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|No 12 - printemps 2001|

Le pot de terre et le pot de fer
L'inventeur indépendant est bien démuni comparé à son collègue dépendant d'une grande entreprise.
Son handicap est multiple.
L'important, ce n'est pas la rose, mais c'est qu'il en soit conscient.
Une réflexion de fond complétée par un business plan permettent à l'inventeur indépendant de compenser dans une certaine mesure son handicap.
J'ai rencontré des inventeurs indépendants heureux, mais jamais de riches.

Les privilèges de l'inventeur dépendant.
Tous les inventeurs sont égaux devant la loi, mais il y en a qui sont plus égaux que d'autres. C'est notamment le cas de l'inventeur dépendant. Il planche sur les mêmes sujets à longueur d'année et touche régulièrement un salaire confortable, ce qui le libère du souci du lendemain. Il est entouré d'une équipe qui lui dispense une critique permanente, évitant ainsi de dangereux dérapages. Il est assisté de spécialistes en propriété industrielle, qu'ils viennent de l'extérieur ou appartiennent à l'entreprise. Ceux-ci sont familiers du domaine, en connaissent les documents marquants et disposent de collections de brevets et de dossiers très complets; ils suivent quotidiennement la publication des nouveaux brevets et/ou demandes.
L'inventeur dépendant côtoie des scientifiques actifs dans le même domaine que lui, fréquente des congrès, épluche les revues scientifiques et techniques. Il connaît les lignes de forces de la recherche et du développement (R&D) et, avec un peu de nez, peut même anticiper le dépôt de telle ou telle demande de brevet, sans en connaître les revendications précises, bien entendu.
Les frais de dépôt, les taxes et les annuités sont pris en charge par l'entreprise. Suivant les termes de son contrat de travail, l'inventeur dépendant peut toucher une prime ; il est tenu compte de ses inventions dans l'évaluation de ses performances. Il est évident que, dans la règle, il ne sera mentionné que comme inventeur et non pas comme titulaire. Cette contrepartie est importante, mais justifiée ; une situation inverse entraînerait rapidement la fin de l'entreprise.
L'objectif final d'une entreprise qui entretient une équipe R&D n'est pas de déposer des brevets, mais bien de consolider sa position sur un marché. Ainsi, l'éternel problème de l'indépendant qui s'escrime à faire fabriquer, distribuer et vendre le fruit (empoisonné ?) de sa créativité ne se pose même pas à l'inventeur dépendant !
Déposer un brevet, pourquoi ?
Vous avez une idée géniale et vous hésitez à déposer une demande de brevet. Alors, asseyez-vous confortablement, prenez votre tête dans vos mains et posez-vous les questions suivantes :
En cas de doute, prenez l'avis d'une personne compétente, un membre du comité de AS-IRO par exemple, qui peut vous assister en toute objectivité et discrétion. Méfiez-vous de vos amis dont le jugement est biaisé par la crainte de vous décevoir.
Si vous arrivez à la conclusion que vous avez de bonnes raisons de protéger votre invention et de déposer une demande de brevet, rasseyez-vous et poursuivez votre réflexion :
Vous ne pourrez certainement pas répondre seul à l'ensemble de ces questions; l'avis d'un professionnel vous évitera de coûteux désagréments.
Pourquoi pas un business plan ?
Le business plan, ou plan d'affaires, constitue le document clé de toute recherche de financement ou de partenaires. Il vous confortera ou vous dissuadera de vous lancer dans une opération hasardeuse. Pour atteindre son objectif, il doit être attractif, concis, explicite et réaliste. Il doit répondre à toutes les questions importantes que l'on est en droit de se poser. Il comprendra notamment :
L'établissement de ce document vous prendra beaucoup de temps mais ne vous coûtera pratiquement rien. Il pourra vous éviter de cruelles désillusions.
Dominique Noir, ingénieur - conseil