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Les bénéfices des statines sont-ils plus importants qu’on ne le pensait jusqu’ici ?
Les statines sont aujourd’hui très largement prescrites dans les pays industriels en tant qu’hypocholestérolémiants, une famille pharmaceutique qui a aussi démontré qu’elle pouvait réduire la mortalité à long terme chez les personnes à haut risque cardiovasculaire, notamment chez les diabétiques. Des études récentes suggèrent que les statines ou les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) amélioreraient le pronostic vital des malades hospitalisés pour une septicémie, une pneumonie communautaire, ou encore une infection des membres inférieurs liée au diabète, mais cet effet positif sur la survie ou sur la gravité de l’infection ne ressort toutefois pas d’autres études. «Or, la question est d’autant plus importante que les pneumonies communautaires et la grippe sont des pathologies fréquentes, et qu’elles constituent l’une des principales causes de mortalité infectieuse», soulignent les auteurs d’une nouvelle publication parue dans l’European respiratory journal (ERJ).1
L’équipe texane de l’Hôpital des vétérans et Centre des sciences de la santé de l’Université du Texas, dirigée par Eric Mortensen, a analysé rétrospectivement l’ensemble des dossiers d’une vaste cohorte de patients inscrits dans les registres du Département américain des anciens combattants. L’analyse a concerné des sujets de plus de 65 ans non porteurs du VIH, hospitalisés en l’an 2000 pour une pneumonie ou une grippe, et qui n’avaient pas été traités par chimiothérapie dans les trois mois précédents. Parmi les 8652 dossiers retenus, 18,1% concernaient des personnes qui suivaient un traitement par statines avant leur admission à l’hôpital, et 33,9% prenaient des IEC.
Eric Mortensen et son équipe ont ensuite étudié la mortalité de ces patients à 30 jours, des études ayant démontré qu’avec ce délai les décès observés sont davantage dus à la pneumopathie, ainsi qu’à d’autres facteurs de comorbidité. «Les résultats sont spectaculaires. Si, globalement, un patient sur dix de la cohorte est décédé dans les 30 jours suivant son admission, cette mortalité à un mois s’est révélée statistiquement bien inférieure chez ceux qui prenaient une statine, un IEC, ou les deux médicaments.»
Pour les patients qui étaient uniquement sous statines, la mortalité est déjà réduite de moitié. Et les résultats sont encore meilleurs chez les malades traités à la fois par une statine et un IEC. Le bénéfice des statines sur le pronostic vital semble plus important pour les tranches d’âge les plus élevées, au-delà de 85 ans. Quant aux patients ne recevant que des IEC, la baisse de mortalité est plus modeste, tout en restant statistiquement significative, si l’on exclut les décès liés à la grippe.
Selon les auteurs, cette forme de protection conférée par les statines et les IEC pourrait s’expliquer par leurs effets immunomodulateurs, et une réduction des cytokines systémiques qui peuvent être associées à un choc septique, ou un syndrome de détresse respiratoire aigu. Ces résultats doivent être confirmés par des essais randomisés en cours de planification. «Les statines ont déjà montré de grands bénéfices, notamment sur les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux, mais de nombreux patients ne suivent pas leur prescription en raison d’effets secondaires mineurs, observe Eric Mortensen. Compte tenu du bénéfice potentiel additionnel de ces médicaments démontré par notre étude, j’ai alors envie de dire à ces patients : si on vous prescrit une statine, essayez donc de la prendre, cela en vaut la peine !»