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Macron passe et casse
Emmanuel marche sur les eaux, les transforme en vin, ressuscite les morts et remet les paralytiques en marche. Vers les urnes. Si les prémisses des législatives (leur premier tour, même avec un taux d'abstention très... suisse) se confirment au second, Macron disposera à l'Assemblée Nationale d'une très large majorité absolue de députés de son parti (qui n'en est d'ailleurs même pas encore un), trois jours après que Theresa May ait perdu la sienne aux Communes britanniques. En moins d'un mois, il aura triomphé à la présidentielle et aux législatives, et à celles-ci avec pour seul argument de lui "donner une majorité". Du jamais vu, du moins dans cette ampleur, depuis 1981, l'élection de Mitterrand et la "vague rose" qui s'ensuivit. Macron aura ainsi les moyens d'imposer sa ligne politique et de réaliser son programme (puisque contrairement à l'image qu'on se satisfaisait de lui avant le mois dernier, il en a une et il en a un : le "social-libéralisme", la "flexisécurité", et quelque chose qui tient à la fois du gaullisme et du bonapartisme). La question qui se pose désormais étant celle-ci : quelle opposition pourra faire face à Macron, à son gouvernement et à ses projets ?
"la gauche est plus forte en Suisse qu'en France"... c'est dire...
"Je ferai avec la majorité que les Français me donneront", déclarait Macron avant le premier tour des législatives. Il n'aura à cela pas de grande difficulté. Il récusait explicitement toute coalition avec le PS et/ou les Républicains, non sans les siphonner de leur électorat et de quelques personnalités ralliées individuellement. Il n'aura sans doute pas besoin d'une coalition. Mais peut-être, tout de même, d'une opposition. Car la France n'est pas devenue macromaniaque : le parti du président fait 32 % des suffrages avec une abstention de plus de 50 %, surtout dans les électorats du Front National et des "insoumis"... Il est vrai qu'en face, on n'avait plus guère comme argument que celui de ne "pas lui donner tous les pouvoirs", comme si tel était le danger. De toutes les façons, Emmanuel Macron ne sera pas tout-puissant, même s'il obtient la majorité parlementaire écrasante que les résultats du premier tour des législatives laissent prévoir : plus de 400 sièges sur 577. Macron voulait faire exploser la droite et la gauche, c'est presque fait. Mais exploser n'est pas synonyme de dissoudre : si vertical, centraliste et présidentiel qu'il soit, le système politique français est tout de même un système démocratique,issu d'une société pluraliste. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un parti "présidentiel" obtient une majorité parlementaire disproportionnée : l'UMP avait obtenu 62 % des sièges avec 33,3 % des suffrages en 2002, le PS 50,5 % des sièges avec 30 % des suffrages en 2012. Il y aura donc une opposition à Macron, certes très minoritaire, au parlement mais sans doute moins minoritaire, dans la société, et probablement dans la rue. Et quelle opposition ? Une opposition de droite, mais laquelle ? au parlement, il n'y aura guère à droite que celle des Républicains, et encore pas tous (le Front National sera probablement réduit à une présence congrue, quoique vitupérante). Une opposition de gauche, mais laquelle ? comme le relevait un camarade sur Facebook hier soir, "la gauche est plus forte en Suisse qu'en France"... c'est dire... Ensemble, les socialistes, les écolos, les radicaux de gauche, les communistes et la "France Insoumise" ne devraient disposer que d'une cinquantaine de sièges -moins que ceux qui seront occupés par des ralliés de gauche à la masse des macronistes...
Avec ses près de 20 % de suffrages du premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon se voyait déjà au moins chef unique de l'opposition de gauche à Macron, voire carrément Premier ministre d'un gouvernement de cohabitation, après avoir occis le PC et le PS. Et déclarait mardi dernier espérer toujours "gagner". Mais gagner quoi ? les législatives ? Avec le système électoral en vigueur depuis plus d'un demi-siècle, la majoritaire uninominale à deux tours (au moins y a-t-il en effet deux tours, et pas un seul comme en Grande-Bretagne), lui-même devait bien se rendre compte qu'une victoire face au parti du président et à l'opposition de droite relevait de l'illusion... Mélenchon n'a en réalité toujours pas admis avoir été exclu du deuxième tour de la présidentielle, n'y avoir occupé que la quatrième place, derrière Macron, Le Pen et Fillon. En durcissant sa campagne personnelle pour les législatives, en choisissant pour se porter lui-même candidat une circonscription à moindre risque plutôt qu'une circonscription de combat, en faisant des autres forces de gauche ses adversaires prioritaires, jusqu'à faire présenter, partout où c'était possible, des candidats "insoumis" contre les candidats communistes sortants, il a bunkérisé son espace électoral, en même temps qu'il le réduisait - une grande partie des socialistes et les communistes qui avaient voté pour lui à la présidentielle ont à nouveau voté socialiste ou communiste aux législatives... ou se sont abstenus (comme d'ailleurs une grande partie de l'électorat FN). Pour avoir oublié que les législatives n'étaient pas un "copier-coller" de l'élection présidentielle du mois d'avant, Mélenchon et les "insoumis" se retrouvent bien loin de leurs espérances, au coude-à-coude avec le PS et ses alliés-, et sans doute éloignés de leur plus modeste objectif réel : être la première force de gauche du nouveau parlement : les projections en sièges leur donnent moins d'élus qu'aux socialistes... qui n'en auront pourtant plus beaucoup. En gros, dix fois moins que dans l'Assemblée sortante.
Bref, en France, c'est toute la gauche, et pas seulement le PS, qui est à reconstruire.
Comment disait-elle, déjà, la Maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, après la défaite du candidat socialiste (qu'elle soutenait) au premier tour de la présidentielle ? Ah oui : "quand on atteint un tel niveau à la présidentielle, il faut en tout cas repartir sur des bases nouvelles". Quand on atteint un tel niveau aux législatives, ça urge d'autant plus. Encore faut-il en trouver une, de "base nouvelle", pour repartir -or là, le PS ne repose plus guère que sur des sables mouvants, plus propices à un engloutissement qu'à un nouveau départ.