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Rivière atmosphérique sur la côte ouest des États-Unis
Pour sortir de la monotonie météorologique que ces conditions anticycloniques nous apportent ces derniers jours, nous ferons un voyage sur la côte ouest nord-américaine où une profonde dépression et sa rivière atmosphérique ont conduit à d’importantes précipitations.
Cyclone extratropical et rivière atmosphérique
L’image satellite ci-dessus montre un cyclone extratropical centré à l’ouest de la Californie le 24 octobre. On distingue bien le front froid et le front occlus qui s’enroule au centre de la dépression, ce qui indique que le cyclone a atteint son stade d’occlusion, selon le modèle norvégien. Dans le secteur froid, on voit bien les nuages en « peau de léopard » qui caractérisent typiquement la masse d’air instable à l’arrière du front froid, que l’on appelle « la traîne ».
L’animation de la Figure 1 montre l’eau précipitable, c’est-à-dire la quantité d’eau qui tomberait au sol si toute l’humidité de la colonne d’air venait à précipiter. On distingue bien ce filament humide (jusqu’à 60 mm d’eau précipitable) qui s’étend de l’océan Pacifique vers 35 °N / 170 °W à la côte ouest des États-Unis. Nous appelons ce genre de caractéristique une « rivière atmosphérique », car elle a la capacité de transporter une grande quantité d’eau le long d’un corridor relativement étroit. Nous conseillons la lecture de ce blog pour une explication détaillée des rivières atmosphériques. En soit, l’eau précipitable ne représente pas une mesure de précipitations, mais bien du potentiel maximal (qui ne sera d’ailleurs jamais atteint, étant donné qu’une partie de l’humidité va de toute façon rester dans l’air). Il faut donc un mécanisme de soulèvement pour conduire à la condensation de la vapeur d’eau et ensuite à des précipitations. Quand les rivières atmosphériques sont associées à des dépressions (comme c’est généralement le cas aux moyennes latitudes), les contrastes thermiques associés aux fronts fournissent le soulèvement nécessaire. Lorsqu’en plus elles arrivent sur une zone montagneuse, le relief fournit un soulèvement additionnel qui intensifie les précipitations. Cela se passe souvent sur la côte ouest américaine, où le relief exacerbe le soulèvement de la masse d’air. C’est d’ailleurs probablement ce qui s’est passé avec la rivière atmosphérique de la Figure 1 avec des cumuls allant jusqu’à 100 mm au nord de San Francisco. Aux Etats-Unis, les rivières atmosphériques prennent souvent le nom familier de « Pineapple Express », car l’humidité est souvent transportée rapidement depuis Hawaï.
Dans les records de pression et de précipitations
La Figure 3 montre l’analyse de surface pour le 24 octobre à 12:00 UTC. On voit bien la dépression présentée dans l’image d’introduction avec une valeur de pression en son centre estimée à 942 hPa. Une bouée de mesure aurait mesuré une pression de 942.5 hPa, ce qui représenterait la pression la plus basse jamais mesurée sur cette région (30 – 50 °N et 120 – 140 °W longitude, 1974-2021). Pour l’instant 123 mm de précipitations ont été mesurés le 24 octobre à Sacramento, Californie, ce qui représenterait la deuxième valeur la plus élevée sur 24 h.