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Dans quelle mesure la Suisse parviendra-t-elle à réguler l’immigration venue des pays tiers? Est-ce que l’aide au développement et la répression sont des mesures de régulation satisfaisantes ?
Une analyse de la position défendue par les décideurs politiques suisses montre que l’immigration est principalement conçue comme un problème à résoudre. La réduction permanente du nombre d’immigrants est un but implicite pour nombre de politiciens. Les solutions proposées se limitent généralement à deux instruments de régulation : le développement économique dans les pays d’origine et les mesures de répression. Ces options sont perçues comme deux alternatives. Il existe une forte tendance à jongler entre ces deux stratégies si l’une ou l’autre venait à être remise en cause.
Nombre de politiciens suisses – et dans une certaine mesure l’administration fédérale – voient dans l’aide au développement un outil efficace de réduction du nombre d’immigrants. Et ce même si les recherches scientifiques ne montrent pas de rapport positif entre l’aide au développement économique accordé à un certain pays (augmentant le revenu disponible par personne) et une baisse de l’émigration. Les études démontrent plutôt le contraire : une croissance économique rend possible le financement de la migration et stimule donc l’émigration. A ce titre, les nouvelles classes moyennes des pays en voie de développement et des pays émergeants représentent un potentiel d’émigration immense. Ce lien entre croissance économique et émigration est un fait avéré mais il n’est pas suffisamment intégré dans les réflexions stratégiques des instances de l’administration fédérale et des partis politiques suisses. Un défi central est ainsi ignoré : le potentiel migratoire énorme lié au développement économique dans des pays à revenus moyen et bas.
Les politiques migratoires existantes apportent rarement la preuve de l’efficacité des mesures qu’elles imposent. Elles transforment même en arme rhétorique le soi-disant fait que l’aide au développement économique contribue à réduire l’immigration. Cette conception de l’aide au développement se révèle inefficace. Plus grave encore : l’aide au développement, si elle est instrumentalisée, met en danger son objectif propre, à savoir la réduction de la pauvreté. En développant des politiques liant l’aide au développement aux questions migratoires, les moyens à disposition de la Direction pour le développement et la coopération (DDC) ne sont pas employés à bon escient. Ces moyens ne devraient pas être engagés en vertu de leur prétendue utilité migratoire.
La réduction de l’immigration par des mesures répressives apparaît également comme une option insatisfaisante. La politique migratoire suisse place des espoirs inconsidérés et exagérés dans cette stratégie. La répression comme outil de régulation de la migration est à bien des égards problématique et inefficace. D’une part, de nombreuses possibilités de contourner cette politique répressive existent. Cet état de fait est encore trop souvent nié par le discours politique dominant. D’autre part, les avantages potentiels pour les futurs immigrants sont si importants que même les mesures les plus chères et les plus répressives ne parviendraient pas à modifier la donne de base : l’immigration reste l’option la plus attractive pour nombre de personnes. Les pays d’origine ont également un intérêt marqué à l’émigration de certains de leurs concitoyens. Les retours financiers (remittances) et la migration circulaire représentent des apports considérables pour beaucoup de ces pays.
Ce papier de discussion propose une évaluation réaliste des options à disposition de la Suisse pour réguler l’immigration de manière efficace. L’angle d’attaque de nos discussions sur l’immigration doit être modifié. Abandonnons les mesures visant à empêcher l’immigration à tout prix pour nous concentrer sur les mesures permettant de promouvoir une immigration contrôlée qui soit à l’avantage de tous.
Le papier de discussion propose les recommandations suivantes aux décideurs politiques suisses:
•Le scénario d’une augmentation de la migration devrait être accepté comme point de départ à la politique migratoire suisse.
•L’aide au développement devrait se concentrer sur son but principal, à savoir la réduction de la pauvreté. L’aide au développement met en danger son objectif propre et risque son efficacité si elle devient un instrument de la réduction de la migration.
•Les effets positifs de la migration sur le pays d’origine peuvent être augmentés par le biais d’une immigration contrôlée.
•Les stratégies politiques qui sont frontalement opposées aux intérêts des migrants ne peuvent pas être imposées durablement, même pas par des mesures répressives massives.
•L’aide au développement devrait augmenter l’autonomie des personnes vivant dans la pauvreté. Autonomie signifie aussi mobilité. Ainsi, l’émigration n’est pas un indicateur d’échec, mais bien plutôt de réussite.
Papier (en allemand): “Verhindert wirtschaftliche Entwicklung Migration?”
Source: Foraus