Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07014.jsonl.gz/251

Arbres nus
Sous le ciel gris d'un automne immuable, je suivis la longue et sinueuse route de l'alpage du Petit Pré. Les couleurs étaient désaturées et le silence régnait. L'ennui me gagna.
La large route laissa la place à un étroit sentier feutré d'aiguilles d'or. Je m'élevai, d'un pas nonchalant, sur les flancs de La Seya. Ici et là, de beaux et fiers mélèzes plusieurs fois centenaires étaient disséminés. Mes sens s'éveillèrent. Mes mains prenaient appui sur de vieux troncs drapés de mousses, j'entendais le murmure des rameaux nus balayés par le vent et j'étais ébloui de voir s'élever, au ciel, de si hauts arbres.
Sur le sommet coiffé d'une croix de fer, la vue puissante sur le massif pierreux du Haut de Cry contrastait avec la large crête gazonnée où j'évoluai. Sur le parcours du chaînon entre La Seya et la Grand Garde, la vision d'un arbre jonché au sol ne me laissa pas indifférent: ses aiguilles étaient tombées et sa sève s'était tarie. La nature l'avait laissé sans sépulture et lentement il se rendait à la terre. Comme lui, le misérable, les arbres étaient nus. L'hiver arrivait.