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(Urs Küry, Editions catholiques-chrétiennes, 1968)
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Les deux désignations "catholique-chrétienne" en Suisse et "vieille-catholique" dans d'autres pays désignent des Eglises catholiques autonomes, qui forment entre elles une communion ecclésiale : L'Union d'Utrecht. Ces Eglises sont catholiques par leur foi et leur liturgie ainsi que par leur constitution épiscopale et synodale. Leurs appellations révèlent leur conception de l'Eglise : "catholique-chrétienne " dans la mesure où c'est le Christ qui doit être la tête de l'Eglise ; "vieille-catholique" parce que l'Eglise ancienne du 1er millénaire est la référence pour les réformes de l'Eglise, le rétablissement de l'unité entre les chrétiens et le renouvellement spirituel. L'Eglise ancienne sert ainsi de modèle par rapport aux évolutions ultérieures dans la mesure où elle n'était pas encore divisée en Eglises confessionnelles divergentes et n'est pas dirigée par un centre unique qui aspire à prendre toutes les décisions.
En 1870, le 1er concile du Vatican a proclamé, après de larges controverses, deux dogmes qui sont devenus ainsi une obligation pour la foi des croyants :
Ces décisions sont l'aboutissement d'une évolution au sein de l'Eglise catholique qui dans le passé avait toujours été contestée et soulevée bien des oppositions. Elle a été parmi les causes des grandes ruptures entre chrétiens dans l'histoire. Les catholiques qui s'opposaient ouvertement à ces deux dogmes parce qu'ils refusaient la centralisation du pouvoir dans la personne du pape et la conception de l'Eglise qui en est à la base, n'ont plus eu de place dans l'Eglise catholique et furent excommuniés.
Tout cela a conduit en Allemagne, en Suisse et en Autriche à la naissance de diocèses vieux-catholiques. En Suisse, le processus a duré de 1871 à 1876. En 1875, le synode national s'est constitué et a approuvé la constitution de l'Eglise. En 1876, le synode a élu le premier évêque, Edouard Herzog (1841-1924), qui avait été auparavant professeur de théologie à Lucerne. Il a été ordonné par l'évêque vieux-catholique allemand Reinkens, qui avait reçu lui-même son ordination par un évêque de l'Eglise d'Utrecht aux Pays-Bas. L'Eglise d'Utrecht a été fondée au 7°siècle et s'est trouvée séparée de Rome en 1723-1724 lors de l'élection puis de l'ordination d'un nouvel archevêque d'Utrecht que le pape n'a pas voulu accepter. C'est par l'Eglise d'Utrecht que les Eglises vieilles-catholiques détiennent la succession apostolique.
La naissance de l'Eglise catholique-chrétienne a été soutenue par quelques gouvernements cantonaux et a fait naître de grands espoirs. Cependant, il s'est vite avéré qu'elle devait rester une minorité, en partie à cause de l'ambiance mouvementée du "Kulturkampf" dans lequel s'est inscrit le mouvement catholique chrétien. Ce qui a probablement du retenir un bon nombre de sympathisants d'adhérer au mouvement. Excepté dans le Fricktal argovien et le Niederamt soleurois, les paroisses catholiques-chrétiennes se sont formées dans les grandes villes souvent d'origine protestante et dans celles qui se trouvaient en plein essor économique, particulièrement là où des catholiques s'étaient ouverts à un libéralisme politique et se défendaient contre tout ce qu'ils ressentaient comme une mise sous tutelle de la hiérarchie romaine.
L'opposition de l'Eglise catholique chrétienne de Suisse aux dogmes papaux s'est également accompagnée de nombreuses réformes (par exemple l'emploi de langue maternelle et l'introduction d'actes de pénitence dans les liturgies, la suppression de l'obligation du célibat pour le clergé, etc.) qui ont été réalisées du moins partiellement dans l'Eglise catholique romaine lors du 2° concile du Vatican (1962-1965). La participation des laïcs à la direction de l'Eglise a été considérée comme importante dès l'origine et s'est réalisée en particulier par la création du synode (du mot grec "faire chemin ensemble") auquel appartiennent les ecclésiastiques et les laïcs délégués par les paroisses. La structure épiscopale et synodale illustre clairement la responsabilité fondamentale de tous les baptisés pour la vie de l’Eglise. Par-là, on a tenu compte de préoccupations qui correspondent aux revendications actuelles de la « démocratisation de l’Eglise ».
Il a fallu quelques années pour clarifier et consolider la situation pour que les quatre Eglises mentionnées ci-dessus puissent se reconnaître mutuellement, comme une communion, malgré leurs origines diverses. En 1889, les évêques et leurs Eglises ont constitué cette Union à Utrecht, d'où son nom d'"Union d'Utrecht". Ils ont fixé les principes de base de cette unité dans un document : la Convention d’Utrecht.
Par la suite, d’autres Eglises avec des structures à la fois épiscopales et synodales se sont jointes à cette Union d’Utrecht. Aujourd’hui, huit Eglises vieilles-catholiques en font partie, celles des Pays-Bas, d’Allemagne, de Suisse, d’Autriche, de Tchéquie, des Etats-Unis et du Canada, de Croatie et de Pologne.
Dès son origine, les réformes engagées ont été conçues
en vue de la réunification des Eglises. Cette orientation, dans
un esprit de liberté et de fidélité, à la
foi, au service divin et à la constitution de l’Eglise ancienne,
a amené les Eglises vieilles-catholiques en formation à entretenir
des relations étroites avec les Eglises orthodoxes et anglicanes.
Les vieux-catholiques ont reconnu en elles les Eglises qui leur étaient
les plus proches dans le domaine de la théologie et avec qui elles
formaient dans un certain sens le lien entre l’Eglise catholique-romaine
et les Eglises issues de la Réforme.
Depuis 1931, une communion ecclésiale (full communion, communion sacramentelle et des ministères) a été établie avec les Eglises anglicanes. Un dialogue théologique intense avec l’Eglise orthodoxe entre 1975 et 1987 a conduit à la reconnaissance d’une base de foi commune, cependant des obstacles subsistent qui ne permettent pas pour le moment le rétablissement de la communion ecclésiale.
Sur le plan pratique, un travail œcuménique réunit les paroisses catholiques-chrétiennes de Suisse avec l’Eglise protestante et aussi depuis le 2ème Concile du Vatican avec l’Eglise catholique-romaine. Les relations avec cette dernière ont été marquées pendant des décennies par un dénigrement mutuel qui a fait place aujourd’hui à un rapprochement bienveillant.
Les Eglises vieilles-catholiques, de par leur aspiration initiale, sont membres fondateurs du Conseil œcuménique des Eglises. Elles sont également impliquées au sein de la KEK (Conférence Européenne des Eglises) et dans chaque pays (par exemple en Suisse au sein de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes). Elles tendent à contribuer au rétablissement de l'Unité entre chrétiens dans une mesure qui dépasse largement leur importance numérique.
En Suisse, il y a près de 14’000 catholiques-chrétiens, dont environ la moitié vivent, pour des raisons historiques, dans les cantons d’Argovie et de Soleure. On trouve des paroisses dans les cantons de ZH, BE, LU, BS, BL, SH, SG, NE et GE. Dans les cantons où les Eglises sont reconnues par le droit public, les catholiques-chrétiens sont considérés, à côté des catholiques-romains et des réformés, comme Eglise nationale (ou Eglise reconnue).
La mobilité moderne fait qu’aujourd'hui un nombre important de catholiques-chrétiens vivent dispersés sur tout le territoire suisse, et sont de ce fait plus ou moins éloignés des paroisses. L’Eglise a créé un réseau pour cette diaspora afin d’assurer les services pour ces paroissiens disséminés (catéchisme, cure d’âme, services divins). Cela demande cependant des efforts importants.
Le siège de l’évêque est à Berne. La faculté de théologie catholique-chrétienne se trouve à l’Université de Berne. Elle ne forme pas seulement le clergé pour la Suisse, car elle est aussi la seule faculté vieille-catholique du monde qui a le droit de décerner des doctorats. De nombreux étudiants issus d’autres Eglises vieilles-catholiques et d’Eglises orthodoxes y acquièrent des formations "post-grades" ou y préparent un doctorat.
L’Oeuvre d’entraide catholique-chrétienne « Etre partenaires » soutient régulièrement des projets de développement en Europe de l’Est et dans le Tiers-monde, souvent en collaboration avec des diocèses anglicans ou l'Eglise indépendante des Philippines.
La plupart des paroisses comptent entre 300 et 500 membres. Cela permet une vie paroissiale non anonyme dont le centre est l’eucharistie dominicale. De plus, d'autres activités sont organisées dans le cadre paroissial, régional et national.
De nouveaux chemins peuvent être discutés et partiellement réalisés à différents niveaux du diocèse. Ainsi, l’Eglise catholique-chrétienne a décidé, après de vastes consultations au sein de l’Union d’Utrecht et en tenant compte du dialogue théologique avec d’autres Eglises, de confier le ministère apostolique (évêque-prêtre-diacre) aussi bien à des femmes qu'à des hommes.
Malgré ses effectifs restreints, l'Eglise catholique-chrétienne est une Eglise nationale (Volkskirche) : environ 20 % des membres baptisés participent activement à la vie de l’Eglise, les autres la soutiennent matériellement ou partagent les idées qu'elle défend. La petite taille peut donner un sentiment de sécurité (à moins que ça ne soit le contraire), mais il existe un risque indéniable de repli sur soi. C'est pourquoi l’Eglise catholique-chrétienne profite d’autant plus de l’engagement de personnes qui sont touchées par l’Evangile et qui souhaitent vivre dans un catholicisme ouvert tout en étant enraciné dans la tradition.