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Dernièrement, j’ai lu plusieurs articles sur des auteurs qui ont écrit des récits en deux langues. Cette thématique m’interpelle personnellement puisque c’est également mon cas. L’espagnol et le français cohabitent en moi depuis longtemps, mais pas depuis toujours et pas toujours de manière égale. Si une des langues était du café et l’autre du lait, je dirais que le bilinguisme serait un café au lait aux quantités variables selon les périodes de ma vie.
En lisant des études sur le bilinguisme, j’ai été frappé par les interrogations que ce phénomène a suscitées et suscite encore. Avant les années 1960, le bilinguisme n’avait pas trop la cote, il était souvent vu comme un obstacle au bon développement de l’enfant. L’idée prédominante présentait le bilinguisme comme une sorte d’apprentissage à moitié qui empêchait les enfants d’apprendre correctement une langue. Après les années 1960, l’approche du bilinguisme a évolué laissant entrevoir des perspectives moins figées.
Souvent, je vois encore la notation 50/50 pour exprimer le bilinguisme. Je suppose qu’il s’agit d’un héritage des idées d’avant 1960. Suivant cette logique, nous pouvons dire que le monolinguisme correspond à 100. Immédiatement, une question surgit dans mon esprit : si une personne bilingue est 50/50, cela veut dire que lorsque je m’exprime soit en français, soit en español, je ne peux jamais être 100 ? Vraiment ?
Aujourd’hui, les neurosciences apportent une nouvelle vision du fonctionnement de notre cerveau, ce qui permet d’aborder le bilinguisme sous un angle nouveau. Au lieu de figer la réalité de la communication à 100, il serait possible d’envisager des modèles plus souples. En tant que bilingue, peut-être que selon les circonstances, ma réalité correspondra parfois à 100, parfois à 125 ou à 180. Lorsque, je bois un café au lait, est-ce que je suis en train de me demander si je bois du café ou du lait ? Dans quelles proportions ? Peut-être ni l’un, ni l’autre ? C’est peut-être parce que le mélange des deux fait naître une nouvelle réalité, pas une réalité sous forme de 50/50, mais une réalité entièrement 100.
Mais quel rapport y a-t-il entre le bilinguisme et mon roman ? C’est bien sûr l’intelligence artificielle qui, comme à l’instar d’autres domaines, intervient aussi en linguistique, en particulier en ce qui concerne la traduction. A l’avenir, les bilingues auront de la concurrence, car pour traduire un texte il sera tentant de faire de plus en plus appel à une application de traduction. Comme toujours, ce sera un progrès dans certains secteurs et en même temps, peut-être que l’accès à l’intelligence artificielle rendra caduc l’apprentissage des langues. Si je peux voyager à travers le monde avec une application qui me traduit instantanément n’importe quelle langue et qui traduit en n’importe quelle langue mes propos, qu’est-ce qui me poussera à devenir bilingue ou multilingue ?
Personnellement, je vivrais le manque d’une langue comme un appauvrissement, un peu comme si mon café au lait disparaissait du paysage. Il m’est difficile d’imaginer de ne plus pouvoir écrire en español ou también en français. Selon certaines anciennes théories, mon bilinguisme impliquerait l’impossibilité de maîtriser les deux langues, c’est l’une ou l’autre, ou du café ou du lait. Et pourtant, tout en appréciant bien les deux, j’aime également le café au lait !
A bientôt ! ¡ Hasta pronto !
Pour en savoir plus :
- L’intelligence artificielle au service ou au détriment du bilinguisme ?, ONFR+, 2019
- Une intelligence artificielle peut apprendre une langue sans aide humaine, Futura Tech, 2017
- Ecrire dans une autre langue, forum “La langue française pour territoire”, 2016
- Ecrire en deux langues, le cas de J.-J. Rabearivelo, Claire Riffard, Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM), 2015