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Luc Peter, vous avez produit la série «Bulle». Comment êtes-vous arrivé à ce projet?
Anne Deluz m'a présenté le projet «Bulle» au printemps 2013. Avec Intermezzo Films (voir infobox), je ne voulais pas faire de séries, mais le projet était vraiment bon et le courant a tout de suite passé avec Anne. Je me suis simplement laissé embarquer dans cette aventure. J'ai demandé à Anne de collaborer à Intermezzo Films parce je cherchais une partenaire qui, comme moi, pouvait assumer deux casquettes: producteur.rice et réalisateur.rice.
A l'automne 2013, vous avez envoyé le projet «Bulle» à la RTS. Il a fallu sept ans pour que la série soit portée à l'écran. Est-ce habituel?
Le projet a pris du retard quand, en février 2014, Anne est tombée malade et a dû suivre des traitements. A quoi s'est ajouté le vote sur l'initiative No Billag: la RTS, coproductrice de «Bulle», n'a pu nous donner son ok qu'une fois l'issue du scrutin connue. Les travaux de tournage et de montage proprement dits se sont ensuite déroulés comme prévu et sans interruption.
L'une des tâches-clés du producteur est le financement de projets de films et de séries. Comment «Bulle» a-t-elle été financée?
Comme je l'ai dit, «Bulle» était notre première série. Je voulais garder un maximum de liberté pour moi et pour la réalisatrice. Nous avons donc décidé de chercher un soutien financier en Suisse uniquement. Et cela a fonctionné, parce que notre budget était plutôt modeste. Les moyens de production pour «Bulle» proviennent en premier lieu de la RTS, de la SSR, de Cinéforom et du Fonds de production télévisuelle.
«Bulle» est une coproduction RTS/Intermezzo Films. Comment décrire cette collaboration?
En 2013, nous avons présenté le projet à la RTS. Elle l'a retenu et en a soutenu le développement. Comme «Bulle» était notre première série, l'accompagnement par la RTS, et plus précisément par Françoise Mayor et Izabela Rieben, a été crucial. Nous avons énormément profité de leur savoir-faire. Sous l’œil avisé du producteur, le travail d'écriture des quatre auteurs s'est fait très librement. La RTS n'a reçu que des versions de scénario passablement abouties – une distance permettant de voir l'histoire d'un œil nouveau. Les retours de la RTS ont été décisifs pour que le scénario soit vraiment bon. Pour le casting, pour la constitution des équipes artistiques et techniques et pour le montage, la RTS a laissé Anne libre de ses choix. Une confiance très appréciée tenant probablement au fait qu'Anne avait déjà réalisé de nombreuses séries et films pour la RTS.
Anne Deluz est décédée d'un cancer en novembre 2019, avant que ne démarre la diffusion de la série. Dans «Bulle», il est aussi question d'une femme atteinte d'un cancer. La réalisatrice a-t-elle sciemment choisi une thématique autobiographique?
Non. Car Anne m'a proposé ce projet presque un an avant son diagnostic. Le fait qu'elle soit elle-même confrontée à la maladie a conféré d'autant plus d'authenticité à la série, mais on n'a jamais voulu l'axer sur cela. Le cancer de l'héroïne, Alice, est le point de départ de l'histoire et donne le tempo dramaturgique, mais il n'est pas le thème principal de «Bulle».
Le premier épisode de «Bulle» a été diffusé le 12 mars dernier sur la RTS. Début avril, SRF et la RSI prendront le relais. Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans cette série?
C'est une série très humaine, pleine d'émotions et jouée par des acteur.trices formidables. L'idée de suivre la famille faisant face à la maladie d'Alice en abordant à chaque épisode la vie d'un autre personnage fonctionne particulièrement bien. On découvre tout un monde de pensées, le quotidien et la vie spirituelle des six protagonistes – et il en ressort une diversité et une intensité qui font que cette série est véritablement unique.
Quel est le plus grand défi auquel vous devez faire face dans votre quotidien de producteur?
Veiller à ce que les auteur.es et les réalisateur.trices gardent leur motivation et leur créativité durant les longues phases de développement et de recherche de financement. Travailler toute une année sur un projet de film sans être sûr que le film sera tourné, c'est une véritable gageure.
Les différentes sociétés suisses de production travaillent-elles aussi ensemble? Ou, au contraire, se livrent-elles à une concurrence féroce?
Depuis quelques années, la collaboration entre les sociétés suisses de production est très constructive. Les associations professionnelles comme Aropa et Fonction Cinéma, en Suisse romande, y ont énormément contribué. Nous pouvons désormais soumettre nos doutes et nos questions, et nous cherchons ensemble des solutions. Dans les discussions, les producteur.trices font preuve d'une grande solidarité, même s'il.elles se font durement concurrence devant les commissions de sélection qui décident des projets à soutenir.
Intermezzo Films
Des documentaires aux fictions en passant les animations, la société de production genevoise Intermezzo Films s'est spécialisée dans les films de cinéma. Chaque année, elle produit une dizaine d'œuvres – des projets qui avancent souvent en parallèle. Intermezzo Films emploie quatre personnes en contrat fixe, avec un taux d'occupation variant entre 20 et 80 %: une responsable de production, une assistante de production, une coordinatrice de production et une comptable. Depuis ses débuts, Intermezzo Films est un collectif de réalisatrices et de réalisateurs qui s'engagent pour des projets de film d'auteur à potentiel artistique.
La série «Bulle» en bref
Bulle, petite ville suisse dont le cœur bat au rythme de l'évolution industrielle, au pied des Préalpes fribourgeoises. C'est dans ce paysage de carte postale que vit la famille Aubert. Son quotidien se trouve brutalement chamboulé lorsqu'Alice, 35 ans, découvre qu'elle a un cancer. La maladie d'Alice bouleverse les certitudes, inverse les rôles et force chacun à remettre en question ses relations…
Diffusion (six épisodes):
- SRF 1 (Kleine Lügen): à partir du 1er avril, le mercredi à 23h00
- RTS Un (Bulle): depuis le 12 mars, le jeudi à 21h15
- RSI LA 1 (Bulle): à partir du 5 avril, le dimanche à 21h55