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Cette question mérite d'être posée, par l'enseignante-correctrice-rédactrice-traductrice que je suis, mais aussi par la maman, par la personne, par la Franco-Suissesse que je suis devenue.
Il est des choses qui m'ont hérissée et qui me hérissent encore quand je les entends. Ce n'est pas du bon français. Je suis le produit d'une éducation élitiste, mais je m'interroge sur ce que ma formation et mon parcours m'ont appris à considérer comme normal. Je trouve les irrégularités et les bizarreries de la langue plutôt stimulantes. Cela m'amuse de traquer la faute. (lire à ce sujet l'excellent livre de Muriel Gilbert Au bonheur des fautes)
Plus le temps passe, plus cette posture jugeante et sanctionnante me gêne. Dans le numéro de juillet-août 2021 du Magazine du français dans le monde, j'ai découvert l'existence d'un livre qui vient gonfler ma liste de lecture. Il s'agit du livre du linguiste Christophe Benzitoun Qui veut la peau du français?
Combien de francophones ont des complexes par rapport à la manière dont ils parlent? dont ils écrivent? Est-ce normal? Y a-t-il une seule manière de bien parler? Dans son article, Christophe Benzitoun affirme que "d'un point de vue linguistique, cela n'existe pas une forme correcte".
Selon moi, la langue doit être au service de ses locuteurs et non le contraire. Le français est une langue vivante et doit évoluer avec les besoins des francophones.
L'utilité première d'une langue est la communication. Vous n'avez pas les bons mots? Vous ne maîtrisez pas la grammaire? La syntaxe vous fait défaut? Si vous réussissez à entrer en contact avec autrui et à partager vos idées, vos besoins, c'est bien là l'essentiel.
Je finirai avec une autre citation de l'article de Christophe Benzitoun:
"En France, d'une certaine manière, la langue qu'on enseigne à l'écrit ce n'est la langue maternelle de personne."
À quand un français plus humain pour celles et ceux qui l'apprennent, le parlent, l'écrivent? Ce sera moins de travail pour moi, mais certainement beaucoup plus de bonheur alentour.