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A: Pierre, tu nous parle d’Edmée, le spectacle qui se joue actuellement au Poche…
P: Aimes-tu le comique truculent, dru, direct, le comique où l’on n’on mache pas ses mots ?
A: Pierre, tu parles bizarre !
P: Ce comique fouillé en profondeur c’est-à-dire s’étayant sur des sentiments intérieurs souvent pas très beau, où l’amertume et la cupidité servent de base ?
A: Tu m’inquiètes…
P: Antoine, je suis en train de te lire une critique parue dans un journal de 1954
A: Tu veux dire que la pièce a été créée à cette époque ?
P: Oui, pour fêter ses 75 ans d’existence du Poche.
MATHIEU BERTHOLET, le directeur actuel, a décidé de reprendre cette pièce écrite par PIERRE-ARISTIDE BRÉAL.
A: Ils l’ont repris à l’identique ?
P: Non, le théâtre a passé commande à ANTOINETTE RYCHNER pour qu’elle la modernise. Elle a revu partiellement le vocabulaire du texte original en y ajoutant des mots liés à notre époque. Elle a étudié la mécanique de cette farce et noté que l’auteur faisait usage de nombreux rebondissements. Elle a forcé le trait pour que les personnages deviennent plus caricaturaux. En deux mots, elle a opéré un lifting et réécrit le 3ème acte.
A: Comment s’est opéré la transition?
P: ANTOINETTE RYCHNER s’est créé un jeu de cartes dans lequel figurait : les actions / les personnages / les valeurs de la pièce.
A: Une bonne méthode ?
P: Cela lui a permis de mettre à jour, je reprends ses mots : « le capitalisme des rapports humains et comment les êtres sont considérés comme des valeurs marchandes. »
A: Où se déroule cette histoire?
P: L’action se déroule dans le monde de la paysannerie, une proposition originale qui change des salons bourgeois du théâtre de Boulevard.
A: « L’amour est dans le pré » ?
P: Presque, sauf qu’ici, il s’agit d’un couple qui a vécu ensemble de nombreuses saisons.
A: Aucune intrigue ?
P: Si, ils veulent toucher l’héritage la tante de Léon.
Edmée, peu satisfaite de son époux, joue une vampe qui s’intéresse à tous les coqs de la basse-cour
A: La tante Léon meurt-elle ?
P: Je ne vais pas spolier l’histoire.
A: Un texte uniquement humoristique ?
P: Non, tu l’as deviné, derrière les rires, on trouve une critique sociale.
ANTOINETTE RYCHNER évoque la situation précaire de la femme paysanne qui n’a pas cotisé à LPP ni à l’assurance chômage.
Elle s’intéresse aussi à l’exploitation faite sur les animaux et aux corps des femmes.
A: Pierre, parle-nous de la mise-en-scène
P: Ce qui caractérise le travail de FLORENCE MINDER et JULIEN JAILLOT, les metteurs en scène, repose sur le travail sonore et rythmique. Ils ont créé un univers sonore où chaque personnage évolue avec une sorte de musique intérieure qui exprime son état d’âme.
On peut entendre la bande son de la peur, du suspens, du patriotisme ou encore la séduction.
Il faut encore souligner le formidable travail des maquillages et costumes.
Enfin, il y a une approche très originale du jeu des comédiens qui n’ont pas crainte de la caricature et d’une sorte de jeu qui pourrait se situer entre la Commedia dell’arte et de Benny Hill
A: Qui sont-ils ?
P: • Il y a LÉONARD BERTHOLET qui joue un ouvrier polonais. Un formidable personnage qui a des relents de distancions brechtiennes dans le refus d’assumer pleinement le rôle confié.
• JEANNE DE MONT qui incarne une Edmée pulpeuse à la poitrine généreuse.
• VALÉRIA BERTOLOTTO qui se retrouve dans la peau d’un paysan bedonnant et consumé.
• AURÉLIEN GSCHWIND qui compose une galerie de personnages déjantés avec la composition d’un policier à rouflaquette, inoubliable.
Si vous aimez vous divertir, courrez voir ce spectacle avant que ce théâtre ne redevienne sérieux.
Chronique: Pierre
Animation: Zebra
Technique: Sebastien et Tamara
Photo: Melanie Groley
Diffusion: 19.1.23
Mise en ligne: 20.1.23