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Chaque fois qu’un expert ou autre journaliste viennent nous parler de consommation, ils font toujours une phrase du genre: «...bon pour le consommateur que nous sommes» comme si la consommation était un état normal et accepté de l’être humain, comme si l’homme pouvait être réduit à un état de consommateur, comme si la vie était exclusivement matérielle et à consommer.
La consommation est basée sur une pathologie humaine qui consiste en deux traits. Le premier trait englobe une vision de l’homme basée sur l'insatiabilité du besoin, sur la vaine gloire, sur un amour immédiat plus ou moins grossier des choses tenues pour des sources de plaisir et de bien-être et sur un égocentrisme teinté de rationalisme, d’égoïsme et de logique, selon le Professeur François Schaller, ancien chargé de cours d’économie à l’UNIL. Le second trait implique une vue qui réduit l’homme à un animal en quête de jouissance et qui, malgré son intelligence, est asservi à l'opinion, au paraître. Celle-ci correspond à un degré supérieur de perversité où la lucidité est absente. Au point où, dans cette société mystifiée, vouloir dévoiler les instruments d'une herméneutique et d'une sémiologie de la quotidienneté, et les leurres multiformes du narcissisme et de l'individualisme, est quasiment impossible car la consommation dévoie les gens et fait tomber les masses obnubilées par le consumérisme dans le règne trompeur des signes et du symbolique.
La société de consommation est la conséquence même du capitalisme, qui exige un besoin de croissance économique directement liée à l'accumulation de capital.
– Journal du Net «JDN»
Par l'influence de la publicité et des médias nourris par les spécialistes du marketing, on a fait croire aux gens que de consommer les choses en faisant miroiter des promesses de statut, de prestige dans le but de faire de la personne humaine un consommateur naïf, était dans l’ordre des choses. Les progrès de la consommation dans les pays développés ont abouti à constituer une véritable «société de consommation» mondialisée. Dans cette perspective, la consommation renferme la société moderne capitaliste et médiatique dans le court terme, où la notion d'image et de possession, la publicité et le bruit médiatique sont érigés en nouvelles valeurs, au détriment de l'humain, des relations sociales et de l'écologie car la consommation est devenue un facteur d'identité, réussissant même à faire de la personne humaine un consommateur servile et manipulable.
Günther Anders dans son livre «L’obsolescence de l’homme» explique que, selon les tenants de la société de consommation, «consommer serait un devoir pour tout ‘bon’ citoyen». Car le refus d’acheter serait, d’après eux, un véritable sabotage des ventes, une menace pour les légitimes exigences de la marchandise et, par conséquent, pas seulement comme une chose inconvenante mais aussi, un délit s’apparentant au vol. Le consommateur est programmé pour consommer et ce faisant se consomme lui-même, il s’use et se déshumanise. «L’esprit du consommateur, affirme-t-il, est toujours déjà préformé; il est toujours déjà prêt à être modelé, à recevoir l’impression de la matrice; il correspond plus ou moins à la forme qu’on lui imprime.»
La consommation s’impose aussi progressivement, pour la simple raison que les besoins sont immédiatement accaparés par les industriels et même le loisir, le spectacle, le divertissement et la culture se consomment sous la forme d’innombrables «pratiques culturelles». Mais Henri Lefebvre, dans son livre «La vie quotidienne dans le monde moderne», réfute l’idée selon laquelle par la consommation, le consommateur satisferait ses besoins. Au contraire, il dénonce ce leurre et affirme: «La consommation ne crée rien, même pas des rapports entre les consommateurs. Elle n’est que dévorante. Pour tous, le sens de la vie (…) a été dépourvu de sens; se réaliser, c’est avoir une vie sans histoire, la quotidienneté parfaite.»
Nous vivons dans une «société de consommation» mais formellement, ce concept se trouve ordinairement associé à une conception du monde étroitement matérialiste, individualiste et marchande, privilégiant les intérêts sur le court terme et les plaisirs éphémères au détriment de l'écologie et des saines relations sociales et économiques. Pour contrer les effets néfastes de cette destruction, on veut faire de nous des «consom’acteurs» alors que d’être acteur sous-entend en général que l’on doit suivre un script précis écrit d’avance et une chorégraphie imposée et qu’on doit être sous les ordres d’un directeur tout-puissant, ce qui est loin de l’idée de liberté individuelle tant vantée par les tenants du libéralisme de la consommation. De plus, cette idée de «consom’acteur» est un marché de dupes car, au final, cela sous-entend le consentement tacite de notre état de consommateur où on en arrive au fait que la seule responsabilité à laquelle l’acheteur pourrait légitimement accéder serait de mieux lire les étiquettes et de choisir entre une forme d’empoisonnement par rapport à une autre…!
Si nous voulons accéder pour de vrai à un état digne de l’humain que nous devrions être, nous devons sortir de la logique de la consommation telle qu’elle a été programmée depuis le début des années 1950 et reprendre au plus vite les vrais buts de la vie, soit son auto-construction par son accomplissement d’individu éveillé, conscient, social et empathique.
Georges Tafelmacher
Références: Gunther Anders – «L'Obsolescence de l'homme»