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L’Allemagne a voté. Suite à la campagne électorale tiède au cours de laquelle presque tous les sujets brûlants, tels que le réarmement, la crise migratoire, la sauvegarde de l’euro, la crise de l’UE etc. ont été évincés par les vieux partis politiques, le peuple souverain a provoqué un remous politique dans les urnes en Allemagne. Selon les résultats officiels des élections, la participation a augmenté à 76,2% alors que ce taux était à 71,5% en 2013. En même temps, la CDU/CSU (32,9%) et le SPD (20,5%) ont enregistré des pertes massives d’environ 10% (CDU/CSU) respectivement de 5% (SPD) comparé aux élections de 2013. Ces résultats sont le niveau le plus bas depuis les premières élections fédérales de 1949 en Allemagne. La gauche (die Linke) (9,2%) et les Verts (8,9%) se sont stabilisés à un niveau connu, le FDP réintègre le Bundestag avec 10,7% des voix, après avoir échoué à cause de la limite des 5% en 2013. Le vainqueur incontestable est l’AfD qui entre d’emblée au Bundestag et y est promu le troisième groupe parlementaire majoritaire. Que signifient ces résultats pour la formation du gouvernement?
Le SPD a abandonné la cause d’Angela Merkel. Elle n’a plus guère de choix pour sa formation du gouvernement. La seule chose lui restant pour son maintien au pouvoir est une coalition aux couleurs de la Jamaïque: CDU/CSU [noir], les Verts et le FDP [jaune]. Elle a exclu une coalition avec l’AfD ou la gauche. Mais ses jours sont déjà comptés dès maintenant. L’alliance jamaïcaine reste difficile parce que les Verts et le FDP sont terriblement brouillés. Les négociations sur la coalition vont traîner des mois, et pendant ces mois, l’Allemagne n’aura pas de gouvernement opérationnel. Même si cette coalition est conclue, les commentateurs dans les médias allemands attribuent à cette coalition un ou deux ans d’existence jusqu’à sa dislocation due à des tensions intérieures. Dès le soir des élections, Martin Schulz (SPD) a clairement déclaré à la chancelière qu’il ne participerait pas à une grande coalition. Il veut à tout prix conduire son groupe politique dans l’opposition et damer le pion à l’AfD afin d’éviter qu’il soit le parti de l’opposition le plus fort. Celui-ci a au Bundestag certains droits d’expression particuliers et le droit de siéger dans des commissions importantes, que le SPD désire s’assurer avant que l’AfD le fasse.
Pour les connaisseurs de la scène politique berlinoise, le succès de l’AfD n’est pas vraiment surprenant. La politique initiale de ce parti, avec son candidat Bernd Lucke en tête de liste, s’était avant tout engagé contre la sauvegarde de l’euro, en pouvant même se réclamer de la Cour constitutionnelle fédérale. Après son départ, le nouveau duo de pointe, Alexander Gauland et Alice Weidel, s’est davantage concentré sur les termes «allemand» et «chrétien», ce qui, en Allemagne, a déjà un arrière-goût d’extrême droite, bien que ces mots soient également contenus dans les noms de la CDU/CSU, de l’SPD et de la FDP. L’utilisation des termes «national» et «conservateur» ont provoqué déjà l’attention du service de renseignement intérieur (Verfassungsschutz). Les électeurs ne se sont pas fait avoir par cette diffamation de l’AfD et ont donné par leur vote un mandat clair à ce parti. Les partis traditionnels devront changer de cap s’ils veulent regagner les électeurs changeants.
Un mot à propos du nombre de sièges du Bundestag: il sera agrandi de 598 à 709 sièges, avec 299 circonscriptions électorales. Cette anomalie est due à la loi électorale allemande compliquée avec un mélange du scrutin majoritaire (première voix) et le scrutin proportionnel (deuxième voix) nous ayant procuré 111 mandats supplémentaires. Pendant la législature précédente, une réforme avait échoué parce que de nombreux députés ne voulaient pas abandonner leurs prébendes. Un changement à l’avenir paraît encore plus improbable, car ce ne seront plus quatre, mais six partis politiques qui devront se mettre d’accord sur une réduction. Chaque siège représente des coûts d’un million d’euros pour le député et son équipe de bureau. Ce sont ainsi 111 millions d’euros de frais supplémentaires par an qui nous attendent – c’est-à-dire les contribuables.
Le gouvernement futur devra affronter des sujets brûlants et participer aux solutions, tels que la crise de l’UE, le déploiement de l’OTAN à la frontière russe, la crise en Corée, les guerres illégales au Proche-Orient et en Afrique. L’Allemagne ne peut pas se permettre une stagnation politique jusqu’au printemps 2018. En 2015 déjà, dans une lettre ouverte adressée à la chancelière et au président de la République fédérale, Rolf Hochhuth a plaidé pour la sortie de l’OTAN, sinon il craignait la «Finis Germaniae». La politique du «continuer comme d’habitude» a échoué définitivement. L’Allemagne a un besoin urgent d’un débat honnête et franc sur les sujets brûlants de notre époque et sur l’avenir de la démocratie. •
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