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Guy Mettan, médaillé russe controversé, publie dans son blog, trop rare à mon goût, un bref portrait de Genève et des Genevois. "Excellent" a commenté sobrement cet après-midi un ancien patron du quotidien de la République et canton.
Très bon en effet. J'ajouterais toutefois en première analyse deux éléments qui me paraissent importants:
- les catholiques des communes réunies et
- l'internationale calviniste.
Cette population appartenait avant 1815 au royaume de France et au royaume de Piémont Sardaigne. Elle fut rattachée à la ville et à ses mandements pour créer une continuité territoiriale et les attacher territorialement à la Confédération par le petit cordon ombilical de la Terre Sainte.
Certes, ces habitants des communes réunies ne sont pas d'aussi vieux Genevois que les protestants de la haute ville, encore que le terme genevois couvre une région plus large que le canton et désigne toujours aujourd'hui une circonscription électorale de la Haute Savoie qui ne fut pas rattaché à Genève en 1815, de peur que la population ne bascule par trop dans le camp papiste et aussi parce que Turin voulait conserver une route à basse altitude - celle du pied du Salève - pour relier la vallée du Rhône à celle de l'Arve.
Tout de même, ces catholiques genevois sont bien présents. Ils sont les racines des syndicats chrétiens et du parti démocrate-chrétien du cru, avant que, les Fribourgeois, Valaisans et autres Jurasiens, Tessinois, Argoviens ou citoyens de la Suisse primitive ne viennent y retrouver un (petit) peu l'esprit KK (katolisch konservativ) et celui du ICS, les indépendants chrétiens sociaux (les premiers ont migré à l'UDC et au MCG, plus rarement au PLR comme mes cousins Genecand), les seconds dans la sociale démocratie, voire plus à gauche.
Second critère que mon confrère Mettan n'a pas assez souligné à mon goût: l'internationale calviniste.
Calvin fut adopté en 1536 par les Genevois qui trouvèrent dans la réforme l'occasion d'élargir - jusqu'à la rupture - les franchises qu'ils avaient arrachés au prince évêques Adhémar Fabri, dont la maison d'origine porte une plaque. ä La Roche-sur-Foron, alors rattachés à l'évêché de Genève dont les frontières ont formé un grand Genève avant l'heure. Le Français était du genre ayatollah. Tout le monde ne se réjouit donc pas du pouvoir théocratique qui tint ferme la cité jusqu'au XVIIe siècle au moins. Autour de Genève, les territoires conquis par les Bernois furent bientôt repris par les ducs de Savoie et la foi catholique y fut rétablie par l'évêque de Genève réfugié à Annecy, Saint François de Sale, docteur de l'Eglise et patron... des journalistes.
Ayant perdu son arrière-pays, Genève déploya ses ambassades dans les pays protestants et nous des relations fructueuses avec les bastions du protestantisme en particulier du calvinisme, aux Pays Bas, en Ecosse, en Allemagne et dans les colonies, en particulier sur la côte est des Etats-Unis. En Paris, Genève trouva un allié pas mécontent de planter une épine dans le cœur de la Savoie. La Maison de Savoie d'ailleurs abandonna Chambéry pour Turin, plus prometteuse. On connaît la suite.
Demeure donc le réseau de l'internationale calviniste, ce qui n'est pas rien pour la marche des affaires - de la banque au négoce en passant par l'arbitrage - ni pour les relations internationales de celle qui se nomme volontiers la Rome protestante - un titre très présomptueux car les descendants de Calvin ne font nullement la loi en pays réformés. Tout autre est le pouvoir de l'évêque de Rome...
Ses habitants protestants sont plus à l'aise à Amsterdam, Boston et au Cap qu'à Annemasse, Chamonix ou Annecy. Outre les catholiques genevois qui par mimétisme sont devenus un peu protestants, les catholiques confédérés sont restés de coeur et parfois plus attachés à leur canton d'origine. Ils sont encore souvent locataires à Genève et propriétaires ailleurs.
Quant aux étrangers, leur cœur balance aussi entre leur patrie d'origine et le canton, certes suisse, mais qui se gonfle volontiers comme la grenouille de la fable du souffle de l'esprit... de Genève.
NB: Selon Avnir suisse dans sa dernière étude "20 ans de politique urbaine en Suisse", citée par la Tribune de ce jour, si l’on soustrait les étrangers sans droit de vote, les mineurs et les non-votants, la proportion de citoyens politiquement actifs dans la population urbaine est de 20% à Genève. Combien de Genevois parmi eux?