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Si des extra-terrestres mettaient un jour les pieds sur notre planète et observaient l’être humain, ils resteraient probablement perplexes : ces bipèdes un peu poilus semblent anxieux, soucieux de l’avenir et stressés durant la majeure partie de leur vie d’adulte mais deviennent souriants, heureux, décontractés et absorbés dans le présent dès qu’ils surfent une vague monstrueuse, roulent à tombeau ouvert sur un deux-roues, sautent d’une falaise en wingsuit ou descendent un couloir de poudre sur des lattes ou un rapide mortel en kayak.
S’ils analysent en détail ce qui se passe dans nos cerveaux de primates modernes lors de ces moments particuliers où l’adulte ressemble à un enfant, ils établiront un rapport qui ressemblera à ça :
« Le cortex préfrontal dorsolatéral est inhibé, les ganglions de la base, le thalamus, le cortex cingulaire antérieur et le ventrolatéral droite sont suractivés alors que les fréquences électromagnétiques produites par le cerveau sont passées de la gamme Bêta à une plage frontière entre Alpha et Thêta. »
Peut-être appelleraient-ils eux aussi cet état particulier le Flow, qui sait…
Alors, quelle est cette histoire de fréquences électromagnétiques, appelés rythmes cérébraux, et que nous apprennent-ils sur le fonctionnement de notre cerveau et l’état de Flow ?
C’est quoi, un rythme cérébral ?
Notre cerveau, comme celui des autres êtres vivants, émet une oscillation électromagnétique mesurable grâce à des appareils appelés électroencéphalogrammes.
Ce sont les neurones, principalement lorsqu’ils communiquent entre eux, qui produisent ces ondes électromagnétiques dont on peut calculer la fréquence en Hertz, l’amplitude en Volts et la phase.
Des ondes de différentes fréquences peuvent être émises en parallèle par différentes parties du cerveau, mais une même partie peut également émettre différentes fréquences.
Les différents rythmes cérébraux émis par notre cerveau
Les rythmes cérébraux sont classés en 5 catégories, selon leur gamme de fréquence :
Les ondes Delta, entre 1 et 4 Hz, témoignent d’un sommeil profond ou d’une méditation très profonde. Delta est le royaume de l’inconscient.
Les ondes Thêta, entre 4 et 8 Hz, témoignent d’un sommeil léger ou d’un sommeil paradoxal où l’on fait des rêves intenses, de l’état d’hypnose et de méditation ou d’un travail de mémorisation intense. Thêta est décrit comme le domaine du subconscient. Il est aussi le socle favorisant l’apparition des ondes Gamma.
Les ondes Alpha, entre 8 et 14 Hz, le domaine de la conscience apaisée, témoignent d’un état d’éveil relaxé, calme, où la conscience de l’instant présent et de son environnement est élevée. Dans sa plage basse, c’est le pont entre le monde du subconscient et celui de la conscience.
Les ondes Bêta, entre 14 et 30 Hz, sont le signe d’un état éveillé, alerte, analytique et cognitif. La plage de fréquence est très large et l’on a tendance à différencier la plage Bêta basse et de la plage haute. La plage basse, proche d’Alpha, est le signe de procédés cognitifs conscients comme la lecture, l’apprentissage, le raisonnement critique ou le jugement. La plage Bêta haute est la marque de l’anxiété, du stress et de l’agitation.
Les ondes Gamma, au-delà de 30 Hz jusqu’à des fréquences élevées, signalent des pics aigus de concentration et de créativité. L’intuition créative soudaine, le moment « Eurêka » porte la signature d’ondes Gamma qui apparaissent lorsqu’un individu est en Thêta. La méditation profonde semble favoriser l’apparition des ondes Gamma, selon une étude menée par Richard Davidson sur des moines bouddhistes au Tibet.
Le paradoxe de la signature électromagnétique du Flow
Ayant connaissance des particularités des différents rythmes cérébraux, on aurait tendance à penser que le Flow, cet état de concentration totale qui permet de performer avec vitesse, précision et agilité dans l’instant présent, serait principalement le siège d’ondes Bêta et Gamma.
Pourtant, la signature électromagnétique du Flow est tout autre : Les principales fréquences émises lors de cet état par le cortex préfrontal se situent autour de 8 Hz, la zone frontière entre Alpha et Thêta, le pont entre la conscience relaxée et le subconscient.
Paradoxal !? À première vue seulement.
On sait que le Flow est un état où la conscience est en retrait, passive, et que c’est le subconscient qui est aux commandes. Ceci permet une utilisation plus rapide et plus large des informations stockées en mémoire mais aussi de celles provenant de nos récepteurs sensoriels, qu’ils soient extéroceptifs (vue, odorat, ouïe, toucher et goût) ou intéroceptifs (perception de l’activité interne de l’organisme).
On sait aussi qu’un individu en Flow est totalement relaxé, autant efficace dans l’instant qu’il est calme. Les traits du visage sont détendus. Son attention est totalement portée sur l’activité en cours, ancrée dans le présent. L’anxiété n’a alors aucune prise, pas plus que n’en n’ont les remords, les regrets, ou les autres considérations liées au passé ou au futur comme la crainte du jugement des autres.
Le Flow porte donc bien la signature de ce qu’il est : Une zone où la conscience accorde au subconscient la confiance qu’il mérite et lui laisse se charger de ce qu’il est capable de faire mieux qu’elle, libérant ainsi le potentiel réel et incroyable de notre organisme. La conscience est passive, prête à reprendre le contrôle si nécessaire, et observe les actions s’enchaîner naturellement, sans effort, d’une manière qui semble automatique.
C’est ce qui génère le paradoxe du contrôle décrit par ceux qui accèdent à un Flow intense : La certitude profonde d’avoir eu le contrôle total sur la situation mais pourtant, l’impression que tout s’enchaînait naturellement, comme en pilote automatique.
Sources
Katahira, Kenji et al. “EEG Correlates of the Flow State: A Combination of Increased Frontal Theta and Moderate Frontocentral Alpha Rhythm in the Mental Arithmetic Task.” Frontiers in psychology vol. 9 300. 9 Mar. 2018, doi:10.3389/fpsyg.2018.00300
Metin, Baris & Goktepe, Ayse & Sutcubasi, Bernis & Serin, Emin & Tas, Cumhur & Dolu, Fatrmanur & Tarhan, K.. (2017). EEG findings during flow state. The Journal of Neurobehavioral Sciences. 1. 10.5455/JNBS.1496152464.
Martindale, C. and Mines, D. (1975). Creativity and cortical activation during creative, intellectual and eeg feedback tasks. Biological Psychology, 3(2), pp.91-100.
Kounios, J. and Beeman, M. (2014). The Cognitive Neuroscience of Insight. Annual Review of Psychology, 65(1), pp.71-93.
Tallon-Baudry C et Bertrand O., « Oscillatory gamma activity in humans and its role in object representation », Trends Cogn Sci, vol. 4, no 3, 1999 apr, p. 151-162 (ISSN 1364-6613)
Gilsinan, K. (2015). The Buddhist and the Neuroscientist: What compassion does to the brain. [Blog] The Atlantic. Available at: theatlantic.com/health/archive/2015/07/dalai-lama-neuroscience-compassion/397706/ [Accessed 16 May 2018].