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Je le dis d'emblée, je ne rejoindrai pas ce troupeau de moutons qui bêle en chœur au moindre son du mot "MONSANTO". On peut ne pas aimer les les herbicides - et notamment le glyphosate -, l'agrochimie et les multinationales, mais pourquoi cet acharnement, qui s'apparente à du mobbing, sur une seule société?
Bien qu'il ne soit pas le seul herbicide chimique, le glyphosate est celui qui est le plus largement utilisé en Europe et dans le monde. Développé par MONSANTO dans les années 70, puis commercialisé sous le nom de marque ROUNDUP[1], le brevet a expiré dans les années 90. Aujourd'hui, une vingtaine d'entreprises synthétisent le produit générique, dont les principales sont chinoises et indiennes, mais parmi lesquelles on trouve également BASF, BAYER, DOW, DUPONT, SYNGENTA (société suisse qui produit des herbicides à Monthey, et qui vient d'être rachetée par un groupe chinois) et bien sûr aussi MONSANTO. La Chine est aujourd'hui le premier producteur et le premier exportateur, contrôlant 30% du commerce mondial du glyphosate.
Le glyphosate est principalement utilisé dans l'agriculture dans les zones tempérées et les pays développés. Or, sans agriculture intensive, on n'arrivera pas à nourrir la population mondiale, aujourd'hui de sept milliards et qui passera vraisemblablement à dix ou onze milliards à l'horizon 2050 et, qu'on le veuille ou non, l'agriculture intensive en plein champ implique et impliquera inévitablement l'usage croissant de pesticides et d'OGM. Dans les zones à climat tempéré, l'agriculture intensive (céréales, maïs, betterave, colza, arachide…) est forte utilisatrice d'herbicides, alors que dans les pays chauds, on utilise proportionnellement plus d'insecticides, par exemple pour le coton[2]. Premier pays céréalier d'Europe, la France est le plus gros consommateur d'herbicides du vieux continent, mais leur utilisation est de toute façon généralisée dans tous les pays, y compris en Suisse, où l'agriculture intensive du Mittelland n'a rien à voir avec la fantasmatique agriculture à la Heidiland. Nos agriculteurs ont par contre le devoir d'utiliser les herbicides en appliquant les bonnes pratiques destinées à protéger les personnes et l'environnement, et sans doute le font-ils. Ils utilisent donc le glyphosate, y compris en quantité, mais discrètement.
Sur la base de l'examen de centaines d'études, le Centre international de la recherche sur le cancer (CIRC à Lyon, unité de l'OMS) a conclu que le glyphosate était probablement cancérogène pour l'homme. Tout comme le café, la viande rouge et de nombreux produits couramment utilisés dans l'industrie, l'artisanant et l'agriculture. Le CIRC est critiqué car il ne tient pas compte de la dose, pourtant fondamentale, et se contente d'un "oui" ou "non". L'alchimiste suisse Paracelsus n'avait-il pas dit que tout est poison et que rien n'est poison, mais que tout est une question de dose? En appliquant le glyphosate en respectant les consignes de sécurité et en portant les équipements de protection individuelle adéquats, on limite l'exposition, la dose et le risque de cancer. Toutefois, sous la pression de l'opinion, on interdira peut-être la vente du glyphosate au grand public (où l'utilisation est de toute façon faible, v. figure). Son interdiction dans l'agriculture sera plus problématique[3] mais peut-être aussi décrétée un jour. Mais encore une fois, tout cela n'a rien à voir avec MONSANTO, qui fait actuellement l'objet d'une OPA par BAYER. Si l'affaire se conclut, Mesdames et Messieurs les très facilement indignés, il vous faudra trouver des nouvelles bêtes noires, des nouveaux slogans, des nouveaux cris de guerre: BASF, BAYER, CHEM-CHINA, ANHUI HUAXING CHEMICAL INDUSTRY, ZHEJIANG XINAN CHEMICAL INDUSTRIAL GROUP COMPANY...mais peut-être bien que d'ici-là, le glyphosate ne sera plus un sujet à la mode...

Ci-contre: l'utilisation du glyphosate par le grand public pour les cours et jardins ne compte que pour 3% de sa consommation mondiale: l'interdiction n'aurait que peu de conséquences sur les producteurs.
[1] Nom de marque encore utilisé pour les ventes de détail aux consommateurs, mais qui ne représente qu'une très faible part de la consommation mondiale de glyphosate; on trouve d'ailleurs aussi, dans les jardineries, "garden center" et grandes surfaces, du glyphosate sous d'autres noms de marque que ROUNDUP.
[2] Troisième catégorie de pesticides, les fongicides sont surtout utilisés en floriculture, viticulture, arboriculture et cultures maraichères.
[3] Au fil des ans, il a remplacé d'autres substances moins efficaces et plus toxiques qui devaient être appliquées en plus grandes quantités.