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Interview d’Anne-Katrin Weber, chercheuse à l’UNIL.
Chercheuse à l’UNIL, Anne-Katrin Weber travaille sur la création et le fonctionnement de ces lieux collectifs de visionnement de la télévision, dans le passé comme aujourd’hui. Elle évoque ici les expériences nazies, hollywoodiennes et suisses lors du dernier Eurofoot.
A quelle occasion voit-on apparaître des salles de télévision?
Parmi les premières salles dont on fait mention, on trouve celles mises en place à Berlin par les nazis, dès 1935. Y sont retransmis en direct par exemple les Jeux olympiques de 1936. Le parti a très vite compris comment on pouvait utiliser les avancées technologiques à des fins de propagande et, entre autres, pour toucher un plus large public, les nazis ont choisi l’option des salles collectives. Ces expériences, même si elles sont souvent citées dans la littérature, n’ont toutefois pas été développées à large échelle: il n’existait que quelques lieux de ce type, et que dans la capitale, contrairement aux Etats- Unis, où un réseau de salles s’est mis en place dès la fin des années 1940.
Dans quel contexte l’Amérique s’y est-elle mise?
Les salles de TV ont été installées pour lutter contre… la concurrence de la TV chez soi – en 1953, 21 millions de postes sont en service aux Etats-Unis. En effet, dans les années 1940-50, Hollywood traverse une crise économique assez grave: les spectateurs vont beaucoup moins au cinéma, ils restent chez eux pour regarder leur écran. L’industrie du cinéma réplique par toutes sortes d’innovations technologiques, les films en Cinémascope et en 3D par exemple. Les propriétaires de salles de télévision tentent de trouver un public en projetant sur leurs grands écrans des événements, notamment sportifs (la boxe a connu un vrai succès) ou artistiques (avec des spectacles de music-hall) transmis en direct.
Et en Suisse?
La Suisse n’a pas, à proprement parler, connu de salles de télévision, mais il y a eu néanmoins des visionnements collectifs. Dès les premières expériences, au début des années 1950, la Municipalité de Lausanne a par exemple installé des téléviseurs publics à la place Saint-François et aux Galeries du Commerce, téléviseurs que les habitants pouvaient venir regarder librement. Ensuite, les gens allaient également regarder la télé dans les restaurants et bars, étant donné qu’un poste de TV coûtait toujours trop cher pour la plupart des Suisses. Aujourd’hui, on retrouve cette pratique collective surtout pendant les grands événements sportifs comme l’été dernier, durant l’Eurofoot.
Propos recueillis par Sonia Arnal