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Chapelle Sainte-Agnès
Note d'histoire d'après le texte de Gaëtan Cassina
Historique
L'origine de la chapelle de Musot remonte probablement au premier tiers du XIVe siècle, si l'on se réfère aux mentions faites dans divers testaments de l'époque où elle figure comme église paroissiale de Venthône.L'église des origines fut détruite quelques décennies plus tard et c'est sur les fondations de ce premier sanctuaire médiéval que le sautier Nicolas de Winkelried, communier de Venthône, fit construire la chapelle que nous connaissons aujourd'hui et dont la construction date de 1781.
La chapelle, dédiée à la Présentation de la Vierge Marie, a été bénite vers 1784. Elle fut tout d'abord rattachée à Venthône avant d'être transférée à la paroisse de Veyras en 1946.
Le souvenir de Rainer Maria Rilke est étroitement attaché à ce sanctuaire puisque le poète s'efforça d'en assurer la sauvegarde au cours des cinq années qu'il passa au petit château voisin de Musot.
Malgré plusieurs campagnes de rénovation, l'état général de l'édifice nécessite d'urgents travaux de rénovation, tant intérieurs qu'extérieurs.
Depuis 1973, c'est la Commune de Veyras qui assume le patronage de la chapelle Ste Agnès. Elle est désormais classée au titre des monuments historiques protégés par le canton.
Description du bâtiment
Le plan du bâtiment, très simple, est celui de la plupart des petites chapelles de la région à la fin du XVIIIe siècle : une nef unique quadrangulaire, divisée en deux travées et un chœur plus étroit, composé d'une courte travée droite et d'un chevet polygonal aplati à trois pans. Les proportions irrégulières de la nef sont probablement dues à la reprise des fondations de l'ancienne église médiévale. La simplicité des fenêtres, rectangulaires et non moulurées accentue la sobriété presque austère de l'enveloppe extérieure. L'intérieur de la chapelle contraste singulièrement avec l'extérieur par l'abondance des articulations, du décor peint et du mobilier. Les peintures murales des voûtes de la nef montrent sur la première travée Notre-Dame du Bon Conseil de Genazzano et sur la deuxième la Nativité ou adoration des bergers. Dans le chœur, sont représentés les figures des Evangélistes écrivant assis, avec leurs symboles et des motifs rococo : Marc et Jean (au sud), Luc et Matthieu (au nord). La peinture de la lunette axiale, très mutilée, laisse entrevoir une illustration de la Sainte Trinité.
L'autel constitue la première pièce d'un mobilier dont la composition est remarquablement homogène. Les apports ultérieurs, en particulier ceux de Rilke et de son entourage n'ont pratiquement pas dépareillé l'ensemble. Le devant de l'autel est revêtu d'une toile blanche peinte avec des roses, compartimentée en " lés " par des galons d'or et où figure la scène de Saint Nicolas et des trois enfants.
Le retable présente une unité décelable dans le style des motifs ornementaux et des figures. Seules les menuiseries de la niche centrale et de l'entablement pourraient être des remplois. Le millésime de l'ouvrage et le nom du fondateur sont rappelés dans un cartouche : Dominus Nicolaus Im Winkelried hat es lassen machen zu Ehren Gottes und Mariä 1781. Cette inscription se situe sous la statue de la Vierge à l'enfant qui occupe la niche centrale, à la place où l'on attend la scène de la Présentation de la Vierge à laquelle est dédiée la chapelle. Le style baroque est très présent dans le foisonnement des ailerons ajourés et des reliefs en applique qui revêtent et enserrent le registre principal. Le registre médian avec son cadre chantourné constitué de volutes, certaines en forme de coquilles, contient une colombe rayonnante sculptée et dorée, accompagnée latéralement par les statuettes de saints protecteurs de la peste, Saint Roch et Saint Sébastien. L'autel est orné de magnifiques chandeliers dont l'un avait été restauré à l'initiative de Rilke, qui en a ensuite acquis deux autres de style Régence s'intégrant harmonieusement à l'ensemble.
Les tableaux ne sont pas les éléments les moins intéressants de la chapelle. On peut mentionner par exemple la Crucifixion ou Calvaire attribuée à Ignace Reinhold, avec représentation d'une très nombreuse assistance dans le goût rococo et pourvu de son cadre d'origine peint en faux marbre à dominante bleue. Deux ex-voto de 1790 et 1798 sont peut-être de la même main que la Crucifixion. Dans le premier, le couple et l'enfant priant agenouillés, la tête levée vers Notre-Dame du Bon Conseil, pourraient représenter la famille du fondateur. Le deuxième montre une femme seule priant, s'agirait-il huit ans plus tard de la veuve de Nicolas de Winkelried ?
Les autres tableaux sont de quelque manière en relation avec Rilke. Le tableau représentant saint François sous le couronnement de la Vierge par la Sainte Trinité faisait partie du mobilier du château de Musot lorsque Rilke y habitait. Ce n'est qu'après la mort du poète que ce tableau a été placé dans la chapelle. Quant à la Vierge Noire accrochée au pilastre sud de la nef, accompagnée d'une lanterne, il s'agit d'une copie de la célèbre Vierge des Ermites Augustins de Brno (Moravie), amenée à la chapelle de Musot par la mère de Rilke. Dans la même disposition, ces deux objets ornaient la porte d'entrée de la maison de ses grands-parents, un palais baroque de Prague démoli en 1930.
Enfin, la Déposition, l'œuvre d'art intrinsèquement la plus intéressante de la chapelle proviendrait d'une famille Wunderly-Volkart aux dires de celle qui fut la gouvernante de Rilke. Indéniablement d'origine allemande, ce tableau date de la première moitié du XVIIIe siècle et a été donné à l'origine par Anna Maria von Lempenbach, veuve d'un conseiller de l'Empire germanique.
Appréciation
Même sans la dimension Rilke, la valeur historique, artistique et religieuse de la chapelle de Musot justifierait déjà pleinement une restauration. Plus particulièrement, ses peintures murales uniques dans la région, la richesse du mobilier, le retable et le devant de l'autel, les tableaux rappelant le donateur et sa famille font que la valeur de l'ensemble dépasse largement l'intérêt habituel des chapelles rurales de la région.
Christian Eggs d'après le texte de Gaëtan Cassina, le 11 mai 2001