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"Les paysannes devraient réclamer le statut de salariée ou d'indépendante"
Les chiffres parlent d'eux-mêmes: "Dans l'agriculture en Suisse, sont actives plus de 150'000 personnes, un tiers sont des femmes qui sont membres de la famille, donc plus de 45'000 femmes, et sur ce nombre, 15% sont annoncées à l'AVS comme salariées, 15% comme indépendantes et on en déduit que 70% sont annoncées comme travaillant mais sans salaire, sans rémunération, donc sans couverture sociale propre" détaille d'emblée Anne Challandes.
Une situation qui s'explique en grande partie par la nature particulière d'une exploitation au plan économique: "Si je prends mon exemple, il y a le compte de l'exploitation, il n'y a pas un salaire qui est dégagé pour la famille et pour l'exploitant, on vit sur le compte de l'exploitation et très souvent, on procède d'abord aux investissements nécessaires pour assurer le maintien de l'exploitation, remplacer les machines, entretenir les bâtiments et puis on vit avec ce qui reste".
Un modèle qui, de fait, fonctionne lorsque tout va bien, mais qui peut précipiter très rapidement les femmes dans la précarité en cas de divorce, de maladie ou d'invalidité.
Prise de conscience
Anne Challandes conseille donc aux femmes paysannes de réclamer le statut de salariée ou d'indépendante sur le domaine, car "30% des exploitations le font, et elles sont contentes".
Cette prise de conscience sur un risque de précarisation existe puisque le Conseil fédéral propose de lier l'octroi des paiements directs à l'existence d'une couverture sociale pour le conjoint actif dans l'exploitation. Un projet que l'Union suisse des paysannes et des femmes rurales soutient mais "c'est un pas minimal (...) le projet ne parle pas de salaire. Et puis nous avons fait une autre proposition calquée sur ce qui se passe en France, c'est une sorte d'affiliation forfaitaire, par exemple à l'AVS pour les conjoints collaborateurs qui n'ont pas de salaire".
Relais politiques
Mais ces propositions ne soulèvent pas un grand enthousiasme du côté mâle de la force agricole, l'Union suisse des paysans: "Il y a une certaine force d'inertie, je vais dire ça comme ça pour rester diplomate" sourit Anne Challandes. "Après, c'est vrai que dans les exploitations, les semaines de travail sont très longues, le travail est dur, on a des revenus faibles donc ce sont aussi des éléments qui n'incitent pas à aborder ce genre de discussion."
D'où la nécessité de réseauter, notamment sous la Coupole fédérale. Et là, la présidente est optimiste: "On a déjà un bon réseau politique avec des femmes engagées au Conseil national notamment et qui nous soutiennent, qui font passer nos messages, mais on soutient la candidature des femmes, indépendamment de leur appartenance partisane, pour les prochaines élections fédérales parce que nous représentons la moitié de la population, donc il nous faudrait avoir une représentation supérieure."
Xavier Alonso/pym
Publié le 04 septembre 2019 à 11:26 - Modifié le 04 septembre 2019 à 15:22