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Critique
Dans les Etats-Unis des années cinquante, une petite ville peuplée de gens bien pensants où tout le monde se connaît, Cathy Whitaker (Julianne Moore) est une femme au foyer parfaite et comblée. Sa maison magnifique est le fruit du travail d'un mari (Dennis Quaid) qui l'aime, ses deux enfants sont sages et elle peut compter sur un cercle d'amies fidèles, excellentes maîtresses de maison elles aussi. Et puis, un soir, Franck rentre tard. La semaine suivante aussi, et ces soirées prolongées se multiplient. Cathy prend un pique-nique et va l'apporter à son mari. Elle découvre le pot aux roses. Franck avoue son homosexualité. Désemparée, toujours souriante pourtant, Cathy fréquente de plus en plus son jardinier. Mais il est Noir et les mauvaises langues commencent à s'agiter.
Todd Haynes aime le mélodrame et veut renouer avec la tradition des studios hollywoodiens des années cinquante. Costumes, décors et ambiances sont peaufinés à la perfection, on croirait une succession de toiles de Hooper. Le réalisateur a voulu lier étroitement le style au contenu, faire vibrer l'image en la poussant à l'extrême, comme l'ont fait les peintres hyperréalistes états-uniens. L'exercice de style est parfait, et de ce strict point de vue, intéressant. Le conformisme du milieu, son racisme, son rejet de tout ce qui sort de l'ordinaire sont des sentiments ancrés dans l'époque par la force de ce style. Mais c'est aussi le danger du projet qui s'enroule sur une époque et ne laisse aucune place au rejet de la différence tel qu'il se manifeste aujourd'hui. Au contraire, les personnages apparaissent démodés dans leur racisme comme dans leur candeur.
Geneviève Praplan