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Lorsqu’on applique le schéma général de la reconnaissance et de ses quatre moments (Mouvement typique) à divers exemples, on découvre que se dessinent deux grandes applications de ce terme. Il y a d’une part le fait d’être reconnu à ma juste valeur, de reconnaître la valeur d’autrui... Il y a d’autre part la reconnaissance d’un autrui oublié, celle des droits de l’homme, celle de l’existence de Dieu,... Dans un cas il s’agit d’un besoin existentiel. Dans l’autre d’un mode particulier de connaissance du monde ambiant. Dans un cas je crie mon besoin intime d’être reconnu. Dans l’autre je suis invité à reconnaître la valeur d’une réalité extérieure...
Nous utilisons de manière étrange le même terme pour désigner le besoin de justification personnelle et la prise en compte des droits de l’homme voire la valeur de la méthode cartésienne. On dira que, dans un cas comme dans l’autre, il y a méconnaissance: méconnaissance de ma valeur, méconnaissance des droits de l’homme ou méconnaissance des règles devant présider à la recherche de la vérité. L’usage du terme de reconnaissance ne se justifie-t-il pourtant que par rapport à des méconnaissances?
En rester là est insuffisant. Rappelons les quatre moments du mouvement de la reconnaissance (Mouvement typique) : (a) la visée de départ; (b) la crise par suite de la rencontre d'une donnée contraire; (c) le retour à une donnée plus fondamentale; (d) la reprise, dans un autre contexte, de la visée de départ. On remarquera que, dans le cas de la reconnaissance des règles méthodiques chez Descartes, un engagement existentiel est requis dès le premier moment de la reconnaissance. Celle-ci est exigée par la quête de la vérité permettant à ma vie de ne pas être constamment désarçonnée par le doute, par des incohérences... Quand je demande à autrui de reconnaître mes droits fondamentaux, je ne lui demande pas seulement de reconnaître de grands principes. Je lui demande de s’engager personnellement à reconnaître, par exemple, ma liberté. Ici le retour à une donnée fondamentale ne peut se faire sans que l’existant qui reconnaît ne soit en jeu et engage sa propre liberté. Enfin, dans mon besoin d’être reconnu, d’être justifié, il en va indubitablement du rapport à moi-même, donc de mon engagement personnel.
Dans le mouvement de la reconnaissance, tant la visée de départ que le « retour au fondement » manifestent un engagement personnel, exigent donc que je prenne parti d’une manière ou d’un autre. Dans certains cas, cette prise de parti sera accentuée, mise en avant. Dans d’autres, elle sera autant que faire se peut occultée. Reste que le mouvement de la reconnaissance ne va pas sans engagement personnel, décision, résolution, passion même.
Voudrait-on un autre indice de ce lien entre reconnaissance et engagement existentiel? Le mouvement de la reconnaissance prend place dans le cadre de la lutte pour la reconnaissance. La reconnaissance n’est pas simplement un mode particulier de connaissance. Elle est une connaissance qui engage alors qu’il est d’autres modes de connaissance qui n’appellent aucune décision personnelle. On peut connaître la théorie du Big Bang ou démontrer un théorème sans que cela ne change quoi que ce soit à sa manière de vivre. On ne peut pas en dire autant de la reconnaissance des droits de l’homme. Elle implique que je me batte pour leur reconnaissance. (aller au fichier reconnaissance et connaissance, si vous n’y êtes encore ou retour à la table des matières reconnaissance)
Jean-Denis Kraege