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-INFOS n°101, 20.12.99, p. 18-19
Le 24 juin 1998, le Comité directeur de l'UDC adoptait une résolution étonnante, intitulée "Femmes dans le parti", et établie à partir d'un sondage dans la base du mouvement, réalisé au lendemain des élections nationales de 1995. En effet, l'UDC n'était alors parvenue à faire élire que 3 femmes sur 30 représentant-e-s au Conseil National, soit 10% (1 sur 9 à Zurich), une performance jugée décevante.
Au vu des résultats de 1999, les effets de ce document interne paraissent nuls. En effet, les Conseillères nationales de l'UDC ont encore perdu du terrain, du moins en termes relatifs: elles ne sont plus aujourd'hui que 3 sur 44, soit 6.8% (1 sur 13 à Zurich).
Cependant, la résolution de juin 1998 fait preuve d'une sensibilité indéniable des cercles dirigeants de l'UDC à la féminisation des instances et de l'image publique du parti, qui exprime sans doute les préoccupations nouvelles d'un électorat à dominante urbaine.
Les passages que nous reproduisons ici sont tirés de ce document, qu'il est possible de consulter intégralement sur le site Internet de l'UDC (www.udc.ch). Les citations se passent de commentaires.
La Norvège et la Suède sont citées en exemple, puisque les femmes y occupent quelque 40% des mandats parlementaires. Quel est le secret d'une telle percée? "Les partis politiques de ces pays ont décidé il y a plusieurs années déjà de veiller à ce que chaque sexe soit représenté avec au moins 40% sur les listes électorales et dans les organes dirigeants du parti. On peut en déduire que l'ancrage des femmes dans le parti est une condition essentielle à leur représentation dans le parlement."
"Des femmes qui souhaitent s'engager politiquement doivent avoir leur place dans l'UDC et aussi pouvoir compter sur l'appui du parti". Pour cela, les qualités requises sont: "fiabilité, attitude confiante et convaincante en public, expérience politique, expérience professionnelle." La direction nationale appelle les partis cantonaux à prendre des mesures appropriées dans ce sens. "Il s'agira donc pour eux d'élaborer, en étroite collaboration avec les femmes, des mesures à long terme permettant d'augmenter la représentation féminine lors des élections communales, cantonales et fédérales." Sous ce rapport, la résolution s'intéresse à trois aspects: présence des femmes dans les instances, renforcement de l'apparition publique des femmes et conception de listes favorisant l'élection des femmes.
La présence plus nombreuse des femmes dans les organes de direction leur permet d'accumuler l'expérience et de gagner le soutien nécessaires à une élection et à l'exercice d'un mandat public. "Des exemples féminins motivent aussi d'autres femmes." Quels sont les obstacles qui s'opposent à leur désignation? "Elles se heurtent à un autre cadre social que les hommes. Souvent, elles doivent assumer plusieurs charges. Le travail à domicile et la garde des enfants leur reviennent encore et toujours presque exclusivement alors que leur engagement professionnel ne cesse de progresser parallèlement. La distribution traditionnelle des rôles dans la société entrave leur accès à des fonctions et positions politiques. De plus, des femmes candidates n'ont souvent pas les mêmes ressources financières que leurs concurrents masculins. Les femmes doutent plus souvent que les hommes de leurs propres compétences pour assumer une fonction publique."
Pour avancer, il s'agit d'abord de se poser des questions: "Connaissez-vous le nombre de femmes membres de votre parti? Savez-vous dans quelle mesure les femmes sont représentées dans les organes de votre parti? Quelles fonctions y exercent-elles? Disposez-vous de structures spécifiquement féminines (préposées aux questions féminines, groupes de femmes)?" Ensuite, il convient de "se fixer des objectifs chiffrés sur la représentation minimale des femmes dans les organes."
"Pourquoi ne pas lancer une campagne de recrutement ciblée sur les femmes? Plus il y a de femmes dans la base du parti, plus il y aura de femmes à se mettre à disposition pour occuper une fonction." Le document recommande aussi de traiter séparément les adresses des femmes et de leur écrire spécifiquement pour leur proposer des engagements dans le parti.
Par ailleurs, la désignation de "préposées aux questions féminines" à tous les échelons du parti et siégeant dans les organes dirigeants doit permettre "la constitution de groupes de femmes (…), la diffusion aux femmes d'information spécifiquement féminines (…), l'élaboration avec la direction de mesures encourageant l'activité des femmes, la constitution d'un réservoir d'oratrices, la recherche de candidates pour des fonctions et commissions, l'analyse des objets politiques sous l'angle de l'égalité des droits, la surveillance et le respect des directives".
"En intervenant en public, par exemple lors d'assemblées de délégués, de conférences de presse ou dans des organisations proches du parti, les femmes peuvent se faire connaître. (…) Il faut commencer par être connue pour ensuite inspirer confiance."
"Il faut veiller à ce que les femmes puissent s'exprimer sur tous les thèmes d'actualité et non seulement sur des questions féminines, voire se limiter à exprimer des salutations ou des remerciements. Le parti peut, par exemple, se fixer pour objectif de faire intervenir des oratrices à toutes [souligné dans le document original] les manifestations (...) Il faut systématiquement inclure les femmes lorsqu'il s'agit de renouveler les titulaires de postes et de fonction".
Les mesures internes décidées doivent être publiquement revendiquées, par exemple par le slogan: "Nous faisons confiance aux femmes". "Il appartient à la direction du parti de sensibiliser constamment les membres du parti et les électeurs à la situation des femmes."
"Créer des bonnes conditions cadres signifie, par exemple, tenir compte des besoins spécifiques des familles et des femmes (heures des séances). La situation particulière des femmes peut être un thème de discussion au sein du parti."
"Un programme de formation et de perfectionnement ciblé (rhétorique, direction de séances, rédaction de lettres de lecteurs, contact avec les médias, analyse de thèmes, networking) permet de préparer à long terme la relève féminine. (…) Outre l'enseignement de techniques et de thèmes politiques, cette formation doit renforcer la confiance des femmes en elles et les inciter à assumer des responsabilités et à prendre des initiatives."
La formation des femmes désireuses de se présenter aux élections est une priorité. "La direction du parti doit clairement faire comprendre qu'elle est totalement derrière les femmes candidates." Leur présence dans les médias doit être assurée. Ceci dit, il convient aussi de prendre des mesures précises dans la formation des listes: placer des femmes en tête de liste, organiser une succession de candidat-e-s femme/homme, cumuler des candidates ou promouvoir des listes femmes. Sur ce point, l'UDC estime que ces listes ne remplissent pas toujours leur rôle, notamment lorsque la liste hommes contient les candidats les plus connus.
Enfin, il faut chercher des candidates très tôt et ne "jamais passer sous silence tout ce qu'implique une candidature. Dès le début, il faut veiller à ce que la candidate puisse compter sur une équipe et aussi sur un soutien logistique (…)." Il est aussi important de constituer des équipes féminines de soutien: "Tout en cherchant des candidates, il faut aussi tenter de dénicher des femmes acceptant de donner un coup de main et d'assister la ou les candidates dans leur campagne électorale." Une aide financière spécifique n'est non plus pas à négliger. Enfin, on cherchera le soutien explicite d'organisation féminines larges aux candidates du parti. "Il faut donc bien faire comprendre que l'équation "femmes égale gauche" est fausse".