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Les lendemains de la Cité de la musique à Genève - Béatrice Zawodnik nommée directrice
La votation sur la Cité de la musique a été refusée du bout des lèvres. Entretien avec Philippe Dinkel, actuel directeur de la HEM Genève – Neuchâtel (HEM), et Béatrice Zawodnik, nouvelle directrice nommée qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2022.
Antoine Gilliéron — Die Cité de la Musique wurde am 13. Juni in der Stadt Genf mit ein paar Hundert Stimmen abgelehnt. Das «Nein» gegen den Bebauungsplan des Quartiers, der den Bau erlaubt hätte, gewann mit 50,86 % der Stimmen. Die Wahlbeteiligung lag an diesem eidgenössischen Abstimmungssonntag bei 42,61 %.
Im Oktober 2020 befürwortete der Stadtrat von Genf den Bau der Cité de la Musique, aber eine Allianz aus Grünen, Ensemble à Gauche, SVP, Verfechtern des Kulturerbes und unabhängigen Künstlern hat genügend Unterschriften für ein Referendum gesammelt.
Das Projekt Cité de la Musique wurde 2014 ins Leben gerufen und wird vollständig (in Höhe von 300 Millionen Franken) von der Fondation Wilsdorf finanziert.
Im internationalen Architekturwettbewerb, der 2017 lanciert wurde, hatte ein Projekt gewonnen – mehrfach überarbeitet, insbesondere um ökologischen Erfordernissen stärker Rechnung zu tragen –, das drei Konzertsäle (darunter eine Philharmonie mit 1580 Plätzen und eine Black Box für experimentelle Musik), Proberäume, eine Bibliothek und Restaurants in einem bewaldeten Park, der an den Place des Nations angrenzt, vereint. Dies auf einem Grundstück, das der UNO gehört.
Das gläserne Gebäude sollte das Orchestre de la Suisse Romande (OSR) und die HEM beherbergen, die ge-genwärtig auf mehrere Stand-orte mit veralteter Infrastruktur verteilt ist. Die Initianten des Referendums hoben in erster Linie die Fällung von Bäumen (obgleich dreifach ersetzt, wohingegen die ehrwürdigsten erhalten blieben), den Abriss eines (nicht klassifizierten) Herrenhauses sowie ein «gigantisches» und «elitäres» Projekt hervor, dessen Betriebskosten die Allgemeinheit treffen könnten. Das Projekt spaltete die Genfer Musikszene: Einige begeisterten sich für ein neues Kulturzentrum am rechten Seeufer, andere prangerten die Vorrangstellung der klassischen Musik zum Nachteil anderer, a priori populärerer Musik an.
Die Ablehnung vom 13. Juni ist nicht verbindlich, da der Kanton auf dem Gebiet der Raumplanung das letzte Wort hat. Angesichts des äusserst knappen Resultats könnte der Staatsrat sich über diesen Bebauungsplan des Quartiers, der den Bau der Cité de la Musique nun nicht zulässt, hinwegsetzen.
Philippe Dinkel, vous êtes directeur de la HEM depuis plus de douze ans et avez ainsi été au cœur du projet de Cité de la musique : qu’avez-vous pensé du climat de la campagne politique passée et que révèle-t-il du lien qui unit les différentes formes d’expressions musicales, à Genève et au-delà ?
La précarisation des artistes de la scène indépendante durant la pandémie a probablement un rôle déstabilisateur, et j’ai été frappé – mais pas surpris – par la violence des invectives sur les réseaux sociaux, qui doit nous alerter sur l’état de notre démocratie. Je pense égale-ment que la campagne a révélé l’urgence d’une rénovation totale des politiques publiques genevoises en matière de culture, actuellement dévastées par des querelles idéologiques : l’opposition entre musiques de création et musiques patri-moniales est une absurdité. Cette rénovation devra s’appuyer sur des données sérieuses plutôt que fan-tasmées et sur une réelle complémentarité entre le rôle des communes et celui du canton.
Quels enjeux de fond cette votation a-t-elle mis en lumière selon vous pour l’enseignement musical professionnel en Suisse ?
Si je me réfère à la situation genevoise, il faut souligner que la mise en œuvre de l’article constitutionnel sur la formation musicale ne peut pas se contenter du soutien à des actions de sensibilisation à la musique et à des associations, mais doit s’accompagner d’une véritable politique de formation où s’articulent le rôle de l’école publique, des écoles de musique et de la formation professionnelle incarnée par les hautes écoles. Elle doit tout particulièrement soutenir l’accès des jeunes aux HEM via des filières préprofessionnelles labellisées et correctement financées, tous genres confondus.
Après cette votation, quelles sont les perspectives d’avenir au niveau des infrastructures pour la HEM ?
Je me dis parfois que la réputation de mon école tient du miracle compte tenu de ses installations… Elle est bien entendu le fait de la qualité de ses étudiant.e.s et de son personnel, et aussi de l’ampleur nationale et internationale de son réseau. Cela étant, des solutions provisoires, même imparfaites et incomplètes, devront être trouvées avant que les autorités politiques – c’est leur rôle, et même leur devoir – nous garantissent des conditions-cadres dignes d’une institution de niveau universitaire.
D’un point de vue plus personnel, quel regard portez-vous sur votre longévité exceptionnelle à des postes de direction d’institutions de forma-tion musicale et quels accomplisse-ments à la HEM sont à vos yeux les plus symboliques ?
Mon plan de carrière n’a jamais été de devenir directeur d’une institution, a fortiori d’y rester si longtemps… Disons que le hasard de ma génération m’a fait être au centre d’une double mutation majeure – l’entrée de l’enseignement musical professionnel dans les hautes écoles spécialisées et le processus de Bologne – que j’espère avoir conduite à bon port. En ce qui concerne l’offre de la HEM, j’ai eu la chance de pouvoir l’amplifier aussi bien dans le temps – de la musique médiévale à la création contemporaine sous des formes multiples – que dans l’espace, avec la création d’un Master d’ethnomusicologie en collaboration avec les Universités de Genève et de Neuchâtel qui met les musiques du monde désormais au cœur de notre dispositif.
Vous avez été un des membres fondateurs de la CHEMS : quel regard portez-vous sur ses réalisations passées et sur le rôle qu’elle peut jouer aujourd’hui et demain pour l’enseignement musical supérieur en Suisse ?
La CHEMS est passée d’un club sympathique de directeurs et directrices à un organe en mesure de jouer un rôle majeur dans la politique musicale de notre pays. Elle l’a d’ailleurs déjà fait dans le passé, notamment en 2005 en posant clairement à des fonctionnaires réticents les exigences d’un enseignement musical professionnel compatible avec le processus de Bologne. Elle doit aujourd’hui le faire à mon avis en intervenant sans relâche sur la place de la formation musicale dans notre pays dans tous les ordres d’enseignement, sur le rôle que la musique peut jouer en termes de créativité, d’innovation et de cohésion sociale, sur la cohérence et la complémentarité de l’offre des différentes HEM, sur les spécificités de l’organisation de l’enseignement de la musique au sein des HES… Après tout, la musique a été une des premières disciplines de l’université médiévale !
Quel message souhaitez-vous adresser à votre successeur à la tête de la HEM ?
Je lui souhaite de trouver beaucoup de joie à la tête d’une merveilleuse institution, et de ne pas se laisser trop empêtrer dans la complexité du système HES – qui comporte au demeurant beaucoup d’avantages – pour pouvoir se focaliser sur la formation des jeunes artistes dont notre société a plus que jamais besoin.
Actuellement coordinatrice de l’enseignement dans l’école qu’elle s’apprête à diriger, Béatrice Zawodnik a été formée en Suisse et en Allemagne tant à la pédagogie musicale qu’au piano et au hautbois. Elle parachève ses compétences managériales à l’Institut des Hautes Études en Administration Publique avec un Master primé pour son excellence. Son parcours professionnel est éminemment riche et pluriel, allant de l’enseignement au sein de divers échelons du système de formation musicale suisse à une activité foisonnante d’interprète dans des orchestres et ensembles aussi bien baroques que contemporains ainsi que de la coordination de la filière préprofessionnelle genevoise à l’organisation de projets artistiques interdisciplinaires, en passant notamment par la gestion d’un centre du CPMDT et la direction du site de Lausanne de l’HEMU.
Béatrice Zawodnik, félicitations pour votre nomination : que représente-t-elle à vos yeux ?
C’est une grande joie qui représente l’aboutissement d’années d’engagement au service de la formation, de la musique et de la création. C’est bien sûr aussi une immense responsabilité de projeter la HEM vers les défis de demain qui sont nombreux.
Malgré votre fervent engagement dans la campagne, est-ce que le revers dans les urnes est peut-être de nature à corser votre futur travail en tant que directrice de la HEM ?
Le résultat de la votation est une immense déception pour le magnifique projet architectural et culturel porté depuis huit ans. Évidemment qu’il y a la nécessité de digérer ce résultat pour rebondir rapidement car la HEM a un besoin urgent de locaux adaptés. La campagne pour la Cité de la musique aura permis de faire prendre conscience de cette réalité, ce qui est un point positif à relever.
Quelle(s) idée(s) souhaiteriez-vous mettre sur le devant de la scène afin de trouver une sortie par le haut à cette votation ?
La HEM, en plus d’être une institution de formation, est un réel acteur culturel à Genève. Les étudiant.e.s sont présents sur les scènes musicales genevoises, et non pas uniquement dans des ensembles classiques, de nombreux alumni ont monté des structures, des ensembles avec des propositions artistiques innovantes. Avec des locaux adaptés, nous pourrions développer des résidences d’artistes, des échanges entre étudiant.e.s et acteurs culturels locaux, également issus d’autres domaines artistiques, pour renforcer des démarches interdisciplinaires et aller à la rencontre des publics.