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Jean-Christophe Maillot répond à quelques questions au sujet de ses créations et du Monaco Dance Forum.
par Emmanuèle RUEGGER
Né en 1960 à Tours, Jean-Christophe Maillot commence très tôt l’apprentissage de la danse au Conservatoire de sa ville natale. Il s’ensuit une formation à Cannes au Centre de Danse International Rosella Hightower, couronnée par le Prix de Lausanne en 1977.
Pendant les cinq années qui suivirent, il fut soliste du Ballet de Hambourg, dirigé par John Neumeier, jusqu’à ce qu’un accident mette fin à sa carrière de danseur. Il retourne alors à Tours où il est actif en tant que chorégraphe. En 1993, il est nommé directeur-chorégraphe des Ballets de Monte-Carlo, pour lesquels il crée de nombreuses œuvres dont Dov’è la luna (1994), Vers un pays sage (1995) et Roméo et Juliette (1996), etc. Chaque année connaît son lot de créations.
La « Belle » de Jean-Christophe Maillot date de 2001. En 2000, il fonde le festival Monaco Dance Forum. Dédié aux Ballets Russes cette saison, le festival a pris des proportions très grandes, avec de nombreuses compagnies invitées.
Malgré le stress du Forum et de la création de Shéhérazade, Jean-Christophe a pris le temps de répondre à nos questions.
- Jean-Christophe Maillot.
- Photo Hans Gerritsen
Quels ont été, ou sont encore, les plus grands défis de ce Monaco Dance Forum consacré aux Ballets Russes ?
Montrer que l’héritage légué par Diaghilev est toujours bien vivant dans le monde de l’art et démontrer que le modèle imposé par lui au début du siècle est aujourd’hui en grande mutation. Enfin que seuls des « voyants » sont capables de nous dire ce vers quoi nous allons !
Pourquoi, parmi tous les ballets, avoir choisi Shéhérazade pour une re-création ?
Shéhérazade est une œuvre dont l’esthétique a réjoui le monde entier mais dont la sensualité fut, à l’époque, limitée en partie à cause de l’importance des costumes de Bakst. La musique de ce ballet est une divine orgie de sentiments mais la dimension divertissante de l’œuvre, chère à Diaghilev, ne lui paraissait pas être en contradiction par rapport à la dimension de création.
Quelle a été la motivation principale de Dov’è la luna ?
La motivation à l’origine de cette pièce est extrêmement intime et personnelle mais c’est avant toute chose une œuvre que j’ai voulu créer pour la Princesse de Hanovre. (Jean-Christophe nous a remis un texte de sa main à ce sujet, duquel il transparaît que le chorégraphe qui se trouvait une nuit dans un état de deuil a fait l’expérience de la consolation grâce à l’Amie (sic), au moment où la lune et apparue.)
- « Shéhérazade » par les Ballets de Monte-Carlo, chorégraphie Jean-Christophe Maillot.
- Photo Marie-Laure Briane
Pourquoi votre version du ballet de Tchaïkovski est-elle intitulée La Belle, tout court ?
La Belle au Bois Dormant ne relate que la moitié de l’histoire de Perrault et comme je souhaitais la raconter en entier, il était important pour moi de signaler que ce n’était pas la version traditionnelle que le public allait voir mais bien autre chose.
Propos recueillis par Emmanuèle Rüegger
Une soirée des Ballets de Monte-Carlo
Une des dernières soirées du Ballet de Monte-Carlo présentait deux chefs-d’œuvre des Ballets Russes et une re-création par Jean-Christophe Maillot de Shéhérazade.
En ouverture, le Fils prodigue était très convaincant. La chorégraphie de George Balanchine, élaborée sur une partition peu connue de Prokofiev, permit à Jeroen Verbruggen de briller dans le rôle-titre par sa sincérité. Magistrale de froideur, Bernice Coppieters, dans le rôle de la femme qui séduit puis dépouille le jeune homme.
- « La Belle » avec Bernice Coppieters, chorégraphie Jean-Christophe Maillot.
- Photo Laurent Philippe
En troisième partie, le Sacre du printemps de Vaslav Nijinski reconstitué par Millicent Hodson et Kenneth Archer était époustouflant. La compagnie de Monte-Carlo a interprété ce déferlement rythmique avec précision et fougue. Emouvante, l’élue, Maude Sabourin.
La Shéhérazade de Jean-Christophe Maillot, qui constituait le cœur de la soirée, a bien répondu aux attentes de tous. La chorégraphie est très dansée, sensuelle mais pas vulgaire. Les célèbres parties de violon solo sont soit interprétées par des solistes, soit rendues par tout le corps de ballet qui bouge avec subtilité. Chose étonnante, la partie de pantomime était très réussie, notamment grâce à la contribution comique d’Olivier Lucea dans le rôle du grand Eunuque. Dans cette version, il est omniprésent parce qu’il doit surveiller le harem où se déroule l’action. Or, mais il laisse entrer des esclaves, entre autres l’Esclave d’Or dont s’éprend la favorite du Sultan. Mal lui en a pris, car l’esclave est tué par le Sultan et elle se poignarde. Les scènes tragiques de la fin sont très bien rendues par la chorégraphie qui n’a pas besoin d’armes visibles.
Une belle création, mais deux bémols cependant : certains costumes des danseuses ne les mettent guère en valeur, grossissant leurs cuisses démesurément. Et, plus grave, Bernice Coppieters ne convainc pas dans le rôle de la favorite. Elle est trop froide.
Emmanuèle Rüegger
À voir à Genève :
« Dov’è la luna », Ballet du Grand Théâtre de Genève, au BFM, du 28 janvier au 6 février
(Avec « Blackbird » de Jirí Kylián et « Etre » d’Erik Oberdorff)
« La Belle », Ballets de Monte-Carlo, les 11 et 12 avril 2010
Loc. Grand Théâtre de Genève : 0041 (0)22 418 31 30