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Thierry Bourquin (Genève)
Pierre Fankhauser, La visée
Attendu que ce texte raconte un itinéraire tâtonnant, j'ai joué ce concept dans toute sa force. Première étape: recopier l'histoire en visant un but, mais en perdant le Nord sur la feuille blanche. Deuxième étape: chercher un support car ce récit doit être sauvegardé, plié. Froissé dans sa poche. Troisième étape: l'écrit parcourt le monde. La carte du monde, au verso, apparait aussi en transparence grâce à la finesse du papier. C'est la carte sur laquelle je dessine mes voyages depuis plus de cinquante ans: retour au concept initial.
Le papier idéal serait (sera) un papier népalais dit de riz, très fin et légèrement transparent, qui se froisse avec grâce. (Je n'ai pas encore trouvé de scanner assez grand, ni l'imprimeur assez audacieux qui pourra imprimer ce livre recto-verso au format et sur le papier idoine sans rendre sa machine inutilisable ... !)
Ensuite: le papier froissé sera-t-il le livre, ou lui offre-t-on un emboîtage?
Dans ce cas, quel genre de boîte? Un coffret de luxe, du type du Coffret de la Passion, en ivoire, mais quid du couvercle? Une boîte de carton récupéré, sentant encore bon le fromage ou les loukoums? Une boîte en verre acrylique, mettant en valeur le chiffon, tel une relique ou une poupée japonaise dans un musée moderne ?
J'opte pour rien: le froissé à l'état pur, Malevitch et son Carré blanc. Mais personne n'a rien inventé après Malevitch.
Un pas en arrière, je reste avec rien.
Le livre-chiffon.