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Il y a trois plans-directeurs pour la ville de Jérusalem. Le plus connu est le Plan directeur Jérusalem 2020, publié pour la première fois en 2004. Les deux autres sont peu connus : le Plan Marom (1), un plan commandité par le gouvernement, et le Plan Jérusalem 5800 (également connu comme Jérusalem 2050) (2), résultat d’une initiative du secteur privé.
Ces plans directeurs se renforcent les uns les autres pour maximiser le nombre de juifs et réduire le nombre de Palestiniens à Jérusalem par des processus de colonisation, de déplacement et de dépossession.
Les plans se concentrent en particulier sur le développement du tourisme dans la ville, de l’enseignement supérieur et de la haute technologie. La planification urbaine et l’application des lois sont quelques-unes des méthodes par lesquelles les plans fonctionnent pour assurer une majorité juive et limiter l’expansion urbaine des Palestiniens.
Pour s’opposer à la colonisation de Jérusalem, il faut créer des comités populaires qui défendent les droits des résidents de Jérusalem Est et servent conjointement d’organe représentatif au niveau local et international.
Une destination juive pour le tourisme, l’enseignement supérieur et la haute technologie
L’expansion du secteur du tourisme à Jérusalem est au cœur des trois plans de développement. Le tourisme est considéré comme un moteur du développement économique pour attirer les juifs dans la ville, et il est aussi un outil pour contrôler le récit et pour projeter vers le monde extérieur la vision de Jérusalem « ville juive ».
Les plans visant à promouvoir le tourisme israélien vont de pair avec les restrictions imposées sur Israël sur le développement de l’industrie touristique palestinienne à Jérusalem-Est. Le secteur touristique palestinien est en outre entravée par l’absence d’une vision palestinienne claire et d’une stratégie promotionnelle, ce qui nuit à sa capacité à alimenter le développement économique limité possible sous occupation.
Un autre objectif commun des trois plans est d’attirer les juifs du monde entier à Jérusalem par le développement de l’enseignement supérieur et de la haute technologie, y compris par la construction d’une université internationale dans le centre-ville. Les plans visent à faire de Jérusalem une ville universitaire de premier plan, attrayante pour les étudiants juifs et internationaux qui seront encouragés à s’y installer une fois leurs études terminées. Un autre objectif est de faire de Jérusalem un centre de recherche-développement dans le domaine de la biotechnologie.
Des hordes de colons israéliens envahissent régulièrement l’esplanade des Mosquées, février 2016
Se servir de la planification urbaine et de la « loi » pour expulser les Palestiniens
Les mesures pour consolider une majorité juive à Jérusalem et les frontières politiques israéliennes de facto de la ville incluent le mur de séparation, la planification urbaine et l’application des lois.
La planification urbaine est un élément crucial du Plan directeur 2020. Il encourage les colonies juives à Jérusalem-Est et vise à réduire la migration négative. Alors que le plan reconnaît que les Palestiniens subissent une crise du logement et qu’il fait des recommandations pour y remédier, ces recommandations sont de fait discriminatoires.
Par exemple, 55,7% de logements supplémentaires pour les Palestiniens seront construits à l’intérieur des zones urbaines existantes, tandis que 62,4% des constructions pour les juifs israéliens seront réalisés par l’expansion des zones urbaines. Et alors que 9.500 dunums [950ha] sont prévus pour les constructions juives israéliennes, seuls 2.300 dunums [230ha] sont prévus pour les constructions palestiniennes. Le plan promeut également la ségrégation spatiale, c’est-à-dire la division de Jérusalem en districts de planification fondés sur l’affiliation ethnique – dans lesquels aucune zone n’associerait des Palestiniens et des juifs israéliens.
Israël a également utilisé la loi comme tactique pour expulser les Palestiniens et s’approprier leurs terres. Une de ces lois, la Loi sur la propriété des absents, permet à Israël de confisquer les biens de Palestiniens de Jérusalem qui vivent actuellement en Cisjordanie en considérant leur propriété à Jérusalem-Est comme appartenant à un « absent ».
Une autre loi est la Loi de la troisième génération, qui stipule que les propriétés louées avant 1968 par des Palestiniens doivent revenir à leurs propriétaires d’origine, qui sont principalement des juifs qui possédaient la propriété avant 1948, à la mort de la troisième génération des locataires palestiniens.
Sauver Jérusalem
Pour s’opposer à la colonisation de Jérusalem et à la dépossession de sa population palestinienne, un large consensus existe parmi les représentants des organisations palestiniennes, les organes officiels et les groupes communautaires sur la nécessité de créer des comités populaires dans chaque quartier de Jérusalem-Est.
Ces comités pourraient sensibiliser les résidents sur leurs droits et sur les plans d’Israël pour l’avenir, et ils pourraient former un organe représentatif pour Jérusalem au niveau national. L’organe fonctionnerait comme un canal entre les Palestiniens de Jérusalem-Est et 1) l’Autorité palestinienne, 2) la communauté arabe et internationale et 3) les communautés palestiniennes dans leur patrie comme dans la diaspora.
Par Nur Arafeh | 10 juin 2016
Lire le dossier dans son intégralité (en anglais) sur Al-Shabaka, 31 mai 2016.
Original: Al Shabaka