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Floyd Landis, vainqueur dimanche du Tour de France pour l'équipe suisse Phonak, a été contrôlé positif à la testostérone.
Si la seconde analyse confirme ce résultat, le cycliste américain perdrait sa victoire et ne pourrait plus courir pendant deux ans.
Principale hormone sexuelle mâle, la testostérone est secrétée le plus naturellement du monde par le corps. Elle agit sur le cerveau, sur le cœur et sur les muscles, où elle exerce un effet anabolisant. Elle est prescrite par les médecins en cas d'insuffisance testiculaire.
Mais elle est aussi souvent déviée de son utilisation thérapeutique par les sportifs, qui en prennent pour accroître force et puissance musculaire. Elle est sur la liste des produits dopants depuis 1982,
Et c'est bien une concentration anormale de cette hormone que l'on a décelé dans les urines de Floyd Landis à l'issue de l'étape alpine de Morzine jeudi dernier, qu'il avait remporté après 130 kilomètres d'échappée en solitaire.
La veille, il connaît une terrible défaillance dans la montée vers la Toussuire, mais ce jour-là il prend son option sur la victoire finale. Dans le contre-la-montre de Mâcon à, la veille de l'arrivée sur les Champs-Elysées, il endosse le maillot jaune. Pour de bon.
Bénéfice du doute... pour l'instant
Selon les règles de l'Union cycliste internationale (UCI), l'Américain a 15 jours, à compter de mercredi, pour demander une contre-expertise avec l'analyse de l'échantillon B de ses urines.
L'équipe de Floyd Landis va faire usage de ce droit, «pour prouver que ce résultat soit provient d'un processus naturel soit d'une erreur». Mais si le deuxième échantillon confirme l'analyse du premier, Phonak licenciera son champion, fait savoir l'équipe cycliste suisse.
Pour Enrico Carpani, attaché de presse de l'UCI, la cause est entendue. «On n'a pas besoin d'analyser le deuxième échantillon. Il est analysé à la demande de celui qui espère être acquitté. Pour nous, le premier est déjà bon.»
«Un sport corrompu»
Chez Phonak, on n'est pas aussi définitif. John Lelangue, manager de l'équipe, affirme que pour l'instant, il fait toujours confiance à son coureur. Au moins jusqu'au résultat «de l'analyse B et de toutes les études qui pourront être faites».
«Mais si sa culpabilité est démontrée Phonak appliquera le code éthique», poursuit John Lelangue, qui avoue «une déception pour l'équipe, pour l'image du vélo, pour l'image du Tour».
Egalement parmi les premiers à réagir, Greg LeMond, triple vainqueur de la Grande Boucle (1986, 1989 et 1990) maintient malgré tout que «ce Tour était l'un des plus propres».
«Mais peut-il l'être à 100% ?, s'interroge l'Américain. Non. Il y en aura toujours quelques-uns qui ne respecteront pas les règles. Je voulais croire que Floyd n'était pas de ceux-là. Car il n'est pas un mauvais gars. Il est victime d'un sport qui est corrompu.»
Et si les téléspectateurs se détournaient...
Un sport en tous cas qui n'enthousiasme plus guère la chaîne de télévision allemande ZDF. Désormais, elle s'interroge sur son avenir de diffuseur du Tour de France, pourtant le troisième plus grand spectacle sportif au monde après les Jeux d'été et la Coupe du Monde de football..
«Nous avons signé un contrat de diffusion pour une épreuve sportive, pas pour un show montrant les performances de l'industrie pharmaceutique», déclare jeudi Nikolaus Brender rédacteur en chef de la chaîne.
Il faut dire qu'en l'absence de Jan Ullrich, seul vainqueur allemand du Tour (1997), exclu avec huit autres coureurs - et non des moindres - avant le début de l'épreuve pour soupçons de dopage, l'audience sur les chaînes germaniques a chuté. 1,49 millions de spectateurs par étape sur la première moitié du Tour, contre 2,69 millions lors de l'édition 2005.
Privé de victoire ?
Quoiqu'il ne soit, si Floyd Landis doit être convaincu de dopage, son nom sera rayé du palmarès du Tour de France et la victoire reviendra à son dauphin, l'Espagnol Oscar Pereiro Sio.
L'Américain risque en outre deux ans de suspension.
swissinfo et les agences
En bref
En sept ans d'existence, l'équipe Phonak a été confrontée à 14 cas de dopage.
L'annus horribilis a été 2004, lorsque trois coureurs de l'équipe ont été contrôlés positifs: le Suisse Oscar Camenzind, l'Américain Tyler Hamilton et l'Espagnol Santiago Perez.
Après ces affaires, Phonak s'est doté d'un système de contrôle interne systématique de ses coureurs, plus sévère que ce que prescrit l'Union cycliste internationale.
Malgré cela, les Espagnols Santos Gonzales et Enrique Gutierrez et le Colombien Santiago Botero ont vu leurs noms cités dans l'enquête en cours pour une affaire de dopage lors de la Vuelta.
Enfin, d'autres coureurs moins connus de Phonak, dont le Suisse Sascha Urweider, ont eu des problèmes avec la réglementation anti-dopage.