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Les théories de guérilla et de révolution
On peut retrouver les origines des stratégies de la guérilla dans les premiers manuels de guerre. Par exemple la guerre proposée par Sun Tsu est relativement proche sur certains points de la guérilla. Il explique par exemple que pour gagner une guerre il faut « vous tenir continuellement sur vos gardes pour n’être pas surpris, et à veiller sans cesse pour épier le moment de surprendre votre adversaire ». Il cherche à éviter un bain de sang et pour cela il développe une stratégie indirecte où il faut ajuster la fin aux moyens, exploiter les points faibles de l’adversaire et toujours avoir plusieurs alternatives. Il ne faut jamais attaquer un adversaire sur ses gardes et non plus jamais deux fois au même endroit.
De plus, il ajoute: «ne vous engagez jamais dans de petites actions sans être sûr qu’elles tourneront à votre avantage, et encore ne le faites point que vous n’y soyez comme forcé, mais surtout gardez-vous bien de vous engager à une action générale si vous n’êtes comme assuré d’une victoire complète».
On retrouve chez Hô Chi Minh la trace de sa pensée « Aucune opération ne doit être entreprise avant une soigneuse reconnaissance »1 et « en cas d’attaque de troupe régulière il faut refuser le combat car les partisans ne sont pas assez fort militairement » 2 . De même chez Mao Zedong qui explique qu’il faut insister sur les points faibles de l’adversaire et sur son épuisement physique et moral.
On retrouve donc les traces d’une guerre indirecte en opposition avec la guerre totale de Clausewitz. Pourtant un fondement de beaucoup de penseurs de guérilla et de révolution se trouve dans le livre de Clausewitz « De La Guerre » comme chez Lénine, Hô Chi Minh, Mao Zedong et Ernesto « Che » Guevara pour ne citer que ceux-ci.
Clausewitz explique dans le chapitre « armement du peuple » qu’elles sont les conditions de réussite d’un soulèvement populaire:
- la guerre doit être drainée vers l’intérieur du pays
- une catastrophe unique ne doit pas suffire à trancher son sort
- le théâtre de la guerre doit embrasser une étendue considérable du territoire
- les mesures prises doivent correspondre au caractère national
- le pays doit être d’un genre coupé ou inaccessible qu’il soit montagneux ou boisé ou marécageux ou en raison du mode particulier de culture.3
On peut déjà expliquer l’origine de certain échec de guérilla comme par exemple celle tentée en Bolivie à la fin des années soixante et qui respectait uniquement le dernier point.
Il explique aussi qu’une « guerre populaire comme quelque chose de vaporeux ne doit se condenser nulle part en un corps solide » 4 .
On retrouve ce point chez beaucoup d’autres penseurs, la révolution d’après Mao est une guerre de mouvement.
Hô Chi Minh complète ce point en expliquant aussi que les organisations de partisans doivent « être mobile, apte à des actions rapides, capable de passer rapidement, si les circonstances le demandent, de l’illégalité à la légalité et inversement, de combiner les méthodes légales, semi-légales et opératives »5 .
Ces opérations sont, d’après lui, des actes de terrorisme, des libérations de prisonniers ou s’emparer des armes de troupe. Et a mesure que l’organisation grandit les interventions se multiplient.
Ses actions peuvent être aussi, pour Clausewitz, la prise des lignes de communications le but étant de peser sur les artères vitales dont dépend l’état attaqué.
D’autres exemples sont cité par la CIA tel que détruire les installations militaires ou policières. Le but ultime de ces actions est de prendre le pouvoir tout en ayant l’appui de la population et pour cela l’idéologie entre en compte. L’enseignement de Marx, selon lequel la révolution prolétarienne « ne peut pas simplement mettre la main sur une machine d’ état « toute faite » mais doit briser la machine militaire et bureaucratique de l’état bourgeois et instaurer la dictature du prolétariat », nous pousse à réaliser toute ces actions de destruction.
Pour mettre en oeuvre ces actions il est nécessaire d’avoir une organisation. D’après Clausewitz, « le peuple armé devra être organisé en unité plus importante et mieux ordonné, appuyé par une petite force de troupe régulière de façon à lui donner l’aspect d’une force régulière et à le mettre en état de risquer des entreprises à plus grande échelle »6 .
Lénine approfondira cette idée en insistant sur la « nécessité d’un parti composé de révolutionnaire professionnels, composé d’intellectuels et de semi-intellectuels »7 et il explique cela au niveau idéologique par le fait que « les ouvriers ne pouvaient pas avoir encore la conscience social-démocrate, celle-ci ne pouvait venir que du dehors ».
Effectivement Marx et Engels, maîtres penseurs de Lénine étaient des bourgeois.
Le parti d’avant garde classique deviendra une monnaie courante dans les révolutions et guérillas. Il sera même exploité à l’extrême lors de la révolution cubaine où le parti est totalement coupé de la population qu’il doit entraîner.
Pourtant pour qu’une guérilla soit possible il est nécessaire d’obtenir l’adhésion, au moins partielle de la population locale et tout révolutionnaire en est conscient. Il apparaît clairement dans toutes les révolutions qu’a tenté le Che que les rapports avec la population sont très respectueux. Hô Chi Minh dit même qu’il faut défendre les paysans de la région que les partisans occupent contre les adversaires.
Mais les textes les plus élaborés à ce sujet sont ceux distribué par la CIA aux « Contras » au Nicaragua, ils expliquent qu’il faut unir la population à ses cotés et pour cela qu’il faut être bon avec elle, respecter les droits humains. Les camps de guérilleros doivent être un exemple de communauté unie.
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- Hô Chi Minh, Le travail militaire du parti parmi les paysans, pris dans Gérard Chailiand, Stratégies de la guérilla, Payot, Paris, 1994. [back]
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- Clausewitz, de la Guerre, Edition de minuit, Paris, 1955, chapitre 26, p552. [back]
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- Hô Chi Minh, Le travail militaire du parti parmi les paysans, pris dans Gérard Chailiand, Stratégies de la guérilla, Payot, Paris, 1994. [back]
- Clausewitz, de la Guerre, Edition de minuit, Paris, 1955, chapitre 26. [back]
- Lénine, Que faire?, édition de Moscou, dans Gérard Chaliand, Mythes révolutionnaire du tiers monde, le seuil, Paris, 1976. [back]