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Non loin de Monmouth, toujours dans le pays de Galles, se trouve la magnifique vallée de Wye, renommée pour sa grande beauté. C’est un lieu de randonnée prisé, avec de superbes paysages. Dans cette vallée se trouve aussi l’abbaye cistercienne de Tintern (Abaty Tyndyrn).
Tintern est la deuxième abbaye cistercienne en Grande Bretagne, et la première du pays de Galles.
L’ordre cistercien fut fondé à Cîteaux, près de Dijon en 1098, et connut rapidement un rayonnement important. Les cisterciens valorisaient l’austérité, et rejetaient le luxe et les possessions. Leur règle, bénédictine, était claire quant à l’emplacement de leurs abbayes, qui devaient être isolées, loin de cités et villages. Leurs églises ne devaient pas être ornementées, et la liturgie dénuée de faste. Leurs habits étaient de laine grossière non teinte, d’où leur vêtement blanc écru. Le silence et le régime étaient stricts. Le travail manuel (agricole et technique) était une facette très importante de leurs priorités et des activités des moines, dans le but de vivre en autarcie et dans la pauvreté.
Stephen Harding, un anglais, fut abbé de Cîteaux de 1109 à 1134, ce qui a peut-être contribué à favoriser leur expansion en Grande Bretagne, dont la première abbaye fut fondée en 1128, à Waverley dans le Surrey. La deuxième fut Tintern, 3 ans plus tard. L’expansion fut rapide, puisqu’en 1154 il y avait une cinquantaine de monastères cisterciens en Grande Bretagne, et les cisterciens devinrent l’ordre religieux prévalent au pays de Galles. Il y en aura 75 à leur apogée.
Revenons à Tintern. L’abbaye fut fondée le 9 mai 1131 par Walter fitz Richard de Clare, seigneur anglo-normand, lord de Chepstow. Tintern prospéra rapidement, notamment grâce à des dons de terres, et des bâtiments furent ajoutés ou rénovés. Cette croissance rapide peut aussi s’expliquer par le fait que la règle cistercienne ne fut pas entièrement observée, et que l’abbaye acquit ou reçut des terres qui rapportaient, ce qui fut probablement à l’origine de la déposition de l’abbé William en 1138 suite à une visite par des officiels de Cîteaux …
Plusieurs bâtiments furent reconstruits au XIIIème. L’église notamment, rebâtie en plus grand entre 1269 et 1301 grâce à des dons généreux de Roger Bigod III; en remerciement son blason fut placé dans les vitraux de la fenêtre est. Elle devint célèbre au XIVème pour une statue miraculeuse de la Vierge Marie. En 1348 la peste noire décima la population, le nombre de frères diminua par manque de nouvelles recrues. Le monastère fut dissout le 3 septembre 1536; l’abbé, 12 frères clercs et 35 autres (moines, frères convers, novices) quittèrent les lieux. Cette dissolution, comme tant d’autres, fut ordonnée par le tristement célèbre Henri VIII dans le cadre de la réforme. Comme les monastères étaient les seuls à soutenir les plus pauvres (les cisterciens distribuaient de la nourriture aux pauvres), leur dissolution fut une des causes du soulèvement dit du “Pèlerinage de Grâce” de 1536-1537.
Après cela, l’abbaye tombe progressivement en ruine. On la redécouvre au milieu du XVIIIème, grâce à l’esprit romantique de l’époque, et les peintures de Turner. Quelques fouilles sont entreprises au XIXème. En 1901 le gouvernement britannique la rachète et la déclare d’importance nationale. Des travaux de restauration sont entrepris.
Le plan de l’abbaye correspond aux habitudes cisterciennes, sauf que le cloître et les autres bâtiments annexes sont au nord de l’église au lieu du sud, ceci vraisemblablement pour des raisons purement pragmatiques de configuration du terrain, notamment pour les canalisations, car la rivière Wye se trouve au nord.
Les bâtiments survivants datent d’entre 1131 et 1536. Des premiers du XIIème ne restent que quelques vestiges, soit des pans de murs incorporés dans des constructions plus tardives, et deux armoires à livres à l’est du cloître.
Il n’y avait qu’une seule pièce chauffée, avec un feu où les moines pouvaient sécher leurs habits et se réchauffer. C’est aussi ici qu’ils se faisaient couper les cheveux, et étaient saignés jusqu’à quatre fois par an.
Les abbés et donateurs étaient souvent enterrés dans l’église elle-même. Certaines pierres tombales subsistent encore.
Les cisterciens utilisaient l’eau pour évacuer les déchets, ils étaient très compétents en génie hydraulique. Le système de canalisations pour les eaux usées de Tintern était un des plus avancés pour l’époque, une sorte de tout-à-l’égout. L’eau était prise dans la rivière, passait sous les cuisines, puis sous les latrines, avant de retourner à la rivière en aval. Les canalisations, très larges, disposaient de plusieurs embranchements avec des possibilités de redirection de l’eau. Des marches menaient vers ces embranchements, où des pierres taillées d’encoches pouvaient recevoir des panneaux de bois. Ces vannes permettaient ainsi de fermer ou d’ouvrir certaines parties, par exemple pour lâcher un grand volume d’eau pour purger d’un coup les canalisations des déchets qui les encombraient.
L’église, de style gothique, mesure 72 mètres de long. Son plan est cruciforme, avec deux chapelles dans chaque transept. Elle est presque entière, à part qu’elle n’a plus de toit, de partitions internes et de vitraux.
Bien qu’en ruines, Tintern reste l’abbaye médiévale la mieux conservée du pays de Galles, et mérite une visite.