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Le groupe de réflexion éthique et déontologique (GRED) a été créé lors de l'Assemblée générale de la Société Suisse d'Ethnologie (SSE) en 2008. S'interrogeant sur l'opportunité de doter la SSE d'une charte éthique et partant du principe selon lequel la question éthique reste étroitement liée au processus de recherche, le GRED a opté en faveur d'une prise de position publiée en 2010 dans Tsantsa 15 qui a été acceptée lors de l'Assemblée générale de la SSE, le 5 juin de la même année. Souhaitant prolonger le débat, le GRED a décidé de poursuivre ses activités en lançant un appel à contributions afin de publier des discussions de cas sur le site de la SSE. Partant d'exemples de recherche ciblés, ces discussions de cas ont pour but de présenter les enjeux éthiques tels qu'ils se sont présentés aux chercheur-e-s aux différents «moments» de leur recherche tout en développant une réflexion sur ce qui les a poussé-e-s à opter pour telle ou telle solution. En publiant ces discussions de cas, l'intention du GRED ne consiste pas à s'ériger en «contrôleur» ou «garant» d'une quelconque éthique de l'anthropologie. Elle est plutôt de documenter, dans un but pédagogique et réflexif, la place de l'éthique dans les différents «moments» de la recherche et de montrer comment l'éthique peut être intégrée concrètement à la réalité de chaque terrain.
Bifurcations biographiques entre conviction et responsabilité
Par Annick Madec, Université de Bretagne Occidentale
[Keywords]
Relation d'enquête, biographie, engagement, diffusion on-line, autocensure.
[Abstract]
Ecrire cette discussion de cas, en 2013, représente une nouvelle étape dans une recherche entamée en 1993. Les échanges avec la famille enquêtée ont commencé par une discussion autour de la quatrième de couverture de la traduction en français de l'ouvrage Les enfants de Sanchez où il était précisé qu'Oscar Lewis s'était servi d'un magnétophone dissimulé dans ses vêtements. La recherche visait à recueillir les témoignages croisés d'une famille vivant dans un quartier d'habitat social disqualifié. L'objectif commun aux enquêté·e·s et à la sociologue était de déconstruire les représentations sur les modes de vie dans ce type d'habitat. Pour parvenir à faire une biographie familiale qui intégrait vie privée et vie publique, la relation d'enquête devait nécessairement être une relation de confiance. Le contrat ne souffrait aucune dissimulation. Les enquêté·e·s étaient tous lecteurs/trices des différents témoignages, la sociologue s'était engagée à publier ses travaux après lecture des intéressé·e·s. Ce qui a été dissimulé dans les publications l'a été après une négociation entre toutes les parties.
Aller au-delà de l'alibi. Consentement à la recherche chez les personnes présentant une déficience intellectuelle
Par Geneviève Petitpierre, Université de Fribourg
Germaine Gremaud, Haute école de travail social et de la santé EESP Lausanne
Aline Veyre, Université de Fribourg
Ivo Bruni, Université de Fribourg
Cindy Diacquenod, Université de Fribourg
[Keywords]
Aptitude au consentement à la recherche, déficience intellectuelle, éthique, pédagogie spécialisée, protocole de recherche
[Abstract]
Le texte aborde le thème du recueil de consentement aupreès des personnes présentant une déficience intellectuelle (DI). Les recommandations actuelles s'accordent sur le fait que le consentement à la recherche d'une personne avec une DI doit être systématiquement sollicité. Le paradigme de pleine participation implique d'adapter la procédure aux caractéristiques des personnes concernées. L'article présente une procédure en plusieurs étapes combinant le recueil de consentement écrit du représentant légal, ainsi que le recueil de l'assentiment de la personne avec une DI au moyen d'un support adapté. Il montre que les personnes avec une DI utilisent la marge de manœuvre proposée lorsque les enjeux leur sont présentés sous une forme accessible. Une procédure adaptée ne suffit cependant pas à lever tout dilemme éthique. Elle ne résout pas le paradoxe de devoir faire dépendre la participation de la personne avec une DI de l'accord préalable de son représentant légal. Si cet article répond à un certain nombre de questions, il en soulève d'autres.
Going under cover?
Ethics, transparency and witnessing in researching institutions
By Anne Lavanchy, University of Edinburgh
[Keywords]
Fieldwork, Transparency, Ethics, Witnessing, Marriage, Institutions
[Abstract]
This paper discusses transparency as an ethical challenge in regard to a particular fieldwork moment, the invitation to a hearing by Swiss registrars. Such an invitation constituted a significant gesture of conducting fieldwork in registry institutions: due to their form (confidentiality), the context (controversies) and what is at stake (assessing the genuineness of affianceds’ relationships), hearings are emblematic activities of the civil registry’s new duty of tracking down “suspicious unions”. The invitation challenged my commitment to transparency as the implication for me was that I had to work under cover, attending the hearing not as an anthropologist but as a registrar-to-be.
The ethical puzzle which I faced has grown from the tension between an ethical commitment to transparency towards research partners and the fact that I was keen to gain access to a secluded space that I considered a desirable space of investigation regarding the purposes of my research. This leads me to address the following questions: What was at stake during the hearing? What were the consequences of an undercover presence at it? Why was it a desirable space of research? Reflecting upon this experience, I show how the ethical puzzle makes manifest the presence of conflicting interests: mine as researcher committed to an ethical practice of anthropology, but also those of the research participants, which were, in this case, split into two antagonistic groups: the registrars and the fiancés summoned to the hearing.
Anthropological Research – Financed by Whom?
By Stefan Leins, University of Zürich
[Keywords]
Private Grant Giving, Politics of Grant Giving, Ethnography in Corporations, Anthropology of Finance
[Abstract]
The financing of research is an important, but little debated topic within anthropology. Since most Swiss anthropologists are funded by the public, conflicting interests resulting from divergences between a sponsor’s interests and a researcher’s results have hardly been discussed. With the emergence of a number of private sector research grants in social sciences, the questions of how research is funded and whether there might be ethical issues attached to it have now become more obvious. As an anthropologist whose fieldwork is financed by a for-profit institution, I would like to stimulate a debate on the ethical dimensions of financed anthropological research. Based on my personal experiences, I will argue that private grants are sometimes necessary for researchers to access new research arenas such as financial markets or corporations. I will, however, also show that being funded by a for-profit institution can cause moral and methodological trouble for a researcher. To cope with these issues, I will suggest that all anthropologists, including the ones that are getting money from the state, should reflect more actively on their financial resources in order help colleagues, peers and readers understand the financial embedment of their research projects.