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Le début de l'aventure du son fixé (suite)
C'est en 1887 qu'Emile Berliner, ingénieur d'origine allemande et installé aux États-Unis, invente le Gramophone, un appareil fonctionnant sur des disques (d'abord en verre, puis en zinc recouvert de cire à partir de 1888), inspiré de Scott de Martinville. Il permet un enregistrement déjà plus fidèle (grâce à la gravure horizontale qui demande des sillons moins creusés, l'aiguille attaquant le disque en oblique et donnant donc moins de frottements parasites) mais surtout une reproduction potentiellement illimitée des supports (par moulage galvanoplastique), Son procédé est commercialisé à partir de 1893 par sa compagnie (United States Gramophone Company) et est appelé à connaître un succès croissant. De retour en Europe, Gramophone fonde The Company à Londres et Deutsche Grammophon Gesellschaft Berlin. Deux millions de disques sont vendus en 1901. L’industrie du disque est en marche. Entre-temps, en 1895, un moteur à ressort a remplacé le système à manivelle présent sur tous les appareils précédents. Le 11 avril 1902, on enregistre la voix du ténor Enrico Caruso dans un grand hôtel de Milan. En 1904, les disques disposent de deux faces enregistrées, tournant à 78 tours minute et assurant chacune jusqu'à quatre minutes d'écoute (il ne faut pas moins de onze faces pour l'enregistrement de la Symphonie no 5 de Beethoven par Arthur Nikisch en 1913). On enregistre de nombreuses chansons (populaires, grivoises) et des musiques de danse, dont le format correspond mieux à la durée d'une face. Les disques sont alors conçus en ébonite (caoutchouc vulcanisé, solide mais apportant un important bruit de fond), puis assez rapidement en gomme laque (obtenue à partir d'insectes asiatiques mélangés à des poudres minérales). On les fabriquera ensuite en acétate de cellulose durant la seconde guerre mondiale (la gomme laque importée d'Asie se faisant rare) et enfin en matière vinylique dès 1948.
Participant à cette émulation créatrice, ces années fastes de la fin du XIXe siècle saluent aussi l'invention du téléphone en 1876 par Alexander Graham Bell (commercialisé aux États-Unis dès 1877), qui marque l'apparition du son véhiculé par un procédé électrique. C'est pour lui qu'Emile Berliner invente le premier microphone charbon la même année (brevet déposé le 4 juin 1877). Edison en crée un autre pour l'entreprise concurrente (la Western Union), suivi par David Hugues en 1878 (inventeur du télégraphe-imprimeur en 1854). Le principe ne cessera d'être amélioré dans les années suivantes. Le microphone, par sa faible qualité, n'est alors capable que de capter la voix. Il se révélera fondamental dans le domaine de l'enregistrement à partir des années vingt. Les Laboratoires Bell Telephone (Bell Labs), fondés en 1925, sont appelés à être à l'origine de nombreuses inventions pour la musique électronique et pour l'informatique musicale.
L'enregistrement est purement acoustique jusqu'aux années vingt, basé sur des phénomènes mécaniques. Le son, variation de pression diffusée dans l'air, est capté au moyen du pavillon en forme de cornet qui permet de diriger son signal vers le graveur (disque ou cylindre). Ces technologies rudimentaires souffrent d'un manque cruel de qualité. Les fréquences restituées se cantonnent aux médiums et les instruments ne produisant que peu de volume pâtissent de cette technologie (flûtes, violons, pianos). On crée alors les violons Stroh, dotés de petits pavillons destinés à amplifier leur volume et à orienter leur son vers le pavillon d'enregistrement. Les percussions sont éloignées : trop fortes, elles font sauter l'aiguille. Les orchestres se massent, resserrés, devant des cornets de grande taille afin d'augmenter le volume. Les ensembles de jazz sont formatés afin de fonctionner avec cette technologie en s’adaptant aux contraintes techniques des moyens de l'époque. Une illustration parfaite en est donnée avec les premiers enregistrements de jazz de 1917 d'Original Dixieland Jazz Band, un groupe de musiciens blancs. Les Noirs devront attendre 1922 pour voir leurs premiers enregistrements apparaître (avec la notion de Race records): Kid Ory puis King Oliver et le Creole Jazz Band (avec Louis Armstrong). Les instruments les plus sonores sont favorisés. Le banjo du jazz New Orleans est remplacé par le piano, plus tard par la guitare électrique (amplifiée). Les instruments à vent, dont les fréquences passent clairement sur les disques, assurent les solos.
La suite tout prochainement