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La légende raconte que pour échapper aux persécutions de l'empereur romain Dece (249-251), sept jeunes chrétiens se réfugient dans une grotte au mont Célion, près d’Éphèse, en Turquie actuelle. Mais ils y sont découverts, emmurés vivants par des soldats, et l'entrée de la grotte est gardée par un chien. Deux siècles plus tard, ils se réveillent et vont à la ville chercher du pain. Tous les habitants sont effarés. Les «sept dormants» témoignent de leur aventure et se ré-endorment pour l’éternité dans la grotte.
On trouve des traces d'un culte des Sept dormants à Éphèse dès 450. Grégoire de Tours en rédige une version latine en 587. Des éléments de cette légende apparaissent aussi dans la sourate 18 du Coran, qui est lue aujourd'hui chaque vendredi. La légende s’étend vers la Syrie, l’Égypte et l’Abyssin, et en Occident chrétien. Ainsi, ce sont probablement des marchands orientaux d'étain qui l'ont véhiculée jusqu'en Bretagne, où on trouve un dolmen de la chapelle des Sept dormants (XVIIIe siècle) au Vieux-Marché près de Lannion. Le récit s'est alors mélangé avec la tradition des pardons (pèlerinages) bretons. L'islamologue français Louis Massignon a remis en valeur ce lieu au moment de la guerre d'Algérie, comme manifestation pour la paix et la fraternité entre musulmans, chrétiens, et humanistes. Chaque année, depuis 1954, un pardon islamo-chrétien est organisé le quatrième samedi de juillet dans cette commune de Vieux-Marché, qui voit chrétiens et musulmans converger vers la chapelle des Sept dormants.
J'ai moi-même participé, le 22 juillet dernier, avec l'association Compostelle-Cordoue (marcher, dialoguer comprendre), à cet étrange pèlerinage qui rassemble chaque année des centaines de Bretons et de visiteurs venus de partout. Imaginez, dans cette région très catholique de France, un petit cortège de plusieurs centaines de personnes qui, après avoir participé à une messe présidée par l’évêque d'Evry, Mgr Dubost, membre du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, rejoignent à quelques centaines de mètres de la chapelle, la source des Sept saints. Là, au cœur d'une clairière baignée d'un mystérieux silence, ils écoutent un jeune imam réciter en arabe la longue sourate 18 du Coran: «Nous allons te raconter leur histoire en toute vérité. Ce sont des jeunes gens qui croyaient en leur Seigneur et nous les avions affermis dans la voie droite...»
Cette sourate, qui entremêle plusieurs récits apparemment disparates, notre groupe de 25 marcheurs s'en est laissé imprégner durant toute la semaine précédant le pèlerinage, sur les chemins côtiers du pays d'Armor; comme du reste du texte de la légende latine. Ces écrits nous ont inspirés, à nous chrétiens, musulmans et agnostiques d'aujourd'hui, des réflexions et des échanges d'une grande richesse. Comme si nous étions nous-mêmes entrés dans cette caverne des Sept dormants, tour à tour matrice de croissance intérieure, protection face à l'inconnu à vivre, abandon à des forces venant du plus profond de soi, renaissance, confiance, plénitude. Lors de notre cercle de dialogue final, au Vieux-Marché, toutes ces résonances ont été exprimées et recueillies par un scribe-témoin de ce récit collectif qui sert de mémoriel à nos marches annuels.
A la source des Sept saints, cette année, j'ai ressenti pour la première fois qu'entre ma foi de chrétien et la foi de mes compagnons musulmans, il y avait des ponts, et que vers nous coulait, d'une source commune, une eau vivifiante. Celle qui pourrait nous sortir de notre torpeur ou de nos angoisses contemporaines. Comme Lazare de Béthanie dont le Christ a dit: «Il est seulement endormi, je vais le réveiller».
À lire pour en savoir plus sur cette légende:
Les 7 dormants ou les gens de la caverne. Héritage spirituel commun aux chrétiens et aux musulmans.
Saint-Léger 2018, 242 p.