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Tourisme grégaire dans toute sa quintessence ou voyage culturel édifiant? Fabrice Rochat a embarqué à Venise sur un paquebot géant pour une croisière méditerranéenne à destination d’Istanbul. Une carte postale où se glissent références historiques mais aussi une bonne dose d'humour.
C'est par un bel après-midi de mi-novembre que nous arrivons à la gare de Venise, devant le grand canal. Cette ville tournée vers la mer possède plus de 170 canaux. Elle fut fondée au Vème siècle par un peuple indo-européen fuyant des hordes barbares et trouvant refuge sur des îlots de la lagune. En 697, le premier doge fut élu par cette cité marchande tournée vers l'orient. La Sérénissime pris son essor pour devenir une puissance maritime s'étendant dans toute la méditerranée.
En 1254, la cité des Doges vit la naissance du grand voyageur Marco Polo, fils d'une grande famille de marchands vénitiens. Parti a 17 ans pour l'empire mongol de Chine, il ne revint que 24 ans plus tard.
Sauver la Grèce
Tel Marco il y a si longtemps, nous levons l'ancre du port de Venise en direction de Constantinople pour une croisière d'une semaine en Méditerranée. Ce n'est pas sur une petite embarcation à voile que nous commençons notre périple, mais sur un paquebot de 300 mètres de long avec des cabines pour 3300 passagers et plus de 1000 membres d'équipage. Avant de monter sur cet hôtel flottant nommé 'Costa Favolosa', nous nous faisons contrôler les bagages comme pour un vol long-courrier et prendre en photo par les agents de sécurité du bateau.
A la nuit tombante, nous glissons sur l'eau tout en suivant la côte italienne. Une courte escale à Bari où de nouveaux passagers italiens s'embarquent, avant de traverser la mer Adriatique pour les eaux territoriales grecques.
Nous nous amarrons dans le petit village côtier de Katakolon, à côté d'un autre bateau de croisière. Plus de 6000 vacanciers se déversent alors dans cette bourgade avec son bord de mer accueillant de petites barques de pêche et des restaurants touristiques. La seule rue principale est bordée d'une multitude de magasins de souvenirs. C'est de l'une de ces échoppes qu'un vendeur m'accoste en criant «d'acheter un insigne magnétique à 1 Euro pour aider la Grèce». Je me dis qu'il faudra bien plus qu'un souvenir 'Made in China' pour sauver le pays de la crise économique.
Les impôts à la turque
Malgré une mer agitée, nous passons une nuit agréablement calme sur ce paquebot neuf et mis en service en juillet seulement. Le lendemain matin, nous sommes en mer Egée et accostons à Smyrne (Izmir), troisième ville de Turquie après Ankara et Istanbul. Du pont supérieur du navire, je remarque une enseigne orange de 'MM Migros'. L'aspect moderne et très industriel de la ville ne me donne pas envie de quitter le vaisseau pour inspecter l'endroit et constater si c'est un vrai centre commercial à la sauce helvétique ou une pâle copie turque. Nous quittons le deuxième port de Turquie pour arriver à Istanbul, la plus grande ville de l'ancien Empire ottoman.
Par une matinée pluvieuse et froide, nous prenons un tour guidé de la partie européenne de la métropole. A peine assis dans le bus, la jeune guide nous explique que «la population de 15 millions d'habitants d'Istanbul paie la moitié des impôts du pays, qui compte 75 millions d’habitants». Ce qui doit se monter à bien plus que toutes les sommes jamais versées par la Grèce à l'Union européenne depuis la création de la démocratie hellénique. Comme quoi aucun peuple n'aime payer des taxes!
Nous nous frayons un passage dans la circulation chaotique avant d'arriver devant la grande mosquée bleue. Là, nous nous alignons en rang d'oignons avec tous les autres touristes avant d'enlever nos souliers pour la visite de ce majestueux édifice religieux. En face, nous accédons par un joli parc à Sainte-Sophie, ancienne basilique chrétienne de Byzance, construite au VIème siècle et devenue mosquée à la prise de la ville par les arabes en 1453. Quatre cents ans plus tard, les architectes Gaspare et Giuseppe Fossati (deux frères Suisses) construisirent une nouvelle galerie du sultan dans le style néo-byzantin et restaurèrent les lieux. Ce n'est qu'en 1934 qu'Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, désaffecta la mosquée pour en faire un musée.
Après une entrée sans attente, nous admirons les belles mosaïques de style orthodoxe. A l'intérieur, ma fille Magali peut aussi caresser un chat nommé 'Barack' en l'honneur de la visite du 44ème président des Etats-Unis d'Amérique il y a deux ans. Nous quittons la Sagesse divine d'Hagia Sophia pour la tournée obligatoire d'un magasin de tapis. Après avoir vu voler des tapis plus beaux les uns que les autres et bu du thé aux pommes, nous nous perdons dans l'immense bazar de la vieille ville.
Pavarotti indonésien
Tous les soirs, nous mangeons au restaurant chic du navire à côté de deux grands-mères américaines de taille XXL. L'une d'elles, un peu sourde, n'arrive pas à s'acclimater au bruit des convives environnant parlant en français et en italien. Car la grande majorité des croisiéristes sont des familles de la péninsule. Un grand groupe de 1250 retraités du nord de la France et de la Belgique wallonne est également monté à bord.
Nous sommes servis par des garçons et du personnel de cabine venant essentiellement du sud-est asiatique (Philippins et Indonésiens), une main-d’œuvre exploitable à bon marché. L'équipage parlant plutôt l'anglais, cela peut amener des quiproquo amusants comme lorsqu'une dame francophone pose une question à un steward ne parlant pas le français et qu'il lui répond en anglais «one to two». Alors la bonne femme s'exclame qu'elle ne savait pas qu'il y avait des 'toutous' à bord.
Un soir de gala sur le thème de l'Italie, nous assistons à une représentation impromptue d'un serveur indonésien portant des lunettes noires tout en chantant sur une mélodie de Pavarotti.
L'avant-dernier jour, nous visitons la magnifique ville de Dubrovnik, anciennement Raguse, en Croatie. Nous nous promenons dans les petites ruelles proprettes entre les belles maisons de pierres blanches. Dire qu'il y a à peine 20 ans, l'artillerie serbe pilonnait le centre historique depuis les collines.
Par un triste matin d'automne, nous arrivons près de Venise, mais devons faire route pour Trieste à cause d'un brouillard à couper au couteau, causant la fermeture du port. Et ce ne sera que 12 heures plus tard, après une organisation à l'italienne, qu'un bus slovène nous rapatriera enfin à notre point de départ dans la cité des Doges.
Fabrice Rochat
Vaudois. Né en 1968 à Prilly, près de Lausanne, il passe sa jeunesse à Bussigny.
Voyageur. Apprentissage de commerce, Ecole d'informatique de gestion, deux années de travail à UBS. Et la passion du voyage: à 19 ans déjà, il fait, sac au dos, le tour de l'Australie. Suivront d'autres voyages, surtout en Amérique.
Australie. Fabrice Rochat et sa compagne Sandra arrivent en Australie fin 1995 et s'installent à Sydney, où ils vivent jusqu'en 2002. Ils déménagent alors à Brisbane.
Métiers. Sandra travaille pour le gouvernement du Queensland, au «Département de l'Audit». Fabrice Rochat, après avoir passé plus de quatre ans à la maison pour s'occuper de leur fille Magali, a travaillé à l'Office des impôts fédéral comme employé administratif.Fin de l'infobox
pour swissinfo.ch