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La numérisation rend-elle les bibliothèques obsolètes?
La numérisation rendrait les bibliothèques obsolètes dans leur forme actuelle. Si la thèse n'est pas nouvelle, qu'elle soit portée par le nouveau responsable de la bibliothèque ETH Zurich est inhabituel. Les réactions à cette prise de position tombent.
La Neue Zürcher Zeitung a dédié samedi 7 février dernier une page entière aux interrogations de Raffael Ball, nouveau responsable de la bibliothèque de l'ETH Zurich. L'article portant sur le futur des bibliothèques était titré de façon provocatrice : «Weg mit den Büchern!» (que l'on peut traduire par «Marre des livres!»).
« Pour trouver du contenu et le lire, vous n'avez plus besoin de bibliothèque, tout simplement parce que vous n'avez plus besoin de livre imprimé. Une grande partie de la littérature est déjà numérisée et se trouve sur Internet. L'information monopolisée par la bibliothèque s'est inclinée. Aujourd'hui, la personne qui possède une connexion Internet sans un accès à une bibliothèque est potentiellement plus instruite qu'une autre personne qui inversement aurait elle accès à cette bibliothèque mais pas à Internet. De tête, je me souviens d'un responsable de recherche allemand qui avoua n'avoir jamais mis les pieds dans une bibliothèque de toute sa carrière.»
La seconde partie de l'article est elle davantage différenciée: les bibliothèques doivent se réinventer affirme Ball, à savoir qu'elles doivent prendre la forme de centres d'information et de communication.
« Au Danemark, Aarhus possède par exemple une librairie publique où les livres ne se trouvent plus dans leur forme imprimée. A leur place s'y trouvent au contraire des salles de conférences, des événements pour les enfants, un forum pour les habitants ainsi qu'un département administratif de la ville. On accède aux livres uniquement par voie électronique.
La thèse de Raffael Ball n'est pas nouvelle, mais elle a encore déclenché une petite tempête dans un verre d'eau. Ruedi Mumenthaler, expert en bibliothèque et jusqu'à récemment directeur de la recherche et du développement à la Bibliothèque ETH, traite dans son blog de manière critique les principes contenus dans la thèse de Raffael Ball . Sans pour autant lui donner entièrement tort : les bibliothèques doivent en effet se réinventer. En cela, l'exemple danois d'Aarhus est excellent. Mumenthaler est toutefois d'avis que cet article provocant donne des mauvais signaux aux politiciens, à une époque où l'on cherche les économies un peu partout.
Michael Hanger, enseignant en recherche scientifique de l'ETH, est lui aussi ouvertement critique dans l'édition du 12 février 2016 de la NZZ :
« Le livre imprimé se porte encore étonnamment bien aujourd'hui, et il le restera encore longtemps. Pourquoi? Parce que d'innombrables lecteurs préfèrent emporter un livre imprimé pour le lire à la maison plutôt que d'acquérir la licence pour un e-book, licence qui peut être retirée à tout moment; ceux-ci n'apprécient guère par ailleurs de se sentir comme des fournisseurs de données pour les grandes entreprises d'informations ».
Hanger y joint deux autres pensées : « le livre imprimé est toujours plus durable que du contenu numérique. Personne ne sait ce qui sera encore lisible de ce dernier dans cent ans.»
Le second argument pèse aussi lourd : l'information digitale, en particulier celle du domaine de la science, est aujourd'hui dans les mains de quelques éditeurs comme Elsevier, Wiley et Springer, des firmes qui contrôlent une grande partie des publications scientifiques. L'accès à cette information est quant à lui contrôlé par le service de recherche américain Google. Voilà des perspectives qui ne sont pas nécessairement des plus rassurantes…
Photo : la bibliothèque baroque de St-Gall.
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