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Amine Bouhafa est en pleine ascension, entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Le musicien est né en Tunisie. Il commence très tôt à jouer du piano, avant d’être orienté au conservatoire de Tunis. Auréolé d’un diplôme de musique arabe, il enchaîne les matières et empoche un baccalauréat en mathématiques. En parallèle, il se lance dans la composition pour l’image, et signe ses premières musiques pour des courts métrages dès quinze ans.
Puis c’est le déménagement à Paris: l’Amine Bouhafa des sciences se lance dans des études qui font de lui un ingénieur brillant, et l’Amine Bouhafa des arts se perfectionne au Conservatoire de musique de Paris. De fil en aiguille, il se construit sa filmographie, en alternant les projets de cinéma et de télévision, en Tunisie ou en Egypte. Et c’est en 2014 que le grand public le découvre, grâce à sa collaboration avec le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako sur son film "Timbuktu", long métrage présenté au Festival de Cannes. Il relate la brusque irruption de l’intégrisme dans la ville de Tombouctou au Mali.
>> A écouter: "The Spiritual Dance", extrait de la musique du film "Timbuktu"
Ecueils de l'orientalisme évités
"Timbuktu" impose le style d'Amine Bouhafa: une écriture classique agrémentée d’influences orientales, qui évite avec soin les écueils de l’orientalisme. À une débauche d’effets, il préfère une écriture sobre, qui donne la priorité aux mélodies élégantes.
Le film "Timbuktu" remporte sept César, dont celui de la meilleure musique originale. Amine Bouhafa reçoit également le prix France Musique-Sacem de la musique de film et le prix du Fespaco, le festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou au Burkina. Une consécration pour le compositeur, alors âgé de 29 ans.
Le pied à l’étrier, il enchaîne les collaborations internationales, par exemple avec le réalisateur malien Souleymane Cissé ou le réalisateur français Philippe Faucon. Et son activité en Tunisie n’est pas en reste. A l’image de son travail avec la réalisatrice Kaouther Ben Hania, pour laquelle il compose la musique du film "La belle et la meute", un thriller féministe remarqué.
>> A écouter: "Beauty and the Dogs", extrait de la BO du film "La belle et la meute"
Compositions pour des ballets et une série télévisée
Mais Amine Bouhafa ne se cantonne pas au cinéma ou à la télévision. Ainsi de sa partition pour le ballet "Du désir d'horizon" imaginé par le chorégraphe burkinabè Salia Sanou ou de sa suite symphonique, "Tolérance et interdits", pour viole d'amour, duduk, percussions et orchestre, commande de l'Orchestre philharmonique de Radio France, en hommage aux victimes des attentats de novembre 2015 à Paris.
Quant au cinéma, Amine Bouhafa enchaîne les projets, à cheval entre la France et le Maghreb. Avec "Looking for Oum Kulthum", de Shirin Neshat et Shoja Azari, il rend hommage à la musique de la légendaire chanteuse et diva égyptienne Oum Kalthoum. Alors qu'avec "Gagarine", il collabore avec les frères compositeurs Evgueni et Sacha Galperine et pour "Les Harkis" poursuit sa collaboration avec le cinéaste Philippe Faucon.
Enfin, récemment, Amine Bouhafa a mis à profit sa versatilité pour illustrer "Le monde de demain", une production d'Arte et Netflix qui revient sur la naissance du hip-hop français dans les années 1980 et la genèse du groupe NTM. Le compositeur a même collaboré avec le DJ Dee Nasty, figure historique et "parrain" de la scène rap en France, pour écrire le générique de cette série. Dans sa partition, Amine Bouhafa incorpore d’ailleurs des éléments issus de la musique urbaine.
>> A écouter: la musique du générique de la série "Le monde de demain"
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Musique de la coproduction suisse "Sous les figues"
Bientôt, Amine Bouhafa sera à la manœuvre sur le premier long métrage de Erige Sehiri, "Sous les figues", qui a été choisi par la Tunisie pour représenter le pays aux Oscars. Ce film, coproduit par la société genevoise Akka Films, devrait être visible en Suisse début 2023.
Amine Bouhafa est un compositeur qui s’applique à dépasser les frontières musicales et les frontières cinématographiques. Il incarne, avec d’autres, cette nouvelle génération d’artistes qui ne renie pas l’enracinement dans son pays d’origine tout en explorant les nombreuses possibilités offertes par les nouveaux circuits de productions internationales.
Sujet radio: Pascal Knoerr
Adaptation web: olhor