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Lyon consacre une exposition à l’empereur Claude. L’initiative est pertinente, parce que le personnage se trouve étroitement lié à cette ville qui, sous le nom de Lugdunum, fut la capitale des Gaules. C’est l’occasion aussi de mettre en lumière un empereur qui ne jouit pas auprès du public de la même célébrité qu’Auguste, Néron, Hadrien ou Marc Aurèle.
Claude naquit à Lyon le 1er août de l’an 10 avant J.-C., alors que son père Drusus l’Ancien se trouvait à la tête des armées romaines stationnées en Gaule. Drusus appartenait à la famille impériale par son mariage avec Antonia, fille d’Octavie, sœur d’Auguste. Claude était son troisième enfant. Un enfant qui ne répondait pas à son attente de mère, car il était souffreteux, malingre. Elle lui refusa toute affection, et le malheureux n’en trouva pas non plus chez sa sœur Livilla, encore moins chez sa grandmère Livie, qui le traitait de demeuré ! Ce qui manqua à cet enfant, c’est un père. Malheureusement, Drusus mourut d’une chute de cheval lorsque Claude avait un an et c’est entouré de femmes et d’affranchis qu’il passera son enfance et sa jeunesse. Devenu adulte, Claude ne réussira pas à s’imposer vraiment, même si son aspect physique changea, caractérisé désormais par une taille élancée, une physionomie agréable et de beaux cheveux blancs.
Claude n’aurait jamais dû régner. Et, s’il en fût autrement, c’est presque par hasard. En effet, lorsque son neveu Caligula fut assassiné, le 24 janvier 41, la garde prétorienne, qui craignait sa dissolution au cas où le Sénat en viendrait à rétablir la République, s’empressa de trouver un nouvel empereur. Son choix se porta sur Claude, le seul représentant de la dynastie. Elle le trouva dans sa maison de plaisance, où il avait cherché refuge, craignant d’être assassiné à son tour. Selon Suétone, un soldat le découvrit derrière une
tenture, d’où ses pieds dépassaient. Il le tira violemment de sa cachette et, l’ayant reconnu, le salua aussitôt du titre d’Imperator. Claude avait cinquante ans.
L’avènement de Claude fut-il une catastrophe ? Pas si sûr ! Car dans son portrait à charge, Suétone, l’auteur des Vies des douze Césars ne peut faire l’impasse sur les capacités intellectuelles de Claude. En effet, privé de charges officielles, le jeune homme avait eu tout loisir d’acquérir une solide formation dans les arts libéraux, au point de se trouver capable de mener à bien, non sans les encouragements de Tite Live, plusieurs ouvrages historiques aux sujets ambitieux : Histoire du règne d’Auguste, Histoire de Carthage et Histoire des Tyrrhéniens. Rédigés en grec, langue pour laquelle Claude éprouvait une véritable passion, tous ces ouvrages sont malheureusement entièrement perdus. Celui qu’on peut regretter le plus est le troisième, car, en vingt livres, il traitait des Étrusques, que Claude apprit à connaître par l’intermédiaire de sa troisième femme, issue d’une puissante famille toscane. Claude s’est livré aussi à des travaux d’érudition portant sur la langue latine, allant jusqu’à proposer une réforme de l’alphabet.
En outre, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, eu égard à sa prétendue faiblesse physique et morale, Claude déploya une intense activité durant son règne. La réorganisation territoriale entreprise par lui aboutit à la création des provinces de Maurétanie Césarienne, de Maurétanie Tingitane, de Norique, de Thrace, et de Lycie. Et l’Empire s’agrandit aussi par la conquête (sans qu’il y prît part personnellement) d’une grande partie de l’Angleterre, qui prit le nom de Britannia.
Mais Claude se distingue surtout par son attitude envers les provinciaux, qui lui inspirent intérêt et bienveillance. Celle-ci se manifeste notamment – et c’est là-dessus que l’exposition de Lyon insiste à juste titre – par son fameux discours sur l’admission au Sénat des notables gaulois. Ce discours fut affiché à Lyon, dans le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, sous la forme d’une plaque de bronze, inscrite en petits caractères, rangés sur deux colonnes. Il en subsiste deux fragments, connus sous le nom de Table claudienne.
Claude ne néglige pas Rome pour autant. Il se préoccupe notamment de son approvisionnement, problème récurrent. D’où sa décision de doter Ostie d’un nouveau port, ouvert sur la mer et beaucoup plus vaste, avec à son embouchure un phare gigantesque. C’est son successeur Néron qui aura l’honneur de l’inaugurer.
Claude meurt au matin du 13 octobre 54, des suites d’un festin au cours duquel lui fut servi un plat de champignons. La thèse de l’empoisonnement circule aussitôt et les soupçons se portent sur Agrippine, dernière femme de Claude. Le mobile ? Placer sur le trône impérial Néron, le fils qu’elle a eu d’un précédent mariage et qu’elle a fait adopter par Claude.
On le constate : Claude mérite davantage que les anecdotes négatives colportées sur son compte par les auteurs anciens et que la postérité a retenues. Il fut pour le moins un empereur honorable, ce que l’exposition lyonnaise démontre avec brio.
Cette exposition comporte plus de cent cinquante œuvres, à commencer par les portraits, sous forme de sculptures en marbre, de camées et de monnaies. Au sujet des portraits, il faut savoir que Claude a pris soin de se conformer à la tradition inaugurée par Auguste, afin de légitimer son propre règne. Et, effectivement, ses portraits reprennent la disposition des cheveux adoptée par Auguste et reprise par les membres de sa famille, c’est-à-dire la frange aux mèches stylisées, formant une sorte de pince au milieu du front. Mais Claude se distingue du modèle par le fait que les traits de son visage sont davantage individualisés et conformes à son âge réel.
Jacques Chamay