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Le consentement
Vanessa Filho, Belgique, France, 2023o
Paris, 1985. Vanessa a treize ans lorsqu'elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain quinquagénaire de renom. La jeune adolescente devient l'amante et la muse de cet homme célébré par le monde culturel et politique. Se perdant dans la relation, elle subit de plus en plus violemment l’emprise destructrice que ce prédateur exerce sur elle.
Dans son récit autobiographique Le consentement paru en 2020, l'éditrice française Vanessa Springora accuse l'écrivain français Gabriel Matzneff d'avoir entretenu une relation de nature sexuelle avec elle dans les années 1980. Vanessa Springora avait alors 14 ans, tandis que l'auteur, dont la pédophilie est avérée, était âgé de 50 ans (en France, la majorité sexuelle est fixée à 15 ans). Gabriel Matzneff, qui a décrit ses fantasmes et ses actes pédophiles dans de nombreux livres, a également transformé son « amour céleste » pour Vanessa Springora en prose pompeuse. Avec l'autorisation de cette dernière, la réalisatrice française Vanessa Filho a porté le livre à l'écran. Kim Higelin y joue le rôle de l'adolescente séduite, Jean-Paul Rouve incarne le séducteur hautement manipulateur et Laetitia Casta interprète la mère de la victime, dépassée par les événements. Cette dernière ne tarde pas à s'accommoder de cette relation – largement tolérée dans le milieu de l'édition : après tout, il s'agit d'un écrivain récompensé par des prix littéraires prestigieux. On peut bien sûr se demander si ce sujet choquant avait besoin d'être porté à l'écran, tant les scènes entre la jeune fille peu sûre d'elle et en quête de reconnaissance et Gabriel Matzneff, d'un égocentrisme et d'une possessivité terrifiantes, sont parfois pénibles à regarder, sans pour autant sombrer dans le voyeurisme. Le film est surtout digne d'intérêt pour celles et ceux qui s'intéressent au contexte sociopolitique de l'affaire – et donc à cette expression particulièrement française du libertinage, dont on s'étonne avec une incrédulité constante, tant elle est dépassée. Cela dit, le débat sur la liberté de l'art ne se limite pas à la France.Kathrin Halter