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Les légendes de Kurage racontent qu'un frère et sa sœur se sont unis, dans les temps anciens, pour donner naissance à leur île au milieu de la mer de Chine. En arrivant sur place pour installer une raffinerie de sucre, un ingénieur de Tokyo fait la connaissance d'une famille conspuée par le village, les Futori : comme dans la légende, un frère y aime sa sœur d'un amour interdit...
Critique
A Kurage, lorsqu'on sonnait la cloche, il fallait courir très vite vers l'enceinte sacrée. Les derniers arrivés étaient tués et jetés à la mer. Shohei Imamura, comme toujours, épie ces cérémonies d'élimination des plus faibles. En ce sens, Profond désir des dieux (1968) est son plus grand film, non seulement car il décline en une lente et terrible litanie tous les affects qui entourent les pratiques sacrées d'une communauté vivant sur une petite île isolée au large du Japon, mais plus encore parce que le réalisateur multiplie jusqu'à l'étouffement ces rites malthusiens. Les femmes enceintes doivent régulièrement sauter dans un gouffre et les hommes savent également massacrer à coups de rames les fauteurs de trouble qui tentent de fuir l'île perdue. L'île est trop petite, mais les êtres sont condamnés à y rester, à s'y multiplier pour être éliminés : c'est le désir des dieux. Mais Imamura garde l'oeil de l'entomologiste : les hommes sont des insectes qui vivent au milieu des insectes. Il convient de regarder leur vie et la façon dont ils se mangent entre eux, non de participer à ces cérémonies ; il s'agit ensuite de ne négliger aucun des niveaux de vie où se joue le drame. C'est pourquoi tout le vivant est convoqué dans le film, tout ce qui se meut s'anime sous le désir des dieux.
Antoine de Baeque, Les Cahiers du Cinéma