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J’exposais rapidement dans mon précédent billet quelques idées sur l’égalité, dans quelques domaines réalistes et dans les limites du concept. J’aborde ici les inégalités.
Mais qu’est-ce que l’égalité?
Deux pommes égalent deux pommes. Du moins en tant que genre. Il peut y avoir deux pommes identiques en variété mais pas en poids ni en répartition de leurs couleurs. Une pomme n’égale pas une poire.
Je cite ici l’intéressante définition du dictionnaire Toupie de la politique:
«L'égalité est l'état, la qualité de deux choses égales ou ayant une caractéristique identique (égalité d'âge, de taille ...). Pour l'être humain, l'égalité est le principe qui fait que les hommes doivent être traités de la même manière, avec la même dignité, qu'ils disposent des mêmes droits et sont soumis aux mêmes devoirs.
On peut distinguer diverses formes d'égalité :
- L'égalité morale portant sur la dignité, le respect, la liberté. Elle considérée comme étant au-dessus de toutes les autres formes d'égalité.
- L'égalité civique, c'est-à-dire devant la loi, par opposition aux régimes des privilèges.
- L'égalité sociale qui cherche à égaliser les moyens ou les conditions d'existence.
- L'égalité politique (par rapport au gouvernement de la cité).
- L'égalité des chances mise en avant par le libéralisme.
On peut définir l'égalité de plusieurs manières, notamment pour la répartition des biens matériels ou des ressources financières.
- chacun a la même chose ("justice commutative") ;
- chacun selon ses besoins (Aristote) ;
- chacun selon son mérite»
Est-elle réaliste?
Je pense que l’on a ici une bonne définition de ce qu’est l’égalité. Certains aspects sont les plus fondamentaux: l’égalité morale d’abord, de laquelle le reste découle, et civique ensuite. Ils sont le socle même de la notion d’égalité.
Pour les autres aspects ils sont sujets à des variations naturelles ou politiques. L’égalité sociale, qui cherche à égaliser les moyens ou les conditions d’existence, dépend étroitement du système politico-économique. Pour aboutir à une totale égalité sociale il faudrait partager intégralement les bénéfices de la production économique et niveler les riches et les pauvres. Celui qui par son travail produit plus que les autres ne gagnera pas plus. A moins d’un altruisme exceptionnel je ne vois pas d’enrichissement collectif dans ce système, outre le fait qu’il devrait être imposé par la force. Plus personne n’aura de raison de travailler plus. Le nivellement par le bas ne saurait être source de prospérité.
L’égalité politique est subséquente à l’égalité civique. Toutefois elle peut subir des variations que personne ne conteste. Par exemple, un enfant n’a pas les mêmes droits qu’un adulte. Personne ne le conteste. Un homme politique peut être privé d’éligibilité, ce qui fait de lui un citoyen de seconde zone. Et pour les condamnés à la privation globale des droits civiques ou les personnes mises sous tutelle, ils n’ont quasiment plus d’existence. On voit bien dans les faits que l’égalité est une notion adaptable et non absolue.
L’égalité des chance est un voeu légitime mais pieu: les conditions entre la ville et la campagne, entre un continent et un autre, rendent aléatoire cette égalité vers laquelle il faut pourtant tendre.
On peut citer encore de nombreuses différences qui relativisent l’égalité: les différences biologiques, les handicaps, le degré de résistance aux maladies (certaines personne coûtent beaucoup aux assurances, d’autres peu), les différences entre hommes et femmes (taille, masse musculaire, hormones). Toutes ces différences produisent à certaines conditions et dans certains domaines des inégalités de fait qui ne sauraient être aplanies par une quelconque loi.
Les recettes qui visent à établir l’égalité ont en général comme moyen une contrainte. Qu’il s’agisse de réduire ou d’annuler les différences salariales, ou d’établir une discrimination positive, ou qu’il s’agisse d’indifférencier les genres sexués, on va en droite ligne vers une conception imposée par un groupe politique, un lobby culturel ou scientifique.
Toutefois, au nom de la cohésion sociale d’un pays, il est nécessaire de gérer les différences pour éviter d’en arriver à une société dressée contre elle-même. Ainsi les impôts moins élevés pour les populations les plus pauvres sont une nécessité. Ainsi l'espace public est encadré par certaines contraintes de comportement afins que chacun y trouve sa place. L’égalité passe par une forme de régulation des différences.
Il n’y a pas lieu pour autant de considérer que les différences sont en soi une mauvaise chose. Un riche n’est pas un salaud parce qu’il est riche. Recherchons les différences, cultivons-les, respectons-les. Ce qui suppose une société adulte et responsable, voire sage. Tendons vers l’égalité dans ce qu’elle a de réaliste mais n’en faisons pas un dogme absolu ou une étendard. On ne peut en son nom faire tout et n’importe quoi. Acceptons les différences et gérons-les. Toute autre voie ne mène qu’à 1984 et Big Brother - ou Big Mother.
PS: 18 mois de rétention pour les otages suisses en Libye. Nous pensons à eux.