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Skip&Die ou la colonisation musicale
Reportage lors d'un concert au Rocking Chair de Vevey, le 16 mars dernier
Ce riquiqui pays que sont les Pays-Bas – à ne pas confondre avec la Hollande ou le Royaume des Pays-Bas - a longtemps été un des pays les plus influents au monde grâce à la colonisation économique et matérielle, quelque peu justifiée par une idéologie religieuse et culturelle. Mais la colonisation, c'est de l'histoire ancienne, une période où on pouvait justifier son racisme par des études scientifiques, où on pouvait chasser les éléphants impunément et adopter comme animal de compagnie une mangouste chasseuse de serpents.
Aujourd'hui, tout comme les vacances que les écrivains pédérastes faisaient en Afrique du Nord vers la fin du XIXe siècle, ce n'est plus hyper bien vu de coloniser les pays, ou alors il faut le cacher un peu mieux. Skip&Die, au lieu de voler les pierres précieuses et les enfants des pays non occidentaux, s'inspirent de leur musique et les réinventent. Tout d'abord en utilisant des instruments qui viennent des quatre coins du monde, si je peux me permettre cette vision bidimensionnelle et quadrilatère de notre planète. Les musiciens jonglent entre divers instruments; le premier est un joueur de sitar, un autre agite une sorte de boulier de métal typique de la musique de fêtes brésilienne alors que le troisième heurte de ses paumes nues des congas et divers tambours africains. Ce serait ridicule si ces musiciens jouaient comme des blancs sur ces instruments, un peu comme Dee Dee Ramone qui fait du hip hop ou aller manger indien à la cantine de la Migros. Mais ces musiciens sont excellents: les percussions sont pléthoriques, leurs sons sont originaux et très bien gérés. Rien de tel pour faire se serpenter les corps des jeunes Vaudois qui étaient ce samedi 16 mars au Rocking Chair.
Il y a un mouvement général dans la musique de Skip&Die et c'est celui de réunir les musiques du monde, à savoir les musiques non-occidentales, avec certains éléments de pop et de musique électronique occidentales. La chanson "Riot in the Jungle" en est un exemple loquace: la mélodie ressemble à une ritournelle de musique africaine, la basse, lourde et répétitive, pourrait provenir de n'importe quelle musique électronique où les basses sont pesantes et importantes, comme la dubstep ou toutes les bass music anglaises, et la sitar et bien, ça reste de la sitar. On peut aussi remarquer l'utilisation d'une sonnette de type "ding-dong" très utilisée récemment dans la brostep dont le plus éminent représentant est Skrillex. Un autre exemple? La chanson "La Cumbia Dictatura" mélange de cumbia, style de musique colombien devenu très populaire en Amérique du Sud, et de dubstep, musique traditionnelle anglaise. Skip&Die, c'est un peu comme de faire un tour de l'Inde en segway tout-terrain et hyper rapide ou de se retrouver dans un concert sauvage et bruyant de mchiriku dans un garage pour voitures tunées à Amsterdam. Une échauffourée permanente entre la culture mainstream et la subculture.
Laurent Cheval
@l_cheval