Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07087.jsonl.gz/625

21/08/2016
Carnet de Mongolie- Fête dans la yourte
Dans le parc national du Terelj, nous logeons dans les yourtes du Terelj lodge, 25 yourtes alignées assez proches les unes des autres. On m'a invitée à partager une yourte avec des voyageurs que je ne connais pas, chaque yourte offre quatre lits simples en bois dur, une table, un brasero.
Un car s'arrête et déverse une quarantaine de Mongols, il s'avère que ce sont les anciens élèves et le personnel d'une école qui fête ses 30 ans, ils ont à vue d'oeil entre 40 et 50 ans. Tout est mis en place dans la salle de restaurant pour les accueillir, piste de danse, karaoké, avec le couple de voyageurs, nous nous retrouvons à une table, isolée dans un coin. Les anciens élèves se lèvent et portent fréquemment des toasts en vidant des verres de vodka d'une traite. Très rapidement l'ambiance s'échauffe, des danseurs s'élancent sur la piste pour quelques pas de valse. Quand arrive la photo de classe, appelés par le photographe, tous sortent s'asseoir dans un champ parsemé d'edelweiss et de gentianes à l'arrière du bâtiment principal et poser pour la postérité. Nous les laissons à leur fête et partons rejoindre notre yourte.
A 1h30 du matin, une marée titubante déferle entre les yourtes, perçant la nuit d'éclats de rire, des cris de femmes que l'on pince ou chatouille dans la nuit, les numéros de yourtes ne sont plus que des points d'interrogation vacillant dans l'obscurité, des dizaines de mains qui palpent la nuit en tâtonnant, en quête de serrure. Le chemin entre elles n'est plus qu'un labyrinthe inextricable perdu dans la pénombre subtile d'une nuit de fête. Un Mongol fait erreur et s'introduit dans la nôtre, puis comme piqué par une abeille, il se jette en arrière et rate les deux marches.
Puis ils entonnent des chants, un contralto féminin fait écho à la montagne sur un air d'opéra, un baryton s'exerce dans la nuit, puis des chœurs, certaines voix au timbre parfait sortent du lot, les chants sont interrompus par des rires et parfois des gloussements. Il est déjà 4 heures du matin, couchée dans ma yourte, j'écoute le ramdam des fêtards. Puis, comme par magie, ils sont poussés vers le champ où se trouvent des yaks pour qu'ils puissent continuer à chanter à tue-tête.
Couchée sur un lit dur, derrière mes paupières closes, j'imagine cette fête magnifique, ce cortège chancelant sous le feu d'un ciel étoilé parsemé d'étoiles filantes qui se laissent tomber à l'horizon après avoir traversé tout le ciel, en une profonde révérence stellaire. Cette joie communicative coule sur moi comme une onde bienfaitrice, j'écris déjà mes impressions mentalement en formant des mots et des phrases. Sur le tableau noir de cette nuit blanche, le récit se dessine, lui aussi, à tâtons dans la pénombre. Cette fête est devenue aussi la mienne, celle de l'imaginaire en goguette.
A l'aube, en sortant, je vois une armée en défaite, un Waterloo mongol, des amies se tiennent par le bras et se dirigent l'estomac barbouillé vers les toilettes, un homme soutient son ventre en essayant de se vider , les plus hardis continuent à la vodka tandis qu'une partie de foot s'organise leur rappelant avec émotion, le temps de la cour de récréation. Une vieille dame sort la tête de sa yourte, observe le spectacle de la partie et satisfaite s'engouffre aussitôt au chaud, sans doute, une maîtresse d'autrefois qui jette un coup d'oeil attentif et ému sur sa classe d'antan, aujourd'hui, des hommes et des femmes, encore un brin indisciplinés.
A chaque fois que je croise alors les Mongols de la fête, ils me font une légère courbette en forme d'excuse pour la nuit blanche mais semblant ajouter tout à la fois que la fête est si bonne, je souris pour leur prouver que je ne leur en tiens pas rigueur, bien au contraire !
Avec les quatre mois d'été, les Mongols paraissent profiter jour et nuit du soleil et de la lumière.
UN GRAND MERCI A CYNTHIA ALTHAUS - CORRECTRICE STAGIAIRE
Crédit photo D. Chraïti