Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06869.jsonl.gz/546

Au centre de la scène, un divan, un fauteuil, deux protagonistes. Entre eux, un échange de paroles. Les premiers mots du patient mettent en place le décor. Vient alors le récit d’un événement, d’un rêve, ou encore d’un souvenir qui semble suivre sa propre logique, sans rapport avec ce qui se joue ici et maintenant dans l’espace de la séance. Le discours pourtant rapporte là, dans cet espace, ce qui parle d’ici en parlant d’ailleurs. La psychanalyste part dans ses pensées. Soudain quelque-chose la ramène : « que se passe-t-il là, maintenant, entre nous ? » Elle pense à ce que cet homme, couché sur le divan, lui a dit en début de séance. Elle entend alors que, parlant d’autre chose, il lui parlait – à son insu à lui, à son insu à elle – de ce qui se passe ici entre eux. Une connexion s’établit, par la pensée ou par la sensation, par un mot ou une odeur et permet l’analogie, rapportant ce qui se passe ici à ce qui joue et se rejoue sur la scène interne du patient.
Que le patient soit allongé sur le divan ou assis en face du psychanalyste, ce dernier est convoqué sur la scène par le jeu des transferts sans toujours savoir ce qui se joue de lui. Le psychanalyste se fait interprète avec le patient de son monde interne, du jeu des pulsions, des aléas du désir. Dans le même temps ou dans l’après-coup, il se dégage afin de ressaisir ce qui s’est joué à son insu et le mettre en relation avec ce qui est en train de se jouer pour le patient en d’autres lieux, en d’autres temps.
Les progrès dans le travail psychanalytique sont à concevoir en terme d’élargissement de l’espace, de l’espace psychique, de l’espace de symbolisation, et peut-être même parfois de l’espace tout court. L’interprétation ne fait pas que lier, elle défait les liens, pour que ça puisse se relier autrement. Elle ouvre plusieurs scènes là où il semblait n’y en avoir qu’une, qui pourront se recomposer à l’infini.
Myriam Vaucher, Psychanalyste SSPsa, Psychothérapeute Psychanalytique EFPP, au bénéfice d’une reconnaissance au niveau fédéral, pratique la psychanalyse dans le cadre de la cure-type ; de la psychothérapie psychanalytique en face à face, et de la supervision, individuelle ou de groupe.