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"C'est une décision claire. La géologie a parlé", a déclaré lundi Matthias Braun, patron de la Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs (Nagra), devant la presse à Berne. Le nord du Lägern, sur la commune zurichoise de Stadel, est le meilleur site sur les trois encore en lice, a-t-il affirmé.
Dans le sous-sol du Lägern, la couche d'argile à Opalinus est très dense. Elle constitue la principale barrière géologique pour le dépôt, elle lie les matériaux radioactifs et se répare d'elle-même en cas de fissure.
Ancienneté, épaisseur et qualité
Sur les trois derniers sites évalués, c'est au nord du Lägern que la couche d'argile à Opalinus est la plus ancienne, la plus épaisse et qu'elle possède la meilleure qualité. C'est aussi là qu'elle est située le plus en profondeur et que la zone adaptée au stockage est la plus vaste, a précisé Matthias Braun.
La Nagra avait écarté le site du nord du Lägern, notamment parce qu'il existait des doutes sur la qualité des roches entre la surface et les argiles à Opalinus. Les examens complémentaires exigés par le Conseil fédéral ont permis d'écarter les doutes sur la qualité de ces roches, a indiqué le patron de la Nagra.
La Nagra propose aussi de construire les installations d'emballage des déchets radioactifs près du dépôt intermédiaire (Zwilag) déjà existant à Würenlingen (AG). Cette solution est la meilleure du point de vue de l'aménagement du territoire, estime Matthias Braun.
Coûts estimés à 20 milliards de francs
Les coûts du stockage final, estimés à environ 20 milliards de francs, n'ont joué aucun rôle dans le choix du site, a affirmé le patron de la Nagra. Seule la sécurité a compté.
La Nagra va soumettre à la Confédération les demandes d'autorisation générale pour le dépôt en profondeur, probablement d'ici la fin de 2024. Le Conseil fédéral et le Parlement devront ensuite se prononcer aux environs de 2029. Un référendum pourrait être lancé. Les citoyens auront alors le dernier mot.
Les communes concernées par le dépôt doivent être indemnisées pour avoir contribué à résoudre ce problème d'importance nationale, a déclaré le conseiller d'Etat zurichois Martin Neukom lors de la conférence de presse. La discussion s'annonce intense, selon lui.
Il s'agira notamment de savoir quelles communes doivent recevoir de l'argent et combien. Selon Martin Neukom, les communes allemandes voisines du futur dépôt doivent aussi être impliquées. La question des indemnités doit être réglée avec Swissnuclear, l'association des exploitants de centrales nucléaires. La Nagra n'est pas concernée.
Priorité absolue à la sécurité
Le gouvernement zurichois n'était pas favorable au site du nord du Lägern, a souligné Martin Neukom. Le site ayant été choisi, la sécurité doit avoir la priorité absolue. Les cantons disposent depuis 2008 de leurs propres experts. Ceux-ci vont maintenant évaluer minutieusement les résultats des recherches de la Nagra.
Le site choisi par la Nagra va maintenant être examiné par l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), a indiqué Felix Altorfer, responsable du domaine de surveillance de l'IFSN. Des experts internationaux seront appelés à donner leur avis.
L'examen portera sur la sécurité et la mise en oeuvre technique. Il s'agira notamment de s'assurer que la protection durable des êtres humains et de l'environnement est garantie.
Expropriations
Au total, 22 propriétaires fonciers sont concernés par la décision de la Nagra, 18 sur le site du dépôt à Stadel et 4 à Würenligen. Ils seront expropriés, mais le montant qu'ils toucheront n'est pas clair, a indiqué Monika Stauffer, de l'Office fédéral de l'énergie, lors d'une conférence de presse à Stadel.
La population de la région du nord du Lägern aura l'occasion de s'informer et de poser des questions lors de plusieurs manifestations publiques au cours des prochains jours. La première aura lieu mardi à Stadel et la deuxième mercredi à Bülach (ZH). Les habitants de la commune allemande de Hohentengen seront également informés.
Quelques opposants à la construction du dépôt ont manifesté lundi à Stadel. "Dépôt pour déchets nucléaires au nord du Lägern: pas avec nous", pouvait-on lire sur une banderole.
Inquiétude à Berlin
Le choix du nord du Lägern pour le stockage des déchets radioactifs, à 15 kilomètres de la frontière allemande, inquiète Berlin. Le chancelier allemand Olaf Scholz a dit lundi vouloir "discuter" avec Berne à ce sujet. "Nous devons en discuter avec tous les responsables et avec le gouvernement suisse", a-t-il indiqué, précisant que le sujet n'a pas encore été "formellement" transmis aux autorités allemandes.
L'emplacement choisi "pèsera lourdement sur les collectivités du côté allemand", déclaré de son côté un porte-parole du ministère allemand de l'environnement. Des contacts ont été pris en vue de "compensations financières" pour les communes allemandes.