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Le dernier film du romand Antoine Plantevin, «C'est mourir un peu?», était à voir ou à revoir à Soleure. Quand les idées remplacent l'argent.Ce contenu a été publié le 18 janvier 2002 - 13:51
«Un film tourné en trois nuits, dans un périmètre de 500 mètres carrés», dit le catalogue. On peut donc craindre le pire, le minimalisme - qu'il soit cinématographique ou musical - étant souvent un prétexte esthético-branchouillard pour masquer le manque d'argent, et parfois le manque d'idées.
Plantevin - qui a par ailleurs déjà signé plusieurs films «normaux», se sent d'ailleurs un peu mal à l'aise pour parler de celui-ci: «Cela a été fait dans un contexte très particulier qu'il faut rappeler, sinon le film peut souffrir de beaucoup de défauts qu'on ne comprendrait pas.» Ce contexte particulier s'appelle «Doegmeli» - référence au manifeste «Dogma» de Lars Van Trier.
La «Résolution 261»
En août 2000, un groupe de jeunes réalisateurs fonde à Locarno le groupe «Doegmeli». Ce collectif lance alors une résolution pour créer le débat autour d'une nouvelle réglementation mise en place par l'Office fédéral de la Culture (OFC). Celle-ci oblige les cinéastes appartenant à la catégorie «Relève» de réaliser deux longs-métrages avant de pouvoir émettre des demandes au «collège cinéma», qui gère 50% du budget global alloué au cinéma par la Confédération.
Par leur résolution, les cinéastes de «Doegmeli» décident donc de tenter un coup de force: tourner 30 films en 4 mois! «Une sorte de grève du zèle pour faire peur à l'OFC», précise Antoine Plantevin. Par conséquent, des films sous-tendus par une démarche beaucoup plus politique qu'artistique.
«Ces films ont été réalisés dans une urgence totale, à l'arraché, mais avec une énergie et un enthousiasme incroyable. Un certain nombre de réalisateurs ont toutefois profité de l'occasion pour tenter de nouvelles choses. L'absence totale de moyens a fait qu'on a dû trouver d'autres grammaires, d'autres manières d'écrire des scénarios et de les réaliser». L'explication de Plantevin s'applique tout à fait à son propre cas.
Pâquis by Night
Genève. Quartier des Pâquis. Il fait nuit. La caméra tressautante du cinéaste s'attarde sur un barbu énervé, à la recherche d'un téléphone: il est fou de joie, il vient d'être papa. Puis on fait la connaissance d'un couple, en voiture. L'homme est jaloux: sa femme s'apprête à partir, seule, en vacances.
Autre couple: dans une laverie, une jolie blonde et son ami potassent le Guide du Routard. Une fois la machine arrêtée, ils partiront. En principe. Et puis il y a encore Roberto, bavard à la dérive. Et un monsieur apparemment largué qui recherche une rue de Lisbonne dans la Cité de Calvin. Et deux jeunes filles, que l'idée d'un voyage fait rêver. La gare routière tiendra également une place de choix.
Au début du film, on se dit que bon, d'accord, c'est le coup de la caméra errante, qui va tenter de nous livrer l'âme d'un quartier en quelques portraits bâclés. Et on a tout faux. Car à l'aide d'un scénario et d'un découpage millimétrés, Antoine Plantevin construit une véritable histoire, où des morceaux de vie se croisent, se ratent ou se cognent, s'influencent parfois les uns les autres. C'est remarquablement construit, remarquablement joué, et le côté «rough» de l'image vidéo nocturne colle parfaitement au propos.
Les dangers du talent
«C'est mourir un peu?» a été tourné avec trois bouts de ficelle et une caméra numérique. Mais aussi avec des idées, un sens réel du cinéma et des comédiens qui sonnent juste, malgré la «semi-improvisation» qui était la règle. A l'arrivée, un film à la fois sensible et drôle, intelligent sans être prétentieux.
Mais Plantevin n'est pas non plus un jeune cinéaste qui se lance. Il a déjà tourné des longs-métrages, et a signé plusieurs films pour la TSR. Son engagement dans les rangs de «Doegmeli» est un engagement par solidarité, et non un engagement par besoin.
Le geste est à saluer. Mais il est presque dangereux. Car moult kilomètres de pellicule largement subventionnés par la Confédération n'ont pas le quart de l'inventivité de ce film-ci. On pourrait en conclure que le cinéma suisse a davantage besoin d'auteurs inventifs que de subsides. Ce qui serait un raccourci excessif. Disons plutôt qu'il a besoin des deux, et que dans un cas comme dans l'autre, il y a encore beaucoup à faire.
Bernard Léchot
En conformité avec les normes du JTI