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05.04.2022
L’impérialisme culturel désigne la pratique par des États dominants d’imposer leur culture, au sens large, aux États moins puissants. Ce rapport de pouvoir peut se manifester sous de nombreuses formes: diffusion de la culture populaire dominante, création d’une dépendance économique, imposition d’un modèle politique ou encore de normes morales. Dès lors, il semble légitime de poser la question suivante: la propagation et la défense des droits humains à travers le monde n’est-elle pas en fait une manifestation de l’impérialisme culturel dissimulée sous de prétendues bonnes intentions ?
Instrumentalisation politique
La remise en question des droits humains que l’on peut observer dans certaines régions du monde est en partie due au sentiment de méfiance que peuvent éprouver les citoyen·ne·s de certains pays à leur égard. En effet, gardant en mémoire les souvenirs douloureux du passé, c’est avec scepticisme, voire antipathie, que certain·e·s réagissent face aux doctrines humanistes prônées par les pays dominants. L’objectif de la colonisation n’était-il pas de «répandre la civilisation»? Aujourd’hui, le discours moral public est toujours l’apanage de quelques États puissants dont la rhétorique sur les droits humains est souvent teintée en realpolitik de «valeurs civilisatrices», alimentant ainsi le sentiment de scepticisme. Ces États abusent parfois de façon cynique de la thématique des droits humains pour asseoir leurs intérêts de pouvoir sur d’autres. Les débats autour des interventions humanitaires illustrent notamment cette tension. Les droits humains, plutôt que de protéger les intérêts fondamentaux de tous les individus, deviennent alors un outil au service de démarches impérialistes telles que l’interventionnisme militaire états-unien ou encore la rhétorique chinoise de la prospérité niant les droits politiques.
La culture du pouvoir local
L'argument de l’impérialisme culturel n'est cependant pas entièrement probant dans tous les cas. Selon leurs origines et leurs positions sociales respectives, les êtres humains sont soumis à un conditionnement socio-culturel différent. Ainsi, si lors de leur introduction, certains principes (tels que l’égalité entre femmes et hommes) des droits humains rencontrent une opposition morale et juridique de la part de certains appareils d’États ou de certaines parties de la population, ils seront acceptés sans entrave par celles et ceux qu’ils protègent. Le conflit qui oppose les valeurs culturelles locales aux normes des droits humains ne représente pas toujours un antagonisme entre le droit à l’autodétermination culturelle et une idéologie dominante, mais révèle aussi un rapport de domination entre des acteurs d’une même société.
Ainsi, certain·e·s dirigeant·e·s politiques, religieux·ses ou autres, en s’accaparant la méfiance généralement justifiée de la population vis-à-vis des pays dominants, tentent d’instrumentaliser les sentiments de la population à des fins politiques. Il a été constaté à de multiples reprises que les forces conservatrices dans de nombreux pays évoquent comme argument le respect des «pratiques et conventions culturelles» pour contester les exigences juridiques des droits humains et préserver la conception traditionnelle des rôles et le système politique en vigueur. Lorsqu’il n’est pas instrumentalisé, le respect des droits humains remet en effet en question les dominations préexistantes et représente une limitation du pouvoir arbitraire au profit de la dignité humaine.
Flexibilité culturelle dans l’application des droits humains
L’idée selon laquelle les droits humains seraient un instrument d’une mondialisation annihilant les particularités culturelles locales est par ailleurs simpliste. Les droits humains, malgré leur caractère universel, sont en réalité composés de principes abstraits qui peuvent être interprétés et appliqués de manière adaptée aux divers contextes. Le fait que les États aient l’obligation de respecter leurs particularités culturelles dans l’application des droits humains est un principe reconnu depuis la Conférence mondiale sur les droits de l’homme de Vienne en 1993 déjà. Il existe en outre des conventions internationales protégeant les droits des minorités et différents systèmes régionaux de protection des droits humains. Le poids accordé à la culture locale dans l’application des droits humains reste toutefois un point de litige. Malgré l’importance accordée aux particularités culturelles par les conventions internationales, une pratique traditionnelle qui va à l’encontre des droits humains doit toutefois être modifiée ou abolie afin de protéger celles et ceux à qui elle nuit.