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26/09/2016
Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle par Alain Clavien
Titre : Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle
Auteur : Alain Clavien
Éditeur : Édition d'en bas 1993
Pages : 328
Au début du XXème siècle, comme le dit la quatrième de couverture, de nombreuses personnalités intellectuelles romandes s'interrogent sur ce qu'est l'identité suisse. Mais qui sont ces personnes ? Comment se rencontrent-illes et de quelle manière leurs idées, qui seront à la base des groupes de droite radicale de l'entre-deux-guerres, sont-elles communiquées ? Afin de mieux comprendre la genèse de ces intellectuels ainsi que leur évolution l'auteur s'intéresse à quelques productions particulières portées par des personnalités précises : La Voile Latine et les revues qui lui succèdent ainsi que certaines personnes dont Robert de Traz, Charles-Albert Cingria et son frère Alexandre Cingria et surtout Gonzague de Reynold.
Le livre, une thèse en histoire, est divisé en deux parties et 7 chapitres. La première partie, de quatre chapitres, permet à l'auteur d'expliquer de quelle manière les pensées politiques et artistiques de ce groupe dit des Helvétistes s'est formé. Il montre que l'art, en Suisse au début du XXème et à la fin du XIXème, est questionné. Est-il nécessaire de créer un art suisse ? Est-ce seulement possible ? Comment conjuguer demande politique, compréhension populaire et renouveau artistique ? Cette partie montre plusieurs intellectuels en mal de reconnaissances qui tentent de créer un art local qui puisse concurrencer les romans de Paris. Pour cela, il faut définir et comprendre ce qu'est l'esprit suisse. Celui-ci se concentre sur la montagne et se construit sur des prédécesseurs analysés dans la thèse de Gonzague de Reynold. Les idées sont progressivement construites dans la revue la Voile Latine. Mais celle-ci est rapidement éliminée lorsque ses fondateurs s'écharpent sur des considérations politiques et intellectuels alors que Gonzague de Reynold tente de prendre le contrôle.
La seconde partie, de trois chapitres, montre un groupe qui commence à vouloir lutter. Outre des considérations artistiques le groupe comment sérieusement à se poser des questions politiques. Cela mène certaines personnes, les Cingria et de Reynold en particulier, à se rapprocher de l'Action Française afin d'en devenir les interlocuteurs en romandie. Bien que Reynold soit très prudent il se heurte rapidement aux Cingria qui sont de plus en plus agacés par cet aristocrate venu de Fribourg. Petit à petit, de Reynold et un ami publient une nouvelle revue qui s'inquiète de la surpopulation étrangère et de l'état moral du pays. La revue permet de communiquer des conceptions anti-démocratiques malgré l'opposition de nombreux médias et politiciens.
À la sortie de ce livre on comprend mieux comment certaines idées politiques ont été défendues et pensées en Suisse. On nous montre aussi des personnes qui ont un certain capital social et intellectuel qui peinent à trouver une place à la hauteur de leurs espérances dans un univers bloqué par certains individus. Dans ces intellectuels en mal de reconnaissance il y en a un qui ressort fortement : Gonzague de Reynold. Ses idées, sa recherche de statut, ses stratégies sont impressionnantes. On nous montre quelqu'un qui essaie de jouer tous ses atouts du mieux possible tout en évitant de se fâcher trop vite avec trop de monde. Ce double jeu est dangereux et a failli couter cher mais de Reynold réussit à se faire une place au soleil dans le monde politique et intellectuel suisse.
Image : Éditeur