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Critique
Née en 1969, la documentariste et réalisatrice japonaise avait obtenu il y a dix ans la Caméra d'Or pour son premier long métrage. Elle s'intéresse ici à un vieil homme et à une jeune femme qui, sans le savoir, ont en commun d'avoir perdu un être cher dont ils n'ont pas encore réussi à faire le deuil.
Shigeki vit dans une petite maison de retraite en compagnie d'une dizaine de pensionnaires et de quelques auxiliaires attentionnées. Lors d'une séance de calligraphie, où chacun est invité à écrire son nom, son attitude surprend une jeune aide-soignante stagiaire (accablée par la mort de son fils que son mari lui reproche): il barbouille l'un des idéogrammes formant son nom, ce qui donne Ma Ko, dont il s'avère que c'est le nom de sa femme décédée voilà trente-trois ans, période au terme de laquelle les défunts deviennent bouddhas et quittent le monde terrestre. Une complicité s'installe entre les deux.
Partis ensemble pour une excursion, ils sont désemparés par une chute de pierres bloquant leur voiture. Lorsque Machiko revient après avoir vainement cherché de l'aide, Shigeki a disparu; elle le retrouve s'enfonçant obstinément dans une vaste forêt et ne peut faire autrement que le suivre. Perdus, trempés par la pluie, sans réseau téléphonique, ils bivouaquent tant bien que mal autour d'un feu; Machiko frictionne le vieil homme puis se défait de ses vêtements mouillés et se colle à lui pour le réchauffer. Au petit matin, le cheminement se poursuit, et Shigeki connaît l'apaisement après avoir retrouvé la tombe de Ma Ko.
Esthétiquement très abouti, interprété avec sobriété, lent mais non dépourvu d'ellipses bienvenues, LA FORÊT DE MOGARI est une belle réflexion sur la solitude, la mort, le processus de deuil. C'est la vie!
Daniel Grivel