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RÉDACTION | RENATE MENZI
CURATRICE DE LA DESIGNSAMMLUNG ET CO-CURATRICE DE L’EXPOSITION IDEALES WOHNEN, MUSEUM FÜR GESTALTUNG, ZURICH
Après ses études au Bauhaus à Dessau et à Berlin, Hans Bellmann a travaillé d’abord chez Ludwig Mies van der Rohe. En 1934, il est rentré en Suisse pour y enseigner, parallèlement à ses activités indépendantes d’architecte et de designer industriel. De 1948 à 1955, il a ainsi exercé à l’école des arts appliqués (Kunstgewerbeschule) de Zurich, puis, sur invitation de Max Bill, à la Haute École de design (Hochschule für Gestaltung) d’Ulm et en 1958-1959, á l’école des Métiers (Allgemeine Gewerbeschule) de Bâle. A Zurich, Bellmann n’enseignait qu’aux cours préparatoires, malgré la réputation qu’il s’était déjà créée en tant que designer de séries de meubles-type et grâce aux annêes passées chez Wohnbedarf AG à Zurich. Sa Kolonialtisch (“ table coloniale“) et son Stabstützenregal (“rayonnage tendu entre le sol et le plafond “) avaient déjà été largement remarqués à cette époque. Dans ses cours, Bellmann transmettait aux élèves des thèmes de l’enseignement du Bauhaus qu’il connaissait de par son expérience personnelle. En 1931, il avait en effet été le plus jeune étudiant du Bauhaus de Dessau. Il y avait appris les bases de la conception auprès de Josef Albers. Il faisait donc faire à ses élèves des exercices pratiques de création de formes pour éveiller leur sens plastique. " Chaque élève, quelle que soit son orientation professionnelle future, doit être en mesure de créer un objet d’une forme géométrique simple “. Pour ses élèves zurichois, Hans Bellmann était un adepte passionné de la pédagogie d’Albers. Ce sont surtout leurs travaux tridimensionnels en papier ou en fil de fer qui rappellent les études de matériaux de l’enseignement de Josef Albers. C’est Albers qui avait repris, en 1928, la direction des cours préparatoires du Bauhaus. Aux États-Unis, il avait introduit les méthodes du Bauhaus d’abord au Black Mountain College et plus tard à Yale. Bellmann et Albers doivent avoir été amis, car ils ont entretenu une correspondance régulière et confidentielle pendant des années.
Il aurait été intéressant d’examiner de près quels ont été les effets de l’enseignement du Bauhaus sur les activités ultèrieures de projeteur de Bellmann. Ses meubles, élégants et conformes à l’esprit de leur époque, ne sont pas seulement dessinés avec soin et bien proportionnés, mais on y trouve aussi des innovations techniques. Ainsi, il a développé entre 1955 et 1961, en collaboration avec la société Strässle Söhne AG à Kilchberg (SG), la collection Sitwell aux premières coques en polyester fabriquées industriellement en Europe. On trouve également les traces de l’enseignement du Bauhaus dans la démarche architecturale de Bellmann – c’est le cas dans la relation qu’il institue entre l’architecture et les ameublements intérieurs et de sa sensibilité particulière aux couleurs. Contrairement à l’allure avant-gardiste des objets sortis des ateliers du Bauhaus, pour Bellmann, la praticabilité et l’habitabilité de ses créations étaient des critères prioritaires. Il a toujours réussi à réaliser le credo du Werkbund de la “ belle forme “, en réunissant les propriétés de fonction et de forme des objets du quotidien, tels que le lavabo intemporel Carina et la chaise démontable Einpunktstuhl ( “Chaise à un point “ – 1951). Ces objets sont restés des exemples phare de la beauté tranquille du design suisse.