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Martin Schaub: Das Rütli – ein Denkmal für eine Nation?
Zur Dynamik des kollektiven und individuellen Umgangs mit dem Rütli als Denkmal, Mythos und Ritual seit der Bundesstaatsgründung
Éditions Hep, Zurich 2018[nbsp] /[nbsp][nbsp]632 pages, CHF 59.00[nbsp] /[nbsp][nbsp]ISBN 978-3-035511314
Soutenue par la SSUP, la thèse de Martin Schaub montre que le Grütli, en tant que monument, est un lieu d’expérience et d’apprentissage historique informel. Le chercheur n’examine pas l’histoire exacte de ce site emblématique, mais son histoire d’utilisation, c’est-à-dire l’effet exercé par le Grütli sur ses visiteurs et ce, depuis 1848. Il s’intéresse aux motifs des visiteurs individuels ainsi qu’aux circonstances motivant les groupes et les événements majeurs organisés en ce lieu appelé le «berceau de la Confédération suisse». Martin Schaub explique aussi comment le récit du Grütli s’est développé et modifié au cours des 170 dernières années et avec quelle intention le mythe fondateur a été et est mis en scène.
Puisque la période étudiée (de 1848 jusqu’à ce jour) coïncide presque avec l’administration du Grütli par la SSUP (depuis 1860), la thèse de Martin Schaub retrace également un volet de l’histoire de la SSUP. Lorsqu’en 1858, la SSUP a décidé d’acheter le Grütli, ce n’était pas dans le seul but d’empêcher la construction de bâtiments touristiques au bord du lac d’Uri. Après la guerre du Sonderbund de 1847, le jeune État fédéral, créé en 1848, était à la recherche de gestes symboliques de réconciliation avec les cantons catholiques de la Suisse centrale. Or, l’acquisition en 1859 du Grütli par la SSUP, libérale, et son don subséquent à la Confédération en 1860, constituèrent le geste de cohésion le plus fort de l’époque. Jusqu’à son acquisition par la SSUP, le Grütli représentait l’ancienne Confédération suisse à laquelle de nombreux cantons ne s’identifiaient pas. Le jeune État fédéral n’ayant ni monument ni jour de commémoration, instituer le Grütli eut précisément pour but de créer une sorte de «monument national» légitimant le nouvel État et établissant son identité nationale. Le Grütli et, plus tard, la fête fédérale célébrée le 1er août, furent délibérément conçus pour servir la cohésion de la Suisse moderne. En 1858, la SSUP collecta environ 95 000 francs suisses pour l’achat du Grütli, principalement dans les cantons réformés de Zurich et de Berne; cette somme représenterait aujourd’hui environ CHF 4 millions. En 1859, la propriété elle-même coûtait 55 000 francs. Avec les 40 000 francs restants, la SSUP apporta au Grütli un nouveau visage, historicisant et hyper naturel. Dans l’avenir, le Grütli devait représenter l’état naturel, authentique et donc médiéval. Dans l’esprit du drame schillérien célébrant Guillaume Tell, la Rütlihaus fut transformée en maison primitive suisse et les pâturages non boisés prirent l’allure d’une prairie alpine parcourue d’un réseau de sentiers. Avec ses trois sources, le monument de la Schwurplatz (lieu du Serment) fut doté d’un caractère quasi biblique. Enfin, dans les drapeaux suisses flottant au-dessus de la prairie et du port, la métaphore se confondit avec le lieu. Au cours des 170 dernières années, la SSUP empêcha à plusieurs reprises et avec succès que ce monument paysager vint à abriter d’autres constructions. Ainsi, la SSUP fit enlever le monument aux créateurs du chant du Grütli et elle refusa également rigoureusement d’ériger dans la prairie un monument au général Guisan.
Coïncidence positive: la publication de Martin Schaub a été présentée le jour même (le 30 août 2018) de la mise en ligne de l’application SQWISS. Sur les lieux de neuf «trous devinettes», cette application en apprend long aux utilisateurs sur l’histoire du Grütli et de la Suisse. À peine un mois auparavant, le 1er août 2018, le Président de la Confédération, Alain Berset, a inauguré sur place le «Musée Grütli», le plus petit musée du pays, dont l’objectif est de présenter des thèmes suisses pertinents au travers de ses expositions. Avec la publication de la thèse de doctorat de Martin Schaub, le Grütli en tant qu’espace expérientiel alliant un monument paysager ouvert aux piétons, un mythe multiple et de nombreux rituels individuels et collectifs est devenu un espace d’expériences Web 2.0.
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