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Les séquences génétiques codantes occupent moins de 3% du génome des mammifères. L'ensemble des régions impliquées dans la synthèse des protéines représente tout au plus 10% du code génétique. Le reste n'est-il qu'un héritage inerte de l'évolution, ou le support de mécanismes dont nous ignorons encore la nature ? Pour éclairer cette question, une équipe du Berkeley National Laboratory, Californie, a tenté l'ablation pure et simple, chez la souris, d'importants fragments de chromosomes dépourvus de gènes connus (Nature 2004 ; 431 : 988-93).Les chercheurs ont produit des mutants auxquels manquaient un segment de 1817 kilobases sur le chromosome 3, ainsi qu'un autre de 983 kilobases sur le chromosome 19. Les souris homozygotes pour l'une ou l'autre des délétions ont ainsi été privées d'un seul coup d'une séquence de l'ordre du million de paires de bases, sur un génome en comptant 2500 millions.Résultat étonnant : les mutants se sont révélés non seulement viables, mais phénotypiquement indifférenciables de leurs congénères sauvages en termes de morphologie, de longévité, de fécondité ou de physiologie. Seules anomalies constatées : de légères altérations de l'expression des gènes proches du site de délétion.Les chercheurs ne prétendent pas avoir ainsi démontré que l'ADN non codant est non fonctionnel. «Il est possible et même probable que les animaux porteurs de la délétion présentent des anomalies non détectées dans nos essais», écrivent-ils. De même, les segments excisés contenaient peut-être des séquences fonctionnelles mais redondantes dans le génome, de sorte que leur suppression a pu être compensée. L'expérience laisse néanmoins penser que le génome des mammifères n'est pas très «densément codé» et qu'il peut tolérer des réductions de taille significatives. Un résultat qui corrobore des travaux récents, selon lesquels des délétions importantes dans des régions pauvres en gènes seraient une cause fréquente de polymorphismes dans la population humaine «normale».Fait intrigant : les deux segments excisés contenaient plus d'un millier de «séquences non codantes conservées» entre l'homme et la souris. Ces fragments génétiques semblables, trop longs pour être dus au hasard, ont été identifiés ces dernières années par comparaison des génomes. Ils sont considérés comme fonctionnels. S'ils ne l'étaient pas, argumentent de nombreux scientifiques, ils auraient perdu toute ressemblance, défigurés peu à peu par le jeu des mutations.Pourtant, dans l'expérience californienne, la perte d'un grand nombre de ces séquences ne semble pas affecter les fonctions biologiques de l'individu. L'«ADN-poubelle» contient encore du mystère.