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La légende
La tradition orale nous dit qu’aux environs de 520 après Jésus-Christ un moine bouddhiste indien arriva en Chine. Il s’installa au temple de Shaolin, à Sung Shan, dans la province du Hénan. Ce moine était P’u-t’i-ta-mo (Bodhidharma), plus connu sous le nom de Ta Mo. Il est dit que le temple originel de Shaolin (Shaolin-ssu) était situé juste en-dessous de la cime et sur le versant nord du Sung Shan, une des grandes montagnes du Hénan. Ce temple fut construit, paraît-il, par l’Empereur Hsiao Wen de la dynastie Wei du Nord (386–534 après J.-C.).
Ta Mo y introduit quelques doctrines bouddhistes très conservatrices, car il s’opposait aux pratiques du cérémonial religieux hautement ritualisé et extravagant qu’il y trouva. Il soutenait que la pratique qui consistait à s’asseoir dans la solitude dans le but de méditer était le cœur d’une forme supérieure de bouddhisme religieux. Et pour appuyer sa conviction, il se serait assis en méditation durant neuf ans, face au mur de la cour de ce temple. Le type de bouddhisme de Ta Mo est considéré comme la base de ce qui est connu aujourd’hui comme le Ch’an; il en est, par conséquent, son premier patriarche.
Au temple Shaolin de Hénan, Ta Mo fut dérangé par le fait que les moines s’endormaient souvent durant la méditation. Il conçut des exercices particuliers grâce auxquels les moines pouvaient augmenter leur résistance et ainsi retarder leur fatigue. Dans le I-Chin Ching, un ouvrage attribué à Ta Mo, nous trouvons décris et illustrés dix-huit exercices de base destinés à améliorer notre santé générale. Certaines personnes croient que ces exercices forment la base du shaolin, une catégorie d’art de combat à mains nues du nom du temple où médita Ta Mo.
Par la suite, le temple Shaolin du Hénan attira des gens de tous bords et devint une source et un lieu d’entraînement pour les personnes qui s’engageaient dans la pratique des arts de combat. De nombreux chefs de file d’arts de combat, qui s’entraînèrent au temple Shaolin du Hénan, furent impliqués dans les intrigues des diverses dynasties chinoises, qui cherchaient constamment à devenir les souverains absolus de la Chine.
Par exemple, durant la dynastie des T’ang (618–907 après J.-C.), d’héroïques moines combattants comme Chin T’sao, Hui Yang et T’an Tsung du temple Shaolin du Hénan furent les instruments de la victoire des T’ang sur le rebelle Wang Shih-Ch’ing.
Un second temple de Shaolin, supposé avoir été construit il y a environ mille ans, à Chuan Chow, dans la province de Fukien dans le sud de la Chine, est aussi consigné dans les légendes chinoises.
Un prêtre bouddhiste nommé Ta Tsun–shen en est considéré comme le fondateur. Ce temple devint également un centre d’arts de combat et il est dit qu’en conséquence, il joua un rôle dans les histoires politiques de diverses dynasties.
Les deux temples, celui de Sun Shan dans le Nord et celui de Chuan Chow dans le Sud, furent fréquemment rasés durant les années de guerre pour cause de séditions présumées contre le gouvernement. Seuls quelques occupants de ces temples réussirent à échapper à la colère des troupes impériales envoyées pour les détruire. Les plus chanceux des fugitifs évitèrent de se faire repérer en séparant leurs chemins vers différentes parties de la Chine et ailleurs, où ils continuèrent leurs études et pratiques des arts martiaux.
La célébrité du temple Shaolin de Fukien se répandit au point que les chefs de file des arts martiaux y convergeaient pour accroître leur habileté. Le gouvernement Ch’ing (dynastie mandchoue, 1644-1911) était redevable à ce temple lorsque, durant le règne de l’Empereur K’ang Hsi (1672), 108 moines du temple Shaolin se portèrent volontaires pour le service militaire contre des bandes barbares de maraudeurs, qui se regroupaient alors aux frontières de l’ouest de la Chine. Ces moines montrèrent leur adresse et leur héroïsme en expulsant les envahisseurs. Mais, peu de temps après, lorsqu’il fut révélé que les moines du temple Shaolin de Fukien étaient en fait des rebelles qui rêvaient de restaurer le gouvernement des Ming et qu’ils cherchaient une opportunité pour lancer leur propre insurrection, les Ch’ing ordonnèrent la destruction du temple et le massacre de ses occupants. Cinq moines, plus tard honorés comme les «Cinq Premiers Pères Fondateurs», s’échappèrent en se cachant sous un pont et furent ensuite cachés par cinq braves hommes auxquels on se référa par la suite comme étant les «Cinq Pères Fondateurs du Milieu». Ces dix rebelles furent rejoints à leur tour par cinq autres moines, les «Cinq Derniers Pères Fondateurs», et tous réunis avec le prêtre Wang Yun-loong (le Dragon des Dix Mille Nuages) et Ch’en Chin-nan (le Grand Ancêtre), ils se battirent contre les forces mandchoues dans la province nord de Hopei. L’esprit de leur insurrection gagna rapidement les régions du Sud et en inspira d’autres à joindre le combat contre le gouvernement mandchou. Chacun des cinq moines, fugitifs originaux du temple Shaolin de Fukien, est supposé avoir établi sa forme particulière de shaolin. Ces cinq formes de shaolin réunies sont considérées comme les prototypes du shaolin tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Adapté de l’anglais d’après:
P’ng Chye Kim et Don F. Draeger, Shaolin Lohan Kung Fu, Editions Charles E. Tuttle Company, Rutland-Tokyo, 1994, pp. 13-15 (1ère édition: 1979).
Note:
Le système de romanisation utilisé ici pour les mots et les noms chinois est celui du Centre International de Recherche Hoplologique de Hawaï adapté du Hood Kar paï et du système postal chinois. (Op. cit., p.10.)