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La Suisse profite encore d’une prospérité réjouissante et se montre de ce fait moins enclin, comparativement à l’Allemagne et l’Autriche, à réformer sa politique économique. Cette situation confortable mène à un statu quo sans amélioration notoire des conditions-cadres. En particulier, le besoin de réforme se fait sentir en matière de politique sociale. Durant la période de 2002 à 2006, l’Autriche et Allemagne ont démontré une plus grande volonté de réformer que la Suisse. C’est le principal résultat du « Baromètre des réformes D-A-CH » présenté pour la deuxième année consécutive par Avenir Suisse et les instituts de recherche partenaires «Institut der Deutschen Wirtschaft Köln» et «Wirtschafts-kammer Österreich».
La Suisse, l’Allemagne et l’Autriche sont confrontées à des défis semblables : le vieillissement croissant de la population,l’essor de la globalisation et des changements structurels économiques. Pour le maintien de la croissance économique et la prospérité à long terme, il est essentiel que des mesures soient prises aujourd’hui qui tiennent compte de ces évolutions.
Le « Baromètre des réformes D-A-CH » a permis d’analyser la politique de réformes de ces trois pays voisins durant la période de septembre 2002 à septembre 2006. Les réformes entreprises en matière de politique de l’emploi, de politique sociale et de politique fiscale et financière ont été systématiquement évaluées sur la base d’un catalogue de critères comparables.
Dans l’ensemble, les conditions-cadres de l’économie politique se sont améliorées dans les trois pays analysés. Le « Baromètre des réformes » indique 114,5 points pour l’Autriche, un résultant à mettre principalement au compte de la politique fiscale et financière, ainsi que de la politique sociale. L’Allemagne également, avec 109,2 points, fait preuve d’une nette avancée qui peut être attribuée à des améliorations de sa politique de l’emploi. La dernière position revient à la Suisse avec 103,4 points (cf. illustration 1). Il y a certes une amélioration par rapport à 2002, mais la lenteur des réformes en Suisse et leur faible ampleur la désavantage par rapport à ses voisins.
Politique de l’emploi: toute mesure directive constitue un danger latent
Un marché du travail peu régulé et flexible, comme c’est le cas en Suisse, est une force. En raison de ces conditions-cadres compétitives, le besoin de réformes est moins ressenti. L’indicateur partiel concernant la politique de l’emploi, situé à 107,5 points pour la Suisse, est inférieur à celui des deux autres pays (Allemagne 134,1 points ; Autriche 112,6 points) mais ne constitue pas un problème en soi. Une amélioration est à relever grâce à l’accord sur la libre circulation des personnes en provenance des dix nouveaux Etats membres de l’UE, un résultat toutefois amoindri par le renforcement simultané des mesures d’accompagnement contre le dumping salarial et social. En effet, elles présentent le danger latent de porter atteinte à la flexibilité du marché du travail en réglant l’autorisation et le séjour des personnes en provenance des pays non membres de l’UE ou de l’AELE. Par contre, une légère hausse de l’indicateur est à attribuer à la simplification et au raccourcissement des procédures d’autorisation. De même, la révision de la loi sur le marché intérieur a facilité la mobilité en supprimant les obstacles cantonaux qui empêchaient le libre accès au marché.
Politique sociale: nécessité d’agir
En ce qui concerne la politique sociale, la situation est alarmante. La chute de l’indicateur à 89,1 points démontre qu’il est urgent d’agir. En priorité, au niveau de l’assurance invalidité (AI) dont les énormes déficits exigent une action rapide. La 5ème révision de l’AI comprend certes des mesures visant à une réduction du nombre des nouvelles rentes par une intervention précoce mais, en contrepartie, elles entraîneront des coûts supplémentaires sans qu’aucune amélioration réelle ne soit garantie.
Le financement de l’AI prévu par des prélèvements additionnels et l’augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée pèse aussi négativement sur le baromètre. Etant donné qu’à cet égard rien n’a encore été formellement décidé, une correction vers le haut de l’indicateur est toujours possible. Quant à la première partie de la 11ème révision de l’AVS (uniformisation de l’âge de la retraite à 65 ans pour les femmes et les hommes et incitation à la flexibilisation de la retraite), elle a eu un effet positif sur le baromètre alors que la deuxième partie de cette révision, prévoyant une préretraite pour les personnes à faible revenu, est à mettre au négatif. Cette dernière mesure engendrera non seulement des surcoûts considérables, mais constituera aussi une incitation aux retraites anticipées affaiblissant ainsi les caisses de prévoyance. Au négatif également, la nouvelle loi sur les allocations familiales qui vient d’être approuvée par le peuple. Une telle subvention généralisée ne contribue guère à l’harmonisation de la vie professionnelle et familiale.
Politique fiscale et financière: l’assainissement budgétaire reste une tâche permanente
La hausse de cet indicateur partiel à 113,6 points est le résultat d’une amélioration des revenus et d’une gestion plus rigoureuse des dépenses. L’efficacité des programmes d’assainissement de 2003 et 2004 ont contribué à ce développement réjouissant. Au niveau des revenus, la 2ème réforme de l’imposition des sociétés doit conduire à une amélioration des conditions fiscales des activités professionnelles et des investissements. Positives aussi, les mesures d’urgence dans le domaine de l’imposition des revenus des couples mariés supprimant les inégalités de traitement (charge fiscale plus élevée que les couples non mariés). Les montants perçus en moins seront compensés par des mesures d’économies.
Ni la politique économique actuelle et ni le dynamisme conjoncturel ne garantissent un développement économique durable en Suisse. La concurrence accrue entre les pays nécessite un renforcement constant des conditions-cadres offertes en Suisse, menacées par le rythme lent des réformes. Un affaiblissement a d’ores et déjà été constaté tant au niveau du revenu disponible, du chômage que du taux d’imposition. Ce n’est pas la situation éc0nomique actuelle de la Suisse qui pose problème, mais le manque de volonté pour assurer sa compétitivité et sa prospérité future par la construction de fondements solides.