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|Le sénat décréta que les citoyens iraient, avec leurs femmes
et leurs enfants, adresser aux dieux des supplications et, à force d'instances,
faire leur paix avec eux. Obéissant à la fois à leurs souffrances
personnelles et à l'ordre officiel, ils se pressent dans tous les lieux saints;
partout les femmes, prosternées, balayant les temples de leur chevelure, implorent
le pardon du ciel irrité et la fin de la peste.|
Tite-Live, III, 7, 7-8, trad. G. Baillet.
Les Romains prient leurs dieux de façon très semblable à celle décrite
à propos des Grecs. Eux aussi lèvent les mains en haut et formulent
des requêtes, des remerciements et des louanges dans un langage très
précis qui relève du registre juridique. Selon les sources, une
caractéristique de la coutume romaine est celle de pivoter vers la droite
après avoir prié et s'être prosterné. Les prières
romaines sont parfois des actes de religiosité personnelle, parfois,
par contre, constituent une partie du rituel accompli par une communauté.
À côté de la prière traditionnelle, les Romains connaissent des pratiques de vénération particulières, comme les supplicationes
.
Ces rites consistent en une procession d'hommes, de femmes et d'enfants qui
marchent autour d'un lieu de culte. Les participants se prosternent devant les
dieux pour les implorer en cas de danger ou pour les remercier en cas de victoire.
On offre aux dieux de l'encens et du vin. Les femmes balayent avec leurs cheveux
le sol du lieu de culte. Souvent à l'occasion de ce type de rituel, les
Romains organisent aussi un lectisterne (lectisternium
de lectus
: lit de banquet), c'est-à-dire un grand banquet sacrificiel auquel participent
les divinités : leurs statues sont couchées sur des lits et sont
censées manger ce que les hommes leur offrent. Les déesses y participent
assises sur des chaises (sellisternium
de sella
: chaise) de la
même manière que les femmes romaines participent aux banquets.
Les rites ainsi décrits
ne doivent pourtant pas faire penser à une soumission sans conditions
des hommes aux dieux. Au contraire, les Romains savent bien traiter avec le
monde divin et la pratique rituelle du vœu (votum
) le montre clairement.
Quand un romain prononce un vœu, il fait une promesse solennelle d'accorder
une récompense (un sacrifice, un temple, des jeux, etc.) à une
divinité si celle-ci donne préalablement ce qui lui a été
demandé. Ce type de "contract" pourrait être résumé
par la formule da ut dem
, "donne-moi afin que je te donne".
Donnons un exemple. Un Romain part pour un voyage. Avant le départ, il
prononce le vœu d'offrir un sacrifice à une divinité si celle-ci
lui accorde de faire un bon retour. Le sacrifice sera accompli lorsque le voyageur
sera rentré, constatant que la divinité l'a effectivement protégé
des difficultés du voyage.
La pratique du vœu témoigne du fait que les Romains traitent sans crainte avec leurs dieux, en exigeant des bienfaits et en les remerciant par les moyens qu'ils considèrent comme adéquats.