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Le Conseil fédéral à Bruxelles, ou à Canossa ?
Drôles de rois mages, drôle de Bethléem: presque la moitié du gouvernement helvétique s'est rendue hier à Bruxelles. Conduite par le président de la Confédération Couchepin, accompagné du ministre des Finances Merz et de la ministre de la Justice Widmer-Schlumpf, la délégation suisse a dû se fendre d'explications circonstanciées sur les lenteurs, les prudences avec lesquelles, et les contradictions dans lesquelles, la Suisse " gérait " ses relations avec une Union Européenne dont elle n'est pas membre, mais dont elle finit par appliquer toutes les décisions, sans jamais avoir pu prendre part à leur élaboration.
Il était un petit naviiiire...
La situation de la Suisse, par rapport à l'Europe, n'est pas tragique. Elle est seulement parfaitement ridicule. L'un des chantres de l'europhobie et de l'isolationnisme n'est pas élu au gouvernement fédéral depuis une semaine, que trois de ses collègues, dont le Président de la Confe, se rendent à Bruxelles pour tenter de convaincre les Européens que, non, la Suisse ne peut pas faire mieux, ni plus vite, pour normaliser sa fiscalité et éviter que certains de ces cantons se transforment en vulgaires paradis fiscaux, que, non, la réforme de la fiscalité des entreprises concoctée par la majorité gouvernementale de droite n'est pas destinée à piquer des entreprises aux Etats membres de l'Union européenne en accordant de nouveaux cadeaux fiscaux, que, oui, elle est bien décidée à abolir les sociétés " boîte aux lettres " et à réformer la législation sur les holdings et les sociétés mixtes, et que, oui, le gouvernement est fermement décidé à engager tout son poids dans la bataille pour la reconduction et l'élargissement des " bilatérales " et de la " libre circulation ". Ce cirque est lassant, à force d'être répétitif. Faute d'avoir le courage de " faire le pas " d'une véritable demande d'adhésion, la Suisse se condamne elle-même à figurer dans une mauvaise marine dans le rôle du petit canot accroché à un gros bateau, les passagers du petit canot ne pouvant que tenter de rester accrocher au gros bateau sans jamais pouvoir participer ni au choix ni de la route à suivre, ni à celui de la vitesse de navigation, ni même à celui des passagers du navire. On a l'air fins, tiens, dans notre youyou, à attendre le bon vouloir de l'équipage du paquebot qui nous traîne... tant qu'il n'a pas décidé d'en finir, c'est-à-dire tant que l'Union européenne n'aura pas décidé de cesser de négocier des accords bilatéraux sur mesure pour la Suisse.
Le Conseil fédéral à Bruxelles, ou à Canossa ?