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Quatrième partie: Constantin entre dans la ville de Rome et reçoit les clés de la ville
Après la victoire remportée sur les troupes de Maxence sur le pont Milvius, l’armée de Constantin entre dans Rome le 29 octobre 312. La population accueille triomphalement celui qui, désormais, est co-empereur aux côtés de Maximien et de Licinius. Dès son arrivée, Constantin présente son succès comme le double fruit de la protection divine, dont il a bénéficié grâce à Dieu, et de sa sagesse politique et militaire.
Dans l’ancienne basilique de Maxence, Constantin fait placer une statue à son image, tenant le labarum, où il fait placer une inscription qui le désigne comme le libérateur de Rome. Les deux colonnes torses et ornées de feuillages, entre lesquelles est placée la figure de Constantin et où il reçoit les présents de la population romaine, font directement référence à la forme des colonnes de l’ancienne basilique Saint-Pierre, dont la légende veut que Constantin les ait fait directement venir du temple de Salomon à Jérusalem, et auxquelles le Bernin renverra à son tour quand, à partir de 1624, il concevra le baldaquin de Saint-Pierre à la demande du pape Urbain VIII. Et comme pour tourner définitivement la page de son passé païen et marquer la nouvelle identité chrétienne de son règne, il décide, contrairement aux habitudes de ses prédécesseurs, de ne pas se rendre au temple de Jupiter Capitolin.
Le triomphe de Constantin est celui d’un empereur; c’est aussi celui du premier soldat de l’Église. Il reçoit les deux clefs de la population romaine tout comme saint Pierre avait lui-même reçu les clefs des mains du Christ: «Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien! moi je te dis: tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux» (Mt 16, 17-18).
Constantin s’inscrira d’ailleurs dans cette filiation, en décidant de faire construire la basilique Saint-Pierre sur le site présumé de la tombe du premier pape, et en tentant d’effacer de l’espace et de la mémoire de Rome les traces de son ennemi vaincu, dont la chute du pouvoir politique et temporel est illustrée par Lefebure par les prisonniers qui suivent le cortège de Constantin. Après avoir été retiré des eaux du Tibre, le corps de Maxence est décapité, puis sa tête est présentée à la population romaine, avant d’être envoyée à Carthage en guise d’avertissement. L’image de Maxence, désormais considéré comme un tyran, est éliminée de toutes les œuvres publiques. Les constructions qu’il avait fait construire, comme le temple de Romulus, sont à présent reprises à son compte par Constantin qui, rendant visite au Sénat, promet à ses membres de restaurer les anciens privilèges et de leur laisser une place dans le nouveau gouvernement. Il reçoit immédiatement le soutien de la Curie qui le proclame «le plus grand Auguste».
Dans la tapisserie qu’il consacre à la même scène, dans son propre Cycle de Constantin, Rubens choisit d’insister sur l’entrée de Constantin dans Rome. À gauche de la composition, Minerve accueille le nouvel empereur à l’entrée de la ville, dont les portes sont matérialisées par un arc de triomphe. Deux sénateurs âgés lui sont présentés, qui symbolisent la soumission de la ville ancienne à la nouvelle autorité. Pour Lefebure, l’enjeu est tout autant de valoriser la victoire militaire que d’illustrer le changement de régime et la prise de pouvoir politique. L’espace de la tapisserie est structuré autour de la figure d’un cavalier vu de dos, qui divise la composition en deux parties. À droite, l’armée de Constantin est dominée par la figure allégorique de la Victoire, qui fait allusion à un motif que l’on retrouve sur l’arc que l’empereur fait ériger pour commémorer la victoire remportée sur le pont Milvius. À gauche, Constantin est présenté, comme chez Rubens, de profil, la teinte ceinte de lauriers. À cheval, sa pose est similaire à celle de la statue de Marc Aurèle sur la place du Capitole (fig.1, p.14) qui, pendant des siècles, avait été considérée comme un portrait équestre de Constantin et, pour cette raison, comme le double symbole du pouvoir impérial de la Rome chrétienne.
Constantin, à cheval, reçoit, sur un plateau d’or de deux sénateurs agenouillés, les clés de l’Urbs. Ces sénateurs sont eux-mêmes entourés de jeunes filles tenant des gerbes de fleurs. On croit reconnaître parmi elles deux demi-sœurs de Constantin (F et G). Au centre, tournant le dos au spectateur, est figuré le porte-étendard (vexillum) à cheval. Constantin est suivi d’un officier à cheval et d’autres cavaliers à peine visibles. Un militaire tenant un bâton présente deux prisonniers liés et courbant l’échine. Au double arrière-plan:
1) La population livre des trésors de Rome;
2) Un char, celui de Constantin, surmonté de la Victoire tenant couronne et palme, entre triomphalement dans l’Urbs. Il est précédé de trompettes à cheval, d’enseignes légionnaires, d’aigles, et suivi de prisonniers et d’un cavalier qui porte l’étendard décoré du chrisme. [Matteo Campagnolo]
Ce texte de Jan Blanc est tiré du catalogue (Cinq Continents) accompagnant l’exposition Héros antiques. La tapisserie flamande face à l’archéologie, qui s’est tenue au Musée Rath, à Genève, du 29 novembre 2013 au 2 mars 2014.
À lire sur le même sujet :
Première partie: Le Couronnement de Constantin
Deuxième partie: Apparition (ou miracle) de la croix à Constantin
Troisième partie: La victoire de Constantin sur Maxence au pont Milvius