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Je vais commencer par un épisode tiré d'un conte que j'aime beaucoup. Vous connaissez tous « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry...
Que l'auteur soit pilote militaire n'a aucune importance... Il n'y pas de message caché...
Ce soir, je ne parle pas d'avions de combat!
« Le Petit Prince » commence par un malentendu. L'enfant montre son dessin aux « grandes personnes » et demande : « Mon dessin vous fait-il peur ? ».
Et les adultes lui répondent : « Pourquoi un chapeau ferait-il peur ? ». Mais l'enfant avait dessiné un énorme serpent, qui avait avalé un éléphant. Les contours ressemblent à un chapeau.
Une personne dessine un serpent et un éléphant. D'autres voient seulement un chapeau.
Et ça arrive tous les jours. On ne parle pas des mêmes choses. On ne se comprend pas.
C'est peut-être un problème de langues. Peut-être des différences culturelles. Ou alors, des différences d'opinion.
Comprendre est un défi
Comprendre est toujours un défi à relever. Pour chacun d'entre nous.
A Helvetia Latina, vous vous engagez pour la pluralité culturelle et linguistique dans l'administration fédérale.
Quant à vous, membres de l'Alliance Française de Berne, votre but est d'encourager la compréhension de la langue française et de sa culture dans la région bernoise.
Vous construisez des ponts pour mieux se comprendre. Aussi bien dans notre pays, qu'entre les différents pays.
Je souhaite saisir l'occasion de vous remercier pour ce travail important!
En Suisse, s'entendre, se comprendre, est pour nous un défi permanent.
Notre pays englobe une incroyable diversité. C'est pour ça qu'il tellement important de se comprendre. Et seule cette comprendre rend la diversité de notre pays possible.
La Suisse a appris et cultivé l'entente et la compréhension au fil des siècles. Elle existe seulement parce qu'elle a trouvé des solutions. Des solutions pour la compréhension linguistique, culturelle et politique.
Il ne va pas de soi que différents groupes linguistiques cohabitent pacifiquement. Même en Europe occidentale.
Car ici aussi, il y a des conflits: pensons à la Belgique, au Pays basque, à la Corse, au Tyrol du Sud. Cet été, à Barcelone, des centaines de milliers de personnes ont manifesté pour une Catalogne autonome. Et en 2014, les Ecossais veulent voter au sujet de leur indépendance.
Trouver un chemin commun ne va pas de soi. Il faut y travailler. Nous pouvons être fiers d'y parvenir en Suisse. Sans toutefois nous reposer sur nos lauriers.
Se comprendre est un devoir permanent, un travail permanent.
C'est valable même quand nous ne sommes pas toujours du même avis.
Rhétoromanches, Tessinois, Romands et Suisses allemands ont différentes mentalités. On parle parfois de Röstigraben.
Pour ma part, je trouve très rassurant que les rösti soient aussi bons avec une Sankt Galler Bratwurst, un Züri-Geschnetzeltes ou un saucisson vaudois.
D'ailleurs : si vous tapez « rösti » dans Google, vous trouverez des recettes venant de toute la Suisse. Aussi de Suisse romande et du Tessin.
Le fossé n'est donc sûrement pas si profond que ça !
Une performance des institutions politiques suisses
Mais les sentiments et les plaisirs gustatifs ne suffisent pas pour maintenir la cohésion en Suisse.
Nous avons des valeurs communes. Des valeurs plus profondes encore que nos très belles différences régionales.
Peu importe nos préférences culinaires quand la liberté est en jeu.
Notre système politique repose sur la compréhension. Le fédéralisme, la démocratie directe, le système de milice:
Voilà la recette pour se comprendre. Et cette recette a fait le succès de la Suisse. Mais laissez-moi développer ce point.
Le fédéralisme:
Le fédéralisme sert la compréhension entre les langues et les cultures. Il garantit que les décisions soient proches des citoyens. Ainsi, on tient compte des nombreuses particularités régionales, aussi en politique.
C'est très important dans un pays comme le nôtre, car le fédéralisme empêche qu'une majorité domine.
Soyons vigilants: de plus en plus de compétences échappent aux cantons au profit de la Confédération.
C'est dangereux, car les régions perdent ainsi de leur influence.
La centralisation ne favorise pas la compréhension. Elle met au pas. La Suisse latine, en particulier, devrait résister à cette évolution!
La démocratie directe :
La démocratie directe sert la compréhension entre le peuple et son gouvernement.
Si la classe politique conduit de façon déraisonnable, le peuple peut donner un coup de frein par le référendum.
Si le politique ignore un problème, le peuple peut lui-même aborder la question en lançant une initiative.
Il est donc important d'appliquer les décisions du souverain. Si on ne le fait pas, on ne se comprend plus. Et c'est dangereux pour notre pays.
Le système de milice :
Le système de milice sert la compréhension entre les citoyens et l'Etat.
Notre Etat ne nous est pas étranger, car ce n'est pas seulement une administration puissante qui nous donne des ordres.
Même si l'administration est parfois trop puissante, comme on peut souvent le constater en tant que conseiller fédéral...
L'Etat, c'est nous, ensemble. Avec le système de milice, nous assumons des fonctions de l'Etat. Au sein de commissions scolaires ou des conseils de paroisses.
En politique : dans les communes, les cantons, au niveau fédéral. Et à l'armée.
L'armée joue un rôle important pour la cohésion nationale. L'armée regroupe des personnes très différentes avec une mission commune. Cette dernière ne peut être remplie qu'ensemble. On est obligé de collaborer.
Cette collaboration constitue une expérience commune, qui réunit toutes les régions.
Ça aussi, cela renforce la compréhension dans notre pays.
La neutralité et les bons offices:
Nous apportons le même soin à notre politique extérieure qu'à notre politique intérieure.
Là aussi, nous avons nos principes. Il s'agit de la neutralité et des bons offices.
Depuis la bataille de Marignan en 1515, nous ne prenons pas part dans des conflits étrangers.
Et depuis la bataille de Solferino en 1859 et la fondation de la Croix Rouge par Henry Dunant, la Suisse contribue à soulager les souffrances lors de crises partout dans le monde.
Les régions en crise n'ont pas, en plus, besoin de soldats suisses. Il leur faut des médiateurs qui puissent encourager la compréhension.
C'est ce que fait la Suisse. C'est ce que nous savons faire. Nous avons là une longue expérience, gagnée au fil de notre histoire.
Nous sommes un petit pays. Nous savons que jouer dans la cour des grands ne nous apporte rien de bon.
C'est pourquoi, à l'échelon international aussi, nous tablons sur la compréhension et non pas sur la puissance ou la force.
Nous sommes le pays des conférences de la paix. Et Genève est la ville des organisations internationales.
Nous nous engageons pour la compréhension dans le monde. Et l'on pourrait même dire que la Suisse joue un rôle de traductrice, là où cette compréhension ne va pas de soi. Pour permettre de se parler à nouveau.
On nous a déjà reproché de nous isoler. C'est faux. Nous ne nous isolons pas. Nous restons neutres.
Car nous savons que, tôt ou tard, on aura besoin de quelqu'un pour rétablir le dialogue et faciliter la compréhension entre les parties au conflit.
Pour conclure
Tant que nous nous efforçons de nous comprendre, je suis optimiste pour l'avenir de la Suisse.
La compréhension implique aussi de prendre soin de nos principes:
Du fédéralisme. De la démocratie directe. Du système de milice. Et de la neutralité.
Ce sont des instruments qui ont fait leurs preuves. Qui nous permettent de nous comprendre.
Ainsi, nous trouverons toujours une solution commune en Suisse. C'est parfois tout simple.
Il suffit d'un peu d'imagination et, déjà, on se comprend.
Permettez-moi de revenir au « Petit Prince »...
Le Petit Prince demande au narrateur : « S'il vous plaît, dessine-moi un mouton ». Mais aucun dessin ne le satisfait. Finalement, le narrateur dessine une caisse et dit au Petit Prince : « Le mouton que tu veux est dedans ».
Le visage du Petit Prince s'illumine : il est content.