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Canton de la Confédération de 1501 à 1798 et depuis 1803, de la République helvétique de 1798 à 1803. All. Schaffhausen, ital. Sciaffusa, rom. Schaffusa. Langue officielle: allemand. Le chef-lieu est la ville homonyme.
S. est le seul canton suisse qui soit entièrement situé au nord du Rhin, mis à part une petite partie de la commune de Stein am Rhein (quartier de Vor der Brugg). Il comprend trois territoires séparés: la partie principale où se trouve la ville de S., la partie orientale ou supérieure (enclave de Stein am Rhein) et la partie méridionale ou inférieure (enclave de Rüdlingen-Buchberg). Sa frontière avec l'Allemagne est longue de 151,8 km, alors que la limite avec les voisins suisses, Zurich et Thurgovie, ne mesure que 33,6 km; elle suit au nord le Randen (un contrefort du Jura) et à l'ouest les confins du Klettgau, région connue pour son vignoble, mais qui est aussi le grenier à blé du canton.
L'achat de droits seigneuriaux fut le principal moyen utilisé par la ville de S. pour se constituer un territoire, entre le bas Moyen Age et le XVIe s. Les tentatives ultérieures d'acquisitions échouèrent. En 1798, le canton se vit attribuer la ville de Stein am Rhein avec les villages de Hemishofen et Ramsen et reçut de Zurich Dörflingen en échange d'Ellikon am Rhein. En 1967, intervint la dernière grosse correction de frontière avec l'Allemagne, celle-ci cédant l'enclave du Verenahof. Les relations avec le village allemand de Büsingen, aux portes de S., sont réglées par un traité d'Etat signé en 1964. A la suite de fusions, le nombre des communes est passé de trente-quatre en 2004 à vingt-sept en 2009. Quelque 45% de la population résident au chef-lieu.
|Superficie (2006)||298,5 km²|
|Forêt / surface boisée||128,6 km²||43,1%|
|Surface agricole||134,3 km²||45,0%|
|Surface bâtie||31,8 km²||10,6%|
|Surface improductive||3,8 km²||1,3%|
|Année||1850||1880a||1900||1950||1970||2000|
|Habitants||35 300||38 241||41 514||57 515||72 854||73 392|
|En % de la population suisse||1,5%||1,4%||1,3%||1,2%||1,2%||1,0%|
|Langue|
|Allemand||38 117||40 290||55 257||61 518||64 323|
|Italien||39||886||1 490||6 682||1 897|
|Français||149||264||529||553||370|
|Romanche||4||16||101||139||80|
|Autres||39||58||138||3 962||6 722|
|Religion, confession|
|Protestants||33 880||33 897||34 046||44 408||46 772||37 025|
|Catholiquesb||1 411||4 154||7 403||12 431||23 277||17 790|
|Catholiques-chrétiens||275||192||83|
|Autres||9||297||65||401||2 613||18 494|
|dont communauté juive||9||33||22||57||21||23|
|dont communautés islamiques||439||4 254|
|dont sans appartenancec||1 169||9 471|
|Nationalité|
|Suisses||33 938||33 963||33 860||53 950||58 907||58 290|
|Etrangers||1 362||4 278||7 654||3 565||13 947||15 102|
|Année||1905||1939||1965||1995||2005|
|Personnes actives||Secteur primaire||11 368||10 618||3 127||2 783d||2 265|
|Secteur secondaire||9 873||15 338||24 144||14 042||13 020|
|Secteur tertiaire||3 742||5 070||9 622||20 861||22 251|
|Année||1965||1975||1985||1995||2005|
|Part au revenu national||1,2%||1,1%||1,0%||1,1%||1,0%|
Les premières traces d'habitat datent du Tardiglaciaire (Dryas ancien). Le site fameux du Kesslerloch près de Thayngen a livré notamment des reliefs de repas et des déchets datés par le carbone 14 de 15 500-12 000 av. J.-C., ainsi que de petits objets d'art (bâton orné d'un "renne broutant" gravé à la pointe). Cette grotte était utilisée au printemps comme camp de base par des groupes qui se livraient à la chasse aux rennes, peut-être déjà avec l'aide de chiens. D'autres sites se trouvent dans le Fulachtal (Bsetzi, Vordere Eichen), dans le Freudenthal (Rosenhalde) et dans la commune de S. (abri sous roche de Schweizersbild); on y a découvert des vestiges d'habitat et des objets d'art paléolithique (statuette de femme stylisée, en charbon fossile).
Le Mésolithique n'est présent qu'au Schweizersbild (foyers, bois de cerf travaillés datés d'environ 7000 av. J.-C. par le carbone 14).
Auteur(e): Markus Höneisen / PM
Les trouvailles se font à nouveau plus abondantes pour la seconde moitié du VIe millénaire. Dans le Klettgau fertile, les premiers paysans habitaient de petits groupes de maisons allongées entourées d'annexes. Ils ont laissé des haches de pierre, des faucilles, des meules, des pointes de flèche, ainsi que des vases qui se rattachent à une phase ancienne de la civilisation de la céramique rubanée et au groupe de La Hoguette (le site de Gächlingen marquant les limites sud de la première et sud-est du second). Les habitats du Néolithique moyen (Ve millénaire) relèvent des civilisations de Grossgartach et de Rössen; ils occupent de légères élévations près de cours d'eau (Gächlingen, Oberhallau, Neunkirch) ou des hauteurs (Wilchingen-Flüehalde, Neuhausen-Ottersbühl, Stein am Rhein-Hohenklingen).
Au début du Néolithique récent (vers 4000 av. J.-C.), l'homme occupe aussi les vallons du Randen (S.-Grüthalde) et le Reiat (Büttenhardt, Lohn). Il y est visiblement attiré par des gisements de silex, sous forme de petits nodules pris dans le calcaire; objets d'une exploitation intensive, les nucléus sont taillés et transformés surtout en petits perçoirs (appelés pointes du type Dickenbännli), soit destinés à l'exportation dans la région du lac de Constance, soit utilisés sur place pour la fabrication de perles tubulaires et de boutons en calcaire. Plusieurs de ces perles ont été retrouvées dans des abris sous roche et des grottes de la région, comme mobilier funéraire. Entre 3800 et 3600 av. J.-C., un vaste habitat occupait une langue de terre dans la zone marécageuse de Thayngen-Weier. Si la céramique de ce site laisse apparaître une influence de la civilisation de Michelsberg, ses vestiges bien conservés grâce au milieu humide ont surtout permis de mieux connaître les méthodes de construction et l'économie de la civilisation de Pfyn, laquelle est représentée aussi, de même que celle de Horgen qui lui succéda, à la sortie du lac Inférieur (Stein am Rhein) et sur quelques sites de hauteur (Siblinger Schlossranden, Wilchingen-Flüehalde).
Auteur(e): Markus Höneisen / PM
Le Néolithique final n'a guère laissé de traces; en revanche, le Bronze ancien (sauf dans sa phase initiale) est connu par des habitats et des sépultures. Les nombreux sites du Bronze final attestent, au moins pour le Klettgau, une forte densité d'occupation vers 1000 av. J.-C. Presque toutes les zones actuellement habitées l'étaient déjà à cette époque. On commença alors à défricher les pentes du Randen. Des places fortes se dressaient sur quelques hauteurs.
Pour l'âge du Fer, les habitats sont rares, alors que l'on a retrouvé de nombreuses tombes et tumulus (par exemple Hemishofen-Sankert). Les vestiges se concentrent à proximité de gisements ferreux, qui probablement étaient déjà exploités. Le canton de S. (comme l'Allemagne du Sud voisine, mais à l'inverse de la rive gauche du Rhin) n'a livré aucun témoignage datant des derniers siècles avant l'ère chrétienne.
Auteur(e): Markus Höneisen / PM
L'occupation romaine ne devient perceptible qu'au Ier s., le long des grands axes nord-sud: le vicus de Iuliomagus, sur la route de Vindonissa (Windisch) à Brigobannis (Hüfingen), mentionné par la table de Peutinger, apparut vers 70 apr. J.-C. et atteignit son apogée au début du IIe s. (grand enclos sacré, thermes, habitations, ateliers et magasins); son déclin commença déjà dans la seconde moitié du IIe s. Des villae avec leurs dépendances furent édifiées aux Ier et IIe s. sur les routes traversant le Klettgau, mais l'on n'en a retrouvé ni dans le Randen, ni dans le Reiat, ni au bord du Rhin.
L'autre grand axe allait d'Ad Fines (Pfyn) à Tasgetium (Eschenz, à la sortie du lac Inférieur), puis vers le nord jusqu'au Danube. Il franchissait le Rhin à la hauteur de l'île de Werd, par un pont en bois (daté par la dendrochronologie de 81/82 apr. J.-C.), peut-être défendu par un poste militaire au début du Ier s. déjà.
Auteur(e): Markus Höneisen / PM
Vers la fin du IIIe s. fut érigé le castrum de Stein am Rhein-Burg, sur une colline de la rive sud du Rhin, à 500 m en aval de Tasgetium; il participait à la défense du limes Danube-Iller-Rhin et commandait un pont, probablement construit à la même époque. Sur la route qui y arrivait du sud se trouvait une nécropole lui appartenant, qui se caractérise par de précieuses offrandes en verre de Rhénanie (dont une coupe ornée d'une scène de chasse). Une église funéraire en bois fut édifiée vers 600 dans les ruines du castrum par une famille noble germanique.
Non loin de l'ancien vicus de Iuliomagus fut fondé, vers la fin du IVe s., un quartier germanique, origine de l'actuel village de Schleitheim. Le grand cimetière à rangées de tombes de Schleitheim-Hebsack, contenant un millier de sépultures, date du haut Moyen Age. Une église en pierre fut construite à proximité, au début du VIIe s., pour abriter à l'origine les tombes d'une famille noble.
Les découvertes archéologiques (églises de Stein am Rhein-Burg et de Schleitheim, offrandes du VIe s. ornées de symboles chrétiens dans des tombes de Hebsack) attestent une christianisation précoce de la région, confirmée par la dédicace de plusieurs sanctuaires à des saints particulièrement honorés à l'époque franque.
De nouveaux villages furent fondés aux VIe et VIIe s.; ils portent des noms en -heim (Aazheim, Barzheim, Ramesheim) et en -ingen (Siblingen, Löhningen, Beringen) et se trouvent en majorité le long des anciennes voies de communication. Mais la colonisation gagna aussi les vallées du Randen et les hauts plateaux du Reiat. Le site de Berslingen, aux portes de S., a été presque entièrement fouillé. Ce village, né d'un domaine fondé vers 600 et qui disposa bientôt d'une petite église en pierre avec cimetière, atteignit son apogée vers l'an 1000; un siècle plus tard, la plupart des fermes étaient abandonnées.
Auteur(e): Markus Höneisen / PM
Au milieu du VIIIe s., le territoire du canton de S. était réparti entre le Klettgau à l'ouest et le Hegau au nord-est, la cluse d'Enge servant de frontière selon le projet de division de l'empire carolingien établi en 806. Au partage de 843, il revint au royaume de Germanie. Il subit les querelles des familles qui se disputaient le duché de Souabe, dont il relevait, jusqu'à ce que les empereurs de la dynastie ottonienne y imposent leur domination. Les abbayes bénédictines de Saint-Gall, Saint-Blaise (Forêt-Noire), Saint-Georges, Reichenau, Rheinau et Petershausen, le couvent d'Öhningen et l'évêque de Constance acquirent au cours du temps des terres plus ou moins dispersées et des églises (anciens sanctuaires privés de familles nobles, par exemple à Merishausen, Erzingen et Schleitheim). Une famille de haute noblesse joua un rôle important dans l'histoire de S., celle des Nellenburg.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Les marchés de Stein am Rhein et de S. doivent leur naissance à leur situation sur le Rhin, axe de communication. Hadwige ( 994), veuve de Burchard III, duc de Souabe de la famille des Hunfrid, fonda au Hohentwiel près de Singen le monastère de Saint-Georges, relevant de l'évêché de Bamberg; cette abbaye fut déplacée en 1007 par l'empereur Henri II au domaine de Stein am Rhein, dont elle favorisa l'essor et la transformation en ville. Sur le site de S., les premières traces d'habitat remontent au VIIe s. Le comte Eberhard de Nellenburg obtint pour la villa Scafhusum le droit de battre monnaie en 1045.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
En 1049, le comte Eberhard fonda l'abbaye bénédictine d'Allerheiligen (Tous-les-Saints) comme couvent privé. Les Nellenburg firent ensuite de S. le centre de leur pouvoir. Le comte Burkhard ( vers 1101/1102) fit appel à l'abbé Wilhelm von Hirsau pour réformer Allerheiligen; il renonça à ses droits sur ce monastère, lui laissant le libre choix de son avoué, et fit confirmer son nouveau statut en 1080 par le pape Grégoire VII. Il lui céda aussi la villa Scafhusa "cum publica moneta, mercato et omnibus pertinentiis suis", c'est-à-dire la seigneurie sur la ville de S. avec le droit de battre monnaie, le contrôle du marché et tous les autres droits de justice. L'abbaye, qui avait adopté la réforme de Hirsau, se contenta cependant des bénéfices économiques de ce transfert et confia l'exercice des pouvoirs qui lui étaient échus à des avoués laïques. Dans les années 1080, le comte Burkhard offrit à sa mère Ita ( vers 1104) le couvent de bénédictines de Sainte-Agnès.
L'abbaye d'Allerheiligen reçut en 1092, du comte Burkhard, la réserve de chasse du Mundat dans le Randen, puis d'autres terres au XIIe s. Elle devint le plus gros propriétaire foncier dans la ville de S. et dans les villages environnants; elle avait de vastes biens tant en Suisse qu'en Allemagne du Sud. Le couvent de Sainte-Agnès à S. et celui de Saint-Georges à Stein am Rhein figuraient aussi, avec la petite noblesse locale, parmi les principaux détenteurs de droits et de terres dans la région.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Après l'extinction des Nellenburg au début du XIIe s., l'abbaye d'Allerheiligen, seigneur de la ville, se heurta de plus en plus aux usurpations de ses avoués, issus pour la plupart de familles autrefois apparentées aux Nellenburg. Pour se protéger et garantir ses droits, elle se tourna vers l'Empire, mais n'hésita pas, d'autre part, à produire de faux documents. Vers 1190, elle jouissait de l'immédiateté. Pourtant, en 1197, Philippe de Souabe inféoda l'avouerie et la seigneurie de S. au duc Berthold V de Zähringen. A la mort de ce dernier (1218), ses droits sur S. firent retour à l'Empire. Comme l'abbaye n'exerçait pas elle-même ses pouvoirs seigneuriaux, quelques bourgeois purent aisément reprendre, à titre individuel, certains droits souverains au XIIIe s. Parallèlement, les habitants de la ville s'émancipèrent de la tutelle abbatiale et s'organisèrent collectivement, comme le prouvent l'utilisation d'un sceau municipal dès 1253 et la mention d'un Conseil en 1272. La ville de S. se mit aussi à mener une politique extérieure; en 1330, ses élites nobles, favorables aux Habsbourg, appuyèrent sa remise en gage au duc d'Autriche par l'empereur Louis de Bavière en mal d'argent. Dès lors, elle soutint militairement et financièrement les ducs de Habsbourg et était en bonne voie de devenir leur ville de résidence en Autriche antérieure. Mais cela se traduisit par un fort endettement qui allait encore s'aggraver au XVe s.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Dès la fin du XIIIe s., les conflits internes se multiplièrent; différentes factions de l'élite se disputaient le pouvoir, tandis que des groupes formés dans d'autres couches de la société, en particulier les artisans organisés en corporations, cherchaient à obtenir un droit de participation politique. Les querelles entre la noblesse et la bourgeoisie montante (marchands et artisans) aboutirent à des modifications de la constitution municipale en 1350, 1367, 1375, 1405 et 1411 (sans compter les projets avortés de 1388 et 1391); la dernière introduisit le régime corporatif, qui ramena un certain calme dans la ville.
Après la dispute entre l'empereur Sigismond et le duc d'Autriche Frédéric IV, la ville de S. retrouva le statut d'immédiateté impériale (1415). Au cours des décennies suivantes, les Habsbourg tentèrent à plusieurs reprises de la ramener sous leur autorité, aidés dans leurs efforts, dès la fin des années 1430, par le fait qu'ils occupaient le trône impérial. Pour assurer son indépendance, S. scella des alliances (pacte de 1312 avec les villes du lac de Constance, Zurich et Saint-Gall, Ligue des villes souabes, Ligue des chevaliers de Saint-Georges en 1407, Ligue de Weinsberg avec trente-deux autres villes d'Empire en 1420, Juppenbund de 1425 regroupant la noblesse et les villes du haut Rhin et du sud de la Forêt-Noire), qui cependant lui offrirent peu de protection tout en l'entraînant dans des aventures militaires. Son implication dans la guerre des villes d'Allemagne du Sud en 1449-1450 eut des conséquences particulièrement graves: en butte à une guérilla menée par les nobles du voisinage, en majorité favorables aux Habsbourg et emmenés par le comte de Sulz, elle chercha de l'aide auprès des Confédérés. Elle conclut avec eux, en 1454, une alliance de durée limitée (vingt-cinq ans, prolongés d'autant en 1479), dont les clauses la forceront à participer aux guerres de Bourgogne, notamment à la bataille de Grandson. La campagne schaffhousoise souffrit beaucoup des combats de la guerre de Souabe (1499). En 1501, S. devint le douzième canton de la Confédération.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Des structures communales se développèrent aux XIVe et XVe s. dans les villages, ainsi qu'à Neunkirch, petite ville de l'évêque de Constance. On mentionne par exemple dès 1343 à Hallau (qui relevait aussi de l'évêque), une communauté paysanne organisée qui s'assura de nombreux droits et agrandit son territoire en procédant à des achats. Dans la plupart des villages, des communautés jouissant d'une large autonomie réduisirent leur dépendance envers leur seigneur foncier. Cette évolution prit fin au début du XVIe s., quand la ville de S. entreprit d'imposer son autorité, ce qui n'alla pas sans susciter des résistances; l'opposition, renforcée par la Réforme, culmina lors de la guerre des Paysans de 1525, qui toucha Hallau et le Klettgau suisse et se termina par la défaite des villageois.
La petite ville de Stein am Rhein, après avoir été tenue en fief d'Empire par les barons de Klingen, puis par les Klingenberg (1419), acheta l'immédiateté impériale en 1457, ainsi que le château fort de Hohenklingen, le village de Hemishofen et le territoire de Vor der Brugg sur la rive gauche du Rhin. En 1459, elle conclut avec Zurich et S., pour vingt ans, une alliance dans laquelle Zurich était le partenaire dominant. En 1484, sacrifiant son autonomie, elle signa un traité de combourgeoisie avec Zurich qui désormais exerça la souveraineté.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Une politique active d'expansion territoriale est perceptible dès la première moitié du XIVe s.: combourgeoisies avec des nobles des environs et avec des couvents, tel celui de Paradies en 1330 (clarisses), conquêtes, achats de droits et de terres par l'hôpital du Saint-Esprit (mentionné dès 1253). Mais la ville eut affaire à forte concurrence. Elle fut privée de sa liberté d'action durant la domination autrichienne (1330-1415); quand elle la retrouva, en même temps que l'immédiateté impériale, Zurich était parvenu à placer sa frontière nord sur le Rhin, ce qui rendait difficile une extension schaffhousoise vers le sud. En 1434, Zurich acquit même un village au nord du Rhin, Dörflingen, attribué au bailliage d'Andelfingen. Une extension vers l'est dans le Hegau, arrière-pays naturel de la ville de S., fut entravée par le fait que le landgraviat du Hegau revint à l'Autriche en 1465. En outre, la ville n'intégra pas suffisamment la noblesse locale à sa politique territoriale; elle ne réussit pas à racheter à ses bourgeois toutes les basses justices qu'ils détenaient: certaines furent cédées à Zurich.
Lors de la guerre d'Allerheiligen (1521), S. s'empara de Hallau qui relevait de l'évêque de Constance, et acheta en 1525 la seigneurie épiscopale de Hallau-Neunkirch. La ville gagna (en partie) Merishausen, Neuhausen, Hemmental, ainsi que Reuthe dans le Hegau et Grafenhausen en Forêt-Noire, grâce à la sécularisation d'Allerheiligen en 1524, puis, grâce à celle de Sainte-Agnès, la basse justice sur Buch. En 1529, elle put acheter au couvent de Paradies, menacé de sécularisation, Guntmadingen, la moitié de Löhningen, Lohn, Opfertshofen, Altdorf et Büttenhardt.
Après la Réforme, les tensions confessionnelles rendirent encore plus difficile la formation d'un territoire d'un seul tenant, ce qui aurait exigé l'acquisition de terres catholiques. Un projet fort avancé d'achat de Gailingen et Randegg échoua, notamment en 1638, face au veto de l'Autriche qui ne voulut pas que la Confédération s'agrandisse aux dépens de l'Empire. En outre, les artisans fortement représentés au Conseil de S. ne voyaient guère l'intérêt d'une politique territoriale affirmée et ne saisirent pas les occasions qui se présentèrent.
Auteur(e): Oliver Landolt, Roland E. Hofer / PM
Le duc Frédéric IV de Habsbourg approuva le 1er juillet 1411 l'introduction du régime corporatif. Cette décision ne lui gagna pas, comme il l'espérait peut-être, le soutien de la ville qui, autrichienne depuis 1330, jouit de nouveau de l'immédiateté en 1415; mais elle mit fin aux querelles constitutionnelles sans cesse renaissantes depuis le début du XIIIe s. (mesures contre les corporations en 1332). Elle assura aux artisans, attestés dès 1250 environ, un droit égal à celui de la noblesse. Désormais, le pouvoir politique fut partagé entre les dix corporations d'artisans, la Société des marchands et celle des seigneurs, chacune ayant deux représentants au Petit Conseil (vingt-quatre membres) et sept au Grand Conseil (quatre-vingt-quatre membres).
Toute personne désireuse d'exercer un métier devait faire partie d'une corporation. Dès la fin du XVIe s., l'appartenance corporative devint héréditaire. Théoriquement, les charges publiques (par exemple celles des deux bourgmestres, des deux trésoriers) étaient ouvertes à n'importe quel membre d'une corporation ou société. Mais comme elles étaient à peine rémunérées, elles furent en fait assumées par les couches aisées de la population, qui vivaient des revenus du commerce ou de la terre. Les membres du Petit Conseil, en particulier, devaient pouvoir se libérer pour assister aux séances, de plus en plus fréquentes dès le XVIe s. (deux ou trois fois par semaine au XVIIIe s.).
Le compromis réalisé en 1411 s'avéra stable. Les critiques contre le gouvernement prirent rarement la tournure d'une crise constitutionnelle. Cela se produisit en 1525, quand la corporation des Vignerons et celle des Pêcheurs refusèrent de prêter le serment de bourgeoisie et, avec des conséquences plus profondes, en 1688-1689, quand les corporations se rebiffèrent contre les tendances absolutistes du gouvernement en s'en prenant surtout à la monopolisation progressive du pouvoir par le Petit Conseil. Le mouvement aboutit à une démocratisation de l'accès aux charges publiques (désormais pourvues par tirage au sort) et à l'abolition de l'impôt sur la fortune pour les bourgeois de S. (jusqu'en 1798). Ces changements empêchèrent la formation d'un véritable patriciat accaparant le pouvoir comme dans d'autres cantons-villes de la Confédération. L'élément démocrate et républicain resta prédominant dans l'Etat-cité de S. Au XVIIIe s., sous l'influence des Lumières, les critiques des campagnards contre la tutelle économique et politique de leurs Excellences se firent plus vives et débouchèrent sur des conflits entre le gouvernement de la ville et les sujets campagnards, comme l'affaire de Wilchingen (1717-1729) et les troubles de Hallau (1790).
Le service étranger ne joua pas un grand rôle à S., surtout après la Réforme, même si la ville abrita au XVIIIe s. des agents recruteurs actifs sur un plan suprarégional. Ce fut pendant la guerre de Trente Ans que le canton se vit mêlé au plus près à des conflits armés; son organisation militaire fit alors ses preuves, tant bien que mal.
Auteur(e): Roland E. Hofer / PM
L'Eglise d'Etat issue de la Réforme s'avéra l'un des piliers du gouvernement. En 1528 pourtant, le Petit Conseil refusa par deux fois, avec une majorité croissante, d'abolir la messe, tandis que la tendance favorable à la Réforme s'imposait au Grand Conseil. Finalement, le passage à la foi nouvelle pourrait bien avoir été l'effet de calculs politiques plus que de convictions religieuses profondes. Après la création de la combourgeoisie chrétienne par les cantons protestants (1527), S. se sentit isolée sur la rive droite du Rhin. L'introduction de la Réforme en 1529, qui permit d'adhérer à la combourgeoisie, fut le prix à payer pour surmonter cet isolement. En outre, le Petit Conseil put par cette décision couper l'herbe sous les pieds des prédicants extrémistes. Il tourna la situation à son avantage: le réformateur Sebastian Hofmeister, banni en 1525, ne fut pas rappelé après 1529 et la Réforme se fit sans réformateur, ce qui donna au Conseil la possibilité de contrôler les événements. Cette attitude prudente, voire calculatrice, explique par exemple que, jusque vers la fin du XVIe s., le Petit Conseil ait admis en son sein quelques catholiques malgré les vœux des pasteurs.
Auteur(e): Roland E. Hofer / PM
Le territoire schaffhousois se divisait en dix bailliages, chacun administré par un bailli qui y exerçait les droits de basse justice (et, le cas échéant, de haute justice) appartenant à la ville. Les communes disposaient d'une grande autonomie, que le Conseil de S. ne parvint pas à limiter sérieusement, même à l'époque de l'absolutisme, ce qui signifie que l'emprise de la ville sur les campagnes sujettes resta faible. Le pouvoir ne se concentra guère, même si le consistoire institué après la Réforme offrit un instrument supplémentaire pour discipliner les sujets et même si l'Etat accrut notablement ses compétences en reprenant les biens et droits des monastères sécularisés d'Allerheiligen et de Sainte-Agnès.
Malgré la petite taille et le morcellement de son territoire, S. entretenait de multiples relations transfrontalières. Par exemple, la ville disposait de patronages ecclésiastiques dans des seigneuries catholiques de l'Empire; le cas inverse (patrons catholiques de paroisses schaffhousoises) se vérifiait également. La ville était le centre économique du Hegau et, grâce à sa solidité financière, servait de banque pour les princes et prélats voisins. Le jeu complexe des relations transfrontalières obligeait à une collaboration qui ne diminua peu à peu qu'au XIXe s., quand les Etats-nations se formèrent et fixèrent définitivement leurs frontières.
Auteur(e): Roland E. Hofer / PM
On connaît mal l'évolution démographique schaffhousoise au Moyen Age et à l'époque moderne. Avant le premier recensement tant soit peu fiable (1771), on dispose seulement d'indices, portant surtout sur les villes de S. et Stein am Rhein. Pour la première, des rôles de l'abbaye d'Allerheiligen (vers 1100, 1253, 1299), donnent le nombre de maisons (mais seulement celles soumises au cens foncier), ce qui permet d'estimer celui des habitants. Les rôles fiscaux municipaux, conservés depuis 1392 et tenus jusqu'à la fin du XVIIe s., qui recensent les citadins astreints à l'impôt, donnent aussi des aperçus sur l'évolution démographique. Pour Stein am Rhein, il en existe aussi au XVe s., dont on peut induire une population d'environ 1200 âmes vers 1500. Les villages abandonnés au Moyen Age, comme Berslingen, Hofstetten ou Aazheim, témoignent d'un recul démographique à la campagne. En 1530, un dénombrement ordonné par le Conseil de S. montra que le territoire sujet comprenait 747 feux; Unterhallau et Thayngen étaient les plus gros villages, avec 120 feux chacun. Les registres paroissiaux (baptêmes et mariages) constituent aussi des sources pour le démographe; ils débutent en 1540 à S., en 1558 à Lohn (avec Altdorf, Bibern, Büttenhart et Opfertshofen), en 1559 à Stein am Rhein et Hemishofen.
Villes et villages furent souvent victimes d'épidémies dès le bas Moyen Age. La peste fut particulièrement meurtrière en 1611 et dans les années 1620; sa dernière apparition dans le canton date de 1635. Malgré une natalité élevée, la population augmentait peu, à cause de la mortalité infantile et de crises alimentaires récurrentes. En 1771, la ville de S. et son territoire comptaient 19 379 âmes (et environ 22 000 si l'on y ajoute Stein am Rhein, Hemishofen, Ramsen et Dörflingen, qui relevaient alors du canton de Zurich). Pour échapper à la misère et à la tutelle économique exercée par la ville, de nombreux sujets campagnards partirent s'installer au Wurtemberg et dans le Palatinat au XVIIe s., en Amérique au XVIIIe s.; le Conseil tenta plusieurs fois d'interdire l'émigration, mais en vain.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
Au cours du Moyen Age, les marchés de S. et de Stein am Rhein devinrent des villes où l'on exerçait toutes sortes de métiers. Cette diversification permit de surmonter plus facilement les crises économiques. Le trafic était plus actif sur la voie fluviale est-ouest que dans le sens nord-sud, où il devait emprunter des routes malcommodes. La zone d'influence économique de S. correspond à celle où avaient cours ses monnaies et ses mesures; elle incluait au bas Moyen Age le Klettgau allemand à l'ouest et la Baar au nord, mais était limitée au sud et à l'est, où elle se heurtait à la sphère de villes plus puissantes, Zurich et Constance.
L'agriculture était l'activité dominante hors des villes. Le climat (région abritée des vents par les Vosges et la Forêt-Noire, faible pluviosité) et le sol favorisaient la céréaliculture, pratiquée selon le système de l'assolement obligatoire. Les coteaux, impropres à la céréaliculture, portaient des vignes; les exportations de vin (vers la Suisse centrale et orientale, ainsi qu'en Allemagne du Sud) connurent leur apogée aux XVe et XVIe s. Le Conseil réglementa la viticulture, mais n'intervint guère dans les autres domaines (céréales, élevage). Normalement, la production de grains suffisait à remplir les besoins de la région; elle permettait parfois des exportations vers la Suisse et l'Allemagne du Sud. Lors des mauvaises années, il fallait importer des céréales d'Alsace et d'Allemagne du Sud. La politique économique de S. visait d'abord à assurer l'approvisionnement de la ville en biens et denrées de première nécessité. Le Conseil interdit par exemple, en 1757 et 1759, la culture des pommes de terre, par crainte qu'elle n'entraîne une pénurie de blé. Il ne revint sur cette décision qu'en 1771, face aux mauvaises récoltes et à la disette qui toucha toute l'Europe centrale. Quoique relativement proche de vastes forêts, la ville se procurait du bois dans la Forêt-Noire, l'Allgäu et le Vorarlberg, en profitant du faible coût du transport par flottage sur le lac de Constance et le Rhin. La production de ses pêcheurs, écoulée sur le marché régional, ne suffisait pas à couvrir, avant la Réforme, les besoins créés par les règles alimentaires de l'Eglise et devait être complétée par des importations de poissons de mer séchés ou salés.
La situation géographique de S. explique son rôle de plaque tournante dans le commerce du sel destiné à la Suisse, dont une grande partie venait de Bavière et d'Autriche, par le Rhin. La ville tirait des revenus considérables de ce trafic, qui fit la fortune de quelques bourgeois. Elle prit part au développement de l'industrie du lin dans la région du lac de Constance; quelques documents montrent qu'au XIIIe s., elle exportait ses toiles aux foires de Champagne, en Italie du Nord et dans l'espace méditerranéen. Cependant, sa position dans ce secteur fut démantelée au XIVe s. Les tisserands locaux se contentèrent de fabriquer de la toile écrue ordinaire pour le marché local et régional ou, parfois, suisse.
Les artisans de S. et Stein am Rhein travaillaient pour les marchés de leur ville et pour les villages qui en dépendaient. A S., les corporations contrôlaient la qualité des produits et protégeaient leurs membres contre la concurrence des étrangers et des artisans ruraux. Elles poussaient la ville à défendre strictement ses privilèges en étouffant les efforts visant à créer des marchés dans les campagnes sujettes. Ainsi, toutes les tentatives faites en ce sens par la bourgade de Neunkirch échouèrent aux XVIIe et XVIIIe s. Seule fut tolérée une halle-magasin à usage local à Unterhallau. Les épiceries étaient interdites à la campagne, de même que le colportage de thé, de sucre, de savon, de tabac, d'indiennes ou de fer. La ville revendiquait le monopole de l'artisanat, mais le Conseil autorisa les campagnards à exercer les métiers nécessaires à l'agriculture (forgerons, charrons, menuisiers, maçons, charpentiers) ou ne visant que le marché local ou régional. Il permit aussi le tissage pour l'usage domestique ou à titre accessoire; une organisation de type corporatif apparut alors à Unterhallau, contrôlant et certifiant l'apprentissage.
Des compagnies actives dans les négoces les plus divers (toiles, fer, cuivre, bois de buis, sel, vin, céréales), réunissant une ou plusieurs familles, sont perceptibles dès le XVIe s. à S. qui, à l'image d'autres villes, se dota d'un Directoire commercial au début du XVIIIe s. Après l'avoir interdit au début du XVIIe s., le Conseil encouragea le filage de la soie à domicile selon le Verlagssystem entre 1650 et 1750 environ, mais sans grand succès. En 1754, le gouvernement autorisa le filage du coton; des entrepreneurs de la ville engagèrent alors des ouvriers à domicile à Schleitheim, Beggingen, Hemmental, Merishausen et Bargen, mais eurent de la peine à lutter contre la concurrence de la Forêt-Noire.
Dès le Moyen Age, on exploita le minerai de fer de la vallée de Merishausen, malgré sa faible teneur en métal. Un haut fourneau fut construit en 1630 près des chutes du Rhin pour traiter les pisolithes ferrugineuses découvertes un peu plus tôt au Lauferberg et dans le Reiat. Il fut abandonné dans la seconde moitié du XVIIIe s., faute de matière première, bien que l'on ait continué à ramasser des pisolithes jusqu'au XIXe s. Une carrière de gypse (matériau utilisé en agriculture et dans le bâtiment) fut ouverte près de Schleitheim au XVIIIe s. De riches gisements d'argile favorisèrent l'apparition précoce de tuileries, notamment à Lohn.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
La ville de S. sut attirer au Moyen Age une population nombreuse, représentant un large éventail social, venue des environs plus ou moins proches. La proportion des ecclésiastiques y était très élevée (bénédictins d'Allerheiligen, bénédictines de Sainte-Agnès, franciscains, prêtres et chapelains des diverses églises, béguines). Des familles de la petite noblesse, dont les châteaux forts sont conservés, parfois à l'état de ruine (Radegg, Randenburg, Herblingen), s'y installèrent entre le XIIe et le XIVe s. et en acquirent la bourgeoisie. Elles prirent en main la politique de la ville quand celle-ci s'émancipa de la seigneurie abbatiale. Plusieurs d'entre elles perdirent leur fortune dans les crises économiques du bas Moyen Age, d'autres s'éteignirent. Tandis que les artisans s'organisaient en corporations, la noblesse urbaine qui voyait son influence diminuer se rassembla dans la Société (ou chambre) des seigneurs et les bourgeois les plus riches dans celle des marchands. Une évolution analogue se produisit à Stein am Rhein. Ces associations encadrèrent la vie quotidienne de leurs membres, au point de vue politique, économique, social et culturel, de 1411 à la fin du XVIIIe s. Les groupes appartenant aux corporations pauvres, comme celle des Vignerons, étaient un foyer de troubles sociaux (soulèvement des vignerons en 1525) et une source permanente de tensions. Les compagnons de certains métiers se dotèrent au bas Moyen Age d'organisations suprarégionales; à S., ils se manifestèrent dans la première moitié du XVe s. Les autorités prirent des mesures contre eux en accord avec d'autres villes.
Les bourgeois enrichis dans le commerce investirent leur argent en achetant des terres et seigneuries dans la campagne environnante; ils y firent construire des résidences (domaine Sonnenburg, château de Herblingen, maison Holländer à Hofen) et entrèrent parfois en conflit avec la ville dont ils contrariaient la politique territoriale. Ils formèrent un patriciat urbain cherchant à vivre noblement; quelques familles se firent anoblir. Des juifs domiciliés à S. sont attestés dès la seconde moitié du XIIIe s. Ils jouaient un rôle important comme fournisseurs de crédit, en ville et à la campagne, à côté des lombards et cahorsins, prêteurs chrétiens présents au XIVe et au début du XVe s. A la suite de persécutions, leur communauté fut entièrement anéantie à deux reprises, en 1349 et 1401, mais de nouveaux venus la reconstituèrent à chaque fois, quelques années plus tard. En 1472, la ville de S. interdit aux juifs de séjourner dans ses murs; elle fit cependant une exception au XVIe s. pour un médecin et sa famille. A Stein am Rhein, les juifs furent tolérés entre le milieu du XIVe s. et la fin du XVe.
Les rôles fiscaux des villes de S. (XIVe-XVIIe s.) et de Stein am Rhein donnent un aperçu de la répartition des fortunes et des couches sociales. Une petite minorité de bourgeois riches ou très riches faisait face à la grande masse des gens peu pourvus ou dépourvus de biens. Des tensions opposaient les bourgeois, qui seuls jouissaient des pleins droits politiques, sociaux et économiques, aux "habitants" (non bourgeois). Dès le XVIe s., l'acquisition de la bourgeoisie, généralement fort onéreuse, devint toujours plus difficile. A la fin du XVIIe s., près d'un cinquième de la population de la ville de S. avait le statut d'habitant. De même à la campagne, les immigrants ne furent généralement plus admis comme communiers, mais comme simples habitants. Le système successoral (partage égalitaire) provoqua à l'époque moderne un morcellement croissant de la propriété paysanne; la plupart des exploitations étaient minuscules. Les familles de petits paysans pauvres tentaient d'améliorer leurs revenus par des activités salariées accessoires, notamment en travaillant, comme les journaliers, dans le vignoble.
La ville de S. disposait au bas Moyen Age et à l'époque moderne d'une série d'institutions charitables, souvent fruits de fondations religieuses et de dons pieux, destinées à divers groupes d'indigents: l'hôpital du Saint-Esprit, la léproserie, la bourse des pauvres, l'auberge pour les compagnons étrangers, les pèlerins et les mendiants, le Säckle (fonds alimenté par une collecte officielle) et le lazaret pour les citadins malades (surtout les domestiques). Plusieurs ordonnances, dès 1524, interdirent la mendicité sur la voie publique, mais leur application resta lacunaire. Les corporations offraient certains secours à leurs membres et aux familles de ceux-ci. Stein am Rhein possédait depuis le début du XIVe s. un hospice et une maladrerie. Dans les villages aussi, l'assistance aux pauvres reposait largement sur des fondations religieuses et sur la charité.
Auteur(e): Oliver Landolt / PM
L'abbaye bénédictine d'Allerheiligen, fondée en 1049, centre spirituel et politique à l'époque de la naissance de la ville de S., fut dès 1080 l'un des principaux piliers de la réforme clunisienne telle que la propageait l'abbaye de Hirsau. Son scriptorium fleurit de 1080 à 1150. Dès 1250 environ, les bourgeois de S. commencèrent à contester son pouvoir, même si l'abbé demeurait nominalement le seigneur de la ville. L'abbaye restait loin à la ronde un gros propriétaire foncier, mais elle avait perdu son rôle de centre spirituel, ce qui suscita la fondation d'un couvent de franciscains vers 1250. Cet ordre mendiant devint vite populaire; nombre de Schaffhousois désiraient être inhumés dans son église ou dans le cimetière adjacent. Le couvent féminin de Sainte-Agnès, fondé dans les années 1080 n'eut qu'un rayonnement spirituel modeste.
Le tombeau d'Eberhard von Nellenburg, à l'abbatiale, fut l'objet d'une vénération locale, mais ne devint pas un but de pèlerinage. Les fidèles étaient davantage attirés par le grand crucifix de cette église, dit Grosser Gott. Après la découverte en 1491, lors de la construction de l'église Saint-Maurice à Hallau, d'ossements que l'on attribua à la Légion thébaine, les pèlerins affluèrent; ce courant de vaste envergure dura jusqu'à la Réforme.
Après l'introduction de la foi nouvelle (1529), il fallut du temps pour organiser la nouvelle Eglise. La population et les autorités ne furent vraiment gagnées à l'esprit du protestantisme qu'après le changement de génération, à la fin du XVIe s. L'ordonnance ecclésiastique qui, pour la première fois, mais durablement, posa les bases de l'Eglise réformée cantonale fut promulguée en 1592 et 1596. Elle était l'œuvre de Johann Konrad Ulmer, antistès depuis 1569 de l'Eglise de S., dont il rédigea aussi le premier catéchisme (1569) et le premier psautier (publié séparément en 1579). Cette Eglise n'était pas aussi strictement organisée que celles de nombreux autres Etats protestants aux XVIIe et XVIIIe s. Par exemple, il n'y avait pas de visitations régulières et la tenue de registres paroissiaux était facultative (mais les pasteurs qui s'y astreignaient devaient demander l'autorisation du Conseil).
Dans les questions internes et théologiques, l'Eglise schaffhousoise se rallia à l'orthodoxie réformée, que les débats avec l'adversaire catholique contribuèent à fixer, et suivit généralement le modèle zurichois. Comme les autres Eglises d'Etat, elle condamna les anabaptistes, qui furent pourchassés avec son soutien par le Conseil, mais qui purent subsister à la campagne jusque dans les années 1650. Au XVIIIe s., un fort courant piétiste se manifesta parmi les pasteurs schaffhousois, mais il fut considéré avec méfiance et même combattu par les responsables ecclésiastiques. En dehors de quelques cas individuels, les Lumières n'eurent guère d'influence dans le corps pastoral, ce qui s'explique par le contrôle social propre à l'Etat-cité, mais aussi par une certaine léthargie intellectuelle due à l'absence d'université.
La carrière ecclésiastique s'offrait souvent comme un débouché pour les fils de famille médiocrement fortunés. Seuls les bourgeois de S. pouvaient devenir pasteurs. Dès 1540, les jeunes gens qui se destinaient au ministère reçurent des bourses pour étudier au Carolinum à Zurich ou aux universités de Strasbourg, Marbourg, Göttingen ou Bâle. Nommé par le Conseil, le premier pasteur de l'église municipale (Saint-Jean) dirigeait l'Eglise, avec le titre d'antistès. Les ecclésiastiques, fonctionnaires choisis par le Conseil auquel ils devaient rendre compte, étaient contraints à une grande docilité. A côté de leurs tâches pastorales, ils devaient se mettre concrètement au service du pouvoir, par exemple en faisant connaître les mandats sur les mœurs. En matière ecclésiastique, le dernier mot appartenait au Conseil.
Les écoles relevaient de l'Eglise; les maîtres étaient souvent des ecclésiastiques. A la campagne, elles ne donnaient guère satisfaction, malgré des tentatives sporadiques d'amélioration. L'établissement offrant la formation la plus poussée était le Collegium humanitatis de S.; il préparait à la fréquentation d'une université.
Rares sont les Schaffhousois ayant réussi, au-delà de la théologie, à se faire un nom dans les sciences. On peut citer Johann Jakob Rüeger, auteur vers 1600 de la première histoire de S. basée sur un dépouillement exhaustif des sources, puis Jean de Müller, historien de la Confédération et homme de lettres de réputation européenne, et son frère Johann Georg Müller, qui se pencha notamment sur la réforme de l'instruction publique et sur des questions religieuses.
Auteur(e): Roland E. Hofer / PM
Les gens de Hallau lancèrent le mouvement prérévolutionnaire de la campagne schaffhousoise en 1790, en refusant de rendre hommage à leur bailli et en présentant un mémorial qui exigeait le rétablissement des anciens droits abolis par le gouvernement, mais qui était aussi influencé par les idées de la Révolution française. Les autorités réagirent durement, ce qui étouffa provisoirement tout élan révolutionnaire. Mais l'occupation partielle de la Suisse par la France en janvier 1798 changea la donne. Au "congrès" de Neunkirch (30 janvier-1er février 1798), les communes rurales exigèrent l'égalité des droits et des devoirs entre ville et campagne, la suppression des bailliages et une nouvelle constitution élaborée avec leur concours. Les Petit et Grand Conseils de S. acceptèrent ces revendications le 6 février 1798. Le 26 mars, une Assemblée nationale de quarante-huit membres décida d'adopter la Constitution bâloise de Pierre Ochs, au lieu de quoi la France imposa le 2 avril la Constitution helvétique unitaire. Le gouvernement d'Aarau nomma un préfet national; une Chambre administrative de cinq membres organisa le canton, auquel furent attribués le district de Diessenhofen (jusqu'au 6 juin 1800), celui de Stein am Rhein et la commune de Dörflingen. Dans chaque village et dans chacune des douze anciennes sociétés et corporations de la ville de S., on mit sur pied une assemblée primaire et des autorités. Les "habitants" (non bourgeois) reçurent le droit de vote. Dès 1800, le canton compta trente-six communes.
L'occupation française dès le 1er octobre 1798 et les événements de la deuxième guerre de Coalition dès le 1er mars 1799 eurent de profondes répercussions sur la vie quotidienne. Le territoire cantonal se retrouva sur la ligne de front; il occupait, sur la rive nord du Rhin et avec trois localités commandant des ponts (S., Diessenhofen et Stein am Rhein), une position stratégique qui s'avéra intenable face à l'avance des Autrichiens et des Russes. Battus à Stockach, les Français repassèrent au sud du Rhin le 13 avril 1799, en détruisant tous les ponts. Un gouvernement intérimaire, d'esprit réactionnaire, se forma alors à S. La défaite de la coalition à la seconde bataille de Zurich permit aux Français de regagner du terrain; le canton de S. repassa sous leur contrôle le 1er mai 1800.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
L'acte de Médiation de 1803 donna au canton une nouvelle organisation. Dans chacun des trois districts (S., Reiat/Stein et Klettgau) on créa six corporations électorales. Ces dix-huit entités, qui regroupaient soit plusieurs communes rurales, soit deux anciennes corporations de métier urbaines, élisaient un Grand Conseil de cinquante-quatre membres nommés à vie, lequel désignait deux bourgmestres alternant annuellement et un Petit Conseil de quinze membres, qui exerçait le pouvoir exécutif et certaines fonctions judiciaires. Les trois districts (circonscriptions judiciaires) de 1803 devinrent six en 1831 et seront supprimés en 1999. Une loi de 1805 permit aux communes de racheter les dîmes en versant à leurs détenteurs (c'est-à-dire à l'administration des biens des couvents sécularisés) vingt fois le revenu annuel; elles se remboursèrent auprès des personnes ainsi affranchies de ces charges. Le processus dura jusqu'en 1876 et transforma les paysans astreints à la dîme et aux cens en propriétaires fonciers libres.
La Restauration de 1814 institua un Grand Conseil de septante-quatre membres, dont cinquante-deux pour les villes de S. et Stein am Rhein, ce qui privait la campagne d'une représentation équitable. En 1818, vingt-deux communes rurales refusèrent donc d'appliquer la nouvelle loi fiscale décidée par les citadins. Le procès pour haute trahison qui fut alors intenté à septante-trois citoyens, dont un membre du Grand Conseil, treize présidents de commune et vingt-huit conseillers communaux, dressa la campagne contre la ville et fut l'une des causes (à côté des événements parisiens de juillet 1830) de la révolution libérale qui toucha le canton en 1831: le 16 mai, des gens du Klettgau marchèrent sur la ville et forcèrent à la démission le bourgmestre et les conseils. Une Constituante fut élue; elle fixa la députation de la ville au Grand Conseil à trente sièges, contre quarante-huit pour la campagne (proportion qui passera à dix-huit et soixante sièges quatre ans plus tard). La Constitution de 1831 imposa les principes libéraux: souveraineté populaire, séparation des pouvoirs, publicité des séances du parlement.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
Placé en première ligne face au Zollverein allemand, le canton de S. misa sur un Etat fédéral fort et un espace économique suisse unifié. Opposé à tout morcellement de l'Etat, il envoya un contingent qui contribua à la victoire des troupes fédérales dans la guerre du Sonderbund (1847). Il approuva à 79% la Constitution fédérale de 1848. Il adopta en 1852 une Constitution cantonale qui confia le pouvoir exécutif non plus aux diverses commissions du Petit Conseil, mais à un gouvernement de sept membres dirigeant chacun un département. Le Grand Conseil (cinquante-sept membres) élabora en trente-trois ans quatre-vingt-deux lois (soumises au droit de veto populaire) qui fixèrent les compétences de l'Etat dans tous les domaines importants. Il s'efforça de remplacer les commissaires par des fonctionnaires rétribués, mais le peuple refusa régulièrement les lois relatives à leurs salaires. Après le rejet de trois projets durement combattus par les conservateurs de la campagne, la Constitution démocratique acceptée en 1876 introduisit l'élection par le peuple du gouvernement (réduit à cinq membres à plein temps) et des conseillers aux Etats, le référendum législatif et financier facultatif, ainsi que l'initiative populaire (1000 signatures). A quelques exceptions près, chacune des trente-six communes forma un cercle électoral pour le Grand Conseil, si bien que les présidents de commune formèrent jusqu'en 1956 un bon tiers de la députation. Le référendum législatif obligatoire fut instauré en 1895; jusqu'en 1980, il donna lieu à 147 votations qui n'eurent que neuf fois un résultat négatif. Lancée en 1895, l'idée d'une révision totale de la Constitution fut abandonnée en 1899, après quatre-vingt-deux séances de commission, deux projets et trois refus populaires. Une nouvelle tentative échoua en 2001, mais finit par aboutir en 2002 (introduction de la motion populaire et affaiblissement du référendum obligatoire). Une initiative du PRD visant à réduire le nombre de membres du Grand Conseil de quatre-vingt à soixante fut acceptée en 2004.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
Des courants politiques se dessinèrent au XIXe s. dans certaines circonstances (par exemple lors de la querelle sur les tracés ferroviaires) ou autour de personnalités dirigeantes. Dans la seconde moitié du siècle apparurent la Société démocrate, la Société politique et celle du Grutli, ancêtres, à la suite d'évolutions diverses, du parti radical (PRD) et du parti socialiste (PS) schaffhousois, tous deux fondés en 1904. Du PRD, dominant jusqu'à la grève générale, se détacha en 1918 le parti paysan, qui adhéra en 1943 au PAB suisse (UDC depuis 1971). Ces trois grands partis se partagèrent depuis 1920 entre 68 et 94% des sièges au Grand Conseil, ne laissant que la portion congrue aux autres formations, telles que l'Association libérale (1905, parti libéral-démocratique dès 1913), le parti chrétien-social (1911, devenu le parti conservateur populaire, puis le parti démocrate-chrétien), le parti évangélique (né en 1922 de la fusion entre le parti libéral-démocratique et l'Association évangélique-sociale), les jeunes radicaux (1935), l'Alliance des Indépendants (1937), les organisations progressistes (POCH, 1974), le parti des automobilistes (1988), le mouvement écologie libérale (né en 1990 de la fusion entre les Jeunes radicaux et le Forum schaffhousois pour l'environnement). Les trois grands partis connurent des crises internes. Le PS schaffhousois, sous la direction de Walther Bringolf, se distingua du parti suisse en adhérant à la IIIe Internationale ("parti communiste" en 1921); il rompit ensuite avec le stalinisme ("parti communiste d'opposition" en 1931) et rejoignit le PS suisse en 1935 (sous le nom de parti socialiste ouvrier jusqu'en 1961). La vieille garde du PRD fut confrontée en 1933 à la sécession de jeunes qui fondèrent le Nouveau Front (futur Front national). Le parti paysan fut tiraillé entre les extrémistes de gauche (PC) et de droite (frontistes): avec Paul Schmid-Ammann, il se rapprocha de la gauche jusqu'en 1940, vira à droite avec Hans Zopfi en 1940-1942, puis retrouva une position centriste. Quand la victoire alliée dans la Deuxième Guerre mondiale devint probable, la gauche enregistra des progrès, dont elle bénéficia jusqu'en 1980. L'introduction du suffrage féminin en 1971 doubla l'effectif du corps électoral (de 18 875 à 40 702 personnes), mais ne modifia pas les rapports de force entre les partis. En revanche, la crise économique qui se déclara en 1973 favorisa les adeptes des privatisations et du désengagement de l'Etat, qui critiquaient en particulier les doublons entre administrations cantonale et municipale. Les partis du centre et de la droite, en premier lieu l'UDC, qui devint la première force politique dans le canton dans les années 1990, eurent dès lors le vent en poupe.
|1919||1922||1925||1928||1931||1935||1947||1959||1967||1979||1987||2003||2007||2011||2015|
|Conseil des Etats|
|PRD||2||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PAB/UDC||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PS||1|
|Sans parti||1||1|
|Conseil national|
|PRD||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PAB/UDC||2||2||1||1||1||1||1||1|
|PS||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PC||1||1||1|
|1904||1918||1920||1924||1928||1935||1947||1960||1968||1999||2000||2004||2008||2012||2016|
|PRD||5||4||3||2||3||2||1||2||2||1||2||2||2||2||2|
|PAB/UDC||1||2||3||2||2||2||2||1||1||1||2||2||2||2|
|PS||1||2||1||2||2||1||1||1||1||1|
|Ecologie libérale||1||1|
|Total||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5||5|
|1920||1924||1932||1936||1944||1948||1956||1964||1976||1988||1996||2004||2008||2012||2016|
|PRD||20||21||21||14||15||18||21||20||19||15||17||14||12||9||9|
|PAB/UDC||29||32||29||31||29||26||18||18||16||17||23||27||16||16||19|
|PS||19||2||2||26||31||20||30||27||25||26||23||24||14||13||13|
|PC||14||13|
|CS/PC/PDC||1||3||6||2||3||5||7||8||7||6||4||3||3||3||2|
|AdI||2||3||3||6||2|
|Libéraux/Evangéliques||3||3||3||2||1||2||1||2||3||2||2||1||1||1||1|
|Jeunes radicaux/Ecologie libérale||1||1||1||2||2||3||6||5||4||2|
|POCH||2||1||1|
|Jeunes UDC||3||3||3||1|
|Automobilistes||8||3|
|Autres||6||2||2||1||1||6||1||1||1||4||2||6||11||13|
|Total||78||77||76||76||80||80||82||80||80||80||80||80||60||60||60|
Auteur(e): Eduard Joos / PM
Des journaux publiés à S. sont signalés dès 1664. Dans une ville proche de la frontière et où convergeaient plusieurs lignes postales, ils étaient à même de recevoir des nouvelles un jour avant le reste de la Suisse et de les diffuser en primeur. Dès 1798, ils donnèrent aussi des informations sur la politique locale. Le Schaffhauser Tagblatt, radical, parut de 1840 à 1937. Le premier journal de la campagne fut Der Klettgauer (1857), devenu en 2009 la Schaffhauser Landzeitung. Fondé en 1861, le Schaffhauser Intelligenzblatt, plutôt frondeur à ses débuts, adopta vers 1900 une ligne radicale conservatrice et se rebaptisa en 1940 Schaffhauser Nachrichten ; en 2010, ce titre occupait une position dominante dans le canton, voire de quasi-monopole grâce à ses liens avec Radio Munot (dès 1983) et avec la télévision locale Schaffhauser Fernsehen (1994). S'opposant à cet organe bourgeois, on trouve l'Arbeiter-Zeitung socialiste (fondée en 1918, communiste de 1921 à 1935), qui se perpétue dans l'hebdomadaire Schaffhauser az, mais aussi l'hebdomadaire gratuit Schaffhauser Bock (fondé en 1965, à l'opposition jusqu'en 2004). Le canton a vu naître une vingtaine d'autres titres (dont le Grenzbote , qui eut une audience nationale de 1933 à 1943, comme organe frontiste), dont seuls survivent en 2010 la Klettgauer Zeitung (dès 1868) et le Heimatblatt de Thayngen (dès 1953). La radio RaSa, fondée en 1993, émet régulièrement depuis 1998.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
La participation active au commerce rhénan se traduisit longtemps par des liens étroits avec le Bade et le Wurtemberg; ce fut le Zollverein allemand qui établit la frontière économique en 1836. La rupture politique se produisit durant la Première Guerre mondiale; elle se renforça durablement dès 1933 et pendant la Deuxième Guerre mondiale, quand les Schaffhousois se virent encerclés par l'Allemagne nazie sur leur territoire faiblement défendu de la rive droite du Rhin. Faisant acte de désobéissance civile, certains habitants du canton contournèrent la politique d'asile officielle et facilitèrent l'entrée en Suisse de juifs et d'autres réfugiés, surtout vers la fin de la guerre. Après le conflit, la coopération reprit dans le trafic frontalier local. En 1971, le canton adhéra à la Conférence internationale du lac de Constance. En 2006 fut fondée l'Association de l'agglomération de S., dont font partie des cantons suisses, des arrondissements allemands et des communes des deux pays. En revanche, dans les votations relatives aux questions européennes, les Schaffhousois se sont montrés sceptiques. La motorisation a entraîné une forte augmentation des achats au-delà des frontières qui sont de moins en moins perçues comme telles.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
Depuis l'entrée en vigueur de l'acte de Médiation, le peuple élit les autorités communales. Le Conseil communal (exécutif) appliquait les lois avec l'aide de l'administration et avait aussi des compétences policières et judiciaires. Le canton confia aux communes le cadastre et le registre foncier de 1846 à 1911, et l'état civil de 1876 à 2004.
L'administration cantonale se confondit avec celle de la ville jusqu'en 1831. En 1803, elle comprenait essentiellement le chancelier, le secrétaire du Conseil, l'archiviste, le directeur des écoles et deux trésoriers, secondés par les intendants des biens des couvents sécularisés. Mais elle fonctionnait aussi grâce aux membres de diverses commissions (conseil synodal et scolaire, conseil sanitaire, commission de police). L'Etat introduisit en 1809 l'assurance obligatoire des bâtiments contre l'incendie. Le passage au système des départements gouvernementaux (1852) entraîna un développement systématique de l'administration: on créa des secrétaires, puis on multiplia les fonctionnaires, les divisions et les institutions (Banque cantonale en 1883, chemin de fer de Schleitheim en 1905, laboratoire cantonal et centrale électrique en 1909, registre foncier en 1912, cadastre en 1916, service des améliorations foncières en 1930). L'Etat employait 601 personnes en 1938 et 732 en 1949; en 2009, offrant 2623 postes (écoles et hôpitaux compris), il était le plus gros employeur de la région.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
Le canton se finançait principalement par les régales, les douanes et les forêts. Il affermait la régale des postes pour 3180 francs par année (à trois familles jusqu'en 1833, puis aux Tour et Taxis jusqu'en 1853). En cas de besoin, il levait en outre un impôt sur la fortune, généralement au taux de 1-2‰. En 1817, la dette de l'Etat se montait à 450 000 francs, à cause des frais dus aux guerres, au passage des troupes et au renouvellement du réseau routier. La loi sur les finances de 1818, violemment combattue par les campagnards, apporta des revenus annuels de 46 640 francs. Pour amortir la dette, l'exploitation de la forêt domaniale de Staufenberg fut mise aux enchères et cédée à une société pour 371 000 francs (1833-1845). Le volume des comptes de l'Etat est passé de 200 000 francs en 1833, année où ils furent rendus publics, à 617 millions en 2007. L'impôt progressif fut introduit en 1879. S. fut, de 1919 à 1956, une oasis fiscale pour les holdings; il est de nouveau, depuis 1988, en tête des cantons suisses en matière de concurrence fiscale.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
En 1803, on institua, dans le cadre des districts, des tribunaux civils urbains et ruraux qui feront place, en 1831, à six tribunaux de district de sept membres, puis de cinq membres dès 1852. Treize membres du Grand Conseil formèrent la cour d'appel qui fonctionnait aussi comme tribunal criminel (avec le renfort de quatre membres du Petit Conseil dans les cas passibles de la peine de mort). De 1814 à 1831, le Petit Conseil fut de nouveau l'instance judiciaire suprême, comme sous l'Ancien Régime. La justice fut rendue indépendante du gouvernement en 1831, par la création d'une cour d'appel (cour suprême en 1852) et d'un tribunal cantonal, dont dépendait l'office d'instruction. Le premier Code pénal cantonal (1834) reprit celui de Bâle; le second (1859) s'inspira de celui du grand-duché de Bade. Le Code civil de 1863 était une œuvre originale, mais le Code de procédure civile de 1869 imitait aux deux tiers celui de Zurich. Heinrich Bolli rédigea le Code de procédure pénale de 1909. La dernière pendaison eut lieu en 1822, la dernière décapitation publique en 1847. Le pénitencier de la Bachstrasse fonctionna jusqu'en 1912. Depuis 1914, S. possède seulement une prison pour la détention provisoire et les courtes peines. Le lourd appareil des tribunaux de district fut remplacé en 1928 par des juges uniques, intégrés en 1998 au tribunal cantonal. En 2010, la cour suprême se composait de cinq juges et cinq suppléants, le tribunal cantonal de six juges et cinq suppléants.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
Le canton comptait seize professionnels de la santé en 1810 et 401 en 1999. La haute surveillance incomba au conseil sanitaire de 1805 à 1852, puis au gouvernement, assisté dès 1856 par des médecins de district, dès 1970 par le médecin cantonal. L'hôpital municipal devint cantonal en 1901; il fut agrandi en 1954 et 1976. La clinique psychiatrique de Breitenau ouvrit en 1891. Ces deux établissements furent réunis en 2007 avec la maison de retraite médicalisée cantonale (fondée en 1955, reconstruite en 1969) sous le nom de Spitäler S. et sous une direction commune.
L'assistance publique dépendit des communes bourgeoises jusqu'en 1935, puis des communes d'habitants. Dès 1832, on créa des hospices pour pauvres même à la campagne. Dans de nombreux villages, surtout dans le Klettgau, les communes aidèrent financièrement les émigrants, afin de soulager la caisse des pauvres. Le canton aménagea en 1853 au Griessbach un établissement où les indigents étaient forcés de travailler; il le ferma dès 1868 pour cause de succès mitigé. Les Eglises contribuaient à l'assistance sociale, de même que la Société d'utilité publique et les grandes entreprises industrielles qui, dès 1900, se soucièrent de construire des logements populaires. Sous la pression des partis de gauche, le canton assuma au XXe s. de plus en plus de tâches sociales.
Auteur(e): Eduard Joos / PM
On comptait sur le territoire du canton actuel 24 889 personnes en 1798 et 74 527 en 2007. L'augmentation (+212%), modeste par rapport à la moyenne suisse (+348%), est la plus basse de tous les cantons du Plateau et du Jura.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Avant le début de l'industrialisation, soit avant 1850, la population augmenta dans toutes les communes, davantage à la campagne que dans les villes. Les crises (vers 1800, 1814, 1834) sont perceptibles dans le canton comme ailleurs, mais il n'y eut un excédent de mortalité qu'en 1814. L'émigration outre-mer connut deux apogées, l'un après la grave crise agraire de 1846-1847 et le second dans les années 1880. S. fut l'un des cantons les plus touchés par ce phénomène (au total, plus de 10 000 départs au cours du XIXe s.), et en particulier les districts d'Oberklettgau et Unterklettgau, où le partage égalitaire avait entraîné un morcellement extrême des terres. Les petits paysans préféraient émigrer, dans l'espoir de se créer un domaine à l'étranger, plutôt que travailler en usine dans la ville voisine. En sens inverse, la population étrangère dans le canton passa de quelque 1350 personnes en 1850 à plus de 10 000 (23%) en 1910. Environ 75% des immigrants venaient d'Allemagne, 17% d'Italie. Le résultat de ce double mouvement migratoire et de l'industrialisation localisée surtout à S., Neuhausen et Thayngen fut que ces trois communes rassemblaient 58% de la population en 1910 (contre moins d'un tiers en 1850).
|Année||Habitants||Etrangers||Protestants||Catholiques||Structure par âge (60 ans et plus)||Période||Accroissementa||Excédent naturela||Solde migratoirea|
|1850||35 300||3,9%||96,0%||4,0%||1850-1860||0,5‰||8,3‰||-7,8‰|
|1860||35 500||5,7%||94,0%||5,8%||7,4%||1860-1870||5,9‰||12,1‰||-6,2‰|
|1870||37 642||8,2%||91,6%||8,1%||8,5%||1870-1880||1,6‰||10,0‰||-8,4‰|
|1880||38 241||11,4%||88,4%||10,8%||9,6%||1880-1888||-1,5‰||8,7‰||-10,2‰|
|1888||37 783||13,2%||86,9%||12,6%||10,8%||1888-1900||7,9‰||8,0‰||-0,1‰|
|1900||41 514||18,4%||82,0%||17,8%||10,6%||1900-1910||10,5‰||8,6‰||1,9‰|
|1910||46 097||23,3%||77,8%||21,8%||10,0%||1910-1920||9,0‰||6,9‰||2,1‰|
|1920||50 428||16,0%||77,9%||21,4%||9,6%||1920-1930||1,5‰||5,7‰||-4,2‰|
|1930||51 187||13,2%||77,5%||21,3%||10,9%||1930-1941||4,5‰||3,7‰||0,8‰|
|1941||53 772||7,0%||78,2%||21,0%||13,0%||1941-1950||7,5‰||8,7‰||-1,2‰|
|1950||57 515||6,2%||77,2%||22,1%||14,3%||1950-1960||13,8‰||6,5‰||7,3‰|
|1960||65 981||11,7%||71,4%||27,9%||15,5%||1960-1970||10,0‰||7,4‰||2,6‰|
|1970||72 854||19,1%||64,2%||32,2%||17,0%||1970-1980||-4,8‰||2,1‰||-6,9‰|
|1980||69 413||16,0%||62,0%||27,9%||20,3%||1980-1990||3,9‰||1,6‰||2,3‰|
|1990||72 160||17,8%||57,6%||27,2%||21,7%||1990-2000||2,0‰||0,7‰||1,3‰|
|2000||73 392||20,6%||50,4%||24,2%||23,1%|
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Entre 1918 et 1938, la population schaffhousoise ne s'accrut guère, surtout parce que le taux de natalité baissa rapidement dès 1920 (contrôle des naissances et recul de la mortalité infantile). En outre, la majorité des ouvriers étrangers avaient dû quitter la Suisse lorsque la guerre avait éclaté en 1914. La part de la population étrangère continua de diminuer durant l'entre-deux-guerres; elle atteignit son plus bas niveau (6%) pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Le taux de natalité repassa entre 1938 et 1945 au-dessus de 20‰ et se maintint à un niveau élevé pendant les années 1950 et 1960, tandis que le taux de mortalité tournait autour de 10‰. Il en résulta l'essor démographique le plus remarquable de toute l'histoire schaffhousoise récente: on passa de 57 500 habitants en 1950 à 72 800 en 1970. Cette augmentation était due aussi aux travailleurs étrangers (moins de 4000 en 1950, environ 14 000 en 1970), originaires surtout d'Italie jusqu'en 1960, puis aussi de Yougoslavie, d'Espagne ou de Turquie. En 1970, deux personnes sur trois vivaient dans la ville de S. ou à Neuhausen.
La récession de 1973-1975 anéantit des milliers d'emplois dans le canton, dont trois quarts occupés par des travailleurs étrangers qui rentrèrent au pays. Le canton perdit ainsi, entre les recensements de 1970 et de 1980, pas moins de 3500 habitants et ne retrouva qu'en 1990 l'état de 1970. Dès lors, on enregistre une lente croissance. Depuis 1970, la population a diminué dans l'agglomération de S., mais augmenté dans presque toutes les communes rurales, surtout dans celles qui forment une ceinture autour de la ville (qu'elles appartiennent au canton de S. ou au nord du Weinland zurichois).
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Vers 1800, la ville de S. vivait de l'artisanat, du commerce et des transports. Les corporations réussirent à contrôler l'économie jusqu'en 1855. Seules trois fabriques appliquaient des méthodes tant soit peu industrielles: une indiennerie (dès 1736), une filature de coton fondée en 1813 sur les berges du Rhin et, dès 1811, la fonderie de fer Neher à Neuhausen (ancêtre d'Alusuisse). La fonderie de Johann Conrad Fischer au Mühlental, noyau de la future entreprise Georg Fischer (+GF+), resta jusque bien après 1850 un modeste établissement artisanal. Pour le transport des marchandises, la voie fluviale conserva toute son importance dans la première moitié du XIXe s. et S. s'assura un monopole en ce domaine jusqu'en 1837 en amont des chutes du Rhin et jusqu'en 1864 en aval. Des vapeurs allemands desservirent S. dès 1824, des vapeurs suisses dès 1851. On répara peu à peu, après 1815, les routes endommagées par les guerres napoléoniennes, en recourant parfois à la corvée.
Hors de la ville, l'agriculture prédominait. La grande majorité des paysans n'avaient pas assez de terres; pour vivre, ils devaient se procurer un revenu complémentaire en s'engageant comme journaliers, en travaillant dans les vignes ou en pratiquant l'artisanat. L'assolement triennal, obligatoire, et la vaine pâture furent lentement supprimés, malgré la résistance opiniâtre des petits paysans. L'artisanat rural largement répandu et l'importante demande de main-d'œuvre de la viticulture expliquent que l'industrie à domicile n'ait pu prendre pied dans les campagnes schaffhousoises qui restèrent jusqu'au XXe s. à l'écart de la modernisation économique.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Le canton connaissait une grande stabilité, mais une crise aux aspects multiples vint l'ébranler dans les années 1840. L'adhésion de son voisin du nord au Zollverein allemand rendit plus difficile dès 1836 ses relations commerciales avec ses principaux partenaires. Faute d'un marché unifié avant 1848, la Suisse n'offrit pas d'alternative, par exemple pour le commerce du vin. En même temps, S. vit de plus en plus menacée sa fonction de plaque tournante dans le trafic de transit nord-sud et est-ouest. De mauvaises récoltes et la maladie de la pomme de terre en 1846-1847 provoquèrent un renchérissement des denrées alimentaires; les ménages durent donc diminuer leur consommation de produits non agricoles, ce qui mit en difficulté les artisans. Cette crise fut le catalyseur de la modernisation qui commença en 1850.
La fondation de l'Etat fédéral, la mise en place d'un espace économique suisse sans barrières intérieures et protégé par des droits de douane modérés aux frontières extérieures, la professionnalisation de l'administration cantonale, la démocratie directe instaurée par la Constitution de 1852 et l'introduction de la liberté de commerce en 1855 créèrent des conditions-cadres favorables à un essor économique rapide. Tout cela témoigne aussi d'un changement de mentalité, qui toucha une part considérable de la population citadine et permit par exemple à Heinrich Moser de créer des emplois industriels dans le canton, notamment en fondant en 1853 la fabrique de wagons de Neuhausen, future Schweizerische Industrie-Gesellschaft (SIG), et de militer avec le négociant et politicien schaffhousois Friedrich Peyer im Hof pour le raccordement de S. au réseau ferroviaire suisse (ligne des chutes du Rhin S.-Winterthour, 1857). A côté de Moser et Peyer, toute une série d'investisseurs étrangers, mais aussi des familles schaffhousoises aisées contribuèrent à dynamiser le processus d'industrialisation. Des entreprises artisanales et industrielles de la place utilisèrent la force hydraulique du Rhin, captée par le barrage de Moser. Bientôt vinrent s'installer des établissements appartenant surtout à la branche textile et à celle des machines, ainsi que les précurseurs de l'International Watch Co.. Contrairement à ce qu'ils avaient craint, les artisans profitèrent aussi de cet essor, en particulier les producteurs de fer et d'acier à Neuhausen (Neher) et dans le Mühlental (+GF+). La Banque de S. (1862) et la Banque cantonale schaffhousoise (1883), qui furent les deux premières banques universelles modernes du canton, soutinrent l'essor industriel, tandis que de nombreuses Caisses d'épargne et de crédit, se substituant aux créanciers bourgeois traditionnels, commençaient à répondre aux besoins des petites entreprises urbaines et rurales.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Le développement du réseau ferroviaire, avec l'ouverture des lignes Waldshut-S.-Constance en 1863, S.-Etzwilen-Stein am Rhein en 1895 et S.-Bülach-Zurich en 1897, ainsi que du tramway cantonal S.-Schleitheim en 1905 (bus dès 1964), favorisa la deuxième vague d'industrialisation, fondée sur le passage à l'énergie électrique, qui se poursuivit jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale. La production de courant par la ville de S. dès 1897 et l'établissement dès 1908 par les Forces motrices cantonales d'un réseau de distribution couvrant l'ensemble du territoire permirent d'installer des ateliers et des usines même dans des endroits dépourvus d'énergie hydraulique et contribuèrent à la décentralisation des sites industriels. La fondation d'Alusuisse en 1888 à Neuhausen am Rheinfall et la croissance rapide de +GF+ et de la SIG firent du canton l'un des centres de la métallurgie et de l'industrie des machines en Suisse. Vers 1900, les capitaux locaux ne suffirent plus à couvrir les besoins en matière d'investissements. Le rôle dominant revint de plus en plus à des sociétés anonymes et aux grandes banques. Le nombre des emplois s'accrut de 38% entre 1888 et 1910. L'effectif des travailleurs du secteur secondaire dépassa pour la première fois vers 1900 celui du secteur primaire, lequel cependant resta stable (plus de 6000 personnes) jusqu'au-delà de la Première Guerre mondiale. Bien que l'industrie ait engagé des travailleurs venus en majorité de l'extérieur, notamment, au début, pour les emplois qualifiés, elle offrit aussi des places à des ouvriers-paysans et contribua ainsi à stabiliser l'économie agricole.
|Année||Secteur primaire||Secteur secondaire||Secteur tertiaireb||Total|
|1860||6 952||43,4%||5 389||33,6%||3 694||23,0%||16 035|
|1870c||7 142||47,6%||5 716||38,1%||2 152||14,3%||15 010|
|1880c||7 997||49,0%||5 945||36,4%||2 390||14,6%||16 332|
|1888||6 396||41,5%||5 552||36,0%||3 465||22,5%||15 413|
|1900||6 208||33,4%||8 102||43,7%||4 245||22,9%||18 555|
|1910||6 677||30,5%||10 184||46,5%||5 044||23,0%||21 905|
|1920||6 759||27,4%||11 816||47,9%||6 108||24,7%||24 683|
|1930||5 477||22,0%||12 801||51,5%||6 604||26,5%||24 882|
|1941||4 355||17,0%||14 269||55,6%||7 043||27,4%||25 667|
|1950||3 789||14,7%||14 529||56,5%||7 380||28,7%||25 698|
|1960||2 928||9,7%||18 455||61,2%||8 776||29,1%||30 159|
|1970||2 564||7,3%||20 599||58,8%||11 861||33,9%||35 024|
|1980||2 124||6,3%||17 054||50,4%||14 671||43,3%||33 849|
|1990||1 521||4,1%||14 569||39,6%||20 733||56,3%||36 823|
|2000d||1 457||3,9%||10 220||27,3%||25 819||68,8%||37 496|
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Pendant les deux conflits mondiaux, l'économie schaffhousoise réussit, après quelques difficultés initiales, à prospérer et à assurer le plein emploi; elle y fut aidée par sa forte orientation vers la métallurgie et l'industrie des machines (stimulées par la demande d'armement), ainsi que par ses liens traditionnels avec l'Allemagne. L'entre-deux-guerres fut beaucoup plus pénible. L'industrie subit une violente secousse au début des années 1920; la Banque de S. et la Caisse d'épargne de Stein am Rhein ne survécurent pas à la chute de la devise allemande. L'économie connut cependant une reprise, puis la crise mondiale, dès 1930, frappa durement, surtout la métallurgie. Le chômage quadrupla au début de la décennie. Les conséquences sociales de cette situation furent quelque peu atténuées par l'assurance chômage obligatoire des salariés, introduite par le canton en 1928, et par des programmes d'occupation ciblés.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
La dévaluation du franc en 1936 et le réarmement déclenchèrent une période de croissance économique qui s'avéra la plus longue des XIXe et XXe s. et la plus durable dans ses effets. La fin de la Deuxième Guerre mondiale n'entraîna pas de rupture, contrairement à ce qui avait été le cas à la fin de la Première. L'industrie schaffhousoise profita de la très forte demande en biens d'investissement et de consommation pour reconstruire l'Europe. La part de la métallurgie et des machines s'accrut encore, tandis que le textile déclinait lentement, mais inexorablement. En 1960, le secteur secondaire fournissait plus de 61% des emplois. +GF+ devint un groupe multinational, qui occupait plus de 20 000 collaborateurs vers 1970. Le manque d'espace dans les zones industrielles existantes conduisit à déplacer des usines sur de nouveaux sites à la campagne, en particulier à Thayngen, Beringen, Neunkirch et Ramsen. La ville de S. équipa dans les années 1960 une vaste zone industrielle dans le nord du Herblingertal, où fut ouvert aussi en 1979 le premier grand centre commercial du canton.
Parallèlement à cet essor industriel, l'agriculture subit une mutation structurelle tardive, mais radicale. Toutes les communes procédèrent à des améliorations foncières qui permirent la mécanisation et la spécialisation. Le nombre des exploitations, qui était de plus de 4000 en 1900, mais avait déjà diminué de moitié au milieu des années 1950, se réduisit drastiquement. En 2007, le canton ne comptait plus que 450 agriculteurs à plein temps.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
La crise du pétrole de 1973-1975 frappa S. de plein fouet. La forte dépendance envers la métallurgie eut des conséquences dramatiques. Tandis qu'une entreprise industrielle sur trois devait cesser ses activités entre 1976 et 1986, les emplois en fabrique passèrent de plus de 18 000 à 13 000 à peine. Les aciéries, fleuron de l'économie schaffhousoise depuis le XIXe s., disparurent complètement. Le taux de chômage cantonal dépassa nettement la moyenne suisse.
Le redressement ne fut pas rapide. Des projets d'amélioration de la navigation sur le haut Rhin avaient déjà échoué en 1964. Par son refus d'adhérer à la communauté zurichoise des transports publics, S. fut en partie responsable du fait qu'il resta moins bien desservi que les autres cantons voisins de Zurich. Le raccordement au réseau autoroutier suisse et européen, par l'A4 Zurich-Stuttgart, n'intervint qu'en 1996, après de longs débats sur le tracé du contournement de la ville. Le service de la promotion économique (actif dès 1995) réussit à attirer dans le canton, en mettant en avant les avantages dus à la situation frontalière et aux accords bilatéraux avec l'Union européenne, des entreprises qui y créèrent environ 2000 emplois. La structure économique se modifia rapidement: on eut de nombreuses petites et moyennes entreprises plutôt que quelques grandes. La part du secteur tertiaire s'accrut fortement, mais elle reste au début du XXIe s. inférieure à la moyenne suisse. Le tourisme continue d'occuper une place marginale, en dépit de la force d'attraction des chutes du Rhin (1,5 million de visiteurs en 2005).
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
On constate de fortes disparités sociales, en ville comme à la campagne, durant tout le XIXe s. Jusqu'en 1870, on peut parler d'une société typiquement préindustrielle. Une petite élite urbaine fortunée, formée de négociants et de grands patrons de l'industrie, veillait à renforcer son assise financière par une habile politique matrimoniale. Elle dominait aussi la vie politique. Face à elle, on trouvait une classe moyenne relativement restreinte composée de bourgeois et d'artisans aisés. Mais plus de 75% de la population urbaine faisaient partie des classes populaires: artisans pauvres, "habitants" non bourgeois, domestiques et compagnons qui, jusqu'en 1848, n'eurent que des droits politiques et civils limités. La société rurale était elle aussi très fragmentée, entre quelques gros paysans et un grand nombre de petits paysans, à peine pourvus de terres, voire sans terre, et qui souvent ne possédaient qu'une partie d'une maison et quelques têtes de petit bétail. Pour vivre, ils devaient se louer comme journaliers ou pratiquer un artisanat. Les conflits parfois violents suscités par la suppression de la vaine pâture sont l'expression des conditions de vie précaires des petits paysans. Ces divisions entre riches et pauvres se superposaient à la profonde opposition entre ville et campagne qui ne put être surmontée, politiquement, que par la révolution de 1830.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
A la campagne, les rapports sociaux restèrent stables jusque bien après la Première Guerre mondiale. En ville, il en alla tout autrement. L'industrialisation provoqua des changements et une forte mobilité. S. se transforma entre 1870 et 1910 en ville ouvrière; les ouvriers de fabrique représentaient plus de 60% de la population active; beaucoup étaient étrangers. Ils n'avaient aucune fortune et gagnaient moins de 2000 francs par an. Le taux d'occupation des femmes était élevé: il atteignit plus de 50% en 1910, tomba à 35% environ durant la période 1914-1945 et repassa au-dessus de 50% après 1980. Les familles ouvrières vivaient en majorité dans la vieille ville, occupant des locaux exigus et souvent insalubres (jusqu'à la construction d'égouts en 1903). Les logements ouvriers neufs construits entre 1872 et 1920 par des coopératives ou par des chefs d'entreprise à la fibre sociale profitèrent surtout aux mieux lotis, ouvriers qualifiés et employés. Face à la classe ouvrière, on trouvait, selon la statistique fiscale de 1910, une classe supérieure (env. 12% de la population) composée de rentiers, d'entrepreneurs, de cadres et de membres des professions libérales. Les villas de la grande bourgeoisie, qui se dressaient comme des châteaux sur les collines aux portes de la ville, étaient la manifestation visible des contrastes sociaux. Pendant la Première Guerre mondiale et à la suite de la grève générale de 1918, les barrières de classe se renforcèrent. Seule la menace croissante du nazisme et la sortie de la crise économique mondiale assouplirent les fronts sociaux et conduisirent à une intégration croissante de la classe ouvrière dans la société bourgeoise.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Pratiquement tous les groupes sociaux participèrent à la longue croissance économique de l'après-guerre. L'augmentation du pouvoir d'achat et le pétrole bon marché révolutionnèrent en particulier la mobilité: le nombre des véhicules privés fut multiplié par quinze entre 1945 et 1974, celui des navetteurs doubla durant la même période, de nombreux villages devinrent des communes-dortoirs. Pour la majorité de la population, travail et consommation ne furent plus conditionnés par les infrastructures du lieu de domicile. Les espaces ruraux et urbains s'interpénétrèrent de plus en plus. Les progrès de l'individualisme se reflétèrent dans le nombre croissant des couples sans enfant (32% en 1960, env. 47% en 2000) et des ménages d'une seule personne, la part des familles "traditionnelles" restant néanmoins plus élevée à la campagne. La proportion des mères de famille exerçant une activité lucrative (le plus souvent à temps partiel) passa de 25% en 1970 à plus de 50% en 1990. Celle des personnes âgées de plus de 80 ans s'est accrue depuis 1985 plus rapidement qu'en moyenne suisse, tandis que l'effectif des moins de 19 ans a diminué à la fois en nombre absolu et en part relative. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la société est devenue toujours plus cosmopolite; alors qu'en 1960, la population étrangère se composait à presque 60% d'Italiens, elle comprenait en 2007 des ressortissants de plus de 110 pays, l'Allemagne (3875 personnes) et l'ex-Yougoslavie (3855) fournissant les plus gros contingents, suivies, mais d'assez loin, par l'Italie et la Turquie.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
La Constitution cantonale libérale de 1876 mit fin, sur le plan juridique, à la domination de l'Eglise protestante d'Etat. Une Eglise cantonale indépendante de l'Etat, fonctionnant grâce à ses propres organes comme une corporation de droit public, ne vit le jour qu'en 1915. Le rattachement du district de Stein am Rhein en 1803 rompit l'unité confessionnelle du canton. La minorité catholique de Ramsen conserva son statut particulier et devint le premier groupe non protestant officiellement reconnu. En 1841, le gouvernement autorisa l'érection d'une paroisse pour les quelque 700 catholiques établis dans la ville de S., pour la plupart des domestiques et des compagnons originaires du sud de l'Allemagne. Jusqu'en 1968, les catholiques romains se contentèrent d'une organisation de droit privé; puis ils furent reconnus en droit public, comme les protestants et les catholiques-chrétiens. Dans le dernier quart du XXe s., vu la déchristianisation croissante et l'évolution de la population étrangère quant aux pays de provenance, la part des catholiques et protestants diminua, celle des musulmans augmenta.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
L'école était déjà obligatoire dans la première moitié du XIXe s., mais il y avait des différences considérables entre les écoles de la ville et celles de la campagne, et entre celles des riches et celles des pauvres. L'influence de l'Eglise restait grande. Les matières étaient très restreintes: pour les villageois et les enfants des "habitants" en ville, l'écriture, la lecture et le catéchisme devaient suffire; on y ajoutait pour les enfants de citadins bourgeois l'histoire, la géographie, la géométrie et le dessin. Le gymnase, avec deux sections (classique et mathématiques-sciences), était réservé aux garçons de l'élite urbaine. La politique scolaire changea après 1850, en étroite relation avec l'essor économique contemporain. On généralisa le principe de l'école non saisonnière et élargit le plan d'étude, confessionnellement neutre. Pour les élèves doués, garçons et filles, on créa dans tout le canton des écoles réales qui préparaient soit à la vie professionnelle, soit au gymnase. Toutes les écoles cantonales étaient gratuites. En 1898, le gymnase fut ouvert aux jeunes filles et augmenté d'une école normale. Depuis 2003, le canton dispose d'une haute école pédagogique.
L'introduction de la liberté du commerce en 1855 mit fin à la tradition séculaire de l'apprentissage contrôlé par les corporations. Longtemps, la formation professionnelle ne fut plus réglementée. Peu à peu, l'école complémentaire destinée aux élèves de 16 à 20 ans (Repetierschule) se transforma en cours complétant la formation pratique en entreprise. En 1919, l'apprentissage fut réglementé de façon contraignante sur le plan cantonal et la fréquentation des cours pour apprentis devint obligatoire. La loi fédérale sur la formation professionnelle entraîna en 1933 la centralisation des écoles professionnelles en ville de S. La croissance économique durable après la Deuxième Guerre mondiale favorisa ce type de formation. La révision de la loi scolaire, en 1981, apporta des améliorations importantes. Elle obligea les communes à offrir une école enfantine de deux ans, unifia les plans d'études des garçons et des filles et introduisit l'école d'orientation avec deux séries d'options, qui remplaça le degré supérieur de l'école primaire et l'école réale. Au secondaire II, les voies gymnasiales et professionnelles se rapprochèrent de plus en plus au cours des dernières décennies: l'école cantonale ouvrit en 1975 une section diplôme (école secondaire spécialisée dès 2006), puis élargit l'éventail des branches enseignées et des types de maturité, attirant ainsi un nombre croissant de jeunes. Faisant œuvre de pionnier sur le plan suisse, le canton de S. introduisit en 1993 la maturité professionnelle qui renforçait la culture générale dans le cadre de la formation et ouvrait les portes des hautes écoles spécialisées.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
La Constitution de la Régénération (1831) contribua à l'éveil culturel en garantissant la liberté d'association et la liberté de la presse. Des sociétés de tir, de chant, de musique et de gymnastique apparurent dans les communes rurales et parfois aussi des associations culturelles qui montaient des spectacles patriotiques sur des sujets suisses ou locaux. Elles témoignaient de la nouvelle conscience identitaire des campagnards et devinrent rapidement d'importants soutiens de la culture villageoise. S. accueillit à cinq reprises entre 1837 et 1897 de grandes fêtes fédérales de gymnastique, de chant et de tir. En ville, la Société du Munot (1839), la Société des beaux-arts (1847) et la Société d'histoire et d'archéologie (1856, Société d'histoire dès 1940) se vouèrent à l'étude et à la conservation du patrimoine historique et culturel. Les naturalistes obtinrent en 1843 déjà l'aménagement d'un musée d'histoire naturelle. La Société des sciences naturelles et la Société d'histoire publièrent en outre, dès le XIXe s., des séries scientifiques qui comptent encore parmi les principaux catalyseurs de la recherche régionale. La vie culturelle urbaine profita des retombées de l'essor industriel après 1850. En 1865-1867, on construisit au Herrenacker, avec des fonds privés, l'Imthurneum, prestigieux bâtiment à coupole qui servit de salle de concert, de théâtre et d'école de musique. Son programme s'adressait surtout aux classes moyennes et supérieures de la bourgeoisie. De leur côté, le mouvement ouvrier et la minorité catholique se dotèrent d'associations et mirent sur pied des programmes culturels. Walther Bringolf, président socialiste de la ville de S. de 1933 à 1968, fit de l'accès des ouvriers à la haute culture un point de son programme politique. Sous son égide, on installa, en pleine crise économique mondiale, les différentes sections du Musée d'Allerheiligen dans les bâtiments de l'ancienne abbaye et l'on construisit le théâtre municipal. Après la Deuxième Guerre mondiale, S. s'assura une réputation culturelle par de grandes expositions artistiques et par son festival Bach. Si Bringolf était encore attaché au canon de la culture classique, les initiatives prises après 1968 cherchèrent de plus en plus à explorer de nouveaux contenus et à varier les formes et les lieux des manifestations. A côté de la musique classique, on fit place au jazz, à côté du théâtre municipal, on ouvrit un théâtre de poche. L'ancienne fabrique de fil du Rhin (Kammgarnfabrik am Rhein), désaffectée en 1979, devint un important centre culturel avec ses Halles de l'art contemporain, musée de rayonnement international.
Auteur(e): Markus Späth-Walter / PM
Auteur(e): Roland E. Hofer / PM