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Contagions et l’État: parallèles et transferts entre les institutions de contrôle des épizooties et des épidémies en Suisse à la fin du 19ème siècle
La fin du 19ème siècle est, en Europe, marquée par une recrudescence des grandes maladies infectieuses. Le développement du réseau ferroviaire et du transport maritime, accélérant les déplacements vers et sur le Vieux Continent par la vapeur, contribue à faire circuler les agents pathogènes touchant l’humain et le non-humain. Les dévastatrices épizooties de peste bovine, les ravages du phylloxera dans le secteur viticole ou la résurgence de la peste et du choléra placent les sociétés devant des menaces biologiques exacerbées.
À partir du cas exemplaire de la Suisse, notre contribution étudie l’émergence et l’évolution simultanée des institutions de contrôle des épidémies et des épizooties à partir des années 1860. Les transferts, opérés principalement entre le contrôle des maladies infectieuses du bétail vers celui des maladies infectieuses de l’humain, ont longtemps été ignorés par la recherche historique. La simultanéité du développement institutionnel est pourtant frappante: les réflexions sur l’introduction d’une législation fédérale sur les épizooties et les épidémies débutent simultanément, et les deux projets prennent forme parallèlement.
La Loi fédérale sur les Épizooties, adoptée en 1872, sert de modèle au premier projet de Loi fédérale sur les Épidémies, rejeté en référendum en 1882 puis adoptée en 1886. Les transferts se retrouvent ainsi dans les principes de transmission des maladies, les pratiques et techniques pour les contrôler, mais aussi dans la structure institutionnelle et législative dans le cadre du fédéralisme helvétique. La priorité donnée à la préservation du libre-échange, au sein du territoire helvétique comme avec les États voisins, conduit les autorités à chercher des modes d’intervention le long des voies de communication et à coopérer par-delà les frontières nationales pour externaliser le contrôle des maladies infectieuses.