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Et cette Europe c'est l'AELE. L'Association Européenne de Libre-Echange, créée à l'instigation de la Grande-Bretagne qui aurait sans doute mieux fait de ne jamais la quitter pour l'UE, ne comporte plus aujourd'hui que 4 états membres: La Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein, soit les irréductibles non-gaulois qui résistent toujours et encore à l'envahisseur bruxellois. Il s'agit en tout cas d'une zone bien plus prospère que l'Union Européenne. Certains y verront l'égoïsme de quelques états qui ont peur qu'on leur prenne leurs biens. D'autres y verront la splendide démonstration que le libre-échange fonctionne alors que le modèle de l'Union Européenne est le cimetière de la prospérité pour ses membres les plus riches. Je me placerai personnellement plutôt dans la seconde catégorie.
En fait, je pense que l'AELE possède tous les attributs que les divers défenseurs de la souveraineté nationale dans certains pays membres de l'UE souhaitent pour leur propre pays. Lorsqu'ils parlent de bâtir une autre Europe, ils citent en général la reprise de certaines souverainetés qui ont été abandonnées à l'UE ce qui interdit à leur pays de réaliser une politique indépendante. Ils souhaitent ainsi conserver la structure en lui retirant certaines prérogatives. Ces souverainetés ne sont d'ailleurs pas toujours les mêmes, ce qui montre que les "souverainistes" ne sont pas d'accord entre eux sur ce que représente cette nouvelle Europe. Et cela bien entendu est vrai si on compare les souverainistes de divers pays dont les intérêts nationaux sont forcément différents, mais le comble c'est que c'est également vrai lorsqu'on parle des souverainistes d'un seul état ! En effet, les souverainistes étant répartis sur tout l'échiquier politique, leurs visions d'une autre Europe sont également très diverses.
Prenons par exemple la France: la France Insoumise souhaite récupérer un certain nombre de souverainetés sur le plan économique afin de développer une nouvelle économie plus respectueuse de l'humain et de la nature. Pour cette partie de l'échiquier politique, il n'est par contre pas question de fermer les frontières aux migrants ni de sortir de l'Euro. En revanche du côté du Front National, on ne parle que très peu d'écologie mais on souhaite reprendre le contrôle de l'immigration et de la politique monétaire. La seule chose qui les rapproche réellement, c'est donc la conclusion qu'on ne peut pas réaliser une autre politique dans le cadre actuel de l'Union Européenne et qu'il faut donc la changer ou en sortir.
Mais justement, changer d'Europe, est-ce que c'est possible ? Le problème justement, c'est que pour changer d'Europe, il faudrait que l'ensemble des pays membres soient d'accord sur ce qu'il faut changer. Quand on voit qu'à l'intérieur d'un seul pays on n'est déjà pas d'accord, comment pourrait-on mettre d'accord l'ensemble des pays membres ? L'équation est simple: si par exemple on voulait interdire les OGM, il faudrait que les pays qui les acceptent conviennent de revenir en arrière, ce qui n'est clairement pas dans leur intérêt. Si on souhaite supprimer la directive des travailleurs détachés, il faudrait que les pays en bénéficiant acceptent d'y renoncer, contre leurs intérêts évidents. Si on souhaite mettre en place des directives contre l'évasion fiscale, cela devrait être accepté par les pays dont l'économie est partiellement basée dessus. Bref cette idée qu'on pourrait imposer telle ou telle Europe à l'ensemble des pays membres semble bien illusoire. Il n'y a qu'une seule solution pour récupérer sa souveraineté: quitter l'Union Européenne à l'instar de la Grande Bretagne.
Et si justement la meilleure façon de créer une nouvelle Europe était de dynamiter l'Union Européenne de l'intérieur ? Si quelques grands pays décidaient de la quitter pour former une nouvelle alliance concurrente, cela créerait un appel d'air qui ruinerait toutes les fondations de l'Union Européenne. Et cette nouvelle alliance n'a pas besoin d'être créée puisqu'elle existe déjà ! Si par exemple la Grande Bretagne décidait de rejoindre l'AELE après sa sortie de l'Union, et si sa prospérité venait à s'accroître après cela, cela serait une magnifique démonstration que le modèle économique d'une alliance de libre échange molle est bien meilleur que celui d'une union dure de pays ne partageant ni le niveau de prospérité, ni même les intérêts nationaux. Cela donnerait ainsi du grain à moudre à ceux qui, dans la plupart des états de l'UE souhaitent la sortie pure et simple de cette organisation. Et de proche en proche, peut-être que les peuples décideront de sauter le pas. C'est en tout cas ce que je souhaite pour ce continent qui a bien besoin de renouveau.