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Les universités sont durement touchées par la crise d'un monde gagné par l'inquiétude et l'incertitude du lendemain, rongé par l'inflation, menacé de récession, voire de famine.
Elles le sont très directement par la stabilisation, voire la contraction des moyens financiers qui leur sont octroyés, au terme d'une période euphorique qui a puissamment stimulé les appétits et encouragé l'élaboration de plans largement conçus. Aujourd'hui, les organes responsables de la définition d'une politique suisse de l'enseignement supérieur et de la recherche savent qu'il serait vain d'escompter, dans les années qui viennent, une croissance réelle des moyens globaux. Pour regrettable que soit cette situation, on doit reconnaître que le potentiel d'enseignement et de recherche créé dans la dernière décennie permettra de faire face, et il peut sortir un bien de l'ascèse qui nous sera imposée.
Elles sont touchées plus profondément encore par la mise en question de leur rôle dans la société de demain. Les dernières décennies ont été marquées par une foi solide en la science, dont les progrès allaient engendrer nécessairement un accroissement du bien-être et du bonheur. La recherche, de quelque nature qu'elle fût, pourvu qu'elle satisfasse à ses propres critères d'originalité, était le moteur de ce progrès. Songeons à l'incroyable mobilisation des esprits et des moyens qui a rendu possible la conquête de la lune: cent mille personnes mobilisées des années durant pour l'accomplissement d'un projet trouvant en lui-même sa justification. Cette foi est aujourd'hui sérieusement ébranlée et l'on peut prévoir que la recherche, demain, ne sera plus aussi libre et qu'elle devra s'orienter davantage vers des secteurs que l'opinion publique juge prioritaires.
L'opinion est divisée également quant au nombre des étudiants devant accéder à l'enseignement supérieur. Il y a dix ans à peine, on croyait notre pays menacé de sous-développement intellectuel si d'énergiques mesures n'étaient pas prises afin d'augmenter substantiellement ce nombre. Le résultat est atteint: de 1963 à 1973, ce nombre a passé de 26000 à 47000, dont 10000 étrangers. Chacun sait qu'aujourd'hui l'inquiétude a gagné de nombreux esprits quant à l'opportunité de ces mesures. On craint la pléthore et le chômage intellectuel, tel qu'il existe d'ailleurs dans des pays voisins.
Dans un article publié par Le Monde du 26 octobre 1974, M. René Haby, ministre de l'Education nationale, souhaite que «cesse cet engouement de tant d'étudiants pour des études dont le principal attrait est pour eux la valeur sociale qui s'y attache». Et le Canard enchaîné, qui rapporte le propos, de conclure: «Vouloir s'élever dans la société par l'instruction, quoi de plus stupide en effet!»
Il faut, en premier lieu, remarquer que la situation dans notre pays ne présente actuellement aucun caractère de gravité. Les exigences de l'enseignement secondaire éviteront que ne soient dirigés vers les universités trop d'étudiants qui ne pourraient s'y épanouir. Et, de plus, considérera-t-on toujours comme une exigence absolue que les diplômés de l'Université occupent une situation en rapport avec le titre universitaire qu'ils ont acquis, pour reprendre une formule consacrée? Ne pourrait-on rêver d'une société dans laquelle un supplément d'instruction serait conçu comme un bienfait en lui-même, indépendamment de sa valorisation professionnelle? Quoi qu'il en soit, on doit remarquer que la complexité croissante des problèmes exige, en démocratie, qu'un nombre plus élevé de citoyens atteignent un niveau suffisant de culture et de formation, et ce serait, à notre avis, une faute grave que d'appliquer dans ce domaine une politique trop restrictive.
Les universités ne sauraient se contenter ici d'exigences sélectives à l'entrée. Il leur appartiendra, sans négliger leur tâche traditionnelle et fondamentale, qui reste l'avancement de la connaissance par la recherche et la formation de la relève des chercheurs, à imaginer des voies de formation plus diversifiées dont profiteront ceux que leur vocation et leurs dons ne destinent pas à une carrière scientifique.
Notre défunt collègue Eddy Bauer, parlant un jour d'un grand chef militaire, le comparait à un voilier doué d'un judicieux équilibre de la quille, qui procure l'assurance et la sécurité, et de la voile, qui lui communique la force et l'élan. Puisse cette image s'appliquer aux inspirateurs de la politique universitaire suisse: la quille ne leur manquera pas et ils auront à déployer largement la voile de leur imagination pour tirer parti des vents les plus faibles.
Permettez-moi de dire quelques mots de deux projets qui nous ont occupé très particulièrement durant l'année écoulée. Le paradoxe n'est qu'apparent: même la croissance zéro exigera des transformations, des regroupements et des rocades.
Le premier concerne la création à la Faculté des sciences d'un Institut de microtechnique. Au début de l'année universitaire, une commission présidée
par M. Gérard Bauer a été mandatée par le Conseil de l'Université pour étudier le développement de l'enseignement et de la recherche en microtechnique. Il s'agissait avant tout de déterminer si les efforts déployés par la Faculté des sciences étaient suffisants pour satisfaire les besoins d'un secteur important de l'économie de notre canton et des régions avoisinantes. A cette fin, une enquête approfondie a été faite sur l'enseignement et la recherche en microtechnique, sur les besoins de l'économie, les débouchés et la collaboration avec d'autres institutions et universités. L'avis de nombreux experts de l'industrie, des laboratoires fédéraux et des écoles polytechniques a été demandé sur le programme d'étude neuchâtelois en vigueur depuis 1969 et sur son évolution nécessaire. En conclusion de cette étude, la décision est prise de créer et de développer un Institut de microtechnique à la Faculté des sciences et d'aménager des rapports étroits entre cet institut et les autres institutions publiques ou privées intéressées.
Le second projet consiste en une reprise fondamentale du problème des locaux nécessaires aux facultés de sciences morales. On croit volontiers que les Sciences morales peuvent sans dommage s'accommoder de locaux modestes et qu'il n'existe pas de proportion claire entre l'étendue et l'équipement de ceux-ci et le nombre des étudiants qu'il est possible d'accueillir. Rien n'est plus faux, surtout si l'on tient compte de l'évolution des méthodes d'enseignement et de travail. On doit répéter que les solutions de logement partielles trouvées à Clos-Brochet pour le Centre de recherches sémiologiques, la Psychologie et la Sociologie, dans l'ancien Foyer des étudiants du Faubourg de l'Hôpital pour l'Histoire, dans des pavillons pour les Sciences économiques et pour la Philosophie, ont aggravé de manière très regrettable une dispersion qui existait déjà pour l'Ethnologie, la Philologie classique et l'Archéologie préhistorique; il en résulte des difficultés accrues dans la gestion et la consultation des bibliothèques et un manque de contact entre professeurs et étudiants de la même faculté d'autant plus déplorable que l'Université est petite. Le problème a été posé en termes très clairs en 1965 déjà et la construction d'un bâtiment abritant et regroupant les instituts et séminaires de ces facultés figurait en première urgence. Après l'échec des projets de transfert du Laboratoire suisse de recherches horlogères, qui aurait permis l'utilisation de ce bâtiment à des fins universitaires, après l'avortement des plans de déménagement de l'Ecole supérieure de commerce dont le bâtiment aurait pu être adapté à nos besoins, l'Université s'est résolue à l'étude d'une construction nouvelle. En accord avec les autorités de l'Etat et de la Ville de Neuchâtel, des groupes d'études ont été constitués pour établir de manière précise les besoins tant de l'Université que de l'Ecole de commerce. Le groupe d'étude universitaire, sous la direction très compétente de notre collègue Jean Rychner, vice-recteur, a non seulement procédé à un recensement très précis de ces besoins, mais a imaginé une distribution des locaux qui permettra une réalisation par étapes, correspondant aux besoins de première urgence, à ceux qui répondent à une prévision sûre, à ceux enfin que l'avenir commande de réserver. La réalisation de ce projet constitue, à n'en pas douter, le problème principal
de l'Université pour les années à venir et sa solution ne saurait être différée sous peine de causer à ces facultés un préjudice irrémédiable.
Il est de bonne tradition, à l'occasion du Dies academicus, de remercier le chef du Département de l'instruction publique, et à travers lui les autorités et le peuple neuchâtelois, du soutien qu'il apporte à l'Université. Je le fais avec une grande sincérité, tant il est vrai que la croissance réelle des crédits universitaires a permis à nouveau la création de quelques postes d'enseignants et l'enrichissement de divers équipements.
Dans chaque faculté, l'accroissement du personnel enseignant, professeurs et assistants, obtenu au cours des dernières années, a permis l'amélioration des plans d'études. Tel a été le cas du Brevet pour l'enseignement secondaire inférieur, en lettres et en sciences, du Diplôme de sciences actuarielles, des licences en biologie et, bien sûr, de la microtechnique dont j'ai parlé déjà.
L'activité de recherche, dans tous les secteurs de l'Université, s'est encore intensifiée, mais je dois ici me contenter d'une indication globale: le soutien apporté par le Fonds national de la recherche scientifique aux travaux dirigés par des professeurs de notre université s'est élevé à Fr. 2600000.-, auxquels s'ajoutent Fr. 200000.- de subsides aux jeunes chercheurs. Quand on sait les critères de qualité imposés par le Fonds national, c'est là un résultat dont on peut se réjouir.
Merci de votre attention. J'ai dit.