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Sodas et sucres ajoutés: de vrais dangers pour le cœur et les artères
On sait que sous toutes ses formes (brun, blanc, en morceaux, en poudre, de canne ou de betterave), le saccharose demeure notre meilleur ennemi. Il est notamment vecteur d'obésité et de diabète. Depuis des années de nombreuses campagnes préventives ont été mises en place pour sensibiliser le public. Sans succès: la consommation de sucre par habitant a tendance à augmenter sur tous les continents. Outre l'irresponsabilité des consommateurs, l'industrie agro-alimentaire est ici mise en cause: elle incorpore de plus en plus de glucides de synthèse à ses préparations. C’est le cas notamment avec le sirop de glucose ou les sirops de maïs enrichis en fructose. On parle alors de «sucres ajoutés».
Sucres et mortalité
Les chercheurs rappellent que plusieurs études épidémiologiques ont déjà établi un lien entre le sucre ajouté et l'apparition de maladies cardiovasculaires (MCV). Mais ils ajoutent aussi qu'il existait peu de travaux sur les liens existants entre la consommation de sucre ajouté et la mortalité associée à ces mêmes MCV.
Apports caloriques journaliers
L'équipe américaine qui a mené cette étude a analysé les résultats d'une enquête nationale sur la santé afin de déterminer la consommation de sucre des adultes aux Etats-Unis (en termes d'apports journaliers en calories). Selon la Harvard School of Public Health, l'Américain moyen consomme environ l’équivalent de vingt-deux cuillerées de sucre ajouté par jour. Les chercheurs ont analysé les données médicales, la consommation de sucre et les taux de mortalité associés aux affections cardiovasculaires chez plus de 11 000 Américains adultes sur quinze ans en moyenne.
Les chercheurs ont découvert que l'apport énergétique quotidien en sucre ajouté avait augmenté entre les périodes 1988-94 et 1999-2004 (de 15,7% à 16,8%), pour revenir à 14,9% pendant la période 2005-2010. Chez 71,4% des Américains adultes, le sucre ajouté constitue 10% ou plus des apports énergétiques quotidiens. Chez 10% d'entre eux, cette proportion atteint – ou dépasse – les 25%.
Sodas sucrés
Selon l'équipe de Quanhe Yang, des apports caloriques quotidiens de sucre ajouté situés entre 17 et 21% des apports caloriques totaux, correspondent à une augmentation de 38% du risque de MCV par rapport à une consommation en sucre ajouté représentant 8% des apports totaux. Au-delà de 21% de sucre ajouté, ce risque est multiplié par deux, et presque par trois au-delà de 25%.
Les chercheurs américains soulignent également qu'une consommation régulière de sodas sucrés (soit sept portions ou plus par semaine) entraîne une augmentation des risques. Et pour cause: une seule cannette de soda contient 140 calories de sucre ajouté – soit environ 7% des apports énergétiques quotidiens d'une personne consommant environ 2000 calories par jour.
Sous la barre des 10%
«Nos constatations indiquent que la plupart des adultes américains consomment une quantité de sucre ajouté supérieure à celle qui est recommandée dans le cadre d'un régime alimentaire équilibré. Nous avons observé un lien significatif entre la consommation de sucre ajouté et l'augmentation de la mortalité associée aux MCV», concluent les auteurs de l’étude. Ils nous conseillent de restreindre notre consommation quotidienne de sucre ajouté en-deçà de la barre des 10% des apports énergétiques. Et de laisser les sodas sucrés dans les rayonnages des supermarchés.
Préfiguration
«On change de paradigme. Finalement, le sucre ne fait pas juste grossir en apportant des "calories vides", mais peut nous rendre malades », a expliqué au quotidien français Le Figaro le Pr Jacques Blacher, cardiologue (Hôtel-Dieu de Paris), en commentant cette étude. Pour lui, ces données épidémiologiques sont très inquiétantes même s’il faut pondérer: les comportements alimentaires sur le Vieux Continent ne sont pas superposables à ceux des Américains du fait notamment d’une consommation moins importante de sodas. La question est de savoir si l’actuelle situation américaine ne préfigure pas la situation qui prévaudra bientôt de ce côté-ci de l’Atlantique.
1. L’étude a été menée par l'équipe de Quanhe Yang, de la Division for Heart Disease and Stroke Prevention aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Un résumé (en anglais) est disponible ici.