Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07040.jsonl.gz/201

Titre: Vichy et l'éternel féminin
Auteur: Francine Muel-Dreyfus
Éditeur: Seuil 1996
Pages: 384
Vichy a été un gouvernement souvent et longuement attaqué et dénoncé pour sa collaboration avec le régime criminel nazi. Mais cette condamnation a souvent laissé dans l'ombre les aspects réactionnaire de ce régime. Je parle de réaction dans le sens où le régime de Vichy a été une incroyable tentative de retourner au passé alors que la société de l'entre-deux guerre était très proche de la notre. L'auteure a décidé de se poser la question spécifique de la relation du régime de Vichy avec les femmes. Alors que les années suivant la première guerre mondiale furent celles du travail féminin, des études féminines et même d'une ouverture de la possibilité d'une citoyenneté féminine le régime de Vichy a remis en question tout cela au nom de ce que l'auteure nomme l'éternel féminin.
Pour comprendre cette relation et la manière dont est organisée cette réaction l'auteure a décidé d'analyser les discours des élites du régime. Tout d'abord, une première partie nous parle de la manière dont la défaite a été ressenti est surtout de la manière dont elle a été expliquée. Les élites du régime, reprenant les discours de Pétain, tentent de ramener la France dans une supposée culture éternelle. En découlent deux condamnations: la première est celle des femmes qui ont perdus de vue leur rôle éternel de mère au foyer, la seconde est celle du manque d'enfants à cause de l'égocentrisme de ces même femmes. S'ensuit une seconde partie parlant, justement, de la manière dont Vichy met en place un retour à cette culture éternelle de la femme. La manière dont des lois sont mises en place pour ramener la femme à la maison et recréer la "famille" comme cellule de base de la société. Enfin, l'auteure nous montre comment les élites ont pensé la hiérarchie entre les sexes mais aussi entre les groupes sociaux pour terminer avec une analyse de l'utilisation de la médecine pour contrôler et créer des femmes et un peuple sain et "prospère".
Je pense que tout le monde acceptera l'idée que la doctrine vichyste de la femme est indigeste. ce lire nous permet de découvrir une vision très peu moderne de la femme et même, comme le dit l'auteure, mythique alors que la société contemporaine du régime était très proche de la notre. Les femmes avaient de plus en plus le droit de divorcer, d'avorter, de travailler, d'étudier et même, c'était en discussion, de voter et élire. Mais la défaite a remis en question toutes ces avancées au nom d'un retour aux anciennes valeurs après une, supposée, ère d'individualisme meurtrier dû aux droits de l'homme et à la démocratie. L'auteure analyse très finement ces différentes sources et, d'ailleurs, privilégie les sources à la littérature secondaire. Ce qui, je l'ai déjà dit, me plaît plus que le contraire. Néanmoins, l'écriture proche du style sociologique peut facilement décourager certaines personnes qui peuvent être peu habituées à cette manière d'écrire. Le langage sociologique peut, en effet, être passablement obscure quand on ne connaît pas les termes et concepts utilisés. Bien que le livre m'ait semblé très intéressant et bien écrit il me reste tout de même deux critiques. En effet, l'auteure s'engage à analyser la production idéologique des élites du régime. Cette manière de faire laisse dans l'ombre non seulement les résistance à cette production mais aussi la manière dont la population a reçu et ressenti cette production. Il faudra lire d'autres travaux pour connaître ces points.
Image: Amazon.fr