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1 A la cour de Prusse
A la cour de Prusse il découvre les nouveautés architecturales du château de Sans-Souci avec ces longues colonnades et sa double circulation, ce qui l’inspirera certainement pour la construction de la maison de Montmorency et du château de Champ-Pittet.
2 Gouverneur de Trois-Rivières
En tant que gouverneur de Trois-Rivières, il réactive les forges de Saint-Maurice. Celles-ci, fondées en 1730, sont situées à proximité de Trois-Rivières, une ville ainsi nommée en raison de sa situation à la confluence des rivières Saint-Maurice, Saint-Michel et Saint-Laurent. En 1784, on trouve dans la gazette de Québec un article vantant les mérites des socs, manivelles, casseroles, poêles à bois, chaudrons pour fabriquer le sucre et autres objets utiles qui y sont coulés… Ces objets ont été fabriqués d’abord en fondant le matériel de guerre puis en exploitant les mines de la région.
3 En Floride orientale et occidentale
L’architecte Elias Durnford veut améliorer la maison du général Haldimand à Pensacola. Il dessine en 1770 des plans qui ajoutent un troisième étage et une ornementation néoclassique à la façade Nord de la maison traditionnelle. Ces plans sont envoyés en Angleterre mais ne seront pas réalisés.
Haldimand construira néanmoins le fort George et d’autres installations militaires, améliorera la route entre Mobile et Pensacola et commandera le matériel pour les baraquements de San Agustin. On le décrit comme un homme méthodique et organisé.
La vie est chère en Floride, et la population peu travailleuse à ses yeux. Les soldats doivent s'endetter pour se fournir le nécessaire. Haldimand entretient des contacts diplomatiques avec les différentes tribus indiennes, notamment les Choctaw, qui échangent du gibier et des dindons contre d'autres provisions. Il tente de pacifier les conflits entre les tribus et les colons notamment sur les questions foncières. Il soutient les marchands français dans leurs différends avec les anglais.
Durant ses loisirs, il troque des graines contre des plants de magnolia, notamment avec l'amiral Parry de Jamaïque. On retrouve aujourd’hui encore de beaux magnolias sur une grand-place de Pensacola qui a été aménagée du temps d’Haldimand.
4 De grands travaux à Québec
Le général Haldimand a à son actif de nombreux bâtiments ou fortifications militaires construits ou rénovés à Québec durant son mandat.
Le 5 mai 1784, il pose la première pierre du château St-Louis à Québec, nommé château Haldimand en son honneur. Il sera recouvert par l’emblématique château de Frontenac à la fin du 19ème siècle.
Le gouverneur général renforçe les défenses de son immense province, en particulier sur la rivière Richelieu et dans la région des Grands Lacs. En 1779, il doit faire face aux attaques américaines et réplique par une expédition appelée le brûlement des vallées dans le nord de l'État de New York. En parallèle, le gouverneur général mène de 1779 à 1783 des négociations avec l'État alors indépendant du Vermont afin de l'amener à rester britannique. En vain, car ce dernier finira par rejoindre les Etats-Unis.
En 1779, il fait construire le canal de Coteau-du-lac pour améliorer la navigation sur le Saint-Laurent.
Aimant séjourner au bord de l’eau, il achète aux abords de la chute de la Montmorency, une chute qui dépasse de 30 mètres celle de Niagara, une petite maison qu’il transforme selon ses goûts. On trouve aujourd’hui dans l’immense manoir à but touristique qui a remplacé sa maison la maquette de la résidence d’été d’Haldimand.
La baronne de Riedesel ayant suggéré à Frédéric Haldimand d’ajouter des belvédères pour surplomber cette chute imposante, le gouverneur général s’exécute rapidement. Ceux-ci, situés à quelques encablures de la ville de Québec, font aujourd’hui encore le bonheur des touristes.
La bow window de l’aile orientale qui offre un dégagement splendide sur le panorama se retrouvera dans la rotonde de Champ-Pittet, cette fois pour offrir une magnifique vue sur le lac de Neuchâtel.
5 A New York en tant que chef des armées
Durant les deux années passées à New York comme chef des armées d’Amérique du Nord, Haldimand loge dans une maison qu’occupera en 1776 Georges Washington, premier président des Etats-Unis, la Richmond Hill Mansion.
6 A Yverdon pour sa retraite
Après avoir remis son mandat de gouverneur général du Québec, il revient en Europe et passe ses dernières années entre Londres et Yverdon. Il est à l’aise financièrement et fait construire un immeuble à la rue du Lac 4, en face du temple, sur lequel on peut encore admirer le porche d’entrée et les encorbellements sous le balcon.
Il réside quelque temps à la villa d’Entremonts chez son cousin le chevalier David de Treytorrens.
L’architecture du manoir de Champ-Pittet intègre clairement des éléments d’inspiration anglaise comme les fenêtres à guillotine de la demi-rotonde, uniques, qui permettent de jouir du vaste panorama lacustre depuis le salon ovale. Les éléments de style néo-palladien qui connaîtront une grande popularité en Amérique du Nord y sont aussi nombreux. On notera surtout la fenêtre serlienne à double arc de pierre de la façade Est, le balcon à balustres classiques de l’attique au Nord, ainsi que les frontons, les colonnes et les avant-corps latéraux de la façade Ouest.
Le plan de Champ-Pittet intègre aussi l’innovation d’une double circulation, l’une destinée aux maîtres, se présentant typiquement sous la forme de belles pièces en enfilade donnant sur le parc, l’autre étant destinée aux serviteurs à l’arrière du bâtiment.
1 François Louis Frédéric Haldimand
François Louis Frédéric Haldimand, né le 11 août 1718, est le fils de François-Louis, juge de paix et de Marie-Madeleine de Treytorrens. Sa famille paternelle, de religion protestante provient de Thun et a séjourné à Neuchâtel, ville placée sous protection prussienne dès 1707. Petit-fils de Honnête Gaspard Haldimand, il est prédisposé à disposer des qualités de « l’honnête homme » de cette époque.
2 Cultivateur d’indigo
En Floride, il est stationné à Pensacola en Floride occidentale. Cependant, suivant l’ordre de ces supérieurs, il déménage avec la troupe de Pensacola à San Agustin en Floride orientale durant une année. Là il acquiert une ferme nommée « Mon Plaisir » où il fait cultiver de l'indigo.
Aujourd’hui dans le fort Marcos à San Agustin, on trouve Frédéric Haldimand dans l’exposition qui explique l’histoire des lieux.
Il rencontre à Pensacola Miss Fairchild, devenue veuve, qui l’accompagnera pour le restant de sa vie.
Lorsque des troubles éclatent en Louisiane en 1768, car les français n’acceptent pas la houlette espagnole et l’interdiction de commerce avec la France, Frédéric Haldimand va faire une reconnaissance à la Nouvelle-Orléans en prétextant acheter un esclave. Il achète un « esclave » noir qui s’échappe, mais qui lui est rendu avec les fers…
3 Au Sud de la Gaspésie
La seigneurie de Grand-Pabos au bord de la baie des Chaleurs est achetée par Frédéric Haldimand le 4 juillet 1765 pour son neveu Pierre, sept ans après l'attaque très violente des habitants par le général anglais Wolfe. Mais ce dernier ne rencontrera pas le succès escompté dans l’exploitation de cette terre.
Les pêcheurs séchaient dans la baie de Pabos les poissons pêchés en mer avant de les ramener au pays, souvent en Europe. On fondait semble-t-il aussi la graisse de baleine avec le bois des forêts, qui sont pléthore sur ces sols peu fertiles !
4 A Sorel avec les Riedesel
C’est dans l’intention de venir en aide aux expatriés loyalistes que le gouverneur Frédéric Haldimand achète au nom de la couronne britannique la seigneurie de Sorel en date du 13 novembre 1781. Il y fit ériger des casernes et une maison. Cette dernière, la maison des gouverneurs est située au bord de la rivière Richelieu, sur le chemin des Patriotes. C’est en décembre 1781 qu’y fut illuminé pour la première fois dans toute l’Amérique du Nord un sapin de Noël grâce aux premiers habitants de la maison qui sont le baron et la baronne de Riedesel, des allemands. La baronne, une femme charmante et courageuse, connue pour soigner les soldats sur les champs de bataille tout en s’occupant de ses enfants, a écrit une chronique des guerres en Amérique du Nord de 1776 à 1783. Elle faisait aussi de délicieuses conserves de concombres au vinaigre, très appréciées par Frédéric Haldimand.
Actuellement la maison abrite une exposition très intéressante sur l'histoire du Québec issue de la collection de Denis Saint-Martin.
5 A Québec
En 1783, quand la baronne de Riedesel doit s’embarquer avec sa famille pour rentrer en Europe, Frédéric Haldimand s’occupe lui-même d’affrêter le bateau qui va faire la traversée. Une vache est embarquée à bord pour fournir du lait et des graines de salade sont semées dans des couches pour approvisionner les passagers en légumes frais. Le général, qui avait une véritable amitié avec le couple de Riedesel, offre à la baronne en guise de cadeau de départ un manchon et une écharpe de zibeline, en mémoire du pays où ils ont résidé si longtemps. Puis il se retire, très affecté par son départ, dans les jardins du château où il cultivait des légumes et des pommes afin d’améliorer l’alimentation quotidienne.
Mais il lui reste un ami, Adam Mabane le docteur, membre du conseil législatif, qui comme le gouverneur, travaille pour le bien commun plutôt que pour les intérêts du parti… et qui logiquement a les mêmes ennemis que lui !
S’il avait eu une femme comme la baronne de Riedesel – commente la chroniqueuse canadienne Jean N. McIlwraith qui a signé en 1904 un ouvrage remarquable sur l’histoire de Frédéric Haldimand – il aurait probablement été un homme plus heureux, aux lèvres moins serrées… peut-être aussi un dirigeant plus populaire.
6 A Londres
La reine Charlotte, née duchesse Sophie Charlotte de Mecklenbourg-Strelitz est née en 1744 et morte en 1818. Elle a eu 15 enfants du roi d’Angleterre Georges III. Elle est la grand-mère de la reine Victoria. Protectrice des arts, elle est connue de Bach et de Mozart et partage avec Haldimand la passion de la botanique . Elle oeuvrera à la fondation du jardin botanique de Kew Garden. Les fleurs dites « oiseaux du paradis » sont nommés Strelitzia en son honneur.
A Londres, Frédéric Haldimand possède une maison où il reçoit ses invités. Il fait partie de l’American Club, une amicale d’anciens officiers d’ « Amérique ». Son neveu Antoine, banquier, s’occupe de ses affaires financières.
7 A Champ-Pittet
Au lieu-dit Champ-Pittet il construit un château et grande une ferme à côté de la fermette existante occupée par le fermier Kuenzi. Il aménage aussi un grand jardin potager et un verger dans la partie supérieure du domaine.
Il souhaitait inviter la reine Charlotte d'Angleterre à naviguer avec lui sur le lac de Neuchâtel. En 1790, il écrit dans son cahier intime: « 22 avril. La reine me dit qu’elle souhaiterait fort de voir la Suisse, qu’elle préfèrerait à l’Italie ».
Cet homme qui a joué un rôle crucial à un moment charnière de l’histoire du Canada, meurt malheureusement en 1791, emporté juste avant de pouvoir inaugurer le château qu'il construisait à Champ-Pittet, et sans pouvoir réaliser son rêve d’y accueillir la reine d’Angleterre.
1 1735-1747 - Cadet en Sardaigne et officier en Prusse
Adolescent, Frédéric Haldimand part avec Henri Bouquet, né en 1719, servir le roi de Sardaigne comme cadet de l’armée. Il devient officier à 21 ans.
Puis il s’engage comme officier dans l’armée du roi Frédéric II de Prusse, le despote éclairé qui a échangé 800 lettres avec Voltaire. Frédéric II déclenche en 1740 la guerre de succession d’Autriche en envahissant la Silésie. Les puissants contestaient le fait que Marie-Thérèse d’Autriche – une femme – puisse prendre la succession de son père Charles VI, empereur romain germanique. Cette guerre fait des centaines de milliers de morts en Europe.
Frédéric Haldimand servira vraisemblablement de 1740 à 1748, année du traité de paix d’Aix-la-Chapelle, dans l’armée du roi de Prusse, apprenant l’art de la guerre avec des stratégies habiles et un équipement performant.
Bouquet et Haldimand sont ensuite recrutés par les régiments des gardes suisses de l’armée des Pays-Bas.
Jusqu’à la fin, Frédéric Haldimand gardera de l’intérêt pour le roi de Prusse : En témoigne son journal intime du 7 février 1786. « Promené à cheval, venu chez moi où j’ai passé la soirée. J’ai lu avec plaisir la dernière campagne du Roi de Prusse. »
2 1755 - Le « Royal American » de l’armée anglaise
La guerre de sept ans est la première « guerre mondiale » et occasionne un rééquilibrage important des puissances européennes. En Amérique du Nord et en Inde, l’Empire britannique sort vainqueur. Il fait presque entièrement disparaître le premier espace colonial français. En Europe, c’est la Prusse qui s'affirme au sein de de l'espace germanique sur les Autrichiens.
Haldimand et Bouquet s’engagent vers 1755 pour le Royal American, régiment d’infanterie de l’armée anglaise. Celui-ci devait notamment recruter des colons allemands établis en Amérique pour gagner la guerre de 7 ans (1756-1763), dont les prémisses avaient déjà éclaté avant 1756 en Amérique du Nord. Henry Bouquet commandera le 1er bataillon et Frédéric Haldimand le 2ème bataillon du 60ème régiment, dit le Royal American…
3 1758 - Blessé à Carillon
Haldimand est blessé à la bataille de 1758 pour le fort de Carillon. Ce fort est rebaptisé Ticonderonga une année plus tard quand il est pris par les anglais, ce qui signifie en langue indienne la « place entre les deux grandes eaux »… un passage important entre New York et Montréal, entre les rivières Hudson et Richelieu, à l’époque où les voies de navigation étaient plus rapides que les voies terrestres.
4 1759 - Fort Niagara
Le Fort Niagara est situé en contrebas des célèbres chutes, au bord du lac Ontario. En 1759, quand le fort est repris aux français par les anglais, Haldimand aurait dû diriger les opérations en remplacement du commandant Prideaux qui est tué durant la bataille. Mais William Johnson, agent des affaires indiennes, l’a devancé. Il retourne donc à Fort Oswego. Le fort Niagara servira ensuite de base pour maintenir les frontières du Canada en luttant contre les invasions américaines.
Même si les officiers sont mieux nourris et mieux chauffés que le reste de la troupe, les conditions de vie restent rudes. L’hiver est long et il gèle à pierre fendre…
5 1760 - Montréal pris par les Anglais
Le général Amherst prend Montréal aux français le 8 septembre 1760. Haldimand, en tant que francophone, se voit remettre les clés de Montréal et est chargé d’organiser l’embarquement des troupes et des cadres civils et militaires français.
Haldimand est ensuite gouverneur de Trois-Rivières de 1762-1764, bien que son rôle y soit rapidement réduit puisqu'il y a une administration civile pour la province dès 1764.
6 Dès 1765 - Gouverneur de Floride puis chef des armées
Haldimand veut rentrer en Europe par New York lorsque la mort de son ami Bouquet le conduit à reprendre son poste et à être promu comme brigadier général et chef du département du Sud, responsable des affaires militaires en Floride orientale et occidentale. Il y restera de 1765 à 1773.
Préoccupé de la santé de ses troupes, il y draine les marais, oblige les soldats à élever des poulets et à faire du jardinage, met du rhum dans l’eau et fait construire un hôpital.
En 1773, le général Gage appelle Haldimand pour le remplacer comme commandant en chef des armées d’Amérique du Nord, le temps qu’il retourne en Angleterre. Quand il revient, Haldimand garde son poste. Mais suite au conflit civil déclenché par la Tea Party à Boston, il lui est signifié qu’un étranger ne peut pas commander dans un conflit interne. Il rentre donc en Europe en 1775.
1 Haldimand dans le monde
La rue Haldimand à Yverdon, le comté d'Haldimand en Ontario et la plage de Haldimand près de Gaspé sont nommés en son honneur, de même que la rivière Haldimand sur l'île du Prince Edward, la falaise Haldimand sur les Îles de la Madeleine et la baie Haldimand de l'île Mackinac au Michigan. On retrouve Frédéric Haldimand dans les expositions ou animations touristiques à Fort Niagara, à Montmorency, à San Agustin en Floride… dans les archives grâce aux 2000 Haldimand Papers à Ottawa, à Londres et à Pensacola, mais très peu à Yverdon…
William Haldimand, le fils de son neveu, a été directeur de la banque d’Angleterre et a donné son nom à une rue de Lausanne.
2 Gouverneur général de Québec
Frédéric Haldimand est nommé gouverneur général de la province de Québec, qui incluait alors une grande partie de l'Ontario et une partie des États-Unis. Ce territoire est à l’origine du Canada que l’on connaît aujourd’hui.
Haldimand prend ses fonctions à Québec en juin 1778. Il avait essayé d’embarquer à Plymouth en automne 1777 mais les vents étaient contraires. Ensuite le long hiver avait empêché la navigation…
Il agit en cette fonction pendant la révolution américaine jusqu’en 1783, année du traité de Paris reconnaissant l’indépendance des Etats-Unis.
Comme celui de son prédécesseur, son gouvernement a une tendance autoritaire et il fait arrêter plusieurs personnes. Haldimand craint, en particulier, que la sympathie de ces personnalités pour la révolution américaine ne les pousse à agir en faveur d'une conquête américaine du Canada. Mais il est moins cruel que l’évêque qui voulait plutôt faire exécuter les prisonniers… De culture suisse, il s'engage pour la paix des langues et des religions, comme le veut d’ailleurs l’Acte de Québec de 1774. En fondant la première bibliothèque publique à Québec, il oeuvre aussi pour la diffusion de la connaissance.
En 1782, le nouveau Secrétaire aux colonies lord Shelburne informe Haldimand de son intention de le remplacer par Sir Guy Carleton, l'ancien gouverneur. D'abord tenté de démissionner immédiatement, Haldimand accepte de rester en poste jusqu’en 1784.
3 Chevalier de l’Ordre du Bain
De retour à Londres, il est nommé chevalier de l'Ordre du Bain, suprême honneur. Sa plaque est posée en 1788 sous une stalle de la chapelle Henry VII à l'abbaye de Westminster. Frédéric Haldimand écrit dans son journal intime : « Sir Pocock me dit que je devais être parfaitement satisfait qu’ayant obtenu le ruban, marque aussi essentielle de la satisfaction du Roy, et obtenait la paye de lieutenant général, je serais plus heureux que si j’avais continué dans le gouvernement et que comme étranger et n’ayant point d’appui par là en Angleterre, je me verrais toujours exposé à la cabale. »
4 Les territoires indiens
À cette époque, les Britanniques négocient avec les Américains pour mettre fin à la Guerre d'indépendance. Cependant, les termes du Traité de Paris de 1783 négligent complètement les Amérindiens qui ont soutenu la Grande-Bretagne, ne leur accordant ni territoire ni protection.
Haldimand, qui a tout fait pour maintenir de bonnes relations avec les autochtones est donc placé dans une situation délicate. Il tente de convaincre, et y réussit en partie, le ministre lord North d'accorder des territoires aux Mohawks et aux autres nations indiennes dans l'Ontario actuel. Mais les peuples indiens perdront encore de nombreux territoires par la suite. Joseph Brant, chef des Mohawaks, avec qui Frédéric Haldimand dînait souvent à Québec l’a accompagné à Londres pour plaider la cause des autochtones, appelés Sauvages par les européens.
Extrait du journal intime de Frédéric Haldimand, Londres, vendredi 20 janvier 1786 : « Butler me dit que Joseph [Brant] se proposait d’aller à Paris avant que de retourner en Amérique. Si la chose avait lieu, il y a bien de l’apparence qu’il sera plus cordialement accueilli qu’il ne l’a été ici. Il est surprenant qu’on soit si peu au fait de l’importance de conserver une bonne intelligence avec les Sauvages, et la nécessité de faire alliance avec eux. »
5 Les loyalistes
A partir de 1778, des loyalistes, c’est-à-dire des Américains restés fidèles à la Couronne britannique demandent à s’établir au Canada. Quelques années plus tard, la guerre qu’ils avaient menée contre ceux qui luttaient pour l’indépendance des Etats-Unis sera définitivement perdue, notamment à cause de l’aide du général Lafayette. Haldimand aide personnellement ces familles de loyalistes à s’installer, essentiellement dans ce qui est devenu l’Ontario. Il s'assure qu'ils aient assez de vivres et de matériel pour subvenir convenablement à leurs besoins. Le Haldimand County gardera la mémoire de ses actions en faveur de ces colons en grande majorité anglophones, venus par dizaines de milliers. Une des nombreuses listes manuscrites conservées dans les « Haldimand Papers », une liste établie à Montréal en 1780, en témoigne.
Haldimand gère aussi les récoltes selon des méthodes d'une prudence toute bernoise, et il met en oeuvre un monopole des blés pour lutter contre la pénurie alimentaire.
6 L’Amérique du Nord en 1783
Le traité de Paris de 1783, complété par le traité de Versailles, met fin à la guerre d’indépendance américaine. Par ce traité, la Grande-Bretagne reconnaît l'indépendance de ses treize colonies et leur accorde le territoire jusqu'au Mississipi. La province de Québec perd la partie sud des Grands Lacs qu'elle avait obtenue par l’Acte de Québec de 1774. Elle est flanquée à l’Est et à l’Ouest de terres qui restent en possession britannique comme la Nouvelle-Ecosse. Les terres sous les Grands Lacs qui ont été promises aux peuples autochtones par de nombreux traités sont données aux Etat-Unis. Les populations indiennes sont sidérées par cette trahison qui les prive d’un immense territoire. Les terres à l’Ouest du Mississippi, dénommées Louisiane et faisant partie de la Nouvelle-Espagne restent attribuées à l’Espagne. En 1800, l’Espagne cède la Louisiane à la France, qui la revend en 1803 à Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis pour financer les campagnes napoléoniennes.