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Au cœur de la Suisse, un bateau battant pavillon à l'effigie de Che Guevara? Ils ont osé.
L'année écoulée a été marquée par Expo.02. Album-souvenir en 12 images étonnantes.
Pas assez de drapeaux suisses sur les arteplages, avait constaté la Suisse bien pensante, et donc certains politiques, aux premiers jours d'Expo.02
Alors les responsables s'étaient exécutés, avaient ajouté une croix fédérale de-ci, une autre de-là, et surtout, avaient assaisonné le propos à leur sauce en allant récupérer plein de vieux torchons élimés aux quatre coins du pays pour les exposer à Bienne. A gamin, gamin et demi.
D'aucuns s'étaient donc offusqués de l'absence d'étendards rouges et blancs. Mais je ne me souviens pas avoir entendu la moindre protestation quant au pavillon cheguevaresque qu'a arboré l'AMJ, l'arteplage mobile du Jura.
«A l'angle de Colón et de la 25e rue»
«C'était le 5 mars 1960. La veille, on avait entendu une explosion énorme dans toute la ville: un bateau français qui amenait des armes avait été saboté dans le port de La Havane. Il y a eu 136 morts. Fidel a convoqué son peuple et il a prononcé un discours à l'angle de Colón et de la 25e rue, à 150 mètres de l'entrée du cimetière.»
«Historiquement, c'est la première fois qu'il a dit: 'La patrie ou la mort.' Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir étaient présents. A un moment donné, le Che est apparu à la tribune, deux ou trois minutes, et il a regardé au loin la marée humaine. J'ai juste eu le temps de faire deux photos au 90 mm, une en largeur, une en hauteur. Puis il est reparti.»
Voilà ce que racontait le photographe Alberto Korda, peu de temps avant sa mort, à notre confrère Arnaud Bédat, de l'Illustré.
Depuis, la photo de Korda, «El Guerrillero heróico», a eu la destinée que l'on sait. Débarrassée de ses gris, le portrait en noir et blanc est devenue une icône du 20ème siècle. Posterisé, T-shirtisé, Ernesto Guevara s'affiche comme l'éternel visage de la rébellion.
Le cerveau du monstre
«Non tu ne dois pas partir pour Cuba, tu dois rester ici, dans le cerveau du monstre, parce que c'est là que tu est né», aurait dit le Che, de passage à Genève, à Jean Ziegler, qui rêvait alors d'aller faire exploser ses idées ailleurs. Le sociologue, manifestement, écouta le guerillero.
Mais voilà, les années ont passé. L'image du 'Comandante' flottant dans le ciel helvétique n'a choqué personne. Est-ce parce que la barbe de Fidel Castro a grisonné et que le statut d'«icône» a vidé le souvenir de Che Guevara de son contenu? Ou plutôt parce qu'aujourd'hui, le «monstre» se sait - se croit - intouchable?
swissinfo/Bernard Léchot