Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07022.jsonl.gz/169

Un ami vient de participer à un concours d'écriture avec comme sujet le courage. Alors moi aussi je voudrais vous parler d'une femme courageuse et lui rendre hommage par ce billet.
J'ai oublié son nom. Trop compliqué à retenir. J'ignore son âge, mais elle n'est pas toute jeune. C'est une des premières porteuse du VIH au Cambodge fin des années 80. Quand elle l'apprend, elle est enceinte. Faute de traitement personne ne donne cher pour sa vie. Suivant les conseils des autres elle accepte de se séparer de son bébé afin qu'il puisse être adopté. C'est un garçon. Il part rejoindre ses nouveaux parents au Canada. Il aura une belle vie dans le luxe.
Elle reste au Cambodge. Les premiers traitements arrivent. Malgré les mauvaises prédictions elle reste en vie, mais son cœur est parti rejoindre les hivers glaciaux du grand nord. Elle a un autre enfant, encore un garçon. Celui-ci sera porteur du virus comme elle.
Que faire? Elle continue à vivre tant bien que mal. On lui trouve une petite place à l'orphelinat où elle fait le ménage. Un cœur brave dans le centre des braves. Elle ne parle pas un mot d'anglais mais elle m'aime bien, a besoin de communiquer. Elle me raconte sa vie, même si je ne comprends pas un mot de ce qu'elle dit. Mais il y a aussi les gestes et les yeux qui parlent, et nous nous sourions pleine de compréhension de mère à mère. Pour le reste, c'est Juana qui m'a raconté l'histoire. Parfois elle me montre avec fierté des photos de ce fils Canadien qui est grand maintenant. Il est papa lui-même.
Un jour il a éprouvé le besoin de voir sa mère biologique. Elle était folle de joie, a loué pour son fils une chambre d'hôtel qui a dû coûter bien au-dessus de ses moyens. Seulement les moyens cambodgiens ne sont pas comparables aux moyens canadiens. La visite ne s'est pas très bien passée. Le fils a dû être mal à l'aise devant cette mère pauvre avec qui il n'a rien en commun, devant ce pays pauvre qu'il ne comprenait pas et devant ses racines dont il préférerait probablement tout ignorer.
Il est reparti dans le monde douillet de sa nouvelle patrie. Elle a gardé les quelques photos de sa visite; c'est son trésor maintenant. Elle a mal. La maladie la ronge et elle souffre pour son deuxième fils qui et malade et souffre lui aussi. Pourquoi continuer à vivre?
Puis un jour quelqu'un de sa famille attend un bébé. Beaucoup de jeunes Cambodgiens font des bébés, puis se rendent compte que cela ne correspond pas à la vie qu'ils avaient espérée. Ils sont jeunes et veulent sortir, profiter du moment présent. Ce n'est pas le moment d'endosser cette responsabilité trop lourde pour leur jeune âge. Alors ils finissent par chercher quelque parent qui sera d'accord de s'occuper de leur enfant.
C'est ce qui lui est arrivée également. Elle a hérité d'un bébé. Au lieu de la vider encore davantage de ses forces ce petit garçon l'a transfiguré, boosté, donné un nouveau sens à sa vie. Enfin elle peut donner tout son amour à un petit être en bonne santé. Il sera la prunelle de ses yeux. Sa fierté déborde quand il apprend à se tenir debout, quand il fait ses premiers pas! Chaque fois qu'elle me voit avec mon appareil photo et qu'il est là, elle me demande de le prendre en photo.
Mais que se passera-t-il le jour où les vrais parents voudraient récupérer leur fils? Car tôt ou tard ce jour arrivera. Pour l'instant elle savoure chaque instant et continue à avancer courageusement sur le chemin caillouteux de sa vie.