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L’Exercice de l’Arquebuse au XVIème siècle
L’Exercice de l’Arquebuse au XVIIème siècle
Calvin arriva à Genève en 1536 à une période capitale pour le destin de la ville. Il y demeura deux ans avant d’être expulsé, ses sermons et sa discipline ayant déplu à de trop nombreuses personnes. De nouveaux troubles suivirent son départ, entraînant l’exécution du capitaine général de la Seigneurie, Jean Philippe, qui avait blessé plusieurs de ses opposants au cours du banquet clôturant un tir des Archers. En septembre 1541 Calvin était rappelé par les autorités. Dès lors, il fixa les cadres religieux et sociaux du nouvel Etat, participant aux décisions politiques importantes.
Suite aux Ordonnances sur les offices et officiers, adoptées le 28 janvier 1543 par les autorités, le Petit Conseil avec probablement les conseils de Calvin, mit sur le papier les Ordonnances du Jeu de l’Arquebuse en 1548. Ce règlement indiquait qu’il était obligatoire de tirer avec sa propre arme. Régulant les dérapages fréquents des Arquebusiers, ces ordonnances revêtaient également un aspect moral, interdisant aux tireurs de jurer ou de s’enivrer. Ces derniers se révélaient effectivement souvent être des bons vivants, préférant l’odeur de la poudre et du vin aux prêches et aux exhortations. Toutefois, leur importance militaire était telle que les autorités furent fréquemment indulgentes à leur égard, accordant à l’Exercice leur soutien. Grâce à celui-ci, il fut possible d’édifier un nouveau stand de tir entre 1555 et 1559, démarche renouvelée en 1616 et 1622 permettant la construction d’un nouvel Hôtel plus important que le précédent. Dès lors, le secteur de la Coulouvrenière baptisé du nom de ses principaux utilisateurs revint peu à peu à l’Arquebuse.
En quête d’argent pour mener à bien ses activités, l’Exercice exploita ces terres et notamment son estaminet en faisant jouer les prérogatives de son Roi. Le Petit Conseil décidait ainsi le 18 septembre 1652 : Veue la requeste du roy de l’arquebuse et compagnons arquebusiers, tendante aux fins de leur octroyer l’exemption de l’impost sur les revendeurs de vin pour celuy qui leur est debité par le fermier de la Coulouvrenière, comme il a esté ci devant octroyé aux archers ; arresté qu’on exempte ledit fermier de la Coulouvrenière dudit impost .
L’indulgence de la Seigneurie s’accompagna toutefois de son contrôle. Elle exerçait en effet une surveillance par le biais d’un syndic fonctionnant en tant que seigneur-commis sur l’Exercice. Ce droit de regard n’avait rien d’exceptionnel à une époque où l’Etat tendait à réguler tout le corps social grâce à ses commis et maîtres jurés. Le gouvernement imposa par exemple en 1580 aux Arquebusiers de ne plus utiliser que des armes à rouet qui ne nécessitaient pas l’utilisation d’une fourquine, tentant par ailleurs désespérément de les faire cesser de tirer en l’air dans les rues de la cité.
Alors qu’en Allemagne l’empereur Charles Quint signait la paix d’Augsbourg en 1555, laissant aux princes d’Empire la liberté d’imposer leur religion à leurs sujets, Genève, consciente de sa faiblesse, sa milice ne comptant que quatre-cents hommes dont les Arquebusiers représentaient l’élite, reconduisait une nouvelle fois l’accord avec Berne en 1557. Le 3 avril de la même année, le traité de Cateau-Cambrésis ramenait la paix entre la France et l’Espagne. Dès lors, les ducs savoyards, alliés de l’Espagne, tentèrent de se rendre maîtres de Genève. Les protestants de France offrirent rapidement leur aide et installèrent une garnison dans la cité alors que les Genevois remettaient sur pied leurs fortifications. La Seigneurie sollicita également l’alliance des cantons protestants et leva un emprunt auprès des particuliers pour subvenir aux besoins de la crise. Quelques années plus tard, le duc débuta un blocus de la cité interdisant l’exportation de blé vers Genève alors en période de disette. Zurich et Berne, liées à Genève depuis 1587, dépêchèrent une garnison qui se partagea la garde des fortifications avec les Arquebusiers. En avril 1589, après de nombreux atermoiements, Genève entrait en lutte contre la Savoie et envahissait le Faucigny sans coup férir. En 1601, Henri IV et Charles-Emmanuel négocièrent le traité de paix de Lyon, Genève devenant la protégée du roi de France. Malgré cela, les Savoyards tentèrent leur fameux coup de main sur Genève en décembre 1602 que l’on appellera l’Escalade et qui se termina par un cuisant échec pour les agresseurs. Suite à cet épisode, un nouvel accord à Saint Julien devait être signé le 21 juillet 1603. Après un siècle de conflits entre la Savoie et Genève, ce traité consacrait la qualité d’Etat souverain à une cité épuisée par la guerre qui ne devinait pas encore que le siècle à venir serait pour elle une ère sombre où allaient se succéder différents maux : tensions, pestes, disettes, chasse aux sorcières et cabales politiques .
L’Exercice de l’Arquebuse, mêlé inéluctablement aux bouleversements et à la genèse d’un Etat, se révélait l’enfant de son temps, s’appliquant à l’entraînement d’une arme alors moderne et s’impliquant dans les affaires tant politiques que religieuses de son époque. L’Exercice ne pouvait que devenir l’outil privilégié d’une génération d’hommes nouveaux dont les valeurs s’axaient sur la modernité. L’antagonisme entre la jeune république et l’ancienne féodalité trouva donc dans l’Arquebuse le symbole d’une évolution des mœurs, symbole qui allait devenir la distinction de l’élite patricienne.