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Abstract
Petit texte sur le processus de la reine rouge, ou une compétition à l'évolution.
« Pour demeurer sur place, tu devras courir très vite » dit la Reine rouge à Alice. De la même manière, chaque animal est poussé à coévoluer dans une « course aux armements ». A part le mutualisme, deux domaines sont principalement concernés par ce processus :
A) Les courses à l’astuce entre proies et prédateurs (y compris parasitisme) = compétition interspécifique
B) La course à la séduction d’un partenaire sexuel = compétition intraspécifique
La coévolution est une évolution parallèle et interactive.
L’homochromie est dite simple si la teinte prise par l’animal est uniforme et correspond à la couleur du milieu qu’il fréquente habituellement. Les petits criquets qui prennent la couleur des prairies ou les perroquets dont la couleur verte concorde exactement avec celle des feuillages des arbres où ils se trouvent en sont d’excellents exemples et prouvent que, pour être homochrome, un animal n’est pas obligatoirement revêtu de couleurs ternes. L’homochromie avec le terrain est également fréquente: c’est le cas du lièvre qui, lorsqu’il est tapi au creux d’un sillon, est pratiquement invisible.
Les proies sont progressivement sélectionnées pour se défendre de mieux en mieux et les prédateurs doivent donc améliorer continuellement leurs techniques de chasse pour continuer à se nourrir. Pour avoir plus de chances d’être choisi par partenaire sexuel, les animaux (le plus souvent les mâles) rivalisent sur les attraits les plus déterminants. Souvent, en effet, seuls les plus « séduisants » pourront s’accoupler. Il y a donc une pression de sélection pour un développement de plus en plus poussé de ces caractéristiques.
Une complication plus efficace encore du camouflage est fournie par le bariolage (dessins disruptifs) dont l’effet est de rompre la forme, de dissocier en quelque sorte l’animal qui n’est plus visible dans son ensemble, mais paraît formé de plusieurs parties indépendantes.
Certains animaux ont la possibilité d’adapter à tout moment leur coloration à celle du milieu sur lequel ils se trouvent. Le cas célèbre du caméléon n’est pas le plus spectaculaire. Existe dans les groupes les plus divers: Crustacés (crevettes) , Batraciens (rainette verte), Reptiles (geckos), mais aussi chez les Mollusques Céphalopodes (seiche), enfin surtout chez des poissons plats (sole, limande, turbot). Tous ces animaux, si différents au point de vue zoologique, ont un point commun: leurs téguments possèdent des organes spéciaux, colorés et mobiles, les chromatophores, dont la rétraction ou l’épanouissement déterminent des changements de couleur. Les chromatophores, en effet, se présentent sous forme de cellules élastiques contenant des pigments; si ces pigments sont concentrés au centre du chromatophore (en contraction), ils forment une minuscule boulette presque invisible (l’animal est de teinte claire). Si au contraire ces mêmes pigments s’étalent à la surface de la peau (chromatophore en expansion), ils forment une plaque mince délicatement ramifiée mais parfaitement visible, et à ce moment l’animal prend une couleur sombre. La vitesse d’expansion et de contraction des chromatophores est extrêmement variable: très lente chez les crevettes, elle se fait au contraire chez la seiche en deux tiers de seconde. Le mécanisme de changement de couleur est également variable selon les espèces, il peut être humoral ou nerveux ou combiner ces deux mécanismes. Chez les espèces les plus primitives (lamproies, raies), le mécanisme humoral (hormones hypophysaires) semble prédominant, mais chez les espèces les plus évoluées (poissons pleuronectes), la commande nerveuse se serait ajoutée puis substituée au contrôle humoral. Elle dominerait chez les Reptiles.
En plus de la couleur, l’animal a pris la forme d’un objet sur lequel il se tient habituellement. La grande majorité des exemples se rencontre chez les insectes qui sont capables d’imiter toutes sortes d’organes végétaux comme les écorces (certains papillons, certaines mantes religieuses du Zaïre ou de Java) et aussi les feuilles (la phyllie originaire de l’Inde et de l’Australie est un cas typique); mais il existe aussi des sauterelles-feuilles et des papillons-feuilles, etc.
On dit qu’il y a mimétisme lorsqu’une espèce animale inoffensive imite la forme, la couleur ou l’allure d’une espèce naturellement défendue par son venin, par sa mauvaise odeur ou par toute autre cause susceptible d’éloigner les prédateurs. Au lieu de se dissimuler, l’espèce mimétique a donc intérêt à être vue pour échapper à ses ennemis. Bien entendu, il ne s’agit pas d’espèces voisines, mais d’animaux qui n’ont rien de comparable au point de vue zoologique sinon leur coloration extérieure.
Dans tous les cas précédents, c’est le corps même de l’animal qui prend une couleur ou une forme donnée et assure le camouflage. Mais il est des cas où l’animal emprunte au milieu des éléments dont il se couvre, semblant ainsi s’habiller. EX . Les crabes Oxyrhynques (araignées de mer), déguisent littéralement leur carapace avec des algues, des cailloux, des morceaux de coquilles. Si on les débarrasse de leur revêtement, ils s’en recouvrent aussitôt. Le crabe saisit l’éponge ou l’algue, la porte à sa bouche, non pour la manger, mais pour y déposer un liquide agglutinant et, à l’aide de ses longues pattes, l’accroche sur son dos aux poils recourbés en crochets et souvent barbelés dont la carapace est garnie. Mais le fait le plus remarquable chez ces crabes, c’est qu’ils recherchent des substrats sur lesquels ils sont homochromes et qu’ils sont capables de changer de déguisement lorsque leur camouflage ne correspond plus à la couleur du milieu. Des crabes du genre Maia dont la carapace a été débarrassée de tous ses débris, placés dans des aquariums dont les parois sont couvertes de papiers de couleur, choisissent, pour se couvrir, les papiers correspondant à la couleur du milieu. Si ces crabes ainsi habillés sont ensuite transportés dans des aquariums dont les deux moitiés sont différemment colorées, ils se dirigent vers la moitié de l’aquarium dont la couleur correspond à leur revêtement. D’autres crabes du genre Hyas , revêtus d’algues rouges et introduits dans des aquariums tapissés uniquement avec des éponges, sont capables de changer leur déguisement et dès le lendemain, sont recouverts d’éponge.
La compétition pour se faire choisir par un partenaire sexuel touche principalement les mâles des espèces qui ne forment pas de couple stable. Les mâles cherchent à s’accoupler avec le plus de femelles possible et la femelle élève seule ses petits.
Les observations montrent qu’un nombre restreint de mâles sont responsables de la majorité des accouplements dans une aire donnée.
La compétition entre mâles peut prendre de multiples formes selon les hasards ou les tendances évolutives s’il s’avère que ces attributs plaisent aux femelles : appendices colorés ou de taille spectaculaire, postures, présents, chants, danses, constructions diverses, odeurs, vibrations… Dans ce domaine l’inventivité connaît peu de limites et les résultats sont surprenants et parfois splendides.
Les « prestations » par lesquelles les mâles s’attirent ainsi les faveurs des femelles peuvent devenir épuisantes ou dangereuses (queue du paon, bois des cerfs), ralentissant l’animal qui doit fuir devant un prédateur. A ce propos, il y a deux types de considérations :
1) Puisque le mâle ne s’occupe pas d’élever les petits, il n’est pas nécessaire qu’il ait une vie très longue, mais seulement le temps de s’accoupler.
2) Théorie du handicap. Un mâle qui parvient à survivre avec des attributs handicapants montrerait par là même sa vigueur, donc ses bons gênes. La sélection assurerait ainsi la transmission des patrimoines génétiques les meilleurs.
Selon le même principe, les femelles choisissent préférentiellement les mâles sains, c’est à dire dépourvus de parasites.