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Rétrospective
Dernier mouvement moderne en Suisse, l’art concret domine la scène nationale jusqu’à la fin des années 1960, lorsque d’autres influences internationales surgissent (Pop Art et art conceptuel d’abord, Fluxus et retour de la peinture figurative ensuite).
Apparu dans l’entre-deux-guerres en Europe, l’art concret revendique l’objectivité et l’autonomie du langage plastique en dehors de toute référence au monde extérieur. S'opposant à l'art figuratif tout autant qu'à une abstraction déduite du réel ou expressive, il construit son langage à partir de la seule utilisation des éléments plastiques (formes, surfaces, couleurs) destinée à servir un principe géométrique clair.
Le groupe Art Concret, fondé en 1930 autour de Theo Van Doesburg, deviendra une référence pour des artistes tels que Wassily Kandinsky ou Jean Arp pour qualifier leur art. Mais c'est Max Bill qui donnera une réelle ampleur à ce mouvement, dès 1936 en Suisse, puis internationalement à travers plusieurs manifestations et publications.
Unique femme du groupe des « concrets zurichois », Verena Loewensberg n’atteint la même reconnaissance que ses compagnons (Bill, Camille Graeser et Richard Paul Lohse), qu’après l’apogée du mouvement. Il faudra en effet attendre la rétrospective du Kunsthaus de Zurich en 1981 (la première d’une artiste femme organisée par ce musée), cinq ans avant sa disparition, pour découvrir toute l’étendue de sa pratique.
Peu connue dans les régions francophones et s’étant rarement exprimée sur son travail, Verena Loewensberg (1912-1986) réalise des compositions précises, structurées mais faisant montre d’une grande liberté formelle et chromatique. Ses premières œuvres remontent à 1936 et la première peinture enregistrée dans son catalogue raisonné (qui compte près de 630 toiles, ainsi que des gouaches, des dessins, des gravures et des sculptures) date de 1944.
Après des études à la Gewerbeschule de Bâle (école des arts et métiers) où elle suit une formation en dessin, textile et théorie des couleurs, elle prend des cours de danse à Zurich. Entrée en contact, par l’intermédiaire de Bill, avec le groupe Abstraction-Création, qui gravite à Paris autour de Georges Vantongerloo, elle participe à sa première exposition en 1936.
Dans les décennies qui suivent, mariée, jusqu’en 1949, au designer Hans Coray, elle développe sa pratique picturale, tout en travaillant pour l’industrie textile locale et tout en se consacrant à des commandes d’art appliqué. Passionnée de jazz, elle ouvre, dans les années 1960, un magasin de disques à Zurich, City-Discount. Dès cette époque, son travail repose sur des formes et des séries qui s’éloignent du canon de l’art concret et la rapprochent d’expériences menées au sein du Colorfield Painting, du Pop Art ou de l’art minimal.
L’exposition du MAMCO était structurée autour de cette évolution : partant du rapport que toute cette génération entretient au motif de la grille en tant que système d’organisation rationnel, elle en montrait l’explosion dès les années 1950, tout en rappelant l’importance de la musique et des arts appliqués dans les premières compositions de l’artiste. Elle montrait aussi cette libération des formes et des couleurs qui aboutit aux séries des années 1970 et 1980, lesquelles dialoguent avec la pratique de la sérialité et l’abstraction radicale dont elles sont contemporaines.
- Organisée par Lionel Bovier
- Avec le soutien de la Stanley Johnson Stiftung, de la Ernst Göhner Stiftung et de la Georg et Josi Guggenheim Stiftung