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La langue facile à lire, pour mieux comprendre
Depuis 2002, une loi stipule que l’égalité pour les personnes en situation de handicap doit être garantie. Pour atteindre cet objectif, l’accès à l’information constitue une condition de base. La traduction de textes complexes en «langue facile à lire» bénéficie aussi à de nombreuses autres personnes pour qui la lecture de certains documents, tels des guide d’utilisation ou notices d’emballage, est trop compliquée.
Pourquoi la langue facile à lire?
En 2002, l’Assemblée générale de la Confédération suisse adoptait une loi très particulière: la Loi fédérale sur l'élimination des inégalités frappant les personnes handicapées. Cette loi stipule que les conditions doivent être créées pour permettre aux personnes handicapées de participer à la vie en société et de pouvoir accomplir une formation ou une activité professionnelle. Ainsi, les personnes atteintes d’un déficit cognitif doivent pouvoir bénéficier d’un accès à l’information, ce qui pour une personne non handicapée va normalement de soi. Une telle accessibilité commence avec la communication.
Qui profite de la langue facile à lire?
La «langue facile à lire» ne s’adresse pas uniquement aux personnes atteintes d’un handicap cognitif ou psychique; entre autres, les personnes illettrées, les personnes éprouvant des difficultés d’apprentissage ou possédant un faible niveau d’éducation, les personnes atteintes d’un handicap sensoriel, les personnes âgées ou issues de l’immigration, peuvent toutes profiter de la «langue facile à lire».
Une étude réalisée en 2007 par le BASS (bureau d'études de politique du travail et de politique sociale) révélait que près d’un million de personnes en Suisse présentaient des difficultés de lecture. Environ un tiers de ces personnes n’avait complété que la moitié de la scolarité obligatoire, tandis qu’environ 60% indiquait l’allemand comme langue maternelle.
Selon ces données, environ 20% de la population suisse éprouverait des difficultés à lire des textes standard. La question se pose donc à savoir si les autorités, les entreprises ou les prestataires de services publics pourraient profiter de la «langue facile à lire». De nombreuses communications, de notices d’utilisation ou de notices de médicament sont rédigées dans une langue parfois difficile à comprendre, même pour une personne pouvant maîtriser la lecture de textes complexes. Il en résulte de nombreuses questions et incompréhensions, ce qui finalement entraîne des efforts supplémentaires pour y répondre.
Comment la langue «facile à lire» a-t-elle vu le jour ?
C’est au cours des années 1970 que le mouvement «People First» a vu le jour aux Etats-Unis. Un groupe de personnes en situation de handicap cognitif se donnait comme mission d’éliminer les désavantages sociaux auxquels celles-ci étaient confrontées.
En Europe, c’est en Allemagne, au cours des années 1990, que les premiers bureaux de «langue facile à lire» ont vu le jour. Comme deux décennies auparavant aux Etats-Unis, ce mouvement a été initié par un groupe de personnes présentant des troubles cognitifs, voulant s’approprier leur droit à l’autodétermination.
En Suisse, les premiers bureaux pour la langue facile à lire (Leichte Sprache) ont été mis sur pied en 2014. Un bureau à Zurich (ProInfirmis) ainsi qu’un bureau à Bâle (Büro für Leichte Sprache des Wohnwerks) offrent désormais leurs services.
Comment fonctionne la «langue facile à lire»?
Traduire un «texte en langue facile à lire» n’est pas un exercice… facile. Cela requiert, de la part des traducteurs et traductrices, une grande part de compétence et de créativité, ainsi qu’une formation adéquate dans ce domaine. Des règles ont été établies, ce à quoi des personnes présentant des troubles cognitifs ont également participé.
Ces règles définissent entre autres l’utilisation correcte des mots. Elles déterminent également la façon dont les chiffres et les signes doivent être utilisés, et dont les phrases doivent être construites.
La présentation des textes occupe aussi une grande importance. Lorsqu’il s’agit de la lisibilité d’un texte, la taille des caractères ainsi que la distance entre les lignes sont déterminantes. En outre, l’utilisation d’images peut aussi contribuer à améliorer la compréhension d’un texte.
Avant qu’un texte rédigé en langue facile à lire puisse être publié, il doit avoir été vérifié par un groupe d’examinateurs qui en évaluera la compréhension. Ce groupe est constitué de personnes présentant des troubles cognitifs, en mesure d’évaluer si un texte est «facile à lire».
Texte: Martin Häne, Bureau Leichte Sprache Basel – 06/2015
Traduction: MyH – 06/2015
Photos: Bureau Leichte Sprache Basel