Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07266.jsonl.gz/1708

Sommaire
Envoi d'une référence d'article par mail
N° 157 (06/11/2009). A la une: Initiative contre les minarets : faux prétextes, vrai racisme p. 8
Lien direct: https://www.solidarites.ch/journal/d/article/4056
International
Pakistan: les femmes sont les plus touchées par le changement climatique
Dans les médias occidentaux, la situation au Pakistan se résume à des images de guerre ou d’attentats. Pourtant, des changements de grande ampleur se produisent et se produiront au niveau climatique. Sur ce front, ce sont les femmes qui sont en première ligne, comme le souligne la contribution de Bushra Khaliq, dont nous avons traduit et adapté les extraits ci-dessous.
Déjà problématique dans de nombreuses régions du pays, l’approvisionnement en eau sera gravement influencé par le réchauffement climatique. La baisse spectaculaire des ressources touchera la production alimentaire, mais aussi les activités exportatrices comme l’agriculture, le textile et la pêche. Les régions côtières risquent d’être inondées, submergeant les foyers de millions de personnes vivant dans les zones les plus basses.
Les régions du nord-est du Pakistan ont déjà connu des épisodes de sécheresse en 1999 et 2000, qui ont provoqué une forte baisse des nappes phréatiques et asséché les zones humides. Bien que le Pakistan contribue faiblement au réchauffement climatique, son apport à l’émission de dioxyde de carbone n’étant que de 1/35e de la moyenne mondiale, ses côtes ont vu leur température augmenter de 0,6 à 1° C depuis le début du XXe siècle. Alors que les précipitations ont diminué de 10 à 15 % dans la région côtière et dans les plaines très arides au cours des 40 dernières années, elles connaissent une augmentation en été et en hiver au nord du pays.
Le changement climatique touche la population, dans un pays où elle croît de 2,69 % l’an et qui sera bientôt le sixième pays le plus peuplé du monde. Comme les familles pauvres luttent pour leur survie, la dégradation écologique va être plus marquée. Les objectifs à long terme du développement durable sont négligés au profit des besoins urgents de la subsistance, laissant les communautés vulnérables, particulièrement les femmes, à la merci du climat. L’utilisation accrue du bois de chauffage, la surexploitation des terres et des ressources en eau, le surpâturage, la surpêche, l’épuisement de l’eau douce et la désertification sont choses courantes dans les régions rurales du Pakistan.
En l’absence de régulation des naissances, avec l’aide de l’obscurantisme des mollahs, de l’analphabétisme et des représentations qui lient nombre d’enfants et fierté familiale, la croissance démographique semble sans frein. Selon les experts, en 2050, le sous-continent indien rassemblera, en 2050, 2,4 milliards de personnes, soit l’équivalent de la population mondiale en 1950 !
Les femmes, population vulnérableOn sait que les pauvres sont les plus vulnérables aux dégradations environnementales. Or, les femmes représentent le 70 % des pauvres au Pakistan. Cette vulnérabilité a été mise en évidence en 1999 et 2000 lorsque des milliers de familles durent fuir les zones touchées par la sécheresse au Baloutchistan, province la plus arriérée du Pakistan. Les femmes et les enfants furent les deux couches de la population qui en souffrirent le plus.
Comme dans les autres pays pauvres, les femmes pakistanaises sont davantage touchées par le changement climatique. Les mères doivent rester dans les zones touchées par la sécheresse, la déforestation ou les récoltes insuffisantes. De nombreuses atteintes à l’environnement les affectent de manière extrême, car elles dépendent des ressources naturelles primaires : la terre, l’eau, les forêts. En cas de sécheresse, ces ressources sont immédiatement touchées et généralement, les femmes et les enfants ne peuvent pas fuir. Les hommes peuvent voyager et aller rechercher des pâturages plus verts dans d’autres zones et quelquefois dans d’autres pays... mais les femmes sont habituellement laissées sur place et font face aux conséquences de la situation. Lors de sécheresse, de mauvaises récoltes ou de déboisement, les femmes et les enfants sont les plus touchés.
Alors qu’elles sont les principales productrices de denrées alimentaires au Pakistan, les femmes ne peuvent accéder sans obstacle à la propriété et à la terre. 67 % des femmes sont occupées dans l’agriculture et les activités connexes, mais elles ne possèdent que 1 % des terres. Lorsqu’elles sont touchées par le changement climatique, les femmes perdent en même temps leurs moyens de subsistance et leurs capacités à rebondir après une catastrophe. Les tâches domestiques, comme la collecte de l’eau et du bois de chauffe, deviennent plus lourdes et demandent plus de temps. Souvent, pour aider leur mère, les filles abandonnent alors l’école ou d’autres activités économiques.
Il existe une image selon laquelle ce sont les hommes qui sont les agriculteurs. Or, contrairement à cette idée reçue, les femmes pakistanaises produisent de 60 à 80 % des aliments consommés dans le foyer. Dans les régions montagneuses en particulier, les hommes migrent pour chercher des moyens d’existence (dans 50 à 63 % des ménages) et ce sont les femmes qui s’occupent des lopins de terre.
La montée des températures va affecter dans leur ensemble les communautés agricoles au Pakistan, mais elle aura des impacts graves sur les individus ou les familles et spécialement sur les femmes qui sont socialement, politiquement et économiquement les plus vulnérables.
Bushra Khaliq
Secrétaire générale Women Workers Help Line
|Au même sujet||Des mêmes auteurs|
|International||Bushra KHALIQ|
|Féminin - Masculin|
|Climat|