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Recensione
di Brigitte Steudler
Pubblicato il 10/09/2009
Dans La semaine prochaine, peut-être Alberto Nessi évoque sous différents angles (historique, biographique et politique) les origines de l'engagement social de José Fontana, tessinois de Cabbi o , né en 1840. Agé d'une quinzaine d'années, Fontana décide de rejoindre le Portugal, patrie de sa mère où, mû par ses idées politiques, il participe avec Antero de Quental à la création du mouvement ouvrier portugais. Vaincu par la tuberculose, il mettra fin à ses jours à l'âge de 3 6 ans.
Rédigé à la première personne, La semaine prochaine, peut-être débute par une scène où José Fontana, figure historique centrale de ce texte, interpelle le visiteur venu se recueillir au pied de sa tombe et que nous devinons être Alberto Nessi. « Pourquoi as-tu décidé de venir me rendre visite ? De quitter la lumière que tu poursuis comme un chien assoiffé sur les escarpements de la vallée où je suis né ? De quitter l'eau enserrée dans ces gorges qui, en hiver, lorsque les arbres perdent leurs feuilles, dévoilent leur chaire de pierre vive ? De quitter le pays où tu t'es encoconné pour t'envelopper dans la soie des mots ? Qu'est-ce qui te pousse à faire comme tes compatriotes qui, avant toi, s'en sont allés de par le monde ? Nostalgie d'une vie non vécue ? » Après qu'Alberto Nessi nous a livré ses propres questionnements par personne interposée (procédé qu'il emploiera à sept reprises), il poursuit en restituant les premières pages d'un journal que José Fontana, jeune émigré tessinois, aurait tenu en mai 1871, quelques années après son arrivée au Portugal.
Se sachant gravement atteint dans sa santé, José Fontana est inquiet. Il jette de manière désorganisée ses pensées sur le papier, mû par le désir de comprendre ce qui l'a pourssé dès son jeune âge à se battre aux côtés des plus faibles. Sa réflexion le mène du centre de Lisbonne au val Muggio, lieu d'origine de son père, en passant par la région du Locle où, après avoir quitté le Tessin avec sa mère et sa sœur, il séjourne deux ans en travaillant comme horloger. Ses pensées ont pour toile de fond des histoires de contrebande, le récit des hostilités ayant marqué la guerre du Sonderbund, ou encore les conditions de vie rudes et difficiles des vallées escarpées de son enfance. Les citations et allusions à des personnalités littéraires (Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Gustave Flaubert) ou artistiques (Gustave Courbet) abondent, semblant aider le jeune homme à contextualiser les raisons qui l'ont poussé à vouloir changer le monde et à devenir l'un des fondateurs du mouvement ouvrier portugais. Sur fond de luttes sociales, Alberto Nessi imagine les pensées qu'aurait eues José Fontana avec Antero de Quental et Eça de Queiroz pour organiser et fonder l'Associaçao Fraternidade Operaria, section locale de l'Internationale. Aspirant à des conditions de travail meilleures pour les ouvriers et femmes d'usine, José Fontana rêve à une révolution qu'il prédit être « pour la semaine prochaine… ».
Interrompu régulièrement par les déclarations du défunt héros à l'auteur-poète de ce texte, le projet d'Alberto Nessi prend de l'épaisseur au fil des pages. Par le dialogue triangulaire qu'il instaure, l'écrivain révèle les interrogations qui l'assaillent ainsi que la nostalgie qui peut-être l'habite. En comparant le rôle joué par les écrivains du XIXe siècle à ceux de notre époque, il fait dire au défunt « La littérature doit nous aider à connaître le monde, et non à nous faire participer à une confrérie : c'est du moins ce que je croyais du temps où j'étais vivant ». De sa sépulture José Fontana titille l'écrivain, lui permettant aussi d'exprimer des interrogations d'ordre existentiel : « Qu'est-ce que tu fais dans mon quartier ? C'est peut-être moi que tu cherches, dans les autres. Tu veux trouver quelque chose de mon visage dans la physionomie de ces hommes des quartiers populaires, comme le font ces écrivains qui poursuivent des fantômes ? Ou alors est-ce toi-même que tu cherches ? Je te vois inquiet, plein de doutes, de questions inexprimées. Ici, depuis mon poste, pendant que les colombes poursuivent leur éternel tourbillon autour des tombes, tu ne m'échappes pas. Tu me sembles affecté d'éclopitude, toi aussi, comme lorsque, de mon vivant, je suivais les bancales et les poissonnières. »
Une soixantaine de pages plus loin, arrivé au terme de sa vie parce que totalement gagné par la tuberculose, José Fontana songe désormais au suicide. Les dernières pages sont les plus sensibles de ce texte, car relatées de l'intérieur par un homme confronté à sa prochaine disparition. Le lecteur suit les dernières pensées d'une personne ayant, toute sa vie durant, consacré toute son énergie à défendre les plus faibles et qui, une fois le moment venu, choisit de mettre fin à ses jours, par égard pour ses proches mais aussi pour rester fidèle à ses idées. José Fontana se tue par balle le 2 septembre 1876.