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Histoire | Géographie | Économie | Société
Sara Pereira Dias, 2004 | Marin-Epagnier, NE
Ce travail se focalise sur l’importance et l’impact des émotions exprimées à l’oral sur la performance dans un entretien d’embauche structuré. Ce dernier se caractérise par son « impartialité » ; l’entretien structuré doit être valable et fiable. Il se démarque aussi par les questions comportementales (situationnelles et basées sur les comportements passés) qui permettent au recruteur d’avoir un aperçu sur certains comportements que l’appliquant pourrait avoir. De précédentes recherches ont démontré que certains aspects de l’élocution d’un candidat pouvaient avoir un impact sur la performance à l’entretien de sélection. Par exemple, la manière de répondre (à travers un récit, pseudo-récit ou description de soi) et les éléments mentionnés lors de celui-ci (Situation, Tâche, Action et Résultats). La personnalité est aussi un facteur pouvant jouer un rôle dans la performance, et cette dernière est fortement liée aux émotions. La question se pose alors : l’apport d’émotions dans le discours peut-il également exercer une influence sur la performance ?
Problématique
Cette recherche est basée sur deux problématiques : 1) est-ce qu’est-ce que les candidats qui apportent à l’oral une dimension émotionnelle dans leurs récits obtiennent une meilleure performance à l’entretien d’embauche ? et 2) est-ce que la probabilité d’intégrer une dimension émotionnelle dans les récits est liée à des dimensions de la personnalité ? Si oui, laquelle ou lesquelles ?
Méthodologie
Soixante participants francophones (78% de femmes) d’un âge moyen de 22.2 ans (SD=2.5) et provenant de différentes universités suisses ont pris part successivement à deux jeux de rôle, d’abord un licenciement fictif puis deux semaines plus tard, à un entretien d’embauche. Les jeux de rôles étaient filmés, ce qui a permis de retranscrire le discours des participants pour les analyser. Afin de mesurer les émotions (la peur, la joie, la colère, le dégoût, la tristesse et la surprise), nous avons procédé à une analyse par normes lors de laquelle nous avons codés, dans les énoncés de chaque candidat, les occurrences d’une ou plusieurs émotions. Nous avons ensuite divisé le nombre d’émotions rencontrées par le nombre total de mots, créant ainsi un pourcentage (le taux) d’émotions par élocution. Quant à la personnalité, chaque participant a rempli le test de personnalité HEXACO-PI-R. Ce test mesure 6 personnalités différentes : le névrotisme, l’honnêteté, l’extraversion, l’ouverture à l’expérience, l’agréabilité et la conscienciosité.
Résultats
Afin de déterminer s’il y avait un lien entre les émotions énoncées à l’oral et la performance lors de l’entretien, nous avons observé les corrélations entre celles-ci. La tristesse s’est finalement imposée comme la seule émotion exerçant une influence significative (r = -0.17, p < 0.05) sur la performance. Cette corrélation étant négative, cela signifie que la tristesse réduit les chances d’être embauché lorsqu’elle est présente lors de l’entretien d’embauche.
Discussion
Le résultat obtenu pour la tristesse pourrait être dû à un décalage entre cette émotion et l’entretien en soi qui est censé mettre en valeur les aptitudes des candidats, cela pourrait aussi contribuer à développer une atmosphère pesante. Certaines personnalités corrèlent avec certaines émotions à l’entretien d’embauche. Cet apport émotionnel obtenu par certaines personnalités semble caractériser d’une certaine manière les comportements habituellement visibles chez celles-ci. Par exemple, les personnes ayant un trait de personnalité honnête auraient tendance à moins parler de peur, ceci pourrait être lié au fait qu’elles savent que la vérité blesse, mais ne craignent pas la réaction de l’interlocuteur. Les corrélations entre les personnalités et les émotions démontrent donc qu’il se peut qu’il y ait un lien entre les émotions énoncées lors d’un récit et la personnalité.
Conclusions
Cette recherche démontre finalement qu’il ne semble pas y avoir de lien entre les émotions et la performance dans les entretiens de sélection sauf la tristesse qui l’influence négativement. Cependant, il est important de noter l’importance de l’impact de nos analyses objectives (normes) portées sur un sujet subjectif tel que les émotions. Il serait intéressant d’approfondir ce travail en y laissant une part au ressenti de la performance par le recruteur, tout autant que de s’intéresser aux émotions dont on fait part physiquement.
Appréciation de l’experte
Dr. Catherine Audrin
La thématique des émotions en contexte d’entretien d’embauche est particulièrement pertinente, et semble ne pas avoir beaucoup été étudiée dans la littérature. La recherche a été effectuée avec soin et les analyses permettent de répondre clairement à la question de recherche. La candidate a su s’approprier la littérature sur le sujet, et elle a également su rédiger la méthode ainsi que les résultats en suivant une écriture scientifique de qualité.
Mention:
très bien
Lycée Denis de Rougemont, Neuchâtel
Enseignant: Christophe Jaberg