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Ajanta (Inde) vers 450-525
Quand l'état de rêve se lève
Ne reposez pas dans l'ignorance comme un cadavre.
Pénétrez dans la sphère naturelle de l'attention inébranlable.
Reconnaissez vos rêves et transformez l'illusion en luminosité.
Ne dormez pas comme un animal.
Accomplissez la pratique qui mêle le sommeil et la réalité.
(Prière bouddhiste).
La nuit est très importante pour nous, être humains, car nous y consacrons la moitié de notre vie, pourtant, le plus souvent, tandis que nous dormons tranquillement, tout ce temps se volatilise sans que nous y ayons investi aucun effort ou engagement. Il faut être tout à fait conscient que la pratique peut se faire à tout moment, même pendant le sommeil ou les repas, par exemple. Aussi la pratique de la nuit est-elle très importante, je vais maintenant en expliquer le théorie et la pratique.
L'expression "pratique de la nuit" évoque généralement pour nous la pratique du rêve lucide. Cependant, dans l'enseignement dzogchen, la pratique du travail sur le rêve - et le développement de la lucidité - ne sont pas essentiels. Ils constituent une pratique secondaire. Dans le cas de la pratique du rêve, secondaire signifie que cette pratique peut se manifester spontanément et automatiquement comme conséquence de la pratique principale, que l'on appelle "pratique de la lumière naturelle".
Cette pratique se rapporte en fait à l'état qui précède le rêve. Considérons, par exemple, un individu qui s'endort. L'expression "s'endort" signifie que tous ses sens se retirent de lui : dormir, c'est cela. A partir de ce moment, il y a un passage, une période de transition, avant le début des rêves. Cette période peut être longue ou courte.
Chez certaines personnes, l'état de rêve commence presque aussitôt qu'elles s'endorment. Mais qu'entend-on par "l'état de rêve commence" ? Que l'esprit se met à fonctionner à nouveau.
Par contre, ce que l'on appelle l'état de lumière naturelle n'est pas un moment ou un état dans lequel l'esprit est actif. C'est la période qui débute quand vous vous endormez et qui s'achève quand l'esprit recommence à être actif. Qu'est-ce qui lui succède ? Ce que l'on appelle le milam bardo.
Il existe une correspondance entre, d'une part, les états de sommeil et de rêve et, de l'autre part, ce dont nous faisons l'expérience quand nous mourrons. Quand une personne meurt, c'est la fonction des sens qui disparaît en premier lieu. Lorsque nous parlons des bardos, nous appelons "bardo du moment de la mort", chokyi bardo, ce moment où les sens se retirent en nous. A ce moment-là, la personne éprouve de nombreuses sensations de disparition ou de retrait des sens.
Ensuite vient un état qui ressemble à l'inconscience, à un évanouissement, lui sucède ce que l'on appelle l'apparition des quatre lumières. Les explications des divers tantras sur ce point diffèrent légèrement. Certains parlent de quatre lumières, d'autres de cinq. En réalité, c'est comme si vous vous étiez évanoui et que - en même temps que la manifestation des lumières - votre conscience se réveillait très graduellement.
Par exemple, l'esprit doit commencer à fonctionner pour qu'un raisonnement puis prendre place. Nous devons d'abord retrouver la conscience au niveau des sens. L'esprit commence à recevoir ces perceptions, sans qu'il y ait encore de raisonnement ou d'acte de pensée. Très progressivement, la pensée se manifeste.
Cet état, dans lequel la conscience est présente et où, cependant, l'esprit n'a pas encore abordé des opérations telles que la pensée, constitue la transition qui permet d'atteindre ce que l'on appelle "l'état de lumière naturelle". On a toujours considéré que c'est pendant cette période que la pratiquant du tantra se réalise. Dans le tantrisme, elle est également décrite comme le moment où l'on rencontre la lumière-mère. C'est le moment précis, après l'évanouissement, où la conscience se déploie à nouveau, se réveille. (...)
Dans notre pratique, il faut que qu'il y ait conscience, ou maîtrise de l'état de lumière naturelle. Si après que l'on est parvenu à une conscience claire de la présence de cet état de lumière naturelle, l'état de rêve se lève, on devient spontanément, au sein du rêve lui-même, lucidement conscient que l'on rêve et l'on parvient automatiquement à la maîtrise de ses rêves. Cela signifie que ce n'est plus le rêve qui conditionne la personne mais la personne qui dirige son rêve. (...)
Ce qui importe avant tout est que vous vous efforciez d'avoir la présence de ce "A" [blanc, au centre de votre corps] quand vous vous endormez. Au départ, il doit être précis et net, ensuite, vous pouvez vous détendre - ce qui ne signifie pas que vous devez le relâcher ou l'abandonner. Vous vous détendez tout en gardant le sens de sa présence et, ce cette manière, vous vous endormez [en restant conscient]. (...)
Une autre solution serait d'observer ses pensées. Quelles que soient les pensées qui se lèvent, il s'agit simplement de les observer. Puis l'on s'endort dans cet état d'observation des pensées sans se laisser entraîner ou conditionner par elles. Tant que l'attention n'est pas distraite, chacun a la possibilité d'agir ainsi sans créer d'obstacle à l'endormissement. (...)
Si vous n'avez pas maîtrisé la lucidité - c'est-à-dire la conscience que l'on rêve pendant le rêve lui-même - vous devriez alors, pendant la journée, vous rappeler continuellement que tout ce que vous voyez et tout ce qui est accompli n'est autre qu'un rêve. En voyant toute chose comme un rêve tout au long du jour, le rêve et la conscience seront intimement mêlés. (...)
Si vous vous concentrez fortement durant la journée, imaginant que vous vivez un rêve, le rêve lui-même apparaîtra moins réel durant la nuit. Le sujet - cela même qui fait l'expérience du rêve - est l'esprit. En gardant la pensée que tout est un rêve, vous commencerez à dissoudre ce "sujet". C'est-à-dire que l'esprit commence à se dissoudre lui-même, automatiquement.
Ou, en d'autres termes, quand l'objet ou la vision est dissout, l'action se retourne vers le sujet, provoquant une dissolution complète. Ainsi, la vision ou le rêve cessent d'exister. On découvre que le sujet n'est pas concret et que la vision n'est qu'un "reflet". On devient ainsi conscient de la véritable nature des deux. (...)
Si, tandis que vous rêvez, vous êtes non seulement conscient que vous rêvez mais également que toute vision est une illusion, vous pénétrez au coeur de la vacuité. Un rêve pourra ainsi être transformé en connaissance du vide, shunyata. (...)
Extrait de : Namkhai Norbu, Le yoga du rêve, Ed. Accarias L'Originel, 1993.
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Il existe une pratique du matin pour le moment ou nous nous réveillons. Que faisons-nous alors ? Quand on se réveille de bonne heure le matin, une sagesse première apparaît sans que l'esprit ne l'ait modifiée, qui se tient présente dans sa condition originaire. Ensuite, on replonge, habituellement, dans le fonctionnement de l'esprit et des sens, à la manière d'un mort qui découvre qu'il a pris renaissance dans un nouveau corps. Or si, d'un autre côté, nous restons dans cet état naturel de pure présence, sans distraction et sans procéder à la moindre méditation, nous nous retrouverons tranquillement présents dans notre nature spontanée, et aucune pensée discursive ne pourra nous perturber. (...)
Extrait de : Namkhai Norbu, Le cycle du jour et de la nuit (1984), Ed. Seuil, Point sagesse, 1998.
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