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"Philosophie sociale et éclipse de la raison. Sur la Théorie critique de Max Horkheimer à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort", tel est le thème de ces Rencontres Horkheimer, organisées sous la direction de Nicola Emery (Fondazione Horkheimer, Lugano) et Olivier Voirol (Unil), entre Lausanne (30.11) et Locarno (1-2 décembre 2023). Sociologue et philosophe, fondateur de la Théorie critique (Ecole de Francfort), Max Horkheimer (1895-1973) a pensé les termes d’une articulation étroite entre recherche sociale et philosophie sociale et a théorisé l’effritement de la raison émancipatrice à l’ère de l’« Etat autoritaire » et de la modernité capitaliste avancée. Ses exils en Suisse font actuellement l’objet d’un regain d’intérêt.
Le colloque entend contribuer à une relecture de la philosophie de Max Horkheimer telle qu’elle se déploie dans une tension entre deux pôles, rendus pertinents sur le plan chronologique et conceptuel ; d’un point de vue géographique et biographique, ils renvoient aux deux régions de Suisse où Horkheimer a séjourné de manière prolongée, dans ses jeunes années et ses vieilles années.
Dans son discours inaugural de 1931 en tant que directeur de l’Institut für Sozialforschung de Francfort, Horkheimer assignait à la "Sozialphilosophie" la tâche de penser les « relations supra-individuelles » entre les êtres humains, de relier le niveau moral et psychologique individuel au « social », mais aussi d’élaborer une synthèse entre des différentes disciplines appelées à coopérer au sein du programme matérialiste et interdisciplinaire de recherche de l’Institut, aspirant à une connexion avec la pratique. A partir des années 1940, Horkheimer développe le diagnostic de l’éclipse de la raison, dans lequel la raison instrumentale et subjective est exclusivement préoccupée par la maximisation des profits et la recherche sécuritaire de l’« auto-préservation », en usurpant sans réserve et sans limite le plan du normatif.
Entre continuité et discontinuité, quelles étincelles jaillissent lorsque l’on envisage le parcours de Horkheimer, qui part de Marx et du matérialisme dialectique, doublé d’une sociologie critique, pour arriver finalement à un pessimisme gnostique? Assiste-t-on à une régression par rapport au projet initial envisagé sous le signe de l’émancipation ? Peut-on encore reconnaître une « philosophie de la résistance » dans l’engrenage pessimisme-transcendance ? Peut-on sortir de la dialectique des Lumières en limitant la totalisation destructrice – en détournant la dialectique de l’en soi en nostalgie de l’autre ?
Ce sont quelques-unes des questions que nous nous posons en proposant, pour cette 7e édition des Rencontres Max Horkheimer, un colloque sur deux sites, Lausanne et Locarno. Le premier près de la ville de Genève où Horkheimer et ses collègues se sont réfugiés au début des années 1930 ; le second non loin de Montagnola, où Horkheimer s’est installé à la fin des années 1950 avec son inséparable ami Friedrich Pollock, pour y passer les dernières années de leur vie.