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Ce texte fait suite à celui appelé La Délivrance de Radûmel, dans lequel je rapporte que sous les traits de mon double elfique, Radûmel le Fin, j'ai vu un géant tué devenir un dragon vivant.
Sous cette forme de serpent avait-il traversé les espaces stellaires – avait-il nagé dans la mer infinie dont les vagues charrient des astres! Et maintenant, privé de son corps humain (quoique sa tête le rappelât toujours), qu'allait-il faire? S'enfuir? Disparaître dans le ciel noir? Se fondre dans des nuées lointaines?
Or voici qu'il m'attaqua de nouveau, à ma plus grande surprise: il n'était pas aussi vaincu que je le croyais. Car je le vis ouvrir sa gueule énorme et du feu commencer à y germer: à coup sûr il comptait bien, jetant une flamme sur moi, me consumer!
Et certainement je serais mort et aurais été réduit en cendres, si Isniëcsil, se transformant à son tour, n'avait débordé instantanément de son corps propre, et n'était devenu, lui, une flamme blanche à forme de cheval – et aux yeux, là aussi, terriblement humains, dans leur éblouissante lumière.
Et je compris alors que ces deux êtres se connaissaient, en ce qu'ils étaient, secrètement, d'un rang égal; qu'ils s'étaient rencontrés parmi les étoiles (dont ils étaient issus), et qu'Isniëcsil avait été envoyé sur Terre justement pour remédier à la présence en son sein de Taclamïn.
Car un combat cosmique eut lieu alors, et le toit du château de Taclamïn disparut pulvérisé, et les deux combattants s'élevèrent dans les airs – bientôt rejoints par les dragons de Taclamïn et de Tocúl le Borgne, lequel montait l'un d'eux.
Je compris, encore, que ces dragons avaient été tirés de la nature même de Taclamïn, qu'ils étaient en quelque sorte ses rejetons. De sa propre obscurité maladive étaient-ils sortis, lorsqu'il les avait réveillés dans les profondeurs de sa tour – lorsqu'il avait ouvert une porte les libérant de leur vieille geôle. Car il avait, voici! plongé les mains dans le corps d'un géant et pris les dragons tout jeunes, qui étaient nés de lui, puis les avait élevés. Et en vérité il en avait auparavant posé le germe, et le géant mort n'avait fait que leur donner corps.
Et je ne sais si vous pouvez comprendre ce que je dis, mais l'action de Taclamïn alors se dédoubla, et c'est à la fois de sa tour et de lui-même, qu'il fit naître ces monstres. Ainsi en est-il souvent, au pays des génies: l'intérieur et l'extérieur se croisent, s'inversent et se mêlent – bientôt se brouillant ils ne font plus qu'un, et ce qu'on dit de ceci peut aussi se dire de cela.
Pour cette raison beaucoup n'y voient que liens confus que seul le chaos dirige, établissant des rapports entre tout et n'importe quoi: le discernement supérieur nécessaire au regard jeté dans ce monde ne leur est point disponible.
Et il se trouve que les mots peinent à exprimer ces choses, car ils sont ceux de mortels qui les lient essentiellement à ce qui se trame, à ce qui se joue à l'extérieur d'eux-mêmes – dans le monde illusoire qui leur apparaît comme vrai –, et je ne peux m'exprimer qu'approximativement, pour peindre un monde qui au contraire (nouvelle inversion inattendue) est d'autant plus vrai qu'il semble fictif.
(À suivre.)