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23/06/2016
Une délégation indépendante de parlementaires et d'autres personnes concernées a fait une visite du 19 au 23 juin dans cette ville suite aux destructions et aux combats survenus à partir de l'été 2015.
Diyarbakir est la plus grande ville de la région du Kurdistan turc avec une population qui est proche de 2 millions d’habitants : Elle est située sur les bords du Tigre. Cette ville au passé millénaire a toujours été très importante tant du point de vue économique que politique. Elle est aussi considérée depuis longtemps comme la capitale culturelle des différentes régions du Kurdistan, non seulement par les Kurdes de Turquie mais aussi par ceux d’Irak, de Syrie et même d’Iran. En un mot, le cœur du Kurdistan.
La gouvernance de la ville est assurée par la Municipalité Métropolitaine de Diyarbakir dont les maires qui se sont succédés depuis 16 ans sont d’origine kurde et/ou appartiennent à un parti Pro-kurde. Depuis 2014, la Ville est gouvernée par une femme que nous avons d’ailleurs rencontrée lors de notre séjour.
Diyarbakir a une riche histoire : elle était située sur la route de la soie et son passé est aussi marqué par le multiculturalisme, le multi-ethnisme, le plurilinguisme et la pluralité des religions, caractéristiques de la diversité des peuples qui y ont habité, qui se sont côtoyés et qui ont vécu en bonne intelligence. A part les Kurdes, on y trouvait des Arméniens, des Assyriens, des Chaldéens, des Araméens, des Azéris, etc.
Cette diversité a perduré au cours du siècle dernier, malgré la politique assimilatrice qui a été menée par la Turquie dès la création de la République en 1923.
Pour rappel, l’identité des Kurdes a toujours été niée par la Turquie qui désignait d’ailleurs les Kurdes par le qualificatif de « Turcs des montagnes ». Cela signifiait notamment l’interdiction de parler les différentes langues kurdes, interdiction qui s’est assouplie par la suite. Mais on n’enseigne toujours pas le kurde à l’école et d’une manière générale la culture des Kurdes a été, selon les périodes, soit interdite, soit limitée, soit ignorée mais toujours dénigrée.
Pour revenir à la vielle ville de Diyarbakir, le district de Sur pouvait s’enorgueillir de receler des centaines d’édifices historiques, des églises de différents cultes, des mosquées, des hamams, des karavansérails bâtis avec la pierre noire de basalt mais aussi, des ateliers d’artisans, des souks, etc. Sans oublier de mentionner les murailles dont 5,7 km datent d’environ 5'000 ans. Ces différents lieux de culte marquent justement la diversité des cultures et des religions déjà mentionnée.
A la suite des élections de juin 2015 qui ont vu l’arrivée de 80 parlementaires du parti pro-kurde HDP (Parti démocratique des peuples), des opérations de destruction systématique ont été organisées par l’Etat turc non seulement contre des monuments historiques, mais ce qui est très grave, contre les habitants qui se sont retrouvés assiégés pendant plusieurs mois, et ont vu la destruction de leur lieu de vie, ceci de fin novembre 2015 à mars 2016. Certains ne pouvaient pas sortir alors que d’autres habitants se faisaient arrêter ou tuer s’ils tentaient de fuir. Le bilan est très lourd avec des milliers de tués et de blessés, de personnes arrêtées, parfois avec leurs enfants, et environ 22'000 personnes expulsées pour le seul district de Sur.
Mes autres collègues donneront plus de détails sur ces faits dramatiques et leurs conséquences.
En été 2015, ironie du sort, le district de Sur, a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, soit peu avant le début des combats qui se sont déroulés dans cette partie de la ville.
En participant à ce voyage, nous nous mobilisons pour la sauvegarde de ce patrimoine culturel qui est universel. Mais ce n’est pas seulement la conservation d’anciens monuments qui est en jeu, c’est surtout la culture comme facteur d’identité, comme ciment du vivre ensemble que ces peuples ont démontré durant des centaines d’années.
Cet aspect revêt toute sa signification dans une région secouée par des conflits armés qui touchent des centaines de milliers de civils, notamment en Syrie et en Irak.
Le futur de cette ville est menacé. Cette répression ne trouve pas ses fondements dans la lutte contre les opposants au pouvoir central qualifiés de « terroristes». Il s’agit de détruire une ville, de la vider de ses habitants et de nier une civilisation plusieurs fois millénaire.
La communauté internationale, en particulier l’Europe, a assisté passivement à ce conflit et devant ce silence, notre délégation a jugé nécessaire d’alerter l’opinion publique afin de faire cesser ce processus destructeur, de sauver ce qui peut l’être et de contribuer, même modestement, à promouvoir le retour au dialogue entre les parties en cause.
Les membres de la délégation : Sibel Arslan (Conseillère nationale), Claude Béglé (Conseiller national), Laurence Fehlmann Rielle (Conseillère nationale), Claudia Friedl (Conseillère nationale), Hansueli Scheidegger (délégué d'Unia), Mustafa Atici (Grand Conseil bâlois-interprète), Anne Lise Hiltz (journaliste indépendante) et Anina Jendreyko (directrice culturelle et organisatrice de la délégation).
09/03/2016
Nous sommes au lendemain de la Journée des femmes qui est toujours une occasion de manifester et de rappeler que les femmes sont encore dans bien des domaines des citoyennes de seconde zone.
Même si bien des choses se sont améliorées, du moins pour les femmes du monde occidental, force est de constater qu'il reste un long chemin à faire pour faire appliquer les principes d'égalité inscrits notamment dans la constitution suisse depuis 1981.
Commençons par les salaires qui sont toujours d'environ 20% inférieurs à ceux des hommes. Cette égalité est d'autant plus difficile à réaliser que les femmes qui s'estiment lésées face à leurs collègues masculins doivent prouver qu'à compétences égales, elles gagnent moins qu'eux. Il y a d'abord le problème de transparence qui n'est pas le fort des entreprises. Ensuite, quand il est avéré qu'il y a une différence de salaire injustifiée, il est souvent difficile pour les femmes de revendiquer un salaire égal, d'autant plus dans ces temps d'incertitude économique.
Dans ce contexte, que propose le Conseil fédéral ? une mesure bien faiblarde qui consiste à demander aux entreprises de produire régulièrement la liste de salaires afin de constater si des inégalités subsistent. Il faut donc compter sur la bonne volonté des entreprises dont c'est le cadet des soucis. Sans une mesure un peu plus volontariste, il faudra attendre des années pour que les choses changent.
Autre point sur lequel on peut se faire du souci. Il est apparu récemment qu'il y avait une recrudescence de licenciements de femmes à leur retour du congé maternité. Cela est inacceptable !
Dans la même veine, on peine encore à aider les couples à concilier vie familiale et vie professionnelle. Les femmes sont particulièrement concernées mais de plus en plus d'hommes jeunes ne visent pas qu'à faire carrière mais souhaitent prendre une part active à l'éducation de leurs enfants. Or, là aussi, on ne leur facilite pas la tâche en ne favorisant pas le travail à temps partiel avec possibilité d'avancement.
Les places de crèches continuent à manquer cruellement en Suisse et c'est une des pierres angulaires permettant de concilier famille et travail. A noter qu'en Ville de Genève, une véritable avancée a été faite dans ce domaine et l'on parviendra prochainement à couvrir la totalité des demandes. Mais cela vient d'une politique volontariste de la municipalité (exécutif et délibératif réunis).
Je ne prétends pas épuiser le sujet aujourd'hui mais il faut aussi aborder la question de la violence faite aux femmes et donc des relations entre les sexes dès le plus jeune âge, qui après une embellie, semblent de nouveau mises à mal. Preuve en est le manque de respect avec lequel les filles sont parfois traitées par leurs congénères masculins. Et plus grave ou corollaire de cette attitude, le récent sondage montrant qu'en France, de nombreuses personnes (femmes et hommes) impute la responsabilité du viol en partie aux victimes qui provoqueraient les hommes avec des tenues légères...
Les graves événements survenus le 31 décembre à Cologne et dans d'autres villes ne doivent pas masquer le fait que les abus sexuels et viols sont en grande partie le fait de personnes proches des victimes et se perpètrent avant tout dans la sphère privée. Mais cela pose la question de la place des femmes et des filles dans l'espace public.
Après le 8 mars, il nous reste beaucoup à faire sur de nombreux plans, éducatif, social, économique, politique afin de faire avancer la cause des femmes dont les hommes seront aussi les bénéficiaires.
15/12/2015
Le jeudi 17 décembre 2015, le Conseil national va décider du sort qu’il fera à l’initiative « Bortoluzzi : coma éthylique : aux personnes en cause de payer les frais de séjours hospitaliers et en cellule de dégrisement»
Rappelons que cette initiative parlementaire vise à faire payer aux jeunes transportés à l’hôpital, en état d’intoxication alcoolique, les frais d’hospitalisation et les soins qui leur seront prodigués alors que ces frais sont actuellement pris en charge par l’assurance maladie.
Cette démarche vise à responsabiliser les jeunes dont un certain nombre ont tendance à se saoûler pour frimer et chercher à dépasser leurs limites. Si l’on peut comprendre une réaction d’agacement face au comportement excessif de certains jeunes, il serait très grave de saisir cette occasion pour modifier la loi sur l’assurance maladie.
D’abord, parce qu’en changeant les règles, de nombreux jeunes refuseront de se faire hospitaliser en cas d’ivresse aiguë afin de ne pas payer ces frais et mettre ainsi leur vie en danger. De plus, chaque fois qu’un jeune est hospitalisé pour ces raisons, un spécialiste vient dialoguer avec lui afin de détecter un éventuel problème plus profond.
Ensuite, parce que la mesure va rater sa cible : en effet, la majorité des personnes traitées en urgence pour intoxication alcoolique sont des hommes entre 45 et 65 ans et non des jeunes. De plus, il est question de sanctionner les personnes ayant abusé de l’alcool et non les personnes déjà dépendantes de ce produit. Comment le personnel médical va-t-il classer les personnes selon ces catégories. Cela exigera des investigations poussées et coûteuses. Cette initiative est en fait inapplicable et entraînera une hausse des coûts, ce qui est contraire au but recherché.
Enfin, et c’est peut-être le plus préoccupant dans cette affaire, l’initiative Bortoluzzi ouvrirait une brèche dans le système de la Lamal, basé sur la solidarité. Cette démarche qui se veut pilote va en réalité introduire le principe de causalité qui est un dangereux précédent.
Car s’il l’on fait aujourd’hui payer ceux qui abusent de la dive bouteille alors que l’industrie fait tout ce qu’elle peut pour inciter la population à consommer, il n’y a pas de raison pour que demain on ne sanctionne pas ceux qui fument en refusant de les soigner au titre de la Lamal, ou ceux qui mangent trop gras ou trop salé et qui développent des maladies en lien avec leur style de vie.
Il faut résolument refuser cette initiative comme les professionnels de la santé (FMH, ASI, les Hôpitaux et institutions de soins suisses) et de nombreuses autorités cantonales le recommandent.