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Il y a quelques jours je suggérais une évolution des Etats-Unis d’Europe vers une fédérations de grandes régions. Des régions disposant de larges pouvoirs afin de rendre aux citoyens un pouvoir décisionnel sur leur vie. L’Etat fédéral ne serait en charge que des fonctions régaliennes et de lois-cadres que les Etats-régions appliqueront.
Combien de régions?
Des régions différentes de celles, administratives, existant actuellement. Par exemple les 22 régions françaises sont à mon avis trop petites. Des régions de petite taille perdent du pouvoir au profit de l’Etat qui devient très centralisateur.
J’imaginais que ces régions pouvaient être délimitées et groupées selon des critères géographiques, historiques, culturels, mais qu’elles devaient aussi éviter une trop grande disparité économique, industrielle et de population pour donner une chance relativement égale à chacune d’elles. C’est en réalité assez complexe car les disparités sont grandes à tous points de vue.
L’Union Européenne a aujourd’hui une dimension d’environ 5 millions de km2. Elle est composée de 28 Etats divisés en 93 Unités territoriales (NUTS 1), premier échelon en-dessous de la nation, de 3 à 7 millions d’habitants chacune. En comparaison les Etats-Unis d’Amérique ont une superficie de près de 10 millions de km2 et sont divisés en 50 Etats. Ces Etats sont densifiés avec de grands écarts puisque l’on va de moins d’un million d’habitants pour les moins peuplés à 37 millions pour la Californie.
La disparité de population et d’économie n’est donc pas un obstacle à une union fédérale dans laquelle chacun trouve sa place.
Dans un découpage plus serré, correspondant aux 22 régions françaises, on compte 272 régions européennes, ce qui devient trop morcelé pour être viable sans Etat central fort. Or le but de la démocratie libérale est d’éviter une trop grande concentration de pouvoir politique. Le développement écologique et citoyen propose de rapprocher les citoyens du pouvoir de décision sur leur vie. Il en va de la cohésion de l’ensemble. Un empire trop centralisé s’écroule par la désaffection de ses parties.
La banane bleue
Les populations tendent à se grouper dans les mégalopoles, ce qui induit des problèmes d’habitat, de pollution, de qualité de vie, de déperdition de zones entières des territoires. En Europe la grande mégalopole va du sud de l’Angleterre au sud du Piémont. On la nomme la Banane bleue. Elle est peuplée de 70 millions d’habitants, soit le cinquième de la population globale de l’UE, pour une surface de moins d’un dixième du territoire de l’Union. Elle draine une grande partie des ressources économiques et culturelles.
Dans mon précédent billet je suggérais qu’un équilibrage des régions pouvait peut-être aboutir à créer des entités ne coïncidant plus avec les nations. Mais différentes observations lues sous différents blogs laissent à penser que la suppression des nations serait un choc psychologique et structurel inacceptable. Comment dès lors associer une gouvernance commune - économique, militaire, fiscale - en préservant les nations et d’autres couches administratives plus petites? Garder tout a un coût et laisse envisager nombre de doublons. De plus les disparités entre les nations créeraient des déséquilibres importants dès la constitution de la fédération. Et puis, le temps des Etats-Nations n'est peut-être pas fini, pas accompli. Auquel cas les Régions sont encore à penser, à modéliser comme projet futur, pas comme forme viable rapidement.
L’Union Européenne peut aussi abandonner son projet politique, et ne garder qu’un projet de vaste marché économique. Ce serait aussi renoncer à la paix instaurée grâce au dépassement des Nations. Renoncer à la solidarité qui a fait que les nations plus riches soutiennent celles qui sont en difficulté afin, à terme, de permettre une hausse globale du niveau de vie. Ce serait renoncer temporairement à l’accomplissement de la construction millénaire de l’Europe. C’est possible, bien que je doute que les européens le voudront.
En fait je pense surtout que c’est la forme actuelle de l’Europe qui pose problème: très centralisatrice tout en étant presque inexistante politiquement, presque sans contre-pouvoir. Ce qui à un moment n’est plus cohérent. En l’état elle est l’objet de forts antagonismes et l’on ne peut construire sur des antagonismes, qui ne représentent que des visions partielles du réel. Il y a quelque chose qui semble échapper à tout le monde dans la construction européenne, et sur quoi il n’y a pas encore de nom.
Ce devrait donc être le temps de la palabre. Si cette idée est juste, alors la prise de position suisse sur la Croatie était prématurée, puisque l’initiative n’est pas encore complète et qu’elle va précisément exiger une longue palabre. D'un autre côté le Conseil Fédéral reconnaît la volonté de rupture issue de la votation du 9. Chacun reprend ses billes. Peut-être pour longtemps. Ou peut-être pas: à propos d'Erasmus l'Université de Genève a un plan B, comme en informe la Tribune de Genève, et l'Université libre de Bruxelles a déjà pris contact pour signer un accord indépendant de l'UE.
Sourions un peu. On pourrait refaire le clip de pub de l'UE (retiré sous l'accusation de racisme) avec le groupe de filles face à Guillaume Tell: