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Dérogeant à l'un des rares principes de mon blog, qui consiste à ne jamais citer qui que ce soit, je me vois obligé de rapporter l'une des phrases émises par Jacques Audiard juste après avoir reçu "sa" Palme d'or pour Dheepan des mains des frères Coen: "Je remercie Michael Haneke de ne pas avoir tourné cette année." Allusion maladroite au fait que le fils du regretté Michel Audiard voisinait chaque fois en compétition avec le cinéaste autrichien lorsque ce dernier remporta ses deux palmes. En 2009 pour Le Ruban blanc, année du formidable Un prophète (d'Audiard). Et en 2012 pour Amour, année du surfait De rouille et d'os (d'Audiard toujours). Maladroite, prétentieuse et d'une consternante muflerie, puisque la phrase sous-entend que le cinéaste se supposait de toute façon supérieur cette année à ses dix-huit concurrents. Dheepan est un très bon film, mais il ne méritait absolument pas la Palme d'or.
En revanche, Le Fils de Saul, incroyable premier long-métrage du jeune Hongrois Laszlo Nemes, l'aurait méritée. Il remporte le Grand Prix du Jury, et on ne peut hélas pas rembobiner le fil de la cérémonie pour espérer voir ces deux prix s'inverser. Ex-assistant de Béla Tarr, Nemes a par ailleurs justifié son choix d'avoir tourné en pellicule, la définissant comme l'âme du cinéma. Comme il a raison. Au diable le numérique, a-t-on envie d'ajouter, quitte à provoquer l'ire de ceux qui ne sont pas d'accord, ce dont je me fous éperdument.
Rien à dire sur le Prix de la mise en scène. Personne n'a vraiment compris ni cherché à comprendre The Assassin de Hou Hsiao-hsien (sauf en potassant le press-book du film au préalable), mais avec de telles images, ce n'était pas nécessaire. Le film est magnétique. J'en profite pour préciser ici que je ne donne aucun détail sur le contenu des films dans ce billet, vous pouvez pour cela consulter les précédents papiers de ce volet cannois de mon blog.
C'est la première fois de sa vie que Vincent Lindon reçoit un prix. C'est aussi l'une des premières choses qu'il a dites en venant chercher son prix d'interprétation masculine, si mérité pour La Loi du marché de Stéphane Brizé. Lindon est un immense acteur et l'un des plus grands en France.
Le Prix du jury a distingué l'étrange The Lobster, du Grec Yorgos Lanthimos. A ce stade, je présageais semblable audace pour la Palme, espérant secrètement mais sans trop y croire que le jury ferait triompher un cinéaste hongrois totalement inconnu trois semaines avant, mais non. Il a préféré le consensuel, le convenable, le mou, l'honorable ou, comble de l'horreur, le mainstream.
Emmanuelle Bercot, prix de la meilleure interprétation féminine pour Mon roi de Maïwenn! Comment dire? LOL
Rooney Mara, prix de la meilleure interprétation féminine ex-aequo pour Carol de Todd Haynes. Je veux bien, elle le mérite, et je m'en réjouis pour elle, mais... et Cate Blanchett? On lui a préféré Bercot dans le Maïwenn? Re-LOL
Prix du scénario pour Chronic de Michel Franco. Où l'on découvre qu'il y en avait un (de scénario). Je sais, c'est gratuit, mais ce prix frise la politesse et la contrition à deux balles.
Palme d'honneur à Agnès Varda. La cinéaste était parfaite et bouleversante.
Enfin, quelques lignes pour signaler que l'un de mes coups de coeur de la quinzaine, Hrutar (Rams, Béliers en français), petit film islandais de Grimur Hakonarson, a obtenu le Prix Un certain regard. Il y a des béliers partout, et c'est donc un bonheur.
A demain (car: non, ce n'est pas tout à fait fini).