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Le romantisme authentique est né en Allemagne contre la France de Napoléon, et il rejetait fondamentalement le centralisme et l’uniformisme hérités des planifications des Idéologues, eux-mêmes issus du rationalisme philosophique des Lumières. Ricarda Huch, auteur d’un remarquable ouvrage sur le romantisme allemand, déclara, à ce sujet: Dans l’État français, la centralisation avait vaincu depuis des siècles, ce principe mécanique, nu, mesquin, tueur de vie, que le romantisme pourchassait dans tous les domaines. De même que le romantisme poursuivait Newton parce qu’il avait introduit le mécanisme dans la physique et l’astronomie à la place de la vie, de même il combattait la France parce qu’elle était l’État qui, par un calcul et une construction arbitraires, prétendait créer artificiellement des échanges organiques. En ce sens, la Prusse représentait elle aussi le principe ennemi, le concept mort en regard de l’idée vivante, le conscient opposé à l’inconscient, l’esprit sans la nature; l’État prussien dans son ensemble était la création arbitraire de quelques hommes, il n’avait aucune racine dans le passé lointain, il s’agrandirait d’une manière fatale; il était aux yeux des romantiques privé de la sanctification qui découle d’une participation constante à la source divine.
On voit poindre ici un lien avec la pensée de Joseph de Maistre, qui estimait que la République était artificielle, et ne puisait pas aux forces de l’univers, extérieurement naturelles, intérieurement guidées par la Providence - la différence étant, tout de même, que le Savoyard regardait la France polarisée par la personne royale comme justement émanée de cette nature imprégnée de divinité. Toutefois, il affirmait que la république était encore plus centralisée que la monarchie, et il l’en blâmait.
Ricarda Huch, quant à elle, affirme que les romantiques cherchaient d’abord à défendre les traditions locales dans toute leur richesse; et elle ajoute: Il était donc compréhensible qu’un État centralisé comme la France, où les provinces étaient opprimées au profit d’un pouvoir central dominateur, ne fût pas du goût d’un homme politique romantique. L’unité dont il rêvait ne devait nullement détruire le particularisme, ni l’indépendance - du moins jusqu’à un certain point. L’État fédéral hantait déjà les esprits.
En somme, la politique romantique est par essence celle de Denis de Rougemont, pour qui les particularismes devaient pouvoir s’épanouir librement, et le lien social être fondé sur l’amour - non sur la force. On sait que Teilhard de Chardin le rejoignait dans cette aspiration à respecter les colorations culturelles particulières - au fond toutes voulues par la Providence et l’Évolution, à ses yeux.
La Prusse tendait au centralisme, mais Hitler y tendit encore plus. Ricarda Huch s’est dressée contre son régime, et l’a fui. Le régionalisme et le fédéralisme ne sont pas un complot, comme on l’entend dire, pour affaiblir les grandes nations; ils sont le simple effet d’un romantisme mû par l’aspiration à un monde plus juste - davantage fondé sur la liberté, et la fraternité.