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La petite histoire des mots
Budget
Georges Pop | Budget! Voilà un mot qui n’a pas fini de donner des cheveux blancs à l’Union européenne qui craint que celui de l’Italie pour 2019 n’ébranle méchamment les fragiles équilibres de la zone euro. Il est vrai que l’Italie plie déjà sous une dette de près de 2 milliards d’euros, la deuxième plus importante de la zone euro. C’est pourquoi, les nouvelles dépenses promises par le gouvernement populiste de Rome ont de quoi tracasser les sourcilleux comptables de Bruxelles. Le mot « budget » désigne de nos jours un plan des recettes et des dépenses d’un Etat, d’une entreprise ou même d’un ménage. Le terme est évidemment d’origine anglaise. Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’il tire son origine d’un mot médiéval français. Au Moyen-Age une « bougette » était une petite bourse en cuir que les marchands itinérants accrochaient à leur ceinture. Curieusement, ce terme est associé à « bouge » qui évoque de nos jours un très modeste logement sordide et malpropre ; peut-être en raison de sa taille réduite comme celle des petites bourses d’antan. Le fait est que « bougette » est passé à l’anglais où l’accent british aidant le mot s’est transformé et a fini progressivement par prendre, d’abord en Angleterre, la forme que nous lui connaissons désormais pour désigner à la fois les prévisions du chancelier de l’échiquier, le ministre chargé de finances de l’Etat, et le petit cartable dans lequel il les glissait. Le mot est revenu dans le vocabulaire français dès le 18e siècle, mais seulement dans le sens de « finances anglaises ». Il fallut attendre le début du 19e siècle pour le voir pleinement utilisé dans son sens actuel. Depuis il a fait de nombreux petits et a enrichi la langue de Molière de mots tels que « budgétaire », « budgétairement », « budgéter », « budgétiser » ou encore « budgétisation ». Dans les démocraties parlementaires, la présentation du budget devant les parlementaires de la majorité et de l’opposition est un moment particulièrement important et parfois très disputé, dans le calendrier politique. Pour conclure cette chronique, deux citations, l’une pertinente l’autre effrontée me viennent à l’esprit. Lorsque Winston Churchill dirigeait les finances du Royaume Uni et que l’on exigeait de lui qu’il ampute le budget de la culture au profit de celui de forces armées, il répliquait : « Pour quoi se battre, alors ? ». La seconde revient à l’animateur français Laurent Ruquier qui en pleine affaire Jérôme Cahuzac a déclaré : « C’est vrai qu’un ministre du Budget qui planque son argent en Suisse, ça prouve que c’est un ministre compétent ! ».