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Dans un premier temps, je me dois de m’arrêter sur l’échec de la gauche et plus particulièrement du Parti socialiste suisse lors de ces élections.
La faiblesse structurelle de la gauche en Suisse
Indépendamment de cette élection, une des données de base réside dans la faiblesse structurelle de la gauche en Suisse qui ne dépasse que de peu les 30% de la représentation nationale. Au lendemain de ces élections, le bloc du PS et des Verts représentent le même nombre de siège au Conseil national que la seule UDC.
Cette situation devient très difficile à partir du moment où la droite se recompose autour d’un parti populiste, classifié à d’extrême-droite y compris par les Etats-Unis. Dès l’élection de Christoph Blocher en 2003, il était évident qu’il devenait plus que jamais impératif au terme de cette législature 2003-2007 que la gauche et les Verts puissent progresser pour se rapprocher le plus possible des 40%.
Deux conditions à cela :
- que le PS progresse ou se maintienne relativement à un électorat populaire fragilisé et inquiet, tenté par le vote UDC;
- que les Verts[1] séduisent aussi un électorat de centre droit qui ne voterait que difficilement pour le PS pour des raisons sociologiques.
Or, il faut bien constater que ces deux conditions n’ont pas été réunies en 2007, ni par le PS, ni par les Verts, ceci malgré la progression de ces derniers. En effet, la progression des Verts a permis de limiter les dégâts socialistes en récupérant une partie d’un électorat déboussolé par l’attitude erratique du PSS (une fois pour l’éviction de Blocher, une autre pour un deuxième PDC au lieu d’un radical, etc.) et son manque de lisibilité programmatique autour de deux/trois idées fortes.
Ce résultat est différent de celui de 2003 puisque, cette année-là, la progression des Verts permettait à l’ensemble des forces de la gauche et des Verts de progresser au détriment de la droite ce qui faisait de la gauche et des Verts les « vrais » vainqueurs de ce scrutin, car la progression de l’UDC marquait fondamentalement une étape dans la recomposition de la droite suisse.
A première vue, le canton de Vaud fait légèrement exception puisque les gains des Verts sont supérieurs aux pertes de l’extrême-gauche. Dans le même temps, les Socialistes vaudois[2] réussissent à progresser légèrement malgré la campagne calamiteuse du Parti socialiste suisse. Il est aussi à noter que dans le canton de Vaud, les Verts sont positionnés à la droite du Parti socialiste alors qu’en Suisse alémanique notamment, c’est l’inverse. En outre, cela n’empêche pas le score important d’Ecologie libérale (3,7%).
Quel positionnement du Parti socialiste suisse?
Les élections de cet automne ont démontré toute la force et la nécessité d’une campagne nationale autour d’une figure de proue, visible en Suisse alémanique, et articulée sur deux/trois idées programmatique fortes.
Aujourd’hui, seuls l’UDC et les Verts disposent d’un thème fort à valeur nationale. Seule l’UDC et le PDC ont articulé leur campagne autour d’une pour l’UDC, deux pour le PDC, figure(s) de proue.
Cela est certes réducteur, mais une donnée importante à prendre en compte.
Sur le plan programmatique, d’autant plus que l’extrême-gauche est en voie de disparition sur l’échiquier politique suisse, il est indispensable que le Parti socialiste suisse articule son programme pour apporter des réponses aux classes populaires et axe —au moins— une idée forte basée sur les questions sociales. Un autre axe important doit être défini relativement aux questions relatives à la Suisse urbaine, car les résultats de ce week-end offrent aussi très clairement la polarité d’un affrontement toujours renouvelé entre villes et campagnes.[3]
Ou la chatte a mal au pied pour le Parti socialiste suisse, c’est qu’il est traversé par un clivage entre les perceptions de la Suisse alémanique et de la Suisse romande. Si la question sociale concernant les classes populaires n’arrive pas à s’imposer au niveau du Parti socialiste suisse, il deviendra impératif pour les Socialistes romands d’imaginer leur propre campagne des Fédérales pour éviter d’être engloutis à leur tour à l’image des Socialistes zurichois…
Des conseillers fédéraux socialistes trop similaires sociologiquement?
Pour répondre aux attentes et aux angoisses d’un électorat populaire déboussolé, il serait plus que nécessaire qu’un des deux conseillers fédéraux socialistes parle leur langage. Or, force est de constater, que ni Micheline Calmy-Rey[4] ni Moritz Leuenberger ne satisfont à ce critère. Il apparaîtrait même fondamental qu’il s’agisse du conseiller fédéral de la partie Suisse alémanique qui appartiennent à cette tendance. En effet, en terre romande, ce langage est notamment relayé par Pierre-Yves Maillard, formant ainsi un tandem complémentaire et intéressant avec Micheline Calmy-Rey.
Il est important que les socialistes suisse-alémaniques retrouvent leur Willy Ritschard ou un Otto Stich.[5]
Le tandem, représenté par Pierre-Yves Maillard et Micheline Calmy-Rey en Suisse romande, offre peut-être la version d’un plan B pour le PSS avec un tandem comparable en Suisse alémanique qui associerait le versant populaire et social au versant urbain au travers de deux personnalités : l’un-e des deux étant Conseiller/ère fédéral-e, l’autre la/le président-e du Parti suisse.
Si le parti socialiste n’arrive pas à incarner au sein du Conseil fédéral l’opposition à la droite pour le moins xénophobe et ultra-libérale, sa participation au sein du Conseil fédéral n’a aucun sens ni pour lui-même (et les forces progressistes), ni pour la Suisse. La preuve en est désormais faite depuis 2003.[6]
A suivre…