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Une cinquantaine de pays ont déjà intégré le changement climatique dans leur stratégie de sécurité, car les chaleurs extrêmes et la montée des eaux peuvent avoir un impact très concret sur les infrastructures militaires.
"Le département de la défense américain est peut-être l'élément de l'administration américaine le plus pro-actif dans la prise en compte des impacts du changement climatique. Cela peut paraître paradoxal (...), Mais la préoccupation s'est imposée à eux, parce qu'ils se sont rendu compte que leurs infrastructures militaires (...) étaient vulnérables aux aléas climatiques", détaille Bastien Alex, responsable du programme climat, énergie et sécurité à l'IRIS.
Le département de la défense américain est peut-être l'élément de l'administration américaine le plus pro-actif dans la prise en compte des impacts du changement climatique.
Repenser les enceintes militaires
Mais que font concrètement les armées et les états-majors? Ils travaillent "sur l'empreinte carbone des enceintes militaires, à réfléchir à des solutions renouvelables, voire autonomes, en production d'électricité, mais aussi à des matériaux moins gourmands en énergie", explique Bastien Alex. Il donne l'exemple de "la Navy américaine, qui met en ce moment le paquet sur les biocarburants". Le chercheur souligne toutefois que ce sont "des investissements très lourds", qui nécessitent "des années de recherche". Et aussi un changement de paradigme: "ce qu'on a toujours demandé à l'armée, c'est d'être efficace, pas d'être économe en carburant".
L’armée doit se préparer à affronter les désastres naturels liés au changement climatique.
Dès 2012, l'OTAN s’est engagée à "améliorer de manière significative l’efficience énergétique des forces armées". L'Italie, par exemple, a développé des tentes à panneaux solaires, pour réduire ses coûts, mais les armées dépendent encore largement de générateurs polluants.
En outre, le paramètre climat "fait partie de l’entraînement des troupes, mais cela n’a jamais été une priorité absolue", souligne Ashok Swain, professeur à l'Université d'Uppsala. Pourtant, à ses yeux, "on devrait s'y préparer de la même manière qu'on l’a fait pour les armes nucléaires ou les attaques chimiques. L’armée doit se préparer à affronter les désastres naturels liés au changement climatique".
Eviter le déversement d'hydrocarbures
Reste que le déploiement d’une armée – lors d’un conflit, mais aussi pendant des manœuvres – a forcément un impact environnemental. "Le déversement d’hydrocarbures lors de manœuvres doit être évité à tout prix… Et si cela arrive, il doit être annoncé et complètement nettoyé. Nous ne devons pas polluer, ni utiliser de matériaux toxiques. Le ravitaillement en carburant doit se faire dans un endroit spécifique et hermétique pour que rien ne filtre dans le sol", liste Susanne Michaelis, responsable des questions énergétiques à l’OTAN.
Elle donne l'exemple de la Pologne, où elle relève que la biodiversité peut même être favorisée dans les grandes zones réservées aux entraînements et aux manoeuvres militaires. "Le passage d’un tank remue le sol et cela crée des mares où peuvent se développer des amphibiens. Alors des oiseaux viennent: nous avons beaucoup de cigognes, de grues et de hérons. Nous avons des cerfs, des sangliers, des renards…", décrit-elle.
Nouveaux défis
Et avec les effets du changement climatique, c'est aussi le rôle des armées qui évolue. "Si on a chaque année des ouragans comme Irma, cela nécessite de mobiliser des moyens humains et matériels, de former des soldats. Ne va-t-on pas avoir une augmentation du spectre de ces missions-là en raison de l'augmentation des catastrophes naturelles?", s'interroge Bastien Alex.
Une évolution qui pourrait aussi inclure des missions pour protéger des populations déplacées en raison de l’épuisement des ressources naturelles.
Patrick Chaboudez/jvia