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Manon Gropius était la fille qu'Alma Mahler a eue durant son union avec l'architecte Walter Gropius. De nombreux intellectuels ont été séduits par le charisme de cette jeune femme, que l'écrivain Elias Canetti appelait «une gazelle angélique venue du ciel». Le décès de Manon, emportée par polio à l'âge de 18 ans, a causé un choc à Vienne. Son beau-père Franz Werfel a évoqué sa mémoire dans deux histoires, alors qu’Alban Berg lui a dédié son concerto pour violon. Cette œuvre répondait à une commande de Louis Krasner. Lorsque Berg a été sollicité par le violoniste américain en février 1935, il était encore accaparé par l'opéra «Lulu», mais se sentait financièrement mis sous pression par la prise de pouvoir des nationaux-socialistes. Berg s'est donc immédiatement attaqué à cette «corvée». Dès l’annonce de la mort de Manon, au mois d’avril, le concerto a pris forme en tant que musique de mémoire, un requiem instrumental.
Les deux volets de l'œuvre correspondent à la vie de la jeune fille et à l'au-delà: la première partie tente de saisir les caractéristiques de la défunte, alors que la deuxième est consacrée à son héritage. Le concerto repose sur une série de douze notes qui contient non seulement des accords majeurs et mineurs, mais aussi les débuts d'une chanson folklorique de Carinthie et d'un choral de Bach. Berg a ainsi combiné la méthode de composition avant-gardiste apprise auprès de Schönberg avec des éléments traditionnels. Ce Concerto pour violon est tragiquement devenu le propre Requiem de Berg: au cours de son travail, le compositeur a développé une infection suite à une piqûre de moustique et est mort de septicémie à la fin de l’année 1935.