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Les pères fondateurs de l’Israël moderne
Qui mérite le titre de Père fondateur de l’Israël moderne ? On s’accorde en général pour mettre Théodore Herzl et Davis Ben Gourion aux deux premières places. Pour la suite, les avis divergent, mais un troisième candidat paraît sérieux : Eliezer Ben Yehuda.
Theodore Herzl :
C’est bien Theodore Herzl qui a élevé le sionisme au niveau diplomatique international, jusqu’à mettre en place un « foyer juif » dans une région où prédominent les arabes, musulmans pour la plupart. Herzl fut un extraordinaire visionnaire empreint d’idéaux élevés. C’est l’image qui reste de ce journaliste viennois plus habitué aux salons européens qu’à la chaleur moyen-orientale, mais qui a brillamment su combiner vision et action, et poser les bases de la création d’un état juif.
La tâche ne lui fut facilitée ni par les milieux ultra-orthodoxes juifs qui rejetaient l’idée même du sionisme, ni par le milieu arabe local qui ne pouvait évidemment pas adopter sa vision messianique. Herzl reste néanmoins ce père fondateur essentiel qui sut traduire en actes concrets les tentatives de faire renaître un Israël disparu. Le premier Congrès sioniste mondial convoqué par Herzl eut lieu à Bâle en 1897, la création de l’état d’Israël en 1948.
David Ben Gourion :
La vie de Ben Gourion a été bien remplie : déjà actif au sein de la société juive avant la création de l’état, c’est lui qui a lu la proclamation d’indépendance en 1948 et, devenu premier ministre, a créé et réunifié les forces armées du jeune pays, a mis en place un système politique relativement solide inspiré de la loi britannique. On lui doit aussi la mise en place d’un système économique basé sur la mise en commun des biens de production – un socialisme volontaire en quelque sorte – ainsi que de systèmes scolaires distincts préservant les intérêts spécifiques des milieux d’obédience séculaire, religieuses juive et musulmane. On n’oublie pas non plus le succès de l’intégration de centaines de milliers d’immigrants arrivés des quatre coins du monde avec pour seul bagage les habits qu’ils portaient.
L’action politique de Ben Gourion a été soutenue par le parti travailliste Mapai, force dominante des premières décennies. Le temps et les aléas politiques ont quelque peu brassé les cartes, la gauche a perdu son influence initiale, et le souvenir de ce père fondateur n’est plus aussi vif chez les jeunes, dans un pays où des forces nouvelles vénèrent désormais le capitalisme américano-occidental.
La société israélienne a beaucoup changé depuis les temps héroïques de Ben Gourion, jusqu’à son décès en 1973. « Le vieux », comme on l’appelle encore affectueusement, a perdu son lustre d’alors, mais l’homme à la crinière de lion a laissé une empreinte ineffaçable sur l’état d’Israël durant sa vie active.
Eliezer ben Yehuda :
Ben Yehuda n’a jamais fait la une des media, il est nettement moins connu que ses deux « concurrents ». C’est à lui que revient néanmoins l’extraordinaire mérite d’avoir revivifié la langue hébraïque.
Dès son enfance en Europe de l’est, il se passionne pour cette langue et rêve d’un nouveau pays où les juifs parleraient tous hébreu. Sa vie entière sera dédiée à ce nouveau projet ; il arrive en Palestine en 1881 où il commence sa carrière d’enseignant et de journaliste. Sa pensée centrale est qu’une communauté juive partiellement autonome doit avoir son propre langage, qui ne peut être autre que l’hébreu. L’usage de cette langue ne se réduit pas aux seuls événements religieux (lecture de la thora…) mais doit être généralisé. Ce point de vue va lui aliéner tous ceux qui considèrent l’hébreu comme une langue sacrée, mais aussi convaincre qu’une langue parlée en commun est un formidable ciment permettant d’intégrer là où la diversité aurait créé tensions et scissions.
La mise en place d’un système éducatif basé sur une langue « nouvelle » unique fut une sorte de révolution culturelle : une culture nouvelle prend lentement la place d’usages plus anciens basés sur le yiddish d’origine européenne, le ladino parlé dans les milieux sépharades, la langue arabe d’une partie de la population et la langue turque des maîtres d’alors du pays.
D’une certaine manière, la pratique de l’hébreu combinait le rêve de Herzl, l’héritage historique, biblique et archéologique, et devenait la langue de reconnaissance des habitants.
Par un travail acharné, Ben Yehuda va inlassablement travailler à moderniser la langue sans abandonner sa base, construite à partir de la Thora. Il crée de nouvelles locutions, des néologismes et de nouveaux mots pour la rendre compatible avec la vie quotidienne. Le « dictionnaire de la langue hébraïque moderne et ancienne » sera son chef d’œuvre et donnera plus tard naissance à l’Académie de la langue hébraïque. A son tour, la puissance coloniale britannique reconnut le recours à l’hébreu dans des actes officiels. Dans les années précédant l’indépendance, on s’est battu pour un « état hébreu ».
Dès sa naissance, l’état hébreu disposait de sa langue de communication : nouveaux immigrants et populations arabes durent l’apprendre, autant pour entamer des études que pour assurer un gagne-pain. L’hébreu est le véhicule qui a créé l’identité israélienne, un lien solide entre habitants pas toujours disposés à coopérer. Il cimente la destinée commune des israéliens juifs et appartenant à d’autres religions. Ben Yehuda a offert un dénominateur commun à la société israélienne, il mérite certainement son titre de père fondateur d’Israël.