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Le laboratoire de Schönbein, le Falkensteinerhof à Bâle, classé « Chemical Landmark »
Le 16 novembre 2017, le lieu de travail de Christian Friedrich Schönbein, le Falkensteinerhof, à la Münsterplatz à Bâle, a été classé « Monument historique de la chimie » par l’Académie suisse des sciences naturelles. Le Falkensteinerhof a abrité de 1821 à 1849 la collection scientifique en même temps que le laboratoire de chimie de l’Université de Bâle. C’est là que Christian Friedrich Schönbein, l’un des plus éminents chimistes du 19e siècle, a travaillé à partir de 1828 : il a découvert, entre autres, le principe de la pile à combustible, la nitrocellulose et l’ozone.
C’est au Falkensteinerhof que Schönbein a découvert en 1839 l’effet de la pile à combustible à hydrogène. Sur cette base, son ami et collègue anglais William Grove a développé en 1842 la première pile à combustible alimentée en continu en gaz comme source d’énergie. Des piles à combustible à hydrogène ont été utilisées comme source d’énergie dans le programme spatial Apollo, notamment en 1969 pour l’atterrissage sur la Lune. CarPostal SA a également testé, jusqu’en 2016 dans la région de Brugg, cinq cars équipés de piles à combustible et l’Empa a mis récemment en service une station de ravitaillement en hydrogène.
La même année, en 1839, Schönbein a découvert aussi l’ozone. Loin de se contenter de cette découverte, ce brillant scientifique a fait ensuite durant toute sa vie des recherches sur ce gaz. Alors que l’on décrivait autrefois l’ozone comme « odeur électrique », Schönbein est parvenu à en faire la synthèse chimique sans électricité. Avec une clairvoyance hors du commun, il écrivait en 1853 à Justus von Liebig qu’il était « porté à croire que l’ozone atmosphérique joue un rôle important dans le régime de la planète ». Schönbein a développé un ozonomètre chimique et a encouragé ses collègues européens à effectuer des séries de mesures de longue durée sur de vastes étendues géographiques.
Pansements en spray, colle universelle, matières plastiques
Le chimiste a développé la nitrocellulose en 1845. Avec R. C. von Böttger, il a essayé, mais sans succès, de la commercialiser comme poudre à canon et comme explosif, les applications les plus évidentes de cette substance. Dès la découverte de la solubilité dans l’éther du coton légèrement nitrifié (collodion), Schönbein recommanda à son collègue médecin Jung de tester cet « éther collant » comme pansement liquide, ce qui s’avéra efficace. Des pansements en spray à base de nitrocellulose sont encore disponibles aujourd’hui. La nitrocellulose est aussi utilisée comme principe de colles universelles (p. ex. « Uhu hart »). Elle fut en outre à la base des premières matières plastiques, telles que la Parkésine, développée par le Britannique Alexander Parkes, utilisée jusqu’à nos jours sous la forme du celluloïde (par exemple comme support de films jusque dans les années 1950, ou pour les balles de ping-pong jusque dans les années 2010).
Chercheur infatigable animé de l’esprit de découverte, Schönbein fut l’un des plus éminents chimistes du milieu du 19e siècle ; il était assoiffé de savoir et profondément attaché à la recherche fondamentale, mais aussi soucieux d’en appliquer les résultats. Voici ce qu’il écrivait en 1854 dans une lettre à von Liebig : « Qui n’a pas le courage d’exprimer une nouvelle idée, par crainte de se tromper ou d’être pris pour un fou, ne contribuera guère à quelque progrès que ce soit. »
Extrêmement actif en science, Schönbein était aussi un auteur qui a littéralement dominé la série de publications de la Société des sciences naturelles de Bâle (NGIB). Pendant quelques années, il a d’ailleurs collaboré à la rédaction de la Basler Zeitung. En 1840, il a été nommé citoyen d’honneur de la ville. Il fut le président fondateur de l’association des musées et l’est resté jusqu’à la fin de sa vie. Schönbein a siégé au Grand Conseil et à partir de 1851 au Conseil de ville. A partir de 1831, Schönbein a été membre de la Société helvétique des science naturelles (SHSN) – aujourd’hui l’Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT). Il fut en outre président fondateur de la Fondation Hebel et membre de la commission communale de l’éclairage.
Rendre visible les succès de la recherche
Par les « Chemical Landmarks », la « Platform Chemistry » de l’Académie des sciences naturelles veut attirer l’attention sur l’héritage scientifique et technologique de la chimie en Suisse : d’importantes institutions du passé sont classées « Monuments historiques de la chimie » et honorées ainsi comme éléments du patrimoine culturel. Le Falkensteinerhof est déjà le neuvième site sélectionné comme « Chemical Landmark ». Cette distinction est allée en 2009 à la première usine chimique à Winterthur, en 2010 à l’ancien bâtiment de chimie de l’EPF de Zurich, en 2011 au laboratoire de J.-C. Galissard de Marignac à Genève, en 2012 au site de Rosental et aux archives de la société Novartis à Bâle, en 2013 à l’usine Lonza à Viège, en 2014 au laboratoire du château de Reichenau (GR), en 2015 à l’ancien institut de chimie de l’Université de Fribourg et en 2016 à l’ancien institut de chimie de l’Université de Zurich.