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Comment se fait-il qu’Yverdon-les-Bains possède un dessin que les Américains nous envient depuis près de 150 ans ? A son origine, un Bernois, Christoph von Graffenried, bailli d’Yverdon de 1702 à 1708.
A la suite à de déboires financiers, en 1710 Graffenried part fonder une colonie en Amérique. Muni d’un brevet lui permettant d’occuper la Caroline du Nord, il arme deux bateaux transportant des émigrants bernois et allemands. Les bateaux affrontent de terribles orages sur l’océan et arrivent en Amérique après 13 semaines de voyage. Plus de la moitié des colons périssent en mer. Une autre partie meurt en arrivant à terre après avoir abusé d’eau douce et fruits crus. Cela commence mal…
Après des débuts difficiles, ils fondent New Bern, un bourg plaisant. Malheureusement, cette période dorée ne dure pas et la colonie est victime d’attaques de rebelles. Puis, lors d’une excursion, Graffenried est fait prisonnier par le peuple indigène, les Turcaruros. Condamné à mort, il est sauvé in extremis grâce à l’intervention du gouverneur de la Virginie. Lors de cet épisode, Graffenried établit un traité de paix avec les Turcaruros qui permettra une bonne cohabitation entre la colonie et les indigènes. Graffenried retourne ensuite en Suisse solliciter le soutien de ses amis de Berne. C’est depuis le bateau qui le ramène en Europe en 1713 qu’il réalise un dessin de New York. Arrivé à Berne, c’est la désillusion : il ne trouve aucun appui pour restaurer sa colonie délabrée et se résout à l’abandonner à son sort. En Amérique, le travail des colons et l’accord de paix avec les indigènes paie : la petite ville devient agréable et prospère. 180 ans plus tard, New Bern sera le lieu de création du Pepsi-Cola.
Cette aventure et le croquis de New York sont consignés dans un carnet de voyage qui parviendra, par des chemins que nous ignorons, dans la collection de la bibliothèque. Le croquis est une des premières vues connues de New-York et potentiellement le premier dessin manuscrit de la ville. Le carnet attisa à plusieurs reprises la convoitise d’Américains qui, à défaut de pouvoir acheter le document, en demandèrent des copies. En 1953, des démarches furent entreprises pour présenter le dessin dans une exposition aux Etats-Unis. Ce projet ne s’est pas réalisé.
Du 24 septembre au 28 février, le croquis sera exposé, non pas aux Etats-Unis, mais à Lausanne, au Palais de Rumine, à l’occasion de l’exposition Exotic ? proposé par les musées de science et d’histoire. Il s’agit d’une occasion rare d’admirer ce dessin qui quitte rarement le fonds ancien de la bibliothèque d’Yverdon-les-Bains.