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L'école médiévale ne se soucie guère du corps de l'enfant; elle éduque l'âme des élèves et proscrit toute activité susceptible de distraire ces derniers. Les jésuites sont les premiers à comprendre la nécessité de ménager la santé des écoliers; au collège Saint-Michel de Fribourg, fondé en 1582, ceux-ci jouent aux quilles, à la longue boule, au jeu de paume ou au palet. Le XVIIIe s. propose une autre vision de la société et de l'être humain. Dans Emile, Rousseau fait participer le corps à la formation de l'intelligence et à l'éducation. Cette conception et celle du mouvement "philanthropin" qui en est issu prennent forme dans des instituts privés comme celui de Marschlins dans les Grisons, qui intègre des mesures d'hygiène, des travaux manuels, la vie en plein air et les exercices physiques. Pestalozzi, son collaborateur Johannes Niederer et Philipp Emanuel von Fellenberg reprennent à leur compte la formation physique dans leurs établissements.
Au XIXe s., la gymnastique entre à l'école publique. Après le projet de la République helvétique, resté sans lendemain, d'introduire à tous les degrés de la scolarité les exercices du corps, plusieurs villes et cantons inscrivent ceux-ci au programme de leurs écoles. C'est le cas notamment de Morat en 1833, de Winterthour en 1834 et de Zurich en 1843. Dans l'ensemble de la Suisse, l'enseignement de la gymnastique ne se réalise qu'avec la loi sur l'organisation militaire de 1874. Un des buts de ce texte centralisateur est de préparer tous les élèves au service militaire, comme l'étaient les cadets des écoles secondaires. La Confédération impose aux cantons de dispenser des cours de gymnastique aux garçons, de l'âge de 10 ans à leur sortie de l'école. La finalité militaire de la discipline transparaît dans les manuels fédéraux publiés en 1876 et en 1898. L'éducation physique des filles, d'abord dispensée aux demoiselles des pensionnats, est prônée par les pionniers de la branche (Phokion Heinrich Clias dès les années 1830). Elle s'introduit peu à peu à l'école publique, où elle doit former de futures mères en bonne santé, mais ne bénéficie pas des subventions officielles réservées aux garçons. Dans l'école post-obligatoire, les gymnasiens suivent des cours longtemps avant les apprentis. La Confédération exige depuis 1972 que tout élève de l'école publique et tout apprenti ait trois heures hebdomadaires de sport. La même année, l'organisation Jeunesse + Sport a remplacé l'instruction militaire préparatoire.
L'éducation physique du début du XXe s. est marquée par la lutte entre tenants de la gymnastique traditionnelle ou allemande, défenseurs de la gymnastique suédoise et promoteurs du courant sportif. La première, illustrée par Adolf Spiess, comporte avant tout des exercices d'ordre et des exercices libres. Les gymnastes lui reprochent le manque de considération accordée aux jeux ou lui préfèrent une approche plus hygiénique. L'influence des médecins confère aux exercices physiques une importance sanitaire, anatomique et physiologique, celle des pédagogues leur donne une dimension éducative. Ces derniers préconisent des pratiques variées: les exercices d'ordre (marche en diverses formations) et la gymnastique aux engins côtoient des jeux comme le football, les jeux nationaux (lancer et lever de la pierre, lutte) jouxtent les exercices respiratoires. Peu à peu cependant, le sport, combattu par les traditionalistes, devient la pratique de référence. Porteur de valeurs différentes de celles véhiculées par la gymnastique, il pénètre la société par l'intermédiaire des sociétés et des clubs, dont le nombre augmente rapidement. Il s'introduit à l'école dans les années 1960, devient pratique privilégiée voire unique. Depuis les années 1990, cette hégémonie est battue en brèche par d'autres approches, telles que la psychocinétique, par les activités d'expression (danse, eutonie) ou plus récemment par les pratiques de la "génération fun".
Bibliographie
– L. Burgener, La Confédération suisse et l'éducation physique de la jeunesse, 2 vol., 1952
– J. Ulmann, De la gymnastique aux sports modernes, 1965 (31997)
– F. Pieth, Sport in der Schweiz, 1979
– G. Heller, "Tiens-toi droit!", 1988, 208-224
– G. Andrieu, L'éducation physique au XXe s., 1990
Auteur(e): Jean-Claude Bussard