Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07266.jsonl.gz/263

La Résistible Ascension d'Arturo Ui
Une femme en nuisette noire hurle à la mort, le corps en transe. Elle appelle à l'aide et supplie qu'on libère la ville de «cette peste». C'est la dernière séquence de La Résistible Ascension d'Arturo Ui, de Bertolt Brecht, tel que mis en scène par Gianni Schneider. Et c'est la seule qui fait dans le registre à cor et à cri. Sinon, le spectacle roule façon limousine blindée dans une esthétique glacée afin de traduire le cynisme de ceux, des mafieux aux tyrans, qui tuent sans ciller. Le choix est légitime, d'autant qu'il est associé à des projections en mouvement à la Plonk et Replonk – des choux-fleurs volants – qui ouvrent les vannes de l'imaginaire. La musique d'Arthur Besson, ballade lounge que le musicien interprète en scène, nourrit également cette élégance racée. Mais le choix est aussi risqué, car à force de ronronnement soft, le spectacle perd en rythme et en efficacité. Qui a peur d'Arturo Ui? se demande-t-on à la fin de la soirée. Et ceci, même si Roland Vouilloz donne au rôle une belle humanité.
Photo©Mario del Curto