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Vol. 3 (2017): Spoliations de guerre et transferts culturels : le cas du cinéma soviétique, 1939-1949
This special issue of Connexe dedicated to “War Spoliations and Cultural Transfers: The Case Study of Soviet Cinema (1939-1949)”, directed by Éric Aunoble, aims to set the history of Soviet cinema during the Second World War in the context of European history and to highlight the issues of transfers and seizures which are better known when concerning other objects, as archives or works of art. This collection of articles is one of the last achievements of the scientific project called Cinema in the Soviet Union at war, 1939-1949.
Sophie Coeuré presents a state of the art based on the historiographical advances related to the films that were looted during World War Two and put it in the context of a broader history of cultural goods during war and post-war periods. Christina Tanis presents with some remarkable archival documents how the 1942 German documentary about the Nazi expedition to Tibet became a Soviet film in 1948 denouncing local theocracy and British imperialism. Juliette Denis & Irina Tcherneva trace the tribulations of “Red Mist”, an anti-Soviet documentary film released in Latvia under Nazi rule on the other side of the Cold War front. Éric Aunoble studies the changing representations of Poland in Soviet movies during the war, linked with the peregrinations and career development of movie makers. Jeremy Hicks tells us how British officials tried to propagandise a positive image of their new eastern ally without giving ground to communist agitprop.
In contributing to the development of the historiography of war spoliation, we hope to shed light on some unknown aspects of cultural exchanges in Europe during the Second World War and to confirm the value of cinema for historical knowledge.
L'ensemble du numéro
Dossier thématique
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This collection of articles is one of the last achievements of the scientific project called Cinema in the Soviet Union at war, 1939-1949. This project was initiated by Valérie Pozner (CNRS, Arias THALIM) and Alexandre Sumpf (University of Strasburg, ARCHE, CERCEC) and its goal was to go way further than studies on a couple of
Soviet war films uniformly quoted by authors dealing with the role of cinema during the “Great patriotic war”. It meant to include in its scope documentaries, newsreels and cartoons in order to explore this crucial moment in the development of one of the most important creative cultures of film history.
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Les films dans le patrimoine spolié entre Est et Ouest de 1939 à la fin de la guerre froide Une histoire en chantier
Cet article se propose de situer les avancées historiographiques sur les films spoliés pendant la Deuxième Guerre mondiale, dans l’histoire plus large du patrimoine en temps de guerre et d’après-guerre. Il s’agit de mettre en perspective ces acquis récents, de montrer ce qu’ils apportent à une histoire croisée du patrimoine, des violences et des réparations. Ces recherches s’affranchissent des découpages chronologiques et géographiques conventionnels et embrassent les périodes de guerre et de guerre froide tant à l’Ouest qu’à l’Est du rideau de fer. La première partie analyse la place des films dans les pillages et spoliations nazis. La seconde partie retrace ce que l’on sait du destin du patrimoine cinématographique spolié pendant la longue guerre froide et restitue des dialectiques de secret, d’oubli et de mémoire qui ont perduré jusqu’aux années 1990 et expliquent une historiographie encore très fragmentaire.
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Cet article traite de la politique de la distribution des films trophées et des mécanismes de la censure soviétique dans le contexte de transferts et de saisies effectuées par les Soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Il se compose d’un document d’archive sur le film Le secret du Tibet (Geheimnis Tibet, 1943) confisqué à l’Allemagne en 1945, suivi de commentaires sur les coupes. En effet, le négatif nitrate du film est actuellement conservé au Gosfilmofond mais ne peut être visionné pour des raisons techniques. Néanmoins, au RGALI il y a tout un dossier qui comporte le texte du commentaire en voice over et la notice explicative sur le « remontage ». La version originale du film parle de l’expédition SS au Tibet, en 1938-1939, sous la direction d’Ernst Schäfer. Comme le film véhicule trop ouvertement l’idéologie nazie, en 1948 il fut modifié pour être distribué sur les écrans soviétiques pendant trois ans. En URSS, le film subit des transformations radicales : il fut réduit, une nouvelle musique fut créée et des commentaires en voice over furent rajoutés. Après le remontage, le film a été présenté au grand public comme un documentaire soviétique « créé à la base d’actualités étrangères ». Ayant déformé l’œuvre originale afin de dévoiler « le régime théocratique au Tibet », le contenu du film concordait désormais avec l’idéologie soviétique et la politique internationale de l’URSS. La propagande anti-britannique du IIIe Reich dans la version originale fut par contre préservée par les Soviétiques dans le contexte de la guerre froide.
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Épopée et avatars du film Brouillard rouge Circulation et réappropriation d’images de propagande (Lettonie soviétique, Europe sous domination nazie, États-Unis de guerre froide)
Parmi les films de propagande nazie, une production issue de Lettonie occupée connaît une élaboration et une destinée particulières : Brouillard rouge (Sarkanā migla). Initié par un organisme cinématographique allemand et réalisé par des cinéastes locaux, le film retrace l’annexion de la Lettonie à l’URSS en 1940. Grâce à un montage d’images d’archives soviétiques et de plans tournés sous l’occupation nazie, à travers un commentaire « judéisant » tous les acteurs de l’État soviétique, les concepteurs du film rendent conforme leur récit aux principes de la propagande nazie. Les autorités allemandes prévoient une large diffusion du film dans l’Europe. Après la guerre, les bobines du film et l’un des cinéastes lettons se retrouvent aux États-Unis. Sous le titre de My Latvia (1954), le film, remanié, connaît un nouvel essor dans le contexte de guerre froide. L’agence de propagande américaine en fait un vecteur de diffusion des « crimes du communisme ». Les multiples versions et adaptations de Brouillard rouge constituent un cas de transfert, de migration et de détournement d’images particulièrement saisissant. Ces images constituent le fondement d’un discours antisoviétique nazi puis américain. Inspirée par une riche historiographie consacrée à la manipulation des images, notre contribution se propose de retracer l’histoire de cet objet cinématographique. Nous étudierons les diverses versions du film et les sources écrites accompagnant leur production et leur diffusion, afin de cerner la circulation des images. Nous insisterons notamment sur les images des « atrocités bolcheviques », reprises d’un film à l’autre, qui constituent le fondement de la dénonciation de l’URSS de la guerre à la guerre froide.
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La Pologne devient un sujet majeur de l’action de l’URSS pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. Rayée de la carte en septembre 1939 en vertu du pacte germano-soviétique, elle est restaurée comme État sous la protection de l’Armée rouge en 1944. Trois films soviétiques présentent ces événements du point de vue supposé de citoyens polonais. Vent d’Est (Veter s Vostoka) d’Abram Room en 1940 et Le Rêve (Mečta) de Mikhaïl Romm en 1941 mettent en contexte et justifient l’annexion de l’Est de la Pologne par l’Union soviétique en 1939. En 1945, Zigmund Kolosovski de Zigysmund Navrotski est au contraire une ode à l’esprit d’indépendance des Polonais luttant héroïquement contre les nazis. On s’interrogera sur les représentations ainsi véhiculées sur la Pologne à l’usage des Soviétiques. Au-delà de la fonction propagandiste évidente de ces films, ces représentations témoignent d’une circulation culturelle, fût-elle contrainte, entre la Pologne et le monde soviétique. Elles révèlent également certaines articulations et fractures du discours soviétique, entre nationalisme et communisme. Le parcours de certains membres de l’équipe des trois films dévoile un autre aspect des transferts culturels. Citoyens soviétiques ayant des origines polonaises et / ou juives, aussi bien que Polonais ou Ukrainiens soviétisés en 1939, ils ont une expérience transculturelle qui fait écho aux propos des films. Parmi eux, se dégage la figure de Wanda Wasileska, écrivaine et scénariste polonaise qui fit le choix de l’URSS et incarna les deux identités dans la guerre.
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Après l’attaque nazie contre l’Union soviétique en juin 1941, le Royaume-Uni connaît une véritable vague d’intérêt et de soutien envers le nouvel allié soviétique contre les nazis. Le gouvernement britannique commence à aider les Soviétiques, mais il est largement suspecté de ne pas en faire assez. Le ministère de l’Information essaye de contrer cette impression en affichant le soutien officiel à la Russie, tout en faisant le nécessaire pour que ce soutien reste sous le contrôle du gouvernement et ne devienne pas l’apanage des communistes britanniques. Alors que la recherche académique s’est beaucoup intéressée à la dimension diplomatique des relations anglo-soviétiques pendant la guerre, on a peu écrit sur l’aspect culturel de la question ainsi que sur la propagande qui jouaient pourtant un rôle crucial ; de même, les études sur le cinéma en Grande-Bretagne pendant la guerre ont accordé peu d’attention aux films soviétiques. Néanmoins, au début de l’alliance anglo-soviétique, les courts métrages s’avèrent un moyen de communication privilégié d’une politique gouvernementale britannique fort complexe quant à la Russie soviétique : l’impression d’immédiateté et d’authenticité plaisait au public, alors que le gouvernement y voyait la courroie de transmission fiable d’un message calibré. Ainsi l’analyse de quelques films clés (Salute to the Soviet, 100 Million Women) permettra de voir si la prétention du ministère de l’Information d’avoir réussi à voler la foudre de la gauche est justifiée. Nous pourrons également montrer les effets de cette politique sur la société britannique.