Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07139.jsonl.gz/636

Les objectifs
Les objectifs documentaires actuels de la mission suisse franco-soudanaise à Kerma/ Doukki Gel.
Depuis 50 ans, nous avons acquis une connaissance unique de la topographie urbaine de deux métropoles situées aux frontières méridionales de l’Égypte. D’une part Kerma, la capitale nubienne du royaume de Kouch, a permis de comprendre l’organisation d’une ville dont certaines institutions suivent les modèles pharaoniques. Le réseau de circulation, de grands monuments et l’habitat donnent l’image d’un centre très organisé où des bâtiments quadrangulaires sont protégés par des enceintes arrondies influencées par la tradition régionale. D’autre part, à Doukki Gel, les premiers résultats de nos travaux permettent de découvrir une architecture inconnue qui privilégie des constructions ovales ou circulaires dont les plans se rattachent sans doute à l’Afrique centrale. On pourrait ainsi restituer une agglomération où devaient se réunir les responsables des coalitions militaires qui, avec le roi de Kerma, cherchaient à bloquer l’avancée des troupes égyptiennes qui voulaient contrôler les échanges avec le Sud.
Après être intervenus dans la capitale nubienne, nous avons estimé important de reconnaître les vestiges appartenant à l’occupation égyptienne qui intervient sous le règne de Thoutmosis Ier (vers 1480 avant J.-C.). Il devient possible de suivre l’intégration des Égyptiens face aux populations locales, de constater les effets de la colonisation et d’étudier l’architecture pharaonique à près de 1000 km de Thèbes, sa capitale. La fouille des niveaux antérieurs a fait apparaître les restes de monuments hors normes qui n’avaient rien de comparable avec les cultures nilotiques. Cette architecture présentait des caractères complexes faisant la preuve qu’une longue tradition avait permis d’élaborer des systèmes de défense ou de bâtir de grands édifices selon des principes de construction encore ignorés des spécialistes de la discipline. Les méthodes de l’archéologie ayant évolué, il a paru indispensable de faire progresser nos idées concernant un territoire resté terra incognita.
Depuis 8 ans, nos objectifs se sont tournés vers les origines d’une architecture africaine restée dans l’oubli. Les dégagements ont fourni une documentation extraordinaire qui concerne les choix étranges de populations dont nous ignorons presque complètement le développement aux troisième et deuxième millénaires avant J.-C. Tout est nouveau et nos interrogations se multiplient car il est difficile de définir la naissance des États complexes du continent noir. Les travaux de recherche pour ces périodes sont inexistants. Il est vrai que notre expérience de l’archéologie égyptienne et nubienne est déterminante pour pouvoir construire une nouvelle histoire de l’Afrique. Pouvoir disposer des vestiges de ces trois courants d’influence sur le même site est évidemment une occasion unique qu’il faut saisir tout en étant conscient des questions chronologiques.
Alors que l’Égypte dispose de données textuelles et archéologiques exceptionnelles permettant de reconstituer son histoire, Kerma et ses alliés du Soudan central se situent de l’autre côté du monde antique. On connaît bien le programme militaire établi par les Égyptiens sur la deuxième cataracte dès l’Ancien Empire et il est particulièrement intéressant de retrouver à Doukki Gel les systèmes de défense mis en place par les peuples nubiens et africains. Les fortifications sont singulières, bien différentes des modèles connus. On note la présence de nombreuses tours circulaires et de bastions accolés, formant des fronts qui ont dû se révéler efficaces, si l’on en croit le nombre élevé des lignes défensives. Les constructions en briques crues et en terre, armées de pièces de bois, sont sans cesse modifiées, et l’effort des bâtisseurs indigènes est considérable. Nous essayons de comprendre les techniques utilisées en analysant les massifs de fondation. Les grands bâtiments de 50 à 70 m de longueur, avec leurs centaines de colonnes, présentent des caractéristiques étonnantes. Ainsi les palais, les vestibules d’entrée comme les temples sont conçus avec une grande rigueur.
Les objectifs de la Mission sont donc multiples car ils s’attachent à un patrimoine compliqué à mettre en valeur. Les maçonneries de briques crues favorisent les reconstructions et les niveaux souvent modifiés présentent des plans successifs, toujours renouvelés. On observe ainsi plusieurs états superposés d’une ville dont les plans s’adaptant à plusieurs formes de l’urbanisme. Tout en cherchant à sauvegarder la documentation, il est important de comprendre le développement urbain. Il paraît utile de mettre à la disposition d’un public élargi les exemples impressionnants des réalisations mises en œuvre dans une cité vieille de 3000 ou 4000 ans. En prenant soin de conserver les structures antiques, il est également indispensable de les rendre lisibles. Nos objectifs sont obligatoirement d’ordre scientifique, mais la sauvegarde des vestiges et la présentation du site aux visiteurs demeurent des préoccupations qui se justifient pour une population à la recherche de son identité. Les découvertes récentes qu’illustre la formation des États en Afrique ont rencontré un vif intérêt et devraient permettre de poursuivre une enquête qui explique les relations entre deux mondes. La recherche de l’identité des auteurs de cette architecture si différente de celle que l’on observe dans la ville voisine de Kerma est aussi une préoccupation prioritaire. Les réponses dépendent cependant de la mise au jour éventuelle d’indices archéologiques à Doukki Gel et de comparaisons architecturales potentielles dans des régions actuellement peu accessibles à une recherche scientifique, comme le Kordofan ou le Darfour, ou qui restent à situer précisément, comme le pays de Pount.
La campagne 2013-2014
- Interventions dans le secteur septentrional
- Travaux épigraphiques, étude du mobilier archéologique et analyses paléo-environnementales
- Intervention dans le secteur occidental
- Les travaux de restauration et de mise en valeur
La campagne 2014-2015
- Interventions dans les secteurs nord et nord-ouest
- Etude céramique, analyse stratigraphique du sondage au nord des temples et travaux épigraphiques
- Intervention dans le secteur occidental
- Les travaux de restauration et de mise en valeur
La campagne 2015-2016
- Interventions dans le secteur nord-ouest
- Prospection géomagnétique
- Intervention dans le secteur oriental
- Etude céramique, travaux épigraphiques et archéozoologie
- Les travaux de restauration et de mise en valeur
La campagne 2016-2017
- Interventions dans la zone d’extension nord
- Interventions dans le secteur nord-ouest de la concession
- Relevés topographiques
- Les travaux de restauration et de mise en valeur