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Swissmetal Boillat | Jürg Müller revient sur son rapport
«La qualité ne se décrète pas à Reconvilier. C'est le marché qui décide.»
- Monsieur Müller, hier après-midi, le personnel n'a pas accepté de voter sur vos propositions. Cela vous a-t-il surpris?
- Non, pas vraiment. Le degré de méfiance envers le management de Swissmetal est tel que ce refus ne m'étonne pas vraiment.
- Les collaborateurs souhaitent faire des contre-propositions qu'ils vont adresser au médiateur Rolf Bloch, estimant ne pas avoir des garanties suffisantes avec les propositions qui leur ont été soumises. Dans le processus de médiation en cours, l'expert que vous êtes juge-t-il cette démarche acceptable?
- Oui. J'ai fait les propositions que je jugeais aussi bonnes que possibles pour les deux parties, mais je ne prétends pas détenir la vérité. Si ces contre-propositions sont meilleures, pourquoi ne pas entrer en matière? Nous avons commencé à mettre en place un processus pour restaurer la confiance. Il faut donc agir avec beaucoup de doigté pour éviter toute rupture.
Pour satisfaire les clients, il faut maintenir les activités de fonderie pour les spécialités, au moins à moyen terme.
- Dans votre rapport, vous dites que, d'un côté, la stratégie de centralisation de Swissmetal peut se justifier, mais de l'autre, vous demandez le maintien des activités de fonderie à Reconvilier pour les spécialités Boillat, au moins à moyen terme. N'est-ce pas contradictoire?
- Non. Sur le plan des flux de production, il est logique d'avoir la fonderie à côté de la presse, et celle-ci se trouvera à Dornach. Mais d'un autre côté, la construction d'une nouvelle fonderie représente un très lourd investissement. Du point de vue de la rentabilité, je n'ai pas réussi à déterminer quelle était la meilleure des solutions: maintenir les activités de fonderie à Reconvilier, ou tout concentrer à Dornach.
- S'agissant de ce maintien, au moins à moyen terme, les délégués du personnel considèrent que cela conduit néanmoins au démantèlement de la fonderie Boillat, qui sort des alliages de qualité exceptionnelle. Après la séance de médiation, Monsieur Bloch a toutefois estimé que c'est le marché qui décidera à long terme. Qu'est-ce que cela signifie, concrètement?
- Pour satisfaire les clients, il faut absolument maintenir les activités de fonderie pour les spécialités Boillat, au moins à moyen terme. Mais le personnel a de la peine à comprendre que la qualité ne se décrète pas à Reconvilier. Si le groupe Swissmetal décide d'installer sa fonderie à Dornach, qu'il réussit à faire homologuer la totalité des processus et des changements - ce qui prendra du temps -, qu'il garantit la qualité et que les clients sont satisfaits, la stratégie de centralisation peut très bien se justifier. C'est le marché qui décide - donc le client.
Dans ce conflit, les deux parties se sont focalisées sur ce qui les opposait en oubliant les clients.
- Mais à Reconvilier, les employés se sont justement opposés au management pour garantir cette qualité Boillat à leurs clients...
- C'était leur intention, mais le résultat est que ces derniers ont été lourdement pénalisés! Dans ce conflit, les deux parties se sont focalisées sur ce qui les opposait en oubliant les clients. Ils ont oublié que la qualité, ce n'est pas seulement celle du produit. C'est aussi la qualité de l'image, du service, des délais de livraisons, etc. Le personnel a une part de responsabilité, mais la principale incombe au management, car c'est à lui, en priorité, de penser au bien de ses clients. C'est d'ailleurs le b.a.-ba du marketing, et il a été totalement négligé. Mais aujourd'hui, il faut faire abstraction du côté émotionnel qui s'est cristallisé sur cette fonderie et examiner la question en ne retenant que les questions de qualité et d'économie. Comme je viens de le dire, les problèmes de qualité peuvent se résoudre si on réussit à faire homologuer les produits. Quant à la rentabilité, c'est une question sine qua non pour la pérennité de toute entreprise.
- A la grande différence du protocole d'accord de 2004, vous proposez la création d'un groupe d'accompagnement. Considérez-vous cela comme une concession importante de Swissmetal?
- Oui, mais la plus importante concession est sans doute le réengagement du personnel, et surtout des cadres.
- Estimez-vous que Swissmetal a fait le bout de chemin que vous attendiez et que c'est au personnel de faire le reste?
- Dans un processus de médiation, chacun doit faire quelques pas en direction de l'autre, sinon il n'y a pas de compromis possible. Le but de la médiation, c'est que tous ces pas se rejoignent pour aboutir au but - à savoir sauver entre 200 et 250 places de travail sur le site de Reconvilier.
- Le protocole d'accord de 2004 parlait d'un directeur de site. Aujourd'hui, vous proposez un responsable de site. Quelle différence faites-vous?
C'est au management de penser en priorité à ses clients. C'est le b.a.-ba du marketing, et il a été totalement négligé.
- La situation a changé depuis l'accord de 2004. Les deux usines de Reconvilier et Dornach ont été intégrées dans un même noyau du point de vue de l'organisation, avec un directeur industriel qui chapeaute le tout. Mais suite à ce conflit, le personnel de Reconvilier a besoin - et a le droit - d'avoir une personne responsable du site. Mais dans son cahier des charges, celle-ci n'aura pas les mêmes compétences et responsabilités qu'un directeur, dans le domaine des investissements ou des changements de procédures par exemple. En revanche, elle s'occupera de tout ce qui concerne la gestion du personnel. En réalité, c'est une solution sur mesure, faite pour le personnel de Reconvilier.
- Pour restaurer la confiance, cette personne devra être agréée par le personnel. Swissmetal a indiqué que ce poste serait occupé par le responsable du finishing. Est-ce le bon profil pour occuper une telle fonction?
- Sans vouloir m'immiscer dans ce qui ressort des compétences du management, je dirais que pour occuper une telle fonction, il y a des qualités humaines et émotionnelles beaucoup plus importantes que les compétences techniques ou autres. Et pour que la Boillat puisse reprendre son rythme de croisière, il est essentiel que cette personne ait la confiance du personnel.
- Il faut donc que ce soit quelqu'un de la Boillat?
- Oui, il faut impérativement que cette personne travaille à 100% à Reconvilier. C'est une précondition déterminante. Cela dit, j'imagine aussi que cette personne pourrait venir de l'extérieur - si elle bénéficiait de la confiance du personnel.
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Actualisé le 19.11.06 par webmaster