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Le fort de Tournoux
Situation et mission
Le fort de Tournoux est situé dans les Alpes françaises du sud, au point de confluence de la haute vallée de l'Ubaye et du vallon de l'Ubayette. Perché sur une crête rocheuse, il occupe une position clef qui lui permet de commander les voies de communications vers la vallée de la Durance (routes de Barcelonnette et col de Vars), face à un assaillant cherchant à déboucher en Dauphiné par le col de Larche.
Construction du fort (1837 - 1865)
Le général Haxo décide la construction du fort en 1837, pour renforcer les faibles défenses existantes dans la région (redoutes de Berwick datant de 1709). Le projet initial, très imposant, prévoit de fortifier toute la crête rocheuse située face au confluent, depuis le fond de la vallée jusqu'au sommet de la montagne. Il sera par la suite réduit et modifié plusieurs fois en raison des nombreuses difficultés rencontrées (terrain particulièrement accidenté, instabilité de la roche, éboulements, restrictions budgétaires). La construction débute en 1843 et dure 22 ans. En 1865, le fort est opérationnel et pratiquement achevé. Il comprend la batterie inférieure (dite Batterie 12), le Fort Moyen et le Fort Supérieur. Entre-temps, le projet initial a été amputé des ouvrages supérieurs (Batterie des Caurres et ouvrage de Serre de l'Aut), qui ont disparu du projet dès 1842 (ils ne seront réalisées que bien plus tard, sous l'impulsion du général Séré de Rivières). En outre, le Fort Inférieur prévu dans le projet initial, qui devait former un vaste ouvrage fortifié relié au Fort Moyen par un fossé défensif, a été réduit à la batterie 12 déjà creusée, la liaison entre les deux étant finalement assurée par un escalier à canons souterrain creusé dans la falaise. En 1873, le fort reçoit ses premiers occupants (une compagnie du 112e R.I. de Digne), mais il ne disposera d'une garnison permanente qu'à partir de 1887 (auparavant, il n'était occupé que durant la bonne saison).
Premiers renforcements (1877 - 1883)
L'apparition de l'artillerie rayée (à partir de 1858) et les expériences tirées de la guerre de 1870 font que le fort est jugé insuffisant dès son achèvement. C'est pourquoi le général Séré de Rivières décide de compléter les fortifications existantes. Les années 1877 - 1880 voient le remplacement de l'artillerie de bronze initiale, à âme lisse et à chargement par la bouche, par de nouveaux matériels rayés en acier frété, se chargeant par la culasse. Ces nouvelles pièces De Bange et Lahitolle tirent non plus des boulets pleins, mais des obus explosifs, avec une portée qui atteint désormais 8'000 à 10'000 m selon le calibre. L'augmentation de la portée ouvre de nouvelles perspectives. C'est pourquoi on décide de compléter le fort par l'installation d'une batterie au Clos des Caurres, sur la crête qui domine le Fort Supérieur, comme le prévoyait le projet initial remanié en 1842. Cette première batterie des Caurres est renforcée, entre 1979 et 1883, par l'installation d'une deuxième ligne de batteries défendue par un puissant fossé équipé de caponnières, destinée à battre non seulement la forêt dominant le fort mais toute la région alentour.
Compléments et ajouts (1890 - 1893)
Les années 1890 - 1893 voient la construction du petit ouvrage de Serre de l'Aut sur la crête de la montagne qui culmine à 2000 m d'altitude. Cet ouvrage d'infanterie, qui figurait dans le projet initial de 1839, était destiné à protéger par des feux d'infanterie la batterie des Caurres et le Fort Supérieur. Il comprend un bâtiment pour la troupe (48 hommes) et une citerne, complétés plus tard par l'installation de 2 canons de 95 mm et d'un poste optique. La Batterie des Caurres est améliorée par la construction des entrées est et ouest, l'aménagement d'une soute à munitions et le creusement d'une galerie souterraine la reliant au Fort Supérieur (garantissant une liaison sécurisée toute l'année). Au fond de la vallée, on entreprend parallèlement la construction de l'imposant bâtiment de la caserne Péllegrin et d'une infirmerie et d'un parc du génie. Le tout est complété par un téléphérique permettant la liaison directe avec le fort, capable de transporter de 250 kg en 10 minutes...
Dernières modifications (1913 -1914)
Les années d'avant-guerre voient la pose des grilles défensives. La Batterie des Caurres est renforcée par l'installation d'un casemate de flanquement à 2 canons. On y construit également une longue caserne casematée prévue pour 650 hommes et 7 officiers, comportant 16 alvéoles, qui ne sera jamais terminée. Quant à l'atelier de confection des charges d'artillerie et de remplissage des munitions prévu à côté, il restera au stade des terrassements. La Batterie inférieure (Batterie 12) est également renforcée par un blockhaus en béton armé de 2 pièces de côte modèle 1888 sur affût à pivot central, destiné à interdire le débouché du vallon de l'Ubayette par des tirs rasants.
Le fort durant les deux guerres mondiales
Durant le premier conflit mondial, le fort de Tournoux sert successivement d'école pour la formation militaire de volontaires serbes, puis de prison pour les prisonniers allemands internés en Ubaye. Dès 1931, le fort est abandonné au profit des nouveaux ouvrages Maginot construits dans la région (St-Ours, Roche-la-Croix, Restefond, etc.), mais il continuera à être utilisé étant donné sa situation en retrait immédiat des nouveaux ouvrages fortifiés. En 1939, il abrite le PC du 83e Bataillon Alpin de Forteresse. En 1940, il accueille d'importants dépôts de munitions, une batterie de 4 canons de 155 longs modèle 1877 (De Bange) installés au Fort Moyen, ainsi que plusieurs PC d'artillerie et d'infanterie. A l'armistice, la batterie des Caurres aura tiré près de 500 coups sur l'ennemi italien, en appui de feu des ouvrages Maginot. Situé en zone démilitarisé, le fort de Tournoux sera occupé par les troupes italiennes et allemandes en 1943-44. Durant l'hiver 1944-45, il se retrouvera de nouveaux en première ligne, les troupes franco-américaines ayant libéré l'Ubaye à l'exception du vallon de l'Ubayette et des forts de St-Ours et Roche-la-Croix, toujours aux mains des Allemands.
Le fort de Tournoux aujourd'hui
Après la libération, le fort ne sera plus occupé à partir de 1948. Seul un dépôt de munitions y sera maintenu jusqu'en 1987. Aujourd'hui, il a été racheté par la communauté des communes de l'Ubaye qui le mettent en valeur et offrent la possibilité de le découvrir lors de visites guidées programmées.
Armement et munitions
L'artillerie prévue initialement à Tournoux est en bronze, à âme lisse et à chargement par la bouche. Ce matériel tire des boulets pleins. Au total, l'artillerie prévue pour la place comprenait 21 canons de 24 livres (portée 1700 m), 4 canons de 16 livres (portée 2400 m), 4 canons de 12 livres (portée 2400 m), 6 canons de 8 livres (portée 2400 m), 14 obusiers de 22 livres (portée 1400 m), 2 obusiers de 16 livres (portée 2200 m), 6 obusiers de 15 livres (portée 2200 m) et une dizaine de mortiers de différents calibres. L'approvisionnement du fort prévoyait: 900 coups par pièce pour les canons, 500 coups par pièce pour les obusiers, 700 cartouches par hommes pour la garnison de 500 hommes. A cela s'ajoutaient des réserves pour un corps d'armée de 12'000 hommes stationnés sur le plateau de Tournoux, en contrebas du fort, à raison de 25 cartouches par hommes et 100 coups par pièce d'artillerie. Le tout représentait 165 tonnes de poudre noir, stockés dans 165 barils de 100 kg chacun. Ces barils étaient entreposés dans des magasins à poudre sous caverne répartis à travers le fort, tandis que les projectiles étaient déposés dans les soutes munitions.
En 1877, il fut décidé de remplacer le matériel en bronze prévu initialement par des pièces rayées en acier frété, se chargeant par la culasse, tirant des boulets explosifs à une portée comprise entre 8'000 et 10'000 m suivant le calibre. Ce nouveau matériel était réparti comme suit entre les différents organes du fort:
A la fin du 19e siècle, l'artillerie de Tournoux comprenait donc 6 canons de 120 mm et 28 canons de 95 mm, auxquels il faut ajouter de nombreux mortiers d'un calibre d'environ 150 mm ainsi que l'ancien matériel en bronze équipant la Batterie 12.
Informations, Visites et renseignements
Nous vous encourageons vivement à visiter le fort de Tournoux qui constitue l'un des plus beau fleurons du patrimoine militaire français du 19e siècle. Le site est exceptionnel, tant par l'étagement incroyable des organes du fort sur la crête que par l'incroyable richesse de son architecture militaire et la diversité des infrastructures qui le composent. Attention, la visite du fort n'est possible qu'en bonne saison, sous la conduite d'un guide de la région. Il convient de réserver d'avance, l'accès n'étant pas libre. Des informations sont disponibles soit auprès du syndicat d'initiative de la ville de Barcelonnette, soit auprès de l'association des Fortifications de l'Ubaye (siège social: Maison de la Vallée, 4 avenue des 3-frères-Arnaud, 04400 Barcelonette, France).
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