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1659
Thomas Corneille, Lettre à l'abbé de Pure
Troupe de Molière, troupe de farceurs
Après avoir évoqué les problèmes de pièces rivales entre les auteurs, Thomas Corneille rend compte dans cette lettre datée du 1er décembre d'une représentation de la troupe du Petit-Bourbon, troupe de Molière.
Monsieur,
Il n'est point un ami plus obligeant que vous, et je ne saurais assez vous remercier du soin que vous vous êtes donné de voir M. Magnon en ma faveur. Je vous l'aurais néanmoins épargné, si j'eusse prévu que M. de la Coste eût dû vous écrire sur le bruit qui courait d'un double Stilicon. J'en ai assez bien juré, pour avoir toujours vu que c'était une fausse alarme, et vous m'auriez rendu un mauvais office de l'assurance qu'il me donne pour n'appréhender pas le péril de la contrefaçon. Je reçois sa lettre comme une civilité obligeante, et je lui ferais tort si, doutant qu'il fût capable de manquer à ce qu'il se doit à soi-même, je me persuadais que la considération de mes intérêts eût contribué quelque chose à l'éloigner d'une entreprise qu'on lui a faussement imputée. J'ai cru devoir abandonner le sujet de Stratonice, qui me plaisait fort, seulement à cause que M. Quinault était plus avancé de deux cents vers que moi, et je n'ai rien fait en ce rencontre que ce que je m'imagine qu'un autre ferait pour moi en pareille occasion. J'ai eu bien de la joie de ce que vous avez écrit d'Oreste et Pylade, et je suis fâché en même temps que la haute opinion que M. de la Clairière avait du jeu des messieurs de Bourbon n'ait pas été remplie avantageusement pour lui. Tout le monde dit qu'ils ont joué détestablement sa pièce ; et le grand nombre qu'ils ont eu à leur farce des Précieuses, après l'avoir quittée, fait bien connaître qu'ils ne sont propres qu'à soutenir de semblables bagatelles, et que la plus forte pièce tomberait entre leurs mains.
Monsieur de Sourdéac fait toujours travailler à la machine, et j'espère qu'elle paraîtra à Paris sur la fin de janvier.
Lettre en ligne sur Google Books, édition de 1843, p. 751
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