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DEUXIÈME SERMON POUR LA DÉDICACE DE L'ÉGLISE. Comment nous devons être unis avec nous et avec les autres.
1. Un jour, un roi glorieux, un prophète du Seigneur, un saint, David, se sentit ému à la pensée pleine de piété qu'il était indigne que le Seigneur de Sabaoth n'eût Point encore de demeure sur la terre, tamis qu'il avait lui-même un palais digne de la majesté royale (II Reg. VII, 2 et I Parail. XVII, 1). Voilà, mes frères, ce qui doit aussi nous préoccuper dans une pensée de foi, et ce à quoi nous devons également. travailler avec courage. Mais si, en même temps que la pensée du Prophète plaisait au Seigneur, cependant l'accomplissement en fut réservé à Salomon, cela tient à des causes qu'il serait trop long de vous expliquer en ce moment. Pour toi, ô mon âme, tu habites dans une maison élevée que le Seigneur lui-même a construite pour toi. Je veux parler de ton corps qu'il a pris la peine de si bien construire, approprier à son usage, embellir et distribuer qu'il en a fait pour toi une demeure aussi belle que commode. Et pour ton corps lui-même, il lui a construit aussi une demeure aussi vaste que belle et bien disposée, je veux parler de ce monde sensible et habitable. N'y aurait-il donc point une sorte d'inconvenance, qu'après avoir construit une habitation pour toi, tu né songeasses point à lui élever un temple à ton tour. Pour toi, tu as encore une demeure, mais sois sûre quelle ne peut tarder à s'écrouler, et que si tu n'a pas soin de t'en préparer une autre, tu vas te trouver exposée à la pluie, au vent et au froid. Mais, hélas! qui pourra supporter la rigueur de son froid (Psal. CXLVII, 6) ? Heureuse donc et mille fois heureuse l'âme qui peut dire : « Nous savons que si cette maison de terre où nous habitons, vient. à s'écrouler, Dieu nous en donnera une autre dans le ciel qui ne sera point faite de main d'homme et qui durera éternellement (II Cor. V, 1). » Aussi, ô mon âme, ne permets pas à tes yeux dé goûter le sommeil ni à tes paupières de se fermer (Psal. CXXXI, 3), que tu n'aies trouvé un lien convenable pour le Seigneur et dressé une tente pour le Dieu de Jacob.
2. Mais à quoi pensons-nous, mes frères? Où trouverons-nous un endroit convenable pour cet édifice et quel en sera l'architecte ? Car si ce temple visible est fait pour nous, pour nous abriter, le Très-Haut n'habite point dans des édifices construits de main d'hommes. Quel temple pourrons-nous donc construire à celui qui a dit, mais qui l'a dit avec vérité : « Je remplis la terre et les cieux (Jerem. XXIII, 24) ? » Je serais dans un grand embarras, et mon esprit serait à la torture si je ne lui entendais dire : « Mon Père et moi, nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui (Joan. XIV, 13). » Je sais donc à présent où je dois lui préparer une demeure, il ne peut habiter que dans son image. Mon âme étant créée à son image est capable de le contenir. Hâtez-vous donc, ô Sion, et préparez votre chambre nuptiale, car le Seigneur a placé ses complaisances en vous, et votre contrée va se trouver habitée. Oui, réjouissez-vous de toutes vos forces, ô fille de Sion, votre Dieu va demeurer en vous. Dites-lui avec Marie : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole (Luc. I, 38). » Écriez-vous avec sainte Élisabeth : « D'où me vient cet honneur, que la majesté de mon Seigneur vienne à moi (Ibid. I, 43) ? » Quelle n'est point, en effet, la bonté de Dieu, quelle n'est point sa condescendance; quelles ne. sont point la dignité et la gloire de nos âmes, pour que le Seigneur de toutes choses, qui n'a besoin de rien, veuille qu'elles lui servent de temple
3. Aussi, mes frères, travaillons dans toute l'ardeur, du désir et avec ries actions de grâces, à lui élever un temple au dedans de nous; faisons en sorte qu'il habite d'abord en chacun de nous, et ensuite en nous tous, car il ne dédaigne de demeurer ni en chacun de nous individuellement, ni en nous tous à la fois. En premier lieu, chacun de nous doit faire en sorte de ne point sortir hors de soi, attendu que tout royaume qui se divise sera désolé, et toute maison qui se sépare d'elle-même lie peut que tomber en ruine (Matt. XII, 25). Or le Christ n'entrera jamais dans une demeure dont les murs s'écartent et dont les pignons penchent (Psal. LXI, 3). Est-ce que notre âme ne veut pas que la maison de son corps soit bien entière, n'est-elle pas contrainte de l'abandonner, dès que ses membres sont dispersés ? C'est donc à elle de faire en sorte, si elle veut que le Christ habite dans son coeur, c'est-à-dire en elle par la foi, que ses membres, c'est-à-dire sa raison, sa volonté et sa mémoire ne soient point détachés les uns des autres. Qu'elle prenne donc garde que la raison soit exempte d'erreurs et soumise à la volonté, car telle est la raison qui plait à la volonté ; que sa volonté soit exempte de toute iniquité, car la raison n'approuve point d'autre volonté que celle-là. Autrement, si l'âme se juge et se condamne à cause de l'iniquité de sa volonté en tant qu'elle est raisonnable et se juge, c'est la guerre intestine et un désaccord plein de danger pour elle, car la raison ne peut faire autrement que de flétrir, d'accuser, de juger et de condamner une semblable volonté. Voilà pourquoi le Seigneur a dit dans son Évangile : « Mettez-vous d'accord avec votre adversaire, pondant. que vous êtes encore en chemin avec lui, de peur qu'il ne vous traduise devant le juge, et que le juge ne vous abandonne aux mains des bourreaux et que vous ne soyez jeté en prison (Matt. V, 25). » Que votre mémoire aussi soit sans souillure, qu'il né reste pas lui seul péché en elle qui ne soit effacé par une confession sincère et par de dignes fruits de pénitence. Autrement, la volonté ne peut que haïr, et la raison né peut qu'exécrer une conscience où se cache le péché On peut donc dire qu'on prépare une bonne demeure à Dieu, quand la raison n'est point trompée, quand la volonté n'est pas pervertie, quand enfin la mémoire n'est pas souillée.
4. Lorsque chacun se trouve dans ces dispositions, il faut nous réunir et nous cimenter les uns aux autres par la vertu de la charité. mutuelle qui est le lien même de la perfection. Dans cette vie, on ne saurait avoir une connaissance parfaite les uns des autres, peut-être même ne faut-il pas que ce soit, car si la nourriture de la charité dans le ciel est précisément cette connaissance-là, ici-bas elle, ne pourrait en être que le poison. En effet, qui peut se flatter d'avoir le cur chaste ? Il y aurait, donc confusion pour l'un à être connu , et danger pour l'antre à connaître. Il n'y aura de bonheur à connaître que là où on sera sans souillure. La demeure où il en sera ainsi est bien plus solidement construite, parce qu'elle doit durer éternellement, mais celle-ci, semblable à la tenté du soldat, est bien plus solidement établie. La première est la demeure de la joie , la seconde est celle de la guerre, l'une est remplie de louanges; l'autre de prières. Celle-là, dis-je, est la cité de. notre vaillance, celle-ci, au contraire, est le séjour de notre repos. Si donc nous vainquons ici-bas, nous serons dans la gloire là-haut, après avoir échangé notre casque contre une; couronne, notre glaive contre une palme et un sceptre, notre bouclier contre un manteau d'or, et notre cuirasse contre une robe de bonheur. En attendant , mieux vaut souffrir que périr, supporter le poids de son bouclier et de sa cuirasse que d'être percé par les traits enflammés du Malin, dont je prie de nous garder, par sa protection céleste, celui qui est béni pour les siècles. Ainsi soit-il.