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En France, l’Institut national de veille sanitaire (InVS) vient de mettre à jour sa définition de « cas humain possible de grippe aviaire H5N1 ». L’initiative est d’actualité puisque nous entrons dans la période de la grippe saisonnière et que des quiproquos diagnostiques sont ici toujours possibles.
Résumons. Face à une personne présentant un syndrome respiratoire aigu bénin ou modéré (fièvre supérieure à 38°C ; toux et/ou dyspnée), le médecin devra commencer à s’inquiéter dans quatre cas de figure. A savoir si cette personne a, dans les sept jours avant le début de ces signes :
eu des contacts prolongés, répétés et à moins d’un mètre avec des oiseaux d’élevage ou de compagnie vivants ou morts ou leurs fientes, dans un pays ou une zone où ces oiseaux sont infectés par le virus H5N1 et/ou des décès massifs d’oiseaux ont été signalés ;
eu un contact direct avec des oiseaux sauvages vivants ou morts dans une zone ou un pays infectés par le virus H5N1 et/ou des décès massifs d’oiseaux ont été signalés ;
eu des contacts très proches et répétés avec un cas humain confirmé de grippe H5N1 ou fortement suspecté (détresse respiratoire aiguë sévère ou décès inexpliqués) dans les pays avec cas humains;
eu une exposition professionnelle avec des prélèvements biologiques, d’origine animale ou humaine, infectés ou présumés infectés par le virus H5N1.
Ajoutons d’autre part qu’une personne présentant au décours d’un syndrome grippal une détresse respiratoire aiguë (cycles respiratoires supérieurs à 30/mn, fréquence cardiaque supérieure à 120/mn, PA systolique inférieure à 90 mm de Hg), devient un cas possible s’il n’existe pas d’éléments orientant vers un autre diagnostic et si, dans les sept jours avant le début de ses signes :
elle a été en contact avec des oiseaux vivants ou morts (ou leurs fientes), dans un pays ou une zone où le virus H5N1 a été détecté chez les oiseaux ;
son exposition à des oiseaux vivants ou morts est difficile à documenter du fait de son état clinique et qu’elle revient d’un pays ou une région où le virus H5N1 a été détecté chez les oiseaux d’élevage ou de compagnie ;
elle a eu des contacts très proches et répétés avec un cas humain confirmé de grippe H5N1 ou fortement suspecté ou une exposition professionnelle avec des prélèvements biologiques, d’origine animale ou humaine, infectés ou présumés infectés par le virus H5N1.
« Tant qu’un cas possible n’est ni exclu ni confirmé, il est considéré comme "en cours d’investigation", précise-t-on encore auprès de l’InVS. Un cas suspect est exclu s’il ne rentre pas dans la définition de cas. Un cas possible est a priori exclu si les résultats de l’investigation biologique sont négatifs (absence d’infection à H5N1). Le cas possible devient un cas confirmé quand la biologie établit qu’il s’agit bien d’une infection liée au virus grippal de type H5N1 par les laboratoires agréés et les centres de référence. »
Certains lecteurs s’énerveront peut-être – s’énerveront sans doute – à la lecture de ces lignes. Nous les entendons d’ici ; et pour dire le vrai nous pourrions presque les comprendre. Pourquoi prendre tant et tant de précautions vis-à-vis d’un risque hypothétique et largement exotique ? Comment comprendre un tel luxe de réflexions quand des fléaux bien réels ne font l’objet d’aucune action d’envergure au motif qu’ils s’inscrivent dans la grisaille du quotidien ? Et qui ne prendrait pas raisonnablement la mouche devant ces arbres décisionnels destinés à un improbable futur ? Ces mêmes lecteurs conservent sans doute désormais dans les tiroirs de leurs archives « papier » (ou au sein de leurs mémoires informatiques) les traces datées de ces effervescences du début de troisième millénaire. Et nous redoutons déjà la lecture qui sera faite de ces opus dans une, deux ou trois décennies dès lors que, par chance, la pandémie tant redoutée restera toujours du domaine du futur.
Pour autant ajoutons à la grogne présente et aux risques à venir en rapportant ce que les autorités sanitaires françaises ont d’ores et déjà concocté dans ce domaine. Prenons l’exemple de ce qui est programmé face au « patient ambulatoire dans un aéroport international ». « Si le patient présente dans l’avion des signes cliniques évocateurs de grippe (comme de toute infection respiratoire potentiellement contagieuse), un membre désigné du personnel de bord si possible :
portera une protection respiratoire individuelle (PRI) de type FFP2, à défaut FFP1;
lui fera porter, si son état le permet, un masque antiprojection dit chirurgical ;
l’isolera à l’arrière de l’appareil.
Puis le commandant de bord signalera ce cas au correspondant médical de l’aéroport pour une prise en charge adaptée à l’arrivée (examen clinique à visée diagnostique et prise en charge du cas, recueil d’une fiche de traçabilité des passagers précisant le plan d’occupation des sièges durant le vol, à n’utiliser qu’en cas de confirmation de la nature contagieuse du patient). »
Et encore : « Le correspondant médical de l’aéroport (service médical, SAMU ou service médical d’urgence) :
met en place les mesures barrière ;
délivre les premiers soins au patient ;
contacte immédiatement le SAMU – Centre 15 de son département, qui évalue avec le praticien le classement en cas possible ;
informe la famille et le patient de la procédure suivie ;
recense les coordonnées des autres coexposés possibles. »
Les volumineux documents disponibles en langue française exposent encore : les « principes généraux de prise en charge quel que soit le mode de recours », le « patient au cabinet médical d’un médecin », le « patient à domicile faisant appel au SAMU », le « patient se présentant directement aux urgences d’un établissement de santé », les « éléments médicaux de prise en charge », les « critères d’hospitalisation », les « éléments de décision concernant les antiviraux », l’« organisation de l’investigation épidémiologique autour des cas détectés en France », la « gestion des prélèvements réalisés en établissement de santé » et celle « des prélèvements réalisés au domicile du patient ». Sans aller jusqu’à évoquer les questions cruciales relatives aux canaux, publics ou secrets, de la « circulation de l’information ».
S’énerver ou s’adapter?