Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07107.jsonl.gz/27

Observons maintenant les différentes façons d’extraire l’information d’une phrase. Il n’est pas toujours possible d’accéder à la totalité de la signification d’une phrase en additionnant la signification des mots qui la compose. La quasi totalité des phrases contient un certain nombre d’informations qui ne sont pas dites « de manière directe », mais sont cependant comprises automatiquement. On appelle ces informations les présuppositions et les implications.
Prenons un exemple : « Marie est rentrée à la maison. » Nous avons une première information immédiate qui est que Marie est à cette heure à la maison. Il y a cependant deux informations qui ne sont pas contenues explicitement dans cette phrase, et qui sont malgré tout transmises. La première, triviale, est que Marie existe. La seconde est que Marie n’était pas à la maison quelques temps auparavant. On appelle ces informations des présuppositions. Pour qu’une phrase produise du sens, il est nécessaire que ses présuppositions soient vraies. Elles sont considérées comme vraies par la personne qui prononce la phrase, et également pour la personne à qui la phrase s’adresse. On dit qu’elles sont mutuellement reconnues par le locuteur et l’interlocuteur. On peut également constater que même dans le cas où la phrase est niée, les présuppositions restent vraies. « Marie n’est pas rentrée à la maison » présuppose toujours l’existence de Marie, ainsi que son absence de la maison.
L’usage des présuppositions est très fréquent dans le discours manipulatoire, d’une part car il laisse à penser que les informations présupposées sont évidentes, et d’autre part car il est très difficile de les remettre en cause, car si on nie le propos tenu, les informations présupposées restent vraies. Nous reviendrons sur ce point dans l’article consacré à la manipulation.
L’implication est une information qui découle logiquement de l’, une sorte de conséquence. Si je dis « Jean a perdu ses clés », l’implication est qu’il ne les a plus. Il se peut que l’implication soit fausse (dans le cas où il les a retrouvées), mais dans ce cas elle doit être niée par un autre énoncé qui précise que l’implication ne doit pas être retenue.
Une distinction importante doit être faite entre le sens et la signification d’une même phrase. La signification, comme nous l’avons vu, est la réunion de nombreux critères permettant d’indiquer de quoi nous parlons. Ces critères sont toujours intrinsèquement liés à la phrase en question. Mais certaines nuances sont apportées par l’utilisation que l’on fait d’une phrase dans un contexte particulier. En effet, un grand nombre de phrases prennent un sens différent selon la personne qui la prononce, la personne à qui cette phrase est destinée, et le cadre dans lequel la phrase est prononcée. C’est la réunion de tous ces paramètres qui donne à la phrase son sens. Ainsi une phrase ne possède de sens que dans un contexte particulier. C’est à ce moment là qu’elle se transforme en énoncé. Le sens est l’objet d’étude de la pragmatique, qui sera présentée dans le prochain article.
Je reviendrai sur les notions de présupposition et d’implication dans l’article sur la pragmatique, et dans un article dédié aux différents types de contenu informationnel. En effet, ces notions très complexes méritent davantage d’explications et de précisions. Il n’était question ici que de donner une idée des différents aspects dont s’occupe la sémantique, sans entrer dans trop de détails.