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Sus à la rue de l’Asile, vive la rue du Jura
Appelée dans un premier temps «rue de l’Asile» en référence à l’institution voisine, la voie reliant la rue du Maupas à l’avenue de France a été rebaptisée pour rester attractive.
L’histoire de la dénomination de la rue du Jura commence en 1875, avec la constitution de la Société des logements économiques ayant pour but «la construction d’habitation à bon marché». A l’instar d’autres sociétés immobilières, les actionnaires de cette société profitent à ce moment-là d’une forte demande en logement due à une croissance démographique soutenue. Un terrain est acquis au Maupas, en face de l’entrée de l’Asile des Aveugles, sur lequel quatre immeubles locatifs sont édifiés en 1875-1876. Trois d’entre eux ont conservés jusqu’à nos jours leurs enveloppes extérieures, à savoir les immeubles de l’avenue de France 18A et 18B et de la rue du Jura 7. Quant à l’immeuble de l’avenue de France 18C, il a été reconstruit en 1969-1970.
Sous l’impulsion de la société immobilière, la question de la cession au domaine public du chemin desservant ces immeubles, et reliant la rue du Maupas, est posée par les propriétaires bordiers. Ceux-ci proposent à la Municipalité de céder non seulement le chemin privé, mais également une bande de terrain de 2,40 mètres afin d’élargir la rue et d’aménager un trottoir.
Une convention est passée en ce sens le 2 juin 1875 avec la Ville, et un préavis municipal est soumis quelques jours plus tard au Conseil communal afin d’obtenir un crédit de CHF 6'800.– pour la réalisation de la nouvelle rue, large de 5 mètres. Les travaux sont rapidement entrepris, cette voie de communication devant faciliter l’accès depuis Chauderon à la place de Beaulieu où se tiendra la fête du Tir fédéral en juillet 1876 (l’actuelle avenue de Beaulieu n’existe pas encore à cette époque).
Mais qu’en est-il de la dénomination de cette rue?
Fort logiquement, celle-ci est appelée «rue de l’Asile» au moment de son passage au domaine public, en référence à l’institution voisine fondée en 1843. Mais la Société des logements économiques trouve cette appellation peu à son goût et le fait remarquer dans un courrier adressé à la Municipalité en août 1881. Ce nom éloigne «un certain nombre de personnes et de familles de l’idée de louer des appartements». Elle propose de le remplacer par celui de «rue des Echelettes». Dans sa réponse, la Municipalité refuse cette idée par le fait que ce nom est déjà attribué à la rue reliant la place Chauderon à l’Asile des Aveugles (à cette époque, l’actuelle rue de France n’existe pas encore). La société immobilière revient à la charge en proposant le nom de «rue du Jura». Suite à l’enquête publique ouverte à ce sujet en mai 1882, un seul propriétaire voisin émet une opposition: «Quant au nom de rue du Jura que l’on propose, je le trouve infiniment moins précis et beaucoup plus prétentieux. (…) Le Jura est bien loin, et qui pense au Jura quand il s’en va au Maupas ou même en Chauderon, d’où cependant on l’aperçoit?» écrit-il. Au final, la Municipalité décide le 19 mai 1882 d’accéder à la demande de la Société des logements économiques: la rue s’appellera désormais «rue du Jura».
Les frais occasionnés par ce changement seront cependant pour moitié à la charge de ladite société. Il n’y a pas de petites économies!
Jean-Jacques Eggler, archiviste adjoint