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Olga Maria de Campos Venâncio naît au Portugal dans un village qui porte le nom de Viseu. Au Portugal le prénom est suivi de deux noms: le premier c’est celui de la mère suivi de celui du père. La filiation devient ainsi très claire; les deux parents sont présents dans l’identification officielle de chaque portugais.
En 1961 le père d’Olga s’engage comme volontaire dans l’armée lusitanienne et part pour l’Angola (colonie portugaise à ce moment-là).
En 1965 notre soldat se marie au Portugal tout naturellement avec une fille du pays. Pour plus de confort et de sécurité l’épouse va rester dans la Péninsule ibérique (l’Angola n’est plus si tranquille en ces temps), et seulement vers 1968 elle retrouvera son mari, pendant que la petite Olga (deux ans) et déjà assez débrouille restera aux bons soins de sa marraine au pays. Si les circonstances le permettent, les vacances vont réunir la famille dans la mère Patrie.
A la fin de ses 8 années militaires, le père d’Olga trouve un travail dans cette colonie comme garde forestier. Il faut dire que les parents du jeune papa vivent sur cette terre africaine, plus précisément dans sa capitale Luanda.
Maintenant que le chef de famille est libre de ses devoirs militaires la réunion des siens en terre africaine devient envisageable. C’est ainsi qu’à 5 ans Olga et sa marraine vont passer 9 jours en bateau pour rejoindre la famille expatriée.
Au premier contact Olga ne reconnaît pas sa mère et elle lui dit: «Madame votre fils m’embête» quand c’est son frère, né en Afrique, qui la chicane. La séparation a laissé des séquelles…
Sa mère va garder cette petite phrase en mémoire tout au long de sa vie et la partagera plus tard avec sa fille, en souvenir de leur séparation.
En réalité la famille n’est pas si dépaysée que ça en territoire africain, car l’arrière-grand-mère paternelle d’Olga était angolaise.
Après une année passée avec ses parents la petite change à nouveau de domicile et va vivre chez ses grands-parents “africains” à Luanda car l’école est plus facile d’accès dans la grande capitale.
En 1961 l’Angola a commencé à bouger. Son indépendance arrivera en 1975. Elle sera accompagnée d’autres colonies portugaises qui ont la même soif de liberté: le Mozambique, le Cap-Vert, Sao Tomé et Principe et le Timor Oriental. Le Portugal va se remplir d’un seul coup, car les exilés doivent retourner au pays pour se sentir en sécurité. Fini le temps des colonies!
La population lusitanienne s’inquiète de ce retour massif des expatriés. Naturellement les emplois vont en souffrir et des tensions sociales commencent à surgir.
A ce moment-là Olga se trouve en vacances au Portugal avec sa famille. Elle va y rester et ne retournera plus jamais en Afrique. C’est l’année 1975 est notre petite portugaise a 9 ans.
Par contre ses parents repartent tout de suite vers l’Angola. Ils vont rapatrier toutes leurs affaires restées sur place.
La famille du Portugal retrousse ses manches pour accueillir les «Angolais». Le marché du travail n’est pas joyeux, et les Portugais venus des colonies se voient appelés avec mépris: «los retornados» (ceux qui sont de retour).
Finalement son père trouve un emploi et la vie familiale repart tranquillement et définitivement sur territoire ibérique.
Le temps passe et Olga obtient son certificat d’études secondaires. Son prochain objectif c’est l’Université. Pour ce faire elle doit améliorer ses notes. Du coup elle dispose de toute une année pour préparer ces examens sélectifs.
Trouvant l’attente quelque peu longue elle tend l’oreille et apprend par des amis de la famille, en vacances au Portugal, la possibilité d’un travail saisonnier en Suisse.
Ces amis en question habitent l’Isle (Vaud – Suisse) mais à travers un autre contact sur place, ils sont au courant d’un travail au Sentier, plus précisément dans la restauration. C’est un emploi de courte durée. Réflexion faite ça tombe bien, car pendant cette année d’attente elle peut gagner de l’argent. Un peu d’indépendance financière est toujours la bienvenue!
C’est l’année 1988 et elle passe 3 mois au restaurant de la Gloriette au Sentier, de septembre à novembre.
Elle va goûter à la solitude pour la première fois de sa vie, car les amis habitant l’Isle ne sont pas près et tout va être si différent…
Même si la cuisinière est portugaise et le patron espagnol, les clients parlent une autre langue, difficile à comprendre. Même le climat et le paysage ne sont pas les mêmes; ni angolais, ni portugais. C’est l’automne combier…
Après 3 mois Olga ferme sa valise prête à retourner chez elle et à oublier au plus vite le village jurassien et la solitude.
Avant son départ le patron lui propose un contrat de 9 mois. Elle refuse tout simplement et fermement. Elle veut retrouver la chaleur de sa famille portugaise. Elle en a vraiment besoin!
C’est le mois de décembre et elle a de l’argent en poche pour gâter tous les siens. Elle en est contente et très fière de leur faire plaisir.
Finalement ces 3 mois lui ont apporté de quoi se réjouir: partager ses gains.
Au mois de février le patron de la Gloriette l’appelle, et lui propose un travail pour 3 mois. Elle réfléchit, les examens pour l’Université sont encore loin et elle pense aux sous qu’elle pourra rapporter à la maison. Finalement il s’agit de trois petits mois et elle pourra préparer ses examens dans son temps libre. Même si elle n’aime pas cette solitude apprivoisée, elle pense à l’argent qu’elle peut gagner…
Ainsi elle décide de retourner à la Gloriette au mois de mai.
Sans se soucier de lire le contrat correctement, en faisant confiance, elle va le signer pour 9 mois au lieu de 3!
Tranquillement elle se fait à l’idée de rester tous ces longs mois de plus. Ainsi elle commence à apprendre le français en écoutant les clients qui défilent dans le restaurant. C’est le printemps et la solitude n’est plus une inconnue et le temps est plus agréable.
C’est en servant un café à un jeune sicilien que la vie d’Olga va basculer. Le charme entre les deux jeunes gens fait disparaître la solitude et même l’endroit commence à lui plaire. C’est le printemps à La Vallée…
Le temps faisant, l’Université part doucement aux oubliettes.
Les jeunes gens sont amoureux et veulent se marier tout de suite. Après
4 mois de fréquentations le mois de juin pourrait bien faire l’affaire.
Suite à cette annonce si intempestive le père d’Olga intervient. Il conseille à sa fille d’amener son amoureux au Portugal et aussi d’aller visiter sa famille en Sicile, si après cela elle veut toujours se marier, elle pourra le faire. La raison du chef de famille ne tombe pas à l’eau. Amour familial et culture gagnent. Résultat: nos amoureux se mettent en route.
15 jours de vacances au Portugal suivis de 15 jours de vacances en Sicile vont permettre à chacun de rencontrer la famille de l’autre dans leurs milieux respectifs.
Les langues s’entremêlent: le français, le portugais et l’italien ou le sicilien… Olga ne fait pas dans la facilité linguistique!
Environ 7 mois plus tard plus précisément le 15 décembre avec tous les papiers en ordre Olga et Franco se marient au Sentier. Elle a 23 ans et lui 27 et c’est l’année 1989. Deux autres fêtes vont suivre, une au printemps au Portugal en 1990 et l’autre à Noël en Sicile dans la même année. Ainsi les deux familles vont “s’envelopper” et fêter l’événement.
Avec son nouveau permis C en poche Olga se lance à la recherche d’un poste de travail. Elle le trouve chez Valdar, actuellement Swatch-Group. Au revoir la Gloriette et bienvenue l’industrie horlogère!
Elle va y travailler pendant 10 ans.
A la naissance de leur deuxième fille notre portugaise décide de rester chez elle et de continuer son travail depuis la maison. Elle suit ce rythme pendant 11 ans, après cet intervalle, elle rejoint à nouveau l’usine physiquement. Les deux filles ont grandi et elle peut quitter son foyer sans regret.
L’année 2020 fête ses 30 ans de travail dans l’horlogerie!
Pendant tout ce temps Olga a apprivoisé le paysage, le climat, la langue et les gens. La famille est même devenue suisse. Elle a fait son trou dans ce pays combier où elle se sent maintenant totalement à l’aise.
Toute une réussite pour cette portugaise si voyageuse!
E. Dutruit