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Cette jeune femme debout au centre de la pièce - la comédienne s'appelle Yuval Scharf - n'a eu droit qu'à une seule prise. Ou plutôt un seul plan résultant peut-être de plusieurs prises successives. Comme L'Arche russe de Sokourov, Ana Arabia d'Amos Gitaï est en effet constitué d'un unique plan-séquence non fixe. L'histoire d'une jeune journaliste qui déambule entre Jaffa et Bat Yam, et réalise que deux communautés de Juifs et d'Arabes vivent là ensemble. Le constat d'une harmonie possible, d'une coexistence pacifique, d'une concorde déjouant les a priori pour un film ouvertement politique, dominé par la métaphore et refusant tout jugement. Ana Arabia n'est pas le film de Gitaï que je préfère et Kippour (2000) et Free Zone (2005) lui sont à mon sens largement supérieurs. Mais il témoigne, au-delà de sa dimension socio-politique, même si la métaphore s'y invite pour mieux déstabiliser un discours sous-jacent, d'un goût que le cinéaste revendique pour l'expérimentation. En l'occurrence de la durée, les 1 heures 25 du métrage correspondant à la promenade en temps réel de la jeune femme. Chez le cinéaste israélien, chaque film s'assimile ainsi à un dispositif, à une sorte de laboratoire lui permettant de poursuivre une oeuvre dictée aussi par des choix esthétiques souvent radicaux. La logique du plan-séquence unique impose ici ses respirations et son rythme au film. Sans convaincre entièrement, ce parti-pris renvoie à une démarche dont la cohérence force l'admiration. De plus, Ana Arabia, présenté à la Mostra de Venise en 2013, est à ma connaissance inédit à Genève. Son titre signifie "Je suis Arabe" (au féminin).
Ana Arabia passera aux Cinémas du Grütli le jeudi 14 mai dans le cadre des Journées du film historique.