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Le temple gallo-romain
Un temple imposant…
Le temple gallo-romain (fanum) de la place publique se trouve au croisement des deux voies principales de l’agglomération de Lousonna, le cardo maximus – orienté nord-sud – et le decumanus maximus – orienté est-ouest –. Son entrée était orientée à l’est, comme tous les temples gallo-romains ; la cella, local carré de 7,7 mètres de côté abritant la statue de la (des) divinité(s), était entourée d’un portique de 13,60 mètres de côté dont les murs extérieurs étaient revêtus de plaques de marbre ou de calcaire poli. D’après les fouilles de Frédéric Gilliard dans les années 1930, un autel aurait été retrouvé à l’est, face à l’entrée du temple. Néanmoins, des années plus tard, à l’occasion de l’aménagement du parc archéologique où les vestiges sont actuellement visibles, aucune trace de cet autel n’a été retrouvée. La profondeur des fondations et le soin apporté à la construction de l’ouvrage laissent supposer que le temple devait s’élever à une quinzaine de mètres de hauteur.
Le fanum en cours de fouille dans les années 1930.
Une monnaie, découverte sous les fondations de la cella, date la construction du temple du début du 3ème siècle ; c’est deux siècles plus tard que ce qui était admis jusque-là ! Cependant, la présence de structures antérieures au fanum, un mur maçonné et trois bases de colonnes, retrouvés à l’est de la cella, indique que le temple supplante une ancienne construction, peut-être elle aussi à caractère religieux.
Le temple a été détruit vers le milieu du 4ème siècle mais l’emplacement a continué à être fréquenté; les restes de la cella ont été comblés par une couche de béton, constituant une sorte de podium sur lequel on accédait par un escalier sur son côté oriental. Il est possible qu’un temple, entièrement en bois ait été aménagé sur ce podium sans que cela ne puisse être prouvé. Les nombreuses monnaies du Bas-Empire découvertes à proximité du temple (ou de ce qu'il en reste) attestent que le lieu a conservé son caractère sacré alors même que la ville était déjà partiellement abandonnée.
Les profondes fondations du temple gallo-romain, on remarque les traces laissées par le coffrage en bois qui a permis de couler le béton.
… au décor propagandiste
Les fragments d’un décor en pierre d’excellente facture représentant une gigantomachie ont été découverts à proximité du fanum, le temple, dont l’aspect est conforme à celui des édifices de tradition celtique ; leur étude a permis de déterminer qu’ils devaient orner un petit édicule situé devant l’entrée du temple dont la fonction n’est pas clairement établie (oratoire consacré à des divinités secondaires, présentoir à dons votifs, tronc monétaire…). Si d’autres localisations de ces bas-reliefs auraient pu être plausibles (balustrade, frise sur le bâtiment, autel sacrificiel), ce sont leurs dimensions réduites et la rareté de parallèles existants qui excluent d’attribuer ces décors aux emplacements énumérés ci-dessus.
Proposition de restitution du fanum de la place publique. Emmanuel Abetel, La gigantomachie de Lousonna, 2007.
Enfants de la Terre, les Géants sont des êtres énormes, d’une force invincible. Ils furent enfantés afin de venger leurs frères Titans, enfermés par Jupiter dans le Tartare, la plus profonde région du monde, lors du combat de ce dernier pour s’emparer du pouvoir. Cette lutte des Géants et des dieux, la gigantomachie, est un thème de prédilection de la sculpture gréco-romaine, destiné en particulier à orner les édifices religieux. Ces monstres, représentés avec une apparence humaine et une queue de serpent à la place des jambes, se prêtent en effet aisément à remplir les angles d’un bas-relief. Ce motif, inspiré de la mythologie grecque, semble apparaître dans le monde romain sous les règnes d’Hadrien et d’Antonin le Pieux (117-161 après J.-C.). Il servira d’instrument de propagande, illustrant alors le combat de l’empereur, assimilé à Jupiter, écrasant de toute sa puissance, les ennemis de l’Empire, symbolisés par les Géants.
Proposition de restitution du relief représentant Jupiter brandissant le foudre. Emmanuel Abetel, La gigantomachie de Lousonna, 2007.