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Lundi 23 novembre, l'Unil a déclaré avoir été «mise devant le fait accompli» lorsque l'occupation de l'auditoire 1612 a débuté. En quoi et à quel degré, selon vous, cette méthode est-elle problématique ?
L'action du collectif R a revendiqué son action comme une «désobéissance» et une «occupation». L'Unil a été choisie pour être l'institution attaquée. Son fonctionnement a donc été volontairement perturbé ainsi que furent violées de nombreuses règles qui permettent ordinairement à l'ensemble de la communauté universitaire de vivre ensemble (horaires d'études, réservation des locaux, utilisation des auditoires...). Une fois la prise de possession de l’auditoire effectuée, le collectif R a informé la Direction de l'Unil que son but était de sensibiliser la communauté universitaire. Du point de vue de la Direction de l'Unil, il y avait certainement d'autres moyens d'atteindre cet objectif.
Danielle Chaperon. © Unil
Des discussions se sont rapidement amorcées entre l'Unil et le collectif R. Dans quel climat se sont-elles déroulées ?
L'«occupation» étant conçue comme une «désobéissance», la Direction de l’Unil a joué son rôle en demandant que l'auditoire soit libéré et en rappelant les règles de fonctionnement en usage. Elle a néanmoins souhaité trouver une solution pacifique avec les représentants du collectif R. Les discussions ont porté sur la date réelle du retrait du collectif ainsi que sur le respect de certaines règles d'utilisation de l'auditoire (libération de l'auditoire la nuit et garantie de la possibilité de l'utiliser la journée).
Plusieurs sources semblaient indiquer que l'Université, face à l'action du collectif R, était «d'accord sur le fond, mais non sur la forme». Cela correspond-il à la réalité ?
L'expression «l'Université» n'est pas claire. Pour sa part, la Direction de l'Unil n'a pas à se prononcer sur la cause portée par le collectif R, car tel n'est pas le mandat confié par le gouvernement qui l'a nommée et elle ne se sent pas légitimée pour parler au nom de chaque membre de la communauté universitaire. Son mandat public est limité à la gestion de l’Université, aux problématiques académiques ainsi qu'aux questions générales de politique de formation (taxes d'études, bourses d'études, accueil des étudiants étrangers, par exemple).
L'occupation d'un auditoire de l'Unil était, pour le collectif R, motivée par la conception de l'Université comme «un lieu de débats et de discussions». Pensez-vous que l'Unil assume ce rôle, et de quelle manière ?
La Direction de l'Unil est évidemment d'accord avec cette vision de l'Université comme «lieu de débats et de discussion». Ainsi, il était loisible aux membres de l'Unil qui ont participé à l'occupation de l’auditoire 1612, de prendre en charge l’organisation de débats contradictoires, des conférences scientifiques ou des journées d'études sur la question des Accords de Dublin et d’y inviter des membres du collectif R. Évidemment, une telle forme de «contact des savants et de la cité» (comme il s’en organise tous les jours sur le campus) n'aurait peut-être pas attiré sur le site autant de journalistes ni fait vibrer autant la fibre épique des participants.
En tant qu'institution, l'Unil peut-elle se prononcer sur des sujets politiques, des questions d'actualité ou des problèmes sociaux ?
Les membres de l'Unil – et les membres de la Direction parmi eux – sont évidemment des citoyennes et des citoyens qui peuvent et doivent se prononcer sur les questions politiques. En revanche, ils ne peuvent se prévaloir de leur appartenance à l'Université que s'ils apportent sur ces questions un regard basé sur leurs connaissances et compétences scientifiques. L'Université – service public financé par les contribuables dans un but qui lui est spécifique – ne peut que perdre en crédibilité et légitimité si elle confond «opinion» et «savoir scientifique», en particulier dans les domaines des sciences humaines et sociales.
L'action du collectif R à l'Unil a pris fin hier. Globalement, comment jugez-vous le déroulement de cette occupation ?
On peut estimer positif le fait que la Direction de l'Unil et les représentants du collectif R ont réussi à dialoguer. Mais la Direction doit être vigilante à respecter l'égalité de traitement. Dans quelques semaines ou quelques mois, lorsqu'un collectif militant pour la suppression du droit de l'avortement en Suisse, prendra possession de l'auditoire Hamburger de l'Amphimax, avec le but de «sensibiliser» la communauté universitaire à la problématique de l'assassinat en masse des bébés, qu'est-ce que les membres de la communauté universitaire qui ont «occupé» l'auditoire 1612 de Géopolis attendront de la Direction de l'Unil ?
Des propos recueillis par Frédéric Henry