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La sécurité nucléaire ne se marchande pas!
On a du mal à en croire ses yeux: la société BKW, qui gère la centrale nucléaire de Mühleberg, mène actuellement des négociations avec les autorités de surveillance nucléaire IFSN sur l’étendue des mesures de sécurité qui doivent être mise en œuvre dans la centrale électrique. En décembre dernier, l’IFSN avait pourtant déclaré sans ambiguïté que la BKW devait procéder à de vastes aménagements supplémentaires avant 2017 si elle voulait continuer à exploiter le site de Mühleberg. Si la BKW n’améliorait pas la sécurité, le réacteur serait mis hors service. Mais nous venons maintenant d’apprendre qu’il n’est pas exclu de poursuivre l’exploitation de Mühleberg au-delà de cette date – sans avoir effectué les équipements ultérieurs nécessaires. Il est donc possible de négocier avec l’IFSN au sujet de la sécurité d’une installation atomique. Comment en est-on arrivés là?
En Suisse, il n’existe pas de critères précis permettant de définir si une centrale est sûre ou non. La loi se contente d’exiger qu’une centrale atomique aménage l’installation si «l’état de la technique du rééquipement» l’exige. Mais il n’est spécifié nulle part ce que recouvre exactement cet «état de la technique du rééquipement». Ce terme est d’ailleurs employé uniquement dans la législation suisse et ne se réfère pas aux normes internationales.
Nos cinq «dinosaures» – elles ont toutes été mises en service entre 1969 et 1984 – ne respectent pas la première des normes de sécurité de la toute dernière génération.
L’ordonnance sur l’énergie nucléaire (art. 10) a certes chargé l’IFSN en 2009 de décrire «la technique du rééquipement» dans une directive. Mais comme a dû l’admettre récemment le Conseil fédéral, l’IFSN n’a pas encore rédigé cette directive. Tout simplement. Les autorités de surveillance peuvent donc décider librement quelles centrales doivent être rééquipées – ou pas. Si l’on demande à l’IFSN en quoi consiste la technique du rééquipement, les autorités de surveillance citent deux critères. Premièrement, les normes de sécurité des nouvelles centrales nucléaires servent de référence. Un critère qui n’a aucun sens: si l’IFSN prenait réellement la sécurité des nouvelles centrales nucléaires comme référence, les réacteurs suisses auraient dû être mis hors service depuis longtemps. Nos cinq «dinosaures» – elles ont toutes été mises en service entre 1969 et 1984 – ne respectent pas la première des normes de sécurité de la toute dernière génération. Les deux réacteurs les plus récents, actuellement construits en Finlande et en France, sont par exemple équipés d’un collecteur destiné à retenir la masse radioactive si une fusion du cœur du réacteur devait se produire. Aucune des installations suisses ne possède ce genre d’équipement et l’IFSN ne l’impose pas non plus.
Deuxième critère, l’IFSN étudierait les exigences posées aux exploitants dans les autres pays occidentaux – et exigerait la même chose. Mais ce critère n’est pas non plus appliqué à la lettre: les autorités de surveillance allemandes et françaises ont par exemple exigé dès les années 90 que les centrales nucléaires mettent en place des instruments plus efficaces pour mesurer le niveau de l’eau dans le récipient sous pression du réacteur, la cuve, où a lieu la «combustion » de l’uranium. Ce sont d’ailleurs précisément ces instruments de mesure qui sont tombés en panne à Fukushima. Les opérateurs ont donc remarqué bien trop tard qu’il n’y avait pas assez d’eau dans le réacteur et qu’une fusion du cœur du réacteur était en train de se produire. En Suisse, nous attendons que l’IFSN exige ce type de rééquipement indispensable – certainement en vain.
Le fait que l’IFSN soit prête à négocier avec la BKW à propos de la sécurité de Mühleberg confirme que l’IFSN traite la sécurité nucléaire comme bon lui semble. Ou pour être plus précis, qu’elle étudie en accord avec l’exploitant ce qu’il est possible de mettre en œuvre et – surtout – si cela se justifie d’un point de vue économique. Un maquignonnage inacceptable dont la durée de vie de Mühleberg fait pourtant l’objet actuellement. Si l’IFSN était vraiment indépendante, Mühleberg fermerait définitivement, au plus tard en 2017. Et si pour les autorités de surveillance, la sécurité figurait véritablement au premier plan, la BKW aurait été contrainte de mettre Mühleberg hors service depuis bien longtemps.