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1952-1966: années de voyage
Au début des années 1950, Marker commence sa carrière cinématographique, parcourant le monde pour l'UNESCO, afin de "mettre le cinéma au service de l'éducation de base". En 1952, il réalise Olympia 52, un documentaire commissionné par "Peuple et Culture", sur les Jeux Olympiques d'Helsinki, qui faisait parti du projet d'éducation populaire de l'organisation, alors que, dans le même temps, il poursuit son travail avec Alain Resnais sur le documentaire Les Statures meurent aussi, commandé par l'organisation Présence Africaine, court métrage qui ne sera achevé qu'en 1953.
Quoiqu'il en soit, ces deux premiers films suggèrent déjà l'esprit de voyage qui caractérisera son travail pendant toute la période qui suit. Comme le dit Catherine Lupton dans sa monographie sur Marker, "le désir de voir et de montrer le monde avec des perspectives inouïes va devenir le trait définitoire des activités de Chris Marker pendant les années 1950 et le début des années 1960, et il va ainsi établir sa réputation de globe trotter invétéré avec une série de travaux basés sur les voyages dans les pays et les régions en transition" . En effet, les films Dimanche à Pékin (1956), Lettre de Sibérie (1958), Description d'un combat (1960) et Cuba sí (1961) sont le fruit de voyages en Chine, en Sibérie, en Israël et à Cuba.
Par ailleurs, lorsqu'il ne tourne pas, Marker photographie. Un voyage en Corée du Nord est à l'origine du recueil de photographies Coréennes (1959) qu'il décrit comme un court-métrage fait avec des images fixes, anticipant ainsi subtilement La Jetée, de même qu'il l'avait fait avec son portfolio Clair de Chine (1956) paru dans la revue Esprit. Il y a, bien entendu, un fort intérêt politique derrière ces voyages, dont quatre ont été fait au sein de pays socialistes, avec la politique desquels Marker, bien que critique, n'est pas moins sympathisant. C'est dans ces films que commencent à se définir quelques traits caractéristiques du réalisateur. Son ami André Bazin voit déjà dans Lettre de Sibérie la naissance ou la consolidation d'un genre qui sera dès lors inséparable de Chris Marker pour ne pas dire synonyme: le "film-essai".
Tout en réalisant ses films, Marker devient en parallèle le créateur et directeur de la collection "Petite Planète" aux Editions du Seuil, qui offre une alternative aux guides de voyage plus classiques, et dont il sera le responsable entre 1954 et 1958. Il y développe alors une forme nouvelle d'alliance entre le texte et l'image: la photographie n'est plus reléguée au seul statut d'illustration du texte, mais devient un complément symbiotique et indispensable du texte.
Bien sûr, Marker restera un voyageur toute sa vie, mais on peut dire que cette première phase d'errance commencée avec Dimanche à Pékin est clôturée dans les années 1960 avec les films Le Mystère Koumiko (1965) et Si j'avais quatre dromadaires (1966). L'origine du Mystère Koumiko est un voyage au Japon en 1964, lors des Jeux Olympiques de Tokyo. L'intention originelle de Marker était de réaliser un film sur ces Jeux, comme il avait fait en 1952 à Helsinki, mais il décide finalement de faire un film sur une jeune femme, Kumiko Muraoka (francisé en Koumiko), qu'il rencontre par hasard à Tokyo et qui parle français. Ce film est aussi l'occasion pour Marker d'explorer pour la première fois sa fascination extrême avec le Japon, à laquelle il va retourner plusieurs fois par la suite. D'un autre côté, Si j'avais quatre dromadaires renverse la logique de Coréennes, car il s'agit cette fois d'un album de photographies en forme de film, au lieu d'un film sous forme de photographies (bien sûr, cette inversion est aussi présente dans La Jetée). Dans Si j'avais quatre dromadaires, Marker rassemble plusieurs photos qu'il a accumulées durant ses voyages depuis 1950. Le film est alors un peu un bilan de ces premières années de voyage qui précèdent les années de militantisme.