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Partie II – deuxième moitié du XIXe siècle
Une renommée internationale acquise dans le sang
Si le Cervin a gagné en notoriété dans la première moitié du XIXe siècle, ce n’est que dans la seconde qu’il acquiert une renommée internationale. Malheureusement, en bonne partie à cause d’un événement tragique : la mort de quatre alpinistes lors de la première ascension le 14 juillet 1865.
Cet événement a fait scandale dans la presse européenne et internationale, notamment parce que si des accidents s’étaient déjà produit en alpinisme, aucun n’avait jusqu’alors été aussi tragique. À la suite de cette première mortelle, de nombreuses personnes affluent à Zermatt pour voir de leurs propres yeux le sommet qui a vu quatre alpinistes plonger dans le vide
Lucy Walker, première femme au sommet du Cervin
Mais le Cervin attire aussi les femmes alpinistes. La première ascension féminine du Cervin en 1871 a, comme la première en 1865, opposé deux protagonistes principales : la britannique Lucy Walker et l’américaine Margaret Claudia Brevoort – plus connue sous le nom de Meta Brevoort. Toutes deux comptaient déjà des premières féminines. Lucy Walker avait été la première femme au sommet de l’Eiger (1864) et du Lyskamm (1868) pour ne citer que deux exemples ; elle faisait partie de la première cordée à atteindre le sommet du Balmhorn, le 21 juillet 1864. Meta Brevoort a été la première femme au sommet des grandes Jorasses, de la Dent Blanche, du Weisshorn et du Bietschorn.
En 1869, Meta Brevoort avait dû renoncer à cause du mauvais temps à 650 mètres du sommet alors qu’elle tentait l’ascension par le versant italien. Elle décide de retenter sa chance deux ans plus tard mais Lucy Walker a vent de son projet et essaie de lui brûler la politesse. Elle y parviendra le 22 juillet 1871. Sa rivale arrive à Zermatt le lendemain et est obligée de reconnaître sa défaite. Elle félicite sa rivale et se console le 5 septembre en devenant la première femme à rejoindre Cervinia en passant au sommet du Cervin depuis Zermatt.
Pour préserver les mentalités de l’époque, Lucy Walker a dû endosser une jupe de flanelle pour cacher ses pantalons. Elle les aurait toutefois enlevés pour l’escalade à proprement parler, une fois loin des regards.
La première ascension hivernale du Cervin a été menée par le photographe et alpiniste Vittorio Sella (1859-1943) en 1882.
Le Cervin photographié
Après Ruskin et Dardel en 1849, le Cervin attire l’objectif de nombreux photographes dans la seconde moitié du XIXe siècle. Notamment celui d’Adolphe Braun, qui le capture depuis les rives du Riffelsee, en prenant bien soin d’inscrire son reflet dans le lac. Gabriel Loppé, qui a peint à de nombreuses reprises le Cervin, le photographie également à plusieurs reprises.
Concluons avec Vittorio Sella (1859-1943), photographe et alpiniste italien de renom. Il a escaladé et photographié le sommet à plusieurs reprises, sous des angles différents. Retenons par exemple cette photographie prise depuis les pentes du Stockji probablement.
L’on y voit deux alpinistes – leur matériel au premier plan – assis, en train de regarder le Cervin sous son versant ouest. L’un fume même une pipe. Une image contemplative qui contraste fortement avec les efforts consentis qui ont forcément été nécessaires pour arriver jusqu’à cet endroit, mais aussi avec les nombreuses images d’alpinisme de l’époque, dans lesquelles sont mis en exergue les prouesses des alpinistes.
Les grands artistes suisses aux abonnés absents
Le Cervin attire donc les foules dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais de manière assez curieuse, il n’attire que dans une moindre mesure les grands artistes suisses, qui préfèrent les Alpes bernoises, à l’instar de Hodler ou encore de Calame, qui préfère dédier un de ses tableaux au massif du Mont-Rose.
Une autre exception notable est Felix Vallotton, avec une gravure sur bois de 1892.
Le chantre du Cervin
Il est un artiste suisse aujourd’hui relativement peu connu qui a fait du Cervin l’une de ses spécialités : le peintre Albert Gos (1852-1942). Il l’a peint à de si nombreuses reprises qu’il était connu comme le chantre du Cervin. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance, comme il le dit lui-même dans son autobiographie en se souvenant de son premier dessin fait au pied du Riffelhorn. Il le qualifie en effet de « gauche et presque enfantin » car le Cervin est une
« belle montagne terriblement difficile à dessiner »
Gos considère en fait qu’il a cinq visages, celui de Zermatt ayant « quelque chose de méditatif qui élève l’âme » alors que la synthèse de ces cinq aspects […] font de cette montagne sublime non un bloc de matière, mais une sorte de “Cervin-esprit”, un penseur habitant l’éther et non pas ce monde, et qui mêle sa vie détachée de la terre à celle des dieux. »
Albert Bierstadt
Le Cervin a en revanche attiré plusieurs artistes étrangers, dont l’un des plus grands peintres américains du XIXe siècle : Albert Bierstadt. Il a peint au moins quatre tableaux du Cervin, deux au format vertical et deux au format horizontal. Ils datent tous des années 1870 et 1880, c’est-à-dire à une période où gloire et renommée ont déjà tourné le dos au peintre, qui s’est rendu célèbre dans les années 1860 en étant l’un des premiers à représenter les Rocheuses américaines. Le plus ancien, de 1867 environ, est aussi le plus paisible et celui où Bierstadt reste le plus proche de la topographie réelle.
Dans Lever de soleil sur le Cervin, il n’hésite pas à accentuer les formes du Cervin. Cette exagération combinée au format vertical, à la présence de sapins au premier plan sur la gauche et de nuages encadrant le célèbre sommet accentuent son côté immense et imposant. Difficile face à un tel tableau de ne pas penser aux mots du philosophe français Maldiney, pour qui le Cervin était un « phénomène pur » et une « présence absolue ».
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