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Description
Pour désigner les enfants qui manifestent des aptitudes intellectuelles exceptionnelles, il existe une grande variété de termes comme surdoués, précoces, prodiges, talentueux, à haut potentiel. Aujourd’hui, la terminologie « haut potentiel intellectuel (HPI) » est la plus souvent retenue.
Un enfant est dit à haut potentiel (HP) lorsqu’il a un rythme de développement intellectuel nettement supérieur à celui de son âge. Il n’existe pas une typologie spécifique d’enfant à haut potentiel intellectuel, mais des élèves présentant certains profils. L’intelligence n’est pas quantitativement supérieure, mais qualitativement différente. C’est la particularité de son mode de pensée et de son fonctionnement affectif qui caractérise un enfant à haut potentiel. Ce dernier doit être bien compris dans ce double fonctionnement intellectuel et affectif afin que ses ressources intellectuelles et psychologiques très riches puissent se développer totalement.
Le seul outil communément admis pour délimiter ce groupe d’enfants, et le plus utilisé dans le monde, est le quotient intellectuel (QI) déterminé à partir de batteries de tests standardisés tels que le WISC-IV (Wechsler Intelligence Scale for Children).
Les définitions du haut potentiel intellectuel incluent quasiment toutes un résultat au test de QI égal ou supérieur à 130 (2.3% de la population) évalué par des tests psychométriques. Ce score n’a pas de valeur en soi. Le QI doit être considéré comme un indicateur qui va guider et orienter le diagnostic mais il ne définit pas à lui seul l’enfant HP. D’autres facteurs environnementaux et émotionnels influencent les aptitudes intellectuelles, la créativité, la motivation et la réalisation des performances. L’enfant doit donc être compris dans sa dimension relationnelle, émotionnelle et sociale.
L’évaluation intellectuelle ne peut rendre compte à elle seule de la diversité des formes de l’intelligence. Gardner (1999) a défendu l’idée qu’il existe de multiples formes d’intelligence, (logico-mathématiques, langagière, spatiale, musicale corporelle-kinesthésique, interpersonnelle et intrapersonnelle).
Le qualificatif de haut potentiel est parfois mal compris. « Leur emploi suggère que ces enfants sont exceptionnels dans tous les domaines, or la réalité est bien différente. (…) un enfant peut être « surdoué » ou avoir un haut potentiel dans un domaine, tout en ayant des performances moyennes, voire être déficient dans d’autres champs (Pereira-Fradin, 2004) » (source : S. Tordjman, Enfants surdoués en difficulté : de l’identification à une prise en charge adaptée, PUR, 2005).
Identification d’un enfant à haut potentiel
Les caractéristiques des enfants à haut potentiel montrent une grande diversité. Bien qu’il possède un esprit vif, curieux et mobile, des aptitudes de logique, d’abstraction et de synthèse plus développées que les autres personnes de son âge et une capacité de mémoire élevée, l’enfant HP n’est pas un enfant prodige. Il existe une importante variabilité individuelle qui limite l’intérêt de dresser un profil général de cette population.
Ci-dessous, une liste non exhaustive de caractéristiques cognitives et socio-affectives souvent citées dans les observations (source : Enfants exceptionnels, précocité intellectuelle, haut potentiel et talent, sous la coordination de T. Lubart, Ed. Bréal, 2006).
1. Caractéristiques cognitives générales
- Acquisition rapide du langage oral, accès spontané à la lecture ;
- Grande curiosité, un grand intérêt pour les livres ;
- Beaucoup de questions posées par l’enfant, interrogeant le « pourquoi », sous toutes leurs formes, y compris les questions existentielles ;
- Besoin de comprendre, recherche de précision, recherche de maîtrise ;
- Préférence pour la complexité/peu d’intérêt pour des tâches simples, faciles et routinières ;
- Mode de pensée, de calcul et du raisonnement ainsi que stratégies mentales différents de ses pairs ;
- Une pensée en arborescence (association rapide et incessante d’idées, pensée sans limites) riche, activant simultanément plusieurs canaux de réflexion favorisant la créativité, l’imagination et la flexibilité mentale ;
- Vitesse et efficacité de traitement de l’information supérieure à la norme ;
- Forte capacité de mémorisation ;
- Niveau élevé d’attention, bonne capacité de concentration ;
- Forte capacité de généralisation et de transfert d’informations avec mobilisation du raisonnement analogique, permettant des mises en relation pertinentes.
2. Caractéristiques socio-affectives et comportementales générales
- Sens de l’humour ;
- Grande empathie ;
- Forte sensibilité émotionnelle et réactivité affective ;
- Exacerbation des sens (visuel, auditif, olfactif..), intuitivité ;
- Motivation liée à l’intérêt ;
- Difficulté à gérer l’échec ou la critique ;
- Refus des règles et des consignes, demande de justifications ;
- Recherche la compagnie de camarades plus âgés et les adultes ;
- Tendance à travailler seul, autonomie dans les situations d’apprentissages ;
- Capacité à faire des observations perspicaces concernant autrui ;
- Gestion différente des conceptions implicites que par ses pairs ;
- Peurs non conventionnelles pour son âge (peur de la mort vers 3 ans, par exemple) ;
- Grand besoin de stabilité affective.
Attitudes différentes en classe
Particularités et difficultés des stratégies d’apprentissage
Les difficultés des enfants à haut potentiel (HP) peuvent être dues à plusieurs causes parfois intriquées (source : L’enfant précoce : mode ou réalité ? Réalités pédiatriques, O. Révol, 2011).
1. Difficultés liées aux caractéristiques cognitives
L’enfant HP peut manifester la capacité de réaliser, dans un certain nombre d’activités, des performances que ne parviennent pas à accomplir la plupart des enfants de son âge. Il dispose, au moment de l’observation et dans les domaines considérés, d’aptitudes nettement supérieures à celles de la moyenne de sa classe d’âge.
Toutefois, certains ne se distinguent pas par leurs performances mais se révèlent paradoxalement à travers la difficulté. Il s’agit d’enfants HP dont le fonctionnement intellectuel est différent de celui de leurs pairs, ce qui peut les mettre en difficulté. Aussi sont-ils souvent en souffrance. Dans la scolarité d’un tel élève, Il est donc primordial de réagir dès les premiers signes, avec prudence et sans le marginaliser, tout en respectant sa singularité d’enfant.
Les enfants HP ont préférentiellement un traitement global et simultané de l’information. Ils utilisent davantage leur mémoire épisodique ( l’information est emmagasinée en mémoire à long terme dans un contexte, qui amènent les enfants à faire des analogies avec d’autres situations), d’où une pensée plus rapide et intuitive. Ce fonctionnement peut paradoxalement être source de difficultés comme :
– l’ennui peut provenir d’un rythme d’acquisition très rapide et d’une mémoire parfois exceptionnelle. L’enfant comprend trop vite et certains sont premiers de la classe sans jamais avoir ouvert un livre scolaire. Il peut se déconcentrer, ce qui peut entraîner une démotivation et un manque d’intérêt. Ce dernier peut induire des troubles de l’attention, de l’instabilité psychomotrice et des troubles anxieux.
– l’absence de méthode et difficulté face à l’effort est une conséquence de la capacité de l’enfant à comprendre vite, il n’a pas besoin de fournir un effort ou de mettre en œuvre des stratégies, méthodes, réflexions pour trouver la bonne réponse. Ce fonctionnement peut par la suite (dès le cycle d’orientation) le desservir dans ses apprentissages (par exemple, une difficulté à expliciter comment il procède pour résoudre un problème de mathématiques).
– l’opposition apparaît souvent lors de tâches répétitives (recopier, apprendre par cœur) ou jugées inutiles. Les difficultés grapho-motrices fréquentes peuvent conduire à un évitement des tâches graphiques.
2. Difficultés liées à la créativité
Dans ce contexte, la créativité se définit par la capacité à réaliser un travail original adapté aux contraintes d’une situation, d’une tâche ou d’un problème. Les enfants à haut potentiel ont une pensée divergente (méthode de pensée qui envisage de nombreuses solutions possibles) et font preuve de créativité lorsqu’ils découvrent par eux-mêmes les règles et les gestes techniques qui permettent d’exceller dans un domaine avec un minimum d’aide de la part des adultes. A l’inverse, ils se retrouvent en difficulté face aux contraintes et à la routine du quotidien scolaire.
3. Difficultés liées aux particularités psychologiques et affectives
L’enfant HP est souvent réduit à ses compétences intellectuelles, au détriment de son affectivité. Pourtant, le développement affectif joue un rôle capital dans le développement de l’intelligence et dans la construction de la personnalité.
L’enfant à haut potentiel présente fréquemment des caractéristiques affectives comme l’hypersensibilité émotionnelle, la lucidité, l’empathie et une sensibilité à l’injustice (source : l’enfant surdoué, J. Siaud-Facchin, 2002).
L’hypersensibilité émotionnelle : c’est une exacerbation des sens et une acuité à ressentir tout ce qui se passe autour de lui. L’enfant peut alors être sans cesse assailli d’informations sensorielles en provenance de l’environnement. Ce fonctionnement peut générer un envahissement affectif avec une peur de débordement émotionnel, de perte de contrôle qui peut entraver sa pensée. De par son imagination débordante, l’enfant a aussi tendance à dramatiser. Tout doit avoir un sens, tout comportement ou parole à son importance. L’hypersensibilité émotionnelle génère chez l’enfant HP une vulnérabilité qui se manifeste par trois aspects :
- surcharge émotionnelle (assailli par des sensations et émotions)
- fragilité émotionnelle
- susceptibilité importante (sans protection émotionnelle, « écorché vif »)
La lucidité : avec des sens exacerbés et des compétences intellectuelles performantes, l’enfant HP est doté d’une lucidité aiguisée et d’une intuition sur son environnement qui se traduit par :
- une compréhension fine et approfondie du monde, une clairvoyance et
- une hypervigilance émotionnelle
L’empathie permet à l’enfant de ressentir les sentiments et les émotions des autres, comme un sixième sens. L’empathie est une caractéristique qui n’est pas toujours une alliée. Elle peut être à la fois une qualité par la capacité fine de compréhension et de communication avec autrui, mais elle peut aussi comporter des effets négatifs qui se traduisent par l’anticipation anxieuse d’une situation de tension potentielle.
La sensibilité à l’injustice : l’enfant HP a souvent de fortes valeurs (recherche de vérité) et tolère mal les situations non conformes à sa représentation. Il a besoin de comprendre précisément, en argumentant et en remettant en question très souvent , il a besoin d’un cadre clair, consistant et cohérent.
Ces particularités sont à la fois une force et une fragilité de son développement psychologique. Un atout de par la finesse de ses perceptions de l’environnement, c’est également une source de souffrance, de blessures affectives et d’anxiété.
La vulnérabilité émotionnelle va imprégner le développement de son identité. Chez l’enfant HP, l’image de soi se construit souvent difficilement. Lors d’incompréhensions dans ses relations avec l’environnement, l’enfant HP peut avoir des difficultés à trouver sa place et à construire une image positive de lui-même. En découle alors un manque de confiance en soi et une estime de soi fragile.
4. Difficultés liées à des réponses inadaptées de l’environnement
Les difficultés peuvent découler de certaines attitudes de l’environnement qui ne prennent pas en compte des besoins spécifiques de ces élèves, comme par exemple pour certaines filles HP une suradaptation aux attentes scolaires.
Certaines réactions des enseignants, tels le refus d’interroger un élève qui a réponse à tout ou la stigmatisation de ses points faibles, peuvent freiner l’investissement scolaire de l’élève HP. L’élève se contentera alors de satisfaire la demande et n’exploite pas ses compétences. Cette suradaptation peut engendrer des difficultés affectives comme une estime de soi négative et un manque de confiance en soi.
5. Difficultés liées aux troubles associés
Les difficultés peuvent s’aggraver lorsque coexistent une précocité et des troubles spécifiques des apprentissages ou une précocité et un déficit d’attention.
A la précocité peuvent être associés les troubles suivants :
– des troubles « dys- » (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie. La précocité peut masquer le trouble et inversement. Ceci peut engendrer un sentiment d’inadaptation et d’incompréhension chez l’enfant qui ne sera apaisé que par un diagnostic prenant en compte les deux aspects de son fonctionnement.
– des troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) Ce syndrome masque le haut potentiel intellectuel et les difficultés d’apprentissage peuvent se péjorer. Établir un diagnostic d’un TDA/H s’avère délicat chez ce type d’enfant lorsqu’il présente des symptômes comme l’impulsivité, l’instabilité motrice, car ceux-ci peuvent aussi provenir de l’ennui.
6. Difficultés liées au décalage entre des aptitudes élevées dans certains domaines intellectuels et leurs difficultés à d’autres niveaux
a. domaines où les aptitudes peuvent être élevées :
- lecture
- richesse du vocabulaire
- langage oral
- association d’idées
- mémorisation
- rapidité dans le travail
b. domaines où les aptitudes peuvent se révéler faibles :
- écriture, graphisme
- présentation des travaux
- savoir-faire pratiques
- organisation du travail
- maîtrise des gestes et des émotions
- activités physiques
- capacité à entrer en relation avec l’autre et à coopérer avec lui.
Pour plus d’information, consultez le site internet de l’Association Collectif HP
Les profils de Betts
En 1988, George Betts et Maureen Neihart (Canada) ont mis au point une typologie des élèves doués qui prend en compte les performances scolaires, certaines aspects d’apprentissage et des traits de leurs personnalités.
Les élèves doués sont répartis en six profils. Les typologies 2, 3, 4 et 5 sont des profils caractérisés par des traits qui peuvent occulter les possibilités élevées de ces élèves.
Type 1 – L’élève doué qui réussit bien : ces élèves apprennent bien et obtiennent de très bons résultats aux tests d’intelligence. Ils recherchent ardemment l’approbation des personnes qui jouent un rôle dans leur vie, sont conformistes, peu affirmés et perfectionnistes. Il leur arrive rarement d’éprouver des troubles de comportement à l’école.
Type 2 – L’élève doué hardi et divergent : ces élèves sont extrêmement créatifs. Toutefois, ils peuvent sembler obstinés, manquer de tact ou être sarcastiques. Ils ne se conforment pas au système scolaire. Souvent leurs interactions peuvent être source de conflits, car ils ont tendance à corriger les adultes, à mettre en doute les règles, à difficilement maîtriser leurs émotions et à défendre leurs convictions, tant à l’école qu’à la maison.
Type 3 – L’élève doué effacé : ces élèves refusent d’admettre leurs talents parce qu’ils veulent être acceptés par les autres. Souvent, il s’agit de filles en fin d’études primaires ou en début d’études secondaires qui veulent être acceptées par leurs pairs. Ces élèves relèvent volontiers des défis, manquent d’assurance, sont frustrés et ont souvent une mauvaise estime de soi.
Type 4 – L’élève doué décrocheur : ces élèves en veulent aux adultes, à la société et à eux-mêmes, car ils estiment que le système n’a pas su répondre à leurs besoins depuis un certain nombre d’années. Ils ont une mauvaise estime de soi, se sentent rejetés et sont souvent amers et ressentent de la rancœur. Il peut s’agir d’élèves qui dérangent et profitent des autres ou, au contraire, d’élèves effacés. Ils ne font pas leurs travaux scolaires, les résultats et le rendement scolaire n’est pas uniforme et ils donnent l’impression de posséder des aptitudes moyennes ou inférieures.
Type 5 – L’élève doué à double étiquette : malgré leurs possibilités élevées, ces élèves ont soit des troubles d’apprentissage, soit des troubles affectifs. En général, ils produisent du travail de qualité inférieure ou incomplet parce que l’échec peut représenter pour eux une source d’anxiété. Souvent, ils affichent des comportements perturbateurs et ne sont considérés que comme des élèves moyens. Ils sont tendus, découragés, frustrés ou désespérés.
Type 6 – L’élève autonome : Cet élève est enthousiaste et sûr de lui. Il a soif de connaissances et la rage d’apprendre (motivation intrinsèque). Il a une image de soi favorable et fait confiance à ses capacités. Il accepte l’échec. Il est conscient qu’il a du pouvoir. Il travaille de façon indépendante. Il est persévérant. Il se crée des défis à court et à long terme. Il prend des risques. Cet élève sait exprimer ses besoins et ses sentiments. Il poursuit ses passions. Il défend ses convictions. Il est admiré pour ses aptitudes et accepté par ses parents et ses enseignants. Il a de bonnes relations avec ses camarades et influence les autres d’une manière positive.
Betts, G. T. & Neihart, M. (1988). Profiles of the Gifted and Talented. Gifted Child Quarterly, vol. 32 (2), p.248-253 ; Betts, G. T. & Kercher, J. K. (1999).
Adaptation française : Perrodin-Carlen, D. (2006). Et si elle était surdouée ? (p.61-63). Edition SZH/CSPS, Lucerne.
Conclusion
Au-delà de leur point commun d’être, à haut potentiel intellectuel, ces enfants se différencient par leur profil de développement et par leur personnalité. Prendre en compte cette diversité sur les plans pédagogiques et éducatifs implique tout d’abord de bien connaître et de comprendre chaque enfant en particulier, afin de développer une attitude ouverte et positive à leur égard. Pour apporter une aide à ces enfants, il convient d’identifier des indices révélateurs de leurs spécificités. Il n’est évidemment pas question d’inciter à un dépistage systématique, mais seulement de repérer les premiers signes d’un enfant HP en difficulté.
Pour répondre à ces difficultés, des pistes pédagogiques sont proposées dans la rubrique Enseignement Primaire.
Si l’école est un lieu de vie et qu’elle doit pouvoir répondre à la soif d’apprendre d’un élève HP, les activités périscolaires sont également déterminantes pour son équilibre socio-affectif. Il est par conséquent important de pouvoir développer aussi des compétences dans d’autres domaines que celui des apprentissages scolaires.
Par ailleurs, la vulnérabilité affective présente chez bon nombre d’enfants HP peut parfois nécessiter un soutien psychothérapeutique pour leur permettre de mieux gérer leurs émotions et renforcer leur confiance en soi.
Comme tous les autres enfants, un enfant HP a besoin de se sentir compris, reconnu et accepté dans ses besoins intellectuel, relationnel, émotionnel et social.
Il vaut mieux identifier un enfant HP tôt afin de pouvoir, si nécessaire, mettre en place des aménagements. Il est par contre moins aisé d’aider un enfant HP en difficulté à l’adolescence qui a pris l’habitude pendant toute la première partie de sa scolarité à n’effectuer que des efforts minimum.