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À propos de l’article : Flores Alvez Dos Santos J, Krack P, Momjan S, Bondolfi G, Et Mallet L. Trouble Obsessionnel Compulsif Et Stimulation Cérébrale Profonde, Un Futur Si Proche.
Rev Med Suisse 2018;14:327-30.
En 1909 Sigmund Freud, au départ neurologue avant d’inventer la psychanalyse, avait publié « Notes sur un cas de névrose obsessionnelle ».1 Il écrit : « Le traitement de ce cas avait duré environ une année », le considérant comme un cas assez grave, et « …il aboutit au rétablissement complet de la personnalité et à la disparition des inhibitions du patient ». L’analyse du sens de ses différentes pensées obsédantes et de certains rituels obsessionnels avait permis de les faire cesser
À propos de l’article : flores alvez dos Santos J, Krack p, Momjan s, Bondolfi g, et Mallet l. Trouble obsessionnel compulsif et stimulation cerebrale profonde, un futur si proche.
Au cours des années 1990, j’eus en analyse un jeune homme bloqué dans l’écriture de sa thèse de doctorat par l’apparition de pensées obsédantes qui l’obligeaient à relire et relire encore un paragraphe jusqu’à ce qu’elles ne surgissent pas avant de pouvoir continuer : elles signifiaient une violente attaque de proches aimés et lui étaient insupportables ; il me quitta environ après quatre ans, quand, sa thèse achevée, il obtint une bourse pour un autre pays.
En février 2018, la Revue Médicale Suisse (RMS) a publié un article intitulé : « Trouble obsessionnel compulsif et stimulation cérébrale profonde, un futur si proche »,2 décrit par les auteurs comme une maladie psychiatrique fréquente et invalidante. L’espoir était émis que dans les cas où ni la thérapie (la TTC) ni les médicaments ne parvenaient à en libérer les patients, on pourrait bientôt recourir à une stimulation cérébrale profonde : « …un traitement chirurgical invasif non lésionnel et réversible, consistant en l’implantation d’électrodes dans des régions délimitées du cerveau…» qui pourrait le faire. On passerait ainsi d’une découverte du sens caché du langage et de l’importance des affects qui implique beaucoup de temps à passer pour le patient avec son psychanalyste à une intervention sans relation.
En effet, pour un grand nombre des acteurs de la psychiatrie contemporaine, le langage cesse d’être l’expression d’un sens possiblement caché et ne devient plus qu’information : le patient informe le médecin de sa symptomatologie et le médecin répond avec des méthodes diverses pour que celle-ci disparaisse. Encore dans l’éditorial d’un numéro de 2013 de la RMS, consacré à la psychiatrie,3 il était dit : « La question du rôle de l’environnement, du milieu, du contexte et de la culture dans le développement des troubles mentaux se pose depuis longtemps ». Le rôle des traumatismes y était évoqué. Cette complexité donnait une place au sens caché du langage. Autrement comment s’intéresser à l’histoire d’un patient, aux vécus ayant eu un effet sur la construction de son psychisme dans l’enfance et à la relation avec lui ?
En effet lors de l’intervention dans le cerveau, ce serait une machinerie complexe et lourde qui interviendrait, qui balaye le rôle de la psychanalyse, mais pas seulement. Certes faire une psychanalyse est chronophage et le temps est actuellement calculé en termes uniquement d’économie à court terme. Elle peut paraître une hérésie dans une telle optique. Même s’il y a parfois rapidement d’importantes améliorations de la qualité de vie de la personne, elle ne devient « rentable » qu’au long cours. Si son but sous-entendu demeure de rétablir la personnalité du patient, nous sommes aux antipodes de cet impératif de rentabilité à court terme par l’économie maximale du temps (toute démarche de psychothérapie analytique, si elle réduit le nombre de séances, exige une certaine durée). Une intervention directe sur le cerveau serait coûteuse par les personnes hautement qualifiées, le matériel sophistiqué et les lieux adéquats qu’elle réclamerait, mais le temps pour l’effectuer serait bref.
En 1979, André Green dans son texte « Le silence du psychanalyste »4 qu’il critiquait, différenciant les organisations psychiques des patients et la technique dans l’analyse qui devrait en découler, en particulier quant aux modes d’interprétation et d’intervention, décrit quelque chose de l’implication relationnelle : «…ce que l’analyste ressent du discours du patient ou en lui-même comme silence fécond, structurant, génératif (au sens où l’on parle de grammaire générative) ou, au contraire comme silence lourd, pulsionnellement surinvesti, fortement projectif ou fusionnel, ou enfin comme silence inerte, dégénératif, silence de mort, est en étroite relation avec les aspects du fonctionnement mental ». Les tocs ne sont-ils pas une forme de « folie privée » qui fait souffrir le patient sans nécessairement se répercuter sur les autres ? L’écoute profonde et attentive est-elle devenue si dénuée de valeur ? Ne peut-on créer de nouvelles formes de traitement sans obligatoirement détruire les autres pour les promouvoir ?
Il y a bien longtemps, une collègue plus âgée et expérimentée que moi m’adressa l’une de ses patientes en psychanalyse. Elle avait dû intervenir dans la vie de celle-ci, notamment elle avait négocié l’entrée en hôpital de jour et vu les parents chez qui la jeune femme habitait, à la suite d’une crise clastique. Elle était devenue si idéalisée que cela bloquait le processus analytique. Cette jeune femme vint pendant des semaines et des semaines m’exprimer sa détestation que je ne sois pas l’autre qui avait pris valeur pour elle de protectrice absolue. J’encaissai ce transfert négatif et me mis à en interpréter différents aspects. Quand elle eut confiance, elle me fit part d’une conviction délirante : elle sentait mauvais et dès qu’elle entrait dans un cinéma tous les gens proches se mettaient à se frotter le nez. Elle avait vu gynécologue et urologue qui lui avaient assuré, après l’avoir examinée, que tout était parfaitement normal, cela ne changeait rien. Inutile de dire qu’elle vivait très seule et isolée dans un studio, en dehors de son travail qu’elle détestait, de son analyse qu’elle payait entièrement comme c’était l’habitude, alors, et passait parfois l’essentiel de ses week-ends à dormir. L’interprétation, notamment, d’une représentation cloacale inconsciente de « son intérieur », donc de ses organes génitaux internes non différenciés de ses organes excrétoires, lui permit de guérir de cette conviction et sortir de son isolement.
Une telle psychanalyse ne permet pas seulement une certaine transformation du fonctionnement psychique de la patiente, dont la disparition d’un aspect délirant par la découverte et l’intégration de son sens caché, mais constitue une expérience émotionnelle qui amène un changement par la solidité de la relation, certes particulière, qui s’établit entre l’analyste et la patiente. Elle contribue ainsi à cette possibilité de créer des relations autres et de sortir d’une désertification du fonctionnement psychique.5 Que serait-elle devenue si, dans l’actuel, c’était un psychiatre, branché DSM du moment et traitements médicamenteux, voire tenant d’une thérapie de quelques séances qui l’avait vue ? Remplie de méfiance, elle n’aurait pas parlé de sa conviction délirante et aurait donné des renseignements partiellement faux. Les médicaments et une thérapie de quelques séances lui auraient-ils permis de s’autonomiser assez pour travailler, vivre seule et développer des relations ou juste de fonctionner ou serait-elle devenue chroniquement très malheureuse, peut-être même à la charge de la société ?
Je doute que les humains se réparent psychiquement comme des machines, même si le désir de solutions simples et limitées est en conformité avec l’esprit de notre temps : dans une société consumériste, mieux vaut dépenser de l’argent pour un objet coûteux qui se voit que pour mieux vivre en soi-même et avec les autres. Donc, peut-être que : « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans (ou de trente d’expérience professionnelle) ne peuvent pas connaître »6…