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Les Sœurs proposent quatre sortes:
moutarde à l'ancienne, forte, extra forte et
au miel.

Sœur Marie-Jeanne, Prieure de la communauté,
ferme délicatement les pots de moutarde

La production de moutarde de l'Abbaye
avoisine les 2000 pots par année, écoulés auprès de grossistes et de
particuliers.

Convivialité, douceur du regard et de
la voix, joie de vivre transparaissent tout au long du dialogue avec
Sœur Marie-Claire, Mère Abbesse, et Sœur Claire, cellérière (économe du
couvent). Avec leurs consœurs, elles mènent une vie d'ascèse, ponctuée
par sept offices quotidiens, dont le premier débute à 3 h 45 du matin;
elles y célèbrent le Seigneur et prient pour le prochain. Adeptes de la
règle de saint Benoît Ora et labora (prie et travaille), elles y puisent
leur sérénité.
Fidèles à leurs vœux de pauvreté, elles ne manquent cependant pas de
réalisme face à leurs obligations financières. Elles paient leurs impôts
et rétribuent correctement leur concierge, un père de famille qui sait
mettre la main à tous les travaux inhérents à ces grandes bâtisses.
Leurs moyens d'existence s'amenuisent du fait de la baisse des
effectifs; d'une trentaine de religieuses dans les années 90, elles ne
sont aujourd'hui plus que dix-huit. Elles tirent leurs revenus de la
fabrication des hosties, dont la production diminue elle aussi pour
cause de désertion des offices religieux. Elles disposent de quelques
chambres d'hôtes pour des retraites, un hébergement qui leur procure des
rentrées modestes puisque chacun donne selon son bon vouloir.
L'assurance vieillesse de leurs consœurs qu'elles entourent avec
dévouement les aide à vivre, mais lorsque des soins spécifiques sont
indispensables, elles se résignent à les confier à un EMS et, dès lors,
cette source de revenu s'amenuise fortement.
En 1987, l'Association des Amis de la Fille-Dieu a été créée avec
l'appui de la Confédération, du canton de Fribourg et de nombreux
donateurs pour faire mieux connaître la communauté et restaurer
l'église. Ces efforts ont permis de rassembler les moyens financiers
nécessaires pour contribuer à la restauration et au réaménagement du
monastère.
C'est après discussion pour trouver une nouvelle source de revenu qu'un
membre de l'association leur a suggéré la fabrication de la moutarde.
Sœur Claire a retrouvé au sein de l'Abbaye une recette à l'ancienne de
moutarde, composée de produits naturels et ne contenant aucun
émulsifiant. Quatre spécialités ont été remises au goût du jour par une
spécialiste, amie de la Fille-Dieu, et approuvées par l'Inspecteur des
denrées alimentaires. Comme le dit Sœur Claire, responsable de ce
secteur: «Nous avons choisi la moutarde parce que c'est un produit assez
inédit en fabrication artisanale et qui ne nécessitant pas
d'investissement supplémentaire, nous pouvions utiliser notre cuisine
récemment rénovée. Comme nous ne disposons que de deux heures
consécutives entre les offices, ce produit a l'avantage de ne pas se
déprécier lorsqu'il doit reposer."
Les Sœurs ont présenté leurs diverses variétés, à savoir moutarde à
l'ancienne, forte, extra forte et au miel, pour la première fois en 2006
au Salon suisse des goûts et terroirs à Bulle. Elles ont maintenant un
petit réseau de grossistes et elles écoulent 2000 pots par an.
Un joli résultat pour cette fabrication sans main-d'œuvre extérieure.
ANNE-MARIE PEIRY

Sœur Claire, cellérière et responsable de la
production de moutarde, mixe les ingrédients.

La moutarde est fabriquée selon une recette
à l'ancienne, avec des produits naturels et sans émulsifiant.

La Mère Abbesse et Soeur Claire

pour mémoire : L'ŒUVRE DE TROIS
JEUNES FEMMES
L'Abbaye cistercienne de la Fille-Dieu fut
fondée en 1266 par Juliette, Pernette et Cécile, trois jeunes femmes qui
installent dans ce coin de la Glâne, à Romont, une maison de prière. En
1268, l'évêque de Lausanne visite cette communauté naissante et lui
donne le nom de Fille-Dieu. En 1346, l'église est dédicacée. En 1349, le
monastère devient Abbaye. 1726 voit la reconstruction du bâtiment du
cloître et, en 1996, nouvelle dédicace de l'église.
L'Abbatiale est ouverte à tous et offre un espace de prière où les
religieuses se réunissent pour leur liturgie: à 3 h 45, les Vigiles,
suivies au scriptorium de la lecture priante de la parole de Dieu; à 6 h
45, Laudes (le dimanche à 7 h 30); à 7 h 05, Eucharistie (le dimanche à
9 h 30) forme le cœur de la journée; ensuite, réunion au «chapitre», la
Mère Abbesse lit et commente un chapitre de la règle de saint Benoît; à
9 h, l'office de Tierce se chante en prélude au travail; à 11 h 40,
Sexte, suivi du repas pris en silence, accompagné d'une lecture
spirituelle; à 14 h, None se chante en prélude au travail de
l'après-midi; à 17 h, les Vêpres, temps de louange et d'intercession; à
19 h 10, les Complies se terminent par le chant du Salve Regina.
Marguerite Bays, béatifiée en 1995, venait souvent se recueillir dans ce
monastère.
La Mère Abbesse Sœur Marie-Claire veille sur ses consœurs et sur son
couvent comme une mère de famille élevant ses enfants. Elle est la
dernière couchée et la première levée, elle doit être, et elle l'est,
l'exemple pour sa communauté.
A.P.