Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07260.jsonl.gz/262

Démission de la raison
Francis A. Schaeffer
Chapitre 4 - Le Saut
Après la "ligne du désespoir", nous arrivons à Kierkegaard et au "saut". Avec Kant, comme nous l'avons noté, la ligne tracée entre la nature et les universaux s'est considérablement renforcée. Avec le "saut" de Kierkegaard, tout espoir de découvrir une quelconque unité est abandonné.
Note: Le "saut" est le passage brusque d'un état à un autre (la nature ne fait pas de saut).
Le schéma, avec Kierkegaard, devient:
l'optimisme doit être non-rationnel
---------------------------------------------
tout ce qui est rationnel = pessimisme
L'espoir d'un quelconque lien entre les deux mondes s'est évanoui. Il n'y a aucune communication, aucun échange entre le "niveau supérieur" et le "niveau inférieur", mais une totale dichotomie. La ligne séparatrice est devenue un énorme mur, parfaitement infranchissable.
Sous la "ligne", il y a donc le rationnel et le logique; au-dessus, ce qui ne l'est pas. Entre les deux, pas la moindre relation. En d'autres termes, au "niveau inférieur" où tout est rationnel, l'homme en tant qu'homme est mort. Seuls existent les mathématiques, le particulier et ce qui est quantifiable. L'homme, quant à lui, ignore qui il est, n'a ni but, ni raison d'être. Le pessimisme lui colle à la peau. Pourtant, par un "saut" irrationnel au "niveau supérieur", il découvre une foi non-rationnelle qui rend optimiste. Telle est la dichotomie totale de l'homme moderne!
Cette dichotomie est plus difficile à percevoir et à comprendre pour ceux de nos contemporains issus de famille chrétienne ou appartenant à la classe moyenne que pour les habitués de la rive gauche à Paris, ou de l'Université de Londres. Influencés par leur milieu, les premiers estiment que la dichotomie n'est sûrement pas totale et qu'un échange est possible entre les deux mondes; cette conception est formellement contredite par l'homme moderne, même si on a l'illusion du contraire.
Du point de vue rationnel, l'homme est dépourvu de signification; c'est en cela qu'il est "mort". Il ne s'agit pas, là, de la mort qui termine l'existence, mais d'un état permanent que l'homme ignore, ce qui l'empêche d'en prendre conscience.