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En l'état actuel des choses - ces choses étant un temps précieux perdu en palabres, des déficits inextinguibles par les circonstances présentes, et les taux d'enfer que dicte le marché - la Grèce n'est plus malgré les sacrifices qu'elle impose à sa population en mesure de contenir une dette qui frôle à présent les 180% de son produit intérieur brut. Pour rappel, cette dette se chiffrait à 120% du PIB au moment où la crise a éclaté (fin 2009), pour passer à 140% au début de l'an dernier.
La seule façon désormais d'atteindre l'objectif défini par le FMI, chef d'orchestre de l'aide internationale, qui est de ramener le déficit public du pays à 120% de son PIB d'ici 2020, consiste à forcer les porteurs privés d'obligations grecques à accepter une décote de leurs créances d'au moins 60-70%, par conversion de celles-ci en nouvelles obligations à 25 ou 30 ans d'échéance, munies d'un coupon moyen de 3 à 4%, variable selon leur maturité. En échange de ce sacrifice privé, les créanciers publics de la Grèce (FMI, BCE, UE) accepteraient de débloquer leur seconde tranche d'aide, de 130 milliards d'euros à bas taux d'intérêt, décidée en juillet dernier.
Si les créanciers privés - banques et hedge funds essentiellement - refusent, la construction explose, la Grèce fait faillite et les credit default swaps s'enclenchent qui propagent le défaut grec à l'ensemble du système financier. C'est la répétition, en pire, de la chute de Lehman Brothers.
On voit donc que tout se joue, dans cette terrible partie de poker menteur, autour de l'aptitude des créanciers privés et surtout de leur noyau dur à peser correctement le pour et le contre. Pour, ils acceptent et assument une correction de valeur qui réduit certes leurs bilans et leurs marges bénéficiaires, mais admettent que celles-ci et ceux-là avaient été exagérément gonflés dans la période précédente. Contre, ils jouent leur va-tout en tablant sur leur capacité à faire pencher en leur faveur le principe du «too big to fail», selon lequel l'Etat volera quoi qu'il advienne à leur secours en cas de malheur.
Les spécialistes de ce jeu dangereux, ce sont les hedge funds qui ont racheté à des prix discount de la dette grecque sur le marché secondaire, dans l'idée de la revendre à meilleur compte, voire d'en obtenir le remboursement à la valeur nominale. Ces calculateurs implacables, prêts à tout (y compris à poursuivre la Grèce devant la Cour européenne des droits de l'homme pour atteinte au droit de la propriété...), ont pour eux leur parfaite connaissance des arcanes de la procédure et des algorithmes comptables. Mais il leur manque cette once d'éthique à défaut de laquelle ils finiront un beau jour par être abandonnés à leur sort par le reste de la communauté financière.