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Christophe Viret peut contempler avec satisfaction ses champs fertiles qui dominent la Venoge à 500 mètres d'altitude et regarder sereinement vers l'avenir. Le paysan a repris l'exploitation de son père à Gollion, dans le canton de Vaud. Il s'est formé pendant deux ans dans une école d'agriculture et il en est ressorti peut-être un peu trop "formaté" par cet enseignement. Plein de bonne volonté, il a essayé d'appliquer ces techniques et ces concepts sur ses parcelles. Petit à petit, il a constaté certains dysfonctionnements de ce système d'exploitation conventionnel.
A l'exemple d'une parcelle de tournesols bien belle la première année, les années suivantes un peu moins belle, augmentant chaque fois un peu la dose de produits phytosanitaires... Jusqu'à ce qu'il réalise que plus il investissait, moins il gagnait. Déjà couvert de dettes, il a dû faire des choix et chaque année être plus malin pour réussir à survivre financièrement. C'est ainsi qu'il a commencé le non labour : pour diminuer ses frais, maintenir ses marges, "et ne plus travailler que pour payer les intrants". Il faut maintenir durablement un sol vivant, semer, laisser faire tout seul et observer, récolter, bref intervenir le moins possible. "S'il y a des « mauvaises herbes », c'est qu'il y a un problème de structure ou de gestion du sol. Il faut utiliser le végétal pour nourrir le sol, pas le métal."
Christophe Viret a décidé de changer son cheptel et misé sur la race jersiaise. La Jersiaise est en tête des races laitières pour la richesse en protéine et en matière grasse de son lait, apportant une haute valeur ajoutée. De plus, elle est adaptée à une exploitation extensive comme la sienne. Là aussi, les calculs lui ont montré qu'il était plus rentable de nourrir ses bêtes avec le fourrage de l'exploitation plutôt que d'acheter fourrages et compléments alimentaires. Le prix du lait livré aux centrales ne couvrant plus les coûts de production, l'agriculteur a eu un sursaut salutaire et essayé la vente directe de lait à la ferme. Les consommateurs ont tout de suite répondu positivement, prêts à payer un prix juste pour un produit de proximité et de qualité. Même si la vente directe n'a jamais dépassé plus de 10% de la production laitière, cela a permis de ramener des marges non négligeables dans les revenus totaux.
A la recherche de création de valeur ajoutée, l'exploitant s'est lancé aussi dans un projet de glaces et yogourts élaborés avec des fruits frais de la ferme ou de la région, sans arôme, ni colorant, ni conservateur. Le succès commercial a été au rendez-vous.
C'est une rencontre fortuite qui a amené Christophe Viret à commencer l'aventure des variétés anciennes de céréales, mieux adaptées aux conditions de son exploitation, avec une bonne production sans utilisation de produit phytosanitaire. Il est encore dans une phase d'essais mais il observe qu'autour de lui la demande de telles variétés connaît un véritable boom et vise là aussi la vente directe de farines de qualité.
Pour lui, restaurer les semences appartient à l'agriculture, pas à l'industrie. Le paysan doit comprendre que les semences lui appartiennent. Quand il en donne, c'est un peu de lui-même qu'il donne. Il faut le faire précautionneusement, et pas à n'importe qui. Il faut une approche humble aux antipodes de la recherche de profit à tout prix.
La reconversion bio est le fruit d'une longue rélfexion. Pendant des années, Christophe Viret a étudié la question, mais cela ne convenait pas vraiment à ses idées ou sa situation. Au fur et à mesure de l'évolution de l'exploitation, comme le changement de bétail, le choix a fini par s'imposer à lui.
Il a aussi planté des arbres sur ses parcelles, convaincu du potentiel de l'agroforesterie. Si en Suisse, l'agroforesterie ne concerne pratiquement que les arbres fruitiers, dans les pays voisins on plante aussi des arbres seulement pour leur bois. Peu importe, le but c'est de planter un arbre sur la parcelle, même si cela ne peut pas lui rapporter de paiements directs ou qu'il doive sortir cette surface de la SAU considérée comme surface boisée. Il suit sa ligne et sa vision à long terme: s'équiper afin de pouvoir continuer le travail passé les 65 ans, une fois qu'il n'aura plus droit aux paiements directs, et que les travaux physiques deviendront plus pénibles, et ainsi continuer à vivre sur son exploitation en toute autonomie. "Je ne peux plus imaginer revenir en arrière ou faire une agriculture comme avant, politique agricole ou pas, je m'octroie la liberté de faire comme je veux."
Est-ce qu'il y des craintes pour son avenir? Non, faire de l'agroforesterie et optimiser sa production laitière, c'est ce qu'on peut faire de mieux."