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02/01/2017
Les poésies en patois de Samoëns de Jam
Il y a déjà plus de vingt ans, j'entreprenais de rassembler les poèmes en langue savoyarde de Jean-Alfred Mogenet (1862-1939), mon arrière-grand-oncle. Il les avait publiés dans L'Echo des paroisses du haut-Giffre, un mensuel, il y en avait environ cinquante. Je comptais les traduire et les publier en un volume. Une universitaire grenobloise originaire de Sixt, Dominique Abry-Deffayet, me permit de photocopier le recueil qu'elle en avait déjà fait, et je me lançai dans la traduction, m'aidant du dictionnaire existant, qui souvent citait mon poète. Je montrai mes essais à la dame, et elle me découragea de continuer. Je cherchai ensuite un traducteur, et trouvai mon collègue Marc Bron.
Les mois ont passé, les années, et le travail a abouti. Le recueil complet des poèmes de Jean-Alfred Mogenet dit Jam vient d'être publié aux éditions Le Tour. Il se nomme Jam. De belles photographies l'illustrent, correspondant aux sujets des poèmes: les vieux objets, utilitaires ou symboliques, les monuments de la nature entourant Samoëns, parfois les saisons et leurs effets sur le paysage. Les pages sont plastifiées, la couverture cartonnée, le résultat est splendide, et pas cher! La Région Auvergne Rhône-Alpes, l'Institut de la Langue savoyarde, l'Association des enseignants de savoyard nous ont aidés.
Pierre Grasset, le président du dit Institut, m'a demandé une préface abondante, et je l'ai fournie: je le remercie, car je doutais de la nécessité d'un gros texte, mais je suis très content du résultat. J'ai fait une étude sérieuse, racontant la vie du poète, présentant ses thèmes de prédilection, son style, sa pensée.
Il était profondément catholique, mais, n'ayant pas bien réussi au séminaire, il avait abandonné son désir de devenir prêtre. Il est demeuré fidèle à sa foi. Il est toutefois mélancolique, est sujet au doute, à la tristesse, ce qui rend ses poèmes poignants. Nostalgique d'une vie paysanne imprégnée de religiosité, qui faisait, des objets ordinaires et religieux, des espèces de fétiches, il a un goût prononcé pour la personnification: sous sa plume, tout se dote d'âme. Parfois cela va jusqu'au mysticisme, puisque certains objets ont une véritable valeur spirituelle, et cela peut tendre au mythe, les objets s'affrontant, ou étant comparés à des géants, intermédiaires du ciel et de la terre. Mais il reprenait peu le folklore, étant un homme plutôt cultivé et un esprit plutôt réaliste.
Sa prosodie imite celle de la poésie française, et est faite de vers réguliers dont la rime est généralement croisée.
C'est un beau recueil, un monde étrange et attirant, que celui que ses poèmes créent!
Et c'est un hommage, bien sûr, à un parent illustre, écrivain reconnu de Samoëns, qui a aussi écrit en français une relation de voyage au Congo. Si Samoëns avait une université, Jean-Alfred Mogenet y aurait sa statue!
Marc Bron a livré, de surcroît, une introduction explicative sur les spécificités du patois de Samoëns et des graphies de Jam, et elle réjouira tous les spécialistes.
Je recommande donc vivement l'achat de ce formidable livre!
Jean-Alfred Mogenet, poète de Samoëns
Jam. Poésies en langue savoyarde.
Le Tour
170 pages.
12 €.