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Lan 1154
Saint Bernard lui rappelle la conduite qu'elle doit tenir si elle veut être une véritable veuve devant Dieu et une vraie reine aux yeux des hommes.
A sa très-chère fille en Jésus-Christ, M.. .. (b), reine de Jérusalem, Bernard, abbé de Clair. vaux, grâces de miséricorde et de salut de la part de Dieu.
1. Après avoir été habitué à recevoir souvent de vos lettres, je m'étonne que vous me négligiez tant à présent, car je n'ai pas oublié toutes les bontés que vous avez eues pour moi autrefois en bien des circonstances. Vous dirai-je qu'il m'est revenu je ne sais quels bruits fâcheux pour votre réputation, auxquels je n'ai pu croire, il est vrai; mais, fondés ou non, ils ne m'en ont pas moins peiné. Heureusement mon bon oncle André, dont la parole est un oracle pour moi, me dit de
a On ne sait s'il s'agit ici de Gérard, évoque de Bethléem, dont Guillaume de Tyr parle au commencement de son livre XVII, à l'année 1146 et à la fin de l'année 1152, ou de Gérard de Sidon, que Guillaume cite également.
b Mélisende ou Mélusine, fille de Baudouin, second roi latin de Jérusalem, et femme de Foulques, successeur de Baudouin. Foulques mourut en trois jours, en 1142, des suites crotte chute de cheval qu'Il avait faite à la chasse en poursuivant un lièvre. C'est à la moine princesse que sont adressées les lettres deux cent-sixième, trois cent cinquante-quatrième et trois cent cinquante-cinquième. Sa sueur Irène se fit religieuse, d'après Guillaume de Tyr, vers la fin, livre XV.
vous, dans une de ses lettres, des choses bien meilleures que celles que propage la rumeur publique ; il me parle de votre conduite pacifique et modérée et me fait connaître le soin avec lequel vous vous entourez des conseils de gens habiles pour vous conduire et gouverner l'Etat. Il me dit que vous avez beaucoup d'estime et d'affection pour les chevaliers du Temple, que vous pourvoyez avec toute la prudence et la sagesse que Dieu nous a départies, au salut de votre royaume qu'assiégent une foule de dangers, et que vous recourez aux conseils et aux mesures les plus propres à vous faire atteindre ce but. C'est assurément ainsi que doit se conduire une femme forte, une humble veuve et une illustre reine; ne pensez pas que ce dernier titre ait rien à perdre à votre viduité volontaire ; au contraire, je crois que l'état de veuve ne vous fait pas moins d'honneur, surtout aux yeux des chrétiens, que votre dignité de reine. Vous tenez l'une de votre naissance, et vous n'êtes veuve que parce que vous avez la vertu de demeurer en cet état; la royauté est un héritage quivous vient de vos aïeux, la viduité est un don du ciel: votre destinée vous a fait naître pour le trône, mais votre goût seul vous fait rester veuve. C'est pour vous un double honneur que ces deux titres, l'un selon le monde et l'autre selon la grâce; mais tous les deux vous viennent de Dieu. Si vous voulez savoir en quel honneur vous devez tenir la viduité, rappelez-vous les paroles de l'Apôtre qui disait: « Honorez les veuves, mais les véritables veuves (I Tim., V, 3). »
2. Le même Apôtre vous donne encore en bien des endroits le conseil salutaire de faire le bien « non-seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes (II Cor., VIII, 21) : » devant Dieu en qualité de veuve, et devant les hommes à titre de reine. Ne perdez jamais de vue cette pensée, c'est que les actions d'une reine, bonnes on mauvaises, ne peuvent demeurer cachées, car les rois sont placés sur le chandelier précisément pour être exposés aux regards des hommes. Quant aux veuves, rappelez-vous que, déchargées du soin de plaire à leurs maris, elles ne doivent plus songer qu'à se rendre agréables à Dieu. Quel bonheur pour vous si vous abritez votre conscience à l'ombre du Sauveur, si vous en faites le rempart avancé de votre honneur et de votre réputation ! quel bonheur, dis-je, pour vous, de vous abandonner tout entière à la conduite de Dieu comme une veuve qui n'a point d'autre consolateur ! Pour bien régner sur les autres, vous savez qu'il est nécessaire que Dieu règne entièrement sur vous. La reine de Saba vint entendre la sagesse (Matth., XII, 42) de Salomon, elle voulait aller à l'école d'un roi pour apprendre à gouverner ses propres sujets; or vous avez un maître plus grand que Salomon, puisque vous avez Jésus, et Jésus crucifié. Abandonnez-vous à sa conduite, apprenez à régner à son école: en qualité de veuve, retenez bien qu'il est doux et humble de coeur (Matth., XI. 29), et comme reine, songez qu'il jugera les pauvres en toute justice et se déclarera le vengeur des humbles qu'on opprime sur la terre (Isaï., XI, 4.). Ne séparez donc jamais dans votre esprit votre double titre de reine et de veuve, car si vous me permettez de vous dire ici toute ma pensée, vous ne sauriez faire une bonne reine si vous n'êtes une sainte veuve. Voulez-vous savoir à quelle marque on reconnaît la veuve chrétienne ? écoutez, c'est l'Apôtre qui nous l'apprend quand il nous dit: « Elle élève bien ses enfants, exerce l'hospitalité, lave les pieds des saints, console les affligés et fait toutes sortes de bonnes couvres (I Tim., V,10). » Estimez-vous bienheureuse si vous réunissez en vous tous ces traits de la véritable veuve, car vous ne pouvez manquer d'être bénie du Seigneur. Que le Dieu de Sion vous bénisse, Fille illustre dans le Seigneur et digne de tous mes respects! Vous voyez que je renouvelle le premier notre ancien commerce de lettres; j'espère bien que vous daignerez le continuer; vous avez maintenant un motif de m'écrire, vous n'auriez donc aucun prétexte à mettre en avant si désormais vous ne répondiez pas à mes avances par une fréquente et douce correspondance.
Lan 1152
Saint Bernard fait la peinture de ce légat du saint Siège qui Avait laissé partout de tristes souvenirs de son passage.
Le légat du saint Siège n'a laissé que d'horribles traces de son passage chez tous les peuples et dans toutes les contrées qu'il a parcourues. Du pied des Alpes au pays des Teutons, il a visité à peu près toutes les Églises de France et de Normandie, et sur son passage, Cea envoyé du Siège apostolique a répandu partout jusqu'à Rouen non pas les richesses de l'évangile, mais le scandale de ses sacrilèges. On raconte de lui en tous lieux des choses infâmes; il s'est enrichi, dit-on, des dépouilles des églises, toutes les fois qu'il l'a pu ; il a élevé aux dignités ecclésiastiques de tout jeunes gens sans autre recommandation que leur figure, et s'il ne l'a pas fait partout, c'est qu'il n'a pas pu, car il l'a essayé. Plusieurs se sont rachetés de sa visite, et il a extorqué par ses émissaires des sommes d'argent aux Églises qu'il lui était impossible de visiter. Il était la fable des écoles, des cures, de la place publique même; il n'est séculier ou religieux qui ne dise du mal de lui; les pauvres, les moines et les ecclésiastiques n'ont qu'une voix sur son compte: il n'est pas jusquaux
a Dans plusieurs manuscrits, cette lettre est placée après celle que saint Bernard a écrite aux religieux de Prémontré, laquelle, dans les mêmes manuscrits, est la deux cent quatre-vingt-dix-septième. Le légat dont il est ici question est Jordan des Ursins, qui fut député en 1151 auprès de l'empereur d'Allemagne, Conrad.
qu'aux gens de sa suite qui ne se fassent pas faute d'attaquer ses moeurs et sa vie.; de sorte que son nom ne soulève qu'un concert d'horreur chez ceux qui l'approchent de près aussi bien due chez ceux qui ne le voient que de loin. Ah! tel n'était pas monseigneur Jean Paperons (a): c'était là un homme qui rendait son ministère honorable dans l'Eglise entière! Veuillez donner connaissance de ma lettre au saint Père, afin qu'il avise à la conduite qu'il doit tenir envers un tel homme; quant à moi, comme je veux n'avoir rien à me reprocher, je lui déclare avec ma franchise ordinaire qu'il doit purger sa cour d'un pareil homme, s'il veut mettre sa conscience à l'abri de tout blâme. J'avais eu d'abord la pensée de garder le silence sur toutes ces choses; mais le vénérable prieur de Mont Dieu (b) m'a fortement pressé de vous en donner avis. Or je vous proteste que dans ma lettre je suis resté bien au-dessous du mal qu'on dit partout de lui.
Sil faut en croire la renommée, le beau monastère de Saint-Eugende, cette abbaye si opulente et si sainte, est à deux doigts de sa ruine; or je crois qu'il y a peu à rabattre sur ce que rapporte le bruit publie. Les maisons de notre voisinage qui dépendent de cette communauté et que sous connaissez très-bien, sont aussi, ît notre grand chagrin, en partie détruites ou sur le point de fètre. Or ce que nous voyons de nos propres yeux dans les dépendances de cette abbaye se trouve, dit-on, avec une tout autre gravité dans la maison mère. Mais à quoi bon essayer de vous dépeindre des maux indescriptibles? j'en laisse le soin au religieux qui vous remettra cette lettre et qui est de cette abbaye; le prieur Archegaud, que je considère beaucoup depuis longtemps pour ses vertus, vous en fera aussi connaître en détail tout ce qu'il sait, bien qu'il lui soit impossible de vous dire tout exactement. Mais les maux de cette maison sont si grands et si nombreux que vous ne pourrez faire autrement, après en avoir entendu le récit, que de prendre en main la
a Jean Paperons ou Papyrion fut envoyé en 1152, d'après Jean d'Hagustald, « en Irlande, où il remit quatre Pallium à différents évêques et réforma plusieurs abus concernant le partage. » Jusqu'à cette époque, au dire de Giraud dans sa Topographie de l'Irlande , chap. XVII, les évêques de ce pays se consacraient mutuellement.
b C'était Gervais, et le prieuré de Mont-Dieu était une chartreuse du diocèse de Reims, fondée en 1186 par Eudes, abbé de Saint-Remi. On voit, par la manière dont saint Bernard sexprime, que ce prieur et sa maison jouissaient de son estime. Il ne faut pas croire que ce fut ce prieur qui motiva la lettre aux frères du Mont-Dieu, dont il est parlé au tome V.
c On appelait Augende le saint abbé qui fut mis le premier à la tète du fameux monastère de Condé, fondé par saint Romain dans les montagnes du Jura ; de là son nom de Saint Augende, qui fut plus tard remplacé par celui de Saint-Claude, diocèse de Lyon.
hache apostolique, car il faut qu'elle se lève et qu'elle agisse. Pour moi, je mets ma conscience à l'abri en vous écrivant, mais mon coeur n'aura de repos que lorsque vous aurez sauvé cette maison, dont la vie et la mort sont entre vos mains.
Vers lan 1150
Saint Bernard le reprend d'avoir voulu détourner un de ses parents nominé Pierre d'encrer en religion.
1. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, mais j'entends parler de vous comme d'un homme sage et honorable selon le monde; toutefois mon très-cher fils Pierre, que vous croyez mieux connaître et vous appartenir de plus près à titre de parent, veut que je vous écrive, ou plutôt que je réponde à la lettre que vous lui avez adressée. Que n'est-elle plus digne de vous et remplie de meilleurs conseils pour lui! Il rien est rien, hélas! et vous ne reculez pas à la pensée de détourner un jeune soldat du Christ du service qu'il doit à son nouveau maître ! Sachez bien que vous aurez à rendre compte de cela au juste Juge. N'était-ce point assez du fardeau de vos propres iniquités, et fallait-il encore l'aggraver des iniquités des autres en replongeant, autant que cela dépend de vous, dans ses anciens péchés un jeune homme qui commence à en faire pénitence? Voilà comment votre âme endurcie et votre coeur impénitent amassent des trésors de colère pour le jour des vengeances célestes. N'est-ce point assez du démon pour le tenter, faut-il encore qu'il soit conduit au mal par un chrétien son parent et son guide? Vous vous êtes donné auprès de lui le rôle du serpent tentateur; mais, bien différent de la première femme, il n'a point prêté l'oreille à vos discours; vous avez fait un effort pour l'abattre, et vous n'avez pu y réussir, car il s'est maintenant solidement établi sur le roc.
2. Mais je ne veux pas vous rendre la pareille, je saurai vaincre le mal par le bien en priant pour vous et en demandant à Dieu de vous inspirer de meilleures pensées et de meilleures lettres. Et d'abord, puisque vous passez pour sage, je veux que vous le soyez en effet et je vous renvoie à l'auteur de la Sagesse, qui dit quelque part: « Bien loin de vous opposer au bien, faites-le vous-même si vous le pouvez (Prov., V, 27). » Vous avez encore le temps de suivre ce conseil, mais jusqu'à
a On voit par la fin de la lettre qu'il était marié. Le manuscrit du Vatican, portant le n. 663, est fautif en donnant pour titre à cette lettre : « A Pierre, abbé de Moustier-la-Celle, » à qui est adressée la lettre suivante.
quand l'aurez-vous ! Ce qui vous reste à vivre est bien peu de chose, puisque déjà vous touchez à la vieillesse; la vie n'est qu'une vapeur qui se dissipe en peu de temps. Soyez donc sage en effet, et qu'on ne puisse pas dire de vous un jour: « J'ai vu l'insensé qui paraissait bien affermi dans sa fortune; mais je n'ai pas tardé à déplorer son bonheur (Job., V, 3). » Voilà comment le vrai sage traite d'insensé le faux sage du siècle, dont la sagesse n'est que folie à ses yeux (I Cor., III, 19; et Deut., XXXI, 29). Ah! que n'êtes-vous doué de cette vraie sagesse qui vous fasse prévoir et comprendre le sort qui vous attend! Elle vous donnerait du goût pour les choses de Dieu, vous éclairerait sur le néant du monde et vous mettrait en garde contre les maux à venir, vous ferait trembler à la pensée de l'enfer, soupirer après les biens du ciel et regarder comme un néant tous ceux de la terre. Que de pensées me viennent en ce moment à l'esprit! ou plutôt que de choses l'esprit de Dieu même me suggère à vous dire ! mais pour le faire, j'attendrai un mot de votre main qui m'apprenne l'accueil que vous ferez à ces lignes; je finis donc là ma lettre de peur de vous importuner au lieu de contribuer au salut de votre âme. Je vous prie de saluer de ma part votre ,femme que j'aime bien dans le Seigneur, quoiqu'elle n'ait rien fait pour mériter mon affection.
LETTRE CCXCIII. A PIERRE, ABBÉ DE MOUSTIER-LA-CELLE (a), POUR UN MOINE DE CHÉZY, QUI ÉTAIT PASSÉ A LA MAISON DE CLAIRVAUX.
Vers lan 1150
Pour répondre à ce que vous me dites, je vous assurerai que probablement personne au monde n'a été plus sensible que moi au chagrin de l'abbé de Chézy. Mais pourtant vous n'ignorez pas sans doute que c'est 'par son consentement et par son ordre que depuis longtemps ce religieux est des nôtres, m'a promis obéissance et s'est mis sous ma direction. Il serait impossible de dire combien de fois je l'ai empêché de donner suite au projet qu'il nourrissait de venir chez nous, et déterminé à
a Pierre de Celle est beaucoup plus connu pour avoir été abbé du monastère de ce nom, situé dans les faubourgs de Troyes, que pour avoir été abbé de Saint-Rémi et même évêque de Chartres. On a de lui deux lettres aux religieux de Chézy, ce sont les quatorzième et quinzième du livre II ; mais on n'en a pas du religieux dont il est ici question; il se nommait Adam, comme on le voit dans les deux lettres que Nicolas de Clairvaux écrivit en son nom à Pierre de Celle, et dans l'une desquelles, la vingt-cinquième, il loue ce dernier de la réforme qu'il a introduite dans sa maison. Ce fut ce même Pierre de Celle qui prit la défense de saint Bernard et vengea sa mémoire des attaques dirigées contre elle par un autre Nicolas au sujet de la conception de la sainte Vierge. Voir les .notes de la lettre cent soixante-quatorzième. Il se donne le titre de disciple de saint Bernard dans la huitième lettre du livre IX adressée au chapitre général de Cîteaux. Voir, pour ce qui concerne Chézy, les notes de la lettre deux cent soixante-troisième.
repartir quand il nous arrivait; mais enfin un jour il vint ici et y demeura malgré moi sans que je pusse jamais gagner sur lui qu'il retournât à son monastère. Il me protestait que si je ne voulais pas le recevoir, il s'en irait chercher quelque endroit plus éloigné d'où il ne reviendrait plus jamais; il me trouva toujours insensible à ses raisons, ce qui ne l'a pas empêché d'entrer ici malgré tout ce que je pus lui dire; mais après tout je ne pouvais en conscience lui fermer la porte de notre maison, et je puis encore moins l'en faire sortir aujourd'hui que je me suis chargé de la conduite de son âme, comme je l'ai dit, et que par conséquent c'est moi désormais qui dois en répondre à Dieu. Je vous avouerai que pour épargner ce chagrin à ce bon abbé, j'ai longtemps dissimulé le péril où j'engageais ma conscience, et j'aurais continué à fermer encore les yeux si j'avais pu espérer de l'amener à suivre mes conseils; mais puisqu'il est si vivement contrarié de ce qui s'est fait, employez-vous à consoler cet excellent homme et à adoucir sa peine en lui faisant goûter mes raisons. D'ailleurs vous savez qu'il cet lui-même en suspens, et que depuis longtemps il songe à se démettre de sa charge a. S'il est toujours dans les mêmes pensées, je ne mettrai aucun obstacle à ce qu'il y donne suite, puisqu'il ne peut conserver sa place sans se sentir en proie aux plus grandes inquiétudes.
Saint Bernard recommande l'évêque du Mans et plusieurs autres prélats au souverain Pontife.
Vous avez devant vous l'évêque du Mans, un prélat dont tout le monde connaît les sentiments de candeur et de probité : ces deux vertus et plusieurs autres encore m'ont lié de connaissance et d'amitié avec lui dès sa plus tendre jeunesse. Si je ne me trompe, ceux qui ont fait à Votre Paternité quelques rapports contre lui ne sont rien moins que de vrais imposteurs. Je vous supplie donc de lui accorder une audience favorable et de ne le congédier qu'assuré de vos bonnes grâces, car je suis
a C'est à ces dispositions que Pierre de Celle tait allusion dans sa lettre aux religieuses de Chézy, lettre quinzième, livre II, quand il leur dit: « Tant que voua pourrez retenir parmi vous votre père, ou plutôt notre père, ne désirez rien de plus. » Il s'agissait de Simon qui se retira à Clairvaux après la mort de saint Bernard. Voir la lettre deux cent soixante-troisième.
b C'était Guillaume de Passavant : il avait été archidiacre de Reims avant d'être évêque du Mans. Ce tort un prélat d'une vie très-pieuse, ainsi qu'on peut le voir dans l'histoire de ses actes, tome III des anciens Analectes, pages 357 et suivantes.
persuadé que vous ne sauriez trouver personne qui en fût plus digne. L'abbé de Vendôme, qui relève tout spécialement du saint Siège a, mérite aussi que vous ayez pour lui une considération toute particulière et que vous ne fassiez pas trop de difficulté d'accéder à sa juste demande. Monseigneur l'évêque d'Angers envoie un exprès à Votre Sainteté, afin de Vous supplier avec moi de lui rendre justice et de ne point prêter l'oreille aux calomnies d'un imposteur. Étant redevable à tout le monde, vous êtes obligé de rendre à chacun ce qui lui est dû.
Je ne vous écris jamais sans m'imaginer que c'est à moi que j'écris, et je vous aime tant, car je ne vous aime pas moins que moi-même, que je me figure sans cesse être partout à vos côtés. Si vous me payez de retour, ou plutôt, puisque vous me rendez avec usure l'affection que je vous porte, veuillez faire tout ce qui dépend de vous pour que l'évêque du Mans s'en retourne complètement satisfait. S'il en était autrement, j'en serais, je crois, plus peiné que lui; car il a su se concilier mon affection et mérite d'obtenir aussi la vôtre par son honnêteté.
On dit qu'un ecclésiastique du diocèse du Mans a circonvenu le saint Père et a essayé de faire un mauvais parti à son évêque qui est de Mes amis. Si vous désirez faire quelque chose qui me soit agréable, ou plutôt si vous voulez servir Dieu et la justice, employez tout votre crédit à rendre inutile la calomnie de ce méchant homme et à mettre hors de la portée de ses coups l'innocence de son évêque, que je compte parmi mes amis les plus dévoués (c).
a Saint Bernard a dit de même un peu plus haut au sujet d'Eudes, abbé de Saint-Denis : Cet abbé et son abbaye relèvent directement de vous. On voit par là que les dédit abbayes de Saint-Denis et de Vendôme, (cette dernière avait Robert pour abbé), relevaient directement et immédiatement du saint Siège.
b Ernald parle de ce cardinal Henri dans son premier livre de la Vie de saint Bernard. Il avait vécu à Clairvaux en qualité de simple moine sous la conduite de saint Bernard, et il était devenu cardinal du titre des saints Nérée et Achillée. On a de lui une lettre qui se trouve dans le tome III de la Bibliothèque de Cîteaux, page 239, sur la légitimité de lélection du pape Alexandre III.
c Dans un assez grand nombre de manuscrits, on fait suivre cette lettre de la deux cent cinquante-neuvième aux religieux de Prémontré, de la deux cent quatre-vingt-dixième à l'évêque d'Ostie, et de la trois cent onzième aux moines Irlandais, qui est pour nous la trois cent soixante quatorzième, et qui fut pendant longtemps la dernière de la collection de saint Bernard.