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Nous existons. L’homme, niveau aujourd’hui culminant de l’évolution de la Vie intelligente et communicante, existe. Les conditions qui ont permis cet aboutissement, très récent au regard de l’âge de l’Univers*, sont une suite d’évènements improbables dans une environnement en évolution continue et constante.
*par rapport à une « journée cosmique » égale à l’âge de la Terre, l’homme, homo sapiens sapiens, n’est apparu que 4 à 6 secondes avant minuit.
Le caractère fortuit et aléatoire de ces évènements, leur nombre, le réglage « ultra-fin » de l’environnement dans lequel ils sont intervenus, et de son évolution, sont extrêmement impressionnants.
L’improbabilité de la répétition des événements et de leurs conséquences (comme celui de l’apparition de l’homme) est extrêmement élevée, compte tenu en particulier de ce que les modifications induites dans l’environnement sont irréversibles. En effet, l’histoire « ne repasse pas les plats » ; le contexte change, les dates comptent. Les événements eux-mêmes modifient le monde dans lequel ils se produisent et nous allons vers toujours plus d’entropie.
La conséquence de la singularité de toute ligne d’histoire est que nous sommes très probablement seuls dans l’Univers.
Doit-on en déduire que cette suite d’événements conduisant à cet aboutissement a été voulue pour l’obtenir, ou bien que l’on soit arrivé au résultat parce que les conditions initiales étaient simplement telles qu’il ne pouvait pas en être autrement, ou encore que l’on soit parvenu au résultat parce que le pur hasard y a conduit, sur Terre, parmi une infinité de possibilités.
Les deux premières hypothèses sont ce qu’on appelle le principe anthropique ; la première, « le fort », la seconde, « le faible ». La dernière est le refus d’une prédestination à la création de l’Univers.
Pour être un peu plus précis et nuancé, je reprends la définition du physicien-cosmologue Brandon Carter (citée par Wikipedia), du principe anthropique et de la différence entre ses deux variantes. Selon lui, le principe serait « un ensemble de considérations relatives au fait que l’Univers tel que nous l’observons possède certaines propriétés inéluctables liées au fait que nous y vivons, la présence de structures biologiques évoluées n’étant pas a priori une caractéristique présente dans tous les univers possibles…Le principe anthropique est vu selon le cas comme une simple nécessité factuelle au fait que des individus intelligents y apparaissent, ou comme une sorte de finalité à son existence. »
Nous avons le choix de l’une de ces hypothèses. Ceux qui ont la foi en un Dieu forcément créateur, opteront de fait pour le principe fort, ceux qui croient que le futur est inscrit dans le passé, pour le principe faible. Les autres, qui pensent que, dans un cadre contraint, l’évolution est ouverte sur plusieurs variantes possibles (le « hasard » avec une dose restreinte de « nécessité »), opteront pour la troisième hypothèse.
Comment trancher ?
Examinons le principe fort.
En premier lieu, nous ne pouvons avoir aucune preuve de l’exercice d’une « Volonté » à l’Origine de l’Univers puisque nous ne savons pas ce qui a déclenché le Big-Bang. En second lieu, nous ne pouvons avoir aucune preuve que les évènements spécifiques à notre Terre qui sont intervenus après son accrétion aient été voulus par un Être suprême.
Certains considèrent que le caractère fortuit des événements, les réglages fins, la complexité même de l’Histoire et, in fine, notre propre existence, sont la preuve de cette Volonté. Libres à eux mais ce n’est qu’une opinion. Aucun argument scientifique ne peut étayer leur prise de position. Aucun point de vue rationnel ne peut non plus étayer la prise de position opposée.
J’écris cela parce qu’un livre récent, très bien documenté et facile à lire (mais un peu gros quand même (540 pages), « Dieu, la Science, les Preuves » prétend juste le contraire.
Les auteurs commencent par lister les arguments des « matérialistes » refusant les preuves de l’existence de Dieu pour mettre en évidence (pensent-ils) leurs faiblesses. Je retiendrai celui concernant « mon » sujet : « les lois déterministes ne sont issues que du hasard et par conséquent il est extrêmement improbable qu’elles soient favorables à la vie ». Ils répondent que si l’Univers et son développement résultent du hasard, le réglage fin de l’Univers et le principe anthropique sont impossibles. Cette réponse me semble un peu rapide et un peu facile. Je répondrais que l’improbabilité de quelque chose n’est pas une preuve de son impossibilité. Je ne nie pas l’improbabilité mais je constate une réalité qui, puisqu’elle est, n’est pas une impossibilité.
L’improbabilité, comme je l’ai souvent évoqué dans ce blog et en particulier dans mon article du 24 avril 2020 cité ci-dessous, est à deux tiroirs. Le premier est proprement cosmologique, c’est celui de l’existence de la Terre avec ses caractéristiques planétologiques. Le second est biologique, c’est, sur la Terre, l’évolution de la matière jusqu’à l’homme.
Ouvrons le premier tiroir.
Concernant les constantes, il faut voir que leurs valeurs extrêmement précises donnent sa cohérence à l’ensemble. Il fallait, par exemple, dès le début que la force de gravité ait une certaine valeur, pour que la force d’expansion puis d’accélération n’empêche la formation des galaxies puis des étoiles, et réciproquement pour que la force de gravité n’empêche l’expansion.
Concernant les évènements, on peut considérer que leur occurrence résulte du pur hasard, dans un milieu évidemment très précisément contraint par les constantes cosmologiques, l’histoire cosmique avant la formation de notre galaxie, puis avant l’allumage de notre Soleil, puis, une fois la fusion démarrée au sein de notre étoile, par les masses en présence, par leur composition chimique, selon la distance à l’étoile (avec volatils ou sans volatils), par l’accrétion différenciée des planètes, par leurs mouvements et leurs forces d’attraction les unes par rapport aux autres.
Ouvrons le second tiroir.
L’apparition de la Terre rendait l’homme possible mais l’évolution de la Terre ne rendait pas l’apparition de l’homme inéluctable. Nous avons en effet connu depuis la formation de la Terre, une succession d’évènements improbables qui, si l’un d’entre eux, n’avait pas eu lieu, auraient rendu impossible l’aboutissement de l’évolution biologique à l’homme (à commencer par le fameux astéroïde de Chicxculub qui a mis fin au règne des dinosaures).
Je refuse donc le principe anthropique fort à moins que l’on puisse me montrer le doigt de Dieu et je refuse aussi le principe anthropique faible, à moins que l’on découvre sur une autre planète des êtres intelligents et communicants ou les traces qu’ils ont laissées. Recherchons ces preuves, sans nous lasser, sur Mars, et ailleurs quand nous le pourrons.
Aujourd’hui, la seule chose que l’on puisse dire c’est que le monde est, et que nous en faisons partie. Au-delà de la découverte d’une autre vie intelligente et communicante, la seule interrogation valable est sur la Cause Ultime puisque nous n’en savons rien sinon qu’elle a eu un effet. Ceux qui veulent croire en Dieu, sont bien entendu libres de le faire sans attendre mais ce n’est pas une démarche scientifique qui peut les y conduire ; c’est une question de foi, un pari comme celui que proposait Pascal.
Lire : Peut-on adhérer au Principe anthropique fort autrement qu’animé par la foi ? article de mon blog du 25/04/2020. https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/2020/04/25/la-croyance-dans-le-principe-anthropique-fort-doit-elle-recueillir-notre-adhesion/
Brandon Carter, article Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Brandon_Carter
Illustration de titre : Michel-Ange, La création d’Adam (détail), Chapelle Sixtine, Vatican.