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Jeu populaire dans toute la Suisse, le jass a des origines assez récentes. Connu depuis la fin du XVIIIe siècle, il surpasse rapidement les autres jeux de cartes dans le pays. Son histoire est liée à l’histoire militaire helvétique, et plus particulièrement aux mercenaires suisses.
Du XVe à la fin du XVIIIe siècle, les puissances voisines de la Confédération Helvétique et notamment la France ont engagé des unités de mercenaires suisses. Ceux-ci, toujours à la pointe de la stratégie et de la technologie martiale étaient alors réputés dans toute l’Europe pour leur efficacité et leur savoir-faire.
Parmi leurs engagements, les mercenaires suisses ont entre autres combattu en Hollande au cours du XVIIIe siècle. Ils ont ensuite ramené dans leur bagages un nouveau jeu, le jass. Celui-ci utilise des cartes déjà connues, qu’il s’agisse des cartes françaises (pique, cœur, trèfle, carreau) ou des cartes allemandes (gland, fleur, cœur, grelot).
Le mot jass dérive d’ailleurs d’un mot néerlandais signifiant paysan. Le mot nell vient également du néerlandais.
Le jeu de cartes le plus populaire en Suisse au XVIIIe siècle est le tarot. Lui aussi arrive en Suisse grâce aux soldats suisses, engagés lors des guerres d’Italie au XVIe siècle.
Cependant, ce dernier est vite supplanté par le jass. Les règles sont simples, ressemblent un peu à celles du tarot, et permettent de nombreuses variantes. De plus, il est possible que l’aspect symbolique de renversement des pouvoirs du jeu, où le valet (ou le bauer/bour, qui signifie paysan en allemand) vaut plus que le roi, ait renforcé cette popularité.
La première mention du jeu en Suisse date de 1796. Deux paysans de Schaffhouse sont dénoncés au conseil par leur pasteur. Ils avouent avoir joué à un jeu nommé le jass en buvant du vin. Ironiquement, Schaffhouse devient peu après le centre de la fabrication des cartes à jouer en Suisse…
De manière générale, plusieurs villes suisses produisaient des jeux de cartes à grande échelle. Même si la plupart de ces villes se trouvent en Suisse allemande, elles éditaient aussi des jeux français. Cette situation est due à l’absence de taxe sur les cartes en Suisse, alors qu’au XVIIIe siècle, cette taxe augmentait drastiquement en France.
Cela a donné à plusieurs contrebandes de jeux de cartes entre la Suisse et la France. Un exemple célèbre de contrebande prend place à Burgdorf dans le canton de Berne. Un fabricant de cartes nommé Bühlmann y produit des jeux de jass durant la seconde moitié du XIXe siècle. Il avait d’abord commencé son entreprise à Buttisholzer, à Lucerne.
Quelques années plus tard, son collaborateur Mühlemann reprend son entreprise. Il prend contact avec un homme d’affaires romand, et décroche un contrat d’impression pour des cartes françaises. Pour qu’il puisse distribuer ses cartes de jass en France, il les produit sous un nom d’entreprise française et les passent en contrebande. En 1886, une perquisition a lieu chez lui, et l’entreprise française dont il a usurpé le nom lui demande un dommage de 300 000 francs. (Ce qui représenterait aujourd’hui plus de 3 millions de francs). Finalement, ne pouvant payer, Mühlemann est condamné à la prison…
Entre guerres et contrebande, le jass a donc une histoire plus mouvementée que l’on pourrait croire !
Vous voulez découvrir l’histoire d’un autre jeu?
Graf, Felix. « Avant le jass ». Blog du Musée national suisse. 13.10.2017. En ligne ici.
« Histoire du jass : Les cartes de jass de Buttisholz et leurs conséquences ». Schweizer Jassverzeichnis. En ligne ici.
« Question de jass : Quel est le contexte historique des cartes de jass ? ». Schweizer Jassverzeichnis. En ligne ici.
Règles complètes. Je vous renvoie à ce site pour la version la plus connue de Suisse romande du jass.
Image 1: Pixabay
Images 2 à 4: Domaine public, Wikimedia Commons