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Avec l'écrivain britannique Jonathan Coe, le Brexit devient un roman
Mardi, Theresa May évoquait la possibilité d'un second référendum pour débloquer le dossier Brexit, dont les plans de sortie proposés par la Première ministre ont déjà été rejetés à trois reprises par les parlementaires. C'est une nouvelle carte, à deux jours des élections européennes au Royaume-Uni, qui s'annonce difficile pour le parti conservateur alors que celui du Brexit de Nigel Farage caracole en tête.
La ville et la province
Depuis trois ans, le Brexit absorbe le système politique et éclipse tous les autres sujets au Royaume-Uni. Ce constat est au coeur du dernier roman de Jonathan Coe, "Middle England", qui se déroule sur dix ans, et dont l'action est ancrée dans les Midlands de l'ouest, une région délaissée et observée par la capitale avec une certaine condescendance. C'est là pourtant que Jonathan Coe a vécu les vingt premières années de sa vie et qu'il y retourne régulièrement pour voir sa famille. Comme il le dit lui-même, il a toujours un pied là-bas, même s'il vit depuis plus de 30 ans à Londres.
"Je ressens une sorte de contradiction dans mon esprit d'écrivain, dans mon imagination, entre la sensibilité de la province et celle de la métropole." Cette tension personnelle l'aide à mieux comprendre celles que connaît son pays qui a tant changé depuis les Jeux Olympiques de Londres en 2012.
Ce qui précède le Brexit
"Middle England" commence en 2010, juste après l'élection du leader conservateur David Cameron qui a organisé le référendum du 23 juin 2016. L'auteur montre les contradictions et les crispations qui se sont progressivement développées au Royaume-Uni, et pour lesquelles le Brexit a été une sorte de catalyseur.
"Deux ou trois ans avant le référendum, quand on demandait aux Britanniques quelles étaient leurs principales préoccupations, ils répondaient: la santé, l'éducation, le logement, l'économie, mais aucun n'a dit l'Europe. Pourtant, quand la question a été posée en 2016, c'est devenu un enjeu passionné. L'appartenance ou pas à l'Europe a été utilisée comme un substitut à d'autres questions" explique Jonathan Coe.
Une véritable curiosité pour les personnages
Si Jonathan Coe défend le maintien du Royaume-Uni dans l'Europe, il accorde une attention particulière aux personnages favorables au Brexit, ce ne sont jamais des caricatures, mais des êtres complexes.
J'écris fondamentalement pour comprendre les gens et j'ai une véritable curiosité pour mes personnages. Quand ils me ressemblent, c'est plus facile, mais un peu ennuyeux. Quand ils me sont étrangers, écrire, imaginer leurs conversations, leur vie quotidienne me permet d'entrer dans leur logique.
Fin observateur de la société britannique qu'il analyse dans ses romans depuis 30 ans, Jonathan Coe déplore le côté paralysant du Brexit: "Ce dossier consomme l'énergie du gouvernement, du parlement et de la fonction publique. Même si nous quittons l'UE à la fin du mois d'octobre, nous serons impliqués dans des négociations longues et compliquées pendant dix ans. Le comble, c'est que l'Europe qui n'a jamais préoccupé les Britanniques va dominer toute notre vie politique!".
Un roman européen
Ce pays divisé, paralysé, peut-il s'en remettre? Jonathan Coe est pessimiste. Pour l'écrivain, il s'agit d'une guerre culturelle entre les valeurs progressistes - à défaut d'un autre mot - et les valeurs conservatrices. Une guerre gronde aux Etats-Unis et un peu partout en Europe. "Le roman a été traduit en grec, italien et hollandais. Et les lecteurs s'y reconnaissent. Les débats sur la souveraineté, le nationalisme, l'identité nationale, et comment cette dernière s'articule avec l'identité personnelle, sont des questions qui traversent l'Europe".
Propos recueillis par Patrick Chaboudez
Réalisation web: Marie-Claude Martin
Publié le 23 mai 2019 à 10:55