Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07084.jsonl.gz/709

La poliomyélite ou paralysie infantile (appelée couramment polio) est une maladie virale contagieuse dont l’homme est le seul hôte naturel. La contagion d’une personne à une autre se produit essentiellement par contact de selles contaminées et de la bouche. La majorité des infections au poliovirus sont bénignes, invisibles et immunisantes, mais lorsque ce dernier envahit le système nerveux, soit dans environ 10% des cas, il peut entraîner une paralysie. Les muscles volontaires des bras et/ou des jambes sont les plus fréquemment atteints, mais 5 à 10% des malades meurent cependant de paralysie des muscles de la respiration et/ou de la déglutition. Il n’existe, à ce jour, aucun traitement curatif à cette maladie.
De nombreuses épidémies de polio se sont développées durant la première moitié du XXe siècle, presque annuellement. Encore en 1954, on recensa, en Suisse, plus de 1600 cas, dont plus de 100 décès. Cette maladie, qui laisse des séquelles importantes, représentait alors un problème de santé publique majeur, d’autant qu’elle touchait le plus souvent des enfants. Les mesures habituelles de quarantaine et d’hygiène ne permettaient pas d’enrayer les épidémies.
Certes, de grands progrès ont été faits, surtout après la Seconde Guerre mondiale. D’abord pour permettre aux patients atteints de troubles de respiration de passer la crise aigüe avec l’utilisation des «poumons d’acier», souvent offerts aux hôpitaux par des collectes d’«œuvres de charité». Ensuite, dès le milieu des années 1950, l’apparition des premiers respirateurs ont permis le développement des soins intensifs. Il y eut aussi des progrès en orthopédie, pour permettre à ces enfants de marcher, d’une manière ou d’une autre. C’est aussi le temps du développement de la physiothérapie, entre autre, dans l’idée de maintenir la masse musculaire. On imagina même, en Suisse, la construction d’hôpitaux de rééducation spécialisés, dont le seul qui vit le jour fut celui de Loèche-les-Bains au début des années 1960.
Toutes ces mesures améliorèrent la qualité de vie au long cours des patients atteints de polio mais n’empêchaient pas les épidémies de se succéder. Les chercheurs essayèrent, dès les années 1930, de trouver des parades à ces vagues de polio, d’abord en injectant des sérums d’anciens malades, sans grand succès. Le trouble épidémiologique d’alors était que les conditions socio-économiques défavorables ne semblaient pas, contrairement à d’autres maladies comme la tuberculose, être un facteur de risque majeur. On disait même que c’était plutôt une maladie de la classe moyenne, ce qui la rendait encore plus terrifiante et de grande portée politique, au moins aussi forte que, dans les années 1980, l’apparition du SIDA.
Enfin, après bien des échecs, apparurent les vaccins de Salk (à base de virus morts) en 1955 puis de Sabin (à base de virus vivants atténués) en 1961, qui permirent en quelques années d’observer la disparition de ce fléau en Europe et dans le Nord de l’Amérique. Pourtant, la polio faisait encore près de 350 000 victimes par an à la fin des années 1980, principalement en Amérique latine, en Afrique et en Asie. C’est alors que l’OMS a lancé sa campagne d’éradication mondiale de la polio, en mettant à disposition des gouvernements des doses gratuites de vaccin.
En 2017, grâce à l’initiative de l’OMS, seuls trois pays sont considérés comme potentiellement endémiques, soit le Pakistan, l’Afghanistan et le Nigeria, et moins de 40 cas prouvés ont été diagnostiqués. Quelques cas de polio sont apparus en Syrie cette même année, ce qui montre que si la couverture vaccinale baisse (et que les défenses immunitaires des populations sont moindres), le risque de maladie réapparaît, dans certaines conditions au moins.
La stratégie vaccinale est la seule qui a permis un contrôle presque complet de la polio aujourd’hui. On pourrait dire de même de la diphtérie qui était, il y a cent ans, la cause de mortalité infantile principale en Suisse. Aujourd’hui ces maladies ne font plus peur et rares sont les médecins en exercice en Europe qui peuvent prétendre avoir été confrontés à l’une ou l’autre – même si une épidémie de diphtérie s’est déclarée en Ukraine au début des années 1990, moins de huit ans après la désorganisation sanitaire liée à la décomposition de l’URSS, et une de polio un peu plus tard en Hollande dans une communauté religieuse qui refusait les vaccins.
Prétendre que l’on peut se passer des vaccins ne va pas sans démontrer qu’une stratégie autre existe: c’est une exigence de santé publique. Ceci dit, il est juste de se poser régulièrement la question, pour chaque maladie que l’on veut prévenir, de la meilleure stratégie communautaire, pour que tous puissent jouir de la meilleure santé possible.
Pédiatre FMH et membre du comité E-Changer, ONG suisse romande de coopération.