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"Son travail pictural évoque à certains égards la démarche du groupe support-surface qui, à la fin des années 60, mettait en évidence la matérialité physique du support et de la surface, au détriment des autres systèmes reliés à la problématique de la représentation. En effet dans les oeuvres récentes de l'artiste, la surface peinte n'est pas conçue comme un espace illusionniste, elle se présente comme un rapport neutre strictement abstrait, de deux dimensions. Les compositions de surface, colorées par des recouvrements monochromes à peine modulés, se révèlent pourtant comme des espaces "piégeux". Car sous la fine toile soigneusement tendue, l'oeil, imperceptiblement, découvre en transparence une dimension sous-jacente. Cette présence mystérieuse, masquée par l'écran de lin, est en réalité la structure porteuse de l'oeuvre, soit le châssis à son tour peint et sur lequel l'artiste place quelques fois un miroir quadrangulaire. Petit carré de lumière qui, par le jeu des éclairages ambiants, se projette aléatoirement hors du cadre dans l'espace environnant. Par ce subterfuge associant peinture, volume et lumière, l'oeuvre gagne alors une dimension symbolique et réflexive, celle-ci se transforme en un authentique "objet à fonctionnement secret", dans une perspective plus surréaliste et onirique que matérialiste. L'artiste construit effectivement une sorte de leurre visuel, jouant avec l'apparition et la disparition des images, créant l'équivoque sur la présence et l'absence de motif. Ce dispositif perceptuel à double fond est particulièrement frappant dans le tableau intitulé "Hommage à Jacques Cheissex" réalisé en 2009 où sous la surface voilée de noir, dans un espace d'ombre et de profondeur, l'oeil perçoit un châssis noir en forme de crucifix. Dans ce moment terminal, la peinture de Fanny Gagliardini acquiert soudain une forme de gravité sacrée, propice au recueillement et à la méditation sur la vanité de l'existence."
François-Hélène Brou