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Un groupe de médecins et de généticiens américains annonce dans le dernier numéro du New England Journal of Medicine (daté du 7 juin) avoir obtenu des résultats préliminaires prometteurs concernant un nouveau traitement de l'hémophilie. Cette publication marque a priori une étape importante dans la prise en charge des patients atteints de cette affection héréditaire. Les chercheurs américains, dirigés par le Dr David A. Roth (Beth Israel Deaconess Medical Center, Harvard Medical School, Boston), expliquent de quelle manière ils sont parvenus à greffer des cellules au patrimoine génétique modifié chez des patients souffrant d'une forme grave d'hémophilie de type A. Cette étude visait à évaluer la sécurité d'une approche de thérapie génique ex vivo ne faisant pas appel à un vecteur viral. Leur approche, dite «transcaryotique», consiste en pratique à prélever par biopsie des fibroblastes chez les malades. Après mise en culture de ces cellules, les chercheurs introduisent au moyen d'un choc électrique («électroporation») un plasmide contenant une portion du gène codant pour le facteur VIII. Les cellules transfectées sont ensuite clonées et caractérisées. Puis un clone de ces cellules est implanté dans le repli du péritoine des patients au moyen d'une simple injection laparoscopique. La publication de l'hebdomadaire américain détaille les résultats obtenus chez les six premiers malades, un an après l'administration de ce traitement expérimental.«Il n'y a pas eu d'événements indésirables sévères associés à l'utilisation de fibroblastes produisant du facteur VIII ou consécutif à la procédure d'implantation, écrivent les auteurs. Aucune complication à long terme ne s'est développée et aucun inhibiteur du facteur VIII n'a été détecté». Chez quatre patients sur six, les taux d'activité du facteur VIII ont augmenté «au-dessus des taux observés avant la procédure». L'élévation d'activité du facteur VIII a coïncidé avec une diminution des hémorragies, une réduction de l'utilisation du facteur VIII exogène ou les deux. Chez le patient présentant le niveau le plus élevé d'activité du facteur VIII, les modifications cliniques ont duré environ dix mois.«Il est très encourageant de voir que ce traitement est sûr, qu'aucun patient n'a développé d'effets secondaires provenant des cellules génétiquement modifiées, observe le Dr Roth. Il faut encore étudier ces patients ainsi que d'autres avant de passer à des études évaluant l'efficacité, mais nous sommes optimistes sur la base des réponses cliniques que nous avons observées, en particulier les élévations modestes de l'activité du facteur VIII obtenues à ce stade précoce». Il apparaît d'ores et déjà que l'hémophilie est une pathologie dont les caractéristiques font qu'elle est une bonne candidate à la thérapie génique. La délivrance des facteurs coagulants dans la circulation sanguine ne nécessite pas l'expression du gène dans un organe spécifique et le large indice thérapeutique des facteurs minimise le risque d'overdose. Une faible augmentation des taux circulants serait d'autre part suffisante pour transformer en affection d'intensité modérée les formes les plus sévères.Dans le même numéro de l'hebdomadaire médical américain, les Drs Pier M. Mannucci (Milan) et Edward G. D. Tuddenham (Londres) rappellent que deux autres essais de thérapie génique de l'hémophilie sont actuellement en cours. L'un vise à évaluer l'innocuité, chez des personnes souffrant d'hémophilie de type B, d'un vecteur du gène constitué d'un adénovirus. L'administration se fait ici au moyen d'injections intramusculaires. L'autre concerne des patients atteints d'hémophilie de type A. Le vecteur est dans ce cas un rétrovirus murin et l'administration se fait par injections intraveineuses.L'approche développée à partir des fibroblastes génétiquement modifiés présente a priori plusieurs avantages non négligeables par rapport à celles ayant recours à des vecteurs viraux. L'administration au patient d'une seule population cellulaire clonale (contenant une seule modification génétique) minimise notamment le risque, toujours pendant, de mutagenèse par insertion. Dans l'attente des résultats complémentaires, il reste à savoir si le choix de l'administration intrapéritonéale est le plus pertinent. Certains observateurs notent que l'impossibilité de récupérer les cellules ainsi implantées interdit de conduire des analyses qui pourraient se révéler fort utiles.