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J'ai reçu quelques mails ces dernier temps d'un certain "aka ToTheEnd", qui me propose de participer à Cuk.ch en tant que spécialiste des réseaux. Cela m'a toujours tenté, mais j'ai voulu en savoir un peu plus.
Je lui ai demandé de se présenter, et j'ai obtenu ceci:
"ToTheEnd est actif dans le monde des télécoms depuis environ 10 ans et est un fervent utilisateur Mac depuis 17 ans. Durant toutes ces années, il a travaillé sur des projets très différents en collaboration étroite avec plusieurs grands constructeurs (Sun, Cisco Systems, SGI, Nortel Networks, etc.) et les principaux opérateurs Suisse."
Voilà voilà… bien. Je suis vachement plus au courant!:-)
Cela dit, je n'ai pas vraiment besoin d'en savoir plus. Parce que le premier article qu'il m'a envoyé me semble pour le moins intéressant, pour la Suisse en particulier, mais qu'on peut extrapoler facilement ces lignes pour l'étranger.
Voici donc ce premier article signé ToTheEnd. Les suivants se feront sous sa propre signature.
Broadband: DSL et câble
Introduction
Aujourd'hui, la plupart des opérateurs et des revues spécialisées n'ont qu'un mot pour résumer un accès rapide à Internet: broadband.
Mais qu'est-ce que ça veut dire? Officiellement, comme on parle Anglais, on peut se reporter à la définition donnée par la FCC (Federal Communications Commission des Etats-Unis): est considerée comme une connexion broadband une ligne qui offre une bande passante supérieure à 200 Kbit/s dans au moins un sens.
Pour être un peu plus précis, des impulsions électriques sont envoyées via un média (câble coaxial, antenne, fils cuivre, etc.) afin de transmettre des informations sous forme analogique ou numérique dans différentes fréquences. L'inverse est le baseband que l'on retrouve dans la norme Ethernet par exemple (une seule plage de fréquence est utilisée pour véhiculer les informations).
En Suisse, nous avons la chance d'avoir une infrastructure de télécommunication complète avec une excellente couverture. Ce que les gens savent moins, c'est que plus de 80% des habitations offrent 2 médias afin d'accéder à Internet: le câble et le cuivre téléphonique. Pour le premier, le marché est globalement détenu à environ 60% par Cablecom et le reste divisé entre des téléréseaux privés et des institutions publiques (Services industriels par exemple). Pour le cuivre téléphonique, le marché est détenu à 100% par Swisscom.
Globalement, le marché à large bande est donc détenu par 2 opérateurs qui proposent des accès à Internet avec les produits suivants: ADSL pour Swisscom et câble pour Cablecom. Quel est le meilleur pour mon Mac? Quel est celui qui vous offre le plus de bande passante pour mon Mac? Quel est la technologie la plus performante? Quel est le service qui offre les meilleures garanties?
Comme d'habitude, on ne peut pas répondre à ces questions sans connaître un peu les avantages et inconvénients de ces deux technologies. C'est pourquoi je souhaite, au travers de ce bref article, vous faire connaître un peu mieux les 2 principaux concurrents broadband en Suisse.
Juste ou faux
Tout d'abord, il faut savoir que l'évolution du monde des télécoms est très rapide et que, parfois, les standards ne sont pas encore approuvés ou ratifiés alors que l'on trouve déjà certains produits sur le marché. Le but est clair pour tous les manufacturiers: plus vite vous êtes sur le marché, plus tôt votre produit s'imposera... Et au demeurant, c'est ce même leader du marché qui dictera la norme aux autres concurrents.
Dans le monde du DSL (Digital Subscriber Line), il existe plusieurs normes comme par exemple: ADSL, SDSL , VDSL , RADSL, etc. Ces normes sont bien souvent liées à un consortium de constructeur qui essaient d'imposer un standard. Toutefois, chacun peut utiliser un protocole de niveau 2 propriétaire ou standardisé. C'est pourquoi on parle souvent de xDSL, le "x" servant généralement de variable pour la technologie employée.
Pour le câble, la norme DOCSIS 2.0 a récemment été ratifiée. Au-delà des améliorations techniques, cette norme doit surtout apporter une interopérabilité entre les différents clients et prestataires de services.
D'une façon générale, beaucoup a été dit sur les performances entre l'ADSL et le câble. Si l'on considère un seul critère qui est l'encapsulation au niveau 2 du protocole de communication, alors le câble est plus performant que l'ADSL. En d'autres termes, et à vitesse égale, les trames (frames en Anglais) sont plus efficaces sur le câble que sur l'ADSL (plusieurs tests indépendants sont disponibles).
Toutefois, ce n'est pas parce que l'on est le plus performant sur un aspect que l'on gagne dans l'ensemble. En effet, afin de mieux comprendre tous les aspects d'une connexion ADSL et câble, je vous propose d'observer les synoptiques suivants:
Synoptique 1: l'ADSL
Synoptique 2: le câble
Comme on peut le voir sur ces deux dessins, la topologie du backbone chez les deux opérateurs est la même et repose sur le nouveau protocole IP-MPLS. Bien entendu, comme les deux technologies d'accès reposent sur des médias différents, la distribution est effectuée différemment.
Bien souvent, on fait un amalgame entre le fait qu'une solution DSL est dédiée par client et que par conséquent, sa connexion est meilleure contre le câble qui a les propriétés d'un "bus" (plusieurs client partagent le même média). Cela est vrai jusqu'à un certain point. Dans le synoptique 1, on voit très clairement qu'une interconnexion existe entre le DSLAM (Digital Subscriber Line Access Multiplexer) et le routeur backbone de l'opérateur. Cela signifie que si cette interconnexion n'offre pas un débit suffisant, les clients qui partagent la même ligne peuvent également être victime de problèmes de performance (ralentissements, paquets perdus, etc.).
Dans le cas d'un client basé sur un accès câblé, il partagera sa connexion avec d'autres clients et sera directement connecté sur un routeur du backbone de l'opérateur. Néanmoins, comme chaque noeud dispose de 30 Mbit/s en download (voix descendante) et 30 Mbit/s en upload (voix montante) pour la norme DOCSIS 2.0, cela laisse une bonne marge pour une certaine quantité de clients. Ce type de réseaux étaient très répandus dans les réseaux locaux dans les années 90-95 avec un câble coaxial (10 Base 2 ou 10 Base 5). La simplicité de mise en oeuvre et l'exploitation facile face aux réseaux du type Token Ring, VGA, etc. était tout simplement une révolution.
Le marché aujourd'hui
Pour ce qui est des prestations DSL, vous n'avez pratiquement pas le choix car le cuivre téléphonique en Suisse appartient à 100% à Swisscom. Tous les opérateurs (Sunrise, VTX, Tele2, etc.) passent via l'unité Wholesale de Swisscom afin de fournir un accès DSL à tous leurs clients. Le "last mile" n'étant toujours pas liberalisé en Suisse, l'unité Wholesale est chargée de fournir des prestations DSL "concurrentielles" à d'autres opérateurs. Toutefois, techniquement, pratiquement rien ne différencie ces prestations car c'est Swisscom à l'arrivée qui fournit les services...
A l'inverse, l'accès à Internet via le câble est disponible auprès de plusieurs opérateurs car Cablecom n'est pas propriétaire à 100% de tous les téléréseaux en Suisse. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais les différences énormes qui existent entre différents téléréseaux rendent très difficile les comparaisons entre le DSL et le câble.
Une seule chose est certaine aujourd'hui; si nous avons accès à des technologies plus rapides pour accéder à Internet, c'est uniquement grâce à la technologie du câble. En effet, Swisscom n'aurait jamais offert aussi rapidement une alternative au PSTN (Public Switched Telephone Network) à 56 Kbit/s ou ISDN (Integrated Services Digital Network) à 64 ou 128 kbit/s si elle n'y avait pas été poussée par cette concurrence.
Le Futur
Comme d'habitude dans cet environnement, il est toujours très difficile d'avoir une vision sur 10 ou 15 ans. Néanmoins, on peut d'ores et déjà parler de ce que le marché pourrait nous offrir dans les années qui viennent.
Pour commencer, il est évident que la concurrence entre Cablecom et Swisscom permettra à l'utilisateur de bénéficier de prestations toujours plus intéressantes et performantes. Depuis peu, et pour un prix équivalent, Cablecom offre deux prestations de 300/100 Kbit/s et 600/200 Kbit/s contre 300/50 Kbit/s et 600/100 Kbit/s pour Swisscom. Cablecom offre de meilleures performances pour l'upload (voix montante) et cela peut avoir une grande importance en fonction des logiciels qui sont utilisés.
En ligne de mire, la vitesse de 2 Mbit/s peut être atteinte relativement vite sur les fils cuivre de Swisscom ou le câble de Cablecom. Néanmoins, passer cette vitesse, des problèmes de diaphonie importants peuvent apparaître sur les fils cuivre. Sans aller dans le détail, cela a pour conséquence de dégrader les performances au point que certaines applications ne fonctionneront plus (mail par exemple).
De plus, des prestations comme le VDSL (Very high Digital Subscriber Line) sont déjà disponibles dans certains pays asiatiques et permettent d'offrir des débits allant jusqu'à 52 Mbit/s. Néanmoins, ces vitesses sont théoriques car pour atteindre de tels débits, les fils cuivre ne doivent pas dépasser 200 à 300 mètres entre le PoP (central de quartier Swisscom) et le client. Plus cette distance est grande, moins le débit est élevé. En Suisse, il n'est pas rare de trouver des centraux de quartier Swisscom qui sont séparés de 4 kilomètres entre le PoP et le client... Redessiner sur le plan national cette distribution n'est pas possible car cela coûterait des milliards de francs et par conséquent, d'autres technologies devraient être étudiées comme par exemple la FTTH (Fiber To The Home).
Celui-ci est un des moyens de communication le plus prometteur mais également le plus onéreux car il repose sur de la fibre optique. Ce média est un des plus sûrs et des plus performants aujourd'hui car il n'offre pratiquement aucune limite en terme de débit et de distance. En effet, aujourd'hui nous sommes déjà à même de tester des liaisons qui offre des Tbit/s (1'000 fois le Gbit/s) sur 2 fibres optiques. Pour donner une idée plus concrète de ce chiffre, c'est comme si on faisait passer tout le traffic voix des Etats-Unis simultanément sur 2 fibres optiques.
Malheureusement, cette technologie est onéreuse pas tant au niveau du média, mais au niveau des frais d'installation (génie civil, équipements actifs, etc.). En effet, même si on évalue sur une large échelle l'implémentation de cette technologie, il faudrait compter pas moins de CHF 100.- à 300.- le mètre pour relier une maison au réseau. A titre d'exemple, si votre maison se situe à 300 mètre d'un PoP, il faudrait compter environ CHF 60'000.- pour être raccordé! Sachant que certaines habitations peuvent se trouver jusqu'à 4 kilomètres du PoP, je vous laisse faire le calcul...
En Suisse, Cablecom a procédé à la mise en place de ce système dans la zone industrielle de Dietikon il y a quelques années et normalement, les Services Industriels de Genève devraient mettre en place une solution similaire dans un quartier de Genève pour Telecom 2003.
Conclusions
J'ai sciemment omis de parler des moyens de communications Wireless (sans fil) car le sujet est vaste et les idées reçues également. Peut être cela ferat-il l'objet d'un prochain article.
Il y a un point extrêmement important que je n'ai pas abordé et que je tenais à développer dans le cadre des conclusions: pourquoi toujours plus de débit?
Cette question peut paraitre stupide au premier abord mais permettez-moi de la développer un peu. Pour une partie d'entre-nous, des personnes qui utilisent Internet dans le cadre de leur travail ou à des fin ludiques, nous sommes toujours à la recherche de meilleures performances et, par conséquent, de débits plus élevés pour échanger nos films, photos, mp3, etc. Toutefois, pour le commun des utilisateurs (soit plus de 60% gens), utiliser une ligne à 600 ou 2'048 Kbit/s pour vérifier ses mails et réserver son prochain billet d'avion sur easyjet.com, cela n'est pas très utile.
" N'importe quoi!" me direz-vous... Pas vraiment, je vous invite à analyser quelques chiffres qui sont publiques: aujourd'hui, on estime qu'environ 80% des habitations pourraient bénéficier de liaisons du type "broadband". Toutefois, "seul" 300'000 clients sont aujourd'hui connectés via DSL ou câble. Pratiquement le triple surfe encore le web via une connexion dial-up (PSTN ou ISDN)! Pourquoi?
Tous les opérateurs le confirment, les inscriptions à des prestations "hauts débits" ralentissent malgré une croissance d'environ 20% pour 2002. A ce rythme, il faudra encore attendre pratiquement 15 ans pour avoir le même taux d'adoption que le téléphone mobile (environ 3.3 millions de clients en Suisse pour 2002).
Il est certain que si le broadband était disponible pour CHF 5.- ou 10.- par mois, tout le monde prendrait une nouvelle connexion car le client bénéficierait ainsi d'un forfait mensuel pour ses connexions à Internet. Néanmoins, je ne pense pas que les principaux opérateurs proposeront un tel forfait dans les années qui viennent. La solution n'est pas tellement à chercher dans le prix, mais dans le contenu.
En effet, les opérateurs commencent à être conscients que si ils veulent "vendre" plus de services, il faudra qu'ils offrent plus que du spam ou des sites érotiques. Swisscom a, via son entité Bluewin, proposé des services de streaming à certains clients, mais cela n'est pas proposé à une large échelle car la mise en place reste compliquée et coûteuse.
Cablecom et Swisscom sont conscients que les services de base, respectivement la télévision et la téléphonie fixe, sont en baisse constante (-7% pour la téléphonie fixe entre le premier semestre 2002 et 2003). Par conséquent, les opérateurs cherchent à trouver de nouvelles voies afin de générer de nouveaux revenus et le broadband en est une. Toutefois, ils sont également conscients que sans contenu, ces "nouveaux" services ne trouveront pas preneur auprès du grand public.
En conclusion, bien qu'Internet date des années 70 et le web de 91, nous ne sommes qu'aux prémices d'un nouveau monde qui se cherche une voie.
ToTheEnd