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ENTREPRISE
DU
TUNNEL DU GOTHARD
L. FAVRE & CIE
No 942
Altorf (CANTON D'URI SUISSE), le 5 Janvier 1877
Monsieur A Escher, Président du
Comité de Direction du chemin de fer du Gothard.
Zurich
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de Vous accuser réception de Votre honorée lettre du 27/28 Décembre 1876, relative à l'exécution du programme de la Convention additionelle.
Il est vrai que le programme n'a pas été absolument rempli par tous les chantiers du tunnel. Si les progrès de la petite galerie & ceux des abattages en calotte égalent et même dépassent è ce jour les chiffres de la Convention, les chantiers de la Cunette et ceux du Stross sont restés en arrière. Je vous ferai remarquer à ce sujet, Monsieur le Président, que le travail s'accomplit encore à l'étage inférieur au milieu de ces difficultés dont mes chantiers supérieurs sont enfin sortis après tant d'efforts.
Dans le cours de 1875, votre honorable Compagnie me fit, à plusieurs reprises, ses observations sur la marche lente des abattages. Si vous voulez bien comparer les progrès obtenus das les chantiers en 1876, à ceux de l'année| précidente vous vous convaincrez que la marche régulière a été définitivement assurée au moment même où les obstacles naturels cessaient. Il en sera certainement de même pour les chantiers de l'étage inférieur.
En dehors de ces considérations, dont je l'éspère, vous voudrez bien reconnaitre avec moi la justesse puisqu'elles s'appuient sur un précédent dûment constaté, je ne puis m'empècher de vous rappeler, Monsieur le Président que la situation finacière de votre honorable Compie, dont mon crédit a ressenti le contre–coup dès qu'elle a été connue du public, n'est point faite pour faciliter mes relations & par suite l'extention de mes travaux.
Le travail, dans son ensemble, ne pourra suivre une marche normale qu'a la condition que le discrédit qui pèse sur l'oeuvre du chemin du Gothard, cette dut m'atteindre et de me créer des embarras incessants. Il semblerait que dans ces circonstances et pour compenser cette situation fâcheuse, la Compie dût user de bienveillance envers mon entreprise et me faciliter autant que possible ma tâche, fût–ce seulement dans son intérêt propre. Vous n'ignorez point en effet, Monsieur le Président, que le grand tunnel, parmi tous les travaux de la ligne du Gothard, reste seul en activité, maintenant ainsi, dans le public, l'éspoir d'une reconstitution prochaine de votre société. Ce n'est qu'au prix d'énormes sacrifices, rendus plus onéreux encore pour moi par l'atteinte portée à mon Crédit, que j'ai pu continuer mes travaux et| éviter ainsi, à votre Compie le désastre qui aurait inévitablement suivi l'arrêt du grand tunnel.
Me reportant donc aux considérations précédentes, je pense, à ce jour avoir fais largement mon devoir. Permettez moi de vous dire, Monsieur le Président, que je me croyais même en droit de recevoir de votre honorable Compie un encouragement bienveillant & non un reproche qu'il m'est impossible d'accepter sans protestation.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma respectueuse considération.
L. Favre