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Une énorme demande « refoulée » risque d'être libérée une fois qu'une certaine forme de normalisation dans notre vie quotidienne aura été rétablie, ceci probablement à partir de l'été. Cela suppose, et c'est important, que les campagnes de vaccination se déroulent comme promis, sans contretemps de production, sans effets secondaires indésirables ou sans efficacité moindre due aux mutations du virus.
Si une reprise économique apparaît effectivement dans les cartes pour la seconde moitié de 2021, nous devons admettre que nous nous posons des questions sur la manière dont le système économique fera face à une soudaine augmentation des dépenses. En effet, l'offre est paramétrée sur une demande moyenne plutôt que sur une demande extrême. Pour faire un parallèle un peu inquiétant, nous pourrions observer des problèmes de capacité similaires à ceux rencontrés par les hôpitaux lors de la première vague du coronavirus.
Des secteurs tels que les voyages et les loisirs, en particulier, risquent de connaître une ruée une fois les restrictions levées et une grande partie de la population vaccinée, donc se sentant plus en sécurité. Dans la production et les transports également, les goulets d'étranglement ne sont pas à exclure si tous commencent à dépenser au même moment.
Cela pourrait entraîner une hausse considérable des prix à la consommation - ne serait-ce que temporairement. À cette pression inflationniste pourrait bien s'ajouter le redressement des prix du pétrole, entraîné non seulement par une demande plus forte lorsque les déplacements reprendront, mais aussi par les restrictions de production en cours dans les pays de l'OPEP+ et, à un peu plus long terme, par le manque d'investissements dans de nouvelles infrastructures au cours des dernières années.
La question de savoir comment les banques centrales (et les gouvernements) réagiraient à une telle flambée de l'inflation est ouverte. Il se peut qu'elles modifient une fois de plus leurs méthodes de calcul des indices de prix, afin d'adoucir la hausse, ou qu'elles s'en tiennent à la méthode de "l'inflation moyenne" récemment adoptée, c'est-à-dire qu'elles tolèrent une période d'inflation supérieure à l'objectif (2 %). Mais il n'est pas totalement impossible qu'ils décident d'un changement soudain de politique monétaire. Dans ce cas, il se peut que les marchés obligataires ne soient pas les seuls à souffrir. L'euphorie dans laquelle les marchés d'actions baignent actuellement pourrait également se dégonfler.
Enfin, il convient de mentionner la politique américaine. Le second tour des élections en Géorgie semble avoir donné aux démocrates le contrôle du Sénat, ce qui facilitera la tâche de Joe Biden, mais pourrait être une source d'inquiétude pour les investisseurs, avec une réglementation accrue, des dépenses publiques plus importantes et une fiscalité plus lourde. La saga des élections présidentielles n'est pas encore tout à fait terminée. À en juger par la prise d'assaut du Capitole par des fanatiques de Trump, dans une tentative (ratée) d'empêcher le Congrès de certifier les résultats de l'élection, et par la lettre publique récemment signée par les dix anciens ministres de la défense américains encore en vie, demandant que l'armée ne soit pas engagée par le président sortant, il est évident que la situation restera tendue jusqu'au changement de pouvoir - et peut-être même après.
Espérant toutefois que ces risques liés au vaccin, à l'inflation et à la politique ne se concrétiseront pas, nous souhaitons à nos lecteurs une année 2021 saine et enrichissante !
Un regard sur les performances de 2020
Source : Bloomberg
Il y a un an, les investisseurs ne pouvaient guère imaginer les enjeux de 2020. En fait, si nous avions tous eu connaissance de l'ampleur de la pandémie Covid-19 et de la crise économique qui y est associée, aurions-nous attendu que les indices boursiers mondiaux terminent l'année en territoire positif ?
Seule une poignée d'actions, et ne reflétant pas l'entreprise "moyenne", ont fait grimper les indices en 2020. Il s'agit essentiellement des FAANG (acronyme de Facebook, Amazon, Apple, Netflix et (ex-Google) Alphabet), mais aussi de quelques autres grandes entreprises technologiques qui ont bénéficié de longues périodes de "travail/shopping/jeu à domicile". À l'exception de ces "happy few", les principaux indices boursiers n'ont rien donné (voir graphique). Un certain nombre de plus petites sociétés - dont on n'entendait guère parler auparavant - ont également connu une excellente année, ayant été inclus dans un ou plusieurs indices technologiques, avec des ETF sectoriels à la mode (fonds indiciels) qui les ont achetés. Certaines de ces sociétés ont vu la valeur de leurs actions doubler ou tripler en un rien de temps sans que cela ne reflète un changement des fondamentaux (la pandémie ayant même eu un léger impact négatif), mais les flux monétaires ont supplanté les considérations de valorisation de ces actions très peu liquides, les faisant entrer clairement en phase de bulle.
Dans l'ensemble, nos portefeuilles modèles ont dégagé un rendement absolu décent en 2020, terminant l'année sur une note positive. Cette performance a été soutenue par les investissements en actions chinoises locale "A shares" et japonaises dont les performances ont été supérieures à l'indice de référence, une exposition limitée au dollar américain (grâce à une politique de couverture active), des investissements dans des fonds alternatifs (qui ont connu une bien meilleure année, du moins en ce qui concerne les stratégies long/short ou macro – dans lesquelles nous sommes investis –, qu'en 2019) ainsi qu'une sélection de fonds réussie.
En ce qui concerne les titres à revenu fixe, au cours d'une année qui a vu les taux d'intérêt (déjà bas) baisser davantage et les primes de crédit se contracter, notre position à court terme et avec des risques limités a quelque peu pesé sur la performance. Tout comme notre exposition aux actions européennes, dont le comportement était loin de l'exubérance du Nasdaq. Enfin, nous devons également reconnaître l’impact de nos investissements dans le pétrole de schiste et le transport maritime, deux thèmes qui ont connu des moments difficiles en 2020 – pour des raisons évidentes - mais qui devraient bénéficier du rebond économique attendu en 2021.