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Lors de sa parution en 1949, le livre Sur la trace de mes 500 chamois de France avait en son temps suscité quelques critiques sur lesquelles il n’est pas utile de revenir ici. Ecrit par le Docteur Marcel A. J. Couturier, cet ouvrage de 272 pages est avant tout un grand recueil où sont relatées les nombreuses parties de chasse qui ont permis à son auteur de tirer cinq cents un chamois.
Il s’agit d’un livre de récits qu’il ne faut donc pas confondre avec l’ouvrage que le Docteur Couturier avait publié en 1938, Le chamois. Cette «bible» reste aujourd’hui encore une référence en matière de connaissance de l’espèce chamois.
Du point de vue de la chasse et de la gestion du chamois le livre Sur la trace de mes 500 chamois de France présente un très grand intérêt dans le sens où le Docteur Couturier y a publié le tableau de chasse qualitatif que constituent ses 501 «premiers» chamois. On trouve en effet un grand tableau dans lequel figurent le sexe et l’âge de tous les chamois tués jusqu’à la parution du livre. En termes de temps, cela représente vingt-quatre ans de chasse (de 1924 à 1947). Entrés dans un logiciel graphique, les précieux renseignements scrupuleusement recueillis au fil des années par Marcel Couturier donnent une pyramide qui peut toujours et encore servir de modèle (voir graphique ci-dessous).
Plus d’éterlous…
On remarque tout d’abord que la classe jeune – à savoir la première et la deuxième année – représente quarante pour cent du total, le quota idéal. On peut par ailleurs observer que le nombre d’éterles est inférieur au nombre d’éterlous qui paient sans doute chèrement leur trop grande curiosité de jeunes mâles. Sur ce dernier point, cette situation correspond tout à fait à ce qu’il se passe aujourd’hui sur de nombreux territoires.
… ensuite l’équilibre
Par contre, dans la classe adulte – à savoir de la troisième à la neuvième année – la pyramide montre un équilibre quasiment parfait entre les boucs et les chèvres. Un bouc pour une chèvre! Nous en sommes encore très loin aujourd’hui car, malgré une amélioration sensible, la moyenne de l’ensemble de l’arc alpin s’établit toujours au-dessus de deux boucs pour une chèvre. Enfin, la similitude entre les prélèvements actuels et la pyramide des âges des 501 «premiers» chamois tués par Marcel Couturier redevient évidente à partir de la dixième année, tranche d’âge où il se tue toujours davantage de femelles que de mâles. Les chèvres vieillissent en effet plus que les boucs.
De la gauche vers la droite – balle originelle 8×56 MS, balle rechargée à partir d’une douille 9.3×57 modifiée, balle de 8×57 JRS.
Deux milles trois cents septante-sept cartouches
L’ouvrage de Marcel Couturier livre encore bien d’autres renseignements. En effet, en scientifique qu’il était avant tout, Marcel Couturier notait et consignait tout dans ses carnets de chasse. Les précieuses données sont compilées dans le chapitre statistiques du livre. Il fait tout d’abord part du taux de réussite de ses tirs. Il écrit «Pour m’emparer de 501 chamois, j’ai dû brûler 2377 cartouches, se décomposant en 98 coups de fusil de chasse et 2279 balles provenant d’armes rayées, presque toujours de la carabine Mannlicher-Schoenauer. 8×56, munie d’une lunette de tir Zeiss-Zielvier (x4).» Il poursuit: «J’ai donc tiré presque 5 cartouches pour tuer un chamois, d’une façon précise 4,7444.»
Puis vient le chapitre consacré aux distances de tir. Bien sûr, à cette époque le télémètre n’existait pas! Marcel Couturier indique que l’appréciation des distances a été faite avec la plus grande prudence, en abaissant souvent l’estimation. «Je me suis efforcé de tirer de près, de façon à réduire le risque deblesser et de perdre la bête. La trajectoire de ma 8×56 était, à ce point de vue, bonne conseillère.» Il donne ensuite les distances de tir estimées de ses 501 chamois (voir graphique ci-dessous). L’histogramme parle de lui-même!
Deux jours pour un chamois
Le chapitre relatif aux statistiques s’achève avec la partie «sportive»! Marcel Couturier indique qu’il lui a fallu 1087 journées de chasse pour prélever ses 501 chamois! Il ajoute «quel temps bien employé! Trop court dans ma vie pour ces joies si pures.» Cependant, pour tirer des chamois il faut grimper! Alpiniste chevronné (son nom a été donné à un couloir du massif du Mont-Blanc) il a accumulé 793 500 mètres de dénivelée pour tirer ses 501 chamois dont il donne à chaque fois l’altitude de tir (voir graphique ci-contre). Là encore, tout commentaire est superflu quant au nombre de mètres escaladés.
En conclusion il est important de souligner que les chamois tués par Marcel Couturier l’ont été sur des territoires différents, donc prélevés sur des populations différentes. Par ailleurs, on ne sait pas si Marcel Couturier a «orienté» ses tirs en fonction des besoins de ses études. Néanmoins, cette pyramide reste le prototype même du tableau de chasse auquel il faut parvenir pour l’espèce chamois.
Texte et photos Daniel Girod