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Il est le premier évêque catholique aux États-Unis, élu par le clergé local en 1789 et confirmé peu après par le pape Pie VI. Ordonné évêque en 1790, chargé du diocèse de Baltimore, il fut l’architecte de l’intégration des catholiques à la nouvelle nation américaine. Il décède le 3 décembre 1815. L’historien Jean-Blaise Fellay sj nous en dit plus sur ce fils d’immigrés irlandais entré dans la Compagnie de Jésus en 1753 qui contribua efficacement à la liberté religieuse et à l’ouverture démocratique de son pays.
John Carroll naît le 8 janvier 1735 à Marlboro, dans le Maryland. Il est envoyé pour ses études en France dans le célèbre collège jésuite de Saint-Omer. Cette école était destinée à la formation des Anglais de confession catholique. En effet, depuis le décret de 1581 d’Elizabeth I, la conversion au catholicisme était punie de mort pour haute trahison. Plusieurs élèves de Saint-Omer subiront la peine capitale. John Carroll entre dans la Compagnie de Jésus à l’âge de 19 ans. Ordonné prêtre en Belgique en 1769, il reste en Europe et se consacre à la pastorale des Anglais en exil.
En 1773, l’Ordre des jésuites est supprimé par décision pontificale. Expulsé de Belgique, il rentre aux États-Unis où il s’engage comme prêtre séculier en paroisse. Son cousin Charles Carroll de Carrollton, ancien élève de Saint-Omer également, est devenu une figure politique du Maryland. Partisan de la séparation d’avec l’Angleterre, il doit demeurer dans l’anonymat, car en vertu du droit anglais toujours en vigueur dans les colonies, toute activité politique lui est interdite et il ne peut exercer la profession de juriste. Il participe cependant à la Convention des Hommes libres du Maryland, et soutient la rébellion de Boston en 1774. Avec Benjamin Franklin, il est chargé d’une mission auprès du Canada pour obtenir l’aide des voisins nordiques dans leur combat pour l’indépendance. John Carroll fait partie de l’ambassade. Elle n’obtient pas le succès escompté mais les Carroll sont directement engagés dans la création du premier gouvernement des États-Unis. Charles est élu au Sénat du Maryland, au Congrès continental puis au premier Sénat américain. Il sera le seul signataire catholique de la Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776.
Acquis à la cause de l’indépendance
John Carroll est lui-même totalement acquis aux idéaux de la Constitution américaine et notamment au Premier Amendement qui garantit la liberté religieuse. Il est conscient de ce qu’elle offre aux catholiques irlandais, qui ont encore plus souffert que les catholiques anglais sous la monarchie anglicane. Il multiplie les efforts pour faire accepte la nouvelle Constitution par le clergé américain. Sur recommandation de Benjamin Franklin, il est nommé par Rome Supérieur des missions catholiques aux USA. Il sera nommé évêque de Baltimore en 1789, premier diocèse catholique du pays. C’est l’année même où se réunissent les États Généraux du royaume de France, prémisses de la Révolution française. Les principes de la Révolution américaine, liberté individuelle et droits de l’homme exerceront une influence indéniable sur les parlementaires français.
John Carroll joue un rôle majeur dans l’intégration des différentes communauté catholiques dans le nouvel État américain. Elles restaient en effet très marquées par leurs différences nationales, culturelles et linguistiques (irlandaises, françaises, allemandes, italiennes et autres). Il les pousse à adopter les principes de la Constitution et à se fondre dans la nouvelle République, il jette ainsi les bases d’un catholicisme nord-américain. Il fonde un premier séminaire, ordonne le premier prêtre du pays. Il invite des congrégations religieuses européennes, féminines et masculines, car il ne peut pas encore compter sur les forces locales. Apprenant que le pape Pie VI a reconnu les jésuites de Russie que l’impératrice Catherine II avait préservés, il invite ses anciens confrères vivant aux USA à s’y agréger. Il demande à Rome l’érection de nouveaux diocèses. Le pape en érige quatre, dont celui de Boston, dont la population est en train de doubler.
Très soucieux d’éducation, il lance la construction de collèges et d’universités. Celle de Georgetown près de Washington, fondée en 1789, deviendra une pépinière pour les cadres de l’administration nationale. En 1814, le pape Pie VII rétablit la Compagnie de Jésus, il ne peut s’y associer en tant qu’évêque mais il se réjouit de voir la Compagnie de Jésus s’installer fermement dans le pays. Il meurt, d’ailleurs, peu de temps après, le 3 décembre 1815, à Baltimore. Son portrait trône au sommet de l’escalier d’honneur de l’Université jésuite de Georgetown, une autre université dans l’Ohio porte aussi son nom.
Le catholicisme nord-américain lui doit beaucoup et il est réjouissant de constater que le premier évêque catholique des Etats-Unis a contribué efficacement à la liberté religieuse et à l’ouverture démocratique de son pays.
Un premier volet sur l'histoire et le rôle de l’Église catholique aux États-Unis à suivre...