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Il existe
plusieurs religions mort-nées: le culte de la déesse
de la Raison, pendant la Révolution française, ou
le positivisme d'Auguste Comte, qui a fondé des églises.
René Feurer, lui, ne propose aucun culte. Ses tableaux,
diptyques ou triptyques, ne prédisposent à l'adoration
de personne : leur béance ouvre sur les galaxies, plutôt
que sur les dieux. Il emprunte à l'architecture religieuse
un cadre formel qui, par allusions ironiques, dévoile le
caractère areligieux de ses images.
uvres
mûries pendant des années, les peintures de René
Feurer ont le poids d'un silence volontaire, prémédité.
Mais ce silence ne se limite pas au mutisme de l'homme qui peint.
Feurer fait communiquer le silence de la pensée avec le
silence de l'univers. Il appelle le spectateur à pratiquer,
en lui-même, cette communication inédite, secrète.
Il exerce ce qu'on pourrait appeler l'effet miroir sur
la méditation elle-même. Il transforme en fenêtres
sur le cosmos le théâtre vide de notre pensée.
Il change
la pensée du regardeur en lieu d'accueil du monde.
Alain
Jouffroy