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Depuis lors, cette question "est-ce que je suis capable de pardonner ?" tourne dans mon esprit et je me la répète comme un mantra, encore et encore.
"Est-ce que je suis capable de pardonner ?": s'agit-il vraiment là de la "bonne" question ? Ne devrait-elle pas être "est-ce que je veux pardonner" ? Ce qui impliquerait que le pardon résulte d'une décision, d'un choix de ma part et non d'une "impulsion" ou d'un besoin qui viendrait du fond de mon cœur, sans forcément s'accompagner d'une justification volontaire, rationnelle.
"Et si je pardonne, qui va m'aider à vivre avec ma douleur, avec ma souffrance ? Qui va reconnaître cette plaie ?"
"Est-ce que je vais pardonner parce que j'aime? Mon éventuel refus ou mon incapacité à pardonner vont-ils m'imposer de retirer cet amour que je ressens pour la personne qui m'a blessée?"
"Dois-je accorder mon pardon parce que l'autre fait des efforts et tente de me montrer qu'il a changé, qu'il a tiré une leçon de ce qui s'est passé?" Donc, le pardon se mérite-t-il ou s'offre-t-il tout simplement ?
"Le pardon est-il un dernier regard sur un passé ou est-il une promesse d'avenir ?"
À vrai dire, je ne sais pas, toutes ces questions me poursuivant sans relâche, sans réponse surtout. Et pour éviter d'être totalement submergée par l'angoisse, je refuse de m'interroger sur l'éventualité ou la possibilité d'un pardon lorsqu'on est un rescapé d'un camp par exemple: les "grandes" et terribles pages de l'Histoire ont-elles été tournées ou pardonnées ? Comprises ou juste oubliées ?
La raison de ma souffrance, finalement, importe très peu: si je vous la confiais et admettons qu'elle résulte d'une infidélité de mon mari, la moitié d'entre vous me conseillerait de "passer l'éponge, ça peut arriver, personne n'est parfait", l'autre moitié me dirait "si ma femme me trompait, je divorcerais tout de suite, point de salut pour ton mari !", les plus prudents opteraient probablement pour un "ça dépend, faut voir les circonstances".
Mon chagrin pourrait avoir été causé par un autre homme et ce "il" qui a claqué la porte pourrait être mon père, qui m'aurait implorée de lui pardonner les coups qu'il m'aurait donnés durant toute mon enfance. Je sais qu'il y a parmi vous des enfants, devenus grands, qui ont été maltraités, psychiquement, physiquement, sexuellement, et certains ont su, ont pu, ont choisi de pardonner, tandis que d'autres ont coupé les ponts avec un passé qui ne peut s'oublier et qui ne peut se supporter qu'en l'éloignant au maximum. Ici, les plus pondérés me rappeleraient que cet homme est le grand-père de mes enfants et que cela aussi devrait compter dans ma réflexion.
Mon cœur de mère pourrait saigner parce que mon fils a abusé une nouvelle fois de ma confiance, vidant mon compte en banque au moyen de fausses signatures : les plus "optimistes" d'entre vous me signaleraient qu'il faut bien que jeunesse se passe, tandis que les plus stricts m'annonçeraient un avenir bien sombre avec cet adolescent.
Et comme toute médaille a deux faces, je ne saurais toujours pas quoi "faire", comment faire, comment vivre, avec moi-même et avec l'autre, qui m'a laissée sur le canapé. Peut-être que je ne sais pas comment me positionner parce que j'ignore ce que signifie réellement le terme "pardon", du moins lorsqu'il signifie autre chose que juste "je suis navrée de vous avoir bousculé devant la photocopieuse".
Il y a quelques jours, dans une série qui devrait plaire aux plus "informaticiens" d'entre vous, the IT crowd, j'ai entendu une réplique qui m'a fait beaucoup rire: don't google the question! Evidemment, je me suis empressée de le faire, avec moult mots, dans les combinaisons les plus saugrenues : "pardon, Bible, peinture, philosophie, littérature, vie" et j'en passe.
De "clic en clic", j'ai lu une phrase toute simple: "il faut se pardonner beaucoup à soi-même pour s'habituer à pardonner beaucoup à autrui" (Anatole France).
Tout à coup, j'ai eu comme le sentiment de comprendre quelque chose: peut-être ne suis-je pas capable de réellement pardonner à autrui parce que je ne sais pas me pardonner à moi-même.
En quatre ans et demi, j'ai flanqué deux claques, deux vraies baffes à Junior et je ne me le suis toujours pas pardonnée alors que lui, probablement, a oublié ces épisodes quelques jours après leur survenance. J'évite encore et toujours de croiser le regard de l'un de mes ex, tellement pas "fière" de l'avoir trompé, il y a de cela..... 18 ans! Ces événements - et la liste pourrait être bien plus longue encore -, je les oublie dans mon quotidien mais d'un quelconque pardon "de moi à moi", point de trace.
J'espère que vous me pardonnerez de vous avoir emmenés dans des cogitations sans réponse et, surtout, d'avoir le toupet de terminer mes tribulations par une nouvelle question : "et vous, le pardon ?"