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La manufacture de porcelaine à Kilchberg-Schooren, canton de Zurich (document original conservé à la Bibliothèque centrale de Zurich, Cabinet des estampes).
La Manufacture de porcelaine de Zurich
Histoire de la Manufacture
Elisabeth Lott, 2023
Dans la Cité-État de Zurich, tenue à bout de bras par la haute bourgeoisie, un groupe de politiciens, d’entrepreneurs et d’intellectuels prit un pari audacieux : ils fondèrent en 1763 une manufacture de porcelaine dans un pays qui ne pouvait compter ni sur les faveurs et les fastes des représentations d’une cour princière ni sur sa puissance financière. Inspirés par les idées des Lumières, les fondateurs nourrissaient avant tout des intentions culturelles. Ils voulaient prouver qu’il était possible de construire une œuvre artistique ambitieuse à Zurich. Mais ils poursuivaient également des intérêts économiques et philanthropiques. D’une part, les capitaux zurichois ne devaient pas s’échapper à l’étranger pour l’achat de porcelaine, et, d’autre part, les habitants des campagnes, appauvris, ainsi que les jeunes gens qui devaient être engagés par l’entreprise pourraient alors bénéficier d’une formation artistique et d’un emploi.
C’est le futur maire de Zurich, Hans Conrad Heidegger (1710-1778), qui prit l’initiative de fonder une manufacture de porcelaine sur la base de considérations économiques. En 1763, il forma, dans le but précis de fabriquer de la porcelaine, un consortium avec ses deux neveux, le célèbre poète et peintre Salomon Gessner (1730-1788) et l’éditeur Johann Heinrich Heidegger beim Kiel (1738-1823) , ainsi qu’avec les deux neveux de sa femme, le marchand de soie et banquier Hans Martin Usteri (1738-1790) et le Chancelier de la ville de Zurich, Heinrich Lavater (1731-1818). Le 10 août 1763, au nom de cette société, Heinrich Heidegger acheta « à la veuve Holzhalb » une maison et un terrain situés à Schooren, près de Kilchberg-Bendlikon, au bord du lac de Zurich, à environ 7 km au sud de la ville de Zurich. En août 1763 également, Johann Adam Spengler (1726-1790) entre au service de la nouvelle entreprise en tant que directeur et responsable technique. Il s’attaque alors avec détermination à l’aménagement de la Manufacture et, dès le printemps 1764, peut annoncer le début de la vente de faïence, un produit céramique dont Spengler connaissait parfaitement la production et la fabrication grâce à ses activités précédentes, notamment auprès des Manufactures de faïence de Berne, à environ 120 km à l’Ouest de Zurich.
Avant la fin de l’année 1764, la Manufacture réussit à fabriquer de la porcelaine et, dès 1770, elle dispose d’un large éventail de pièces de vaisselle, d’objets usuels et de figurines. Le savoir-faire en matière de fabrication de porcelaine a probablement été acquis à la Manufacture de porcelaine de Ludwigsburg (en français Louisbourg, dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg).
Une sobre théière de style classique à gauche (CFMH_Bö_0469) et une théière de forme plus ancienne (forme Calabre) à droite (CFMH_Bö_0248).
Si, d’un point de vue qualitatif, le succès fut indéniable et le niveau des manufactures de porcelaine étrangères de renom atteint, il n’en fut malheureusement pas de même d’un point de vue économique et financier. Peu de temps après le début de ses activités, l’entreprise était déjà confrontée à des problèmes de liquidités et à des revenus insuffisants. Le marché des acheteurs était limité et la concurrence étrangère importante. Des mesures telles que l’essai de masses céramiques moins chères et sans grande proportion de kaolin ou l’organisation d’une loterie de porcelaine (1773) ainsi que la commande du vaste service dit d’Einsiedeln (du nom de l’abbaye catholique bénédictine du village du même nom, dans le canton de Schwytz, à une trentaine de km seulement au sud de Schooren) par le Conseil (protestant) de Zurich en 1775 n’apportèrent aucune amélioration. Faute de moyens, la manufacture n’a pas pu investir dans de nouvelles formes pour répondre aux goûts artistiques plus modernes dans un style de retour au classicisme de la fin du 18ème siècle alors plus prisé que le style rococo.
Salomon Gessner décède en 1788, Hans Martin Usteri et Adam Spengler, le directeur de la manufacture, en 1790. La Manufacture se retrouve ainsi sans directeur. Après seulement 27 ans d’exploitation, les associés restants décidèrent d’arrêter la production et de liquider l’entreprise en raison de sa situation financière catastrophique.
La saisie des biens, due à la situation financière, et la liquidation qui s’ensuivirent, se sont alors prolongées pendant une longue période. L’acte de liquidation, contraignant, n’a pu être établi que le 31 décembre 1791. Outre la perte de 225 000 florins (ce qui correspondrait aujourd’hui à un montant de plusieurs dizaines de millions), il indiquait également la responsabilité (en allemand « Obligo ») de chaque associé. Les bâtiments et les terrains furent vendus et servirent de manufactures au cours des décennies suivantes pour de nouvelles entreprises de Kilchberg (Manufacture Neeracher, 1792-1802 ; Manufacture Nägeli, 1802-1858 ; Manufacture Staub, 1858-1906) qui se sont consacrées à la production de faïences et de faïences fines, à l’exclusion de la porcelaine.
Fonctionnement de l’entreprise et du personnel
La production de la Manufacture de porcelaine de Zurich a débuté avec environ 30 personnes. Pour l’époque, il s’agissait d’une entreprise de taille respectable. La maison d’habitation de 25 pièces, acquise en 1763, a été transformée en atelier de fabrication artisanale, mais a également servi de maison d’habitation pour le directeur jusqu’en 1766. Les principales étapes du travail se déroulaient dans des pièces distinctes, comme c’était le cas dans d’autres manufactures : la salle des boues, où les matières premières étaient nettoyées, traitées et mélangées ; la salle des tourneurs, où l’on travaillait toutes les pièces moulées ou devant être fabriquées au tour ; la salle des façonneurs et des créateurs des moules, où les moules en plâtre nécessaire à la réalisation des pièces ou des éléments individuels étaient créés et où l’on assemblait les divers morceaux d’une pièce de forme ou d’une figurine pour en réaliser un tout ; c’est ce qu’on appelait l’atelier d’assemblage des pièces moulées (en allemand « Bossiererstube »). L’atelier de triage servait au contrôle de la qualité après la cuisson de grand feu, tandis que le traitement artistique ultérieur des produits avait lieu dans l’atelier des peintres ou des décors imprimés. Au début, les fours, dont la structure correspondait probablement aux fours utilisés par Jakob Ringler à Vienne (plans des fours de Meissen) ou, pour la faïence, aux fours verticaux habituels de type Picollpasso, se trouvaient encore dans l’ancienne maison d’habitation, mais avant 1771 déjà, on aménagea un atelier de cuisson séparé.
A l’exception du moulin à glaçure à Thalwil, à 3 km au sud de Schooren, il n’existait pas de processus mécanique ; chaque opération devait être exécutée à la main. La fabrication simultanée de porcelaines et de produits à base d’argile locale (faïences notamment) rendait également difficile un fonctionnement rationnel de l’entreprise.
Assiette peinte de la propre main de Salomon Gessner avec un décor paysagé (CFMH_Bö_0498).
Bien que la Manufacture zurichoise eut la chance de disposer, dès le départ, de deux personnalités artistiques très compétentes, Salomon Gessner et Adam Spengler, il fallut néanmoins faire venir de l’étranger plusieurs collaborateurs qualifiés qui connaissaient les différentes techniques de production et maîtrisaient la peinture sur porcelaine. La plupart d’entre eux étaient originaires de Lorraine et du sud de l’Allemagne. Parmi eux, on peut citer les peintres Johannes Leopold Daffinger de Vienne, Autriche, et Johannes Bonlander de Memmingen, dans l’État fédéral allemand de Bavière, à 120 km à l’Est de Munich, ainsi que les sculpteurs et fabricants de moules riginaires d’Allemagne, Joseph Nees et Johann Valentin Sonnenschein.
À ces spécialistes venus de l’étrangers s’ajoutait une main-d’œuvre locale, la plus souvent originaire de Zollikon, dans l’actuelle banlieue sud de Zurich, quasi en face de Kilchberg/Schooren, sur la rive Est du lac de Zurich, qui se formait dans l’atelier de moulage et de peinture de la Manufacture avant de devenir des artistes reconnus dans le domaine de la sculpture sur porcelaine ou de la peinture sur céramique. Comme le souhaitaient les fondateurs de la Manufacture zurichoise, l’entreprise a donc également joué le rôle d’une école d’art. Plusieurs petits maîtres zurichois maintenant reconnus, dont Heinrich Füssli, Heinrich Thomann et Johann Heinrich Bleuler, ont reçu leur formation artistique à la Manufacture de porcelaine. Johann Jakob Willhelm Spengler, le fils d’Adam Spengler, est devenu un modeleur qui était redevable de sa formation à la Manufacture.
Matériaux utilisés
Au début, on utilisait exclusivement des argiles du pays et on produisait principalement de la faïence, car le directeur Adam Spengler connaissait très bien la fabrication de ce produit. Mais quelques mois seulement après les débuts de la Manufacture, la production de porcelaine était déjà possible. Pour des raisons de coûts notamment, la composition des masses céramiques de la Manufacture zurichoise a fait l’objet de nombreuses expérimentations. En effet, le kaolin nécessaire à la porcelaine provenait, lors des début de la Manufacture, des mines de la forêt bavaroise (Passau), puis, plus tard, des mines de kaolin de Saint-Yrieix près de Limoges, commune en Nouvelle-Aquitaine située dans le Grand Sud-Ouest de la France, ce qui était très coûteux. Et comme la porcelaine exige des températures de cuisson nettement plus élevées que celle pour cuire la faïence, les coûts du bois de chauffage nécessaire à la cuisson des céramiques ont fini par peser lourd dans la balance.
Outre la faïence et la porcelaine (dure), Kilchberg-Schooren a également produit de la faïence fine et de la porcelaine tendre (sur les débuts de la manufacture, voir : Angst 1905 ; pour les dates contradictoire de la production tardive de la porcelaine tendre, vraisemblablement après 1777 environ, voir Schnyder 2009, 13-14). En ce qui concerne les points de vue et les analyses sur les marchandises produites et leurs définitions, il faut absolument consulter les publications d’Annamaria Matter (2012, 39-48) et de Maire (2008, 29-36). D’après les analyses chimiques (Matter 2012, tab. 1-3), il semble que la faïence fine de Kilchberg-Schooren ait été une « faïence fine calcaire » riche en calcium et pauvre en fer, qui pouvait être recouverte aussi bien d’une glaçure au plomb que d’une glaçure de faïence plombo-stannifère, ce qui pose aujourd’hui des problèmes de définition (faïence ou faïence fine ?). Ce type de céramique a été intégré dans CERAMICA-CH en tant que « faïence ».
Formes et décors céramiques
Formes
En ce qui concerne les formes, la manufacture zurichoise disposait dans ce domaine d’une diversité étonnamment large, tant en ce qui concernait les figurines que dans celui de la céramique utilitaire et des autres pièces moulées destinées à l’usage quotidien. L’objectif était de pouvoir proposer à la clientèle un large éventail de formes, comme c’était le cas pour l’offre de la concurrence étrangère.
Toutefois, contrairement aux entreprises allemandes et françaises, on s’efforçait de créer des porcelaines moins « exubérantes ». La vaisselle devait correspondre au goût des familles de la bourgeoisie réformée (protestante) zurichoise ; ainsi les modèles trop somptueux et richement décorés comme ceux présents dans les cours princières européennes n’étaient pas demandés. En revanche, les formes plus simples et la beauté des surfaces lisses mettaient d’autant plus en valeur les magnifiques décors peints.
Paire de figurines représentant les personnages du Jardinier et de la Jardinière (CFMH_K_0225 et CFMH_K_0226).
Les riches figurines ne servaient pas à la décoration de l’espace de vie, au sens actuel du terme, mais uniquement à l’ornementation de la table lors de fêtes ou d’occasions particulières. La fabrication des figurines individuelles ou de groupes entiers de figurines faisait appel à d’autres artistes et artisans que pour la fabrication de la vaisselle en porcelaine. Ces aimables petites sculptures, qui représentent par exemple les métiers de l’époque ou les quatre saisons, les parties du monde (les quatre continents d’alors) ou les cinq sens, font partie, avec leur allégorie, des plus beaux témoins du monde rococo. Avec plus de 460 réalisations différentes, la manufacture zurichoise compte parmi les entreprises leaders du continent européen dans ce domaine (voir également sur les réalisations des figurines : Schnyder 2009).
Décors
Au 18ème siècle, l’offre en matière colorées était encore très limitée et comportait des défauts, comme le prouvait le vert qui se craquelait rapidement. Les couleurs étaient obtenues à partir de pigments de terre, de minéraux et de métaux. Pour la couleur bleue, on dépendait par exemple des smalts de cobalt. Comme on ne trouvait pas encore de couleurs pour les décors sur porcelaine prêtes à l’emploi sur le marché, celles-ci devaient être fabriquées par la Manufacture elle-même. A Zurich, à l’exception du décor en bleu sous glaçure, les peintres travaillaient avec des couleurs de moufle (peintures de petit feu) pour lesquelles la pièce était glaçurée et soumise à une première cuisson avant d’être peinte. Le terme « moufle » vient d’un contenant (aussi appelé capsules, cassettes, gazettes, cazettes, étui, lanterne, manchon ou cerces, selon les différentes dénominations des lieux céramiques) spécialement fabriqué en fonction des formes individuelles des objets de porcelaine à cuire, résistant au feu et à la température dans le four, qui devait protéger les céramiques peintes du contact direct avec les flammes et la fumée générées par le feu lors de la cuisson. L’une des difficultés pour le peintre sur porcelaine était la différence d’aspect des couleurs avant et après la cuisson. Pour savoir comment les couleurs se comporteraient lors de la cuisson, le peintre se servait d’assiettes d’étalonnage, ayant déjà subi la cuisson de moufle, sur lesquelles étaient peintes la gamme des couleurs.
En ce qui concerne les décors, la manufacture de porcelaine zurichoise pouvait, dans ce domaine aussi, se targuer d’un énorme éventail de motifs. Elle est surtout célèbre dans la spécialité des décors floraux et paysagers. En comparaison avec d’autres manufactures, on peut affirmer que ces décors comptent parmi les plus beaux créés dans le domaine de la peinture sur céramique.
Décor paysager : sous l’influence et la direction de Salomon Gessner, l’entreprise a accordé une grande importance à ce type de peinture. Gessner enseignait aux peintres sur porcelaine la représentation de paysages idylliques et leur transmettait d’une part l’importance de l’étude scrupuleuse de la nature et veillait d’autre part à l’indispensable soin devant être consacré à la composition classique rigoureuse. Gessner fournit à cet effet de nombreux modèles de sujets de paysages, en s’appuyant notamment sur des gravures de maîtres néerlandais.
Parmi les décors paysagers, on trouve des compositions comportant des arbres isolés, des groupes d’arbres et d’arbustes, des maisons sans altérations ou à moitié délabrées ainsi que des ruines romantiques, des châteaux, des étendues d’eaux dormantes, des paysages fluviaux ou lacustres, avec ou sans îles et des horizons lointains. Les paysages lacustres sont souvent enjolivés de différents bateaux. La plupart du temps, ces scènes sont animées par de petites représentations de personnages. Les ombres qui renforcent la perspective sont également remarquables. Dans le décor zurichois, contrairement aux produits des grandes manufactures étrangères, les paysages dominés par la vie de cour, des palais et des jardins princiers font défaut. Les artistes de Kilchberg travaillaient de manière sobre et objective, « à la zurichoise ». Mais ils ont créé des paysages inégalés, d’une finesse de rêve.
Paysage arcadien (CFMH_Bö_0439).
Le décor paysager zurichois est aujourd’hui différencié en fonction du thème central du sujet représenté :
– les sujets où le paysage constitue à lui seul le thème central de la représentation. On distingue ici les paysages « arcadiens » d’une part, dans lesquels le sujet de la représentation est principalement influencé par les reproductions graphiques alors disponibles des œuvres d’artistes étrangers ou suisses, que ce soit par la reprise d’éléments essentiels de l’estampe ou par sa copie fidèle, et les paysages « naturalistes » d’autre part, dans lesquels la composition des sujets du tableau a été créée par les artistes travaillant dans la Manufacture. Dans ce dernier cas, les œuvres graphiques d’artistes étrangers n’ont été pour les peintres que des supports à leur inspiration.
Scène de bateaux de marchandises dans un port, peinte sur un sous-plat (CFMH_Bö_0184).
– les sujets pour lesquels un autre thème central vient s’ajouter au paysage : il s’agit en général de bateaux servant au transport ou à la pêche. En association avec des tonneaux, des ballots de marchandises et d’autres biens de transport entreposés sur la rive, on obtient ainsi le décor zurichois des bateaux de marchandises dans un port (« décors aux marchands »), la voie maritime étant considérée comme une partie essentielle de l’exportation de marchandises vers le sud.
Boîte à thé avec le décor dit au « Grand personnage central » (CFMH_K_1666).
Le décor dit au « Grand personnage central » est apparenté au décor de paysage. Il se distingue du décor paysager par le fait que les représentations de personnes et d’animaux ne sont pas dans le bon rapport de taille avec le paysage environnant.
Cafetières aux décors de peintures florales, monochromes et polychromes (CFMH_Bö_0458 et CFMH_Bö_0338).
Décor floral : à l’instar de Salomon Gessner pour le décor paysager, Adam Spengler a inspiré les peintres pour les décors floraux. Il a fait profiter à l’atelier de peinture de la Manufacture zurichoise de ses expériences artistiques acquises dans les Manufactures de faïence bernoises (Frisching notamment). Ainsi, au début, on constate une grande similitude avec le décor floral bernois. Les artistes zurichois ne se sont pas seulement inspirés de la flore locale, mais aussi des décors floraux d’autres manufactures, principalement celles de Strasbourg (sous le règne des Hannong), alors en Alsace française et de Ludwigsburg (sous la direction de Joseph Jakob Ringler), dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg.
Le décor floral et la représentation de fleurs naturelles de la flore indigène ont été réalisés de manière remarquable à Zurich; les points culminants en sont les bouquets des début de la production, peints avec brio et avec une précision remarquable, dans des tons vifs, et les fleurs dites « d’Einsiedeln » à la manière de Johannes Daffinger.
Boîtes à thé avec un décor de guirlandes (de gauche à droite : CFMH_Bö_0326, CFMH_Bö_0096, CFMH_Bö_0492, CFMH_K_1524).
Outre la représentation de fleurs individuelles et de bouquets, les artistes zurichois ont également créé des guirlandes de fleurs ou des combinaisons de guirlandes, de rubans et d’autres éléments décoratifs comme les festons (dans le sens d’ornements peints en forme de guirlande). L’appellation « décor floral » regroupe donc le décor floral proprement dit et le décor de guirlandes et de rubans.
Décors de l’Asie de l’Est, qu’on appellera décors extrême-orientaux : pour décorer la toute nouvelle porcelaine européenne, Meissen a très vite adopté les motifs picturaux des divers types de décors extrême-orientaux. Les peintres de Meissen disposaient comme modèles et sources d’inspiration des porcelaines de la collection d’Auguste le Fort que le souverain avait commandé dans les centres de production de l’Asie de l’Est (Chine et Japon principalement). Le style de peinture sur les porcelaines japonaises Imari, principalement celles produites dans les fours de la ville d’Arita et essentiellement celles décorées dans le style Kakiemon, basé sur des motifs japonais, en constituait la base. Dans le domaine figuratif, les peintres européens s’appuyaient en revanche sur des estampes se rapportant à l’Extrême-Orient valorisant les chinoiseries exotiques de l’Extrême-Orient.
Alors que pour les artistes chinois et japonais, le contenu symbolique et le caractère imagé des éléments figuratifs représentés, ainsi que leurs diverses combinaisons, étaient au centre de leurs préoccupations, les artistes des manufactures européennes ne se basaient que sur des critères esthétiques et non sur leurs significations. Ils n’avaient manifestement pas conscience du contenu symbolique des motifs picturaux des céramiques chinoises et japonaises.
Motifs asiatiques (extrême-orientaux) sur deux porcelaines de Zurich (CFMH_Bö_0307, CFMH_Bö_0135).
Contrairement aux peintres de Meissen, qui pouvaient s’inspirer directement des décors peints sur les céramique d’Asie de l’Est, la Manufacture zurichoise était contrainte d’utiliser comme modèle les décors peints des manufactures de porcelaine européennes renommées, eux-mêmes basés sur peintures extrême-orientales. En témoignent les variantes des décors, copiés d’après des porcelaines de Meissen, comme « Asters et pivoines », « Pagode dans un paysage », « Rocher et oiseau » ou les « Chinois peints par Johann Ehrenfried Stadler (1701-1741) ». Dans le choix des sujets, les Zurichois se limitaient à des représentations de fleurs, de boutons de fleurs et de plantes vivaces ainsi que de rochers, de pierres ou de haies. A l’exception des motifs d’oiseaux, les sujets animaliers tels que le dragon, le lion ou le tigre sont absents à Zurich.
Assiette (CFMH_Bö_0159), cafetière (CFMH_K_0585) et théière (CFMH_Bö_0545) au décor aux oiseaux.
Décor aux oiseaux et aux fruits : à Zurich, le décor aux oiseaux comprend aussi bien les volatiles peints d’après nature que les oiseaux exotiques et les créatures imaginaires proprement dites. On distingue dans le décor aux oiseaux, le décor aux « oiseaux dans un paysage » et aux « oiseaux branchés ».
Assiette au décor « en corniche » (CFMH_Bö_0391).
En s’inspirant des manufactures étrangères, de nombreuses porcelaines pour la table présentent des décors en relief qui vont d’une simple forme avec un motif de double entailles sur l’aile, étroites ou large, jusqu’au décor « en corniche – CFMH_Bö_0391 ci-dessus» qui, avec ses fleurs et ses rubans en relief ainsi que ses rocailles, se rapproche des plus riches décors en relief des manufactures étrangères, en passant par le décor cannelé (CFMH_Bö_0458 ci-dessus), parfois avec des cannelures sur le célèbre bord en vannerie, appelé « motif en osier » (CFMH_Bö_0159 et CFMH_Bö_0498 ci-dessus). Le motif en relief le plus utilisé à Zurich pour les assiettes, les plats et les coupes en porcelaine était le décor en relief avec des stries, qu’on appellera le décor aux striures (Riefeldekor – CFMH_Bö_0439 ci-dessus). Sur quelques pièces isolées, on trouve en outre le motifs du treillis sur l’aile, et une combinaison du décor cannelé comportant une bordure au motif du treillis.
Théière avec un décor en relief dit de « Gotzkowski » combiné avec un décor peint aux motifs d’insectes (CFMH_Bö_0275).
Les services à café et à thé étaient parfois ornés d’un décor floral, appelé décor Gotzkowski (du nom de la Manufacture de porcelaine Gotzkowsky qui l’a mis au point avant 1763. Johann Ernst Gotzkowsky (1710 – 1775) fonda la future Manufacture royale de porcelaine de Berlin), que l’on trouve également sur les porcelaine de Meissen, ou d’un décor en relief de rinceaux floraux, repris de la Manufacture de porcelaine de Ludwigsburg (ou Louisbourg en français), dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg, près de Stuttgart, à 200 km au nord de Kilchberg-Schooren.
Cafetière à décor floral aux riches dorures (CFMH_Bö_0493).
La dorure est autre élément décoratif utilisé à la Manufacture de Kilchberg-Schooren, allant de simples points d’or à de riches décors dorés, tout à fait dans le style des vaisselles d’apparat de Meissen ou de Sèvres, en passant par de nombreux élément dorés, tels que de discrets contours, des bordures et de filets dentelés, par exemple.
Cache-pot avec une glaçure en faïence et décor imprimé en noir sur la glaçure (CFMH_Bö_0274).
Seulement quelques années après l’invention du décor imprimé en Angleterre, la manufacture zurichoise fut l’une des premières sur le continent à l’adopter, car il représentait un type de décor moins coûteux. Il fut surtout utilisé pour les céramiques de table, mais aussi utilitaires comme le cache-pot ci-dessus, réalisées avec une glaçure de faïence sur une terre cuite de teinte claire. Il s’agit dans tous les cas d’un décor imprimé sur la glaçure.
Services de table
La production de services de table complets constitue une exception de la Manufacture zurichoise. Si l’on souhaitait acheter un service de table complet, il fallait le composer à partir de pièces individuelles assorties provenant de l’entrepôt de la Manufacture de Schooren qui se trouvait dans la maison de la corporation zurichoise « Zur Meisen – Corporation (ou gilde) de La Mésange, fondée en 1336, dont les principaux métiers étaient ceux d’aubergiste, de peintre et de sellier » sur le Münsterhof – littéralement : cour de l’abbaye de Fraumünster (Notre-Dame), la plus grande place de l’Altstadt (vieille ville) de Zurich du quartier du Lindenhof (Cour aux Tilleuls), dans le centre historique de la ville de Zurich, à 6 km au nord de la Manufacture.
Seuls deux services de table complets ont été créés en tant que couverts d’une conception homogène : le célèbre service en porcelaine pour l’abbaye d’Einsiedeln, le seul « couvert d’État suisse du 18ème siècle», au sens d’un service de table commandé comme cadeau d’Etat au cours de ce siècle, et le service en faïence de la famille von Salis, décoré de beaux paysages lacustres.
Le service d’Einsiedeln
Le service de table appelé « service d’Einsiedeln », du nom de l’Abbaye bénédictine de la commune éponyme du canton de Schwytz, à une trentaine de km au sud de la manufacture, sur les bord du lac de Zurich, composé d’environ 235 pièces, revêt une importance particulière dans l’œuvre de la Manufacture de porcelaine zurichoise. Il a été créé en 1775 et comprend, outre un abondant service de table, un service à café et un à thé.
En 1773/74, après qu’une délégation zurichoise de six personnes eut été hébergée au couvent d’Einsiedeln pendant des mois de négociations avec le canton de Schwyz concernant les droits de pêche et de navigation sur le lac de Zurich, le Conseil de la ville de Zurich voulut se montrer reconnaissant pour cette hospitalité et passa commande de cet important service à la Manufacture. Le cadeau devait coûter entre 1000 et 1200 florins. Cette commande était la bienvenue à Kilchberg-Schooren, car à l’époque déjà, l’entreprise était confrontée à des problèmes d’écoulement de sa production. Une copie conservée de la facture originale atteste de l’ampleur de ce cadeau prestigieux, qui est arrivé au couvent durant l’été 1776 et n’a été utilisé qu’à l’occasion d’événements tout à fait particuliers.
Ce n’est que plus de cent ans plus tard, à l’occasion de l’exposition nationale suisse de 1883 qui s’est tenue à Zurich, que le public a découvert ce service, lorsque quelques-unes des pièces ont été présentées dans l’exposition. Il a suscité un grand intérêt chez les collectionneurs et amateurs de céramiques. Alors que d’importants travaux de rénovation étaient prévus dans l’abbaye, comme par exemple, la réfection du sol de l’église, le couvent décida de vendre le service, ainsi que d’autres porcelaines, pour les financer. L’acheteur, Heinrich Angst, qui deviendra plus tard le premier directeur du Musée national suisse, considérait le prix d’achat total de 10 000 CHF trop élevé. Il trouva alors en son ami Auguste Siegfried de Lausanne un partenaire ayant les mêmes idées et les deux collectionneurs se partagèrent les porcelaines. Pour les pièces de forme en exécution unique, comme par exemple le centre de table, ils ont décidé de leur répartition entre eux en jouant aux cartes, un jeu que Heinrich Angst maîtrisait manifestement bien. En effet, ces pièces uniques se trouvent aujourd’hui principalement au Musée national suisse, où la part de Heinrich Angst a été déposée en 1903 sous forme d’un legs.
La grande vitrine présentant le service de table d’Einsiedeln dans la maison Conrad Ferdinand Meyer à Kilchberg.
Après son décès, de nombreuses pièces ayant appartenues à Siegfried sont revenues près de leur lieu de fabrication, à Kilchberg, au sein de l’actuel Musée de la porcelaine de Zurich, abrité dans la Maison C. F. Meyer, par le biais des transactions du marché de l’art et du dépôt de deux collections privées en 1985.
Nouvelle présentation du service d’Einsiedeln tel qu’exposé au Musée national suisse à Zurich depuis 2020.
Outre le centre de table en trois parties, le Musée national suisse conserve aujourd’hui plus de la moitié des 72 assiettes plates originales, 16 des 24 assiettes à soupe, creuses, ainsi qu’une grande partie du service à café et de celui à thé, conçus pour douze personnes, dont huit des douze assiettes d’apparat, et de nombreuses autres porcelaine de table pour le dessert. A Kilchberg, 14 assiettes sont exposées, ainsi que toutes les assiettes à soupe restantes, de nombreux plats ronds et ovales et des coupes de différentes tailles. Il convient également de mentionner quelques pièces dont le décor correspond certes au service et que l’on peut voir sur la photographie prise avant la vente de la vaisselle par l’Abbaye, mais dont la facture de la Manufacture ne prouve pas qu’elles faisaient partie du cadeau d’origine (par ex. deux terrines ovales). Il est possible que l’Abbaye ait elle-même acheté de telles pièces pour compléter le service.
Le service en faïence « von Salis » de la Manufacture de porcelaine de Zurich
Andreas Heege, 2021
Entre 1770 et 1773 environ, la Manufacture de porcelaine zurichoise de Kilchberg-Schooren a produit l’un des rares services en faïence connus, pour lequel on a dénombré en 1773 une production de 119 pièces au total. Au cours de ses recherches sur la Manufacture de porcelaine de Zurich, Franz Bösch a traité de manière exhaustive l’histoire des différents propriétaires de ce service (Bösch 2003, 203-215)
En 1895, le Musée rhétique a réussi à acheter une partie de ce service aux héritiers d’Andreas von Salis (1782-1858) de Coire. Sur la base de documents d’archives, il a été possible de prouver que ce service provenait de la succession de Peter von Salis-Soglio (1729-1783), de Coire également. Toutefois, aucune autre information n’est disponible sur les circonstances qui ont prévalu à sa commande.
Manufacture de porcelaine de Zurich à Kilchberg-Schooren ; pièces d’un service en faïence produit aux alentours de 1770.
Aujourd’hui, 36 pièces de ce service se trouvent au Musée rhétique de Coire (CMR H1971.1002-1037) et 26 pièces au Musée national suisse (SNM HA-2134-HA-2137, HA-2150-HA-2151, HA-2176 ; HA-2153 est une saucière qui ne fait pas partie du service), 1 pièce au Musée d’Histoire et d’Arts populaires de Saint-Gall (Collection Friedrich Eugen Girtanner, 1880-1956, anciennement collection d’Heinrich Angst sous la référence du Musée national suisse SNM HA-2135, aujourd’hui à l’inventaire du Musée de Saint-Gall sous la référence HVMSG Inv. G-13098) et 5 pièces en propriété privée suisse, dont trois provenant de l’ancienne collection de Heinrich Angst, premier directeur du Musée national suisse et échangées contre d’autres objets (HA-2134.8, HA-2136.3, HA-2176.3). Les deux autres ont été acquises à partir la collection d’Elsa Bloch-Diener de Berne, ou sur le marché aux puces de Dortmund, ville allemande de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. On ne sait actuellement pas où se trouvent une ou deux pièces de l’ancienne collection de Mme De Terra de Zollikon, canton de Zurich, qui ont été vendues aux enchères en décembre 1967 par la maison de vente aux enchères Stuker à Berne (certainement le lot 713, peut-être le lot 714). Mme de Terra a reçu au moins une de ses assiettes en 1936 via le Musée national suisse (SNM HA-2135), en échange d’autres objets. On ne sait pas non plus où se trouve une grande assiette vendue en 1932 au marchand d’art allemand Mathias Göhringer (1889-1941), présent à Baden-Baden jusqu’en 1933, puis à Fribourg-en-Brisgau (SNM HA-2136). On ignore également où se trouvent les autres pièces de ce service, consignées dans les archives, qui étaient encore au sein de la famille von Salis en 1895.
Seuls deux des objets du Musée rhétique portent au verso la marque de la Manufacture « Z » (RMC H1971.1009, RMC H1971.1010). Il ne fait aucun doute que les autres faïences, non marquées, font également partie de service, notamment en raison du décor très caractéristique de lacs et de montagnes d’un bleu saisissant à l’arrière-plan. La peinture est finement réalisée et très détaillée. Les scènes animées représentent exclusivement des paysages idylliques avec des lacs et des montagnes, des motifs architecturaux imaginaires, des ruines et des personnages (la plupart en arrière-plan). Sur le dessous de la plupart de ces faïences, on trouve des traces de pernettes provenant d’une première et d’une deuxième cuisson, la glaçure à faïence blanche ayant alors été recouverte d’une différente couleur. Lors de la troisième cuisson de petit feu, on découvre encore les traces à vif, non recouvertes, des pernettes. En incluant la cuisson initiale des biscuits, de nombreux objets ont ainsi été cuits au moins quatre fois avant d’avoir leur décor complétement réalisés (exemple RMC H1971.1014). Il est à noter que la dernière des couleurs qui est passée à la cuisson est celle utilisée pour les rochers et certaines parties des troncs d’arbre, c’est-à-dire une couleur rouge-brun. Elle n’a généralement pas fondu correctement et reste terne au lieu de présenter une brillance en surface. Une partie des assiettes et des plats est cassée et réparée à l’aide d’agrafes métalliques. Le service a donc été réellement apprécié et utilisé intensivement dans la vie de tous les jours.
Les pièces de ce service en faïence de la Manufacture de porcelaine de de Zurich à Kilchberg-Schooren conservées au Musée rhétique de Coire sont les suivantes :
1 soupière avec un fretel en forme de grenade sans boules à cliquetis (RMC H1971.1002 ; voir SNM HA-2150).
1 saucière (RMC H1971.1003).
2 plats ovales, avec bords festonnés (RMC H1971.1004, H1971.1005, voir SNM HA-2151 ).
3 plats, de diamètres différents, avec quatre décrochages sur le bord de l’aile (RMC H1971.1006, H1971.1009, H1971.1010).
2 plats aux marlis festonnés et au bord horizontal, avec un profil ondulé vers l’extérieur (RMC H1971.1007, H1971.1008).
1 plat calotte rond avec un bord polylobé (RMC H1971.1011).
19 (RMC H1971.1012- H1971.1031).
7 assiettes calottes (RMC H1971.1032-H1971.1037 ; voir SNM HA-2134).
Le Musée national suisse de Zurich compte 26 autres objets :
1 soupière avec un fretel en forme de grenade sans boules à cliquetis (SNM HA-2150).
2 plats ovales, avec bords festonnés (SNM HA-2151.1-2).
1 assiette dont l’aile est ajourée de quatre découpes (SNM HA-2137).
15 assiettes à bord faiblement festonné (SNM HA-2135.1-10, HA-2136.1-3, HA-2176.1-2).
7 assiettes calottes (SNM HA-2134.1-7).
Les possessions de Heinrich Angst étaient à l’origine un peu plus conséquentes. Aujourd’hui, il nous reste encore des preuves que six céramiques ont quitté la collection à la suite d’échanges avec d’autres objets, de sorte qu’à l’origine, au moins 32 objets étaient entre les mains de Heinrich Angst et plus tard du Musée national suisse.
Traduction Pierre-Yves Tribolet
Collections importantes :
Musée national suisse de Zurich (Collection Heinrich Angst)
Maison Konrad Ferdinand Meyer, Kilchberg, canton de Zurich (Collection Franz Bösch)
Bibliographie:
Angst 1905
Heinrich Angst, Zürcher Porzellan, in: Die Schweiz 9, 1905, 9-18.
Bösch 2003
Franz Bösch, Zürcher Porzellanmanufaktur 1763-1790, Porzellan und Fayence, Bd. 1 und 2, Zürich 2003.
Bösch 2008
Das Einsiedler-Service aus der Zürcher Porzellanmanufaktur, Zürich 2008.
Ducret 1958
Siegfried Ducret, Die Zürcher Porzellanmanufaktur und ihre Erzeugnisse. Bd. 1 Geschirre, Zürich 1958.
Mähr 2009
Monika Mähr, service! reiche speisen. Esskultur und Schweizer Porzellan im 18. Jahrhundert, St. Gallen 2009.
Maire 2008
Christian Maire, Histoire de la faïence fine francaise 1743-1843, Le Mans 2008.
Matter 2012
Annamaria Matter, Die archäologische Untersuchung in der ehemaligen Porzellanmanufaktur Kilchberg-Schooren. Keramikproduktion am linken Zürichseeufer 1763-1906 (Monographien der Kantonsarchäologie Zürich 43), Zürich 2012.
Schnyder 1997
Rudolf Schnyder, Das Einsiedler Service von 1775/76 aus der Zürcher Porzellanmanufaktur, in: Kunst + Architektur in der Schweiz, 48. Jahrgang, 1997, Heft 3, 60-63.
Schnyder 2001
Rudolf Schnyder, Der festlich gedeckte Tisch im Kloster. Zürcher Porzellan aus dem Einsiedler Service von 1775/76 im Ortsmuseum Kilchberg, Kilchberg 2001.
Schnyder 2009
Rudolf Schnyder, Zürcher Porzellan : die Figuren der Sammlung Dr. E. S. Kern im Agentenhaus Horgen. Keramik-Freunde der Schweiz, Mitteilungsblatt 122, 2009.