Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06989.jsonl.gz/607

Le livre s’attache dans sa première partie à examiner ce qui explique la suprématie incontestable que l’Occident a acquise sur le reste du monde depuis le 18e siècle, et qu’il conserve toujours en grande partie aujourd’hui.
Si, au début du 16esiècle, la Chine et l’Empire ottoman sont encore plus avancés dans de nombreux domaines, l’essor de l’Occident va lui permettre de les rejoindre, les dépasser puis les dominer. A quoi est dû cet essor ? Le livre identifie les facteurs clés du succès de l’Occident en les plaçant chaque fois en regard des situations chinoise et ottomane. Parmi les raisons principales de la prédominance occidentale, il souligne que la géographie de l’Europe lui assure d’énormes avantages en termes climatiques, d’agriculture et de facilité des échanges. Elle a aussi un effet déterminant sur sa structure politique puisque le dessin côtier très découpé et les frontières naturelles bien marquées engendrent la diversité et la stabilité de ses Etats. Cette configuration éclatée, à l’inverse de celle des grands empires orientaux, stimule la concurrence des nations, favorise la recherche scientifique, le développement du commerce et de l’industrie, la révolution militaire et l’instauration d’institutions rationnelles étatiques.
C’est sur ce socle que sont édifiés les six éléments qui distinguent l’Occident des autres civilisations et lui procurent les moyens de sa domination :
·l’idée de progrès impose la vision d’une ascension infinie vers le mieux ;
·la raison conquiert son autonomie en se libérant des contraintes religieuses et fournit les instruments de compréhension des lois qui régissent le monde et les outils pour agir sur lui ;
·sa capacité d’autocritique le pousse constamment à se remettre en question ;
·l’Etat-nation : il permet la subordination de toutes les forces de l’Etat au service de sa politique ; il se distingue des empires multiculturels de l’Orient par sa conception des sources de la loi, de la légitimité, des modes de désignation et de succession des gouvernants, du rôle des citoyens dans l’exercice du pouvoir ;
·l’art militaire : il soumet la stratégie et la conduite des armées aux impératifs de la raison et, conjugué à la suprématie scientifique et technologique, dote l’Occident des moyens de conquête du monde ;
·le dynamisme du système économique où une classe de marchands, d’industriels et de financiers, mue par l’idée de progrès, inspirée par les doctrines des économistes libéraux, ouverte à l’application des découvertes technologiques, âpre au gain, mais transcendée par une éthique de travail d’essence calviniste, pérennisée par le droit de propriété qui la met à l’abri de l’arbitraire qui règne en Chine et dans l’Empire ottoman, domine le commerce maritime, conquiert les marchés d’outre-mer et, facteur capital, sait exploiter les avancées technologiques pour accomplir la révolution industrielle qui va creuser l’écart avec les autres civilisations.
La deuxième partie du livre analyse la situation de l’Occident en ce début du 21e siècle à partir des grandes modifications qui remodèlent l’ordre international. Le monde bipolaire, structuré par la rivalité des USA et de l’URSS prend fin en 1991 ; il est remplacé, après une brève période de règne incontesté des USA, par une configuration instable où de nouveaux centres de pouvoirs émergent sans qu’il soit encore possible de discerner les contours du nouveau système de relations internationales qui se met en place, ni les règles qui le régiront. L’évolution démographique, les risques climatiques accrus, le déplacement de la puissance économique vers l’Asie, l’apparition de nouvelles puissances régionales, l’expansion de l’islam fondamentaliste, les effets de la mondialisation et les rejets qu’elle suscite érodent et menacent les positions de l’Occident.
Les instruments de sa puissance apparaissent affaiblis : l’Etat-nation est contesté par le haut en raison de la création d’espaces supranationaux, il l’est aussi par le bas par la multiplication des revendications irrédentistes et particularistes de sociétés devenues hétérogènes à qui la présence de plus en plus affirmée de l’islam pose de graves défis. Les dispositifs militaires des pays occidentaux ne sont plus adaptés aux types de conflits asymétriques qui ensanglantent les zones de crise alors que dans les sociétés développées les menaces de la criminalité et du terrorisme ont succédé à celles des agressions militaires ; les crises économiques et financières ébranlent ses économies ; son avance en matière de recherche scientifique se réduit. Les conditions qui ont favorisé son expansion se modifient. Affaibli démographiquement, essoufflé économiquement, sa suprématie militaire questionnée par les nouvelles formes de conflit, ses institutions politiques peinant à s’adapter aux défis de la mondialisation et aux revendications de sociétés devenues plus hétérogènes, l’Occident doute de ses valeurs, culpabilise sur son passé, s’interroge sur son avenir. Plus grave, l’autocritique constructive qui l’a rendu capable de corriger ses pires excès se transforme en critique destructrice et paralysante dont le politiquement correct n’est que l’une des formes débilitantes.
L’Occident conserve toutefois de grands atouts qui devraient l’aider à maintenir une place de premier plan dans le monde de demain : il n’est pas menacé militairement, son PIB représente toujours une part importante du PIB mondial, ses universités demeurent parmi les meilleures du monde et sa science reste à la pointe. La question qui se pose est de savoir s’il saura mobiliser ses forces comme il l’a fait pour résister au totalitarisme ou si, fatigué et culpabilisé, il renoncera à défendre les valeurs et les institutions qui sont les siennes.
La troisième section de l’ouvrage, en s’appuyant sur les enseignements que peut présenter l’histoire de la fin des empires et des civilisations, et en prenant en compte les lignes de force, les tendances et les facteurs d’incertitude que l’on peut identifier aujourd’hui, établit trois scénarios (optimiste, réaliste, pessimiste) en fonction d’hypothèses sur l’évolution démographique, l’état des ressources, le développement économique et ses conséquences pour les classes moyennes, les risques de conflit et les structures de l’ordre international qui se met en place et dont la stabilité ou l’instabilité dépendront du type de relations qui s’établiront entre la Chine et les USA.
La conclusion pose la question de savoir s’il faut défendre l’Occident et répond qu’il faut défendre ce qu’il représente, c’est-à-dire ce que nient ou combattent ses adversaires : la séparation du politique et du religieux, la liberté d’expression et de croyance, l’égalité des sexes, les choix individuels. Ce combat ne doit cependant pas être l’apanage d’un Occident blanc et chrétien défini géographiquement, il doit être élargi à tous les peuples qui se rattachent à une modernité définie par ces valeurs que l’on doit considérer comme universelles.