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L'histoire commence en 2000 aux Pays-Bas. Novartis lance dans ce pays une «campagne d'information» nationale sur l'onychomycose, dans la presse et à la télévision. Les encarts ne citent ni le fabricant ni son médicament oral contre l'affection des ongles. Ils se contentent de présenter la mycose en long et en large et d'encourager le public à consulter un généraliste en cas de doute.Les généralistes, justement, n'ont pas beaucoup apprécié l'opération, qui donnait selon leur association faîtière une importance démesurée à un problème de santé mineur. Mais rien, légalement, n'a pu être reproché à Novartis. Un tribunal a confirmé en 2002 que la campagne, qui ne mentionnait aucun nom de marque, ne tombait pas sous le coup de l'interdiction de publicité pour les médicaments sur ordonnance.L'affaire prend un tour cocasse grâce à des chercheurs de l'Université Erasmus à Rotterdam, qui sont parvenus à mesurer l'efficacité de l'opération à la barbe du fabricant, grâce à une base de données de recherche recensant l'activité de 150 généralistes à travers le pays (BMJ 2004 ; 328 : 931). Il suffisait de suivre l'évolution des prescriptions des deux traitements oraux disponibles aux Pays-Bas, celui de Novartis recommandé par l'Association des généralistes et son seul concurrent.Résultat : le pays a connu une évidente flambée d'onychomycose entre 2000 et 2002. Le nombre de premières consultations pour cette raison passe d'environ 6 pour 1000 habitants et par année de 1996 à 1999 à 8 en 2000 et 2001. Les prescriptions du médicament de Novartis suivent la courbe de façon plus prononcée encore, en passant de 6 à plus de 10 prescriptions pour 1000 personnes et par année. Curieusement, les prescriptions du traitement concurrent ne cessent de décroître durant la même période, peut-être en raison des recommandations de l'Association des généralistes.