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Un peu d'histoire
Seule race suisse de chiens, le Saint-Bernard tire son nom de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard, situé sur le col alpin éponyme, dont il est indissociable. Fondé par Bernard de Menthon en 1050 et culminant à près de 2500 mètres d'altitude, l'Hospice se trouve sur la route qui relie le Valais au Val d'Aoste. Depuis sa création, l'Hospice et les chanoines qui y vivent offrent secours et accueil aux voyageurs et aux pèlerins qui se trouveraient en difficulté dans cet environnement hostile et réputé dangereux.
Avec le temps, les conditions de vie des chanoines évoluent, tout comme la vocation de l'Hospice. Le percement du tunnel routier du Grand-Saint-Bernard en 1964 a une profonde incidence sur la vie des religieux. Avec l'arrivée de l'électricité tirée depuis le tunnel, la mission de l'Hospice change: il peut devenir un lieu de pèlerinage et de rencontre. Le début du tourisme met également fin à la solitude dans laquelle vivaient les chanoines.
Dès le 17e siècle, les chanoines utilisent des chiens pour la garde et la défense, mais aussi pour le sauvetage en montagne. Le croisement de diverses races ont donné naissance au Saint-Bernard, une race officiellement reconnue depuis 1887. Les chiens et leur redoutable instinct sont très utiles pour retrouver les voyageurs perdus ou enfouis dans la neige. Les récits de soldats de Bonaparte sauvés lors du franchissement du col en 1800 ont fait la réputation des compétences de sauveteurs des chiens.
Aujourd'hui le secourisme en montagne se fait par hélicoptère et nécessite des chiens sauveteurs plus petits et plus agiles. Mais en 1966, les chanoines dressent encore une partie de leurs chiens au secours en montagne.
Les chanoines renoncent aux chiens
Fin 2004, les chanoines de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard annoncent qu'ils mettent en vente leurs chiens. Ils n'ont plus suffisamment de ressources pour s'occuper du chenil et le manque de vocations religieuses les prive de main d'oeuvre. A cette époque, seules 4 personnes s'occupent de l'Hospice, un personnel insuffisant pour s'occuper du chenil et des fonctions pastorales.
Le sauvetage des chiens s'organise. Léonard Gianadda initie alors la création du Musée du chien du Saint-Bernard à Martigny qui ouvre ses portes en 2006. Les chiens sont présents au musée durant la journée et rentrent au chenil pour la nuit. Leur élevage est assuré par la Fondation Barry, une fondation financée par des mécènes.
Mais les chanoines ne renoncent pas totalement à vivre avec leurs chiens. Durant l'été, une partie des Saint-Bernard sont montés à l'Hospice. Les animaux retrouvent ainsi leur habitat naturel, pour le plus grand bonheur des visiteurs.
Barry, la légende
La star de tous les chiens du Saint-Bernard, c'est Barry. Ce chien légendaire est le plus célèbre de tous les chiens de sauvetage du Grand-Saint-Bernard. Au début du 19e siècle, Barry aurait porté secours à plus de 40 personnes, dont un jeune garçon qu'il aurait placé sur son dos pour le ramener en lieu sûr. On dit aussi qu'il aurait été tué par la baïonnette d'un soldat de Napoléon, qui l'aurait confondu avec un loup.
En vérité, Barry n'a sans doute jamais servi de monture à un enfant en danger. Il n'a pas non plus été tué dans des circonstances rocambolesques, les époques ne correspondant pas. Barry est mort paisiblement de vieillesse, à Berne. Il a d'ailleurs été empaillé et est visible auqui lui consacre une exposition permanente.
Si beaucoup de légendes entourant Barry relèvent de l'imaginaire, il n'en reste pas moins que les chiens des chanoines de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard ont permis le sauvetage de nombreuses personnes. Et Barry incarne l'archétype du chien sauveteur en montagne. Encore aujourd'hui, le plus beau chien de chaque meute est prénommé Barry en hommage à cet animal mythique, qui a grandement contribué à l'aura de la race de chiens du Saint-Bernard. Un fabricant de détecteurs de victimes d'avalanche a même nommé l'un de ses appareils en son honneur, le Barryvox.
Barry, le chien Saint-Bernard légendaire. [Martin Schweizer - Keystone]
Un chien sauveteur et iconique, mais pas seulement
Le caractère doux et placide du Saint-Bernard fait aussi merveille ailleurs qu'en montagne ou comme symbole de la Suisse. Il est utilisé dans les EMS comme chien thérapeutique pour créer du lien avec les personnes âgées. Exemple en Valais en 2008, ou la chienne Salsa rend visite aux pensionnaires qui apprécient le contact avec l'animal.
Anne-Isabelle Gomez pour Les archives de la RTS