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«Ces vingt-cinq mois de détention m'ont tué»
ATS
L'incendie de l'hôtel Kaiseregg à Planfayon en 2015 occupe à nouveau la justice. Les deux hommes soupçonnés de l'avoir commandité comparaissent depuis mardi devant le Tribunal pénal de la Sarine. Ils nient tous deux leur implication.
Le propriétaire de l'ancien hôtel, âgé de 61 ans, et un associé de 40 ans sont prévenus d'instigation à incendie intentionnel, entre autres chefs d'accusation. Ils auraient engagé un troisième homme pour bouter le feu au bâtiment désaffecté.
Ils nient tous les deux être à l'origine du sinistre. «La détention que je subis depuis 25 mois m'a tué», a commenté devant la Cour l'associé du propriétaire. «J'ai perdu ma famille. On m'a tout pris, on m'a détruit mes rêves.»
«Ca fait mal» d'être assis sur le banc des accusés, c'est «un choc énorme», a déclaré pour sa part le propriétaire. «Je n'ai pas participé à cet incendie, ni en pensée ni en actes.»
Projet immobilier
Selon l'acte d'accusation dressé par le procureur Fabien Gasser, le propriétaire projetait de détruire l'hôtel et de construire des immeubles locatifs. Mais il n'a pas reçu l'autorisation des autorités, le bâtiment étant soumis à la protection du patrimoine.
A l'automne 2014, il est entré en relation d'affaires avec son futur associé, qui s'intéressait au projet immobilier; c'est lui qui aurait organisé concrètement l'incendie.
Cet associé aurait mandaté le troisième homme pour mettre le feu à l'hôtel en échange de 20'000 francs, somme qu'il ne lui a jamais versée. A la date prévue pour l'incendie, l'homme de main s'est désisté.
Aveux du troisième homme
Mais le lendemain, l'associé lui a mis la pression. Il est finalement passé à l'acte, dans la nuit du 18 au 19 janvier 2015, après avoir avoir inspecté le bâtiment pour s'assurer qu'il n'y avait personne dedans.
Une soixantaine de pompiers sont intervenus pour combattre l'incendie. L'ancien hôtel, quasiment détruit par les flammes, a été rasé. L'Etablissement cantonal d'assurance des bâtiments (ECAB) n'a pour l'instant pas versé d'indemnités pour ce bâtiment, assuré à hauteur de 2 millions de francs. Il s'est constitué partie civile.
En décembre dernier, celui qui a bouté le feu a été reconnu coupable d'incendie intentionnel et de complicité de tentative d'escroquerie, notamment. Ce trentenaire fribourgeois a écopé de 33 mois de prison, dont 6 mois ferme, et 27 mois assortis d'un sursis de 4 ans. Il a bénéficié d'une procédure simplifiée, car il a admis les faits.
Menaces depuis la prison
En 2016, l'associé du propriétaire a tenté de pousser l'homme de main à se rétracter. Depuis sa prison, il a trouvé le moyen de lui envoyer une lettre dans laquelle il fait lourdement allusion à sa famille. Il est donc accusé de tentative de contrainte et menaces.
Cet homme de main n'était pas le seul candidat que les commanditaires présumés avaient approché. Tous deux avaient proposé ce travail à d'autres, quelques mois avant le sinistre, selon l'acte d'accusation.
L'audience se poursuit mardi après-midi avec l'audition de deux témoins. Suivront le réquisitoire du procureur et les plaidoiries des avocats. Le verdict sera rendu à une date ultérieure.