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Audacieuse, la nouvelle exposition présentée à ArtLab, Thinking Machines. Ramon Llull and the Ars Combinatoria, rapproche les méthodes d’investigation savantes, scientifiques et artistiques.
Le parcours part du Moyen Âge et des œuvres de l’exceptionnel philosophe et théologien catalan Ramón Llull pour montrer l’influence de sa pensée dans les domaines allant de l’informatique à l’art moderne et contemporain. Les répercussions de la pensée Lullienne sur la culture et la technologie se retrouvent aussi dans la révolution pédagogique actuelle basée sur la ‘pensée computationnelle’.
Organisée par le ZKM (Centre d'art et de technologie des médias de Karlsruhe) en collaboration avec le CCCB (Centre de Cultura Contemporània de Barcelona) et l’EPFL, l’exposition offre un nouvel éclairage sur les technologies contemporaines et leur développement à travers les âges sous l’influence des arts et des sciences. L’exposition invite à réfléchir à l’influence des combinatoires Llulliennes sur les principes génératifs et algorithmiques utilisés dans les technologies de pointe. Thinking Machines soulève enfin des questions éthiques quant à l'accumulation et au transfert d’informations via des systèmes d’intelligence artificielle.
Une machine "quasi-logique"
Ramon Llull (vers 1232-1316) distilla et formalisa les concepts religieux du judaïsme, du christianisme et de l'islam en un ars combinatoria : une méthode permettant de générer des vérités fondamentales au moyen d'un langage algébrique logique. Introduisant pour la première fois l’hypothèse scolastique selon laquelle le monde aurait une structure logique, Llull tenta de passer du niveau des signes et des déductions linguistiques au niveau de l’existence et de l’argumentation mécanique. Il inventa, avant l’heure, une machine quasi-logique, capable d’implémenter "matériellement" des combinaisons de termes, dans un "ordinateur de papier"
Aujourd’hui encore, les recherches et la riche production de Ramon Llull s’avèrent d’importance majeure. En proposant d’unifier les méthodes de production de connaissances en une méthode universelle, il inspira de nouveaux modes d’apprentissage qui sont encore pertinents. A la fois théoricien et ingénieur, Llull inventa une nouvelle technique d’acquisition de connaissances, la décrivit puis la traduisit sous forme de machine mécanique. En associant documents historiques issus de fonds d’archives et œuvres artistiques modernes et contemporaines, l'exposition nourrit notre fascination pour les machines et la replace dans la grande histoire de l’expérimentation.
Artistes contemporains et penseurs prennent part à un dialogue interactif avec le grand œuvre de Llull, un nomade qui annonça par ses voyages autour du monde méditerranéen la manière dont ses idées allaient voyager, être redécouvertes et résonner à travers les âges.
L'exposition rassemble manuscrits et livres rares conservés dans des bibliothèques suisses, preuve, s’il en faut, de la richesse des collections nationales. Elle montre aussi, pour la première fois, des copies manuscrites (auparavant inconnues) de textes de Llull. Cet ensemble offre aux visiteurs un aperçu inédit des supports originels grâce auxquels l'art des combinatoires s’est diffusé du Moyen Âge, à la Renaissance, jusqu'au siècle des Lumières. Sont également exposés des diagrammes complexes composés de cercles concentriques en couches qui, lorsqu'ils pivotent, se transforment en roues de calcul ou "ordinateurs de papier", grâce auxquels les utilisateurs peuvent générer de nouvelles combinaisons de concepts. Ces dessins évoquent ceux d’instruments astronomiques, tels que les astrolabes, dont de rares exemplaires complètent la présentation.
L’ensemble des manuscrits originaux et livres imprimés exposés montre la diffusion, la progression et l'évolution des idées de Llull dans l'esprit de générations de penseurs. Son art combinatoire a profondément marqué l'histoire intellectuelle, facilitant l’émergence de nouvelles théories dans les domaines de l’occulte, des mathématiques et des sciences naturelles. La présentation, dans l’exposition, de productions artistiques issues de multiples disciplines témoigne de l’intemporalité de la pensée de Llull.
En complément, Thinking Machines présente les œuvres d’artistes multimédia de la nouvelle génération tels que Pe Lang (1974), Ralf Baecker (1977), Philipp Goldbach (1978) et Yunchul Kim (1970). Enfin, initialement conçue pour le ZKM à Karlsruhe, l'installation YOU:R:CODE de Bernd Lintermann (1967) renvoie des transformations numériques de soi. L’installation joue avec les dualités ‘votre code’ et ‘vous êtes le code’ dans lesquelles le code génétique est l'algorithme de la vie. Ces œuvres, basées sur l’immersion et l’interaction proposent de nouveaux modes d’appropriation de la pensée de Llull dans le but d’éclairer les visiteurs sur leur manière de penser et de percevoir.
Artistes et penseurs participants
Abraham Abulafia, Petrus Apianus, Ralf Baecker, Manuel Barbadillo, Berlin Society for Nontrivial Pursuits (S4NTP), Michael Bielicky, Hélène Binet, John Cage, Juan Eduardo Cirlot, Salvador Dalí, Márton Fernezelyi, Philipp Goldbach, Matthias Gommel, Jean-Jacques Grandville, Sabine Groschup, Philipp Matthäus Hahn, Daniel Irrgang, Sarah Kenderdine, Yunchul Kim, Athanasius Kircher, Alexander von Kryha, Werner Künzel, Pe Lang, Nikolaus Joachim Lehmann, Gottfried Wilhelm Leibniz, Daniel Libeskind, David Link, Bernd Lintermann, Ramon Llull, Christian Lölkes, Josep Maria Mestres Quadreny, Stephan Michelspacher, Manfred Mohr, Thomas Le Myésier, Valère Novarina, José Pal Latorre, Perejaume, Miklós Peternák, Giovanni Battista della Porta, Robert Preusse, Francesc Pujols, Raymond Queneau, Stefanie Rau, Sophie Reiser, Kamila B. Richter, Petrus Roselli, Arnold Schönberg, Jeffrey Shaw, Adam Słowik, Josep Soler, Josep Maria Subirachs, Zoltán Szegedy-Maszák, Edwin Thumboo, Philipp Tögel, Tatjana Joëlle van Vark, Amador Vega, Peter Weibel, Iannis Xenakis, José María Yturralde, Lazarus Zetzner, Siegfried Zielinski