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Notre Avenir! Le Communisme ! CHE Guevara.
Le discours d’Alger
Nous devons tirer une conclusion de tout cela : le développement des pays qui s’engagent sur la voie de la libération doit être payé par les pays socialistes. Nous le disons sans aucune intention de chantage ou d’effet spectaculaire, ni en cherchant un moyen facile de nous rapprocher de tous les peuples afro-asiatiques, mais bien parce que c’est notre conviction profonde. Le socialisme ne peut exister si ne s’opère dans les consciences une transformation qui provoque une nouvelle attitude fraternelle à l’égard de l’humanité, aussi bien sur le plan individuel dans la société qui construit ou qui a construit le socialisme que, sur le plan mondial, vis-à-vis de tous les peuples qui souffrent de l’oppression impérialiste.
Nous croyons que c’est dans cet esprit que doit être prise la responsabilité d’aider les pays dépendants et qu’il ne doit plus être question de développer un commerce pour le bénéfice mutuel sur la base de prix truqués aux dépens des pays sous-développés par la loi de la valeur et les rapports internationaux d’échange inégal qu’entraîne cette loi. Comment peut-on appeler « bénéfice mutuel » la vente à des prix de marché mondial de produits bruts qui coûtent aux pays sous-développés des efforts et des souffrances sans limites et l’achat à des prix de marché mondial de machines produites dans les grandes usines automatisées qui existent aujourd’hui ?
Si nous établissons ce type de rapports entre les deux groupes de nations, nous devons convenir que les pays socialistes sont, dans une certaine mesure, complices de l’exploitation impérialiste. On allèguera que le volume des échanges avec les pays sous développés constituent un pourcentage insignifiant du commerce extérieur de ces pays. C’est absolument vrai, mais cela ne change rien au caractère immoral de cet échange.
Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest (…)
L’impérialisme a été vaincu dans plusieurs batailles partielles. Mais c’est une force considérable dans le monde et nous ne pouvons espérer sa défaite définitive que de l’effort et du sacrifice de nous tous.
Nous parlons un langage révolutionnaire et nous luttons honnêtement pour le triomphe de cette cause mais nous nous empêtrons souvent dans les mailles d’un droit international résultant des confrontations des puissances impérialistes et non la lutte des peuples.
Par exemple, nos peuples sont oppressés par l’angoisse de voir s’établir sur leurs territoires des bases étrangères ; ou encore ils doivent supporter le poids très lourd de dettes extérieures d’une ampleur incroyable.
Tout le monde connaît l’histoire de ces tares : des gouvernements fantoches, des gouvernement affaiblis par une longue lutte de libération ou par le développement des lois capitalistes du marché, ont permis que soient signés des accords qui menacent notre stabilité interne et compromettent notre avenir.
L’heure est venue de secouer le joug, d’imposer la révision des dettes extérieures qui nous oppriment et d’obliger les impérialistes à abandonner leurs bases d’agression(…)
Alger, février 1965.
La lettre d’adieu à Fidel
Je sens que j’ai accompli la part de mon devoir qui me liait à la révolution cubaine sur son territoire et je prends congé de toi, des camarades, de ton peuple qui est désormais le mien.
Je renonce formellement à mes charges dans la direction du parti, à mon poste de ministre, à mon grade de commandant, à ma condition de cubain. Rien de légal ne me lie à Cuba, seulement des liens d’une autre nature que les nominations ne peuvent rompre.
En voyant redéfiler ma vie passée, je crois avoir travaillé avec assez d’honnêteté et de dévouement pour consolider la victoire de la révolution.
D’autres terres du monde réclament la contribution de mes modestes efforts. Je peux faire ce qui t’es refusé par tes responsabilités à la tête de Cuba et l’heure est venue pour nous séparer.
Il faut savoir que je le fais avec un mélange de contentement et de douleur : ici je laisse la part la plus pure de mes espérances de constructeur et ce que j’ai de plus cher parmi les êtres que j’aime… et je laisse un peuple qui m’a accueilli comme un fils ; c’est là un déchirement pour une partie de mon esprit. Je porterai sur les nouveaux champs de bataille la foi que vous m’avez inculquée, l’esprit révolutionnaire de mon peuple, le sentiment d’accomplir le plus sacré des devoirs : lutter contre l’impérialisme partout où il est.
Che. 1965