Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06873.jsonl.gz/1560

Où va Israël ?
de Nahum Goldmann
Ecrit peu après la guerre de Kippour, ce livre veut être une mise en garde. Nahum Goldman déplore le fossé qui s’est creusé entre les idéaux du mouvement sioniste et les réalisations concrètes de l’Etat d’ Israël. Autant le dire d’emblée, l’argumentation, qui peine à convaincre, a des relents assez détestables. Peut-être est-ce le manque de recul ? Nahum Goldman est en effet partie prenante du « problème ». Il fût notamment président du Congrès juif mondial de 1951 à 1977 et de l'Organisation mondiale sioniste de 1956 à 1968.
Dès les premières lignes il expose l’idée générale du livre. Le décalage entre idéaux et réalisations concrètes est moins la conséquence d’erreurs ou de l’abandon des idéaux initiaux que celle de facteurs qui ont pesé et pèsent encore très lourd sur le développement d’Israël : le génocide nazi et l’état de guerre permanent avec les pays arabes. Il concède que la politique d’Israël, soutenue par le peuple juif, est pour beaucoup responsable de la crise actuelle… mais la politique menée s’explique par le génocide nazi et l’état de guerre permanent… CQFD.
Nahum Goldman se plaint, à juste titre, que seul l’Etat d’Israël doive encore justifier son existence. Il se prête quand même à l’exercice. Aux traditionnels « droit historique » et à la « réponse à l’antisémitisme » il en propose une troisième moins courante qui laisse songeur. Il s’agit de mettre le peuple juif en mesure de continuer à apporter à la civilisation sa contribution particulière et sans égale (sic !), quelle que soit l’opinion que l’on ait de lui... Il prend pour exemple Freud, Marx et Einstein. Outre les propos tendancieux, il ne lui est pas venu à l’esprit que ces trois personnes n’ont pas attendu l’Etat d’Israël pour apporter leur contribution à la civilisation. Dans le chapitre suivant, il constate pourtant de lui-même que ce que les Juifs ont créée, qu’il s’agisse de leur propre culture ou de leur contribution à la culture du monde non juif au cours des deux millénaires de l’actuelle diaspora, n’est certainement pas inférieur à ce qu’ils ont créé aux époques où ils vivaient au sein d’un Etat souverain.
Le plus consternant dans cet ouvrage est que l’auteur supplante la discrimination négative des antisémites par une discrimination positive, l’unicité du peuple juif. Ainsi le sionisme est à considérer à part des autres mouvements nationalistes. La contribution de ce peuple est à tous égards exceptionnels. Il a réussi à atteindre un niveau exceptionnel dans le domaine de la création spirituelle et culturelle etc. Heureusement qu’il encourage les Israéliens à abandonner leur sentiment de supériorité…
Dans un autre registre il est assez cocasse que la solution qui a la préférence de l’auteur pour le règlement de la question de Jérusalem est… le maintien du statu quo. A savoir l’annexion totale par Israël. Ainsi aucun des groupes qui s’intéressent à la ville n’a pour elle un attachement aussi ancien que les Juifs. Les titres historiques des autres groupes, dans la mesure où de tels titres peuvent servir de base aux solutions politiques, ne sont pas aussi légitimes et aussi bien fondés que ceux du peuple Juif. Aucun de ces autres groupes n’a jamais vécu à Jérusalem dans l’Antiquité… Il reproche aussi à la Jordanie d’avoir violé la résolution de l’ONU en occupant Jérusalem-Est après la guerre de 1948… Sans mentionner qu’Israël a fait de même à l’Ouest. Quand on sait qu’il reproche à l’ONU son manque d’objectivité…
Recommandations, comptes rendus etc.
Répondre
1 message • Page 1 sur 1
Qui est en ligne
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité