Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07072.jsonl.gz/818

Visite d'un studio cinéma en Inde
Avant d'expliquer mes incroyables découvertes au sein du studio de l'état du Kerala, il est plus simple de comprendre quelque peu Bollywood et son histoire.
Si la contraction du "B" de Bollywood est liée à Bombay (ville qui est redevenue Mumbai depuis quelques années), c'est grâce à la venue des frères Lumières en Inde. C'est ainsi que les indiens sont devenus la plus grande puissance cinématographique. Et non pas les américains comme beaucoup le croient. Arrivés à la fin des années 1890, les Frères ont présentés leurs œuvres avec un tel succès, que rapidement certains indiens de l'époque décidèrent d'en faire autant. C'est ainsi que le moyen-métrage avant-gardiste Raja Harishchandra prend forme et sera diffusé en 1913, soit un peu plus d'un siècle à présent.
Depuis, le cinéma indien c'est constamment développé. Au fur et à mesure, chaque génération a créé ses studios et des célébrités ont obtenu des reconnaissances en Inde, ainsi qu'à l'étranger depuis presque une vingtaine d'années.
Les années passant, notamment après l'indépendance de l'Inde en 1947, tous les états ont décidé de lancer leurs propres studios. Chaque département a ainsi sa langue, ses principes de tournage et ses idées scénaristiques. En l'occurrence pour le Kerala, les long-métrages distribués sont les films Mollywood. Le "M" provient de la langue du Kerala, le malayalam. Il aurait peut-être été plus facile de le nommer Kollywood, mais ce même "K" revient à un autre état en Inde. Plus précisément le Kodambakkam qui est une banlieue, très liée au cinéma, de Mumbai.
Pour en revenir au Kerala, quelques rumeurs sont connues de la population quant à la création de cette thématique indienne. Avant tout, le créateur des réalisations Mollywood est Joseph Chellayya Daniel, plus connu sous le nom de J. C. Daniel. Il est considéré comme le premier réalisateur, producteur, photographe et éditeur du Kerala. Bien que sa jeunesse ne soit nullement attachée au cinéma (il était maître en arts-martiaux très jeune) son intérêt pour le 7ème Art est sans doute survenu durant son travail comme journaliste. Certains prétendent toujours qu'il avait également senti sa fibre cinéphile après avoir rencontré les frères Lumières. En tout cas, il avait parfaitement compris l'étendue et le pouvoir du cinéma. Après une formation plutôt fluide, il rencontra ses premières difficultés car aucun des studios de l'époque à Chennai (anciennement Madras) ne l'accepta. Il dû encore plus persévérer pour être finalement accepté à Mumbai (anciennement Bombay). Au final, il repartit dans son état natal avec assez de connaissances et de matériel pour créer le tout premier studio du Kerala: The Travancore National Picture.
C'est ainsi qu'en 1926 il réalise son grand rêve: Ecrire un scénario. Ainsi naquit Vigathakumarn, soit Les Enfants Perdus en français. Avec un sujet dramatique, créatif, original et totalement muet, J.C. Daniel se permet même de jouer un des principaux interprètes de son histoire. Un policier plutôt fortement armé pour l'époque. S'entourant de peu de monde pour le casting et la logistique, il réussit toutefois à sélectionner une jeune actrice pour l'autre personnage principal. Précurseur sous bien des points, il lança ainsi la très courte carrière de P. K. Rosy qui mourut en 1988. Rosy reste toujours très connue en Inde, à tel point qu'un prix porte son nom.
Malheureusement, tout se compliqua par la suite pour Daniel et sa famille. Le film prit 2 ans avant d'être diffusé dans les salles du Kerala, coûta cher en amont et bien que le public fût présent, il ne le rentabilisa pas assez. De plus, il s'attira les colères de certains orthodoxes de l'époque. Le succès espéré ne fut pas du tout au rendez-vous et Daniel ferma tristement son studio. Et le pire est qu'il dû se battre pour continuer à être considérer comme un habitant du Kerala, le gouvernement indien étant menaçant suite à son échec.
Il mourut en 1975, mais avait réussi à faire à nouveau accepter son travail auprès des grandes instances du Kerala. Depuis, il est considéré avec honneurs comme le Père du cinéma Malayalam ou Mollywood.
Et justement, les différents studios de cette région sont très souvent encore avant-coureurs par rapport à l'Inde en général. Ils ont été les premiers à tourner en 70mm, avec des scénarios plus réalistes et dramatiques ou encore à utiliser la 3D pour un long-métrage. Ils sont moins proactifs que d'autres états, mais avaient réussi à sortir un Mollywood en 1993 à moitié avec des animations et l'autre moitié avec un véritable casting.
Parmi les différentes majors du sud de l'Inde, j'ai justement eu l'immense privilège de visiter le Chitranjali Studio. Fondé en 1980 par le Kerala State Film Development Corporation, c'est à Thiruvalam (Kerala, Inde) que la direction s'installe. Fort de 300'000 m2, Chitranjali est apparemment le deuxième studio asiatique à posséder la plus grande superficie intérieure pour les tournages (plus de 1'000 m2). Au fils des ans, ils ont développé de tels services qu'ils ont leurs propres unités pour le mixage de sons, le doublage, plusieurs équipes pour des tournages extérieurs et offres des suggestions attractives pour des métrages à but privés. Ils ont même des programmes télévisuels et possèdes 10 cinémas qui diffusent tous leurs projets. A fin 2016, plus d'une dizaine de réalisations de plusieurs genres sont ébauchées. Avec plus de 1'000 collaborateurs, Chitranjali Studio est considéré comme un géant cinématographique keralais.
Doté d'un hôpital privé, d'une station de police ou encore d'un musée privé avec une superbe collection logistique cinématographique, j'ai eu le plaisir de visiter ce dernier. Il est vrai que leur musée est d'une richesse incroyable. Les références à J.C. Daniel sont multiples bien sûr, mais j'ai découverts plusieurs sortes de caméras des années 1920 et 1930. En grande majorité allemandes, mais également suisses romandes. Le plus surprenant est que cette marque, Bolex, est toujours existante et se situe vers Lausanne. D'autres surprises m'attendent au musée du studio keralais. A l'exemple de film en 35 ou 70 mm apparemment intacts et superbement entretenu. Des spots inexistants à présent en Europe, mais reconnu dans le milieu professionnel comme les "Mini Brute".
Après plusieurs explications des réalisateurs, producteurs, acteurs, chanteuses ou monteurs des années antérieures, on me raconte comment est structuré les prix (donc Oscars ou Awards pour nous) en Inde. Tout une symbolique spirituelle est apposée sur ces magnifiques statuettes. Les éclaircissements quant à ses dernières seraient trop longues à détailler, mais la force et la beauté de cet objet se perçoit rapidement. Malheureusement, je n'ai pas eu l'autorisation de la prendre en photo. Ma visite guidée se prolongea dans un de leurs studios intérieurs justement. A l'image de la grandeur de cette sorte d'hangar, j'ai vite réalisé l'ampleur et le volume du bâtiment. D'autres endroits, tout autant secrets et interdits de photographies, me sont montrés. Comme leur secteur post-production où une équipe de montage pour le son travaillait. J'ai également ressenti le plaisir de voir un de leur plus grand décor extérieur pour un temple. Ce dernier est à la fois "simple", mais complexe pour le souci du détail. Enfin, ma visite se termina pour un de leur fond naturel extérieur. Un immense décor dans la nature qui leur permet de tourner leurs principaux moments de chants et danses pour les long-métrages Mollywood.
Finalement, cette expérience, ces ouvertures et possibilités m'ont permis d'approcher un univers cinématographique différent de l'Occident, mais très riche, accueillant et surprenant. Je remercie donc les studios Chitranjali pour cette belle opportunité. Et je leur souhaite tout le meilleur pour leur futur.