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Un groupe de chercheurs dirigés par le Dr Monica Zilbovicius (Service hospitalier Frédéric-Joliot, Orsay) réunis au sein d'une équipe mixte de l'Institut national français de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) vient d'établir que les personnes souffrant d'autisme étaient moins capables que les autres d'activer les zones cérébrales spécifiques de la reconnaissance de la voix humaine. Publié dans le numéro d'août de la revue Nature Neuroscience, ce résultat, obtenu en collaboration avec le Centre de recherche en neuropsychologie et cognition et l'Université de Montréal, vient après d'autres soutenir l'hypothèse selon laquelle les phénomènes caractéristiques de l'autisme et les handicaps majeurs qui en résultent seraient étroitement liés à des déficits de la perception des stimuli sociaux.«La voix humaine est riche en informations verbales mais aussi non verbales : elle constitue un véritable "visage auditif" que nous savons interpréter, expliquent les chercheurs. Nos capacités à percevoir ces informations vocales jouent un rôle crucial dans nos interactions sociales. De plus, une équipe a mis en évidence, par l'imagerie cérébrale fonctionnelle, que la perception vocale implique des régions corticales spécifiques appelées "aires de la voix", situées chez la plupart des individus le long du sillon temporal supérieur.»Il faut préciser que des études comportementales préalables avaient permis d'observer un déficit dans la perception de la voix humaine. C'est afin de préciser les bases cérébrales de cette pathologie que les chercheurs de l'équipe mixte Inserm-CEA ont étudié par IRM fonctionnelle comment le cerveau des sujets autistes adultes perçoit la voix humaine par rapport à d'autres sons. Pour cela, l'activité cérébrale de cinq adultes autistes (âgés en moyenne de 25 ans) et de huit volontaires sains a été enregistrée alors qu'ils écoutaient des séquences de sons alternant la voix humaine (parole, cri, rire, pleur, chant) et d'autres types de sons non vocaux (animaux, cloches, instruments de musique, voitures, etc.).Les résultats obtenus révèlent de manière statistiquement significative une absence, chez les sujets autistes, d'activation de l'aire spécifique de la perception de la voix («aire de la voix»). Chez ces sujets, les aires cérébrales activées sont exactement les mêmes, qu'il s'agisse de voix humaines ou de sons non vocaux. «Aucune activation cérébrale spécifique d'une reconnaissance de la voix humaine n'a pu être mise en évidence, soulignent les chercheurs. Par ailleurs, à la question "qu'avez-vous entendu pendant l'examen ?", les autistes ne rapportent que 8,5% de sons vocaux contre 51,2% pour les témoins, confirmant leur faible capacité à reconnaître des voix humaines.» Ils ajoutent que de précédentes études dans le domaine visuel en IRM fonctionnelle avaient déjà révélé chez les autistes une absence d'activation de l'aire spécialisée dans le traitement des visages.«Cette étude sur la voix, stimulus auditif riche en informations sur l'identité et l'état émotionnel de l'interlocuteur, met cette fois en évidence un trouble de la perception sociale dans le domaine auditif, explique le Dr Monica Zilbovicius. Ces anomalies du traitement de la voix et des visages suggèrent que les difficultés des autistes à comprendre l'état émotionnel d'autrui et à interagir avec lui pourraient être liées à un déficit de la perception des stimuli sociaux. Ces résultats en imagerie fonctionnelle apportent de nouvelles perspectives pour comprendre les perturbations des interactions sociales dans l'autisme. Enfin, la mise en évidence de ces déficits perceptifs pourrait permettre l'élaboration de stratégies de rééducation visant à induire un traitement spécifique des informations vocales et faciales, traitement qui semble ne pas s'être développé spontanément chez l'autiste.»Un tel travail s'inscrit d'autre part pleinement dans une approche radicalement différente de celle qui, nourrie de psychanalyse, a prévalu durant plusieurs décennies. C'est ainsi que depuis plusieurs années déjà, nombre de recherches ont été menées sur la génétique de l'autisme. Plusieurs régions du génome ont ainsi été suspectées et des gènes candidats ont été incriminés, sans qu'aucun de ces gènes puisse être indubitablement associé au syndrome autistique. L'an dernier toutefois une étude menée par le groupe de Thomas Bourgeron à l'Institut Pasteur (Unité Inserm «génomique fonctionnelle et développement», Université Paris VIIe) en collaboration avec Marion Leboyer (Unité Inserm «neurobiologie et psychiatrie», Université Paris XIIe, CHU de Créteil) et Christopher Gillberg de l'hôpital de l'université de Göteborg en Suède annonçaient avoir identifié dans deux familles distinctes des mutations altérant deux gènes situés sur le chromosome X et qui semblent impliqués dans la formation des synapses (espaces de communication entre les neurones).Tout se passe ainsi comme si l'on était en passe sinon de démasquer le «mystère» de l'autisme du moins de démembrer ce que l'on croyait être une entité et qui se révèle un ensemble beaucoup plus complexe de troubles du développement et la conséquence directe de troubles de la maturation du cerveau durant la grossesse et le jeune âge.Financement :Ce travail a été financé par la Fondation de France et la Fondation France-Télecom (mécénat autisme).Bibliographie :Gervais H, Belin P, Boddaert N, Zilbovicius M, et al. Abnormal cortical voice processing in autism. Nature Neuroscience 2004 ; 7 : 801-2.