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« Quelle est la différence entre architecture moderne et contemporaine ? »
Voilà une question essentielle, puisque l’on utilise régulièrement le premier terme à la place du second, souvent pour se démarquer de la maison « traditionnelle », ou du moins de l’idée universelle que l’on s’en fait. Il suffit de regarder la représentation primaire que l’on enseigne à nos enfants : une maison à quatre murs, avec une toiture double pente, une cheminée… Quand il parle d’architecture moderne, le décorateur en herbe pense exprimer la tendance d’aujourd’hui : dans son esprit et jusque dans le langage courant, l’adjectif « moderne » qualifie souvent à tort une construction contemporaine, en opposition aux clichés de la maison traditionnelle ou vernaculaire (maison ancienne, faisant partie intégrante d’un patrimoine régional).
Si la différence entre moderne et contemporain est floue pour le néophyte qui confond les deux styles, sachez que le premier désigne au départ un courant dont l’âge d’or se situe entre 1920 et 1960, alors que le second s’applique tout simplement à ce qui est réalisé aujourd’hui… même si l’architecture contemporaine est fréquemment d’inspiration moderne ! Et outre son ancrage historique, le « moderne » et le « contemporain » ne signifient pas la même chose du point de vue formel et esthétique.
Cet abus de langage commun mérite donc une petite mise au point !
La rupture avec le passé : la naissance du « modernisme »
Au début du XXe siècle, l’Art nouveau et ses formes végétales amorcent une toute nouvelle liberté d’expression, en mettant surtout en exergue l’artisanat. Outre-Atlantique, l’école de Chicago décrète que « l’ornement est un crime » (Adolf Loos), et que la forme doit être la conséquence de la fonction (Frank Lloyd Wright). Ces courants de pensée ouvrent la voie après-guerre à l’école du Bauhaus en Europe, dont le mot d’ordre sera l’équilibre parfait entre l’art et la technique, donnant naissance au design tel qu’on l’appréhende encore aujourd’hui : le modèle dessiné par un créateur… et reproduit à l’infini.
Œuvre phare de l’architecture moderne : la villa Savoye, Le Corbusier, Poissy, construite entre 1928 et 1931.
Le Corbusier : les cinq piliers de l’architecture moderne
Architecte suisse mais surtout excellent théoricien, Le Corbusier découvre les vertus du béton armé au sein de l’agence des frères Perret. Souhaitant rétablir une relation harmonieuse entre l’homme et son environnement, il énonce en 1926 les cinq points de l’architecture moderne :
- la maison sur pilotis (à la place des murs porteurs),
- le plan libre (désormais plus soumis à la structure),
- la façade libre,
- la fenêtre en longueur dite « en bandeau »,
- la toiture-terrasse (une dalle en béton armé aménagée en jardin ou solarium).
Avec un plan majoritairement orthogonal et des volumes à la fois élémentaires et asymétriques, la maison moderne au sens propre se caractérise souvent en façade par ses parois blanches et nues, dépourvues d’ornement bien sûr et généreusement vitrées, pour s’ouvrir sur l’environnement extérieur.
Ci-dessus une maison d’architecte réalisée par nos contemporains… ayant fait preuve d’une inspiration clairement moderne : volumes simples, pureté des lignes et du blanc, surfaces vitrées importantes… et quelques angles dépourvus d’élément structurant.
Ici, on retrouve encore l’inspiration moderne, avec les poteaux de section ronde et l’extrême transparence du rez-de-chaussée, donnant l’impression que la maison flotte dans l’espace.
Les lignes modernes pour tous
Après les maisons particulières, les principes seront rapidement déclinés pour le plus grand nombre, afin de créer des « machines à habiter » (Le Corbusier) en accord avec les critères socio-économiques de l’époque, notamment lors de la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale.
S’appuyant sur l’idée de Le Corbusier de « faire table rase du passé », l’urbanisme et ses grands ensembles engendreront malheureusement une perception plutôt négative de l’architecture moderne : si cette dernière n’a pas toujours été une réussite à l’échelle de la ville, ses principes appliqués à la maison demeurent le socle de nos envies contemporaines d’aujourd’hui.
Encore une villa moderne, qui n’est pas sans rappeler un certain Mies van der Rohe et son inégalable pavillon de Barcelone (1929) : horizontalité affirmée, cadre blanc ouvert sur la nature, lignes pures et matériaux raffinés…
L’architecture moderne, ou l’éloge de la pureté
En matière d’architecture et de design intérieur, il aura donc fallu attendre les années 20 pour qu’une réelle fracture s’opère avec le passé. Désormais, on élimine le superflu pour mieux exprimer l’essentiel : « Less is more », selon la célèbre formule de l’architecte Mies van der Rohe, dont le pavillon allemand et son mobilier présentés pour l’Exposition universelle à Barcelone (1929) sont toujours considérés comme le summum de l’architecture moderne.
À l’intérieur, si les strutures sont pensées de façon rationnelle et très mécanique, l’escalier sculptural ou la rampe n’est plus seulement un outil pour se déplacer, mais aussi une invitation à la « promenade architecturale » (Le Corbusier) à travers de grands volumes ouverts, des espaces blancs et minimalistes… mais pas forcément dépourvus de couleur !
Les maîtres du modernisme demeurent plus que jamais une source d’inspiration intarissable pour les architectes et décorateurs d’aujourd’hui, qui ne cessent de réutiliser ce langage architectural et le mobilier de l’époque pour décorer nos intérieurs : observez ci-dessus les six chaises DAW du couple de designers Charles & Ray Eames.
Ci-dessous, on retrouve les époux Eames avec la chaise DSW, toujours avec une assise en polypropylène, soutenue par des pieds en bois et en métal laqué noir. On observe également le mobilier en métal et en cuir dessiné par Mies van der Rohe pour son pavillon de Barcelone en 1929 : le fauteuil Barcelona et son ottomane.
L’architecture contemporaine : une inspiration d’origine moderne
Reconnaissons-le : l’architecture des années 20 à 60 continue d’influencer nos façades et nos intérieurs d’aujourd’hui… mais ce n’est pas une raison pour utiliser le terme « moderne » à tout bout de champ lexical !
Après l’apogée du modernisme et sa mondialisation pendant les Trente Glorieuses avec un cubisme poussé à l’extrême (gratte-ciel, tours et barres d’habitation…), le style international est remis en cause à la fin des années 70. Débute alors une nouvelle ère dans l’évolution de l’architecture : les « écoles » disparaissent, laissant place à l’émergence de divers courants de pensée poreux dont s’inspirent les artistes plasticiens et les architectes. Alors que certains continuent d’imposer les lignes épurées post-modernes (voir les maisons de Richard Meier…), d’autres renouvellent les codes futuristes et organiques (mobilier de Eero Saarinen, maisons bulles d’Antti Lovag…), tentant même de déconstruire l’architecture pour créer des formes inédites (Frank Gehry…).
Si l’apparition des lotissements et de ses maisons standardisées a causé un certain appauvrissement stylistique dans les années 60 à 80, le retour de la « maison d’architecte » cubique dans les années 90-2000 a favorisé un véritable engouement pour l’architecture de la part des particuliers, de plus en plus alertes et exigeants quant à la qualité esthétique de leur logement. Quitte à avoir un train d’avance sur certains services d’urbanisme encore réfractaires à la nouveauté !
Ci-contre : maison d’inspiration moderne avec l’ajout de codes contemporains : bardage bois horizontal et à claire-voie (qui laisse passer la lumière).
Ci-dessus : volumes simples, couleur et juxtaposition de matières… l’architecture contemporaine se veut ludique, cherchant toujours à surprendre.
L’architecture contemporaine, ou un certain goût de l’inédit
Par définition, l’architecture contemporaine comprend la production architecturale récente (fin XXe siècle) et surtout actuelle : créative et ambitieuse, elle se tourne de plus en plus vers l’avenir en se préoccupant des questions environnementales, tout en se réinventant d’un point de vue formel avec l’utilisation de techniques et matériaux nouveaux… ou le réemploi du savoir-faire de nos anciens.
Une villa contemporaine avec usage du bois au premier niveau, et d’un bardage à claire-voie pour filtrer la lumière du soleil pour un confort thermique optimal. Poussez les portes de la maison K.
Bardages bois, toitures végétalisées… Outre l’aspect structurel, l’enveloppe de la maison « verte » peut revêtir des lignes pures, tout en se faisant discrète dans la verdure.
La volonté écologique et le retour aux racines
Avec la généralisation du béton armé et son usage quasi-systématique dans ses bâtiments, l’architecture moderne a longtemps écarté les techniques traditionnelles. Notamment celles issues de la filière sèche : ainsi depuis une bonne vingtaine d’années, l’architecture contemporaine nous fait redécouvrir les structures bois ou en métal, remises au goût du jour notamment avec les rénovations écologiques et les maisons passives.
De la même façon, nous avons retrouvé les bardages bois et les toitures végétalisées chères à nos voisins d’Europe du Nord, les techniques d’isolation et de maçonnerie traditionnelle (chaux, adobe…). La liste est longue, et nombreux sont les matériaux à revenir sur le devant de la scène pour créer une maison saine, respectueuse tant pour l’environnement que la santé de ses occupants.
Maison contemporaine en bois, en parfaite communion avec la nature.
Insertion harmonieuse dans le paysage
L’originalité d’une construction contemporaine n’est pas forcément issue d’un langage ludique : le retour à la nature implique aussi une remise en question de notre rapport à l’environnement et de notre façon d’habiter… quitte à réinterpréter la vision ancestrale de la maison dont les modernes voulaient absolument s’écarter. Et pourquoi pas réintégrer la maison traditionnelle dans la ville !
Ci-dessous : maison contemporaine au sein d’un tissu pavillonnaire bien établi, qui n’est pas sans rappeler l’hôtel Seeko’o à Bordeaux (atelier d’architecture King Kong, 2007). Ce dernier, réalisé en Corian blanc immaculé, se démarque au cœur d’un quartier majoritairement constitué d’immeubles en pierre de taille.
Blanc immaculé ou couleur assumée, techniques de construction nouvelles ou retour vers le savoir-faire ancestral… Force est de constater que la production contemporaine est non seulement riche et variée, mais également toujours en perpétuelle mutation.
Si elle s’appuie au départ sur l’âge d’or du mouvement moderne, elle s’en éloigne toutefois peu à peu : cherchant de nouvelles solutions, l’architecture d’aujourd’hui doit surtout se réinventer dans le but de répondre aux préoccupations sociales, économiques et environnementales actuelles, soit les trois piliers du développement durable. Trois dimensions auxquelles s’ajoutent celle de la culture : désormais, la notion d’environnement comprend autant le contexte naturel que notre bâti existant.
Patrimoine et environnement : la maison de demain ?
De tout temps les architectes et constructeurs en général ont (prop)osé des solutions novatrices pour mieux habiter la nature, la ville et l’intérieur de la maison.
Freiner l’étalement urbain, améliorer le bâti existant, reconvertir les friches, investir les dents creuses… la maison de demain ne sera plus systématiquement une construction neuve : finie la table rase du passé, bienvenue aux rénovations ! Maisons anciennes, lofts industriels, chambres de bonne parisiennes… Le terrain de jeu est riche et immense pour les architectes d’aujourd’hui qui, pour penser à demain, s’efforcent plus que jamais de réinterpréter, voire sublimer ce qui a été.
Source: Houzz
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