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Corps étranger parmi des feux de signalisation et des poteaux d'éclairage, le Höchhus de Küsnacht s'élève au bord de la route du lac. Cet entourage peu congruent est le tribut versé pour la conservation d'un monument moyenâgeux dont la démolition avait été arrêtée en 1967, mais qui put être sauvé à la dernière minute. Les annexes tardives qui le déparaient ont été enlevées en 1972/73 et des travaux de restauration ont redonné à cet édifice l'aspect qu'il avait vers 1600. Seul est resté de la construction primitive un soubassement de deux étages aux pierres angulaires soigneusement travaillées. Dressé sur un plan carré de 8,7 mètres de côté, ce socle est flanqué au sud par un bâtiment rectangulaire d'environ sept mètres sur onze; ses murs ont à peu près un mètre d'épaisseur. Ces dimensions correspondent à celles de nombreuses tours d'habitation, telles celles qu'on trouve dans les villages de Langnau, Maur et Wiesendangen ou à Zurich même. Le monument de Küsnacht se distingue toutefois de ces tours et d'autres ouvrages de son époque dans un point essentiel: il représente un compromis entre la simple tour d'habitation isolée et le corps de logis fortifié qui venait de faire son apparition. De sorte qu'on pourrait parler, nous semble-t-il, du sapement de la conception du château fort.
Le manque de fossés et de murs d'enceinte et l'épaisseur réduite des murs portent à croire que cet ouvrage n'a jamais eu un caractère défensif. Extérieurement, il a certes encore tout de la tour d'habitation et du corps de logis, mais on donna à ces constructions de nouvelles fonctions: la tour servit de bâtiment d'habitation et d'administration, le corps de logis, de forme rectangulaire, fut affecté en magasin. Du côté nord-ouest, de larges portes donnent accès au rez-de-chaussée et au premier étage de cet entrepôt, des locaux très clairs grâce à des fenêtres relativement larges, marquées par des linteaux terminés en pointe et des ébrasures taillées avec soin. Dés le début, la tour et le magasin ne formèrent qu'un corps.
Quels furent les promoteurs et le but d'un tel ouvrage? Cette question nous reporte aux baillis impériaux installés sur la rive droite du lac. Au XIIIe siècle, les fonctions baillivales étaient exercées par les seigneurs de Regensberg, dont un château, celui de Wulp se dressait au haut du ravin de Küsnacht. Selon les fouilles les plus récentes, rien ne prouve que cet ouvrage ait été démantelé pendant la petite guerre dite «de Regensberg» (1267/68). Il semble plutôt qu'il se soit délabré peu à peu, ses propriétaires n'ayant pas eu les moyens de l'entretenir. La pénurie d'argent notoire dont souffrirent les Regensberg pendant la seconde moitié du XIIIe siècle ne leur permit certainement pas de songer à la construction d'une nouvelle demeure à Küsnacht.
Ainsi, seule pourrait éventuellement être prise en considération la riche famille zurichoise Mülner, une famille de chevaliers. On sait que vers 1300, Götz Mülner exerçait les fonctions de prévôt à Küsnacht et de bailli impérial dans la région de la rive droite inférieure du lac de Zurich. Sa famille possédait une tour d'habitation en ville et le nouveau château de Küsnacht servit sans doute de résidence au bailli et de magasin pour les redevances en nature dont devaient s'acquitter ses sujets. Les Mülner eurent à leur service différents fonctionnaires, ce qui parle pour l'importance des propriétés et les richesses de cette lignée. On sait aussi qu'ils étaient tenus en grande estime par les ducs d'Autriche. Et pourtant, ils furent contraints, pendant la seconde moitié du XIVe siècle, de vendre certains de leurs biens. C'est en 1384 qu'ils aliénèrent à Zurich les bailliages de Goldbach et de Küsnacht. Le Conseil de Zurich nomma un bailli général, qui toutefois exerça ses fonctions depuis la ville. L'ouvrage de Küsnacht, dont la tour était probablement surmontée d'un étage en bois surpassant le magasin, perdit ainsi sa signification initiale. II passa après un certain temps aux mains de particuliers.
La maison fut transformée et agrandie au XVIe siècle. Côté lac, on ajouta une annexe; son étage inférieur sert aujourd'hui de passage aux piétons. La tour, l'ancien magasin et l'annexe furent dotés d'une superstructure unique et coiffés d'un toit en croupe. Une partie de la cloison a été reconstruite selon le modèle initial à l'angle sud-ouest du bâtiment actuel.
C'est de 1700 environ que datent les premiers textes faisant allusion à la «Haute Maison» («Hoches Haus»), qui doit son nom à la tour ou au haut bâtiment dominant les fermes des environs. A certains moments, sept familles occupèrent le Höchhus, où la propriété d'étage était une vieille tradition. Les habitants de la «HauteMaison» furent presque tous des artisans, ce qui prouve une fois de plus que cet édifice a principalement servi de bâtiment administratif et qu'aucune propriété foncière ne lui fut jamais rattachée.
Aujourd'hui, le Höchhus abrite la bibliothèque communale, un cabinet de lecture et différentes salles d'exposition, de même qu'un logement. II représente en quelque sorte un pôle de repos dans un milieu d'intense fébrilité.
Bibliographie