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Alors que nos voisins européens d’Irlande fêtaient hier la Saint Patrick, leur fête nationale, rappelons-nous quelques aspects de la civilisation celte dont l’Eire fut un haut-lieu. Civilisation: le mot est-il trop fort? Alors que les celtes n’avaient pas de langage écrit et ne construisaient pas de grandes villes?
Il avaient des lois, des coutumes, une religion, une structure sociale élaborée avec des valeurs pérennes, des armées puissantes, et ont occupé les 2/3 de l’Europe pendant des siècles avant l’extension de l’empire romain, et partiellement encore après (cliquer sur les images pour les agrandir). Toutefois ils n’ont jamais eu goût pour une urbanisation ni pour un centralisme politique qui leur aurait procuré un supplément de puissance comme ce fut le cas pour Rome. Défaits militairement par celle-ci ils se sont progressivement acculturés, à l’instar des Gaulois. Le christianisme a ensuite remplacé leur panthéisme.
Les celtes ont parfois été présenté comme des hordes de barbares sanguinaires. En réalité, s’ils étaient de grands guerriers, ils avaient des codes et une structure de société qui montre leur haut degré de civilisation. Bien que structurée en castes, cette société n’était pas cloisonnée hermétiquement. Il était possible de changer de caste par son mérite et ses études. Selon jean Guiffan, chargé de cours à l’Université de Nantes:
«Très structurée et hiérarchisée, la société gaélique comprenait les familles royales, les nobles – chefs de guerre – et leur clientèle, les hommes libres et les non libres. Contrairement au système des castes en Inde, il était possible de changer de condition par le savoir-faire manuel ou intellectuel, ce dont bénéficiaient notamment les « gens d'art » ou aes dana, comme les orfèvres. Les occupations agricoles et pastorales constituaient les activités du plus grand nombre. Villes et monnaie étaient inconnues : on vivait dans de petits villages fortifiés ou raths qui se composaient de huttes en bois ou en torchis recouvertes de chaume.»
Puisque je parle régulièrement des relations hommes-femmes ici, les femmes celtes avaient une place sociale proche de la notre actuelle et pouvaient guerroyer. Comme Gwenhwyfar, reine de Bretagne jouée par Keira Knightley dans le Roi Arthur.
«La cellule de base était le clan ou fine, famille au sens large du terme s'étendant sur cinq générations. La femme celte avait un statut identique à celui de l'homme : elle pouvait avoir des biens, exercer une profession et être astreinte à des obligations militaires. Trait caractéristique de la civilisation gaélique : il existait une coutume, le fosterage, selon laquelle un enfant – jusqu'à quatorze ans pour les filles et dix-sept pour les garçons – pouvait être élevé dans une autre famille afin d'y apprendre un métier. Cette coutume s'est maintenue jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.»
Les bardes chantaient d’ailleurs l’Irlande avec des images très sexuées et féminisées: les collines sont des seins, les vallées des vulves. La civilisation celtique semble également avoir eu une large tolérance en ce qui concerne la sexualité. Différents auteurs mentionnent une forme de liberté sexuelle pour les femmes comme pour les hommes et des unions différenciées selon le type de relation au sein du couple. Le nord de l’Europe conçoit le couple comme un partage et un espace de plaisir pour les hommes et les femmes alors que dans la même période, la société militaire romaine excluait le plaisir dans le couple officiel et développait une misogynie propre aux cultures très militarisées.
La royauté n’était pas ce que l’on a connu en France ou dans certains pays européens: héréditaire, absolue, parfois de droit divin:
«Au plan de l'organisation politique, l'Irlande était morcelée en une bonne centaine de petits royaumes ou tuatha ayant à leur tête un roitelet ou ri élu, révocable et soumis à de nombreux interdits magico-religieux.»
La société était de fait dirigée par les religieux, lesquels étaient bien plus que des dépositaires de la parole des dieux reçue par communication directe:
«La structure de la société celtique reprend le schéma de la structure sociale tripartite des Indo-européens au sommet de laquelle on trouve une classe sacerdotale composée des druides, des bardes et des vates. Les druides ont en charge la religion, le sacrifice, la justice, l’enseignement, la poésie, la divination ; les bardes sont spécialisés dans la poésie orale et chantée et doivent faire la louange, la satire ou le blâme ; les vates sont des devins qui se consacrent plus particulièrement à la divination et à la médecine. En Irlande, les filid (bardes) vont devenir les membres les plus influents de cette classe sacerdotale, dont une des prérogatives est de conseiller le roi. Dans la civilisation celtique, le rôle du roi est non seulement de mener la guerre, mais surtout de redistribuer les richesses et de dire la justice, inspirée par les druides.»
L’Irlande enfin est un pays de merveilleuses légendes, de fées et d’elfes, de licornes. Un pays où l’inconscient européen s’est abondamment nourri de mythes et d’une forme de relation chamanique avec la nature. Leur musique élaborée a également influencé les sonorités nord-européennes, et encore aujourd’hui la musique dite folk. Presque toutes les productions culturelles celtiques sont identifiables par le triskel, image typique de la culture celte.
Impossible de parler de civilisation celte et d’Irlande sans terminer par l’art, en particulier la musique. Elle est à mes oreilles l’une des plus belles musiques existantes, dans sa variété, son inspiration, et les espaces profonds et vastes, intérieurs et extérieurs, qu’elle évoque.
Deux morceaux à danser et à vivre, avec d’abord les Corrs, groupe pop celtique formé de trois soeurs et un frère, puis Arany Zoltan: