Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07194.jsonl.gz/104

Yvan Bourgnon, vainqueur duavec son frère Laurent en 1997, est le premier navigateur à avoir fait le tour du monde dans un catamaran "à l'ancienne". En mer, il a fait le triste constat de tonnes de plastiques qui jonchent les océans.
"J'ai eu la chance de faire le tour du monde avec mes parents au début des années 1980. Les océans étaient parfaitement propres. Je reviens trente-cinq ans après avec un petit catamaran de sport de six mètres. En 2014, en longeant l'Indonésie, le Sri Lanka et les Maldives, je navigue au milieu des plastiques. En rentrant de ce tour du monde, je me dis qu'en trente ans, c'est nous, notre génération, qui avons contaminé ces océans: il faut agir".
Le marin décide de s'emparer de ce fléau et crée en 2016 l'association, d'abord en France, puis en Suisse. Elle comporte désormais trente salariés et un millier de bénévoles. Et comme étendard, un projet-phare: Le Manta, un immense catamaran de 70 mètres de long et presque 50 mètres de haut pour collecter ces plastiques, les recycler et les réutiliser.
Ce navire hors du commun a pour mission d'aller dans les zones de convergences: "Les estuaires des grands fleuves, là où les plastiques se concentrent, pour essayer de collecter un maximum de macro-déchets, avant qu'ils ne se dispersent dans les océans", indique Yvan Bourgnon.
>> Regarder une présentation du projet Manta par The SeaCleaners:
Un projet ambitieux
Le navigateur de 49 ans dit avoir inventé un Manta capable d'être autonome au niveau énergétique, avec "des éoliennes et une usine embarquée pour traiter le plastique directement sur place". Il ramassera 5 à 10'000 tonnes de plastiques par an. Yvan Bugnon annonce que ce bateau sera mis à l'eau dès 2024 et espère qu'il "pourra faire des petits".
Pour réaliser ce projet très coûteux – 35 millions d'euros, soit près de 38 millions de francs – l'association a déjà réuni en deux ans 17 millions d'euros grâce à des mécènes – des entreprises suisses, françaises, allemandes, mais aussi des philanthropes et des particuliers.
"Il nous reste deux ans pour concrétiser la totalité du budget et aller au bout du projet", indique Yvan Bourgnon. "Le projet technique est relativement abouti puisqu'on va déjà pouvoir consulter les chantiers navals potentiels dès cette année".
Agir en mer et à terre
La pollution plastique des océans va se multiplier par trois d'ici 2060 à cause, notamment de la production et de l'utilisation des plastiques à usage unique, une consommation à proscrire.
"SeaCleaner fait ses bateaux pour agir en mer, mais nous agissons aussi énormément à terre: dans la sensibilisation, l'éducation, dans le développement de technologies, comme la pyrolyse, pour les mettre à disposition des populations", souligne-t-il. "On essaie surtout d'agir en Afrique, en Asie, dans ces régions où il y a vraiment un vrai fléau, plus qu'en Europe".
Dans le grand Manta, il y aura aussi des petits Manta pour collecter dans les ports, les rivières et les fleuves: "Il s'agit de proposer plusieurs alternatives en fonction des besoins". Pour lui, éduquer et agir en amont ne suffit pas: "Aujourd'hui, si on ne ramassait pas les mégots dans les rues, ce serait une catastrophe. Demain, dans les océans, on n'aura pas le choix non plus que d'aller chercher ces déchets", déplore-t-il.
Yvan Bourgnon espère pouvoir fédérer les entreprises, les Etats, les particuliers: "Il faut se dire que, ensemble, on va essayer de trouver des solutions pour pouvoir financer ces collectes. A l'image de ce qu'on a fait dans l'humanitaire après la Seconde Guerre mondiale, les ONG auront aussi leur rôle à jouer dans certains pays par rapport au traitement du déchet, parce qu'on ne peut pas laisser ces montagnes de déchets s'agglutiner en Afrique et en Asie du Sud-Est. En espérant qu'un jour, les Etats et les politiques puissent prendre à bras-le-corps le problème".
La responsabilité des pays riches
Les pays occidentaux prennent la mesure du problème du plastique, mais ils faudrait également qu'ils s'engagent et aident les nations moins développées. "C'est tout de suite qu'il faut agir: essayer de mondialiser la question et avoir l'apport des pays riches pour aider ces pays. Quand on achète un ordinateur, dès la construction, ça génère 1,5 tonne de déchets qui se trouvent là-bas. C'est à nous de faire quelque chose pour qu'ils ne se retrouvent pas dans les océans et tuent des millions d'oiseaux et de mammifères marins", exhorte Yvan Bourgnon.
Selon l'expert, il flotte en ce moment dix millions de tonnes de plastique dans les océans. "En 2050, cela sera plutôt vingt ou trente millions", prédit-il.
Interview radio: Julien Bangerter
Adaptation web: Stéphanie Jaquet