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Pierre Dubochet | 1er mai 2014
La maîtrise de l’information, par l’omission et le mensonge, se dessine
Vous avez peur de l’évacuation des déchets atomiques ? «Il y a de fortes raisons de penser que la crainte des retombées radioactives dérive partiellement d’une association symbolique entre les déchets radioactifs et les excréments corporels» affirme l’OMS
La maîtrise de l’information, par l’omission et le mensonge, se dessine. Comment ? Réponse en pages 19 et suivantes du dossier «Questions de santé mentale que pose l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques» de l’OMS. Elle s’est «spécialement intéressée aux pratiques journalistiques et aux méthodes qui pourraient exercer une influence défavorable sur la santé mentale et refléter des états affectifs anormaux chez les journalistes eux-mêmes».
Une agence spécialisée a fourni 504 articles qui se référaient à l’OMS, publiés dans trente et un pays durant les années 1955 et 1956. L’OMS a compris que si elle écrit dans ses rapports «il a été officiellement établi, et scientifiquement confirmé, que les installations d’énergie atomique sont sans danger pour le voisinage» (p. 24), alors la plupart des journalistes communiqueront qu’il a été officiellement établi, et scientifiquement confirmé, que les installations d’énergie atomique sont sans danger pour le voisinage.
Mais au fait, les installations d’énergie atomique sont elles officiellement et scientifiquement sans danger pour le voisinage en 1957 ? D’ailleurs, est-il réaliste de limiter le danger d’une installation atomique au seul voisinage ? Les deux réponses sont clairement non.
Un an avant la publication du rapport «Questions de santé mentale que pose l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques», un incendie s’était déclaré le 10 octobre 1957 dans la première centrale nucléaire britannique de Windscale, baptisée ensuite Sellafield. Il a fallu six jours pour en venir à bout.
Il s’agit d’un accident sérieux classé de niveau 5 sur l’échelle INÈS (de 0 à 7). Des produits de fission sont rejetés dans un nuage qui parcourt l’Angleterre puis le continent, sans que la population soit avertie. L’ancien premier ministre conservateur britannique, Harold Macmillan, fait garder secret le rapport détaillé sur les causes du désastre, selon le journal Le Monde.
Dans son rapport 151, l’OMS tait la catastrophe de Windscale. Pour être exact, elle y consacre quelques mots : «C’est le danger de contamination des aliments qui, en général, bouleverse le plus les esprits». Le rapport passe sous silence que deux millions de litres de lait, production de près de huit semaines des fermes dans un périmètre de 500 km2, lait présentant une concentration très élevée en iode 131, ont été jetés en mer d’Irlande, entre autres mesures. L’OMS ment quand elle prétend qu’il est officiellement établi, et scientifiquement confirmé, que les installations d’énergie atomique sont sans danger pour le voisinage.
Dans ce paragraphe, l’OMS avance l’explication suivante qui fera date dans le cadre des sciences atomiques. «L’inquiétude qui se manifeste à propos de l’évacuation des déchets atomiques est absolument hors de proportion avec l’importance du problème, et il y a de fortes raisons de penser que la crainte des retombées radioactives dérive partiellement d’une association symbolique entre les déchets radioactifs et les excréments corporels» (p. 36).
L’OMS va jusqu’à inciter à ériger les centrales «dans des régions à population dense» (p. 22). Aujourd'hui, combien y a-t-il de densité de population d’habitant à proximité des centrales atomiques ? The Daily Beast a tenté d’analyser le risque entraîné par la présence des réacteurs nucléaires aux États-Unis, après l’événement survenu au Japon. La population est comptée pour une distance de 80 kilomètres.
Plus de quatre millions de personnes vivent à proximité de Seabrook, cinq millions de Peach Bottom, six millions près de Hope Creek et autant près de Salem, sept millions de Braidwood, huit millions près de Limerick, huit autres millions près de Dresde, neuf millions près de San Onofre et dix-sept millions et demi de personnes vivent à moins de 80 kilomètres de l’usine Indian Point à New York.
La radioactivité ? «Il ne s’agit pourtant que d’un risque parmi beaucoup d’autres qui font partie du lot normal des êtres vivants», déclare l’OMS.
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