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«Boire beaucoup» : les médecins comme les grands-mères donnent parfois ce conseil à ceux qui souffrent d'un rhume ou d'une bronchite. Boire beaucoup, «ça aide à éliminer les toxines» dit-on dans les chaumières. Boire beaucoup, «ça fluidifie le mucus et cela compense les pertes hydriques», dit-on dans les cabinets médicaux. Et de toute façon, cela ne peut pas faire de mal.Vraiment ? Des chercheurs australiens remettent en question la sagesse populaire et concluent que l'excès de liquide pourrait être carrément contre-indiqué dans certains cas. Michelle Guppy et ses collègues de l'Université de Queensland ont procédé à une revue systématique de tout ce qui s'est publié en matière d'apports hydriques lors d'infections aiguës des voies respiratoires (BMJ 2004 ; 328 : 499-500).Aucun essai clinique ne s'est jamais intéressé à ce problème. L'absence de bénéfice prouvé serait sans conséquences si boire beaucoup était sans risques. Mais Michelle Guppy a trouvé dans la littérature de bonnes raisons d'en douter. Les infections des voies respiratoires inférieures sont en effet accompagnées d'une augmentation de la sécrétion d'hormone antidiurétique. Dans ces conditions de rétention hydrique, un apport excessif de liquide pourrait théoriquement provoquer une hyponatrémie.Or, il semble bien que cette situation se produise. Deux études menées chez des enfants atteints de pneumonie montrent par exemple qu'une hyponatrémie est souvent présente. Le déséquilibre est la plupart du temps léger et subclinique. Mais l'une des deux études rapporte un petit nombre de décès en forte hyponatrémie.Les auteurs ne cèdent pas au plaisir facile d'abattre triomphalement une idée établie. En bons défenseurs de la culture du doute, ils appellent modestement les praticiens à une attitude prudente face à la recommandation systématique de «boire beaucoup», notamment en présence d'infections des voies respiratoires inférieures.