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Le travail est là pour lhomme
«Le travail est là pour lhomme.» Que signifie ce principe? Lauteur cherche une réponse dans la Bible et dans la doctrinesociale de lEglise. Il en arrive à des vues très actuelles.
Lorsque je préparais mon doctorat,une personne de mon entourageme demanda ce que je faisais.«Je lis», lui répondis-je, après quoielle me demanda: «Et quel travail fais-tu?»
Ce bref dialogue peut servir à montrer comment nous abordons différemment, aujourdhui encore, le thème du «travail». Deux demandes de précisions se présentent ici: Lire est-il un travail? Je ne gagne pas dargent en lisant! Et, lire peut-il vraiment être du travail?
Valorisations différentes
Un regard sur lhistoire de notre région du monde, montre que lactivité humaine a été appréciée très différemment. Ainsi Aristote, déjà au 4e siècle avant Jésus-Christ, tenait pour importante toute activité humaine en vue dune vie heureuse. Cependant, il faisait une grande différence entre les activités des hommes libres et celles des classes inférieures et des esclaves.
Seulement Aristote parle ici du «travail» au sens dune mise en valeur des biens et des prestations de service. Les travaux sont des signes de choses nécessaires, et finalement, ils ne représentent aucunement la vie dans la vraie liberté. Cette dernière se manifeste seulement dans les activités des citoyens libres, à savoir sous trois formes: dans la jouissance comme niveau le plus inférieur, ensuite dans lengagement pour le bien commun, (la politique), et idéalement dans la philosophie, dans la contemplation de lesprit.
Même si les Romains, marqués par leur mode de vie centrée sur lagriculture, la plaçait parmi les arts libres et ainsi, équilibraient quel-que peu la vision grecque et aristotélicienne, la pensée chrétienne sur le travail demeura fortement influencée par cette double approche.
Pour Thomas dAquin, (13e siècle), la «Vie contemplative», qui comprend la vie orientée vers Dieu, la vie spirituelle, la piété et la prière, se range clairement au-dessus de la «Vita activa», qui désigne les activités tournées vers le monde. Même lidéal bénédictin «Ora et labora», (Prie et travaille), ne fut pas considéré partout de la mêmemanière. Cela se remarque par le fait quà lintérieur du monastère, frères moines et frères convers fonctionnaient comme une société à deux classes.
Vue biblique de léquivalence ...
Tandis que la Bible ne fait pas de telles différences et que dun point de vue biblique, aucune activité humaine nest supérieure à une autre. Luther critique le statut monastique, mais il se souvient que dans la compréhension du travail, il ne faut pas oublier le point de
vue biblique du travail. Dans tout travail, lhomme prend part à la création de ce monde avec Dieu.
Ainsi dans le travail se manifeste finalement, quelque chose de lhomme à limage de Dieu. Le travail est donc toujours une forme du «service divin». Cependant le caractère social appartient aussi au travail: lhomme y trouve des relations à ses semblables, aux animaux et au monde
... et aussi peine – et repos!
Pourtant les histoires bibliques sont empreintes de la réalité du quotidien. Le travail est pénible, très souvent ingrat, cest un combat. Peut-être que nous trouvons précisément ici, la raison qui explique que le travail ne peut remplir toute une vie. Peut-être, surtout pour nous, les gens daujourdhui, le travail, dans la perspective biblique, est essentiel à léquilibre. Il mène au repos, au sabbat. Pas de travail sans repos, mais aussi pas de repos sans travail.
Aujourdhui, le monde du travail, pour beaucoup, rappelle les temps du début de lindustrialisation. Une connaissance, qui travaille dans une banque, me racontait combien sont pesantes pour lui les prestations hebdomadaires. «Ne compter que des chiffres, mais jamais sur des hommes», pensait-il. Et au guichet du bureau de poste, je pouvais entendre: Il est interdit aux employés de sentretenir, de discuter avec les clients/-es, le chiffre daffaires en souffrirait!
Avec lindustrialisation, le travail devient «moteur» du progrès. Il devient nécessaire de répartir le travail. La performance reçoit, en lien aussi avec lindividualisation de la vie, une autre signification. Elle crée en fait du bien-être, mais conduit également à de nouvelles exclusions. Ainsi commence un processus daliénation entre lhomme et le travail, cest-à-dire: son produit comme conséquence dune répartition du travail renforcée. Lié au développement mondial du libéralisme, (capitalisme), et du marxisme, (socialisme), cela a conduit au 19e siècle à la «question sociale». Ce nest quà la fin du 19e siècle, en 1891, que réagit officiellement lEglise catholique romaine, sous le pontificat du Pape Léon XIII, avec lencyclique «Rerum novarum». Pour elle, ni le capitalisme, qui aimerait laisser aux seules forces du marché la régulation de la société, ni le socialisme, sensé maîtriser les problèmes sociaux par la victoire sur la propriété privée et par la lutte des classes, ne résoudront les problèmes.
Travail et capital vont de pair
Travail et capital dépendent lun de lautre. Il en va de même pour ceux qui créent le travail et ceux qui travaillent. Qui ne recherche que ses propres intérêts nuit à la vie commune. Il est extrêmement important que lhomme lui-même demeure au centre de tous les efforts sociaux. Léconomie est pour lhomme, et non linverse.
Temps de travail, temps de repos, tout comme le travail des femmes et des enfants doivent être réglés pour être au service du travailleur et des familles. Cette approche humaine doit se répercuter directement sur le niveau des salaires. Le salaire doit pouvoir entretenir une famille. Cest ce que le Pape Jean-Paul II dira ensuite très nettement du travail, en 1981, dans son encyclique «Laborem exercens»: «Le travail humain rejoint le sens de la vie.»
Réalisation de soi-même
Le travail a un côté «objectif». Lhomme sy trouve en relation avec la technique et la nature, il apporte quelque chose, améliore la technique et lui est utile pour lallègement du travail.
Mais dans le travail, lhomme est toujours aussi sujet. Dans le travail, il se retrouve lui-même comme homme et, à travers le travail, il expérimente quelque chose dimportant pour le sens de sa propre vie. Le travail est plus que de la marchandise. Dans leurs activités, les travailleurs doivent éprouver plus quune simple maîtrise du quotidien et de la production de subsistance. Ainsi, on souligne que chaque profession pose aussi toujours la question de la vocation, une question à laquelle est donnée une réponse particulière lorsque des hommes, malgré de meilleurs salaires, expriment de linsatisfaction.
Toute activité est travail
Ces qualités concernent non seulement le travail salarié, mais aussi toute activité humaine doit être également considérée comme du travail. Les hommes sont donc en toute activité, à la fois des chercheurs et des découvreurs de sens, donc doivent aussi être reconnuscomme tels. Ce point nest pas insignifiant. Car nous avons encore aujourdhui beaucoup de peine à apprécier dans notre société, le travail domestique et familial, ainsi que les activités bénévoles. Et le travail non salarié demande une reconnaissance officielle. Cela est visible dans le contexte du chômage. Ce nest pas par hasard que le Pape Benoît XVI, dans sa récente encyclique: «Caritas in veritate», (2009), exige que lon combatte le chômage, pour démontrer ainsi que lhomme est vraiment au centre des efforts sociaux.
Ensemble pour les droits au travail
Dans le travail se trouve non seulement la recherche individuelle de sens, mais aussi le partage et la relation avec les autres hommes, ainsi quavec la nature. Chaque travail apporte une contribution au bien de tous, donc ne peut pas être considéré de manière isolée.
Pour que lhomme demeure au centre du travail, il faut faire des efforts. Car le capital et la recherche du profit ne peuvent pas lobtenir par eux-mêmes. Précisément, à la vue des développements en ce début de 21e siècle, lencyclique «Caritas in veritate» se souvient de la force des associations de travailleurs et de lengagement solidaire pour lobtention de conditions de travail justes et dignes pour lhomme.
Que ces appels, formulés il y a déjà 120 ans, ont été entendus, les règlements de lOrganisation Internationale du Travail et de lONU le montrent. Les discussions politiques actuelles montrent clairement que des sécurités sociales doivent être constamment recherchées, développées et améliorées.
De nouvelles dimensions
La doctrine sociale de lÉglise catholique a, jusquà ce jour, compris pour lessentiel, que le travail entretient un lien étroit avec le capital et la société industrielle; on voit maintenant clairement que les développements du marché financier, détachés des conditions réelles de léconomie et du travail, dominent le monde du travail. Quà la lecture de «Rerum novarum», (1891), nous ayons un peu limpression de lire une description des conditions actuelles, montre quon doit toujours réfléchir à ce que signifie concrètement: Le travail est pour lhomme et non linverse!
Thomas Wallimann-Sasaki, Dr. theol., Professeur déthique sociale,
directeur de lInstitut social suisse KAB, Zürich
Propos de table?
WLu. Au début des années 1980, les Capucins de Suisse alémanique ont organisé une semaine interne de formation sur le travail, léconomie et la politique. Parmi les intervenants, il y avait un industriel du textile, membre de lUnion des entrepreneurs chrétiens. Il déclara que lEglise devait se garder de répandre des paroles superfici lles. Ainsi, lAction de Carême a cité dans son agenda, le propos de table suivant: «Le travail a priorité sur le capital». On aurait dû ajouter quil sagissait dune déclaration du Pape Jean-Paul II, tirée de son encyclique «Labor exercens».
Sozialinstitut KAB
LInstitut social KAB, (Mouvement suisse des employés catholiques), soutient les femmes et les hommes de lEglise, de léconomie et de la politique, dans leur recherche de décisions éthiques et responsables, dans le contexte du travail et du monde du travail. Orienté par limage biblique et chrétienne de lhomme, il invite à la réflexion et aide à la formation du jugement.