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09 août 2012
Quel type d’échange pratiquons-nous?
Les humains et certains animaux sont sensibles à la réciprocité. L’échange doit aller dans les deux sens sans quoi l’un se sent lésé et n’échange plus, ou un conflit s’installe. La réciprocité suppose une certains symétrie d’échanges de même nature. «Je te donne autant que tu me donnes».
Cela peut être aussi «Je te donne une chose et j’en reçois une autre, et cela me va». C’est le principe du commerce. Je te donne quelque chose que tu n’as pas et dont tu as besoin, en échange de quelque chose que je n’ai pas et dont j’ai besoin. Le commerce est intéressant pour le contrat qu’il instaure entre deux personnes.
Il y a une forme de réciprocité dans tous les cas. L’échange doit être un système gagnant-gagnant suffisamment équilibré pour que tout le monde ait son avantage ou son bénéfice. Une relation commerciale où l’un donne toute ses pommes de terre et où l’autre ne rend rien en échange est impossible. Elle est sans avenir et sans durée.
Les relations inter-individus autres que commerciales entrent aussi dans la nécessité de l’échange, du gagnant-gagnant. Tant que l’on a suffisamment d’avantages, et surtout plus d’avantages que de désavantages, on continue un échange. Quand l’équilibre se rompt l’échange est menacé.
Lu dans Dossier pour la Science de cet été une info concernant la manière et les raisons dont les humains et certains animaux échangent entre eux, ou coopèrent. Numéro au demeurant très intéressant sur l’Homme de Néandertal et l’invention de la culture. Trois formes d’échange sont synthétisée:
1. L’échange fondé sur la symétrie
C’est l’échange affectif. L’amitié ou l’amour en sont des exemples. L’affection qui lie les personnes engendre des comportements mutuellement favorables. Quand on aime on veut le bien de l’autre - en italien cela est très bien rendu par «Ti volio bene». Dans cet échange on ne calcule pas ce qui est donné et reçu. Souvent, plus on donne plus on reçoit. Et il y a un équilibre global sur la durée qui permet de petites variations dans la réciprocité, par exemple un partenaire donne plus pendant une période parce que l’autre est moins disponible.
Cette symétrie est répandue dans la nature. Elle se fonde sur des liens d’affinité affective. «Tant qu’on s’aime, on échange». Mais si l’un donne et l’autre pas, la relation va péricliter et s’arrêter. En affect comme ailleurs, il faut un système gagnant-gagnant. Les deux partenaires ont besoin de recevoir suffisamment pour continuer à donner.
On ne calcule donc pas. En réalité il y a une forme de calcul. On attend la réciprocité. On évalue si elle est satisfaisante ou non. Mais ce calcul n’est pas mathématique. Il est très subjectif. Ce calcul peut paraître choquant. On imagine que l’amour est don de soi gratuit. Jusqu’à un point. Sans retour adéquat, l’amour devient bataille ou abandon.
L’exemple cité par l’article pour cet échange concerne les chimpanzés: des chimpanzés amis se regroupent, s’aident à s’épouiller ou se soutiennent mutuellement dans les combats.
2. L’échange fondé sur l’attitude
C’est un échange plus circonstancié. On pourrait presque parler d’un échange de faveurs: «Si tu es gentil, je le serai aussi».
Au fond c’est assez normal de favoriser jusqu’à un point ceux qui nous favorisent de leurs bonnes grâces. L’éducation est en partie élaborée sur ce mécanisme de la gentillesse. «Si tu es un gentil garçon je serai gentil, je t’achèterai la console de jeu que tu désires». C’est un échange interactif et co-dépendant.
On peut y voir les premiers signes caractéristiques de la manipulation, car l’enfant peut être gentil en apparence pour obtenir de nous ce qu’il veut. Rien ne dit qu’il est gentil intérieurement, ni qu’il continuera à l’être après avoir reçu son cadeau. Mais il n’est pas utile de chercher si loin. Le comportement prime en quelque sorte sur l’intention réelle. D’ailleurs on n’en demande pas plus: adopter un comportement de coopération est une attitude favorable dans les relations. Par contre la loyauté de l’échange affectif ne s’y retrouve pas. C’est pourquoi la loyauté doit être fondée sur son engagement et non sur l’affect. On connaît assez de loyautés parasites sur le plan affectif pour ne pas se soumettre aveuglément aux sentiments.
3. L’échange fondé sur le calcul
«Qu’as-tu fait pour moi, et en conséquence que puis-je faire pour toi?» On négocie la relation. C’est le cas d’une relation de travail. Chaque partenaire a un engagement contractualisé qui définit le cadre et la nature de l’échange. Ici il ne doit pas y avoir d’affect car il tend à faire sortir du cadre.
Ce peut être différent pour un couple qui travaille ensemble, ou si un employeur en difficulté est soutenu par ses employés.
L’attitude ici ne convient pas non plus. En effet il ne s’agit pas de donner en co-dépendance. Chacun sait en lui-même ce qu’il a à faire et ne le fait pas dépendre de la gentillesse ou de la non gentillesse de l’autre.
A partir des définitions de ces trois formes d’échange, chacun peut se questionner et si besoin s’ajuster: quelle forme d’échange pratique-t-on le plus, et dans quel domaine? Est-on capable d’instaurer des échanges gagnant-gagnant?
On peut aussi se demander quelle est la place de l’amour inconditionnel dans ces définition. Tout donner sans attendre de retour est-il un état de sainteté, ou un simple dérèglement de l’essentielle notion de réciprocité?