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Bossuet répond à une difficulté proposée par un protestant, en faveur de sa religion. Il la détruit par les principes établis dans l'Exposition de la doctrine catholique, etc., et tire de l'aveu des protestants, des conséquences invincibles contre eux.
Assurément, Monsieur, celui dont vous m'avez montré la lettre est un homme de très-bon esprit; et les principes de vertu que je vois en lui, me font désirer avec ardeur qu'il en fasse l'application à un meilleur sujet qu'à une religion comme la sienne.
Il semble que ce qui le frappe le plus est une raison que M. Daillé a mise en grande vogue parmi Messieurs de la religion prétendue réformée. Cette raison est que tous les articles dont ils composent leur créance sont approuvés parmi nous : d'où il résulte que leur religion ne faisant qu'une partie de la nôtre et encore la partie la plus essentielle, nous ne pouvons les accuser de rien croire qui ne soit orthodoxe. Voilà les termes dont Monsieur votre parent se sert pour expliquer ce raisonnement. Il est spécieux, il est plausible : mais s'il fait un peu de réflexion sur les réponses que nous avons à y faire, il connaîtra combien il est vain.
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Premièrement il est aisé de lui faire voir que les sociniens font un raisonnement semblable au sien, et que leur raisonnement n'en est pas moins faux.
Un socinien peut dire aux prétendus réformés tout ce que les prétendus réformés nous disent. Vous croyez tout ce que je crois, dit le socinien. Je crois qu'il n'y a qu'un Dieu, Père de Jésus-Christ et Créateur de l'univers ; vous le croyez. Je crois que le Christ qu'il a envoyé est homme; vous le croyez. Je crois que cet homme est uni à Dieu par une parfaite conformité de pensées et de désirs ; vous le croyez. Vous croyez donc ce que je crois : il est vrai que vous croyez des choses que je ne crois pas. Ainsi ma religion ne fait qu'une partie de la vôtre; et vous ne pouvez m'accuser de rien croire qui ne soit orthodoxe, puisque vous croyez tout ce que je crois.
Que dira votre parent, Monsieur, à ce raisonnement des sociniens? Il ne sera pas sans réponse, je le sais bien ; et sa réponse sera bonne : mais je me servirai de sa réponse contre lui-même.
Il dira aux sociniens : Vous croyez une partie de ce que je crois; et je ne puis accuser de faux ce que vous croyez avec moi : mais je prétends qu'il faut croire, non pas une partie, mais tout ce que je crois, parce que tout ce que je crois a été révélé de Dieu, et que ce n'est pas assez de ne croire qu'une partie de ce que Dieu a révélé.
Voilà une très-bonne raison; et c'est la même dont nous nous servons pour détruire l'objection des prétendus réformés. Votre religion, leur disons-nous, ne sera si vous voulez qu'une partie de la nôtre : mais si parmi les articles de notre religion que vous laissez, il y en a un seul qui soit clairement révélé de Dieu, vous êtes perdus par la même raison qui perd le socinien.
Sur cela il faudra entrer en dispute, si le point de la réalité ; si l'imposition des mains qui donne le Saint-Esprit et que nous appelons la Confirmation ; si l'Extrême-Onction, si bien expliquée par l'apôtre saint Jacques; si le pouvoir de remettre et de pardonner les péchés dans le tribunal de la pénitence ; si l'obligation de croire ce que les apôtres ont laissé à l'Eglise, tant de vive voix que par écrit; si l'infaillibilité et l'indéfectibilité de l'Eglise;
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tant d'autres choses aussi importantes que nous croyons révélées de Dieu même par son Ecriture et que les prétendus réformés ne veulent pas recevoir, sont telles que nous les croyons. Ainsi l'argument de M.... se trouvera fort défectueux, puisqu'il laisse toutes ces questions en leur entier.
Secondement il n'est pas vrai que nous croyions tout ce que croient MM. les prétendus réformés. Ils croient, par exemple, que l'état de l'Eglise peut être interrompu ; qu'elle peut tomber en ruine, qu'elle peut se tromper, qu'elle peut cesser d'être visible : et nous croyons que toutes ces choses sont directement contraires, non-seulement aux vérités révélées de Dieu, mais aux vérités fondamentales et à ces articles du Symbole : « Je crois au Saint-Esprit , la sainte Eglise universelle, la communion des saints, » etc.
Il s'abusent donc, quand ils pensent que nous ne les accusons pas de nier les points fondamentaux : car en voilà un que nous les accusons de nier ; et la preuve que nous en donnerions serait bientôt établie. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit; nous ne sommes pas ici à traiter le fond ; nous sommes à examiner ce qu'ils peuvent tirer de notre aveu. Vous voyez qu'ils n'en peuvent rien tirer; et je crois M.... si raisonnable, qu'il en conviendra aisément si peu qu'il y fasse de réflexion.
Mais s'ils ne peuvent rien tirer de notre aveu, ce que nous tirons du leur est invincible. Ils disent que leurs articles positifs comprennent tous les articles fondamentaux de la religion : ils disent tous les articles positifs, encore qu'ils ne veuillent pas croire tous les nôtres. Il est donc vrai, selon eux, que nous croyons tous les articles fondamentaux de la religion. Allons plus avant. Il est certain selon eux, que qui croit tous les articles fondamentaux de la religion est dans la voie du salut, encore qu'il erre dans d'autres points non fondamentaux. Or nous croyons, selon eux, tous les articles fondamentaux : donc quand ils nous auraient convaincus d'erreur en quelques points, nous ne laisserions pas selon leurs principes d'être dans la voie du salut.
Voilà l'argument que j'ai fait dans mon livre de l'Exposition. Si M.... prend la peine de voir l'article II de ce Traité, il y trouvera ce raisonnement, et rien davantage.
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Quant à ce qu'il dit, que peu s'en faut que je n'avoue que les articles qui demeurent en contestation parmi nous ne sont pas nécessaires, je ne sais où il a appris cela ; car assurément je n'ai rien dit qui y tende : rien n'est plus éloigné ni de mes paroles ni de ma pensée. A Dieu ne plaise, par exemple, que je pense que l'on puisse croire, sans renverser tous les fondements de la foi, ce que Messieurs de la religion prétendue réformée croient de l'Eglise : qu'elle peut disparaître, être interrompue, défaillir, tomber dans l'erreur. Je ne crois rien de plus nécessaire ni de plus essentiel que la doctrine contraire. Je crois que qui nie cette doctrine de l'infaillibilité et de l'indéfectibilité de l'Eglise, nie directement un article du Symbole, et renverse le fondement de tous les autres. Si M...., qui me fait l'honneur de citer mon livre, prend la peine d'en lire les articles XVIII, XIX et XX, il verra que c'est tout détruire, même selon les principes de sa religion, que de douter tant soit peu de l'autorité des décisions de l'Eglise.
Mais pour nous tenir à l'argument qu'il a voulu tirer contre nous de notre aveu, il peut voir présentement combien il est vain. Quant à celui que j'ai fait sur les principes dont il convient, il est invincible.
Je le répète encore une fois : ceux de la religion demeurent d'accord que nous croyons tous les fondements de la foi : ceux de la religion demeurent d'accord que qui croit tous ces fondements est en la voie du salut : donc ceux de la religion ne peuvent nier que nous n'y soyons.
M.... dira-t-il que nous ne recevons pas tous les articles fondamentaux? Il ne le peut dire, puisqu'il soutient que nous croyons tout ce qu'il croit.
Dira-t-il qu'il ne suffise pas pour le salut de croire tous ces fondements? Cela est contraire aux principes de sa religion, où on reçoit à la Cène, et au salut par conséquent, les luthériens nonobstant la créance de la réalité. C'est une doctrine constante parmi eux, que les erreurs moins essentielles, quand le fondement est entier, sont la paille et le bois, dont parle l'Apôtre, bâtis sur les fondements, qui n'empêchent pas qu'on ne soit
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sauvé comme par le feu (1). Il suffit donc selon eux, pour le salut, de croire les fondements.
Dira-t-il que ces fondements ne suffisent pas pour nous sauver, parce que nous les détruisons par des conséquences? Qu'il prenne la peine de lire l'article n de mon Exposition, il verra cette objection détruite par une preuve invincible et par les propres principes de M. Daillé, qui enseigne qu'une conséquence ne peut pas être imputée à celui qui la nie.
Il doit donc tenir pour constant que la voie du salut nous est ouverte. Il demeure d'accord que si cela est, il faut venir à nous : il ne doit plus hésiter, il faut qu'il vienne.
La simplicité qu'il loue tant dans sa religion ne le doit pas retenir. Sa religion n'est en effet que trop simple ; mais elle ne l'est pas tant que celle des sociniens, que celle des indépendants, que celle des trembleurs. Tous ces gens-là se glorifient de leur simplicité. Ils se vantent tous de ne rien croire que le Symbole des apôtres. C'est de peur de violer cette simplicité, qu'ils ne veulent ajouter à ce Symbole ni la consubstantialité des Pères de Nicée, ni la doctrine du péché originel, ni celle de la grâce chrétienne, ni celle de la rédemption et de la satisfaction de Jésus-Christ. Ils comptent comme une partie de la simplicité, de n'avoir point parmi eux cette subordination de colloques et de synodes, ni tant de lois ecclésiastiques qui se voient dans la discipline des prétendus réformés en France, en Allemagne et en Angleterre. Il y a une mauvaise simplicité qui ne laisse pas d'avoir ses charmes; mais ce sont des charmes trompeurs. M.... pourra remarquer la simplicité de notre doctrine dans mon livre de l’Exposition et dans l'Avertissement que j'ai mis à la tête de la dernière édition que j'en ai fait faire : il pourra remarquer une véritable et pure simplicité dans les raisonnements que je viens de lui proposer. Qu'y a-t-il de plus simple que ce qui s'achève en trois mots, de l'aveu des adversaires? Quand Dieu permet qu'on tombe d'accord de choses si essentielles et dont les conséquences sont si grandes, c'est une grâce admirable; c'est qu'il veut diminuer les difficultés : il montre un chemin abrégé, pour empocher qu'on
1 I Cor., III, 12 et 15.
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ne s'égare en passant par beaucoup de sentiers et de détours. Il faut suivre, il faut marcher; autrement la lumière se retire, et on demeure dans les ténèbres.
Il demande à Bossuet des éclaircissements au sujet du livre de l’Exposition.
MONSEIGNEUR,
J'ai reçu une lettre depuis peu d'un de nos Pères en Angleterre, qui me mande qu'il a traduit en anglais le livre composé par votre Grandeur, de l'Exposition de la foi catholique, etc. La traduction est si bien reçue, qu'en trois mois de temps on eu à débité plus de cinq mille copies ; et à présent le libraire le réimprime pour la troisième fois. Mais il est nécessaire de donner quelque avertissement pour servir de réponse aux objections d'un ministre, qui a fait des remarques malicieuses sur l'ouvrage de votre Grandeur, selon qu'il est marqué dans ce papier. C'est pourquoi je la supplie très-humblement de nous instruire de ce que nous y pouvons répondre ; et elle obligera très-particulièrement,
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
F.-J. SHIRBURNE, supér., des bénédict. angl.
A Paris, 3 avril 1686.
Copie d’une lettre écrite en anglais par le P. Johnston, bénédictin anglais, de la chapelle du Roi, adressée au R. P. Shirburne.
Il rapporte plusieurs allégations des protestants contre le livre de l’Exposition.
Je vous enverrai au plus tôt par mademoiselle Harris, deux de mes traductions anglaises du livre de Monseigneur de Meaux, qui a pour titre : l’Exposition de la foi, etc. Une troisième édition est
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présentement chez l'imprimeur. Je vous enverrai aussi un livre qui entreprend de le réfuter par manière d'une Exposition de la Doctrine de l'Eglise d'Angleterre. Mais dans la préface je rencontre quelques matières de fait, auxquelles je ne pourrai pas facilement répondre sans quelque assistance, soit de la part de Monseigneur même, ou de quelques-uns parmi vous.
Premièrement il dit que la Sorbonne n'a pas voulu approuver le livre et que même la première édition était entièrement supprimée, parce que les docteurs de Sorbonne y trouvaient à redire, et qu'une seconde impression a été imposée au monde comme la première.
Secondement, qu'il y avait une réponse écrite par M. , qui
n'a pas été publiée.
Troisièmement, que les doctrines qui s'y trouvent respectivement ont été combattues par des catholiques, nonobstant toutes les approbations, savoir les prières explicites aux saints avec un Ora pro nobis, par le P. Crasset, jésuite, dans son livre intitulé : La véritable Dévotion envers la sainte Vierge; et l'honneur dû aux images, par le cardinal Capisucchi, dans ses Controverses.
Quatrièmement, que M. Imbert, prêtre et docteur en théologie dans l'université de Bordeaux était accusé et suspendu par le moyen des Pères de la mission, à cause qu'il condamnait ces deux propositions comme fausses et idolâtres : 1° que la croix devait être adorée de même manière que Jésus-Christ dans le saint Sacrement; 2° que nous devons adorer la croix avec Jésus-Christ de même manière que la nature humaine avec la divine; et cela, nonobstant qu'il alléguait l’Exposition de la foi de Monseigneur de Meaux.
Cinquièmement il avance que Monseigneur de Meaux a été très-fertile à produire de nouveaux livres, mais qu'il ne répondait pas à ce qui s'écrivait à rencontre; ce qu'il attribue à l'incapacité qu'ils ont à être soutenus.
Sixièmement il fait un sommaire de quelques-uns des passages corrigés dans la seconde édition, ou même laissés avec des remarques sur les motifs de ceci : et conclut en faisant récit comme M. de Witte, pasteur et doyen de Sainte-Marie de Malines, était
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condamné le 8 juillet dernier par l'université de Louvain, par les brigues de l'internonce et le Pape, pour avoir enseigné des doctrines scandaleuses et pernicieuses, lesquelles il protestait être tout à fait conformes à celles de Monseigneur de Meaux.
Pour ce qui regarde ces matières de fait, si vous avez la bonté d'en faire faire quelque recherche, ce nous serait une obligation, et pourrait faire beaucoup de bien. On a trouvé à propos qu'il y eût quelque réplique à ces censures ajoutée en façon d'appendice à cette troisième impression, pour la justifier être notre véritable doctrine qui s'y expose et dissiper ces fausses nuées.
Je vous supplie encore une fois de me donner des réponses à ces matières de fait, et me les fournir au plus tôt, avec d'autres remarques selon que vous trouverez à propos, et vous obligerez votre très-humble, etc.
A Londres, 15 mars 1686.
Sur les objections d'un ministre anglais, contre le livre de l’Exposition de la doctrine catholique.
MON REVEREND PERE,
Il ne me sera pas difficile de répondre à votre lettre du 3, ni de satisfaire aux objections de fait qu'on vous envoie d'Angleterre contre mon Exposition de la Doctrine catholique. Le ministre anglais qui l'a réfutée, et dont vous m'envoyez les objections, n'a fait que ramasser des contes que nos Huguenots ont voulu débiter ici, et qui sont tombés d'eux-mêmes sans que j'aie eu besoin de me donner la peine de les combattre.
Cet auteur dit premièrement, que la Sorbonne n'a pas voulu donner son approbation à mon livre. Mais tout le monde sait ici que je n'ai jamais seulement songé à la demander.
La Sorbonne n'a pas accoutumé d'approuver des livres en corps. Quand elle en approuverait, je n'aurais eu aucun besoin de
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son approbation, ayant celle de tant d'évêques et étant évêque moi-même. Cette vénérable compagnie sait trop ce qu'elle doit aux évêques, qui sont naturellement par leur caractère les vrais docteurs de l'Eglise, pour croire qu'ils aient besoin de l'approbation de ses docteurs : joint que la plupart des évêques qui ont approuvé mon livre sont du corps de la Sorbonne, et moi-même je tiens à honneur d'en être aussi. C'est une grande faiblesse de me demander que j'aie à produire l'approbation de la Sorbonne, pendant qu'on voit dans mon livre celle de tant de savants évêques, celle de tout le clergé de France dans l'assemblée de 1682, et celle du Pape même.
Vous voyez par là, mon révérend Père, que c'est une fausseté toute visible de dire qu'on ait supprimé la première édition de mon livre, de peur que les docteurs de Sorbonne n'y trouvassent à redire. Je n'en ai jamais publié ni fait faire d'édition, que celle qui est entre les mains de tout le monde, à laquelle je n'ai jamais ni ôté ni diminué une syllabe : et je n'ai jamais appréhendé qu'aucun docteur catholique y pût rien reprendre. Voilà ce qui regarde la première objection de l'auteur anglais.
Ce qu'il ajoute en second lieu, qu'un catholique, dont il désigne le nom par une lettre capitale, avait écrit contre moi : quand cela serait, ce serait tant pis pour ce mauvais catholique; mais c'est, comme le reste, un conte fait à plaisir. C'est en vain que nos Huguenots l'ont voulu débiter ici : jamais personne n'a ouï parler de ce catholique : ils ne l'ont jamais pu nommer, et tout le monde s'est moqué d'eux.
En troisième lieu on dit que le P. Crasset, jésuite, a combattu ma doctrine dans un livre intitulé : La véritable Dévotion envers la sainte Vierge. Je n'ai pas lu ce livre; mais je n'ai jamais ouï dire qu'il y eût rien contre moi, et ce Père serait bien fâché que je le crusse.
Pour le cardinal Capisucchi, loin d'être contraire à la doctrine que j'ai enseignée, on trouvera son approbation expresse parmi celles que j'ai rapportées dans l'édition de l’Exposition de la foi, de l’an 1679 : et c'est lui qui, comme maître du sacré Palais, permit l'an 4675 l'impression qui se fit alors à la Congrégation
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De propagande Fide, de la version italienne de ce livre. Voilà ceux que les adversaires pensent m'opposer !
Quant à ce M. Imbert et à M. le pasteur de Sainte-Marie de Malines, qu'on prétend avoir été condamnés, encore qu'ils alléguassent mon Exposition pour garant de leur doctrine, c'est à savoir s'ils l'alléguaient à tort ou à droit : et des faits avancés en l'air ne méritent pas qu'on s'en informe davantage.
Mais puisqu'on désire d'en être informé, je vous dirai que cet Imbert est un homme sans nom comme sans savoir, qui crut justifier ses extravagances devant M. l'archevêque de Bordeaux son supérieur, en nommant mon Exposition à ce prélat, qui en a souscrit l'approbation dans l'assemblée de 1682. Mais tout le monde vit bien que le ciel n'est pas plus loin de la terre que ma doctrine l’était de ce qu'avait avancé cet emporté. Au reste jamais catholique n'a songé qu'il fallût rendre à la croix le même honneur qu'on rend à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, ni que la croix avec Jésus-Christ dût être adorée de la même manière que la nature humaine avec la divine en la personne du Fils de Dieu. Et quand cet homme se vante d'être condamné pour avoir nié ces erreurs, que personne ne soutint jamais, il montre autant de malice que d'ignorance.
Pour le pasteur de Sainte-Marie de Malines, qu'on dit être un homme de mérite, j'ai vu un petit imprimé de lui intitulé : Motivum Juris, où il avance que le Pape est dans l'Eglise ce que le président est dans un conseil, et le premier échevin ou le bourguemestre, comme on l'appelle dans les Pays-Bas, dans la compagnie des échevins; chose très-éloignée de l’Exposition, où je reconnais le Pape comme un chef établi de Dieu, à qui on doit soumission et obéissance. Si donc la faculté de Louvain a censuré cet écrit, je ne prends point de part dans cette dispute. Et d'ailleurs mon Exposition est si peu rejetée dans les Pays-Bas, qu'au contraire elle y paraît imprimée à Anvers en langue flamande, avec toutes les marques de l'autorité publique, tant ecclésiastique que séculière.
Pour ces prétendus passages qu'on prétend que j'ai corrigés dans une seconde édition, de peur de fâcher la Sorbonne, c'est,
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comme vous voyez, un conte en l'air : et je répète que je n'ai ni publié, ni avoué, ni fait faire aucune édition de mon ouvrage que celle que l'on connaît, où je n'ai jamais rien changé.
Il est vrai que comme ce petit traité fut donné d'abord écrit à la main pour servir à l'instruction de quelques personnes particulières, et qu'il s'en répandit plusieurs copies, on le fit imprimer sans ordre et sans ma participation. Personne n'en improuva la doctrine : moi-même, sans y rien changer que quelque chose de nulle importance, seulement pour l'ordre et pour une plus grande netteté du discours et du style, je le fis imprimer comme on l'a vu. Si là-dessus on veut croire que j'ai été en quelque sorte contraire à moi-même, c'est être de trop facile croyance.
La dernière objection que me fait le ministre anglais, c'est que je suis assez fertile à faire de nouveaux livres, mais que je ne réponds pas à ce qu'on écrit contre mes ouvrages : d'où il conclut que je reconnais qu'on ne peut pas les défendre. Il est vrai que j'ai fait trois petits traités de controverse, dont l'un est celui de l’Exposition. Sur celui-là comme on objectait principalement que j'avais adouci et déguisé la doctrine catholique, la meilleure réponse que je pouvais faire était de rapporter les attestations qui me venaient naturellement de tous les côtés de l'Europe, et celle du Pape même réitérée par deux fois. Cette réponse est sans repartie; et j'ai dit ce qu'il fallait sur ce sujet-là, dans un Avertissement que j'ai mis à la tête de l'édition de 1679.
Si le Père qui vous a envoyé les objections du ministre anglais n'a pas connaissance de cet Avertissement, je vous prie de le prendre chez Cramoisi, en vertu de l'ordre que vous trouverez dans ce paquet, et de l'envoyer à ce Père, comme il a été imprimé en 1686, parce que j'ai ajouté dans cette édition l'approbation du Clergé de France et une seconde approbation très-authentique du Pape.
Que si ce Père veut prendre la peine de joindre à la traduction de l’Exposition, celle de cet Avertissement et des approbations qui y sont jointes, il rendra son travail plus profitable au public, et il fermera la bouche aux contredisants.
Quant aux deux autres petits traités que j'ai composés sur la
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controverse, l'un est sur la Communion sous les deux espèces; et l'autre, c'est ma Conférence avec M. Claude, ministre de Charenton, sur l'autorité de l'Eglise, avec des Réflexions sur les réponses de ce ministre.
Dans ces traités je tâche de prévoir les objections principales, et d'y donner des réponses dont les gens sensés soient contents. Après cela de multiplier les disputes et de composer livres sur livres pour embrouiller les questions et en faire perdre la piste, ni la charité ne me le demande, ni mes occupations ne me le permettent.
Vous pouvez envoyer cette lettre en Angleterre : le révérend Père qui a désiré ces éclaircissemens, en prendra ce qu'il trouvera convenable. S'il trouve qu'il soit utile de dire qu'il a appris de moi-même ce qui regarde ces faits et mes intentions, il le peut; et il peut aussi assurer sans crainte qu'il n'y a rien qui ne soit public et certain.
Je lui suis très-obligé de ses travaux : s'il désire quelque autre chose de moi, je le ferai avec joie. Donnez-moi les occasions de servir votre sainte communauté, que j'honore il y a longtemps, et suis avec beaucoup de sincérité,
Mon révérend Père,
Votre bien humble et très-obéissant serviteur,
+ J. B., Evêque de Meaux,
A Meaux, ce 6 avril 1686.
A M. L'ÉVÊQUE DE MEAUX.
Il remercie ce prélat des éclaircissements qu'il lui avait donnés pour le mettre en état de répondre aux objet lions du ministre anglais, et lui propose encore quelques autres difficultés formées par les protestants.
MONSEIGNEUR,
J'espère que vous me pardonnerez liberté que je prends de
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vous écrire. C'est pour vous remercier de la réponse que vous m'avez fait envoyer aux objections du ministre anglais. Je suis persuadé qu'elle donnera une ample satisfaction à tous ceux qui ont tant soit peu d'intégrité; mais pour les autres, qui sont en trop grand nombre, rien ne les peut convaincre.
Tous les catholiques ici et les protestants même qui ne sont pas trop opiniâtres, ont une fort grande estime de votre livre de l'Exposition. Après l'avoir traduite avec l'Avertissement, je ne l'osais pas publier sans demander permission au roi, parce que j'entendais qu'il ne voulait pas permettre les controverses : mais il a donné très-volontiers cette permission, témoignant qu'il avait lu ce livre et qu'il attendait beaucoup de bien d'un tel ouvrage; et ordonna après trois impressions, quand je lui dis qu'il y avait une seconde approbation du Pape et celle de l'assemblée générale de Clergé de France, de mettre dans le titre : Publié par son ordre.
C’est pourquoi nos ministres ici, à l'exemple de ceux de France, tâchent de tout leur possible de persuader le monde que l’Exposition ne contient pas la véritable doctrine de l'Eglise. J'espère en peu de jours publier une réponse à leurs objections, dans laquelle j'insérerai votre lettre. Ils font courir le bruit que si on nie les matières de fait touchant la première impression, ils produiront le livre même où la Sorbonne a marqué les endroits où la doctrine n'était pas conforme à celle de l'Eglise ; qu'on a trouvé ce livre avec un manuscrit dans le cabinet de M. le maréchal de Turenne, dans lequel, comme aussi dans tous les autres manuscrits, il n'y avait pas, disent-ils, les chapitres de l'Eucharistie, delà Tradition, de l'Autorité du Pape ni de l'Eglise : ce qui leur bit croire que, quoique cette Exposition fût faite pour lui donner satisfaction, il y avait quelque autre adresse qui le faisait se rendre catholique.
Je vous remercie, Monseigneur, de l'honneur que vous m'avez fait de m'envoyer votre Lettre pastorale. Nous l'avons trouvée ici tout d'un même esprit que les autres ouvrages de votre main : et parce que nous sommes persuadés qu'elle fera beaucoup de ton ici, je suis après à la faire imprimer en anglais.
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J'ai été fort aise de voir là dedans ce passage, que dans votre diocèse les protestants, loin d'avoir souffert des tourments, n'en avaient pas seulement entendu parler, et que vous entendiez dire la même chose aux autres évêques. La raison en est qu'il se vend ici en cachette (mais pourtant il est assez commun) un petit livre publié par M. Claude, en Hollande, où il donne une relation des tourments que les Huguenots ont soufferts et des cruautés des dragons pour les faire changer de religion. Et comme je vois que presque tout le monde ici croit cette relation être véritable à cause du grand nombre de ceux de la religion prétendue réformée qui se sont enfuis, chacun avec quelque relation particulière des cruautés qu'on y exerce, pour exciter la compassion; et parce qu'il ne se peut publier ici aucun livre touchant la religion sans qu'on forme quelque réponse ; je ne doute pas qu'on n'en publie bientôt une contre votre Lettre pastorale, et qu'on ne tâche à cause de cette expression de persuader au peuple, qui ne veut pas croire qu'il n'y a pas eu autant de cruautés et une telle persécution, comme ils l'appellent, que vous n'avez pas dit la vérité, parce que je vois qu'ils osent en dire autant contre la doctrine de votre Exposition.
Nous attendons ici avec impatience une réponse à ce livre de M. Claude. Car il a fait plus de mal ici qu'on ne peut croire. Et s'il se publie ici quelques autres objections contre vos livres, j'espère que vous me permettrez de demander votre secours pour y répondre. Je suis,
Monseigneur,
Votre très-humble, etc.
FR. JOS. JOHNSTON.
A Londres, ce 6 mai 1686.
Je ne puis comprendre, mon révérend Père, quel avantage
pet les ministres de tous les faits qu'ils allèguent contre mon Exposition. Il me paraît au contraire qu'ils tournent à l'avantage de ce livre, puisqu'on, n'en peut raisonnablement conclure autre chose, sinon qu'il a été fait avec soin, qu'on en a pesé toutes les syllabes, et qu'enfin on l'a fait paraître après un examen si exact, qu'aucun catholique n'y trouve rien à redire; au contraire il ne reçoit que des approbations.
Cet ouvrage a été fait à deux fois : je fis d'abord jusqu'à l'Eucharistie; je continuai ensuite le reste. J'envoyais le tout à M. de Turenne, à mesure que je le composais. Il donna des copies du commencement, il en a donné du tout; et il peut s'en être trouvé chez lui de parfaites et d'imparfaites. Je voudrais bien savoir qu'est-ce que tout cela fait à un ouvrage?
Je veux bien dire encore davantage, puisqu'on est si curieux de savoir ce qui regarde ce livre. Quand il fut question de le publier, j'en fis imprimer une douzaine d'exemplaires, ou environ, pour moi et pour ceux que je voulais consulter, principalement pour les prélats dont j'ai eu l'approbation. C'était pour donner lieu à un plus facile examen : et ces copies n'ont jamais été destinées à voir le jour. J'ai profité des réflexions de mes amis et des miennes propres : j'ai mis l'ouvrage dans l'état où il a été vu par le public. Qu'y a-t-il là dedans qui puisse nuire tant soit peu à ce traité? Et tout cela au contraire ne sert-il pas à recommander ma diligence?
Je ne serais nullement fâché quand on pourrait avoir trouvé chez M. de Turenne les remarques qu'on aura faites sur mon manuscrit, ou même sur cet imprimé particulier. On peut hardiment les faire imprimer : on verra qu'il ne s'agissait ni de rien d'important, ni qui mérite le moins du monde d'être relevé. Mais quand il s'agirait de choses de conséquence, a-t-on jamais trouvé mauvais qu'un homme consulte ses amis, qu'il fasse de nouvelles réflexions sur son ouvrage, qu'il s'explique, qu'il se restreigne, qu'il s'étende autant qu'il le faut pour se faire bien entendre, qu'il se corrige même s'il en est de besoin ; que loin de vouloir toujours défendre ses propres pensées, il soit le premier à se censurer lui-même ? En vérité on est bien de loisir quand on recherche si curieusement, et qu'on prend peine à faire valoir des choses si vaines.
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Quant à la Sorbonne, je vous ai déjà dit les raisons pour lesquelles on n'a jamais seulement songé à en demander l'approbation. Parmi ceux que j'ai consultés, il y avait des docteurs dé Sorbonne très-savants, comme aussi des religieux très-éclairés. Après avoir eu les remarques de ces savants amis, j'ai pesé le tout; j'ai changé ou j'ai retenu ce qui m'a semblé le plus raisonnable. Il était bien aisé de prendre son parti, puisque je puis dire en vérité que jamais il ne s'est agi que de minuties. Comment des gens sérieux peuvent-ils s'amuser à de telles choses? Et après que tout le monde les a méprisées ici, quelle faiblesse de les aller relever en Angleterre ! Un ouvrage est bien à l'épreuve, quand on est contraint d'avoir recours à de telles petitesses pour l'attaquer.
Pour ce qui regarde ma Lettre pastorale et ce que j'y dis de la réunion des protestants dans mon diocèse, cela est exactement véritable. Ni chez moi, ni bien loin aux environs, on n'a pas seulement entendu parler de ce qui s'appelle tourments. Je ne réponds pas de ce qui peut être arrivé dans les provinces éloignées, où on n'aura pu réprimer partout la licence du soldat. Pour ce qui est de ce que j'ai vu et de ce qui s'est passé dans mon diocèse, il est vrai que tout s'est fait paisiblement, sans aucun logement de gens de guerre et sans qu'aucun ait souffert de violence, ni dans sa personne, ni dans ses biens. La réunion n'en a pas été moins universelle. Nous travaillons présentement à instruire ceux qui ne le sont pas encore assez : et on ne force personne à recevoir les saints sacrements. On supporte les infirmes en patience; on les prêche,, on les instruit; on prie pour eux en particulier et en public : et on attend le moment de celui qui seul peut changer les cœurs.
J'espère vous envoyer bientôt la seconde édition de mon Traité de la Communion sous les deux espèces. Je mettrai à la tête un Avertissement, où il paraîtra que la doctrine que j'enseigne est incontestable par les propres principes de ceux qui l'ont attaquée: Je suis parfaitement,
Mon révérend Père,
+ J. B. Evêque de Meaux.
A Meaux, le 26 mai 1686.