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Le registre explicatif concernant la pauvreté oscille depuis longtemps entre deux causes : la première est à imputer aux caractéristiques personnelles, aux « accidents de parcours » et la seconde à la société. Ces deux registres se conjuguent sans s'opposer dans les discours publics sur l'aide sociale. Cette étude, basée sur l'analyse des discours des législateurs de deux cantons suisses ainsi que d'exécutifs communaux, de responsables administratifs mais aussi de bénéficiaires a pour but de comprendre la « confection contemporaine » de l'assistance publique.
Bien que les personnes interrogées s'accordent sur le fait que tout le monde puisse se retrouver à l'assistance, la rhétorique utilisée étant celle de l'exclusion posant le problème comme individuel, des catégories spécifiques d'assistés sont considérées comme plus touchées que d'autres. Pourtant, si des catégories sont plus concernées, cela signifie bien qu'il y a des causes sociales à la pauvreté.
Les familles monoparentales ainsi que les jeunes sont souvent cités comme surreprésentés à l'assistance publique et sources d'inquiétudes. Loin de considérer les variables de classes et de genre à l'Å“uvre dans ces phénomènes, ces discours cachent des implications normatives et idéologiques visant le maintien de l'ordre social par la famille et une jeunesse maîtrisée. Ce refus de considération des raisons structurelles de la pauvreté au profit de solutions individualisées, en plus de montrer une dépolitisation du discours sur l'aide sociale, montre une volonté de limiter les risques sociaux plutôt que de changer la société.
Résumé : Sarah Kiani.