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INTRODUCTION
1) L’auteur
Louis Garon est un écrivain lyonnais né à Genève en novembre 1574 et mort en 1631.
Voici ce qu’en dit la notice très sibylline de la BNF : A aussi traduit de l’italien en français. – Auteur de pièces de circonstances en prose et en vers et de traductions de l’italien. – A travaillé comme correcteur d’imprimerie à Lyon. – Né à Genève, de parents calvinistes, vint à Lyon vers 1598, se convertit au catholicisme vers 1610.
Wikipedia, curieusement, n’est guère prolixe : 4 lignes en tout et pour tout pour expédier et le bonhomme et l’oeuvre.
Pour ne pas alourdir cette introduction, je vous invite vivement à consulter, en Annexe, une retranscription de la Notice sur Louis Garon, d’Antoine Péricaud.
2) L’Oeuvre
Il est l’auteur, entre autres, d’un volume de « facéties » intitulé LeChasse-ennuy. L’ouvrage comprend cinq « centuries », c’est-à-dire cinq groupes de cent courts récits, regroupés selon un classement plutôt thématique, en fonction notamment des corps professionnels des personnages (rois, empereurs et grands seigneurs ; hommes de loi, médecins, hommes d’Église ; étudiants ou paysans, etc.). Cette oeuvre hybride emprunte à différentes traditions, qu’il s’agisse de la littérature facétieuse, de l’anecdote, ou de la littérature morale.
L’édition originale porte l’étrange mention « 1600 - trop-tost », qui signale que la date de parution est vraisemblablement fausse : certaines anecdotes semblent en effet appartenir à une époque plus tardive ; par exemple, le § II de la cinquième centurie, commence ainsi : « En l’année 1621, que Braguette estoit à Lyon… » Cela sur un ton qui fait penser que cela était bel et bien révolu, avec donc un laps minimum de 3 à 4 ans, ce qui nous porterait vers la fin des années 1620. Michel Simonin, lui, est plus catégorique : il avance la date de 1628 pour le premier volume, objet de cette publication, et 1631 pour le second (que je n’ai hélas pas su trouver1).
Le texte sera réédité en 1633, 1645 (Paris, C. Grisot) et 1652 (Rouen, J. Cailloué). Selon Stéphane Macé, l’indication d’une date erronée est sans doute volontaire, car l’insertion de « fausses pistes », de plaisanteries ou de clins d’oeil ironiques correspond à une pratique courante chez les auteurs de littérature facétieuse.
Le texte est une salade composée, certes, bien dans l’air du temps, mais une salade aromatique, composée d’herbes aux vertus cathartiques ou curatives.
Selon Stéphane Macé, le texte est conçu comme un objet complexe, « à géométrie variable », pouvant viser plusieurs publics : il s’agirait à l’origine d’un texte intime, destiné à son seul auteur, et présenté comme un « médicament littéraire » élaboré pour contrarier les ennuis de la goutte – maladie physique plus que morale,a priori. Mais dès lors que le livre s’adresse à Maître Jean Durand, le rire thérapeutique devient pur « divertissement » (au sens étymologique du terme) et permet de congédier les tracas du quotidien : c’est en ce sens, probablement, que, dans son introduction, doit être comprise la métaphore du lotus, fleur de l’oubli depuis les Lotophages de l’Odyssée. Enfin, destiné à un public plus large, le rire récupère ses vertus proprement médicinales, et devient un antidote privilégié contre la mélancolie.
Le rire est aussi quelque chose de foncièrement ambigu : il peut être un indice ou un révélateur de la diversité humaine, se démultipliant en fonction des individus en d’infinies variations ; il est le signe extérieur d’un état d’âme tout intérieur ; il se situe à la frontière du verbal et du non verbal ; il appartient en propre à l’homme, et peut à ce titre constituer une marque de sa supériorité par rapport aux autres animaux ; mais dans le même temps, le rire peut devenir incontrôlable, et être perçu comme un signe de possession diabolique (le Christ est réputé ne pas avoir ri).
Chaque petit récit – qui excède rarement une page entière – est accompagné d’un titre, qui peut simplement signaler le thème traité (« L’estime que Louys XII faisoit des Venitiens », « D’un qui cherchoit sa femme qui s’estoit noyee »), mais aussi orienter la lecture : lecture amusée et admirative dans le cas d’une « belle repartie », d’une « response subtile » ou d’un « dict remarquable& picquant », lecture railleuse très souvent (« response d’un Duc de Mantouë à un importun », « Belle response qu’il fit à vn vanteur »…).
De façon générale, que l’on interprète cela comme un défaut ou une qualité, Garon penche pour l’explicitation maximale. De ce fait, je me suis abstenu d’annoter, estimant que les détails et explications étaient généralement suffisants.
Enfin, il convient de noter que, de même que le Sieur d’Ouville privilégiait quelque peu les Normands ses compatriotes, même s’il ne les épargnait point, de nombreuses anecdotes de Louis Garon voient leur action se dérouler en région Lyonnaise, ou encore en Italie proche et familière, serait-ce par la langue (il est traducteur, rappelons-le).
Par ailleurs, malgré les nombreuses répétitions que je lui reproche – mais cela semble un trait commun à de nombreux auteurs de cette époque –, j’ai eu l’occasion de goûter un style bien moins lourd ainsi que le sel de son esprit, avec quelques formules pétillantes que je vous laisse découvrir au fil des pages.
3) Le présent ouvrage
Je me répéterai, hélas ! (mais comme se plaisait à seriner un de mes anciens chefs,bis repetita placent, aphorisme tiré d’un vers d’Horace,Haec decies repetita placebit).
Une introduction, donc – ou une préface – pourquoi faire ? La plupart des gens ne les lisent pas, pressés d’aller le plus rapidement possible à la rencontre directe de l’auteur ; sauf peut-être ceux tenant absolument à rentabiliser leur acquisition, et qui liront même in extenso les mentions légales obligatoires.
D’ailleurs, très souvent, elles sont longues et assommantes pour le commun des mortels. En outre, elles servent essentiellement à démontrer que le – souvent obscur – préfacier est un personnage important, un sachant (à défaut de savant), qui a fait de longues études universitaires, et donc est digne du club auquel il appartient. Il en est ainsi de certains auteurs mentionnés dans ma bibliographie, qui n’en sont pas à une approximation près, affirmant des choses là où une modeste prudence s’imposerait.
En ce qui me concerne, passionné de livres et de littérature depuis mon plus jeune âge, il se trouve que les hasards et vicissitudes de la vie ne m’ont pas permis de réaliser des études pourtant ardemment désirées, et qui, tout compte fait, se seraient avérées plus ou moins stériles en termes de résultat et de carrière, sauf à considérer le fait de végéter en tant qu’enseignant de seconde zone dans un quelconque CET de banlieue défavorisée ou de province comme un succès.
En effet, mon ex et feue belle-mère a eu un cri du coeur lorsqu’elle apprit que j’avais réussi mon concours d’agent des impôts (niveau BEPC pourtant), à la fin du siècle passé, et à l’aube de ma quarantaine : « Vous avezenfin réussi dans la vie ! », s’est-elle exclamée, croyant me faire un compliment, ne me voyant pas plisser du nez face à l’affront.
Comme il ne sert à rien de se lamenter dans la vie, ni sur les occasions ratées, ni sur les choix opérés ou contraints, j’ai choisi de devenir autodidacte, m’ouvrant à...