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03/04/2013
L'égalité des chances, un mythe libéral méritocratique
Je profite d'être en vacances pour prendre quelques minutes pour publier cette petite réflexion, histoire de remettre le concept de l'égalité des chances à sa juste place. J'aimerais en outre pouvoir publier davantage, mais mes études ne me le permettent malheureusement pas...
Toutefois, nous avons réuni une jolie équipe de débattants en philosophie politique sur ce groupe facebook : http://www.facebook.com/groups/132460310252049/
Je vous encourage à nous y rejoindre, si ce type de questions vous intéressent.
C'est en commençant par se réapproprier les idées politiques que les citoyens pourrons ensuite se réapproprier les institutions politiques.
L'égalité des chances est aujourd'hui un concept revendiqué par nombre de gauchistes, aussi bien que par nombre de droitistes.
Mais d'où sort-il donc ?
L'égalité des chances est un concept imaginé par les idéologues libéraux pour répondre à la critique portant sur les écarts de revenus et de fortunes très élevés que l'on observe dans tout pays capitaliste (par exemple en Suisse, la moyenne des écarts salariaux est de 1 pour 93 en 2011).
Les libéraux ont justifié ces écarts par le concept du mérite. Selon eux, les plus riches sont plus méritants, donc leur revenu ou leur fortune plus élevé que le reste de la population se justifie. Quand ils parlent de patrons, les libéraux vont par exemple dire que les patrons sont méritants parce qu'ils prennent des responsabilités et des risques, parce qu'ils engagent des travailleurs, etc.
Mais pour pouvoir renforcer cette conception du monde, il faut réaliser une véritable méritocratie, ce qui implique l'égalité des chances. L'idée étant que si tout le monde part avec les mêmes chances, les plus pauvres n'auront ensuite qu'à s'en prendre à eux-mêmes, et les plus riches pourront s'auto-complaire encore davantage dans leur richesse sans problème de culpabilité (même plus besoin de charité ou d'humanitaire pour se donner bonne conscience).
Seul problème dans cette jolie construction, l'égalité des chances est un concept qui semble à première vue inatteignable.
En effet, en se fondant sur les catégorisations de Bourdieu, on peut constater que si l'est certes possible d'éliminer l'héritage de capitaux économiques (fortunes, capitaux mobiliers et immobiliers), ce que peu de libéraux prônent, il semble beaucoup plus difficile de supprimer l'héritage (la transmission) de capitaux culturels (éducation, formation, instruction, connaissances, etc.), de capitaux sociaux (réseaux, contacts, parrains, etc.), ou de capitaux symboliques (renommée, prestige, etc.).
Et si on en restait là, on pourrait se contenter d'affirmer que le concept d'égalité des chances est bidon, car inatteignable.
Mais en réalité, et là je remercie Antoine Conforti II de m'avoir éclairé là-dessus, l'égalité des chances est atteignable.
En effet, si on retire les enfants de leurs parents dès leur naissance, et qu'on les fait élever de manière strictement égalitaire dans des centres d’État, alors on atteint une réelle égalité des chances.
Par conséquent, l'égalité des chances n'est pas une valeur inatteignable, mais c'est une valeur qui mène à une forme de totalitarisme.
Enfin, je dois quand même mentionner que certains libéraux ont répondu à la critique de l'égalité des chances par... le marché.
Selon eux, il n'y a pas de mérite, mais uniquement le marché. Ainsi, si certains gagnent 1000 fois davantage de que d'autres, ce n'est pas qu'ils l'ont mérité, mais c'est que le marché (les lois de l'offre et de la demande) fait que les prestations qu'ils offrent sont rares et demandées au point de justifier, de par cette rareté et cette forte demande par rapport à l'offre sur le marché du travail de leur secteur, des rémunérations 1000 fois plus élevées.
Bien entendu, nous avons encore une fois à faire à une classique mystification libérale. Car même si demande et rareté implique pareils écarts de rémunération, cela n'est pas une justification valable, mais uniquement la démonstration des absurdités que produit le marché capitaliste. En effet, la valeur du travail d'un individu ne vaudra jamais 1000 fois davantage que celle d'un autre (personnellement des écarts salariaux de 1 pour 5 me semblent acceptables).
Ceci étant dit, j'invite donc à présent mes camarades et amis de gauche, et particulièrement celles et ceux se réclamant du socialisme, d'abandonner sans crainte le concept d'égalité des chances.
Quel besoin avons-nous de nous appuyer sur une valeur qui n'a été conçue que pour justifier des inégalités auxquelles nous comptons mettre fin ?
Si nous réclamons la gratuité de l'instruction publique ce n'est pas au nom de l'égalité des chances, mais pour construire une société autonome où chacun des individus qui la compose est libre de penser par lui-même et de se réaliser.
« L'objectif de la politique de la politique n'est pas le bonheur, c'est la liberté. »
Cornelius Castoriadis