Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06869.jsonl.gz/541

Histoire de la cofondatrice du Musée Rath
Jeanne Henriette Rath est née à Genève en 1773, troisième d’une fratrie de quatre enfants. Originaire de Nîmes, sa famille s’était réfugiée en Suisse pour fuir les persécutions contre les protestants au XVIIe siècle. La situation familiale est difficile, car son père, horloger, fait plusieurs fois faillite.
Très tôt, la jeune femme s’intéresse à l’art et suit des cours de dessin. Consciente des difficultés financières de sa famille, elle a pour projet de vivre de son talent. Elle devient ainsi l’élève de Jean-Baptiste Isabey, grand maître de la miniature à Paris. Celui-ci repère la virtuosité de Jeanne Henriette très tôt et la présente à sa clientèle, et notamment à la famille impériale de Russie.
À son retour à Genève, la demoiselle travaille comme portraitiste et copiste de tableaux de maîtres. Son talent de miniaturiste est désormais reconnu et lui permet d’acquérir une importante fortune. Elle expose aux Salons de Genève, Zurich et Paris, voyage en Russie, en Italie, et réalise un grand nombre de portraits (aquarelles, pastels, huiles sur toile, miniatures), dont le Musée d’art et d’histoire de Genève possède une dizaine.
Fondation du Musée Rath
Son frère, Simon Rath, est lieutenant général auprès du tsar de Russie et Jeanne Henriette profite de ses relations. À la mort de ce dernier, elle hérite avec sa sœur d’une fortune considérable. Ajoutant à ce legs le produit de la vente des œuvres de Jeanne-Henriette et leur fortune personnelle, elles décident ensemble de faire un don à la Ville de Genève en faveur de la création d’un musée public uniquement consacré aux beaux-arts. Le Musée Rath voit ainsi le jour en 1826, place de Neuve: conçu par l’architecte Samuel Vaucher, il s’agit de la première institution de ce genre de Suisse.
Lorsque le Conseil administratif émet l’idée de prendre la direction du musée lorsque celui-ci devient propriété de la Ville de Genève en 1851, la mécène s’y oppose, spécifiant son souhait de le voir demeurer entre les mains de la Société des arts de Genève. Une volonté qu’elle avait même spécifiée dans son testament un an plus tôt: «je rappelle la véritable et seule destination de cet établissement consacré par mon intention et ma volonté aux beaux-arts, peinture et sculpture sans que ce local puisse être appliqué à d’autres emplois». Depuis 1910, année de l’inauguration du bâtiment de Marc Camoletti rue Charles-Galland, il est consacré aux expositions temporaires du Musée d’art et d’histoire.
Influence exercée
Le rôle de Jeanne Henriette ne se limite pas à la fondation du Musée Rath; elle occupe également une place importante dans la vie artistique genevoise en étant la première femme nommée membre honoraire de la Société des arts de Genève. Jean-Jacques Rigaud la décrit en ces termes: «Mlle Rath, passionnée par le vrai, s’attacha toujours à reproduire dans ses portraits la nature telle qu’elle la voyait.» (Renseignements sur les beaux-arts à Genève, J.-G. Fick, Genève, 1876).
Jeanne Henriette s’occupe ainsi de la surveillance de l’Académie des jeunes filles, en donnant des cours de dessins aux côtés de Louise-Françoise Mussard, Élisabeth Terroux et Jeanne-Pernette Schenker-Massot, toutes miniaturistes. Il faut savoir que l’existence d’une telle école destinée à la gent féminine est unique en Europe à cette époque.
Postérité
Les sœurs Rath résidaient rue de la Corraterie, juste à côté du Musée Rath. Jeanne Henriette y vivait de façon modeste, se consacrant à la peinture et à sa famille. Elle est décédée à l’âge de 83 ans et le Musée Rath est depuis devenu un bâtiment classé et un lieu culturel important sur la place genevoise. En 2019, la rue de la Corraterie a été renommée «Rue Jeanne-Henriette Rath», un hommage rendu dans le cadre de l’initiative 100Elles.