Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07091.jsonl.gz/240

Premiers balbutiements de la synthèse sonore
Elisha Gray, qui est connu pour avoir déposé un brevet pour le téléphone le même jour qu' Alexander Graham Bell en 1876, sera écarté au profit de son concurrent. En revanche, il reste pour l'histoire l'inventeur du premier instrument électrique cette même année, inspiré de ses propres recherches sur le télégraphe puis sur le téléphone. Le Télégraphe musical consacre ainsi la naissance des premiers oscillateurs électromagnétiques.
Entre 1895 et 1905, le Canadien Thaddeus Cahill invente le premier instrument électrique qui va faire date en connaissant un certain succès, aux États-Unis: le Dynamophone ou Telharmonium. Une salle de 18 mètres de long contient les machines nécessaires à son fonctionnement. Ces dernières produisent un volume tellement puissant que le clavier de commande est situé dans une autre pièce. Chaque oscillateur (il y en a 145) est en effet une dynamo de taille variable (suivant la hauteur de son produite) pilotée par un moteur bruyant. L'instrument pèse 200 tonnes. La musique est transportée par un procédé électrique au moyen du téléphone. Le but est de réaliser des concerts dans des grands hôtels, des restaurants ou des théâtres reliés par ce moyen à l'instrument. Le clavier est sensitif et polyphonique. Après un certain succès commercial, l'entreprise qui diffuse l'instrument (la New England Electric Music Company) tombe en faillite dans les années dix. Jamais résolues, certaines perturbations dans les lignes téléphoniques n'aideront pas à la réussite du projet. Mais le procédé aura eu quelques échos auprès des compositeurs novateurs qui vont suivre (comme Busoni). Il est à noter que, comme souvent lors des premiers essais de nouveaux instruments électroniques à venir, on n'invente pas à cette occasion une nouvelle musique pour ce nouvel instrument: les oeuvres jouées sont celles de Bach, de Chopin etc.
En 1906, Lee de Forest invente la triode, qui permet l'amplification d'un signal électrique. C'est le début de l'électronique. L'amplification électrique permettra le développement de la radio à partir des années vingt ainsi que l'arrivée de l'enregistrement électrique et la création des premiers instruments électroniques. Lee de Forest créera le premier d'entre eux, l'Audion piano, en 1915 (il nomme < audion > sa triode). Dès lors, le type d'entreprise qu'aura tenté Cahill est rendu totalement obsolète par la miniaturisation des composants.
Comme à chaque époque, la lutherie instrumentale progresse avec l'avènement de technologies plus abouties. Le XIXe siècle, avec les dernières améliorations du piano, de l'orgue, des clefs et des pistons sur les instruments à vent, fit parfaitement preuve du génie de son époque. De la même manière, la lutherie du XXe siècle sera à partir de ce moment profondément marquée par l'électronique,
UN FOURMILLEMENT D'INVENTIONS (I920-1945)
C'est après la première guerre mondiale que, l'électronique commence à émerger dans la lutherie instrumentale. La voie est ouverte à un changement d'esthétique qui est annoncé depuis le début du siècle au travers des écrits de différents compositeurs (Russolo, Busoni, Varèse). La technologie ne demande plus qu'à s'exprimer via l'inventivité des ingénieurs. La guerre passée, l'Europe sort d'un cauchemar, véritable suicide collectif. On peut alors recommencer à penser musique en dehors des marches militaires et des hymnes patriotiques. Il est néanmoins indéniable qu'au-delà de l'horreur, toute guerre est une stimulatrice incroyable en matière de développements technologiques. Les deux guerres mondiales du XXe siècle auront amené leur lot d'avancées aux musiques électroniques. Mobilisant l'ensemble de ses secteurs d'activités et ses plus brillants esprits, l’Homme peut aussi exceller lorsqu'il s' agit d'auto-destruction, curieuse règle jamais démentie par l'histoire.
La suite tout bientôt