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Une obscurité absolue règne et je ne sais pas où je me trouve. J’avance dans le noir jusqu’à heurter une paroi lisse. Je longe à tâtons cette paroi et j’arrive à l’endroit où elle fait un angle que j’estime à soixante degrés. Je continue de longer la paroi et je découvre un nouvel angle, toujours de soixante degrés, puis ensuite un troisième. J’en déduis que cette pièce dans laquelle je me retrouve forme un triangle équilatéral. La pièce est plongée dans le silence. Un temps indéfini s’écoule et je refais le même parcours, essayant sans doute de comprendre où je suis et comment en sortir. Je retrouve la paroi, mais je me rends compte que les trois côtés du triangle ont diminué. Tout en conservant sa forme, la pièce rétrécit ! Au bout d’un certain temps, je n’ai même plus besoin de marcher. En tendant les bras, je parviens à toucher les trois côtés. Je commence à paniquer, car je vais finir par être écrasé...
Le triangle impossible
C’est à ce moment précis que je me réveille.
Durant mon adolescence, j’ai fait ce rêve récurrent des dizaines de fois. De temps à autre, la fin variait : une trappe par laquelle une lumière blanche éblouissante filtrait s’ouvrait au-dessus de ma tête, et je me réveillais en me hissant par celle-ci pour m’échapper. Curieusement, ce n’est pas tant la dimension cauchemardesque de la situation qui m’a marqué, mais plutôt les longues minutes au réveil où j’essayais de comprendre l’aberration physique du rétrécissement d’une pièce triangulaire aux côtés égaux. En réfléchissant à l’origine de ce rêve, je pense que mon subconscient a été influencé par la nouvelle «Le puits et le pendule» d’Edgar Allan Poe. Les deux histoires présentent beaucoup de similitudes.
Aujourd’hui, je ne me souviens presque jamais de mes rêves, pourtant, il semblerait que nous rêvons tous une ou deux heures par nuit. Les seuls qui parviennent parfois à me libérer brutalement des bras de Morphée sont de nature violente ou, plus rarement, érotiques.
C’est à la fin des années cinquante que le neurobiologiste français Michel Jouvet met en évidence le mécanisme physiologique des rêves et théorise le «troisième état du cerveau», celui du sommeil paradoxal. J’ai déjà sommairement décrit celui-ci dans mon article sur Sleep Cycle.
Freud et Jung
L’interprétation et le rôle des rêves oppose deux grands courants psychanalytiques, celui de Sigmund Freud et celui de Carl Gustav Jung. Selon Freud, les rêves n’ont de réelle fonction que celle de masquer les pulsions refoulées et leur interprétation est spécifique à chaque individu. Pour Jung, il existe une notion d’inconscient collectif où le rêve est interprétable selon une grille de lecture commune à tous, faite de symboles et d’archétypes, car pour lui, l’inconscient ne maîtrise pas le langage. Michel Jouvet est proche de cette vision du rêve «cohérent». Sa théorie est que le sommeil paradoxal sert de reprogrammation génétique et psychique. Quelle que soit la doctrine retenue, la démarche d’interprétation est avant tout la capacité de l’individu, ou de son thérapeute, d’éclairer l’inconscient en [se] posant les bonnes questions. Même s’il n’existe pas de méthode universelle pour décrypter ses rêves, il est possible d’obtenir très simplement, par associations symboliques, des résultats intéressants. Essayez, vous serez surpris !
"Sleeper Dreaming of a Remembered Room" - Philip Gladstone
A votre tour de partager vos rêves les plus tenaces...