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Thierry Fischer sera de passage au Victoria Hall le samedi 12 février.
par Christian WASSELIN
Le chef d’orchestre suisse dirigera Mozart, Poulenc, Beethoven et Dutilleux à la tête de l’Orchestre de Chambre de Zurich. Les solistes de cette soirée seront les pianistes Louis Lortie et Louis Schwizgebel-Wang.
Thierry Fischer dans l’instant
Des Fischer, il y en a beaucoup. Il y a Edwin Fischer par exemple, le célèbre pianiste, ou Dietrich Fischer-Dieskau, le baryton qu’on ne présente plus. Il y a Bobby Fischer, le joueur d’échecs. Et parmi les chefs d’orchestre : Adam Fischer, Ivan Fischer, Thierry Fischer. C’est le dernier, Thierry, qui nous intéresse aujourd’hui. Né le 28 septembre 1957 à Lausanne, Thierry Fischer fut d’abord l’élève et le disciple du flûtiste Aurèle Nicolet, et c’est en tant que flûtiste qu’il fit l’une des rencontres de sa carrière, à l’Opéra de Zurich, en la personne de Nikolaus Harnoncourt. Harnoncourt, l’un de ceux, avec Claudio Abbado, qui l’exhortèrent à devenir chef d’orchestre.
Après avoir dirigé des ballets aux Pays-Bas, Thierry Fischer obtient ses premiers postes importants au Royaume-Uni : le voici d’abord chef principal et conseiller artistique de l’Orchestre d’Ulster de 2001 à 2006 mais, frustré de ne pas voir aboutir ce qu’il a réellement envie de faire, il quitte l’Irlande du nord pour le pays de Galles et devient chef principal du BBC National Orchestra of Wales. Ses préférences, à cette époque, vont à la musique allemande, à des personnalités singulières comme Jean Françaix, ou encore à des musiciens suisses tels Honegger ou Frank Martin. On lui doit d’ailleurs des enregistrements d’œuvres de Martin (le Polytpyque, les Études et le Concerto pour 7 instruments à vent, chez DG ; la Petite Symphonie concertante, le même Concerto pour 7 instruments à vent et la Passacaille, avec l’Orchestre de chambre de Genève, chez Dinemec) et de Françaix, qui sont à la fois des raretés et des petits bijoux.
- Thierry Fischer
De l’Ulster à l’Utah
Ce qui n’empêche pas Thierry Fischer d’embrasser un répertoire est très large, qui va de Bach jusqu’à la Seconde École de Vienne, avec cependant une affinité particulière pour la musique russe du XXe siècle et celle de Messiaen, sans oublier le courant qu’on appelle communément répétitif ou minimaliste, comme en témoigne l’affection qu’il éprouve pour une partition comme Desert Music de Steve Reich.
Thierry Fischer a dirigé un grand nombre d’orchestres britanniques. Il s’est fait connaître également à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France, et a été nommé en 2009 directeur musical de l’Utah Symphony Orchestra (dont la devise est, en français dans le texte, « Musique d’énergie » !). On a cité Bach : Thierry Fischer cultive en effet un attachement particulier pour les orchestres de chambre. Il a ainsi été amené à diriger le Scottish Chamber Orchestra, le Northern Sinfonia, l’Orchestre de chambre de la Radio néerlandaise, l’Ensemble orchestral de Paris, l’Orchestre de chambre suédois, les orchestres de chambre de Munich, de Lausanne et de Zurich. N’oublions pas non plus qu’il a été le chef attitré de l’Orchestre de chambre de Genève, qui auparavant existait sous le nom de Collegium Academicum.
- Louis Lortie
A Genève, il dirigera le Concerto pour deux pianos K 365 de Mozart en compagnie de Louis Lortie et Louis Schwizgebel-Wang, mais aussi Aubade de Poulenc, la Deuxième Symphonie de Beethoven et une œuvre secrète d’Henri Dutilleux, Mystère de l’instant, pour vingt-quatre cordes, cymbalum et percussion. Cette partition a été commandée à Dutilleux par le célèbre mécène et chef d’orchestre suisse Paul Sacher, qui en a assuré la création le 22 octobre 1989 à la Tonhalle de Zurich, et qui avait déjà commandé au compositeur français les Trois Strophes sur le nom de Sacher.
Mystères cachés
Dutilleux aime bien donner aux différents mouvements de ses œuvres des titres à la fois mystérieux ou évocateurs. Les moments successifs de Mystère de l’instant ne font pas exception, et on les citera ici autant pour le plaisir que pour l’édification : « Appels », « Echos », « Prismes », « Espaces lointains », « Litanies », « Choral », « Rumeurs », « Soliloques », « Métamorphoses », « Embrasement ».
On a interrogé Dutilleux sur le sens qu’il faut donner au titre de cette œuvre, sur la dimension religieuse ou sacrée qui serait cachée sous le deux mots mystère et instant. Il répond ceci* : « Est-ce parce qu’il n’a pas produit d’œuvres purement religieuses qu’un musicien serait privé du sens du sacré ? Pourquoi celui-ci devrait-il toujours se manifester au premier degré ? Je dirais qu’il y a un peu de sacré dans mon quatuor Ainsi la nuit – pas seulement dans les séquences intitulées Litanies ou Constellations – et sans doute aussi dans ma partition Métaboles et dans l’interrogation que pose ma Deuxième Symphonie. D’autre part, j’ai la Bible, je la lis et la relis périodiquement et je possède une série d’ouvrages sur l’étude des religions. Tout cela a contribué à me nourrir spirituellement. »
On l’a compris, Dutilleux est autant le musicien du mystère que celui de l’instant.
Christian Wasselin
* « Mystère et mémoire des sons », entretiens avec Claude Glayman, Actes sud, 1997, p. 143.