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Si, de nos jours, quelques grands noms de la littérature latine sont encore universellement connus (Cicéron, Sénèque, etc.), d’autres ont par contre sombré dans un oubli presque général. Tel est le cas de Cassiodore. Pourtant, cet érudit contribua notablement à la sauvegarde des oeuvres de ses prédécesseurs.
Quand Cassiodore vint au monde, sans doute durant la dernière décennie du Vème siècle ap. J.-C., le monde romain occidental avait déjà connu une profonde mutation. En 476, le dernier empereur d’Occident, Romulus Augustulus, avait été déposé de sa charge par le général skyre Odoacre. Ainsi, l’ensemble de l’Empire revenait sous l’autorité unique du souverain de Constantinople. Mais, un maître résidant si loin ne pouvait exercer qu’un contrôle fort théorique sur l’Italie et Odoacre jouissait de fait d’une quasi indépendance.
Cela finit par irriter l’empereur qui en 488 chargea un troisième larron de supprimer cet usurpateur. Il s’agissait de l’un de ces roitelets barbares installés au coeur de l’Empire et dont la loyauté était aussi aléatoire que les redevances qu’ils étaient censés recevoir. Théodoric, souverain des Ostrogoths, se révéla un stratège hors du commun puisque, contre toutes attentes, il supprima assez facilement Odoacre. En 493, il pouvait annoncer à Constantinople le succès de son entreprise. Dès lors et pour les cinquante années suivantes. l’Italie tombait sous le contrôle ostrogoth.
La famille de Magnus Aurelius Cassiodorus Senator possédait une belle propriété dans le Bruttium (la Calabre actuelle) où elle avait installé des haras réputés. Son père avait suivi une carrière honorable sous Théodoric, sans toute fois atteindre l’honneur suprême du consulat. Jeune homme, Cassiodore dut sans doute se rendre à Rome pour ses études, à moins qu’il ne préféra accompagner son père à Ravenne, alors centre du pouvoir politique. Toujours est-il que présenté au souverain ostrogoth, il impressionna si fortement ce dernier par son éloquence, qu’il fut nommé questeur du palais sacré (507). Ce fut la première étape d’une brillante carrière qui le mena au consulat (514).
Peut-on l’accuser d’avoir “collaboré” avec un envahisseur étranger ? S’il y avait bel et bien “occupation” du territoire italien, celle-ci n’était pas celle que l’on pourrait imaginer. Certes, les Goths ou du moins les membres de leur élite s’étaient faits attribuer des terres (on ignore toujours les détails exacts de cette opération), mais ils ne s’étaient pas immiscés dans le fonctionnement administratif de l’Etat. La vie politique n’avait connu pratiquement aucune bouleversement et Théodoric, du moins au début de son règne, ne cessait de courtiser l’artistocratie sénatoriale.
Cette situation idyllique ne perdura pas. En 535, Justinien lançait ses troupes à la reconquête de l’Italie. Le ralliement de la population et surtout des élites à celui qui était leur empereur légitime ne fut pas immédiat; mais devant l’incapacité notoire des Goths (Théodoric était mort et la monarchie sombrait dans les luttes de factions), il devint pratiquement général. Cassiodore resta cependant fidèle à son poste (il était alors préfet du prétoire). Sans doute croyait-il en pérennité du système romano-gothique.
Force lui fut cependant d’abandonner ses dernières illusions; pendant que l’Italie sombrait dans une guérilla désastreuse pour son économie, Cassiodore se retirait quelques temps à Constantinople, où se rassemblaient alors de nombreux réfugiés italiens.
Puis la situation s’étant stabilisée, le vieil homme put regagner sa Calabre natale (vers 552). Il n’était plus question de politique, le temps du repos était arrivé. C’est sur ses propres terres que Cassiodore fonda le monastère du Vivarium. Là entouré de moindes, il fit copier et recopier de nombreux ouvrages classiques, permettant ainsi la survie de ces oeuvres à travers les siècles. C’est également durant cette période qu’il produisit la part la plus importante de son activité littéraire. Il s’agit principalement d’ouvrages à vocation encyclopédique si prisés à cette époque. Cassiodore mourut au Vivarium vers 580, à un âge plus que vénérable.