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Après le coup d’État militaire au Niger, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait adopté un ton martial, menaçant d’intervenir militairement, sous l’influence du Nigeria. Ce pays a-t-il les moyens d’une aventure militaire en parodiant la France ?
Le Nigeria, État le plus peuplé d’Afrique, se place parmi les premiers producteurs de pétrole. L’exploitation intensive de l’or noir suit la logique extractiviste des compagnies pétrolières et la division mondiale du travail. En retour, les devises obtenues rendent possible l’importation de marchandises manufacturées provenant des principales économies capitalistes, et en particulier des produits alimentaires.
Ainsi, plutôt que de favoriser un développement endogène et agricole, les différents gouvernements, civils ou militaires, s’insèrent dans le marché mondial.
Au passage, ce flux d’exportations et d’importations nourrit des secteurs parasitaires par la corruption et par l’existence d’intermédiaires commerciaux. Les conditions de vie d’une majorité de la population sont sacrifiées sur l’autel du profit d’une poignée de militaires et de civils, engraissant une bourgeoisie et petite-bourgeoise locale et attachée donc au maintien de ce modèle économique. Cela attise aussi les concurrences au sein de l’appareil d’État, entraînant régulièrement des coups d’État.
Le pétrole coule l’acier
Au Nigeria, une des premières grandes crises va se produire en 1967. L’enjeu est le contrôle du sud-est du pays, riche en pétrole. En arrière-plan, la concurrence entre l’exploitant historique British Petroleum (BP) et le français Elf, chassé des gisements algériens après la déclaration d’indépendance. Soutenue par la France, la sécession du Biafra va causer un conflit horrible. La victoire du gouvernement fédéral se fait au prix de deux millions de victimes essentiellement civiles, résultat d’une terrible famine. BP respire.
Autre exemple de gâchis économique, la construction d’un complexe sidérurgique à Ajaokuta dans les années 70. Édifié par l’Union soviétique, cette gigantesque usine n’a jamais produit l’acier escompté. La mine de fer d’Itakpe au centre du pays était censée alimenter l’usine sidérurgique. L’ancien président Buhari avait promis de la remettre en marche en la confiant à des opérateurs privés. Reflet du parasitisme de cette structure, 68 millions d’euros de salaires auraient été versés aux «employé·e·s» de l’Ajaokuta Steel Company entre 2016 et 2022.
Or, l’État nigérian a déjà dépensé plus de 6 milliards de dollars dans ce projet. Cette privatisation va surtout attirer des requins, habitués aux opérations de spéculation financière. Un groupe indien, lié à la famille milliardaire Mittal, recevra une indemnité de 460 millions de dollars en 2022. Ce projet industriel vise à s’insérer dans le marché mondial déjà saturé de l’acier.
Pays riche, nation pauvre
La mauvaise gouvernance vient de provoquer un nouveau chaos: la pénurie de billets de banque. La Banque centrale du Nigeria a introduit de nouvelles coupures au début de cette année, mais n’avait pas la capacité de les imprimer. Donc il était quasi impossible pour la population d’échanger les anciennes coupures pour de nouvelles.
Plutôt que de planifier un nouveau billet, l’ancien président Buhari aurait mieux fait de répartir les richesses du pays. Riche en pétrole, le Nigeria connaît aussi une abondante pauvreté. Entre 80 et 90 millions de personnes (sur une population de 215 millions) vivent avec moins de deux dollars par jour. En 2022, l’inflation faisait s’envoler les prix des produits de base (pain +35 %, riz +20 %, blé +25 %). Cette pauvreté extrême est à l’origine des prélèvements illégaux de pétrole, estimés à 25 % de la production, et de «l’industrie» du kidnapping. Pourtant, la première fortune d’Afrique avec 17,8 milliards de dollars, Aliko Dangote, est citoyen nigérian.
Nouveau président, ancien régime
Conséquence de ce pillage, l’extraction pétrolière est en baisse constante et se trouve maintenant derrière celle de l’Angola et de l’Algérie. Malgré la hausse des cours du pétrole, les recettes se sont réduites, le Nigeria n’arrive pas à produire son quota promis à l’OPEP. La majorité du carburant est importée et massivement subventionnée, pour s’assurer de la paix sociale. Le nouveau président Bola Tinubu vient de supprimer ces subventions afin réduire le déficit croissant de l’État, dont la dette dépasse les 150 milliards de dollars, déclenchant une nouvelle hausse des prix.
Le projet d’élargissement des BRICS est-il une alternative? C’est une réponse adéquate pour les intérêts des capitalistes de ces pays. Mais ce type d’économie et de croissance capitaliste ne permet ni de réduire la pauvreté, ni d’atteindre une indépendance économique et de répondre aux besoins futurs des populations.
José Sanchez