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On connaissait Marie-Claude Pietragalla grande danseuse. On l'a découverte chorégraphe très inspirée. De toute beauté.Ce contenu a été publié le 11 novembre 2001 - 09:42
Une horloge en forme de lune plonge la scène dans l'exode rural de la fin du 19e siècle. L'ambiance musicale est chaleureusement celtique. Une très longue table en bois attend l'heure du festin.
Le bel automne de la Pietra
De chaque côté de la scène, gesticulent, comme des automates, une rangée de onze femmes en longue robe, et, en face d'elles, une rangée d'hommes vêtus d'un gilet et d'une chemise blanche.
De bourrées en farandoles, les onze danseurs font voltiger leurs danseuses sur des airs celtiques enjoués et une partition d'Arvo Pärt enivrante.
Assise et immobile comme une sublime madone, «la Pietra» ne se mêle à la danse que par intermittence, histoire de rappeler à son peuple son déracinement dans la Révolution industrielle.
Mais quand «la Pietra» se met à danser, il n'y a plus de comparaison possible. Au bras de son excellent partenaire, Julien Derouault, Marie-Claude Pietragalla envahit la scène telle une immense araignée noire.
C'est ainsi que, dans «Approximate sonata» de William Forsythe, Marie-Claude Pietragalla étend ses bras et ses jambes à l'infini, sur les accords plaqués du piano en suspension d'Orlando Soccavo.
Une incroyable danseuse
Ce n'est pas que les trois autres couples déméritent, bien au contraire, mais c'est que «la Pietra» est une extraterrestre de la danse. Un peu à l'image de Zidane en football. D'ailleurs, les deux artistes sont de Marseille!
Dans leur pas de deux, Pietragalla et Derouault époustouflent le public. «La Pietra» fait ce qu'elle veut de son corps. Chacun de ses membres dessine, à tour de rôle, une figure dans l'espace. Ici, elle trace une diagonale glissée sur le sol. Là, elle s'envole dans une arabesque.
Et ce que son corps a perdu en sex-appeal, il l'a gagné en grâce et sensualité. Le moindre de ses déplacements est envoûtant, ensorceleur.
Ainsi, autant «Fleurs d'automne» est une pièce qui respire la plénitude, autant «Approximate sonata» éveille un sentiment énigmatique. Car les mouvements amorcés ne s'achèvent jamais, ils s'interrompent pour une autre direction artistique.
Standing ovation pour la diva
Reste l'ouverture, très classique, du spectacle. Insignifiante et ennuyeuse dans son interprétation. D'ailleurs, on cherche encore «Le Miracle de la rencontre entre Balanchine et Stravinsky», dans ce décor bleu glacial et ces costumes rose bonbon.
Toujours est-il que ce n'est pas demain que Marie-Claude Pietragalla trouvera son égal. Lorsqu'on la voit, on comprend mieux les raisons qui l'ont poussée à licencier, à tours de bras, dans son institution.
De près, la belle Corse dévoile un visage à couper au couteau, qui laisse entrevoir sa démesure dans la recherche de la perfection. Vendredi et samedi soirs, le public genevois de l'Arena s'en est réjoui. Il s'est levé, comme un seul homme, pour acclamer la diva dans une «standing ovation».
Emmanuel Manzi
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