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14 septembre 2010
Réchauffement Climatique: l'ombre de Lyssenko
C'est officiel, la Recherche Climatique est la première science post-moderne ; le post-modernisme étant ici - de la façon même dont Wikipedia en est imprégné - une définition toute relative de la vérité. Le post-modernisme, ou relativisme, rejette la notion de vérité objective. Tout le monde a raison en même temps! A chacun sa vérité! Suivant cette mode, ce que nous appelons la "vérité scientifique" ne serait guère plus qu'une convention au sein de la communauté des chercheurs, résultant de forces sociales, culturelles et politiques...
La déclaration teintée d'ironie se veut une réaction à la dernière pseudo-étude en date sur le réchauffement: les auteurs de l'étude ont compté les pro et les anti-réchauffement et ont basé leurs conclusions sur leur nombre respectif et leur influence estimée. Et bingo! Les réchauffistes l'emportent! Si ça ce n'est pas de la science!
Parmi les auteurs de ce brillant papier (qui a aussi l'avantage de lister les réfractaires), on trouvera Steven Schneider, qui déclara par ailleurs à propos du réchauffement climatique:
"Nous devons offrir des scénarios effrayants, faire des déclarations simplifiées et dramatiques, sans mentionner les doutes que nous pourrions avoir. (...) Chacun d'entre nous doit trouver le bon équilibre (sic) entre efficacité et honnêteté."
De tels individus détournent le prestige et la crédibilité dont ils jouissent en tant que chercheurs pour faire avancer leurs objectifs politiques. Ils ne sont pas des scientifiques, mais des activistes.
La méthode scientifique demande la modélisation d'une théorie et sa validation expérimentale. La science post-moderne est contradiction dans les termes. Comme l'eau sèche, elle n'existe pas.
Mais admettons un instant l'hypothèse d'une vérité "relative" (espérons juste qu'on ne construise pas des avions sur ce principe!) La validité des découvertes se déciderait par un vote formel à la majorité, ou à défaut par un consensus. Cette approche pseudo-scientifique verrait également apparaître le trafic d'influence propre à ces prises de décision: pressions sur les personnes, dénonciation et traque des "dissidents", tentatives de museler les voix discordantes... Et c'est ainsi que nous voyons ressurgir l'ombre de Lyssenko sur la science. Revenons sur la carrière de ce sinistre personnage.
Trofime Denisovitch Lyssenko nait en 1898 en Ukraine. Ayant constaté que des grains de blés humidifiés en hiver avaient tendance à germer plus vite, il annonce en 1928 avoir inventé une technique agricole révolutionnaire - la vernalisation - qui triplerait ou quadruplerait le rendement des récoltes. En réalité, la méthode est connue depuis 1854 mais son succès est lié à des circonstances particulières inapplicables à grande échelle; Lyssenko n'en a cure. Jamais à court d'hyperbole, il annonce qu'on peut planter des graines trempées dans la couche de neige recouvrant des champs gelés pour obtenir des récoltes miraculeuses. Mieux encore, selon lui le blé issu de cette récolte héritera de cette vernalisation et gardera ce rendement incroyable sur des générations!
La génétique et l'hérédité sont des sciences émergentes; Lyssenko n'y croit guère. Pour lui, l'environnement façonne l'existence. Il assure que les plants de blé qui poussent dans un environnement approprié produiront des graines de seigle. Ses disciples vont dans des délires encore plus poussés, jusqu'à réintroduire la génération spontanée démontée par Pasteur un siècle plus tôt...
S'il n'avait été connu que par ses théories farfelues, Lyssenko n'aurait pas laissé son empreinte dans l'histoire. Mais l'épopée de Lyssenko est aussi celles de la science en URSS, c'est-à-dire celle de la recherche scientifique dans un milieu politisé à l'extrême. L'individu est ambitieux; ses promesses attirent sur lui l'attention du pouvoir de Staline. Ses origines paysannes plaisent et favorisent son ascension. En 1938, il est nommé à la tête de l'Académie Lénine des sciences agronomiques. Il règnera sur ce domaine pendant plus de vingt ans. Comme l'explique Claude Marcil:
Lyssenko et ses partisans accèdent aux postes clé de la science et de la bureaucratie soviétique. C'est la fin des biologistes classiques, qualifiés, dans le style stalinien, de "mendélo-morgano-weismanistes". En quelques mois, trois mille d'entre eux sont chassés, révoqués ou licenciés, certains sont emprisonnés ou déportés. L'enseignement est expurgé. Des instituts de recherche fermés. La génétique est pratiquement interdite dans le pays. (...) De 1948 à 1952, toutes les notions de la génétique classique sont rejetées: on élimine le mendélisme "théorie du moine" et la mutation, qui fait place au hasard; on nie l'existence du gène, la continuité des chromosomes; on écarte la conception monospermique et bourgeoise de la fécondation, pour affirmer que plus il entre de spermatozoïdes dans un oeuf, plus sera vigoureux le produit; on proclame la transmission des caractères acquis, on soutient que les conditions du milieu "ébranlent" l'hérédité des organismes et font surgir de brusques variations en rapport avec le milieu externe.
Lyssenko fait plus qu'assumer la politisation de la recherche, il s'en fait le porte-drapeau. Il oppose sans cesse "la science bourgeoise, fausse par essence, et la science prolétarienne, vraie par définition". Ses contradicteurs sont écartés ou physiquement éliminés. Il ne peut évidemment pas réaliser ses promesses, mais attribue les échecs agricoles soviétiques aux ennemis du peuple et autres traîtres. Quelques supercheries mises en scène dans sa ferme modèle près de Moscou suffisent à donner le change aux politiciens intrigués; sa proximité avec le pouvoir fait le reste.
L'influence néfaste de Lyssenko ne se limite pas au Bloc de l'Est. En bons valets, les partis communistes occidentaux et leurs sympathisants relaient, appuient et défendent aveuglément ses théories, mentent sur ses échecs, attaquent les contradicteurs et sous-entendent qu'ils sont manipulés par les "impérialistes".
Lyssenko ne sera désavoué qu'en 1965. Son influence était telle qu'elle perdurera douze ans après la mort de Staline, son protecteur. Scientifiquement, il aura laissé derrière lui un champ de ruines. Aujourd'hui encore, sans doute au nom de la même fidélité idéologique, certains persistent à minimiser les conséquences mortelles de ses errements!
Les désastres conséquents à l'implication politique dans la science n'ont pas disparu avec l'union soviétique, loin s'en faut. Dans son sens moderne, le "Lyssenkisme" (la manipulation d'un processus scientifique dans le but d'atteindre des conclusions prédéterminées, guidées par des objectifs politiques) ne s'est jamais aussi bien porté, comme en témoigne le dernier livre d'Andrew Montford, The Hockey Stick Illusion, dont un brillant compte-rendu est évoqué ici.
Le titre de l'ouvrage fait référence au graphique phare du GIEC, la courbe en crosse de hockey en couverture - le graphique par excellence visant à répandre la panique du réchauffement climatique.
En 1990, dans son premier rapport, le GIEC livrait une interprétation relativement traditionnelle du climat, avec l'optimum médiéval et le petit âge glaciaire, des périodes chaudes et froides bien connues de l'histoire humaine récente. Cette vision "évolua" assez rapidement en 1995, où le second rapport du GIEC commença à mettre en doute ces variations historiques, préparant le terrain pour la théorie du réchauffement climatique d'origine humaine. Michael Mann, jeune paléo-climatologue américain ambitieux, s'engouffra dans la brèche. Avec deux collègues, Mann se lança dans une recherche intégrée des variations de températures obtenues jusqu'ici par des moyens indirects, comme les cercles de croissance des troncs d'arbres. Il proclama que le volume des données collectées et la sophistication de leur analyse statistique garantirait la "robustesse" de leurs conclusions. Dans deux articles (Nature en 1998 et Geophysical Research Letters en 1999) le chercheur associa au résumé le fameux graphe en forme de crosse de hockey.
Le succès de l'image fut immédiat. La courbe devint un argument de choix pour les lobbyistes du monde invoquant "l'urgence climatique" auprès des décideurs de tous poils. Peu importe les réserves émises sur la méthodologie et l'absence de transparence de l'équipe de l'auteur, Michael Mann devint une star. Ses compétences de politicien pallièrent largement à sa maigre réputation de chercheur. Il fut nommé arbitre dans onze publications, trois fonds de recherche, et conseiller scientifique auprès du gouvernement américain. Il obtint même le poste clé de contributeur auprès du GIEC pour nombre de chapitres du Troisième Rapport de l'institution.
Comme le fit remarquer Hans von Storch, voir un acteur majeur du débat aussi impliqué dans le processus de relecture et d'approbation autour de ce même débat ne pouvait amener que de sérieux problèmes. La situation demandait au contraire l'implication de chercheurs indépendants. Ce conflit d'intérêt aurait été parfaitement inacceptable dans le domaine privé, et illégal hors de n'importe quelle république bananière.
Comme il aurait été trop voyant, même pour Mann, d'approuver ses propres articles, il fit appel à des complices de l'unité de recherche sur le climat (CRU) de l'Université d'East Anglia, en Angleterre. Après quelques mises au point avec Philip Jones, Keith Briffa et d'autres, les rôles furent distribués. "L'équipe de Hockey" était sur pied, et l'implication de ses membres si grande que leurs carrières toutes entières dépendaient désormais de leur défense du graphique. Quand le GIEC publia son Troisième Rapport en 2001 avec tambours et trompettes, le graphe en crosse de hockey était sa pierre angulaire, apparaissant pas moins de sept fois dans le document. Il fut repris sur des posters, sur des présentations PowerPoint, dans les écoles, sur des remorques de camion, sur un argumentaire envoyé à chaque foyer canadien en 2002 pour promouvoir la ratification du Protocole de Kyoto. Et bien sûr il eut une place de choix dans le documentaire de propagande d'Al Gore, Une Vérité Qui Dérange.
Malheur à qui aurait la désobligeance de ne pas l'accepter!
Pourtant, quelques-uns regardèrent d'un oeil critique cette nouvelle vérité absolue, comme Vincent Courtillot en France. Mais le plus connu d'entre eux est sans conteste Steve McIntyre, un expert canadien en analyse de données et en statistiques, qui devint rapidement la bête noire de Michael Mann. McIntyre décela en premier des absurdités statistiques dans le graphe, et alla au cours des ans jusqu'à la péninsule de Yamal en Sibérie pour retrouver des arbres similaires à ceux utilisés par Mann pour reconstruire ses températures du passé, obtenant des résultats très différents. Bien sûr, dès que les premières analyses critiques de McIntyre reçurent un écho, Michael Mann et ses collègues firent bloc pour ne livrer ni leurs données, ni leurs algorithmes - un comportement peu digne de chercheurs professionnels. Les réserves de McIntyre et d'autres étaient suffisamment étayées pour atteindre les pages de revues scientifiques; ces articles donnèrent lieu à une guerre par publications interposées, McIntyre démontant la courbe tandis que Mann, dans une posture typique de Lyssenko, tentait de ridiculiser et de museler son contradicteur ou d'insinuer de prétendus liens financiers avec les "méchants" (producteurs pétroliers et autres). Ainsi, la seule réponse de Mann à un article de McIntyre dans Energy and Environment était que la revue n'était pas une publication scientifique légitime et que l'article de McIntyre "avait réussi à franchir les filtres de relecture imparfaits" de la rédaction du journal. Il n'expliqua pas comment il connaissait les détails de ce processus de relecture, supposés confidentiels; mais grâce au Climategate révélant les courriers électroniques entre les membres de la clique, nous savons désormais quelle influence Michael Mann détenait sur le processus, et quel sorte de filtre il avait à l'esprit. Quant à une réponse sur les réserves exprimées, on les attend encore...
La guérilla connut un épisode saillant avec le rapport Wegman, produit par un panel de trois statisticiens de premier plan issus d'universités différentes, sans lien avec le débat sur le réchauffement climatique ni le domaine de la paléo-climatologie. Leurs conclusions furent sévères:
Le rapport Wegman itentifia un noyau de sept auteurs et un "réseau social" de 43 auteurs en liens directs avec Mann, rapportant que ce réseau avait compromis l'indépendance de la recherche, perverti le processus de relecture par des pairs, et tellement lié les chercheurs à leurs prises de position publiques qu'ils leur était devenu impossible de les remettre en question. Il critiqua l'isolement de cette équipe par rapport à des statisticiens réputés venant d'autres disciplines, et la façon frustrante et aléatoire dont elle communiquait ses données pour permettre la validation de ses conclusions. Plus important encore, le rapport annonça que la "méthodologie décentrée" employée pour produire la courbe en crosse de hockey "était simplement des mathématiques erronées", que la courbe en crosse de hockey "avait un degré de validation peu différent de zéro" et que tant son effacement de l'optimum médiéval que l'affirmation que les années 90 étaient les plus chaudes du millénaire étaient des assertions "essentiellement invérifiables".
Michael Mann rétorqua que le groupe de travail présidant au rapport n'était pas "validé par le GIEC" (ni par aucun organisme sous son influence...) donc que ses conclusions étaient sans valeur!
Le rapport Wegman n'est qu'un épisode dans une multitude du même tonneau. Rapport North, erreurs sur l'Himalaya ou l'Amazone, utilisation par le GIEC d'articles d'activistes comme "matériau scientifique"... Le climategate lui-même ne se limitait pas à des courriers électroniques trahissant le trafic d'influence d'une clique de pseudo-chercheurs; il révélait également les manipulations éhontées des algorithmes, permettant d'obtenir un graphe en crosse de hockey à partir de pratiquement n'importe quelles données - même un listing de numéros de téléphone. Grâce à Internet, face au coups de boutoir de scientifiques (authentiques, ceux-là) s'attaquant au conclusions simplistes des tenants du réchauffement climatique d'origine humaine, les partisans de l'urgence climatique perdirent peu à peu du terrain, allant jusqu'à renommer réchauffement climatique en changement climatique, une entourloupe de vocabulaire assez piteuse qui leur garantirait de pouvoir prédire à peu près n'importe quoi.
La courbe en crosse de hockey disparut du rapport intermédiaire du GIEC pour 2007, non sans explications embarrassées destinées à laver ses auteurs de tout soupçon, et sans que le fond du discours ne change vraiment.
Certains naïfs pour qui la blouse blanche fait le chercheur pensaient peut-être encore que les controverses sur le réchauffement climatique représentaient des désaccords entre scientifiques de bonne foi; ce n'est pas le cas. Cela ne l'a sans doute jamais été: les enjeux politiques ont imprégné la théorie du réchauffement climatique dès sa conception. Comme du temps de Lyssenko, l'opprobre et les attaques personnelles sont les seules façons de répondre à ceux qui mettent en doute le dogme, contraints de prendre le maquis alors qu'une clique pro-réchauffement s'est emparée des principaux leviers de commande, comme les comités de relecture des publications scientifiques. Or, la controverse scientifique fait rage, très loin du "consensus" annoncé. Les écologistes les plus acharnés ne peuvent pas encore envoyer leurs contradicteurs sous les verrous, mais ça les démange... La recherche authentique de la vérité, la validation expérimentale, la comparaison critique des conclusions sont les grands absents de la recherche climatique, et pour cause: la "théorie" n'y résiste pas.
La théorie du réchauffement climatique d'origine humaine n'a jamais été aussi proche de l'effondrement. Malgré une bienveillance médiatique confinant à la complicité, entre scandales à répétition et crise économique, le soutien populaire s'est étiolé, et il ne reviendra pas. Il n'y a plus que les politiciens et certains journalistes pour s'accrocher aux débris. Quelle ironie de voir les adeptes d'une pseudo-science votée à la majorité finalement battus à leur propre jeu! Aujourd'hui, même les plus fervents craignent que la bataille soit perdue pour une génération...
Une génération? Parce qu'il faudra bien vingt ans pour faire émerger une population aussi crédule et malléable que celle des années 90, de nouveaux éco-citoyens prêts à croire aveuglément en une prétendue urgence climatique. Compte tenu de la multitude de postes dans lesquels les partisans du réchauffement sont désormais enkystés, l'objectif ne paraît pas impossible. Ils essaieront, en tous cas.
Pauvre science!