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Comment vit-on après une guerre civile? Que fait-on de la haine qui a détruit les communautés? Le réalisateur tchadien explore le difficile chemin de la réconciliation.
Le gouvernement tchadien vient d'accorder l'amnistie aux criminels de guerre. Face à l'impunité, un grand-père (Khayar Oumar Defallah) confie un revolver à son petit-fils: Atim (Ali Bacha Barkai) devra venger la mémoire du père assassiné qu'il n'a jamais connu. Le jeune garçon part à N'Djamena où il retrouve Nassara (Youssouf Djaoro), boulanger qui vit paisiblement avec son épouse. Nassara engage Atim et lui apprend à cuire le pain. Entre eux se tisse une relation étrange, le premier n'ayant pas de fils, le second pas de père. Mais Atim n'oublie pas la promesse faite à son grand-père.
Mahamat-Saleh Haroun est né au Tchad en 1960, cinq ans avant que ne commence une guerre civile qui n'a jamais complètement cessé. Il a perdu des membres de sa famille, lui-même a été blessé. "Daratt ne traite pas de la guerre civile, mais de ses conséquences, explique-t-il. Ce qui m'intéresse, c'est le paysage après la tempête. La vie obstinément à l'œuvre, dans les champs de ruines et de cendres. Comment continuer à vivre ensemble après tant de violence et de haine? Quelle attitude adopter face à l'impunité? Se résigner ou se faire justice soi-même. Et quand on choisit cette dernière option, que signifie tuer un homme?"
Il est rare de voir sur les écrans des films si parfaitement maîtrisés, tant dans la forme que sur le fond. La réalisation est totalement au service du contenu, pas d'exotisme, ni d'esbroufe, pas de complaisances ni de redites. Cette austérité laisse l'intérêt se focaliser sur l'évolution psychologique des personnages. Les paysages désertiques du Tchad, l'architecture surgie de terre, les longs boubous traditionnels dont sont vêtus Nassara et le grand-père, participent d'une ambiance hiératique. Tout se rejoint autour d'un dessein unique: le rituel de la vengeance.
On sent que le réalisateur a longuement mûri sa propre expérience, quelques séquences lui suffisent pour mettre en scène le vertige d'une extrême tension. Rendre soi-même justice peut être "un geste" facile; au fond, tuer ne prends pas beaucoup de temps. Pourtant, une fois passée la première occasion, non seulement ce geste ne va pas de soi, mais il ne cesse d'être repoussé, au cours d'un long processus enclenché par la rencontre avec l'ennemi.
L'assassin de jadis prend un visage, son corps est blessé, il cherche visiblement une rédemption. A son contact, Atim se découvre lui-même, se réalise, apprend un métier qui le libère (moment magnifique où il réussit sa première fournée de pain!) Dès lors que devient son projet de vengeance? Plus le temps passe, plus il se noie dans un douloureux conflit de loyauté. La question, alors, est celle de la transmission du "devoir familial". De quel droit impose-t-on pareil héritage aux générations suivantes?
Voilà ce que le réalisateur tchadien dépose dans son œuvre, tous ces questionnements dus à des conflits aussi divers que la guerre, le rapport entre les générations, le choc entre la tradition et la modernité, le passage de l'enfance à l'adolescence. Les comédiens qu'il a choisis, tous non professionnels, l'appuient par une qualité et une intensité de jeu que l'on n'oublie pas de sitôt.
Geneviève Praplan
|Nom||Notes|
|Geneviève Praplan||18|
|Ancien membre||18|
|Antoine Rochat||16|
|Anne-Béatrice Schwab||19|
|Maurice Terrail||15|