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Mort à seulement 34 ans d’une pneumonie dans la pauvreté, exilé de force à Madère, Charles Ier avait fait son possible durant la Première guerre pour éviter les morts inutiles. Il voulait également transformer l’Empire en fédération. Retour sur la vie de ce monarque humain sans doute arrivé au pouvoir au mauvais moment.
Charles François Joseph de Habsbourg-Lorraine (Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen) (Persenbeug, – Funchal (Madère), ) a été, du 22 novembre 1916 au 12 novembre 1918, le dernier empereur d’Autriche sous le nom de Charles Ier, le dernier roi apostolique de Hongrie sous le nom de Charles IV (IV. Károly) et le dernier roi de Bohême, sous le nom de Charles III.
Fils aîné de l’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine et de Marie-Josèphe de Saxe, héritier du trône depuis le 28 juin 1914, il a succédé à l’âge de 29 ans à son grand-oncle l’empereur François-Joseph Ier, qui avait régné 68 ans.
L’héritier du trône des Habsbourg
Petit-neveu de l’empereur François-Joseph, il est à sa naissance cinquième dans l’ordre de succession au trône et a donc peu de chances de ceindre un jour la couronne.
Dévolution de la couronne
Les morts successives de l’archiduc héritier Rodolphe en janvier 1889 sans descendance mâle puis de son grand-père l’archiduc Charles-Louis, frère cadet de l’empereur, en 1896 le rapprochent du trône. En 1900, le mariage morganatique de son oncle, l’archiduc héritier François-Ferdinand (dont les enfants sont de fait non dynastes), puis la mort prématurée de son père l’archiduc Othon en 1906 font de lui, à l’âge de 19 ans, le second dans la ligne de succession de la double monarchie, après son oncle François-Ferdinand1. L’assassinat de son oncle à Sarajevo en 1914 fera de Charles l’héritier direct de l’empereur François-Joseph.
Il reçoit une éducation soignée, maîtrisant plusieurs langues, notamment l’Allemand, le Français, le Tchèque et le Hongrois, puis, à partir de 1900, il reçoit une solide formation juridique et économique. De plus, appelé à succéder à François-Ferdinand, il est également intégré au cercle de ce dernier, qui se charge de lui transmettre sa vision de la double monarchie, unitaire, directement ou par l’intermédiaire de ses proches2.
Il devient selon la tradition familiale officier dans l’armée austro-hongroise. cantonné avec son unité à Prague, il y suit les cours d’enseignante de l’université, tandis qu’il noue de solides amitiés avec des nobles tchèques proches de François-Ferdinand, son oncle2.
Mariage
Le , l’archiduc épouse la princesse Zita de Bourbon-Parme (1892–1989) dix-septième enfant de Robert Ier, duc de Parme, marié en secondes noces à la princesse Marie-Antoinette de Bragance, fille de l’ex-roi Michel Ier de Portugal et de la princesse Adélaïde de Loewenstein-Wertheim-Rosenberg. Ce mariage n’est cependant pas un mariage arrangé, tout en répondant aux exigences matrimoniales de la famille impériale, ce qui lui assure la bienveillance de l’empereur-roiN 1,3.
Il bénéficie de l’affection sincère du vieil empereur François-Joseph accablé par les deuils. Il est également très proche de sa mère et de la troisième épouse de son grand-père l’archiduchesse Marie-Thérèse de Bragance.
Prince-héritier en titre
Il entretient de bonnes relations tant avec son grand-oncle (l’Empereur) qu’avec son oncle (l’archiduc héritier), entre lesquels les relations sont souvent tendues. Il devient l’héritier du trône le après l’assassinat de son oncle l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo. Il prend la succession de son grand-oncle à la mort de celui-ci le .
Durant cette période, il est affecté à l’AOK, état-major général de la double monarchie, avec le grade de colonel, afin de parfaire sa formation. Rapidement, il se heurte à Conrad, le chef de l’état-major de la double monarchie, qui se méfie de ses possibles ingérences dans le domaine militaire, et dont il n’approuve la politique, visant à mettre l’administration civile sous la tutelle des militaires3.
Au début de l’année 1916, après des mois de formation militaire, il est affecté au commandement du XX corps d’armée, devant prendre l’offensive sur le front italien, la victoire annoncée de cette offensive devant accroître le prestige de la dynastie; devant l’urgence de la situation créée par la rupture du front austro-hongrois occasionnée par l’offensive russe de juillet 1916, il reçoit le commandement nominal de la 12e armée, chargée de contenir la poussée russe, la réalité du commandement étant assuré par des généraux allemands4.
Durant cette même année, il apparaît aux yeux des responsables du Reich, Hindenburg et Ludendorff, comme une « page blanche », qu’il serait possible de manipuler, afin de permettre la prise de contrôle définitive de la double monarchie par le Reich, à la faveur de la situation dégradée de la double monarchie dans le conflit, sur les plans militaire, politique et économique5.
Empereur et roi
Durant les derniers jours d’octobre 1916, alors que la dégradation de l’état de santé de François-Joseph devient alarmante, il est rappelé à Vienne pour pouvoir assumer la continuité du pouvoir6
Peu connu, âgé de 29 ans, marié et père de quatre enfants, Charles prend la tête de la double monarchie dans un contexte politique, économique et militaire inquiétant pour la monarchie danubienne. La poursuite de la guerre mine la cohésion intérieure de son empire et le Reich renforce son emprise sur la politique et l’armée de la double monarchie7.
Dès son avènement le , le jeune empereur reçoit la visite du président du conseil hongrois, Istvan Tisza, qui se montre partisan d’un couronnement rapide du nouveau roi en Hongrie, celui-ci devant prêter serment à la constitution de 1867, liant ainsi la politique future de Charles, partisan d’une réorganisation de la monarchie, aux intérêts du royaume de Hongrie8.
Le couronnement comme roi de Hongrie a lieu à Budapest dès le . Il n’a jamais été couronné empereur d’Autriche, ni roi de Bohème. Ce faisant, Charles jure de préserver l’intrégrité du territoire Hongrois ce qui, à terme, l’empêchera de mener à bien les réformes nécessaires concernant les différentes nationalités peuplant ses états.
Une volonté de réforme de la double monarchie
Conscient de la sclérose de la double monarchie dans les dernières années du règne de François-Joseph, Charles, à peine intronisé, tente de rendre plus efficace le gouvernement de la double monarchie, mais, dans un premier temps, confirme le ministère tant en Autriche qu’en Hongrie9. Pour mener à bien son programme, il s’entoure de personnalités proches de son oncle, François-Ferdinand, partisans d’une réforme de la monarchie avec la création d’un pôle slave au sein de la monarchie danbienne10. Cependant, il se montre incapable de soutenir les promoteurs de la politique qu’il souhaite voir menée dans la double monarchie, dans le conflit ou dans la recherche d’une solution pacifique11.
D’un point de vue symbolique, il s’installe au château de Laxenburg, à 20 km de Vienne12, restreint le train de vie de la cour, se dote de moyens modernes de gouvernement : utilisateur du téléphone et du télégraphe, il parcourt son empire en train afin de tisser des liens avec l’armée (qui a prêté son serment d’allégeance le 23 novembre13) et les populations de son empire10. Il multiplie ainsi les déplacement, se plaçant ainsi dans la continuité de son action comme prince héritier : il effectue ainsi durant ses 24 mois de règne 82 voyages à l’intérieur de la double monarchie et sur le front, auxquels s’ajoutent les déplacements à l’étranger, dans le Reich ou chez les Alliés du Reich12; sillonant inlassablement son empire, l’empereur-roi transforme son train, continuellement prêt à partir, en un centre de pouvoir itinérant, accordant des audiences dans son wagon-salon, multipliant les réunions de travail avec ses conseillers14.
De plus, sous l’influence de l’impératrice, il engage des réformes sociales ce qui lui vaut la haine – et les calomnies – des nantis; en juin 1917, à l’occasion d’un changement de ministère en Autriche, il crée un ministère des affaires sociales et fait adopter une législation limitant le travail des femmes et des enfants15. De même, il multiplie les voyages dans le pays, parcourant, en moins de deux années, 80 000 km, pour montrer et incarner la personne impériale et royale15.
D’un point de vue politique, il cherche à reconstruire l’État, malmené par les contraintes du conflit16. Ainsi l’une de ses premières mesures doit aboutir à l’élargissement du droit de suffrage en Hongrie, s’opposant ainsi frontalement au président du conseil du royaume de Hongrie, Istvan Tisza, dont il obtient la démission le 23 mai 1917, au terme d’une intense lutte politique17, mais qui mène dans les mois qui suivent une lutte sourde contre la politique menée par les présidents du conseil qui se succèdent en Hongrie18, puisque, homme d’État énergique, il contrôle le principal parti politique représenté au parlement de Budapest, le Parti du Travail17. À la fin du mois de décembre 1917, une réforme du droit de suffrage est proposée, faisant passer le corps électoral à 3,8 millions de votants, soit plus du doublement du nombre d’électeurs, mais renforcent la prépondérance germano-hongroise; elle est cependant repoussée par les proches de Tisza, qui contrôlent la majorité des sièges du Reichstag de Budapest19.
Il cherche également à se rapprocher du club yougoslave, regroupant les parlementaires autrichiens issus des populations, serbes, croates et slovènes de Cisleithanie, afin de disposer d’une majorité à Vienne pour faire adopter les mesures qu’ils souhaite promouvoir, en échange d’une profonde réforme de la monarchie danubienne20
Souhaitant rompre avec l’immobilisme de la fin du règne de son prédécesseur en Autriche, il convoque le Reichsrat et la chambre des seigneurs en Autriche pour le 30 mai 1917, mais devant les querelles politiques et nationales en Autriche, il doit mettre en place un ministère composé de hauts fonctionnaires, nommé le 23 juin 191715, comme il doit rapidement mettre fin aux mesures de libéralisation au cours du printemps 1918, en instituant à nouveau la censure préalable21.
De plus, Charles, héritant du personnel politique du règne précédent, opère des modifications profondes parmi les responsables chargés de la gestion de la double monarchie. En effet, souhaitant mener donner à la politique austro-hongroise une autre direction, il écarte les représentants du règne précédent, Ernst von Koerber, Burián, Conrad ou l’archiduc Frédéric22; une fois les proches de son prédécesseur écartés, il choisit ses conseillers parmi les proches de son oncle françois-Ferdinand, aussi bien pour la gestion de la Cistleithanie et de la Transleithanie, que pour les affaires communes23.
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