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N° 166 (16/04/2010). A la une: Assurance chômage: les jeunes dans le collimateur p. 10
Lien direct: https://www.solidarites.ch/journal/d/article/4271
International
Contre l’hégémonie US: un bloc latino-américain et caribéen
Réunis à Cancun, au Mexique les 22 et 23 février derniers, tous les représentant-e-s des Etats latino-américains et caribéens, sauf du Honduras, ont formellement donné naissance à la Communauté des Etats latino-américains et caribéens. Cet organisme, une sorte de nouvelle Organisation des Etats Américains (OEA), mais sans les Etats-Unis et le Canada, marque un pas supplémentaire dans la prise de distance de l’Amérique Latine par rapport à la superpuissance du Nord. En guise d’éclairage, nous publions un article de Raul Zibechi, militant, journaliste et auteur Uruguayen paru dans le quotidien mexicain La Jornada.
La création de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens s’inscrit dans le virage mondial et continental, caractérisé par le déclin de l’hégémonie étatsunienne et l’ascension d’une série de blocs régionaux qui donnent forme à un nouvel équilibre global. La création de cet organisme, sans la présence du Canada et des Etats–Unis, était en gestation depuis un certain temps, mais commence à prendre forme après le fiasco notable de l’Organisation des Etats Américains (OEA) dans la résolution de la crise provoquée par le coup d’Etat au Honduras, pays qui pour le moment ne fait pas partie de l’organisme en gestation.
Un processus d’autonomisationLa décision, préparée durant les deux dernières années et impulsée par le président Lula, complète un long processus d’autonomisation de la région par rapport à la super puissance.
Jetons un regard en arrière pour observer le profond changement qui s’est produit dans la région. Depuis sa création en 1948, l’OEA a répondu aux intérêts de Washington. Quand Cuba en a été expulsé en 1962, aucun pays n’a voté contre pour éviter des problèmes avec les Etats-Unis, même si six d’entre eux se sont abstenus, parmi lesquels l’Argentine, le Brésil et le Mexique. En 1983, la création du Groupe de Contadora (Colombie, Mexique, Panama, et Venezuela) pour trouver une issue aux guerres civiles d’Amérique Centrale, représente la première tentative pour doter la région d’une voix qui se distancie du cœur imposé par la Maison Blanche et le Pentagone. [...]
En 1990, le Groupe de Rio s’est substitué à celui de Contadora (convertit en groupe des huit), avec l’incorporation des pays sud–américains qui ne l’intégraient pas jusqu’alors, plus la communauté des Caraïbes et les pays d’Amérique Centrale. En 2008 il acquit sa physionomie actuelle avec l’incorporation de la Guyane, Haïti et Cuba, et en 2010 lors de la célébration de sa vingt–et–unième réunion, le sommet de l’Unité de la Rivera Maya, fut franchi le pas définitif en donnant naissance à la nouvelle Communauté des Etats. Ce sont deux décennies et demi d’une lente construction qui couronne un processus initié quand l’offensive impériale contre le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala paraissait omnipotente, qui aboutit, au moment où une nouvelle conjoncture est apparue.
La Déclaration de Cancun, souscrite par 32 présidents (avec l’unique absence du Honduras), signale que l’objectif du nouvel organisme est « l’approfondissement de l’intégration politique, économique, sociale et culturelle de notre région » la défense du « multilatéralisme » et « la prise de position sur les grands thèmes et événements de l’agenda global ».
L’annexe consacrée à la crise économique promeut la création d’une nouvelle architecture financière régionale et sous–régionale, elle inclut la possibilité de réaliser les paiements en monnaies nationales et évalue la création d’une monnaie commune ainsi que la coopération entre banques de développement nationales et régionales. [...]
Energie et infrastructures…Cependant, les deux aspects centraux et les plus concrets, signés par les présidents, sont les annexes consacrées à « l’énergie » et à « l’intégration physique en infrastructures ».
Il y est proposé d’affronter les défis énergétiques par la promotion et l’extension des sources d’énergies renouvelables et « l’encouragement à l’échange des expériences et au transfert de technologies sur les programmes nationaux de biocombustibles », entre autre pour permettre aux « économies plus petites et aux pays moins développés d’accéder de manière juste, équilibrée et constante aux diverses formes d’énergies ».
En ce qui concerne les infrastructures, il est proposé d’intensifier les travaux pour la connexion et le transport aérien, maritime, fluvial et terrestre, ainsi que pour le transport multimodal. Qui dit intégration via les travaux d’infrastructures et biocombustibles, dit Brésil, pays leader dans ces deux domaines et premier producteur mondial d’éthanol avec les Etats–Unis. [...]
Même si la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens n’est, en l’état, qu’une déclaration d’intentions, qui devra faire ses véritables premiers pas lors du sommet de Caracas (2011) et au Chili (2012) en se dotant de statuts, le fait que cette démarche ait été initiée est en soi tout à fait significatif. Sa création doit être lue depuis trois angles.
Le primat du temps longDans un premier temps, elle représente un frein au repositionnement des Etats-Unis en Colombie et au Panama avec 11 bases militaires, mais également au Honduras et en Haïti. Rappelons–nous que lors de l’attaque Colombienne en Equateur le premier mars 2008, avec le bombardement du campement de Raul Reyes, la création de l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR) et du Conseil de Défense Sud–Américain s’en était trouvée accélérée. Le second aspect est à appréhender sur le temps long : la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens complète le long cycle d’autonomisation par rapport au centre impérial. Ce n’est pas un hasard si ces deux pas ont été franchis dans des moments de graves tensions : les guerres d’Amérique Centrale, il y a 25 ans ; et sur fond de crise économique et de polarisation mondiale maintenant.
Le troisième aspect a un caractère géopolitique. Le Mexique et l’Amérique Centrale ne seront plus, dès lors, tiraillés depuis le Nord uniquement. Le bloc régional connaît beaucoup de problèmes et de contradictions internes qui le feront avancer lentement. Rien de tout cela ne l’a empêché de prendre forme depuis le début des années 80 du siècle passé, dans une situation où le poids et la présence des USA étaient plus marqués qu’aujourd’hui, de s’élargir, et maintenant de commencer à se consolider. Le temps long accompli son œuvre ; lentement, mais inexorablement, il pulvérise le temps court.
Traduction et coupes de notre rédaction
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