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Faculté de médecine, Université de Genève, Suisse
Clean, Shaven (1993)
Script et réalisation: Lodge Kerrigan
Trame
Ce long-métrage suit le parcours de deux individus qui évoluent en parallèle dans la même région.
Le spectateur fait la connaissance de Peter Winter dès les premières scènes. L’homme est recroquevillé contre un mur blanc et défraîchi. En proie à de nombreux bruits comme des hurlements et des grésillements, il tient sa tête entre ses deux mains. Ces sons accompagnent le protagoniste et le spectateur presque tout au long du film.
Après avoir quitté cette chambre, Peter prend la route à bord d’une voiture et transporte un étrange colis. Il arpente la région de manière désorganisée; il est anxieux. Il couvre les fenêtres ainsi que les rétroviseurs de sa voiture à l’aide de scotch et de papier journal. L’homme prend une chambre dans un motel. Il se rase et se taillade le crâne à l’aide de ciseaux.
Par la suite, Peter se rend chez sa mère. Elle est froide et distante: ils ne communiquent que peu. Lorsqu’elle dit à son fils qu’il n’est pas sain de rester à l’intérieur à ne rien faire et qu’elle le somme de faire quelque chose, Peter reprend la route.
Il se met à la recherche de sa fille. Elle a été mise à l'adoption, suite au décès de sa mère.
Dès qu’il la retrouve, Peter emmène l'enfant à la plage. C’est alors qu’il lui confie qu’un récepteur et un émetteur radio lui ont été implantés à l’arrière de la tête et dans le doigt lorsqu’il était à l'hôpital.
Le second individu est un agent de police. Il enquête sur l’enlèvement et le meurtre d’une jeune fille. Dans une chambre d’hôtel, il récolte des indices sur l'identité présumée du coupable. Alerté par la famille de Peter Winter sur son départ de l’hôpital et son désir de retrouver sa fille, il oriente son enquête vers l’homme.
Contexte
«Clean, Shaven» est un thriller imaginé par le réalisateur américain Lodge Kerrigan. Il paraît en 1993, au détour d’une ère importante dans l’histoire de la psychiatrie aux USA: la désinstitutionnalisation. Cette politique d’humanisation apparue durant les années 60 consiste à réinsérer les patients dans la société. Beaucoup d’asiles psychiatriques sont démantelés. Ce processus a entraîné une diminution de 80% des patients hospitalisés en psychiatrie en l’espace de 30 ans [1]. Un certain nombre d'entre eux ont été laissés pour compte à cette période [2].
C’est dans ce contexte que le concept de rétablissement voit peu à peu le jour. À l’instigation des mouvements de patients et de leurs proches, les soins psychiatriques sont dorénavant centrés sur le malade. Des mesures légales sont instaurées pour le respect de son autonomie [3].
Ce long-métrage survient à la suite d’autres célèbres thrillers américains comme «Le Silence des agneaux» (1991) ou encore «L’esprit de Caïn» (1992) [4]. «Clean, Shaven» se distingue de ces films de par la mise en avant du trouble psychiatrique et de par son réalisme. Bien qu’étant un thriller de type policier, la schizophrénie reste sur le devant de la scène. L’intrigue que provoque le protagoniste tourmenté l'emporte sur l’enquête policière.
Ce juste portrait du trouble schizophrénique est le reflet d’un long travail de recherche effectué par Lodge Kerrigan pendant plusieurs années. Il est allé jusqu’à fréquenter un établissement psychiatrique en qualité de stagiaire durant une année. Il semble puiser son inspiration dans son propre passé: un de ses amis ayant été touché par la schizophrénie dès l’âge de 17ans [5].
«Clean, Shaven» a bien été accueilli par le public et la critique ce qui lui a notamment valu une nomination au Festival de Cannes en 1994 [6].
Psychopathologie
Le personnage principal Peter Winter souffre de schizophrénie. Le film représente de manière ostensible les symptômes et les critères diagnostiques de ce trouble selon le DSM-5 [7]. Le spectateur peut ressentir et imaginer la condition psychologique, sociale et émotionnelle d’une personne atteinte de ce trouble.
Dès les premières secondes du long-métrage, des bruits de fréquences radio, des voix, des cris évoquent des hallucinations auditives. Ils seront présents sporadiquement jusqu’à la fin de la séance. Peter Winter est seul dans le coin d’une pièce, recroquevillé sur lui-même, se tenant la tête. Vraisemblablement victime de cette intrusion des symptômes, il semble effrayé et désemparé. Une fenêtre grillagée laisse inévitablement penser à un hôpital psychiatrique. Le spectateur est directement plongé dans le vif du sujet.
Dans plusieurs scènes du film, Peter règle la station radio de sa voiture. Des sons brouillés, des grésillements émergent de l'appareil, ainsi que des voix. Il est difficile de savoir s'ils proviennent réellement de la radio ou d'hallucinations auditives, montrant la difficulté à différencier entre la réalité et les aspects délirants.
Le long-métrage représente dès le début un des symptômes positifs de la maladie: les hallucinations. La plupart du temps, elles sont de nature auditive et en particulier acoustico-verbales. Peter entend des voix tantôt masculines, tantôt féminines, pouvant s'adresser à lui. Une voix masculine agressive l'enjoint à tuer. Elle ajoute «For you it’s paranoia, for me it’s a reality». Le spectateur réalise par cette mise en abîme le tiraillement du protagoniste entre son monde - sa paranoïa - et la réalité. Cette voix injurieuse est présente dans plusieurs scènes du film. Peter entend aussi des chuchotements féminins ou enfantins, notamment dans une scène où il s'éloigne de sa mère en marche arrière.
Dans une autre scène représentative, Peter croise une jeune femme et une petite fille. La femme demande à l'enfant de cesser de jouer avec un bâton. Elle ajoute «I’m gonna tell your father». En écho à ces paroles, le spectateur entend une voix masculine grave répéter ces mots.
D’autres hallucinations auditives se manifestent lorsqu'il regarde la photo de sa fille bébé ou lorsqu'il feuillette des livres avec des photos d’enfants. Les sons: des pleurs, des rires, des gazouillements ou des cris correspondent à l’expression faciale des enfants. Peter est envahi par les bruits, il se bouche les oreilles. Il est parasité par ces hallucinations et n’entend pas que la bibliothécaire s'adresse à lui.
Plusieurs scènes évoquent un autre signe caractéristique du trouble psychotique: le délire. Peter prend sa douche dans un motel. Il se gratte frénétiquement le corps, manifestement dérangé par quelque chose. Le spectateur a une vue plongeante sur son crâne ensanglanté. Il essaie d'y extraire quelque chose avec des ciseaux. Les perpétuels grésillements disparaissent subitement dès que Peter détache un lambeau de peau. Par la suite, le spectateur comprend qu’il s’agit, selon le protagoniste, d’un transmetteur implanté dans son crâne à son insu à l’hôpital.
Dans une des scènes les plus marquantes de ce film, Peter retire son ongle. Il explique plus tard à sa fille qu'il avait un récepteur implanté sous cet ongle.
Ces quelques passages illustrent probablement un délire d’influence. Ce délire le pousse à se mutiler. Le protagoniste affirme à son enfant se sentir mieux ainsi; les grésillements et les voix ont cessé.
Le personnage souffre également d’un délire de persécution, conforté par ses hallucinations.
Il a l'impression d'être poursuivi en voiture par la police. Il entend des sirènes. Il se retourne à plusieurs reprises. La poussière provoquée par la route ne lui permet pas de savoir s'il est réellement suivi. Sa respiration intense témoigne de son angoisse, il s’arrête sur le bord de la route. Peter se rend compte que personne ne le suit.
Il est également possible d’appréhender son délire de persécution lorsqu’il met du scotch sur ses rétroviseurs. De cette manière, il ne peut plus avoir l'impression d'être traqué.
Certains comportements sont plus difficiles à analyser. Peter recouvre les vitres de sa voiture avec de l’adhésif. Il casse une vitre dans laquelle il aperçoit son reflet. Il couvre les autres avec du papier journal. Peter procède de la même manière dans sa chambre d’hôtel, en retournant un miroir. Ces comportements curieux peuvent expliquer d'autres symptômes de la schizophrénie.
Plusieurs hypothèses s'offrent au spectateur pour tenter d'éclaircir ces actes. Il est possible d'imaginer qu'il est incapable de faire face à son propre reflet pour des raisons qui lui sont propres. Il souffre peut-être d'illusions ou de dysmorphophobie. Il peut également se sentir observé à travers les miroirs ce qui fait référence à son délire.
Les symptômes négatifs sont aussi représentés dans ce long-métrage.
Peter ne montre que peu d’émotions, il est apathique. Son expression faciale et sa communication non verbale sont très pauvres. Il ne supporte pas le sifflement strident de la théière. Par contre, il se retire l’ongle sans exprimer de souffrance. Tout semble avoir la même importance émotionnelle à ses yeux.
Un autre symptôme négatif illustré est le retrait social. Peter ne veut pas sortir. Il a peur de s'exposer au monde extérieur. Il dit lui-même «They’re killing people out there» en faisant référence au meurtre de la petite fille. Peter n'a pas d’interactions sociales: hormis sa mère et sa fille. Il n’a pas de travail et vagabonde souvent seul dans sa voiture. Le spectateur apprend que Peter a toujours joué seul étant petit: une possible allusion à des difficultés interpersonnelles de longue date [8].
L'incurie et le manque d'hygiène sont également illustrés dans ce long-métrage; la mère du protagoniste lui reproche de ne pas prendre soin de lui et de ne pas être propre.
Le comportement désorganisé du personnage se fait ressentir tout au long de la séance. Le spectateur ne comprend pas où Peter se rend et ses actions ne semblent suivre aucun fil conducteur. Lorsqu’il est chez sa mère, le protagoniste fouille sa chambre, retire les tiroirs, défait le lit. Il est difficile pour le spectateur de donner un sens à ces agissements qui peuvent répondre à différents symptômes: vérification paranoïaque, recherche désorganisée, réponse à une injonction de voix ou de pensées par exemple.
Il est également important de souligner qu’il y a d’autres aspects du personnage qui correspondent au profil type du patient schizophrène: homme, jeune, tabagique et anosognosique.
Le récit de la mère au policier à propos de son fils est révélateur. Elle explique que Peter était un enfant intelligent qui avait entrepris d'étudier les sciences. Une cassure survient lorsqu'il abandonne ses études et perd 10 kilos en 1 mois. Cette transformation physique et comportementale inquiète ses proches qui ne le reconnaissent plus. Il s'agit certainement de la période à laquelle Peter fait sa première décompensation psychotique.
L’âge d’apparition des symptômes est également représentatif de la réalité de la pathologie [9].
De plus, Lodge Kerrigan aborde brièvement la problématique du suicide. Dans une scène, Peter roule à grande vitesse et ouvre la portière de sa voiture. Il regarde le sol défiler et semble prêt à sauter. Il s'agit encore une fois d'un point important du trouble schizophrénique; le risque de suicide est plus élevé chez ces patients [10].
Pour conclure, de nombreux critères diagnostiques de la schizophrénie sont illustrés dans ce long-métrage de manière très juste. Les effets scéniques apportent une touche très réaliste à ce trouble. Ils permettent au spectateur de s’immerger totalement dans le monde de Peter Winter.
Représentations sociales
Le trouble
De très nombreux films veulent représenter la schizophrénie. Cela démontre l'intérêt et la curiosité que porte le public sur ce trouble (fig. 1).
Cependant, certains de ces longs-métrages transmettent de fausses représentations sur cette maladie. Les films comme Split (2017) ou Psychose (1960) entretiennent la confusion entre le trouble schizophrénique et le trouble dissociatif de la personnalité.
D’autres films comme Le Silence des agneaux (1991) engendrent une équivoque entre la schizophrénie et le trouble de la personnalité antisociale. Le titre français de «Clean, Shaven» est d’ailleurs Psychopathe, ce qui laisse planer un doute pour les non-connaisseurs [11].
Les longs-métrages traitant de schizophrénie sont souvent des films d’horreur ou des films à suspense dans lesquels le protagoniste est caractérisé comme un fou-tueur. C’est le cas dans «Shinning» (1980) ou «Shutter Island» (2010), deux films à succès.
Il est clair que le but de ces longs-métrages est de susciter la peur et le suspense, aux dépens de l’aspect réaliste du trouble schizophrénique.
Bien que fascinants et terrifiants, ces films véhiculent une image erronée des troubles psychiatriques. Cette confusion contribue à la stigmatisation et à la méfiance de la société envers les personnes souffrant de schizophrénie [12].
Contrairement à ces films, «Clean, Shaven» approche le trouble schizophrénique de manière plus authentique. Il bouleverse la tendance, teinté d'une vraie valeur éthique. Il permet de remettre en cause les représentations personnelles et collectives au sujet de ce trouble. Il utilise l'ambiguïté pour critiquer les préjugés.
Lodge Kerrigan expose un stéréotype dans son long-métrage: la violence chez les personnes atteintes de troubles psychiatriques, en particulier de la schizophrénie.
Au début du film, Peter Winter est dans sa voiture à l'arrêt quand un ballon vient heurter son pare-brise. Surpris, il lève les yeux et se trouve nez à nez avec une jeune fille au regard insistant. Peter sort de sa voiture et du champ de la caméra. Le spectateur entend des cris d'enfant, des bruits de coup et des aboiements de chien. Peter se rassoit dans la voiture et s'en va.
Quelques minutes plus tard, le protagoniste retire de l’arrière du véhicule, un grand paquet oblong emballé dans du plastique dont la nature est suspecte. Il le met dans son coffre. Il sort également un fusil qu'il met en joue.
D'autres mises en scène confrontent le spectateur à la violence de Peter. Il casse une vitre de voiture avec son poing. Par la suite, il secoue vigoureusement une étagère dans une bibliothèque, ce qui effraie les gens. Néanmoins, ces gestes ne mettent pas en danger d’autres individus.
Ce stéréotype est stigmatisant pour les personnes souffrant de schizophrénie. Il les réduit à leur trouble et à la violence qui y est associée.
Une étude américaine a pourtant démontré que la présence d’une pathologie psychiatrique ne cause pas plus de violence à elle seule. C'est l'association d'un trouble psychiatrique avec un contexte psychosocial particulier (âge, sexe, abus de substances, victimisation, chômage, etc) qui augmente le risque de violence [13]. Il est donc primordial de dépister précocement, d’accompagner et d’offrir un soutien psychologique et/ou médicamenteux aux personnes vivant dans un environnement psychosocial précaire.
Le réalisateur incite dans un premier temps le spectateur à craindre les réactions de Peter. Il le pousse insidieusement à tomber dans le piège de la stigmatisation. Sans aucune preuve, il l’amène à faire des conclusions hâtives sur les intentions du protagoniste [14].
Cependant, s’il utilise cet amalgame largement répandu, ce n’est pas pour juger ou stigmatiser davantage ces individus. Ce long-métrage cherche en réalité à déconstruire la stigmatisation. Il montre qu'au-delà de la maladie, il y a un homme, un père, doux et aimant, dont l'unique rêve est de retrouver sa fille pour passer du temps avec elle.
Les soignants et le système de soin
Avant tout, la mère de Peter: celle qui l’a élevé et qui le connaît le mieux. Elle connaît beaucoup de choses quant à son fonctionnement. Son expérience l’aide à appréhender leurs discussions. Par exemple elle lui demande de l’écouter et de ne pas penser à autre chose lorsqu'elle s'adresse à lui. Elle comprend que les pensées se bousculent dans la tête de Peter et qu’il faut obtenir son attention avant de pouvoir communiquer avec lui. Sa mère était présente lors de son enfance, elle a gardé des photographies et des souvenirs, elle suit son développement.
La mère prend le rôle de soignant lorsqu'elle essaie de le convaincre de ne pas rester trop longtemps enfermé. Elle essaie de trouver ce qui pourrait l'aider, de le sortir de son retrait social.
Néanmoins, elle reste très froide. Son discours a une tonalité sèche et distante, elle n’est pas réconfortante. Des travaux datant des années 1940 - 1950 ont mis en cause le rôle de la famille dans le développement du trouble schizophrénique. La notion de mère schizophrénogène en est née, dépeignant ces femmes comme froides et agressives. Le père quant à lui est décrit comme inadéquat, passif, doux ou absent. Les parents du protagoniste rentrent bien dans ce cliché. Malgré l’inexactitude de ce concept, il est encore employé aujourd’hui [15].
Face à cette hypothèse, il est possible d'analyser le comportement froid de la mère comme un moyen pour elle d'éloigner son fils. Elle ne veut plus avoir à s’impliquer, à revivre des moments difficiles. C’est d'ailleurs pour cette raison qu’elle met sa petite fille à l’adoption. Lodge Kerrigan a peut-être voulu montrer, à travers le personnage de la mère, le sentiment d’impuissance, de douleur et de culpabilité vécu par la famille de la personne malade. Intuitivement, elle protège peut-être aussi son fils d’un contact rapproché qui pourrait être trop intrusif.
Sa fille prend également le rôle du soignant dans ce long-métrage. Elle écoute son père attentivement sans jamais émettre de jugement. Son attitude rappelle la bienveillance dont doit faire preuve le personnel soignant à l'égard de tout patient. Contrairement aux autres personnages, l'enfant ne semble éprouver aucune peur à l'égard du protagoniste. Elle n’a pas été exposée aux stigmates entourant la maladie mentale et de ce fait n’a aucune raison de craindre son père. Sa naïveté lui permet de ne pas remettre en doute les paroles de Peter, ce qui semble apaiser l'homme. Le comportement de la jeune fille peut être comparé à la considération positive dont fait preuve un thérapeute: une attitude positive, exempte de jugement ou d'aprioris.
Lorsque Peter est en présence de l'enfant, les grésillements et les voix cessent.
Dans la dernière scène du long-métrage, l'enfant tient dans sa main la radio d'un bateau. Elle tente de communiquer avec son père. La relation de Peter avec sa fille apporte une vision nouvelle et différente sur le protagoniste.
Le système de soins est très peu représenté dans «Clean, Shaven». Deux prises de vue représentent un hôpital psychiatrique: une grille et une chambre blanche. Ces scènes suscitent un mal-être, une gêne. Le sentiment prédominant est une certaine claustrophobie, une liberté inexistante, une absence de vie. Peter semble angoissé; beaucoup de hurlements se font entendre.
Ce premier contact avec le système de santé est très négatif.
Par la suite, les soignants et le système de soin sont représentés par leur absence. Lodge Kerrigan illustre bien la politique de désinstitutionnalisation présente à cette époque. Il est possible d’imaginer que la sortie d’hôpital de Peter en soit une conséquence directe.
Cette absence est peut-être un moyen pour le réalisateur de dénoncer l'abandon des patients par les institutions à cette époque.
Conclusion
Ce film illustre de manière adéquate le profil d’une personne atteinte de schizophrénie. Les symptômes de la maladie y sont bien représentés et le spectateur arrive à se plonger dans l’univers de Peter. Le spectateur prend conscience de ce que représente le trouble schizophrénique du point de vue du malade. De plus, le réalisateur est allé plus loin en déconstruisant le stéréotype de la violence associée à la schizophrénie. Pour ces raisons, ce thriller vaut la peine d’être vu tant par tous les professionnels de santé que par le grand public.
Néanmoins, le film manque d’ouverture quant au rôle du personnel soignant dans la prise en charge du trouble schizophrénique et sur la possibilité de stabilisation de leur état psychiatrique. Peter Winter semble prisonnier de sa condition. La seule solution aux maux du protagoniste proposé par ce long-métrage est l’enfermement ou la mort.
D’un point de vue cinématographique, ce film sort du commun de par les effets sonores, les plans de la caméra, l’agencement des scènes. Lodge Kerrigan offre au spectateur 79 minutes d’immersion dont personne ne sort indifférent.
Pour conclure, ce film est un bon moyen d’approcher la schizophrénie. Il permet de mieux comprendre le trouble dans sa globalité.
Références
2 Bonsack C. La psychiatrie communautaire dans l’inclusion sociale des troubles de la santé mentale. Swiss Arch Neurol Psychiatr Psychother. 2016;167(06):172–6ttps://doi.org/10.4414/sanp.2016.00417
3 Linder A. Des patients aux soignants : Les appropriations du «rétablissement» par les professionnels de la psychiatrie. Inter Pares [En ligne]. 2018 [cité 20 mars 2021];(7):19-25. Disponible sur: https://serval.unil.ch/resource/serval:BIB_0469D3DD8498.P001/REF
4 Sweet T. Clean, Shaven de Lodge Kerrigan (1993) [En ligne]. [cité 20 mars 2021]. Disponible sur: http://event.tootsweet-app.com/5f4b40949745a45fde9e14b2
5 Dupont J. La schizophrénie à l’écran : processus de subjectivation et de verbalisation dans Clean, Shaven (Kerrigan, 1994) et Spider (Cronenberg, 2001). Revue Française D'études Américaine [En ligne]. 2015 [cité 20 mars 2021];143(2):72-83. Disponible sur: https://www.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2015-2-page-72.htm
6 AlloCiné. Prix et nominations pour Clean, Shaven [En ligne]. [cité 18 mars 2021]. Disponible sur: https://www.allocine.fr/film/fichefilm-10229/palmares/
7 American Psychiatric Association. Diagnostic and statistical manual of mental disorders : DSM 5. Washington, D.C: American Psychiatric Association; 2013.
8 Bursztejn C. La schizophrénie au cours de l’enfance. La psychiatrie de l'enfant [En ligne]. 2003 [cité 18 mars 2021];46(2):359-80. Disponible sur: https://www.cairn.info/revue-la-psychiatrie-de-l-enfant-2003-2-page-359.htm
9 Krebs M-O. Schizophrénie [En ligne]. 2020 [cité 20 mars 2021]. Disponible sur: https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/schizophrenie
10 Top santé. Schizophrénie : un risque de suicide toujours important [En ligne]. 2018 [cité 18 mars 2021]. Disponible sur: https://www.topsante.com/medecine/psycho/schizophrenie/schizophrenie-un-risque-de-suicide-toujours-important-626691
11 Wikipédia. Clean, Shaven. [En ligne]. 2020 [cité 20 mars 2021]. Disponible sur: https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Clean,_Shaven&oldid=170537224
12 de Tappie R. Schizophrénie : le rôle clé du cinéma dans la stigmatisation de la maladie [En ligne]. 2020 [cité 18 mars 2021]. Disponible sur: https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/31839-Schizophrenie-role-cle-cinema-stigmatisation-la-maladie
13 Elbogen EB, Johnson SC. The intricate link between violence and mental disorder: results from the National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions. Arch Gen Psychiatry. 2009;66(2):152–61. doi: http://dx.doi.org/10.1001/archgenpsychiatry.2008.537 PubMed
14 Chaw W. Keen, Shaven: FFC Interviews Lodge Kerrigan [En ligne]. 2013 [cité 18 mars 2021]. Disponible sur: https://www.filmfreakcentral.net/ffc/2013/01/keen-shaven-ffc-interviews-lodge-kerrigan.html
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