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Le film que vous allez visionner vous donne une très bonne information sur le développement, depuis les années 1920, des missiles V1 et V2.
Le résumé ci-dessous vous donne de bonnes coinnaissances concernant le missile A4 (V2).
Historique
Les V2 furent conçus à la station expérimentale de Peenemünde sous la direction technique de l'ingénieur allemand Wernher von Braun.
La lettre V, utilisée habituellement au sens de « Versuch » (« prototype ») signifie ici « Vergeltung », c'est-à-dire « représailles » ou « Vergeltungswaffe » « arme de représailles ». En effet, les V2 furent lancés en réponse aux bombardements alliés. Le V2 aurait pu être utilisé en 1944 en Sicile pour contrer la menace américaine. La mission a été annulée à cause du nombre de soldats italiens sur la zone.
Après l'échec des deux premiers tirs des 13 juin et 16 août 1942, le premier vol réussi d'un V2 (encore baptisé A 4 à cette période) eut lieu le 3 octobre 1942. En cette journée, alors que la situation devenait critique pour le programme, un 4e prototype modifié dans l'urgence parcourut une distance de 1926 km, effectuant une parabole dont l'apogée culminera à 85 km d'altitude.
Les V2 furent les premiers objets fabriqués par l'Homme à franchir la ligne de Kármán située à 100 km d'altitude et à atteindre l'espace. Durant la guerre l'altitude maximale atteinte fut de 174.6 km le 20 juin 19449. Cependant les V2 n'ont jamais quittés l'orbite terrestre. Cette réussite n'en reste pas moins un exploit, obtenu 40 ans seulement après les premiers vols d'un « plus lourd que l'air », c'est-à-dire un aéronef n'étant pas un ballon. L'allocution de Dornberger était prophétique puisque les acquis du programme V2 allaient permettre quelques années plus tard le développement de l'industrie spatiale américaine et soviétique, et l'exploration de la Lune.
Les V2 étaient fabriqués en série dans l'usine souterraine de Dora Mittelwerke et testés à Blizna. À partir de 1944, les V2 furent opérationnels en tant que missiles balistiques, mais ils n'apportèrent pas la supériorité escomptée par les Allemands dans la Seconde Guerre mondiale, du fait de leur imprécision (plusieurs kilomètres) et de leur relativement faible effet destructeur (seulement 750 kg d'explosif classique). En revanche, compte tenu de sa vitesse et de son altitude de vol, le V2 n'était vulnérable que pendant quelques secondes, lors de son décollage. Aucun ne put être intercepté.
Utilisation
Un premier tir avait été prévu le 6 septembre 1944, depuis le plateau des Tailles au lieu-dit Petites-Tailles dans l'Est de la Belgique, non loin de Saint-Vith 10, mais des ennuis techniques et l'avance des Alliés qui avaient franchi la Meuse contraignirent les Allemands à se rapprocher de leur frontière. Le premier V2 fut donc tiré le 8 septembre 1944 depuis Gouvy en Belgique en direction de Paris. En 5 minutes, il atteignit Maisons-Alfort, en banlieue parisienne, où il fit six morts et 36 blessés11 : « Paris venait d'avoir le redoutable privilège d'être la première cible d'un engin balistique militaire ». Plus tard le même jour, alors que la veille Duncan Sandys, président du « comité de lutte contre la bombe volante » britannique avait déclaré lors d'une conférence de presse que « exception faite de quelques derniers coups possibles, la bataille de Londres est terminée », le premier V2 tiré sur Londres tombait à Chiswick. Il faudra deux mois et deux cent explosions sur son sol avant que le gouvernement britannique ne communique sur l'attaque des V2 en cours. Le secret était d'autant plus facile à garder que contrairement aux V1 qui avaient un ronronnement caractéristique évoquant le moteur d'une motocyclette, les missiles arrivaient à une vitesse de Mach 3,5, supérieure à celle du son, c'est-à-dire dans un silence total. Les explosions pouvaient être imputées à toutes sortes de causes. Lors de la chute du premier V2 sur Londres, personne ne comprit sur le moment qu'il s'agissait d'une bombe. On crut à l'explosion d'un immeuble due au gaz jusqu'à la découverte des débris de la tuyère.
En tout, 4 000 engins furent construits pour être lancés vers le Royaume-Uni et Londres, dans des conditions très dures pour les prisonniers affectés à ces travaux forcés (usine souterraine de Dora). Les V2 tuèrent deux fois plus de déportés en Allemagne que de civils au Royaume-Uni.
Mis très tard en service, les V2 furent lancés depuis des sites que l'avance des troupes alliées imposa de déplacer plusieurs fois : aux Pays-Bas à partir de la région de Middelburg et surtout La Haye (permettant d'atteindre Londres) puis Rijs (région du Norfolk), Hellendorn et Dalsfem (vers la Belgique) ; en Belgique et en Rhénanie, des lancements eurent lieu depuis Saint-Vith et Mertzig vers Paris, puis des alentours de Coblence (Euskirchen et Hachenburg) vers le nord de la France et la Belgique. Les dernières batteries furent installées dans la région de Münster, visant Anvers et Liège.
Malgré les dégâts infligés aux infrastructures de fabrication et de lancement, 1 560 V2 furent lancés entre le 8 septembre et la fin de 1944, principalement vers Londres (450) et Anvers (920) (où 561 personnes furent tuées le 16 décembre 1944 par un V2 tombé sur le cinéma Rex), mais aussi vers Norwich (40), Liège (25), Paris (20) ainsi que vers Lille, Tourcoing, Arras, Maastricht, Hasselt, etc.
Les tirs de 1 500 autres V2 se poursuivirent jusqu'au 27 mars 1945, principalement depuis La Haye, et toujours vers Londres — cible civile principale des Allemands — et Anvers, ainsi que vers quelques cibles militaires. Les dernières fusées furent tirées vers le Kent.
Au total la région de Londres reçut 1 350 V2 et celle d'Anvers plus de 1 600, les victimes étant surtout civiles.
Bilan
Churchill a pu ironiser sur les faibles résultats tactiques du V2 : « À la place de Hitler, j'aurais fait fusiller l'ingénieur qui m'a fait construire une arme aussi coûteuse et aussi peu efficace ». En effet, le V2 était une arme pratiquement imparable (contrairement au V1), mais qui demandait une fabrication longue et complexe pour une charge de moins d'une tonne d'explosif et une précision médiocre.
« Hitler entendait que l'on en construise 900 par mois. Il était absurde de vouloir répondre aux flottes de bombardiers ennemies, qui en 1944 larguèrent en moyenne sur l'Allemagne 3 000 tonnes de bombes par jour pendant plusieurs mois à l'aide de 4 100 quadrimoteurs, par des représailles qui auraient propulsé tous les jours 24 tonnes d'explosifs au Royaume-Uni : la charge de bombes larguées par six forteresses volantes seulement»
Aucune cible militaire ou industrielle notable n'a été frappée par le V2. Son rôle a surtout été de propagande, pour entretenir les illusions du Führer et de l'opinion allemande, persuadés que les armes secrètes allaient retourner le sort de la guerre.
Échec tactique, c'est pourtant une brillante réussite technique : le V2 est directement à l'origine des missiles intercontinentaux, mais aussi du vol spatial et de la conquête de l'espace.
Postérité des V2
La technologie des V2 fut exploitée par les Alliés après la fin du conflit mondial. Aux États-Unis, des tirs d'essais de V2 furent réalisés depuis la base de lancement de White Sands au Nouveau-Mexique dès 1946 pour expédier des mouches dans l'espace afin de les exposer au rayonnement cosmique 18. Par ailleurs, les deux premiers lancements depuis Cap Canaveral en juillet 1950, furent faits avec des « Bumper », composés d'un V2 modifié surmonté d'une fusée WAC Corporal. Les fusées Bumper servaient pour des tests technologiques et pour l'étude de la haute atmosphère.
Les Soviétiques avaient hérité du site de Peenemünde et d'une partie des techniciens, transférés en Russie vers le centre d'études de l'île Gorodomlya. Selon Walter Albring, le rôle des savants allemands a été "faible ou nul" dans le programme spatial soviétique, mais plus important dans celui des fusées anti-aériennes.
Les Britanniques furent les premiers à procéder à des lancements de V2 après la Seconde Guerre mondiale. Initiée avec les Américains, l'opération Backfire dont le but principal était de « vérifier la procédure allemande de lancement des fusées à longue portée par des tirs réels », sera finalement totalement assumée par l'armée britannique. Les essais de V2 commencent le 1er octobre 1945 et s'achèvent par un quatrième tir le 15 octobre.
Enfin, les Français ont également réutilisé la technologie et les hommes du V220.