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Demande. — Comment peuvent s'accorder ces paroles : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, » avec le mystère de la prédestination ?
Réponse. — La bonté générale et paternelle de Dieu pour tous les hommes, n'empêche pas le choix particulier et spécial qu'il fait de certains au-dessus des autres, pour les appeler à son royaume et en faire les membres vivants et inséparables de Jésus-Christ.
Demande. — De quoi sert-il de demander dans ses prières d'être du nombre des élus, puisque si nous n'en sommes pas de toute éternité, nous ne pouvons changer notre sort ?
Réponse. — Quand nous demandons à Dieu ce qu'il veut de toute éternité, ce n'est pas pour le changer, mais pour nous y conformer : autrement il ne faudrait jamais prier, puisque Dieu sait bien ce qu'il veut faire pour toutes choses, et qu'il ne le sait et ne le veut pas d'aujourd'hui, mais de toute éternité.
Demande. — Comment s'accordent ces paroles de Notre-Seigneur
(a) Les Visitandines de Meaux et les autres religieuses du diocèse adressaient à Bossuet, eu toute confiance et toute liberté, les difficultés qu'elles rencontraient, soit dans la doctrine Chrétienne, soit dans la vie spirituelle. Lorsque le saint évêque ne pouvait résoudre de vive voix ces difficultés dans les conférences qu'il donnait fréquemment au parloir des monastères, il répondait « à ses chères filles en Jésus-Christ » dans d'admirables écrits, qui respirent la foi la plus vive et la plus ardente piété. De là les questions et les réponses qu'on va lire. Nous appelons l'attention sur les principes du docte et saint prélat concernant la communion fréquente.
Les trois premiers opuscules de notre recueil furent publiés en 1774, chez Jacques Barois, à Paris. Us ne se trouvent pas dans l'édition de Déforis, ni par conséquent dans les éditions suivantes.
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en saint Matthieu et en saint Marc : « Ceci est mon sang, le sang du Nouveau Testament qui est répandu pour plusieurs, » avec celles de saint Paul aux Romains, chapitre V : « Comme c'est par le péché d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie ; » et ces autres de saint Jean, chapitre II : « C'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais pour ceux de tout le monde ? »
Réponse. — Saint Paul nous apprend que Dieu est le Sauveur de tous, mais principalement des fidèles, I Tim., IV, 10; et on peut ajouter par d'autres passages, principalement des élus. Jésus-Christ est donc le prix de tous, parce qu'il n'a exclu personne du bénéfice de la rédemption ; mais il y en a plusieurs pour qui il s'ofFre par une prédilection particulière et avec effet, et ce sont ceux-là qu'il appelle «plusieurs. » En un mot, il s'offre pour tous, mais principalement pour ceux qui par une foi sincère reçoivent le fruit de sa mort ; et cette foi, c'est lui qui la donne.
Demande. — Si Jésus-Christ n'a répandu son sang efficacement que pour les élus, personne n'étant assuré d'être de ce fortuné nombre, comment peut-on croire et dire qu'il est mort pour soi en particulier ?
Réponse. — Tous ceux qui sont baptisés, tous ceux qui reçoivent les sacrements, et qui tâchent de les bien recevoir, sont assurés dès là que Jésus-Christ est mort pour eux, puisque tout cela n'est qu'un effet et une application de sa mort ; mais la vraie marque qu'on a en soi-même que Jésus-Christ est mort pour soi en particulier, est de faire ce qui lui plaît, attendre tout de sa grâce et s'abandonner entièrement à son infinie bonté.
Demande. — Les raisonnements que j'ai faits malgré moi, ont produit un très-grand trouble dans mon esprit : car sur les premières marques ci-dessus je me suis trouvée dans l'impossibilité de m'occuper d'aucun mystère à cause des réflexions qui me viennent ; et même je me suis trouvée insensible à tous les mystères par ce principe, que si je n'étais pas du nombre heureux des élus, Jésus-Christ ne les a voit pas opérés pour moi : vous voyez que
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tout cela conduit à de grandes inquiétudes, et empêche entièrement les sentiments de reconnaissance et d'amour ?
Réponse. — Ces pensées, quand elles viennent dans l'esprit et qu'on ne fait que de vains efforts pour les dissiper, doivent se terminer à un abandon total de soi-même à Dieu, assuré que notre salut est infiniment mieux entre ses mains qu'entre les nôtres, et c'est là seulement qu'on trouve la paix : c'est là que doit aboutir toute la doctrine de la prédestination, et le secret du souverain Maître qu'il faut adorer, et non pas le sonder. Il faut se perdre dans cette hauteur et dans cette profondeur impénétrable de la sagesse de Dieu, et se jeter comme à corps perdu dans son immense bonté en attendant tout de lui, sans néanmoins se décharger du soin qu'il nous demande pour notre salut.
Demande. — Il y a longtemps que je suis tourmentée de ces réflexions, que j'ai tâché de dissiper en croyant en général tout ce que l'Eglise croit; mais je trouve que cela me cause tant de peine dans le temps où je devrais être tout occupée de Dieu, que je me suis crue obligée de vous exposer toutes mes difficultés, et de vous supplier de me les résoudre comme les suivantes.
Réponse. —La fin de ce tourment doit être de vous abandonner à Dieu, qui par ce moyen sera obligé par sa bonté et par ses promesses de veiller sur vous. Voilà le vrai dévouement pour vous durant le temps de cette vie, de toutes pensées qui viennent sur la prédestination; après cela il se faut reposer, non sur soi, mais uniquement sur Dieu et sur sa bonté paternelle.
Demande. — Comment s'accordent ces paroles de saint Paul aux Humains: «Je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais je ne trouve pas le moyen de l'accomplir, » avec ces autres : « C'est Dieu qui inspire le vouloir et le faire? »
Réponse. — On trouve dans la grâce de Dieu le moyen d'accomplir le bien, mais non pas dans toute la perfection, parce qu'on ne l'accomplit qu'imparfaitement dans cette vie, où l'on est toujours combattu et où l'on a par conséquent toujours à combattre; mais il faut espérer en celui qui seul nous donne la victoire. Ainsi lorsqu'on trouve le bien en soi, quelque petit qu'il soit, on doit croire que ce commencement tel quel vient de Dieu; et il faut le
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prier d'achever son œuvre, en se donnant à lui de tout son cœur et à l'opération de sa grâce.
Demande. — Comment une personne qui ne connaît point en elle de grands crimes, peut-elle se dire et se croire la plus méchante des créatures, et demander à Dieu dans ses prières qu'il la retire de l'état de mort où elle est, qu'il lui rende la vie, et le reste de cette nature ?
Réponse. — Nous portons dans notre fond le principe, la source et la disposition à tous les péchés, auxquels nous serions livrés et précipités de l'un à l'autre, si Dieu ne nous en préservait malgré notre pente naturelle. Ceux donc que Dieu en a préservés, ont reçu un grand don, mais qui les rend plus ingrats, plus infidèles et plus coupables que les autres qui n'en ont pas reçu de si grands ; en ce sens ils se doivent regarder comme les plus grands pécheurs, parce que Dieu juge de l'ingratitude d'une âme par les grâces qu'elle a reçues. On se doit aussi regarder comme coupable devant Dieu, de tous les péchés dans lesquels nous tomberions si nous n'étions soutenus : on se doit regarder comme mort devant lui, parce que s'il nous laissait un moment à nous-mêmes, notre perte serait inévitable. Mais il est bon, et il ne nous abandonne point que nous ne l'abandonnions les premiers. Enfin le salut est dans la confiance en la bonté de Dieu; qui espère en lui n'est point confondu, et on ne saurait trop y espérer, pourvu qu'en même temps on tâche de travailler avec sa grâce qui nous est donnée abondamment.
Demande. — Que faut-il faire, quand à la lecture des pieux auteurs ou d'un écrit, ou à l'occasion d'un sermon, on se sent touché et pénétré, et qu'on craint de n'en pas profiter ?
Réponse. — Pleurer à un sermon ou dans la lecture des pieux auteurs ou de quelque écrit, c'est une grâce qu'il ne faut pas rejeter quand elle vient, ni aussi l'estimer trop pour s'y appuyer ou pour s'affliger quand elle ne vient pas. C'est là que je permets une espèce d'indifférence, pourvu qu'on ait toujours la résolution dans le cœur d'être fidèle à Dieu de tout son pouvoir.
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Demande. — Quand un évoque ou d'autres personnes éclairées conseillent contre la pratique de quelques confesseurs, à des religieuses , l'usage fréquent de la sainte communion ; et que les confesseurs rapportent tous les passages les plus forts des écrivains célèbres et des Pères, pour autoriser leur conduite, ce qui détourne insensiblement les âmes faibles et timides de la fréquente communion, que doit-on faire ?
Réponse. — Je remédierai autant que je pourrai de mon côté à ce désordre, et je ne permettrai pas qu'on établisse là-dessus de fausses maximes et d'excessives rigueurs. Ceux qui ramassent avec tant de soin les sentences des Pères seraient bien étonnés en voyant celles où ils disent que la multitude des péchés, ce qui s'entend des véniels, loin d'être un obstacle à la communion, est une raison pour s'en approcher ; et que quiconque peut communier une fois l'an, peut communier tous les jours. Si ces passages ont leurs correctifs, les autres plus rigoureux en ont aussi; et moi, sans entrer dans les règles qu'on peut donner aux gens du monde à cause de la multiplicité des occupations et des disparitions de la vie séculière, j'assurerai bien que dans la vie religieuse c'est presque une règle de faire communier souvent, même celles qui craignent de le faire.
Demande. — Est-ce mal de croire qu'on n'a pas la grâce pour avancer plus dans la vertu, et que Dieu peut-être ne nous veut pas plus saintes que nous ne sommes?
Réponse. — C'est très-mal fait d'attribuer notre peu d'avancement au défaut de la grâce, et d'ailleurs c'est trop sonder le secret de Dieu ; il n'y a toujours qu'à marcher devant soi sans s'arrêter.
Demande. — Quand les consolations sont sensibles et que l'on craint qu'il ne s'y mêle du naturel, est-on obligé d'y renoncer et de faire quelques actes pour cela, afin de se rassurer?
Réponse. —Il faut tâcher de prendre le pur et le spirituel en tout, et de laisser là le naturel qui s'y voudrait mêler : une pure intention fait ce discernement.
Demande. — Doit-on suivre l'avis du P. Toquet, de demander à Dieu, quand on est plus avancé, d'être privé des douceurs et des consolations spirituelles, parce qu'elles sont des récompenses données
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en ce monde, qui tiennent lieu de plus grandes dans l'autre : est-ce manquer de courage de ne le pas faire ?
Réponse. — Je ne vois point dans l'Ecriture, ni dans les anciens Pères ces sortes de prières. Quand le P. Toquet les conseille, un si saint homme a ses raisons. Pour moi, je ne veux point que les âmes humbles fassent ainsi les dédaigneuses et les dégoûtées, en rejetant les petits dons pour en obtenir de plus grands. Laissons faire Dieu ; alors, bon d'être soumise et sans attache.
Demande. — Demeurer aussi pleine de défauts et ne profiter pas des larmes et des grâces de Dieu, est-ce une marque qu'elles sont naturelles, quoiqu'elles arrivent en entendant la parole de Dieu?
Réponse. — La règle pour toutes les grâces est en effet d'en profiter, mais qui sait quel est ce profit ?
Demande. — Est-il permis, Monseigneur, de se dissiper au dehors pour faire passer de certaines touches de Dieu, quand on craint d'être aperçue. On sent en se dissipant que tout s'en va, et on est fâché après d'avoir tout perdu ?
Réponse. — C'est bien fait de cacher le don de Dieu par la crainte d'être aperçue, mais sans trop de violence.
Demande. — Les personnes qui ont commis de grands péchés, dont il ne reste aucun vestige si ce n'est par tentation, doivent-elles communier aussi souvent que celles qui ont mené une vie innocente? Quand elles croient y être attirées, n'est-ce pas une tentation?
Réponse. — Cela dépend des dispositions présentes, sans trop s'inquiéter du passé ; et la fréquente communion est un remède qu'on peut appliquer contre les restes du mal, quand on le voit diminuer.
Demande. — Si ces personnes sont religieuses, peuvent-elles suivre les règles établies dans leur communauté pour la fréquente communion, si c'est depuis leur profession qu'elles ont fait de grandes fautes ?
Réponse. — Non-seulement elles le peuvent, mais encore régulièrement elles le doivent; et après avoir expié leurs fautes par une sincère pénitence, elles peuvent rentrer dans l'ordre commun. La rédemption est abondante du côté de Dieu ; que la fidélité à la
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recevoir soit égale de notre côté. Interposons souvent dans nos prières le nom adorable de notre Sauveur, à l'exemple de l'Eglise qui conclut toutes ses prières par ces paroles : Per Dominum, etc.
Demande. — Comment se défaire de soi-même puisque nous sommes toujours avec nous ?
Réponse. — Saint François de Sales dit « que l'amour-propre ne meurt jamais qu'avec nous, » c'est-à-dire avec nos corps; il faut toujours que nous sentions ses attaques sensibles et ses pratiques secrètes ; mais nous devons nous beaucoup humilier, nous défier de nous-mêmes; et sans nous décourager, nous confier pleinement à Dieu en tâchant de rendre involontaires ces mouvements qui nous sont si propres et si naturels durant cette misérable vie.
Demande. — Qu'est-ce que porter devant Dieu à l'oraison non-seulement un fond soumis, mais un laisser-faire? Qu'est-ce que ce laisser-faire ?
Réponse. — Ce mot signifie deux choses : le faire de Dieu et le laisser-faire de la créature. Quand l’âme cesse d'opérer par elle-même et qu'elle s'offre à Dieu par des dispositions à recevoir l'opération de sa grâce, alors elle est dans l'état que Dieu désire d'elle.
Demande. — N'est-ce point une oisiveté que de demeurer sans rien faire, sous prétexte de laisser faire Dieu?
Réponse. — Ce n'est pas ne rien faire que d'être soumise à Dieu, au contraire c'est alors que l'on fait davantage ce qu'il veut de nous. Un arbre l'hiver ne produit rien, il est couvert de neige ; tant mieux ! La gelée, les vents, les frimas le couvrent tout ; pensez-vous donc qu'il ne fasse rien pendant qu'il est ainsi tout sec au dehors? Sa racine s'étend et se fortifie et s'échauffe par la neige même : et quand il est étendu dans ses racines, il est en état de produire de plus excellents fruits dans la saison. L’âme sèche, désolée, aride et en angoisse devant Dieu, croit ne rien faire ; mais elle se fond en humilité et elle s'abîme dans son néant : alors elle jette de profondes racines pour porter les fruits des vertus et toutes sortes de bonnes œuvres au goût de Dieu.
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Demande. — Quel est le moyen le plus court et le plus sur pour parvenir à la vraie humilité, si difficile à acquérir ?
Réponse.—Saint Bernard y répond admirablement, lorsqu'il dit que le chemin à l'humilité c'est l'humiliation ; quand on se sert de tout ce qu'il y a dans la vie chrétienne de contraire à l'orgueil de l'homme pour avancer dans la vertu, c'est assurément le chemin le plus court : porter le fardeau de la loi de Dieu, le poids de sa divine conduite et tout ce qu'il lui plaît de nous envoyer par sa providence, s'anéantir sous sa main puissante, marcher et avancer toujours ainsi dans le chemin de la vertu et ne s'arrêter jamais.
Demande. — L'Ecriture dit dans un endroit : « Je ferai que vous fassiez ce qui est de mes ordonnances. »
Réponse. — Il faut demander à Dieu qu'il fasse que nous marchions toujours dans ses voies par l'opération de son Esprit, avec la plus humble dépendance des mouvements de sa grâce, et de marcher ainsi sans discontinuer un seul moment.
Demande. — Il est dit encore ailleurs : « Soutenez les attentes du Seigneur. »
Réponse. — C'est qu'il y a des temps où Dieu veut envoyer des secours particuliers ; mais il en faut attendre les moments, et l’âme doit être ferme, constante et patiente, pour soutenir cette longue attente avec la soumission et l'abandon qu'il demande d'elle.
I. Il y a un jour que Dieu seul sait, après lequel il n'y a plus pour l’âme aucune ressource ; c'est parce que Jésus-Christ a dit : « Tu n'as pas connu, ô Jérusalem, le temps où Dieu te visitait (1) ; » espère encore, il est encore temps ; et si jusqu'ici tu as été insensible
1 Luc., XIX, 44.
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à ta propre perte, pleure aujourd'hui et tu vivras : car c'est le grand signe de la miséricorde divine, de reconnaître sa misère et d'en gémir sincèrement.
II. Nous devrions tellement nous occuper de Dieu en nous tenant en sa divine présence, que nuit et jour rien ne nous revienne tant dans l'esprit que le soin et le désir de le contenter en tout, de l'aimer et de lui plaire. Certainement c'est un grand don de Dieu que de l'aimer, et d'être toujours pressé d'un ardent désir d'augmenter dans son amour.
III. La médecine des âmes malades, c'est la parole de Jésus-Christ. Prendre cette médecine, c'est la lire avec respect et attention, y réfléchir et la méditer en esprit de prière. Le fondement du salut, c'est de croire et de s'unir non-seulement à la vérité en général, mais encore à chaque vérité particulière qu'on lit, par un acte de foi qu'on fait dessus. Le commencement du salut, c'est lorsque ces vérités reviennent comme d'elles-mêmes dans la mémoire, et y ramènent l'attention à Dieu et au salut ; le fruit, c'est de vaincre ses passions, et de devenir plus fort et plus courageux par cette victoire; l'effet accompli de ce remède céleste, c'est de rendre l’âme parfaitement saine : elle le serait d'abord, si elle le voulait. Car comme sa maladie est le dérèglement de sa volonté, sa santé serait parfaite par un seul acte parfait de sa volonté pour plaire en tout à Dieu. La force ne manque pas au remède. La parole de Jésus-Christ est vive et efficace ; elle pénètre jusqu'à la moelle, jusque dans l'intérieur de l’âme : une vertu divine l'accompagne, et Jésus-Christ ne manque jamais de parler au dedans à ceux qui s'affectionnent au dehors à sa sainte parole. Le respect que lui portent ces âmes fidèles, est même une marque qu'il leur a déjà parlé.
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Et moi je vous dis : Ne résistez point à celui qui vous traite mal. Matth., V, 39.
Ne point résister au prochain qui nous traite mal, c'est ne se point mettre en danger de perdre la patience, la charité, la douceur, la modération ; car ce sont des biens que nous devons avoir principalement soin de conserver. Ne point résister, c'est vaincre en vertu celui qui nous veut attaquer, et c'est ainsi qu'il faut être plus fort que lui : ne point résister, c'est ôter au feu le moyen de s'allumer, ne répondant rien et adoucissant tout.
Bienheureux sont les doux, parce qu'ils posséderont la terre. Matth., V, 4.
Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Matth., XI, 29.
Pour entretenir le bon ordre et la paix dans votre communauté, pour gagner peu à peu tous les cœurs, pour persuader sans difficulté et sans disputer, pour entraîner les autres sans effort, pour attirer les personnes les plus éloignées de suivre le bon chemin, il n'y a qu'à pratiquer envers elles la douceur, mais la pratiquer comme Jésus-Christ : car il ne suffit pas d'être doux, si on ne l'est comme lui. Il est vrai que pour y parvenir il faut beaucoup prendre sur soi. Il faut compatir, excuser, supporter, condescendre, se soumettre, s'humilier, et j'avoue que cela est très-difficile. Mais souvenons-nous que la grande vertu, la grande sévérité du christianisme consiste dans la pratique de la charité, de l'humilité et de la douceur, dans la patience et le pardon de toutes les offenses les plus sensibles; et que c'est une grande illusion
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que de vouloir chercher la perfection hors de là, ou de prétendre la trouver sans cela.
Saint François de Sales s'est adonné à un continuel exercice de douceur pour l'intérêt de la foi, et nous devons nous y attacher pour l'intérêt de la charité. Car la charité ne nous doit pas être moins précieuse que la foi, et nous ne devons pas faire moins pour l'une que pour l'autre. La miséricorde veut qu'on fasse du bien à son prochain en toutes rencontres, qu'on ne le juge jamais, qu'on ne le condamne point, et que dans ses peines et afflictions on l'assiste et le console.
Si le grain de froment, dit Jésus-Christ, ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul; mais s'il meurt, il se multiplie et porte beaucoup de fruit. Joan., XII,24, 25.
Nous sommes ce grain de froment, et nous avons un germe de vie caché en nous-mêmes : c'est par là que nous pouvons porter beaucoup de fruit, et du fruit pour la vie éternelle ; mais il faut pour cela que tout meure en nous ; il faut que le germe de vie se di gage, et se débarrasse de tout ce qui l'enveloppe. La fécondité de ce grain ne paraît qu'à ce prix. Tombons donc et ca. lions-nous en terre; humilions-nous; laissons périr tout l'homme extérieur, la vie des sens, la vie du plaisir, la vie de l'honneur, la vie du corps. Entendons bien la force de ce mot : « Se haïr soi-même (1). » Si les choses de la terre n'étaient que viles et de nul prix, il suffirait de les mépriser ; si elles n'étaient qu'inutiles, il suffirait de les laisser là ; s'il suffisait de donner la préférence au Sauveur, il se serait contenté de dire comme ailleurs : «Si on aime ces choses plus que moi, on n'est pas digne de moi (2). » Mais pour nous montrer qu'elles sont nuisibles, il se sert du mot de haine. Entendons par là le courage que demande le christianisme : tout perdre, tout sacrifier. Cette vie est une tempête; il faut soulager le vaisseau, quoi qu'il en coûte : car que servirait-il de tout sauver, si soi-même il faut périr?
Périsse donc pour nous tout ce qui nous plaît ; qu'il s'en aille en pure perte pour nous. Haïr son âme, c'est haïr tous les talents et
1 Luc., XIV, 26. — 2 Matth., X, 37.
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tous les avantages naturels, comme étante nous; et peut-on s'en glorifier quand on les hait? Mais peut-on ne les pas haïr, quand on considère qu'ils ne nous servent qu'à nous perdre dans L'état d'aveuglement et de faiblesse où nous sommes, toujours en danger de tout rapporter à nous, au lieu de tendre à Dieu par ses dons? Gloire, fortune, réputation, santé, beauté, esprit, savoir, adresse, habileté, tout nous perd : le goût même de notre vertu nous perd plus que tout le reste. Il n'y a rien que Jésus-Christ ait tant répété et tant inculqué que ce précepte : « Si on veut être mon disciple , il faut, dit-il, haïr son père, sa mère, ses frères et sœurs, femme et enfants, et sa propre âme, » et tout le sensible en nous ; alors cette fécondité intérieure développera toute sa vertu, et nous porterons beaucoup de fruit.
Notre-Seigneur ajoute encore : « Qui aime son âme, la perdra. » C'est la perdre que de chercher à la satisfaire ; il faut qu'elle perde tout, et qu'elle se perde elle-même, qu'elle se haïsse, qu'elle se refuse tout, si elle veut se garder pour la vie éternelle.
Toutes les fois que quelque chose de flatteur se présente à nous, songeons à ces paroles : « Qui aime son âme, la perd. » Toutes les fois que quelque chose de dur et de pesant se présente, songeons aussitôt : Haïr son âme, c'est la sauver. Ainsi nous vivrons de la foi, et nous serons de vrais justes dans l'esprit et les maximes de l'Evangile.
Prier Dieu véritablement, c'est lui exposer avec humilité nos misères, et lui demander d'en avoir compassion selon la grandeur de sa miséricorde et des mérites de Jésus-Christ. « Demandez, et vous recevrez ; frappez, et on vous ouvrira ; cherchez, et vous trouverez (1). » Ce sont trois degrés et comme trois instances qu'il faut faire persévéramment, et coup sur coup. Mais que faut-il demander à Dieu? Saint Jacques nous le dit : « Si quelqu'un manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne abondamment
1 Matth., VII, 7, 8.
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dominent à tous sans jamais reprocher ses bienfaits (1). » Mais il faut demander la sagesse d'en haut avec confiance et sans hésiter dans son cœur. C'est ce que Notre-Seigneur nous apprend lui-même : « En vérité , en vérité, je vous le dis, que si vous aviez de la foi et que vous n'hésitiez pas, vous obtiendriez tout, jusqu'à précipiter les montagnes dans la mer; et je vous le dis encore un coup, tout ce que vous demanderez dans votre prière, croyez que vous le recevrez et il vous arrivera (2). »
Regardons donc où nous en sommes par nos péchés, et demandons à Dieu notre conversion avec foi, et ne disons pas qu'il est impossible : car quand nos péchés seraient d'un poids aussi accablant qu'une montagne, prions et il cédera à la prière; croyons que nous obtiendrons ce que nous demandons. Jésus-Christ se sert exprès de cette comparaison familière, pour nous montrer que tout est possible à celui qui prie et à celui qui croit. Animons donc notre courage, ô chrétiens, et jamais ne désespérons de notre salut.
Apprenons maintenant ce que c'est que de frapper, et qu'il faut persévérer à frapper jusqu'à nous rendre importuns si cela se pouvait : car il y a une manière de forcer Dieu, et de lui arracher pour ainsi dire ses grâces ; et cette manière, c'est de demander et de crier sans relâche à son secours avec une ferme foi et une humble et haute confiance. D'où il faut conclure avec l'Evangile: «Demandez, et on vous donnera; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. » Ce que Jésus répète encore une fois en disant : « Car quiconque demande, reçoit ; quiconque cherche, trouve; et on ouvre à celui qui frappe.»
Il faut donc prier pendant le jour, prier pendant la nuit autant de fois qu'on s'éveille; et quoique Dieu semble ne pas écouter ou même nous rebuter, frappons toujours, attendons tout de Dieu, et cependant agissons aussi : car il ne faut pas seulement demander comme si Dieu devait tout faire tout seul, mais encore chercher de notre côté et faire agir notre volonté avec la grâce ; car tout se fait par ce concours : mais il ne faut jamais oublier que c'est toujours Dieu qui nous prévient, et c'est là le fondement de l'humilité.
1 Jacob., I, 5. — 2 Matth., XXI, 21, 22.
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Jésus-Christ dit encore « qu'il faut toujours prier, et ne cesser jamais (1). » Cette prière perpétuelle ne consiste pas dans une continuelle contention d'esprit, qui ne ferait qu'épuiser les forces, et dont on ne viendrait peut-être pas à bout. Cet le prière perpétuelle se fait lorsque, ayant prié aux heures réglées, on recueille de sa prière ou de sa lecture quelques vérités que l'on conserve dans son cœur et que l'on rappelle sans effort, en se tenant le plus qu'on peut dans l'état d'une humble dépendance envers Dieu, en lui exposant ses besoins, c'est-à-dire les lui remettant devant les yeux sans rien dire. Alors comme la terre entr'ouverte et desséchée semble demander la pluie, seulement en exposant au ciel sa sécheresse; ainsi l’âme, en exposant ses besoins à Dieu, le prie véritablement. C'est ce que dit David : « Mon âme, Seigneur, est devant vous comme une terre desséchée et sans eau (2). » Ah ! Seigneur, je n'ai pas besoin de vous prier; mon besoin vous prie, ma nécessité vous prie, toutes mes misères et toutes mes foi blesses vous prient : tant que cette disposition dure, on prie sans prier; tant qu'on demeure attentif à éviter ce qui met en danger de déplaire à Dieu et qu'on tâche de faire en tout sa volonté, on prie, et Dieu entend ce langage.
O Seigneur, devant qui je suis et à qui ma misère paraît tout entière, ayez-en pitié ; et toutes les fois qu'elle paraîtra à vos yeux, ô Dieu infiniment bon, qu'elle sollicite pour moi vos miséricordes. Voilà une manière de prier toujours, et peut-être la meilleure.
Apprenons encore à demander par Jésus-Christ, par Jésus-Christ , c'est demander sa gloire , c'est interposer le sacré nom du Sauveur, c'est mettre sa confiance en ses bontés et aux mérites infinis de son sang. Ce qu'on demande par le Sauveur doit être principalement le salut, le reste est comme l'accessoire; on est assuré d'obtenir quand on demande en un tel nom, auquel le Père ne peut rien refuser. Si donc on n'obtient pas, c'est qu'on demande mal, ou qu'on ne demande pas ce qu'il faut demander. Demander mal, c'est demander sans foi : si vous demandez avec foi et persévérance , vous l'obtiendrez : demandons notre conversion , et nous l'obtiendrons.
1 Luc., XVIII, 1. — 2 Psal. CXLII, 6.
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Le fruit de la doctrine de Jésus-Christ sur la prière, doit être de s'v rendre fidèle aux heures qu'on y a consacrées. Fût-on distrait au dedans, si on gémit de l'être , si on souhaite seulement de ne l'être pas et qu'on demeure humble et recueilli au dehors, l'obéissance qu'on rend à Dieu et à l'Eglise , à la règle de son état, l'attention à observer les cérémonies et tout ce qui est de l'extérieur, de la piété, prononçant bien les paroles, etc., on prie alors par état et par disposition, par volonté, mais surtout si on s'humilie de ses sécheresses, de ses distractions. O que la prière est agréable à Dieu, quand elle mortifie le corps et l’âme ! Qu'elle obtient de grâces et qu'elle expie de péchés !
Toutes les fois que nous disons : Per Dominum nostrum Jesum Christum, et nous devons le dire toutes les fois que nous prions, ou en effet, ou en désir et en intention, n'y ayant point d'autre nom par lequel nous devions être sauvés : toutes les fois donc que nous le disons, nous devons croire et connaître que nous sommes sauvés par grâce, uniquement par Jésus-Christ et par ses mérites infinis ; non que nous soyons sans mérites , mais à cause que nos mérites sont ses dons, et que ceux de Jésus-Christ en font tout le prix, parce que ce sont les mérites d'un Dieu. C'est ainsi qu'il faut prier par Notre-Seigneur Jésus-Christ; et l'Eglise qui le fait toujours, reçoit par là tout l'effet de la divine prière qu'il fit pour nous à la veille de sa passion. Si elle célèbre la grâce et la gloire des saints apôtres, qui sont les chefs du troupeau, elle reconnaît l'effet «le la prière que Jésus-Christ a faite distinctement pour eux. Mais les saints, qui sont consommés dans la gloire , n'ont pas moins été compris dans la vue et dans l'intention de Jésus-Christ , encore qu'il ne l'ait pas exprimé. Qui doute qu'il n'y vît tous ceux (pie son Père lui avait donnés dans la suite des siècles, et pour lesquels il alloit s'immoler avec un amour particulier? Entrons donc avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ dans la
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construction de tout le corps de l'Eglise ; et rendant grâces avec elle par Jésus-Christ pour tous ceux qui sont déjà consommés en lui, demandons l'accomplissement de tout le corps mystique de ce divin Chef et de toute la société des saints. Demandons en même temps, avec confiance, que nous nous trouvions rangés dans ce nombre bienheureux et fortuné. Ne doutons point que cette grâce ne nous soit donnée, si nous persévérons à la demander par pure miséricorde et par grâce , c'est-à-dire par les mérites infinis du sang précieux de Jésus-Christ, qui a été versé pour nous et dont nous avons le gage sacré dans l'Eucharistie.
O mon Sauveur , mon Médiateur et mon Avocat, je n'ai rien à espérer que par vous : j'entre dans vos voies pour obéir à vos préceptes ; ainsi je justifie ce que vous dites : « Je suis la voie (1). » C'est par vous qu'il faut aller ; c'est par vous qu'il faut demander; c'est par vous qu'il faut demander vos grâces.
Tant de vérités sont renfermées dans ces paroles : Per Dominum nostrum Jesum Christum. Toutes les fois qu'elles retentissent à nos oreilles ou que nous les prononçons, rappelons ces vérités dans notre esprit et conformons-y notre cœur. Les vœux montent par Jésus-Christ; les grâces viennent par lui; pour l'invoquer , il faut l'aimer et l'imiter; c'est l'abrégé du christianisme.
Tout ce qui unit à Dieu, tout ce qui fait qu'on le goûte, qu'on se plait en lui, qu'on se réjouit de sa gloire, et qu'on l'aime si purement qu'on fait sa félicité de la sienne ; et que, non content des discours, des pensées, des affections et des résolutions, on en vient solidement à la pratique du détachement de soi-même et des créatures : tout cela est bon, tout cela est la vraie oraison. Il faut
1 Joan., XIV, 6.
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observer de ne pas tourmenter sa tête, ni même trop exciter son cœur ; mais prendre ce qui se présente à la vue de l’âme avec humilité et simplicité, sans ces efforts violents qui sont plus imaginaires que véritables et fonciers ; se laisser doucement attirer à Dieu, s'abandonnant à son Esprit. S'il reste quelque goût sensible, on le peut prendre en passant sans s'en repaître, et aussi sans le rejeter avec effort; mais se laisser couler soi-même en Dieu et en éternelle vérité par le fond de l’âme, aimant Dieu et non pas le goût de Dieu, sa vérité et non le plaisir qu'elle donne. Ne souhaitez pas un plus haut degré d'oraison pour être plus aimé de Dieu ; mais désirez d'être toujours de plus en plus uni à Dieu, afin qu'il vous possède. La meilleure oraison est celle où l'on s'étudie, avec plus de simplicité et d'humilité, à se conformer à la volonté de Dieu et aux exemples de Jésus-Christ, et celle où l'on s'abandonne le plus aux dispositions et aux mouvements que Dieu met dans l’âme par sa grâce et par son Esprit.
Dieu bénisse votre retraite, ma chère fille ; entrez dans le cellier avec l'Epoux : que sa gauche soit votre soutien ; et que sa droite, sa divinité, vous couvre et vous protège. Menez l'Epoux à la campagne et au fond du désert, dans le plus intime cabinet de votre cœur : dans la maison de votre Mère, qui est l'Eglise, où son amour le rend toujours présent nuit et jour. Attendez là la consolation du bien-aimé, non selon votre volonté, mais selon la sienne, et donnez à l'aimer tout le temps que vous avez ; ce qui ne se fera pas en cette vie se fera en l'autre , et c'est là que s'accompliront les jouissances éternelles et spirituelles des noces de l'Agneau, où Dieu sera tout en tous. Cependant tenez bien le cher Epoux; l'obéissance et l'humilité sont les chers liens qui
(a) Cet opuscule ne se trouve pas dans l'édition de Déforis, ni par conséquent dans les éditions suivantes. Il parut en 1748, chez Jacques Barois, à Paris.
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l'enserrent, et dont il se laisse volontiers enserrer. Vous ne sauriez pousser trop loin votre amour pour la pauvreté; car plus vous serez dépouillée, plus vous serez riche. Dieu lui-même se donne à ce prix. Il est le trésor du cœur pauvre; il en fait son trône et le lieu de ses délices.
Au lieu de se tant effrayer de ses infidélités et de ses faiblesses. je voudrais qu'on dise au cher Epoux : Il est vrai, je suis une ingrate et une infidèle ; mais vous avez dit par vos prophètes : « O âmes infidèles et perfides, revenez pourtant à moi, et je vous recevrai dans ma couche nuptiale et entre mes bras. » A quelque heure et à quelque moment qu'on revienne à Dieu de bonne foi, il est prêt.
Il ne faut pas tant chercher à faire tant de choses, mais livrer tout son cœur en proie à l'amour par une bonne volonté. Songez à ces paroles : « Les vrais adorateurs doivent adorer en esprit et en vérité. »
Lisez attentivement l'évangile de la Samaritaine, saint Jean, chapitre IV ; et apprenez à vous détacher de tout l'extérieur, pour vous attacher à Dieu en esprit et en vérité par le fond. Dites souvent : « Parlez , Seigneur, votre servante vous écoute. » Promettez au saint Epoux de faire par sa grâce tout ce que vous pourrez selon vous, et il sera content. Mettez sérieusement la main à l'œuvre de votre perfection par le renoncement à vous-même , par l'humilité et par l'obéissance. La perfection se peut trouver dans une maison moins austère, comme dans celles où l'on observe de plus grandes règles. A chaque jour suffit son mal. Allez au jour la journée, heureuse de faire à chaque moment ce que veut le céleste Epoux. Quoi qu'il arrive, allez votre train.
Allez devant vous en paix, en confiance et en abandon. Celui qui est assis sur le trône a dit : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Il faut se contenter de suivre l'attrait que Dieu donne par les seuls moyens qu'il nous offre , et ainsi il ne reste que la dépendance et la soumission. Regardez-vous libre de tous, en vous soumettant à tous ; sauvez-vous par l'obéissance : elle sera d'autant plus pure qu'elle ne s'attachera point à la créature ; vous
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n'en ferez que mieux votre salut, quand vous vivrez dégagée de tout. Dieu vous relèvera et vous soutiendra. Si on vous permet de faire le bien où vous serez portée, vous jouirez avec action de grâces de votre travail ; sinon, vous ferez toujours celui que vous pourrez : vos bons désirs vous tiendront lieu de tout devant Dieu, et Dieu prendra ces efforts sincères pour accomplissement de sa volonté. Allez cependant par où la porte vous est ouverte : dilatez votre cœur partout où vous trouverez Dieu et son sacrifice : ne vous embarrassez pas de vos peines avec cette condition. Dites le Psaume LXI. En espérance contre l'espérance : ne vous poussez point vous-même à bout par trop de violence ; le saint Epoux se contente de médiocres et de raisonnables efforts.
Humiliez-vous, et passez outre sur ces défauts de tempérament : il est rare qu'on les déracine tout à fait ; ils restent pour nous humilier et pour nous exercer. Combattez cependant toujours sans vous rebuter, mais ne comptez jamais sur une pleine victoire ; il faut cela, afin que toujours sous la main de Dieu, nous fassions notre soutien de notre besoin de son secours et de notre dépendance de sa grâce.
Votre oraison doit être en foi, en humilité , en simplicité, en silence, en patience et en abandon, dans une confiance entière en la bonté de Dieu, sans vous troubler de vos impuissances et distractions non consenties.
Jésus-Christ dit qu'il est venu apporter le glaive : expirez sous sa main et sous son tranchant ; ne songez plus si on vous estime, ou si on vous méprise , si on pense à vous, ce qu'on en pense, ou si on n'y pense pas du tout.
Dites : Mon Dieu et mon tout; mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. O sainte volonté de l'Epoux, vous êtes la paix du cœur, et toute sanctification est à vous accomplir. Laissons les créatures être ce qu'elles sont; c'est assez pour nous que l'Epoux céleste soit toujours le même, et qu'il nous tienne inébranlables dans nos bonnes résolutions. Sa pure grâce fait tout en nous, et il nous suffit. Amen.
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I. Il faut s'accoutumer à nourrir son aine d'un simple et amoureux regard en Dieu et en Jésus-Christ Notre-Seigneur ; et pour cet effet il faut la séparer doucement du raisonnement, du discours et de la multitude d'affections pour la tenir en simplicité, respect et attention, et l'approcher ainsi de plus en plus de Dieu, son unique souverain bien, son premier principe et sa dernière fin.
II. La perfection de cette vie consiste en l'union avec notre souverain bien, et tant plus la simplicité est grande, l'union est aussi plus parfaite. C'est pourquoi la grâce sollicite intérieurement ceux qui veulent être parfaits, à se simplifier pour être enfin rendus capables de la jouissance de l'un nécessaire, c'est-à-dire de l'unité éternelle ; disons donc souvent du fond du cœur : O unum necessarium, unum volo, unum quœro, unum desidero, unum mihi est necessarium, Deus meus et omnia. O un nécessaire! c'est vous seul que je veux, que je cherche et que je désire ! vous êtes mon un nécessaire, ô mon Dieu et mon tout !
III. La méditation est fort bonne en son temps, et fort utile au commencement de la vie spirituelle ; mais il ne faut pas s'y arrêter, puisque l’âme par sa fidélité à se mortifier et à se recueillir reçoit pour l'ordinaire une oraison plus pure et plus intime, que l'on peut nommer de simplicité, qui consiste dans une simple vue, regard ou attention amoureuse en soi vers quelque objet divin, soit Dieu en lui-même ou quelqu'une de ses perfections, soit Jésus-Christ ou quelqu'un de ses mystères, ou quelques autres vérités chrétiennes. L’âme quittant donc le raisonnement, se sert d'une douce contemplation qui la tient paisible, attentive et susceptible des opérations et impressions divines, que le Saint-Esprit lui communique : elle fait peu et reçoit beaucoup : son travail est doux, et néanmoins plus fructueux : et comme elle approche de plus près de la source de toute lumière, de toute grâce et de toute vertu, on lui en élargit aussi davantage.
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IV. La pratique de cette oraison doit commencer dès le réveil, en faisant un acte de foi de la présence de Dieu, qui est partout, et de Jésus-Christ, les regards duquel, quand nous serions abîmés au centre de la terre, ne nous quittent point. Cet acte est produit ou d'une manière sensible et ordinaire, comme qui dirait intérieurement : Je crois que mon Dieu est présent; ou c'est un simple souvenir de foi, qui se passe d'une façon plus pure et spirituelle de Dieu présent.
V. Ensuite il ne faut pas se multiplier à produire plusieurs autres actes ou dispositions différentes, mais demeurer simplement attentif à cette présence de Dieu, exposé à ses divins regards, continuant ainsi cette dévote attention ou exposition tant que Notre-Seigneur nous en fera la grâce, sans s'empresser à faire d'autres choses que ce qui nous arrive, puisque cette oraison est une oraison avec Dieu seul, et une union qui contient en éminence toutes les autres dispositions particulières et qui dispose l’âme à la passiveté, c'est-à-dire que Dieu devient le seul maître de son intérieur et qu'il y opère plus particulièrement qu'à l'ordinaire : tant moins la créature travaille, tant plus Dieu opère puissamment ; et puisque l'opération de Dieu est un repos, l’âme lui devient donc en quelque manière semblable en cette oraison, et y reçoit aussi des effets merveilleux ; et comme les rayons du soleil font croître, fleurir et fructifier les plantes, ainsi l’âme qui est attentive et exposée en tranquillité aux rayons du divin Soleil de justice, en reçoit mieux les divines influences qui l'enrichissent de toute sorte de vertus.
VI. La continuation de cette attention en foi, lui servira pour remercier Dieu des grâces reçues pendant la nuit, et en toute sa vie d'offrande de soi-même et de toutes ses actions, de direction d'intention et autres, etc.
VII. L’âme s'imaginera de perdre beaucoup par l'omission de tous ces actes, mais l'expérience lui fera connaître qu'au contraire elle y gagne beaucoup, puisque plus la connaissance qu'elle aura de Dieu sera plus grande, son amour sera aussi plus pur, ses intentions plus droites, son aversion pour le péché plus forte, sou recueillement, sa mortification et son humilité plus continuelles.
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VIII. Cela n'empêchera pas qu'elle ne produise quelques actes de vertus, intérieurs ou extérieurs, quand elle s'y sentira portée par le mouvement de la grâce ; mais le fond et l'ordinaire de son intérieur doit être son attention susdite en foi, ou l'union avec Dieu, qui la tiendra abandonnée entre ses mains et livrée à son amour, pour faire en elle toutes ses volontés.
IX. Le temps de l'oraison venu, il faut la commencer en grand respect par le simple souvenir de Dieu, invoquant son esprit et s'unissant intimement à Jésus-Christ, puis la continuer en cette même façon; comme aussi les prières vocales, le chant du chœur, la sainte messe dite ou entendue, et même l'examen de conscience, puisque cette même lumière de la foi, qui nous tient attentifs à Dieu, nous fera découvrir nos moindres imperfections et en concevoir un grand déplaisir et regret. Il faut aussi aller au repas avec le même esprit de simplicité, qui tiendra plus attentif à Dieu qu'an manger, et qui laissera la liberté d'entendre mieux la lecture qui s'y fait. Cette pratique ne nous attache à rien qu'à tenir notre aine détachée de toutes imperfections et attachée seulement à Dieu, et unie intimement à lui, en quoi consiste tout notre bien.
X. Il faut se récréer dans la même disposition, pour donner au corps et à L'esprit quelques soulagements, sans se dissiper par des nouvelles curieuses, des ris immodérés, ni aucune parole indiscrète, etc.; mais se conserver pur et libre dans l'intérieur, sans gêner les autres, s'unissant à Dieu fréquemment par des retours simples et amoureux, se souvenant qu'on est en sa présence, et qu'il ne veut pas qu'on se sépare en aucun temps de lui et de sa sainte volonté; c'est la règle la plus ordinaire de cet état de simplicité, c'est la disposition souveraine de l’âme, qu'il faut faire la volonté de Dieu en toutes choses. Voir tout venir de Dieu et aller de tout à Dieu, c'est ce qui soutient et fortifie l’âme en toutes sortes d'événements et d'occupations, et ce qui nous maintient même en possession de la simplicité. Suivez donc toujours la volonté de Dieu, à l'exemple de Jésus-Christ et uni à lui comme à notre chef; c'est un excellent moyen d'augmenter cette manière d'oraison, pour tendre par elle à la plus solide vertu et à la plus parfaite sainteté.
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XI. On doit se comporter de la même façon et avec le même esprit , et se conserver dans cette simple et intime union avec Dieu dans toutes ses actions et sa conduite, au parloir, à la cellule, au souper, à la récréation ; sur quoi il faut ajouter que dans tous les entretiens on doit tâcher d'édifier le prochain, en profitant de toutes les occasions de s'entreporter à la piété, à l'amour de Dieu, à la pratique des bonnes œuvres, pour être la bonne odeur de Jésus-Christ. « Si quelqu'un parle, dit saint Pierre, que ce soit de paroles de Dieu, » et comme si Dieu même parlait par lui ; il suffit pour cela de se donner simplement à son esprit : il vous dictera en toutes rencontres tout ce qui convient sans affectation. Enfin on finira la journée avec cette sainte présence, l'examen, la prière du soir, le coucher; et on s'endormira avec cette attention amoureuse, entrecoupant son repos de quelques paroles ferventes et pleines d'onction, quand on se réveille pendant la nuit, comme autant de traits et de cris du cœur vers Dieu. Par exemple : Mon Dieu, soyez-moi toutes choses; je ne veux que vous pour le temps et pour l'éternité; Seigneur, qui est semblable à vous? Mon Seigneur et mon Dieu, mon Dieu et rien plus.
XII. Il faut remarquer que cette vraie simplicité nous fait vivre dans une continuelle mort et dans un parfait détachement, parce qu'elle nous fait aller à Dieu avec une parfaite droiture et sans nous arrêter en aucune créature ; mais ce n'est pas par spéculation qu'on obtient cette grâce de simplicité , c'est par une grande pureté de cœur et par la vraie mortification et mépris de soi même ; et quiconque fuit de souffrir et de s'humilier, et de mourir à soi, n'y aura jamais d'entrée : et c'est aussi d'où vient qu'il y en a si peu qui s'y avancent, parce que presque personne ne se veut quitter soi-même, faute de quoi on fait des pertes immenses et on se prive des biens incompréhensibles. O heureuses sont les âmes fidèles, qui n'épargnent rien pour être pleinement à Dieu! heureuses les personnes religieuses qui pratiquent fidèlement toutes leurs observances selon leur institut! Cette fidélité les fait mourir constamment à elles-mêmes, à leur propre jugement, à leur propre volonté, inclinations et répugnances naturelles ; et les dispose ainsi d'une manière admirable, mais inconnue, à cette excellente
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sorte d'oraison ; car qu'y a-t-il de plus caché qu'un religieux et une religieuse, qui ne suit en tout que ses observances et les exercices communs de la religion, n'y ayant en cela rien d'extraordinaire, et qui néanmoins consiste dans une mort totale et continuelle? Par cette voie le royaume de Dieu s'établit en nous, et tout le reste nous est donné libéralement.
XIII. Il ne faut pas négliger la lecture des livres spirituels; mais il faut lire en simplicité et en esprit d'oraison, et non pas par une recherche curieuse : on appelle lire de cette façon, quand on laisse imprimer dans son âme les lumières et les sentiments que la lecture nous découvre, et que cette impression se fait plutôt par la présence de Dieu que par notre industrie.
XIV. Il faut au reste être prévenu de deux ou trois maximes : la première, qu'une personne dévote sans oraison est un corps sans ame; la seconde, qu'on ne peut avoir d'oraison solide et vraie sans mortification, sans recueillement et sans humilité ; la troisième, qu'il faut de la persévérance pour ne se rebuter jamais dans les difficultés qui s'y rencontrent.
XV. Il ne faut pas oublier qu'un des plus grands secrets de la vie spirituelle est que le Saint-Esprit nous y conduit non-seulement par les lumières, douceurs, consolations, tendresses et facilités, mais encore par les obscurités, aveuglements, insensibilités, chagrins, angoisses, tristesses, révoltes des passions et des humeurs ; je dis, bien plus, que cette voie crucifiée est nécessaire, qu'elle est bonne, qu'elle est la meilleure, la plus assurée et qu'elle nous fait arriver beaucoup plus tôt à la perfection. L’âme éclairée estime chèrement la conduite de Dieu, qui permet qu'elle soit exercée des créatures et accablée de tentations et de délaissements ; et elle comprend fort bien que ce sont des faveurs plutôt que des disgrâces, aimant mieux mourir dans les croix sur le Calvaire que de vivre dans les douceurs sur le Thabor. L'expérience lui fera connaître avec le temps la vérité de ces belles paroles : Et nox illuminatio mea in deliciis meis, et mea nox obscurum non habet, sed omnia in luce clarescunt. Après la purgation de l’âme dans le purgatoire des souffrances, où il faut nécessairement passer, viendra l'illumination, le repos, la joie, par l'union intime avec Dieu,
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qui lui rendra ce monde, tout exil qu'il est, comme un petit paradis. La meilleure oraison est celle où l'on s'abandonne le plus aux sentiments et aux dispositions que Dieu même met dans l’âme et où l'on s'étudie avec plus de simplicité, d'humilité et de fidélité à se conformer à sa volonté et aux exemples de Jésus-Christ.
Grand Dieu qui, par un assemblage merveilleux de circonstances très-particulières, avez ménagé de toute éternité la composition de ce petit ouvrage, ne permettez pas que certains esprits, dont les uns se rangent parmi les savants, les autres parmi les spirituels, puissent jamais être accusés à votre redoutable tribunal d'avoir contribué en aucune sorte à vous fermer l'entrée de je ne sais combien de cœurs, parce que vous vouliez y entrer d'une façon dont la seule simplicité les choquait, et par une porte qui, toute ouverte qu'elle est par les saints depuis les premiers siècles de l'Eglise, ne leur était peut-être pas encore assez connue : faites plutôt que devenant tous aussi petits que des enfants, comme Jésus-Christ l'ordonne, nous puissions entrer une fois par cette petite porte, afin de pouvoir ensuite la montrer aux autres plus sûrement et plus efficacement. Ainsi soit-il.
Pour bien commencer votre journée, dès le moment que vous serez éveillée, faites le signe de la croix. Adorez la majesté de Dieu par un acte de retour sur tout ce que vous êtes ; rendez grâces à Dieu de toutes ses miséricordes sur vous, et vous donnez toute à lui.
Lorsque vous serez levée, mettez-vous à genoux et faites votre exercice du matin en cette manière.
Très-sainte Trinité, je vous adore de toutes les puissances de mon âme : je vous remercie de ce que vous m'avez préservée de tant de périls et de dangers, que d'autres meilleures que moi n'ont pas évités. Je me donne toute à vous, et vous remercie
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très-humblement de ce que vous m'avez créée à votre image et ressemblance. Rachetée de votre sang précieux , appelée à la foi et à la vocation religieuse , je vous supplie de me faire la grâce de reconnaître toutes ces miséricordes et de vous être fidèle tout le temps de ma vie. Père de toute bonté, je m'offre à vous et vous adore comme votre fille, voulant vous obéir en toutes choses. Remplissez mon entendement de vos connaissances et de vos grandeurs , et mon cœur de votre amour , afin que je vous serve comme je dois.
Verbe divin, je vous honore et adore avec tous les respects que je dois , et je m'offre à vous comme esclave ; mais esclave de votre amour, voulant m'assujettir à la vraie vie de l'esprit, que vous avez enseignée venant au monde. Mais comme je ne peux rien de moi-même que le péché, donnez-moi, s'il vous plait, la grâce pour enflammer mon cœur dans la pratique des vertus. Présentez à ma mémoire le souvenir de ce que vous avez l'ait pendant que vous conversiez parmi les hommes et de tout ce que vous avez souffert pour me racheter : c'est la miséricorde que je vous demande, ô mon Jésus , et que j'en fasse l'usage conforme à vos desseins.
Divin Esprit, je vous adore de toutes les forces de mon âme et je m'offre à vous comme écolière et disciple, pour être instruite de ce que j'ai à faire pour posséder votre amour, vous suppliant que mon cœur en soit enflammé et qu'il soit détaché de l'affection des créatures , auxquelles je renonce pour adhérer à vous seul. Je vous demande la lumière pour connaître ce que je dois faire pour ma perfection, vous demandant pardon de la négligence que j'ai apportée à suivre les inspirations que vous m'avez données tant de ibis pour mon salut.
Très-sainte et adorable Trinité, prosternée à vos pieds , je vous adore de toutes les forces de mon âme ; et vous supplie d'agréer que je vous offre tout ce que je ferai aujourd'hui, intérieurement et extérieurement, en l'honneur des mérites de Jésus-Christ et pour honorer toutes ses actions, lui demandant la grâce que les miennes soient sanctifiées par les siennes, désirant de les unir à ses mérites.
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Mon Dieu, ayant uni toutes mes actions intérieures et extérieures à celles de mon Jésus, je vous les offre aussi pour vous remercier de ce que vous avez donné l'infaillibilité à la sainte Eglise pour nous enseigner, comme elle l'apprend à ses enfana par ce qu'elle leur commande de croire ; je me rends de tout mon cœur à ses lois amoureuses.
Mon Dieu, je vous supplie que toutes les actions de ce jour soient à l'intention et pour le repos des âmes du purgatoire, particulièrement pour celles qui sont le plus délaissées, vous conjurant que , par les douleurs et l'effusion du plus précieux sang de mon Sauveur, il vous plaise les délivrer et les faire jouir de votre gloire , vous demandant la foi, l'humilité et le mépris de tout ce qui n'est point vous.
Mon souverain Seigneur, je vous offre toutes mes pensées, mes paroles et mes actions, intérieures et extérieures , pour honorer toutes celles de mon Jésus lorsqu'il était sur la terre , et pour vous remercier des grâces et prérogatives que vous avez accordées à tous les saints et saintes , et particulièrement à ceux et à celles que l'Eglise honore en ce jour, vous demandant par leur intercession ma conversion parfaite.
Mon Dieu, je vous offre tout ce que je ferai en ce jour pour vous remercier de ce que vous m'avez fait naître de parents catholiques, qui m'ont élevée dans la foi, vous suppliant de me faire la grâce d'y vivre et mourir, de daigner convertir tous les hérétiques et de donner votre Esprit au Pape et à tous ceux qui conduisent visiblement l'Eglise, pour en bannir toutes les erreurs.
Mon Dieu, agréez que je fasse aujourd'hui toutes mes actions
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intérieures et extérieures, pour honorer la demeure de mon Jésus d.ius le très-saint Sacrement de l'autel, et que j'adore son humilité et son amour, vous suppliant par cet anéantissement où il s'est réduit pour moi que je sois humble , et que je me conforme aux états de mon Jésus dans ce sacrement auguste, que je révère de tout mon cœur.
Je vous consacre en ce jour , mon Dieu, tout ce que je ferai intérieurement et extérieurement pour honorer la passion et les souffrances de mon Jésus, et pour imprimer sa croix dans mon cœur, vous suppliant que par sa mort et ses douleurs j'aie la force pour supporter toutes les croix qu'il lui plaira m'envoyer, auxquelles je me soumets de tout mon cœur.
Je vous présente, ô mon souverain Seigneur, tout ce que j'ai dessein de faire aujourd'hui pour votre plus grande gloire, et pour honorer en la sainte Vierge sa virginité et sa maternité tout ensemble , vous suppliant, mon Dieu, de me donner la pureté de corps et d'âme, la grâce que je vous sois fidèle et que je ne m'éloigne point de vos desseins sur moi.
Sainte Vierge, je vous supplie de me prendre en votre protection, et de m'obtenir de votre Fils la grâce que je lui sois constamment unie, et que je m'étudie toujours à suivre ses volontés saintes.
Sub tuum praesidium, etc.
Saint Ange , qui m'avez été donné de la bonté divine pour gardien de mon corps et de mon âme , je vous supplie de me préserver en ce jour des périls spirituels et corporels et que vous m'empêchiez d'offenser la majesté de mon Dieu, me portant à faire le bien et à m'éloigner du mal et détournant de moi les occasions du péché ; assistez-moi en tous les moments de ma vie, mais surtout à celui de ma mort.
Finissez après avoir adoré encore la très-sainte Trinité, disant :
Sainte Trinité , je vous adore de toutes les forces de mon âme ;
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et je vous demande votre sainte bénédiction, et qu'il vous plaise remplir les puissances de mon âme de votre connaissance , de votre amour et de votre souvenir.
Puis tachez, en vous habillant, de vous entretenir l'esprit en la présence de Dieu, le suppliant de vous revêtir de sa grâce en vous couvrant des habits de la sainte religion, que vous baiserez par respect en les mettant, et demandant avec instance à Notre-Seigneur qu'il vous donne le vrai esprit de votre Père saint Benoit , qui est dans le silence et dans l'obéissance.
Vous irez à Prime, et tâcherez d'assister à ce premier office avec le plus de ferveur que vous pourrez, et vous chanterez les louanges de Dieu avec respect et avec application d'esprit, vous souvenant que vous faites en terre ce que les anges font au ciel ; et si cela ne suffit pas , vous offrirez cette heure en l'honneur de Jésus cruellement flagellé. Pénétrez profondément ce mystère; et abîmez-vous, voyant un Dieu de majesté traité en esclave, qui depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête n'a aucune partie saine en lui. Que cet état de Jésus vous excite à l'aimer de tout votre cœur, et à souffrir pour lui tout ce que la Providence permettra qu'il vous arrive.
Pour l'oraison, tâchez d'avoir un grand désir de converser avec Dieu. Vous commencerez votre oraison par un acte de foi et d'une profonde humilité, dans la vue de la grandeur de Dieu et de votre bassesse.
Après cela entrez doucement en votre sujet avec beaucoup de dépendance de Dieu, pour recevoir ce qu'il lui plaira vous donner, sans empressement de votre part, n'y apportant rien de vous que l'anéantissement et l'abaissement; car bien souvent, faute de laisser agir la grâce, on la perd. Si vous avez quelque sécheresse, impuissance ou distraction , faites ce que vous pourrez pour rejeter les dernières, afin qu'il n'y ait point de votre faute ; et pour les dérélictions, acceptez-les avec humilité, croyant que c'est ce que vous méritez ; et dites à votre bon Dieu, dans le silence, par un simple regard ou parlant intérieurement : Ah ! mon Dieu, j'avoue que j'ai mérité ce traitement par mes infidélités ; mais je vous supplie que je n'y commette point de fautes, et que je fasse
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bon usage de ce qu'il vous plaît que je souffre. Je vous aime de tout mon cœur, et en cet état de privation, sachant bien que vous êtes ta bonté même et que vous ne faites rien que pour votre gloire et pour mon salut. D'autres fois, vous lui pourrez dire : Mon Dieu, je suis bien aise de vous servir à mes dépens ; puisque vous le voulez ainsi, je m'y soumets de toutes les forces de mon esprit, et je renonce à tout ce qui vous pourrait déplaire.
Au commencement de la messe, excitez-vous à une grande douleur de vos péchés, et offrez le grand sacrifice de la messe pour honorer celui que Jésus a consommé sur la croix pour nos péchés; remerciez-le de cet adorable mystère, lui demandant la grâce de vous rendre digne d'une si copieuse rédemption. Offrez-le aussi pour remercier Dieu des grâces infinies qu'il a départies à la sainte Vierge sa Mère, pour honorer Dieu en ses saints et pour les âmes du purgatoire. Si cela ne suffit pas , servez-vous de l'Exercice de la messe et de la communion, quand vous communierez.
Après la basse messe, vous souvenant que vous venez de converser avec Dieu, faites l'offrande de toutes vos actions dans cet esprit de recueillement, avec beaucoup de respect et d'attention à sa présence.
Après cette offrande, vous vous occuperez aux emplois de votre charge avec soin et diligence, travaillant autant que vous pourrez à être fidèle à la grâce; carde cette fidélité dépend votre avancement à la perfection. Dieu a tant de pente à se communiquer à nous , qu'il ne cherche que des âmes préparées à s'unir à lui. Disposez-vous pour recevoir ses dons. La meilleure disposition est de faire bon usage des grâces qu'il vous donne pour vous avancer; et c'est pour cela qu'il dit : « Celui qui est fidèle en peu, je l'établirai en beaucoup (1). » Soyez donc soigneuse et courageuse à mortifier vos passions et vos cinq sens, mais particulièrement lorsque vous en avez le mouvement.
Le ressouvenir de ces choses vous aidera à retourner à Dieu, et à rentrer en vous-même pendant votre travail manuel, pour vous donner toute à Dieu qui vous a créée pour lui, et. pour vous
1 Matth., XXV, 21.
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engager à l'aimer. Comment le ferez-vous, sinon en détruisant en vous, par la mortification, l'Adam terrestre, pour vous revêtir du céleste qui est Jésus-Christ? Je vous conjure en son nom de vous rendre exacte en ces points par la pratique de ce qui suit.
Le premier point, être fidèle aux obligations de votre condition, et qu'il n'y ait jamais que l'obéissance qui vous en dispense; et que vous ne fassiez rien de ce que vous devez faire que pour Dieu, donnant une âme à tout ce que vous devez faire, parce qu'il n'y a rien de petit quand on fait avec esprit et obéissance les actions religieuses.
Le deuxième, être fidèle aux traits de Dieu dans votre intérieur, obéissant à sa voix, quelque répugnance que vous y ayez : rendez cette fidélité à sa grâce , et il vous en donnera de nouvelles. C'est ce qui fait avancer les âmes, parce qu'elles reçoivent de plus en plus de nouvelles grâces par le bon usage des premières.
Le troisième est d'être inviolablement fidèle à la mortification de vos passions et des cinq sens, vous assurant que vous ne pouvez tendre à la perfection , ni devenir fille d'oraison que par cette voie.
Il y a encore trois autres principes sur lesquels je suis bien aise de vous instruire, qui bien pratiqués, remédient aux trois occasions par lesquelles les chrétiens et les religieuses reculent au lieu d'avancer, et qui, lorsqu'elles ne sont pas encore dans le chemin, les empêchent d'y entrer.
Le premier, sont les tentations, sécheresses, dérélictions, impuissances, pauvreté, aveuglement, soit pour l'oraison mentale ou autres prières. Et afin que ces peines ne vous empêchent pas de servir Dieu, priez-le par foi, par fidélité, par obéissance, vous imprimant bien cela en l'esprit pour vous engager avec courage au service que vous lui devez. Il est mon Sauveur, lui direz-vous, ma force, mon commencement et ma fin ; cela étant, je dois le servir également au milieu de ces tentations, de ces impuissances, etc.
Produisez en ces commencements des actes de foi de ces vérités, pour vous en donner l'habitude.
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Le deuxième, sont les maladies, infirmités, assujettissements du corps, qui souvent, si l'on n'est fidèle, relâchent l'esprit et l'entretiennent dans les soins de ce corps, dans la mollesse et dans la lâcheté. Il faut, pour y remédier et l'empêcher, accepter delà main de Dieu et de sa très-sainte volonté l'état de la maladie ; et vous persuader par réflexion et par acte de foi ce qui est dit dans le premier empêchement, qui est que dans l'état de la maladie vous devez rendre à Dieu service, fidélité, adoration, tendre à votre perfection par ces voies et conserver toujours la mortification : si elle ne peut être exercée sur le corps par les austérités, il faut qu'elle soit dans l'esprit, les passions et les cinq sens. Qu'il y a de sujets de grande pénitence dans les maladies, quand on les sait prendre comme l'on doit !
Le troisième empêchement sont les occupations, obédiences , contradictions et embarras que vous devez éviter ; mais quand l'obéissance vous y emploie, il s'y faut soumettre, et vous souvenir que vous devez être fidèle , et que Dieu est votre Dieu, que vous êtes sa créature et par conséquent obligée de l'aimer et servir : faire usage de ces embarras étant inviolablement fidèle à ce Dieu de bonté ; et lui demander par aspiration, ou par la foi en sa présence , la grâce de lui rendre ce que vous lui devez comme à votre Créateur. C'est en cette manière que l'on pratique la vertu et que l'on tend à la perfection ; et ce qu'on acquiert dans ces oppositions est bien plus solide que lorsque nous avons des goûts, des facilités à prier et à agir, de la santé, et bien du temps pour la retraite. C'est pourquoi pendant que vous êtes dans la force et dans la vigueur de la grâce de votre vocation, imprimez-vous ces pratiques qui font toute la perfection des âmes religieuses, ou dont le défaut cause leur entière infidélité et relâchement au service de Dieu, que vous devez préférer à tout, disant : C'est cette souveraine bonté qui m'a donné l'être et qui m'a faite pour lui, et ainsi du reste : et lorsque vous y aurez commis quelques fautes, vous pratiquerez trois choses.
La première, de rentrer dans votre intérieur pour vous en humilier, et en porter le poids devant la majesté divine.
La deuxième est de vous confier en sa miséricorde, et lui
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demander la grâce de vous en amender, lui promettant que vous le ferez par la force de sa grâce.
La troisième est de vous en humilier devant votre directeur, en lui découvrant l'état de votre intérieur. Je vous puis assurer que si vous voulez, avec la grâce de votre vocation, vous rendre fidèle à ces principes dans toutes les rencontres, en peu de temps vous y aurez une telle habitude, que vous n'aurez plus de peine dans la pratique de ces choses, comme dit votre sainte règle ; et pour vous aider à les retenir plus facilement, je les mettrai en abrégé.
La première, être inviolablement fidèle à tous les devoirs de votre condition, les faisant pour Dieu, donnant une âme à toutes les actions extérieures.
La deuxième est la fidélité aux inspirations intimes que vous ressentirez de quitter le mal et de faire le bien. Si l'on consultait bien ce fonds, l'on ne ferait pas tant de fautes, et l'on adhérerait plus qu'on ne fait aux saintes inspirations.
La troisième est la fidèle pratique de la mortification des passions, des cinq sens et de tout le grossier.
La quatrième est de porter les peines et privations dans l'esprit de soumission et de fidélité, et d'en faire un saint usage par un acte de foi.
La cinquième est la maladie qu'il faut souffrir et accepter de la main de Dieu, pour être fidèle à ne se point relâcher de la pratique intérieure de la mortification.
La sixième est d'être soigneuse dans l'obédience et dans les emplois que l'obéissance vous donne, de vous y conserver dans un esprit intérieur et une attention à la présence de Dieu en vous.
Sachez que si vous voulez tendre à la perfection et à la sanctification de votre âme, vous devez durant les années de votre noviciat vous engager dans une entière pratique de tout ceci, afin d'en prendre les habitudes : cela étant, vous pouvez en peu acquérir cet esprit d'oraison, qui est si avantageux pour les âmes religieuses, et qui les fait parvenir à cette union divine qui leur fait aimer Dieu de tout leur cœur. Mais comment pouvez-vous garder ce premier commandement que Dieu nous a fait, si par
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toutes ces pratiques de mortification vous ne détruisez tout ce qui est opposé à ce Dieu d'amour?
Je vous conseille de ne point quitter ces petites pratiques, que votre direction vous donne, si ce n'est que Dieu vous accorde quelques grâces surnaturelles, qui n'arrivent pour l'ordinaire qu'après la purgation et la pratique d'une sérieuse mortification en toutes (qui dit toutes n'excepte rien) les voies de votre sanctification, faisant tout ce que je viens de vous marquer avec une obéissance entière; car je désire que vous ne fassiez rien sans une actuelle obéissance, et que vous vous accoutumiez à la demander pour tout ce que vous avez à faire, soit pour votre intérieur ou extérieur, du moins une fois la semaine : et quand vous rendrez compte de votre intérieur, premièrement vous commencerez toujours, disant : Je vous supplie de me donner le mérite de l'obéissance pour dire ma coulpe et pour rendre compte de mon intérieur; secondement vous direz : Depuis que je suis sortie de ma direction, je me suis trouvée, en tous mes exercices et à l'oraison, de telle et telle manière; troisièmement vous direz comment vous avez travaillé à détruire le vice qu'on vous aura donné à combattre, et à acquérir la vertu opposée que vous deviez pratiquer; quatrièmement vous déclarerez si vous avez été soigneuse de mortifier vos sens, et particulièrement celui que vous aurez eu la semaine a combattre ; cinquièmement quelles impressions vos lectures vous ont faites, quel fruit vous en avez retiré pour l'accomplissement de vos devoirs ; sixièmement, si vous avez quelque avis à demander ou quelque peine à exposer, vous le ferez; septièmement , vous en allant, vous tâcherez de vous souvenir des instructions qu'on vous aura données, avec une forte résolution d'en venir à la pratique.
Quand on sonnera le deuxième office, rentrez dans votre intérieur, et vous réjouissez de ce que vous allez chanter les louanges de Dieu ; et vous lui direz avec un saint transport : Mon Seigneur, préparez mon cœur et ma langue, afin que l'un et l'autre vous louent. Et tâchez d'être à l'office avec grande modestie et recueillement, ne pensant qu'à la majesté de Dieu : ou si cela ne suffit, honorez les ignominies et douleurs que les Juifs firent souffrir à
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Jésus, lui mettant sur la tête une couronne d'épines, que l'on enfonçait dans son sacré Chef. Adorez-le profondément pour réparer les outrages que lui firent souffrir les Juifs, qui se moquaient de cet innocent Agneau, se mettant à genoux et le saluant par dérision. Quel spectacle de voir un Dieu abandonné à la raillerie de ses ennemis! Excitez votre âme à connaître la grandeur de votre ingratitude par les excessives douleurs de ce divin Sauveur.
Vous irez ensuite faire votre examen, vous mettant en la présence de Dieu, l'adorant avec le plus d'application que vous pourrez ; et rentrant dans votre intérieur, vous connaîtrez ce que vous avez fait contre Dieu, contre l'obéissance, votre prochain et vous-même, demandant à Notre-Seigneur qu'il vous fasse connaître toutes les fautes tpie vous avez commises ; et qu'en les connaissant, il vous en donne le regret, la douleur et la volonté de ne les plus commettre; car tout bien vient de Dieu, Père des lumières. C'est pourquoi, il faut que vous demandiez avec confiance à Notre-Seigneur tout ce qui est pour votre sanctification; il vous invite à demander tout à son Père en son nom.
Vous irez au réfectoire, vous humiliant de voir à quel assujettissement nous sommes obligés ; et pendant que vous donnerez la nourriture à votre corps, priez Notre-Seigneur qu'il sustente votre âme : de temps en temps renouvelez votre attention pour entendre la lecture ; et ne laissez jamais passer aucun repas sans vous mortifier, en vous privant de quelque chose de ce que vous mangez avec trop d'appétit, ou en mangeant ce que vous n'aimez pas: mais que ce soit en peu de chose, parce qu'il faut estimer davantage l'esprit général que la singularité, prenant en esprit de simplicité et de pauvreté ce que la religion vous donne.
Après le réfectoire, vous monterez au dortoir pour garder le silence, ce que vous ferez en union avec celui que Jésus-Christ a gardé dans l'état d’abaissement de son enfance; et vous vous occuperez à quelque petit ouvrage, si vous en avez à faire, ou à quelque lecture peu appliquante.
Quand on dira Noue à midi, vous adorerez Jésus-Christ portant sa croix. Pénétrez-vous intérieurement de l'excès des douleurs qu'il souffrait, pendant que l'on clouait ses mains et ses pieds, que
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vous adorerez profondément, en offrant au Père éternel toutes ces souffrances de Jésus pour le salut des hommes, mais en particulier pour votre âme criminelle.
Quand on sonnera le silence, vous ferez de même que j'ai dit au matin, vous souvenant pendant vos occupations que les dispositions éloignées pour l'oraison sont la fidélité aux inspirations de Notre-Seigneur, la mortification de vos passions et des cinq sens, et de faire vos actions pendant la journée en la présence de Dieu : et de temps en temps vous vous entretiendrez avec Notre-Seigneur, selon l'attrait que vous en aurez, tantôt par adoration, par consécration et par des actes d'humilité ; considérant la grandeur de Dieu et votre bassesse, sa charité pour vous et votre indignité, ce qui vous doit bien engager à l'aimer de tout votre cœur. D'autres fois, confiez-vous en lui et lui demandez miséricorde avec protestation de fidélité, le priant de vous accorder le pardon de vos fautes. Vous pourrez, de toutes ces pensées, prendre celle pour laquelle vous aurez plus d'attrait et de pente selon vos besoins. Si vous voulez, vous vous contenterez de celle de la présence de Dieu, comme il est en vous et dans votre intime, et y adhérerez par la foi.
Sitôt que l'on sonnera l'oraison, vous serez diligente à y aller, et tâcherez de vous consacrer toute à Notre-Seigneur, le priant qu'il remplisse les puissances de votre âme de sa connaissance et de son amour, et qu'il vous donne sa grâce pour converser avec lui par l'exercice de l'oraison, que vous ferez comme on vous l'a appris, ou de cette façon. Vous vous soumettrez pleinement au domaine de Dieu, que vous adorerez, et à qui vous offrirez le temps que vous allez passer en sa sainte présence en union des oraisons de Jésus-Christ, le suppliant amoureusement qu'il sanctifie la vôtre par les siennes. Renoncez à toutes les pensées étrangères, et faites un désaveu de toutes les inutilités qui vous viendront, et appliquez-vous paisiblement sous les yeux de Dieu au sujet de votre oraison.
S'il arrive que vous ne le puissiez par tentation ou distraction causée par votre infidélité, humiliez-vous devant la majesté souveraine de Dieu; et après deux ou trois actes, si vous voyez que
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vous ne puissiez rien, souffrez cette peine, impuissance et pauvreté : renoncez à toute la coulpe, et acceptez-en la peine. Parlez à Dieu par quelque acte de confiance, d'abandon et de soumission à sa volonté ; et demeurez avec respect en sa présence, supportant humblement les sécheresses que vous éprouvez. Ne sortez jamais de l'oraison sans en tirer quelque fruit, demandant à Notre-Seigneur la grâce de pratiquer tout ce que vous voyez qu'il demande de vous, prenant des résolutions d'être obéissante, assujettissant votre jugement et toutes vos raisons à celle qui vous gouverne ; et protestant que quelque difficulté que vous y trouviez, vous en voulez venir à la pratique, à l'imitation de Jésus-Christ, duquel l'Apôtre dit : « Il a été obéissant jusqu'à la mort de la croix, et pour cet effet il a été exalté (1). »
Les Vêpres se disant ensuite, vous tâcherez de les chanter dans l'esprit que votre oraison vous aura laissé, ou bien dans la considération de Jésus-Christ sur la croix, mourant par amour pour vous. Voyez la plaie de son côté ; et le priez que vous puissiez être toute recueillie en elle, considérant l'excès de son amour.
Après Vêpres, vous irez en votre cellule, où étant vous vous mettrez à genoux ; et rentrant dans votre intérieur, vous y adorerez la majesté de Dieu, et lui offrirez ce temps en union de la retraite de Jésus-Christ, le suppliant qu'il sanctifie cette heure et qu'il vous donne son Esprit et l'intelligence pour concevoir votre lecture, et être instruite de ce qu'il veut de vous pour sa gloire et votre plus grande perfection. Cette lecture se doit plutôt appeler une méditation ou étude de toutes les vertus : et quand quelque vérité vous aura touchée, recueillie et éclairée, fermez votre livre et la pénétrez à loisir : laissez agir la grâce en vous selon toute son étendue ; et lorsque ce mouvement sera passé, relisez et employez ainsi cette heure de temps, qui vous sera fort utile si vous la pratiquez en cette manière.
Vous irez au réfectoire et observerez les mêmes choses que le matin, après lequel vous irez faire une visite au saint Sacrement, que vous adorerez avec respect, rentrant dans votre intérieur : offrez par obéissance votre heure de récréation , suppliant Jésus-Christ
1 Philip., II, 8, 9.
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qu'il lui plaise vous donner sa bénédiction, et vous faire la grâce de ne rien dire qui lui puisse déplaire. Pendant votre conversation, rappelez-vous de temps en temps que Dieu vous regarde, et qu'ainsi il ne faut rien dire ni rien foire qui soit indigne de sa présence.
Lorsque la cloche sonnera pour aller à Compiles, tâchez d'élever votre cœur à Dieu avec une nouvelle ferveur, pour suppléer à toutes les négligences de ce jour. Honorez durant cette dernière heure de l'office la descente de Jésus-Christ de la croix ; et reconnaissant par quelque acte d'amour celui qu'il vous a porté en achevant de consommer son sacrifice, demandez-lui que par sa mort il vous fasse mourir au péché pour ne vivre qu'en lui.
A la fin vous ferez votre examen avec le plus d'application que vous pourrez, en cette manière.
Mon Seigneur, je vous adore du profond de mon aine : prosternée à vos pieds, je vous rends grâces de ce que vous m'avez créée à votre image et ressemblance, rachetée de votre précieux sang, fait naître eu la foi catholique, appelée à la sainte religion et préservée de tant de périls et dangers, auxquels beaucoup d'autres, qui vous ont été plus fidèles que moi, ont été exposés, et surtout en ce jour, dans lequel vous m'avez tant fait de miséricordes. Béni soyez-vous, mon Dieu. Esprits bienheureux, aidez-moi à le remercier «le toutes les grâces qu'il me fait; et lui demandez pour moi celle de connaître les péchés que j'ai commis contre sa bonté, et qu'en les connaissant j'en aie le véritable regret que je dois.
Je vous adore, mon Sauveur Jésus, comme mon souverain juge; je me soumets de tout mon cœur à la puissance que vous avez de me juger : je suis très-aise que vous ayez ce pouvoir sur moi ; et je vous supplie de me faire participante de la lumière par laquelle vous me ferez voir mes péchés à l'heure de la mort, lorsque je comparaîtrai devant votre tribunal. Faites-moi aussi participante du zèle de votre justice, afin que je haïsse mes péchés comme vous les haïssez.
Veni, sancte Spiritus, etc.
Mon Seigneur, voilà un grand nombre de péchés que j'ai
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commis contre votre bonté infinie ; mais j'en ai regret et je m'en accuse à vos pieds, non-seulement de ceux que je connais, mais aussi de ceux dont je n'ai pas la connaissance et que vous voyez en moi : je vous en demande pardon, espérant s'il vous plaît en vos divines miséricordes.
Miserere mei, Deus, etc.
Oui, mon Dieu, je crie vers vous, pour obtenir miséricorde de votre infinie bonté : je vous supplie de me pardonner par votre infinie clémence, par les mérites du sang de mon Sauveur, ayant un vif regret de vous avoir offensé, non point pour la crainte de l'enfer ni pour quelque motif temporel, mais uniquement pour l'amour de vous-même; et c'est pour cela que je suis par votre grâce dans la volonté de n'y retomber jamais, et de vous être fidèle jusqu'à la mort : je voudrais avoir toute la douleur dont un cœur humain est capable, par le secours de votre grâce.
Confiteor, etc.
Mon Dieu, je vous donne mon cœur; et je vous aime avec une telle complaisance, que de toute ma volonté j'aime, j'accepte et embrasse tout ce qu'il vous plaira qui m'arrive, tant à moi qu'à toutes les personnes qui me regardent, pour lesquelles je vous demande, comme pour moi, l'accomplissement des desseins de miséricorde que vous avez sur nous de toute éternité.
Je vous offre, mon Seigneur, le sommeil que je vais prendre, en union de celui que mon Jésus a pris lorsqu'il était en cette vie mortelle, vous suppliant d'animer mon cœur si puissamment, que tous ses mouvements se portent vers vous, et qu'il s'unisse par ses désirs à tous les bienheureux pour vous aimer, vous louer, vous bénir et vous adorer dans leur société.
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum.
In te, Domine, speravi; non confundar, etc.
Suscipe me, Domine, etc.
J'espère et j'espérerai toute ma vie, ô mon Dieu, en vos grandes miséricordes, où je mets toutes mes espérances.
Venez, ô mon Dieu, posséder mon cœur; qu’il n’aime que vous dans l'éternité.
Veni, Domine Jesu.
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Je veux, ô mon Dieu, faire en tout votre sainte volonté, et m'y soumets de toute la mienne.
Non mea, sed tua voluntas fiat.
Je me soumets de tout mon cœur à la mort, et je l'accepte humblement , parce c'est votre volonté que je meure : je veux toutes les circonstances qui la doivent accompagner, comme pour le temps et l'heure, vous suppliant de m'assister en ce moment, et que je meure en votre sainte grâce ; adorant dès maintenant et pour cette heure ce que je ne pourrai peut-être pas faire alors, le jugement que vous porterez de mon âme, m'y soumettant de toute ma volonté, vous suppliant de me traiter non selon mes mérites, mais selon toute l'étendue de vos miséricordes et de la charité de Jésus-Christ pour moi.
Sainte Vierge, je vous prie de me prendre sous votre protection particulière; et demandez pour moi à votre Fils que je ne m'éloigne jamais de lui tant soit peu, mais que mon âme veille avec lui pendant le sommeil. Assistez-moi en tous les moments de ma vie, et surtout en celui de ma mort.
Saint Ange, à qui la bonté de Dieu a donné charge de mon âme et de mon corps, je vous supplie d'en prendre un soin singulier et de me préserver de tout danger, des illusions et tentations, et de m'obtenir que je n'offense point mon Dieu, mais que mon âme soit toujours unie à lui par amour.
Je vous adore, très-sainte Trinité ; c'est de tout mon cœur que je vous révère, vous suppliant de me donner votre sainte bénédiction, de me garder de tout péché et de remplir les puissances de mon âme de votre connaissance, de votre amour et de votre souvenir. Ainsi soit-il.
Après l'examen, on monte au dortoir, où se commence le silence souverain, jusqu'au lendemain, que vous observerez avec toute l'exactitude possible. Vous vous déshabillerez en diligence pour être couchée à huit heures; et vous ne vous occuperez à rien du tout, sinon à lire votre sainte oraison auparavant.
Quand on vous éveillera pour Matines, levez-vous en diligence et avec une nouvelle ferveur ; remerciant Dieu de vous avoir appelée à une vocation où vous avez le moyen de le louer, durant
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que le monde n'y pense pas. Allez à l'église faire votre préparation, et offrez ce moment en l'honneur du moment de la naissance de Jésus-Christ : honorez toutes les circonstances de ses abaissements dans la crèche, vous unissant à tous les bienheureux, qui donnent gloire au Seigneur de ce que le Rédempteur est né.
Consacrez-vous toute à lui et le priez de sanctifier toutes les actions de votre journée ou, si vous aimez mieux, consacrez-la à Jésus agonisant.
Quel spectacle de voir un Dieu de majesté prosterné en terre sur sa face, priant et disant : « Mon Dieu, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi; mais votre volonté soit faite, et non la mienne (1) ! » Que cet exemple vous apprenne à prier avec humilité et soumission aux volontés de Dieu», et qu'il sanctifie toutes les petites angoisses et abandons que la Providence permettra vous arriver.
Avant que de finir cet Exercice, il faut que je vous dise que je ne l'ai fait que pour les âmes qui ne sont pas encore dans la pratique des vertus, et qui n'ont point d'habitude à la mortification et rien de bien surnaturel. S'il se trou voit des âmes à qui Notre-Seigneur fit quelque grâce extraordinaire, elles ne se doivent servir de ces petits moyens que dépendamment de la même grâce : car ce ne sont là que de faibles moyens pour aider et suppléer aux impuissances et défaut d'habitude : néanmoins, si l'on est exact à les suivre, ils peuvent beaucoup aider, pourvu qu'on les embrasse avec esprit et de cœur, sans se violenter ni aller contre le trait intérieur, à quoi l'on doit se rendre très-fidèle : cela étant, Notre-Seigneur bénira tout : je le supplie qu'il vous fasse cette grâce. Ainsi soit-il.
1 Luc, XXII, 42.