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C'est actuellement l'un des arbitres les plus cotés de la
planète. A 40 ans, Massimo Busacca a connu le sommet de sa carrière
ce printemps en officiant lors de la finale de la Ligue des
champions entre Barcelone et Manchester United. En attendant
peut-être encore mieux...
Entré dans le monde de l'arbitrage en 1989, ce Tessinois a dirigé
son premier match de LNA le 1er décembre 1996: un St-Gall-Lausanne
disputé sous la neige.
Massimo Busacca s'est confié à tsrsport.ch, à quelques heures de
son départ pour le Nigeria, où se déroulera la Coupe du Monde des
moins de 17 ans dès le 24 octobre. Il explique notamment que les
arbitres n'ont pas encore la considération souhaitée.
tsrsport.ch: Pourquoi êtes-vous devenu
arbitre?
MASSIMO BUSACCA: En fait, j'ai d'abord été un
joueur de foot qui a évolué jusqu'en 3e ligue. Mais j'ai vite
remarqué que je n'avais pas le niveau pour viser plus haut. A 20
ans, j'ai choisi la voie de l'arbitrage. Pour devenir un bon
arbitre, je pense qu'il est important de venir de ce milieu. Il
faut être passé par là pour comprendre tout ce qui se déroule sur
un terrain.
tsrsport.ch: Qu'est-ce qu'un bon
arbitre?
MASSIMO BUSACCA: C'est celui qui est capable de
gérer toutes les situations et qui sait communiquer. L'arbitre doit
savoir anticiper et agir et ne pas seulement réagir aux événements.
Il faut également être très professionnel et bien entendu la
préparation physique et mentale durant la semaine est
primordiale.
"Les grands joueurs vont sur le terrain pour s'amuser"
Le Tessinois a eu l'honneur d'arbitrer la finale de la Ligue des champions 2009 entre Manchester et Barcelone. [Keystone] tsrsport.ch:
Quand vous arbitrez, êtes-vous conscient d'assister à un bon
match?
MASSIMO BUSACCA: Bien sûr. Je prends l'exemple de
la finale de la Ligue des champions cette année. C'était un match
incroyable malgré l'enjeu. Avant de commencer, j'avais déjà le
sentiment que tout allait bien se passer. Je dis toujours que les
grands joueurs vont sur le terrain pour s'amuser et donner du
plaisir au public. Ce match était agréable à arbitrer: tu siffles
peu et les joueurs acceptent les décisions.
tsrsport.ch: Ce n'est hélas pas souvent le
cas. Avec la pression et les insultes, faut-il être "fou" pour
devenir arbitre?
MASSIMO BUSACCA: Non, on ne peut pas penser comme
ça. La notion de plaisir doit passer avant tout et on doit être
convaincu de ce que l'on fait. Quand j'entre sur un terrain, je
suis toujours très content car ça signifie pour moi m'amuser et
avoir du plaisir. La discussion doit plus porter sur le respect et
la considération des arbitres.
"Le sport devrait être un moment de plaisir"
tsrsport.ch: Que faut-il entreprendre pour
remédier à cette situation ?
MASSIMO BUSACCA: C'est difficile à dire. Le sport
devrait être un moment de plaisir et de sociabilité. Il faut
demander à la Fédération ou aux gens qui vont au stade quel exemple
ils veulent donner à la jeunesse. Dans d'autres sports moins
médiatiques, comme l'athlétisme, il n'y a jamais de problème.
tsrsport.ch: Alors justement,les arbitres
sont-ils assez soutenus par la FIFA/UEFA?
MASSIMO BUSACCA: Ce n'est pas là le problème.
Nous sommes très bien soutenus. Ces instances n'ont pas non plus
comme rôle de régler les problèmes de société ou d'éducation. Si
une personne va dans un stade dans le seul but d'insulter tout le
monde, c'est difficile de faire quelque chose contre ça. Mais nous
avons quand même la possibilité maintenant d'interrompre les
matches s'il y a du racisme envers un joueur. Heureusement, ce
n'est pas souvent le cas.
"Une réaction humaine"
Les relations entre arbitres et entraîneurs ne sont pas toujours faciles. [Keystone] tsrsport.ch:
Le comportement des joueurs ou des entraîneurs n'a-t-il pas
tendance parfois à aussi exciter les spectateurs?
MASSIMO BUSACCA: Je ne pense pas qu'il y ait un
problème à ce niveau-là. Dans la très grande majorité des cas, les
joueurs respectent aussi bien l'adversaire que l'arbitre et ne
pensent qu'à jouer. C'est clair, il existe toujours des cas
particuliers.
tsrsport.ch: Après votre geste (doigt
d'honneur à Baden), vous avez reçu un très grand soutien de la part
du public.
MASSIMO BUSACCA: Oui, ça veut dire que les gens
ont compris que j'avais eu une réaction humaine. Ils savent très
bien comment ça se passe autour des stades. Quelquefois, je me
demande pourquoi on cherche toujours le scandale. Et pas seulement
dans cette affaire mais dans tous les domaines. Je pense que
médias, joueurs et arbitres doivent collaborer et montrer le bon
exemple. Les médias pourraient parler davantage des bonnes
nouvelles!
tsrsport.ch: Vous avez déjà réussi une belle
carrière. Quels buts vous reste-t-il?
MASSIMO BUSACCA: Il faut toujours se fixer des
objectifs élevés pour progresser. Cela passe par un travail
quotidien. Mais je dois me concentrer sur le prochain match sans
penser plus loin.
"C'est important que la Nati évolue au plus haut niveau"
tsrsport.ch: Arbitrer une finale de Coupe
du monde, serait-ce le sommet de votre carrière?
MASSIMO BUSACCA: Bon, j'ai déjà dirigé beaucoup
de grands matches et j'en suis très heureux. Mais c'est clair que
je vais toujours travailler pour essayer d'obtenir le maximum. Si
on n'a pas cette ambition, on ne reçoit rien, surtout à ce
niveau-là. Après, il faut rester les pieds sur terre et ne pas se
voir déjà arbitrer tel ou tel match.
tsrsport.ch: Entre diriger une finale de
Mondial ou voir l'équipe nationale disputer cette finale, quel est
votre choix?
MASSIMO BUSACCA: Sans hésitation, voir la Suisse
en finale. Il est important que la Nati évolue au plus niveau.
Notre pays est ainsi bien considéré. C'est aussi un avantage pour
les arbitres suisses ensuite. Quand je vais à l'étranger, on me dit
toujours que la Suisse a de bons joueurs. Pour les arbitres, c'est
déjà un honneur d'être sélectionné pour un Mondial.
tsrsport.ch: Avez-vous déjà pensé à votre
reconversion, d'ici 5-6 ans?
MASSIMO BUSACCA: Mon but est qu'il y ait plus de
considération pour l'arbitrage et j'aimerais, pourquoi pas, rester
dans ce milieu. Dans quelle fonction, je ne sais pas. Mais comme
dans chaque métier, c'est bien si à un moment donné on peut rendre
ce qu'il nous a apporté.
Propos recueillis par Stéphane Altyzer
"Il faut aussi comprendre que les arbitres ne sont pas infaillibles"
MASSIMO BUSACCA: Il y a désormais des expérimentations à cinq arbitres qui sont pratiquées. Il faut attendre de voir quels sont les résultats. Mais je suis contre la vidéo. Il y aurait trop d'interruptions et certaines scènes amèneraient des points de vue divergents.
Maintenant, on accepte que les joueurs fassent des erreurs. Il faut aussi comprendre que les arbitres ne sont pas infaillibles. Critiquer l'arbitre en cas de défaite est aussi une solution de facilité et une mauvaise excuse au lieu de se remettre en question.
tsrsport.ch: Etes-vous d'accord avec toutes les règles? Par exemple enlever son maillot équivaut à un carton jaune. N'est-ce pas trop sévère par rapport à un tacle dangereux qui vaut la même sanction?
MASSIMO BUSACCA: Non, les règles sont justes. Tout a été étudié et c'est parfait à ce niveau-là. Il y a peut-être quelques détails mais tous les changements effectués ces dernières années vont dans la bonne direction.
Massimo Busacca express
Boisson préférée: l'eau et le vin.
Lieu de vacances préféré: la mer ou la montagne.
Principale qualité: naturel
Principal défaut: être convaincu d'avoir raison.
Si vous n'aviez pas été arbitre: bonne question... je dirais encore une fois arbitre.
Meilleur souvenir: il y en a beaucoup, comme les grandes compétitions dans les quelles j'ai arbitré. Il y a bien sûr la finale de la Ligue des champions.
Pire souvenir: à chaque fois que j'ai fait des erreurs d'arbitrage.
Votre devise: je m'amuse quand il y a du respect.
Salaire: je ne sais pas, il varie tout le temps car on n'a pas de salaire fixe mensuel.