Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07038.jsonl.gz/505

Your basket contains: 0 item(s) Total: 0.00
CHF
La corrida est moins qu'un art parce qu'elle semble échouer à produire une vraie représentation, vouée qu'elle est à la présentation du vrai : un vrai danger, une blessure béante, la mort. Mais, pour la même raison, la corrida est plus qu'un art : c'est la culture humaine même. Ce n'est pas, comme l'opéra, un art total, c'est une culture totale, parce qu'en elle fusionnent toutes les autres pratiques culturelles. De fait, la corrida n'est ni un sport, ni un jeu, ni un sacrifice, elle est plus qu'un spectacle et elle n'est pas exactement un art ni vraiment un rite. Comme l'opéra, elle emprunte quelque chose à toutes les autres formes de la culture pour en faire un tout original et sublime. Elle fait de la surface des autres pratiques humaines sa propre profondeur. Au sport, elle emprunte la mise en scène du corps et le sens de l'exploit physique, mais non les scores et les records. Comme la domestication, fondement de la civilisation, elle humanise l'animal, mais elle le laisse libre. Comme dans un combat, on cherche à dominer l'adversaire, mais toujours le même doit y vaincre, c'est l'homme. Aux cultes, elle prend l'obsession des signes, mais il n'y a ni dieux ni transcendance. Au jeu, elle emprunte la gratuité et la feinte, mais les protagonistes n'y jouent pas, si ce n'est leur vie. Elle rend la tragédie réelle, parce qu'on y meurt tout de bon, mais elle rend la lutte à mort théâtrale parce qu'on y joue la vie et la mort déguisé en habit de lumière. D'un jeu, elle fait unart parce qu'elle n'a d'autre finalité que son acte ; d'un art, elle fait un jeu parce qu'elle rend sa part au hasard. Spectacle de la fatalité et de l'incertitude, où tout est imprévisible -' comme dans une compétition sportive -' et l'issue connue d'avance -' comme dans un rite sacrificiel.
..
La tauromachie est moins qu'un art parce qu'elle est vraie, et au-dessus de tout autre art, aussi parce qu'elle est vraie. Le toreo, art de l'instant qui dure, ne parvient jamais à l'immuabilité des oeuvres des vrais arts et à la pureté des créations imaginaires, parce que ses oeuvres sont réelles et donc vulnérables, parce qu'elles sont entachées de l'impureté de la réalité : la blessure du corps, le sang, la mort.
...
Available for E-Reader (Sony, Bookeen, Iriver, etc.)
Available for Smartphones (Iphone, Samsun, HTC, etc.)
Available for Tablets (Ipad, Android, etc.)
Available for PC / MAC
Adobe DRM
On avait prédit la mort de l'homme: cette prophétie se réalise sous nos yeux avec l'apparition de l'homme neuronal tel qu'il est décrit par la biologie évolutionniste ou les sciences cognitives. En changeant de paradigme scientifique, on a aussi changé d'humanité. Or la réponse à la question qu'est-ce que l'homme? a des conséquences pratiques: notre façon de soigner les autistes ou les anorexiques, d'éduquer les enfants, de réprimer les délinquants, ou encore de traiter les animaux en dépend. Il s'agit donc à la fois de chercher les raisons de l'épuisement de l'humanisme et d'en mesurer les effets par le biais d'une comparaison de quatre figures de l'homme, liées à quatre moments de l'histoire des sciences: l'Antiquité, l'âge classique, les Temps modernes, l'époque contemporaine. Dans un style limpide, Francis Wolff montre comment ces différents concepts de l'homme ont à chaque fois quitté le champ scientifique pour devenir la source de normes morales, et finalement déterminer autant de visions intemporelles de l'humanité. Ainsi, sous l'oeil des nouvelles sciences du vivant, l'homme neuronal se dissout en une machine pensante ou un animal libéral. Dès lors, entre post-humanisme et animalisme, quelle humanité est possible aujourd'hui ? En revisitant l'histoire de la philosophie, Francis Wolff plaide pour un retour à un humanisme universaliste.
Depuis quelques années, une nouvelle bataille contre la corrida s'est engagée. Diverses mesures prohibitionnistes ont été proposées. Ici ou là, on parle de défendre l'accès des corridas aux mineurs. Ailleurs, il est carrément question de les interdire. L'offensive est portée par des motivations généreuses, mais elle n'est pas consciente des risques que la prétendue libération animale fait courir à notre morale humaniste et, surtout, elle ignore les valeurs de la tauromachie.
Vous aimez la corrida ? Sachez la défendre !
Vous n'aimez pas la corrida ? Sachez la comprendre !
La corrida a inspiré les plus grands artistes et nombre de théoriciens. Mais nul, à ce jour, ne s'était aventuré à philosopher sur elle. C'est le défi qu'a relevé Francis Wolff. A le lire, on comprend que la corrida, parce qu'elle touche aux valeurs éthiques et qu'elle redéfinit l'essence même de l'art, est un magnifique objet de pensée.La corrida est une lutte à mort entre un homme et un taureau, mais sa morale n'est pas celle qu'on croit. Car aucune espèce animale liée à l'homme n'a de sort plus enviable que celui du taureau qui vit en toute liberté et meurt en combattant. La corrida est également une école de sagesse : être torero, c'est une certaine manière de styliser sa vie, d'afficher son détachement par rapport aux aléas de l'existence, de promettre une victoire sur l'imprévisible. La corrida est aussi un art. Elle donne forme à une matière brute, la charge du taureau ; elle crée du beau avec son contraire, la peur de mourir ; elle exhibe un réel dont les autres arts ne font que rêver.Sous la plume jubilatoire de Francis Wolff, on découvre ce que Socrate pensait de la tauromachie, que Belmonte peut être comparé à Stravinsky, comment Paco Ojeda et José Tomàs fondent une éthique de la liberté et pourquoi Sébastien Castella est un virtuose de l'impassible...