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05/05/2013
Le socialisme, un projet pour la liberté
Certains militants pensent parfois que le socialisme serait composé de deux courants antagonistes, dont l'un (dominant) serait exclusivement tourné vers l'augmentation du niveau de vie de la population (et en premier lieu des catégories dominées de la population) via la croissance de l'Etat-providence, et dont l'autre, plus libertaire, se concentrerait sur la réalisation de l'autogestion (la gestion des travailleurs sur leurs moyens de production, la gestion des usagers sur leur lieu de vie, la gestion des étudiants sur leurs lieux d'étude, etc.).
Mais à mon avis, c'est une erreur de vouloir opposer l'un à l'autre, comme il est erroné de chercher à opposer l'égalité ou la justice à la liberté.
Cette erreur provient probablement d'une confusion sur l'essence et la finalité du projet socialiste, ou bien d'une non adhésion au projet socialiste en tant que tel.
Car le socialisme n'est pas seulement un projet égalitariste par amour de l'égalité, pas plus qu'il n'est un projet de justice par adulation de la justice. Le projet socialiste met simplement l'égalité et la justice au service de la liberté, et affirme que sans égalité et sans justice, il ne peut y avoir de liberté réelle.
Le développement de l’État-providence, l'extension du respect des droits sociaux, l'amélioration des conditions de vie, sont partie intégrantes du projet socialiste car ils servent sa finalité : la réalisation de la liberté.
En effet, nul n'est libre sans accès à des soins, sans accès à l'instruction, sans accès à des transports publics de qualité, sans accès à un minimum vital, etc.
La liberté passe nécessairement par l'instauration d'un bon niveau de vie.
Toutefois, la critique du capitalisme, la critique de l'exploitation, n'est pas qu'une critique envers un niveau de vie insuffisant (puisqu'un niveau de vie suffisant est absolument nécessaire à toute liberté réelle), c'est aussi, et ce de manière essentielle, une critique contre l'exploitation en tant qu'aliénation de la liberté.
Car l'existence structurelle du patronat est productrice d'une domination qui aliène la liberté des travailleurs, et qui nie leur autonomie à décider souverainement de ce qui les concerne en premier lieu : la gestion de l'organisation du travail. De même, l'existence d'une autorité extérieure à celle des étudiants et des professeurs au sein de l'université aliène la liberté des usagers de leur espace de vie (étudiants et professeurs) à décider souverainement. Ces exemples montrent que la liberté n'est pas qu'une question d'augmentation du niveau de vie, de réalisation de la justice ou de l'égalité, mais bien aussi une question de démocratie réelle, d'autonomie réelle des individus, et de suppression de toute exploitation ou domination (de toute hétéronomie).
Ainsi, le socialisme se confond avec le projet d'autonomie, avec le projet de liberté, et vouloir lui ôter une de ses composantes ne fait pas sens selon moi.