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personnalités de la Loge Fidélité et Prudence
François Ruchon (1857-1953)
Écrivain, Historien, Professeur
Vénérable de la Loge Fidélité et Prudence de1935 à 1938
François Ruchon a su mener de front une carrière d'homme de lettres et d'historien, à côté de celle de maître de français au Collège, dans les classes de maturité, où il a formé des pléiades de collégiens qui lui étaient attachés parce qu'il savait les respecter.
Il est né le 18 septembre 1897, à Genève; il est le fils d'un Français, d'origine savoyarde, contremaître serrurier naturalisé Genevois en 1904 et d'une mère Vaudoise, Henriette Mermoud qui tenait un atelier de couture.
Élevé catholique, enfant des Pâquis, choyé par ses deux grands-mères, il va au Collège, puis à l'Université de Genève où il poursuit de brillantes études à la faculté des Lettres. Il est de la volée des Marcel Raymond, des Albert Béguin, des Jean Marteau, des Léon Savary... Ils sont tous à "Belles-Lettres". Ils portent la critique littéraire et la maîtrise du français à son plus haut niveau.
Il écrit naturellement bien, avec un style personnel, incisif, fin et d'une grande clarté.
Spécialiste des Poètes symbolistes, il se passionne pour l'un deux, qui est en quelque sorte son double, même âme sensible que lui; il met en évidence dans une thèse remarquée : "JULES LAFORGUE, sa vie, son oeuvre" qui lui vaudra en 1924 plusieurs prix universitaires, dont le titre de Dr ès lettres, et qui est le livre de référence du poète français.
Suivent, en 1929, une importante étude sur "JEAN-ARTHUR RIMBAUD", une préface à l'iconographie de Verlaine, des études sur Jean de Sponde, Jean de la Ceppède, Jules Valles et tant d'autres.
Sur un plan, par solidarité avec ses concitoyens, François Ruchon est dévoué à la chose publique. Il le fait à la manière du philosophe Alain dont l'ouvrage percutant : "Le citoyen contre les pouvoirs" est son livre préféré. Non pour briguer dans la cité la moindre des charges, mais pour y défendre ses idées sur le bien commun et le progrès social, pour faire valoir des principes, une morale politique, une exigence : la rigueur.
Sous l'influence d'Albert Malche et de Lucien Barral, son cousin, typographe à l'imprimerie du "Genevois", il est l'un des fondateurs en 1918 de la Jeunesse Radicale Progressiste, membre éminent et respecté du parti radical, vice-président dès 1943, Directeur dès 1945 du "Genevois", jusqu'à sa mort le 17 mai 1953.
Ses prises de position d'une haute tenue étaient attendues. Sa belle conférence sur "Le Radicalisme" à l'Université populaire en 1950 fera date. Le texte en a été maintes fois édité.
Tout naturellement il va se captiver pour l'histoire de sa ville natale. Avec son ami de toujours, Lucien Falpius, en 1927, il brosse un beau tableau de l'ardent défenseur de la démocratie sociale dans l'ouvrage : " Georges Favon, 25 ans de politique genevoise" .
François Ruchon consacre les 15 dernières années de sa vie à son oeuvre majeure, son "HISTOIRE POLITIQUE DE GENÈVE, 1813 - 1902" , dont il n'a vu que les épreuves du Ier tome et qui a paru en novembre 1953, six mois après sa mort. Ouvrage de référence quasi incontournable, source inépuisable de renseignements pour tous les chercheurs de la Genève au XIXe siècle, qui ne cessent de se référer à son jugement modéré et de le citer.
En mars 1965, le Conseil d'Etat a eu la délicatesse de donner le nom de "rue François Ruchon" à une artère du quartier des Charmilles, rendant ainsi hommage à l'oeuvre de l'historien de Genève, reconnu pour son objectivité.
Il faut enfin le souligner : François Ruchon était très attaché à sa famille, à ses amis, à ses compagnons de lutte, à ses étudiants.
Extrait d'un discours de Daniel Ruchon intitulé "François Ruchon aurait 100 ans le 18 septembre 1997"
Ouvrages de François Ruchon
- Histoire de la Franc-Maçonnerie à Genève de 1736 à 1900
- De la Restauration de la République à la retraite du syndic Joseph des Arts(31.12.1813 - 7.12.1818)
- Histoire politique de Genève, 1813-1907. Tome I
- Histoire politique de Genève, 1813-1907. Tome II
- Jules Laforgues (1860-1887), sa vie, son oeuvre
- Georges Favon, 25 ans de politique genevoise
- Les Mémoires de James Fazi, homme d'Etat genevois (1794-1878)
- Introduction à la poésie symboliste
- La Franc-Maçonnerie en Suisse avant la fondation de l'Alpina, 1736-1844
- Pour le 2ème millénaire de Genève; quelques traits de l'histoire politique de Genève
- A la mémoire de Jacques Gross-Fulpius
- Une famille genevoise: les Fazi
Souvenirs de François Ruchon.
(Email reçu d'Alain M.)
Le 19 juin 2015, les restes de François Ruchon ont été transférés au cimetière des Rois. En présence de sa famille et de quelques membres de la loge Fidélité et Prudence, où il avait joué un si grand rôle, une urne a été ensevelie dans ce lieu de recueillement et de souvenirs, où reposent ceux qui se sont illustrés au service de la République. Tous les présents ont eu l’impression que c’était justice. Daniel François Ruchon, son fils, a rappelé un souvenir particulier, lié à la fois à la vie de son père et à la solennité des lieux.
On se souvient que François Ruchon avait consacré un livre et beaucoup d’heures de recherche à Georges Favon. A l’occasion du centenaire de la mort de ce grand politicien, François Ruchon a tenu un discours devant le monument de celui-ci. Or c’est précisément à cet emplacement, juste en face de la tombe de Georges Favon, là même où il a parlé, que l’urne de François Ruchon a été ensevelie.
La première avenue du cimetière des Rois, parallèle à la rue des Rois, est plus que jamais l’avenue de Fidélité et Prudence, puisque c’est le long de cette avenue que se trouvent les tombes de Georges Favon, d’Adrien Lachenal, d’Alexandre Gavard, d’Alfred Vincent et maintenant de François Ruchon, tous membres de la loge Fidélité et Prudence et anciens conseillers d’Etat, sauf le dernier, que la maladie a emporté peu avant le jour où il aurait dû être élu au gouvernement lui aussi.
Rappelons quelques mérites de notre illustre frère. Il a été orateur et maître en chaire de la loge. Homme d’une très grande culture, il intervenait toujours à bon escient et avec fougue. Il était parvenu à être aimé et craint à la fois. Il a aussi servi la Grande Loge Suisse Alpina, d’abord comme Grand Orateur, puis comme Grand Maître adjoint. Dans ces fonctions également, il a été entouré de considération et de respect.
Ce 19 juin, le frère Alain Marti a aussi pris la parole pour retracer des souvenirs personnels du défunt. François Ruchon avait en effet été son parrain en sorte que, même s’il n’était qu’en troisième primaire lors du passage à l’orient céleste de notre illustre frère, il garde en mémoire quelques images de lui. Entouré pendant toutes ses jeunes années de personnes qui avaient connu le défunt, il a beaucoup entendu parler de lui, notamment par sa marraine, Madame Andrée Ruchon, sa veuve, qui vouait un véritable culte à la mémoire de son mari, selon l’expression de leur ami Charles Duchemin, mais aussi à la maison, par ses parents ou encore par le frère Louis Buffet et son épouse ou le frère William Métein et son épouse, qui avaient tous été très proches de François Ruchon. Puis il a découvert ses livres. De toutes ces sources, il a puisé le sentiment d’une grande affinité, qui est devenu une véritable filiation psychologique.
Il y a tout d’abord les intérêts littéraires comme il convient au docteur ès lettres que fut François Ruchon, auteur d’une étude sur Jules Laforgue et d’une autre sur Arthur Rimbaud. François a consacré sa vie à l’enseignement ; son filleul y a passé ses plus belles années. Le parrain avait l’habitude de noter des mots intéressants et de relever des phrases qui les mettaient en valeur; le filleul coche les livres d’un petit V pour vocabulaire chaque fois qu’un mot retient son attention pour les mêmes motifs. Tous deux sont en effet des passionnés de la langue française.
Il y a eu ensuite la passion pour l’histoire de Genève et la vie de la cité. Le parrain est l’auteur d’une étude d’ensemble sur l’histoire politique de Genève de 1813 à 1907 et le filleul a complété cette étude par celle du volet judiciaire, les deux domaines se chevauchant sans cesse. Comme il fallait s’y attendre, le filleul a souligné ce rapprochement par une dédicace appropriée à la mémoire de son parrain.
Enfin il y a la passion de l’orateur. D’une voix grave et chaude, François Ruchon partait dans des envolées où l’ardeur du discours ne le cédait en rien au contenu. Trapu et rondouillard, il donnait l’impression qu’il allait rouler sur la table quand la fièvre du discours l’enflammait. Pendant des années, il a tenu les discours d’Escalade à la loge, comme son filleul l’a fait à son tour. L’indignation donnait des ailes à son verbe. Ses amis ont conservé le souvenir d’une défense hors pair de sa soutenance de thèse : l’un des examinateurs s’était permis une remarque un peu déplacée sur l’impression bon marché de l’ouvrage, ce qui lui a valu une volée de bois vert de la part du candidat, qui s’était senti attaqué dans sa dignité. Le filleul n’a jamais mieux plaidé que sous l’effet de l’indignation.
Un jour que la conversation roulait sur la vie genevoise, Madame Buffet a reconnu chez le jeune Alain des traits de son parrain et elle a soupiré : « Dommage que François ne soit plus là pour s’occuper de l’éducation de son filleul. » Quel dommage en effet : un si grand homme, un tel savant, aurait encore donné d’amples mesures de son savoir et de son talent à Genève et à Fidélité et Prudence s’il lui avait été donné de vivre plus longtemps. Il reste en tout cas de lui un monument que tous les frères connaissent : les rituels de la loge.