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Le caractère erroné de la règle des « trois, six ou neuf jours » a été démontré en 1863 déjà par le professeur d'astronomie et de géographie physique genevois Emile Plantamour. Dans son ouvrage « Climat et Météorologie de la Suisse-romande », publié en 1985, Max Bouët a conforté ce point de vue en expliquant que les situations de bise duraient en général deux jours, plus précisément un jour et demi.
Comment alors expliquer que la croyance des « trois, six ou neuf jours » soit encore si présente dans les esprits ? Il y a plusieurs raisons:
Par sa simplicité, son caractère "prédictif", la règle se retient d'abord très facilement. "L'essayer, c'est l'adopter", serait-on tentés de dire. Il n'est par ailleurs pas facile de la contredire à moins d'avoir un certain nombre de connaissances.
En effet, la bise ne se pose parfois qu’en fin de journée. Elle peut également se retirer pendant les heures chaudes de la journée, en période estivale. On se trompe facilement dans le décompte..
On confond aussi parfois la bise avec d’autres vents. C'est le cas Morget par exemple, qui souffle en été depuis les pentes du Jura sur la région de Morges (voir carte ci-dessous). Ce dernier a une orientation Nord/Nord-est, il ne s’agit pas moins d’une brise thermique nocturne (sa présence marque en réalité les situations de hautes pressions). Même chose pour le Séchard, entre la pointe de Promenthoux et Genève, à ceci près qu'il s'agit d'un thermique diurne.
Extension du Séchard la journée sur le Petit-lac et du Morget en soirée sur le Grand-lac par situation de hautes pressions [Maurice Berger - rts.ch]
L’Ubère qui souffle sur le lac de Neuchâtel peut également prendre une orientation au Nord-est entre Estavayer-le-Lac et Yverdon. A l’instar du Séchard, ce dernier s’installe dans les situations anticycloniques (voir ci-dessous). Sa force reste en général assez modeste.
Brises thermiques diurnes en situation de hautes pressions sur le lac de Neuchâtel [Astrid Parchet - rts.ch]
Autre cas de figure, le Joran qui souffle parfois avec la même orientation que la bise sur les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat ou encore sur le Léman (pour la petite histoire, son avènement peut être lié à la présence d’orages, au passage d’un front froid ou à présence de hautes pressions, favorables aux brises thermiques nocturnes).
Dernière source de confusion, le foehn, lorsqu'il se manifeste sous la forme d’un vent d’Est sur le Plateau et sur le Léman. Autant d'exemples qui montrent qu'il n'est pas toujours aisé de distinguer la bise des autres vents...
Qu’est-ce qu’une situation de bise ?
Partant du principe que le vent souffle des hautes vers les basses pressions, on parle de situation de bise lorsqu’un anticyclone se forme sur les îles britanniques et que simultanément, une dépression se trouve entre les Baléares, le Golfe de Gênes ou l’Adriatique. Le vent doit avoir par ailleurs une force supérieure à 18 km/h.
Répartition des pressions en situation de bise [Olivier Roux - rts.ch]
Autre caractéristique, la pression est plus élevée à Zurich (ou à Bâle) qu’à Genève mais également plus élevée à Genève qu’à Lugano, comme le montre le relevé de pressions ci-dessus. Plus les différences de pressions sont importantes d'un point à l'autre, plus la bise sera forte.
Dans certains cas, le foehn s’accompagne d’une surpression entre l’Est et l’Ouest du Plateau, si bien que les vents s’orientent au Est/Nord-est malgré des pressions plus élevées à Lugano que sur le Plateau, d’où l’appellation « bise de foehn ».
L'expression est de bon aloi - Météosuisse l'utilise régulièrement -, mais il ne s’agit pas d’une situation de bise à proprement parler.
Quoique... les avis sont partagés !
Philippe Jeanneret