux de consommation de café étaient associés à un risqué réduit de mortalité de toutes les causes, particulièrement des maladies vasculaires et celles en lien avec le tractus digestif.
Plus de 1000 composants
Le café est l’une des boissons les plus consommées au monde, avec environ 2,25 milliards de tasses bues chaque jour dans le monde. On estime que le café contient plus de 1000 molécules ou composants, certains interagissent avec l’organisme comme la caféine, les diterpènes et des antioxydants comme les polyphénols. La proportion et quantité de ces composants peut être influencée par les différentes méthodes utilisées pour préparer le café.
Des études précédentes qui ont analysé le lien entre la consommation de café et l’impact sur la santé ont révélé des résultats contradictoires. Néanmoins, des grandes études réalisées autant aux Etats-Unis qu’au Japon ont depuis révélé un effet potentiel favorable du café sur le risque de mortalité de toutes les causes.
Dans cette étude, les chercheurs ont réalisé une grande analyse des effets de la consommation de café dans une population européenne. Dans ce continent, la consommation et la préparation du « petit noir » varie passablement, entre l’expresso en Italie et le cappuccino au Royaume-Uni. Mais les chercheurs ont trouvé une association similaire dans les différents pays européens étudiés entre la consommation de café et la mortalité.
En utilisant des données d’une étude appelée EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition), l’équipe de scientifiques ont analysé les données de 521’330 personnes âgées de plus de 35 ans dans 10 pays européens dont la France et le Royaume-Uni. Les habitudes alimentaires des personnes étaient évaluées grâce à des questionnaires et entretiens (interview). Après un suivi de 16 ans, environ 42’000 personnes sont mortes à cause de plusieurs causes comme le cancer, les maladies vasculaires, l’infarctus du myocarde et l’AVC.
Décaféiné ?
Suite à des corrections statistiques pour certains facteurs comme l’alimentation et le tabagisme, les chercheurs ont découvert que le groupe avec la consommation de café la plus élevée présentait le risque le plus bas de mortalité de toutes les causes de décès, en comparaison avec ceux ne buvant pas de café. Ils ont aussi remarqué que le café décaféine avait le même effet que celui contenant de la caféine. Néanmoins, la consommation de café décaféiné et normal (à base de caféine) n’est pas simple à distinguer. C’est pourquoi les scientifiques ne peuvent pas exclure que les buveurs de café puissent avoir consommé du café contenant de la caféine à un moment de leur vie.
Les chercheurs ne savent pas encore exactement quels principes actifs ou composants sont responsables des effets bénéfiques sur la santé, d’autres études sont donc nécessaires.
Le Prof. Elio Riboli de l’Imperial College London qui a établi l’étude EPIC précise : « Ces résultats s’ajoutent à un nombre croissant de preuves qui indiquent que boire du café n’est pas seulement sûr, mais que cette habitude peut avoir un effet protecteur sur la santé des personnes. Alors que d’autres recherches sont nécessaires, nous pouvons être confiants que les résultats d’une grande étude européenne confirment les découvertes précédentes relevées dans le monde entier. »
Pondération
L’auteur principal de l’étude, le Dr Marc Gunter du CIRC à Lyon apporte quelques nuances : « A cause de limitations d’un travail de recherche observationnel, nous ne sommes pas encore à l’étape de recommander à la population de boire plus ou moins de café. Cela dit, nos résultats suggèrent qu’une consommation modérée de café – jusqu’à environ 3 tasses ou 400 mg de caféine par jour – n’est pas préjudiciable à votre santé, et qu’incorporer le café à vos habitudes alimentaires pourrait avoir des bénéfices pour la santé. »
Etude américaine
Dans une étude américaine cette fois, des chercheurs de l’Université du Sud de Californie ont cherché à mieux comprendre l’influence du café sur la santé en comparant plusieurs ethnies. Une cohorte multiethnique (en anglais Multiethnic Cohort ou MEC) a suivi plus de 185’000 afro-américains, hawaïens, japonais-américains, latinos et blancs (caucasiens) pendant une période de 16 ans. Ils ont découvert qu’une consommation plus élevée de café était associée à des risques de décès plus bas, autant chez les blancs que les autres populations. Dans le passé, la plupart des études ont été réalisées sur des blancs.
Les auteurs relèvent dans un éditorial rattaché à l’étude que l’effet protecteur du café est plausible. Les polyphénols et d’autres composants bioactifs du café présentent des propriétés antioxydantes. De plus, le café est associé à une diminution de la résistance à l’insuline, de l’inflammation et de biomarqueurs de la fonction hépatiques.
Dans un communiqué, Veronica W. Setiawan qui mené cette étude explique : « Nous ne pouvons pas dire que boire du café va augmenter votre espérance de vie, mais nous pouvons voir une association. » La professeur associée à l’Université du Sud de Californie précise : « Si vous aimez boire du café, buvez-en ! »
Dans le détail, les scientifiques californiens ont découvert que boire une tasse de café par jour diminuait le risque de mortalité de 12%. L’effet était plus élevé chez les personnes buvant 2 à 3 tasses de café avec une réduction de la mortalité de 18%. Dans cette étude aussi, les avantages ont été observés autant chez les personnes buvant du café normal (avec de la caféine) que décaféiné.
Le 13 juillet 2017. Par Xavier Gruffat (pharmacien). Sources : Communiqué de presse des 2 études. CBS This Morning (programme de télévision américain), ATS (agence de presse suisse) et CBSNews.
Référence étude réalisée sur 10 pays européens. “Coffee drinking and mortality in 10 European countries” by Gunter, M.J. et al, Annals of Internal Medicine
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