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Inquiétude en Europe sur la consommation des datacenters
A Dublin, la part trop importante de la consommation énergétique des datacenters dans l’ensemble du réseau a entraîné un moratoire sur les nouveaux raccordements. A Londres, cette voracité aggrave la crise du logement. Alors qu’à Bruxelles, des ministres européens demandent des mesures d'efficacité plus strictes.
Le poids de la consommation énergétique des datacenters devient problématique. A Dublin (parfois surnommée «la capitale européenne des datacenters»), le spectre d’une pénurie d'électricité causée par la voracité des hyperscalers a incité les autorités à limiter la part octroyée aux centres de calcul sur l’ensemble du réseau électrique. Se basant sur un article du média britannique The Times, le site spécialisé Datacenter Dynamics indique en effet que l'opérateur de réseau public EirGrid a cessé d'autoriser les connexions au réseau de nouveaux centres de données en raison de contraintes énergétiques.
EirGrid a déclaré que le réseau de Dublin étant sous tension, aucun nouveau centre de données ne devrait se voir accorder une connexion au réseau avant 2028. Ce moratoire concerne notamment Amazon Web Services, Equinix et Microsoft, forcés d'interrompre leurs projets de nouveaux centres de calcul à Dublin. Amazon Web Services et Microsoft avaient pourtant déjà reçu un permis de construire pour la construction de nouvelles infrastructures dans la capitale irlandaise. Les deux sociétés seraient maintenant en train d’étudier des alternatives. Microsoft serait en train d'évaluer des sites alternatifs à Londres, Francfort et Madrid, tandis qu'Amazon a décidé de construire son centre de données près de Londres.
A Londres, les datacenters aggravent la crise du logement
Sauf qu'à Londres, la voracité énergétique des datacenters posent également de sérieux problèmes. Datacenter Dynamics rapporte que plus aucun logement ne devrait pouvoir se construire ces dix prochaines années dans trois arrondissements de la capitale britannique. En cause, la consommation électrique des datacenters: «A Hillingdon, Ealing et Hounslow, cet appétit vorace signifie qu'il n'y a tout simplement plus d'énergie électrique pour d'autres nouvelles connexions jusqu'en 2035», indique Datacenter Dynamics, citant une déclaration de l'Autorité du Grand Londres. «Dès le départ, les autorités qui approuvent [la construction de datacenters] connaissent leur demande maximale d'énergie. Il n'aurait donc pas dû être surprenant qu'ils atteignent leur capacité maximale d'énergie et ne laissent pas de place pour d'autres bâtiments sans investissement supplémentaire dans le réseau», analyse le média spécialisé.
Des ministres européens veulent des datacenters plus chauds
Aussi bien les problèmes observés à Londres que le moratoire irlandais qui empêche la construction de datacenters datent d’avant l’invasion de l’Ukraine par les forces russes. Mais la guerre a accentué les risques de pénurie de ressources énergétiques en Europe. Au point que des opérateurs comme Equinix et Digital Realty augmentent leurs réserves de diesel. Et au point que des ministres européens de l’énergie surfent sur le contexte pour proposer des objectifs plus élevés en matière d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique. Ciblant entre autres la voracité des datacenters.
Le 27 juin, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Belgique, l'Allemagne et le Danemark ont ainsi proposé des mesures d'efficacité plus strictes lors d'une réunion des ministres de l'énergie de l'UE, rapporte Bloomberg. «Si nous n'agissons pas sur les centres de données, nous perdons une partie du potentiel de sortie du gaz et d'aide à la transition énergétique», a déclaré à l'agence de presse Claude Turmes. Le ministre luxembourgeois de l'énergie et de l'aménagement du territoire a précisé au média économique PaperJam que l’une des mesures envisagées serait d’imposer aux datacenters de fonctionner à des températures plus élevées. «Un opérateur de centre de données luxembourgeois a relevé sa température de 18 à 20 degrés et il a diminué sa consommation d’énergie pour le refroidissement des salles de serveurs de 20%. Les racks peuvent très bien fonctionner jusqu’à 33 ou 35 degrés. Il n’y a donc pas de raison de maintenir une température de 18 degrés. Ni même de continuer à suivre cette règle, qui semble avoir 25 ans…», a souligné Claude Turmes.
A noter que l’organisation internationale ASHRAE (American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers) préconise que les équipements des centres de calcul fonctionnent à une température ambiante de 18 à 27 degrés Celsius, selon le site spécialisé TechTarget.