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A fin des années 1970, un employé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’origine sri lankaise et dévot de Sathya Sai Baba, rencontre un autre fidèle du maître spirituel indien. Ils créent un petit groupe informel qui se réunit au domicile privé de l’un ou l’autre pour des prières. Le groupe s’agrandit vite par le réseau des connaissances de chacun et rassemble bientôt aussi des hindous qui ne suivent pas spécifiquement les enseignements de Sathya Sai Baba, mais retrouvent dans ces réunions les éléments essentiels de leurs pratiques religieuses. En 1979, certains membres du groupe font le voyage en Inde pour rendre visite à Sathya Sai Baba, qui leur recommande alors de se réunir chaque jeudi, ce qu’ils font à partir de 1980. Ces rencontres hebdomadaires conduisent à la formalisation du groupe sous forme d’association. Dès 1984, ils se réunissent dans la salle de culte de la « Maison quaker », située au Petit-Saconnex, à proximité de l’aéroport.
Le Centre Sathya Sai de Genève est la première association de dévots de Sathya Sai Baba en Suisse. Il fut suivi par les centres de Berne, Zurich et Bâle, ce qui conduisit, au milieu des années, 1980 à la création d’une association faîtière : l’Organisation Sathya Sai suisse.
Sources :
Membres de la communauté.
La « maison quaker » est une maison appartenant à la Fondation quaker de Genève. Elle abrite les bureaux du Bureau quaker auprès des Nations Unies (QUNO) et les activités cultuelles du groupe quaker de Genève. Située dans un quartier résidentiel du Petit-Saconnex, proche de l’aéroport, la bâtisse date des années 1920 et a été achetée en 1972 par la Fondation. Celle-ci loue actuellement la salle de culte à cinq autres groupes religieux de différents courants (bouddhiste, hindou et ésotérique).
Le Centre Sathya Sai de Genève compte une soixantaine de membres[1] dont la majorité est d’origine indienne. Ses activités s’organisent autour de trois axes développés par toutes les communautés Sathya Sai du monde : le service bénévole (seva), les activités spirituelles et celles qui concernent l’«éducation en valeurs humaines ».
Ainsi certains membres du Centre Sathya Sai de Genève proposent leurs services à des institutions sociales de Genève comme l’hôpital psychiatrique Bel-Idée, l’Association Alzheimer, l’Armée du Salut ou encore l’association Les Colis du cœur qui distribue de la nourriture aux personnes dans le besoin.
Tous les jeudis, les membres du Centre se rassemblent à la « Maison quaker » pour les activités spirituelles, qui consistent essentiellement en des chants et prières. Deux fois par mois, ils étudient des textes de Sathya Sai Baba et des textes d’autres religions qui correspondent à l’activité d’ « éducation en valeurs humaines » donnée aux adultes. Les enfants reçoivent cette éducation le dimanche matin au domicile de l’un des membres.
[1] Chiffre communiqué par le Centre Sathya Sai de Genève.
Le mouvement Sathya Sai a été fondé par Sathya Narayana Raju, né en 1926 à Puttaparthi dans le sud de l’Inde. En 1940, à l’âge de 14 ans, il déclare être une réincarnation de Sai Baba de Shirdi, un ascète indien très populaire (1856-1918) dont le tombeau est un lieu de pèlerinage en Inde. Le nouveau Sai Baba, Sathya Sai Baba (« Sai Baba de vérité »), rassemble rapidement autour de lui un premier noyau de disciples. Les récits de ses miracles se répandent (guérisons miraculeuses, résurrections, matérialisation d’objets et de cendres sacrées (vibhûti), télépathie, téléportations) et attirent un nombre grandissant de dévots du sud du pays. En 1947, il est invité à présider la conférence annuelle de la Divine Life society, ce qui le fait connaître dans toute l’Inde et accroît le nombre de ses disciples à tout le sous-continent. Dans les années 1950, il créé l’organisation Sathya Sai Baba, laquelle publie dès 1958 un magazine mensuel (nommé Sanâthana Sarâthi) relatant ses miracles, dispensant ses enseignements et informant de l’avancée du mouvement.
En 1963, il déclare être un avatar (une incarnation divine) de Shiva et de sa parèdre shakti. Il affirme par ailleurs être un purnavatar, un avatar « complet », manifestation humaine de toute entité divine et de là, une incarnation du principe divin lui-même. Son message se veut universalisant et entend transcender les clivages entre les religions. Ses disciples se font plus nombreux, non seulement en Inde mais aussi en Europe et en Amérique du Nord, et viennent lui rendre visite dans son ashram de Puttaparthi. Des temples et des centres Sathya Sai Baba se développent dans le monde.
Dans les années 1990 et 2000, Sai Baba essuie une série de controverses concernant ses miracles, regardés par ses détracteurs comme des tours de magie. Il est également accusé de détournements d’argent et d’attouchements sexuels sur certains fidèles. Aucune de ces allégations n’a conduit à des condamnations.
Malgré ces accusations, Sathya Sai Baba a constitué un véritable phénomène, sa popularité reposant en grande partie sur sa réputation d’accomplir des miracles. On a souvent dit que la seule personne en Inde, capable de rassembler des foules aussi grandes, était le premier ministre en personne. Dans son pays, il a surtout rencontré du succès auprès des classes moyennes et aisées, succès que certains sociologues expliquent par la teneur du discours de Sai Baba, à la fois empreint de tradition et de modernité. Sathia Sai Baba a également créé des centres hospitaliers gratuits pour la population indienne, ce qui contribue probablement aussi à sa grande popularité.
Nonobstant son rayonnement international et l’apparente universalité de son message, Sathya Sai Baba est un personnage fermement ancré dans la tradition hindoue. Il appartient plus précisément à ce que les historiens des religions ont appelé «néo-hindouisme » pour qualifier la tendance réformatrice qui s’est fait jour dans l’hindouisme dès le 19e siècle en réponse aux défis posés par la colonisation et l’influence culturelle européenne. Comme beaucoup de guides spirituels de cette époque, il mêle la figure du guru, de l’ascète, de l’avatar et du saint.
Sathya Sai Baba est décédé en 2011. Ses fidèles attendent son retour en une troisième et dernière réincarnation, Prema Sai Baba (Sai Baba d’amour), qu’il a annoncée de son vivant.
Les enseignements de Sathya Sai Baba insistent sur ce qu’il appellait les « valeurs humaines » et qu’il présentait comme devant conduire à l’« élévation spirituelle » de l’humanité : la vérité (Sathya), la conduite juste (qu’il nomme Dharma), la paix (Shanthi), l’amour (Prema) et la non-violence (Ahimsa). Ses enseignements mettent également en avant la notion de service (seva). Le seva désigne, dans l’hindouisme classique, le service rendu au guru en contrepartie de l’enseignement reçu et a pour but l’épanouissement personnel. Au sein de l’organisation Sathya Sai Baba, le mot fait référence aux activités bénévoles visant à aider autrui.
Pour les membres formels de l’organisation, la pratique religieuse comprend des prières et des méditations quotidiennes, l’étude régulière des écrits de Sathya Sai Baba, la participation aux activités de service (seva) et de culte. Celui-ci est constitué de puja (offrandes rituelles aux dieux) et de bhajan (hymnes dévotionnels), lesquels sont à la base des cultes traditionnels hindous. Les membres fréquentant le groupe tout en appartenant à d’autres religions font des prières et des chants selon leur religion.
On prête à Sathya Sai Baba deux aphorismes fréquemment cités par ses disciples : « aimez tout le monde, servez tout le monde ; aidez toujours, ne blessez jamais » et « des mains qui aident sont plus saintes que des lèvres qui prient ». Il insista aussi sur l’unité des religions et découragea ceux qui le suivaient d’abandonner leur propre religion.
Indications bibliographiques
BABB, Lawrence A., « Sathya Sai Baba’s Magic », in : Source: Anthropological Quarterly, Vol. 56, No. 3 (Jul., 1983), pp. 116-124.
BABB, Lawrence A, Redemptive Encounters : Three Modern Styles in the Hindu Tradition, university of California Press, 1986.
PALMER, Norris W., «Baba’s World : A Global Guru and His Movement » in FORSTHOEFEL, Thomas A., HUMES, Cynthia Ann (eds), Gurus in America, Sunny Press, 2005, p. 97-122.
SRINIVAS, Tulasi, Winged Faith : Rethinking Globalization and Religious Pluralism Through the Sathya Sai Movement , Columbia University Press, 2010.
SWALLOW, Déborah A., «Ashes and Powers: Myth, Rite and Miracle in an Indian God-Man’s Cult», in : Modern Asian Studies, Vol. 16, No. 1 (1982), pp. 123-158.
URBAN, Hugh B., « Avatar For Our Age : Sathya Sai Baba and the Cultural Contradictions of Late Capitalism », in : Religion 33 : 73-93.