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Description du livre
Les Winye constitue un groupe ethnique récent, de faible envergure spatiale (20 villages) qui s’est édifiée sous sa forme et dans son espace actuel d’implantation au centre-ouest du Burkina Faso, fin XVIIème siècle, à partir de bribes de populations diverses (gurunsi et non gurunsi, dagara, bwaba, marka, sisala, nuni, peul, puguli…), selon une logique de « société de la frontière » (Kopytoff). Ces différents éléments sont venus avec des coutumes différentes, parfois peut-être même incompatibles, et il a fallu les réorganiser pour que le nouveau groupe ethnique en construction puisse se coordonner et interagir de manière relativement harmonieuse aux différents événements biologiques sanctionnés socialement comme la naissance, l’alliance ou la mort. Ce livre propose une réflexion anthropologique sur le jeu des temporalités dans les opérations rituelles directement lié à ces questions de genèse sociétale, autour de deux points : 1) le rituel comme inversion ou télescopage temporel, qui de manière apparemment paradoxale, se tient toujours après l’événement qu’il est pourtant censé favoriser ou sanctionner, ce qui aboutit à laisser les virtualités inscrites dans le destin pré-natal de la personne objet du rituel se développer pleinement avant que de les consacrer ou de leur rendre hommage (parfois plusieurs générations après leur mort effective) ; le rituel comme réitération, répétitions (enrichies de modifications d’un événement à l’autre) de ces « manipulations d’objets, déploiement de gestes et production de paroles » (Lévi- Strauss) en quoi consistent les séquences rituelles qui s’étendent entre les funérailles fraîches et les levées de deuil, chaque hommage correspondant à un point de vue qu’un groupe de parenté spécifique tient à exprimer en célébrant le mort sous la relation particulière qu’il entretenait avec lui, l’accumulation quantitative de rituels aboutissant à installer des qualités différentes pour les morts célébrés et des états nouveaux pour la société qui leur survit.
A propos de l’auteur
Jean-Pierre Jacob est anthropologue. Ses intérêts portent depuis très longtemps sur trois thématiques: les études des interventions de développement et de la production du service public à l’échelle locale en Afrique de l’Ouest, les questions foncières et l’ethnographie de la société winye du centre-ouest du Burkina Faso, pour laquelle il mène des enquêtes depuis 1983. Il a été visiting scholar au Program of African Studies (Nortwestern University) (1988-1990), directeur de recherche en accueil à l’Institut de Recherche pour le Développement (Ouagadougou, 1999-2003), directeur de recherche du Laboratoire Citoyennetés (Ouagadougou, 2003-2008). Il est membre associé du Pôle de recherche sur le foncier rural dans les pays du Sud (Agropolis, Montpellier). Il est l’auteur de Terres privées, terres communes: Gouvernement de la nature et des hommes en pays winye, Burkina Faso (IRD éditions, 2007) ; Les indigents et les politiques de santé en Afrique: Expériences et enjeux conceptuels (Academia/L’Harmattan, 2013, avec V. Ridde) ; Comprendre la trajectoire des interventions de développement (AFD Editions, 2019, avec P. Lavigne Delville). Il est professeur honoraire de l’Institut de hautes études internationales et du développement.