Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07098.jsonl.gz/814

Médecine, nature et genre
Philosophes, biologistes et médecins organisent dès le XVIIIe siècle la société en classant et hiérarchisant les individus d’après un système binaire dans lequel le couple nature/culture est le fondement. La nature, la reproduction, la passivité et les affects sont associés au féminin et subordonnés à la culture, la création, l’activité et la pensée, caractéristiques masculines. Cette manière de voir assigne le corps féminin à la nature et fonde le contrat sexuel qui écarte les femmes de la citoyenneté et de l’espace public (Carole Pateman). L’argument naturaliste a permis de justifier durablement non seulement la subordination des femmes aux hommes, mais également des populations racisées aux populations blanches, des classes sociales pauvres aux classes possédantes.
Si les médecins et biologistes ont joué un rôle essentiel dans cette assignation, en utilisant les sciences pour justifier l’ordre social et la subordination des femmes, c’est également le cas des dominées qui ont cherché à s’extraire de leur assignation à la nature par les techniques médicales. Découverte du cycle de l’ovulation (1930), commercialisation de la pilule (1961), élaboration de techniques de reproduction ont permis de remettre en question le lien contraignant entre sexualité et maternité. Paradoxalement, ces nouvelles avancées médicales ont renforcé l’assignation des femmes à la sphère reproductive en faisant des femmes les consommatrices principales des technologies de reproduction.
Ce panel se propose de réinterroger cette focalisation de la recherche médicale et des sciences sociales sur le corps des femmes en revenant d’une part sur quelques moments clés où les sciences médicales ont construit les femmes comme consommatrices naturelles, et d’autre part également sur les résistances des femmes et minorités face à cette assignation. Il s’agira en outre d’éclairer un aspect moins connu de la recherche, l’intégration progressive des hommes en tant que clients potentiels du marché de la médecine reproductive, et d’examiner ce que ce nouvel intérêt médical révèle des rapports entre nature et masculinité.
Les organisatrices du panel se réjouissent de recevoir des propositions touchant aux questions de médecine et féminité, médecine et masculinité ou résistances à la médecine reproductive.
Papers prévus:
Camille Bajeux, L'infertilité masculine comme objet d'intérêt médical (années 1950-1970)
Caroline Rusterholz, Nature, genre et race; controverses autour du contraceptif depo-provera dans les années 1970
Commentaire prévu: Pauline Milani
Il reste un emplacement d’exposé à définir par le Call for Papers.