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Etty Hillesum, la liberté retrouvée (1/5)
Esther Hillesum voit le jour le 15 janvier 1914 aux Pays-Bas. Elle disparait dans les ténèbres d'Auschwitz, en novembre 1943, avant d'avoir trente ans. Engloutie dans l'horreur inhumaine de la Shoah, elle a pourtant développé une pensée lumineuse ouverte sur Dieu et sur autrui.
Etty est née dans une famille juive sans grande conviction religieuse. Alors que la Seconde Guerre mondiale commence, elle s'intéresse à la psychologie et rencontre le psychologue Julius Spier, élève de C. G. Jung, et qui devient son thérapeute, ami et amant. Elle parle de lui comme "l'accoucheur de mon âme". Sous son influence, elle commence, à vingt-sept ans, à tenir son journal. De 1941 à 1943, elle y relate la spirale des restrictions des droits et les persécutions qui amènent en masse les juifs néerlandais vers les camps de transit, puis vers la mort en déportation.
Elle écrira encore quelques lettres depuis le camp de transit de Westerbork. Confrontée à l'épreuve nazie, elle découvre ce qu'elle appelle Dieu: non pas une croyance oubliée ou un concept théologique, mais une réalité intérieure qui l'emplit de joie.
Dans son journal, Etty se raconte d'abord pour elle-même. Ses mots révèlent une personnalité à la fois joyeuse et fragile, enthousiaste et inhibée, malgré les confidences sur sa vie sexuelle, apparemment épanouie. Une vitalité sensuelle et intellectuelle qui s'est véritablement réalisée dans une démarche d'introspection qui lui fait dire notamment qu'il y a en elle un puits très profond. "Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à l'atteindre. Mais le plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits et Dieu est enseveli. Alors il faut le mettre au jour" écrit-elle.
Au fil des mots, elle rend compte de son cheminement spirituel qui la rapproche du don absolu de soi, tout en gardant un formidable amour de la vie.
A l'occasion du centenaire de la naissance d'Etty Hillesum, "A vue d'esprit" revient sur son itinéraire, sa pensée et son héritage. Car si elle a écrit d'abord pour elle-même, son journal et ses lettres sont un témoignage d'une humanité profonde et poignante qui ne cesse d'inspirer et de susciter l'admiration. Tour à tour, le pasteur Christian Vez à Lausanne, le jésuite Beat Altenbach à Fribourg et l'écrivain français Didier Decoin à Paris s'expriment sur les écrits de cette jeune femme qui les ont stimulés et nourris.
Une série proposée par Gabrielle Desarzens.
Assigner une place à la souffrance
À propos de la souffrance, Etty Hillesum écrit que ce qui compte, "c'est la façon de la supporter", qu'il faut "savoir lui assigner sa place dans la vie tout en continuant à accepter cette vie." Le pasteur et aumônier Christian Vez commente ces paroles alors qu'il a écrit lui-même les textes de l'oratorio Passions sur la vie d'Etty Hillesum et celle de Martin Luther King.
Publié le 27 janvier 2014 - Modifié le 16 juin 2016