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Pour la première fois, l'Office fédéral de la statistique (OFS) a communiqué dessur les noms de famille de la population suisse. Pour chaque commune et chaque canton, il est désormais possible de savoir quel est le patronyme le plus répandu, mais aussi combien de personnes portent un nom de famille donné.
Ces chiffres dévoilent la très grande diversité des noms de famille en Suisse, mais aussi des différences évidentes entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, entre les cantons romands et même entre des communes pourtant voisines. Et une tendance nette se dégage: la prédominance des patronymes à consonance portugaise en Romandie.
>> Voir la carte de l'OFS des cinq noms de famille les plus fréquents par commune:
Müller en Suisse, Da Silva en Suisse romande
Au niveau national, les Müller sont et de très loin les plus nombreux avec un total de 53'686 personnes qui portent ce nom. Suivent les Meier et les Schmid avec 33'054 et 30'534 personnes, alors que le premier patronyme à consonance francophone, Favre, n'apparaît qu'en 89e position avec 5545 occurrences.
Les Müller ne représentent toutefois que 0,6% de la population helvétique totale (8,7 millions), un signe de la grande variété des noms à travers le pays, explique l'OFS: un demi-million de noms de famille ont été dénombrés, si l'on prend en compte les graphies différentes.
Logiquement, Müller est également le patronyme le plus fréquent en Suisse alémanique (49'602 personnes). La Suisse italienne voit les Bernasconi arriver en tête (2322 personnes), alors que la région romanche compte une majorité de Derungs (240 personnes).
En Suisse romande, les Rochat, Bonvin ou Rey sont largement devancés par des patronymes d'origine portugaise. Les Da Silva arrivent en tête (10'220) devant les Ferreira (7326) et les Pereira (6537). Au total, 17 des 20 noms les plus portés sont à consonance lusitanienne, seuls Favre (6e, 5182), Martin (8e, 3882) et Müller (12e, 3524) se glissant dans ce classement.
Fournier en Valais, Fleury dans le Jura
Da Silva est le patronyme le plus fréquent dans les cantons de Vaud, Genève, Fribourg et Neuchâtel, alors que Fournier l'emporte en Valais, Fleury dans le Jura et Gerber à Berne (voir le détail des cantons romands en encadré). Si ce résultat est logique pour ce dernier canton à large majorité germanophone, le Jura présente la particularité romande de n'avoir que des patronymes indigènes aux 50 premières places, Da Silva n'arrivant que 63e.
Concernant les plus grandes communes romandes (Genève, Lausanne, Fribourg, Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Yverdon, Nyon, Vernier...), c'est également Da Silva qui s'impose, alors que Fournier est majoritaire à Sion, Rais à Delémont et Müller à Bienne.
Outre-Sarine, Da Silva n'arrive que 52e avec 6188 personnes au total, loin derrière les Müller. Les noms se terminant en -er, caractéristiques des patronymes germanophones, occupent d'ailleurs neuf des dix premières places avec Schmid pour compléter ce palmarès. Müller est en tête dans toutes les grandes villes alémaniques.
Une moins grande diversité de noms lusophones
Mais pourquoi le palmarès romand a-t-il à ce point un accent portugais? Le fait que plus de 150'000 personnes de nationalité portugaise résident en Suisse romande, selon des données datant de 2021, soit 7% de la population totale et 22% de la population étrangère, est évidemment une donnée de base. Mais il n'est pas vraiment opportun de lier ces deux données, explique Céline Schmid, suppléante du chef de la section démographie à l'OFS, car ce n'est pas parce qu'une personne se nomme Da Silva qu'elle est forcément portugaise, alors que des Favre peuvent au contraire être portugais.
Interrogée par RTSinfo, Céline Schmid relève également un léger biais dans cette statistique des noms de famille en Suisse: les patronymes des personnes d’origine portugaise sont souvent composés de plusieurs noms, alors que la statistique ne prend en compte que le premier d'entre eux. Par exemple, une personne qui porterait le nom de famille Da Silva Ferreira Pereira sera considérée comme quelqu'un s'appelant uniquement Da Silva, faisant augmenter la part de ces patronymes.
De plus, ajoute la démographe, "dans les noms de famille d’origine portugaise, il existe une moins grande diversité de noms que dans les noms de famille d’origine française par exemple. On retrouve donc un grand nombre de Da Silva". Ainsi, selon une statistique datant de 2013, une personne sur dix au Portugal se nomme Silva ou Da Silva, qui signifie la forêt.
Enfin, Céline Schmid n'est pas surprise de constater que les noms à consonance lusophone se concentrent essentiellement dans les centres urbains. Les personnes de nationalité étrangère viennent en effet en Suisse principalement pour travailler, rejoindre leur famille ou étudier. "Ils et elles s’installent ainsi prioritairement sur le Plateau suisse, là où se situent non seulement les logements mais aussi les places de travail ainsi que les grandes écoles (Universités, EPF, Hautes écoles). De plus, on sait que certaines communautés ont tendance à se regrouper dans des régions où d’autres personnes de la même communauté sont déjà présentes (diaspora). Ils profitent ainsi des contacts et réseaux déjà établis."
>> Le reportage du 19h30 à Thônex (GE) et Rebévelier (BE):
80% d'Amstutz à Rebévelier
Dans la plupart des communes, surtout les plus grandes, le patronyme le plus répandu ne dépasse pas 1% de la totalité des habitantes et habitants: par exemple, 0,49% de Da Silva à Genève ou 0,37% à Lausanne, 0,29% de Ferreira à Montreux (VD) ou 0,52% de Cuche à Val-de-Ruz (NE). Le nombre total de chacun demeure ainsi relativement faible.
A l'inverse, certaines localités plus petites concentrent souvent de nombreux habitants avec un patronyme identique. Ainsi, à Mont-Tramelan (BE), un résident sur cinq se nomme Gerber. La même proportion de Buchs est atteinte à Jaun (FR) et près d'un habitant sur cinq d'Isérables (VS) est un Vouillamoz. A Simplon (VS), 38% des gens s'appellent Arnold.
La palme en la matière revient à la petite commune de Rebévelier, dans le Jura bernois: sur 41 habitants, 33 se nomment Amstutz, tous cousins, dont le maire Michael Amstutz. Interrogé dans le 19h30, celui-ci dit représenter la quatrième génération d'Amstutz dans le village: "Mon arrière-grand-père a acquis le domaine où j'habite et, peu à peu, la famille a acheté d'autres domaines et a conquis la commune."
Des communes voisines aux résultats très différents
Par ailleurs, deux communes pourtant voisines et séparées de quelques kilomètres devraient logiquement présenter des classements similaires, avec les mêmes patronymes en tête. Mais si des perméabilités existent, chaque village présente au final sa propre identité en matière de noms.
Par exemple, dans le Jura, la commune de Courgenay affiche un quintette de tête Comment-Beuret-Cerf-Berberat-Maître, alors que sa toute proche voisine Cornol donne cinq noms complètement différents: Girardin-Rondez-Gerber-Cattin-Baume. De même, la commune de Zwischbergen, voisine de Simplon, voit le patronyme Arnold disparaître au profit de Squaratti, signe de la proximité avec l'Italie.
Le profil de la commune, et donc son immigration, joue également un rôle dans ces classements. St-Moritz voit par exemple les Pereira et Da Silva apparaître aux deux premières places, alors que toutes les communes limitrophes sont dominées par des patronymes à consonance italienne ou allemande. Selon Céline Schmid, cela provient du fait que cette station touristique emploie fortement du personnel provenant du Portugal dans l'hôtellerie et la restauration. Mais cette tendance ne se vérifie pas dans les stations valaisannes par exemple.
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Frédéric Boillat