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Interrogé lundi dans l'émission T.T.C, après le départ réussi de SpaceX vers la Station spatiale internationale, Claude Nicollier juge que le grand changement des dernières années au niveau de la conquête spatiale est le passage des navettes aux capsules. Avec Soyouz, puis désormais le Crew Dragon de SpaceX et bientôt le Starliner de Boeing, on continue à exploiter "avec beaucoup de succès" ce "joyau" qu'est l'ISS.
Pour l'astronaute suisse, premier Helvète dans l'espace en 1992, le deuxième changement concret est un retour sur la Lune pour les États-Unis avec le programme Artemis, à l'horizon 2024. Et d'expliquer que l'objectif est double: exploiter scientifiquement la Lune, mais aussi s'entraîner en vue d'un séjour plus lointain sur Mars.
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Apprendre sur la Lune avant le "grand saut" vers Mars
Avec ce nouveau programme, lancé sous l'administration Trump, l'idée est d'expérimenter sur la Lune un séjour à relativement long terme sur un autre corps céleste que la Terre, d'apprendre à vivre avec les ressources lunaires, partiellement en tout cas, "avant de faire le grand saut vers Mars", relate Claude Nicollier.
"Ce sera difficile, c'est un long voyage, il y a des challenges considérables à relever pour s'établir sur Mars et d'y vivre à relativement long terme", ajoute le Vaudois de 76 ans. C'est pourquoi les tests concrets effectués sur la Lune seront précieux à ses yeux, et notamment ceux qui se dérouleront sur sa face cachée, dans une situation de silence radio qui n'existe pas sur sa face visible, où les signaux de la Terre sont toujours présents.
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Quelques mois ou une année, pas plus
Claude Nicollier juge qu'une installation sur Mars est encore très aléatoire. Evoquant l'idée fixe d'Elon Musk, le patron de SpaceX, de s'établir sur Mars puis de se répandre dans le système solaire, éventuellement sur les satellites de Jupiter ou Saturne, l'astronaute suisse émet des doutes: "Pas dans les prochaines décennies, dans 500 ou 1000 ans, je n'en ai aucune idée."
A contrario, il estime que l'exploration de Mars dans la foulée du programme Artemis n'est de loin pas utopique: "Quand les problèmes logistiques et humains seront réglés, sur le plan physique et psychologique, on pourra envoyer vers Mars un petit groupe d'explorateurs, cinq personnes de nationalités multiples", souhaite-t-il. Mais il se veut prudent quant à la durée d'une telle mission: quelques mois ou peut-être une année et demie, avant de revenir. "Mais de là à la colonisation, il y a un pas qu'il n'est pas sage de franchir."
"La vie sur Mars sera difficile", ajoute encore Claude Nicollier, précisant que l'atmosphère faite de gaz carbonique est ténue. Mais s'il y fait plus froid que sur Terre, la répartition des températures est favorable vu que la planète rouge tourne sur elle-même en 24 heures. Et si elles peuvent descendre à quelques dizaines de degrés au-dessous de zéro, les températures ne sont pas "inacceptables" et on peut s'en protéger relativement facilement. Toutefois, vu l'impossibilité de sortir hors des véhicules ou logements pressurisés sans revêtir un scaphandre, "ce n'est pas un style de vie extraordinairement attractif".
>> Le sujet de La Matinale sur les difficultés concrètes d'un voyage sur Mars:
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Interview TV: Loïs Siggen-Lopez
Adaptation web: Frédéric Boillat
Pour une ouverture raisonnée aux touristes et au business
L'arrivée des acteurs privés a énormément changé l'approche de la conquête spatiale, confie Claude Nicollier, qui cite en premier lieu deux hommes, les milliardaires Elon Musk et Jeff Bezos avec SpaceX et Blue Origin: "Ils ont décidé d'investir une partie non négligeable de leur argent pour pousser le programme spatial. Il est clair qu'ils ne le font pas par charité, il y a un intérêt commercial."
>> Voir aussi le sujet de TTC sur les privés dans la course à l'espace:
Pour l'astronaute vaudois, ce n'est pas une mauvaise chose d'ouvrir la capacité d'aller dans l'espace au business d'une part et aux touristes de l'autre. Et de citer ceux qui ne veulent pas devenir astronautes, mais qui veulent vivre "ces extraordinaires sensations du vol spatial".
Celui qui a effectué quatre missions dans l'espace estime qu'un touriste peut se rendre dans l'espace moyennant un entraînement modéré, certes pas pour devenir commandant de bord ou chargé d'une fonction essentielle, mais pour être simple passager. Le vol prévu à l'automne avec Crew Dragon permettra ce genre de tourisme.
A plus long terme, certains touristes pourraient aussi devenir des membres d'équipage à part entière avec des fonctions bien précises. Un autre riche entrepreneur américain, Jared Isaacman, a ainsi décidé d'acheter un vol avec le Crew Dragon à SpaceX. Il prendra tous les coûts en charge et sera le "commandant" de l'appareil. S'il insiste sur les guillemets, Claude Nicollier juge que ce sera en partie possible, car la capsule Dragon est relativement automatique. L'homme d'affaires devra toutefois s'entraîner pour y parvenir.