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"Mourir, mourir / Comme on s'endort / Faire la nique à la mort" - Maxime Le Forestier
Genève, mars 2020
"Mourir, mourir / Comme on s'endort / Faire la nique à la mort" - Maxime Le Forestier
Genève, mars 2020
Celle de mes grands-parents était la première guerre mondiale et celle de mes parents la seconde. Je suis né en 1954, après la fin de la seconde guerre mondiale et quelques années après le début de celle d’Indochine, puis du Vietnam. C’est cette dernière qui a été celle de ma génération. Enfant, puis adolescent, le photographe en devenir que j’étais a été nourri d’images saisissantes et d’expériences particulières.
Scolarisé dans un établissement international, bon nombre de mes camarades étaient citoyens des Etats-Unis. Tous craignaient le «draft» ou conscription qui, théoriquement, permettait au gouvernement de tirer au sort ceux qui seraient appelés à combattre en Asie du Sud-Est. Effectivement, quelques-uns de mes contemporains y sont allés, et ceux qui en sont revenus ont souffert de syndrome de stress post traumatique des années durant.
En tant que photographe, deux images ont marqué ma mémoire.
La première est celle de Nick Ut, qui a saisi la souffrance de Kim Phuc, enfant de 9 ans, brulée par une bombe au napalm. Le pilote ayant lâché ses bombes, John Plummer, et sa victime qui vit aujourd’hui au Canada, se sont retrouvés des années plus tard, en 1996. Kim a pardonné à son bourreau.
Regarder cette photo m’a remis en mémoire un événement dont j’ai été le témoin à New York, en 1996. Une exposition d’images de la guerre du Vietnam se tenait dans le sous-sol du bâtiment IBM, à l’angle de Madison Avenue et de la 57e rue.
Un grand homme noir se tenait avec son fils devant l’image d’un soldat américain tenant un prisonnier vietnamien en joue avec son arme. Ils étaient silencieux tous les deux, jusqu’au moment où le père dit à son fils : « Tu sais, j’étais l’un d’entre eux ». J’ai trouvé ce moment poignant.
Mais c’est sans doute l’image de la chute de Saigon en 1975 qui m’a le plus marqué car elle signifiait la fin de ce drame, sans que mes contemporains et moi nous doutions qu’un nouveau drame allait se jouer dans les mois qui suivirent, au Cambodge.
"Un esprit sensible ne convient pas à qui porte une épée" - William Shakespeare
"L'amour d'un père est plus haut que la montagne. L'amour d'une mère est plus profond que l'océan" - Proverbe japonais
Genève, août 2020