Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06867.jsonl.gz/1381

Vendredi soir, dans une Migros (supermarché suisse) bondée (pensez donc, il y avait des points fidélité x 10 ce jour-là), poussant mon chariot avec résignation, j'ai vu une jeune femme, visiblement très concernée par ses achats, se tourner vers son mari (on fait rarement ses courses avec son amant), une salade frisée dans la main droite, une salade batavia dans la main gauche, demander "alors, on prend une frisée, ça nous changerait, non ?"
Lui, la mine un peu renfrognée, de toute évidence à des années lumières de ce genre de préoccupations mais faisant bon coeur contre mauvaise fortune, a abondé dans son sens avec le sourire.
Et là, j'ai ressenti comme une immense bouffée d'amour pour vous, Messieurs, parce que soudainement, j'ai repensé à toutes ces petites et grandes choses que vous faites pour nous. Tous les jours.
Ca commence très jeune, ces choses. La première, c'est vers l'âge de quatre ans, lorsque vous tentez de comprendre en quoi habiller et bercer une petite poupée, la promener dans une poussette rose à volants blancs peut présenter le moindre intérêt, alors que votre vélo dort contre un mur et que votre déguisement de pirate est caché dans une malle parce qu'il fait peur à Anaïs.
Ensuite, vers sept ans, parce que Charlotte n'aime pas grimper aux arbres, vous passez des heures dans le bac à sable, sans lancer de sable justement, rien que pour être avec elle, tandis que vos copains tapent ou dans un ballon ou sur un autre petit copain, art dans lequel vous excellez pourtant, au grand désespoir de votre mère.
Plus âgés, vous faites des "sacrifices" plus hallucinants encore.
Ainsi, vous vous retrouvez, à quatorze ans, à regarder avec Julie des films "de filles" au cinéma, genre la Boum alors que le retour des morts vivants vous aurait tellement plu. Sauf qu'il aurait alors été totalement vain d'envisager de passer votre bras autour des épaules de ladite Julie...
A vingt ans, exclu, aucune femme ne vous fera renoncer à vos séances d'entraînement de foot. N'empêche, vous allez quand même à la représentation de Sandrine et son groupe de "modern dance". Pourtant, au milieu de ces demoiselles en collants, vous vous sentez comme un pingouin en tutu...
Et un jour, paf, à vingt quatre ans, vous croisez le regard de Marianne et là.... Et là, vous jetez votre collection de chopes de bière parce qu'elle trouve que c'est "moche" et qu'elle aimerait mettre là des plantes vertes, vous baissez la lunette des toilettes, vous fermez le tube de dentifrice, vous faites de la place dans vos placards et mettez même, trois ans plus tard, son nom sous le vôtre sur la sonnette alors que vous savez que vous allez devoir écouter Mylène Farmer au petit déjeuner !
Parfois, son "nom sous la sonnette" entraîne la discussion "tu sais, j'aimerais tellement porter une belle robe, avoir un magnifique bouquet de roses, inviter tous mes amis dans un chateau et partir aux Maldives en voyage" alors que vous, "spontanément", échaudé d'avoir vu les assiette voler entre vos parents et les belles-mères défiler après le divorce, craignez davantage l'officier d'état civil et le curé ou le pasteur que la peste et le choléra réunis.
Dans la foulée, vous acceptez parfois de faire un enfant, même d'aller à de mortels cours de préparation, tout cela pour voir, en format quasi mondial sur l'écran, l'utérus d'une femme et passer ensuite à la visite de la salle d'accouchement : la vision des étriers vous a poursuivis durant des mois... au moins neuf.... au cours desquels, connaissant Chloé, vous savez que le choix du prénom va être un exercice pas simple : elle va plomber le budget à acheter "10'000 prénoms", "un nom pour la vie", "la signification des prénoms", "la quote des prénoms depuis 1900" alors qu'il y a tout sur internet, dont elle n'aime pas se servir malgré vos patientes explications !
Par la suite, vous vendez votre moto parce que Patricia a peur d'un accident, vous déclinez l'invitation de vos potes à aller suivre une course de F1 pour qu'elle puisse, le même week-end, suivre un stage sur les huiles essentielles; vous faites des photos de votre puce déguisée en Belle au Bois dormant lors du spectacle de fin d'année malgré votre grippe et la fièvre qui l'accompagne, vous encouragez votre fiston depuis le bord du terrain, un samedi de pluie, malgré la tonne de dossiers en retard sur votre bureau.
Vous vous mettez au nordic walking, d'une part parce que votre médecin s'inquiète de votre taux de choléstérol, d'autre part parce que Eve-Marie adore les ballades dans le Jura. Vous acceptez de suivre Sylvie dans une "shopping session" parce qu'elle a envie d'avoir votre "avis" sur les 17 pantalons qu'elle va essayer, alors que vous rêvez de la voir porter plus souvent des jupes. Et lorsque vous la voyez se retourner sur votre collègue au motif qu'il est si élégant "pas comme toi avec ton éternel jeans-pull", vous allez demander des conseils vestimentaires en douce à votre soeur. J'ai même vu un hommes, à 45 ans, jeter son slip fétiche parce que l'élue de son coeur le trouvait peu seyant...
Bien sûr, certains exemples sont à la limite de la caricature et ont le "tort" d'être uniquement hétérosexuels parce que je le suis. N'empêche, que ce soit pour Chantal ou pour Pascal, vous en faites des choses, par amour. Et aujourd'hui, parce que nous ne vous le disons pas assez souvent, j'ai envie de l'écrire ici : "Messieurs, vraiment, vous êtes géniaux, merci !" Dommage parfois que nous ne puissions pas nous empêcher de vous reprocher "mais alors, puisque tu m'aimes, pourquoi tu le dis pas ?"
Les mots seraient-ils donc plus importants que les actes ?