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Ora/cle est un projet qui a pour origine ma rencontre avec le texte de Luiz Manuel L’Oracle des ténèbres dont j’ai aimé la forme « musicale » – en particulier la présence de trois leitmotivs (je prédis, je gage, je maudis) qui, à l’instar d’une cellule thématique musicale, rythment le texte de façon à la fois subtile et obsessionnelle ponctuant chaque page du poème, chaque fois au bénéfice d’un éclairage nouveau, créant l’unité tout en suscitant attentes et surprises.
Ayant abandonné l’idée de faire chanter le texte après avoir entendu l’auteur le lire, j’ai élaboré le projet de le faire dire par un récitant et de le confronter à une composition musicale qui joue à illuminer le poème en faisant croire qu’elle en détient la clé ou à prendre le rôle du mystère dont on attend la révélation par le texte.
Si la présence d’une voix de soprano, d’un récitant et d’une danseuse donne au projet une dimension théâtrale, son approche compositionnelle est aussi marquée par une réflexion autour de la notion d’oracle. On trouve donc d’un côté l’aspect concret de la référence à la situation d’oracle et de l’autre l’abstraction d’un oracle qui nous parle de notre rapport au temps (nos prévisions, nos doutes, nos espoirs).
Dans le domaine de la référence concrète à l’oracle, on notera tout d’abord que la situation de concert a quelque chose de très proche de celle de l’oracle avec ses spectateurs et ses officiants producteurs d’un sens à déchiffrer; cette référence concrète s’exprime par ailleurs dans la musique par l’introduction d’éléments de rituel (répétition de formules de ponctuation, accentuation par une orchestration inhabituelle et un instrumentariumde percussion non standard du sentiment de mystère), ainsi que par l’absence d’un texte compréhensible dans la partie vocale (représentation du langage sibyllin de la Pythie).
La partie plus abstraite de la référence à l’oracle fait appel à la représentation de plusieurs temps (le temps de la préparation, de l’attente , le temps de la fête -la prédiction impossible donne de la valeur a` l’instant-, le temps qui dure ou hors temps -le temps ne se possède pas, il est-), et apparaît dans le traitement de la voix, toujours entre pleurs et rire qui évoque cette caractéristique des prédictions consistant a` n’annoncer que bonheur ou malheur, ainsi que dans la mise en évidence de certaines similitudes entre oracle et formes musicales (le canon musical est une sorte de prédiction…).
La composition prend de multiples visages et utilise des techniques d’écriture diverses : en cela elle suit le fil de la pensée qui est par nature volatile ou volage et qui précède le souci tout oratoire et textuel de la forme. C’est donc au spectacle que revient, par l’articulation de la musique, du texte et de la danse, de former, face à l’auditeur-spectateur, un tout cohérent.
François Mützenberg