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Les travaux sur les interactions conversationnelles femmes/hommes ont montré des inégalités dans la prise de parole. La pédagogie critique féministe s’est donnée entre autre pour objectif de lutter contre ces différences.
Les inégalités sociales de sexe dans le travail conversationnel. Dans un article de 1998 paru dans Nouvelles Questions féministes, Corinne Monnet1« La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation », NQF, 1998. URL : http://lmsi.net/La-repartition-des-taches-entre a entrepris une revue de la littérature sur les micro-inégalités entre les femmes et les hommes dans la prise de parole.
Durant la campagne électorale qui a opposé Hilary Clinton et Donald Trump des études ont souligné que celui-ci lui coupait la parole plus fréquemment. Par la suite, une application électronique au Brésil a même été créée pour compter combien de fois un homme coupe la parole à une femme dans une conversation. Ce phénomène qui a été observé selon lequel les hommes coupent plus souvent la parole aux femmes a été nommé le « manterrupting ».
De manière générale, nombreuses sont les études qui mettent en lumière que les hommes prennent plus souvent la parole dans une réunion que les femmes et avec plus d’assurance. Etant formatrice d’enseignants en Ecole Supérieure du Professorat et de l’Enseignement, je suis toujours impressionnée de constater qu’alors même que les femmes sont très majoritaires dans mes cours, la minorité d’hommes s’exprime bien plus facilement et cela de manière très visible.
La culture du silence. Le pédagogue brésilien Paulo Freire a théorisé la notion de « culture du silence ». Pour lui, ce phénomène visait à caractériser le fait que les paysans racisés du nord-est du Brésil n’osaient pas s’exprimer durant les cours d’alphabétisation. Il avait relié ce mutisme à l’histoire de la colonisation qui avait contraint les populations dominées au silence.
De manière générale, il est possible de qualifier de « culture du silence », les mécanismes culturels qui dans une société réduisent les groupes socialement dominés à se taire. La culture du silence reste ainsi fortement présente dans les écoles en France comparativement aux écoles anglo-saxonnes ou hispaniques par exemple. De même, la culture du silence fait parti du sexisme systémique qui continue de délégitimer la parole publique des femmes. En France, dans les médias, les femmes représentent moins de 20 % des expert-e-s interrogés.
Faire entendre une voix différente. Inspirée par le pédagogue brésilien Paulo Freire, l’universitaire états-unienne africaine-américaine bell hooks défend une pédagogie critique féministe qui permette de faire entendre une voix différente. Dans Teaching to Transgress, elle explique : « Mon expérience concernant la façon de construire une communauté dans la salle de classe est de reconnaître la valeur de chaque voix individuelle. (…) Entendre (le son de différentes voix), écouter un-e autre, c’est un exercice de reconnaissance. Cela contribue également à ce qu’aucun étudiant-e ne reste invisible dans la salle de classe. Certains étudiant-e-s ont du mal à faire une contribution verbale, et j’ai donc dû préciser dès le début que c’est une exigence dans mes classes».
Etre un-e pédagogue critique féministe, c’est donc développer une pédagogie dialogique qui développe l’empowerment des femmes, ou des groupes socialement minorés en général, concernant la capacité à prendre la parole pour défendre leurs idées.
Une lutte pour la reconnaissance. Dans une pédagogie dialogique, l’enseignant-e incite les étudiant-e-s à l’interrompre pour lui faire des objections et pour entrer dans un dialogue critique. Certaines personnes pensent que pour que cet empowerment puisse se faire l’enseignant-e doit totalement s’effacer pour laisser une place vide et que les étudiants n’aient d’autres choix que de faire usage de leur liberté.
Néanmoins, la lutte pour la reconnaissance que suppose la capacité à faire entendre sa voix ne peut être dévolue, mais doit être conquise. En effet, ce que conquiert le sujet apprenant, c’est la capacité à se constituer en sujet pensant critique à égalité avec l’enseignant. C’est ainsi la capacité à oser affronter une autorité instituée, en l’occurrence celle que représente l’enseignant-e, contre le phénomène de soumission à l’autorité qui constitue un des enjeux de l’éducation.
Notes [ + ]
|1.||↑||« La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation », NQF, 1998. URL : http://lmsi.net/La-repartition-des-taches-entre|