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L’avancée
Les premières mesures spectroscopiques de l'évolution des niveaux 2S d'énergie dans l'hydrogène muonique ont été publiées en 2010. Pour produire ces variantes exotiques d'hydrogène, les chercheurs ont bombardé de l'hydrogène avec des muons (ces particules ont presque toutes les propriétés identiques à celles des électrons, mais sont 200 fois plus lourdes) provenant de l'accélérateur principal du PSI. Les muons, lorsqu'ilssont assez lents, prennent la place des électrons dans l'atome d'hydrogène. En raison de sa grande masse, le muon est beaucoup plus proche du proton que ne l’est l'électron et, en conséquence, le décalage des niveaux d'énergie sera plus important. Leur évaluation pose des exigences élevées sur l'expérience : comme les atomes d'hydrogène muonique ont une durée de vie très courte (2 millionièmes de seconde seulement pour les muons), les impulsions de lumière pour l'excitation de la résonance doivent avoir lieu dans les quelques nanosecondes suivant l'enregistrement d'un muon sur la cible d'hydrogène.
Plus exact qu’exact
Dans l'expérience décrite dans le magazine Science, une autre transition dans l'hydrogène muonique a été déterminée. De ce fait, les chercheurs ont pu identifier un nouveau rayon électrique du proton. La valeur de 0.84087 (39) femtomètres (1 femtomètre = 0.000 000 000 000 001 mètre) est conforme à celle publiée en 2010 (0.84184 fm), mais encore 1,7 fois plus précise. L'écart avec les mesures de l'hydrogène normal ou de la diffusion électron-proton a donc augmenté. La nouvelle mesure permet également, et ce pour la première fois, la détermination du rayon magnétique du proton à partir de la spectroscopie laser de l'hydrogène muonique. Cette valeur déterminée de 0.87 (6) femtomètres est en adéquation avec les valeurs connues jusqu'à présent. Bien que la précision ne soit pas meilleure que celle des précédentes mesures, la spectroscopie laser de l'hydrogène muonique a le potentiel d'améliorer significativement la précision du calcul du rayon magnétique.
Un défi pour la science
Les causes de l'énigme du proton présentent diverses possibilités de recherche. D'une part, les mesures anciennes effectuées dans l'hydrogène et celles effectuées par la diffusion des électrons doivent être réanalysées ou reproduites. D'autre part, nombreux sont les théoriciens qui recherchent la solution à ces différences. Des propositions très intéressantes ont tenté d'expliquer cet écart par la physique dite au-delà du modèle standard. Mais il se pourrait aussi que le proton ait une structure beaucoup plus complexe qu'on ne le pensait, ce qui n’aurait été démontré que sous l'influence des muons. Pour comprendre cet effet au niveau fondamental, d'autres mesures sont nécessaires. Des expériences pour la diffusion muon-proton à PSI sont en cours d’élaboration. A l'accélérateur d'électrons de Mayence (Allemagne), de nouvelles mesures de précision (diffusion électron-proton) sont en discussion. Cette année, le même groupe de recherche va, pour la première fois, s'attaquer à la spectroscopie de l'hélium muonique au PSI.
Collaboration internationale
Le projet est une coopération de nombreuses institutions de différents pays, dont les compétences se trouvent dans les domaines de la physique des accélérateurs, de la physique atomique, de la technologie des lasers et dans le développement de nouveaux détecteurs. Les plus importantes sont : L’Institut Paul Scherrer PSI, Villigen, Suisse ; l’Institut de physique des particules, Ecole polytechnique fédérale EPF de Zurich, Suisse ; l’Institut Max-Planck d’optique quantique, Garching près de Munich, Allemagne ; le Laboratoire Kastler Brossel, Paris, France ; le Departamento de Física, Universidade de Coimbra, Coimbra, Portugal ; l’Institut d’outils de rayonnement, Université de Stuttgart, Stuttgart, Allemagne ; la Dausinger & Giesen GmbH, Stuttgart, Allemagne ; le Département de physique de l’Université de Fribourg, Fribourg, Suisse.
Le Département de physique de l'Université de Fribourg a collaboré officiellement dans la mesure du rayon de charge du proton depuis le début et cela jusqu'en 2003, lorsque le professeur en charge du groupe des énergies moyennes (ME-Group) est parti à la retraite (Prof. L. Schaller). Grâce à un soutien partiel du Fonds national pour la recherche scientifique (SNF), la doctorante (L. Ludhova) et les chercheurs postdoctorat du groupe (F. Mulhauser et P. Knowles) ont pu continuer leur engagement dans l'expérience jusqu'au succès obtenu en 2010 dans la revue Nature et aujourd'hui dans la revue Science.
À propos du PSI
L’Institut Paul Scherrer développe, construit et exploite de grandes installations de recherche complexes et les met à disposition de la communauté nationale et internationale. Les principales recherches de l’Institut sont centrées dans le domaine matière et matériaux, energie et environnement, santé. Avec 1500 collaborateurs et un budget annuel d’environ 300 millions CHF, le PSI est le plus grand centre de recherche de Suisse.
Institutions associées
Le projet est une coopération de nombreuses institutions de différents pays, dont les compétences se trouvent dans les domaines de la physique des accélérateurs, de la physique atomique, de la technologie des lasers et dans le développement de nouveaux détecteurs. Les plus importantes sont:
Institut Paul Scherrer PSI, Villigen, Suisse
Institut de physique des particules, École polytechnique fédérale EPF de Zurich, Suisse
Institut Max-Planck d’optique quantique, Garching près de Munich, Allemagne
Laboratoire Kastler Brossel, Paris, France
Departamento de Física, Universidade de Coimbra, Coimbra, Portugal
Institut d’outils de rayonnement, université de Stuttgart, Stuttgart, Allemagne
Dausinger & Giesen GmbH, Stuttgart, Allemagne
Département de physique, université de Fribourg, Fribourg, Suisse
Publication originale
Proton structure from the measurement of 2S − 2P transition frequencies of muonic hydrogen
Aldo Antognini, François Nez, Karsten Schuhmann, Fernando D. Amaro, François Biraben, João M. R. Cardoso, Daniel S. Covita, Andreas Dax, Satish Dhawan, Marc Diepold, Luis M. P. Fernandes, Adolf Giesen, Andrea L. Gouvea, Thomas Graf, Theodor W. Hänsch, Paul Indelicato, Lucile Julien, Cheng-Yang Kao, Paul Knowles, Franz Kottmann, Eric-Olivier Le Bigot, Yi-Wei Liu, José A. M. Lopes, Livia Ludhova, Cristina M. B. Monteiro, Françoise Mulhauser, Tobias Nebel, Paul Rabinowitz, Joaquim M. F. dos Santos, Lukas A. Schaller, Catherine Schwob, David Taqqu, João F. C. A. Veloso, Jan Vogelsang, Randolf Pohl
Science 25. Januar 2013
DOI: 10.1126/science.1230016