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Mardy et les autres
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« Mon esprit part en spirale ».
Mardy Fish décrit ce 1er septembre 2015, comment, en 2012, il a renoncé à affronter Roger Federer en huitième de finale de l’US OPEN. C’était le rendez-vous de sa vie de sportif, à New-York, le lundi de la fête du travail, le jour anniversaire de son père, contre « le plus grand joueur de tous les temps » et, dans le bus qui le menait au stade, il a été saisi d’une nouvelle crise d’anxiété. Il a prononcé le mot renoncement, dans un dialogue avec son épouse puis il a renoncé. En 2003, sur la voie du sacre de Roger à Wimbledon, Mardy Fish avait été son adversaire en 8ème de finale. Ils s’étaient rencontrés depuis lors et Mardy Fish s’était montré capable d’inquiéter Roger et même de le battre à une reprise (Indian Wells 2008).
Mais c’est lui, Mardy, qui allait céder devant l’inquiétude, au-delà du raisonnable, du supportable. Après avoir tout mis en œuvre pour devenir l’un des meilleurs joueurs du monde et y être parvenu en accédant au « top ten », les dix meilleurs classés – en ayant perdu beaucoup de poids – Mardy Fish a développé un trouble de la personnalité: « anxiety disorder ». Le trouble de l’anxiété. Il fut saisi de crises, tous les quarts d’heure, des inquiétudes en spirales, immaîtrisables, aucune aptitude à ne plus être inquiet, à ne plus être dépassé émotionnellement, nerveusement, par sa vie de joueur, de champion. Le mental s’emballe et ne se rééquilibre plus. Les idées inutiles et disproportionnées se succèdent et dominent la pensée et la concentration. Il a abandonné cette nuit-là à New-York.
Il vit depuis lors avec ce trouble et vient de mettre un terme à sa carrière en publiant une tribune sur internet que beaucoup auront lue, dont Roger certainement. Celui qui est anxieux est lucide, à long terme. A bref ou moyen terme, il l’est aussi, mais ne s’octroie pas cet espace d’action et de liberté, sous conditions, qui fait qu’on ne sait quoi vaut la peine d’être vécu. La fragilité des champions et des presque champions, la fragilité aussi des éliminés, mais les forces reprises dans toutes les situations individuelles.
Mardy refuse de terminer sa tribune par une métaphore sportive « parce que le sport aboutit à des résultats et que la vie continue ». Le lecteur comprend qu’elle continue avec ou sans résultat tant qu’elle continue. Mardy et Roger ne se sont pas affrontés sur tous les terrains. Roger est très exigeant dans ses propos quant à l’état de préparation physique de ses collègues joueurs. Je me demande, et nous ne le saurons vraisemblablement jamais, ce qu’il pense de la fragilité des choses en matière de condition psychique, avec ou sans préparation. Force ou robustesse mentale ou fragilité ou désordre psychique. La roche tarpéienne est proche du Capitole en la matière également. 6-0, 6-0, un jour ça ne signifie plus rien. Mais Roger a bien raison de rester concentré. Il sait jouer avec les autres et avec lui-même. Son œil, ses jambes et son bras prolongent superbement la force de son être et l’on peut penser qu’il est lucide lui aussi lorsqu’il voit des gens comme Mardy Fish s’éloigner. Cela fait partie de son histoire qui est infiniment riche. C’est du Balzac. Non, c’est du Federer, dans toute sa force et ses variations, en lui et autour de lui, mais dans ses coups surtout. Il serait un” shot-maker”. Intraduisible, sinon lourdement, comme la balle de Roger.
New-York 2015. Nous y sommes. Roger est bien là. Son plus coriace adversaire de jadis, Rafa Nadal, semble perdre de son allant physique. Il aurait entamé un déclin, imperceptible chez Roger – sinon par son absence de victoires dans les majeurs depuis trois ans. Federer est bien le principal contradicteur de Djokovic, le numéro un actuel qui lui mange une partie de son palmarès sans entamer quoi que ce soit de son prestige. Le serbe est un athlète solide et tenace, enfant de la guerre, qui utilise son corps en caoutchouc pour étouffer les initiatives de Roger qui ne se lasse pas pour autant et remonte au filet, de tournoi en tournoi, de ville en ville.
Certains adversaires l’ont battu, l’éteignant sur l’instant. Personne ne l’a découragé. Il a son jeu à poursuivre, sa carrière à mener, sa légende à édifier, plus encore de jeux, sets, matchs à emporter, de palmarès à fournir, de fortune… La fortune c’est autre chose. Roger et riche et enrichissant. C’est comme ça qu’on le voit. Il n’y a pas d’erreur quelque part. Il est dans le seyant habillement que lui a préparé son équipementier. Un pour les sessions de jours. Un autre pour les sessions de nuit. Des kits vestimentaires fort bien conçus pour la lumière naturelle ou artificielle de ce stade en phase d’extension, par le haut, par la construction d’un toit nouveau qui déjà abrite les joueurs en ne laissant plus comme avant libre cours aux tempêtes, parfois violentes aux Etats-Unis. C’est bien connu. Tout est là dans cette lumière de septembre et cette chaleur aussi, rude et pesante depuis une semaine.
L’actualité sportive est parfois bien seule à nous divertir ou nous accaparer, sous réserve de la chronicité des guerres et du malheur humain, du malheur vivant. Au centre de cette année 2015, l’actualité du monde est plus encore rude et pesante. Insoutenable. Dans les mêmes médias, sur le même écran: Palmyre, la Syrie, les millions de migrants, les bateaux en Méditerranée, qui ne cessent de sombrer. Il faut rester concentré, ne pas laisser son esprit être envahi par les mauvaises pensées. C’est l’apanage des champions et des personnes épargnées des troubles de l’anxiété. Roger a très bien su faire cela. Sur le central. Depuis 1998, sur tous les centraux du monde, malgré ce qui s’y passe, dans le monde. Aujourd’hui, il devient difficile de rester parfaitement concentré. En tant que joueur, il faut être « dans sa bulle », selon l’expression d’usage. En tant qu’admirateur, c’est plus délicat. Il y a un détournement émotionnel de l’attention portée aux exploits des uns et des autres. Ça joue à New-York. Mais il pourrait y avoir des parenthèses ici ou là. Le toit mobile du central pourrait ne pas suffire pour protéger le monde dans son ensemble. Il faut faire de plus en plus d’effort pour se réjouir. Et c’est à New-York que tout cela a débuté, enfin ce nouvel épisode noir de l’histoire extra-sportive. En septembre 2001, deux jours après la fin de l’US OPEN. A quelques pas de là. Les tours, leur effondrement, l’Irak, Guantanamo, la chute du dictateur, le départ des soldats, le printemps arabe, les combattants pour le Califat, l’atrocité, les exécutions, la Syrie, l’Europe peu éveillée, Obama réticent et passif, la violence sans fin, la fuite des populations. Ces années durant, j’ai fait mon métier comme j’ai pu. Roger a fait le sien. Il a marqué l’histoire de son sport mais aussi, du monde ou de ce qu’il en reste. Il a son idée sur beaucoup de sujets.
Là, c’est sûr, il doit s’inquiéter aussi. Il a vu la photo de l’enfant sur la plage. C’est notre actualité à tous. Les sentiments sont négatifs et le jeu reprendra pour les présents, les qualifiés, les admis et les autres vivants.
Genève, le 6 septembre 2015
On se lève le matin en Europe et l’on apprend que Roger a encore brillé dans la nuit américaine. Le temps pour réagir manque à ses adversaires. Les mots manquent aux commentateurs. C’est un champion qui donne de la joie à qui veux bien le regarder évoluer. Une sorte de plaisir visuel, émotif et physique. Assister à l’accomplissement juste, souple et efficace d’un geste ludique incertain et périlleux, inaccessible pour le reste du peuple de la terre. Les mots, les miens en tous les cas, décidément ne le définiront pas. Il faut se référer à l’extase des foules pour prendre la mesure de ce qui ce passe. Sur l’instant, il nous fait oublier, le tout et le reste. Il est le vainqueur, dans sa grâce et sa détermination. Roger est un enfant des années quatre-vingt, un adolescent des années nonante, un fruit de l’an 2000, une réussite fameuse de l’époque qui s’écoule. Le risque serait de le banaliser, par les mots, les mots-images, les mots clichés. Il n’en a cure. Il reste dans sa bulle, dans sa sphère, son monde et poursuit immodestement, pas d’erreur là-dessus, son chemin vers la gloire, atteinte depuis longtemps, ainsi devenu son chemin au-delà même de la gloire. Il vit en lui même et par lui-même mais aussi à l’intérieur d’un certain nombre, important, de ces contemporains. On ne lui a pas donné de surnom. Tous réducteurs. Le magnifique, c’est la classe en dessous, C’est fou de dire ça.
Le 11 septembre, c’est le 11 septembre, chaque année. On se rend à Ground zero. Les familles, les journalistes, les touristes, et les politiques. Les sportifs restent à l’hôtel et au stade avec une pensée pour tous les malheurs d’hier et d’aujourd’hui. Roger est sur sa chaise entre deux jeux impairs, pensif. Il lève les yeux vers l’écran du stade, comme à son habitude. Deux stars de la scène et de la télévision improvisent un groove, une danse dans le rythme répétitif de « single ladie » de Beyoncé. Tout New-York sourit de ces quelques pas de démonstration et Roger participe à cela du regard. La réception de l’oeuvre de Freud n’est pas la même selon les pays. Il y a le Freud français, le Freud anglais, le Freud américain. Pour Roger c’est différent. Il s’adapte à l’ambiance et semble se plaire beaucoup aux Etats-Unis et le pays s’adapte à lui. Le lieu l’intègre à sa culture et intègre sa culture à l’oeuvre de Roger. Je dois probablement exagérer en écrivant cela. Mais le plafond ne me tombe pas sur la tête. Ce n’est pas si excessif ni déraisonnable que ce peut en avoir l’air. On passe de la danse au sport, du sport au recueillement, du recueillement aux mondanités, des mondanités à la compétition. C’est notre façon de « groover ». L’admiration peut être un travail ou une facilité que l’on s’accorde. Pour lire les grands auteurs c’est un travail. Je voudrais admirer plus encore Blaise Pascal ou Nietzsche et je dois les lire pour donner libre cours à mon admiration. J’emprunte cette expression à un titre de Cioran (Exercices d’admiration) sur l’oeuvre duquel, il est peu probable que je m’attarde davantage. On abandonne beaucoup en chemin. Pour Roger c’est encore différent. C’est souvent différent pour tout ce qui a trait à Roger. Je m’attarde volontiers sur son oeuvre gestuelle. Il suffit de tenir debout ou plus précisément de rester debout comme cette nuit au milieu de laquelle Il affrontera son ami Stanislas qui pour rester ou devenir « groove » a réduit son prénom à Stan. Mais il a gardé le nom Wawrinka, notre compatriote et ami de Roger et champion lui aussi entré par la porte alors que, nous le savons, Roger est entré par la cheminée. Une demi-finale entre joueurs suisses c’est particulier. Nous verrons bien le sort du match et l’évolution de leur relation. Stan et Roger sont champions, amis, rivaux, suisses et encore en lice. L’un éliminera l’autre. C’est cette nuit à New-York, 11 septembre 2015.
Roger a encore gagné. Il est de retour en finale à New-York. Ces ciels de fin d’été, rouges à l’horizon marquent l’esprit de ceux qui ne traversent l’Atlantique qu’en pensée ou ne le traversent plus du tout et se limitent aux voyages à travers l’écran. Des couleurs, des gens ordinaires et d’autres importants, une atmosphère particulière et de la musique et des boissons pour tous. L’histoire du sport écrit l’un de ses chapitres les plus irréels, ou qui le deviennent un jour, avec la série en cours de Roger. A vivre en direct et même de façon anticipée. Federer-Djokovic, une rivalité dont ni l’au ni l’autre ne voulait entendre parler, devient une affiche grandiose, dans l’esprit des joueurs et des spectateurs. J’ai lu sur le site du New-York times un nouvel article sur Federer. Il n’a pas perdu un set depuis qu’il a posé un pied au Etats-Unis cet été. C’est une série de chiffres qui parle. Je vais la chercher pour la faire parler dans ce texte. La voici : « 6-1, 6-2, 6-2, 6-1, 6-2, 6-1, 6-3, 6-4, 6-4, 7-6, 7-6, 7-5, 6-3, 6-3, 6-1 ».
Bien vu par le journaliste, bien fait par Roger sur qui on écrit beaucoup désormais. L’article décrit aussi la volonté de Roger de ne pas jouer par animosité contre un adversaire comme le faisait un Jimmy Connors dans les années septante et quatre-vingt. Pourtant sa rivalité avec Djokovic pourrait être amère. Elle le sera peut-être demain soir. Je crains et j’apprécie leur rencontre.
S’il devait l’emporter Roger fêterait un 18 ème succès en grand-chelem. Son auréole serait encore plus lumineuse. Je serai ainsi au nombre de ses millions de fans. Pas possible autrement. Tendu probablement. Désireux de quelque chose. Certains philosophes auraient dit que la volonté est unique, seule et unique, celles de la victime et du bourreau (Deleuze : Nietzsche p. ). La volonté de Federer et celle de Djokovic, une seule et même volonté ? Et celles passives des spectateurs et téléspectateurs qui s’entrechoquent et s’entrecroisent dans le stade et sur les réseaux sociaux – mal nommés, il faudrait dire sites numériques pour futurs gladiateurs – ne sont-elles que la part aléatoire d’une universelle volonté. C’est envisageable dans un futur biologique et numérique qui va très au-delà de notre temps. Demain toutefois, Roger aura besoin de sa volonté, en propre, à l’exception de toute autre pour enluminer et/ou rendre plus lumineuse encore son auréole sans affadir le sort de quiconque.
Le monde est aussi politique; sportif, biologique, réel, informatique, en feu, et politique. Roger le sait. Il n’y pense pas trop, actuellement. Il regarde les débats à la télévision. Les prochaines élections américaines avec Donald Trump en tête chez les conservateurs. En Angleterre, Jeremy Corbyn a été nommé aujourd’hui à la tête des travaillistes. En France, on pense « Président » et on oublie le reste. En Allemagne, une femme dirige le tout assez tranquillement. En Italie, c’est un jeune socialiste. En Espagne, je ne sais plus, sur l’instant. En Chine, Canada, à Istanbul ou à Brisbane, il y a des vainqueurs politiques. Je ne sais pas si Roger les connaît tous. Pourtant, il a joué dans tous ces pays et lieux, durant cette seule année 2015. Il est homme doué et intelligent. Aucune raison d’en faire un humaniste (espèce en voie de disparition ou déjà disparue) ou un encyclopédiste. Il devrait jouer en Suisse la semaine prochaine et s’intéressera peut-être aux élections de cet automne dans notre pays. Notre stabilité politique est louable mais elle génère un ennui auquel je ne peux échapper que quelques instants durant le soir même des élections en oubliant presque tout dès le lendemain. Roger a fait référence à la vie politique de notre pays lors d’une interview l’automne dernier avant la phase finale de la coupe Davis. Il a dû dire que le sort de cette compétition ne va pas changer les choses en politique suisse. Il y avait du respect pour la Suisse et pour ceux qui la dirigent. Il parvient à s’accorder une importance absolue. Il a raison. Ses succès ne changeront pas la vie sociale et politique de notre pays. Il ne prendra pas le pouvoir, alors qu’avec une telle aura, il l’aurait pris dans un certain nombre de pays, moins solides ou plus fantasques dans le choix de leurs dirigeants. Lui, ne surenchérira pas avec son destin ou celui de tel ou tel peuple.
Les joueurs de tennis enrichis ont pour habitude de créer une fondation. Roger l’a fait. Il a investi sans recherche d’intérêt financier pour des écoles au Malawi. Il y tient. Il le fait bien. Le Malawi, est un pays très pauvre, sans accès à la mer au Nord de l’Afrique du Sud, pays d’origine de sa mère. Roger n’est pas parfait, étant de notre espèce et de ce monde, mais il y a quelque chose de merveilleux en lui et de juste en ceux qui l’admirent. Demain, il aura un adversaire, un seul, et des admirateurs, innombrables. Les volontés seront divergentes. Nous sommes très loin de l’unicité et de la cohésion. Nous serons là, au soir du 13 septembre 2015 pour assister en prise directe à l’un des événements de la carrière de Roger, qui avec d’autres dans la force de sa particularité, s’intégrera à de multiples existences en l’état toutes différentes les unes des autres.
Genève, le 12 septembre 2015
En 2005, il y a dix ans de cela, Roger Federer rencontrait André Agassi en finale de l’US OPEN. Il avait gagné et parle souvent de ce match comme de l’une de ses victoires les plus difficiles. Dans le vent de New-York face à un champion américain dont la statue était déjà bien en place. Je revois ces images. Roger plus jeune, à vingt-quatre ans. Un jeu différent de celui de son actuelle maturité. Mais cette fougue et cette science naturelle du geste juste. Il aura beaucoup tapé dans la balle au fond des grands stades et créé cet émerveillement du spectateur. En Suisse ce dimanche, les articles et les éditoriaux révèlent une reconnaissance et une attente. Il y a de la dévotion. Chez certains, c’est très prononcé. Paralysés de ferveur devant la télévision, saisi d’une immaîtrisable nervosité. C’est le sort d’un grand nombre dans la population. C’est vrai en Suisse et c’est vrai dans le monde. Les dingues de Roger se comptent par…, ne se comptent plus. Des journalistes, des gens du spectacle, des écrivains ont tenté d’en dire plus sans pouvoir saisir le phénomène dans sa totalité, sa parfaite complexité ou sa complexe imperfection. Il faut avoir recours à Djoko, qui aura été l’anti-Federer par excellence. Parce qu’il est excellent et qu’il s’oppose en tout à Federer. Il est capable de le contredire jusqu’à la balle de match. Il l’a fait à New-York deux ou trois fois et à Wimbledon ces deux dernières années. Ce soir, Roger a rendez-vous avec Djoko et avec des millions de gens. Le stade vide sous la pluie révèle sa profondeur, son architecture et sa géométrie. Des parallèles et des rectangles tracés en blanc sur un fond bleu. Les règles sont strictes. L’arbitre sur sa chaise n’a pas le choix et l’œil électronique de l’épervier vient régler les différends à la seconde même en laissant planer sur les musaraignes humanisées que nous sommes un faux doute artificiellement prolongé comme un jeu avec la vérité.
En tennis, la vérité est chiffrée. Géométrique et chiffrée. Pas de place pour la spéculation. Pour la perspective oui, visuelle et celle de l’avancement du temps ou de son recul, la science tennistique n’est pas indiscutable là-dessus.
Les journaux sont en manque de titres concernant Roger. Ils sont à court. Ils l’ont vite été à vrai dire. Le phénomène Roger leur a échappé. Je lis l’Equipe et les sites Guardian ou BBC. Le New-York Times aussi, qui a publié de beaux articles. Roger est décrit comme étant seul à son niveau, puis on lui trouve des parts d’ombre comme, celle qui avance en fin d’après-midi dans les stades, des faiblesses ou des adversaires qui l’ont dépassé. L’annonce de son déclin a fatigué les auteurs plus que le joueur. Cette volonté devant un phénomène social, ou culturel ou sportif de trouver les limites et de les définir dans une perspective sombre qui permet au citoyen ordinaire de reprendre la main. Nous sommes toujours en-deçà de nos capacités de réelle admiration, même devant la Joconde, noyée dans sa surmédiatisation, ou les trios de Schubert que peu auront écouté. Georges Brassens laissait « aller bon train les commentaires ». Il est parti et les commentaires affluent et refluent, sur le net, dans les stade et dans la rue. Un monde avec une seule rue. Roger connaît tout cela. Mais il s’est fait une santé de grand homme. Il est dans son vestiaire, dans les couloirs et dans le stade, fort dans sa tête, très au-dessus de tout cela à quoi il sait prendre part en acteur et en spectateur, en adversaire et en visiteur. Nous étions demain, nous serons ce soir, nous sommes un dimanche soir de septembre 2015 et Roger va encore attirer mon anonyme attention, décider de la qualité de mon sommeil et de l’humeur du lendemain.
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