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Cette coupe budgétaire est destinée à amortir les effets de la crise économique et sanitaire, mais elle n’aura pas vraiment d’impact sur la puissance militaire russe.
Facteurs conjoncturels
Le secteur de la défense a été plutôt bien servi ces dernières années. En 2016, les dépenses militaires représentaient 5% du PIB russe. En comparaison, celles des États-Unis s’élevaient à un peu plus de 3% du PIB et celles de la Chine moins de 2% du PIB du pays.
Cette contraction du budget s'explique également par un facteur "structurel ", selon Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe à Moscou. On arrive à la fin d’un cycle dans la politique d’achat du matériel militaire, en raison "d’un réinvestissement massif au cours des années 2010", dit-il dans l’émission Tout un Monde.
Rationalisation
La Russie entre dans une phase de production en série du matériel militaire testé sur le terrain en Syrie, et "adapté en fonction de leur performance sur le champ de bataille". Et plutôt que de parler de coupes sévère, Igor Delanoë estime qu’il s’agit de la part de Moscou "d’une rationalisation des dépenses".
Pourtant, cette rationalisation ne devrait pas avoir d'impact sur la capacité de projection militaire russe dans son environnement géostratégique prioritaire qui "reste l'espace post soviétique".
La projection en dehors de cet espace est rare et limitée. En Syrie, "il y a quatre mille à cinq mille soldats tout au plus. Et en Libye, il s’agit surtout de sociétés militaires privées", ajoute Igor Delanoë.
Dette de la Russie
Vladimir Poutine tient également à ne pas creuser la dette de la Russie. Le budget du pays étant essentiellement alimenté par les revenus du pétrole et du gaz, la chute des prix a donc un impact important sur l'économie du pays et le président russe doit faire des choix.
De plus, avec la pandémie, la société russe comprendrait mal qu'on coupe dans les dépenses de la santé et les hôpitaux sans toucher au budget militaire, estime Ruslan Pukhov, directeur du Centre d’analyse sur les stratégies et technologies à Moscou. Il souligne que dans les arbitrages budgétaires, Vladimir Poutine soutient généralement le ministre des Finances parce qu’il veut "toujours un budget bien équilibré et une inflation sous contrôle ". Et il prévoit d’autres mesures d’économie dans les prochaines années, parfois même "plus importante que 5%".
La dissuasion nucléaire reste intouchable
Si le budget de l'armée baisse de 5%, il faut bien faire des économies quelque part. Les coupes budgétaires concerneront principalement l'armée de terre et la marine de surface. "Les salaires des soldats, la construction des casernes et des hôpitaux militaires et les programmes d'infrastructures vont souffrir. C'est la tradition soviétique, on économise sur les gens, parce que la ferraille militaire, c’est sacré", explique Rusian Pukhov.
Le domaine de la dissuasion nucléaire ne sera pas touché par ces réductions financières. Tout ce qui est lié "au maintien et au développement des capacités nucléaires stratégiques est sanctuarisé. (...) La Russie a toujours donné la priorité aux dépenses nécessaires pour maintenir à flot sa triade nucléaire", explique Igor Delanoë.
Facteur politique
Depuis sa réélection en 2018, Vladimir Poutine a engagé une série de réformes impopulaires, comme la réforme des retraites ou la hausse de la TVA. Et "quand les gens voient les opérations en Syrie, avec des avions, ils se demandent un peu où va leur argent et combien cela coûte au budget", relève Igor Delanoë. Il estime que Vladimir Poutine a imposé une limite "politique" aux dépenses militaires avec pour objectif un plafond de 3% du PIB à partir de 2023.
Sujet radio: Patrick Chaboudez
Adaptation Web: Clotilde Loup