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Röstigraben sur les initiatives agricoles, vélo plébiscité
23.09.2018
Malgré le soutien de quatre cantons romands, les initiatives pour des aliments équitables et pour la souveraineté alimentaire ont été nettement rejetées dans les urnes. L'encouragement des pistes cyclables a en revanche été plébiscité.
L'initiative des Verts a été rejetée dimanche par 61,3% des votants, selon les résultats définitifs. Le rejet de l'inscription dans la Constitution de la souveraineté alimentaire, voulue par Uniterre, est encore plus net: le texte a été balayé par 68,4% des Suisses.
Un fossé relatif est apparu entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Genève, Vaud, Neuchâtel et le Jura ont approuvé les deux textes agricoles. Fribourg les a refusés, mais dans une proportion plus faible que le résultat au niveau suisse. Le rejet est en revanche plus net dans le canton du Valais.
L'inscription du vélo dans la Constitution fédérale a en revanche facilement passé la rampe dimanche, à 73,6%. Tous les cantons ont dit oui. Le scrutin n'a pas attiré les foules: la participation aux votations fédérales n'a atteint que quelque 37%.
"Pas facile à interpréter"
Sur la RTS, la conseillère nationale vaudoise Adèle Thorens (Verts) a reconnu que les résultats étaient "très mauvais" en Suisse alémanique. Son collègue de parti, le conseiller aux Etats genevois Robert Cramer, a également regretté un "Röstigraben clair sur notre rapport à l'alimentation", face à la caméra de Keystone-ATS.
A l'heure de l'analyse, le président de la Confédération Alain Berset a avoué ne pas pouvoir analyser les raisons de cet écart entre Suisse romande et Suisse alémanique. "Ce n'est pas facile à interpréter." Et Alain Berset de noter qu'il y avait aussi une différence de vote, et même plus grande, entre villes et campagne.
L'élu Manfred Bühler a estimé pour sa part que "la population a senti que ces deux textes allaient trop loin, même si les objectifs étaient louables".
"En acceptant l'année dernière l'article constitutionnel sur la sécurité alimentaire, un article déjà plus soft, plus équilibré, plus 'suisse', la population a montré qu'elle voulait aller dans cette direction, mais pas à pas, de manière progressive", a relevé le Bernois. L'argument du coût pour le panier de la ménagère semble avoir joué à plein, a ajouté Manfred Bühler sur la RTS.
Pierre-André Tombez, président de l'Alliance pour la souveraineté alimentaire, n'a pas caché son dépit. "On a assisté à une campagne ahurissante où il est considéré comme normal d'avoir moins de paysans", a-t-il déclaré à Keystone-ATS. Pour lui, les blocages entre agriculteurs et avec les consommateurs sont programmés.
Dit "pour des aliments équitables", le texte des Verts demandait que la Confédération renforce l'offre de denrées alimentaires sûres et de bonne qualité. L'initiative d'Uniterre visait elle à freiner la disparition des exploitations agricoles en centrant la politique sur une agriculture diversifiée, de petite paysannerie et indigène.
Outre une hausse des prix, les opposants avaient craint de possibles mesures de rétorsion commerciales des partenaires étrangers.
Soutien unanime au vélo
Le président de Pro Velo, Matthias Aebischer, s'est dit étonné par l'ampleur du "oui" à l'encouragement des pistes cyclables. Ce résultat laisse sous-entendre que "même les automobilistes et les libéraux-radicaux" ont accepté le texte", s'est-il réjoui sur la RTS.
Cette décision implique "que les futurs projets de planification" devront tenir compte du vélo. Mais on ne s'acheminera pas pour autant vers des modèles d'autoroutes à vélo tels qu'en comptent le Danemark ou les Pays-Bas. "J'aimerais que de 8% (d'utilisateurs réguliers du vélo), nous passions à 16%" en terre helvétique.
Farouche opposant au contre-projet accepté dimanche, Manfred Bühler estime que le vote était "plutôt symbolique". Selon le conseiller national UDC, il faudrait allouer à la petite reine "des centaines de millions de francs" par an pour changer vraiment les choses.
Le projet d'inscrire le vélo dans la Constitution est né de l'impulsion de la faîtière des cyclistes. Celle-ci a finalement retiré son initiative Pro Velo au profit de l'alternative du Parlement. Tous les partis à l'exception de l'UDC soutenaient le texte.
Le but est d'encourager la création d'un réseau de voies cyclables en Suisse, mais sans mesures contraignantes pour les cantons et les communes.
ats