Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06876.jsonl.gz/1363

Auto-portrait d'Aimé Venel - 1980

Peintre français, né en 1950 à Jérada (Maroc), Aimé Venel est autodidacte.
Après avoir rencontré Pierre-Yves Trémois en 1972, Aimé Venel travailla dans l'atelier d'Edouard Mac Avoy de 1974 à 1978. « Mon maître lui-même, Edouard Mac Avoy, avait eu la chance d'apprendre et de travailler avec Bonnard, Vuillard, Braque... »
Edouard Mac Avoy, né en 1905, passa son enfance à Lausanne, au rez-de-chaussée d'une grande villa où, au premier étage, Igor Stravinski jouait du piano du matin au soir... Le maître qui sut si bien se servir de ses yeux et qui fit les portraits de Jean Cocteau, François Mauriac, André Gide, Henry de Montherlant, Eugène Ionesco pour ne citer que ceux-là, transmit à son disciple le vrai métier et l'amour de l'art de la mise, en page.
Plus d'une vingtaine d'expositions à Paris et dans d'autres villes de France, en Suisse, en Belgique et au Grand Duché de Luxembourg révèlent au public Aimé Venel, cet élu privilégié d'une aptitude singulière à l'expression.
Ciresica Rossé « Journal de l'Emploi», juin 1988
|Oeuvres d'Aimé Venel en vente sur notre site

La Parisienne - Huile sur toile - 1986
JE VEUX ÊTRE UN PROFESSIONNEL
Aimé Venel - Paris, 2 septembre 1982
Il me semble que j'ai toujours dessiné. Mais cela n'est pas le cas, bien entendu.
A quatre ans, je traçais des lignes sur le papier, avec différentes couleurs, celles que l'on m'avait offertes. Si le contenu de la boite était d'une certaine gamme, J'utilisais cette gamme. A huit ans, j'arrïvais à représenter des personnages que je copiais sur des livres ou sur des revues. Comme le résultat final était quelque peu convenable, et que cela faisait la joie de ma mère qui les montrait à ses voisines, cela m'encouragea.
Mais, sans aucune notion, ni base, les barrières techniques arrivèrent à une vitesse effroyable (...) Je décidais de les résoudre avec des "trucs", comme le calque sur des photographies, ou encore à l'aide des corrections de mon frère. Ou pire, à l'aide de quantités de justifications qui expliquaient combien grande était ma création et la nouveauté de mes dessins.
Bien vite, je soulevais le sarcasme des quelques contemporains qui daignaient jeter un oeil sur mes "oeuvres".
Moi, je ne voyais pas.
Je me suis enfoncé de cette manière jusqu'à l'âge de dix-huit ans, âge auquel je daignais pour la première fois prendre des cours, cours par correspondance.
J'avais tout de même enfin réalisé què je devais apprendre. Le pas était franchis. Mon niveau de conscience avait grandi.
Mais voilà, les cours étaient certainement très bien fait, mais je ne savais pas étudier: j'allais à la cinquantième ou soixantième page, car je considérais que les premières étaient pour débutants.
Je venais de commettre une erreur fondamentale ! Dans une maison, les fondations et les murs, ainsi que la charpente et le toit sont beaucoup plus importants que les décorations les vitres, ou bien encore la "couleur du robinet de la seconde bains".
Sans fondement, le détail s'avère être un handicap. Et pourtant la complémentarité des détails exprime la richesse de l'oeuvre. Il y avait là des données à aligner. Et dans quel ordre ? Oui dans quel ordre ?
Dans l'ordre tout simplement. Il fallait le retrouver, car des confusions que j'avais accumulées étaient autant de barrières. Là-dessus, s'ajoutaient les bons conseils et opinions de mes "amis".
La création ne peut être codifiée ! On naît Artiste, ou jamais. Nous sommes tous des Artistes, il suffit de ne pas être influencé et d'être libre !
Le retard culturel sanctionne les Artistes : tu ne sera reconnu qu'après ta mort ! Cela relèguait l'Art à un plan inférieur, faisant oublier la Renaissance et la Florissance de certaines cité d'Autrefois, où l'Art avait sa juste place au sommet, créant les Civilisations futures.
Je travaillais des années durant, ouvrant d'innombrables portes sur lesquelles débouchaient quelquefois des escaliers, plus souvent des précipices.
Ma tenacité me sauva. En 1974, un ami me fait rencontrer Pierre-Yves Trémois, Maître incontesté du Dessin et de la Gravure que j'admire et copie alors. Il nous reçoit et c'est lui qui m'envoie de l'admiration. C'est un Maître. Mon corps est assis sur un fauteuil. Je ne suis plus là, je n'écoute plus. Je suis ébloui. Nous dessinerons ensemble, me promet-il. Je sais que dans mon univers cela est impossible. Je ne le mérite pas et cela ne se fera pas : je réalise dès lors que tout reste à faire.
Je me relance d'arrache-pied dans le travail ; et toujours sans base. Je suis finalement un jour récompensé. Ma rencontre avec le Maître Portraitiste Edouard MAC'AVOY sera le tournant de ma carrière de Peintre.
"Pour quelqu'un qui s'est hissé jusque là à la force du poignet, je veux bien donner quelques cours... !".
Après avoir décroché ma première exposition personnelle, je franchis la porte de son atelier, crayon en poche et mon carton à dessin sous le bras. Je ne sais en fait même pas tenir un crayon correctement. Tel un écolier, j'apprends. Ses conseils sont précieux.
Je travaille mon dessin pendant des heures. Une seule de ses corrections à l'aide d'un doigt entâché de peinture qu'il laisse glisser sur mon dessin posé à terre, le fait exploser !
Je ne dessinerai dès lors plus jamais comme avant.
Le goût du dessin et du métier est réhabilité.
Je veux être un professionnel.
Aimé VENEL