Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07025.jsonl.gz/957

L’histoire du talisman excitait définitivement ma curiosité, j’invitai la vieille dame grecque qui tenait le magasin d'antiquités à Kandy à me raconter tout ce qu'elle connaissait sur ce bijou. Elle sortit un vieux papier chiffonné et graisseux d'une vieille boîte, les lettres en sinhala aux formes arrondies semblaient courir sur le papier comme autant d'araignées.
D'après elle, il daterait du début du XX ième siècle et fut ciselé d'après la facture parfaite du travail par un orfèvre. Un texte écrit en Sinhala racontait le périple du talisman en ces termes et probablement dicté par la jeune fille analphabète :
“Mon nom est Ishanka née à Lakdaram. Orpheline de père et de mère, j’ai grandi dans ce village jusqu’à l’âge de mes 15 ans. Ma “famille” m’a mariée à trois frères, riches exploitants de champs de thé . Un Tamoul du nom de Thavappalan qui signifie don divin et travaillant dans les champs de thé a crée pour moi ce talisman pour apaiser mes larmes. Il m’avait fait jurer que je ne l’ouvrirai pas, mais je ne l’ai pas écouté. Le malheur s’est ensuite abattu sur notre maison, mes maris sont morts brûlés dans un incendie pendant leur sieste. C’est de ma faute, je remets le talisman à quelqu’un de meilleur que moi. Il ne faut jamais l’ouvrir ainsi a parlé Thavappalan.”
Le talisman aurait été ainsi donné à une soeur de la jeune veuve probablement incinérée selon la coutume après la mort de ses maris. Celle-ci finalement craignant l’objet l’aurait confié au propriétaire du magasin, autrefois, sri lankais. A son tour, il aurait mis en garde la nouvelle propriétaire grecque en insistant bien sur le fait qu’il ne se vendait pas mais devait être confié à quelqu’un qui assurait en faire bon usage et qui s’engagerait aussi à ne pas l’ouvrir.
Telle était la volonté de Thavappalan, le Tamoul.
Nota bene : A l’époque, le sujet est encore très tabou, la polyandrie fraternelle était courante à Kandy, malgré l’interdiction des administrations britanniques pour qui ces mariages heurtaient la morale victorienne. La raison principale consistait à ne pas diviser les terres. Les enfants nés de ces mariages appartenaient à la communauté, savoir qui était le père biologique importait peu, on les attribuait en principe au frère aîné.