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Conduire sous marijuana, bonjour les dégâts!
Plus le temps passe, plus les preuves s’accumulent. De la même manière que celle de l’alcool, la consommation de cannabis apparaît de moins en moins compatible avec la conduite des véhicules automobiles. Dans le cas des boissons alcooliques, les interdictions sont généralement établies sur la base de concentrations sanguines à ne pas dépasser. La situation est plus complexe dans le cas du cannabis dans la mesure où la consommation de cette substance également psychotrope est considérée comme illicite par de nombreuses dispositions législatives nationales. Faut-il dès lors doubler les sanctions au motif que cette consommation est globalement interdite et spécifiquement dangereuse chez les conducteurs?
Un seuil peut-il au contraire être envisagé? Ou faut-il estimer que toute trace d’imprégnation de l’organisme par le THC, principe actif du cannabis, constitue un délit. Mais au-delà du droit qu’en est-il de l’impact de cette substance sur les capacités psychomotrices? C’est la réponse à cette question que fournissent des chercheurs canadiens de la Dalhousie University (Halifax, Nouvelle Ecosse) dans les colonnes du British Medical Journal. Et cette question est généralement largement sous-estimée dans les milieux de la santé publique comme chez les responsables de la sécurité routière.
Les auteurs rappellent ainsi que le cannabis est la substance psychotrope illicite (étrangement dite «récréative») la plus consommée dans le monde et que son usage est en augmentation. Comme l’alcool, il est fréquemment consommé avant de prendre un véhicule. Une étude écossaise citée dans ce travail indique que 15% des conducteurs âgés de 17 à 39 ans admettent consommer régulièrement du cannabis dans les 12 heures qui précèdent la conduite. Et une étude, publiée en 2008, de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies constate qu’entre 0,3% et 7,4% des conducteurs ont été testés positifs pour le cannabis lors de différentes enquêtes inopinées effectuées en bord de route au Royaume-Uni, au Danemark, aux Pays-Bas, en Norvège, aux États-Unis et en Australie.
Aux Etats-Unis, des sondages ont estimé que plus de 10 millions de personnes ont conduit sous l'influence de drogues illicites au cours d’une année. Et, alors que la marijuana est la substance la plus souvent détectée chez les conducteurs n’ayant pas consommé d’alcool, son rôle facteur dans les accidents n’avait toutefois jamais été vraiment précisé jusqu’à ces derniers temps.
Ce travail est signé de Mark Asbridge, Jill A Hayden, et Jennifer L Cartwright. Ces spécialistes universitaires d’épidémiologie ont analysé le risque d’accidents chez les conducteurs qui ont consommé du cannabis dans les 3 heures précédant la conduite. Ils ont pour cela travaillé à partir des données de neuf études dans lesquelles un total de 49.411 personnes étaient impliquées. Les données prises en compte dans cette analyse correspondent à des accidents de voitures automobiles et de motos de tous types sur des routes publiques. Les chercheurs croisent leurs données autoroutières avec les résultats biologiques obtenus soit par analyse de sang soit par test rapide de détection.
Leurs résultats montrent que si le cannabis est consommé peu avant de conduire, le risque de collision est presque doublé par rapport à celui de conducteurs qui n’ont consommé ni drogues, ni alcool. Conduire sous l'influence du cannabis est ainsi associée à une augmentation significative du risque de collisions de véhicules automobiles. D’autres approches font apparaître des risques de collision encore plus élevés. Dans un éditorial, un expert de l'Université du Queensland prône, comme c’est le cas des alcoolémies, les avantages des opérations systématiques de dépistage des produits psycho-actifs illicites chez les conducteurs.
En octobre 2011, une grande étude de l’Université de Columbia (soutenue par le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism) publiée dans la revue Epidemiologic Reviews était parvenue à des résultats équivalents. Les auteurs avaient en outre établi que le risque d'accident augmentait avec la concentration de la marijuana dans l'urine et la fréquence de consommation auto-déclarée. Ces travaux établissent désormais plusieurs points essentiels en termes de santé publique à commencer par le fait que 28% des accidents de la circulation avec conséquences mortelles impliquent, hors alcool, des conducteurs consommateurs de drogues illicites. En France, les produits stupéfiants et les boissons alcooliques sont aujourd’hui impliqués dans un accident mortel sur trois.
Incidemment, de tels constats d’accidentologie fournissent un fidèle reflet de ce qu’il peut en être dans de nombreux pays industriels ou post industriels de la consommation d’une substance psychotrope qu’ils prohibent. A ce titre, ils pourraient relancer à leur façon le débat sur la dépénalisation de leur détention, de leur usage ou de leur commerce. Pour autant, de même que pour ce qu’il en est des boissons alcooliques, ces constats établissent la nécessité du point de vue de la santé publique de trouver les moyens d’en prohiber, autant que faire se peut, l’usage chez les conducteurs de véhicules et engins automobiles.