Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07121.jsonl.gz/292

Dernière mise à jour : 21 oct.
Microbe ou terrain : Pasteur et Béchamp
Les activités de l’OMS méritent d’être inscrites dans un contexte plus large, dans la compréhension dominante de la notion de santé. En effet, la définition officielle de la santé selon l’OMS est la suivante :
« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité »[1].
Cette définition parait dans un premier temps plutôt plaisante, et on voudrait volontiers y souscrire. Pourtant, en l’analysant, on peut y déceler certains présupposés qui révèlent la Weltanschauung[2] qui la soutent.
En premier lieu, le mot « état » présuppose une vision statique plutôt que dynamique et évolutive de la santé. En promotion de la santé, on parle d’ailleurs plutôt d’un « continuum santé-maladie » qui « exprime l'idée que la santé et la maladie ne sont pas des états dichotomiques s’excluant mutuellement, mais une constellation d’éléments propre à chacun. Un individu n'est donc pas essentiellement en bonne santé ou malade, mais évolue sur le continuum santé-maladie entre les pôles « complètement en bonne santé » et « complètement malade ».[3]
De manière plus moderne, la santé peut ainsi être définie comme [4]
« découlant du lien dynamique entre ressources et contraintes internes (physiques et psychiques) et externes (sociales et matérielles). La santé s’impose lorsque les ressources et les contraintes sont en harmonie et quand les ressources l’emportent dans l’ensemble sur les contraintes. »
En second lieu, la notion d’un état « complet » présuppose qu’un tel état pourrait constituer un objectif – stable comme on l’a vu ci-dessus – désirable. Cette notion d’ « état complet » exclurait donc la maladie, ce qui n’est pas sans rappeler le courant de pensée hygiéniste dont Louis Pasteur fut un des protagonistes.
Or Pasteur avait un concurrent scientifique contemporain, Antoine Béchamp[5].
Pasteur défendait la théorie selon laquelle toute maladie infectieuse est causée par des micro-organismes invariables dans leur forme et provenant toujours de l'extérieur de l'organisme, le milieu intérieur de tous les organismes vivants étant stérile : il s’agit donc d’ennemis extérieurs à combattre, et le patient est une victime de ceux-ci.
Béchamp quant à lui voyait à la maladie une origine interne, et affirmait que toute matière organique est sujette à des modifications naturelles dus à des processus normaux de fermentation. Ces processus provoquent, dans des conditions pathologiques la formation de bactéries ayant des propriétés de putréfaction et de fermentation. Selon sa théorie, les microbes extérieurs sont inoffensifs quand le terrain est sain, et la personne n’est pas victime mais responsable de son corps et de sa santé.
La légende veut que Pasteur, sur son lit de mort, aurait finalement donné raison à Béchamp en déclarant que
« le microbe n’est rien ; le terrain est tout ».
Aujourd’hui, avec les connaissances actuelles sur l’importance des bactéries, virus et champignons – le microbiote – pour notre santé, la polarité entre les théories de Pasteur et Béchamp n’est plus guère d’actualité. Il n’en reste pas moins que c’est tout de même la théorie de Pasteur qui aura imprégné plus fortement la pensée médicale depuis deux siècles. Et les politiques covid-19 semblent donc bel et bien s’inscrire dans le dogme hygiéniste de l’ennemi externe à combattre que Patrice Loubier [6] décrit comme
« Un désir d'élimination du risque, comme fantasme régressif d'un environnement contrôlé. Face mortifère des idéaux de pureté radicale : l'utopie du « propre absolu » comme stérilisation de l'existence ».
[1] «Préambule à la Constitution de l'Organisation mondiale de la Santé, tel qu'adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19 juin -22 juillet 1946; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats. (Actes officiels de l'Organisation mondiale de la Santé, n°. 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948» [2] Vue métaphysique du monde, conception globale de la vie, de la condition de l'homme dans le monde. https://www.cnrtl.fr/definition/weltanschauung [3] https://www.infodrog.ch/fr/ressources/lexique-de-la-prevention/continuum-sante-maladie.html [4] https://www.quint-essenz.ch/fr/concepts [5] Voir Dr Philippe-Gaston BESSON, https://www.ateliersante.ch/bechamp.htm#B%C3%A9champ [6] Inter Art actuel, Une utopie perverse : le virus de l’hygiénisme, Patrice Loubier, Numéro 68, 1997 ; https://id.erudit.org/iderudit/46342ac