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April 29, 2008
Dans la première édition de sa série «Blogging the Qur’an» sur Hot Air (reproduite sur Jihad Watch), Robert Spencer écrit qu’il ne «pense pas que les textes religieux sont infiniment malléables et peuvent être interprétés au point de signifier tout ce que le lecteur souhaite les voir exprimer, comme semblent le croire certains (…)»
Cela fait immédiatement penser, par contraste, à l’opinion de Daniel Pipes selon laquelle «l’Islam peut être tout ce que les Musulmans souhaitent en faire».
L’une de ces opinions est beaucoup plus sensée que l’autre.
Je me sens appelé à creuser cette question, car il se trouve que je partage à la fois l’avis de Robert Spencer (les textes islamiques ne sont pas interprétables d’une manière pacifique) et celui de Daniel Pipes (les Musulmans peuvent décider librement de ce qu’est l’Islam).
D’abord, l’un parle des textes et l’autre de l’Islam. La différence est importante: même si les textes islamiques sont irrécupérables car trop débordants de haine et trop exempts d’arguments honnêtes en faveur d’une réconciliation (avec les non-Musulmans), il n’est pas exclu que les Musulmans choisissent d’en faire abstraction et de redéfinir leurs valeurs sur d’autres bases. Certains diront que ce ne serait plus l’Islam, mais que vaudrait une telle objection devant un fait accompli? Cette simple possibilité justifie à elle seule qu’on évite toute déclaration définitive à cet égard, car elle constitue sans doute l’issue la plus souhaitable. Et cette attitude permet de mettre indéfiniment l’accent sur les difficultés de la tâche sans pour autant verser soi-même dans le discours haineux.
D’autre part, même au-delà des termes et même si l’on veut croire que la religion islamique n’est décidément qu’un trou de honte creusé et entretenu de tout temps par des tortionnaires inspirés d’inculture tribale médiévale et que ses victimes, devenues consentantes par un asservissant mélange de lâcheté et d’esprit de sacrifice, préfèrent cacher au prix des pires mensonges et de la répétition des pires erreurs de leur histoire plutôt que de révéler leur infâme impuissance devant le mal, il peut être judicieux de laisser aux uns comme aux autres, ou à leurs descendants, autant que faire se peut, la possibilité de réparer cette ignominie par leurs propres moyens. Même si l’on ne parvient pas (encore) à y croire soi-même. La condition sine qua non de ce choix étant bien sûr de prioriser la protection des non-Musulmans contre l’influence de l’Islam.
Mais surtout, il est (presque) toujours de mauvaise politique de braquer un débat sur une impossibilité que la grande majorité des participants ne sont pas en mesure d’apprécier, d’évaluer. Pour être capable de poser une opinion éclairée sur la question, il faut avoir lu au moins tout le Coran, plusieurs fois, et une grande partie des textes qui l’accompagnent dans la conscience religieuse musulmane, sans oublier les principales approches non sacrées sur le sujet. Il est illusoire d’espérer que ce sera un jour le cas d’une majorité des gens ou des décideurs. Il faut même espérer ardemment que tant d’efforts si peu productifs ne seront jamais nécessaires. Il vaut donc mieux, si l’on veut vraiment participer à un effort durable et susceptible de mener le problème jusqu’à sa solution, adopter un discours qui permette de réunir un consensus raisonnable sans exiger préalablement la diffusion à grande échelle d’une opinion à tel point informée et consolidée.
C’est pourquoi je suis de l’avis de Daniel Pipes: les Musulmans peuvent fort bien réformer leur vision de leur religion. S’ils se mettent d’accord. Les chances sont faibles, mais elles existent. J’ai même imaginé une structure qui écarterait les principales difficultés du débat et qui optimiserait la progression vers un tel consensus (mais c’est une autre histoire).
Et c’est pourquoi je suis aussi de ceux qui critiquent la religion islamique dans le même esprit que Robert Spencer et Hugh Fitzgerald, c’est-à-dire comme un corps de pensées que l’Occident doit absolument rejeter en totalité, au moins aussi longtemps que sa réforme ne sera pas achevée. Et il n’y a là pas la moindre contradiction.
J’ajouterai que si je préconise d’interdire l’Islam, en m’appuyant sur les particularités de la situation législative helvétique, ce qui peut en revanche aisément paraître contradictoire avec ma position ci-dessus, c’est pourtant dans ce même esprit, exactement. Si la Suisse, petit pays tranquille et sans problème musulman encore vraiment douloureux, parvient à tenir un débat national et surtout populaire sur les bonnes raisons d’éliminer une religion du domaine public occidental, le monde en général aura franchi un pas de géant vers la solution souhaitable esquissée plus haut.