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Dans la plupart des pays, à l'exception notoire de la Suisse, l'accès aux études de médecine est sévèrement contrôlé par des procédures d'admission strictes, de natures variées, qui font qu'un nombre restreint de postulants est admis. Cette situation a prêté le flanc à de nombreuses critiques, allant de l'accusation de biais ou discrimination plus ou moins systématique à l'utilisation de méthodes non validées pour assurer cette sélection. Une mise au point était donc nécessaire.
Il y a quelques mois, un article a paru, dans le British Medical Journal,1 qui revoyait systématiquement la qualité des facteurs censés prédire la performance des étudiants en médecine, qu'elle soit du niveau prégradué ou postgradué. Ces facteurs sont multiples : la qualité des résultats ou tests obtenus dans la période préacadémique, les tests de personnalité, la race, le sexe, les styles d'apprentissage, les interviews, les convictions des candidats, les références fournies. De cet article dense, à la technicité souvent peu conviviale, en particulier dans le domaine statistique (peut-être pour donner une apparence de rigueur à cette forme de psychologie appliquée considérée trop souvent comme «molle»), on trouve un certain nombre de points qu'il paraît utile de relever.
Tout d'abord, les notes obtenues à la fin de la scolarité sont reconnues comme facteur prédictif indiscutable, comme si les bons élèves initiaux le demeuraient par la suite ! Ce qu'il y a de plus intéressant, c'est que cet élément n'intervient que pour 23% de la variance de la performance telle que testée à la fin des études de médecine. Ce pourcentage descend à 6% lorsque ce facteur est appliqué à la performance postgraduée. Il convient de souligner que les auteurs sont peu prolixes sur ce que représente la notion de compétence, en particulier dans la période postgraduée. Les bonnes notes à la maturité ou au baccalauréat jouent donc un rôle, mais bien modeste, ce que d'aucuns, les forts en thème, regretteront sans doute, mais ce qui ravira d'aise tous ceux pour lesquels le niveau supérieur de leurs compétences arithmétiques s'arrêtait à celui de la moyenne requise (+ 10%, comme facteur de sécurité).
Il y a une variété surprenante, pour le quidam que j'étais avant la lecture de cet édifiant papier, de tests de personnalité, qu'ils soient issus de la Californie ou du Minnesota ou de l'imagination fertile des Rotter, Cattell, Eysenck et autres Myers Briggs. Cette multiplicité a rendu irréalisable l'analyse statistique, seules quelques données descriptives sont apparues. Ainsi, la propension à être dominant (en termes de personnalité) est-elle associée à un haut taux de succès dans les épreuves à questions à choix multiples, alors que la tolérance est liée à la capacité à utiliser des données numériques et le sentiment de bien-être, ainsi que le besoin de conformité, au succès dans les épreuves orales. Le trait anxieux, par contre, est corrélé, quoique faiblement, à des performances négatives, trouvaille qui va malheureusement aggraver les soucis de ceux qui en ont déjà. Si, d'un autre côté, vous êtes plutôt méthodique, bien organisé, vous avez plus de chances de réussir. Enfin, l'extraversion est associée à un taux de succès particulier dans le domaine de la pédiatrie. Voilà pour les traits de personnalité !
Le sexe n'apparaît pas avoir d'effet substantiel, malgré peut-être un léger avantage pour les femmes, alors que l'examen de l'origine ethnique, autrement dit, du facteur racial, donne des résultats peu conclusifs. Les interviews, les références fournies par les candidats et l'expression, par ces derniers, de leur motivation pour la pratique de la médecine n'ont aucun pouvoir prédictif.
Le mode d'apprentissage, par contre, pourrait être plus révélateur. C'est ainsi que la méthode en profondeur pourrait être corrélée avec un meilleur taux de passage des examens, alors que, réciproquement, la façon de travailler qui consiste à couvrir le plus de champs possibles, mais en surface, serait peu rentable en termes de succès.
Conclusion de nos auteurs : il n'y a pas eu suffisamment de recherche dans ce secteur pour que l'on puisse bien expliquer les facteurs prédisant le succès dans les études médicales et dans la formation postgraduée. Constat singulièrement décourageant après une lecture attentive, parfois indigeste, et qui risque d'amplifier les préjugés résolument péjoratifs de bien de nos confrères vis-à-vis des sciences psychologiques.
Heureusement, dans ce ciel obscurci par les noirs nuages de la complexité et de la confusion, un rayon de soleil est apparu sous la forme d'un court article, toujours dans le BMJ.2 En bref, dans un Département de pédiatrie, il fut demandé à l'ensemble des étudiants de fournir une photo passeport afin de faciliter leur identification et, partant, leur évaluation. 93% des étudiants remirent ce document dans le délai exigé d'une semaine, et seulement 8% d'entre eux échouèrent à l'examen de pédiatrie ou ne furent pas admis à se présenter en raison de performances insuffisantes. Ce pourcentage d'échec passa à 48% chez les 27 étudiants qui ne donnèrent pas leur photographie dans le délai prescrit (p
Quand je pense au nombre d'étudiants de notre faculté qui, après quatre ans d'études, n'ont toujours pas collé leur photo sur leur carnet d'étudiant, je me dis qu'ils ne devraient pas avoir beaucoup d'avenir en pédiatrie, ni, sans doute, dans les autres disciplines médicales. Je propose donc solennellement que cette formalité, dont le pouvoir discriminant pour l'avenir des étudiants est sans égal, devienne sanctionnelle et remplace la première année de médecine.
1 Ferguson E, James D, Madeley L. Factors associated with success in medical school : Systematic review of the literature. BMJ 2002 ; 324 : 952-7.
2 Wright N, Tanner MS. Medical students'compliance with simple administrative tasks in final examinations : Retrospective cohort study. BMJ 2002 ; 324 : 1554-5.