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A une forte majorité, le peuple suisse vient de renoncer au subventionnement
intégral du blé.
Fin d’un long processus pour parvenir à l’abolition du régime céréalier.
Soucieux d’assurer l’approvisionnement du pays en céréales panifiables, le peuple et les cantons inscrivaient, le 3 mars 1929, le régime du blé dans la Constitution fédérale. Régime ultraprotectionniste, avec, entre autres mesures, le subventionnement des cultivateurs et des meuniers ainsi que la prise en charge intégrale de la production à un prix fixé d’année en année et longtemps fort rémunérateur.
Ces dernières années, tandis que les problèmes d’approvisionnement perdaient de leur acuité et que la concurrence internationale se faisait plus vive, le régime du blé devenait de plus en plus intenable dans toute sa rigueur. D’où une abolition par étapes, en quatre votations successives : les citoyens ont augmenté le prix du pain le 30 novembre 1980, puis ils ont supprimé l’aide aux producteurs de blé cultivant le blé pour leurs propres besoins le 9 juin 1985, et la réduction du prix du blé indigène financée par les droits de douane le 25 septembre 1994. Enfin, le 29 novembre dernier, le peuple et les cantons ont, à une majorité jamais atteinte sur cet objet, abrogé le régime du blé, céréale panifiable dont la valeur de nourriture-symbole a manifestement disparu des esprits. La boucle est ainsi bouclée. Après une soixantaine de bons et loyaux services à la cause de l’autarcie économique du pays, le régime du blé s’efface devant Agriculture 2002, laquelle s’adapte à la mondialisation des marchés céréaliers : les petits meuniers ont disparu, les marchands de grains se concentrent, les prix du blé à la production ont diminué de 19 % entre 1994 et 1997, l’agriculture suisse poursuit sa restructuration, plus forte et profonde que dans toute autre branche économique. Les paysans ont de quoi retenir leur souffle (DP 1366) : Et les citoyens s’apprêtent à renoncer aux continuelles consultations populaires sur les grands thèmes de la politique agricole, après les votations décisives du 12 mars 1995 (article constitutionnel sur l’agriculture), du 9 juin 1996 (initiative populaire Paysans et consommateurs) et du 27 septembre 1998 (initiative dite Baumann/Denner). La démocratie semi-directe qui nous est chère ne souffrira pas de se reposer du côté des champs et des fermes, après que le souverain, à l’instar des Chambres fédérales, leur a consacré une attention extraordinaire, continuellement sollicitée par un secteur longtemps sous perfusion.
Désormais, les choses rentrent dans l’ordre des choses et des marchés, européens d’abord et aussi mondiaux. Dur dur certes, mais bien manœuvré, à la suisse, avec un doux mélange d’économie et d’écologie. yj