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Clin d’oeil ou ironie, juste avant mes vacances, j’avais initié sur mon blog «professionnel» une «série de l’été» (pour faire comme les grands) autour de la crise de 1929 et de la Grande Dépression: »(Je vous en parlais d’ailleurs dans mon précédent billet. Pour rappel :
Grande Dépression et New Deal : 1. Comment ce sujet est-il traité par l’histoire scolaire?
Grande dépression et New Deal : 2. Que nous dit l’historiographie?) »:. En effet, en cette année 2007, nous «fêtons» le 75e anniversaire de l’arrivée de Roosevelt à la présidence américaine et, par voie de conséquence, également de son «New Deal». Puis, je pars en vacances et, à mon retour, c’est la tempête, voire la panique sur les places boursières, dans les médias et dans le monde politique: »(Attention, je n’infère pas que c’est la crise parce que
1. Je suis parti en vacances et, moi absent, c’est le b….. ou
2. c’est parce que j’ai écrit mes deux billets que la crise a ensuite été déclenchée… ) »:.
Et bien entendu, comme à chaque crise boursière de cette importance, l’ombre de la crise de 1929 se met, à un moment ou à un autre, à planer. En soi, cela indique bien le traumatisme et l’importance de cette crise de 1929 tant dans la conscience du monde financier que dans la conscience populaire.: »(Pourtant on oublie généralement que le 19e siècle et le 20e ont été parcourus en long et en large par des crises financières et économiques. Ainsi, Bernard Rosier, dans Les théories des crises économiques [5e édition établie par Pierre Dockès, 2003, p.14] recense-t-il une série de quatorze crises économiques entre 1816 et 1929.) »:. Toujours est-il que l’on craint alors un krach qui constituerait l’amorce d’une crise économique de l’ampleur de celle des années 1930. D’ailleurs, les mesures prises en 1987 ou aujourd’hui ont été élaborées comme étant celles qui, si elles avaient été appliquées en 1929, auraient permis d’éviter cette grande crise économique. Ce phénomène est aussi intéressant parce que les interprétations de la crise de 1929 restent divergentes, car idéologiquement marquées. Crise du système productif (école française de la régulation), insuffisance de la demande globale (Keynes), crise purement monétaire (Friedman), baisse tendancielle du taux de profit (Marx)? Crise née du Krach ou krach issu de la crise? Les débats restent ouverts entre historiens et économistes.
Mais le mode de pensée et les outils (recettes?) utilisés actuellement pour résoudre la crise boursière s’appuient uniquement sur l’explication monétariste, théorisée par Milton Friedman (1912-2006). Ce dernier explique les causes du Krach de 1929 et la crise des années 1930 de la manière suivante : le vrai problème des suites du Krach de 1929 viendrait d’une action inadéquate de la réserve fédéral américaine faisant suite d’un choc conjoncturel normal —la chute des cours boursiers—; elle aurait mené une politique monétaire extrêmement restrictive qui en raréfiant la masse monétaire (et donc le crédit) aurait étouffé l’économie réelle. La solution de Friedman, préconisée et utilisée depuis, consiste pour les banques centrales, en cas de récession, à injecter massivement de la monnaie dans le circuit économique. : »(Pour comprendre l’effet recherché, je vous invite à lire l’excellent article de Rue89, Ce que signifie, concrètement, « la BCE a injecté des liquidités ») »: Cette manière de faire est devenue la doxa depuis que ces outils ont été utilisés, à première vue avec succès, lors de la crise boursière de 1987, considérée dans son ampleur comme une crise aussi grave que le Krach de 1929 sans que la croissance mondiale en soit trop affectée. : »(Cependant on peut constater que les crises boursières se sont succédée la décennie suivante avec la crise mexicaine de 1995, la bulle spéculative sur l’internet de 1996, puis de la crise asiatique de 1997) »:
Mais sommes-nous pour autant dans une situation comparable tant au Krach de 1929 qu’à celle de la crise boursière de 1987? Pourquoi en irait-il différemment cette fois? Un autre article fort intéressant de Rue89 nous présente la situation actuelle et ses particularités de la manière suivante :
La première raison de s’inquiéter vient […] du comportement de la Réserve fédérale. […] elle se trouve aujourd’hui dans une situation difficile: elle ne peut diminuer ses taux d’intérêt sous peine de favoriser une inflation déjà considérée comme inquiétante aux Etats-Unis; mais elle ne peut les augmenter sans aggraver la crise du marché « subprime ». […]
Le deuxième facteur d’inquiétude, proprement européen celui-là, vient de la forte implication de certains acteurs du Vieux Continent sur le marché « subprime ». : »(Sur ce marché « subprime » se négocient des titres représentatifs des crédits à l’immobilier qui sont consentis aux ménages américains les plus pauvres. Avec le ralentissement de l’économie américaine et l’augmentation des taux d’intérêt, les ménages, lourdement endettés à taux variables voient leur situation s’aggraver. Actuellement, on évalue à près d’un million le nombre de ménages américains qui ne peuvent plus faire face aux échéances des emprunts qu’ils ont contractés pour acquérir leur logement.) »: […]
S’y ajoutent ces derniers jours des attitudes contradictoires des différentes banques centrales qui peinent à accorder leur violon. Or, cette difficulté, voire une incapacité à dégager une politique monétaire ou économique commune, est également une autre thèse avancée pour expliquer, plus largement que simplement le manque d’injection de liquidités, la crise des années 1930. : »(Certains analystes de la crise des années 1930 défendent même le point de vue qu’immédiatement après le Krach de 1929, les autorités américaines et le président Wilson ont correctement joué leur rôle en injectant les liquidités nécessaires.) »:
C’est notamment l’analyse défendue par Pierre-Cyrille Hautcœur dans Crise de 1929 et politique internationale. Celui-ci met en évidence que si le début de la crise américaine de 1929-1930 vit une coopération internationale réussie dans la baisse des taux d’intérêt qui permit d’encourager une reprise économique, cette coopération internationale fit défaut lors de la crise financière qui toucha l’Allemagne et l’Autriche à l’automne 1930 et qui aboutit à la crise de leur système bancaire et financier. : »(La faillite du Credit Anstalt autrichien en mai 1931 marque le début de la crise bancaire qui se propagea aux institutions bancaires allemandes) »: Pour Hautecoeur,
Seule une coopération internationale aurait pu permettre de freiner la crise, mais les tensions politiques et l’absence d’institutions douées d’une capacité d’action suffisante s’y opposaient. Un exemple en est donné par l’action de la Banque des règlements internationaux. Créée en 1930, la BRI avait pour mission la surveillance des systèmes bancaires et la coopération internationale. Elle échoua d’abord parce qu’elle n’avait pas encore l’autorité nécessaire pour coordonner l’action des banques centrales. Plus prosaïquement, le fait qu’elle fut également chargée de surveiller le paiement des Réparations fit que le Sénat américain interdit au Système de réserve fédéral de participer à son activité (par crainte de voir liées Réparations et crédits interalliés). En termes politiques, la crise s’aggrava parce que la confiance entre pays avait cédé la place à la méfiance, et parce qu’aucun pays n’était capable ou désireux d’assumer les coûts (le prêteur en dernier ressort devrait prêter à guichet ouvert lors d’une crise bancaire) et la responsabilité d’organiser la coopération.
On pourrait encore ajouter une autre explication à la crise des années 1930: l’absence de leadership international depuis la fin de la première guerre mondiale entre une Grande-Bretagne et son étalon-or sur le déclin et les Etats-Unis, puissance mondiale en gestation, mais avec un dollar qui ne deviendra la monnaie internationale de référence qu’après 1945. Or, aujourd’hui, la situation n’est-elle pas sans similitude entre le dollars et l’Euro. Il n’est pas sans intérêt d’observer que la Banque centrale européenne subit son premier véritable baptême du feu tant au niveau monétaire que politique.
Enfin, le système économique est d’une nature structurellement différente que celui existant dans les années 1930. Pour comprendre le marché immobilier de « subprime », il faut aussi le replacer dans le contexte notamment des fonds de placement en lien avec les différents systèmes de retraites et de caisses pensions. Les exigences de résultats et de croissance, y compris en Suisse, de ces derniers suscitent et génèrent de tels marchés. Des secteurs de plus en plus vastes doivent être intégrés au système financier et par conséquent boursier pour satisfaire aux besoins de ces caisses de pension. Ces dernières forment un secteur économique et une industrie financière à elles seules nécessitant structurellement et constamment de (hauts) rendements. Avec les risques et les biais que cela comporte. A tel point que, dans l’hypothèse où une réforme du système financier était nécessaire, cette réforme aurait un impact sur nos systèmes de prévoyance. L’injection monétaire des différentes banques centrales gagne à être analysée sous cet angle.