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C'est une question de culture de la recherche. Les Américains et les Anglais disposent depuis le début du 20e siècle de commentaires qui, dans la ligne du piétisme anglo-saxon, permettent à tous les croyants d'être autonomes dans leur lecture de la Bible. Or l'exégèse francophone, si elle participe à la recherche internationale, n'avait pas jusqu'alors doté les laïcs d'un instrument qui mette à leur disposition les derniers résultats de la recherche exégétique. C'est chose faite.
Etre destiné aux laïcs fait donc la marque de fabrique du NTC?
Il y a en fait un double public. Le premier, ce sont les prêtres et les pasteurs. Le second public, ce sont les laïcs intéressés à la Bible, mais pas forcément le chrétien lambda. J'entends par là qu'on explique pas au lecteur ce qu'est le temple de Jérusalem ou la Loi, ou les Sadducéens: une culture biblique de base est requise. Mais à partir de là, le lecteur reçoit tous les renseignements nécessaires à sa compréhension.
Nous avons cherché parmi les meilleurs spécialistes de chaque livre du Nouveau Testament celui qui était capable de présenter une explication du texte à la fois lisible et à la pointe de la recherche.
Comment avez-vous choisi les 19 exégètes de France, d'Italie, du Québec et de Suisse?
Avec le comité éditorial, nous avons cherché parmi les meilleurs spécialistes de chaque livre du Nouveau Testament celui qui était capable de présenter une explication du texte à la fois lisible et concise; il fallait aussi qu’elle soit à la pointe de la recherche, donc pas une simple paraphrase. Cette double contrainte était redoutable. Certains ont décliné, d'autres échoué et nous avons dû les remplacer. Le dialogue a été constant avec les auteurs à qui nous avons plus d’une fois fait réécrire une partie de leur texte.
Comment se projet éditorial est-il né?
J'avais ce projet en tête depuis longtemps. J'avais participé à la première édition d'une Bible commentée de ce type en allemand, à Zurich il y a deux ans. Il a alors été question de traduire cet ouvrage en français. Mais j'ai aussitôt dit non à Gabriel de Montmollin (ndlr: directeur de Labor et Fides). D'une part parce que l'exégèse francophone avait les moyens de le réaliser, et d'autre part parce qu'une lecture biblique se fait au sein d'une culture.
Vous avez aussi voulu l'entreprise oecuménique. Pourquoi?
Parce que depuis cinquante ans, l'approche du texte biblique est ouvertement oecuménique. J'ai donc proposé l'entreprise à Camille Focant, de l'Université catholique de Louvain, qui m'a suivi. Au final, de fait, il y a 60 % d'auteurs protestants, et 40 % de catholiques. Mais nous avons voulu bloquer toute lecture et toute référence trop strictement confessionnelles.
Pourquoi ne vous êtes-vous pas lancés dans un commentaire de la Bible en entier?
Parce que les exégètes de l'Ancien Testament ont estimé que c'était beaucoup trop lourd. Du coup, nous sommes allés de l'avant avec le Nouveau, qui a été réalisé en deux ans et demi. Mais je suis convaincu qu'il y aura aussi, dans cinq ou dix ans, un Ancien Testament commenté. Je l'appelle de mes voeux: il est encore plus nécessaire!
Double public, double utilisation
1250 pages pour 26 livres bibliques commentés, une belle couleur rouge de la couverture jusque sur la tranche et un texte agrémenté de notices et de cartes utiles à la compréhension. « Nous avons voulu éviter l'obésité, et donc limité la longueur du commentaire et le nombre des notices », explique le professeur Marguerat. « Je suis convaincu qu'il va figurer dans toutes les bibliothèques pastorales et de laïcs intéressés à la Bible », souligne le professeur.
L'utilisation visée est double: d'une part la lecture continue, « sans qu'il y ait pour chaque passage trente pages de commentaires à lire ». « D'autre part, poursuit M. Marguerat, le cas du laïc qui doit préparer un recueillement sur Galates 3, 1 à 6 et qui veut savoir de manière rapide quel est le sens de ce texte. » Ceux qui veulent une lecture plus fouillée sont renvoyés à des commentaires scientifiques.
Daniel Marguerat ne doute pas une seconde du succès commercial du NTC. « Mon souhait est qu'il y ait dans un second temps une version numérisée, ou sur CD. Mais on se heurte là à des contraintes commerciales, à savoir que les éditeurs n'ont pas voulu prendre un double risque. » De fait, le texte biblique est celui de le Traduction oecuménique de la Bible (TOB, 2010), éditée par le Cerf et Bibli'O. Labor et Fides et Bayard, les éditeurs du NTC, doivent donc payer des droits de reprise. Date de parution annoncé de l'ouvrage: mardi 25 septembre. Dans le courant de l'automne, des manifestations sont prévues en lien avec cette sortie, à Fribourg, Lausanne et Genève (www.laboretfides.com)
Le Jugement dernier et la destruction d'un outil précieux
Daniel Marguerat, qu'est-ce qui vous occupe en ce moment?
Mon champ de travail principal est la rédaction du 2e volume du commentaire sur les Actes des apôtres, à l'horizon 2014. Et puis un livre sur le Jugement dernier, Nous irons tous au paradis, sort en novembre chez Albin Michel. C'est un ouvrage à deux voix avec Marie Balmary, psychanalyste freudienne qui vit à Paris et qui estime qu'il s'est trompé dans sa réduction pathologique du religieux. Elle est donc connue pour avoir un rapport d'adhésion, une empathie par rapport à l'Ecriture et non systématiquement soupçonneuse. Outre les conférences, le plus souvent à l'étranger, je planche aussi sur une monographie sur le Jésus historique. Arrivé au soir de ma carrière, je réalise les oeuvres où se récapitule un savoir acquis de longue date et qui permet une lecture panoramique.
Avez-vous un avis sur les évolutions du paysage académique romand en théologie?
Ce qui est en cours à Lausanne, si on ne le stoppe pas, c'est la destruction d'un instrument scientifique reconnu internationalement de haut niveau ainsi que d'un lieu de formation théologique destiné aux Eglises. Heureusement que l'Université de Genève a une faculté de théologie forte. Quand on considère qu'il y a quinze ans, la Suisse romande comptait trois facultés de théologie fortes... L'évolution interne de la Faculté de Lausanne est désastreuse, mais les Eglises portent leur responsabilité: elles se sont tues durant tout ce processus de décadence.
N'avez-vous pas alerté les Eglises?
Si, j'ai été un de ceux qui les ont alertées depuis plus de dix ans en leur disant qu'elles perdaient un lieu où l'Evangile s'articule à la culture. Que le protestantisme vaudois, par exemple, qui reste encore fort quoiqu'on en dise, n'ait plus de référence locale et doive importer des théologiens de Genève ou de France pour que des paroisses puissent avoir accès au savoir exégétique, voilà qui signe la décadence. S. R.