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52. C'est le nombre de lettres que se sont échangées Michael Schiendorfer et Red Bull. Les deux parties se sont ensuite rencontrées au printemps dernier à Salzbourg. L'accord était parfait: il a permis à Marco Odermatt de rejoindre l'un des sponsors les plus puissants du sport mondial. Une consécration pour le skieur de 24 ans et son manager.
A quelle hauteur ce partenariat se chiffre-t-il? Le silence est d'or. Il s'agit sans doute d'une somme à six chiffres par an. Odermatt gagne actuellement pas mal d'argent. Rien qu'en prize money, il encaissera cette saison plus d'un demi-million de francs. Au total, tous revenus confondus, il apparaîtra pour la première fois comme un millionnaire. Certains experts affirment même que le Nidwaldien est déjà le skieur le mieux payé de la planète. Son manager Schiendorfer tempère:
L'homme de 54 ans pense et planifie à long terme. Il estime que les athlètes qu'il encadre doivent «continuer à jouer un bon rôle dans la société et avoir des perspectives professionnelles après leur courte carrière sportive. Pour cette raison, des thèmes comme la formation, le réseau, le développement personnel et la loyauté sont primordiaux.» Il compare souvent la planification de carrière à la construction d'une maison. Au début, on imagine à quoi elle doit ressembler, mais on avance ensuite pas à pas, en s'orientant vers des solutions créatives, si nécessaire.
Schiendorfer et Odermatt ne sont pas seulement sur la même longueur d'onde en matière de finances. L'étincelle a été quasi immédiate lorsque le spécialiste de la communication a discuté pour la première fois d'une éventuelle collaboration et des attentes mutuelles avec son poulain. C'était en 2016, à la table de la cuisine des Odermatt, à Buochs.
Les parents du skieur ont tout de suite apprécié l'honnêteté et la droiture du manager. Une stratégie à long terme, basée sur des valeurs, a été mise en place. Six ans plus tard, Walter, le père d'Odermatt, est enchanté: «Michael est devenu un véritable ami.» Le respect teinté d'admiration est réciproque: «La famille m'a impressionné, avoue Schiendorfer. Elle a des objectifs clairs. Elle est clairvoyante et courageuse.»
Schiendorfer n'incarne pas l'image du manager que l'on connaît surtout dans le football. Il se met lui-même en retrait. Il ne cherche pas la gloire ou le succès rapide, encore moins financier. Pour ce Suisse oriental aux racines autrichiennes, la crédibilité, la transparence et l'ouverture sont importantes. «Mes points forts sont les relations avec les gens», dit-il brièvement. Il est conscient qu'en tant que conseiller externe, il rejoint un environnement qui fonctionnait jusque-là très bien sans lui. «Sinon, l'athlète ne serait pas arrivé aussi loin.»
Schiendorfer l'a tout de suite senti chez la famille Odermatt. L'ancien responsable de la communication de Novartis Suisse, et chef des médias chez Hilti et ABB, a eu très tôt la certitude que le talent du Nidwaldien lui permettrait de devenir un jour le meilleur skieur du monde.
Lors des premiers entretiens avec Marco, qui était alors âgé de 19 ans, Schiendorfer s'est dit impressionné par la maturité de son interlocuteur. «Il est très rapide dans sa tête. Il pose les bonnes questions, a une vision claire et une pensée structurée. Il te met au défi.» Le manager décrit la star du ski comme une personne qui reste fidèle à elle-même, qui défend ses opinions, mais qui est toujours ouverte et intéressée.
Son rôle avec Marco Odermatt est simple: il doit assurer les arrières du sportif, afin que celui-ci puisse se concentrer sur son travail de skieur. Des négociations avec les sponsors à la conception de son casque olympique, en passant par les rendez-vous avec les médias, le manager se charge d'une foule de tâches bien différentes. Et les sollicitations ne manquent pas. Après une victoire d'Odermatt, Schiendorfer a déjà reçu 400 demandes de ski-clubs souhaitant faire venir le prodige pour dispenser une leçon aux enfants.
Parfois, il faut aussi savoir dire non, souligne le manager bâlois. «Car ce qui est le plus précieux pour Marco, c'est le temps, pour qu'il puisse se créer des espaces de liberté.»
Schiendorfer a eu pour premier client un autre grand talent, le lutteur Joel Wicki. Il a ensuite multiplié les contacts jusqu'à s'occuper d'une petite douzaine d'athlètes, dont le skieur Justin Murisier ou le décathlonien Simon Ehammer. Il les protège de la même manière qu'Odermatt, en refusant parfois certaines demandes. Pour les partenariats, il se fie à son intuition et à sa connaissance des gens. Mais il n'hésite pas non plus à analyser des données et des statistiques pour évaluer le potentiel que représenterait telle ou telle marque.
Marco Odermatt est très sensible à la loyauté et la fidélité en affaires. Il skie sur des skis Stöckli depuis 13 ans. Il pourrait gagner bien plus d'argent en optant pour une plus grande marque, mais il n'a jamais entamé la moindre négociation en ce sens.
Le caractère familial de la collaboration entre le champion et son manager n'est pas le fruit du hasard pour Michael Schiendorfer. Cadet d'une famille de sept enfants, ce dernier a grandi à Benken SG, dans la plaine de la Linth, dans un environnement familial paisible.
Il a hérité de son père, politicien et préfet du canton de Saint-Gall, le goût du sport. A l'école du couvent de Näfels, et plus tard à l'armée en tant que grenadier de chars, on lui a transmis des valeurs telles que la volonté, la discipline et la résistance.
Malgré la popularité croissante de Marco Odermatt et les tentations de plus en plus nombreuses, Michael Schiendorfer fait tout pour offrir un environnement stable à son champion. «Malgré tout l'attachement qu'on se porte, il s'agit aussi d'une relation commerciale. Des deux côtés, il s'agit de performance.»
Une performance qui est plutôt au rendez-vous en ce moment.
Le FC Winterthour a terminé en tête d'une Challenge League complètement dingue samedi. Il a profité de sa victoire (5-0) à Kriens et de la défaite d'Aarau contre Vaduz (1-2) pour fêter son ascension dans l'élite au bout du suspense.