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Description du projet :
Cette recherche vise à répondre à trois questions : 1) si l’on considère que les individus sont porteurs de rapports à la santé différents, est-il possible d’identifier les principes qui organisent ces différents rapports à la santé en une structure systématique? 2) quelle relation cette structure des rapports à la santé entretient-elle avec l’espace social tel que défini par Pierre Bourdieu ? 3) quelles sont les modalités de rencontre, en face à face ou à distance, entre ces différents rapports à la santé considérés sous l’angle de leur plus ou moins forte légitimité sociale?
Pour répondre à ces questions, trois établissements scolaires genevois ont été sélectionnés sur la base de leur composition sociale : un établissement à forte surreprésentation de classes populaires, un établissement socialement mixte et un établissement à forte surreprésentation de classes moyennes et supérieures. 71 observations directes (environ 200 heures) ont été menées auprès des infirmières scolaires exerçant dans ces établissements. Des entretiens semi-directifs avec des familles de ces établissements (n=52) ainsi qu’avec des infirmières scolaires exerçant sur l’ensemble du canton (n=20) sont venus compléter les données obtenues par observations directes.
Les résultats permettent d’apporter une réponse à nos trois questions de recherche :
1) Une perspective structurale conduit à distinguer deux principes qui organisent les rapports à la santé des familles. Premièrement l’opposition entre une santé positive d’une part, négative d’autre part. Deuxièmement l’opposition entre une santé somatique d’une part, mentale d’autre part. Le croisement de ces deux principes permet de dégager quatre rapports à la santé idéaltypiques, dont trois se repèrent empiriquement du côté des familles. Premièrement, une santé négative-somatique, dans laquelle la santé se définit comme une absence de maladie, c’est-à-dire comme absence de symptômes somatiques. Deuxièmement, une santé positive-somatique, dans laquelle la santé se définit comme une énergie repérable à un ensemble d’éléments (alimentation, sommeil, sport, etc.) se rapportant au corps. Troisièmement, une santé positive-mentale, dans laquelle la santé se définit comme un épanouissement repérable à la propension à exprimer verbalement un « vécu » ou encore à la capacité de nouer des relations « harmonieuses » avec autrui.
2) Cet espace des rapports à la santé entretient une relation d’homologie partielle avec l’espace des positions sociales : la santé négative-somatique se repère avant tout parmi les classes populaires, la santé positive-somatique parmi les fractions de classes moyennes et supérieures à dominante économique et la santé positive-mentale parmi les fractions de classes moyennes et supérieures à dominante culturelle. Cette correspondance entre positions et dispositions vaut non seulement pour les familles, mais aussi pour les infirmières scolaires. Dans leurs discours, ces dernières dévaluent systématiquement la part de leur activité se rapportant au corps physique des enfants (peser, mesurer, vérifier la posture dorsale, etc.) et valorisent au contraire tout ce qui se rapporte à ce qu’il convient de qualifier de corps vécu : l’évaluation de la santé de l’enfant se mesure au travers d’une observation de son comportement, de sa relation avec son parent présent à l’infirmerie ou encore à travers une écoute.
3) Les rapports à la santé dont sont porteurs les individus et, partant, leurs positions sociales, ont une influence directe sur leurs modalités de rencontre. Du côté des familles, les trois rapports à la santé distingués constituent ainsi autant de points de vue sur la fonction de l’infirmière scolaire, qui est perçue tour à tour comme une spécialiste des soins aux enfants (santé négative-somatique), comme le « médecin du pauvre » faisant double emploi avec le pédiatre (santé positive-somatique) ou comme une professionnelle de l’écoute (santé positive-mentale). L’interaction entre les familles et l’infirmière scolaire subit ainsi d’importantes variations suivant le rapport à la santé des familles, variations comprises entre les deux bornes que constituent le malentendu structurel et l’affinité élective. Dans le cas où les familles adhèrent à la démarche de l’infirmière scolaire, ces variations touchent à la dynamique interactionnelle, au volume et à la nature de l’information échangée, au statut de l’enfant dans l’interaction ainsi qu’à l’attitude parentale en cas de comportements déviants. Dans le cas où les familles s’opposent à la démarche de l’infirmière scolaire, ces variations concernent le passage de tactiques d’évitement et du désespoir qui se retournent le plus souvent contre les familles à des stratégies d’affrontement qui se retournent le plus souvent contre l’infirmière scolaire.
Equipe de recherche au sein de la HES-SO:
Longchamp Philippe, Antonin-Tattini Véronique
Partenaires académiques: Franz Schultheis, Université de Saint-Gall; Danièle Lanza, Haute Ecole de Santé Genève
Partenaires professionnels: Mme Marinette Clavijo, Service de Santé de l'Enfance et de la Jeunesse (SSEJ), Genève
Durée du projet:
01.09.2005 - 31.08.2008
Montant global du projet: 133'638 CHF
Statut: Terminé