Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06873.jsonl.gz/0

sopoli Créé le: 28.09.2016, édité le: 28.09.2016
— Etes-vous sûr de vouloir boire ce médicament qui va vous endormir et vous donner la mort ?
Livia Montavi tendait à Louis Dirac un petit godet. Elle attendait la réponse dans un silence immobile. L’homme âgé souleva brièvement ses sourcils et sans hésiter répondit :
— Oui, c’est ce que je veux.
Livia poursuivit le dialogue de la procédure et donna la boisson létale à Louis qui s’en saisit. Il regarda silencieusement le liquide pendant quelques secondes puis se leva péniblement sur ses deux jambes en s’appuyant sur le dos du canapé en disant d’une voix blanche mais ferme :
— Je suis un homme debout. Puis en donnant plus de son à sa voix il proféra : Debout et libre. Sur ces paroles, il avala d’un trait le contenu du godet.
Louis se rassit et Livia lui donna encore un verre d’eau sucrée et parfumée pour masquer le goût vénéneux et chimique. Quelques minutes plus tard, Louis s’endormit en hoquetant dans les bras de Livia qui le soutenait. Elle adressa quelques mots aux personnes en présence et se leva en laissant Louis Dirac s’enfoncer, presque souriant, dans cette mort qu’il avait tant appelée.
Dans une pièce attenante du pavillon appartenant à l’association Cycle of Being, elle se retrouva seule comme souvent dans ce moment d’intimité qui appartenait aux proches et à la famille du mourant. Dans trente minutes, elle ferait le premier examen de la pupille qui attesterait de la mort. Assise devant la fenêtre qui donnait sur le petit bois de mélèzes, elle pensait à l’autre, là-bas, à Montana, qui ne refroidissait pas dans sa couverture chauffante.
***
Guillaume serrait les mains et répondait aux sourires de ses collègues. Il n’appréciait pas outre mesure ces “pots de départ” qui fleuraient bon l’épitaphe, mais il devait reconnaître