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Il y a quelques semaines, j'avais écrit un article dans lequel j'avançais la thèse que le Japon était un pays dans lequel l'acharnement au travail de chacun de ses citoyens était compensé par une élimination totale de l'inconfort au quotidien sur le territoire du pays. Certains d'entre vous n'ont pas manqué de trouver ça étonnant: est-il possible que dans un pays donné une chose aussi éternelle et indécrottable que les petits enquiquinements de tous les jours puisse être vaincue? Ne serais-je pas en train d'enjoliver un peu la réalité?
Eh bien, je me suis sérieusement creusé la tête et je suis arrivé à la conclusion que, oui, tout n'était pas parfait même au Japon et qu'au pays du soleil levant, il reste encore des réalités inexplicablement embêtantes. Ces réalités sont au nombre trois: je vous laisserai juger vous-même de leur gravité.
Voici, donc, la liste exhaustive des choses que je n'aime pas au Japon:
1. L'impossibilité de s'essuyer les mains dans les toilettes après les avoir lavées: aussi incroyable que cela puisse paraître, il est d'usage au Japon de laisser ses mains simplement sécher à l'air. De rares toilettes sont équipées de séchoirs électriques; on ne rencontre guère des serviettes en papiers ailleurs que dans des hôtels de luxe ou des restaurants fréquentés par des occidentaux. Même si les mains sèchent très vite à l'air (en moins de 120 secondes, elles sont normalement sèches si on secoue les plus grosses gouttes au-dessus du lavabo), ça reste très inconfortable si on doit retourner immédiatement dans une salle de classe ou si on est en hiver. La version officielle pour expliquer ce manque est «pour économiser du papier», ce qui sonne comme un gros gag dans un pays où on ne peut pas acheter une tomate sans qu'elle ne soit emballée dans trois couches de plastique.
2. La rareté des poubelles: le Japon souffre de sérieuses carences en matière de bacs à déchets publics. On trouve des poubelles devant des combinis, dans des institutions publiques... et c'est à peu près tout. Il n'y en a pas dans le métro, presque pas dans les parcs et jamais dans les rues; du coup, on doit transporter tous ses déchets avec soi avant de rentrer dans un magasin ou à la maison. Peu de choses dans la vie sont aussi énervantes qu'un minuscule emballage plastique dans la poche que l'on est obligé de se trimbaler toute la journée sans pouvoir s'en débarrasser. Là encore, plusieurs hypothèses existent pour expliquer cet état de fait navrant: pour certains, il s'agit d'une peur des attentats après les attaques au gaz dans le métro de Tokyo en 1995; pour d'autres un moyen de forcer les gens à recycler (en remplaçant beaucoup de poubelles «fourre-tout» par des clusters plus espacés de bacs à usage différencié). Bien sûr, ce ne sont que de pathétiques excuses, il n'y a qu'à voir comment la chose est faite en Allemagne.
3. La musique dans les supermarchés: le Santoku, notamment, se distingue par un air particulièrement niais joué toutes les 5 minutes environ. Ce n'est pas le pire: à Hakodate, j'avais visité un supermarché dont la musique durait 25 secondes seulement avant de recommencer - ce qui veut dire qu'un employé qui travaillerait 8 heures (et au Japon, travailler 8 heures c'est pratiquement être en vacances) l'aurait entendue plus de 1150 fois en une journée! Voilà de quoi mieux comprendre le concept de karoshi (mort par surtravail).
Voilà, maintenant vous savez tout ce qui ne va pas dans la routine quotidienne de l'archipel. Remarquez, c'est dans des cas comme celui-là que l'expression «j'aimerais bien avoir tes problèmes» prend tout son sens.