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«Lorsque les contacts de détection du sol du pied gauche détectent l'impact imminent des orteils, l'état passe à "poussée de la cheville gauche". Cela déclenche une activation temporisée des solénoïdes qui libèrent le ressort fléchisseur plantaire du pied droit.» Cette description n'est pas tirée d'un roman de science-fiction ni d'un traité de prothésiste, mais de la description du dernier robot bipède de la Cornell University, aux Etats-Unis.La machine parvient à mouvoir ses douze kilos de façon parfaitement autonome. Son programme de marche ne comporte que 68 lignes de code. Ses deux muscles électriques des «rétracteurs du pied» ne consomment que onze Watts en moyenne. Les autres articulations (hanches, genoux, épaule) sont passives, ou simplement bloquées et débloquées durant le cycle de marche. De l'énergie est stockée dans un ressort à chaque pas, puis restituée au pas suivant.Le robot bipède marche exclusivement en ligne droite et sur sol plat. Mais il remplit parfaitement son rôle, qui est de démontrer que la bipédie est un moyen de locomotion accessible aux robots et peu gourmand en énergie. Il n'est pas seul. La revue Science en présente encore deux autres, également basés sur une «dynamique passive», également économes, également capables de gérer leur marche avec des moyens informatiques limités et embarqués (Science 2005 ; 307 : 1082-5).Quel rapport avec la médecine ? En développant les robots bipèdes économes, les chercheurs poussent loin leur compréhension mécanique de la marche bipède. Leurs efforts trouveront peut-être des applications dans la fabrication de prothèses des membres inférieurs.Mais il n'y a pas que cela. Le jeu, la fascination immémoriale pour la prothèse sont aussi présents dans l'article de Science. La preuve ? Deux des trois équipes ont ajouté à leurs créatures des éléments purement décoratifs destinés à en accentuer l'aspect anthropoïde. Des yeux en balles de ping-pong donnent un air marrant au robot de Cornell. La machine à propulsion pneumatique de l'Université de Delft, aux Pays-Bas, est surmontée d'un seau en plastique vide en guise de tête, pour rappeler au spectateur qu'elle marche presque sans cerveau. L'équipe du MIT est plus sage. Pas de décors humanisants, mais tout de même cette protubérance supérieure du boîtier, une tête, à l'évidence. Si la technologie cherchait implicitement à réaliser le rêve élaboré par la science-fiction, elle ne s'y prendrait pas autrement.