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Pourquoi les migraineux sont-ils hypersensibles à la foudre?
Les douloureuses crises de migraines ont leurs mystères. Pourquoi aujourd’hui? Pourquoi ce soir? Peut-on savoir ce qui peut favoriser leur survenu, provoquer leur déclenchement? Des facteurs environnementaux sont suspectés. La foudre semble pouvoir en être directement la cause. C’est l’une des conclusions d’une étude américaine qui vient d’être publiée dans l’édition du 24 janvier de la revue spécialisée Cephalalgia. On en trouvera un résumé ici. Principal enseignement: l’incidence des maux de tête, des céphalées et des véritables crises de migraines augmenterait jusqu’à près de 30% pendant les orages et la foudre.
On sait aussi que ces mêmes crises peuvent selon les personnes et les âges être déclenchées par différents éléments très hétérogènes, certains aliments, certaines boissons alcoolisées, des stress ainsi chez la femme que par la survenue des règles. D’autres formes de déclencheurs environnementaux ont déjà été identifiées: les lumières vives, les changements brutaux de température ou les atmosphères confinées.
Tenir le journal de ses crises
L’étude publiée dans Cephalagiaa été menée par des chercheurs de l’Université de Cincinnati (Ohio). Elle a porté sur un échantillon de quatre-vingt dix personnes (dont quatre-vingt femmes) âgées en moyenne de 44 ans Toutes satisfaisaient aux critères diagnostiques de la migraine définis par l’International Headache Society. Ils participaient d’autre part à deux essais portant sur différents traitements de la migraine. Les participants devaient tenir durant une période de trois à six moins un journal dans lequel ils recensaient au mieux la fréquence et les caractéristiques de leurs maux de tête et leurs crises migraineuses. Ils devaient notamment préciser leur intensité, leur durée, et les symptômes associés à leurs souffrances. Les chercheurs ont quant à eux croisé ces données ave celles des bulletins météorologiques des régions respectives où vivaient ces personnes, c'est-à-dire soit dans l’Ohio soit dans le Missouri.
L’analyse de ces données permet d’établir une association entre les temps orageux, les orages et la foudre d’une part, les céphalées et les crises migraineuses de l’autre. En moyenne, les participants ont déclaré souffrir de maux de tête non migraineux (comme des «céphalées de tension») durant onze jours par mois en moyenne, et de migraines durant sept jours. Les deux régions des Etats-Unis où vivaient les participants ont connu des orages durant environ un cinquième de la période d'étude. Par rapport aux jours avec ou sans ces perturbations atmosphériques sans foudre les participants ont montré une différence de 31% pour ce qui est des céphalées (tous types de maux de tête confondus) et de 28% pour ce qui est des véritables crises de migraine.
Plus précisément il apparaît que la foudre serait bel et bien un élément déclencheur des maux de tête en général et des crises de migraines en particulier. Il ne s’agit toutefois que d’une association, la relation causale entre l’orage atmosphérique et l’orage céphalalgique n’ayant pas été ici établie. Deux pistes peuvent être évoquées: les ondes électromagnétiques ou la production de certains «bio-aérosols» issus de la couche d’ozone. Certains spécialistes évoquent aussi l'augmentation durant les orages de la circulation de certains composés dans l’atmosphère, comme des spores fongiques. Seuls de nouvelles études dans les régions où sévissent fréquemment des orages permettront peut être de saisir les invisibles fils qui semblent ici relier les électricités atmosphériques et cérébrales.
Les migraines «avec aura»
Un autre travail voisin a été mené chez des personnes souffrant de migraine avec aura. Les chercheurs travaillent au département de neurologie de l’université de Copenhague. Ils se sont cette fois intéressés au fait de savoir si l’exercice physique ou des lumières clignotantes pouvaient être des facteurs de nature à déclencher les crises. Les vingt-sept volontaires ont participé à une course rapide ou un exercice à vélo pendant une heure de manière à atteindre 80 % de leur rythme cardiaque maximum. On les a aussi exposés à des lumières intenses ou clignotantes durant trente à quarante minutes. Les résultats ont été publiés dans la revue Neurology datée du 23 janvier 2013. On pourra en lire le résumé ici. «Notre étude suggère que les personnes exposées à un tel facteur tenu pour être un déclencheur sans présenter de migraine n’ont plus en pratique à se préoccuper de l’éviter», concluent les auteurs. Un éditorial de la revue évoque l’hypothèse fort originale selon laquelle les éléments tenus pout être des déclencheurs de crise migraineuse soient en réalité des symptômes de cette crise: le cerveau percevant la crise inciterait peut-être à faire un exercice physique pour tenter de la prévenir et cette dépense d’énergie serait alors perçue comme en étant la cause. De même, des lumières normales pourraient-elles être perçues comme «éblouissantes» par des personnes migraineuses durant les prémisses de leur crise.
Enfin deux nouvelles études qui seront présentées en mars, à San Diego, au congrès annuel de l'American Academy of Neurology confirment le lien pouvant exister entre la migraine avec aura et les accidents thrombotiques et vasculaires cérébraux. Cette prédisposition devrait selon leurs auteurs désormais être systématiquement prise en compte dans le choix d'une contraception orale hormonale. Le risque accru semble notamment concerner les femmes qui utilisent les pilules de dernière génération associant la drospirénone et l'éthinylestradiol. L’hypothèse avancée est que le progestatif drospirénone pourrait interférer avec les mécanismes de la coagulation sanguine et prédisposerait certaines femmes à des événements thromboemboliques. A fortiori quand ces femmes sont consommatrices de tabac. Il se confirme que les femmes qui souffrent de migraine avec aura sont aussi à risque élevé d'infarctus du myocarde et de décès cardiovasculaire.