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Mon canapé
Par Jean-Christophe Kübler
Quels rapports entretenons-nous avec les choses que nous possédons? Sommes-nous conscients de leur caractère fugace et de notre superficialité? Il y a un écart entre ce que nous considérons juste et notre comportement concret dans un magasin ou dans notre foyer. On peut comparer notre attitude aux discussions menées au Moyen-Age, plus tard aussi, au sujet de la pauvreté du Christ par des religieux fats sous les dorures.
La maîtresse de maison, qui nous avait conviés à un fort sympathique repas, nous expliquait que son canapé lui a coûté 13 000 francs. Le meuble est beau. Pardon, il faut dire «design», «beau» étant passé de mode. Mais elle nous disait aussi comme il est peu confortable, qu’elle ne peut pas s’y vautrer pour regarder la télévision; heureusement que le couple a une télévision dans sa chambre à coucher, a renchéri l’un des invités.
J’ai repensé à cet enchaînement dans la discussion autour d’une chose, d’une simple chose, d’une certaine importance peut-être, mais tout sauf vitale. De retour à la maison, sur mon canapé, je me suis demandé si nous ne meublons (!) pas notre vie avec des préoccupations matérielles ; pire, si un cher canapé et ses petits soucis ne nous cachent pas l’essentiel, s’ils n’altèrent pas notre regard sur la vie.
Le scénariste Jean-Claude Carrière raconte cette histoire : «Dans un certain pays vivaient un homme très riche et un homme très pauvre. Le riche monta avec son fils sur le sommet d’une colline, lui montra le paysage tout autour d’eux et lui dit: «Regarde, un jour, tout cela sera à toi.» Le pauvre monta avec son fils au sommet de la même colline, lui montra le paysage tout autour et lui dit simplement: «Regarde…»
Jean-Christophe Kübler
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