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Mais il ne faut pas croire que les aventures du Bouddha en seront facilitées pour autant. En fait, lorsqu'il va descendre de cheval et prendre pied dans le monde, le Bouddha va être confronté à son propre destin. C'est l'un des grands moments de la catalyse du Bouddha. Quand le Bouddha descend de son cheval au milieu d'un village, avec cette idée merveilleuse mais naïve qu'il pourra sauver l'humanité, les habitants du village tombent prosternés à terre croyant qu'il vient en parade. Personne ne veut l'écouter, on ne veut que le saluer et le célébrer. Le Bouddha sera astreint à quitter ses vêtements devant les villageois stupéfaits puis, comme cela ne suffit pas et que les gens restent prosternés, à couper ses cheveux car les cheveux longs étaient le privilège des aristocrates, ce qu'il fait avec son épée. Et comme cela ne suffit toujours pas, sacrifice suprême, il enlève ses boucles d'oreilles. En Orient, le droit de porter les pendants d'oreilles dynastiques est le symbole d'une lignée royale, c'est même plus important que la couronne ou le sceptre. En enlevant ses pendants d'oreilles, le Bouddha quitte toute identité. Il se dépare de tout et dès l'instant où il n'aura plus ni vêtements ni cheveux ni boucles d'oreilles et où il sera vraiment nu devant tout le monde, les villageois se relèveront et pourront l'écouter. Ce n'était pas possible autrement, quoi qu'il dise, car telle est la force de l'atavisme social en Orient et en Inde en particulier. Mais c'est une scène qui est très rarement représentée.
Et chacun se souvient que si le Bouddha est toujours représenté
avec des lobes d'oreilles distendus, c'est pour rappeler qu'il avait le
droit de porter des boucles d'oreilles, mais qu'il y a renoncé volontairement.