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Le charisme de Béjart était tel que lorsqu’il prenait place dans le studio, sa seule présence rassurait chacun. On avait le sentiment qu’à l’issue de la répétition, on serait prêt. Il n’y avait pas à s’inquiéter. Cette figure protectrice et créative me rappelle ma mère ou plutôt toutes les mères. Car la maternité est la création portée à son plus haut niveau.
Par association d’idées, je mets la maternité et l’eau en résonnance. D’où ce titre : Aguas. Dans toutes les cultures, l’eau est tenue pour un élément féminin. Et dans ma culture d’origine, à Cuba, la déesse de la mer Yemaya, du rite Yoruba, est considérée comme la mère de tous les dieux. Que le Trio Zéphyr, interprète de la bande sonore de ce ballet, soit constitué de trois jeunes femmes n’est certainement pas fortuit…
Bien sûr, les sept danseurs que je mets en scène ne sont pas les personnages d’une histoire. Je dis toujours que si j’étais écrivain plutôt que chorégraphe, j’écrirais de la poésie et non de la prose. C’est une poésie scénique que j’ai essayé de produire, dans le registre de l’émotion et du sentiment, mais aussi avec toutes les tensions que les relations familiales ou professionnelles peuvent susciter.
Julio Arozarena