Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07204.jsonl.gz/128

Le Prado expose les œuvres précoces de Van Dyck
par Viviane Vuilleumier
Intéressante exposition que celle proposée cet hiver par le musée du Prado. Elle se penche sur les premières années de formation / création de Van Dyck, depuis ses années d’apprentissage jusqu’à ces premières œuvres de peintre indépendant.
Van Dyck a débuté sa carrière en étant apprenti dans l’atelier de Hendrik van Balen, qui était alors l’un des peintres les plus importants d’Anvers. On suppose qu’il a également passé par le studio de Rubens, mais sans avoir de précisions.
Entre 1613 - l’année de son inscription comme maître auprès de la Guilde des peintres - et 1618, Van Dyck expérimente divers styles. Dans ce qui est considéré comme ses premières peintures, il se penche sur le rendu de l’anatomie. Mais là déjà il fait montre d’une solide personnalité et d’un talent expérimental, ce qui peut être constaté en examinant le genre et la texture de ses surfaces, qui n’ont rien d’habituel pour l’époque à Anvers.
Des peintures telles que « le Silène saoul » ou « la Lamentation » sont plus accomplies que celles exposées plus tôt dans cette exposition. Elles montrent Van Dyck expérimentant des modes d’expression associées avec la peinture vénitienne et la peinture hollandaise précoce.
En 1618, l’année où il devient un maître indépendant, Van Dyck a peint quatre portraits qui font partie des seules sept œuvres datées, réalisées pendant sa jeunesse. Il a probablement aussi peint, durant la même année, sa première commande publique : « Christ portant la croix » destinée à l’église des Dominicains à Anvers.
De 1617 à 1621 environ, Van Dyck travaille dans le studio de Rubens, et dans le même temps, peint de manière indépendante, dans un style qui combine l’influence de Rubens et un solide interprétation personnelle, visibles notamment dans les visages non idéalisés.
Certaines des œuvres de cette période font parties de l’exposition. Elles sont puissantes et étonnantes de maturité pour un artiste qui avait alors entre 18 et 21 ans.
Durant son passage dans l’atelier de Rubens, Van Dyck faisait partie des collaborateurs qui assistaient le maître en peignant des parties de ses travaux, ou faisant des variations que Rubens retouchait plus ou moins. Rubens a été le professeur de Van Dyck, lequel a atteint un niveau tel qu’il pouvait imiter à la perfection le style du maître. Il a effectué des dessins que Rubens a utilisé comme modèles pour ses peintures, ainsi que des dessins des peintures de Rubens afin qu’elles puissent être gravées. Rubens a aussi favorisé le jeune artiste en lui permettant d’utiliser ses dessins et ses modèles (ce qui apparaît dans le « Christ courroné d’épines »).
Durant toute sa jeunesse, on perçoit une sorte de quête dans l’art de Van Dyck, ce qui se manifeste par ses changements de style fréquents. Alors qu’il travaillait pour Rubens, développant une version personnelle du style du maître, il acquérait également un style personnel distinctif. Ce qui est significatif dans certains travaux où il utilise un groupe de caractères orignal alors qu’il est moins concerné avec le volume en trois dimensions, et qu’il fait montre d’un goût pour de larges traits de brosse et des formes hautement stylisées - à observer par exemple dans « La trahison du Christ » et « Le martyre de Saint-Sébastien ».
Certains des portraits de Van Dyck peuvent être datés de la période qui suit directement son départ d’Anvers en octobre 1621 pour un séjour de 7 ans en Italie. Entre octobre 1620 et mars 1621, il a également effectué une visite à la cour d’Angleterre. Plusieurs sources nous informent également qu’il a peint l’épouse de Rubens, Isabella Brant, peu avant son départ d’Anvers, en cadeau pour son maître. Ces œuvres montrent la “patte“ de Van Dyck, son style personnel, défini par des formes stylisées et fluides, et des poses élégantes. Ceci deviendra la “marque de fabrique“ du peintre plus tard dans sa vie, faisant de lui l’un des plus influents portraitistes de l’art européen. Il est remarquable de constater qu’un artiste qui a été si proche de Rubens puisse peindre d’une manière si personnel, si fluide ; ce qui atteste de son désir d’être indépendant.
Jusqu’au 3 mars 2013.