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Fuyant la chaleur estivale étouffante de cet été naissant, je me faufilai par la porte en bois de l’immense édifice religieux. La température chuta d’au moins dix degrés, je pus retirer ma casquette et mes lunettes de soleil. Mes pupilles se dilatèrent immédiatement -comme celles d’un chat- pour que je m’habitue à la pénombre.
Je continuai ma route, traversant l’allée de pierres plates à grandes enjambées, comme si mon corps connaissait déjà le chemin par cœur, trop habitué à le parcourir chaque semaine. Je tournai à gauche devant l’autel, ignorant un couple de touristes s’extasiant sur un vitrail.
Je contournai alors l’autel et m’immobilisai devant une grille encastrée dans un mur à ma droite. Je sortis une vieille clé à moitié rouillée de la poche arrière de mon jean et ouvris la porte, non sans vérifier que personne ne me regardait. Je me glissai comme une ombre dans l’obscurité la plus totale et tirai la grille vers moi pour la verrouiller ensuite de l’intérieur, m’enfermant moi-même.
En tentant de faire le moins de bruit possible, sur la pointe des pieds et à tâtons, je descendis l’escalier raide, rendu humide et poussiéreux avec le temps. Je sentais le vide sous moi et il n’y avait aucune rambarde à laquelle me raccrocher. Après ce qu’il me parut être une éternité de descente, mon pied rencontra le sol et non le vide qui précède une marche. J’allumai mon briquet et mis le feu à une torche posée par terre, que je posai sur un présentoir accroché au mur. Elle éclaira le cercueil à mes pieds et les murs de la crypte étroite.
J’attendis. J’attendis encore, les heures passant. Je sus que le soleil s’était couché au moment où le couvercle du cercueil glissa.
-Bonjour Armelin, fis-je calmement en jouant avec ma casquette.
-Bonjour, bâilla-t-il.
-As-tu bien dormi papy?
Il se fâcha.
-Ne m’appelle pas ainsi, tu me rajeunis.
-Dois-je t’appeler arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père ? C’est long.
Il ne répondit pas.
-Viens me rejoindre dans trois heures, j’aurai fini d’ici là.
-Bien.
-Tu peux te reposer dans mon lit si tu le désires…
Mon regard tomba sur le cercueil.
-Non merci, je m’en passerai.
Il disparut. Trois heures plus tard donc, je le rejoignis en haut, dehors.
-Où as-tu été cette fois ? demandai-je.
-À la discothèque du centre. Le “MAD “. Il y a toujours de quoi se servir.
-Pas faux… commentai-je .
Il me considéra un instant de son regard mort.
-Je préfère quand tu viens à la place de ton père.
-Je sais, tu me l’as déjà dit.
-Bien, conclut-il, indifférent, à demain, je pense .
Je posai la pelle prise dans la crypte et la posai en équilibre sur la pile de corps entassés dans la brouette qu’Armelin avait empruntée, puis la soulevai.
-Oui… À demain, dis-je dans le vide -il était déjà parti.