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En 1898, Ebenezer Howard imagine une nouvelle approche de l’aménagement urbain avec sa cité jardin : une ville où logements et lieux de travail se côtoient, où ville et campagne coexistent, où les qualités de la campagne s’entremêlent avec les privilèges de la ville. Howard se questionne également sur la place de l’agriculture urbaine et imagine de larges “farms” publiques et multifonctionnelles, sources à la fois de nature et de rencontres.
Dès le XIXème siècle et tout au long du XXème siècle, la nature est au centre des préoccupations hygiénistes liées à la révolution industrielle. A la fin de la première guerre mondiale, les réflections sur l’urbanisme et sur la place de la nature dans le milieu urbain se multiplient car il est nécessaire de combler les vides créés par la guerre. Un rééquilibre entre ville et campagne est alors au centre des discussions. C’est ainsi qu’en 1930, Barchtch et Guinzbourg proposent le projet “Ville verte” pour Moscou. L’objectif est de déplacer les industries et le secteur tertiaire en campagne pour implanter dans la ville de grands parcs de loisirs multifonctionnels. Quelques années auparavant, Le Corbusier, persuadé que l’Homme et la nature sont inséparables, imagine également une nouvelle forme de ville, une ville verte basée sur le mouvement hygiéniste qui rationalise l’habitat collectif et donne une hiérarchie aux fonctions de la ville. Il affirme d’ailleurs, en 1925, que “la ville de demain peut vivre totalement au milieu des verdures”. Le Corbusier imagine alors la ville comme un grand parc où les immeubles sont construits sur pilotis pour libérer le sol, le laissant à la nature et au public.
Pour le mouvement moderne du début du siècle précédent, les espaces verts de la ville sont ainsi imaginés tels des îlots à vocation sociale qui représentent le vide laissé par les bâtiments et les différents services. La nature est alors réduite à un simple équipement urbain esthétique.
Dès les années 90, de nouvelles préoccupations, qui sont encore au coeur des débats de nos jours, touchent notre société : celles de la crise écologique et des problèmes environnementaux. C’est alors que les concepts de développement durable et d’écologie puis d’urbanisme durable voient le jour : le modèle de cité-jardin de Howard évolue pour se transformer en écoquartier, la nature n’a plus seulement qu’une place esthétique mais tend à devenir plus sauvage, moins domptée par l’Homme, plus écologique. Penser la ville verte c’est maintenant imaginer une ville écologique et durable. Et penser la ville durable c’est penser la ville comme un écosystème où différentes composantes entrent en interaction pour permettre à l’écosystème de fonctionner : il s’agit des composantes sociales, économiques, biologiques et physiques comme l’affirme Howard T. Odum, écologue, en 1953 déjà : « l’écosystème constitue la plus grande unité fonctionnelle en écologie, puisqu’il inclut à la fois les organismes vivants et l’environnement abiotique (c’est-à-dire non vivant), chacun influençant les propriétés de l’autre, et les deux sont nécessaires au maintien de la vie telle qu’elle existe sur Terre ». Les cités jardin de Howard étaient imaginées autour d’une bande de verdure qui éviterait que la ville ne s’étende. L’écosystème, au contraire, pour fonctionner, doit s’adapter à l’évolution de son environnement.
Plusieurs interprétations de la Ville verte ont récemment vues le jour :
L’urbanisme faible, réversible
Andrea Branzi, en 1994-95, imagine Agronica, un projet théorique alliant planification urbaine et agriculture, technologie et biologie, qui est capable de s’adapter au fil des changements de la société et où le zonage s’estompe. Andrea Branzi appelle cela l’urbanisme faible, un urbanisme où les éléments architecturaux se modulent pour s’adapter à de nouvelles nécessités et cohabitent avec le sol.
Utilisation de la permaculture pour créer un écosystème
En 2011, Dickson Despommier décrit dans son livre, The vertical farm, un système de fermes de culture verticale. L’idée est de cultiver la nature directement dans les parois des bâtiments. Ces fermes auraient ainsi deux avantages : approvisionner en nourriture la population du XXIème siècle et répondre à la crise de l’environnement. La permaculture permet d’interroger la rationalité des pratiques du projet en considérant les préoccupations environnementales de notre époque. De nombreux projets de ce genre ont ensuite vu le jour. Les villes vont ainsi absorber l’agriculture sous formes de serres verticales, de super fermes, etc. L’agriculture devient alors techniquement et technologiquement assistée afin de surmonter les problèmes climatiques et environnementaux.
Laisser la nature reprend ses droits
Herzog & de Meuron et Lacaton & Vassal ont récemment imaginé deux projets, la Brasserie Badaevskiy à Moscou pour les premiers et l’écoquartier la Vecquerie à Saint-Nazaire pour les seconds, une nature sauvage qui vient recoloniser le sol, sous d’imposantes barres hissées à l’extrême par d’élancés pilotis, permettant ainsi à la nature de s’épanouir.
Et Versus ?
Le collectif Versus imagine à son tour, à l’image de ses barres conçues pour traverser les siècles grâce au plan et à la coupe libres, la Ville verte du XXIème siècle, une Ville vert réversible et évolutive, qui puisse s’adapter aux changements et volontés de la société. Comme l’avait imaginé le Corbusier 100 ans plus tôt, les barres, surélevée sur des pilotis laissent la liberté à tout un chacun de se déplacer au niveau du sol comme il le souhaite. La nature, à l’effigie des projets de Herzog & de Meuron ou Lacaton & Vassal, est alors libre de se développer partout.
Sources :