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La centrale de Mühleberg sera définitivement déconnectée du réseau en 2019. Les investissements qui auraient été nécessaires pour une poursuite de l'exploitation du nucléaire ont été jugés trop élevés par les Forces motrices bernoises (BKW), qui exploitent la centrale la plus contestée du pays.
Différents scénarios portant sur l'avenir de la centrale nucléaire ont été analysés au cours des derniers mois. Finalement, il s'est avéré que les coûts à long terme auraient été élevés, sans garantie d'un amortissement pour la période restante d'exploitation, ont annoncé mercredi les Forces motrices bernoises (BKW) pour expliquer leur décision de fermer le site dans six ans.
«Il s'agit d'une décision entrepreneuriale, pas d'ordre politique», a déclaré devant la presse la directrice générale des BKW SA Suzanne Thoma. Cette mesure repose sur les prix jugés trop bas du courant.
Le président du conseil d'administration Urs Gasche a relevé que des raisons politiques avaient elles aussi, dans une moindre mesure, joué un rôle dans la décision d'arrêter Mühleberg en 2019. Les initiatives cantonales et fédérales pour la limitation de la durée d'exploitation des centrales constituent un risque latent, selon Urs Gasche.
Obstacles en vue
La société BKW table donc sur l'apparition de nouveaux obstacles d'ordre technique, économique et politique qui pourraient entraîner une hausse des risques économiques liés à une exploitation à long terme. Face à ces incertitudes, l'entreprise utilisera la centrale jusqu'en 2019, date à laquelle elle sera définitivement déconnectée du réseau.
En renonçant à engager des coûts nécessaires à une exploitation à long terme, l'exploitant bernois estime réduire considérablement le risque entrepreneurial. Il estime que la décision annoncée mercredi lui permettra de renforcer son engagement dans le domaine de l'éolien et de l'hydraulique en Suisse et à l'étranger.
C'est la première fois en Suisse que la date de la mise hors service d'une centrale nucléaire est connue. Mühleberg produit de l'énergie depuis 1972, ce qui en fait la 3e plus ancienne installation de ce type après celles de Beznau I et II mises en activité en 1969 et en 1971.
La plus contestée des centrales
La centrale de Mühleberg est également la plus contestée du pays. Depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, les pressions se sont accrues pour demander sa fermeture rapide. En Suisse et à l’étranger. L'an dernier, la région autrichienne du Vorarlberg avait en effet porté plainte pour négligence auprès de la Confédération afin d’exiger la fermeture de Mühleberg.
Plus petite unité de production nucléaire du pays, la centrale accuse la fatigue, comme le rappelle un article récent de la Tribune de Genève. De nombreux dysfonctionnements ont été mis en évidence ces dernières années: fissures dans le manteau du réacteur, exposition trop élevée aux dangers sismiques et d’inondations ou encore insuffisance des moyens de refroidissement.
Par ailleurs, la centrale de Mühleberg est située au cœur d’une région très habitée du Plateau suisse, à moins de 20 kilomètres de la ville de Berne. Elle fait partie des cinq centrales nucléaires suisses, qui sont toutes censées arrêter leur exploitation à moyen terme, la Suisse ayant décidé, à la suite de l'accident nucléaire de Fukushima, de sortir du nucléaire d'ici à 2034.
Importants investissements
Mais pour l’heure, les centrales nucléaires suisses bénéficient d'une autorisation d'exploitation illimitée. Dans un premier temps, les BKW entendaient au début de cette année poursuivre l'exploitation de Mühleberg jusqu'en 2022. Le gouvernement bernois estimait lui que cette centrale devait être arrêtée le plus rapidement possible en accord avec l'exploitant. Mais au plus tard en 2022.
Durant les six prochaines années, le groupe énergétique mettra en oeuvre à Mühleberg des projets de rééquipement pour répondre aux impératifs de sécurité. Les investissements dans l'exploitation et la maintenance de l'installation s'élèveront à près de 200 millions de francs pour satisfaire aux exigences légales en matière de sûreté fixées par l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN).
Malgré ces assurances, l'échéance de 2019 ne satisfait de loin pas les opposants au nucléaire. Pour le WWF, Mühleberg doit être arrêtée immédiatement pour des raisons de sécurité. «Tout autre scénario équivaut à jouer avec le feu», estime l'organisation de défense de l'environnement. Greenpeace dénonce un marchandage entre les BKW et l'IFSN pour poursuivre l'exploitation jusqu'en 2019, évoquant une culture de sécurité irresponsable.
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Un «événement historique»
Les autorités fédérales ne commentent pas cette décision. Elles n'avaient d'ailleurs pas été mises au courant de la planification de cet arrêt par l'entreprise bernoise. Même mutisme de la part des autres principaux fournisseurs d'énergie Alpiq et Axpo.
Au niveau des partis, le Parti socialiste a salué ce «pas en avant» comme un «événement historique», même s'il considère que la fermeture annoncée reste trop tardive. Du côté des Verts, Christian van Singer estime, sur le site Internet du Temps, qu'un arrêt immédiat de la centrale serait préférable même s'il se réjouit de cette étape en direction de la sortie du nucléaire.
Les Vert'libéraux saluent la décision des BKW d'arrêter Mühleberg et de miser sur un avenir énergétique renouvelable. Le Parti libéral-radical prend de son côté acte de cette mesure. Pour le parti, «la responsabilité de cette décision entrepreneuriale appartient aux seules BKW».
swissinfo.ch et les agences