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28/07/2013
(De retour à Genève.)
« Les petits-bourgeois démocrates, bien loin de vouloir bouleverser la société tout entière au profit des prolétaires révolutionnaires, aspirent à un changement des conditions sociales en vue de se rendre la société existante aussi supportable et aussi commode que possible. » Karl Marx
Nos amis les social-libéraux sont partout.
Ils pullulent, et leur voix emplit le monde d'un long cri : consensus, paix du travail, collégialité, partenariat social, patrons responsables, etc.
On trouve des social-libéraux de gauche comme de droite, et ils forment probablement la majorité de la population, la très grande majorité de la classe politique, et la totalité des gouvernements européens.
Les social-libéraux de gauche se disent social-démocrates, sans trop se poser la question sûrement du fait que ce terme ne désigne qu'une mouvance historique et non un ensemble d'idées (Staline se disait social-démocrate dans certains de ses textes de 1913, aujourd'hui Hollande s'en réclame aussi).
En Suisse les social-libéraux de droite se disent démocrates-chrétiens, libéraux humanistes, écologistes libéraux, ou encore radicaux. Mais ce ne sont que des nuances de mouvements ayant des origines historiques diverses, mais un état actuel identique (ou quasi-identique).
En réalité, la position social-libérale se veut bien souvent non idéologique, ce qui est un non sens bien entendu, mais qui découle du fait que une idée dominante s'impose comme naturelle aux individus qui composent la société dans laquelle cette idée domine.
Mais qu'est ce qu'un social-libéral exactement ?
Descendants du courant du nouveau libéralisme du XIXe siècle, les social-libéraux prônent un État providence (ou État-social), au sein d'une économie capitaliste de marché, à même d'assurer les droits sociaux des individus. L’État-providence doit notamment organiser la solidarité par la fiscalité afin d'assurer le maintien d'un système de santé et d'instruction publique efficace, et de développer un filet social composé entres autres d'assurances chômage, d'aides sociales, et d'un système de retraite.
Les social-libéraux de droite sont favorables à un État-providence de petite taille.
Les social-libéraux de gauche sont des social-libéraux keynésiens qui ajoutent à leur vision d'une économie capitaliste de marché modéré par un Etat-providence d'autres rôles à l’État. Ce dernier est en effet censé assurer la bonne marche de l'économie capitaliste de marché par la régulation, la redistribution des richesses (dans un but économique et non uniquement social), et d'autres politiques économiques (soit budgétaires, soit monétaires).
« Pour ce qui est des ouvriers, il est avant tout certain qu'ils devront rester des salariés comme auparavant ; la seule chose que les petits-bourgeois démocrates souhaitent aux ouvriers c'est un meilleur salaire et une existence assurée ; ils espèrent y parvenir par l'emploi partiel des ouvriers par l’État et grâce à des mesures de bienfaisance. Bref, ils espèrent corrompre les ouvriers par des aumônes plus ou moins déguisées et briser leur énergie révolutionnaire en leur rendant la situation momentanément supportable. » Karl Marx
Les social-libéraux forment donc ce très vaste centre qui occupe le champ idéologique contemporain et le champ de la politique institutionnelle. Dominant l'ensemble des principaux partis politiques européens, ils assoient ensemble les bases du consensus en faveur du capitalisme, et éliminent la contestation par des politiques corporatistes ou nationalistes.
Leurs principaux adversaires sont d'abord les étatistes philanthropiques et les keynésiens radicaux, suivis, bien plus minoritaires, des libéraux minarchistes, et des marxistes-léninistes. Sans parler enfin de la minorité socialiste (non marxiste-léniniste) réformiste ou révolutionnaire, et des communistes ou libertaires.
Tel est l'état de la politique contemporaine en Europe, voire au-delà.
« Mais ces revendications ne sauraient nullement suffire au parti du prolétariat. Tandis que les petits-bourgeois démocrates veulent amener au plus vite la révolution à son terme (...), notre intérêt, notre tâche est de rendre la révolution permanente, jusqu'à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir. » Karl Marx
02/05/2012
Qu'est ce qu'être social-libéral aujourd'hui ?
Être social-libéral c'est ne pas être marxiste.
Être social-libéral c'est ne pas être néo-libéral.
Être social-libéral c'est ne pas être socialiste.*
Être social-libéral c'est être éventuellement social-démocrate.**
Être social-libéral c'est être keynésien.
Être social-libéral c'est être en faveur du capitalisme.
Être social-libéral c'est être en faveur de l’État-providence.
*Une question qui me taraude ces derniers-temps : peut-on être socialiste sans être marxiste ?
**Être marxiste réformiste, ou socialiste, aussi.
Être social-libéral aujourd'hui, c'est faire partie de la deuxième plus grande famille politique en Europe (après l'aile dominante néo-libérale).
La critique du néo-libéralisme est facile, surtout en ces temps de mise en application drastique de cette politique dans les pays d'Europe du sud, avec les résultats désastreux que l'on peut observer de jour en jour.
Mais critiquer le social-libéralisme est bien plus ardu, puisque ce courant représente la norme en terme de bien-pensance et de politiquement correct.
Être social-libéral c'est aimer les PME.
Le petit patron est un gentil patron puisqu'il est petit, dit le social-libéral.
Le petit patron gagne parfois moins que ses employés. Comme il est vertueux, pense le social-libéral.
Le petit patron a investi ses économies, ou bien il a pris un empreint, dans tous les cas, il a pris un risque. Comme il est louable, se dit le social-libéral.
Être social-libéral c'est donc être prétentieux, car c'est croire que les choix égoïstes (puisque dictés par un soucis de rentabilité de l'investissement) d'un individu sont dans l'intérêt de toute la société.
Comment un individu pourrait-il savoir mieux que la collectivité elle-même ce qui est souhaitable ou pas pour elle-même ? L'actionnariat et la création d'entreprise dans un marché libre sont donc le signe d'une grande arrogance.
Cette prétention social-libérale explique son attachement au marché.
Être social-libéral c'est penser que la domination économique d'un individu sur d'autres n'est pas un problème. Le salariat est une forme acceptable de division du travail. L'expropriation de la valeur du travail des salariés par le propriétaire des moyens de production est donc une pensée qui lui est étrangère.
Pourquoi le social-libéral accepte-t-il tout cela ?
Parce qu'il a peur du communisme, et que tout ce qui est à gauche du social-libéralisme, c'est du communisme.
D'un autre côté lire la description que Marx fait du communisme (dans son texte sur la Commune de Paris notamment) est trop ésotérique pour lui. Mieux vaut lire encore un coup de Keynes.
Être social-libéral c'est ne pas avoir compris que la crise actuelle du capitalisme a détruit la crédibilité du social-libéralisme. Les gouvernements social-libéraux du sud de l'Europe ont abandonné leurs théories et sont passés au néo-libéralisme (qui s'est traduit par l'austérité), car autrement la seule solution aurait été de passer au socialisme afin de faire face au niveau d'endettement élevé.
Être social-libéral aujourd'hui c'est être dans le mauvais sens de l'Histoire.
Mais ça, il va falloir encore un peu de temps pour que cela devienne clair à toutes et à tous...