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La premiere ascension du Mont Blanc, du glacier de la Brenva (Route de la Sentinelle)
( 1er et 2 septembre 1927. ) Par T. Graham Brown.
La face est du Mont Blanc s' étend depuis le col de Peuteret, au sud, jusqu' au col de la Brenva, au nord-est. Environ à mi-distance entre ces deux points, et immédiatement au-dessous du sommet du Mont Blanc lui-même, un couloir descend cette face du haut en bas. Ce grand couloir paraît prendre naissance juste au-dessous du sommet du Mont Blanc, et il descend à peu près verticalement vers la branche ouest du glacier de Brenva supérieur, en franchissant une différence de niveau de plus de 1500 m. Du col de Peuteret, la face suit une direction nord-ouest jusqu' au couloir; là, elle change de direction et suit une ligne nord-est vers le col de la Brenva. Une langue de glacier élevée — la branche ouest du glacier de Brenva supérieur — se trouve dans l' angle ainsi formé. De la cabane Torino, on ne voit que la partie supérieure de cette face, car une arête inférieure ( le Pic et l' Aiguille de la Brenva ) gêne la vue qui est d' ailleurs l' une des plus belles des Alpes quand on la voit dans son ensemble de la Tour Ronde.
En 1865, les vainqueurs de la route de la Brenva suivirent le bord nord-est de cette face. Si l'on tourne ses regards vers le sud, c' est seulement après avoir passé au-delà du col de Peuteret que l'on rencontre une autre voie d' ascension — celle par laquelle Güssfeldt atteignit le Mont Blanc en 1893, en gravissant l' Aiguille Blanche et l' arête de Peuteret. Il est vrai que l'on s' est écarté de la route de la Brenva sur la face est, ainsi quand Norman Collie, conduisant la première caravane sans guide, attaqua le mur de séracs trop loin sur la gauche et dut rebrousser chemin pour réussir à le franchir, le jour suivant, plus à droite; et quand R. W. Lloyd, en descendant en 1912, fit un détour dans la direction du Mont Blanc. A part ces exceptions, la face est du Mont Blanc était demeurée vierge.
Mais bien des alpinistes ont dû regarder avec envie cette face de la grande montagne. On dit que Gùssfeldt lui-même l' a examinée et a douté qu' il fût possible de forcer le mur de séracs qui défend le cône terminal du Mont Blanc et qui s' étend presque sans interruption du col de la Brenva au Mont Blanc de Courmayeur. G. E. Matthews, en 1898 ( « Annals of Mont Blanc » ) pense que là seulement s' offrait la possibilité de trouver une nouvelle route conduisant au Mont Blanc — par une traversée partant de la partie supérieure de la route de la Brenva. Preuss croyait qu' une voie d' ascension pourrait être frayée dans la face est, mais la fatalité l' empêcha de vérifier sa théorie. Mallory et G. W. Young estimaient aussi que l'on pourrait trouver une route sur cette face. On croit que Grûnewald et Bischoff avaient, cet été, l' intention de faire une tentative sur cette face, tentative tragiquement interrompue en août. Beaucoup d' autres ont dû jeter les yeux sur la face de la Brenva, mais, pour autant que nous le pouvons savoir, jusqu' à l' été dernier, personne n' y avait mis le pied, dans l' espace compris entre la route de la Brenva et le col de Peuteret. Cette face n' avait pas d' histoire.
F. S. Smythe et l' auteur, inconnus l' un à l' autre, avaient examiné cette face avec convoitise. Tout en faisant, du Montenvers, des ascensions avec diverses caravanes, nous avions passé beaucoup de mauvaises journées de l' été de 1927 à faire du versant italien du Mont Blanc l' objet de nos discussions. Je fus enchanté quand Smythe me proposa d' attaquer ensemble la face de la Brenva dès que nos amis nous auraient quittés. Plus tôt dans l' été, il avait gravi le Mont Blanc par la route de la Brenva: Smythe pensait qu' à la condition d' avoir un temps propice, l' état de la neige serait tel que la nouvelle route pourrait être parcourue cette année — si elle pouvait jamais être gravie. Mais c' était évidemment une route qui exigeait une préparation très minutieuse, et l' une des grandes difficultés qui se présentait à nous était que nous n' avions pas de bonne photographie de la partie inférieure de la face. Si nous avions possédé une photographie prise du Pic de la Brenva ou de la Tour Ronde, nous aurions pu, par avance, repérer une plus grande partie de notre trajet. Dans ces circonstances, il fallut faire la plus grande partie du plan de détail à mesure que la route se déroulait devant nous au cours de l' attaque.
Il y avait beaucoup de problèmes à résoudre et il fallait satisfaire à bien des conditions. En premier lieu, il fallait trouver une brèche dans le grand mur de séracs; en second lieu, il fallait trouver une route conduisant à cette brèche; en troisième lieu, l' horaire de l' ascension devait être établi de telle façon que chaque section de la route fût franchie au meilleur moment de la journée; enfin ( et ce n' était pas le moindre ), le temps et l' état de la neige devaient être parfaits. Au Montenvers, nous ne pouvions élaborer qu' un plan général qui était le suivant: nous essayerions de nous trouver sur la face de la Brenva le quatrième ou le cinquième jour de temps absolument clair et stable succédant immédiatement à une série de mauvais temps ( au moment où nous pensions que l' état de la neige serait le meilleur ); nous tenterions de nous assurer d' un emplacement propice et sûr pour un bivouac et placé aussi haut que possible dans la face pour permettre de rebrousser chemin en cas de mauvais temps; puis nous essayerions de nous frayer une voie d' ascension exactement sur la rive gauche du grand couloir, aussi près que possible de la ligne droite allant du glacier de Brenva au sommet du Mont Blanc.
Il y a différentes manières de décrire une expédition en montagne. Au cours de celle-ci, les sites que nous avons rencontrés défieraient la plume la plus habile. Leur beauté et leur grandeur nous font réaliser que les impressions personnelles que nous a laissées cette ascension sont insignifiantes. Mais, à part la magnificence des vues qui se sont présentées à nous, ce qui nous a peut-être laissé l' impression la plus forte c' est la façon dont les détails compliqués du plan d' attaque sont venus se loger à leur propre place à mesure que la grimpée progressait. Au Montenvers, nous avions naturellement discuté beaucoup de détails susceptibles de se présenter. Mais, à ce moment-là, bien des détails étaient problématiques, rien ne pouvait être précis sauf l' esquisse générale du plan de campagne indiqué plus haut.
Le 21 août nous gravîmes la Petite Aiguille Verte dans des conditions hivernales. Le 23, nous avions projeté de monter à la cabane d' Argentière, mais le temps s' était de nouveau gâté. Nous tînmes un conseil de guerre. Y avait-il encore une chance pour que cette saison nous offrît les six ou sept jours parfaits dont nous avions besoin pour notre ascension? Nous résolûmes de lui accorder encore cette chance, et nous organisâmes une excursion pédestre qui ne nous entraînât pas à plus d' un ou deux jours du Montenvers. Notre idée était de marcher jusqu' au moment où le temps semblerait se stabiliser par vent du nord; puis, de continuer notre excursion pendant un jour, de rentrer au Montenvers le troisième jour et, lequatrième jour(le troisièmejour de beau temps ), de monter au col du Géant. Le soir du 27 août nous étions au col des Aravis et, ce jour-là, le temps s' était graduellement remis; le vent avait tourné au nord. De là, le jour suivant, nous allâmes à pied à Bonneville par un temps superbe. Le 29 août, nous étions de retour au Montenvers; nous avions acheté de nouveaux objets d' équipement ( entre autres des crampons neufs ) et des vivres à Chamonix, et nous dûmes porter tout cela sur nos épaules car le chemin de fer n' avait pas encore repris son service après l' accident.
Dans l' après du 30 août, nous nous mîmes en route pour le refuge du Requin, emportant une tente de bivouac Zdarsky et trois jours de vivres en plus de notre attirail d' ascension habituel. Notre plan consistait à gagner, le lendemain, le glacier de Brenva en passant le col du Trident; puis, après avoir, de la crête frontière, soigneusement étudié la face de la Brenva, de choisir un emplacement de bivouac élevé et d' y monter la même nuit. Le refuge était plein de bruit, Smythe ne dormit pas; aussi, le lendemain matin de bonne heure, nous décidâmes qu' il serait mieux de nous assurer, avant notre ascension, d' une bonne nuit de repos à la cabane Torino. Ce plan offrait en outre l' avan de nous procurer l' aide du grand télescope de la cabane pour étudier attentivement la partie supérieure de notre route. Nous montâmes le glacier du Géant et, une fois au-dessous de la Vierge, nous nous assîmes pour examiner avec un petit télescope la partie supérieure de la face de la Brenva du Mont Blanc. Nous fûmes plus qu' enchantés de voir quelque chose qui semblait nous confirmer dans l' idée que nous avions de pouvoir trouver une brèche dans le mur de séracs, près du sommet du grand couloir. Bientôt nous gagnâmes la cabane Torino, et nous employâmes la matinée et l' après à étudier la partie supérieure de la face de la Brenva ( pl. 1 ).
La partie inférieure de cette face est cachée par l' interposition de diverses crêtes, mais, du refuge, on peut voir la moitié supérieure du grand couloir ( « F » sur le croquis ). Un large couloir secondaire ( « L » ) se trouve à la droite de l' observateur et rejoint le couloir principal juste à l' endroit où celui-ci disparaît au regard. Entre le grand couloir et le couloir secondaire, il y a une côte de rocher incurvée ( « K » ), et une autre côte de roc forme le véritable bord gauche du couloir secondaire ( « M » ). Cette dernière côte offre cet avantage que, de là, il serait possible de retraverser sur la route de la Brenva au cas où la retraite deviendrait nécessaire; mais nous dûmes renoncer à cette côte, en tant que voie d' ascension possible, car elle eût impliqué une très longue et dangereuse traversée sur la gauche, au-dessous de la menace du mur de séracs et à travers des pentes de glace extrêmement raides. C' est pour cela que nous choisîmes la côte séparant le grand couloir du couloir secondaire et que nous fîmes un nouvel examen détaillé de notre route. La côte elle-même semblait très raide. Elle aboutit à une grande paroi de rocher ( « G » ) qui Croquis indiquant: a ) la route de la Brenva ( suivie antérieurement ); b ) la route de la Sentinelle ( 1927 ) ( décrite dans le présent article ); c ) la nouvelle route du Mont Blanc de Courmayeur ( 1928 ).
coupe le couloir secondaire à environ mi-hauteur de la face visible du Mont Blanc. Nous constatâmes que cette paroi pouvait être franchie et qu' on pouvait, de là, accéder aux pentes de glace supérieures toutes parsemées de blocs. En ce point ( comme nous le découvrîmes plus tard ) les jeux de la perspective nous trompèrent énormément. Comparée à la côte de rocher incurvée, cette pente de glace paraissait être d' une déclivité comparativement facile; or, c' est en vérité le contraire. Au-dessus des pentes de glace, nous fûmes contents de découvrir une brèche évidente dans le mur de séracs. En approchant du bord du grand couloir, à l' est, le mur subit une déviation à angle droit ( au-dessus de « E » ), directement dans la direction du sommet du Mont Blanc. Mais, ici, le mur de glace diminue graduellement de hauteur en sorte que nous poumons évidemment le franchir. Maintenant nous étions sûrs que, si nous pouvions atteindre les rochers inférieurs de la côte incurvée, le reste de l' ascension pourrait être effectué en toute sécurité, à l' abri des chutes de glace ou de pierres. Mais pour arriver à la côte, il nous fallait traverser le couloir secondaire, large et raide, évidemment exposé aux chutes de La route suivie ( route de la SentinelleL = Le couloir secondaire, est indiquée par un pointillé et les différentsM = Côte sur la gauche véritable du cou-points en sont marqués par les lettres:loir secondaire. A = Sommet du Mont Blanc.N = La « Sentinelle Rouge ». B = Point approximatif où le mur de glaceO—O = L' arête du col Moore.
et la corniche ont été franchis.P = Col Moore.
C = Côte de glace conduisant à la brècheQ = petit pic au S E du col Moore.
dans le mur de séracs.R = Arêt de Moore sur la route de la D = Mur de séracs au NE de la voie d' asBrenva.
cension.S = Arête de glace sur la route de la E = Les rochers terminaux.Brenva.
F—F = Le grand couloir.Les flèches indiquent la direction dans G = Placés au-dessus du précipice.laquelle ont été prises les vues illustrant cet H = Arête de glace au haut de la côtearticle; les chiffres sur les flèches correspon- tortueuse.dent aux numéros des illustrations, et chaque K = Côte de rocher tortueuse entre leflèche part de la place d' où la photographie Grand Couloir et le couloir secondaire.en question a été prise.
glace provenant du mur de séracs. Nous décidâmes qu' il fallait traverser ce couloir aussi tôt que possible le matin et que, par conséquent, il convenait de trouver un emplacement de bivouac abrité quelque part près du couloir, mais sur le versant Brenva de celui-ci. Nous pensâmes que, peut-être, on pourrait découvrir un tel emplacement sur la partie inférieure de l' arête qui forme le véritable bord gauche du couloir secondaire, mais cette partie de l' arête était cachée à nos regards.
Nous nous mîmes en route à 3 h. 30, le matin suivant, pour le col du Trident; l' air était chaud, et, en passant le col des Flambeaux, nous rencontrâmes une neige profonde et molle. Nous la brassâmes jusqu' au de l' Aiguille de Toule, puis nous étudiâmes à nouveau nos plans. Nous avions déjà perdu un jour par suite de notre aventure à la cabane du Requin, et l' état de la neige était de mauvais augure. En conséquence, nous résolûmes de retarder notre ascension d' un jour et, entre temps, de gravir la Tour Ronde afin d' obtenir une bonne vue de la partie inférieure de la face de la Brenva; puis, nous retournerions à la cabane Torino et nous nous mettrions en route le lendemain matin pour de bon. Pour rendre cette expédition plus intéressante, nous résolûmes de traverser l' arête frontière pour aller à la Tour Ronde, puis, ayant attendu la lumière de l' aube, nous montâmes au col est de Toule. De ce col, nous traversâmes l' Aiguille de Toule, l' arête du col ouest de Toule et montâmes à la pointe est de l' Aiguille d' Entrèves. De ce point, nous descendîmes de nouveau sur le glacier du Géant et traversâmes une petite langue de glacier, au pied de l' arête sud-est de la Tour Ronde. De là, par un couloir rapide, nous atteignîmes l' arête, et, comme nous en foulions le sommet, à 9 h. 15, toute la face du Mont Blanc de la Brenva nous apparut soudain. Après avoir admiré cette vue magnifique, nous nous occupâmes d' examiner avec soin la partie inférieure de notre route ( voir croquis ). Nous vîmes le petit pic ( « Q » ) et le petit col ( « P » ) juste au pied de la route de la Brenva. L' arête de Moore ( « R » ), sur la route de la Brenva, montait en oblique, à droite de ce col, vers le col de la Brenva. Nous vîmes le grand couloir ( « FF » ) descendant presque verticalement du sommet du Mont Blanc, et nous pouvions voir maintenant la partie inférieure de la vraie arête gauche du couloir secondaire ( « M » ). Un peu sur le versant Brenva de l' arête, et à peu près au niveau de sa base, il y avait un éperon rouge bien visible, avec une face perpendiculaire ( « N » ). Nous décidâmes sur le champ que là était la place désignée pour notre bivouac.
Depuis lors, nous avons nommé cet éperon la « Sentinelle Rouge ». Il fournit apparemment le seul emplacement sûr pour un bivouac sur toute la face de la Brenva. Il est exactement placé dans la bonne situation pour entreprendre de bonne heure le matin la traversée du couloir secondaire; et, comme nous le réalisâmes plus tard, il est placé de telle manière que l'on y peut monter du glacier de la Brenva, le soir, en toute sécurité. La Sentinelle Rouge se détache nettement sur la face de la montagne et elle est couronnée d' une arête de glace remontante, une copie en plus petit de la fameuse arête de la route de la Brenva. L' expérience que nous fîmes, plus tard dans la nuit, nous montra qu' elle offre une protection efficace même contre les plus grosses avalanches de glace. Mais il restait un problème dont la solution nous était cachée. Comment gagnerions-nous la base de la Sentinelle Rouge? Quelque voie que nous prenions, il fallait en tout cas gagner d' abord le petit col au pied de l' arête de Moore, sur l' arête de la Brenva. De l' autre côté de ce col — pour lequel nous proposons le nom de col Moore — se trouve la branche ouest du glacier de Brenva supérieur, à un niveau inférieur à celui de la branche centrale que nous aurions à traverser pour aller au col. Il semblait possible que l'on pût atteindre la Sentinelle Rouge soit par une traversée montante à travers la face de la Brenva en partant du col Moore, soit en descendant du col sur le glacier occidental, puis en grimpant directement dans les rochers jusqu' à la Sentinelle. Du lieu où nous étions, nous ne pouvions pas voir en détail cette portion de la route, aussi nous fallut-il retarder la solution du problème jusqu' au moment où nous serions au col Moore. En tout cas, nous décidâmes que, quelle que fût la route choisie, nous attendrions sur les rochers au pied de la route de la Brenva que les pentes de neige au-dessus de nous soient restées suffisamment longtemps dans l' ombre du soir pour permettre que la neige soit de nouveau gelée. Nous avions soigneusement noté l' heure à laquelle le soleil quittait cette partie du couloir visible de la cabane Torino, et nous pensions avoir assez de temps pour gagner la Sentinelle Rouge après avoir fait une halte suffisamment longue au col Moore.
Notre examen et un court repas nous avaient pris trois quarts d' heure, et il était maintenant 10 heures. La neige, sur le versant sud de l' arête frontière, se trouve être en excellent état; nous modifiâmes donc nos plans et résolûmes de hâter l' ascension. Nous étudiâmes une voie allant de l' endroit où nous étions jusqu' au glacier de Brenva supérieur, et nous nous mîmes en route. En traversant l' abrupte face de la Tour Ronde, nous atteignîmes le col est de la Tour Ronde, nous suivîmes l' arête jusqu' aux rochers de l' autre côté du col et descendîmes de là sur le glacier supérieur de Brenva ( cette traversée nous a probablement fait gagner deux heures ). Après avoir longé l' arête frontière en dessous, nous descendîmes bientôt sur la branche centrale du glacier de Brenva et, dans une neige profonde et molle, nous fîmes, dans la ligne de ses crevasses, un contour jusqu' au pied du col Moore ( voir croquis ). La neige était molle et la pente raide du col Moore fut très difficile. Nous arrivâmes sur sa crête à quelque distance au sud-est du col et passablement au-dessus ( à gauche " O " ). De là, nous pouvions voir toute la partie inférieure de notre route. La voie présumée descendant du col à la branche ouest du glacier de Brenva supérieur fut sur le champ écartée à cause des débris de mauvais augure qui gisaient sur le replat du glacier et à cause de l' incertitude où nous étions de pouvoir franchir les crevasses défendant les rochers dans la direction au-dessous de la Sentinelle Rouge. La traversée supérieure de la face de la Brenva, depuis le col Moore jusqu' à la Sentinelle Rouge, semblait faisable si l' état de la neige s' améliorait assez pour permettre un passage rapide.
Nous trouvâmes que la crête du col Moore était une mince arête de glace couverte de neige molle et mouillée. Nous descendîmes cette crête jusqu' au col lui-même, puis nous gravîmes l' arête du col de l' autre côté, dans la direction de l' arête Moore sur la route de la Brenva. Des deux côtés, la neige molle se détachait en avalanches sous nos pieds et, pour finir, nous dûmes terminer ce passage à cheval dans la neige mouillée. Nous montâmes jusqu' à un point juste au-dessous des premiers rochers de l' arête Moore, puis une courte traversée nous conduisit jusqu' à des rochers où nous pûmes nous asseoir confortablement au soleil ( près de la droite « 0 » ). Il nous avait fallu une heure pour passer la crête Moore, à partir de l' endroit où nous l' avions atteinte. Nous ôtâmes nos vêtements mouillés et les séchâmes. Un repas bienvenu nous aida à passer le temps. Ensuite, nous restâmes assis au soleil et contemplâmes la vue impressionnante de l' Aiguille Blanche et de l' arête de Peuteret. Pendant deux heures le soleil nous éclaira, puis l' ombre du Mont Blanc nous enveloppa; mais nous avions encore une heure à attendre.Vers la fin de cette heure-là, nous éprouvâmes à maintes reprises la neige au-dessous de nous jusqu' à ce que nous eussions trouvé que sa consistance était devenue bonne. Aussi loin que nous pouvions voir notre route, celle-ci consistait en une série de traversées de couloirs raides, et nous savions que l' état de la neige serait meilleur à mesure que nous nous rapprocherions de la Sentinelle Rouge. A 16 h. 53, nous partîmes et traversâmes l' un après l' autre trois couloirs rapides dans de la bonne neige; dans le second d' entre eux nous passâmes un profond sillon d' avalanche. Le troisième couloir nous amena au bord d' un couloir de glace plus étroit et raide, évidemment balayé par les séracs situés au sud-ouest de la route de la Brenva. Nous passâmes ce quatrième couloir à la course et demeurâmes haletants, de l' autre côté, sous l' abri partiel de quelques rochers. Nous restâmes étendus là dix minutes, puis, en 35 minutes, par une pente de neige rapide semée de rocs, nous grimpâmes qu' à la base de la Sentinelle Rouge, où nous arrivâmes à 19 h. 10.
La Sentinelle Rouge était aussi favorable qu' elle nous l' avait promis. La pente raide que nous avions montée se terminait au pied d' un éperon de roc poli, presque perpendiculaire, sans aucune crevasse intermédiaire. Au pied de ce roc, et exactement au milieu de sa base, une grande dalle penchée en dedans faisait saillie; elle était couronnée d' un cône de neige et de glace dans lequel nous creusâmes rapidement une niche, puis nous fîmes nos préparatifs pour la nuit.
Le coucher de soleil fut sans doute étincelant; mais nous ne pûmes le voir. Ce que nous vîmes: l' ombre du Mont Blanc montant dans l' est frangée de rayons sombres, les magnifiques ombres violettes dans les vallées et la lueur dorée sur les monts — furent une ample compensation pour le spectacle que nous avions manqué. Nous fîmes un repas et prîmes nos dispositions pour la nuit: nous enlevâmes nos crampons, nous nous attachâmes solidement à nos piolets et disposâmes la tente de bivouac Zdarsky. Il n' y avait pas un souffle de vent, et la flamme de notre bougie brûlait droite dans l' espace. Mais le froid était intense en cette nuit de septembre et nous ne pûmes dormir ni l' un ni l' autre. Une fois, pendant la nuit, nous entendîmes trois gémissements montant de la direction du glacier de Brenva. Leur cause était sans doute prosaïque, mais ils nous parurent mystérieux. Toute la nuit, nous entendîmes le fracas de chutes de rochers, surtout dans la direction du col de Peuteret et d' un endroit pourri, près du Trident de la Brenva, que nous avions passé plus tôt dans la journée. Pendant la nuit, il y eut une fois une grande chute de glace provenant du mur de séracs au-dessus de nous, et la glace dégringola dans les couloirs de chaque côté de la Sentinelle Rouge, à quelques mètres de nous. Tout trembla. Nous avions gardé nos chaussures pour ne pas retarder notre départ le matin et, toute la nuit, nous ne cessâmes de mouvoir nos orteils. Le froid devint plus intense jusqu' au moment où nous eûmes le bonheur de voir la première lueur grise à l' orient. Smythe prépara encore une boisson chaude, la dernière d' une série qui nous avait soutenus au cours de la nuit, et nous repartîmes à 5 h. 30.
Passant le long de la base de la Sentinelle Rouge, nous nous élevâmes un peu sur sa face extérieure, puis traversâmes en hâte un autre couloir de glace rapide. Sur le versant extérieur de celui-ci, nous montâmes jusqu' à la vraie arête gauche du couloir secondaire et la traversâmes, puis nous descendîmes dans le couloir lui-même sur l' autre versant de l' arête. Il y avait, un peu au-dessus de nous, sur l' arête, un éperon assez saillant, à l' abri duquel nous montâmes, aussi rapidement que nous pûmes, le bord du couloir secondaire. Bientôt, nous nous trouvâmes un peu au-dessous du niveau des rocs inférieurs parsemant l' autre versant de ce couloir large et rapide, et, en cet endroit, nous résolûmes de traverser. Une traversée légèrement montante nous conduisit de l' autre côté, et nous eûmes le plaisir de découvrir que le sillon d' avalanche au milieu du couloir pouvait être passé sans grande difficulté. Nous fûmes bientôt au pied de la côte tortueuse qui dégringole entre le grand couloir et le couloir secondaire, et nous nous élevâmes jusqu' au moment où nous fûmes à l' abri d' un petit éperon rouge ( à gauche et au niveau de « L » ). En cet endroit — que nous atteignîmes à 7 h. 10 — nous étions hors d' atteinte des chutes de débris, et le reste de l' ascension nous sembla également à l' abri. Jusqu' ici nous avions avancé aussi vite que possible, mais nous n' avions rien vu ni entendu tomber sur la face de la Brenva. Ce ne fut qu' à la fin de notre halte d' une heure en ce lieu, que nous vîmes les premières chutes dans le couloir que nous avions passé. Nous prîmes notre déjeuner et admirâmes la vue magnifique. Les Grandes Jorasses à l' est ( pl. 2 ), le col Moore à nos pieds et, entre eux, la Tour Ronde et l' arête frontière. Il y avait un brouillard matinal dans les vallées, mais, dans le lointain, le Mont Rose, le Cervin, le Combin, les montagnes de Colne, étaient nets et étincelants. L' arête gauche du couloir secondaire était imposante, et le couloir lui-même impressionnant dans sa raideur ( pl. 4 ). Au-dessus de nous, le mur de glace regardait menaçant la déclivité des pentes de glace supérieures.
Nous nous remîmes en route à 8 h. 10 pour monter la côte de roc tortueuse que nous supposions être la partie la plus dure de notre ascension. Nous tournâmes le petit éperon rouge, à droite, par des rochers difficiles, nous nous élevâmes jusqu' à la crête par de la glace raide et suivîmes une étroite arête de neige jusqu' à ce que nous nous trouvâmes repoussés sur la droite dans une traversée sur de la glace très rapide et au-dessus de rochers. Une autre montée dans la glace et la neige rapide nous ramena sur la crête sur laquelle nous pûmes maintenant continuer à nous élever. Le rocher était en somme extrêmement solide — d' ailleurs, la solidité du rocher, d' un bout à l' autre de notre ascension, fut remarquable — et nous arrivâmes au sommet de la crête à 10 h. 30. Là, nous nous assîmes pour prendre un léger repas ( à « H » ). A quelques mètres au-dessous de nous, un morceau de bois était fiché dans les rochers: il ressemblait à une pièce d' aéroplane, mais ce pouvait bien être un morceau de l' observatoire Jansen descendu à travers le sommet du Mont Blanc. Vue d' ici, la magnificence du grand couloir ne se peut décrire. De l' autre côté de notre crête, à notre niveau, le couloir secondaire se terminait au pied de la paroi de rocher contre laquelle aboutissait notre crête et dont elle était séparée par une arête de neige et de glace étroite, plus ou moins horizontale. Nos regards plongeaient sur le sommet de l' arête de glace de la Brenva ( pl. 5 ). Au-dessus de nous, nous pouvions voir le grand mur de séracs dominant les pentes de glace rapides qui tombent sur le bord supérieur de la paroi de rocher. Ici, nous construisîmes un petit cairn et plaçâmes nos noms dans une boîte en fer-blanc; nous repartîmes à 11 h. 15.
L' arête de neige nous conduisit au pied de la paroi de rocher, et nous nous aperçûmes que nous pouvions la franchir par une cheminée oblique que nous montâmes pour nous trouver sur les pentes de glace terminales.
L' examen que nous avions précédemment fait de la route, nous avait laissé espérer que l' inclinaison s' atténuerait ici et que la partie la plus difficile de l' ascension serait terminée une fois que nous aurions atteint les pentes de glace supérieures. Les lois de la perspective nous avaient trompés, car nous découvrîmes maintenant que c' était tout le contraire. Non seulement la partie la plus raide et la plus dure de l' ascension restait à faire, mais encore les pentes de glace étaient couvertes d' une mince couche de neige mouillée. Ces pentes sont indistinctement parsemées de rocs, et, d' en bas, chacun semblait promettre que ce serait plus facile au-dessus — une promesse qui ne se réalisait pas une fois qu' on l' avait franchi. Il ne semble pas que le choix d' une autre route soit susceptible de fournir une atténuation dans l' inclinaison de ces pentes de glace, et, en outre, la glace est d' une dureté et d' une solidité exceptionnelles. Nous gravîmes les pentes de glace par une série de traversées montantes, sur la gauche ou sur la droite, d' un groupe de rocs à un autre. Deux de ces traversées furent longues; les rochers que nous avions à escalader étaient parfois difficiles — en tout cas, ils étaient difficiles à monter avec des crampons, à cette altitude et vers la fin de deux jours d' ascension pénible. Notre intention était de monter le plus haut possible sur la gauche pour ne pas arriver trop au-dessous du grand mur de séracs en un point où il surplombe beaucoup. Mais les pentes nous poussaient toujours sur la droite, sans qu' il y eût de danger. Enfin, nous parvînmes aux rochers terminaux, au niveau du pied du grand mur de séracs ( à « E » ).
A cet endroit, la vue était — si c' est possible — encore plus magnifique qu' avant. Nous pouvions maintenant voir, là-bas, l' arête de Peuteret à égalité d' altitude, et le grand mur de séracs s' allongeant au même niveau que nous, à notre droite, était l' un des spectacles les plus splendides que nous puissions jamais espérer contempler ( pl. 6 ). A nos pieds s' étendait la route que nous avions parcourue: nous en pouvions voir la plus grande partie. Son incli- liaison moyenne est très grande, probablement 50°. Les pentes de glace rapides tombent de la base du mur de séracs jusqu' au sommet du grand mur, au-dessus du couloir secondaire. Au-delà de ce mur, nos regards plongeaient directement sur le couloir secondaire lui-même, et sa véritable arête gauche était déformée par la perspective en une masse informe et raccourcie. Nous pouvions regarder en bas sur l' arête de glace de la Brenva et, au-delà, sur la surface du glacier de Brenva ( pl. 8 ). Nous plongions directement dans ses crevasses.
Immédiatement au-dessus de nous, le mur de glace était comparativement bas et bordé d' une superbe frange de glaçons. Plus loin, sur la droite, le mur de glace augmentait beaucoup de hauteur, mais, un peu à notre gauche, il semblait tourner dans la direction du Mont Blanc. Nous nous rendîmes compte qu' on pouvait le franchir. Au-dessus, à notre gauche, à peut-être 35 mètres de nous, il y avait une côte de glace arrondie et très raide ( marquée « C » ) qui monte rejoindre, passablement au-dessus, les restes du mur de séracs. Nous traversâmes jusque là par de la glace encore plus raide, et quand nous l' atteignîmes, nous fûmes remplis de joie en voyant qu' il n' y avait plus de difficultés sérieuses devant nous. Smythe avait, pendant trois heures, taillé des marches sur ces pentes finales, mais il nous semblait qu' il devait encore y avoir pour trois ou quatre heures de taille devant nous. Nous remarquâmes toutefois cinq à sept centimètres de neige mouillée sur le versant nord de la côte. Smythe tailla des marches jusque là et trouva qu' elle était juste assez gelée pour que, avec une marche ici et là, nos crampons Eckenstein y puissent gripper. Avec prudence, nous montâmes la côte dans la direction des restes du mur de séracs. Celui-ci avait maintenant perdu de sa majesté et ne consistait plus qu' en blocs de glace arrondis vers lesquels nous nous dirigeâmes en un point où la glace était coupée de petites crevasses. Ici nous franchîmes les restes du mur; puis une courte montée, encore sur de la glace raide, nous mena à la corniche. Smythe la fit dégringoler et, à 15 h. 30, nous passâmes à travers pour atteindre les dernières pentes, à environ 120 mètres au-dessous du sommet du Mont Blanc ( près de « B » ).
Ce fut un soulagement indescriptible. L' inclinaison de la montée avait été telle depuis que nous avions quitté la place du déjeuner, après avoir traversé le couloir secondaire, que nous ne nous étions jamais déplacés en même temps sauf le long de l' arête de neige par laquelle se terminait la côte tortueuse. Ici c' était donc la véritable fin de l' ascension. Nous nous serrâmes la main et saluâmes l' Italie de nos piolets. Puis nous regardâmes en bas. Au-dessous de nos pieds, l' ombre du Mont Blanc commençait à traverser le premier couloir que nous avions passé après avoir quitté le col Moore le jour précédent. Le grand couloir était plein d' ombre, et toute notre route se montrait en raccourci au-dessous de nos pieds. Nous regardâmes en bas le long de l' arête de Peuteret et nous vîmes l' Aiguille Blanche de Peuteret qui apparaît au-dessus d' elle. Nous nous dirigeâmes vers le Mont Blanc et, passant un peu à droite, nous en gagnâmes lentement le sommet; chemin faisant, nous donnâmes un coup d' œil au sommet des Petits Mulets. Toute la montagne semblait silencieuse et solitaire à cette heure tardive, et nous la sentîmes plus particulièrement nôtre. Nous arrivâmes au sommet à 16 h. 15 et nous fîmes une halte, puis nous gagnâmes bientôt la cabane Vallot, où, avant d' entrer, nous eûmes un repas splendide. Puis nous nous enveloppâmes dans les couvertures malpropres, et nous causâmes paresseusement de notre ascension. En cette journée — la quatrième depuis que nous avions quitté le Montenvers — le temps avait encore été superbe, et tout en demeurant étendus nous ne pouvions penser à rien autre qu' à notre bonne chance. Non seulement nous avions saisi la seule série de beau temps de cet été atroce, mais tout ce qui concerne l' ascen s' était bien passé. La route, compliquée en elle-même, est nouvelle du bas en haut, et il paraissait presque miraculeux que l' ascension ait réussi à la première tentative, sans que nous ayions fait nous-mêmes, ni personne d' autre ( pour autant que nous le savons ), une exploration préalable. En une seule circonstance nous avions rebroussé chemin — quand il nous fallut revenir de cinq minutes en arrière sur les pentes supérieures parce qu' une traversée dans la direction de certains rochers semblait offrir une voie d' ascension moins difficile que la montée directe sur la pente de glace au-dessus de nous. Et l' horaire correspondant aux diverses parties de la route s' était révélé parfait; il n' y avait eu aucune chute de pierre ou de glace sur les parties exposées de notre route, sauf longtemps après que nous y avions passé. Ce ne fut que le lendemain matin, quand nous traversâmes le pied du couloir juste au-dessus de la cabane de Tête Rousse, qu' un bloc tomba près de nous. Nos pensées retournaient peut-être principalement et toujours avec affection à la Sentinelle Rouge qui paraît avoir été placée exprès pour l' ascension. Comme elle joue un rôle prédominant dans l' ascension et la rend possible et sans danger, nous avons depuis lors proposé d' appeler cette voie d' ascension la « Route de la Sentinelle ».
Le matin suivant, nous fûmes réveillés par les premières personnes montant des Grands Mulets. Le temps, quoique moins sûr que les jours précédents, promettait cependant d' être bon, et nous dormîmes un peu plus longtemps. Puis nous sacrifiâmes toutes les provisions qui nous restaient pour faire un copieux déjeuner, et nous descendîmes par l' Aiguille du Goûter et Tête Rousse. Nous arrivâmes au Montenvers par le dernier train avec quelques gouttes de pluie; dix minutes après notre arrivée à l' hôtel, la pluie tombait à torrents.
Description des planches.
Planche 1. Le Mont Blanc vu de la cabane Torino.
La photographie a été prise l' après; elle montre le grand mur de glace qui s' étend du col de la Brenva ( à l' extrême droite ) jusqu' au Mont Blanc de Courmayeur ( le sommet à gauche ). On voit le grand couloir exactement au milieu de la photographie, et la côte de rocher tortueuse que nous avons grimpée immédiatement à sa droite ( véritablement à gauche ). Quand le mur de séracs s' approche du grand couloir, il semble disparaître entièrement. Il change de direction en ce point et, très réduit, part vers le sommet du Mont Blanc. A cause de l' éclairage direct du soleil, cette partie du mur ne se montre pas sur cette photographie.
Planche 2.
Vue de l' emplacement du déjeuner au pied de la côte tortueuse ( matin de bonne heure ). A l' horizon, dans l' angle de droite, on voit ( de droite à gauche ) le Cervin, le Grand Combin et la Dent Blanche. La chaîne du Mont Blanc, des Grandes Jorasses aux Courtes, continue l' horizon vers la gauche. Plus bas on voit la Tour Ronde. La tour de rocher sur le bord de la pente la plus rapprochée, dans L' angle gauche, est celle qui se trouve sur le bord extérieur de la crête de glace sur la route ordinaire de la Brenva.
Planche 3.
La face de la Brenva du Mont Blanc prise de la Tour Ronde ( matin ). ( Voir le croquis, page 391. ) Planche 4.
Photographie également prise de l' emplacement du déjeuner au pied de la côte tortueuse — en regardant à travers le couloir secondaire vers sa vraie rive gauche. La photographie montre la raideur du couloir secondaire. Cette vue donne aussi une bonne idée du genre de rocher rencontré sur la côte tortueuse dont l' inclinaison générale était toutefois plus accentuée. On voit les Droites dans le lointain à droite.
Planche S.
Vue à vol d' oiseau en regardant du sommet de la côte tortueuse ( « H » dans le croquis ). La Tour Ronde et l' arête frontière s' allongent à environ un tiers de la distance en partant du sommet. Plus bas, au centre de la photographie, on voit nettement l' arête de glace de la route ordinaire de la Brenva et la tour de rocher à son extrémité. Au bas de la photographie on voit ( très en raccourci ) la moitié supérieure de la vraie arête gauche du couloir secondaire — en bas duquel nous plongeons presque directement. Le point où il fut traversé est beaucoup plus bas ( hors de cette vue ). Les rochers raides à gauche de la moitié inférieure de la photographie sont ceux du précipice ( « G » dans le croquis ).
Planche 6.
Le grand mur de glace pris d' un point juste au-dessous des rochers terminaux ( après-midi ). Cette partie est la plus surplombante du mur qui est immédiatement au-dessus du couloir secondaire et immédiatement à droite de la route de la Sentinelle. La vue donne aussi une idée de la raideur des pentes de glace terminales.
Planche 7.
Vue de l' arête de Peuteret prise d' un point situé sur les pentes de glace terminales. L' Aiguille Blanche de Peuteret est cachée par la crête. On voit dans le lointain le Ruitor, le Grand Paradis et la Grivola.
Planche 8.
Vue à vol d' oiseau en regardant en bas dans la direction de l' arête de glace de la Brenva d' un point situé juste au-dessous des rochers terminaux ( après-midi ). L' arête de glace de la Brenva ( « S » dans le croquis ), avec la tour de rocher vers son extrémité la plus éloignée se voient exactement au milieu de la photographie, vers le haut; le col Moore avec le petit pic se voient près du bord droit. Immédiatement au-dessous de la tour sur la route de la Brenva, le fragment de roche noire est celui situé à l' extrémité du précipice ( « G » dans le croquisle bord de neige de sa partie la plus rapprochée se détache sur le roc noir. La vraie arête gauche, très raccourcie, du couloir secondaire, descend du précipice vers le coin droit en bas. Il est probable que le point où il a été traversé est juste visible au-dessus du rocher le plus rapproché, vers l' angle droit inférieur. Les couloirs traversés en montant à la Sentinelle Rouge se voient sur cette vue immédiatement au-dessous du col Moore, mais la Sentinelle Rouge elle-même est derrière la crête du couloir secondaire. L' arrière derrière l' arête de glace de la Brenva est la surface du glacier de Brenva.
NB. M. le professeur T. Graham Brown a bien voulu nous envoyer la courte note ci-dessous relative à La première ascension directe du Mont Blanc de Courmayeur, en partant du glacier de la Brenva. Nous sommes heureux d' informer nos lecteurs que M. T. Graham Brown rédige pour un prochain numéro des « Alpes » une relation détaillée de cette nouvelle ascension.
Les 6 et 7 août 1928, MM. T. Graham Brown et F. S. Smythe sont montés de la « Sentinelle Rouge » au Mont Blanc de Courmayeur par l' arête au sud du Grand Couloir.
Jusqu' à la « Sentinelle Rouge », le trajet fut le même que celui effectué en 1927, mais depuis là ( par exemple le deuxième jour de l' ascension ) les deux routes sont entièrement différentes, et celle de 1928 doit être considérée comme une route nouvelle et non comme une variante de la « route de la Sentinelle Rouge ».
Le pied du Grand Couloir fut traversé tout de suite après que l'on eut quitté la « Sentinelle Rouge », et, de là, la ligne d' ascension suivit l' arête qui est au S. du Grand Couloir, jusqu' au point où le mur de séracs terminal fut franchi au sommet de l' éperon final de l' arête. L' arête consiste en partie en une série d' arêtes de glace raides et exceptionnellement étroites, dont les crêtes sont si minces que la lumière du soleil les traverse. L' éperon terminal fut particulièrement difficile, et toute cette route offre un plus haut degré de difficulté que la route de la Sentinelle Rouge, mais elle est complètement exempte de dangers objectifs, excepté pendant la traversée du Grand Couloir ( environ 10 minutes ). La montée au sommet du Mont Blanc de Courmayeur prit 14 heures 50 minutes, et il fallut encore 1 heure 15 minutes pour aller au refuge Vallot en passant par le sommet du Mont Blanc. Les haltes comptent pour 1 heure 35 minutes dans le total.