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Autant l’avouer d’emblée, j’ai beaucoup de mal à faire un résumé de ce court roman paru en 1977. Il se découpe en quatre chapitres, le premier relatant le séjour de la narratrice chez son arrière-grand-mère Webster, une femme "raide" et conventionnelle vivant dans une villa de Hove (côte sud de l’Angleterre). La vieille dame a un caractère acariâtre, rigide, et elle se plaît à régenter son arrière-petite-fille, de passage chez elle pour un séjour de repos au bord de la mer, mais aussi Richards, sa domestique borgne dont le dos est aussi plié que celui de la trisaïeul est droit (ce dont elle tire une certaine fierté).
La narratrice, alors âgée d’une douzaine d’années, se sent tyrannisée et est effrayée. Mais c’est aussi pour elle l’occasion de se plonger dans sa généalogie ; son père est mort alors qu’elle n’était encore qu’une enfant et elle sait finalement peu de choses de sa famille paternelle. Elle commence part s’intéresser à sa grand-mère, la fille de granny Webster, qui passera sa vie à moitié folle dans une grande demeure d’Irlande du Nord qui tombe en ruine, puis à Londres où elle connaît quelques années de rémission, avant de finir ses jours à l’asile, internée par sa propre mère qui signe les papiers à la place de son gendre, lequel ne pouvait se résigner à cette finalité (c’est le troisième chapitre qui se concentre sur cette partie de l’histoire).
Si sa grand-mère croyait aux fées et aux elfes, sa fille, tante Lavinia pour la narratrice, est une mondaine entretenue par ses amants mais qui finira par se suicider. Le lecteur découvre son histoire dans le second chapitre, celui qui m’a le moins convaincu.
La dernière partie est consacrée à la mort et l’enterrement de granny Webster. C’est le plus court et le plus émouvant à mon avis. Certes, l’arrière-grand-mère n’est pas un personnage très attirant et jusqu’à sa mort, elle conservera une certaine emprise sur sa famille, mais j’ai trouvé la scène au cimetière très belle. Seule Richards et la narratrice assistent à l’enterrement. La première sera restée fidèle jusqu’au bout à une femme qui pourtant la malmenait, alors que la seconde n’arrivera pas, même à ce moment-là, à ressentir quelque amour pour son ancêtre.
Le roman est court mais acide. Si la seconde partie m’a moins convaincue, c’est parce que j’avais l’impression d’avoir déjà lu une histoire comme celle de Lavinia et que, du coup, j’étais sûrement un peu blasée. Ce chapitre m’a beaucoup fait pensé à L’autre jardin de Francis Wyndham et à La pelouse de camomille de Mary Wesley ; en moins bien à mon goût, toutefois. Le troisième chapitre qui décrit la vie des grand-parents de la narratrice dans leur manoir est le plus noir, je dirais presque le plus "sordide". Caroline Blackwood décrit très bien le bâtiment qui tombe en ruine, la saleté, les repas dégoûtants, le manque d’argent ; tous ces éléments qui semblent comme des répondants à la folie de la grand-mère.
Extrait
« A l’époque où Tommy Redcliffe venait à Dunmartin Hall, ma grand-mère pouvait être parfois très agréable et normale. « Sa tragédie, c’était que ça ne durait pas… »
Elle vivait dans un monde qui n’était pas celui des autres. Souvent elle restait dans sa chambre pendant une grande partie de la journée et n’en sortait qu’à la nuit pour errer sans répit autour de la maison. Parfois elle apparaissait dans la salle à manger alors qu’on était en plein milieu d’un repas, saluant très vaguement son mari, son fils et ses invités comme si elle les reconnaissait à peine mais qu’elle était cependant contente de trouver de la compagnie. Elle s’asseyait à table et faisait la conversation. Pendant un moment, elle était parfaitement lucide et un espoir contagieux s’emparait de toutes les personnes présentes. Peut-être qu’elle allait mieux… Mais alors elle se mettait à parler d’elfes et de fées. » (p. 102)
En relisant cet extrait, je me dis que le roman m’a quand même bien plu, malgré le fait que sur le moment, j’étais un peu dubitative. Probablement que s’il avait été plus long, je l’aurais abandonné.
Lady Caroline Blackwood est née à Londres en 1931, fille aînée d’un marquis et d’une héritière de la brasserie Guinness. Eduquée en Angleterre et dans un internat en Suisse, elle fait des études à Oxford puis travaille comme secrétaire chez un éditeur avant de devenir journaliste. Elle a été mariée trois fois avec des personnalités : au peintre Lucian Freud (1953-8), puis au pianiste Israel Citkowitz (1959-72) et enfin au poète Robert Lowell (1972-7). C’est ce dernier qui l’a particulièrement encouragée à écrire et son premier roman, The stepdaughter (1976) reçoit un prix, alors que le second, Granny Webster, est nominé pour le Booker Prize. Six autres romans suivront (non traduits). A la fin de sa vie, elle connaîtra quelques problèmes d’alcoolisme mais c’est d’un cancer qu’elle meurt en 1996, à New York.
(tableau : Girl in bed, portrait de C. Blackwood par Lucian Freud, 1952)