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Derrière les Wetterhörner, hantés par la légendaire «dame du Gauli» Courses à skis autour de la Gaulihütte
Tandis que d' autres régions souffrent du manque de neige, les conditions dans la cuvette du Gauli sont optimales jusqu' au printemps. La Gaulihütte fait flancher les cœurs. Très accueillante, elle est entourée de sommets qui pourraient retenir les skieurs durant plus d' une semaine.
Quelques années après la construction de l' annexe de 1978, des panneaux solaires furent mis en place pour l' éclairage et l' alimentation de l' installation téléphonique sans fil. En 1987, la section se lança, en collaboration avec l' Office fédéral de l' environnement, dans un projet pilote visant la construction de toilettes non polluantes qui fit parler de lui. Ces toilettes sèches basées sur le principe de la décomposition ( déjections recouvertes de copeaux ) font leurs preuves jourd' hui encore.
Ce n' est que récemment que l' histoire de la Gaulihütte a connu des pages plus sombres. Toni Kehrli, qui en reprit le gardiennage au printemps 2007 après le départ de Reto Schild, fut victime en août 2008 d' une avalanche de glace au Mont-Blanc. Son amie Susanne Brand n' a cependant pas déposé les plaques et assure désormais le gardiennage avec Elsbeth Kehrli, la mère de Toni.
Ernst Burger, l' ancien préposé à la cabane, se promène souvent seul en été dans le Gauli, tantôt pour effectuer quelques travaux mineurs sur le chemin d' accès à la cabane, tantôt pour jeter un œil sur cette dernière. S' il s' y rend, c' est aussi parce qu' il rêve en cachette de rencontrer un jour la « Gauliwiibli », la dame du Gauli, dont tous les locaux connaissent la légende, transmise en diverses versions. Une jeune bergère possédait une alpe dans le Gauli. On dit de cette femme obstinée et grincheuse que du poil lui poussait sur les dents, qu' elle ne prêtait jamais rien à personne et qu' elle chassait en les couvrant d' insultes tous ceux qui osaient s' approcher de sa cabane. Cependant, un jeune homme s' éprit d' elle et ce fut réciproque. Ils se marièrent. Un beau jour, un ami du jeune homme osa s' approcher de leur logis en quête d' un peu de lait, car il mourait de faim et de soif. Il se vit renvoyé ignominieusement. Osant un juron, il tomba raide mort. C' est alors qu' une terrible tempête déferla sur l' alpe verdoyante, qui se vit couvrir d' un glacier, le Gauligletscher.
Dans une autre version de la légende, il est question d' une guérisseuse qui n' avait connu que l' échec au temps où la peste faisait rage, ce qui lui valut d' être bannie par la population et consignée au Gauli jusqu' à l' automne. Cependant, elle ne revint pas au moment convenu, et disparut à jamais. Plus tard, des locaux l' auraient aperçue à quelques reprises. Parfois même, certains auraient entendu ses lamentations et le son des cloches de son troupeau remontant des entrailles du glacier. A-t-elle jamais trouvé le repos?
C' est l' heure du souper. Susanne Brand invite ses hôtes à se mettre à table et la terrasse se vide en quelques instants. Quatre couverts restent libres. Les hôtes annoncés ne sont pas en vue. Enfin, tandis que la pénombre s' installe petit à petit, quatre visages exténués font leur apparition. Ils ont mal evalué la longueur de la montée par l' Oberi Bächli-Licken, ce qui arrive souvent, même à ceux qui s' estiment bien entraînés. Il est plus sage de passer une nuit à la Bächlitalhütte, située à mi-chemin, ce qui permet d' ajou des sommets au programme: l' Alpli le premier jour et le Hubelhorn, avec l' une des plus belles descentes sur le Gauli, le deuxième jour.
Pour qui prend le temps de fouiner dans la petite bibliothèque de la Gaulihütte, il y a de quoi tomber sur des lectures intéressantes. On peut lire par exemple qu' en novembre 1946, la partie supérieure du Gauligletscher fut la scène d' un accident qui déclencha une opération de secours spectaculaire. Un avion américain de type Dakota sortit de sa trajectoire en raison d' un épais brouillard avant de s' écraser au pied de la paroi sud du Rosenhorn. Cinq jours et cinq nuits s' écoulèrent avant que ses douze occupants soient découverts et sauvés des griffes d' un froid glacial. Dans un premier temps, on envoya un groupe de guides de montagne du Haslital équipés de traîneaux, mais cette première tentative échoua, car il était trop dangereux d' acheminer les malheureux dans la vallée de cette manière. Seul un sauvetage par les airs semblait approprié. Pour la première fois dans l' histoire du sauvetage, deux avions de type Fieseler Storch équipés de skis furent engagés. Neuf vols furent nécessaires pour récupérer les accidentés. Mis à part des gelures, l' aven se termina bien pour les personnes impliquées. Avec ce premier sauvetage en montagne de l' histoire de l' aviation, la première pierre d' un édifice qui allait encore voir s' opérer de nombreux sauvetages de ce type était posée.
Le lendemain aux aurores, nous nous mettons en route pour l' Ankenbälli, un classique dans la couronne encerclant la cuvette du Gauli. Alors que nous traversons la surface plane du Gauligletscher encore baignée d' ombre, les pointes des sommets alentours se parent d' un rouge flamboyant. Bientôt, une lumière éblouissante glisse vers nous mètre après mètre, nous plongeant dans ses rayons chargés d' une chaleur bienvenue. L' as raide qui suit fait le reste et la sueur ne tarde pas à sortir des pores de la peau. Les pensées vont et viennent au rythme des pas du skieur. Le regard vagabonde sur la mer de sommets jusqu' aux Alpes uranaises, tessinoises et valaisannes. Seul un dernier ressaut avant le sommet nous prive encore d' un panorama à 360°. La vue plongeante de l' Ankenbälli en direction de Grindelwald laisse sans voix. L' Eiger a l' air minuscule à côté du mur rocheux formé du Schreckhorn et du Lauteraarhorn, que seule une étroite vallée glaciaire sépare de l' Anken. La pause sera courte afin de ne pas prendre le risque de se lancer dans une descente rendue dangereuse par un rayonnement solaire toujours plus intense. Une poudre des plus fines nous offre quelques instants de danse exquis. Un peu plus bas cependant, dans la neige croûtée, seuls les bons skieurs s' en tirent bien. Pour qui ne maîtrise pas la technique, chaque virage devient un véritable tour de force. Je préfère me garder de tout commentaire au sujet de mes traces maladroites. Le plaisir revient avec le gros sel qui nous attend plus bas, plaisir qui se poursuit avec un bain de soleil réparateur sur la terrasse de la Gaulihütte.