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Ce projet a pour but de mettre en lumière les premiers commentaires de la "Politique" d’Aristote, datant des années 1265-1340, produits principalement par des Maîtres de la Faculté des Arts de l’Université de Paris, et qui ont joué un rôle important dans le développement des idées politiques en Occident, particulièrement quant à la question de la souveraineté et de son caractère relatif.
Une des questions directrices de la philosophie politique, déjà présente chez Aristote, peut en effet s’exprimer en ces termes : « Qui sera le pouvoir souverain de la cité ? ». Interroger philosophiquement la politique prend ainsi durablement la forme d’une tentative d’élaboration d’une théorie de la souveraineté, entendue comme réflexion sur l’attribution du pouvoir suprême, avec une attention portée particulièrement sur les notions d’égalité et d’inégalité, de juste et d’injuste.
Très partiellement connus, peu étudiés et pour la plupart inédits, ces commentaires, attachés à de grands noms tels Albert le Grand et Walter Burley, ou à des personnalités moins connues telles Pierre d’Auvergne et Guido Vernani, ou tout simplement anonymes, serviront pourtant de jalons aux réflexions postérieures. Composés durant des années de profonde crise politique – conflits entre le Pape et l’Empereur, entre le Pape et le Roi de France, superposition des juridictions et des pouvoirs –, ces textes s’interrogent ainsi : "Est-il préférable qu’un seul sage, qu’un petit nombre d’homme bons ou que tout un peuple gouverne ? est-il plus important pour une cité de posséder de bonnes lois ou un bon gouvernant ? est-ce que l’histoire et la position géographique d’un groupe d’hommes peuvent avoir une influence sur leurs aptitudes politiques ?"
Alors que d’autres traditions ou d’autres genres littéraires médiévaux ont été plus largement mis à profit pour construire l’histoire des idées politiques de l’Occident, les premiers commentaires de la "Politique" d’Aristote n’ont pas encore trouvé l’attention qu’ils méritaient. Mon projet consiste ainsi en deux parties distinctes mais complémentaires : d’une part, une mise à disposition de certaines portions de texte et questions de ces commentaires encore inédits (édition à partir des manuscrits et traduction du latin), de l’autre, une analyse philosophique de ce choix de textes, à la lumière de la question de la souveraineté, en relation avec d’autres réflexions contemporaines et postérieures plus connues de la communauté des chercheurs.