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Les Territoires palestiniens occupés représentent l’un des bénéficiaires de l’aide internationale les plus importants au monde, alors que leurs ressources naturelles représentent des milliards de dollars ensevelis sous l’eau et sous la terre. Mais alors, pourquoi continuer d’assister un des pays les plus dépendants au lieu de soutenir un développement économique pouvant se nourrir de l’exploitation de ses matières premières?
Les médias européens en parlent encore peu, mais la bande de Gaza est riche en gaz naturel. Deux champs gaziers ont été découverts par l’entreprise anglaise British Gas en 2000. Les premiers forages effectués en septembre de la même année attestèrent de la qualité du gaz et estimèrent sa contenance à plusieurs milliards de mètres cubes, de quoi fournir tous les territoires palestiniens tout en en exportant une partie1. Yasser Arafat, alors président de l’Autorité palestinienne (AP) annonça fièrement la bonne nouvelle et prédit un développement économique palestinien qui soutiendrait la construction d’un Etat indépendant.
Mais les espoirs sont restés vains. Les quelque dix années de discussions en vue de l’exploitation des champs gaziers entre l’Autorité palestinienne, les gouvernements israéliens successifs et British Gas n’ont pas porté leurs fruits et les champs n’ont jamais été développés. Des raisons politiques se sont invitées à la table des négociations. Les restrictions territoriales imposées à l’espace maritime palestinien se sont succédées dès le déclenchement de la deuxième intifada et ont réduit cet espace à 3miles nautiques (5,5 km; la zone maritime ayant été fixée à 20 miles nautiques (32 km) dans le cadre des Accords d’Oslo en 1995)2. Les champs sont situés à environ 30kilomètres des côtes et sont aujourd’hui inaccessibles aux Palestiniens.
Peu après, Israël s’est également découvert une manne gazière dans ses propres eaux, bien que la territorialité de certains gisements soit contestée: un champ s’étendrait dans les eaux palestiniennes et le Liban a officiellement revendiqué la territorialité des gisements situés dans les eaux partagées par les deux Etats. Israël exploite une partie de son gaz et la future exploitation des champs découverts en 2010, notamment le gisement Leviathan qui représente la plus grande découverte mondiale en 20103, promet au pays la sécurité énergétique tout en le propulsant au rang d’exportateur.
Tandis que des matières sont exploitées et d’autres non, la rue palestinienne se soulève actuellement contre la hausse des prix du carburant et pour la modification des Accords de Paris. Ces accords signés par l’AP en 1994 rendent l’économie palestinienne captive de l’économie israélienne, imposant d’importantes restrictions quant à l’import/export. Israël est par exemple le principal fournisseur de gaz et de pétrole. Pour survivre sans grande possibilité de développement économique, les Palestiniens ont donc besoin d’aide.
Depuis peu, on commence à s’interroger sur les bienfaits de l’aide internationale en Palestine, question qui se pose de manière globale. Cette aide permet-elle vraiment un développement économique et social ou n’est-elle là que pour empêcher une catastrophe humaine tout en maintenant le système d’occupation? La Suisse a versé un peu plus de 20 millions de francs4 d’aide en 2011 et les Etats-Unis environ 600 millions de dollars5 dans les secteurs économique, sécuritaire ou humanitaire. Or, l’aide internationale répond à la crise humaine et sociale mais ne soutient pas un développement économique qui nécessite l’exercice de pressions politiques. Elle n’engrange pas une productivité qui permettrait de sortir de la dépendance. Dans ce contexte, l’aide achète une relative paix sociale. Selon la quatrième Convention de Genève, la puissance occupante est chargée de «l’approvisionnement de la population en vivres et en produits médicaux». Dans le cas palestinien, les aides étrangères répondent en grande partie à ce ravitaillement. En se substituant aux devoirs de la puissance occupante, elles allègent la charge économique liée à l’occupation.
Le dernier rapport de l’ONU sur Gaza (2012) annonce que la bande sera invivable en 2020. Quant à la Banque mondiale, son rapport de septembre 2012 alerte les bailleurs de fonds sur les risques de la crise financière palestinienne à venir. Son rapport souligne également que le soutien financier international ne favorisera pas la croissance économique qui nécessite l’exploitation des ressources naturelles. Or celles-ci reposent pour la plupart dans la zoneC, qui englobe 60% des territoires palestiniens et qui sont sous un total contrôle israélien.
Dans ce contexte, faudra-t-il injecter plus d’argent pour répondre à la crise? Faudra-t-il importer plus d’électricité à Israël et à l’Egypte en raison de l’augmentation de la population? Tout cela alors que, rappelons-le, la bande de Gaza dispose de réserves en gaz capables de conduire à l’autosuffisance de tous les territoires.
* Article écrit sur la base de son mémoire de master en études du développement à l’IHEID, Genève, sous la direction du Riccardo Bocco, juin 2011.
1 British Gas-group, www.bg-group.com/InvestorRelations/Reports/db2009/Pages/default.aspx
2 Israeli-Palestinian Interim Agreement on the West Bank and the Gaza Strip, Washington, D.C., 28.11.1995.
3 Economides, Michael, «Natural Gas: Changing the the Geopolitics of Eastern Mediterranean and Beyond», Energy Tribune, 05.01.2011
4 Direction du Développement et de la Coopération suisse, www.deza.admin.ch/fr/Accueil/Pays/Proche_et_Moyen_Orient/Gaza_et_Cisjordanie
5 Congressional Research Service, www.fas.org/sgp/crs/mideast/RS22967.pdf