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"Le Combat ordinaire", BD tout sauf ordinaire
"Le Combat ordinaire", c'est donc fini, avec quatre tomes et
autant de succès. Après un premier tome aussi intitulé "Le Combat
ordinaire", Manu Larcenet a sorti "Les quantités négligeables", "Ce
qui est précieux" et maintenant donc "Planter des clous".
Comme lors des premiers tomes, le héros est Marco, un
photographe qui cherche un sens à donner à sa vie et qui multiplie
les séances chez le psy pour tenter d'arrêter ses terribles
cauchemars. Après avoir migré à la campagne pour y voir plus clair,
il demeure toujours aussi angoissé et névrosé, mais toujours aussi
drôle.
Auteur engagé
Manu est entouré par la jolie vétérinaire Emilie, qui finira par
devenir sa compagne après de multiples revirements, par son chat
caractériel et étrangement nommé Adolf et par un voisin au passé
chargé. Il passe aussi de temps à autre rendre visite à Georges,
son frère déjanté et amateur de joints, à sa maman un brin
envahissante et à son père qui perd la mémoire.
Cet ultime tome est toujours aussi engagé et politique.
L'auteur-dessinateur ne se gêne pas pour donner son avis sur des
sujets aussi difficiles que la dernière présidentielle française,
l'immigration, la délinquance ou les délocalisations. Et le lecteur
passe sans transition de la polémique d'actualité à l'enthousiasme
potache, de l'humour grinçant ou franc à des déclarations
touchantes et mélancoliques.
Et quand le scénariste devient sérieux, le dessinateur suit
immédiatement le ton, adoptant des couleurs plus sombres, avec la
complicité du coloriste Patrice Larcenet, le frère de l'auteur. A
l'inverse, quand Marco se trouve dans le cadre apaisant de sa
famille, le dessin devient brillant et multicolore.
Et philosophe
Et, par moments, Larcenet s'essaie même à philosopher, de
manière légère ou non: "Ma mère elle dit: 'Ce n'est pas le chemin
qui est difficile, c'est le difficile qui est chemin'. En même
temps, ma mère elle dit beaucoup de conneries"...
Après s'être penché sur la solitude désabusé et l'apprivoisement
de la vie à deux dans le premier tome, sur le rejet au travail et
le déclin d'un être cher dans le deuxième et sur la mort d'un
proche et la naissance d'un autre dans le troisième, Manu Larcenet
continue sa fresque sur la vie, le quotidien et ses problèmes en
s'intéressant à la paternité et aux répercussions de certaines
décisions économiques.
Dans "Planter des clous", Marco est devenu papa et doit faire face
aux lourds problèmes de l'éducation. Et de nouvelles crises
d'angoisse ne peuvent manquer de survenir. Mais aussi un sourire
béat d'avoir pu "fabriquer nous-mêmes la personne qui nous est la
plus chère au monde. Ca c'est de l'autogestion". Et le photographe
doit aussi couvrir la fermeture d'un chantier dans lequel son père
et certains de ses amis ont travaillé. Une nouvelle déchirure.
Pour allécher...
Combien d'entre nous
ont assez de culture pour comprendre pourquoi ils votent Pour terminer cette évocation du
Combat ordinaire, un passage de Larcenet qui résume l'esprit du
bougre et qui donnera peut-être l'envie de s'y plonger: "Conduire
sur les autoroutes m'a longtemps fait très peur. En fait, j'étais
totalement incapable: je voyageais par les nationales où j'étais
curieusement à l'aise. J'en ai beaucoup parlé au psy, parce que je
ne comprenais pas pourquoi j'avais tellement peur, et aussi parce
que c'était un vrai handicap, pour le boulot et pour la vie en
général."
Et ça continue, sur quelque bulles: "Il m'a dit qu'à bien y
regarder, une voiture avait de nombreux points communs avec un
cercueil, que foncer à des vitesses pas naturelles sur une route où
on ne sait rien des gens qui pilotent d'autres cercueils donnait à
réfléchir. Et que, dans ces conditions, il lui paraissait plutôt
légitime d'avoir peur. Depuis, je n'ai plus peur. C'est rigolo, la
psychanalyse... "
Alors, séduit?
swisstxt/Frédéric Boillat
Publié le 30 décembre 2008 à 16:59 - Modifié le 28 juin 2010 à 13:49
Qui est Manu Larcenet?
Le scénariste-dessinateur du "Combat ordinaire" a étudié le graphisme au lycée de Sèvres, puis a fréquente l'école des arts appliqués.
Il publie ses premiers dessins en 1994 le magazine "Fluide glacial" et continue à le faire pendant plus de 10 ans.
En 1996, son premier album "Soyons fous" est édité.
Depuis, les albums s'enchaînent à un rythme très soutenu.
En 2001, le dessinateur reçoit le Prix BD humour du Festival de Sierre pour le tome 3 de "La vie est courte".
En 2003, le premier tome du "Combat ordinaire" obtient le prix du meilleur album au Festival d'Angoulême 2004. C'est la véritable consécration.
Le 2e tome de la série, "Les quantités négligeables", a reçu le Prix du Jury oecuménique de la bande dessinée en 2005 et le Prix Tournesol 2005.
Le 3e tome, "Ce qui est précieux", a décroché le Prix International de la Ville de Genève pour la bande dessinée en 2006.
Ses principales oeuvres
Excepté "Le Combat ordinaire", la série la plus connue est sans doute "Le retour à la Terre", qui narre l'installation à la campagne d'un dessinateur, de sa femme et de son chat mélancolique et leur rencontre avec la population locale, en premier lieu l'étrange et terrifiante Madame Mortemont.
Avec ses compères Sfar et Trondheim, Larcenet a aussi participé à la série "Donjon Parade".
Larcenet est également connu pour ses séries "Les Entremondes", "Les Cosmonautes du futur" et "Nik Oumouk".
Il s'essaie aussi à revisiter la vie d'hommes célèbres dans "Une aventure rocambolesque de..." Pour l'heure, Sigmund Freud, Vincent Van Gogh , Attila et Robin des Bois sont passés à la casserole.
Enfin, en vrac, Larcenet est l'auteur de "Soyons Fous", "La vie est courte", "Bill Baroud" et "Pedro le Coati".
Pour relever son sens de la formule, il faut encore mentionner "Les Superhéros injustement méconnus", "Les pénibles aventures de Critixman le superhéros super suffisant" ou encore "De mon chien comme preuve irréfutable de l'inexistence d'un dieu omniprésent".