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Pour le 200 ème anniversaire de la naissance d'Alfred de Musset, né le 11décembre 1810, à Paris, on se souvient d'un enfant de son siècle, néanmoins perdu dans un siècle déjà hanté par un Victor Hugo omniprésent. Le poète "venu trop tard dans un monde trop vieux" selon sa propre formule qui laissait présager de l'état de désespoir et de quête exacerbée de ce poète génial. La " Confession d'un enfant du siècle" nous rappelle le poète indocile, l'amoureux éconduit par une George Sand si sûre d'elle, face au poète vacillant, transi d'amour, mal à l'aise dans un corset de bienséance trop étroit.
Sa relation avec Georges Sand sera ponctuée de déchirements, de retrouvailles, d'exacerbations amoureuses, d'amours malheureuses qui se termineront après un séjour terrible à Venise en 1833, où tour à tour malades, ils se soignent. Musset quasi mourant, Georges Sand parvient à force de nuits blanches aux côtés du médecin Pietro Pagello, à le guérir. Médecin qu'elle finira par fréquenter et avec qui, elle essayera de sauver un Musset en proie à des hallucinations, en lutte avec son double qu'il tentera même de tuer par un coup de feu dans la forêt de Fontainebleau, scène qui laissera une si forte impression chez Georges Sand.
Elle découvrira un être malade, souffrant , en proie à des compulsions, sujet à des hallucinations, elle voyait un être devant elle en lutte avec un double effarant qui portait à son paroxysme la relation au double, si angoissante, si déstabilisante. Après ce drame vénitien, naîtra l' oeuvre de Musset, Lorenzaccio, inspiré par sa relation avec la romancière, la femme de lettres aux amours dévastatrices - quelques années plus tard elle récidivera avec un Chopin tout aussi fragile, délicat et sensible - pièce de théâtre dans laquelle, on retrouve ces fantômes qui s'immiscent dans la réalité de tous les jours, qui partagent sa vie malgré lui et l' effraient et qui nourrissent nénamoins de façon étrange, surréaliste, cette prodigalité romanesque.
Une poésie jaillissante, un goût de l'éloquence, de l'exagération, de la surabondance, un romantisme qui se fond dans sa dévastation psychique et qui côtoie le monde de sa folie rendant tout si précaire, et qui fera qu'on le nommera le poète des midinettes ? Titre injuste et peu flatteur pour ce poète aux nerfs à vif, à la sensibilité à fleur de peau.
Un talent émoussé par une vie de débauches, d'alcool de dépravations de toutes sortes qui l'entraîneront dans une vie de larmes et d'amertume, de mélancolie profonde.
Le Perpétuel Chancelant a achevé sa vie, le 2 mai 1857. Les derniers souvenirs de sa gouvernante qui avait pour mission délicate de s'occuper du maître et qui cachée derrière le paravent l'observait, atterrée, se battre avec ses démons invisibles mais si présents dans sa vie. Souvenirs qui nous laissent une impression tragique d'un poète en prise avec ses doubles , qui sont parfois même lui vieillis, avec lesquels il dialoguait, dont les voix le perturbaient à n'importe quel moment du jour et de la nuit, contre qui il se battait, lutte inégale de l'ombre et de la lumière qui le transfigurait et qui le laissait chancelant, plongé dans une folie mélancolique, livré et seul face à ses démons.
Après son périple malheureux à Venise, il sera de passage à Genève le 5 avril 1834.