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Dans le four restauré en 2018 se trouvent deux foyers. Le plus petit à gauche est surmonté d’un linteau portant la date de 1817 avec les initiales de F(rançois) PH(iliponat), C(uré) en ce temps-là (1800-1826). Le linteau du plus grand foyer, à droite, en forme de trapèze est orné d’une croix de Malte en son centre, flanquée des lettres MW et HL, précédées et suivies d’étoiles. Cette pièce, irrégulière, pourrait provenir d’une construction précédente. Son inscription, sans date, paraît plus ancienne. Les initiales indiquent probablement les noms du maître d’œuvre ou du maçon et du commanditaire qui nous restent inconnus, (peut-être maître Winter, le meunier du Moulin de Prassasson).
En fonction du style (four à pignon en berceau) cette construction est datée par le Service des Biens culturels entre le dernier quart du XVIIIe et le début du XIXe siècle. Elle figure dans le premier registre de l’ECAB (1812-1823) parmi plus d’une vingtaine de fours privés existant dans la commune. On trouve cependant dans les archives paroissiales quelques données qui permettent de faire remonter un peu plus haut l’origine complexe de ce four ou de certains de ses éléments. C’est aussi l’occasion de découvrir l’activité, tant matérielle que spirituelle, de certains curés à la tête de la paroisse.
Ainsi le 6 avril 1737, dans une convention notariée signée entre la paroisse et le curé pour régler leurs rapports, quelque peu conflictuels, au sujet du Bénéfice, il est fait mention d’un « four ancien » situé près de la cure. Il y est aussi noté que le curé-doyen Nicolas Zurthannen en poste en ce temps-là (1718-1740) a fait « nouvellement » édifier, sans la participation de la paroisse, « un petit four qui est attaché à l’ancien » et dont il doit assurer l’entretien. On n’a retrouvé aucune autre allusion à ces deux constructions mais on peut imaginer que l’ancien four ne donnait plus satisfaction au curé.
L’évêque Mgr Claude-Antoine Duding, qui donne son aval à cet acte en date du 19 mars 1738, ajoute que cette charge incombant au curé Zurthannen devra être assumée par la paroisse après le départ de l’ecclésiastique. Il accorde toutefois que celle-ci pourra « réduire les deux fours en un seul comme du passé ».
(Peu avant cette convention, en 1735, l’évêque avait exigé que l’on se procure une cassette en chêne, munie de deux serrures différente pour conserver les papiers valeurs du Bénéfice ; le curé et le gouverneur de la paroisse (soit le président) devait détenir chacun une clé, ce qui devait permettre un contrôle mutuel sur la gestion et la conservation des biens, un système qui se généralisera dans le canton en 1858).
Sur les plans géométriques du fief appartenant au « Charitable grand Hôpital de Fribourg » levés en 1752, le clos de la cure est encore dépourvu de four à l’endroit du site actuel. Le curé François Longchamp (1740-1778), pourtant féru d’histoire, n’en dit mot dans ses commentaires. On peut observer en revanche qu’au bâtiment de la cure étaient apposées deux dépendances qui auraient pu abriter l’ancien et le petit four.
On ignore quand et comment cette transformation s’est précisément opérée, mais la mention figurant sur le linteau du petit foyer pourrait signifier que cette « réduction » en un unique bâtiment a été effectuée par le curé François Philiponat en 1817. Ce pasteur s’est montré très dynamique dans la direction de sa paroisse. En 1804 il fait doter l’église de deux nouvelles cloches en organisant une grande souscription (dont les listes ont été conservées). Il offre en 1816 deux bénitiers en marbre toujours visibles de part et d’autre de l’entrée principale.
Il s’engage aussi en faveur du développement de l’instruction primaire, soutenant l’instituteur qui appliquait les méthodes du Père Girard et dont la classe obtiendra le statut d’école-modèle pour le district. Le curé trouvera même des ressources pour aider à faire construire un bâtiment scolaire mieux adapté mais la commune ne le suivra pas. Une pétition est même lancée plus tard, arguant que les élèves n’avaient pas assez de vacances pour aider leurs parents dans leurs travaux de saison. Découragé et lassé des oppositions qu’on lui faisait dans la gestion de son Bénéfice, l’ecclésiastique quitte la paroisse après 26 ans de ministère.
Pour l’anecdote on peut encore signaler un autre four dépendant du Bénéfice curial. Il est l’œuvre du curé-doyen Jean-Prothais Astheimer en poste de 1782 à 1800. Ce prêtre également très dynamique s’engagea à trouver des ressources (quête nominative aussi conservée) pour reconstruire presque totalement l’église (1784-89). Ne subsista qu’une partie de l’ancien chœur qui devint la sacristie actuelle.
Il se préoccupa aussi de l’état du domaine agricole, source de ses revenus. Voyant son pré au bas du château périodiquement inondé par la Sarine et sa grange en mauvais état, l’ecclésiastique décida de construire une ferme en 1782-83 au lieu-dit Gottala. Il la munit d’un four situé non loin, au bas de la maison, à l’entrée du chemin conduisant à l’ancien bourg. Il fut édifié comme le bâtiment ecclésial avec des pierres prélevées sur les ruines du château. On y reconnaît la base du rucher actuel.
En conclusion, on ne sait toujours pas comment se présentaient l’ancien et le petit four d’avant 1737. Il est établi que le bâtiment sous sa forme actuelle date de 1817, ce qui est confirmé d’un point de vue stylistique. Il abrite vraisemblablement un ou des éléments issus de ces précédentes constructions.
5 -9- 2019 Francis Python