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Au terme d'une longue enquête, les quatre peintures volées en 2008 à la Collection Bührle à Zurich sont de retour chez leur propriétaire.
C'est un "happy end" digne d'un film hollywoodien. Assis aux côtés du procureur Roland Wolter, le directeur de la Fondation Bührle Lukas Gloor affiche un large sourire vendredi matin devant les médias réunis au Kunsthaus de Zurich. "Je vais beaucoup mieux qu'il y a quatre ans", lâche-t-il d'un ton soulagé.
L'historien de l'art a retrouvé les deux tableaux encore manquant depuis le casse spectaculaire du 10 février 2008. Trois hommes armés et masqués avaient alors pénétré en plein jour dans le musée et dérobé quatre oeuvres de grande valeur en dix minutes. Deux des oeuvres avaient été retrouvées la semaine suivante mais deux autres manquaient encore à l'appel.
"Le Garçon au gilet rouge", peint par Paul Cézanne entre 1888 et 1890, est la "pièce maîtresse" de la collection, a affirmé M. Gloor. Récupérée le 11 avril en Serbie, sa valeur est estimée à 100 millions de francs.
Découverte gardée secrète
Mais l'annonce du jour porte sur la toile d'Edgar Degas "Ludovic Lepic et ses filles" (1871), estimée à dix millions. Elle a été retrouvée il y a plusieurs mois mais l'information a été retenue jusqu'ici pour ne pas compromettre la suite de l'opération de police.
Cette opération, baptisée "Europe Prsluk (gilet)", a été "éprouvante" et "inhabituelle", dit le procureur Roland Wolter, qualifié par M. Gloor de véritable "cerveau". Son but n'était pas seulement de retrouver les tableaux mais aussi d'arrêter les voleurs et d'obtenir un effet dissuasif.
Un des bandits a pu être identifié très vite grâce à des traces retrouvées dans le véhicule de fuite, qui contenait également les deux premiers tableaux récupérés, "Champ de coquelicots près de Vétheuil" (1879) de Claude Monet et "Branches de marronnier en fleurs" (1890) de Vincent van Gogh. L'homme est un Serbe qualifié de "grand criminel".
Agents infiltrés
A ce stade de l'enquête, le procureur prend la décision de recourir à des agents infiltrés pour mettre en scène un potentiel rachat des tableaux. Les suspects étant particulièrement méfiants, il a fallu gagner leur confiance, rapporte M. Wolter.
Un "scénario" très élaboré a été établi afin de s'assurer que les vérifications auxquelles pouvaient procéder les criminels ne trahissent pas les agents. Pour ce faire, un réseau de fausses entreprises et d'agents infiltrés a été mis en place dans plusieurs pays.
Jusqu'à 30 agents de six pays ont été impliqués dans l'opération. Les suspects ont mordu à l'hameçon. "Ils étaient convaincus au point d'être prêts à réduire leurs demandes financières", affirme d'un ton modeste le procureur.
3,4 millions de francs versés aux voleurs
Au total, 2,8 millions d'euros (3,4 millions de francs) ont été versés. Sur cette somme, 250'000 euros n'ont pas pu encore être récupérés mais le procureur s'est montré optimiste.
Il ne s'agit pas de l'argent des contribuables, a-t-il insisté. Les fonds provenaient d'un milieu proche de la Fondation Bührle.
La phase finale a été très délicate. Il a fallu trouver le bon moment pour assurer la saisie des tableaux et les arrestations tout en garantissant la sécurité des agents.
Quatre hommes, un Macédonien et trois Serbes, âgés entre 36 et 39 ans, ont été interpellés et placés en détention préventive en Serbie. La procédure pénale est menée par le Ministère public serbe.
Quelque peu endommagés
Ces personnes sont également impliquées dans plusieurs cambriolages de bijouteries, notamment en Suisse. L'un d'eux a déjà été condamné à huit ans de prison en Belgique. L'enquête serbe devra déterminer s'ils ont un lien avec le gang des Pink Panthers.
Quant au Cézanne et au Degas, les amateurs d'art devront patienter un peu avant de pouvoir à nouveau les admirer. Ils sont certes en bon état "au vu des circonstances", mais il ont subi quelques dommages pendant leur périple. Ils se trouvent désormais entre les mains des restaurateurs du Kunsthaus.