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Autres vues aériennes du Château et du village
La copie d'un acte de 1581 concernant la maison qui appartenait alors à Isbrand Daux, est intéressante à plus d'un titre. Il s'agit de l'acquisition d'un droit d'eau sur une source en Chousattaire. Par devant le notaire, bien sûr, et
" Jean Bessard et Jean Bussy de Crissier, comme Sindiques, Gouverneurs et Charge ayant du Village, Paroisse et Communauté du dit Crissier, toutes fois du vouloir, authorité et consentement des honnêtes personnes Pierre Mouldon, Thivent Martin, Thivent Bovey, Claude Richard, Louys Vivian, Jean Colton, Pierre Aubelley, Claude Collon, Jean Delut, Jean Tissot, David Moudon, Jacques Meschoud, et plusieurs autres, tous Prud'hommes et au Nom du Village et Communauté du dit Crissier.. ... et Noble Seigneur Isbrand Daux, Citoyen de Lausanne et Mayor de Crissier.. Assavoir puissance et faculté de pouvoir prendre et recevoir en tout temps de l'année et à perpétuité la moitié de l'eau que vient de présent et qu'à l'avenir viendra au Canal et Conduits depuis le Lieu apellé Chousattaire, vers le Bornel qu'est au dessus des Maisons des Bussy... jusque vers la Maison du dit Noble Daux ou des Siens, Héritiers et Successeurs au Village de Crissier.. "
La copie faite en 1692 l'est à, la demande de Noble et Généreux Jaques Nicolas De Martines, Ecuyer, Seigneur du dit Crissier, afin que les droits anciens lui soient reconnus sur la maison de franc-alleu ayant appartenu autrefois à Isbrand Daux, à laquelle la haute juridiction était attachée et qu'il vient d'acquérir en 1689 parait-il. Le lieu-dit Chousattaire, devenu Chausataire en 1692 se trouve au Casard. Cette source bien connue a alimenté le château jusqu'à ce siècle. Aussi la Maison d'Isbrand Daux et des précédents mayors se trouvait bien à l'emplacement du château construit par Jaques Nicolas De Martines en 1666, selon la date gravée au Château.
Quel genre de constructions se sont succédées depuis le haut Moyen Age sur cet emplacement? Nous n'en savons rien. Ce que l'on sait, et nous le tirons du Dictionnaire historique du Canton de Vaud, c'est que dans le haut Moyen Age, Crissier dépendait du Chapitre de Lausanne et formait une de ses prébendes. Un mayor et un mestral y exerçaient, au nom du Chapitre, la moyenne et la basse justice. Ces deux offices étaient inféodés à une même famille mentionnée pour la première fois entre 1174 et 1177.
A cette époque vivaient les chevaliers Albert et Richard, les frères Girard et Pierre, ainsi que Pontius de Crissier. Aymon reçut, en 1219, en fief, du prévôt du Chapitre, villicariam (la mayorie) de Crissier. La métralie était tantôt l'apanage d'un membre de cette famille, tantôt réunie à la mayorie. Ainsi Perrod, mayor de Crissier, exerçait en même temps les fonctions de métral, mais à sa mort, en 1394, celles-ci passèrent par succession à Pierre Denisat, lequel prêta hommage au Chapitre. Les nobles de Crissier possédaient des terres nombreuses non seulement dans ce village mais encore à Chavannes, Tolochenaz (Tolochina in pago Lausannensi, in fine Runingorum en 964), Etagnières, Boussens, etc. Cependant, dans la seconde moitié du XVe siècle, ils en avaient perdu la plupart et commencèrent à se confondre dans la bourgeoisie de Lausanne. Jean, fils de feu Jaques de Crissier, épousa Nicole, fille de Jaques Arthod et en eut deux filles, Marie et Pernette. Celle-ci était veuve de Jean Paschod en 1502, et l'autre femme de Pierre Portey, en 1500.
Le château en 1859
La mayorie de Crissier avait passé vers 1418 aux nobles de Monthey, en Valais, probablement par le mariage de Jeanne, fille du mayor Jaques de Crissier, avec Barthélemy de Monthey. Un descendant de ce dernier, Claude de Monthey, donzel de Crissier, eut de sa femme Marguerite trois fils, Benoît, Petermand et Henri, ainsi que plusieurs filles. L'une d'elles, Madeleine, épousa noble Jean Daux, dont la famille était à Lausanne depuis le XlVe siècle, et lui apporta la mayorie de Crissier. Isbrand, fils cadet de Jean, bourgmestre de cette ville, devint en 1588, le chef d'une conspiration. En 1575, Isbrand Daux s'était plaint de ce que les revenus de la mayorie ne suffisaient pas pour supporter les charges d'un hommage noble; LL.EE. lui cédèrent alors le revenu de la prébende et de la cure de Crissier, pour le prix de 1500 florins, moyennant un cens annuel de 150 florins. Noble Isbrand de Crousaz, déjà créancier du bourgmestre Daux, acquit les biens de ce dernier à Crissier, en payant au gouvernement de Berne qui les avait confisqués, la somme de 550 florins. Dès lors, la mayorie prit le titre de seigneurie. Isbrand et son fils Claude acquirent aussi peu à peu ce que les Monthey possédaient encore à Crissier; celui-là, en particulier, par succession de ses parentes, les filles de Benoît, fils aîné de Claude de Monthey; Benoît avait été mayor de Boussens pour l'abbaye de Montherond. Jean de Monthey, qui vivait en 1603, est le dernier de sa famille dont il soit question à Crissier. La seigneurie de Crissier passa en 1620, avec celle de Prilly, à Claude, fils cadet de feu Isbrand de Crousaz, puis à Louise, fille de Claude. De cette dernière, qui vivait encore en 1712 et avait épousé Jean-François De Martines, elle revint à Jaques Nicolas De Martines.
Dessin d'Alain Zurbuchen
A cette époque, il y avait trois châtelains à Crissier: un pour le seigneur, un pour LL.EE. qui exerçaient la haute juridiction sur les terres de l'ancienne mayorie, et un pour la ville de Lausanne qui y possédait des terres en vertu de la grande largition. En 1689, Jaques Nicolas De Martines, au nom de sa belle-mère, acquit par échange de la ville de Lausanne, une maison qui était de franc-alleu et à laquelle la haute juridiction était rattachée soit celle d'Isbrand Daux comme nous venons de le voir.
C'était dans le but de construire, sur son emplacement, un nouveau château avec des tourelles pour les prisonniers, leur transport à Prilly, pratiqué dès le temps d'Isbrand Daux, causant trop de frais. LL.EE. consentirent à cet échange à condition que le franc-alleu devînt un fief noble. C'est là l'origine du château actuel. Un doute subsiste sur la date de 1666, gravée sur la façade du château. Le vieux cadastre non daté, de la seconde moitié du XVIle siècle semble-t-il, ne porte pas trace de château, ni même de maison. Il est d'ailleurs de lecture difficile en certains endroits, particulièrement à celui du château. De la vieille maison d'Isbrand Daux, il se pourrait qu'il ne restât vers 1660 que les terres, bien morcelées d'ailleurs. Il faut donc supposer que le cadastre est antérieur à la construction du château et que celui-ci a bien été construit en 1666. Des recherches approfondies dans les terriers devraient le confirmer. Le 17 juillet 1732, LL.EE. acquirent la seigneurie de Crissier, par droit de prélature, de la ville de Lausanne, à laquelle Jaques Nicolas De Martines venait de la vendre le 19 avril de la même année. Ce dernier conserva le château et 11 à 12 poses de terre autour, avec la basse juridiction.
En 1737 Jaques Nicolas De Martines vendit pour 600 florins le château de Crissier avec tous les droits qui en dépendaient, à Jean-Jacques Curchod, citoyen de Lausanne et bourgeois d'Echallens, quartiermaître dans le régiment de Portes et lieutenant au service de Sardaigne. Ce Jean-Jacques ou Jean-Jacob Curchod, allié de Beausobre achète le château de Crissier n'est autre que l'oncle de Suzanne Curchod devenue Madame Necker, mère de la célèbre Madame de Staël. Il mourut dans le château de Crissier en 1776. Il avait 3 fils et 2 filles. L'un de ses fils Jean-Antoine hérita du château.
Un de ses successeurs fut le premier syndic de la localité après la révolution. L'arrière-petite-fille de Jean-Jacques Curchod, Elisa, épousa Edouard Dapples, qui fut à plusieurs reprises syndic de Lausanne, membre et président du Conseil national, et chargé par le Conseil fédéral d'une mission diplomatique à Berlin et à Saint-Pétersbourg. Après avoir désintéressé les frères et les soeurs de sa femme, Edouard Dapples garda le château pour cette dernière qui le donna, plus tard, à sa fille Marianne de Ritter, devenue Mme de Stitenkron.
Le château appartient actuellement à la commune de Crissier.
Bibliographie