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Bernardin de Saint-Pierre était un écrivain de la fin du dix-huitième siècle aujourd’hui connu surtout pour son roman Paul et Virginie, mais qui, dans ses Études de la nature et ses Harmonies de la nature, a eu aussi des prétentions à la science. Dans le second de ces deux ouvrages, il affirme que les planètes du système solaire sont forcément habitées: ces globes ont été créés justement pour que des êtres comparables aux hommes y vivent! Il s’appuie sur le principe d’analogie universelle, et dans son esprit l’idée d’harmonie s’assimilait volontiers à celle d’uniformité. C’est à lui que Flaubert pensera quand il se moquera des spéculations de Bouvard et Pécuchet sur la vie ailleurs dans l’univers: j’en ai déjà parlé.
Notre auteur est persuadé que si la pensée suit des principes harmoniques, elle peut établir ce qui se trouve hors de la portée des sens d’une façon juste! Il décrit donc l’existence qu’on mène sur la Lune, assurant qu’elle a de l’air, de l’eau, des végétaux, des animaux, une humanité. Pour des motifs un peu complexes, liés à la luminosité de la face visible du satellite, ces derniers, raconte-t-il, se laissent volontiers glisser dans les rivières, où ils flottent et dorment durant de longues périodes, l’esprit peuplé de rêves fabuleux: les anciens n’auraient pas eu tort ainsi de faire venir les songes de la Lune!
Il s’agit d’un astre crépusculaire, également lié à la naissance, à l’amour et à la mort, comme le disent les traditions de tous les peuples.
Plus hardiment, Bernardin décrit la vie sur Mercure. La végétation y est florissante, comparable à celle de l’Inde ou du Brésil. Les hommes y vivent sans souci agricole: ils n’ont qu’à cueillir ce que la nature leur offre. Ils sont heureux et vertueux, et la proximité du Soleil les rend contemplatifs, méditatifs et d’une sagesse inouïe, puisque l’astre du jour est la source de la vie et de l’intelligence: dans sa lumière, ils distinguent les terres célestes où ils aspirent d’arriver!
Vient ensuite Vénus. Planète essentiellement aquatique, elle a des îles aux montagnes élevées et arrosées de merveilleuses cascades. Une température douce et agréable y règne, et ses habitants, d’une taille à peu près semblable à la nôtre, s’adonnent continuellement à l’amour. Soit ils sont bergers, soit ils se vouent aux danses et aux fêtes sur les plages, à la manière des heureux insulaires de Tahiti!
Notre auteur se consacre ensuite à Mars, l’imaginant remplie de lumière: l’air faisant loupe, le Soleil y est énorme. Mais la température est en moyenne inférieure à celle de la Terre. Des océans s’étendent, et ses habitants chassent certainement les animaux sur les grèves des glaces polaires. On y entend les cors de chasse et même peut-être les tambours de guerre! Les peuples doivent en être comparables à ceux du septentrion terrestre, belliqueux et barbares: l’opinion des anciens qui dit cette planète à la source de l’instinct de guerre ne saurait être sans fondement.
Nous évoquerons une autre fois les autres planètes.