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L’entreprise Frigaz a construit le réseau de gaz naturel actuel. Elle a été fondée en 1979 et elle appartenait à la Ville de Fribourg, aux EEF (Entreprises électriques fribourgeoises – prédécesseurs de Groupe E), à la Banque de l’Etat de Fribourg (aujourd’hui BCF) et à la Chambre du commerce de Fribourg. Les premières constructions datent des années 80. Le réseau a ensuite été étendu. En effet, au début des années 90, la réalisation de l’autoroute A1 en direction de Payerne fut l’occasion de se développer dans cette région. En 2004, son déploiement s’est poursuivi en direction de Guin et Romont. Globalement, le début des années 2000 a été une période d’expansion significative pour le réseau de gaz naturel. Entre 2004 et 2016, sa longueur est passée de 200 km à environ 600 km. En comparaison avec les autres régions de Suisse, cette extension est intervenue relativement tard. Depuis ce moment-là, nous avons fortement freiné nos investissements dans le domaine du gaz. En effet, nous ne nous engageons pratiquement plus dans de nouveaux réseaux gaziers et le faisons de manière réduite dans la densification. Actuellement, nous plaçons dix fois plus de capitaux dans les réseaux de chauffage à distance que dans la distribution de gaz.
«Une fusion entre Frigaz et les activités CAD de Groupe E a permis l’exploitation de toutes les synergies pour proposer des solutions globales à nos clients.»
Groupe E Celsius a été fondée en décembre 2015. Sa création a permis de regrouper les activités de Frigaz et les activités thermiques de Groupe E. Actuellement, Groupe E Celsius vend et exploite les deux produits (gaz et chaleur). Cette fusion a permis l’exploitation de toutes les synergies pour proposer des solutions globales à nos clients. Il aurait été difficile pour Frigaz de poursuivre le développement de son activité dans le contexte énergétique actuel, alors que Groupe E Celsius poursuit sa croissance. En effet, nous comptabilisons 3 millions de francs suisses par an en terme d’investissement dans le domaine du gaz et plus de 30 millions dans le domaine du CAD. Groupe E Celsius exploite à ce jour 49 installations de chauffage à distance et un réseau de gaz de 614 km. Elle distribue plus de 1 TWh de gaz naturel par an.
Il existe une différence entre les cantons de Fribourg et Vaud. Le Service de l’énergie de Fribourg souhaite mettre en œuvre rapidement les prescriptions du MoPEC (Modèle de prescriptions énergétiques des cantons). Il exige également une planification systématique de l’énergie par les municipalités. Dans l’ensemble, sa politique est assez restrictive en ce qui concerne le développement de réseaux gaziers. La tendance est la même dans le canton de Vaud avec cependant un rythme moins soutenu.
À chaque projet d’extension en terre fribourgeoise, le Service de l’énergie du Canton examine attentivement notre demande. Il peut s’y opposer dans le cas où une alternative est en ligne avec les prescriptions environnementales. Toutefois, il nous est toujours possible de densifier nos réseaux si le plan des énergies de la commune l’autorise et si le projet est rationnel d’un point de vue économique. Par ailleurs, une nouvelle loi sur l’énergie, exigeant entre autre une part importante de renouvelable, est actuellement en discussion au sein du Grand Conseil fribourgeois. Bien que celle-ci soit toujours en cours d’élaboration, elle est déjà appliquée. Il y a effectivement une forte volonté de la part du Canton dans ce sens, ce que nous comprenons parfaitement. Même si cette politique est restrictive du point de vue du développement gazier, elle nous permet en revanche de mettre en place des réseaux de chauffage à distance. Groupe E Celsius applique les mêmes principes dans le canton de Vaud, bien que les exigences y soient moins contraignantes. Pour répondre brièvement à votre question: les effets se font clairement ressentir au niveau des investissements. Tel que mentionné précédemment, Groupe E Celsius investit aujourd’hui 10 fois plus dans des réseaux de chauffage à distance que dans le gaz.
Tout d’abord, je tiens à préciser que nous parlons du gaz en tant qu’énergie de transition uniquement quant à son utilisation pour de la production de chaleur. Concernant le processus, nous supposons que le gaz continuera à être utilisé. Pour remplacer le gaz naturel à terme, il existe plusieurs alternatives comme le bois, les pompes à chaleur ou encore la récupération de chaleur par des usines d’incinération. Ainsi, les moyens permettant de remplacer sur le long terme le gaz existent. Je n’ai pas mentionné la cogénération. En effet, le canton de Fribourg ne considère plus cette solution comme un moyen de produire de l’énergie de manière renouvelable.
«Même si la politique cantonale est restrictive en ce qui concerne nos développements gaziers, elle nous permet toutefois de mettre en place des réseaux de chauffage à distance.»
Nous visons un amortissement de notre réseau de gaz d’ici à 2050 afin d’être en ligne avec la Stratégie énergétique. Par conséquent, nous investissons actuellement très peu dans le domaine du gaz afin de pouvoir rentabiliser notre réseau jusqu’en 2050. Dans certains cas, nous pourrions procéder ces prochaines années à des démantèlements ciblés et limités de notre réseau de gaz. Toutefois, nous pouvons imaginer qu’à l’avenir ce dernier soit utilisé à bons escients.
Encore une fois, je ne dis pas qu’il n’y aura plus du tout d’utilisation de gaz d’ici à 2050. En plus du processus, il y aura probablement des lieux pour lesquels il n’existera pas de meilleures solutions. À cet égard, je voudrais citer l’exemple de la ville de Gruyère. Au centre historique, nous ne pouvons pas utiliser une autre énergie que le gaz à l’exception du mazout qui a un impact environnemental et climatique significatif. De plus, il n’y a pas la possibilité de réaliser un réseau CAD économiquement supportable dans le centre historique. Dans ce cas précis, le gaz représente ainsi la solution la plus raisonnable. Sur le long terme, nous souhaitons proposer du biogaz à Gruyère. À noter qu’il s’agit de notre plus récent développement dans le domaine gazier.
Nous produisons du biogaz à la Station d’épuration de Fribourg. Cette production représente 1% du volume distribué. À l’heure actuelle, nous disposons de suffisamment d’énergie pour répondre à la demande de nos clients. De plus, nous n’avons actuellement pas le potentiel pour augmenter la quantité produite. À mon avis, il existe une autre technologie tout aussi intéressante: la production de gaz synthétique comme l’hydrogène ou le méthane synthétique. Avec la mise en place de la Stratégie énergétique 2050 et le fort développement du photovoltaïque, nous constaterons un important surplus d’électricité renouvelable en été et un manque significatif en hiver. Ceci représente un réel défi à relever. La technologie power-to-gas me semble être un moyen approprié pour y remédier. L’objectif est de stocker l’énergie de manière saisonnière. Cette approche permettrait d’utiliser l’excédent d’électricité en été. Aujourd’hui, nous parlons de projets dans le domaine de l’hydrogène. Notons que le développement du photovoltaïque est très important sur le réseau électrique de Groupe E. En effet, la puissance installée y est la plus élevée de Suisse. Celle-ci correspond à un peu plus de 5 % de l’électricité totale consommée dans notre zone de desserte et elle augmente constamment. Avec le développement dans le domaine du photovoltaïque, nous disposerons un jour d’une énergie très bon marché en été qui nous permettra de produire du gaz pouvant être utilisé quelques mois plus tard.
En fait, nous ne développons pas les deux réseaux parallèlement. Nous étendons le CAD dans les zones à haute densité énergétique. En ce qui concerne le gaz, son approvisionnement est limité aux zones plus périphériques ou lorsqu’il y a un besoin en gaz pour du processus. Cette volonté signifie que le CAD remplacera le réseau de gaz dans les centres et que l’approvisionnement en gaz se poursuivra dans les zones périphériques. À moyen terme, nous nous attendons à l’obligation de remplacer le gaz dans ces zones par des solutions renouvelables. Si le gaz naturel doit être substitué par de l’énergie renouvelable dans les zones périphériques à faible densité énergétique, le CAD ne sera certainement pas utilisé. D’autres solutions, comme des pompes à chaleur ou des chauffages à pellets individuels, seront réalisées.
«L’une des réponses aux défis que nous aurons en été avec les excédents d’électricité photovoltaïque pourrait être la production de gaz, soit du méthane, soit de l’hydrogène.»
Le gaz est utilisé dans nos installations CAD. Il joue un double rôle: il est utilisé pour couvrir les pointes de consommation et assurer la sécurité de l’approvisionnement. Aujourd’hui, la plupart de nos installations fonctionne au bois avec un appoint au gaz. Cet ajout représente peu d’énergie durant l’année. Toutefois, il nous permet de couvrir les quelques fortes demandes et il fournit une redondance nécessaire. Nous disposons également de quelques centrales de cogénération au gaz mais elles sont progressivement remplacées par des centrales thermiques à bois ou par d’importantes pompes à chaleur permettant aussi la production de froid.
Bien entendu, Groupe E Celsius opère déjà à petite échelle un couplage entre deux réseaux, à savoir les réseaux de gaz et de CAD, en utilisant du gaz pour générer de la chaleur pour le CAD ou pour de la cogénération. Cependant, les développements dans le domaine de la convergence des réseaux concernent aujourd’hui le power-to-gas. Comme indiqué précédemment, il constitue l’une des réponses aux difficultés que nous aurons en été avec les excédents d’électricité photovoltaïque. Nous pourrions ainsi produire du gaz de synthèse (méthane ou hydrogène). Nous pouvons imaginer à futur un réseau de gaz naturel pouvant se développer davantage. Nous pouvons imaginer l’utiliser pour distribuer un autre fluide ou adjoindre de l’hydrogène au gaz naturel, ce qui est déjà partiellement possible aujourd’hui. Cependant, à court terme, nous ne considérons pas le power-to-gas comme une solution directement rentable. À l’avenir, en cas de surplus d’énergie renouvelable en été, la production de méthane ou d’hydrogène permettrait un stockage pour une production d’électricité ou de chaleur en hiver.
Je voudrais mentionner en particulier le domaine des normes. D’une manière générale, il n’existe actuellement aucune norme se référant au démantèlement d’un réseau gazier. Est-ce mieux de le conserver? Dans ce cas, a-t-il besoin d’entretien? Comment le démanteler? Ce sont des questions auxquelles nous cherchons de plus en plus de réponses. En tout état de cause, une telle norme ne devrait pas seulement prendre en compte les questions techniques mais aussi les aspects économiques.
Une deuxième demande adressée à la SSIGE ne concerne pas le gaz mais le chauffage à distance. Nous souhaitons une coopération constructive entre la SSIGE et l’ASCAD (Association suisse du chauffage à distance) afin qu’elles puissent chercher ensemble les meilleures solutions. En aucun cas, il ne devrait y avoir de normes «concurrentes» contenant des prescriptions differentes.
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