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SUR L'HISTOIRE
DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF
EN FRANCE
DE 1789 A 1848
CHAPITRE IX
i
Au moment où l'empire succombait sous le contrecoup de ses violences, et lorsque la guerre, portée dans toutes les capitales de l'Europe, se terminait aux buttes Montmartre, il ne régnait en France qu'un seul sentiment, celui de la lassitude, et le pays n'entretenait qu'une seule pensée, celle d'une pacification prompte et générale. De croyances politiques, la nation n'en avait plus : celles-ci s'étaient abîmées dans la sanglante loterie dont les dépouilles du monde avaient si longtemps fourni les lots. Les garanties constitutionnelles stipulées en 1802 et si formellement rappelées en 1804 avaient disparu sans laisser ni regrets ni souvenirs au sein des masses enivrées de bruit et de gloire. Une formidable machine de guerre s'était élevée au lieu et place de cette monarchie radieuse, mais pacifique et pondérée, que la France avait saluée douze années auparavant de ses acclamations et de ses espérances.
Le rêve politique de 1789, repris de 1795 à 1802, ne touchait plus que les hommes personnellement engagés dans les événements de la révolution. En 1814, les constitutionnels formaient moins un parti qu'une école, et celle-ci aurait facilement tenu dans l'enceinte d'un salon. Mais, si la France avait cessé de s'inquiéter de la liberté, elle avait conservé, jusque dans l'affaiblissement où la jetait l'épuisement de son sang généreux, le sentiment très-vif de l'égalité conquise, et si les théories constitutionnelles étaient mises en oubli par la génération élevée dans les lycées et dans les camps, le souvenirs des premiers triomphes remportés par la démocratie sur l'ordre social antérieur à 1789 était aussi vif qu'aux jours de la Bastille.
Les merveilleuses fortunes créées par l'épée, loin d'étancher cette soif d'égalité, n'avaient servi qu'à la rendre plus ardente, car ces glorieux soldats, admis à l'honneur de royales alliances, recevaient moins de force du principe aristocratique qu'ils ne lui inculquaient de faiblesse. Universel oubli des doctrines et des garanties constitutionnelles, antipathie non moins universelle contre les temps antérieurs à l'ère révolutionnaire dont les crimes s'étaient perdus dans les splendeurs de l'époque impériale, telle était la double disposition de l'esprit public lorsque l'empire disparut dans la tempête qu'il avait suscitée. La France éprouvait des répulsions instinctives, mais n'avait aucune croyance politique, quand les rois de l'Europe, au lendemain de leur entrée dans Paris, s'élevant à la hauteur de la mission que leur donnait la Providence, l'interrogèrent loyalement sur la nature du gouvernement qu'il lui convenait d'adopter.
Les étrangers ne songeaient point aux Bourbons, et si l'action des souverains alliés s'exerça dans les premiers jours d'avril 1814, ce fut moins pour susciter cette royale candidature que pour élever contre elle des objections sérieuses. Les cabinets, et particulièrement l'empereur Alexandre, leur inspirateur suprême, déniaient aux princes de l'antique maison royale les qualités requises pour gouverner un pays où ils les croyaient oubliés. Tout le monde sait que cette solution fut suggérée par un salon où des constituants et des conventionnels coudoyaient d'anciens ecclésiastiques depuis longtemps étrangers aux devoirs de leur état. Personne n'ignore que les amis de M. de Talleyrand, loin d'être entraînés par l'enthousiasme, organisèrent les premiers la manifestation royaliste avec tout le sang-froid de joueurs égoïstes; mais l'histoire attestera que, si inattendue qu'elle fût la veille pour le pays, cette solution devint le lendemain la pensée de tout le monde.