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Critique
"Film indien surprenant, SAMSARA raconte l'existence d'un moine bouddhiste. Un récit qui se présente sous la forme d'un très beau poème, une longue évocation d'un mystère, à la fois spirituel et charnel.
SAMSARA est le premier film de fiction tourné dans le Ladakh, tout au nord de l'Inde, dans une région en constante alerte: le Pakistan et le Cachemire ne sont pas loin, et la Chine convoite ces vallées himalayennes proches du Tibet. Le cinéaste Pan Nalin est originaire de cet endroit et, dans le cadre d'une retraite spirituelle de trois mois, a vécu dans l'un des monastères qui a servi de décor au film.
Tashi (Shawn Ku) a été reçu dans un monastère bouddhiste à l'âge de cinq ans. Adolescent il fait un premier choix, celui de se couper de tout, de désapprendre ce qu'il sait et de réduire les exigences de son corps au point de concentrer toute son énergie vitale dans son activité spirituelle. Mais l'ascèse s'arrête au moment où le film commence et où Tashi, après trois ans, trois mois et trois jours de réclusion volontaire, émerge de sa retraite spirituelle et reprend pied dans la communauté de ses compagnons lamas. Quittant l'adolescence, il va aussi découvrir l'existence des paysans du village et, avec les premiers sentiments amoureux, des doutes vont venir ébranler son engagement spirituel. Il se sent comme coupé en deux et comprend que s'il veut renoncer aux plaisirs du monde, il doit d'abord y vivre. Il abandonne alors le monastère et rejoint le monde des hommes, Samsara.
SAMSARA n'est donc pas un film sur le bouddhisme. La place donnée aux images et aux couleurs, aux sentiments et à l'émotion en fait une œuvre très sensuelle, une sorte de voyage initiatique partant du formalisme et du cérémonial religieux pour aboutir à l'amour, la compassion et la compréhension des autres. Tashi croisera le regard d'une femme, Pema (Christy Chung), et en tombera amoureux. Il l'épousera plus tard, mais connaîtra à nouveau le doute, séduit par Sujata, une nomade mystérieuse et sauvage.
SAMSARA ne se résume pas. Il n'est surtout pas un film manichéiste, avec d'un côté la vie spirituelle de l'anachorète et de l'autre le monde des (bons) vivants... Le cinéaste indique une voie médiane et à ce point de vue la dernière séquence, complexe, est importante. SAMSARA est une histoire de méditation intérieure, de réflexion morale, et en même temps le récit d'une célébration de la vie.
On peut reprocher au film quelques longueurs et le côté stylisé, parfois esthétisant, de plusieurs séquences. Mais certains plans sont à vous couper le souffle: le Ladakh, désert sec ou gelé où les habitants s'efforcent de vivre (on est à 5'000 m. d'altitude), avec les sommets enneigés de l'Himalaya, est un personnage central du film. Cette terre de paysans, de moines, de nomades, de bergers et d'ermites errants, qui possède son propre mode de vie, paraît coupée du reste du monde. Ici la notion de temps n'a rien à voir avec la nôtre et laisse naturellement sa place à la vie méditative.
Entièrement tourné dans le Ladakh avec quelques comédiens professionnels (mais inconnus) et beaucoup d'acteurs non professionnels, SAMSARA est un poème lumineux sur la vie et le temps qui passe. ""Une histoire d'amour empreinte de spiritualité"", comme le dit le cinéaste lui-même.
Pan Nalin
Après avoir suivi les cours des Beaux-Arts et de design, Pan Nalin s'installe à Bombay et commence à travailler comme régisseur. Peu après, il part dans l'Himalaya, en quête d'une solide expérience spirituelle, tout en développant les thèmes de plusieurs longs métrages. Il réalise également un certain nombre de documentaires pour la télévision (dont ""Ayurveda - The Art of Being"", prochainement sur nos écrans). En 1993 il est prêt à tourner SAMSARA, son premier film, mais il devra attendre encore huit ans avant de trouver un producteur."
Antoine Rochat