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Matin dimanche 13.03.05
Les limites du libéralisme
Pour certains, le libéralisme devrait nous amener, à plus ou moins long terme, vers un eldorado mondial économique. Evidemment, il n'en sera rien du tout. Bien entendu, il est totalement inutile de souhaiter un retour en arrière, l'ouverture économique et politique ayant certainement plus de vertus que les désastreuses autarcies et autres barrières douanières excessives.
Toutefois, il y a de très sérieuses limites aux bienfaits du libéralisme et cela ne fait pas de mal de les rappeler. L'ultra-capitalisme d'aujourd'hui vise à obtenir des rendements très élevés dans un temps très court. C'est tout à fait clair qu'ainsi, on privilégie les éventuels investissements à court terme et que le long terme est négligé. Le retour, si possible à deux chiffres, doit être rapide. Or, seul le long terme permet certains types d'investissements comme par exemple l'aviation, l'espace, les TGV, etc. Ces investissements ne sont donc réalisables que par un Etat, ou par des commandes d'Etats. Même les compagnies américaines comme Boeing, si elles ne disposaient pas de commandes de l'armée américaine seraient incapables de résister à Airbus.
Il faut dire aussi que la puissance des grandes entreprises mondiales est telle que d'innombrables sociétés des pays plus ou moins faibles seront absorbées. Il arrivera indiscutablement un jour où toute la substance industrielle de petites et moyennes nations aura disC?paru, sauf résistance locale acharnée.
Dans le domaine pétrolier, la démonstration est évidente. Le Brésil, le Mexique, le Venezuela, par exemple, ayant gardé la main sur leurs ressources pétrolières, ne se portent pas terriblement bien, mais tout de même beaucoup mieux que l'Argentine, qui a vendu ses richesses pétrolières pour une bouchée de pain, ce qui contribue à sa situation calamiteuse.
Il est évident qu'une grande part de la mauvaise situation de la Russie est due au bradage de ses ressources minières, énergétiques, etc., dans un cadre prétendument libéral. Les manoeuvres très discutables de Poutine consistent avant tout à rééquilibrer la situation dramatique créée par Eltsine : un pays vendu à quelques oligarques, qui ont sorti des dizaines de milliards de dollars du pays.
En Afrique, les choses ne sont pas très différentes. Un tout petit pays richissime en pétrole comme la Guinée Equatoriale profite insuffisamment de ses ressources pour se développer, tout simplement parce qu'ExxonMobil ne verse que des royalties symboliques à l'île-Etat.
Les dénationalisations, le libéralisme en général doivent être tempérés, modelés, afin que nombre de pays ne perdent pas tout simplement la totalité de leur substance économique et industrielle. Et une véritable politique industrielle de chaque pays, ou groupe de pays comme l'Europe, reste indispensable pour réaliser de grands projets.