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Jours deux cent soixante-quatre à deux cent soixante-six. Une ville de pirates, de marins et de poètes. Les centaines de baraques bariolées accrochées aux collines forment un joli fatras de bois et de tôle. Des ruelles qui montent et descendent, des escaliers abruptes, des ascenseurs et funiculaires d’un autre temps, des grappes de fils électriques, des bagnoles sans pneus qui pourrissent dans les caniveaux, des chiens et des chats qui errent à droite et à gauche et de vieux trolleybus suisses qui grincent en secouant leurs remorques sur des grilles d’égouts mal fixées.
Valparaiso, c’est d’abord une large baie offrant depuis des siècles protection aux marins qui naviguent dans les eaux du Pacifique. Un port de commerce créé en 1544. Pillé et adoré par les pirates et autre aventuriers comme l’anglais Francis Drake. Une ville détruite à de maintes reprises par de violents tremblements de terre. Et puis à l’époque de la ruée vers l’or californienne, Valparaiso devient une étape importante pour les navires européens qui passent le Cap Horn ou le Détroit de Magellan. Ce fut aussi une capitale de la finance et la ville la plus moderne de tout un continent avant de tomber dans l’oubli en 1914.
La faute au Canal de Panama. La faute au chemin de fer qui sillonne désormais les amériques du nord au sud. La faute aux nouveaux bateaux à vapeur qui s’arrêtent plus au nord, à proximité des mines de charbon. Les banques quittent la côte pour s’installer à Santiago. La classe moyenne dresse ces maisons de vacances à Vina del Mar et Valparaiso se meurt petit à petit.
Dans les années soixante, la ville est réveillée de tant à autre par l’arrivée de la septième flotte américaine qui vient y faire découiller ses GI’s. Début septante, le nouveau gouvernement d’Allende met un terme aux orgies et les ricains s’en vont faire la fête ailleurs, pour ne plus revenir.
Valparaiso, une ville décrépie et rafistolée, une ville sale et pas toujours sûre. Presque tous les résidents de notre pension se sont fait voler leur portefeuille, appareil photo et autre collier dans les rues sombres. Une ville que l’on aime (ou pas). Une ville qui a une âme, une histoire et du caractère. On déambule. La Place Sotomayor et son monument gardé par deux soldats à pompons. Le port avec les vaisseaux sinistres et gris de la marine chilienne amarrés à la jetée. Un incendie au loin dans les collines et la foule qui s’amasse sur les docks pour admirer la colonne de fumée. Les jardins flamboyants de « La Sebastiana », la maison tarabiscotée de Pablo Neruda et la villa superbement situé du caricaturiste Lukas.
De son vrai nom Renzo Pecchenino, ce dessinateur de presse d’origine italienne a toujours vécu à Valparaiso. Son trait est vif et précis, ses noirs et blancs sublimes. Ce gars-là tenait une véritable passion pour ce coin de pays. Un soucis presque maniaque des détails lorsqu’il croque un bâtiment, un voilier ou un autobus (il était architecte de formation). Ces dessins sont superbes et nous en apprennent plus sur la ville que n’importe quel guide de voyage. Nous resterons longtemps sur la terrasse de son mirador à admirer le mouvement des bateaux dans le port et à savourer ses caricatures et autres aquarelles.