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L'évolution globale du peuplement humain de la région de Kerma est connue sur près d'un million d'année.
La reconstitution du peuplement humain de cette partie de Haute Nubie est évidemment ponctuée de périodes non documentées. Cependant, les récentes recherches ont permis de retracer de manière plus précise les millénaires précédents l’émergence du premier royaume d’Afrique noire.
Les premiers indices du peuplement de la région sont livrés par le site de Kaddanarti. Il s’agit d’un campement marqué par la présence d’outils en silex (essentiellement chopper et chopping tool) et d’ossements d’animaux aujourd’hui disparus. Il est daté entre 1 et 0,5 million d'années. Bien que bipèdes et produisant des outils, les populations de l’époque ne correspondent ainsi pas à la forme moderne de l’homme. La région a probablement été habitée à une période encore plus ancienne, comme le suggèrent les découvertes réalisées en Ethiopie, au Kenya et au Tchad.
Les prospections de ces dernières années ont conduit à l’identification de sites plus récents remontant à l’Acheuléen (entre 500'000 et 200'000 av. J-C.) et surtout au Paléolithique moyen (entre 200'000 et 35'000 av. J-C.). Le gisement le plus spectaculaire se trouve au sommet d’un ancien volcan, à 40 km du Nil. Des ateliers de taille, des éclats et des outils en basalte sont aujourd’hui retrouvés dans la position même où ils ont été abandonnés, il y a plusieurs dizaines de milliers d’années.
Le climat devient particulièrement aride durant le Paléolithique supérieur (entre 35'000 et 10'000 av. J-C.), période qui n'est pas documentée dans la région. Les populations humaines ont sans doute été contraintes de se rapprocher du Nil, et les vestiges de leur présence sont aujourd’hui enfouis sous plusieurs mètres de sédiments ou ont été emportés par les alluvions du fleuve.
L’Epipaléolithique (entre 10'000 et 7000 av. J-C.) est une période bien documentée. Les variations climatiques de l’Holocène ont fortement influencé le peuplement humain. Entre 10'000 et 6000 av. J.-C. l’humidité était marquée, favorisant la formation de lacs dans le Sahara et d’une végétation abondante de type savane. La plupart des zones aujourd’hui désertiques étaient habitables, facilitant ainsi les contacts à travers tout le Sahara selon un axe est-ouest. Les abords du Nil étaient en revanche difficiles d’accès et les populations s’installèrent plutôt en retrait des zones inondables.
Dès le Ve millénaire av. J.-C. débute une phase d’aridité qui force les populations à se rapprocher du fleuve et à se fixer dans la vallée du Nil. Il est actuellement possible de mettre en évidence les principales transformations sociales et économiques qui interviennent au cours des millénaires et qui aboutissent au développement d’un royaume puissant dominant la région : sédentarité, élevage, agriculture, développement des échanges, croissance démographique, inégalités sociales et émergence des premières cités.
Pour en savoir plus, consultez les publications de M. Honegger.
Sites archéologiques : El-Barga, Wadi El-Arab, Kaddanarti, Boucharia