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Le destin a l’art de s’acharner sur les faibles et que lorsqu'il les tient, ne les lâche plus, ses victimes émergent à peine la tête que de nouveaux coups s’abattent sur elles , sans relâche. Xavier en sait quelque chose.
Après 1995, le boulanger Gasser meurt en Suisse , cet homme « bon comme le pain » et qui n’hésitait pas à donner un coup de pouce à qui savait quémander avec force persuasion; amoureux du Rwanda, au point d’avoir tout vendu dans son pays pour s’installer à Kigali. Une nouvelle patrie découverte lors d’un volontariat réalisé à travers un projet humanitaire. Il acheta alors une maison dans la rue principale de la capitale et avec un maçon construisit une cheminée, puis un four. Un ami belge proche du Valaisan se souvient avoir mangé les « meilleurs croissants au jambon » fabriqués par le boulanger. Ils avaient l’habitude de se rencontrer régulièrement et dans un rituel parfait qui soudait cette amitié , l’un apportait les croissants, tandis que l’autre préparait le café.
Xavier perdit ainsi son père , deux ans plus tard, au Rwanda, c’est sa mère qui décèdait suite à une longue maladie. A 9 ans, Xavier est orphelin, sa grand-mère en hérite comme d’un cadeau empoisonné. A Gisegnyi, chez cette femme acariâtre, il se souvient s’être caché durant des heures, tenant étroitement un chapelet entre ses mains, priant le ciel pour qu’elle ne le retrouve plus et éviter ainsi ses coups. Puis, à l’âge de 13 ans, il rejoint une tante à Kigali chez qui il vit encore. Une témoin de Jéhovah, - prête à émigrer aux Etats-Unis et qu’elle compte laisser derrière comme un bibelot dont on ne sait que faire,- aux règles strictes, à la sévérité dogmatique et qui s’est donné pour mission de convertir le jeune homme, transformé en homme à tout faire chez elle, malgré son diplôme de dessinateur en bâtiment qui ne lui a cependant pas encore permis de trouver un emploi ; ménage, enfants, courses. Il s'affaire du matin au soir, en rêvant à la Suisse, le pays de ce père qu’il n’a jamais connu.
Sa grand-mère établie en Valais et âgée de 85 ans, aura peut-être bientôt la joie de rencontrer ce petit-fils qu'elle pourra enfin serrer dans ses bras, ce malmené de la vie; elle l’amènera sur la tombe de son père à lui et de son fils à elle, à Randogne. Xavier rencontrera l’autre famille du disparu, une belle-mère qui a plus d’une reprise a essayé de le ramener en Suisse, mais en vain.
Le Rwanda, autrefois deuxième patrie de cœur du père suisse , la Suisse, deuxième patrie du fils rwandais ; les destins se croisent, s’entrelacent se font et se défont, au fil des ans. Leur route ne s’est jamais croisée, mais leurs pas se rapprochent étrangement dans le chaos et à la lumière de ces vies bringuebalantes.
On ne peut que souhaiter à Xavier de retrouver les traces de ce père si vite parti et qui croyait l’enfant mort au Rwanda pendant le génocide. Devenir officiellement, en Suisse, le fils de Christian Gasser, un boulanger si amoureux de l’Afrique, et par-dessus tout, si amoureux de la vie !