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Louise Farrenc est née le 31 mai 1804 dans une famille d'artistes bien connue. Ses parents, Marie Elizabeth Louise Curton et Jaques-Edme Dumont, - vivaient dans un appartement de la Maison de la Sorbonne, une "colonie d'artistes" en plein Paris, où vivaient une trentaine de familles d'artistes. Cet environnement libéral et artistique offrait un terreau fertile pour le développement artistique de Louise Farrenc et son talent musical exceptionnel s'est manifesté dès son plus jeune âge.
Louise a reçu ses premières leçons de piano à l'âge de six ans de sa marraine, Anne-Elisabeth Cécile Soria, une élève de Clementi, qui a reconnu et encouragé son talent pianistique et pour la composition. Plus tard, elle a étudié avec Johann Nepomuk Hummel et Ignaz Moscheles. À l'âge de 15 ans, elle entre dans la classe de composition d'Antonin Reicha au Conservatoire de Paris où elle étudie pendant plusieurs années le contrepoint, la composition de fugue et l'orchestration.
Lorsqu'elle épouse le flûtiste, compositeur et éditeur de musique Jacques Hippolyte Aristide Farrenc (1794-1865) à l'âge de 17 ans, cela ne constitue en aucun cas un obstacle à sa carrière. Au contraire : Aristide Farrenc a reconnu le talent musical extraordinaire de sa femme, l'a soutenue et est rapidement devenu l'un des représentants les plus audacieux de sa musique. A Paris, il fonde la maison d'édition Editions Farrenc, qui publie 42 compositions de Louise Farrenc. Après son mariage, Louise Farrenc apparaît de plus en plus en public à la fois comme pianiste et comme compositrice. En 1842, elle devient professeur de piano au Conservatoire de Paris ; poste qu'elle a occupé pendant plus de 30 ans. Elle était la seule femme qui y avait une chaire permanente en tant qu'instrumentiste au 19ème siècle.
Farrenc a commencé son activité de composition avec des œuvres pour piano, qui représentent plus de la moitié de son œuvre totale. Plus tard, les œuvres d'orchestre et de musique de chambre ont été au centre de son travail. Le grand mérite de Louise Farrenc réside dans le domaine de la musique de chambre, peu recherchée en France à l'époque. C'est pourquoi les Farrenc ont fondé leur propre série de musique de chambre : les concerts du lundi. Lors de ces concerts, les compositions de Farrenc ont été interprétées avec Beethoven et Mozart, telles que leurs quintettes op.30 et op.31. Lors de l'exécution du premier quintette, la partie de piano a été interprétée par la fille alors âgée de 14 ans, Victoria Louise (1826 -1859), qui étudia plus tard avec sa mère au Conservatoire de Paris et devint une célèbre pianiste. De plus, les œuvres de musique de chambre comprennent deux sonates pour violon, quatre trios pour piano, un quatuor à cordes, ainsi que le sextuor et le nonette, riches en timbres. Ce dernier, combinant un quintette à vent avec toute la famille des cordes, a été exécuté avec un succès phénoménal en 1850 avec la participation de musiciens éminents tels que le violoniste de 19 ans Joseph Joachim, qui était déjà de renommée mondiale.
Louise Farrenc a remporté à deux reprises, en 1861 et 1869, le Prix Chartier de l'Académie des beaux-arts pour sa musique de chambre. Ses œuvres ont également été reconnues par les plus grands compositeurs de leur temps. Robert Schumann a écrit dans la Neue Zeitschrift für Musik en 1836 à propos de son Air russe varié op.17 pour piano : «Ce sont de petites études, simples et franches, si sûres dans leur construction, si évidentes pour l’interprétation, en un mot si accomplies qu’on ne peut que les aimer, d'autant qu’elle dégagent un très subtil parfum romantique.» Il est étonnant que Farrenc ait reçu peu de soutien pour l'exécution de ses œuvres et que l'initiative de son mari de présenter la musique de Louise Farrenc à un public plus large ait toujours été en butte à la froideur et à l'indifférence des éditeurs bousculés.
Après la mort prématurée de sa fille Victorine, le travail de composition de Louise Farrenc s'interrompt brutalement et elle se retire du regard du public. Dans les années 1950, elle refait surface : en tant que pianiste et chercheuse musicale, mais pas en tant que compositrice.

Louise Farrenc est décédée à Paris le 15 septembre 1875. Après sa mort, son travail de composition a été presque oublié pendant 100 ans, jusqu'à ce que la recherche sur les femmes et le genre en musicologie commence à s’y intéresser à la fin du 20e siècle. La musique de Farrenc connaît actuellement un véritable renouveau. En 2004, le 200e anniversaire du compositeur a été célébré internationalement avec de nombreux concerts, conférences et expositions.
Sextuor pour piano et quintette à vent
Op. 40
Ce sextuor a été composé en 1851-1852 et est considéré comme le premier à employer cet effectif instrumental, quatre-vingt ans avant le célèbre sextuor de Francis Poulenc.
Il a été créé le 21 novembre 1852 par Louise Farrenc au piano, Louis Dorus à la flûte, Stanislas Verroust au hautbois, Adolphe Leroy à la clarinette, Joseph-François Rousselot4 au cor et Charles Verroust au basson.
À l'occasion d'une audition du sextuor en mars 1854, Henri Blanchard écrit dans la Revue et gazette musicale de Paris : «Ce remarquable morceau a prouvé de nouveau que Mme Farrenc sait mettre autant de science dans son instrumentation que de grâce dans sa mélodie».
Après une nouvelle audition en 1856, Adolphe Giacomelli écrit dans La France musicale : «Le sextuor de Mme Farrenc, pour piano et instruments à vent, est rempli d'idées poétiques et neuves qui appartiennent, sans aucune contestation possible, à l'auteur, et qu'elle a su enfermer dans le cadre gothique de la symphonie. Rien ne sent la recherche, la fatigue, l'hésitation, dans ce beau tableau d'une touche à la fois légère et majestueuse. L'andante est d'un sentiment parfait. C'est un chant d'une douceur exquise que viennent progressivement animer d'ingénieux développements. La péroraison a fait éclater dans la salle les plus chaleureux applaudissements. Nos compliments à Mme Farrenc pour cette belle œuvre, qui pourrait être signée par les plus grands maîtres».