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Dans le monde, près de vingt millions de personnes souffrant d’épilepsie sont pharmaco-résistants aux antiépileptiques, ce qui représente trois cas d’épilepsie chronique sur dix.(1)
De nombreuses études cliniques ont été menées à l’aide de phytocannabinoïdes sur des maladies infantiles comme le syndrome de Dravet, le syndrome de Lennox Gastaut, le syndrome d’Angelman et le syndrome FIRES (Syndrome de l’épilepsie fébrile lié à l’infection).
Où en sont les recherches sur les phytocannabinoïdes et quelles sont leurs actions sur les épilepsies ?
Les différentes épilepsies
Les épilepsies sont un ensemble d’une cinquantaine de maladies neurologiques chroniques, pouvant se manifester à tout âge. Ce sont les troisièmes maladies neurologiques les plus répandues, après les migraines et la maladie de Parkinson, touchant ainsi soixante millions de personnes dans le monde. La moitié sont des enfants.(2)
Longtemps estimées comme des malédictions ou des troubles psychiatriques, les épilepsies sont considérées comme une maladie à partir de 400 av J.C par le célèbre médecin Grec Hippocrate. Par ailleurs, le terme épilepsie vient du grec « επιλαμβανειν » (epilambanein), signifiant « attaquer par surprise ».(3)
Les épilepsies sont plus communément caractérisées par des crises convulsives, des absences et des raideurs musculaires, entraînant des troubles de la cognition, de l’humeur, du sommeil, de l’appétit… Les symptômes de ces différents syndromes épileptiques sont complexes et manquent actuellement de recherches plus poussées.
Le point commun de ces syndromes est la crise épileptique dûe à une excitation coordonnée et anormale de groupes de neurones au niveau du cortex cérébral, pouvant entraîner un dysfonctionnement des autres parties du cerveau. Les crises épileptiques sont caractérisées par deux types(4) :
- Les crises généralisées, liées à des décharges qui s’étendent sur l’ensemble du cerveau, engendrent des pertes de conscience transitoires (absences) et des signes moteurs pouvant être toniques (contractions musculaires), myocloniques (secousses musculaires), tonico-cloniques (contractions et secousses musculaires) ou atoniques (perte de la tonicité musculaire)
- Les crises partielles, liées à des décharges ciblées sur une partie du cerveau, engendrent, selon leurs localisations, des troubles de la motricité, de la sensibilité, du traitement sensoriel (anxiété, hyperactivité, inattention) et du comportement. Ces crises partielles représentent deux cas d’épilepsies sur trois et peuvent se développer en crises généralisées
Les phytocannabinoïdes et les épilepsies
L’histoire
Le cannabis serait utilisé pour soulager les épilepsies depuis 2900 ans av J.C, en Mésopotamie(5).
Au Xe siècle, Ali ibn Abbas al-Majusi un célèbre médecin, psychologue et écrivain Perse conseilla à ses patients d’inhaler du jus de cannabis afin de réduire les crises épileptiques.(6)
En 1890, Sir Jonh Russell Reynolds, neurologue et médecin de la reine Victoria des Royaumes-Unis, écrivit dans la revue scientifique britannique The Lancet « Il existe dans bien des cas de prétendues épilepsies chez les adultes… pour lesquelles le chanvre indien est le plus utile des agents, avec lequel je suis familier… et les crises peuvent être arrêtées d’un seul coup avec une dose entière de chanvre ».(7)
La première étude moderne sur les propriétés antiépileptiques des cannabinoïdes eut lieu en 1973, avec le delta-9-tétrahydrocannibinol (THC).(8)
En 1980, des chercheurs ont effectué une étude sur huit patients volontaires avec du cannabidiol (CBD), tout en continuant leurs traitements antiépileptiques habituels. Durant la durée de l’expérimentation, la moitié des patients ont déclaré ne pas avoir eu de crises épileptiques, l’état de trois patients c’est amélioré partiellement, tandis que chez seulement une personne le traitement a été inefficace.(9)
Bien que ces deux précédentes études étaient prometteuses, les essais cliniques sur les propriétés antiépileptiques des phytocannabinoïdes sont réapparus au début des années 2010 grâce à la médiatisation sur internet de cas rares d’épilepsies infantiles (syndrome de Dravet, syndrome de Lennox Gastaut, …). Par sa non-psychoactivité, les recherches se sont alors concentrées sur le cannabidiol (CBD).
Les chiffres
Une étude menée sur des rongeurs a montré une efficacité significative du cannabidiol (CBD) sur la réduction des syndromes épileptiques.
Cette étude conclue sur le haut potentiel de ce phytocannabinoïde afin de soulager les épilepsies humaines qui sont diverses et dont les antiépileptiques n’agissent plus à bon escient dans certains cas de pharmaco-résistances.(10)
Une enquête a été menée sur une centaine d’enfants épileptiques avec un traitement au cannabidiol (CBD) atteint notamment de spasmes infantiles et du syndrome de Lennox Gastaut.
Les résultats sont encourageants avec quatre-vingt-cinq pourcents de réduction des crises épileptiques et pour quatorze pourcents une absence de crise lors de la durée du traitement qui a duré environ six mois.
De plus, une amélioration du sommeil pour plus d’un enfant sur deux, de la vigilance pour sept sur dix et de l’humeur pour six sur dix. (11)
En 2016, des essais cliniques israéliens ont été réalisés sur soixante-quatorze patients épileptiques incurables âgés d’un à dix-huit ans, à l’aide d’un traitement au cannabidiol (CBD) et une faible dose de delta-9-tétrahydrocannibinol (THC).
Les résultats montrent que chez quatre-vingt-neuf pourcents des malades les crises épileptiques ont réduit. Mais pour sept pourcents, les crises se sont amplifiées entraînant l’arrêt du traitement.
Les chercheurs ont également noté une amélioration du comportement, de la vigilance, du langage, de la communication, des habiletés motrices et du sommeil.
Bien que cette étude montre certains effets indésirables comme la somnolence, la fatigue, les troubles gastro-intestinaux et l’irritabilité. Les praticiens concluent qu’ils souhaitent poursuivre leurs recherches et justifient la probabilité de l’utilisation du cannabidiol (CBD) pour traiter certaines formes d’épilepsies.(12)
Au Mexique, des essais cliniques avec du cannabidiol (CBD) ont été réalisés sur des malades âgés de neuf mois à dix-huit ans atteint du syndrome de Lennox Gastau, d’épilepsies réfractaires non spécifiées, du syndrome de West et du syndrome Ohtahara.
Sur plus de huit patients sur dix, le traitement à permis de réduire les crises épileptiques, dont seize pourcents ont eu une absence de crises.(13)
Les récepteurs CB1 du système endocannabinoïde seraient affiliés à l’activité convulsive, selon la manière dont ils sont activés.
Le cannabidivarine (CBDV) possède également des propriétés antiépileptiques. En synergie avec le cannabidiol (CBD), il permettrait d’augmenter leurs propriétés antiépileptiques communes.
D’autres phytocannabinoïdes sont en cours d’expérimentation, comme le cannabigérol (CBG) et le tétrahydrocannabivarine (THCV).
Reportage
Le 28 février dernier, la chaîne publique française, France 2, diffusait un reportage intitulé « L’autre visage du cannabis ».
Ce reportage est centré sur le cas d’une fillette de 9 ans prénommée Kaylah atteinte du syndrome de Dravet.
Le syndrome de Dravet est une maladie génétique rare, entrainant des crises convulsives myocloniques (secousses musculaires) sévères, ainsi que des troubles et des altérations diverses :
- Retards psychomoteurs et du langage
- Trouble de la marche, de l’équilibre et de la motricité fine (les mains et les doigts)
- Trouble du comportement (hyperactivité/ autisme)
- Troubles alimentaires
- Troubles du sommeil
- Affections chroniques des voies respiratoires supérieures
- Trouble de la régulation de la température du corps et de la transpiration
Le syndrome de Dravet est aujourd’hui une maladie pharmaco-résistante nécessitant un cocktail de médicaments lourds. Des études sont en cours afin de déterminer les gènes en cause.
Le cannabidiol (CBD) permettrait de réduire, voire supprimer, la prise de certains traitements et le nombre de crises journalières. Il ne soigne pas cette maladie mais permet d’améliorer le confort de vie : le sommeil, l’appétit, l’apprentissage, l’humeur…
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Sources
Michael Backes : Cannabis Médicinal – Ce qu’il faut savoir…
Franjo Grotenhermen – CBD – Un cannabinoïde au vaste potentiel thérapeutique
10 : NA Jones, SE Glyn, S Akiyama, TD Hill, AJ Hill, SE Weston, MD Burnett, Y Yamasaki, GJ Stephens, BJ Whalley, CM Williams – Cannabidiol exerts anti-convulsant effects in animal models of temporal lobe and partial seizures
11 : SA Hussain, R Zhou , C Jacobson, J Weng, E Cheng, J Lay, P Hung, JT Lerner, R Sankar – Perceived efficacy of cannabidiol-enriched cannabis extracts for treatment of pediatric epilepsy: A potential role for infantile spasms and Lennox-Gastaut syndrome
12 : M Tzadok, S Uliel-Siboni, I Linder, U Kramer, O Epstein, S Menascu, A Nissenkorn, OB Yosef, E Hyman, D Granot, M Dor, T Lerman-Sagie, B Ben-Zeev – CBD-enriched medical cannabis for intractable pediatric epilepsy: The current Israeli experience
14 : O Devinsky, E Marsh, D Friedman, E Thiele, L Laux, J Sullivan, I Miller, R Flamini, A Wilfong, F Filloux, M Wong, N Tilton, P Bruno, J Bluvstein, J Hedlund, R Kamens, J Maclean, S Nangia, NS Singhal, CA Wilson, A Patel, MR Cilio – Cannabidiol in patients with treatment-resistant epilepsy: an open-label interventional trial
L’ensemble de nos articles est écrit par Vincent, membre de notre équipe éduqué aux sujets des cannabinoïdes et diplômé d’école de Chimie. Les faits retranscrits au travers de notre blog d’information sont issus de la littératures scientifique internationale, dont les sources sont vérifiables et citées en fin de chacun de nos articles.
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