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Le 29 mars 2011, le Grand Conseil neuchâtelois a répondu à la consultation fédérale concernant le
renouvellement la construction de trois nouvelles centrales nucléaires (voire deux, voire une seule). La gauche, soutenue par quelques députés PLR et un nombre massif d’abstentions a suivi le Conseil d’Etat et a refusé les nouvelles centrales. Mon intervention :
Commençons par un bref rappel historique. En 1966, le Conseil fédéral notait dans un rapport que la construction d’un réacteur nucléaire Swiss made était indispensable à la sauvegarde de notre industrie. Il est savoureux de noter que ce côté indispensable n’a pas pris une ride en cinquante ans. Il faut remonter à 1945 pour trouver la première trace de velléités nucléaires. A cette époque, un commandant de corps « visionnaire » demande au Conseil Fédéral de se doter d’une bombe atomique. La conviction est simple. Dans un rapport, on peut lire qu’un « nombre limité de fusées nucléaires, installées dans les Alpes suisses […] constituerait une force de dissuasion suffisante à rendre la Suisse inexpugnable ». Très visionnaire… Dans le domaine nucléaire, la ligne qui sépare utilisation civile et militaire n’est jamais très épaisse. Après les horreurs des bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki, le Conseil fédéral ne va pourtant pas crier son ambition sur les toits, encore moins aller acheter, ou voler, la technologie à l’étranger. Le Conseil fédéral crée donc une commission, la SKA, présidée par Paul Scherrer. Elle est chargée de « construire une bombe suisse sur le principe de l’arme atomique. » Toute l’entreprise est tellement top secrète que les 500’000 francs que débloque à l’époque le gouvernement sont affectés à un compte bidon dans le budget. Je vous passe les détails sur les tentatives plus ou moins fructueuses (plutôt moins que plus) d’obtenir de l’uranium (qui, rappelons-le, ne pousse pas dans les Alpes. Ce qui nous rend aussi dépend de l’étranger dans le domaine nucléaire que dans les autres énergies fossiles). En 1961, l’industrie suisse s’allie à la SKA pour former la Société nationale pour l’encouragement de la technique nucléaire industrielle et lancer le projet de réacteur « maison ». Finalement, en 1969, le programme est totalement abandonné après avoir tout de même coûté près de 500 millions de francs. Cette année-là, pour ceux qui s’en souviennent (personnellement, je n’étais pas encore né), la Suisse vit son mini Tchernobyl : le cœur de la centrale nucléaire expérimentale de Lucens dans le canton de Vaud, prend feu, mettant fin à notre rêve d’alleingang atomique et nucléaire. L’accident de Lucens n’est pas anodin, il figure selon l’AIEA au palmarès peu enviable des 10 pires catastrophes nucléaires au monde (4/7 sur l’échelle INES, ce qui correspond à Fukushima au début de la catastrophe).
Voilà pour l’introduction, venons-en maintenant au rapport. Dans un discours récent sur le nucléaire, Nicolas Sarkozy le disait sans détour « Le développement responsable de l’énergie nucléaire est un enjeu fondamental pour l’avenir de la planète. » La majorité du monde politique suisse et des lobbys qui défendent le nucléaire civil ne disent pas autre chose. Et il suffit de lire la position de la minorité de la commission chargée de l’examen préalable du projet que nous discutons aujourd’hui pour se rendre compte à quel point cette manière de voir est ancrée dans nos têtes. Si nous les avions écouté, nous aurions entendu que le nucléaire est une énergie propre, sûre et indigène. « Avions écouté », parce que depuis le 11 mars 2011, tout l’édifice de communication et de lobbying, toute la stratégie des pro-nucléaires se sont effondrés.
En 1976, lors de l’incident de Three Miles Island, nous pouvions encore mettre la faute sur le dos de la jeunesse d’une industrie promise à un bel avenir. En 1986 à Tchernobyl, en pleine guerre froide, nous pouvions accuser un régime communiste corrompu, des employés payés au lance-pierre et une construction d’amateurs (la centrale n’avait pas d’enceinte de confinement). En 2011, difficile de blâmer autre chose que le hasard. Le hasard d’un tremblement de terre d’une puissance invraisemblable suivi d’un tsunami incroyable aussi. Le hasard d’un accident en cascade lié à des défaillances dont n’importe quelle autorité de surveillance aurait décrété qu’elles étaient statistiquement nulles, ou plutôt, hautement improbables. Ce hasard, ce risque infime mais bien réel, c’est ce que les lobbys mettent tant d’énergie à nous faire oublier. Si ce n’était pas tragique, je rirais encore des propos d’un Conseiller aux Etats qui disait « quoi, elles sont pas 100% sûres nos centrales ? Mais alors il faut faire en sorte qu’elle le soit ». C’est impossible, impossible et dangereux de le croire et de le faire croire. La centrale de Mühleberg est équipée d’un réacteur à eau bouillonnante GE ; plus ou moins le même modèle de la même époque que le réacteur 1 de la centrale de Fukushima. Et son âge ne fait pas tout, en 2009, l’Autorité de sûreté nucléaire a émis des doutes sur la sécurité de l’EPR, le réacteur de troisième génération d’AREVA (une des options possibles pour le remplacement de nos réacteurs vieillissant).
Les conséquences de la pollution liée au foirage de quatre des six réacteurs de Fukushima sont encore difficiles à évaluer : eau polluée pour les 30 prochaines années pour les habitants d’une des plus grande métropole au monde, située à 300 km du site, légumes indigestes, dangers pour les enfants, cancers pour les plus exposés, au pire la mort. Et une région impossible à dépolluer pour des centaines d’années… Appliquée à la population suisse, ces conséquences toucheraient chacun de nous d’une manière ou d’une autre, mais aussi nos enfants, petits-enfants, etc.
Après ce qui vient de se passer au Japon, nous ne pouvons que rire du mini psychodrame qui a entouré la décision du Conseil d’Etat, à majorité de droite rappelons-le, de ne pas soutenir le lobby nucléaire. Il serait intéressant d’avoir aujourd’hui la position de la Chambre Neuchâteloise du Commerce et de l’Industrie. Est-elle toujours favorable au nucléaire, est-elle toujours prête à vilipender Claude Nicati en le traitant de prince « vert » ? En réalité, c’est bien là que réside l’incroyable danger du nucléaire. Pendant 25 ans, les lobbys des grandes entreprises productrices d’électricité en suisse, soutenu par l’ensemble des milieux économiques et industriels, ont ressassé aux oreilles des citoyennes et citoyens un énorme mensonge, celui d’une énergie infinie, propre et indigène. A notre avis, c’est exactement l’inverse, une centrale nucléaire, c’est une 2CV avec un moteur de formule 1, qui produit des déchets dont on ne sait quoi faire (et ceci quel que soit la génération de centrale dont on parle)…
Ce que le Grand Conseil s’apprête à faire aujourd’hui, c’est exactement l’inverse de la doctrine dominante, c’est dire que Neuchâtel et l’ensemble de la Suisse peuvent se passer de cette énergie dangereuse et faussement bon marché. Qu’à travers des économies d’énergie et la production décentralisée d’énergies renouvelables, nous pouvons devenir justement plus indépendant et surtout plus propre. Le tout en créant des emplois, beaucoup d’emplois, et en développant les savoir-faire locaux (je vous rappelle que le réacteur nucléaire Swiss made n’existe toujours pas).
Encore quelques remarques. Dans le cadre de la gestion déchets, nous saluons la phrase du rapport qui dit que « l’entreposage des déchets radioactifs des centrale existantes, à fortiori des centrales en projet, n’est pas encore résolue. » Nous accepterons la partie « plan sectoriel », parce qu’il est une étape purement technique. Reste que le chemin sera encore long…
Vous comprendrez donc que le groupe POPVertsSol acceptera avec enthousiasme le rapport du Conseil d’Etat, avec les amendements proposés par la commission. En particulier celui lié aux centrales à gaz qui, à notre avis, n’a pas sa place dans cette prise de position.