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Le personnage principal de Faust
Le titre choisi par Goethe pour sa pièce paraît indiquer clairement que le personnage central en est Faust. L'histoire de la réception française du texte montre pourtant que la chose n'allait pas de soi. Ainsi, la première traduction partielle du premier Faust, écrite en 1808-1809 par Madame de Staël et publiée dans son ouvrage De l'Allemagne, met explicitement au premier plan Méphistophélès : « Le diable est le héros de cette pièce ; l'auteur ne l'a point conçu comme un fantôme hideux, tel qu'on a coutume de le représenter aux enfants ; il en a fait, si l'on peut s'exprimer ainsi, le méchant par excellence, auprès duquel tous les méchants […] ne sont que des novices […]. »
Cet attrait pour la figure diabolique correspond bien au romantisme noir qui traverse l'Europe dans ces années 1810-1820.
C'est en 1823 que paraissent presque simultanément les deux premières traductions (presque) complètes du Faust. A lire la préface de l'un d'entre eux, Sainte-Aulaire, on comprend bien que c'est le personnage de Marguerite qui lui apparaît comme le centre d'intérêt de la pièce. Sitôt qu'elle fait son entrée, dit-il, « l'intérêt dramatique ne cesse de croître jusqu'à la fin ». Une fin qui consiste en la mort en apothéose de Marguerite, tandis qu'elle nous laisse dans l'incertitude à propos de Faust, relégué de facto au second plan, en termes d'intérêt dramatique.
Avec sa traduction de 1828, Nerval est le premier parmi les traducteurs français à mettre Faust au centre de Faust. Il le fait en mobilisant un point de vue que ces prédécesseurs n'avaient pas vraiment pris en compte : l'empathie suscitée par ce personnage. Il se demande « quelle âme généreuse n’a éprouvé quelque chose de cet état de l’esprit humain, qui aspire sans cesse à des révélations divines », mais dont « la froide réalité vient désenchanter l’audace de[s] illusions ou de[s] espérances ».