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Autres vues aériennes de Morges
Eugène Muret, négociant et banquier, fait construire cette maison en 1875. Deux autres branches de la famille Muret possédaient une demeure : l’une à l’avenue de la Gare (Floréal) et l’autre au bas de l’avenue Muret (le Cottage) démolie en 1960. Le nom « La Chaumière » tire son nom d'un édifice plus ancien, qualifié de « grand cabinet couvert d'ardoises » détruit pour faire place à la nouvelle construction. En 1874, Fanny Berdez vend cette maisonnette et son terrain au banquier Eugène Muret. On trouve deux actes de vente : l’un daté du 9 mai 1874 et signé par Jules Simon Berdez, qui concerne la partie orientale de la propriété, l’autre par son épouse, Fanny Berdez Hochreutiner, qui concerne le terrain à l’ouest.
Eugène Muret charge le jeune architecte Henri André de construire une nouvelle demeure. Avant d’habiter « La Chaumière », la famille résidait au numéro 102 de la Grand-Rue à Morges (aujourd’hui banque UBS). C’est le médecin de famille qui aurait conseillé à Eugène Muret d’éloigner sa famille de l’humidité du lac et de s’installer à la campagne.
La façade côté lac est composée de trois parties distinctes et asymétriques : une tour, un corps de logis central couvert d’un toit à la Mansart et une véranda surmontée d’une terrasse aujourd’hui vitrée.
A l’opposé, la façade côté Jura relève de la parfaite symétrie, imitant le classicisme avec un avant-corps central mis en évidence et encore souligné au-dessus de l’avant-toit par un toit à la Mansart. Contrairement à d’autres maisons de maître de cette époque, « La Chaumière » n’était pas chauffée par des poêles, mais par un chauffage à air chaud, une nouveauté.
A l’intérieur, on trouve un magnifique salon dont les stucs et corniches étaient légèrement colorés. La récente restauration a permis d’en raviver les tons. Le corridor et la cage d’escalier étaient ornés de lignes décoratives dont l’architecte s’est inspiré pour les peintures actuelles. Une belle cheminée néo-baroque embellit le grand salon ; quant au petit salon, il a conservé ses bibliothèques d’origine.
La famille Muret et le commerce de denrées coloniales
Le commerce de denrées coloniales est créé à Morges en 1671, à la tête duquel, fait exceptionnel, sept générations se succèdent jusqu’en 1899. En 1671, François Muret-Papan (1645-1733) ouvre avec son frère Jean-Pierre (1649-1679) un commerce d’étoffes, ancêtre de la maison d’import-export de textiles et denrées coloniales « Les Frères Muret ». Lorsque Jean-Pierre meurt en 1679, François continue l’entreprise. Pierre-Philibert (1680-1748), fils aîné de François, reprend l’affaire avec son frère Jean-Samuel (1682-1747) au début du XVIIIe siècle. Ensuite, c’est son quatrième fils, Elizée-Samuel Muret-Warnery (1721-1788), qui reprend le commerce avec son frère Jean-François Muret-Schwert-Schwendi (1724-1816). Les générations suivantes continuent le travail dans l'entreprise.
Du commerce à la banque
Enrichis par le commerce de denrées coloniales en gros, les frères Muret passent peu à peu aux affaires financières. En effet, semblant accumuler une certaine masse de liquidités, ils paraissent s’impliquer de plus en plus dans des affaires de prêt, de change et d’investissement. Cela se vérifie par le fait qu’Eugène Muret est mentionné dans les documents comme négociant et banquier, et que son fils Jean Muret, après avoir liquidé la Maison Muret et Cie, devient directeur de la succursale lausannoise de la Banque Nationale Suisse, avant de rejoindre la Société de Banques Suisses en qualité de directeur du siège lausannois.
Plusieurs personnalités parmi les Muret
D’abord le pasteur vaudois Jean-Louis Muret (1715-1796), père de Jules Muret, fut l’un des grands démographes du XVIIIe siècle. Son mémoire sur l’état de la population dans le pays de Vaud (1766) apporte deux innovations importantes : une table dé-taillée de la mortalité infantile et la première table de mortalité féminine selon l’état matrimonial intégrant les entrées et les sorties par mariage.
Puis Jules Muret (1759-1847) qui, avec Henri Monod et Jean-Jacques Cart, furent les artisans de la création et de l’adhésion du canton de Vaud à la Confédération. Une plaque commémorative en leur honneur se trouve au Parc de l’Indépendance à Morges.
Enfin Philibert Muret (1913-2010), avocat, puis juge d’instruction cantonal en 1974 et propriétaire de « La Chaumière » y habita avec son épouse et leurs cinq enfants. L’un de ces derniers a mis beaucoup d’énergie et de goût dans la restauration récente de cette belle demeure.
Extrait du livre "Les belles maisons de Morges" Caroline Dey
Bibliographie