Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07260.jsonl.gz/47

En 1776, les treize colonies anglaises situées sur la côte est de l'Amérique du Nord déclaraient leur indépendance, reconnue au traité de Versailles en 1783: c'est le début des E. (United States of America, USA), qui occupaient moins de dix pour cent du territoire actuel du pays et comptaient en 1790 environ trois millions d'habitants. L'expansion outre-Appalaches (1783), l'achat de la Louisiane française (1803) et de la Floride espagnole (1819), l'annexion du Texas (1845), l'accord sur le territoire de l'Oregon avec la Grande-Bretagne (1846) et la victoire de 1848 sur le Mexique qui entraîna la même année la cession de la Californie, sont les étapes qui amenèrent les Américains from Ocean to Ocean, selon l'expression des chartes coloniales. Avant l'indépendance, les relations américano-suisses étaient largement orientées vers les colonies anglaises, mais on trouvait aussi quelques Suisses dans les territoires sous domination française (à La Nouvelle-Orléans par exemple) ou espagnole.
Disparu en Floride, lors de l'expédition française menée par René de Laudonnière pour établir une colonie protestante dans le contexte de la lutte contre l'Espagne, le Bernois Théobald d'Erlach (1541-1565) fut vraisemblablement le premier Suisse à avoir mis le pied sur le territoire des futurs E. Des artisans (origine cantonale inconnue) participèrent à la construction de Jamestown en Virginie en 1608. Au XVIIe et surtout au XVIIIe s., l'émigration suisse provint notamment de mouvements religieux, principalement des cantons de Zurich et de Berne. Des anabaptistes, des piétistes et des mennonites s'établirent en Pennsylvanie, dans les Carolines et en Géorgie. Ces premiers contacts, ponctuels au XVIIe s., se multiplièrent au XVIIIe s.
Les Suisses, surtout les Suisses alémaniques, vivant dans les colonies anglaises passaient souvent pour des Allemands, ce qui fait que leur nombre a été sous-estimé. Le chiffre de 25 000 immigrés en 1790 (date du premier recensement américain) doit certainement être fortement augmenté. La plupart des Suisses s'installaient dans des villes (Philadelphie, Germantown, Charleston et Savannah étaient cotées) ou des villages existants, mais certains fondèrent des colonies de peuplement: New Bern en Caroline du Nord (1710), Pequea en Pennsylvanie (1710) et Purrysburg en Caroline du Sud (1732) furent les premières colonies suisses.
De nombreux Suisses servirent en Amérique, pour la France, l'Angleterre, puis pour les E. En 1708, le capitaine neuchâtelois Charles Frédéric de Merveilleux leva des soldats du Seeland et des régions voisines de la Suisse romande. Sous le commandement du colonel soleurois Franz Adam Karrer, un régiment levé contre la volonté de la Diète pour le service de France opéra en Louisiane de 1734 à 1739. Devenu régiment Hallwyl en 1752 (colonel Franz Josef von Hallwyl), il fut à nouveau opposé aux Anglais durant la guerre de Sept Ans (1754-1763, dite en Amérique French and Indian War). Du côté anglais, Henri Louis Bouquet, commandant en chef des forces du Sud, conquit la vallée de l'Ohio et la défendit victorieusement contre des attaques françaises (Bushy Run, 1763). Frédéric Haldimand, d'Yverdon, haut commandant de l'Ohio, se distingua lors des batailles de Montréal et de Québec (1758-1760); gouverneur du Canada et commandant en chef, il empêcha en 1777 que cette colonie soit incorporée dans le territoire des futurs E. Lors de la guerre d'Indépendance (1776-1783), deux frères genevois, Augustin et Marc Prévost, défendirent avec succès Savannah contre les insurgés. Dans l'autre camp, quelque 10 000 Suisses furent engagés. Les milices américaines furent équipées d'armes et de matériel produits ou livrés par des Suisses. Pendant les premières années de la guerre, le Bâlois Johann (ou Jean-Daniel) Schweighauser, consul américain à Nantes, organisa le ravitaillement des troupes françaises qui combattaient aux côtés des Américains. Quant au Bâlois Johann Jakob Faesch, installé dans le New Jersey, il fabriqua des armes pour l'artillerie américaine.
Avant l'indépendance, le commerce anglo-américano-suisse se faisait essentiellement depuis l'Europe, les ports atlantiques français en particulier. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe s. que les commerçants suisses (un Jean Conrad Hottinguer par exemple) traversèrent l'océan, New York devenant rapidement le centre des affaires. L'intégration de ces migrants, souvent membres de la haute finance ou du grand négoce, fut rapide (Jacques Biedermann, Albert de Gallatin).
Auteur(e): Simon Netzle / LH
Les relations culturelles et l'échange d'idées entre ce que d'aucuns appellent les Sister Republics ou républiques sœurs (le terme désigne aussi les relations entre les E. et la France républicaine) sont anciens. Genève tout particulièrement a fourni un nombre considérable de penseurs, spécialistes des questions théologiques ou politiques, et d'hommes d'Etat, qui ont participé à ces échanges culturels. Actifs à Genève, puis en Angleterre ou en Ecosse, John Knox, Andrew Melville et Thomas Cartwright influencèrent le congrétionaliste Robert Browne dont les idées furent exportées en 1620 en Amérique sur le Mayflower, les Pères pèlerins emportant aussi dans leurs bagages la Bible de Genève de 1560. Roger Williams, fondateur en 1636 des colonies puritaines du Connecticut et de Rhode Island s'inspirait des idées de Théodore de Bèze et de François Hotman sur l'autodétermination et le droit à la résistance. L'école romande de droit naturel (Jean-Jacques Burlamaqui et Emer de Vattel) fournit aux colons, dans la phase préparatoire de la révolution américaine, des arguments juridiques sur la légitimation de la résistance contre l'Angleterre, et influença aussi Thomas Jefferson lorsqu'il rédigea la Déclaration d'indépendance en 1776 (l'idée de la recherche du bonheur par exemple). Par contre, Rousseau et ses idées de démocratie directe n'eurent guère d'influence, les colons connaissant déjà un haut degré de participation à la vie politique. L'influence intellectuelle de Genève fut importante: en effet, les membres de l'élite politique américaine, comme Benjamin Franklin et Henry Laurens, envoyèrent leurs fils ou petits-fils étudier dans cette ville. François d'Ivernois envisagea même en 1794 le plan ambitieux de transférer l'académie de Genève près de la capitale fédérale en construction. Son condisciple Albert de Gallatin fut secrétaire aux Finances sous Jefferson. C'est à Genève que furent publiés la plupart des écrits sur l'Amérique, rares dans le reste de la Suisse. Les échanges américano-genevois se poursuivirent au XIXe s. avec James Fazy, qui connaissait le général La Fayette. Fazy, avec Ignaz Paul Vital Troxler, prôna en 1848 l'adoption dans la Constitution suisse du système bicaméral tel qu'il existait aux E.
Lors des débuts de la révolution américaine, la Suisse fut l'un des modèles constitutionnels possibles. Les immigrés Johann Heinrich Möller et Hans Joachim Züblin propagèrent les mythes des héros suisses de la liberté pour rallier à la cause de l'indépendance les colons germanophones. Lors des premiers débats sur la constitution, le modèle de confédération d'Etats fut repris dans le projet de 1778 à 1781, Articles of Confederation. Toutefois, lorsqu'on discuta la constitution de l'Union en 1788-1789, les Federalists, partisans d'un Etat fédératif (Fédéralisme), étaient d'avis que le pouvoir central dans des confédérations comme la Suisse et les Provinces-Unies était trop faible.
En Suisse, le modèle américain d'Etat fédératif ne porta ses fruits qu'après l'adoption du bicaméralisme en 1848. Plus tôt en effet, les conquêtes constitutionnelles américaines ne jouèrent qu'un rôle annexe dans les discussions, par ailleurs maigres, sur les réformes à introduire dans la Confédération. Cela malgré le fait que les membres de la Société helvétique aient vu d'un bon œil la guerre d'Indépendance, que Jean de Müller ait été un témoin très attentif des événements et qu'Isaak Iselin ait fait paraître dès 1776 dans ses Ephemeriden der Menschheit les documents politiques américains les plus importants. Ce rôle resta modeste durant la République helvétique (1798-1803), pendant laquelle s'affrontèrent unitaires et fédéralistes (le mot désignant en Suisse non pas l'équivalent des Federalists américains mais leur opposé), qui discutèrent de la possibilité de s'inspirer de la Constitution américaine. Bonaparte ne put imposer la Constitution de la Malmaison (1801), qui s'en rapprochait. La prise en compte tardive d'éléments de droit confédéral américain dans la Constitution de 1848 ancra finalement en Suisse, dans une construction mythique enjolivant la réalité, l'idée des "républiques sœurs" partageant des idéaux politiques communs.
Auteur(e): Simon Netzle / LH
De 1700 à 2000, l'émigration suisse pour les E. est estimée à 460 000 personnes. Par rapport à la population, il s'agit d'une proportion comparable à celle de nombreux pays européens. Ce courant participe chronologiquement et territorialement à l'expansion blanche sur le sol américain.
Au XIXe s., la pauvreté est l'une des premières causes de l'émigration helvétique. Après la disette de 1817-1818, de nombreuses communes tentèrent de substituer au service étranger une émigration civile organisée ou subventionnée. L'émigration s'accentua à partir des années 1850, dans les vallées alpines en particulier. De 1851 à 1880, les statistiques américaines enregistrèrent l'arrivée de 76 653 Suisses. Durant ces années, les autorités américaines se plaignirent fréquemment d'une pratique helvétique de "débarras". Les Suisses s'installaient pourtant dans les Etats du Centre-Nord où ils fondèrent de nombreuses colonies et "établissements", tels Switzerland, Vevay, Tell City, Highland, New Glarus. Après 1885, avec l'augmentation du niveau social de l'émigration suisse et l'afflux d'immigrants du sud et de l'est de l'Europe, la campagne contre l'immigrant suisse s'estompa et fit même place, après 1900, aux éloges.
De 1881 à 1893, l'émigration suisse s'accéléra et dépassa le chiffre de 100 000 personnes, soit près de 8000 par année. Ce flux massif était essentiellement dû à un excédent de population agricole, lié à la chute des prix des céréales. Le repli de l'émigration des années 1894 à 1900 résulta de la crise économique américaine. L'émigration du secteur tertiaire devint prépondérante au début du XXe s. A l'exception de la période de la guerre, l'émigration suisse resta forte jusqu'en 1923, plus de 4000 personnes par année. Elle recula ensuite, surtout au cours de la crise des années 1930. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le nombre moyen des émigrants suisses s'est fixé à environ 2000 par année (les statistiques sont moins précises qu'auparavant). L'émigration a changé de nature et perdu son caractère irréversible au profit de séjours plus ou moins longs. De 1958 à 1974, la proportion des retours est estimée à 78,5%. En 2010, 75 252 Suisses résidaient aux E., dont deux tiers de doubles nationaux. A l'inverse, le nombre d'Américains résidant en Suisse était beaucoup plus modeste, avec 17 109 personnes (9332 en 1980, pour la plupart installés à Zurich, Genève et dans le canton de Vaud).
De manière générale, l'émigration suisse aux E. concerna tous les cantons, à des degrés divers et avec des périodisations différentes. La préférence des E. sur les autres pays d'outre-mer fut particulièrement marquée entre 1870 et 1920 (83% des départs). A cette époque, seuls Fribourg, Valais et Genève faisaient exception avec moins de 60% d'émigrants pour les E. En chiffres absolus, les contingents les plus nombreux provenaient alors de Berne, du Tessin et de Zurich.
L'occupation de l'espace américain est significative des choix des émigrants. Au début du XIXe s., les Suisses, comme les Allemands et les Scandinaves, s'installèrent en majorité dans les Etats du Centre Nord-Est, puis dans ceux du Centre Nord-Ouest. En 1870, les douze Etats de ces deux régions concentraient 65% des Suisses (33,7% de la population américaine). Par la suite, les Suisses se rendirent surtout vers les Etats du Pacifique (24,4% des Suisses, 6,7% de la population américaine en 1930). A cette date, les différences de proportions entre Suisses et Américains n'étaient plus très significatives dans les autres régions, sauf dans le Sud où les Suisses, qui n'ont jamais été tentés par cette région, n'étaient que 5,8% (30,9% d'Américains). Ce déplacement vers l'Ouest ne signifie pas que les Suisses étaient des pionniers; ils avaient plutôt tendance à suivre à distance le déplacement de la "frontière". En 1900, la population suisse paraît relativement diversifiée. Elle comprenait environ 38% d'agriculteurs, l'une des proportions les plus élevées par nationalité. Mais 35,5% habitaient dans les villes de plus de 25 000 habitants. Les Suisses des E. étaient donc relativement mobiles. Ces déplacements pourraient indiquer que si certains Suisses cherchaient à transplanter leur mode de vie sur sol américain, d'autres tentaient une expérience nouvelle aux valeurs plus américaines qu'européennes.
Les Suisses développèrent rapidement un réseau de sociabilité composé de sociétés de bienfaisance, de secours mutuels, de tir, de gymnastique, de chant, etc., qui servirent à maintenir une identité culturelle d'origine nationale ou régionale et furent aussi le porte-parole des collectivités suisses. A cet égard, la Société suisse de bienfaisance de New York, fondée en 1832, est très représentative. Elle entendait tout à la fois secourir les immigrants démunis à leur arrivée dans le port, se présenter comme une vitrine du genre de vie de la bourgeoisie américaine et attirer l'attention des autorités fédérales sur les dangers qu'une émigration issue de couches sociales défavorisées faisait courir à l'image de la Suisse républicaine. Voulant développer un véritable réseau patriotique, une partie des sociétés suisses de secours se fédérèrent en 1865 en une association à la dénomination suggestive de Nord-Amerikanischer Grütlibund (rebaptisée Nord-Amerikanischer Schweizer-Bund en 1911). Devenu "le plus important représentant de l'Helvétisme aux E.", le "Bund" vit son influence croître jusque vers 1925. En 1928, l'association regroupait 95 sections et 8000 membres, soit 2% des Suisses et de leurs enfants nés aux E. En 1896, le nombre total des sociétés suisses aux E. s'élevait à 318; il était encore de 151 en 1999. Le nombre de sociétés et de membres n'est cependant pas forcément significatif d'une adhésion à un code de valeurs. La solidarité proclamée peut dissimuler des clivages culturels et sociaux.
La fondation de journaux fut une autre manifestation d'une volonté élitaire de cultiver le sentiment national suisse comme vecteur d'intégration à une certaine idée du pays d'accueil. C'est ainsi que l'Amerikanische Schweizer Zeitung, fondé en 1876, développa un langage nationaliste suisse, expression d'une identité alémanique. Dans l'entre-deux-guerres, le Schweizer Journal fit pour sa part profession de double allégeance aux E. et à la Suisse sur la base d'un discours relevant de la défense spirituelle.
L'ampleur et la nature de l'émigration suisse pour les E. ont aussi représenté un enjeu social situé au centre d'un débat politique en Suisse. Fallait-il encourager, protéger ou entraver l'émigration? Représentait-elle un gain ou une perte pour la patrie? Posées tout au long du XIXe s. et dans la première moitié du XXe s., ces questions trouvèrent leur réponse dans le refus de l'interventionnisme de l'Etat fédéral. Le problème de la protection des immigrants pendant le voyage aux E. et de la création d'un commissariat dans le port de New York fut abordé à de nombreuses reprises depuis 1850 mais n'entraîna guère que des palliatifs. Face au développement des agences d'émigration, dont l'activité agressive contribua à amplifier le mouvement dès le milieu du XIXe s., les autorités fédérales se résolurent par les lois de 1880 et de 1888 à placer les opérations de ces agences sous la surveillance fédérale, sans toutefois intervenir sur le mouvement migratoire lui-même.
Auteur(e): Gérald Arlettaz
Les premiers contacts officiels entre la Suisse et les E. eurent lieu par l'entremise de consuls. En 1822 furent créés les consulats suisses de New York et de Washington. Suivirent La Nouvelle Orléans (1829), Philadelphie (1841), Savannah (1841, supprimé en 1842), Madison (1842, transféré à Louisville en 1845) et Galveston (1846). Le premier consulat américain fut installé à Bâle en 1830. Le plus ancien traité entre les deux pays, signé en 1847, concernait le droit de propriété et de succession. Le traité d'amitié et de commerce conclu en 1850 et ratifié en 1855 constitue encore la base des relations américano-suisses. Les liens amicaux qui rapprochaient les deux pays se fondaient sur des idéaux politiques communs. La Constitution suisse de 1848 était un compromis établi sur le modèle américain. Elle contenait toutefois un article qui heurtait les Américains et Théodore S. Fay, premier ministre-résident à Berne (1853-1861), lutta pour obtenir la suppression des restrictions en matière d'établissement et d'activité qui touchaient particulièrement les juifs; l'article fut abrogé en 1866. La Suisse attendit jusqu'en 1882 pour ouvrir une légation à Washington et s'y décida pour mettre un terme à l'insuffisance notoire des consulats. Emil Frey, futur conseiller fédéral, premier ministre de Suisse aux E. (1882-1888), fut nommé à cause des liens qu'il avait avec ce pays (soldat dans les troupes nordistes pendant la guerre de Sécession, il avait été fait prisonnier à Gettysburg en 1863).
Les relations américano-suisses connurent des moments difficiles au XXe s., du fait des tensions engendrées par les deux guerres mondiales. En février 1917, lorsque le président Wilson annonça la rupture des relations avec l'Allemagne, les pays neutres furent informés du souhait américain de les voir suivre cet exemple. Après avoir déclaré la guerre à l'Allemagne en avril 1917, les E., tout en affirmant vouloir respecter la neutralité helvétique, envisagèrent la possibilité d'intervenir en Suisse, au cas où la Condéfération n'aurait pas été en mesure de défendre son territoire face aux empires centraux. Ils instaurèrent un embargo sur les exportations vers les pays neutres. Le Conseil fédéral envoya une mission commerciale à Washington pour négocier des mesures permettant à la Suisse de se ravitailler aux E., notamment en blé, ce qui fut obtenu en 1918. Par ailleurs, le gouvernement américain s'associa à une liste noire, établie par les puissances alliées, de toutes les sociétés suisses travaillant avec les puissances centrales. Un accord entre les E., la Grande-Bretagne, la France et la Suisse, signé à Washington le 22 janvier 1919, régla l'ensemble des questions concernant les échanges commerciaux, le ravitaillement, les transports, le transit et les crédits consentis pour la période du premier après-guerre, jusqu'à la signature du traité de Versailles.
Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclata, le souci majeur de la Suisse n'était plus le ravitaillement, mais la crainte d'être envahie et de perdre son indépendance. Tant que les E. restèrent hors de la guerre, les importations de denrées américaines furent autorisées, mais le blocus britannique les rendit difficiles. La diplomatie suisse tenta d'éviter le blocage des avoirs des pays neutres, finalement décrété par le gouvernement américain en juin 1941. Malgré tous ses efforts, le Conseil fédéral ne réussit pas à obtenir sa suppression ni à récupérer les réserves-or de la Banque nationale suisse, déposées par sécurité à New York. Bien au contraire, dès l'entrée en guerre de l'Amérique en décembre 1941, la pression des Alliés s'accentua et continua après la fin des hostilités. Les Alliés demandèrent ainsi à la Suisse de restreindre ses échanges avec l'Allemagne, de réduire le trafic ferroviaire entre l'Allemagne et l'Italie et de participer à l'opération "Safehaven". Programme de sanctions économiques élaboré par le gouvernement américain et approuvé par les Alliés lors des accords de Bretton Woods en juillet 1944, "Safehaven" avait pour but d'empêcher les criminels de guerre allemands de trouver refuge dans les pays neutres et d'y transférer le butin accumulé pendant leurs conquêtes. En vue de s'assurer la collaboration de la Suisse sur le plan économique et financier, les Alliés envoyèrent une délégation à Berne, en février 1945 (mission Currie-Foot). L'Américain Laughlin (ou Lauchlin) Currie réussit à obtenir des Suisses des restrictions importantes dans le domaine des échanges commerciaux et financiers et du transit avec le IIIe Reich, sans oublier le blocage des avoirs allemands en Suisse, décidé par le Conseil fédéral avant la négociation avec les Alliés. En août 1945, les Américains et leurs alliés demandèrent le droit de contrôle sur tous les avoirs allemands en Suisse. En 1946, l'accord de Washington décidait de leur liquidation, le gouvernement suisse s'engageant à payer la somme de 250 millions de francs suisses au Fonds de réparations des Alliés. Tant que cette liquidation ne fut pas achevée, les Américains maintinrent le gel des avoirs suisses aux E., tout en menaçant de saisir l'or suisse à New York et de cesser leurs livraisons de blé et de charbon.
Les années 1945 et 1946 représentèrent donc un moment particulièrement difficile des relations américano-suisses dans les domaines diplomatique, économique et financier. Cependant, le temps joua en faveur de la Suisse. Elle entama des pourparlers avec la République fédérale d'Allemagne (RFA), devenue un bastion important dans la guerre froide, et trouva une solution acceptable aux yeux des Alliés. En août 1952, deux nouveaux traités remplacèrent la convention de Washington, le premier signé par la RFA et la Suisse, le second par les Alliés et la Suisse.
Un autre contentieux américano-suisse issu des opérations de la guerre elle-même concerna les dommages (morts, blessés et destructions) subis en 1944, à la suite des bombardements de Schaffhouse, Zurich et Bâle par des avions américains. Le gouvernement américain regretta les faits, les attribuant à des erreurs humaines et, en 1949, versa à la Suisse plus de 62 millions de francs à titre de dédommagement. Dans un tout autre domaine, la Suisse accepta la demande des autorités militaires américaines en Europe de permettre aux soldats éprouvés par la guerre de prendre quelque repos en Suisse. Plus de 200 000 hommes visitèrent la Suisse, emportant outre-Atlantique l'image d'un pays épargné par la guerre et le nazisme.
A partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse s'aligna bon gré mal gré sur les actions menées par les E. dans le monde. En 1951, à l'apogée de la guerre froide, les E. imposèrent un embargo sur les exportations à destination des pays de l'Est. Le gouvernement américain utilisa tous les moyens pour amener la Suisse à y participer et le Conseil fédéral, sous la menace de sanctions économiques, accepta de réduire ses échanges avec les pays communistes. En juillet 1951, la Suisse signa le Hotz-Linder-Agreement, par lequel elle s'engageait à réduire fortement ses exportations de matériel stratégique vers les pays du bloc de l'Est. La Suisse devint ainsi un pays ayant pris position pour le bloc de l'Ouest, sa situation géographique et son statut politico-économique la plaçant du reste dans ce groupe.
Durant la seconde moitié du XXe s., la Suisse ne cessa de se battre pour conserver une neutralité soumise à rude épreuve dans le contexte de la guerre froide. Elle dut aussi accepter en 1973 une convention avec les E., au titre de la répression du blanchiment d'argent résultant du trafic de drogue et autres crimes organisés, qui porte atteinte au secret bancaire. Les deux Etats signèrent aussi des conventions sur la double imposition (1951 et 1996), un accord en matière d'autorisation d'établissement (1995), un nouveau traité d'extradition (1990, remplaçant celui de 1900), divers accords sur la sécurité sociale (1979, 1988) et un accord relatif à la coopération scientifique et technologique (2009).
La Suisse rendit quelques services appréciables aux E., notamment lors des guerres et crises. Certaines de ces prestations se firent au titre des bons offices que l'Etat neutre était invité à rendre ou à la charge plus lourde de la représentation des intérêts des E. dans les Etats avec lesquels ils étaient en guerre ou avaient rompu. En 1872, par exemple, l'affaire du navire Alabama, opposant les E. et la Grande-Bretagne, fut réglée à Genève (arbitrage de l' Alabama). En 1914-1918, la Suisse représenta l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie (en partie) aux E. et les E. en Russie. Durant le deuxième conflit mondial, les bons offices, la protection des prisonniers dans tous les camps, les missions humanitaires en collaboration avec les institutions de divers pays représentèrent une charge importante, notamment pour représenter les intérêts de l'Albanie, l'Allemagne, la Bulgarie, le Danemark, la France de Vichy, l'Italie, le Japon et la Thaïlande aux E., et ceux des E. en Allemagne, en Bulgarie, en Chine, en Croatie, au Danemark, en Finlande, en France, en Grèce, en Hongrie, au Japon, en Roumanie et en Thaïlande. En août 1945, l'offre de capitulation du Japon au gouvernement américain et l'acceptation des E. transita par la diplomatie suisse. De 1946 au début du XXIe s., la Suisse assuma et assume encore les mandats de puissance protectrice pour les E. en Bulgarie (1950-1960), à Cuba (dès 1961), en Algérie (1967-1974), en Iran (dès 1980). Elle sauvegarde en outre depuis 1991 les intérêts de Cuba aux E.
En outre, depuis la première visite en Suisse d'un président des E., celle d'Eisenhower, lors de la conférence des Quatre Grands à Genève en 1955, plusieurs de ses successeurs vinrent à Genève dans le contexte des grandes rencontres internationales ou de sommets importants entre chefs d'Etat (Reagan-Gorbatchev en 1985).
Peu après la fin de la guerre froide, l'affaire des fonds en déshérence, commencée en 1995 par la publication dans la presse américaine d'articles concernant les avoirs déposés en Suisse par les victimes juives de l'holocauste, vit s'affronter deux conceptions de la neutralité économique. Les E., refusant la définition classique, dénient aux pays neutres toute possibilité de revendiquer des droits économiques. Le rapport Eizenstat (publié par le Département d'Etat américain en mai 1997) souligna les nombreux points de désacord au sujet des droits économiques des neutres en temps de guerre et se révéla très critique à l'égard de l'attitude de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale. Après cinquante ans, les E. rouvraient le contentieux qui les avait opposés à la Suisse à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ce faisant, ils entraînèrent la mise au pilori de la Suisse par les médias internationaux. Le Conseil fédéral réagit en 1996 en nommant une task force chargée de faire le lien entre tous les organismes intéressés et en désignant une commission indépendante d'experts, dite Commission Bergier, pour étudier la question des comptes en déshérence et le comportement de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale (rapport final publié en 2002). Une autre commission, présidée par l'ancien président de la Réserve fédérale américaine, Paul A. Volcker, travailla de 1996 à 1999 à repérer les comptes dormants dans les banques suisses, au mépris du secret bancaire. Les interventions des organisations juives (Congrès juif mondial et Agence juive), leurs menaces de déclarer une "guerre totale" aux banques suisses, le soutien qu'elles trouvèrent auprès de l'administration Clinton, amenèrent l'UBS et le Credit Suisse Group à verser 1,25 milliard de dollars pour indemniser les victimes de l'holocauste (accord global extrajudiciaire d'août 1998). L'affaire des fonds en déshérence perturba pour plusieurs années les relations américano-suisses.
Dès 2008, les rapports entre les deux pays ont également été assombris par la controverse liée aux fraudes fiscales commises par des riches clients américains de l'UBS. Suite aux fortes pressions exercées par Washington, la Confédération a été obligée d'alléger le secret bancaire et de transmettre les noms de quelques milliers de fraudeurs présumés aux autorités fiscales américaines.
Auteur(e): Anne-Marie Vonsattel-Amoos
En 1820, les échanges économiques entre la Suisse et les E. étaient encore de peu d'importance. Dans les trente ans qui suivirent, ils augmentèrent rapidement, la Suisse étant contrainte de trouver de nouveaux marchés vu le protectionnisme général en Europe. Elle exportait alors vers l'Amérique du Nord des montres, des cotonnades et des rubans de soie. Les droits d'importation sur les soieries, fixés à 30% en 1819, furent abaissés à 5% en 1831 et supprimés l'année suivante: au début des années 1840, Zurich écoulait plus de la moitié de sa production aux E. En 1845, 44 à 48% de la valeur des marchandises exportées de Suisse partaient pour les Amériques, Nord et Sud, à part plus ou moins égale pour les deux sous-continents. En 1860, avec la reprise du libre-échange en Europe, la part américaine était descendue à 21%, dont 18% vers le continent nord-américain. En 1892, celle des E. dans les exportations suisses n'était plus que de 11,6%, proportion qui varia peu par la suite (10% en 1912), mais elle faisait d'eux le troisième client de la Suisse. Les textiles, essentiellement des broderies mécaniques, maintenaient leur prépondérance; ils représentaient environ 70-80% des importations entre 1865 et 1910. L'horlogerie était l'autre grand secteur des exportations suisses aux E., principal client de cette industrie.
Le coton, cultivé dans les Etats du Sud, fut importé dès les premières décennies du XIXe s. En 1860, l'industrie cotonnière suisse avait atteint son plus haut niveau de prospérité, au point de représenter une sérieuse concurrence pour l'industrie britannique. Lorsque la guerre de Sécession éclata en 1861, le blocus yankee interrompit les exportations de coton, dont le prix quadrupla en quatre ans, ce qui entraîna une chute de la production. Vers la fin du XIXe s., les E. exportaient vers la Suisse essentiellement des produits agricoles (blé, lard, viande fumée ou en conserve, mélasse, tabac, coton et fruits secs), ainsi que quelques produits manufacturés (machines à coudre et à écrire). En 1893, ils occupaient la septième place dans la liste des pays fournisseurs de la Suisse.
Tout au long du XIXe s., la balance commerciale pencha en faveur de la Suisse. Le commerce se fondait sur la clause de la nation la plus favorisée et les échanges demeurèrent profitables jusqu'en 1891, année où les deux Etats élevèrent leurs tarifs commerciaux. La Suisse s'inquiéta car la survie de l'une de ses plus importantes industries, la broderie de Saint-Gall, dépendait des exportations vers l'Amérique. En 1900, l'abrogation par les E. des clauses commerciales du traité de 1850 jeta un froid entre les deux pays. Le malaise fut de courte durée car elles furent bientôt réinstaurées.
Les importations en provenance des E. continuèrent à être fortes jusqu'en 1922, principalement à cause des achats de blé et de charbon pendant la Première Guerre mondiale. Après 1922, la nature des produits importés des E. changea. C'est à ce moment-là, par exemple, que la Suisse commença à importer des automobiles. Les produits exportés aux E. changèrent aussi. Avant la Première Guerre mondiale, les textiles arrivaient en tête des exportations. Ils furent remplacés par les produits de l'industrie horlogère.
De 1929 à 1935, les importations suisses en provenance des E. diminuèrent de 71%, les exportations suisses vers les E. de 77%. En pleine crise mondiale, le Congrès adopta en 1930 un tarif douanier protectionniste, le tarif Hawley-Smoot, qui toucha durement non seulement les produits horlogers, mais aussi ceux des industries textile, alimentaire, chimique et de la chaussure. De son côté, la Suisse introduisit entre 1932 et 1935 des quotas et des restrictions qui contribuèrent à la stagnation du commerce. Jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le commerce entre les deux pays se déroula dans un environnement bouleversé par l'entrée des E. dans la guerre, le blocus des Alliés et le contre-blocus des Allemands, la politique de guerre économique et le gel des avoirs suisses aux E.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, les E. étaient redevenus le premier marché des montres et des pièces d'horlogerie suisses, ce qui plaça bientôt l'industrie horlogère à la merci du marché américain. En effet, cédant à la pression des fabricants de montres américains, qui avaient dû se reconvertir après 1945 et passer de l'industrie de l'armement à l'horlogerie pour survivre, le gouvernement américain augmenta en 1954 le tarif sur les montres suisses de 50%; ce tarif resta en vigueur jusqu'en 1967.
En ce qui concerne l'exportation des capitaux, la Suisse détenait vraisemblablement dans les années 1930 un stock de 15 à 17 milliards de francs suisses placés à l'étranger, dont 4 à 5 aux E. (près de 9 en Europe). En 2009, elle y était le 6e investisseur, avec un total de 189 milliards de dollars. Les E. étaient également le 6e investisseur en Suisse avec 148 milliards de dollars.
Le Crédit suisse et la Société de banque suisse ouvrirent leur première agence à New York en 1939, mais l'essor débute véritablement dans les années 1960. En 1981, il y avait six banques suisses aux E. et la plus grande banque étrangère à New York était une branche de la Société de banque suisse. Les trois grandes banques suisses, Union de banques suisses (UBS), Société de banque suisse (SBS) et Crédit suisse (CS) parvinrent à occuper une place majeure aux E., avec des succursales à New York, Chicago, San Francisco et Los Angeles. En 2011, l'UBS était la troisième plus grande entreprise suisse aux E. et employait 24 414 personnes, le CS Group la septième avec environ 10 000 personnes. Les banques américaines s'installèrent aussi en Suisse dans la seconde moitié du XXe s.; on en comptait dix-sept en 1981.
Dans les dernières décennies du XXe s., de gigantesques regroupements d'entreprises, des concentrations et des fusions à grande échelle illustrèrent le concept de mondialisation de l'économie. En 2009, les entreprises suisses (dont Nestlé, Zurich Financial Services, F. Hoffmann-La Roche et Novartis) employaient aux E. 331 900 personnes, alors que les compagnies américaines en occupaient 25 671 en Suisse. Des maisons américaines (dont Philip Morris, cinquième employeur américain dans la Confédération avec env. 3000 personnnes) choisirent la Suisse comme siège de leurs quartiers en Europe.
Les échanges touristiques se sont développés depuis la Deuxième Guerre mondiale, facilités par les transports aériens (premier vol intercontinental de Swissair en 1947, Genève-Washington). Le nombre des touristes américains en Suisse varie au gré des fluctuations du franc suisse et des soubresauts de la politique. Dans les trois dernières décennies du XXe s., l'année la plus mauvaise fut 1979 avec 631 300 arrivées, la meilleure 1984 (1 454 500). Le nombre de Suisses visitant les E. explosa, passant de 48 900 en 1972 à 417 100 en 1996, année record. L'obligation de visa a été supprimée en 1989; les attentats du 11 septembre 2001 ont toutefois amené les Etats-Unis à soumettre l'exemption de visa à certaines conditions (notamment passeport électronique, passeport avec données biométriques depuis 2005).
La Swiss-American Chamber of Commerce, fondée en 1967, dont le siège est à Zurich, avec des antennes à New York, Atlanta, San Francisco, Los Angeles, Boston, Miami et Raleigh, de même qu'à Lugano, publie un annuaire depuis 1972. Elle s'efforce notamment de faciliter l'installation d'entreprises américaines en Suisse.
Auteur(e): Anne-Marie Vonsattel-Amoos
Dans les sciences, le contact fut précoce puisque Louis Agassiz enseigna à Harvard dès 1847, fut l'un des fondateurs de l'Académie des sciences et de l'université Cornell. Un siècle plus tard, en 1933, Albert Einstein émigrait aux E. comme citoyen suisse. Au XXe s., les échanges furent constants et les stages d'un pays à l'autre institutionnalisés. Le gouvernement américain alloua des bourses aux scientifiques désireux de poursuivre des recherches en Suisse. Le Stanford Research Institute eut un centre à Zurich dès 1959 (au plus tard) et de nombreuses compagnies américaines créèrent des centres de recherche en Suisse, à l'instar d'IBM (International Business Machines) qui acquit un laboratoire près de Zurich. Quant aux boursiers suisses, ils accomplirent des stages dans les universités, les laboratoires, les centres de recherche et les hôpitaux américains où ils reçurent quelquefois une formation postgraduée. Des collaborations ponctuelles ont lieu entre le Fonds national suisse de la recherche et la National Science Foundation (clonage de souris à Genève, par exemple). Plusieurs instituts universitaires collaborent aussi avec la Nasa depuis les débuts des vols habités.
Les E. ont représenté un pôle d'attraction pour les scientifiques suisses durant tout le XXe s. Le moment le plus intense de cette émigration se situa au cours des années 1955-1960, période de l'"exode" ou "fuite des cerveaux" (brain drain), soit le départ de nombreux ingénieurs et savants pour les E. qui étaient à la pointe de la recherche scientifique. La nouvelle loi sur l'immigration américaine entrée en vigueur en 1992 renforça cette tendance et continua de favoriser l'immigration de main-d'œuvre hautement qualifiée, composée de scientifiques, d'ingénieurs et de techniciens. La mondialisation de l'économie explique aussi ce mouvement, certains spécialistes étant envoyés aux E. par une multinationale à titre de intra-company transferees. En 2000, la Suisse ouvrit à Boston un consulat spécialisé pour la recherche et l'éducation (Swiss House for Advanced Research and Education).
The Swiss Institute New York, fondé en 1986, est chargé de promouvoir le dialogue artistique entre les deux pays, avec le soutien de Pro Helvetia, de l'Office fédéral de la culture, de mécènes et de fondations tant américaines que suisses. Mais les contacts dans ce domaine sont beaucoup plus anciens. Pour ne citer que quelques exemples, le Grison Jeremiah Theüs était un portraitiste à la mode à Charleston au XVIIIe s. Au milieu du XIXe s., le peintre Karl Bodmer fit découvrir les Indiens du Missouri aux Européens. En 1916, Ernest Ansermet obtenait un triomphe aux E. avec les Ballets russes et, en 1951, il dirigeait l'orchestre symphonique de Boston comme chef invité. Le compositeur Ernest Bloch émigra définitivement en 1938. La danseuse Trudi Schoop s'installa en Californie en 1952. Le cinéaste William Wyler était d'origine suisse. On retiendra les noms d'Othmar H. Ammann en génie civil, de William Lescaze et de Bernard Tschumi en architecture. Quant à la littérature, elle ne fait l'objet d'enseignements dans les universités américaines que de cas en cas.
Vu la spécificité du droit américain (class action, soit plainte collective, par exemple), l'université de Lausanne l'introduisit dans ses cours en 1999. L'histoire des contacts entre les E. et la Suisse et des Américains d'origine helvétique est étudiée par la Swiss American Historical Society, fondée en 1927. Les recherches généalogiques, en vogue tant en Suisse qu'aux E., sont facilitées par Internet et par la banque de données établie par les mormons.
La culture américaine a marqué divers domaines. L'un des plus anciens touchés est celui de la musique; plusieurs groupes de jazz se créèrent en Suisse dès les années 1920 et le rock fit plus tard lui aussi des émules. Comme ailleurs, l'américanisation de la vie quotidienne s'incarne dans Coca-Cola et McDonald's, se manifeste par le nombre des films américains qui passent en salle et par un usage grandissant de l'anglais. Cette américanisation des mœurs, mal vue par les milieux traditionnalistes, cohabite avec un antiaméricanisme politique: milieux de gauche et intellectuels durant la guerre du Vietnam (1965-1973), vaste mouvement de protestation avant la guerre contre l'Irak (2003). Quant aux autorités, elles tentent de rappeler chaque fois que possible à la superpuissance américaine le primat du droit international.
Auteur(e): Anne-Marie Vonsattel-Amoos