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La société spatiale SpaceX a réussi mardi son pari de faire décoller la fusée Falcon Heavy. Le lanceur le plus puissant au monde devrait lui ouvrir de nouvelles perspectives commerciales, voire, selon son propriétaire Elon Musk, permettre des voyages vers Mars.
Propulsée par 27 moteurs mis à feu simultanément, la fusée a décollé sans encombre mardi à 15h45 (21h45 en Suisse) de son pas de tir du centre spatial Kennedy à Cap Canaveral, en Floride. L'engin est composé de trois fusées Falcon 9 arrimés côte à côte sur lesquelles SpaceX a juché un deuxième étage et une coiffe pour la charge utile.
De cette coiffe est sortie la voiture décapotable rouge de Tesla, où était joué "Space Oddity" de David Bowie. Ses aventures étaient diffusées en direct par SpaceX sur les réseaux sociaux, où elles étaient suivies par des millions de personnes. Starman, le mannequin qui l'habite, était ainsi vu au volant de la voiture, le bras gauche nonchalamment posé sur sa portière.
"Don't Panic!"
Le véhicule devait rester en orbite autour de la Terre pendant cinq heures avant de s'élancer vers Mars. "Actuellement au-dessus de l'Australie", a écrit Elon Musk à 23h09 (en Suisse) en postant une photographie de Starman. Sur son tableau de bord se trouve le message "Don't Panic!", référence au "Guide du voyageur galactique", célèbre roman de science-fiction.
Deux minutes après le décollage, deux des lanceurs de la Falcon Heavy se sont détachés comme prévu de la fusée centrale qui a poursuivi sa route dans l'espace. Huit minutes et 20 secondes plus tard, les deux boosters se sont posés quasiment simultanément sur deux zones d'atterrissage de Cap Canaveral à quelques dizaines de mètres seulement l'un de l'autre.
Cette phase de lancement était considérée comme la plus délicate. "C'est tout ce dont on pouvait rêver pour un vol d'essai", a réagi John Innsbrucker, un commentateur de SpaceX.
Le lanceur principal a, en revanche, a sombré dans l'océan Atlantique, plongeant à une centaine de mètres de la barge où il devait se poser, a expliqué Elon Musk. Selon lui, l'engin a "apparemment pénétré dans l'eau à une vitesse de 480 km/h".
70 tonnes de charge
Le succès de ce vol d'essai, si puissant qu'il a fait trembler les murs du centre de presse de Cap Canaveral, marque un tournant pour la société privée Space Exploration Technologies (SpaceX), qui va pouvoir à terme mettre en orbite terrestre jusqu'à 70 tonnes de charge, soit beaucoup plus que ses concurrents comme Ariane, et décrocher de nouveaux contrats avec la NASA, l'armée américaine et les opérateurs de satellites.
Avec ce lancement inaugural réussi, la Falcon Heavy peut se targuer d'être la fusée la plus puissante actuellement dans le monde, avec une capacité qu'aucun véhicule spatial américain n'avait connu depuis l'époque des Saturn V.
La Falcon Heavy sera ainsi capable d'emporter des charges deux fois plus lourdes que la plus grosse fusée existante actuellement dans la flotte spatiale américaine - la Delta 4 Heavy de United Launch Alliance (ULA), partenaire de Lockheed Martin et Boeing.
Pari réussi
Les seuls précédents véhicules spatiaux à pouvoir mettre en orbite des charges aussi lourdes étaient le Saturn V de la NASA, retiré en 1973, et l'Energia soviétique, dont la dernière mission a eu lieu en 1988. Le coût d'une mise en orbite terrestre par la Falcon Heavy est annoncé par SpaceX à 90 millions de dollars par lancement, soit quatre fois moins que celui de la Delta 4 Heavy.
Son propriétaire, le milliardaire Elon Musk, a pour l'heure réussi son pari. SpaceX n'avait jusqu'alors effectué que des tests statiques avec la fusée Falcon Heavy. La société avait en outre déjà sensiblement réduit les coûts et révolutionné l'écosystème des lancements spatiaux en faisant revenir ses lanceurs sur terre, et même sur mer. Elle veut désormais faire entrer la conquête de l'espace dans une nouvelle ère.
Le décollage mardi à Cap Canaveral était initialement prévu à 13h30 locales, avant d'être retardé à 14h20 puis 15h45, en raison du vent à haute altitude.
A l'allumage, les 27 moteurs Merlin de la super-fusée ont généré une poussée de plus de 2500 tonnes, l'équivalent de 18 Boeing 747 à la verticale. La destination du vol est l'espace lointain, à une distance à peu près équivalente de celle de Mars par rapport au Soleil, où l'engin sera placé en orbite.