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En Suisse, chaque année 8000 à 10 000 personnes meurent suite à un arrêt cardiaque, le plus souvent (>80%) en raison d’une fibrillation ventriculaire.1 Adéquatement utilisé, le défibrillateur externe automatique (DEA) est efficace, comme un élément de la chaîne de survie1 (figure 1). La population suisse est sensibilisée aux premiers secours par les cours samaritains. Néanmoins, l’utilisation d’un DEA et la survie après arrêt cardiaque extrahospitalier sont rares.1,2 Diverses barrières psychologiques et pratiques à l’utilisation du DEA y contribuent.3,4 Notre étude visait à identifier ces barrières et leurs effets sur l’utilisation du DEA en pratique.
Des entretiens semi-structurés ont été menés avec un médecin urgentiste, un moniteur de cours BLS (Basic Life Support), une ambulancière, un épidémiologiste et une juriste. Six entretiens semi-structurés brefs, sous forme d’un scénario d’urgence, ont également été conduits avec des personnes dans les rues de Lausanne.
Le tableau 1 présente une synthèse des éléments-clés des entretiens.
De manière générale, le choc émotionnel engendré par la situation d’urgence perturbe la réanimation. Les personnes interrogées dans les rues de Lausanne ont la volonté de porter secours, mais selon les professionnels, la plupart ne débuteraient pas un massage cardiaque.
La recherche du DEA ne vient pas spontanément à l’esprit des personnes interrogées, car ces dernières ne savent pas où ils se trouvent. En Suisse, il n’y a pas d’obligation de déclarer la possession d’un DEA. Ainsi, il n’existe pas de cartographie de leur localisation. Différents projets d’installation de DEA ont été mis en place par le Service de la santé publique du Canton de Vaud, tels que l’installation de DEA dans les pharmacies et la formation du personnel.
Le sigle des DEA (figure 1) semble connu de la population, mais sa signification est inconnue. De plus, les interviewés se sentent incapables de reconnaître un arrêt cardiaque et disent avoir oublié la formation BLS suivie pour acquérir le permis de conduire. Bien que les gestes d’utilisation du DEA soient simples et abordables par tous (allumage, collage des patchs…), la peur de blesser la victime ou de faire faux constituent des barrières qui peuvent entraîner une participation minimale. Enfin, le lien du réanimateur occasionnel avec la victime peut faciliter ou réduire la disposition à réaliser la réanimation.
Malgré une volonté évidente de porter secours, les individus interrogés ne semblent pas prêts à utiliser des DEA. La peur de blesser la victime par manque de maîtrise de l’utilisation du DEA serait l’une des barrières principales. L’absence de recherche spontanée d’un DEA, difficile à localiser, et l’inaptitude à reconnaître un arrêt cardiaque et initier la chaîne de survie sont également des barrières. Enfin, le choc émotionnel et le stress causés par une situation de réanimation contribuent également à reléguer l’utilisation des DEA à l’arrière-plan.
Il ressort des entretiens menés avec les professionnels que l’efficacité pratique du DEA repose sur son intégration dans la chaîne de survie (figure 1). Une bonne utilisation nécessite par conséquent une réalisation complète des premiers maillons. Une sensibilisation précoce à l’école obligatoire, un accès accru aux cours BLS et des mises à niveau régulières, ainsi qu’une meilleure visibilité et un meilleur accès aux DEA pourraient contribuer à améliorer les interventions précoces lors d’arrêts cardiaques.
A notre tuteur, le Pr Bernard Burnand, pour son suivi et sa disponibilité, aux différents professionnels de la santé, ainsi qu’aux participants pour nous avoir accordé des entretiens.