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1657
Paul Scarron, Le Roman comique, deuxième partie
Paris, Quinet, 1657
Discours sur le théâtre et les acteurs
Le portrait de La Garouffière, ecclésiastique bel esprit, est l'occasion de quelques discours sur la critique et sur les comédiens, parmi lesquels des allusions aux conditions de représentation.
Pour revenir à M. de la Garouffière, il avait de l'esprit, comme je vous ai déjà dit, et ne se croyait point homme de province en nulle manière, venant d'ordinaire, hors de son semestre, manger quelque argent dans les auberges de Paris, et prenant le deuil quand la Cour le prenait, ce qui, bien vérifié et enregistré, devrait être une lettre non pas de noblesse tout à fait, mais de non−bourgeoisie, si j'ose ainsi parler. De plus, il était bel esprit, par la raison que tout le monde presque se pique d'être sensible aux divertissements de l'esprit, tant ceux qui les connaissent que les ignorants présomptueux ou brutaux qui jugent témérairement des vers et de la prose, encore qu'ils croient qu'il y a du déshonneur à bien écrire, et qu'ils reprocheraient, en cas de besoin, à un homme, qu'il fait des livres, comme ils lui reprocheraient qu'il fait de la fausse monnaie. Les comédiens s'en trouvent bien. Ils en sont caressés davantage dans les villes où ils représentent :car, étant les perroquets ou sansonnets des poètes, et même quelques-uns d'entre eux, qui sont nés avec de l'esprit, se mêlant quelquefois de faire des comédies, ou de leur propre fonds, ou de parties empruntées, il y a quelque sorte d'ambition à les connaître ou à les hanter. De nos jours on a rendu en quelque façon justice à leur profession, et on les estime plus que l'on ne faisait autrefois. Aussi est−il vrai qu'en la comédie le peuple trouve un divertissement des plus innocents, et qui à la fois peut instruire et plaire. Elle est aujourd'hui purgée, au moins à Paris, de tout ce qu'elle avait de licencieux. Il serait à souhaiter qu'elle le fût aussi des filous, des pages et des laquais, et autres ordures du genre humain, que la facilité de prendre des manteaux y attire encore plus que ne faisaient autrefois les mauvaises plaisanteries des farceurs ;mais aujourd'hui la farce est comme abolie, et j'ose dire qu'il y a des compagnies particulières où l'on rit de bon coeur des équivoques basses et sales qu'on y débite, desquelles on se scandaliserait dans les premières loges de l'Hôtel de Bourgogne.
Edition de 1727 disponible sur Google Books.
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