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18/09/2011
Clausewitz et Sun Tzu après les conservateurs
Les concepts d'information militaire stratégique et les théoriciens de la quatrième génération de penseurs de la guerre tels John Boyd ont beaucoup utilisé la pensée de Sun Tzu pour illustrer leurs points de vue. Quelques scribouillards ont même proclamé triomphalement Clausewitz défait par Sun Tzu dans cette guerre parce que Les Américains semblent avoir suivi les principes de Sun Tzu tandis que les experts russes qui conseillent les Irakiens se réfèrent plus habituellement à Clausewitz tout comme la défense des russes contre Napoléon en 1812. Ce genre de triomphalisme est abandonné depuis longtemps. Pour qui comprend l'Art de la Guerre, c'est un moyen de la gagner, alors que les théoriciens de l'information stratégique se focalisent sur l'aspect purement militaire et manquent absolument de perspective sur ce qui se passera après. Ils se concentrent trop sur les succès sur le terrain et sous-évaluent la nécessité de les transformer en victoire véritable. Les trois éléments fondamentaux de la stratégie de Sun Tzu qui trouve sont origine à la fin du sixième siècle avant notre ère pourrait difficilement s'applique à notre époque : en trompant méthodiquement l'ennemi vous risquez de décevoir votre population, ce qui serait problématique dans n'importe quelle démocratie. Une stratégie indirecte, en général, affaiblirait les moyens d'atteindre un adversaire capable d'agir rapidement et avec détermination. La propagande lui éviterait d'entreprendre les combats à une époque qui le désavantagerait et le placerait dans la position de choisir un meilleur moment pour autant qu'ils possèdent des hommes et des armes en suffisance. On peut gagner des batailles grâce aux principes de Sun Tzu mais difficilement des guerres. Les principes de la gravitation des affaires militaires, le désir des conservateurs de remodeler le monde à leur convenance et les principes de Sun Tzu sont parmi les causes des victoires de l'Amérique mais aussi de ses défaites. Insistons sur ces problèmes et concentrons-nous sur deux protagonistes fournisseurs de paradigmes, de lentilles aux travers desquelles nous essaierons de comprendre la stratégie de notre siècle. Il apparaît que Sun Tzu se préoccupait peu des conditions politique à une époque de guerres civiles incessantes, Son seul principe était de survivre en payant le moins cher possible et en évitant le combat, puisque même un combat victorieux contre des forces secondaire risquait de le laisser affaibli pour engager la bataille suivante avec un ennemi plus important. L'incapacité de Sun Tzu à concevoir à mettre en forme, par le calcul sur la conduite de la guerre, les conditions socio-politiques ultérieures se trouvaient sans importance comme l'indique la mention antérieure. Mais c'est un des aspects les plus importants de la guerre aujourd'hui. Finalement, si on prend en compte que l'approche de Sun Tzu est sans doute efficace à l'encontre d'e l'ordre de puissance militaire relativement faible des communautés auxquels il appartient tels le système des seigneurs de guerre et des dictatures, adversaires habituels de ces époques. Son ouvrage est plein d'exemples d'actions relativement simples contre l'armée de l'adversaire ou contre sa communauté qui emmènent un désordre complet et dissout sa volonté de combattre entièrement. Cette méthode est, sans doute, profitable contre des adversaires assez faibles mais plus problématiques avec d'autres établis plus fermement. Apparemment, voilà le mauvais calcul effectué par l'état-major israélien dans sa lutte contre le Hezbollah lors de la dernière guerre du Liban.
Une nouvelle interprétation de Clausewitz
La plupart des interprétations précédentes fixèrent l'attention sur l'importance des victoires napoléoniennes pour la pensée de Clausewitz comme théoricien militaire. Arguons que ce ne sont pas uniquement ses victoires mais aussi les limites de sa stratégie, révélée en Russie et à Waterloo qui ont permis à Clausewitz (1780-1831) de développer une théorie générale de la guerre.
Bien que Clausewitz fut un admirateur de Napoléon presque toute sa vie, il reconnut, à la fin de sa vie, la signification théorique, des différents évènements historiques, issue de l'application d'une stratégie militaire simple et consistante. Il essaya désespérément de trouver une solution qui puisse réconcilier des extrêmes symbolisés par les succès de Napoléon à Iéna et Auerstedt, Les limites du primat de la force révélé par la campagne de Russie et la défaite finale à Waterloo. Ce qui le força à mettre l'emphase sur le rôle des méthodes et des politiques comme finalité dominante parmi lesquelles une bonne stratégie doit opter. C'est pourquoi, il ne recommanda pas une seule stratégie dogmatiquement, mais la recherche de l'équilibre de différentes oppositions. On peut trouver quatre différences fondamentales qui contrastent le jeune et le vieux Clausewitz qu'il faut souligner ; elles sont importantes pour le débat contemporain à propos de son œuvre.
Le primat de la force sur la politique
La guerre existentielle relative à l'identité propre d'une nation qui l'engagea dans sa jeunesse contredit ses positions ultérieures contre la vision instrumentale de la guerre, qu'il favorisera dans ses derniers ouvrages.
La poursuite du succès militaire par une violence illimitée incarnant le "principe de destruction" contre l'importance d'une limitation de la violence de la guerre tel qu'il le préconisera plus tard. La primauté de la défense est la forme de guerre la plus forte opposée à la promesse d'un résultat décisif donné par l'offensive.
L'approche finale de Clausewitz se condense dans sa Trinité, décrite à la fin du chapitre I du livre I. La Trinité avec ses problèmes spécifiques est le legs de Clausewitz et le vrai commencement de sa théorie. Il dit " : n'importe comment le concept de la guerre que nous avons formulé(la Trinité) apporte un première lumière sur la structure fondamentale de la théorie et nous permettrons d'identifier une première différenciation de ses composants majeurs."
Clausewitz décrit la Trinité comme suit :
La guerre est un véritable caméléon qui s'adapte aux caractéristiques d'une situation donnée. Comme phénomène totalisant ses tendances dominantes en font toujours une trinité paradoxale, composée de violence primordiale, de haine et d'inimité, qu'on doit voir comme une force aveugle jouant sur la chance et les probabilités, là où un esprit créatif est livre d'agir, là où son élément de subordination, instrument d'une méthode est le pur sujet de la raison. Le premier chapitre de "De la Guerre" et sa Trinité est le résultat ultime de la théorie et une tentative pour synthétiser les paradoxes impériaux. Cette Trinité est assez différente de la soi-disant "guerre trinitaire" qui n'est pas dérivée de Clausewitz lui-même mais du travail de Harry G Summers Jr. Bien sur, il se réfère au concept de Clausewitz dans son livre très influent à propos de la guerre du Vietnam, il falsifie fondamentalement l'idée de Clausewitz qui explique dans son paragraphe que la première des trois tendances concerne les gens, la seconde, le commandant et son armée et la troisième principalement le gouvernement. A partir de ces prémisses, nous ne pouvons conclure que la "guerre trinitaire" et ses trois composants, le peuple, l'armée et le gouvernement qu'il s'agit vraiment d'une catégorie conceptuelle ni comment les trois éléments se combinent. Depuis que Summers mit en évidence cette conception, elle a été souvent répétée en particulier par le très influent Martin van Creveld. On doit donc conclure que les trois éléments de la "guerre trinitaire" ne sont que des exemples de la Trinité de Clausewitz, plus fondamentale. Ils peuvent s'appliquer de manière significative à quelques situations historiques et politiques, comme Summers le démontre dans le cas du Vietnam avec ses fossés infranchissables entre le peuple, l'armée et le gouvernement américain. Nonobstant la possibilité d'utiliser ces exemples, Clausewitz, sans aucun doute, définit sa Trinité différemment dans un concept plus large et moins contingent
La notion de Trinité diffère explicitement de sa fameuse formule sur la guerre la décrivant comme la continuation de la politique par d'autres moyens. S'il semble répéter sa formule, ce n'est que pour une des trois tendances que chacun doit considérer s'il ne veut se retrouver sujet d'une perte de réalité immédiate. Si on interroge la formule de plus près, elle est décrite comme la continuation de la politique, mais avec d'autres moyens que ceux qui sont propres à la politique elle-même. Ces deux parties du constat constituent deux extrêmes : la guerre, à la fois comme une continuation de la politique qui appartient principalement à la sphère militaire. Clausewitz souligne que les méthodes évoquées utilisent d'autres moyens, non politiques. Ceci crée une tension implicite entre le statut de la guerre, le continuum de la mise en œuvre d'une politique et la nature des autres moyens. Résoudre cette contradiction mène toujours à la primauté du militaire comme le démontre explicitement, ce tiers exclu qu'exprime la Trinité. Si on porte le discours sur les formes contemporaines de la guerre, Si Clausewitz incarne la "forme ancienne" de la guerre. Mais comme les intérêts n'importe quel état et de la société en guerre se confondent, sa Trinité demeure le point de départ pour une théorie générale de la guerre et du conflit violent. Là où Sun Tzu généralise des principes stratégiques contres des adversaires faibles qui mènent au succès dans des circonstances particulières. Clausewitz développe une théorie politique de la guerre d'une grande ampleur en spéculant sur le succès, les limitations et l'échec des choix de Napoléon dans sa façon de mener la guerre. IL est parvenu, sur ce canevas, à développer une théorie générale de la guerre qui transcende la stratégie militaire purement circonstancielle. Clausewitz ne niait pas l'influence de la menée de la guerre sur la politique mais pour la contredire. Il insiste pour affirmer que c'est la politique de la communauté qui doit décider si la guerre est nécessaire et quels sont les buts qui doivent être atteints par celle-ci, sans promettre des victoires faciles comme le font les conservateurs inspirés par les théoriciens de la guerre de n'importe quelle génération ou finalement ceux qui s'inspirent absolument des utiles recommandations de Sun Tzu
Gageons que la guerre du vingt et unième siècle combine les deux. Au cours des décades précédentes, la promesse de résoudre les problèmes politiques en ne comptant que sur les moyens militaires a montré ses effets dévastateurs. Clausewitz, revenu dans l'agenda, le primat du politique est de retour