Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06865.jsonl.gz/1153

Le sésame du bonheur
Assistante en soins Osarugue Raboud Eden s'est battue pour obtenir ce titre
Assistante en soins, Osarugue Raboud Eden s'est battue pour obtenir ce titre. Comme elle a surmonté nombre d'obstacles dans sa vie...
C'est une personne pour le moins attachante. Une Nigériane d'origine qui a surmonté nombre d'obstacles dans sa vie sans pour autant se départir de son sourire et de sa bonne humeur. Une femme chaleureuse, déterminée et sensible, mais parfois aussi rattrapée par ses doutes et fragilisée par les aléas de la vie. De quoi l'amener, quand elle revient sur son histoire, à passer du rire aux larmes. Les premiers chapitres d'Osarugue Raboud Eden, 43 ans, s'écrivent dans l'Etat d'Edo, au sud-ouest du Nigeria. Issue d'une famille pauvre, membre d'une fratrie de sept enfants, la Nigériane décide de quitter son pays pour Lausanne où habite une connaissance. Son but? Accéder à une vie meilleure, résoudre des problèmes médicaux et aider sa famille. Et puis, la jeune femme d'alors, âgée de 23 ans, rêve de changements. Arrivée dans nos frontières, elle dépose en 1998 une demande d'asile qui sera rejetée. Comme son recours. Aussi l'exilée envisage-t-elle de se rendre aux Etats-Unis où réside un de ses frères. «Anglophone, j'ai pensé que ce serait plus facile. Que je pourrais faire des études et travailler», explique Osarugue Raboud Eden. Le destin en décidera autrement. Dans l'intervalle, elle rencontre Monsieur Raboud, un Valaisan décédé depuis qui, amoureux d'elle, la prie de rester. «Il tenait à moi. Voulait me protéger.» Touchée par sa gentillesse, la réfugiée l'épouse en juin 2001.
Des petites chances...
«Je ressentais de l'affection pour lui et j'étais reconnaissante de son aide. L'amour est venu après», raconte Osarugue Raboud Eden, installée à Monthey, en Valais. De cette union naîtra deux ans plus tard une fille. Au bonheur de son arrivée se mêlent des sentiments douloureux: l'enfant, autiste, aujourd'hui âgée de 14 ans, va partager sa vie entre son foyer et une institution spécialisée. Elle n'aura de surcroît guère la chance de connaître son père, emporté par une maladie en 2006, alors qu'elle a trois ans. Mais la fillette sera toujours un moteur pour sa mère qui va lutter avec d'autant plus d'énergie pour gagner son autonomie et trouver un travail qui l'épanouisse. «Elle est tout pour moi. C'est mon bébé. C'est pour elle que je me suis battue», affirme la quadragénaire. Débutant dans une blanchisserie, Osarugue Raboud Eden propose par la suite ses services comme employée d'entretien à l'hôpital de Monthey. «J'avais demandé à ma belle-mère - elle m'a beaucoup soutenue - de m'accompagner lors de l'entretien de postulation. Je parlais peu le français. J'ai été engagée. J'ai toujours eu des petites chances», sourit Osarugue Raboud Eden qui aujourd'hui maîtrise très bien la langue de Voltaire. Sa soif d'apprendre va ensuite la conduire à assister avec succès au cours d'aide infirmière de la Croix-Rouge. Après dix ans de travail dans le domaine, elle décide, en 2015, de suivre une formation d'assistante en soins échelonnée sur deux ans et améliore encore ses connaissances de la langue dans ce but.
Avec l'aide d'anges
Très motivée, Osarugue Raboud Eden consacre alors toute son énergie à l'obtention de ce diplôme mais, au terme d'un an et demi, ses notes sont jugées insuffisantes quand bien même elles ne se situent pas en dessous de la moyenne. Sentiment d'injustice. Violent revers. Doutes. «J'étais catastrophée. Je ne voulais pas arrêter. J'ai refusé de signer la lettre de résiliation.» La quadragénaire pousse alors la porte d'Unia. «J'y ai trouvé des anges gardiens», raconte-t-elle des larmes plein les yeux. Emus par son histoire, les syndicalistes Sandra Previti et Giorgio Mancuso, obtiennent, au terme de discussions avec les responsables de l'établissement et le commissaire d'apprentissage, le droit pour leur protégée de terminer son cursus à l'hôpital de Vevey. «Ils m'ont sauvée», affirme celle qui va décrocher le sésame tant espéré. Et Osarugue Raboud Eden de montrer fièrement le document attestant de sa réussite. «Même si on n'a pas cru en moi, je me savais capable. Bien sûr, je me suis remise en question mais une petite voix intérieure me disait que je pouvais y arriver», sanglote la nouvelle assistante en soins. «J'ai besoin d'être utile dans ma vie. Cette formation était aussi un moyen de faire quelque chose qui me rende heureuse, de m'épanouir.» Et Osarugue Raboud Eden d'insister encore sur le rôle joué par sa fille. «Je veux être pour elle la meilleure maman du monde. Forte. Protectrice», relève cette mère qui, remariée en 2012, a aussi un petit garçon de 5 ans.
L'enfer, c'est ailleurs
Associant le bonheur à celui d'aimer et d'être aimée, sociable et appréciant fêtes et danse, Osarugue Raboud Eden dit se sentir bien intégrée dans nos frontières, même s'il lui manque de cette chaleur africaine favorisant les relations. Et bien sûr sa famille. «En Suisse, les personnes sont un peu fermées. Réservées. Il faut toujours démontrer que l'on est quelqu'un de bien pour nouer des contacts. Au Nigeria, on est accepté comme on est.» Pas de regrets pour autant d'avoir choisi l'exil. «Je me plais ici. On vit mieux. Je peux soutenir les miens.» Interrogée sur sa vision du paradis, la diplômée l'associe désormais à son nouveau titre, «cette réussite excitante.» Et l'enfer? La nouvelle assistante en soins écarquille grand les yeux. «Ça n'existe pas en Suisse. Il y a l'eau, l'électricité, toutes les facilités...» sourit-elle, avant d'ajouter: «Mais parfois il y a des gens qui ont peur de toi, de ta couleur.» Osarugue Raboud Eden serait-elle trop rayonnante, trop lumineuse?
Sonya Mermoud