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01/06/2013
Né en 1947 à Garessio en Italie, dans un village du Piémont au contact de la montagne et de la forêt, Giuseppe PENONE a été associé à ses débuts à l’Arte Povera. À la fin des années 1960, ce courant réunissait des artistes italiens souhaitant renouveler le rapport aux matériaux et les langages artistiques en menant une réflexion sur les relations nature/culture. Ces artistes ont développé un rapport particulier avec la nature, certains créant des œuvres éphémères et la plupart utilisant des matériaux réputés « pauvres », tels que la terre et les végétaux. Giuseppe Penone travaille avec la nature - arbres, marbre, laurier, eau - et le corps humain, révélant de mystérieuses symbioses depuis plus de 40 ans.
L'intelligence végétale
Les premiers travaux de Penone sont réalisés en intervenant directement sur des arbres. En 1968, l'artiste insère une main de bronze sur le tronc d'un jeune arbre et modifie ainsi sa croissance. Quelques années plus tard, l'arbre s'est approprié la sculpture (son titre : Il poursuivra sa croissance sauf en ce point). Il ne subsiste de cette action que des documents photographiques. Dès lors, l'arbre devient le premier motif de l'artiste, sans être le seul, dont le geste va mettre en évidence sa présence vivante, semblant porter l'adage héraclitien : « panta rei, tout s’écoule, rien ne reste tel. »
Giuseppe Penone à Versailles
Parmi ses expositions personnelles récentes, les plus importantes sont celles de 2004 au Drawing Center à New York et au Centre Pompidou à Paris ; de 2006 au Museum Kurhaus Kleve et la Fondation La Caixa à Barcelone ; de 2007 où il a représenté l’Italie au pavillon italien de la Biennale de Venise. En 2008, une exposition lui est consacrée à la Villa Médicis à Rome et au MAC’s Grand-Hornu en 2010. En 2012, il est invité à participer à la Documenta 13 de Kassel, et à présenter une œuvre inédite pendant une année à la Whitechapel Gallery de Londres dans le cadre de la Bloomberg Commission. Cette année, c'est au tour de Versailles de lui ouvrir son domaine.
Giuseppe Penone est en effet le sixième grand artiste contemporain choisi pour se mesurer à Versailles. Il prend la suite d'un dialogue entre art baroque et art contemporain, initié en 2009 avec Jeff KOONS puis Xavier VEILHAN, et poursuivi avec Takashi MURAKAMI en 2010, Bernar VENET en 2011 et Joana VASCONCELOS en 2012. Quatre millions de visiteurs ont découvert les précédentes éditions. Autant dire que l'enjeu est de taille pour l'artiste italien, qui investit le parc et quelques salles du Château du 11 juin au 30 octobre 2013 sur invitation de Catherine Pégard. Ses œuvres réparties entre le Château et le Parc selon l’axe de la Grande Perspective, viennent rythmer le jardin de Le Nôtre, des terrasses au parterre de Latone, du tapis vert au grand canal. Une vingtaine de sculptures vont se poser dans l’allée royale qui mène, en une longue perspective, du Château au Grand Canal, ou encore investir le Bosquet de l'Étoile.
Les ponctuations sculpturales de Penone promettent un parcours sensible et élégant, tant son œuvre est imprégnée du sentiment de nature. Interrogé sur la relève d'un tel challenge, l'artiste confie : « avoir la possibilité de faire dialoguer mon travail avec celui de Le Nôtre à Versailles est un grand privilège. Le jardin est un lieu emblématique, qui synthétise la pensée occidentale sur le rapport homme - nature. »
À l'instar du Louvre, Versailles est paré d'une auréole de prestige et le fait d'y exposer a tendance à réveiller le marché de l'artiste concerné. Les galeristes et collectionneurs de Penone sont cependant peu enclins à se séparer de leurs pièces : moins de 130 lots mis aux enchères depuis 1990 pour un artiste de l'envergure de Penone, c'est peu... D'autant qu'on compte seulement 28 sculptures parmi eux. L'effet d'annonce de son invitation à Versailles aura néanmoins fait sortir du bois une très belle œuvre en bronze de 2005, qui signait d'ailleurs un record d'enchère quatre mois avant l'ouverture de l'exposition versaillaise (Pelle Di Foglie (Occhi Al Cielo, Mano a Terra) vendue 240 000 £, près de 378 000 $, Sotheby's Londres le 2 février 2013).
Arte Povera et logique de marché
Les œuvres de l'Arte Povera ont longtemps échappé à la logique du marché car les artistes voulaient éviter que l'œuvre d'art puisse être considérée comme un produit. Ainsi, l'œuvre de Penone s'est timidement immiscée en salles des ventes, d'abord avec des œuvres mineures, au début des années 1990, après plus de 20 ans de carrière. Outre Penone, d'autres acteurs italiens de l'Arte povera, à l'instar de Giovanni ANSELMO et Pier Paolo CALZOLARI ont un marché pauvre en salles comparativement à des expositions de qualité au sein de galeries internationales ou d'institutions remarquables.
En regard de sa carrière et de sa notoriété, le marché de Penone en ventes publiques demeure donc confidentiel, à l'abri de la spéculation et des risques. Cette valeur sûre de l'art a attendu ses 58 ans pour signer sa première enchère supérieure à 100 000 $. Celle-ci fut d'ailleurs enregistrée à Paris, un an après la rétrospective majeure que lui consacrait le Centre George Pompidou (du 21 avril au 23 août 2004). L'oeuvre arrivait donc sur le marché au bon moment et présentait plusieurs atouts, dont une provenance prestigieuse (ancienne collection Liliane & Michel Durand-Dessert) et des qualités artistiques muséales (dimensions monumentales de 200 cm x 585 cm, œuvre mixte et complexe entre la peinture et la sculpture). Intitulée Impronta Digitale (1982), elle atteignait 203 400 $ sous le marteau de Sotheby's Paris (170 000 €, 6 octobre 2005).
Depuis, son marché s'est étoffé de 14 autres adjudications supérieures à 100 000 $, ce qui est peu, surtout en regard de stars du marché plus jeunes qui ont déjà passé ce seuil quelques dizaines de fois… Voire quelques centaines, pour l'un des artistes les plus spéculatifs de la décennie, Damien HIRST.
Un Penone abordable ?
L'un des meilleurs artistes de l'art contemporain italien pour moins de 5 000 $ ? C'est possible, en traquant des places de marché plus confidentielles que celles de Londres et de New York. Des achats intéressants ont notamment été possible en Allemagne récemment, à l'exemple d'une sculpture en bois agrémentée de rehauts graphiques qui se vendait 3 500 € (soit 4 649 $ hors frais) en novembre 2011 à la Villa Grisebach. Certes, cette pièce, une tentative pour retrouver l'existence de l'arbre dans une planche industrielle (Sans Titre, 131 cm x 95 cm) n'est pas une œuvre unique mais éditée sur 40 exemplaires, elle n'en demeure pas moins une belle acquisition bien datée (1982), emblématique de Penone. Si elle avait été unique, son prix eut été de 5 à 10 fois plus élevé.
Les collectionneurs ne s'y trompent pas et traquent les pièces originales, comme le prouve l'adjudication déjà ancienne (2009) de Abtei. Sur le même sujet que l'œuvre sans titre précédemment décrite, mais plus importante en dimensions et surtout unique, Abtei était prudemment estimée entre 4 000 € et 5 000 € à Cologne avant de s'envoler jusqu'à 28 000 €, l'équivalent de 39 200 $.Les collectionneurs se battent pour les sculptures dans lesquelles l'arbre, premier sujet chronologique et poétique de Penone, met à nu le mystère de sa croissance. De trop rares sculptures monumentales sur ce thème (de 3 m à 5 m) se vendent entre 250 000 $ et 400 000 $ en salles. Une fourchette de prix qui peut paraitre conséquente mais qui s'avère être raisonnable en regard de sa notoriété et de son apport à l'histoire de l'art occidental.
Source Artprice
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ALAIN VERMONT