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Mis à jour : juil. 20
La réponse de Jean-Claude Dussaule, médecin au service de physiologie à l'Hôpital St-Antoine de Paris, membre de l'Académie nationale de médecine.
Un patient atteint d'une maladie rénale a beaucoup plus de risques de mourir d'un accident cardiovasculaire que d'atteindre le stade ultime de l'insuffisance rénale. Le fait d'être malade des reins s'ajoute aux autres facteurs bien connus du risque cardiovasculaire (hypertension artérielle, vieillissement, tabagisme, obésité, diabète, manque d'exercice physique…) de façon indépendante.
Toutes les études aboutissent aux mêmes conclusions. Ainsi, en comparaison des sujets sains du même âge, le risque de mortalité cardiovasculaire est augmenté d'un facteur 15 à 30 chez le patient en insuffisance rénale traité par hémodialyse et d'un facteur 3 chez ceux atteints d'une maladie rénale avec insuffisance rénale modérée. De même, la découverte d'une complication rénale chez un sujet atteint d'une affection cardiovasculaire préexistante est un facteur pronostique péjoratif. Ainsi, chez des sujets hypertendus, l'élévation de la créatinine plasmatique, qui est un index de gravité de l'altération des fonctions rénales, augmente le risque de décès au cours de l'évolution à long terme de la maladie.
En outre, la survenue d'un infarctus du myocarde ou d'un accident vasculaire cérébral chez le malade hypertendu traité est plus fréquente s'il existe une insuffisance rénale, même modérée, ou une simple albuminurie. De manière encore plus spectaculaire, l'élément prédictif de décès le plus significatif chez des insuffisants cardiaques sous traitement efficace s'est révélé être l'altération de la fonction rénale. Des observations similaires ont été faites lors de la surveillance de patients dans les suites d'un infarctus du myocarde. Enfin, que sa concentration urinaire soit élevée (macroalbuminurie) ou faible (microalbuminurie), la présence anormale de protéines dans les urines possède une valeur pronostique vis-à-vis de l'évolution des maladies cardiovasculaires. Ainsi, la microalbuminurie peut-elle être utilisée comme un marqueur du risque cardiovasculaire, car sa diminution sous traitement comme son aggravation spontanée modifient ce risque dans le même sens.
Comment peut-on expliquer l'intervention de la maladie rénale dans l'état cardiaque et vasculaire, ce que l'on nomme communément le syndrome cardiorénal? Plusieurs théories sont avancées, qui possèdent chacune une part de vérité. Une des conséquences de l'atteinte des reins est un défaut de fonctionnement de leurs propres vaisseaux et, plus spécialement, des cellules endothéliales qui sont au contact du sang. Ces cellules se mettent alors à synthétiser des substances nocives pour le cœur et les artères comme les dérivés réactifs de l'oxygène et l'ADMA («Asymmetric dimethylarginine»), un analogue d'acide aminé empêchant la production de monoxyde d'azote qui est un protecteur endogène des vaisseaux.
Recherche d'albumine D'autres hypothèses sont à retenir, en particulier le dérèglement de la fonction endocrine des reins. Parmi les substances qu'ils synthétisent normalement figure, en effet, un dérivé actif de la vitamine D. La modification du métabolisme de la vitamine D chez l'insuffisant rénal, en altérant les concentrations de calcium et phosphates dans le plasma, va favoriser les calcifications vasculaires en regard des plaques d'athérome et en aggraver les conséquences.
Comme on le voit, «protéger ses reins, c'est épargner son cœur». Le médecin généraliste et le cardiologue doivent porter une attention particulière à l'exploration de la fonction rénale chez leurs malades par la recherche d'albumine dans les urines et le dosage de la créatinine plasmatique. On pourra ainsi diminuer le risque cardiovasculaire encouru par les patients souffrant de maladies rénales. #urologie #urology #médical #santé #valère #sion #centremédical #urobotic #reins #kidney #coeur Source https://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/01/30/10703-pour-proteger-son-coeur-faut-il-surveiller-ses-reins | Par Jean-Luc Nothias