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Entre la présidente du Tribunal de police et le prédicateur chrétien poursuivi pour avoir vidé les comptes en banque de deux de ses disciples, les échanges ont paru cordiaux, mais une certaine confusion régnait parfois mardi soir. Quand la première posait des questions factuelles et précises, son interlocuteur répondait par des phrases telles que «la foi ne se vit pas en l’air».
La juge a dû plusieurs fois recadrer les débats «pour ne pas perdre le fil» et ramener cet homme de 77 ans à ses actes. À partir de 2007, a-t-il bien prélevé des montants importants sur les comptes bancaires d’un couple de retraités fréquentant son groupe de prière? Celui qui se dit «ambassadeur du Christ» ne le cache absolument pas. «J’ai versé l’argent sur le compte de ma société pour mes frais généraux», dit-il sans douter de la légalité du procédé.
Pendant qu’il animait un cercle chrétien informel, cet ancien de l’Office cantonal de l’emploi tentait de tenir à flot la société de placement qu’il avait créée. Mais il tient à préciser: «Pendant quarante ans, je n’ai agi que pour aider les gens, jamais pour moi-même. C’était une démarche de foi pour aider les plus faibles. Mais quand la Suisse a ouvert ses frontières en 2002, les difficultés ont commencé pour mon agence. On ne pouvait plus rivaliser avec les travailleurs qui venaient de toute l’Europe.»
Voilà ce qui fait la particularité de cette affaire. Alors que la justice l’a reconnu coupable de gestion déloyale et d’abus de confiance (une ordonnance pénale a été rendue par un procureur), le prédicateur plaide sa cause sans avocat et sous l’angle de la bonne foi. D’ailleurs, c’est lui-même qui a remis à la justice les prélèvements qu’il a effectués sur les comptes de ses fidèles (il avait réussi à les convaincre de le laisser gérer leurs avoirs et détenait une procuration). «Je devais payer le loyer des bureaux de ma société et la secrétaire», détaille-t-il à la barre. «Vous reconnaissez donc avoir fait ces prélèvements sans leur accord?» l’interroge la présidente. Il acquiesce mais demande son acquittement: «J’ai agi intentionnellement, mais en toute bonne foi.»
Derrière lui, deux retraités fulminent. Au tournant des années 2000, mari et femme fréquentent ce «groupe» formé en marge d’une Église évangélique au moment où ils reçoivent des héritages. «On le considérait comme une autorité morale», rappelle le mari, ancien chauffeur de taxi. Après des prêts atteignant des centaines de milliers de francs, «le leader spirituel» propose de gérer leurs avoirs sur une plateforme de trading en ligne. L’argent est confié sans contrat ni instruction. «Comme il m’intimidait, je ne posais pas trop de questions, admet le plaignant. Puis j’ai appris les détournements.»
Mardi, il a été impossible de déterminer les montants exacts prélevés par le prédicateur pour ses propres dépenses. Car durant de longues années, il a également bénéficié de prêts et de dons du couple. «D’autres gens m’aident», annonce-t-il d’ailleurs. Élégant, doté d’une certaine éloquence, il est venu devant ses victimes avec un engagement: «J’ai des promesses formelles de restitution au centuple.»
Personne n’y a vraiment cru. «Il a utilisé son aura de leader spirituel et n’a jamais été en mesure de restituer cet argent», a retenu la juge du Tribunal de police avant de le condamner à une peine de 180 jours-amende avec sursis pour abus de confiance.
Créé: 05.11.2019, 21h02