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Depuis les années trente du siècle passé, les politiques d’aménagement du territoire tentent, avec plus ou moins de succès (plutôt moins !) et de conviction (plutôt plus !), d’appliquer les principes fondateurs d’égalité et de solidarité confédérale ; principes perpétuellement battus en brèche par une polarisation continue, incessante, des activités dans les grands centres urbains. Le nombre de ces centres diminue, beaucoup stagnent, mais les autres attirent de plus en plus.
Ces principes, dits de base, sont toujours remis sur l’ouvrage, car si la majorité des Suisses habitent un centre urbain, ceux-ci font encore peur et il est toujours d’actualité de déclarer que les Suisses n’aiment pas leurs villes. Depuis trois-quarts de siècle, les autorités tentent, à contre-courant, d’imposer un compromis territorial qu’elles veulent solidaire et égalitaire, mais qui, aussitôt mis en place, commence à se déliter.
Il y a septante ans, Armin Meili, l’un des protagonistes des débuts de l’aménagement du territoire en Suisse, élabore le concept de «weit dezentralisierte Grosstadt Schweiz» (grande ville suisse largement décentralisée). Après la Seconde Guerre mondiale, Hans Carol et Max Werner reprennent ses thèses dans StŠdte wie wir sie wünschen (Les villes comme nous les voulons, 1949). Cette idée de décentralisation concentrée va subsister jusqu’à aujourd’hui.
La réalité et les principes
En effet, l’Office du développement territorial, dans son Rapport 2005 sur le développement territorial, examine quatre scénarios. Le premier est tendanciel : une Suisse des métropoles ; le deuxième est tourné vers le déclin urbain : dispersion et éclatement ; le troisième dessine un réseau de villes : une Suisse urbaine polycentriste ; et le dernier préconise une solidarité territoriale : une Suisse des régions. Puis il en tente la synthèse : cinq aires métropolitaines – Zurich, Bâle, Berne avec Bienne et Fribourg, Genève et Lausanne, Lugano – entourent autant d’agglomérations. Chaque aire possède une ville-centre sauf, curieusement, Genève-Lausanne, où il y en a deux. Ces aires correspondent via un réseau stratégique de villes appelées agglomérations-centres : Neuchâtel, Bienne, Olten, Aarau, etc. Le projet est complété par un essaim de centres touristiques et de centres ruraux. Mais est-il vraiment utile de réaffirmer sans cesse une position ultradéfensive et volontariste ? La question est d’autant plus justifiée après la longue crise des années nonante et au vu du nouveau modèle de développement économique et social qui se met en place. La propension à négocier ne caractérise pas les dirigeants économiques et la recherche de la proximité des grands centres de décisions et de communications tient lieu de principe d’aménagement du territoire.
Dès lors ne faudrait-il pas privilégier une politique territoriale qui tienne mieux compte de la réalité et vise à en limiter les effets les plus en contradiction avec les principes que l’on dit (et écrit) vouloir défendre ? Par exemple en projetant une hiérarchie du territoire et des villes avec leurs régions, y compris, Europe oblige, les interfaces transfrontalières. Une métropole, ville-mère, Zurich, des grandes villes, villes-sœurs, Bâle et Genève, et des villes moyennes et petites. Ce serait sans doute plus efficace en matière de développement durable que devoir reculer sans cesse et sans l’avouer devant la progression de la tendance. dm