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Largué par ses amis
Jim n’a qu’une envie : passer ses journées à jouer et à dormir. Et toi ?
En fait, il y a longtemps que la situation de Jim n’est plus tenable. Il le sait, mais ne parvient pas à se prendre en main et à y changer quelque chose. Après avoir abandonné son apprentissage d’installateur sanitaire, il a aussi interrompu celui d’électricien, malgré tout le soutien reçu de l’entreprise où il était en formation. Il arrivait toujours plus tard au travail, n’allait pas aux cours et a finalement dû arrêter. Il traîne donc à la maison, fume de la drogue, passe ses journées à somnoler, ne peut pas dormir la nuit et tue le temps à jouer sur l’ordinateur. C’est devenu un cercle vicieux. Sujet à une angoisse indéfinissable, il se sent seul. Ses amis sont en train de terminer leur formation. Quand il pense à eux, il se sent largué. Ils ont les moyens de sortir et d’aller en vacances, alors qu’il a des problèmes d’argent et vit aux crochets de sa mère, qui subvient aux besoins de la famille. Son père est en effet décédé assez jeune. Sa mère lui pose un ultimatum et exige qu’il entreprenne quelque chose. Jim ne tient pas à parler à sa mère, car il ne veut pas être une charge supplémentaire.
Un tournant survient dans sa vie, lorsqu’une grippe le contraint à aller voir son vieux médecin de famille. Celui-ci trouve Jim fatigué et un peu perdu. Il lui demande s’il n’aurait pas des problèmes psychiques. Jim peut enfin admettre qu’il ne va pas bien et le médecin l’envoie chez un psychiatre. Jim est surpris de constater à quel point cela lui fait du bien de parler de sa vie et de ses peurs diffuses avec une personne extérieure. Il participe à un programme d’occupation. Il y rencontre une jeune femme qui se débat avec des problèmes similaires. Elle lui paraît parfaitement normale, pas du tout comme une personne souffrant de troubles psychiques. Il admire la franchise avec laquelle cette nouvelle amie parle de la dépression. Elle l’accepte tel qu’il est et parvient à le remotiver.
Jim se lève à nouveau tous les matins. Il y a belle lurette qu’il ne se sent plus seul. Il parvient même à parler à nouveau avec sa mère. Elle l’aide à trouver un apprentissage de vendeur dans un magasin d’articles de sport. Jim aime beaucoup ce travail. À sa grande surprise, il apprécie surtout les contacts avec les autres. Après avoir terminé son apprentissage, il envisage de suivre une formation dans le social. Jim se rend compte qu’il peut aussi parler de ses problèmes avec ses amis. Plus il se montre ouvert, plus ils sont compréhensifs.
Étrangère dans sa propre famille
Pour se consoler, Carmen s’entaille la peau… Cela t’arrive-t-il aussi ?
Carmen est la cadette de deux enfants et vit encore chez ses parents. Son frère est nettement plus âgé, il fait des études et a déjà quitté la maison familiale. Contrairement à lui, Carmen a été adoptée. Elle se demande souvent pourquoi ses parents l’ont recueillie et a l’impression qu’elle a toujours été à part, même chez elle. Elle juge sa mère trop bienveillante, angoissée et désireuse de tout contrôler. Ne voulant pas parler avec elle, Carmen se replie sur elle-même. Son père, un cadre qui a réussi dans son métier, ne comprend rien à ses problèmes, car il est rarement là. Carmen trouve que la relation avec son père est très superficielle et impersonnelle. Il est sévère et lui a très tôt fait savoir qu’elle devait aller au gymnase. Pour lui, cela va de soi. Un entretien avec les enseignants montre clairement que c’est hors de question, parce que Carmen n’a pas le niveau scolaire requis.
La situation empire, lorsque la meilleure amie de Carmen déménage. Pour Carmen, c’est le trou noir ; elle commence à s’automutiler en secret. Elle a de plus en plus le sentiment de n’être bonne à rien, de ne pas avoir d’avenir. En dixième année scolaire, elle sort tard le soir et boit beaucoup d’alcool. Il lui arrive parfois de ne plus avoir envie de vivre. Durant une de ces nuits, elle se confie à une amie, qui l’écoute et la comprend. Par la suite, Carmen se rend fréquemment chez cette amie, dont elle voit aussi la mère. Elles parlent souvent ensemble et Carmen peut expliquer comment elle se sent et dire qu’elle va mal. Chez son amie, les membres de la famille discutent ouvertement et s’entendent bien. Carmen en est impressionnée. Sur les conseils de la mère de son amie, elle ose se confier à sa propre mère. Celle-ci l’écoute avec compréhension. Elle se doutait depuis longtemps que quelque chose n’allait pas et est heureuse de pouvoir aider sa fille. Toutes deux se rendent chez une psychologue et Carmen débute une psychothérapie. Son père ne s’y oppose pas, mais ne participe pas activement au traitement. Cela ne fait pas partie de son monde.
Ayant toujours pensé qu’elle allait faire des études, Carmen ne s’est jamais intéressée à l’orientation professionnelle. Elle n’a même pas cherché à savoir les métiers qui existent. Elle se rend à présent compte de toutes les possibilités qui s’offrent à elle. Après un séjour linguistique, elle deviendra éducatrice de la petite enfance.
L’histoire de Nora
J’ai pourtant tout pour être heureuse !
Nora n’a que 29 ans, mais a déjà fait tout plein de choses : après sa formation de vendeuse, la jeune femme pleine d’entrain a travaillé quelques années avant de partir pour un tour du monde. Elle était très fière d’avoir financé son voyage en faisant des petits boulots en cours de route et de ne rien devoir à personne. Durant son périple, elle a rencontré son mari, avec qui elle a très vite fondé une famille. Ils ont acheté une maison et espèrent avoir bientôt un deuxième enfant.
Le couple avait convenu que Nora resterait au foyer tant que les enfants seraient petits. Pendant que son mari accumule les succès professionnels et fait de fréquents et assez longs séjours à l’étranger, Nora ressent, apparemment sans raison, un vide croissant. Elle a pourtant tout ce dont elle a besoin et devrait être heureuse. Lorsqu’il rentre, son mari est souvent épuisé et n’a plus guère de temps et d’envie pour se consacrer à leur enfant et écouter sa femme. Nora se sent délaissée et ignorée. Les conflits se multiplient, car le couple avait également prévu que le père s’occuperait autant que possible de leur petite fille. Il n’a toutefois plus le temps. Nora comprend bien que son mari ne peut pas trouver du jour au lendemain un emploi qui lui offrirait plus de loisirs. Elle se sent néanmoins abandonnée et incomprise. Elle a de plus en plus de peine à gérer le ménage. Le linge sale s’accumule et Nora n’apprécie plus les visites inopinées de ses voisines ou de ses amies. Elle a honte de son apparente incapacité. Elle se replie sur elle-même et évite les contacts. La solitude lui pèse toujours plus. Elle pleure fréquemment ; elle tourne et retourne les mêmes pensées dans son esprit, elle a de la difficulté à dormir et broie de plus en plus du noir. Se sentant souvent inutile, Nora se surprend parfois à contempler le vide. Avec sa fille, il lui arrive de s’énerver pour une bricole et elle s’en veut ensuite terriblement. La petite n’y est vraiment pour rien. Nora en parle avec son mari, qui peine à comprendre la situation et espère que le problème se résoudra de lui-même. Ce n’est qu’auprès de son médecin de famille que la jeune femme trouve une oreille attentive. Elle prend rendez-vous dans un service régional ambulatoire. Pour la première fois depuis longtemps, elle peut parler de ses problèmes sans être jugée. Elle suit une psychothérapie pendant une année et réorganise sa vie.
Durant le traitement, elle réalise qu’elle souhaite à nouveau travailler hors de chez elle et trouve rapidement un emploi. Travailler la satisfait et lui donne de la force. La jeune femme éprouve aussi le besoin de s’adonner à des loisirs stimulants : avec une amie, elle part chaque mois à l’aventure à vélo et retrouve ainsi son plaisir de voyager.
L’histoire de Livio
Les études : une rude épreuve à plus d’un titre
À 20 ans, Livio est content d’avoir enfin sa matu en poche. Il prévoit de se lancer dans des études dans une autre ville. Lorsque lui et son meilleur ami, Julien, y trouvent un logement abordable et l’aménagent ensemble, l’avenir paraît tout rose. Livio se réjouit énormément d’entamer sa nouvelle vie d’étudiant. Il est plein d’énergie et d’allant.
Le début des études s’avère cependant plus difficile que prévu. Il faut du temps à Livio pour s’y retrouver entre les nombreux cours, travaux à rendre et examens divers. Il a aussi de la peine à entrer en contact avec les autres étudiants. Tout est nouveau, insolite et ne correspond pas tout à fait à ce qu’il attendait. Sortant beaucoup, Julien est rarement là. Livio est seul la plupart du temps, même les week-ends. Il commence à douter. Peu à peu, il remet en question son choix quant aux études ; ses amis d’antan lui manquent. Il est gagné par un sentiment d’isolement et se sent dépassé par les événements et son nouveau cadre de vie. Il ne réussit les examens intermédiaires que de justesse et doit même refaire le troisième. Il perd sa confiance en soi. Étudier ne l’enthousiasme plus vraiment. Peu à peu, les études deviennent une obligation. Il se surprend de plus en plus à remettre le travail à plus tard, pour passer plutôt des heures à regarder des films sur internet ou à jouer à des jeux électroniques. Il y a belle lurette qu’il ne participe plus à la vie estudiantine. Il se réfugie toujours plus dans sa bulle, se ferme et évite tous les autres. Il trouve même des excuses pour ne pas sortir avec son ami Julien, quand celui-ci propose de l’emmener. Il préfère dissimuler son chagrin et ses idées noires. C’est le coup de fil d’une amie d’antan – qui l’appelle pour prendre de ses nouvelles et lui demander comment il se plaît dans sa nouvelle vie – qui lui ouvre les yeux : il se rend compte qu’il ne va pas très bien depuis quelque temps déjà.
Sur le conseil de son amie, il va chercher de l’aide auprès du centre de consultation pour étudiants. Durant l’entretien, il comprend que d’autres jeunes sont dans la même situation que lui. Il apprend à mieux structurer ses études et reprend confiance.
Après la consultation, Livio réunit assez de courage pour suggérer à son colocataire qu’ils entreprennent à nouveau quelque chose ensemble. Julien accepte volontiers, un peu surpris, car il n’avait pas du tout remarqué à quel point Livio s’était replié sur lui-même. D’autres amis sont par ailleurs soulagés d’entendre Livio parler de ses problèmes. Quelques-uns ont connu le même passage à vide et ont osé demander de l’aide. Livio n’est de loin pas aussi seul qu’il le pensait. Le groupe d’étude qu’il a rejoint l’aide à garder le cap pendant la préparation des examens. De temps en temps, il retourne chez lui pour voir ses anciens amis et ses parents. Il retrouve le plaisir d’habiter dans la nouvelle ville et, surtout, sa joie de vivre.
TROUVER DE L’AIDE
Où trouver de l’aide ?
Il n’est pas toujours facile de trouver l’offre idéale du premier coup. Les services ci-après peuvent fournir des informations utiles pour trouver à qui s’adresser :
Psy.ch est un guide sur Internet avec des offres d’aide (thérapie, conseil, auto-assistance) dans le canton de Berne.
Tél 143 Service d’aide par téléphone ou internetpour les personnes en crise, mais aussi pour les soucis du quotidien.
Spot radio actuel
CONSEILS
Comment surmonter une crise au mieux lorsqu’elle survient ? Voici quelques conseils :
- Il est crucial de garder des contacts et de ne pas se replier sur soi.
- En cas de crise, il importe de satisfaire les besoins essentiels : dormir suffisamment, manger, boire et bouger. Cela peut paraître trivial, mais n’est pas si évident au cœur de la crise.
- S’adresser à des professionnels n’est pas un signe de faiblesse. Il ne faut pas attendre que la situation soit intenable pour consulter. Les professionnels peuvent en effet amener des petits changements à même d’éviter que la crise s’aggrave. Lorsque l’on a besoin de l’aide d’un professionnel, les recommandations de personnes que l’on connaît peuvent être salutaires.
- Le soutien d’une personne de confiance peut s’avérer utile. Elle peut aider la personne affectée à chercher de l’aide et l’encourager à consulter un spécialiste.
SIGNES AVANT-COUREURS
Les signes avant-coureurs énumérés ci-après peuvent être passagers, mais peuvent aussi annoncer le début d’une maladie psychique. Si vous observez de tels symptômes sur vous-même, parlez-en avec une personne proche et demandez de l’aide. Si vous constatez l’existence de ces symptômes chez une personne proche, abordez le sujet avec elle.
Signes avant-coureurs :
- sautes d’humeur inhabituelles,
- troubles du sommeil,
- manque d’appétit,
- perte de motivation et baisse des résultats à l’école, dans les études ou au travail,
- rupture des liens avec les amis/amies, les collègues de travail et les membres de la famille,
- sentiment de ne plus pouvoir se fier aux autres,
- idées que d’autres ont de la peine à comprendre,
- pensées négatives à son propre sujet,
- consommation régulière d’alcool ou d’autres drogues.
POUR LES PROCHES
Que peuvent faire les proches ainsi que les amis et amies ?
Les proches, les amis et amies ainsi que d’autres connaissances sentent souvent très bien si une personne qu’ils aiment traverse une crise profonde. Voici ce qu’ils peuvent faire dans un tel cas :
- Prendre ses impressions et ses observations au sérieux, s’informer et prendre l’initiative d’agir.
- Parler avec la personne affectée et lui recommander de demander de l’aide.
- Les proches, en particulier les membres de la famille et la compagne ou le compagnon de la personne affectée, subissent souvent une grosse pression et modifient eux aussi leur comportement, par exemple en se repliant sur eux-mêmes. Vous pouvez lutter contre ce repli en échangeant vos impressions avec d’autres proches (par exemple au sein d’un groupe d’entraide).
- Se faire aider soi-même par un spécialiste.