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A Guantanamo, il y a des micros dans la salle du tribunal
Procès—
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Au deuxième jour d'une audience préliminaire retransmise sur la base militaire de Fort Meade (Maryland, est), Maurice Elkins, directeur de la technologie de la salle d'audience, a indiqué que plus d'une vingtaine de micros répartis dans le tribunal ultra-moderne pouvaient, jusqu'à ce qu'ils soient modifiés lundi, saisir même les échanges en aparté des accusés et de leurs avocats.
«Ces microphones très sensibles peuvent saisir la moindre de nos conversations depuis différents endroits (du tribunal), n'est-ce-pas?», a demandé David Nevin, l'avocat du cerveau du 11-Septembre, Khaled Cheikh Mohammed.
Et «vous ne savez pas ce que (le gouvernement) fait avec le son qu'il reçoit», a-t-il ajouté sous le regard médusé de son client, portant une longue barbe rousse et une tenue de camouflage.
Manque de confidentialité
Le témoin était appelé à la barre alors que les avocats s'inquiètent de la confidentialité de leurs conversations avec leurs clients, dans la salle du tribunal mais aussi dans les bureaux ou les cellules où ils se rencontrent.
Les avocats ont demandé que cette question soit examinée en urgence après un coup de théâtre, le 28 janvier, quand le juge a révélé qu'une agence gouvernementale du renseignement (OCA, original classification authority) écoutait les débats de l'extérieur et pouvait les censurer le cas échéant.
A la demande du juge James Pohl, les micros de la salle d'audience ont été modifiés lundi après-midi, afin qu'ils ne puissent pas saisir par inadvertance les conversations confidentielles. Les avocats doivent désormais appuyer sur le micro pour parler, alors qu'ils devaient auparavant presser un bouton pour que le micro soit en position «silencieux».
Trois micros, ceux du juge, du box des témoins et du podium central où viennent s'exprimer les avocats et les procureurs, restent activés en permanence.
Mais David Nevin a fait la démonstration, en chuchotant, que ce qu'il disait pouvait être saisi par un autre micro que celui, éteint, se trouvant devant lui.
Deux circuits audio
Interrogé par l'avocat James Connell, Maurice Elkins a expliqué que deux circuits audio distincts sortaient de la salle d'audience: le premier «filtré» destiné aux journalistes et aux familles des victimes avec un différé de 40 secondes, permettant une censure. Le deuxième «non filtré» et captant tous les chuchotements, parvenant à la personne chargée des retranscriptions (court reporter), aux interprètes mais aussi à l'agence gouvernementale écoutant l'audience.
En présence de trois des cinq accusés, les deux autres ayant boycotté l'audience, les avocats ont tour à tour protesté de ne pas avoir été informés en amont de l'existence de ce second circuit.
Malgré son insistance et en raison des nombreuses objections des procureurs, Me Connell n'a pas réussi à savoir où se trouve l'OCA, qui a ainsi accès à des conversations confidentielles entre avocats ou entre les avocats et leurs clients.
Pour le gouvernement, Clayton Trivett a fait une «analogie» avec les conversations souvent inaudibles dans un restaurant, s'attachant à montrer qu'elles sont incompréhensibles si elles ne sont pas isolées. Or, le témoin a indiqué que le gouvernement n'avait ni la capacité d'isoler les conversations, ni de les enregistrer ni d'en amplifier le son.
«Comment savez vous ce que fait» le gouvernement?, a demandé l'avocat Walter Ruiz, soulignant que le gouvernement pouvait toujours utiliser un simple enregistreur électronique. «Je ne connais pas les capacités de chacun», a admis Maurice Elkins.
Le chef des procureurs, le général Mark Martins, avait affirmé la veille dans un communiqué «qu'aucune entité du gouvernement des Etats-Unis n'écoute, ne surveille ou n'enregistre les communications entre les cinq accusés et leurs conseils à aucun endroit». (afp/Newsnet)
Créé: 12.02.2013, 19h52