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L'exposition controversée "Real Human Bodies" ne se tiendra pas au Palais de Beaulieu à Lausanne ce week-end. Le Tribunal cantonal a confirmé l'interdiction prononcée par la ville.
Le tribunal rejette le recours des organisateurs. Dans un communiqué diffusé vendredi, il estime que la municipalité pouvait interdire la tenue de l'exposition "compte tenu de l'absence d'informations" sur l'origine des corps présentés.
Décision conforme
La municipalité de Lausanne "était fondée à demander à l'organisateur des informations complémentaires" vu le large pouvoir d'appréciation dont elle dispose. Comme elle n'en a pas obtenu, la décision d'interdiction était "conforme au règlement communal et au principe de la proportionnalité".
Autorisée dans un premier temps le 5 octobre, l'exposition a ensuite fait l'objet d'une plainte de la part de l'association Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT-Suisse). Selon elle, il est très probable que les cadavres utilisés soient ceux de prisonniers chinois ou de membres du Falun Gong, mouvement interdit en Chine.
Doutes pas levés
Sans s'opposer par principe à des expositions de corps plastinés, ACAT-Suisse demandait que l'origine des cadavres soit documentée et donc vérifiable. Mardi dernier, reprenant cette argumentation, la municipalité de Lausanne a interdit l'exposition en affirmant que les doutes sur leur provenance n'avaient pas pu être levés par les organisateurs.
Jeudi, la Cour de droit public et administratif (CDAP) a examiné le recours des organisateurs. Outre le revirement d'opinion de la ville de Lausanne, leur avocate a mis en exergue la protection des données valable pour les personnes qui ont donné leur corps, des Américains selon les responsables de l'évènement.
Laisser la liberté
De plus, l'exposition n'entraîne aucun risque de trouble pour l'ordre public. Selon Christina Gaist, il fallait donc laisser le public libre de choisir d'aller voir ou, au contraire, de boycotter une telle manifestation.
Dans son arrêt, la CDAP se concentre avant tout sur la question de la provenance des cadavres. "Non seulement, la recourante n'a pas fourni les documents relatifs au consentement des donneurs qui lui étaient demandés mais elle n'a produit aucun document - par exemple un rapport d'un centre de médecine légale ou une autre attestation de même type - qui serait de nature à établir l'origine des corps."
Pas de renseignements
Le tribunal relève que la municipalité de Lausanne n'est pas opposée par principe à l'organisation sur son territoire d'une telle exposition. "Sa décision repose uniquement sur l'absence de renseignements fournis par la recourante". La Cour met les 2000 francs de frais justice à la charge de cette dernière.
Devant la CDAP, le conseiller juridique de la ville avait insisté sur la liberté fondamentale en Suisse de disposer de sa dépouille et de fixer les modalités quant à son devenir.
Graves soupçons
Avec l'exposition "Real Human Bodies", "nous n'avons aucune preuve, aucune explication. On ne sait pas d'où viennent ces corps, on ne sait rien", avait déploré Xavier Michellod. Dans la balance, il y a d'un côté le grave soupçon qu'une liberté fondamentale est violée et, de l'autre côté, l'utilisation mercantile de corps.
Dominique Joris, chargé des dossiers juridiques chez ACAT-Suisse, affirmait pour sa part que "les consentements de ces personnes décédées n'existent pas". Il a fait référence notamment à une étude menée de 2006 à 2016 visant à faire la lumière sur le commerce d'organes et de cadavres en Chine.
A Berne, une exposition semblable s'est tenue du 4 au 14 octobre. ACAT-Suisse s'y est opposée sans succès.