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Devant le verre d'eau. Regards croisés sur la conférence comme vecteur de la vie intellectuelle (1880-1950)
Vallotton François, Clavien Alain (dir.)
2007, 139 pages, 29 chf, 19 €, ISBN 978-2-940146-79-6
Table des matières
Articles
Dans la revue Ponts
Les directeurs de cet ouvrage, dans leur "Introduction" (pp.7-14), soulignent la nouveauté, pour la recherche universitaire, du sujet abordé: la conférence comme véhicule (oral) des idées circulant parmi les intellectuels entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe. Issues d'un colloque organisé en 2004 à l'Université de Fribourg par le GRHIC (Groupe de recherche en histoire intellectuelle contemporaine), les interventions ici recueillies démontrent l'ample utilisation et diffusion de la conférence (non seulement dans le milieu strictement universitaire et intellectuel) dont l'une des raisons principales est certainement son intérêt financier.
Les écrits ici réunis s'intéressent à des domaines géographiques et culturels très variés. Pour ce qui est du contexte français (sur qui on ne va donner que des aperçus), on doit citer Philippe Ouvera ("Le petit monde de la conférence parisienne", pp.15-33), qui établit une typologie du phénomène de la conférence à Paris pendant les années 1920 et en analyse les thèmes principaux; Thomas Loué ('''Ne pas donner au public le temps d'oublier votre nom': les conférences de Ferdinand Brunetière", pp.35-53) propose une comparaison de l'activité de Ferdinand Brunetière en tant que conférencier et en tant que rédacteur de La Revue des Deux Mondes; François Chaubet ("Action culturelle extérieure et conférences: l'exemple de l'Alliance française (fin XIXe et début XXe siècles)", pp.107-121), à travers l'analyse du cas de l'Alliance Française et d'autres institutions similaires, met en évidence le rôle que celles-ci peuvent assumer dans le cadre des relations diplomatiques culturelles internationales. Pour ce qui concerne le domaine germanophone, l'intervention de Marina Allal ("Karl Kraus conférencier: théâtralité, littérature et polémique", pp.55-73) se concentre sur la prossémique de Karl Kraus tandis que Nelly Valsangiacomo ("Une politique de l'apolitisme? Francesco Chiesa et les conférences de la Scuola ticinese di coltura italiana (1918-1939)", pp.75-89) explore la conférence dans le contexte tessinois comme instrument pour promouvoir la culture officielle. Corinne Pernet ("Les échanges d'informations entre intellectuels: la conférence comme outil de coopération intellectuelle à la Société des Nations", pp.91-106) s'intéresse aux conférences de l'Institut international de coopération intellectuel, qui offrent un témoignage de la réflexion sur la nécessité, pour les intellectuels, d'employer des méthodes de communication modernes.
Gian Luigi Di Bernardini, Ponts no 9, 2010, pp.181-182
Dans la revue Ricerche di storia politica
Il primo di questi lavori è una raccolta di contributi diversi, curata da Alain Clavien e Nelly Valsangiacomo. Gli autori sono, oltre agli stessi curatori, Erwin Marti, Milena Malandrini, Mauro Cerutti, Stéfanie Prezioso, Alexander Elsig e Arnaud Gariépy. È sufficiente uno sguardo veloce per rendersi conto di come essa rivesta interesse ben superiore a quello che il titolo sembra annunciare. Dietro al problema del fuoruscitismo, al tempo delle dittature europee, si nasconde l'eterna lacerazione di una Svizzera sospesa fra la propria cultura liberale e umanistica, e la sua realtà di piccolo stato neutrale, circondato da grandi e minacciose potenze espansioniste. Emerge qui con chiarezza quella "sindrome da accerchiamento" che ne ha spesso condizionato le decisioni politiche, sia all'interno che all'estero. Di cià fanno le spese i rifugiati, involontarie e scomode pedine in un gioco di equilibri più grandi di loro, talvolta generosamente accolti, talaltra inspiegabilmente boicottati o respinti oltre frontiera.
Carlo Vivaldi-Forti, Ricerche di storia politica, 3/08, pp.336-337
Dans la revue Mil Neuf Cent
Dans ce petit ouvrage, joliment intitulé Devant le verre d'eau, Alain Clavien de l'Université de Fribourg et François Vallotton de l'Université de Lausanne proposent de s'arrêter un instant sur une pratique intellectuelle bien connue, mais finalement peu étudiée: les conférences. Sept contributions nous éclairent sur ce "vecteur important de la circulation des idées tant sur un plan social que transnational". Dans un ensemble fort intéressant mais qui souffre toutefois de son manque d'unité-défaut courant lorsqu'on publie ainsi les actes d'un colloque-sont évoqués "le petit monde de la conférence parisienne" en 1923 (Ph. Olivera), les conférences de Ferdinand Brunetière (T. Loué), Karl Kraus (M. Allal), Francesco Chies a et les conférences de la Scuola ticinese di cultura italiana de 1918 à 1939 (N. Valsangiacomo), la conférence comme outil de coopération intellectuelle à la Société des Nations (C. Pernet), l'Alliance française (F. Chaubet) et les archives sonores du Club 44 à la Chauxde-Fonds (C. Rodeschini).
La courte introduction de Clavien et Vallotton remet en perspective ces contributions éclectiques qui embrassent une-trop-ample période (1880-1950) et des milieux, des acteurs, des problématiques fort divers. Elle montre comment la conférence, savante ou littéraire, est un facteur de sociabilité pour les intellectuels à qui elle assure, pour quelques-uns d'entre eux, une autonomie financière. Certaines de ces conférences pouvaient prendre l'allure de véritables meetings: Brunetière parlait ainsi parfois devant 4000 personnes et publiait ensuite le texte de ses conférences que Loué qualifie de "produits dérivés".
Dans plusieurs contributions sont évoquées les nombreuses fonctions de la conférence-instruire, diffuser des idées ou des messages, distraire-, ses codes et ses rites, le style d'éloquence qui est propre à chacune de ces formes. On s'arrêtera aussi sur le texte de C. Pernet consacré à l'institutionnalisation des conférences dans le cadre de la SDN et sur celui de F. Chauber sur l'Alliance française. Véritable instrument de l'action extérieure de l'État, la conférence apparaît comme un outil de propagande dans le cadre de la concurrence des nations. En contrepoint, on voit aussi que les tentatives de la SDN pour susciter une coopération intellectuelle internationale se soldèrent par un échec.
Les questions posées sont nombreuses. Comment caractériser cet objet historique aux contours indéterminés? Qyelle fonction joue la conférence dans l'organisation du champ culturel et intellectuel? Comment évolue-t-elle au cours des XIXe et XXe siècles? Quelle place la conférence tient-elle dans la stratégie d'un intellectuel qui entend être reconnu immédiatement tout en construisant une uvre écrite avec le souci de la postérité? Une étude comparant plusieurs parcours serait utile de ce point de vue.
Clavien et Vallotton concluent leur propos en évoquant "des potentialités heuristiques d'un tel objet". Ce petit livre qui ne répond certes pas à toutes les questions qu'il pose, constitue une introduction utile pour qui souhaiterait explorer cette voie.
Éric Thiers, Mil Neuf Cent. Puissance et impuissance de la critique, 26/2008, pp.175-176