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(Dans le dernier volet de ce surprenant récit de voyage en Amérique, je prétends avoir rencontré les Grands Anciens, et qu'ils m'ont assuré vouloir me révéler, à moi, petit Français, qu'ils n'étaient ni aussi mauvais que le prétendait H. P. Lovecraft, ni aussi liés à la technologie et aux extraterrestres. Il a continué ainsi son discours.)
Oui, crois ce que je dis: nous ne sommes pas mauvais. Nous ne dévorons pas les hommes. Tout effrayante que puisse être notre apparence pour le faible entendement humain, nous avons à cœur le bien de l'univers, nous sommes habités par l'amour qui le traverse, l'habite, et est son foyer!
En d'autres temps, nous avons pu sembler être des monstres buveurs de sang, des êtres abjects, ce que les hommes ont appelé des Ogres; mais, voici! les siècles nous ont éclairés, et nous aimons et respectons, à présent, les êtres humains. Il faut d'ailleurs te dire que cette renommée que nous avions venait aussi d'une mécompréhension de l'humanité, car nous faisions son bien malgré elle; mais c'est justement cela qui est fini: désormais, nous vénérons sa liberté.
Sache que, parmi les hommes, nous eûmes des disciples, et que nous nous sommes mêlés à eux jusqu'à engendrer des êtres intermédiaires, qui ont épouvanté à tort maints poètes de ta race. Nous élevâmes plusieurs mortels jusqu'à nous, leur donnant notre nature tout en les laissant être ce qu'ils sont. Nous les transformâmes, et ils devinrent des nôtres, tout en continuant à agir parmi les hommes, leurs frères, pour les soutenir dans leurs épreuves. L'un d'eux, par exemple, protège spécialement New York, et se nomme Vespertilion. Il fut pris sous l'aile de l'être que d'autres appelèrent Camazotz, s'unissant à lui et se plaçant sous sa protection.
Un autre veille sur l'Amérique tout entière, fédérant les gardiens des cités et des provinces, on le nomme communément Captain America, quoiqu'il ait un autre nom parmi nous. Il fut placé sous la tutelle d'un autre être, au vol plus élevé; je ne veux pas t'en dire plus, je crois que tu le rencontreras bientôt, et qu'il te dira tout. Il te faudra néanmoins te souvenir de cette conversation, car il ne te dira rien que tu ne lui aies demandé au préalable! Veille: remémore-toi. Commémore-nous.
Il ne me reste plus qu'à te dire ceci: lors des époques anciennes, nous eûmes, parmi les Amérindiens, des initiés, des disciples élevés à nos mystères, et, même, nous avons engendré parmi eux des rois. Certains d'entre nous sont tombés amoureux de certains d'entre eux, et c'est ainsi que le célèbre Hiawatha est né, il était le fils de Dorlad, que tu vois ici au milieu de ses deux amis, à la tête de lion.
Oui, sache et mesure ces choses, Rémi. Pense ces choses. Car elles ne te seront dites qu'une fois!
Et, ce disant, il sourit d'un sourire éclatant, puis se mit à rire, et voici qu'un vent violent se leva, et je fus pris comme dans un tourbillon, dans lequel d'effroyables faces grimaçantes me scrutaient, tournant autour de moi. Je perdis connaissance.
Quand je retrouvai mes esprits, j'étais dans la ruelle, dehors, étendu parmi des poubelles. Je me levai, cherchai autour de moi la lanterne dorée, mais ne la trouvai pas. Je ne reconnaissais pas la rue que j'avais empruntée. Avais-je été déplacé dans une autre?
Longtemps je cherchai la rue, mais ne la retrouvai pas. S'était-il agi d'un rêve? Je ne le saurais jamais. Il avait l'air tellement vrai. L'histoire qu'on m'y avait racontée était en tout cas bien folle. Je repris le chemin de Park Avenue, atteinte facilement.
Devant l'Indien qui m'y avait enjoint, je me souvenais de cela. Il fumait toujours. Je le regardai. Était-il lié à ces êtres que j'avais rencontrés à New York, lui aussi? Il leva l'œil dans ma direction et sourit faiblement, en ôtant le calumet de ses lèvres. Puis: Rémi, dit-il, il faut que tu partes, à présent. Tu ne peux rester ici. Regarde derrière toi. Tu vois, à côté de la cascade, dans le rocher, il y a une porte, comme placée là à l'entrée d'une grotte, creusée ou naturelle je ne sais pas. Ouvre cette porte, et rentre chez toi.
Après l'avoir salué, je fis comme il me disait, et me retrouvai dans le bâtiment moderne. Et, comme précédemment, dès que j'eus passé la porte et eus fait quelques pas, je ne pus revoir l'endroit par où j'étais passé, et cherchai en vain une embrasure. Le mur était uni, nulle porte ne s'y voyait.
Je me trouvai dans un endroit étrange, désaffecté, et je dus monter un escalier et emprunter une porte de service, pour retrouver les allées ordinaires du musée; en fait, je débouchai tout près du hall d'entrée. Dieu sait ce qui m'était réellement arrivé, ce que j'avais réellement vu, et vécu.
(À suivre.)