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Le confucianisme
Le confucianisme est l’une des grandes écoles philosophiques, morales, politiques et dans une moindre mesure religieuses de Chine. Elle s’est développée pendant plus de deux millénaires à partir de l’œuvre attribuée à Maître Kong (551-479 av. j.-c.), c’est-à-dire Confucius. Après avoir été confrontée aux écoles de pensée concurrentes pendant la Période des Royaumes Combattants, et violemment combattue sous le règne de Qin Shi Huang, fondateur du premier empire, elle fut imposée par l’empereur Han Wudi (156-87 av. j.-c.) en tant que doctrine d’État et, tout en évoluant, l’est restée jusqu’à la fondation de la République de Chine (1911).
Confucius est convaincu que la réforme de la collectivité n’est possible qu’à travers celle de la famille et de l’individu. Les hommes de l’Antiquité, dit-il, « qui voulaient organiser l’État, réglaient leur cercle familial ; ceux qui voulaient régler leur cercle familial visaient d’abord à développer leur propre personnalité ; ceux qui voulaient développer leur propre personnalité rendaient d’abord leur cœur noble ; ceux qui voulaient ennoblir leur cœur rendaient d’abord leur pensée digne de foi ; ceux qui voulaient rendre leur pensée digne de foi perfectionnaient d’abord leur savoir ».
Le confucianisme a institué un ordre hiérarchique très marqué entre les divers groupes sociaux, et au sein même du cercle familial, où l’épouse doit être soumise aux ordres de son mari, où les enfants se doivent d’être obéissants à leurs aînés, faire preuve en toute situation de piété filiale. Plus globalement, le confucianisme permet l’émergence d’une classification verticale très poussée des couches de la société, érige en tant que dogme l’obéissance aux puissants.
Confucius et son école perfectionnèrent les rites de la noblesse féodale et en firent un principe fondamental de toute éthique et de tout gouvernement. La notion clé du gouvernement confucéen n’est en effet pas celle de pouvoir, mais d’harmonie rituelle. Le charisme personnel du souverain, tout comme le rituel, possède l’efficacité du sacré par sa capacité, naturelle et invisible, d’harmoniser les rapports humains. La puissance transformatrice, qui oblige sans contraindre, s’oppose à l’usage de la force et de la coercition.
Le bouddhisme chinois
Le succès du bouddhisme en Chine est en grande partie dû à ses facultés d’adaptation, qui lui ont permis d’évoluer librement vers des formes compatible avec la culture du pays. Attesté sur le sol chinois dès le Ier siècle, le bouddhisme a profondément influencé la culture chinoise, même après les grandes proscriptions qui, au milieu du IXe siècle, stoppèrent son expansion. Pendant les Six Dynasties (220‑589) et la dynastie Tang (618-907), le bouddhisme occupe dans la vie religieuse une position parfois prééminente, que ce soit dans les cours princières ou parmi le peuple.
Les principaux courants sont les courants Tiantai, Huayuan et Jingtu, ainsi que le bouddhisme Chan.
Le courant Tiantai refuse la dualité de la matière et de l’esprit; le monde des phénomènes transitoires est une réalité conditionnée et impermanente dont on doit appréhender la vacuité essentielle.
Le courant Huayuan se rapproche du Tiantai tout en mettant davantage l’accent sur l’harmonie d’un monde considéré comme une totalité, dont les parties sont reliées les unes aux autres et dont les phénomènes s’interpénètrent.
Le courant Jingtu se remarque par ses pratiques de récitation et de dévotion au bouddha Amitabha. Ce courant est resté l’un des principaux du bouddhisme contemporain.
Le courant Chan est plus connu en Occident sous son avatar japonais, le Zen, à tel point qu’on oublie souvent que cette philosophie est d’origine chinoise. D’une manière indéniable, le Chan partage un certains nombre de conceptions fondamentales avec le taoïsme, se montre volontiers iconoclaste à l’égard de la culture et de la civilisation. L’adepte de ce bouddhisme-là est plus volontiers un ermite perdu dans un immense paysage naturel qu’un religieux vivant dans un monastère, même si le Chan s’est également développé dans un cadre monacal.
De par la nature de la culture chinoise, une tendance au syncrétisme et à la laïcisation confucianisme-taoïsme-bouddhisme s’est manifestée dès l’arrivée du bouddhisme en Chine, pour se généraliser à partir des Song, donnant naissance à une multitude de sectes se rapprochant de la religion populaire.
Le taoïsme
Le tao est la force fondamentale qui coule en toutes choses dans l’Univers, vivantes ou inertes. C’est l’essence même de la réalité, par nature indescriptible. Le terme, dont le sens propre est « chemin », est employé avec des valeurs différentes selon les contextes.
Courant philosophique, mystique et religieux qui couvre environ vingt-cinq siècles, il est pratiquement impossible d’attribuer une figure fondatrice au taoïsme, contrairement au confucianisme et au bouddhisme. Le taoïsme s’est formé peu à peu en intégrant différents courants puisés au fonds ancien de la Chine. Complexe et évolutif, il n’a jamais pris la forme d’une religion unifiée, mais constitue un foisonnement de pratiques.
Le taoïsme a mis en forme et donné une valeur éminente, et même mystique, à l’écoute intérieure du corps. Cette vision et cette écoute intérieure débouchent sur la source de vie, où les limites entre intérieur et extérieur disparaissent. Cette source est devenue une référence première et ultime tant dans la poésie que dans la peinture ou la philosophie.
Par rapport au confucianisme, le taoïsme a joué un rôle complémentaire extrêmement important. Beaucoup de lettrés chinois se disaient « confucianistes à l’extérieur », dans la vie sociale, et « taoïstes à l’intérieur », dans leur vie personnelle, en leur for intérieur et dans leur rapport au monde naturel. Le taoïsme a été le lieu privilégié du déploiement de l’imaginaire, et c’est pourquoi les artistes et les poètes y ont abondamment puisé.
La religion populaire
Il s’agit d’un fond religieux commun que les Chinois ne nommaient pas, qui ne jouit d’aucun statut officiel. Polythéisme syncrétique, ses croyances et pratiques transmises de génération en génération sont le mélange de toutes sortes d’influences. A l’imitation de la société d’époque impériale, les dieux constituent une sorte de bureaucratie céleste avec ses mandarins et fonctionnaires, chacun jouant un rôle défini. Les Chinois n’hésitent pas à ajouter des divinités étrangères qui semblent avoir un pouvoir de protection efficace. Dieux, démons, esprits de la nature et fantômes, chamanisme et divination, tout et chacun peut y trouver sa place. Cette religion est restée très vivante dans les zones de peuplement chinois en dehors de la Chine continentale.