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André Ramseyer, Le Pardon
André Ramseyer recourt abondamment à la figure des baigneuses dans
les années 1940, comme par exemple dans le bronze de la fontaine du
jardin de l'Hôtel DuPeyrou à Neuchâtel. D'inspiration classique, cette
sculpture témoigne d'une filiation avec les artistes Aristide Maillol (1861-
1944) ou Auguste Rodin (1840-1917).
Entre 1946 et 1948, l'artiste traverse une période de questionnement où
les tâtonnements et les doutes trahissent sa frustration face à un
académisme désuet et un héritage classique suranné. En 1949, André
Ramseyer part à Paris avec femme et enfant afin de suivre les cours du
maître Ossip Zadkine (1890-1967) à l'Académie de la Grande Chaumière.
Cette fructueuse expérience, alliée à la découverte de l'œuvre de Henry
Moore (1898-1986) l'année suivante au Kunstmuseum de Berne, mène
l'artiste à développer un langage résolument novateur pour finalement
trouver sa voie de création.
Dès 1949, c'est le thème du couple qui sera son objet de prédilection et d'investigation. Par ailleurs, un sujet privilégié chez Zadkine et Moore également, l'interaction de deux personnages permet des compositions infiniment variées dans un rapport intime et d'une grande vigueur plastique.
Sur un socle rectangulaire intégré à la sculpture, un homme est assis, qui enlace sa compagne dans une étreinte passionnée. La femme repose sur la cuisse du premier personnage. Les deux nus sont subtilement réunis, de façon à se fondre dans des entrelacs de courbes humaines. Les corps sont stylisés, certaines parties sont éludées (pieds, traits du visage) alors que d'autres sont accentuées (mains, bras très allongés). Ouverte et particulièrement crispée, une main traduit de manière expressive un questionnement douloureux. Les membres forment de vigoureuses verticales et diagonales tandis que le modelé des corps effilés confère à ce groupe élégance et harmonie. Au milieu de la concision, des lignes se dégagent déjà des espaces prépondérants. Le vide entre les membres révèle des formes quasiment autonomes qui accentuent la puissance plastique de l'ensemble. Le plâtre donne aux épidermes une blancheur laiteuse et dirige l'interprétation vers un sentiment d'innocence, de fragilité, mais aussi de froideur.
Le titre, Le Pardon, amène le spectateur à lier les amants dans une idée de réconciliation et d'abandon. La souffrance exprimée par la crispation des mains et les têtes courbées trouve une explication dans l'histoire de ce couple mystérieux, et qui sera différente selon la personnalité et l'expérience de chaque spectateur. L'attitude de ce couple enlacé peut donner paradoxalement l'impression d'une grande solitude. Par-dessus tout, il nous rappelle les vicissitudes de la vie à deux, et la difficulté à accepter notre condition humaine.
Cette pièce, d'une grande importance pour le Musée jurassien des Arts, fut exposée lors de la première exposition du Club jurassien des Arts à Moutier en 1955 (avec Carlo Baratelli, Georges Froidevaux et Roger Voser). André Ramseyer présentait un ensemble de 14 sculptures en bronze, pierre, grès et plâtre. A l'issue de l'exposition, l'artiste fit don de cette œuvre à la collection du Club tout nouvellement formé.
Le Pardon constitue une importante œuvre de transition dans l'évolution artistique d'André Ramseyer, entre la figuration classique des années 1940 et l'abstraction de la deuxième moitié des années 1950. La simplification des formes démontre l'orientation vers un art épuré, libéré des références tangibles de l'héritage sculptural figuratif.
Anne Schild