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Problèmes oculaires en montagne
Causes et effets En montagne, la sécheresse de l' air, la raréfaction de l' oxygène et l' intensité du rayonnement solaire sont à l' origine de problèmes oculaires particuliers. Le but de cet article est de traiter de leurs causes et de leurs effets, ainsi que de fournir à l' alpiniste des informations concrètes sur la manière de les éviter.
Sécheresse de l' air En altitude, l' air, moins dense et plus froid qu' en plaine, peut absorber moins de vapeur d' eau. A 2000 mètres, par exemple, l' humidité absolue de l' air n' atteint pas la moitié de celle mesurée à basse altitude.
Cette sécheresse se traduit sur les yeux par des brûlures, de l' irritation et, éventuellement, des rougeurs-des affections qui donnent l' impres d'«avoir du sable dans les yeux ». On peut atténuer ces symptômes en instillant dans les yeux un peu d' eau ou de salive - la composition chimique de cette dernière est voisine de celle des larmes. Divers fluides lacry-maux artificiels ( par exemple Dialens, Liquifilmtears ou Oculotect ), sont plus efficaces et certains existent également sous forme de doses uniques ( Cellulovisc ). On les obtient sans ordonnance et ils font partie de toute bonne trousse sanitaire de montagne.
Effets de la raréfaction de l' oxy sur les yeux L' insuffisance d' oxygène ( hypoxie ) n' agit pas seulement sur les poumons et le cerveau, mais aussi sur les yeux. Il est probable que la plupart des symptômes de dysfonctionnement oculaire reposent plutôt sur des altérations du cerveau que des yeux, consécutives à la mauvaise oxygénation.
Au-dessus de 4000 mètres, l' acuité visuelle diminue de 12 % environ, mais l'on ne s' en aperçoit guère en raison de la forte luminosité. Dès que l' apport d' oxygène est à nouveau suffisant, on la récupère en une dizaine de minutes.
Ascension du Mont Blanck-burn ( 4996 m ), en Alaska. A haute altitude, une pro- directement de l' atmosphère. En outre, celui-ci est dissous dans le liquide lacrymal qui la recouvre. L' épaisseur de cette pellicule aqueuse dépend donc de l' humidité absolue de l' air et elle s' amincit lorsque celle-ci diminue. Les verres de contact doivent flotter sur ce film. A chaque battement de paupière, ils se soulèvent légèrement pour permettre une régénération du film lacrymal, un apport d' oxygène frais et l' évacuation du gaz carbonique, car leur présence même entrave ces échanges. En dépit de leur excellente qualité actuelle, le port des verres de contact durant le sommeil provoque un gonflement de la cornée et, si les paupières sont également enflées, l' apport d' oxygène aux yeux est encore plus déficient. C' est pourquoi de nombreuses personnes souffrent de fortes rougeurs et de douleurs oculaires le matin qu' elles ont, par mégarde, gardé leurs lentilles de contact pendant toute la nuit. Au-dessus de 5000 mètres, leur port n' est plus envisageable et il faut absolument redescendre à plus basse altitude en cas de lésions de la cornée.
Verres de contact et lunettes pour l' alpiniste
Verres de contact Lors de séjours prolongés audessus de 2500 mètres d' altitude, toutes les sortes de verres de contact souples se déshydratent rapidement et leurs porteurs les ressentent comme des corps étrangers, tout en souffrant de modifications de l' acuité visuelle. Par vent glacial, des verres de contact souples et fortement hydratés peuvent éventuellement geler sur la cornée. C' est pourquoi le personnel des tection efficace des yeux revêt une grande importance Sécurité, médecine, sauvetage 12 3456 7 67 1 Cornée 2 Chambre antérieure 3 Iris Anatomie de l' œil 4 Cristallin 5 Corps vitré 6 Rétine remontées mécaniques travaillant à l' altitude des glaciers, par exemple, ne porte que des verres de contact mi-durs et hautement perméables aux gaz, à l' oxygène notamment. Ces lentilles de contact sont donc vivement recommandées pour les courses et les expéditions à altitude élevée. Depuis quelques années, on trouve sur le marché des verres de contact souples à jeter après un mois d' usage seulement, et même, tout récemment, à n' utiliser qu' une journée. Ne convenant que pour les défauts de la vue les plus courants, ils ne sont pas du tout adaptés aux conditions extrêmes de la haute montagne. Mais ils offrent l' avantage que leurs porteurs peuvent toujours en avoir une réserve sur eux et se soustraire ainsi à l' éventuelle obligation d' emporter un produit de nettoyage.
Pour la pratique de l' escalade, où les yeux sont souvent exposés aux poussières de magnésie ou autres, les lentilles souples sont plus favorables que les mi-dures car, avec ces dernières, les particules poussiéreuses pénètrent plus facilement jusqu' à l' œil et peuvent l' irriter. Quant aux verres de contact avec protection contre les rayons UV, ils sont insuffisants pour la montagne.
Lunettes De manière générale, les lunettes protègent correctement yeux, cor-nées et paupières du contact accidentel avec de petites branches, du gravier ou de la poussière. Il est très rare que le bris d' un verre de lunette blesse l' œil. Le plus souvent, la monture absorbe le choc. Les lunettes sont certainement d' un maniement plus simple que les verres de contact et ne représentent pas un risque chronique d' irritation de la cornée. On ne peut toutefois pas nier qu' elles présentent aussi des inconvénients: elles s' em buent ou se couvrent de givre, elles peuvent gêner la manœuvre de la corde, glisser, voire tomber, et elles limitent le champ visuel. Cependant une paire de lunettes doit toujours figurer dans le sac à dos d' un malvoyant, même s' il ne porte habituellement que des verres de contact.
Rayonnement solaire
Intensité accrue avec l' altitude L' augmentation du rayonnement solaire avec l' altitude est un phénomène bien connu. A 1800 mètres, il atteint déjà le double de son intensité du bord de la mer. A 3000 mètres, la luminosité est 6,5 fois plus élevée au soleil qu' à l' ombre. Le rayonnement ultraviolet ( UV ) augmente de 20 % par 1000 mètres de dénivellation et la neige et la glace accroissent encore son intensité par réflexion. Bien que les rayons UV ne constituent que 8 % du rayonnement solaire global, ils provoquent de sérieux dommages, et d' autant plus si la couche protectrice d' ozone fait défaut.
Quant au rayonnement infrarouge ( IR ), il peut aggraver les dégâts provoqués par les rayons UV et la lumière visible.
Par sa fonction même, l' œil doit réagir de manière très sensible à la lumière. C' est pourquoi une trop forte intensité lumineuse provoque rapidement de notables dommages.
Maladies oculaires provoquées par les rayons UV et la lumière visible Inflammation des paupières L' épiderme des paupières réagit plus fortement à la lumière que celui des autres parties du corps, en raison de sa minceur et de sa moindre pig- Altitude 400 km un uve FRAVIOt UV B ET UVA LUMIERE VISIBLE VIS INFRAROUGE IR 80 km
1
1 50 km
1
20 km
1
COUCHE D' OZONE 11 km
1
r 5 km
T
J S 2 km 1 r EXOSPHERE IONOSPHÈRE MÉSOSPHÈRE STRATOSPHÈRE TROPOSPHÈRE Rayonnement solaire dans l' atmosphère 7 Nerf optique 8 Tache jaune 9 Axe optique mentation brune. Lorsqu' elles sont exposées sans protection à un rayonnement solaire intense, les paupières rougissent rapidement par élargissement des vaisseaux capillaires et formation de vésicules microscopiques.
Ophtalmie des neiges C' est une réaction aiguë de la cornée à l' exposition prolongée à une très vive source lumineuse naturelle ou artificielle. Habituellement, les symptômes apparaissent au bout de six à dix heures, c'est-à-dire le soir ou la nuit suivante. Ils débutent par des sensations de piqûre, de brûlure et de corps étrangers dans les yeux. Parfois, cela n' empire pas; sinon, les malaises peuvent rapidement augmenter et se transformer en fortes douleurs, associées à de la photophobie, à une abondante sécrétion lacrymale et à des crampes des paupières. Le malade se croit aveugle, car il ne peut plus ouvrir les yeux. Son état n' évolue toutefois pas vers une cécité véritable, car il s' agit plutôt d' un éblouissement prolongé, affectant d' ailleurs aussi les animaux ( cas décrit en 1881 chez des ours blancs ). La phase aiguë dure de six à huit heures, suivie d' un sentiment de malaise pouvant persister jusqu' à quarante-huit heures, puis de la guérison complète.
La meilleure thérapie consiste en l' application de compresses froides et l' administration d' humeur lacrymale artificielle, sous forme de gel ( Lacri-norm, Viscotears, par exemple ). Mais la prophylaxie est évidemment préférable à la thérapie. Elle se traduit par le port de lunettes de soleil et d' une casquette.
Inflammation herpétique de la cornée Comme le rayonnement UV affaiblit le système immunitaire, les maladies herpétiques surviennent facile- Ce crocodile affublé d' une protection oculaire originale orne la fontaine de la cabane de Valsorey, dans le massif du Grand Combin.
Cécité due au soleil Elle est provoquée par la contemplation fixe et prolongée du soleil ou d' une source de lumière artificielle ( dans les solariums, par exemple ), quelquefois par les éclairs. La lentille convexe de l' œil normal concentre les rayons lumineux sur un foyer correspondant à la tache jaune, c'est-à-dire à l' endroit de la rétine où la vision est la plus nette. Il est probable que la sensibilité individuelle varie fortement; en effet, les jeunes souffrent plus fréquemment de cette affection que les personnes plus âgées.
Selon le temps d' exposition, les symptômes sont temporaires ou permanents. En premier lieu, le patient croit voir des nuages ondulants et irréguliers, puis il devient photophobe et sa notion des couleurs est perturbée.. " " .Vingt-quatre heures après, son acuité visuelle peut diminuer. Le pronostic reste toutefois incertain; souvent, elle se récupère en un ou deux mois, quelquefois pas. Meilleure prophylaxie: porter des lunettes de soleil foncées.
Lunettes de soleil Autrefois, les Esquimaux se protégeaient déjà les yeux contre le soleil, au moyen d' un os de baleine percé d' une étroite fente horizontale. Même les lunettes de soleil de très mauvaise qualité, voire un morceau de verre recouvert de suie, absorbent une notable proportion du rayonnement UV. Pour les séjours prolongés au soleil en terrain rocheux ou recouvert de végétation ( alpages, forêts de montagne, éboulis, etc. ), des lunettes laissant passer 20 à 40 % du rayonnement visible et 40 à 50 % des rayons IR, ainsi que munies d' une absorption totale des UV, sont suffisantes. Nombre de verres phototropes, c'est-à-dire se fonçant à la lumière solaire, répondent aux mêmes conditions. Par ailleurs, les yeux délicats des enfants doivent absolument être protégés contre le soleil par des lunettes ou une casquette.
Les lunettes de soleil à verres dégradés, clairs sur les bords, ne protègent pas de la réflexion considérable de la lumière sur la neige ou l' eau.
Sur les névés et les glaciers, les lunettes de soleil doivent être munies de protections latérales solides, d' une absorption totale des UV et d' une réduction à 10 % de la composante bleue de la lumière, et ne laisser passer que 20 à 30 % du rayonnement visible. En règle générale, l' absorp ment en montagne. Si les vésicules sur les lèvres sont fréquentes et spectaculaires, l' affection est beaucoup plus grave lorsqu' elle affecte les yeux. L' herpès élève le seuil de sensibilité de la cornée à la douleur, ce qui amoindrit les symptômes; souvent, ceux-ci ne se manifestent que par un léger malaise et une rougeur. Mais il faut consulter sans tarder un ophtalmologue en cas de crainte de cette maladie. L' herpès de la cornée, non vascularisée, guérit lentement et laisse souvent des cicatrices qui réduisent l' acuité visuelle.
Conjonctivite La conjonctivite est une inflammation bénigne du tissu conjonctif recouvrant le bord de la cornée. On ne sait pas si la fréquence de son apparition est uniquement due à une exposition répétée à la lumière du soleil, car on a aussi mis en évidence des facteurs héréditaires.
Affections de la rétine De récentes recherches de la doctoresse Ch. E. Reme, professeur d' ophtalmologie à la clinique ophtal-mique de l' Université de Zurich, ont mis en évidence des affections de la rétine dues à de fortes expositions à la composante bleue de la lumière. Celle-ci est évidemment intense en montagne, par ciel sans nuages et sol enneigé. Sa dispersion élevée est la cause principale de l' éblouissement.
Lors d' exposition, des semaines durant, à la lumière du soleil sans protection oculaire adéquate, on constate une diminution de l' acuité visuelle et de l' adaptation à l' obscu.
tion est d' autant meilleure que le verre est plus foncé. Les verres de type « miroir » réfléchissent encore plus de lumière. Lors du retour en voiture, il ne faut pas garder, pour conduire, ses lunettes de glacier avec protections latérales, mais en utiliser une autre paire, plus claire.
Pharmacie de course
La pharmacie personnelle ne doit pas obligatoirement contenir des médicaments pour les yeux mais, le cas échéant, du liquide lacrymal artificiel, sous forme de gouttes ou de gel, peut s' avérer très utile. Quant aux médecins, ils devraient toujours emporter avec eux en montagne un anesthésique local, afin de pouvoir soulager autrui d' éventuelles douleurs. En revanche, des lunettes de soleil de réserve et un couvre-chef ont leur place dans chaque sac à dos!
Brigitt Vetterli-Luginbühl, Saint-Ga111 ( trad. ) M
Cours de sécurité et sauvetage de Moutier
Le 33e cours de sécurité et sauvetage en montagne organisé par le poste de secours du CAS de Moutier ( section Prévôtoise ) aura lieu les samedi et dimanche 3 et 4 octobre 1998. Divisé, comme à l' accoutumée, en trois catégories ( guides de montagne, escalade sportive et alpinisme conventionnel ), ce cours s' adresse aux pratiquants de tous les sports de montagne, quel que soit leur niveau de compétence. Il aura lieu par n' im quel temps et il est ouvert à toute personne intéressée, membre ou non du CAS. Age minimum: 14 ans. Le groupe des guides de montagne est dirigé par un professionnel, les autres par des moniteurs expérimentés.
La finance de 75 fr. comprend l' en, les repas et la couche. Délai d' inscription: 20 septembre. Formulaires d' inscription et renseignements complémentaires: Raymond Monnerat, Courtine 48, 2740 Moutier, tél. privé 032/493 35 15, prof. 032/493 66 55.
Selon comm. 1 Adresse de l' auteur: Dr méd. Brigitt Vetterli-Luginbühl, ophtalmologue FMH, Rorschacher-strasse 161, 9006 Saint-Gall.