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Du 17 au 26 mars, le Grütli accueille Phil Hayes et Taimashoe pour un spectacle en anglais, autour des fantômes et du pardon. Dans Invited Ghosts, le comédien et la musicienne autodidacte nous emmènent dans leur univers plein de poésie pour un moment de douceur.
Sur la scène, un décor de neige : une mousse blanche recouvre le sol, un arbre se dresse, aux côtés d’un piano. À l’avant de la scène, on aperçoit une grosse caisse en métal et un sac Uber Eats. Pendant plusieurs minutes, on n’entend que le bruit du vent, puis celui de chiens qui aboient au loin et des voitures qui passent sur l’autoroute voisine. Un homme débarque, rapidement accompagné d’une musicienne. Son téléphone sonne, la personne qui devait le rejoindre lui annonce qu’elle ne pourra pas venir. Une fois la déception passée, il enchaîne les appels à des gens, leur racontant des choses qu’il ne leur a jamais avouées, et leur demande pardon, les implorant de ne pas le rappeler.
Convoquer les fantômes
Chaque appel s’apparente alors à un fantôme qui le hante, comme une culpabilité qui le ronge, pour des événements plus ou moins graves. Dans le poème qu’il récite au début, chaque strophe se termine par « I have come », comme pour évoquer le fait qu’il a parcouru un long périple pour arriver là où il est, dans cet ailleurs un peu hors du temps et du monde. Avant de délivrer ses appels, une fois la colère passée, il dit ne pas en vouloir à celui qui n’est pas venu, qu’il n’a pas le temps pour ça. C’est sans doute ce qui le décide à appeler les autres, dans une forme de remise en cause de ses propres erreurs, car lui non plus n’a pas toujours agi de manière correcte.
Dans ses appels, il demande à ses interlocuteurs de l’écouter, simplement, de ne pas le rappeler, raison pour laquelle il ne s’adresse à eux que sur leur messagerie. Les Invited Ghosts du titre semblent alors être ces fantômes du passé qui le hante, ses propres démons. À moins qu’ils ne soient justement ceux qu’il appelle, qui ne seraient plus de ce monde ? À cette question, le spectacle n’apporte pas de réponse. Si mort il y a, peut-être n’est-elle que symbolique, celle d’une amitié qui n’est plus ? La scène finale nous donne encore une autre piste d’interprétation : les deux personnages paraissent désormais isolés, comme sur un îlot rappelant la forme d’un nuage. Seraient-iels alors mort·e·s elleux aussi ? Les aveux et les demandes de pardon sonneraient alors comme un adieu, une manière de libérer sa conscience et de quitter ce monde en paix avec soi-même…
Tout en poésie
Invited Ghosts est un spectacle qui ne ressemble à aucun autre. Beaucoup de choses passent par le ressenti, et rien n’est délivré clairement au public, qui se fait sa propre interprétation dans sa tête. Il y a, bien sûr, d’abord les mots, toute cette poésie qui jalonne le spectacle, avec ses nombreuses rimes qui sonnent comme une litanie. On perçoit aussi une forme de mystère : où est-on ? Que font-iels là ? Où vont-iels ? Aucune clé n’est donnée, et l’anglais, bien que surtitré crée une distance supplémentaire pour accentuer ce côté mystérieux.
Et puis, il y a la musique, qui donne des couleurs aux mots dans ce paysage blanc et désolé : dans la douceur ou plus en force, elle semble appuyer les intentions de l’homme, pour leur donner la touche de sentimentalisme qui leur manquait. Certains passages sont également chantés, comme un refrain qui revient, avec une part d’improvisation qui apporte une petite touche d’humour anglais, tout en sobriété, à ce spectacle.
Invited Ghosts, on pourrait le résumer comme une poésie en forme d’éloge du pardon. Et si pardon ne rime pas avec oubli, les mots qui résonnent nous enjoignent à prendre un peu de distance pour nous détacher de ces fantômes qui nous hantent, toutes et tous :
You don’t have to be careless, care less.
You don’t have to be fearless, fear less.
Fabien Imhof
Infos pratiques :
Invited Ghosts, un spectacle de First Cut Productions, du 17 au 26 mars 2023 au Grütli – Centre de production et de diffusion des arts vivants.
Mise en scène : Phil Hayes
Avec Phil Hayes et Gessica Zinni, alias Taimashoe
Photos : © Niklaus Spoerri