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Miguel Gayo, professeur de dessin à Lausanne.
«Il faut savoir que le manga de grande diffusion actuel a hérité de certains codes graphiques du dieu du manga, Osamu Tezuka, à partir des années 1950. Celui-ci, fortement inspiré par les comics américains, était un fan absolu de Betty Boop et admirait Walt Disney. Tezuka intégra donc dans ses mangas ces grands yeux largement repris par ses successeurs.
Mais ce n’est pas la seule explication: il faut également chercher du côté de l’ethnocentrisme. De quoi s’agit-il? Pour nous Occidentaux, un personnage classique, avec deux petits points en guise d’yeux, représente forcément un Occidental. Les yeux d’un personnage asiatique, eux, seront suggérés par deux lignes horizontales ou un peu obliques. Or, les Japonais vont eux aussi s’identifier au personnage avec les yeux sous forme de points.
Les deux lignes, pour eux, suggèrent qu’il s’agit d’un autre représentant du continent asiatique: Chinois, Coréen, etc.
Ceci nous amène à la clé du problème: le personnage manga «type» avec ses grands yeux ne ressemble ni à un Japonais ni à un Occidental. La représentation du personnage manga est un assemblage de codes qui ont permis de suggérer facilement une émotion (les yeux qui brillent, qui pleurent). Ces codes graphiques, qui se sont installés petit à petit, ramènent le lecteur à une sorte d’identité fantaisiste dans laquelle on peut facilement se retrouver. Par ailleurs, il existe une frange importante de mangas au trait très réaliste qui sortent complètement de cette analyse.»