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Un certain nombre d’investisseurs privés, voire professionnels, vivent parfois des moments de doute et d’incertitudes qui les incitent à recourir à des règles empiriques, des comportements répétitifs, des sortes de superstitions même, qui n’ont strictement rien à voir avec une attitude rationnelle. On évoque ainsi des « mardis noirs », des années bissextiles ou non, des « vendredis des sorcières », des mois de janvier annonciateurs de l’année à venir, l’incidence relative de fêtes religieuses, voire la couleur des feuillages des arbres etc.
Dans les faits, le proverbe le plus connu, pieusement rabâché année après année est : « Sell in May and go away » ou en caricaturant : « Vends en mai et décampe ». A l’instar de beaucoup de coutumes un peu désuètes, le proverbe trouve son origine en Angleterre, précisément dans le secteur des affaires de Londres où les investisseurs, les aristocrates et les banquiers étaient, on parle de la fin du 18ème siècle, incités à quitter la capitale surchauffée pour gagner une campagne plus accueillante, quitte à y revenir en septembre pour la course de chevaux du St. Leger Stakes.
Tournons la page du folklore pour aborder plus concrètement le comportement des marchés au gré des trimestres concernés. Nous adopterons comme indice de référence le S&P 500 américain dont l’évolution est grosso modo parallèle aux références des autres places boursières. En examinant le comportement de cet indice depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, on constate que sur la durée, il a progressé de plus de 6.5% pour les périodes de novembre à avril et de moins du tiers entre mai et octobre. Les années d’élection jouent aussi ponctuellement un rôle lié à l’incertitude, particulièrement en septembre et octobre.
En prenant de la hauteur, on observe que depuis 1930, plus de 73% des années ont été marquées par des hausses contre 27% à la baisse, ce qui devrait convaincre les sempiternels sceptiques de la bourse ! En voulant affiner l’analyse, on note que si mai est effectivement un mois positif, boursièrement parlant, il est suivi par les résurgences haussières d’août, précédant septembre, considéré comme le pire mois en bourse, donc favorable aux achats. Les amateurs de guirlandes scintillantes et d’étoiles lumineuses retiendront le rallye de Santa-Klaus, généralement entre Noël et les premiers jours de janvier.
Tous ces raisonnements un peu théoriques s’opposent à deux contraintes dont la deuxième peut s’avérer coûteuse : les frais de courtages, mais aussi et surtout le prélèvement d’une taxe de plus-value qui, suivant les pays, a un effet rédhibitoire, ne serait-ce que dans le cadre de l’application du traité sur l’échange d’informations. D’autre part, et même si cela parait désuet, nombre de gérants le confirmeront, il s’est souvent créé entre l’actionnaire et ses investissements une forme d’attachement à telle enseigne que le client se complait à reconnaitre qui, ses Nestlé, qui, ses l’Oréal ou ses Microsoft et s’émouvrait de ne pas les retrouver.
Conclusion de tout ceci. L’adage a indéniablement une valeur historique ; s’y conformer aveuglément serait parfois malaisé. Le moyen terme consisterait donc à temporiser les achats après mai et se contenter d’accumuler revenus et dividendes dans l’attente de temps plus propice, dès l’automne venu, à Thanksgiving par exemple qui, selon certains, a aussi valeur de déclencheur.