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La première étape pour établir un diagnostic de l’approvisionnement en minéraux consiste à déterminer les teneurs en oligo-éléments et en macro-éléments de la ration (voir encadré). Ce diagnostic sert à obtenir des informations de base sur le niveau d’approvisionnement du troupeau (vaches laitières ou vaches allaitantes) et à adopter des mesures pour pallier aux problèmes d’approvisionnement.
En bref
- Il est très important de bien connaître les teneurs en minéraux et en oligo-éléments du fourrage de base. Les analyses du fourrage de base et l’interprétation correcte des résultats sont la clé du succès.
- Planification de l’examen et intégration de tous les spécialistes auxquels l’exploitation a affaire (conseiller en affouragement, vétérinaire, agriculteur, etc.)
- Il faut analyser les teneurs en macro-éléments avant les teneurs en oligo-éléments.
- Les échantillons sanguins limités à des animaux individuels ne sont pas pertinents (sauf dans les situations spéciales comme la période de vêlage ou les maladies cliniques).
- Lors de l’interprétation des résultats, il faut aussi tenir compte du fait qu’il peut exister certaines interactions entre les éléments.
Quels animaux analyser ?
Dans certains cas, prélever des échantillons sur les animaux peut fournir des informations et permettre de tirer des conclusions sur l’approvisionnement en minéraux et en oligo-éléments. En particulier lorsque l’analyse de la ration indique que celle-ci est adaptée aux besoins. Mais comment procéder ?
Une des questions récurrentes est celle du choix des animaux à analyser. Si les symptômes cliniques font penser à une carence en macro-éléments ou en oligo-éléments, seuls les animaux suspects devraient être pris en compte. Dans le cadre des analyses de routine concernant l’approvisionnement en minéraux réalisées lors du suivi vétérinaire de troupeau, seuls les animaux ne présentant pas de symptômes cliniques devraient en revanche être échantillonnés et répartis en plusieurs groupes en fonction de leur stade de lactation. Une discussion préalable et une planification de l’examen sont donc essentielles.
Tenir compte des interactions
Lors du diagnostic réalisé sur l’animal (échantillon de sang, d’urine et de tissus), il convient de tenir compte du fait que la fiabilité des informations obtenues par rapport aux différents éléments est fortement influencée par des mécanismes de régulation et par des interactions spécifiques. On assiste ainsi à une dynamique de lactation quasi inexistante de la concentration en oligo-éléments dans le sang complet et les poils, ce qui indique une inertie relativement importante de ces deux substrats. Il n’est donc pas idéal d’utiliser la concentration en oligo-éléments dans le sang et les poils dans le cadre du suivi de troupeau à titre préventif (pour ces éléments, il faut par conséquent faire analyser les animaux suspects). Il s’agit en effet d’identifier très tôt les écarts par rapport à un approvisionnement conforme aux besoins. Les résultats concernant les macro-éléments (comme le calcium, le sodium, le potassium et le magnésium) sont en revanche beaucoup plus parlants, pour autant que les prélèvements aient été réalisés et analysés correctement. Pour certains macro-éléments, on constate en effet une dynamique de lactation intéressante. Cette dynamique est surtout déclenchée par le vêlage ainsi que par le démarrage de la production laitière et les besoins supplémentaires qui s’ensuivent.
Idéalement, chaque groupe analysé devrait être composé d’au moins sept animaux, mais cela n’est pas toujours possible. L’expérience montre qu’une analyse basée sur moins de quatre à cinq animaux ne permet pas de tirer des conclusions pour l’ensemble du troupeau et devrait plutôt être considérée comme étant des résultats individuels.
Macro-éléments
Le calcium, le phosphore, le potassium, le sodium, le magnésium, le chlore et le souffre sont considérés comme des macro-éléments. Ils jouent tous un rôle important. Certains d’entre eux subissent des changements massifs, par exemple aux alentours du vêlage, et doivent être disponibles en quantités suffisantes pour que le vêlage et la phase post-partum se déroulent correctement. Au cours de cette période, une surveillance et un contrôle réguliers sont vraiment indiqués. Il est important d’établir une distinction entre la constatation d’une carence et le niveau d’approvisionnement du troupeau (voir tableau 1).
Les oligo-éléments sont indispensables à divers processus métaboliques essentiels chez les bovins.
Oligo-éléments
Les oligo-éléments sont indispensables au fonctionnement de certains processus métaboliques essentiels chez les bovins, par exemple la formation et la consolidation des os, le métabolisme des muscles, de la peau et des onglons ainsi que la fertilité. Ils ont un impact décisif sur l’instauration d’une défense immunitaire contre les maladies bactériennes et virales. Le cobalt, le molybdène, le fer, le cuivre, le manganèse, le zinc, l’iode et le sélénium sont des oli-go-éléments. On notera qu’ils sont présents dans le corps dans des concentrations inférieures à 50 mg / kg de masse corporelle. Le tableau 2 donne un aperçu des principaux oligo-éléments importants et indique dans quelle mesure ils peuvent être analysés dans le sang.
Lorsque les vaches laitières sont approvisionnées conformément à leurs besoins, une carence en fer est pratiquement impossible, les aliments fourragers utilisés contenant suffisamment de fer. En principe, l’approvisionnement en fer peut être vérifié en déterminant la concentration de cet élément dans le foie (par analyse d’une biopsie du foie). Le contrôle dans le sérum / plasma permet de déterminer des carences en fer (veaux nourris au lait).
Planification attentive nécessaire
Etablir un diagnostic des macro-éléments et des oligo-éléments chez les animaux est très utile pour déceler des carences et surveiller l’approvisionnement du troupeau. Une telle analyse requiert toutefois une planification soignée, en particulier quand prélever quels échantillons. Pour l’interprétation des résultats, il faut aussi tenir compte du fait qu’il existe des interactions entre certains éléments. Il arrive souvent que les résultats obtenus ne soient pas assez pertinents ou qu’ils fassent l’objet d’une interprétation erronée, ce qui engendre des frustrations. Pour l’interprétation des résultats, il faut impérativement tenir compte du niveau d’approvisionnement via l’affouragement. C’est ainsi que l’on tire le meilleur parti des analyses et que le rapport coût-utilité est le mieux couvert.
Plus-value des analyses de fourrage grossier
Pour tirer le meilleur parti du fourrage grossier, il faut être parfaitement au fait des paramètres inhérents. Les analyses correspondantes sont un élément essentiel pour y parvenir. Cette année, l’affouragement d’hiver ne donne pas les résultats attendus (faible production laitière), surtout dans les exploitations d’ensilage. Les conditions météorologiques extrêmes de l’été dernier et le manque de soleil ont sûrement eu un fort impact. Les éléments pouvant engendrer une baisse de la production laitière sont cependant multiples : est-ce le manque de sucre dans l’ensilage d’herbe ou dans le fourrage séché, la mauvaise digestibilité ou le manque d’amidon dans l’ensilage de maïs ? En l’absence de connaissances précises sur les teneurs du fourrage de base, il est difficile de déterminer quel est le facteur limitant. Il est dès lors impossible d’optimiser la ration et l’affouragement complémentaire.
Fourrage de base ou analyse RTM ?
Pour planifier la ration, il est important de connaître les teneurs des principaux fourrages de base. Par « principaux », on entend les fourrages représentant au moins 10 % de la ration globale. En plus de cela, l’analyse doit être représentative. Lorsque les balles d’ensilage d’herbe proviennent de plusieurs parcelles et que la récolte a été réalisée à des dates différentes, l’analyse n’a pas une utilité maximale, car la composition de la ration varie fréquemment. Une analyse de la RTM complète est avantageuse car elle porte sur la ration globale, ce qui ne nécessite qu’une seule analyse. La qualité des valeurs obtenues implique que les échantillons soient également de bonne qualité. Un mélange homogène est indispensable à l’obtention de résultats fiables. Un désavantage essentiel de l’analyse de la RTM réside dans le fait que les chiffres-clés W-FOS ne peuvent pas être calculés, chaque RTM affichant une composition différente. Il est par conséquent impossible de tirer des conclusions sur la fermentation.
Analyser les minéraux
Il est judicieux d’analyser les teneurs en minéraux et en oligo-éléments des fourrages secs et de l’ensilage d’herbe. Leurs teneurs dépendent de nombreux facteurs (peuplement, végétation, fumure, climat ou mode d’utilisation) et varient donc fortement. Le dépouillement des analyses des fourrages grossiers confirme cette dispersion. Pour le maïs ensilage, l’amplitude des variations est nettement moins marquée, ce qui fait qu’une analyse des minéraux n’est pas impérative. L’analyse de la RTM convient parfaitement pour déterminer les teneurs en minéraux et en oligo-éléments.
Interpréter les valeurs correctement
Pour interpréter les teneurs en minéraux, il convient de comparer les valeurs obtenues avec les besoins standard en g / kg ou en mg / kg MS. Les besoins standard sont connus et ont fait leurs preuves. Ces standards (normes) varient en fonction du niveau de production laitière et du stade de lactation et sont pertinents. En cas de sous-approvisionnement ou de sur-approvisionnement, des mesures correctives peuvent rapidement être prises, car on sait parfaitement ce que la vache ingère. L’analyse des minéraux est donc un élément de la planification de l’affouragement. Ce type d’analyse ne doit donc pas uniquement être réalisé lorsque des problèmes de santé surviennent.
Hansueli Rüegsegger, UFA SA