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En Europe, 18 Etats membres de l’Union ont déjà interdit la fessée. En France une députée propose une loi pour l’interdire dans le Code civil. L’infraction ne serait donc pas pénale. Qu’en penser?
Les partisans de l’abolition ont deux arguments majeurs:
- ne pas banaliser la violence dès l’enfance;
- freiner l’engrenage vers la maltraitance, voire dépister celle-ci plus tôt.
La fessée a pour objectif de sanctionner un comportement jugé inadéquat par les parents. A cet égard, elle préfigure les sanctions qui surviennent à l’âge adulte en cas de non-respect des lois qu’une société se donne. La sanction comporte évidemment une certaine violence. C’est le cas de toute forme de sanction. Une amende est une contrainte, une violence morale. La prison, la privation de liberté, est une violence physique.
La Suède est le premier pays qui a interdit la fessée. Elle a même donné aux enfants la possibilité de dénoncer légalement leurs parents. Un argument de fond pour justifier ces dispositions est que l’enfant n’appartient pas aux parents comme un objet dont on fait ce que l’on veut: l’enfant est une personne. Et l’on a introduit une égalité de droits entre les enfants et les parents sur ce sujet.
Un des slogans des abolitionnistes suédois est: «Pourquoi accepter la fessée sur les enfants? Acceptez-vous que l’homme batte sa femme?». Cet argument - évidemment misandre - est surprenant quand on sait que les maltraitances sur enfants sont causées environ deux fois plus par les mères que par les pères.
L’objectif est également de favoriser le dialogue, l’explication, la pédagogie en limitant la violence. L’intention est louable. Est-elle réaliste?
Il me semble que l’enfant apprend beaucoup par le corps. Grâce au toucher il apprend les limites physiques du monde et les relations. Par le toucher il identifie lui-même et l’autre, et des connexions entre neurones se créent ou s’activent. Le toucher est un élément fondamental du développement affectif et mental.
Les mots ne servent vraiment qu’à partir d’un certain niveau de maturation. Par exemple, on retient parfois brusquement un petit enfant qui va se brûler. On admet ici que la contrainte physique est légitime, et on ne va pas lui expliquer pendant 1/4 d’heure que le feu fait mal quand il en est à quelques centimètres. C’est donc l’intention du geste qui fait la différence.
Certains psychologues voient dans la fessée une connotation sexuelle, une humiliation, un abus. Il s’agit bien sûr d’un rapport de force: le plus fort physiquement pose par contrainte une limite au plus faible. Celui-ci apprend à craindre. On pourrait préférer la pédagogie, l’explication, au rapport de force. Mais quand on dit 20 fois non à un enfant et que celui-ci insiste à vouloir faire quelque chose qui n’est pas admis dans la loi de la famille, la contrainte physique est parfois le seul langage que l’enfant accepte ou comprenne.
Des anecdotes se racontent sur la Suède, et souvent celles d’enfants qui tapent sur les meubles, crient pour provoquer, frappent parfois leurs parents. Ceux-ci, par crainte d’être dénoncés à un juge, ne réagissent pas, parlent sans être entendus. L’autorité qui est supposée se fonder sur la valeur morale et la pédagogie n’en sort pas grandie.
On peut interdire la fessée. Ne devrait-on pas dans ce cas interdire également le haussement de la voix, qui est parfois tout aussi violent et empreint de menace? Punir un enfant en l’obligeant à rester dans sa chambre ou en le privant de quelque chose est aussi une violence et une contrainte physique: faut-il interdire cela sous prétexte de banalisation de la violence, puisqu’en l’occurrence il s’agit d’une forme de séquestration?
Le langage du corps, la lutte pour faire sa place passent entre autre par le corps. Les gamins qui se disputent l’apprennent très tôt. La sanction physique peut avoir la fonction de poser clairement une limite et de montrer à l’enfant qui a le pouvoir dans ses premières années. Parents et enfants ne sont pas égaux.
Toutefois, la sanction physique - si on l’admet - doit être très exceptionnelle et proportionnée. Elle peut se manifester par une tape sur la main, moins humiliante, ou en prenant physiquement l’enfant et en le maintenant par les bras pour l’immobiliser. Il ne s’agit pas d’amener l’enfant à un point de rupture, à une perte de confiance en lui et dans la relation avec ses parents.
L’attitude du parent devrait être maîtrisée afin de ne pas déborder sur la violence pure. Cela peut éviter la banalisation de la violence ou le glissement vers la maltraitance.
Mais on ne peut totalement supprimer la violence d’une relation éducative, car le simple fait de poser une limite ou un interdit est en soi déjà une violence et un acte de pouvoir.
PS: Hannibal Kadhafi a-t-il reçu des fessées quand il était petit? Avec un père qui n’a pas de limites, c’est peu probable. Un père qui punit la Suisse en exerçant une contrainte physique sur les otages depuis 16 mois...