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Un opéra rococo en 1911? Né de la plume de deux artistes que l’on associait plutôt à l'avant-garde? Il y avait de quoi accueillir avec scepticisme le nouveau projet de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal! Après l’ambition démesurée affichée par les deux œuvres précédentes, Salomé et Elektra (cette dernière sur un texte de Hofmannsthal), le Chevalier à la rose paraissait comme une évasion dans le monde parfait de 1740. Le poète a toutefois contredit cette impression en affirmant qu’« il y a plus de passé dans le présent qu’on ne le croit».
Une certaine actualité, ou plutôt une intemporalité, est propre au concept du Chevalier à la rose. Raison pour laquelle Strauss a consciemment eu recours ici à la danse par excellence du XIXe siècle (et non du XVIIIe), la valse viennoise. Il a associé cette dernière à un style personnel qui évite les modernismes d’Elektra, mais reste très fidèle à une expression contemporaine. Au niveau du contenu, cette attitude se reflète dans le monologue de la Maréchale au sujet de l'éphémère: «Le temps est une chose étrange».
A première vue, le Chevalier à la rose fait usage de la panoplie habituelle d’éléments propres à une comédie musicale, avec ses intrigues, ses déguisements et ses coups de foudre. Les personnages sont tout aussi familiers: le baron lascif, la dame vieillissante, les jeunes amants. Derrière cette normalisation, les figures sont toujours reconnaissables, avec leurs doutes et leurs contradictions intérieures. La suite orchestrale, composée bien plus tardivement à partir de la musique de l'opéra (probablement en 1944 par Arthur Rodzinski), ne suit pas l'intrigue mais culmine avec un épisode de valse rapide.