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Christine Chaillot, Vie et spiritualité des Eglises orthodoxes orientales des traditions syriaque, arménienne, copte et éthiopienne, Paris, Cerf 2011, 468 p.
Quatre Eglises des plus anciennes sont passées à la loupe : les Syriaques orthodoxes, qui pratiquent encore une langue apparentée à l'araméen - et leurs cousins de l'Eglise Malankare syrienne orthodoxe de l'Inde -, les Arméniens, qui furent les premiers à fonder un Etat royaume chrétien au début du IVe siècle, les coptes orthodoxes, qui ont répandu le christianisme en Egypte dès l'évangéliste saint Marc, et les Ethiopiens, qui christianisèrent officiellement leur région dès le IVe siècle.
Ces Eglises sont dites préchalcédoniennes, parce qu'elle n'ont pas adopté en 451 la formulation du concile de Chalcédoine relative aux deux natures divine et humaine du Christ. Un conflit dont les études récentes montrent qu'il fut plus d'interprétation du grec physis que de refus du mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu, et plus politique que théologique... Mais qui a largement contribué à les maintenir à l'écart des autres Eglises orthodoxes.
Ce livre rend hommage à des communautés qui ont gardé dans leurs textes et leurs rites la saveur des débuts du christianisme. Il est, d'une part, remarquablement bien documenté, indiquant la terminologie spécifique de chaque communauté et s'appuyant sur une impressionnante littérature en plusieurs langues, et, d'autre part, très concret et actualisé. L'auteure parle des lieux et des pratiques qu'elle a vus, partagés, pendant des années de recherches, de visites dans des sites fort reculés, de rencontres avec des gens de tous bords, clercs ou laïcs, chiffres récents à l'appui.
L'ouvrage balaie large, puisque chaque partie présente successivement la longue histoire de l'Eglise en question, l'évolution de sa langue liturgique et les études qui s'y rapportent, les caractéristiques de sa liturgie, sa spiritualité propre et sa vie monastique, sans omettre les développements variés de sa diaspora.
On ne peut que s'émouvoir en découvrant tant de monastères, d'églises, de basiliques disparus ; et en même temps on admire le courage de tous ces chrétiens attachés à leur terre, leurs traditions, en dépit des difficultés croissantes qu'ils rencontrent : que de martyrs, dont les derniers sont hélas d'aujourd'hui, au vu et au sus de tous !
Un ouvrage à recommander chaudement à quiconque souhaite comprendre la liturgie et la vie spirituelle de ces vénérables Eglises encore actives au Moyen-Orient. Un éclairage historique certes, mais bien davantage une interpellation à soutenir par tous les moyens les chrétiens orientaux qui défendent pour nous - et pas assez avec nous ! - un patrimoine spirituel inestimable.