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La Déclaration d'Helsinki de l'Association médicale mondiale n'a pas la visibilité du protocole de Kyoto sur le climat, de la convention sur les armes biologiques, ou du traité contre les mines antipersonnelles. Mais ce texte visant à garantir l'éthique de la recherche médicale dans le monde et en particulier au sud n'en subit pas moins, à l'écart des projecteurs, des pressions comparables de la part de l'administration Bush, à en croire l'analyse de Peter Lurie et Dirceu Greco, du Public Citizen's Health Research Group à Washington et de l'université du Minas Gerais au Brésil (Lancet 2005 ; 365 : 1117-9).Dans le domaine de la recherche médicale comme dans d'autres, le gouvernement des Etats-Unis adopte une double stratégie : il tente d'une part de faire retirer des accords multilatéraux les clauses qu'il juge indésirables souvent celles qui expriment une contrainte , tout en se réservant ouvertement le droit de se soumettre ou non au traité controversé.La seconde stratégie semble bien mise en uvre dans le domaine de l'éthique de la recherche. Lurie et Greco en veulent pour preuve un projet de nouvelle réglementation de la recherche mis en consultation en juin 2004 par la Food and Drug Administration (FDA). Si ces règles sont adoptées, les essais cliniques américains menés à l'étranger, à l'exception de ceux visant à obtenir une autorisation pour un médicament nouveau et expérimental, ne seraient plus soumis aux règles d'Helsinki, mais uniquement aux bonnes pratiques cliniques.Un allègement majeur dans certains domaines sensibles. La Déclaration d'Helsinki exige par exemple que les participants à un essai continuent à bénéficier après la fin de l'étude de tout traitement qui aurait montré son efficacité. Elle règle également la publication des résultats ou la question des conflits d'intérêts.Pour Lurie et Greco, les Etats-Unis ne font pas que préserver le principe de leur souveraineté. Ils cherchent bel et bien à libérer la recherche médicale menée à l'étranger de certaines contraintes éthiques. A l'appui de cette thèse, les auteurs rappellent quelques positions récentes des Etats-Unis au cours des débats menés au sein de l'Association médicale mondiale au sujet de la Déclaration d'Helsinki.Les autorités américaines ont notamment défendu le maintien et l'élargissement du droit d'utiliser des placebos. Elles se sont également battues vigoureusement contre le droit des participants à un essai clinique de continuer à bénéficier des traitements s'étant révélés efficaces après la clôture de l'étude.Les inquiétudes des deux auteurs du Lancet sont d'autant plus légitimes que la recherche menée dans les pays en voie de développement par des instituts ou des entreprises des pays industrialisés connaît une forte progression depuis quelques années. Des exemples récents montrent par ailleurs que les risques de dérapage sont bien réels. Rappelons par exemple le débat qu'avaient déclenché des essais de thérapies antivirales contre la transmission du VIH de la mère à l'enfant, essais menés en Afrique contre placebo.