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J’entre dans la forêt.
Peu après, je remarque cette forme qui gît au sol, m’en approche avec lenteur.
Un homme est couché là, au pied d’un épicea. Totalement immobile, comme pétrifié. Absent au monde. Mort peut-être ? Je pense à Robert Walser, à sa dernière promenade, voyait-il un lac d’où il était ?
Carl Seelig qui, dans la distance respectueuse, fut son ami et son tuteur, raconte ses promenades avec Walser. Le 6 avril 1952, les deux compagnons quittent la Waldau, l’asile psychiatrique d’Herisau où Walser, depuis près de vingt ans, vit reclus. Walser est maussade, soupçonne un plan qui risque de compromettre son équilibre. Les deux amis laissent le train à Rorschach et poursuivent à pied en direction de Staad, traversant un paysage vallonné, alternant tertres et collines. Peu après Buchen, ils entrent dans la forêt qui attire tant Walser :
“Comme un chien divagant, Robert Walser file devant moi, sans manteau, zigzaguant entre sapins, hêtres et buissons, la tête et les épaules penchées vers l'avant, les bras battant le long du corps, les mains bleuies par le froid.”